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Full text of "Histoire de la seconde République Française;"

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HISTOIRE 



DE LA 



SECONDE RÉPUBLIQUE 

FRANÇAISE. 



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Vu les traités internationaux relatifs à la propriété littéraire, 
l'auteur de cet ouvrage se réserve le droit de le traduire ou de le 
faire traduire en toutes les langues ; il poursuivra toutes contre- 
façons ou tontes traductions faites tu mépris de ses droits. 



Poissy. — Typographie Arbiec. 



HISTOIRE 



DE LA 



SECONDE KEPUBLIOJl 



FRANÇAISE 



Wu HIPPOLYTE CASTILLE 



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TOME DEUXIEME 



PARIS 
VICTOR LECOU, EDITEUR, 

LIBRAIRE DE LA SOCIÉTÉ DBS GENS DB LETTRES, 

I 10, BUE DU BODLOI, 10 

' 1855 

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TABLE DES MATIÈRES. 



CHAPITRE PREMIER. 



Les partis monarchiques. — La République, irait d'union d'une dynastie à 
une autre. — Petit nombre des républicains. — Absence d'unité de vues, 
de principes et de foi. — Semences de guerre civile. — Embarras du Gou- 
vernement provisoire. — Ignorance des nouveaux fonctionnaires. — L'édu- 
cation politique en France. — Les ministres s'installent. — Défauts de la 
nouvelle organisation. — Onze chefs pour un. — Méfiances et colères des 
véritables républicains. — Abolition de la peine de mort en matière poli- 
tique. — Le Gouvernement provisoire et les dynasties. — Surprenante procla- 
mation. — Le Gouvernement au pied delà colonne de Juillet. — M. Arago, 
M. Dupont (de l'Eure), M. Crémieux. — Défilé des légions et du peuple. — 
L'ordre cherche à renaître. — Sujets d'inquiétude. — Dégftts dans Paris et 
sur 'plusieurs points du territoire. — Décret de prise de corps contre M. Gui- 
zot et ses collègues. — Misère des ouvriers. — Ateliers nationaux. — Expo- 
sition des Beaux- Arts. — Abolition du serment politique. — Scepticisme 
du peuple. — Les prières pour la République. — Abolition des titres de 
noblesse. — Les nobles et l'idée républicaine. — Les dictateurs sans porte- 
feuille. — M. Louis Blanc convoque ses collègues. — Sa proposition. — 
Trois ministères pour quatre. — Les ouvriers à l'Hôtel-de-Ville. — De- 
mande d'un ministère du Progrès. — Vive discussion dans le conseil. — 
MM. Louis Blanc et de Lamartine. — Proposition conciliante de M. Gar- 
nitr-Pagès. — Elle est repoussée avec indignation. — Manifestation. — 
Allocution paternelle de M. Arago. — Douze mille pétitionnaires. — 
Manque d'audace de M. Louis Blanc. — Décret établissant la Com- 
mission du gouvernement pour le* travailleurs; — Triomphe décerné à 



VI TABLE DES MATIÈRES. 

M. Louis Blanc. —*• Réunion de la commission an Luxembourg, -i- Première 
séance. — Abolition du marchandage. — Réduction des heures de travail. 

— Inquiétudes de la bourgeoisie causées par les conférences du Luxembourg. 

— Effroi des capitaux. — Ministère des Finances : situation. — M. Goud- 
chaux. — Maintien de l'impôt. — Le payement anticipé. — Effet désas- 
treux de cette mesure. — Démission offerte. — Menaces de suicide. — 
M. Garnier-Pagès aux finances. — Prorogation des échéances. — L'é- 
meute de l'honneur au désespoir. — Crise financière. — Comptoirs 
d'escompte et magasins généraux. — Caisses d'épargne. — Nous avons 
encore huit jours à vivre ! — Cours forcé. — Les coupures de 
100 et de 200 fr. — Emprunt national. — Un sacrifice est de- 
venu nécessaire. — Les quarante-cinq centimes. — Ministère de l'In- 
térieur : M. Ledru-Rollin. — Les commissaires du Gouvernement. — Le 
chef du cabinet. — Le directeur de la sûreté générale. — Le secrétaire 
général. — Ministères de la Marine et de la Guerre : nécessité d'une 
prompte réorganisation île l'armé*. — * Sédition aux Invalides. — Le général 
Subervie. — Le général Cavaignac. — M. Arago. — M. Charras. — M. Schœl- 
cher. — Abolition de l'esclavage. — Amélioration du sort des marins. — 
Ministère de l'Instruction publique t M. Carnot. — Le clergé et l'université» 

— Les eathéchismes politiques. — Confusion d'idées. — L'Institut. «~ Minis- 
tère du Commerce et de l'Agriculture : M. Bethmont. — » Les fermes-écoles. — 
L'association agricole, -r Ministère de lu Justice : M. Crémieux. — Lu ma- 
gistrature sauvée. — Son adhésion au Gouvernement provisoire.—- Plan de ré- 
formes. — M. Martin (de Strasbourg). — Abolition de l'exposition publique, de 
la contrainte par corps et des lois de septembre. — Les frais de justice dimi- 
nués. — Ministère des Travaux-Publics : M. Mûrie. — Ateliers nationaux. 
—Décret du 6 mars.*— Dangereuse et inintelligente organisation. — M. Emile 
Thomas. — « Vos hommes. » — Ne ménage* pus l'argent ! — M. Marie ro- 
main de par M. de Lamartine. — ferange mot de M. Mûrie uu directeur des 
Ateliers nationaux. — Autel contre autel 1 



CHAPITRE H. 

Situation de l'Europe. — Explosion universelle et spontanée. — Autriche. — 
Ni peuples ni rois. — La luttes des idées. — Le passé, l'avenir et le libéra- 
lisme. — L'Italie espère. — Cri national. — Pie îx a peur. — Su fuite. 
— La République à Rome. — Manie des constitutions. — Insurrection en 
Sicile. — La cocarde tricolore à Naples. — Impuissantes tentatives de 
réaction par les laraaroni. — Florence, Milan, Venise, Turin. — L'Italie 
du nord et Charles-Albert. — Agitation en Hongrie. — L'Autriche se 



TABLE DES MATIERES. V 

disposai la latte. — Metternich, Haynau, Radetzki et WindishgraeU. — 
Crise financière. — Effet produit à Vienne par la nouvelle de la révolution 
de Paris. — Émeute à Vienne. • — Fuite da M. de Metternich. — Ingratitude 
de l'empereur envers lui. — Son gendre refuse de le recevoir. — A bas 
Metternich l — Contrefaçons françaises. — Arrivée à Vienne de la dépu- 
tation hongroise. — M. Kossuth. — Son portrait. — Causes de méconten- 
tement en Hongrie. — Adresse des états de Bohème à la diète hongroise. — 
Concessions à la Hongrie. — Haine des Lombards- Vénitiens contre l'Au- 
triche. — Le peuple cesse de fumer. — Proclamation à Milan de la loi de 
police. — Les curés responsables du tocsin. — Le vice-roi quitte Milan. — 
L'émeute de Vienne connue à Milan. — Proclamation du gouvernement. — 
Réponse du peuple. — Il se soulève. — Le vice-président O'Donnell fléchit. 

— Le feld-maréchal Radetzki s'enferme dans la[citad elle et continue la lutte. 

— Protestation d«s consuls. — Le peuplades campagnes marche au secours 
des Milanais. — Encore Charles- Albert. — Mot juste et cruel de M. de 
Metternich, -*- La République envahit l'Europe. — Jeu double de Charles- 
Albert. — Il prend parti pour la monarchie. — Il marche sur Milan. — 
Retraite de Radetzki, — Révolution de Venise, — MM. Manjn et Tom- 
maseo. — La République seul gouvernement possible. — Absence de can- 
didat royal. - — L'archiduc Régnier et les bains de mer. — Fatales circons- 
tances. •— Prusse» — - Premières mesures. Sarrelouia en état de siège. — 
Rappel de M* d'Arnim. — Troubles du 3 mars à Cologne. — Tendances 
socialistes. — Pétitions et députations. — Confiance de Frédéric-Guillaume. 

— Massacre de Berlin. — - Victoire du peuple, — Le roi forcé de saluer les 
cadavres, • — Encore une constitution. — L'esprit de la réforme en Alle- 
magne. — Remarquable unanimité des vœux du peuple allemand. — 
Emeute à Munich. — Le roi de Bavière et Lola-Montès. — Le roi de 
Saxe et le bourguemestre Sçhwedler, — Suisse. — États-Unis d'Amérique. 

— Angleterre. — Une sage réserve. — La Belgique et les liens de famille. 

— Espagne. — Envoi de cinquante raille hommes aux Pyrénées. — Suspen- 
sion de la liberté individuelle, — Russie. — Le czar au bal. — Messieurs, 
à cheval ! — La guerre d'Orient, — Les fêtes troublées. — L'ordre, mot de 
ralliement donné par le Czar.— Le ministère des Affaires étrangères : M. de 
Lamartine. — Motifs de sa nomination à ce ministère. — Son arrivée. — 
MM. Bastide, Hetzel et Payer. — Ce que signifie un changement de ministre. 

— La chambre et le cabinet de M. Guizot. — Note de M. Guizot sur M. de 
Lamartine. -— Difficultés d'installation. — Rappel des ambassadeurs. — Les 
agents et la circulaire. — La république au double masque. — Comment 
expliquer la circulaire? — Le corps diplomatique. — Manifeste Lamartine. 

— Plan diplomatique à la Marivaux. — Esprit du manifeste. — Effet 
qu'il produit en France et à l'étranger. — Déclaration au sujet des traités 
de 1815. — Les nationalités opprimées. — Elles croient à la France: égoïs- 



Vin TABLE DES MATIÈRES. 

me et timidité de la République. — Les otages de la réaction. — Satisfaction 
du Czar. — Joie de l'Autriche. — Quatre armées d'observation. — Effectif 
de l'armée au 1 er mars. — Immobilité du Gouvernement provisoire. — 
Contradiction, mensonge et trahison. — La paix à tout prix. — Les hon- 
nêtes impuissants. — L'Angleterre et les affaires d'Italie. — Le fora da se 
de Charles-Albert. — La révolution européenne œuvre des avocats, des poètes 
et des journalistes. — Le beau Lamartine et le beau Kossuth. — La Répu- 
blique française court à sa perte 60 



CHAPITRE m. 



Le 4 mars. — Obsèques des victimes de février. — Le Gouvernement provi- 
soire et la multitude des décrets. — Convocation des assemblées électorales et 
de l'Assemblée nationale. — L'Assemblée chargée de la solution de tous les 
problèmes. — Le suffrage universel. — Des divers systèmes électoraux en 
France depuis 1789. — Système électoral du Gouvernement provisoire. — 
Opposition que rencontre ce décret. — M. Proudhon. — M. Raspail. — La 
limite d'âge. — Vives discussions sur l'époque fixée pour les élections. — 
M. Blanqui et la Société républicaine centrale à l'Hôtel de Ville. — La 
question électorale, principale préoccupation du momeut. — Craintes des 
monarchistes et des républicains. — Paris et la province. — Adresses et 
pétitions. — Embarras du Gouvernement. — Il interroge les commissaires 
des départements. — Le pays veut sortir du provisoire. — Décret du 26 
mars; ajournement des élections; proclamation. — Considérations im- 
portantes. — Les clubs. — La déesse Sottise. — Le Club des clubs. — 

. M. Sobrier et la maison n° 16, rue Rivoli. — Influence du Club des clubs. — 
Les fonds secrets. — MM. Ledru-Rollin, de Lamartine, Marrast et Caussi- 
dière. — Les agents électoraux. — Effets fâcheux de leur mission sur la pro- 
vince. — Société centrale républicaine (club Blanqui). — Empressement 
du public aux séances de ce club. — M. Blanqui; son portrait. — Club de la 
révolution : M. Barbes. — Bayard et Richelieu. — Club des amis du 
peuple: M. Raspail. — La société fraternelle centrale : M. Cabet. — 
Société des droits de Vhomme et du citoyen. — Société centrale démo- 
cratique. — Comité central des élections, — M. de Lamartine et le Club 
de l'émancipation des peuples. — Les clubs du Progrès des Travailleurs *o- 
ci a lis tes; de l'Homme armé; Républicain pour la liberté des élections; 
du X» arrondissement; du Salut du peuple. — M. de Larochejacquelein 
et sa déclaration. — Les clubs violents. — Les clubs niais. — Quatre cent 
cinquante clubs à Paris. — Les journaux. — Fades imitations. — L' Aima- 
ble Faubourien, journal de la canaille. — L'Ami du Peuple. — Le Na- 



TABLE DES MATIERES. IX 

tûmal et la Réforme, — La Commune de Paris, — Le Peuple Consti- 
tuant. — La Cause du Peuple. — L'Ère nouvelle, — Le Représen- 
tant du Peuple. — > Les conspirations da Gouvernement provisoire , des 
clubs et des journaux. — Arbres de liberté. — Les banquets et les dis- 
cours» — Les professions de foi. — Les Bulletins de la République. — Ma- 
dame Georges Sand. — Les Françaises et la République. — Pourquoi les 
femmes sont peu républicaines. — Le club des femmes. — Les Vésuviennes. 

— Les députations au Gouvernement provisoire. — La Société des gens de 
lettres.— Les dons patriotiques. — Le vice radical de la seconde République» 

— Hommage à la mémoire d'Armand Carrel. — M. Marrast et M. de 
Girardin. — L'espion Delahodde. — L'hospice des Invalides civils. — Les 
deux cents combattants de février : Dormes. — Difficultés qu'éprouve le 
Gouvernement à leur faire quitter les Tuileries. — À quel prix force reste à 
la loi % . 106 



CHAPITRE IV. 



Les conspirateurs. — La conspiration dans le Gouvernement provisoire. 

— Les modérés. — M. Bethmont, cheville ouvrière du complot. — Ten- 
tatives du maire de Paris pour s'emparer de la préfecture de police. — 
Réunion des conspirateurs chez M. Marie. — Le complot avorte. 

— Les cinq polices. — Quatre partis. — L'aspiration Lamartine et 
l'aspiration Louis Blanc. — Conspiration Ledru-Rollin. — Conspiration 
Marrast. — Conspiration Blanqui. — La réaction. — Ses causes. — Les 
hommes (T élite de M. Carnot et les hommes résolus de M. Ledru-Rollin. 

— Les républicains de la veille et Ceux du lendemain. — M. Alex. Weill et 
sa lettre du 13 mars. — Batailles perdues. — La garde nationale. — Dé- 
cret du 9 mars. — Le n° 3 de Y Ami du peuple. — Les clubs. — « Plus 
de bourgeoisie ! place au peuple I » — Suppression des compagnies d'élite. 

— M. de Girardin. — Les délégués de la garde nationale de Belleville, 
de Vaugirard et de la 3 e légion de Paris. — Emotion des clubs. — 
Journée du 16 mars. — Manifestation des bonnets h poil. — La garde na- 
tionale à l'Hôtel de Ville. — Le peuple se porte en masse au secours du 
Gouvernement provisoire. — Le général Courtais assailli par les gardes na- 
tionaux. — La 10« légion et M. Ledru-Rollin. — M. Arago parvient à ar- 
rêter les furieux. — Séance tumultueuse du Conseil. — Le Gouvernement 
désavoue les Bulletins. — Proclamation. — Ordre du jour de l'état-major. 
MM.Arago,Marrast et Bûchez reçoivent la députation. — Mot d'ordre.— Jour- 
née du 1 7 mars.— La contre-manifestation.— Les corporations.— M.Louis Blanc. 
— M. Caussidière. — Épuration du Gouvernement provisoire. — MM. Cabet 



: TABLE DES MATIERES. 

et Sobrier. -»- M. Blanqui et ees hommes. — Blanqui sauvera la République! 
— . Ce que voulait le peuple. -~- Inquiétude des dictateur». — » Mouvement de 
sensibilité de M. Louis Blanc. — Arrivée du peuple à l'Hôtel de Ville. — 
La Marseillaise. -— Heure critique. — Physionomie du Gouvernement pro- 
visoire. — Expressions révélatrices de M. Louis Blanc. — Le délégué Gé- 
rard et l'Adresse du peuple. — M. Louis Blanc et la dictature. — M. Blan- 
qui parle en maître. — Discours de M. Louis Blanc. — interruptions 
menaçantes. •— Intervention de MM. Sobrier et Cabet en faveur du Gouver- 
nement. «—■ M. Ledru-Rollin. —» M. de Lamartine discute l'Adresse. — 
Louis XVI et la liberté. — Le dix-huit brumaire du peuple et le dix-huit 
brumaire du despotisme. -~ M. Louis Blanc et M. Flotte, le cuisinier. — 
« Tu es donc un traître, toi aussi ! » — Défilé du peuple. — Promenade des 
deux cent mille hommes. — Une nouvelle journée de dupes. . . . 150 



CHAPITRE V. 



Situation de ia démocratie à Paris. — Manœuvres des monarchistes en province. 

— Serments de fidélité à la République. ~ Rapports des commissaires géné- 
raux. — Perplexités et irrésolution du ministre de l'Intérieur. — M. Crémieux 
tente un rapprochement. — Proelamatiou du Gouvernement provisoire. — 
Prorogation des élections de la garde nationale au 5 avril. — 133,543 hommes 
de plus à l'effectif. — Époque triomphante de la démocratie. — Les pièces 
patriotiques et les représentations gratuites. — Mademoiselle Rachel et la 
Marseillaise. — Crise commerciale. — Cruels effets du chômage prolongé. — 
Trois mois de misère au service de la République. — Étranges prétentions 
des clubs. — Leur activité. — Question de la garde nationale. — L'aristo- 
cratie de la blouse. — La pipe au boulevard des Italiens. — Funérailles de 
Béchair. — Les hommes de lettres ouvriers de la pensée. ~- La vieille garde 
nationale. - Lettre du maire de Paris au général Courtais. — Armement. 

— Ajournement des élections générales. — La pétition rouenuaise. — Question 
des troupes à Paris. — Traditions jacobines. — Scène du Champ-de-Mars. 

— Création des gardiens de Paris. — Rareté du numéraire. — Seiza presses 
monétaires en activité. — La misère et les ateliers nationaux. — Les ouvriers 
étrangers. — Avis du préfet de police. — Les corps francs. — Affaire de Ris- 
quous-Tout. — L'expédition allemande. — Les Savoisiens. — Les Polonais. — 
Effet déplorable produit par ces expéditions. - Accusations contre la Gou- 
vernement provisoire. ~ Une crise nouvelle. — M. Blanqui. — Craintes qu'il 
inspire, — Son influence grandit. — Le 31 mars, — La Revue rétrospective. 
~- Rapport sur l'affaire du 12 mai 1839. — But réel de cette publication. — 
Épouvantable scandait* - On accuse M. Blaqqui. - 11 écrit à la Gazette des 



TABLE BBS MATIÈRES. XI 

Tribunaux et an Journal des Débuts. - V Assemblée Nationale et M. Caus- 
sidière. — Plainte en diffamation portée par M. Tascbereau contre M. Blan- 
qni, — Ordonnance de la chambre du conseil. — Un tribunal d'honneur. — 
Déclaration des membre* dea Familles et dea Saisons — M. Raspail proclame 
son innocence. — Élections de la garde nationale à Paria. — Échec de la dé- 
mocratie. — Question posée par les clubs. — Menace et avis suprêmes. 

— M. Cansaidière et les quarante-hnit commissaires de police. — Les 
bombes incendiaires. — Le ministère de l'Intérieur et le Luxembourg. 
—Le 1 avril, — Une quête faite par cent mille hommes. — La journée da 
16 avril. — Le but officiel et le but réel. - Situation des partis. - Prépara- 
tifs. — Impuissante colère. - Le bulletin n* 16. -Visite de M. Blanqni au 
ministre des Affaires étrangères. — La liste da comité de salut public présen- 
tée an ministre de l'Intérieur. — Instinctif effroi de M. Ledru-Rollin. — Ter- 
reur de M. de Lamartine. — Singulière attitude de M. Ledru-Rollin. - Il fait 
battre le rappel. - M. Changarnier à l'Hôtel de Ville. - Scission dans le 
peuple. - Nouvelles alarmantes. - Anxiété de M. de Lamartine. - Arrivée 
de la 12 e légion et de M. Barbes. - Aspect de l'Hôtel de Ville. - Exaltation 
des esprits. - Cris furieux de la garde nationale. - Stupeur de la manifes- 
tation. — « A bas les communistes ! à bas Cabet ! » — Joie de la bourgeoisie. 

— Douleur du peuple. —Restauration, sous forme anonyme, du gouvernement 
de Louis-Philippe 181 



CHAPITRE VI. 



Suite de la journée du 16 avril. — Demande d'arrestation de M. Louis Blanc. — 
Abaissement des âmes ; la moitié de Paris dénonce l'autre. — On veut tuer 
M, Gabet ; il est sauvé par M. de Lamartine. — La chasse aux hommes en 
blouse. — Arrestation de M. Flotte, le cuisinier. — Calomnies de la presse 
réactionnaire. — Croisade des pamphlets royalistes. — Dérisoire proclama- 
tion du Gouvernement provisoire. — Protestation des délégués du Luxem- 
bourg. — Le rappel battu sans ordre le 18. — Nouvelle chasse aux com- 
munistes. — Ordre d'arrêter M. Blanqui. — Le commissaire Bertoglio. — 
M. Landrin obligé de « rengainer son compliment. » — M. Caussidière et ses 
quarante mille hommes. — Décret sur le rappel. — Le Gouvernement tente 
de ressaisir sa popularité. — Mesures fantastiques. — Une nuée de décrets. 
— Méfiance du peuple. — Le drapeau blanc à Lyon ; affaire du Vautour. — 
Brusque envoi de M. Changarnier à Alger. — Fête de la Fraternité; distri- 
bution des drapeaux. — Félicitations adressées par le Gouvernement au 
peuple, a la garde nationale et à l'armée. — Rentrée de cinq régiments à 
Paris. — M. Albert vote seul contre cette résolution. — Élections des Re- 



in TABLE DES MATIERES. 

présentants du peuple. — Agitation politique. — Candidats et professions de 
foi. — Onze cent quarante fonctionnaires. — Deux listes de candidats à 
Paris. — L'ordre, la famille et la propriété. — Le Constitutionnel, le 
National et le Siècle. — Manœuvres des royalistes et des prêtres en pro- 
vince. — Circulaires. — MM. Denjoy, de Falloux, de Montalembert, Léon 
Faucher, Rouher, etc. — Affaires de Rouen. — Liste démocratique : MM.Ma- 
larmet, Savary, Bérard, etc. — Commission d'examen siégeant chez M. Du- 
mas. — Questions adressées aux candidats. — Manœuvres de la mairie de 
Paris ; revue des ateliers nationaux ; listes roses. — Causes d'infériorité 
du peuple dans un premier essai du suffrage universel. — Précautions minu- 
tieuses contre les doubles votes. — L'article 1 13 du Code pénal. — Résultat 
des élections. Échec de la liste du peuple.— Le pied fourchu du suffrage univer- 
sel. — Le grand Lamennais nommé le dernier. — Dernière séance du Gouver- 
nement provisoire. — Ouverture de l'Assemblée nationale constituante. — At- 
titude du Gouvernement provisoire. — Étrange composition de l'Assemblée. 

— M. Audry de* Puyraveau, président d'âge. — M. Dupont (de l'Eure) porte 
la parole au nom du Gouvernement provisoire. — Incident ; M. Démosthène 
OUivier demande que le serment à la République soit prononcé individuelle- 
ment à la tribune. — Cri unanime de : Vive la République ! — Proposition 
de M. Berger de reconnaître la République; déclaration de M. Barbes. — 
Proposition d'acclamer la République en présence du peuple; M. Babaud- 
Laribière. — L'Assemblée sur le péristyle du palais. — Reprise de la séance. 

— Le cri Vive la République ! répété trente-six fois. — M. Louis Blanc et 
M. Duvergier de Hauranne. — Les républicains n'ont jamais crié : Vive le 
roi ! — Scandales électoraux : MM. Schmidt et Fayet. — M. Bûchez nommé 
président de l'Assemblée ; constitution du bureau. — Les membres du Gou- 
vernement provisoire rendent compte de leur administration. — La Commis- 
sion executive. — Humilité du Gouvernement provisoire; regret naïf de 
M. Louis Blanc. — M. Barbes proteste, au nom du peuple, contre les éloges 
accordés au Gouvernement provisoire. — Formation du cabinet. — Un mi- 
nistère fantastique : MM. Flocon, Duclerc et Bastide. — Mot attribué à 
M. Marrast. — Comptes rendus et comptes à rendre 231 



CHAPITRE VU. 



Le 15 mai est-il un coup de police? — Logique des faits. — Un rapport de 
M. Carlier. — L'Assemblée nationale et les factieux. — Un prétexte. — 
Manifestation en faveur de la Pologne. — Préparatifs de l'Assemblée natio- 
nale. — Panique le 9 mai. — Séance du 10 : M. Wolowski et l'adresse des 

. Polonais. — Demande d'interpellations de M. d'Aragon sur les affaires d'Ita- 



TABLE DES MATIÈRES. MI 

lie. — Fatale réunion de ces deux questions pour le lundi, 15 mai! '— 
M. Proudhon et le discours de M. Wolowski. — Incident relatif à M. Louis 
Blanc; M. Freslon. — Proposition de M. Barbés en faveur de M. Louis 
Blanc. — Griefs contre P Assemblée. — Ministère de réconciliation. — 
Journée du 12. — Réunion des chefs de barricades et des dubistes. — Se- 
cret du dénoûment i m pré va de la journée du 15 mai. — Journée du 13 : 
pétition en faveur de la Pologne ; M. Vavin. — La lecture renvoyée au 15. — 
Rappel intempestif. — Ateliers nationaux menacés dans leur existence. — 
Ordre du jour du général Courtais; ajournement de la fête du 14. — Dé- 
claration des délégués du Luxembourg, de la typographie parisienne et des 
anciens détenus politiques. — Proclamation contre les attroupements. — 
Langage pacifique des clubs. — Fabriques d'armes à Paris. — Feuilleton 
de la Commune de Paria. — Délégués des départements. — Mot de 
M. Ledru-Rollin. — Attitude de MM. Cabet, Proudhon, Blanqui, Ras- 
pail et Barbes. — Résolution contraire du club des Droits de l'Homme. 

