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Full text of "Dictionnaire historique de l'ancien langage françois, ou Glossaire de la langue franxoise depuis son origine jusqu'au siecle de Louis XIV. Pub. par les soins de L. Favre"

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DICTIONNAIRE HISTORIQUE 



DE 



L'ANCIEN LANGAGE FRANÇOIS 



NIORT. — TYPOGRAPHIE DE L. FAVRE. 



DICTIONNAIRE HISTORIûnE 

L'ANCIEN LANGAGE FRANÇOIS 



GLOSSAIRE DE LA LANGUE FRANÇOISE 

DEPUIS SON ORIGINE JUSQU'AU SIÈCLE DE LOUIS XIV 
Par LA ÇURNE DE SAINTE-PALAYE 

MEMBRE DE L'ACADÉMa DES INSCRIPTIOKS ET DE L' ACADÉMIE FRANÇOISE 

Publié par les soins de L. FAVRE, membre de la Société de l'Histoire de France, 

avec le concours de M. PAJOT, Archiviste-paléographe, 

CONTENANT : 

SIGNIFICATION PRIMITIVE ET SECONDAIRE DES VIEUX MOTS 

Vieux mots employés dans les chants des Trouvères, 
Acceptions métaphoriques ou figurées des vieux mots français. — Mots dont la signification est inconnue. 

ETYMOLOGIE DES VIEUX MOTS 

Orthographe des vieux mots. — Constructions h-régulières de tours de phrases de l'ancienne langue. 

Abréviations ; études sur les équivoques qu'elles présentent dans les anciens auteurs. 

Ponctuation ; difficultés qu'elle présente. 

Proverbes qui se trouvent dans nos poêles des XII^, XlIIe et XIV*- siècles. 

Noms propres et noms de lieux corrompus et défigurés par les anciens auteurs. 
Mots empruntés aux langues étrangères 

Usages anciens. 

SUIVI DES 

CDRIOSITEZ FRAiÇOlSES. pour supplément aux Dictionnaires 

Ou Recueil de plusieurs belles propriété^, avec une infinité de proverbes et quolibets pour l'application de toutes 
sortes de livres, par Antouin OUDIN. 



TOME SECOND 



NIORT 

L. FAVRE, éditeur du GLOSSARIUM de Du Cange, 

Rue Saint-Jean, 6. 




Te 
Si 



DICTIONNAIRE HISTORIQUE 



L'ANCIEN LANGAGE FRANÇOIS 



AP 



Ap, préposition. Avec. On observe que les lettres 
p e\ b étant de même organe, on a pu prononcer et 
écrire indifféremment «p ou ab; préposition qui, 
dans le langage méridional de la France, paroil être 
une abréviation de l'adjectif ambe, pris dans le sens 
conjonclif de cette même préposition ap ou ab, avec. 
(Voy. Ambe ci-dessus.) 

Aut Apostols cumtet (1) 
E dis c'ap Deu parlet. 

Fragmcnl du MS. de S' Martial de Limoges, fol. 50, Rv 
Molt lo laudaven (2) e amie e paront 
C'ab (3) Damnedeu se ténia (4) forment. 

Vie ae Boêce, frag:m. MS. de S' Benoil-sur-Loire. p. 273. 

E (5) sa ma dextra la Domna u libre ten (G), 
Tôt aquel libres ara de fog (7) ardent. 
Zo's (8) la jiisticia al Rei omnipotent ; 
Si l'om o forfai, e pois no s'en repent... 
Ab aquel fog s'en pren so vengament. 
Cel bonai vai (9) qui amor ab lei pren. 

Ibid. p. 275. 

Que le p ou le b, ait été changé en v, autre lettre 
de même organe, il n'en faut point d'autre preuve 
que la préposition composée avoec. (Voy. Avoec.) 
C'est proprement à l'oubli et à l'ignorance de la 
prononciation du v toujours écrit u, et au retran- 
chement de ce même u prononcé v, que l'on doit 
attribuer l'origine d'au et À, préposition qui dans la 
signification d'avec, paroit avoir la même étymolo- 
gie qu ap ou ab. (Toy. Au ci-après.) 

TARIAiNTES : 
AP. Fragment du MS. de S' Mailial de Limoges, fol. 50, R». 
Ab. Vie de Boèce, Frag. MS. p. 270, passim. 

Apaer, verbe. Pacifier, accommoder, etc. 
Apaiser. Payer, satisfaire, contenter, soulager, etc. 
Il est évident que le principe de la formation des 
verbes apaier, apaiser, est le substantif latin pax ; 
mais en remontant à l'origine la plus vraisemblable 
de ce même substantif ;ja.i', pacis, dérivé de l'ancien 
verbe pacere ou pagere, le même que pangere, au 
supin pactum, on croit apercevoir une analogie 
marquée entre les verbes françois apactir, apaier, 
apaiser. (Voy. Appactir.) L'ordre de la société géné- 
rale, ou particulière, est établi sur des pactes, sur 
des obligations fixes et réciproques : ainsi, pacifier 
une ville, Vapaieren ancien langage, c'est en fixer 
l'état par le rétablissement de ce même ordre. 



AP 



. . . Artus remest en Bourgoigne : 
Tout river iUec séjourna ; 
Les citez prist et apaia. 

Rom. de Brut, MS. fol. 99, R' col. 2. 

Lorsqu'il s'agissoit de particuliers désunis par 
l'intérêt, ou par quelqu'autre passion, les apaier 
c'étoit faire la paix entre eux, les lier, les obliger 
par un jugement, un accommodement, etc. en 
général, par un pacte qui fixoit leurs prétentions ou 
îeurs droits respectifs. « Comme conlens fut entre 
« Jeanne comtesse de Flandres... etJean deNéelle... 
« li Rois fit la Comtesse semondre par-devant lui, 
« par deux Chevaliers. La Comtesse comparant 
« à jour, proposa quellen'avoitpasété suffisament 
« semonse par deux Chevaliers; quar elle devoit 
« estre semonse par ses Pers, les parties eux (10) 
« appayant en jugement. » (Daniel, Mil. Fr. T. \, 
p. 181 ; tit. de 1324.) Il seroit inutile de multiplier 
les preuves de cette acception du verbe apaier, 
pacifier un différent, l'accommoder, le juger, etc. 
On ajoutera seulement qu'il étoit quelquefois réci- 
proque dans le sens d'accommoder. 

Si s'est au vilain apaié. 

Bestiaire. MS. du R. n" 7989, fol. 164 ; fable xvn. 

Il existe entre le Ciel et la Terre un pacte d'al- 
liance qui se renouvelle autant de fois que l'homme 
fait sa paix avec Dieu, en satisfaisant à sa justice par 
l'humble et douloureux repentir de son audace ou 
de sa foiblesse. On disoit en ce sens, apaier Dieu, 
apaer le Seigneur. >■ Pur co que li Reis Roboam eli 
» suen se humilièrent devant nostre Seignur, 
« alches (il) le apaèrent de sun maltalent; si que il 
» ne's volt del tut destruire. « (Livres des Rois, ms. 
desCordel. fol. 104, V° col. 1.) 

Qui ci corrouce Deu, ci Testuet apayer. 

Fabl. MS. du R. n» 7615, T. Il, fol. 144. R* col. 2. 

Et preslz de Dieu prier soyez ; 
Ainsi ramez et appayez, etc. 

J. de Meun, Test, vers 1657 et 1658. 

En satisfaisant à une obligation contractée par un 
pacte civil, on procure la paix, la tranquillité de la 
personne que ce pacte intéresse. On l'apaise, pour 
ainsi dire, et elle se tient apaiée. De là l'acception 
des verbes apayer, payer. 



(1) Conta, raconta. - (2) Louoient. — (3) De ce qu'avec, etc. — (4) Se tenolt. - (5) En sa main, etc. — (6) Tient. — 
(7) Feu. - (8) C'est. - (9) Il en va bien à celui. - (10) Eux; c'est-à-dire les Pairs. - (11) Quelque peu, un peu. 
II. 1 



AP 



- 2 - 



AP 



En tes ditez, qui bien entendent, 
Pevenl veer qu'à trois fins tendent... 
La premier e.st de bien paier 
Pour faire ses gens upaier. 

Geufioi de Taris, U la suite du R. de Fauvcl, MS. du R. fol. 4G. 

El de leurs gaiges si paiez 
Qu'ilz en soient si appuie-:, etc. 

Gace de la Digne, des Déduits, WS. fol. 153, V*. 

On disoit, se tenir apaië ou apaisé, dans le même 
sens. « Nous avons eu el receu trois mille lloriiis 
« d'or... desiiuels nous nous tenons bien upaije:i et 
« les en (|uilons du tout. ■> (Oïd. T. 111, p. 3;{2 
et 333.) « Cuiivenances tenir dusqu'à mil livrées de 
« terre dont elc se tendra apaiée avec la conté de 
« S. l'ol. " (Ducliesiie, Hist. de la M. de Cliàlillon, 
pr. p. /i,"); til. de l'23tj. — Yoy. Apaiser ci-dessous.) 

L'idée particulière de celle espèce de satisfaction 
étant généralisée, le vei'be apaer ou apaier, 
abstraction laite de toute idée de pacte, signifioit 
l'état paisible dont on nous fait jouir en satisfaisant 
un besoin physique ou moral, réel ou idéal ; en sou- 
lageant les douleurs du corps; en contentant les 
passions de l'âme, du cœur ou de l'esprit. 

. . . Par les mires sont li navré upaié. 

\'ab\. MS. du R. n- 7615, ï. 1, fol. 63, V' col 2. 

. . . Por Dieu, çaienz vos traiez 
Et mon desirrer m'o/inic:. 

Aleïaudre et Arislote, MS. de S. Gcrm. fol. 73, V col. I. 
Jà por regarder son vis 
Apaicz ne me tenroie, 
S'auire cose n'en avoie. 

Chans. du Comte Thibaut, MS. p. 154. 
Ne se tient de riens appuyé 
Le desloyal, le renoyé : 
N'est riens quiluy puisse souffire. 

Rom. de la Rose, vers 20084-2008C. 
... Je me tieg apaiés del atendre, 
Puiske chascuns vos aime ensi sans prendre. 

Ane. Poêt. fr.MSS. av. 13UU, T. UI, p. 997. 

Les foulz sont apaié 

De ce de coi li sages est honnis, etc. 

Ane. Poës. 1>>. MS. du Valic. n- 1J2"2, fol. 162, R° col. 1. 

On trouveroit inutile un plus long détail des 
acceptions particulières du verbe upaier, soulager, 
tranquilliser, etc. puisque toutes se réunissent d'ans 
l'acception générale à'upaler, satisfaire. (Yoy. 
Apaiemekt et Apaier ci-dessous.) 

VARIANTES : 

APAER. L. des Rois, MS.desCordel. fol. 104. - D. Morice, 
preuv. de IHist. de Bretagne, T. I, col. 959; tit. de 1254. 

Apaier. L. des Rois, MS. des Cordel. fol. 25. - Geofroi de 
Paris, à la s. du Rom. de Fauvel. — Athis, MS. fol. 114, 
V" col. 1, etc. - Borel, Dict. 

Ap.mier. D. Carpent. S. G. 1. de Du Gange, au mot Apacare. 

Apayeu. J. de Meun, Cod. -.'ers 572. - Fabl. MS. du R. 
n» 7218, loi. 2(i6, R» col. 2. 

Apoier. D. Carpent. S. G. 1. de Du Gange, au mot Apacare. 

Appayer. J. de Meun, Test, vers 1545. - Id. ibid. vers 1658. 

Apai, subst. masc. Amorce. L'origine de l'ancien 
mol apai semble être la même que celle d'apast. 
(Voy. Apasï.) On a dit figurément : 

Oel riant et gai 

Garni d'amourous apai. 

Ane. Poei. fr. MSS. avant 1300, T. III, p. 1205. 



Apaicmont, subst. luasc. Action d'apaiser, 
expiation, satisfaction. Dans une signification rela- 
tive à celle du verbe npaer, apaièi', on nommoit 
apnirmcus : \° les expiations par lesquelles on 
(ijxiisdit la Divinité. « Les offrandes et les sacrifises 
« et les upuieinen% qui se faisoient à Deu au 
« temple. » (Livres des iUachabées, ms. des Cordel. 
fol. 15G, R-col.S.) 

2" Les complaisances dont une maîtresse paye et 
satisfait son amant. 

Fausse piliez est as nices chetis 

Apaieinots, e li sage enragié 

En sont : partant vault fausse piliez pis, etc. 

Ane. Poës. fr. MS. du Vatic. n- 1522, fol. 1G2, R- col. 1. 

Apaier, verbe. Amorcer. Attirer en présentant 
un appât : délinilion conforme h notre première 
conjecture sur l'origine du substantif apai. (Voy. 
Apai ci-dessus.) 

Chesl goupil qui tant set barat... 
A cliascun qui vit charneument, 
Se fait tout mort chertainement 
Pour chou que plus près les apaie. 

D. Carpentier, S. Gl. lat. de Du Gange, au mot .\pacare. 

Quoiqu'on ait soupçonné avec quelque vraisem- 
blance, une analogie entre apast et apai, il seroit 
possible qu'ff/;fli et apaiement fussent de même 
origine, et que dans un sens relatif à celui 
iV apaiement, satisfaction, l'on eût désigné par œil 
iraiiiorous apai, un œil dont l'expression vive et 
leiidrc satisfait un désir amoureux. Alors le verbe 
apaier, dans les vers qu'on a cités, seroit le même 
qu'apaer, apaier, satisfaire. 11 ne signifieroit 
amorcer qu'autant qu'on satisfait l'homme charnel, 
en lui présentant l'amorce des plaisirs. (Voy. Apaer.) 

Apaisement (l),s;/&si. masc. Pacification; rem- 
boursement, dédommagement, elc. satisfaction. On 
a dit et l'on dit encore apaiser dans le sens de paci- 
fier. De là, le substantif apaisement a signifié paci- 
fication. •< L'Empereur, le Roy d'Angleterre et le 
« Duc de Bourgogne convinrent ensemble à Calais, 
« pour traicler de Yappaisement de France et 
« d'Angleterre. » (Hist. chron. 1400. — l-'i67; an. 
141G.) '< Accord et appaisement des divisions qui, 
« elc. •' (Preuves sur le meurtre du D. de Bourgo- 
gne, page 295.) 

11 semble qu'en particularisant cette acception, 
l'on a nommé apaisement, acte d'apaisement, l'acte 
par lequel on pacifioit, on apaisoit une contestation 
née ou à naître sur la nécessité des réparations et 
améliorations à faire par l'acquéreur d'un héritage 
dont il doit prévoir le retrait; sur l'obligation d'un 
dédommagement, d'une indemnité, etc. « L'achep- 
« leur devra, pendant l'an accordé par la Coustume 
« pour user du retrait lignager, conserver et main- 
« tenir le bien vendu en aussi bon estât comme il 
« estoit au jour de la vente... et s'il y a fait aucunes 
« mises ou impenses nécessaires... elles luy seront 
« resliluées par ledit lignager, sans que néantmoius 
« luy soit permis de faire' démolition, ny édifices 



(1) Ce mot, qu'on emploie encore fréquemment et qui date au moins du xv« siècle, ne se trouve pas au Dictionnaire de 
l'Académie, (.n. e.) 



AP 



3 - 



AP 



« nouveaux que par ordonnance de Justice, et 
« après appaiscment pris de la nécessite ou utilité 
« évidente. » (Coût, de Cliimay, nouv. Coût. gén. 
T. II, p. "II').) « Les censiers avant pouvoir préten- 
« dre quittance à leurs maistres pour cause des 
• pertes qu'ils auroient supportées en leurs adves- 
« tures... seront tenus de monstrer leurs pertes et 
« dommages à leurs maistres... et en cas de refus 
. ou déUiy, les faire visiter par gens de Loy et 
« laboureurs à cecognoissans... pour par ce moyen 
« en appointer amiàblement. Et s'ils ne s'accor- 
« dent, s'adresseront à notre Cour... par requeste, 
« à laquelle joindans les actes des (ippaiscmens et 
« refus cy-dessus, ils contendront ;\ telle modéra- 
« tion que de raison. » iCout. de Haiuaut, ibid. 
page 13i, col. 2.) 

C'est dans le sens d'apaiser, payer, rembourser, 
dédommager, etc. qu'on lit : « diront vérités de 
« toutes les restitucionset apaisemenx- qu'il auront 
« fait, ou fait faire de fait, ou de promesse. » (Ord. 
T. I, page 544.) 

La signification A' apaisement en cet autre pas- 
sage, semble relative à celle d'apaiser une demande, 
satisfaire à une question, y répondre. « Pourremé- 
« dier et pourveoir aux abus et larcins que l'on 
« commet journalièrement par tous nos bois et 
« ceux de nos vassaux, nous avons consenty... que 
« l'on puisse faire Visitation... en toutes maisons de 
« ceux qui seront suspectez desdits larcins ; et si 
« on y trouvoit bois verd ou autre, et que les resi- 
>. dcns esdites maisons ne voulussent donner appai- 
" sèment d'où ledit bois trouvé procéderoit, etc. » 
(Coût, de Ilainaut, nouv. Coût. gén. T. II, p. 148.) 

En termes de procédure, l'apaisement sur lequel 
un défendeur étoit admis à requérir le profit d'un 
défaut contre le demandeur qui ne comparoissoit 
pas au jour assigné, étoit probablement l'acte qui 
conslaloit que le défendeur ayant satisfait îi l'ajour- 
nement , devoit être tranquillisé par absolution 
d'instance. « Si... le demandeur est défaillant de 
« comparoir au jour assigné, le dePfendeur devra... 
« prolester d'iceluy défaut, et en la journée ensui- 
« vante, en requérir le profit, à qiioy il sera admis 
« sur appaisement prins tant du registre que des 
« exploits du Sergeant; et emportera la contumace 
« du demandeur congé de Court et absolution d'ins- 
« tance. » (Coût, de Hainaut, nouv. Coût. gén. T. II, 
p. 113.) Peut-être aussi que « prendre appaisement 
<i tant du registre que des exploits du Sergeant. » 
c'étoit les vérifier, satisfaire à une formalité en les 
vérifiant. Quelque variées que puissent être les 
acceptions particulières du substantif fl/w/srmmf, 
il suffit ici de marquer celles dont l'analogie paroit 
moins sensible avec les acceptions du verbe dont il 
est formé. 

On pouvoit « faire appaisement de l'amende du 
« poing coupé, » en satisfaisant à la Loi qui pro- 
nonçoit cette peine contre celui qui frappoit un 
Serg'ent; ou plutôt en modérant cette peine, en la 
commuant en une peine pécuniaire dont on se con- 
tentoit par humanité. « Si sur calenge faite par 



« Sergent, le calengé ou autres assistans... touche 
« par' main mise ledit Sergent, celuy ou ceux 
« encherront en l'amende du poing couppé, dont 
« le Seigneur ou maistre du Sergent pourra faire 
« Vappaisement ; et si la poursuyie s'en fait par 
« noz Officiers, elle se fera en nosfre Court à Mons, 
« veu que c'est cas de hauteur. » (Coût, de Hainaut, 
Coût. gén. T. I, p. 793. — Voy. Apaiser.) 

TARUNTES : 

AP.USEMEXT. Ord. T. I, p. 54i. 

Ap.wsemext. Gloss. fr. lat. MS. du R. n" 7684. - D. Car- 
pentier, Suppl. Gloss. lat. de Du Gange, au mot Expiare. 

Appaisem.\xt. Monet. Dict. 

Appaisement. Percef. Vol. V, fol. 106, R" col. 1. — 
Cotgrave, Oudin, Rob. Estienne et Nicot, Dict. 

Apaisenter, verbe. Etre apaisé. Apaiser, paci- 
fier. La signification de ce verbe est neutre dans le 
passage suivant : « Deus... à poines encomenzat à 
« apaisenteir al tens Abraham son amin. » (S' Bern. 
Serm. fr. jis. p, 16G.) 11 semble que plus ordinaire- 
ment elle étoit active. Dans le sens d'apaiser, paci- 
fier, on a dit : « Despoz que Criz... fut devenuz 
" moyeneres de Deu et des homes, et qu'il apaisen- 
« tat parmei son sanc celés choses ki estoient en 
« Ciel et celés qui estoient sor terre, etc. » (S" Bern. 
Serm. fr. ms. p. 259.) 

C'est encore dans le sens d'apaiser, qn' apaisanter 
signitîoit disposer Dieu ou l'homme à pardonner, 
en satisfaisant à la Justice divine et humaine. 
« Pues que nostre Sires ne welt mies ma mort... ju 
>■ volentiers... li offre ma vie. Cist est li sacrifices 
« ki apaisantet nostre Signor. » (S' Bern. Serm. fr. 
MS. p. 269.) « Petiz enfès est ki legierement puet 
« eslre apaisantei:> ; car . . . li enfès paVdonet legiére- 
« ment. » (Id. ibid. p. 19G. — Voy. Apaiser et Apaisir.) 

VARIANTES : 
APAISENTER. S> Bern. Serm. fr. MSS. p. 259. 
Apaisanter. Id. ibid. p. 269. - G. .Machaut, MS. fol. 208. 
Apaisexteir. S' Bern. Serm. fr. MS. p. 166. 

Apaisenteur , suhst. masc. Pacificateur. La 
signification à'apaisenteur est la même que celle 
à'apaiseur. (Voy. D. Carpentier, Suppl. Gloss. lat. 
de Du Cange, au mot Paciarii.) « Arbitres et amia- 
« blés app'aisen tiers, etc. « (Lett. de grâce, an 1427, 
citées par D. Carpentier, (//)/ supra. — Voy.APAiSEUR 
et Apaisiteur ci-dessous.) 

VARIANTES : 
APAISENTEUR. D. Carpentier, Suppl. Gloss. lat. de Du 
Cange, tome IV, col. 36. 
Appaisenteur, Appaisentier. Id. ibid. T. III, col. 117. 

Apaiser, verbe. Procurer la paix, tranquilliser ; 
satisfaire, payer, rembourser, dédommager, indem- 
niser, soulager, etc. Le verbe apaiser, de même 
origine que îe verbe apaier, avoil les mêmes signi- 
fications. C'est à l'idée générale de pacte que 
paroissoient être liées les idées signifiées par ce 
verbe, lorsqu'on dit apaiser les troubles, les divi- 
sions d'une société générale ou particulière, apaiser 
la colère de Dieu , ou des hommes, etc. Ces accep- 
tions et autres ne sont pas moins anciennes dans 
notre langue que celles du verbe apaier. 

On a déjà observé que satisfaire à une obligatioa 



AP 



— 4 — 



AP 



contractée par un pacte , c'est procurer la paix , la 
tranquillité de la personne envers laquelle on est 
obligé. Elle s'appaise, elle se tient appaisée, lors- 
qu'on satisfait à celte même obligation. (Voy. Ai-aer.) 
De là, se tenir appaisé, ou s'âppaiser, signifioit, 
1" être satisfait, se contenter du payement d'une 
rente : » Convenances tenir dusqu'ù mil livres de 
« rente dont elle se tenra appaisé avec le fief de 
« Saiut-Pol. » (Ducliesne, Ilisl. généal. de la M. de 
Chàlillon, pr. p. 4G; til. de l'23G.) 

2° Se contenter, être satisfait d'un dédommage- 
ment, du remboursement d'une créance; se dédom- 
mager, s'indemniser, se rembourser. « Lesdeffenses 
« données par les Maîtres des foires du temps passé, 
« contre plusieurs pays... seront suspendues jus- 
« ques à quatre ans, dedans lesquiex la Justice et 
-' les Créanciers se puissent apaisier ; et iceux 
" passez, se apaisiez ne sont, les deffenses vaillent 
« comme devant. » (Ord. T. I, p. 795.) 

3° Se contenter, être satisfait d'une caution qui 
tranquillise. » Un nouveau Crand-bailly de Ilainaut, 
« sur remonstrance que luy feroit le Bailly précé- 
« dent ou ses hoirs, se devra appaiser des cautions 
« de chacun Sergeant... si elles sont suffisantes ou 
« non ; et oîi elles ne seroient suffisantes par pleige 
« ny autrement, pourra demander nouvelle cau- 
« tion. » (Coul. de Ilainaut, nouv. Coût. gén. T. II, 
page 110, col. 2.} 

4° Dans un sens plus étendu, se contenter, être 
satisfait d'un état que la confiance en Dieu, la 
soumission à notre sort, ou quelqu'autre chose rend 
paisible et tranquille. <> Le vray Dieu tout-puissant 
>' est tel que devant luy toute chose ne luy est 
« impossible ; si m' appaisé bien en ses œuvres qui 
-' tant sont merveilleuses. » (Percef. Vol. VI, f- 128.) 

Qui ne peut, ne peut ; si s'appaise. 

Poès. de Charles D. d'Orléans, p. 92, col. 3. 

C'est par une suite de la même extension, qu'rt- 
paisev désignoit l'état paisible que procurent en 
général les besoins et les désirs satisfaits : 

Moult font femmes à Dieu granl honte, 
Comme foies et desvoyées, 
Quant ne se tiennent appaisécs 
De la beaulté que Dieu leur donne. 

Rom. de la Rose, vers 9461-946-S. 

L'état paisible que procure le soulagement d'un 
mal, la guérison d'une blessure : 

Moult aléja sa maladie 

La coucha por miex aaisier, 
Et por les plaies apaisier. 

Fabl. MS. du R. n- 7218, fol. 292, R" col. t. 

L'état paisible que procure la satisfaction d'ap- 
prendre des nouvelles qui tranquillisent sur !e sort 
d'une personne à qui le cœur s'intéresse : « Sire, 
« dist la Royne, appaisez-moy de mon filz, ou 
«jamais je n'auray liesse. » (Percef. Vol. II, f° 150.) 
L'état paisible que procure la satisfaction de connoi- 
tre la cause d'un elTel qui excite la curiosité de 
l'esprit, et qui en trouble la tranquillité : 

.... Une fois se pourpensa 
Que le Vilain apeseroit 
De la demande qu'il fesoit. 

Fabl. as. du R. n- 7615, T. I, fol. 87, V col. 1. 



L'état paisible que procure à un coupable la cer- 
titude, ou l'espérance d'un pardon qui le tranquillise : 

Te proierai de cuer vrai, 
Dame ; vers ton fil tous fais xa'apais, 
U damnés serai. 

Ane. PoSs. fr. MS. du Valic. n° 1490, fol. 127, V. 

On conçoit que la signification du verbe apaiser 
pouvoilêlre aussi variée que le sont les obligations, 
les besoins et les désirs auxquels on peut satisfaire. 
(Voy. Ai'AisEME.NT et Ai'AisENTER ci-dcssus.) 

CONJIG. 

Apais (f), subj. prés. T'apaises. (Rom. de la 
Rose, vers 7429.) 

VARI.^NTES : 

APAISER. Orth. subsist. - Ane. Poës. fr. MS. du Vatican, 
n» 1490, fol. 127, V. 

Apaisier. Duchesne, Ilist. srénéal. de la M. de Béthune, 
p. 145. - Fabl. MS. du R. n» 7218, fol. 292, R» col. 1. 

Apaysier. Gloss. fr. lat. MS. du R. n» 7684. - Voy. D. 
Carpentier, Suppl. Gloss. lat. de Du Gange, au mot Expiare. 

Apeser. Bestiaire, MS. du R. n" 7989, fol. 173 ; fable lui. 

Appaiser. Duchesne, H. gén. de la M. de Chàtillon, pr. p. 
46. - Percef. Vol. Il, fol. 150. - Cotgrave, Rob. Estienne, 
Nicot et Monet. Dict. 

Apaiseur, subst. masc. Pacificateur. Celui qui 
apaise, qui pacifie les troubles , les dissensions, les 
différens d'une société en général. Dans la signifi- 
cation de pacificateur d'un différent entre particu- 
liers, on distinguoit l'arbitre et l'arbitrateur de 
Vaniiable apaiseur ou apaisenteur , parce que 
« amiable compositeur on appaiseur est celuy qui 
« du consentement des parties, les met en accord; 
« c'est-à-dire que chacune partie sçait bien qu'avoir 
" en deveroit avant l'édict de famiable composi- 
« tion. » (Bouleiller, Som. rur. p. 694.) « Dit, 
« ordenance et appointenient de nous arbitres 
« dessus nommés, comme arbitres, arbitraleurs, 
« ou amiables appaiseurs, etc. » (D. Carpentier, 
Suppl. Gloss. lat. de Du Gange, T. III, p. 117; tit. 
de 1404. — Voy. Apaisenteur ci-dessus.) 
variantes : 

APAISEUR. Cotgrave, Dict. 

Appaiseur. Cotgrave, Nicot et Monet, Dict . 

Apaisir, verbe. Apaiser. On procure la paix en 
faisant cesser la guerre. De là, on a dit : 

La guerre n'a pas apaisie ; 
Toute la Conté a saisie, etc. 

G. Guiart, MS. fol. 217. Rv 

Apaisiteur, substantif masculin. Pacificateur. 
La signification d'apaisiteur étoit relative à l'ac- 
ception particulière à'apaiseur, lorsqu'on disoit : 
« Fu rapporté par arbitres ou appaisiteurs, etc. » 
("D. Carpentier, ubi supra; tit. de 1404. — Voyez 
Apaiseur ci-dessus.) 

variantes : 

APAISITEUR, App.\isiteur. D. Carpentier, Suppl. Gloss. 
lat. de Du Gange, au mot Paciarii. 

Apalir, verbe. Etre pâle, devenir pâle; être 
ému, consterné, etc. Changer de couleur, se faner, 
se flétrir, etc. Languir, s'àffoiblir. On ne voit pas 
que dans notre ancienne langue, la préposition à ou 
en, réunie au verbe simple pâlir, ait rien ajouté à 
la signification de ce verbe qui subsiste. 



AP 



— 5 — 



AP 



Pensser, veiller, soupir, sangloz, 
Et soupirers m'avoient toz 
Fait pâlir et descoulorer. 

Ovide, de Arte, MS. de S' Germ. fol. 96, R* col. 3. 

Et jà avoit apalie la bouche 

Pour le grant grief qui si au cuer li touche. 

Froi^sart, Poès. MS. p. 73, col. 2, 

... Tu qui d'amor es à niestre, 
Dois enpalir et maigres estre. 
C'est la coulor qui mielz avient 
A celui qui amors maintient. 

Ovide, de Arle, MS. de S' Germ. fol. 95, R" col. 3, et V" col.l. 

C'est la traduction du vers latin : 

Palleat omnis amans ; hic est color aptus amanti. 

Que l'œil compare deux beautés dont l'une soit 
plus vive, plus animée que l'autre, celle qui le sera 
moins, paroitra devenir pâle. Il semble qu'on ait 
désigné l'effet de celle comparaison , lorsqu'on a 
dit : » Je fais double que la beaulté de vostre Dame 
« ne vous apallisse en la veue de la mienne qui 
<• toutes passe. « (Percef. Vol. V, fol. 21, V» col. 2.) 

On sait que la pâleur est un effet ordinaire de ces 
émotions de l'âme qui font refluer le sang avec pré- 
cipitation vers le cœur. De là, le verbe upalir aura 
signifié l'émotion excitée dans l'âme d'un Chevalier 
amoureux, par la beauté d'une femme qui dans un 
Lai où elle le compare au cèdre, dit que le cèdre en 
fut apalij. " Elle te compare là au cèdre qui est l'ung 
« des plus haulx arbres du monde ; et par ce cèdre 
« qui de sa beaulté fut appaUj, elle veult dire que 
« quant tu veiz sa beaulté, tu en fuz moult esmer- 
« veillé. » (Percef. Vol. 111, fol. 36, \'°col. 1.) 

Il pareil que ce même verbe signifioil la pâleur 
d'un ennemi mort ou consterné , lorsqu'on disoit 
par métonymie, le camp jut appalij. « Tant fis que 
« le camp fut appalij pour avoir la veue munde : 
u c'est-à-dire que quant les trois Chevaliers le ap- 
« pellèrenl de la jouste, tu les feiz Irébuscher par 
« terre, afin qu'ils ne te donnassent empeschement 
« à regarder sa beaulté. " (Percef. ubi supra.) 

L'idée particulière du changement de couleur 
signifié par le verbe pâlir ou apâlir, élant généra- 
lisée, on disoit qu'une fleur éloil apalie, qu'une 
feuille rt^jfl/issoi/, etc. lorsqu'en se fanant, en se 
flétrissant, elle changeoit de couleur. (Voy. Frois- 
sart, Poës. mss. p. 26, col. 2. — Eust. Desch. Poës. 
Mss. p. 202, col. 4, etc.) 

Peut-être aussi que ce verbe signifioil se faner, se 
flétrir, comme il a signifié languir, s'affoiblir, parce 
que la pâleur est un signe de foiblesse et de langueur. 

Un peu de mal ou fièvre aguë 
Qui de legier te santé mue , 
Et fait ton visage pâlir 
Et tes membres si apdlir 
Qu'a peines te peus-tu aidier. 

D. Carpentier, Suppl, Gloss. lat. de Du Cange, au mot Apalus. 

VARIANTES : 

APALIR. Eust. Desch. Poës. MSS. p. 202, col. 4. - Rom. 
du Riche homme et du Ladre, MS. etc. 

Apallir. Percef. Vol. V, fol. 21, V» col. 2. 

Appalir. Ibid. Vol. III, fol. 36, V° col. 1. - Du BeUai, 
Mém. T. VI, p. 304. 



Enpalir. Ovide, de Arte, MS. de S' Germ. fol. 95, R" col. 3. 
Pâlir. Orth. subsist. - Id. ibid. fol. 96, R» col. 3. - Rom. 
du Riche homme et du Ladre, MS. etc. 

Apan, subst. masc. Empan. On observe qu'a/)«n 
et empan sont des variations de l'orthographe 
espan. (Voy. Espan.) « Courtelas long de deux bras- 
« ses (1) et large d'un grand apan. » (D. Florès de 
Grèce, fol. 157, R°.) 

ApapeIardir,w?'/)C.Fairerhypocrite. Significa- 
tion analogue à celle de notre ancien mol papelard. 

James n'apapelardirai : 
Mais fi des papelars dirai. 

Hist. de S" Léocade, MS. de S. Germ. fol. 31, R° col. 3. 

A-par, prép. Par ; moyennant, au moyen , etc. 
On sait que la préposition par, en latin per, désigne 
une idée de mouvement progressif, une idée de 
passage dans les expressions par terre, par mer, etc. 
En comparant un espace de temps à un espace de 
lieu, on a dit et l'on dit encore par un temps, par 
un tel jour, etc. C'est probablement en cette signi- 
fication qu'avec ellipse du mol temps, on disoit que 
deux choses se faisoient à-per-mesmes ou à-per- 
mismcs, lorsqu'elles se passoient dans le même 
temps, par le même temps. « A-per-mesmes ke vos 
« oyste ceste chose anoncier . . . par droit rendisles 
« grâces, etc. » (S' Bern. Serm. fr. mss. p. 112.) 
« Cav à-per-mismes que li soels (2) fut brisiez, si 
« vint à-per-mêmes a[wès li amers deparleraenz (3) 
« elli triste discorde. » (Id. ibid. p. 137.) « Li mes- 
" saige célesliien se hastent, et à-per-mismes qu'ils 
« virent la misère des hom ... si ploreivent amei- 
« remenl. » (Id. ibid. p. 376.) 

Dans tout espace de temps, il existe un milieu 
par lequel les choses succèdent plus ou moins 
immédiatement les unes aux autres. De là, ces 
expressions au-par-mé , à-par-main , en latin per 
médium, per medianum tempus, prises dans le 
sens oîi nous dirions tandis, tout de suite, bientôt, 
dans peu de temps, etc. Le peuple de Normandie 
dit encore moyennant que, pour tandis que. « Le 
« Mareschal . . . jettera le gand au milieu des lices. 
« Alors part à pied, ou monte à cheval qui voudra ; 
" car en gages de querelle, se il n'est emprins, face 
« chascun le mieux qu'il pourra: et au-par-7né que 
« les combaleurs feront, les Conseilleurs d'honneur 
« sailliront hors delà prochaine lisse voir comment 
« la chose se passera. » (Oi-d. de Philippe-le-Bel sur 
les Duels. — Voy. Du Cange , Gloss. lat. au mot 
Duellum.) Une preuve que l'origine et la significa- 
tion de mé sont les mêmes que celles de ??u dans 
parmi, en latin yjcr médium, c'est qu'au féminin 
on disoit )?;t'V, en latin ?»erf?rt. De medianum, ce 
qui est au milieu, s'est formé par contraction l'ad- 
jectif moyen, qu'anciennement on écrivoit meien, 
mein, main. 

Ne fust por ma chose haster 
Por aler au marchié demain, 
Tu le compraisses à-par-main. 
Comparaisse, fet Anieuse ? 



(l) Mesure de longueur qu'on prend de l'extrémité du pouce à celle du petit doigt, quand la main est ouverte le plus 
possible. Ce mot, d'origine germanique, vient de spannen. (N. E.) — (2) Scel, sceau. — (3) Division. 



AP 



— 6 — 



AP 



Par mon chief, je vous en di beuse ; 
Quant vous volez, si commenciez. 

Fal)l. JIS. (lu R. n- lUS, fol. 49, V col. 2. 
Se Dex ne li ajue, il est mors ù-pcr-main. 

Ane. PoC'l. Fr. MSS. avant 1300, T. IV, p. 1349. 

Araors m'ont si par tôt le cors saisi, 
Que rt par-mniii iert ma joie finie. 
Se vos n'avés pitié de vostre ami. 

Id. T. Il, p. 947. 

Peut-être la préposition par n'a-l-elle marqué les 
causes et les moyens par lesquels on ao:it, que parce 
qu'agir, c'est en quelque manière passer des moyens 
ou des causes aux elTets. Le moyen étoit exprimé 
par l'adjecUf mU lorsqu'on disoiL parmi un subside, 
parmi payant, etc. 11 n'étoit que désigné, lorsque 
pour sii^iiilier à peu de chose près, à peu près, on 
disoil à-jiar-un-pou, et simplement 7Jfl>'ywî{; façons 
de parler dans lesquelles l'acception âe. par, à-par, 
semble être analogue à celle de parmi, c'est-à-dire, 
moyennant, au moyen. (Voy. PAniii.) Ainsi l'expres- 
sion à-par-iin-jxni siguirieroil: 1° moyennant quel- 
ques personnes de plus: « Moult de Evesques et de 
« Prélats, et à-par-un-peu tous les Barons , etc. » 
(Cbron. fr. de G. de A'angis, Jis. an. 1190.) 2» Moyen- 
nant quelque chose de plus: « A-par-un-pou avoil 
B toute Normandie acquise, fors Rouen. » (Ibid. 
an. \'H)i.) 3° Moyennant quelque temps de plus : 
« Autant de temps à-par-unpou avoit-elle esté 
« tenue des nostres, comme elle avoit esté tenue 
« des Sarazins. » (Ibid. an. 1187.) 

Lorsque les moyens et la puissance, la faculté 
d'agir et de produire un effet en général , étoient 
propres à un Etre et dans sa nature, on disoit qu'il 
agissoit à-par-soi, par soi, dans le sens oîi l'on dit 
soi-même, de soi, de soi-même. (Voy. Par.) « Je 
« vouldroye que Lyonnel . . . fust apporté ça-siis , 
« s'il ne povoit ft-yw/r-soy venir. » (Lanc. à\x Lac, 
T. II, fol. 130, li" col. 2.) 

En agissant à-par-soi ou par-soi, en lalin per se, 
on agit seul et pour ainsi dire à part. On soupçonne 
donc que cette idée particulière étant généralisée, 
l'expression à-par-soi aura signifié tout seul, sépa- 
rément; et que la signification de par étant deve- 
nue la même que celle du substantif ;jarf, on aura 
substitué le substantif à la préposition , laquelle 
étant précédée de l'a, paroissoit elle-même être un 
substantif. « Pour ce mesme effait vous pouvez 
« pareillement user del'orpigmenttout à-/;flr^sol/, 
« et du poivre aussy sans orpigment. >> (Fouilloux, 
Fauconnerie, fol. 49.) « Tous ensamble et chacun 
« à-par-soi, etc. » (Beaum. Coût, de Beauvoisis, p. 2.) 

En tout temps fait bon couchier ô-par-smj. 

Eusl. Desch. Pocs. MSS. p. 271, col. 1. 

Telle pourroit être l'ancienne origine de notre 
expression à part, à-part-soi. Quoi qu'il en soit, la 
préposition à étant supprimée, par soi signifioit en 
particulier, seulement, séparément. (Voyez Appar 
et Par ci-après.) 

VARIANTES : 

A-PAR. Beaumanoir, Coût, de Beauvoisis , p. 2. — Fabl. 

MS. du R. n» 72-18, fol. 11. - Eust. Desch. Poës. MSS. fol. 359. 



A-PART. Le .Touvencel, MS. p. 509. - Fouilloux, Faucon- 
nerie, fol. 49 R». - Du Bellay, Mém. L. VII, fol. 198, R" etc. 
A-PER. S' Bern. Serm. fr. MSS. p. 27, 112, 150, passim. 
Au-PAR. Du Gange, Gloss. lat. au mot Duellum, col. 1688. 

Aparageor, subst. masc. Qui tient en parage. 
On observera que dans les principes de l'ancien 
Droit féodal, lorsque des puînés ne dévoient pas à 
leur aine l'hommage de la portion héréditaire d'un 
fief partagé entre eux suivant les Coutumes, l'ainé 
et les puinés étoient pairs es parties de ce même 
fief; ils étoient égaux en noblesse féodale. De là, le 
mot aparageor qui désignoit et les parageaux , les 
puînés tenans en parage de leur aîné, elle /j^mgrewr 
ou l'aîné sous l'hommage duquel ils étoient garan- 
tis en parage. « Nus hons qui tient en parage , ne 
« fet aide à son aparageor, se il ne le fel au Chief- 
« seigneur; et se aucuns est qui ait aparageors qui 
« tiennent de lui en parage, il ne lor puet terme 
c< mettre hors du parage. -> (Ord. T. I, p. 139.) « Se 
« li Vavasor avoient aparageors qu'il deussent met- 
« Ire en l'aide, il leur doit mettre jor que il auront 
« lors aparageors ; et li Vavassor doit dire as autres 
« aparageors que eus viegnent à tel jour voir fère 
« l'aide. » (Ibid. p. 138. — Voy. Parageau, Parager, 
Paragecr ci-après.) 

Aparager, verbe. Comparer, égaler. Doter, 
maiier. Oiî ne croit point que le partage d'un fief 
héréditaire entre un aîné et ses puînés , ait été 
nommé parage, par la seule raison qu'ils étoient 
pairs en lignage. Il n'y auroit donc eu nulle dis- 
tinction réelle à faire enire le parage et le frérage, 
dans les cas où le frérage étoit aussi le partage 
coutumier qu'un frèi'e aine et ses puînés, pairs en 
lignage, faisoient d'un fief dont l'hommage étoit 
indivisible. On sait pourtant qu'ils difïéroient; mais 
la différence consiste en ce que les puinés tenans 
en frérage, faisoient à l'aîné un hommage dont les 
puinés tenans en parage, étoient affranchis. L'af- 
franchissement de cet hommage semble donc cons- 
tituer essentiellement le ;jrtm^e qu'on peut définir 
égalité de noblesse féodale. (Voyez Aparageor ci- 
dessus et Parage ci-après.) 

Il est possible que cette idée particulière d'égalité 
qui n'existoit jamais qu'entre Nobles de même 
lignage, étant généralisée, le molparage aitsignifié 
noblesse, parenté, etc. égalité entres nobles, entre 
parens ; égalité entre personnes de même mérite, 
de même état, de même fortune. De là, on aura dit 
s'aparager on s'emparager, pour s'égaler, aller de 
pair avec la noblesse , en s'alliant ou en vivant 
noblement. 

. . . Tant se veulent enhaucier 
Et en tel lieu aparar/ier 
Qui n'avient pas à leur corsage, 
En-seur que tout (1) à leur parage. 

Fabl. MSS. du R. n- 7615, T. I, fol. 78, R' col. 1. 

Quant li hom possède muison. 
Qu'il est auques souraagiés 
Rioes d'avoir, emparagiés ; 
Et s'ait le cuer plain de noblèce 
Et qu'il ait kier feste et léèce, 



(1) Sur-tout. 



AP 



— 7 



AP 



Li enviex par moquerie 
Dit lues que c'est redoterie. 

Ane. Poêl. fr. MSS. avant 1300, T. IV, p. 1315. 

C'est relativement à l'espèce àe pavage ou d'éga- 
lité qui existe entre parens, qu'on a dit : 
. . . Maie chose est envie. 
A traïson de paraige 

S'apai-aiye ; 
Car nul temps ne prant déduit 
Fors en haineux ouvraige. 

Eusl. Desch. Poès. SISS. p. 295, col. 3. 

On s'aparageoit en se comparant à un homme de 
mérite, en croyant aller de pair avec lui et l'égaler. 

Dont Aiax à moi s'aparage. 

Ovide, MS. Voy. Borel, Dicl. 

En terme de Coutumes, apparager suffisamment 
ou deucment une fille, Yemparager noblement, 
c'étoil égaler, proportionner la dot d'une fille h son 
état, la doter et marier à une personne qui lui étoit 
paire et noble comme elle. (Du Cange , Gloss. lat. 
T. V, col. 157. — Laurière, Gloss. du Dr. fr. — Cot- 
grave, Dict.) « Le Seigneur noble peut doubler ses 
« devoirs sur ses hommes . . . pour le mariage de 
« sa fille aisnée, emparagée noblement. » (Coût. 
d'Anjou, Coût. gén. T. II, p. 72.) En général, fl??ijyfl- 
rager ou emparager une fille, c'étoit la marier h 
un homme égal à elle par la naissance, l'état et la 
fortune. (Oudin et Monet, Dicl.) 

VARIANTES : 
APARAGER. Borel, Dict. - Dict. de Trévoux. 
A.MP.^RAGER. Monet, Dict. 

Aparagier. Fabl. MS. du R. n» 7615, T. I, fol. 78, R» col. 1. 
Aparaiger. Eust. Desch. Poës. MSS. p. 295, col. 3. 
Apparager. Cotgrave, Dict. — Laurière, Gloss. du Dr. fr. 
Emparager. Coût. gén. T. II, p. 72. 
Emparagier. Ane. Poët. fr. MSS. avant 1300, T. IV, p. 1315. 

Apareill, subst. masc. Préparatif, viandes, 
tables, etc. Préparatif, engins, armes, etc. Préparatif, 
charrue, paire de bœufs, etc. Il est probable que le 
verbe appareiller a signifié en général préparer, 
dans un sens analogue à celui de comparer, égaler; 
et que par la même analogie, le substantif appareil 
signifioit: 1° les préparatifs d'un repas, d'un festin, 
comme les viandes, les tables, etc. « Moult fut grande 
« la teste au chastel, quant les Chevaliers furent 
« desarmés; car ilz estoient assis à l'entour de 
« Y appareil. » (Percef. Vol. IV, fol. 43, R° col. 1. — 
Rob. Eslienne et Nicot, Dict.) 

2° Les préparatifs d'un triomphe, d'un arc de 
triomphe. « L'ng haubert, ung hault appareil asseré, 
« une hasche. . . et ainsi de tout appareil requis à 
« un arc triumphal ou trophée. » (Rabelais, T. II, 
p. 223. — Rob. Estienne et Nicol, Dict.) 

3° Les préparatifs d'une guerre, d'un assaut, d'un 
combat, engins, armes, etc. « Quant li Empereres 
« Challes sot que il faisoit tel apareil, il manda ses 
« Barons, etc. « (Chron. S' Denys, Roc. des Hist. de 
Fr. T. V, p. 273.) « Feit commencer à faire plusieurs 
<• apparaux pour iceux prendre el subjuguer, mais 
« quand les assiégez apperceurent le&âii&apparaux, 



« ils commencèrent à parlementer. » (Jlonstrelet, 
Vol. I, fol. 253.) « Le haut appareil éloit une armure 
« complette, l'armure de toutes pièces de l'homme 
« d'armes, avec la grande pièces ou plastron. » 
(Voy. Mcot, Dicl. — Rabelais, T. II, page 244. — S' 
Julien, îlesl. hist. p. i42, etc.) 

4° Les préparatifs pour le labourage, une charrue, 
une paire de bœufs, etc. « Chacun des supplians 
« ayans son appareil ou charrue de beufs pour 
« labourer... et quant furent chacun en son appareil 
« pour ilec labourer, etc. >• (Lett. de grâce, an. 1466. 
— Voy. D. Carpentier, Sup. Gloss. lat. de Du Cange. 
au mot Apparamenta, col. 242.) 

On pourroit aussi rapporter la signification à'ap- 
pareil, charrue attelée d'une paire de bœ'ufs, a celle 
de notre verbe appareiller, joindre à une chose une 
autre chose qui lui soit pareille. 

En termes d'Architecture, appareiller signifie en- 
core préparer la pierre, les matériaux pour la cons- 
truction d'une maison^ d'un édifice; proportionner 
la mesure, la forme de ces matériaux à la place où ils 
doivent être posés. On a dit dans un sens analogue: 

Géométrie est ars bien autentiques 
De mesurer et de faire apparaulx, 
Pour maisonner, forgier choses antiques, 
Compasser tours, églises et chasteauLx. 

Eust. Desch. Poés. MSS. p. 348, col. 1. 

Il semble même qu'on ait désigné par le mot 
appareil, celle justesse de proportion dans l'assem- 
blage des matériaux, et l'effet qui en résulte pour 
la beauté d'un édifice, lorsqu'on a dit : 

On faisoit celle sainte abbaye 

Qui en sus la montagne est hautement dressie 
De très- grand apparuil, par merveilleuse estude, etc. 
Ger. de Roussillon, MS. p. 177. 

L'orthographe apparat est sans doute une altéra- 
tion d'upparoi. (Ibid. Variantes du jis. de la Cathéd. de 
Sens. — Voyez Aparoi.) Enfin l'acception particulière 
dans laquelle on prend encore aujourd'hui le pluriel 
apparaux, n'est pas moins relative que les autres à 
l'acception générale d'appareil, préparatif. (Voyez 
Apakeillement ci-dessous.) 

VARIANTES : 
APAREILL. Ch. S' Denys, Rec. des H. de Fr. T. V. p. 273. 
Apparaulx (plur.). Eust. Desch. Poës. MSS. p. 348, coL 1. 
Apparaux (plur.). Monstrelet, Vol. I, foL 253, R». 
Appareil. Orth. subsist. - Percef. Vol. IV, f° 43, R" col. 1, 
etc. — Rob Estienne, Nicot et Monet, Dict. 
Apparoil. Ger. de RoussiUon, JIS. p. 177. 

Apareillé, participe masc. et fém. Préparé, 
disposé; préparée, disposée. Les significations du 
participe apareillé, quelque multipliées qu'elles 
puissent être, sont toutes analogues à celles du 
verbe apareiller. On se bornera donc ici à une 
remarque sur l'espèce de formule que le roi d'An- 
gleterre, Edouard I", et Jean I", duc de Bretagne, 
ont employée dans l'inscription de lettres écrites au 
roi de France. C'étoit peut-être comme vassaux 
qu'ils se disoient apareillés à son service (1), à son 



(1) Joinville emploie aussi cette expression au commencement de son livre, et d'une lettre datée de 1315, s'adressant 
dans l'un et l'autre cas au roi Louis X: « .^. son bon signour Looys, fils dou roy de France, par la grâce de Dieu roy de 
Navarre, de Champaigne et de Brie conte palazin, Jehans, sires de Joinville, ses senecbau.\ de Champaigne, salut et 
amour et honneur, et son sei-vise appareillié. ï M. de Wîiilly traduit; et son service disposé, (n. e.) 



AP 



AP 



plaisir, etc. ° A très-haut Prince et Seigiior Pliilipe... 
« Rey de France, Edward... Rei de Englelerre, 
« Sei£!;nor de Irelaunde, Duc de Guyene, saluz ; e se 
o apàraillé h son jilesir. » (Rymer, T. I, part, ii, 
p. 168; lit. de 1-278.) - A son 'très-liault Seigneur 
« Louis... Roy de I-'rance, .Jelum Duc de Bretaigne, 
« salus; et soit (1) appareillé à son service en toute 
<■ chose. » (D. Morice, preuv. de l'Hist. de Bretagne, 
T. I, col. 998; tit. de 1265.) 

Ce même duc de Bretagne et Jean son fils aîné 
qui épousa Béalrix fille de Henri III roi d'Angle- 
terre, devinrent les vassaux de ce Prince, par la 
restitution qu'il leur fit du Comté de Richemont, à 
la charge de l'hommage et du service féodal. Ainsi 
leurs femmes Blanche et Béatrix semhleroient avoir 
affecté de se reconnoître vassales du roi d'Angle- 
terre, lorsqu'en lui écrivant, elles se disoient apa- 
reillies à faire sa volonté. « A son très-haut et 

« très-cher Seignor Henri... Roe d'Englcterre 

« Blanche, Duchesse de Brelangne, salit et révé- 
« rence cum à son Seignor, e soc apparellic alTerre 
« sa volenté en totes choses. » (Rymer, T. I. part, n, 
p. 53, col. 1 ; til. de 1200. — Id. ibid. p. 102, col. 2; 
tit. de 1205.) Il faut lire soi upparellie, etc. au lieu 
de foi apparellie, etc. (D. Morice, preuv. de l'Hist. 
de Bretagne, T. I, col. 997.) >■ A très-haut Seignor e 
" à son très-chere pière... Henri... Roe d'Engle- 
« terre... Béatrice sa dévote file, feme à Monsor 
« Jehan de Bretaigne, salut e amor cum à son 
« cher Seignor, a (2) soe aparellie à fère sa volenté 
K en lolesdioses. » (Rymer, T. I, part, n, page 71, 
col. 2; lit. de 1262.) 

Quel qu'ait été l'usage de cette espèce de formule, 
soi apareillé etc. on a pu l'adopter comme une 
reconnoissance spéciale de vasselage. « A haut home 
« e noble moun Seiguur le Roy d'Englelerre, Jo 
« Giies de iNueville, voz orbs (3), saluz e îoial amour, 
« e aparailez à tote vos volenté faire. " (Rymer, 
T. I, part, u, p. 170, col. 1 ; tit. de 1278.) « L'accepta 
" pour son Seigneur, en luy offrant d'estre apareillé 
« de faire tout ce qu'il luy seroit possible. » (Nuits 
de Straparole, T. I, p. 209. — Yoy. Apareiller.) 

VARIANTES : 
APAREILLÉ. Gloss. sur les Coût, de Beauvoisis, p. 478. 
Aparailé. Rymer, t. I, part, ii, p. 176, col. 1; tit. de 1278. 
Aparaillik. Id. ibid. p. 17i, col. 1 ; tit. de 1278. 
Apareillié. Estrubert, Fabl. MS. du R. n» 7996, p. 3. 
Apariliet. S' Bern. Serm. fr. MSS. p. 97. 
Apparill. Livres des Machabées, MS. des Cordel. fol. 173. 
Apareillié Prov. du Vilain, MS. de S' Germ. fol. 75, V». 
Aparellie. Rymer, T. I, part, n, p. 71, col. 2; tit. de 1262. 
Appareillie. Rom. de la Ro.se, vers 3804. 
Apparellie. Rymer, T. I, part, ii, p. 102; tit. de 1265. 
Apparillie. S' Bern. Serm. fr. MSS. p. 376. 

Apai'eillenient, sithst. m. Action de préparer, 
préparation, préparatif. C'est dans un sens analogue 
a celui d'apaieiller, préparer, qu'on a dit : « Long 
« appareillemcnt de bataille fait victoire avoir. » 
(Le Chev" de la Tour, instruction à ses filles, f° 78.) 

On emploie les choses, les moyens convenables 
pour se préparer à ce qu'on veut, à ce qu'on doit 



faire. De là, le mot apareillement a signifié, 1° pré- 
paratif, chose convenable pour une noce: « Parceu 
« mismes pues-tu awertement aparzoivre ke si soit 
« li apparillement des noces. » (S" Bern. Serm. fr. 
MSS. p. 239.) 2° Préparatif au combat dans les vers 
suivans : 

Son bon cheval a demandé. 

Or verrai, dist-il, qui vendra, 

Et or verrai qui me suivra. 

Ne fist autre uppareillemeiit. 

Rom. de Rou, MS. p. 299. 

3° Préparatif, chose convenable pour l'ajustement, 
la parure d'une femme : 

Si ai tôt YapareiUnment 
Dont feme fait forniement. 

Fabl. MS. de S' Germ, fol. «, V- col. 3. 

4° Préparatif, chose convenable au dessein de 
plaire. C'est l'amour qui parle dans ces vers: 

Nus hom n'ert jà de ma mesnie 
Qui ne soit plains de cortoisie. 
Ce sont li appareillement 
Desquels j'appareille ma gent. 

Fabl. MS. du R. n- 1218, fol. 362, R* col. 2. 

Qu'il suffise d'avoir indiqué le développement des 
idées particulières qui peuvent avoir été comprises 
dans l'idée générale A' apareillement, apareil prépa- 
ratif. (Voy. Apareill et Apareiller.) 

variantes : 
APAREILLEMENT. Fabl. MS. du R. n» 7218, foL 281, V». 
Aparillemext. S' Bern. Serm. fr. MSS. p. 32. 
Apparaillement. Liv. des Machabées, MS. des C. f° 168. 
Appareillement. Rom. de Rou, MS. p. 229. — Fabl. MS. 
du R. n» 7218, foL 362, R» col. 2. - Cotgrave, Dict. 
Apparillement. S' Bern. Serm. MSS. p. 31, etc. 

Apareiller, verbe. Etre pareil, être égal, être 
semblable. Comparer, égaler, rendre pareil, rendre 
semblable, peindre. Réparer, raccommoder, panser, 
Préparer, accommoder, parer, ajuster, habiller, 
armer, disposer. On croit que l'adjectif latin ;jfl77Zis, 
en frangois pareil, comparable, égal, semblable, est 
l'origine du verbe apariller, apareiller, dans la 
signification de ressembler, être pareil. 

... De serur et de raoiUier 
Ne puet amours apareiller... 
Car en l'un n'a fors seul nature ; 
Nia point d'autre conjointure. 
L'autre est nature et si est lois, etc. 

Alliis, MS. fol. 23, V» col. 1 ; Var. du MS. du Roi. 

C'esll'unique preuve qu'on ail de la signification 
neutre du verbe apareiller. Dans le ms. en marge 
duquel sont les variantes du ms. du Roi, on lit : 

.... De serur et de moillier 

Ne peut nuns bons apparillier, etc. 

Alors il signifie comparer , faire comparaison , 
égaler ; il étoit actif en ce sens et plus souvent 
réciproque. 

Lors te viendra à remembrance 
Et sa façon et sa semblance 
A qui nulluy ne s'appareille. 

Rom. de la Rose, vers 2458-2460. 

Encore i a autre merveille 
A cui nulle ne s'apareille 

Fabl. MS. du R. n- 7615, T. II, fol. U8, V col. 1. 



1) Corr. soi. - (2) Corr. e, et. - (3) On croit qu'il faut lire Chrs, abréviation de Chivalers, Chevalier. 



AP 



-.9 — 



AP 



Clos de girofle, lis et rose 
Où toute doucor se repose, 
A vous, Dame, ne s'aparaille. 

Fabl. MS. du R. n" 7218, fol. 217, V col. 1. 

Quelque variées que soient les acceptions de ce 
verbe, il seroit possible que toutes ne fussent que 
des modifications de racccption génévn]eapareiller, 
comparer, égaler, rendre semblable. La peinture 
ayant ordinairement pour objet la ressemblance, il 
paroit assez naturel qvi' apareiller ait signifié 
peindre. 

Geste chievre que ci véez. 

Pour combien vous la me peindrez '!... 

Amis, trois francs de les deniers 

M'en donras, et je volentiers 

La te paindré, et bien et bel... 

Li maislres la chievre. apareille 

Inde, jaune, vert et vermeille, etc. 

Estrub. Fabl. MS. du R. n" 7996, p. i. 

On réalise cette ressemblance avec les couleurs, 
le vernis, etc. De là, on aura dit : 

A un huis est arestez 

Où ot peint un viez crucefiz 
Et apareilUé de vernis. 

Estruberl, fabl. MS. du R. n- 7996, p. 3. 

En réparant une vieille cbose, une chose usée, 
en la raccommodant, on lui donne une forme 
pareille, une forme semblable à celle qu'elle avoit 
étant neuve; on la rend d'une utilité égale. C'est 

Srobableinent ce que signifioit le verbe apareiller 
ans le sens de réparer, raccommoder. « Les 
« Chausseliers... n'auront pour la façon d'une paire 
« de chausses î» homme que six deniers, et à femmes 
« et enfans quatre deniers, et non plus. Ceux qui 
« les appareillent, ne prendront pour mettre un 
« avant-pied en une chausse, que deux deniers. » 
(Ord. T. Il, p. 372.) « Bourreliers n'auront, ne 
« prendront d'une selle de limons que douze sols 
« de la meilleure,... du collier de limons, garni de 

« brasseures, d'astellets, douze sols et pren- 

« dront d'appareiller aucunes des choses dessus 
« dites, etc. » (Ibid. p. 37. — Voy. Rapareiller.) 

Celte analogie étant reconnue, l'on voit comment 
les significations parliculières des verbes par 
lesquels on exprime diverses façons de réparer les 
choses, pourroient être rapportées à la signification 
générale à' apareiller. Par exemple, panser un 
blessé, lui mettre un appareil, c'est employer les 
médicamens propres à le rétablir dans un état 
pareil à celui où il étoit avant sa blessure. 
« Ordonna faire appareiller les blécez. » (Saintré, 
page 603.) 

Confortez-vous d'autre manière : 
Faites vos mors mètre en litière, 
Et vos navrez appariUier. 

Alhis, MS. fol, 52, R' col. 1. 

On conçoit une espèce de comparaison, d'égalité, 
de proportion, de convenance nécessaire entre les 
choses qu'on prépare et l'objet pour lequel elles 
sont préparées ; entre un besoin et le moyen par 
lequel on en prépare la satisfaction; entre la réso- 
lution, le projet de faire une chose, et les moyens 
par lesquels on s'y prépare; entre la volonté et la 
faculté d'agir, etc. Il est donc possible que par une 
II. 



même analogie d'idées, le verbe apareiller ait 
signifié préparer la voile à recevoir le vent, prépa- 
rer un vaisseau à faire voiles : 

Et ses Barons et ses Parens 
S'aparlièrent isnellement. 
Lors nez ont tost appnreillies. 

Rom. de Brul, MS. fol. 70, R' col. 1. 

Préparer une somme d'argent pour le prix d'une 
chose, et la payer en deniers comptans : « Acheta 
« le Roy d'Angleterre, le Connestable de France et le 
« Comte de tancarville, de Monseigneur Thomas 
« de Holande et de ses compaignons, et en paya 
« vingt mille Nobles tous appareillés. » (Froissart, 
Vol. I, page 145.) 

Préparer des viandes, les accommoder, en pro- 
portionner la qualité et la quantité au besoin et au 
goût des convives; préparer un festin ; préparer à 
manger, etc. « En ces festivalz jors... appariUier 
« les délicieuses viandes, etc. « (S* Bern. Serm. fr. 
Mss. p. 24. — Voy. Rob. Estienne et Nicot, Dict.) 

S'il faut aparlier à mangier. 

Eust. Dcsch. Poè's. MSS. p. 500, col. i. 
L'an aparoille\e maingier. 
Et cil n'an fist onques dangier. 

Fabl. MS. du R. n' '7615, T. II, fol 149, V- col. 2. 

Préparer, accommoder un hôtel, pour recevoir 
convenablement la personne qui doit l'occuper : 

L'ostel apparechier et prendre 

U ilh voloit primes descendre, etc. 

Lus IV Filles le Roy. MS. de Turin, fol. 39, R- col. 2. 

Préparer la réception d'une personne, la recevoir 
avec les, égards convenables, en la faisant servir 
par des Écûyers, etc. « Quant ilz furent emmy la 
« Court, ilz furent appareiller de deux Escuyers 
« qui misrent jus la Damoiselle, et tindrenl aux 
« Chevaliers leurs estriers, etc. » (Percef. Vol. I, 
fol. 35, R" col. -1.) 

Préparer les choses dont on a besoin pour se 
vêtir, se coucher, etc. « Por-kai apparailles-ln ta 
« vesture par si grant cuvise ? » (S' Bernard, 
Serm. fr. mss. p. 24.) « Ses gens ne lui avoient riens 
«' appareillé, comme de robbes, lit, cousche, ne 
« autre bien. » (Joinville, p. 79.) 

Préparer à une personne le moyen de paroitre ce 
qu'elle est, lui préparer le moyen de plaire, la 
parer, l'ajuster d'une manière convenable : « Faistes 
« vostre fil apareiller comme fil d'Emperour. « 
(Rom. de Dolopathos, ms. du R. n» 7534, fol. 294.) 

La Dame sa fille apareille ; 
Moult fut gente, clere et vermeille. 
Fors la malne ; li Quens Va prise 
Par la main et lez lui assise. 
Moult li fu sa biautè loèe, etc. 

Fabl. MS. du R. n" 7615, T. II, fol. 174, V' col. 1. 

Le sens ironique dans lequel nous employons les 
verbes s'ajuster, s'accommoder, en parlant d'un 
homme qui s'est incommodé par un excès de vin, 
étoit quelquefois celui du verbe apareiller. « Des 
« vins avoyent-ilz assez à foison; mais ils estoyent 
« si chaux et si fors que... ceux... qui grand'foison 
o d'eaue au boire n'y metloienl, s'en trouvoient 
« tellement appareillés qu'ils ne se pouvoyent 
« aider au matin. » (Froissart, Vol. III, p. 204.) 

On conclura d'après notre observation sur l'ori- 



AP 



-10 — 



AV 



grine de l'acception générale du verbe apareiller, 
s'aparciller, piépurcr, se préparer, qu'il pouvoit 
avoir la signification de tout verbe par lequel on 
désigne un moyen de se préparer à une chose. 
« En toutes besongnes, avant que l'en les com- 
« nience, on se doit appareiller... àgrant diligence 
« et à grant délibération. » S'il falloit s'habiller, 
s'armei', etc. le verbe s'rt/jare/Z/n'signifioil s'armer, 
s'habiller, etc. (Voy. Ai'areill et Ap.\iieillement.) 
« Commanda Jonalhas as suens que il veillassent, 
« et eslre apparill por combattre. » (Livres des 
Machabées, ms. des Cordel. fol. 173. — Voy. Nicot, 
Dict.) « Quand il eut un petit reposé sur son licl, 
« il se leva et appareilla ; et quand il fut appareillé, 
« il m;mda en sa chambre, etc. " (Froissart, 
Vol. III, page 'iOO.) 

Lors te fauldra appareitler, 
Vestir, chausser et alourner, etc. 

Rom. de la Rose, vers 2533 el 2534. 

Enfin, être apareillé, préparé à une chose, y être 
disposé, c'est avoir de l'inclination à faire cette 
chose, en avoir la volonté et la faculté dans une 
proportion qui la rende possible ou naturelle. 
« Aparillie~~i est mes cuers... as aversitez, aparilUe:^ 
« as propéritez ; aparllliez est as humles choses ; 
« aparilliez est à hallesce ; aparilliez est à lot ceu 
« ke tu me comanderas. « (S' Bernard, Serm. fr. 
Mss. p. 2!)6.) « Je suis... dattres (1).... à justise et à 
« vériteit cui vos véez estre si aparillie por faire 
« veniance. (S' Bernard, Serm. fr. mss. p. 37G.) 
« Li fil Adam estoient molt aparilliet à non-greit- 
» sachance {'2). » (Id. ibid. p. 11.) 

Se l'ire jalousie engaigne, 

Elle est moult fiére el moult estrangne 

El de tencer appareUlie, etc. 

Rom. de la Rose, vers 3802-3804. 

On terminera cet article, en observant que les 
significations d'apareiller, et â'aparier étoient quel- 
quefois les mêmes. (Voy. Aparier ci-dessous.) 

CONJLG. 

Aparaut (s'), subj. prés. Qu'il se prépare. (Fabl. 
MS. du R. n* 7G15, T. l, fol. 102, V col. 1.) 

Aparelt, subj. prés. Qu'il prépare. (Fabl. ms. de 
S'Germ. fol. 37, R° col. 2.) 

Apparaillet, ind. prés. Il prépare. (S'Bern. S. F.) 

AppariUieret, ind. imp. Préparoit. (Id. ibid.) 

VARIANTES ". 

APAREILLER. Rom. de Dolopathos, fol. 294. - Fabl. MS. 
du R. n» 7-218, fol. 112. - Fabl. MS. du R. n» 7615, T. II, f° 148, 
V» col. 1. - Clém. Marot, p. 408, etc. 

Aparailler. Fabl. MS. du R. n" 7218, fol. 217, V col. 1. - 
Rymer, T. I, part, ii, p. 168, col. 2 ; lit. de 1278. 

Apareller. Vie du monde, MS. de N. D. n» 2, fol. 14, Y» 
col. 1. - Fabl. MS. du R. n" 7615, T. I, fol. 113, R° col. 1. 

Apariller. Atliis, MS. fol. 55, R» col. 1. 

Aparillier. S' Rern. Serm. fr. MSS. page 296. — Rom. de 
Dolopathos, MS. du R. n» 7534, fol. 294, V» col. 1. 

Aparlier. Rom. de Brut, MS. fol. 70, R». — Gloss. sur les 
Coût, de Beauvcisis, p. 478. - Eust. Desch. Poës. MSS. p. 500. 

Aparoillf.r. S' Bern. Serm. fr. MSS. p. 24. — Ane. Poët. 
fr. MSS. avant 1300, T. I, p. 104. - Fabl. MS. du R. n» 7615, 
T. II, fol. 149, V» col. 2. 

Apparailler. S> Bern. Serm. fr. MSS. p. 24 et 94. 



Appabechier. Les iv filles le Roy, MS. de Turin, fol. 39. 

Appareiller. Orth. subsist. — Rom. de la Rose, vers 2533. 
— Gloss. sur les Coût, de Beauvoisis. — Joinville, p. 79. — 
Ord. T. II, page 371. - Froissart, Vol. III, page 200. - Rob. 
Estienne, Nicot et Monet, Dict. 

Appareillier. Rom. de Dolopathos, MS. du R. n» 7534, 
fol. 294. - Rom. de la Rose, vers 16979 - Ord. T. I, p. 314. 

Appareller. Fabl. MS. du R. n» 7615, T. II, fol. 211, R» 
col. 1. - Ord. T. I, p. 314. 

Apparillier. S' Bern. Serm. fr. MSS. p. 24. - Athis, MS. 
fol. 23, V» col, 1. 

Apperieillier. Beaumanoir, Coût, de Beauvoisis, p. 244. 

Apperiller. Britlon, des Loix d'Angleterre, fol. 60, V". 

Aparenter, verbe. Avoir pour parent. Traiter 
de parent, cousiner, reconnoitre pour parent. 
Traiter comme parent, accueillir, obliger, aider, 
secourir, soutenir, fortifier. On devientle parent de 
ceux ;\ qui on s'allie; on les a pour parens. De là, 
l'acception du verbe réciproque s'apparenter, qui 
subsiste. Mais on ne dit plus en parlant des person- 
nes à qui on s'allie, à t]ui on est allié, qu'on les 
apparente. (Monet, Dict.) La signification du verbe 
apparenter, traiter de parent, cousiner, reconnoitre 
pour parent, est plus ancienne dans notre langue. 

Povres parens nus n'aparente. 

Fabl. MS. du R. n' 7615, T. I, fol. 72, R' col. 2. 

Tant ai de sa manière aprise dès piéga, 
C'oume de laschelé jà n'aparentera. 

Buenon de Comniarchies, MS. de Gaignat, fol. 198, V* col. 1. 

On lit que Henri IV « étoit fort respectueux 
« envers ses prochains.... n'y ayant Prince ni Gen- 
« tilhomme de quelque loin qui lui pût appartenir, 
« qu'il n'apparentât. » (Mém. de Sully, T. XII, 
p. 130.) Après sa mort, la politique de Marie de 
Médicis dédaigna le cousinage. « Pour faire anéan- 
« tir toutes les civililez, familiaritez et courtoisies 
" de tout temps pratiquées au royaume, le Roi son 

« fils, ni ses autres enfans n'aparentoient en 

« saluant qui que ce soitdans le royaume intro- 

« duisant de plus en plus un tel mépris des Gentils- 
«■ hommes d'illustre extraction, et une si grande 
« indifférence entr'eux et toutes sortes de gens de 
" néant qui avoientaccèsà la faveur, qu'ils vivoient 
<> comme pairs et compagnons ensemble. » (Ibid. 
page 98.) 

Ce verbe aparenter n'est pas moins ancien dans 
le sens de traiter, accueillir comme parent, en obli- 
geant, aidant, etc. Peut-être même a-t-il dans le 
premier vers qu'on a cité, la même signification que 
dans les vers suivans : 

Fox est qui aparente 
Ne parent ne parente 
De quoi il ait villance. 
Mais loinz de lui le meta, 
N'onques ne li promette 
Chose où il ait fiance. 

Prov. du Vilain, MS. de S. Germ. fol. 74, V col. 2. 

Il est naturel de s'aider entre parens ; c'étoit une 
espèce de loi dans les principes du système féodal 
et de la chevalerie. On se fortifioit donc en s'appa- 
rentant, en s'alliant à une famille nombreuse et 
puissante, à une famille dont on avoit droit d'espé- 
rer l'aide, le secours dans une entreprise, une 



(1) Débiteur, redevable. - (2) Ingratitude. 



AP 



— n 



AP 



guerre, une querelle. Cette idée particulière de se- 
cours étant généralisée, l'on aura dit, par extension, 
qu'un ennemi étoit mal apparenté, lorsqu'il n'étoit 
pas en force, en nombre suffisant pour soutenir un 
siège, un combat, etc. « Les Espaignols de la Ceri- 
« gnolle, congnoissans que trop mal apparentes 
« estoienl pour attendre le siège des François, etc. » 
(J. d'Auton, Annal, de Louis XII, an. 1502, p. 41.) 
« Tousjours estoient en picque, etlfi où les François 
« les trouvoient mal apparente--, , très-mauvaise 
« compaignée leur faisoient, et eulx de même aux 
« François. » (Id. ibid. an. i50G-ir,07, p. 188. — 
Voy. EsiPARENTER ct Pare.nter ci-après.) 

VARIANTES : 
APARENTER. Mém. de SuUy, T. XII, page 98. 
App.\ranter. Monet, Dict. 

Apparenter. J. d'Auton, Annal, de Louis XII, an. 1502. — 
pages 17, 41, etc. — Mém. de Sully, T. I, page 94. 

Apariage, suhst. masc. Apanage. Dot. On adou- 
cit la rigueur nécessaire des Lois qui proscrivent 
l'égalité" si naturelle entre frères et sœurs dans le 
droit de succéder à leur père, en pourvoyant à la 
subsistance de ceux qu'elles excluent ; en égalant, 
en proportionnant ù l'état qu'ils doivent avoir dans 
la société, les fonds en terre ou en argent, qui leur 
tiennent lieu de partage et de patrimoine. C'est 
relativement à cette idée de proportion, d'égalité, 
qn'apariage a signifié la même chose qu'apanage. 
(Voy. ArPANAGE ci-dessous.) « Jà soit ce que nous 
<■ sachions certainement... que... le Seigneur de 
« Beaujeu et ses prédécesseurs Seigneurs dudit 
« lieu, aient tousjours tenu et doivent tenir en foy 
« et hommage de nous et de noz prédécesseurs Roys 
« de France, h cause de la Corone de France, toute 

« la terre et baronie de Beaujeu et aussi eux et 

<■ leurs dictes terrez et baronie... et subgès de leur 
« dicte terre et baronie aient ressorti et doienl de 
« tout temps ressortir îi nous et à nos prédeces- 

« seurs ne que ladicle foy, hommage et ressort 

« aient esté, ne puissent ou "doïenl estre séparés en 
« tout ne en partie,... soit à cause de partaige, 
• appariage, ou doaire qui ait esté ou soit faitou 

« constitué, etc Que jamais ledit fief et ressort 

« puissent estre séparés de la Corone de France, en 
« tout ne en partie, à perpétuité, ù vie ne à temps, 
« soit à cause de partaige, d'appanage, de doaire, 
« de donacion , vendicion , transport ou alienacion 
« que l'en face, ou constitue à Royne de France, à 
« enfans , frère ou neveu de Roy de France , etc. » 
(Ord. T. V, p. 112 et 113.) 

La dot des filles étant une espèce d'apanage qui 
doit être proportionné à leur état et à leur naissance, 
il est possible qu'on ait désigné celle dot par le mot 
apariage. Charles VI, par le contrat de mariage de 
sa fille Isabelle de France avec Richard II, roi 
■ d'Angleterre, s'oblige îi payer « la somme de sept 
« cens mille francs d'or... lesquels... il donne et 
« octroyé à sadile fille pour et en lieu de tous par- 
« tages, apariages, successions de père et de mère. 



c. et autres droicts quelconques qu'elle, ses enfans 
» et les descendans d'eux... pourroient demander, 
« reclamer et avoir en meubles ou héritages, au 
« royaume de France, ou autre part. » (Godefroy, 
Annot. sur l'IIist. de Charles VI, p. 581.) On remar- 
quera que la signification du mot simple pariage est 
très ditTérente de celle du composé apariage. (Voy. 
Appariation ci-dessous.) 

VARIANTES : 
APARIAGE. Godef., Annot. surTHist. de Charles VI, p. 581. 
Appari.\ge. Ord. T. V, p. 113. 

Aparier, verbe. Unir, joindre, conjoindre, ac- 
coupler. Rendre pareil, égaler, comparer. On sait 
que les êtres mâles et femelles qui produisent leur 
semblable et se perpétuent en s'uuissanl l'un à 
l'autre, sont d'espèce pareille. De là, le verbe 
apairer, ou aparier, formé de pair, paire, en latin 
par, a signifié joindre le pair au pair, joindre 
l'homme à la femme, joindre le mâle à la femelle; 
en général, les unir, les conjoindre, les accoupler. 
(Voy. Nicot et Monet, Dict.) 

Par foi, vous estes tout d'un grant ; 

Ce seroit une belle paire. 

Et Diex doinst qu'amours vous apaire. 

Froissant, rocs. MSS. p. 134, col. 2. 
Bien seras çains, se te maries, 
Se vers autrui ne te desçains 
K'à celi à cui Vaparies. 

Miserere du Red. de Moliens, MS. de Gaignat. fol. 212, R* col. S. 
. . . Puisque Sainte Yglise apaire 
Deus gens, ce n'est mie à refaire. 

Fabl. MS. du R. n' 7218, fol. 250, V" col. î. 

On a désigné l'union, le commerce d'un mari avec 
une autre femme que la sienne, en disant qu'il 
apairoit une autre femme. Les hommes sont si 
constans dans leurs préjugés, qu'on peut dire encore 
avec un de nos anciens Poêles : 

S'uns horas autre famé apaire, 
Petit (1) en voi blastengier (2) 
Sa mouiller (3) : mes à tout dis 
Est li preudoms escharnis (4) 
Puisque sa lame folie (5). 
Abc. Poês. fr. MS. du Vatic. n- 1522, fol. 158, R- col. 1. 

Lorsque le bonheur d'aimer et d'être aimé éloit 
<c la pasture et l'embrasement aux jeunes Cheva- 
« liers, pour estre preux, hardis, larges, courtois 
« et gais, '• il paroissoit bien naturel de favoriser 
l'amour, ce principe général de leurs vertus guerriè- 
res et sociales. On le voyoit souvent naître à table et 
s'exalter avec cette gaieté franche et honnête qu'ins- 
piroit à chaque Chevalier le plaisir « d'avoir une 
Dame h son escuelle et de lui être aparié, » c'est-à- 
dire uni pour manger avec elle et la servir. « Beaulz 
•> Seigneurs, aura chascun une mienne niepce à 
« son escuelle à ce soupper... car c'est la pasture 
« et l'embrasement, etc. » (Percef. Vol. 1, fol. 125, 
V° col. 2.) « Sire, dist la damoiselle,.... ores vous 
« séez plus près de moy, si me livrerez ce qu'il me 
" faudra... et la Royue d'Escosse sera près de vous, 
« et le Roy après, qui la servira à son vouloir, et 
« Lys'ine près de luy, mais le Tors sera à sa dextre 
« qui la servira ; si serons appariez.... Regardez le 



(1) Peu. — (2) Mésestimer, mépriser. — (3) Femme ; en latin muHer. — (4) Ridiculisé. — (5) Fait une folie, est infidèle. 



AP 



— 12 — 



AP 



1 Roy Alexandre, il ne lairroit pas une miette de 
« pain devant la Damoisellle avec qui il mangue. » 
(Ibid. fol. l'i'i, Vcol. 1 et 2.) 

En particularisant l'acception générale du verbe 
aparier, joindre le pair au pair,'joindre le mâle à 
la femelle, les unir, les accoupler, on dit encore que 
les pigeons, les tourterelles, les perdrix s'apparient. 
Plus anciennement ce verbe, le même qu'apairei; 
désignoit l'accouplement de toute espèce d'oiseaux. 
(Voy. Ari'AiiiATio.N et ArrAniRMENT ci-dessous.) « Au 
« tempsquelesoiseauxsonten amouvei s' apparient 
" pour faire génération. » (Nicot, Dict.) 

Quant li beax Esté repaire, 

Qu'arbre sont flori, 
Que chascun oiseaux s'ajjaire 

Por ii temps joli, etc. 

Anu. Poël. fr. MSS. avant 1300, T. I, p. 465. 

Il y a une telle analogie entre les verbes apareiller 
et aparier, qu'on a pu dire : « Quand la tourterelle 
" a perdu sa compagne, elle ne s'appareille jamais 
« avec une autre. »"(Dict. de Trévoux.) On ajoutera 
que l'un et l'autre ont signifié rendre pareil, égaler, 
comparer. (Voy. Nicot ef Monet, Dict.) 

Si l'en remonstre une autre père ; 

Et li Chapelains les apère. 

Si les truéve quarrés et drois. 

Fabl. MS. du R. n" 7218, fol. 235, V col. 2. 

La douceur attrayante d'une femme l'a fait com- 
parer à l'abeille. 

Trop bien vous puis apparer, sans mesdire, 
A la mouche qui porte miel et cire : 
Le miel est doulz et le sire à lui tire. 

G. Macbaul, MS. fol. 197, R' col. 1. 

Encore aujourd'hui, apparier et appareiller signi- 
fient joindre à une chose, une autre chose qui lui 
soit pareille. (Voy. Apareiller ci-dessus.) 

VARIANTES : 
APARIER. Miserere du Recl. de Moliens, MS. de G. fol. 212. 
Apairer. Ane. Poës. fr. MS. du Valic. n« 1490, fol. 162, R". 
- Froissart, Poës. MSS. p. 134, col. 2. 
Aperer. Fabl. MS. du R. n» 7218, fol. 235, V" col. 2. 
Apparer. G. Machaut, MS. foi. 197, R» col. 1. 
Apparier. Peroef. Vol. 1, fol. 122, V° col. 1. 

Aparir, verbe. Accoupler. Satisfaire , contenter 
également. Le premier sens est le même que celui 
du verbe aparier, s'aparier, accoupler, s'accoupler. 

Les oyseaulx , au printemps de may, 
S'appurisseiit et font leur glay. 

Eust. Desch. Poés. MSS. p. 477, col. 4. 

Si le verbe aparir au second sens n'est pas une 
altération d'orthographe du verbe apaer, apaier, 
contenter, satisfaire, on peut dire que dans un sens 
analogue à celui d'aparier, égaler, il a signifié sa- 
tisfaire, contenter également, lorsqu'en parlant de 
l'acceptation d'une trêve, on a dit: 

Donnée en fu la seurté ; 

Si que ambes-deux les parties 

S'en tinrent très bien aparien. 

Cléomadès, MS. de Gaignat, fol. 2, V* col. 2. 

VARIANTES '. 
APARIR. Cléomadès, MS. de Gaignat, fol. 2, V» col. 2. 
Apparir. Eust. Desch. Poës. MSS. p. 477, col. 4. 



Aparlement, subst. inasc. Pourparler, paroles, 
etc. Significations analogues à celles du mot simple 
parlement, en latin cnlloquium , eloquium. (Pseau- 
tier, MS. du R. n° 7837, fol. 17ô. — Voy. Parlement.) 

Aparier, verbe. Parler. Anciennement, aparier 
une personne, s'aparier à elle, l' aparier d'une chose, 
c'étoil lui parler, lui transmettre ses sentimens, 
ses idées par l'organe de la voix. (Voy. Aparoler ci- 
dessous.) « Il Vapavlerent de faire pais. » (Chron. 
d'Outremer, ms. de Berne, n» 113, fol. 130, V°col. 3.) 
« Auquel Mareschal le suppliant s'apparia et lui 
" dist, etc. » (D. Carpentier, Suppl. Gloss. lat. de 
Du Gange, au mot Arrationare ; lit. de 1451.) 

.... Tuit cil de sa contrée 
L'aiment et plus fier s'en font ; 
Ne jai n'en iert apairlée ; 
.Tai tant hardi ne seront. 

CUans. fr. MS. do Berne, n' 389, pari, il, fol. 2, R». 
. . . Feist bien as povres, et bel les aparloit. 

Doctrinal, MS. de S' Germ. fol. 102, R- col. ï. 
Quand ne vous plait ke je sois escoutés, 
■frop sui de vous cruelment apartés. 

Ane. PoÈt. fr. MS. avant 1300, T. IH, p. 1109. 
Les messagiers a honnorés 
Et festiés et apartés. 

Cléomadès, MS. de Gaignat, fol. 60, V* col. 3. 

On dit aujourd'hui parler à une personne ; mais 
V aparier est plus rapide. Lorsque le rapport indiqué 
par la préposition initiale et inséparable A' aparier, 
étoit vague et incertain, ce verbe paroissoit être 
neutre et ne rien signifier de plus que noire verbe 
simple parler. 

Se plus i ot, plus n'en dirai ; 
Car d'autre chose aparterai. 

cléomadès, MS. de Gaignat, fol. 63, V* col. 2. 
Ains de tel trayson n'oy aparter nus. 

Berte as grans pies, MS. de Gaignat, fol. 124, V" col. 1. 

VARIANTES : 

APARLER. Ane. Poët. fr. MSS. avant 1300, T. I, p. 423. - 
Cléomadès, MS. de Gaignat, fol. 62. — Enfance d'Olivier le D. 
MS. de Gaignat, fol. 86. - Le Jouv. MS. p. 235, etc. 

Apairler. Chans. fr. MS. de Berne, n" 389, part. II, fol. 41. 

Aparller, Apparler. d. Carpentier, Suppl. Gloss. lat. de 
Du Cange, au mot Arrationare. 

A-par-main, express, adverb. Tout de suite, 
bientôt, dans peu de temps, etc. En latin, per me- 
dianum (1); suppl. tempus. (Voy. A-par et Au-par-mé.) 

VARIANTES : 
A-PAR-MAIN. Fabl. MS. du R. n» 7218, fol 49, V col. 2. 
A-PER-MAIN. Ane. Poët. fr. MSS. avant 1300, T. IV, p. 1349. 

A-par-mesmes, express, adverb. Dans le 
même temps. 

VARIANTES : 

A-PAR-MESMES. S' Bern. Serm. fr. MSS. p. 178, passim. 
A-PER-MEMES. Id. ibid. p. 186. 
A-PER-MiSMES. Id. ibid. p. 381. 

Aparoi, subst. masc. Préparatif. Parure ou ap- 
parence. Paroi, porte, fenêtre, etc. Il semble que 
dans un sens analogue à celui du verbe apareiller, 
ajuster, préparer en général , on a dit que les pen- 
nons, les plumes ajustées aux côtés d'une flèche 
pour la diriger en l'air, en font les apparais. 



(1) Ou plutôt per manè; de même demain est de manè. (n. e.) 



AP 



— 13 — 



AP 



. Hai ! Amors, devant tes elz 

Ne pwet garir joenes ne vielz... 
Contre ton dart n'a nul essoine... 
Li fers navre à l'esgarder ; 
La flèche coule el pensser ; 
Li penon font les apparais, etc. 

firime el Tysbé, MS. de S. Germ. fol. 98, R° col. 1. 

On sépare, on s'ajuste d'une façon proportionnée 
à l'idée qu'on veut que les personnes prennent de 
nous en jugeant par l'apparence. Ainsi la significa- 
tion d'aparoi peut être relative à celle d'aparoir ou 
d'apareiller dans les vers suivans : 

Les bestes si sont sans Pastor ; 
Nul n'i pense qu'à bel ator 
Et biau apurai par dehors, 
Et l'ame lessent por le cors. 
Hist. de Fr. à la suite du Rom. de Fauvel, MS. du R. n' 6812, fol. 67. 

Enfin, le mot aparoi qui dans le sens de prépa- 
ralif a signifié les matériaux convenables et propres 
à la construction d'un édifice, d'une maison, auroit 
pu signifier par la même raison d'analogie, les 
choses convenables et propres à la distribution, à 
la commodité, à la sûreté d'un logement, cloison, 
porte, fenêtre, etc. » Il convint abatre les apparoir 
« de la chambre où se tenoit le Roy; et estoit tel le 
« vent que onques n'y oza demourer en celle cham- 
« bre personne, de paeur que le vent ne le gectast 
« en mer. « (Joinville, p. 113. — Voyez Ap.^reill.) 
Quelles que soient en cet endroit l'origine et l'ac- 
ception d'aparoi, il signifie paroi, muraille, dans 
les passages suivans. •< Getta le voirre contre le mur 
« ou apparoy de la maison. •> (D. Carpentier, Sup. 
Gloss. lat. de Du Gange, au mot Paries; — Lett. de 
grâce, an 1454.) « Se tenoit musse... contre le 
« torchis ou apparoy de son hostel. » (Id. ibid. Lett. 
de grâce, an 1468. — Voy. Appare ci-dessous.) 

VARIANTES : 

APAROI. Hist. de Fr. à la suite du Rom. de Fauvel, MS. 
du R. n° 6812, fol. 67, V» col. 3. 

Appaboi. Pirame et Tysbé, MS. de S" Germ. fol. 98, R" 
col. 1. - Joinville, p. 113. 

Apparût (corr. Apparoi.) Ger. de Roussillon, MS. p. 177. 

Apparoy. D. Carpentier. S, G. lat. de Du C. au mot Paries. 

Aparoler, verbe. Pailer. G'est le verbe simple 
paroler qui, précédé de l'a, préposition initiale et 
inséparable , acquéroit une signification active , 
comme «jyaj'/er contraclion A'aparoler.{^. Aparler.) 

Quant li Prestres entent et ot 
C'on dist de lui itel parole, 
Doucement .\loul aparole. 

Fabl. .MS. du R. n» 7218, fol. 148, R* col. î. 
Cortois set bien, s'on X'aparole, 
Rendre raison de quanqu'il ot ; 
Jà ne dira un vdain mot. 

Diz d'amurs fines, MS. de Turin, fol. 14, R' col. 1. 

A-par-soi, express, adv. Tout seul, séparément, 
à part. On croit avoir suffisamment expliqué ailleurs 
comment l'expression à-par-soi, à-part-soy, ou par- 
soi, en latin per se, c'est-à-dire soi-même, de soi, 
de soi-même, aura signifié tout seul, à part, sépa- 
rément. (Voy. A-PAR ci-dessus, et Appar ci-dessous.) 

VARIANTES : 
A-PAR-SOI. Reaumanoir, Coût, de Reauvoisis, p. 2. 
A-PAR-soY. Eust. Desch. Poës. MSS. p. 371, col. 1, etc. 
A-PABT-SOY. Fouilloux, Fauconnerie, fol. 49, R». 



Apartenance, subst. fém. Appartenance. Pro- 
priété. Parenté. On observe que la signification 
d'appartenance est plus générale que celle d'appen- 
dance, puisque appendre n'est qu'un moyen parti- 
culier par lequel une chose tient à une autre. 
L'idée particulière d'appendance étant donc com- 
prise dans l'idée générale d'appartenance, il est 
possible que ces deux mots réunis n'aient signifié 
rien de plus que le mot seul appartenance. " Nus 
« avons rendu à nostre cher le Duc de Bretagne... 
« la cunté de Richemund ave totes les upurtenan- 
« ces... lequel cunté ove lesquèles apurtenances, 
« les auncestres meimesceluy Duc autrefi Is lindrent, 
« etc. » (D. Morice, Preuv. de l'Hist. de Bret. T. I, 
col. 1013 ; tit. de 1268.) On décomposoit en quelque 
façon, l'idée générale d'appartenance, lorsqu'on 
disoit : « Laquelle maison dessusdite, si comme elle 
« se comporte , o Loutes ses appartenances et 
« appendances, le devant dit Jehan Arrode, etc. » 
(Ilist. de la ville de Paris, T III, p. 297; til.de 1302.) 
" Que nostre hostel , tout ainsi comme il se com- 
« porte en long et en large, en toutes ses parties 
» haut et bas, avec tous les jardins, appartenances 
» et appendances d'icelui quelconques, etc. » (Ibid. 
p. 483; tit. de 1364.) Si l'on eût fait réflexion que 
Vappendance est une espèce d'appartenance, et que 
par cette raison appartenances signifie, dans le 
premier de ces trois titres, tout ce que dans les 
autres peut signifier appartenances et appendances, 
on auroit senti l'inutilité de réunir deux termes 
dont l'un signifie en particulier ce que l'autre signi- 
fie en général. Peut-être aussi les a-t-on employés 
comme termes synonymes 'f Au moins est-il certain 
que l'idée particulière d'appartenir â une chose en 
y appendant, étant généralisée, l'acception d'appen- 
dances peut avoir été la même que celle d'appen- 
ditiœ , qui dans un titre latin équivaut seul aux 
termes réunis pertinentiœ et appenditiœ, en fran- 
çois appartenances et appendances. « Domum 
« nostram... unà cum suis appenditiis et adjacentiis 
« quibuscumque dedimus.... Concedimus insuper... 
« quod prœnominata domus cum suis pertinentiis, 
« appenditiis et adjacentiis supradictis, etc. » (Hist. 
de la ville de Paris, T. III, p. 484 ; lit. de 1368.) 

Il semble donc qu'on se soit trompé, lorsqu'on a 
dit en général : » Les appartenances sont les pri- 
« mordiales consistances de la seigneurie, en hom- 
" mes, terres labourables, prez, bois, cens, rentes, 
« coutumes, droitures, péages, etc. Les appendances 
« sont au contraire tout ce qui a été nouvellement 
« attaché à la seigneurie, tant en domaine qu'en 
« mouvances. » (Brussel, Usage des Fiefs, T. I, 
p. 17.) Quand cette distinction seroit vraie, relati- 
vement à quelques titres, à quelques coutumes où 
ces deux mots auroient une signification aussi 
différente, oii appartenance désigneroit des objets 
évidemment distincts de ceux que désigneroit 
appendance, elle deviendroit fausse, en devenant 
générale. Les lois Anglo-Normandes, qui sont nos 
anciennes lois, distinguent à la vérité « les choses 
« regardants des choses appendants à manor, à 



AP 



— 1-: 



« terres, etc. ■> (Voy. Tenurcs de Littleton, fol. 41.) 
Mais on n'en conclura pas que, selon ces mêmes 
lois, « tout ce qui entre dans la constitution pri- 
« mordiale du tlef, le regarde ; que tout ce qui a été 
« attaché ù une Icrre, depuis son érection en fief, 
« en dépend. « (Voy. Hoiiard, anc. Loix des Fran- 
çois, T. I, p. 2GI.) Ce seroit dire que la distinction 
des choses rcfjanlants et des choses appendants 
n'est autre que celle qu'on a peut-être imaginée 
entre appartenances et appendances ; et ce seroit 
se méprendre. 

« Les choses regardants al manor, ou al terres 
« et teuements, ne sont point tout ce que Brussel 
« nomme appartenances , puisque nul chose est 
« nosmé regardant à un manor, etc. fors que 
« villeine. » (Voy. Tenures de Littleton, fol. -iL) 
Ce mot regardant ne désigne donc que le villain, et 
le désigne comme un serf que l'impossibilité de 
s'éloigner de la terre i> laquelle il est attaché, force 
à teni'r ses regards tournés vers un maître qui veut 
être obéi au premier signal. D'ailleurs, lorsqu'on 
lit, (id. ibid.) que « certèines auters choses, come 
« advowson, common de pasture, etc. sont nosmés 
« appendants al manor, etc. » on voit que les 
choses appendants étant des droits honorifiques et 
utiles, sont des choses incorporelles, et par consé- 
quent de la nature de celles que Britton nomme 
appartenances. « Ore fait à dire de disseisines de 
« choses nent corporelles, si come des apurte- 
« naunces... ascuns apurtenannces sont fraunches, 
« si come à regard des personnes et des tenementz 
« à quex ils sont dues : enserves quant à regard 

« des tenementz dont ilz issent En plusurs 

« manères purra un home enserversont tenement, 
« si come cascun à graunter î'i autre que rien n'ad, 
« que il eyt lyens droit de pescher, ou de laver, ou 
« de carier, et par autres servages que purrount 
« estre sauns nombre, solonc ceo que ilz sount 
« simples ou compountz de autres apnrtenatl)ices : 
« car il y ad apurtenaunces.. et si nà apurtenannces 
« des apurtenaunces. » (Britton, des Loix d'Angle- 
terre, fol. 139.) Ainsi la distinction des choses regar- 
dants et des choses appendants, par laquelle on ne 
peut justifier celle (Y appartenances et d'appendan- 
ces, est une nouvelle preuve que ces deux mots 
employés indifféremment ont eu même signification, 
soit qu'on la restreignît aux choses incorporelles, 
soit qu'on retendit aux corporelles. 

Ces mêmes choses étant vues relativement aux 
personnes à qui elles appartiennent comme leur 
bien propre, le mot appartenance, qui ne subsiste 
plus qu'au premier sens, signifioit propriété. (Voy 
Rob. Estienne, Nicot et Monet, Dict.) En supposant 
avec les Etymologistes latins, que propè soit l'ori- 
gine de proprium, supposition d'autant plus vrai- 
semblable que par une façon de voir très-naturelle, 
rien ne nous est plus proche que ce qui nous est 
propre, l'idée de propriété seroit analogue à celle 
de proximité et même î» celle d'appartenance, puis- 



qu'entre les choses et les personnes appartenantes 
les unes aux autres, il y a nécessairement une 
proximité réelle ou idéale. 

Quoi qu'il en soit, le mot appartenance, comme 
terme collectif des personnes à qui l'on tient par la 
proximité du sang, signifioit parenté. (Nicot, Dict.) 

Mollit en fil grant le pleur en France 
De ceus de leur apartenance. 

G. Guiarl, MS. M. 37, V. 

VARIANTES : 
AP.\.RTE.\ANCE. G. Guiart, MS. fol. 37, V». 
Aportenaunce. Rymer, T. I, part, ii, p. 109, col. 1. 
AppunTENANCE. Id. ibid. 

Apurtenance. Id. ibid. p. H4, col. 2. — Livres des Rois, 
MS. des Cordel. fol. 8.5, R» col. 1. 
Apurten'aUiVce. Britton, des Loi.x d'Angleterre, fol. 139, R*. 
Apurtenauxse. Rymer, T. I, part, ii, p. 109, col. 1. 

Apaptenant, participe. Qui appartient comme 
mari et femme, comme parent, ami, serviteur, etc. 
Les hommes que rapprochent diverses relations 
physiques ou morales, tiennent les uns aux autres 
par ces relations. De là, on a dit, 1° en parlant d'un 
mari et d'une femme, qu'ils étoient apartenants : 

Cil Rois bastars, 

Guillaumes ki ne fu couars,... 
Funda S' Estievene à Kaan ; 
Et sa feme, par karité, 
I funda Sainte Trinité. 
Mehaus (1) ot non ; et pour itant 
Qu'il estoient apartemint, 
Fist li Dus ces deux abeïes, 
Ki seront à tousjors siervies. 
Par le conseil de l'Apostole 
Qui leur commanda par estole. 
Pour cou que SIehaus, ki l'avoit 
Auques priés, li apartenoit. 

Ph. Mouskes, MS. p. 459 et 460. 

2° En parlant de personnes entre lesquelles il y 
avoit relation de parenté, qu'elles étoient aparte- 
nantes. « Celui qui le fié a et tient, estoit apartenant 
■> à celui de par qui le fié est escheu. » (Assis, de 
Jérus. chap. clxv, p. 115.) 

Cil ert amis Buenon et ses apartenan.i. 

Biienon de Commarchies, MS. de Gaignal. fol. 193, R' col. 1. 

Li Dux Fagons fu Chevaliers vaillans... 
Armes ot bleues, si ot d'or trois croissans ; 
Tes armes ot li Quens Hues dou Mans ; 
Mais que labiaus de gueules biens seans 
Y ot ; car l'uus ert l'autre apartcnans. 

Enfance d'Ogier le Danois, MS. de Gaignat, fol 101, V- col. 2. 

Enfin, quelle que fût l'espèce de relation par 
laquelle un homme tenoil à un autre, comme rela- 
tion d'amitié, de services, etc. on disoit qu'il lui 
étoit apartenant. « Hieu {-2) ocist tuz ces ki aparte- 
« nant furent à Achab en Jesrael, les mielz vaillanz, 
« e ses privez, e ses pruveires. » (Livres des Rois, 
MS. des Cordel. fol. 13i, V° col. 2.) 

Ne m'ont leissié soror, ne frère. 
Ami, parent, ne apertinant. 
Rom. de la guerre de Troycs, MS. Voy. Du Cange, Gloss. lat. T. V, col. 416. 

VARIANTE : 
APARTENANT. Anc. Poët. fr, MSS. av. 1300, T. IV, p. 1371 . 
Aparten.\ns. Enfance d'Ogier le Danois, MS. de Gaignat, 
fol. 101, V- col. 2. 
Apertement. (Cor. ApiHenant.) Athis, MS. fol. 85, a.'. 



1) Matheculdis se transforme au moyen-âge en Maheu, Mahaut, etc.; c'est le nom Matliilde. (n. e.) - (2) Jehu. 



ÀP 



— 15 — 



AP 



Apektinant. Rom. de la guerre de Troyes, MS. — Voyez 
Du Gange, Gloss. lat. T. V, col. 416. 
Apurtenant. Livres des Rois, WS. des Cordel. fol. 134. 

Apartenir, verbe. Etre attenant, être proche. 
Approcher, être comparable. 11 semble qu'où ait 
dit au premier sens : « Mesons qui appartcnoient 
« à ladite église.... et une meson asise à porte 
« Garnaul. » (Hist. généal. de la M. de Chastillon, 
pr. p. 61 ; tit. de 1273.) « Le cemetiere de celle 
« église et la meson qmapcn-tient-àu presbitoière. » 
(Ibid. p. 63; tit. de 1274.) On disoil, en parlant de 
personnes ou de choses qui n'étoient pas compara- 
bles, qui n'approchoienl point l'une de l'autre, 
qu'elles ne pouvoient s'appartenir. 

Nul ne s'i puet à vous appartenir. 

Eust. Desch. Poës. MSS. p. 225, eo!. i. 
Fleiir ne se peut à fueille appartenir. 

Id. ibid. p. 203, col. 2. 
Nulle joie ne s'apartient 
Au cuer qui bonne amour maintient. 

Fabl. MS. du R. n» 7615, T. Il, fol. 137, R'col. 1. 

Les autres significations du verbe appartenir, 
aussi anciennes que notre langue, n'ont point varié. 
Etre parent de quelqu'un , lui être proche , c'est 
encore lui appartenir. « Nous vodrions que vos 
«' eussiés bien et honor, por ce que vous m'aperte- 
« nés de si près, etc. » (Assis, de Jérus. chap. cccv, 
p. 206. — Ibid. chap. clxv, p. 115.) Enfin, plus on y 
réfléchit, plus on se persuade qu'entre les idées 
à' appartenance et de proximité, le rapport est le 
même que celui de la cause à l'effet ; que tout ce 
qui est propre, relatif, convenable aux personnes 
ou aux choses, a été vu comme étant proche d'elles, 
lorsqu'on a dit : « Donanz . . . ceu qu'ù unchascun 
« apartenivet ; à Deu l'onor et à l'ome la pitiet. » 
(S' Bern. Serm. fr. mss. p. 385.) « A Père aparlignet 
» k'il anzois ait pitiet k'iror. » (Id. ibid. p. 157 et 
148.) « Mainte gent . . . oyent la parole de Deu assi 
« cum il ois n'en apartignet de niant ceu c'undist. « 
(Id. ibid. p. 272.) « Juront ces choses à tenir tant 
« come a chescun apertendra, etc. « (Rymer, T. I, 
part, n, p. 46, tit. de 1259.) « Quand il fera aucunes 
« choses là où il appartendra liardiement , que il 
« le fâche sagement. » (Beaumanoir, Coût. deBeau- 
voisis, p. 8. — Voy. Ai'arten.\nce ci-dessus.) 

CONJUG. 

Apartenist, subj. imp. Appartînt. (Cléomadès.) 
Apartenivet, ind. imp. Apparlenoit. (S' Bern. S.) 
Apartent, ind. prés. Appartient. (Ilist. généal. de 

la M. de Chastillon, pr. p. 61 ; tit. de 1268.) 
Apartièncnt, ind. prés. Appartiennent. (S" Bern.] 
Apartignent, ind. prés. Appartiennent. (Id. ibid.) 
Apartignet, indic. prés. Appartient. (Id. ibid. 

p. 157.) Subj. prés. Qu'il appartienne. (Id. ibid.) 
Apartigniens, subj. prés. Que nous appartenions. 

(Id. ibid. p. 119.) 
Apertendra, ind. futur. Appartiendra. (Rymer.) 
Appartendra, ind. f. Appartiendra. (Beaumanoir.) 
Appartenist, subj. imp. Appartînt. (Ord. T. I.) 
Appartinra, ind. futur. Appartiendra. (Ibid.) 



VARIANTES : 

APPARTENIR. S» Bern. Serm. fr. MSS. p. 107. - Assis, d» 
Jérus. chap clxv, p. 115, etc. 

Apertenir. Assis, de Jérus. chap. cccv, p. 206. 

Appartenir. Hist. généal. de la M. de Chastillon, pr. p. 61 ; 
tit. de 1273 ; - Rob. Estienne, Nicot et Monet. Dict. 

Appertenir. Modus et Racio, MS. fol. 7, R». - Rabelais, 
anc. Prolog. T. IV, p. 17, note 32. 

Apurtenir. Brilton, des Loi-\ d'Angleterre, fol, 139, V». 

Apartir, verbe. Partager, donner part. Partir, 
se séparer. Le rapport de l'action signifiée par un 
verbe neutre, comme parler, paroler, etc. étant 
désigné par la préposition initiale et inséparable a, 
dont le sens est relatif à la préposition latine ad, 
on disoit aparter une personne, Vaparoler, etc. 
Donner à quelqu'un ;;«?■; à une chose, la partager 
avec lui, c'étoit l'y apartir, comme Charles V apar- 
tit à ses cendres le Connétable du Guesclin avec 
lequel il partagea sa sépulture, en le faisant enter- 
rer à Saiiit-Denys, auprès du tombeau qu'il s'étoit 
fait préparer. « La mort empescbée de treuver 
« successeur à tant de vaillances, luy fit mériter le 
« plus honorable prix que sceptre donnast jamais 
» à sujet : le jeune Charles à la teste du convoy, 
« couvert de ses lauriers, suyvre son corps, et pour 
« tiltre solemnel des obligations qu'il avoit à sa 
« loyauté Vappartir à ses cendres. » (Hist. de B. du 
Guesclin, par Ménard; épit. à la Nobl. Fr.) On sait 
qu'à la mort de Turenne , Louis le Grand imita 
Charles le Sage. 

11 semble qu'au second sens du verbe a;;a?'/n-, l'a 
initial soit de même signification que ab, préposi- 
tion latine que souvent en françois on rend par de. 
Ainsi l'expression apartir son cœur, signifieroit se 
départir, se séparer de son cœur, dans ces vers oîi 
le Poêle dit qu'une pareille départie ou séparation 
lui seroit plus chère qu'une vie sans amour. 

. . . Mis en amour mon vivre ay 
D'une volenté si très-vraie, 
Que jà, pour nul mal que j'en traye, 
Ne pour nul bien, n'en partiray ; 
Plus chier mon cuer apartiraij. 
Et quant mes cuers en partiroit, 
Hélas ! li las, quel part iroit? 
Certes il le faudroit partir, 
Se de lui se véoit partir. 

G. Machaut, Poês. MSS. fol. 21, R- col. 3. 

VARIANTES '. 
APARTIR. G. Machaut, Poës. MSS. fol. 21, R» col. 2. 
Appartir. Hist. de B. du Guesclin, par Ménard. 

Apas, subst. masc. Pas. Mouvement progressif 
qui se l'ait en étendant, en avançant une jambe ou 
un pied devant l'autre. De là, on aura nommé pas, 
apas, l'espace parcouru et mesuré par ce mouve- 
ment. (Voy. Pas ci-après.) 

.... Un petit en sus alai, 
Environ x ou xi apas, 
Par quoi ne les oisse pas. 

Froissart, PoSs. MSS. p. 384, col. 1. 

On gardoit sans doute une certaine proportion 
relative à la mesure de ce mouvement, en posant 
des pierres d'espace en espace, pour faciliter le 
passage d'un fossé, d'un mauvais chemin; et ces 
pierres ainsi disposées s'appeloientja/e/ré's d'appas, 
ou simplement appas. « On publie par chacun an 



AP 



— 16 - 



AP 



« les bancqs de mars, afin que chacun ait nettoyer 
« les rivières et cours d'eaux, réédificr les chaùs- 
« séesetchemin.cliacun à l'encontreson héritage.... 
« à faute de quoy faire ... les deffaillans succom- 
« bent eu amende, scavoir pour les cours d'eaues 
u qui se trouveront au devant d'une pièce de terre, 
« de cinq gros ; et pour les j)icm's d'appas, de trois 
« gros. " (Coût, de Ricliebourg S' Vaast, au nouv. 
Coût. gén. T. I, p. 450.) " L'on ne peut faire fouir 
« en manière (|uelconque sur les chemins, ny don- 
« ner em[)esclienient au cours des eaux .... sinon 
n pour la réparation des chemins et remettre les 
« pierres et appas en lieu et place ordinaire. » 
(Ibid. p. 450.) 11 est vraisemblable que c'est par la 
même raison de proportion, qu apas a signifié pas, 
degré. On a dit figurément, en exhortant unejeune 
personne à monter au dernier degré de la perfec- 
tion : 

Qu'elle monte au septime apas, 
Et que de la ne parle pas. 

Froissart, Poês. MSS. p. 43, col. î. 
VARIANTES : 
APAS. Froissart, Poës. MSS. p. 34, col. 1, etc. 
Appas. Nouv. Coût. gén. ï. I, p. 450, col. 2. 

Apasser, verbe. Passer. La préposition initiale 
dans apas et apasser, semble relative au lieu où 
l'on est et au lieu oîi l'on passe. 

Tuit cil de la cité s'amassent ; 
"Vers l'ost le Roy le pont apassent 
Pour leur contrée chalengier. 

G. Guiart, MS. fol. 84, V. 

Apatissement, siibst. masc. Contribution. Les 
citoyens dont la vie et la propriété sont à la discré- 
tion de l'Ennemi , n'obtiennent souvent qu'avec 
peine, la liberté de vivre misérables, en s'obligeant 
par des pactes, à payer des contributions ruineuses. 
Delà, le mot apatissement dont l'origine est la 
même que celle â'appaclis (i), a signifié contribution. 
« Prendrons Iribuz el appatissemens sur nos adver- 
« saires le plus que nous pouvrons; el sur ceulx 
« de noslre party, ferons aucune cueillette la moin- 
« dre et la plus douce que nous pouvrons. » (Le 
Jouvencel, m. p. 78. — Voy. Apatissube ci-dessous.) 

VARIANTES : 
APATISSEMENT. Le Jouvencel, impr. fol. 31, R". 
Appatissement. Ibid. MS. p. 78. 

Apatissure, subst. fém. Pacte qui fixe une 
contribution. Cette définition du moi apatissure, en 
indique l'étymologie. « Tanneguy, bastard de Cois- 

« menet, autrement dit le Borgne apalissa 

« la Villeneuve S. George ; ains la ville et tout le 
« pays entièrement . . . Après \equel\es apatissures 
« faiz et après les deniers par luy receus , non 
« contant de ce, bouta les feux tant en ladite 
« ville, etc. » (Preuv. sur le meurtre du Duc de 
Bourgogne, p. 308 et 309. — Voy. Apatissement ci- 
dessus et ArPACTis ci-dessous.) 



Apatrié, participe. Qui a un pays pour patrie. 
On observera que le mot patrie ne se trouve point 
dans le dictionnaire de Robert Estienne, imprimé 
en 1539; que lors de la publication du dictionnaire 
de Nicot, en 1C06, patrie étoit francisée du latin 
patria, qu'on disoil pays de naissance. Ce n'est 
donc qu'au xvii' siècle que l'usage du mot patrie 
prévalant sur celui de pays, est devenu aussi com- 
mun qu'il étoit rare dans le xvr siècle. Joachim du 
Bellay, disoit indifléremment pays ou patrie. (Voy. 
lUust. delaLang. Fr. fol. 1. — Id. ibid. fol. 6.) 
Mais on le biftmoit d'affecter l'usage d'un mot 
« obliquement entré et venu en France nouvelle- 
>■ ment, et dont les anciens Poètes et Prosateurs 
« françois n'avoient voulu user, craignant l'escor- 
« chérie du latin. « (Voy. Quintil. Censeur, p. 191. 
— Ménage, Observ. sur'la Lang. fr. p. 408.) Quoi- 
que le mot patrie fût alors peu usité, il n'étoit pas 
nouveau, puisque .lean Chartier (Hist. de Charles 
VII, p. 147) s'en étoit servi longtemps avant Joachim 
du Bellay, et que le participe apatrié, formé de 
patrie, se trouve dans le livre du Jouvencel, dont 
l'auteur étoit contemporain de Jean Chartier, histo- 
rien du XV siècle. « Il faut faire chose qui soit au 
« bien du Royaulme et y pourveoir. Vous y avez 
" tous vos pères, vos mères, vos parens, et le lieu 
« de vostre nativité ; vous y estes apatriez naturel- 
« lement. » (Le Jouvencel, ms. p. 442. — Voy. Patrie.) 

Apavit, subst. masc. Espèce de tenement. Espèce 
de droit seigneurial et domanial. Ferme de ces 
mêmes droits. Dans les constitutions canoniques et 
synodales de l'église de Nicosie, la signification 
à'apaltus et à'appaltum est la même que celle 
à'apaut, dans les Assises de Jérusalem. Quelques 
Etymologistes croient que ces mots appaltum et 
apallus, en françois apaitt, sont des allérations du 
com\)Osé appactîim, pacte. (Voy. Du Gange, Gloss. 
lat. T. I, col. 541. — D. Carpentier, Suppl. Gloss. 
lat. de Du Gange, T. I, col. 241. — Ménage, Orig. 
de la Ling. liai. p. 53 et 54.) 11 est vrai que dans 
ces mêmes constitutions on lit une fois appactis 
pour appaltis et apattibus. Mais quelle raison d'é- 
crire une seule fois fl;j/}flc/!(??i et d'altérer un mot 
qu'on suppose être le véritable, en l'écrivant plu- 
sieurs fois appaltum et apaltus? (Voyez Labbe, 
Goncil. T. XI, col. 2412. — Id. ibid. col. 2395, 2399, 
2417et243G.) Peut-être seroil-il plus rai.sonnable 
de ne voir dans l'orthographe appftc/;/?» que l'alté- 
ration d'un mot propre au langage d'une nation 
avec laquelle les Croisades nous avoient mis en 
relation d'intérêts politiques et de commerce. Il est 
possible que les Italiens doivent à des relations 
semblables avec la même Nation, les mots appalto, 
appattatore , appaltone, etc. Quant au françois 
apaut, la conjecture qu'on hasarde, paroit d'autant 
plus vraisemblable qu'on ne trouve ce mot que 



(1) On lit dans Froissart, tome 3, cap. iO\, page 276, édition 1560: « Encore avez vous bien oui conter Geoffroi 
Teste-Noire Breton qui le tenoit à ta garnison et fort chatel de Ventadour en Limosin. Ce Geoffroi ne s'en fut jamais parti 
pour nul avoir. Car il tenoit ledit chatel de Ventadour comme sien et son propre héritage, et avoit mis tout le pays a 
certains pactis, et parmi toutes ces pactions touttes gens labouroient en pai.\ dessous lui et demeuroient. » (n. e.) 



AP 



— 47 - 



AP 



dans les Assises de Jérusalem, où il semble désigner 
une espèce de tenement de la nature du caseau, en 
latin casale, un tenement sujet à la taille serve ou 
franche, à une redevance arbitraire ou convention- 
nelle, soit en argent, soit en grains. « Alors , de- 
« meurerdans la terre d'un Seigneur par apaiit ou 
« sodées, signifieroit être à la solde, aux gages 
« d'un Seigneur, ou être son tenant. Se aucun vilain 
« s'en part, ou fuit de la terre de son Seignor et 
« vait en autre terre, et y demore auci com par 
« apaut ou sodées dou Seignor, il doit torner en la 
« terre de son Seignor, se il est , etc. » (Assis, de 
Jérus. chap. cclxxvu, p. 183.) 

De là. on auia nommé apaus, les droits que les 
Seigneurs tiroient de ces mêmes tenemens, par 
extension toute espèce de droit seigneurial et do- 
manial. « L'oflice des Enquestes sera de tout abatue, 
« et... tous les droictures et apaus que les Maistres 
« des Enquestes et autres ont mis et usé, sans 
« Tassent des homes. » (Assis, de Jérus. chap. cccxiv, 
page. 214.) 

La difficulté de percevoir en détail ces mêmes 
droits, obligeant à les affermer, on en désignoit la 
ferme par le mot apaut. « Des dons, et ventes, et 
« eschanges, et apaus qui touchent en la haute 
« Court et en la segrete, lesquels ont deniers donés, 

* doivent recouvrer lors deniers et rendre le surplus 
« qu'ils auront reçu , acuillant etc. » (Assis, de 
Jérus. chap. cccvni, p. 209. — Voy. Apauteor.) 

VARIANTES : 
APAUT. Assis de Jérus. chap. ccLxxvii, p. 185. 
Apau. Ibid. chap. cclxxxix, p. 192. 

Apauteor, subst. masculin. Fermier de droits 
seigneuriaux et domaniaux. Une preuve assez vrai- 
semblable (|ue Vapaut étoit une espèce de tenement 
de la nature du caseau, pour lequel il étoit dû 
certain droit que le même mot aura désigné, c'est 
que dans les Assises de Jérusalem, la signification 
d'apeauteor est la même que celle d'apallatores 
casalium aut rcddituum, dans les Constitutions de 
l'église de Nicosie. « De tous les propres apaus dou 
« Roy, que l'on ne puisse eslre de trop engigné et 
« que il sache lor value de tout le gain que les 

• apauteors gaigneront en chascun apau, le Se- 
« neschal doi"t avoir deux caroubles franchement. » 
(Assis, de Jérus. chap. cclxxxix. page 192. — Voyez 
Apaut ci-dessus, et Apauter ci-dessous.) 

Apauter, verbe. Affermerdes droits seigneuriaux 
et domaniaux. On ne peut guère douter que la défi- 
nition qu'on a donnée d'apauteor, ne soit vraie, 
puisque les apauteors étoienl ceux à qui les rentes 
du Roy éioient apautécs, c'est-à-dire affermées, 
a Les rentes dou Roy, quels qu'elles soient dehors 
« ou dedens, quant il ou celui qui tendra son leu 
« vodra que elles soient apautécs, il les doit co- 
« mander; et le Seneschau les doit faire crier et 
« multiplier au maus que il porra. ... De tous les 
« propres apaus dou Roy, que l'on ne puisse estre 
« de trop engigné, etc. » (Assis, de Jérus. chap. 
CCLXXXIX, p. 192. — Voy. Apauteor et Apaut.) 
II. 



VARIANTES : 
APAUTER. Assis, de Jérus. chap. cclxxxix, p. 192. 
Apautrer. (corr. Ajiauler.) Du Cange, Gl. l.T. VI, col. 361. 

Apédefte, adj. et subst. masc. Ignare, ignorant. 
En grec dnàiôevioç. Les deux orthographes du mot 
françois sont relatives à la diverse prononciation 
du mot grec que les uns prononcent apaideutos, et 
les autres apaidcvtos. Rabelais, conformément à la 
dernière prononciation, a introduit le mot apédefte 
dans notre langue. « Par Dieu, dist Panurge à 
« Gaigne-beaucoup,.... menez-nous à ces Apéde'ftes; 
« car nous venons du pays des Sçavans où je n'ay 

« guières gaigné Mais pourquoy, mon compère, 

« mon amy, appelle-on ces gens icy ignorans ? Par 
« ce, dist Gaigne-beaucoup, qu'ils ne sont et ne 
« doibvent nullement estre clercs, et que céans par 
« leur ordonnance tout se doibt manier par igno- 
« rance,etn'y doibt avoir raison, sinonque Messieurs 
« l'ont dict ; Messieurs le veulent ; Messieurs l'ont 
« ordonné. >■ (Rabelais, T. V, page 70 et 75.) En 
adoptant la première façon de prononcer le mot 
grec, on a écrit apédeute. « Le célèbre M. Huet 
« croyoit avoir survécu aux Lettres, parce que de 
« son temps il se formoit une cabale d'apédeutes. 
« de gens ignares et non lettrez, qui sentant leur 
« incapacité, et ne pouvant se résoudre à une étude 

« assidue de plusieurs années entreprenoient 

« de se faire un mérite de leur incapacité, de ridi- 
« enliser l'érudition, et de traiter la science de 
« pédanterie. » (Voy. Huetiana, p. 2 et 3.) De là, le 
suhstainiii apédeutisme encore usité pour désigner 
l'ignorance qui vient du défaut d'instruction. (Dict. 
de l'Acad. fr.) 

VARIANTES : 
APÉDEFTE. Rabelais, T. V, p. 68 et suiv. - Cotgr. Dict. 
Apédeute. Huetiana, p. 2, etc. 

Apelé, participe. Qui a sa peau. C'est en ce sens 
que pour signifier l'état glorieux du Lazare après 
sa mort, on a dit que son corps étoit apelé; participe 
forzué du substantif /)e/, en latin peliis. 

De ses deux lès 

Fut la piaus en chaut venin frite, 
Tant que il fu tous despelés... 
Par-tans iert ses cors apelés, 
Et mis en gloire o l'Esperite ; 
Dont aura il joie partite, 
Quant de sa pel iurt rempelés. 

Dil de Charité, MS. de Gaignal, fol. 224, V" col. 3. 

VARIANTES : 
APELÉ. Dit de Charité, MS. de Gaignat, fol. 225, R» col. 1. 
Appelé. Ibid. Variante du MS. de N. D. 

Apert, participe. Ouvert, découvert, évident, 
etc. Ouvert, franc, indiscret, impudent, effronté, etc. 
Qui fait voir de l'expérience, de la force, de l'agilité, 
de l'adresse, de la valeur, etc. connu par des qua- 
lités naturelles et acquises. Chose évidente et connue. 
La signification propre et figurée d'apert, en latin 
apertus, étoit la même que celle d'aouvert. (Voyez 
AouvERT ci-dessus.) 

Ot vairs iex, rians et fendus, 
Les bras bien fés et estendus, 



AP 

Blanches mains, longues et ouvertes 
Aux templières (1) que vi apertes 
Apparut qu'èle ol leste blonde 
^^ Fabl. MS. du R. n- 72 



- i8 — 



AP 



7218, fol. 280. V* ool. 1. 



Diex ! comme est apei-le folie 

Coutivér'(2),' comme une image, 
Son cors. Certes, c'est Une rage; 
C'est comme une mahommene. ^^^ ^^_^_ ^_ ^^^ ^ 

Dans les expéditions où Von employoit la force 
. ouverte, comme pour mener prisonniers, ou pour 
„ aucun autre cas par lequel aucun youloit aler en 
. s'i justice elïorciement, on s arnioit de liaubeis et 
. des armes qui avecque aparliennent ; et ces armes 
„ éloicnt nommées armes apertes. Mais lorsque 
« pour aller dans sa justice, il falloit passer parmi 
« autre justice, on devoit les porter vestues couver- 

„ tement car bien sachent tuit li Seigneur qui 

.< sont sougès as Barons, que ne pueent pas donner 
« conaié que l'en voit à armes aperles parmy les 
« Terres pour che que de l'establissement le Roy 
.< tèles ciievauclnées de foiclie et de armes son 
« défendues. » (Beaumauoir, C. de Beauv., p. i'JO.) 
Pour nos ancêtres qu'une confiance téméraire en 
la Justice divine, a trop souvent rendus barbares et 
superstitieux, révéuement d'un duel doit un juge- 
ment de Dieu qui leur découvroit la vente, et que 
dans celte persuasion ils nommo\en[ Loij aperte. 
(Voy. Du Gange, Gloss. lat. T. IV, col. IbO et 161.) 

L expression adverbiale en apert, en appert, c est- 
à-dire ouvertement, à découvert, évidemment, en 
évidence, étoil très-usitée. On lit en apart, en 
appart. (Ord. T. 111, p. 246 et 656.) 

On désignoit une personne dont 1 extérieur laissoit 
voir à découvert une âme franche et vraie, en disant 
fio-urémenL quelle avoit un visage apert, quelle 
étoit anerte; acception encore usitée du participe 
ouvert (Voy. Ouvert.) « Si avoit ung visage appert 
« et esveillé. » (Percef. Vol. II, fol. IM, V° col. 1.) 

S'encontrèrent un Chapelain 
Seur un bai palefroi ambiant, 
^per< et dehailié (3) samblant 
^ Fabl. JlS. du R n" 7218, fol. 23o, R' col. 2. 

Peut-être a-t-on dit en ce sens que Clovis étoit 
a moult appert et de noble contenance. » (Chron. 
S- Denys, fol. 9, V°.) 

.... Elle est bonne et preude femme, 
Sage, honneste, cointe et apperte; 
Et n'est ombrage, ne couverte. , , ^„, „ , „ 
^ G. Machaut, MS. fcl. 203, R" col. 2. 



L'extrême franchise d'une âme qui pense a dé- 
couvert, est si naturellement indiscrète qu on ne 
sait si l'on faisoit, il y a plusieurs siècles, l'éloge ou 
la satvre du caractère François, en disant : ^ Li plus 
., apèrt home sont en France. » (Voy. Ane. Poet. l-r. 
Mss avant 1300, T. IV, p. 1652.) Quelquefois, ce mot 
avért signilioit l'indiscrète franchise d'une jeune 
Bersonne trop prompte à découvrir le secret de son 
cœur Le Chevalier de la Tour étant allé faire une 



première visite h la Demoiselle que son père lui 
destinoit pour femme, s'alarma d'en être aime trop 
franchement, trop ouvertement, et refusa de lé- 
pouser. « Elle fut dit-il: bien aperte ; car elle me 
« pria deux fois ou trois que je ne demeurasse point 
« a la venir voir. » (Le Ch" de la Tour, Instr. à ses 
tilles fol. 8. " On ne pardonne point à une pucelle 
.. qu'elle, à la premier requeste, face appert octroy, 
.. ne descouvre son couraige. ■> (Voy. Percef. \ ol. M, 
fol. 86, V° col. 2.) .. , 

Il y a une esoèce de franchise proscrite par la 
décence, à penser et faire le mal ouvertement, a 
être impudent, effronté; de sorte que le mot apert. 
qui désignoit en général les qualités propres a 
caractériser une franchise aussi aimable que 1 autre 
est odieuse, a pu désigner non-seulement 1 indis- 
crétion, mais l'impudence, l'etTronterie. (^oy. Le 
Ch" de la Tour, Instr. à ses filles, fol. 13, \° col. 2.) 
Ou'il suffise d'avoir indiqué l'étendue de 1 ac- 
ception figurée à'apert; mot dont les orthographes 
aouvert et ouvert sont des altérations aussi visibles 
que celles û'aspert et espert dans les passages 
suivans. « Li larrecins qui n'est pas appers, mes 
« toute vois il se prueve par présomptions, si est 
« de chaus qui sont pris par nuit en autrui meson» 
(Beaumanoir, Coût, de Beauvoisis, page Ib-i.) « Li 
« aspers larrechins est chil qui est trouves sezis et 

« vestus de la chose emblée ne plus espers lar- 

.< recins ne puet estre que chil qui est trouves sésis 
.< et vestus de la chose emblée. » (Id. ibid. p. ib4.) 
Après avoir prouvé que l'orthographe espert etoit 
quelquefois une altération d'apert, évident; on re- 
marquera que plus souvent l'orthographe apert 
sembloitêtre une altération d'expert. « Noz ancestres 
« ont usé de ce mot appert. . . pour expert. . . ou 
« adroit aux armes. » (Froissart, Vol. 1, annot. à.) 
L'ancienne Chevalerie étant une expérience, une 
épreuve continuelle de force, d'agilile d adresse, 
de valeur, de bravoure et d'intrépidité, le moi apert 
aura signifié fort, agile, adroit vaillant, brave, in- 
trénide- acceptions peu faciles à distinguer les unes 
des autres. « Aucuns des Seigneurs de la compaignie 
« au Duc de Bourgongne se vauldrent mettre a 
I « deffence mais che leur valut moult peu ; car 
« tous furent prins et menez prisonniers excepte 
' « le Seit-neur de îlontagu qui estoit moult appert 
« et viste : et l'espée ou poing toute nue saillit 
« dehors les barrières. » (J. le Fevre de S' Remy, 
Hist. de Charles VI, p. 138.) , ^ ,• • „ 

Il semble qu'on ait compare au vol de 1 oiseau 
l'a-ilité avec laquelle un homme intrépide court à 
l'ennemi et le renverse, lorsqu'on a dit : 



Trop nous eussent fait de contraire 

Cil Sarrasin de pute affaire, 

Se ne fussent cil Daraoisel 

Qui sont aussi appers qu'oissel. „<, „ wyj 

^ Hist. des trois Marks, en -vers, MS. p. 468. 

On recommandoit à la Noblesse l'exercice de la 



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— 19 — 



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chasse, comme propre à former un appert homme 
d'armes; et l'on disoit on parlant du Chasseur : 

Telz homs (1) communément devient 
Et chevauchant et bien trayant, 
Bien appert et bien combatant, 
Bien assaillant bestes terribles... 
Pourquoy vient le hardement, 
Sans craindre péril nullement : 
Il s'accoustume à fort courir, 
Et à grans labeurs soustenir : 
Toutes telz choses sont reqises 
Aux Nobles à qui sont commises 
Grans seigneuries et grans terres 
Pour plus vaillances avoir ez guerres. 

Gace de la Bigno, des Déduits, MS. fol. 99, VS 

Les qualités et les vertus qu'indiquent ces vers, 
étant nécessaires aux personnes destinées par leur 
naissance ii la profession des armes, il est probable 
qu'un Chevalier dont la force, l'agilité, l'adresse, la 
valeur et l'intrépidité avoient été éprouvées, étoit 
ce qu'on nommoit un apert homme d'armes. « Si 
« appela tantost le Prince un Chevalier de son 
« hostel.... nommé Messire Pierre Ernaut, du pais 
« de Bearn, apcrt homme d'armes, et cousin au 
o Comte de Foix. » (Froissart, A'ol. III, p. 7. — 
Monstrelet, Vol. II, fol. 66.) Mais il paroit très dou- 
teux que dans cette expression, appert homme d'ar- 
mes, le mol appert soit de même origine qu'expert. 
L'un et l'autre existoient en mémetemps dans notre 
ancienne langue. 

à découppler sont appcrs, 

Et en ce qu'ont à faire expers. 

Gaco de la Bigne, des Déduits, MS. fol. 102, V*. 

S'il faut en croire Le Duchat, appert en ce sens 
vient à'adperitus. (Voy. Rabelais, T. IV, p. 166 et 
167. note 3.) C'est le même qu apert, en latin 
apertiis, suivant l'opinion de Nicot, qui dit (\\x appert 
a signifié expert dans l'art militaire, dans un art 
quelconque, « parce qu'à celuy qui n'ignore rien 
« d'aucun art, discipline et exercice, rien ne luy en 
« est clos, ains luy est le tout ouvert, cogneu et en 
« main. » (Nicol, Uict. au mot Apertise.) Peut-être 
auroit-il mieux raisonné sur la cause de celte 
acception figurée à'appert, en latin apertus, s'il eût 
dit que l'aptitude acquise ou naturelle, qui se décou- 
vre et se fait voir dans un homme, ou dans un ani- 
mal, pour certains exercices, a été désignée par le 
mot apert, comme l'on désigne encore par le mot 
ouvert, l'aptitude, l'ouverture de l'esprit pour cer- 
taines sciences. Telk pouvoit être l'origine des signi- 
fications û'apert, lorsqu'on disoit en "parlant d'un 
homme agile, adroit, vaillant, courageux, inlrépide, 
qu'il étoiî apert. (Voy. Nicot et Mônet, Dict.) Les 
coups d'un homme fort et adroit, éloienl des coups 
apperts ; èlveapert, avoir la jambe aperte A' aWer, 
c'étoit être agile, prompt à aller, à courir. « Com- 
« mencèrentà traire, à lancer et ù chacer les uns 
« les autres, et donner grans coups et apperts. » 
(Froissart, Vol. ï, p. 307.) <• Sire Damoysel.... les 
« chausses de fer qui vous environnent les pieds et 
« les jambes, vous donnent à congnoistre que... 



« devez avoir... la jambe... légère et appjerte d'em- 
o batre en tous jeulx, pour soustenir justice et 
« droicture. » (Percef.Vol. II, fol. 119, R» col. 1 et 2.) 

Trois varletz qui sont bien espars 
De lièvres garder, et apers 
De tost aller, et bien entendre 
A leurs lévriers tantost reprendre. 

Gace de la Bigne, des Déduits, MS. fol. 110, V'. 

Etre apert, avoir la main aperte, c'étoit être 
adroit, faire voir de l'adresse, de la dextérité, de la 
grâce, en faisant une chose. « Aussi on en a la main 
'< plus aperte, etc. » (Ch. de G. Phébus, ms. p. 213.) 

Les uns sont hardiz et appers, 
Autres couars et mal appers 

Eust. Descli. Poës. MSS. p. 471, col. 1. 

Gardez-vous, Dames, bien aoertes 
Qu'au mengier soiez bien apertes. 
C'est une chose c'om moult prise 
Que là soit Dame bien aprise. 

Fabl. MS. du K, n- 7218, fol. 13-2, R- col. 2. 

Un cheval dans lequel on découvroit une inclina- 
lion naturelle à regimber, étoit un cheval appert de 
regiber. 

... Se ton cheval est appert 
De regiber la jambe haulte, 
Chascun dira que c'est ta faulte, etc. 

Contrediz de Sougecreux. fol. 141, R". 

On faisoil plus souvent l'éloge des qualités que 
l'on découvroit dans un cheval, un chien, etc. en 
disant qu'il étoit apert. « Cheval appert (2), léger, et 
« bien courant , et bien tournant à la main. » 
(Froissart, Vol. IV, p. 82.) 

Bien nous appert 

Que cbiens sont hardiz et appert, 
Et qu'ilz ont proesse et vaillance, 
Et sont de grant recongnoissance. 

Gace de la Bigne, des Déduits. MS. fol. 75, V». 

Au reste, en faisant voir par ses actions, en dé- 
couvrant certaines qualités reçues de la Nature, ou 
acquises par l'expérience qui les découvre elle- 
même, on se fait connoître comme possédant ces 
mêmes qualités. De là, le mot apert aura signifié 
1- connu pour être agile, adroit, vaillant, etc. 

Ne sont mie poindre couvers. 
Mais biax, et riches, et apers. 
Moult est lor oevre bien veue, 
Et d'ans et d'autres conneue. 

Athis, MS. fol. 115, V col. 1. 

2° Connu pour être expert, non-seulement dans la 
science des armes, mais dans toute autre science 
en général. Telle paroit être la raison de l'analogie 
fiu'on remarque entre les mots apert et expert; 
analogie qui les aura fait probablement employer 
l'un pour l'autre, sans égard à la diflérence étymo- 
logique. « Que bonnes personnes et apertes pour 
« délivrer (3), soient aux requestes de la Langue 
« d'oc et de la Frani;oise. » (Ord. T. I, p. 675.) 
« Appelés à ce plusieurs Sages, connoissans et 
« esperts en fait de monoyes. » (Ibid. p. 770.) 

On croit aptircevoir l'origine delà formation et de 
la signification tîu substantif aperte, dans l'ellipse 
par laquelle le participe féminin aperte, désignoit 



(I) L'analogie a donné le z au cas sujet de liom, comme aux noms masculins de la 2» déclinaison, (n. e.) — (2) Appert 
est ici le contraire d'ombrageux, (n. e.) — (3) Expédier. 



AP 



— 20 



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une chose aperte, une chose évidente, une chose 
connue : 

Quant vous à cui que soit parlés, 
En sus de lui si vous t^nés, 
Qu'à lui voslre alaine ne viegne ; 
Et d'une aperte vous soviegne, etc. 

Fabl. MS. du R. n- 7218, toi. 131, V' col. 2. 

Une action de valeur, une action connue, ou qui 
mérite de l'être. « Les Ilainuyers s'asseml)!èrent 
« pour les rebouter; mais ils estoient si puissans 
« ([u'ils s'en retournèrent en leur pays sans faire 
« aperte qui soit à raconipter, n'escrire. » (Mons- 
trelet, Vol. I, fol. 27. — Voy. Aperte ci-dessous.) 

VARIANTES : 
APERT. Livres des Machabées. MS. des Cordei. fol. 188 
Apart. Liv. des Machabées, MS. des Cordei. fol. 188, R". 
Apers (plur.) Fabl. MS. du R. n» 7218, fol. 142, V" col. 1. 
Appart. Ord. T. 111, p. 246. 

Appers. Eeaumanoir, Coût, de Beauvoisis, p. 164. 
Appert. Marbodus, de Gemm. Art. viii, col. 1648. 
ASPERS. Beaumanoir, Coût, de Beauvoisis, p. 164. 
EsPERS (sing. et plur.). Id. ibid. p. 238. - Ord. T. I, p. 770. 
EsPERT. Beaumanoir, Coût, de Beauvoisis, p. 192. 

Aperte, subst. fém. Qualité par laquelle on se 
fait connoitre. Action connue et par laquelle on se 
fait connoitre. Au premier sens, les qualités dési- 
gnées par le mot aperte, étoient l'expérience, la 
force, l'agilité, l'adresse, la valeur, etc. (Voy.ApERT.) 

Resaut en piez com hom plains d'aperlé. 

Enfance d'Ogier le Danois. MS. de Gaignat, fol. 109, R" col. 2. 

. . . D'armes est tex li mestiers 
Que il i convient aperte, 
Et de bien faire volenté. 

Ciéomadès, MS. de Gaignal, fol. 62, R' col. 1. 

Peut-être la beauté, dans ces vers : 

Dame de grant apperteté. 
Plus que palmes hauls et parens; 
Dame plus noble et plus flairans, 
Plus vermeille et mielx coulourée 
Que pomme doulce et savourée ; etc. 

G. Machaut, MS. fol. 201, V- col. 3. 

Il étoit naturel que ce même mot aperte désignât 
spécialementles faits d'armes, les exploits guerriers, 
dans un temps où l'on n'avoit guère d'autre moyen 
de se faire connoitre et de se distinguer. 

Li Dus Tierris, ou poing le bran letré, 
Fist celui jour mainte grant aperte : 
De lui ert bien, as coups ferir, monstre. 
Enfance d'Ogier le Danois, IIS. de Gaignat, fol. 104, V" col. 2. 

VARIANTES : 
APERTE. Ciéomadès, MS. de Gaignat, fol. 62, R» col. 1. 
Apperteté. G. Machaut, MS. fol. 201, V" col. 3, 

Apertelet, adj. Vaillant. Signification analogue 
î» celle du participe apert, doiu'on a formé le dimi- 
nutif fl7;^r/e/ci, en faveur de la rime. 

Là fu li Sires de Clervaus,... 
Et le Seigneur de Nantoullet 
Qui est cointe et apeiielrt. 

G. Machaul, MS. fol. 225, V- col. 3. 

Apertement, adverbe. Ouvertement, évidem- 
ment, etc. Ouvertement, fanchement. De manière 
à faire connoitre certaines qualités naturelles et 
acquises. Les significations de V^àyerhë apertement 
sont toutes relatives ù celles du participe «joerL On 
disoit au premier sens : « Pur co véez apertement 



« que nient n'est arrière de ce que, etc. » (Livres 
des Rois, ms. des Cordei. fol. 13i, V" col. 2.) 

Diex t'a monstre, de ce n'en doutes, 
En celi songe espertement, 
Ce qu'est venu nouvellement. 
Geofroi de Paris, ,i la suite du Rom. de Fauvel, MS. du R. n' 6812, fol. 52. 

Dans le second sens, apertement signifioit ouverte- 
ment, franchement. (Rob. Est., Nicot et Monot. Dict.) 

Enfin, agir ou se tenir de manière à faire con- 
noitre qu'on avoit certaines qualités, qu'on étoit 
expert, adroit, leste, agile, prompt, etc. c'étoit se 
tenir ou agir apertement. « Lors print apertement 
" son cheval par le frain, et saillit en la selle. » 
(Percef. Vol. II, fol. 119. — Voy. Nicot, Dict.) 

Moult apartement s'arréèrent 
Cil qui par raison tenu èrent 
D'aler à ces tabliaus lancier. 

Ciéomadès, MS. de Gaignat, fol. 67, V" col. 1. 
Moult lvès-aperteme>ît s'arma 
Ciéomadès, ne détria. 

Ibid. fol. 38, V" col. 3. 
Mestres, feites apertement ; 
Car je sui ci en grant forment... 
Sire, ne me puis plus haster. 

Esirubert, Fabl. MS. du R. n" 7996, p. 43. 

Bien doit haus hom estre jolis devant la gent, 
Cointes et acesmans, se il est de jovent ; 
Et doit son cors tenir bel et aperloneiit, 
Et si se puet vestir et bien et richement. 

Fabl. MS. du K. n" 7218, fol. 335. R- col. 2. 

VARIANTES : 

APERTEMENT. Livres des Rois, MS. des Cordei. fol. 134. 

,\P-\RTEMENT. Cléomadès, MS. de Gaignat, fol. 67. 

Apertem.\nt. Monet, Dict. 

Appertrment. r.om. de la Rose, vers 22, Percef. Vol. II, 
fol. 119, V° col. 1. - Nicot, Dict. 

Espertement. Geofroi de Paris, à la suite du Rom. de 
Fauvel, MS. du R. n» 6812, fol. 53, V" col. 3. 

Apertise, subst. fém. Evidence. Franchise 
indiscrète. Aclion qui découvre certaines qualités 
et les fait connoitre. Qualité qui se découvre et par 
laquelle on est connu. Du participe apert, évident, 
s'est formé le substantif apertise, dans le sens 
d'évidence. (Voy. Oudin, Dict.) C'est encore dans un 
sens relatif à celui d'apert, ouvert, franc, etc. que le 
mot apertise signifioit franchise indiscrète. On 
craint d'être l'époux d'une Demoiselle, « pour la 
« trop grande apertise et la légiéreté et la manière 
■' qu'il semble à veoir en elle. " (Le Ch'' de la Tour, 
Inst. à ses filles, fol. 8. — Id. ibid. fol. 13.) 

En général, une action par laquelle on faisoit 
connoitre son expérience, sa force, son agilité, son 
adresse, sa valeur et autres qualités naturelles et 
acquises, étoit une apertise; par conséquent, un 
fait d'armes, un exploit militaire, étoit une apertise 
ou expertise d'armes. Il paroit que l'orthographe 
expetise est une faute pour expertise qu'on subsli- 
tuoit quelquefois au mot apertise. (Voy. Apert.) 
« Nécessité luy feist faire une moult belle fl/;/)er- 
« tisse : car quant il sentit ce, il ahert les arsons 
« du Chevalier h deux mains;... lors se lance... par 
« derrière luy sur la crouppe de son cheval. » 
(Percef. Vol. I, fol. 143.) « Un maistre Engingneur 
« d'appertise... issit de son échaufaut... et tout 
« chantant sur la corde... moult fit d'appertises, 
« tant que la légèreté de lui et de ses œuvres fut 



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AP 



« moult prisée. » (Froissart, Vol. IV, p. 4.) « Entre 
« les autres assaux en firent un qui dura un jour 
« tout entier. Là eut mainte grand appertise faite. » 
(Id. Vol. I, p. 70.) « En ce temps y eut à Bordeaux 

•• sur Gironde une appertise d'armes à courir 

« à tout trois lances à cheval et en férir trois coups, 
« trois d'espée, et trois coups de dague, et trois 
« coups de hache. Si furent les armes faites devant, 
'< etc. " (Id. Vol. m, p. 159.) « Furent faites de fort 
» belles apertises d'armes d'un costé et d'autre. » 
(J. Charlier, Ilist. de Charles VII, p. 14.) « Le Baron 

« de Biron n'avoit point faict tant à'expetises 

« d'armes comme il en a fait despuis. » (Brantôme, 
sur les Duels, p. 103.) Telle éloit encore la signifi- 
cation particulière du mot apertise, au commence- 
ment du xvu' siècle. « On l'approprioit aux faits 
<c militaires; mais rien n'empeschoil que le mesme 
« mot ne se pîit employer es autres arts, disciplines 
« et exercices. » (Voy. Nicot, Dict.) 

On désignoit aussi par le mot apertise ou exper- 
tise, les qualités qui se découvrent dans une per- 
sonne, et par lesquelles elle se fait connoitre, comme 
l'expérience, la force, l'agilité, l'adresse, la valeur, 
etc. " Le pont rompit sous luy ; mais par grand ap- 
« pertise de corps il se sauva. » (Froissart, Vol. Il, 
p. '203. — Voyez Cotgrave, Oudin, Borel, Mcot et 
Monet, Dict.) Montaigne se plaignoit de ce que de 
son temps on prodiguoit à la vaillance l'Ordre de 
S" .Michel, ancienne récompense « d'une expertise 
« bellique plus universelle et qui embrassas! la 
« pluspart et les plus grandes parties d'un homme 
« militaire. » (Essais de Montaigne, T. Il, p. 87.) 

\ARIA>TES : 

APERTISE. J. Charlier, Hist. de Charles VII, p. t4. 

Apertisse. Ch. S' D., Reo. de.s Hist. de Fr. T. III. p. 288. 

Appertese. D. Carpentier, Suppl. Gloss. lat. de Du Cange, 
au mot Apparentia, 3; tit. de 1470. 

.\ppertise. Froissart, Vol. I, p. 70, etc. — Borel, Oudin, 
Nicot et Monet, Dict. 

Appep.tisse. Percef. Vol. I, fol. 143, V" col. 2. 

Expertise. Essais de Montaigne, T. il, page 87. — Cotgrave, 
et Oudin, Dict. 

Expetise. Brantôme, sur les Duels, p. 280. 

Apesant, participe. Pesant. (Voir Apeser et 
Apoiser.) L'ancienne acception figurée du participe 
apesant, étoit la même que celle de pesant, onéreux, 
fâcheux. 

Ec-vos (1) Boeci cadegu (2) en afan, 

E grant ledenas (3) qui l'estan (4) apesayit. 

Fragm. de la Vie de Boèce, MS. de S. Benoit-snr-Loire, p. 271. 