— Réunion des Représentants du parti avancé : M. Babaud-Laribière ; la 
politique de Maximilien Robespierre ; mot de M. Joly. — Mesures prises 
par la Commission du pouvoir exécutif. — Dispositions du président de 
PAssemblée nationale ; il écrit au préfet de police. — Réponse tardive de 
M. Caussidière. — Journée du 15. — Cent cinquante mille hommes à la 
Bastille. — Mesures tardives de la Commission executive. — Arrivée de la 
colonne sur la place de la Concorde. — M. Courtais. — « En avant ! » — 

— Envahissement du palais de l' Assemblée. — Séance de PAssemblée. — 
Démission de M. Béranger. — Discours de M. Wolowski. — Invasion de la 
salle des séances. — M. Barbes demande la parole pour les délégués des 
clubs. — Arrivée de MM. Raspail et Laviron. — Assaut de la tribune. — 
M. Raspail donne lecture de la pétition. — Vaines tentatives pour faire 
évacuer la salle. — Autorité du président méconnue. — M. Blanqui porté à la 
tribune. — Tentative de M. Barbes pour obtenir un décret. — Le rappel. — 
Fureur du peuple. — Menaces au président ; il signe un contre-ordre. — 
M. Blanqui prend la parole. — Seconde invasion par la place de Bourgogne ; 
le peuple demande MM. Barbes, Albert et Louis Blanc. — M. Louis Blanc 
porté en triomphe. — Le drapeau des Jacobins. — Les orateurs du peuple ; 
le pompier. — M. Huber à la tribune ; il proclame la dissolution de PAssem- 
blée ; confusion. — Listes de Gouvernement provisoire. — Réalisation du 
Bulletin du 16 avril. — Conduite de M. Ledru-Rollin. — Délivrance de 
PAssemblée. — Reprise de la séance. — Arrestation de M. Courtais. — 
M. Clément Thomas nommé général de la garde nationale. — Marche sur 
PHôtel de Ville. — MM. Raspail, Blanqui, Sobrier, Degré le Pompier, 
Laviron, Bonne, Napoléon Cbancel, Huber. — M. Louis Blanc ; scènes de 
violence. — Scènes de PHôtel de Ville. — Arrestation de MM, Barbés et 
Albert ; ils sont transférés à Vincennes. — La réaction commence ; vengeances 



10 SECONDE RÉPUBLIQUE FRANÇAISE. 

Le cortège partit vers deux heures de l'Hôtel de Ville par 
une petite pluie qui cessa bientôt. Les dictateurs traversè- 
rent la ville à moitié dépavée, au milieu d'une multitude à 
la fois enthousiaste et inquiète, enivrée et soupçonneuse, un 
peu embarrassée de son orgueil, mais résolue à trouver la 
solution du problême social et fermant les yeux sur les dif- 
ficultés du présent. Au pied de la colonne de Juillet les dic- 
tateurs se rangèrent en file : le peuple se massa, le silence 
se fit. Un grand vieillard au nez d'aigle, aux cheveux d'ar- 
gent, prit la. parole. C'était un savant illustre, Arago. Il 
exprima l'espoir que. la France ratifierait la proclamation 
de la République faite pfele peuple de Paris et par le Gou- 
vernement provisoire,%eV*fctàent du conseil, le vénérable 
Dupont (de l'Eure), qui touchait aux dernières limites de 
la vie humaine, articula quelques paroles flatteuses à l'a- 
dresse de la garde nationale. Vieille politique qui avait 
réussi en 1830, mais qui allait devenir dangereuse en 1848. 
La garde nationnale n'avait pas besoin qu'on l'encourageât 
à reparaître. Elle n'était que trop disposée, à peser sur les 
destinées de la République et à précipiter le mouvement de 
la réaction. L'avocat Crémieux évoqua les ombres des ci- 
toyens morts à la révolution de Juillet et montra leurs 
noms gravés au soele de 1$ colonne. Il fit ce que l'on pour-* 
rait nommer un discours de place de la Bastille et termina 
en disant que toutes les distinctions de classe étaient effa- 
cées devant l'égalité. Le peuple applaudissait à, ces phra- 
ses sonores et menteuses contre lesquelles protestaient Içs 
pierres des maisons elles-mêmes dans cette; capitale du 
luxe et de la misère. Le cri de « Vive la République I » péné-* 
trant comme un acier aigu dans les oreilles ôlait la pensée 
tout en emplissant la tète d'un bruit vertigineux. Ah ! c'est 



&OUTEBNEMENT PROVISOIRE. || 

que l'espérance ne raisonne pas, elle se précipite ! Les dra- 
peaux s'inclinaient, les tambours battaient aux champs. Le 
général Courtais, qu'on venait de nommer au commande- 
ment de la garde nationale et dont les cheveux blancs et le 
goût pour la popularité rappelaient, disait-on , Lafayette, 
donna le signal. Le défilé commença devant les onze fantas- 
sins de l'Egalité. Les légions se serraient, mais le peuple 
rompait la digue et défilait lui aussi. Quel enseignement 
pour des dictateurs qui eussent compris et qui eussent 
voulut 

Le Moniteur du lendemain fit, en termes enthousiastes, 
le compte rendu de cette journée. Le public put y voir en 
même temps, par divers avis émanés de la municipalité de 
Paris, que le Gouvernement veillait à la conservation des 
édifices publics et des propriétés privées, au rétablissement 
de l'octroi. La régularité du service des postes était assurée. 
Le citoyen Thierry, chargé de visiter les hôpitaux, Iqs trou» 
vait en bon état. La garde mobile, grâce à la haute solde qui 
lui était accordée et à l'ébullition d'enthousiasme militaire 
qui naît ici des révolutions, se recrutait avec une prodi- 
gieuse rapidité. Des patrouilles en haillons sillonnaient déjà 
les rues de Paris. L'ordre cherchait à renaître du sein du 
désordre. M. de Girardin lui-même, armé de ce grand porte* 
voix de la Presse, criait : a Confiance 1 confiance 1 » 

Le lendemain et les jours suivants le gouvernement et le 
pays continuèrent par un commun effort de raffermir la 
société ébranlée. En dehors do toute idée spéculative, de 
toute opinion, de toute doctrine, les nations se meuvent 
sous l'inspiration d'un instinct puissant, l'instinct de la oor** 
servation. Il semblait que chacun se fût donné le mot pour 
seconder ce gouvernement d'occasion. Plus on le sentait 



12 SECONDE RÉPUBLIQUE FRANÇAISE. 

faible, plus on comprenait la nécessité de ne pas entraver sa 
marche. Tel fut du moins le sentiment public durant les 
premiers jours de la révolution. 

Tout sujet d'inquiétude n'était pas dissipé. Outre les dé- 
vastations de châteaux royaux et de la propriété de M, de 
Rotschild à Puteaux, des bandes d'ouvriers briseurs de ma- 
chines avaient commis des dégâts dans Paris et sur plu- 
sieurs points du territoire. On ignorait encore ce qu'était 
devenu le roi fugitif. Le Gouvernement ne devait appren- 
dre que le 3 mars, par une lettre de M. Deschamps, com- 
missaire extraordinaire de la Seine-Inférieure * l'embarque- 
ment de Louis-Philippe. Le même jour le Gouvernement 
décrétait le séquestre des biens d'Orléans dont la liquida- 
tion était confiée â M. Marrast, plus tard remplacé par 
M. Vavin. Les ministres déchus eux-mêmes, disparus au 
milieu de la révolution comme par enchantement, n'étaient 
pas jugés de trop, méprisables ennemis pour que le 26 fé- 
vrier, M. Portalis, jurant fidélité à la République française, 
en qualité de procureur général devant la Cour d'appel, 
réunie sous la présidence de M. Séguier, ne présentât con- 
tre eux, pour son début, un réquisitoire à fin d'informa- 
tion. Conformément aux réquisitions, la cour décréta la 
prise de corps de M. Guizot et de ses collègues. 

Des masses d'hommes affamés, d'ouvriers sans ouvrage 
assaillaient les mairies. Le décret établissant des ateliers 
nationaux sortit de cette nécessité de donner du travail à 
ces malheureux (1). Nous aurons lieu d'en parler plus loin. 
Afin d'engager les particuliers à seconder la bonne volonté 
de l'Etat, le ministre des Travaux publics, M. Marie, sem- 

( t ) Voir le Moniteur universel, du 27 février 1848. 



GOUVERNEMENT PROVISOIRE. 13 

blait assigner une date à la reprise des affaires en annon- 
çant que, le 1 er mars, des travaux importants seraient oi> 
ganisés sur divers points. De son côté, le ministre de l'Inté- 
rieur annonçait aux artistes, pour le 15 mars, une exposi- 
tion où tous les tableaux et statues seraient reçus, et ou- 
vrait un concours pour la figure de la République, idéal 
qu'aucun artiste ne parvint à personnifier d'une manière 
supportable. 

Dans ces premiers jours de réorganisation, les décrets se 
succédaient avec une rapidité un peu brouillonne. En vertu 
de règlements remis en vigueur, le papier blanc avait été 
réservé aux affiches du gouvernement. Ces placards cou- 
vraient les murailles. Une foule avide de nouvelles formait 
df;s groupes compactes autour de ces imprimés dans les* 
quels chacun cherchait la pensée des dictateurs. Vaine re- 
cherché ! Il n'y avait point de pensée commune dajis ce 
conseil hétérogène. On ne sentait point le lien qui eût dû 
relier entre eux ces décrets, éclos spontanément d'une pen- 
sée individuelle. Un jour, on lisait sur un placard l'aboli- 
tion du serment politique (1). Et le peuple, applaudissant à 
son propre scepticisme, prenait pour un acte de bon sens 
ce qui n'était qu'un abandon de principe, une négation de 
plus ajoutée à toutes les négations du siècle. On n'abolit pas 
le parjure en abolissant le serment. Un autre jour, les cu- 
rieux lisaient avec surprise une lettre du Gouvernement de- 
mandant à tous les cultes des prières [pour la Républi- 
que (2), et un décret portant abolition des titres de no- 
blesse (3). Le prolétariat s'enivrait de ces écritures. Mais les 

(1) Moniteur universel du 2 mars 1848. 

(2) Moniteur universel du 1er mars 1&48. 

(3) Idem. 



14 SJBOOâïMS WifUBU^JJS flAKÇAlSE. 

raisonneurs se disaient que le Gouvernement provisoire 
était aussi éclectique qm M. Cousin en demandant des 
prières & tons les cultes» l/Eiat avait-il, oui ou non, delà 
religion? S'il en avait, de quelle religion était-il? S'il n'en 
Avait pas, k quoi bon demander des prières à un culte 
quelconque, et surtout à tous tes cultes? Etait-il bien né- 
cessaire de se Caire marchander le Domine zalvam foc Bem- 
publicarriipfir des évêques récalcitrants? Quant aux titres de 
noblesse, que signifiaient-ils sans les privilèges qui leur 
assuraient jadis l'existence réelle t Ne devait-on pas les con- 
sidérer comme éteints depuis cette nuit fameuse où des Ai- 
guillon, des Montmorency , des Nasilles* les déposèrent 
eomme une oflraade volontaire et nécessaire faite par la 
société du passé k la société moderne? Ces litres ne vivaient 
plus qu'à l'état de souvenirs intimes. Ils ne représentaient 
plus que de purs sentiments. Un gouvernement qui 
croyait avoir pris les mesures nécessaires pour empêcher 
le retour d'une dynastie quelconque, n'avait pas besoin d'ô- 
ter à un petit nombre de geuscomme ii faut l'innocente satis- 
&ctira de distinguer ses carrosses de ceux des courtisanes et 
des traitants par quelques signas héraldiques inistfeUigibies 
aux masses et considérés par <eUes «comme un simple orne* 
ment. La noblesse française est foncièrement indépendante 
et fière. Elle a longtemps lutté contre la monarchie. 6a fi- 
délité k la royauté nie tenait qu'à un prince sans lignée. U 
n'eût peut-être pas été impossible» à Paris du moins, de la 
rattacher à l'idée républicaine. An. moyen âge, elle cons- 
titua le fief; au xœ° siècle, elle eût aidé à constituer la com- 
mune. Mais, on peut l'avouer aujourd'hui où, comme 
dans les dialogues des morts, les augures se disent la vérité , 
c'était encore la bourgeoisie de Louis-Philippe qui siégeait 



GOUVERNEMENT PROVISOIRE. 15 

au Gouvernement provisoire. Son instinct la conduisait 
dans ces décrets si maladroits en apparence. Elle se croyait 
assex forte pour laisser éclater ses sentiments. Elle espérait 
triompher seule des deux autres classes. La peur va la ra- 
mener bien vite à ceux qu'elle a offensés. Les nécessités de 
réaction rétabliront une fois de plus ce honteux mariage. 
L'aristocratie servira d'instrument A sa plus grande enne- 
mie. Nous verrons peu à peu la bourgeoisie reprendre cet 
ascendant qu'elle exerce depuis soixante ans faute d'une 
sincère réconciliation de la noblesse et du peuple. 

Indépendamment des actes collectifs du Gouvernement 
provisoire, chaque ministre déployait son activité dans le 
département qui lui était échu. Un décret du 2 mars attri- 
buant à chacun des ministres la décision des affaires d'ad- 
ministration courante qui, dans l'état de la législation, ne 
pouvaient être réglées qu'au moyen d'ordonnances royales, 
aucun conflit avec le pouvoir supérieur n'entravait le zèle 
des nouveaux ministres. L'unité en souffrit, la promptitude 
y gagna. 

On sait quelle avait été la distribution des portefeuilles 
le soir du Si février. Quatre membres du Gouvernement 
provisoire, MM. Marrast, Flacon, Louis Blanc et Albert, 
s'en trouvèrent exceptés. Dans la matinée du $7 février, 
une réunion, convoquée par M. Louis Blanc, eut heu entre 
eux. M. Louis Blanc fit observer à ses trois collègues ce 
qu'il y avait d'injuste dans l'exclusion qui les frappait. Il 
s'efforça de piquer leur amour- propre en leur faisant envi- 
sager cette situation exceptionnelle sous un jour défaTora- 
Me. Eux seuls n'avaient la direction d'aucun ministère, 
d'aucune administration. M. Albert paraissait partager les 
sentiments de M.- Louis Blanc. C'était l'ombre du prolétar- 



16 SECONDE RÉPUBLIQUE FRANÇAISE.' 

riat attachée aux pas de ce jeune homme à la stature en- 
fantine. Il opinait du bonnet, disant oui pour le peuple, 
mais n'en pouvant dire plus, comprenant peu, ne faisant 
rien, étouffant dans cette atmosphère raréfiée de la vie 
politique où l'avait porté le caprice des révolutions. 
. Quant aux deux journalistes, Marrast et Flocon, ils se 
connaissaient trop en hommes et en idées par cette vieille 
expérience du tapis vert de la rédaction, par cette longue 
pratique des manœuvres politiques dans lesquelles, derrière 
une idée, se caché toujours une ambition. Ils écoutaient 
froidement et silencieusement M. Lduis Blanc. Celui-ci dé- 
clara qu'il donnerait sa démission plutôt que de rester dans 
eette situation subalterne. Il termina en proposant la créa- 
tion de trois ministères : Le premier, dont il s'attribuait le 
portefeuille, était^désigné sous le nom fabuleux de minis- 
tère du Progrès; le second, décerné à M. Flocon, prenait le 
titre de ministère de la Bienfaisance-, le troisième à M. Mar- 
rast, ministère des Beaux-Arts. M. Albert devait se conten- 
ter d'aider M. Louis Blanc dans la direction* de son ministère 
du Progrès. 

Cette conception, qui péchait par l'étrangeté, laissa dans 
la même froideur MM. Marrast et Flocon. Créer un minis- 
tère du progrès, autant valait créer un ministère de la 
. vertu, du bonheur ou de la liberté, Qui peut déterminer le 
budget du progrès? Comment et à quelle dose administre- 
t-on le progrès? Qu'est-ce que le progrès ? Le progrès existe- 
t-il ou n'existe-t-il pas? S'il existe, dans quelle mesure 
existe-t-il? Questions philosophiques immenses et remplies 
de ténèbres, principes pleins d'anxiétés sur lesquels les 
consciences sont loin d'être d'accord, et qu'il eût fallu 
commencer par résoudre. 



GOUVERNEMENT PROVISOIRE. 47 

En politique, d'ailleurs, rien ne glace les hommes au- 
tant que Taspect d'un compétiteur ardent qui cherche à 
vous faire partager ses rancunes pour utiliser vos passions 
au profit de son avancement. Les ambitions se replient 
comme des sensitives au moindre contact. Elles s'écartent 
et rebondissent au plus léger choc de leur semblable. Cette 
réunion, provoquée par M. Louis Blanc, était inhabile; plus 
inhabile encore, la conception des deux ministères de con- 
solation qu'il proposait à MM. Marrast et Flocon. Qu'est-ce 
que la Bienfaisance, qu'est-ce que les Beaui-Arts à côté du 
Progrès? Ou se sépara sans rien conclure. 

Vers le soir du même jour, le conseil étant réuni à l'Hô- 
tel de Ville, on vit la grève se couvrir de peuple. Peu d'in- 
stants après, quarante ouvriers mécaniciens entrèrent dans 
la salle du conseil, et jetèrent à leurs dictateurs le mot de 
ministère du Progrès. On ne dira pas qu'ils l'avaient inventé ! 
Ils laissèrent au gouvernement vingt-quatre heures pour 
réfléchir. 

La discussion fut vive : Les ambitions personnelles com- 
mençaient à se mesurer. A l'antagonisme des idées se joi- 
gnait la lutte bien autrement ardente des humaines pas- 
sions. M. Louis Blanc trouva en face de lui un rival en 
popularité qui, lui aussi, rêvait à quelque dictature d'un 
genre nouveau. L'un aspirait à la dictature de ^'organisa- 
tion du travail, l'autre à celle du baiser Lamourette. Lors- 
que M. Louis Blanc eut réclamé au nom du peuple afin que 
le sens social de la révolution fût non-seulement reconnu, 
mais encore défini, M. de Lamartine se leva. Ce gentil- 
homme n'avait jamais montré dans le conseil autant de 
véhémence. Sa parole, ordinairement si pleine de bien- 
veillance, fut hautaine, presque dédaigneuse. Il repoussa 
u. » 



48 SECONDE RÉPUBLIQUE FRANÇAISE. 

Tidée d'un ministère du Progrès et celle de l'organisation 
du travail, déclarant qu'il ne comprenait pas ces choses et 
ne les comprendrait jamais. Il ajouta, que le Gouverne- 
ment provisoire n'étant point pouvoir constituant, n'avait 
pas le droit d'engager ainsi l'opinion de la future Assem- 
blée. 

Une secrète préoccupation planait sur les esprits. La 
pensée que M. Louis Blanc obéissait aux instincts d'une 
ambition toute personnelle, rendait ses efforts inutiles. 

L'isolement se fit autour de lui. Les ordinaires adversaires 
de M. de Lamartine se réunirent à lui cette fois. Cela prouvait 
qu'ils le croyaient moins à craindre que M. Louis Blanc. 
Le mécanisme en apparence si complexe des passions se 
meut par des lois simples et invariables. Dans cette lutte, 
quiconque avait une ambition personnelle oa, à défaut de 
pareilles ressources, la volonté de ne laisser opprimer son 
infériorité par aucune personnalité supérieure, se tourna 
nécessairement contre le plus redoutable des deux antago- 
nistes. La révolution lancée dans cette voie audacieuse d'un 
régime économique tout réglementaire, M. Louis Blanc 
pouvait aller très-loin. 

Ce qui irrite les hommes plus qu'un refus, c'est de se 
sentir compris dans leurs passions intimes. M. Louis Blanc 
répliqua par l'offre de sa démission et de celle de M. Albert. 
Cette démission avait la signification d'une menace de 
guerre civile. Le Gouvernement provisoire ne se sentit pas 
de force à l'emporter de haute lutte. La crainte ramena un 
peu d'aménité dans le discours. On repoussa la démission 
de M. Louis Blanc. Il insista. On le pressa plus vivement et, 
comme il résistait encore, M. Garnier-Pagès, esprit aimable 
et conciliant, offrit une école à ce jeune homme, qui de- 



«OTTTSKimfEIfT PROYISOTKÏ. 4» 

mandait une dictature. Il proposai M. Louis Blanc la pré* 
sidence d'une commission destinée à élaborer les questions 
sociales, et à préparer les relais à l'Assemblée constituante. 
Celui-ci refusa avec indignation. M. Louis Diane Ta rap- 
porté lui-môme avec cette naïveté particulière à la passion. 
Il demandait des agents, un budget, et on lui offrait do 
« faire un cours sur la faim, devant un peuple affamé. * 
Pour ramener cet orgueil irrité, cette ambition déçue, et 
on même temps, disons-le, cette conviction blessée, il fallut 
que le vieux François Arago adressât une allocution pa- 
ternelle à ce jeune exalté, et lui oflMt de siéger près de lut 
dans la Commission en qualité de vice-président. 

M. Louis Blanc s'était livré ; 11 en subit les conséquences. 
Et lorsque, le bras étendu vers la Grève, le vénérable Aragd 
lui disait : « Votre démission sera le signal d'une lutte san- 
glante » que pouvait-il répondre? Le mauvais politique dut 
courber la tête. Dans l'amertume de son orgueil brisé, il 
s'exagéra la puissance du verbe. Il agrandit cetto chaire de 
socialisme qu'on lui offrait, jusqu'aux proportions d'une 
tribune du haut de laquello il parlorait à l'Europe. Il 
s'assouvit de lieux communs, et se berça do cette vaine 
espérance, que l'idée livrée à l'espace ferait son chemin 
toute seule.] 

Deux heures du matin sonnaient, au moment où s'ache- 
vait cette scène remplie d'émotions. A midi, la manifes- 
tation promise parut, exacte comme une sentenco de tribu- 
nal. Les corporations arrivèrent, chacune précédée de son 
guidon. Selon l'expression significative do M. Louis Blanc, 
cette multitude se rangea « pour ainsi dire, en bataille. » 
L'armée se composait d'environ douze mille hommes. Ces 
soldats dû prolétariat agitaient des bannières sur lesquel- 



$0 SECONDE RÉPUBLIQUE FRANÇAISE. 

les on pouvait lire : Organisation du travail ; Abolition de 
V exploitation de Phomme par l'Iiomme ; et le fameux : Mi- 
nistère du Progrès- Une députation monta à FHÔtel de Ville, 
et entra dans la salle du conseil. Les pétitionnaires avaient 
à leur tête ce brave ouvrier Marche, qui, le 25, avait si 
bien fait trembler le plancher de la chambre du gouverne- 
ment sous la crosse de son fusil, et qui. les armes à la 
main, était venu demander la solution du problème de 
l'organisation du travail. Les armes à la main, il revenait 
demander un ministère du Progrès et l'abolition de l'ex- 
ploitation de l'homme par l'homme. Nul, excepté M. de 
Lamartine, ne se soucia de répondre à ce terrible ques- 
tionneur. Les dictateurs tournèrent le dos. M. de Lamar- 
tine parla. Tandis qu'il parlait, Marche et son monde sem- 
blaient du regard demander à M. Louis Blanc ce qu'il fal- 
lait faire. 

N'est-ce pas une chose misérable, que, depuis vingt ans, 
la plupart de$ hommes qui ont agité le pays et ambitionné 
l'honneur de gouverner leurs semblables n'aient fpas eu le 
courage de leurs désirs alors que la faculté de les réaliser 
s'offrait à eux? Ce que M. Blanqui pouvait faire et ne fit 
pas le lendemain de la révolution, M. Louis Blanc fut maî- 
tre de l'accomplir le 28 février. S'il était sûr de son système, 
que ne faisait-il aussitôt arrêter ses collègues et que ne les 
décrétait-il d'accusation ? Le bonheur de l'humanité vaut 
bien le. risque d'un coup de main. Il ne faut pas que le peu- 
ple se trompe à ces actes douteux. La moralité dont on les 
colore est un masque que l'histoire, familiarisée avec les 
mystères du cœur humain et dç la politique, arrache d'une 
main ferme. Presque tous ces hommes de presse et de tri- 
bune auront leurs jours. La destinée railleuse promènera 



GOUVERNEMENT PROVISOIRE. 21 

sous leurs yeux le bâton du commandement et ils n'oseront 
pas le saisir. Leur lâcheté voudrait qu'on les y forçât. lis 
n'oseront pas le saisir parce qu'au fond ils douteut de leur 
système, parce qu'il n'ont pas une foi absolue, ni dans leurs 
doctrines, ni même dans leur ambition. Leur ambition 
sans force cherche des principes moraux. Leurs doctrines 
sans certitude ont besoin de s'imposer. De sorte qu'ils 
cherchent à étayer d'une ambition incomplète, un système 
incertain. Le pouvoir les charme et les épouvante. Us 
ne sentent pas en eux cette virtualité qui fait qu'on com- 
mande par instinct, par nature, par prédestination et sans 
philosopher. Ils ne possèdent pas non plus cette conviction 
qui fait qu'on expire comme Jean Hus, comme Munzer ou 
tout autre pour son système. Hamlet n'est pas mort. Il vit 
en eux; il erre parmi ces imaginations troublées où se 
dressent , dans une majesté sauvage, les grands spec- 
tres de 1793. Si leur incertaine épée frappe, elle tuera des 
serviteurs et des amis. Et dans leur égarement, ils ont 
laissé la pâle fiancée, l'Ophélie républicaine, couronnée de 
fleurs ridicules, réciter des divagations et se noyer peu a 
peu dans la boue, dans le sang et dans la sottise. 

On sait quel cas l'ouvrier Marche faisait des phrases élé- 
gantes de M. de Lamartine. Il continuait de regarder M. 
Louis Blanc. Ses camarades, pressés derrière lui, attendaient 
dans l'attitude froide et déterminée d'hommes prêts à tout. 
M. Louis Blanc, la tète basse, la voix brisée, répondit à ces 
regards interrogateurs que le Gouvernement provisoire ne 
pouvait engager l'opinion de l'Assemblée future. Il eut le 
triste courage d'articuler cette phrase toute faite.Nul n'ignore 
combien les banalités de ce genre ont aisément cours dans 
le public. Les gens vont se répétant à l'oreille : a II parait 



22 SECONDE RÉPUBLIQUE FRANÇAISE. 

que le Gouvernement n'a pas le droit d'engager l'Assem- 
blée, » et tout s'arrêle devant cette audacieuse fiction. Il lut 
ensuite un petit décret qu'il avait rédigé avant la séance : 

« Considérant que la révolution faite par le peuple doit 
être faite pour lui ; 

« Qu'il est temps de mettre un terme aux longues et ini- 
ques souffrances des travailleurs; 

a Que la question du travail est d'une importance su- 
prême ; 

« Qu'il n'en n'est pas de plus haute, de plus digne des 
préoccupations d'un gouvernement républicain ; 

a Qu'il appartient surtout à la France d'étudier ardem- 
ment et de résoudre un problême posé aujourd'hui chez 
toutes les nations industrielles de l'Europe ; 

« Qu'il faut aviser, sans le moindre retard, à garantir au 
Peuple les fruits légitimes de son travail ; 

a Le Gouvernement provisoire de la République arrête : 

« Une Commission permanente, qui s'appellera Commis- 
mission du Gouvernement pour les travailleurs, va être 
nommée avec mission expresse et spéciale de s'occuper de 
leur sort. ,. 

« Pourmontrer quelle importance le Gouvernement pro- 
visoire attache à la solution de ce grand problême , il 
nomme président de la Commission du Gouvernement pour 
les travailleurs, un de ses membres, M. Louis Blanc et pour 
vice-président un autre de ses membres, M, Albert, ouvrier. 

« Des ouvriers seront appelés à faire partie de la Commis- 
sion. 

a Le siège de la Commission sera au palais du Luxem- 
bourg. » (l) 

(I) Mèuiieur uni ver tel, du 29 terrier 1 848. 



GOUVERNEMENT PROVISOIRE. 23 

Les ouvriers abasourdis se retirèrent , les yeux baissés, 
les bras pendants. Ils réclamaient l'organisation du travail, 
on leur promettait un cours de socialisme dans la Chambre 
des pairs. Ils durent se demander si, en ce monde, les plus 
hautes aspirations vers la justice, les plaintes les mieux 
fondées, ne sont que de vaines clameurs ; si tout finit ici- 
bas par des chansons, des décrets et des discours. C'est 
ainsi que les peuples tombent dans le scepticisme et l'insou- 
ciance. Lorsqu'on voit, dans les sévères récits de Tacite, le 
peuple romain dégradé courir, comme à un spectacle, à 
rentrée de Vitellius traitant Rome en ville conquise, on 
frémit sur les destinées de sa propre nation. Voilà où peu- 
vent conduire à la longue les promesses non réalisées d'a- 
gitatqurs sans caractère. 

Une nouvelle scène du même genre que la précédente 
eut lieu le lendemain. Quelques milliers d'hommes revin- 
rent sur la place de Grève. M. Louis Blanc descendit et les 
harangua du haut des marches de l'Hôtel-de-Ville. Il an- 
nonça que la' Commission de gouvernement pour les tra- 
vailleurs se réunirait le lendemain. On le porta en triomphe 
autour de la place. Il y a encore en France, au dix-neuvième 
siècle, des hommes capables de prostituer leurs épaules à de 
pareils enthousiasmes. On lui rendait cet excessif et ridicule 
honneur à l'heure même où il le méritait le moins. Porté 
sur ce bétail humain, M. Louis Blanc dut faire de tristes 
réflexions. Peuple étrange et décevant en effet ! A l'heure 
même où il proclamait l'égalité parmi les hommes et la 
souveraineté de tous, il se livrait envers ses dictateurs aux 
mêmes actes de fétichisme qu'une horde barbare saluant * 
son nouveau chef. 

La première conférence de la Commission de gouverne- 



24 SECONDE RÉPUBLIQUE FRANÇAISE. 

ment pour les travailleurs eut lieu le lendemain au Lu- 
xembourg. M. Louis Blanc, accompagné de M. Al- 
bert et d'un ami inconnu, entra le premier dans les 
salles désertes du palais. La poussière couvrait déjà les 
stalles vides. Un silence profond régnait dans cette salle 
jadis animée par la voix de quelque orateur ampoulé ou par 
la toux de ces vieillards, comparses de tous les régimes, 
chargés d'honneurs officiels et du mépris public. M. Louis 
Blanc entra dans cette salle comme une victime prête au 
sacrifice, roulant dans sa pensée les paroles de Faust sur 
les crucifiés. Quelques instants après une foule de prolé- 
taires, l'imagination enflammée par l'esprit des révolutions 
et par de capiteuses lectures, envahissaient la salle. Ils ve- 
naient, délégués du peuple, écouter la parole du Gouverne- 
ment et lui demander la réalisation des vieilles promesses, 
la pratique des systèmes, la mise en scène des utopies. Ils 
venaient avec les appétits et les 'prétentions immenses du 
prolétariat moderne, mais il faut le dire aussi, avec le sen- 
timent de la justice absolue et avec la foi dans la possibilité 
de son règne. Et en cela ils étaient bien supérieurs à ceux 
qui leur avaient enseigné ces doctrines et qui parvenus au 
pouvoir, ne se sentaient sans doute pas une [assez forte 
conviction, puisqu'ils n'osaient point tenter l'application. 

M. Louis Blanc enivra aisément ces hommes disposés à 
l'enthousiasme. Son imagination un peu académique trouva 
des figures et des formes de discours propres à séduire des 
ouvriers demi-lettrés. De tout temps, d'ailleurs, le peuple, 
*4Dut en protestant de son horreur des mots, s'est suspendu 
aux lèvres des rhéteurs. Le jeune président ne manqua pas 
de faire remarquer à ce peuple, que tant d'adulations ora- 
les et imprimées disposaient depuis plusieurs jours à l'or- 



GOUVERNEMENT TROVISOTRE. 25 

gueil, qu'il occupait les bancs où s'asseyaient jadis les pairs 
de France. Mais tandis que les ouvriers, charmés de se voir 
en quelque sorte transformés en pairs du travail, écoutaient 
ces discours, de grandes rumeurs éclataient dans la cour 
du palais et jusque dans les salles voisines. Des ouvriers 
arrivaient par bandés nombreuses. Eux aussi se disaient 
délégués du peuple et ils déniaient cette qualité aux pre- 
miers occupants. Il fallut prendre des mesures pour que de 
pareils désordres ne se renouvelassent point à l'avenir. Des 
hommes à cheval partirent dans toutes les directions pour 
prévenir les patrons d'assister le lendemain à la séance et 
recommander à chaque corps d'état de nommer régulière- 
ment ses délégués. 

Rien de bien concluant ne sortit de ces conférences. Il 
faut pourtant en excepter l'abolition du marchandage et la 
réduction des heures de travail de onze heures effecti- 
ves à dix heures pour Paris, et de douze à onze pour la 
province. Ces deux mesures proposées par la Commission 
de gouvernement pour les travailleurs furent l'objet de 
deux décrets. (1). 

Cependant ce cours audacieux, tenu en plein palais Mé- 
dicis, présidé par des membres du Gouvernement, et qui 
pouvait, dans un temps donné, se transformer en dictature 
du travail, excitait une grande curiosité dans le public. Des 
socialistes d'une assez grande notoriété, MM. Charles Du- 
veyrier, Cazeaux, Victor Considérant, Jean Reynaud, Du- 
pont-White, Vidal, Pecqueur, Toussenel, etc., assistaient 
à ces séances. Un économiste de l'école libérale, M. Wo- 
lowski, suivait ces discussions. Le Gouvernement provi- 

(1) Voir le Moniteur universel y du 3 mars 1848. 



26 SECONDE RÉPUBLIQUE FRANÇAISE. 

soire lui-même se rendit en corps, le 19 mars, au Luxem- 
bourg. Vers cette époque, la Commission de gouvernement 
pour les travailleurs, complètement organisée, prit une 
importance qui jeta l'alarme dans la bourgeoisie* Nous 
. verrons plus loin quelle avait été la conséquence de cette 
prédication officielle instituée, ne l'oublions pas, dans le but 
d'élaborer des'projets de lois destinés à être soumis à l'As- 
semblée nationale, mais qui en dévia insensiblement, de- 
vint une sorte de haute cour de prudhommes, exerça un 
véritable gouvernement moral et, sous la pression des cor- 
porations ouvrières, seconda le remarquable mouvement 
des associations. 

Avant que le reste de la bourgeoisie, préoccupée des 
clubs, de la pres&e, du mouvement des rues, des manifes- 
tations bruyantes de la révolution, songeât seulement à 
prêter l'oreille aux phrases significatives qui tombaient de 
la chaire du Luxembourg, les finances avaient pris l'alarme. 
Les capitaux ont l'intelligence de la peur. Les capitalistes, 
les premiers, comprirent l'importance de ce qui se disait 
entre MM. Louis Blanc, Albert et les délégués des corpora- 
tions. Ils sentirent que la Commission de gouvernement 
pour les travailleurs entrait dans le cœur de la question so- 
ciale, que la révolution était là, ou du moins que spluble 
ou non soluble, elle s'agitait dans ces vastes interrogations 
•posées par le prolétariat du dix-neuvième siècle, à la philo- 
sophie, à la politique et à l'économie du passé. 

M. Goudchaux qui déjà, le 25 février, en présence du dra- 
peau rouge, avait manifesté de si vifs pressentiments, re- 
çut un choc nouveau. On sait que ce banquier, ancien ré- 
dacteur du National, avait accepté le pprtefeuille des fi- 
nances. Les prédications du Luxembourg, en augmentant 



GOUVERNEMENT PROVISOIRE. 27 

ses craintes et çn l'irritant, contribuèrent sans doute à sa 
brusque détermination de se retirer. Une complication en 
fut la conséquence. Mais ceci se rattache à la réorganisa- 
tion du ministère des Finances dont il convient de nous oc- 
cuper d'abord en raison de son importance. 

Lorsque le Gouvernement provisoire prit en main la di- 
rection des affaires publiques, il trouva les finances dans 
un état de délabrement inqualifiable. On s'aperçut avec 
terreur que les prétendues déclamations de l'opposition 
é taient malheureusement fondées. Au point de vue financier, 
les gouvernements raisonnent trop souvent à la manière de 
Louis XV. ils ne s'inquiètent guère de ce qui se passera 
après eux. Lorsqu'un gouvernement se croit fort politique- 
ment, il s'embarrasse peu des finances. Aux difficultés du 
moment, il obvie par des expédients. Telle avait été la con- 
duite du gouvernement de Louis-Philippe. 

Le 23 février 1848, la situation générale, d'après les do- 
cuments officiels, marque au chiffre de la dette flottante, 
960,371,596 fr. sàu premier mars, l'actif, caisse et porte- 
feuille, est de 252,603,184 fr. Le passif exigible dépassait 
donc 700 millions. (1) 

Cette situation était le résultat 1° -d'un abus d'émission 
de bons du trésor dont aucune loi ne limite la quotité; 2° de 
l'absorption, des réserves de l'amortissement englouties à 
l'avance;. 3° de découverts des anciens budgets s'élevant à 
281 millions; 4° du budget de 1848 échancré d'un déficit 
prévu de 76 millions. 

Sous le gouvernement de Louis-Philippe, prince économe 
jusqu'à la parcimonie, sous ce règne de paix et de prospé- 

(1) Voir let Comptes du Gouvernement procùoirt, par M. Simiot, ex-coo*- 
tiiuant. 



28 SECONDE RÉPUBLIQUE FRANÇAISE. 

rite commerciale, seize exercices sur dix-huit se soldèrent 
en déficit. Le découvert a toujours été en augmentant. Les 
fonds de la Caisse d'amortissement, destinés à racheter à la 
longue les titres de rentes émis dans les emprunts, furent 
détournés partiellement de leur destination par une me- 
sure qui interdisait à la Caisse d'acheter des titres de rentes 
au dessus du pair. Les réserves tombaient' dans le gouffre 
des vieux budgets. On abusa des emprunts. La caisse d'é- 
pargne elle-même ne fut pas à Pabri des griffes du décow- 
veri. On lui dévora 65 millions. Le gouvernement de Louis- 
Philippe masquait ainsi sa situation véritable. On blanchis- 
sait la plaie sans guérir le mal. Ces expédients, aidés de 
l'art de grouper les chiffres et de la corruption électorale et 
parlementaire, permettaient de soutenir la lutte, les jours 
de crise, devant les Chambres. 

Il était nécessaire d'indiquer cette situation. Elle va au 
devant d'une multitude de calomnies d'autant plus infâmes 
que le Gouvernement provisoire commit assez de fautes 
pour qu'on ne vînt pas lui reprocher celles dont il n'était 
point coupable. De ce simple exposé de la situation de la 
dette flottante, en même temps que du récit des premiers 
temps de la seconde République française, il résultera, nous 
l'espérons, que le Gouvernement provisoire fut à la fois le 
plus malhabile et le plus honnête des gouvernements qui 
Font précédé. Hommage étrange et bien nouveau en po- 
litique! 

Les dictateurs de 1848, ouvrant le matin du 25 février les 
caisses de l'Etat, y trouvèrent 135 millions en écus, 8 mil- 
lions d'effets de commerce, 14 millions de traites de douane, 
23 millions de traites de coupes de bois, i2 millions de va- 
leurs diverses. Total 192 millions. On avait à payer au 22 



GOUVERNEMENT PROVISOIRE. jW 

mars 73 millions pour le semestre de rentes :> pour 100. Je 
n'ai pas besoin d'ajouter que l'Etat devait, en outre, faire 
face aux autres chapitres dont se compose la dette flottante. 
Dons ces situations délicates qui sont l'état quasi-normal de 
nos finances, où les dépenses sont toujours au-dessus des 
recettes, l'Etat se maintient dans un dangereux équilibre 
par l'alimentation à peu près constante des sources où il 
puise. Mais on ne mettait plus à la Caisse d'épargne le len- 
demain de la révolution de février. Mais on retirait les dé- 
pôts. Le trésor, dont on avait abusé comme d'une planche 
à assignats, ressemblait à un cheval mort sur lequel s'abat- 
tent des volées de corbeaux. Les capitalistes fondaient sur 
cette proie dont il n'y avait plus rien û. tirer que le rem- 
boursement des vieux bons, mais à qui nul n'en demandait 
de nouveaux. Les receveurs généraux préféraient risquer 
leur poste plutôt que de faire des avances. En un mot, on 
allait grand train pour le paiement du passif, et Ton ne 
voyait rien rentrer. L'Etat se trouvait dans la situation d'un 
banquier criblé de dettes qu'on mettrait dans l'impossibilité 
de continuer ses opérations si on le forçait à payer incon- 
tinent. 

Le Gouvernement provisoire, pour faire face à de pareils 
embarras, avait besoin d'un intendant habile et sage, dont 
la figure n'inspirât point de terreur aux créanciers. Il jeta 
les yeux sur M. Goudchaux. Israélite et banquier, M. Goud- 
chaux rassura la finance. Honnête et prudent, ennemi des 
innovations, il eût fait, sous le règne de Louis-Philippe, un 
ministre très-convenable. Dans un temps de révolution, ses 
instincts bourgeois, l'irascibilité de son caractère, l'étroi- 
tesse de ses idées, le rendaient à peu près impossible. Ca- 
pable de dévouement et de rourago aux jours du malheur, il 



30 SECONDE RÉPUBLIQUE FRANÇAISE. 

se passionnait trop dans lâlutte pour conserver l'usage de ses 
bonnes qualités. Il se posait au milieu des événements avec 
la raideur d'un chiffre, et voulait que rien ne vînt déran- 
ger les colonnes de son addition. Il exigea du Gouvernement 
.provisoire une déclaration par la quelle toute modification 
dans le système de l'impôt serait écartée (1). A ces condi- 
tions qui lui assuraient ses rentrées, il consentit à se char- 
ger du département des finances. Mais les gouvernements 
promettent souvent plus qu'ils ne sauraient tenir. La logi- 
que du peuple raisonne autrement que celle d'un comptable. 
A quoi serviraient les révolutions si elles ne devaient rien 
modifier ? Un décret supprima l'impôt du timbre des jour- 
naux,etleGouverûementexprima l'intention d'abolir l'impôt 
du sel (2).M.GoudchaUx fut aussi consterné que si on lui eût 
dévoré sa propre substance. Déjà épouvanté des harangues 
sonores de M. Ledru-Rollin et des cours des doctrinaires 
du Luxembourg, il apprécia mal la puissance réactive de la 
bourgeoisie, et crut voir rouler dans l'abîme le vieux char 
symbolique. 

Dans la soirée du 3 mars, M. Goudchaux, poursuivi par 
les fantômes que lui créait son imagination, terrifié en pré- 
sence des embarras réels de la situation, accourut au Gou- 
vernement provisoire. Ses traits décomposés, l'oppression 
à laquelle il paraissait en proie, jetèrent de l'anxiété dans le 
conseil. Le ministre, d'une voix saccadée par l'émotion, 
commença un tableau sombre comme un jugement der- 
nier. L'éloquence de la peur l'inspirait. Il paraît que M. de 
Lamartine, avec la bonhomie d'un poëte, se pencha vers 

(1) Moniteur universel^ 1er mars 1848. 

(2) Moniteur universel du 4 mars 1848. — L'impôt du sel se fut supprimé 
que le 10 avril suivant. 



GOUVERNEMENT PROVISOIRE. 31 

M. Garnicr-Pagès et lui dit : « Est-ce donc vrai, Girnier-Pa- 
gès, sommes-nous donc perdus? — Je le crains, répondit- 
il, mais il ne faut pourtant pas encore désespérer. » 

Il y avait un remède qui fut, assurent MM. Goudchaux et 
Marrast, proposé par un banquier, M. Foiild ; ce remède, c'é- 
tait la banqueroute (1). La République pouvait se déclarer in- 
solidaire des vieilles intempérances du budget, et déposer le 
bilan de la monarchie. Le Gouvernement provisoire, dont la 
probité chevaleresque ne saurait être contestée par aucun 
honnête homme aujourd'hui, repoussa ce moyen avec hor- 
reur. Ce n'est paspourtant d'avoir accepté le passif de la mo- 
narchie de Juillet qu'il faut le louer, et, si le moyen de M.Fould 
n'avait offert aucun danger, la République eût bien fait 
d'en user. Mais une mesure aussi révolutionnaire eût porté 
au crédit public en France un coup dont nul ne pourrait 
supputer les conséquences. La rente restait sur le carreau 
et la ressource de l'emprunt était à jamais tarie. Cette 
fois, la générosité fut d'accord avec la politique. Que d'in- 
grats le Gouvernement provisoire allait faire ! 

Le tort de ce gouvernement si plein de mansuétude en- 
vers les rentiers fut de ne pas savoir modérer l'expansion 
de sa générosité. Le croira-t-on? à l'heure où le gouverne- 
ment se trouvait à la tête de 250,603,184 fr. pour faire 
face à une dette flottante de 960,371,596 fr., M. Goud- 
chaux, ce financier rempli de prudence, propose d'antici- 
per de seize jours le payement de 73 millions formant le 
semestre de la rente 5 p. 0(0 ! Il fut décidé que le payement 
aurait lieu le 6 mars au lieu du 22, jour de l'échéance. A 
peine cette maladresse sentimentale fut-elle commise, que 

(3) Moniteur universel, 22 avril 1849. 



32 SEGONDB RÉPUBLIQUE FRANÇAISE. 

l'effroi se jeta parmi les porteurs de billets de banque. Où 
allait la réserve? Comme on ne dépense pas en temps de 
révolution, les 73 millions ne firent que passer des caves 
du trésor dans celles des particuliers. Us n'entrèrent pas 
dans la circulation. Le 6 mars au soir, la caisse de l'État se 
trouva réduite à 34 millions disponibles. Le lendemain 7, à 
la Bourse, la rente tomba de 97 fr. 50 c. à 89 (1) ! 

Quiconque s'intéresse à ces drames de la finance, a pu 
faire une observation singulière : C'est que la plupart des 
fausses mesures financières, proviennent d'une fausse ap- 
préciation psychologique. M.Goudchaux apprécia mal l'es- 
prit public, et particulier. Chose incroyable de la part 
d'un banquier ! Il ne se rendit pas un compte exact des 
mouvements du cœur humain en matière d'intérêt. II ou- 
blia que Tintérêt n'obéit à aucune des lois de la sensibilité, 
que rien ,ne désarme sa rigoureuse logique. Il espéra, par 
cette générosité merveilleuse, ramener la confiance. Mais 
la confiance des capitaux naît uniquement du bon état des 
finances. Que Ton sente de l'argent dans les coffres du tré- 
sor public, il suffit. On ne se trompa point sur l'empirisme 
de ce payement anticipé. Il fut jugé pour ce qu'il valait : 
une imprudence. 

M. Goudchaux perdit complètement la tête. Sa nature 
irritable s'exaspéra. « Je veux m'en aller ! » disait-il le 
4 mars à MM. Garnier-Pagès et Marie. Le lendemain, au 
ministère de la Justice, en présence de MM. Isambert et de 
Cormenin, il réitéra l'offre de sa démission, rejetant sur le 
cours de la Chambre des pairs et sur l'enthousiasme de 
la rue la mauvaise réussite de sa mesure. Étrange ministre 

(1) Voir le Moniteur universel du 8 mars 1848. 



GOUVERNEMENT PROVISOIRE. 33 

en temps de révolution ! Les supplications pour rengager à 
rester furent alors poussées si loin, qu'il menaça, chose à 
peine croyable ! de se suicider, si, dans la journée, à deux 
heures, sa démission n'était pas acceptée. 

Il était réservé à la seconde République française de ser- 
vir de cadre aux événements les plus anormaux, aux ren- 
versements d'idées, aux antithèses, aux bizarreries les plus 
extraordinaires. C'est peut-être la première fois qu'un 
particulier mêlé aux compétitions politiques de son pays, 
ait menacé de se brûler la cervelle pour n'être (pas mi- 
nistre. 

Désigné par M. Goudchaux, M. Garnier-Pagès, sur les 
pressantes invitations du conseil, consentit à diriger l'ad- 
ministration des iinances. Il eut pour successeur à la 
mairie de Paris, M. Marrast, nommé le 9 mars. Le nouveau 
ministre choisit pour le seconder dans cette périlleuse en- 
treprise, un jeune homme, rédacteur du National y autre- 
fois son secrétaire, M. Eugène Duclerc, auquel il confia les 
fonctions de secrétaire-général. 

M. Garnicr-Pagès essuya, dès son entrée aux finances, 
les premiers coups de la crise prévue par M. Goudchaux. 
Une grande agitation régnait parmi les classes commer- 
çantes. Les décrets des 20, 28 lévrier et 3 mars avaient pro- 
rogé à dix jours le payement des effets de oommerce et les 
protêts. La déplorable liquidation do la maison Gouin, 
l'embarras des maisons Ganueron et Baudon augmentè- 
rent la terreur des négociants. Quand la classe moyenne 
tremble pour son pécule, elle est bien près de se mettre 
en fureur. Cette exaspération éclata le 9 mars dans une 
réunion qui eut lieu à la Bourse. Le lendemain, tandis que 
le peuple s'épuisait généreusement en dons patriotiques et 
u. 3 



34 SECONDE RÉPUBLIQUE FRANÇAISE. 

offrait trois mois de misère à la République, une bande 
considérable de boutiquiers en délire sommaient, avec in- 
jures et cris, le Gouvernement provisoire de proroger à 
trois mois les échéances, Us étaient trois mille, la fleur des 
comptoirs parisiens, à cette belle équipée que M. Garnier- 
Pagès.eut la bonté de nommer : a L'émeute de l'honneur 
m désespoir. » 

Autant eût valu accepter le jubilé de M. Fould l Le Gou- 
vernement provisoire résista et fit fcien. Une prorogation 
de quinze jours fût ensuite réclamée par les banquiers es- 
compteurs et les grands industriels. Ils s'accommodèrent 
ayec la Banque dont ils obtinrent des facilités pour leurs 
escomptes et leur liquidation. Des secours directs furent 
demandés. Le Gouvernement les refusa également et à 
juste litre. Les. seules maisons d'escomptade Paris eussent 
englouti cent millions pendant la crise. 

On chercha un moyen de faciliter aux. classes commer- 
çantes l'écoulement, de leurs marchandises et la négocia- 
tion de leur papier. Les comptoirs nationaux d'escompte 
et les magasins généraux répondirent à ee besoin. Le tré- 
sor prêta onze millions pour favoriser ces institutions qui 
fournirent en un an à l'industrie un milliard eent dix-neuf 
millions de crédit. 

Malgré ce$ efforts, les frais d'organisation de. la garde 
mobile, la nécessité de remettre l'armée et la marine en 
état de faire face aux éventualités de l'avenir, exigeaient 
que le trésor fut prât à verser 114 millions à la première 
dem&ode de la commission de défense nationale. En même 
temps, une année de déposants de la caisse d'épargne ré- 
olwpaieatjte remboursement de leurs dépôts que l'État avait 
dénaturé*, Su? 355,082/717 fr. 32 C, 289,384,096 fr. 92 C 



eOUYlANEUHT PROVISOIRE. 35 

étaient représentés par de la rente k et 3 pour cent et des 
actions des 3 et des 4 canaux, valeurs alors fort dépréciées* 
On avait disposé des 65,698,620 fr. 40 c. qui complètent le 
total au trésor en compte courant 4 pour 100 (l). Il fut dé- 
cidé qu'on rembourserait 100 fr. en numéraire à chaque 
déposant, que le surplus serait remboursé, moitié en ren- 
tes 5 pour 100 au pair, moitié en bons du trésor à 5 pour 
100 d'intérêt et à six mois. Mesure bien douce, lorsqu'on 
sooige aux difficultés d'une pareille situation, lorsqu'on 
daigne se rappeler que le Gouvernement provisoire notait 
pas coupable 4e cette conversion des deniers de la caisse 
d'épargne. 

Rien ne put arrêter la crise. La renie, relevée de 72 à 77, 
retomba. L'effet désastreux de l'anticipation de payement 
du semestre du 5 pour 100 s'accrut effroyablement. Le nu- 
méraire disparut. Le change de l'or dépassa 100 fr. pour 
1000 fr. Les riches. commencèrent à fuir, selon leur cou- 
tume quand le péril apparaît. La Banque épuisée vit tom- 
ber ses actions, disparaître son numéraire et put désigner, 
à peu près à heure fixe, l'instant de sa catastrophe. Au tré- 
sor, le Directeur du mouvement général des fonds vint 
dire au ministre : « Monsieur, nous avons encore huit 
jours à vivre. » 

Un décret du 15 mars ordonna le cours forcé des billets 
de banque. Les actions de la Banque remontèrent. Cela fut 
très heureux ; car le résultat ordinaire du cours forcé est 
d'amener à une dépréciation qui conduit au maximum y et 
sur cette pente on ne s'arrête plus. Les coupons de 100 et 



(1) Voir au Moniteur universel du 10 mars 1848 le rapport du ministre des 
finances an Gouvernement provisoire. 



36 SECONDE RÉPUBLIQUE FRANÇAISE. 

de 200 fr., condamnés jadis par MM. Thiers et Duchâtel, con- 
tribuèrent beaucoup à relever les billets. 

La détresse du trésor fit fermenter les imaginations. On 
essaya d'un emprunt national qui n'aboutit à rien. L'em- 
prunt libre de 250 millions, souscrit sous le règne de Louis- 
Philippe, avait produit 80 millions et s'arrêtait là. Des 
hommes énergiques proposaient un emprunt forcé; d'au- 
tres, un papier monnaie, le monnayage de la rente, une 
banque d'État, la vente des bois de l'État, l'aliénation des 
recettes futures, etc. La propriété n'était pas orgueilleuse 
alors. Elle sentait qu'un péril véritable, imminent, planait 
sur tous. Elle comprenait qu'un sacrifice était nécessaire et 
pouvait seul la sauver d'une ruine totale, a Demandez- 
nous le quart de nos biens, disaient les propriétaires, con- 
servez-nous le reste et nous vous serons reconnaissants, d 
Ils ont depuis tenu d'autres propos. . 

Ces dispositions engagèrent le Gouvernement à recourir 
à l'impôt. Les 100 centimes additionnels de 1813, de ,1814, 
les 100 millions de contributions de guerre de 1815, les 30 
centimes extraordinaires de 1832 formaient des précédents 
suffisants. Il est juste de dire que le principe de cette dé- 
plorable mesure, imaginée par M. Garnicr-Pagès et qui 
porta un coup mortel à la seconde République française, 
n'était pas mauvais ; il tut pis <Jue cela, inopportun. 

Lorsqu'on renverse la monarchie pouf fonder une Répu- 
blique, ce n'est pas le cas d'augmenter les impôts. Ajou- 
tons qu'aux époques révolutionnaires, lé système de la 
proportionnalité dans l'impôt est insuffisant. La progres- 
sion est alors dans l'esprit de tous. L'impôt des 45 cen- 
times, frappé sur les quatre contributions directes, n'était 
pas très-onéreux en lui-même. M. Garnier-Pagès le cfut 



GOUVERNEMENT PROVISOIRE. " 37 

équitable. Rien der plus équitable en effet, financièrement 
parlant. Mais ce qui n'était rien pour le riche devenait un 
fardeau pour le pauvre. En temps de révolution, ces 
nuances sont très sensibles et irritent les passions, Les avis 
ne manquèrent pas à M. Gamier-Pagès. « Exemptez les pe- 
tites cotés, lui dirent MM. Louis Blanc et Ledru-Rollin. » ~ 
« Mais H y a de très-riches propriétaires qui payent de pe- 
tites cotes, objecta M. Gamier-Pagès; il vaut mieux s'en 
rapporter au percepteur.» Le vieux Dupont (de l'Eure) fut 
un prophète en, cette circonstance : « Vous ne connaissez 
pas les campagnes, articula-t-il, vos percepteurs frapperont 
le pauvre et ménageront le riche. Vous allez rendre la Ré- 
publique odieuse au prolétariat lui-même. Vous perdez 
l'avenir! » M. Garnier-Pagès, avec un entêtement de comp- 
table, persista, promettant solennellement qu'il exonére- 
rait les pauvres. Le Gouvernement provisoire céda. M. Le- 
dru-Rçllin avait demandé que cet impôt fût de 1 fr. 50 c, 
et qu'il portât sur les riches seulement» ,M. Flocon s'était 
opposé à la mesure des 45 centimes, et n'y consentit qu'à 
la condition que les percepteurs recevraient Tordre de don- 
ner des facilités aux pauvres, et dans la persuasion que ce 
n'était qu'un emprunt. Mais rien ne saurait atténuer la 
part de responsabilité qui incombe aux uns et aux autres 
dans cette énorme faute. 