Apesart, suhst. ?»asc. Cauchemar. Incube. Dans 
le premier sens, sorte d'oppression nommée ape- 
sart, parce que lorsqu'elle se fait sentir durant le 
sommeil, il semble qu'on ail un poids, un corps qui 
pèse sur l'estomac. (Voy. Borel, Dict.) La fable des 
Incubes est une vieille erreur populaire qui n'a 
d'autre fondement que les elîets de cette oppres- 
sion. Cependant, Guillaume de Paris, entre autres, 
a beaucoup parlé de ces Démons imaginaires, de 



ces Incubes que nos ancêtres nommoient Appesarts. 
Il discute si leur prétendu commerce avec les fem- 
mes est réel, et s'il peut être fécond. (Voy. Mém. de 
l'Acad. desB. Lettres, T. XIII, p. G4GetG48. — Borel, 
Dict. — Dict. de Trévoux, T. III, col. 938.) 

VARIANTES : 
APESART. Borel, Dict. 
.Appesart. Raoul de Presles, Cité de Dieu, liv. xv, ch. 23. 

Apeser, verbe. Faire peser. (Voir Apoiser.) Faire 
qu'une chose pèse, qu'elle ait un certain poids. Par 
une comparaison tirée de l'action de peser deux 
choses, de manière que le poids de l'une l'emporte 
sur celui de l'autre , on a dit en parlant des Clercs 
dont la science indigente devoit l'emporter sur 
l'opulente ignorance des Prélats : 

Pour Dieu, Seigneurs Prelatz, embracez diligence ; 
Car par -trop de maulx naissent de vostre négligence ; 

Ayez pitié des Clercs et de leur indigence 

Car ilz savent trop bien ton povoir souspeser, 
Et à leurs advantaiges leurs engins apeser ; 
Si ne peut-on povoir contre leurs sens peser. 

J. de Meun, Cod.vers 645-68i. 

Apetisement, suhst. masc. Amoindrissement. 
Espèce d'impôt. La signification du substantif ape- 
tisement, appel'issement, relative à celle du verbe 
apetiser, appetisser, faire plus petit, faire moindre, 
amoindrir, n'étoit pas moins générale. « Ne sous- 
>i tiendront fait de quelconque Seigneur.... à Vape- 
« ticement de la chevance du Roy. » (Ord. T. V, 
p. 540. — Voy. Apetiser.) Il semble que parce que 
la vente du vin en détail se l'ait à la petite mesure 
dans plusieurs villes du Royaume, on ait nommé 
appetissement de mesure, et tout simplement appe- 
tissement, une espèce d'impôt sur la vente du vin 
en détail. (Voy. d'Argentré. Coût, de Bretagne, page 
1327, note. — Cotgrave, Dict. — Dict. de Trévoux.) 

VARIAJiTES : 
APETISEMENT. Règle de S- Benoît, chap. ii. 
Apeticement. Ord. T. V, p. 540. 
Appetissem.^nt. Monet, Dict. 
Appetissement. Cotg. Oudin, Rob. Estienne et Nicot, Dict. 

Apetiser, verbe. Amoindrir, diminuer, abréger, 
accourcir, etc. On a cherche l'origine de l'adjectif 
petit, d'où s'est formé le verbe apetiser, apetisser, 
dAns, putitus (5), diminutifdumot;jH/Hsqui nesigni- 
fioit petit, petit enfant, qu'en présentant à l'esprit 
l'image d'une partie naturelle que voile la pudeur ; 
putaen latin, en italien potta. (Voy. Petit.) Mais 
croira-t-on qu'il y ait une analogie entre cette 
acception particulière ûepulitus et l'acception géné- 
rale de petit ; que l'une puisse être une extension 
de l'autre? Quel que soit le principe de cette exten- 
sion, le verbe apetiser ou apetisser, dans un sens 
relatif à celui de l'adjectif petit, signilioit en général 
faire plus petite l'étendue, la ((uanlité d'une chose 
physique ou morale, la faire moindre, l'amoindrir, 
la diminuer. (Voy. Ord. T. III, p. 229, 443, 503 et 
521. — Hist. de B. du Guesclin, par Ménard, p. 512, 



(!) Voilà. — (2) Chû, tombé. — (3) Opprobres. — (4) Etoient. — (5) Nonius cite le vieux mot latin pe(t/i(s, qu'il rend par 
tenuis et e.cilis, et qui se trouvait dans Plaute et dans Lucilius ; Mabillon donne à l'an 775 pitito vitlare. Diplom., p. 498. (n. e.) 



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22 — 



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etc. — Cotgrave, Oudin, Rob. Estienne, Nicot et 
Monet, Dict.) 

Povres homz qui est trez en cort de Sainte Eglise, 

Est ausi atachiez, cora chiens à terre glise. 

Ce petit que il a, chacun li npalise. 

Ce sont gens sans pitié et plain de covoitise. 

F»bl. MS. du R. n- 7G15, T. II, fol. 141, R° col. 1. 

On conçoit que tout verbe qui désigne une façon 
d'amoindrir les choses, de les diminuer, peut être 
l'explication du verbe apetissri', comme accourcir, 
abréger, etc. « Se la matière est longue ou obscure, 
« l'on la doit npcticcr h. mots briefs et entendibles. » 
(Fabri, Art de Rétbor. L. I, fol. 3!).) On regrettoit 
l'âge d'or, lorsqu'on parlant de .lupiter, on disoit : 

Moult eut en luy mol justicier ; 
Il fist printemps appelicier, etc. 

Uom. de la Rose, Terâ 21097 el 21098. 

Dans ces vers, la signification d'apetisser étoit 
neutre, comme lorsqu'en parlant d'un homme gé- 
néreux et libéral sans diminuer sa fortune, sans 
l'endommager, on disoit figurément : » Li saiges 
« larges... despent... ce que il peut souffrir sans 
« apcticic)'.... Doncques li loons-nous que il soit 
« large, etc. » (Beaumanoir, C. de Beauv., p. 9.) 

Ce verbe actif et neutre étoit aussi réciproque, 
comme il Test encore aujourd'hui sous l'orthographe 
apetissev. « Prenés un pot de terre neuve... rempli 
« d'eaue bien clère ; puis mettes la poulrlre dedens, 
« et... soit tant bouUi que elle s'apelice de la 
« moitié. » (Modus et Racio, ms. fol. 130.) « Largesse 
« maintenir sans soy fl/;c</c/ej", etc. » (Beaumanoir, 
tibi supra.) 

VARIANTES ' 

APETISER. Fabl. MS. du R. n» 7218, fol. 206, R" col. 1. - 
Eust. Desch. Poës. MSS. p. 385, col. 3. 

Apeticer. Beaumanoir, Coût, de Beauvoisis, p. 10. — G. 
Guiart, JIS. fol. 67, V». - Modus et Racio, MS. fol. 1.30, R». 

Apeticuer. Chron. S' D. Reo. des H. de Fr. T. III, p. 238. 

Apeticier. Beaumanoir, Coût, de Beauvoisis, p. 9. — Hist. 
de B. du Guesclin, par Ménard, p. i5I2. 

Apetisier. Fabl. ilS. du R. n» 7218, fol. 167, R» col. 2. 

Apetisser. Orth. subsist. - Ord. T. III, p. .503. 

Apetissier. Psautier, MS. du R. n° 7837, fol. 12, V» col. 2. 

Appeticer. Ord. T. III, p. 229. 

Appeticier. Ibid. p. 443 et 521. 

Appetisser. Gace de la Bigne, des Déduits, MS. fol. 116, 
R". - Percef. Vol. I, fol. 58, R» col. 1. - Cotgrave, Oudin. 
Rûb. Estienne, Nicot et Monet, Trévoux, Dict. 

Apie, subst. fém. Douceur. La douceur de la 
langue latine étant comparée à la douceur du miel 
de l'abeille, on a dit que César « composa un œuvre 
« très-élégant, de la raison et manière de bien 
« purement et nettement parler, dédiant cest œuvre 
« et l'envoyant à Cicero, comme prince et inventeur 
« de l'élégant et apie de la langue latine. >• (L'amant 
ressusc. p. 263.) La signification figurée de ce mot 
apie, formé du latin apis, en françois abeille, 
semble caractériser l'atTectation érudite d'un Ecri- 
vain du XVI' siècle. 

Apiécer, verbe. Assembler les pièces, les parties 
d'un tout. Dans une signification particulière , 
assembler les parties d'un pourpoint, faire un pour- 
point, le coudre après l'avoir taillé. « Xe fut trouvé 
« en la maison du... cousturier, tant seulement que 
« ung pourpoint taillé , encores à apiécer et à 



<■ quouldre. » (D. Carpentier, Suppl. Gloss. lat. de 
Du Cange, au mot Appire ; tit. de 1403.) 

Apier , subst. masc. Place où l'on met des 
abeilles. En latin apiarium. (Voy. Cotgrave, Dict.) 

. Apigi-atis, subst. masc. Grapilleur. Telle paroit 
être la signification d'apigratis, sobriquet d'un 
cuisinier, dans Rabelais, (T. IV, p. 170.) 

Apiler, verbe. Mettre en pile, en masse. (Cot- 
grace, Dict.) C'est relativement à la signification 
propre du substantif pile, en latin pila, d'où s'est 
formé le verbe réciproque s'apiler, ou s'appiler, 
qu'on a dit dans un sens métaphorique : « La société 
«' des hommes se tient et se coust à quelque prix 
« que ce soit. En quelque assiette qu'on les couche, 
« ils s'appilentei se rangent en se remuant et s'en- 
« tassant, comme des corps mal unis qu'on empoche 
« sans ordre, trouvent d'eux-mesmes la façon de 
« se joindre et s'emplacer les uns parmy les autres, 
« souvent mieux que l'art ne les eust sceu disposer. » 
(Essais de Montaigne, T. III, p. 307.) On disoit en 
parlant d'un homme dont le corps étoit ramassé, 
par conséquent robuste et fort, qu'il étoit apilé. 
<> Il esloit demeuré petit, mais fort et apilé, les 
« épaules grosses. » (Mém. de Montluc, T. I, p. 570.) 
Dans un sens plus figuré, sappiler c'étoit se forti- 
fier en ramassant toutes les forces de son âme, s'en 
faire un appui, comme d'un pilier, d'une digue 
contre la violence des passions. « Regardez dans 
« vous , reconnoissez-vous , tenez-vous à vous : 
« vostre esprit et vostre volenté qui se consomme 
« ailleurs, ramenez-la en soy : vous vous escoulez, 
« vous vous respandez : appilovous, soustenez- 
« vous : on vous trahit, on vous dissipe, on vous 
« desrobe. •> (Essais de Montaigne, T. III, p. 391.) 

VARIANTES : 
APILER. Mém. de Montluc, T. I, p. 570. - Cotgrave, Dict. 
.Vppiler. Essais de Montaigne, T. III, p. 356. — Cotg. Dict. 

Apilletter, verbe. Rendre aigu. Il semble qu'un 
fer apiletté étoit un fer aigu comme celui d'une 
espèce de javelot qu'on nommoit pile, pilète; d'où 
le verbe apiletter, dans la signification d'aiguiser, 
rendre aigu. (Voy. Pile.) « Une sayette ou volet, où 
" avoit ou bout ung fer apilletié, etc. » (Lett. de 
grâce, an. 1 i76. — Voy. D. Carpentier, Sup. Gloss. 
lat. de Du Cange, au mot Pilatus.) 

Apincer, verbe. Pincer. On a dit figurément : 

Luxure emboe tout et en riens ne la rainco; 
Car en tous les estatz mort, acroiche, ou apince : 
D'un Duc fait ung villain, et d'un villain ung Prince. 

J. de Meun, Cod. vers 1781-1783 . 

Apinianlx, subst. masc. pluriel. Bateleurs, 
farceurs. On a conjecturé avec assez de vraisem- 
blance, que les apinïaulx dont le Cartulaire de 
l'abbaye de Lagny fait mention, étoient des bate- 
leurs, des farceurs ù qui l'on permettoit d'amuser 
le public dans les foires, en exigeant d'eux un tribut 
que sans doute on comprenoit dans la ferme des 
droits quisepercevoient durant les foires, u Ce sont 
« aucunes fermes qui estoient de prouffit à l'abbaye 



AP 



— 23 - 



AP 



« de Laigny, es foires de Champaigne el Brye.... 
« Cil d'apiniaulx et autres menues trueues, lxx 
« livres. » (D. Carpentier, Suppl. Ciloss. lat. de Du 
Gange, au mot Apinarii.) Celte conjecture est fondée 
sur la possibilité que le mot franrois apiniaulx soit 
dérivé du latin apinarii, qui désignoit l'espèce vile 
et méprisable de ces hommes qu'on appelle au- 
jourd'hui bateleurs, farceurs, saltimbanques. On 
croit apinarii formé à'apinœ. (Voy. D. Cange Gloss. 
lat. T. I, col. 551 et 552.) 

Apiter, verhe. Etre ému de pitié. Ce verbe dont 
la signification intéresse l'humanité, est encore 
usité parmi le peuple en province, où l'on dit apiter, 
s'apiter. « Le Uuc se appitoija, si que l'en luy véoit 
« les larmes aux yeux. » (Monstrelet, Vol. III, f° 118.) 
Quelquefois la signification de ce verbe réciproque 
étoit neutre. 

Le cueur lors luy appilo'ia. 

Vigil. de Charles VII, p. 157. 

Dans le temps où nos ancêtres s'amusoient dévo- 
tement à voir jouer nos mystères, celui de la Passion 
de Nolre-Seigiieur étoit sans doute fait pour émou- 
voir la pitié. Aussi lisons-nous qu'à l'entrée des rois 
de France et d'Angleterre dans l'aris, le 1 " décembre 
1420, « n'estoil homme... à cui le cueur ne apiteasi, 
« en voyant le mystère de la passion Nostre-Sei- 
« gneur au vif, selon que elle estoit tigurée autour 
« du cueur de Rostre-Dame de Paris. » (Journ. de 
Paris, sous Charles VI et Charles VII, p. 72.) 

VARIANTES : 
APITER. D. Carpentier, S. Gl. 1. du Du C. au mot rielosiis. 
Apitèer. Journ. de Paris, sous Charles VI et Charles Vil, 
p. 72. 
Apitoyer. Colgrave, Dict. 
Appitoïer. Vigil. de Charles VII, p. 157. 
Appitoyer. Monstrelet, Vol. III, fol. 118, V°. 

Aplaider, verbe. Obtenir, ou demander. Il 
semble que dans un sens analogue à celui du mol 
latin placitum, dont on a formé le françois plaiel, 
plaid, aplaider une femme à un homme, signifioil 
lui obtenir une femme en mariage, la demander 
pour lui à des conditions qui plaisent aux parties 
que ce mariage intéresse. 

Ses parages par force 

De la prison d'Aniurs renforce. 



Si porchacent tant et li aident 
C'une autre feme li aplaidenl. 

l'rison d'Amour, MS. de Turin, fol. 30, V° col. 1. 

Apleit, sitbst. mase. Ilarnois. Joug. Filet pour 
la pèche. On croit (\uap])lect, ajiploil ou apleit est 
un mot formé du latin appiieitum, comme A'impli- 
citiim s'est formé emploicte, et eiploict û'expli- 
cituni; que dans le sens étymologique, il signifie 
chose pliée, appliquée, employée a certain usage, 
et que relativement à cette acception générale, on a 
nommé spécialement apleit, le harnois d'une bête 
de somme, d'un cheval de charrue, etc. » Des for- 
« faitures que les Sergans prendront... de ce qui 
« sera porté à somme, auront la somme et les bas 
« etaplail, aulrement harnois. » (Ord. T. VI, p. 228.) 



Un jour com autrefoiz li païsant ala 
A l'ore de disner, à l'ostex repaira; 
A la charue apleiz, soc et coutre lessa. 

Rom. deRou, MS. p. 51. 

Dans la Bresse, on nomme encore applis, >> les 
« cordages et autres choses semblables que le pro- 
« priélaire fournit à son métayer, lorsqu'il entre 
« dans sa terre. » (Laur. Gl. du Dr. fr.) (Juelquefois 
V apleit étoit le joug, la pièce de bois traversant 
par-dessus la tête des bceufs qu'on attèle. « Icellui 
« Messent donna d'un applect à beufs dont on lye 
« ou attelé les beufs. » (D. Carpentier, Suppl. Gloss. 
lat. de Du Cange, au mot Aploidum; tit. de 1452.) 
La signification A' apleit, filet pour la pêche, est 
encore familière aux pêcheurs, sur les côtes de 
Normandie. « Comme Jehan Mignot et Jehan Colin 
« se feussent accompaigniez pour estre à un [iroffit 

« à peschier, advinl que Yapploit ou harnois 

« dudit Colin fut plus grevé. » (D. Capentier, iibi 
supra; tit. de 1379. — Colgrave, Dict.) 

Aotre opinion sur l'étymologie de ce mot et sur 
l'analogie des acceptions particulières , harnois, 
joug, etc. avec l'acception générale, chose pliée, 
appliquée, employée à certain usage, paroit au 
moins vraisemblable, \ovs,qu' applect^est rapproché 
â'emploicle et cxploict. [Voy. Emploicte et Exploict.) 

VARIANTES : 
APLEIT. Rom. de Rou, MS. p. 51. 
Aplait. Ord. T. VI, p. 228. 
Apleiz (plur.). Rom. de Rou, MS. p. 51. 
Aplet. Du Cange, Gloss. lat. au mot Aploidum. 
Applect. D. Carpentier, S. Gl. 1. de D. C. au mot Aploidum. 
Applis (plur^. Laur. Gloss. du Dr. fr. 
Apploit. d. Carpentier, S. Gl. 1. de D. C. au mot Aploidum. 

Apleitage, mbst. masc. Lieu où des vaisseaux 
abordent pour charger ou décharger des marchan- 
dises. 11 semble que la signification à'apleilage est 
relative à celle de plaele ou plat te, en latin placta; 
soit que ce mot signifie ballot, marchandise pliée 
en ballot, soit qu'il signifie une espèce de bateau 
plat, un vaisseau de transport, ou une place com- 
mode pour l'embarquement, ou pour le débarque- 
ment. « Si a une pièce de lière sor le Mueeze, ù on 
« met faissel, se l'apièle-on apleitage.... Encor i a 
« li Cuens sor Meuze une pièche de terre, c'on apele 
>' apleitage; si vaut par an xx sols. » (Reg. de la 
Ch. des Comptes de Lille. — Voyez D. Carpentier, 
Suppl. Gloss. lat. de Du Cange, aux mots Placta, 
Placlata, etc.) 

Aplenner, verbe. Venir en foule. Signification 
analogue h celle du verbe affouler (Voy. Affoiler.) 
qu'on croit être dérivé d'un mot dont le sens est 
le même que celui de l'adjectif latin pleniis, en 
françois plein, d'où le verbe aplenner. 

Tous ensemble el cellier aplcnnciit, 
Duquel les huis verrouilliez tennent. 

G. Guiart, MS. fol. 80, R'. 

Aplier, verbe. Plier. (Voyez Plier.) Ce verbe, 
composé, de même origine qu'aploier, est une 
preuve que le verbe simple plier n'est pas moins 
ancien que ploier dans notre langue. Au figuré, 
s' aplier signifioitse plier à une chose, s'y soumettre. 



AP 



— 24 - 



AP 



Sens solais, sens déport, 

Me fait fine amor chanteir; 
Et veult ke je soutire et port 
Tous mais, sens gueridoneir. 
Je seux sil ke s'i np/;>. 

Clians. fr. MS. Je Berne, n- 389, part. II, fol. il, V'. 

Aploier, verbe. Appliquer. Plier. (Voy. Ploier.) 
L'origine de ce verbe aploier est la même que celle 
du verbe appliquer, en latin applicare. C'étoit aussi 
la même signification, lorsqu'on disoit: 

Se Diex me voie, 

Tiex fet semblent qu'à Dieu s'aploie, 
Que c'est l'éve qui pas ne cort. 

FaW. MS. du R. n- 7615, T. I, fol. 101, R* col. 1. 

Cil qui ne quiert esongne, 
Doit bien à sa besongne 
Soi meisme aploiicr. 

Prov. du Vilain, MS. de Gaijnat, fol. 276, R" col. 1. 

On croit que dans le sens étymologique, i aploier, 
s'apiiliquer, c'est se faire un pli, former son corps 
ou son esprit ii l'habitude de se plier à certains 
mouvemens, à certaines inclinations, comme une 
étoffe se plie à la l'orme ([u'on veut lui faire prendre. 
Au reste, s'aploier signilloit se plier, plier le corps 
en signe de soumission : 

Et quant on escrie monjoie, 
N'i ot llamen qui ne s'apploie... 
Cis molt esniaia les llamens. 
Ph. Mou^kes, MS. — D. Carpentier, S. Gl. 1. de Du C. au mot Àplegiare. 

Figurément, se plier, plier son esprit, sa raison à 
croire une chose, ou à la faire : « Moult est granz 
« merveille cornent li humains cuers se polt onkes 
« aploier à... croire ke Deus fust hom et ke virgine 
« permanust cèle k'enfant avoitporteitetenfantèit. » 
(S' Bern. Serm. fr. mss. p. 81.) 

Bien fait à desplaire, 
Puisk'elle s'est aploïe 
Del tout à ma faire. 

Clans, fr. MS. de Berne, n' 389, part, il, fol. 37, V'. 

Dans cet autre passage, se plier, plier sa volonté 
au désir de quelqu'un, incliner à lui faire une grâce. 

Je vous requier, dist-èle, Sire, 

C'a ce vous voelliés aploier 

Que vous me voelliés otroier, etc. 

D. Carpenlier, Suppl. Gloss. lat. de Du Gange, au mot Aplegiare. 

Enfin, aploier l'homme aux choses raisonnables, 
c'étoit plier ses passions au joug de la raison et du 
devoir. 

Ma Dame est tant douce à regarder, 

Que mauvetiés ne pouroit demourer 

En cuer d'ome qui le voie. 

Coument donc li fausseroie, 

Qui mieus doit s'onneur garder. 

En tant qu'amours m'i aploic, 

Qui fet tant vice eschiver et redouter? 

Ane. Poël. fr. MSS. avant 1300, T. IV, p. 1398. 

VARIANTES : 
APLOIER. S' Bernard, Serm. fr. MSS, p. 81. - Fabl. MS 
du R. n» 7989, fol. 64, V» col. 2, etc. 
Aploiier. Prov. du Vilain, MS. de Gaignat, fol. 276, R". 
Apploier. D. Carpentier, S. Gl. 1. de D. C. au mot Apleyian'. 

Aplomber (s'), verbe. Tomber à plomb. Tomber 
perpendiculairement. (Cotgrave et Oudin, Dict. — 
Voy. Plomber ci-après.) 



Aplommer, verbe. Etre amassé, s'amasser. 
Tomber en masse. Etre assommant, accablant. Etre 
accablé, accabler de sommeil. Enduire, revêtir de 
plomb. Il est évident que par une comparaison tirée 
des effets de la pesanteur d'une masse de plornb, le 
verbe aplommer, de même origine qu'aplomher. a 
signifié 1° s'amasser pour tomber sur un ennemi et 
l'accabler. 

Endroit ceus qui viennent serre?. 
Et armez d'armeures chiéres. 
En a es chans deux granz et fières. 
Où grant flo de flamens aplomme. 

G. Guiarl, MS. fol. 264, V'. 

2° Tomber en grande quantité, et pour ainsi dire 
en masse : 

La gresle ne verrez jà 

Si dru, com sajettes et dars 

Aplonincrciit de toutes pars. 

G. Macliaut. MS. fol. 220, V col. 3. 

3° Etre assommant par son poids, être accablant : 

Noslre fais apoise et aplomme. 

Miserere du Recl. de Molicns. MS. de Gaignaf . fol. 203, V" col. 1. 

4° Etre accablé, accabler de sommeil. Le verbe 
aplommer en ce sens étoit neutre et actif, et l'on 
disoit aplommer de sommeil, ou tout simplement 
applommer. (Voy. Borel, Cotgrave, Oudin, Rob. 
Estienne, Nicot et Monet, Dict.) 

Je n'ose 

Parler haut ; je croy qu'il repose. 
Il est un petit aplomme. 
Hélas? il est si assomé, etc. 

Farce de Pathelin, p. 36. 

On voit que les acceptions figurées d'aplommer 
ont précédé dans notre ancienne langue, l'acception 
propre enduire, revêtir de plomb. On ne trouve 
applommer en ce sens que dans Monet, Dict. (Voy. 
Plommer ci-après.) 

VARIANTES : 
APLOMMER. G. Guiart, fol. 264. - Farce de Pathelin, p. 36. 
Aplomer. Borel, Dict. 

Aplonmer. g. Machaut, JIS. fol. 220, V° col. 3. 
Applomer. Oudin, Dict. 
Applommer. Cotgr. Rob. Estienne, Nicot et Monet, Dict. 

Apluvoir, verbe. Tomber du ciel en pluie. Tom- 
ber comme une pluie. Affluer, abonder. (Voy. 
Pllvoir.) Le verbe latin appluere,en (rançois apleu- 
voir, semble avoir été formé à l'imitation d'fl/'//îier(?, 
pour peindre la fluidité des nuages qui tombent en 
pluie, la fluidité de l'eau qui tombe du ciel. C'est la 
signification û'apleiivoir dans ces vers : 

Salemons qui bien fait à croire, 
Il conmenda son flU à boire 
L'yaue qui de son puis venist ; 
Et avoec, à ce se tenist. 
Que entresait (1) l'yaue beust, 
Qui en sa citerne aplcusl. 

Alars de Canibray, MS. de Gaignat, fol. 144. R* col. 1 et 2. 

Par un abus semblable à celui que nous faisons 
de l'expression propre tomber du ciel ou des nues, 
le verbe apleuvoir signifioit paroitre dans un lieu, 
y arriver sans être connu ni attendu. 

.... Lor est puis apleuz 
Un Chevaliers qui fu perduz. 

Farton. de Blois. MS. de S. Gêna. fol. 133. R- col. 3. 



(1) de suite, sur-le-champ ; en provençal, atrasag. (N. E.) 



AP 



— 25 — 



AP 



Les nuages pluvieux qui flottent dans l'air, sont 
une image naturelle des flots qui, lorsque la mer 
monte, s'élèvent et retombent en pluie sur le rivage 
où ils se brisent. De là, on aura désigné le flux de 
la mer, en disant que la mer ou le flot apleul. 

. . . Est, pour peur de marée, 
Chascune aus deux bouz aancrée ; 
Si que flot qui doie aploitvoir, 
Ne les a povoir de movoir. 

G. Guiart,MS. fol. 312, R-. 
Passèrent couart et liardi,... 
Tout droit la seconde semaine 
De Juignet, outre la rivière 
Dont ge vous ai parlé derrière, 
Où la mer estoit apleue. 

Id. fol. 283, R-. 

C'est encore relativement à l'idée d'une pluie qui 
tombe en abondance, qn'apleuvoir signifioit les 
flots, l'affluence du monde qui abonde dans un lieu, 
en y tombant comme la pluie, •■ Cume Absalon fist 
« le sacrelise, ces ki od lui furent firent cunjureisun 
« encuntre David, e li poplesapluveitde tûtes parz, 
« e fud e se teneit od Absalon. » (Livres des Rois, 
Ms. des Cordel. fol. 59, R° col. 2.) 

Li villains des villes aplovoient. 

Rom. de Rou, MS. p. 319. 

Ileuc viennent, ileuc apleuvent ; 
Depuis vers S' Orner s'esmeuvent. 

G. Guiart, MS. fol. 27i. R'. 

Il semble que dans les vers suivans on ait écrit 
aparleuvent à cause de la mesure. 

Mansiaus, Berruiers, Orlenois 

A granz compaignies aparleuvent ; 

Les oz Loys de Chinon meuvent. 

Id. fol. Hi, R'. 

VARIANTES : 
APLUVOIR. Livres des Rois, MS. des Cordel. fol. 59. 
Aparlkuvoih. g. Guiart, MS. fol. 114, R°. 
Aj>leuvoir. Id. fol. 65, R». 

Aplovoir. Ch. S' Denys, Rec. des H. de Fr. T. VII, p. 127. 
APLOuvoiR. G. Guiart, MS. fol. 312, R». - J. Le Febvre de 
S' Remy, Hist. de Charles VI, p. 98. 

Apocalipse, suhst. fém. Apocalypse. On jugera 
sans doute qu'Adam de Cambray, Premier Président 
du Parlement de Paris, ne respéctoit pas assez l'au- 
teur mystérieux de VApocalijpse, lorsque pour dési- 
gner ces Jurisconsultes ignorans et décisifs, à qui 
l'origine obscure des Droits coutumiers et de nos 
anciens usages semble avoir été révélée, il disoit 
« avoir veu que gens coustumiers et non clercs, en 
« parloient comme S' Jehan de l'Apocalipse. » (Voy. 
D. Carpentier, Suppl. Gloss. lat. de Du Cange, au 
mot Apocalijpsis.) Rabelais paroit avoir abuse de la 
même comparaison, en dé\]gur3inl\e mol Apocalipse. 
Le Frère Jean des Entommeures, supposant que 
Gymnaste parle de ce qu'il n'entend pas, de ce qu'il 
ignore, lui dit : « Voire, voire, vous en parlez 
« comme Sainct Jean de la Palisse. - (Habelais, 
T. IV, p. 7i et 75.) On croit que la Palisse est l'allé- 
ration du mot Apocalipse, ou Apocalice, précédé de 
l'article. 11 est possible qu'on ait écrit apocalice; 
mais cette orthographe citée par Le Duchat {ubi 
supra, note 9), ne se trouve point dans Froissart 
(Vol. II, chap. cLNxin,édil. de Le Sauvage.) C'est pro- 



bablement au chap. axxm du Vol. Il d'une édition 
peu connue que renvoie la note de Le Duchat. 

L'auteur du Roman de la Rose, après avoir per- 
sonnifié V Abstinence-contrainte , la compare au 
cheval de V Apocalipse, au pallidus equus qui dans 
V Apocalypse porte la mort. 

Tantost Abstinence-contrainte 
Vest une robe cameline 
Et s'aourne comme béguyne... 
De belle taille est à devys; 
Mais ung pou fut pale de vis ; 
Et ressarabloit la pute lice 
Le cheval de l'Apocalipse 
Qui signifie la gent maie 
D'ypocrisie taincte et pale ; 
Car ce cheval sur soy ne porte 
Nulle couleur fors paie et morte. 

Rom. de la Rose, vers 12169-1Î797. 

VARIANTES : 
AP0C.4.L1PSE. Rom. de la Rose, vers 12793. 
Apocalice. Rabelais, T. IV, p. 74, note 9. 

Apodixie, siibst. (cm. Démonstration, explica- 
tion. On croit que le mot françois apodixie est une 
altération du mot grec dniâiqiç, et que Y Apodixie 
pour la Messe, ouvrage de Barthélémy du Poix, ou 
de Beau-Poix, auteur du \\i' siècle, étoil la démons- 
tration de quelque vérité relative au sacrifice de la 
Messe, ou l'explication des cérémonies qu'on y 
observe. (Voy. }>a Croix du Maine, Biblioth. p. 33.) 
L'adjectif apodictique, terme didactique, de même 
origine qu'apodixie, signifie encore évident, dé- 
monstratif. 

Apodytère, subst. maso. Lieu où l'on se dévêt, 
où l'on se déshabille. En grec dnoâvrijQioy. (Voy. 
Monet, Dict.) 

Apoigner, verbe. Prendre avec le poing. Pren- 
dre une chose et la tenir en fermant la main, en 
serrant le poing. « Bourdon apoigna ledit coustel ; 
« mais ledit Piene lira si fort que il lui trancha les 
« mains. » {D. Carpentier, ubi supra; tit. de 1374. 

— Voy. Empoigner.) On soupçonne que ce même pré- 
térit apoigna, dans un autre titre de 1389, est moins 
le prétérit d'apoigner, que celui du verbe apoindre, 
prendre en piquant avec la pointe d'un couteau, 
d'une fourchette, etc. « Joudon appoigna dudit 
« poulet en l'escuèle. » (D. Car penûer, ubi supi-a. 

— Voy. Apoindre ci-dessous.) 

VARIANTES : 
APOIGNER. D. Carpent. S. Gl. 1. de Du C. au mot Arpagare. 
Appoigner. Id. ibid. tit. de 1389. 

Apoindre, verbe. Piquer, coudre. Piquer, don- 
ner des éperons. Venir en piquant des deux. (Voy. 
Poindre.) Le premier sens est coudre, attacher une 
chose à une autre, en les piquant, en y faisant des 
points. On lit qu'au moment où Adam et Eve rougi- 
rent de leur nudité, 

Por lor humanité repoindre, 
Conmenchièrent lors à apoindre, 
Et à noer et à lyer 
Ensole fuelhes de figier. 

Les IV filles le Roy, MS. de Turin, fol. 39, R' col. t. 



AP 



26 — 



AP 



Dans le second sens, on disoit : 

Garins li Dus vint apoignant ; 
Tint une lance à fier trençant. 

Ph. Mouskcs, MS. p. 191. 

Apoingnant vint ; à haute vois s'escrie : 
Rois Anseis, li miens cors te défie. 

Anscis, MS. fol. 30, V col. 2. 

De là, le verbe apoindre signifioit piquer droit à 
un adversaire, pour le comballre, pour le vaincre; 
venir à lui eu piquant des deux, en poussant un 
cheval à sa rencontre. « Si laissa courre Agravain 
" qui aussi luy apoignoit. Hz s'entrefièrent des 
glayves, si qu'ilz en font voiler les esclatz. » 
(Lanc. du Lac, ï. II, fol. 70, V- col. 1.) 

Normanz comparurent ; 

D'un pendant (1) sortent où il furent... 
Li Roiz lierait de loing les vist ; 
Guert apela, si li a dit :... 
II apoitujnent à nos C(jnquerre, etc. 

Rom. de Rou, MS. p. 395. 

Il paroit assez naturel que dans un temps où la 
Noblesse combattoit ordinairement à cheval, on ait 
désigné un ennemi qui venoitdansun pays pour en 
faire la conquête, en disant qu'il apoingnoit à le 
conquérir. Au reste, apoindre d'un lieu à un autre, 
c'étoit venir d'un lieu à un autre, en piquant des 
deux, en poussant son cheval, en lui appliquant aux 
flancs les pointes des éperons. 

A tant, ez le Barnage qui apoingnoit detriés, 
L'Empereres devant, qui s'estoit avanciés. 

Guiteclin de Sassoigne, MS. de Gaignal, fol. 248, R" col. i. 

Cil vindrent volentiers, n'i a cil qui n'i apoingne ; 
Nul n'i requiert respit, ni terme, ni aloingne. 

Rom. de Rou, MS. p. 41. 

Apoingnant, participe. Piquant, donnant des 
éperons. Telle étoil la signification de ce participe, 
formé d'après l'ancienne conjugaison du verbe 
apoindre, lorsqu'on disoit venir apoignant, s'en 
venir appoignant. (Ph. Mouskes, ms. p. 191. — 
Percef. \ol. 1, fol. 153. — Voy. Poingnant.) 

VARIANTES : 
APOINGNANT. Anseis, MS. fol. 30, V° col. 2. 
Apoignant. Ph. Mouskes, MS. p. 191. 
Appoignant. Percef. Vol. I, fol. 153, V» col. I. 

Apoiser, verbe. Peser; être pesant, fâcheux. 
Fâcher. Rendre pesant, appesantir. Il est probable 
que l'orlhographe apeser n'a d'autre cause que la 
prononciation vicieuse de la diphthongue oi dans 
apoiser ('2). (Voy. Apeser.) La préposition initiale du 
verbe composé apoiser, désignoit un rapport idéal, 
lorsqu'on disoit : 

Nostre fais apoise et aplomme. 

Recl. de Moliens, MS. de Gaignal, fol. S03, V col. 1. 

Un de nos anciens Poètes, qu'une femme avoit 
plaisanté sur son âge, observoit malignement qu'il 
y avoit longtemps qu'elle étoit belle, et que la 
durée de sa beauté en étoit nécessairement la déca- 
dence. Il croyoit le prouver en disant : 



Cou c'on a tant porté 
Tost chiet, k'adès apoise. 

Ane. Poêt. Fr. MSS. ayant 1300, T. m, p. H5J. 

La préposition initiale de ce même verbe apoiser, 
peser sur un corps, étoit absolument inutile, lorsque 
dans le sens de poiser, peser en appuyant, on disoit 
apoiser sur, etc. 

Si l'adoise (3) 

A l'esperon, et pas n'apoise 
Sore celui ; si resvoilla. 

Rom. de Perceval, MS. de Cerne, n" 354, fol. 262, R" col. 2. 

C'est dans un sens analogue à celui de notre 
verbe peser, être fâcheux, qu'on disoit figurément: 

Ce sachez, dur m'en poise : 

Mais dictes-moy comment le fait apoine. 

Percef. Vol. V. fol. 112. V col. 2. 

On comparoit et l'on compare encore en ce sens 
une chose fâcheuse, à un poids sous lequel on 
souffre. 

Quelquefois le verbe apoiser, comme aparîer, 
aparoler, etc. étoit actif par la force de la préposi- 
tion initiale, et signifioit fâcher, faire une chose 
qui poise ou pèse à quelqu'un, qui lui est fâcheuse. 
(Voy. Peser et Poiser ci-après.) 

Mors apoise les envoisiés (4). 

Poème de la Morl, MS. de Berne, n' H3, fol. 199, V» col. 3. 

Dans la signification de rendre pesant, appesan- 
tir, on a dit en parlant de Dieu : « Si apoeset sor 
« noz toz sa main ; car nos péchâmes tuit en Adam. » 
(S' Bern. Serin, fr. ms. p. 5. — Voy. Apeser.) 

VARIANTES : 
APOISER. Ane. Poët. Fr. MSS. avant 1300, T. III, p. 1I5I. - 
Rom. de Perceval, MS. de Berne, n» 354, fol. 262. 
Apoeser. S' Bern. Serm. fr. MSS. p. 5. 

Apollien, adj. Qui appartient à Apollon. Adorer 
dans sa maîtresse la grâce d'Apollon réunie à la 
gravité de Pallas, est une galanterie d'un Poêle du 
xvr siècle. 

Si je veux veoir quelque perfection ; 
Je veoi en toy la grâce Appollienne, 
La gravité plus que Palladienne, 
Où gist l'espoir de mon intention. 

Poês. de Lojs le Caron, fol. 13, V-. 

Apollin (5), subst. masc. et adj. Apollon. Faux 
Dieu ; Faux Prophète. Qui appartient à Apollon, 
L'imagination de nos anciens Poètes, affectée du 
spectacle des Cours qu'ils fréquentoient, semble 
n'avoir voyagé en Enfer que pour y voir des fêtes 
et des tournois, où les faux Dieux et les faux Pro- 
phètes, tels qu'Apollon et Mahomet, s'ébattoient 
avec les Diables. Un de ces Poètes, feignant d'arri- 
ver avec des nouvelles de la Cour infernale, dit en 
s'écriant : 

Ha liai ! ha hai ! je suis venus. 
Salus vous mande Behebus, 
Et Jupiter et Apollin. 
Je vieng d'Enfer le droit chemin ; 
Novèles conter vous en sai... 
A mengier oi à grant plenté... 



(1) terrain en pente. — (2) Le premier e de pensare, après la chute de n, a donné régulièrement poiser : on s'explique 
plus difficilement que ii soit resté dans penser, venu du même mot latin appliqué à une opération intellectuelle, (n. e.) — 
(3) ou ucleise; touche; vient à'adeser, fait peut-être sur adhœsum. (N. E.) — (4) ceux qui se divertissent. — (.5) Ce mot se 
trouve déjà dans la Chanson de Roland : « Mahummet sert e Apollin recleimet (v. 8). » (N. E.) 



AP 



- 27 — 



AP 



J'aporte d'Enfer grant pardon 
De Tervagan et de Mahom, etc. 

Fabl. MS. du R. n- 7-21S, fol. 242, R' col. 2, et V' col. 1. 

On lit ailleurs qu'au Tornoiement-Anleclirist : 

Vint Jupiter 

Et tuit li bon Baron d'Enfer, 
Dont il i ot dix mille et plus. 
Jupiter avec Saturnus 
Chevauche, et Apolin le preu, etc. 

Fabl. MSS. du R. n' 7615, T. U, fol. 189, V- col. 1. 

Ce nom propre à'Apollin étoit, par une espèce 
d'antonomase, un nom commun aux faux Dieux, 
même aux faux Prophètes. Pour nos Poètes et 
Romanciers du temps des Croisades , croire à un 
Dieu tel qu'Apollon, ou à un Prophète tel que Maho- 
met, c'étoit une même chose. Aussi nommoienl-ils 
Gent-Apollin, toute nation ennemie du Christia- 
nisme, soit Payenne, soit Mahométane. On pourroit 
imaginer qn' Apollin dans celte expression est adjec- 
tif, si l'on ignoroit que dans notre ancienne langue, 
la suppression de la préposition relative de étoil 
très-ordinaire. 

Moult ot en Rorame cèle nuit grant hustin, 
Au deslogier de la gent Apolin. 
A l'ajorner, quant la nuit ot pris fin, 
Erent monté Païen et Sarrazin. 

Enfance d'Ogier le Danois, MS. de Gaijnal, fol. 100, R* col. 2. 

Dans un autre Roman, le fils d'un Roi Sarrazin 
annonce sa conversion et celle de ses sujets , en 
disant : 

Ci guerpisson tuit Apolin, 
Et Mahomet et Tervagant : 
Ne pueent faire home garant. 
Jà croi-ge bien el Creator 
Qui du siècle est justiseor. 

Blanchandin, MS. de S. Germ. fol. 186. V" col. 1. 

Ailleurs, jurer son Apollin, c'est jurer au nom de 
ses faux Dieux ou de ses faux Prophètes. 

Li Soudans vient parmi la presse, 
" Haut tient l'escu, la lance bes^e : 
Si a juré son Apolin, etc. 

l'arlon. de Blois, MS. de S. Germ. fol. 156. V' col. 2. 

Il a plu à un Poète du xvr siècle, de faire Apollin 
adjectif de même signification qu'/lj^oZ/ïe», dans ces 
vers où, dédaignant le laurier d'Apollon, il offense 
les Muses pour flatter sa maîtresse: 

Je ne fay point aux Muses révérence 
Pour m'enrichir du laurier Apollin ; 
J'admire plus d'une toille de lin 
Les blancz mouchoirs cantillez d'espérance. 

Poès. de Loys le Caron, fol. 14, R°. 

VAR1.\NTES : 
APOLLIN. Fabl. MS. du R. n° 7218, fol. 242, R» col. 2. - 
Poës de Loys le Caron, fol. 14, R". 
Apolin. Enfance d'Ogier le Danois, MS de G. fol. 106, V». 
Appollin. g. Machaut, Prise d'Alexandrie, MS. fol. 226. 

Apollinaire, adj. et subst. Qui appartient à 
Apollon. Espèce de plante, hanebane, jusquiame. Il 
est vraisemblable que dans un recueil d'Epithètes, 
tel que celui de M. de la Porte, auteur du xvr siècle, 
la peur apollinaire est la fleur du laurier, arbre 
consacré h Apollon, le Dieu des Sciences. (Voyez 
Apollin et Apollinee.) Le Dieu des Sciences étoit le 
Dieu de la Médecine. De là, on aura nommé apol- 



//)w/?'^, la jusquiame, spécialement celle dont la 
fleur et la graine sont blanches, et qui au témoi- 
gnage de Galien est très-bonne en Médecine. Il la 
distingue de deux autres espèces de jusquiame que 
l'expérience a reconnues pour être d'un usage 
dangereux La graine de l'une est noire, et celle de 
l'autre est roussàtre. C'est en sous-entendant le 
substantif plante ou herbe, en latin herha ou planta, 
que l'adjectif (T/;o///Hfl/rc, en latin apollinaris, a si- 
gnifié seul hanebane, jusquiame. {Voy. Cotgr. Dict.) 
Apollinée, adj. fém. Qui appartient à Apollon. 
La fleur apollinée est sans doute la même que la 
fleur apollinaire. (Epilh. de M. de la Porte. — Voy. 
Apollinaire ci-dessus.) 

Apolloniseï*, verbe. Versifier comme Apollon. 
En général versifier. On lit dans la Muse historique 
de Loret, qu'Apollon, sensible ù la mort de Charles 
Deys, Poète du xyu- siècle, en avoil bien grondé : 

Car il aimoit ce galant homme 

Plus qu'un Normand n'aime la pomme ; 

D'autant qu'en son art studieux 

Il apollonisoit des mieux. 

Goujct, Biblioih. Fr. T. X\l, p. 291. 

Apologème, subst. mase. Apologie. Du verbe 
grec dTToXoyéofiae, loquor pro alicujus defensione, a 
été formé le substantif apologème, de même signi- 
fication qu'apologie, en grec dnoXoyia. On a imprimé 
en 1577, V Apologème de Guillaume Paquelin, pour 
le grand Homère, contre la repréhension du divin 
Platon. (Voy. Du Verdier, Biblioth. p. 500.) 

Apologiqne, adj. Apologétique. On ne voit pas 
trop pourquoi ce mol apologétique a été substitué 
à l'adjectif apolor/iquc, formé si naturellement du 
substantif apologie. Charles Fontaine, auteur du 
XVI' siècle, vanloît l'utilité des préfaces apologiques, 
et croyoit en prouver la nécessité par celle de 
François Aretin « sur la translation des grecques 
« epistresde Phalaris. » (Voyez Quintil. censeur, 
pages 227 el 228.) 

Apoltronner (s'), verbe. S'accoutumer à la 
paresse. On observera que le mot italien poltrone, 
francisé par nos Auteurs du xvr siècle, a pu se 
former de /JoZiro, autre mot dont la signification 
vuls;aire et analogue à celle de fallemand polster^ 
oreiller, lit, coussin, couche , est attestée par des 
Etymologistes Italiens et par le Dict. ilal. fr. d'Ou- 
din. Il esl possible que relativement à celte étymo- 
logie, le verbe latin pultronizare ou poltronizare, 
d'orio'ine italienne, ait signifié dans une bulle du 
Pape'^Jean XXII, datée del'an 1317, « vilampinguem 
» volvere cum liberlate et sine labore deditus 
« somnc, et vagalioni continuée. » (Du Gange, Gloss. 
lai. T. V, col. 978 ) Cette définition du verbe latin 
poltroni'Mre, seroit par la même raison celle du 
verbe françois s apoltronner, proprement s'accou- 
tumer au lit(I), y faire le paresseux; de là, s'accoutu- 
mer à la paresse, par conséquent à l'oubli de ses 
devoirs. On a dit en ce sens que s'appoiltronner 



(1) On trouve encore en portuguais poUrona, grand fauteuil, en italien boldrone, couverture de lit. (N. E.) 



AP 



— 28 - 



AP 



autour d'une femme, cétoit « pour elle contaminer 
« celle unicque et suprême affection que doibt 
. l'homme à Dieu ; laisser les offices qu'il doibt 
« naturellement à sa patrie, à la république, à ses 

• amis; mettre en nonclialloir ses estudes et né- 

• goces pour continuellement à sa femme com- 
« plaire. » (Rabelais, T. 111, p. 191.) Un chien de 
chasse accoutumé à la paresse par le défaut d'exer- 
cice, étoit un chien apollronné. •• Les chiens, pour 

« s'estre apoltroiinez et rendus trop gras, 

« perdent le sentiment. » (Fouilloux, Vénerie, fol. 
124, R°. — Voy. Apoltron.mr ci-dessous.) 

VARIANTES " 

APOLTRONNER (S'). Fouilloux, Vén. fol. 124, R». 
Apoitronner (s'). Cotgrave, Dict. 
Appoiltronner (s'). Rabelais, T. III, p. 191. 

Apoltronnir, verbe. Accoutumer k la paresse, 
rendre lâche, énerver. Etre accoutumé à la paresse, 
devenir lâche, s'énerver. On a indiqué quelle pou- 
voit être l'oriyine de ces significations figurées du 
verbe apoltronnir. (Voy. Afoltronner.) Il étoit actif 
au premier sens : « Toute gourmandise, yvrongne- 
« rie, paillardise, et toute volupté infâme . . . apol- 
" tronit et relâche le soldat. « (Sagesse de Charron, 
p. 441.) Il Le mariage . . . apoltronit ou accroupit 

• les bons et grands esprits. •• (Id. ibid. p. 179. — 
Voy. Appaillardir ci-dessous.) Il semble qu'apol- 
tronni soit neutre, lorsqu'on disoit : 

. . . J'ayme mieux oysif, me sauvant de l'envie, 
Traîner apoltroni le reste de ma vie. 

(Euv. de Baif. Epil. au Roy, p. U. 

En s' accoutumant à la paresse, on devient lâche. 
De là, ce verbe a signifié devenir lâche. (Voy. Oudin. 
Dict.) Un Prince « appollronni à des occupations 
« lasclies et vaines, étoit un Prince énervé et devenu 
« lâche par l'habitude d'une vie paresseuse et 
« inutile. Il n'est rien qui puisse si justement 
« dégoûter un sujet de se mettre en peine et en 
« hazard pour le service de son Prince , que de le 
« voir appoltronnij cependant luy-mesme à des 
« occupations lasches et vaines. » (Essais de Mon- 
taigne, T. II, p. G28. — Voy. Apoltrowiser.) 

On terminera cet article, en remarquant que les 
opinions varient sur l'origine de poltron, apoltron- 
nir, etc. Saumaise, et après lui Savaron , Lindem- 
brog, Bourdelot, Vossius, la font remonter à une 
loi de Valentinien et Valens, contre les soldats qui 
s'exemptoient lâchement du service militaire, en se 
coupant le pouce ; et croient que poltron est formé 
de poUice truncus.W &emh\e qu'on ait eu en vue 
cette étymologie plus érudite que vraisemblable , 
lorsqu'on a dit qu'en termes de Fauconnerie, apol- 
tronnir un oiseau c'étoit le rendre lâche , en lui 
coupant les ongles des pouces, qui sont les doigts 
de derrière. (Dict. de Trévoux. — Voy. Poltron.) 

VARIANTES : 
APOLTRONNIR. Oudin, Dict. - Dict. de Trévoux. 
Apoltronir. Sagesse de Charron, p. 411, 576, etc. 
Appoltronnir. Essais ie Montaigne, T. II, p. 6'28. 



Apoltronniser, verbe. Rendre poltron, rendre 
lâche. Signification figurée, de même origine que 
celle du verbe apoltronnir. Mont-Bourcher pensoit 
que « le moyen de rendre le François vaillant , 
» comme son naturel l'y porte assez, s'il n'avoit 
« esté flyjoZ/ronH /se d'ailleurs, étoit de rétablir le 
» gage de bataille en champ clos, de prescrire des 
« lois au duel, et d'interdire l'usage des pistolets de 
« poche, des poignards et autres armes traîtresses 
•< avec lesquelles les plus gens de bien et coura- 
« geux .... seront tousjôurs malmenez par les 
« poltrons. » (Mont-Bourcher, des Gages de Bataille, 
fol. 23, R° et V°. — Voy. Apoltronnir ci-dessus.) 

Apoure (s'), verbe. Se disposer. C'est proba- 
blement d'après l'infinitif aponre ou apondre, formé 
du latin apponere (comme de reponere s'est formé 
répondre ou réponre) qu'on a dit figurément : 

Joie aurai; mes ne sai dont (1), 
Se à merci ma Dame ne s'nponf. 

Aiic. Poét. fr. .MSS. avant 1300, T. II, p. 637. 

CONJLG. 

Apont (s"), indic. prés. Se dispose. (Ane. Poël. fr.) 

Aporétique, adjectif. Embarrassant, douteux-. 
(Oudin, Dict.) Ce mot formé du grec Snoçoç, qui est 
sans passage, en latin invius, a pu signifier au 
figuré douteux, embafrassant, qui ne laisse aucun 
passage, aucune voie pour arriver au point d'une 
question à résoudre. 

Aposer, verbe. Poser. Imposer. Disposer. On 
indi([uera l'origine des acceptions usitées et Inusitées 
du verbe apposer et du substantif apposition en 
observant qu'ap])0ser signifie poser une chose contre 
une autre chose, ajouter l'une à l'autre, poser deux 
choses de manière qu'elles soient contiguës ou rela- 
tives, les appliquer, les joindre par apposition. 
(Monet, Dict. — Dict. de l'Acad. Fr.) La préposition 
initiale et inséparable qui désigne l'idée de cette 
position relative, est superflue dans les expressions, 
« apposer la main à la poitrine, apposer une mar- 
« que à une chose, etc. » (Rob. Estienne et Mcot, 
Dict.) Plus anciennement, en parlant dune personne 
à laquelle il sembloit naturel de croire, on disoit 
figurément que « créance lui étoit tost apuse; n 
littéralement, qu'en elle créance étoit bientôt posée, 
que foi lui étoit bientôt ajoutée. 

Que ma vie soit laide ou bêle, 

N'est pas à mon sergant (2) repuse. 

Et on a tost créance apuse 

A mon ser£;ant, de ma querèle. 
Miserere du'Rcc!. d» Moliens. MS. de Gaignal, fol. 222, R° col. 1. 

On dit encore •< apposer une clause à un contrat. » 
Peut-être » qu'apposer une peine à ceux qui rom- 
« proient l'alliance, » c'étoit apposer au traité 
d'alliance une clause relative aux infracteurs de ce 
traité, et qui les soumettoit h une peine. Peut-être 
aussi qu'en ce cas, la signification d'apposer éloil 
la même que celle d'imposer à quelqu'un une peine 
relative à sa faute. (Rob. Estienne et Nicot, Dict.) La 
position de la main est relative à celle de la chose 



(1) D'où ; en latin undé. — (2) Serviteur, domestique; en latin servtens. 



AP 



— 29 — 



AP 



qu'on saisit. Ainsi, « apposer sa main à happer des 
« mouches, » c'étoit disposer sa main, se disposer 
à attraper des mouches. 

Mousches à las viendrent faire repos 
Dedens >ing plat quel devant lui on pose; 
A les happer soudain sa main appose. 

'^'^ Faifeu, p. 87. 

On sait qu'une inclination trop naturelle à l'homme 

Sour le mal, est une disposition, un acheminement 
sa perte, lorsqu'il n'est pas arrêté par cette crainte 
salutaire dont on a désigné l'effet, en disant : 

Paours ainsi tout son tans use 
Que mors le truist en bon estai; 
Que ne soit par péchié mortal 
Sa vie à maie fin apuse. 

Miserere du Uecl. de Moliens, MB. de Gaignat, fol. 2H , R" col. 1 . 

CONJUG. 

Apiis, part. Posé, disposé. (Miserere du R. de M.) 
Quoiqu'on n'ait pas sous les yeux la preuve de 
l'infinitif apuser, variation d'orthographe du verbe 
aposcr, on croit pouvoir former cet inliiiilif d'après 
le participe apus, abréviation à'apusé. L'omission 
de Vé final dans les participes apus et repus, n'est 
pas plus extraordinaire que dans apost et rcpost, 
participes des verbes aposter et reposter, dont l'ori- 
gine semble être commune aux verbes reposer et 
aposer. (Voy. Apost et Aposter.) 11 n'y auroit donc 
entre apus et apost qu'une différence de termi- 
naison; ce qui paroit d'autant plus vraisemblable 
que dans le Miserere du Recl. de Moliens, ms. de N. D. 
le participe féminin reposte est synonyme de repuse 
dans ce même Miserere, ms. de Gaignat, fol. "i'il. 
On ajoute qn'apus étant le participe du verbe com- 
posé apuser, aposer, il seroit possible que dans la 
préposition depuis et la conjonction puisrjue, le mot 
/)h/s(1) qu'anciennement on écrivoil7-»H('s,7;î(s, fût le 
participe dont on auroit formé le verbe simple 
puser, poser. En effet, lorsqu'on dit, depuis ce lieu, 
depuis ce temps, il désigne ce temps, ce lieu, dans 
une position plus ou moins distante d'un autre 
temps, d'un autre lieu. Les causes d'après lesquelles 
on agit, on parle, sont vues comme étant dans une 
position relative aux effets qui succèdent, lorsqu'on 
dit: puisque vous le voulez, j'agirai, je parlerai, etc 
Il semble enfin que c'est en comparant les actions, 
les paroles, les choses dites ou faites dans un certain 
ordre successif, à des choses posées les unes avant 
les autres, qu'on ait dit avec ellipse d'un nom ou 
d'un pronom: faire une chose, puis une autre, dire 
une chose, puis une autre, etc. Cette ellipse une 
fois méconnue, l'on n'a plus vu qu'un adverbe dans 
le participe puis. (Voy. Depuis, Puis et Puisqle.) 

VARIANTES : 
APOSER. Cotgrave et Oudin, Dict. 

Apposer. Orth. subs. — Rob. Estienne, Nicot et Monet, Dict. 
Apuser. Miserere du Recl. de Moliens, MS. de G. fol. 211. 

Apost, partie. Apposé. On vient de remarquer, 
à l'occasion du participe apus, qu'en certains par- 
ticipes Vé final étant omis, on écrivoit apost pour 
aposté, repost pour reposté, etc. Dans le premier 



sens, le participe apost, en latin appositus, signifioit 
apposé. . Deffandons par cet présent Escritde nostre 
« séel et de l'aucthorité de nostre réal non que est 
« dessouz apost, etc. » (La Thaumassière, Coût. 
d'Orléans, p. 465; tit. de 11G8.) 

Les faux cheveux et autres choses postiches que 
l'Art ajoute à la Nature, pour en réparer les défauts, 
étoient choses apostes, c'est-à-dire apposées, ajou- 
tées. (Voyez Aposer.) En observant que ces mêmes 
choses sont apposées, ajoutées pour en imposer, on 
aperçoit un rapport d'idées accessoires entre la 
signification de ce participe du verbe aposter et celle 
d'imposer, tromper. 

N'i aura chevel mort, ne autre chose aposte. 
L'en porra tout veoir et devant et en coste ; 



Car n'i aura là chose celée ne reposte. 

Fahl. MS. du R. n" 7615, T. II, fol. 143, V* col. !. 

Apostate, adj. et subst. Qui s'est éloigné d'un 
lieu. Proprement, qui en est distant. Celle définition 
littérale est conforme à l'élymologie d'apostate, en 
grec dnoazàzrjç. Dans un sens relatif à cette même 
étymologie, on a dit en parlant des courtisans qui 
ne s'éloignent qu'avec peine de la Cour : 

Pou en est qui de Court veulent estre apostate. 
Je ne m'en merveil pas ; car chascun les y flate, 
Ou ilz fiaient autruy pour que Ven n'en s'embale. 

J. de Meun, Cod. -vers 841-843. 

La signification de ce mot apostat ou apostate, 
n'est donc odieuse qu'autantqu'il désigne figurément 
un homme qui s'est éloigné des principes de la Re- 
ligion et de l'honneur. Anciennement, on flélrissoit 
le malhonnête homme, l'homme infidèle à ses 
sermens et traître au parti dont il s'éloigne, en le 
nommant apostat, comme on nomme encore « apos- 
« tats, ceux qui se départent et desvoyent du tout 
« de la Religion Chrestienne, ceux qui abondonnant 
« l'Ordre de religion duquel ils ont faict profession, 
« se rendent fugitifs de leur abbaye •• (Voy. Bou- 
teiller, Soin. rur. Liv. Il, tit. xii, p. 700. — Id. ibid. 
Annot. p. 76'2. — Nicot et Monet, Dict. — Dict. de 
Trévoux.) 

VARIANTES : 
APOSTATE. J. de Meun, Cod. vers 841. 
Apostat. Orth. subsist. - Bouleiller, Som. rur. p. 760. 

Apostater, verbe. Apostasier. C'est relativement 
au sens littéral d'a/jos/fl/c, qu'on a dit apostasier, ou 
apostater de la foi, apostater d'un Ordre religieux. 
(Monet, Dict. — Voyez Apostate.) On abrégeoit en 
disant tout simplement apostater, parce que la signi- 
fication de ce verbe étoit restreinte à la désertion 
de la foi et du cloître. « Les Religieus cloistiiers,.... 
« s'ils desvoient du grant chemin de leur obser- 
" vance régulière et prennent les sentiers et voies 
« obliques. . . d'apostater, trouvent plusieurs en- 
« nemis qui sont. . . ministres de la chair, ennemi 
« mortel de tous humains, soient religieus ou 
« autres. » (Triomphes de la noble Dame, fol. 246. 
— Voy. Oudin et Nicot, Dict.) 



(1) Puis vient de post : il est vrai que positum, où i est bref, devenait postum ; par la chute de la terminaison, il est 
identique à post. (n. e.) 



AP 



3Ô 



AP 



Apostatiser, verbe. Apostasier. (Oudin, Dict. 

— Voy. Apostater ci-dessus.) 

Aposte, adverbe. A la disposition, à propos, à la 
volonté, etc. 11 semble qu'on se soit figuré l'homme 
dans une position de corps ou d'esprit, relative  
celle des choses dont il peut ou veut disposer, dont 
il jouit ou se propose de jouir, lorsqu'on a dit que 
ces choses étoient ou se faisoient à sa poste. De là, 
l'acception de l'adverbe aposte, composé de la pré- 
position à réunie au mot poste. On ne trouve 
l'expression à poste réunie en ce seul mot aposte 
que dans Monel, Dict. (Voy. Postf, ci-après.) 

Aposte, partie. Disposé. Mis hors d'une position 
ordinaire. Il est possible qu'on ait voulu reprocher 
à nos anciens historiens François, trop de dispo- 
sition à natter la vanité nationale, lorsqu'en parlant 
d'eux, on a dit qu'ils étoient « apostés de flatterie 
« et de vanité, >■ peut-être disposés à la flatterie et 
à la vanité. Peut-être aussi vouloit-on dire figu- 
rément qu'ils étoient apostés par la vanité et la 
flatterie, pour trahir la vérité historique? « Mal- 
« veullance, ... ce vice par trop commun aux 
« Escrivains de la nation Gallicane, faict que leurs 
« histoires sont peu receues,.... principalement où 
« ilz traitlent la matière de leurs adversaires : tant 
« s'y exhibent-ilz apostez de flatterie et vanité. » 
(Mém. d'Ol. de la Marche, Avis aux Lecteurs, p. 2. 

— Voy. Aposter ci-dessous.) 

En supposant que dans aposte, comme dans 
aparllr, partir, se départir, l'a initial soit de même 
signification que la préposition latine a ou ab, ce 
même participe désignera une personne ou une 
chose « mise hors de sa position ordinaire. » Si l'on 
en croit Léon Trippault, (Celt-hell. p. 'îl±) c'est le 
mot grec àn6»caToç, en latin depositns, rejecttts. On 
ne parle de cette étymologie qu'autant qu'elle nous 
rappelle qu'en Normandie on dit, en parlant d'une 
personne affectée de se voir « hors de sa position 
« ordinaire, » qu'il lui fait apos, qu'il lui est tout 
apos : expressions dans lesquelles apos sembleroit 
'être une altération du participe apost , le même 
qu'aposté dont on supposera initial de même signi- 
fication que la préposition latine a ou ah. (V. Apost.) 

Aposteinent, siibst. masc. Action d'aposter. 
On a dit que « le Capitaine Bernardo, bon Capitaine 
« et bon François, avoil été tué d'un coup de pis- 
« tolet à Paris, par Vapostement et pourchas du 
« Duc Cosme de Florence. » (Brantôme, Cap. Fr. 
T. IV, p. 39. — Voy. Aposter ci-dessous.) 

Aposter, verbe. Poster. On croit que l'origine 
du verbe aposter est commune au verbe aposer, et 
que l'un et l'autre sont formés de l'ancien participe 
apost, en latin apposittis. 11 est probable qn'apost 
étant prononcé comme nous prononçons dépost, 
sitppost, l'on aura, sans égard à l'étymologie, sup- 
primé le t, en écrivant apos; A' où aposer, verbe de 



même origine qu'aposter. (Voy. Aposer.) La signi- 
fication d'aposter est aussi la même que celle 
à' aposer; mais dans le sens de poser ou poster 
quelqu'un en un lieu, en un passage, la préposition 
initiale du verbe aposter désignoit et désigne encore 
une position relative à de mauvaises fins, comme 
dans ces expressions: « aposter un assassin à un 
" passage, aposter des gens pour faire une insulte, 
« etc. » (Nicot et Monet, Dict. — Voy. Aposte.) 

VARIANTES : 
APOSTER. Nicot, Dict. 
Apposter. Nicot et Monet, Dict. 

Apostil, subst. masc. Apostille. (Cotgrave Dict. 
— Voy. Apostille ci-dessous.) 

Apostille, subst. fém. Disposition. On croit voir 
forigine de ce substantif dans le participe a;;os^ (1), 
apposé, ajouté; signification à laquelle est relative 
celle de notre mot apostille, écrit apostile ou appos- 
tile dans Cotgr. Dict. (V. Apostil, Postil et Postille.) 
Il semble que ce même mot apostille, pris dans un 
sens différent, et pourtant analogue à celui dans 
lequel on l'emploie encore, ait signifié certaines 
dispositions relatives au succès d'une affaire. 

.... Le chasteau de Cremonne 
Estoit le plus fort des Italles, 
Imprenable à toute personne... 
En celluy temps aulcun noble homme 
De Cremonne la bonne ville, 
Avec une Dame qu'on nomme 
Au pays ma Dosne Camille, 
Firent si bien leur apostille, 
Que sans faire aulcun desarroy 
Le chasteau fut rendu au Roy. 
Ainsi concludz qu'en c'este affaire 
Femme a sceu plus que force faire. 

J. Marot, p. U9. 

VARIANTES : 
APOSTILLE. Orth. subsist. - J. Marot, p. 149. 
Apostile, Appostile. Cotgrave, Dict. 

Apostiller, verbe. Disposer. On connoit l'origine 
de l'acception encore usitée de notre verbe apos- 
tiller, qu'on écrivoit apostileron appostiler. (Cotgr. 
Dict.) Il n'a peut-être signifié disposer, que par un 
effet de cette singularité d'expression qu'affectoient 
nos Poètes du xv'et du xvi' siècle. Quoi qu'il en soit, 
il semble que le poète Crétin ait désigné la France 
se disposant à continuer une guerre destructive et 
ruineuse dans le Milanois, lorsqu'il a dit : 

Milan mauldict. 
En faict et dit 
As foy perverse... 
Soubz ton faulx stille, 
France distille 
Somme d'argentz ; 
Et aposlille 
Manière hostille 
De perdre gens. 

Crétin, p. tK. 

VARIANTES ". 
APOSTILLER. Orth. subsist. - Crétin, p. 122. 
Apostiler, Appostiler. Cotgrave, Dict. 



(1) Ce sont des annotations; Du Gange propose deux étymologies : 1» Post illa varha, mots par lesquels on annonçait la 
place d'une explication à mettre en marge; 2» Posta, poste; postille en serait le diminutif avec le sens de manchette, 
position. (N. E.) 



AP 



— 31 - 



AP 



Apostis, subst. pluriel. Terme de marine. Les 
apostis d'une galère sont deux longues pièces de 
bois (i) sur lesquelles on pose les rames de la 
chiourme. (Oudin, Dict.) 

Il desrobe le mats, la poupe et le fanon; 
Raze voiles et bancs, bancades et antenes, 
Aposlis et fougons jusques à la carène. 

Bergeries de R. Belleau, T. I, fol. 125. 

Apostoire, subst. mnsc. etadj. Apôlre. Evêque, 
Pape. Apostolique. On observera que par le chan- 
gement de / en r, on a écrit Apostoire pour Apostoile. 
Peut-être que Saint Sonplice V Apostoire étoit du 
nombre de ceux qu'on appelle Apôtres, parce qu'ils 
ont les premiers annoncé l'Evangile en quelque pays. 

De Saint Souplice V Apostoire, 
Laquelle ame ait repos en gloire, 
Ert Waluam nouvelement venus. 

Rom. de Brut, MS. fol. 75, V col. 1. 

Anciennement on désignoit le Pape, l'Evéque de 
Rome , en l'appelant Apostoile ou Apostoire de 
Home. (Voy. Apostole ci-dessous.) 

Ce est la som 
De par Y Apostoire de Rom, 
Qui grant pert de prévilége don. 

Fabl. MS. du R. n' 7218, fol. 191, R- col. 1. 

Le substantif Apostoire semble comme adjectif 
avoir signifié apostolique. >< Ils s'en obligèrent es 
« mains de deux Notaires apostoires, voulans et 
« accordans estre incontinent excommuniez se par 
« eulx etc. » (Chron. scandai, de Louis XL p. 3i. — 
Voy. ArosTûLic ci-dessous.) 

Apostole (2), sî(bst. musc. Qui a une mission, 
Envoyé. Apôtre, l'Apôtre S" Paul. Evêque, Pape. 
Lettres d'appel. On sait que du mot grec dniazoXnç, 
en latin apostolits, s'est formé le fiançois apostoles 
ou apostole qu'on écrivoit apostoile, par le chan- 
gement du second o en la diphthongue oi dont la 
prononciation vicieuse a probablement occasionné 
les orthographes apostèle et apo telle. C'est par l'effet 
d'une prononciation très-sourde que ce même o, 
transformé en oi et en e dans apostèle et apostoile, 
disparoit dans apostle. L'orthographe apostel est la 
preuve d'une transposition de ïe final, très-usitée 
autrefois dans les mots terminés, comme apostle, 
apostre, etc. 11 faudroit ignorer que dans les prin- 
cipes du mécanisme du langage, le changement de 
l en r et de r en / est réciproque, pour ne pas 
reconnoitre dans apostoil, apostoile et apostle, l'ori- 
gine des orthographes apostoir, apostoire et apostre. 
(Voy. Apostoire ci-dessus.) 

Dans le sens étymologique, un Apostre est celui 
qui a une mission, un Envoyé. Ainsi les Juifs nom- 
moient Apostres, certains Officiers qu'ils envoyoient 
dans les provinces, avec commission de veiller à 
l'observation de la Loi, et de recevoir les deniers 
destinés, soit à la réparation du Temple, soit au 
payement du tribut qu'ils dévoient aux Empereurs. 
Les Apostres, les Envoyés des synagogues furent 



les modèles de ceux à qui les Eglises donnoient 
commission de secourir les Fidèles et d'adoucir 
leur misère par des charités proportionnées ù leurs 
besoins. En disant que les uns et les autres étoient 
les Apostres de l'humanité, on ne croit pas profaner 
un mot spécialement consacré à désigner les Apos- 
tres du ChrisUanisme. Les Apostres par excellence 
sont les douze Disciples qui reçurent de Jésus- 
Christ même leur mission , pour annoncer son 
Evangile aux nations. S' Paul, à qui l'on contesta 
cette mission divine, répondit qu'il étoiL Apostre; 
non de la part des hommes, ni par aucun homme; 
mais par Jésus-Christ et Dieu son père. Enfin, ce 
nomd'Apostre, qui lui éloit commun avec les douze 
premiers Disciples, lui est devenu si particulier que 
par antonomase, l'Apostre a signifié et signifie 
encore Saint Paul, l'Apostre des Gentils. 

Cant j'oi de V Apostle parler, 

Lor sai bien que ce est Sains Polz 

Ki les bons cuers met à repoz. 

Fabl. MS. dj Turin, fol. 4, R" col. 2. 

On est sans doute scandalisé de voir Pantagruel 
étant avec dix ou douze compagnons de ses exploits 
burlesques, comparé à Jésus-Christ au milieu de ses 
Apôtres. ■> Laissons ici Pantagruel avecq ses Apos- 
« /o/£'s, et parlons du RoyAnarcbe et de son armée » 
(Rabelais, T. II, page 232.) Peut-être a-t-on voulu 
accoutumer le Peuple Vénitien à une sorte de respect 
religieux pour la Noblesse, lorsque par un autre 
abus du mot Apostre, une classe de Nobles a été 
nommée les douze Apostres, et une autre classe les 
quatre Evangelistesr Une imagination qui n'est pas 
moins extraordinaire, c'est d'avoir donné ù douze 
canons le nom des douze Apostres. Henri VIll, roi 
d'Angleterre, allant de Calais à Thérouanne, pour 
en presser le siège, fut poursuivi par le Chevalier 
Bayard qui lui enleva une pièce d'artillerie, dite 
Sainct-Jean. ■■ Et en avoit le Roy d'Angleterre encore 
« onze autres de ceste façon, et les appelloit ses 
« tlouz-e Apostres. » (Hist. du Ch" Bayard, p. 345.) 
Les Espagnols, dit le P. Daniel, (Mil. Fr. T. I, p. 445.) 
donnoient quelquefois par dévotion des noms de 
Saints aux canons, témoins les douze Apostres que 
l'Empereur Charles-Quint fit faire à Malaga pour 
son expédition de Tunis. Il sembleroit, d'après de 
pareilles comparaisons, que détruire les hommes 
ou les convertir, c'est une même chose. Cette idée, 
toute fausse qu'elle est, a dû paroitre vraie aux 
Américains convertis par les Espagnols. 

Quoique les anciens monumens de l'histoire 
attestent que le nom d' Apostole fut dans la primitive 
Eglise, commun à tous les Evêques, successeurs des 
Apostres, on l'a spécialement affecté au successeur 
de l'Apôtre S' Pierre, c'est-à-dire au Pape nommé 
autrefois VApostole de Rome, et tout simplement 
Y Apostole. (Gloss. sur les Coût, de Beauvoisis, au 
mot Apostoiles. — Gloss. du Rom. de la Rose, sup. 
p. 110 et 111.) « Al tens Innocent III, Apostoille de 



(1) On le voit, ces pièces de bois forment bastingage. (N. e.) - (2) Il est curieux qn'apostolus soit apostole quand il 
signifie pape, et apostle, apostre, quand il se rapporte aux compagnons de Jésus-Chrisl. Ce dernier cas est la règle: 
epist{o)la donne épistre, capit{u)lum, chapitre. (N. E.) 



AP 



- 82 — 



AP 



« Rome, etc. » (Villehard, p. 4. — Voy. Fabl. ms. du 
R. n" 7G15, T. II, fol. 1 i". - Fabl. ms. du R. n° T2\8, 
f» 324. — Lanc. du Lac, T. 1, f° 13G, etc.) « Gerberz, 
« grant Clercs et Philosophes. . . esleus à l'arce- 
« veschie deRavane... tint l'archeveschie jusques 
" à tant que li Apostres morut. Lors requist li poples 
• de Home que il leur fust donez , et ensi fu 
« Aposlres. " (Chron. S" Denys, Rec. des Ilist. de Fr. 
T. X, p. 304.) « Se plet est devant le Doien, l'en puet 
« appeller à TEvesque, et de l'Evesque à l'Arche- 
« vesque, et de l'Arciievesque à YApostoile. Mes du 
« Juge envoie de par l'Apostoile, etc. » (Beaumanoir, 
Coût, de Beauvoisis, p. 22.) 

Gentil Roys, je l'ose bien dire, 
Que ceux du Réaume et de l'Empire, 
Ce sunt Roys et Enipereours, 
Plus de honours et de biens maours 
Ont à Sainte Eglise donné 
Qu'onques n'ont fait Clerc couronné. 
Abbé, Prélat et Apotelle. 
Géofroi do Paris, à la suite du Rora. de Fauvcl, MS. du R. n' 6812, fol. 50. 

C'est avec une allusion peu respectueuse pour 
l'Apostre, (lu'un de nos anciens Poètes a feint qu'un 
Roi de France, nommé Philippe, prononçant en 
gourmet sur l'excellence des vins, avoit nommé 
Apostole, c'est-à-dire Pape, celui dont la qualité lui 
sembloit n'admettre aucune comparaison avec celle 
des autres vins. 

Li Rois les bons vins corona, 

Et à chascun son nom dona. 

Vin de Cipre fist Apostoile, 

Qui resplendis! comme une estoile ; 

Dont fist Chardonal et Légat 

Du bon gentil vin d'.\quilat. 

FaW. MS. du R. n- 7218, fol. 232, V' col. 1. 

On conçoit à peine comment des Chrétiens, qui 
dans les siècles d'ignorance s'opiniàtroient à ne 
vouloir pas distinguer le Mahométisme du Paga- 
nisme, aient osé assimiler au successeur de S" Pierre, 
à leur Apostole, un Calife des Sari'asins, le succes- 
seur du faux prophète Mahomet qu'ils atfectoient de 
confondre avec le faux dieu Apollin. « Li Soutans... 
« manda al Calife de Baudas, qui Apostolcs est des 
« Sarrasins... qu'il fesistansi prechierparPaienime, 
« com !i Apostoles des Cresliens faisoit par Cres- 
« tienté,' et si le secorust. » (Chron. d'Outremer, ms. 
de Berne, n" 113, fol. IGI, R" col. 2. — Martène, 
Contin. de G. de Tyr, T. V, col. 685.) 

On a sans doute eu raison de réclamer contre 
l'abus de ces appels qui, en étendant la juridiction 
des Papes, bornoient trop celle des Evéques, et 
l'auroient anéantie, si l'on avoit moins insisté sur 
la nécessité des Lettres d'appel, nommées Apostoli 
en latin, en françois Apostoles ou Apostres. Par ces 
Lettres, qu'on appeloit aussi Lettres dimissoires ou 
Lettres de renvoi, le Juge à quo certifioit de l'appel 
interjeté, et renvoyoit la connoissance de l'affaire au 
Juge devant le tribunal de qui l'appelant demandoit 
qu'elle fût portée. On ne pouvoit être admis îi pour- 
suivre cet appel sans Apostres, qui dans les causes 
ecclésiastiques étoient expédiés par l'Evèque, par 
son Officiai, et par le Chapitre de la cathédrale 
durant la vacance du Siège. (Voy. Du Cange, Gloss. 
lai. T. I, col. 506. — Nouv. Traité de Diplom. T. I, 



page 253. — Laur. Gloss. du Dr. Fr. — Cotgrave et 
Borel, Dict.) <i Plusieurs fois avoient été devers ledit 
« Evéque h S. Mor des Fossez porter et intimiter 
« certaine appellation faite par mondit Seigneur 
" de Bourgogne, ses Vicaires et Officiers, pour 
« requérir et obtenir les Apostres nécessaires à 
« ladite appellation. » (Etat des Officiers des D. de 
Bourgogne, p. 107. — Félibien, Hist. de la ville de 
Paris, T. III, pr. page 404, col. 1 ; Ut. de 1381. — 
Rabelais, T. III, p. 210, etc.) Les Apostres refutatoires 
avoient lieu lorsque le Juge dont on appeloit, ne 
vouloit pas déférer à un appel qui lui paroissoit 
frivole et illusoire. » Le Pape en faveur du Roy de 
« Sicile, ordonna un dixiesme.... Les Gens d'Eglise 
« s'y opposèrent et l'Université, et appellèrent des 
« Commissaires ordonnez, et eurent Apostres refii- 
• tatoires. Mais il leur fut dit pleinement que 
nonobstant leurs appellations et oppositions, ils 
« le payeroient. » (Juvenal des Ursins, Hist. de 
Charles VI, p. 94. — Voyez Dict. de Trévoux, T. I, 
col. 480.) ^'on-seulement les Lettres données sur 
appels interjetés de l'Evèque au Métropolitain, du 
Métropolitain au Pape, du Pape au Concile, mais 
encoi e celles où il s'agissoit d'appels au Roi, à un 
Juge séculier, ont été nommées Apostoles ou Apos- 
tres. (Voy. Du Cange, Gloss. lat. T. I, col. 566 et 567. 

— Nouv. Traité de Diplom. T. I, page 253 et 254.) 
Enfin, l'usage de ces Lettres a été aboli. « On n'use 
» plus, même en Cour d'Eglise, à' Apostres, ou 
« Lettres de renvoi que l'appellant devoit obtenir 
« du Juge à quo. Mais l'appel s'interjette par un 
« acte et se relève par requête ou par commission 
« du Métropolitain. » (Fleury, Institut, au Dr. Eccl. 
T. II, page 218.) 

VARIANTES : 
APOSTOLE. Martene, Contin, de G. de Tyr, T. V, col. 635. 

- Chrou. S' Denys, T. X, page 304. - Ane. Poët. Fr. T. IV, 
p. 1312. - Anseis, fol. .51. - Lanc. du Lac, T. I, fol. 136. 

Apostel. Le Carpentier, H. de Cambray, T. II, pr. p. 29. 

Apostele. Très, des Chartes, Reg. xxii, pièce 10. 

Apostle. S' Bern. Serm. fr. — Rymer, T. I, p. 13. — Fabl. 
MS. de Turin, fol. 4, R» col. 2. - Ph. Mouskes, .MS. p. 130. 

Apostoil. 'Très, des Chartes, Inv. de P. d'Etampes, pièce 2. 

Apostoile. Ane. Poët. Fr. T. IV, p. 1341. - G. Guiart, MS. 
fol. 107. - Fabl. MS. du R. n» 7218, fol. 175, V» col. 2, etc. 

Apostoille, Ane. Poët. Fr. T. IV, p. 165. — Villehard, p. 1. 

Apostoir. Fabl. MS. du R. n» 7218, fol. 191, V» col. 1. 

Apostoles. Chron. S' Denvs, T. III, p. 314. — Dits et Moral, 
fol. 286. - Fabl. MS. du R. ii° 7615, T. I, fol. 65, V" col. 2. 

Apostre. Hist. de Fr. à la s. du Rom. de Fauvel, fol. 82. — 
Eust. Desch. p. 485. — Hist. du Ch'^ Bavard, p. 345, etc. 

Apostres. Chron. S' Denys, T. X, p. 304 et 306. 

Apotelle. Geofroi de P. à la s. du Rom. de Fauvel, fol. 48. 

Apoustre. Joinville, p. 383. 

Apoutre. D. Morice, preuv. de l'Hist. de Bret. T. I, c. 981. 

Appostre. Félibien, Hist. de la Ville de Paris, T. III, pr. 
p. 404. — Mém. de Rob. de la Marck, p. 197. 

Apostolic, adject. et subst. Qui a rapport aux 
Apôtres. Pape, Successeur des Apôtres. Dans le 
premier sens, on a nommé souliers à Vapostolique, 
des souliers tels qu'en portoient encore les Cor- 
delieis du xvr siècle, « des souliers traversés de 
« plusieurscourroies qui tenoient lieu d'empeigne, • 
et dont la forme avoit rapport à la chaussure avec 
laquelle les Peintres ont représenté les Apôtres. 

Les Evêques de la primitive Eglise, comme suc- 



AP 



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AP 



cesseurs des Apôtres, s"appeloient Apostolics ou 
Apostoliques. C'est par ellipse qu'Apostolic, en latin 
Apostolicus , pris substantivement , désignoit un 
Evèque, un successeur des Apôtres en général, en 
particulier le Pape, le successeur de S" Pierre. {Voy. 
Du Gange, Gl. 1. T. I, col. 568. — Dict. de Trévoux.) 

Li Apostoles Innocens 
Fu mors adonques à cel tans ; 
AposloHc fisent d'Onorie, 
Par eslection et glorie. 

Ph. Mouskes, MS. p. 61i. 

VARIANTES : 
APOSTOLIC. Ph. Mouskes, MS. p. 614. 
Apostolique. Le Duchat, sur Rabelais, T. IV^ p. 58. 

Apostoliscr, verhe. Imiter les Apôtres, affecter 
de leur ressembler. (Voy. Cotgrave et Oudin, Dicl.) 
On a prétendu que « si l'Aulheur des Jésuites eust 
« esté tant soit peu nourry en l'ancienneté de nostre 
« Religion, il eust trouvé que ce n'estoit pas apos- 
« toliscr, mais bien apostatiser, que luy Religieux 
» voulust comme les Apostres administrer les saints 
« Sacremens, mesme au milieu des villes, revestu 
« d'un babiilement qui n'a rien de commun avec les 
« Moines. » (Pasquier, Rech. liv. III, p. 304.) 

VARIANTES ; 
APOSTOLISER. Oudin, Dict. 
Apostolizer. Cotgrave, Dict. 

Apostolité, subst. fém. Apostolat; Papauté. 
(Voyez Rom. de Brut, fol. 55. — Ph. Mouskes, ms. 
p. 843.) On sait que l'Empereur Henri IV, fit déposer 
le Pape Grégoire VII dans un concile : 

Desposa le pape Grigorie ; 
Ce nos raconte li estore. 
Par oquoisson le mist en trape 
Pour cou que Grigore cil Pappe 
De son avoir ot acaté 
Le don de V Apostolité, 
Trois mile livres de deniers. 

Ph. Mouskes, MS. p. 451. 

Apostume, subst. viasc. (1) Aposlôme. En grec 
à7xiai)],ua. 11 Semble que conformément à l'étymo- 
logie, on auroit dû toujours écrire aposlcmc ; 
oi'thographe très-ancienne dans notre langue, et 
adoptée par quelques Auteurs, quoique de leur 
temps elle fût moins usitée que celle à'apostume. 
(Voy. Psautier, ms. du R. n- 7837, fol. 192, R" col. I. 
— Essais de Montaigne, T. I, page 34ï>. — Nuits de 
Straparole, T. I, page 219 et 352. — JNicot, Dict.) On 
avoit sans doute moins égard à l'étymologie qu'à la 
terminaison du mot apostume, lorsqu'on le faisoit 
du genre féminin. « L'an mille cinq cens trente- 
« huict, le Roy estant à Compiegne tomba malade 
« d'une apostume.... dont il fut en grand danger 
« de mort. » (Du Bellay, Mém. liv. vin, fol. 270. — 
Rob. Estienne, Nicot et Monet, Dict. — Dict. de 
Trévoux.) La comparaison de l'effet d'un deuil ou 
cbagrin intérieur, à celui d'une apostume dans 
l'estomac, paroitroit aujourd'hui fort dégoûtante. 
Gectoit sangloux, gémissemens parfonds. 
Et gros souspirs, comme s'il eust au fonds 



De l'estomach venimeuse apostume. 
D'extrême dueil et doulente amertume. 

Crétin, p. 1U. — Id. 52. 

VARIANTES : 

APOSTUME. Crétin, p. 52. - Du Bellay, Mém. liv. x, f'SSO. 
— Cotgrave, Rob. Estienne, Nicot et Monet, Dict. — Dict. 
de Trévoux. 

Aposthème. Oudin, Cur. Fr. — Dict. de Trévoux. 

Apotume. Dit de Jehans li Rigolez, fol. 150, R" col. 2. 

Apostume , participe. Qui a un apostème. 
Proprement formé en apostème. (Voy. Apostumer.) 
De là, on a dit en parlant d'une personne ayant un 
apostème dans la tète, dont une blessure à la tête 
s'éloil formée en apostème, que sa teste étoit apos- 
tumée. (Voy. Froissart, Vol. III, p. -354.) 

Apostumer, verbe. Se former en apostème, se 
tourner en abcès, s'ulcérer. Il paroitroit raisonnable 
qu'ayant réformé l'orthographe du substantif fl;;os- 
tume, on réformât celle du verbe apostumer, et 
qu'on écrivit apostémer, comme l'on écrit apostème. 
Un abcès est un apostème ouvert. De là, le verbe 
apostumer a non-seulement signifié se former en 
apostème, mais se tourner en abcès, rendre du pus, 
s'ulcérer. (Voy. Monet, Dict.) 

Tu le sçais bien, France : mais je n'essaye 
Icy pourtant de refraischir la playe 
Qui tousjours saigne et qui ne guarit or, 
Et qui pourroit apostumer encor, etc. 

Bergeries de R. Belleau, T. I, fol. 105. R'. 

On préfère aujourd'hui l'usage du verbe s'ulcérer 
à celui à'apostumer. Mais on ne trouvera point 
dans la nature la raison de cette préférence, puisque 
l'idée d'ulcère n'est pas moins révoltante que celle 
d'apostU7ne. (Voy. Apostume ci-dessus.) 

VARIANTES : 

APOSTUMER. Orth. subsist. - Bergeries de R. Belleau, 
T. I, p. 105. - Fouilloux, Faucon, fol. 40 et 79. - Cotgrave, 
Oudin, Rob. Estienne, Nicot et Monet, Dict. 

Apostemer. Cotgrave et Oudin, Dict. 

Aposthemer. Oudin, Dict. 

Aposume, subs. maso. Apozème. L'orthographe 
apozème, qui se trouve dans Cotgrave et Monet, 
Dict. est conforme à l'origine de ce mot dérivé du 
grec dnouù), en latin defervesco. L'humanité a des 
obligations si réelles à la Chirurgie, qu'on s'étonne 
aujourd'hui que la Médecine lui ait interdit en 1507, 
le droit d'ordonner des aposumes et des clystères. 
;Voy. Pasquier, Rech. liv. ix, p. 825 et 828 ) 

VARIANTES : 
APOSUME. Pasquier, Lett. T. II. p. 551 et 556. 
Aposème. Monet, Dict. — Dict. de Trévoux. 
Apozime. Cotgrave et Nicot, Dict. 

Apothecairaisse, subst. fém.. et adj. Femme 
d'Apothicaire. Qui est fait par l'Apothicaire, qui est 
relatif à l'état d'Apothicaire. Ce mot encore usité 
dans les couvens, pour désigner comme substantif, 
la Religieuse qui a soin de l'apothicairerie, a signifié 
femme d'Apothicaire. (Dicl. de Trévoux.) « Que 
« dira-on de VApotiqiiaresse? Elle contrefaict si bien 
« la belle, qu'il luy semble bien qu'ouy. » (Caquets 



(1) Dès le Roman de la Rose, le mot est féminin ; Furetiére et Richelet lui donnent ce genre : l'Académie (pourquoi?) l'a 
fait masculin, (n. e.) 

n. 5 



AP 



34 — 



AP 



de l'AcoviclK^e, p. 74.) 11 cloit adjectif, lorsque dans 
le second sens on disoit médecine (ipotliccairaisse 
ou (ipoticirirc'sse, etc. (Epilli. de M. de la Porte. — 
Cotgnive, Dict. — Voy. Apotiiecaire ci-dessous.) 

VAHIANTES : 
APOTHECAIRAISSE. Cotgrave, Dict. 
Apothicairesse, APOTiiicAiiESSE. Dict. de Trévoux. 
APOTiCAHtESSE. Epilli. de M. de la Porte, p. 250. 
Apotiquaresse. Caquets de l'Acouchée, p. 74. 

Apotiiecaire, subsl.masc. Apothicaire. Lemot 
grec iino»i^xij, origine du Irançois apotiiecaire qu"au- 
jourd'liui l'on écrit apothicaire, sigiiilie assez géné- 
ralement un lieu où sont déposées les choses qu'on 
veut vendre ou conserver, un magasin, une bou- 
tique, etc. \\. Ai'ûTiiEycE.) Ainsi tout homme tenant 
bouli(iue ou magasin, pouvoit cire nommé Apotiie- 
caire. On trouve la preuve de celte acception 
générale, dans le Ciloss. lat. de Uu Gange, au mot 
Apotliecarii. Mais en Irançois, le mol A})otliecuire 
a signilié par excellence celui qui tient boutique de 
drogues; boutique où l'ordre dans lequel on pose 
les drogues médicinales, est si nécessaire pour 
éviter les quiproquo qui ont donné lieu à ce pro- 
verbe : « Dieu nous guarde de qui-pro-quo d'Apo- 
« thicquaires! » (Apol. pour Hérodote, page 45.) Le 
danger de ces quiproquo d'ApolItecaires èloit sans 
doute bien plus à craindre qu'il ne l'est aujourd'hui, 
lorsque Pasquier regieltoit « l'ancienneté qui faisoit 
« marcher sous une mesme cadence Testât de Me- 
« decin. Chirurgien et d'Apolicaire. » Il croyoilque 
l'Apothicaire étant \' adopérateur du Médecin, on 
éloit d'autant moins assuré de sa guérison, que 
« l'exéquution de l'ordonnance du Médecin des- 
« pendoit de la miséricorde d'un maistre Apoti- 
« caire;... ains le plus souvent d'un vallet auquel 
« il n'y avoit ny science ny conscience. » (Voyez 
Pasquier, Lett. T. Il, p. 551 et 552.) 

VAIllANTES : 
APOTHECAIP.E. Rabelais, T. I, Prolog, p. 41. - Id. T. IV, 
p. 286. - Cotgrave, Dict. 
ApoTHicQUAinE. Apol. pour Hérodote, p. 45. 
Apoticaire. Dialûg. de Tahureau, fol. oO, V». 
Apoticquaire. Oudin, Cur. fr. 

Apotikaire. Hist. de Job, en vers, MS. de Gaignat, f» 169. 
Apotiquaire. Monel, Dict. 
Appoticaire. Poës. de Charles, D. d'Orléans, MS. fol. 92. 

Apothecairei'ie, mhst. féni. Apolhicairerie. 
Etal et art de l'Apothicaire. (Cotgrave, Dict.) 

Apothème, subst. viusc. Apophlhegme. En grec 
d7ié<f»iy/^a. Il seroit atîieux que le fanatisme eût 
consacré l'apophlliegme de M. de Montpensier, qui 
croyant imiter par sa haine contre les Hérétiques, 
le zèle du Koi S' Louis contre les Infidèles, disoit 
« qu'il un hérétique on n'estoit nullement obligé de 
" garder sa foy... 11 le pratiqua bien à l'endroit du 
■< Capitaine des Marais, qu'il prit dans le chasteau 
« de Rocliefort sur Loire, par honeste capitulation 



" et sur sa foy; et puis le fist exécuter aussitost, 
" se fondant sûr son apotireme (I) que je viens de 
« dire. » (Brantôme, Cap. Fr. T. III, p. 280.) 

Apotheque, sulist. /'t'/H. Boutique (2). Acte sujet 
à la lormalilé du dépôt. Ce mol purement grec signifie 
bouti(iue, lieu où l'on expose des marcliandises en 
vente. « Il l'ault, dict Galon, que le Pere-fauiillesoit 
» vendeur perpétuel. Parce moyen est impossible 
« qu'enfin riche ne devienne, si tousjours dure 
« V apotheque. » (Rabelais, T. 111, page 12.) 

H est possible quapotheque, dans un sens relatif 
à l'iicception générale du mot grec dno»i]y.tj, lieu où 
sont déposées les choses dont la garde intéresse, 
ait désigné certains actes juridiques, par la raison 
qu'ils étoient sujets à la formalité du dépôt; c'est- 
à-dire qu'une expédition de ces actes devoil être 
déposée au greffe de la juridiction où ils étoient 
passés. « Leftres et instrumens faicts et passez par 
>' Eschevinage qui se faict en deux parties cyrogra- 
« phées, ou en trois parties dont le Juge garde l'ure 
" des parties; et les parties à qui touche, gardent 
« les autres. Et sont telles lettres selon le Droict 
« civil appellées apotheques. » (Bouleiller, Som. 
rur. lit. cvn, p. C36.) 

Apotliérapic, subst. Récréation. Ce mot qu'on 
trouve dans Cotgrave Dict. est une altération 
d'apo thérapie. 

Apothérapie, subst. fém. Récréation. En grec 
àno^içaniia. « Par, manière â'apothcrapic s'esba- 
« toieut, etc. •> (Rabelais, T. I, p. I7(i.; C'est ainsi 
qu'il faut lire dans les éditions où il y a apotliérapic. 
(Id. ibid. note de Le Duchat. — Voy. Apotiiérapic.) 

Appactir, verbe. Obliger à payer une contri- 
bution fixée par un pacte. On se souvient encore de 
ces temps malheureux où l'habitant des villes et de 
la campagne, exposé à la fureur avide et meurtrière 
des ennemis étrangers et domestiques qui désoloieut 
la France, n'obtenoit la vie avec la liberté de faire 
son commerce et de labourer la terre, qu'en se 
mellant à pactis, ou en pactis; qu'en s'obligeanl à 
payer les contributions fixées par des pactes, sur 
lesquels étoit établie une espèce de paix ruineuse 
et tyrannique. (Voyez Apaer.) Telle est l'origine du 
verbe, quelquefois réciproque, appactir ou em- 
pactir, et de la signification dans laquelle on a dit : 
« Ne pouvant plus souffrir eslre raen^'onnez et 
« apactis auxdits ennemis depuis six ou sept ans, 
« etc. » (D. Carpenlier, au mol Apaluare.) « Tous 
.< les villaiges d'entour Paris estoient upali% aux 
« Arminaz (3). » (Journal de Paris, sous Charles VI, 
p. 427.) « Ils ne pouvoyent labourer leurs terres... 
« pour la dou tance des pillars, s'ils n'estoyent bien 
« acconvenancés et appactis. » (Froissarl, Vol. III, 
p. 258.) Peut-être faul-il lire apactis en un seul mot, 



(1) Il y a là une faute d'orthographe ; apolkinip. de dnà et ziBr^^i est seulement employé en chimie et en géométrie ; 
c'est la perpendiculaire menée du centre sur le côté d'un polygone régulier, ou la hauteur d'une quelconque des faces 
triangulaues d'une pyramide régulière ; c'est enfin un précipité brun qui se forme peu à peu dans les dissolutions des 
extraits végétaux. (N. e.) - (.2) JJoulique vient lui-même d'dnoe7,xT], par l'italien boltega, comme le rend probable l'apocope 
de la. (N. E.) — (3) Armagnacs. 



AP 



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AP 



SiU Vieu de à pactis dans cel auL: i..,jsage. «Ceux 
« de Lourde et de Malvoisin raiiçoniioycnt aussi 
« bien les marchands du royaume d'Arragou el de 
« Catelongne, comme ils fâisoyent les François, 
« s'ils n'esloyent à 7;aci/s à eux. » (Id. ibid. p. 8.) 
Au reste, on a pu dire estre à pacfis, comme l'on 
disoit se mettre à pactis, estre à appactis. (Voyez 
Appactis, Appactizer el Pactis.) La violence qu'un 
désir lyrannique fait h notre volonté, étant com- 
parée à celle que souffroient des citoyens obligés 
malgré eux de s'appaclir, on aura dit figurément: 

. . . Desir tient tout apastis 
Mon voukiir qui est amatis. 
Al. Charlier, Liv. des iv Dames, Du Gange, Gloss. lal. au mot Apatisatio. 

VARIANTES : 
APPACTIR. Froissart, Vol. III, p. 258. 

Apactir. Id. ibid. p. 67. — D. Carpentier.au mot Apatiiare. 
Apastir. Du Gange, Gloss. lat. au mol Apalisatio, col. 546. 
Apatir. ,Iour. de Paris, sous Cliarles VI, p. -127. 
E.MPACTIR. Froissart, Vol. III, p. 8, note margin. 

Appactis, subst. masc. Contribution fixée par 
un pacte. Pacte qui fixe une contribution. C'est 
probablement d'après les expressions estre à pactis, 
se mettre à pactis, qu'a été formé le substantif 
composé appactis ou a])pactix:, ainsi que les verbes 
appactixer, appaclir, s'appactir. (Voy. Pactis.) Il 
semble que l'usage de ce mot ait commencé et fini 
avec les malheurs de ces temps d'anarchie oi^i ceux 
qui dévoient être le soutien de la I^'rance, se réunis- 
soient ;'i ses ennemis pour en être le fléau. On 
croiroit que la tyrannie militaire du xiv et du xv 
siècle alfectoit de pallier l'odieux de ces contribu- 
tions auxquelles le citoyen étoit forcé de souscrire, 
en les nommant appactis, comme si elles eussent 
été fixées par un pacte volontaire. « Les appactis.... 
« montoyent bien par an es terres dessus dites 
« autant comme la rédemption des fors et des gar- 
« nisons devoit monter. » (Froissart, Vol. IIT, p. 258.) 
« îv'estoit année, à cause de ladite place, qu'ils 
B n'eussent d'appactis sur le pais bien vingt-quatre 
« mille escus. « (Juvenal des Ursins, H. de Charles 
VI, page 17'2.) « Ne seront faites aucunes prises de 
Cl personnes, courses, voleries, pilleries, logis, 
o appatis . rançonnement de bestes ou d'autres 
« biens quelconques, sur les terres, villes. ... et 
o autres lieux estansdu parti et obéissance du Roy. » 
(Mém. de Comines. T. III, pr. p. 180. "i Le brigandage 
multiplioil ces contributions nommées appactis, h 
tel e.xcès qu'un « pauvre village estoit à appatis à 
« huict ou dix places. » (Œuv. d'Al. Chartier, Annot. 
p. 839.) De là, on disoit en parlant d'un Capitaine ou 
Soldat avec qui une ville, un pays étoit à appactis, 
qu'il tenoil ce pays, celte ville en composition d'ap- 
pactis, en rente d'appactis, ou tout simplement en 
appactis. « Tindrent tousjours le pais en guerre et 
« en composition à'appactiz. » (Froissart, Vol. IV, 
p. 32.) .< Sur les marches de la duché de Luxem- 
« bourg... le Signeur de Commersy... faisoit guerre 
<« au premier rencontré, et prenoit el ravissoit de 

« toutes pars prisonniers el butin Sur les 

« marches de Mets. . . se tenoil Henry de la Tour, 
« au lieu de Pierrefort et tenoil les citez de Tout et 



« de Verdun en rente d'apatis et tous ses voisins 
« en sujeltion. » (Mém. d'Ol. de la Marche, liv. I", 
page 1j1 et 152.) « Se retrait le Roy en la cité de 
» Bourges. . . . laquele cité un pauvre soudoyer 
« Bourgongnon, nommé Pernet Grasset, tenoit en 
« apatis, le Roy estant dedens. » (kl. ibid. p. 124.) 
« Prospère Colonne, Lieutenant général du Pape,... 
« tenoil tout le pays en appatis et en faisoit ce qu'il 
« vouloit. » (Hist."du Ch" Bayard, p. 363. — Voyez 
Apatissemext et Apatissure.) 

Il semble que la signification d'appactis étoit 
quelquefois celle d'apatissure, et que les Lettres 
seellécs d'apacli~~^ éloient des pactes qui fixoient les 
contributions au payement desquelles on s'obligeoit 
sous le scel de celui qui les avoit exigées. « Les 
» Bourgongnons... voulans vivre delà guerre, se 
« boultoieiît avec les Anglois; et en portaiil la croix 
« rouge prenoient les François et leur faisoient 

« guerre: par lequel moyen regnoit contre le 

« peuple et gens d'Eglise Ir'ès-innumérables et tyran- 
« niques pilleries. Et combien que pour vivre en 
« paix au dessouhs de ceux qui faisoient la guerre, 
ils donnassent et promeissent du leurs très-lar- 
» gement, en prenant d'iceux, ou de leurs Capi- 
« Faines, saufconduits, lettres de gardes, ou seellées 
« à'apacli:^, néant moins peu, ou néant leur estoit 
« entretenu. » (Monstrelet, Vol. II. fol. 83. — Voyez 
Appactir et Appactizer.) 

variantes : 
APPACTIS. Froissart, Vol. III, p 258. 
Apactiz. Monstrelet, Vol. II, fol. 83, R». 
Ap.\tis. Mém. d'Ol. de la Marche, liv. i, p. 124. 
Appactiz. Froissart, Vol. IV, p. 32. — Monstrelet, V. II, p. 86. 
Appastis. Du Gange, Gloss. lat. au mot Appatiamentum. 
Appatis. Ib. ibid. au mot .ipaii.'iatin, col. 545. — Mém. de 
Comines, T. III, p. 180. - Hist. du Cii"- Bayard, p. 303. 
App.^tiz. D. Garpentier, S. Gl. I. de D. C. au mot Apatuare- 

Appactizer, verbe. Obliger à une contribution 
fixée par un pacte. Telle a été la signification du 
verbe appactizer, apaticlier, ou apatisser, dont 
quelques étymologistes, trompés sans doute par 
les orthographes apastir el appastis qui sont des 
altérations d'aj)jiactis et d'appactir, ont cru voir 
l'origine d'àw?, pasl'is ou past, en latin pastus. (Voy. 
Borel, Dict. — Du Cange, Gl. 1. au mot Apatisat'io.) 
On l'a même défini conformément à celte fausse 
étymologie. Mais il est évidemment formé de pactis, 
pacte, en lartin paclum, et signifie mettre à contri- 
bution , obliger au payement d'une contribution 
fixée par un pacte. (Voy. Pactis.) « La plus grande 
« partie des villes estoient toutes appactizées à 
« eux, cl rançonnées à certaine somme d'argent et 
« de fromens pour chacun mois. " (.Monstrelet. 
Vol. II, fol. 183.) « Tanguy... apatissa la Villeneuve 
« S" George.... et après lés deniers par lui receus, 
« etc. " (Preuv. sur le meurtre du D. de Bourgogne, 
page 309.) Ce même verbe est réciproque dans une 
lettre o\x Juvenal des Ursins, représentant aux Etats 
de Blois la misère du peuple, disoit : " Le [iauvre 
« peuple de tous estats cuidant y mettre remède, 
« délibéra de soy apaticher à la garnison plus pro- 
« chaîne; mais tantost toutes les autres garnisons 



AP 



— 3G — 



AP 



« commenci'rent à courir villages, voulant avoir 
« palis. » (Du Cange, Gloss. lat. au mot Apatisatio. 
— Voy. Ai'i'ACTm.) 

VARIANTES : 
APPACTIZER. Monslrelet, Vol. II, fol, 18,3, R°. 
Apaticher. Du Cange, Gl. lat. à Apatisatio. — Borel, Dict. 
Ap.\tiser. Id. ibicl. 

Ap ATissER. Preuv. sur le meurtre du D. de Bourgogne p . 309. 
Appaticiier. Œuv. d'.\l. Chartier, Annot, p. 860. 
Appatisser. Id. ibid. p. 839. — Le .louvencel, MS p. 335. 
Appatissier. D. Carpentier, S. Gl. 1. de D. G. à Appalicire. 

Appaillarder (s'I, verbe. Se livrer à une luxure 
honteuse et iiilàme. (Cotgr. Dict. — V. AppAiLLAnom.) 

Appaillai'dir, vcvb. Devenir paresseux et lâche. 
Rendre gueux. Devenir luxurieux, impudique. On 
subslituoil à l'idée d'être couché sur la paille, celle 
d'être couché sur un lit, en substituant le verbe 
apoltronnit; devenir paresseux et lâche, au verbe 
appaillarder plus ancien dans notre langue en cette 
même signification figurée. ;Voyez Apoltron.mr et 
Apoltron.ner.) Longtemps avant que Charron eût dit 
que le mariage apoltroiuiisoit les Savans, on s'étoit 
plaint que non-seuieuieiit les Clercs, mais les Che- 
valiers, en se mariant appaillarJissoieiit, qu'ils 
devenoient paresseux et lâches. 

Car nulz d'eulz ne puet les mestiers 

Exercer, li uns de Clergie, 

Li autres de Chevalerie, 

Et servir aux femmes ensemble. 

Ainsi chascun son l'enom amble, 

Se destruit, et apaillardit . 

Eust. Desch. Poës. MSS. p. o46, col. i. 

C'est probablement en faisant allusion â la paille 
sur laquelle couchent les gueux, tiuappaillardir a 
signifié rendre gueux, réduire à la paille comme un 
gueux. 

Faulte d'argent et les grans prestz 
Nous ont Ung peu appaillardis. 

Dialog. de Mallepaye, p. 57. 

On répugne à retracer l'idée du vice inhérent â la 
paresse des gueux qui couchent sur la paille, en 
disant qu' appui llardi7- c'est devenir luxurieux, im- 
pudique. (Oudin, Dict. — Voy. Paillarder.) 

VARIANTES 1 
APPAII.LARDIR. Dialog, de Mallepaye, p. 57. 
Apaillardir. Eust. Desch. Poës. MSS. p. 349, col. 1. 

Appanage, siilist. inasc. Dot. Apanage. On peut 
voir dans Ménage, Dict. étym. combien Tes opinions 
ont varié sur l'origine du mot appanage. En suppo- 
sant qu'il fût dérivé du substantif latin appemlagiuin 
formé du verbe nppendere, l'ortliographe appcnage 
que l'on croit une altération d'appanage, seroit la 
vraie orthographe. Cette opinion de Spelman, pré- 
férable sans doute â celle d'Antoine Loisel qui veut 
qa'appennage ait été formé de penne, en latin 
penna, parce que les enfans appennés commen- 
çoient à voler d'eux-mêmes, ne mérite cependant 
d'être remarquée qu'autant que la signification 
d'apanage semble y être relative, lorsqu'on dit que 
les infirmités sont les apanages, les dépendances 



do la nature humaine. C'est dans le mot pain, en 
latin panis, qu'on trouve l'origine aussi simple que 
naturelle du mot appanage. (Voy. Du Gange, Gloss. 
lat. T. I, col. ô'd. — Nicot, Dict. - Dict. de Trévoux.) 
Il suffit que le pain soit une chose essentielle à 
la nourriture de l'homme, pour qu'on ait nommé 
pain tout ce qui est nécessaire à sa subsistance, et 
appanage ce que les pères et mères donnent à leurs 
. enfans, ou les frères aines à leurs puiiiés, tant pour 
leur nourriture que pour leur entretien. Dans cette 
signification générale, la dot des filles étoit une 
espèce d'ajB/jfljîflg'e. « Père et mère, ou fun d'eux, 
« entant que â luy est permis et leur est loisible, 
« peuvent par contract de mariage appaner leurs 
" filles et leur laisser pour leur dot de mariage et 
" pour tous droicts de leurs successions , ce que 
« bon leur semblera; tellement que leurs dictes 
'< filles ainsi appanées ne peuvent aprez le déceds 
« et trespas de leurs dicts père et mère demander 
" ne quereller aucune chouse ez biens et succes- 
« sions de leurs dicts père et mère, sinon leurs 
« dicts appanages, au cas que les dicts père et mère 
« ou l'un d'eux ne les eussent rappelés. « (La 
Thaumassière, Coût de Berry, p. 209 et -210.) « Fille 
« mariée et appanée, ou dotée, par père et mère 
« vivans... ne peut retourner à la succession des- 
« dits père et mère... tant qu'il y aura hoir masle, 
« ou hoir descendant de masle , soit masle ou 
« femelle.... Et ne peut ladite fille impugner ladicte 
» dotation et appanage... sauf par supplément de 
« sa légitime, eu esgard à son dit dot, ou appanage, 
" et aux biens de ses dits père et mère délaissez 
« par leurs décès. )> (Coût, de Mvernois, au Coût, 
gén. T. L p. 892.) 

On a dit en parlant des Filles de France, e.vcluses 
en tout temps de la succession à la Couronne, que 
« c'est une espèce d'abus de leur donner des appa- 
« nages en fonds » de terres domaniales. Cette 
observation de Le Laboureur paroit d'autant plus 
judicieuse qu'elTectivement fabus dont il indique 
l'époque, (Hist. de la Pairie, p. 20.5,) est un écai*t 
de l'ancien principe des usages Saliques ; principe 
d'après lequel il semble que Charles V ordonna pai- 
ses Lettres du mois d'octobre 1374 (1), que « pour 
« tout droict de partage ou appennage que ses iilles 
« pourroient demander en ses Domaines, Droicts, 
» Noblesses et Seigneuries royaux, l'ainée auroit en 
« mariage cent mille francs, et les autres filles 
« soixante mille francs, avec tels garnisons et esto- 
« remens comme il appartient à filles de Roy de 
« France. » Il est probable que ce n'est pas sans 
raison qu'en parlant de ses filles, il a dit, « pour 
« tout droict de partage ou d'appennage qu'elles 
" pourroient demander, etc. » S'il eût reconnu leur 
droit à demander un partage ou appen)iage en fonds 
de terre, un appennage de même nature que celui 
de leurs frères, il se seroit exprimé sans doute à 
l'égard de ses filles Marie et Ysabelle, comme à 



(1) Cette sage mesure demeura sans effet, et ce fut seulement à partir de 1566 que les rois s'astreignirent à l'observation 
rigoureuse d'une loi précise. Lhospital fit rendre alors une ordonnance en vertu de laquelle tous les apanages rentraient 
francs et quittes de toute obligation à la eourop-ne, après l'extinction de la ligne masculine directe, (n. e.) 



AP 



— 37 — 



AP 



réirard de son fils Louis ; il auroit dit, pour « tout 
« droict de partage ou appennaqe à elles apparte- 
« liant, » comme en parlant de leur frère, il avoit 
dit : « Ordonnons que... nostre très-cher et aimé 
« fils Louys aye pour tout droict de partage ou 
«' appcunage à luy appartenant en nos Terres et 
« Seigneuries, pour raison de nostre succession , 
« ou autrement, selon les vieils usages, observan- 
« ces et coustumesde nostre Royaume, douze mille 
« livres de Terres, etc. » (Godefroy, Aunot. sur 
fHist. de Charles VI, p. 571 et 57'i.) 

Quoique cette Ordonnance semble confondre le 
partage et Vappanage, la signification de ces deux 
mots n'en étoit pas moins essentiellement différente, 
puisque les filles, bornées à une dot qu'on nommoit 
appanage, n'ont jamais partagé les terres Saliques, 
conjointement avec leurs frères ; et (lu'antérieu- 
rement à l'Ordonnance de Charles Y, Vappanage, 
tel qu'on le conçoit encore aujourd'hui, excluoit, 
même entre frères, le partage de ces terres. Une 
preuve de cette exclusion commune aux fils puînés 
des grands Seigneurs avec les fils puînés de nos 
Rois^ c'est ([ue dans un titre de 1323, « Guy de 
« Chastillon, Comte de Blois, après avoir dit* et 
" maiutenu (iue....lohan son frère ne devolt, ne ne 
« pooit demander en la comté de Blois, ne es ap- 
" parlenances que appenage tant seulement, fixe 
» cet appanage à doze cenz livres tournois de rente 
« en fonds de terre, quoique son frère prétendit 
« avoir droit de partage en ladite conté et es appar- 
« tenances. » (Voy. Ilist. de la M. de Chastillon, pr. 
p. 100.) L'appanage des puînés n'éloit même pas 
toujours un appanage en fonds de terre. Guillaume, 
Seigneur de Montpellier, fils de la Duchesse Ma- 
thilde, déclara par son testament du 4 novembre 
1202, son fils puîné exclus du droit de parlager 
avec l'aiaé l'hérédité paternelle , moyennant un 
appianage de mille sous de rente annuelle : « Volo 
« quod filius meus major natu... det ei tempore 
'< vitse suœ annualim 1000. sol. et pro his sit con- 
" leulus omnibus aliis bonis meis. » (Du Cange, 
Gloss. lai. T. I, col. 543.) Dans un autre testament 
d'un Seigneur de Montpellier, aussi nommé Guil- 
laume, fils d'Ermessinde, le puîné, désigné pour 
l'état ecclésiastique, subit la même exclusion, sans 
pouvoir exiger de l'ainé autre chose qu'une éduca- 
tion et une subsistance proportionnées à la noblesse 
de sa naissance. C'est relativement à cette idée géné- 
rale de proportion, particularisée dans le testament 
et indiquée par l'adverbe honorificè, qu apariagc a 
signifié la même chose (\n appanage. (Voy. Aparl^ge.) 

On peut dire que ce testament, en date du li 
décembre 1146, est une cession faite au fils aine, 
de tous les droits de l'autorité paternelle sur le 
puîné. " Rernardum Guillelmum filium meum 
« dimillo Guillelmo filio meo majori, ita scilicet ut 
<' usque ad aîtalem xviu annorum benè faciat eu m 
<• docere et in lilteris studere ; et si tune voluerit 



« clericus fieri et ad sacros ordines promoveri , 
« Dominus Montispessulani teneat illum honorificè 
•< secum, ita scilicet ut equos et ai'ma, et armige- 
« ros, et victum et vestitum sibi honorificè adminis- 
« tret , et Bernardus nihil aliud in Loto honore 
« ipsius aliquo jure petere possit; vilis enim h;ere- 
« ditas nobilem'hominem non decet. •• (Du Cange, 
Gloss. lat. uhi supra.) Il seroit à désirer pour les 
mœurs qu'il suffit d'être vertueux pour être noble 
avec décence. Mais telle est la force des préjugés 
vulgaires, qu'on sent encore aujourd'hui que dans 
le xn' siècle on pouvoit avoir raison de dire qu'un 
médiocre patrimoine messied à la Noblesse. La 
crainte que cette médiocrité n'exposât la noblesse 
d'une Maison illustre à l'obscurité et à l'avilisse- 
ment, parut un motif raisonnable d'exclure les 
enfans puînés de la succession pnternelle. On les 
força de se contenter d'un appanage (I), au moyen 
duquel ils pouvoient subsister décemment, et se 
venger, en acquérant l'honneur et la richesse dans 
la carrière ecclésiastique et militaire, de l'espèce 
d'injustice qu'on leur faisoit éprouver. 

Ces appanages durent sans doute paroitre encore 
plus contraires à la Nature que les partages dont le 
droit d'aînesse autorisoit l'inégalité. « Aussi nos 
>< premiers ancestres ne se pèurent aisément in- 
« duire à introduire en leur monarchie des droits si 
« contraires à l'égalité qui semble naturelle entre 
" les enfans d'un même père. Et de fait ne furent, 
« ny les droits d'ainesse, ny les apanages, conneus 
« sous la première, ny mesme sous la seconde lignée 
« de nos Roys. » (Pasquier, Rech. liv. ii, p. 128.) 

Mais la Nature qui dicte la loi de l'égalité, excuse 
elle-même l'amour propre d'un père de famille qui 
s'occupe des moyens de perpétuer l'illustration de 
sa noblesse. C'est ce même amour-propre devenu 
dominant qui proscrivit enfin l'égalité du partage 
entre frères. « On reconnut, sous la troisième Race, 
« le droict d'aisnesse si essentiel à l'entretenement 
« des familles, et que la Nation Françoise a eu en 
« grande recommendation, voire sur toutes autres 
« nations. » (Pasquier, ubi supra.) Vappanage anéan- 
tissoit quelquefois toute espèce de droit de partage, 
même inégal, lorsque les fils et les frères puînés 
des Seigneurs particuliers étoient appanages comme 
l'ont été et le sont encore les fils et les frères puinés 
des Rois de France. 

On sait que sous les deux premières Races de 
nos Rois, le Royaume qui est terre Salique par 
essence, se partageoit, suivant les mêmes Lois 
qu'une hérédité particulière ; que le partage étoit 
égal entre les fils, à l'exclusion des filles ; que pour 
obvier aux inconvéniens de cette égalité de partage, 
on établit, sous la troisième Race, la maxime de 
l'indivisibilité de la Couronne : maxime qui devint 
loi fondamentale de l'Etat, et dont les Seigneurs 
particuliers ont profité eux-mêmes, en la faisant 
valoir pour leurs fiefs nobles ou seigneuries. 



(1) L'apanage était donc la pension annuelle, la rente assignée d'ordinaire sur certains fonds, que faisaient les seigneurs 
à leurs frères puînés. Il nous en reste des exemples assez nombreux au xii' siècle. La tenure en pavage, la division des 
flefs firent tomber en désuétude Vapanage seigneurial, (n. e.) 



AP 



— 38 



AP 



Le rtomniiiede ia Couronne étant ainsi devenu 
indivisible, le .. ■ pour assurer i^i ses puinés un sort 
cligne de leur naissance, leur donna la jouissance 
de ïeii'os et de titres, aux charges de reversion à 
l'extinction de leur postérité masculine ; et cette 
jouissance ainsi donnée, fut par la suite nommée 
appanage(\). « Au lieu où premièrement tous enfans 
o du Roy estoyent recompensez en t^oyaumes, pour 
« leurs partages, et (jue depuis on leur donuoit les 
« grandes contrées par forme de Duchez , avec 
« grandes prérogatives et soy l'essentans au plus 
« près de la Royauté sous le titre de Ducs ; nos 
« Roys par une innovation très-politiiiue et prolita- 
« ble pour l'accroissement de ce royaume, commen- 
« Gèrent à retrancher cette grandeur à leurs frères, 
« leurs donnans Terres et Seigneuries en apanaçie. 
« Quoy faisans ils n'entendoient leur avoir rien 
« donné en partage, fors le domaine et le revenu 
« annuel. » (Voy. Pasquier, Rech. liv. u, p. 129.) 
En effet, l'idée d'une propriété indivisible ou impar- 
table, exclut nécessairement l'idée d'un appnnage 
qui diviseroit cette propriété, en la partageant. Il 
est donc de la nature d'un appanage de n'être pas 
un partage. On l'a déjà prouvé par quelques anciens 
titres relatifs aux enfans puînés des Seigneurs par- 
ticuliers. Mais il s'agit ici de Yappanage que Saint- 
Julien, (Mesl. hist. p. G.) dit avoir en soy quelque 
excellence réservée pour les fils de Roys. Cet appa- 
nage, disoit l'Avocat général Talon, parlant dans 
une cause d'appanage en 16'd, n'étoit point un par- 
tage; ce n'étoit point une légitime, mais un droit 
spécial, une concession particulière, par grâce, par 
bonté, par bienfait. (Voy. Journ. desAud. T. 1. p. 
347.) Le P. Hesnault dit que sous le règne de 
Philippe-le-Bel, « Yappanage étoitune sorte de con- 
« cession, qui sans morceler le domaine de la 
« Couronne, en suspendoit seulement la jouissance 
« pour quelque temps et pour quelque portion , 
" mais sans toucher à la propriété. » (Abr. chron. 
de l'Hist. de Fr. T. I, p. 2G0 ; édit. de 1768.) 

Il paroit aujourd'hui tellement constaté que 
l'essence de Yappanage est de rester domaine de la 
Couronne, qu'il seroit inulile d'insister long-temps 
sur la preuve d'une vérité établie par la' Loi et 
attestée par les Jurisconsultes. « Terrœ appanagii 
« sunt pars domanii Régis, concessa? per modum 
« provisionis, filiis masculinis Regum. .. (Du Mou- 
lin, sur la Coût, de Paris, titr. i", § 4.3, n" 185.) 
L'Avocat général Talon, dans son plaidoyer que j'ai 
cité plus haut, prouvoit que le Domaine donnij à 
titre d'appanage, conservoit la nature de Douuiine 
de la Couronne, en alléguant les articles xv et xvi 
de l'Ordonnance de 15GG, sur le Domaine. 

Ces ailicles portentque dans les terres domaniales 
cédées par engagement, (Rec. des Ordonnances, 
édit. de 1720, T. 1, p. IIOG.) la réception de l'hom- 



mage demeurera au Roi , mais que lorsqu'elles 
seront cédées en appanage, l'hommage sera reçu 
par le Prince appanage, aux charges par lui d'eii- 
voyer une copie de la réception "à la Chambre des 
Comptes de Paris ; « ce qui justifie (ajoutoit-il) que 
" les terres de Yappanage demeurent domaine de 
« la Couronne. » (Voy. Journ. des Audiences, ubi 
supra.) « L'appanage, dit du Tillet, n'est point un 
« partage qui importe Seigneurie.... Les droicls 
« royaux qui sont adhérens à la Couronne, insépa- 
« râbles d'icelle, sont réservez et ont toujours esté ; 
« et souloit ou Duché ou Comté qui estoit baillé 
« estre retenue par le Roy quelque ville où il éri- 
« geoit un Bailliage royal pour la cognoissance 
« desdits cas royaux... Depuis ont esté créez Juges 
« des Exempts. » (Vov. Du Tillet, Rec. des Rois de 
Fr. p. 208, 209 et 213. — Pasquier, Rec. liv. u, 
p, 129.) Henri 111 ne fit aucune exception pour les 
appanages, lorsque par l'article cccxxxi de son Edit 
du mois de mai l,->79, « il ordonna qu'es aliénations 
« et délaissemens des terres du Domaine de la 
" Couronne, à quelque titre que ce fût, ne pourroit 
« estre faite... aucune cession des droits de nomi- 
« nation des offices extraordinaires des dites terres, 
" ni semblablement des droits royaux dépendans 
« de la Couronne, comme y étant inséparablement 
« unis et annexés. >• (Ord. 1. 1, p. 645 ; édit. de 1720.) 

VARIANTES ! 
APPANAGE. Laur. Gloss. du Dr. Fr. 
Apannage. Pasquier, Rech. liv. vm, p. 690. 
Appaxaige. S' Julien, Mesl. hist. p. 7, 12, etc. 
Appannage. Monet, Dict. 

Appenage. Hist. de la M. de Chastillon, pr. p. 100. 
Appennage. Du Tillet, Rec. des Rois de Fr. p. 209. 
Appennaige Crétin, p. 80. 

Empanage. Laur. Gloss. du Dr. Fr. — Cotgrave, Dict. 
Empannage. Monstrelet, Vol. III, fol. 121, R». 

Appanager, verbe. Apanager ; Doter. Faire 
pâturer. On a pu nommer appanage en général, ce 
qu'on donnoit en deniers ou en terres aux enfans 
exclus de toutes successions paternelles et mater- 
nelles, pour leur nourriture et entretien, pour leur 
subsistance. (Voy. Appanage.) Aussi trouve-t-on que 
donner à une fille ou à une sœur, à un fils ou â un 
frère, pour .son droit successif, une somme d'argent 
ou une portion d'héritage en usufruit et même en 
propriété, c'étoit les appanager ou appaner. (Laur. 
Gloss. du Dr. Fr. p. 50. — Dict de Trévoux, T. I, 
col. 461. — Voy. Appaner.) Il semble en effet que les 
appanages en fonds de terre varioient relativement 
à la nature des biens et à la disposition des Cou- 
tumes, qu'ils ii'étoient pas toujours une cession de 
simple usufruit, \)ms,q\i' appanager signifioit non- 
seulement donner à quelque sien fils ou fille, frère 
ou sœur, pour tout droit d'hoirie présente et future, 
certaine portion â tenir par voie d'usufruit; mais 
encore lui assigner portion de bien , moyennant 



(1) Les règles de l'fl/ifDinf/e royal auraient alors pu ne pas différer essentielleme.it de l'apanage seigneurial: mais la 
faiblesse des rois laissa introduire l'usage désastreux deriiérédité; c'était constituer des familles rivales de la maison 
royale elle-même et plus puissantes qu'elle. La plus puissante fut celle des ducs de Bourorogne, fondée, pour la première 
fois, par la donation de Robert en faveur de son fils, éteinte par la mort de Philippe de Ro'uvre, en 1362, et rétablie à cette 
époque par Jean II, en faveur de Philippe le Hardi, sans exclusion de la tige féminine. (N. e.) 



AP 



— 39 



AP 



quoi il renonçoit à tout héritage présent et futur 
(\oy. ilouet, Dict.) Cette seconde délinition ne seroit 
qu une répétition inutile de la première, si la pro- 
priété de la portion de bien donné en appunaqe n\ 
eloit tacitement réunie à l'usufruit. Une preuve 
plus évidente que le don d'un appamtge étoit quel- 
quelois une espèce de partage, une cession de pro- 
priété, c est que le père, la mère ou autre cmpamqeoit 
son fils. Il le ou parent, en lui délaissant quelques 
terres ou héritages; en l'apporlionnant, comme dit 
Ja Lqulume dAcs, quand fainé donne part à ses 
pûmes en cas de succession. fLaur. Gloss du Dr 
rr. iibi supra.) 

Il est si naturel d'égaler, de proportionner la dot 
Uippanarje d'un fils et d'une liUe à l'état qu'ils 
doivent avoir dans la société, qnappmmner et 
apparager ont pu réciproquement siamlier la même 
chose. .Vinsi la raison de subslituer,\lans (jiielques 
toutiimes, au verbe appanagerle verbe apnaraner 
semble moins essentielle que ne l'ont cru Uaaueau 
e les Auteurs du Dict. de Trévoux. (Voyez ApIruge 

et APAR.iGER.) 

La signification i'appamiger, faire pâturer, est 
i eiative a celle de panage; mot formé de pain (1) et 
qui par e.vtension aura désigné toute espèce de 
nourriture propre aux bestiaux, aux cochons, etc 
« Le suppliant, pour nourrir et appaiicu/er ses 
" pourceaulx, a |irins du Seigneur de Courtenav les 
« haj-es et bois d'icelle seigneurie. » (D. Carpentier 
tiKe rS '^^ °" ^'"^'^' "" ™°' -^PPamghm] 

De là, on aura dit en parlant de l)estiaux qu'on 
n avoit pas le droit de faire pâturer dans une torêt 
qu lis n eloient pas appanagés ou (ipparuaigés. « Hz 
•■ ont droits de franchises et libériez, tels que nous 
" avons en nostre dite forest de Charnie- et en- 
« tr autres sont en possession de prendre.! toutes 
« les bestes porchines, aumailles et autres nu'ilz 
<• treuyent au dedans de leur dict parc, non her- 
« i)iiigeeselapparn(iigées, comme à eux annartenans 
« par confiscation » (Id. ibid. tit. de 1480.) 

VARUXTES : 
APPAN.\GER. S- Julien, Mesl. hist. p. 6 
Appannager. Lett. de Pasquier, T. II, p. 578. - Monet D 

Afpenxager. Cotgrave, Nicot et Monet, Dict. 

Appaner, verbe. Apanager; Doter. La signi- 
hcation propre d appaiicr, c'est trancher et donner 
a chacun de pain ce qu'il lui en faut; par extension 
" tranclier et diviser entre les séants à table autant 
(vif ^?|ef. servis comme on juge estre nécessaire. » 
l!f] •',"'"^,'î' *'^^'- ^"s'- P- ♦^•) H semble qu'on ait 
as ez naturellement comparé à des convives ainsi 
paitcigeb, les enfans qu on exclut des sucpessinn« 
paternelles et matern'elles, en leur as"iSnan le 
quoi vivre et s entretenir, lorsqu'on a dit figurément 
qu'au moyen d'une dot en argent, ou d'un rCTenu 



en fonds de terre, ds etoient appanés ou appanagés 
l\oy. Appaxager.) « i-^iiie mariée et appanée ou doté^ 
'- par père et mère vivans... ne peut retourner à la 
« succession des dits père et mère.... et ne neuf 
<• impugner la dicte dotation et appamige. » (Coul 
de Nivernois, au Coût. gén. T. I p 89-> ) 

On a veillé à la conservation du rovaume de 
l-rance, « en voulant que tout le droict de la Cou- 
« ronne fut attribué aux aisnéz, et que les frères 
« cie nosF.oys fussent senlemenl appennez. » (Pas- 
quier, liech. hv. n, p. m. - Voy. Appanage.) ^ 

APE.NNER.J le.Mairè,must des-GàuIes MV'rr'^OO 
Appanner. Cotgrave et Monet, Dict ' ^' 

Appe.xner Du Tillet, Rec. des Rois'de Fr p 4G5 
Ejipaner. Laur. Gloss. du Dr. Fr. p 52. ^' 

Appar, préposition. Par. On a indiqué ailleurs 
quelle pourroit être la cause de la persuasion où 
Ion est que dans ces expressions, à-par-moi à nar- 
nous, etc. a-par-soi, à-par-lui, à-par-eux eV li 

ïs:^s;!SLf ""'' «•^^''^"«" '^ ^^^^ 

L'a et par étant réunis, on écrivoit anpar ou 
appar t; préposition composée qui ne signSt rieS 
ce p us que la préposition simple pal lorsqi'oS 
disoit appar ou appart-soi, dans le sens ôé S" Si 
ou de par-soi tout seul, séparément, à-part F Mour- 
" ront m.eulx ensemble qu'ilz ne eroiei t chacïn 
« appar-soy, etc. » (Le Jouvencel, ms. p 431 v! /is 

(ibid. p. 023. - \oy. A-PAR-soi et Par-soi.) 

VARIANTES : 
APPAR. Le Jouvencel. MS. p. 431 
Appakt. Ibid. p. 023. ' 

Appai-able, adj. Qui se décide par Tévidence 
du droit. Signification relative à celle du verbe 
W/'d'/-, paroitre, être visible, évident. (Voyez 
AiPARER.) pans la Coutume de Normandie, en vers 
es querelles apparubles sont celles que la me^mè 
Coutume nommoit querelles apparismntes parce 
que la Loi qui les décidoit, faisoit paroitre le droU 
des parties, et le mettoit en évidence 

Or convient veoir des querelles 
De possession, qui sont telles : 
Une naouvable, autre imniouvable- 
L une simple, autre apparable. 

Coul. de Norm. en vers, MS. fol. 68, V col. 1 el 2. 

Apparaument, adverbe. De façon à être vu II 
semble que la formation de cet adverbe ait quekiue 
analogie avec celle de l^ndjectif «j.p«,r^6/,/(vï.ez 
Apparaple.) Peut-être a-t-on écrit apparableiuent et 
apparaument m une espèce de contiadiui, •) don 
h preuve n est pas rare dans notre ancienne la^i-ue-^ 
Quoi qu 11 en soit, radverbeû;^;;flr«M,«t'«/. pris dans 
un sens relatif à celui du verbe apparei-, paroitre 
se faire voir, signifioit de façon à é re vu « Où es 



(2|lle;^'<^'^ls'ai^S«'^S;;;/c^?-^^c^C^ Signifie fabrication du pain. (.. e.) - 

cheval est devenu c/ievau, etc. (n. e.; '-""S'Onne ( s est cbangee en la voyeUe tt; ainsi léalmeut est dev-enu leaumenl, 



AP 



40 — 



AP 



« Archiers fauklront, l'en doit asseoir les autres qui 
« n'ont nulz arcs. . . . mais ilz doivent estre assis 
« plus au descouvert et plus apparemment que les 
« Archiers » (Modus et Racio, ms. 1" 78.) Ouelquefois 
l'acception de cet adverbe étoit la même que celle 
à' apparemment. (Voy. Apparemment.) 

VARIANTES : 
APPARAUMENT. Modus et Racio, MS. fol. 78, R". 
Aparau.ment. Psautier, MS. du R. n° 7837, fol. (31. 

Appare, siibst. fém. Paroi. Ce mot semble être 
de uiêuie origine et de même signification qu'«/j- 
paroi, paroi, muraille. « De si grant force getta 
l'escuelle en quoy ilz buvoient, que elle lompy 
<■ en pluseurs pièces encontre une fl;;;^?'^ oii elle 
" fery. ■> (D. Carpentier, Suppl. Gloss. lai. de Du 
Cangè, au mot Paries; lit. de 1409. — Voy. Aparoi.) 

Apparement, suhst. masc. Action de paroitre. 
L'action de se faire voir en public, de se faire 
counoitre. (Voy. Apparer.) » Damoiselles, comment 
Il nous maintiendrons-nous jusques au jour de 
« nostre feste et de mon apparement? car je n'ai 
« voulenté... de moy monstrer, ne faire cognoistrc 
« en appert, fors que entre vous. » (Percef. Vol. II, 
fol. 48, V" col. 2. — Voy. Apparition.) 

Apparemment, adverbe. De façon apparente, 
visiblement, évidemment, vraisemblablement. On 
regarde l'ortbographe appareil lenienl comme une 
preuve de l'affectation avec laquelle les Ecrivains 
du -wi' siècle préféroient à l'orlliograpbe vulgaire, 
une orthographe plus étymologique. 11 semble en 
effet qu'en écrivant apparentement pour apparem- 
ment, on ait voulu rendre l'orthographe plus con- 
forme à l'étymologie (1), et désigner ainsi le rapport 
de cet adverbe avec le participe apparent dont il est 
formé par une espèce de contraction ordinaire dans 
la formation des adverbes différemment, fi'équem- 
mcnt, et autres de même terminaison. (V. Apparent.) 
C'est dans un sens relatif à celui du verbe apparer, 
paroitre, être visible, évident, vraisemblable, que 
l'adverbe apparemment ou apparentement a signifié 
visiblement, évidemment, vraisemblablement, en 
apparence. On en a restreint l'usage à cette dernière 
acception ; mais anciennement on disoit : « Se le 
« dit bois n'estoit apparement marquié, etc. « (Ord. 
T. VIll, page 100.) « Les Baillis. . . soupeçonnés de 
« usures, ou menions, apparemment âGè\\oï\Qè\&\ie, 
« ifs ne soulendront en leur erreur. » (Ibid. T. I, 
p. 69. — Voy. Apparaument.) 

VARIANTES : 
APPAREMMENT. Orth. subsist. - Ord. T. I, p. 69. 
Apparammant. Monet, Dict. 

Apparéejient. II. Carpentier, S.Gl. 1. deD.C. a. Apparenter. 
Apparement. Ord. T. VIII, p. 100. 
Apparentement. Contreditz de Songecreux, fol. 90 et 95. 

Apparence, ,s;(/^s/. féminin. Représentation, 
prestance, extérieur. Etat visible d'une chose. Vérité 



évidente, réalité. Le substantif apparence, dans un 
sens analogue à celui du verbe apparer, pai'oitre, 
a signifié représentation, prestance, extérieur par 
lequel on se distingue en paroissant, en se pré- 
sentant. >' L'homme est de sa nature de plus grande 
" apparence et plus honorable que la femme. » 
(Nicot, Dict.) « Les petites gens sont sujets... à estre 
" choqués et coudoyez, à faute à'appareiiee. » (Essais 
de Montaigne, T. 111, page 570.) De là, on a nommé 
hommes (l'apparence ceux à qui la nature ou la for- 
tune a donné les moyens de paroitre avec cet 
extérieur qui les distingue. » Se celuy qui est trouvé 
« de jour en l'héritage, en temps de fruicts, avec 
» brisure de porte ou closture, est Jiome cogneu et 
>' d'apparence, celuy qui l'a prins ne le peut' mener 
« que jusques à quelque lieu ofi il puisse trouver 
" tesmoings. » (Coût, de Bayonne, au Coût. gén. 
T. II, p. 701. — Voy. Apparent et Apparoissance.) 

L'apparence d'un lieu où s'est fait quelque dom- 
mage, est sans doute l'étal dans lequel on voit ce 
lieu, l'état dans lequel il paroit depuis qu'il a été 
endommagé. « Bien se gart qui fet à autrui damage 
« en blés semés, ou en mars, ou en bos, ou en prez, 
« que chil qui est pris en damage fesant, est tenus 
" à rendre tout le damage qui est trouvés ou prouvés 
« par Yaparance du lieu. » (Beaumanoir, Coût, de 
Beauvoisis, chap. xxx, p. 157.) 

Ce même mot, qui relativement à la signification 
A' apparer, être vraisemblable, désignoit et désigne 
encore une apparence plus ou moins sensible de 
réalité, a signifié la vérité évidente, la réalité même 
des choses. « Tout ainsi que avez veu à l'heure du 
« Sacrement, il se assiet... et tant attent... que le 
« Prestreluy apporte son Saulveur.... Merveilleuse 
« chose est; car autre substance n'a eu depuis... 
« plus de deux mois. . . . Molt fut Arfaran esmer- 
« veillé... et dist : Sire, merveilleuse chose m'avez 
« icy déclairée et forte t'i croire, si n'en visse Vap- 
« parenee. » (Percef. Vol. VI, fol. 128, R- col. 1 et 2. 
— Voy. Apparent et Apparer.) 

VARIANTES : 
APPARENCE. Orth. subsist. - Percef. Vol. \'I, fol. 128. 
Aparance. Beaumanoir, Coût, de Beauvoisis, p. 157. 
App.\rance. Eust. Desch. Poës. MSS. p. 27, col. 1. 

Apparent, participe. Paroissant, qui se fait 
voir, qui se voit. On observe que ce participe du 
verbe apparer a toujours eu les significations avec 
lesquelles il subsiste. Dans un sens relatif îi celui 
du substantif apparence, représentation extérieure, 
il a signifié et signifie encore une personne qui re- 
présente dans une ville, en y paroissant avec un 
extérieur qui la dislingue. Mais quelle que soit 
aujourd'hui la représentation d'un Ambassadeur 
extraordinaire, on ne le qualifie plus de « très- 
" haut et Ivès-apparent extraordinaire Ambassa- 
« deur. » (Mém. de Bassomp. T. II, p. 208.) 

L'acception d'apparent étoit la même que celle 



(I) L'étymologie condamne la forme inventée an K\v siècle; en effet, les adjectifs en eus, aus, n'avaient qu'une forme 
au singulierpour le masculin et le féminin ; de là vient qu'aux xif et xiir' siècles on disait formait, léahnoit; au xiv» siècle, 
on dit par analogie rjrandewcnt, comme bonnement, mais prudemment, apparemment et quelques autres, restèrent luiéles 
à l'étymologie. (n. e.) 



AP 



— 41 — 



AP 



û'apparer, paroitre, lorsqu'on disoit, l'« l'apparent 
de quelqu'un, pour signifier dès qu'il parut : 

Pas ne me vit si tost que je le vi ; 
Bien l'aperçus à l'apparant de li. 

Froissart, Poès. MSS. p. 74, col. 1. 

2" A Vapparent de tous, pour signifier en se 
faisant voir, en se faisant connoitre à tous : « La 
« condicion de la maulvaistié est telle que d'elle- 
« niesme, où elle n'a nuls conlredisans, sideschiet- 
« elle et se publie à /'fly;a?'rt«/ de tous. ■> (Sainlré, 
page 91.) 

3° A l'apparent du monde, pour signifier au vu et 
au sç.u de tout le monde. « Le Comte de Nevers... 
« venoit d'un loingtain voyage... Si fut voulontiers 
« veu.... en toutes les seigneuries et terres de son 
« père; desquelles il estoit à l'apparent du monde, 
« héritier et successeur. » (Froissart , Vol. IV , 
p. 288 et 289.) 

La préposition à étant supprimée, on disoit en 
parlant d'une personne triste et qui paroissoit l'être, 
qu'elle étoit triste l'aparent ; façon de parler ellipti- 
que qui semble particulière à Ph. Mouskes : 

Et sa maisnie et si parent 
Furent moult triste l'aparent. 

Ph. Mouskes, MS. p. 6-18, etc. 

Dans le même auteur, être joiant et par deçà et 
l'aparent signifie probablement être plus joyeux 
qu'on ne le paroit. 

Joiant en furent leur parent 
Et par deçà et l'aparent. 

Idem, p. 623. 

Enfin le participe apparent précédé de l'article 
le, étoit de même signification que le substantif 
apparence, existence visible ou intelligible, exis- 
tence réelle ou idéale. (Voy. Apparence et Appareh.) 

n'entendoit 

Fors au chanter, ainsi qu'il le monstroit. 
Par l'apparent. 

Froissart, PoSs. MSS. p. 74, col. 1 et 2. 

Les Lettres patentes sont des Lettres dont on voit 
le contenu, parce qu'on les délivre tout ouvertes ; 
de là, elles auront été nommées Lettres apparans. 
(Voy. Chron. Fr. de G. de Nangis, .ms. an. 1291.) 

On distingue dans l'ancienne Coutume de Nor- 
mandie, deux espèces àeLoix apparentes, que plus 
communément on appeloil Loix apparissantes. 
(Voy. Apparoissant.) 

VARIANTES : 
APPARENT. Orth. suhsist. - Froissart, Vol. IV, p. 289. 
Af.^rant. Saintré, page 91. 
Aparent. Ph. Mouskes, MS. p. 623, 648, etc. 
APPARANT. Percef. Vol. IV, fol. 115, R» col. 1. 

Apparer, verbe. Faire apparoitre. Apparoître, 
s'apparoitre. Comparoître. Paroitre, se présenter, 
se faire voir. Paroitre, être visible, évident, vrai- 
semblable, intelligible. Faire paroitre, rendre évi- 
dent, prouver. 

On ne croiroit pas que la signification d'un verbe 
essentiellrment neutre ait quelquefois été active, si 
on n'en donnoit la preuve. 



Or dist li uns des mors as vis (li : 
Seignor, regardez-nous as vis (2)... 
Diex nous a à vous aparits, 
Pour ce que vous melons à voie 
De bien ; et Diex vous i avoie. 

Dits de Baudoin de Condé, MS. de Gaignat, fol. 311, V col. 3. 

Dans le sens d'apparoître, s'apparoitre, verbe qui 
signifie particulièrement l'apparition d'une subs- 
tance spirituelle et invisible, ([ui se fait voir sous 
une forme matérielle, on a dit en parlant de l'at- 
tente et de la venue du Messie : « Près est nostre 
" Sires... et tost apparrit; ne défaillis mie, etc. » 
(S'Bern. Serm. fr. mss. p. 96.) « Quant nos eswar- 
" dames oîi il venoit, si nos apparaît une mervil- 
« louse humiliteiz. (Id. ibid. p. 9.) Les apparitions 
de la Divinité sont attestées par l'Ecriture sainte. 
H Derechief s'a/j;jrtr(/< Deus en Sylo; kar révélé se 
« fud à Samuel en Sylo, selunc sa parole. » (Livres 
des Rois, MS. des Cord. fol. 5, V° col. 1.) 

On désignoit le Juge à qui l'on se présente, et 
non la partie adverse avec laquelle on paroit devant 
lui, lorsque dans le sens de comparoître, on disoit 
apparer ou apperer. « Nul ne doit départir, depuis 
■< que renablement avéra esté somouns, ne dédei- 
« gner de apper (3) en Court, sinon par renables 
« excusacions. » (Britton, des Loix d'Angl. fol. 281.) 
Cette abréviation apper qu'on retrouve (id. ibid. 
fol. 280,, prouveroit seule la réalité de l'infinitif 
apparer ou apperer, quand d'ailleurs elle ne seroit 
pas démontrée par la conjugaison oîi l'on voit à 
l'indicatif présent, 1" pers. 'du plur. apparons ou 
apperons, etc. à l'indicatif imparfait, 3= pers. du 
sing. apparoit ou appéroit, etc. 

La signification de cet ancien verbe apparer ou 
s apparer, n'étoit pas moins générale que celle de 
notre verbe paroitre, se présenter, se faire voir. 
« Ensi ke nos, à moens appariens vestit de confes- 
" sion, ki ne poons mie aparoir en vesture d'inno- 
« cence et de justice. « (S* Bcni. Serm. fr. mss. 
page 63.) 

Se tan tost armez n'apparons 
Pour secourir ce fin amant. 
Perdu est : à Dieu le commant. 

Rorn. de la Rose, vers 15887-15889. 
Mon père voi dedens seoir : 
Mais ge ne l'oserai veoir... 
Trop sui mesfez : mais tote voie 
M'estuet que devant li m'apere 
Ge sui ses filz, il est mon père. 

Corlois d'Artois, MS. de S' Gerni. fol. 85, R» col 2. 

Ce verbe qui désignoit la présence, l'existence 
visible des personnes, désignoit aussi celle des 
choses physiques et morales ; les signes plus ou 
moins vrais de cette existence; une existence plus 
ou moins sensible de choses visibles ou seulement 
intelligibles. « xipeiret donkes li jors, etc. » 
(S- Bern. Serm. fr. mss. p. 187.) 

La nuiz s'en vet, li jors aperl. 

Fabl. MS. du R. n' 7615, T. H, fol. 176, V- col. I. 

On a dit en parlant de Dieu : « Sa poxance appa- 
« rut d'avant en la création des choses, et sa 
« sapience apparoit el governement des choses ke 



(1) Vivans. 

a. 



(2) Visages. - (3) Ne serait-ce pas un simple oubli de l'abréviation per'i (n. e.) 



AP 



- 42 



AP 



« créeies estoicnl : mais li benigiiiteiz de sa mis(5ri- 
« corde est or maisineuienl apparue en son liuma- 
" nileil. » (S' Bern. Serm. fr. m^s. p. 124.) 

Dame, la foiz apparra jà 

Que vous menez à vos Seigneurs ; 

lit la loiauté des amours 

Que les Uaraoiselles demainent, 

Pour qui les Chevaliers se painent. 

Fabl. MS. du R. n" •!C15. T. I, fol. 113. V- col. 2. 

En parlant des traces du sanglier, on a dit : « Les 
« os du pie apparent partout où il marche. » 
iModus et lUicio, ms. fol. 44, R°.) 

C"esl par une comparaison très naturelle de ce 
qui est intelligible avec ce qui est visible, ([u'appa- 
rer ou apperer signifioit élre intelligible. 

Il barbelole 

Ses mots, tant qu'on n'y entend rien. 
Il ne parle pas Chrestien, 
Ne nul langage qui apure. 

Farce de Palhelin, p. 63 et 64. 

L'acception d'apparer ou apperer, être intelligi- 
ble, est une extension de Tacception propre et figu- 
rée paroîti'e, être visible, évident, ou seulement 
vraisemblable. 

Dans le sens de paroilre, être visible, être évident, 
on dit encore au Palais, « il appert \^Av tel acte, s'il 
" vous appert que cela soit : » expressions dans 
les(iuelles appert conserve une signiOcalion qui a 
été très-générale , et dont on trouve partout la 
preuve. Qu'il suffise donc ici de remarquer que cette 
signification neutre A' appert étoit active, lorsqu'on 
disoit : » Nul ne sera receu ii dire que Advocat luy 
« ait esté baillé par distribucion, se partie adverse 
« le débat; se celuy qui l'alègue, ne \' appert par 
« procès et acte présentement. » (Ord. des D. de 
Bretagne, fol. -li»0, 11".) 

Peut-être qu'en parcourant les passages dans 
lesquels nous avons cherché la preuve des significa- 
tions du verbe apjparer, on s'étonnera d'y lencon- 
Irer ajiperl, apparut, appuritst, etc. Quoique la 
formation de ces modes et temps n'ait aucune ana- 
logie avec linlinitif des verbes apparoir et appa- 
raître, il suffit qu'ils aient suppléé et qu'ils sup- 
pléent encore quelques-uns de ceux qui manquent 
à ces mêmes verbes, pour faire croire qu'ils appar- 
tiennent à la conjugaison de l'un ou de l'autre. Il 
est vrai qu'on n'aperçoit pas plus le principe de la 
formation de ces modes dans l'infinitif françois du 
verbe apparer, que dans celui des verbes apparoir 
et apparaître. Aussi croit-on qu'ils sont étrangers 
à la cuiijiigaison françoise de chacun de ces trois 
verbes ; qu'ils n'appartiennent pas plus à celled'a/j- 
paroitre qu'à celle A' apparoir ou à' apparer ; qu'ils 
sont un supplément de modes, commun à la conju- 
gaison de chacun de ces trois verbes défectifs. (Voy. 
Ai'rAnoiu et Ari'ARoisTiu:.) On préfère cependant pour 
la réunion des modes dont il s'agil, sous une même 
conjugaison, linlinitif apparer, parce que dans 
l'origine de notre langue, les verbes françois se 
modifioienl à l'imitation des verbes latins, souvent 
même avec une lelle exactitude que l'infinitif amer, 
en latin amare, faisoit à la 3' pers. du sing. de l'in- 
dicatif présent amet , en latin amat, ù'ia même 



personne de l'indicatif imparfait amevet, en latin 
amabal, etc. 11 est donc assez probable que suivant 
la règle de cette modification imitative, les modes 
appert, apparut, appurrit et au très n'appartiennent 
pas moins à la conjugaison du verbe apparer, en 
latin apparere, que ceux dont la formation et la 
terminaison semblent plus propres au génie de 
notre langue. On ajoute que ces modes françois ne 
sont eux-mêmes que les coniraclions et altérations 
des modes latins. En comparant la conjugaison du 
verbe latin apparere a.\eG celle du françois fl/;;;a;'er, 
on acciuiert la preuve d'une vérité particulière qui 
peut être généralisée. 

CûNJCG. 

Apurai, ind. fut. J'apparoitrai. (Psautier, ms. du R.) 
Aparege, subj. pr. Apparoisse. (Ane. Cout.deBret.) 
Aparruiii, ind. fut. Apparoitrons. (Liv. des Rois.) 
Aparuit, ind. prêt. Parut. (S" Bern. Serm. fr.^ 
Aparust, subj. impaif. Parût. (Id. ibid. p. 2.3.) 
Apeirt, ind. pr. Paroit. (Chans. fr. .ms. de Berne.) 
Aperche, subj. prés. Paroisse. (Règle de S' Benoit.) 
Apierge, subj. pr. Comparoisse. (Britton, des 

Loix d'Angleterre, fol. 172, V°.) 
Appaira, ind. fut. Apparoilra. (Ord. T. 111, p. 1G9.) 
Appaire, subj. prés. Paroisse. (Crétin, p. 213.) 
Appara, ind. fut.Comparoitra. (Brit. Loixd'Angl.) 
Apparent, apperent et aperent, ind. prés. Appa- 

roissent, paroissent. (Le Jouvencel, .mss. p. 301.) 
Appariensai apuriens, subj. prés. Paroissions; 

en latin appareaiitus. ;S' Bern. Serm. fr. mss. p. G3.) 
Apparuient et apperoient, ind. imp. Paroissoient ; 

en latin apparebant. (S' Bern. Serm. fr. mss. p. 11.) 
Apparoit et apperoit, ind. imp. Paroissoit; en 

latin apparebat. iS' Bern. Serm. fr. mss. p. 124.) 
Apparons et appcrons , ind. prés. Paroissons. 

'Rom. de la Rose, vers 15887.) 
Apparra et apperra, ind. fut. Paroitra. (Rom. de 

la Rose, vers 2007.) 
Apparrat, ind. fut. Apparoîtra, paroitra ; en latin 

apparebit. (S' Bern. Serm. fr. mss. p. 101 et 154.) 
Apparrit, ind. fut. Paroitra. (Id. ibid. p. 96.) 
Apparrunt et apperront, ind. fut. Apparoitront, 

paroîtront; en latin apparebnnt. (Id. ibid. p. 34.) 
Apparut, ind. prêt. Parut. (S' Bern. Serm. fr.) 
Appeiret e[ a pe ire t, suh'}. prés. Apparoisse, pa- 
roisse; en latin appareat. [là. ibid. p. 118 et 119.) 
Apper, impér. Parois ; en latin appare. (Id. ibid.) 
Apper (J'). Je parois. (Rob. Estienne, Gram. fr.) 
Appere et apere, sub]. prés. Paroisse. (Rom. de 

la Rose, vers G944.) 
Apperez, ind. prés. Vousparoissez. (R. Estienne.) 
Appérois, ind. imp. ïu paroissois. (Id. ibid ) 
Appcroije [y], ind. imp. Je paroissois. (Id. ibid.) 
Appers, ind. prés. Tu parois. (Id. ibid.) 
Appert et apert, ind. prés. Paroit; en latin appa- 

ret. (S' Bern. Serm. fr. ms. p. 92 et 217.) 
Apperte, subj. prés. Paroisse. (G. Macliaut, .ms.i 

VARIANTES : 
APPARER. S' Bern. Serm. Ir. MSS. page 124. 
Aparer. S' Bern. Serm. Ir. MSS. page 101, etc. 
-Aperer. Id. ibid. p. 350. 
Apperer. Percef. Vol. lY, fol. 122, R» col. 1, etc. 



AP 



- 43 



AP 



Apparesser, verbe. Rendre paresseux et lâche, 
affoiblir. Devenir paresseux et làctie , s'affoiblir. Il 
semble que ce soit dans un sens analogue à celui du 
mot g:rec7ràe£<r(f(l), en latin remisf<io, debilitatio, 
qu'on a dit au propre et au figuré : « Le feu apparesse 
« le cors et débilite l'entendement et le cerveau. " 
(Triomph. de la noble Dame, fol. 110, V°.) « Nous 
« apparesserons nos cueurs qui maintenant pensent 
« petit une grant chose. » (Le Jouvencel, ms. p. 138.) 

.... Oidive (2> atrait mauveistié, 
Et maint homme a aparaicié. 

Rom. de Brut, MS. fol. 81, V" col. 2. 

La signification de ce verbe étoit neutre , lors- 
qu'en parlant d'un Yavasseur parvenu à certain 
degré d'élévation, on disoit : 

Est si haut mis que nul lionte 
Ne puet à son cors aprocliier, 
S'il n'en chiet par aperecier : 
Or se gart qu'il ne s'apérèce, 
Si ert toz jors en grant haulèce. 

Fabl. MS du K. n" 7218, fol. 255, V' col. 2. 

On voit qu'il s'employoit aussi d'une manière réci- 
proque. « Pour garder que les forces de nostre 
« estomach ne saparoissent, il est bon une fois le 
<> mois les éveiller en s'enivranl. » (Essais de Mon- 
taigne, T. II, p. 18. — Voy. Ai'PARESsiR.) 

V.\RIANTES : 

APPARESSER. Le Jouvencel, MS. p. 138. 
Aparaicier. Rom. de Brut, MS. fol. 81, V» col. 2. 
Aparasser, Aparecer. Celthell. de L. Trippault. 
Ap.\roisser. Essais de Montaigne, T. II, p. 18. 
Aperecer. Fal)l. MS. du R. n» 7218, fol. 118, V» col. I. 
Aperecier. Ibid. fol. 255, V» col. 2. 

Apparessir (s'), verbe. Devenir paresseux, s'af- 
foiblir par l'inaction. (Yoy. Nicot , Dict.) « Quelle 
•• raison y avoit-il qu'ayans les grandes forces que 
V le Roy avoit assemblées si chèrement, ils s'arres- 
« lassent et apparessissent au même camp où ils 
« s'étoienl fortifiés. •> (Du Bellay, Mém. liv. vu, fol. 
234, Ro. — Voy. Apparesser et Paresse.) 

Apparfondir, verbe. Faire plus profond. Faire 
profond. 

On ne voit dans l'orihographc apparfondir qu'un 
etïet de la prononciation foible et adoucie de pro (3) 
dans approfondir. (Voy. P.\nFo.ND ci-après.) 

Il semble que ce soit en vertu de la préposition 
à, i\\i apparfondir, le même qu'approfondir, signi- 
floit rendre plus profond, faire plus profond. (Cot- 
grave et Nicot, Dict.) « Fist très-bien garnir la ville 
« et derrière et devant, haucier les murs, et les 
>' fossez d'environ aparfondir. » (Hist. de B. du 
Guesclin, par Ménard, p. 183.) 

L'énergie de la préposition n'étant pas sentie, ce 
verbe n'aura signifié rien de plus que pnrfondre, 
rendre profond , faire profond. (Cotgrave , Dict.) 
« On doit aparfondir les fossez tellement que nulle 



« mine ne puisse passer. « (Le Jouvencel , fol. 87. 
— Voy. Parfondre ci-après.) 

variantes : 
APP.\RFONDIR. Cotgrave, Oudin et Nicot, Dict. 
Aparfondir. Hist. de B. du Guesclin, par Ménard, p. 183. 

Appariation, snhst. fém. Appariement, accou- 
plement. Espèce d'association. 

Le verbe aparier signifloit joindre le pair au 
pair, accoupler. De là, la première acception du 
?,ubsti\\\\.ii appariation. (Cotgrave et Oudin, Dict. — 
Voy. AiTARiE.MENT ci-dcssous.) 

Anciennement, lorsqu'un Seigneur ecclésiastique, 
un Evêque, un Abbé, craignoit qu'on n'attaquât les 
droits de sa seigneurie et de sa justice, il s'associoil 
un Seigneur laïque, un Duc, un Comte assez puis- 
sant pour faire respecler ces mêmes droits ; et 
l'association au moven de laquelle le Seigneur laï- 
que devenoit pair, égal au Seigneur ecclésiastique 
dans l'administration de la justice seigneuriale, 
étoit une appariation plus connue sous le nom de 
pariage. {\oy. Cotgrave, Dict. — Laurière, Gloss. 
du Dr. fr.) Il étoit de la politique des Rois de la 
troisième Race, de multiplier ces associations entre 
eux et les Seigneurs justiciers, ecck'siastiques ou 
laïi|ues, parce qu'en s'associant à leur pouvoir, ils 
étendoient les bornes de l'autorité royale (4). (Voyez 
Pariage ci-après.) 

Appariement, subst. masc. Accouplement. 
Comparaison. Significations analogues à celles du 
verbe aparier, accoupler, comparer. (Voy. Aparier.) 

variantes : 
APPARIEMENT. Orlh. subsist. - Dict. de Trévoux. 
Appariem.\nt. Monet, Dict. 

Apparisiaire, subst. masc. Nonce, Légat. C'est 
le mot .ipocrisiaire défiguré par une faute d'im- 
pression. Lorsqu'on lit (Traité de l'Orig. des Cardi- 
naux, p. 19 et "20, que « les Àpparisiaires envoyez 
« anciennement par les Papes en la Cour de Cons- 
« tantinoples auprès des Empereurs, estoient vray- 
« semblablement .... des Diacres Cardinaux . . . 
« qui depuis à la différence de simples Diacres 
« furent appeliez Archidiacres », il est visible que 
ces .ipparisiaires ne sont autres que les Apocri- 
siairc's qui résidoient à Consfantinople en qualité 
de Légats ou Nonces du Pape. Ces Nonces ou Légats, 
qui éloient ordinairement Diacres, recevoient les 
réponses de l'Empereur aux demandes du Pape et 
l'en informoient. De là, on les nommoil .ipocrisiai- 
res, mot formé du grec dnixonnç, en \alin responsio. 
(Voy. Du Cange, Glôss. lat. T. I, col. 55G. — Dict. de 
Trévoux, au mot Apocrisiairc ) 

Appariteur, s/(^s^ masc. Domestique ; Sergent; 
Huissier ; Bedeau ; Bourreau. On a regardé les 
Domestiques, les Sergens , les Huissiers , les Be- 



(1) Paresse vient de pigritia, par la forme intermédiaire perece, en provençal pereia. (n. e.) — (2) Oisiveté. — (3) Nous ne 
voyons pas que par ait un son plus faible que pro : on a formé le composé parfoml, comme parmi, parjure. (N. E.) — 
(4) Ainsi les évêques de Mende, de Viviers et du Puy, seigneurs de leurs diocèses, furent tellement inquiétés par les baillis, 
qu'ils donnèrent au roi la moitié de leurs domaines en pariage. L'administration restait indivise, mais était exercée une 
année par les agents du roi, une autre par ceux de l'évêque. Parfois encore, le prélat, comme l'archevêque de Lyon en 
1312, était dédommagé par le don de belles terres éloignées de son diocèse. (N. e.) 



AP 



AP 



deaux, les Bourreaux, comme asservis à paroitre, 
à être lonjours présens devant ceux ;\ qui ils doi- 
vent obéir, en hdin parère, lorsqu'on les a désignés 
par le mol Appariteur, en latin Apparitor. <• Quand 
« jadis en Caulc, par l'insUlulion des Druides, les 
« serfs, varlets et appariteurs estoieut touts vifs 
« bruslez aux l'unerailles ('l exèques de leurs Mais- 
« 1res et Seigneurs , n'avoienl-ils belle paour que 
« leurs Maislres et Seigneurs mourussent ;■ » (Rabe- 
lais, T. III, p. 17.) 

Les Apparileiirs étoleut à Rome, ce que sont en 
France les Sergens et les Huissiers qu'on a aussi 
nommés Apjiariteurs. (Voy. Mém. de Dassomp. T. I, 
p. 314. — Cotgrave, Oudin et Nicot, Dict.) ■< Chic- 
« quanous ... le pria ne prendre en mal, si de la 
« part du gras Prieur il le citoit ; remontra par 
« harangue diserte comment il estoit personne pu- 
'< blic(iue, Serviteur de moynerie. Appariteur de la 
« mitre abbatiale. » (Rabelais, T. IV, p. G2.) Les 
Sergens de la Justice ecclésiastique, les Bedeaux 
qui portent des masses devant le Recteur de l'Uni- 
versité et les quatre Facultés, sont connus encore 
sous le nom d'Appariteurs : nom qui dans la signi- 
fication de Bourreau, étoit sans doute aussi odieux 
en France qu'il le fut jamais ;i Rome, où la condi- 
tion des Appiirileurs étoit si méprisée que pour 
marque d'ignominie, le Sénat ordonna qu'une cer- 
taine ville dontles habitanss'étoient révoltés, seroit 
obligée de fournir des Appariteurs aux Magistrats. 
« L'Appariteur estoit venu pour les occire. » (Triom- 
phe des neuf Preux, p. 130, col. 2. —Voy. Cotgrave 
et Nicot, Dict. — Dict. de Trévoux.) 

VARI.\NTES : 
APPARITEUR. Cotgrave, Oudin et Nicot, Dict. 
Apariteur. Percef. Vol. II, fol. 39, V» col. 2. 

Apparition, subst. féin. Epiphanie. Action de 
paroitre, de se faire voir. Espèce de trappe. 

Dans l'origine du Christianisme, la naissance de 
Jésus-Christ , sa première apparition , comme 
homme, étoit propiement l'Epiphanie; mot dont la 
signification est la même que celle d'apparition. 
Mais lorsque le Pape Jules eut appris aux Chrétiens 
du IV' siècle, à distinguer la Nativité de l'Epiphanie, 
le mot Epiphanie signifia Vapparition de Jésus- 
Christ, moins comme homme que comme Dieu ; 
Vapparition, la manifestation de sa Divinité. Quoi- 
qu'il parût homme, il fut reconnu pour Dieu, par 
les trois Rois qui lui offrirent de l'encens et l'ado- 
rèrent; par le peuple attentif à la voix céleste qui 
se fit entendre le jour de son baptême dansleseaux 
du Jourdain ; par les témoins de son premier mira- 
cle, lorsqu'en Souverain de la nature , il changea 
l'eau en vin aux noces de Cana. Telles sont les trois 
apparitions ou manifestations de la Divinité de 
Jésus-Christ, célébrées peu de temps après sa Nati- 
vité, sous le nom d'Epiphanie ou de fête de VAppa- 
rition; « car épifaine valt altretant cum appari- 
« dons. » (Voy. S' Bern. Serm. fr. mss. page 211.) 
Non-seulement il a voulu naître, mais il a voulu 
être connu; «et por cette conissance faisons nos 
« ceste feste de VAparicion Li troi Roi ... . 



« ensevirent lo conduit de la novele estoile et si 

« aorerent le novel enfant de la Virgine si 

« cum Deu De cesle sole aparition ne fait- 

« om mies selement la feste, mais aussi d'une 
•< altre, etc. » (Id. ibid. p. 198 et 200.) « Quoiqn'en 
« la primiere il apparut vraiz hom, l'adoration des 
" trois Rois, et l'otîraude de l'encens mostret bien 
" qu'il conurent k'il Deus estoit. » (Id. ibid. p. 204 
et 20.").) « En la seconde aparicion mostrat awerte- 
'< ment li tesmoignages del peire k'il estoit vraye- 
« ment li filz de Deu ; et en la tierce apparut bien 
" k'il estoit vrais Deus , lai où par son comande- 

■1 meut fut mueye li nature mervillous fut 

« li muemenz de l'awe ; mervillous fust li tesmoi- 
■< gnaiges Saint Johans et del Colon, et de la voix del 
" Peire ; mais ceu fut ancor plus mervillouse chose 
« ke li troi Roi lo porent conoslre. » (Id. ibid.) 

C'est donc à cause de la manifestation de la 
Divinité de Jésus-Christ, et non à cause de l'appa- 
rition de l'étoile qui annonça sa naissance, qu'on 
a nommé fête de l'apparition, la fête de l'Epiphanie, 
de la manifestation de la Divinité de Jésus-Christ 
aux Gentils, et particulièrement aux trois Rois qui 
l'adorèrent. Il semble néanmoins qu'en appelant le 
jour de cette fête, le jour de l'apparition aux Rois, 
on ail eu en vue l'étoile qui leur apparut. En disant 
que « le dimenche xir jour de janvier étoit le jour 
" de Vapparicion au Rois ou environ, » l'on a sans 
doute voulu désigner un des derniers jours de l'Oc- 
tave de cette fête que l'Eglise célèbre le G janvier. 
Il est visible qu'il faut lire apparicion aux Rois, 
dans les Lettres de Charles VI, en date du mois de 
février i41.j. « Comme le Dimenche xir jour de 
« janvier dernier passé qui fu le jour de l'rtyjyjrtrt- 
« cion au Rois ou environ, Girart le Bicorgne.... et 
« autres feussent allez boire, etc. » (Reg. du Très, 
des Chartes.) 

On soupçonne avec assez de vraisemblance, que 
ce fut relativement à l'idée de l'apparilian de cette 
même étoile, que le Roi Jean ayant rétalili l'Ordre, 
la Compagnie des Chevaliers de l'Etoile, par ses 
Lettres du'6 novembre 1351, « voulut faire la pre- 
« mière feste et entrée de la dite Compaignie à 
« Saint-Oùin, la veille et le jour de V Apparition 
« prouchene. » (Voy. Ord. T. II, p. 466.) 

La signification de ce mot spécialement consacré 
à désigner la divinité de Jésus-Christ manifestée aux 
Gentils, étoit quelquefois la même que celle d'rt/j;m- 
rement, action de paroitre, de se faire voir en pu- 
blic. « Le Roy Perceforest est gary de sa maladie.... 
« si faict assavoir... h tous Gentilz-hommes.... et à 
•' toutes Dames et Damoyselles qu'ils soient à sa 
« venue et ù son apparition devant le neuf chastel, 
« au dernier jour de may. ■• (Percef. Vol. II, fol. 55, 

R° col. 2. — Voy. API'AREMENT.) 

On sait qu'aujourd'hui le mot apparition ne se 
dit plus que des phénomènes qui apparoissent, et 
des objets qui d'invisibles se rendent visibles. C'est 
relativement à cette dernière signification, que par 
une espèce de métonymie assez ordinaire, on nom- 
mo'\l, apparitions les trappes par où les diables, les 



AP 



— 45 — 



AP 



fantômes, les ombres apparoissoient sur le Théâtre 
dans les anciennes représentations des mystères' 
On voyoït dans celle du mystère de S' Denvs "Lucifer 
évoquant tous les démons qui sortoient chacun par 
une trappe ou apparition. (Voy. Ilist. du Th fr 
T. II, p. 542. — Ibid. p. 331.) 

VARIANTUS : 
APPARITION. Orth. subsist. - Ord. T II n 460 
Aparicion. S> Bern. Serm. fr. MSS n 217 
Aparition. Id. ibid. p. 102 
Apparicion. Id. ibid. p. 205. 

Apparoir, verbe. Paroître, se faire voir. L'inli- 
nitifdece verbert;;/wroh-, encore usité en termes 
de Palais, ne diffère de rinlinitifrt/j/wm- que par 
le changement assez ordinaire de la voyelle é- en la 
diphthongue oi (1). 11 semble même prouvéquVw;«- 
roir. plus ancien dans notre lan-ue que l'infinitif 
opparer eloil aussi d'un usage plus général On a 
dit que Dieu voulant se faire voir au.x hommes et en 
être reconnu, .< si non-digne chose ne fu mie h lui 
•' apparoir en son ymagine à ceos qui en sa subs- 
« lance n el poient mies conoistre ; ensi ke cil mis- 
" mes aparust hom as homes, ki avoit fait l'orne à 
« son ymagine et à sa semblance. » (S- Bern Serm 

vvn Kf-^ " ^^ ^-'^^ ''" l"*^ 'e mesaise que le 
« \adlant homme a en son cueur ne lui doit avna- 
« voir au visage. » (.loinville, p. UO ) 

Plus les objets sont saillans, plus'ils paroissent 
et mieux ,1s se font voir. De Ih, l'expression appa- 
ro?/; /(ors,cest-à-dire saillir, être saillant, en latin 
nmnere. (Monet, Dict. - Voy. Api-aroissa^ce ) 

Les modes dont la conjugaison d'apparer est 
lormee, étant communs à apparoir, on auroit rénn 
çcb deux verbes de même origine et demêmesi-ni- 
ication, SI la terminaison en or,- ne sembloit être 
le principe de plusieurs modes et temps particuliers 
au xerhe apjmron-; tels que r.ndicatif présent !w 
paro/s, etc. 1 indicatif imparfait fannaroissois eu- 
l'impératif apparais, le subjonctif p^?ent7iï: 
rom. etc. Il y a eu dans Torlhographe de ciSo- 
des, des variations que l'on croit devoir remarquer. 

CONJUG. 

Aparege, subj. pr Apparoisse. (Ane. Coût. deBr ) 
^pam^e, subj près. Apparoisse. (Ibid fol M v°'\ 
Appar esse. snhi. prés. Apparoisse. (Faifeu, p'so'i 
Apparest, indic. prés. Apparoit. (C. Marot ) 
Apparo/ssoye (j'), indic. imparf. J'apparo ssois 
iRob. Estienne, Gram. fr. p 63) "PP-" «issois. 

-4/;/;flro/s/ ind, prés. Apparoît. (Desperiers ) 
Apparoy (j ), ind. prés. J'apparois. (R. Estienne.) 



Dans un sens analogue à celui de l'expression 
" apparoir hors, Vapparoissance d'une chose nui 
« passe outre une autre, une apparoissance an 
" aehors, « etoit ce qu'en termes d'Architecture on 
nomme sai le, en latin e.rsfantia, cminentia. (Rob 
tstienne, Nicot et Monet, Dict. - Voy. ArrARom.) 

Il seroit possible que relativement à l'idée d'un 
objet qui paroit et se voit d'autant mieux qu'il est 
plus saillant, plus éminent, on eût désigné un 
homme a qui la vertu ou la fortune donne une cér- 
ame prééminence, en disant qu'il étoit apparent, 
liomme d apparence. (Voy. Apparence.) 

ro^'^'^'^-^v?'*^''*']'' Participe. Paroissant. Appa- 
rent, visible, évident. ^^ 

On n'aimoit bien et l'on ne méritoit d'être aimé, 
dans les principes très rigoureux de l'ancienne 
galanterie, qu autant qu'on paroissoit pâle et mai- 
g e et qu on 1 etoit réellement par l'effet d'un 
amour extrême. 

El bien sçachiés qu'amours ne laisse 
bur Im amant couleur, ne gresse 
De ce ne sont apparissaiit 
Ceulx qui Dames vont trahyssant • 
tA. dient pour eulx loseneiei- 
Qu;ilz ont perdu boire ct"mangier 
fct je les voy comme Jengleurs, 
Plus gras qu'Abbés, ne que Prieurs. 

fiom. de la Rose, vers 257G-2583. 

Dans le sens où nous dirions il y paroît, il y na- 
roitra, on disoit il est aparissant, il est aparissant. 

W, ■ ■ ' ; ■•„■ •„■ • ■ ^^ 'i'^''' si vis devant 
Que ventaille d'auberc ne li fu ainz garant ■ 
loz les jors qu'il vivra, li ert aparissant. 

Psrton. de Blois, MS. de S. Gerra. fol 127, \" col 2. 
Vos fustes longues (2) Clers, bien est aparissant 
Ibid. fol. 171 V" cDl.l. 



''appar 

VARIANTES : 

APPAROIR. Orth. subsist. - S- Bern. Serm fr n ''"2 
Aparoir. S' Bern. Serm. fr. MSS. p. 63 ^' " 

^n^i?o^n-c^!r''^''^^' '"''*'• A'w. Apparence. Saillie. 

La signidcation d apparoissance étoit la même en 
gênerai que celle d'apparence, lorsqu'on disoiVm- 
Tnvf n .''■""^ chose. physique ou moraîè ffi- 
grave, Oudin, Rob. Estienne, Nicot et Monet, Dict ) 



«innn.? '^"'^"* *''''?'!'''"^'l^'^ 'ï'^ ^e'-btî apparoir 
nIvH J 'î qu'a signilie et signifie encore apparent, 
paiticipedu verbe rt/jywr^/', le même qu'wro/r 
[\ oy. Apparoir.) On a désigné el l'on désigne par le 
mol apparent , un homme dans lequel on voit de^ 
qualités qui le distinguent, un homme qui, parois- 
sant avec certains avantages naturels ou acquis 
semble devoir obtenir sur les autres une sorte de 
prééminence. (Voy. Apparoissa.nce.) C'étoit aussi la 
signitication d apparaissant. . Hyrcan-Tobie étoit 
« moult apparissanl home, » eii latin vir valdè 

f^ "".«i^ 'n'^^'- f^'^'^' '^^^ Machabées, ms. des Cordel. 
loi. 18J.) On croît qu'il faut lire apparissant ou 
apparaissant dans cet autre passage où la signin- 
cation d appaissant semble analogue ;\ celle d'»- 
rant employé quelques lignes plus haut •■ J'av 
" fnli''^'l"' ^'^ ^'' "ouvelles d'ung mien cousin 
« nomme Passelyon, auquel tout mon désir s'encline 
« que de luy je soye fait Chevalier... Quant Passe- 
« yon entendit Pedracus qui son cousin se disoit, 
« Il en fut joyeulx à merveilles ; car il le veoit fort 
«appaissant, etc. . (Percef. Vol. IV, fol. 115.) L'ac- 
ception à apparissant étoit encore la même que 
celle A apparent, lorsqu'il signifioit une chose 



-\%nte"mT^"*^'^^P"'^^P-'-é'«c"'e:elongaccentué,donne^ 



(N. E.) 



AP 



_ /,f. — 



AP 



apparente sans réalité .« Vos ne "^^^f^'/^Sel 
„ maraslrevosdisf? Nonyoïrs, f'^Ui Emperere. . 
« mais aparissant fait croire » (J^m e Doiopa 
thnc; fnl "'l'î^ Plus souvent il desi^iioit la itaiiie 
ri^mipcho'se apparente, visible, évidente, dans le 
s^i ph s qu?o 1 moral. On nommoit /,a's ajm- 
,Ss«E les lices d'un champ-clos lorsquelle^ 
éSiSÏS^ez hautes, pour 'l^^e^ comMUan^s^ ; 
«pnt les voir, et qu en les voyant il» se ga dasstiu 
dPles fra^d ir. « En toutes batailles. .. doit justice 
„ baiuèi c àmp à combattre advenant et lices 
< amaresSeï: c'est assavoir à gens qui se com- 
baftent de cheval, si fortes que les cHeyaulx ne 
:^ÏÏul5eiUysir;etàgensde^e^ 

Tpôur le profit commun de nostre royaume, etc. - 

^*^DanIVancieS Coutume de Normandie, la Loi 
««»« -LIS opposée à la Loi simple, étoil a même 
nïe a ïo apparente, aussi nommée Lo> aperte 
?Vov Api'ARrNT ) Ces dénominations semblo.ent d au- 
taSt plus raisonnables qu'on étoit persuadé que par 
ce te Si, qui étoit souvent la Loi du duel il appa- 
?? ssoit évidemment du bon droit des parties 

Les Querelles personnelles nées de dict ou de 
faict se tel mino ont par » simple loy qm se nom- 
f lit Besrene (1). « EUes n:étoient appelées crimi- 
nelles qu'autant qu'elles naissoient « de tel ciime 
de quoy l'en devoit et ponvoit perdre vie o 
membre. » Alors elles éloient décidées par Loy 
amassant. (Voy.. Anc^ Coût, de Norniandie, cbap. 
ivMi fol 88 — Ibid. cbap. i.xxxiv, fol. 10 1.) 

la même Coutume divise les querelles de posses- 
sion Si querelles de meuble et en querelles de 
?èîre Toute querelle de meuble ou de possession 
mouvable, ciu n'excédoit pas dix sous, ctoit termi- 
ï par simple Loy ; si elle excédoit celte somme, 
elle éïït terminée par Loy appanssant[^ oy- Ane 
Coût de Normandie, cbap. lxxxvii, fol. 106, \ et 
108 R° ] Ouant aux querelles de terre ou de posbcs- 
sion non mouvable, qu'on nommoit nnssx querelle^ 
Saiil.r par la raison qu'en Normandie a posses- 
sio on mouvable, soit noble ou roturière, etoi 
communément appellée fief ; comme el es avo.en 
diverses causes, il y avoit;. diverses Loix es ab ic. 
„ k les terminer. - (Voy. Ibid. cbap. L>^,^^^:";fo\- Y^' • 
On ajoute que .- les unes querelles fieffaulx » 
étoient\erminées par «nqueste et es aultres pa 
I mide deresne ; " que lenqueste faicte par juge 
« ment de saigés hommes, par raison et par cous- 
« ume gardée de longtemps étoit une enquesle ce 
« droitetdecoustume; ^^^ l'enqueste de quoy la 
« matière estoit contenue es bnefz de «ou/f 'e des- 
« saisine , de mort d'ancesseurs et autres bre b 
« dénommés au chapititrexç, étoit une enqueste 
« d'establissement. « (Voy.lhid.chap.xcn fol. 112. 
En voyant les querelles fieffaulx qu oji termino.t 
par enqueste , opposées aux querelles lieffaulx tei- 



minées par 'a Lov de Desrcne, Laurière a juge qu ici 
SîSes^te est opposée à la Loy de Desrene, comme 
l'est ailleurs à la Loy simple, V, Loy apparissm 
que par conséquent toute Enqueste, même 1 mi- 
ùes e le droic et de couslume, étoit Loy appans- 
Sf; qu'enfin il n'y avoit d'autre Loy simple que 
la Loy de Desrene. (Voy. Gloss. du Dr. 1-k T i, 
p 6i et 65.) On croit néanmoins avoir quelque 
Maison de douter qu'il n'y eût de simp e Loy que 
celle qu'on nommoit Desrene ; cest-à-due « dene- 
f 'ation ou espurgement de ce dont aulcun est 
nuèrele-. . par son serment et le serment de 
pnlvmiiiv aident -. (Voy. Ane. Coût, de Nor- 
^aS e cbap \x XV, fol. 103. Il est probable qu'elle 
n'étoit qu'une espèce de Loy simp e dont la deno- 
mSion particulière peut à la vente avoir ete gê- 
né 3iséë.(Vov. DEsnAiNT..) S'il étoit vrai que dans le 
; siïe dont il est question , la Çesrene opposee^^ 
l'Enqueste, signifiât en gênerai Loy s mpie pai 
opïïsiUon'à Loy m>arissant \\ semm^n^^^ 
•ivoir parlé des querelles fieffaulx terminées pai 
Su .e? e ou par Desrene, on n'auroil pas ajouté 
'r ^ou diions'de Loy apparissant de quoy la que- 
„ re'le doibt estre menée en ces e forme en con- 
« tendz fieffal. .- (Ane. Coût, de Normandie, chap. 

''ouoïïue^ouT'le nom générique d'Enqueste, on 
ait d'abord réuni à l'Enqueste d'establissement 
Î-En ueSède droict et de coustume, on les a ensuite 
iivSs comme étant essentiellement différentes; 
e cette différence paroit consister principalement 
en ce aue outes deux n'étoient pas Loij de reeoi- 
'.îofssS. Les Enquesles «i'e^ljl'f e™enl dis m 
suées des Enquestes de droict et de cousiume, 
I oient appellées de recongnoissant.O oyez Ane. 
rout de Normandie, chap. xcu, fol. 112.) Oi la Loy 
^P .pcon-noissant, ainsi nommée, pour ce que, dit 
îî .i:?,wip H o ose « par icelle il estoit à con- 
l^îoi trelaqulle desifarties avoit droit ou tort 

ers s àsr:iSi;ï^=f f 

éisoeït la forme, on appeloit Enqueste d'esta- 

^tre connue que la même Enqueste s'appeloit En- 
S'/sl^d Somiaatlo'n Tune même E».l»e^JJ,S »»,' 

pn? eSencri semble que «s termes Loy de 



par enquebic, uijp>.'.=>-^-^ ""— 1- n„ Pnnrrp t V, 

p. 597, c. 2. (N. E.) 



AP 



— 47 — 



AP 



recongnoissant éloient colleclifs de bataille et cVEn- 
questedu pays ou cVestablissemeiit, lorsqu'on disoit : 
.< L"en appelle simple querelle de possession, qui 
« est terminée par simple loy. Querelle (ipparissant 
« est celle qui est terminée par loy de recongnois- 
" saut ou par bataille, ou par lenquesle du pays 
>' que l'en appelle recongnoissant. » (Ane. Coût, de 
Normandie, cliap. i.xxxvu, fol. 107.) Dans ce passage, 
les querelles sont, comme on le voit, désignées par 
le nom de la Loi qui devoit les terminer. Or la 
querelle apparissant étoit celle qui se terminoil par 
Loy de recongnoissant ; donc l'expression par Loy 
de recongnoissant semble être synonyme de l'ex- 
pression par Loy apparissant., et signifier collecti- 
vement, ou par bataille, ou par enqueste du pays, 
par enqueste d'establissement. On croit que si Lau- 
rière eût eu l'idée de cette signification collective, 
il n'auroit pas, en citant le même passage, mis après 
ces mots par Loy de recongnoissant, une virgule 
qui n'est pas dans le texte, et qu'il auroit besité à 
décider que cette Loi étoit l'Enqueste de droit et de 
coutume, appelée improprement Loi de reconnois- 
sant. Pcut-éire auroit-il prononcé moins affirmati- 
vement contre l'opinion de l'auteur de la glose sur 
ce même texte, que l'Enqueste de droicl et de 
coustume éloit Loy apparissant. (Voy. Gloss. du Dr. 
Fr. T. II, p. 64 et (55.) Eu effet, ce n'esl pas sans 
raison que l'auteur qu'il contrarie, a prétendu que 
« Loy apparissant n'est aultie cbose que bataille, 
•' ou recongnoissant, c'est-à-dire Enqueste du pays 
'< ou d'establissement; et simple Loy, toute preuve 
« qui se fait par serment de partie, ou par tesmoings 
« de certain, ou par enqueste de droict. » (Voyez 
Ane. Coût, de Normandie, Glose, fol. 107.) 

Il résulte évidemment de celte définition de simple 
Loy, que la Desraine ou dénégation avec serment, 
n'étoit par la seule Loi qu'on nommât Loy simple. 
Il paroit même que lorsqu'on combattoit pour une 
querelle de possession, la Loy du duel, celte Loy 
apparissant par excellence, se'nommoitquebiuefois 
Loy simple par opposilion ;i Loy apjuirissant ; lu 
signification de Loy apparissant étant restreinte 
alors à la Loy du duel pour une querelle criminelle. 
La preuve est que dans le chapitre i.xxxi du même 
Coutumier, on lit que durant le temps où » les 
« mariages ne se pouvoient assembler, les Loix ne 
« dévoient paseslre faictes ne simples ne apportes; 
" que Saincte Eglise défendoit à faire Loy apparis- 
« sant tous les jours de fesle, etc. » 11 est probable 
qu'en ce passage, les Loix appei'tes ou apparissuntes 
sont celles qui étoient criminelles, et que les simples 
sont celles dont on combattoit en aucuns cas de 
propriété d'héritage et aultres cas, avant que « telles 
« simples Loix fussent ramenées à preuves par 
« enqueste. » (Voy. Gr. Couf. de Normandie, f»i01.) 

On a déjà observé que les querelles étoient dési- 
gnées par le nom de la Loy à la décision de laquelle 
elles éloient soumises. De là, les querelles simples 
opposées aux querelles apparoissantes. (Voy. \fv.\- 



R.\Di.E et Apparext.) Aujourd'hui que tout cet ancien 
droit est aboli en Normandie, l'action intentée pour 
la propriété d'un héritage, s'appelle encore Loy 
apparoissante. (Voy. Coût, de Normandie, au Coût. 
gén.T. I, p. 1006. - Laur. Gl. du Dr. Fr. T. II, p. 65.) 

VARIAMES : 
APPAROISSANT. Coût. gén. T. I, p. 1007. 
Apareissant. Marbodus, de Gemm. Art. col. 1668. 
Aparisant. Ane. Poët. Fr. MSS. avant 1300, T. I, p. 344. 
Aparissan't. Parton. de Blois, MS. de S' Germ. fol. 171. 
APPAISSANT. (Usez Appariasaut ou Apparoissanl.) Percef. 
Vol. IV, fol. 115, R° col. 1. 
Appareissant. Ord. T. I, p. 6i6. 
AppARESSANT. Anc. Cout. de Bretagne, fol. 71, R.». 
Apparissant. Gr. Cout. de Normandie, fol. 151, R». 

Apprti'oisti'e, verbe. Apparoître, paroître. On 
croit qu'apparoistre, moins ancien dans notre langue 
qu'apparoir , a été formé d'apparoist (1), troisième 
personne de l'indicatif présent de ce même verbe; 
et qu'à l'exception de \' apparoitrai , etc. i'appa- 
roîtrois, etc. il n'a point de modes et de temps qui 
n'appartiennent à la conjugaison d' apparoir, verbe 
dont l'infinitif est aujourd'hui presque aussi inusité 
qu'anciennement celui A'apparer. (Voy. Apparer et 
Apparoir.) 

variantes : 

APPAROISTRE. Cotgrave, Rob. Estienne et Nicot, Dict. 

App.\RESTRE. Faifeu, p. 6. 

Apparoyssaiiimeut , adverbe. Visiblement, 
évidemment. Signification analogue à celle d'appa- 
roissant, visible, évident. (Voy'ez Lanc. du Lac, 
ï. III, fol. 68, V» col. 1.) 

Apparreure, subst. féminin. Apparence. C'est 
probablement en ce sens que pour obvier à ce que 
les marchands trompassent leurs acheteurs en 
cachant la mauvaise qualité de la marchandise sous 
une superficie de belle apparence, « il étoit ordonné 
« que aucun marchant... ne mist plus belle appar- 
« reure par dessus que par dessous. ■ (Voyez D. 
Carpentier, Suppl. Gloss. lat. de Du Cange, au mot 
Apparalura; tit. de 1415.) 

Apparu, part. Paru, qui a paru. On remarquera 
qu'en général les participes de même terminaison 
que celui-ci, ont tous été formés de la troisième 
peisonne de l'indicatif prétérit du verbe, comme 
apparu d'apparut (2; ; encore ne relranchoit-on pas 
toujours, comme on voit, le t final dans l'ancienne 
orthographe. La signification de ce même participe 
du verbe apparer, le même qu'apparoir, a été plus 
générale qu'elle ne l'est aujourd'hui. (Voy. Apparer 
et Apparoir.) 

VARIANTES : 
APPARU. Orth. subsist. - S' Bern. Serm. ii. MSS. p. 124. 
Ap.\ruit. S' Bern. Serm. fr. MSS. p. 124. 
Apparuiz. Id. ibid. p. lUl. 
Appéru. Rob. Estienne, Gram. fr. p. 63. 

Appast, subst. mase. Repas, nourriture. Pâture, 
mangeaiile. Appât, attrait. La signification d'appast 
étoit quelquefois la même que celle du mol simple 



(1) Il vient d'appui-escere, forme qu'on a dû employer à la basse latinité, (n. e.) — (2) C'est un participe de seconde 
formation, qui, en latin, était terminé en utus, comme uabutus. (n. e.) 



AP 



48 — 



AP 



past, en latin paslus, repas, nourriture. (Cotgrave, 
Dict. — Voy. Past.) 

Quoiqu'il ait, relativement à l'idée générale de 
nourriture, désigné celle de l'homme, plus souvent 
il désignoit celte des bêtes et des oiseaux, leur 
pâture et leur mangeaille. iCotgrave et Nicot, Dict.) 
On a restreint la signification de ce mot appast à 
celle de pâture ou de mangeaille qu'on met, soit 
à un piège pour attirer les bètes à quatre pieds et 
les oiseaux, soit à un hameçon pour pécher les 
poissons. De là, celte comparaison prise dans la 
Kature, et d'apf-ès laquelle appast ou appât a 
signifié et signifie encore figurément tout ce qui 
attire en excitant la cupidité odieuse d'une àme vile, 
ou la sensibilité aimable d'une âme honnête. On 
sait qu'en ce dernier sens il n"est plus d'usage qu'au 
pluriel, et qu'il s'écrit «/)/;«« (l).(V. Dict. de Trévoux.) 
Il y a de l'art dans les appas 4'une belle femme; 
dans ses charmes il n'y a que la nature. Par la 
vertu invisible de ses charmes naturels elle retient 
et fixe auprès d'elle les hommes que l'artifice 
éblouissant de ses appas y avoit attirés. Malherbe 
avoit probablement l'idée de quelque distinction de 
cette espèce, puisqu'il « faisoit toujours quelque 
« ditïérence entre charmes et appas. » (Ménage, 
Observ. sur Malherbe, p. 313.) 

VARIAMES : 
APPAST. Cotgr. Nicot et Monet, Dict. - Dict. de Trévoux. 
Apast. Cotgrave et Nicot, Dict. 
Ap.\t, Appât. Monet, Dict. au mot Appast. 

Appasteler, verbe. Repaître, nourrir. Appâter, 
faire manger. La première acception du verbe 
appasteler, plus ancien dans notre langue qu'ap- 
paster, est relative à celle d'appast, repas, nourriture. 

Après trop longe june 

Wapasteloit d'oes pourris. 

Adc. Pocs. fr. MS. du Valic. ii- 1490, fol. 152, R'. 

Des ans y a demy douzaine. 
Qu'en son hostel, de cochons gras 
Me apaaiela une sepniaine. 

Villon, p. 57. 

Pris dans le sens général de nourrir, il désignoit 
non-seulement la nourriture des hommes, mais 
celle des bètes, leur pâture, (l'oyez Appast.) « Se 
« print Sarra à fioter son poullafn et à luy donner 
« à manger... ne autre œuvre ne faisoit la" Damoy- 
" selle jour et nuyt que de YapasteUer de tout ce 
« qu'elle scavoit que bon luy estoit pour croistre et 
« amender. » (Percef. Vol. Il, fol. 45.) « Sera tenu 
« le fermier de apasteller les poissons et trouver la 
« pasture à ses coûts et frais. » (D. Carpentier, Sup. 
Gloss. lat. de Du Gange, au mot Pastus.) 

Ce même verbe appasteler signifioit plus parti- 
culièrement le soin qu'on prend de nourrir un 
animal, un enfant, ou un homme privé de l'usage 
de ses mains, en le faisant manger, en l'appâtant. 
(Voy. Cotgrave, Oudin, Rob. Estiènne et Nicot, Dict. 
— Dict. de Trévoux.) C'est par allusion sans doute 
à celte acception particulière d'appasteler, que pour 



uienacer un homme de lui donner un coup de cou- 
teau, l'on a dit : « Se tu me approches, je le appas- 
<■ tcleraij de cesle-cy; et trait un grant coustel. » 
(D. Carpentier, Suppl. Gloss. lat. de Du Gange, au 
mot Pastus; til. de 1389. — Voy. Appaster.) 

VARIANTES : 
APPASTELER. Cotgr. Oudin, Rob. Estiènne et Nicot, Dict. 
Apasteler. Ane. Poës. fr. MS. du Vatic. n" 1490, f» 152, R». 
Apasteller. Percef. Vol. 2, fol. 45, R" col. 1. 
Apateler. Monet, Dict. au mot Appast. 
Appasteller. Rob. Estiènne et Nicot, Dict. 

Appaster, verbe. Repaître, nourrir. Attirer avec 
un appât, appâter. Mettre un appât. Il paroît que le 
verbe appaster, formé du substantif appast, nour- 
riture, pâture, a signifié nourrir dans un sens aussi 
général qn appasteler. (Voy. Cotgr. et Mcot, Dict.) 
On a même dit figurément : 

Je ne ra'appaste pas d'une vaine espérance. 

Coujet, Bibliotli. Fr. T. XIV, p. 1\. 

C'est relativement à l'idée particulière d'appast, 
pâture avec laquelle on attire un animal dans le 
piège, que ce même verbe, soit au propre, soit au 
figuré, signifioit attirer avec un appât. (Voy. Cotgr. 
Oudin, Mcot et Monet, Dict.) L'acception propre est 
encore usitée. 

Enfin appaster un hameçon, c'est y mettre un 
appât. Mais on ne diroit plus, appaster certaines 
choses dans un lieu, pour y mettre des choses de 
nature à attirer les animauxau piège, à les appâter, 
comme l'on dit encore dans le sens propre. (Voyez 
Monet, Dict. — Dict. de Trévoux.) « Pour le renard, 
« blereau, foine ou putois, suffira d'appaster autour 
« des lieux labourez, des rougets de poulaille... ou 
« appaster des rôties de pain bis fricassées avec 
» graisse. » (Fouilloux, Vénerie, fol. 121, R°.) 

On sait qu'appaster ou appâter a remplacé dans 
notre langue, l'ancien verbe appasteler, faire 
manger. (Voy. Appasteler.) 

variantes : 
APPASTER. Cotgrave, Oudin et Nicot, Dict. 
Apaster. Cotgrave, Dict. 
Apater. lylonet, Dict. au mot Appast. 

Appasteiix, adjectif et subst. masc. Trompeur. 
Ce mot appasteux, dans un sensrelatifà l'acception 
figurée du mot appast, désignoit un homme qui en 
trompe un autre, en lui présentant un appât par 
lequel il est attiré dans le piège tendu à sa simpli- 
cité et â sa bonne foi. (Cotgr. Dict. — Voy. Appast.) 

VARIANTES : 
APPASTEUX. Cotgrave, Dict. 
Apasteux. Celt-hell. de L. Trippault. 

Appastis, subst. masc. Pâturage. Pâture. (Voy. 
Appaster.) 

Le premier sens est celui d' appastis. « Il vint en 
« ung moult £;rand appastiz . . si mist paistre son 
« cbeVal. » (Percef. Vol. III, fol. ir.8, R- col. 2.) 

Quoiqu'«;;a///s et rt/jj^as//^ soient de même origine 
et à peu près de même terminaison , ils différent 



(1) On a eu tort, dès le xvn* siècle, d'employer cette forme pluriel an singulier. Ainsi Corneille, dans Sertorius : « Si 
jamais une flamme eut pour vous quelque appas; » Molière, dans l'Ecole des Fenwies: « Qui dort en sûreté sur un pareil 
appas. » (N. E.) 



AP 



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en ce que la signification à'apatil n'est point celle 
A'appastis, pâturage ; mais celle d'appast , pâture. 
(Voy. ArPAsT.) Dans un sens analogue à l'acception 
figurée d'appâter, nourrir, repaître, on a dit : 

Espérance paist les chetifz. 
Assez promect et peu contente ; 
Les grans et haultains appetitz 
N'ont cure de ses apatitz. 

Molinet, p. 126. 

VARIANTES : 
APPASTIS. Chasse et départ d'Amours, p. 8. 
Apatilz (plur.) Molinet, p. 126. 
Appastiz. Percef. Vol. III, fol. 158, R». 

Appel, subst. masc. Convocation. Provocation 
au combat, provocation en Justice, accusation, de- 
mande. Provocation d'un Juge h un autre Juge. 
Invitation, ordre, ordonnance. Exécution d'un ordre, 
d'une ordonnance. 

Quelles que soient les acceptions usitées et inu- 
sitées du substantif «/v^^/, toutes sont analogues à 
celles du verbe appeler, pousser, faire approcher, 
faire venir, etc. En termes d'escrime, l'appel est 
une feinte par laquelle on essaye de surprendre son 
adversaire, en le faisant venir imprudemment à 
l'attaque ou îi la parade. Pour attirer les oiseaux 
dans les filets, pour les y faire venir, on se sert 
d'un oiseau, ou d'un sifflet avec lequel on contre- 
fait la voix de l'oiseau de mêm.e espèce. De là , le 
sifflet et l'oiseau ont été et sont encore désignés 
par le mot appeau. C'est probablement dans un 
sens relatif à celui de l'expression , la cloche ou 
l'heure appelle, qu'en termes d'horlogerie , on a 
nommé appeau, un timbre, une petite cloche qui 
sonne les quarts et les demi-heures. Il y a dansées 
trois dernières acceptions un abus de métonymie, 
très-connu des Grammairiens. 

Anciennement, faire appeau de quelqu'un à un 
fait, c'étoit l'y appeler, le faire venir comme aide, 
comme témoin ou complice de ce même fait. 

Alors Faifeu de liiy soubdain s'empart, 

Et va songer une bonne cautelle 

Que vous orrez, et pour tout vray fut telle. 

Il va trouver ung cheval mort de frays 

En ung foussé qui estoit là auprès... 

Et amassa les petiz ousselletz 

Et de la char de petiz morselez ; 

Et les pousa en partie de la peau, 

Sans à ce faict de nuUy faire appeau. 

Lors s'en alla de nuict en sa pasture, etc. 

Faifeu, p. U el 42. 

En réfléchissant sur le rapport de ces acceptions 
du substantif rty>i;«'/ ou appeau, avec racceplion éty- 
mologique du verbe appeler, pousser, faire appro- 
cher, faire venir, on aperçoit la raison pour laquelle 
dans un sens analogue à celui d'appeler, convo- 
quer, on a dit : 

Quinze Roi coroné vienent à son apel ; 
Si vient li Chanceliers qui porte le séel. 

Parlon. de Blois, MS. de S' Gerni. fol. 169. V° col. 2. 

Quoiqu'appel soit aujourd'hui distingué d'appeau, 
il est prouvé qu'anciennement on disoit appeau el 
appel sans aucune distinction de signification. Sou- 
vent les appels ou appeaux éloientdes provocations 
à venir combattre en champ clos, ou à venir plai- 



der en Justice. (Voy. Appeller.) On étoit provoqué 
par une accusation, une demande ; de là , ces ex- 
pressions, appel de mort ou de vwurtrc, appel de 
félonie, appel de foi mentie, appel de fere fere, etc. 
expressions dans lesquelles appel sinaille accusa- 
tion, demande. (Voy. Tenures de Littleton, fol. 41. 
— Id. ibid. fol. 45. —Britton, des Loix d'Angleterre, 
fol. 49. — Beaumanoir, Coût, de Beauvoisis, chap. 
Lxi, p. 317, etc.) L'accusation d'un crime commis 
par une personne, à l'instigation d'une autre, par 
son conseil ou par son ordre, étoit un appel de 
faire faire. « Cas si est A'apeler de fere fere , si 
« comme quant cheli qui apele ne met pas sus à 
« cheli que il apele, que il l'ut presens à fere le fet, 
« mais il le feist fere pour louier, ou par pramesse, 
« ou par prière, ou par quemandement ; et de 
« chesle manière d'apel vismes nous apeler, etc. » 
(Beaumanoir, Coût, de Beauvoisis, chap. lxi, p. 312.) 

On connoissoit peu sans doute Vappel de défaute 
de droit, lorsque les Comtes et autres Juges se mon- 
troient si actifs à rendre la Justice , qu'il falloit 
modérer cette activité funeste au repos et à la for- 
tune des citoyens, par des Ordonnances qui défen- 
doient de tenir plus de trois assises par an. Mais 
les petites seigneuries s'étanl mullipliées avec dif- 
férons degrés de vasselage, la Justice commença à 
languir dans les juridiclions subalternes des Sei- 
gneurs vassaux, qui faute d'Hommes ou de Pairs 
en nombre suffisant, négligèrent souvent de tenir 
leur Cour. Alors les appels de défaute de Droit 
furent d'autant plus fréquens qu'ils produisoient 
des amendes au Seigneur suzerain devant qui le 
Seigneur vassal étoit accusé de négligence à rendre 
justice. Celte négligence étoit toul-à-fait inexcusa- 
ble lorsqu'elle éloit volontaire. « Nous veons aucuns 
« Seigneurs en malice contre chaus à qui il ne 
« vuelent fere droit .... Si convient à chaus qui 
« ont meslier d'apeler, que il soient soutil de som- 
" mer les souffisaument, si que il puissent avoir 
« droit en la Court de chaus où il le requièrent, si 
« que il puissent avoir seur apel de défaute de 
« droit, etc. » (Beaumanoir, Coût, de Beauvoisis, 
chap. Lxn, p. 319.) Les formalités dont on peut voir 
le détail. (Id. ibid.) varioient suivant l'état des per- 
sonnes intéressées à poursuivre celte sorte d'appel. 

L'appel de défaute de droit étoit toujours une 
accusation, une simple provocation en Justice, et 
jamais une provocation au combat en champ clos, 
à moins qu'on « n'ajoustast vilaine cause aveques 
" défaute de droit. » (Voy. Beaumanoir, Coul. de 
Beauvoisis, chap. Lxvii, p. 339.) « Se aucuns veut 
« appeler son Seigneur de de/faute de droit, il 
« convendra que la detfaute soit prouvée par tes- 
« moins, non pas par bataille. ■> (Ord. T. I, p. 92.) 
« Li apel fet par défaille de droit, ne sont pas . . . 
« démené par gages de bataille, mais par monstrer 
« resons par quoi la défaute de droit soit clère : et, 
« ches resons convient-il avérer par tesmoins 
« loiaux. » (Beaumanoir, Coût, de Beauvoisis, chap. 
Lxi, p. 315.) Cependant la preuve par témoins pou- 
voit occasionner le combat judiciaire. « Quant li 

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« tesmoing viennent pour tesmoigner en tel cas, de 
« quelque partie que il viengnent, ou pourapeleur, 
« ou pour clielui qui est apelés, cliil eucoatre qui 
1 il vuelent tesuioiguer, puet . . . lever le second 
« tesmoiu et lui inellre sus que il est faux et par- 
" jure ; aussiut pueent Ltieu naistre gages de l'apel 
« qui est fet seur défautc de droit. ■> (Id. ibid.) Les 
principes de celte Loi iiui défend le combat en cas 
de simple appel de défaille de droit, sont indiqués 
par M. de Montesquieu. 11 ajoute que s'il étoit per- 
mis d'appeler au combat les témoins , c'est qu'en 
les appelant, « on n'offensoit ni le Seigneur, ni son 
.< tribunal. » (Voy. Espr. desLoix,T. II, chap.xxvm. 
pages 345 et 34G.) 

Il paroit que les peines auxquelles exposoit l'ap- 
pel de dé faute de droit, n'éloient pas les mêmes 
dans toutes les Coutumes. « Se la deff'aule n'est 
'< prouvée, cil qui appelera le Seigneur de la def- 
« faute, il aura tel dommage comme il doit par 
<' l'usage du pais; et se la deffaute est prouvée, li 
« Sire î'amandera et perdra ce que l'en li doit, par 
'• la Coutume del pais et de la terre. » (Urd. T. I, 
p. 92.) Dans la Coutume de Beauvoisis , lorsque la 
défaute de droit n'étoit pas suffisamment prouvée, 
l'appelant payoit une double amende , l'une au 
Seigneur qu'il avoit accusé de négligence à lui 
rendre jushce, l'autre au Seigneur devant lequel il 
l'avoit accusé de cette négligence. Pour un Gentil- 
homme, l'amende étoit de soixante livres ; de soi- 
xante sous pour « l'Homme de pooté. » Au contraire, 
si la preuve étoit jugée suffisante, le Seigneur 
appelé de défaute de droit, éloit condamné à l'a- 
mende de soixante livres, et perdoit le Jugement et 
la Justice de sa terre. (Voy. Besiumanoir/Cout. de 
Beauvoisis, chap. lxi, p. 312.) On observera d'après 
M. de Montesquieu i,Espr. des Loix , T. II , chap. 
xxiv, p. 329, note), que dans les auteurs contempo- 
rains de Beaumanoir, l'expression perdre sa Justiee 
n'avoit pas une signification générale, qu'elle étoit 
restreinte à l'affaire dont il s'agissoit. 

Quoique l'appel de dé faute de droit fût déjà connu 
du temps de Philippe-Auguste, il n'est pas à beau- 
coup près aussi ancien dans noti'e Jurisprudence, 
([ue l'appel de faux Jugement. On voit que dès l'an 
755, les Comtes et leurs Officiers étoient sujets à 
rfly;/Jt'/ d'un homme qui se croyoit jugé contre la 
Loi. >' Si reclamaverit quôd legem ei "non judicas- 
" sent, tune licentiam habeat ad Palatium veuire 
"■ pro ipsà causa, et si ipsos convincere potuerit 
<' quôd legem ei non judicassent secundum legem, 
« contra ipsum emendarefaciat. » (Synod. Yernens. 
art. XXIX, et Capitul. Metens. art. ix. — Voy. Baluz. 
Gapitul. r.eg. Fr. T. I, col. 170 et 180. — Espr. des 
Loix, chap. xxviii, p. 314 et 345.) 

L'appel de faux jugement n'étoit point alors ce 
([u'il fût le plus souvent au commencement de la 
troisième Race, une provocation au combat. On 
provoquoit les Juges à combattre, en les accusant 
d'avoir faussement et méchamment jugé, en disant 
à la Justice : « Sire, chis jugemens qui est pronon- 
« ciés contre moi, et auquel P. s'est accordés, est 



'< faux et mauves à desloiaux, et tel le ferai contre 
" le dis P. par moi ou par mon houme ... en la 
" Court de eheens ou en autre là où Droit me merra 
« par reson de cet appel ; et ([uant il a ainsint dit, 
« chil qui est apelés doit dire que li jugement est 
« bon et loiaux, et offrir loi à fère par li ou par 
« autre qui, etc. » (Beaumanoir, Coût de Beauvoi- 
sis, chap. Lxi, p. 314.) On conçoit que les formalités 
et les peines de cet appel xanoienl comme presque 
tous les usages coulumiers. Lorsqu'un des Pairs ou 
des hommes de fief avoit déclaré qu'il soutiendroit 
le jugement, le Juge recevoil les gages de bataille 
et prenoit sûreté de l'appelant, qu'il soutiendroit 
son appel. « Mais àcheliquidetrendoit lejugeraent, 
« ne conveuoit-il point de seurlé fere par le reson 
« de che que il étoit lions au Seigneur, et qu'il 
« devoit faire le jugement bon. Autrement il per- 
« doit le jugier et chéoit en l'amande de soixante 
" livres au Seigneur. » Si l'appelant ne prouvoit 
pas que le jugement avoit été faux et mauvais, il 
payoit au Seigneur une amende de soixante livres, 
la môme amende au Pair ou à l'Homme de fief qu'il 
avoit appelé, autant à chacun de ceux qui avoient 
ouvertement consenti au jugement. (Voy. Beauma- 
noir, «bj supra, p. 313 et 314. — Défonlaines, 
chap. XXII, art. 1,9, 10 et 11.) 

On sait que dans les principes de l'ancien système 
féodal, un homme ne pouvoit appeler son Seigneur, 
le provoquer à combattre, sans être coupable du 
crime de félonie, à moins que son appel devant le 
Seigneur suzerain, ne fût précédé d'une renoncia- 
tion juridique au fief qu'il tenoit de celui qu'il accu- 
soit de lui avoir méfait. « Nus ne puet apeler son 
« Seigneur à qui il est bons de cors et de mains, 
« devant que il li a delessé l'ounuige et che que il 
« tient de luy ; donques se aucuns vient apeler son 
« Seigneur d'aucun cas de crime ou quel il chiet 
o apel, il doit ains l'apel venir à son Seigneur en la 
« présence de ses Pers, et dire, etc. « (Beaumanoir, 
Coût, de Beauvoisis, chap. lxi, p. 310et311.)C'étoit 
sans doute afin d'éviter ce crime de félonie, qu'au 
lieu cl'aj)peller pour faux jugement le Seigneur, on 
appeloit les Pairs ou les Hommes de fief qui avoient 
jugé. Lorsqu'un Seigneur n'avoit pas d'Hommes 
de fief en nombre suffisant pour former sa Cour, il 
pouvoit en emprunter de son Seigneur suzerain. 
Mais les hommes qu'il empruntoit, s'ils étoient 
prudens, se dispensoient de juger, en déclarant 
qu'ils n'étoient venus que pour conseiller. Alors si 
le Seigneur jugeoit lui-même, et si l'on appeloit 
contre lui de faux jugement, « le péril de l'apel 
« tournoit sur lui et non pas sur les hommes de 
« son Seigneur. » (Voy. Beaumanoir, ubi supra, 
chap. Lxii,"p. 322.) Il est probable qu'en ce cas par- 
ticulier, comme dans tous ceux où l'appel éloit une 
provocation au combat, la renonciation au fief étoit 
une formalité nécessaire. En général, si l'homme 
d'un Seigneur « appeloit avant qu'il eût renoncé 
>' au fief, il n'y avoit nul gage ; ainchois ainandoit 
« à son Seigneur la vilenie qu'il lui avoit dite, etc. » 
De même, le Seigneur ijui appeloit son homme, 



AP 



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AP 



devoit avant l'a/jpe/, » lui quitter l'hommage en 
« présence du Souverain. » (Voy. Id. ibid. cliap. 
Lxi, page 31 1 .) 

11 paroit qu'au moyen de cette renonciation à 
l'hommage, tout vassal appelé par son Seigneur 
pour un attentat quelconque, pouvoit sans félonie, 
garder son fief et combattre pour sa justification, 
ainsi que l'homme de fief appelé de faux jugement 
par le Seigneur contre lequel il avoit jugé dans sa 
propre Cour. « Quant li Sires plede en se Court 
« meisme contre son houme, il n'est pas Juges... 
<> et quant li houme rendent le jugement, se il le 
« font contre li, apeler en puet comme de faus ju- 

« gement Se il dit à chelui contre qui il vient 

« fausser le jugement, vous avés fet jugement faus 
« et mauves, comme mauves que vous este, ou par 
« louier ou par pramesse, ou par autre mauvèse 
« cause,... li apiaus se demaine par gages: car il 
« loit bien à l'Oume h soi deffendre contre son Sei- 
« gneur quant il l'accuse de mauvestié ; ne jà pour 
« che se il se deffent de mauvestié contre son 
« Seigneur, ne convenra que il lesse le fief que il 
« tient de li. » (Beaumanoir, Coût, de Beauvoisis, 
Chap. Lxvn, p. 337.) 

Lorsque le Seigneur n'attaquoit pas l'honneur du 
Juge, en l'accusant de prévarications personnelles, 
et « qu'il appelait simplement, en disant que le 
« jugement étoit faux et mauvais, » son appel 
n'ètoit qu'une requête en amendement du jugement 
dont il se plaignoit, et n'obligeoit point aux gages 
de bataille. « Quant li Sires apèle simplement, si 
« coume il est dit dessus, le erremens seur quoi li 
« jugemens fu fès doivent estre aporté en le Court 
« où li apiaus est, et doivent regarder li Iloumes 
« de le Court se li jugemens fu bons ou mauves 
« selonc les erremens de le Court oii li apiaus fut 
« fès; et se il est trouvé mauves, chacun des 
« Houmes qui s'assenti au jugement chiet en 
« l'amande de soixante livres vers le Seigneur et si 
« perdent le jugier. >• (Beaumanoir, Couf. de Beau- 
voisis, chap. Lxvir, p. 337.) Au contraire, s'il se plai- 
gnoit du Juge même et le provo inoit par des impu- 
tations personnelles, « s'il ajoustoit avec Vapel 
« vilain cas, il y avoit gages de bataille ; et li vain- 
« eus, soit li Sires, soit li Hons, perdoit le cors et 
« l'avoir. « Quant aux autres Hommes qui avoient 
« consenti au jugement, ils ne perdoienl fors le ju- 
B gement et l'amande de chacun de soixante 
« livres. » Mais cette distinction particulière dans 
la manière de fausserjugement, é!ant devenue plus 
générale, on crut que dans le cas même d'appel de 
faux jugement sans outrage personnel, il falloit con- 
server au Juge « le choix'de faire bon le jugement 
« par gages devant le Comte et devant son Conseil ; 
« car le Comte pouvoit bien tenir la Cour de ses 
« Hommes appelés de faux jugement. » (Vov. Beau- 
manoir, tibi supra, p. 337 et 338.) 

n est vraisemblable qu'à moins d'être animées 
par une passion de haine ou de vengeance, les 
Parties profitèrent d'une distinction au moyen de 
laquelle on pouvoit fausser un jugement sans 



s'exposer au péril de combattre, et que les Juges 
dont on faussoit le jugement, sans outrager leur 
personne, usèrent rarement du droit qu'ilsavoient 
d'y forcer ces mêmes Parties, en choisissant le gage 
de iKitaille. C'est ainsi qu'aura prévalu insensible- 
ment dans les Cours mêmes des Barons, la Loi par 
laquelle S' Louis avoit sagement proscrit le combat 
dans les appels de faux jugement. 

La ressemblance paroit sensible entre ces appels- 
sans combat et les requêtes ou supplications en 
amendement de jugement, usitées dans les Cours 
royales, où l'on « demandoit amendement de juge- 
« ment, en suppliant, en requérant; car supplica- 
« tion devoit estre faite en Cour de Boi, et non pas 
« appel; par la raison que Y appel contenoit 
« félonie. « (Voy. Ord. T. I, p. 171 et 264. — Beau- 
manoir, Coût, de Beauvoisis, chap. lxvu, p. 337.) 

Quant aux jugemens des Cours seigneuriales 
qu'on pouvoit fausser, non-seulement on en appe- 
loit comme de faux jugement ; mais le plus souvent 
cet appel étoit une provocation au combat. Il paroit 
que l'ordonnance de fausser sans combattre, ne 
s'étendoit pas aux appels qui se faisaient à une autre 
Cour qu'à celle du Souverain. Les appels de faux 
jugement, comme les appels de défaute de droit, 
étoient de degré en degré, c'est-à-dire « selonc che 
« que li houmage descendoient dou plus bas au 
« plus prochein Seigneur après, si comme du Pre- 
« vost au Baillif, et du Baillifau Boy, es Cours où 
« Prévost et Baillif jugent ; et es Cours où les 
« Hommes jugent, selonc che que li houmages 
« alloient et descendoient, li appel dévoient estre 
« faits en montant de degré en degré sans nul 
« Seigneur trespasser. » (Voy. Beaumanoir, Coût, 
de Beauvoisis, chap. lxi; p. 317.) On ne voit dans 
cette citation, qu'un commentaire du chapitre lxxxi 
des Etablissemens de S' Louis. « Si le Seigneur dont 
« on faussoit le jugement, étoit Bers, il falloit s'en 
« clamer en la Court le Roy, ou en la Court de celui 
« de qui il tenoit; en la Court au Bers ou de celui 
« de qui il tenoit, s'il étoit Vavasor. L'appelant 
« disoit : Sires, cil m'a fet faux jugement, pour 
« laquelle reson je ne vuel plus tenir de luy, ainçois 
« tendre de vous qui estes Chiefsires. Si le Vavasor 
" vouloit s'en deffendre, il ajoutoit : Je ne viiel mie 
« qu'il s'en puisse deffendre, car il me fist le juge- 
» ment faux à veiie et asseùe de moi qui foi li doit, 
« et le sui prest de monstrer contre son cors, se il 
« le veut deffendre. Et tout ainsi appeloit l'en son 
« Seigneur de faux jugement et en pouvoit l'en 
« bien jugier une bataille. » (Voy. Ord. T. I, 
p. 171 et 172.) 

Plus on réfiéchit sur le sens de ce passage, qui 
semble devoir être expliqué relativement à la Loi 
par laquelle en cas d'appel de faux jugement, le 
combat étoit défendu, plus on doute que le pouvoir 
de juger bataille s'étendît à Y appel de faux jugement 
à la Cour du Souverain. S' Louis en abolissant dans 
les Cours du Roi, l'usage du combat judiciaire, le 
laissa subsister dans les Cours des Seigneurs. 11 est 
vrai qu'en même temps il ordonna qu'on fausseroit 



AP 



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AP 



leurs jucremens sans combattre ; mais c'étoil proba- 
blemeiif lorsqu'en les f;uissant on appellcroit à la 
Cour du Hoi, et non à celle d'un Seigneur où l'usage 
du combat judiciaire éloit autorisé. Ainsi le pouvoir 
de juger bataille, que l'Editeur des Ordonnances 
étend à ïappel de faux jugement à la Cour du Roi, 
seroit restreint à V appel fait à la Cour du Chef- 
.âeigneur du Vavasseur; et le cbapitre lxxxi des 
Eta'blissemens de S' Louis, dans lequel on a vu une 
exception aux chapitres n et m des mêmes Etablis- 
semens, et à l'article vm de l'Ordonnance de l'2G0, 
seroit une conlirmaliun de la Loi généiale qui sup- 
primoit les gages de bataille dans les appels de faux 
jugement îi ia tour du Roi. « Se aucun veut fausser 
■< jugement ou pais où il appartient que jugement 
« soit faussé, il n'i aura point de bataille ; mes les 
" clains et les respons et les autres erremens de 
« plet seront apportez en nostre Court, et selon les 
« erremens du plet l'en fera dépécier le jugement 
« ou tenir; et cil qui sera trouvé en son tort, 
" l'amandera selon la Coutume de la Terre. » (Ord. 
T. I, p. 1)1 et 92. — Ibid. p. 113.) Quand on ignore- 
roit la défense de fausser dans les Cours royales, 
il est impossible qu'à ces mots, « les erremens du 
" plet seiont portés à nostre Cour, » on ne recon- 
noisse qu'il s'agit ici de faux jugemens des Cours 
seigneuriales, dont Y appel se fâisoit à la Cour du 
Roy. Au reste, il pouvoit y avoir de la sagesse 
à s'écarter en certains cas, des principes d'une Loi 
si raisonnable, mais odieuse à la Noblesse, dans la 
crainte de trop révolter des hommes dont le génie 
étoit aussi ennemi des procès qu'il étoit ami des 
combats (1). 

Quoi qu'il en soit de la réalité des exceptions à la 
Loi qui proscrivoit le combat dans les appels de 
faux jugement à la Cour du Roi, cette Loi n'opéra 
pas moins une révolution qui, en changeant la 
Jurisprudence Françoise, prépara les moyens de la 
perfectionner. La raison l'ayant enfin adoptée 
comme Loi générale, tout a}tpel à un tribunal supé- 
rieur, pour réformer le jugement d'un tribunal 
inférieur, ne fut plus qu'une simple provocation en 
Justice. On provoqua longtemps encore le Juge 
même (lui avoit prononcé le jugement; mais le fait 
du Juge étant enfin devenu le fait de la partie, on 
provoqua la partie en faveur de laquelle avoit été 
prononcé le jugement qu'on accusoit d'être injuste. 



L'appel dont on abandonnoil la poursuite, étoit un 
appel désert; celui dans la poursuite duquel on 
succomboit, un fol appel, qu'on nommoit aussi 
faux appel. (Voy. Laur. Gloss. du Dr. Fr. — 
Colgrave, Dict. — Tenur. de Littleton, fol. 45, V° 
et /lO, R°. — Ord. T. III, p. 4'i8, etc.) 

On regarde Vappel volage comme un abus parti- 
culier de la nouvelle Jurisprudence qui, en facilitant 
les appels d'un tribunal à un autre, les avoit peut- 
être trop multipliés. Cet appel qu'en latin on nom- 
moit appellatio Laudunensis, parce qu'il étoit plus 
commun dansleLaonois(iu"ailleurs, étoit tel qu'une 
partie ajournée devant le Juge, pouvoit l'empêcher 
de passer outre, en se présentant devant lui, et en 
disant : « Sire Juge, vous m'avez faict adjourner 
« par devant vous i\ la requeste de tel ; si ay cause 
« d'appeller de vous et de vostre jurisdicùon, et 
«' pour ce en appellé-je (ïappel volage... Et pour 
« soustenir dès maintenant mon appel volage, je 
« vous adjourne par devant Monseigneur le Baillif 
» de Vermandois,... au jour de la prochaine assise, 
« contre moy à voir soustenir mon dit volage 
>' appel : et "si vous cuidez que bon soit, soyez-y. 
« Dès maintenant intime ma partie adverse qu'elle 
« y soit, si bon luy semble... El n'y falloit adjour- 
<i nement, ne puis aussi le Juge appelle n'y osoit 
« procéder en outre. » (Bouteiller, Som. rur. 
liv. II, tit. XIV, p. 773. — Yoy. Du Cange, Gloss. lat. 
T. I, col. 578.) C'est probablement L'usage de ces 
a/ijiels que Philippe-le-Bel avoit aboli dans quelques 
villes du Laonois, et qu'il y rétablit ensuite par son 
Ordonnance de 129G, lorsque mieux informé à cet 
égard, il comprit que ces appels avoient été intro- 
duits en faveur des habitans et pour leur utilité. 
(Ord. T. I, p. 328.) Il paroit néanmoins que cette 
faveur leur devint nuisible, puisque ce fut à leur 
requête, et même aux offres de payer un fouage 
annuel de deux sous parisis, que Philippe de Valois 
renouvela l'abolition âes appels volages, par Lettres 
du 23 mars 1334, confirmées par autres Lettres du 
roi Jean, en date du mois d'août 1351. (Ord. T. II. 
page 444.) 

Dans la prévôté foraine de Laon, lorsqu'un pos- 
sesseur étoit troublé par voie de fait en son héri- 
tage, il pouvoit « sans commission et ordonnance 
« du Juge, de luy-mesme appcller promptement au 
« Juge royal; car le Roi avoit seul la connoissance 



(1) Vappel existait en Gaule sous l'administration romaine; sous les Mérovingiens, il disparut, car il était incompatible 
avec les jugements de Dieu et le jury des Rachimbourgs. Cliarlemagn.? le rétablit ; on put en appeler du dizenier au 
centenier, du centenior au placituni du comte, et de ce dernier à l'empereur lui-même. Mais ['aj)pel était porté non contre 
la partie adverse, mais contre les juges eux-mêmes", et, si le jugement n'était pas réformé, le réclamant payait quinze sous 
d'amende ou recevait quinze coups de bâton. 

A l'époque purement féodale, Vuppei disparut. Comment aurait-il existé, puisque les jugements étaient rendus par les 
pairs? En allant à une juridiction supérieure, on n'eût plus été devant ses pairs. — Le noble prévenait la condamnation en 
prenant ses juges à partie ; il les accusait d'avoir sciemment rendu un jugement inique et menti à leur conscience. Le duel 
était la conséquence de cette provocation ; si le juge était vaincu, sa sentence était annulée, et la cause portée devant le 
tribunal du seigneur immédiatement supérieur. Mais le bourgeois et le paysan, auxquels la justice était rendue par le 
seigneur ou ses agents, ne pouvaient les accuser de mensonge, ni les provoquer. 

Cependant dés le xii' siècle, au Midi, le droit romain reparut, et avec lui l'appel, on Ton n'accusait pas le juge de mauvaise 
foi, mais d'erreur. 

Dans le Nord, dés Philippe le Bel, une nouvelle doctrine prévaut; on « fausse jugement » comme par le passé, mais le 
juge n'est plus obligé de se battre : un tribunal supérieur révise sa sentence. On appelait par « defaute de droit, » si l'on 
prétendait qu'on ne voulait pas vous rendre justice. 

Au Midi, on ne pouvait appeler que deux fois; au Nord, des causes passèrent par sept juridictions, (n. e.) 



ÂP 



53 



AP 



« de celte sorte A'appel qu'on nommoit aussi appel 
« volage. » On peut voir quelle éloit la façon d'y 
procéder suivant la Coutume de Laon, dont le 
procès-verbal semble prouver que les appels vola- 
ges, après avoir été abolis, furent encore en usage 
en quelques lieux. (Laur. Gloss. du Dr. Fr. — Ord. 
T. Il, page 81, note.) 

Lorsqu'on étoit semons irrégulièrement en Cour 
de Chrétienté, c'est-à-dire en Cour ecclésiastique, 
on comparoissoit devant le Juge, et on lui deman- 
doit justice de l'irrégularité de la semonce. Si le 
Juge ne la faisoit pas, on pouvoil appeler, et cet 
appel étoit un appel de Chrétienté. On a observé 
qu'en « Cour laie, il falloit appeler en montant de 
" degré en degré sans nul Seigneur trespasser ; 
" mais il n'en étoit pas ainsi à la Cour de Chrétienté 
« pour qui ne vouloit ; car de quelque Juge que ce 
« fût; l'on pouvoil appeler àl'Apostoile, etquivou- 
" loil, il pouvoil apeler dedegréen degré si comme 
• du Doien à l'Evesque, et de l'Evesque à l'Arche- 
« vcsque, et de l'Archcvesque à l'Apostoile. Quant 
« à l'appel d'un Envoyé de l'Apostoile, il devoit se 
« faire directement à la Cour de Rome. » (Beauma- 
noir. Coût, de Beauvoisis, chap. lxi, p. 317. — Id. 
ibid. chap. n, p. "i'i. — Voy. Appellation.) 

11 y avoit des appels hors des Champs clos et des 
Cours de Justice; et ces appels, tels que ceux de 
boire, de manger, de jouer, de rire, d'être galant, 
de plaire aux Uames par son adresse dans les exer- 
cices de chevalerie, éloient des provocations, des 
invitations auxquelles on cédoit d'autant plus 
volontiers qu'on y étoit poussé, excité parle gotit 
du plaisir. 

Ne sai quel cuer autres genz ont ; 
Mais je pris poi trestol le mont, 
Et quanqu'el siècle est bon ne bel, 
Envers Dame qui sert d'appel 
Et de joir et de joer, 
Et de rire et de beau parler. 

Parlon. «leBlois, MS. de S. Gcrm. fol. 150, R» col. 2. 

vinrent trusqu'à lor chastel. 

Où l'en lor fist meiUor appel 

De beax inengers et de beax vins. 

Ibid. fol. 152, R- col. 1. 

L'on vit ailleurs maint mystère nouveau, 
Chevaulx bondir, soubz l'acueil et appeau 

De doulx regars. 
En ceUuy temps Cupido par ses arcs, 
Alloyt jectant par feneslres ses darcs. 

i. iMaroi, p. 166. 

En général, la signification d'appel pourroil être 
aussi variée que les mots par lesquels on désigne 
les différens moyens de pousser quelqu'un, de l'exci- 
ter, de le forcer à faire ou à dire une chose. Ainsi 
le mot appel dont l'acception est analogue à celle 
des mots convocation, sommation, dans un passage 
de la Coutume d'Alost, peut signifier en ce même 
passage, un ordre public, une ordonnance ;i laquelle 
on est sommé, forcé d'obéir. « L'on publie à chacune 
« demi-mars les appeaux ; ce sonl de boucheries 
« endroits qui doivent estre bouchez pour les grains 
« d'hiver, les paslurages, les grains d'esié, les 
« courans d'eaux, et les chemins qui ne sont point 



« d'usage, les champs et les préries, de vuider les 
« fossez, etc. » (Nouv. Coût. 2;én. T. I, p. 1114.) 

Il semble même qu'on ait étendu cette acception 
à l'exécution de ces mêmes appeaux ou ordonnan- 
ces. « Les appiaux, comme aussi les bonchures, ou 
« estoupemens des terres, des préries, des pastu- 
» rages, des bois, sont visitez par les Praters 
« accompagnez de quatre paysans connoissans , 
« etc. » (Nouv. Coût. gén. T. I, p. 1115. — Voyez 
Appeller.) 

variantes : 

APPEL. Orth. subsist. - Britton, des Loi-x d'.Vngl. fol. 38. 

Apel. Beaumanoir, Coût, de Beauvoisis, chap. lxi, p. 307. 

Apiau. Id. ibid. chap. Lxii, p. 319. 

Apiaus (plur. et sing.) Id. ibid. chap. Lxni, p. 323. 

Apiaux (plur. et sing.) Id. ibid. chap. lxi, p. 318. 

Appeal. Tenures de Littleton, fol. 41, V". 

Appeau. Nouv. Coût. gén. T. I, p. 1114, col. 1. 

Appeauls (plur.) Ord. T. III, p. 48. 

Appeaulx (plur.) Gloss. de l'IIist. de Bretagne. 

Appeaus. Beaumanoir, Coat. de Beauvoisis, chap. i, p. 13. 

Appiau. Id. ibid. chap. i, p. 14. - Ord. T. III, p. 448. 

Appiax. Id. ibid. chap. i, p. i3. 

Appellable, adj. Sujet à l'appel. On a dit en ce 
sens, ([u'une juridiction ou un jugement dont on 
pouvoit appeler, étoit appellable. (Voy. Nouv. Coût, 
gén. T. II, p. 101, col. t>. — Coût. gén. T. II, p. 976.) 

Appellation, subst. féin. Action d'appeler, de 
crier, de nitmmer. Action d'appeler, de provoquer 
d'un Juge à un autre Juge. Quelque différentes que 
soient en apparence lès signilicalions du verbe 
appeler, elles sont toutes analogues. (Voy. Appel- 
ler.) C'est parla même analogie que le substantif 
ajipellalion a signifié action d'appeler en général, 
action de crier, de nommer. (Cotgr., Hob. Éstienne 
et .Monet, Uict. — Voy. Appellement.) 

Ce mot, qui n'est plus guère usité que dans les 
formules des arrêts et des sentences, semble être 
moins ancien en notre langue que le mot appel 
dont il éloit synonyme dans'la signification parti- 
culière, action d'appeler, provocation d'un Juge à 
un autre Juge. Lorsqu'on appeloit sans raison, les 
appellations éloient folles, frivoles. (Voy. Appel.) 
On dislinguoil plusieurs sortes d'appellations : 
Vappellatioii judiciaire et extrajudieiaire, l'appel- 
lation verbale, l'appellation que nécessita l'abus 
des appellations à la Cour de Rome, et que par cette 
raison on nomma appellation comme d'abus. (Voy. 
Cotgrave, Nicot et Monet, Dicl. — Laurière, Gloss. 
du Dr. Fr.) 

L'abus des appellations à la Cour de Rome, 
excitoit dans le xa' siècle le zèle de S' Bernard, qui 
se plaignant au Pape Eugène III, de ce qu'on appe- 
loit à lui de toutes les parties du monde Chrétien, 
l'exhortoit à user avec modération et sagesse, d'un 
hommage qu'on rendoit à sa suprématie : « Mihi 
<• videtur et in mullam posse eas [appellationes] 
« devenire perniciem, si non summo moderamine 
« aclilentur. Appellalur de loto mundo ad te ; id 
« quidem in teslimonium singularis primatùs tui. 
" At tu, si sapis, non primatu gaudebis, sed fructu. » 
(Voy. S. BernardideConsider. ad Eugenium lib. III, 
cap. II.) Cette leçon n'inléressoit pas moins les Rois 



AP 



AP 



que les Papes. Mais les Rois Chrétiens, en reconnois- 
sanl le l'ape pour Juge île leurs (luerelles el arbitre 
de leurs traités, autorisèrent de plus en plus les 
peuples trop souvent moins citoyens que Chrétiens, 
à croire (lue le Chef de la Chrétienté en étoit le 
Monarque universel, et qu'à ce titre il étoit le Juge 
souverain des Rois et de leurs sujets. Ainsi, les 
Cours de Chrétienté, c'est-à-dire les Cours ecclé- 
siastiques, dont on appeloit à la Cour de Rome, au 
mépris même de la Juridiction épiscopale, parurent 
supérieures aux Cours laïques, et elles furent pré- 
férées, même pour la décision d'affaires purement 
civiles. « Voirs est que en cas de convenanches et 
« d'obligations, se les parties s'assemblent à plai- 
dier en la Cour de Sainte Eglise.... et se metent 
« ou plet tant que il soit entamés, la Cour de Sainte 
« Eglise en a la connoissance.... et quant l'une des 
« parties est condemnée, elle puet contreindre le 
« condemné à fère paier le jugié par forche d'escom- 
« muniement. » (Beaumanoir, Coût, de Beauvoisis, 
chap. XI, p. GO.) Cette préférence accéléroit chaque 
jour le progrès des usurpations de la puissance 
spirituelle sur la puissance temporelle. Il fut si 
rapide que dans le xnr siècle et au commencement 
du XIV les Ecclésiastiques se trouvèrent en posses- 
sion déjuger presque toutes les causes des séculiers. 
La Cour de Rome ayant été transférée à Avignon, 
en 1308, par le Pape Clément V, on vit les appel- 
lations à cette Cour se multiplier en proportion de 
l'activité des Juges ecclésiastiques à empiéter sur 
la juridiction des Juges laïques. Enfin la nécessité 
de marquer les bornes respectives de l'une et de 
l'autre Juridiction , et de les fixer , fut sentie. 
Philippe de Valois assembla le Clergé de son royaume 
et tint un Lit de Justice en 132i), où Pierre de 
Congneres, Avocat du Roi, soutint contre Pierre 
Bertrandi , Evêque d'Autun , que la Juridiction 
ecclésiastique étant purement spirituelle, ne pou- 
voit être devenue temporelle que par une extension 
abusive et dangereuse. Mais le Roi dont la politique 
suspendit l'arrêt, se contenta (dit Pasquier) de 
recommander aux Evêques la réforme des abus 
dans leurs diocèses, et il enjoignit sous main à la 
Cour de Parlement d'y veiller. Quelle qu'ait été 
dès lors la vigilance du Parlement à restreindre la 
Juridiction ecclésiastique , et à en réformer les 
abus, les moyens par lesquels il y parvint, ne furent 
connus que longtemps après, sous le titre d'rt/j;)e/- 
lations comme d'abus. « Enfin comme nous voyons 
« l'ours en léchant souvent ses petits, les rendre 
« en la perfection de leur espèce, lesquels aupara- 
„ vaut ne paroissoient estre qu'une lourde masse 
„ de chair ; aussi discourans souvent dans le Parle- 
„ ment, des abus qui se commettoient en Cour 
, d'Eglise, et reblutans cette mesme paste, furent 
„ formées entre nous, sur la fin du règne de Louis 
„ XII, ces appellations comme d'abus... et establies 
„ sur quatre pilliers, sur lesquel sont aussi fon- 
„ dées les libériez de nostre Eglise Gallicane. » 



(Pasquier, Rech. liv. ni, p. 257. — Voy. Id. ibid. 
p. '254 et suiv. — Fleurv, Institut, au Dr. Ecoles. 
T. II, p. 9 et 222.) 

Appellement, subst. masc. Action d'appeler, 
de convoquer, de nommer, d'épeler. Ces significa- 
tions, dont on trouve la preuve dans Cotgrave . 
Oudin, Rob. Estienne et Nicot, Dict. sont "toutes 
analogues à celles du verbe Appeller. (Voy. Appel- 
LATio.x et Appelleb.) 

Appelle!', verbe. Pousser, presser, faire appro- 
cher, faire venir. Citer à comparoitre. Crier, heurter. 
Invoquer. Convoquer. Provoquer à combattre et à 
plaider ; assigner, sommer, accuser, etc. Requérir, 
prier, questionner, interroger, etc. nommer, épeler. 

En supposant, avec les Étymologistes Latins, que 
le verbe simple et inusité péllare (1) ait été formé du 
verbe pellere dont l'acception est relative à celle 
du grec ncXàv, faire approcher, le composé appellare, 
en françois appeler, signifiera pousser vers un lieu, 
en latin appelleve, peilerc ad locum. (Voy. Marti- 
nius, Lexic. Philolog.) Il semble que ce soit la 
signification de notre verbe appeler, lorsque pour 
désigner une personne que sa volonté ou la néces- 
sité "pousse à faire ou à aimer une chose, on dit 
figurément qu'elle y est appelée. C'est peut-être 
encore dans un sens analogue à celui de pousser, 
qu'en parlant d'une rançon dont on avoit poussé, 
porté le prix trop haut, l'on a dit : « Salehadins 
« apela si haut le raen(;on Bauduin, que, etc. » 
(Chron. d'Outremer, ms. de Berne, ir 113, fol. 121.) 

On approche du lieu ou de la personne vers 
lesquels on est poussé, ou pressé de venir. De là, le 
verbe appeller aura signifié faire approcher quel- 
qu'un, le faire venir, quelle que soit la façon dont 
on le pousse, on l'excite, on le force à s'approcher, 
à venir, à paroître, à comparoitre. 

Si Vapicmi U lerres à soi. 
Dame, fait-il, délivre-moi. 
Va, fait-ele, ne doutes riens, 
Jou te délivrerai moult biens. 

Bestiaire. MS. du R. u" 7989, fol. 172, V col. 2. 

Au figuré, l'on disoit en parlant d'une femme qui 
approchant du terme oii elle devoit accoucher, se 
sentoit pressée de mal d'enfant, qu'elle étoit appellée 
de maladie. « Celle Dame estoit moult enceincte de 
« son mary. . . . mais. . . . comme celle qui estoil 
« appellée lie maladie luy vint au devant au mieulx 
« comme elle peut. « (Percef. Vol. IV, fol. 11(3.) 

11 seroit inutile de prouver l'acception particulière 
d'appeller, faire approcher, faire venir en Justice, 
citer à paroître, à comparoitre devant un Juge. On 
a dit relativement à cette acception , que Dieu 
appelle le monde, que Dieu nous appelle à lui. 

Par Dieu qi li raons apele, 
Mult doit estre chil irés 
Qi pert tout outréement 
Chou dont il a bonement. 

Ane. POBS. fr. MS. du Vatic. n" U90, fol. 145, R'. 

Richard, Duc de Normandie, se sentant afîoiblir. 



(1) Ce mot signifiait parler. 



AP 



— 55 - 



" Mi ?M ^^r "'^'^'^^ ^0™^- et parla en tel manere • 
« Ml Chevalier et mi compaignon, je ai esté Sîe 
. Sires terriens jusques'aujordùi ; mes puiscml 
-' nostre Sires me veut à soi apcler, il meSn? 

Hist de"/r TPx''o\'o/?r"- ^'' "^"J'^' «^^ ^"« 
niM ue rr. i. \, p. sno.) On remarque en oénéral 

que les acceptions usitt4s de notre verbe fSr 
sont anciennes dans notre lan"-ue fW^<?/é;r 

Qu'un homme, un animal vienne, qu'il approche 
au son dune voix, d'une cloche, ou de ehme 
autre instrument, il obéit toujo ,rs à i„,e Se 
d impu sion dont ce verbe partit dés onéi vïïïl 

simplemenUw,,/,,son domestique, son ciiie," etS 
Le bruit qu'on fait à une porte, soi en crhi ' snu 
en heurtant fait venir quelqu'un qui fSuv e De i ' 
on aura dit appeler un mot, appeler à la m,,,- 
açons de parle,- de même èspèie que plusieurs 
autres qu on a déjà remarquées, et par iKouei is 

h7ur£poïrtfaii?(Sii';' ""^ '"'■'^' ^'^'^'^^^ 



AP 



A son ostel vint, si apele 
Un mot; et sa famé l'oi 
yui moult forment s'en esioi 
Lors couru coumo preus et saçe • 
L uis ouvn sanz autre message ' 

FM. MS. du R. n- TBIS^t/ii, fol. 125, R. col. 2. 
• • . Oui bonne nouvelle aporte 
Seurement apèle à la porte. 

Rom, de Rou. MS. p %•■> 

3^;î^™^s^fïïŒ'Hn=F 

Namies le voit ; Nostre Dame en ow/e 

dillerens moyens étant commr.'c ^ ^^i -'^ ,"^' ^^^ 
appeller, kapSf si-n nUn 1 '"""' «'^'^''^'a 

criminelles el c v S [™J t^Misioi] des alfaries 

cours .es Bn^;'i';-,-i«,'s,rifs,îs,is 



une preuve évidente de la justice nnripnn,^ 
fie l'accusation ou de la dPmnnrip f. ■ ^"^''^® 

=,?erii;SV!i™--s 
ooi;?';'!;f?„;;«sr;?ir,^iïjî™T,ïY„"'^'="- 

HSsIïSilSpS 

on se FésentSuen JuS aSsavof 'rni.'"'°''''^' 
e counablp rl'v v^n;.. r ' ''P'^^ avoir lait sommer 

- ra™o iroj/; °.r,US:i","« ,■;"« lecoml,»lle„>. 

:îSu?,?efr'=''r''™?'°°- » iS 

« Oes fFf.m (^ ^'Çcuse laisoit le serment su vant : 
ws (Ecoute), homme que je tiens par là 



<.. «,.U . ,-.„ou.e„e.. .3 .„.„«„ ,,„3 „„,.,.„, „,^^ ^„^ ^_, ^^^^^ ^^^ ^^^^^^^^ ^^ 



AP 



— 56 — 



AP 



« main seneslre et qui L. le fais appeller-en bap- 
« tesme • telle personne ne meurdry en felonnie : 
a ainsi ui-aist Dieu et ses Saincls. " L'accusateur 
lui reprochoit clans les mêmes termes et avec le 
même serment, qu'il s'étoit parjure. Le premier 
serment éloit suivi d'un second, par lequel chacun 
des deux Champions juroit de n'avon- sur lui aucun 
sortiléo-e qui pût l'aider, ou nuire à son adversaire. 
Alors on leur donnoit l'escu et le baston, et les 
Quatre Chevaliers élus à la garde du champ de 
bataille, se placoient entre les Champions et }es 
tenoieiit éloignés l'un de l'autre, » tant qu ils 
« eussent aouré, c'est-à-dire prié avenaument. " 
Leur prière Unie, les quatre Chevaliers se retiroient 
aux quatre coins du champ-clos, et les Champions 
marchoient l'un contre l'autre et se joignoient. 
.. Si Vappellé pouvoit se défendre tant que les es- 
., toilles apparussent au Ciel, il avoit la victoire » 
(Voy. Ane. Coût, de Norm. chap. lxviii, fol. 88 et 90.) 
Peut-être qu'en étendant l'usage de ces combats 
aussi odieux au Clergé(l) qu'ils étoient agréables a la 
Noblesse on voulut les rendre moins sanguinaires. 
Telle pourroit être la raison de la défense de com- 
battre avec d'autres armes que l'écu et le balon. 
Par une Constitution de Charlemagne, (Loi des Lom- 
bards, liv. 11, tit. V, §'i3,) le bâton etoit la seu e 
arme permise dans le combat judiciaire. Mais la 
liberté du choix des armes fut autorisée par un 
Capitulaire que Louis-le-Débonnaire ajouta a la Loi 
Salique. 

On croit voir dans l'abus de la preuve négative 
admise par la Loi des Francs Ripuaires et celle de 
presque tous les peuples barbares, une cause géné- 
rale de l'établissement et de l'extension de la loi du 
combat « Il me paroît, dit M. de Montesquieu, que 
« la Loi du combat étoit une suite naturelle et le 
a remède de la Loi qui établissoit les preuves 
„ néo-atives. » Si Gondebaud , Hoi des Bourgui- 
enonl l'autorise, c'est afin que ses sujets ne fassent 
Dlus de serment sur des faits douteux, et ne se par- 
lurent pas sur des faits certains. « Multos in populo 
.. nostro... ita cognoscimus depravari ut de rébus 
„ incertissacramentaplerunqueofferrenondubitent 
.. et de cognitis jugiter perjurare. Cujus scelens 
« consuetudinem submoventes prœsenti lege decer- 
<. nimus ut quotiens inter homines nostros causa 

« surrexerit, etc pugnandi licentia non rie- 

« aetur >■ (Voy. Burgund. Leges, cap. xlv.) Si 1 Lm- 
Dereur Othon II veut que celte même Loi décide les 
contestations sur la propriété des héritages, ces 
nu'on étoit sûr d'être usurpateur dès qu on osoit 
être parjure. « H s'étoit introduit depuis long- 
« temps une détestable coutume, à la faveur 
« de laquelle un homme se rendoit propriétaire 
« d'un héritage, en faisant serment sur les Evan- 
« giles que là charte qu'il presentoil et qu'on atta- 
« quoit de faux, étoit vraye. >• (Voy. Loi des Lom- 
bards, liv. II, tit. Lv, chap. xxxiv.) Si plusieurs Cons- 
.titutiôns générales de Charlemagne et de Louis-le- 



Débonnaire, antérieures à celle d utnoii, et insérées 
comme elle dans la Loi des Lombards, (liy. II, tit. lv, 
S '>3 ) étendirent l'usage du combat judiciaire , 
d'abord aux affaires criminelles, et ensuite aux 
civiles, c'est qu'avec autant de facilite d abuser uti- 
lement de la preuve négative, il étoit presque im- 
possible que l'accusateur ou l'accusé, le demandeur 
ou le défendeur ne se parjurassent. On acquiesça 
donc aux représentations de la nation qui demandoit 
qu'à la preuve par serment on substituât la preuve 
par le combat. 

Quoique la Loi des Francs Saliens, plus sage que 
la Loi des Francs Ripuaires et des autres peuples 
qui admettoient les preuves par serment, eut obvie 
à la nécessité des preuves par le combat, en ordon- 
nant que toute demande ou accusation fut prou- 
vée, et que pour s'en défendre. Il ne suffiroit pas 
de la nier, les constitutions insérées dans la Loi 
des Lombards, furent ajoutées a la Loi Salique 
Ainsi lusage de la preuve par le combat, devint 
.Général en France. On n'exclut cependant pas des 
tribunaux, les autres preuves : mais la na ion, libre 
de suivre son génie guerrier, préféra la Loi du 
combat et retendit ; extension qui paroit avoir été 
la principale cause de l'oubli ou tombèrent insen- 
siblement les Loix Saliques les Loix Romaines et 
les Capitulaires. (Esprit des Loix, T. II, chap. xiii, 

^''0^116 tongea plus dès lors qu'à réduire en prin- 
cipe l'usage de cette Loi, et à former le corps de 
celte lurisorudence militaire qui changeoit toutes 
les acliSns dvlfes et criminelles, en faits sur lesquels 
elle ordonnoit le combat. On y réussit même au 
point de prouver que s'il y a, comme 1 observe à ce 
siî et de Montesquieu, « ""<^ i".fi">\e de choses sages 
u qui sont menées d'une manière très folle, il y a 
.< aussi des folies qui sont conduites d'une manière 
« très sage. « (Voy. Esprit des Loix, T. II, chap. xxv, 
P- 331.) 

La sao-esse avec laquelle on fixa les règles et les 
bornes du combat judiciaire, est particulièrement 
attestée par Beaumanoir. (Coût, de Beauvoisis, chap. 
Lx-ixiv) 11 arrive souvent, dit cet Auteur, que 
dans les Cours laïques « li plet chieent en gages de 
? batailles, ou que apensément li un apele l autre 
. e vilain fet par devant Jusliche ; si est bons que 
« ous en façons propre chapitre, qui ensaignera 
„ desquiex cas l'en puet apeler. et quelles personnes 
.. pueent apeler et estre apeles et lesque es non e 
„ comment l'en doit fourmer son ay;^/ et le per 1 
« qui est entre tex apiaux, et lesquels ay*î««.rli be - 
„ gneur ne doivent pas soulfnr, si que chil qu 
louront apeler sachent comment il se doivent 
: Silënir en plet de gages et la fin en quoi il en 
„ pueent venir se il enchieent dou plet. » (Coût, de 
Reauvoisis, ubi supra, p. 307.) 

Si le bàtôn étoit encore d'usage dans ces combats, 
ce n'éloit plus qu'entre Vilains. Les Gentilshommes 
combaltoient à cheval et avec telles armes qu il leur 



(1) Le jugement de Dieu admis par VEglise était le serment, (n. e.) 



AP 



— a/ — 



AP 



plaisoit de choisir, « excepté coustel à pointe et 
« mace d'arme molue. « Mais lorsqu'un Gentil- 
homme appeloit ou provoquoit un Vilain, il devoit 
se présenter comme lui à pied, sans autres armes 
que l'écu et le bâton, parce que « s'abaissant en 
« apeler si basse personne, sa dignité étcit ramenée 
« en cel cas à telles armeures comme chil qui estoit 
« apelé. (Voy. Beaumanoir, Coût, de Beauvoisis, 
chap. Lxi, p. 308. — Id. ibid. chap. lxiv, p. 328.) 

La précaution de ceux qui louoient pendant un 
certain temps un Champion pour combaltre dans 
toutes leurs querelles bonnes ou mauvaises, nous 
paroît une preuve singulière de l'extension prodi- 
gieuse de l'usagedu combat judiciaire. Beaumanoir, 
pour qui cette Coutume éloit ancienne, remarque 
d'ailleurs que du temps de S' Louis, il suffisoit 
encore qu'une demande excédât la valeur de douze 
deniers, pour être jugée par la Loi dn combat : Loi 
à laquelle on peut dire que toutes les autres Loix 
étoient presque toujours forcées de céder, jusqu'à 
ce que ce Prince, abolissant les preuves par le com- 
bat, s'occupât du soin de rétablir les preuves par 
chartes ou par témoins. (Voy. Beaumanoir, Coût. 
de Beauvoisis, chap. .xxxvui, p. 203. —Id. ibid. chap. 
Lxni, p. 325.) C'étoit ramener la Jurisprudence aux 
premiers principes de la Loi Salique ; Loi conforme 
à celles de presque toutes les nations du monde, 
en ce qu'elle assujetlissoit les accusations et les 
demandes, les défenses et les juslilications à la 
nécessité des preuves positives. « Nous deffendons 
" les batailles, par tout nostre demaine, en toutes 
« querelles : mais nous n'ostons mie les dénis, les 
" responses, les contremans qui ayent esté accous- 
« tumés, selon les usages des divers pays, fors itant 
« que nous en osions les batailles. Et en lieu des 
« batailles, nous mettons priieves des tesmoins, ou 
« des Chartres. » (Ord. T. I, p. m.) 

On pouvoil s'opposer à l'abolition de l'usage du 
combat dans les Juridictions seigneuriales, et S' 
Louis l'y laissa subsister, excepté dans le cas 
A'appel de faux jugement. (Voy. Ord. T. I, p. 113. 
— Ibid. p. 25G-258.) La prudence de ces ména- 
gemens nécessaires avec des Seigneurs jaloux de 
leurs prérogatives, les prépara à souffrir que leurs 
vassaux partageassent avec les sujets du Roi, le 
bienfait de la nouvelle Jurisprudence. 

Beaumanoir qui écrivoit peu de temps après la 
mort de ce Prince , nous apprend qu'il étoit « à la 
« Yolenté des houmes dou Comte de Clermont de 
« tenir leur Court., selonc l'anchienne Coustume, 
« ou selonc l'Establissement le Roy : mais se li plès 
« estoit lamés (1) seur l'Establissement par le souf- 
« rance dou Seigneur, li Sires ne le pouvoit puis 
« mettre à gages, etc. » (Voy. Coût, de Beauvoisis, 
chap. Lxi, p. 309.) Le progrès de cette tolérance de la 
part des Seigneurs fut tel que la nouvelle Jurispru- 
dence, aussi conforme à la raison naturelle et à la 
Religion, que l'ancienne y étoit contraire, s'étendit 



de proche en proche, et devint univei'selle dans les 
tribunaux de Justice. Le cri des appels au combat 
cessa d'y retentir et d'alarmer le citoyen dont l'inno- 
cence où la propriété étoit attaquée. Mais hors de 
ces mêmes tribunaux, il fallut à ce cri prendre les 
armes, et au mépris des Loix politiques et reli- 
gieuses dont la Noblesse regardoit le respect comme 
une lâcheté déshonorante, combaltre pour la gloire, 
l'amour et la vengeance. Ainsi la l'aison victorieuse 
d'une superstition ignorante et barbare, fut soumise 
au préjugé fanatique et impérieux de l'honneur. De 
là, l'usage de ces expressions si familières à nos an- 
cêtres Gentilshommes, ajipcllerde gage, de combat, 
de duel, de joute, etc. Les exemples en sont si fré- 
quens, surtout dans les romans de Chevalerie et 
dans les ouvrages qui traitent des duels, des gages 
de bataille, qu'il suffira de les avoir indiqués. 
Ces expressions ont d'ailleurs la même signification 
que celles encore usitées, appeler en duel, appeler 
au combat. 

Souvent le verbe appeller a signifié seul , provo- 
quer à combattre, provoquer à venir en champ-clos, 
y faire venir en provoquant au combat ; et dans 
les tribunaux où l'usage du combat toit aboli, pro- 
voquer à venir en Justice , y faire venir quelqu'un 
en l'assignant, en lui faisant une sommation, en 
formant contre lui une accusation, une demande. 

C'est dans le sens d'assigner, qu'on dit encore 
aujourd'hui «y^y^cZa- en Justice, appeler en témoi- 
gnage, etc. On ajoute qu'anciennement appeller 
quelqu'un de meurtre, c'éloit l'en accuser ; que 
Vappeller de servage, c'étoit le redemander, le 
réclamer comme serf, proprement le pousser, le 
forcer par cette accusation, ou par cette demande, 
à venir en Justice prouver sa liberté ou son inno- 
cence. <■ Se nus hom veut aj>peller un autre de 
« murtre, que il soit ois, ententivement ; et ([uand 

« il vodra faire sa clameur, que l'en li die 

'< Soies bien certain que tu n'auras point de 
« batiiilles ; ains te conviendra jurer par bons tes- 
« moins jurez.... Et se cil qui veut aj/pcller, quand 
« l'en li aura ainsi dit, ne veut poursuivre sa cla- 
« meur, laissicr la puet. » (Ord. T. I, p. 111 et 112.) 
« Se aucuns est appelle de servage , ou de murtre, 
« ou d'aucun autre meffet, etc. » (Ibid. p. 113et285.) 

Bernart, cist preudom vos ajiele 
D'une chose qui n'est pas bêle. 

F^. MS. de Berne, n- 354. fol. 7, V* col. i. 

Lorsqu'on appelle d'un jugement, on l'accuse en 
quelque façon d'être injuste, et on provoque la 
partie en faveur de laquelle il est rendu, à venir 
devant le Juge supérieur à qui l'on demande répa- 
ration de l'injustice dont on se plaint. (Voy. Appel.) 

En requérant, en priant quelqu'un d'une chose, 
on le provoque à la faire ; on provo ;ue sa réponse 
en le questionnant, en l'interrogeant sur ce qu'il 
fait, sur ce qu'il pense. De là, "le verbe appeller 
signifioit requérir, prier, questionner, interroger, 
etc. dans un sens analogue à celui de pousser, pres- 



(1) Ne faut-U pas lire tancé? Tamer se trouve dans la Chronique des ducs de Normandie, mais ce peut être une 
erreur, (n. e.) 

II. 8 



AP 



— 58 - 



AP 



ser, provoquer. « Me promistes tous quatre que... 
« vous me délivreriez de mort cliascun une fois 
« quant je vous eu ro(iuerroye, dont tous en ont 
« fait leur devoir, fors vous que je appelle de pro- 
« messe. » (Percef. Vol. III, fol. 157, Vcol. l.j 

Arriers s'est à la voie mise, 
Ainz n'enporta que sa chemise. 
Et la Contesse l'an apele ; 
Si li demande, quel novèle ? 
Por qu'as laissié le Chevalier ? 

Fabl. MS. de Berne, n' 354, fol. 172, V col. 2. 

On nomme les personnes qu'on a quelque raison 
ù'appeller, de faire approcher, de faire venir à soi. 
Ainsi le sens littéral de noire expression appeller 
quehiu'un par son nom, seroit faire venir, faire 
approcher quelqu'un, l'y provoquer en le nommant, 
le nommer pour qu'il approche, pour qu'il vienne; 
expression qui est ancienne dans notre langue. 
« Nuls n'apiaut l'autre par son nom purement. » 
(Règle de S' Benoit, ms. de Bouhier, p. 84.) Telle 
paroit être effectivement la signification du verbe 
appeller : i° nommer, prononcer à haute voix les 
noms de personnes qui doivent venir ou être 
venues dans un lieu à certaine heure; 2° nommer, 
lire tout haut le nom des parties dont on appelle la 
cause, pour qu'elles viennent plaider. Enfin, 
lorsqu'au lieu d'épeler, on disoita/jyjfZZé'/'leslellres 
d'un mot, c'étoit les nommer, afin que venant, pour 
ainsi dire, l'une après l'autre, elles composassent le 
mot qu'on vouloit prononcer. Ce ne seroit donc que 
par abstraction de l'idée d'une cause finale, analo- 
gue à celle qui est indiquée, que le verbe appeller 
ou ujjpcler auroit signifié et signifieroit encore nom- 
mer les personnes et les choses, en dire les noms 
et qualités, sans autre raison que celle de les 
désigner. 

GONJUG. 

Apeaut, subj. prés. Qu'il appelle, qu'il nomme. 

(G. Guiart, ms. fol. 88, V°.) 
Apelecent, subj. prés. Qu'ils appellent. (Règle de 

S" Benoit, lat. et fr. ms. de Beauvais, chap. lxui.) 
Apeleil, participe. Appelé, accusé, nommé. (Loix 

Norm. art. iv, vi et xvii.) 
Apeleit, part. Appelé, nommé. (S'Bern.) 
Apeleiz, participe. Appelé, nommé. (Id. ibid.) 
Apelerad, ind. fut. Appellera. (Loix. Norm.) 
Apelet, ind. prés. 11 appelle, il nomme. (S' Bern.) 
Apiau (j'), ind. prés. J'appelle, j'accuse. (Ane. 

Poès. fr. MS. du Vatic. n" 1490, fol. 55, ^'°.) 
Apiaut, ind. prés. Il appelle. (Fabl. ms. du R.) 
Apiaul, subj. pr. Qu'il appelle, qu'il invoque. (Id.) 

VARIANTES ; 
APPELLER. Rom. de la Rose, vers 22665. 
Apaller. Chans. Fr. WS. de Berne, n°389, fol. 57, R». 
Apeler. S' Bern. Serm. fr. MSS. p. 14, 35, passim. 
Apeller. Chans. Fr. MS. de Berne, n» 389, fol. 15, V». 
Apieler. Ph. Mouskes, MS. p. 247. 
Appeler. Orth. subsist. — Cotgr. R. Estienne, Nicot, Dict. 

Appelleur, sub&t. masc. Appelant. Les ac- 
ceptions de ce mot appelleur ou appelierres, plus 
usité dans notre ancienne langue qu'appellant ou 
appelant, sont relatives à celles d'appel , soit 
qn'appclleiir désigne un champion, un accusateur, 



un demandeur en Justice; soit qu'il désigne un 
oiseau qui en fait venir d'autres dans les filets, un 
oiseau à la suite duquel les autres volent. Si l'on en 
croit Cotgrave, la signification d'appelleur étoit 
quelquefois analogue à celle du verbe appeller, 
épeler. (Voy. Appel et Appeller.) 

VARIANTES : 
APPELLEUR. Du Cange, Gloss. lat. au mot Campiones. 
Apeleres. Id. ibid. col. 113. 
Apelel'R. Id. ibid. — Loix. Norm. art. xvi. 
Apeliere. g. Guiart, MS. fol. 87, V». 
Apelieres. Beaumanoir, Coût, de Beauvoisis, p. 312. 
Apeliers. Id. ibid. n. 22. 
Apelierres. Id. ibid. 
Apellieres. Id. ibid. p. 312. 

Appelleres. Du Cange, Gl. lat. au mot Campiones. 
Appellerres. Id. ibid. col. 114. 
Appelloir. Assis, de Jerus. p. 49 et 60. 
Appellour. Skinner, Yoc. forens. expositio. 

Appepd, adv. et express, adv. En pendant. 
On soupçonne Monet d'être l'auteur de l'expression 
à-pend, et d'en avoir formé l'adverbe append. Il est 
possible au reste que dans une signification relative 
à celle de pendre, suspendre, on ait dit qu'une 
colomne, une vis suspendue étoit une colunine, une 
vis append. Mais c'est une méprise d'avoir confondu 
cet adverbe avec le participe appens, en disant que 
le guet appens ou ù-pens étoit embusches en lieu 
comme penchant et désavantageux à celui qu'on 
guette. (Monet, Dict. — Voy. Appens.) 

VARIANTES : 
APPEND, A-PEND, A -PENS, appens. Mouet, Dict. au mot 
Appens. 

Appendances, substantif féminin pluriel. 
Appartenances. Dépendances. 

11 est prouvé que l'idée particulière de tenir à une 
chose en y appcndanl, étant généralisée, on a pu 
dire appendances pour appartenances. (Voy. Appar- 
tenance.) 

Peut-être aussi a-t-on dit appendances pour dé- 
pendances. « Je suis natif des appendances du 
« royaulme de la grande Bretaigne. « (Percef. 
Vol.VI, fol. 43.) Il sembleroit qu'alors la préposi- 
tion initiale à' appendances seroit de même signi- 
fication que la préposition latine ah, qu'en françois 
on rend souvent par de. Au reste, comme ce qui 
dépend d'une chose, y est nécessairement appen- 
dant et par conséquent appartenant, il est possible 
que sans égard à la différence de la préposition, les 
mots dépendances et appendances aient été récipro- 
quement substitués l'un à l'autre, pour signifier 
appartenances, en général ce qui tient ou appar- 
tient à une chose, soit en appendant, soit en dé- 
pendant. (Voy. Dépendance.) 

Appendices, subst. fém plur. Appartenances 
et dépendances. Il est constant que dans un grand 
nombre d'anciens titres latins, le mol appenditiœ 
ou appendiciœ, en françois appendices, signifie 
seul ce que dans un aussi grand nombre d'autres 
signifient les mots réunis pertinentiœ et appendi- 
tiœ. Soit qu'une chose appende à une autre chose 
ou qu'elle en dépende, soit qu'elle y soit soupendue 



AP 



- 59 — 



AP 



ou suspendue, elle y tient. Or, ces façons particu- 
lières de tenir, d'appartenir à une chose, étant 
généralisées, on a pu désigner \es, appartenances et 
dépendances d'une terre, d'une fief, d'une maison, 
en les nommant seulement appendances ou appen- 
dices, dépendances ou dépendlces, quelquefois sup- 
pendices. Ce dernier mot est synonyme ù'appendi- 
ces dans un titre de 12C8, publié par Dubouchet. 
(Preuv. de l'Hist. de la M. de Coligny, p. 58. — Voy. 
Ap^ENDA^■cEs et App.\rte.nance.) « Contens fut entre 
« moy... et l'Abbé et le Convens dou mont Saint- 
« Eloy.... des Justices, desostes(l), des terres et des 
« appendisses de la Court de Faveril. » (Duchesne. 
Hist. généal. de la M. de Béthune, pr. p. 13i ; tit. 
de 12i7.) « Don li fit deLinei et des apendises, en 
« mariage. » (Id. Hist. généal. de la M. de Bar-le- 
Duc, pr. p. 32. — Voy. Dépe.ndices.) 

V.-iRlANTES : 
APPENDICES. Duchesne, H. g. de la M. de Béthune, p. 37.3. 
Apendises. Dubouchet, ubi supra, p. 63. 
Appendisses. Duchesne, H. g. de la M. de Béthune, p. 134. 

Appendis, subst. masc. (2) Appentis. Bâtiment 
attenant aux murs, aux portes d'une ville. Coteau. 

Anciennement, un appendis étoit ce qu'on 
nomme encore appentis, un bâtiment dont le toit 
en pente d'un seul côté, append ou tient au mur 
contre lequel il est appuyé. (Voy. Appendue.) « Un 
o appendeis qui se fiert en la rue S. Abrahamj etc. » 
(D. Carpentier, Suppl. Gloss. lat. de Du Gange, au 
mol appoidaria ; tit. de 1295.) C'est relativement à 
l'idée de la possibilité d'atteindre ù certaine hauteur, 
en montant sur un appentis, qu'on disoit figuré- 
ment : « Vostre promotion en l'office de Conseiller 
« aux Généraux, c'est un appentij... pour monter 
" à une magistrature plus relevée. » (Pasquier, 
Lett. T. III, p. 60G.) 

Dans une signification plus étendue qu'elle ne 
l'est aujourd'hui, les bâtimens, les maisons attenant 
aux murs ou aux portes d'une ville, peut-être aux 
faubourgs de la ville, en étoientles appentis. « Cou- 
« rurent les Mareschaux du Roy d'Angleterre jus- 
« ques bien près de Paris.... Adonc s'émeut le Koy 
» Philippe, et fit abbattre les appentis de Paris, et 
« s'en vint à Sainct Denis. » (Froissart, Vol. I, 
page 146.) 

Il seroit possible que par la même extension, un 
terrain^ un lieu attenant à des vignes eût été 
nomme l'rtyj/^eHf/is aux vignes. Peut-être aussi que 
le coteau étant à la montagne ce qw'wnappentis est 
au mur contre lequel il est appuyé, \q moi appendis 
aura signifié coteau. » Monterez sur ceste petite 
« montaigne auprès de \' appendis aux vignes, pour 
« garder qui sauldra. » (Le Jouvencel, ms. p. 86. — 
Voy. Pendant.) 

VARIANTES : 
APPENDIS. Le Jouvencel, MS. p. 86. 
Apentis. Cotgrave et Nicot, Dict. 



ApPENDEts. D. Carpentier, S. Gl. 1. deD. C. à Apiiendavia. 
Appentis. Orth. subs. — R. Estienne, Nicot, Monet, Dict. 
Appenty. Pasquier, Lett. T. III, p. 606. 

Appendre, verbe. Pendre. Etre attaché, tenir, 
appartenir. (Voyez Appe.ndance.) Quelques Etymolo- 
gistes latins croient que le verbe pendere, pendeo, 
formé de pendere, pendo (3), signifie un effftt de la 
pesanteur; opinion d'autantplus vraisemblable que 
c'est par sa pesanteur, par son poids qu'une chose 
pend, en latin pendet. On citera comme une preuve 
de l'analogie de ces deux idées, le vers suivant : 

Moult granz fez (4") à preudomme apent. 

Fabl. MS. duR. n" 7-218, fol. 223, R- col. 1. 

Les rapports qu'indique la préposition initiale 
de ce verbe composé appendre, étant signifiés par 
une seconde préposition, il semble que l'acception 
d'appendre étoit la même que celle du verbe simple 
pendre, lorsque dans un sens actif on disoit, appen- 
dre une chose à une colonne, Yappendre contre un 
mur, Yappendre en haut. (Voy. Monet, Dict.) Ron- 
sard et Du Bellay afïectoient peut-être un air d'éru- 
dition, en consacrant spécialement ce verbe à 
désigner l'action de pendre, de suspendre à la 
voûfe d'un temple les choses qu'on d'Jdieaux Dieux. 
(Voy. Nicot, Dict.) Il est encore usité en cette signi- 
fication particulière, maison a la preuve qu'ancien- 
nement l'usage en étoit plus général. 

Le noir escu bendé de nuit 
Ot Larrecin au col pendu, 
Et d'une torches apundu. 

FaM. .MS. du R. n- 7615, T. II, fol. 191, V col. 1. 

Plus souvent aussi l'acception à'appcndre étoit 
neutre comme celle du verbe latin appendere, 
pendre, être pendant. « Le ray du feu faisoit à 
« l'estoille queue de trois toises de longueur, et celle 
« queue estoit en appendant du costé de la 
« Grand'Bretaigne. " (Percef. Vol. IV, fol. 68.) On 
pourroil à ce passage en réunir d'autres où il seroit 
possible que dans un sens relatif à celui des prépo- 
sitions latines ab et ad, la préposition initiale et 
inséparable du verbe ajipendre indiquât tour-à-tour 
le point duquel s'éloigne la partie inférieure d'une 
chose pendante, et le point vers lequel elle appro- 
che en pendant. Dans le premier cas, appendre 
seroit de même signification que le verbe dépendre. 
(Voy. Dépendre.) 

On sait qu'en général une chose pesante ne pend 
qu'autant qu'elle est retenue par une autre chose, 
qu'autant qu'elle est attachée et tient à cette même 
chose, par un moyen quelconque. De là, l'usage 
figuré du verbe s'appendre, être appendant, s'atta- 
cher, être attaché à servir l'amour et à mériter ses 
faveurs. 

Veillier, ploreir, poene, travels, ahans. 
Tout ceu covient as fins amans sentir : 
Mais jai (5) por ceu ne se doit ébahir 
Li hons ki est à haus dons apendayis. 

Chans. Fr. MS. de Barne, n* 389, pari, n, fol. 18, V'. 



(1) hospilcs, tenure et condition intermédiaire entre la liberté et le servage, (n. e.) — (2) Ce mot nous semble fait sur 
pente ; appendiciuin, qui est ordinairement cité, aurait été, comme les mots en itia, termmé en esse ou en ice. (n. e.) — 
(3) La forme romaine vient même de pendere avec e bref, et non de pendere avec e long : pendeo est à pendo, ce que jaceo 
est àjacio. (N. E.) — (4) Faix, fardeau pesant. — (5) C'est le mot jamais (jain magis) interverti, (s. k.) 



AP 



— 60 - 



AP 



Moût est fox qui ne s'apent 
A amors servir toz dis ; 
Qu'amors tient celui joiant 
Qui à li est ententis. 

Ane. Poët. Fr. MSS. avant 1300, T. I, p. 217. 

Les lieux où un amant, consei-voit un attachement 
aussi heureux qu'honnête, étoient des lieux où 
appeiuloient sa juie et son honneur. 

Se j'ai tors dou paix esteit 
Où ma joie et m'onors apent ; 
Por ceu n'ai-je pas oblieit 
Coinent on aimine loiaulment. 

Clmns. fr. .MS. de Berne, n- 389, part. II, fol. 7, R°. 

Ces acceptions llgurées prouvent combien l'on a 
abusé de la siu;nification propre de ce verbe. On 
considéroit comme appoidantes les unes aux au- 
tres, les personnes entre lesquelles il y avoit une 
relation, quelle que fût l'espèce de relation par 
laquelle elles étoient attachées les unes aux autres, 
par laquelle elles se teuoient. Ainsi, pour désigner 
les relations de la créature au Créateur, les relations 
de l'homme à l'homme, comme inférieur, comme 
parent, etc. on disoit : « Fiz furent Remon ki fu de 
« Beroth et des Hz Benjamin, e Beroth apenileif à 
'< Benjamin. » (Livres des Rois, ms. des Cordel. 
fol. 45, V°col. 1.) 

Là est Guillaume de .Inliers, 

A qui ilz sont touz apendanz, etc. 

G. Guiart, MS. fol. 261, R". 
La Corone de France doit estre si avant 
Que tout autre Roi doivent estre à li apendant. 

Guiteclin de Sassoigne. MS. de Gaignat, fol. 229, R* col. 2. 

Diex où tout est apendant, 

Qui de la Sainte Virge nasqui en Belléant, etc. 

Buenon de Comraarchis, Ms. de Gaignat, fol. 200, R* col. 1. 
Mais au fort Roi où tout apent, 
En rendent grâces bonement. 

Lucidaires, MS. do Gibert, fol. 6, V'. 

On voyoit comme appcndant, non-seulement aux 
personnes, mais aux choses, tout ce qui leur étoit 
relatif, propre, convenable. « Yaissèle d'or... ki al 
>i servise apencleit, etc. « (Livres des Rois, ms. des 
Cordel. fol. 138.) « Co ne li apendeit pas à faire. » 
(Ibid. fol. 139.) 

Puisque Dame aura ami, 
Et èle li veut douner 
S'araour ; mis l'a en la voie 
De rechevoir la grant joie 
K'al olroi d'amours apent. 

Ane. Poès. fr. .VS. du Valic. n* li90, fol. 143, Rv 
Mais ce n'est pas amors qu'à moi apende. 

Ane. Poét. Fr. MSS, avant 1300, T. I, p. 411. 

Richart par prière 

Ne fera chose qu'il requière, 
Ne qui a loiauté s'apande. 

G. Guiart, MS. fol. 25, V'. 
Dame, fet-èle, à vous qu'apent de cest afère'' 

Fabl. MS. du R n- 7218, fol. 338, V-col. 1. 

C'est ainsi qu'en généralisant l'idée d'une chose 
qui tient à une autre chose en y appendant, on a 
fait du verbe appcndre un synonyme d'appartenir. 
« Si ascun (1) face purchas de comune de pasture en 
« autruy soil (2), et ne eit nul tenement à qui cèle 



« Commune purra appendre, tiel purchas, etc. » 
(Britlon, des Loix d'Angl. fol. 144.) •< Tenement à 
« qui l'avowson (31 appenl ove toutes les apurte- 
« naunces. » (Id. ibid. fol. 23î.) « Advowson et 
>' common de pasture.... sont nosmés appendants 
» al maiior, ou al terres et tenements. •> (Tenures 
deLitUelon, fol. 41.) 

Et qui li voudroit fere droit, 
Normendie il apcndmit. 

Roiu. de Rou, MS. p. 232. 
Uns riches Chevaliers estoit 
Moult franc, à qui il appendoit 
Assez grant terre et grant honor. 

Fabl. MS. du R. n- 7615,T. 11, fol. 173, V col. 1. 

VARIAiSTES : 
APPENDRE. Britton, des Loix d'Angl. fol. 144, V°. 
Apandre. g. Guiart, MS. fol. 25, V». 
Apendre. Livres des Rois, MS. des Cordel. fol. 4. 

Appens, pari, et subst. Pensé, réfléchi. Pensée, 
réflexion (4). Temps pour penser, pour réfléchir. 

Il semble que l'usage du participe appens, abré- 
viation d'appensé, ait toujours été restreint à l'ex- 
pression encore usitée, guet appens. (Nicot et Monet, 
Dict. — Dict. de Trévoux et de l'Acad. Fr. — Voy. 
Appensé.) On pourroit regarder l'addition de ce par- 
ticipe appens au substantif guet, comme superflue, 
puisqu'il n'y a point de guet ou â'agiiet sans 
pensée, sans réflexion. Mais Pasquier observe qu'en 
François, comme en Latin, il n'est pas extraordi- 
naire de réunir deux mots de même signification, 
pour rendre ce que l'on veut dire plus poignant ; 
qu'ainsi le guet ou Vaguet paroit d'autant plus 
odieux, qu'il est appens. (Voy. Pasquier, Rech. L. 
VIII, p. 099 et 700.) C'est par ignorance que l'on a 
écrit à-pend ou append. (Voy. Âppend.) 

Quelquefois on écrivoit guet-à-pens. Alors, le 
participe pens signifioit ce que signifie encore le 
mot pensée qui n'est autre chose que le féminin du 
participe pensé, pris substantivement au moyen 
d'une ellipse. Par conséquent, le guet-à-pens étoit 
la même chose que le g net -à-pensée, c'est-à-dire 
guet avec pensée, avec réflexion. (Voy. Pens et 
Pensée.) Il résulte de celte observation, que le par- 
ticipe composé apens peut aussi avoir signifié 
réflexion, pensée. (Voy. Borel, Dict.) 

On croit même que dans un sens relatif à celui 
de l'expression jour d'appensement, on a nommé 
appens un délai accordé en Justice, pour penser et 
réfléchir aux objections qui pourroient être faites à 
des témoins. « Qui delTault en sa prouve, doit faire 
« les despens, et luy doit cheoir li jour de la def- 
« faulte en producion ; et s'il deffault à veoirs 
« donner tesmoins que l'en donneroit contre lui, il 
« n'aura plus appens îi dire après. Ainczois dira, 
« etc. " (Ane. Coût, de Bretagne, fol. 102. — Voyez 
Appensement et Appe.nseb.) 

VARIA^iTES : 
APPENS. Nicot et Monet, Dict. 
Apens. Pasquier, Rech. L. VIII, p. 699. 



(1) aucun : ahquns unus. (s. e.) — (2) fonds de terre ; on trouve la forme féminine soile se rattachant à solum, devenu en 
bas-latin suluim. - (3) Voir Du Gange à Aduotia. - (4) Comme on le voit par ces vers (3609) du Roman de la Rose : a Mes 
ge metrai tout mon apens, Dès ore en Bel-Acueil garder. » (n. e.) 



AP 



— 61 — 



AP 



Appensé, participe. Qui est pensé, réfléchi. 
Qui a pensé, réfléchi. Occupé, insirait; qui a des 
idées, de la raison, de la prudence, etc. 

La signification d'appensé étoit passive et la 
même que celle à'appens, Inrsqu'en disant cliose 
appensée, fait appensé, advis ou guet ap/icnsé, l'on 
exprimoit une pen.sée, un dessein réfléchi de nuire. 
(Chron. S' Denys, T. l, p. 53. — Ord. T. I, p. 57, 
col. 2. — Coquillart, p. 112. - Pasquier, Rech. 
L. vin, p. 700. — Hob. Eslienne, Xicol et Monet, 
Dict. — Voy. Appens.) 

Plus généralement, le participe appensé signifioit 
la pensée sans dessein de nuire. Il étoit actif, c'est- 
à-dire qu'il désignoit l'état de l'homme ayant été 
pensant, et non celui de la chose ayant été pensée, 
toutes les fois qu'en parlant d'une personne qui 
avoit pensé, réfléchi, l'on disoit qu'elle étoit ap- 
pensée. 

Amours, se bien y suis appensée, 
Est maladie de pensée. 

Rom. de la Rose, ïers 448) et 4482. 

Apensels sui c'une chose feroie, 
S'amors voloit et li venoit en greit, etc. 

Chans. fr. MS. de Bei'ne, n" 389, part, i, fol. 21, V. 

C'est par l'analyse de l'expression elliptique être 
appensé, qu'on aperçoit la raison pour la(iuelle un 
participe passé semble avoir quelquefois la signifi- 
cation d'un participe présent, comme en ce passage : 

Lors esgarde avant et arriéres, 
Et voit couvertes les gaschieres (1) 
Des siens qui, serrez vers le val. 
S'en vont à pié et à cheval. 
De vuidier le champ ape}if:fz. 

G. Guiart, MS. fol. 368, Rv 

En pensant, on s'occupe, on s'instruit, on acquiert 
des idées, on se fait une habitude de raison, de 
prudence, etc. De là, ce même participe appensé 
signifioit, 1° occupé : 

Garde ta bouche soit de proier upeusée, 
Tant que de t'amor soit esprise et eschaufée. 

Fabl. MS. du R. n- 7G13, T. U, fol. 178, V col. 2. 

2" Instruit : 

... De quanlques li demanda 
Le trouva si très-apensé. 
Si courtois et si avisé, etc. 

Cléomadès, .MS. de Gaigual, fol. 40, R» col. 9. 

3° Qui a de la prudence, de la raison, etc. » Grant 

« partie s'accorda à ce que l'en li devoit aidier 

« et s'offrirent por li aidier; li autres disoient qu'il 
« n'estoient mie appensé. - (Martène, Conlin. de 
G. de Tyr, T. V, col. 710.) 

... Sa mère Done Ynabele 
Le reconfortoil coume celé 
Qui ert apensée tousjours. 

Cléomadès, MS. de Gaignat, fol. 57, Y- col. 3. 

Qu'il suffise d'avoir indiqué l'analogie par laquelle 
tout mot signifiant une idée relative aux qualités 
habituelles d'un être qui s'occupe l'esprit et qui 
pense, pourroit être l'explication du participe ap- 
pensé. (Voy. Appenséement et Appensememt.) 



VAJUANTES : 
APPENSÉ. Nicot et Monet, Dict. 

Apensé. Cléomadès, fol. 1, passim. — R. Estierme, Dict. 
Apenseis. Chans. Fr. MS. de Berne, n» 389, fol. 21. 

Appenséement, adverbe. En pensant, avec 
examen, avec poids et mesure. A dessein. Avec 
réflexion, avec prudence, etc. (Voyez Appensé et 
Appe.nser.) 

Anciennement, faire ou dire une chose, enj'y 
pensant, en examinant les raisons de faire ou de 
ne pas faire cette chose, de la dire ou de ne la pas 
dire, c'étoit agir ou parler apenséenient ou empen- 
séement, agir ou parler avec poids et mesure, avec 
examen. « Quand elle parloit c'esloit... mont apen- 
« séement. » (Vie d'Isabelle, à la suite de Joinville, 
p. 174.) « Choses qui sont par adventure et non mye 
« apenséement faictes, etc. » (Fabri, Art de Rélhor. 
L. I, fol. 51.1 On lit, empensécment. (Id. ibid. f° 52.) 
>' Le Roy Richart férit par adventure , non mie 
" apenséement; si que luy fist mortelle playe. » 
(Chron. S' Denys, T. II, fol. 26.) 

On forme un dessein en pensant, en pesant les 
raisons de faire une chose ou de ne la point faire; 
de là, l'adverbe appenséement signifioit à-dessein. 
■< Sire, je le vous diray, et suy cy venu apenséement 
« pour vous en parler. » (Modus et Racio, ms. fol. 
249.) « Ce faisoit Patience appenséement pour deux 
« causes. » (Ibid. fol. 258.) 

U y a de la réflexion, de la prudence,' [du bon 
sens, du jugement à n'agir, à ne parler qu'après 
avoir pensé. Ainsi l'adverbe appenséement signifioit 
avec jugement, avec bon sens, avec prudence, avec 
réflexion. (Voy. Cléomadès, ms. de Gaignat, fol. 14. 
— Ibid. fol. 31».) u Li sages hardis, si est chil qui 
« sagement et apenséement monstre son harde- 
" ment. » (Beaumanoir , Coût, de Beauvoisis , 
chap. I, page 8.) 

... .là nus hom feme ne prisera 
Ki aime trop baudeinent (2). 
En canpion qui apenséement 
Conbat, a on plus seure atendance 
Ken benbancier de foie contenance. 

Ane. Pocs. Fr. MS. du Valic. tl- 1490, fol. 166, R'. 

VARIANTES : 
APPENSÉEMENT. Modus et Racio, MS. fol. 25. 
Apenséement. Ane. Poës. fr. MS. du V. n" 1490, fol. 166. 
Apensémënt. Chron. S' Denys, T. II, fol. 26, V». 
Empensée.ment. Fabri, Art de Rhétor. L. I, fol. 52, R». 

Appensement, sul)st. masc. Action de penser, 
de réfléchir ; pensée, réflexion. Qualités d'un être 
pensant, prudence, etc. 

(Voyez Appe.nséeme.nt et Appensé.) 

On a dit au premier sens, « que de de fol apen- 
« sèment naist le mal consentement. » (Voy. Rom. 
de la Rose, vers 18C62 et 18663.) 

S'uns Clercs est trop fos par nature, 

Nus sages hom n'a de luy cure : 

S'il est trop sages ensement 

Il entre en tel apensement 

De quoi bien Ten puet meskair. 

Ane. Poèt fr MSS avant 1300, T. IV, p. 13U. 



(1) Voir Du Cange à Gascaria : terres nouvellement défrichées, (ji'ttines. (n. é.) - (2) de l'allemand bald : avec trop 
a expansion, (n. e.) 



AP 



— 62 



AP 



. . . A bataille, ce dist-on, 
Est adès prouece en saison, 
Et avis et apensoneiis 
Et senrtés et hardemens. 

Clëomadès, MS. de Gaigtul. fol. G3, R- col. 2. 

En termes de procédure, le jour d'appensement 
étoit un délai accordé à des héritiers, pour penser, 
réfléchir aux raisons qu'ils pouvoient avoir de 
reprendre un procès, ou de l'abandonner. « Jour 
« ù'appc lise ment est et sert tant seulement en cas 
« où l'on seroit ndjonrné à reprendre ou délaisser 
« la cause et erremens d'un procez dont le deman- 
« deur ou défendeur seroit allé de vie h trespas. » 
(Bouteiller, Som. rur. tit. vu, p. 39. — Voy. Appens.) 

On a indiqué ailleurs par quelle analogie ce mot 
appensement a désigné les qualités d'un' être pen- 
sant, la prudence, etc. 

Moult durement les assailloit ; 
Car de très-grant vaillance estoit 
Et de très-grant apensement. 

Cléomadès, MS. de Gaignat fol. 4, V col. 1. 

VAR1.\NTES : 
APPENSEMENT. Laurière Gloss. du Dr. Fr. 
Apensement. Cléomadès, MS. de Gaignat, fol. 58. 

Appenser, verbe. Penser, examiner ; avoir une 
idée, former un dessein, projeter. (Voy. Appensé.) 
On sait qu'en Latin, pensare signifie proprement 
peser une chose, l'évaluer au poiclsen la pesant, en 
la tenant suspendue dans la balance ; qu'en François, 
penser a signifié et signifie encore figurérnent cette 
opération de l'àme par laquelle on pèse, on examine, 
on évalue les choses en idée. De là, les anciens 
verbes composés ajipenser et enpenser qui étoient 
de même signification que le verbe simple penser, 
en Latin pensare. (Voy. Penser.) 

Il semble qn'appenser des témoins, c'étoit penser 
à ce qu'on pourroit opposer à leurs témoignages, 
peser ces témoignages, les examiner avant que 
d'y souscrire. « S'il deffault à veoirs donner 

« tesmoins que l'en donneroit contre lui dira 

« de surs comme se il les veistpour tous appenser, 
« les luy nommant; et les gréera. >> (Ane. Coût, de 
Bretagne, fol. 102, V°. — Voy. Appens.) 

On a réuni appenser et enpenser, parce que la 
difîérence de la préposition initiale n'en opéroit 
aucune dans la signification de ces deux verbes, soit 
qu'ils désignassent la pensée, ou l'idée, le dessein, 
le projet formé d'après la pensée. « Se aucuns gens 
« avoient enpensé h aler tuer un bons, etc. » (Ord. 
T. I, p. 134.) 

Cuer orgueilleux veult trop estre honoré, 

Et si ne veult à nullui faire honneur. 

Tout est bien fait quanqu'il a cmpensé; 

Ce qu'autrui fait lui semble deshonneur. 

Eust. Desch. poës. MSS. p. 125, col. 4. 

La preuve que cette acception A'enpenser étoit 
aussi celle à'appenser, alongeroit inutilement cet 
article. On le terminera en remarquant que dans le 
sens de penser, peser ses idées, peser, examiner les 
raisons de faire ou de ne point faire une chose, de 



la juger bonne ou mauvaise, fausse ou vraie, 
le verbe appenser, h la différence d' enpenser, étoit 
plus ordinairement réciproque. " Ele s'apensa 
« d'une grant Iraïson comme malicieuse. » (Rom. 
de Dolopathos, ms. du R. n° 753i, fol. 293, V" col. 2.) 

Lors s'assist sor l'esponde (1) et tint le chief embron (2); 
Lors s'dptvîsse et porponsse à oui dira son bon. 
Fabl. MS. du R n- 7218. fol. 347, V- col. i. 

Quand bien m'apense, 

Il ne me semble pas par m'ame, 
Qu'amans Hons, n'amoureuse Dame, 
Puist avoir greignor joie au monde 
Que d'amour, quant el s'i habonde. 
Poi-s. i. la suile du R. de Fauvel, MS. du R. n" 681i, fol. 1, V col. 1. 

VARIANTES : 
APPENSER. Ane. Coût, de Bretagne, fol. 102, V". 
Apanser. Fabl. MS. du R. n» 7615, T. II, fol. 126, R» col. 1. 
Apenser. Ane. Poët. Fr. MSS. avant 13()0, T. IV, p. 1368. 
Apensser. Fabl. MS. du R. u« 7218, fol. 3i7, V» col. 1. 
Empexser. Eust. Desch. Poës. MSS. p. 125, col. 4. 
Enpenser. Cléomadès, MS. de Gaignat, fol. 59, V» col. 2. 

Apperceii, participe. Connu par quelques 
qualités éminenles. Ce participe apperccu, dont 
l'acception générale et figurée étoit la même que 
celle du verbe apercevoir, avoit une signification 
absolue, toutes les fois qu'en parlant d'une per- 
sonne dans laquelle ou apercevoit, on connoissoit 
des qualités éminentes, on disoit qu'elle étoit 
apperçue, connue par son intelligence, sa prudence, 
son courage, son intrépidité, etc. 

Mes Theseus les ot veu3 
Qui vassauz ert aperceus. 
Cinq batailles issir en fait, etc. 

Athis, MS. fol. 99, V- col, 2. 

Il est sages, aperceus. 

Si ne vuet pas estre déceus. 

Fabl. MS. du R. n' 7615, T. II, fol. 134, R- col. 1. 

Luxure est un péohié ; qui trop s'y laisse vivre, 
Si vit jusques à la mort à paine sans délivre... 
David et Salomon en furent si deceu. 
Et maint autre grant homme, et sage et apparceu. 
S. de Meun, Codic. vers 1705-1770. 

Il semble que les Soldats qu'en Franche-Comté 
l'on noitiiwoW, Apperçus (3), soient des Soldats con- 
nus par le patriotisme intrépide et courageux avec 
lequel on les avoit vus servir leur pays et le défen- 
dre. Les trois Bailliages de cette province dévoient 
entretenir trois Légions ou Régimens de cette espèce 
de milice toujours prête à marcher au premier 
ordre ; milice à la vérité peu aguerrie, mais à 
laquelle « on avoit vu autrefois que l'amour de la 
« patrie... avoit inspiré beaucoup de courage. » 
(Pelisson, Ilist. de Louis XIV, T. II, p. 260, 267 et 
268. — Voy. Appercevoir.) 

VARIANTES : 
APPERCEU. S' Bern. Serm. fr. MSS.p. 7. 
Aparceus. Fabl. MS. du R. n» 7615, T. II, fol. 13t. 
Aparceut. S' Bern. Serm. fr. MSS. p. 230. 
Aperceus. Athis, MS. fol. 99, V" col. 2. 
Apercheu. Anseis, MS. fol. 14, R» col. 1. 
Aperzuiz. S' Bern. Serm. fr. MSS. p. 169. 
Apparceu. J. de Meun, Codic. vers 1770. 



(1) châlit ; on le trouve dans Virgile : , „ 

propose in et pronus; Cachet, dans son Glossab-e'clu Chevalier au Ûyipie, ne se prononce pas ; M. Gautier, dans' sa Chanson 
ae tU)land, déclare cette étymologie très difficile, (n- e.) - (3) Paraît avoir ici le sens i'appoincté (Voir c 



Ati!o;is qmtm se regina superbis Aui-ea coynposuit sponda. (n. e.) — (2) penché : Diez 

ir, dans sa Chan 
ce mot). (N. K.) 



AP 



AP 



Appercevable, rtrfj. Apercevable. (Voyez Oudin 
et Monet, Dictionnaire.) 

Appercevance, subst. fém. Faculté d'aperce- 
voir, de sentir, de connoitre. Perception, idée, 
notion, connoissance. Cliose apercevable. 

Les significations du ènbilànWi appercevance sont 
toutes analogues à celles du verbe apercevoir. 
C'est avec raison qu'au premier sens, l'on a dit : 
« Les sens sont l'extrême borne de noslre apperce- 
« vance.... Ils font Irestous la ligne extrême de 
« nostre faculté. » (Essais de Montaigne, T. II, 
p. 472.) 

Chien a grant Icgeresce et grant apercevance. 

Chasse de Gaston Phébus, MS. p. 89. 

Dans le second sens, appercevance désignoit 
l'effet de cette faculté d'apercevoir, la perception, 
l'idée, la notion, la connoissance qu'on prend des 
personnes ou des choses, en les apercevant. (Voy. 
Oudin, Rob. Estienne, Nicot et Monet, Dict.) Ainsi, 
lorsqu'une personne avoit peur d'être aperçue, 
d'être connue, on disoit qu'elle nwoit paor d' aperce- 
vance. (Fabl. MS. du R. n° 7218, fol 330, Y° col. 1. 

— Voy. Appercevement.) 

Quelquefois V appercevance étoit la chose même 
qu'on apercevoit, une chose apercevable. (.Nicot, 
Dict.) « Ce dont nous avons encore veu de nostre 
« temps quelques restes et appercevances en la rue 
» Nostre-Dame, etc. " (Pasquier, Rech. L. i.\, p. 708. 

— Voy. Appercevoir.) 

VARIANTES : 
APPERCEVANCE. Oudin, R. Estienne, Nicot, llonet, Dict. 
Apercevance. Chasse de Gaston Phébus, MS. p. 89. 

Appercevant, ;j«î'f('cijJ^. Qui voit de loin, qui 
voit bien. Qui peut être vu, qui est visible. (Voyez 
Appercevance et Appercevoir.) 

Dans le premier sens, on disoit : « Le Roy qui 
« estoit assez fl;'7J<'/T('i'«H/, leva amont le visaige, 
" et veit venir... les deux Chevaliers. » (Percef. 
Vol. VI, fol. 106, V° col. 1.) 

Celte acception est figurée dans les vers suivans : 

Ll mesengue (1) qui ert molt sage, 

Aperchevaiis et enscgnie ; 

Qui molt estoit de sens garnie, etc. 

Bestiaire, MS. du R. a' 7989, fol. 171, V" col. 2. 

On trouve qu'abstraction faite de l'idée de celui 
qui voit une chose, qui l'aperçoit parce qu'elle est 
visible, le participe appercevant a signifié ce qui 
peut être vu, ce qui peut être aperçu comme visi- 
ble. » Donnant à iceulx deniers blancz telle diffé- 
« rence comme bon vous semblera à faire, et la 
« moins apparcevant que l'en pourra. » (Ord. 
T. III, p. 430. — A^oy. Appercevoir.) 

variantes : 
APPERCEVANT. Percef. Vol. VI, fol. 106, V» col. 1. 
Aperchevant. Bestiaire, MS. du R. n» 7989, fol. 171. 
Apparcevant. Ord. T. III, p. 430. 

Appercevement, subst. masc. et fém. Action 
d'apercevoir, vue, connoissance. On a voulu justi- 



fier un égarement de l'amour dans le philosophe 
Aristote, en disant qu'il avoit été séduit, non par 
Vapersure, par la vue d'une femme, mais par le pen- 
chant de la Nature qui peut égarer la philosophie. 

Donc n'a li maistres, ce me sanble, 
Nule coupe en sa mespresure, 
Quant ne mesprist par apersure, 
Mais par nature droite et fine. 