M. Garnier-Pagès _prit avec [bonne foi, du reste, les 
précautions qu'il crut propres à alléger l'impôt. Son in- 
telligence ne fut malheureusement pas à la hauteur de ses 
intentions. Par un décret du 16 mars, soixante millions, 
prélevés sur la perception des 45 centimes, furent répartis 
entre les comptoirs créés dans les grands centres industriels. 
C'était répandre de l'huile sur le feu et attiser toutes les 



38 SECONDE RÉPUBLIQUE FRANÇAISE. 

haines des campagnes à qui on prenait de l'argent pour le 
jeter dans les Villes. La circulaire du 18 mars, W décret du 
& avril et la seconde circulaire du 25 avril, tout en prescri- 
vant des ménagements envers les pauvres, n'empêchèrent 
pas la réalisation des prophéties de M. Dupont (de l'Eure). 
L'impôt fut perçu avec une rigueur calculée. Les employés 
qui avaient fort peu d'estime pour la République, cher- 
chaient à la rendre odieuse. Une réaction perfide, infâme, 
. s'empara des 45 centimes et s'en fît une arme terrible. Le 
spectre de Basile couvrit la France entière. Oubliant leur 
enthousiasme d'un jour, leuï" terreur d'une semaine, les 
hommes des classes aisées jetèrent le masque et pour la 
première fois ou vit un gouvernement qui se laissait pu- 
bliquement insulter en se contestant de protester de ses 
bonnes intentions. Dès qu'elle vit que le côfosse ne mor- 
dait pas, la vermine se mit à le dévorer tout vivant Grâce 
aux 45 centimes, les banquiers purent reprendre le eom- 
merce des écus, la boutique rouvrit ses portes, les rentiers 
dormirent en paix. La caisse du trésor fut sauvée, mais la 
République fut perdue. 

Les diverses mesures révolutionnaires proposées, dit-on, 
par MM. Fould, Delamarre et Lehideux (1), eussent été 
^ moins désastreuses que cet honnête impôt des 45 centimes. 
M. Garnier-Pagès agit en caissier plutôt qu'en politique. -Il 
montra plus de probité que d'intelligence,' plus d'esprit de 
floauûe que d'esprit de justjcë, plus de timidité que de pru- 
dence. Il essaya de louvoyer entre la banqueroute et la 
révolution. Il préféra une balance exacte à la République. 



(1) Voir le Moniteur universel du 9.2 avril 1840, diaews êe M. LWrti- 
RoUin. 



GOUVERNEMENT PROVISOIRE. $9 

Et pour avoir consenti à se charger d'une haute fonction 
pour la quelle la nature ne l'avait point formé, H laissa sur 
le carreau sa popularité. Il perdit même ce qu'il pouvait 
avoir de réputation 4e capacité politique et financière. Au 
sortir des révolutions, il n'y a plus de nuages. L'atmosphène 
s'est purifiée; les hommes apparaissent tels qu'ils étaient 
en réalité : très-petits ou très-grands. 

Le ministère des Finances n'est malheureusement pas le 
seul où de lourdes faute» furent commises. L'Intérieur, 
quoique dirigé par un homme très-supérieur à M. Garaiev- 
Pagès, souffrit beaucoup de la manière dont il fut réorga- 
nisé le lendemain de la révolution. M. Ledm-Rellin est 
doué d'un beau talent oratoire. Grand, robuste, sanguiq, 
on crut voir en lui l'étoffe d'un Danton. On se trompa. M. 
LedrurHûllin est beaucoup trop honnête homme, il a l£ 
cœur trop excellent, trop affectueux, pour ressembler à 
Oanton> Il n'eut jamais l'audace et la fougue sauvage de œ 
colossal tribun ; il n'eut pas non plus ses vices à la Mira- 
beau. Quand M. Ledru-Rollin a fait un beau discours, il 
se sent joyeux comme un artiste qui vient d'obtenir un 
suceès. Il y a en effet de l'artiste chez M. Ledru-RoUipfMr 
la franchise, la générosité, les mœurs douces et aiinabtat. 
La résolution parait être ehez lui une sorte de forme ara- 
toire ep même temps que le résultat d'une grande botme 
volonté pour lés masses £e n'est pas un penseur et uuffté- 
losophe» c'est véyitablesaettt un orateur. Aussi, quand 'le 
matin dans une longea causerie, le vieux Lamennais aiait 
en quelque sorte chargé de l'électricité de sa pensé» cette 
puissante machine, on entendait dans la vaste salle de l'As- 
sôtiablée conâtituante routeur de beaiuivovages révohitfon- 
naires. Le parti républicain eut raison die prendre M: Ltetffti- 



.40 SECONDE RÉPUBLIQUE FRANÇAISE. 

Rollin pour organe; il eut tort d'en vouloir faire un chef. 

Le premier objet sur lequel Paptitude de M. Ledru-Rollin 
eut à s'exercer fut le choix des commissaires (1) qui de- 
vaient remplacer les préfets, les sous-préfets et les maires 
de la monarchie, jusqu'à ce que l'ouverture de l'Assemblée 
nationale et l'organisation des pouvoirs réguliers permissent 
de procéder à des nominations définitives. M. Ledru-Rollin 
n'était pas doué de ce coup -d'ceil supérieur des hommes nés 
pour le commandement. Ses choix s'en ressentirent. Il faut 
ajouter que, le parti républicain étant fort peu nombreux 
avant la Révolution de février, M. Ledru-Rollin n'eut 
même pas toujours la faculté de choisir. Il existait dans la 
plupart des départements un petit noyau de patriotes plus 
ou moins avancés à la tête desquels se plaçait un avocat ou 
plus souvent le rédacteur du journal démocratique de la 
localité. Ce groupe ne manqua pas, à la nouvelle de la ré- 
volution, de s'emparer de la préfecture et de la mairie. Le 
chef le plus influent fit ainsi dans chaque ville les fonctions 
de préfet ou de sous-préfet ou de maire. Ce fait qui se re- 
nouvelle à toutes les révolutions , accuse à la fois l'un 
des plus grands vices de la politique et de l'administration 
françaises. 

Partout où cela fut à peu près possible, M. Ledru-Rollin 
confirma ces prises de possession éventuelles. Ce système 
offrait plus de dangers que d'avantages. Les grands pro- 
priétaires, les magistrats, le peuple lui-même s'accoutu- 
maient difficilement à voir un véritable préfet dans le pe- 
tit avocat ou le petit journaliste de la veille. Cela sentait 



(1) Voir aux Pièce* justificatives n. 2, la liste des commissaires du <3owrer- 
it provisoire dans les départements. 



GOUVERNEMENT PROVISOIRE. 41 

trop son carnaval révolutionnaire. Le même homme eût 
peut-être fait merveille dans quelque département lointain 
où nul n'eût été au courant de ses habitudes, de ses mœurs, 
de toutes ces mièvreries inûnitésimales qui prennent tant 
d'importance en province. 

Dans les départements où il fallut envoyer des commis- 
saires étrangers à la localité, les choix de M. Ledru-Rollin 
trahirent de la précipitation et de la légèreté. Non seule- 
ment il y en eut de mauvais, mais encore il s'en trouva de 
ridicules. On en cite un qui se présenta à ses administrés on 
culotte de peau, en chapeau à plumes et en habit à revers 
rouges. On le hua et on le chassa bien vite. Le commissaire 
de Montauban, M. Sauriac, fut aussi chassé par les gardes 
nationaux d'Agen et de Gahors. A Bordeaux, M. Latrade 
dut se sauver par les toits de la préfecture. 

Il est juste de dire, cependant, que dans beaucoup de lo- 
calités les commissaires se montrèrent dignes de leur im- 
portante mission, et se rendirent sympathiques aux po- 
pulations; ainsi, par exemple : MM. Legendre, àÉvreux, 
Babaud-Laribière, à Angoulême, Degeorges, à Arras, Olli- 
vier, à Marseille, Gaudin, à La Rochelle, Pereira, à Orléans, 
Havin et Vieillard, à Saint-LÔ, Fleury, à Chateauroux, An- 
dré Marchais, à Tours, etc. 

Ajoutons aussi qu'une déplorable conception , celle des 
commissaires généraux, vint considérablement gêner l'ini- 
tiative des administrations locales. Pour la plupart, étran- 
gers aux affaires administratives, ils n'apportèrent dans 1rs • 
départements qu'ils visitaient en courant que de la dé- 
fiance. Leur rôle fut inutile à l'égard des commissaires , et 
tendit uniquement à les discréditer dans l'opinion publi- 
que, en leur simulant une position subalterne. 



42 SECONDE RÉPUBLIQUE FRANÇAISE. 

M* Ledru-Rollin prit pour chef de cabinet M.Elias Regnault, 
historien et journaliste, et plaça M. Carteret, à la direction 
de la sûreté générale. Les importantes fonctions de secré- 
taire-général furent confiées à un avocat d'un grand talent, 
Ji. Jules Favre, peu célèbre encore, mais dont la verve 
amère étonna plus tard la Constituante. 

Des traîtres se glissèrent-ils dans cette administration 
nouvelle 1 Ou doil-ou attribuer seulement à l'inexactitude 
du service les laits incroyables qui s'y produisirent? le lec- 
teur en jugera. Pour ne citer qu'un exemple, M. Elias Re- 
gnault écrivait le 9 mars à M. puépin, commissaire à 
Nantes, que Ton n'avait reçu de lui aucun rapport quoi- 
qu'il lui en fût demandé un par jour. Or M. Guépin en avait 
expédié sept dont la partie confidentielle se trouvait avoir 
été livrée aux journaux réactionnaires et publiée! Les faits 
de ce genre furent innombrables. Le ministre lui-même, 
donna l'exemple de la négligence et de l'absence totale de 
caractère, ep laissant insulter et en désavouant les commis- 
saires auxquels il accordait des. pouvoirs illimités. 

Le ministère de la Marine et celui de la Guerre exigeaient, 
en raison des circonstances, une prompte réorganisation. 
Une armée vaincue, démoralisée, qui ne suit plus le com- 
- mandement, n'impose plus le respect, n'inspire plus la 
crainte; une telle armée se met bientôt à la débandade. 
Outre la nécessité de se tenir prêt aux éventualités que la 
proclamation de la République en France pouvait pro- 
duire en Europe, le Gouvernement provisoire songeait à 
lui-même. Tout gouvernement nouveau éprouva pour 
l'armée une secrète tendresse. Les plus libéraux des pou- 
voirs issus d'une révolution, alors même qu'ils se voient 
obligés d'éloigner Tannée de Paris, soupirent après son 



fiQUVKftNKIOCNT PftûVISOIRK. 43 

retour. Soit qu'ils n'aient pas uoo foi absolue dans leuro 
principes, aoit qu'ils ne se sentent pas la puissance de réfe 
User leu promesses du siècle, le peuple ne leur semble point 
une garde suffisante. Pour tout dire, il leur inspire plus dp 
crainte que de sécurité. 

Une sédition qui éclata parmi les Invalides dut singu* 
Jièremint donner à réfléchir aux dictateurs de février. Un 
legs de 6,000 fr. venait d'être fait aux Invalides. Four pré- 
venir les excès d'ivrognerie auxquels ces vieux, braves ont 
la faiblesse de se laisser entraîner, le conseil d'administré 
tion jugea prudent de leur partager cette somme fraction- 
nellement avec la solde du mois. Les Invalides, furieux, 
déclarèrent que leur commandant, le général Petit, voulût 
leur extorquer w legs, et que le vieux traître tr&Uwit (A 
drapeau de la République dans le ruisseau. Aidés d'ou- 
vriers égarés, i(s s'emparèrent de l'booprablG vieillard» Iff 
garrottèrent, l'enfermèrent daus un fiacre, le traînèrent su* 
les quais et voulurent le jeter à l'eau. On se contenta de ta 
mener au Pa^is-National, où le général Courtais et te 
chef d'élat-ruajor, M. Guinard, parvinrent à dessiller les 
yeux de ces forcenés. Le lendemain, ou réintégra le géné- 
ral Petit dans ses fonctions. Le tout se termina par un* 
enquête destinée à lever les soupçons, et par la punition 
des principaux meneurs. Mais quelle eut été la conséquente 
d'upe sédition semblable dans un régi meut, alors qu'il atiut 
été4,fe<ûle d'y «tonner une signification politique? 

Le Gouvernement provisoire se préoccupa donc beau:* 
coup du û*ésor4re qye Ja révolution avait jeté dans l'armée. 
Il cheriba, par des décrets et oV iirociamations (i) à rWfr- 

(1) Voir le Moniteur univtnelAu 1 B février et du 18 mari 184 S. 



44 SECONDE RÉPUBLIQUE FRANÇAISE. 

ver le moral des soldats. Le général Subervie, ancien dé- 
puté de l'opposition sous le règne de Louis-Philippe^ poussé 
au ministère de la Guerre faute de candidat sérieux, man- 
quait d'autorité. Son caractère, son âge, ses habitudes de 
petite guerre parlementaire, convenaient médiocrement à 
la situation. Né du hasard et d'intrigues spontanées, le Gou- 
vernement provisoire, né s'étant pas prévu lui-mènrie, n'a- 
vait rien pu prévoir. Aucun de ces conspirateurs, aucun 
de ces hommes d'État, n'avait préalablement fait ces choix 
intérieurs qu'indique la plus vulgaire prévoyance ou à son 
défaut, la connaissance du pays qu'on aspire à gouverner. 
Noyé dans un flot de solliciteurs, qui lui fit porter au 
Moniteur la naïve expression de Ses doléances, M. Subervie 
semblait paralysé (l). Le secret de son inaction n'était pas 
tout entier dans son impérilie. La Commission de défense 
nationale dans laquelle se trouvaient de jeunes généraux 
ambitieux, tels que MM. Bedeau et Lamoricière, qui d'a- 
bord avaient refusé le portefeuille de la guerre, mais qui 
voyaient le pouvoir dans un avenir peu éloigné et dans de 
meilleures conditions, dédaignait et critiquait ce vieil- 
lard plus habitué à se plaindre des vices de la manuten- 
tion, ou des passe-droits dans l'avancement, qu'à diriger 
les cadres d'une vaste administration. Le vieux député de 
Nogent-le-Rotrou se vit attaqué, destitué en moins d'un 
mois, avant d'avoir pu saisir le motif de sa disgrâce. Il fut 
remplacé par le général Gavaignac, militaire de l'armée 
d'Afrique, qui venait de faire beaucoup de chemin en 
quinze jours. Mais c'est là un des mystères du sentiment 
aristocratique qu'on Retrouve en France dans tous les par* 
tis et dans toutes les classes. 

(1) Voir le Moniteur universel du 7 et du 12 mars 1848. 



GOUVERNEMENT PROVISOIRE, 45 

M. Eugène Cavaignac lut nommé général de division, 
le 28 février 1848, parce qu'il était frère de Gpdefroy Ca- 
vaignac, chef de la société des Saisons, et rédacteur du 
Journal du Peuple, 60us Louis-Philippe. M. Godefrôy Ca- 
vaignac, mort à Paris, en mai 1845, avait dû lui-même 
sa popularité dans le parti républicain, non-seulement à 
ses grandes qualités, mais à son origine. Il était fils d'un 
conventionnel. 

M. Eugène Cavaignac fut nommé général de division et 
gouverneur général de l'Algérie. On craignait un coup de 
maiu des princes de Joinville et d'Aumale. Un officier gé- 
néral dont on suspectait la fidélité, M. Changarnier, qui 
commandait sous |M. d'Aumale, pouvait seconder une ten- 
tative de résistance. On crut habile de lui opposer, dans 
l'éventualité d'une révolte, un général populaire en Afri- 
que. Les deux princes reçurent, le 2 mars, de M. Arago et 
de l'amiral Baudin, la nouvelle officielle des événements 
arrivés à Paris, Le lendemain, ils s'embarquèrent pour 
Gibraltar, sans avoir rien dit ni fait dans le sens d'une in- 
vitation à la révolte. 

Le départ de M. le duc d'Aumale livrait par intérim le 
commandement de l'Algérie à M. Changarnier, qui n'alla 
point à la rencontre du général Cavaignac, et laissa pren- 
dre plutôt qu'il ne. remit le bûton de commandement. 
En dehors des différences d'opinion assez peu sensibles 
chez les militaires, dont les idées, les passions et les inté- 
rêts ne sortent guèro des cadres de leur profession, les 
généraux ^Afrique étaient pour la plupart aussi ambitieux 
les uns que les autres. L'élévation subite d'un compétiteur 
dut blesser le général Changarnier. 

Au fond, M. Cavaignac ne croynit guèro à l'existence de 



46 SEGOKDÉ ËÉfUBLIQUI FRANÇAISE. 

la République, et il ne 9e trompait pas sur le motif de sa 
nomination, a En me désignant, dit-il dans sa proclama- 
tion à la population de l'Algérie, le Gouvernement a voulu 
honorer la mémoire d'un citoyen vertueux, d'un martyr 
de la liberté. t> Dès ses) premiers actes, ce militaire donna 
le critérium de sa valeur en politique, Il avait cru devoir 
faire enlever la statue du duc d'Orléans* Un prince mort 
ne gène plus personne. Cette mesure froissait les sentiments 
des habitants d'Alger* On s'attroupa. Le général Cayaignac, 
qui avait fait une première faute, en fit une seconde : il céda 
devant l'émeute. La statue resta. Des scènes du même 
genre eurent lieu peu de jours après, à propos d'un bonnet 
phrygien pendu à un arbre de la liberté, et qu'il fallut dé* 
pqndre après l'avoir regardé pendre. 

Nommé au département de la guerre le 20 mars, M. Ca- 
taignac (i) refusa d'être le ministre d'une République à la- 
quelle il ne croyait pas. Il préféra garder sa position toute 
militaire. Le Gouvernement provisoire lui enjoignit, dans 
une réplique amère, de rester en Afrique, et le remplaça 
temporairement par M. Arago (2). M. Arago fut nommé mi» 
nistre de la guerre le 5 avril, et à la marine par intérim. 11 
trouva, sur le déclin d'une carrière épuisée par d'énormes 
travaux, l'énergie de diriger simultauétnent deux minis- 
tères. A la guerre, aidé de M. Charras, officier distingué, 
récemment nommé lieutenant-colonel, et dont il fit son 
sous-secrétaire d'État, il rallia les militaires de tous grades 
qui se trouvaient en congé, s'occupa des remorites, dimi- 
nua les cadres onéreux, arma les gardes nationales, et 

(1) Voir aux Pièces justificative*, n* 3, 

(2) Voir le Moniteur univeriel du 6 avril 1 648. 



GOUVERNEMENT FftOVISOIAl. 47 

réalisa environ 16 millions d'économie* A la marine, H 
confia les fonctions de sous-secrétaire <? État à M. Victor 
Se h œl cher, démocrate connu par son dévouement de toute 
la vie à l'émancipation des nègres* Aussi l'abolition de 
l'esclavage dans les colonies fut-elle une des premières 
mesures dont se préoccupa le nouveau ministre. Il nomma 
une commission sous la présidence de M- Schœlcher. L'a- 
bolition fut prononcée le 4 mars* et consommée le 11 avril 
suivant* Cette mesure prise sans préparation, et qui, selon 
les termes de la circulaire du 15 mars, confiait a le main* 
tien de l'ordre à la raison et à la bonté des maîtres et des 
esclaves, » ruina les colons et affama les colonies. Bourbon 
souffrit moins que les Antilles, parce que, depuis longtemps 
déjà, les colons avaient introduit des travailleurs de Ma* 
dagascar,.et fait des applications de travail libre. De cette 
sorte, la terre ne manqua pas de bras. Les nègres des An- 
tilles ne connurent pas plutôt le décret du 4 mars, qui pro* 
mettait la liberté après le règlement de l'indemnité* qu'ils 
refusèrent de travailler, prirent la fuite, incendièrent les 
habitations et jetèrent le désordre et la terreur dans le pays» 
Des colons de la Martinique se sauvèrent (1). Ce qu'il fout 
surtout reprocher au Gouvernement provisoire dans cette 
circonstance, c'est de n'avoir pas trouvé d'efficaces moyens 
transitoires. Quant à l'acte d'abolition, à qiîel titre l'eût-il 
repoussé? La responsabilité incombe donc pour une large 
part au gouvernement de Louis-Philippe qui, en favorisant 
lès idées d'émancipation, ne daigna pas en préparer la 
réalisation. On n'écouta guère les plaintes des colons. 
Un flot de décrets émancipateurs parut dans le Moniteur 

(1) Voir «ux Pièces juêtificaiittê, s. 4. 



48 SECONDE RÉPUBLIQUE FRANÇAISE. 

du 17 avril. Les nègres purent se faire représenter à F As- 
semblée nationale et, comme, par un décret simultané, on 
attribuait à FAssemblée nationale le droit de fixer l'indem- 
nité, il en résultait qu'un nègre, représentant, pouvait 
avoir à statuer sur la valeur de sa propre personne, au 
moment où il était encore esclave. 

M. Arago apporta en outre des améliorations dans le 
régime alimentaire de la marine et fut l'inspirateur du dé- 
cret du 12 mars qui rayait du code maritime la bouline, la 
cale et les coups de corde. 

M. Carnot, le fils du grand ministre qui organisait la vic- 
toire, fut chargé d'organiser Fenseignement républicain. 
On y joignit les cultes. Us appartenaient sans raison au mi- 
nistère de la Justice. Sans beaucoup plus de raison, on les 
réunit à l'Instruction publique. Le clergé et l'université, 
Feau et le feu, se rencontrèrent dans la même main. Les 
cultes ont toujours été un grave sujet d'embarras lors qu'il 
s'est agi de les déplacer. Sous le système qui les régit 
au dix-neuvième siècle, le bon sens indique qu'ils devraient 
former un département spécial. 

En présence d'un gouvernement nouveau qtii remettait 
tant de choses! en question, en face d'un ministre créé par 
une révolution, fils d'un membre du Comité de salut pu- 
blic, et ancien ajpôtre lui-même du dogme Saint-Simonién, 
Fesprit de corporation fut plus fort que les haines clérica- 
les et universitaires. On sait que rien ji'égale l'orgueil, Fins- 
tinct d'insubordination, d'indépendance et d'envahissement 
des corporations. Chacune d'elles se croit, au milieu de 
l'Etat, une sorte de franc-alleu qui ne relève que de lui- 
même. En présence de l'ennemi commun, on vit pour la 
première fois l'Eglise et l'Université se tendre la main. Et 



GOUVERNEMENT PROVISOIRE. 49 

tandis qu'avec un peu de naïveté peut-être, M. Carnot s'ef- 
forçait de concilier l'eau et le feu, l'eau et le feu parfàite- 
iîient conciliés se liguaient contre lui. 

Là lutte n'était pas où la croyait rencontrer M. Carnot* 
Elle se passait dans une plus haute région. Elle se passait 
entre le culte et l'Etat, éternelle querelle des vieux peuples 
chez qui la foi s'est éteinte; parce que, morte la foi, le 
prêtre reste. Il est évident que l'idéal de la politique serait 
Taccord parfait ou plutôt l'identité de l'Eglise et de l'Etat. 
La théocratie est la plus haute forme gouvernementale à 
laquelle puisse aspirer l'esprit humain. Elle représente 
l'harmonie de tous les rouages sociaux. Elle est l'expression 
suprême de l'unité. Quand la raison a pris la place de la 
foi, quand la philosophie occupe ce sommet de la pyramide 
qu'occupait auparavant la religion une séparation radicale 
de l'Eglise et de l'Etat devient Tunique et le plus loyal 
moyen de terminer la lutté. La pensée politique qui a placé 
en France le clergé sous le joug du salariat gouvernemental 
n'a pu faire remonter aux consciences le cours des siècles. 
Que signifierait l'Eglise dans l'Etat le jour où la foi serait 
morte ? La Constituante de 1789 a donc créé un système bâ- 
tard. Il fut sans doute utile de briser la fortune de l'Eglise, 
d'arrêter l'envahissement de cette corporation qui eût fait de 
l'Europe un vaste pâturage de moines à l'engrais et rongé 
la France jusqu'au tuf; mais là devait s'arrêter son œuvre. 
Des lois générales, des lois de précaution suffisaient. Au 
temps où nous vivons la semi-adjonction de PÉglise à l'E- 
tat est un non sens, une fiction. L'Eglise doit être tout ou 
rien, rien qu'une chose purement spirituelle à laquelle on 
ne doit ni protection spéciale, ni traitement, soumise aux 
lois communes et dent U faut uniquement se préserver, si 
h. 4 



$0 SECOUE &jfrL T 9MQUÇ FRANÇAISE. 

9l}e devient dangereuse, comme on se préserve des accapa- 
reurs et des conspirateurs. 

Les erreurs de M. Garnot furent presque toutes le résul^- 
tyt de ça situation, J4 fausseté de cette situation éclata dès 
les premiers conflits. Il suffit de Jire la lettre que Je ministre 
d? Instruction publique écrivit le 23 mars 1848, à l'arche- 
vêque de Lyon, pour se faire une idée. de cette ambiguïté. 
Certes, si un général de divisjpn et plusieurs généraux de 
brigade se fussent permis, comme le firent l'archevêque de 
Lyon et plusieurs évêqqes, d'attaquer hautement une déci- 
sion du gouvernement, ou le principe du gouvernement 
lui-même, il est douteux que le ministre de la guerre se 
ftit contenté d'une êprte de plaidoyer purement défensif (1). 
Aidé de deux Saint-Simoniens distingués, anciens rédas* 
tpurs de l'Encyclopédie nouvelle, MM. Jean Reynaud et 
Edouard Charton, M. Garnot, plus éclectique qu'il ne l'ima- 
gmait, entama son œuvre de conciliation, Il entreprit l^dit- 
ûçile tâche de détruire l'esprit de corporation dans le clçrgé 
çt l'esprit de corporation dans l'université; publiant que re- 
prit de çprpor^tion est une conséquence naturelle de la çprr 
poration et que, pour briser J'esprit, U eût fallu briser la 
chose, H s'efforça de détruire les préjugés déyots et les pré- 
jugés anti-religieux. Il constitua un jittyénép libre à cOté du 
çpllégç de France. Il protégea les libres penseurs et sup*- 
çrima la chaire d'économie politique ç pus prétexte de mettre 
up ff ein qu libéralisme qui résulte de renseignement de 
ï'çponomie politique, ainsi qu'il était pratiqué au cpjlége 
de France. Cette mesure manquait peut-être de justice et 
de lpgi<jue f Le painistre eût sans doute bien fait de restrein- 
te Voir la lettre cfe M. ÇarnoÉ (?3 jpar* J848) a jy chenue <te Ljoo. 



dpe l'enseignement de l'économie à lu sente portion scientifi- 
que et de proscrire de cette chaire les conséquences qu'QQt 
prétendu en tirer, le^ partisans des doctriue& anglo^-améri- 
oaiueg. Mais entre la protection et le libre-échange, entre la 
réglementation et la liberté, il y a, depuis Quesnay, une 
science qui consiste, comme la géométrie, la chimie, la phy- 
sique ou toute antre, à découvrir des lois, à les constater» à 
las décrire. M. Carnçt manqua de générosité en supprimant 
Wt enseignement dont la France aurait fort grand besoin, 
et faute de laquelle la politique compte tant de rêveurs et 
l'industrie tant d'ayaugies. 