Alex, et .\ri5t. MS. de S. Geriu. fol. 73, V* col. 3. 

Anciennement, les amans craignoient qu'on ne 
s'aperçût de leur amour, et làchoient d'en dérober 
la connoissance. 

. . . Li proie que sagement 
Me vueiÛe fere enseignement 
Et demonstrer en quel manière 
J'ai joie de ma proiere ; 
Et que ce soit céléement. 
Qu'il n'en soit apercevement. 

Fabl. MS. du R. n" 7218, fol. 205, V col. 1. 

Ils préféroient leurs peines amoureuses à des 
plaisirs pleins iVappercevemens, à des plaisirs dont 
la connoissance échappe rarement à la curiosité 
maligne des médisans. 

A pais ameroie 

Miex grant déduis qui fust lens, 
C'un bien hastié ne feroie 
Tous plain d'appercevemens. 

Ane. Poës. fr. MS. du Vatic. n" 1522, fol. 153. R- col. I. 

On a personnifié la honte ; et pour signifier 
qu'elle redoute la vue, les regards de la curiosité, 
on a dit : 

Honte... portoit une espée 
Bonne, clère et très-bien trempée 
Qu'elle forgea doubteusement 
De soucy d'aparçoijveinenl. 

Rom. de la Rose, vers 16284-16287. 

VARIANTES 1 
APPERCEVEMENT. Ane. P. fr. MS. du Vat. n» 1522, f. 153. 
Ap.\rcoy\'e.ment. Rom. de la Rose, vers 16287. 
ArERCEVE.MENT. Fabl. MS. du R. n» 7218, fol. 205, V" col. 1. 
Apersure. Alex, et .Arist. MS. de S' Germ. fol. 73, V» col. 3. 

Appercevoir, verbe. Apercevoir, voir, ouïr., 
goûter, sentir, connoitre, juger. Percevoir, toucher, 
recevoir. Ou observera que du verbe simple capere, 
prendre, s'est formé le composé latin percipere, en 
françois percevoir. (Voy. Percevoir.) Il semble qu'en 
réunissant à la préposition per la préposition a 
dans apercevoir, l'on indique tout-à-la fois l'objet 
et le moyen de la perceplion. C'est par le moyen 
des sens sur lesquels agissent les objets, que l'àme 
saisit ces mêmes objets, qu'elle en reçoit l'idée, 
qu'elle en prend connoissance. De là, l'usage figuré 
du verbe appercevoir qui signifioit voir, ouïr, 
goûter, sentir en général, connoitre par les sens, 
juger d'après cette connoissance réfiéchie. « Porons 
'< aperzoïjvre par nostre esprueve mismes, cum 
■^ convenaule chose soit, etc. » (S' Dern. Serm. fr. 
Mss. page 3.) « Par la grandesce del pardon, pues 
« aparwivre la grandesce de la veniance. » (Id. 
ibid. page 198.) 



(1) mésange; en bas-lalin »ie:e/i:t(, de l'allemand mcise, avec suffixe, (n. e.) 



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En l'oslol fu plus de douze ans, 
Tant que li Enfes fu jà grans 
Et se sot bien o()eir«îî'o?V (1). 

Kabl. M5. du II. 11' 7218, fol. 151, R' ool. 1. 

Dans une signification relative à la différence des 
sens par lesquels on prend connoissance des per- 
sonnes et des choses, on disoit : « Cil ki aparceut 
«'ont le deleit de l'espiritel vitaille, etc. » (S' Bern . 
Serm. fr. mss. p. -230.) 

Au Roi a dit parole (qyercheue; 
Sire, dist-il, c'est ventés seue, etc. 

Anseis, lis. fol. 14, R- col. 1. 

Par sous le chaperon l'esgarde... 
Si connut bien et aperçoit, 
C'est son mary qui la decoit. 

Fabl. MS. duR'. n" 7218, fol. 163 V col. 1. 

.le ne vos puis de jor veoir. 
Car trop redout ['apercevoir. 

;, Cliaus. Fr. MS. de Berne, n- 389, part. 1, fol. 45, V'. 

Ce même verbe apercevoir, dont on a restreint 
l'ancienne acception figurée, signifioit dans le sens 
propre, toucher, prendre avec la m.ain, recevoir, 
percevoir. « Huit deniers de cens... avoit q{ aper- 
« cevoit chascun an es mesons de Saint Salveor. >> 
(Hist. généal. de la M. de Chastillon, pr. page Gl ; 
titre de 1273.) 

CONJl'G. 

Aperceifii), ind. prés. J'aperçois. (Liv. des Rois.) 
AparceifiV), imp. Aperçois-toi. (Ibid. fol. 32.) 
Aparchut, indic. prêt. Aperçut. (Ibid. fol. 82.) 
Aparçoeve (s'), subj. prés. S'aperçoive. (Rymer.) 
Aperçoif, indic. prés. J'aperçois. (G. Guiart.) 
Apercuit (s'), ind. prêt. S'aperçut. (Liv. des Rois.) 

V.\RIA>TES : 
APPERCEVOIR. Rob. Estienne, Nicot et Monet, Dict. 
Aparcevoir. Fabl. MS. du R. n" 76-15, T. II, fol. -124, V». 
Ap.\rzoivre. S' Bern. Serm. fr. MSS. p. 198, 239, etc. 
Apercevoir. Orth. subsist. — Fabl. MS. du R. fol. 151. 
Aperçoivre. Ane. Poës. fr. MS. du Vatic. n» 1522, fol. 161. 
Apersoivre. Chans. Fr. MS. de Berne, n° 389, fol. 78. 
Aperzoivre. S' Bern. Serm. fr. MSS. p. 17 et 35. 
Aperzoyvre. Id. ibid. p. 3. 
Apparcevoir. Cotgrave, Rob. Estienne et Nicot, Dict. 

Appétence, snbst. févi. Convoitise, appétit. 
(Cotgrave et Oudin, Dict.) 

Appeler, verbe. Convoiter, vouloir, désirer, 
rechercher, demander, etc. On sait qu'au xyi" siècle, 
on affectoit de parler latin en françois. De là, le 
verbe appeler, en latin appetere, qui dans la signi- 
fication de convoiter, vouloir, désirer, rechercher, 
demander, etc. désignoit l'effet de toute espèce de 
sentiment par lequel l'âme est invitée à satisfaire 
un besoin physique ou moral. Il ne se dit plus que 
d'un appétit dont la cause est physique, comme en 
ces phrases. >■ L'estoma£ appelé les viandes; la 
« femelle appelé le mâle. » (Voy. Appétisser.) 

VARIANTES : 

APPÉTER. Orth. subsist. - J. Marot, p. 72. 



ApéTEr. Gloss. de Marot. — L'Amant ressusc. p. 75, 
Apetter. Du Bellay, Mérn. piéc. justif. T. YI, p. 311. 

Appétisser, verhe. Inviter à manger, mettre 
en appéfit. On excite l'appétit des oiseau.x qu'on 
veut faire chasser, en leur donnant « desestouppes 
» couvertes de chair, en forme de pillule.... Parce 
« moyen seront rendus plus sains, plus appetissez, 
'• plus avides, plus légers et plus promps à la 
" proye. » Budé, des Oiseaux, fol. 120. — Cotgrave 
et Monet, Uict. — Dict. de Trévoux. — V. Appéter.) 

Appétit, subst. masc. Convoitise, volonté, désir, 
besoin. On a déjà observé qu'en général V appétit 
est l'effet d'un sentiment qui invite l'àme à vouloir 
et à rechercher la satisfaction d'un besoin physique 
ou moral. (Voyez Appeter.) Quoiqu"rt;;/;t7/^ subsiste 
dans le sens de convoitise, désir, il ne signilieroit 
plus la volonté, le désir de voir une personne qu'on 
aime. 

Et Moigne, et Clerc, et Prestre, ly Grands et ly Petit 
De veoir leur Patron avoient aypétil. 

Ger. de Roussillon, MS. p. 201. 

Dans le sens oîi l'on dit que l'honneur veut 
qu'on se venge d'une parole outrageante, on disoit 
figurément : 

Combien voit-on de dangers courir 
Pour quelque bruit d'un faux raport qui vole ! 
Combien voit-on dliommes braves mourir 
A l'oppvlit d'une seule parole! 

Poés. à la suite des Dialog. de Taliureau, fol. 191, R'. 

On dit encore à l'appétit d'un écii; expression 
adverbiale dans laquelle appétit signifie la volonté, 
le désir, le besoin d'épargner un écu. 

Anciennement le besoin de vomir, comme le 
besoin de manger, étoit désigné par le mot appétit. 
On disoit, appétit de vomir. (Voy. Rob. Estienne et 
Nicot, Dict.) « Les Chevaliers qui n'avoient mangé, 
« et qui le travail du Tournoy avoient souffert, 
« dévoient bien avoir appétit de manger. » (Percef. 
Vol. V, fol. 108, R°col. 1.) 

Enfin, l'acception générale à'appétit étant parti- 
cularisée, ce mot a signifié seul et signifie encore le 
besoin, le désir de manger. Montaigne ne sentoit 
jamais le besoin de manger qu'en se mettant à table. 
« Pour moy (dit-il) je ne mange jamais trop tard : 
« Vappétil me vient en mangeant, et point autre- 
« ment. Je n'ay point de faim qu'à table. » (Essais 
de Montaigne, T, III, p. 341. -- Voy. Appetitif.) 

L'insatiabilité de nos désirs est si naturellement 
exprimée par ces mots l'appétit vient en mangeant, 
qu'on en a fait un proverbe dont on a cru que 
Jacques Amyot, évêque d'Auxerre, étoit l'auteur. 
On raconte qu'ayant paru d'abord ne désirer rien 
de plus qu'un Bénéfice qu'il obtint, il demanda 
ensuite l'évéché d'Auxerre; et que le Roi l'ayant 
plaisanté sur l'accroissement de ses désirs, il ré- 
pondit: Sire, l'appétit vient en mangeant. (Voyez 
Dict. de Trévoux.) Mais l'abbé Lebeuf croit qu'Amyot 



(1) Le sens juger du latin percipere permet de rendre compte de ce vers. Mais il est difficile d'expliquer la locution 
s'apercevoir de, qui, du sens de voir scn, a passé au sens de remarquer: on en trouve des exemples dans la Chanson de 
Roland : « Li amiraiz auquesi s'en aperceit. » Le verbe, neutre, aura ensuite pu s'adjoindre le pronom réfléchi, comme se 
taire, se pâmer, etc. (n. e.) 



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n'est intéressé pour rien dans ce proverbe, « en 
« mangeant V appétit vient, comme dit l'évêque 
« d'Auxerre. " Cet évéque d'Auxene lui paroit être 
Philippe de Lenoncourt qui fui longtenis appelé en 
Cour l'Evêque d'Auxerre, depuis la résignation qu'il 
avoil faite de cette prélature, et qui accumula grand 
nombre de bénéfices. (Voyez Hist. ceci, et civ. 
d'Auxerre. T. I, p. G'(5.) Au reste, l'intempérance 
des désirs est si naturelle à l'homme, qu'il n'en est 
presque aucun dont le cœur n'ait senti que l'appétit 
vient en mangeant. On ne voit donc pas trop pour- 
quoi ce proverbe seroit plus propre à Philippe de 
Lenoncourt qu'à Jacques Amyot. Une chose qui 
paroit plus vraie, c'est que l'un dé ces deux évèques 
d'Auxerre, et peut-être tous deux ont répété ce 
qu'avant eux nombre de personnes auroient pu dire 
aussi raisonnablement que l'avoit dit Angeston. 
(V. Rabelais, T. 1, p. 27.) Si l'on en croit Le Duchat, 
« Angeston est Jérôme le Hangest, Docteur de Paris 
« et grand Scholastique. » Rabelais, qui semble le 
désigner comme auteur du proverbe, Yappétit vient 
en mangeant, prouve évidemment qu'il n'y a pas 
plus de raison d'en attribuer l'origine ù Philippe de 
Lenoncourt qu'à Jacques Amyot, puisqu'il écrivoit 
plusieurs années avant que l'un et l'autre fussent 
évèques d'Auxerre. 

VARIANTES : 
APPÉTIT. Orth. subsist. - Géi'. de RoussiUon, MS. p. 201. 
Apétit. Poës. à la suite des Dialog. de Tahureau, fol. 191. 

Appetitif, adj. Convoiteux, désireux, concupis- 
cible. Appétissant. Dans le premier sens, on a dit : 

Pourquoy sont-ilz d'honneur appetitifz? 

C.onliedilz de Songecreiix, fol. 106, R". 

La faculté appétitive (1) de l'âme est ce qu'en style 
dogmatique, on nomme appétit concupiscible. (Voy. 
Gotgr. Oudin et Monet, Dict. — Dict. de Trévoux.) 

On connoît l'espèce de métonymie par laquelle le 
substantif appétit a désigné et désigne encore cer- 
taines choses qui donnent de Yappétit et l'excitent. 
Delà, vraisemblablement l'adjectif appetitif ([ui, 
dans un sens analogue à celui du verbe appctisscr, 
signifioit appétissant. (Gotgr. Dict. — V. Ai-petisser.) 

Appiéceter, verb. Rapiéceter. Mettre des pièces 
à du linge, à des habits, etc. (Gotgr. Dict. — V. Pièce.) 

Appigner, verbe. Exhausser un mur, un bâti- 
ment, une maison. On observera que dans les 
Coutumes de trois bailliages de Lorraine, lit. xiv, 
des Servitudes, le verbe rehausser paroit relatif au 
verbe appigner dans les Coutumes de lévêché et 
comté de Verdun, tit. xv, des Servitudes. « Quand 
« aucun édifie et dresse mur qui soit mitoyen à kiy 
« et à un autre, celuy qui n'édifie pas et qui a 
« moitié audit mur, doit contribuer à la reédifi- 
« cation dudit mur, tant en fondement que jus([ues 
« à la hauteur de la closture; et au résidu, s'il ne 
» veut contribuer, l'autre... peut réédifier ledit mur 
« et y faire veue au-dessus, de hauteur de closture. 



« Et neantmoins si l'autre en après veut réédifier 
« et appigner, il le peut faire et s'aider dudit mur 
« en payant la moitié des frais et dépens qui 
« auroient esté faits pour réédifier ledit mur, et 
« doit celuy qui a premier réédifié, boucher ses 
« veues. » (Nouveau Coût. gén. T. H, p;ige 433.) 
Lorsque dans l'Ancien Goût. gén. T. Il, p. Î701, on 
lit que « si de plusieurs voisins, l'un veut bastir 
« pour mieux ou plus commodément se loger, il lui 
« est loisible de contraindre par justice ses voisins 
« de contribuer aux fraiz de la réparation de murs 
« communs; que s'il veut les reliaulser plus qu'à 
« leur hauteur première, faire le doit à ses fraiz, 
« en y faisant faire pour tesmoignage de ce fenestres 
» de maçonnerie qu'il sera néanmoins tenu d'es- 
» toupper, si le voisin voulant se servir de ladite 
« rehausse, offre contribuer aux fraiz, » on aperçoit 
la relation du verbe reliaulser au \evhe appigner, 
exhausser un mur, un bâtiment, une maison. Cette 
acception du verbe appigner, paroit d'autant plus 
vraie qu'elle est analogue à une origine assez pro- 
bable du substantif pigîion (2). (Voy. Pignon.) 

Appigrets, subst. inasc. Chose où l'on grappille. 
Les alfaires qui appartiennent à la Chambre des 
Comptes étant comparées par Rabelais à des plants 
de vignes, mettre ou remettre une grappe sur le 
pressoir, c'éloit mettre ou remettre une affaire sur 
le bureau. Pour signifier qu'on tiroit de l'afTaire 
peu de gain, peu deproflt, qu'ilyavoit peu de chose 
à gagner, à grappiller, Gaigne-beaucoupdisoit qu'on 
ne trouvoit pas grand appigrets [3] dans la grappe. 
(Voy. Rabelais, T. V, p. 73.) Ce mot que Rabelais a 
sans doule forgé d'après sa fantaisie, et dont Got- 
grave altère l'orthographe, en écrivant appigrès, 
ne désigne aucune chose à l'usage des pécheurs. 
C'est une méprise de Golgrave qui l'explique en ce 
sens. Il ne s'agit point de pêche dans Rabelais, mais 
de vendange. Ainsi, le mol appigrets paroit signifier 
chose où l'on grappille, le gain, le profit qu'on tire 
d'une afl'aire comparée à une grappe de raisin dont 
on exprime la liqueur en la pressurant. On soup- 
çonne que dans une signification relative à l'accep- 
tion figurée â'appigrets, gain, profit, le sobriquet 
Apigratis aura désigné un Cuisinier qui grappille» 
qui fait de petits profits injustes. (Voy. Apigratis.) 

VARIANTES : 
APPIGRETS. Rabelais, T. V, p. 73. 
Appigrès. Cotgrave, Dict. 

Applauier, verbe. Aplanir, planer, doler, raser. 
Polir, rendre doux au toucher. Caresser du plat de 
la main, tlatter, adoucir, apprivoiser, accoutumer. 

La signification propre d'applanier est aplanir, 
égaler fa surface de certaines choses en les planant, 
en les dolant. « Prenés un billot qui ayt un demy- 
« pied de long, et l'aplanés à un bout, pour, etc. » 
(Modus et Hacio, fol. 83, R°. — Voy. Plamer.) Dans 
le Dict. lat. fr. ms. qu'a publié le P. Labbe (Etym. 



(1) « Selonc Arislote, cinc puissancf-s ou parties de l'àme sont, c'est assovoir la veg. tative, la spnsitive, Vappetitive, 
l'intellective, la motive. » (Oresme. thèse de Meunier.) (n. t.) — (2) On p mrr àt remontir jusqu'au latin pJHim, créneau. (N. K.) 
— (3) N'y aurait-il pas là le mot apis, abeille ; appigrets signifieri.it alors ce que l'abeille a Ijutiné. (n. e.) 

II. ' 9 



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fr. p. 498), le verbe latin dolare est rendu par le 
françois uplaigner, le même qu'aplaner dans les 
vers suivans : 

. . . L'un des arcs esloit de bois, 

Tout cornu et mal aplani:. 

Tout plaiii de neuds et mal tourné. 

Rom. de la Rose, vers 925-927. 

C'est relativement à l'idée d'une surface plane et 
égale, qu'applanier a signifié raser une ville, raser 
les murs d'une forteresse. » Frai de Jérusalem 
« cume fait l'ai de Samarie... Si la destruirai, aba- 
« ferai e aplanierai, si cume l'un sultplanier tables 
c< de graife. » (Livres des Rois, jis. des Cordel. 
fol. 149, R" col. I.) 

Cilz de hors sont au mur monté, 
En pluseurs lieux l'ont effondré ; 
Après ont tout aplanie, 
Fossé et mur égaiUié ; 
Puis passèrent tout plainement. 

Rom. du Brul, JIS. fol. 48, V" col. 2, et 49, R" col. 1. 

On conçoit que ce verbe ait pu désigner plusieurs 
autres idées aussi relatives à celle d'une surface 
plane et polie; surface qu'en même temps il peint 
douce au toucher. Tel est par comparaison le poil 
du cbevreuil, lorsqu'il n'est point hérissé. « Quant 
« il fuit au commencement devant les chiens, il 

» fuit... tout héricié Quant il a fouy longue- 

>' ment, il fuit le poil tout aplaignié, et n'est point 
<• héricié. » (Chasse de Gaston Phébus, ms. p. 39.) 

Peut-être faisoit-on allusion ii l'idée d'une chose 
douce au toucher, lorsqu'en parlant d'un jeune 
Prince dont on avoit soigné la parure en le 
peignant, en le baignant, en le parfumant, ondisoit 
qu'il étoit aplanoiié. 

Lavés fu et aplanoucs, 
Et atournés si coume cil 
Qui fius estoit à Roi gentil. 

Ph. Mouskes, MS. p. 508. 

Quoi qu'il en soit, applanier exprimoit en géné- 
ral l'effet de l'action douce et coulante du plat de la 
main sur la télé d'un enfant, sur le poil d'un chien, 
d'un cheval, sur le plumage d'un faucon, etc. 
lorsque dans la signification, caresser du plat de la 
main, flatter, on disoit : « Comme ladite nourrisse 
" eust respondu que c'estoit une fille.... la Déesse 
" lielene la print et luy applania le chef aucune 
« espace, puis la rendit à la nourrisse. » (J. Le 
Maire, lllustr. des Gaules, liv. n, p. 261.) « Fist 
>■ aplainier, et grater, et tirer le lévrier par le col- 
« lier... mais il ne se bouga. » (Chasse de Gast. 
Phébus, MS. p. 91.) « Quant le cheval.... sentit sa 
" main qui luy aplanijoit son doz, etc. » (Percef. 
Vol. 11, fol. 45.) « 11 vint h son destrier qu'il apla- 
>> niait doucement, et mist le pied en l'estrief. » 
(Hist. de B. du Guesclin, par Menard, p. 370 et 371.) 

Le ceval forment convoitoit ; 
Souvent l'acole et aplanie, 
Et le ceval si bel manie, 
Por un poi ne le vait baisant ; 
Il vit le ceval si plaisant. 

Ane. Poft. Fr. MSS. avant 1300, T. IV, p. 1350. 

il aplanie, 

Il li fait chiere trés-Ue, 

Que li faucons bien apperçoit 

Que son service en gre reçoit. 

G. Macliaul, PoCs. MSS. fol. 207, R- col. 2. 



Par cette manière de caresser les oiseaux et au- 
tres animaux, ils s'adoucissent et s'apprivoisent. 
De là, le verbe applanier signifioit apprivoiser, 
quelle que fût la façon d'apprivoiser, d'accoutumer 
un oiseau ou autre animal, à être docile à la volonté 
de l'homme. En parlant du faucon, l'on disoit : 
" Qui a ung faulcon nouvel... lui doit faire geclz de 
« cuir de cerf mol et une laisse de cuir, laquelle doit 
« estre attachée au gant; et doit eslre pendue une 
« petiic boiiclele à une petite cordelele, de laquelle 
« on doit mener et aplainer le faulcon souvent. » 
(Modus et Racio, fol. 59, V".) 

Sobresse duit les faulcons et affete ; 
A hault voler les duit et apla»ie. 

Al. Cliartier, Poës. p. 592. 

On adoucit les hommes, on les apprivoise, on les 
accoutume à tout, même à la douleur, en les trai- 
tant comme l'on traite certains animaux, en les 
caressant, en les flattant. De là encore, l'acception 
générale et figurée à'applanier, caresser, flatter 
l'humeur d'un homme, sa fierté, sa passion, sa 
douleur. « 11 ne faisoit sinon dire : Chevalier 
« malheureux ! Adonc l'allèrent applanier qu'ilz le 
« firent monter sur son cheval. » (Percef. Vol. I, 
fol. 156, R°col. 1.) 

Espoir par fois le vient applanier. 

Œuv. de Rog. de CoUerye, p. 166. 
Deus ! ki sauroit com norrist et aplaigne 
Amors tous ceux ke ne sont entaichié 
De fauceteit, ne de boise enpirié ; 
Pouc puet prixier dolor ke l'an avaigne. 

Chaus. Fr. MS. de Berne, n- 389. part, n, fol. 44, Vv 

. . . Tant n'el sot aplanoier 
K'il vosist Gormont renoiier. 

Ph. Mouskes, MS. p. 367. 
.... Ceaus qui sevent losengier. 
Ne les Seigneurs uplanier, etc. 

Alars de Comliray, Moral. MS. de Gaignat, fol. 165, V col. 3. 

Costume est de traître de que redote aplaigne. 

Hist. de Job, envers, MS. de Gaignat, fol. 133, V toi. 1. 

Enfin quelle que fût la manière de flatter la sen- 
sibilité raisonnable ou déraisonnable d'un homme, 
ou la comparoit visiblement à la manière de cares- 
ser certains animaux, tels que le chat, le chien, etc. 
puisqu'on disoit : 

. . . Bien lo sauroiz aplaignier 
Si con l'an aplaigne lo chat. 

Rom. de Perceval, MS. de Berne, n" 354, fol. 244, R- col. 2. 

C'est proprement une caresse du plat de la main 
que désigne le verbe applanier employé substanti- 
vement dans les vers suivans : 

. . . Trop plus douche est la bature 
Dou poing qu'on aime par nature, 
Que d'un fauls li aplaniicrs 
Qui est de llater raaniiers. 

Hist. de Job, en vers, MS. de Gaignal, fol. 174, R' col. 1. 

VARIANTES : 
APPLANIER. Percef. Vol. 1, fol. 156, R»col. 1. 
Aplaigneu. Rom. de Perceval, MS. de Berne, n»354. f. 244. 
Aplaignieh. Uom. de Perceval, ubi supra. 
Aplainer. Eust. Desch. Poës. MSS. p. 994. 
Aplaingner. Chasse de Gast. Phébus, MS. p. 99. 
Aplaingnier. Estiubert, Fabl. MS. du R. n» 7996, p. 85. 
Aplainier. Chasse de Gast. Phébus, MS. p. 91. 
Aplmnxer. Fabl. de Morel, MS. de N. D. fol. 7i. 
Aplainnoier. Ibid. fol. 72, R» col. 1. 
Aplaner. Rom. de la Rose, vers 926. 



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Aplanier. Livres des R. MS. des Cordel. fol. 149. 
Aplaniier. Hist. de Job, eu vers, MS. de Gaignat, fol. 174. 
Apl.\noier. Ph. Mouskes, MS. p. 367. 
Aplanoiier. Id. p. 508. 
/Vplanoyer. Cotgrave, Dict. 

Aplanyer. Gace de la Bigne, des Déduits, MS. fnl. 76. 
Applaigner. Rom. de la Rose, vers 7302. 
Applanoyer. Rom. de la Rose, vers 7802. 
Applanyer. Ibid. vers 17267. 

Applanieur, snbst. masc. Aplaneur. Ancienne- 
meiil, tout homme dont l'occupation étoit d'aplanir 
des choses inégales, se désignoit par le mot appla- 
nieur. (Voy. Cotgrave et Nicot, Dict.) On observera 
néanmoins d'après Nicot, que ce mol ap/)la7iieiir. le 
même qu'appUmisseur, a signifié plus particulière- 
ment un ouvrier que dans les manufactures de 
couvertures et de draps, on nomme encore apla- 
neur; par la raison peut-être qu'en faisant venir 
avec des chardons la laine aux couvertures et aux 
draps, après la première tenture, il les aplanit et 
les rend doux à la main. (Voy. ArrL.\NiF,R et Ai-pla- 

NISSEUR.) 

Applanir, verbe. Polir, rendre brillant. (Voyez 
Applanissrmknt et Applanisseur.) On ne trouve le 
verbe applanier avec la signification de notre 
verbe applanir, qu'en remontant à l'origine de no- 
tre langue. (Voy. Applanikr.) Peut-être (\u applanier 
n'étant plus connu qu'avec la signification de cares- 
ser, flatter, les Auteurs du xvi* siècle éprouvèrent 
le besoin du verbe applanir, et crurent en être les 
créateurs, avec d'autant plus de vraisemblance 
qu'avant eux il paroit avoir été d'un usage très- 
rare. C'est relativement aux choses qu'on rend bril- 
lantes en les aplanissant, que le verbe applanir a 
signifié rendre brillant , polir , comme l'ancien 
verbe applanier signifioit polir, rendre doux au 
toucher. 

Si eut avecques ce Richesse 

Ung cadre d'or mis sur sa tresse... 

De pierres estoit fort garni 

Précieuses, et aphuuj (1). 

Rom. de la Rose, vers 1098-1103. 

VARIANTES : 
APPLANIR. Cotgrave, Rob. Estienne, Nicot et Monet, Dict. 
Aplanir. Orth. subsist. — Rom. de la Rose, vers 1103. 

Applanissement, subst. masc. Aplanisse- 
ment. L'action d'aplanir, de polir. (Voy. Cotgrave, 
Bob. Estienne, Nicot et Monet, Dict.) Il paroit que la 
formation du iv\\)s,l-AnV\Uipplanissement est relative 
au commencement ou au renouvellement de l'usage 
du verbe applanir. (Voy. Applanir.) 

VARIANTES : 
APPLANISSEMENT. Rob. Estienne et Nicot, Dict. 
Applanisement. Cotgrave, Dict. 
Applanissemant. Monet, Dict. 

Applanisseur, subst. masc. Aplaneur. L'ac- 
ception générale et particulière à' applanisseur étoit 
la même que celle à'applanieur. (Voy. Nicot et 
Monet, Dict.) Ainsi la différence de ces deux mots 
n'est que dans la terminaison ; l'une analogue à 



celle du verbe applanier, et l'autre à celle du verbe 
applanir. (Voy. Applanieur.) 

Applatir, verbe. Faire tor.:!'^" tout à plat, éten- 
dre mort par terre. Le verbe applatir dont on con- 
noit l'acception usitée, a signifié faire tomber tout 
à plat, étendre mort par terre, ;'( plate terre. « Tant 
« de Lombars... t'eurent fl/^/;/«//,s et estendus, que... 
« on eust peu dire que guerre atîamée avoit illec 
« faict une repeue. » (J. d'Auton, Annal, de 
Louis XII, an. 1499-1501, p. 37. — Voy. Platir.) 

Applatissement, subst. masc. Aplatissement. 
L'action d'aplatir, de rendre plat. (Cotgrave, Dict. — 
Voy. Applatir.) 

Applaudir, verbe. Rendre favorable. Flatter en 
donnant des claques. Quelques Elymologistes 
croient avec assez de vraisemblance, que le verbe 
simple plaudere, d'où le composé applaudere, en 
franç.ois applaudir, est un mot formé à l'imitation 
d'un bruit auquel on a comparé celui du battement 
de mains, signe ordinaire d'approbation et de 
faveur. De \h, notre verbe applaudir a signifié et 
signifie encore approuver, favori^-er. Mais on ne 
diroit plus qu'un \\omme cowp-AhXe uplaudit son fait, 
lorsqu'il le rend favorable, en alléguant des choses 
propres à le soustraire à la rigueur de la Loi. 
« Thomas dist qu'il l'avoit frappé d'une fourche de 
« bois, combien que en vérité il n'en feust riens : 
« mais le dist pour aplnudir et coulourer son 
" fait. » (Lett. de grâce, an. 1391 — Voy. D. Car- 
pentier, Suppl. Gl.'lat. de Du C. h Applausivus.) 

Il semble qw'ap/ilaudir, dans le sens de flatter, 
désigne le bruit que l'ait la main sur le dos d'un 
chien qu'on flatte en lui donnant des claques, en le 
frappant légèrement sur le dos. « Il doit approcher 
X son limier, Yapplaudissnnt de la main et luy 
« donnant queUiuc friandise ; puis l'exciter et par- 
« 1er à luy. » (Fouilloux, Vén. fol. 113, V°.) 
variantes : 

APPLAUDIR. Orth. subsist. - Fouilloux, Vén. fol. 113, V°, 

Aplaudir. D. Carpentier, S. Gl. 1. de D. C. à Applausivus. 

\pp\sins,ement, subst. masc. Applaudissement. 
(Voy. Applaudir.) « Ne cherchons honneur ny ap- 
» plausement des hommes, mais la vérité seule. » 
(Rabelais, T. II, pag. 178. — Voy. Plaudissement.) 

Applégenient, subst. masc. Complainte, action 
possessoire. La raison pour la([uelle applégenient, 
dans le sens général cautionnement, caution, a 
signifié complainte, action possessoire, est que dans 
les cas où la Loi aulorisoit l'action possessoire, la 
complainte, il fatloit que la Partie complaignante 
?>'aplilérieât,(\n'el\e donntàt une caution, sans la- 
quelle la Partie adverse restoit saisie. (Voy. Applé- 
GER.) Mais la caution de poursuivre le plait, une 
fois donnée par le Demandeur en complainte, il 
obtenoit la saisine qu'on ôtoit au Défendeur, à 
moins qu'il ne donucàt aussi caution, qu'il ne se 



(1) De l'existence du participe aplany, il ne faut pas conclure à celle d'aplanir ; la rime a bien pu amener la formation de 
ce participe, (n. e.) 



AP 



— 68 — 



AV 



contr'applégeât. Ainsi les complaintes, en deman- 
dant et en défendant, furent nommées rt/jy^/('Y/'''"<'«s 
et conlr'applcfjcniens, parce qu'il y avoit une cau- 
tion réciproiiue, au moyen de la(|uelle, la chose 
litigieuse éloit séquestrée en main de Justice. (Voy. 
Contu'ai'flégement.) 

Anciennement, icipplcger, se compla'nidrc d'avoir 
été dessaisi de choses dont on ^ avoit été an et jour 
« en sezine pcsiblement, c'étoit s'appléger, se 
« comphiindre de nouvelle dessaisine. » On venoit 
à son Sei;jneuret on lui disoit : " Sire, uns riche 
« ou tit>x hons est venus à moy d'une meson, ou 
« de pré, ou de vignes, ou de terres, on de cens, ou 
« d'autres choses, et m'a desseisi de nouvele des- 
« sesine, que je exploitié au seu et au veu , en 
« servage de Seigneur jusques ii ores, que il m'en 
a a dessaisi à tort et ù force dont je vous pri que 
" vous prengniez la chose en vostre main. » Il falloit 
dès-lors « mettre pleiges à poursuivre le plet; » 
autrement la Partie adverse resloit saisie de la 
chose conteutieuse. Si le demandeur en complainte 
donnoit caution, s'il « mettoit pleiges bons et souf- 
» fisans, selon ce que la querele étoit grande, » sa 
Partie étoit mandée par le Seigneur qui lui disoit : 
« Cil a mis bons pièges qu'il est dessesi à tort et à 
« force de tele chose ... je vuel syavoir se vous 
« meltrés pièges au deiïendre. » Dans le cas où le 
Défendeur en complainte refusoitde « mettre pièges, 
« de se coiitr'ajipU'gev, » le Demandeur avoit la 
saisine de la chose conteutieuse, « pour les pièges 
« qu'il y avoit mis. » S'il répondoit au contraire: 
« Je i mettre bons pièges au deffendre . . . que ce 
« est ma droiture, la .Justice devoit mettre jour aus 
« deus Parties et tenir la chose en sa main jusques 
t> à tant que liquiex que fust, eust gaigniée la sai- 
« sinne par droit. » (Voy. Ord. T. I,"p."lâ7 et 158. 
— Beaumanoir, Coût, de Beauvoisis, p. 167.) 

On pouvoit être dessaisi à tort, sans être dessaisi 
à force ; c'est-à-dire que l'injustice dont on se com- 
plaignoit en cas de nouvelle dessaisine, n'ètoit pas 
toujours accompagnée de violence. De là, Beauma- 
noir aura distingué ce qui paroit confondu [ubi 
supra, chap. lxv des Etablissemens de S' Louis), en 
séparant la nouvelle dessaisine à tort de la nouvelle 
dessaisine à force qu'il nomme le casde force. Cette 
distinction est d'autant moins essentielle, que le 
cas de force étoit au cas de nouvelle dessaisine ce 
que l'espèce est au genre; puisque de l'aveu même 
de Beaumanoir, « nule tele force n'estoit sans nou- 
a vêle desezine. Aussi se complaignoi! on de nou- 
« velle dessaisine dans le cas de force : mais lorsque 
« forche avoit été fête à le dessaisine , c'est-à-dire, 
« lors(iu'on avoit été dessaisi a grant planté de 
« gent ou à armes, si qu'on n'i osasl estre pour 
« paour de mort, on pouvoit le mettre avant en son 
« clain, dans sa complainte de nouvelle dessaisine. » 
(Voy. Beaumanoir, Coût, de Beauvoisis, p. 37, 167.) 
Alors, la complainte ou l'action possessoire étoit à 
la fois civile et criminelle. 



Enfin les •< complaintes de nouvelle dessaisine à 
'< tort et à force dévoient être applegiées, » par la 
raison ((u'eu celte matière il y avoit « condamnation 
" de dépens. » Quoique Ragueau, dans son Indice 
des Droits royaux , cite en preuve du contraire, 
" l'arreslde la Dame de Vierzon contre l'Abbé de 
« Foucombaut (1), es Enquestes du Parlement de 
« Toussaints 1275, » il semble qu'on n'en doive con- 
clure autre chose, sinon que cet Arrêt n'ètoit pas dans 
les principes de l'ancienne Jurisprudence établie 
par S' Louis. « Quar droit est qui fait autre dessai- 
« sir, et il li met sus que il l'a dessesi à tort et à 
« force et il perd la querèle, il doit rendre à l'autre 
« partie ses coûts et ses despens, pour ce que il l'a 
« fet dessaisi!', et pour ce en prend l'en les pièges. » 
(Ord. T. I, p. 158. — Voy. Laurière, Gloss. du Dr. 
Fr. T. I, p. 55 et 56.) 

On avoit les mêmes raisons d'o])server la forma- 
lité de Yajiplégement Qldu contr'applégemenl, pour 
la « complainte de nouvelle eschoite : » complainte 
par laquelle un héritier se reconnoissant dessaisi 
par l'usurpateur d'une succession, demandoil à être 
mis en possession et saisine des héritages dont étoit 
« mort saisi puis an et jour » celui à qui il avoit 
droit de succéder. » Quant aucun va de vie à tres- 
« passement, et celuy qui doit estre héritier, est 
« empesché es choses de la succession, ou en géné- 

« rai ou en particulier; s'il veut, il peut 

» venir devers le Seigneur, son Seneschal ou Ser- 
« gent du Baillage dont les choses sont sujettes, 
« dedans l'an après la mort du detTunt du quel il 
■< se dit héritier, et déclarer comment il est pro- 
« chain parent et héritier dudit deffunt , et à luy 
« appartient à venir et eslre l'eceu à la possession 
« et saisine des biens dont étoit mort ledit deffunt 
« vêtu et saisi puis an et jour .... et suffit s'il dit 
« par certains degrés et moyens a declairer en 
« temps et en lieu, et que pour ce soy s'applege de 
« nouvelle succession ou eschoite, contre tous ceux 
« qui opposer ou contr'appleger se voudront. » 
(Ane. Coût, de Poitou, chap. xvin.) Lorsqu'il y avoit 
« applégement et contr'applégement, la chose con- 
« teutieuse étoit mise en main de Cour. » (Voyez 
Laurière, Gloss. du Dr. Fr. T. I, p. 55-58.) 

En comparant le chapitre xvmdela très-ancienne 
Coutume de Poitou avec le chapitre iv du Livre II 
des Etablissemens de S' Louis, on pense que « de- 
« mander sésine d'héritage » signifie la même chose 
que s'appléger de nouvelle eschoite. « Quiconques 
« demande sesine d'héritage, il le doit demander 
» en tèle manière: Mon père ou mon frère, mon 
« cousin ou mon parent morut sesis et vestus, 
« tenans et prenans, ploians et desploians tenant 
» de Seigneur, et à ilel temps, que il ala de vie à 
" mort, et morut en paisible sesine, sans suite de 
« nului et de tel héritage, .... et est assis en tel 
" sesine, et en tel lieu, et en tel fié , et comme je 
« soie le plus prochains hoirs, et de cèle part, dont 
« li héritage muet, et cil tienne à tort lesdites cho- 



(i) Aujourd'hui Fontgombault, en Berry (Indre). 



AP 



69 — 



AP 



« ses, dont je requiex à avoir la sesine; et bien 
« m'en enlignageray envers luy, se il le me nie, 
« en fesant vers vous ce que je devré, couime vers 
« Seigneur, ou Droit; sçavoir mon , se je le dois 
« avoir ou non. » (Ord. T. I, p. '2i9.) Pi l'on juge 
d'après celle comparaison , que la demande de 
« saisine d'héritage « soit ce qu'on nomme applé- 
gemcnt de nouvelle eschoite dans la très-ancienne 
Coulume de l'oilou, on en conclura que Vapidége- 
ment ou coinplahite de nouvelle eselioite n'étoil pas 
d'un usage moins ancien que Vapplégenient ou 
« complainte de nouvelle dessaisine à tort et à 
« force. » Dans le « cas de nouvelle eschoite, » 
comme dans celui de « nouvelle dessaisine avec ou 
« sans force, » le complaignanl qui s'avouoit des- 
saisi, agissoit pour acquérir la saisine et la posses- 
sion, ou pour les recouvrer. 

Il semble qu'il y avoit aussi dessaisine dans le 
cas du nouveau trouble que Beaumanoir définit en 
ces termes: « Nouviaus troubles si est se je ai esté 
« en sezine an et jour d'une chose pesibiement et 
« l'en m'empeesche .... coume se l'en oste mes 
« vendengeurs ou mes ouvriers d'une vigne ou 
« d'une terre dont j'aurai esté en sezine an et 
« jour, ou en assés autiex cas semblables se sont 
« nouviau trouble .... et ai bonne action de me 
« plaindre si que la chose me soit mise arrière en 
" pésible estât. La procédure en cas de nouveau 
« trouble, comme en celui de nouvelle dessaisine 
« avec ou sans force, devoit se faire selonc l'Esta- 
» blissement le Roy. Quand la complainte ou le 
« clain seur nouviau trouble estoit fait, le Comte 
« ou son Lieutenant devoit contraindre la partie 
« adverse à connoislre ou à nier: mes tant i avoit 
« de délai que se il vouloit, il avoit jour de voue, 
'< et au jour de le veue 11 Quens devoit envoler, et 
« se il treuvoit le lieu dessesi , il le devoit faire 
« ressesir tout à plain avant que il envoiast nules 
« des detl'ences au delfendeur ; et le lieu ressesi , 
•■ les choses dévoient tenir en la main le Comte, et 
« puis connoistre la nouvelle dessesine aprez ce 
« jour de veue. » (Voy. Beaumanoir, Coût. deBeau- 
voisis, p. 1G7.) Peut-être reconnoitra-t-on la pre- 
mière trace de celte procédure en cas de nouveau 
trouble, dans les Elablissemens de S' Louis, liv. II, 
chap. .\u, où on lit: « Quand aucuns est plaintif en 
« jugement d'aucune personne qui est venus à son 
« droit, et à son fié, ou à sa seignorie, à force et à 
« tort d'armes, et.... a portez ou fet porter mes... 
« muebles dont je requier que li lieus en soient 
« saisis entérinement, et mes dommages amender 
« jusques la monstrance de cent livres, etc. » 
(Ord. T. I, p. 289 ) 

Que le nouveau trouble, sous le règne de S' Louis 
et du temps de Beaumanoir, fût une « dessaisine 
« de meubles ou d'autres choses » dont l'enlève- 
ment troubloit la possession d'un an et jour, on 
croit en voir la preuve, non-seulement dans la 
nécessité de saisir ou ressaisir les lieux, des choses 
qui en avoient été enlevées, mais encore dans l'ex- 
pression nouvelle dessaisine, que Beaumanoir sem- 



ble rendre commune au nouveau trouble, en disant 
qu'après jour de vue, les lieux étant ressaisis et les 
choses tenues en la main le Comte, on connoissoit 
la nouvele dessesine. (Coût, de Beauvoisis, iibi su- 
pra.) Il est vrai que dans le cas de nouveau trouble, 
le complaignanl ne se disoit pas dessaisi de la terre, 
de l'héritage même, comme dans les « cas de nou- 
« velle eschoite et de nouvelle dessaisine avec ou 
« sans force: » mais il pouvoit se dire dessaisi de 
choses essentielles à la possession de ce même 
héritage, de cette même terre. Alors Vappléf/emeiit 
ou complainte de nouveau trouble n'éloit point un 
applégemenl ou « complainte en cas de saisine et 
« de nouvelleté ; puisque celuy qui se plaint en cas 
« de nouvelleté, » dit l'auteur du grand Coutumier 
de France, se doit garder de dire qu'il soit dessaisy 
ou despouillé de sa saisine : « car il ne pourroitpas 
« intenter la nouvelleté, s'il ne possédoit ou con- 
« tendoit posséder. » (Voy. G''. Coût, de Fr. liv. n, 
page loi.) 

Quelque générale que soit l'opinion oi!i l'on est 
qu'anciennement le cas de nouveau trouble étoit le 
même que « le cas de saisine et de nouvelleté, » il 
est au moins douteux qu'on puisse la fonder sur le 
chapitre xxxH des Coutumes de Beauvoisis, où est 
défini le nouveau trouble, et sur le chapitre de la 
saisine dans les Elablissemens de S' Louis. C'est 
néanmoins d'après ces deux prétendues autorités 
qu'on taxe l'auteur du grand Coulnmier de France, 
d'en avoir imposé, en disant que Messire Simon de 
Bucy, Premier Président du Parlement de Paris, fut 
le premier qui « trouva et mist sus le casdesaisine 
« et de nouvelleté. » (Voy. Gr. Coût, de Fr. liv. n, 
p. 15G. — Laurière, Gloss. du Dr. Fr. T. I, p. 274.) 
La fausseté du témoignage d'un auteur à peu-près 
contemporain de ce Magistrat , paroissant moins 
démontrée que la réalité de la dessaisine dans le 
cas du nouveau trouble défini par Beaumanoir, on 
croit non-seulement que ce nouveau trouble diffé- 
roit essentiellement de la « saisine et nouvelleté ; » 
mais que le « cas de saisine et de nouvelleté » dont 
l'invention est attribuée à Messire Simon de Bucy, 
par un .lurisconsulte presque contemporain, n'a 
été réellement connu que dans le xiv siècle. On 
vouloit alors trouver dans les Loix Romaines qu'on 
étudioit avecplusd'ardeur que jamais, tous les prin- 
cipes du Droit François et les moyens de le perfec- 
tionner. C'est probablement en abusant d'un prin- 
cipe de ces mêmes Loix Romaines, principe d'après 
lequel « la volonté sulTisoit en certain cas pour 
« conserver la saisine, " qu'on établit pour maxime 
générale que toute espèce de dessaisine, soit de 
choses essentielles à la possession d'un héiitage ou 
d'une terre, soit de l'héritage ou de la terre niême, 
ne seroit plus qu'un nouveau trouble sans dessai- 
sine. Quelle que fût la manière dont on avoit été 
réellement dessaisi, on agissoit non pour acquérir 
ou recouvrer sa possession, mais pour y être main- 
tenu sans trouble ; et cela, sous prétexte qu'on étoit 
resté saisi par l'effet de la seule volonté. On ne 
connut plus dès lorsque « Vapplégement ou corn- 



AP 



— 70 — 



AP 



« plainte de saisine et (le nouvelleté, « parce que 
non seulement dans le cas de nouveau trouble, 
mais dans « ceux de nouvelle eschoile eî de nouvelle 
« dessaisine. » les Parties réciproquement deman- 
deresses et défenderesses, ne se disoient que « trou- 
o blées dans leur saisine ou possession. Quoiqu'en 
« cas de saisine et de nouvelleté, cliascun fust 
« demandeur et défendeur, l'un contredisant à 
« Taiitre en toutes choses, toutefois ceiuy qui avoit 
« faict la complainte, étoil proprement demandeur 
« original et luy falloit grâce et à l'autre non .... 
« Cefuy n'estoit mie légitime contradicteur qui con- 
« tendoil son adversaire posséder; mais convenoit 
" que luy mesmes se dist possesseur ... Il conve- 
« noit que chascun se dist saisi et empesché. » 
(Voy. Gr. Coût, de Kr. p. 151. — Laurière, Gloss. 
du Dr. Fr. T. I, p. 274-ti7C.) 

Il sembloit qu'on lut d'autant plus fondé « à s'ap- 
• piéger, à se complaindre de saisine et de nouvel- 
a leté dans le cas de nouvelle eschoile, qu'en 
« conséquence de l'axiome coutumier , le mort 
« saisit le vif, l'usurpation d'une hérédité paroissoit 
« ne pouvoir anéantir la saisine de celui à qui 
« l'hérédité apparlenoit. « Aussi la très ancienne 
Coutume de Poitou, qu'on a déjà citée en preuve de 
dessais'nie dans le cas de nouvelle eschoile, laissoit- 
elle ù l'héritier l'option de se dire saisi ou dessaisi. 
« S'il veult, il s'en tiendra pour saisi, par la Cou- 
« tume générale du royaume de France, le mort 
« saisit le vif, et se peut complaindre en cas de 
« saisine et de nouvelleté, des troubles et empes- 
« chemens fi luy faits : ou s'il veult, etc. » (Ane. 
Coût, de Poitou, chap. xvni. — Voy. Laurière, Gloss. 
du Dr. Fr. T. I, p. 57 et 58.) 

On croit avoir suffisamment expliqué comment 
« toute espèce de dessaisine » n'étant plus regardée 
que comme un <• nouveau trouble sans dessaisine, 
a la complainte de saisine et de nouvelleté fut 
« substituée même aux complaintes de nouvelle 
« eschoile et de nouvelle dessaisine. » Il seroit 
inutile de répéter pourquoi dans plusieurs Coutumes 
on les nommoit applégemens et eontrapplégeineiis. 
(Voy. Gr. Coût, de Pr. liv. ni, p. 415. — Boutoiller, 
Som. rur. lit, xx.^i, p. 198. —La Thaumassière, not. 
et observ. sur les Coût, de Beauv., p. ilO. — Lau- 
rière, Gl.du Dr. Fr. T. I, p. .55.) Ces applégemens et 
contf applégemens, dans le cas même où il s'agissoit 
de choses mobiliaires, dilïéroient des adveux et 
contr'adveux applégés; et la princip;ile différence 
consistoit « en ce que dans l'adveu il étoit question 
« non-seulement de la possession, mais aussi de la 
« propriété, au lieu que dans Vapplegement il n'étoit 



i jamais question que de la possession. » (Laurière, 
Gloss. du Dr. Fr. p. 26. — Voy. Advou.) 

Quant à ïanplégement de refus de plege , ou 
« coiupri.n.L^ faite au Supérieur de ce que l'infe- 
« rieur n'avoil voulu ordonner main-levée , ea 
« baillant caution ; c'étoit ce qu'on nommoit applé- 
'< gement privilégié dans l'ancien Style d'Anjou. » 
En effet, il semble qu'en définissant Vapplegement 
de refus de plege, Ragueau ait défini le titre d'ap]ilé- 
gemenl privilégié, où on lit : « Si aucun Seigneur 
« de fié a prins et saisi en sa main aucune chose 
« tenue de luy pour aucun cens, ou devoir, ou 
« autre cause, le Sujet qui tient icelle chose peut 
« venir requérir délivrance du sien o plege, et offrir 
« à le bailler à son Seigneur... et le plége présent 
« offrir à le piéger. Et si ledit Seigneur, ne ses 
» Officiers ne lui veulent faire délivrance, ne faire 
« raison, le Sujet peut faire applégement contre le 
« Seigneur qui luy a fait tort, force, et de nouvel 
« depuis an et jour en ça, en détenant le sien... à 
« tort et sur refus de plege. « (Ane. Style d'Anjou, 
lit. ii'Apj)lége)n.eiU privilégié. — Voy. Du Gange, 
Gloss. lat. T. V, col. 569.) 

\j' applégement sur saisine brisée étoil aussi une 
espèce A'applégement privilégié. « Si aucun brise 
« la saisie d'un Seigneur, il pourra faire applége- 
« ment sur saisine brisée, contre celuy qui aura 
ce exploicté par-dessus sa main, ou le faire convenir 
« à sa Cour ou par-devant son Suzerain, pour en 
.. avoir réparation et amende. >> (Coût, de Lodunois, 
au Coût. gén. T. II, p. 543.) 

En général, Yapplér/ement privilégié, distingué 
de Vapplegement simple, étoit « de Seigneur à sujet, 
« comme sur le refus de plege, sur saisine brisée 
« et en autres cas qui portoient soixante sols, ou le 
« meuble d'amende. » (Ane. Coût. d'Anjou, citée 
« par Chopin, art. lxix de la même Coutume.) 

Les applégemens simples étoient de sujet à Sei- 
gneur, comme de « voisin à voisin, en simples 
« exploits qui ne portoient que loy d'amende comme 
« en succession et exploit de domaine. ■> (Chopin, 
ubi supra. — Laurière, Gloss. du Dr. Fr. T. I, p. 58 
et 50.) « Les applégemens simples, faits de subjet 
« à Seigneur, comme de voisin à voisin, ne portent 
« aucune exemption d'iceluy subjet ne de ses hom- 
« mes. » (Coût d'Anjou, au tout. gén. T. II, p. 67.) 
Il est évident qu'on abuse de la signification de ce 
mot, toutes les fois qu'on nomme applégement une 
complainte sans caution. « Nos Praticiens ont donné 
« sans distinction le nom a'applégement ù toutes 
« les complaintes. » (Laurière, Gloss. du Dr. Fr. 
T. I, p. 58. — Voy. Appléger.) (1) 



(1) Vapplâijenirnl ou plégerie est, comme la caution, un contrat assurant l'exécution d'une obligation, donnant au 
créancier une garantie personnelle. Au commencement du moyen-âge, le débiteur principal engageait sa propre personne 
par un contrat dit nhtwxicitio. On promettait aussi, dans la caulio, l'ulejussio, vadium, de travailler pour le créancier jusqu'à 
complet paiement de la dette. 

A l'époque féodale, Vapplegement conserve son caractère de personnnlité contraire au principe actuel, qui est celui de 
l'hérédité. Cependant, les héritiers devaient acquitter la dette, si la personne recevait commandement de payer au moment 
de mourir. Les femmes pouvaient cautionner, mais en renonçant au bénéfice du sénatus-consulte Velleien. 

Quand les parties ne justifiaient pas de ta possession d'un immeuble, le demandeur fournissait une caution garantissant 
la solvabiUté, au cas de condamnation (sa «isdddo de expeush rc/iciendis), et le défenseur déposait une somme qui restait 
en justice jusqu'à la fin du procès. Si Von agissait au nom d'un tiers la caution attestait l'approbation du mandant et 
prenait le nom de satisdatio de restituendo. (n. e ) 



AP _ 71 _ 



AP 



VARIANTES : 
APPLÉGEMENT. Gr. Coût, de Fr. L. m, u 415 
Aplegement. Cotgrave, Dict. 
Appleigement. Ord. T. I, p. 157, note b. 

Appléger, verbe. Donner caution, cautionner 
be complaindre, intenter une action possessoire 

h.t^u^"?T'^'}} ' '^''^1"^ ^'^"s les Cliamps de 
bataille et les Cours de Justice, ou sengageoit à 
poursuivre une alTaire criminelle ou civile et à 
satistaire aux peines d'une accusation fausse ou 
d une injuste demande, le signe assez ordinaire de 
cet engagement étoit un .. pan de robe, un sanl 
« ploie. » De là, on disoit « ploier un gage, ploier 
«une amende , .. e.xpression dans lesquelles on 
croit apercevoir le principe de la formation et de la 
signilication des verbes appléger, piéger et plévir ( 1 ) 
(Voy. PLEGp, Plévir et Ploier.) Ainsi piéger ou aimle- 

^fninnPo"'™" P'""^f ^^^ ^ donner' cauliSen 
ploiant gage ; par extension, donner gage, donner 
caution, quelles que fussent la nature du gage etS 
manière de le donnei' pour caution des cliSsIs aux- 
quelles on sobligeoil de satisfaire. 

dPmnnlii'^'î'.'^'î ^°''' "l'P'^'J'^r un adveu, une 
demande, cetoit en cautionner la justice, donner 
caution pour l'amende, dans le cas où fadveu se"oit 
dec are injuste. .< En chose mobiliaire cbet SvSû 
« et contr adveu; et qui en déchet, après ce qu'H 

« sols » (Goût, de Tours, au Goût. gén. T. II n 25 \ 
On a observe ailleurs, que V adveu applégé différoi 
àelapplegement. (Voy. Aitlegejient.) "'"«'oit 

nm.P^iL ^"'^°'''^ relativement à la caution donnée 
pour le payement dun fermage, pour rexécution 
d un marche, pour les suites de l'accusation ou 32 
a dénonciation d'un crime public ou délit partmu 
lier, qu on disoit « appléger une ferme, un marché- 
« appléger une accusation, une dénonciation ou 
« denoncement. » \oy. Ord. T. III, p. 437.- Coût 

Gi^£^rb;:w^ït^s^ètï;^^p^^^^"'-^^-' 

L'accusation et la dénonciation, dans les Coutn- 
mesd Anjou et du Maine, ubl supra, n'éloient Ss 

éfoU S'tu.' H ™*^'"'^ ''''''' P"'^'ï"^ raccSsâtfon 
etoit laite par la personne que le crime ou le délit 
interessoit particulièrement, et la dénonciation ni. 

•acï eu Zn''! '^"'J' Jénoncialeur, comme 
idtcusaieui, donnât caution ou i)iéoe sulTi^ifinf 
« Quand la dénonciation ou le déSëmén éto i 
« duemenl^ applégé , on meltoit le deZnc | en 

I ?e rilvoirrï^^^'^"}'^""!^"^'''' nn îu îro'cès 
ce qui avoit heu seulement lorsque le crime 

: Zf,V^'^- P,"'"/- '^oiporelle : car lorsque le déîu 
« éto t prive, le dénuncié évitoit la prison en bail- 
; lan plege suffisant de fournir et obéir"', droit „ 
(Laurière, Gloss. du Dr. Fr. T. I p'ïiVonteut 



voir dans le Style de Touraine, cbap. xm, imprimé 
à la fin de l'ancienne Coutume, quelle éto t Ta'^nïS! 
cedure de ces dénonciations, trop favon lies à îâ 
haine et à la vengeance, et que pour la i- Silli é 
des citoyens, le Parlement a sagement prôscSes 

Il ny avoit peut-être point de moyen, point dp 
manière de cautionner les engagemens publ éson 
particuliers d'une personne, qu'Sn né dé^ g âuï 
disau que cette personne éU>it r^^^S ï'eSè 
oit iu'eT' fT.'i.r'^ '^"'""^ ''»""■« 1^ Stiïn, ! 

« 10 ma£JsJ'di'dS;i^;:èîSc^^;sj;i 

« qui soient jurez, et sermentez et S; %S df 
« ^ute loyauté et bonne renommée et aussVdé viS 
•■ marcs d'argent fin. » (Ord. T. m, p 587 fcon 
" rat.ers. face applégier et faire ^seremintnï: 
(Ibï"p ' loy ciumenl eulx menront ledit coure"Sgr» 
^ R^' y- > " ^°"^ '''^ons. . . ordené que noz 
« Receveurs se applégassent en la Chambre de Sos 
« Comptes par certaine manière, et que il ne 

loT?.Tvàt)''' ''"'*'"' '''"'"" '''^"'"'' " 
On a vu sous le règne de Louis XIV le Francni.: 
encore trop jaloux de cette espèce dé supS?té 
que donne un tempéramment fort et robus e se 
I faire gloire de vaincre un rival dans c2s appelf 
bachiques dont on trouve l'ancienne manierépniS 

T I l^n. i ?'??f,"'"-. " (^^'"^<^' Capit. Reg. Fr^ 
1.1, col. 394.) L obligation d'obéir à un appll où 

i hivrÔlff'' '""'^ ""'''' -^^ P^-»" ^1"^ l-amitil étoi" 
?,i nP vn n'.''"^ P^"' '""^■•^'" l'honneur d'un am 
"ï ion Pn hn .?,? "' P°"''«'^ ^^n^^^n^e à cette obli- 
gation en buvant, on croyoit devoir Ymmlêaer 1p 
cautionner; c'est-ù-dire boire pour ffi, comme 
étant sa caution. Il est probable qu'un dé nos m 
ciens Poètes faisoit allusion à cet usage dans u,iê 

^izs^r ''' ''"' ^"™*^ ''' -^«^"^ 

L'oste n'ot pité, ne mercy ; 
Trie de ses vins et ses biens ; 
A run boit là, à l'autre cy ; 
Es voyrres ne demeure riens. 
Je boy a toy ; je le retiens, 
iJist l'un à l'autre : S'aptà/ié 
N'eusse esté, je fusse noyé. 

Eusl. Desch. Poés. MSS. p. 365, col. 2 et S. 



On ajoute que du temps de Pasquier, il étoit 
encore permis à un homme qui dans une partie de 
débauche buvoit moins que les autres, ., de prendre 
« un second pour le deffendre et jo/t^'ôrfr contre tous 



^^B'BiSBsB^^f'"^'^-'^^'^'^ 



AP 



— 72 — 



AP 



. ceux qui le semondroient de ^oire » Ces à 
l'io^norance el à Toubli de cet usage qu il faut att i- 
bùl; 1 aZs qu-on faisoit de la significalion du verbe 
«m,U;îr ouW(''/n'; toutes les fois qu'abstraction 
?a^,e dé toute /e dé cautioi. autre que la parole de 
celui nu-o 1 iuovo.iuoit i^ boire une santé.on repon- 
doU au buveur qu Favoit portée, •■ je ^ons applegc, 
ri vous «W. » (Voy. Pasquier, Rech L. vui, 
; ^52) on 1 it «lue Marie Stuarl, Reine d Ecosse, 
s'éti^nt n se à table, le soir de la veille de sa mort, 
! bu sur la fui du soupper, à tous ses gens, leur 
: commandant de la piéger : ^^^ «J «?,^:f f^^ 
« se mirent à genouil, et meslans leuis larmes 
c, avecque leur vin beurent h leur maistresse. » [H. 
ihiri 1 vr D 509. — Voy. Plégée. 

Il seroU inutile de rappeler ici les d.fférens cas 
où ilfalloi s-appléger, ou donnçr caution, en se 
2ïm, iSS it, en intentant une action possessoire 
qÏ ùtîise de dire que relativement a l.dee de 
cette caution donnée ou non donnée, le veibe 
s'«ï^;/S a signifié en général, intenter une ac ion 
pSs/oire, sicomplaindre. (Voy. Applegement.) 

VARlAîsTES : ^ TT r/Q 

APPLÉGER. Oïd. T. Il, p. 284. - Coût. gén. T. II, p. ^. 
— Col grave, Dict. ,_- ., 

APLÉGER. Ane. Coût, de Bret. fol 157 V 
Aplégier. Eust. Desch. Poes. MSS. p. àbo, col. à. 



expressions dans lesquelles appoincl désignoit 
comme substantif une relation entre les choses et 
te temps où elles se disoient et f .«^'^^oi^^ • " Le 
„ jeune homme voyant son apoin , di , etc » (ConL 
de la Reine de Navarre, T. 11, p. Ib6.) <■ ïl^^.euieni 
rasseoir leurs garnisons en plusieurs et diverses 
: JaVues d'icelle, pour après \leur «pomc . ^. 
,< l'assaillir alors universellement^ « (Du Bellay, 
Mém. liv. IV, fol. 131. - Cotgrave, Dict.) 

VARIANTES : 
APPOINCT Cotgrave Dict. Uv. iv, fol. 131, R«. 

Apoinct. Id. ibid. — Uu iieuay, meiu. ""■,.' .p^ 
ApoiNT Contes de la Reine de Navarre, T. II, p. m 
Appoint. Cotgrave, Dict. - Le Jouvencel, Mh. p. 302. 

Annoinctation, subst. féminin. Tvégociation, 
ar~o"ement. Significalion analogue à cet e du 
ferbëXÏÏ'S négocier, accommoder, etc. (^oy. 
wf™ 1 a gardé laditte ville d'estre pillée, 
! nconnie, necmnposée, qui sera une très-bonne 
.. apuncliation, et en nos présences api s ^eser 
, nipnt ptc » (Lett. de Louis Xll, T. 1, p. !'<>■} . 

Onconnoit l'histoire de Perrin Dandin qui n «p- 
co?«" S n-accoinmodoit jamais un procès sans 
nho Cl lès Parties h boire ensemble par symbo e de 

■ .=.?iii.^inn neùi les Taverniers de son village 

[voy. Rabelais, T. m, p. t218 et 220.) 



VARIANTES : 
APPOINCTATION. Rabelais,. T. III, p. 220. 
APUNCTiATioN. Lett. de Louis XII, T. I, p. 17;}. 

Anooincté, participe. Qui a une gratification, 
nnin une haute paye. On observera qu autrefois le 

livpment comme aujourdhui Ion emploie le 

Se du verbe traiter,, et ^^e Pa^, ^«f^nsei 

nn inilé étoitun appoincte. » Le Ro\ et son tonseu 

eSent que en. . prenant trefve entre vous et 

futTouiT^^^^^^^ à quelque bon appointe M..^ 

„ pTov mon maistre seroit Irès-joyeulx. » (Letl.de 

T •; y\i T I mo-e 89 ) Il n'y a d'ailleurs aucune 

SeS esseSieSelaus L significations du 

P'rvïpi?lS)Sent dans un sens relatif à celui 
d'.?«ÏÏ«cï ordonner, commander etc.. que les 
nSrs ou Soldats exempts de tout service mili- 
ïïipphors^e combat, se nommoient Appointes. Ils 

d^ie^S^o/n'e,y ^f^^rS'SpSS 
,i.-.p oi"itificatioii. une haute paye, ue la, le pai uuipc 

Appoincter.) 



Appoinct, adv. adj. ctsuhst.^ A point à propos 
Qui est à propos. Instant d agir ou de pailer à 
nrnnos à sa coiumodite, avec succès. 
^ En se fiSrant dans l'espace successif du temps 
uifîoiîtltfe auquel on vise, PO"/ ,^,Sé ef 1 on 
d'agir ou de parler à propos, on f.f'î^'gi e et 1 on 
désigne encore tout ce qui est fait a piopos, en 
ÊnîyS ^t fait à point. ^ est évident ,jue 6^^ 
nrénosition à réunie au substantil yjo^Ht/; , s est 

formé -ancien adverbe appoinct. (\oyez PoinctO 
Gouverner leurs voilles, tirer cordes appoint et 

l Si encrer et desencrer, si que besoin est. » 

(Le Jouvencel, ms. p. 302.) 

Ne deglosez rien auUreraent que o^>po»!^ ^^ 

niiPiniipfois cet adverbe tenoit lieu d'adjectif et 

• ^ c.]? m Pst •'. nronos, la qualité d'une chose 

JgaS a2" oS . à f éToù l'oil est POur l'instanU 

pou le moment. « Des '^l'0^f^^;i»\/^«Srr tran- 
„ I nv la dispute nous en doit estre du loin reiran 
l chle- autrement, SI vous en levez les deffences. 
: sSretk'ndra un chacun en celle Loy se on le 
a pours de ses humeurs ou de ce qu il \eiia luy 
: esïi le plus expédient et apoint, pour parvenir 
l f son intention. .. (Pasquier, Rech. p. 899.) . 

Fnfin aSr ou parler relativement au point, à 

l'instàS où on pouvoit le fane à propos, relalive- 

mpnt aunoinl, a l'élal où l'on devoit èlie pour le 

S à sa' Snodilé et avec succès, c'éloil agir ou 

- parier, à son appoinct, envoyant son appoint. » 



AP - 73 - 



AP 



VARIANTES : 
APPOINCTÉ. Lett. de Louis XII, T. I, p 90 
Appointé. Oudin et Monet, Dict. 

Appoiiictement, siibst. masc. Exemption de 
tout service militaire, hors le combat. Coup de 
poing. On connoitra les significations d'ff»»o/?u'/^- 
meiit, par l'explication de celles d-appoincter 
Quelque nombreuses et variées que soient les 
acceptions du substantif, il n'y en a pas une en 
gênerai qui ne soit commune au verbe, et par con- 
séquent relative h l'idée de point ou de pointe 
(Voy. Appoincter.) ^ 

Si Vappoinclement étoit une exemption de tout 
service militaire, hors le combat, c'est que cette 
exemption appartenoit à Thonneur d'être apnoincté 
commande pour les actions où il falloit un couraoè 
et une expérience plus qu'ordinaires. (V. Appoincte ) 
Autrefois, maltraiter une personne, la mettre en 
mauvais point dans un état à faire compassion, 
cétoit misérablement appointe?- son corps. (Vovez 
J. Le Maire, Illusl. des Gaules, p. 249 ) il est très- 
possible que dans un sens analogue, appnintement 
ait sig7iilie mauvais Iraitement; mais dans rexnres- 
sion charger à-appontclcmenl, c'est-ù-dire chai-o-er 
de coups de poing, on ne voit qu'un abus de la 
consonnancedej9o;H^aveclemot;wmf/. ., Pensans 
« que ces charretiers se voulussent mocquer d'eux 
« commencèrent à les charger û'appoinctcment et 
« prenans leurs armes qui estoient leurs esguillo'ns 
" f ^ ''l'eut crocheteurs. » (Bouchet, Serées, p 278 ) 
" f;^" .'^f/'^'i'^^.ayaiit bruit contre un de ses frères 
« H 1 attend a 1 yssue de matines, et le surprenant 
« en quelque coing du dortoir, le charge cVappoin- 
« tement a la faveur des ténèbres; et à ce prSpos 
'< despuis on a dit, dangereux comme le retour de 
« matines. » (Garasse, Rech. des Rech. p. 850 ) 

VARIANTES : 

Apointement. Modus et Racio, MS. fol 160 V» 
Appointemant. Monet, Dict '"", v . 

Appointement. Le .Touvencel, MS. p. 60 et Si') - Mathi^,, 

Catrerau^^^^^:^];,.^;:;-^-)-;;»^ '^'- '^^^^ 

Appoincter, verbe. Arrêter à un point, fixer à 
ce point; négocier, traiter, accommoder, arranger 
régler, juger, raisonner, etc. Diriger vers un nolnt' 
mettre a ce point; mettre en étal,nnjustei annré ër' 
préparer armer, équiper, approvIsionneî^Ke: 
tenir, panser, ordonner, commander nommer 
tromper, attraper, etc. Rendre pointu! tèrmher en 

Fixe '-dS""" P?'"^l"' '' ^'^™'"^'' e" Ste" 
n' ' " "Ser, présenter, opposer la pointe des 
armes. Attaquer, se prépare.- à attaquer Mettre 
pointe contre pointe, opposer 

étanfi~T'i *'"'^''"* nos vues et nos actions, 
eidnt legarde comme un pont fixe aiinnpl nn 
s arrête, le verbe appointer signifie t^'aiTête, m 
point, en fixant les clauses d'une négoc ation d'un 
traite, d un accommodement, d'un .arrangement 



I ^'^•^" Considéroit que. . . l'ennemy auroit entrée 

I >' pour empiéter sou royaume. . . . s'il naimointoit 

-avecques ledit Empereur. ,. (Du Bellayf S 

pi; J n A-} " :^ ^y ('PPOinté avec Madame de 

« Belleville, de la place de Montagu; et Dlanchefort 

^■,^''^^T^^" PJ'o'?'^''? '"^ possession. ,. ^Brantôme, 

nnl. 1 ^' p- ^f-^ " L^ ^"^y ^e^'''' appoincter avec- 

ques eulx pour le passaige et pour les vitailles 

'• nécessaires. » (Le Jouvencel, ms. p. 439 ) .. il e«toit 

-XirT'lt'p^SSsV *'''"'' '^'' ^ '^' ^'"^ 
Il y avoit et il y a encore dans la procédure 
diverses espèces d-appointe,nms dont Lau.S 
semble rapporter les significations particuHèrès à 
1 Idée générale d'arrêter, fixer à un point. Ouôi qu'il 
en soit, appointement en général étoit un higenen 
préparatoire, un règlement en Justice sur une 
affaire, pour parvenir à la juger par rapport On 
designoitun règlement, un jugement de ce genre 
en disant que les Parties étoient appointes i 
Mre appointées en droit, appointées au Conseil 
appointées contraires et en enqueste, etc. (Voyez 
Aresia Amor. p. 48, 108, IIG, 130, 158, 197, passim 
- Lauriere, Gl._ du Dr. Fr. - Mcot et Monel, Dict ) 
11 semble (\n appointer en jugement et dehors 
w n! i"^^'^ ^''^.^ '^^ s=^»s formes judiciaires, juger 
les Parties, ou les accommoder. .. Que personnes 
« sages et dignes de foy... sachent faire justice et 
« apointer h^ parties et les causes en jugement et 
«dehors. .. (Ord. T. 111, page 081.) On ne voit pas 
d ailleurs pourquoi le verbe appointer n'auroit ms 
fZ'ii"; "r J^ê'^^^ent fléfinitif, un jugement par 
equel on fixe le point où commence et finit le droit 
des Parties. Aussi disoit-on en ce sens: « Après 
" parties ouyes, et après ce qu'elles furent ««- 
" ^^^^/"'^f« en droict, le Viguier appointa que les 
" di es lettres et reliefvement ne seroyent point 
" interinees et qu'il n'y avoit point matière de 
•■ rescinder ledict contraict, . . De laquelle sen- 
-' tence. . . ha appelle en la Court de céans. et 
« tout considéré, la Court dit qu'il ha esté bien dict 
" et appoinete par ledict Viguier, et mal appelle 

nnof /«^f/'^i^"^"^ ^' l'amendera. » (Arest. Amor. 
page 4s et 49.) 

Lorsqu'on jugeoit de ses affaires par soi-même 
lorsque par son propre jugement, par le raison- 
nement on fixoit le point d'où il falloit partir pour 
en assurer la réussite, c'étoit appoijiter de ses 
aiiaires. « Les assiégez et enclos en aucune forte- 
" resse doivent estre soigneux de. . . savoir par 
« subtilz moyens et bonnes Espies, la convine de 

" leurs ennemis; car par ce peuent ilz mieulx 

« appoineterâe leurs affaires, par quoy ilz ont bon 
'. couraige, ilz peuent savoir l'eure que leurs adver- 
L^nJ;^! Tof"* ^"'' ''^"'" ^^'''le. » (Le Jouvencel, 

On ajoute que relativement encore à l'idée d'un 
point fixe auquel on s'arrête, le verbe appointera 
signifie arrêter, fixer à certaine somme le salaire 
la gratihcalion, l'entretenement de quelqu'un, le 
lixer lui-même à certaine somme. « Un Prédica- 

10 



AP 



— 74 — 



AP 



. leur... appoincté... à cent escus pour prescher 
« tout le caresme. » (Boucliet, Serées, liv. m, p. '■22A.) 
Le point auquel on se fixe, est souvent le point 
vers lequel on a dirigé sa vue, son action. Ainsi, 
le verbe apiiohUcr, soit au propre, soit au figure, 
sigiiifioil ajuster une chose à une autre, diriger 
l'une vers l'autre, comme vers un point auquel on 
vise. « Les Arbalestriers. . . n'avoient point remis, 
• n'appoincté autres quarreaux au poinct de leurs 
« arbaleslres. " (Monslrelet, Vol. \, chap. xxiv, f° 19.) 

Cloistriers qui tes dras et ton pié 
Dou point de l'ordre as despointié, 
Et au point dou siècle apoinlié, etc. 
Miserere du Recl. de Moliens, MS. de Gaignal, fol. 222, R" col. 1. 
Plus droit qu'ele puet l'i apointe; 
Et Trubert ne fet pas le cointe (i) : 
Tout li a dedens embatu. 

Eslruberl, FaLl. MS. du R. n° 7996, p. 85. 

Pour les preudomes acointier, 
Si vorrai mon sens apointier 
A biaus mos trover et reprendre. 

Dits de Baudoin de Condé, MS. de Gaignat, fol. 304, R' col. 1. 

L'usage, l'effet pour lequel on ajuste, on apprête, 
on prépare les choses, étant vu comme un point 
vers lequel on les dirige, on disoit en ce sens: 
» Prist le fromage qui estoil appointié pour faire 
« laditte tartre, etc. » (D. Carpentier, Supp. Gloss. 
lat. de Du Gange, au mot Ajipitnctare; tit. de 1399.) 
« Tel poison 1^2] sçay faire et appointer, que pourtant 
« que luy en donnez à boire et que après luy en 
« beuvez,... sur ton le riens serez aimée de luy. » 
(Ger. de Nevers, part, i, p. 131.) Appointerun cheval 
automate, comme celui dont il s'agit dans le Roman 
de Cléomadès, c'étoit en ajuster les ressorts, le 
mettre à certain point, le mettre en état de faire ses 
mouvemens ordinaires. 

Quant son cheval ot apointié, 
Vers le chastel l'a adrécié. 

Cléomadès, MS. de Gaignal, fol. 18, R° col. 3. 

Quelle que fût la manière d'ajuster, d'apprêter, 
de préparer les choses, de les mettre à leur point 
en les dirigeant vers l'usage, vers l'effet qu'on avoit 
en vue, elles pouvoient être désignées par le verbe 
appointer. Aussi l'acception en étoit-elle si générale 
qu'on disoit : « battre et appointer les gerbes de 
« bled ; appointer un pont sur une rivière ; appointer 
« un vaisseau pour naviguer; appointer un ^a\e- 
« froi, etc. » (Yoy. Nouv. Coût. gén. T. I, p. 416. — 
Yigil. de Charles Vil, p. 96. — Matthieu de Coucy, 
lïist. de Charles Vil, p. 684. — Percef. Vol. II, f" 1-22.) 

C'est toujours dans un sens analogue à celui de 
mettre en état, préparer, qu'appointer son corps ou 
s'appointer signifioit s'armer, s'équiper, s'approvi- 
sionner, etc. parce qu'en s'appiovisionnant, en 
s'équipanl, en s'armant, on se mettoit en état de 
combattre, de s'embarquer, de voyager, etc. (Bout. 
Som. rur. page 883. — Percef. Vol. III, fol. 64, etc.) 
En équipant une femme, en l'entretenant de robes 
et autres choses nécessaires t\ sa parure, on lui 
prépare les moyens de s'ajuster, de se mettre en 
état de paroitre et de plaire. De là, on a dit : 



Et de faict l'a appointée 
De chaperon rouge, au surplus 
De corset de soye, de baudrier, 
De robbe : que voulez-vous plus ? 

Coquillarl, p. 54. 

La signification S'appointer étoit absolue, lors- 
qu'on parlant d'une personne préparée à bien faire 
une chose, mise en état de la faire à son aise , avec 
plaisir, avec décence, on disoit qu'elle étoit appoin- 
tée. « Le Roy Palamedes qui esloit notablement 
" appointé , pour ce qu'il sçavoit leur venue , s'en 
« vint à rencontre d'eulx noblement accompaigné 
« de Chevaliers. » (Percef. Vol. III, fol. 77, R° col. 1.) 

Le soir vint, il fault préparer 
Le souper et le vin tirer. 
Monsieur fut scis et appoincté ; 
Et dist-on benedicite. 

Coquillarl, p. 148. 

On prépare la guérison d'une blessure qu'on 
panse ; et cette guérison est le point, l'état où le 
Chirurgien veut 'mettre son blessé, le point vers 
lequel il dirige l'effet de son opération. Ainsi, le 
verbe appointer signifioit panser. » Bertran pria à 
« sescompaignons qu'ilz le feissento7.'0«Hf(?rparle 
« Syurgien. » (Triomphe des neuf Preux, p. 499.) 
« Matias icellui Regnault... porta en la maison de 

« son maislre pour Vapointier Ensuite il fina 

« vie par mort. » (D. Carpentier, Suppl. Gloss. lat. 
de Du Cange, au mot Aplare ; tit. de 1402.) 

La chose dont on projette l'exécution, étant com- 
parée à un point vers lequel on dirige la volonté, 
l'action de ceux à qui elle est ordonnée , l'on aura 
dit appointer dans, le sens d'ordonner, commander, 
nommer pour faire une chose. <> Le Roy avoit 
« fl;;/;o/)i/J que les Templiers feroientl'avantgarde. » 
(Joiuville, p. 41.) « Fist barrer son logis et fut 
« appoinctié que au plus matin ceulx qui estoient 
nommez, iroient devant et descouvriroient le 
« pays. » (Le Jouvencel , ms. p. 338.) « Le Roy 
« appoincta certain nombre de gens pour venir au 
« lendemain devers luy. » (Ibid. p. 412.) Peut-être 
l'acception particulière du participe appoincté est- 
elle relative ii l'ancien usage de nommer, comman- 
der, ordonner des gens d'élite pour une action pé- 
rilleuse, un assaut, etc. (Voy. Appoincté.) 

Si le mensonge et l'artifice étoient les moyens 
par lesquels une personne étoit dirigée, mise au 
point où l'on avoit en vue de l'amener, le verbe 
appointer signifioit tromper, attraper. 

Ainsis ly ment, ainsis l'apoinle ; 
Ainsis le déçoit et confont ; 
Ainsis pluseurs femmes le font. 

Eust. Desch. Poës. MSS. p. 517, col. 1. 

. . . Son moyen de appoincler estoit tel : 
Quant il sçavoit sa mère aller à messe, 
Il s'en venoit comme une grande asnesse, etc. 
Faifeu, p. 24. 

On croit avoir assez clairement démontré que ces 
significations, auxquelles on pourroit en ajouter 
plusieurs autres, ont entre elles une analogie dont 
le principe est l'idée générale d'un point physique 
ou moral auquel on vise. 



(1) Vient peut-être ici de cunclari : hésiter, (n. e.) — (2) A ici le sens de sa racine potio, boisson, breuvage. (N. E.) 



AP 



75 



AP 



C'étoit relativement à l'idée de pointe, que le 
même verbe appointer signifioit rendre pointu, 
terminer en pointe. (Voy. Nicot et Monel, Dict.) 

Aucuns font leur dars ferier, 
Et apointier les fers des lances, 
Pour miex entrer es connoissances. 

G. Guiarl, MS. fol. 329, R". 

Il étoit neutre, lorsqu'en parlant d'une chose qui 
se terminoit en pointe, on disoit avec comparaison : 
Elle va en appointant comme une poire. (Voy. 
Nicot, Dict.) 

... On voit naistre aux champs une flame légère, 
D'un bien petit de feu que la foie Bergère 
A laissé par mesgarde au chaume craquetant, 
Et ses ondes lancer au ciel, en apoiniaiil. 

Pocs. de Perrin. fol. 7G, Vv 

Quelquefois, la signification ^'appointer étoit 
fixer, diriger, présenter la pointe des armes, l'op- 
poser. (Monet, Dict.) 

On sait que dans les joutes, les Chevaliers cou- 
roient les uns contre les autres, la pointe des lances 
fixée et dirigée vers leurs adversaires. De là, le 
verbe appointer aura pu désigner l'action de pro- 
voquer à la joute et de s'y préparer, en fixant et 
dirigeant la pointe de sa lance vers celui qu'on se 
proposoit d'attaquer. « Joustay à quatre Chevaliers 
« sans blasme recevoir ;.... mais le cinquiesme me 
« porta à terre.... Après ce appointa mon compai- 
•1 gnon de la jouste, etc. » (Percef. Vol. Il, fol. 70.) 

Peut-être a-t-on fait encore allusion à la pointe 
des traits avec lesquels on feint que l'Amour attaque 
un cœur, lorsqu'on a dit : 

Jusqu'à Biauvais fai une pointe : 
Si me saluej à cuer haitiè, 
Le Chastelam à cui s'apoirite 
Amers qui le fait sage et cointe. 
Et debonère et afetié. 

Fa))l. MS. du R. a' 7218, fol. 61, R' col. 2. 

Enfin , le verbe appointer aura signifié par com- 
paraison, opposer l'une à l'autre deux personnes ou 
deux choses, comme l'on oppose pointe à pointe 
deux lances, deux épées: opposition qn appointer 
désigne spécialement en termes de Blason, lorsqu'en 
parlant d'épées, de flèches dont les pointes opposées 
se touchent, on dit qu'elles sont appointées. (Voy. 
Monet, Dict. — Dict. de Trévoux.) 

Cette comparaison, si l'on en croit l'auteur du 
Nouveau Dictionnaire de Droit, est le principe de la 
signification de ce verbe, en termes de procédure. 
Comme les prétentions des Parties qui plaident, 
sont, dit-il, toutes opposées, le verbe appointer, 
dans le sens propre mettre pointe contre pointe, 
s'est pris au figuré pour donner un règlement en 
Justice. Quelque favorable que paroisse être îi son 
opinion, l'expression « appointer les Parties, par 
o faits contraires, ou les ft/i/;o/Kto' contraires, » il 
est possible que même en ce cas d'opposition, l'ac- 
ception d'appointer soit relative à l'idée générale 
d'arrêter, fixer à un point. (Voy. Appoinctement.) 

VARIANTES : 
APPOINCTER. Le Jouvencel, MS. page 67. - Monstrelet, 
Vol. I, fol. 19. - Percef. Vol. II, fol. i22. - Rabelais, T. III, 
p. 218. — Âresta Amor. p. 97. — Coquillart, p. 148, etc. 



Apointer. Estrubert, Fabl. MS. du R. n» 7996, page 8.5. — 
Ord. T. Itl, p. 681. - Le .louvencel, fol. 89. - Eust. Desch. 
Poës. MSS. p. 517, col. 1, etc. 

Apointier. Cléomadès, MS. de Gaignat, fol. 18. — D. Car- 
pentier, Suppl. Gloss. lat. de Du Gange, au mot Aptare. 

Appoinctier. Le Jouvencel, MS. p 338. 

Appointer. Orth. subsist. — Le Jouvencel, MS. p. 384. — 
Percef. Vol. II, fol. 70. - Lauriore, Gl. du Dr. Fr. - Cotgr. 
Nicot et Monet, Dict. 

Appointier. D. Carp. S. Gl. 1. de Du Gange, à Appunctare. 

Appoincteur, subst. masc. Négociateur. On 
sait que l'histoire de Perrin Dandin et de Tenot 
Dandin son fils, est une plaisanterie de Rabelais 
très agréablement imaginée pour ridiculiser cette 
espèce de gens qu'on nomme « Avocats sous 
« l'orme. » L'activité du fils, égale à celle du père, 
pour appoincter, accommoder les procès, n'est pas 
d'abord aussi heureuse. 11 s'en plaint à Perrin Dan- 
din qui le console et l'encourage par l'espérance 
de mériter comme lui l'honneur et tiltre ù'appoinc- 
teur irréfragable, pourvu que fidèle à ses leçons, il 
ne songe jamais à faire û'appointement, d'accom- 
modement qu'au moment où les Parties lasses de 
plaider, s'aperçoivent que « leurs bourses sont 
« vuides. » (Voy. Rabelais, T. III, p. ^O et 221.) 

On n'avoit pas encore avili la signification de ce 
mot appoincteur, lorsque dans un sens relatif à 
celui du verbe appoincter, négocier, on disoit : 
« Si fust chargé de ceste chose, pour aller en Alle- 
« magne, pour traiter ce mariage, un moult sage 
« et vaillant Chevalier.... et esloit nommé ce Che- 
« valier Messire Simon Burle, sage et grand 
« appointeur. » (Froissart, Vol. II, p. 75. — Voy. 
Appuincter et Appmnxtation.) 

variantes : 
APPOINCTEUR. Rabelais, T. 111, p. 218 et 219. 
Appointeur. D. Carpentier, Suppl. Gloss. lat. de Du 
Gange, au mot Appointamcntum. 

Appointir, verbe. Rendre pointu, terminer en 
pointe. Devenir pointu, se terminer en pointe. 

La signification d'appointir, active dans le DicL 
de Cotgrave, est neutre dans Oudin, Dict. Elle étoit 
encore neutre , lorsqu'on disoit : » La forme du 
« pied du lièvre... aiguë et faite à la semblance 
» d'une pointe de coùsleau... vient tousjours en 
« appointissant. » (Fouilloux, Vén. fol. CG, V°. — 
Voy. Appoincter et Appointuser.) 

variantes : 
APPOINTIR. Cotgrave et Oudin , Dict. 
Apointir. Cotgrave, Dict. 

Appointon, subst. masc. Arme pointue. Proba- 
blement une espèce de poignard. 

Un appointon en la main destre 
Et une boiste en la senestre 
Tenoit: mais Vappointon rauchoit 
Derrière li, et concheloit. 

D. Carpentier, S. Gl. lat. de Du Canjô, au mot Pitnctorium. 

Appointuser (s'), verbe. Devenir pointu, se 
terminer en pointe. Par comparaison, aller en di- 
minuant, en se rétrécissant. (Cotgrave, Dicl. — 
Voy. Appoi-ntir.) 

Apportion, participe. Divisé par portions et 
avec proportion, partagé. Il sembleroit qn'apportion 



AP 



— 76 



AP 



fût un adverbe composé de la préposition à réunie 
au substantif por/ioH, el qu'étant par conséquent 
de même espèce que Tadverbe appoinct, il a pu, 
comme cet adverbe, tenir lieu d'un adjectif, et 
signifier partageable , divisible par portions. On 
croit néanmoins qnapportion est le participe du 
■verbe apportionner . (Voy. Ai'I'ortionner.) 

En se conformant à la prononciation sourde de la 
"voyelle e supprimée souvent dans la finale du par- 
ticipe anglois apportioned ou apportmid, Littleton 
aura prononcé et écrit en françois apportion pour 
apportionné, c'est-à-dire divisé par portions, par- 
tagé. « Le gard des terres ou tenements durant li 
« nonage d'un enfant... sont chateux realx et poyent 
« estre apportions et severs. » 'Tenures de Little- 
ton, fol. 73.) 11 paroit que ce mot désigne plus spé- 
cialement l'idée de proportion, lorsque le même 
auteur dit: ■> Le bornage et féaltie... ne sont pas 
« annuals services, et ne poient eslve apportion ; 
« mes l'escuage poit et serra apportion, solon que 
« l'afférence et rate de la terre, etc. » Id. ibid. p. 
49. — Voy. Apportionsément.) 

Apportionnement, subst. masc. Division, 
partage en proportion des produits d'un fonds. 
Signification analogue à celle du participe appor- 
tion. (Skinner, voc. forens. exposit. au mot Appor- 
tionment. — Voy. Apportion et Apportionnement.) 

Apportionnement , adverbe. Proportionné- 
ment. C'est dans un sens relatif à l'idée d'une divi- 
sion proportionnelle, qu'on a dit : <■ Si par un 
« mesme contract se treuvent plusieurs pièces 
« vendues, aucunes desquelles soient de l'ancien 
« du vendeur, autres de son acquest, ou toutes de 
« l'ancien et partie de l'une de ses lignes, partie de 
« l'autre, le lignagier de chacune ligne, venant 
o à retraire ce que'meut de la sienne, y est receva- 
« ble en rembourceant au prorata les pris et loyaux 
« cousis, distribution d'iceux faite à l'arbitrage du 
« Juge sur cbacun , apportionnement à ce qu'il 
« emportera desdites pièces. ■■ l'Cout. de Lorraine, 
au Coût. gén. T. II, p. 1069. — Voy. Apportion.) 

Apportionner, verbe. Parlager en donnant 
portion. C'est la signification A' apportionner dans 
les Coutumes où l'on partage les enfans ou les frères 
puinés, en leur donnant certaine portion d'béritage, 
ou certaine somme d'argent proportionnée à "la 
valeur de cette portion coutumière. « Au cas que 
« les fils puisnez el filles n'auroient esté rt;j/;o)7;i9H- 
« ne::: et dotez pendant la vie de leurs père et mère, 
« el que leurs dits père et mère ne leur auroient 
« rien laissé en testament, l'aisné qui aura succédé 
« est tenu apportionner les puisnez, fils ou filles 
« raisonnablement, en or ou en argent, ou héritage 
« à son choix, etc. » (Coût, de S' Sever, au Coût, 
gén. T. II, p. 692.; « Es maisons nobles, vulgaire- 
« ment dits héritages gentioux, de plusieurs enfans 
« d'un mesme mariage le fils aisné succède univer- 
« sellement à ses père et mère décédez sans faire 
« testament ;... lequel fils aisné est lenu apportion- 
« ner tous les autres fils ou filles raisonnablement 



« en argent, ou héritages à son choix, qui sera 
« doresnavant, s'ils sont trois puisnez ou plus, la 
« tierce partie desdits héritages nobles;... el s'il 
« n'y a trois puisnez , mais seulement deux ou un, 
« leur portion sera la quarte partie,... ou l'estima- 
' tion d'icelle. » (Coût. d'Acs, ibid. p. 673.) 

La portion d'héritage des puinés, ou l'estimation 
en argent de cette portion, étant vue, non comme 
un partage coutumier, mais comme un moyen de 
subsister, comme un appanage en général, lé verbe 
appanagersignifioitla même chose qn apportionner. 
Enfin, comme un appanage, de quelque nature qu'il 
soif, est une portion de bien, assignée à quelqu'un 
pour sa subsistance, le verbe apportionner signifioit 
réciproquement la même chose qn'appanager. On 
a dit en parlant de la Reine Brunehaud, que Chil- 
péric son époux « la relégua en la ville du Mans, 
" apportionnée de quelque pension annuelle pour 
<■ son vivre. » (Pasquier, Rech. liv. v, page 399. — 
A'oy. App.\nager.) 

Appouvrir, verbe. Appauvrir, faire pauvre. 
Etre appauvri, être fait pauvre, devenir pauvre. 
(Voy. PouvRE.j On peut voir dans Mcot, Dict. au mot 
Appauvrir qui subsiste, comment de l'adjectif 
paiiper on a fait pauvre, paovre, paoure, paure, 
poHvre, poure; et de l'adjectif frangois, le verbe 
appourir, apourier, apouvrer, appouvrir, apaurier, 
appaourir, appaouvrir, appauvrir, dans le sens 
actif faire pauvre. (Voy. Cotgrave, Rob. Estienne, 
Nicot et Monet, Dict.; 

La signification active est celle d'appauvrir : 
signification qui pourtant semble n'avoir pas été si 
particulière aux orthographes de même terminaison, 
que jamais elle n'ait été commune aux orthographes 
apouvrer, apaurier, etc. « Sont les pais gastez, les 
« marchandises anullées, et l'Eglise mou\[ apouvrée. 
« Si vous prie et conseille le Roy que, etc. » (Hist. 
de B. du Guesclin, par Menard, p." 383.) « Ont esté... 
« grevez, domagiez el apau)iez par extorsions de 
« très-grandes usures. » Ord. T. II, p. 86. 

C'est avec raison qu'un ancien Poète historien, 
parlant de l'anéantissement du pouvoir souverain 
dans le xii« siècle, disoit : 

Moult iert li règnes descreuz, 
Apouriez, et decheuz 
De sa hautesce souveraine, 
Puis la mort au Rov Kallemaine. 

G. Guiart, MS. fol. 11, R". 

11 est possible que, surtout en ce dernier passage, 
la signification du participe apourié soit neutre et 
relative à celle du verbe apourier, ou apouroier, 
être fait pauvre, devenir pauvre. 

Cil qi n'a riens ne puet apourier. 

Ane. Poés. fr. MS. du Valic. n' liOO. fol. 143, R'. 
Riche gent érent à merveille ; 
Mais Deable qui tôt tems veille 
S'entremist moU d'ax engigner, 
Tant qu'il les fist apouroier. 

Fabl. IIS. de S' Germ. fol. 36, R* col. 2. 

VARIANTES : 
APPOUVRIR. Xicot et Monet, Dict. 
Apaurier. Ord. T. II, p. 86. 
.\POURiER. Miserere du Recl. de Moliens, MS. de G. f" 219. 



AP - 77 - 

Apouroier. FaW. MS. de S- Germ. fol. 36, R» col 2 
Apouvrer. Hist. de B. du GuescUn, parlienard/p '383 
Appaourir, Appaouvrir. Nicot, Dict ' ^ 

Appourir. Rob. Estienne et Nicot, Dict. 
Appovrir. Cotgrave, Dict. 

Appouvrisseinaiit, subst. mase. Annauvris- 
semeut. (Cotgr. Nicot et Monet, Dict. - V. Appouvbir.; 

VARIANTES : 
APPOUVRIS.SEMANT. Monet, Dict 
Appourissement. Nicot, Dict 
Appovrissement. Cotgrave, Dict. 

Appréhender, verbe. Prendre, arrêter, faire 
arrêter. Prendre, l'ecevoir une idée. Comprendi-e 
connoitre évaluer, juger. Prévoir, craindre. On 
sait qu en latin apprehendere signifie prendre avec 
]a main, et que relativement à celte signification 
générale apprehemler en françois, désignoit paru" 
culièrement une prise de corps, lorsqu'on disoit 
appréhender quelqu'un, Vapprehender au corps- 
expression encore usitée en style de Palais « Nostrê 
« grand Bailly, comme souverain Officier peut 
« appréhender tous criminels et malfaicteurs et 
« SI le f,ergent de nostre dit Bailly... appréhende 
' an corps tmcnnè malfaicteurs en la terre d'un 
o-én 't T n -«'i' *'^''V" ^^T'- '^^ "aynault, au Coût. 

seil. 1. J, p. /8I. _ Voy. Al'1'REIlE.NDITlON.) 

Lest par extension du sens propre qu'on a dit 
Srv'utZ'Z ^"^^r^'«"- (Voye. d2s Accord ,' 
n ?iô V ' '^°/- '^' ^°- - ^"^"'ts de Strapa. T. II 
il '".V^y- A^EiiENsioN.) Le sens llguré dans 
lequel on dit qu'on a eu vent d'une chose/ semble 
avoir que que analogie avec celui de l'ex preSn 
appréhender qnelqwnn du rcuL le prendre^ 'arrêter 
sans information précédcile, le faire arrêter sm' 
une forte présomption autorisée par n pSence 
ou parce qu'un Juge peut avoir appris de la corn: 
^a'ue le"B^';:'n '' *^^ «l"*^ 1'^" dif EommunémeTit 
. Tent S-J""! seigneur peut appréhender du 
' vent doit s entendre a l'égard de l'étrano-er des 
" I»f' -f"',"'^'''"'*^^»'^-- lesquels le BaUy peS 
« appréhender sans informations précède Ues ou 
•< lesquels on trouve actuellement délinqS s n'um 
" que ce fussent des habitans et bo3 Ss^Su 
iîin Ict^'"?'^ '^'^^ véliémentes présomplons 
et ind ces, ou la commune famé ou renommée '^ 
îcaT^^'^r^'' 1' quelque délict digne delà piSn ? 
(Coût, de Gand, au nouv. Coût. ién. T. I p looi ) 
. Quand la prise de corps étoit justiflée par mVi 
information qui changeoit en conviS, Ta nié 
eTT,Zr'"''' ^"^''^^"elle on avoUfai prendre 
et aireter un malfaiteur, on disoit ou*il étni» 
appréhendé et convaincu du fait? On ne peu 
« condamner personne à la mort pour délicî sUe 
«• nestquil soit appréhe^idé et convainc dû /a't 
« lï 'c'SS;^;fV ''' ""'T'' tenues cône 
Peut-être aussi que dans un s^us relalifà fi' 
ception générale et figurée d' appréhl.S f,prenSe 



AP 

idée et connoissance d'une chose, en juger d'après 
cette Idée et cette connoissance, on auni dit d'uni 
personne reconnue et jugée coupable d'un déUt 
qu elle en etoit appréhendée ? ' 

La preuve qu'appréhender, signifioit fiaurément 
prendre l'Idée d'une chose en général c'est cmVn 
parlant de l'entendement humahi, on d soit «' sSS 
« premier office. . . est de recevoir simplement et 

(sagesse de Charron, p. loo.) 
La simple appréhension de l'idée des choses est 

ie l'iSan,^'"*^^ °" '"'% '^'^^P''^"'^ en sScupan 
et d'en i, Ipp n",' P,''''' '" '"°>en de lesconnoitre 
et cl en juger. Delà, les acceptions (ï appréhender 
comprendre, çonnoitre, évaluer, juger.'^tef (Monet; 
iJict. — \oy. Appreiiendre.) ' 

Enfin le verbe appréhender, dans le sens dp 
craindre, désignoit et désigne encore l'efflf d'une 
connoissance anticipée, de cette prévoyance inquiète 
avec laquel e on juge les choses d'après idée 
facieuse quon en prend, avant même qu'elles se 
réalisent. (Monet, Dict. - Yoy. Appréhensif ) 



VARIANTES 
APPREHENDER. Orth. snbsist - 
Apprehander. ironet, Dict. 



Coût. gén. T I, p. 781. 



Apprehenditiou, subst. fém. Prise de corps 
bigni, cation relative à celle du verbe appréhender 
prendre arrêter. ^Cout. de Ilaynault, au Coût gén' 
1. 1, p. /82. — ^oy. Appréiie.nder.) 

ma'^rf''Tpn'{,^"i^*'^' /'''■''''■• ^'^""^''^ en étendant la 
main. Tenir dans la main. Prendre l'idée d'une 
chose, la retenir dans sa mémoire. Prendre une 
1 habitude, çonnoitre par habitude, s'accoutun"er 
Reprendre, relever, faire çonnoitre'. Faire pSre 
1 idée d une chose, la faire çonnoitre, enseio-ner 
instruire, etc. Accoutumer. Il est évident que le 
•fi n ., 'F°".'''"P'"^"'^'"e, est une contracthjn du 

P pnf^'rî'.f "''• ^''^- P^"" ""e espèce d'asservis" 
semen à 1 orthographe étymologique, que dans le 
siècle de l'érudition, l'on aura écrit appréleZre- 
en transposant Ve final, appréhender {i)%yezAp'. 

PREllE.NDER.) ^ ' ^ .jv.^. ^1 

n,.?ii^n'' ''"^^ ^^'^ aujourd'hui la différence de signi- 
nPP, ,p ^"^e apprendre et appréhender, on a la 
preuve que dans un sens très-analogue à celui du 

avPr'l-f^^f'''"r^"''f" '^''*" 'W^'^endere, prendre 
avec la mam, le verbe apprendre signifioit ancien- 
nement prendre eu étendant la main. Tel étôi! saSs 
doute le sens d'apprendre, lorsqu'on personnifiant la 



Mors, moût os bien apris le monde. 
De toutes partz à la reonde, 
ru lieves sor toz ta beniere, etc 

Fabl. .MS. du R. n- 7615, T. I, fol. 103, V col 1. 

«/J!!;.^''/ens'«nJl paroît avoir signifié tenir dans 
sa main la chose qu on a prise. 



s2SS9aiïs^^Sïî«"=^- 



AP 



78 — 



AP 



Envis lait-on cou qu'on aprent (I). 

l'rov. rur. et vulg. US. de N. D. n" 2, fol. H. R' col. *. 

Au figuro, ce même verbe apprendre signifioit ce 
qu'il signilie encore aujourd'liui, prendre l'idée de 
ce qu'on veut ou doit connoitre, en retenir l'idée 
dans sa tôle, comme l'on retient dans sa main une 
cliose qu'on a prise, en prendre connoissance 
d'après cette idée retenue dans la mémoire par la 
force active de l'entendement humain. (V. Apprise.) 

Droiz dit que cil fait à reprendre 
Oui ne set, ne ne vuet aprenctre. 

Fabl. MS. du R. n' 7615. T. I, fol. 110, R- col. ). 
Nuns n'enpire de bien apronlrc. 

IbiJ. T. II, fol. 165, V- col.l. 

C'étoit la même signification, lorsqu'en employant 
comme substantifs le verbe apprendre et le participe 
apprenant, on disoit : 

.... Je n'ai mie si chier 
Le séjor d'Arras, ne la joie, 
Que Vaprendre lessier en doie. 

Fabl. .MS. du. R. u- 7218, fol. 250, V' col. 1. 
Maistre qui désensaigne, 
Son aprenant méhagne (2). 

Prov. du C-do Bretagne, VS. de S. Gerni. fol. lU, V col. 2. 

Dans cette expression apprendre à lettres, la pré- 
position à, en latin ad, étoit d'autant plus inutile, 
que le rapport de l'action de prendre une idée, une 
connoissance, à l'objet de cette action, étoit suffi- 
samment indiqué par la préposition initiale du 
verbe apprendre, qui d'ailleurs avoit le régime qu'il 
conserve encore. 

Et puis cou k'il ot XL ans 
Fu il à laitres aprcndans. 

Ph. Mouskes, MS. p. 416. 

On ajoute que l'acception de la préposition fran- 
çoise à, étoit relative à celle de la préposition latine 
ab, quand pour indiquer la personne de qui l'on 
apprenoit une chose, on disoit qu'on l'apprenoit à 
cette même personne ; expression dans laquelle à 
est de même signification que de, usité comme 
aujourd'hui, dans notre ancienne langue. « Si 
« covient ke... nos apregniens del Saint des Sainz 
« mansuetume et la grâce de comune vie, si cum il 
« mismes dist: apremiz à mi ke je suis sueys et 
« humiles de cuer ; en latin, discite à me, quia mitis 
« sum, et humilis corde. » (S' Bern. Serra, fr. mss. 
p. lOi. — Id. ibid. Serm. lai. col. 777.) 

Dans le cas oîi l'idée prise d'une chose et retenue 
dans la mémoire, en opéroilla connoissance parfaite 
et permanente, on disoit que cette chose étoit 
apprise du tout, ou tout au long, qu'elle étoit apprise 
par cœur. L'apprendre par avant ou auparavant, 
c'étoit en avoir une connoissance anticipée, en 
prendre une idée que la prévoyance réalise dans 
l'avenir. (Rob. Estienne, Nicot et Monet, Dict.) 

Quoique ce verbe apprendre, dont l'acception 
figurée n'a presque point varié, signifie encore 
l'habitude qu'on prend de certaines choses aux- 
quelles on s'accoutume en lesconnoissant par cette 
même habitude, on ne désigneroit plus, 1° une 
personne qui connoîtroit l'agrément d'une compa- 



gnie à laquelle elle se seroit accoutumée, en disant 
qu'elle a appris compagnie : 

. . . Qui a compaignie aprise, 
Bien sai de voir que petit prise 
L'aise qu'il a sans compaignie. 

Fabl. MS. du R. n- 7218, fol. 213, R' col. 1. 

2° Une personne qui ne seroit pas accoutumée à 
l'air d'un climat, en disant qu'elle n'en a pas 
appris l'air : 

... Le mal plus griement l'a pris. 
Pour l'air qu'il n'avoit pas apns. 

G. Guiart, MS. fol. 36. V-. 

3° Une personne qui ne connoîtroit pas la pauvreté 
faute d'y être accoutumée, en disant qu'elle n'a pas 
appris la pauvreté. « Grant cruauté seroit que l'en 
« la laissast. . . désespérer par poureté que elle 
« n'auroit pas aprise. >• (Beaumanoir, Coût, de 
Beauvoisis, chap. xxx, p. 103.) 

A° Une personne qui connoîtroit le plaisir d'être 
riche ou à son aise, et s'y seroit accoutumée, en 
disant qu'elle a appris ses aises, qu'elle a appris la 
richesse. « S'enclinoyeal à la guerre poures Cheva- 
» liers... qui avoyent a/;pm leurs aises et souste- 
« noyent leur estât sur la guerre. » (Froissart, 
Vol. IV, page 111.) 

. . . Qui f( (tpris la richèce, 
Moult i a dolor et destrèce, 
Quant l'en chiet en autrui dangier, 
Por son boivre et por son mengier. 

Fabl. MS. du R. n- 7218, fol. 299, R- col. 1. 

5° On ne désigneroit plus enfin une jeune per- 
sonne dont les membres délicats ne sont point 
accoutumés aux blessures, en disant que ses mem- 
bres n'ont pas appris qu'on les blesse. " Si bel pié et 
« ses bêles mains... n'avoient mie apris c'on les 
» bléçast. " (Fabl. ms. du R. ir 7989, fol. 77. — Voy. 
Apprentl're et Apprisure.) 

Quelquefois l'acception figurée du verbe reprendre 
étoit celle d'apprendre; de façon qu'apprendre le 
vice signifioit reprendre le vice, le relever comme 
on relève une chose en la prenant avec la main, 
faire connoître le vice, en faire prendre une idée 
odieuse en le présentant aux yeux de l'esprit, 
comme on présente à ceux du corps une chose 
qu'on lient à la main. 

Li Philosophe tel estoient, 
Que à nule rien n'entendoient, 
Fors qu'à bien dire et à aprendre 
Les malvès vices, etc.. 

Bible Guiot, MS. de N. D. a' E. 6, fol. 89, V° col. 1. 

Encore aujourd'hui, apprendre une chose à quel- 
qu'un , c'est lui en faire prendre une idée qu'il 
retienne dans sa mémoire, lui faire connoître cette 
chose en lui en présentant l'idée, en l'enseignant, 
en l'inslruisant, etc. (Voy. Apprenture et Apprisfre.) 
Mais on ne diroit plus, apprendre quelqu'un les 
Sciences, ou tout simplement l'apprendre, pour 
enseigner ;\ quelqu'un les Sciences, l'instruire dans 
les Sciences. « Glergie vint en France par Alcuin.... 
u Dui moines Escoz aprenoient les gens sapience 
« pour l'amour Nostre Seignour. » (Chr. S' Denys, 



(1) C'est à regret qu'on laisse ce.... (n. e.) - (2) blesse, lèse. 



AP 



— 79 — 



Reç. des Hist. de Fr. T. V, pa^e 263.) « Nous 
:i^^^p>Jftmes, et il sot moult retenir. .. (Rom de 
Dolopathos, Ms. du R. n- 7534, fol '^94 ) ^ 

On ne supprimoil pas toujours la prénosition à 
qui orsqu'elle ne désignoit point la pSnne qu'on 

doï 'on ^tr;? 'nf ''^""^'' quelqifefois"lT ?hose 
aont on 1 instruisoit, comme en cette exoressinn 
; apprendre une Nymphe aux ébas Sour ' 

ainreS-nt,^''^'' 'i'''^ PI"' ancUnnem n 
•eKstîrV^.fi?^^^^ d'une chose, » c'étoit aussi 
îa'S^uSre Siilr ''''"''' ''^'^^e de cette chose, 

lui ara encanteours, 

Et moult divers engingneors 

yui de tous maus Vaprendront. 

Lucidaires, MS. de Gihert, fol. 24, V°. 

On disoit d'une chose qu'on pouvoit connoîtrp 
sans instruction,qu'elle » nefaisoit mie à «Sï ! 

- Rom. de Rou, ms. p. no'. - Voy A Îre 't. ) 
difoiis qui mslruisenl de la v&ilé te Ms 

En celui termine meisme 
Ou faus devise Uopra»c/,'es, 
be boisa h Quens de Flandres. 

G. Giiiart, MS. fol. 232, R". 
. . . Envoya li Quens de Flandres 
A Furnes, ce dit li aprendres 

Id. fol. 236, R». 



AP 



Apprins ou Aprins, participe. Annris insfmif 
accoutume. (Rob. Estienne, NicotetZIt dS? ' 
Apraujnet, s pr. Qu'il apprenne. (S- Bern s fr ) 
jPrcdnet, subj prés. Qu'il apprenne. (IdibTé f '^ 
Apregniens. subj. pr. Que nous apprenions rid \ 

ApnncioU indic. imp. Apprenoit. fCléomadi'"? S 
Am'igeH, subj. pr. Qu'il apprenne L des Ro s ^ 
(Rom Soton!:i£- P'-^t'/PPr^'"*^^^^' enselfn.fmS 

^Sis ï> ' S-'i^P- '^"^' '^PP^'t. (S- Bern. S. r.) 
^^/çs/.iu's, subj. imp. Que vous apnrissie? a 

Apustrent, ind. prêt. Apprirent. (Athis, ms. ^54.) 

APPRÉHENDRE. Colgr^ûS' ' 

ÏT.Z-Àl\tl ëîcT- '''''■ '^ ^- ^^-"- T. n,p. 1391. 

pS^C^^Siaî^!^^i|'-^^«r'^°'-'^'P'"^- 

Aprendre Rom. de Rou, MS. p ilo ' 

APRENRE. Beaumanoir, C. de B^eaiv oisis, chap. xl p 22. 

" de ce quon ht aux histoires Romaines de cpnv 
" qui avant le jour des batailler^ss "ni? ,^^ 
« moient aussi' P-'ofondément que sf c'estoif [; 
« lendemain de leurs nopces : je S- LSll st 
" S?pir'''"'"''f- ;(-^'^^'»-deMontlîiT I p'?|9' 

Appréhender et APPREHENSION.^ Prevoii . (Voyez 



avoir certaines ciuaîte-s b Slfes^'on "rïl'' ' 
parlant de fumiel^ qu'il est .S".fl^^2^^^ ''' ^" 

L'habit de pris, 
Fard bien compris, 
Font d'un laid corps le parement • 
Ainsi que les Heurs du pourpris ' 
Reparent le fumier appns ^ 
De puyr natureUement. 

J. Marot, p. 200. 
. . CONJUG. 

(coî5£rp."?5i'?S,!"£5î:?."|^r--- 



Appréhension, subst. fém Prise snisip- nr.-o^ 
..o,mnéMaistreWlïï"„lt';v S' Sis" ,,ra*î2 



..e ™ u..g, ,.■„, „,. .,,„,.. * ;»= 20.., on „„„v. <ie,a : . Mal, ., .p.j, y „„ .„^,, ,^^^ ^ ^^ _^^ _ ^^^ ^^ ^^^ ^^^ 



AP 



— 80 - 



AP 



de comprendre, la compréhension. (Cotgrave, Rob. 
Estienne, Nicot et Monet, Dict.) 

On a désigné même par ce mot appréheimon, 
l'idée plus ou moins vraie, la connoissance plus ou 
moins certaine qu'on prend des choses, le jugement 
qu'on eu l'orme d'après cette idée, cette connois- 
sance. " 11 eut une appiélwnsion que c'étoient ses 
« enfans. » (Nuits de Strapar. T. I, page 300.) « La 
« femme de S' Hilaire... prit une vive appréhension 
« de la béatitude élerneiie et céleste. » (Essais de 
Montaigue, T. I, page 350.) « Les hommes ont eu 
« apprélicnsion de Dieu par les astres qui nous 
« a|)paroissent. » (Amyol, Moral, de Plutarque, T. II, 
p. -218. - Voy. Monet, Dict.) 

Qu'il suffise d'avoir uidiqué ailleurs par quelle 
analogie ce mot apprélienslon, qui désigne encore 
l'idée qu'on prend d'une chose, a signifié et signifie 
crainte. (Voy. Appréhender et Appréhensif.) 

Apprentis, adjectif subst. masc. et féni. Qui 
apprend une chose, qui est encore à l'apprendre. 
(Voyez Ari'HEiiENDiuc.) On voit que l'ortliographe 
apprenti, préférée aujourd'hui à l'oiihographe ap- 
prcntif, n'est pas nouvelle dans notre langue. L'une 
et l'autre ont fait oublier l'ancienne orthogiaphe 
apprentis, dont se forme si naturellement le subs- 
tantif ap[irentissage qui subsiste (1). Encore aujour- 
d'hui, un apprenti est quelqu'un qui apprend un 
métier, ou autre chose en général; quelqu'un à qui 
il faut apprendre ce métier ou cette autre chose. 

Mais on ne diroit plus avec Montaigne : « Je ne 
« me prens gueres aux nouveaux livres, pour ce 
« que les Anciens me semblent plus pleins et plus 
« roides; ny aux Grecs, parce que mon jugement 
« ne sçait pas faire ses besognes d'une puérile et 
« apprentisse intelligence. » (Essais de Montaigne, 
T. II, page 136.) 

On a voulu sans doute désigner le chant naturel 
des oiseaux, ce chant qu'ils n'apprennent point de 
l'art, lorsqu'on a dit : 

A chanter furent ententis 

Les oyseauLx, non comme aprentis, 

Ne aussi comme non sachans. 

Rom. de la Rose, vers 692-694. 

Anciennement, l'acception d'apprentis éloit si 
générale, que pour signifier qu'on étoit encore i\ 
apprendre des nouvelles de quelqu'un, on disoit 
qu'on en étoit aprentis. 

En demandoit par tous pays; 
Mais aussi en ert apprentis 
Que il fu au commencement. 

CléomaJès, MS. de Gaignat, fol. 46. R* col. 1. 

VARIANTES : 
APPRENTIS. Cléomadés, MS. de Gaignat, fol. 46, R" col. 1. 
Apprentie. Monet, Dict. au mot Appris. — D. de Trévoux. 
Apprenti. Orth. subsist. — Rob. Estienne et Nicot, Dict. 
Apprenty. Nicot, Dict. au mot Apprenti. 



Aprenti. Rom. de la Rose, vers 693. 
Apprentisse. Essais de Montaigne, T. II, p. 136. — Dict. 
de Trévoux. 

Apprenture, suhst. féminin. Enseignement, 
instruction ou coutume, habitude. SignificaUons 
relatives à celles du verbe apprendre, instruire, 
accoutumer. (Voy. Appréiiendre.) « Peu de gens est 
« qui soint hardiz par nature ; mais mains devien- 
« nent hardiz par art et par apprenture. « (Instr. 
de Chevalerie et exerc. de Guerre, ms. fol. 12, R». — 

Voyez At'RENE.ME.NT.) 

Apprise, subst. fém. Apprentissage. Connois- 
sance d'une chose apprise. Espèce d'Enquête. 
Entreprise. Ce mot aprise ou aprinse, dans le sens 
d'apprentissage, signifioit l'exercice par lequel on 
apprend un métier, par lequel on s'y instruit sous 
les yeux d'un Maître. « Pourveu qu'il ait servi trois 
» ans en bonne aprise, etc » (Ord. T. VIII, p. 513. 
— Voy. Api'RisiRE.) 

Il semble qu'être de Vaprinse d'un métier, c'étoit 
être né dans un métier dont on a fait l'apprentissage 
en s'y exerçant dès l'enfance. « Se il est filz de 
« Maistre et de la dicte aprinse, il ne payera, etc. » 
(Ord. T. IX, p. 45.) 

On a dit d'une personne qui avoit appris une 
langue, qui en avoit la connoissance, l'intelligence, 
qu'elle « étoit de cette langue par aprise. « (Voyez 
ArpRÉiiENDRE.) « Encores que je ne soye, par nature, 
« ou par apprise, de la langue d'Alemaigne; si 
» ay-j'enquis, à la vérité, de ceste généalogie, le 
« plus qu'il m'a esté possible. » (Méin. d'Ol. de la 
Marche, p. 12. — Voy. Apprisure.) 

L'espèce d'enquête qu'un Juge faisoit d'office 
pour apprendre la vérité d'un fait, étoit une apprise. 
(Voy. Du Cange, Gloss. lat. au mot apprisia, col. 590 
et 591. — Lalirière, Gloss. du Dr. fr.) L'Enquête en 
général différoit de Vapprise, en ce que Yapprise, 
qui se faisoit d'office et sans le consentement de 
celui qu'on soupçonnoit d'être coupable, ne portoit 
pas, dit Beaumanoir, fin de querelle. » Quant aucun 
« est pris pour soupechon de vilain cas... l'en doit 
« demander à cheli qui est pris, se il viout atendre 

« enqueste dou fet S'il ne veut atendre l'en- 

« queste, adonques i appartient aprise; che esta 
« dire que li Juges de son office doit aprenre et 

« enchercliier dou fet Mes à che que il fust 

« condempnés i^ mort par Vaprise, il convient bien 
« que li fès fust sens clers par plus de trois tesmoins 
« ou de quatre, si ([ue li jugement ne soit pas fait 
« tant seulement par l'aprise, mes pour fet notoire. 
« La différence qui est entre aprise et enqueste, est 
« tele que enqueste porte fin de querele, et aprise 
>< n'en porte point : car aprise ne sert fors de tant 
« sans plus que li Juges est plus sages de la besoigne 



(1) Les deux formes apprentif et apprentis ont dû être contemporaines. Dans Berthe aux grans pies (vers 1), on trouve: 
« Aprentif jugleor et escrivain marri ; » et dans le Livre des Métiers d'Et. Boileau, du xiir siècle, comme le poème 
précédent: « Il peut avoir tant d'apprentis et de vallés comme il li plaist. » (Edition Depping, p. 18.) Le féminin était 
a/j/j/(,')i/ife; cet archaïsme est encore employé par quelques personnes. — Voir sur l'uppre»*;, YEssai sur l'organisation de 
ioulustrie à Paris aux XIII' et XIV' siècles, art. de G. Fagniez. — Bibliothèque de l'Ecole des Chartes, 1874 (p. 479 à. 
497). (N. E.) 



AP 



— 81 - 



« quil a apme. » (Beaumanoir, Coût, de Beau- 
VOisis, chap. XL, p. 221. _ Voy. Ord. T. I, p. 575 ) 
Dans la signification d'entreprise, ce mot aprise (1) 
étoitlememe qu'emprise. » Les Zassons... s'avan- 
« turoyent pour gaigner, par bonne façon ; voire 
« jusques h gaigner et emmener de nos gens. De 
« telles petites prises et aprises firent... sur nostre 

« compaignie Plusieurs chevaux et 4ns 

ml^r d'ol* ^I'^^m'""',"' P^^'" ^'^"^^^ emprises, elc. ! 

VARIANTES : 



AP 



APRisîf Ord^xT^n'.^'r'- \=''- ^H ^ot^pprisia, col. 590. 
Apri'kse. Ord. T l5; l%7 ''"""''■^' '^'°^^- *•" ^r. fr. 

Apprisure, siibst. fém. Apprenlissa^-e Ensei 
gnement, instruction, etc. Coutume, 1 abii&^^^^^ 
APPREHE.NDRE et APR.soN.) On a dit au premier sens :' 



■ • Il firent leur apresure 
U armes, sans nule mespresure. 

Pli. Mouskes, MS. p. 823. 

Dans le second sens, une histoire à'apresnre 
étoit une histoire où Ton pouvoit s'inslru re une 
personne de bêle «/.,ï'.«r/étoit une perso ne beii 

p. ddj. — Ane. Poet. fr. mss. av. 1300, T. II, p. 70G.) 

Amours nélie et escure 

Le cuer k'éle a bien saisi. 

Vaillant le fait et hardi; 

Est de courtoisie apresure ■ 

Biens, sans li, n'est fors que painture. 

Ane. Poés. fr. MS. du Vatican, n- U90, fol. 94, R.. 

C'est relativement aux effets d'un long annren- 
tissage et d'une instruction continuelle, me le S 
appnsure paroît avoir signiHé coutume. 'habituSe 

C'ert moult fort cho.se d'apresure ■ 
Mes nature deust pas.ser, etc. 

Fahl. MS du R. n" 7-218, fol. 225, R- col. ). 
VARfANTFS ' 

APPRISURE. G. Machaut, Poës. MSS. fol 19 r» col 1 
Apreseure. Ph. Mouskes MS. p 331 ' °'- ^• 

Apreslre. Vie de S'eThaysies, MS. deS. chif. xxvn, col. 16. 

Approbation, subsf. fém. Action d'énrouver 
épreuve. Action de prouver, preuve L'acceïïion' 

2Tr!uTl'', •?' '' '"^^ appràation, est la Sï 
que ce le du latin appvobatio. (Voy. Àpprouvement t 
Delà, Il aura signifié, 1° l'action d'ép ouver, e'Jreuve- 
« b. ne vous plaist me donner cette petite S S on 
« pour m approuver, parce que de telle arnSSi 
M^rn'^T'^ '''■ " ^^"""P'' ''' '' niille Dame, 

^nni.^ f *^i'-^" ^^ prouver, preuve, comme lorsau'en 
pariant dune action qui prouVoit dé H hnnnn 
volonté, on disoit qu'elle éK , unetiSS 
« de bonne volonté. » (Du Bellay, Mém Km 7 
« Dame, vous direz ce qu'il vous plaira mais ' 
« oncques Monseigneur Lancelot ne se neS de 
« faire ce que vous luy mettez sus. Il a bien monshé 
« àceste assemblée, ilist la Royne • doTt sr^oy^e 

11 



j moy que l'approbation en est si apparovssante ,, 
(Lanc. du Lac, T. III, fol. 121, R» col 1 ) 

Approfitement, subst. masc. Action de mettrP 
a prolit. L'action de faire valoir une cl ose L^ r sn? 
ou pour quelqu'autre. (Cotgrave et S dTc 
\oy. Approfiter.) ci. moui, uict. — 

Approfiter, verbe. Mettre à profit, faire vilnir 
Mettre en état de profiter, de faire valor^rofuér" 
Etre profitable. Ce verbe, composé de la préposit on 
« reunie au verbe simple profiler, signifioif me tre 
a profil une chose, la faire vn ni r nnnr =ni ^ ^ 

pour 1 usage, 'Utilité des autres. « Les cSnnlfestes 
" faictes sur les ennemis... il faut amrS Jl 
«^non prodiguer, ny dissiper. » (S^Sseï SSr'ron^! 

En cas de » séquestre estably en un bénéficp 

*: sS"/' " °.^*^''^" ^"<^ " "^ '-evenu de ce bé, éfice 
« seroit approfite par un tiers,... au moven ellZot 
« qu'i avoit promis faire le dit rw;nS»iSf la 
" Z^'^-^T et„P'?'Ception des fru: s au SJe 

se rendre utile, qu'rw^.o/?/^./, Je qu'un éiTens 
sgnifioit le mettre en ét;.t de profitei' , le mettre en 

qL'on lif P,i;'^''^ '' ^'"■«" '''' P«"'- lui 'le bien 
qu on lu lait. . Seigneur, quant je pense en mnv 
•■ en quelz ne en quanz biens tu m'as aproufité II 

etc. « (Liiasse de Gaston Phebus, ms. p. 387 1 
La signification active de ce verbe etoit -ibsoinp 
lorsque pour désigner une personne qupontou' 
qui faisoit qu'une chose fût p.uir ele en Til' 
rendant utile, on disoit qu'elle appo/^ft 'VoStc? 
" mes euvres ordene à ton dou x plaisii si oue l 

« Que aproup te à ta charité,... si je iS en mn 
PeuVÎi't- " (P'^^^sse de Gaston Phébus,' m p'383 
Peut-être qu aproufier, en latin proftcere nW 
! V."n.?r d «•■n^os-'iaphe dans le Jassaîé sùivLu 
« Le meilleur médecine. . . si es . . Tes lessipr 
« mengier tout quant qu'iîz voudront ; car aud S 

ibif?'VTfr^rf,i°"''''''""''«^^''''»/'^"' ('^)'^ien. '(id^ 
.,.. P- r?''ù ^*^'"^ conjecture paroit d'autant n ki s 
vraisemblable, qu'on trouve plusieurs fois 'nVn n 
graphe aproitfiter dans le même o^TagS "" 

VARIANTES ' 
APPROFITER Contes de Des Périers, T I p 151 
Aproufier. Chasse de Gaston Phébus MS n 105 
Aprûufiter. Ibid. p. 359, 383, etc ^' 

Ce'^'ol 'Tn^n^'l'n'**""''"^'. '"*^^- '««^^- P>'Ovision. 
ce mot, forme de provende, en latin prœbendu par 



AP 



— 82 - 



AP 



contraction de prœhiheiula, désigne une chose que 
doit avoir d'avance, ou par provision, celui à qui on 
la donne. <• Au regard de Vapprouvandeynent... pour 
a la plaine affolure, lequel avoit esté limité à huict 
« muids de bled, etc. " (Coutumes de Hainaull, au 
nouv. Coût. gén. T. I, p. 59. — Voy. Provende.) 

V.4R1A.NTES : 
APPROUVANDEMENT. Du Cange, Gloss. lat. à Provenda. 
Aprovandement. Coût. gén. T. I, p. 784. 

Approuve, subst. fém. Epreuve. Preuve. Il 
semble que dans un sens relatif à celui du verbe 
approuver, éprouver, l'on ait dit en parlant d'un 
Prélat en général : 

Les bons et les maulvais sont dessoulz tes approuves : 
Qui scet ou qui ne scet, t'appartient que tu preuves (1). 

J.de Meun, Codicile, vers 593-595. 

Peut-être la rime exige-t-elle que dans ces vers 
on lise appreuve, comme dans le passage suivant 
où ce mot signiiie preuve. « Hercules en faisant ses 
« voyages... passa par le pays que l'on nomme à 
« présent Bourgongne, et y prit en mariage... l'une 
« de ses femmes nommée Alise ; .... et. .. de ceste 
« Alise il eut génération, dont sont... yssus les pre- 
« miers Roys de Bourgongne : et pour appreuve, 
« vous trouverez au Duché de Bourgongne,... appa- 
« rence d'une cité ou ville qui se nommoit Alise. » 
(Mém. d'Ol. de la Marche, p. 21. — Voy. Approuver.) 

VARIANTES : 
APPROUVE. J. de Meun, Codicile, vers 593. 
Appreuve. Mém. d'OI. de la Marche, p. 22. 

Approuvement , subst. maso. Appi'obation. 
(Cotgrave, Rob. Estienne, Nicot et Monet, Dict. — 
Voy. Approuver.) 

Approuvender, verbe. Approvisionner. (Voy. 
Approuvanuement.) Signification relative à celle du 
substantif approuvandeincnt, formé de provende. 
On a dit figurément : 

. . . Carités qui en tous lieus 
Est grandement recommendée, 
Garnie est et ap}irouvc)idée 
De largèce, sans nul dangier. 

Froissaii, Poès. MSS. p. 42, col. 2. 

Approuver, verbe. Eprouver. Prouver. L'ac- 
ception encore usitée du verbe approuver, est la 
même que celle du lalin approbare. Martinius la 
présente comme acception primitive du verbe sim- 
ple latin probare, qui par une espèce de métonymie 
signifioit éprouver. (Voy. Aprob.) C'étoit aussi la 
signification du verbe françois composé approuver. 
<■ Aucune fois Dieu afflige les humains pour les 
« approuver; sgavoir est les bons, comme Job et 
« Tobie. » (Triomphes de la noble Dame, fol. 277.) 
« Nous qui de voslre loial et approviée diligence 
« nous fions, etc. » (Ord. T. I, p. 528, notes, col. 2.) 

Mais de moult lointains seigneurages, 
Par fiez tenir et par hommages, 
Grant honneur aprovoil. 

G. Guiarl, MS. fol. »,R'. 

Dans le sens de prouver, en latin probare, on 



disoit : « Je vous prometz que c'est le Chevalier à 
« l'aigle d'or ; et ce vous appreuve-je par son escu. ^ 
(Percef. Vol. 111, fol. 19.) " Pour vous approuver et 
<" justifier leurs faicts, etc. » (Du Bellay, Mém. Liv. 
VI, fol. 178, R°. — Voy. Prouver.). 

variantes : 
APPROUVER. Orth. subs. - G. de RoussUlon, MS. p. 188. 
Appkeuver. Percef. Vol. III, fol. 19, R° col. 1. 
Approer. Ord. T. III, p. 578. 
Approvier. Ord. T. I, p. 528, notes, col. 2. 
Aprover. g. Guiart, MS. fol. 11, R». 
Aprovier. Ane. Poët. Ir. MSS. avant 1300, T. IV, p. 16CQ. 
Aphouver. Modus et Racio, MS. fol. 236, V». 
Apruever. Fabl. M. du R. n» 7615, T. II, fol. 127, V» col. 1. 

Appuy, subst. masc. Appui, accoudoir, dos- 
sier, etc. Dans le sens étymologique (2), chose sur 
laquelle on pose les pieds afin de se soutenir : par 
extension, chose sur laquelle on pose la main , le 
coude ; chose contre laquelle on pose le dos : en 
général, soutien, tant au propre qu'au figuré. (Voy. 
Appuyer.) U semble qu'un banc sans appois, dans 
les Honneurs de la Cour, ms. p. 54, est un banc sans 
accoudoirs et sans dossier. On conçoit que les 
explications de ce mot appuy pourroient être aussi 
variées que le sont les noms par lesquels on spé- 
cifie, 1° les choses propres à soutenir différentes 
parties du corps, les choses propres à soutenir les 
personnes, comme un balcon, un garde-fou, une 
balustrade, etc. 2° les choses propres à en soutenir 
d'autres, comme une étaye, un étançou, etc. (Voy. 
Appuyal et Appuyé.) 

variantes : 

APPUY. Cotgrave, Rob. Estienne et Nicot, Dict. 

Appoi. Honneurs de la Cour, MS. p. 54. 

Appuyai, subst. masc. Appui, balcon, che- 
ville, etc. (Voy. Appuy.) Ce mot appuyai, de même 
origine qu'appuy, signifioit soutien en général ; en 
particulier un balcon pour s'appuyer, se soutenir: 
« Firent les deux Roys loges dresser emmy les 
« prez, où il y avoit fenestres et appuyaulx aux 
u Dames et aux Damoiselles. » (Lanc. du Lac, T. II, 
fol. 82, V° col. 2.) 

Une cheville, ou autre chose propre à fermer une 
porte, à l'appuyer, à la soutenir contre l'effort de 
quiconque voudroit l'ouvrir. « La porte... n'est 
« fermée, ne à poste, ne ti barre, ne à nul appoyal, 
« sinon à gons où elle est sellée. » (Lanc. du Lac, 
T. I, fol. 147, R-col. 1. 

Au figuré, la signification à'appuyal étoit la même 
que celle de notre mot appui, soutien. « Loys^ 
« Monseigneur de Luxembourg,... appuyai du peu- 
« pie, le parement de Court ell'onneur du royaume 
ic de France. » (J. d'Auton, Annal, de Louis XII, 
MSS. an. 1503-1505, p. 93.) 
Vile roiaus des Cités, 
Se tes appoia7(s 
Fust vrais et loiaus, etc. 

Ane. PoOt. fr. MSS. avant 1300, T. IV, p. 1301. 

VARIANTES : 
APPUYAL. Lanc. du Lac, T. II. fol. 82, V° col. 2. 
Apoial. D. Carp. s. Gl. lat. deD. C. d.\imot Apodiamentum. 



(1) Tu éprouves, tu juges à l'épreuve. - (2) De ad et podium, pui, élévation, colline. (N. E.) 



J 



AP 



- 83 



AP 



Apoyal. Lanc. du Lac, T. I, fol. 147, R° col. 1. 
Appoiau. Ane. Poët. fr. MSS. avant 1300, T. IV, p. 1?01. 
Appu.^il. Al. Chartier, de l'Espérance, p. 285. 

Appuyé, subst. fém. Appui, galerie à balcon, 
balustrade, accoudoir, etc. Dans la signification 
particulière de galerie à balcon, balustrade, le mot 
appuije étoit le même qu'appuy, galerie et saillie 
sur quoi on s'apptiije pour regarder hors la maison. 
(Voy. Cotgrave et Nicot, Dict.) 

L'acception à'appoiée, accoudoir, est relative à 
eelle d'appoi. « Deux pommeaulx des appâtées du 
« dit siège despiciés par moittié, etc. » (D. Carpen- 
tier, uht supra. — Voy. Appuy et Appuyelle.) 

VARIANTES : 
APPUYE. Cotgrave et Nicot, Dict. 
Appoiée. D. Carp. s. Gl. 1. de D. C. au mot Appodiatorium. 

Appuyelle, suhst. (ém. Appui, garde-fou. 
Espèce de parapet, ou de barrière sur laquelle on 
s'appuie pour ne pas tomber en passant sur un 
pont, sur une chaussée, etc. « Les Eschevins ont 
« connoissance du fait des cauchies, plaucques et 

« appuielles, et es chemins; les dits chemins, 

« plancques et appuielles et cauchies, etc. » (Coût. 
de Richebourg, au nouv. Coût. gén. T. I, p. 392, 
coL 2.) On trouve appuy avec la même signification 
particulière, dans la Coût, de Ham. (Ibid, p. 381, 
col. 1. — Voy. Appuy.) 

VARIANTES : 
APPUYELLE. Coût, de Lessines, au n. C. g. T. II, p. 214. 
Appuielle. Coût, de Ricjiebourg, ibid. T. I, p. 392, col. 1. 

Appuyer, verbe. Soutenir, se soutenir, s'accou- 
der, s'adosser, s'asseoir. Poser, mettre, arrêter, 
assurer, établir, confirmer. Frapper, presser, fouler, 
renverser. Opposer. On sait que du mot grec noiç, 
noâôç, pes, pedis en latin, s'est formé nifioy en grec, 
en latin podium (4); d'où le verbe latin-barbare ap- 
podiare, en françois appuyer. C'est peut-être à l'idée 
de pied, partie du corps sur laquelle on est stable, 
sur laquelle on se soutient, on s'atïermit et s'élève, 
que sont relatives les acceptions des substantifs /;«;/ 
et appuy, aussi bien que celles du verbe appuyer, 
&' appuyer ; proprement se soutenir, s'affermir sur 
les pieds, être stable, poser les pieds, se soutenir, 
s'affermir en posant les pieds sur une chose qui ail 
de la stabilité. Il semble du moins que dans un 
sens analogue aux significations indiquées, l'on ait 
dit : « Ne n'en atroverons mies trop estroite la sente 
« del pont. . . De trois tisons (2) est faite celte sente (3), 
« por ceu ke li piet de ceos ki à lei se verront apoier, 
« ne puist glacier (4) en la voie. » (S' Bernard, Serm. 
fr. MSS. p. 340 (5).) 

A un tertre monter s'appuie. 

Desoz ert la valée fière ; 

Parmi coroit une rivière. 

Blanchandin, MS. de S. Germ. fol. 176, R" col. 2. 

En comparant à cette façon naturelle de se soute- 



nir sur les pieds, de se soutenir en posant les pieds 
sur quelque chose, toute autre fa(;on de se soutenir 
sur différentes parties du corps ; de se soutenir en 
posant la main sur un bâton, le coude sur une 
fenêtre, le dos contre une porte, en s'asseyant sur 
un fauteuil, en posant partie du corps ou le corps 
entier sur une chose qui le soutienne, on aura dit 
par extension : « s'appuyer ou s'espuyer du genoil, 
" de la main, du côté, etc. s'appuyer d'un bâton ou 
« sur un bâton, s'appuiier à une fenêtre, s'appuyer 
« à un huis, sur un faudestuel, h un banc, etc. Le 
« suppliant cuida tumber h terre, et lui convint 
« sojj espuyer d'un genoil et d'une main à terre. » 
(D. Carpenlier, Suppl. Gloss. lat. de Du Gange, au 
mot apodiare; Tit. de 1480.) « Se assist emmi le 
« chemin, en soy espuyant du costé à terre. » (Id. 
ibid. Tit. de 1.381.) « As-tu espérance en cez de 
« Egypte ki sont eu me baston de rosel pesceed (6) sur 
« qui si l'um, se apuied, tost falsed e depiesced (7.) » 
(Livres des Rois, ms. des Cordel. fol. 144, V° col. 1.) 

. . . Vos resemblez le gaignon (8) 
Qui se venge en abaiant ; 
Pour ce avez mors en mon baston 
De quoi je m'aloie apuant. 

Ane. Poft. fr. MSS. avant 1300, T. I, p. 476. 

Quoique appuyer signifie encore soutenir, on ne 
diroit plus « appuyer ses memhves » dans le sens 
du verbe réciproque s'appuyer. 

Faulx-semt)lant qui bien se retourne,... 
Après s'en va sans Esouyer ; 
Et pour les membres apuijer. 
Eut, ainsi que par impotance, 
De trahison une potance 

Rom. de la Rose, vers 12815-12819. 

Sans désigner la chose sur laquelle un soldat 
blessé, par exemple, se soutenoit pour fuir dans 
une déroute générale, on disoit qu'il s'en alloit 
apurant, à la différence de celui qui n'étant point 
blessé, s'en alloit droit. 

S'en vont l'un droit, l'autre upuiant, 
Le plustost qu'il pevent fuiant. 

G. Guiart, MS. fol. 256, V'. 

Il paroit que la signification de s'appuyer est 
s'accouder dans le passage suivant : « La Damoy- 
« selle se leva sus, délaissant Liziart s'apoyant à la 
« fenestre, la main à la maiselle(9). » (Ger.de 
Nevers, Part. I, p. 16.) 

Probablement s'adosser, dans ces vers : 

Hersent qui n'estoit mie loins, 
Qui n'est encore réconcilié, 
S'estoit à un huis apoié. 

FM. MS. du R. n" 7218, fol. U6, R" col. 1. 

Enfin, s'asseoir, dans ces autres vers : 

.... Diex vos gart, Sire Prévost ; 
Venez vos apoier lez moi. 
Cil respont, Dame je l'otroi. 
Desor un faudestuel vermeil 
S'apoiereiit, en un conseil. 

Blanchandin, MS. de S' Germ. fol. 180. R» col. 2. 



(1) Le podium était un soubassement peu élevé et formant marche le long du mur d'une chambre ou d'un bâtiment. Dans 
l'amphithéâtre, ce soubassement était élevé de dix-huit pieds au-dessus de l'arène ; on y plaçait les chaises d'ivoire (selles 
cwules) de l'empereur, des magistrats curules, des vestales. Enfm, en architecture, c'était un socle, une console, (n. e.) — 
(2) poutres, pieux. — (3) tablier du pont. — (4) aUsser. — (5) Edition Le Roux de Lincy, Paris, 18il, à la suite du Livre des 
ilois. (N. E.) - (6) fait de pièces, (n. e.) — (,7) se désagrège, se dépèce, se rompt, (n. e.) — (8) chien. — (9) ,Toue ; en latin maxilla. 



AP 



— 84 — 



AP 



Et Tristan à un banc s'apow. 

Fabl. MS. dj Berne, n- 354, fol. 154, R* col. i. 

C'est sans doute relativement à l'idée de poser le 
pied ou quelinie autre partie du corps sur une 
chose qui soutienne, iiu'aiipuyer une chose à une 
autre, une chose sur une autre, a signifié et signifie 
encore donner du pied îi cette chose, l'affermir, la 
poser, la mettre de façon qu'elle soit ferme et 
stable, de façon qu'elle soit soutenue par la chose 
sur ou contre laquelle elle est mise, elle est posée. 
(Voy. Appuy.) 

Je montai sans lui dire mot, 
Qu'il ne me sorprist à pié ; 
Et pris en ma main mon espié 
Qu'à un pin apoié avoie. 

Fabl. MS. du R. n' 7615, T. II, fol. 187, R- col. 2. 

Mes aiisi pense apoier 
L'espié à une roche bise, etc. 

Ibid. fol. 187, V col. 1 

Puis a un rasor desploié ; 
Si l'a sor l'anclume apoié. 

Fabl MS. de Berne, n' 354, fol. l.'.S, V- col. 2. 

Dans un sens analogue à l'idée d'une position 
ferme et stable, par conséquent sûre, le verbe ap- 
puyer ou s'appuyer aura signifié s'arrêter en sûreté 
dans un lieu, s'y mettre en sûreté : 

Mordret s'enfuit toute la nuit, 
Quérant rechet où il s'apuit. 

Rom. de Brul, MS. fol. 100, R" col. 2. 

Au figuré, s'arrêter à une personne, à une chose, 
s'assurer en cette personne, en celte chose, y met- 
tre sa confiance. 

Fox est qui va veoir s'amie, 
S'il y moine tel compaignie 
Où ne se doie moult fier ; 
On ne set à cui apuier. 

Athis, MS. fol. 11, V col. 1. 

. . . Raempliz de couardise 
Où leur flo se va apuiciiit. 
S'en revont vers Furnes fuiant. 

G. Guiart, MS. fol. 241, V-. 

. . . Qu'aucune à ce ne s'apuie 
Que sa net guerpisse et s'enfuie. 

Id. fol. 312, R'. 

... Cil qui par son sens se set bien avoier, 
Ne doit son bon conseil por autrui sens lessier, 
Se on ne le puet fère à meillor apoier. 

Fabl. MS. du R. n" 7218, fol. 335, R" col. 2. 

En termes de procédure, s'appuyer à droit, s'ap- 
puijer à jugement on en jugement, c'étoit établir 
en droit une question, établir une demande, la 
soutenir en droit, la soutenir, fétablir en justice. 
« Un Chevalier qui avoit à plaidier ... se fistesso- 
« nier ; et chil qui avoient à lui à faire . . . s'apue- 
« rent à droit, savoir mon se il povoit fère en la 
« manière dessusdite. » (Beaumanoir, Coût, de 
Beauvoisis, chap. m, p. 27.) <■ Toutes resons . . . 
« doivent estre mises avant que li jugement soit 
» enchargiés: car puisque chil qui doivent fère le 
« jugement ont les paroles receues des Parties , et 
" ils se sont apuié à droit, ils n'i pueenl ne mètre 
« ne ester. •> (Id. ibid. chap. vu, page 45.) « Leurs 
« resons oies et apuiées en jugement, nous disons 
« par droit, etc. » (Id. ibid. chap. lxvii, page 343.) 
« Quant l'en rent jugement, il n'est pas resons de 



« tout recorder che qui fu proposé des deux Par- 
« ties, sur quoi il s'apuièrent à jugement. « (Id. ibid.) 

C'est encore relativement fi l'idée de rendre ferme 
et stable, qu'appuyer siguifioit confirmer. « Ordon- 
" nous et commandons en appuiaiit et ratifiant 
<■ ladite Ordonnance, etc. » (Ord. T. I, p. 580 et 581.) 

L'origine de ces significations étant ainsi expli- 
quée, il est aisé de saisir l'analogie des significa- 
tions actuelles du verbe appuyer avec les anciennes. 
Quoiqu'il désigne encore aujourd'hui l'action de 
peser sur un corps, en posant les pieds dessus, par 
extension les mains, les poings, etc. faction de le 
presser, de le fouler en tombant dessus, en le char- 
geant, en le frappant, etc. on ne diroit plus : 

Lor dona tex cox des basions 
Qui s'aponicnl des moignons. 

Fabl. MS. de Berne n" 354, fol. 155, V' col. 2. 

Il semble que la signification de espoier, est, 
presser, fouler, renverser, dans les vers suivans : 

. . . Guide bien que nostre guerre 
Fausist, quant le Mor vi à pié ; ' 
Car je le voil de mon espié 
Encontre la terre espoier. 

Fabl. MS. du R. n" 7615, T. II, fol 187. V col. 1. 

Enfin, s'appuyer ù une bataille, c'étoit s'y oppo- 
ser en la pressant, en la chargeant, en tombant sur 
elle, les armes à la main. 

Di.x batailles à trois s'apoient ; 
N'est merveille s'elles s'ennoient. 

Athis, MS. fol. 73, Vcol. 1. 

CONJUG. 

Apuied{s'), ind. prés. S'appuie. (Livres des Rois.) 
Apuiout{s'), ind. imp. S'appuyoit. (Ibid. fol. 41.) 
Apuit (s'), subj. pr. S'arrête, se mette en sûreté. 
(Rom. de Brut, ms. fol. 100, R° col. 2.) 

VARIANTES : 
APPUYER. Orth. subsist. - Lanc. du lac, T. II, fol. 108. 
Ap.uer (peut-êlre Apoiier.) .\nc. Poët. fr. T. III, p. 1059. 
Apeuer. Fabl. MS. du R. n" 7989, fol. 67, V» col. 1. 
Apoier. S' Bernard, Serm. fr. IISS. p. 320, 347, etc. 
Apoiier. Fabl. MS. du R. n» 7989, fol. 77, V» col. 2. 
Apooier Fabl. MS. de Berne, n^ 354, fol. 155, 'V" col. 2. 
Apoyer. S' Bernard, Serm. fr. MS. p. 104. 
Apouyer. Chasse de Gaston Phébus, MS. p. 202. 
Appoier. Gloss. du P. Labbe, p. 488. 
Appouieu. Miserere du Recl. de Moliens, MS. de G. fol. 209. 
Appuier. Ord. T. I, p. 581. 

AruER. Ane. Poët. fr. MSS. avant 4300, T. I, p. 476. 
Apuier. Ane. Poët. fr. MS. avant 1300, T. I, p. 429. 
Apuyer. Rom. de la Rose, vers 12817. 
Espoier. Fabl. MS. du R. n» 7615, T. II, fol. 187, V» col. 1. 
ESPUER. D. Carpentier, s. Gl. 1. de D. C. au mot .ipodiare. 
ESPUIER. Id. ibid. Tit. de 1381. 
EsPUYER. Id. ibid. Tit. de 1480. 

Aprenement, subst. inasc. Enseignement, 
leçon. (Voy. Apprenture.) Signification relative à 
celle du verbe apprendre, enseigner, etc. Il semble 
que dans les saisons du printemps et de l'été, le 
spectacle de la Nature renaissante et féconde soit 
pour l'homme une leçon d'aimer. De là , on aura 
dit: 

Ver est plus dous et plus temprés ; 

Près son parant il et Estex... 

D'amor donnent aprenement. 

Athis, MS. fol. 38, Vcol. 1. 