Par ce même système, qui cgnsistait à marier des ia- 
compatibles, M. c^rnot conçut le prpjet de la gratuité, de 
rpWigation et de la liberté de renseignement» Fille du 
laisser-faire çmglo-américain, Ja liberté de renseignement 
implique la liberté de l'ignorance, et, puisque l'enseigner 
ment libre ne reçoit point d« salaire de l'État, elle impttr 
que nécessairement la non»gratnité ; cç qui constitue deux 
contradictions daps n» seul fait* Quant à l'obligation, elle 
e#t inséparable de la gratuité. On ne saurait obliger up 
enfant à aller gratuitement chez un œaitr* d'école qui 
n'Ç$t pas payé pour l'instruire. De deux choses Tune, ou 
l'enseignement libre* ne pouvant soutenir la concurrent* 
de l'enseignement universitaire régi et salarié pur l'État, 
périrait misérablement \ ou, tout en se fanant payer, il at- 
tirerait à lui plus de monde que les écoles gratuites. Dans 
ces dernières, U ne resterait peut-être plus que des enfant* 
obligés par leur misère et p^r la volonté delà loi d'en subit 
le régime. Ce système de fusion n'était donc ni règlement 
taire, ni libéral, ni républicain, ni logique surtout. U n'en 
pouvait sortir qu'un amas de vapeurs fuligineuses. 



52 SECONDE RÉPUBLIQUE FRANÇAISE. 

L'invention des catéchismes politiques ne fat pas non 
plus une innovation fort heureuse. Un catéchisme est pos- 
sible en matière religieuse, parce que toute religion présup- 
pose une certitude, des articles de foi, des pétitions de 
principes admises comme fait, parce que toute religion af- 
firme et ne souffre pas de dissidence. En politique, au con- 
traire, la discussion est un fait normal, la dissidence est 
permanente. Il n'existe pas de république orthodoxe. La fa- 
çon de comprendre la république et de la pratiquer varie 
selon la secte et plus souvent selon le génie du républicain. 
La république commence à l'aristocratie, et au besoin à 
l'esclavage, et finit à la démagogie. Elle comporte des 
mœurs austères ou galantes, nobles ou mercantiles. Elle 
est réglementaire comme un régiment, ou libérale jusqu'à 
Vanarchie. MM. Henri Martin, Charles Renouvier, Ducoux 
et Ben-Bar uch montrèrent plus de courage que de pru- 
dence, plus de bonne foi que de sagacité en publiant des 
catéchismes politiques. Quel que puisse être le talent des 
rédacteurs de ces catéchismes, le lecteur n'y saurait voir 
que la république de Ducoux ou la république de Baruch. 
U y a eu des évangiles selon saint Jean, selon saint Luc, se- 
lon saint Marc, mais ces évangiles se bornaient à raconter 
ées faits et les paroles du Maître. Un autre danger des ca- 
téchismes politiques, c'est le ridicule. 

La confusion qui régnait dans la pensée de M. Carnot se 
traduisit par de nouvelles conceptions* Le présent et le 
passé se livraient en lui un combat étrange. On sentait ici 
le Saint-Simonien, là le politique parlementaire ou le ré- 
publicain modéré inclinant vers la gauche dynastique. 
Honnête homme, homme de bonne foi et de bonne volonté, 
mai* marqué de cette empreinte que Louis XVIH et Louis- 



"4? 



GOUVERNEMENT PROVISOIRE. M 

Philippe out laissée à leur siècle, éclectique en dépit de se* 
doctrines, libéral par tempérament, -réglementaire par 
souvenir de jeunesse, M. Carnot fut de ceux qui se préoc- 
cupèrent trop de faire accepter la République par la classe 
moyenne, pour que celle-ci ne vit pas combien ses dicta- 
teurs et ses ministres la craignaient. Quand les effluves de 
sa jeunesse politique lui revenaient au cerveau, M. Carnot 
imaginait quelque conception autoritaire et centralisatrice, 
comme de rattacher l'instituteur communal à l'État. Le 
lendemain, il faisait quelque concession à la liberté de 
renseignement Son retour le plus caractéristique vers la 
muse des jeunes années fut l'imagination qu'il conçut de 
donner à l'Institut une action centrale sur le travail intel- 
lectuel de la nation, pensée qui amène involontairement à 
l'esprit je ne sais quelle vague réminiscence de la Cité du 
soleil. L'Institut, tout à fait en désacccord avec l'esprit ré- 
volutionnaire qui remue si profondément ce siècle sans 
croyance, ne saurait avoir sur les sciences et les lettres, au 
milieu de nos institutions libérales et de nos mœurs anar- 
cbiques, l'influence qu'exerce le Conseil d'État, par exem- 
ple, sur l'administration du pays. La seule section des 
sciences morales et politiques est la tour de Babel des 
idées; l'académie française, proprement dite, offre le spé- 
cimen de la dissonnance parfaite en littérature. L'Institut, 
à tort ou à raison, passe, en France, pour un lieu de repos 
où la gloire sommeille sur son passé. Pour en faire un 
corps actif, il eût fallu, comme sous Napoléon I er , y admet- 
tre des jeunes gens et, chose plus difficile, imprimer, au 
moins à chaque section, l'harmonie des idées et l'unité des 
vues. 
Il y a peu de choses à dire du ministère du Commerce et 






54 SECÔtfiffi tLÉWtoLÎQUE FKANÇAISfe. 

dé l'Agriculture. Ces deux vastes sources de la Wchèssé du 
pays n'éprouvent pas un très-vif besoin de se Sentir admi- 
nistrées. Ce qui leur importe avant tout, c'est de ren- 
contrer un régime économique qui leur prépare dés 
voies faciles et né les entravé pas dans leur Marche. 
M. Béthmont élit l'esprit dé portée sans trop y songer, cô 
portefeuille de convention. 11 fit un peu de statistique et 
fonda quelques fermes-écoles. Hors de là, il eût fallu abor- 
der franchement les vastes questions de l'association agri- 
cole. Cette tâche eût été au-dessus de ses fonies, au-dessus 
tfialheureusemenl du niveau intellectuel de nos campagnes. 
Elle offrait pourtant le Seul moyen de retrouver les avan- 
tagés de la grande exploitation, tout en conservant la pe- 
tite propriété. Les bieùs communaux, divisés en parties 
ifcègâles et èoutois au régime de l'association, pouvaient 
devenir un champ d'eipérîmentation. Mais il nNeti eût peut- 
être pas fallu davantage pour allurrier chez les populations 
rdrales quelque épouvantable guerre civile. 

En se souvenant de l'aubade dôntiêé lé soir du $3 fé- 
vrier à M. le garde des sceaux, mihistre dé la Justice > en 
repassant dans sa mémoire l'interminable chapelet des ré- 
quisitoires politiques êoos le règne de Louis-Philippe ; en re- 
gardant au clair de lune d'une imagination effVôyée le 
spectre guillotiné du régicide Alibaud, du régicide Fleschi, 
dû régicide Pcpin, du régicide Morey, les spectréâ troués 
dfe balles, hachés de coups de sabres des insurgés de 1832, 
<ie 4854, de 1839, et de février 1848; en songeant à tous ces 
'échappés du mont Saint-Michel qui venaient de Se promener, 
pâles et triomphants, sur lés places publiques en cabriolets 
de régie, la magistrature se crut perdue. Elle arriva le dos 
cbnVekè, l'oreille b^ssô, devant le Gouvernement républi- 



GOUVlSKNEJtfJiiXT rnovisdiRE. 55 

caiu. On lui montra soft nouveau ministre. Elle le ta un cséîl 
tors, elle s'attendait à rencontrer la térriMe face d'an ban- 
ian. Elle vit u& honune au&i peu gracieux de visage que 
le chancelier Maupeou, mais infiniment moins révolution- 
naire* et reoonnttt un avocat qui, depuis vingt ans, plaidait 
devant elle, uô des meilleurs compagnons de ce barreau 
qui détient lui-même magistrature au coup de baguette des 
révolution^ le célèbre avocat Crémieux. La magistrature 
comprit qu'elle était sauvée. Elle commença joyeusement 
toutes le9 cérémonies en usage aux changements de gou- 
vernement. Elle prêta des serments qii'brt ne lut deman- 
dait pas. Elle enlama contre lès miulètfes déchus un réqui- 
sitoire qui ne devait pas avoir de suite, tandis qucr, de SOù 
cdlé, te nouveau ministre méditait un vaste plan de réforme 
destiné à ineurlr dans une commission, malgré la bonne 
fol dé M. îtfàrtln (de Strasbourg), son président. M. Cré~ 
mieu* rendit pourtant quelques services de détail. Il abolit 
l'exposition pnbliqtie, la contrainte par corps, les lois de 
septembre* et diminua les frais de justice. L'opinion récla- 
mait depuis longtemps Ces réformes qui sont plutôt tWvife 
de l'esprit publie que celle d'un homme. 

En jetant un regard rétrospectif sur les premiers plans âè 
ce tableau d'une République du dix-neu vienne siècle, lti lec- 
teur se souvient peut-être d'one figure d'avocat maigre et 
fl»qui, dan» la discussion dé l'adresse, répondant à la toux 
alarmiste du eonseiller Quesnault, protestait avec tant d*è- 
nergie contre la terreur et les communistes. Cet avocat li- 
béral et modéré avait fait du chemin, lui aussi, depuis la 
dUcu**io&de Fâdrésse et le? prologue des banquets. Mais ce 
qu'il y a de ptaS'étmuge, c'est qtie, détenu l'un des ôhk 
dictateurs de février, et chargé du pacifique ministère âfés 



56 SECONDE RÉPUBLIQUE FRANÇAISE. 

Travaux publics, M. Marie, l'homme le plus ennemi de la 
terreur et de la guerre civile, soit devenu, par un caprice 
des révolutions, l'involontaire patron et organisateur des 
bandes insurrectionnelles de juin 1848. 
. Il résulte du rapport de la Commission d'enquête et des 
documents non-officiels fourpis par M. Emile Thomas, dans 
son Histoire des ateliers nationaux, par MM. de Lamartine, 
Garnies-Pages, Louis Blanc, dans les pages d'histoire qu'ils 
ont tracées pour leur propre justification, que M. Marie fut 
le promoteur et l'organisateur des ateliers nationaux. Dans 
cette dictature de onze hommçs aussi divergents de senti- 
ments et d'opinion, nous l'avons déjà remarqué, chacun a 
son œuvre. 

Par un arrêté du 6 mars 1848, signé de lui seul, M. Marie 
institua le service des ateliers nationaux. L'idée première 
de ces ateliers remontait à la Constituante et à la Conven^ 
tion. Malgré sa haine contre le socialisme, M. Marie obéis- 
sait à une pensée socialiste. A la vérité cette idée de mettre 
le pauvre laborieux à l'abri d'un absolu chômage, de rat- 
tacher ainsi le dernier des citoyens au pacte çocial, est prise 
aux entrailles mêmes de ce siècle. Il n'y a pas de réaction 
qui puisse arracher cette généreuse pensée de là conscience 
publique. Le tort de M. Marie fut d'appliquer une pareille 
idée avec une profondeinintelligence. Dans la forme que 
M. Marie leur donna, les ateliers nationaux ressemblaient 
à des ateliers de charité ouverts à la faim parla peur et par 
la sottise. Us furent uniquement destinés à débarrasser les 
mairies des bandes affamées qui les assiégeaient. L'État se 
faisait entrepreneur sans appeler la société au partage des 
dividendes. L'ouvrier restait salarié. Et quels travaux lui 
confiait-on? Des travaux sans produits directs, des travaux 



GOUVERNEMENT PROVISOIRE. 57 

de terrassement auxquels la plupartd'entre eux étaient ab- 
solument impropres. Les ouvriers des ateliers nationaux 
comprenaient si bien la pensée du Gouvernement, qu'ils ne 
se donnaient point la peine de travailler, et désolaient du 
spectacle de leur fainéantise cette grande et laborieuse ville 
de Paris. Est-ce ainsi que M. Marie, l'un des dictateurs de 
février, comprenait le génie de son siècle î 

Mais aussi, lorsqu'il eût fallu un grand ministre des Tra- 
vaux publics, pat quel jeu dérisoire avait-on été chercher 
un avocat parolier, et lui avait-on mis en main la truelle de 
l'Etat? , . . 

Remarquons un fait significatif. Les ateliers nationaux 
étaient divisés en brigades, en escouades, etc. Ils nom- 
maient de& chefs qui prenaient le nom de lieutenant, de 
sous-lieutenant (1). Chaque brigade avait son étendard. — * 
Pour quoi faire? 

M. Louis Blanc prétend que cette armé 3 était recrutée et 
organisée dans le but de la lancer au besoin contre les doc- 
trines du Luxembourg, M. de Lamartine avoue que ces 
ateliers étaient inspirés par l'esprit des adversaires de 
M. Louis Blanc M. Emile Thomas, directeur des ateliers na- 
tionaux, qui parle de toutes ces choses avec l'abandon d'un 
jeune homme sceptique jouant un rôle d'aventure dans les 
débuts d'une révolution, ne fait pas difficulté d'a\ouer que 
M. Marie lui disait à l'oreille: «Croyez-vous parvenir à 
commander à vo& hommes ? » Et le jeune directeur répon- 
dait avec une nis&nee qui tourne à la comédie : « Je le 
pense, cependant il sont bien nombreux et cela devient dif- 
ficile.» — . a Plus il y en aura, mieux cela vaudra, répli~ 

(I) Voir aux Pièce* justificatives, u 6, 



88 SEGÔtttË BJËPtmiiOl^ **ÀKÇÀÏâfe. 

qtiait le ministre. Ne ménage* pasr l'argent. Vous fhudrait- 
il des fonds secrets? * II y a une page dé l'histoire dés ate- 
liers nationaux où Cette anecdote est racontée â peu prè* 
en ces termes* 

M. de Lamartine qui, dkû* ses récits dé l'histoire côtt* 
temporaine, drape en Homàlns lé$ bons hnmmes du règne 
de Louis-Philippe* fût de M. Htartë Uii romain. *~ De qttellè 
époque t 

A là ftfl de cette CoflveMWiôfl, ÏL Marié, ajouté M. Emile 
Thomas, durait articulé, éd partant dé ces hommes dont oh 
disait vos hommes : « Le jour n'est peut-être pas loin ôû il 
faudrait les faire descendre dans la rue. a fin âttétidaïri, On 
fonda utt Club dès ateliers natioHduàc. M. Emile Thomas, 
dans Ufi style évidemment emprunté à son patron, nomme 
cela a dresser * un autel ôôfttfé celui du Luxembourg. » A 
peine entrés dans leur courte carrière, les dictateurs de 
Février dressent autel Coûttèautèl : àuteï Lamartine, autel 
Led^u-Rollitt, àdtèl LotHs Tfflàittfc, aùte! Marie. Il ûe fâut 
pas tant d'autels pauf mettre te ffeu aux Quatre eôins d'tme 
nation. 

Si j'ai relevé Cëê ittfttftèfc pruftas, c'est Qu'ils en disetit plus 
que le Moniteur. Aiitou^de Chaque dtttel Rallument des pas- 
siens aveuglé* (Jui bientôt Se df-ésSerônt au riôttt d*ttfrè 
pensée commune ou plutôt d'un sentiment commun, le sen- 
timent de l'iniquité sociale et de la misère présente. A peine 
avons*noua fait quelques pas dans ce chemin bordéf ffbbf- 
mes, que déjà nue aurore sanglante s'élève deè quatre coins 
de Fhoriaott. Quand les payions surexcitées par taat de 
divinités imbéciles hurleront en Choeur, noua vferrotfs ces 
dieux étonnés descendre en vain de leur autel pour apaiser 
leurs adorateurs courroucés. Et quand têut sera fini, Iota 



GOUVERNEMENT PROVISOIRE. 89 

qu'on aura enterré les morts, et balayé le sang, nous ver- 
rons les juges en robe rouge se demander gravement: 
d'où vient cela ? quelle est la cause de ceci ? 

Ah ! je suis bien que les rhéteurs me regarderont comme 
un historien de décadence : j'ai nommé les choses par leur 
nom. On dira que j'ai aboyé comme le poëte Lucain parce 
que l'horreur de tout le sang que j'àl Vu répandre inutile- 
ment, parce que la douleur de toutes les calamités aux- 
quelles j'ai assisté, et que cette nation égoïste et sceptique 
a vu passer avec upe sorte d'indifférence, crie encore ça 
moi* à jamais inconsolable, et donne à ma phrase des atti- 
tudes démesurées. Mais qu'importe? qu'Util peu de clàfté 
se promène sur tous ces gestes, 3ur tous ces] intérêts, sur 
toutes ces passions d'un Vieux champ de bataille, que les 
jeunes gènéraiioùs fraîches et ardentes qui, d'un feil avide, 
parcourront ce charnier de nos guerres civile* et mesu- 
reront à la longueur des squelettes, aux sonorités des échos 
mourants de la montagne, la force du combattant et là va- 
leur de l'utopie, pourvu que cette jeunesse, disrje, en la- 
quelle reposé tout espôtr, se rende compte des limites delà 
politique véritable, qu'en un mot le bilan de la faillite soit 
dressé, j'aurai rempli mon but..» 

Mais dans ce panorama déô diVérS lïiïntâtèreô , tipe 
place efrt restée vide s celle du ministère des Maires-étran- 
gères. Elle ouvre des perspectives sur l'Europe entière. 
Voyons quel» éclaircissements nouveaux elle apporté à ce 
récit plein de ténèbres «t de rouges vapeurs. 



CHAPITRÉ II 



Situation de l'Europe. — Explpsioo universelle et spontanée. — r Autriche. — 
Ni peuples ni rois. — La luttes des idées. — Le passé, l'avenir et le libéra- 

. lisme, — L'Italie espère. — Cri national. — Pie IX a peur. — Sa fuite. 
( — La République à Home. — Manie des constitutions. — Insurrection en 
Sicile. — La cocarde tricolore à Naples. — Impuissantes tentatives de 
réaction par les lazzaroni. — Florence, Milan, Venise, Turin. — L'Italie 
du nord et Charles-Albert. — Agitation en Hongrie. — L'Autriche se 
dispose à là lutte. — Metternich, Haynau, Radetzki et Windishgraetz. — - 
Crise financière. — Effet produit à Vienne par la nouvelle de la révolution 
de Paris. — Émeute à Vienne. — * Fuite de M. de Metternich. — Ingratitude 
de l'empereur envers lui. — Son gendre refuse de le recevoir. • — A bas 
Metternich l < — Contrefaçons françaises. — Arrivée à Vienne de la dépu- 
iation hongroise. — M. Kossuth. — Son portrait. — Causes de méconten- 
tement en Hongrie. — Adresse des états de Bohème à la diète hongroise. — 
Concessions à la Hongrie. — Haine des Lombards- Vénitiens contre l'Au- 
triche. — Le peuple cesse de fumer. — Proclamation à Milan de la loi de 
police. — Les curés responsables du tocsin. — Le vice-roi quitte Milan. — 
L'émeute de Vienne connue à Milan. — Proclamation du gouvernement. — 
Réponse du peuple. — Il se soulève. —Le vice-président O'Donnell fléchit. 

— Le feld-maréchal Radetzki s'enferme dans la\atadelle et continue la lutte. 

— Protestation des consuls. — Le peuple des campagnes marche au secours 
■ des Milanais. — Encore Charles- Albert. — Mot. juste et cruel de M. de 

Metternich. — La République envahit l'Europe. — Jeu double de Charles- 
Albert. — Il prend parti pour la monarchie, — Il marche sur Milan. — 
Retraite de Radetzki. — Révolution de Venise. — MM. Mànin et Toin- 
maseo. — v La République seul gouvernement possible. — Absence de can- 
didat royal. — L'archiduc Régnier et les bains de mer. — - Fatales circons- 
tances. — Prusse. — Premières mesures. Sarrelonis en état de siège. — 
Rappel de M. d'Arnim. — Troublés du 3 mars à Cologne. — Tendances 



GOUVERNEMENT PROVISOIRE. 6i 

socialistes. — Pétitions él députatione. — Confiance de Frédéric-Guillaume. 

— Massacre de Berlin. — Victoire du peuple, — Le roi forcé de saluer les 
cadavres. — Encore une constitution. — L'esprit de la réforme en Alle- 
magne. — Remarquable unanimité des vœux du peuple allemand. — 
Emeute à Munich. — Le roi de Bavière et Lola-Monlè*. — Le roi de 
Saxe et Je boarguemestre Schwedler. — Suisse. — États-Unis d'Amérique. 

— Angleterre. — Une sage réserve. — La Belgique et les liens de famille. 

— Espagne. — Envoi de-cinquante mille hommes aux Pyrénées. — Suspen- 
sion de la liberté individuelle. — Russie.. — Le czar au bal. — Messieurs, 
à cheval ! — La guerre d'Orient. — Les fêtes troublées. — L'ordre, mot de 
ralliement donné par le Czar. — Le ministère des Affaires étrangères : M. de 
Lamartine. — Motifs de sa nomination à ce ministère. — Son arrivée. — 
MM. Bastide, Hetzel et Payer. — Ce que signifie un changement de ministre. 

— La chambre et le cabinet de M. Guizot. — Note de M. Guizot sur M. de 
Lamartine. — Difficultés d'installation. — Rappel des ambassadeurs. — Le$ 
agents et la circulaire. — La république au double masque. — Comment 
expliquer la circulaire? — Le corps diplomatique. — Manifeste Lamartine, 

— Pian diplomatique à la Marivaux. — Esprit d'un manifeste. — Effet 
qu'il produit en France et à l'étranger. — Déclaration au sujet des traités 
de 1815. — Les nationalités opprimées. — Elles croient a la France: égols- 
me et timidité de la République. — Les otages de la réaction. — Satisfaction 
du Czar. — Joie de l'Autriche, -r- Quatre armées d'observation. — Effectif 
de farinée au premiers mars — Immobilité du Gouvernement provisoire. — 
Contradiction, mensonge et trahison. — La paix à tout prix. — Les hon- 
nêtes impuissants. — L'Angleterre et les affaires d'Italie. — Le fara da te 
de Charles-Albert. — La révolution européenne œuvre des avocats, des poètes 
et des journalistes. — Le beau Lamartine et le beau Kossuth. — La Répu- 
blique française, courra sa perte. 



Cette année 1848 fut marquée d'une croix mystérieuse 
par le génie qui préside aux destinées des peuples. Il suffit 
d'un coup d'oeil jeté sur la carte politique de l'Europe pour 
voir se dégager de cette mêlée complexe d'iutrigues et de 
combats un fait capital : ce n'est pas la France qui mit le feu 
à la trainée de poudre qui embrasa l'Europe centrale. 
L'explosion fut universelle, spontanée* 

Les idées générale» s'engendrent et éclosent comme te&< 



Ç2 SECOND KtouwuQins fbançaise. 

épidémies, par des lois impénétrables à la raison humaine. 
L'eeprit de révolte parcourut depuis l'Etna jusqu'à la Bal- 
tique, depuis la Seine jusqu'au Danube, Le sentiment d'une 
va&te confédération républicaine parut poindra dans la 
pensée des peuples. Mais comme il 'ne se trouvatt aucun 
homme capable de réaliser «ne pareille synthèse j que les 
peuples, à peiae doué6 d'un^ague instinct de nationalité, 
$otrt bien loin de concevoir l'idée nette et précise d'une dé- 
mocratie^ ne fut qu'une émotion de mimidons, On lança 
des cohortes de soldats qui hachèrent ces multitudes insou- 
ïQises et l'Europe centrale rentra dans le silence. 

L'ébranlement fut, 6i violent d'abord, il importe de le 
constater, que l'Autriche trembla jusqu'à la base. Cette 
agrégation de débris disparues, coudés par le ppr despo- 
tisme de la force, sans le moindre alliage de principe na- 
tional, faillit à se disjoindre, Les chaînes et les crampons 
se brwaiçnt. Comme si le jugement dernier fût arrivé, 
ebaque membre de ce groupe difforme ^menaçait de rejoin- 
dre son corps naturel. 

À défaut de peuples, s'il s'était trouvé des rois, c'en était 
fait de la superfétation autrichienne ! Mais la [foi manquait 
aux uns et aux autres. Ni grands courages, ni grandes con- 
victions ne poussent dans cet air raréfié du siècle que nous 
respirons. Les Viennois, affadis par les délices du Prater, 
ml furent que des libéraux tapageurs; les Italiens sç moiv» 
tîàrçnt hommes et non peuple; Frédérip-Guillaume, ré« 
gnant à l'engrais, ne fut troublé par aucune pensée d'égaler 
Oharlemagne et de constituer l'empire germanique; 
Gbarie&AlbQrt n'osa mêmepas cqncevoir le rêve de devenir 
le Louis-Philippe d'une monarchie constitutionnelle, voilai* 
tienne et universitaire de l'Italie. A peine entrevit-il, dans 



les brumes de $4 trouble pensée, lui configuration trem- 
blante d'une ïiaiie septentrionale, fl eût mieux feit, comme 
Hamlet, de rêver au royaume de Danemark et de philo- 
sopher avec les fossoyeurs, ^ Il n'y eut ni peuples, ni 

JPOfcr 

Pes idée? « meuvent sous les frits, ke sabre qui fauche 
des hommes, te wtwlte qui Grève les bfttpillons profonds, 
le? peuples qui se ruent à l'émeute et arrachent de leurs 
ongles les pw de te vpie publique, tPUt cete est te tra- 
duction d'un souiïte intérieur, d'une pensée qui préside 
«omme une divinité au spectacle des agiotions qu'elle crée. 
Au fond, dps nps guerres, comme dans celte de Troie* 
sons le prétexte d'une beauté enlevée par up pâtre ou sou? 
quelqu'autre vaûje apparence qui suffit h entraîner lç$ 
hommes, ce sont des $i<mx qui & meuvent U lutte de? 
idées, c'est te lutte des d»eus, les idées put des glaives qui 
vont d'un bput de l'borwpi» M'^ulre. 

Trois idées se trouvaient en présence, B est aisé de le? 
entrevoir distinctement à travers ces yapeurs épaisses qui 
se dégagent de toute agitation humaine. Co sont le vieux çt 
le nonveau principe de l'autprité ; puis, entre ces dep* 
grands lutteurs dunt l'un se nomme Passé et l'autre Avenir, 
entre ces deux géants qui luttent de toute éternité à travers 
les âges, se dresse Je troisième esprit de te scène, un gnome 
.difforme alliaut te subUme augrptesque, un agent de trou- 
ble et de confusion, né d'hier, destiné à mourir demain, et, 
dans cette courte carrière, ayant déjà étonné le monde par 
ses incohérentes équipées : c'est le fi>s bossu de te philoso- 
phie dn xyin« siècle, Je vplfjgcw de te Constituante de J789, 
c'est le libéralisme dopt iç génie de te caric&nure, par mw 
intuition presque divine, révéla un jour le spectre grimaçant} 



64 SECONDE RÉPUBLIQUE FRANÇAISE. 

Le libéralisme jeta dans le monde entier le désordre et 
la confusion, il chassa les rois et eâcamota les révolutions 
comme des muscades. Il fit que les hommes parlèrent à 
perdre haleine sans se comprendre, qu'ils écrivirent au 
point qu'on eut besoin de vapeur pour imprimer tout ce 
qui s'écrivait; qu'ils se tuèrent sans savoir pourquoi; qu'ils 
en firent tant, et de tant de façons, qu'après tout cet inutile 
tapage et ces agitations forcenées, ils en sont venus à re- 
garder comme un délice le silence et l'immobilité. 

Sur les grands trônes du monde, le gnome impudent 
s'est assis. Il s'est assis sur les trônes d'Angleterre, de 
Prusse, de Piémont; il s'est vautré sur le trône de France ; 
il a profané les stalles armoiriées des ducs et des princes- 
ses; il s'est prélassé dans le fauteuil du président des États- 
Unis. Il n'a même pas dédaigné la chaise du prince de 
Monaco : Florestan a donné sa constitution ! Mais ce qui 
dépasse toutes les fantaisies du rêve, c'est qu'il osa entrer 
au Vatican et s'emparer gravement du trône pontifical. 