Après, part, et prép. Opprimé. Adjoint, associé. 
Près, auprès. Après, secondement, d'après. Il esfc 



AP 



85 — 



AP 



possible que comme on écrivoit apus pour apusé, 
participe du verbe apiiser, le même qu'aposer ci- 
dessus, appens pour appen&é , etc. l'on ait écrit 
après pour apressé et pour apressée , apresse. Ou 
trouve en effet (\uapprcsse est une abréviation du 
participe féminin appressée , opprimée , dans ces 
vers où l'on a dit, en parlant de Sextus Tarquin ; 

S'efforça tant 

Qu'il print Lucresse. 

Quand l'eut oppresse, 

Tost fust Maîtresse 
'Vengeance, que Tarquin le Grand 
Chassa de Rome en telle presse, etc. 

Blason des Faulces amours, p. 252. 

Ce participe féminin oppresse suppose le mascu- 
lin apprès. Aussi croit-on qu'après est un participe 
employé comme substantif, lorsque dans un sens 
analogue à celui du verbe oppresser, suivre de 
près, suivre, la Prudence personnifiée nomme son 
flyw'cs, c'est-à-dire, son adjoint, son associé, un 
Poète qui en suivant son parti et ses avis, s'associe 
et se joint à elle pour l'exécution de ses desseins. 

J'apperceu tost approcher celle Daine... 
Elle sentoit meilleur que nul ciprés. 
Sa doulce bouche, quant de moi fut auprès, 
Pour me parler ouvrit si doulcement, 
Disant ainsi : mon amy, mon après, etc. 

Nef des Dames, prolog. fol. 2V", et 3 R'. 

Peut-êtie faut-il chercher dans le latin pressum, 
l'origine des prépositions près et après , en Italien 
pressa et oppressa ? On a pu se figurer comme 
pressées ou pressant les unes sur les autres , les 
personnes et les choses entre lesquelles il y a pro- 
ximité, suite, ordre successif dans un espace de 
lieu ou de temps ; faire abstraction de cette idée de 
presse spécialement exprimée par les participes 
j:;m et «/jct's ; prendre ces mêmes participes dans 
un sens absolu, et les employer comme préposi- 
tions, pour désigner les idées générales de proxi- 
mité, de suite, d'ordre successif, lors même que 
cette proximité, cette suite, cetordresuccessif n'oc- 
casionnoientaucunejuressc. Telle pourroit être l'ori- 
gine des prépositions près et après, très-anciennes 
dans notre langue (1). Quant à la préposition auprès, 
elle paroit formée de la préposition à et de l'article 
/(? confondus ensemble, et réunis à la préposition 
simple près. (Voy. Aui'Rés.) 

Anciennement, la préposition après, qui dans 
l'usage actuel ne désigne plus que l'idée générale 
de suite, d"ordre successif, désignoit aussi l'idée 
générale de proximité, comme les prépositions, 
simple et composée, après, auprès. « Oza estendid 
« sa main vers l'Arche . . . e nostre Sire s'en cure- 
« chad vers Ozam ... e il chaid morz en la place 
« «jB?'('S l'Arche Nostre Seigneur. » (Livres des Rois, 
Ms. des Cordel. fol. 47.) « Conchioient tôt co qui 
« estoit après del Temple. » (Ibid. fol. 177.) 

. . . D'eus onbraier (2) après pin 
N'ont pas, ce dit-on, tel courage, 
Comme d'être de guerre sage. 

G. Guiart, MS. fol. 344, R". 



C'est relativement à l'idée générale de suite, 
poursuite, qu'exprime encore la préposition après, 
qu'on a dit, soit au propre, soit au figuré : 1° « Etre 
« rt//r(^"s une personne, « poursuivre une personne, 
la presser d'agir ; « être après une chose, » pour 
suivre une chose, la poursuivre, en presser l'exé- 
cution, l'accomplissement, etc. 

2° « Quérir, chercher, courir «jun's une personne 
« ou après une chose, » pour se mettre à la suite 
de cette personne, de cette cliose; être pressé de 
voir la personne, de la joindre, être pressé de trou- 
ver la chose, de l'obtenir, en cherchant, courant, 
désirant, etc. 

3° « Crier après une personne ou après une 
« chose, » pour être à la suite de cette personne, 
de cette chose ; les suivre, les poursuivre en criant, 
presser par des cris la volonté, l'action de la per- 
sonne, l'acquisition, la jouissance de la chose. 

4» » Demander après une personne ou après une 
" chose, " pour se mettre à la suite de cette per- 
sonne, de cette chose; être pressé de rencontrer la 
personne, la chose qu'on demande, presser par sa 
demande l'instant do les rencontrer. 

5° " Enfin, dans l'expression « dépenser après 
« une personne ou après une chose, » la préposi- 
tion après peut signifier la suite d'un projet, d'un 
dessein relatif à la personne ou à la chose pour 
laquelle on dépense : l'empressement de voir arri- 
ver la personne, de voir se réaliser la chose qu'on 
attend, dans cette autre expression « allendve après 
« une personne ou après une chose. « Quelques 
citations prouveront que l'usage de la préposition 
après n'a point ou presque point varié depuis 
qu'elle existe. « Il délibéra qu'il demanderoit . . . 
« «Tjj't'sleChaslel. » (Percef. Vol. VT, fol. .52.) « Criad 
« Jonathas après le vadlet ; vien hastivement. » 
(Livres des Rois, ms. des Cordel. fol. 28.) « Estoit là 
« Monsieur de Sedan cherchant après ses enfans; 
» lequel les trouva en très-mauvais ordre. » (Mém. 
de Rob. delà Marck, Seigneur de Fleuranges, ms. 
p. 184.) '< Nos avons jai atroveit trois fontaines ; or 
« quarons ajsm la quarte. « (S' Bern. Serm. fr. 
Mss. page 130.) 

Plus on réfléchit, plus on croit voir que les signi- 
fications d'après, quelque variées qu'elles puissent 
être, sont toutes relatives à l'idée de suivre, presser 
en suivant, en approchant ; idée analogue à celle 
de succéder et qui n'est pourtant pas tout-à-fait la 
même, par la raison qu'on ne succède pas toujours 
à ce qu'on approclie, à ce qu'on suit. On désigne 
donc l'idée générale d'ordre successif, plus spécia- 
lement que celles de suite et de proximité, lorsque 
dans le sens propre ou figuré, l'on dit encore, 
comme autrefois, qu'une personne naît , se place , 
marche, agit, parle après une autre ; qu'une chose 
existe, qu'elle a lieu, qu'elle se passe, qu'elle se fait 
après une autre, etc. « Adonias . . . fud li secundz 
I des fiz le Rei, après Absalon. » (Livres des Rois, ms. 



(1) Dans la Chanson de Roland, on trouve, vers 1160 : « Sun cumpaignun, après, le vait sivant. » (n. e.) — (2) se tenir 
à l'ombre. 



AP 



— 86 — 



AP 



des CoPflel. fol. 77.) « Micliiaus li Empereres de 
« Coiistaalinoble . . . l'Empire laissa, etpuis devint 
« Moines. ii;;ms li reçut la dignité de TEmpire, 
<» Leons qui fu filz Bardele palricho. » (Chron. S' 
Denys, Rec. des llist. de Fr. T. V, p. 262.) -< Premie- 
« rement, se les maisons sont faites d'avoir qui 
« malement sont gaainés ; apré , s'on les aimme 
« miex ke ces coses qui ja n'auront fin, etc. >> (Lu- 
cidaires, .ms. du R. n° 7989, fol. 22C.) On borne à ce 
dernier passage où apré, le même qn'après, est mis 
pour secondement, la preuve qu'anciennement la 
préposition après signifioil comme à présent une 
idée générale d'ordre successif entre les personnes 
et les choses. Cet ordre successif n'étoit indiqué 
que par le sens de la phrase, toutes les fois qu'en 
supprimant après, plusieurs Ecrivains des xv et 
xvr siècles se servoient des façons de parler suivan- 
tes ou d'autres semblables. « Eux avoir pris leur 
« lieu, Messire .Jaques se partit de l'Eglise. » (Mém. 
d'Ol. de la Marche, L. i, p. 297.) « Avoir le tout 
« entendu, Robertet a dit, etc. » (Lett. de Louis XII, 
T. I, p. 499.) " Avoir bien beu et bien repeu, Editue 
« nous mena en une chambre bien garnie. » (Rabe- 
lais, T. V, p. 25.) « Quoy entendant Cœsarin , et 
« avoir quelque peu songé, dit , etc. » (Nuits de 
Strapar. T. Il, p. 274.) 

Enfin, il est possible qu'on ait vu ce qui se 
rapproche par la ressemblance ou par l'imitation, 
comme étant placé dans un ordre successif, et que 
de là on ait dit : « Les daims toutes leurs natures 
« ont après la guise d'un cerf, fors tant que le cerf 
« va plustost au ruit. » (Chasse de Gaston Phébus, 
MS. p. 27.) 

Fist la kapièle (1) faire 

Ausi biele com nul el monde ; 
Et si le fist faire reonde 
Apriès l'ongle de son ceval 
Ki senti l'aiguë caude el val. 

Ph. Mouskes, MS. p. 68. 

Après Savis a nom Savine. 

Alhis.MS. fol. 122, V col. 1. 

On sait qu'aujourd'hui l'on diroit, d'après avec la 
même signification. 

VARIANTES : 
APRES. Orth. subsist. - S' Bernard, Serra, fr. MSS. p. 96. 
Apré. Baluze, Hist. généal. de la M. d'Auvergne, pr. p. 9'2. 
Apriès. Pli. Mouskes, MS. p. 3. 
Apris. Carpentier, Hist. de Cambrai, T. II, pr. p. 31. 

Apresser, verbe. Presser, opprimer, fouler, 
affaisser. Etre près, presser, approcher, suivre, 
poursuivre, etc. Les passions qui captivent l'espèce 
humaine el la tyrannisent, les besoins qui l'asser- 
vissent et la tourmentent, les maux auxquels l'as- 
sujettit la Nature, ceux que lui font souffrir le 
despotismeetl'injustice, étant comparés à un poids, 
à un pesant fardeau sous lequel elle est pressée, 
opprimée, foulée, affaissée, etc. l'on a désigné toute 
espèce d'idées relatives à un état d'oppression, par 
le verbe apresser, comme le prouvent les citations 
suivantes : « Ensi que li Sergenz ne fust apprcissez 



« de plus fière sentence par le maltalent del Sei- 
gnor, etc. » (S' Bern. Serm. fr. mss. p. 305.) « Cil 
« qui sont Prélat et Justice de Sainte Eglise,... s'il 
« apressent le Pueple crueuement et à tort, si auront 
« grant torment devant tous les autres. » (Luci- 
« daires, ms. du R. n" 7989, fol. 225.) « Chil qui 
« point ne parle par che que il sont muets dès 
« nature, ou si apressé de maladie que il ont per- 
» dus la parole, etc. » (Beaumanoir, Coût, de Beau- 
voisis, chap. xii, p. 71.) « N'avoient que manger; 
« si les appressa moult la faim. ■> (Hist. de B. du 
Guesclin, par Ménard, p. 104.) « Naissons en cha- 
» tiviteit... ensi k'ancor fussiens nos saige et fort, 
« si seriens nos tote voies appresseit desoz le jus 
•< de ceste chaitive servituit. » (S' Bern. Serm. fr. 
MSS. p. 260.) a Li terrienne habitations apresset lo 
« sen (2) ki à maintes choses penset, ensi k'il con- 
« tremont ne se puist drecier as bien celestiens. >• 
(Id. ibid. p. 261.) « Il estoit griefment apresseiz de 
« la templacion de sa char. » (Id. ibid. p. 319.) 

.... Se pristrent à pensser 
Comment se porroient tensser. 
"Vers poureté qui les apresse. 

Fabl. MS. du R. n- 7218, fol. 227, V* col. 2. 

. . . Bons Clers, Chevaliers en jeunesce, 
Ne se doivent pour or, ne pour richesce, 
Bouter au feu qui art et qui estrangle 
Les mariez ; car tous maulx les apresse. 

Eust. Desch. Poês. MSS. p. 256, col. 1. 

Qu'au lieu de comparer les maux de l'homme, 
ses besoins et ses passions à un poids qui l'opprime 
et l'affaisse, on se les figure comme autant d'êtres 
actifs qui le poursuivent, qui le pressent en le 
poursuivant, en l'approchant, le verbe apresser 
désignera plutôt les idées de poursuite et d'approche 
que celles d'oppression et d'affaissement. Cette 
acception d'apresser paroil d'autant plus vraisem- 
blable dans quelques-uns des passages qu'on a cités, 
que ce verbe signifioit , soit au propre, soit au 
figuré, « être près, approcher de près, suivre, 
« poursuivre de près ; presser en approchant, en 
« suivant, en poursuivant, en insistant, en pous- 
« sant, etc. » (Voy. Après.) 

Les Roys ressemblent les painctures... 

Se bien y sçavoit prendre garde 

Cil qui les painctures regarde, 

Oui plaisent qui ne s'en apresse ; 

Mais de près la plaisance cesse. 

Rom. de la Rose, vers 19147-19451. 

Li sages cm ki confiessa 
L'Empereis, moult apriesn 
De viellaice et de maladie. 

Ph. Mouskes, MS. p. 777. 

Dans la signification de suivre, poursuivre de 
près, approcher, presser en suivant, en poursui- 
vant, on disoit : 

Turc et Païen moult les apriesent, 
Glatissent, cornent et engriesent. 

Ph. Mouskes, MS. p. 194. 

Au figuré : 

Se pitié n'est, de mort suy apresse. 

Eust. Desch. Poes. MSS. p. 117, col. 3. 



(1) cha elle. - (2) esprit. 



AP 



- 87 



AP 



Quelquefois le verbe ajiresser a signifié seul l'étal 
de presse où se trouve l'homme aux approches de 
la mort. 

Et quant li Rois fu apriessés, 
Et de la mort fu engriesés, etc. 

Ph. Mouskes, MS. p. 638. 

En ce sens on l'employoil comme substantif : 

Et tout li autre, aine Vapricser, 
S'orent fait ausi confieser. 

Ph. Mouskes, MS. p. 215. 

C'est dans la signification figurée de notre verbe 
presser, insister auprès de quelqu'un pour qu'il 
fasse une chose, le pousser à la faire, qu'on a dit : 

... Il n'a talent d'arrester ; 
Pour ce ne l'en veut apresser. 

Cléomadès, MS. de Gaignal, fol. 46, V» col. 3. 

Enfin, « apresser l'ame dehors d'un corps , » 
c'étoit la presser d'en sortir, comme l'on feroit 
sortir quelqu'un du lieu où il seroil, en le poussant, 
en le jetant dehors. 

Un Chevalier moult noble et cointe 
Fiert si par ambes deux les flancs 
Que d'autre part en saut li sans ; 
Et l'ame prent congié au cors 
Que cil a apressce dehors. 

Rom. de Glygel, MS. du P.. n* C987, fol. 271, P," col. 2. 

On terminera cet article en observant qu'entre 
les idées de presse et de proximité, il y a une telle 
analogie, qu'on peut soupçonner qn'apresser en 
certains cas n'est qu'une variation d'orthographe 
du verbe aprocher, aprecev, aprescer^ etc. (Voyez 
Aprocueu.) 

CONJUG. 

Appresseit, part. Opprimés ; en latin appressi. (S' 
Bern. Serm. fr. mss. p. 8.) 

Apjn-esseiz, part. Opprimé, pressé ; en latin pres- 
sais, (id. ibid. p. 245.) 

Appreijssevet, indic. imparf. Opprimoit. (Id.) 

Apresset, ind. prés. Affaisse, abaisse. (Id.) 

VARIANTES : 
APRESSER. S« Bern. Serm. fr. MSS. p. 276. 
Appresser. S' Bern. Serra, fr. MSS. p. 125. 
Aprieser. Ph. Mouskes, MS. p. 194, 215 et 777. 
ApRiESSER. Id. p. 638. 

Aprest, subst. masc. Action de s'apprêter. L'ac- 
tion de se mettre en état de défense, dans ces vers : 

Un porc espic... voyant l'intérest 
Qu'on luy faisoit, bruoyt oultre mesure ; 
Ses dars fronçoit tant qu'à veoir son aprest, 
Bien se monstroit déhbéré et prest 
Garder ses pars et royale pasture. 

J. Marut, p. 56. 

On reconnoitra dans le verbe apreslerle principe 
de la formation et de la signification du substantif 
aprest. (Voy. Aprester et Aprestise.) 

Aprester, verbe. Etre devant , se mettre, s'arrê- 
ter devant. Apprêter, mettre en état, disposer, 
habillei', parer, préparer. Etre preste, être vite, être 
adroit. Il semble que relativement à la signification 
étymologique du verbe latin prœstare, d'où les 
verbes françois prester et aprester, on ait désigné 
une personne étant devant une autre, se mettant, 



s'arrêtant devant elle, en disant qu'elle s'aprestoit 
devant cette personne. 

Issir voit 

De la cave, amont un degré. 
Un vilain treslot hérupé... 
Devant Gauvains s'est aprestez ; 
Si l'a maintenant salué : 
Et Gauvains a moult regardé 
Sa contenance et sa figure. 

Fabl. MS. de Berne, n- 354, fol. 30, V" col. 2 et 31, R" ool. 1. 

Nous croyons apercevoir un principe d'analogie 
entre celte acception et les acceptions encore usitées 
du verbe aprester, ou apprester qu'aujourd'hui l'on 
écrit apprêter. Il est possible qu'en généralisant 
l'idée particulière de se disposer à faire une chose 
en se mettant devant celle chose, en se mettant en 
avant, en s'avançant pour la faire, on ait dit par 
extension et figurément, s'apprester pour se mettre 
en état de faire une chose, quelle que soit la chose, 
quel que soit le moyen de se mettre en état de la 
faire, de s'y disposer. 

Je qui hete les autres, sui li mains aprestez, 
Li mains aisiez d'atendre, et li plus endetez. 

Fabl. MS. du R. n'7615, T. Il, fol. 144, V col. 2. 

En habillant une personne, en la parant, on la 
met dans l'étal où elle doit être avanl qu'elle puisse 
se montrer avec décence, ou avec rcs|MTaiiL'e de 
plaire. De là le verbe aprester a signifié babiller, 
parer, etc. 

.... Charles, li bons Rois natures, 
De main (1) lever estoit acoustumez 
Et d'oyr Messe, si tost k'ert aprestez. 

Enfance d'Ogier le Danois, MS. de Caignat, fol. 114, V col. 1. 

A peines puet estre famé de mal faire tornée (2) ; 
Car quant un preudons l'a veslue et atornée 
De roubes, et de jouiaus garnie et aprestée, etc. 

Fabl. MS. du R. n- 7015, fol. 140, R° col. 2, cl V col. 1. 

On apreste les choses, lorsqu'on les met dans 
l'état où elles doivent être avanl qu'elles soient 
propres à l'usage pour lequel on les préprre. « Que 
« nulz, se il n'est Lormier (3), ne puist aprester, ne 
« faire aprester ouvre de Lormerie. » (Ord. T. HT, 
p. 187.) 

Les choses qu on apreste à quelqu'un, sont des 
choses que pour ainsi dire, on met devant celui 
pour le besoin duquel elles sont préparées. 

Qui ce qu'il vait querant 

Troeuve apreste, s'il ne le prend errant, 
Mal oseroit un grant fais entreprendre. 
Com récreans est bien dignes de pendre. 

Ane. Poës. fr. MS. du Vatic. n" 1522, fol. 155, V col. 2. 

On reconnoîl sans doute qu'elle pouvoit être 
l'analogie des significations du verbe simple prester 
avec celles du composé aprester, lorsqu'on disoit, 
comme l'on dit encore aujourd'hui, prêter à une 
personne les choses dont elle a besoin, se prester à 
ses besoins, etc. 

Enfin, la vitesse et la dextérité avec lesquelles on 
fait les choses, étant en proportion de la vilesse 
avec laquelle on s'avance pour les faire, de la 
dextérité avec laquelle on s'y dispose et s'y prépare, 
il est possible qu'aprester ait signifié être preste, 
être vite, être adroit. 



(1) matin ; en latin manè. — (2) détournée. — (3) sellier et éperonnier. (N. E.) 



AP -8 

L'on ne poiirroit mieulx apprester 
De circonsir plus gentement 
Que l'enfant est : benignement 
En suit loué Dieu noslre père. 

Hisl. du Tliéàlre Fr. T. I, p. UT. 

VARIANTES : 
APRESTER. Ane. Poës. fr. MS. du Vatican, fol. 155. 
AMPRESTiiR. Athis, MS. fol. 87, R° col. 1. 
Apprester. Ger. de Nevers, Part, i, p. 5b. 
Aprestrer (corr. Aprester.) Ane. Poes. fr. MS. du V. f° IbS. 

Aprestise, siihsi. [cm. Apprêt, préparatif. Ce 
mot aprestise, que D. Carpeiitier expluine comme 
étant une altération à'apertise, pareil avoir une 
signification analogue à celle du verbe aprester. 
(Voy. Aprester.) 

Les essais et les ajicesfises 

Qui se font pour son adrecer ; 

Ce sont les dévotes aprises 

Qui sont pour bataille requises. „„„,,„, „« 

Rom. du Ch" Délibéré, D. Carpenlier, h. Gl. 1. de Du C. T. I, col. 243. 

On le croit de même origine qu'aprest. (Voy. 
Aprest.) 

Apretier, verbe. Evaluer en argent, fixer à cer- 
tain prix. Quoique apprécier, en latin apprettare, 
signilie encore aujourd'hui évaluer une chose, 1 es- 
timer en fixer le prix, on ne diroit plus qu'une 
redevance en grain évaluée en argent est appréciée 
à argent. (Voy. Uob. Esticnne, Nicot et Monet, Dict. 
au mot adénérer.) C'est probablement dans la signi- 
fication d'évaluer et faire payer en argent une rede- 
vance en grain, qu'on a dit, en faisant l'éloge de la 
bonté de la femme du Premier Président de Thou : 
« Geste bonne Dame... ne changea jamais de Fer- 
« miers, ni ne leur aprétia grain ; estans par ce 
« moyen tous devenus riches avec elle. « (Lett. de 
Pasquier, T. 1, p. 434. — Voy. Aprisagier et 
Aprisier.) 

variantes : 

APRETIER. Lett. de Pasquier, T. I, p. 434. 

APPRECIER. Orth. subsist. - R. Est. Nicot et Monet, Dict. 

Apreuf, préposition. Après. (Voy.PREUF.) Si l'on 
fait réflexion que non-seulement b, mais f, est de 
même organe que p, on apercevra la possibilité que 
preuf soit de même origine que prob, en latin /«'o;;t^ 
O'oy ApRoii.) Quoi qu'il en soit, cette préposition 
preuf, c'esl-à-dire proche, près, étant précédée de 
la préposition o, signifioit (qwès, dans un sens rela- 
tif à ridée de deux choses qui s'approchent l'une de 
l'autre en se suivant de près, en se succédant. 

Un sarouel fist appareillier, 
Lez la messière du monstier, 
A meilre apreuf sa mort son cors, 
Sous la goutiere de deffors. 

Rom. de Rou, MS. p. 159. 

Apriiner, verbe. Opprimer, accabler: ou appro- 
cher, incommoder. Peut-être que dans un sens rela- 
tif îi celui du verbe latin premere, A'ovi le compo.se 
opprimere, en françois apprimcr, on aura désigné 
l'incommodité d'une chaleur accablante, en disant 
qu'elle aprimoit. 

Enz en un bois espès, ramu, 

Sont entrées, moult bien foillu. 

Li chauz les vait moult cprimciit, etc. 

Fabl. MS. de Beruc, n- 354, fol. 150, V* col. 2. 



AP 

Peut-être aussi que le verbe aprimer dans ces 
vers désigne l'incommodité de la chaleur qui appro- 
choit etcommençoit à devenir insupportable. Alors, 
il seroit une variation d'orthographe du verbe 
aproismer qu'on écrivoit aprismer, aprimer, etc. 
(Voy. Aproismer.) 

Aprisagement, subst. masc. Evaluation, esti- 
mation. Signification relative à celle du verbe apri- 
sagier. (Voy. Aprisagier.) 

VARIANTES : 
APRISAGEMENT. D. Carp. supp. Gl. 1. de D. C. à Apjn-essio. 
Apprésagement. Id. ibid. Tit. de 1334. 

Aprisagier, verbe. Evaluer, estimer. Dans le 
sens étymologique, mettre à prix une chose, la fixer 
à certain prix, en l'évaluant, en festimant. (Voy. 
Aprétier et Aprisier.) La signification d'aprisagier 
étoit évaluer, estimer, lorsqu'on disoit : « Par vertu 
« dicelles lettres... eust fait a/jnsa(/i«' les arrérages 
« h certaine somme de deniers, contenue au dit 
« aprisagement. » (D. Carpentier, suppl. Gloss. lat. 
de Du Cange,T.l,col.255.) « .Nous vous mandons... 
<. que... vous faciez apprésagier les diz domma- 
« ses. » (Id. ibid.) ■■ Lesquelx blés... apresagiez 
« valoir en somme en revenue de terre, la somme 
« de XX livres de terre par an, etc. » (Id. ibid. — 
Voy. Aprisagement.) 

VARIANTES : 
APRIS.\GIER. D. Carp. suppl. Gl. de Du C. à Appressio. 
Apprésagier. Id, ibid. au mot Apprettare ; Tit. de 1334. 
Apprisagier. Id. Mem. de la Ch. des Comptes de Paris. - 
Aprésagier. Id. ibid. Tit. de 1376. 

Aprisier, verbe. Apprécier. (Voy. Aprétier et 
Priser.) On prise les choses plus ou moins qu'elles 
ne valent; dans le prix qu'on y met, il y a souvent 
de l'arbitraire : mais les apprécier, c'est en propor- 
tionner le prix à la valeur réelle. Telle étoit la signi- 
fication du verbe aprisier, (ovmé comme aprisagier 
du substantif prix ou pris, en latin precium ou 
pretium, lorsqu'en parlant de choses dont la valeur 
réelle ne pouvoit être appréciée, on disoit : 

... On ne poroit aprisier 

Sa valor, ne sa dignité : 

Car je vos dis par vérité 

K'ilh est de pierres précieuses, etc. 

Prison d'Amours, MS. de Turin, fol. 18, V col. 2. 

Aprismement, subst. mase. Action d'appro- 
cher. On observera (lue du verbe latin approximare, 
s'est formé le français aproismer ou aprismer, de 
même oi-igineet de même signification qu aiirocher. 
(Voy. Aprociier.) De là le substantif aprismement, 
dans le sens d'approcbement, l'action d'approcher, 
lorsqu'en « disoit avoir aprismement à une per- 
ce sonne » pour l'approcher. 

.\insi vet de la poure gent ; 
S'aus riches ont aprismement, 
Forment les cuident corroucier, 
Domage faire et anuier. 

Fabl. MS. du R. n- 7615, fol. 85, R' col. l. 

Aprison, subst. fém. Enseignement, instruction. 
(Voy. Apprisere.) On indiquera le sens propre du mot 
simple prison, en observant que le composé aprison 
pourroit avoir signifié prise. (Voy. Prison.) La signi- 



AP 



- 89 — 



AP 



fication de ce même composé aprison, instruction, 
enseignement, est figurée dans ces vers, où on lit 
que Richard I" roi d'Angleterre, voulant faire 
assassiner Philippe-Auguste son ennemi : 

Faisoit enfanz endoctriner, 
Pour lui ocire et afiner. 
Qui jà ièrent touz embarniz (1), 
Et de tele aprisoit (2) garniz, 
Que chascun d'eus homme oceist, 
Tel con son Mestre li deist. 

G. Guiart, MS. fol. 39, R°. 

Aprissance, subst. féni. Prééminence. Ce mot 
flpn'ss«»f? qui dans une traduction de Lettres de 
Charles V, en faveur des bourgeois de Paris, répond 
au \Siiin pi'eeminencia, n'est probablement qu'une 
altération à'apparoissance pris dans le sens de 
prééminence, avantage avec lequel on paroît supé- 
rieur aux autres. « 11 appartient à Haultesse royale 
« que elle eslieve de plus large honnour et apris- 
• sance (3), ceulx envers lesquielx elle a ordonné 
« principalement la chaere de sa proppre Majesté. » 
(Ord. T. V, note, p. 418. — Voy. Apparoissance.) 

Apriver (s'), verbe. S'apprivoiser, se familiari- 
ser. (Voyez Priver.) On observe que le mol privus, 
dans lequel on croit voir le principe de la formation 
des verbes françois priver, apriver, aprivoiser, étoit 
en latin de même signUicalion que si iigulus nnicits. 
(Voy. Martinius, Lexic. philolog.) Il y a des antipa- 
thies naturelles entre les animaux : ceux dont 
quelque cause altère et adoucit réciproquement le 
naturel antipathique, deviennent uniques et singu- 
liers dans leur espèce, en vivant privémenl ensem- 
ble et familièrement. C'est peut-être relalivement 
à ce sens étymologique, qu'en parlantd'un chien et 
d'un loup que la faim nécessitoit à vivre l'un avec 
l'autre, on a dit qu'ils s'aprivoieut, et qu'aujour- 
d'hui l'on diroit qu'ils s'apprivoisent. (Voy. Apri- 
voiser.) 

Li chiens va o le leu muiant; 

De commune proie vivant, 

Chien et leu se vont aprivaiil, 

Tant li'ensamble font leur covine (4), etc. 

Dit de Charité, MS. de Gaignat.fol. 221, R" col. 1. 

Aprivoiser, verbe. Apprivoiser, rendre privé 
et familier (5). (Voy. Aprivoisir.) Peut-être qn'apri- 
voiser ou apprivoiser un animal, le rendre privé 
en adoucissant son naturel farouche, c'est le rendre 
unique et singulier dans son espèce, par la docilité 
avec laquelle il obéit à l'homme qu'il reconnoit 
pour maître. (Voy. Apriver.) 

Hours, liepars et lions, leu, guerpil, singe et chien 
Donte l'en bien par nature et aprivoise on bien. 

Fabl. MS. du R. n- 7615, fol. 140, V- col. 1. 



Il paroît qu'anciennement « s,' aprivoiser de 
<• quelqu'un, » c'étoit se familiariser, se rendre 
avec lui un peu trop privé, être avec lui d'une fami- 
liarité singulière et unique. 

Faux-semblant, dist Amours, dy moy : 
Puisque de moy tant i'uprivoij, etc. 

Rom. Je la Rose, vers 12703 et 12704. 

VARIANTES : 
APRIVOISER. Fabl. MS. de S' Germ. fol. 140, V» col. 1. 
Aprevesier. Dit d'Amours flnes, MS. de Turin, fol. 11. 

Aprivoisir (s'), verbe. S'apprivoiser. (Voy. 
Apprivoiser.) Dans le sens du verbe aprivoiser, chan- 
ger le naturel farouche d'un animal sauvage, on a 
dit : 

S'aprivoisisI mainte beste sauvage... 
L'un par douceur, l'autre par oultrage 
Que l'en leur fait, changent condicion. 
Ainsi est-il, selon m'entencion 
En l'aage humain de mainte créature 
Qui par doucour ou par contempcion 
Mue souvent et change sa nature. 

Eust. Deschamps, poc-s. MSS. p. 29, col. 4 et 30, col. l. 

Aprob, préposition. Auprès. Après. (Voyez 
Apreif (6).) Lorsqu'on sait que p, b et f, comme let- 
tres de même organe, se substituent les unes aux au- 
tres, que /■ est l'adoucissement de l'aspiration h, que 
parmi quelques peuples // se prononce ch, et que 
cette prononciation étoit même particulière aux 
anciens Francs; on n'est plus étonné que la prépo- 
sition latine propê soit l'origine de la préposition 
françoise proche : préposition que par le change- 
ment de la voyelle o en eu l'on écrivoit quelquefois 
preiif, et prob dans le langage des pays Méridio- 
naux. De là, la préposition "composée fl/;)'o6 qui 
signifioit proche, auprès. 

Coms (7) fo de Roma, e ac (8) ta (9) gran valor (10) 
Aprob Mallio lo Rei Emperador, etc. 

Fragm. de la Vie de Roèce, MS. de S. Benoîl-sur-Loire, p. 270 (H). 

La signification à'aprob est la même que celle 
à'apreuf, après, dans cet autre passage : 

Quan veng la fis (12) Mallio Torquator, 

Donc (13) venc Boeci ta (14) grand dolors al cor, 

No cuid (15) aprob altre dois (IC) li demor. 

Fragm. de la Vie de Boùce. MS. îibi supra. 

Qu'on nous permette de hasarder ici une idée 
absolument différente de celles des Etymologistes 
latins, sur l'origine des verhesprobare et approbare. 
Il seroit possible que ces verbes, dont on a fait en 
françois prouver et approuver, dérivassent comme 
prob et aprob, de la préposition propè qui, dans le 
sens étymologique indiqué par Martinius et Vossius, 
signifie pro pedibus, aiitè pedes. Alors, prouver une 
chose à quelqu'un, ce seroit l'approcher de lui, au 



(1) Dans des lettres de rémission de 1447, pièce 581 du registre JJ. 176 du Trésor des Chartes, on lit : « La mère d'iceUe 
Magnon s'aperceut que sa fille embaj-yussoit et engrossissoit de corps. » Le sens est donc; devenus gros et grands ; la 
racine est la même que celle de baron, banmge (voir ces mots), (n. e.) — (2) Ce mot a été fait sur le participe appris, de 
apprendre. (N. E ) — (3) Le sens estime est suffisant, apprissa>7ce venant àe priser, (n. e.) — (4) association. — (5) Ce mot, 
dérivé du précédent, vient d'un adjectif fictif pm'ois, en latin privensis, dérivé lui-même de privits. Le n tombe dans ces 
formes en ensis, et le c long devient oi : niensis, mesis, mois. etc. (N. E.) — (6) La forme apreuf (aprof au vers 1577 de la 
Chanson de Roland), qu'on écrivait plutôt apriief, vient Ijien de propè; Vo bref s'est écrasé en ue. Ye final est tombé, et le p, 
comme c'est la tindynce générale des consonnes finales, s'est renforcé en f: de même sepes a donné .soî/' (haie); capul, 
chef ; mais 1' forme provençale devrait être aprop, et non aprob, ce qui embarrasse l'étymologiste. (N. e.) — (7) Comte. — 
(8) Eut. — (9) Tant. — (10) Crédit. — (11) M. P. Meyer vient de pubher, à la librairie Franck, un recueil de textes bos-latins 
et provençaux : la Vie de Boèce, qu'il a revue et corrigée sur le manuscrit, s'y trouve, et doit seule être consultée, (n. e.) — 
(12) Fin, mort. - (13) Alors ; en latin tune. - (14) Tant. - (15) Que je ne crois pas que, etc. - (16) Douleur. 

II. 12 



AP 



— 90 — 



AP 



propre la melire à ses pieds, et par conséquent sous 
ses yeux, pour qu'il la voie et la recounoisse. 
Approuver une personne ou une chose, dans la 
significalion d'éprouver, ce seroit les approcher de 
soi pour les voir et les connoilre, pour avoir l'idée 
de ce qu'elles sont et de ce qu'elles valent. Enlin, 
les approuver, dans le sens contraire à celui des 
verbes désapprouver, reprouver, ce seroit les juger 
agréables, utiles et bonnes, d'après l'idée qu'on 
peut s'en faire en les approchant de soi pour les 
voir et les connoilre ; ou les approcher de soi, s'en 
approcher d'après une idée, un jugement qui pré- 
céderoil l'aclion d'approcher, et dont cette action 
seroil pour lors le signe et la conséquence, ^otre 
conjeclure sur le principe des significations et de 
la formation des verbes prouver, approuver, désap- 
prouver et reprouver, paroitra peut-être d'autant 
plus vraisemblable, que nécessairement on se figure 
l'esprit opérant de même manière que le corps, et 
qu'un moyen aussi simple que naturel de voir et de 
connoilre corporellement, c'est d'approcher de soi 
les personnes ou les choses. De lîi, sans doute, 
l'identilé de signification des verbes reprouver et 
reprocher. (Voy. Reprocher et REPRorvER.) On trouve 
aussi qu'aprocher a signifié approuver dans le sens 
de prouver. (Voy. Approuver et Aprocher.) 

Aproclie, sitbst. fém. Approche, action d'appro- 
cher. L'origine de ce mol aproclie ou approche (1), 
est sans doute la même que celle de la préposition 
aprob. (Voy. Aprob.) Si l'on fait réflexion que la 
préposition simple proche ne semble être adjectif el 
substantif, que parce qu'en disant « maisons pro- 
« ches de la rivière, un de mes proches, » on fait 
ellipse de qui sont, on reconnoitra la possibilité 
qu'approche soil réellement une préposition com- 
posée el de même origine qxi'aprob, quoiqu'elle 
paroisse être un substantif dans noire langue. 
(Voy. Proche.) Il résulte de cette observation , qu'au 
moyen d'une métonymie par laquelle, en exprimant 
ce qui suit, on désigne ce ([ui précède, le mot apro- 
che ou approche, fût-il préposition, peut avoir 
signifié comme substantif, le mouvement ou la 
position d'après lequel une personne ou une 
chose se trouve proche d'une autre. Ainsi, l'accep- 
tion encore usitée d'approche , éloit la même 
que celle d'approchement, l'aclion d'approcher. 
(Voy. ApRociiER.) 

De là, on a nommé aproches en général, une 
aproclie d'assiête, les tranchées el autres travaux 
par lesquels on approchoil du corps d'une place 
qu'on assiégeoit ; les machines et l'artillerie qu'on 
approchoil des murailles de cette place, ou avec 
lesquelles on s'en approchoil. 

. . . Firent de grans escarmouches 
Sans cesser, presque tous les jours, 
BastiUes, bollevers, approuches, 
Affin qu'il n'y entrast secours. 

Vigil. de Charles VU, pari. I, p. 94. 



Coitivy pour lors Admirai, 
A faire l'api-ouche d'assiette 
Eut grant peine, amont et aval. 

Ibid. p. 180. 

Les approches, en terme de guerre, étoient de 
deux espèces ; les aproches découvertes et les apro- 
ches couvertes. « On commença... à faire des «pra- 
" ches couvertes el découvertes, dont le Bourgeois 
« conduisoil une, el Jacques de Chabannes l'autre : 
« mais celle du Bourgeois fut la première avancée 
« jusques ti la muraille, el puis l'autre arriva, et 
<' fui minée la muraille. » (Hisl. d'Arlus III, duc de 
Bretagne, p. 788. — Voy. Aprochement.) 

VARIANTES : 
APROCIIE. llist. d'Artus III, Duc de Bret. p. 788. 
Approuche. Vigil. de Charles VIT, part, i, p. 94. 
Aprouche. Ibid. p. M. 

Aprochement, subst. niasc. et fém. Action 
d'approcher, approche. Lieu, position où l'on est 
après s'être approché. Anciennement, aprocher à 
une personne, ou avoir aprochement h elle, signi- 
fioit s'approcher d'elle, rapprocher. « Par ti ayens 
« aprocliement al fil, ô lu bien-aurouse troveresse 
« de grâce. » (S' Bern. Serm. fr. mss. p. '21. — Voy. 
Aprocher.) Le participe féminin de ce verbe aprocher 
signifioit par ellipse d'un substantif de même genre, 
le mouvement par lequel on approche de quelqu'un, 
on s'avance vers lui pour le rencontrer, l'attaquer. 

Les Angloys, amont et aval, 
Firent des fossez et tranchées, 
Affin (jue les gens de cheval, 
Ne feissent sur eubc aprouchées. 

Vîgil. de Charles VU, part. II, p. 86. 

Sous l'idée A' aprochement, action d'approcher, 
mouvement par lequel on s'approche, étoil voilée 
l'idée du plaisir vers lequel ou s'avance en obéissant 
h la Natiire el à l'amour. « Si de aprecement à 
« femmes demandés, sacés que dès ier e de avant- 
« ier nus eimes guardez. » (Livres des Rois, ms. des 
Cordel. fol. 28.) L'expression étoil moins modeste, 
lorsqu'on disoit, « connoilre une femme par char- 
« nel aprecement. « (Ibid. fol. 76, V" el 77, R°.) 

Quelquefois ce qu'on nommoil aprochement 
d'amour, étoil un signe démonslralif de l'amitié 
qui nous invile h nous approcher, à nous rappro- 
cher les uns des autres. « Si eut \h grans approche- 
« mens el grans recongnoissances d'amour, quand 
« ils se trouvèrent tous ensemble. » (Froissart, 
Vol. I, p. 3G3.) « Envoyoit le Roy de Portugal au 
« Duc et à la Duchesse... de beaux mulets blancs... 
» et avecques ce grans salus et grands approche- 
« mens d'amour. » (kl. Vol. III, p. 131.) 

En termes de guerre, « {m'e\esapproche7nents » 
d'une place qu'on assiège, en faire les approches, 
c'éloit s'en approcher à l'aide des tranchées et des 
machines , s'en approcher avec l'artillerie qu'on 
faisoit avancer vers les murailles de la place assié- 
gée. « Ils pressèrent fort la ville de fossez el d'ap- 
« prochements. » (Berry, Chron. depuis 140'2-1461, 



(1) Approche \ient de ad et pi-opius, comparatif de propè. Propius est devenu propjus, et, comme p était une consonne 
forte, j s'est transformé en ch; approcher est dérivé d'approche; il n'est pas besoin de la longue discussion que le lecteur 
rencontrera plus loin. (n. e.) 



AP 



— 91 — 



AP 



p. 451.) « Firent leurs «p/J/'or/i?/H^HS les François, 
« et assortirent canons et bombardes ; et firent de 
B grands approuchemens de jour et de nuit, tant 
« qu'à la fin les Anglois, etc. » (Al. Chartier, Hist. 
de Charles VI et Charles VII, p. 133.) 

Si furent faitz approuchemens 
A jetter bombardes, canons ; 
Et moult divers habillemens 
Pour rompre bastilles et pons. 

Vigil. de Charles VII, part. I, p. 182. 

Enfin, le mot approchement signifioit le lieu, la 
position oîi l'on se trouvoit après s'èlre approché, 
s'être avancé, lorsqu'on disoit : « Ils approchèrent 
« contre ceulx de la cité.... tellement que on pouvoit 
« jetter une pierre, de Y approchement d'iceux Fran- 
1 çois, dedens la dicte cité. » (Al. Chartier, Hist. de 
Charles VI et Charles VII, p. 113. — Voy. Aprociie.) 

VARIANTES : 
APROCIIEMENT. S' Bern. Serm. fr. MSS. p. 21. 
Approchement. Cotgrave, Oudin, Rob. Estienne, Nicot 
et Monet, Dict. 
Ai'PROUCHEMENT. Al. Chartier, Hist. de Charles VI, p. 133. 
Aprecement. Livres des Rois, MS. des Cordel. fol. 28. 
Aprouchement. Vigil. de Charles VII, part, i, p. 225. 
Aprouchée. Vigil. de Charles VII, part, ii, p. 86. 

Aproclier, verhe. Approcher, s'approcher; 
avancer, s'avancer. Approcher, rendre proche. 
Assigner à comparoir. Rapprocher, faire reconnoître. 
Prouver. On peut voir à l'article aprob, comment il 
est possible que de la préposition latine propè, c'est- 
à-dire pro pedibus, ante pedes, on ait formé la pré- 
position françoise proche, d'où naît le verbe apro- 
cher, que par le changement très ordinaire de la 
voyelle o en ou, en u et même en e muet , on pro- 
nonçoit aproitcher, aprucher, aprecher, etc. L'ortho- 
graphe aperchier ou apercher, est conforme à la 
prononciation adoucie de pre dans aprecher. On 
ajoute, qu'en certaines provinces le peuple prononce 
encore aprecher, et avec un e ouvert aprescher. 

Enfin, l'aspiration /; à laquelle les anciens Francs, 
entr'autres peuples, ont substitué ch, se changeant 
très fréquemment en s dans toutes les langues, il 
est probable que pour apresclier l'on aura écrit 
apresser. On a observé ailleurs pourquoi cette 
variation d'orthographe du verbe aprocher est sou- 
vent peu facile h distinguer du verbe apresser formé 
d'aj»'és. (Voy. Apresser.) 

Le sens littéral de la préposition latine propè, en 
françois proche, étant reconnu, l'on aperçoit par 
quelle analogie le verbe aprocher ou approcher a 
signifié et signifie encore une idée générale de 
mouvement e"t de position, au moyen desquels on 
se trouve près, auprès d'une personne ou d'une 
chose, devant, à côté, etc. (Voy. Aproismer.) 

Il est évident que dans le verbe composé aprocher, 
la préposition a est de même énergie qu'en cette 
ancienne expression « procher à une personne, se 
« procher à elle, » lorsqu'on dit l'ajtprocher. (Voy. 
Procher.) « Saul sur sa lance s'apuiout ; e les curres, 
«e feschiele des Chevalers Vaprucout , etc. » 
(Livres des Rois, ms. des Cordel. fol. 41, R° col. 1.) 



« Se le cerf est froyé, neVaprouche m\e. » (Modus 
et Racio, MS. fol. 2G, V°.) 

On exprimoit deux fois un rapport suffisamment 
indiqué par la préposition initiale A'aprocher, en 
disant aprocher à une personne, à une chose.. 
« Por ceu vint en cest munde li soloz de justice... 
« ke tuitcil k'enlumineit vorroient estre, aproches- 
" sent h lui. « (S' Bern. Serm. fr. mss. p. 71.) 
« Aprocheons h la taule (1), et d'un chascun de ces 
« maz assaverons (2). » (Id. ibid. p. 350.) « Li Pru- 
« veire ki sacrefiouent es munz, ne se apriichonent 
« pas al altel Nostre Seigneur en .lerusalem. » 
(Livres des Rois , ms. des Cordel. fol. 151 , R" col. 1.) 
C'est avec même inutilité qu'en substituant vej's 
ou de à cette seconde préposition A, l'on a dit : 
« Cume Golias vers David apruçad, David curut 
« encontre. » (Livres des Rois, ms. des Cordel. fol. 
23.) Cl La Dame aprescad vers celé compaignie. » 
(Ibid. fol. 33.) « David vers le Reis s'fl7;resd;rt(/, etc. » 
(Ibid. fol. 32, R°col. 1.) 

. . . Tant par grâce s'apressa 

De nous, qu'en luy nous ennexa, 

Sans jamais faire départie. 

J. de Meun, Tesl. vers 1251-1253. 

Dans un sens relatif à l'idée du mouvement par 
lequel on aproche en s'avançant vers les personnes 
ou vers les choses, on a dit figurément : » Li termes 
« del coronement rt;;roif«, et fu coronez, etc. » 
(Villehard, p. inS.) « Ala totejor parmi la foresl.... 
« et quant il vit que li vespres aperçoit, si comença 
« à plorer. » (Fabl. ms. du R. n° 7089, fol. 78.) 

Quoique ce verbe désigne encore aujourd'hui 
l'approche du temps et des'événemens qu'il amène 
à sa suite, on ne diroit plus dans la signification 
active d'avancer, qu'on « approche une affaire, un 
•< voyage, etc. » (Voy. Ord. T. I, p. 6i3. — Ger. de 
Nevers, part, i, p. 1Ô2, etc.) 

Dans la signification d'approcher, faire qu'une 
personne ou'qu'une chose soit proche d'une autre, 
on a désigné la familiarité, la faveur auxquelles on 
étoit admis auprès de son maître, en disant qu'on 
en étoit aproché. « Le Trésorier Robertel . . . gou- 
« vernoit tout le Royaume ; car depuis (jue M. le 
« Légat d'Amboise mourut, c'estoit Ihommeleplus 
« aproché de son maistre. » (Mém. de Rob. de la 
Marck, Seigneur de Fleuranges, ms. p. 218.) 

Une façon très-naturelle de comparer les person- 
nes ou les choses, c'est de les approcher, de poser 
ou mettre l'une devant l'autre , de mettre l'une à 
côté, auprès de l'autre. De là, on a dit : « Ce ne sont 
« certes que roses de vostre accident, si vous 
» Vaproche%, et en faictes comparaison avec ma for- 
ci tune. » (L'Amant ressusc. p. 504. — Voy. Aproprier.) 

Sans doute que relativement à la même accep- 
tion, le verbe aprocher aura signifié en style de 
procédure encore usité dans la plaidoirie Normande, 
assigner quelqu'un à comparoir devant un .luge, le 
mettre en Justice, le meltre pour ainsi dire devant 
le .Juge. « Que noz Railliz, Prevoz et autres Justi- 
« cieVs, de leur volonté ne de leur office, ne puis- 



Ci) Table. - (2) Goûtons. 



AP 



— 92 — 



AP 



« sent aucun a/);;?'odi/('c sans aucun fait, détenir, 
» ne emprisonner. » (Ord. T. 1, p. ôGi.) « Que au- 
« cuns ne soit ajiprueltie~^d'oU\ce, sans information 
« soufllsant. » (Ibid. T. 11, p. 407.) 

On indiquoit la raison de l'assignation à compa- 
roir devant un Juge, en disant qu'on aprochoitune 
personne sur le fait d'usure , qu'on « Yaprochoit 
« d'un fait en général, qu'on Vaproclioit de coinp- 
•' ter, d'abuser d'un privilège, etc. » (Voy. Ord. T. 1, 
p. 299. — Coût. géii. T. 1, p. 1043. - Ord. T. 1, 
p. 775. — La Tliaumassière, Coutume de Berry, 
p. 430, etc.) " Aucun des Mestres ne pourra aucune 
« personne upprochiev de ce dont la congnoissance 
« li appartiendra, jus(iues à tant qu'il en soit bien 
« enfourmé. » (Ord. T. 11, p. 24G.) 

Peut-être aussi qu'en plusieurs cas judiciaires 
ou non judiciaires, ■^^ aprocher d'un fait » la per- 
sonne qu'on soupçonnoit ou qu'on savoit eu être 
coupable, c'étoit en quelque sorte la rapprocher de 
ce même fait, le lui faire reconnoitre en la rappro- 
chant des lieux, des temps el des circonstances qui 
pi-ouvoient qu'elle en étoit coupable. « Que l'en ne 
« puisse, en cas de crime, aller encontre les Nobles 
« par dénonciation, ne par soupe(;on, ne eus juger 
« ne condampner par enquestes, se il ne s'y met- 
« tenl; jaçoit . . . ([ue la souspeçon pourroit estre 
« si grant et si notoire que li souspeçonnez contre 
" qui la dénonciation seroit faite, devroit demeurer 
« en l'hoslel de son Seigneur... une quarantaine.... 
« et se en ce termine aucun ne Vajijirocluiit du 
« fait, etc. » (Ord. T. I, p. 558.) « Leur plaise uions- 
« trer au Roy que il ne veuille se esmovoir envers 
« Monseigneur, ne tant Yaprocher de ce qu'il tient 
« des Anglois en sa compaignie. » (D. Lobineau , 
Hist. de Bret. T. 11, pr. col. 581.) C'est au contraire 
le fait qui est rapproché et mis sous les yeux du 
coupable, lorsqu'on le lui reproche. (Voy. Raprociier 
et Reprocher.) 

Enfin, " approclier son droit, » c'étoit le prouver, 
le mettre sous les yeux de celui à qui on vouloiten 
faire connoitre la justice. « Enseigner ceaus que 
« mester en auront, el auront droit et le requerront, 
« de savoir le «yjî'oc/ricr el desreigner ; et à ceaus 
« à qui l'on requerra ce que estlor droit, desavoir 
« les esloigner et deffendre. » (Assises de Jérusa- 
lem, chap. V, p. 16. — Voy. Aprob.) 

CONJIG. 

Aprecerum, ind. f. Approcherons. (Livres des R.) 
Apresçad et Apreschad, passé déf. Approcha. (Ib.) 
Aprochessent, sub. imp. Approchassent. (S" Bern.î 
yl/»7/('/(«HiHs,passé déf. Approchâmes. (Liv.desR.) 
Apruclioiient, ind. imp. Appiochoient. (Ibid.) 
Aprucled, part. Approché. (Ibid. fol. 130, R".) 
Aprucoud, ind. imp. Approchoil. (Ibid. fol. 41.) 

VARIANTES : 
APROCHER. S- Bern. Serm. fr. MSS. p. 71. 
Apercer. Fabl. MS. du R. n" 7989, fol. 78, V» col. 2. 
Aperchier. ilodus et Racio, MS. fol. 163, V». 
Appresser. J. de Meun, Test, vers 1251, etc.. 



Approcher. Orth. subsist. — Rob. Estienne , Nicot et 
Monet, Dict. 
Approchier. OrJ. T. I, p. 562, etc. 
Approucher. J. Marot, p. 57, etc. 
Approuchiek. Ord. T. III, p. 138, etc. 
Aprescer. Livres des Rois, MS. des Cordel. fol. 33, V». 
Aprescher. Ibid. fol. 32, R» col. 1. 
Aprocer. Villehard, p. 26. 

Aprochier. Assises de Jérusalem, chap. v, p. 16, etc. 
Aproicer. Villehard, p. 108. 
Aproucher. Modus et Racio, MS. fol. 26, V", etc. 
Aprouchier. Eust. Desch. Poës. MSS. p. 181, col. 1, etc. 
Aprucer. Livres des Rois, MS. des Cordel. fol. 23, R' col. 3. 
Aprucher. Ibid. fol. 53, R» col. 2. 
Apruchier. Modus et Racio, MS. fol. 332, V». 
Aprucier. Livres des Rois, MS. des Cordel. fol. 130, R° col. 2. 
Apruecher. Fabl. MS. du R. n» 7218, fol. 13, R» col. 1. 

Aproismer, verbe. Approcher, s'approcher. 
Lorsqu'on sait que de propè les Latins ont fait le 
superlatif yjrox/Hie, d'oîi le verbe approximare, en 
françois aproismer, aprismer, aprimer, apremier, 
apermcr, on ne s'étonne plus, qu'abstraction faite 
de l'idée superlative, le verbe apruismer, de même 
origine qua])rocher, ait eu même signification. 
Aussi disoit-on indifféremment aprocher ou aprois- 
mer les personnes et les choses, aprocher o\i aprois- 
mer à elles, s'aprocher ou s'aproismer d'elles, etc. 
(Voy. Aprismement et Aprocher.) 

La Dame, quant le vit venir, 

Isnelement prent à fuir ; 

Le S' hom le vait enoauchant, 

Auques le va jà aproisinaiit. 

Vie de S" Marie ÉgypI. MS. de Sorb. chif. LXI, col. 21. 

Tout li moisnet (1) dehors estoient 
Qui au blé aproismier n'osoient. 

Bestiaire, MS. duR. ii" 7989, (ol. 181, V" col. 2, fabl. 83. 
Delez l'erabuchement passèrent ; 
Mes onques point n'i aperinèrent. 

Alliis, MS. fol. 95, R- col. 2. 
Et empoisonne et envenyme 
Tout homme qui de luy s'aprime. 

Rom. de la Rose, vers 17iG4 et 17465. 

Au figuré, « s'«ion)H.er aux raisons » de quelqu'un, 
c'étoit approcher de lui par la façon de sentir et de 
raisonner, se rapprocher du sentiment d'après 
lequel il raisonnoit. « Les raisons qu'ilz y mettent 
« sont moult courtoises ; et toutesfois je ne m'y 
<> pourroye pourtant aprimer : car l'ardeur de mon 
" amour, etc. >■ (Percef. Vol. VI, fol. 102, V° col. 2.) 
C'est encore relativement à la signification pro- 
pre d'approcher deux personnes fune de l'autre, 
qu'on a dit : 

A tant leva un mal talenz 

Entre les pères as enfanz... 

Geste chose fist destorber 

Les deus enfanz à assembler. 

D'eus aprimer par mariage. 

Pyrame et Tisbé, MS. de S. Germ. fol. 98, R' col. 3. 

VARIANTES : 
APROISMER. Ph. Mouskes, MS. p. 509. 
Apermer. Athis, MS. fol. 95, R° col. 2. 
Approimer. Froissart, Poës. MSS. p. 196, col. 2. 
Apremier. Rom. de Rou, MS. p. 112. 
Apresmier. Ibid. p. 71. 

Aprimer. Ibid. p. 94. - Rom. de la Rose, vers 17465. 
Aprimier. Rom. de Rou, MS. p. 60. 

APRI3.MER. Floire et Blanchetlor, MS. do S' Germ. fol. 197. 
Aprismier. Fabl. MS. du R. n" 7615, fol. 79, V» col. 2. 



(1) Moineaux. 



AP 



93 — 



AP 



Aproimer. Bestiaire, JIS. du R. n» 79 
Aproismier. Ph. Mouskes, MS. p. 69 



[», fol. 164, V» col. 1. 



Api'ompt, part. Emprunté. Dans le sens qu'in- 
dique rélymologie la plus vraisemblable de promp- 
IHS, participe du verbe //roinere, une chose que /rti 
aprompte, est une chose que j'ai fait mienne, en la 
prenant de celui qui consent à ce que j'en use 
comme d'une chose ù moi, et par conséquent tou- 
jours prête pour mon besoin. ^Martinius, Lexic. 
philolog. — Vossius, Etym. Liug. lat.) On voit par 
cette définition, quelle pourroit être l'analogie de 
la signification de l'adjectif prompt , prêt à faire 
une chose, avec celle du participe aprompt, em- 
prunté. « Obligacion ... est vestue ... de chose, 
« quaunt ascune chose est aprompt de rendre à 
« certeinjour; et par ceux enpromptz sount les 
« dettours obligés as creaunsours de mesme les 
« choses apromptes rendre en ausi bon point , ou 
« en meillour, corne il les receurent. » (Britlon , 
des Loix d'Angl. fol. G2, R°. — Voy. Ai'romi'te.) 

Aprompte, siibst. Emprunt. Il semble qu'rt- 
promple soit le féminin du participe rtyjcoHi/yf. (Voy. 
Aprompt.) Peut-être que par ellipse du mot somme, 
ce participe aprompte aura signifié comme substan- 
tif, la même chose (\\xempriuil. « Poit home dever 
« par apromptes de deniers. » (Britton , des Loix 
d'Angi. fol. G9, R°. — Voy. Emprunt.) 

Apropriement, subst, masc. et fém. Action 
d'approprier. Appropriation. L'acception figurée 
d'approprU'nwnt ou iVajipropriance, est relative au 
sens élymolui;ii|ue du vciiie aproprier, soit que ce 
substantif signifie l'acliou d'approprier une chose, 
de la rendre propre, de la disposer dans un état de 
propreté, ou l'action de se l'approprier, de se la 
rendre propre, de-s'en assurer la propriété par des 
voies légitimes ou illégitimes. (Voyez Cotgrave , 
Oudin et Monet, Dict.) 

En Bretagne, Vapproprianee ou Y appropriement 
est non-seulement une acquisition de propriété de 
chose immobiliaire par bannie ou par laps de temps, 
mais une acquisition de propriété avec affranchis- 
sement d'hypothèques. (Voy. Laurière , Gloss. du 
Dr. fr. T. l, p. 61. — Coût, de Bretagne, au nouv. 
Coût, génér. T. IV, p. 417.) C'est par la raison que 
les bannies ou proclamations pour Vapproprianee, 
l'acquisition de propriété, purgent les hypothèques, 
qu'on a dit: « Àppropriance , en la Coutume de 
« Bretagne, est la même chose que Décret parmi 
« nous. » (Nouv. Dict. de Droit. — Dict. de Tré- 
voux. — A'oy. Aproprier.) 

VARIANTES ! 
APROPRIEMENT. Coutume de Bretagne, au Nouv. Coût, 
gén. T. IV, p. 417, col. 1. 
Appropriement. Cotgrave, Oudin et Monet, Dict. 
Appropriance. Cotgr. Dict. — Laurière, Gloss. du Dr. fr. 

Aproprier, verbe. Approcher, rapprocher, assi- 
miler, comparer, etc. On croit avec les Etymologis- 
tes latins, que de j5ro;>é, proche en françois, s'est 



îormé proprium, en françois propre. (Voy. Martinius, 
Lexic. philolog. — Vossius, Etym. Ling. lat.) Cette 
opinion sur l'élymologie de Vud'ieciU proprium , et 
par conséquent sur celle du verbe latin barbare 
ajipro/irtare, en françois approprier (1 , est d'autant 
plus vraisemblable, que dans notre ancienne lan- 
gue il y avoit une analogie réelle entre les signifi- 
cations des verbes approcher et aproprier. Il est 
évident que l'acception d'approprier étoit relative à 
celle d'approcher, rapprocher, réunir en rappro- 
chant, lorsque dans le sens de l'ancienne expression 
<- raprocher un fief, >■ on disoit figurémenl : « Nous 
« avons approprié, unie et annexé , . . . . appro- 
« prions, unions et annexons perpétuelement à 
« nous, à noz Successeurs et au Domaine de la 
« corone de France, etc. » (Ord. T. V, p. 413. — 
A'Oy. Aprociier et Raprocher.) 

C'est encore relativement à la signification d'ap- 
procher une chose de l'autre pour juger quel rap- 
port elles ont entr'elles , qnapjiroprier signifioit 
assimiler, comparer. « Us avoyenl pris or et argent 
« pour rendre Bourbourg ... et vouloyent les au- 
>' cuns gens en Angleterre ce fait approprier h 
" trahison. » (Froissart, Vol. III, p. 2-2 i.) « Le dain 
« et le chevi'el . . . ont cornes, et ycelles représen- 
« tent . . . couronnes; pour quoy je puis aproprier 
« ces deux bestes aux Empereurs et aux Rois. » 
(Modus et Racio, ms. fol. 87, \\) 

Les significations actuelles du verbe approprier, 
ne sont pas moins analogues que les anciennes à 
celle d'approcher, pmsqu approprier les choses, les 
ajuster, les approprier, les ajuster h d'autres, c'est 
les rapprocher en les comparant, les disposer de 
façon qu'elles soient entr'elles dans un rapport 
conforme à certaines vues d'utilité ou d'agrément. 
L'effet agréable de ces rapports est ce qu'on nomme 
propreté. 

On ajoute qu'une manière très simple de se pro- 
curer la jouissance d'une chose et de s'en assurer 
la possession, c'est d'approcher de soi cette même 
chose, de l'avoir proche de soi. sous ses yeux, sous 
sa main. De lu, le verbe approprier, de même ori- 
gine qu'approcher, aura signifié les idées de pos- 
session et de jouissance à titre de propriété légitime 
ou illégitime. (Voy. Apropriement.) 

VARIANTES : 
APROPRIER. Modus et Racio, MS. fol. 87, V". 
Approprier. Orth. subsist. — Froissart, Vol. III, p. 234. 

Apte, adj. Qui a certaine disposition. Qui a cer- 
taine proportion. Il est probable que l'orthographe 
acte ('2) est une altération du mot apte encore usité 
au Palais, et que dans un sens relatif à l'acception 
générale du latin aptus, on a désigné une personne 
qui n'étoit pas formée au vice, qui n'y avoit aucune 
disposition acquise ou naturelle, en disant qu'elle 
étoit « non acte et non suspecte de quelque vice. » 
(Voy. Hist. de la Toison d'or. Vol. II, fol. 139.) 

Lorsque cette même personne étoit formée avec 



(1) Quoique ce mot se trouve dès le xuv siècle, il est de formation savante. (N. E.) — (2) Il est probable que acle est la 
forme aate : une partie de l'a aura été effacée, (n. e.) 



AQ 



^ 94 — 



AR 



les dispositions nécessaires pour trouver le bonlieur 
dans la vertu, et ne le devoir qu'à elle-même, on 
disoit qu'elle étoil apte de soij-mesmes. « ! toy 
« paourc fol et insensé, tu ne sçaiz.... de quelle 

« force est la vertu Unliomme ne sçauroit estre 

« que parfaitement lieureux, qui est comme tout 
« apte de soy-mcsmes, ou qui en soy seul met et 
« constitue tout le sien. « (L'Amant ressusc. p. 115.) 
Il semble qu'un Chevalier «^e ou aate, étoit celui 
qui avoit les dispositions acquises et naturelles pour 
tous les exercices de Chevalerie, pour monter à 
cheval, pour combattre, etc. 

Moult .sont andui bon Chevalier, 
Et moult aatc, et moult legier. 

Parlon. de Blois, MS. de S' Cxerm. fol. 136, R" col. I. 
Ce est Atys li bien ates, 
Au pié votiz, au cuisses plates, 
Au fier corace, à douz semblant, etc. 

Alhis, MS fol. ■32, R- col. i. 

Peut-être qu'en prononçant et écrivant apte, l'on 
a cru, dans le siècle de l'érudition, franciser pour 
la première fois l'adjectif latin rtyjfns qu'on nerecon- 
noissoit plus dans les anciennes orthographes ate 
et aate. Quoi qu'il en soit, la signification û'aate 
étoit évidemment la même que celle du latin aptus, 
lorsque pour désigner la juste proportion d'une 
chose, on disoit qu'elle étoit aate. 

Puis a estroit et bel chauciez 
Ses bêles janbes et ses piez. 
Chances de soie bien aates (1) 
Et bons sorchauz d'escarlates. 

Parlon. de Blois, MS. de S' Germ. fol. 143, R' col. 2. 

Notre mot aptitude, qui se trouve dans Cotgrave 
et Monet, Dicl. paroissoit au P. Bonheurs un peu 
barbare. (Dict. de Trévoux.) 

VARIANTES : 
APTE. Oitb. subsist. - Essais de Montais^ne, T. II, p. 314. 
Aate. Parton. de Blois, MS. de S' Germ. fol. 1.S6, R» col. 1. 
Acte. Hist. de la Toison d'or, Vol. II, fol. 139, Ro col. 2. 
Ate. Athis, MS. fol. 72, R» col. 1. 

Aquilaine, adj. fém. Terme de Droit. On 
observe qu'Aquilius Gallus, contemporain de Cice- 
ron et son ami, fut l'auteur d'une espèce de stipu- 
lation que par celte raison les Jurisconsultes fran- 
çois du xiv siècle, à l'imitation des Jurisconsultes 
romains, nommoienl aquilaine, en latin aquiliann. 
Quelle que fût la cause d'une ancienne obligation 
litigieuse, quelle qu'en fût l'incertitude, on'lixoit 
cette obligation par la stipulation aquitaine, qui la 
changeoit d'ailleurs en une obligation nouvelle et 
verbale dont on étoit quitte et libéré par l'acceptila- 
lion. « Par stipulation aquilaine les obligations et 
« actions de toutes choses estoient transférées en 
« stipulation et novées, et ladite stipulation estoit 
« périmée par l'acceptilation. » (Bouteiller, Som. 
rur. Liv. I, tit. xli, p. 301t.) ■• Transaction de nou- 



« velle stipulation, que les Clercs appellent stipu- 
« lation aquitaine,... chose incertaine met en obli- 
" galion certaine par lien de paroles. » (Id. ibid. 
p. 30G.) « Moyennant certaine transaction que nous 
« fismes ensemble par acquilaine stipulation, qu'il 
« m'en promist à rendre,... je fis à celui quittance, 
« et luy promis que rien ne luy demanderoy-ie. » 
(Id. ibid. p. 308.) 

VARIANTES : 
AQUILAINE. Bouteiller, Som. rur. Liv. I, tit. xli, p. 30'j. 
Acquilaine. Id. ibid. p. 308. 

Aquilant, adj. Bai ou vite. (Voy. Aquilin.) Il est 
probable que relativement à la couleur du plumage 
de l'aigle, en latin aquila, ou bien à la vitesse de 
son vol, on aura désigné par l'adjectif aquilant (2) 
un cheval bai ou vite. 

Forqueres point le destrier aquilant. 

Rom. d'Aubcry, MS. cité par Du Gange, Gloss. lat. T. I, col. 619. 

Aqiiilé, participe. Courbé en bec d'aigle. Dans 
la signification particulière de notre adjectif aquilin, 
l'on a dit, en parlant de la Force personnifiée, 
qu'elle avoit les « ieuls fort pénélrans, le nés aqui- 
" lés, et la couleur clere et brune. » (Triomphe de 
la noble Dame, fol. 23, V°.) 

Aquilin, adj. Qui a rapport à l'aigle. Ce mol qui 
par comparaison se dit encore d'un nez dont la 
forme a quelque rapport à celle du bec de l'aigle, 
s'est dit aussi de la pierre qu'on nomme aujourd'hui 
pierre d'aigle, parce qu'on la trouve quelquefois 
dans le nid de cet oiseau. C'est peut-être d'après 
l'observation vraie ou fausse de Mathiole, qui assure 
que sans la pierre aquiline ou pierre d'aigle les 
petits des oiseaux de proie ne pourroient éclore, 
qu'on s'est persuadé que celle pierre attachée au 
haut de la jambe d'une femme, avançoit et facilitoit 
remaniement. (Cotgrave et Oudin, Dict. — Voy. 
Aquilant.) 

Ar, subst. Moitié. On observe qu'en langue Alle- 
mande, Angloise, Flamande, etc. le mot lialf signi- 
fie moitié; dans le sens général et étymologique 
indiqué par Skinner, partie d'un tout. (Voy. Junius, 
Elym. Angiic. — Skinner, Elym. ling. Anglic ) Le 
changement réciproque de / en r et de r en /, étant 
commun à toutes les Langues, il seroil possible que 
«r fût une altération de ce mot /irt//", prononcé et 
écrit sans aspiration et avec retranchement de la 
consonne sifllante f. On peut d'ailleurs fonder cette 
conjecture sur l'identité de signification, puisque 
dans l'expression Françoise et elliptique deux et 
rt?-(3), le mot ar signifie évidemment la même chose 
que liatf dans l'expression Angloise •< two pence and 
« half-peny; » c'est-à-dire deux sous et moitié de 
sou, deux sous et demi. La preuve est que dans les 



(1) Acijes vient ici do adaplus, « bien justes ; >< le mot se trouve déjà dans la Chanson de Roland en parlant de destriers, 
vers 1651 et 3876 : « E lur cheval sunt curnnt el aate; » il ne peut signifier dans notre exemple rapide, comme le croit Diez, 
qui le l'ait venir du nordique al. Dans la Chanson de Roland, même, il peut signifier maniable, bien dressé ; au vers suivant 
on voit, en effet, gu'on lâche les rênes aux chevaux ; il faut donc qu'ils soient doriles : enfin on ne peut dire qu'un cheval 
courant est presse, ce serait une tautologie trop naïve, (n. e.) — (2) Signifie brun, comme le latin ai/uilua, qu'on trouve 
déjà dans Plante : « Staturà non magnà, corpore aquilo : ipsa ea est. » (Pasnus, V, 2,152.) (n. e.) — (3) Xe faudrait-il pas lire 
deux et as? As signifierait un, comme au jeu de dés. On trouve d'ailleurs dans les mémoires de François de Scepeaux, 
publiés en 1757, au tome II, page 8 : « Il demeura sur l'heure en suspens, et, comme l'on dict, entre cieitx et as. » (n. e.) 



AR 



- 95 - 



AR 



Œuvres de Rabelais, édition de Dolet, l'expression 
six-blancs, c'est-à-dire deux sous et demi, répond 
à celle de deux et ar en ce passage. « Aulx funé- 
.' railles du Roy Charles, l'on avoit en plain marché 
« la toison pour deux etar. » (Rabelais, T. II, p. 130.) 
Il est probable que relativementà l'idée de moitié, 
de partie d'un tout, on aura nommé rythme de deux 
et ar, une espèce de rytlime où deux ou trois lignes 
de semblable longueur et léonines étoient croisées 
par une autre ligne qui n'ayant qu'une partie de la 
longueur des précédentes, étoit sans doute regardée 
comme demi-ligne, moitié de ligne. Voici un'exera- 
ple de cette espèce de rythme : 

Princes et Roys qui estes hault montez 
En royaumes, en ducliez, en contez ; 
Du hault degré fault que, les pas comptez, 
Ou que à ung sault, 
Vous chéez bas, sans que on vous donne assault, etc. 

Par abus de l'extension, l'espèce de rythme où ces 
deux ou trois premiers vers étoient croisés par un 
vers d égale mesure, aura été aussi nommée rythme 
de deux et ar. « Une espèce de rytlime... s'appelle 
" aeiix et ar, pour ce que deux ou trois lignes de 
■< semblable longueur sont léonines, et celle qui 
« croyse est plus courte; ou de semblable lon- 
-• gueur. .. (Fabri, Art de Réthorique, L. II, fol. 23.) 

Arabe, subst. fém. Arabie. (Voy. Akabiant.) Pays 
d Asie dont on altéroit le nom latin Arabia, en écri- 
vant Araibe, Arabe, Arable, etc. 

Ematite 

Ke de vertu n'est pas petite, 

D'Ethyope r'est aportée. 
Et d'Afabe o ele est née. 

Marbodus, de Gemni. art. xxxii, col. 1CG4. 

H est possible que Arage soit formé d'Arabia, 
comme le mot rage du latin rabies, et que relative- 
ment à l'idée de l'Arabie heureuse si riche en mines 
d or et d argent, on ait désigné d'immenses riches- 
ses par l'expression grand trésor A' Arage (1). 

Li plus rice sont si tenant ; 
Ce sont cil ki or vont cloant ; 
Parmi lor grant trésor d' Arage 
Muèrent de faim et vont à rage. 

Ane. Poèt. fr MSS. avant 1300, T. IV, p. 1355. 

variantes: 
ARABE. Marbodus, de Gemm. art. viii col 1G48 
Arable. Fabl. MS. de S' Germ. fol. 1, Ro col 3 ' 
Arage. Ane. Poët. fr. MSS. avant 1300, T. IV, p. 1355 
Araibe. Marbodus, de Gemm. art. 1, col 1640 
Arrabe. Pb. Mouskes, MS. p. 134. 

Ai-al)ech, adj. Qui est propre aux Arabes C'est 
avec ellipse du substantif langage, que Montaigne 
parlant de son éducation, disoit : « J'avois plus de 
" SIX ans avant que j'entendisse non plus de 
« François ou de Périgourdin, que à' Arabesque » 
(Essais de Montaigne, T. I, p, 205.) 

Irbougua bûcha Nassardin : 
Si h a dit en son latin, 
C'est-à-dire en Arabech, etc. 

G. Machault, prise d'Alexandrie, MS. p. 230, R- col. 1. 



En sous-entendant le substantif ornement les 
Peintres et les Sculpteurs ont désigné et désignent 
encore par l'adjectif Arabesque, une espèce d'orne- 
mens propres aux Arabes (2), ces neurons ou rin- 
ceaux d'où sortent des feuillages faits de caprice, et 
dans le goût des Arabes. (Voy. Cotgrave, Dict.) 

VARIANTES : 
ARABECH. G. Machaut, prise d'Alexandrie, MS n 230 
Arabesque. Essais de Montaigne, T. I, p. 265. 

Arabeis, subst. masc. plur. Arabes. Les habi- 
tans de 1 Arabie; en latin Arabes. 

Evax fut un multe riches Reis • 
Lu règne tint des Ambais. 

Marbodus, de Gemm. prolog. col. 1638. 
VARIANTES '. 

ARABEIS. Marbodus, de Gemm. prolog. col 1638 
ARAB.4IS. Id. ibid. 

Arabi, adj. Qui est d'Arabie. Rapide. Les che- 
vaux qu aujourd'hui l'on nomme Barbes parce 
qu ils viennent de Barbarie, sont de race Arabe de 
la race des chevaux qu'anciennement on nommoit 
Arabts. 

Cbevaulx d'Espaigne et Arabis. 

Rom. d'Athis, iMS. cilé par Du Cange, Gl. 1. T. III, col. 120. 

On écrivoit arabis au singulier, comme le prou- 
vent les deux vers suivans où ce mol semble exuri- 
mer la rapidité du cours d'un fleuve, comparée à H 
vitesse de la course d'un cheval arabi. Peut-être 
aussi qu en ce sens arabis est l'adjectif latin ravi- 
dus, rabidus, avec l'« emphatique. 

Entr'aus et la terre as formis 
Qeurt un llueves molt arabis. 

Bestiaire de la Div. Escrit. MS. du R. u» 7989, fol. 195, V col. 1. 
VARIANTES : 
ARABI. Du Cange, Gloss. lat. T. III, col 3i3 
Arabis. Bestiaire de la Div. Escrit. MS. du R. fol. 195. 

Ambiant, adj. Qui est d'Arabie. (Voy. Arabe) 
L or le plus estimé aujourd'hui est l'or d'Asie, que 
nos anciens Romanciers paroissent avoir nommé 
or Un arabiant, parce qu'un des pays d'Asie le plus 
fécond en mines d'or est l'Arabie heureuse, que 
les relations des croisades avoient sans doute fait 
connoilre. 

En une balancetes d'orfm arrabiant 
A mis loel Aristotes : quant ot fait son talant, etc. 
Rom. d'Ale.\andre, MS. du R, n" 6987, fol. 208, R" col. 2. 
VARIANTES : 
ARABIANT. Du Cange, Gloss. lat. T I col 873 
Arrabiant. Rom. d'Alex. MS. du R. n" 6987, fol. 208 
Arrabien. Lanc. du Lac, T. I, fol. 73, V» col. 1. 

Arabie ftf/jf-. Arabique. L'adjectif arabique, qui 
est aujourd hui de tout genre, étoit anciennement 
le féminin cVarabic. (Voy. Cotgrave, Dict.) 

Arabiois, adjectif. Qui est propre aux Arabes. 
(Voy. Arabech.) u Salam, c'est Diex en la langue 
« Arabioisse. » (Ilist. de Charlemagne, ms. de la 
Clayette, p. 93, col. 2.) 

Arable, adjectif. Propre à être labouré, qui est 



a ^h\btol^'^f!ÊjZZ. t)-\i'ZiX'iron'l San'^l'^ntlâ-^i •'" 'î'^^ '" '^^^^^"'^.^ précédente était douce : de même on 
des versets du Coran et non des feumages^lN. e.-^) "^^"^^ ^ «"'"I""^ greco-romame ; Varabesque arabe, d'aiUeurs, entrelace 



AR 



96 — 



AR 



labourable. Propre îi labourer, qui est de labour. 
On a mille preuves que dans quantité de mots où 
la lettre finale s est aujourd'hui le signe du nombre 
pluriel, cette lettre n"otoil anciennement qu'un 
caractère très-ordinaire de ressemblance entre la 
terminaison latine et la françoise. C'est ainsi, par 
exemple, que d'après le mol latin arabilis, on écri- 
voit au singulier arables. (Voy. Gloss. du P. Labbe, 
page 489.) 

Il y a sans doute moins de raison que de caprice 
à préférer l'expression terres labourables, à l'an- 
cienne expression terres arables, qu'on trouve dans 
Cotgrave, Oudin, Nicot et Monet, Dict. iD. Lobineau, 
Hist. de Paris, ï. V, pr. p. G32, col. 1, etc.) Un de 
nos anciens Poêles, comparant la Vierge mère à une 
terre féconde sans labour, disoit qu'elle éloil terre 
non arable. (Voy. Arer.) 

Tu es la terre non arable, 



Vierge sacrée et vénérable : 

En toy s'est fait œuvre admirable, 

Oultre usaige de Nature, etc. 

Crêlin, Poés. p. 32 et 33. 

Dans le second sens, on nommoil bœuf arable, 
un bceuf de labour, un bœuf propre au labourage. 
« Fit publier... que homme de guerre... ne fust si 
« hartly de tuer ny faire tuer bœuf arable ny vache 
« laiclière. » (Mathieu de Coucy, Ilist. de Charles 
VII, p. GIO. — Voy. Ar.^toire.) 

VARIANTES : 
ARABLE. D. Lobineau, Hist. de Paris, T. V, pr. p. 632. 
Ar.vbles. Gloss. du P. Labbe, p. 489. 
Ar.\ule. D. Carpentier, S. Gl. 1. de Du C. T. I, col. 268. 

Arage, subst. masc. Terre labourable. Terrage. 
Campagne. La signification de ce mot arage étoit la 
même que celle de l'expression terre arable, 
lorsqu'on disoit : « Arages seans en ban et ou 
« finage de ladite ville, etc. » (D. Carpentier, ubi 
sujyra ; Tit. de 13-24. — Voy. Arable.) 

On doute qu'il signifie la même chose dans un 
Titre de 1255, où on lit : » Ont donné et octroyé... 
« quant que ils avoient... en tailles, en bans, en 
« justices grandes et petites, en plaiz généraux, 
« en araiges, eu prez, en corvées, en terres gaigna- 
« blés, etc. » (Perard, Rec. pour l'IIist. de Bourgo- 
gne, p. 483.) Peut-être ces «r«/(/es sont-ils des droits 
de teirage, de l'espèce de celui qui paroit indiqué 
dans une Charte d'alfranchissement en faveur des 
habitans de Bourlemontetde Frebecourt. « Devront 
« et paieront les habitans au Seigneur autant 
« à'araige comme de denré , de toutes labours 
« qu'ils feront es bans et linage de Boullaumonl et 
« de Frebecourt. » (Ord. T. VI, p. 631.) On sait que 
l'obligation de payer ce droit à'arage (1) qu'en cer- 
taines Coutumes on nomme terrage, étoit une con- 
dition ordinaire des concessions de terres arables 
que les Seigneui-s faisoient ii leurs vassaux. 

11 est possible que par extension de l'acception 
terre labourable, ce même mot arage ait signifié en 



général campagne où on laboure, et qu'en opposant 
la campagne à la ville, on ait dit : 

Li traïsons tout par tout meuce ;... 
Par coi no vile, n'o nrage 
Nus ne veut faire mariage 
Por grant avoir ne por argent ; 
Ains le fait on por honir gent. 

Ane. Poèt. Fr. MSS, avant 1300, T. IV, p. 1321. 

Peut-être que soubmettre Vairage, c'étoit asservir 
leshabitans delà campagne, les soumettre à quelque 
espèce de servitude aussi odieuse à l'humanité que 
nuisible à l'Agriculture. 

Qui Seignourir veult amiableraent, 

Et en grâce tenir son héritage ; 

De tel douçour doit gouverner sa gent, 

Non pas conlr'eul.K user de divers langaige. 

Eulx retranchier, et soubmettre {2)Vairage, 

Leur fait haïr tel dominacion, 

Le lieu fuir, etc. 

Eust. Desch. Poës. MSS. p. 30, col. 1. 

Peut-être aussi que l'expression « soubmettre 
« Vairage, « désigne en ces vers les attentats de la 
tyrannie féodale contre la propriété des héritages. 
On a la preuve qn'airage, de même origine que 
hérage, a signifié héritage. (Voy. Hérage.) 

variantes : 
ARAGE. D. Carpentier, S. Gl. 1. de Du C. T. I, col. 268. 
Airage. Eust. Desch. Poës. MSS. p. 30, col. 1. 
Araige. Ord. T. VI, p. 631. 

Aragne, sabst. fém. Araignée. Toile d'arai- 
gnée. Espèce d'étoffe claire et légère. Treillis de 
fil-d'archal. Quelque différente que soit la termi- 
naison des noms aragne et aragnée, il est possible 
qu'il n'y ait aucune réalité dans la distinction que 
Monet semble indiquer, en opposant aragne, en 
latin araneus, à aragnée, en latin aranea (3). (Voy. 
Monet, Dict.) Il résulteroit de cette distinction appa- 
rente, que le nom françois aragne . originairement 
masculin, auroit été fait du genre féminin, par une 
erreur dont la terminaison ù'aragne peut être la 
cause. 

.... Uirmiinc ménagère, 

Filant ses rez à l'entour 

De la mouche passagère, etc. 

D. Florès de Grèce, Épil. p. 8, col. 1. 

Pour signifier que la Justice n'est inflexible et 
rigide que' l'our le coupable sans argent et sans 
faveur, on a dit : 

. . . .Tustice est la toile de Vyrahujne 
Qui ne retient que les poures chetis : 
Les grans larrons laisse aler et aplaine, 
En tous Estais et par tous les Pais. 

Eust. Desch. poës. MSS. p. 251, col. 3. 

L'espèce de métonymie par laquelle le nom de 
l'araignée a signifié l'ouvrage même de cet insecte, 
une toile d'araignée, paroît d'autant plus naturelle, 
que le verbe hébreu dans lequel Ménage croit voir 
l'origine assez vraisemblable du nom aragne ou 
aragnée, en latin araneus ou aranea, en grec 
dqàxfi,, désigne l'opération de l'araignée qui tire de 
son corps la' substance gommeuse dont elle forme 



(1) ou champart. — (2) Veut dire mettre au dernier rang le labourage; arage vient d'une forme araticum, devenue plus 
tard aragium. (N. E.) — (3) Anigne est l'animal même et vient d'aranea, avec l'accent sur ra ; araignée était primitivement 
la toile de l'insecte et vient de araneata, avec l'accent sur at. (n. e.) 



M 



AR 



— 97 



AR 



le tissu merveilleux de ses filets, (toy. Ménage, 
Dict. élym. au mot aragnée. — Monet, Dict.^ On sait 
que les filandres, ces fils blancs et longs qui volent 
en l'air dans les beaux jours d'automne, sont l'ou- 
vrage d'une espèce d'araignées vagabondes, plus 
petites et plus noires que les autres. Les fils que 
ces araignées n'abandonnent pas au vent, elles les 
étendent sur les chaumes, ou sur l'herbe des prai- 
ries, en forme de tissu, de crêpe qu'on nommoit 
aragne. « La praerie... estoit ourdye et tissue 
« d'arignes que avoient ouvré les arignées, h la 
« doulceur de la nuyct et de l'aube du jour. » 
(Percef. Yol. V, fol. 72. — (Voy. Abantelles.) 

Il est probable que dans un ancien compte de 
fournitures pour habillement de Chevaliers et 
d.'Ecuyer&,\'iiraing ne [i] est une espèce d'étoffe claire 
et légère, comme le crépon, le crêpe ou le voile, et 
dont on comparoitle tissu à celui de Varagne, delà 
toile d'araignée. « Pour 151 aunes de brunelte, en 
« plusieurs pièces, de la petite moison de Louvain,... 

« pour 4 escarlates vermeilles de Bruxelles, 

« 2 ijmingnes de la grant moison de Louvain, etc. » 
(Du Cange, Gloss. lat. T. IV, col. 7iO.) 

Enfin, la toile de l'araignée des jardins est un 
lissu à claire voie, une espèce de réseau auquel on 
a comparé un treillis de fil d'archal, « une contre- 
o vitre en treillis de fil d'archal, » lorsqu'on a dési- 
gné ce treillis par le nom de Varagne. » Si le 
« Maistre à qui est la muraille en laquelle l'on veut 
« appuyer, a en icelle muraille fenestrages portant 
bort, ferrures, ou yraig)ie,.... l'on ne pourra 
« appuyer, n'autrement empescher la veuedes dits 
« fenestrages. » (Coût. gén. T. II, p. 478. — Lau- 
rière, Gloss. du Dr. Fr. — Ménage, Dict. Etym. ~ 
Monet, Dict. - - Voy. Aragkee.) 

VARIANTES : 
ARAGNE. Monet, Dict. 
AiBAiGNE. Cotgrave et Oudin, Dict. 
AiREiGNE. Merlin Cocaye, T. II, p. 379. 
Araigne. Riibelais, T. IV, p. 205. 
Araine. Doctrinal de Sapience, fol. 35, R». 
Aricne. Percef. Vol. V, fol. 72, V» col. 1. 
Arreigne. Coût, de Metz, au nouv. Coût. gén. T. II, p. 433. 
Eraigne. Borel, Dict. 
Iragne. Contes d'Eutrapel, p. 184. 
IRAIGNE. Cotgrave, Dict. 
Yraigne. Cotgrave et Borel, Dict. 
Yraixgne. Eust. Desch. Poës. MSS. p. 521, col. 3. 

Aragnée, siibst. féin. Araignée; Toile d'arai- 
gnée, etc. En latin aranea. Ces deux premières 
significations ne sont pas les seules qui soient 
communes au mot aragnée avec celui A' aragne. Ils 
désignoienl, l'un comme l'autre, « une contre-vitre 
<i en treillis de fil d'archal, » un treillis de fil 
d'archal comparé au lissu, au réseau de l'araignée 
des jardins. « Baltes et assiette de ventilions, 
" grilles, araignées du dehors de la feneslre... sont 
« signes et marques de servitude de jour. » (Coût. 
de S- Mihiel, au nouv. Coût. gén. T. II, p. 105G. — 
Voy. Aragne.) 

11 paroit inutile de multiplier les preuves qu'au 



moyen de la comparaison, l'on a pu nommer 
araignes ou araignées, les choses qui offrent à l'œil 
et à l'esprit quelque ressemblance avec la toile de 
l'araignée, ou avec la figure de l'araignée. (Voy. 
Ménage, Dict. étym. — Aubin, Dict.dela Marine,elc.) 

VARIANTES : 
ARAGNÉE. Monet, Dict. - Ménage, Dict. étym. 
Araignée. Orth. subsist. - Nouv. Coût. gén. T. II, p. 1056. 
Arignée. Cotgrave, Oudin, Rob. Estienne et Nicot, Dict. 
Arragnée. Nouv. Coût. gén. T. II, p. 1167, col. 2. 
Iraignée. Villon, p. 8. 

Iregnie. Rom. dAudisïier, MS. de S' Germ. fol. 66. 
Ybaig.nie. Gloss. du P. Labbe, p. 489. 

Aragnète, subst. fém. Petite araignée. Dimi- 
nutif d'aragne. (Voy. Monet, Dict.) 

Aragneus, adjectif. Plein d'araignées. Plein de 
toiles d'araignée. Propre ;^ l'araignée. Semblable à 
la toile d'araignée. Qui se nourrit d'araignées. On 
trouve la première et la seconde signification de 
l'adjectif araignens, en latin araneosus, dans 
Cotgrave et Oudin, Dict. (Voy. Aragne.) 

Il signifioit une chose propre à l'araignée, lorsque 
pour toile d'araignée on disoit toile yraigneuse. 
(Poës. de Loys le Caron, fol. 13. — Voy. Araignier). 
Dans le tableau qu'un Poëte du xvi' siècle a tracé 
de la surprise de Mars et de Vénus épiés par Vul- 
cain qui les enveloppe d'un filet invisible, le mot 
iraigneur exprime la ressemblance fabuleuse de ce 
filet avec la toile, le filet dont l'araignée se sert 
pour arrêter sa proie. 

Celuy qui a veu le tour 

De l'iraigne mesnagère 

Filant ses rez à l'entour 

De la, mousche passagère ; 

Il a veu Mars et Venus 

Encliaisnez à membres nuds, 

Et Vulcan guygnant auprès 

De son embusche iraigneuse 

Qui la couple vergongneuse 

AUoit serrant de si près. 

II. Florès de Grèce, Epil. p. 8, col. 1. 

On a nommé figurément rets «rfli5'»é;!fj", ce qu'en 
parlantd'unecourlisane, on nommeroit aujourd'hui 
ses filets, aussi dangereux pour l'homme que le 
sont pour la mouche les filets de l'araicnée. (Voy. 
Merlin Cocaie, T. 11, p. Gl.) 

Enfin, la souris araigneuse, autrement la musa- 
raigne, en latin mus araneus, est un peiit animal 
quadrupède qu'on a ainsi désigné, comme se nour- 
rissant d'araignées, et ressemblant à la souris par 
la grosseur et un museau alongé et pointu. (Col- 
grave, Dict.) 

VARIANTES : 
ARAGNEUS. Monet, Dict. 
AiRAiGNEUX. Cotgrave, Dict. 
Araigneux Cotgrave et Oudin, Dict. 
IRAIONEUX. D. Florès de Grèce, Epit. p. 8, col. 1. 
Yraigneox. Poës. de Loys le Caron, fol. 13, R». 

Araignier, adj. masc. adj. et subst. fém. Pro- 
pre à l'araignée. Semblable à l'araignée. Semblable 
à la toile d'araignée. Membrane cristalline , Arach- 
noïde. Le premier sens de l'adjectif araignier, est 



(1) C'était un drap de luxe, fabriqué ordinairement à Ypres, fort à la mode sous les trois premiers Valois, (n. e.) 
II. 13 



AR 



- 08 



ÀR 



le même que celui à'ciraigneus, dans l'expression 
toile (trayneuse. (Colgrave, Dict.) 

Dans le second sens, on désignoit par ce même 
adjectif certaines choses qui avoient de la ressem- 
blance avec la ligure de l'araignée. (Colgrave, Dict.) 

Il signifioit aussi la ressemblance d'une chose 
avec une toile d'araignée. (Voy. Aragneus.) C'est par 
la raison de celle ressemblance que la tunique ou 
membrane dont quelques Anatomisles croient l'hu- 
meur cristalline de l'œil immédiatement envelop- 
pée, a été nommée membrane ou tunique arai- 
gnère. (Voy. Colgrave, Dict.) 

De là, l'adjectif «r«/;7H('r<' signifioit, avec ellipse 
du substantif, tunique ««//;;»(')■(', cette membrane 
cristalline qu'en terme d'Anatomie l'on nomme 
Arachno'ide. (Voy. Oudin, Dict.) 
VARIANTES : 

ARAIGNIER. Colgrave, Dict. 
Araignère. Colgrave et Oudin, Dict. 

Araim, subst. niasc. Airain. On reconnoît le 
mot latin œrumeu, formé de œs , œris , dans l'an- 
cienne ortho'graphe araim : orthographe qu'on 
n'avoit pas encore trouvée, lorsqu'on a réuni sous 
Mrin, les variations érain et arain. (Voyez .Erin 
et Araine.) 

VARIANTES : 
ARAIM. Livres des Rois, MS. des Cordai, fol. 72, R» col. 2. 
AREI.M. Ibid. fol. 88, V col. 1. 

Araine, subst. /"f^'m. Espèce de trompette ; Trom- 
pette. (Voy. Araim.) Les trompettes qu'on nommoit 
araines, parce qu'elles étoient A'arain, de cuivre 
jaune, paroissent avoir été distinguées des trompes, 
comme l'on dislingue aujourd'hui le clairon de la 
trompette. « Firent . . . huier trompes et arènes 
« sonner. » (Chron. S" Denys, Rec. des Hist. de Fr. 
T. III, p. 311.) 

. . . Lors oist tentir araines 
Qu'en fait par les deux oz sonner, 
Tabours croislre, corz bondonner, 
Flagiex piper et trompes braire. 

G. Guiart,MS. fol. 313, V. 

Cette espèce de trompette, connue de nos anciens 
Historiens et Romanciers, éloit probablement un 
clairon semblable à celui que les Portugais ont 
emprunté des Maures, faisant le dessus des cors, 
des buisines et des trompes ou trompettes qui son- 
noient en taille ou en basse-contre, et que parcelle 
raison l'on aura quelquefois nommé grosse araine. 
« Firent sonner maintes trompettes et maint arai- 
«■ nés, et assemblèrent pour combattre. » (Hist. de 
B. du Guesclin, par Ménard, p. 357.) 

A fait ses cors bondir. 

Ses buisines soner, ses araines tentir. 

Rom. d'Alexandre, MS. du R. a- 6987, fol. 180, V- col. 2. 

1 ot cornés et douçaines, 

Et trompes et grosses araines. 

CléoBiadès, MS. de Gaignat, fol. 66, V' col. 3. 

On conçoit au reste combien il est naturel que 
toute espèce de trompette de même métal que celle 



dont on a distingué souvent l'espèce particulière, 
ail été désignée en général par le mot araine. 

Ses arainnes fist haut sonner 
Pour les Flamens à estourner. 

Vh. Mouskes, MS. p. 586. 
Lors si a fait sonner ses trompes 
A grans alainnes et à longes. 
Moult sonnèrent bien les arainnes. 

Id. p. 584. 

variantes : 
ARAINE. Ph. Mouskes, MS. p. 587. 
Arainne. g. Guiart, MS. fol. 131, R». 
Areine. Fabl. MS. du R. n» 7615, fol. \9\, R» col. 2. 
ARENE. Chron. S' D. Rec. des Hist. de Fr. T. III, p. 311. 

Araire, subst. Instrument de labourage; Char- 
rue ; Machine à labourer. (Voy. Afaire.) On soup- 
çonne que les instrumens de labourage, qu'en 
Bresse on nomme araires, sont lesinstrumensdont 
les Lyonnois et les Languedociens composent leur 
araire, c'esl-à-dire leur charrue ou autre machine 
sans roues propre à labourer. (Voy. Laurière, Gloss. 
du Dr. Fr. — Dict. de Trévoux. — Colgrave et JNicot, 
Dicl. — D. Carpentier, Suppl. Glossaire latin de Du 
Gange, T. I, col. 270.) 

Ce mot araire encore usité dans plusieurs pro- 
vinces, avec la signification de charrue ou autre 
machine à labourer, peut être aussi ancien dans 
notre langue que le verbe arer. (Voy. Arer.) On dé- 
signoit l'inutilité des etîorts amoureux d'un jeune 
homme pour s'insinuer dans un cœur dur et insen- 
sible par fierté, en disant figurément : 

Tu as en dure terre enroyé ton areres ; 
Tu deusses amer fille d'une commère. 

Fabl. MS. du R. n" 7218, fol. 345, V col. 2. 

Il est très probable que relativement à l'idée de 
contre, partie essentielle de Varaire, de la charrue, 
on aura dit que l'araire vaut peu sans le contre (1), 
pour signifier une expédition impossible sans le 
secours essentiel d'un Chef. On croit qu'au lieu 
i'afaires il faut lire araires dans ce vers : 

Peu vaut Yafaires sans le coutre. 

Ph. Mouskes, MS. p. 796. 

VARIANTES : 
ARAIRE. Cotgrave, Nicot et Monet, Dict. 
Arere. Fabl. MS. du R. n° 7218, fol. 345, V col. 2. 
Areyre. d. Carpentier, S. Gl. 1. de Du C. T. I, coL 270. 

Araisiiement, subst. masc. Action de parler, 
d'adresser la parole ; entretien, conversation. Signi- 
fication analogue ù celle du verbe araisonner ou 
araisner, parler, s'entretenir, converser. (Voyez 
Araisonner.) 

variantes : 

ARAISNEMENT. S' Rern. Serm. fr. MSS. p. 149. 

Arraisonnement. Cotgrave, Oudin, Nicot et Monet, Dict. 

Araisneour, subst. masc. Raisonneur, parleur. 
Celui qui perd à raisonner, à parler, un temps qu'il 
emploieroit mieux à agir. Telle éloit la signification 
d'araisneour, lorsqu'on faisoit l'éloge de la valeur 
active d'une Nation, en disant : 

Onques en lor contrée n'ot un araisneour : 
Ains se fièrent de près, o les brans de coulor (2). 
Rom. d'Alexandre, MS. du R. n" 6987, fol. 176, R" col. 3. 



(1) L'ai-cii're, en effet, n'a pas de roues, (n. e.) - (2) avec les épées étincelantes. (n. e.) 



AR 



— 99 - 



AR 



Araisniement, adv. Avec opiniâtreté d'idées ; 
avec une volonté opiniâtre. (Voy. Araisonner.) Signi- 
fication relative à celle du verbe amisonner dans 
l'expression ?,' amisonner à une chose , la vouloir. 

Cilh ne sot pas qu'il covenist 
Rechivoir son commandement ; 
Si li dist araisnieinaiit 
Ke mie ne le laisseroit. 

Les IV Filles le Roy, MS. de Turin, fol. 38, R*. 

Araisonner, verbe. Questionner, interroger, 
demander des raisons. Parler, converser, s'entre- 
tenir, donner des raisons, les détailler. Sommer, 
accuser. Intenter et poursuivre une action. Appré- 
cier. Etre ou devenir raisonnable. Vouloir une 
chose, s'y préparer. On ne peut juger, ni parler 
raisonnablement des choses transmises à l'âme par 
le moyen des sens, qu'autant qu'elles y existent en 
idée, telles qu'elles existent en réalité dans la Na- 
ture. La conformité de celte existence idéale des 
choses avec leur existence physique, est ce qu'on 
nomme raison, en latin ratio : terme abstrait dont 
on trouve l'origine dans ratus, participe du verbe 
latin reor formé du substantif générique res , en 
françois chose. Ainsi, notre verbe françois raison- 
ner, de même origine et même acception que le 
latin 7'eri, signifiera littéralement réaliser en idée, 
faire qu'une chose existe en idée, comme elle existe 
en réalité; assimiler à l'existence physique des 
choses, leur existence idéale, la voir et la juger 
conforme ; exprimer cette conformité d'existence, 
la faire voir, la rendre sensible , la faire connoitre 
aux autres par la parole , qui représente plus ou 
moins fidèlement les idées, comme les idées repré- 
sentent les choses. (Voy. Raison et Raisonner.) 

De là, l'ancien verbe composé araisonner, par 
contraction araisner, arainer, signifioit question- 
ner, interroger, etc. presser quelqu'un de parler, 
de faire connoitre en parlant, en répondant à une 
question, aune interrogation, quelles idées il se 
fait des choses, quelles sont les raisons de sa façon 
de sentir, de penser ou d'agir. « Sis mariz Belehana 
« le areisuna, si li dist: pur quel plures? « (Livres 
des Rois, MS. des Cordel. fol. 2, R- col. 1.) (1) 

Ne se vielt ore plus celer ; 
Ains va le Roi amtisoner. 
Rois, fait-il, c'as-tu enpensé? 

Vie de S" Calherine, MS. de Sorb. chiff. LX, col. 59. 

Quant je la veoie, 

Le pooir des membres perdoie. 
Qui me vousist aresoner, 
Ne li peusse mot soner. 

Fabl. MS. du R. n- 7-218, fol. 356. V* col. 2. 

De toutes pars je fuz environné 

Des assistans, et d'euLx arraisonné 

Que je queroys, et qui vers eux me meine. 

Faifeu. p. 18. 

Lorsqu'on étoit moins empressé de connoitre les 
idées des autres que de leur faire connoitre les 
siennes, araisonner une personne, ou s'araisonner 
avec elle, c'étoit lui parler, lui adresser la parole ; 



raisonner avec elle, lui exprimer une sensation, en 
parlant, en conversant, en s'entretenant avec elle, 
lui peindre l'idée qu'on se faisoit de la chose qu'on 
sentoit, et dont on lui parloit. (Voy. Araisnement.) 
« Nous arainons ceos ki vrai Geu (2) sunt, ceos qui 
« sunt semence Abraham. » (S' Bernard, Serm. fr. 
Mss. p. 57.) « La pucelle... avoit grant merveilles 
« pour quoy le Bachelier ne Yarraisonnoit ; car à 
« son advis il devoit premièrement emprendre la 
» parole. » (Percef. Vol. VI, fol. -42, R° col. 1.) 
« S'fl?T«iso;ina«iavecle Prince, lui demanda, etc. » 
(Nuits de Strapar. T. II, p. 209.) 

Ne desprisiez pas poure gent ; 
Mes aresniez les doucement. 
Qui rien ne lor done del sien, 
Si lor fet li biaus parlers bien. 

Fabl. MS. du R. ir 7-218, fol. 130, R" col. 2. 

Dans la signification de parler d'une chose à 
quelqu'un, on disoit l'araisonner d'une chose. 

Durement me doi merveiller 
Que m'oses de cou araisnier. 

Fabl. MS. du R. a' 7939, fol. 67, R' col. 1. 

Il seroit heureux en amour de toujours croire 
aux sermens des femmes ; on croiroit toujours à 
leur fidélité. 

Qui d'amors les araisonnast, 
Ni a cèle qui ne jurast, 
S'il fust qui croire l'en vousist, 
Que onques n'i mesprist. 

Fabl. MS. du R. n- 7615, fol. lU, R" col. 1. 

Cet ancien verbe araisonner ou arraisonner, dont 
Mézeray faisoit encore usage, a longtemps subsisté 
dans notre langue avec la signification de parler (3). 
« Faunus, le prince des bocages,... m'ha souvent 
« arraisonné d'amours, sans effect de sa prière. » 
(J. Le Maire, illuslr. des Gaules, L. I, p. 77. — Voy. 
Nicol et Monet, Dict. — Dicl. de Trévoux.) 

Quelquefois araisonner un choix, araisonner un 
fait, c'éloit exprimer le rapport de ce fait, de ce 
choix, à ridée qui l'avoit déterminé, en faire con- 
noitre les raisons, les détailler. « Les occasions font 
« aucunes fois les causes piteuses, qui amolissenl 
« les.Iugesquifontles/■rtù•^x■rt/•ra?so?^Mcr. » (Percef. 
Vol. VI, fol. G9, V" col. 2.) « Charles le Sage ayant 
« fait mettre sur un carreau de veloux un sceptre et 
« une couronne d'or, et sur un autre un armet et 
<< une espée. commanda à son fils, Dauphin de 
« France, de choisir l'un ou l'autre ; lequel promp- 
« tement courut à l'espée et à l'armet, avec ceste 
« repartie araisonnant son choix, que c'estoit l'espée 
« qui conqueroit et maintenoit les couronnes et les 
« sceptres. « (Savaron , Espée françoise, p. 8 et 9.) 

En sommant une personne de faire, ou de réparer 
une chose qu'on exige d'elle, ou qu'on lui reproche, 
en la sommant de comparoitre devant le .Juge, en 
l'accusant, on la presse de parler, de faire connoitre 
les raisons avec lesquelles elle prétend se défendre, 
et l'on fait connoitre celles avec lesquelles on persiste 
à la poursuivre. Il est donc possible que, relalive- 



(1) Dans la Chanson de Roland : «. Mult fièrement Carie en araisunet (vers 3536). » (n. e.) — (2) ,Iuifs. — (3) Saint-Simon 
l'employait encore: « Tandis que i'arraisonnais M. le duc d'Orléans, le roi consultait et sa famille et son conseil. » (Edition 
de 1842; ch. 247, p. 209.) (n. e.) 



AR 



— 100 - 



AR 



ment aux acceptions indiquées, le verbe araisonner 
ou aru'micr ail sifçnilié sommer de faire une cliose, 
sommer de la réparer, sommer de comparoilre 
devant le Juge, accuser, etc. " Ne fu nus qui les 
« osast contraindre, ne rtrra/Hicr de rendre treu. » 
(Glu'on. S' Denys, Hec. des Ilist. de Fr. T. III, p. 157.) 
'< Ou doit araisonner son Seigneur, avant que on 
<' ait bon apel contre la défaute de droit. « (Beau- 
manoir, Coût, de Beauvoisls, chap. lxu, p. 319.) Une 
preuve évidente qw' araisonner désigne ici une som- 
mation en réparation de la défaute de droit, c'est 
qu'à la fin de ce même chapitre, on lit qu'il « ensaigne 
« comment on doit sommer son Seigneur avant que 
« l'en le puistapeler de défaute de dVoit. >> (Id. ibid. 
p. 322.1 « Quant je veiz le grant oultraige qu'il me 
<' faisoit, si le feiz arraisonner devant le Roy. » 
(Lanc. du Lac, T. II, fol. !)(j.) « Qui l'oseroit araisnier 
« de ceste chose. » (S' Bern. Serm. fr. .mss. p. 381.) 

Les araisonne (i) 

De meffait, et les ochoisonne. 

Dits do Baudoin de Condé. WS. do Gaignat, fol. 320, R' col. 3. 

Dans les anciennes loix d'Anglelerre, l'assise ou 
bref en verlu duquel on pouvbit intenter et. pour- 
suivre une action en Justice, faisoit connoître les 
raisons de cette action. De là, on disoil, « arraigner 
« assise de nouvelle dessaisine, arrainer assise de 
« mort d'ancestres, etc. » pour intenter, poursuivre 
une action de nouvelle dessaisine, de mort d'ancê- 
tres, etc. « Puis le lessée (2) arraigne assise de novel 
« disseisin de la terre, envers le lessor lequel plede 
« que il fist nul tort ne nul disseisin , et sur ceo 
« l'assise soit prise, en cest case les Recognitors del 
« assise poyent dire, etc. » (ïenures de IJttleton, 
fol. 8."), V°.) .' Si le frère pusné soit entré en l'héri- 
« tage son piere et hors de sa seisine eyt feffé ascun 
« estrau nge, sur qui le frère ey né eyt arrainé assise 
<• de mor ifaiincestre, et cel tenaunt voche à garaunt 
<■ le frère pusné son feffour , et celuy veigne 
« garaunter,... pur ce ne reineyne mie l'asise. » 
(Britton, des loix d'Angl. fol. 200, V°, et 201, R-. 

Il est évident que c'est relativement à l'idée qu'on 
se fait ou doit se faire des choses, qn'araisonner la 
marchandise signifioit mettre un prix raisonnable 
à la marchandise, l'apprécier conformément à l'idée 
de sa valeur réelle. (Voy. Cotgrave, Dict.) 

Lorsque la volonté d'une personne, les mouve- 
mens de son âme, ses passions, étoienl ou devenoienl 
conformes aux idées qu'elle devoit avoir des choses 
qui l'affectoient, aux vraies idées de prudence et 
de sagesse , on disoit que sa volonté estoit araison- 
née, iiue celte personne s araison)ioit on s' araisnoit. 
« Les jeunes pucelles ne regardoient pas fort à leur 
" voulenté qui n'estoit pas encore araisnnnée. » 
(Percef. Vol. II, fol. -128, R° col. 2.) « Tous hommes 
« hors des premiers mouvemens, lesquels... durent 
» et tiennent aux uns plus, aux autres moins, se 
« peuvent modérer et «rraïsoHHfr plus aisément. » 
(Montbourcher, des Gages de bataille, fol. 28, R°.) 



Tant pécha 

Li mondes et folia, 

Ke Diex el siècle envola 

Le diluve ki noia 

Fors Noë ki eschapa... 

Par lui donc s'aresna. 

Recrut et recommença 

Li mondes dès -lors en cha. 

Ane. Poél. fr. .MSS. av. 1300, T. H, p. 87i et 875. 

On veut une chose, on se prépare à la réaliser 
d'après une idée, une raison qui dirige la volonté 
ou régare. De là, « s'cn'rt/.so/uicr à faire une chose, » 
aura signifié vouloir faire une chose, s'y préparer 
conformément à ses idées. (Voy. Araisniemf.nt.) 

Cil qui se armisoitite ou se fonde 
A parler d'amours tout au long. 
Simple est : car hom tout ne veit onc. 

Chasse et départ d'Amours, p. 115, col. 2. 
Et cils qui au parler s'arine. 
Les fist venir en un tropel (3), 
Et dist ; Dimence a bonne estrine, etc. 

Froissart, Poês. MSS. p. 293. 

Il est au moins vraisemblable qu'en ces vers 
l'orthographe ariner est une contraction du verbe 
ara/sonner, comme l'orthographe urainer qui, dans 
S' Bern. (Serm. fr. .mss. p. 57,) répond au latin 
alloqui , interprété par arresiner dans le Gloss. du 
P. Labbe, où il faut lire aresnier. Si l'orthographe 
arranguier, en latin ajfari, n'étoit pas dans lemême 
Glossaire une faute pour nrrang)iier, on croiroit 
voir dans arrainer, arraigner, arranguier, contrac- 
tions et altérations (ï araisonner, l'origine de notre 
verbe haranguer (4). (Voy. Haranguer.) 

VARIANTES : 
ARAISONNER. Cotgrave et Nicot. Dict. 
Araigner. Rom. de Perceval, MS. de B. n» 354, fol. 223. 
Araignier. Etat des Offic. du D. de Bourgogne, p. 307. 
Arainer. S' Bern. Serra, fr. MSS. p. 57. 
Araisner. Eust. Desch. Poës. MSS. p. 236, col. 1. 
Araisnier. Cléomadès, MS. de Gaignat, fol. 3S, 'V" col. 2. 
ARjUsoner. Laurière, Gloss. du Dr. fr. 
Arasoner. Anseis, MS. fol. M, V" col, 2. 
Aregnier. Ane. Poës. fr. MS. du Vatican, n» 1522, fol. 162. 
Arei-SUNer. Livres des Rois, MS. des Cordel. fol. 2, R». 
Arenier. Chron. S' D. Rec. des Hist. de Fr. T. III, p. 157. 
Aresner. Athis, MS. fol. 120, R" col. 1. 
Aresnier. Ane. Poët. fr. MS. avant 1300, T. I, p. 304. 
Aresoner. Fabl. MS. du R. n° 7218, fol. 361, V» col. 1. 
.Aresonner. Athis, MS. fol. 71, R» col 2, etc. 
Ariner. Froiss. Poës. MSS. p. 293, col. 1. 
Arisner. Anseis, MS. fol. 59, 'V» col. \. 
Arraigner. Tenures do Littleton, fol. 85, V". 
Arrainer. Britlon, des Loix d'Angl. fol. 192, V». 
Arrainier. Chron. S> D. Rec. des Hist. de Fr. T. III, p. 157. 
Aruaisoner. Vie de S<= Calh. MS. de Sorb. chif. lx, col. 59. 
Arraisonner. Percef. Vol. VI, fol. 42, R» col. 1. 
Arranguier (peut-être Arraurpiier.) Gl. du P. Lab. p. 487. 
Arranner. Britton, des Loix d'Angl. fol. 112, V". 
Arrayner. Id. Ihid. fol. 148, R". 
Arraysonner. Rom. de la Rose, vers 2394. 
Arresiner (lisez Arvesnier.) Gloss. du P. Labbe, p. 488. 
Arresneu. Fabl. MS. de S' Germ. fol. I, V» col. 2. 

Arantelles, subst. fém. plur. Filandres. On 
croit, d'après l'auteur du Spectacle de la Nature, 
que les filandres qui volent en l'air dans les beaux 
jours de l'automne, et qu'en Poitou l'on nomme 



(1) blâme. — (2) Possesseur d'un franc tenement laissé à vie et à charge d'une rente. — (3) en une troupe, c'est-à-dire 
les rassembla, (n. e.) — (4) Il n'y a aucun rapport entre ces deux mots : harangue vient de l'allemand rhing, cercle ; parler 
à une assemblée rangée en cercle, (n. e.) 



AR 



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AR 



arantelles, c'est-à-dire toiles d'aragne, sont l'ou- 
vrage d'une espèce d'araignée vagat)onde. (Voyez 
Aragne.) Dans le cas où il seroit plus vrai de dire, 
avec ie Seigneur du Fouilloux, que « les arantelles 
« ne sont point filées des areignées, » la ressem- 
blance de ces filandres aux fils d'araignée, seroit la 
raison pour laquelle on les ■ànommés arantelles (1). 
" Ne faut pas s'arresler à un las de resveurs qui 
« disent que, quant on trouve des arantelles dedans 
« la forme du pied de cerf, c'est signe qu'il va de 
« hautes eri'es ;.... car incessamment les arau^e/Zt's 
« tombent du ciel et ne sont point filées des arei- 
« gnées : ce que j'ay vu par expérience d'un cerf 
« qui passoil à cent pas de moy, là où j'allay sou- 
« dainement voir ; je n'y sceu jamais estre à temps 
« que les filandres ou aranlelles ne fussent tombées 
■' dedans la forme du pied. » (Du Fouilloux, Vén. 
fol. 29.— Voy. Mén. Dict. étym. — Dict. de Trévoux.) 

VARI.iNTES : 
ARANTELLES. Du FouUloux, Vén. fol. 29, R». 
-Vrantèles. Dict. de Trévoux. 

Arap, subst. masc. Acte de violence ; rapt, vol. 
On fait violence à la femme ou à la fille qu'on ravit, 
à l'homme dont on ravit le bien. Ainsi, arap peut 
avoir signifié rapt, vol, en général acte de violence. 
(Voy. Gloss. sur les Coût, de Beauvoisis. — Du 
Gange, Gloss. lat. T. I, col. 623.) . Qui veaut appeller 
« homme d'ara/) ou de brisseure du chemin, ou de 
« force quel qu'elle soit, ou d'un marc d'argent ou 
" de plus, ou d'autre chose de quoi l'on pert vie ou 
" membre qui en est attaint ou prové, il doit, etc. » 
(Assises de Jérusalem, chap. cv, p. 8i.) « Se feme 
" qui ait baron veaut faire apeau de murtre, ou 
« d'omecide, ou d'arap, ou de brisseure de chemin, 
<' ou de chose en que ait bataille, etc. » (Ibid. chap. 
r.vi. — Voyez Araper.) 

Araper, vei'be. Prendre avec violence, avec 
force. Tenir, se tenir avec force et violence. Il est 
évident qu'araper est un verbe tel qu'est en latin 
arripere, composé du verbe simple rapere , en 
françois ravir ; qu'en le prononçant on exprime 
autant qu'on le peut avec l'organe de la voix, une 
idée de violence, de force, etc. " Le Suppliant rtm/jff 
« ledit Pierre au col et lui donna de la canivete ou 
« coustel qu'il tenoit en sa main. >• (D. Carpenlier, 
Suppl. Gloss. lat. de Du Gange, au mot Arrapare; 
tit. de 1456.) 

De là, « s'arraper à une chose » signifioit tenir 
fortement une chose, s'y tenir avec force et violence. 
" Guillaume.... s'arrapa à l'un des bras de la dilte 
« femme, en tirant à soy. » (Id. ibid. tit. de 1382.) 

L'analogie de la signification de ce verbe araper 
avec celle d'agrapper, agraffer(2), est d'autant plus 



naturelle, que l'expression vocale et imitative des 
choses et des idées est le principe général de la 
formation d'une infinité de mots communs à diffé- 
rentes langues. (Voy. Agr.^ffer.) 

VARIANTES : 
ARAPER. D. Carpentiar, S. Gl. lat. de D. C. T. I, col. 306. 
Arraper. Id. ibid. tit. de 1382. 

Aratoire, adj. Propre à labourer, qui est de 
labour. Dans plusieurs Coutumes, les bœufs ara- 
toires sont les bœufs qu'on nommoit quelquefois 
arables ou bœufs d'arc^'. (Coût, de Marsan, au nouv. 
Coût. gén. T. IV, p. 907. —Goût, de S" Sever, ibid. 
p. 928. — Du Gange, Gloss. lat. T. I, col. 1246. — 
Voyez Arable et Arée.) 

Arbaleste, subst. /'ej/î. Arbalète (3) ; Baliste. Por- 
tée d'arbalète. Arbalétrier. On décomposoit le nom 
d'arbalesle ou d'arbalestre, formé d'arcus et balista, 
en françois arc et baliste, lorsqu'on escrivoit arc à 
baleste, ou arcq à balestre. « Soubs le nom de 
>' bâtons d'armes emolues, sont compris arcq à 
" balestre, arcq à la main, etc. » (Coût, de Hainaut, 
au nouv. Coût. gén. T. II, p. 60.) 

L'arbalesle portative étoit un arc de bois, de 
corne ou d'acier, monté sur un fût que la corde de 
l'arc débandé coupoit à angles droits. On peut voir 
la figure de cette espèce d'arbalesle que le P. Daniel, 
(Mil. Fr. T. I, p. 407,) a fait graver d'a;irès un mo- 
nument du xu' ou du xiii' siècle, où étoit représenté 
un piéton arbalestrier avec son armure. Il paroit 
que la corde de Tare se tendoit avec la main, et que 
pour l'amener plus facilement au point où il falloit 
l'arrêter, on mettoit le pied et quelquefois les deux 
pieds, dans l'espèce d'étrier qui est à l'extrémité 
supérieure du fust de l'arbalesle. (Voy. le P.Daniel, 
ubi supra. — Fauchet, Milice Fr. p. 121. — Philipp. 
L. VII, p. 312.) 

Telles furent sans doute les premières arbalestes 
portatives , dont l'usage en France remonte au 
commencement du xii" siècle (4). C'est avec une nom- 
breuse troupe d'Archers et d'.\rbalestriers, en latin 
« cum magnà militari Sagitlarià manu et Balista- 
« rià, » que Louis VI attaque Drogon de Monchy. 
On retrouve ces Archers et Arbaleslriers à l'attaque 
et défense du château de Gournay assiégé par ce 
Prince, qui occupa les premières années de son règne 
à réprimer les violences de ses Vassaux rebelles. 
« P>epellentes repellere insistunt, balistarios et 
« sagittarios jacere compellunt. " (Du Chesne, Hist. 
Franc. Script. T. IV, p. 284, 291, etc.) 

Il résulte de ces passages, relatifs à l'histoire des 
premières années du règne de Louis VI, parvenu à 
la couronne en 1108, que l'usage des arbalestes 
étoit connu dès le commencement du xii' siècle, et 



(1) .irantetles signifie encore toile d'araignée en Berry, et vient de aranea et tela. Quoi qu'en dise du Fouilloux, les cerfs 
ont ordinairement aux pieds des filandres en forme de toile d'araignée, (n. e.) — (2) Arapper a le sens et rétymologie 
d'agrapper, agripper, agrafrr; on avait déjà en bas- latin grappa (Voir L. Quicberat, Addenda le.cicis latmis), qui sans Joute 
vient du celte ou du haut allemand, (n. e.) — (3) Nous écrivons maintenant arbalète par un accent grave ; l'accent circonflexe 
vaudrait mieux, puisqu'on écrit têle pour leste, (n. e.) — (4) On les connaissait à la fin du xi' siècle, comme le prouve le 
vers 2265 de la Chanson de Roland ; « D'un {corr. plus qu') arch'xleste ne poet traire un quarrel. a Le moine Richer en parle 
et elles sont représentées d^ms des miniatures du temps de Louis d'Outremer ; l<;s armées romaines du Bas-Empire en 
firent aussi usage. (N. E.) 



AR 



102 



AR 



que par conséquent l'époque de ce même usage en 
France, touche à celle de la première Croisade qui 
finit en 1099. Peut-être que la forme de Varbniesie 
portative, moins simple que celle de l'arc, étoit une 
invention des Infidèles ; et qu'en se défendant 
contre les Chrétiens, ils leur apprirent de quelle 
utilité pouvoit être à la guerre cette arme offensive 
et meurtrière, dont le second concile de Latran, 
tenu l'an 1139, sous le pontificat d'Innocent II, 
anathématisa l'usage, deux ans après l'avènement 
de Louis VII au trône. < Artem illam mortiferam et 
« Deo odihilem Ballistrariorum et Sagittariorum 
« adversùs Christianos et Catholicos éxerceri de 
« celero sub anathemate prohibemus. " (Harduini 
concil. T. VI, part, n, col. I21i.) 

Quelque prompte qu'ait été la soumission des 
Franrois à l'autorité de ce Concile, qui semble 
réserver pour les Infidèles une arme dont il n'in- 
terdit l'usage odieux qu'entre les Chrétiens, il est 
peu probable que quarante ou cinquante ans après le 
décret du pape Innocent II, au commencement du 
règne de Philippe-Auguste, cette arme fût inconnue 
en France; et tellement inconnue, que dans ses 
armées il n'y avoit pas un seul homme qui sût faire 
usage de Vavbaleste. Ce témoignage de Guillaume 
le Î3ielon , Poète historien de Philippe- Auguste , 
prouve seulement qu'alors les François respectoient 
encore l'autorité apostolique, à laquelle ils avoient 
sans doute obéi sous le règne de Louis VII, depuis 
1139 jusqu'en 1180, année de la mort de ce Prince. 
Mais au retour de la Croisade entreprise l'an 1188, 
la guerre ayant duré quelques années entre la 
France et l'Angleterre, Philippe-Auguste parut forcé 
de partager la désobéissance de Richard, Cœur-de- 
lion, qui sans crainte de l'anathème fulminé par le 
Pape, avoit renouvelé l'usage de Varbaleste qui lui 
fut futaie à lui-même. Il mourut en 1199, d'un coup 
de flèche tiré par un Arbaleslrier. C'est une de ces 
remarques qui ne prouvent rien, et qu'on aime à 
faire parce qu'on aime le merveilleux. (Voy. le P. 
Daniel, Ilist. de la MO. Fr. T. II, p. 424-'4'2G.) 

Le commencement du xur siècle est donc l'épo- 
que à laquelle on peut fixer l'usage constant des 
arbalestes; usage que les François avoient pris, 
laissé et repris dans le cours du siècle précédent. 
Il paroit que le zèle d'Innocent III, pour la conser- 
vation du peuple Chrétien, n'étoit pas moins ennemi 
des Arbalestriers que celui de son prédécesseur 
Innocent II, qui les avoit frappés d'anathème. Dans 
le quatrième concile de Latran tenu l'an 1215, il les 
appelle des hommes de sang. « NuUus quoque 
« Clericusruptariis(l), autbalistariis, authuiusmodi 
« viris sanguinum prœponatur. « (Harduini concil. 
T. VII, col. 3.">.) On voit dans ce Concile une preuve 
que Philippe-Auguste continuoit, au commencement 



du xiii" siècle, l'usage de Varbaleste, qu'à la fin du 
xn" il avoit renouvelé à l'imitation de Richard, roi 
d'Angleterre. Cet usage (2) devint chaque jour plus 
commun, puisqu'en 1230, Thibaud VI, comte de 
Champagne, vouloit que « chascunsde la commune 
« de Vitré qui auroit vaillant vingt livres, eust 
« atibeleste en son ostel et quarriaux jusque cin- 
« quante; » et que vers l'an 1250 ou 1251, du temps 
de la première Croisade de S' Louis, » Symon de 
" Monceliart estoit Mestre des Arbalestriers le Roi. » 
(Voy. Du Cange, Gloss. lat. T. I, col. 275. — Join- 
ville, Ilist. de S' Louis, p. 115; édit. de 1761.) Il 
paroit qu'alors l'arc et Varbaleste étoient d'un égal 
usage. « Nos Serjans à pié. . . . commencierent à 
« hardier à eulx et d'arcz et d'arbalestres. « (Id. 
ibid. p. 114.) Mais « on se servit dans la suite beau- 
« coup plus des arbalètes que des arcs, par ce que 
« les flèches étoient lancées avec plus de force par 
« Varbalête ; que l'on miroit plus juste avec cette 
« arme qu'avec l'arc ; et que le mouvement de la 
« délente qui faisoit partir la flèche étoit bien plus 
>< sûr que celui de la main qui débandoit l'arc. » 
(Le P. Daniel, Mil. Fr. T. I, p. 426.) Ainsi l'usage de 
Varbaleste subsista constamment depuis la fin du 
règne de Philippe-Auguste, jusqu'au règne de Fran- 
çois I" qui l'abolit presque entièrement en France, 
excepté parmi les Gascons. (V. Id. ibid. p. 426 et 427.) 

Les arbalestes portatives du xu' siècle et du com- 
mencement du xur n'étoient pas aussi composées 
qu'elles le furent, après qu'un long et continuel 
usage les eût perfectionnées. On peut enjuger par la 
comparaison de la forme d'une arbaleste que le P. 
Daniel décrit [ubl supra, p. 423), avec la forme de 
celle du Piéton-arbalêtrier qu'on voit représenté 
(ibid. p. 407), et dont on a déjà parlé (3). L'une ne 
ressemble à l'autre que pour les parties essentielles. 

Ces premières arbalestes portatives étoient sans 
doute très-semblables à celles dont il est mention 
dans Fauchet, (Mil. Fr. p. 121 ;) « à ces arbalestes 
« qui au hault de l'arbre avoient un fer en façon 
« d'eslrier, pour, en mettant le pied dedans et en 
« tirant à mont... le bout du bandage encorné, plus 
« aisément bander l'arc. ■> Peut-être que Varbaleste 
nommée arbaleste simple dans les Chron. d'Outre- 
mer, (ms. de Berne, n° 113, fol. 1681) étoit une de 
ces premières arbalestes, une arbaleste dont l'arc 
se tendoit avec le pied et la main, ou seulement à 
force de bras, sans le bandage qu'on nommoit pied 
de chèvre, cranequin, à-l'armatot (4). 

Ce bandage nommé pied de chèvre, parce qu'il 
étoit fourchu du côté qu'il appuyoit sur Varbaleste 
et la corde, étoit de bois, de corne ou de fer, comme 
le cranequin que les Arbalestriers d'Allemagne, les 
Cranequiniers portoient à leur ceinture. Il est pro- 
bable que ce bandage étoit nommé cranequin, à 



(1) Routiers ; c'était leur beau temps ; Philippe- Auguste en prit à son service pour conquérir la Normandie ; l'un de leurs 
chefs, Cadoc, fut créé bailli de Gisors. (n. e.) — (2) L'arbalète alors en usage fut Varbalcte à étriev. (Voir p. 101, col. 2.) 
Avant Saint-Louis, on employait Varbalùte à tour, mécanisme disposé le long de l'arme et qui dispensait de la renverser, 
quand on tendait la corde, (n e.) — (3) On peut voir à la page 241 de l'Histoire du Costume, de M. Quicherat, un arbalétrier 
de 1375 environ (B. N. ms. fr. 281.3), armant une arbalète à étrier. (n. e.) — (4) hu. xv siècle, on employait les arbalètes à. 
tilloles, mot qui paraît signifier poulie; c'était Varbcdéte à tour transformée. 0'°''' Quicherat, 1. c, p. 306.) (n. e.) 



AR 



— 103 — 



cause de quelque ressemblance avec le bec de la 

mnH nn"i' ^"'''"'', ^T''''^'' Pe"l-èlre aussi le nom- 
moû-on a- 1 armât ot, p;irce qu'au moyen du ban- 
dage qu on adaptoit au fût de Yarbalelte, on avo t 
bientôt mis cette arme en état de lancer une flèche 
Dans un duel entre un Italien et un Gascon, celui- 
ci ayant le choix des armes, envoya à son adversaire 
" une bonne grosse arhaleste de passe, avec son 
« bandage qu on appeloit ù-1'armatot et qu'on pen- 
" doit a la ceinture. » L'Italien, forcé de combattre 
avec une arme dont l'usage lui étoit étranger fut 
vaincu par le Gascon à qui cette arme étoU fami- 

fm'.ln 'T"' ''"^ ''■:Î"'^*' ^' rebandé, et tiré deux 
. fois dans le corps du pauvre Italien, qu'il n'eut 
«le loysir ny l'adresse de bander son arballeste. » 
(Brantôme, sur les Duels, p. 81 et 82 — Vov Fm. 
chet. Mil. Fr. - Le P. Daniel, Mil. Fr. T. 1, p 423) 

On trouve dans cette anecdote une' preuve 
év dente qu il y avoit des « arba/estes de passe por- 
dP Si';; ''T"'''y'';''''/'^'^''«^«''''^'^«nt Catherine 

£ f^û ^>™?' /o'^t à tirer, et tiroit fort bien. 

Quand elle s alloit promener, faisoit porter son 
.. ^'^^aleste a tallet;el quand elle voyoit quelque 
« beau coup, elle tiroit. .. (Voy. Brantôme Dames 
Illustres, p. 48.) Sans doute qu'il f^nuTlHaS 
a jallet, espèce darbaleste avec laquelle on jetoit 
des pierres rondes nommées jalet, auiourlrhu 
galet, et au dé aut de ces pierres des petites 1 ouïes 
de terre cuite. \ oy. Dict. de Trévoux, au mot Jalet) 

JS'l'i/'"' e,^"t «'-^'^'s/^ à allais pour arba/csie 
jaet dit que 1 arbalesle a gctai, étoit la même uue 
kni oiu/p' 1 ^"Vf' ^i^^.^-arbalc.tc avec laquelle on 
Kinçoit des boulets de pierre. (Voy. Cotgrave, Dict ) 
Or larbalese a ,/V//f^ qu'on assure avoii é^ a 
même que Varbaleste à boulet, étoit portative • el 
spécialement celle dont Catherine de Medicis aimoi 
exercice. Il y avoit donc parmi les arbalcstes à 

^Si^^;:s'' ''''''"'' '^«"^^ p^™"- 

Il semble qu'on ait désigné toute espèce d'rt?-6«- 
lesteportative,soaàjalet, soit« boulet ou de passe 
en disant qu'on .. pouvoit la bander aus reins .na,' 
conséquent sans tour, sans moulinet ni poulie 
« Dehusseront... toute la grosse artillerie et autre 
« qui n est point portative à cheval et ù pied et 
« par especial ar;;«/cs/ts qu'on ne peut bander àus 
« reins. »(J.Chartier, Hist.de Charles VII p 033 ^ 
Quoiqu on ait pu faire usage du tour pour les 
arbalestes portatives et faciles à bander aux reins 
Il sera toujours vrai de dire en général ni e?es 
arbalestes qu-on ne pouvoit bander aux Sus 
etoient celles qu'on nommoit arbalestes à tour' 
dénomination sous laquelle pouvoient être réunies 
nLn'J'f'T 'f *'"'^'' '^^ «'•'^a/estes de /msTlll 
arbalestes (leehantelle, et toute autre espèce d'«?- 

pSulS' ''^ ''"' '"^P^^^'^'e de bander sans tour ni 
L'espèce d'arbalète avec laquelle Monet dit mr^n 
lancoitdes boulets de cent livres, dés boulets ëm 

celles avec lesquelles les Turcs lançoient anciemTe^ J 



AR 



foM)cP,''''iH'i"^/v"' riiistoire de Froissart, (Vol. II 

t^iJïïHnSrs'iîSiïS^tsS 

« a«rS ^^^f,'^^^-^^^ on k^fkoit'S; 
chSSn o n riP 1. '^ // jusquau pied des murs du 
l'iS rJ "* ;'"*^ " ^'"^l"e"e on vouloit donner 
1 assaut. Chaque étage du passavant, ou du passe 
étoit garni darbalestes, que par cette raison l'on 
aura nommé arbalestes dépasse; . et lés Arïa es" 
1' ssn nf/ '^"«f "iPO'^'- faire, quand on vSulo U 
D ?, ■• ^^(^°>• froissart, V. III,p. 71 72 el 7S 

eijm. J. , p. //. On a déjà observé qu'il v nvnif 

rmpnf î'^r -'''1 '^' J""'' Portatives, e?llv consé 
uet différentes de celles que Fauchet (Mil Fr 
P^ 120 ) assimile aux ribaudequivs, qui, pour leur 
pesanteur, demeuroient sur les murs des forte 
resses, et qu'on bandoit à l'aide d'un to 1, mÏÏié 
par un ou deux et quatre hommes. Lesarl>Steî 
de 1 espèce de celles qu'on assimiloit aux r S£! 
fjuuis ei qu'on distinguoit des arbalestes de DassP 
portatives et faciles à bander aux reins eS les 
nommant grandes ou fortes arbalestes de passf 
etuient des arbalestes à tour. Aussi trouve-t-on mf^ 
tendre avec les mains une arbaleste "toui-, ou bS- 
la''pîSuve'd'unp"r'?'''7''''^'''^'^ ^'^ passe,'c'étoit 
daiSGarointn .-. ""^ de corps plus quhumainfe 
uansbaigantua, a qui Rabelais, (T. I n l(î-, Uiif 

et !S;. r -^ T:'^'' ^«'^tes «;^i/.i de p .ssè 
et dans Gérard de Roussillon, qui, si l'on en croit 

Ouf rpPf^r/H*^' demy a de longueur sa toise ".' 

a"eval ifnt "v^^'^l ^ ^^^ "'^'"'^ estendoit, 
Llieval et Chevaliers tout armés porfendoit • 

Et tinllfà'" ''"°'' '"^ '■°^«^' en attour, ' 
tt tendoit a ses mains une arbalesle à tour. 

Rom. de Ger. de Roussillon, MS. p. 8. 



En effet, il n y a, dit Brantôme, « homme ni 
» gean qui pût de la main, ou aux reins, c'estS dire 
« sans tour m poulie, bander une de ces batistes 
« de ces arbalestes à tour ou de passe : mais a ec 
.' le tour nomme engin, du latin higenium rien de 
« plus facile. » Aussi le Grand capital eGonsnKp 
de Cordoue, à la gloire duquel l'esprit servit ?n?in? 
et plus que la vaillance, prit-il pour ïeVs'e une 
grande arba este de passe avec ces mots - ingenium 
« superat vires, » pour signifier „ qu'il n'y a ?^ 
« belle force que l'esprit et l'industrie de l'hlmmè 
: tanràPS.nf''*^';''^ P«"'-'^"t n'estouTofnt 



AR 



— 104 - 



AR 



La gfrosse arbalcsle de chantelle, ainsi nommée 
peul-cire à cnused'une pii''cedel)Ois,d'inu'Iievalet, 
en latin cantciius, sur lequel on la posoil comme 
en cliantier, 6\o\[ sans doute une balisie de l'espèce 
des grandes et fortes cirbalcstcs de passe, qui 
étoient des nrbalestes à tour, avec lesquelles on 
lançoit des traits qui bien souvent perfoient trois 
et quatre hommes tout d"un seul coup, comme 
Faucliet (Mil. Fr. p. 120,) l'atleste. « Feist le duc de 
« Bourbon metti'c avant les grosses arbalcstres de 

chanlelle au devant de la bataille des Anglois 

« et lendemain par malin vint le comledeBourgui- 
« gnan et ses Anglois en bataille rangée... devant la 
« bastiedu duc de Bourbon ; et lui estant en bataille, 
« Thomas le Genevois et Domiges feirent tirer la 
« grosse arbalesle de chantelle en la bataille du 
« Comte, qui lua deux hommes; dontfeurent esbahis 
« les Anglois : car onques n'avoient veu si gros 
« traict. » (Ilist. de Loys III, duc de Bourbon, p. OG.") 

Quoique les canons et bombardes aient fait dis- 
paroître les balisles et arbalètes, on trouve que 
pendant plus de deux siècles l'usage des armes de 
trait a subsisté en même temps que celui des armes 
à feu ; armes non moins ennemies de prouesse que 
les arbalestes et batistes, abhorrées de nos anciens 
Chevaliers, comme « armes traiteresses avec quoi 
« un coquin se tenant a couvert peu tuer un vail- 
« tant homme de loin et par un trou. » (Yoy. le P. 
Daniel, Mil. Fr. T. I, p. 411. - Fauchet, Mil. Fr. 
p. 121 et 12-2. — M. Gaillard, Hist. de la Rivalité de 
la France el de rAngletorre, T. II, p. 87.) 

11 seroit facile de multiplier à l'infini les preuves 
que pour la baliste et Yarbalête, il y avoit une 
espèce particulière de flèches, que rarement on 
lançoit avec l'arc. Ces flèches, dont le fer étoit 
quarré se nommoient quarreaux; ou viretons, 
parce qu'elles viroieni, tournoient en l'air, au 
moyen des pennes qu'on y ajustoit pour l'équilibre. 
On "lit dai;s la vie de Louis VI, par Suger, que Raoul 
de Vermandois eut un œil crevé d'un quarreau 
d'arbalète. (Voy. Duchesne, Hist. Fr. T. IV, p. 317. 
— Le P. Daniel, Mil. Fr. T. I, p. 417, 418 et 419.) 
« Au son du siblet saillirent bien de la sente de la 
« galie quatre vingts Arbalestriersbien appai'eillés, 
« les arbaleslvcs montées, et misirent maintenant 
« les carriaux en coche. " (Joinville, Hist. de- 
S' Louis, p. 80; édit. de 1701.) <■ N'avoient point 
« remis n'appoincté autres quarreaux au poinct de 
« leurs arbalestres. » (Monstrelet, Vol. I, chap. 24, 
fol. 19.) « Les Arbalestiers Genevois ne failloyent 
« là où ils visoyent; si en y eut de frapés.... de ces 
« longs viretons parmy leurs testes. » (Froissart, 
Vol. m, p. 68.) 

On connoit les différentes mélonymies par 
lesquelles arbaleste a signifié 1° portée ù'arbalête : 
« Estoil li forest près ù deux arbales^trcs. » (Fabl. 
ws. du R. n° 7989, fol. 77. — Voy. Arbalestée.) 

2° Arbalétrier : « Menons avec nos.... deux mil 
« Arbalestriers qui ont arbalestres à lor, et trois 
« mil arbalestres simples. ■> (Chron. d'Outrem«r, 
ws. de Berne, n° 113, fol. 1(58. — Voy. Arbalestier.) 



3° Peut-être meurtrière, ouverture, fente par 
laquelle on pouvoit, étant à couvert, tirer de Yarba- 
lête. " Se retira en une tour en bas, oîi il y avoit 

>< de petites rt/'ftrt/cî^f.s et fenestres bien estroi- 

« tes. Toutes fois on lui percea les deux cuisses 
" d'une lance, par une des lucarnes. » (Hist. de la 
Pucelle d'Orléans, p. 499. — Voy. Arbalestiere.) 

VARIANTES : 
ARBALESTE. Gcr. de RoussUlon, MS. p. 8. 
Arbalesthe. ViHehardouin, p. 66. 
ARBALETE. Monet, Dict. 
Ahballeste. Brantôme, sur les Duels, p. 81. 
Arrastre (cor. Ai-ba!eslre.) Athis, MS. fol. 66. 
Arbei.este. .Toinville, p. 39. 
Aubeleste Du Cange, Gloss. lat. T. I, col. 275. 
Aubelestre. Id. ibid. Rom. de Garin, MS. 

Arbalestée, siibst. fém. Portée d'arbalète. 
L'espace que parcourt le trait d'une arbaleste étant 
en proportion du plus ou moins de force avec 
laquelle il étoit lancé, on ne peut déterminer avec 
précision quelle longueur, quelle distance on dési- 
gnoit par un trait (\' arbalestée, par une arbalestée. 
« Li dux de Venise.... ot ses nés, el ses uissiers, et 
« ses vaissiaux ordenez d'un front; et cil front 
« duroit bien trois arbalestrées. « (ViHehardouin, 
p. 06.) » Quant ilz vindient au fret d'une arbales- 
« trée, ilz ferirent des espérons, etc. » (Modus et 
Racio, MS. fol. 299 V".) 

I.e pas que j'ai ci devisé, 
Où cil sont de guerre atisé,... 
lert bien à trois arbalentées, 
S'au certain dire me déport, 
Loin de Gravelingues le port. 

G. Guiarl, MS. fol. 279, Rv 

On concluroit sans doute du particulier au géné- 
ral, si l'on disoit que la distance d'une arbalestée, 
d'une portée d'arbalesle étoit de deux arpens, par 
la raison qu'être ii un arpent ou à demie arbalestée 
paroit avoir désigné une égale distance. ■■ Je vous 
" pry que, sitost comme nous serons à un arpent 
« près d'eulx, nous descendons tous à pié;....et 
« quand ilz furent près d'eulx comme à demie 
« arbalestée, illec descendirent à pié et se rengé- 
» rentemmi le pré. « (Hist. de B. du Guesclin, par 
Ménard, p. 416 et 417.) 

VARIANTES : 
ARBALESTÉE. ViHehardouin, p. 63. 
Arbalestrée. Hist. de Loys III, D. de Bourbon, p. 46. 
Arbelestrée. Chron. S' Denys, T. II, fol 197, V». 

Arbalestel, stibst. mase. pliir. Arbalètes. 
On croit que ce mot est le même qu'arbaleste dont 
on alléroit la terminaison en faveur de la mesure 
el de la rime. 

En la plus maistre tor sont cent arbaleslel ; 
El se getent ensanle quatorze mangonel. 

Rom. d'Alexandre, MS. du R. n- 61187, fol. 212, R- col. 1. 

11 est probable que l'expression barbeoite d'arba- 
lestiax, est une allusion aux baibes des plumes 
avec lesquelles on garnissoit quelquefois les traits 
d'arbalète. (Voy. Fabl. ms. du R. n" 7989, fol. 45, 
V° col. 1 ; Var. du ms. de Berne, n' 351.) 

Par une métonymie semblable à celle d'après 
laquelle arbaleste a signifié arbalétrier, le mot arba- 
lestel ou arbalestiaus pourroit avoir la même signi- 



AR 



— 105 - 



ification dans quelques-uns de nos anciens Poètes 
Tel est par exemple, celui qui, comparant àlVxPr 
çice de l'arbalète ou de Farbal^^trier iSvité d'un 
jeune homme plus robuste que délica? en amour" 

Li novices petit sent 

Damour, ne de ses reviaus • 

Li gieus des arbalestiaux ' 

Soufist si fais emplumés 
... . .Li saiges qi est amés, 
Kl bien connoist kamours li puet valoir 
A plus soufisaument joious voloir ' 

Ane. Poes. fr. MS. du Valic. n- J490, fol. 107. R-, 

ARBALKSTRAus. Fabl. MS. du R no TQsi^ubt'supra. 



AR 



Arbalestier, stibst. masc. Arbalétrier On 
observera que par la raison qu'aujourd'hu il'on hpp 
fère à l'orthographe arbalètre celle d'arb'lète n" 

En cherchant à fixer les époques auxauellP^ ^ 
commence et cessé pour un temps reconXencée^ 
cesse pour toujours l'usage de l\^rba!tHe ^5? ' 

qu 11 tut aboli, « on ne se servoit plus euère d'Ar 
« baletners en France vers le milieu du rè^ned; 
« traneois I" : je dis en France ; car on s'en servni^ 
" "rî^'T f.? Angleterre sur là tin du rèoïe ÏÏ 

(Voy T1 'Dànie^t'r"^'^'■|^"'^ deLouls.xflI.'! 
V*uy le 1-. Daniel, Mil. l-r. p. 42G et 4t>7 i 

S. 1 on en croit Brantôme, les Anglois apprirent 
aux Gascons 1 exerces de l'arbalèfe • m^ic if 

mmmm 

msmm 
mâêmm 



Philippe de Valois . en envoya quérir jusnue. à 
■wvni nf Arbalestriers Genevois, dit Froissart 

S nf^r"' P""' ^^P't^""'^ généraUiarquePde 
sous le rè'-ne de PhVriAc vt ' • ^- ***"'•) *^" '™"ve 

« Convient avnrri, ■ ' ('°y- A"1!aleste. 

croc. etc. » (Le Jouvencel, ms. p. '291 ] ' 

n 9sr. "^ ,V.', 'f-^es Ulfic. des D. de Bour^oo-np 
« dit Fauchet (Mil F- n Vi^ '■ '' ^ *^" ^™it' 

eto'ttïitsru7irrSe'dret''^ ' ^^-^' 

son fils aîné Charles Lie.ftennn '^f^^b P"'''^"^ 
accepta par ses Let'ris' du 'mo' 'de 1évru7'l r ,■ ' 
1 otïre que les Etats du Languedoc n t nt'd lîl 



mvarbart d- -^" "" -""g"c"w lui nrent de 1 ai- 

14 



AR 



— 106 - 



AR 



der d-un corps à' Arbalétriers dont moitié seroit à 

%;itô^ris^:a^=-'--^T'^ 

Sm à che^^l, qui eonçourujeut au succès d^^ 
„ appelloilCranequiniers »(\oy. bauUiei,Hu. ^ 

^TJfrbalestriers h pied comme les ^rbaZesfWers 

T I n S8'»et6Gl. — Ibid. l.ilU P- "— • " 

cliet Mifr'-P 121-) ces Gens-d-armes ou sergents 

WsÊiséMm 

: fourSroltJ Ès paroisses ou aUleurs, s. cens 

., des paroisses n-estoient souffisanz . . •,• •/\,"f 

=ix il vpii aura deux il r/^a/csinm. » ^Ord. T. I, 

; 38i insensiblement les non Nobles, toujours si 

rpiiibie 1355, dans lesquelles on lil . « Pour ce que 

f Sucuni de'noz Subgiez se «venturero.ent vo on- 

„ tiprs "i o-rever noz ennemis en coi ps et en meub 

l pf de ceie lefraingnenl aucune fois, pour ce que 

nofueultenans, gonnestables, Admiraulx, Mais- 

« l^£^Arbalesriers, Trésoriers des guerres e 

Sresde noz Officiers demandent et rec ameiU 

« aucuns droits, parts ou portions es geignes ou 

. es pilles faites sur noz ennemis nous orde- 

, nan^ fiiip chascun puisse prendre, gaignier et 

S- sur noz diz ennemis, senz ce que aucuns 

de noz Officiers dessusdiz, ou autres, y puissent 

deiSderoureclamerpailoupourcion,ouaucui 

S? se ainsi n'est qu^^eulz ou leurs genz soient 
.. •> la besoingne. • (Ord. T. 111, p. 35 et 36.) 