Le libéralisme, comme un démon de l'espèce déraison- 
nable et ridicule, s'était glissé dans l'âme d'un pape. 
Le dix-neuvième siècle vit éclore cette chose inouïe : un 
pape libéral 1 Le nom de Pie IX fit le tour du monde. Ah ! les 
os de Luther et de Calvin durent s'égayer au fond de la 
terre. La papauté se mariant avec le parlementarisme et 
la liberté de la presse ! cela valait bien les fiançailles du doge 
de Venise avec l'Adriatique. 

L'Italie prit au sérieux l'hérésie du pape. Elle eut la 
bonne foi de croire à la possibilité de ces alliances impos- 
sibles, que'toute raison courageuse est sommée de repous- 
ser au nom de la logique, au nom de l'humanité qui paye 
toujours de son sang ces aberrations du sentimentalisme. 



GOUVERNEMENT PROVISOIRE. 65 

Elle crut que le pape allait se faire roi, et l'aider à consti- 
tuer le royaume d'Italie et à chasser les étrangers. En 1846, 
les peuples de la Romagne, dans une pétition adressée aux 
légats pontificaux assemblés à Forli, déclaraient que, dans 
leur pensée, la question italienne était la question capitale, 
et que la plus grande faute de la cour papale était de res- 
ter vassale de l'Autriche. Ce qui se disait dans les Etats 
pontificaux, l'Italie entière le répétait. Un grand cri natio- 
nal, un cri sacré s'élevait du pied des Alpes jusqu'au Vé- 
suve : « Chassons les étrangers ! » 

a Les factions, disait le 2 août 1849, le vieux Metlernich 
au comte Diétrichstein, les factions cherchent à réunir les 
Etats de l'Italie dans un seul corps politique, ou, au moius, 
dans une confédération d'Etals soumise à la direction d'un 
pouvoir central suprême. » Tel était en effet le programme 
de la situation. Mais les libéraux n'ont jamais sérieuse- 
ment conçu l'idée d'une révolution. Aussitôt qu'elle dépasse 
leur tempérament, ils n'en veulent plus. Ils sont superbes 
à la petite guerre, mais dès qu'on met des balles dans les 
fusils, la peur les prend. Pie IX eut peur. Le vertige le prit, 
il s'enfuit devant le peuple qui le voulait mettre à sa tête. 
Le trône pontifical resta vide. La ville des papes redevint 
République. En dépit des habits noirs, on revit des triumvirs 
à Rome. Pie IX devenait réactionnaire comme Odilon Bar- 
rot. La peur prenait à tous les libéraux. Frédéric-Guillaume 
se sauvait comme le pape; et Charles-Albert, dan» ses per- 
plexités, eût quelquefois donné son royaume pour un che- 
val. 

Mais le libéralisme n'avait pas en vain jeté sa maligne 
influence sur ces peuples. Il laissait en partant son venin 
dans In plaie. Au lieu du cri national : «Chassons les étran- 
n. 5 



tiô SECONDE RÉPUBLIQUE FRANÇAISE. 

gers ! » qui était la seule politique, toute la politique du mo- 
ment, le peuple y mêla des idées complexes et délétères. 
Il fut atteint de la monomanie des cocardes et des consti- 
tutions. Il ne savait pas que les cocardes déteignent, en 
si? mois. Il ne savait pas que les constitutions sont d$9 
chiffons de papier inventées par la banque des classes 
moyennes, mais dont le peuple se sert à allumer sa pipe» 
et que les rois font descendre à des usages plus vils encore. 
Si l'abbé Siéyès, le poète des constitutions, avait pu Revenir 
au monde, peut-être eût-il souri en voyant tous ces peuples 
demander des constitutions; car il avait ou le temps, dans 
sa longue carrière, de s'apercevoir qu'une constitution ne 
sert à rien, sinon à être violée, qu'elle ne prouve rien, n# 
garantit rien et n'engage même pas ceux qui l'ont fabri- 
quée. 

En 1848, une formidable insurrection éclaja en Sicile, à 
Palerme. L'insurrection demandait une constitution. Le 3$ 
janvier, elle fut accordée. On la proclama le 11 février. 
« J'ai ma cocarde, articula le roi de Naples, le jour mémç 
de cette solennité, il n'est pais nécessaire d'en changer pow 
avoir une constitution. » Le lendemain au théâtre, en pré- 
sence du roi, les acteurs parurent revêtijs de cocarde* 
blanches, vertes et rouges. «Vive le roil Vive la Constitu- 
tion! Vive Pie IX î Vive l'Italie] » s'écria .1* salle entière» 
Le soir, dans les rues de Naples, les lazzaroui essayèrent 
de provoquer un mouvement de réaction, aux cris de : 
«Vive la sainte foi! A bas la Constitution! » U§ furent dis- 
persés par les troupes et la garde civique indignée. Le roi 
dut ensevelir sa r$ge dans son cœur. U se tut, çç ni plant 
sup l'avenir et guettant son peuple comme un tigre <jui 
attend une proie au passade, il fallait que cette révolutÂQ^ 



«OUYBEUXKENT FAOYISOHUB. tf 

fût bien d'accord avec les intérêts du pays, car, sous l'ad- 
ministration du Gouvernement provisoire de Païenne, les 
dépôts à la banque nationale augmentèrent ! 

Le grand duc de Toscane, à l'exemple de Pie IX, accorda 
le 31 janvier ce qu'on lui demandait» Le feu prenait à Mi- 
lan, à Venise, à Turin. L'Italie du Nord tout entière tour- 
nait les yeux vers Charles-Albert. Le parti national de 1* 
Hongrie s'agitait sous la puissante influence du comte de 
Bathianyi et de Kossuth. L'Autriche allait avoir besoin de 
toutes ses ressources politiques, administratives et militai- 
res, pour lutter contre cet esprit de révolte et de nationalité* 
Le libéralisme troublait sans doute, eu les compliquant, ces 
instincts si simples et si légitimes, mais il augmentait l'en- 
thousiasme par ses déclamations, et avant de perdre la ré- 
volution, il aidait à la faire éclater. A Presboijrg, à Pesth « 
comme à Païenne, à Naples, à Rome ou à Monaco, on vou- 
lait une constitution. Au pis aller» une constitution sert 
de prétexte. La cour de Vienne sentait venir l'orage. Elle 
se disposait à la lutte. Le vieux Melternich, qu'on avait 
nommé le grand prévôt de la police européenne, vivait en* 
core, et l'empereur avait alors trois généraux faits pour de 
telles époques, trois hommes qui ressemblaient plutôt à dei 
bêtes carnassières qu'à trois capitaines d'armée : le général 
Haynau, le maréchal Radetzki et le prince de Windish- 
graetz. 

A toutes les nouvelles qui arrivaient du sud, la crise Û-» 
nancière augmentait. Elle prit les proportions d'une pani- 
que. Le bruit courut que la Banque nationale ne pouvait 
plus opérer ses remboursements en espèces. Le 29 février, 
la Gazette officielle publia la situation de la Banque. Pffes- 
qu'en môme temps, la nouvel^ de la révolution de Paris 



08 SECONDE RÉPUBLIQUE FRANÇAISE. 

arrivait à la cour de Vienne. Elle surprit là cour en confé- 
rences sur les affaires d'Etat. Ces conférences duraient de- 
puis que l'agitation du sud avait pris des proportions me- 
naçantes. On parlait de réformes intérieures dans les affai- 
res d'Etat. 

Los nouvelles de Paris suscitèrent quelque enthousiasme 
dans la paisible population viennoise. Il parait que Vienne 
changea d'aspect. On y parlait politique, on y lisait avide- 
ment les journaux. Les conférences militaires du conseil 
aulique présidé par M. Ficquelmont, qu'on avait rappelé 
en hâte de Milan où il était chargé d'une mission seerètç, 
se multipliaient. Des troupes partaient continuellement 
pour la Lombardie. En même temps qu'il prenait ses dis- 
positions contre la révolte, le Gouvernement cherchait à 
atténuer l'effet de la révolution de France, en faisant insé- 
rer dans la Gazette officielle une déclaration toute à la paix, 
concluant en ces termes : « L'Autriche est bien éloignée de 
vouloir intervenir médiatement ou immédiatement dans 
les affaires de France, mais elle repousserait l'agression par 
tous les moyens. » L'industrie et l'aristocratie financière 
n'en demeuraient pas moins en proie à la plus vive an- 
xiété. L'agitation des esprits était la même. Il y avait alors 
à Vieone un nom qui circulait de bouche en bouche, le 
nom de M. de Metternich. Dans l'animosité qui s'attachait à 
la personne du prince, on sentait l'action d'une influence 
occulte persistante qui ne se produisait pas d'elle-même, et 
qui réveillait la haine aussitôt qu'elle semblait s'assoupir. 
Les événements allaient bientôt donner la clef de ce mys- 
tère. 

Vienne ressemblait alors à une vaste citerne, où venaient 
retentir avec une effrayante sonorité tous les bruits de 



GOUVERNEMENT PROVISOIRE. 6? 

l'empire. Et ces bruits, sourds comme le grondement du 
tonnerre, qui arrivaient de l'Italie entière ei de la Hongrie, 
prolongeaient des échos lointains jusque dans le nord 
vers la Prusse et les petites principautés d'Allemagne, 
Comme il advient souvent à ces heures de suprême péril, 
la cour était livrée à l'intrigue. 

L'émeute éclata le 13 mars. Elle se manifesta sous tonne 
de pétitions pour la liberté de la presse, colportées dans les 
estaminets par des étudiants et des professeurs. D'autres 
personnes demandèrent d'autre libertés. Ces pétitions fu- 
rent portées au conseil d'Etat. L'archiduc Charles et l'ar- 
chiduc Louis en reçurent aussi quelques-unes. Cette émo- 
tion avait aggloméré un peu de populaire sur les places 
publiques, notamment en face de la chancellerie d'Etat. Il 
était nuit. Le bon peuple devienne, depuis J808 et 1809, 
n'avait pas éprouvé de pareille émotion. Il allait rentrer et 
dormir, si le nom de Metternich, qui avait atteint une puis- 
sance d'exécration égale à celle des noms de MM. Polignac 
etGuizot, n'eût ranimé sa colère. On représentait M. de Met- 
ternich, comme un obstacle aux réformes demandées. La 
maison de campagne de cet homme aimable et spirituel, 
fut mise à sac sans que la cour daignât envoyer le moindre 
détachement pour la protéger. M. de Metternich s'était 
sauvé. Il en fut quitte pour la perte de son mobilier. Sa ma- 
jesté fit annoncer a ses fidèles sujets qu'elle s'occupait de 
décrets relatifs aux libertés demandées. Les gamins jetè- 
rent des pierres aux soldats. 11 y eut une fusillade et quel- 
ques hommes tués. On fit un peu de barricades. On mul- 
tiplia les députations. M. de Metternich arriva au palais et 
donna sa démission ; elle fut reçue avec bonheur. U dé- 
clara qu'il allait quitter Vienne ; la cour fut dans l'enthou-v 



70 SECONDE RÉPUBLIQUE FRANÇAISE. 

siasme. Ce vieil homme d'Etat put, comme le docteur Véron 
et avec un peu plus de raison ^eut-être, écrire une ampli- 
fication Sur l'ingratitude des princes. Il avait alors sohçante- 
quînae ans et comptait trente-huit arts de services effectifs 
auprès de la Coiir d'Autriche (1). Son propre gendre M. le 
comte Szandoz refusa de le recevoir sous son toit. « A bas 
Metternich 1 » devint le cri à la mode. Les Etats rassembles 
le 14i ne purent délibérer parce que le cri de « A bas Met- 
ternich ! » couvrait la voix des orateurs. L'Autriche entière 
n*eut plus qu'un cri, qu'une langue, qu'im mot dans la 
langue : « A bas Metternich ! » 

Quand ce prince fut parti, on cria : « Vive l'Empereur i » 
Vienne eut sa journée des lampions. Des pancartes annon- 
cèrent au peuple l'abolition dés droits féodaux, l'organisa- 
tion dé la garde nationale, la liberté de la presse et utie 
convocation des États-généraux pour le 3 juillet. Ces con- 
trefaçons françaises enivrèrent les Viennois. Ils poussèrent 
l'audace jusqu'à rayer le nom de Windishgràetz qui, pareil 
à un loup dans la bergerie, figurait parmi les proclama- 
tions à titre de commandant général de la ville et des trou- 
ves. On lut substitua le bon prince de Lichtenstein. 

La journée du lendétaain, 15 mars, fut encore un jour 
8e fête révolutionnaire et de eris patriotiques. La députa- 
tftm 3é la diète de Prêsbourg débarqua aux cris de ; a Vivç 
koSsilfti! Vive Bathianyi! » La Hongrie eut les honneurs 
âe'ta journée. La personne de Louis Kôssuth, député à la 
diète de Pretëbourg, célèbre par son éloquence, par s^s ef- 
forts eh faveur du parti constitutionnel hongrois, et tout 



liyH- de Metternich fut appelé en 1810» après la signajpre da traig ^e 
Vienne, an poète 'dé chancelier d'État et président du conseil. 



GOUVERNEMENT rROVfSOIRE 71 

vivant encore dans l'Imagination du peuple par sdrt dis- 
cours du 3 mars, excitait un vif enthousiasme. M. Ko&suth 
est un joli homme, de famille noble, avocat de profession, 
qui porte avec grftce le galant costume hongrois. Il sait pâr- 
fcr pendant de longues heures avec une élbqueriee imagée 
qu'il entremêle de gestes et de larmes d'un effet trerf-pà- 
thétique. Ces mo^enfe de sauvage ou de comédien qu'ôli 
admirait dans M. Kossnth, parce qu'il portait un costume 
étranger et q'u'il venait de loin, ne seraient pas admis à nos 
sévères tribunes occidentales. 

On suivait à Vienne, depuis deux mois, la marche de 
l'agitation hongroise. Le i« r M'vrier, une commission, nom- 
mée par les lîtats pour rédiger une pétition au roi, s'était 
réunie chez M. Kossuth. Fatiguée dès empiétements rfé 
l'Autriche, la noblesse hongroise était résolue a ramener 
l'empereur aux lermos et à l'exercice de sort ancienne 
Constitution. Elle pouvait lever 150,000 hommes. 11 n'y 
avait là ni sectes, ni utopies, ni factions. C'était un peuplé 
se levant au nom d'un* idée simple. Il n'avait d'autre bût 
que de ramener son souverain aux termes d'un cotitrât 
tombé en désuétude par abus de pouvoir. Aussi l'agitd- 
tion prit-elle un grand caractère d'unité. Les paysntag dH 
Styrie refusèrent là dlme seigneuriale. A Lletzen , qiWtrè 
cents paysans attaquèrent deux compagnies et en nlirent 
une en déroute. L'adresse des Etals de Bohême à la dféfë* 
hongroise attestait que l'Autriche entière étouffait sobS 
cette pression des esprits el n'était pas disposée à souffrir 
plus longtemps une pareille tutelle, a Les populations na- 
turellement énergiques dé la Hongrie, lisah-on dans l'a- 
dresse, ontété moins atteintes du'souflïë eftipofsbniifi'tftirië 
pareille eivffisationi 8i la culture de soft sol'etle âtivélàp* 



72 SECONDE REPUBLIQUE FRANÇAISE. 

peinent de ses forces commerciales et industrielles en ont 
souffert, elle a en revanche conservé intact le trésor pré- 
cieux de ses libertés, et surtout de &on action propre et de 
son patriotisme. Mais c'est à raison de ces forces et de ces 
moyens que la Hongrie est appelée actuellement et en état 
d'exercer l'influence la plus décisive sur toute la politique 
de l'Autriche, et surtout à agir dans son propre intérêt pour 
que le droit écrit et constitutionnel soit appliqué, afin que 
la communauté soit régie dans un esprit non de pouvoir 
absohi, mais constitutionnel. » 

La démarche de la députation hongroise fut couronnée 
de succès. Vivement appuyée par le prince Eslerhazy, elle 
put repartir trois jours après son arrivée. La Hongrie était 
autorisée à former un ministère indépendant sous la pré- 
sidence du comte Bathianyi. — La cour de Vienne perdait 
du terrain. 

L'émeute du 13 mars allait avoir des conséquences beau- 
coup plus graves encore, Elle fut pour la Lombardie exas- 
pérée un encouragement à la révolte. La domination autri- 
chienne s'était rendue si odieuse dans le Lombard-Vénitien 
que toutes les classes de la société, depuis la populace jus- 
qu'à la noblesse, ^'étaient unies dans une sainte exécration 
contre l'ennemi commun. Nous n'avons pas ici, nous peu- 
ple libre de tout joug étranger, l'idée de ces haines con- 
centrées, vivaces, éternelles. Le peuple lombard-vénitien, 
pour ne pas acheter le tabac de l'Autriche, cessa de fumer. 
Cela ressemble à une puérilité; c'est un prodige! Quand la 
haine descend à des manifestations aussi intimes, on sent 
qu'elle est mortelle. La petitesse du moyen prouve ici la 
grandeur de la passion. « Jeunes Lombards, la fumée du 
tabac ne s'allie pas avec la douce émanation des fleurs de 



GOUVERNEMENT PROVISOIRE. 73 

l'Italie, p lisait-on dans une proclamation répandue à Milan 
dans les derniers jours de septembre 1847 (1). Il y a des actes 
si expressifs qu'ils répandent la contagion de la haine par 
l'odieux qu'ils jettent sur la tyrannie, et qu'il est impossi- 
ble d'en lire seulement le récit sans sentir passer une 
flamme dans ses veines. 

Pour mettre le comble à la fureur de ce peuple lâchement 
opprimé, le gouvernement autrichien venait de proclamer 
la loi de police. Les villes offraient un spectacle sinistre. Les 
rues étaièat désertes ■; les boutiques fermées. Partout des 
sentinelles prêtes à faire feu ; des canons braqués sur les 
places publiques. Aux rixes sanglantes qui avaient lieu de- 
puis le mois de janvier entre les soldats et les citoyens, aux 
proclamations doucereuses de l'archiduc Régnier, vice-roi 
de Lombardie, succédait une compression implacable, im- 
pudente. L'Autriche comprenait si bien la rage et la dou- 
leur des habitants, qu'elle redoutait jusqu'au son. d'une 
cloche d'église et avait rendu les curés responsables du 
premier tocsin qui retentirait au milieu du silence de mort 
qu'elle faisait autour d'elle. Tels furent les effets de la 
monstrueuse procédure stataire (Giudizio statario) datée 
de Vienne, 24 novembre 1847, et publiée seulement le 22 
février 1848. Elle condamnait à la peine de mort immé- 
diate et sans appel ni recours en grâce pour les cas de tu- 
multe et de rébellion. 

'Avec un semblable déploiement de forces, avec des 
moyens de répression aussi sommaires, il n'y avait pas 
d'apparence que la moindre agitation pût se produire. L'é- 
meute de Vienne brisa le faisceau de cette autorité violente 

(1) Voir Histoire de la République de Venise, $ou* Martin t par M. Anatole 
delaForge.t.H, p. 269. 



74 SEG&ffltt RÉPUBIIQUB FRANÇAISE. 

el criminelle. Dans la matinée du 17 mars te vice-roi des 
Etats de Lpmbaydie partit subitement de Milan, se diri- 
geant vers Brescia. Le soir dû même jour, le bruit se ré- 
pand que la population viennoise s'est insurgée, gue l'Em- 
pereur accorde à tous les Etats de l'empire la liberté de la 
presse et une représentation ûationale. 

Le vice-président comte O'Donnell publiait, le lende- 
main 18, à neuf heures du matin, une proclamation annon- 
çant au peuple que l'Empereur Tient d'abolir la censure, 
qu'il ordonne la publication immédiate d'une loi sur la 
presse, la convocation des Etats allemands et slaves et celle 
des congrégations centrales du royaume Lombard-Vénitien. 

A cette proclamation, le peuple exaspéré répond par une 
note écFite qui pareourt la ville entière, copiée par' mille 
mains incoùnues. Cette noté demande l°la formation d'une 
police [municipale et l'abolition de l'ancienne ; S* l'abolition 
de la peine de mort, la mise en liberté des détenus politiques;; 
3* un gouvernement provisoire ^ombard-vénitieh j 4° la li- 
berté immédiate de la presse; 5* les élections dans le plus 
bref délai; 6° la formation! d'une garde civique; T la neutra- 
lité des troupes autrichiennes. La note garantissait des appro- 
visionnements aux troupes. Elle finissait par un rendez* vous 
général donné au peuple pour $ heures au Corso de Sèryi. 

À midi une colonne imposante traverse la ville pavoisèe 
du drapeau tricolore italien. Ce tocsin redouté de l'Autri- 
che retentissait enfin, malgré là circulaire adressée aux 
curés le jour de la publication du Giudiziô statariô! il tom- 
bait des nombreux clochers de Milan, couvrant la vilîè d'un 
glas universel. Le corps des pompiers entourant le podestat 
et suivi d'une foulé irritée, marche vers le palais dû gou- 
verneur. La garde résiste, trois soldats sont tués. Le reste 



SOTVIRNEMENT PROVISOIRE. 75 

*st désarmée On jette daus le grand canal le harnois mau- 
dit de cette soldatesque étrangère. La colère du peuple 
s'eierce Jusque sur les choses. Les meubles du gouverneur 
sont brisés. 

Çn l'absence du vice-roi, la sagesse et l'humanité impo- 
saient beaucoup de réserve aux agents subalternes du gou- 
vernement autrichien. Le directeur général de la police et 
le commandant en chef ne tinrent aucun compte des obser- 
vations qui leur furent adressées à ce sujet. La troupe par- 
court les rues et fait feu sur la foule désarmée. Des gardes, 
postés dans l'hôtel de la police comme dans un fort, fusillent 
tout oe qui paraît à leur portée. Le cri : « aux armes ! » retentit 
dans cette ville désolée. Mais où trouver des arrtieâîoà 
élève des barricades. La résistance s'organise. Des combats 
s'engagent sur ïa place Sainl-Fedele, sur la place d'armes, 
sur celle de Vidiserti, dans les rues del Monte, Sainte-Ra- 
degônde, sous les murs du palais Melzï, au corso déporta 
Orientale. A huit heures du soir le vice président O'Dorinel 
fléchit. Il fait afficher deux proclamations, dont Tune con- 
cède à la municipalité le droit de former une garde civique 
çt lui remet également le soin de veiller à la sûreté de 1a 
ville en remplacement de ïa direction de la police abolie. 

Mais le feld-maréchal Radetzki a fait fermer les portes de 
la ville. Il s'est réfugié dans la citadelle. Il commande à 
vingt mille hommes de garnison; c'est plus qu'il n'en faut 
pour bombarder une ville de 160,000 âmes. A travers les 
boulets de canon et la mitraille, des bandes armées au ha* 
sard, (car chacun à son arme maintenant nd fût-ce qu'une 
barre de fer arrachée à la grille d'un palais,) parcourent la 
ville aux cris de : Viva Pià nono! Vira Ttalia ! Viva la Repu- 
btica! Une lutte furieuse à laquelle prennent part tous les 



76 SECONDE RÉPUBLIQUE FRANÇAISE. 

sexes et tçus les âges se prolonge pendant cinq longues et 
mortelles journées. Les consuls des diverses puissances 
assemblés par M. Denois, consul de France, protestent. Ra- 
detzki propose un armistice. Le peuple refuse. Il est maître 
des palais et des monuments. Il sait que l'Italie a les yeux 
sur lui. Un courrier du consul général sarde , descendu des 
murailles avec des cordes, a pu répandre au dehors la nou- 
velle de cette lutte. Des proclamations, attachées à des bal- 
lons et confiées au vent qui passe et les emporte, appellent au 
combat les paysans du Milanais. A défaut de tout autre 
moyen, la voix formidable du canon qui gronde sans inter- 
ruption n'esl-elle pas un signal de détresse plus solennel 
que tout le reste? 

Les campagnes s'émeuvent. Des corps de paysans se for- 
ment et marchent vers Milan. Un corps franc composé de 
Suisses, arrive à Como. La révolte semble prendre comme 
le feu. Modène et Parme vont se proclamer en république, 
et bientôt le lion de St.-Marc va réveiller la Vénélie. 

Mais c'est à Turin surtout que l'agitation populaire ea 
faveur des braves milanais grandit d'heure en heure. Là 
règne un prince incertain comme une lueur crépusculaire. 
A certaines heures il sentait le pommeau de son épée vibrer 
dans sa main, et son regard se levait sur ces belles contrées 
d'Italie promises au génie d'un prince, ou à la foi des peu- 
ples. Ses yeux s'allumaient, il levait son épée frémissante..,. 
Tout à coup Tépée retombait, le regard s'éteignait. Comme 
un homme qui traverse un pont et enfonce son chapeau 
sur ses oreilles, il assurait sa petite couronne sur son front 
humide croyant déjà sentir les bourrasques de la tempêttj. 
Le génie du libéralisme, acharné à la perte de la révolution 
en Europe, avait fait de ce roi l'instrument de ses décep- 



"GOUVERNEMENT PROVISOIRE. 77 

tionô dans l'Italie du nord. Il avait mis en lui la dose de 
despotisme nécessaire pour que l'esprit de révolution luttât 
en lui avec l'esprit révolutionnaire ; pour que le sentiment de 
l'égoïsme balançât celui de la générosité ; pour que la peur 
paralysât le courage; la conservation, le sacrifice; laconcep. 
tion, l'action. De telle sorte que ce clair de lune d'un roi con- 
quérant fit du royaume de Sardaigne et de Piémont le 
royaume du rêve, vers lequel se tournaient avec amour le 
modérantiéme et la fainéantise. Les riches, les nobles, les 
modérés, les libéraux, esprits troublés, âmes sentimentales, 
conçurent pour ce prince de leur choix un projet, une 
ébauche difforme comme ce fils de Jupiter accroupi sur 
des jambes cagneuses ; pour tout dire ils imaginèrent un 
royaume de V Italie du nord dont Charles-Albert eût été le 
roi, conception dont le seul nom blesse l'oreille et semble 
trapsporter sous le ciel d'or de la belle Italie, je ne sais quel 
souvenir des brumes hyperboréennes. Le roi était digne du 
royaume. 

Le vieux Melternich put dire avec autant de cruauté que 
de justesse : « La monarchie italienne n'entre pas dans les 
desseins des factieux. Le roi possible de cette monarchie 
n'existe ni au-delà, ni en-deçà des Alpes. » Il ne s'agissait 
plus que d'une Italie du nord. 

Dans ces conjonctures, la conduite de Charles-Albert fut 
conforme à son caractère. Mais pour éclairer la marche de 
cette ombre de roi qui s'avance, sous la pâle clarté des 
étoiles, à la conquête d'un royaume imaginaire, il importe 
de nous élever à une considération suprême qui domina, 
durant Tannée 4848, toute la politique européenne. 