La saoesse de Charles V, son (ils et son succes- 
seu? ^t dans ce patriotisme les moyens de reparer 
e malheur de l'Etat, et les calcula. Par ses Lettres 



fin 10 iuillet 1367. « 11 enjoint et commande à tous 
\\lS^sllArbalestriÀs demourans en ses bon- 
nes villes qu'ils se mettent en estât ; et que pai 
es Gouverneurs en chacune d'icelles villes soil 
sceu queTnombre d'Archiers et Arbalestriersy 
a et combien on en pourroit avoir, se besoin 
estoit • et de ce facent registre en cliascune viiie 
I sur'lSut le certifient au P'uslost qu ds pour- 
ront; et avecques ce enjoignent et induisent 
toutes jeunes gens à exerc.ter, continuer ^l ap- 
„ nrendre le fait et manière detran-e » (Oïd. i. iv, 
p Ï6 1 est probable que le peuple devenu tout-à- 
fait -uenier seconda en général la politique de ce 
Priife en oubliant les jeux de hasard et en prefé- 
rânà'tout exercice non-seulement de l'espri mais 
du"tor s'celui de l'arc et de l'arbalète , çon ormé- 
menl k l'Ordonnance du 3 avril 1309 ou on ht 
Défendons tous geux de dez,de tables de Palmes, 
de quilles, de palet, de soûles, de bil es et tous 
autres telz geux, qui ne cheenl PO" .^.^^^^/f [ 
ne habiliter nos Subjez a fait et nsa.ge d armes, à 
„ la delTense de nostre 'oyanme ;..... et o.denons 
■■ nue noz diz Sub ez prennent.... leuis geux et 
Ssbatemenl à eul.exfrcer et habiliter en faïc de 
traict d'arc ou à-arbaleslrçs et ^^ent ^^eurs 
dons aux mieulx traians. » Ord. T. V, p. 'iii-] 
AÎÏrs on V t dans la plupart des villes du royaume 
comme Paris, Rouen, Caen, Amiens, Laon , etc. se 
forïef des cônfrairiès(l), descoUéges desconne a- 
hiips (VArbalestr ers, auxquels le bomerain accoi 
Soft des pSiléges et franchises, en reconnoissance 
dps services qu'ils avoient rendus, et dans la vue 
de les encourager à en rendre qui fussent plus 
^^nSaîèment utiles. » Pour ce que dignes sont de 
^'?£Suon ceulx qui.pour le bien du rogume 
se exDOsent et offrent a exposer ebpetialement 
fpufsDropres corps, si comme sont les Arbales- 
?mqu?jà très agréables services nous on 
a cSsideransquepar eulx pourront avenir 
, nnllde biens à nous et au royaume ou fait des 
Ses et que es bonnes villes de Rouen , d A- 
; ISs, d'Arras, de Saint Omer les Arf,«/.sr.m 
» nui V sont ont certains privilèges, no s »"■; 
Vrbalcstiers de la confraerie de monsieur Saint 
D le nostre dicte ville de Paris , . donnons 
. Pt oclrovons . . privilèges , franchises et liber- 
tez . (Ord T 111%. sGl.) -> Les Arbalestners du 
cSiége de Rouen de la connestabl.e de Laon de 
roniDiegne etc. s'obligèrent comme les Aibales- 
: SSTaconfrairiedeParis, à servir en ous 

;'„*i «"diSVce zèle une nouvelle acu.ite 



aCbalétes de la page 290 à la page 292. (n. e.) 



AR 



— 107 — 



AR 



par une exemption semblable à celle que les Arba- 
lestriers de la Rochelle obtinrent de Charles V. 
« Oclroïons... à tous Arbalestriers... demourans et 
« residans en ladicte ville de la Rochelle, que pour 
« quelconques sièges, osts , chevauchées, ou ar- 
« mées.... ne puissent estre contrains.... à saillir 
« hors de ladicte ville.... se ce n'estoit par leur 
« propre voulante et assentement. » (Ord. T. V, 
page 636.) 

Ces confrairies, ces collèges, ces connestablies 
d'Arhalestriers, qu'on formoit de Télite des Arba- 
lestriers des villes, avoient des chefs particuliers 
qu'on nommoit Prevosts , Connestables , Maistres 
d' Arbalestriers. (Vov. Ord. T. III, p. 360. — Ibid. 
T. V, p. 22. — Ibid."T. VI, p. 540. - Coût. gén. 
T. I, p. 108.) Les Arbalestriers qui n'étant pas admis 
dans ces compagnies, n'avoient point de chefs sous 
les ordres desquels ils pussent comme les autres se 
rassembler en temps de guerre, étoient sans doute 
du nombre de ces « Piétons et Gens-d'armes qui 
« sans maistres ne chevetaine se rendoient à l'armée 
« par menues parties. Alors le Connestable , les 
« Mareschaux, les Maistres des Arbalestriers , ou 
« autres à qui il appartenoit, choisissoient un Che- 
« valiersouffisantetlui bailloientetaccomplissoient 
« une route de vingt cinq ou de trente hommes 
« d'armes. On meltôit touz les Piétons par connes- 
« tablies et compaignies de même nombre d'hom- 
« mes. .. (Ord. T. IV, p. 69 et 70.) 

Il est probable que les Prévôts, Connestables, ou 
maîtres particuliers d'Arbalétriers marchoient ;'i la 
tète de leurs compagnies, sous la bannière d'Offi- 
ciers généraux qu'on nommoit aussi Maistres des 
Arbalestriers, et auxquels les maîtres particuliers 
obéissoient, comme les Capitaines des Arbalétriers 
Génois obéissoient îi un Capitaine général. (Voy. 
Ord. T. V, p. 651.) « Les Maistres des Arbalestriers, 
« sans estre Barons, ne Benneretz , de tant qu'ilz 
« étoient Officiers par dignitez de leurs offices , 
« pouvoient porter benniere. » (Voy. La Salade, 
fol. 51. ) Peut-être qu'en réunissant plusieurs com- 
pagnies d'.lî'/>fl/c7r/É'?'S en corps, on mettoit à la 
tête de chaque corps un Maislre général des Arba- 
lestriers. On croit avoir quelque raison de soup- 
çonner que dans les armées il y avoit plusieurs 
Maistres généraux des Arimlestriers, lorsque dans 
deux Ordonnances du Roi Jean, on lit : « Nous vou- 
« Ions et ordenons que par nostre Connestable , 
« Mareschaux, Maistresdes,lrb«/cs//v>?"s, ou autres 
« à qui il appartiendra, soit regardé , etc. » fOrd. 
T. IV, p. 69.) « Que aucuns, soit du lignage du Roy, 
« ses Lieuxtenans , Connestable, Mareschaulx , 
« Maistres des Arbalestriers, Maistres du Parle- 
« ment, etc. » (Ibid. T. II, p. 406.) 

Si notre conjecture sur la pluralité de ces Maistres 
des Arbalestriers est fondée, l'on reconnoîtra qu'ils 
n'ont pas plus de droit que le Capitaine général des 
Arbalétriers Génois, à une place parmi les Maistres 
des Arbalestriers qu'on a sans doute voulu distin- 
guer des autres, en les nommant quelquefois Mais- 
tres des Arbalestriers le Roy, Maistres des Arbales- 



triers de France, Grands-maistres d&s Arbalestriers. 
(Voy. Joinville, llist. de S' Louis, p. 115; édit. de 
1761. — Froissart, Vol. I, pages 182, 3.50 et 381 — 
Monstrelet, Vol. I, fol. 29 et 154. — Du Tillet, Rec. 
des Roys de France , leur Couronne et Maison , 
p. 282. — Brantôme, Cap. Fr. T. IV, p. 42.) Il est 
possible que faute de cette même distinction pres- 
que toujours omise, quelques Maistres des Arbales- 
triers qui n'étoient cas Grands-maislres, aient été 
inscrits dans la liste des Grands-maitres des Arba- 
létriers de France, comme l'on y a inscrit Marc de 
Grimant, Ecuyer, créé Capitaine' général des Arba- 
lestriers Génois, par Lettres de Charles V, datées 
de Vincennes, le 6 décembre 1373. La preuve que 
ce Capitaine général n'éloit pas Grand-maître des 
Arbalétriers et qu'on peut se défier de l'exactitude 
de la liste de ces Grands-officiers , depuis Symon 
de Monceliart, Mestre des Arbalestriers ie Roy, sous 
le règne de S' Louis, jusqu'à Aimar de Prie, dernier 
Grand-maître des Arbalétriers, sous celui de Fran- 
çois I"; c'est qu'en 1374, Hugues de Chastillon, 
seigneur de Dampierre, placé dans la liste comme 
prédécesseur de Marc de Grimaut, seigneur d'Anti- 
bes, étoit encore en possession de cette charge. 
Dans une Ordonnance du mois d'octobre 1374, il 
est nommé après les Maréchaux et Amiraux, et 
avant le Panetier de France, pour assister, comme 
Maistre des Arbalestriers, au Conseil de la tutelle 
des enfans mineurs de Charles-le-Sage. (Ord. T. 'V, 
p. 651. — Ibid. T. VI, p. 52. — Joinville , Hist. de 
S' Louis, p. 115; édit. de 1761. — Du Tillet, Rec. 
des Rois de France, leur Couronne et Maison, page 
283. — Le P. Daniel, Mil. Fr. T. I, p. 198 et 199.) 

On trouve partout les preuves de la prééminence 
des Maréchaux sur les Maîtres des Arbalestriers. Si 
le Maréchal nommoit quatre Lieutenans pour rece- 
voir les monstres de toutes manières de gens , le 
Maislre des Arbalestriers n'en pouvoil nommer que 
ung pour recevoir les gens de son hostel seulement. 
(Voy. Ord. T. V, p. 658 et 659.) Néanmoins leurs 
fonctions paroissent avoir eu dans le xiv siècle des . 
rapports qui, à certains égards , supposoient une 
espèce d'égalité. Philippe-le-Long, par ses Lettres 
du 10 juillet 1319, ordonne que " l'en ne paie nuls 
» deniers à gens d'armes jusques à tant que le 
« Mareschal ou le Mestre des Arbalestriers lesayent 
« reçeus deuement. » (Ord. T. I, p. 661.) Dans une 
Ordonnance du Roi Jean, datée du 30 avril 1351, on 
lit : « Von I ans que les Mareschaux, les Mestres des 
« A7'balestriers e[ ixulres h qui il appartendra, en 
« leurs personnes,.... voient et reçoivent les mons- 
« très, afin que les Gens d'armes, etc. » (Ord. 
T. IV, p. 70.) 

Les Clercs des Arbalestriers étoient, relativement 
aux Maistres des Arbalestriers , ce qu'étoient aux 
Mareschaux les Trésoriers de la guerre. « Fera 
» chascun l'office qui Mui appartient; c'est assavoir 
« le Trésorier de la guerre, ce qui li appartient par 
« devers les Mareschaux, et le Clerc des Arbales- 
« îm?'s, ce qui touche le Mestre des. l/'(*rt/es<?v'é'?'s. » 
(Ord. T. I, p. 661.) Charles V, toujours occupé de 



ÀR 



— 108 — 



AR 



prévenir les abus ou de les réformer, ordonna, n'é- 
tant encore que Régent du Royaume, qn'h l'avenir 
il n'y aiiroil qu'un Clerc en l'office de la clergie des 
Arbalestriers, et pourvut de cet office Jehan de 
rOspital. (Voy. Ord. ï. III, p. 387 et 31)1.) 

On conçoit qu'en autorisant une espèce de con- 
currence entre les Maistres des Arbalestriers et les 
Mareschaux, dans l'exercice de leur cliarge, on 
occasionna les débats qui furent enfin terminés, à 
l'avantage des Maréchaux, sous le règne de Charles 
VI. « Les Arbalestiers, Archers et Canonniersayans 
« les Maistres des Arbalestiers et de l'Artillerie 
« leurs supérieurs, débatoient n'estre sous la charge 
« des Mareschaux. Le Roi Charles VI sur ce débat 
« meu entre le mareschal Bouciquault et Jehan 
« sieur de Ilangest Maistre des Arbalestiers de 
« France, le '22 avril liH, déclara que la congnois- 
« sance desdils Arbalestiers, Archiers et Canonniers 
« appartenoil et appartiendroit perpétuellement, et 
a la réception de leurs monstres et reveues ausdits 
« Mareschaux. » (DuTillet, Rec. des Roys de France, 
leur Couronne et Maison, p. 282. — Voyez le P. 
Daniel, Mil. Fr. T. I, p. 193.) 

Quand on sait que parmi les Arbalestriers il y 
avoit des Arbalestriers à cheval ; que la charge de 
Colonel de l'Infanterie n'avoit point de jurisdiction 
sur aucune Cavalerie; que tout ce qui regardoit 
l'ancienne et la nouvelle Artillerie n'a jamais eu 
aucune dépendance du Colonel général ; enfin que 
l'ancienne Artillerie étoit toute sous le Grand- 
maitre des Arbalétriers de France ; on ne peut être 
de l'avis du savant Du Tillet, qui croyoit qu'au 
Maistre des Arbalestiers avoit succédé le Couronnel 
de l'Infanterie. Cette opinion que Brantôme adoptoit 
comme la plus vraisemblable, l'est pourtant moins 
que celle qu'il rejetoil , en contrariant ceux qui 
avoientditque « leGrand-maistredes.lr&a/t;s;)7C/'s 
Il étoit ce que de son temps on disoil le Grand- 
« maistre de l'Artillerie. » (Voy. Du Tillet, ubi 
supra, p. 282. -Brantôme, Cap. Fr. T. IV, p. 42 et 43.) 

Anciennenientonnommoitartilleiie,les machines 
de guerre à l'usage desquelles on a insensiblement 
substitué celui dès canons et autres armes à feu, 
tant pour les sièges que pour les batailles. Il y avoit 
même des arbalestes qui faisoient partie de la grosse 
artillerie ; et la signification d'Artillier étoit la même 
que celle d'Arbalestrier, selon Cotgrave, un faiseur 
d'arbalètes. « Délaisseront en icelle place toute la 

« grosse artillerie et par espécial arbalesles 

« qu'on ne peut bander aux reins. » (J. Chartier, 
Hist. de Charles VII, p. 233.) « Jehan li Ermin qui 
<■ estoit Artillier le Roy, ala lors à Damas pour 
« acheter cornes et glus pour faire arbalestres. » 
(Joinville, Hist. de S' Louis, p. 93; édit. de 1761.) 
On peut voir dans le P. Daniel (Mil. Fr. T. I, p. 195 
et 196,) la preuve que ces Arlilliers ou Maîtres par- 
ticuliers de l'artillerie d'une ville, d'une forteresse, 
ou d'un château, faisoient non-seulement les arcs, 
les arbalètes, les flèches, mais qu'ils construisoient 
toutes les machines nécessaires pour l'attaque et la 
défense des places ; qu'on leur conlioit l'entretien 



et la garde de cette ancienne artillerie, sous l'ins- 
pection du Grand-maitre des Arbalétriers. Il parolt 
même qu'au moins pendant quelque temps encore 
après l'invention de la nouvelle artillerie, les 
Artilliers en général reconnurent sa jurisdiction, 
puisque sur la fin du xiv siècle, ce Maistie des 
Arbalestriers avoit cognoissance des Maistres d'en- 
gins, de Canonniers, de Charpentiers, de Fossiers, 
et de toute l'artillerie de l'Ost. Voici quelles étoient 
ses anciennes prérogatives et ses fonctions. " Le 
« Maistre des Arbalestriers, de son droit a toute la 
" cure, garde et administration avec cognoissance 
« des gens estans à pied en l'ost ou chevauchée du 
« Roy ; de tous Arbalestriers, Archers ; des Maistres 
« d'engins, de Canonniers, de Charpentiers, de 
« Fossiers et de toute l'artillerie de l'ost, à toutes 
« les monstres: a l'ordonnance sur ce ; à la bataille 
« premier assiet les escoutes, et envoyé querre le 
" cry de la nuict. Et se ville, forteresse ou chasteau 
n est prins, à luy appartient toute l'artillerie quelle 
« qu'elle soit qui trouvée est ; et se de l'artillerie 
« du Roy est commencé à traire sur les ennemis, 
« le remanant de l'artillerie est à luy. Item a de 
« son droict les oyes et chèvres qui sont prinses en 
« fait de pillage sur les ennemis du Roy. » iBouteil- 
1er, Som. rur. liv. n, p. 898.) Il est évident que 
dans l'Histoire des Grands Officiers de la Couronne 
(T. H, p. 1058,) et la Milice Françoise du P. Daniel 
(T. I, p. 192,) l'Extrait du registre des titres de 
Rochechouart-Chandenier, est une copie de cette 
énumération des fonctions et anciennes prérogatives 
du Grand-maître des Arbalétriers ; et qu'au îieu de 
ces mots « a toute la cour, » il faut lire dans 
l'Extrait comme dans la Somme rurale, « a toute la 
« cure. » On s'en convaincra par la comparaison. 
En résumant ce qu'on a dit relativement, soit à 
la différence entre le Colonel d'Infanterie et le 
Maître des Arbalétriers, soit à la ressemblance entre 
le Maître des Arbalétriers et le Maître de l'Artillerie, 
on trouve que le Colonel de l'Infanterie n'ayant 
jamais eu d'inspection sur aucune Cavalerie, ne 
peut en avoir eu sav les, Arbalétriers achevai ; qu'il 
n'en eut jamais aucune sur l'ancienne et la nouvelle 
Artillerie ; qu'au contraire l'ancienne Artillerie et 
même la nouvelle, ont été sous la dépendance du 
Maître des Arbalétriers; que par conséquent il y a 
eu un rapport réel entre sa charge ef celle du .Maître 
de l'Artillerie; et que ce rapport est une raison de 
croire que « la dignité de Grand-maitre de l'Artille- 
« ne d'aujourd'hui, représente beaucoup mieux 
« celle de Grand-maître des Arbalétriers que la 
« dignité du Colonel de l'Infanterie. » (Voy. le P. 
Daniel, Mil. Fr. T. I, p. 195.) Peut-être prouveroit' 
on encore celte ressemblance en observant que 
dans l'Histoire de S" Louis, p. 101, publiée en 1668, 
d'après les éditions de Claude Mesnard, et d'Antoine- 
Pierre de Rieux qui sous prétexte de polir le texte 
de son manuscrit l'avoit défiguré, le titre de Maistre 
de l'Artillerie le Roi répond l'i celui de Mestre des 
Arbalestiers dans la même Histoire, p. 113, édition 
de 1761, conforme à un Manuscrit du xiv siècle. 



AR 



— 109 



AR 



Enfin, l'on pense avec le P. Daniel, que toute 
l'Artillerie, « même la nouvelle depuis l'invention 
« delà poudre, fut dans le district du Grand-maitre 
« des Arbalétriers au moinsjusqu'au règne de Louis 
« XI, el que sous le règne de ce Prince la charge 
« de Mailre de l'Artillerie, c'est-a-dire du canon, 
» des armes à feu, des Mineurs et des Officiers qui 
« servoient à cette nouvelle artillerie, fut déinem- 
« brée de la charge de Grand-maitredes.4 rbalêtriers, 
« et soustraite à son intendance (1). ■> (Voy. Mil. Fr. 
T. I, p. 197 etl'JS.) 

variantes: 

ARBALESTIER. Fauchet, Mil. Fr. p. IH. 

Arbalestrier. Ord. T. I, p. 383. 

Arbaletieh, Arbalétrier. Monet, Dict. 

Akbeletrier Ord. T. III, p. 298. 

Arbestiek (corr. Arbalesticy.) Ord. T. VI, p. 538. 

Hahbeletrieb. Ord. T. III, p. 435. 

Arbalestiei-e,s;/bs^/'t!?«. Espèce de meurtrière. 
(Voy. Arbaleste.) Fente par laquelle on lant^'Oit, à 
couvert, les traits d"arbalête. 

Là endroit séoit un moulin,... 
Dont les ais n'ièrenl pas entières, 
Mes garnies d'arbalestieres. 

G. Guiarl, MS. fol. 295, Vv 

VARIANTES : 
ARBALESTIERE. G. Guiart, MS. fol. 295, V°. 
.Arbalatiere. Brantôme, Cap. Fr. T. II, p. 18. 

Arban (2), subst. masc. Amende pour défaut de 
service militaire, de service exigible par le Seigneur 
souverain. Service ou devoir tel que la corvée, 
exigible par un Seigneur féodal. Comparaisons 
relatives h l'idée des corvées. Service militaire et 
personnel, exigible par un Seigneur féodal. Convo- 
cation par le Seigneur féodal, de ses vassaux, pour 
le service du Seigneur souverain. Convocation 
itérative par le Seigneur souverain, des Nobles et 
Non-nobles sujets au service féodal el coutumier, 
pour service extraordinaire. Convocation générale 
par le Seigneur souverain, pour service extraordi- 
naire. Réunion, assemblée des personnes générale- 
ment convoquées pour service extraordinaire. 
Forces réunies, dernier effort. On observera que 
dans les principes de l'ancienne constitution de la 
Monarchie, tout homme libre, ù raison de sa pos- 
session bénéficiaire ou allodiale, devoit le service 
militaire. « llomnis //^er /(OHio qui quatuor mansos 
« vestitos de proprio suo, sive ùealiciijus beneficio 
« habet, ipse se pneparet, el ipse in hoston pergat, 
« sive cum seniore suo. » (Baluz. Capitul. Reg. fr. 
T. I, col. 489.) 

La portion de fonds et terres, pour laquelle on 
exigeoit ce service, n'étoit pas toujours la même. 
Elle paroit avoir varié relativement à la nécessité 
plus ou moins grande de multiplier les défenseurs 
de la Patrie. « Quicumque liber mansos quinque 
« de proprielate habere videtur, in hostem venial. 
« Et qui quatuor mansos habet, similiter facial. 



« Qui Ires habere videtur, similiter agat. » (Id. 
ibid. col. 457.) 

Quant aux hommes libres, possesseurs des deux 
tiers, de la moitié, d'un tiers, d'un quart, d'un 
sixième de cette portion de fonds el terres, pour la 
totalité de laquelle le service d'un homme libre 
étoit exigible, on les associoit en nombre suffisant 
pour former une portion totale ; et le service mili- 
taire auquel cette portion ainsi formée les assujet- 
lissoit, se faisoil par un seul homme libre, que son 
associé ou ses associés dévoient aider. » Qui verè 
<• très mansos de proprio habuerit huic adjungaiur 
« unusqui unum mansum habeatetdet illi adjuto- 
" rium ut ille pro ambobus ire possit. Qui autem 
« duos mansos tanlùm de proprio habet, jungatur 
« illi aller qui similiter duos mansos liabeat ; et 
« unusexeis,allero illi adjuvante, pergal in hoslem. 
« Qui etiam unum tantum mansum de proprio 
« habet, adjungantur ei très qui similiter habeant, et 

« dent ei adjulorium , et ille tanliim pergal 

« Ubicunque autem Ires fuerint invenli quorum 
« unusquisque mansum unuin habeal, duo ierlium 
« prœparai e faciant ; ex quibus qui melius polest, 
« in hoslem venial. Illi verô qui dimidios mansos 
« habent, quinque sextum prœparare faciant. » 
(Baluz. Capitul. Reg. fr. T. 1, col. 457. 458, 489 et 
490.) Il y avoil même telle circonstance où la 
jouissance seule de la liberté , sans propriété de 
terres , sans possession allodiale , obligeoit les 
hommes libres à contribuer en argent à la défense 
du Royaume. « Qui sic pauper inventus fuerit qui 
" nec mancipia nec propriain possessionem terra- 
■< rum habeat, tamen in pretio valente quinque 
« solidos, quinque sextum prœparent. » {Id. ibid. 
col. 458.) 

On a la preuve que sous les règnes de Louis-le- 
Debonnaire et de Charles-le-Chauve, la loi du service 
militaire étoil la même que sous le règne de Char- 
lemagne. « Comités, vel Missi nostri diligenter 
« inquirant quanti homines liberi in singulis comi- 
» talibus maneant qui per se possunt expedilionem 
« exercilatem facere, vel quanti de his quibus unus 
« alium adjuvet, etc. » (Id. ibid. T. II, col. 187.) 

Lorsque par un Capitulaire déjà cité, Charlemagne 
oblige au service militaire tout homme libre, pro- 
priétaire ou usufruitier d'une portion de fonds et 
terres, déterminée par la loi, il semble que par 
rapport à l'obligation de servir, il n'y avoit aucune 
différence entre la possession bénéficiaire et la 
possession allodiale. Mais lorsqu'en obligeant à une 
aide mutuelle les hommes libres, qui ne possédoient 
pas en totalité celle portion légale de fonds et 
terres, pour laquelle un seul devoit le service, il 
parle uniquement des homi^ies libres propriétaires 
ou possesseurs d'alleus; lorsqu'après avoir ordonné 
ailleurs, que tous usufruitiers ou possesseurs de 
bénéfices le suivront à l'armée, il détermine pour 



(!) Le dernier grand-maître fut Aimar de Prie, seigneur de Montpoupon, de 1515 à 1527: la bataille de Pavie (l.")25) avait 
prouvé l'inutilité des arbal^'lriers ; il n'était plus besoin d'un chef sans soldats. (.N. E.) — (2) Nous renvoyons le lecteur qui 
voudra contrôler ce Ion? article sur Varbnn, au livre déjà cité de M. Bautaric, livre II, chap. II (p. 09 à 99), livre IV, 
cbap. m (p. 223 à 240), et livre V, chap. V (p. 349 à 358). (N. E.) 



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les seuls propriétaires ou possesseurs cl"alleus , 
la portion de fonds et terres à raison de laquelle il 
les assujettissoit au même devoir ; il semble que le 
possesseur usufruitier, sa possession fût-elle moin- 
dre que celle du possesseur propriétaire, devoit seul 
et sans aide, satisfaire à l'obligation de servir la 
Patrie. « Quicunque bene/icia habere videntur, 
« omnes in hostem veniant. Quicunque liber mansos 
« quinque de proprietate habere videtur, similiter 
« in hostem veniat. Et qui quatuor mansos 
« habet, etc. » (Baluz. Capitul. Reg. Fr. T. I, col. 
457. — Id. ibid. col. 489.) 

Si l'on ne proportionnoit pas à la possession 
bénéficiaire, comme à la possession allodiale, l'obli- 
gation du service qu'on exigeoit d'un homme libre, 
c'est probablement que cette obligation, réelle pour 
les propriétaires , les possesseurs d'alleus , étoit 
personnelle aux usufruitiers , aux possesseurs de 
bénéfices, comme l'étoit aux hommes libres sans 
propriété, l'obligation de s'associer plusieurs en- 
semble, pour aicîer en argent l'un d'eux à faire le 
service militaire. Ainsi l'obligation d'obéir au ban 
du Prince et de s'armer pour la défense du Royaume, 
pouvoit n'être pas la même pour le possesseur d'un 
alleu que pour le possesseur d'un bénéfice, quoi- 
qu'elle fût commune à l'un et à l'autre. Dans les 
Capitulaires, le possesseur d'un alleu est souvent 
désigné par la seule qualité d'homme libre. « Qui- 
« cunque liber homo in hostem bannitus fuerit, et 
« venire conteaipserit, etc. » (Capitulare 11, an. 
812, lib. I, leg. Longob. tit. xiv, cap. 13.) « Quicun- 
« que homo nostro habens honores in hostem ban- 
« nitus fuerit, et ad condictum placitum non vene- 
« rit, etc. » (Capit. II, an. 812, cap. 3.) « Quicunque 
« exhisqui beneficium Principis habent , parem 
« suum contra hostes communes in exercitu per- 
« gentem dimiserit, etc. » (Ibid. cap. 5.) 

On croit donc que l'obligation du service mili- 
taire, contractée par l'homme libre, à raison d'un 
usufruit qu'on nommoit honneur ou bénéfice, parce 
que la concession de cet usufruit étoit un bienfait 
ou une récompense honorable, dilTéroit de l'obli- 
gation imposée à l'homme libre ù raison de sa 
propriété ; que l'une étoit réelle et l'autre person- 
nelle; que pour l'homme libre qui réunissoit à la 
possession allodiale, la possession bénéficiaire, 
elle étoit personnelle et réelle tout-à-la-fois. Autre- 
ment les concessions d'honneurs ou de bénéfices , 
non-seulement inutiles à la Patrie, mais même à la 
Souveraineté, auroient été trop désintéressées. Ce 
désintéressement est d'autant moins vraisemblable, 
qu'il répugne à l'idée de la bienfaisance royale, qui, 
lors même qu'elle récompense, doit avoir un objet 
utile et politique. 

D'ailleurs, plus on fait réflexion que les Francs, 
et même les Gaulois, étoient Germains d'origine; 
que les Germains naissoient tous soldats de la 
Patrie; qu'ils s'honoroienl d'être les compagnons 
d'un Chef auquel ils se dévouoient; que ce même 
Chef anoblissoit par des distinctions, et justifioit 
par des actes de libéralité, un dévouement qui fai- 



soit sa propre siireté en temps de guerre , et en 
temps de paix sa gloire : plus on trouve raisonnable 
de croire que les Leudes d'un Roi Franc avoient 
les mêmes idées de noblesse, d'honneur et de 
patriotisme que les compagnons d'un Chef de 
Germains; que nos premiers Rois, Germains eux- 
mêmes, connoissoient ces idées nationales; qu'a- 
près leur établissement dans les Gaules, ils songèrent 
à fortifier ces mêmes idées , surtout celles qui 
étoient relatives îi leur gloire et à leur sûreté , par 
des concessions à titre d'honneurs et de bénéfices. 

Tel paroît être le motif politique de ces conces- 
sions, au moyen desquelles l'obligation d'obéir au 
ban et de servir la Patrie, semble avoir été person- 
nelle aux Leudes, comme aux hommes libres sans 
propriété l'obligation de s'aider à faire ce service. 
On ajoute qu'un homme libre possesseur d'un 
bénéfice auroit été ingrat, si comme l'homme libre 
en général, il n'eût vu que la défense de l'Etat dans 
la défense de la personne de son Souverain et de son 
bienfaiteur. 11 devoit à la Patrie et au Roi , ce que 
l'autre ne devoit qu'à la Patrie. Enfin, nos Rois par 
leur bienfaisance, obligèrent sans doute les Leudes 
à des services qui leur étoient personnels. Il étoit 
naturel qu'à raison de ces services , exigibles 
comme hommages de la reconnoissance, les Leudes 
fussent les premiers à obéir au ban, et à s'armer 
pour la défense du Roi et du Royaume. En l'an 640, 
le roi Sigebert se disposant à châtier la révolte de 
Raoul, duc de la Thuringe, appela d'abord à son 
secours les Leudes d'Austrasie. « Cum Sigibertus 
« regnaret, et Radulphus dux Thoringice vehementer 
" Sigiberto rebellare disposuisset,"jussu Sigiberti 
« omnes Leudes Austrasiorum in exercitu gradien- 
« dum banniti sunt, etc. » (D. Ruinart, Fredeg. 
Chronic. append. ad. Gregor. Turon. Hist. col. 656.) 

L'homme libre qui n'étoit point Leude, devoit 
aussi le service militaire : mais comme on vient de 
l'observer, il ne le devoit qu'à la Patrie. C'étoit elle 
seule qu'il servoit, soit qu'il marchât à une con- 
quête, soit qu'il s'opposât à l'invasion d'un ennemi 
étranger, ou à la révolte d'un sujet, qui, en s'ar- 
mantcontre son Roi, s'armoil contre elle-même. 
Cliarlemagne veilloit à la conservation de ses 
défenseurs , lorsqu'à dessein d'empêcher qu'un 
homme libre, plus lâche que dévot, ne se fit Prêtre 
pour être dispensé de servir, il interdisoit aux 
hommes libres en général, l'entrée dans les Ordres 
ecclésiastiques, sans sa permission. « De liberis 
« hominibusqui ad servitium Deisetraderevolunt, 
a ut prius hoc non faciant quàm a nobis licentiam 
a postulent. Hoc ideo quia audivimus aliquos ex 
<i illis non tàm causa devotionis hoc fecisse quàm 
« pro exercitu seu aliâ functione regali fugiendâ. » 
(Baluz. Capitul. Reg. Fr. T. I, col. 725 et 726.) 

11 est probable que sans la crainte de se désho- 
norer aux yeux d'une Nation prompte à soupçon- 
ner de lâcheté quiconque se dispensoit de faire la 
guerre, nos Prélats auroient eu plus de respect 
pour les décrets de l'Eglise, et moins d'ardeur pour 
la défense du Royaume. Cette ardeur guerrière. 



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naturelle sans doute à plusieurs d'entre eux , étolt 
si générale sous le règne de Cliarlemagne , que le 
peuple tremblant pour ses Ministres, dont la mort 
ou le danger sembloit lui présager une défaite, 
supplia ce Prince d'ordonner qu"à l'avenir les Evo- 
ques ne le suivroient point à l'armée. <■ Flexis 
X omnes precamur poplitibus Majeslatem vestram 
« ut Episcopi deinceps, sicut haclenus, non vexen- 
« tur hostibus; sed quando vos nosque in hostem 

" pergimus, ipsi propriis residcant in parochiis 

« Quosdam enim ex eis in hostibus et prœliis vulne- 

« ratos vidimus et quosdam périsse cognovimus 

« Novit Dominus, quando eos in talibus videmus, 
« terror apprehendit nos, et quidam ex nostris 
« timoré perterrili propter hoc fugere soient. » 
(Baluz. Capitul. Reg. Fr. T. I, col. 405.) 

Par la loi des Francs, tout homme libre , que les 
décrets de l'Eglise ou ses privilèges n'e.xemptoient 
pas du service militaire, étoit condamné à une 
amende de soixante sous, toutes les fois qu'il refu- 
soit ou négligeoit d'obéir au ban du Roi. « Si quis 
« liber, contemptà jussione nostrà, ceteris in exer- 
« citum pergentibus, domi residere prœsumpserit, 
« plénum hêribannum secundùmlegem Francorum, 
« id est solidos sexaginta sciât se debere compo- 
« nere. » (Capitula ad. leg. Longob. addita, an. 801, 
imperii Karoli-Magni 1 .) On croit voir dans cette ex- 
pression, secitndiuii h'ijon Fraiiconint, une preuve 
que l'obligation de servir, et la peine imposée à 
l'homme libre qui n'y avoit pas satisfait, étoit 
aussi ancienne que les premières loix faites par 
les Francs, lorsqu'ils s'établirent dans les Gaules. 
Cette opinion semble d'autant plus probable qu'en 
578, c'est-à-dire, soixante-sept ans après le règne 
de Clovis, le roi Cbilpéric abusoit de cette même 
loi, en y assujettissant des hommes que la Religion 
ou l'humanité devoit en affranchir. « Cliilpericus 
« rex de pauperibus et junioribus ecclesiœ vel 
« basilicœ bannos jussit exigi , pro eo quôd in 
« exercitu non ambulassent. Non enim oratconsue- 
« tudo ut hi ullam exsolverent publicam functio- 
« nem. » (D. Ruinart, Gregorii Turon. Hist. tit. 
xxvn, col. 237.) 

La peine prononcée contre l'homme libre qui 
n'obéissoit pas au ban, sous les Rois de la première 
et de la seconde race, étoit la même sous ceux de 
la troisième, contre l'homme coutumier qui devoit 
le service militaire. « Se les Gens le Roy truevent 
« les ]ions couslumiers par les chastelleries qui 
« fussent remès, fors ceus qui devroient remaindre, 
« li Roy en porroit bien lever sus chacun soixante 
« sols d'amende , et li Bers ne les en pourroit 
" garantir. » (Etal3lissemens de S" Louis, livre I, 
chapitre lxi.) 

En attaquant la propriété ou possession allodiale 
de l'homme libre, on l'auroit mis dans l'impossibilité 
de faire à l'avenir le service auquel il étoit tenu 
comme propriétaire ou possesseur d'alleu. Cliarle- 
magne s'assuroit donc la continuation d'un service 
dans lequel consistoit la principale force de l'Etat, 
lorsqu'il protégeoit contre la vexation et l'injustice, 



la propriété de l'homme libre ; lorsqu'il défendoit 
d'y attenter, même pour le payement de l'amende 
due par celui qui n'avoit pas obéi au ban ; lorsqu'il 
vouloit que celte amende fût perçue en or et en 
argent, en habits, en armes, etc. « De oppressione 
« pauperum liberorum hominum, ut non fiant à 
« potentioribus per aliquod malum ingenium contra 
« justitiam oppressi, ita ut coaclirese'orum vendant 
« aut tradant. Ideo hœc, et supra et hic, de liberis 
« hominihus diximus, ne forte parentes contra 
" justitiam fiant exheredati, et regale obsequium 
" minuatur, etc. ■> {Baluz. Capitul. Reg. Fr. T. I, 
page 427. — Id. ibid. col. 487.) » Ileribannus non 
« exactetur neque in terris , neque in mancipiis ; 
« sed in auro et argento, palliis atque armis, et 
« animalibus atque pecudibus, sive talibus speciebus 
« quœ ad utilitatem pertinent. » (Id. ibid. col. 767.) 
On exigeoit au reste l'amende dont il s'agit avec 
tant de rigueur, que dans le cas d'insolvabilité , 
l'homme libre étoit réduit à se mettre en la servi- 
tude du Prince, et d'y rester jusqu'à ce qu'il l'eiit 
payée en entier. « Si non habuerit unde illam sum- 
« mam persolvat, semetipsum pro wadio in servi- 
« tium Principis tradat , donec per tempera ipse 
<' bannus ab eo fiât persolutns ; et tune iterum ad 
« statum libertatis suœ reverlatur. » (Id. ibid. 
col. 493 et 7G6.) 

Quant à l'homme libre usufruitier ou possesseur 
d'un bénéfice, d'un honneur, on punissoit en lui le 
refus de service, par la perte de son usufruit , de 
sa possession bénéficiaire. S'i^ n'étoit coupable que 
de lenteur, il en étoit quitte pour faire abstinence 
de viande et de vin , autant de jours qu'il avoit 
différé d'obéir au ban du Prince. « Homo nostros 

« habens honores in hostem bannitus quot 

« diebus post placitum condictum venisse compro- 
« batus fuerit, tôt diebus abstineat a carne et vino. » 
(Baluz. Capitul. Reg. Fr. T.I, col. 7G7.) « Quicunque 
« ex his qui beneficium Principis habent, parem 
« suum contra hostes communes pergentem dimi- 
« serit, et cum eo ire vel staie noluerit, honorem 
« suum et beneficium perdat. » (Id. ibid.) 

L'opinion commune, dit l'Auteur de la Glose sur 
le Chapitre lx de la Coutume d'Anjou, est que sous 
le règne de S' Louis, les Bers et Arrière-vassaux, 
qui refusoient d'obéir au ban, perdoient leurs fiefs, 
comme les Leudes perdoient leurs honneurs et 
bénéfices sous le règne de Charlemagne. (Voyez 
Ord. T. I, p. 154, note (r). 

On chercheroit en vain dans les Capitulaires des 
Rois de la première et de la seconde race , une 
distinction entre les mots bannus et heribannns , 
semblable à celle qu'on trouve entre les mots ban 
et arrière-ban, dans les Ordonnances des Rois de 
la troisième race. On y voit qu'en général bannus 
signifioit publication d'une loi, d'un ordre du Sou- 
verain ; en particulier, publication d'un ordre relatif 
à la nécessité du service militaire. 

De là, on nommoit bannus, bannus dommicus, 
la peine à laquelle on condamnoit les infracteurs 
du ban ou de la loi publiée par ordre du Seigneur 



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souverain; banniis, heribannns, la peine à laquelle 
on condaninoit les hommes libres sans bénéfices ni 
honneurs, lorsqu'au mépris du ban ou de Tordre 
publié de la part du Seigneur souverain , relative- 
ment à l'obligation de servir, ils avoient refusé ou 
négligé de le suivre ù l'armée, ou de faire quel- 
qu'autre service utile ù la Patrie. Il ne s'agit ici que 
de la dernière signilication du mot simple bannus, 
sigiiilication qui étoit particulière au composé 
luh-ibannns. « Nec pro wactà, nec de scarà, nec de 
" wardà, nec pro heribergare, nec pro alio banno, 
a heribannum Comcs exactare prœsumat, nisi 
« missus nosler, etc. « {Baluz. Capital. Reg. Fr. 
T. I, col. 767.) « lUi qui in hostem pergere non 
« potuerint, juxta aniiquam et aliarum gentium 
« consuetudinem ad civitates novas, et pontes , ac 
« tiansilus paludium operentur, et in civitate atque 
« in marcha waclas faciant, ad defensionem Patriœ 
a omnes sine ullà excusatione veniant. Et qui... 

« hostem dimiserint, /((?rif)a?i/n<m persolvant. » 

(Id. ibid.T. II, col. 187.) 

La distinction que dans les Capitulaires on aper- 
çoit entre Imnnus et heribannns, consiste en ce que 
le mot composé signifie particulièrement la peine, 
l'amende pour défaut de service militaire, et que le 
mot simple signifie généralement « peine, amende 
i< pour infraction de la loi du Seigneur souverain ; 
« la peine, l'amende, qu'on nommoit souvent ban- 
« nus dominicus. » (Voy. Baluz. Capitul. Reg. Fr. 
T. I, col. 3-47, 393, passim. — Id. ibid. col. 197, 
198, 207, 254, passim. — Id. ibid. col. 349, 371, 
passim.) C'est sans doute en conséquence de cette 
acception générale, que bannus, bannus dominicus, 
signilioit quelquefois la môme chose que heriban- 
nus. ^■^ De Mundoburgio ecclesiarum, viduarum, 
« orphanorum et de minus potentum personarurn 
a atque et de exercitali placito instituto, ut hi qui 
<" ista irruperint, bannum dominicum omnimodis 
« componant. » (Baluz. Capitul. Reg. Fr. T. I, 

col. 403.) « De heribanno diligenter inquirant 

« Missi : qui hostem facere potuit et non fecit, ipsum 
« bannum componat. » (Id. ibid. col. 474, etc.) 

On ajoute que dans le sens de peine, amende, 
non-seulement l'acception de heribannns étoit aussi 
particulière que celle de bannus étoit générale; 
mais que cette acception est la seule qui paroisse 
justifiée par les Capitulaires. En effet, on n'y a ren- 
contré aucune itreuve qu'il ait signifié /^a», publica- 
tion en général ; pas même en parliculier ban de 
l'ost, en latin hostiiis bannus, le to)(,la publication 
d'un ordre pour se rendre à l'armée, ou pour faire 
quelqu'autre service militaire. C'est néanmoins 
d'après f idée contraire qu'on a prétendu que la plus 
ancienne signification de heribannus, en fran^'ois 
heriban, hereban, étoit le cri public fait de par le 
Roi à ses vassaux pour l'aller servir à l'armée, et 
qu'ensuite le même mot avoil signifié l'amende que 
payoient les mêmes vassaux pour n'avoir pas obéi 
a la convocation. Les Etymologistes sont en géné- 
ral d'autant plus attachés à cette opinion, qu'elle 
leur semble autorisée par la signification du mot 



allemand heer, qui, réuni à ban, forme selon eux 
le composé hereban, en latin heribannus. (Voy. 
Fauchet, Mil. Fr. p. 114. - Rabelais, T. IV, p. 218; 
note de Le Duchat. — Ménage, Dict. Etym.) 

Il est vrai qu'en allemand heer signifie armée ; 
mais comme le droit d'assembler une armée et de 
la commander, est un droit de Seigneur, il seroit 
possible qu'une armée eût été nommée heer,ie cet 
autre mot allemand hei'r, /ie77<senlatin,enfrançois 
Seigneur. Quoi qu'il en soit, les Savans, qui ne sont 
pas de l'opinion générale des Etymologistes sur la 
composition de hereban, le croient formé, non de 
lieer, mais de herr réuni au mot ban. (Voy. Coquille, 
Hist. de Mvernois, p. 121. — De la Roque, Traité 
du Ban et Arrière-ban, chap. xvii, p. 43. — Borel, 
Très, de Rech. et Antiq. Gaul. p. 508.) Cette seconde 
Etymologie peut être préférable à la première ; mais 
on n'en conclura point avec Coquille, que dans les 
Capitulaires hereban, en latin heribannus, ait signi- 
fié l'ordre publié de la part du Seigneur souverain 
pour s'armer et faire le service militaii'e. On a déjà 
remarqué qu'il y désignoit spécialement et peut- 
être uniquement l'amende due au Seigneur souve- 
rain, par tout homme libre qui n'avoit pas obéi à 
cet ordre. 

Il paroit que cette amende étoit si essentiellement 
le droit du Seigneur souverain, qu'on refusoit d'en 
compter à toul autre qu'à ses Envoyés, même aux 
Comtes. « Dicunt ipsi Comités quod alii eorum 
<" pagenses non illis obediant, nec bannum domni 
« Imperatoris adimplere volunt ; dicentes quod 
« contra Misses domni Imperatoris pro heribanno 
>< debeant ratiouem reddere. » (Baluz. Capitul. Reg. 
Fr. T. I, col. 486.) Ce refus de la part des hommes 
libres, fut autorisé par les loix de Charlemagne. 
« Ut haribannum, aut aliquod collectum, pro exer- 
« citali causa. Comités de liberis hominibus reci- 

« père non prœsumant; excepte si de palatio 

« nostro Missus veniat qui illum haribannum 

« requirat. " (Id. ibid. col. 532.) Quoique les Comtes 
eussent le tiers de cette amende, la concession 
qu'on leur en faisoit, étoit une concession de partie 
d'un droit qui n'appartenoit sans doute qu'au Sei- 
gneur souverain, puisqu'ils ne pouvoient recevoir 
le don qui leur en étoit fait, que par les mains de 
ses Envoyés. « Herilinnnum Cornes exactare non 
« prœsumat, nisi Missus noster prius lieribannuni 
« ad partem nostrani recipiat et ei suam tertiam 
« partem exinde per jussionem nostram donet. » 
(Id. ibid. col. 767.) 

Lorsqu'on fait réflexion d'ailleurs, que l'homme 
libre à qui il étoit impossible de servir la Patrie en 
suivant le Roi ;i l'armée, étoit tenu de la servir et 
de travailler pour son utilité ou pour sa défense, 
soit en gardant les frontières, soit en aidant à bâtir 
de nouvelles cités, à construire des ponts, à rendre 
les marais praticables ; lorsqu'on a la preuve que 
l'amende pour défaut de travail aux ouvrages 
publics, comme l'amende pour défaut de service à 
l'armée, pour défaut de service militaire en général, 
se nommoit heribannus; on est de plus en plus au- 



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torisé à croire que cette dénomination étoit moins 
relative à l'idée particulière du service à Farmce, 
qu'à l'idée générale du service que le Seigneur sou- 
verain avoit seul le droit d'exiger d'un homme 
libre. On a remarqué plus liaut que bannus domi- 
niciis signifioit quelquefois amende pour défaut de 
service même à l'armée. 

Tant que la puissance souveraine fut en état de 
protéger la liberté et la propriété contre l'usurpa- 
tion et l'oppression des Grands, l'homme libre ne 
servit que le Roi et la Patrie. « Liberi homines nul- 
« lu m obsequium Comitibus faciant nec Vicariis, 
« neque in prato, neque in messe, netiueinaraturà 
■1 aut vineà; et conjectum ullum vel residuum eis 
« resolvant, excepte servitio quod ad Regem perti- 
« net, et ad heribannatores, vel bis qui legationem 
« ducunt. » (Baluz. Capitul. Reg. Fr. T.I, col. 400.) 
Mais à l'anéantissement presque total de cette puis- 
sance, la propriété devint servile, et on vit la 
liberté expirer sous les efforts redoublés de la 
tyrannie féodale. Le Seigneur féodal exigea pour 
lui les services que le Seigneur souverain avoit 
exigés pour l'utilité, ou pour la défense du Royaume. 
11 appela son homme, celui qui jusqu'alors avoit été 
comme lui l'homme du Roi et de la Pairie, et l'as- 
servit à des devoirs qu'on nommoit bans, baiis- 
arùans, ou tout simplement arbans : mot dans 
lequel on reconnoit le \a.['m heribanniis, qu'on écri- 
voit liarlbannus, hairbauniis,airbanmis,arbanniis, 
e7'baii)uts, etc. (Vov. Du Cange, Gloss. lat. T. III, 
col. 1107-1111. — Baluz. Capi\ul. Reg. Fr. T. I,col. 
532. — Formulœ vet. Bignon. Form. xxxi.) 

Ainsi le mol irtxnçois arban, formé de l'alléralion 
du latin heribannus, qui signifioit l'amende pour 
défaut de service, exigé de l'homme libre par le 
Seigneur souverain, signifia le service même, 
exigé de l'homme serf par le Seigneur féodal : dans 
la Coutume de la Marche, « les corvées à bras, ou 
« de bœufs et charettes que les subjects tenans hé- 
« ritages servement ou mortaillablement doivent à 
« leurs Seigneurs: » dans la Coutume de Poitou, 
« certains devoirs et charges dues sur héritages. » 
(Laurière, Gloss. du Dr. Fr. T. 1, p. 02. — Id. ibid. 
T. II, p. 9. — Cotgrave, Dict.) 

On nommoit arbans ces corvées, ou autres ser- 
vices, parce qu'ils se faisoient en vertu d'un ban, 
d'un ordre publié de la part du Seigneur. « Outre 
« la taille annuelle, l'homme serf tenant feu ellieu 
« est encores biennable ; c'est assavoir qu'il doit 
« une journée d'homme à bras, depuis soleil levant 
« Jusques au couchant, tel jour de l'année qui luy 
« est commandé par son Seigneur ou son Sergent 
« baillial ; de laquelle semonce ou commandement 
le Sergent baillial est creu, pour faulcher, faire 
« vignes, ou autres œuvres; ou pour le bian, autre- 
« meut arban, doit payer à son Seigneur quinze 
« deniers tournois, au choix du Seigneur. » (Cou- 
tumes locales de la ville et baronnie de Chàleau- 
neuf, art. iv.) Dans celles de la ville et comté de 
Chàteau-Meillan (art. xxvet xxvi}, on lit : » Leshom- 
« mes serfs doivent un chascun mois à leur Seigneur 



« un arban à bœufs et charrette, s'ils en ont; sinon, 
« une corvée de leur corps. Item, tous les hommes 
« et femmes serfs des vassaux demeurans en ladite 
" terre, doivent audit Seigneur chascun an, un 
« chascun d'eux, un arbdn à bœufs, etc. » (La 
Thaumassière, Coût, de Berry , p. -160 et 191.) 
Renoul, chevalier, sire de Culant, affranchit en 1273, 
les bourgeois de Veydun, « et quita tout arban aux 
« hommes et aux femmes de la franchise, » avec 
une restriction qui prouve que sous la dénomina- 
tion d'arban, étoient compris différens services ou 
devoirs exigibles par les Seigneurs. « Je quite tout 
« arban aux hommes et aux femmes de ladite fran- 
« chise, fors que tant que je relien mon charroi en- 
« tierement au besogne de mon chaslel et de mes 
« maisons de Veydun, et de vins, et de foingz tant 
« seulement ; et je ne les puis fourcer de nul arftare 
« ne de charroy aller fors la parroche de Veydun 
« por nesun besoin. .. (Id. ibid. p. 103. — Voy. Ban 
ci-après.) 1! est évident que dans l'ancienne Coutume 
de Poitou, art. xcxv, le mot arbaux, ou berbaux, 
dans la nouvelle, art. cm, n'est autre que le mot 
arbans ou berbans dont on a altéré la terminaison. 
« Tailles, berbaux et autres charges, ensemble 
>' toutes rentes roturières foncierts, sont indivisi- 
" blés. » (Coutumes de Poitou, au Coût. gén. T. I, 
page ô78. — Voy. Laurière , Glossaire "du Droit 
français. — Du Cange, Glossaire latin, T. III, col. 

moet lin.) 

Ce n'est peut-être pas sans raison qu'on a cher- 
ché dans le nom de ces corvées, insupportables aux 
malheureux qui en étoient surchargés, le principe 
d'une comparaison d'après laquelle on disoit pro- 
verbialement, « se jeter sur quelqu'un comme 
« herbaut sur pauvres gens, pour se jeter avec 
« violence sur quelqu'un, lui tomber sur le corps 
« aussi lourdement qu'hcrbaut ou le fardeau des 
« corvées et autres redevances, tombe sur les pau- 
•• vres gens. » Il est possible aussi, que relative- 
ment à l'idée des violences faites aux corvéables 
par ceux qui les commandoienl, tel chien qu'un 
instinct particulier porte à se jeter sur les pauvres, 
ait été nommé herbaut. (Voy. Rabelais, T. IV, 
p. 218 et 219; note de Le Duchat.) Enfin le Dieu de 
misère et de pauvreté, se nommoit Herban, relati- 
vement sans doute à l'idée de l'étal pauvre et misé- 
rable auquel les hommes sujets aux corvées étoient 
réduits. « Si allons querre la chetivelé, que Herban, 
« le Dieu de misère et de poureté ne nous faille. » 
(Percef. Vol. II, fol. 50, V" col. 1.) 

On sait que ces corvées, proscrites par les loix de 
Charlemagne comme autant d'attentats à la liberté 
de ses sujets, commencèrent à être autorisées vers 
la fin de la seconde race, lorsque les Ducs, les 
Comtes, les Barons, les Châtelains et autres Officiers, 
parvenus à rendre héréditaires les charges et les 
terres qu'ils possédoient à vie, en obtinrent enfin la 
propriété seigneuriale, avec les moyens de s'asser- 
vir des hommes sur lesquels ils n'avoient jamais eu 
qu'un pouvoir émané du Souverain, ou d'assujettir 
leurs possessions bénéficiaires et même allodiales, 

15 



Aft 



- 114 — 



AU 



changées en possessions féodales, :\ d'autres ser- 
vices que ceux dûs au Roi et à la Patrie. 

Avant l'établissement du système féodal, toute 
possession, même la possession d'un bénéfice qu'on 
ne tenoit pas immédiatement du Roi, n'obligeoit à 
aucun service distinct de celui que devoit le vassal 
immédiat du Seigneur souverain. En suivant à 
l'armée le Comte ou le Seigneur dont on tenoit un 
bénéfice, dont on étoit le vassal, on ne servoit que 
la Patrie, et l'on n'obéissoit qu'au ban du Roi. 
Aussi a-t-on vu qu'à lui seul étoit due l'amende 
pour défaut de service militaire. « Omnis liber 
« homo qui quatuor mansos... dealicujusbeneficio 
« habet,... ipse in tiostem pergat, sive cum seniore 
« suo. » (Baluz. Capitul. Reg. Fr. T. I, col. 489.) 

« De vassis dominicis qui intracasam serviunt, 

« et tamen bénéficia habere noscuntur, slatutum est 
« ut quicunque ex eis cum domno Imperatore 
« domi remanserint, vassallos suos casatos secum 
« non retineant, sed cum Comité cujus pagenses 
« sunt, ire permiltant. « (Id. ibid.col. 495.) « Vassi 
« nostri et vassi Episcoporum, Abbatum, Abbatis- 
« sarum et Comitum, qui in lioste non fuerunt, 
« heribannum rewadient. » (Id. ibid. col. 618.) 
Mais la propriété seigneuriale des vassaux immé- 
diats du Seigneur souverain une fois légitimée, on 
vit naître et s'élever une nouvelle puissance qu'on 
nomma suzeraineté; mot, dit Loyseau, « qui est 
" aussi étrange que cette espèce de Seigneurie est 
« absurde. » "Alors une servitude presque générale 
succéda à la liberté; l'homme de la patrie fut un 
homme de fief; le possesseur d'un fief qui ne rele- 
voit pas immédiatement du Roi, fut le vassal d'un 
Seigneur suzerain et intermédiaire, et ce vassal par 
sous-inféodation, acquit un autre vassal qui étoit 
par rapport à lui ce qu'il étoit lui-même par rapport 
à son Seigneur, et ce qu'étoit ce Seigneur par rap- 
port au Souverain. Le service militaire auquel les 
Seigneurs propriétaires obligèrent leurs hommes et 
leurs vassaux , en cas de guerres particulières, 
a été désigné comme les corvées et autres devoirs 
féodaux, par le mot arbaii ou erban. On croit qu'il 
faut lire erband dans une charte de l'an 984, par 
laquelle Emenon, seigneur d'Yssoudun, affranchit 
de ce service militaire les habitans du bourg 
S' Martin. « Concedimus omnes consueludines.... 
« ita scilicet ut nemo illorum pergat ad pugnam 
« quœ alio nomine vocalur eijbanid, neque botta- 
* gium vini alicui reddat. » (La Thaumassière, 
Coût, de Rerry, p, 697. — Voy. Du Cange, Gloss. 
lat. T.m, col. 1109.) 

Ou ne confondra point ce service militaire, per- 
sonnel aux Seigneurs qui forcèrent en conséquence 
leurs hommes et leurs vassaux à prendre les armes 
contre le Roi même, avec le service militaire qu'ils 
en exigeoient, toutes les fois que le Seigneur sou- 
verain faisoit publier son ban, ou l'ordre de s'armer 
pour sa défense et celle du Royaume. 

Probablement que d'après l'opinion générale et 
peu vraisemblable des Etymologistes, qui veulent 
qu'arrlère-ban ait été formé comme arban, du mot 



heribannus, composé de ban et hère en allemand, 
lieras en latin, en franç,'ois Seigneur, l'on aura dit 
que V arrière-ban étoit pour les Seigneurs, pour les 
Nobles ou lenans tiefs, et le ban pour les roturiers. 
On a déjà observé que dans les Capitulaires, ce mot 
heribannus signifie toujours l'amende exigible par 
le Seigneur souverain pour défaut de service mili- 
taire, et jamais la publication de l'ordre relatif à ce 
service ; encore moins la publication d'un ordre 
particulier à une classe supérieuie d'hommes, tels 
que les Seigneurs, les Nobles ou les possesseurs de 
fiefs, pour qui l'obligation de servir la Patrie fut 
une espèce de prérogative, sous les Rois de la 
troisième race. Sous ceux de la première et de la 
seconde race, c'est-à-dire, jusqu'à l'époque de 
la seigneurie féodale, tout homme, quel que fût son 
état, pourvu qu'il fût libre, servoit ou aidoit à servir 
le Roi et la Patrie. La publication de l'ordre auquel 
il obéissoit en concurrence avec l'homme que la 
fortune et le méiite élevoient au-dessus des autres 
sujets du Roi, se nommoit ban; et ce ban étoit pour 
le Comte, pour le Leude illustré par la faveur, 
comme pour le possesseur obscur d'un bénéfice ou 
d'un alleu, pour l'homme libre en général. Il n'y 
avoit point alors de ban pour les Seigneurs, qu'on 
distinguât du ban pour les hommes libres, en le 
nommant hériban. Quand il seroit vrai que de ce 
mot hériban l'on eût fait arrière-ban, il faudroit 
encore prouver qu'on a eu raison de dire ([ue sous 
les Rois de la troisième race, V arrière-ban étoit 
pour les Seigneurs, pour les Nobles ou possesseurs 
de fiefs en général, et le ban pour les roturiers. 
(Voy. Laurière, Gloss. du Dr. Fr . au mot Arrière-ban.) 
On imagina sans doute le mot arrière-ban ou 
riereban, en latin retrobannus, et on le distingua 
du ban, lorsque les Seigneurs propriétaires com- 
mencèrent à avoir des vassaux, qui, relativement 
à l'obligation du service militaire qu'ils dévoient 
au Roi, n'éioient plus placés sur la ligne des vas- 
saux immédiats du Seigneur souverain; puisque ce 
n'étoit plus le Roi, mais ces Seigneurs intermédiai- 
res qu'ils suivoient à l'armée, puisque c'étoit 
arrière eux qu'ils marchoient et combattoient pour 
la défense du Royaume. De là, on aura nommé 
arrière-ban, la publication de l'ordre auquel les 
vassaux d'un Seigneur intermédiaire obéissoient 
en le suivant à l'armée, par opposition au ban, à la 
publication de l'ordre adressé aux vassaux immé- 
diats du Seigneur souverain. « Le ban éloit la con- 
•< vocation des vassaux du Roi sans moyen ; 
" Yarrière-bati, la convocation de ceux qui tenôient 
<■ du Roi médiatement. » (Voy. Laurière, Gloss. du 
Dr. Fr.) On caractérisera encore mieu.N. cette pre- 
mière distinction du ban et de Varrière-ban, en 
disant avec Charondas : « Le ban estoit la convoca- 
" tion que faisoit faire le Roy et souverain prince ; 
« et Y arrière-ban, la publication que le Seigneur 
« appelle au ban de son Roi ou Prince, faisoit faire 
« pour assembler ses vassaux et arrière-vassaux, 
« pour l'accompagner à l'ost et armée. » (Voy. 
BouteiUer, som. rur. art. lxxxui, annot. p. 486.) 



AR 



— H5 — 



AR 



Le service militaire qu'en ce cas les Seigneurs 
appelés au bail du Roi exigeoient de leurs vassaux, 
ëtoit le service auquel les avoit obligés eux-mêmes 
l'inféodation du Seigneur souverain. Quoique leurs 
fiefs ou plein-fiefs, au moyen de la sous-inféoda- 
tion, fussent, relativement au Roi, changés en 
arrière-fiefs, ce changement n'anéanlissoit pas 
l'obligation primitive qu'ils avoient contractée. 
Mais pour y satisfaire, ils s'associèrent des vassaux 
qui en paroissant les servir, ne servoient réellement 
que le Roi, comme Seigneur suzerain de toute pos- 
session féodale. Il est probable que nos Rois sans 
cesse occupés du soin politique de rétablir les droits 
de la souveraineté, en faisant valoir ceux de leur 
suzeraineté universelle, accoutumèrent insensible- 
n\ent les vassaux de ces Seigneurs intermédiaires, 
à voir comme une formalité assez indifférente, un 
arrière-ban que devoit précéder le ban ou Roi, ban 
auquel ils obéissoient en paroissant n'obéir qu'h 
l'arrière-ban de leurs Seigneurs. Aussi a-t-on dit 
que le ban étoit •< un mandement fait l'i tous Gen- 
« tilshommes et tenans llefs et arrière-fiefs, d'assis- 
tt ter à la guerre du Prince. » (Voy. De la Roque, 
Traité du Ban et Arrière-ban, p. 2.) Si les tenans 
arrière-fiefs partageoient la Noblesse avec les 
tenans liefs, comme ils partageoient avec eux 
l'obligation de faire service personnel avec armes 
es guerres; il faut en conclure qu'ils étoient du 
nombre de ceux qu'on a désignés comme sujets au 
ban, en disant que les Nobles seuls estoient sujets 
au ban. (Voy. Ord. T. I, p. 152, note (a.) — Coquille, 
Hist. de Nivernois, p. 110.) 

On pourroit, d'après cette définition du ban, ima- 
giner que Varrière-ban fut alors une convocation 
des Non-nobles à la suite des Nobles, comme il avoit 
été la convocation des vassaux médiats du Seigneur 
souverain, à la suite de ses vassaux immédiats. Il 
est vrai qu'au temps où l'on paroit avoir confondu 
avec le ban du Roi, un arrière-ban qui en étoit la 
conséquence nécessaire, on distinguoit encore 
Varrière-ban du ban. Mais cette distinction n'étoit 
point relative à celle des Nobles et des Non-nobles, 
les uns convoqués à la suite des autres; puisque 
par son ban le Seigneur souverain convoquoit tout 
homme noble ou non-noble qui lui devoit un service 
militaire. En prouvant qu'il y avoit des Non-nobles 
obligés à ce service, que les hommes coutumiers, 
les bourgeois et habitans des villes, les hommes 
des Seigneurs servoient en l'ost du Roi avec les 
possesseurs de fiefs et arrière-fiefs, avec les Sei- 
gneurs, les Cientilsbommes, les Nobles en général, 
on prouve qu'ils obéissoient à son ban, en concur- 
rence avec les Nobles et les Seigneurs, lors même 
qu'ils marchoient sous leur ban'nière. « Nobles et 
« Non-nobles qui à nous et à nos successeurs, en 
« nos guerres et osts, doivent certains services, 
« etc. » (Ord. T. 1, p. 588.) « Li Barons et li bons 
« le Roy doivent le Roy suivre en son ost, quand il 
« les en semondra, et le doivent servir soixante 

<■ jours et soixante nuits Li bons coustumier 

a doivent être en l'ost le Roy quarante jours et 



« quarante nuits; et se il en venoit avant, et il en 
« fussent prouvé, la Justice le Roy en porroit bien 
« lever soixante sols. » (Établissemens de S' Louis, 
chap. Lxi.) On ne dispensoit du service de l'ost les 
Non-nobles qui y étoient assujettis, qu'autant qu'ils 
se soumettoient à l'imposition de certains droits 
d'aide. « Les gens des villes, ne les subgiez des 
« Nobles, ne seront contrainz à aller en nostre ost, 
« durant le temps de nostre imposition. » (Ord. 
T. II,p. 39'(,etc.) 

Dans le cas oii le Souverain jugeoit que le pre- 
mier ban devoit être suivi d'un second ban, par 
lequel il exigeoit des Nobles et Non-nobles un autre 
service que celui prescrit par les loix féodales et cou- 
tumières, on nommoit ce ban, relativement h celui 
qui l'avoit précédé, arrière-ban. C'est en ce sens 
qu'on a eu raison de dire qu'il n'y a\oil arrièi'e-ban, 
lorsque nul ost n'estoit allé devant; (luele ban étoit 
pour le service ordinaire, et Varrière-ban pour un 
service extraordinaire. (Voy. Chron. Fr. de Nangis, 
Ms. an. 1338.— Laurière, Gloss. du Dr. Fr. — De la 
Roque, Traité du Ban et Arrière-ban, p. 2.) 

On définira donc Varrière-ban ainsi distingué du 
ban, en disant que c'étoit une convocation itérative 
des Nobles et Non-nobles sujets au service féodal et 
coutumier, pour un service extraordinaire : défini- 
tion justifiée par les Ordonnances, entre autres par 
celle de Louis X, en date du 22 juillet 1315, dans 
laquelle on lit : « Que iceux Nobles et Non-nobles 
« qui à nous et à nos successeurs, en nos guerres 
<• et osts, doivent certains services et homages, 
« iceux services payez, demeurent quilles et francs, 
« sans ce que par nous, ne par nos successeurs 
« puissent estre contrains à autre service d'ost 
« faire h nous, fors en cas de Varrière-ban qui con- 
« vient eslre raisonnable et de cause apparissant. » 
(Ord. T. I, p. 588.) Lorsque le droit de faire publier 
cet arrière-ban, fut un droit du Souverain, exclusi- 
vcmenl aux Seigneurs qui avoienl pu se l'arroger, 
le Souverain s'obligea par amour pour son peuple, 
que Varrière-ban exposoit à des vexations, à ne le 
faire publier que dans le cas de nécessité évidente 
et après bataille; conséquemment après que les 
Nobles et Non-nobles auroient acquitté le service 
ordinaire. Rien de plus positif à cet égard que l'Or- 
donnance du Roi .lean, en date du 28 décembre 1355, 
et celle de Charles son fils aîné et son Lieutenant, 
datée du mois de mars 1350. « Que desores-mais 
« nuls ne pu isse faire arriereban en nostre Royaume, 
« fors tant seulement nous en nostre personne et 
« nostre ainsné filz ; et ycelluy ne pourrons faire, 
« fors seulement en cas de pure et évident néces- 
« site, et bien conseilliez sur ce. » (Ord. T. IIl, 
p. 31.1 « Que aucuns ne puisse doresnavant faire 
« arrierebans, fors tant seulement noslre très-chier 
" Seigneur et père et nous ; et icelluy ne pourrons 
« faire fors après bataille, et en cas de pure et évi- 
« dent nécessité, et bien conseillé sur ce, et eu 
« advis et délibération avec les Esleuz de par les 
■1 troiz Etats, se bonnement les pouvons avoir. » 
(Ibid. p. 138.) 



AR 



— 116 — 



AR 



Il paroît que pour les Non-nobles sujets au ser- 
vice militaire, l'exemption de servir au moyen de 
certains droits d'aide, ne s'étendoit pas au-delà du 
ban, puisqu'ils ne l'obtenoient qu'avec la restric- 
tion : si ce n'est h cause à'arrière-baji, si ce n'est en 
cas de nécessité évidente ; par conséquent, en cas 
de Varricn'-ban, que cette même nécessité rendoit 
légitime. •< Les gens des villes ou de nos subgiez, 
« ne seront contrains à aller en nostre ost, durant 
« le temps de ladicte imposition, si ce n'est h cause 
« àeaireban Ml pour bonne et juste cause, sanz 
« feinlize. » (Ord. T. II, p. 530, etc.) 11 éloit juste 
que pour les Non- nobles, les habitans des villes, et 
autres ainsi affranchis de service, l'obligation 
d'obéir h Y arrière-ban, fût la même que pour ceux 
qui ayant réellement fait le service ordinaire et 
exigible par le bandit Roi, n'eu dévoient pas moins 
le service extraordinaire et exigible par son 
arrière-ban. On a déjà prouvé par l'article ni de 
J'Ordonnance de Louis X, datée du mois de juillet 
1315, que les Nobles et Non-nobles, après avoir 
acquitté le service auquel ils étoient assujettis par 
les loix féodales et coutumières, pouvoient, en cas 
à'arrière-bnn, être contrains à faire un autre ser- 
vice, lorsqu'il étoit jugé essentiel à la défense du 
Roi et du Royaume. Dans l'article vu de la même 
Ordonnance, l'arrière-ban est désigné par l'évidente 
utilité, par la nécessité urgente qui le légitimoit. 
Philippe de Valois interprèle ce même article par 
lequel, s'il n'y avoit évidente utilité, ou nécessité 
urgente, Louis X n'exigeoit des hommes de son 
duché de Normandie que les services à lui dûs, en 
disant que ces services étoient les seuls auxquels 
ils fussent obligés; à moins que la publication de 
Y arrière-ban, après celle du ban, ne fût nécessilée 
par l'impossibilité de s'opposer aux ennemis qui 
envaliissoient le Royaume, ou aux rebelles qui en 

troubloient la tranquillité. •< In casu quo per 

« primam semonsam seu convocacionem generali- 
« ter factam, nos seu nostri successores, et illi qui 
« tune essent nobiscum aut cum successoribus 
« nostris, non essemus aut ipsi non essent salis 
« fortes ad obviandum seu resistendum hoslium 
» potencie, aut ad reducendum ad obedienciam 
« subditos rebelles, absque faciendo retroban- 

« num, fieret et fieri posset retrobannum, 

« etc. » (Ord. T. VI, p. 550 et 551.) 

Si les Nobles et Non-nobles qui dévoient le ser- 
vice militaire, étoient les seuls qui dussent obéir 
au ban du Roi, la première semonce ou convocation 
généralement faite, par laquelle Philippe de Valois 
paroit désigner le ban, n'étoil donc générale que 
par rapport aux Nobles et Non-nobles sujets à ce 
service. 11 falloit qu'il y eût nécessité de service 
extraordinaire, et par conséquent arrière-ban ou 
convocation itérative des hommes qui avoient obéi 
au ban et fait le service ordinaire, pour que ceux 
dont on n'exigeoit pas ce service, ou qu'on en dis- 
pensoitau moyen de certains droils d'aide, fussent 
tenus de suivre le Roi à l'armée et de le servir en 
concurrence avec les autres. La preuve est qu'im- 



médiatement après avoir dit que « les Nobles et 
« Non-nobles qui auroient fait les services par eux 
« dûs, ne pourroient être contraints à faire autre 
« service d'ost, fors en cas de l'arrière-ban, » 
Louis X ajoute que dans le cas de cet arrièreban, 
les hommes même qui ne dévoient aucun service, 
seroient tenus d'y obéir. « Queiceiix homes qui ne 
« sont tenus envers nous en aucuns certains servi- 
« ces, ne puissent estre contrains à aucun service 
« estre fait à nous, fors en cas dessus dil et derrai- 
« nement déclaré. » (Ord. T. I, p. .588 et 589.) En 
ordonnant que l'arrière-ban publié, tous y obéis- 
sent, Philippe de Valois réunit sans doute ces hom- 
mes qui ne dévoient pas le service exigible par le 
ban, à ceux pour qui ce service éloit un devoir 

féodal ou coutumier. « In casu quo fieret 

" rt;/robfl«/n<m, omnestenerentureidem obedire. » 
(Ord. T. VI, p. 551.) 

On ne voit pas que les hommes non sujets au ser- 
vice ordinaire et exigible par le ban, aient toujours 
été tenus d'obéir à l'arrière-ban, à la convocation 
itérative des Nobles et Non-nobles pour .un service 
extraordinaire. Il paroit au contraire que l'arrière- 
ban dont Cliarles VI, par ses Lettres du 8 février 
1413, ordonne la publication, n'intéresse que des 
hommes sujets au service féodal et coutLunier; 
puisque le commandement d'obéir ne doit être 
fait qu'aux Nobles, aux Possesseurs de fiefs et 
arrière-fiefs , aux Dourgeois et habilans des 
bonnes villes. Une preuve évidente que ces 
bourgeois et habitans des villes dévoient un service 
coutumier, c'est que comme on l'a déjà observé, pour 
en obtenir l'exemption, ils payoient certains droits 
d'aide. « Enjoignons qu'incontinent ces pré- 
" sentes veues, vous faites proclamer solemnelle- 
« ment à haute voix et ù son de trompe, en vostre 
« bailliage, nostre arrière ban de par nous, en 
" faisant commandement... à tous les Nobles.... 
« qui ont accoustumé d'user et ensuivir les armes 
1 et qui sont en état de poursuivir, et Aultres qui 
« tiennent fiefs et arrière-fiefs vallans par an vingt 
« livres tournois, et outre aux Rourgeois et habi- 
« tans de toutes bonnes villes et ressors de vostre 
ic dil bailliage; c'est à sçavoir, ausdits Nobles qui 
« ont accoustumé d'user et ensuivir armes, sur la 
« foy et loyauté et aussi le service qu'ils nous 
» doivent, et sur la peine de confiscation de leurs 
« biens, fiefs et arrière-fiefs et tenement, ils vien- 
« nent lantosten diligence et sans demeure, à tout 
« le plus grand nombre et puissance de Gens 
« d'armes et de traicl qu'ils pourront, et ausdits 
« Bourgeois et habitans des bonnes villes qu'ils 
" envoyent le pluslosl qu'ils pourront, des Gens 
<■ d'armes et de li'aicl devers nous, montez à cheval, 
« et armez, souffisamment accompaignez. » (Ord. 
T. X,p. I9-i.) S'ils n'envoyoient pas ces Gens d'armes 
et de traict, ils étoient personnellement tenus d'obéir 
à l'arrière-ban. (Voy. Ord. T. II, p. 320, etc.) 

Il n'y avoit donc réellement convocation générale 
pour le service extraordinaire , que lorsque les 
hommes qui n'avoient fait ou n'avoient dû faire le 



AR 



— 117 - 



AR 



service ordinaire et exigible par le ban , étoient 
convoqués avec ceux pour qui ce service ayoit été 
un devoir indispensable. Mais alors Varriêrc-lian 
ou convocation itérative par rapport aux uns, étoit 
par rapport aux autres un ban ou première convo- 
cation. Il seroit possible que les mots ban et arrière- 
ban réunis, eussent expliqué cette double significa- 
tion A' arriére-ban. Peut-être aussi la réunion de 
ces deux mots a-t-elle été occasionnée par l'igno- 
rance ou par l'oubli de la raison pour laquelle on 
les avoit distingués Fun de l'autre. Il paroit même 
que l'idée de la distinction du ban et de Varrière- 
ban avoit quelquefois été très confuse; puisque 
dans une Ordonnance de Philippe de Valois, on lit 
qu'au moyen d'une aide qui exemptoil seulement 
du service exigible par le lian, » les Bourgeois et 
« habitans de la ville de Paris, ne seront tenuz 
« d'aller ou envoyer en l'ost pour arrereban ou 
« autrement, si ce n'est en cas de évident néces- 
.< site. » (Voy. Ord. T. II, p. 320.) 

On sait qu'à l'établissement des Compagnies 
d'Ordonnance par Charles YII , la Noblesse brigua 
l'honneur utile d'y servir ; et qu'en servant dans 
ces Compagnies à la solde de nos Rois, en temps de 
paix comme de guerre , elle s'affranchit du service 
exigible par le ban et arriére-ban. » Ledit Roy 
« Charles VII mit sus premièrement les Ordonnances 
« de Gendarmerie.... et pour les entretenir en 
» temps de guerre et de paix, fit les tailles ordinaires 
« sur le peuple.... En ces Compagnies des Ordon- 
« nances n'estoient et ne sont receuz que Gentils- 
<• hommes qui par ce moyen ont esté exemptés de 
« Varricrc-ban ; ce qui ne semble pas raisonna- 
« ble quant à la contribution de la bourse. Car 
'< c'est une charge réelle que les fiefs doivent ; et 
•' es dites Ordonnances ils reçoivent solde pour le 
« service qu'ils font à la guerre, et le reçoivent en 
'< temps de paix aussi bien comme de guerre ; dont 
•' le peuple du Tiers-estat est foullé de tant plus ; 
» car il paye les tailles pour l'entretenement de la 
-• Gendarmerie » (Coquille , Hist. de Nivernois , 
p. H9.) Alors on négligea sans doute plus que jamais 
la distinction du banei de Varrière-ban. Enfin le 
ban ou la convocation pour le service ordinaire, fut 
confondu avec Varrière-ban, la convocation itéra- 
tive , la convocation générale pour un service 
extraordinaire; et ces deux mots souvent réunis si- 
gnifièrent en général « convocation pour service de 
" l'ost. >■ (Voy. le P. Ménest., de la Chevalerie, p. 199. 
— DelaRoque. Traité du Ban et Arrière-ban, p. 45.) 

C'est relativement à l'idée d'fljvvn'f-fcaii, convoca- 
tion générale pour service extraordinaire, qu'on a dit : 

(i) En résumé, la propriété fut la base du service militaire sous les deux premières races : les hommes libres propriétaires 
d'un missaticinn voisin de l'ennemi étaient convoqués par le missus, et partaient après la proclamation du ban au prône de 
Jeur paroisse. Les réfractaires payaient 17ié/'j6n.;, amende montant souvent à 60 sous et pouvant atteindre 600 sous. 

Le mot héi-ihaii reparait au temps de Philippe-le-Bel, mais on ne le comprend plus ; on le rapproche à'urban et on le 
transforme en arriéve-ban. Ce mot composé est toujours joint au mot simple ban, dont il a la signification; c'est le ban 
mérovingien et carlovingien, levée en masse {tunudtus) s'appliquant aux nobles et aux roturiers ; pour guerroyer en 
Gascogne et en Flandre, le roi a besoin dune armée et d'argent : la convocation de l'arricrc-ban lui donnait l'un et l'autre. 
Il offrait de partir ou de payer : le plus souvent on pavait. Ce fut là l'orii^ine d'abus qui amenèrent la décadence de 
Yan-iére-ban : on n'y consentit plus que dans les circonstances graves, et Louis XI l'aurait réuni pour la dernière fois. 

A partir du xv siècle, le ban et Yarriére-ban n'est plus que la convocation des possesseurs de fiefs qui doivent le service 
militaire gratuit, (n. e.) 



Li loa ses consaus 

Que mandés fut Varierebatis 
Des gens menues et des grans. 

Ph. Mouskes, MS. ji. 256. 

Se il m'estoit nus mestiers 

De Sergans ne de Cevaliers ; 
Tous li arrierebans venroit. 
Lues que mon mesage veroit. 

Id. p. 147. 

En doubtance fut qu'il feroit, 
Et se à .\rtus se combatroit, 
Ou s'ariereba>i atendroit. 

Riim. de Brut, MS. fol 9S, V° col. 2. 

On voit que dans ces vers, le moi arrière- ban 
signifie la réunion, l'assemblée des personnes géné- 
ralement convoquées pour un service extraordinaire. 

En regardant cette assemblée , cette réunion 
comme un dernier effort pour la défense du Roi et 
du Royaume, on aura dit figurémentd'un Chevalier 
qui réunissoit toutes ses forces et les rassembloit, 
qui faisoit les derniers efforts pour vaincre un rival 
et réussir dans une entreprise, « qu'il monstroit 
■< Varrière-ban de sa force ou de sa prouesse ; que 
« l'arrière-ban de sa prouesse « venoit à son 
secours. « Voyant le Chevalier sauvage qu'il avoit 
« atTaire à ung si preux Chevalier, il pensa bien 
« qu'il lui convenoit monstrer Varrière-ban de sa 
« force. » Percef. Vol. III, fol. 9.) « Lyonnel du 

« Glar pensa que à ce jour monstrer luy con- 

« venoit Varriereban de toute sa proesse. » (Ibid. 
fol. 126.) « Au besoing de vostre emprise, viendra 
« au secours Varriereban de vostre prouesse. » 
(Ibid. Vol. V, fol. 103.) 

Il est encore possible <iue par allusion à l'espèce 
d'hommes qui n'étant sujets qu'à Varrière-ban , 
venoient les derniers à l'armée, on ait désigné le 
courage et l'intrépidité de quelqu'un toujours prêt 
à marcher des premiers à l'ennemi , en disant qu'il 
ne faisoit pas le riereban. 

De S' Pol est là Gui le Conte : 
lui, pour Flamens à mort rare, 
Raoul de Neele son frère. 
Cil ne sont pas le riereban. 

G. Gui.in, MS. fol. 234, R- el V. 

Li quens d'Artois est à main destre... 
Lez lui, qu'à péril ne li tourge, 
Jehan de Henaut son serourge, 
Auquel il ot celé journée 
L'ordre de Chevalier donnée. 
Cis ne fait pas le riereban . 

Id. ibid. fol. 254, V el 255, R-. 

On n'ignore pas sans doute que pour les Vassaux, 
les Hommes d'un Seigneur à qui il étoit dû un 
service militaire et personnel, il y avoit le ban et 
Varrière-ban comme pour les Vassaux, les Hommes 
du Seigneur souverain (1). (Voy. D. Lobineau, Hist. 



àïl 



— 118 



AR 



de Bretagne, T. II, col. 947; lit. de 1420. — Ane. 
Cûut. de Normandie, fol. G6, R% etc.) 

VARIANTES : 
ARBAN. La Thaumassière, Coût, de Berry, p. 103. 
Arbaux (plur.) Du Gange, Gloss. lat. T. III, col. 1109. 
AniEREBAN. Rom. de Brut, MS. fol. 93, V» col. 2. 
Arueban. Ord. T. Il, p. 530. 
Aruereban. Ibid. p. 320. 
AiîRiEREBAN. Ph. Mouskes, MS. p. 147. 
Erband. Du Gange, Gloss. lat. T. III, col 1109. 
Eybamd (lisez Erband.) La Thaumass. G. de Berry, p. 697. 
Herban. Percef. Vol. H, fol. 50, V» col. 1. 
Herbault. Rabelais, T. IV, p. 219. 
Herbaut. Id. ibid. p. 218 ; note de Le Ducliat. 
Herbal-x (plur.) Coût. gén. T. II, p. 578. 
Hereban. Coquille, Hist. de Nivernois, p. 121. 
Heriis.vn. Fauchet, MU. fr. p. 114. 
Herisha.n'. Borel, Dict. p. 260. 

HiEREBAN. De la Roque, Traité de l' Arrière-ban, p. 45. 
Riereban. D. Lobineau, Hist. de Bretagne, T. II, col. 947. 

Arbitrage, S!</vsL wasc. Pouvoir déjuger comme 
arbitre. Avis, jugement, volonté. La signification 
avec laquelle ce mot subsiste, n'est pas moins 
ancienne que l'acception d"après laquelle il désignoit 
« le pouvoir de juger comme arbitre ; la volonté ou 
« puissance donnée à aucun qui entreprendre le 
« vouloit, à déterminer et prononcer sur le débat 
« des Parties, ce que raison en donneroit. « (Voy. 
Bouteiller, Som. rur. liv. Il, tit. m, p. 693.) Il dési- 
gnoit en même temps le jugement qu'en conséquence 
de ce pouvoir les arbitres qui prenoient connois- 
sance de l'affaire soumise à leur avis et inspection, 
prononçoient ou dévoient prononcer ; puisque le 
même Jurisconsulte ajoute, qu'ayant accepté, ils 
étoient « contraints à procéder avant à Varbitrage 
« durant le temps de leur pouvoir ; lequel expiré, 
a Yarbitrage estoit failly, et n"avoient plus de pou- 
o voir, ne plus contraindre on ne les pouvoit ne 
o devoit en outre, se terminé n'avoient à sentence 
« diffiritive, ou appointement entre les Parties. » 
{Voy. Id. ibid. p. 094.) 

On a restreint à cette dernière acception l'usage 
d'un mot qui, relativement h l'acception générale 
du latin flj'b/7/v»?H,signifioitavis, jugement, volonté 
que détermine l'inspection ou la connoissance des 
choses. C'est en ce sens qu'un criminel à la volonté 
de qui on laissoit le choix du genre de mort qu'il 
aviseroit, qu'il jugeroit le plus doux, étoitdit mourir 
à son arbitrage. >< Celluy milourl(l) Anglois auquel 
« fut fait commandement, pour les crimes desquels 
« estoit convaincu , de mourir à son arbitraigc, 
« estent mourir nayé dedans ung tonneau de 
« malvesie. » (Rabelais, T. IV, p. 14G.) 

VARIANTES : 
ARBITRAGE. Orth. subsist. - Bouteiller, Som. rur. p. 693. 
Abbitraige. Rabelais, T. IV, p. UG. 

Arbitrateiir, sitbst. viasc. Arbitre. Quoique les 
amiables compositeurs ou appaiseurs, les arbitra- 
teurs et arbitres eussent tous le droit de connoitre 
d'une affaire soumise à leur avis et inspection, ils 
différoient cependant les uns des autres en ce que 
le pouvoir de la juger, plus limité pour « l'amiable 



« compositeur ou appaiseur que pour l'arbitre, » 
étoit presque absolu dans \' arbitrât cnr. (Voyez 
Apaiselr et AniiiTRE.) En jugeant, l'arbitre observoit 
nécessairement l'ordre de droict : » l'amiable com- 
« positeur ou appaiseur » ne jugeoit que du con- 
sentement des Parties qu'il mettoit en accord. (Voy. 
Bouteiller, Som. rur. liv. 11, tit. m, p. 693 et 694.) 
Mais Varbitrateur étoit un juge qui pouvoit ne 
consulter que sa conscience el ne s'assujettir à 
d'autre règle que celle de l'équité naturelle. 
« Arbitrateur, si est celuy qui de la cause est 
« chargé à sa conscience, ordre de droict gardé ou 
« non gardé, et peut les Parties appoincter selon 
a que bon luy semble. » (Id. ibid. p. 69i.) 

On conçoit la possibilité que, même avec l'idée 
de ces distinctions, idée qui sans doute fut souvent 
confuse, la personne nommée pour connoitre d'une 
affaire et la juger, fût tout-à-la fois arbitre, arbitra- 
teur et amiable appaiseur ou appaisenteur. Alors 
la forme du jugement indiquoit en quelle qualité il 
étoit prononcé. « Monseigneur Jehan Aubignet, 
« abbé de S' Jehan de Laon, arbitre, arbitrateur, 
« et amijable appaisenteur, prins et esleu par noble 
« homme Charles de Longueval, etc. » (D. Carpen- 
tier, Suppl. Gloss. lat. de Du Cange, T. I, col. 273; 
tit. de 1489.) 

Arbiti'ation, subst. fém. Avis, volonté. On 
étoit puni à Varbitration de Justice , lorsque la Loi 
laissoit à la volonté des Juges le droit de prononcer 
telle punition qu'ils aviseroient être proportionnée 
à un délit. « Requièrent les Gens des Estais estre 

« remboursez de plusieurs sommes de deniers 

« payées à aucuns Commissaires particuliers 

« pour illicites exactions ; et que lesdits Commis- 

« saires pour l'injuste exaction d'iceux soient 

« punis à Varbitration de Justice. » (Godefroy, 
Observ. sur THist. de Charles VIII, p. 415. — Voy. 
Ardithage et Arbitrement.) 

Arbitre, subst. masc. Arbitre compromission- 
naire. Inspection, avis. Jugement, volonté, arbitrage. 

Anciennement le mot arbitre, en latin arbiter, 
dont la signification actuelle, en termes de Droit, n'est 
pas moins générale que l'étoit celle du mot inusité 
arbitrateur, désignoit spécialement un arbitre 
eoinpromissionnaire, un arbitre que le compromis 
obligeoit de juger conformément à la règle du 
Droit. « Arbitre ne peut et ne doit en la cause à luy 
« submise, procéder autrement que par ordre de 
« droict gardé, selon qu'il est allégué ou prouvé 
« devantluy : car nul traicté n'y peut ne doit faire 
« non plus que feroit le Juge, ne plus ne doit avoir 
« de faveur à une partie qu'à l'autre ; mais tout 
« laisser aller selon la reigle de Droict. » (Bouteil- 
ler, Som. rur. liv. II, tit. m, p. 693 et 694. — Voy. 
Arbitrateir et Arbitreus.) 

Ce même mot arbitre, en \aiin arbitrium, àan& 
un sens relatif à l'étymologie latine, signifioit avis, 
inspection; jugement, volonté que détermine la 



(1) Le duc de Clarence, frère d'Edouard VI. (n. e.) 



AR 



— 119 — 



^ IP,?, nh';^'^""^''^^'^ j"^'« ^t raisonnable. 

Lej't bi bs.de ou aide sera levée et cuillie du 

« ton . et gardée.... au proffit commun de touz 
' \^fr^ P"!' ^}- ''-'^"lé par l'ordenance et arbitre 
" des Genz desd.z pais. ,. (Ord. T. m, p. G8G 

Ln termes de Jurisprudence, se mettre en arbitre 
ce oit se mettre en arbitrage; soumettre à iS 
due personne, ù son inspection, la chose dont on 
L,S"if ^■'"f ''^'P'"^' en avoir pris connois- 

! Los HVF.Ç.f ""' 1T " ^^^'' "^ J' convensde 
« LOS, et h Eskevm et h communiiez de Biéthune 

" K;/!"/''T ^'' '^ "^^'""^ assenleuS en 

fC -P "°^n" H ''"'' Margherite conlesse de 

« Handie. » (Duchesne, Hist. généal. de la M de 

Bethune pr. p. 145 ; tit. de 1270. - Vov Arbitra- 

TION et ARIilTREMENT.) ^ AKKITRA 

etdifncilfr/.S^^ ''^ '' naturellement défiant 
et dill ule à satisfaire, que toujours on croira rai- 
sonnable 1 ancien proverbe : .< Fol est Tbomme aûi 
.< de son mantel se met en arbitre; car clé le4r â 
« la moyclie perdue. » (Percef. Vol. IV fol ifi) 

«inV.'V'P?''^'^'',®'''"^^^"^'^ »^'ec quelle analogie de 
signilicalion, la volonté par laquelle on se d^tpV 



AR 



en latin Arl^orosa (2). (Voy. llfnt^l^TAZil'r' 

Arborateur, subst. masc. Planteur d'arhrpc- 
Pepinienste. (Voy. Cotgrave, Dict.) fl^'hies, 

Arborer, verbe. Planter haut et dmit ^ lo 

d-après laquelle le'stSlant a.^rt InuS'Sor 
designoit une enseigne, un éte.Ed \loy IÏr Ti 

Si 1 on en croit Pasquier, c'est à Vamira 3e cmmV 
• Ordonnances q\'é fi ^'adm ?al de ciZ^f^ 

se^??S^1^ts'lï;?L'Sc"£^^' "■^"- 

a.Kdogue à celui ^u SbSîf'^^ï;,.^' ^,?'i ^^. 

pesSâ levép-pf- ,' ^'^''' '''^-' ^^"«'"«"t eml 

pestnce, ie\ee et close que on n'y oeut ailpp 

" ''^, P'çd ny ù cheval; et qui plus est s'efforpp 

« d y planter, arborier, et nourrir haj^ à lin 0^^ 

iii. xxii, p. 111. _ Voy. Arboirie.) ' 

Arboriser, verbe. Chercher à connoître H 
nature et a vertu des plantes; chercherdes p antes 
On ne croit point qu-arboliser et arbo S soient 
des al erations ûlierboriser et herboriser yerhel 
iïSf la.infpf/^.'"^' '''' f'^'"'"*^^ de/,?S(3rd ?n'! 

r\v>. M- ^^' ^u'^'*^^ <^^"s arboriste et arboliste 
Aoy Ménage, Observ. sur la Lang. Fr. p 31 e 32 ) 
Il est plus vraisemblable qu'en étendant l'accention 
t '"^^»''f .arbre, en latin arbor. à tou e eTpèce 
de plante boiseuse ou non boiseuse, on en a Sa 
forme le verbe primitif «rôor/sé-r, qui sî?niSt 
« chercher à connoitre la nature et la vertu les 

" hShf ' 'V'' r^^"'^^'''"^' «^es arbustes et des 
" herbes ; chercher à connoitre la nature et la vertu 

." Pa;sa'us''n'nr''''''i''''" ""'' P'^"'^^ en'yineVaL 

passants par quelcques prez ou aultrês lieux 

« herbus visitoient les arbres et plantes e en 

. emportoient leurs pleines mains au log s des- 

« quelles avoit la charge Rhizotome, ensemble 

" des. instruments requis à bien arboriSr^ 
' « S 11 advenoit que l'aer feust pluvieux et intem': 



„^^^,^^^^^^^l^^,subsl. m«sc. Arbitrage Le verbe 
arbitrer qui subsiste, n'est pas moins ancieS dans 
notre langue que le substantif arbitretSlTln 
eto.t forme, « Sur les amendes de ceux dan ai es s2 
« m.strent-.l en le arbitrement Aq tiel et de tiel 

«ll4^s riSî^?'iSie;i!i~ 

îrdS:^^^y!1^^5^-^^'^-'-S^: 

Arboirie, subst. fém. Arbres et arbrisseaux- 
,e mot arbome étoit un nom collectif d'aibres de 

ÏS'S^^-^^ï""^?'p-PP-'^'^^-^eK;rs 
parmi la terre desquels ces rivières passent «Leurs 
« terres et seigneuries vont jusques en l'eaue pÎ 
« ont la couppure des ronsses ilarboirtekne 

: si'SnS" S£?"î^f^(i)"^PO""-oSu'passe • 
"M g ana arboirie ny doivent laisser mrnn 
« y puisse tramer ; et s'ils ne le fa so e [es traU 
« leurs le pourroient faire et coupper si avant aûe 

rinnli*^™'^^'^"" ^,^"^ '^e mot arboirie, formé sans 
doute, comme arbrorie, du latin arbor, ^1 f"anyois 

f s , i ui. a ou\ e la lome arboUsta, jardinier pour les arbres, (n. e.> 



AR 



120 — 



AR 



« péré,... au lieu à'arboriser visiloient les bouli- 
« ques des Drogueurs, Herbiers et Apolhecaires. " 
(Rabelais, T. I, p. 167, IGO et 171. — Voy. Cotgrave 
et Oiidin, Dict.) Ainsi, le verbe herboi'iser qui 
subsiste, pourroit être une altération de l'ancien 
verbe arboriser. (Voy. ÂRnoiusTi;.) 

VARIANTES : 
ARBORISER. Rabelais, T. I, p. 171. 
Arboliser. Ménage, Observ. sur la Lang. Fr. p. 31 et 32. 
Arborizer. Rabelais, T. I. p. 168. 

Herboliser. Ménage, Observ. sur la Lang. Fr. p. 31 et 32. 
Herboriser. Orth. subsist. — Monet, Ménage, Dict. 

Arboriste, subst. masc. Qui cherche à con- 
uoitre ou qui connoît la nature et la vertu des 
plantes. Il semble qu'on ait méconnu la possibilité 
d'étendre l'acception du substantif arbre, à toute 
espèce de piaule, lorsqu'à raison de ce que les 
arbres, les arbrisseaux et les arbustes intéressoient 
moins que les herbes ou les simples, la curiosité 
des Botanistes, on a imaginé qu'au lieu à'arbortste 
et d'arboriser, il falloit écrire herboriser et herbo- 
riste. On prouve cependant, par une citation de 
Rabelais, qu'arboriser, c'étoit visiter les arbres et 
plantes ; par conséquent les heibes, les simples, 
dont la connoissance est l'objet plus particulier de 
la Botanique. (Voy. Auboriser.) 

De là, arboriste aura signifié la même chose que 
herbeur, herbier, et herbiste, mots formés du 
substantif herbe ; mais dans herboriste, on ne voit 
qu'une altération du mot primitif arboriste. « Her- 
B boriste qui est aujourd'hui.... le seul mot d'usage 
« ne s'est introduit que par la réflexion qu'on a faite 
« que puisque c'étoient les herbes qu'on cherchoit 
« et non pas les arbres, on devoit écrire herboriste 
« et non pas arboriste : en quoi l'on n'a pas pris 
« garde que les deux dernières syllabes du mot sont 
« des preuves convaincantes de l'ancienne ortho- 
« graphe. » (Rabelais, T. 1, p. 1G8; notedeLeDuchat.) 

On trouve l'ancienne orthographe arboriste (1), 
dans les Fables de la Fon laine (liv. v, édit. de 1678.) 
Un loup, feignant de croire malade un cheval qu'on 
a mis au vert, s'offre à le guérir en disant qu'il 
connoît la nature et la vertu des simples de la 
prairie : mais une ruade le force à se donner à lui- 
même cette leçon : 

Chacun à son métier doit toujours s'attacher; 
Tu veux faire ici VArhorisie, 
Et ne fut jamais que Boucher. 

VARIANTES : 
ARBORISTE. Ménage, Observ. sur la Lang. Fr. p. 31. 
Arboliste. La Grant Nef des Fous, fol. 3G, édit. de 1499. 
Hebboliste. Ménage. - Dict. Etym. au mot Herboliser. 
Herboriste. Orth. subsist. - Nuits de Strap. T. II, p. 426. 

Arbre, subst. masc. et fém. Bois. La substance 
qui forme le corps des arbres et sert à bâtir. 

Desous la tour descent el porce (2)... 
Rien n'i avoit qui aine fiist d'arbre; 
Car il estoit tos fai.s de marbre. 

Siéiçe de Thèbes, MS. du R. n- 6987, fol. 38, R- col. 3. 



En se conformant à la règle d'après laquelle on 
rapproche, autant qu'il est possible, un mol de tous 
ceux dont il est l'origine, on auroit dû pour la 
rédaction de l'article entier, préférer à l'orthographe 
abrc, l'orthographe primitive arbre; et d'un seul 
coup-d'œil on en auroit vu naître arbreau, arbres- 
seau, arbroisel, abrisel; arbret d'où le verbe 
arbreter ; arbreus; arbri, ou abri d'où le verbe 
abrier ; les substantifs arbrier ou abrier, arbriere, 
arbroie, arbrorie, etc. (Voy. Abre, Abri, Abrier et 
Abrisel.) 

variantes : 

ARBRE. Orth. subsist. - S' Bern. Serra, fr. MSS. p. 50. 

Airbre. Chans. fr. MS. de Berne, n» 389, fol. 119. 

Arbreau, subst. masc. Petit arbre ou arbris- 
seau. (Voy. Cotgrave, et Rob. Estienne, Dict.) 

Arbresseaii. subst. masc. Arbrisseau. Les 
orthographes arbruissel elarbraissiau sont un sup- 
plément à l'article abrisel, on le pluriel ar/^rcssctii/a; 
est une faute pour arbresseaulx, qu'on trouve dans 
Molinet (Poës. p. 177. — Voy. Abrissel.) 

VARIANTES : 
ARBRESSEAU. Molinet, p. 177. 

Arbr.\issiau. Lettre du patriarche de Jérusalem, fragm. 
MS. de la Clayette, p. 114, col. 1. 
Arbruissel. D. Carp. S. Gl. 1. de Du C. au mot Arboreta. 

Arbret, subst. mnsc. Petit arbre. Fût d'arbalète. 

La signification d'arbret est la même que celle 
d'arbreau, petit arbre, dans le passage suivant: 
« Quand voslre faucon sera fait et reclamé, toutes 
« les fois que vous le leurrerez, jettez luy le leurre 
a en quelque arbret, ou petit buisson, afin qu'il 
« aprennedesoiarresteretde prendre la branche. » 
(Arteloque, Fauconnerie, fol. 91. — Voy. Arbreau.) 

On a nommé arbrels, des branches de chêne pré- 
parées en façon de petits arbres, pour y tendre des 
gluaux et prendre les pinsons. « Ces arbrets au 
" nombre de trois ou quatre, faits en trépied aussi 
« comme à dix pieds l'un de l'autre, doivent être 
« de branches de chêne et n'être mie si haulx que 
« l'en ne puisse bien avenir au coupel (3) pour les 
.< gluer. » (Modus et Racio, fol. 184-185. — Voy. 
Arbreter.) 

Quelquefois abret, comme altération de l'ortho- 
graphe arbret, désignoit le fût d'un arbalète, nom- 
mée plus souvent abre ou arbre, abrier on arbrier. 
« Ainsi que le Suppliant ot tendue son arbalestre 
« et couchée la vire sur l'abi'ier,.... ne scet se la 
« dite vire estoit couchée sur le cours de Vabret de 
« sa dite arbalestre- » (D. Carpentier, Suppl. Gloss. 
lat. de Du Gange, T. 1, col. 274; tit. de 1429. — 
Voy. Abre et Abrier.) 

VARIANTES t 

ARBRET. Modus et Racio, MS. fol. 184, V". 

Abret. D. Carp. S. Gl. 1. de Du Cange, T. I, col. 274. 

Arbreter, i>erbe. Tendre des gluaux. Préparer 
en façon de petits arbres ou d'arbrets des branches 



(1) Ce mot est à la fois un archaïsme et un néologisme : le peuple l'emploie encore pour herboriste, et quelques personnes 
en font le synonyme de pépiniériste, (n. e.) - (2) Porche (.porticus), vestibule soutenu ou non par des colonnes, devant les 
églises et les palais, (n. e.) - (3) En bas-latin cupci,, branches, sommet d'un arbre, (n. e.) 



AR 



— 121 — 



AR 



de chêne sur lesquelles on prend les pinçour en 
leur tendant des gluaux. De là, l'ancienne expres- 
sion arhreter aiix pinsons, qui signifie un de ces 
amusemens qu'on nommoit Zts déduits aux pau- 
vres. (Modus et Racio, ms. fol. IGl. — Voy. Arbret.) 

Arbreus, adj. Planté d'arbres ; garni d'arbres. 
C'est en ce sens qu'on disoit, vallées arbreuses, 
arbrctises forêts, bocage arbreus. (Voy. Epilhètesde 
M. de la Porte. — Poës. d'Amadis Jamin, fol. 21), V". 
— Œuv. de Ba'if, fol. 52, V°.) 

Arbrière, subst. fém. Arbres et arbrisseaux. 
Nom collectif d'arbres et arbrisseaux formant une 
haye. « Ti'ouva quatre escus d'or, lesquelz il enterra 
« au pié d'un chesne, en V arbrière ou baye de bois 
« de Pousiniere. » (D. Carpenlier, Suppl. Gloss. lat. 
de Du Cange, au mol Arborela; tit. de 1457.) 

Ai'brisselet, subst. niase. Petit arbrisseau. 
Arbrisseau tel que le groseillier. On a désigné la 
qualité aigre et acide du fruit du groseillier rouge, 
en le nommant arbrisselet d'aigreur. (Cotgrave, 
Dict. — Voy. AiiRisEL.) 

Arbroet, subst. masc. Lieu planté d'arbres de 
la nature de l'aune, du saule, etc. Peut-être faul-il 
lire arboret, en latin arborctum ; mot qui, dans un 
extrait du troisième registre des Coutumes de la 
franche forêt de Mourmal, paroît signifier « un lieu 
« planté d'arbres de la nature de l'aune, du 
•• saule, etc. » comme dans une charte de l'an 1402, 
citée par D. Carpenlier, (Suppl. Gloss. lat. de Du 
Cange, T. I, col. 273,) le mot arboreta signifie 
salicium, en françois saussaie'? « Pour avoir fait 

« faire plusieurs laignes (1) d'aulnes, commen- 

1 çant à l'aulnoye desseure la blanche fontaine, 
« depuis les arbroets venants du long trouver 
« Aletruyr et venant passer au bicquet Mallerir, et 
« d'illec aux fossez des autels ; desquelles il en a 
« vendu aucunes, et les autres mené à ses cau- 
« fours, etc. » (Coût, de Landrecies, au Nouv. 
Coût. gén. T. II, p. 269, col. 1.) 

Arbi'oie, subst. fém. JNom collectif d'arbres 
formant une forêt, un bois, un taillis, un bosquet, 
un bocage, etc. On nommoit en ce sens rt?'/i)'0|/<? une 
forêt, un bois, un taillis, etc. « Il vint.... à une 
" forest que ceux du pays appelloient VArbroye. » 
(Lanc. du Lac, T. II, fol. 65.) •• Les racines qui re- 
" mestrent en la terre, engendrèrent d'eles-meismes 
« granz arbroies autretelles comme perches. » 
(Hist. de Charlemagne, ms. de la Clayette, p. 94.) 

I,a lune luist parmi Varhroie. 

Parton. de lilois, MS. de S. Gerra. fol. 163, V col. 3. 
L'autre jour me chevauchoie 
De lès une grant arbroie; 
Si pi'arestoie un petit. 
Si com dedens esgardoie, 
Vi pucèle simple et coie 
Qui disoit par grant despit : 



Il jut anuit en mon lit, 
Nuetement en mes bras, 

Li chaitis, las ! 
A pou que je n'ai tout dit : 

Mal feu (2) soit il ars ; 

Trop est couars. 

Chans. fr. MS. de Doubler, fol. 301, V° col. 1. 
Parmi cèle a>-broie, 
Cil oisèlon s'envoisent 
Et mainerit grant baudor. 
Quant j'oi là leur joie, 
Por riens ne m'i tendroie 
D'amer bien amors. 

Ane. Poèt. Fr. MSS. avant 1300, T. IV, p. 1448. 

Ces derniers vers font partie d'une chanson 
attribuée au comte Thibaut par M. delà Ravalière, 
qui a écrit arboie pour arbroie. (Voy. Poës. du Roi 
de Navarre, T. II, p. 95.) 

VARIANTES : 
ARBROIE. Siège de Troye, MS. du Roi, n» 6987, fol. 92. 
Arboie. De la Ravalière, Poës. du R. de Nav. T. II, p. 95. 
Arbrove. Lanc. du Lac, T. II, fol. 0.5, R» col. I. 

Arbroier, subst. masc. Nom collectif d'arbres. 

Peut-être pépinière. « Courtieux où on fait 

« plusieurs labourages de vignes, à'arbroiers, et 
« d'autre semence. ■• (Bouteiller, Som. rur. liv. II, 
tit. X, p. 794.) 

Arbi'orie, subst. fém. Bois, forêt. Lorsque la 
forêt, le bois ou lieu planté d'arbres étoit très cou- 
vert, « c'étoit une arbrorieespesse de grans arbres. » 
(Percef. Vol. I, fol. 99.) 

Arhroys,, subst. masc. plur. Arbres et arbris- 
seaux. Nom collectif d'arbres et arbrisseaux qui 
croissent au bord des rivières, et dont l'eau baigne 
les souches et les racines. Probablement dans 
l'Ordonnance des Eaux et Forêts, que cite D. Car- 
penlier, d'après un ms du Roi, la défense de battre 
aux arbroys, est relative aux moyens usités par les 
Pêcheurs, pour attirer dans leurs filets le poisson 
auquel les souches et racines de ces aibres et 
arbrisseaux servent de retraite. « Que l'en ne batte 
« aux arches, ne aux gors, ne aux arbroys. » 
(D. Carp. S. CI. lat. de Du Cange, au mot Arboreta (3).) 

Il est évident que le mot ables, altération du 
pluriel abres ou arbres, étoit de même signification 
qu'arbroys, lorsque Charles VI, par son Ordonnance 
du 1"' mars 1388, défendoit « d'abattre aux arches, 
« ne aux gors, aux ables. « (Voy. Ord. T. VII, p. 779.) 
L'article lxxh de l'Ordonnance de 1402, citée par 
D. Carpenlier, réitère la même défense; mais 
croiroit-on, sans l'autorité du ms. du Roi, qu'au 
lieu de ces mots gors et arbres ou arbroys, un 
copiste inattentif et ignorant ait écrit gros herbes 
ou seulement herbes, comme on lit (Ord. T. VIII, 
p. 535 ; et Gr. Coût, de Fr. p. 73, édit. de 1598.) On 
sait que les gors ou gords (4) sont des pêcheries 
construites dans les rivières. 

Arc, subst. masc. Arc, arbalète. Arc de triomphe. 
Arcade, voûte, cintre, enfoncement cintré. Partie 



(1) Cordes de bois^ bois en corde ; en latin ligna. - (2) Malè falutus, le mal fortuné, le malheureux, (n. e.) - (3) C'est la 
racine du mol étudie : de même suliccliini fait saussaie ; alnetum, aulnoy. (n. e.) - (4) En latin gurges ; ce mot est resté, 
sous la forme younis en Nivernais, prés de Decize : il désigne des étangs profonds et poissonneux. (N. e.) 

II. 16 



AR 



122 



AR 



du corps d'un clieval, d'un chien; les jambes ou 
partie des jambes de devant. S'il est vrai que baliste 
ou bah'ate soit formé du grec />'«;i;iQ), l'usage de l'arc 
avec lequel on lançoil les' traits nommés llèches, ou 
les pierres nommées jalets, semlile avoir été désigné 
par l'expression arc à baleste, doù le mot composé 
arbaleste. (Voy. Ahii^u-este.) On omettoit celte dési- 
gnation assez "inutile, en disant arc à flèches, arc à 
jalets. (Borel, Rob. Eslieune et Nicol, Uict. — 
Voy. Arcajalet.) 

Les arcs à tour, distingués des arcs de main et 
de COI ps, étoient les arcs qu'on bandoit avec un 
tour, uu moulinet, comme les arbalètes qu'on ne 
pouvoit bander aux reins. « Pour double de mort 
« s'enfuyrent en l'autre tour à garant, où ilz firent 
« par force d'Archiers et Arbalestriers reculer : car 
« ils avoient leanz plusieurs arbalestes et ars à 
« tour. Si gariterenl leur dite tour, etc. » (Hist. de 
B. du Guesclin, par Ménard, p. iSi.) 

On nommoit les arcs faciles ù bander sans tour 
ou sans moulinet, arcs de main, arcs îi main, et 
plus anciennement arcs maniers. 

Plus que ne giete un ars matiiers, 
Les envoient fuiant ariers. 

Alhis, US. fol. 79, R- col. 1. 

« La longueur d'un arc de main, qu'on faisoit 
« d'yf ou d'autre bois, éloit au moins de vingt poi- 
« gnées, de l'une ousche où la corde se metjusques 
« à l'autre. Quand Yarc étoit tendu, il y avoit entre 
« l'arc et la corde qui étoil de soye, tout les cinq 
« doigts et la paume large. La flèche ayant en lon- 
" gueur huit poignées, dès la bosce de la coche 
« derrière jusqu'au barbel, étoit garnie d'un fer 
« long de cinq doigts, et large de quatre, au bout 
<• des barbiaux ou pennons. » Ces proportions 
n'étoient pas si invariables qu'elles ne pussent 
avoir plus de longueur, puisqu'en parlant de ce 
même arc qu'on tendoit à la main , on a dit qu'« il 
« devoil avoir de long entre la coche du bout de 
« hault jusques à celles du bout d'embas vingt-deux 
« poignées, etc. «(Voy. Chasse de Gaston Phébus,Ms. 
p. 324 et 325. — Modus et Racio, ms. fol. 72 et 73.) 
L'expression « faire les buissons aux arcs, » signifie 
les préparatifs de la « chasse îi l'arc de main, » ou 
tout simplement de la chasse ii l'arc. (Voy. Modus 
et Racio, ubi supra.) On a la preuve qu'à la guerre, 
comme à la chasse, on se servoit d'arcs de main 

ou d'arcs à main. «Commencèrent à tirer 

« d'arbalestres et arcs à main très-fort contre leurs 
« ennemis. >• (Monslrelet, Vol.I, ch.ccxvii, fol.287.) 

Il est probable que l'arc de corps étoit l'arbalète, 
espèce d'aj-c dont les Turcs paroissent avoir été les 
inventeurs (1). Les Chrétiens, qu'on croit n'avoir 
connu l'usage de cet arc et ne l'avoir emprunté des 
Turcs qu'au retour de la première croisade, l'auront 
nommé par celte raison arc turquois. On ajoute 



qu'avec l'arc turquois, autrement Tare de corpSj on 
lançoitdesiiuarreaux, espèce de tlèches plus particu- 
lièivs à faibalèie qu'à toute autre espèce d'arc. « Les 
" Seigeans prindrent leurs ars turquoijs (2) et s'en 

« vindrent tous renger devant la porte du Chastel 

<( GadilTer et le Tors, Lyriope et Lisane.... jouoient 
« h tables.... Mais ainsi que Lyriope jecloit les dez 
« sur le tablier, ung Sergent tira d'ung arc de 
« corps par dedans la tour, et ferit contre le mur. 
<•■ Lors cheurentquarreauxsurla main de Lyriope. » 
(Percef. Vol. I, fol. 81, R» col. 1.) 

Quant en Chippre furent venu, 

Il recouvrèrent à planté 

De vivres à leur volenté ; 

Armes, chevaux, artillerie, 

Pour mettre dedenz leur navie ; 

Ars turquois, angins et briquoles, etc. 

G. Macliaut, piise d'Alaxaudrie. MS. fol. 217. 

Cet arc turquois, probablement le même que 
l'arc de corps, différoit peut-être de f aî'c à main, 
en ce que la force du bras ou de la main étant 
insuffisante pour le bander, on y employoit toute 
la force du corps. Il seroit possible aussi que par 
la raison qu'un arc tendu avec la main est tendu 
avec partie de la force du corps, on eûl nommé 
indifféremment nrc de corps ou arc de main, toute 
espèce d'arc qu'on bandoit sans tour ou sans 
moulinet. Ainsi l'arc de main dont on a parlé, étoil 
comme l'arc de corps, un arc turquois. « Puet-on 
« prendre les bestes à traire aux arcs, et à l'arba- 
« leste, et à Varc de main que on appelle turquoys. » 
(Chasse de Gaslon Phébus, ms. p. 324.) 

On nommoit ce même arc, un arc anglois; 
dénomination qui semble désigner l'adresse avec 
laquelle on se servoit en Angleterre de l'arc de 
main ou de l'arc turquois, qu'on croit être l'espèce 
d'arbalète propre aux Turcs, et dont les Anglois 
furent les premiers à renouveler l'usage interdit 
aux Chrétiens par les Papes. « L'a/"c de main que 

« on appeWc. Anglois ou turquoys doit avoir de 

« long, etc.... Des arcs ne scay-je pas trop : mais 
« qui plus en vouldra sçavoir, si aille en Angleterre ; 
« car c'est leur droit mestier. » (Chasse de Gaston 
Phébus, MS. p. 324 et 329.) 

L'arbalesle étant une espèce d'arc, on la com- 
prenoit souvent avec l'arc de main, le même que 
l'a?'c anglois ou turquois, sous le nom simple et 
générique d'arc. « Les Archiers doivent avoir leurs 

« arcs tenduz et estre vestuz de vert, et leurs 

« arcs aussi verz ; soyent arbalestes ou autres. » 
(Chasse de Gaston Phébus, ms. p. 332.) 

On a comparé la santé dont on abuse, à un arc 
qui rompt à force d'être tendu. 

Santés est ars que fols entoise (3), 

Qui à son besoing brisera : 

Or peust (4) cascuns quels il sera. 

Pofine de la Mort, MS. .lu R. n- 6987, fol. 336, R* col. 4. 

Dans le sens figuré, on désignoit une personne 



(1) Voir l'article Arbalète : il était déjà connu des armées romaines; le moine Richer en parle et il est représenté sur des 
miniatures du temps de Louis d'Outremer, (n. e.) — (2) Cet arc turquoijs, qu'on ne connaît qu'au xav siècle, avait des 
branches en os ou en corne, réunies par un ressort d'acier; les arsenaux du temps de Charles V contenaient encore des 
provisions de cornes de bœuf pour répondre à cet usage. (N. E.) — (3) D'un fréquentatif intc{n)sare, de intendere. (n. e.) — 
(4) Puisi, pèse, vaudrait mieux pour le sens. (n. e.) 



AR 



- 123 — 



AR 



toujours prêle à bien dire et h bien faire, en l'assi- 
milant a un Arclier, qui tenant Vare tendu est tou- 
jours prêt à lancer son trait. 

De bien fere et de dire a toz jors l'ace tendu 

Fabl. MS. du R. Il" 7218, fol. 202, R-col. 1. 

Si l'on exigeoit de quelqu'un autre chose que ce 
qu il avoit projeté de faire, on lui disoit : 

D'autre arc vous convenra traire. 

Fabl. M.S. de S' Germain, fol. 45, V" col. 2. 

On blâmoit un homme trop timide pour oser ce 
qu 11 s étoit promis d'exécuter, en disant proverbia- 

Coart est qui ne trait, quant son arc a tendu. 

Chaslie-Musan, MS. de S. Gerra. fol. 105, R" col. 2. 

h' arc-en-ciel, ce Météore qui paroîl dans les nues 
ligure en arc et diversement coloré, s'est nommé 
are celestre; comme signe d'alliance entre Dieu et 
es liommes a.rc fédéral, en latin arens fœderis 
(Voy. Rom. de la Rose, vers 18900. — J. d'Auton 
Annal, de Louis XII, an. I4!)9-ir)0I p '^0 ) 

Il semble que dans la satire dixième de Régnier 
« se préconiser cousin de ïare-en-ciel signifie 
« s exalter, s élever jusqu'aux nues. » 

S'idolâtre, s'admire, et d'un parler de miel 
be va préconisant cousin de Varc en ciel. 

Cette expression, imaginée par Régnier a été 
dn''vvn.Pi''I'^i"'l"v' d" r^orens, autre poëte satirique 

245 ^ ^^' ^"^'^^' '^'•'•'O*'!- <■''• T. XVI, 

En comparant à un arc l'espace que le soleil par- 
court du levant au couchant, on a pu nommer W 
rfHjo«r autrement are diurne, le jour artificiel qui 
se prend depuis le lever jusqu'au coucher du solei 
(\ oy Co grave, Dict. - Dict. des Arts et Sciences.) ' 

L arc, la plus simple des armes, et sans doute a 
première que la nécessité de combattre de loin ait 
tait inventer a 1 homme, même le plus sauvao-e fut 
aussi le premier signe de la victoire (1). Les mo'nu- 

menselevesàlagloiredesvainqueursreprésentèrent 
\irc avec lequel ils avoient triomphé des ennemis 
e ces monumens furent nommés arcs, ares triom- 
phans, aujourd'hui arcs de triomphe. .. Les Reis 
» soldent anciennement faire lever e voidre (2) ars ki 
« fussent signe e à remembrance de lur victorie .' 
vLivres des Rois, ms. des Cordel. fol, 04, R- col. 2.) 

Face chasteaux qui voudra et théâtres, 
4!lZ!'''l'T''"""' thermes, amphithéâtres, 
lours et dongeons, colosses monstrueux 
U or, bronze ou marbre, et palais sumntueux- 
Tout cela tombe et déchet en ruine ' 

Les Marg. de la Marg. fol. 3 v 

On ne pouvoit mieux désigner la figure de ces 
monumens que par l'expression voidre «m en latfn 
arciis volvere; d'où l'on a dit are r./„, « r S's 
arc voulte : en un seul mot arvoulu, arvoi^ S' 
arvout, e peut-être arbout, en latin «r,-o//«/co,: I 
traction dm-cus volutus. Il paroit qu'en Architec 
turc 1 arc valu ou Varvoulu, désigna génénlemeSt 



tout ce qui étoit figuré en arc, voûté en arc ■ une 
arcade une voûte, un cintre; une galerie ou autre 
Sn'chitœ"" '"*' ^°™^'^'^ ai^ade! en vSe! 

En un arool d'une cortine 
De soie ù gisoit la mescine 
.Se sont assis privéement. 

Rom. de Flo.re et Blanchellor, MS. du R. n" 6987, fol. 252, V col 3 

Josep qui enz fu herbergiez 
Desouzr<(,Toi(?» et logiez 
tn son ht sedormoitla nuit 

Concop.ion de la Vierge, MS. de la Clayelle, p. 161, col. 2. 
Quant Ulixes s'en est partis 
■lus avalent les arvolis. 
En lor palefrois sont monté etc 

Siège de Troye, MS. du R. n- 6987, fol. 81 , V col 1 
Fors des arvols del parleour / 

Ut une place grant et lée 
Ue haut mur tote avironée. 

Ibid. fol. 70, R« col. 1. 



Tos. V^' -^^ ^r '^ ^°'™*' «°'-e li sont coru • 
Ii^tV Z""^*'"' avoir ochis et confondu. ' 
Ahxandre s'es trais devers un arc voulu, etc ' 

Rom. d Alexandre, MS. du R. n- 6987, fol. 182rv- col. 2. 

Dans ces différentes citations qui prouvent F'ic 
cep ion générale d'arc volu, d'an;««/ , en n seul 
mot, d' arvolis et d'arvol, il n' est pns p lus fadle d'en 
distinguer les acceptions particulières que cellS 

« cSu fde'î.','''':f"'''''^^^'''^'°"' " J«-Vouvri? 
cest nujsdela.... et vous serez en cest«rct)oî//«<î 

for/oo'Tcnf ï'^'^"^''-^/')- " (L'-'"'^' du Lac T.t 
101. 100, R»col. J. — Voy. Arvol-lu. 

On designoit sans doute la forme cintrée d'une 
espèce d'armoire pratiquée dans répaisseur d"în 
mui-^ en nommant cette armoire un arcloum 
« La muraille d'.celle tour avoit bien quatorze 

par la main dextre.... le mena vers ung arc vanité 
" qui es oit par dedans le mur, moytié en terîe et 
" moytie dehors, et puis luy dist : Sire Conte vous 
« povez veoir ceste armairie qui est dedans ce 
« mur » (Percef. Vol. I, fol. 3, V» col 2.) ' ""^ 

I est probable que dans la Coutume de Blois, le 
mot «rc signi le un enfoncement cintré, de même 

arc voulte. « Si aucun veut faire cheminée ou arcs 
« en un mur commun et moytoien, il ne pourra 
« prendre que a tierce partie/dudit mur. .Tout 
s,en 1. 11, p. it,4. — Voy. Arcade.) Le narticine 
mute, voultis, ou volu étant retranche, on diso^l 
tout simplement are pour arcade, voûte, etc. fVov 
Gotgrave, Rob. Estienne, Nicot et Monet, Dict ) 

Un soupt'onne que par une allusion triviale et 
révoltante du mot In-eneux au nom de bernard,fon 
aura désigne par l'expression arc S' nernard la 

pM'fj;°P.';f'^'^'""." '''''^'''^ d'une voûté obscure 
et favorable aux besoins naturels des passans et 
que de là on aura dit « passer sous ïarc S' èer- 

.En.acambre....;»^..^L-î^^^^-(3)0n^^ 



AR 



— 124 — 



AR 



« tourner un pet de sexe masculin en féminin, 
sans passer sous Varc Seinct Ilernard. >• (Des Ac- 
cords, Escr. Dijon, fol. 4, V". — Voy. Cotgrave, Dict. 
— Oudin, Cur. fr.) 

Peut-élre qu'en parlant du clieval et du cliien, 
l'on aura nommé arcs dedevunl et tout simplement 
an's, les jambes ou partie des jambes de devant, 
parce que dans le mouvement pour marcher elles 
se courbent en arc. « Leurs chevaulx furent en 
« l'eaue jusciues es nrs; lors se mettent à nager. » 
(Percef. Vol. I, fol. 51, V" col. 1.) « Estoyent... leurs 
« clievaulx tous espaullez à cause qu'ilz avoient 
« hurlé au puys, des arcs de devant. » (Ibid. Vol. 
YI, fol. 19, V° col. 2.) « 11 faut... seigner le chien des 
>< deux venes qui viennent par le dedans des 
« espaules des jambes de devant qu'on appelle pour 
» les chevaux, les arcs. » (Du Fouilloux , Vén. 
fol. 80.) '< A chacune sorte de galle, il est néces- 
« saifc de seigner le chien des deux jarrets de 
« derrière des veines qui sont au dedans, et des 
« arcs. » (Charles IX, de la Chasse, page 82.) 

On terminera cet article en ajoutant que l'usage 
seul a restreint l'acception d'un mot, par lequel on 
auroit pu désigner toute espèce de chose dont la 
figure ou la forme a quelque rapport à la courbui'e 
et même à l'idée de la courbure d'un ai'C. (Voy. 
Arche.) 

variantes : 

ARC Orlh. subsist. - L des Rois, MS. des Cordel. fol. 50. 

AlRC. Chanson fr. WS. de Rerne, n» 389, part, ii, fol. 20. 

Arch. Livres des Rois, MS. des Cordel. fol. 24, R" col. 1. 

Arcq. Nouv. Coût. gén. T. Il, p. 60, col. 1. 

Ark. Britton, des Loix d'Angl. chap. Lxvi, fol. 1U4, R». 

Ars. (Plur. et sing.) Athis, MS. fol. 78, R" col. 2. 

Xm. Fabl. MS. du R. n» 7615, fol. 102, V» col. 1. 

Arz. (Plur. et sing.) Rora. de Perceval, fol. 272, V° col. 2. 

Arcade, subst. féni. Arc, demi-cercle. Enfonce- 
ment cintré, espèce d'armoire en cintre. Quelles 
que soient les acceptions usitées et inusitées du mot 
arcade, elles sont toutes relatives à l'idée de la 
courbure d'un arc. C'est dans le sens d'arc, demi- 
cercle, que par comparaison on a dit : « mettre les 
« mains on arcade sur les costes. » (Voy. Cotgrave, 
Dict.) 

Il est probable que dans les Coutumes de Gorze 
et de S' Mihiel, une arcade est la même chose qu'un 
arc dans la Coutume de Blois ; un enfoncement 
cintré, une espèce d'armoire en cintre, creusée 
dans l'épaisseur d'un mur. « Parois commun et 
« métoyen peut estre creusé jusques au tiers de 
« son espaisseur pour y dresser tuyau de chemi- 
" née, armoires, arcades, ou autres commodités. » 
(iNouv. Coût. gén. ï. Il, p. 1090. — Ibid. p. 1057. — 
Voy. Arc et Arche.) 

VARIANTES : 
ARCADE. Orth. subs. - N. Coût. gén. T. II, p. 1057, col. 2. 
Archade. Cotgrave, Dict. 

Arcage, subst. masc. Courbure en arc. (Voy. 
Arceure.) Vraisemblablement, une porte à'arcage, 
étoil une porte voûtée, courbée en arc. 



Prendent lor volage 

Vers la Cité qui estoit grans et large : 
Ens sont entré par le porte d'accoge. 

Anseis, MS. fol. 3i, R- col. 2. 

Arcajalet(l), subst. masc. Espèce d'arc ou d'ar- 
balète. L'arc ou l'arbalète avec lesquels on jetoit des 
pierres rondes nommées jalets, et (lu'on désignoit 
par l'expression are à )«/ef; d'où le mot composé 
arcajalet, altéré àans, arcanjelet que .Monet définit : 
« espèce d'arbalète à la main, tirant à baie et à 
« trait. » (Voy. Arc et Arbaleste.) 

VARIANTES : 
ARCAJALET. Ménage, Dict. Etym. 
Arcangelet. Monet, Dict. 

Ai'ceau,s(//)sL masc. Petit arc. Arc de triomphe, 
arcade, voûte, berceau. On courbe en petit arc la 
partie supérieure d'un berceau d'enfant, les deux 
pièces de bois qui jointes l'une à l'autre soutiennent 
une selle de cheval, les rejetons des ceps de vigne 
provignés. De là, les expressions arceau de bers, 
arceau de selle, arceau de provin en la vigne. 
(Monet, Dict.) 

En termes d'Architecture, l'arc, la courbure d'une 
voûte se nomme encore arceau. Mais il paroit que 
sans égard ;'t la terminaison qui caractérise un 
diminutif, la signification d'arceau étoit autrefois la 
même que celle d'arc, arc de triomphe, arcade, 
voûte, berceau. (Voy. Du Bellay, Mém. pièc. justif. 
T. VI, p. 366. — Alector, fol. 136. — Rabelais, T. I, 
p. 74.) En termes de jardinage, arceau désignoit 
aussi une treille disposée en voûte, en berceau. 
(Monet, Dict. — Voy. Arc.) 

Arcelor, verbe. Creuser en demi-cercle; can- 
neler. Il semble qu'on ait comparé à la courbure 
intérieure d'un arc, d'un petit arc, la circonférence 
concave d'un creux en demi-cercle, d'une canne- 
lure creusée sur une colonne ou sur un pilastre, 
lorsqu'on termes d'architecture on a dit, 1° dans le 
sens de creuser en demi-cercle : « Perron de mar- 
" bre, hault de sept piedz, de figure triangulaire, 
« et les costez arcJiele% en dedans en hémicycles, 
« faisans trois demi-rondes enfonceures. » (.\lector, 
fol. 11, V°.) 

2° Dans le sens de canneler : « Ronds pilliers 
« bien arcclez, et tous faits à feuillages, selon la 
« mode Lombarde. » (.1. d'Aulon, Annal, de Louis 
XII, an. 1502, p. 107.) 

VARIANTES : 
ARCELER. J. d'Auton, Annal, de Louis XII, p. 107. 
Arcmeler. Alector, fol. 11, V». 

Arceure, subst. Arc, cintre. Pièces de menui- 
serie qui entourent les meules d'un moulin. Arc, 
portion de cercle. Forme arquée, courbure en arc. 
Dans le premier sens on a dit : » Quant ilz vindrent 
« a un portail.... le Roi passa devant.... et veil 
« escript en Varceure, par dessus les deux huys. 
« lettres d'or. » (Percef. Vol. II, fol. 120, R- col. 2.) 

Les pièces de menuiserie qui entourent les meu- 
les d'un moulin, étant nécessairement courbées en 



(1) Mieux écrit arc-à-jalet. Voir, sur les arbatites, le résumé donné par M. Littré, add. au 1V« vol., p. 2573, 2« col. (n. e.) 



AR 



— 125 - 



AR 



arc, on en aura désigné l'assemblage par le mot 
arcure, dans une pièce de vers où le Poëtc fait une 
allusion continuelle de la vanterie à un moulin 
à vent. 

L'eureus Wagons a encovent 

Qu'il fera un molin de vent 

Or nos covient faire une suele 

Ki bien puist soustenir le muele 

Or me covient faire une arcure 

De celui qui a mis se cure 

En mentir, très cou qu'il lu nés. 

Ane. Pofl. Fr. MSS. avant 1300, T. IV, p. 1351 et 1358. 

Il paroit qu'en ces vers, arcure est de même signi- 
fication qn'archure. (Voy. Colgrave, Dict. — Dict. 
des .\rts et Sciences. — Du Gange, Gloss. lat. T. I, 
col. 04-2, au mot Archeura.) 

On sait qu'en Géoméliie l'on nomme arc toute 
portion d'un cercle. Le Zodiaque est un grand cercle 
de la sphère, imaginé par les Astronomes et divisé 
en douze portions. Ainsi, les arcures du Zodiaque 
sont les portions de cercle, les arcs qu'avant Coper- 
nic on faisoit parcourir au Soleil, en lui attribuant 
un mouvement relatif à l'ordre des signes du 
Zodiaque. « Le cler Titan (1) passant par les arcures 
■' du Zodiaque, par-devant la maison de la Vierge, 
<• jettoit son regard en terre. » (J. Le Maire, lUustr. 
des Gaules, liv. i, p. 78.) 

La forme d'un beau sourcil étant comparée à la 
courbure d'un arc, on a dit : « Considéra l'ampli- 
« tilde et spaciosité de son cler front bien arrondy, 
•< V arcure de ses sourciz noirs, etc. » (J. Le Maire, 
lllustr. des Gaules, liv. i, p. 110. — (Voy. Arcage.) 

VARIANTES : 
ARCEURE. Percef. Vol. II, fol. 120, R° col. 2. 
Archure. Cotgrave, Dict. — Dict. des Arts et Sciences. 
Arcure. Ane. Poët. fr. MSS. avant 1300, T. IV, p. 1358. 

Archaïsme, s!//^s^ maso. Ancien mot; expres- 
sion ancienne. Mot ou expression de l'ancienne 
Langue françoise. On en trouve de cette espèce 
dans les Poésies de Malherbe. La dernière Ode qu'il 
ait faite, est celle où il y a moins de ces expressions 
anciennes, de ces anciens mots, que Ménage a dési- 
gnés par le mot archaïsme; en grec a^xancfiis. (Voy. 
Observ. sur les Poës. de Malherbe, liv. ii, p. 327. — 
Dict. de l'Acad. Fr.) 

Archal, subst. masc. Espèce de métal; cuivre; 
laiton. En grec, le mot composé ÔQù^aXxoç signi- 
fioit œs montanuni; le métal, le cuivre qu'on tire 
des montagnes, et que les Latins, à l'imitation des 
Grecs, ont nommé oriclialcum. C'est d'après une 
idée dont Vossius indique la fausseté, qu'à cette 
orthographe primitive ils préférèrent celle d'auri- 
chalcum, contractée dans le mot françois arkal ou 
archal. Ce mot étoit de même significalion que le 
latin, lorsqu'on désignoit une monnoie de cuivre, 
une horloge faite en cuivre, en disant monnoie 
d'archal, horloge à'arcluil, etc. 

Je me gageroie 

Un denier d'argent ou d'archal, 
Se Bertran et le llaréclial, etc. 

Fabl. MS. du R. n- 7218, fol. 197, R- col. 2. 



. . . . Li tramist, se jou n'i fal (2), 
Uns moult rice orloge d'arkal. 

Ph Mouskes, MS. p. 71. 

On percevoit au profit du Roi, en 1315, un péage 
de deux sols dix deniers pour cent de Varcha! et fil 
A' archal trans;iorlé depuis le lieu où la Seine se jette 
dans la mer, jusqu'au' Pont-de-l'Arche. (Ord. T. I, 
p. 600.) Le cuivre passé par la filière se nomme en- 
core fil d'archal; expression dont on abuse en 
l'étendant au fil de fer. Quoique les éi/ingles soient 
des brins de fil d'archal ou de cuivre, on ne diroit 
plus aujourd'hui : 

J'ai bêles espingues d'argent ; 

Si en ai d'archal ensement. 

Fabl. MS. de S' Geim, fol. 42, V' col. 2. 

On substitueroit au mot archal celui de laiton ; 
espèce de cuivre moins jaune peut-être que Varchal 
dont le laiton paroit avoir été distingué. 
J'ai fsrmaiUez (3) d'archal dorez, 
Et de laiton sor argentez. 

Fabl. MS. do S- Germ. fol. 42. R- col. 3. 

VARI.\KTES : 
ARCHAL. Orth. subsist. - Fabl. MS. de S> Germ. fol. 42. 
Archail. Cotgrave, Dict. 

Archant. Labbe, Gloss. lat. fr. au mot Aurichalcum. 
Archat. Des .\ccords, bigarrures, fol. 30, R". 
.\rich.\l. Bourgoing, de Orig. Voc. Vulg. fol. 65, V». 
Arkal. Ph. Mouskes, MS. p. 71. 

Archangle, suhst. masc. Archange. En latin 
Archangelus. (Voy. Arche, principauté.) 

Archarage, subst. masc. Service d'un Archer. 
Ce mot qu'on trouve dans les titres féodaux, anté- 
rieurs à la cessalion de l'usage de l'arc à la guerre, 
signifioit le droit qu'avoit un Seigneur d'exiger d'un 
certain nomb; e de vassaux, le service d'un Archer. 
(Voy. Borel, Dict. — Dict. de Trévoux.) 

VARIANTES : 
ARCHARAGE. Borel, Dict. - Dict. de Trévoux. 
.\rcair.\ge. Dict. de Trévoux, au mot Archarage. 
Archairage. Borel, Dict. au mot Archarage. 
.Arquairage. Id. ibid. — Dict. de Trévoux, iibi supra. 
ARQUAiR-i^TGE. Borel, Dict. abi supra. 

Arche, subst. fém. Arc de triomphe. Arcade. 
Archipompe. Coffre, trésor, archive. Cellier ; cuve. 
Bâtiment de mer ou de rivière. 

Anciennement le mot arche, dont on a restreint 
l'acception relative à l'idée générale de courbure en 
arc, signifioit arc de triomphe. « Oid la nuvele que 

« li Reis ont fait voldru une arche que fust signe 

« e demustrance de sa victorie e de sa glorie. » 
(Livres des Rois, .ms. des Cordel. fol. 19, R° col. 1.) 

Les arches }[ariennes étoient les arcs de triomphe 
élevés à la gloire de Marins. >< Ces arches avoient 
« fait détruire les Sénateurs; mais César les fist 
» redresser et réparer. » (Triomphe des neuf Preux, 
page 294, col. 2.) 

De là , l'expression arche triomphante , dans 
P. Desroy(à la suite de Monstrelet, fol. 118, R°. — 
Voy. Arc.) 

L'arcade est une voûte en arc comme Varche d'un 
pont. Néanmoins on ne diroit plus, en parlant 



(1) Le Soleil, petit-fils de Titan, fils d'Hypérion. (x. e.) — (2) Si je no m'y trompe. — (3) Espèce d'agrafes. 



AR 



— 126 - 



AR 



d'édifices en général, qu'ils sont faits par arches et 
piles. (Voy. Mcol, Dict.) Il semble que \ arche d un 
moulin ctoit res[)6ce d'arcade sous laquelle tourne 
la roue d'un moulin ii eau. » Le sault du moulin, 
« restancbement qui porte le moulage, soit de hois 
c< ou de pierre; Varche du moulin la maison dont 
« le moulage est couvert, etc. » (Boutedler, Som. 
rur. liv. 1, lit. Lxxiv, p. 431.) v , • 

Dans un sens qui paroît analogue à celui 
û-arccure, archure, le mot arche signifioit en 
termes de marine, arcliipompe ; une enceinte de 
planches, au milieu de laquelle les pompes d un 
vaisseau sont élevées : « une clôture faite entour 
« les escoutilles des pompes pour les garantir 
« d'estre heurtées. » (Cotgrave et Nicot, Dict. - 
Dict. de Marine. — Voy. Akceure.) 

On a la preuve que la plupart des significations 
du mot arche étoient communes au mol arc, et que 
par comparaison l'on nommoit arc, un lieu voûte, 
un enfoncement fait en voûte ou en cintre, dans 
l'épaisseur d'un mur. Anciennement, les lieux, les 
bàlimens faits pour lagarde et la sûreté des trésors, 
des titres, et autres choses qu'on y enfernioil, 
étoient assez généralement voûtes (1); les cotiies 
bombés, etc. Il seroit donc possible que relative- 
ment à l'idée de voûte, de courbure en arc, on eut 
désigné par le mot arche, ces coffres, ces lieux ou 
ces ijàtimens, et même avec extension ceux dont a 
structure ou la forme n'avoit rien de relalit à a 
figure d'un arc; maison trouvera peut-être celte 
conjecture moins fondée que celle des Etymologis- 
tes qui rapportent à l'idée de l'usage de 1 arc avec 
lequel on éloignoit de soi l'ennemi dont on craignoit 
d'être approché, cette signification générale du mol 
arche, en latin arca, dérivé comme arc, en latin 
arcus, du verbe arcere, en franç.ois éloigner. Quoi 
qu'il en soit, les arches à garder des titres et 
papiers, des trésors, des pierreries, des habits 
et autres choses qu'on vouloit mettre en surele, 
étoient des coffres, des archives. (\oy. INicot et 
Monet, Dict. - Ord. T. III, p. 437.- Valois, notice, 
page 453, col. 2.) 

D'une Roi ly souvenoit qui tenoit si grands marches 
Que feist, par bel sens, taire quatre petites arches... 
Pleines furent d'espices, de pierres précieuses. 

Rom. de Ger. de Roussillon, MS. p. 95. 

En comparant la gloire établie sur l'opinion des 
hommes, à une arche, h un trésor qui n'est pas en 
sûreté, l'on a dit : « Celé glore est vaine ke cil 

« prennent li uns de l'atre ! tu fols qui el sac 

« parlusiet (2) assembles tes merz, ki ton trésor 
« estaulis, cuides ke cesle arche soit close el k èle 
« ait serres (3). « (S' Bernard, Serm. fr. ms. p. 34.) 

Les arches des Amans, espèce d'Officiers déposi- 
taires des actes publics, étoient leurs archives. 
« N'emporte hypothecque l'obligation passée devant 



« Notaire, que du jour qu'elle est mise en arche 
« d'Amant. " (Coût, de Metz, au iiouv. Coût. gén. 
T. II, p. 399. — Voy. Amman.) 

On nommoil arches communes, les archives 
d'une communauté, d'une ville, le lieu où sont de- 
posés les titres el l'argent des villes qui sont en 
communauté. La révolte de la ville de Montpellier 
lui fit perdre en 1379, « ses Consuls, Consulat, 
« Maison, Arches communes, et cloches. » (Chron. 
S- Deny.s, T. m, fol. 46, Vo.) 

Les archives de l'Ordre de S' Jean de Jérusalem 
à Malte, sont les Arches de la Religion dont parle 
(Brantôme, Cap. Fr. T. IV, p. 171.) 

On sait que Varche d'alliance, en latin arca 
fœderis, mots qu'on reconnoît dans l'ancienne 
expression arce fédri, étoit une espèce de coffre. 
« Uarce fédri.... en la quelle fu la verge Aaron et 
a les tables del Testament, etc. >> (Chron. d Outre- 
mer, MS. de Berne, ir 113, fol. 166, R" col. 3.) 

Il est possible qu'au moyen de l'extension, ou de 
la signification générale qu'on vient d indiquer, 
l'on ait désigné en françois par le mot arche, 
comme par le mol arca en latin, certains meubles 
et bàlimens dans lesquels on gardoit, on metloit en 
sûreté, autres choses que des trésors, des titres, 
des habits. On soupçonne même que le mo\aiiche, 
comme altération d'arche, peut avoir signifie une 
espèce de cuve. (Vov. Borel, Dict.) Quoi qu il en 
soit, il est prouvé qu'en substituant / à ?• dans 
archa, l'on a écrit eu latin alcha pour arca. Peut- 
être qu'en françois, par le changement de r en n, 
l'on aura écrit anche pow arche. Il paroitd ailleurs 
que dans un litre de 1262, ce mol anche (4) es de 
même signification que le latin alcha dans un litre 
de 1253, el qu'ils y désignent l'un et 1 autre, un 
cellier. >■ Li Abbés et li Convens ont quitel à Martin 
« une anche qui siet derier sa maison. - (D. Car- 
pentier, Suppl. Gloss. lat. de Du Gange, au rnot 
^^Iciia. — Id. ibid. aux mots Arca et Archa. - Voy. 
Anche et Anse.) . ^„ff„„ Aa 

Enfin, il semble qu'on ait comparé à un coffre de 
forme bombée, l'espèce de bâtiment de mer ou de 
rivière, qu'on a désigné par le mol arche, sans 
égard à l'usage qui paroît l'avoir consacre spéciale- 
ment à signifier Varche de Noé. 



Marchant qui par la mer marche 

En nef, en calane ou en acc/te 

Percef. Vol. II, fol. 84, V- col. 1. 

VARIANTES : ^ j , r,jn 

ARCHE. Orth. subsist. - L. des Rois MS. des Cordel., fo 19. 
Anche. D. Carpentier, S. Gl. de Du C. au mot -ycha- 
Arce. Chron. (f Outremer, MS. de Berne, n° 113, fol. 166. 
Arque. Borel, Dict. au mot Arche. 

Arche, subst. masc. Principauté. En grec dQxn, 
principatus en \alïn. « Macédoine fut jadis nommée 
a Emathie, après Emathion qui en fut le P'emiei 
a Roi En celle région étoit une arche nommée 



<1) On trouve ce mode de conslruction 
signifierait donc coin et aurait pour diminutif «ji^iOms. (n. e.) 



AR 



— 127 — 



AR 



« Panlhome où régna Thessalus. » (Hist. des neuf 
Preux, p. lOG.) 

Il paroît évident que dans les mots composés 
Archangel, Archiabbé, Archediakene, Archeprestre, 
Archite'cleur, et autres dont rénumération seroit 
trop longue ; la signification d'arche el archi , est 
analogue à celle dii mot grec «c/ôf, en latin pr in- 
ceps. \es idées de principauté, de primauté, de 
supériorité, de maîtrise, sont tellement liées les 
unes aux autres, qu'elles forment une seule et 
même idée générale de supériorité qu'on exprime 
en nommant, 1° Archangel, Archangeles, Archangle 
ou Arcangle, un Ange supérieur, un prince des 
Anges. (Voy. S' Bernard, Serm. fr. mss. p. 2. — 
FaiJl. Ms. du R. n° 7218, fol. 58, V° col. 1. — Ane. 
Poët. fr. MSS. avant 1300, T. II, p. 806. — Chasse de 
Gaston Phébus, ms. p. 385, etc.) 

Gantés, Arcangles S' Mikieus, 

Devant Dieu, ma cançon nouvèle 

Soit de vous mes esprits reçus, 
Qant mors li taura sa cotele. 

Ane. Poës. Fr. MS. du Valic. n" 1490, fol. 120, R". 

2° Archiabbé, en latin Arcliiabbas, un Abbé mili- 
taire, un Abbé laïque (1) qui s'arrogeoit la supériorité 
sur l'Abbé ecclésiastique. « Les Grands et Gens de 
« guerre jouissans des abbayes, non-seulement se 
« disoient Abbez ; mais aussi Arcliiabbez-, comme 
<• qui diroit premiers Abbez et commandans aux 
« autres, pour différence d'avec ceux qui faisoient 
» lesfonclions. »(Galland,duFranc-aleu,p.294-29C.) 

3° Archediakene , en latin Archidiaconus , un 
Supérieur ecclésiastique à qui l'on attribue une 
espèce de juridiction sur les cures de certaine partie 
d'un diocèse. (Voy. Archediakene.) 

4° Archeprestre, un Prêtre ou Curé supérieur aux 
autres Curés, en quelques diocèses. ;Y. Archeprestre.) 

5° Architecteur, le Supérieur, le Maître des 
ouvriers employés ù la construction d'un bâtiment 
dont rArchilecteur ou l'Arcbitecle a donné les plans 
et les dessins. « Commanda venir incontinent mais- 
<> très ArchitecteiD's pour deviser sa sépulture. » 
(D. Florès de Grèce, fol. 4i, \'°.) 

Quel que soit le nombre de ces mots composés, 
tous expriment une idée de supériorité dans les 
dilîérens genres que désignent les mots simples 
auxquels arclie et archl sont réunis. Il y a une 
supériorité malheureuse que l'on condamne, ou 
qu'on ridiculise en nommant archifripon, archi- 
paresseux, archifou, archipédant, un homme d'une 
friponnerie, d'une paresse, d'une folie ou d'une 
pédanterie extrême. L'usage de ces mots composés, 
auxquels on substitue souvent l'expression, maitre 
fripon, maitre paresseux, etc. n'est pas nouveau 
dans notre langue, et paroit remonter au w siècle. 

Ai'chediakene, subst. masc. Archidiacre. Il est 



si ordinaire aux Langues en général, de substituer 
l'une à l'autre les lettres consonnes ?• et ?(, qu'on 
trouve naturel qu'en françois on ait prononcé et 
écrit indifféremment Diakne ou Dlahre (2). L'altéra- 
tion d'arche et archi dans le mot composé Archedia- 
cre ou Arcliediakene, en latin Archidiaconus, est le 
principe évident des orthographes Ercliidiakin, 
Arcediacre, Accediakre, etc. On a la preuve que 
dans la latinité du moyen âge, on contractoit le mot 
Archidiaconus en prononçant et écrivant Archiaco- 
«»s;dans le langage des Bretons, Archiago)!. (Voy 
Du Gange, Gloss. lat. T. I, col. 643.) 