Tandis que l'insurrection s'allume du nord au midi, de 
l'occident à l'orient, les rois allemands, troublés, appellent 



T$ SECONDS RÉPUBUgUÏ FRANCHE. 

leur conseillers. En voyant leurs armées écrasées par deg 
-multitudes aux trois quarts déguenillées et sans armes, la 
crainte et le doute s'emparent d'eux. La République envahit 
l'Europe comme une irrésistible inondation. . Au gronde^ 
ment lointain du canon, les cabinets méditent sur des prin- 
cipes. Les diplomates , ces théologiens de la politique, 
ramènent la question au point de départ des nations, au 
caractère du pacte social. Ils comprennent que le péril est 
au cœur et à la tête, dans les parties nobles. Gomme a,u 
temps de Luther, il ne s'agit de rien moins que de suppri- 
mer lé pape, c'est-à-dire le roi. Desservants obéissante de 
fautel qui les nourrit, comment hésiteraient-ils entre la 
monarchie et la république? car il s'agit d'être ceci ou cela, 
rien de moins. Ce n'est pas en vérité le moment fde mar- 
chander à l'émeute dés mots, de simples mots, la liberté de 
dormir debout ou d'allçr et devenu;. L'Autriche qui n'a ja* 
mais observé les lois de 4815, en sera quitte pour promettre 
de nouveau qu'elle les observera et ne les observera pa? 
davantage, « D'anciennes convictions sont une tradition 
yivapte dans le. sein d$ 1$ maison de Hapsbourg... » dira ' 
M. de Ficquelmoat. Et il ajoutera ; « Nous ne croyons pas 
» avoir besoin de vous exposer les causes qui ont amené la 
» changement de système politique de l'Autriche. * Quand 
il p'agit d'être ou de ne pas être, qu'importe en effet un 
changement de système? Voulez-vous des constitutions, 
des libertés de tout genre, des gardes nationales ? peuples, 
vous n'avez qu'à parler. Mais ne touchez pas à la couronne* 
C'est ainsi que la diplomatie ramena la question sur le 
terrain des principes et que, voyant sous ces agitations 
populaires la lutte sérieuse de la monarchie et de la républi- 
que, elle se résolut à tout employer, force, ruse, promesses, 



ÇpUV£IWKJ<£,NT PRQVttOtR*, If 

mensonges, pour sauver la première. Char le s- Albert, roi 
lui-mémç, comprit l'alternative suprême de la politique du 
siècle et résolut de tirer parti des angoisses de la diplo» 
maiie, 11 commença des lors un jeu double et complexe 
qui convenait merveilleusement aux hésitations de son 
caractère. 

, Selon M. tf. Abercrotnby (1), U Sardaigne, malgré 
l'enthousiasme de. ses populations eu faveur de la Lombar- 
die, pouvait reitor neutre. Dans une conversation qu'il eut 
avec le comte Bglfeo et le marquis de Pareto, il ne dissimula 
pas qu'il exprimerait cette opinion à son gouvernement. 
Charles-Albert, dans ces conjonctures si délicates, conti- 
nuait, non-seulement \is4-visde l'Angleterre et des autres 
puissance*, oasis encore k la face de l'Autriche elle-même, le 
rôle neutre qu'on attendait de lui. Il paraissait vouloir res- 
ter dans les meilleurs termes avec la légation autrichienne. 
Mais il laissait ait même temps. la presse 9e répandre en in* 
jures contre le gpuvernoment impérial. M. le comte de 
Buol se plaignit énergiqueroent, Le roi répondit qu'il était 
impuissant à réprimer de pareilles manifestations (2)« 
Charles-Albert se laissait échouer comme une épave portée 
par le flot révolutionnaire. 

Poussant jusqu'au bout cette misérable comédie* il res- 
tait sourd aux sollicitations des Génois, aux émeutes mêmes 
de 9a propre capitale. H laissait Parme, Modène, Florence 
se lever, il laissait des oorps franos, partis do Suisse, de 
Naples, de Rome, marcher vers laLombardie, Un noble 
milanais, le comte Arese, étant arrivé à Turjn dans la nuit 



( 1 ) Aberoromby à Pak*r*toa j Ttrife M m*» 1MI. 
(2) Ficqoelmont à Djétritcbttein ; Vienqe, 5 avril 184$. 



~s; 



80 SECONDE RÉPUBLIQUE FRANÇAISE. . 

du 49 mars, afin de solliciter pour sa malheureuse patrie 
le secours du roi de Piémont, Charles- Albert ne daigna 
même pas le recevoir (4). 

Les agents du Piémont couvraient pendant ce temps le 
Lombard-Vénitien. Ils répandaient parmi les hautes clas- 
ses la crainte de la République, éloignaient l'idée de l'inter- 
vention française, en sollicitant l'orgueil national, traitaient 
d'utopie Tidée de l'unité générale de l'Italie, présentaient 
sous les couleurs les plus avantageuses la conception d'un 
royaume d'Italie du nord, et leur montraient Charles-Albert 
comme le libérateur et le roi futur de ces belles contrées. 
A mesure que ces idées soutenues par les libéraux et les 
modérés progressaient dans l'opinion, Charles-Albert fai- 
sait un pas de plus vers la Lombardie, et finit par se mettre 
en état de guêtre contre FAutriche sans l'avoir déclarée. 
L'affaire se traita à Milan le 24, entre l'agent Henri Martini 
et la municipalité milanaise. Le Gouvernement provisoire 
qui allait être nommé s'engageait à offrir à la Lombardie 
un sauveur de l'Italie du nord. L'insurrection fut donc 
faite au profit de Charles-Albert, et Milan ne faisait que 
changer de maître. 

Une note du marquis de Pareto à M. Abercromby (2), 
mit dans tout son jour le plan de conduite de Charles-Albert. 
« La situation du Piémont est telle, disait l'interprète du 
cabinet sarde, que d'un moment à l'autre, à l'annonce que 
la République a été proclamée en Lombardie, un mouve- 
ment semblable éclaterait aussi dans les Etats de Sa Ma- 
jesté le roi de Sardaigne. » 



(1) Abercromby à Palmerston, Tarin, 21 mari 1848. 

(2) 23 mars 1848. 



GOUVERNEMENT PROVISOIRE. 81 

Ainsi dans ce grand duel de la République et de la Mo- 
narchie» qui domine en 4848 toute la politique européenne, 
Charles-Albert ne fait pas autre chose que de prendre parti 
pour la Monarchie. S'il arme 430,000 hommes, c'est pour 
se mettre en garde contre la République. S'il lance ses ba- 
taillons en Lombardie contre l'Autriche, c'est moins l'ar- 
mée autrichienne qu'il va combattre que l'idée républi- 
caine, étouffée par son intervention. En un mot, c'est en 
haine de la République qu'il veut étendre les limites de 
son petit royaume jusqu'aux lagunes de l'Adriatique. 
Qu'avaient à répondre les théologiens de la diplomatie t 

Averti dans la soirée du 22 des intentions de Charles- 
Albert, M. le maréchal Radetzki se retira dans la direction 
de Mantoue, égorgeant et incendiant dans sa fuite tout ce 
qu'il trouvait sur son passage. 11 signala sa retraite par des 
atrocités qui passeront à l'état de légende dans les plai- 
nes lombardes. Ceux qui ont vu à Padoue, le lendemain 
d'une émeute, un grenadier autrichien monter la garde 
devant le café Pedrocchi, avec un quartier de chair hu- 
maine au bout de sa baïonnette (1), savent jusqu'où allaient 
les fantaisies romaines des généraux autrichiens. 

"Venise faisait sa révolution en même temps que Milan, 
mais presque sans combat. Deux hommes très-populaires, 
l'avocat Manin et le poète Tommaseo, avaient été jetés en 
prison pour des discours et des publications de nature à 
réveiller l'esprit national dans la Vénétie. M. Tommaseo, 
que les circonstances ont placé à côté de M. Manin, n'est 
pas véritablement une figure politique. C'est un Dalmate 



(1) Histoire de la République de Venise, sous Manin, par M. Anatole de la 
Forge, t. I, p. 197. 

il 6 



8$ SECONDE RÉPJJBLÏQJJS mKÇAISE, 

d'vp caractère ardeot et chevaleresque doué de grandes 
facultés poétiques, dont il ne nous appartient pas de faire 
l'appréciation. Des idées Religieuses et mystiques se mêlent 
étrangement dans sou imagination à l'idée d'une démo? 
cratie» Dana la chaire de littérature qu'il occupait à Padouei, 
M, ToçoinaseQ eut plus d'une fois l'occasion de développer 
sesprincipes.il le fit avec une éloquence enflammée. Un 
article publié dans YAntoiogie de Florence, Iqi valut plu- 
sieurs années d'çxil qu'il, passa- à Paris. Il vint ensuite à 
Venise, où il vécut longtemps dans la retraite. Un discours 
kVMhènée % et une réponse à Véveque d'Udine avaient servi 
de prétextç à son incarcération. 

M. Manin fut arrêté à la mên^eépoque (1), sous prétexte 
d'excitation à. la révolte. Une note de la police autri- 
chienne (2), émanait du directeur général de la police des 
provinces yénètes, le sieur Cari, commence par les lignes 
suivantes» .;' « L'avocat Daniele Manin jouit de l'estime pu- 
blique par ^a conduite mojrale, par les talents4ont.il e&t 
doué et par son caractère désintéressa Profond légiste, il 
est très-expert dans l'art oratoire, et sait exposer ses idées 
avec un art et une lucidité admirables. » Quelque venin se 
mêle ensuite à cet aveu arraché t par la force delà vérité. 
Mais lorsque la police autrichienne e^e-même s'exprime 
ainsi sur le compte (Fune de ses victimes, U est aisé 4e con* 
cevoir ce que peut être la réalité. 

De tous les hommes remarquables qui prirent part au 
mauvement révolutionnaire en Italie, M. Manin est assuré- 
ment le plus considérable. Il y a en lui la plupart des qua- 



(1) 18 janvier 1848. 
' (2) Yenise, È flirter 1848. 



GOUVERNEMENT PROVISOIRE, 83 

lités qui constituent l'homme. d'État. Le théâtre sur lequel 
s'exercèrent ses facultés ne fut malheureusement pas asaçi 
vaste pour entraîner les destinées de la péninsule. 

Le 17 marsk le peuple de Venise arracha MM, Mani» el 
Tommaseo de leur prison. Il remplit ici le rôle de la Justice» 
car, en cas d'acquittement, la police s'était secrètement ré- 
servée le droit de garder arbitrairement les prisonniers. Or* 
les deux accusés avaient été déclarés non coupables. 

Une ovation, fut 1$ suite de cette délivrance. Les événe-* 
ments de Vienne et de Milan vinrent augmenter l'exaltation 
du peuple. Les patriotes résolurent de former une garde 
civique. Une pente rapide conduisait à la révolution. Elle 
se fit presque sans coup férir. Avec beaucoup d'esprit eft de 
résolution, M. Manin s'était emparé de l'arsenal. La garni- 
son se trouva en quelque sorte désarmée avant d'avoir eu 
lé temps d'agir. A Venise, comme à Paris, la République 
fut le seul gouvernement possible le lendemain de la révo- 
lution. Les modérés n'avaient pas un seul candidat royal- 
acceptable. Le vice-roi Régnier, sur lequel on avait jeté 
les yeux, ne manifesta qu'un sujet d'inquiétude à propos 
des événements qui venaient d'éclater. Il demanda à 
MM. Fabris et Morosini, députés vers lui pour obtenir son 
acquiescement à l'organisation de la garde civique : « Pour- 
rai-je encore, malgré les événements, prendre les bains de 
mer à Venise selon ma coutume? » 

A Milan, au contraire, où -l'on avait dit à Charles-Albert : 
« Faites à tout prix 1 » la Monarchie fut une conséquence 
forcée de l'intervention piémontaise. Fatales circonstances 
qui contenaient en germe les désastres de Tavçnirl 11 fallait 
à l'Italie tout entière un seule idée ou un seul homme. 
Dès l'instant où le mot : « Chassons les étrangers! p cessa 



M SECONDE RÉPUBLIQUE FRANÇAISE. 

d'être la politique, toute la politique de l'Italie, l'Italie fut 
perdue. On s'aperçut qu'il n'y avait chez elle ni l'homme, 
ni l'idée, Si, de la Sicile au Piémont, l'Italie s'était levée au 
nom de l'idée républicaine, l'Italie pouvait vaincre. Si, à 
défaut de croyance unitaire, elle avait pu se rallier autour 
d'un chef; si Pie IX, se souvenant de son premier métier, 
avait bouclé sur sa robe de prêtre un ceinturon de soldat; 
si, au lieu de reculer à l'heure du danger, il avait tiré 
l'épée et entraîné les peuples de l'Italie à la croisade de 
l'indépendance, la catholique Autriche, doublement frap- 
pée de la crosse et du glaive papal, repoussée par un peu- 
ple entier jusqu'à ses frontières, excommuniée, vaincue, 
eût mis fin pour toujours au monstrueux scandale de sa 
domination. 

On a pu voir par ce qui précède qu'en Italie et en Hon- 
grie, l'agitation révolutionnaire précéda l'agitation fran- 
çaise. Le caractère de ces révolutions n'a d'ailleurs rien de 
commun avec l'esprit des événemeots de Paris en février 
4848. Il est purement national. 

La Prusse n'était, au contraire, tourmentée par aucune 
agitation intérieure, lorsqu'elle reçut le choc des événe- 
ments de février. Les nouvelles de Paris jetèrent un grand 
trouble. Il devait y avoir ce soir-là fête à la cour. La fêté 
n'eut pas lieu. Le gouvernement prit à la hâte quelques 
mesures militaires, et mit Sarrelouis en état de siège. 

Le lendemain, trois nouvelles très-graves augmentèrent 
l'inquiétude de l'a cour : des actes qui indiquaient le pro- 
chain soulèvement du Lombardo-Vénitien, la itialadie de 
l'empereur de Russie et la retraite du cabinet anglais. Cette 
dernière nouvelle était fausse. 



GOUVERjSEMKNT PROVISOIRE. 85 

Il fut aussitôt question d'ordonner la prise d'armes de la 
landwher. On rappela M. d'Arnim, qu'on remplaça provisoi- 
rement par M. de Hatzfeld, simple chargé d'affaires. Il est 
à remarquer cependant que M. d'Aruim n'avait eu qu'à se 
louer du ministre des Affaires étrangères de France. Les 
premiers troubles éclatèrent le 3 mars à Cologne. Le peuple 
demandait : <c 1° la législation et l'administration par le peu- 
ple, le suffrage et l'éligibilité universels dans la commune 
et dans l'État; 2° la liberté sous conditions de la parole et 
de la presse -, 3° l'abolition de l'armée permanente et l'ar- 
mement général du peuple avec des jchefs élus par lui ; 
4° la liberté de réunion sans restriction; 5° la protection 
au travail et la garantie pour tous des choses de première 
nécessité \ 6° l'éducation complète de tous les enfants aux 
frais de l'Etat. » On voit que les idées socialistes étaient 
très-avancéses en Prusse. Les. pétitions tombèrent comme 
grêle sur le pouvoir. , • 

Frédéric-Guillaume prononça la clôture du comité des 
Etats réunis, accorda quelques réformes et déclara qu'en 
cas d'attaque il ferait appel à son peuple ; : « Voilà ma con- 
fiance, articula-t-il, l'héroïsme de 1813, dç 1814 et de 1815 
ne manquera pas. » 

Le roi n'en fut pas moins assailli de députations qui se 
succédaient sans cesse, et qu'il fallait souvent recevoir. 
Comme Louis-Philjppè à ceux de ses fonctionnaires qui l'a- 
vertissaient du péril de la monarchie, Frédéric-Guillaume 
répondait en homme sûr des destius et de lui-même. Il 
mettait toute sa confiance dans l'assemblée de souverains < 
qui devait se réunir le 25 à Dresde. Gomme si l'assemblée 
des princes pouvait balancer celle des peuples., le jour où les 
peuples s'assemblent au nom d'une commune pensée ! 



86 SECONDE RÉPUBLIQUE FRANÇAISE. 

i> La nouvelle 4e rémeute de Vienne, et des réformes qui 
en étaient la conséquence, lui montra le fiéant de ses es- 
pérances. Il dut dissoudre son cabinet. Berlin, comme Pa~ 
ris et comme Vienne, se donna le pîaisir d'une soirée' aux 
lampions. Ge bon peuple parlementaire voulut voir son roi 
et manifesta bruyamment cette volonté. Frédéric-Guil- 
laume parut au balcon de son palais. Ce monarque prenait 
te révolution avec humeur. Le peuple ne pensant pas à 
mal, lui prodigua les applaudissements. Mais comme la 
troupe, sous l'inspiration du prince de Prusse, s'était mon- 
trée fort brutale, le peuple demanda énergiquement qu'on 
mit dehors la soldatesque. Le roi étouffait de colère. 11 ne 
comprenait pas qu'on troublât son repos, il parlait, comme 
Louis-Philippe, de l'ingratitude des hommes. Or, tandis 
qu'on criait « vive le roi 1 » les soldats, saris qu'on ait su 
d'où venait l'ordre, chargent, mitraillent, hachent cette 
multitude_criarde qui n'a pas même de bâtons pour assom- 
mer ses bourreaux. On hurla ce aux armes ! comme sûr nos 
élégants boùlevarts le 23 février. En seize heures la troupe 
fut culbutée. Le tout se terftiina par une constitution qu'il 
fallut honteusement accorder et par la promesse de l'unité 
de l'Allemagne. Une mise en scène d'un caractère terrible 
et théâtral termina la révolution. On eu attribue l'idée à 
M. Mieroslawski, chef de l'insurrection, et qui, lait prison- 
nier, fut délivré par les patriotes. Ce bon peuple, ami des lé- 
gendes, organisa une immense procession de cercueils ou- 
verts, qu'elle vint ranger sous le balcon du roi et de la 
reine* aûn que leurs majestés pussent compter leurs vio- 
timeç. Le couple royal, forcé par M. Mierosiawski de paraître 
au seuil du palais, arriva, blême et effaré, comme^ monsieur 
et madame Macbeth. La pauvre reine se trouva mal. Le fait 



GOU VERSEMENT PROVISOIRE. 07 

est Qu'une constitution ne Vaut pas la peine qu'un roi 
égorge un si grand nombre de ses sujets. 

L'esprit de réforme parcourut l'Allemagne avec une ra- 
pidité qui tenait du prestige. Francfort, Bade, le Wurtem- 
berg, le grand duché de Hesse, le Nassau, cinq États de 
l'Allemagne centrale et méridionale prirent part à ce mou- 
vement. Il y eût du sang partout. Il est triste de penser que 
la plupart des lois sont écrites avec du sang avant de l'être 
avec de l'encre. 

Les Vœux de ces peuples étaient remarquables d'ailleurs 
par une unanimité qui tendrait au moins à prouver que 
TAllemagne aspire réellement à l'unité législative et gouver- 
nementale, foutes les pétitions demandaient : l'armement 
général du peuple avec l'élection libre des officiers ; — un 
parlement allemand librement élu par le peuple ; — le 
suffrage universel et direct; — la liberté absolue de la 
presse; — la liberté de conscience; — ^institution du 
jury ; — un impôt sur le revenu ; — bien-être, éducation, 
instruction pour tous; — protection et garantie du tra- 
vail; — responsabilité des ministres ; — abolition des pri- 
vilèges. 

Sur divers points, le grotesque se mêla aux scènes vio- 
lentes et pathétiques qui forment l'accompagnement obligé 
des révolutions. Il semblait que tout s'accordât pour dis- 
créditer les princes. Un épisode. de ce genre avait servi de 
prologue au mouvement révolutionnaire en Bavière. Le 
, roi ayant fait fermer l'Université, le 40 février, la popula- 
tion s H irisurgeâ au cri singulier de : « Vive le recteur ! » Les 
étudiants répandaient à ce cri par une chanson sujr l'air 
pereàt contre une ancienne danseusejïe la porte Saint-Mar- 
tin, jadis maîtresse d'agioteurs, de journalistes et de vi* 



88 SECONDE RÉPUBLIQUE FRANÇAISE. 

veurs parisiens et transformée par un royal caprice en 
comtesse de Lansfeld. On saccagea l'hôtel de la police et 
celui de Lola-Montès. Il fallut congédier la danseuse et rou- 
vrir l'Université, Le bonhomme de roi supplia seulement 
ses sujets d'épargner le mobilier de sa maîtresse, et son bon 
peuple y consentit. Mais la danseuse ayant essayé de ren- 
trer par le jardin anglais, du côté de la porte de Flsas, le 
peuple lui donna une seconde fois la chasse. Son cocher et 
ses chevaux la sauvèrent. 

Mis en humeur de révolution par cette algarade, le peu- 
ple de Munich se rendit, le -4 mars, à l'arsenal, prit les ar- 
mes qui s'y trouvaient et se promena par la ville battant le 
tambour. Sur la promesse que le roi convoquerait les Etats 
le 16 mars, le peuple remit les armes où il les avait 
prises. 

En Saxe, à Leipzig, le 8 mars, une scène d'un caractère 
tout germanique se passait entre un bourgmestre et le roi. 
Elle perdrait à n'être pas reproduite textuellement. La 
voici. Cinq ou six villes présentent au roi de Saxe des 
adresses en faveur de la liberté de la presse. Le bourg- 
mestre de Werdau harangue le roi en ce sens. 

Le roi : « Je vous renvoie à ma proclamation. Je soumet- 
trai à la prochaine diète les demandes qui me paraîtront jus- 
tes et opportunes. Adieu! 

Le bourgmestre Schwedler de Meerane : « Sire, per- 
mettez... 

Le rot ; a Non ! non ! non ! Je n'aurai pas égard à des vœux 
insensés; je ne puis discuter avec vous; je n'ai qu'une chose 
à vous dire : Adieu ! 

le bourgmestre Schwedler : <* Sire, ne nous laissez point 
partir sans aucune concession... 



GOUVERNEMENT PROVISOIRE. 89 

Le roi : « Je n'ai rien à vous dire de plus que : Adieu! » 

La Suisse n'eut qu'à se réjouir de la révolution de France* 
Elle se voyait ainsi délivrée de la ridicule oppression des qua- 
tre grandes puissances et de la menace d'une intervention. 
Ce peuple honnête et loyal seconda autant que les circons- 
tances le lui permirent le mouvement républicain en Eu- 
rope. Les amis de la démocratie n'oublieront jamais la ma- 
nière dont les volontaires suisses se comportèrent s, Venise. 

L'ambassadeur des Etats-Unis, M. Rusch, n'eut pas besoin 
d'attendre les ^instructions de son gouvernement pour 
acquiescer à. une révolution qui établissait un lien politique 
de plus entre l'Amérique et la France. Dès le 27 février, il 
se rendit à l'Hôtel de Ville et vint féliciter et reconnaître le 
Gouvernement provisoire. Quanta l'Angleterre, elle sortait 
à peine des difficultés causées par les troubles d'Irlande. 
La nouvelle des événements de février causa un peu d'agi- 
tation à Londres. Le gouvernement anglais adopta la meil- 
leure ligne de conduite en pareilles conjonctures. Il resta 
dans une sage réserve, se bornant à faire des vœux pour la 
prospérité de la France. 

La Belgique feignit d'oublier les affections de famille qui 
unissaient son gouvernement à celui de la France. Un dé- 
puté, M. Delfosse, adressait au gouvernement, après l'avoir 
félicité de son stoïcisme, ces paroles significatives : « L'ho- 
norable M. Castiau a dit tantôt que les idées de la révolution 
française feraient le tour du monde. Je dirai que pour 
faire le tour du monde elles n'ont plusr besoin de passer 
par la Belgique. » Mais le gouvernement peu rassuré n'en 
prenait pas moins toutes les mesures de précaution en son 
pouvoif. 



90 SECONDE RÉPUBLIQUE FRANÇAISE. 

Plus effrayé encore, en raison sans doute des trop fameux 
mariages espagnols, le cabinet de Madrid, sur la motion de 
M. Gonzalès Bravo, suspendait la liberté individuelle et 
envoyait cinquante mille hommes aux Pyrénées. 

A l'Orient de l'Europe, il est un vaste empire qui s'étend 
de la mer Noire à celle du Kamstchatka, des confins de l'A- 
sie aux frontières ,d' Allemagne. Vingt peuples divers, com- 
prenant la plus grande partie de ces vigoureuses races sla- 
ves A encore si mal connues de nous, civilisés de l'Occident, 
vivent là sous la loi d'un maître armé de la double puis- 
sance religieuse et politique, sorte de César demi-barbare, 
demi-civilisé, à la fois grand prêtre de Jupiter et chef de 
l'Etat. H porte le nom de Nicolas,le patron des garçons. Il est 
à l'Europe occidentale ce qu'Attila pouvait être à l'empire 
romain. Malgré l'immense étendue de son empire, plus 
grand à lui seul que le reste de l'Europe, malgré la diffé- 
repce de mœurs de cinquante-six millions d'hommes dissé- 
minés sous des latitudes si diverses, : aucune nation n'a 
montré plus de tendance à eùvahïr et mille, depuis un 6iè* 
cle, n'a fait plus de chemin sur la carte. Tout envahir sem- 
ble $tre la seule politique de ce peuple attelé à une œuvre 
sans but. L'envahissement n'est pas une solution. Tel est 
pourtant le dernier mot du testament dePierre-le-Grand dont 
la pensée a été acceptée comme un legs par ses successeurs. 
Et déjà la moitié du testament s'est changée en prédiction. 

L'empire russe est un jeune homme robuste, ignorant, 
plein d'appétits et de curiosité, qui, aux mirages lointains 
d'une civilisation qu'il ignore, gonfle ces narines comme 
un taureau qu'un bruit de !a route éveille au fond de ses 
pâturages. Il a soif des prostitutions des vieilles capitales. Il 
brûle de promener à travers le monde l'orgueil de sa force 



GOUVEKNEMENT PROVISOIRE. 91 

brutale et de son ignorance. Il rêve, en errant parmi ses step- 
pes, à la conquête de Constantinople, de Paris et de Londres. 

Le dernier jour du carnaval, l'Empereur était au M au 
palais d'hiver. On dansait une mazourka. Un aide-de-camp 
entre et remet une dépêché à TEmpereur. La musique cesse, 
un nuage passe sur le front de Nicolas. Il s'avance au milieu 
de la salle etdit : « Messieurs, la République est proclamée à 
Paris ; préparez-vous à monter bientôt à cheval ! *> parole 
significative et qui contenait en germe la guerre d'Orient. 
Mais voilà que chaque jour un nouveau courrier arrivait. Il 
n'y eut plus de fête qui ne fût troublée par le3 étranges 
nouvelles qui venaient de VOccident. Les insurrections de 
Vienne, de Berïln, de Milan, de Venise, de Rome, etc., se 
succédaient avec la rapidité des éclairs durant l'orage. C'est 
alors que le czàr exprimapubliqueraent la pensée de soutenir 
f ordre établi sur les trônes héréditaires. La diplomatie mo- 
narchique avait son mot de passe et la classe moyenne, l'a- 
doptant en partie-, prit Tordre pour mot de ralliement, sur 
la surface de l'Europe. Et cela ne voulait pas; seulement 
dire remettons les pavés, rouvrons les boutiques; ramerions 
la paix el la prospérité; cela signifiait, comme pour la di- 
plomatie : étouffons la République et la révolution. 

Telle était la situation de l'Europe dans les premiers mois 
de Tannée 4848. Nous avons cru devoir en dérouler le vaste 
panorama sous les regards des lecteurs avant de parler de 
là politique extérieure du Gouvernement provisoire. Il sera 
plus facile ainsi d'apprécier la valeur et l'importance de 
cette politique, de donner la mesure de sa capacité, de 
suivre sa marche au milieu dé cette conflagration générale 
jOÙ la Providence semblait appeler la seconde République 
française à jouer un rôle si décisif. 



92 SECONDE RÉPUBLIQUE FRANÇAISE. 

M. de Lamartine arriva dan^ la soirée du 26 février à 
l'hôtel du ministère des Affaires-étrangères. Le Gouverne-, 
ment provisoire lui avait décerné la délicate mission de 
diriger la politique extérieure de la République. Pourquoi 
avait-on choisi M. de Lamartine pour ministre des Affaires- 
étrangères plutôt que tel ou tel autre de ses collègue? ? sans 
doute parce qu'il avait une plus belle prestance et une taille 
plus majestueuse que M. Louis Blanc, de meilleures manières 
que M. Flocon, une naissance plus aristocratique que celle 
de M. Albert. Ces raisons furent les meilleures, nous dirons 
même les seules, qui déterminèrent le choix des dictateurs, 
à moins qu'on ne veuille faire entrer en ligne de compte 
les discours £n prose lyrique que M. de Lamartine débita 
sur la question d'Orient en 1840, ou les représentations 
presque théâtrales de la discussion de l'adresse. 