Quant à l'orthographe .Issedjflcjr, on la regarde- 
roit comme l'elTet d'une prononciation commune 
aux deux ss et au c suivi de la voyelle e dans Acce- 
diakre, si l'on n'étoit autorisé à croire avec Cotgrave, 
que pour ridiculiser le titre d'Archidiacre on écrivoil 
Assediacre, ou Astiacre comme Henri Estienne. Cet 
Auteur, après avoir parlé de l'indulgence de l'Archi- 
diacre du Hardas, pour le libertinage des Prêtres 
dont il analhématisoit le mariage en ces termes, 
» qu'à tous les Diables soyent donnez ces vilains 
« qui se marient, veu qu'on leur permet de paillar- 
« der, ajoute ironiquement ; voilà la sentence de ce 
« bon Astiacre ou Archidiacre. » (Apologie pour 
Hérodote, p. 324. — Voy. Cotgrave, Dict.) 

Peut-être que l'expression " se morver en Archi- 
» diacre » est une satyre de la grossièreté indécente 
avec laquelle certains Archidiacres, dans le cours de 
leurs visites, aunoncoient leur supériorité (3). Mais 
si l'on en croit Le Duchat, c'est une plaisanterie que 
faisoit Rabelais sur l'effet physique de leur embon- 
point, lorsqu'il représentoit Gargantua, <• crachant, 
" toussant, sanglotant, esternuant, se morvant en 
« Archidiacre, et desjeunant pour abbatre la rosée 
« et mauvais air. » (Voy. Rabelais, ï. I, p. 132. — 
Id. ibid. note de Le Duchat.) 

Il est possible que dans le temps oh les Archi- 
diacres faisoient en toutes saisons leurs visites à 
cheval et même à pied, on se soit avisé de désigner 
un homme bien croté, en disant proverbialement 
qu'il étoit « croté en Archidiacre. » (Voy. Pasquier, 
Rech. Liv. vm, p. 701.) La haine a fait un crime à 
Pasquier de l'origine de ce proverbe, que le P. 
Garasse regardoit comme une plaisanterie digne 
d'un « Huguenot, » d'un « tiercelet de Calvin, » 
comme une profanation du mot et Office des 
Archidiacres. (Voy. Garasse, Rech. des Rech. p. 838.) 

variantes : 
ARCHEDIAKENE. Duchesne , Histoire généalogique de la 
Maison de Béthune, p. 152, titre de 1257. 
AccEDiAKNE. D. Lobineau, Hist. de Bret. T. II, pr. col. 409. 
Accediakre. D. Morice.Pr. deTHist. de Bret. T. I, col. 1003. 
Arcediacre. Perard, Rec. de pièces p. l'His. de Bourg, p. 501. 
Arcediakene. Ph. Mouskes , MS. p. 97. 
ARCHEDI.A.CRE. D. Touss. du Plessis, Hist. de Meatix, T. II. 



(1) On pourrait les comparer aux laïques qui, au ix= siècle, convoitaient l'autorité des archidiacres et se substituèrent 
aux clercs. Charlemagne s'oppose à cet envaliissement dans ses capitulaires ; Orderic Vital, en 1066, le représente comme 
habituel ; Innocpnt III s'en plaint encore à la fin du xil' siècle, (n. e.) - (2) De diac'nus : de même tympanum, devenu 
twnpniim, a donné timbre; co})hitnis, devenu coph'nus, a donné coffre; et orrfi/iem, devenu Ofd'nem, ordre. {N. E.) — 
(à) Les archidiacres, en efîet, dépouillèrent les évêques de leur juridiction, de l'an 1000 à 1200, et devinrent plus passants 
que leurs chefs spirituels, (n. e.) 



AR 



_ 128 - AR 



p. 64, litre de 1 177. - Test, . n-, du O' d'Alencon, à la suite 
de Joinville, p. 1?5- avantl300,X. lV,p.l349. 

AssEDiACRE. Cotgrave, Dict 
É^^;;^;;^^^?^:?:t:i,Ï^'^.?oJ^o.. VU. delcos. 

Arclielet, subst. masc Petit arc. (Borel, Dict.) 

Arohelettc, subst. fém. Petite arche. Petit 
corne On t?ou?e clans Cotgrave, Dict ces deux s>gni- 

ficaluiiis relatives à celles du mot arche. (Voy . AncE.) 
AiThenrebstre, subst. masc. Arcliipretre. 
Qudes^iue soient lesorlhographes diiïérenlesdece 
mot el esne sont rien moinsquessenlielles; pui.- 
Suno%ii du /* changé en t., et du i supprime dans 
TfZS>Ttre (l), en latin Archiprcsbyter, se forme 
fout Su e en eut Torthographe Archcprovoirc ou 
aT^ î; om'", prononcé quelquefois Archcpvemie, 
en substituant 'H à la lettre consonne r. ^\oy. 
'X^InS^^Q^'lePoëte, auteur d-una,K;ion 
Fab au inilulé Confession du Renard, songeoil a 
Lvèn-'er de quelque désagrément personnel qu i 

lUrSouvé^ la part ^-^J^^f^^^^S^^ 
flP^io-noii ràne associé au renard dans un p6ierina5,e 
fKr, en le nommant Bernard lV4rc/-^.m|S^re ou 

YArrhrmvoire (Vov. Fabl. ms. du R. n" i2i8, fol. 
48 et 4' R» col 1 ) li seroit possible aussi que ce 
fût une uSusîin salyrique ù rigaorance des bccle- 
ïasîiques en général, dans les xu' et xi.r siècles. 

VARIANTES : 
ARCHipROVOiRE. Ibid. fol. 49, R» col. 1. 

Archer, subst. masc. et fém. Qui tire de l'arc. 
On lîe deffinoit pas toujours un homme de guerre 
de iistice ou de police, lorsqu'en général on nommoi 
jSer celui - qui tiroit de l'arc qui usoit d aie et 
« de flèches. » (Voy. Monet, Dict.) 

Ki voit venir son anemin corrant 
Por traire à lui grans sietes d aicier, 
Bien se devroit destorneir en fuiant, 
S'il pooit guerantir, de Vairchier. 

Chans. Fr. MS. de Berne, n- 389, pari. I. fol. 8U, R . 

Dans le Roman de la Rose, Vénus irritée contre 
Honte ei Raison, constamment opposées au bonheui 
de V.Unant, combat pour lui avecl arc et les flèches 
de l'Amour : 

Puis ainsi comme bonne Archiere, 
Par une moult petite archiere 



nue nature eut par grant maislrise 

Entre deux beauLx Vi^lZ'ITi!se!l^^.m,-^.i^^O. 

Les œillades amoureuses sont '«^ "è'^'^^s dont on 

fpint nu'Amour, à l'aide de son arc, blçbbe nos 

Srs Dt^Ui, on a dit l^.gurément que es yeux 

^Zni archers de cœur, Archers d'amours. 

! Same à Damp Abbez et Damp Abbez à Madame, 

ès'STx arc/-zms de cucur, peu à peu commen- 

< rèrent l'ung des cueurs à l'aultre traire..... Damp 

Abbez qui de ceste queste nouvelle esto.t sur tous 

leSs ioveulx.... selieve.... et revient a Madame 

et de iove vis-à-vis elle se siet. Lors recomman- 

: cè.ïntleurs«rd</VrsdVnKOHrsplusforlatra,re. » 

^'ïSS'of âSi en France l'usage de i;arc 
à Ui "ueïe et celui de l'arbalète, les Archers for- 
. îenune'c les Arbalétriers une ™> '^«Jj ^f^ 
cinni uarlie combaltoil a pied, et 1 autie sei\ou ae 
Cavalerie légère. Le Roi Charles VIll, en insutuan 
£ CompS^ies d'Ordonnance dont chacune fu 
romnosée de cent Lances , c'est-a-dire de cent 
homSes d'ames, voulut qu'à leur suite ils eussent 
Ses l Sm à dièval. Ces Archers, les mêmes sans 
doui aïe ceux à qui il ordonna de loger chacun 
aîeileïÏÏance 2), étoient probablement les Arcbers 
â'O donnance.\.''Le Roy ordonna que les A,j-rj;s 
„ logeroient chacun avec leur lance. 'M^Jall'ieu de 
roucv Hist. de Charles Vil, p. 610.) •• Des Cent, ae 
«"uerie de l'Ordonnance du Roy, mourut environ 
loTs cens7rc/u.rs de ladite Ordonnance sans 
„ lés Francs-archers. » (Chron. scandai, de Loui. 

"^l^S-ard^^i étoient ainsi nommés, par la 
ra'stn qïfls étoient affranchis Je tout subs.d . 

tx Lieux faisans; lesquels enfin esprouvez 

: Snîexempts de la taille, ^.^^^^^^.^ 

„ rhpv auand 1 seroit question d aliei pai pays.^ 

Ces -ens pour cette exemption et la sorte d armes 

nSe'p us communément ils manioient furent 

ZlS!z Francs-archers. '^ ^^"-,f„ h.Î " for^ 
n 15 et 110 ) Cette milice des Francs-arLhns,\oT 
p. iij ei Y,, ,.r;^ vil vers l'an 1448, s'aguerrit de 






opWé au chorèv^que qull -PP>- ^„^^^y4°rchPprl?;le' on^^^^^^^ 1. plus ?o-ent avec le do,.nJ^^^ 
SurestafeTpfyll ^Im^^en tetpVdT^aîx^ feTfnstructeurs éta.entdes Suisses. (N. E.) 



AR 



— 129 — 



« leur service celui des Adventuriers et des 
« Puisses. » ^Voy. Fauchât, ubi supra, p 117 ) 

Il paroît qu-anciennement les Archers, comme 
les Archers des toutes, étoient OHiciers de la 
Vénerie de nos Rois. Dans le procès-verbal des 
Coutumes de Vermandois, il est fait mention d'un 
" Jul 1^ v'^^n"^* ' mesureur du greniei- à sel de la 
ville de Vaily, seigneur de Toute-fille, el Archer 
•^des toutes du Roy. » (Voy. Coût. gen. T. I, p. 553 ) 

m-JlvT^v'' i^'^K' '"' ^^'y etoitsans doute un 
Of icier de 1 espèce des Archers placés entre « les 
« Louveliers el les Vallels à chiens, sur les estais 
« des Roys Phihppes III, Philippes-le-Bel et Philippe t 

Frî:i;iS'Sc.'p.'3SJ:) '^' '•"*^'' ''''■ ''' ^-'^^ 

Quoique l'arc ne soit plus l'arme des hommes qui 
accompagnent les Prévôts, soit pour les honorer 
SOI pour exécuter quelque ordre relatif ù l'adminis- 
trafon de la .îust.ce ou de la Police, on a conli ,é 
de les nommer «Archers, parce que les Rois et 
" SiL""^^ souverains, et les Prevosts de leurs hos- 

mP^;,P "l/n-^'f"" ''*? '^"''= personnes ou autre- 

{voT Ni'cot^S.T """ " '""' ''''''' ''''■ '• 

VARIANTES : 
p. 1652 °''*^" ^"^^- ~ '^"''- ^°^^- '■'■• ^'S- av- ^300, t. IV, 

AmcHiER. Chans. fr. MS. de Berne , n« 389, part I fol 80 I 
Archier. Lanc. du Lac, T. III, fol 4 V» col '/ ' 
ARCIEK. Hom. d'Ale.xandre, MS. du R. n. 6987"'fùl "01 
Archiere. Hom. de la Rose, vers 19403. 

Archerer, verbe. Tirer de Parc, chasser à Parc 
On a employé ce mot pour désigner le droit de chas- 
ser, dans un temps où Ton chassoit à Parc ■ « droit 
^archerer sur une terre, » le droit d'y chasser à 

â'ei.lxT ^a" ^''''V'' ^^ (-"-amesni^^dans le ir 
siècle, (voy. Arçoieb.) 

Archerie, subst. fém. Action de tirer de Parc 

On peut voir quels etoient les « dix enseignements 
dumestierd'^rc/^cm, » dans Modus et Racio îi 

dthf^T^l'^^' ^'?^ traitoit de l'exercice de Parc 
etoient des livres ù'Arclœrle. (Voy. Modus et Racb' 

Enfin un lieu propre à l'exercice de Parc était une 
Archerie. (Voy. Cotgrave, dict.) 

/v;^^'A***^*■*'*',f"^^'■ "''*«^- Diminutif d'Archer 
(Voy. ARCHEH.-Voy. Oudin elNicot.Dict.) Nos poètes 
çonservoient à PAmour son arc et ses 11 Ses 
lorsqu'ils le nommoient Archerot ' 



AR 



■ . . D'un nain, d'un bastard, d'un Archcrol ssnq vo,,^ 
Font, non un Dieutelet, ains un maistre des Dièux^ 

vp^*'*^'^*^f' ^"^'^*- ""^«^'- Coffret ; trésor. On obser- 
vera que les acceptions encore usitées de ce mot 
«r^/;^ï sont relatives à l'idée de la couilure d'un 
rc I est possible que relalivement .', la mêmeidéS 
lait signifie colTrel, trésor, comme arche si< nifoit 

K'r/'S ^e'.^T^ ^'^-^ Q"«' "" '• ^" «oit '^oÛt 
uueiiet û& sa riche aumo re .. o'éloit en sfvi 
poétique du xvr siècle, « ouvrir les trésors p S 
« esprit, de son imagination. V ^ ^^" 

Abbé d'Auton et maistre Jehan le Maire 
Ouvrez Varchel de votre riche aumaire^' ' ' ' 
Lt composez quelque plaincte sommaire etc 

et J< • Mv""' delïcndons marchepier à Var. 
"fhet etc. » Mais, en rapprochant cette défense riP 
celle faite aux Pécheurs par Part xlvh d'imp Orll 
iiance de Charles VI, en clatc du mo s de ma'rs m 
e re, eree par l'art, lxxh d'une autre do ,S 
en dale du mois de septembre 1402, on acnuiért h 
preuve évidente qu'au lieu de .. niàrcle S Xi 



Heureux ceux-là qui dans les retz surpris 
De 1 A rchcrot, filz de la Cithérée, ^ 

i-euvent donner par leur plume dorée, 
A leurs moitiez, des plus belles le prix. 

Poés. de J. Taliureau, p, d06. 

(1> C'est le diminutif d'arcAe : il en a tous les sens. (n. e.) 



Ai-chiabbé, suhst. masc. Premier Abbé En la. 
tni Archmbbas. (Voy. Arce, au sensde piSncip^mté.) 

Archie, subst. fém. et masc. Portée d'arc L'es- 
pace que parcourt une fièche lancée avec un w 
; Il estoienl à deus archks de nos, dev ni Baruth »' 
OV artene, Ampl. Coll. contin. de G. de Tyr TV col 

J '■ ■\''" partent Lancelot et le Nayn en une forest 

istt^'^sT^^'^r '^'"'^■- " ^'""""^ 

. . . Fut ensus de la rivière, 
Ausi comme une archie entière. 

G- Guiarl, MS. fol. 279 V- 

Cest probablement pour le besoin de la mesure 

La seconde bataille vient 

Qui trois arcMers de front tient 

Gace de la Signe, des Déduits, ilS. fol. 57, R- 
Devant la porte a une place 
Qui tient deux archiez d'espace 

G. Machaul, prise d'Alexandrie, MS. fol. 225, V" col. 1. 
A tant sont les os aprociés 
Assez, à mains de deux arciés. 

ri'- Mouskes, MS. p. 181. 

Si l'on avoit la preuve que, dans la signification 
Aarchoier,on eût dit archier pour lirn eSc 
on pourrait croire que l'orthographe archier alté- 
rée peu -être dans archie. étoît un verbe qui' pis 
busbtantivement, signilioil portée d'un trait d'arc 
blemPnf'nn'"f f "' «''^"«''■«Phe «r.ft/.r est v i-' 
blemei t une faute pour archiée, dans la citation 

Ô';'''ï -n' ' Tr '" ''■* ^"'■'^^f' '"* et ses cômpSf- 
« gnons. Quand ilzsontentrez dedans, unearchien: 



4T 



ÂR 



— 130 — 



ÂR 



« siliève entour eulxungcry. - (Une. du Lac, T. Il, 
fol. 10, Y" col. '2. - Voy. Auchiee.) 

VARIANTES : 
\RCiK Ph. Mouskes, Mb. p. 181. 

s . . 'eS lîastué une «rd.e. que, etc. . 

(Llnc.duLac,T.l,fol.l41,V"col.l.) 

Près des rens, à mains d'une avchwe, 

Si comme on ma fait entendant, 

se vont les François estendant.^^ ^^^ ^^^ ^. 

VARIANTES : 
ARCHIÉE G. Guiart MS ff-^^^i f °. ^^^ .^ 
Archée. Lanc. au Lac, i. .i, lui. i-**! 



* i»:»,.*. <:)y//s/ fcm. Espèce de meurtrière, 
Arcluere, ««^f -^f '^'^'^ , d^^^^ le premier sens, 

l^^L'S;Jn?dèrn,ur^. (Cl.ro,.. de Sa,,,lDe„,s, 

T 1, fol. "207, Y°.) 

Aux archieres de la tour 
Sont arbalestres^tout^entour. ^^^^ ^^^^ ^^ ^^^^ 

On a dit en parlant de la mort : 

Elle est tout ausi en agait, 

Probablement, le mot archiere signifioil voûte, 
Dorte à V archiere. 

Archif subst. masc. et fém. Chartrier; dépôt 
nnbUc 11 V a différentes opinions sur 1 etymologie 

tj'ii pst de même origine que le mol arcne, c est pai 
L ml. irrS'o" que tous deux ont signi^iie coffre^ 

mSarchifve, coffres à tenir papiers. (Voy. 

^Tu'iennement, on écrivoit ard»/' pour archives 
. tdonnoTèn mandement à nos amez et féaux 
t P^ràndSeneschal de Provence, Gensdenostre 
: Conse^royàrMaistres rationaux et Archivaires 
: §e nos re Chambre et Archif d'Aix, etc. » (Gpde- 
frnv Observ. sur l'ilist. de Charles Ylll, p. ^39 
Uorthograihe archil n'est sans doute qu'une alté- 



ration de l'orthographe archi . " Si ne puis-je tiou- 
! ver desduelz Roys ilz furent faictz Contes ne Ba- 
rons ne par les livres et caterves de l'ardu/, ne 
: de ?à seJlie de Naples, où se souloient trouver 
„ tous les faicts dudit Royaume. » (La Salade, 
fol. 45, Y" col. 2.) 

VARIANTES : 
ARCHIF. Godefroy , Observ. sur rHist. de Charles \ Ill,p. 530. 
AncHiL. La Salade, fol. 45, V col. 2. 
f.S;vE"MénSè,'obs. sur la Lang. Fr. part. II, p. 412. 

Architecteur, subst. masc. Architecte. (Voy. 

Arche, principauté.) 

Architectonique, subst. (^m. Architecture. 
L'art de l'Architecte, en grec «e^^r.xro,». « Meca- 
« nique... esloil suivie par Agricultuie, Chasse, 
„ PeSerie, Navigation, Marchandise, ^yOitecto- 
: «îgSÎ et Laniflce. .. (Les triomphes de la Noble 
Dame, fol. 5, Y°.) 

Archivaire, subst. masc. Garde des archives. 
(Voy. Archif.) 

Arcipoles, subst. masc. Il semble qu'on ait dé- 
sioi^é le pouvoir de Cupidon arme de son arc, en le 
Simanr^rc/i;o/es, 'peut-être du latin aveu 

pollens. 

Arcipoles tient un arch taint en gramne. 
Dont si doit tret qu'un coer perce parmi , 
Et ce sont ceuls quOiseuse ou vregier mainne. 
Dont portier sont^le_sJ^ Mercuru.^^^ ^^^_ ^. 



Arcoier, verbe. Tirer de l'arc, chasser ù 1 arc, 
se courber en arc, plier. (Voy. Arçonner.) 
On disoit au premier sens : 

Un jour ala li Dus kacier 
En sa foriest et arcouer. .,<. „ oju 

Ph. Mouskes, MS. p. oa*. 

Or devroie-jou rivoiier 
Et par mes foriès arcotiei: 

Id. ibid. p. 227. 
Pc ornnc; fnrès aloient arcoier et berser. 
''\^om. Awr?, mI. du R. u- 6987. fol. 201, R' col. 3. 

Dans le second sens : 

Lances ont droites que ne ploient ; 

Ne si ne traignent, "e ,f^-t"7'^!-v. col. 1. 

Les lances grosses si roidoient 

Que sans brisier toutes^«rcfto,e»>^ ^, ^^ ^ 

VARIANTES : 
ARCOIER. Athis, MS. fol. 107 R« col. 2 
ARcnoiER. Anseis, Mb. fol- 2'- R° ^ol. 1. 
Arçouer. Ph. Mouskes, MS. p. iîl. 

Arçon, subst. masc. Arc. Archet. Demi-cercle; 

^'£^f^!sem&Sment pour la rin;e et la me- 
sure des vers qu'au lieu d'arc on ecrivoit arçon. 

Commande à prendre au garçon 
Ses sajetes et son arçon 






AR 



— 131 — 



AR 



Si me vault miex ainsi attendre 
Que rompre mon arsoit au tendre. 

G. Machaut, Poés. MSS. fol. 181. V col. 2. 

La signification de ce mot arçon éloit la même 
que celle d'archet, lorsqu'on disoit traire Yarçon 
pour se préparer à jouer du violon ; traire de \'arço7i 
pour jouer de ce même instrument. 

Es-vous Nichole au peron, 
Trait viele. trait arçon : 
Or dist par là sa raison.... 
Plàiroit vous oir un son 
D'Aucassin un fran Baron ? 

Fabl. MS. du R. n- 7689, fol. 80, R* col. 1. 

Devant que aucuns di.x ou neuf 
M'eust donné por mon chanter. 
Je me porroie bien vanter : 
James de cliar ne mangeroie ; 
Quar certes je ne troveroie 
Qui tel présent me vousist fere, 
Tant seusse bien d'arçon trere. 

Fabl. MS. du R. n" 7-218, fol. 176, R- col. 1. 

Quelle que soit la ressemblance de l'archet de 
violon avec l'arc, on en désignoit une encore plus 
sensible en nommant arço)ts ou archons, les demi- 
cercles qui forment le tomberel ou la tonnelle, es- 
pèce de filet à prendre les perdrix. « Les archons... 
« y sont mis que la rois (1) court par dessus, quand 
« on la tire ; et sont de ia moitié de deux cercles 
« de tonnel, affin que la rois coure plus souef par 
« dessus. » (Modus et Racio, .ms. fol 178, Y".) 

C'est relativement à la même idée de ressem- 
blance qu'arfo» auroit pu signifier en général chose 
courbée en arc, comme une petite arcade, dans le 
Dictionnaire de Monnet ; le dessus de nos anciens 
chars bombés en forme de fourgon, etc. 

Fort sunt les roes, et bien fait li limon ; 
D'ebenus sunt deseure li archoii ; 
De fin argent fu cleés environ. 

Enseis, MS. fol. 59, R' col. 1. 

II s'estent si qu'il fait croistre et brisier 
Les flans del car, et les arçons brisier. 

Ibid. fol.63, R-col. 1, 

L'acception à laquelle on a restreint l'usage de 
ce mot arçon, arçon de selle, est ancienne dans notre 
Langue (2). 

Par desor son archon devant 
Le porte outre l'iaue courant. 

Fabl. MS. du R. n" 7989, fol. 210, V col. 1. 

Par opposition à Yarçon devant, on disoit arçon 
derrier ou daerrain. (Voy. Rom. d'Alexandre, ms. 
du R. ir 6987, fol. 181, R° col. 2. — Ibid. fol. 206.) 

VARIANTKS : 
ARÇOX. Ort. subs. - Cotgrave.Borel, Nicot et Monet.Dict. 
Archon. Anseis, MS. fol. 21, R" col. 1. 
Arson'. Modus et Racio, impr. fol. 87, R». 

Arçoner, verbe. Se courber en arc, plier. Affer- 
mir, rendre stable. 

On a vu qn'arçon signifioit arc. De là, le verbe 
arçoner de même signification qnarçoier, se cour- 
ber en arc, plier. « Les lances furent fortes, et point 



« ne brisèrent ; mais arconnèrent. » (Froissart, 
Vol. IV, p. 44.) 

Les lances ploient et arçonenl. 

Rom. de Clygcl, MS. du R. n' 6987, fol. 277, R' col. 4. 

11 est possible que relativement à l'idée d'un 
Cavalier arçonné, c'est-à-dire, ferme entre les 
arçons, le verbe arçonner ait signifié affermir, 
rendre stable. Au reste, on n'a queCotgrave pour 
garant de cette acception, bien moins ancienne que 
la première. 

VARI.\NTES : 
ARÇONER. Rom. de Perceval, MS. de B., n" 3.54, fol. 268. 
Arçon.ner. Froissart, Vol. IV, p. 4i. — Cotgrave, Dict. 

Arçonneur, subst. masc. En termes de Chape- 
lier, Yarçon est un instrument fait en archet de 
violon , long de cinq à six pieds et garni d'une 
corde, avec lequel on fait voler la laine? On trouve 
dans l'ancien usage de cet instrument pour la pré- 
paration des laines, la raison pour lai|uelie l'ouvrier 
qui les préparoit, se nommoit Arçonneur (?>). (Voy. 
Du Cange, Gloss. lat. T. l, col. 668.) 

Arçonnenx, Adj. Qui s'attache et tient aux 
arçons d'une selle. On a dit en ce sens, malctte ar- 
çonneuse. (Voy. Cotgrave, Dict.) 

Arçonnier, adj. Qui garnit et orne les arçons 
d'une selle. Signification analogue à celle à'arçon- 
neux, dont l'adjectif arçonnier ne ditféroit que par 
la terminaison , et l'usage qu'on en faisoit lors- 
qu'avec ellipse d'un substantif féminin, on désignoit 
une chose attachée comme ornement aux arçons 
d'une selle, en la nommant arçonnière. « Trois 
" selles, l'une de coursier garnie de soye à parer 
« Xq?: arçonnières... et en chacun cuigne't desdites 
« arçonnières un Angelot d'ivire. » (Extraits des Reg. 
du Très, des Chartes, p. H. — Voy. Du Cange, Gloss. 
lat. T. VI, col. 1361. — Cotgrave, Dict.) 

Arct, part. Astreint, obligé. Dans un sens relatif 
à celui de l'adjectif latin arctus, et du participe 
arctatus, on a dit figurémcnt : « Est tenus per tout 
« le Court que tenant in laile ne serra arct d'al- 
« turncr, etc. » (Tenures de Littleton, fol. 128, R" 
— Voy. Arcté.) 

Arcté, part. Étréci, resserré. En latin arctatus. 
« Est le collège des Carmes plus noble que cil de 
« Laon ; et ont ceux de Laon grand lieu et espacieux, 
« et les Carmes petit et arcté, et si ne se puet ac- 
» croistre. » (Félibien, Hist. de Paris, preuv. T. II, 
p. 510 ; lit. de 1386. — Voy. Arct.) 

Artlamment, adv. (Voy. Ardent et Ardentement.) 
On subslituoit g h d, comme dans la formation des 
substantifs et verbes françois manger, en latin, 
mandere ; ronger, en latin, rodere ; orge, en latin, 
ordeum ; ardille, en latin, argilla, etc. lorsqu'on 
prononçoit et écrivoit arge pour arde, en latin, 
ardent; argant ponr ardant, argamment pour ar- 



(1) de rete, relis. — (2) On le trouve même dans la Chanson de Roland sous la forme arçuns (vers 1229, 1534) : « Pleine 
sa hanste l'abat mort des arçuns. » (N. E.) - (3) On lit au registre du Trésor des Chartes ,IJ. 154, p. 443: « Ledit Guillaume 
decoppa par grand despit à Cyrot arçonneur la corde de son arçon. » (n. e.) 



AR 



— d32 



AR 



dammenl(l). La signification de cet adverbe est figu- 
rée dans ces vers : 

Cuers qi anjanment 

Aime, ne doit refuser q'il n'olrie 
La volenlé, tant cou soit aconpUe, 
De sa Dame haut et bas plainement. 

Ane. VoH. fr. MS. du Vatican, n- U90, fol. 443, V'. 

VARIANTES : 
ARDAMMENT. Cotgrave, R. Estienne et Nicot, Dict. 
Ardamm.vnt. Monet, Dict. 
Arganment. Ane. Poës. Fr. MS. du Vat., n» 1490, fol. 143. 

Ai'dant, part., adj. et sub&t. Qui brûle, qui est 
en llamme, qui est en feu. Qui est de nature l^ brû- 
ler, à s'eullammer, à prendre feu. Qui brûle, qui 
enflamme, qui fait prendre feu. Qui est couleur de 
feu. 

On a désigné l'état passif d'un corps qui brûle, 
qui est en flamme, qui est en feu, en disant qu'il 
éloit ardent en (eu, ou tout simplement qu'il éioit 

ardent. « Esloient villes, villaiges, chasteaulx, 

« forteresses, champs et forests, toutes ardentes en 
.< feu. » (Rabelais, T. V, p. 184.) 

11 semble que pour le peuple ce soit un besoin 
d'imaginer des prodiges qui annoncent la mort des 
hommes extraordinaires qu'il a détestés ou aimés 
durant leur vie. Que peu de temps avant celle de 
Cbarlemagne, un pont de bois s'en vienne argant, 
c'est-à-dire, qu'il soit brûlé par un accident dont on 
ignore la cause, cet accident présage la mort de ce 
Prince. 

Or oéz com Karles fu dignes. 
Et quels miracles et quels signes 
Devant sa mort flst nostre Sire. 



. . . Uns pons k'il ot fait de fust 
A Maience, ù il mit sept ans, 
Quar il ert Ions et haus et grans, 
S'en vint artjunt par la rivière ; 
Si ne sot on par quel manière. 

Ph. Muuslics, MS. p. 303. 

Dans ces vers, la signification du participe argant, 
altération visible de l'orthographe ardant, est la 
même ([ue celle de l'expression ardent en feu. 
(\'oy. Ardam.me.nt.) 

Il y avoit déjà longtemps que l'humanité récla- 
moit en vain le secours de la îfédecine contre l'es- 
pèce de maladie épidémique et pestilentielle qui, 
sous les noms de feu Sacré et de feu S'-Antoine, a 
désolé la France à plusieurs reprises ('2j ; lorsqu'avec 
celui de la Foi, les ArdeMs, c'est-a-dire les Malades 
qui étoient brûlés de ce feu, obtinrent de S"'-Gene- 
viève, vers l'an 1130, une guérison surnaturelle, 
par un miracle dont on a perpétué la mémoire en 
le nommani miracle de S"-Geneviève des Ardens. 
La même maladie, ou une toute semblable, s'étant 
renouvelée en 1374, on l'appela le mal des Ardens. 
(Voy. Du Gange, Gloss. lat. T. I, col. 671 et 672. — 
Ménage, Dict. Etym. — Dict. de Trévoux.) 



On a nommé enu ardant et vin ardant (3), l'esprit 
de vin et l'eau-de-vie, comme étant de nature à 
brûler, à s'enflammer, à prendre feu. (Voy. Cotgrave, 
Dict.) Charles-le-Mauvais, Roi de Navarre, pour ra- 
nimer en lui la chaleur naturelle amortie par l'âge, 
faisoit meilre une bucine d'œrain dans son lit, avec 
laquelle on lui « souflloit, à air volant, eau ardant. » 
Mais cette façon de le réchauffer lui fut fatale un 
jour, « ainsi que Dieu ou les Diables le vouloyent : 
" car flamme ardant se bouta en son licl, entre ses 
« linceux, par telle manière qu'on n'y peut oncques 
<i venir à temps, ne lui secourir, qu'il ne fust tout 
•■ ars, jusques à la boudiné;.... Ne Cirurgien, ne 
« Médecin, n'y purent oncques remédier qu'il n'en 
« mourust. » (Froissart, Vol. 111, p. 275.) 

C'est encore à raison de la nature inflammable 
de ces météores, de ces exhalaisons, de ces feux 
folets qui s'élèvent et paroissent à la surface des 
lieux marécageux, qu'ils ont été désignés par l'ad- 
jectif ou participe ardent pris substantivement, 
comme dans l'expression mal des Ardens. 

Qtiebiue générale que soit aujourd'hui l'acception 
figurée de l'adjectif ardent, qui peint l'homme 
comme étant de nature à brûler, à s'enflammer, à 
prendre feu, à la vue des objets qui affectent son 
âme et réchauffent, on ne diroit plus en parlant 
d'une femme qui seroit de nature à brûler, à s'en- 
flammer d'un amour illégilime, qu'elle est ardente. 
Il semble ([ue ce soit là signification d'argans en 
ces vers : 

Quant li Dame est iière et argans, 

Ses cuers devient ausi cangeans 

Com li faucons qui par orguel 

Ne daigne nis veir de l'oel 

Cel oisel ù on l'a rué. 

Puisque feme s'en vait au cange, 

Sen cuer met en un lieu estrange, 

Ne daigne aler à son oisel ; 

Ains s'asiet sour un Damoisel, etc. 

Ane. Poét. fr. MSS. avant 1300, T. IV, p. 13-25. 

On exprimoit l'idée d'un feu qui brûle et enflamme 
l'objet sur lequel il agit, lorstiu'en faisant l'éloge 
d'une femme on disoit : 

Vos douçours est la fontenele 
Qui sourt sous la plaisant gravele, 
Qui rent talent as maladieus. 
Les mors cuers pereceus et viens 
Esprendés â'argitDt eslincele. 

Ane. Poès. fr. MS. du Valic. n- li90, fol. 120, R'. 

L'effet des passions étant comparé à celui d'un 
feu qui brûle et enflamme, on ditfigurément que la 
colère est ardente, que l'amour est ardent, etc. 

. . . Feme qui done, art et enflame 
D'orjajis amours : car j'ai oï retraire, etc. 

Ane. Poes. fr. MS. du Vatican, n- 1490, fol. 157. R*. 

Enfin, une soye ardente étoit une soye couleur 
de feu. (Voy. Extr. des Reg. du Très, des Ch., p. 12.) 

Jaune, vert, sort, ardani et perse. 

G. Guiart, MS. fol. 345, V'. 



(1) C'est mêler des phénomènes phonétiques bien différents: manger vient de maiiducare, devenu mand'carre ; ronger 
vient de rumigare (ruminer dans Apulée), devenu rum'gare; ardille, comme ^irdillon, rf-monte à l'ancien français harde, 
bâton, et, comme hart, est d'origine celtique ou germanique; orge, arge et argant rentrent seuls dans la même ciitégorie ; 
ils viennent de liordium, ardiat, ardiantem, et le g est amené par le i, deveuu consonne. (N. E.) — (2) Elle paraît avoir été 
une sorte d'érysipèle gangreneux, (n. e.) — (3) De nos jours encore, les paysans bas-bretons l'appellent giuin ardant, vin 
ardent, (n. E.) 



AR 



— 133 — 



AR 



VARIANTES : 

ARDANT. Fabl. MS. du R. n° 7615, fol. 188, V» col. 1. 
Ardent. Orth. sub. — Rabelais, T. V, p. 184. 
Argans. Ane. Poët. Fr. MSS. av. 1300, T. IV, p. 1325. 
Argant. Ane. Poës. Fr. MS. du V., n» 1490, fol. 120, R». 

Ardéeur, subst. masc. Brûleur, incendiaire. 
Anciennement, les incendiaires, les brûleurs de 
maisons se nommoient Ardéeitrs de maisons, et 
tout simplement Ardéeurs. (Voy. Ord. T. I, p. 288. 
— Rymer, T. I, part, ii, p. 13; tit. de 1256, etc.) 

VARIANTES : 
ARDÉEUR. Ord. T. I, p. 228. 
Ardeor. Gloss. sur les Coût, de Reauvoisis. 
Ardeur. D. Carp. suppl. Gl. lat. de Du C. T. I, col. 284. 
Ardour. Rymer, T. I, part, ii, p. 13, tit. de 1256. 

Ardenteiuent, adverbe. Ardemment. (Voy. 

Ardamme.nt.) 

Tant il alla et tant il en revint, 
Qu'ardeiiteinent amoureux II devint. 

Clém. Marot, p. 2i5. 

Arder, verbe. Brûler. Briller. Rougir. 

La signilication propre et figurée de l'ancien 
verbe arder, ardoir, ou ardre, en latin, ardere, 
éloit passive, lorsque dans le sens neutre du verbe 

brûler, on disoit : « Il virent ces grans rues 

« mareheandes ardoir en feu. » (Villehardouin, 
page 81.; 

.... Fut pour n)-rf/-eau feu livré, 

Quant par pluye fut délivré. 

Qui le grand feu fist tost esteindre. 

Rom. de la Rose, vers 6851-6853. 

Li uns le juge à escorchier, 
Et l'autre le juge à noier. 
Et ii tier à arder en cendre. 

Fabl. MS. du R. n" 7615, fol. I8i, R" col. 2. 

. . . Ii fèvre qui toz jors s'arcleiil, 
Et qui moult poi sont à sejor ; 
Ce qu'il ont gaaignié le jor 
Despendent largement et bien. 

Fabl. MS. du R. n" --218, fol. 198, R- col. 1. 

C'est relativement à l'usage de comparer les pas- 
sions à un feu dont on brûle, qu'on a dit : « Mieulx 
" vauU mariage que ardoir au feu de luxure. » 
(Chron. S' Denys, T. I, fol. 271, R°.) 

. . . Quant plus air et espran, 
Plus seu.x joious ; et si di. 
Madame et Amors merci. 

Chans. fr. MS. de Berne, n' 389, pari. Il, fol. 55, R'. 

Quant li Rois l'ot, si a tel raige, 
Avis 11 est que de duel arye. 

Fabl. MS. de S- Germ. fol. 60, R- col I. 

Il a tel doel, a poi qu'il n'art. 

Siège de Tliébes, MS. du R. n" 6987, fol. 65, V col. *. 

On disoit dans le sens actif du même verbe brû- 
ler : « Ceaus qui son pople courrecoient arst tôt en 
« feu. " (Livres des Rois, ms. des Cordel. fol. 158.) 
« Cil de Sepharnaum arstrent lur fiz en l'onurance 
« Adramalech. » (Ibid. fol. 143, R- col. 2.) 

. . . Pria que son corps ardisse?!?, 
Sitost comme ardoir ils le puissent. 

Rom. de la Rose, vers 6811 et 6812. 

Se ce pourpris ne puis garder, 
Tout vif me puisse l'en arder. 

Ibid. vers 3824 et 3825. 



Le maxfex m'arâe à froide cendre, 
Se jà me font à mari prandre, etc. 

Parton. de Blois, MS. de S' Germ. fol. 150. R- ool. 2. 

Au figuré : 

Amours art, amours point ; amours esprent trop fort ; 
Amours, sans deffiance, a maint preudome mort. 

Fabl. MS. du R. n- 7615, fol. 138. V. 

Toute princesse en qui prudence habite, 
Aymé vertu, de vice se désiste ; 
Justice tient, charité son cueur ard. 
i. Marot, p. 78. 

Ce même verbe, pris substantivement, a signifié 
l'action de brûler, d'incendier, le crime d'un incen- 
diaire. « Es cas de rapt, de murdre, de traïson, de 
» ardoir, et de larrecein, etc. » (Ord. T. IIl, p. 361. 
— Voy. Ardéeur.) 

En termes de science hermétique, la signification 
de brûler est la même que celle de l'ancien verbe 
arder, cuire. » Faisoient fondre, ardoient et affi- 
« noient leur suif. .. (Ord. T. III, p. 6'»0.) On dési- 
gnoit alors un effet de l'activité du feu, comme 
lorsqu'en parlant du feu du soleil qui brûle, qui 
dessèche la terre et la rend aride, on disoit : « Le 
« soleil.... hasle toutes les routes et ar^, eschauffe 
« la terre et oste Tumeur. » (Chasse de Gaston 
Phébus, MS. p. 22i.) « Aux champs il n'a point 
« d'ombre; ainçoys a le soleil arse la terre. » (Id. 
ibid. p. 226. — Voy. Ardant.) 

C'est relativement à l'idée de la couleur brillante 
et rouge d'un corps qui brûle, d'un corps enllammé, 
que par comparaison l'on a dit, l" dans le sens de 
briller : 

.... Tout aussi comme l'or art 

Et flamboie sus touz métaus 

Que l'on vent et livre à detaus, etc. 

G. Guiarl, MS. fol. 290, V. 

2° Dans le sens de rougir, être rouge de honte : 

Anseis l'ot ; de honte art com un fu. 

Auscis, MS. fol. 61, R» col. 1. 

CONJllG. 

Air, ind. prés. Je brûle. (Chans. Fr. hs. de B.) 
Airt, ind. prés. Il brûle. (Ibid. fol. G2, V°.) 
Ar {]), ind. prés. Je brûle. (R. Est. Gr. Fr. p. 64.) 
Arce, pari. Brûlée. (Fabl. ms. du R. fol. 60.) 
Arch, ind. prés. Je brûle. (H. de Job. fol. 168.) 
Ard, ind. prés. Il brûle. (R. Est. Gr. Fr. p. 64.) 
Ard, participe. Brûlé. (Id. ibid.) 
Arde, subj. prés. Qu'il brûle. (Rom. de la Rose.) 
Ardent, ind. prés. Brûlent. (Rom. de la Rose.) 
Ardent, part. Brûlant. (Rabelais, T. V, p. 184.) 
Ardèrent, ind. prêt. Brûlèrent. (Siège de Troye, 

Ms. du R. n° 6987, fol. 108, R» col. 1.) 
Ardez-, ind. prés. Vous brûlez. (R. Est. Gr. Fr.) 
Ardi (j'), indic. prêter. ,Ic brûlai. (Id. ibid.) 
Ardi, ind. prêt. Brûla. (Villehardouin, p. 101.) 
Ardirent, ind. prêt. Brûlèrent. (R. Est. Gr. Fr.) 
Ardismes, ind. prêt. Brûlâmes. (R. Est. Gr. Fr.) 
Ardis, ind. prêt. Tu brûlas. (Id. ibid.) 
Ai-dissent, subj. imp. Brûlassent. (R. de la Rose.) 
Ardist, subj. imp. Brûlât. (Les Marg. de la Marg. 

fol. 178, V°.) 
Ardistes, ind. prêt. Vous brûlâtes. (R. Est. Gr. Fr.) 
Ardit, indic. prêter. Brûla. (Id. ibid.) 



AR 



— 13i - 



iLX 



Ardnns, ind. prés. Nous brûlons. (R. Est. Gr. Fr.) 
Ardirnt, ind. prêt. Brûlèrent. (Villeliard. p. 195.) 
Ards, parlicipe. Brûlé. (Rabelais, T. III, p. '268.) 
Ardij, ind. prêt. Brûla. (Poës. de Molinet, p. 159.) 
Avgc, subj. prés. Qu'il brûle ; en latin ardent. — 
Fabl. Ms. de S' Germ. l'ol. G3.j 
.1rs, ind. prés. Tu brûles. {R. Est. Gr. Fr. p. 64.) 
Ars, participe. Brûlé. (Id. ibid.) 
Arsent, ind. prêt. Brûlèrent. (Pli. Mousk. p. 482.) 
Arsimes, ind. prêt. Brûlâmes. (Livres des Rois, 
MS. des Cordel. fol. 39, R" col. 2.) 
.'l)'s/,s, ind. prêt. Tu brûlas. (Dit de Cbarité.) 
Arsisent, subj.imp. Brûlassent. (Ch. d'Outremer.) 
Arsist, subj. imp. Brûlât. (Fabl. ms. du R.) 
Arsse, parlicipe. Brûlée (G. Guiart, ms. fol. 92.) 
Arst, ind. prêt. Brûla. (Livres des Rois.) 
Arstrcnt, ind. prêt. Brûlèrent. (Livres des Rois.) 
.4)-/, ind. prés. Brûle. (Modus et Racio, fol. 200.) 
Art, ind. prêt. Brûla. (Livres des Rois.) 
Art, subj. prés. Qu'il ])rùle. (Siège de Troye.) 
Astrcnt, ind. prêt. Brûlèrent. (Livres de Rois.) 
Il existe entre les terminaisons de l'infinitif des 
verbes françois et la formation des autres modes et 
temps, une règle générale d'analogie, d'après 
laquelle on juge que relativement à la terminaison 
fln/cr, on a formé l'indicatif prétéi'itard^'reH^; rela- 
tivement à la terminaison rt)'rfn% l'indicatif présent, 
ar, ars, ard ou art; relativement aux terminaisons 
ardre et ardoir, l'indicatif prétérit, ardi, ardis, 
ardit, ardi&mes, ardistes, ardirent et le subjonctif 
imparfait ardist, ardissent. On recoiinoit au pre- 
mier coup-d'œil les modes et temps dont la forma- 
tion est également analogue aux différentes termi- 
naisons de l'infinitif, ardre, ardoir o\i arder. Quant 
à ceux qui paroissent exactement imitatifs de modes 
et temps latins, tels que l'indicatif prétérit arst ou 
art, en latin arsit; arsimes, en latin arsiinus; 
arstrent, par contraction arsent, en latin arserunt, 
on pourroit les regarder comme une preuve de 
l'existence de rinfinîtif arsir, et dire que les modes 
et temps de cette espèce, comme le subjonctif 
imparfait arsist et arsîsent, le participe ars ou 
arsis, appartenoient à la conjugaison de l'ancien 
verbe arsir. (Voy. Arser.) 



ARDER. Fabl. MS. du R. n" 7615, fol. 18i, R» col. 2. 
Ardoir. S' Bern. Serra, fr. MSS. p. 76 et 372. 
Ardre. Rom. de la Rose, vers 6851. 

Ardeur, subst. fém. (Voy. Ardeure.) Ardeur du 
feu. Quoique la signification propre, comparative 
et figurée d'ardeur, ait toujours été la même, 
depuis que ce mot existe dans la Langue, il semble 
qu'en parlant d'un buisson ardent, on ne diroit 
plus dans le sens propre : 

Il sembloit qu'il arsist; n'niv/oc ne le raehaigne. 
Je vueil, dist Moyses, veoir la vision, 
Comment c'est qu'il me samble qu'il art sans arsion. 
Dils et iMoralités, MS. de Gaignal, fol. 298, col. 1. 

Au figuré, en parlant du feu de la colère : 

Karles l'entent, s'en ot ire et ardor. 

Anseis, MS. fol. 68, V- col. 2. 



VARIANTES : 
ARDEUR. Orth. subsist. 
Ardor. Dits et Moralités, MS. de Gaign-it, fol. 298. 

Ardeure , subst. fém. (Voy. Ardeur.) Effet de 
l'ardeur du feu. Ardeur des passions. 

La signification de ce mol ardure éloit la même 
que celle de brûlure, effet de l'ardeur du feu, lors- 
qu'on parlant de la pierre magnétique pulvérisée, 
on a dit : 

La puldre est bone sur ardure, 
Et sur toute eschaldeure. 

Marbodus.de Gemrais. art. XIX, col. 1656. 

Au figuré, et par extension de l'idée particulière 
du mal occasionné par l'ardeur du feu, à l'idée 
générale d'un mal physique ou moral occasionné 
par le tourment de la faim, de la crainte, de 
l'amour, etc. 

.... Se li sièges auques dure, 
Test auroient de fain ardure. 

Atliis, MS. fol. 89, R- col. 1. 

Oiez par quel bonne aventure 
Dex les garda de ceste ardure. 

Ibid. fol. 81, R- col. 1. 
Quant Amours m'a ce commandé 

.Te luy ay adono demandé 

Comment vit homme et comment dure 
En telle paine, en telle ardure '? 

Rom. de la Rose, vers 2610-2617. 

En comparant à l'activité, à l'ardeur du feu. celle 
des passions, on disoit figurément et dans le sens 
de notre mot ardeur, qu'un cheval plein de feu, 
étoit de grant ardure; qu'un homme ardent au 
combat s'y mettoit par ardure; qu'une femme 
brûlant d'amour séchoit û'ardure, etc. {Voy. Fabl. 
MS. du R. n- 7218, fol. 193. R° col. 1. — G. Guiart, ms. 
fol. 350, R" etc.) 

Si com Echo qui sert de recorder 

Se qu'autre dit : et par sa sorcuidance 

Ne la daigna Narcissus regarder : 

Aiiis sécha toute de ardeure, 

Fors de la voix qui encores li dure ; 

Aussi perdrai tout fors merci crier, 

Et sécherai de dueil et de pesance. 

Fauchcl, Lang. et Poês. Fr. p. U3. 

VARIANTES : 
ARDEURE. Fauchet, Lang. et Poës. Fr. p. 143. 
AiUDURE. Chans. Fr. MS. de B., part. II, fol. 4. 
Ardure. Fabl. MS. du R. n» 7218, fol. 3. 

Ardi, subst mnsc. Liard. On s'est trompé en 
croyant que // ardis ou li hardis étoient inconnus 
avant le règne de Louis XI. La fausseté de cette opi- 
nion est prouvée par deux titres latins, l'un de 1409 
et l'autre de 1410, cités par Du Gange, (Gloss. lat. au 
mot Ardicus ;) et par deux titres en françois, l'un de 
1417 et l'autre de 1451, cités par son Continuateur. 
« Le suppliant fist bailler au tavernier sept hardiz-, 
« etc » (D.Carpentier, Sup. Gloss. lat. deDu Gange, 
T. I, col. 285; lit. de 1417.) « Sera levé pour nous 
« en la ville... le droit de l'asize, qui y est acous- 
« tumé de lever, c'est assavoir de soixante hardiz, 
« ung. " (Id. ibid. tit. de 1451.) 

Le cours de cette monnoie, antérieur au règne 
de Louis XI, auroit commencé sous celui de Philippe- 
la-Uardi, s'il étoit vrai qu'on l'eût ainsi nommé, 
parce que ce Prince fut le premier qui en ordonna 



AR 



— 135 — 



AR 



la fabrication. Probablement la ressemblance du 
nom de celte monnoie avec le surnom de Phi- 
lippe m, est la seule raison qu'on ait eu de croire 
qu'il avoit fait frapper les premiers hardis ou ardis; 
puisqu'afiu de pouvoir en attribuer la fabrication à 
Richard I, roi d'Angleterre, comme à Philippe, roi 
de France, on a supposé que tous deux avoient eu 
le surnom de Hardi. On sait que Richard fut sur- 
nommé C(i'ur-de-Lion, surnom qui atteste la har- 
diesse de son courage, sans justifier la prétendue 
origine de la dénomination des ardis ou hardis. 

Lorsqu'on a la preuve que dans le moyen âge 
l'expression latine argentum arsum, par une com- 
paraison relative à la couleur noire d'une chose 
arse, signifioit monnoie de billon, monnoie de cui- 
vre, autrement monnoie noire, eu latiu argentum 
niyrum ; il paroit bien plus raisonnable de penser 
que les ardis étant une monnoie noire, une mon- 
noie de billon, une monnoie de cuivre, on l'aura 
désignée par un mot qui, à la terminaison près, 
semble être le même que ard ou ars, en latin arsiis (1 ). 
En elfet, les pièces de monnoie nommées en 
Guienne et en d'autres Provinces méridionales, H 
ardis, étoieut les mêmes que dans le Daupbiné et 
les Provinces en-deyà de la Loire, on nommoit 
liurds, en réunissant l'article pluriel H au participe 
ards employé comme substantif. (Voy. Lurd.) 

Les Ordonnances de l'ûO et l'i73, qu'on trouve 
manuscrites en léte de l'ancienne Coutume de Nor- 
mandie, envers, (fol. 17, V° et 18) et une autre 
Ordonnance du 16 février 1485, citée par Du Gange 
(Gloss. lat. T. IV, col. 928), concernant le cours des 
Monnoies, fixent à trois deniers pièce, la valeur des 
liards et hardis. « Cette monnoie qui valoit trois 
« deniers, et qui par conséquent partageoit le sol 
« en quatre, éloit appelée hardi en Guyenne, et 
« liarden Daufmé et dans les autres provinces qui 
" sont en deçà de la Loire. » (Le Blanc, Tiaité des 
Monnoies, p. 250.) Peut-être rapportoit-on au sur- 
nom de Pbilippe-le-//fl)'rf?, l'origine de la dénomi- 
nation de cette monnoie en écrivant hardis, pour 
ardis. (Voy. Du Gange, Gloss. lat. T. I, col. 673, au 
mol Ardicus. — Id. ibid. col. 686, au moi Argen- 
liini.) 

VABIAKTES : 
AUDI. Du Caiige, Gloss. lat. T. I, col. 673. 
Ardic. Id. ibid. 
Ardid. Cotgrave, Dict. 
Ardit. Coût. gén. T. II, p. 723. 
H.\RDi. Du Gange, Gloss. lat. T. I, col. 073. 
H.\RDY. Des Accords, Bigarrures, fol. 60 R". 

Ardilier, subst. masc. Buisson de ronces et 
d'épines. Le substantif ardilier (2), formé du verbe 
ahcrdre (|ue par contraction l'on écrivoil ardre, 
comme dans les Poës. de Geoffroi de Paris, à la 
suite du Rom. de Fauvel, (ms. du R. n" 6812, fol. 50, 
R° col. 3,) désigne en îNormandie un buisson de 
ronces et d'épines; peut-être parce qu'en voulant 



passer à travers, on accroche, on ah.ert. (Voy. Da 
Gange, Gloss. lat. T. I, col. 673, au mol Ardillaria. 
Ce mot latin ardillaria, qu'on a cru de même ori- 
gine et même acception que le franyois ardilier, 
étant formé de ardilha, en francois ardille pour 
argille, signifioit argillière. (Voy. D. Carpentier, 
Suppl. Gloss. lat. de Du Gange, T. I, col. 285, au 
mot Ardilha.) 

Ardille, snhst (ém. Argile. En latin argilla, que 
dans le moyen âge on écrfvoit ardilha, en substi- 
tuant d à g, comme dans le francois ardille (3) et 
ardrille. « Les Cerfs.... se brunissent leurs testes, 
« les uns aux Charbonnières, les autres en Vardille, 
« en terre rouge. » (Fouilloux, Vén. fol. 18.) C'est 
par le changement de la lettre dentale en la sif- 
flante s, changement commun à toutes les Langues, 
qu'on a prononcé et écrit arsille pour ardille. 
« Rompirent la paray qui estoit d'arsille, d'entre 
« deux coulombes, pour osier, etc (D. Carpentier, 
Suppl. Gloss. lat. de Du Gange, T. L col. 285, au 
mol Ardilha. — Voy. Arcuil.) 

VARIANTES : 
ARDILLE. Fouilloux, Vén. fol. 18, V°. 
Ardille. D. Carp. S. Gl. 1. de D. C. au mot Ardilha. 
Arsille. Id. ibid. tit. de t397. 

Ardilier, t'erftf?. Enduire d'argile. (Voy. Cotgrave, 
Dict.) 

Ardillier, adj. Argilleux. On a dit en ce sens, 
terre ardilliere. (Voy. Golgrave, Dict.) 

VARIANTES '. 
ARDILLER. Cotgrave, Dict. au mot Ardilier. 
Ardiller. Id. Ibid. — Médecines des Clievaux, p. 4. 
Ai\DRiLLOux. D. Carp. S. Gl. 1. de D. C. à .Ardilha. 

Ardillon, subst. mase. (Voy. Ardiuer.) Ce mot 
qui subsiste est ancien dans notre Langue et peut- 
être aussi ancien que le verbe aherdre, aerdre ou 
ardre dont Gaseneuve l'a cru formé. Cette origine, 
à laquelle on en oppose plusieurs autres indi- 
quées dans le Dict. Elym. de Ménage, semblera 
peut-être d'autant plus naturelle qu'aherdre signifie 
l'usage de Vardillon d'une boucle, de la boucle 
d'une ceinlure de Moine. 

Si a lo Ardeillon trové; 
Moult fieremant l'a atachié : 
Puis est arrière repairié.... 
A ses compaignons a conté 
Cernant lo moine avoit pendu 
A la hart o li bacons (4) fu. 

Fabl. MS. de Berne, n- 354, fol. 142, R- col. 1. 

D'ailleurs, lorsqu'on sait qu'en certaines pro- 
vinces, le Peuple prononce f/afd;7/o» \>ouv ardillon, 
il ne paroit pas moins naturel de croire qu'ardillon 
est le diminutif de dard, comme dardillon un peu 
altéré dans l'orthographe usitée, par la suppression 
de la première lettre. 

VARIANTES : 
ARDILLON. Orlh. subsist. 
Ardeillon. Fabl. MS. de Bou. n» 354, fol. 142. 



(1) On peut considérer en effet arditus comme une forme intensive de arsiis. Comme ce mot était surfont employé au 
midi de la Loire (limousin ordi) et en Espagne (ardite), on a aussi proposé la racine basque ardila. (n. e.) — (2) Ce mot a 
la même ori;jine que ardillon, c'est-à-dire l'ancien français arde, avec le suffixe urius, crius. (N. e.) — (3) C'est encore ainsi 
que se prononce le mot uigile en Berry ; n'indique-t-eUe pas qu'à l'origine le y se prononçait dj, puis di ? (n. e.) - (4) lard. 



AR 



— 136 — 



AR 



Ardoise, suhst. fém. Pierre bleue et fossile. 
On liltjue r;elte pierre, inconnue aux Anciens, a été 
nommôe ardoise, en latin ardesia, ou lapis arde- 
sius, later ardesius, parce que les premières ardoi- 
ses ont été tirées d'Ardes en Irlande. « C'est du 
a nom de ce pays, en latin Ardesia, que cette 

« pierre transportée dans toute l'Europe fut 

« appelée lapis ardesius, later ardesius, ardesia ; 
« d'oîi nous avons fait notre mot ardoise. » (Mé- 
nage, Dict. Elym.) Au reste, il y a sur l'origine de 
cette dénomination, différentes opinions qu'on peut 
voir ibid. au mot Ardoise (1). 

Ardoiser, verbe. Couvrir d'ardoise. (Voy. Cot- 
grave, Dict.) De là, l'expression clocher ardoisé. 
(Epith.de M. delà Porte.) 

Ardoiseux, adj. Qui est en ardoise. (Voy. Cot- 
grave, Dict.) 

Ardoizin, adj. Qui est d'ardoise. On a dit en ce 
sens, pierre ardoizine. (Voy. Rabelais, T. Il, p. 24i.) 

Ardu, adj. Haut, sublime, difficile. C'est l'ad- 
jectif latin arduus, francisé par nos Auteurs du 
.XVI' siècle, qui désignoient figurémenl et par compa- 
raison la hauteur et la sublimité des choses, et par 
conséquent la difficulté d'y atteindre, la difficulté 
de parvenir à les comprendre et à les connoitre, en 
disant qu'elles étoient ardues. 

Nobles espritz, arduz, scientificques, 
Que songez-vous, où avez -vous esté ? 

F.iifeu, p. 1. 
Tes poincts sont grans, tes mètres mesurez, 
Tes dits tous d'or, tes termes azurez, 
Voire si hauts et ardus, à tout prendre. 
Que mon esprit travaille à les comprendre. 

Clém. Marot, p. 157 et 158. 

Les sciences, lesconnoissances auxquelles il étoit 
difficile d'atteindre, étoient desconnoissauces, des 
sciences ardues. « C'est une si'ience divine et bien 
« ardue, que de scavoir jouir loyalement de son 
« eslre. «(Sagesse de Charron, p. 314.) « Quelle 
« chose peut eslre plus ardue et grave, qu'en si 
« grande dissimililude d'amans et d'amantes pou- 
« voir discerner tiuelle est la figure espèce de 
« la vraye et parfaite amour. » (L'Amant ressusc. 
p. 79.) Ce mot, dont M. Dubois alfecloit l'usage, a 
vieilli dès le xtu' siècle. (Voy. Longueruana, T. I, 
p. 95.) 

Arduité, subst. fém. Difficulté. On a dit figuré- 
menl : » L'Empereur ayant considéré Varduité de 
« son entreprise, etc. » (Du Bellay, Mém. liv. X, 
fol. 334. — Voyez Ardu.) 

Are, adj. Aride, sec, desséché. Qui rend aride, 
qui dessèche. 

Ce mot are ou aire, formé par contraction du 
latin aridus, signifioil aride, sec, desséché. « Le 

« pays de Champaigue est si ayre cl infertile, 

« qu'à peine les trois quarts des terres peuvent 



« porter de l'herbe. » (Ane. Proc. vcrb. des Coût, 
de Troyes, au Nouv. Coût. gén. T. III, p. 293.) 
« Leurs viandes sont ares et aigres, et de peu de 
« substance. » 'Du Fouilloux, Vén. fol. 18, V°.) 

Dans un sens actif et analogue à celui du verbe 
ardre, dessécher, rendre aride, on a dit: « Le vent 
« de galerne est arre, froid, desséchant grande- 
" ment. » (Du Fouilloux, Vén. fol. 4i. — Voy. 
Arir.) 

VARI.\^"TES : 
ARE. Gloss. lat. fr. du P. Labbe, à Arefieri. 
Aire. Ane. Proc. verb. des Coût, de Troyes. 
Ares. Eust. Desch. Poës. MSS. p. 167. 
Arez. Gloss. lat fr. du P. Labbe, au mot Aridus. 
Arre. Chron. S' Denys, T. I, fol. 267, R». 
Ayre. Ane. Proc. verb. des Coût, de Troyes. 

Are, pari. Labouré. On observera qu'au moyen 
de l'ellipse du substantif terre, ce participe au fé- 
minin signifioil terre arée, terre labourée. Ancien- 
nement, en opposant et réunissant les terres arées 
ou les arées, aux bruières, on exprimoit l'idée de 
lieu en général, comme aujourd'hui en disant « par 
« monts et par vaux. » (Voy. Arée.) 

Tant a là Sarjanz qui se plaingnent, 
Espoventablement acertes, 
Que de touz lez en sont couvertes 
Bruières et terres arées. 

G. Guiarl, MS. fol. 47, R'. 

Areaii (2), subst. masc. Instrument de labourage. 
Espèce de charrue sans roues, comme l' araire. 
(Voy. Araire.) « Prinl... ung atjreau fourni de 
« coustre, etc. » (D. Caipentier,Suppl. Gloss. tat.de 
Du Cange, T. I, col. '270 ; lit. de 1457.) « Laissoient 
» leur ureau el autres habillemens de labourage. » 
(Id. ibid. tit. de 1498. — Voy. Aroy.) 

. . . Pour soy n'est rangé le toreau 
Desous le joug, pour y traîner l'aireau. 

Perrin, Poés. fol. 40, V'. 

VARIANTES : 
AREAU. D. Carp., S. Gl. lat. de Du Cange, T. I, col. 270. 
AiREAU. Perrin, Poës. fol. 39, V". 
AYRE.A.U. D. Carpentier, uhi supra ; tit. de 1457. 

Arée, subst. fém. Terre labourée, terre en la- 
bour, terre de labour. Sillon. Labour, labourage. 

Il est visible que ce mol arée est le féminin du 
participe are, el qu'on faisoit ellipse du substantif 
leire, lorsqu'il désignoit substantivement terre la- 
bourée, terre en labour, terre de labour, comme 
dans l'expression par arée et par brieroi : c'est-à- 
dire, partout, en lous lieux. (Voy. Are.) 
Tost est la nouvele espandue. 
Par arce et par brieroi, 
C'un François a ocis le Roi. 

G. Guiart, MS. fol. 99, Y'. 

Vilains guerpissent les arées. 

U. ibid. fol. iU, V°. 

Gardez que ne mi faciez mal ; 
Car mon père est en Varùe, 
Où il esploit'? à son jornal. 

Ane. Poël. fr. MSS. avant 1300, T. IV, p. 1571. 



(1) N'y aurait-il pas là le radical celtique arddû, noir, qu'on retrouve dans ardenne (forêt sombre)? De nos jours encore, 
en Bretagne, les Montagnes Noires sont ainsi nommées des carrières d'ardoise qui assombrissent leurs flancs. (N. e.) — 
(.2) Vient d'une forme areUus. (N. E.) 



AR 



— d37 - 



AR 



Dous buefs avomes en Varée. 

Rom. de Floircmonl, MS. de R. n- 6973, fol. U, V col. 2. 

Quelquefois une arée étoit le sillon tracé par le 
soc, le contre de la charrue dans une terre en la- 
bour, ou terre de labour. (Voy. Bourgoing, de Orio- 
Voc. Vulg. fol. G7. — D. Carpentier, Suppl. Gloss.' 
lat. de Du Gange. T. I, col. 270 ; lit. de 1400.) 

Emprès Audigier cort, geule baée ; 

Et la Vieille l'ateint en une arée 

Par la teste le prant qu'il ot enfié'é'; 
Tout envers l'abati en une ai-ée. 

Rom. d'Audijier, MS. de S' Gerji. fol. 68, R- col. 3. 

Il semble que ce mot arée n'ait siiinifié labour 
labourage, que lorsqu'on nommoit ^bœuf cl'arée 
un bœuf propre au labour, au labourage des terres' 
(Voy. Du Gange, Gloss. lat. T. I, col. 748 cl 1246 ) 
« Un chacun laboureur peut clorre et fermer pour 
« chacun bœuf (Varée, pour faire pastis, un journau 
« de teire. .. (Coût, de Xainlonge, au Goût »én 
T. II, p. 652. — Voy. Arlre.) ' 

VARIANTES : 
AREE. Rom. de Rou, MS. p. 37. 
AiRÉE. Bourgoing, de Orig. Voc. Vulg. fol. 67, R». 

Arène, subst. musc, et fétu. Sable. Rivage 
Mortier. ° 

Quoique la première acception d'urèue, en latin 
arena, soit encore usitée, spécialement dans la 
Poésie, on ne diroit plus chaudes areines, en nar- 
lant des sables brûlans de l'Afrique. 

Soleil, c'est chose certaine 
Que tu pers icy ta peine : 
Non, tu pers icy ton temps. 
Et tant de raiz esclatants.... 
Va, par ces chaudes areines, 
Courtizer tes Africaines. 

G. Durant, à la s. de Bonnefons, p. 1G7. 

On sait qu'en prose comme en poésie, ce mot 
arène signitie cirque, amphilhécàtre, par la raison 
que les amphithéâtres, les cirques éloient sablés ou 
couverts de sable. La raison pour laquelle il a si- 
gnifié rivage, n'est pas moins naturelle « Quel 
« pays ! quelle coustume ! Voz gens empêchent que 
« nous ne prenions port ; que nous ne nous ra- 
« Iraiclnssions sur voslre areyne. » (L'Amant res- 
<> susc. p. 196.) 

11 suffit que dans la préparation du mortier il v 
ait ordinairement du sable, pour qu'ara i ne au fé- 
minin, au masculin flm;i(l), ait signifié ciment mor- 
tier ; comme en ces expressions, tables d'arow?/ et 
darein, mur d'rtra/nc. (Voy. Blanchandin, ms. de 
S Germ. fol. 1/8.) « Si Deus fesoit son premier iu- 
« gement par eawe sur l'umaigne lignage les 
« tables d'arguil et ù'arein si depesceroient^ celés 
« de piere remeyndroieiU. » (Histoire de la S" Groix 
ws. p. 11.) ■ ' 

VARIANTES : 
ARÈNE. Crétin, Poës. p. 1,56. 

Ar.vine. Cléomadès, MS. de Gaignat, fol. 12 Ro col 2 
AR.i^iNNE Rom. de Tiébaut de Mailly, MS dé N D fol'-l'io 
Areine. g Durant, à la suite de Bonnefons, p "l66 
Areyne. L Amant ressusc. p. 196. , t- w. 



Aroine Rom. de Floiremont, MS. du R., fol 8 Ro col 1 
.\REiN. Hist. de la S'e Croix, MS. p. U. ' "' ' ^ ^°'' ^• 

Aréneiis, adj. Sablonneux, plein de sable En 
latin arenosus. (Voy. Arène.) Il est vieilli et n'a 
guère d usage qu'en poésie. (Dict. de l'Acad. Fr — 
»oy. Arénileux.) 

VARIANTES : 
ARÉNEUS. Monet, Dict. 
Arène U.K. Cotgrave, Oudin et Nicot, Dict. 

Arénière, subst. fém. Sablonnière. (Vov Got- 
grave, Oudin, Mcot et Monet, Dict.) 

Arens, subst. masc. plur. Espèce de manœuvre 
Un soupçonne que ce mot arens désigne la ma- 
nœuvre, les cordages, qu'en termes de marine on 
nomme niartinets, marticles, et quelquefois arai- 
gnées : dénomination peut-être altérée dans «m;s. 

Ondes reversent et escument. 

Rompent hutage (2) et obens'(3>,' 
tl li caable et li arens. 

Siège De Troye ; MS. du R. n" 0987, fol. lU. 

Arénuleux, adj. Sablonneux, plein de menu 
sable. {S oy. Cotgrave, Dict.) 

Arer, verbe. Labourer. Parcourir, faire route en 
mer. Discourir, parler. 

Il semble qu'en préférant à l'usage de l'ancien 
yerhe arer, en latin arare, proprement cultiver la 
terre celui du verbe labourer, en latin laborare, 
on ait substitue ù l'idée agréable d'une culture qui 
leconde la terre, l'idée désagréable du labeur qu'elle 
exige des Cultivateurs. Cette préférence paroissoit 
peu raisonnable à Henri Eslienne, puisqu'après 
avoir observe « qu'en Savoie un laboureur s'en 
« allant labourer la terre, dit qu'il s'en va arar il 
« demande si nous ne pouvons pas au besoin, en 
« changeant a en e, dire arer. Quant à moi, ajoute- 
« t-il, je n en ferois point de conscience. » (Précel- 
lenceduLang Fr. p. 145. - Voy. Ménage, Dict. 
Ktym.) Le verbe arer existoit de toute ancienneté 
dans notre Langue; il ne s'agissoit que de le sau- 
ver de la proscription. .. Helyes.... Iruvad Heivseu, 
« le tizsaphath,rtrfl«/; e al Ires od lui. a bien jesques 
» duze jus de boes. » (Livres des Rois, ms. des Cor- 
del, loi. 114.) « Ung désert où il n'avoit onques esté 
« are, ne semé, etc. » (Gh. S' D., T. I, fol. 261, V°.) 

Li preudom, quant voit le jor né, 
Rêva arer en son jorné. 

Fabl. MS. du R. n- 7218, fol. 309, Y- col. 1. 

Li vilains sa vache 

Et son buef donte de sa mace ; 
Et tant les en bat, kastie. 
Que la tière en ère et deslie. 

Ph. Mouskes, MS. p. 260. 

En comparant au labourage l'action par laquelle 
1 espèce humaine se reproduit et se perpétue, on a 
dit : i f ■> 

Arez, pour Dieu, Barons, arez 
Et voz lignaiges réparez. 



i)ilS4'Î5nov\mfe^^^^^^ d'hiver. (E. Rambert, Revue , es 

18 



AR 



— 138 — 



AR 



Se ne pensez forment d'arer. 
N'est riens qui les peust réparer. 

Rom. de la R(isc, vers 20G10-'20G13. 

On désignoit la nécessité de passer d'un propos 
à un autre, la nécessité de discourir d'autre chose, 
en disant : 

Autre champ me convient arer. 

Rom. de la Rose, icrs 22137. 

Ce verbe arer étoit pris substantivement, lorsque 
par allusion ù l'habitude que les bœufs ont de la- 
bourer, on désignoit une science acquise par l'ha- 
bitude de faire une chose, en disant : 

Plus en sçaurez que beuf â'w'er. 

Rom. de la Rose, vers 13851. 

Plus sai d'Amors ke bues tl'areir. 

Chans. fr. MS. de Berne, n- 389, pari. 1, fol. 120. V°. 

Il est possible que relativement à Fidée de par- 
courir un terrain qu'on laboure, l'expression arer 
une route ait signifié faire une route, la parcourir 
en naviguant, sans comparaison même du sillage 
du navire, au.\ sillons tracés par la charrue. « Ces- 
« tuy jour.... ne leur apparut terre, ne aultre chose 
« nouvelle: car autrefois avoient are ceste routte. » 
(Rabelais, T. IV, p. 6.) 

En discourant d'une personne ou d'une chose, on 
parcourt les objets qui leur sont relatifs. De là 
peut-être l'acception figurée d'arer, discourir, 
parler d'une personne avec quelque étendue. 

Par cy-dessus vous ay are 
Moult d'Abraham fil de Tharé. 

Hist. des trois Maries, en vers, MS. p. i6. 

On a vu plus haut, qu'arer antre champ, c'étoit 
discourir d'autre chose; expression dont le sens 
présente certaine analogie avec l'acception d'arer (I ), 
discourir. 

VARIANTES : 
ARER. Livres des Rois, MS. des Cordel. fol. 114, R» col. 2. 
Areir. Chans. fr. MS. de Berne, part. 1, fol. 120, V". 
Arreu. D. Carpealier, S. Gl. 1. de Du Gange, T. I, col. 270. 
Errer. Ph. Mouskes, MS. p. 260. 
Harer. Hist. de B. du Guesclin, par Ménard, p. 9. 

Ares, subst. On a cherché dans le grec «pa, l'ori- 
gine de ce mot are ou ares, usité en Gascogne et 
dans quelques autres provinces. (Voy. Dict. de 
Trévoux.) Mais il est probable qu'étant de même 
signification que le mot ore ou ores, il est de même 
origine. On est si familiarisé avec la voyelle a, subs- 
tituée à la voyelle dans la prononciation et l'ortho- 
graphe, (ju'en are comme en ore, on croit recon- 
noitie le substantif Itoi^e, en latin hora, pris abso- 
lument et employé comme adverbe pour signifier 
à-l'heure-même. (Voy. Hore.) « La Bastide criast au 
« Suppliant: ribault, traître; ares, par le ventre 
« de Dieu, tu mourras. « (D. Carpentier, Suppl. 
Gloss. lat. de Du Gange, T. I, col. 286 ; fit. de 1482.) 
Il est évident qu'en ce passage la signification du 
mot ares est la même que celle du composé ares- 
metys qu'on' trouve dans Rabelais, et que les Gas- 



cons semblent avoir formé du latin horâ rnetipsâ. 
" Voussoubvienne de boire à my... et je vous plei- 
» geray tout aresmetijs. r, (Rabelais, T. I, Prolog, 
p. 50. — Voy. Aresmetys.) 

VARIANTES : 
ARES. D. Carpentier, S. Gl. 1. de Du Cange, T. I. col. 286. 
Are. Id. Ibid. - Dict. de Trévoux. 
Ahex. Cotgrave, Dict, 

Aresmetys, adv. A-l'heure-même. En latin 
horâ rnetipsâ ; d'oîi le mot composé gascon ares- 
metys, aresmedis, ou aremeti. (Ménage, Dict. Etym. 
— Voy. Ares.) 

VARIANTES : 
ARESMETYS. Rabelais, T. I, Prolog, p. 50. 
Aremeti, Ares.medis. Cellhellenisme de L. Tripault. — 
Mén. Dict. Etym. 

Aresner, verbe- Attacher par les rênes de la 
bride. Saisir par les rênes de la bride. Tenir en 
bride. (Voy. Resne.) 

On disoit au premier sens : 

Si descent et si se désarme : 
Son cheval uresne à un charme. 

Rom. de Pcrccval, MS. de Bjrne, n- 35i, fol. 260, R° eol.2. 
lUoec avoit un olivier ; 
Il aresna son bon destrier. 

Sicge de Tliébes, MS. du R. n" 6987. fol. 38, R° col. 3. 

Dans le second sens : 

N'il ne laist, por clicon d), le ceval amener; 
Tolome quidast prendre, sel'peust aresner. 

Roro. d'Alexandre, MS. du R. n- 6987, fol. 178, V col. 3, 

Au figuré : 

Prince qui veut en triomphe régner, 
Doit le vouloir des esmeuz arraiuer ; 
El n'exploicter tout ce que chagcun cuide, 
Garder que nul ne se puisse effrener. 

J. d'Auton, Annal, de Louis XII, MSS. 1603-1505, fol IIS, V. 

VARIANTES : 
ARESNER. Rom. de Rou, MS. p. 148. 
Aregn'er. Anseis, MS. fol. 61, V» coi. 2. 
Aresoner. Lanc. du Lee, T. I, fol. 148. 
Arrainer. J. d'Auton, annal, de Louis XII, fol. 115. 

Areste, subst. fém. Barbe d'épis. Petite partie 
ligneuse de lin. Espèce d'aiguille ou d'épingle. 
.\rète; incommodité; retard; obstacle; difficulté; 
embarras. 

Le mot areste, en latin arista, qu'au premier 
sens Monet définit, « longue et menue pointe, 
« comme une aiguille, à la cyme de l'épi, » est 
ancien dans notre langue, en ce même sens : 

De dolor est doloreus pains 

Il est fais d'orge qui est plains 
De paille et poignant areste. 
Miserere du Reclus de .Volicns, MS. de Galjnat, fol. 211, R° col. 1. 

On sait qu'après avoir roui, séché et broyé le lin, 
on le passe par le séran qui en sépare les parties 
ligneuses. En comparant ces parties ligneuses du 
lin broyé et passé par le séran, aux barbes, aux 
pointes des épis, on les a nommés arestes. « Du 
« premier filet de lin qu'elle traira de sa quenoille, 
« il lui entrera une areste au doy, en telle manière 
« qu'elle s'endormira à coup, et ne s'esveillera jus- 



Ci) Ce mot s'emploie encore dans la marine, lorsque l'ancre d'un vaisseau, le fonds étant mauvais, n'y tient point et 
are (laboure) le fond. (N. E.) — (2) A le sens de clicart, sorte de bâton (voir Du Gange à C/icha). Traduire: « Le cheval, 
malgré le bâton, ne se laisse amener. » Il s'agit ici de Bucéphale. (n e.) 



AR 



— 139 - 



AR 



V ^"wT ^ ,'''*"* ^"'^^''^ sera succée hors. » (Percef 
^01. III, fol. 115. - Voy. Ibid. Vol. IV, fol. m.) 

Bissus (1) est ver;;, naiscens de terre 

Quant il est du bois arrachiez, 

Adonc fault qu'il soit plungiez 

En l'eaue, et puis traiz par defors ; 

Puis aux raiz (2) du Souleil très-fors 

Doit estre mis et desechiez : 
Et lui sec, doit estre mailliez 
Amaillez, puis fraiez aux mains, 
Puis ferroiez sur le moins, 
Ef divisez pout les arrestes. 

Eusl. Desch. Poès. »ISS. p. 545, col. 1. 

Probablement, cet ancien Poëte avoit en vue le 
même objet de comparaison, lorsqu'en parlant de 
la coiffure des femmes de son siècle, il désisnoit 
|ar le mot areste une espèce d'aiguille ou d'épingle 

Grant merveille est que deUes regarder ■ 

Car cornes ont trop plus longues que bestes- 

lant qu om ne puet leur doulz viaire cler 

/O""- Trop y a d'espingles et â'ai-estes, 

Ue cheveulx mors, de bourriaux et de crestes (3) 

Eusl. Desch. Poés. MSS. p. 3-28, col. \. 

La ressemblance de la partie dure et solide de 
certains poissons, avec les barbes ou pointes d éoi 
est sans doute la raison pour laquelle on l'a nom- 
mée areste. (Voy. Ménage, Dict. Etym.) Il semble 
que relativement à l'idée de l'incommodité des 
a} êtes dans le poisson qu'on mange, l'on ait dit 

Vie d'omne est d'areste plaine .. 
Moult are.stouse vie maine 
Cil qui maine la plus légiére. 
Miserere du Recl. de Moliens, M.S. de Gaîgnat, fol. 211, R" col. 1. 

Cette même incommodité des arêtes relavûe celui 
qui mange, et fait obstacle à son plaisir. Il est donc 
possible que d'après cette idée le mot arestV Ta 
S'^'JIfrS'^ ''•"?' "" '^"' ^1"' P'^™'* se confondre 
dïns ces lers !" ""''"' '" ''^■"^"' "'^"''^' '^°'"™'^ 

Chiers pères, veuillez moi aidier ■ 
Je doute l'e-xcommunier. 
Cite suy ; cy n'a os ne nreste ■ 
b argent n'ay devant cette feste 
De Pasque, etc. 

Eusl. Desch. Poës. MSS. p. 435, col 1 

J^f!^^iSSl^ ^'" '^-'^^"■^-^' lorsque ce 

Il n'a cy areste ne boces ; 
Ne chose qui ne soit visible. 
Et trouvée en texte de bible. 

Id. Ibid. p. 489, col. 1. 

On terminera cet article en observant que par 
une autre comparaison, relative à l'idée del animes 
que forme une arête de poisson, l'on a pu nommer 
areste, I angle, l'élévation qui règne le loio de 
que ques lames d'épées ; aresles et vLves arestes les 
angles d'une pierre ou d'une pièce de bois équarrie 

(I) Byssus, lin. - (2) rayons. - (3) Ailleurs, Deschamps écrit 
Atournez vous, mesdames, aultrement 
Sans emprunter tant de harribouras 
Et sans quérir cheveulx estrangement 
()ue maintes fois rongent souris et rats 
'Vostre affubler est comme un grand cabas • 



de Trévoux.)'"^"' '''' ^^''^'- ^^'"''' ^'''^- " ^ict. 

AufcT- VARIANTES : 

AKhbTE. Eust. Desch. Poës. MSS n 435 

AiRESTE. Cotgrave, Dict. 

AnETE. Monet, Dict. 

Arreste. Eust. Desch. Poës. MSS. p. 545, col 1 

m^ffS^AS''' ''''''''■ ''^^" ^•"««'»- 

(E?irdeKe'SS.r ' '" ^'--'-^--- 
Au figure une vie arestotise étoil une vie nleine 
d II commodités et d'embarras. (Miserere du Si 
de Mohens, ms. de Gaignat, fol. 211. _ vôy. areTte!) 

.„„„ variantes: 

ARESTEUX. Cotgrave, Dict. 

Arestous. Miserere du Recl. de M. MS. de G. fol. 211. 

Areur, subst. masc. Laboureur. (Voy. Arer.) 

.„_„„ variantes: 

AREUR Gloss. lat. fr. du P. Labbe au mot 4,-atnr 

Areor. Vie des Saints, MS. de la ClayeUe p g " 

Argent subst. masc. Métal blanc. Monnoie 

^n •^'''"""'' '''^'■- '''«'--e'^l 0" d'autre métï 
On observera qu'en général, lorsqu'on parlé 
à argent on entend de l'argent fin, de l'a,-ent sans 
alliage. Pour fixer la loi del'argen't fi'i, on^^ diviS 
en douze deniers, et chaque deHier en vingt^auï ?e 
grains. Cette division de l'argent fin en douze de 
mers, et de chaque denier en vingt-quatre o'raint 
est commune à l'Argent-le-Roi ; mfis dlins l'ArgS 
f^Z'Jv' "est qu'à onze deniers douze grains 
4i^s1 f^ '^ '""'"ri"" ^'"g'-quatrième d'aîliaie 
Aiiibi, . lorsquon dit que Yargent fin est à tix 
» deniers de loij, cela signifie qu'il y a six partie? 
" d.argent et six parties d'alliage; niais loiSon 
" di que \ Argent-te-ltO!i est à six deniers rfe/o/ 
" Çfl:' signifie qu'il y a six parties et 6/24 de pa?: 
« fies en alliage; en sorte qu'il ne reste que cina 
« pnrtiesetl8/24de parties en argent » (o?d T. 1?! 

\Ji cl . p . CXJ .1 

La loi de l'argent mis en œuvre par les Orfèvres 
HP ?'-','i'o- ^'- '"'™' .^'."^ ^e"« de l'Argent-leRoL 
dp ; w"i'' ""d'"' ^ ''-'"^0" ^^ ce que nos Rois 
de la troisième Race accoutumèrent enfin leurs 
sujets a reconnoîtrc en eux seuls le droit de fixer la 
01 de 1 argent; ou qu'attentifs au moyen de répare? 
le défaut de mines d'or et d'argent en France Us 
en favorisèrent l'importation dans le Royaume et 
I encouragèrent en payant l'argent qui étoit à onze 
deniers douze grains, comme s'il eût été à douze 
deniers. (Voy. Ord. T. II, p. 254. - Ibid T m 
p. 0Ô5, etc. - Dict. de Trévoux.) ,. Que "nuls 
« Orfèvres... ne puissent... ouvrer argent que il ne 
« soit aussi bon comme celi que l'on dit l'.l?w,f/- 
« le-Rot. .. Ord. T. I, p. 522.) „ Nul Or evre îe 



Bourriaux y a de coton ef de laine 
Autres choses plus d'une quarantaine, 
Frontiaux, filets, soye, espingles et nèuds • 
De les trousser est à vous trop grand peine ■ 
Rendez 1 emprunt des estranges cheveulx I (n e ) 



AR 



140 — 



AR 



» peut ouvrer crargent qui ne se revienne aussi bon 
« comme A)'i/ent-le-Roi, sans les soudures, lequel 
. est dit argent de gros. « (Ibid. T. III, p. 12 ) 

Il semble que la dénomination, argent de gros, 
soit relative à une ancienne façon de désigner le 
prix du marc, soit d'argent-le-Roi, soit d'argent fin, 
par un nombre de gros, espace de monnoie. Peut- 
être aussi que l'argent de gros étoitde l'argent ù la 
loi de cette même monnoie? « L'en dourra du inarc 
" d'argent fin en pièce, au pois du marc monsieur 
« Saincl-Loys , cinquente-huit gros tournois. » 
(Ord. T. II, p. 38.) « Se aucun vouloit ouvrer 
« Argcnt-le-I\o\i, et acheloit argent lin, et fut l'acbat 
« et la délivrance tout !i un marc, il le peut faire, 
u mes que le prix de la délivrance et de l'achat 
« soient considérez eslre d'une valeur ; si comme 
« qui acheteroit un marc cV Argent-le-lloij cinquante 
« gros, l'on n'en devroit donner que cinquante-six 
>> gros, se l'en les delivroit à Argenl-le-Roij, c'est 
<■ tout une valeur, car argent fin en emporte plus 
« que Argent-le->Aoij ; et combien que il semble que 
« il donne plus grant pris, c'est assavoir cinquante 
« huit gros, si ne donne il pas plus de cinquante six 
« gros argent, car il acheté argent et délivre argent ; 
« et semble que le seurcrois de l'argent fin que il 
" acheté, il doit rendre, puis que il délivre Argent- 
« le-Hoy qui bien se pourroit monter à tel prez 
« demi gros. » (Registre delà Chambre des Comptes 
de Paris, cotté INoster, p. "lO'). — Voy. Du Cange, 
Gloss. lat. T. I, col. 687.) 

Probablement, Vargent en plate, dans l'Ordon- 
nance de Philippe-le-Bel, en date du mois de juin 
1313, étoit de même forme que Vargent en mace et 
billon, ou tout simplement Vargent en billon, dans 
l'Ordonnance de Philippe de Valois, datée du 29 
septembre 1329. <> L'en donrra... du msivc d'argent 
« fin en billon.... cinquante six soûls six deniers 
« desdiz bons peliz tournois. •• (Ord. T. II, p. 38.) 
« Que tout homme puissent apporter dehors de 
« noslre Royaume, à noz Monnoyes, or, argent en 
« mace et billon, franchement et sans en poier, 
« etc. » (Ibid. p. 39.) .< Que nuls Orfèvres, ne Chan- 
« geurs, ne autres ne rachalent, ne affinent... 
« nules monnoies d'or ne d'argent, blanches ne 
" noires, ne nul argent en plate, quel que il soit, 
« seur paine, etc. » (Ibid. T. I, p. 521.) On croit que 
cei argent en plate, étoit de l'argent en barre, en 
lingot; par conséquent de même forme que l'argent 
en masse ou en biUon. Les Lettres de Philippe-le- 
Bel, datées du mois de septembre 1295, semblent 
prouver incontestablement qu'en latin Billio étoit 
synonyme d'argentum in massa. (Voy. Ord. T. I, 
p. 32G; notes, col. 2. — Du Cange, Gloss. lat. T. 1, 
au mot Billio, col. 1108. — Id. ibid. T. V, au mot 
Plata, col. 5i9.) Il paroitroit raisonnable d'en con- 
clure qu'on a nommé billon, la monnoie décriée, 
parce que celte monnoie étoit souvent fondue en 
masse, en barres, ou en lingots qu'on employoit à 
la fabrication de la monnoie nouvelle. 

On soupçonne que dans quelques Ordonnances, 
le marc d'argent en argent, autrement nommé 



marc d'argent blanc, étoit un marc d'argent en 
espèces décriées ; mais non fondues en masse, en 
barres ou en lingots, comme l'étoient celles du 
marc d'argent en billon. « Les Mestresde nos Mon- 
« noies prendront pour nous le marc d'argent en 
« billon, Argent-le-Roy, au marc de Paris, pour 
« cinquante et sept soulz tournois; et en argent, 
« Argent-le-Roy, pour cinquante-neuf soulz tour- 
« nois. » (Ord. T. I, p. 4r)0.) « On rendra cinquante- 
« neuf sols tournois, du marc d'argent blanc; et 
« cinquante-septsols tournois, d'argicnl en billon. » 
(Ibid. p. 408.) 

Peut-être trouvera-t-on que la différence entre 
l'argent en liillon et cet argent blanc, nommé ar- 
gent par excellence, n'étoit autre que celle qu'on 
désignoit en disant argent noir, par opposition à 
argent blanc. Quoique'l'argent blanc ait été dans 
les anciennes Ordonnancesde Vargent à douze de- 
niers de loi ou envii'on, par conséquent de l'argent 
fin ou de VArgent-le-Hoi, il semble qu'en général 
on ait nommé argent blanc, celui dont l'alliage, 
quel qu'il fût. étoit légal; argent noir, celui dont 
l'alliage excédoit la loi. » Les Orfèvres payeront 
« par chascun marc d'argent blanc et vere,àeu\ 
« deniers pour marc. « (Ord. T. II, p. 320.) Vrai- 
semblablement, vere est une faute pour nere ou 

noir. « Voulons que vous faciez donner par 

« toutes nos Monnoyes, (i tous Changeurs et Mar- 
« chans, de chascun marc d'argent tant blanc 
« comme noir, quarante sols tournois de creue, 
« oultre le pris que nous y faisons donner à pre- 

« sent : c'est assavoir pour chascun marc 

« d'argent alluie à la loij de trois deniers, seize 
« livres tournois ; et de tout autre marc d'argent 
" allnié au dessonbz; quinze livres et huit solz 
<- tournois. » (Ord. T. III, p. 18.) 

Les malheurs du règne de Philippe de Valois, 
renouvelèrent la nécessité d'affoiblir les monnoies. 
Sous le règne encore plus malheureux du roi Jean, 
on n'en fabriqua presque pointd'argentfin, et assez 
rarement d' Argent-le-Roi . Il y avoit presque tou- 
jours moitié et même plus que moitié d'alliage. 
Mais on supposoit très-souvent, pour la fixation du 
prix du marc d'argent, que l'argent, par exemple, 
» allié à trois deniers de loi, éio'û Argent-le-Roi. » 
C'est d'après cette supposition, que dans un mande- 
ment de Charles, fils aine et Lieutenant du roi 
Jean, daté du 22 octobre 1350, le marc d'argent 
blanc, qui étoit argent fin ou Argent-lc-Uoi, puis- 
qu'il étoit réellement « à douze deniers de loi ou 
« environ, >- paroissoit ne valoir que sept sols 
tournois plus que le marc d'argent allié à trois 
deniers. « Qu'il soit donné à tous Changeurs et 
« Marchans frequentans les Monnoyes, de chascun 

« marc d'argent allai é à trois deniers de loy, 

« dit et nommé Argent-le-Roi huit livres dix 

« solz tournois; et de tout autre marc d'argent 
« blanc à douze deniers de loi ou environ... huit 
« livres dix-sept solz tournois. » (Ord. T. III, p. 86.) 
La raison de cette fixation du prix de l'argent h 
trois deniers de loi, presque la même en apparence 



AR 

que celle de l'argent à douze deniers, seroit incon- 
cevable, si l'on ignoroit qu'en fixant h huit livres 
dix-sept sols tournois le prix du marc d'aroent à 
douze deniers de loi, et ù huit livres dix sois, celui 
du marc d'argent à trois deniers, on ne faisoit 
quindiquer la règle de l'évaluation proportion- 
nelle de l'argent supposé Argent-le-Roi, quoiiiu'il 
ne fut qu à trois deniers de loi. Un autre mande- 
ment du 23 novembre 135G, par lequel on ordon- 
noit la fabrication de gros deniers blancs h quatre 
deniers de loi, paroit fixer le prix du marc de cet 
argent ainsi monnoyé, à douze livres tournois. 
(A oy. Ord. T. III, p. 87 et 88.) Mais ce seroit une 
erreur d en conclure que le marc d'argent avec 
lequel ou labriqu;i ces gros deniers blancs, n'étant 
compo.se que d'un tiers cVArgent-le-Itoi et de deux 
tiers d alliage, valoit réellement douze livres 
« Leia signifie seulement, que le prix du marcd'ar- 
" pnt monnoye, supposé que la monnoye eust été 
" abriquee avec de V Argent t-le-lioij, vandroit douze 
» ivres. Or comme ces gros deniers blancs ne con- 
" ',';"'?!e"t fiu'un tiers d'argent, et les deux tiers 
« d alliage, le marc d'argent monnrnié de ces esné- 
" ces ne conteiioit que le tiers d'un marc iVArgent- 
« le-Hoi ; et comme le cuivre et l'alliage sont 
" comptez pour rien, il ne devoit valoir qm iiuatre 
" livres qni est le tiers de douze livres, à quoy a 
« esle fixe le prix du marc d'argent monnoyé, eii le 
« supposant Argent-le-Roi. » (Ord. T lIl nréf 
p. cxij.) ^ ' ' ' '^'• 

On a étendu la signification d'argent, monnoie 
a argent, a toute espèce de monnoie, lorsque pour 
designer la possibilité de tout conclure, de tout 
tinir avec de 1 argent, on a dit en proverbe : 

Adès fine il qui a arijenl. 

Eusl. Desch. PoC-s. MSS. p. loe, col 3. 

Le proverbe contraire, « Quand argent faut 
'■ fiuaison nulle, « est particulièrement Justine par 

art. Lxii du tit. II do la coutume du Perche, où on 
lit : <■ Si le A assal ayant esté saisi, compose avec son 
« Seigneur du rachat et proffit de (ief qu'il peut 
« devoir, et pouriceluy payer, luy estdonné terme 
" dedans lequel il n'ait payé, peut ledit Seigneur 
« jouyr dudit lief, ainsi qu'il faisoit auparavant et 
'■ iceluy saisir de nouvel, si saisi n'a esté; qui est 
« ce qu on dit communément, quand argent faut 
« maison nulle. » (Coût. uéu. T. II, p 175 ) ' 

Il est SI rare d'être bienfaisant et de cacher sa 
bienfaisance, que pour signifier qu'une chose ne 
sest jamais faite, on a pu dire troverbialemeÏÏ 
quelle s'est faite a du temps qu'on se cacha po r 
« presler argent. . (Cotgrave.Dict 1 ^ 

Les malversations trop fréquentes dans l'admi- 
nistration des iinances des Rois et autres Princes 
ont fait dire proverbialement que » leur aro-ent es 
•• sujet a la pince. » (,Vpol. d'Hérodote, p 13G 

l.ien n est plus vrai, sans doute, que le proverbe : 

Mieulz vault science qu'arrye/Ls. 

Froissarl, Poès. JlSS. p. 339, col. 1. 

Mais l'homme qui aura dédaigné l'argent pour la 



141 — 



AR 



science, ne s'exposera point à l'affront de s'enten- 
dre dire : 

A luis, à l'uis, qui n'a ar/joif. 

Fabl. MS. du R. n- 7218. fol. 317, R" col. i. 

Il restera chez lui paisible, et se dira avec plusde 
philosophie que d'humeur : « Quelque sravoir que 
« soit en l'homme, s'il n'a de Vargent, on s'en 
<■ moque. « (Cotgrave, Dict.) 

Il pardonnera aux hommes qui ne le vaudront 
pas, leur passion pour l'argent; passion dont on a 
dCMgne 1 ardeur par cet ancien jeu de mots « Li 
;; ^"IfJis.f'-t l\S-ent. » (Voy. Fabl. ms. du R. 
n /blo fol. 01, R" col. 2. - Cotgrave, Dict ) 

Peut-être même que forcé par ses besoins d'être 
p us homme que philosophe, il reconnoitra la 
sagesse de ce proverbe : 

Qui n'a de l'argent en bource 
Qu'il ait du miel à la bouche. 

Méni. de Montluc, T. II, p. 529. 

L'argent est si essentiel à la satisfaction des 

d^tni'.ïiP, li''? '"'"^ '^'^•'^'' ^""'1 ï"* est impossible 
d oublier les anciens proverbes relatifs à une vérité 
dont le sentiment se renouvelle sans cesse. Si on 
v.;.i^'^ -'utrelois . Point d'argent, point de 
« Nailel »; on lui dit aujourd'hui, .. Point d'argent 
" P.O'nt de Suisse ». Il sentira toujours qu'il est 
vrai de dire : « Argent faict tout; qui ade rargeSt 
« a des pirouettes; toujours argent vient ù pSiiil' 
« argent comptant porte médecine, etc. .. fVov' 

?!^%7'- "r ^' ^- ^^^^,"§iS' a"- 1339. - oidiJ; 
c, J^»^-,- Ji'Oissart, Vol. II. p. 1C3. - Nuits de 
Straparole, J. II, p. 393. - Cotgrave, Dict 

Au figure, .. prendre une chose pour aro-ent 
" compte ou i^our argent comptant. » c'est croire 
■ rSn '"'" î'? ^^'"^ '^'^^^e' 1'' •'ega'-der comme 
, îpuL A"'''^ °'Î .comptant qui est chose très- 
I celle. « Ou ne doit pas toujours prendre pour 

" {".yf'fl "'"<««/ tout ce qui est escrit aux 

" liistoires pour ce que souvent les causes qui ont 
- produi des effecis sont ignorées ou falsifiées . 
(Disc, po 11. et milit. de La^'oue, p. 107 - W 
Contes dEutrapel, p. i5l.) ^' 

Phn'iT'-^ comptant, chose très-réelle, est aussi 
chose toujours prête au besoin. De là, on a désiené 
igurement la facilité avec laquelle Jean Bodin 
trouvoit son esprit au besoin, en disant « ou'il 
«avoit son esprit en argent comptant. » (Vov De 
Thoii, Ilist. hv. cxvu, p. 701.) ^ 

VARIANTES ; 
ARGENT. Orlh. subsist. - Ménage, Dict. Etvm 
-ViiiGEN.^. Chans. fr. MS. de Berne, part. Il fol OQ 
AiRGE.NT. Ibid. part. I, fol. 42 R» 
Argeant. Monet, Dict. 
Argient. Ord. T. I, p. 468 
Ergent. Fabl. MS. du R. n» 7615, fol 253 



Argentelet «r^. Argentin. (Voy. Argentif.) 
L adjectif argentin dont notre Langue paroit être 
redevable aux Poètes du xvr siècle, n'est pas irohîs 
ancien que leur diminutif argentelet, de même si- 
gnilication qu argentin. En comparant h la blan- 
cheur de l'argent, le cristal d'une onde claire et 
Iransparcnle, ils disoient figurémenl : .- ruisseau 



AR 



— 142 — 



AR 



« argentelet, fontaine argentelette, clc. » (Poës.de 
R. Belleau, T. I, part, i, fol. KW, R°. — Id. ibid. fol. 
105, R°. — Epith. de M. de la Porte.) 

Prez d'une fontainelctte, 

Doiicelelle, argeiileletlc, 

,Te tenois, un jour d'Esté, 

Ma Charlotte à mon costé. 

G. Durant, à la suite de Bonnefons, p. 119 et 120. 

Argenterie, SM&sf./em. Garde-meuble. Recette. 
Banque. 

La vaisselle et autres tneiiblesd'argent dont l'opu- 
lence fait un usage souvent moins utile que fas- 
tueux ; la croix, le bénitier, les chandeliers et tous 
les vases d'argent que la piété consacre au service 
des Eglises ; le fonds en argent que chez le Roi on 
fait tous les ans pour certaines dépenses extraordi- 
naires, se nomment encore argenterie [\).l\:{\?. ce 
mot n'est plus usité avec la signification de garde- 
meuble, lieu où se gardoit V argenterie des Rois ou 
des Reines, avec tout ce qui sert à l'appareil de leur 

magnificence. « LeMaistre d'hoslelde la Royne 

« fêit promptement venir un Tailleur, et print des 
« draps en Vargenterie pour babiller le bon homme 
« Berger. » (J. Le Maire, Illustr. des Gaules, liv. I, 
page 142.) 

Quelquefois Vargenterie d'une ville étoil la 
recette, le lieu où se versoienl les deniers publics. 
« Preist suz l'arj/ra^mc de Chartres, soixante livres 
« parisis; et sur la trésorerie de Thoulouse, 
« soixante livres parisis de rente. » (Ord. T. I, 
p. 705, notes, col. 2.) 

Il semble que dans la coutume de Ponthieu, 
l'argenterie d'Abbeville étoit une des banques pu- 
biques où l'on faisoit valoir l'argent des Particu- 
liers à qui, sur le papier de l'Argentier ou directeur 
de la banque, un Greffier expédioit les contrats 
nécessaires à leur sûreté. « En 1495, Nicolas de 
« Sainct Eloy, procureur, ctoit greffier de Vargen- 
« terie d'Abbeville. » (Coût. gén. T. 1, p. 6G8. — 
■Voy. Argentier.) 

VARIANTES : 
ARGENTERIE. Ord. T. I, p. 7(35, notes, col. 2. 
Argeanterie. Monet, Dict. 

Argenteur, stthst. masc. Argentier. Significa- 
tion qui semble relative h celle d'Argenterie, Garde- 
meuble. « Jacques Cuer... estoit Conseiller et 
« Argentier du Roy, et avoit grant autorité devers 
« luy, et fournissoit son Argenteur de toutes den- 
« rées. » (Procès de J. Cuer, ms. p. 85. — Voyez 
Argentier.) 

Ai'genteure, subst. fém. Argent massif. Argent 
en pâte. Argent appliqué en feuilles. Il est probable 



que le premier sens étoit celui à'argenture, lors- 
qu'on parlant de la figure que Nabuchodonosor vit 
en songe, on a dit qu'elle avoit. 

Les bras, le pis d'arrjentiire. 

G Machaut.'Poës. MSS. fol. 25. V" col. 1. 

L'argent resous en pâte par l'eau de départ (2), el 
destiné à argenter, se nommoit aussi argenture, 
(Monet, Dict.) 

Enfin, l'argent appliqué en feuilles sur le cuivre, 
le bois et autres choses, étoit et est encore de l'ar- 
genture. (Id. ibid.) 

VARIANTES : 
ARGEXTEURE. Oudin, Dict. 
Argeanture. Monet, Dict. 
Argenture. G. Machaut, Poës. MSS. fol. 25, 'V» col. 1. 

Argenteux, adj. Qui est d'argent. Qui est mé- 
langé d'argent. Qui a de l'argent. 

On ne trouve ce mot argenteux, expliqué au pre- 
mier sens, que dans Cotgrave, Dict. 

Dans le second sens, 'or argeanteus, étoit un or 
mélangé d'argent. (Monet, Dict.) 

On diroit encore dans le langage familier, pour 
désigner une personne qui a de l'argent : " Sy 
« mondit sieur de Gueldres eust esté argenteux, 
" etc. » (Lett. de Louis XII, T. I, p. 98. — Voy. 
Cotgrave, Oudin, Rob. Estienne, Nicot et Monet, 
Dict.) 

VARIANTES : 
ARGENTEUX. Cotgrave, Oudin, R. Estienne, Dict. 
Argeanteus. Monet, Dict. 

Argentier, subst. masc. Orfèvre. Homme qui 
a une administration, une recette, un maniement 
d'argent. Banquier. Homme riche, homme en 
argent. 

Quelque général que soit aujourd'hui le luxe des 
ouvrages en or, l'on observe que dans plusieurs 
lieux, 'entre autres à Caen, les Orfèvres se nomment 
encore Argentiers, relativement aux ouvrages qu'ils 
font en argent. 

En un anel d'or tout massis 
Fu mon signet mis et assis ; 
Et l'entailla moult volentiers 
Uns très bons mestres argentiers. 

Froissart, Pofs. MSS. p. 16G, col. 1. 

On sait que dans les Maisons royales et autres 
grandes Maisons, Y Argentier est encore aujour- 
d'hui un Officier préposé à la distribution de cer- 
tains fonds d'argent qu'il administre sous l'inspec- 
tion d'un Officier supérieur. Cet Officier, nommé 
quelquefois Argenteur, étoit en 138G celui qui, dans 
dans la maison des Ducs de Bourgogne, « recevoit 
« les sommes, pour payer les frais des ambassades, 
« des voyages, des habillements, de la garde-robe 



(1) Les Archives Nationales conservent sous la cote KK. 18 à 27, les comptes clc Vargenterie du règne de Charles 'VI (de 
13R0 à 1410). M. Douët d'Arcq, y réunissant des documents plus anciens, en a donné des extraits pour la Société de 
l'Histoire de France (1 vol. in-8", 1851). Ces comptes de l'argenterie embrassent une période de six mois, du 1" janvier à la 
Saint-Jean d'été, de la Saint-Jean au !•'■ janvier suivant ; on y lit d'abord les fonds de recettes ordinaires et extraordinaires ; 
puis viennent les dépenses séparées du roi, des frères du roi, et de la reine: draps de laine et de soie, toiles, chaussures, 
chapellerie, bijoux, peignes et peignoirs même, y sont détaillés par le menu ; ce compte se termine d'ordinaire par une 
longue énumération de dettes arriérées et de façons soldées. L'Histoire du Costume, pour la fm du xiv« ciecle et le 
commencement du xv siècle, est là tout entière; on peut voir ce qu'il fallait d'aunes de soie pour le hennin d'une reine ; 
M. H. de Laborde a déjà dépouillé les comptes spéciaux de l'orfèvrerie dans le glossaire de sa Notice sur les émaux et 
oijotix du Louvre (1853, 2 vol. in-12). (x. e.) — (2) eau régale. 



AR 



— 143 — 



° fi "i''^^ ^^°s^s exiraordinaires. Il avoit '^00 
« francs de gages. » (Etat des Officiers des D de 
« Bourgogne, p. 22. - Voy. Arge.nte™ ) 

P.ni"';'f'l'-''"'*"^*' l'-^'cception de ce mot Arqentier 
etojt SI générale que, sans égard aux distinctions 
elabhes entre un Ministre des finances utS 
ner, un Receveur, un Caissier, un intendant de 
maison, un homme d'alfaire, on es réunissoï oS 

souslamemedénomination.JacquesCœurqS so s 
le règne du roi Charles VII, étoit ce qu'ont été dé 
puis les Surintendans, les Contrôleurs -énériv 
eto.t qualifié tout simplement cXXr ^./ÏC^ 
S.f " ^'^- (^^°y- P'-O'^^* fie ,1. Cuer i p 8.1 - 
Godefroy, Rem. sur rilist. de Charles VII, p 850 1 

If, if r '^°"'' ^r^"«" du Trésorier, du Rect 
eur des l^^nances de Charles VI, lorsqu'en lil2 
1 Université disoit dans ses remontrances .On 
<■ n excuse pas... Raymond Raguier qui a la princi- 
" P'i^^ administration de voslre Chambre aux dé- 
" » «l S:,no" plus que vostre Argentier Poui art (I) 
« et Guillaume Budé, maistre de vos garniso s nai' 

'■ d argent, dont vous ne tirez aucun profit et dont 

: £n?'a'."/r"'"'''''^'^'^^'^'-desterre'^e letïïs 
"biens. » (Le Laboureur, Hist. de Charles VI n «si 
On designoit un Caissier, un Intendant de nrasôn' 
un Homme d'atîaires, en disant : ! Corbieu sis 

aussi tacile que supe fli d'àciu^^if j^'i:; ^^ 
de la signification générale d'^r^^-^i/g,. honime uni 

ce les du mot Argentier qui, dans un sens eHtif^ 
celui de rexpression « faii'e e fait et demenere ùnî 
d argenterie, » sienifioit Bannuie. fVn v . î 

»vo,l po,,r objel ruliliié p"l iiw'Jl m« il S' 



AR 



: / f'?"'"' j tellement que par le papier des Aroen- 
tiers plusieurs con tracts estoient evuédie/ 1» 
« estoient lesdits papiers authentk ies et / foiVn 
" foi comme les instrumens passés Dardiinfl^ 
: Notaires d'aujourd'hui. „ (Voy Nicot D l't ! On 
soupçonne que^dans la coutLm^ de Vaio?s,^c'o?t" 

miner le nombre. Dans un spn« nnoi^ x^eter- 
de l^adjeclif rr.^.»/, ;]" Vu^,'X l'a^^^^^^^^^ 
boit homme riche, un homme en aro|nt , IcK 
« Jouyencel.... pour ce qu'il n'estS pas -rnfl? 

tion ; la seconde dans le Dicl. de Cotgrave. " 

VARIANTF-; • 

ARGENTIERE. Colgrave et Oudh; Dict 
Argeantière. Monet, Dict. 

ArgeiUif, AcIJ. Blanc comme argent On •! dit p» 
ce sens, que le croissant de la lune esfc|. ; e m? 

esA^Î!^S5^eS-^;f-^J^S;;,^£- 

comme aggen, le premier o se d,a,i°i?pn „ ô? '• 

On a loué dans Sully son activité .. à travailler 
« aux argmes (2), turcies et levées, pontz, pavez éhe. 
« mins et chaussées, et sa vigilance à faire en ^orfP 
« (lue les deniers octroyez aux Villes et rn.«m„ 
« nautez pour tels ouvrages, y fussenf bien m 
■' ployez. » Mém. de Sullf T V n lo i>w\ T' 
soins tels que ceux du Ministre^rSri n-,'qu1 



(1) Charles Poupart était CHYJÊO/Wdpmilc iqon .,. 

Lxxx. milUa hominum eï mu ierum F?/'"''"''.''" '«^'^!'''' (M«ratori Vlir col Wiv <?Tnn?'^''' ^«semate.... A,yi>,e se 
victuaUbus. . (N. E.) ""^'^'^"'»- Et f^^^erunt a,rjinale,n contre exercitU de biscottô,'^dëca~e1ardo, 'e"t de'^lt'erfs 



AR 



144 - 



AR 



Louis XIV doit une partie de la gloire de sou 
règne. 

Arnot, siibat. masc. (Voy. Argoteure.) Article de 
dol^!-du pied; doigt du pied. Ergot de coq, de 
cliièn. etc. Boulet d'un cheval. 

Fn faisant rénexion que d et t sont des lettres ae 
nie^meoSane, auxquelles on a substitue souvent a 
"ettre^ dans la prononciation et rorthographe de 
auanlilé de mots, ou conçoit la possibilité quarto/, 
Su pluriel/ soit une alténtion d «'■f«^./, ar- 
tok au p unel avtans, arm. (\oy. Aktieil.) 

i;opinion d'après Uuiuelle on se persuaderoi 
qu'arîoi est réellement une altération d «rn/t'«, et 
Ja. conséquent de même origine sembleroil peut- 
?ù-e d'autant plus probable 4" ^^ i^';«'\.,« S,J^ 
même signitication, lorsiiue pour designer attitude 
iu homme qui se tient légèrement sur la pointe 
du pied, qui se tient ferme et eleve sur a pou tedu 
pied par la tension des articles, on dit au piopie 
? a liguré, qu'il se tient légèrement sur ses ergots 
qui lèft surses ergots. «Le Bonhomme se . eut 
l sur ses ergots le plus leg'èrement qu il peut » 
(Les quinze Joyes du mariage, p. '1-) •'Lf"\mf 
lion et l'opiniastreté sont signes exprès de bestise 
., f e e-CY aura donné du nez à terre cen fois pour 
: un otir; le voila sur ses (^r^o/s, aussi résolu et 
. entier que devant. » (Montaigne, Essais, 1. 111, 

'^'L'Iltftudfd'un homme élevé et ferme sur ses er- 
gots, sur ses arigots, est celle d'un homme qui me- 
nace son adversaire, et lui résiste de manière a se 
faire cïàindre. De là ou a ditflgurémenteu par an t 
du duc de Glocestre et de PhiHppe-le-Bon duc de 
Bourgogne, également redoutables 1 un à laulie, 
« qu'ils estoient tous deux sur leurs angoU. » 
(Mém. d'Oliv. de la Marche, liv. L P- l-'i9-) 
C'est par mignardise de prononciation, qu à 1 oi- 

thographe argot ^^Ar^^^.::f^^!:^'^Si:}, 



^' cS , Dict.) On pourroit regarder comme relative a 
•dîj mologie (^- argot, finsertion de la voyelle i dans 
ariqot, si'la raison de celle orthographe qu en cer- 
taines provinces on altère en prononçant engot et 
hérigol d'où le participe érigoic ou '"'';'t/o '>,,et ]e 
substantif érigoteure ou hérigotcnre, eut ele 1 idée 
de la possibilité que l'origine darlueil, en latin 
fl?'//cH/!is,soitcommune au moUirgoton ergot. Ma\s, 
il est plus vraisemblable que relativement a 1 idée 
de la figure redressée, en latin arrccta ou erecta, 
de l'ongle pointu dont, par exemple, le derrière de 
la iambe d'un coq est hérissé, l'on aura imagine les 
oithographes arigot, êrigot et herigot, qui auront 
paru contractées dans argot et ergot. Ce seroit alors 
par extension de cette acception particulière, que 
l'ongle qui croit au derrière de la jambe du chien 
et de plusieurs autres animaux, quelle qu en lut 
la fio-ure, auroit été nommée arigot et erigot, par 
contraction argot et ergot. (Voy. Nicot, Dict. au mot 

'peutêtre trouvera-t-on plus raisonnable de croire 

(1) Posé, placé près; en latin apposltus. - (.2) Jusqu'aux. 



que dans un sens analogue h celui d article, join- 
ture, \e mol argot ou ergot, altéré dans arigot mi 
érinot a signifié non-seulement 1 ongle qui croit au 
derrière de'la jambe de quelques animaux, mais la 
corne molle qui est au derrière du boulet d un che- 
val parce que celte corne, ainsi que 1 ongle du coq 
et du chien, croît au premier article, à la première 
jointure de la jambe. L'argot ou Vergot du cheval, 
est une corne molle de la grosseur d'une châtaigne, 
qui est au derrière et au bas du boulet, de la jointure 
au-dessus du paturon de la jambe du cheval (Voy 
Dict de Trévoux, au mot Ergot.) Telle est sans 
doute la signification de l'ancien mot pluriel argos, 
dans ces vers ; 

S'est à eus si ajoins et apos (1), 
OÙé plus de trente mil en a que pns, que mors, 
Ôue ses cevax en fu et sanc dusc as (2) o'-yos- 
^ Rom d'Alexandre. MS. du R. n- 6987, fol. 19-2. R» col. 1. 

VARIANTES : 
ARGOT. Cotgrave, Nicot et Monet Dict 
Argos (Plur ) Rom. d'Alexandre, MS. du R., fol. 192. 
Xrgoz: (Plur.) Bible en franc, MS. de la Clayette, p. 523. 
Arigot. Mém. dOliv. de la Marche, liv. i, p. US). 
Ergot. Rob. Estienne, Nicot et Monet, Dict. 

\raoté,participe. Qui a des ergots. (Voy. Argot.) 
« Les chiens fauves qui sont retroussez eiherigo- 
« /(?s, sont bons à faire limiers. » (Nicot, Dict. - 
Voy. Argoter.) 

VARIANTES : 
ARGOTÉ, Ercoté. Nicot et Monet, Dict. 
Erigoté. Monet, Dict. 
Hergoté. Nicot, Dict. 
HÉRiGOTÉ. Nicot et Monet, Dict. 

Ai-goter, verbe. Combattre avec les ergots; 
lulter, combattre corps à corps. , „ u„ 

En disant d'après Cotgrave et Nicol, que le verbe 
arnoier désiguoit la manière de combattre qui est 
aturelle aiTx coqs, on en concluera poin avec 
eux que par allusion ti celte manière de combattre, 
ilasionifié figurément, contester, disputer, chica- 
ner dans la di'spute. 11 est plus probable qu en ce 
^Z,argofere!i une altération du verbe ergoter 
Smé ûe Vergo si familier aux argumentateurs, 
dans les disputes de l'Ecole^ (Voy. ^^'^^■l 

L'attitude d'un homme ferme et eleve sur ses 
ercjots étant naturelle à ceux qui luttent et combat- 
tent corps à corps, on a pu dire relativement à cette 
Liée même en parlant de la lutte amoureuse 
„ Mahilet.... prinl Gilet par la poitrine et ledit 
„ Gilet lui semblablenaent; et tenoient et hargo- 
oient l'un l'autre forment. » (D. Ca.pentier, bup 
Gloss lat de Du Gange, au mol Argutw; Ut. de 
V'Stri <! A la femme... . disl ces mots : avance, si 
le va faire joluier, qui est à enlendie harigoter^^ 
Id ib d lit de 1403.1 Peut-être la signilication de 
Sdère verbe harigoter est-elle relative a celle 
de la tenue expression frôler Vortoie dune ^ 
femme 0,1 a indiqtié la Possibilité.iu'a,.,o e artÇ 
soient de même origine que artueil, ortueiL etc. 
(Voy. Argot et Arteuil). 



AR - 145 — 



AR 



VARIANTES : 
ARGOTER. Cotgrave et Nicot, Dict. 
Hargoter. D. Carp. S. G. 1. de Du G. à Argutio 
Harigoter. Id. Ibid. tit. de 1393. 

Argoteiir, sitbst. tnasc. Ergoteur. (Cotarave et 
Nicot, Dict. - Voy. Argoter.) v ë ve ei 

Argoteure, subst. fém. Ergots. Terme collectif 
a ergots ; dans une signification spéciale, » assor- 
« tissement d'ergots, es chien de Vénerie. » (Monef 
Dict. — Voy. Argot.) 

VARIANTES : 
ARGOTEURE. Cotgrave et Nicot, Dict. 
Ergoteure. Nicot, Dict. 
Ergoture. Cotgrave, Nicot et Monet, Dict 
Herigoteore. Nicot, Dict 
Héric.oture. Monet, Dict. 

Argouirer, verbe. Vah-e des agaceries ; fâcher 
par des agaceries. Il semble que dans un sens rela- 
tif a celui d arguer, fâcher, on ait dit ■ >< Alizon 
« commança à se rejouir et à argouirer par paroles 
« à icellui estourmel qui estoit sur la table en une 
-< cage de bois. » (D. Caipentier, Suppl. Gioss. lat 
de Uu Lange, au mot Argutio; tit. de 1480. - Vov 
Arguer.) ^* 

Argu, stibst. musc. Blâme, reproche, accusation 
querelle, otîense, etc. Avis, vue, idée, sentiment' 
volonté, croyance, etc. Divination, Raison, raison- 
nement ; prétention, demande ; argument cantieux 
sopliisme; subtilité d'esprit. Peiiîe d'esprit per- 
plexité; doute, irrésolution. (Voy. Arguer ) 

Il est possible que relativement [i l'idée d'une 
chose claire et évidente, d'une chose clairement et 
évidemment démontiée, le mot argu ait signifié 
blâme, reproche, accusation, querelle, offense- 
signification dont on abrégera la preuve parce 
qu elles sont analogues à celles du verbe arguer 
« Mars est le Dieu des Batailles, et se délecte en 
« occisions, en contentions, en argux- et en toutes 
« dissensions. » (Percef. Vol. 1, fol. lo-i, V ■ col ->) 
« LeMareschal de Saint-André s'estoit... absenté 
■• de la Cour pour quelques paroles A' argu qu'il 
« avoit eu avec le roi de Navarre. .. (Lelt de Pas- 

?Cetc. -\StTicl.)"' '''■ "' '''■ ''' '' '''' 

Hui matin le lairiistes (I) ; malvès est vo arnus. 
Moult lost vous en est ore li guerredoiis rendus 

Rom. d Alexandre. MS. du R. n- 6987, fol. 200, V" col 3 

Dame Sapho, de Pan belle amoureuse 
Contre Atropos austère et rigoureuse 
l'eu et chanta ung dictié plain d'argus. 

Poës. de Crétin, p. 45, 

On retrouve la même analogie entre l'acception 
d arguer, éclairer, aviser, et celles d'argu, avis vue 
Idée, sentiment par lequel on est plus ou moins 
éclaire sur la raison de vouloir une chose ou de la 
croire - Luy remonstra tellement et si sagement 
" ^}^ V, br'sa les argus du roi de Hongrie. » (Frois- 

^'p'.^^'a ^r' P- ^^'^■) " Tant considéra Messire 
<■ J leirede Craon ses besongnes qu'il y subtillapar 

(1) Blessâtes, offensâtes. - (2) Le Démon 



mauvais argu et par l'enhortation de l'En- 
nemy (-2). ,. (id. ibid. p. 140.) « S' Aimericot eust 
tourne ses voyes et argus en bonnes vertus, il 
esloit bon homme d'armes, de faict et d'emprise 
pour moult valoir ; et pour ce qu'il en fit tout le 
contraire, il en vint à maie fin. » (Id. p. 77.) 

four recouvrer le temps que j'ai perdu, 
voeu de nouvel priler nouvelle amie- 
Je croi que jaie un raisonnable air/u 
Pour recouvrer le temps que j'ai perdu. 

Kroissarl. Poès. MSS. p. 331, col. t. 

On me dit, dont j'ai grant merveiUe, 
yne de dormir est temps perdus. 
Tant qu'à moi je m'en esmerveille- 
Car le dormir me vault trop plus 
Que le villier. C'est mes argus ■ 
Dormir est grant aise de corps, etc. 

Id. ibid. p, 315, col. 1. 

Quoi_que la divination regardée par l'homme 
supersli leux et inquiet de l'avenir, comme un avis 
qui I éclaire sur son sort futur, puisse avoir été 
désignée par ce mot argu, on croit néanmoins 
quen ce sens, argu est une altéiation d'aunur 
présage tire de l'observation des oiseaux (Vov' 

AUGUR.) • \ "J- 

Ne croit en songe, n'en argu, 
En carroi, ne en esternu. 

Rom. d'Amadas. MS. du R. n- 6987, fol. 319, V" col. i. 

Si^dans la fable d'un larron et d'une sorcière. 
.MS. du R. n- 7989, fol. 173, R" col. I, on lit argu en 
ce même sens, un autre ms. présente le mot aunur, 
moins défigure dans un troisième iis. où on lit 
argure. 

Qu'il ne croient, Diex, le deffent, 
En argure, n'en sorcerie; 
Car trahis est qui s'i affie 
Fabl. d'Esope, MS. du R. n' 7615, fol. 86, V col. 2 ; Fabl. 49. 

Enfin le mot argu, relativement à l'acception 
geneiale d'arguer, éclaircir, raisonner, signifioit 
raison, raisonnement, par lequel on croit pouvoir 
rendre claire et sensible la justesse d'une idée, la 
justice d'une prétention, d'une demande, etc Ouel- 
que raisonnable que soit l'indifféience du Sa^-e 
pour les richesses , l'homme riche s'imaginera tou- 
jours l'humilier en lui disant : 

Li poure chetif qui sont mol, 

En voslre argu vous soustendroient ■ 

Car ne puent faire leur vol 

Aux richesses qu'avoir vouldroient. 

Eust. Descli. Poos. MSS. p. 106, col. 3. 

Le roi d'Aragon sollicité de prendre la défense 
du pape Benoist Xlll contre le roi de France 
Charles M « respondità ceux qui delez luy estoyent' 
'< Guide ce prestre que pour ses «rr/ws aider à sous- 
" tenir, je doye entreprendre la guerre, contre le 
•■ roi de France ? on me tiendroil bien h mal-con- 
« seille. .. (Froissarl, Vol. IV, p. 311.1 On raconte 
que le roi Jean ayant été fait prisonnier avec Phi- 
hppe-le-Hardi, celui de ses fils qu'il aimoit le plus, 
« Un chevalier Anglois prétendit droit à la foy du 
<■ Roy... et pour ce que le Roy ne déposa pas au gré 
« du chevalier demandeur, il se troubla : et cuida 
« Philippe le fils entendre qu'en ses argus il dé- 



19 



AR 



_ li6 — 



AR 



« COUD donna au t^e^alel h"' „t, ^ 

oïtm.rflv » (Mém d'Ol vier de la Marche, p. à-., 
" ^-^V lo if ra son el du raisonnement, etoil 

SaSenl et évidemment vraie, on diso.l . 

Je feroie par mon arcju: 

Ce qui est no.r^deve^r_blanc. ^^^ ^ ^^,^^ ^^, , 

Famé a trestout passé argu ; 

Par lor engin sont deceu 

Li Sage, des le^ten^AbeL ^ ^^_^^^ ^^^ ^^^^ ^. ^^, , 

On ne parvient pas toujours aisémenlà éclaircir 
, ^nnf^ de l'esorit partaoé entre des idées contrai- 
res StcÊontre?ùùr^ncnl la raison qui doit en 

: ïaSf, etc!t (Percef. Vol. Ul, fol. 138, Y' col. 2.) 

A..fiiipp subst fém. Argument sophistique. 
Abt ?e fa subtm?é d-'esprit. (Oudin et Monet, Dict. 
_ Voy. Argu et Argutie.) 

Arquer, verbe. Montrer clairement, démontrer ; 
Wa^ne?' accuser, condamner, punir; quereller, chi- 
cSer importuner, fâcher, offenser, etc. Eclaner; 
avser aire voir, avertir, vouloir; presser, ha er, 
épeionner 'aiguillonner, faire souffrir, ourmenter 
Ser douloureusement. Eclaircir; rendre sensible 
efdfstinct avancer, prétendre, objecter, rétorquer ; 
Jaisoier,' examiner, discuter, disputer; hésiter 
dou?èï, conjecturer ; argumenter, sophistiquer, faire 

^^ LÏuion des Etymologistes est que dans le sens 
propres oier, en latin argtiere (1), signifie montrer 
SSient u e chose, la démontrer évidemment, 
S rendiè claire et évidente. On a donc suppose que 
la ia"son de blâmer, d'accuser, de condamner, de 
puni %étoit clairement et évidemment démontrée 
lorsqù'en ces significations analogues, on a dit . 
Pm ceu ke cil cui il argtiet el reprent, ne pu.st 
« murmurier, etc. ^. (S' Bernard, Serm. fr. mss. 

n S4i 1 » Li reis Saul avoit une amie e Uib- 

!'bose h, le fils saul s'aperceut que Al^^er la han- 
„ iad;si em parlad.... e Abner se cuiuchad fo - 

.. ZnL... si li dist tu as enquis, ma v'e s me. 

.. niir mei aroner pur une femme. » (LiviCb cies 
Ro?s M des CordeL fol. /i3, Y° col. 2) » Liquels de 
» vo'sm-ar^wmUdepécliier? » (S' Bernard, Serm. 



fr M^s p. 344.) « Je ai pécliiel à nostre Signor, ce 
dist David, quant Nathan l'«''ff«'''«/^.de adul" 
teire. » (Id. ibid. p. 368.) « Sire, ce dist li Sal- 
mistes, ne m-uryuer en ta forsenncne. » ^Id-ibid. 

n '2%) C'est le commencement du pseaume, 

!,■ Domine, ne in furore tuo arguas me, » paraphrase 

dans ces vers : 

Las ! en ta fureur aiguë 

Ne m'argue 
De mon tait, Dieu tout-puissant : 
Ton ardeur un peu retire, 

N'en ton ire 
Ne me punis languissant. 

Clern. Marot, p. 6bï. 

Le bon ami point et fovyKe 

^^Lfoffe"f.^rl^Tluuf afrr». ao Fauve,, MS. du R. fol. 4S. 

La vieillesse est naturellement encline a blâmer 
et à condamner tout ce qui n'est p us de son goût 
îl semble donc qu'on ait désigné dans une vieille 
emme cette inclination à blâmer, a condamner a 
auerel ler! à chicaner avec une aigreur importune, 
en disant : « C'est une vieille, seiche, aigre av- 
oua t. » (Les quinze .loves du mariage, p. 132 ) 
On conçoit qu'au moyen de l'extension de la 
cause â l'effet, la signification de ce verbe arguey 
St êli-e la même que celle d'importuner tacher, 
offïnseï ou de tout autre verbe propre a designer 
f'effét d'une chicane, d'une querelle, d'une condam- 
nSn "l'une accusation, d'un blâme mjuste e 
éraisonnable. « Lyonnel et ses compaignons furent 
7miÏÏtdolens de ce que le desloyal ^^l^l'^es le^ 
>, estoit venu arguer et mocquer. « (Peicet. \oi. 
V fol 4 - Yo5'. Cola-rave, Nicot et Monet, Dict.) 
L'amour que la fierté d'une femme sensible et ver- 
tueuse condamne el contre lequel elle se fâche, 
n'en est souvent que plus dangereux. 

A ce que famé est convoiteuse, 

Au premier se tient orgueiuose. 

Com plus se deffent et aiyue, 

Tant est ele plustot^^amcue.^^^^^^ ^ ^^^^ ^^^_ „_ 

Il paroit inutile de multiplier les preuves de 
la réalité d'une extension quil suffira davoii 

''"eS montrant clairement la raison d'une cliose en 
la démontrant évidemment, o^.eclaire on avise 
celui à qui on la démontre, on lui fait voir la i aisoi 
potu' aquelle on veut qu'il fasse ou ne fasse poin 
S c lose la raison pour laquelle on 'en avertit, en 
le pressant de se rendre à l'avis qu'on lui donne. 

Li Arceveskcs de Ruem Hue 
De la pais moult le Duc ai-gne ; 
Et li Dus vint al parlement 

Ph. Mouskes, MS. p. txa. 

Vous vous voulez mal atorner, 
Quant au siècle voulez torner. 
L'Escriplure vous en arrjue 
Par celui qui tient la charrue, 
Kt nuis derrière soi regarde. „ , „ , , p, 
Hist. de ?r. ^en \ers 1, la suite du R. de Fauvel, MS. du R. fol. 67. 






I 



AR 



— 147 — 



AR 



Abés, tes basions par amont 
A humilités te semont ; 
Mais si tu vois trop dissolus 
Ceaus qui dessouz ta garde sont... 
Pour ce est tes basions agus, 
Que tu les poingne en parfont... 
Abés, esgarde la longuece 
De ton baslon, cora il se drece. 
Il te commande adrecier l'Ordre ; 
Abés, tien l'Ordre sans pérece... 
Evesque, Abé je vous argu 
Dou baslon courbé, droit, agu : 
S'au baslon ne vous confermés, 
Vous desserves estre batu. 

Dit de Charilé, MS. de Gaignat, fol. 220, V' col. 2 et 3. 
Absolument la loi argue 
Et commande qu'on se marie 
Pour contenir, et pour lignie 
Avoir, sans autre entencion ; 
Non pas pour délectation. 

Eust. Desch. poës. MSS. p. 567, col. 3. 

Lorsqu'un homme éclairé par sa raison seule, ou 
par le sentiment d'une passion, avisoitou sentoit le 
besoin de faire une chose, on disoit qu'il s'arguoit, 
qu'il s'empressoit, se hàtoit de la faire. 

Chascuns de bien férir s'arrjiœ. 

Rom. de Brut, MS. fol. 8, R° col. 1. 

Leur compaignie vint après. 
Qui moult s'arque et fierl adès. 

IbiJ. fol. 96, R- col. i. 

On est éclairé sur le danger de mourir, on est 
averti de l'approche de la mort par le sentiment des 
maux qui en hâtent l'instant. De là, on a dit: 

En l'aage vient qui de mourir Varnuc. 

Eust. Desch. Poës. MSS. p. 388, col. 2. 

Li cuers me faut, la mors m'argue. 

Rom. d'Amadas, MS. du R. n" 6987, fol. 325, V" col. 3. 

Li Rois euist dit mainte cose ; 
Mais li raaus qui l'argue et cose, 
Le tenoil et hasloit de priés. 

Ph. Mouskes, MS. p. 641. 

Le cheval auquel on fait sentir l'éperon, est 
averti de hâter sa course : on hâte sa course en 
l'éperonnanl. De là Vexpveis'ion arguer des éperons; 
ou tout simplement arguer, pour éperonner. 

Le ceval broce, des espérons l'argue. 

Ànseis, MS. fol. 61, V' col. 2. 

Brandist l'espiel, et le ceval argue. 

Ibid. fol. i2, V col. 2. 

Souvent nos sensations, nos passions sont aussi 
douloureuses que pressantes. Elles font souffrir, 
elles tourmentent, elles agitent douloureusement 
l'homme qu'elles avertissent de ses besoins et qui 
les sent trop vivement. Ainsi, le verbe arguer 
signifloit non-seulement presser, hâter, aiguillon- 
ner, mais faire soutTrir en brûlant, en piquant, etc. 
tourmenter, agiter par une douleur physique ou 
morale. 

Ains où vas? où viens? et quels besoins t'argue. 

Rom. d'Alexandre, MS. du R. n° 6987, fol. 197. V- col. 2. 



Maulalenl l'argue et alise. 
Kabl. MS. du R. 



7615,fol. 65, Vcol. 1. 



Li Solaus (1) fu levés, li caurre (2) les argue. 

Rom. d'.Mexandre. MS. du R. n- 6987, fol. 189, R° col. 1. 

.... Lecherie l'espiciere 
Le fit delecher par angoise, 



Por la poudre qui les angoise. 
Qui si est ardent et ague, 
Que leur langue prenl et argue. 
Crie chacun, le vin, le vin, etc. 

Fabl. MS. du R. n- 7615, fol. 188, V col. 2. 

Plus de sept fois se torne la Bêle en un tenant ; ' 

Du fort mal qui l'argue va forment tressuant. 

Fabl. MS. dn R. n- 7-218. fol. 347. R- col. i. 

* Amors si ont sor moi lor arc tendu ; 
Si m'ont navré d'une saele ague 
Qui m'est el cuer que point ne s'en remue, 
Ne ne fera tant com ma Dame plera : 
C'est s'amor qui si rti'argue. 

Ane. Poël. fr. MSS. avant 1300, T. II, p. 657. 

Enfin, c'est dans la signification d'éclaircir, dé- 
montrer clairement une chose, la faire voir, la ren- 
dre sensible et distincte aux yeux de l'esprit, qu'on 
a défini la Logique « une science d'arguer choses^ 
<> saintes et subtiles, coulouréesde faulxargumens, 
» pour discerner et mieulx congnoistre la vérité 
« des choses entre le faulx et le voir. » (Eust. 
Desch. Poës. ms.s. p. 39'i, col. l.) 

L'amour-propre nous persuade si aisément quela 
raison de notre façon de voir les choses et d'en 
juger, doit être claire pour les autres, que dans 
l'opinion de certaines personnes , avancer une 
chose, la prétendre, l'objecter, la rétorquer, c'est 
l'arguer, la démontrer clairement, la rendre sen- 
sible, la persuader. Ainsi, l'on disoit : « Se aucun 
ic veult arguer que je vueil faire de vieil bois nou- 
n velle maison, etc. » ([.e Jouvencel, fol. 3, R°.) 

Vous argués ainsi, et dites 
Qu'en oiseaux a plus de mérites 
Qu'il n'a es chiens formement, 
Quant au déduit que l'en y prent. 
C'est là toute la question. 

Modus et Racio, MS. fol. 152, R'. 

C'est ung abus, vouloir rédarguer 
Femme qui est ouvrière d'arguer. 

Poês. de Crétin, p. 99. 

On abrégera la preuve de toutes les significations 
d'arguer, relatives à celle d'éclaircir les choses, les 
démontrer clairement, les rendre sensibles et dis- 
tinctes aux yeux de l'esprit. Elles étoient aussi 
multipliées que le sont les dilTérens verbes qui 
expriment les moyens plus ou moins efficaces de 
démontrer aux autres ou à soi-même, qu'une chose 
est vraie ou fausse, raisonnable ou déraisonnable, 
possible ou impossible, etc. Ces moyens étant le 
raisonnement, l'examen, la discussion, la dispute, 
l'hésitation, le doute, les conjectures, la justesse el 
la subtilité d'esprit avec lesquelles on argumente, 
le verbe arguer signifioit raisonner, examiner, dis- 
cuter, disputer, hésiter, douter, conjecturer ; argu- 
menter, sophistiquer en abusant de la subtilité de 
son esprit. (Voy. Colgrave,Nicol et Monet.) » Argou- 
« lant ala veoir Chaîies et arguèrent de plusieurs 
« choses ensemble. ■> (Triomphe des neuf Preux, 
p. 4-40, col. 1.) « Je arguatj en moy-mesme, si je 
« pourrois comprendre et entendre ce que cela 
« vouloit dire. » (Mathieu de Coucy, Hist. de Char- 
les Vin, p. 673.) « Toutesfois sur sa demande vous 
« arguastes, doublant, etc. » (Percef. Vol. III, 



(1) Soleil. — (2; Chaleur; en latin calor. 



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fol. 85, V" col. 1.) En termes d'Ecole arguer, c'étoit 
faire le sophiste (Monet, Dict.) 

CONJUG. 

Argueivet, iiul. imp. Bhlmoit, accusoit. (S' B. S.) 
Argutn, ind. prés. Vous condamnez. (Id. ibid.) 
Arguet, ind. prés. Blâme, accuse. (Id. ibid.) 
Aryuevel, ind. imp. Blàmoit. (Id. ibid. p. -113.) 

Argiieiir, suijst.masc. Argumentateur. Raison- 
neur. (Voy. Colgrave et Oudin, Dict.) 

Argueux, adj. Qui lient du reproche, de l'of- 
fense, de la dispute. Signilication relative à celle de 
l'expression paroles â'argu. (Voy. Argu.) « Auquel 
« Boulet, Pierre Dubos print paroles argileuses. » 
(D. Carpentier, Suppl. Gloss. lat. de Du Gange, au 
mot Argulio; lit. de 1477.) 

Arguil, subst. Argil. (Voy. Ardille.) « Si Deus 
" fesoit son iremer jugement par eauve sur 
« l'umayne lignage, les tables d'arguil et d'arein si 
« dépesceroient, e celés de piere remeyndroyent. » 
(Hist. de la S" Croix, ms. p. 11.) 

VARIANTES : 
ARGUIL. Hist. de la S'= Croix, MS. p. 11. 
Argoil. Ibid. 

Arguilloîineux, adj. Enclin à chicaner, à dis- 
puter; plein de fausses subtilités. (Gotgrave, Dict. 
— Voy. Argu et Argi'er.) 

Argument, subst. masc. Vue, idée, sentiment. 
Raison, raisonnement, dispute, plaidoyer, écriture, 
production, etc. Les acceptions usitées et inusitées 
d'argument étant comme celles d'argu, relatives à 
l'idée d'une chose claire et sensible, on a dit au pre- 
mier sens : « Si monterez plus haut que je ? Par 
« mon chief, non ferez je fausserai vostre argu- 
« meut. >' (Rom. de Dolopalhos, ms. de N. D. n" 2, 
fol. 68, V°col. 1.) 

On raisonne, on dispute, on écrit, on produit en 
termes de procédure, afin d'éclaircir, de rendre 
sensible la vérité d'une idée, la bonté d'une cause. 
De là, le mot argument a signifié raison, raisonne- 
ment, dispute, plaidoyer, écriture, production. 
(Voy. Gotgrave et Monet, Dict.) « Il se fist un argu- 
« ment de deux Dames jeunes et biaux ; l'une avoit 
« chiens et l'autre oiseaux. « (Modus et Racio, ms. 
fol. 147, R°.) « Deux Dames firent un argument de 
« ceste matière.... et l'envoyèrent au comte de 
« Tancarville pour estre jugié. » (Ibid. fol. 145, R°.) 

Les lettres apporta 

Au Conte à qui les présenta ; 
Et le Conte les prist à lire. 
Assés tost commença à rire, 
Et dist : où est l'arcjument ? 

Modus et Racio, MS. fol. 158, R*. 

Un de nos Auteurs du xvi' siècle souffroit impa- 
tiemment le mépris qu'affectoient pour l'Ecrivain 
pensant et raisonnant en françois, « je ne sçay quels 
<■ braves sillogisateursd'ar(/ume»i/sco>'H«s, qui don- 
« noient la moitié plus de gloire à quelque petit 



« Maistre es Arts crotté, ou autre bourgeon de 
« scolarez, pour deux ou trois mots de latin 
" desgorgez en une dispute ambiguë. » (Dialog. de 
Tahureau, fol. 1C5, R^etV".) 

Enfin ce mot argument, dont l'usage est toujours 
familier li la logi(iue, a signifié et signifie encore 
preuve, indice, conjecture, sujet en abrégé d'un 
Ouvrage; parce que l'exposition abrégée d'un 
Ouvrage en fait voir clairement le sujet, et qu'au 
moyen des conjectures, des indices, des preuves, 
on se démontre les choses, on s'en éclaircit. 
(Voy. Argu et Arguer.) 

VARIA:iTES : 
ARGUMENT. Modus et Racio, MS. fol. 145, R». 
.Vrguement. Modus et Racio, MS. fol. 157, V". 
Argu.mant. Monet, Dict. 

Argumeiitatif, adj. Qui argumente, qui rai- 
sonne avec esprit et subtilité. On a dit en ce sens, 
que Maistre Angel physicien, « pari oit bel latin et 
« estoit fort moult argumentatif. « (Martène, Thés. 
Aneed. T. 1, col. 1574; lit. de 1378.) 

Argiinientation, subst. fém. Action d'argu- 
menter, raisonnement. L'action d'éclaircir une 
vérité, un dogme de la foi, en argumentant, en 
raisonnant. Quoique ce mot signifie encore la 
manière d'argumenter , il semble qu'on ne diroit 
plus : « Il faut fuir toutes contentions et argumen- 
« tations dialectiques, et se rapporter nuemenlaux 
« prescriptions et formules de la foi. » 

Argunienter, verbe. Déclarer, juger. Signifi- 
cation relative à l'idée générale de clarté et d'évi- 
dence exprimée par le verbe arguer. On lit que 
Sophocles 'i fut argumenté suffisant au maniment 
« des choses domestiques, contre l'accusation de 
ic son fils, pour avoir veu l'une de ses tragédies. » 
(Voy. Montaigne, Essais, T. II, p. 11.) 

Argut, adj. e\, subst. Subtil, spirituel. Subtilité, 
abus de l'esprit. 

La signification d'argut étoit la même que celle 
du latin «r^'itifis, subtil, lorsqu'on disoit: « Il est, 
" par Dieu, sophiste, argut, ergoté, et naïf. » 
(Rabelais, T. III, p. 120.) 

Probablement il y avoit ellipse du substantif 
raisonnement , toutes les fois {\\i argut signifioit 
comme argu, l'abus de la subtilité d'esprit, une 
subtilité affectée. (Monet, Dict. — Voy. Argu.) 

Argutie, subst. fém. Argument sophistique, 
subtilité d'esprit. Trait d'esprit, saillie, bon mot, 
fine plaisanterie. 

Dans le premier sens, c'est l'abus ridicule et 
quelquefois dangereux de la subtilité d'esprit dans 
les disputes de l'Ecole. « Si ces sottes arguties.... 
« doivent persuader un mensonge, cela est dange- 
« reux : mais si elles demeurent sans effet et 
" n'émeuvent qu'à rire, je ne voy pas pourquoi s'en 
'< donner garde. » (Montaigne, Essais, T. I, p. 260 
et 261. — Voy. Arguce (i).) 



(1) Argutiaj avecraccent sur (ju, a du donner arguce ; cette forme est donc la plus ancienne, bien qu'on ne la rencontre 
qu'au xvi« siècle, (n. e.) 



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- 149 — 



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Il y a une subtilité d'esprit naturelle d'où partent 
les traits d'esprit, les saillies, les bons mots, les 
lines plaisanteries qu'on nommoil aussi arguties 
(Voy. Gotgrave, Dict.) 

Ariole, subst. masc. Sorcier. Qui prédit l'avenir 
par les sorts ; en latin uriolus ou hariolus: mot que 
les litymologistes latins croient formé du verbe A«ri 
et qui par conséquent seroit d'une signification 
analogueji celle de fatidicus. La maladie du roi 
Charles \[ paroissanl incurable à la médecine, on 
imagina ([ue la cause en étoit surnaturelle, et les 
ylr/o/^'s furent consultés. « Aucuns de ces Arioles 
« atîermoyent, pour plus donner à toutes gens ù 
« penser, que le Roi estoit démené par sors et par 
« charmes ; et le savoyent par le Diable qui leur 
« reveloit cest affaire: desquels .Im/^^s et Devins 
» Il en y eut de deslruis et ars à Paris et en Avi- 
gnon. » (Froissart, Vol. IV, p. 26'i. - Voy. Ariollikn ) 



VARl.VNTES . 
ARIOLE. Froissart, Vol. IV, p. 2ii4. 
AuRiOLE. Les Triomphes de la noble Dame, fol. 201, R«. 

Arioler, verbe. Prédire par les sorts. En latin 
anoiari ou hariolari (Voy. Aiuole.) « Aulu-Gelle 
" tenoil tel langage à ceux qui croyent à ce qu'ils 
» enlenuoieiU anoler, astrologiser, et mathema- 

/rnifrr ■ Pîï^^ry^"^ '^l'^ ^ous fier aux Astrologues. . 
(Contes de Cholières, fol. 190, V°.) 

ArioîIiçMi, subst. masc. Sorcier. (Voy. Ariolf ) 
" Les Ariolliens, les Enchanteurs, les Devinafeurs 
'- quelonnommoitSaiges, etc. » (Ilist. de la T oi 
son dor, T. I, fol. 44, R°.) 

Arir, verbe. Devenir aride et sec, être desséché 
Rendre aride et sec, dessécher. Ce verbe rtrSSs 
Rob Estienne et Nicot, Dict. est neutre ; eutre et 
actif, dans Monet, Dict. (Voy. Are.) 

Arire, verbe. Rire (1). Le principe évident de h 
form.lion du verbe simple rire, en latin .5 -res' 
1 expression imitalive de l'effet d'une sensation 
agréable et plaisante, sur les mu.scles du visâîe De 
la, le compose arire, rire à ce qui plaît et agrée 

Ha ! Diex, s'ensi m'avoit aris 
Par amiirs, une seule fois, 
Cèle viers cui j'en ai defois, etc. 

Prison d'.\mour, MS. de Turin, fol. 17, V col. 2. 

Aristarquer, verbe. Faire TArislarque Ce 
verbe anslanjuer, formé du nom propre d'un 
Grammairien célèbre qui criliquoitles veSes nlus 
excellensPoetes,sembleindiquWl'époqueù S ue^^^^ 
on prit tigurement ce nom pour désigner en otre 

ët"SSetÏ^"5?7T"'-^ ''^- ^'''- «^^-- P- 
de 1 Ecole pour les opinions d'Aristote, îSju on 

numeement (xi. siècle. Bol ^). » Cel?x"e^p,;^e^ét=,.'^;, S ^ie^XotU^'^'^l^ ^'""^ -'ëu'e^sXa^t^^nt 



disoit . .. Icelle anstotchsant en sa caboche à tort 

« et à travers, veut que son advis soit receu • ce 

rwS'V^ pP^"^V"^ ^^"f fl»e ce soit Evangile » 
(Merhn Cocaie, T. I, p. 156.) vai.-,ne. 

Armaire, subst. masc. et fém. Lieu, meuble 

meiible propre a serrer autre chose que des armes ' 
coffre, bibliolhèque, chûsse, niche, tibernaclé ' 
un a mille preuxes qu' Mmaire on armoire en 
lalin armanum, a signifié en général lieu propre 
J^serrer des armes; spécialement dans le lli ÏÏ| 
dune Nation composée d'hommes à qui, S îs la 
simplicité de leurs mœurs guerrières , les femmel 
n apportoient en dot que des armes, et à qui dans 
1 origine de la Monarchie françoise, eseul hônneï? 
d être libre imposoit la loi de s'armer pour a c Sse 
eommune. Il semble que, relativen^ci à cetS 
acception primu.ve et eu quelque so,f(?nationale 
ait désigne les magasins d'armes, les arsenaux 
en les nommant armoires. « Pr nces, hauts et 
.. nobles personnages,,., ne tentez Dieu, ne son 
« executeresse fortune; ne vous liez en force de 
«chevalerie de peuple, ne ,V armoires. » (Ifêm 
d Ohv. de la Marche, liv. I, p. 291 ) 

L'obligation de s'armer, non-seulement pour la 
c^iuse du .souverain , mais pour celle d'un sSeu? 
féodal, a ete si générale sous nos Rois de la troisième 
Race, que les roturiers et même les serfs avoieït 
comme les Nobles, besoin d'une armaire, d'un lieu 
^nVi"" "h"''"^ ^"^'^ '' «'^'-'-e'- leurs armes, d'un 

•es nostils qui communément courent avant la 
« maison, et dont de jour se faut nécessaire ien* 
« aider par errement de maison; si comme son 

: S!^/;.5'f '"'''•■• ""'^'"^'' '"ir>'^'^ cuslodes, sou 
« .-1 mettre armures ou autres choses. » (Roule lier 
Som. rur. liv.I, tit. l.vxiv, p. 434.) C'est dans le sens 
d armaire, coffre à mettre armures, meuble ou lieu 
propre h serrer des armes, qu'on trouve aumair^ 
eiUinm armamentum, dans un Gloss. fr l"t "f' 

f'I ^^ Vf'^ '''^^ P^ï" D- Carpentier, (Suppl Gloss 
lat. de Du Gange, T. I, col. 296.) ^^ 

On croiroit que le François, familiarisé avec un 
besoin dont l'idée flaltoit sa passion natuieSe pou? 
les armes, se soit plu à généraliser l'acception pri- 
mitive et spéciale de ce mot armaire ou armoire 
qui a signifie et signifie encore « meuble, ou Heu 
« propre a serrer toute autre chose que des armes 
" réservoir pratiqué en une muraille, à serrer et 
« garder toute chose. » (Voy. Monet, DicL) « Relais 
« ou artmires ne font marque de propriété du 
" coste dont elles sont faites, si elles'^ne son 
« accompagnées de pierre de taille traversant tout 
" Tosi )" ^ Normandie, au Coût. gén. T ï, 

Comme on a prononcé et écrit enlatin armazium 



AR 



150 — 



AR 



pour armarium , il est possible qu'en françois 
armoire ou ermoire ait été prononcé et écrit rt?'mo/s<î 
ou crinoise, par le chans:emenl de /■ en s dont la 
prononciation dans ermoisc est la même que celle 
de zàanaarmazium. Probablement, c'est en parlant 
d'une armoire, d'une iietite armoire pratiquée dans 
le mur, ciu'on a dit : « Pi'indrent ung sachet et une 
« bourse qui estoiont en une ermoise ou fenestre. » 
(D. Carpentier, Suppl. Gloss. lat. de Du Gange, au 
moi Armaxium ; lit. de 1455. — Voy. Armazi.) 

Les colîi'es, les meubles, les lieux propres à 
serrer les livres et à les rassembler en dépôt, étoient 
des armaires auxquelles on comparoit le cœur ou 
la tète de l'homme, comme étant le dépôt de ses 
sentimens, de ses idées, de ses connoissances. 

Alain fist ouvrir les aumaires (1), 
Et fist venir les bons gramaires : 
Les histoires fist aporter, etc. 

♦ Kora. de Brut, MS. fol. 112, V col. 2. 

Celé estoire, trouvons escrite, 
Que vous vueil raconter et ratraire, 
En un des livres de l'Ainaire 
Monseigneur S. Père à Biauvès. 

Rom. d'Alexandre, MS. cilé par Du Caugc. Gl. lat. T. I, col. 701. 

On déterminoit l'acception d'armaire en ce sens, 
lorsqu'on disoit rtrmfl/r<' à I ivres, armaire à mettre 
livres. (Voy. Nicot et Moiiet, Dicl.) 

Aujourd'hui, l'on nommeroit iigurément biblio- 
thèque vivante, un homme dont nos Ancêlres com- 
paroient le cœur ;\ une armaire pleine de livres. 
« Tant par-fu sages en toutes choses, et meisment 
" en la doctrine de la foi, que ses cuersestoit aussi 
« comme une aumaire pleine de livres. » (Ghron. 
S' Denys, Recueil des Hist. de Fr. T. V, p. 306.) 

Dans un sens relatif à l'idée de cette comparaison 
du cœur avec une armaire à livres, avec une biblio- 
thèque, la tète étoit aussi une armaire ; la vérité 
considérée comme le dépôt des principes essentiels 
à. la législation, étoit V armaire de toute toi. 

Dieu ne doubtent, ne prouvoire ; 
Cuidier est en leur aumoire. 

Eust. Desch. Poés. MSS. p. 78, col. 1. 
. . . Vérité qui est le droit aumaire 
De toute loy, veult toudis estre estable. 

Id. ibid. p. 21, col. 2. 

En étendant l'acception de ce mot armaire ou 
armoire, on en varioit le sens de manière ({\x ar- 
moire tournant signifioit ce que, dans les monastè- 
res de filles, l'on nomme un tour. (Voy. Gotgr. Dict.) 

L'abus de l'extension fut tel , i\{x'armaire ou 
rt)-îHo/re signifioit, 1° châsse, espèce de coffre oiî 
sont les Reliques de quelque Saint: 

Aine k'il venist al saintuaire 
C'on aportoit en une almaire, etc. 

Ph. MouskDS, MS. p. 293. 

2° Niche dans laquelle on place une statue : « Il 
« regarda en hault en une grande aumaire qui 
« esloit dessus l'autel , où l'ymage de Mercurion 
« estoit. .> (Percef. Vol. ï, fol. 103, R» col. 1.) 

3° Espèce de tabernacle où brùloit une lampe 
merveilleuse à l'honneur du souverain Dieu. « Me 



« pensay que je ne pourroye mettre au non de lui 
■< plus belle remembrance que de lumière;... et 
" pour ce je fiz faire ceste aulmaire que vous voyez 
« si noble et si riche, et y pendys ceste lampe et 
« l'allumay en l'houneur de cellùy qui est souste- 
« nement et lumière de tout le monde. » (Percef. 
Vol. I, fol. 65, R" col. 2.) 

i" Enfin le tabernacle où l'on dépose le corps de 
Jésus-Ghrist. (Gotgrave, Dicl.) Il est probable que 
relativement ù l'itîée de ce tabernacle, on aura dit 
figurément et par comparaison, en parlant de la 
S" Vierge : 

Moult ait en li très glorious amaire 
Ke toute fut plains dou Saint Espir. 
Por herbergier son saint cors, la fist faire 
Deus, ki en li voloit hom devenir. 

Chans. fr. MS. de Berne n' 389, fol. 30, R'. 

On a remarqué sans doute qu'anciennement il 
n'y avoit pour le genre aucune dilTérence entre 
armoire et armaire. En effet, le changement de la 
diphthongueft?" en oi pouvoit-il altérer la nalured'un 
substantif qui, sous l'une et l'autre orthographe, fut 
toujours des deux genres, jusqu'à ce qu'on eût 
imaginé que sous celle à'armoire il étoit essentiel- 
lement féminin, et masculin sous celle û'armaire? 
(Voy. Nicot et Monct, Dict.) On croit donc que ce 
féminin armoire pour lequel l'usage s'est décidé, 
même à l'exclusion d'armaire masculin , n'est 
qu'une altération de l'orthographe primitive ;qu'«î'- 
maire et armoire étant de même origine , on les 
faisoit féminins relativement à la terminaison qui 
sembloit féminine , et masculins relativement au 
genre du substantif latin armarium, dont ils 
étoient formés. (Voy. Armarie.) 

VARIANTES : 
ARMAIRE. Gotgrave, Nicot et Monet, Dict. 
Almaire. Ph. Mousk, MS. p. 293. 
Amaire. Chans. fr. MS. de Berne, part, m, fol. 30, R". 
Armoire. Mém. d'Oliv. de la Marche, lir. i, p. 291. 
AULMARE. D. Carpentier, S. Gl. lat. de D. Gange, à Alniaria. 
AULMOIRE. Lanc. du Lac, T. II, fol. 38, R» col. 1. 
Au.\i-\mE. Percef. Vol. I, fol. 63, V" col. 1. 
AUMOIRE. Eust. Desch. Poës. MSS. p. 78, col. 1. 
AusMOiRE. Percef. Vol. VI, fol. 109, V» col. 2. 
Au.MOYRE. Poës. de Villon, p. 4. 

Erm.vire. Gelt-hell. de L. Trippault. — Cotgrave, Dict. 
Ermoi.se D. Carpentier, S. Gl. 1. de D. C. à Annazium. 
Hermaire. Gelt-hell. de L. Trippault. 
Ormaire. Gotgrave, Oudin, Nicot et Monet, Dict. 
Or.moire. Mém. de Sully, T. V, p. 37(3. 

Armairiei", subst. masc. Ghantre, ou Procureur 
d'abbaye. Quelque décisive (lue soit en général l'au- 
torité de D. Garpenlier, on doute qnarmairier si- 
gnifie chantre en ce pa.ssage : « Roui Potet Cheval- 
« lier, par devant Fr. Nicolas de Mounier Souprieur 
» et Armairier de l'abbaye de Boneval, .... fina 
« audit Àr)narier pour demoiselle famé feu Aubert 
« Potet à cause de la garde de ses enfans... vi lib. 
« pour son droit. » (D. Garpentier, Suppl. Gloss. 
lat. de Du Gange, au mot armarierius; tit. de 
1348.) Peut-ètre'que dans un sens relatif à celui 
d'armaire , lieu propre à serrer, non les livres 



(1) Le r de armarium étant lingual, comme dans l'italien, se change en l, qui devient voyelle : almaire, aumaire. De 
même Arvernia, Alvernia, Auvergne; arbor, albre, aubre... (n. e.) 



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AR 



d'Eglises, mais les titres de l'abbaye, l'on aura 
nommé Armairier le Procureur ou l'Agent de cette 
abbaye, comme étant le dépositaire des titres essen- 
tiels à la conservation et à la perception de ses 
droits. 

VARIANTES : 
ARMAIUIER, Armarier. D. Carpentier, Suppl. Gloss. lat. 
de Du Cange, au mot Annatierus ; til. de 13^. 

Armaison, suhst. fém. Défense. Signification 
relative à l'usage qu'on fait d'une arme pour se 
défendre. « Cecy est plus à'armaison que cela. » 
(Cotgr. Dict.) 

Arinarie, mhst. masc. et fém. Armoire. Maga- 
sin d'armes. Armes en termes de blason. 

Il paroit que dans l'origine de notre Langue, les 
mots françois formés de mots latins terminés comme 
armarium, n'étoient pas essentiellement féminins ; 
que relativement au genre du substantif latin, ils 
étoient quelquefois masculins en françois, comme 
armarie dont on prononçoit r<^ final, probablement 
sans autre idée que celle d'imiter le son de la der- 
nière syllabe d'anHarà//». « L'n almarie esteit el 
« porclie del temple, ù l'um meteit les oblaciums 
«' numéement que li Reis soleient faire as sabalz e 
« as jurs festivals. » (Livres des Rois, ms. des Cordel. 
fol. \-\% R-col 1.) 

C'est par une extension semblable à celle de 
l'acception primitive û' unitaire , qu armarie ou 
almarie, si rarement d'un autre genre qn'ariiiairie 
ou urmoirie toujours féminins, a signifié en géné- 
ral lieu, meuble propre à serrer toute autre chose 
que des armes. On nommoit en ce sens armairie 
ou armoirie, une armoire pratiquée dans un mur, 
quel que fût l'usage auquel elle étoit destinée. 
" Geste rtrH(fl/r/e qui est dedans ce mur... souloit 
« estre par dehors si subtilement fabriquée, elc. » 
(Percef. Vol. 1, fol. 3, V" col. 2.) « Un chacun peut à 
« ses frais affermir son bastiment dans la muraille 
" commune... sans... luy ester quelque chose de 
•< son épesseur, soit pour faire des cheminées, ar- 
" moiries, ou autrement. » (Coût, de Bru.xelles, au 
Nouv. Coût. gén. T. l, p. 1209, col. 1.) 

En comparant la Bible à un dépôt sacré el mys- 
térieux, on a dit figurément : « Cist livres est cum 
« armarie des secrez Deu ; plein est de figure et 
« de signeliance. » (Livres des Rois, îhs. des Cordel. 
fol. 2, V° col. 1. — Voy. AnMAiRiî.) 

On rappeloit la signification de ce mot à l'étymo- 
logie, en nommant armairie ou armoirie , un cof- 
fre, un meuble, un lieu propre à serrer des armes, 
un magasin d'armes. (Voy. Cotgrave, Dict). « Avoit 
" fait porter secrettement avec luy son harnas de 
« guerre en paniers ; et quant ceux qui estoient 

« aveuc luy se conclurent d'eulx armer avecq 

» lui, pour ce qu'ils n'avoient point de harnas, le 
« Duc leur en fist baillier de son armoirie. » (J. Le 
Févre de S' Remy, Ilist. de Charles VI , page 9.) 
« Commanda que.... se il leur falloil chevaulx ne 
« armeures, ilz s'en allassent en ses estables et en 
« son armoirie, et qu'ilz en prinssent à leurs vou- 
« loirs. » (Percef. Vol. I, fol. 125, R° col. 1.) 



Pouldre, bouletz, et grosse artillerie ; 
Vivres assez, enseignes, wmarie. 

J. Marot, p. 96. 

Peut-être qu'en ces vers armarie est le nom col- 
lectif d'armes en termes de Blason. Lorsqu'à la un. 
du xr et au commencement du xu' siècle, les Nobles 
occupés dans les combats du besoin de se faire 
reconnoitre, joint au désir bien naturel de fixer les 
regards sur leurs exploits, eurent imaginé à l'exem- 
ple de ceux ([ui se signaloient dans les tournois, de 
se distinguer les uns des autres, par les cottes d'ar- 
mes, par les pannes, les couleurs, les métaux elles 
figures plus ou moins arbitraires dont ils ornoient 
leurs écus, on nomma armes, ces ornemens distinc- 
tifs des armures, des écus, des cottes d'armes, des 
bannières. C'est donc relativement à l'usage de ces 
ornemens, dont la distinction originairement per- 
sonnelle el passagère devint héréditaire et perma- 
nente, qu'en termes de Blason, armarie a signifié 
armes, bannière armoriée dans ces vers : 

L'orgueilleuse armarie 

Au fier Marcou de la grand'seigneurie, 
Ostée fut des tours, murs el palUs, 
Pour donner lieu aux nobles Heurs de Hz. 

J. Slarol, p. 138. 

Il semble que montrer Yarmarie, c'étoit arborer 
la bannière armoriée, ou se faire connoilre à ses 
armes, à son écu armorié, à sa cotte d'armes. 

Qui en amours veut esti-e heureux, 
Faut tenir train de seigneurie, 
Estre prompt et avantureux. 
Quant vient à montrer Yarmarie, 
Porter drap d'or, orfaverie ; 
Car cela les Dames émeut. 
Tout sert : mais pour Saincte Marie, 
11 ne fait pas ce tour qui veult. 

Poès. à la suite de Villon, p. 64, 

En faisant allusion aux armes, aux écus armoriés 
dont la Noblesse se glorifie, on a dit figurément : 

Ail dieu Bacchus rendit grâces condignes, 
Qui tant avoit multiplié les vignes, 
Que Terre adonc portoit pour armarie 
Thirses hachez de vigne trés-flourie. 

J. Marol.p. 48. 

Probablement, ce mot cessoit d'être regardé 
comme le nom collectif d'armes en termes de Bla- 
son, lorsqu'en préférant à l'orthographe armarie 
celle A' armoirie Qïicwe usitée au pluriel, on disoit 
armoiries et qu'on définissoit le singulier armoirie, 
pièce d'armes, de blason d'armes, de blason armo- 
riai. (Voy. Monet, Dict.) « Il peignit les armoiries 
CI d'un vilain nouvellement annobli, oîi il y a tou- 
« jours à mettre et à oster ; car on dit que les 
« armoiries d'un vilain sont faites à plaisir. >> (Bou- 
cbet, Sérées, liv. m, p. 98. — Voy. Armerie.) 

On a écrit des volumes sur l'origine de ces Armoi- 
ries. Pour savoir ce qu'ils contiennent de plus 
intéressant et de plus vrai, il suffit de lire une Dis- 
sertation très-courte et très-instructive sur « l'Ori- 
« gine des Armoiries en général, et en particulier 
" de celles de nos Rois, » imprimée dans les Mém. 
de Littérature (T. XX, p, 579 et suiv.) L'Auteur de 
celte Dissertation, aussi lumineuse que savante, est 
M. de Foncemagne, à qui nos antiquités semblent 
être révélées, lanl son érudition est ingénieuse à 



AR 



- 152 — 



AR 



les dévoiler. Après avoir observé que l'usage des 
Armoiries, de ces marques héréditaires de noblesse 
et de dignité, qu'on distingue avec raison des ima- 
ges symboliques, qui dès les premiers temps ornè- 
rent l'armure des Guerriers, ne peut être plus 
ancien que le xi' siècle, il fait voir qu'on assigne à 
cet usage une même épo(iue (1) ; soit qu'on en rap- 
porte l'origine aux tournois, où les JNobles qui pré- 
tendoient à l'iionneur d'y signaler leur courage et 
leur adi^esse, se faisoient connoitre par l'écu de 
leurs armes; soit aux Croisades, où les bannières 
armoriées des Clievaliers étoient si nécessaires 
pour le ralliement de leurs vassaux. C'est même 
par la réunion de ces deux opinions, différentes 
quant à la circonstance de l'introduction des Armoi- 
ries, mais semblables quant au temps oii elles fu- 
rent introduiles, que M. de Foncemagne parvient à 
constater qu'elles commencèrent avec les tournois, 
dont l'éliiblissement a précédé de peu d'années la 
première Croisode ; que les Croisades en étendirent 
et fixèrent l'usage, variable dans les commencemens, 
et restreint aux seuls Gentilshommes qui avoient 
assisté il quelque tournoi. Il ajoute que ce fut aussi 
depuis les Croisades que les Armoiries devinrent 
héréditaires (2). 

VARIANTES : 
ARMARIE. Livres des Rois, MS. des Cordel. fol. 2, V». 
Almakie. Livres des Rois, MS. des Cordel. fol. 142, R». 
Arm.\irie. Tercef. Vol. I, fol. 3, Y" col. 2. 
Armoiiue. l'ercef. Vol. I, fol. 125, R» col. 1. 

Armatot. On nommoit bandage à-Varmatot, le 
bandage d'une arbaleste de passe; à raison peut- 
être de ce qu'au moyen du bandage adapté au fût 
de l'arbaleste, on avoit bientôt mis cette arme en 
état de lancer une flèche. (Voy. Brantôme sur les 
Duels, p. 82.) 

Armature, siihst. fem. Armure. En latin a?'?Ma- 
turu. " La cuirasse ([ue les Poètes appellent Egide.... 
» est Vannaliire des corps célestes seulement. » 
(J. le Maire, lllustr. des Gaules, liv. i, p. 101.) On a 
du ligurément que « sans Varmature de pru- 
« dence le dieu Mars ne sauroit conduire ses 

- batailles. » (Id. ibid. p. 102. — Voy. ARiiEruE.) 

Arniazi, snbst. masc. Armoire. Mot formé du 
latin aniiariiim, qu'on altéroit en prononçant ar- 
marJum, armazi en languedocien. (D. Carpenlier, 
Suppl. Gloss. lat. de Du Cangc, au mot Armazium. 

— Voy. Ermoise sous Armaire.) 

Arme, subst. fém. Armes, armoiries. Cotte 
d'armes. Fait d'armes, prouesses, exploit militaire, 
combat. Armoire ; retrait, lieux, aisances. Défense 
d'un sanglier. Espèce de courroie. 

L'opinion la plus générale sur l'étymologie du mol 
latin arma, armes en françois, paroît être aussi la 
plus vraisemblable. En réfléchissant à la façon de 



porter les plus anciennes ar7nes et de s'en servir, 
on aperçoit quelle peut être la raison de croire 
qu'«?7««s, en françois épaule, bras joint ù l'épaule, 
est l'origine d'un mot qui a signifié bouclier, car- 
quois, flèches ; par extension toute espèce de chose 
dont on se dit armé, quelle que soit la manière de 
la porter et de s'en servir pour l'attaque et la dé- 
fense. On a nommé fln/u's, les basions que l'homme 
de guerre portoit pendant ab armis, par un baudrier 
porté en escharpe ou autrement. (Nicot, Dict. — 
Voy. Vossius, Etym. Ling. Lat.) « Est Dict. arme, 
« Cousteau, espée, bisarme ou vouge, lance ou ja- 
« véline, espieu, dard, et tout fer êsmoulu et non 
" esmoulu, barre, baston, tison, et tout autre chose 
« de quoy l'on pourroit tuer ou blesser un homme. » 
(Coût, de S' Sever, au Coût. gén. T. H, p. 094.) 

Dans le langage de l'ancienne Chevalerie, les 
armes courtoises étoient des armes sans fer, des 
armes sans pointe et sans tranchant, destinées à 
l'usage des Tournois, de ces combats où la noblesse 
ne disputoit que d'adresse et de galanterie: au con- 
traire, les armes esmolues ou molues, étoient des 
armes affilées et aiguisées sur la meule, des armes 
pointues et tranchantes. « Armé d'armes molues, 
« c'est assavoir d'un demy glaive, d'une espée et 
« d'un grand coustel. » (D. Cârpentier. Suppl. Gloss. 
lat. de Du Gange, T. l, col. 290 ; tit. de 1375.) « Il 
« me féri de ses armes esmoulues, et me donna 
« coups et colées dont cuir creva, et sanc en issi, 
« et me fit plaie mortieux ipii bien sont apparis- 
« sans. » (Oi'd. T. 1, p. 257.) 

C'est par extension et relativement à l'usage des 
armes esmoulues, dans ces combats qui dévoient se 
terminer par la mort de l'un des combattans, qu'on 
aura nommé arnw esmoulue, toute espèce d'arme 
offensive avec laquelle on donne la mort, même en 
assommant. « Toutes loix se jugeront parEschevins, 
« et en sera usé en la forme et manière que s'en- 

« suit : à sçavoir pour simple main-mise entre 

« particuliers quatre livres tournois ; de main- 

« mise d'armes émohies , ores que sang y ait ou 
« non, vingt livres tournois : bien entendu que 
« soubs le nom de tels basions d'armes émoulues 
* sont compris arcq-a-balestre, arcq à la main, plo- 
« met, maillez de plomb, aussi pots, trenchoirs, et 
« autres basions ayans fer, plomb, eslain ou autre 
« métal. » (Coût, de Hainaut, au Nouv. Coût. gén. 
T. II, p. GO, col. 1.) 

Les armes offensives de l'espèce des javelines, 
des lances, des pique.s, des hallebardes et des per- 
tuisannes, se nommoient armes d'ast ou d'hast, 
parce qu'elles étoient emmanchées d'un long bois, 
d'un fût, en latin Iiastile. Ce fût, dont on les em- 
manchoit, éloit la raison pour laquelle on les nom- 
moit aussi armes d'haute ou de liante; mot qui 
semble formé de l'allemand hand, en françois main, 
et altéré dans l'orthographe hampe. (Cotgrave, Dict.) 

(1) U ne faut pas, en efîel, confondre les peintures de l'écu, connues même des soldats romains, avec les armoiries, 
aessins réguliers, ayant pour origine la garniture de fer fixant au bois le cuir du bouclier. (Voir Quicherat, Histoire du 
Loslione, passvn) (N. e.) - (2) Les armoiries sont le signe de la puissance terrienne au moyen-âçe, où la condition de 
i nomme était ceUe de sa terre ; si les communes possèdent des armoiries, c'est qu'elles sont des seigneuries coUectives. (n. e.) 



à 



AR 



— 153 — 



AR 



Anciennement, s'armer de pleme& armes ou 
d'armes plenières, c'étoit se conformer aux loix de 
la féodalité, aux usages de la Chevalerie, ou aux 
Ordonnances militaires, en s'armant de la façon 
prescrite par la loi, l'usage, ou par l'ordonnance 
qui fixoit l'idée des armes plenières, des pleines 
armes, ou d'une armure complète.' « Le Koi armé 
« de ses plenières armes, etc. » (Du Gange, Gloss. 
lat. T. I, col. 697.) « Le comte d'.4rtois armé en ses 
« pleines armes, etc. " (Id. ibid.) 

Les armes pleines, qui pour un Ecuyerétoienl le 
roussin, le gambeson, le chapel et la lance, étoient 
pour un Chevalier, le cheval, le haubert, l'écu, 
l'épée et le heaume. (Voy. Ane. Coul. de Normandie, 
Ms. part. II, chap. xxv, citée par Du Cange, ubi supra.) 

On indiquoit le service féodal et militaire auquel 
assujettissoit la possession d'un fief de haubert, en 
disant qu'il servoit en pleines armes, qu'il éloit 
tenu à pleines armes; parce que le Chevalier ou 
possesseur de ce fief étoit obligé de le desservir 
armé de pleines armes. (Voy. Du Cange, Gloss. lat. 
T. I, col. 697.) 

Il paroit que l'homme ainsi armé, étoit celui que 
par excellence on nommoit homme d'armes; c'est- 
à-dire, homme armé de toutes pièces, homme ser- 
vant avec l'armure complète et à cheval. (Voy. Cot- 
grave et Nicot, Dict.) De 1^, on a dit en opposant 
les piétons aux hommes d'armes : 

Piétons meuvent, cil d'armes montent : 
Coiteus que leur vueil acomplissent, 
Seiréeraent de la ville issent. 

G. Guiarl, MS. fol. 100. Rv 

Probablement, on désignoit l'épée, comme faisant 
partie des armes pleines, ûeVavnmre complète d'un 
homme d'armes ou d'un Chevalier, lorsqu'on disoit 
espée d'armes. L'espée d'armes étoit la même que 
l'espée de chevalier. (Cotgrave, Dict.) 

La comparaison assez fréquente des habits sacer- 
dotaux avec les armures, est une preuve entre autres 
que le parallèle de la Chevalerie avec le Sacerdoce 
étoit familier à nos Ancêtres. C'est d'après ce paral- 
lèle adopté par les gens d'Eglise, qui se plaisoient 
quelquefois eux-mêmes à mêler par de semblables 
comparaisons, aux idées saintes de leurs fonctions 
sacerdotales, les idées nobles de la profession mili- 
taire, qu'on a dit : « Armes-Dieu, Armes Nostre 
« Seigneur, » pour signifier habits sacerdotaux. 
" L'Evesque de Paris esloit revestu des armes 
« Nostre Seigneur, et tout le collège aussi, où 
'• moult avoit grand clergé. » (Foissart, Vol. IV, 
p. 41. — Id. ibid. p. 2-J.) « Le Chapelain se revestit 
« des armes de Nostre Seigneur Jesu-Christ, et 
« chanta la messe. >• (Lanc. Du Lac, T. III, fol. 9'2, 
V° col. 2. — Percef. Vol. VI, fol. 427, K- col. 2, etc.) 

Erranment s'est des armes-Dieu vestis ; 
Lors fu li lieus par lui rebeneis... 
Chanta la messe rApostole gentis. 

Enfance d'Ogier le Danois, MS. do Gaignal, fol. iU. V col. '2. 

Il est encore possible que celle façon de désigner 
les ornemens du Sacerdoce, ait été plusieurs fois 
relative à l'idée des armoiries, par lesquelles la No- 
blesse se distinguoildans les tournois elles combats. 
n. 



et qu'elle se rendit propres et héréditaires. (Voy. Ar- 
MARiE.) On a nommé armes, cesmaïquesdislinctives 
et héréditaires de la Noblesse, parce que les Nobles 
en ornoienl leurs écus, leurs cottes d'armes, leurs 
bannières, leur armure en général. De là, l'expres- 
sion inusitée faire arme, c'est-à-dire blasonner, 
peindre des armes ou armoiries. « Si tu demandes 
« comment se faict arme.... je te dis qu'elle .se faict 
« chacun escu de cinq couleurs, et d'un métal des- 
« sus, ou le contraire.... si un escu est d'argent, il 
« doit avoir un lion de gueulles; si l'escu est de 
" gueulles, un lion d'arge'nt. Ainsi se doit faire ar- 
« moirie d'une couleur et d'un metail. » (Fauchet, 
Orig. liv. I, p. 101.) 

Les armes pleines ou armes pures, qu'en termes 
de Blason l'on oppose aux armes brisées, appar- 
tiennent aux aînés des familles, que pour cette rai- 
son l'on nomme Chefs d'armes. « L'aîné des frères 
« a droit et prérogative à'arines plaines el pures, 
« au regard de ses puînés qui n'ont droit que des 
•« brisées. » (Monel, Dict. — Laurière, Gloss. du Dr. 
fr.) « Les armes vrayes sont celles où couleur n'est 
« mises sur couleur, ni métal sur métal, es pièces 
« principalles de l'écu ; » autrement ce sont des 
armes fausses. Il y a néanmoins des cas où les 
armes sont vraies, quoiqu'on se soit écarté de la 
règle ordinaire du Blason, en les composant de 
métal sur métal, ou de couleur sur couleur ; c'est 
lorsque le motif de cet écart est glorieux pour celui 
dont les armes ainsi composées se nommoient 
armes à enquerre, comme les armes chargées, 
parce qu'elles excitoienl la curiosité de s'enquérir 
de la raison de cette irrégularité. (Monet, Dict.) 

Les armes en quarré distinguées de l'écusson et 
affectées par la Coutume de Poitou à la dignité de 
Comte, de Vicomte ou de Baron, représèntoient 
sans doute la bannière qu'ils avoienl droit de porter 
à la guerre. « Peut le Seigneur, Comte, Vicomte ou 
« Baron, en guerre ou en armoirie, porter ses 
" armes en quarré, ce que ne peut faire le Seigneur 
« châtelain, lequel seulement les peut porter en 
« forme d'Ecusson. » (Coût, de Poitou, art. 1, cité 
par Laurière, Gloss. du Dr. fr. T. 1, p. 131.) 

On dégradoitun Chevalier coupable d'une lâcheté, 
d une perfidie, d'une action contraire à la noblesse 
de son état; on le vouoit à l'infamie en renversant 
ses armes, Vécu de ses armes. Le roi Jean dans ses 
lettres, datées du 6 novembre 1351, dit en parlant 
des Chevaliers de l'Etoile : « Se il y a aucun qui 
>' honteusement... parle de bataille ou de besoîgne 
« ordenée.... li tournera l'en.... ses armes ei son 
« timbre, ce dessus dessous. » (Ord. T. II, p. 466.) 

Les armes de Bertrand, où tant a de vigueur, 
Ont pendue laidement, ainsi come trahiteur, 
Et traînée aussi au long d'un carrefort, 
Et les ont enversée, en monstrant par frenour, 
Que Bertrand de Glaiequin a cuer de boisfour. 
Chron. .MS. de B. Du Guesclin, Du Cange, Gl. 1. à Arma reversnta. 

Il est probable qu'à raison des armoiries dont 
les Chevaliers ornoient l'espèce de casaque qui cou- 
vroit leur armure, le mot armes aura signifié cotte 
à'armes. « Portoient les harnois à ung'Chevalier ; 

20 



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AR 



.. haulberl et heaulme, et chausses de fer et genoil- 
« lieres, et armes de blanc samit. » (Lanc. du Lac, 
T. 11, fol. 8t>, R-col. \.) 

L'acception figurée de ce mot armes, par lequel 
on.désignoit les' faits d'armes, les prouesses de la 
Chevalerie dans les combats et les tournois, n'est 
pas plus extraordinaire que celle du mol plume, 
par lequel on désigne aujourd hui l'expression des 
idées d'un Ecrivain, la manière dont il les exprime. 
Ainsi, 1 on disoit ligurément, faire armes, faire de 
grandes armes, chercher armes, etc. (Froissart, 
Vol. II, p. '2Gr.. — Vigil. de Charles Vil, part. I, 
p. 197. — Ibid. part. Il, p. 108, etc. — Nicot et Mo- 
net, Dict.) « Si est ce qu'î^i laide des armes que lit 

« la Gendarmerie françoise, tous les AUemans 

« impériaux furent rompuz. » (Du Bellay, Mém. 
liv. X, fol. 324, R^) « Diray des autres nouvelles 
>' armes que Sainlré fist à rencontre du Seigneur 
>> de Loiselench. » (Hist. de Saintré, p. 307.) 

Les faits d'armes, les prouesses de la Chevalerie, 
en général les exploits militaires, les combats de la 
Noblesse armée pour la gloire et la défense de 
l'Etat, se nommoient armes armiyères, armes de 
guerre, armes guerroiables, par opposition aux 
armes de paix. (Vov. Chasse de Gaston Phébus, ms. 
p. 276. — Ilisl. de 'Saintré, p. 39. — Ibid. p. 221, 
etc.) Dans la noble maison où s'assembloienl les 
Chevaliers de l'Ordre de l'Etoile, il y avoit une table 
d'honneur à laquelle s'asseyoient tous les ans, la 
veille et le jour de la fête "de l'Assomption, « les 
« trois Princes, trois Bannerez et trois Bachelers 
« qui l'année avoient plus fait en armes de guerre; 
« car nul fait à'armes de pais n'y esloient mis en 
« compte. » (Ord. T. 11, p. 4G6.) 

Ces armes de paix, autrement nommées armes 
de plaisance ou de plaisir, armes courtoises, étoient 
les faits d'armes, les prouesses, les combats par 
lesquels cette même Noblesse signaloit l'ardeur 
d'êtie utile à l'Etat, sa passion pour la gloire, et le 
délire héroïque de sa galanterie. •> Les armes de 
« plaisance ou de plaisir se faisoient pour exercer 
•' les armes et continuer le mestier, pour habilleté 
« de cors, et apprendre à valoir pour la delîense 
« du bien public. » (Voy. Olivier de la Marche, 
Gage de bataille, fol. 2, V°. — Ibid. fol. 13, V^) Le 
mérite d'être à table le plus mangeant, n'en étoit 
un sans doute, qu'autant que le bon appétit d'un 
Chevalier annonçoit une force qui lui assuroit la 
supériorité tant en armes arvtigères qu'en armes 
courtoises; c'est ainsi qu'il faut lire, au lieu d'armes 
convoijtises, en ce passage : » Dame d'honneur ne 
« peut aymer homme envyeulx, se ne feusl les 
« bonnes vertus pour en estre le meilleur : comme 
'■ à l'église le plus devosl, îi table le plus mengeant ; 
« en compaignie de dames le plus gracieulx et 
« plaisant ; eh armes armigeres, on armes convoxj- 
" lises plus vaillant, et de ce avoir envie pour faire 
« le mieulx. » (Hist. de Saintré, p. 38 et 39.) 

Les armes courtoises, les armes de plaisance ou 
de plaisir, se nommoient aussi armes d'einprises, 
relativement au motif de gloire ou de galanterie 



qui faisoit entreprendre ces armes ou combats, que 
la rivalité et même la haine changèrent trop sou- 
vent en combats à outrance, en armes à outrance. 
« Chacun de bien en mieux, à son povoir, seeraploye 
« d'acquérir la très noble grâce d'honneur ; soit en 
•' ar7nes d'emprises, soit en guerres guerroyables, 
« et en toutes honnesles fayons. » (Hist. de Saintré, 
p. 221.) 

On disoit d'un jeune Ecuyer, qui pour la pre- 
mière fois figuroit en lice les armes à la main, qu'il 
faisoit ses pretnières armes ; expression qui nous 
est encore familière , malgré l'oubli des usages de 
l'ancienne Chevalerie. » .Après les présentations 
« faites,.... tous se retirèrent d'un costé et d'autre, 
« hors de la lice; e.xcepté un Escuyer... conduit 
" par le dit de Compays, lequel Escuyer esloit 
« ordonné à faire st's premières armes. » (Mém. 
d'Olivier de la Marche, liv. i, p. 192.) 

Il paroit que les armes à cheval étoient les com- 
bats à la lance, distingués des combats à l'épée, au 
poignard, à la hache, qu'on nommoit arènes à pied. 
« Se présenta un escuyer nommé Heni'y de Gouvi- 

" gnon monté et armé pour faire armes à cheval 

« et d'autre part se présenta un escuyer nommé 

« Jehan de Chaumergis Cérémonies faites et 

•< accomplies, les Escuyers furent saisiz de leurs 
lances. » (Mém. d'Olivier de la Marche, liv. i, p. 19."). 
— Id. ibid. p. 200. — Le Jouvencel, ms. p. 354, etc. 
'< Estoyent assignées les armes de pié entre Jehan 
« de Compays, seigneur de Torain,.... et .\nthoine 

« de Vaudrey seigneur de l'Aigle Ledict Vaudrey 

« fit délivrer au Mareschal de Bourgongne.... deux 
« haches et deux espées.... Fièrement s'assemble- 
« rent les deux Escuyers.... et ledict de Vaudrey 
« donna de la pointe de l'estoc au bacinet de son 
« compaignon. Que feroy-je.... long récit d'icelles 

« armeâ'^ Si se partirent à l'honneur des 

« Parties Je ne vey onques puis ce jour nulles 

« armes combatre de l'estoc, en armes à pié, sans 
'• relraitle : et qui les entreprendra, il les trouvera 
« dures it achever ; et furent cestes armes corabatues 
« l'an 1443, parun jeudyhuictiemed'Août. »(Mém. 
d'Olivier de la Marche, liv. i, p. 203-206.) 

En opposant, comme a fait Monstrelet, (Vol. 111, 
fol. 73, R°) le verbe jouster à l'expression faire 
armes, on opposoit vraisemblablement aux armes 
à pied, les armes à cheval, les joutes ou combats à 
la lance. Il est possible qu'on ait nommé armes par 
excellence, les armes à pied: ces armes ou combats, 
qu'il étoit si rare et si glorieux d'achever sans 
retraite, et dans lesquels on hasardoit sa vie comme 
dans les combats à outrance. 

On sait que dans le langage de la Chevalerie, 
faire armes à outrance, c'éfoit « combatre en lice, 
« à glaives esmoulus, jusques au mourir, ou au 
« rendre. » (Mcot, Dict.) 

Le sort des armes étant heureux un jour, un 
autre jour malheureux ; on en a désigné l'incons- 
tance, en disant que les armes étoient journales, 
qu'elles étoient journalières : expression qu'Olivier 
de la Marche, historien du xv siècle, paroit avoir 






AR — 155 — 

inventée , et dont l'usage semble nous avoir été 
transmis par les Ecrivains du xvi' siècle Ainsî 
« que les armes sont jotirnales, et les bonnes 
« aventures a la disposition de fortune, etc. » (Mém 
dOMvier de la Marche, liv. ,, p. 193.) Lorsque 
Charron d.so.t qu'.l étoit « bon de'^penser au hazard 
« des armes qui sont journalières, » on étoit sans 
doute familiarisé avec cette expression encoe 
nouvelle au commencement du xvi' siècle nuisau'on 
en modifloit l'usage en disant: . Les «rS s°n 
" ^'\/i"e je parle ainsi, sont yo«m / " ÎV e 
^sujettes à la fortune. ., (Dialog. de Tahuréau foL 
;> ■ ,~ ^^y- Sagesse de Charron, p. 434 ) 
Que le mot arme eût signifié «rmafr^, lieu propre 
r.h"'"'"'''' des armes, ce seroit une ex tens on dSnî 
1 abus sembleroit moins étrange que celui d'une 
extension au moyen de laquelle il paroi avôi? 
Si' "«"-seulement une armoire, que^Z' en m 
I usage, mais un retrait, les lieux, les aisancS 
d une maison. .< Lorsque d'un cos é seul dS la 
« muraille se trouvent des potelles, «jws chemi^ 
.< "eos conduits de la fumée; semblaE sSs 
" font foy que h. muraille appartient à celuvseS 
« du coste de qui ils se trouvent. . (Coût de Bra- 
xenes au Nouv. Coût. gén. T. I, p. 1268 col 1 
« Nest licite faire chambres aysées nommées' 
« fosses «m^s ou latrines, ou fosse deTuïsfne 
» pour tenir eau de maison auprès d'un mï? 

p")'), '^""'' ^^ Montargis, au Coût. gén. T. I, 

à ndée'^Sp 1 'nl?rP,'/'''°" toute simple et relative 
d 1 iciee de 1 usage des annes défensives aue les 

£sr.. ïïrSs î' ^•'•"^"'''^'i.^"^ ét/'nSJei 

uimt6. Les dens dessus ne h servent de riens 
« fors que d'aguiser celles dessoubz et ceTles 
« dessoubz appelle on les armes ou mes du saiî 
glier „ (Chasse de Gaston Phébus, ms. p 62 ^ 

lath' imis'm^r.! f™^/st réellement fomé du 
iduii aimus[\), la signifîca ion se rannrorboit rip 
letymologie, lorsque dans le sens de l'ancien mn^ 
enarmes, on nommoit armes les courroS m ser 
anp^r// «^'"'^rasser l'écu, les courroves dans lej." 
quelles on passoil le bras pour tenir l'écu et sVn 
couvrir. „ s'alla le Chevalier afficher es eslrîersp^ 
« embrasser l'escu par les armes, hé et enflammi 
« de mal talent. ,> (Percef. Vol. I fol S _] Tn 
<lu Lac, T. I, fol. 74. - Voy. Enar.e i) '' ^'"'• 



AR 



Armé, participe et substantif. Couvert énninp 
Homme armé (2). ^uuveit, cquipe. 

ffuolî 'f H "r'j""'^ "' Chevaliers, et on les distin- 
guoit a la différence des cottes d'irm^^ Lt î 
armoiries dont elles élLn ornées lorSuls 
n avoient point de cottes d'armes sS? leur cuSsst 



!Tiune co'wf''.\ ^" .^^'^«''.q"'il« étoient . sans 
nulle tognoibsance et armés à crud » 

Touts cils de l'ost Girard, sans nulle co-noissanrp 
lintie eux et les François, quant seront tuit en tourbe 

p, Ger. de Roussillon, MS. p. 165 

cest relativement à l'effet visible du noli dp 

i mrf Ton^Z%''''' del'expressioiu^^rïnS 
a iiuci, 1 on a dit être arme au cler, être arnip à 

Lvon" ""'''' e Bourgmaistre che^'auchaif Sa.i 
•">""'. et tous ses gens an/tes au cler 1p 

ibid^rô?.)- " ^"■'"''''' ''''■ "' p ««• - 1^ 

Il semble que cette manière de s'armer ait été 
spécialement affectée à l'appareil du triomphe 

'a' ■ -• •■ i,- ■ devers Gènes s'adresse 
Arme a blanc, en triomphe et honneur, etc. 
r,„j , , J- Marot, p. 28. 

Dedans la noble et grant cité de Bresse 
tntra Loys, de ce nom le douziesme 
Arme a blanc, triumphant en prouesse. 
r»« I «1 f , J- Marot, p. 136. 

Peut-être generalisoit-on l'idée particulière dp 
s équiper, se couvrir en s'armant, iL qu'o disoit 

: ame'uS '"'Zn ''''''?'^ f'' «' "'^^ ^ë toute 
aimeuies. » (Voy. Arjier. « Se partit de Ipnns 

: ciëval"'?}r"1 '1 '"'T <^rmïurlÎ!nlfTe 
Cheval. .. (Lanc. du Lac, T. Il, fol. 130, V° col 2 ) 

Ont ja cinq grant bataille faites. ' 

Endroit ceus qui viennent serrez ' ' 

tt armez d'armeures chieres 

En a es chans deus grans et'fieres. 

G. Guiarl, MS. fol. 264, R' et V- 

On abusoit étrangement de l'acception o-énéralp 
de ce participe armé, en disant figurémenl" 

Entrez sui enla nasse, n'i sai pas mon retor ■ 
Se ne me confortez, armez sui de folor ' 

Fabl.MS.du. R,„.7218,fol'.346,Vcol.2. 

hnhn le participe armé étoit pris suhsinnfivp 

men , lorsqu'en parlant de gens de pied m ieux" 

armes, mieux défendus par leur armure aïe les 

autres, on les nommoit par excellence les «m2 

« Or avoient les François mis entre le nréSier 

« rang e e second un rang d'Arquebouziërs 

-' Le capitaine Yillefranche , lequel avoitKarip 

- de la corne droite du bataillon des François col 

" ^'derant que le bataillon d'Allemans qui le veno t 

« a 0,'der estoit plus large que le sien,'... fëii tber 

« du derrière de son bataillon les armez des deux 

« derniers rangs dont il élargit sa teste ;? si est-ce 

« qua laide des armes que fit la Gendarmerie 

" ''Tn "' '°'"'"'''^ P^^'' "^ sieur de Boutiëre™ ous 

Armée (3), subst. fém. Bataille, combat C'est nar 
ellipse que le participe féminin ami^^ stibStSn- 



ne rencontre qu'au Tiiv'^icli^ f^^fL^^^ ^''^''^ ^^ ^"-^ °^^<>^^^ Aewoà (n e ? - ?^^ Ini - "'/"'"'^ s'emploie pour les 
Plus anctenne^ment, o^ ^^^te^^^.TolriT.r ''"="" ^^°'' °^'^"-' " (^-"-m^de Mact^ "tT/a^i^) 



AR 



— 156 — 



AR 



tivemenl, a signifié et signifie encore troupe armée. 
(Nicot, Dict. — Voy. Arme.) 

On alléroil la signification propre de l'adjectif 
terrestre, en nommant fl/7He'e terrestre une armée 
destinée à combattre sur terre, une armée de terre, 
par opposition à une armée de mer, ù une armée 
navale. (Voy. Monet, Dict.) 

L'expression année volante, qu'on trouve dans 
les Mém. de Dassompierre, (T. I, p. 121),) étoit moins 
figurée, et paroitra sans doute plus naturelle que 
celle de camp volant qu'on y a substituée. 

On connoîl l'espèce de figure par laquelle le mot 
bataille signifie armée, troupe en état de combat, 
troupe prête à combattre : par la figure contraire, 
le mol armée signifioil combat, bataille. 

Puisque vous desirez l'armée , 
ComCatez vous, quant je vous broche. 

Eusl. Deschamps, foés. MSS. p. 237, col. 2. 

Armement, subst. masc. Armure. Ce mot, 
encore usité dans le sens d'appareil de guerre , 
équipement de vaisseaux, a signifié armure. De Ih, 
on disoit armement de teste pour armure de tète. 
(Voy. La Jaille, du Champ de bataille, fol. 17, R°. — 
Monet, Dict.) 

Armer, verbe. Couvrir. Terme de Blason. Louer, 
flatter. 

Lorsqu'on disoit armer un fer de venin, on expri- 
moit sans doute une idée relative à l'usage mortel 
des armes offensives. (Voy. Nicot, Dict.) On expri- 
moit l'idée contraire et relative l^i l'usage des armes 
défensives, lorsque dans un sens non moins figuré 
l'on disoit en termes de guerre, s'armer d'une 
rivière, pour s'en couvrir, se poster de façon qu'on 
fût couvert et défendu par la rivière. « Une rivière 
« sert à merveilles à un ost.... pour seureté.... On 
« passe de costé et d'autre ; on s'en arme quant on 
« vieult ; on garde que les ennemis ne s'en puissent 
>< aider. » (Le Jouvencel, ms. p. 144.) 

En termes de Blason ou d'Armoiries, « un escus- 
« son armé du Roy étoit un écusson fait à ses armes, 
« un écusson îi ses armes. » (Voy.MatbieudeCoucy, 
Hist. de Charles VIT, p. 737.) Pour signifier que 
Robert Bruce, roi d'Ecosse, avoit dans ses armes 
trois oreilles d'or en un champ d'argent, on disoit 
qu'il « è'armoit d'argent à trois oreilles d'or. » 
(Kroissart, Vol. I, p. 25, etc. — Voy. Arme.) 

Si les Hérauts publioient la gloire des Chevaliers, 
en blasonnant les armoiries de ceux qui entroienl 
dans la lice des anciens tournois , ils révéloient 
aussi publiquement la honte de ceux qui s'y présen- 
toient au risque de s'en voir interdire l'entrée : de 
là peut-être, l'ancien verbe blasonner, pris en bonne 
et mauvaise part, aura signifié louer et blâmer. Il 
semble que la signification d'ai'mer soit analogue à 
celle de blasonner, louer, lorsque l'avocat Pathelin, 
tout joyeux d'avoir escroqué le drap de maître 
Guillaume en louant l'honnêteté de sa famille, dit : 



.Te l'ai armé et blasonné , 
Si qu'il me Ta presque donné. 
Je luy disoye que son feu père 
Fut si vaillant : ha ! fais-je, frère, 
Qu'estes-vous de bon parentaige ! 

Farce de rathelin, p. 29 el 30. 

Armeraiige, adj. Qui aime les armes, les com- 
bats. (Voy. Armeret.) La terminaison â'arrnerange 
est une de ces licences que nos anciens Poètes se 
permettoient en faveur de la rime. 

Bertran de Benanges 

Qui est hardiz et armcratujes, etc. 

G. Machault, piise d'Alexaiarie, MS. p. 227, R- col. 3. 

Armeret, adj. eisubst. Qui ala passion des armes 
et delà gloire. Espèce d'armure de tête. (Voy. Armet.) 

Anciennement, un Chevalier amoureux et arme- 
ret, étoit un Chevalier dont l'amour ennobli par la 
passion des armes el de la gloire, honoroit la beauté 
et la trouvoit sensible. » Le gentil et joly duc Wince- 
« lins de Boesme, duc de Luxembourc et de Brabant, 
« en son temps, noble, frisque, sage, amoureux et 
« armeret avoil esté. » (Froissart, Vol. W, p. 260.) 

On désignoit cette passion des armes el de la 
gloire, comme étant naturelle à la jeunesse, lors- 
qu'en prenant armeret substantivement, on disoit : 
« Il envoya... en la cité d'Evreux, devers le Capi- 
« taine, en lui signifiant qu'il vousisl faire vuider 
« et départir toutes manières de compaignons, 
« jeunes armerets dont on se pourroit aider, et iceux 
« traire devant Cocherel. » (Froissart, Vol. I, p. 271.) 

Il semble que Yarmeret distingué du harnois de 
tête, soit une armure de tète plus légère que le 
heaume, une armure de même espèce que l'armet. 
Peut-être même que pour la mesure des vers, on 
aura allongé ce mot armet, en écrivant armeret. 

Les ungz portoient son armeret, 
Les autres son harnoiz de teste. 
Brief, tout chascuu lors labouret 
A avoir bruyt en ceste feste. 

Vigil. de Charles VU, part. Il, p. 73. 

Armerie, subst. fém. Ecusson, écu d'armoiries. 
(Voy. Arme.) Ce mot armerie. qu'on pourroit regar- 
der" comme une variation de l'orthographe armarie, 
paroit être immédiatement formé du substantif 
arme, qui a signifié armoiries. « Si coucha son doy 
« sur Varmerie d'un chevalier de Portugal, en 
« disant : haa ! véez-cy les armes dont le gentil 
» Chevalier, etc. » (Froissart, Vol. III, p. 131.) 

.... Chascun pense de s'accoustrer 
Sans espargner drap dor, n'orfaverie ; 
Desirans l'heure où pourroit rencontrer 
Leurs ennemys, affin de se monstrer 
Et enrichii' leurs noms et armerie. 

1. Marol, p. 8i. 

Armet, subst. mase. Casque. Ce mot armet, qui 
au premier coup-d'œil semble, ainsi qu'armeret, 
avoir été formé d'arme, est probablement une alté- 
ration d'elmet, diminutif de l'ancien mot elme, 
lielme, herme (1), à peine reconnoissable dans l'or- 
thographe heaume. (Voy. Ei.me.) 



(1) C'est là l'opinion do Ménage ; mais cette dérivation d'helmet en armet aurait laissé des traces, puisque le mot apparaît 
au xiv siècle : « Li ars (^lairj resplendit touz des splendissours des armes, Des armez, des aubers, des jusarmes. s (Girard de 
Kossillon, '3767.) D'autres préfèrent voir là un diminutif d'arme, (n. e.) 



AR 



157 - 



AR 



L'usage de ce mot annet et de Texpressioti accous- 
trement ou habillement de teste avoit tellement 
prévalu, dans le cours du xvi' siècle, sur celui de 
heaume, que, si on en croit un Ecrivain de ce 
même siècle, il éloit ridicule d'ignorer que l'armure 
propre à couvrir la tête d'un Chevalier, d'un homme 
d'armes, ne se nommoit plus heaume, mais armet, 
bourguignotte, accoustrement de teste. (Voy. Contes 
d'Eufrapel, p. 479.) Quand Pasquier, contemporain 
de l'Auteur de ces Contes, dit en ses Recherches 
(liv. vm, p. Oe'i), qu'au temps où il écrivoit, l'expres- 
sion habillement de teste signitloit un heaume, 
l'armure que sous P'rançois I" on avoit nommée 
armet, il semble qu'on doive en conclure que dès- 
lors le mot armet n'étoit pas moins inusité que 
celui de heaume, sous le règne de ce Prince. On a 
pourtant la preuve qu'au commencement du xvn' 
siècle, cette expression étoit encore l'explication 
d'armet. (Voy. Nicot, Dict.) 

Quelque général qu'ait été sous François I" 
l'usage du mot armet, celui du mot heaume ne fut 
pas absolument proscrit, puisriue l'Auteur d'un 
Roman dédié à son successeur Henri II, disoit 
indifféremment heaume ou armet. « Le Chevalier 

« des Flammes luy donna si grand coup d'espée 

« sur ïarmet qu'il demeura si estourdy qu'il estoit 
« hors de toute congnoissance, quand celuy des 
« Flammes luy mit le pied sus la gorge et le 
« désarma de heaume, prest à luy mettre l'espée 
« en la gorge. » (D. Florès de Grèce, fol. 128, V". — 
Ibid. fol. 138, \{\) 

Jl est vrai qu'alors le mot heaume étoit infini- 
ment moins usité que celui d'armet, dont on se sert 
encore aujourd'hui lorsqu'on parle des anciens 
Chevaliers errans ; mais l'usage d'armet paroît 
avoir été aussi commun que celui de heaume étoit 
rare, plus de demi-siècle avant le règne de 
François I". Il est probable que les relations politi- 
ques de la France avec l'Italie, en occasionnèrent 
l'introduction dans notre Langue, vers la fin du 
XIV' siècle. Dans les Mémoires d'Olivier de la Mar- 
che, historien du siècle suivant, le casque des Che- 
valiers armés pour les joutes, pour les combats à 
la lance, n'est presque jamais autrement nommé 
i\\x armet, de l'italien elmeto, diminutif d'elmo; en 
françois elme ou heaiune, elinet ou heaumet « Se 
« présentèrent en la lice... le comte de Sainct- 
« Marliu d'un costé et Guillaume de Vaudrey de 
« l'autre, tous deux montez et ai'mez comme en tel 
" cas appartient.... Présentations et devoirs accous- 
« tumez furent faictz et leurs lances baillées; dont 
« il advint que de celle première course ledit de 
>< Vaudrey donna tel coup au clou de la visière du 



« Comte, qu'il rompit ledit clou; et.... pour celuy 
<' jour ne peut estre Varmet du comte de Sainct- 
« Martin refaict. » (Mém. d'Olivier de la Marche, 
liv. I, p. 202. — Id. ibid. passim.) 

On voit que le P. Daniel s'est trompé en définis- 
sant Varmet un casque léger, sans visière et sans 
gorgerin, comme le bassinet. (Milice françoise, T. I, 
p. 389.) >> Baissans les veues de leurs armelz, vin- 
« drent l'un sur l'autre, etc. « (D. Florès de Grèce, 
fol. 133, R°. — Ibid. fol. 134, R° passim.) Non-seule- 
ment Varmet dont on rappeloit l'origine en le nom- 
mant quelquefois heaumet, mais le hacinet, étoient 
des casques à visière. « Présentations faictes... 
« et.... lances baillées... le Comte fit atteinte en 
« glissant sur le heaumet du seigneur de Sey et l'en 
« désarma ; et le S' de Sey consuivit le Comte au 
« bord de la baviere de l'armcf et rompit sa lance. » 
(Mém. d'Olivier de la Marche, liv. i, p. 195.) 

>< Anthoine de Vaudrey, seigneur de l'Aigle 

« estoit armé pour combatre à pié, le hacinet en la 
« teste, à visière levée, etc. » (Id. ibid. p. 203.) 

La preuve que ïarmet ou heaumet n'étoit point 
un casque d'espèce particulière, c'est que dans le 
xvr siècle on ledéfinissoiten général accoustrement 
ou habillement de teste ; armure de teste, au com- 
mencement du xviir siècle (1). Il est évident que ces 
définitions n'étoient pas plus propres à Varmet 
qu'au bassinet, au cabasset, anmorion, à \t\ salade, 
h l'espèce de heaume nommé bourgnignote : aussi 
trouve-t-on (\\ïarmet signifioit salaile, morion, ca- 
basset, etc. « Je vous prie me dire qui le meut de 

« porter ainsi ce heaume et l'escu blancs On les 

<' jugeroit estre véritablement ou d'yvoire ou d'oz 

« de quelque autre animal, .le vous le diray En 

« ceste isie pierreuse souloit avoir un serpenL.. 
« contre lequel Macarée entreprint le combat, et fit 
« tant... qu'il le deffit et rendit mort.... De la teste 
« il en fit cest armet ou cabasset ; et du plus large 
« du corps, l'escu qu'il porte. » (D. Florès de Grèce, 
fol. 10(1, R°. - Voy. Fauchet, Orig. liv. ii, p. 110.— 
Monet, Dict.) Probablement, tout casque, avec ou 
sans visière, fut nommé armet ou heaumet, 
parce qu'il étoit plus petit et moins lourd que l'an- 
cien heaume auquel on l'avoit substitué. Lorsqu'on 
ne connut plus l'usage de ces heaumes pesans et 
incommodes dont parle Fauchet (Orig. liv. », 
p. 109), Varmet ou /(caMme^ devint heaume relative- 
ment à celui qui étoit moins gi'and et plus léger. 

Armeure, subst. fém. Ai'me offensive. Arme 
défensive (2). Homme d'armes, Banneret, Chevalier, 
Bachelier, Ecuyer. Compagnie d'hommes d'armes. 
Port d'armes. 

Quelque générale que fût l'acception du mot 



(1) h'arinet fut, à l'origine, un casque ronJ à couvre-nuque, ayant sur le devant un masque grillé. Sous le règne de 
Louis XI, le couvre-nuque s'élargit et le masque emboite le menton: c'est l'annet de gonjer'ui. Enfin, sous Charles VIII et 
Louis XII, la mentonnière et le gorgerin sont articulés ; un garde-vue s'avance sur la visière et fait ressembler le haut do 
Varmet à une casquette. Une forêt de plumes le couronne et un panache retombe sur le dos. La mentonnière est encore 
plus proéminente sous François I", et les plumes atteignent les reins, (n. e.) — (2) La plus ancienne panoplie équestre de 
notre musée d'artillerie date du règne de Louis XI. Une étude détaillée des armures peut être faite avec l'Histoire du 
Costume, de M. Quicherat, et avec le Costume de (juerrc, de M. Demay (Mémoires de la Société des Antiquaires de France, 
•Î874-1875). L'éclaircissement III de Tédition classique de la Chanson de Roland (p. 400-415), de M. L. Gautier, est 
consciencieux et fort instructif pour l'équipement militaire du xi' siècle, (n. e.) 



AR 



— 158 - 



AR 



arme, on la restreignoit quelquefois à celle d'arme 
offensive ; c'éloil quelquefois aussi l'acceplion du 
mol anneure. « Cilz s"abessc o Varmcure qu'il 
« avoit apportée ; si li cope la teste ; si l'emporte. » 
(Rom. de Dolopalhos, ms. de N. D. n" 2, fol. 53.) 

En restreignant l'acception d'arme à celle d'arme 
offensive, on opposoit le mol arme à celui d'rtî-- 
meure, qui paroît avoir signifié plus spécialement 
arme défensive. « Aux portes des cités et des bon- 
« nés villes, \h où ils venront ou voudront entrer et 
« demeurer, ils mettront jus toutes leurs armeures 
>• et armes. » (Froissart, Vol. III, p. -248.) En effet, 
cette opposition d'armes i~i armeiires semble prou- 
ver ([u'armure défini par Monet, couverture d'ar- 
mes, éloit dès-lors spécialement alTeclé à désigner 
les armes dont on se couvre, les armes défensives, 
telles que l'écu, le casque, la cuirasse, etc. C'est 
d'ailleurs ce qu'atteste Nicol, en disant qu'armures 
éloit plus singulier en sa signification que armes, 
puisque le dernier comprenoit non-seulement les 
basions de guerre, les armes offensives, mais les 
escus, les armes défensives, les armures. (Voy. 
Nicot et Monet, Dicl.) La comparaison d'après 
laquelle ce mot armure a signifié différentes cboses 
dont l'usage est relatif à celui des armes défensives, 
paroît si naturelle qu'il suffira de l'avoir indiquée. 

On nommoit figurément armenres de fer, et 
tout simplement arineures, les Hommes d'armes, 
les Bannerets, les Chevaliers, les Bacbeliers, les 
Ecuyers, comme ayant le privilège exclusif de se 
couvrir d'une armure de fer, qui les rendoit invul- 
nérables. « Li cuens nous doit aidier en la tiere de 
« Haynnau et en la contée de Flandres, à mil armu- 

<- res de fer as gages accoustumés en France; 

« c'est à savoir per'le Banerech vint sols, pour le 
« Baceler diz solz, et pour l'Escuiier cuink solz 
« tournois. » (D. Carpenlier, Suppl. Gloss. lat. de 
Du Gange, T. 1, col. 296 ; lit. de 1297.) « Si esloyent 
« bien trois mille armeures de fer. Chevaliers et 
« Escuiers. » (Froissart, Vol. 1, p. 159.) « Si assem- 
« bla en peu de temps mille armeures de fer, et 
« huit mille hommes de pié. » (Id. ibid. p. 104.) 

De personnes à guerre dures 
Ont viixn- et XVI armeures. 

G. Guiart, MS. fol. 213, U'. 

11 est possible qu'en ce même sens figuré, le mot 
armure ait signifié Compagnie d'hommes d'armes. 
(Voy. Nicot, Dicl.) 

Enfin « deffendre armures el en tenir vérité, » 
c'éloil probablement défendre le port d'armes et 
tenir une assise, où ceux que la loi obligeoit d'y 
comparoître faisoient serment de dire vérité sur les 
contraventions à cette même défense. « Peut faire 
i> Vicontier dedans sa terre les bans d'aousl, el 
« armures accouslumez delîendre.... et en tenir 
« vérité une fois l'an. « (Bouleiller, Som. rur. 
page 903.) 

VAItlANTES : 
ARMEURE. Rom. de Dolopathos, MS. de N. D. fol. 53. 
Armure. D. Carpentier, S. Gl. 1. de D. G. T. I, col. 296. 

Armeurerie, sm&s^ fém. Forge et boutique 



d'armurier. Magasin d'armes. Armure. (Voyez 

ArUiElRE.) 

La première significationest attestée par Cotgrave, 
Oudin et Monet, Dicl. 

On n'a que Cotgrave et Monet pour garans de la 
seconde, magasin d'armes ; à moins qu'on ne 
veuille qu'armurerie signifie magasin d'armes, 
dans ces vers : 

.... Sans attendre assaulx, ne batterie, 
Rendirent clefz, bastons, armurerie. 

i. Marol, p. 171. 

Mais il est plus probable qu'en ces vers, armu- 
rerie est le nom collectif d'armes défensives. On a 
la preuve que le même Poëte a dit, dans le sens 
d'arme deffensive ou d'aj'mwre ; 

Voit ses souldars faisans chère marrye, 
Nudz, sans battons, n'aulcune armeurerie. 
3. Marot, p. 90. 
VARIANTES : 
ARMEURERIE. J. Marot, p. 90. 
Armurerie. J. Marot, p. 191. - Monet, Dict. 

Armeurier, subst. masc. Faiseur d'armures. 
(Voy. Armoyeur.) Dans le sens relatif à l'acception 
spéciale A'armeure, arme défensive, ce mot armu- 
rier ou armeurier, signifioit celui qui forgeoit et 
faisoit les armes servant à couvrir la personne, 
telles que le casque, la cuirasse, etc. (Voy. Nicol, 
Dicl.) On imagine bien que nos anciens Chevaliers, 
qui ne dévoient souvent leur salut et leur gloire 
qu'à la bonté de leurs armeures, de leurs armes dé- 
fensives, étoienl soigneux d'avoir à leur suite un 
bon armeurier, un armeurier preudhomme. » Pour 
u briefvement faire son voyage el accomplir ses 
" armes,.... avoit.... ung fourrier, ung mareschal 
« el ung armeurier à quatre chevaulx, etc. » (Hist. 
de Saintré, p. 180 et 187.) 

Ron paintre pour faire bannière, 

Ron armurier fault que l'en quierre. 

Eust. Desch. Pocs. MSS. p. 356, col. 4. 

Armoier qui fait haubergons 

Et harnois, doit estre preudoms ; 

Car soubz la fiance de lui, 

Combatent pluseurs à autrui. 

Id. ibid. p. 443, col. î. 

VARIANTES : 
ARilEURIER. Hist. de Saintré, p. 187. 
Armoier. Eust. Descli. Poës. MSS. p. 443, col. 2. 
Armorier. Cotgrave, Dict. 
Armurier. Orth. subsist. — Nicot et Monet, Dict. 

Armigère, adj. Qui expose au sort meurtrier 
des armes. On a déjà observé que par opposition 
aux armes courtoises, à ces combats galants où 
l'usage des armes meurtrières éloit interdit à la 
Chevalerie, on nommoit armes «rm/r/c'/rs, ceux que 
les rivalités personnelles ou nationales ont trop 
souvent ensanglantés. Pour la Noblesse, ces com- 
bats qui l'exposoient au sort meurtrier des armes, 
étoienl des fêles armigères, distinguées sans doute 
des fêtes courtoises, comme l'on dislinguoit des 
armes courtoises les armes armigères. » A toutes 
« les aultres testes royalles el solennelles que le Roy 
>i tiendra, el aussi des autres fêtes armigères ou 
« courtoises, etc. » (Du Gange, Gloss. lat. T. m, au 
mot Heraldus, col. 1100. — Voy. Arme). 



AR 



— 159 — 



AR 



ArmiIle,SM6sL/-em. Bracelet; anneau (1). (Vov 
Armiole.) Eu latin armilla, mot formé d'arvius oui 
signifie bras. ' ^ 

Es bras aront armilles, et torkes à lor cols 

Rom. d'Alexandre, MS. du R. n- 6987, fol. 186, V- col, 2. 

Il semble qu'on ait étendu l'acception particu- 
lière de ce mot armille, à des anneaux ou orne- 
mens d'autre espèce que le bracelet. 

Leur osteray de leurs oreilles 

Les biaux anneaulx et les arnieiUes. 

Eust. Desch. Poës. MSS. p. 532, col. 1. 
VARIANTES : 
ARMILLE. Rom. d'Alexandre, MS. du R. fol 186 
Armeille. Eust. Desch. Poës. MSS. p. 532, col. ï. 

Armin adj. et siibst. masc. Qui est d'Arménie 
Uui est d hermine. Hermine. (Voy Armine ) 

En latin Armenius (2), dont on a fait'ladiectif 
françois hermins, ermin, armin, etc. 

Ne sai s'est Grizois ou Hennins. 

BlaiichaDdin, MS. de S' Germ. fol. 186, R- col 2 

C'est par ellipse que cet adjectil', masculin même 
sous orthographe hermine, signitioit comme sX 
stantif, peuple d Arménie, homme d'Arménie un 
Arménien. . ViUehardouin parlant de Léon I rïv 
■' d Arménie ou de la Cilicie, le qualifie sirè des 
«^mw/nes. » (Du Gange, Dissert. I" sur Joinville! 

Por un sien Chevalier a mandé un Hermine 
gui sa plaie appareille, et santé li devine ' 
Parlon. de Blois, MS. de S. Germ. fol. 173 R" col " 

nin' rpHiSf }'^ ^°"^ on faisoit ellipse étoit'fémi- 
mn, 1 adjectif hermine pris substantivement étoit 
de même genre, et signifioit comme auiourd'hu 
1 espèce de lourruie qu'anciennement on noinmoU 

Cange Dissert. I" sur Joinville, p. 131.) En disant 
peand hennin, peliçon d-ermin, on piroit :S 
transforme ermin ou hermin, adjectif dai s l'exires 
sion peliçon hermin, en substantif poui-déà-'ue; 
1 espèce de rat d'Arménie que l'on connoit wcore 
sous la dénomination elliptique d'hermine. 

Vestuz fu d'un pliçon hennin 

Floire et Blanchellor, MS. de S. Germ. fol. 201 V col " 

Chemisete avoit de lin, 
Et blanc peliçon d'ermin. 

Ane. Poèl. Fr. MSS. avant 1300, T. IV, p. 14«. 

.D„Tx, T. VARIA.NTES : 

ARMIN. Poës. de Crétin, p 161 

Ermin. Ane. Poët. F. MSS T. iv, p 1444 

Harmin. J. Marot, p. 160 

Hermin. Floire et Blaucheflor, MS. de S' Germ fnl ont 

Hermine. Parton. de Blois, MS. de S^ Germ M 179 

Hermins. Blanchandin, MS. de S- Germ f".' m 



« destrier tout housse de très-fines amm^s etc » 
(Ilist. de Saintré, p. 330. - Voy. Arm.n.) ' 

Dans 1 origine de l'usage des fourrures de peaux 
d hermine, on cousoit ensemble ces peaux dont les 
queues noires à l'extrémité et pendantes Jormoient 
une moucheture naturelle, mais irrés^uS On 
imagina ensuite de la fair^ plus régulière par le 

luci, en oDservant les distances, de petits morcpauv 

rèf-l;Ln?"'^"n'^^^°^'^'''^''^^' ^i' ■ est s s 

tres-iuisant , « en sorte que ce noir ainsi entrp- 
: d'iie mfn?".? '(xt^'T',^' blanchetfrSesreau; 

moucheture artificielle de l'hermine, îo s m'on ci! 
soit ermine mouchetée. « Les erminesnMetéès 
" et genettes noires n'appartenoient qu'au" Dames 

p. //. — - Voy. Armi>er.) ' 

Si Ihermine réservée par le cérpmnniii ri„ 
XV' Siècle aux Dames issues^ de San| rojï"di ,in- 
guoit les Rois et les Princes dans lel grandes Sié 
monies, elle annonçoit aussi la supérior Ué du ran.^ 
des .seigneurs et du mérite des Chevaliers oîi 
après avoir fait d'hermine leurs cottes d'à mes^Sn 
firent eurs armoiries. Vraisemblablement on Val" 
soit allusion à l'hermine, comme h la première Tel 
deux pannes ou fourrures en usage dans lesJrmot 
ries, lorsqu'en parlant d'un Chevaliei du premier 
mérite d'un mérite supérieur, on disoit figuSenî 
qu II etoit « hermine et sable de tous Chevaliers , 

De tous Cevaliers convenables 
Esties vous ermines et sables. 

Pli. Mouskes, MS. p. 228. 

Il semble qu'en réunissant le sable à'i'herminp 

"SklTT l'^'S'' ^T l'hermine ei/teÏÏes'dè 
uiason, est un champ d argent, semé de DPfitp« 
pointes de sable, par lesquelles on a vou S Kre? 
la moucheture de l'hermine. C'est par une a usioii 
de même genre que la première, qu'un Poé"edï 

sanfdôu P^'^ilV'^'"'^'''"^^'''»"*^' '-elativement 
BretagÏÏÏamère'""'" ''' ^'""«'"'^ ^'^""^ ^^ 

Puisqu'avons de la douice anninc 
tng beau Daulphin, dueil se termine. 

Poës. de Grelin, p. 161. 



no^i , '?,*^',?"?- /• Hermine. On a indiqué l'ellinse 
par laquelle 1 adjectif féminin hermine qu'ancien 
nemen on écrivoit ermi«e, armine !ilmrnS\ 
signifie et signifie encore peau d'Arménie ÎJ^enu 
d une espèce de belette aussi nommée iieminP 
parce qu'elle naît en Arménie, où S trafiaS 
ces peaux si estimées pour lès fourrures ? Son 



Ariiiiner verbe. Moucheter comme l'hermine 
î' ourrer, border d'hermine 

ciP^fp''!?rw"'' •'" 'ïesignoitla moucheture artifi- 
tiirP iP nniiT'"''',^" assimiloit à cette mouche- 
tuie le poil d un cheval gris-pommelé, en disant 
qu un cheval étoit hermine de son poil, que 'her- 
mine eto.t arminée. <■ Elle estoit monta sur un 

aiér'i- -1?^ 'Tr t^ ^«» P«i' naturellement » 
(Mem. dOhv. de la Marche, liv. u p 5571 On 
trouve l'expression ermines arminées, dans les 
Honneurs de la Cour, (.ms. p. 34 37 etc ) 



^ï=3!i-&'ï^-"ïï-3àr:s#.s&<î^^^^ 



AR 



— 160 



AR 



Dans le second sens, on disoil : « Qui voudra 
« fourer sa robbe aulrement qu'îi la commune et 
« ancienne guise, comme de trop longues manches, 
« ou de les l'aire hennhier, etc. « (Ord. T. U, p. 372. 
— Voy. AuMiNE.) 

VARIANTES : 
ARMINER. Honneurs de la Cour, MS. p. 34, 37, etc. 
Er.miner. Mém. dOliv. de la Marche, liv. ii, p. 557. 
Herminer. Ord. T. II, p. 372. - Oudin, Dict. 

Armiole, subst. fém. Espèce de broc. En obser- 
vant que du mot latin arnms on a formé celui 
A'armiUum (1), qui signilioit une espèce de vase à 
mettre du vin, parce qu'on le portoit sur l'épaule, 
on croit indiquer l'origine A'Armiole, espèce de 
broc que sans doute on portoit à bras ou sur 
l'épaule. « Saicha une dague,... et la getta à ladite 
« lemme par tele manière que, se icelle dague 
« n'eust encontre une armiole plaine de vin, tenant 
" trois quartes ou environ, etc. » (D. Carpentier, 
Suppl. Gloss. lat. de Du Gange, au mot Armillum; 
tit. de 1381. — Voy. Armille et Arme.) 

Armoie, Sit&s/. fé^n. Attirail. Peut-être que dans 
un sens relatif à l'acception générale d'armer, four- 
nir, équiper, le mot armoie formé d'arme, aura 
signifié attirail de pressoir, comme nom collectif de 
diverses choses dont il faut armer un pressoir, le 
fournir, l'équiper. » En la ville de \ineuf, un pres- 
» souer et quatre cuves. Item, une granche et les 
» mesons, si comme elles se comportent avecques 
« toute Yarmoie dudit pressouer. » (D. Carpentier, 
Suppl. Gloss. lat de Du Gange, T. I, col. 300; lit. 
de 4331. — Voy. Armer.) Peut-être aussi ne verra- 
t-on dans armoie que l'altération d'un mot de même 
origine que harnais. 

Armoire, adj. et subst. fém. Qui est à armoi- 
ries. Espèce de lleur. 

Probal)lement les cottes armoriées des Héiauts 
ne se nommoient cottes armoires, qu'autant que 
la rime ne permettoit pas de les nommer cottes 
d'armes. 

S'avoienl haslées et noires 

Les chars en ces cotes armoires ('2). 

Quelques vers plus bas, on lit : 

. . . Com lasses gens et destroites. 
En ces cotes d'armes estroites, etc. 

Dits do Baudoin de Coudé, MS. de Gaignat, fol. 318, V col. 1. 

Comme substantif. Armoire étoit de même ori- 
gine et même signification qu'Armoirie, espèce de 
fleur, en latin armerius flos. (Gotgrave, Dict. — 
Martinius, Lexic. Philolog. — Voy. Armoirie.) 

Armoirie, subst. fém. Plantes de diverses 
espèces; bétoine; espèce de giroflée sauvage; espèce 
d'œillet. (Voy. Armoire.) 

Quand il seroit vrai que de la Grande-Bretagne 
on eiit transplanté dans la Bretagne Armorique, la 
fleur nommée armoirie, il n'en seroit pas plus 



vraisemblable qn'armorica filt, comme on l'a sup- 
posé, l'origine de cette dénomination. (Voy. Ménage, 
Dict. Etym.) 

On a tant de preuves du changement de s en r 
dans la prononciation et l'orthographe, qu'il semble 
possible que du nom latin arlemisia (3), en françois 
armoise, on ail fait armerie, armoirie et armoire. 
Quoi qu'il en soit, l'ai-moise, celle dont les tiges 
sont terminées par des épis de fleurs, chaque fleur 
formant un amas de petits fleurons de couleur de 
pourpre, offre une telleressemblance avec rarmem, 
qu'on la soupçonne d'en être une espèce. En effet, 
Varmerie ou Varmoirie, en latin armerius flos, est 
une plante de diverses espèces, et dont les fleurs 
qui naissent à l'extrémité des tiges, forment en se 
réunissant une touffe de fleurs d'un rouge pourpré, 
et semblables à de petits œillets. (Voy. Martinius, 
Lexic. Philolog. T. I, p. 56, col. 1.) Probablement, 
une armerie à seiz>e pompes étoit une touffe de pa- 
reil nombre de ces fleurs, un bouquet formé natu- 
rellement de l'assemblage de seize fleurons. « Le 
« vieillard.... luyavoitdonné.... \x\\q armerie à seize 
« pompes que elle garda et raeil en sa quenoille, 
« pour la peur de luy. » (Arrêts d'Amours, p. 296.) 

L'armerie étant, comme on l'a déjà observé, une 
plante de diverses espèces, il est possible que la 
bétoine, la giroflée sauvage et l'œillet qu'on nom- 
moit armeries, aient été réunis comme espèce, sous 
la même dénomination. On altère sans doute l'or- 
thographe armerie, lorsqu'à Metz on dit armenie 
pour désigner une espèce de petit œillet sauvage 
qui est ordinairement de couleur de sang, (Voy. 
Borel, Oudin et Monet, Dict. — Gloss. des Arrêts 
d'Amours. — Ménage, Dict. Elym. — Dict. de 
Trévoux.) 

Peut-être l'œillet de Poëte ou de Poitou, peut-être 
aussi l'armoise dont les fleurs de couleur pourpre 
sont d'une odeur agréable et aromatique, fut-elle 
l'espèce d'armerie que la galanterie du xv= siècle 
croyoit propre à exalter le sentiment de l'amour, et 
à l'usage de laquelle on ne renonçoit que lorsqu'il 
falloit renoncer au plaisir de courtiser la beauté. 

Ces dorelotz, ces gorgias 
Menoient les meilleures galoises. 
On ne sentoit que muglias, 
Marjolaines, armeries, boiiquetz, etc. 

Poés. de Coquillart, p. 157 et 158. 
. . . Quand ce viendra au lever, 
Que l'eu met dedans ces choffreltes, 
Pour en amours cueurs eslever, 
Armeries, sentiers, violettes, etc. 

L'Amant rendu Cordeller, p. 575. 

Adieu roses, armeries, et boucquetz ; 
Adieu Déesses chantans comme seraines; 
Adieu baisiers et plaisances mondaines. 

Vigil de Cliarles VU, part. Il, p. 32. 

VARIANTES : 
ARMOIRIE. Gotgrave, Ménage, Dict. Etym. 
ARMENIE. Ménage, Dict. Etym. 
Armerie. Poës. de Coquillart, p. 158. 
Armorie. Cotgrave, Dict. 



(1) Armilium, non armillum, se trouve dans Isidore de Séville. (n. e ) - (2) C'est-à-dire les cottes d armes recouvertes 
de taffetas armojsin, c'est-à-dire cramoisi, (n. e.) - (3) Comme Artémis secourait les femmes dans leurs maladies, cette 
plante, qui passait pour utile dans ces affections, reçut le nom de la déesse. (N. e.) 



AR 



161 - 



AR 



Armoiseur, sttbst. masc. Fabriquant ou mar- 
chand d'Armoisin. Il sembleroit d'après ce mot 
Armoiseur, ainsi expliqué par D. Carpentier, qu'on 
eût dit armoise pour armoisine, espèce de taffetas. 
« Entrèrent en la maison d'un Armoiseur et là 
« prindrent chacun une huvette ou capeline. » 
(D. Carpentier, Suppl. Gloss. lat. de Du Cange, au 
mol Ermisinus; tit. de 1421.) 

Armoisin, adj. et subst. masc. Qui est de soie, 
d'une étoffe légère de soie, qui est de taffetas. Etoffe 
légère de soie," taffetas. Qui est rouge ou pourpré. 

On a dit que l'espèce de taffetas désignée par ce 
mot armoisin, fut ainsi nommée à cause de la toile 
armoriée dans laquelle on l'enveloppoit pour faire 
des envois. Une opinion plus vraisemblable, et que 
paroit justifier le moi ormusinus i\m dans la latinité 
du moyen-àge signifioit une étoffe légère de soie, 
est celle du savant M. Huel, pour qui armoisin étoit 
une altération A'ormoisin, espèce de Taffetas venant 
de l'ile d'Ormus. (Voy. Ménage, Dict. Etym. — Dict. 
de Trévoux.) Peut-être concluera-t-on de cette opi- 
nion, qu'0)7H((SiM!/s est le nom primitif altéré dans 
le latin ermisinus, l'italien crmisino ou ermesino, 
et le françois armoisin ou armesin? D'ailleurs, 
l'expression lat. ermisinus rubeus, en françois 
armoisi)i rouge, semble évidemment prouver que 
Du Cange s'est mépris en expliquant ermisinus 
dans le sens de cremasinus [i), en franrois cramoisi ; 
et qu ermisinus a signifié, comme onnusinus, une 
étoffe légère de soie, une espèce de taffetas, quelle 
qu'en fût la couleur. (Voy. Du Cange, Gloss. lat. au 
mot Ermisinus . — Id. Ibid. au mot Ormusinus. — 
D. Carpentier, Suppl. Gloss lat. de Du Cange, au 
mot Ermisinus.) On conçoit que la même dénomi- 
nation fut naturellement commune à toute étoffe 
légère de soie, fabriquée à l'imitation de Yarmoisin, 
du taffetas qu'on dit avoir été ainsi nommé, parce 
qu'il venoit de l'ile d'Ormus (2). 

Aussi, trouve-t-on que comme adjectif, armoisin 
signifioit, qui est de soie, d'une étoffe légère de 
soie, qui est de taffetas. (Cotgrave, Dict.) 

C'est par ellipse du substantif étoffe, qn'armoisine 
a signifié une étoffe légère de soie, la même que 
par'ellipse du substantif taffetas, signifie encore 
l'adjectif armoisin. (Cotgrave, Dict.) 

Anciennement, l'on a dit taffetas armoisin; 
expression dans laquelle on aura imaginé qn'armoi- 
sin, qui désigne la qualité d'une espèce de taffetas, 
en désignoit la couleur rouge ou pourprée. (Voy. 
Hist. du Théât. Fr. T. Il, p. 38-2, etc.) C'est proba- 
blement d'après une idée semblable , que pour 
signifier le coloris brillant et solide de l'Eloquence 
et de la Poésie, Rabelais disoit figurément, en par- 
lant des Poètes et Orateurs Gallicques : « Ils ne 
>« traictent que gestes héroïcques , choses grandes, 
« matières ardues, graves et difficiles ; et le tout en 
« ï{héXor\cque artnoisine et c7'amoisine. » (Rabelais, 
T. V, prolog. p. 12. — Voy. Armoisy.) 



VARIANTES : 
ARMOISIN. Orth. sub. - Rabelais, T. V. prolog. p. 12. 
Armesin. Monet, Dict. 
Armoysin. Hist. du Théât Fr. T. II. p. 382. 

Armoisy, participe. Teint en rouge ou en 
pourpre. Définition relative à l'idée qu'on paroît 
s'être faite de la couleur signifiée par l'adjectif 
armoisin, dans l'expression taffetas armoisin. 
« Les femmes.... qui portoient robbes de tafetas 
« armoisy, etc. » (Rabelais, T. II, p. 160. — Voy. 
Armoisin.) 

Peut-être aussi qu'en ce sens, le participe armoisy 
et l'adjectif armoisin étoient de même origine 
qu'armoirie ou armoire, plante dont le nom paroit 
une altération d'armoise ; et qu'ils signifioient une 
ressemblance de couleur avec celle des fleurs rou- 
ges et pourprées de cette plante. On fonde unique- 
ment cette conjecture sur la possibilité qu'à la fin du 
xv° et au commencement du xvi' siècle, on se soit 
plu à comparer la couleur d'un tatTeias rouge pour- 
pré avec celle de l'armoirie, et à la désigner par un 
nom qui retraçoil l'idée d'une fleur consacrée à la 
galanlerie. (Voy. Armoirie.) 

Arnioyer, verbe. Armorier, bhisonner. On disoit 
en ce sens : " Ung penoncel armoyé de telle cong- 
« noissance comme l'escu. •■ (Percef. Vol. Il, fol. 99. 
— Voy. Armoirie, armes en termes de Blason.) 

VARIANTES : 
ARMOYER. Froissarl, Vol. IV, p. 53. 
Armoier. Monet, Dict. 
Armoirer. Cotgrave, Dict. 
Armoyrer. Du Bellay, Méra. T. VI. p. 136. 

Armoyeur, subst. masc. Peintre et brodeur 
d'armoiries. On cvo\[qu Armoyeur a l'une et l'autre 
signification en ce passage : « Noble chose fust à 
« Veoir la Chevalerie;.... car trop plus noblement 
« estoienl parez que par avant n'avoient esté, pour 
'< les Armoyeurs qui estoient venus à la feste pour 
« gaigner. •> (Percef. Vol. V, fol. 81, R" col. 2) 

Quoiqu'il soit très probable qu. irmoyeur signi- 
fioit aussi Armurier, il semble que le titre de l'an 
1412, cité par D. Carpentier. (Suppl. Gloss. lat. de 
Du Cange, au mot Armeator,) ne prouve pas assez 
évidemment cette signification : elle n'est pas moins 
incertaine dans l'Hist. de Charles VI, par J. Le 
Fèvre de S' Remy, p. 162. (Voy. Armeurier.) 

Arnaud, subst. masc. Nom propre. Quoique 
Arnaud ait été distingué à'Arnoul, il est vraisem- 
blable que dans l'origine c'étoit le même nom. 
(Ménage, Dict. Etym. —Voy. Arnulfins.) 

Si l'on a ridiculisé le nom à'Arnoul en le choi- 
sissant pour désigner un mari dupe et malheureux, 
on a rendu odieux celui d'Arnaud, en le donnant à 
toute espèce de garnement, d'homme malfaisant et 
méprisable. (Voy. D. Carpentier, Suppl. Gloss. lat. 
de Du Cange, au mot Arnaldus.) De là, on aura 
nommé Cap de S' Arnaud, un Capitaine, un Chef de 
garnements, dont on feignoit que S' Arnaud étoit le 
patron. « Pour estre estimé Gentil-homme, aujour- 



(1) Cremasinus, d'où cramoisi, parait venir de l'arabe kermès, cochenille. (N. E.) — (2) Ou plutôt du détroit d'Ormuz. (N. E.) 
n. 21 



AR 



— 162 



AR 



« d'hui il suffit qu'on ne sache d'où vous estes. Et 
« un Cap de S' Ai'natid, un Pedescaux (I) de Gas- 
u cogne, le Capitaine du Buisson, do l'Espine, de la 
« Ronce, tous enfanis d"un hallier,.... n'auront 
« point honte de se comparer aux plus illustres 
« Seigneurs de France, et leur dire : je suis Gentil- 
» homme comme vous. « (l'aucliot, Orig. liv, I, 

p. loi. — VOy. AUiNAlDER.) 

Arnaudens, adj. et siibst. masc. plur. Nom 
d'une espèce demonnoie. LessolsArïiaudens ou les 
Arnaudens, en lalin Ai'naldenses !;2], étoient une 
espèce de monnoie connue dans les provinces 
méridionales de la France; peut-être une monnoie 
des vicomtes de Lomagne à qui le nom d'Arnaud 
étoit familier; peut-être aussi, une monnoie des 
comtes de Carcassonne ou de Comminge. (Voy. Du 
Gange, Gloss. lat. T. I, col. 71G. — D. Carpenlier, 
Suppl. Gloss. lai. de Du Gange, T. I, col. 300.) 
<■ L'homme ou femme pris en adultère, doiveni 
« courir la ville, leurs mains liées toutes deux avec 
« une corde ; et le Seigneur doit avoir cinq sols 
•1 Arnaudens. » (Coût. d'Agen, au Nouv. Coutgén. 
T. IV, p. 903. col. 1. — Voy. Arnclfins.). 

VARIANTES : 
ARNAUDENS. Coût. D'Agen, au Nouv. C. g. T. IV, p. 904. 
Ahnaudenx. D. Carp. S. Gl. 1. de D. C. à Arnatdensis. 

Ai'iiaiider, verbe. Maltraiter. Il semble qu'«;'- 
nauder quelqu'un, c'étoil le maltraiter, en agir avec 
lui comme un garnement, comme un homme de 
l'espèce de ceux qu'on désignoit par le nom d'^l?-- 
naiid, en latin Arnaldus ou \irnoIdus. « Tu me vas 
<• arnaudant. comme tu fiz hier mon père que tu 
« affolas. » (D. Carpentier, Suppl. Gloss. lat. de Du 
Gange, T. I, col. 301 ; tit. de 1410.) 

Arnoul, subst. masc. Nom propre. Mari dupe 
et malheureux. (Voy. Arnacd.) 

Qu'on parcoure lès Légendes, on y trouvera plus 
d'un Saint dont la femme resta vierge, ou lui fut 
infidèle. On conserve dans la Bibliothèque du Cha- 
pitre de S' Pierre de Lille, une ancienne Légende 
manuscrite, où il est parlé d'un S' Gengoufle 
assez malheureux en femme, pour être comme un 
autre le patron de la confrérie nommée en latin, 
confralria Sancti CucuUi. Saint Vincent Ferrières, 
dans son sermon sur la luxure, cite l'histoire d'un 
homme veuf que la crainte d'être de cette confré- 
rie empéchoit de hasarder un second mariage que 
ses amis lui proposoient avec une jeune femme 
dont l'infidélilé, disoient-ils, étoit d'autant moins 
inquiétante qu'il s'en vengeroit en la faisant de la 
confrérie de Saint-Luc. « Si faciat vos de coufra- 
« tria Cucullorum vel Sancli CucuUi, facietis de 
« confratrià Sancti Lucœ. » (Voy. Supplément au 
Gloss. du Boni, de la Bose, p. 113 et lli.) 

Probablement, ce patron de la confrérie des 



Maris dupes et malheureux est un Saint imaginaire 
pour qui l'on auroit dû réserver fhonneur de ce 
burlesque patronnage, sans y associer S' Arnoul, 
dont on a ridiculisé la mémoire, en le nommant 
Seigneur des Coux. On ne prétend pas décider quel 
osi ce Saint Arnoul; si c'est celui dont la femme 
mourut vierge, ou celui dont la femme, mère de 
deux enfans, se fit religieuse du vivant de son 
mari qui fut évêque de Metz. 

Peut-être faut-il attribuer au besoin de la rime 
l'association de Saint-Thibaud à Saint Arnoul, 
dans le serment que fait une femme de se venger 
des mauvais procédés de son mari. Il est vraisem- 
blable que sans le besoin de la rime elle n'auroit 
juré que par S" Arnoul, généralement regardé 
comme le Patron de la confrérie des Maris dupes 
et malheureux. 

Puisque mon mari fault, 

Et que mon cliastel m'emble et tault, 
Et autre pertuis en estoupe ;... 
Par Saint Arnoul el Saint fhiebault, 
Je lui feray d'autel pain souppe. 

Eust. Desch. Poës. JISS. p. 449, col. 1. 

Puisqu'il brise son mariaige, 
Par S' Arnoul aussi feray-je 

Id. ibid. p. 334, col. 3. 

On ne croira pas sans doute, d'après Jean de 
Meun et Coquillart, qu'il suffise d'être marié pour 
être de cette Confrérie, pour être mené à la danse 
le jour de S' Arnoul, Seigneur des Coux (3). 

Par vous, par voslre lécherie, 
Suisje mis en la confrairie 
Saint Arinnit, le Seigneur des Coux, 
Dont nul ne peut estre rescoux, 
Qui femme prent, etc. 

Boni, de la Rose, vers 9550 et 9554. 

Coquins, niays, sotz, joquesus, 
Trop tost mariez en substance, 
Seront tous menez au dessus. 
Le jour Sainct Arnoul, à la dance. 

Poës. de Coquillal, p. i"l el 172. 

Il semble que Molière, en nommant Arnolphe le 
principal personnage de l'Ecole des Femmes, ait 
songé à perpétuer l'ancien ridicule du nom d'.ir- 
noul, qui désignoit les maris même dont on feignoit 
que S' Arnoul étoit le patron. 

Je li voldrai coper les cous 
Par qui je sui Ehiol et cous. 

Fabl. MS. de Berne, n- 354, fol. 157, V col. 2. 

On est scandalisé de l'indécence avec laquelle un 
ancien Poêle a travesti S' Mathieu qui, dans son 
Evangile (chap. \, vers, xvm), dit en parlant de 

Joseph, époux de Marie: « Cum essetdesponsata 

« Maria Joseph, antequàm convenirent, inventa est 
« in utero habens de Spirilu Sancto. Joseph autem 
« vir ejus, cum essetjustus etnolleteam Iraducere, 
« voluit occulté dimit'tere eam. Ikcc autom eo cogi- 
« tante, etc. » Dans le Poète, c'est Joseph qui peint 
lui-même son état de perplexité , en termes qui 



(1) Espèce de Bandoulier. — (2) Monnaie épiscopale d'Agen, frappée par Arnaud de Rovinham, évêque de cette ville de 
1209 à 1228. (N. E.) — (3) Les saints devaient donc s'estimer heureux, lorsque les esprits falots du xv^ siècle s'arrêtaient en 
chemin et se contentaient de canoniser le hareng : « La vie dp Sainct Ilarenc L-lorieux martvr. et comment il fut pesché en 
la mer et porté à Dieppe. » Voir le Recueil des Poésies françaises, p.p. A. de Alontaiglon (II", 325). (n. e.) 



An 



- 163 



AR 



caractérisent la grossièreté des idées religieuses de 
nos ancêtres. 

Helas ! Dolent, et que feray ? 
Pour ly de tous ffabbez serav, 

I?f c;..J: u : -1 y :, 

1 ver», MS. p 74. 



Et Sire Hei-noux aussi clames. 
Hist. des Tr)is Maries, 



V.^RIANTES : 
ARNOUL. Eust. Desch. Poës. MSS. p. 449. 
Elnol. Fabl. MS. de Berne , n» 354, fol. 157. 
Hernoux. Hist. des Trois Maries, en vers, MS. 



p. 74. 



Arnulfins, suhst. masc.plur. Nom d'une espèce 
de monnoie. Monnoie de même espèce que les 
Arnaudens ; ce qui semble justifier l'opinion de 
Ménage sur l'identité des noms Arnaud , en latin 
Arnaldus,el Arnoul , en latin Arnulplius. (Voyez 
Arnaid ) On lit que les Arnulfins valoient un ducat 
et demi pièce ; que 98 ducats faisoient 208 liv. (Du 
Gange, Gloss. lat. T. II, au mot Chatus, col. 558. - 
Voy. Arnaudens.) 

Aro, adv. Tout-à-l'heure. C'est la signification 
de aro (1), dans une pièce de vers, en langage de Ca- 
liors, citée par Borel, Dict. au mot Glouper. On en 
conclura que ce mot aro est de même origine que 
ares et ores, altérations de hore , en latin hora 
(voy. Ares.) 

Arocher, verhe. Briser, mettre en pièces ré- 
duire en poudre. Saupoudrer. Accabler. 

On a la preuve (\\\'arrocher et dépecer étoient 
synonymes; que par conséquent la signification de 
1 ancien verbe françois arracher ou arrochier étoit 
la même que celle de l'italien arrochiare , briser 
mettre en pièces. ' 

Leurs nefs aux roches dépeçait ; 
Maint en noioit, maint en tuoit. 

Rom. de Brul, MS. fol. 8G, R« col. 2. 
Leurs nefs au perron wroclwit, etc. 

Ibid. Variante du MS. de Bomljarde. 

Il semble que dans un sens analogue à celui de 
mettre en pièces, ce même verbe ait signifié réduire 
en poudre par l'action du feu, réduire en cendres. 

Cil qui furent geté el fu, 
Et longues i orent geu, 
Onques n'i furent entamé ; 

Ne les vesteure arrochié. ' 

Vie de S'- Catherine, MS. de Sorb. chilT. LX, col. 29. 

Peut-être qu'à raison de ce qu'on brise et réduit 
en petites parties, le poivre avec lequel on assai- 
sonne les viandes. Ion aura dit arrochier pour 
saupoudrer. ' 

Li petit poucin 
Sont bon au sain, 
Arrochié au poivre. 
Salomon et Marcol, MS. de N. D. n- 2, fol. I, R- col. 1. 

Il seroit encore possible que relativement à l'idée 
de briser, on eut dit arocher quelqu'un pour l'acca- 



bler en lui jetant des pierres et autres choses, l'ac- 
cabler eu rinsultant, en l'injuriant. 

Li uns de torchons Varnchoioit ; 
Li autres de près le féroient. 

Fabl. MS. de la Clayclle, p. 435, col 1. 
Par la grant rue tuit l'arochent ; 
De vercjes le bâtent et brocent. 

Rom. d'Amadas, MS. du R. n- G987, fol. 320, V" col. 3. 
. . . Moult l'arocent et décacent. 
Et le détirent, et agacent. 

Ibid, fol. 321, R- col. t. 
Moult fu arrochié! et gabez, 
En toz les leux où il venoit ; etc. 

Falil. MS. de la Clayette, p. 435, col. 1. 

La signification que ce verbe arocher conserve 
en Anjou et dans les provinces voisines, oi:i l'on dit 
arocher une pierre à la tête de (iuel([u'un, pour lui 
ruer une piene à la lête, est sans doule la raison 
pour laquelle Ménage en a cherché l'origine dans 
le verbe latin ?'He?'e(2). (Voy. Ménage, Dici Etym - 
Id. Orig. délia Ling. Ital. au mot Arrochiare.) 

VARIANTES : 
AROCHER. Rom. d',4roadas. MS. du R. fol. 320 V» col 3 
Aroceu. Rom. d'Amadas, MS. du R. n» 6987 fol 3'M ' " 
Arrocher. Rom. de Brut, M.S. fol. 86, R" col '> 
ARROCHIER. Fabl. MS. de la Clayette, p. 4:j5, col. 1, 

Ai-oelei", verbe. Faire rouler. Mettre en train 
Rouler. 

On a dit en parlant de S" Léocade, dont les mira- 
cles mettoient à l'aise l'église où ils s'opéroient : 

Mainz maus morteus a amortiz ; 
Doné nos a maint beax tortiz (3), 
Maint parisi, mainte roele (4) ; 
D'oltre roie nos aroele. 

Hist. de S" Léocide, MS. de S. Germ. fol. 33, R" col. 3. 

Il semble que dans ces vers l'expression aroeler 
doltreroie, pri.se fignrémeut, signifie tirer d'un 
pas mal aise, faire rouler doucement la vie en 
mettant plus à l'aise. 

Peut-être que par allusion au mouvement succes- 
sit et continu d'une roue mise en train de tourner 
1 on aura désigné la disposition d'un homme en 
train de faire une chose etde la continuer, en disant 
quil s arrolloit, qa'W étoit arrollé. « Delà ne se 
« fusl remué.... que préalablement.... il n'eust 
« achevé dévider son fil, huchant à sa femme et 
« chambrière qu'elles eussent apporté le reste 
» pendant qu'il estoit aroHé, et la corde au puis » 
(Contes d'Eutrapel, p. 251. — Voy. Cotgrave, Dict ) 

On croit qu'aroller et aroeler sont de même ori- 
gine qu arouller ; verbe composé dont la significa- 
tion active et neutre étoit la même que celle du verbe 
simple rouler (5). (Voy. Cotgr., Nicot et Monel, Dict.) 

VARIANTES : 
AROELER. Hist. de S«« Léocade. MS. de S' Germ fol 3S 
Aroller. Contes d'Eutrapel, p 251 " lui. css. 

Arroller. Cotgrave, Dict. 
Arrouler. Cotgrave, Nicot et Monet, Dict 



(1) Le provençal moderne a transformé en o les anciens a fiml« ^m ,. ^ /on n 
rocket qxu vient de Tallemand rocken, fi.seau le seas nmv1nP?ni rln l~ ^^ ?® ™?' ^ ^^'n-' ''o"''^ '» ««"'e orisîine que 
- (3) Torches - (4) Monnoie; piéceVondlde monnoie'^ C'rstTnien de ^n^ (N- E.^ 

nous d'autres roues (semblables à ces roclles) Tn e - rif fi^,/^?. It?f -f ^'"' ''^ '^''}''"'' ^'^"■^ ^«^ ™''"'^-- f^'^ rouler vers 
(orle); roeler, au contraire, est un dérivé deroelil\fotella)\^%) ' '"' ''"'"''"''-'' 'ï"' ^^'^^t lui-même de rotuhts 



AR 



— 164 — 



AR 



Aroidi, participe. Qui est fait rouie. (Yoy. Aroit.) 

Les lances sont aroidies ; 
Ne sont polies, ne gauchies ; 
Parmi les cors outrepassent. 

Athis. MS. fol. 98, R- col. 1. 

Aroidier, v^rf/é?. Etre roide ; être en érection. 
(Voy. Fabl. ms. du R. n» 7'il8, fol. 333, Y" col. 1.) 

Aroit, partie, ou adj. Qui est roide ; qui est en 
érection. En latin urrectus. (Voy. Fabl. ms. du R. 
ir 7-218, fol. -230, V° col. 2, et 231, R° col. 1.) 

Ai'omas, subst. viasc. Aromate ; odeur, parfum. 
(Voy. Arom.itkjue.) En grec âpai.ua, chose odorifé- 
rante. Cette dénomination des herbes et drogues 
odoriférantes étant devenue commune à plusieurs 
espèces d'une odeur désagréable, l'expression bon 
a?'o?«fts désignoit le parfum, l'odeur agréable des 
premières. 

En ma chambre a bon awnias 
De cynamon, mirre, alloé (1), 
Qu'espandu ay et alloé. 

Eusl. Desch. Poës. MSS. p. 530, col. i, 

Aromaticité, subst. fém. Odeur aromatique ; 
goût aromatique. Odeur, goût agréable. (Cotgr. Dict.) 

Aromîitique , adj. Odoriférant. Une preuve 
qu'aromale signifioil quelquefois une odeur désa- 
gréable, c'est que pour désigner le parfum d'une 
chose odoriférante, on disoit qu'elle « estoitrtrowrt- 
« tique de bonnes odeurs. » (Voy. Modus et Racio, 
MS. fol. 309, R°.) 

Aromatiquement, adv. Avec des aromates. 
Le Roi Louis XII étant mort le 1" janvier 1514, 
« son corps fut aromatiquement embasmé. » 
(P. Desrey, à la suite de Monstrelet, fol. 118, R°.) 

Aroinatisement , subst. masc. Aromate. En 
parlant de Jésus-Christ ressuscité ot comparé au 
Phénix, cet oiseau fabuleux renaissant de la cendre 
du bûcher qu'il allume de ses ailes, après les avoir 
remplies de douces odeurs des vergetés desLibans, 
on a dit figurément: « Puisque li fenis a poesté de 
« mortéfier soi et revivre, ne se doit nus merveil- 
» 1er de la parole que Diex dist : j'ai poesté de 
>> mestre (2) m'ame et de reprendre la. Car, quant il 
" descendi des Gieus, il raempli ses èles de trois 
" dons aromatisemen%. Les èles , c'est li noviaus 
« testament, et li viez qu'il raempli des uromatis- 
« meiiT,. » (Bestiaire, ms. de la Clayette, p. 46, col. 2. 
— Voy. Arom.\s et AnosiATizER.) 

VARIANTES : 
AROM.\TISEMENT, Arom.\tisment. Bestiaire , MS. de la 
Clayette, p. 46, col. 2. 

Aronializant, adj. ou partie. Odoriférant ou 
embaumant. (Voy. Aromatizer.) 

La cueult à plain marjolaine et lavande 

Et de ces deux, ainsi comme est dictant, 
Faict ung boucquet en beaucoup méditant, 
Que la doulceur si aromatizante, etc. 

PoSs. de Crétin, p. 255. 

Aromatizer, verbe. Embaumer. (Voy. Aroma- 



TizANT.) On connoit l'acception usitée du verbe 
aromati'<er, qui plus anciennement signifioit rem- 
plir d'aromates un corps mort, l'embaumer pour le 
garantir de corruption. C'est en étendant l'accep- 
tion de baume à toute espèce d'aromate, de chose 
odoriférante et propre à cet effet, qu'au verbe aro- 
matiser on a substitué celui d'embaumer. 

Le corps fist aromatizer 
D'oingnement qu'on doit moult prisier, 
Faiz par manière si soubtive 
Qu'elle semble encore toute vive. 

G. Machaut, Poës. MSS. fol. 206, R* col. 1. 
Avant qu'il fusl ensevelis, 
L'orent bien aromalifié. 
El le ventre del cors sacié (3). 

Siège de Troye, MS. du R. n- 6987, fol. 99, V- col. 3. 

VARI.\>'TES : 
AROMATIZER. G. Machaut, Poës. MSS. fol. 206, R» col. i. 
Aro.matisier. Siège de Troye, MS. du R. n° 6987, fol. 99. 

Aronde, subst. fém. Hirondelle. (Voy. Arondel 
et Arondéle.) En latin /u'rHHf/o; d'où l'ancien nom 
françois aronde qui n'est plus usité que par com- 
paraison, lorsqu'en termes de fortification ou de 
charpenterie, on dit que deux pièces de bois sont 
assemblées en queue d'aronde, qu'un ouvrage à 
cornes est fait en queue d'aronde. 

On peut voir dans Martinius, Lexic. Philolog. 
combien les opinions varient sur l'origine du nom 
latin hirundo. Il seroit possible qu'il fit allusion au 
babil, au gazouillement perpétuel de Varonde, de 
l'hirondelle. Probablement, on désignoit une idée 
relative à l'importunité du babil perpétuel de cet 
oiseau, en disant : 

Je me plaing de lingua doiosa. 

Que comparer puis au chant de Varronde. 

Eusl. Desch. Poës. MSS. p. 3i, col. 3. 

Il semble qu'on en désignoit la monotonie aussi 
vaine qu'importune, lorsqu'en parlant de choses 
désagréables et auxquelles il n'y a aucun change- 
ment, de choses inutiles et qui ne produisent rien, 
on les comparoit au chant de Varonde. 

Nous sommes trop subtilz aux choses de ce monde, 
En congnoistre, en acquerre, tant que tout surabonde. 
Et si sommes certains que ce ne vaiilt une unde ; 
."^.ins repaire à néant ; c'est le chant de l'arondo. 

i. de Meun, Cod. vers 1413-1416. 
Chascun double l'escorcherie. 
Vérité fault, Loy est périe : 
Par-tout voit le chant de Varmtde. 

Eusl. Desch. Poès. MSS. p. 27-2, col. 4. 
Preschier n'y vault ; c'est le chant de Varonde. 
Id. ibid. p. 32S, col. 1. 

VARIAMES : 
ARONDE. Bestiaire, MS. du R. fol. 181. 
Arronde. Eust. Desch. Poës. MSS. p. 34, col. 3. 
Eronde. Ménage, Dict. Etym. au mot Aronde. 

Arondel, subst. masc. Petit de l'hirondelle. 
Hirondelle. (Voy. Arondéle.) 

Du nom aronde s'est formé le diminutif aro/ide;/ 
ou arondeau qui signifioit petit d'hirondelle. (Voy. 
Cotgrave et Oudin, Dict.) On peisuada à Philippe 
Arlevelt, élu souverain capitaine de Gand, que 
pour gouverner les Flamands : « On ne doit entre 



(1) Aloès. - (2) Mesire a le sens d: milterc, abandonner, (n. e.) — (3) Mettre hors: voir Du Gange à Saccare. (n. e.) 



AR 



— 105 



AR 



« eux tenir conte de vies d'hommes ; n'avoir pitié 
« d'eux, non plus que d'arondeaux ou d'allouettes 
« qu'on prend en la saison pour manater. » (Frois- 
sarl, Vol. II, p. i-2S. — Voy. Arondelet.) 

Ainsi, c'étoit avec tautolosrie que pour désigner 
les petits de l'hirondelle, on d'isoit petits urondiaus. 
" On a esprouvé ke quant on emble à l'uronde ses 
•' petits arondiaus, s'on lor crieve les iex, et on les 
•' remet el ni, jà pour ce ne demourra k'il ne voient, 
« anchois k'il soient parcreu ; et pense on bien ke 
« 1 aronde les garisl : mais on ne sait comment, ne 
" par quel medicine. » (Bestiaire d'Amour, ms. du 
H. n° Tr.ai, fol. '276. — Voy. Arondelier.) 

On oublioit sans doute qu'arotidel étoit un dimi- 
nutif; et cet oubli est peut-être la cause pour 
laquelle, en comparant à la rapidité du vol de 
1 hirondelle, la rapidité delà course d'un cheval, on 
disoit que c'étoit un arondel, une aronde; qu'il 
" couroit plutost que ne vole arondel ou aronde. » 

Plus tost court que ne vole aronde. 

Fabl. MS. du R. n' 7G12, fol. 191, R- col, 1. 
Plus tost cort qn'arondel ne vole. 

Esiruberl, Fabl. MS. du R. n" 7996, p. 6i. 
El ceval sist, c'om clamoit arondiel. 

Anseis, MS. fol. 30, R- col. 2. 

VARIANTES : 
ARONDEL. Fabl. M.S. du R. n« 721S, fol. 249 
Arondeau. Froissart, Vol. II, p. 128. 
Arondiau. Bestiaire d'Amour, MS. du R. fol 276 
Arondiel. Anseis, MS. fol. 16, R» col. 2. 

Arondèle, suhst. fém. Hirondelle. On obser- 
vera que le peuple, en Normandie, prononce éronde 
pour aronde. (Voy. Ménage, Dict. Etym.) Il semble 
que Vaugelas adoptoit la prononciation normande 
en préférant l'orthographe hérondelle ù toutes les 
autres ; même à celle dont l'usai^e a prévalu et 
qu'on trouve dans Rabelais, (T. 1\^ p. U)- et dans 
Nicot et Monet, Dict. Ainsi rortho2;raphe hirondelle 
n'est point nouvelle dans noire langue ; mais elle 
est bien moins ancienne que l'orthographe aron- 
delle, espèce de diminutif féminin dont la formation 
paroit avoir le même principe que celle du mascu- 
lin arondel. On a la preuve que le diminutif aron- 
del comme arondelle signifioit aronde. (V. Arondel ) 
Quoiqu'aronrfe filt moins usité quarondelle on 
disoil assez indifféremment annidelle, ou aronde 
(Voy. Bestiaire, ms. du R. n" 71»8'J, fol. 181, V° col *> 
- Ibid. fol. 182, R- col. 1. -Eust. Desch. Poës. msT 
p. 310, col. 3. - Id. ibid. p. 320, col. 3. — Clém 
Marot, p. 31 et 22&. - Id. p. 2G, etc.) 

Anciennement, on désiroil d'être arondeUe 
comme aujourd'hui l'on désiroil d'être petit oiseau 
pour satisfaire à l'impatience de voir la Beauté 
qu'on aime, h'arondelle étoit même la messao'ère 
des Amans. 

Deus ! c'or fust mes ouers arondelle 
Por tost voleir, s'ou vairait celle 
For cui me covendioit morir, 
Se vertus ni puet avenir. 

Chans. fr. MS. de Berne, n' 389, part, il, fol. 3. V. 



Vole, mi arondèle, 

La Blondete saluer 

A qui tous rai penser sont ; 

Hélas ! je n'i ose aler : 

S'en sospir de cuer parfont. 

Ane. Poél. fr. MSS. avant 1300, T. 11, p. 644. 

Si l'hirondelle obtenoit quelquefois la préférence 
sur le rossignol pour les messages amoureux, c'étoit 
sans doute par la rapidité de son vol, à laquelle on 
a comparé le ravissement de la joie dont on étoit 
transporté, en disant : 

Ma joie est plus isnelle 

Qu'en l'air ne vole arondelle, 
Tant soit vive. 

Froissart, Poës. MSS. p. 250, col. 1 . 

On faisoit encore allusion à la rapidité du vol de 
1 hirondelle qui attrape sa proie et la mange en vo- 
lant, lorsque pour désigner le goût rapide'et volage 
de la Chevalerie errante et de la .leunesse, dans 'la 
jouissance du plaisir, on disoit : « Sont les amours 
.. du Chevalier errant, comparables à V arondelle qui 
« prendsaproye en voilant. » (Percef.Vol. V.,!fol.43) 

Sur le printemps de ma jeunesse folle 
,Te ressemblois Varondelle qui voile 
Puis çà, puis là • l'aage mo conduisoit, 
Sans peur ne soing, où le cueur me disoit. 
Clém. Marol, p. 26. 

La signification de ce proverbe, une hirondelle 
ne fait pas le printemps, étant connue, il suffit de 
remarquer qu'on le trouve dans les Poës. d'Amadis 
Jamyn, fol. 193. On disoit aussi : « une arondelle 
" n ameine point l'Esté. » (Contes de Cholières 
fol. 107, V°.) ' 

Ou attribue beaucoup de vertus à la pierre A'aron- 
delle, autrement nommée chelonite{l), du nom 'grec 
d.' 1 hirondelle, et cbelidoine en ces vers : 

Céitdoine est bone, nun bêle : 
El ventre creist de Varundelle. 

Marbodus, de Gemm. art. .wii, col. 1054. 
Qui t'aura pierre A'arondelle ; 
Ce sera vous garde fidelle 
Des honneurs de la chasteté. 
Car en vous les bontez extrêmes, 
Les vertus et les grâces mesmes, 
Ont basti leur félicité. 

Poés. de R. Belleau, T. I, part. I, fol. 59, V". 

Il est évident qu'arondelle. dans les significations 
relatives a l'idée de rond, est le même que rondelle 
(Voy. Rondelle.) 

VARIANTES : 
ARONDÈLE. Bestiaire, MS. du Roi, fol 182 
Arondelle. Chans. fr. MS. de Berne, no 389, p n fol 3 
Arrondelle. Eust. Desch. Poës. .MSS. p. 488 col" 1 ' ' 
Arundelle. Marbodus, de Gemmis, art. xvii' col -lési 
Harondèle. Monet, Dict. ' 

Harondelle. Apologie pour Hérodote, p. 491. 
Hérondelle. Dict. de TrévoiLx, au mot Hirondelle 
Hyrundelle. Cotgrave, Dict. 

Arondelet, stibst. masc. Petit d'hirondelle 
Diminutif A'arondel qui signifioit aronde. '^\{Nov 
Arondel.) 

variantes : 

ARONDELET. Cotgrave, Dict. 

Arondelat. Dict. de Trévoux. 

Arondel AZ. Gloss. lat. fr. du P. Labbe, au mot Irundlnus. 



(1) La chélonite est une tortue pétrifiée, tandis que la chélkloinc est une agate, (n. e.) 



AR 



— 166 — 



AR 



Arondelier, adj. Qui est propre à l'hirondelle. 
(Voy. AnoNDEL.) On piétend |ue l'éclair est propic à 
la guérison et au recouvrement de la vue des petits 
de ^hirondelle, en grec ychâév'. De là cette herbe 
nommée chélidoine ou éclaire arondeliêre. 

Là s'habilloit de bleu l'éclairé (iroiuleliéi-i'. 

Poi-3. d'Am.idis Jamyn, fol. H8, R". 

Aroutéement, adv. En faisant roule. En cou- 
rant, en allant rapidement. (Voy. Arouter.) 

Il est probable que dans l'expression « chevau- 
« cher aroulécmcnl sur l'eaue, » l'adverbe arou- 
téement signifie en faisant route sur le bord de 
l'eau, le long d'une rivière. « Chevauchèrent tant 
« aroutéement sur l'eaue, qu'ilz choisirent Engloiz 
a de l'autre part : et adonc Caraenloet hasta moult 
« ses gens, pour double que Engloiz n'entrassent 
« les premiers sur le pont. » (Ilisl. de B. du Gues- 
clin, par Ménard, p. ATA.) 

Ce même adverbe a signifié la rapidité avec 
laquelle on alloit, on faisoil route. 

Ne puis n'i ot re.sne tenue ; 
Ains s'en vient avouténment, etc. 

Hist. do Guillaume. Roi d'Angl. MS. du R. n- 6087, fol. 24G. 

Arouter, verbe. Faire route, cheminer, aller, 
marcher. Mettre en roule, faire cheminer, faire 
marcher, conduire; se mettre en roule, s'achemi- 
ner. Suivre en faisant même route. Mettre à la 
suite. Déduire, proposer par ordre. Ordonner, 
mettre en ordre, disposer, assembler. 

On désignoit la rapidité avec laquelle on faisoit 
route, lorsque dans le sens de l'adverbe aroutée- 
ment, en courant, on disoit : 

Es vcus Carlon venu tout abrievé ; 
Et vit Marsiles venir tout arouté. 

Anseis, MS fol. 65, R- col. 1. 

Plus généralement, le verbe arouter signifioit 
aller, marcher, se mouvoir d'un lieu à un autre en 
faisant route, en clieminant, en marchant. 

Ainz fait sa bataille arouter, 

Et tous ceux de pié qui là furent : 

Arbalestiers premiers s'esmurent. 

G. Gularl, .MS. fol. 25*. V". 

Quant li bastart de Roussillon 

Qui là sus s'est aie bouter, 

Les voit contremont arouter, etc. 

Id. ibid. fol. 211, V. 

Signor, dist Alixandre, mêlés vos al cemin, 
Faites arouterVosX, les somiers, le carin. 

Rom. d'Alexandre, MS. du R. w 6987, fol. 208, R* col. 1. 

C'est dans le sens de mettre en roule, faire che- 
miner, faire marcher, conduire, qu'on lit : « Ber- 
« Iran mena toutes ses gens à Chalon sur la Saosne, 
« et delà les nrouta vers Avignon. » (Hist. de B. 
du Guesclin, par Ménard, p. 174.) 

Si fait li Rois hucier 

Caroslé soient caretes et somier. 

Anseis, MS. fol. 59, V col.l. 

On trouve arrouter avec la signification, mettre 
en route, dans Cotgrave, Nicot et Monet, Dict. En 
ce sens, le verbe arouter éloit souvent réciproque. 

Jusqu'au fonz du fossé s'aroutent 
Li hardi qui méhaing ne doutent. 

G. Guiarl, MS. fol. 77, V'. 



Elle voit une grosse route 

D? gens, qui droit, vers lui s'aroute. 

Gacede la Digne, des Déduils, MS. fol. 65, V'. 

Après aus tout droit s'arotcta. 
Adonques fu en moult grant doute ; 
.Jusqu'à Paris sivi la route. 

Vie des Sainls, MS. de la Clayette, p, 30, col. 2. 

Il semble qu'arouter ait signifié suivre, parce 
qu'en tenant la route de quelqu'un, en faisant 
même route, en ■&'aroutant après lui, on le suit, on 
marche à sa suite. 

En tel manière se franchirent. 
Après cest fait, d'eus se partirent, 
Les uns les autres aroutant. 
Vint et trois mil hommes ou tant. 

G. Guiart, MS. fol. 141, V'. 

Dans une signification analogue, on aura dit que 
des chevaux éloient aroutés lorsqu'ils étoient mis à 
la suite les uns des autres ; que des chasseurs ou 
leurs chiens étoient aroutés à un cerf, et tout sim- 
plement aroutés lorsqu'ils étoient mis sur la voie, 
et par conséquent à la suite du cerf. « Se départi- 
■< renl d'Ouzac... et se meirent au chemin... lenans 
» arroutés leurs chevaux, comme marchans voitu- 
« riers. « (Froissarl, Vol. III, p. '28'2.) « Aucuns 
« chiens couranz sont qui crient et janglent, quant 
« sont lessiez courre, aussi bien quant ne sont 
« aroutés, comme (oni quanl sont aroutés. » (Chasse 
de Gaston Phébus, .ms. p. 128,) 

A un grant cerf sont arouté ; 
Et li oien furent descouplé. 

Fabl. MS. du R. n- 7989, fol. 48, V col. 1. 

Au figuré, arouter des faits, c'éloit les déduire, 
les mettre à la suite l'un de l'autre, en les dédui- 
sant, en les proposant par ordre. 

Un Cler i ot qui lor raconte 
Les cas, les griez et les meffaiz 
Qui d'Engerrant estoient fez 



Cil un à un les arroula ; 
Engerrant moult bien l'escouta. 
Hist. de Fr. en vers, à la suite du Rom. de Fauvel, MS. duR. n' 6812, fol. 87. 

Les idées d'ordre et de suite étant analogues, il 
est possible qu'en généralisant la signification 
d'arouter, mettre de suite, on ait dit, 1° en parlant 
d'une compagnie dont la marche éloit noblement 
ordonnée, qu'elle étoit noblement aroutée : 

Lors est la route acheminée, 
Et moult noblement aroutée : 
Deus et deus moult bel chevauchoient. 
Dames et Chevaliers chantoient. 

Cléoraadès, MS. de Gaijnat, fol. 57, R' col. 2. 

2° En parlant d'une troupe mise en ordre de 
bataille, d'une troupe disposée et assemblée pour 
marcher et combattre en ordre, qu'elle étoit aroti' 
tée : « Bertran.... prist dix mil Espaignolz.... et les 
« aroutu sur une rivière qu'ils avoient au doz. » 
(Hist. de B. du Guesclin, par Ménard, p. 260.) 

Puceles tait arouter 
Parmi les prés : lances porter 
Lor a fait cent. 
N'a pas trives demandé : 
Sans arester, vait, por jouster 
Droit à lour gent. 
Ane. Po«. fr.MSS. av. 1300, T. III, p. 1286 et 1287. 

3° En parlant d'une flotte disposée et assemblée 



AR 



— 167 — 



AR 



en ordre pour faire route, qu'elle éloit aroutée : 
« Ils tirèrent leurs voiles amont.... et na£;erent 
'< tant en mer.... qu'ilz vindrent en Flandres Si 
« arrouterent leurs vaisseaux, et les raeirent 
« en bon convenant, et vindrent assez près de 
" Cagant. » (Froissart, Vol. I, p. 40.) 

4" Enfin, par une extension singulièrement 
abusive, le verbe aroutei- a désigné une disposi- 
lon, un assemblage de fleurs, pour le plaisir de 
la vue et de l'odorat. 

.... En beaux rainseaus vers et gens 
De grouseliers, fichent et boutent 
Les violettes et arroiitent, 
Pour mieulz veoir et oudourer. 

Froissarl, Toés. WSS. p. 432, col. 1 

On terminera cet article, en observant qu'il est 
possible ([ue le mot route ait signillé troupe narce 
quunc multitude de gens attroupés ctoit 'regar- 
dée comme faisant roule et marcbaiU ensemble 
comme fraisant route et marchant dans un certain 
ordre. (Voy. Roite.) 

VARIANTES : 
AROUTER. Cléomadès, MS. de Gaignat, fol 65 
AnosTER. Rom. d'Ale.xandre, MS. du R. n" G987', fol. 170 
Aroteh. Rom. de Floireraont, .M.-S. du R fol 7 
Arrouter. Villehard., p. 46. - Froissart, vol.' III, p. 282. 

AFoy, sitbst. 7nasc. Instrument de labourao-e 
Espèce de charrue, comme l'areau. >< Le cinoe 
« ne garde point la maison comme un^' chien -"il 
« ne lire pas Varoij comme le Ijœuf; eîc, » (Rabe- 
lais, f . 1, p. 255. — Voy. Areai'.) 

Arpent , siibst. masc. Etendue mesurée de terre 
de^bois, de pré, de vigne, etc. Rôle, feuillet d'écri- 

Les orthographes d'rtrrtpfH« /s qu'on altéroit en 
emxaniagnpennis, agripentiim, arvipendium, etc 
ont varie comme les opinions sur l'origine de ce 
mot qiie, d'après le témoignage de Columelle(l),on 
croit être Celtique, et par conséquent commun aux 
Gaulois, aux Teutons, aux Flam:inds, etc On 
trouve dans les loix des Wisigoths et des Bavarois 
dans les ojuvres de Grégoire de Tours, dans les 
anciennes formules, etc. qu-arpenlum, aripennis 
ou arpenms signilioit ce .[u'^n langage llamand 
sigiuhe le mot composé aerpaiif, que Volssius 
défini en alin, relativement à léîymologie Teu- 
tone et Gauloise : .. Quicquid cerlo lermino circum- 
« sepliim, certus terrœ ambilus. » (Voy. Du Can^-e 
Gloss lat. T. I, col. 624 et 625, au imlAravennis 

- Spelman, Gloss. Archaiolog! au mot b^' L 

- Pasquier. Recherches, liv. v.u, p. 057. - JéiS' 
Dict. Etym. - M Court de Gebel.n, Dict. Etym. de 
id Lang. ^r. - Volssius, Etym. Liiig. Lat. au mot 
Arvipendium. - Dict. de Trévoux ) 

On sait combien retendue , la mesure de terre 
qu on nomme arpent, diffère d'une province il l'autre 
du Royaume. La coulume plus forte que la raison 
nvâ s. opinialrement opposée à ce que la mesure 
lixee par le Souverain devint générale, qu'on déses- 



père de voir s accomplir le vœu de Deaumanoir 
jurisconsulte du xur siècle. Il se plaignoit de ce 
que la .. droite mesure du Souverain etoitcorom- 
« pue en plunex lieux, par acoustumanche et par 
« boulTranche de Seigneurs, qui avoient baillé leurs 
.< birelage a cens ou à rentes, et les avoient livrés 
" par convenances à leuistenans, à une mesure 
-■ différente de Varpent le Roy, contenan cent 
" verges de vingt-cinq pieds la verge. C'est, disoit 

mesurei tous les hirelages qui par arpent se 
" r^wn'^^ ™f' les acoustumances de E ans 
"le corompent. .. (Voy. Deaumanoir, Coût, de 
Beauvoisis, chap. xxvi, p. 135 et 136.) 

La même Coutume justifie la remarque de Soel- 
man sur l'usage du mot arpent, restreint à la 
signification de mesure de bois, cîe piï de vione 
de jardin, lorsque la mesure de terre abouriè 
etoit désignée par des noms relatifs ù ceux de la 
inesiire de grain nécessaire pour ensemencer une 

« Aeille, dit Deaumanoir, .lue l'en fit ancienne- 
« ment la mesure de terre selon la mesure dou 

l HPhL "' '''"^^'"' ^^'",'"^ '■^" co"'e douze mines 
« de bled pour un mu. de bled, tout aussint l'en 
" conte douze mines de te; re pour un mui de terre • 
« et SI voit-on clerement que, peu s'en faut l'en 
" semé une mine de terre de une mme de bled 

" nT,^"" ™f'"''^ '^'^ '^"'^ suit celé dou bled! 
« Uuant aux bois, vignes, aulnois, jardins et prés 
» on les mesure communément par arpens, et non 
« par mmees, comme les terres. » (Voy. Coût de 
Beauvoisis, chap. x.xv,, p. 135. - Spelman. G os? 
Archaiolog. - Du Ca.ige, Gloss. lat. T. I, col 625 ) 
Cette distinction à laquelle on se conformoit 
assez généralement, dans les temps dont parlen 
Spelman et Du Cange, étant néglig'ée, on a défi" 
1 arppit ■ .< cerlaine étendue de champ, vi"iie nré 
" bois, de diverse mesure, en divers lieux dé 
« l'iaiice la grande mesure par laquelle sont ine- 
" hPHi^Ll^^ terres vignes, prez, bois et autres 
« heritageb. » (Voy. ^icotetMonet. Dict.) La mesure 
'•^5^'<^',Pil' ",>'Pf>"' tel que l'ont fixé les Edits d'oc- 
tobie loo/ et de mars 1566, à cent perches, et la 
pe.che vingt-deux pieds, qui font deu.x mille deux 
cents pieds en carré. 

Il est probable que relativement à l'idée de l'éten- 
due en carre de Varpent en général, on aura 
désigne par ce mot arpent, un rôle, un ieuillet 
d écriture. » Touttes escriptures comme d'infor- 
" ma ions, e.xaminations, demandes, responses 
« rephcations, raisons de droit; d'un «?w«i d'es- 
" criture, douze deniers. » (Etat des Offic. des D de 
Bourgogne, p. 305.) ^ 

Arpentage, subst. masc. Mesurage de terres 
La mesure faite ou prise d'un terroir, d'un héri- 
tage (Cotgrave et Nicot, Dict. - Voy. Arpeîstement ) 



Z!r^^''^^^t^^i^^!f£l'^^%l^ II,£f9, et Forcellini. Un auteur des 

bout, extrémité, (n. e.) ^ ë^uiois . aiiit, en bas-breton, est équivalent à arare, etpenn signifie tête 



AR 



1G8 — 



AR 



Arpenteinent , subst. viasc. Mesurage de 
terres. La mesure qu'on fait ou prend d'une terre, 
l'action de la mesurer par arpents. (^Cotgrave, Dict. 

— Voy. Arpentage et AurEXTEniE.) 

Arpenter, verbe. Marcher à travers champs; 
marcher vite et îi grands pas. On marche à travers 
le champ qu'on arpente, qu'on mesure en le par- 
courant; et naturellement on marche vite et à 
grands pas. De là, le verhe arpenter encore usité 
en style familier dans le sens de courir, parcourir, 
aura signifié relativement à l'idée de marcher à 
travers champs, et à grands pas, le désordre et la 
vitesse de la fuite des Véniliens et des Milanois, 
après leur défaite par le roi Charles YIII, à la 
journée de Fornoue. « Tous fussent tuez ou blessez, 
« s'ils n'avoient plutost arpenté, en se sauvant à la 
« fuite, que ceux qui les chassoient de si près; et 
<> mesmemenl ceux de cheval, ausquels la meilleure 
» pièce... de tout le hainois qu'ils portoienl, fut... 
« la pointe de leurs éperons. » (André de la Vigne, 
Voyage de Naplcs de Charles VIII, p. 1G7.) 

Arpenterie, subst. féni. Art de mesurer les 
terres. Mesurage des terres. Ce mot que Mcot 
définit au premier sens, art et science de mesurer 
les terres, signifie la même chose (\\i'arpentement, 
mesurage des terres, dans Cotgrave, Dict. 

Arquebusade, subst. fém. Coup d'arquebuse. 
Portée d'arquebuse. Arquebuse. 

Anciennement le mot arquebusade signifioit non 
seulement, comme aujourd'hui, coup d'arquebuse, 
l'envoi d'une balle d'arquebuse, mais la blessure 
faite par le coup d'arquebuse. (Voy. Monet, Dict.) 

La portée d'une arquebuse se nommoit aussi 
arquebusade. (Voy. Mémoire de Montluc, T. I, p. 142. 

— Essais de Montaigne, ï. III, p. 504, etc. — Monet, 
Dict.) 

C'éloit par ignorance ou par oubli de la première 
signification de ce mot, que plusieurs Ecrivains, et 
même des Gens de guerre, disoient arquebxisade 
pour arquebuse. >• Soudain qu'il fut hors de la tren- 
« chée, fut.... frappé d'un mosquet ou arquebusade 
« à croq. » (Du Bellay, Mém. liv. k, fol. 309, R°.) 

En disant coup à' arquebusade, on s'exprimoit, 
dit Brantôme, très-improprement ; car le coup 
d'arquebuse se nomme arquebusade. « Les Italiens 
« et les Espagnols desquels nous avons appris et 
« emprunté le mot arquebusade, ne font telles in- 
« congruitez ; mesme je les ai veu faire à aucuns de 
« nos gens de guerre. » (Brantôme, Cap. Fr. T. IV, 
p. 228. — Voy. Arquebuse.) 

VARIANTES : 
ARQUEBUSADE. Orth. subsist. Nicot et Monet, Dict. 
Arquebousade. Cotgrave, Dict. 
Arquebuzade. Essais de Montaigne, T. III, p. 504. 
Harquebousade. Harquebusade. Cotgrave, Dict. 

Arquebuse, subst. fém. Espèce d'arme à feu. 
L'arme à feu que dans le cours du xvr siècle, on 
nommoit encore assez indifféremment hacquebute 
ou arquebuse, paroit n'avoir été connue dans le 
XV siècle que sous le nom de hacquebute. On a 



même quelques raisons de croire que ce fut un 
nom primitif auquel on substitua celui d'arr/Me^^î/sf. 
Dans les Œuvres de Molinet, poëte du xv siècle ; 
dans les Annales de Jean d'Aulon, an 150G et 1507 ; 
dans les Lettres de Louis XII, an 1510 et 1511 ; dans 
l'Histoire du chevalier Bayard, an 1524 ; dans les 
Poésies de Jean et de Clément Marot, etc., on ne 
trouve que le nom de hacqueMite. Si quelques 
Ecrivains du xvi' siècle ont usé alternativement, 
comme Rabelais, des noms de hacquebute et A'ar- 
quebu%e, c'est qu'ils éloient à cet égard plus indif- 
férens qu'un Auteur contemporain pour qui c'étoit 
une peine de voir que liarquehuse prévaloit sur 
hacquebute. « C'est pitié, s'écrioit-il ; il faut h ceste 
heure dire harquebuse. •< (Voy. Contes d'Eutrapel, 
p. 315.) Le nom de hacquebute étoit donc un nom_ 
primitif, relativement à celui d'arquebuse ; comme 
l'atteste d'ailleurs le président Faucbel, de qui l'on 
apprend qu'à la fin du xvr siècle, « la hacquebute 
<■ avoit pris le nom de Harquebu:ie, que ceux qui 
■' pensoient le nom estre italien lui avoient donné. » 
(Voy. Fauchet, Orig. liv. II, p. 122 et 123.) 

Il est probable que faute de connoitre l'origine 
et la signification de ce nom hacquebute, on aura 
cru devoir y substituer celui d'arquebuse, en imi- 
tant les Italiens qui nommèreni areobugio, la 
hacquebute. On chercha dès-lors à justifier la préfé- 
rence donnée à cette nouvelle dénomination, en 
disant qu'elle étoit propre à une arme à feu dont la 
partie courbe du fiit sur lequel étoit monté le canon, 
îiguroit une espèce de demi-arc ; à une arme à feu 
dont la poudre s'enflammoit par le trou, par la lu- 
mière du canon, et avec laquelle les combats s'enga- 
geoient, comme ils s'étoient plus anciennement 
engagés avec l'arc et l'arbalète. (Voy. Ménage, Dict. 
Etym) C'est d'après ces idées que non-seulement 
on adopta le nouveau nom d'arquebuse, en italien 
areobugio, c'est-à-dire, arc-à-trou ; mais qu'on 
italianisa l'ancien nom de hacquebute, en écrivant 
liarquebute, arquebute 

Probablement, ces idées étymologiques auroient 
paru moins vraisemblables, si l'on eVit fait rénexion 
que l'usage de l'arc et de l'arbalète subsista long- 
temps après l'invention de la hacquebute et de 
Varquebuse; que pour la figure, la hacquebute ou 
Varquebusc à croc, plus ancienne que la Itacquebute 
ou l'arquebuse à rouet, ne put être raisonnablement 
comparée à l'arc et à l'arbalète. En effet, la hacque- 
bute ou Varquebuse à croc, telle qu'elle est figurée 
par le P. Daniel, étoit une arme à feu sans crosse, 
et par conséquent sans aucune ressemblance de 
courbure avec l'arc et l'arbalète. C'étoit une espèce 
de petit canon plus ou moins long, monté sur un 
affût en forme de trépied. On le nommoit hacque- 
bute ou arquebuse à croc, à cause d'une espèce de 
croc qui étoit fondu avec la pièce. (Voy. Daniel, Mil. 
Fr. T. I, p. 462 et 466.) 

On observera qu'il auroit été bien plus simple de 
conserver à cette espèce d'arme à feu, de moyen 
calibre entre les plus petits canons et le mousquet, 
le nom plus ancien de hacquebute, qui, s'il est 



AR 



169 - 



AR 



réellement formé des mots allemands hacke et 
buchse, comme le croient quelques Etymologistes, 
signillot seul canon-à-croc. (Voy. Skinner, Elym. 
ling. Anglic. au mot Ilarquebuss. — Ménage, Dict. 
Etym. au mot naqucl)iiU\)U est possible que l'igno- 
rance de celle siL;nilicalion littérale ait fait imagi- 
ner que hacqueh'utc étoit synonyme d'arquebuse, 
en italien arcobugio ; et que comme on disoit a7'- 
quebuse à croc, il falloit dire haquebute à crochet. 
« Après avoir gaigné le haut des tours et de la mu- 
« raille, feit si bien son devoir ii coups d'arquebuse 
« et d'arquebuse à croq, etc. » (Du Bellay, Mém. 
liv. vin, fol. 2(52.) « Pistoles sont petites arquebuses 
« qui n'ont environ qu'un pied de canon ; et tire 
« l'on avecques une main, donnant le feu avecques 
« le rouet. » (Id. ibid. liv. x, fol. 33i, V". — Fauchel, 
Orig. liv. II, p. 123.) « Sur les murailles de la ville, 
« es creneaulx, y avoit quatre cents pièces de hac- 
« quebutes à crochet, toutes montées. » (Du Bellay, 
Mém. T. VI, p. 347.) « Les aucuns avoienl piciiues; 
■< les autres, hallebardes ; \&s aulres baquehutes et 
'< espées h deux mains. » (Id. ibid. p. 342.; ■ Suy- 
« voyent les jeunes enfans Marchaiis de la ville,.... 
a la hacquebute à l'argon de la selle. » (Id. ibid. 
p. 378 et 379.) 

Il résulte de ces différens passages, qu'au com- 
mencement du XVI' siècle, on n'avoil déjà plus égard 
à la signification étymologique du nom hacquebute, 
c'est-à-dire, canon-à-croq, et qu'on le confondoit 
avec celui d'arquebuse, c'est-à-dire, arc-à-lrou ; 
puisqu'il désignoit les arquebuses à mèche, les ar- 
quebuses à rouet, même les pistolles ou pistolets 
d'arçon, et que pour signifier une arquebuse à croc, 
on croyoit devoir dire hacquebute à crochet. (Voy. 
Hacquebute (1).) 

variantes : 

ARQUEBUSE. Orlh. sub. - Cotgr., Nicot et Monet, Dict. 

Arquebouse. Rabelais, T. I, p. 233. 

Arquebutte. Mém. de R. de la Marck, MS. p. 127. 

Harqueeouse. Apologie pour Hérodote, p. 439. 

Harqebuse. Du Bellay, Mém. liv. x, fol. 334, V». 

Harquebutte. Id. ibid. liv. vu, fol. 330, R°. 

Harquebuze. Nicot, Dict. au mot Haquebute. 

Arquebuse!', verbe. Tirer une arquebuse. Tirer 
de l'arquebuse. Le verbe arquebuser, dont l'accep- 
tion encore usitée se trouve dans Colgrave et Mo- 
net, signifioit aussi tirer une arquebuse, tirer de 
l'arquebuse. (Voy. Colgrave, Dict.) 

VARIA.NTES : 

ARQUEBUSER. Orth. snbsist. - Monet, Dict. 
Harquebuskr. Colgrave, Dict. 



Arquebuserie, subst. fém. Nom collectif d'ar- 
quebuses. Nom collectif d'arquebusiers. 

On a la preuve que les arquebuses, même les 
arquebuses à croc, dont le canon étoit si gros et si 
pesant (2) qu'on ne s'en servoitguère que pour tirer 
de derrière les murailles d'une place, n'éloient point 
comprises sous la dénomination générale d'artille- 
rie, et qu'on lesdistinguoitdespiècesd'artillerie, des 
pièces de batterie. (Voy. Mém. de Rob. de la Marck, 
Seig'- de Flcuranges, ms. p. 127, 420 et 421.) De là, 
aiquc'liusi'i'ic, cdinme nom collectif d'arquebuses, 
distingué d' artillerie. « On ne tirera l'artillerie, hai'- 
quebuserie, ny autres choses, l'un contie l'autre. » 
(Brantôme, Cap. Fr, T. I, p. 413.) « Esloient les 
<■ maisons de la ville assez près des murailles oîi 
'< les Suisses avoienl mis toute leur arquebutterie 
« et quelques pièces d'artillerie. » (Mém. de Rob. 
de la Marck, Seig' de Fleuranges, ms. p. 174.) 

C'éloil aussi le nom collectif d'arquebusiers, 
comme en ces passages : » Le Mareschal de Birou... 
'< débanda son arquebuserie pour l'attaquer. » 
(Brantôme, Dames illustres, p. 264.) «Furent défaits 
« par l'Infanterie et Harquebuserie, pour s'estre.... 
« engagez.... dans certains petits marêts.... où 
« l'on les liioit comme à canards. » (Id. Cap. Fr. 
T. III, p. 56 ) 

On croit nouveau l'usage d' arquebuserie, dans le 
sens de métier d'arquebusier. (Voy. Arqueuuse.) 

VARIANTES : 
ARQUEBUSERIE. Brantôme, Dames illustres, p. 264. 
Arquebutterie. Mém. de Rob. de la Marck, MS. p. 174. 
Harquebuserie. Brantùme, Cap. Fr. T. I, p. 413. 

Arquebusier, subst. masc. Les acceptions usi- 
tées d'arquebusier ayant toujours été les mêmes, 
depuis que ce mot existe dans notre langue, il suf- 
fira de renvoyer à l'article Arquebuse, pour savoir 
d'après quelles idées on a pu imaginer d'altérer le 
nom de hacquebute et de l'assimiler à celui d'arque- 
buse, en écrivant harquebute, arqnebute ; d'oii ar- 
qucbnlerie pour arquebuserie, et harquebutier pour 
uniueUusicr. (Voy. Aroueduse et Aiinri:iii si:iiie.) Si 
l'on un croit Colgrave, la signification du harque- 
butier et harquebusier éloit quelquefois la même 
que celle d'arquebusade, coup d'arquebuse. On in- 
diquera quelle peut être la cause d'une explication 
qui paroit hasardée. (Voy. Hacquebutier.) 

VARIANTES : 
ARQUEBUSIER. Orth. sub. - Nicot et Monet, Dict. 
Harquebousier. Rabelais, T. I, p. 264 et 289. 
Harquebusier. Cotgrave, Monet, Dict. 



(1) Le mot primitif était haquebute, dont l'étymologie est indiquée au coiirant de l'article: Haken, croc, et Buchse, canon 
d'arme à feu. Haken a encore donné hache, et Buchse est une altération du mot latin pyxis, qui lui-même est devenu 
boîte. Les Italiens transformèrent haquehide en arco bugin, arc à trou ou arc creux (Arioste, au chant IX. de RoUuid furieux, 
l'appelle ferro bugio). Enfin, pendant les guerres de Charles VIII, de Louis XII et de François 1", nos soldats se mirent à 
l'école des Italiens pour rapprendre le français, et ces braves, qu'on n'appela plus « li proz e li vaillanz, » nommèrent leur 
haqui bute, arquebuse, comme leur haubert, cuirasse. La haquebute appar;iît pour la première fois aux mains des Suisses et 
des Allemands qui aidèrent les Lorrains à défendre Nancy, en 1475 (Voir Chronique de Moulinet, de 1474 à 1504). Comines la 
connaissait aussi : « Nostre queue estoit défendue de trois cens Allemans, qui avoient moult largement de coulevrines, et 
leur portoit on beaucoup de haquelntics à cheval (T. III, 7). » Elle fit place, vers 1640, au mousquet, qui cesse d'être 
réglementaire en 1671, lors de la création d'un régiment spécial do fusiliers. L'arquebuse du xv« siècle était à croc; au 
commencement du xvp siècle apparaît l'arquebuse à mèche, transformée plus tard en arquebuse à rouet ; enfin , même 
après l'adoption du fusil, on employa, pour le tir à la cible, Varquebuse butière. (N. E.) - (2) En plaine, on se servait d'un 
chevalet pour épauler l'arquebuse; les chasseurs tyroliens, pendant la campagne de 1859, usaient encore d'une fourchette 
pour appuyer leur carabine, (n. e.) 

n. 22 



m 



170 — 



AR 



llARQlTEDUTiER. Cotgrave, Dict. 

H \RnuEBLiTTiEH. Mém. de Rob. de la Merck, MS. p. 421. 

llAiîyUEBUZiEK. Nicot, Dict. au mot Ilaquebuticr. 

Avquin, siibst. masc. Fonte. Métal composé de 
cuivre, d'étain et d'antimoine. 11 semble que Rabe- 
lais faisoit allusion à l'usage de rantimoine, dans 
l'ancienne façon de guérir les maladies vénériennes, 
lorsqu'en parlant de Pantagruel attaqué de pareille 
maladie, il disoit que ses Médecins lui avoient fait 
prendre dix-sept grosses pommes de cuivre, nom- 
mées plus bas pillules â'arquin. « Et de ces pillules 
" A'arquin, en avez une à Orléans sur le clochier 
« de TEcciise de Saincte Croix. » (Rabelais, T. 11, 
p. 279 et 281. — Voy. Aloulmi et Alquinique.) 

Arrabler, verbe. Tirer avec force et violence ; 
ravir, piller. Lorsqu'on a la preuve fxn arable, en 
latin arabiiis, s'est prononcé et écrit araiile, on ré- 
pugne moins à croire qnaraitler pourroit être une 
altération d'arabler, en ces vers où le verbe arauler 
paroît désigner la force et la violence, avec les- 
quelles un taureau perce de ses cornes le ventre 
d'une béte monstrueuse, et en tire les entrailles. 

Bien trois quartiers ou quatre du ventre li desmaule, 
Que toute sa coraille (i) à terre li araule. 

Fabl. MS. du R. n' "218, fol. 3M. R° col. 1. 

Quoi qu'il en soit, le verbe arabler que l'on croit 
altéré dans arauler, signifioit tirer avec force et 
violence; au figuré ravir, piller. (Voy. Cotgrave, 
Dict. — Contreditz de Songe-creux, fol. 24, V°.) 
.... Preste, par la grande ardure 
D'avoir conquerra et arrabler. 
C'est celle qui semont d'embler, etc. 

Rom. de la Rose, cité par Borel, Dict. p. 20. 

On voit dans arrabler un de ces verbes qui pei- 
gnent naturellement les idées de force et de vio- 
lence, comme arrape.r et autres, tels qu'arracher 
qui subsiste, arrager, etc. (Voy. Arapeb.) (2) 
vARi.\NTEs : 

.A^RR.VBLER. Cotgrave, Dict. 

.\JRABLER. Contreditz de Songe-creux, fol. 24, V". 

Arauler. Fab!. MS. du Koi, n» 7218, fol. 344, R» col. 1. 

Arrachier, verbe. Arracher, déraciner. 

J'ai ung arbre de la plante d'amours, 
Enraciné en mon cueur proprement. 
Qui ne porte fruits sinon de dolours, 
Feilles d'ennuy et fleurs d'encombrement ;... 
Et si ne puis, pour toute ma puissance, 
Autre planter, ne celui arrachier. 

Poès. à la s. de Villon, p. 61 et 62. 

11 semble qu'on ait comparé les pattes d'une 
ancre aux racines par lesquelles un arbre tient à 
la terre, lorsque pour lever les ancres, on a dit 
esragier les ancres. 

Lor ancres ont fors esragies, 
Et lor voiles al vent drecies. 

Ph. Mouskes, MS. p. 452. 

Dans le sens gé