A une époque où il eût fallu à ce poste un esprit positif, 
pratique, observateur comme M. Pitt, on y plaçait un poète. 
L'art d'enfiler des mots a-t-il rien de commun avec l'entente 
des affaires ? 

M. de Lamartine trouva la cour de l'hôtel transformée 
en bivouac insurrectionnel. Le mot Ambulance, crayonné 
sur la porte, avait protégé le griffonnage diplomatique 
entassé depuis tant d'années par M. Guizotet la longue suite 
de ses prédécesseurs. Un rédacteur du National, M. Bastide> 
s'efforçait, depuis le 25, de remplir les fonctions de sous- 
secrétaire d'Etat de ce ministère en décomposition. M. de 
Lamartine prit pour chef de cabinet un libraire homme de 
lettres, M. Hetzel,.et pour secrétaire particulier, M. Payer, 
qu'il avait rencontré au milieu dupandémonium de l'Hôtel- 
de-Ville et qu'il avait, dit-il, jugé du premier coup d'oeil. 

M. de Lamartine entra dans la chambrent dans le cabinet 



GOUVERNEMENT PROVISOIRE. 93 

de M. Guizot. Voilà souvent ce que les révolutions ont de plus 
clair. MM. de Broglie, Mole, Guizot succèdent à MM. de 
Chateaubriant, La Ferronays, de Polignac; MM. de Lamar- 
tine, Bastide, Drouin succèdent à MM. Guizot, de Broglie 
et Mole. Mais qu'y a-t-il de changé au fond même des 
choses ? La diplomatie est-elle plus honnête et de meilleure* 
foi? Le peuple français plus prépondérant, plus respecté au 
dehors ? Y a-t-il en Europe une injustice de moins? La Po* 
logne est-elle moins opprimée ? L'Italie a-t-elle reconquis sa 
nationalité? La Hongrie à-t-elle le droit de disposer d'elle- 
même? L'unité allemande est-elle constituée? 

La chambre et le cabinet de M. Guizot offraient encore 
ce désordre qui trahit si bien le trouble et la fiévreuse acti- 
vité de la vie publique. M. de Lamartine, que jamais la 
solennité n'abandonne, entra grave et triste. Dans les récits 
qu'il trace de ses propres actions, il est étrange de surpren- 
dre le héros au plus fort de l'action, dans l'imbroglio le 
plus complet des péripéties révolutionnaires , presque 
toujours en contemplation devant lui-même. On croirait que, 
derrière M. de Lamartine, acteur du drame de la révolution, 
marche comme une ombre un second Lapaarline sans 
cesse .en admiration devant le premier, le regardant aller, 
venir, parler, penser et s'écriant sans cesse : « véritable 
Agamemnon, ô le plus beau, le plus majestueux des hom- 
mes! 6 le plus éloquent des grecs! homme généreux, tues 
triste I homme profond, tu es grave ! homme supérieur aux 
événements, tu es tranquille ! « De sorte que, à force de se 
grandir, M. de Lamartine finit par ressembler à ces vapeurs 
qui s'élèvent de terre à l'horizon, se transforment en nuages 
et traversent, vides et silencieux, le vaste cirque bleu qui 
nous englobe. C'est un fantôme qui parcourt la scène sans 



94 SECONDE RÉPUBLIQUE FRANÇAISE. 

se mêler bien positivement à l'action. Il n'entre jamais 
avec une complète bonne foi, un parfait oubli de soi-même, 
dans le foyer de l'action. On est sans cesse tenté de loi 
frapper sur l'épaule et de lui dire : Bel monsieur l — ■ Mais 
pardon sqigneur, si je trouble le rhythmede vos pensées, 
il s'agit présentement des traités de 1815. 

Une amie de M, Guizot .accompagnait M. de Lamartine 
qui, en parfait galaqt homme (cela n ? est même pas né- 
cessaire à dire), lui permit d'emporter tout ce qui pouvait, 
être de quelque prix pour l'ancien ministre* Ce qui tomba 
de plus curieux sous la main de M. de . Lamartine dans 
cette mélancolique recherche fut une note de M. Guizot 
ainsi conçue : « Plus j'écoute M. de Lamartine, plus je me 
convaincs que jamais nous ne pourrons nous entendre. * 
M. Guizot se trompait. 11 avait tracé ces lignes pendant tes 
jours d'orages parlementaires qui précédèrent la révolution 
de février. Mais alors la bête, la Monarchie, n'était pas 
encore couchée par terre. On supposait des abîmes incom- 
mensùrables entre la critique et l'art. On ne croyait pas à 
une mise en demeure de réalisation aussi soudaine. On -$* 
laissait aller, en faveur des peuples opprimés, à tous le$ 
élans de sensibilité qu'inspire l'esprit d'opposition. Les 
pages suivaptes prouveront, hélas ! à flots de surabondance 
que M. Guizot et M. de Lamartine étaient ai^ contraire biea 
près de s'éntendrç et qu'au total, entre le premier et la 
second, il n'existait guère qu'une différence de style. 

Par une délicatesse à laquelle se mêlait peut-être un peu 
de superstition, M. de Lamartine ne voulut pas coucher 
dans les appartements de M. Guizot. Il ût étendre des mar 
telas dans les chambres assombries du rez-de-chaussée. ïl 
éprouvait, dit-il, de la répugnance à s'installer « dans un 



GOUVERNEMENT PROVISOIRE. 95 

palais qui dévorait ses possesseurs. » Il aima mieux camper 
en quelque sorte. M. de Lamartine obéissait-il, sans s'en 
douter, à un secret pressentiment? La voix intérieure ne 
lui disait-elle pas : « Tu ne seras jamais un vrai ministre 
des Affaires étrangères? » 

Son premier soin fut de mettre un peu d'ordre dans les 
bureaux. La démission de M. Desages, directeur de la par- 
tie politique, créait de l'embarras aux nouveaux arrivants. 
Il se passa là ce qui se passait d'ailleurs par toute la 
France, jusque dans la plus humble sous-préfecture, jus- 
que dans la plus petite mairie de village. Grâce à MM. de 
Vîel-Castel, Brennier, Cintra et de Lesseps, l'expédition 
des affaires courantes n'eut pas trop à souffrir. Pendant ce 
temps, M. de Lamartine rappelait les ambassadeurs et en- 
voyait à toutes les puissances des agents secrets ou confi- 
dentiels. Ces agents devaient' représenter la République 
sous l'aspect d'un double masque, terrible d'un côté, sou- 
riant de Pautre. Cette conception était corroborée d'une pe- 
tite circulaire qui contenait en dix lignes (l'historien a 
regret à le dire), à peu près autant de contradictions et 
d'impossibilités. 

Que durent penser de leur nouveau ministre les agents 
diplomatiques méditant Sur cette prose officielle : a La 
forme républicaine du gouvernement n'a changé ni la place 
de la France en Europe, ni ses dispositions loyales et sin- 
cères à maintenir ses rapports de bonne harmonie avec les 
puissances qui voudront comme elle l'indépendance des 
nations et la paix du monde. Ce sera un bonheur pour moi, 
monsieur, de concourir, par tous les moyens en mon pou- 
voir, à cet accord des peuples dans leur dignité réciproque, 
et à rappeler â l'Europe que* le principe de la paix et le 



96 SECONDE RÉPUBLIQUE FRANÇAISE. 

principe de la liberté sont nés le même jopr en Franco. » 
Sans doute, la révolution n'avait pas transporté sur un au- 
tre point du globe la croûte terraquée qui porte le nom de 
France, et ce n'est sans doute pas là ce que voulait dire 
M. de Lamartine. Or l'agent, penché sur les brumes de ce 
texte incertain, dut se demander par quel miracle la forme 
républicaine, substituée à la forme monarchique constitu- 
tionnelle, ne changeait rien à l'attitude de la France, à ses 
dispositions vi£-à-Vis de l'Esope? Comment les puissances, 
l'Angleterre et la Prusse par exemple, voulant, je suppose, 
^indépendance des nations, c'est-à-dire l'indépendance de 
la Pologne, de l'Italie et de la Hongrie, auraient pu conci- 
lier cette volonté avec la paix du monde? Ce qu'était l'ac- 
cord des peuples dans leur dignité et de quelle façon la di- 
gnité de la Pologne, de la Hongrie et de l'Italie, déjà nom- 
mées, pouvait s'accorder avec la dignité de la Russie et do 
l'Autriche ? Finalement, en présence de la dernière phrase 
de cette circulaire, l'agent dut se dire : mon nouveau mi- 
nistre sera bien plus fin que MiM. La Feronnays ou de Po- 
Iignac> s'il parvient en effet à prouver que la paix et la li- 
berté nées, dit-il, le même jour en France, le 24 février, 
peuvent vivre en bonne harmonie, et s'il démontre par des 
actes que ces deux principes, dont le second est pris ici 
dans le sens d'affranchissement, sont réellement concilia- 
blés. Je le tiens pour un grand diplomate, s'il délivre içs 
trois peuples opprimés sans que les deux peuples oppres- 
seurs tirent l'épée, sans que la paix du monde soit troublée. 
Les diverses puissances étaient alors représentées à Pa- 
ris : l'Angleterre par lord Normanby, la Prusse par le ba- 
ron d'Arnim, la Russie par M. ,de Kisselef, l'Autriche par le 
comte d'Appony, la Sardaigne par M. de Brignolles, la Bel- 



GOUVERNEMENT PROVISOIRE. 97 

gique par le prince de ligne, des diplomates purent rap- 
porter à leurs cours des paroles rassurantes. 

Outre la circulaire dont nous venons de parler, H. de 
Lamartine s'était tracé vis-à-vis de l'Europe une ligne de 
conduite plus précise. Mais, dans cette conception, desti- 
née à passer dans la pratique, le vide de son esprit éclatait 
d'une façon plus déplorable encore. Ce poêle gentilhomme 
très-propre à une ambassade de troisième ordre dans 
quelque pays où il eût fallu représenter la France au point 
de vue littéraire et artistique, ce diplomate, fait pour 
Athènes au temps de Périclès» se trouva entièrement dé- 
paysé à cet hôtel du boulevart des Capucines encore tout 
rempli des émanations protestantes de M. GuizoL II dut 
sentir tomber des hautes murailles de la maison je ne sais 
quelle froideur genevoise mêlée à l'odeur de vieux crin 
du canapé de la doctrine. 

Voici ce que M. de Lamartine imagina pour faire face à 
cette grande crise européenne, dont nous avons tout à 
l'heure esquissé le tableau : « Attendre avec dignité l'An- 
gleterre. — Rechercher la Prusse. — Observer la Russie. 
— Calmer la Pologne. — Caresser l'Allemagne. — Eviter 
r Autriche.— Sourire à l'Italie sans l'exciter. — Rassurer la 
Turquie. — Abandonner l'Espagne à elle-même. » H. de 
Lamartine a la bonté de nommer ceci un plan diplomati- 
que. Dans le goût de Marivaux, sans doute? Mieux que 
M. Mole lui-inème, M. de Lamartine prouva qu'il était né 
pour n'être pas ministre des Affaires étrangères. 

Cependant, il préparait en même temps une seconde cir- 
culaire de grand style qui prit, par sou importance autant 
que par ses proportions, le nom de manifeste. Cette circu- 
laire avait pour but de donner l'esquisse d'une politique, 
n. 1 






98 SECONDE WUBJ4QUE FRANÇA^Ï. 

et devait contenir le programme ^ la seconde Réputyy^e 
française à 'l'extérieur. La minute eu fut communiquée au 
conse|l, le 6 mars. Quiconque a lu, ou lira ce document (i), s'i- 
maginera sans dputç qu'il fut dans le sein du Gouvernement 
provisoire l'objet d'i^ç critique sévère. Nullement. V e *" 
prit de M. Marrast, le bpn sens -et la çlroijture dp vieu* 
Dupont (de l'Eure), les traditions jacobines de ^ ietoi* 
Rollin, tout, jusqu'aux rancunes <JeM- Lo^s Çlauç, t tout fut 
^ inutile. L'égoïsme et la peur s'euteudaiept ayeç le gros des 
'* ï5 .! naïfs et des enthousiastes que toute célébrité attire, coijime 
la lumière les papillops, pour faire à £f . 4g JLamartine une 
popularité colossale. Il tenait la France sous le çbanue, e$ 
luifyait, par ses phrases enivrantes, le peu de fion sçp$ 
qui lui restait en ces jours de délire, ^a cogûapcç qu'oui 
accordait à cet homme en raison de ses belles et qo^es 
qualités, l'habitude où Ton est en France d'attribuer aux 
talents Uttéraires une capacité universelle, contribuaiep.t à 
l'envelopper d*une sympathie bien dangereuse. I/ambi-> 
guïté du manifeste disparaissait spus Ja pompe de la 
pirase. La France républicaine fut toute fiçre d'écrjrç en 
si beaux termes. Elle ne pesa pas les promesses, elle ne 
scruta pas les réticences. Pleine de foi dans la générosité 
de sou gouvernement, parce qu'elle même était prêtç à 
tous les sacrifices; enflammée du besoin de croire et d'es- 
pérer; éiiliauffée par les fauteurs c}e trpubje, par ceux gui 
voyaient leur salut dans les ténèbres et la trahison, la 
France républicaine tomba daus ce piège creusé par un 
innocent qui se croyait habile et honnête, prudent et au- 
dacieux, et qui n'était que timide, incertain, discoureur, 
• » ■, • '.il • v i » i ■ • • 

ennemi, sans le savoir, des vrais principes démocratiques, 

(1) Voir aux Pièces justificatives, u. C. 



Gouvernement provisoire. 99 

sans foi positive, étourdi à tqute heure «par la mdsique de 
m propres idées, n'allant jamais au fond des choses, mar- 
chant sur la terre comme certain hérps de théâtre, dao s 
119 nuage (Je carton, et ne voyant rien aux chofces de la vie 
réelle; eu un mat, l'homme le plus impropre aux affaires 
peut-être qui, au milieu de tant de nullités ministérielles, 
ait, depuis soixante ans, traversé la politique française. 

Mous fûmes tous pris à ce manifeste; tous, hélas l y 
compris celui qui écrit ces lignes. Mais nous aviops le droit 
(te nous tromper, nous, et oe droit n'appartenait point aux 
hommes qui s'étaient emparés de la dictature, qui tétaient 
distribué les rôles (et adjugé la mission de nous gouver- 
ner. Disons-le; chacun) préoccupé de son action person- 
nelle au milieu du désordre général, chacun, absorbé dans 
ses ambitions, dans sa pensée secrète , ne prêta qu'une 
oreille inattentive, ou sinon je serai forpé de dire inintelli- 
gente, à la lecture du manifeste. 

Ce n'est pas nous qui l'avons imprimé le premier. L'a- 
veu vient de M. de Lamartine lui-môme : Les dictateurs de 
Février ne discutèrent que sur la façop d'eutendre l'inter- 
prétation des traités de 1815 1 

Ce morceau de littérature politique parut donc sans 
obstacle. On l'envoya la veille aux journaux, £jui l'insérè- 
rent en même temps que le Moniteur. On visait à l'effet. 
On l'obtint. Mais ses résultats en France et à l'extérieur fu- 
rent très-divers. 

Lp circulaire, décorée du nom de manifeste, commençait 
par établir que les républiques et les monarchies peuvent 
vivre en bonne harmonie, et que la République française, 
en entrant dans la famille des gouvernements institués, n'y 
apporterait aucun élément perturbateur. M. de Lamartine 



100 SECONDE RÉPUBLIQUE FRANÇAISE. 

essayait de démontrer ëûsuite par une comparaison entre la 
France de!792 et celle 1848, que la guerre nécessaire, fatale, 
sous la première République français^, serait inutile, désas- 
a treuse sous la seconde. L'image de la République, pacifique 

du terrible, revenait encore parmi ces lignes agréables et 
confuses. 

Enfin, le mot déclaration surgissait du sein de ces sou- 
venirs historiques. De ce philosophisme politico-littéraire, 
qui enveloppe comme un gluten gélatineux le moindre em- 
• J /%'- bryon d'idée che* M. de Lamartine, naissait enfin une 
phrase claire : a Vous voudrez bien vous pénétrer des dé- 
clarations suivantes, d Elles étaient ainsi conçues : 

» Les traités 1815 n'existent plus en droit aux yeux de 
la République française; toutefois, les circonscriptions ter- 
ritoriales <te ee§ traités sont un fait qu'elle admet comme 
une base et comme point de départ dans ses rapports avec 
les autres nations. 

« Mais si les traités de 1815 n'existent plus que comme 
faits à modifier d'un accord commun, et si la République 
déclare hautement qu'elle a pour droit et pour mission 
d'arriver régulièrement et pacifiquement à ces modifica- 
tions, le bon sens, la modération, la conscience, la pru- 
dence de la République existent, et sont pour l'Europe une 
meilleure et plus honorable garantie que les lettres de ces 
traités si souvent violés ou modifiés par elle. # 

a Attachez-vous, monsieur, à faire comprendre et ad- 
mettre de bonne foi cette émancipation de la République 
des traités de <815, et à montrer que cette franchise n'a 
rien d'inconciliable avec le repos de l'Europe. » 

Tout cela n'eût été qu'une inconséquence propre à égayer 
la diplomatie européenne, mais M. de Lamartine ajoutait : 



GOUVERNEMENT PROVISOIRE. 101 

* Ainsi, nous le disons hautement : si l'heure de la re- 
construction de quelques nationalités opprimées en Eu- 
rope ou ailleurs, nous paraissait avoir sonné dans lés dé~ 
crets'de la Providence; si la Suisse, notre fidèle alliée 
depuis François I er , était contrainte et menacée dans le 
mouvement de croissance qu'elle opère chez elle pour prêter 
une force de plus au faisceau des gouvernements démo- 
cratiques; si les Etats indépendants de l'Italie étaient en- 
vahis ; si Ton imposait des limites ou des obstacles à leurs 
transformations intérieures ; si on leur contestait à main 
armée le droit de s'allier entre eux pour consolider une 
patrie italienne, la République française se croirait en droit 
d'armer elle-même pour protéger ces mouvements légiti- 
mes de croissance et de nationalité des peuples. » 

Un paragraphe ou la même pensée se dissolvait eh lueurs ' 
d'idées, en horizon des peuples comme un gros nuage qui 
se dissout en pluie printanière venait ensuite. Le manifeste 
se dénouait enfin comme il avait commencé, dans une as- 
surance de paix, et ce qui aurait dû paraître plus difficile, 
dans une déclaration d'alliance et d'amitié à tous tes peu- 
ples. 

Mais quand M. de Lamartine eut à plaisir accumulé l'in- 
conséquence sur l'impossibilité, le doute sur la négation, 
le coup n'en était pas moins porté. Cette promesse d'inter- 
vention en faveur des nationalités opprimées, avait retenti 
aux quatre coins de l'Europe. Lès peuples opprimés se le- 
vaient Or les peuples opprimés espèrent au moindre souffle 
d'encouragement qui leur arrive. Ils ne se rendaient pas 
compte des réticences et des précautions qui se cachaient 
sous les phrases attendries du ministre-poête; ils croyaient 
à la France. Il est si doux de croire t Sans doute ni M. Ma- 



402 SECONDE RÉPUBLIQUE FRANÇAISE. 

nin, pi M. Mazsiuijiri le GtouveroearenVprovwoire de Milan 
ne s'^busaieot complètement, mais ils n'eussent pas osé 
dissiper les illusions 4u peuplç. La seconde République 
f^njaisç, à pei^p apparue à la surface de ce moi)de,se dis- 
pasajt au meugpnge et à la félonie et laissait hideusenaeut 
percer soja égoïsme, sa peur et sa timidité ! 

^ datef du manifeste du 6 mars, la réaction comprit 
çpjt'ejjf avjait dp sérieux otftgçft parmi le GouveraementpïOr 
yisp^elui-ïnêmjB. Les rois rassurés sourirent. I/empereur 
Njçojyas t^oijya çnême que,.çpur m& poëte, ce l^martiue çç. 
conduisait assez sagemeqt, et il oublia de &&$ sonneir lft 
l^o^ç^eUe, La diplomatie reprit codage, UAutriobe ca,fi»- 
prit qye l#s fausses professes, étaient plu^, que jamais, à, te 
mode en gol^ue, qu'avee dç$ tyataiiloqs on. aurait raison 
$ç . tflyt, qt .qu'elle pou^vait la^pcjçr sur l'Italie révolte la 
mçute sauvage desessoJWats- Av^ap^^ 
ni£e$esp^ . ^ 

OnénvoyaU eu mêipe, temps une armée, de ying^ipille 
lionjvnes poui: qtbsçrver les, Pyrépées. Dartres ar,mée© 
d'observation furent, ainsi rég^rUçs: ^pjix^nterijçu^ mille 
hommes aux Alpes; cent mille sur le Rhin ; trente mille, 
aux froijjjères du, Nord, M. de Lamartine, fit ç# Qutçe^ et 
malgré, l'oçgo^ition de Jjf. de Lampricière,i;app^l^ trente 
ipjille hpmmes d'Afriquç. 

. Aq 1« mars, ^effectif dç l'année s'élevait à tr,ois q^jt T 
soipntç-di^ mille hommes. Mais l'Algérie eu absorbait; 
qj^tre-vingt-dix mille. Le Gouvernement; provisoire çjit 1^ 
résolution, de porter l'armée à cinq cept quajfe-vingt 7 di# 
mille ioLommes. On jouait au soldât.. En jéajUjâ.purpauquait 
d'ar^entpoijr l^pajer. . 

1$ G^y^eri^njien^ provisoires sur .cette quefttio^epnjipe. 

' y ■ " ■ 



OOïïTÉïiNEMENT PROVISOIRE. 103 

sur taùt d'autres, descendait au dessous au gouvernement 
qu'il avait renversé. 

A Venise, M. Limperani, consul dé France, qui tant dé 
fois exprima le Vcferi des provinces Venètes de voir quelques 
vaisseaux frariçaiè daûs les eaux dé l'Adriatique, ne put 
rien obtenir. Milan, Rome, rappelèrent vaiiiement certains 
termes du manifeste. Partout où son intervention était dé- 
niattd'éé, partout ou ïeè peuples voulaient reconquérir leur 
rfattôïiaïité, éh Polôgtié^ en fionjgrïe, en Italie, là sécôndl 
lïéptfbliijue française, sommëé &è répondre, se r&iigïé' 
dans lés témblgnageë d'une sympathie évasivë. Contràliîe- 
tlbri, mensonge éï trahison' î Et tandis que {'Autriche elle- 
ùiême, facilement d'accord avec lord Ponsomby, reconnais- 
sait que 1 la Étëpubfîqtiè française avait besoin d'une guerre 
pour se Soutenir (1), elle mettait en pratique les pfincîpés"' 
dé cette païi à tout prix dont elle s'était jadis fait une armé 
cotitre lé gouvernement de Louis-Philippe.' 

AK ! sans dôtite, la seconde Ftè^ùbliqûe française n'avait 
qu'une atfmée en désarroi, elle manquait d'hornndès, de' 
munitions etdWgent ; maïs ce dont elle manquait le plîisj 
ce fût la foi. Lëé' difct&te'ifrs routiniers, sceptique^, phra- 
seurs, ambitieux et vaihifeux qui la gôuvènierèîit' à TÀft- 
gïhe, assistèrent irftyâÉsïbles à cette lutte suprême dé la 
Monârdhie et de la République, qui Se livrait en Europe. 
Ils n'aspirèrent' qu'à! ûè pas 'se" compromettre eâ ri'èn'èà- 
géaûl pas le pays. Honnêtes impuissants 1 quel mauvais 
génie vofctis poussa donc alo^s à vous distribuer la dictature 
de la France dû fond de vos bureaux de journaux? 

Dans des circonstances qui demandaient tant d'audace, 
d'énergie, de hauteur de vues et de spontanéité dans Tac- 

(1) Lettre du comte de Fiquelmont au comte deDietrichstein, du 5 avril 1348. 



104 SECONDE RÉPUBLIQUE FRANÇAISE. 

tion , on vit ces hommes d'Etat d'un jour gouverner la 
France avec des préjugés de feuillistes, et faire de la dicta- 
ture avec des précautions parlementaires. 

On conçoit que l'Italie ait fait sonner comme un grelot 
fanfaron ce fara da se, plus Napolitain que Lombard, dont 
retentit toute l'Italie du Nord. Mais était-il donc bien diffi- 
cile dé reconnaître, dans cet excessif orgueil, l'action de 
l'Angleterre qui, se souvenant de lTJcosse et de l'Irlande, 
trouvait qu'une constitution et quelques-unes de ces ins- 
titutions qu'on nomme libérales sont très suffisantes pour 
des peuples asservis ? N'était-ce pas elle qui poussait à la 
neutralité et excitait en même temps l'Autriche à ressaisir 
l'Italie? 

Nos descendants éprouveront quelque étonnement en 
compulsant les annales de cette révolution qui eut tant de 
prétention à paraître sociale. Et ce ne sera pas sans sur- 
prise qu'en comptant toutes ces nationalités en mal de re- 
constitution, toutes ces Républiques naissantes» l'Europe 
entière prête à cette vaste transformation, la démocratie se 
levant aux quatre points cardinaux et tendant les bras 
vers la France, ils s'apercevront que la seconde République 
française ne prêta se? armes qu'au pape ! 

Le fils bossu de la philosophie du xviu e siècle, le Godenot 
hideux et grotesque de 1830 était revenu sur la scène du 
monde. Mais il apparaissait à la stupidité publique sous 
d'autres traits, sous les traits du beau, Lamartine, du beau 
Kossuth et de tant d'autres héros d'un jour. Il parlait un 
langage noble et sentimental. Il ne criait plus vive la Charte ! 
mais vive la Constitution 1 11 voulait des phambres partout, 
des libertés, de la modération, et nous le verrons enterrer 
l'idée républicaine sous des flots d'encre et de paroles. 



GOUVERNEMENT PROVISOIRE. i05 

U est juste de dire que la révolution européenne fut 
faite par des avocats, des poètes et des journalistes. 

Mais tandis que le canon tonnait en Italie, en Autriche, 
en Prusse, Paris transformé en cour des miracles de la po- 
litique, et que nous allons voir plongé dans le trouble de 
moeurs nouvelles, excentriques, disparates, faisait trop de 
tapage pour entendre et pour comprendre que la seconde 
République, née d'hier, courait déjà vers sa perte. 



CHAÏHffi m 



Le 4 mars. — Obsèques des victimes de février. — Le Gouvernement provi- 
soire et la multitude des décrets. — Convocation des assemblées électorales et 
de l'Assemblée nationale. — L'Assemblée chargée de la solution de tous les 
problèmes. — Le suffrage universel. — Des divers systèmes électoraux en 
France depuis 1 789. — Système électoral du Gouvernement provisoire. — 
Opposition que rencontre ce décret. — M. Proudhon. — M. Raspail. — La 
limite d'âge. — '■ Vives discussions sur l'époque fixée pour les élections. — 
M. Blanqoi et la Société républicaine centrale à l'Hôtel de Ville. — La 
question électorale, principale préoccupation du momeut. — Craintes des 
monarchistes et des républicains. — Paris et la province. — Adresses et 
pétitions. — Embarras. du Gouvernement. — Il interroge les commissaires 
des départements. — Le pays veut sortir du provisoire. — Décret du 26 
mars; ajournement des élections; proclamation. — Considérations im- 
portantes. — Les clubs. — La déesse Sottise. — Le Club des clubs. — 
M. Sobrier et la maison n° 1 6, rue Rivoli. — Influence du Club des clubs.— • 
Les fonds secrets. — MM. Ledru-Rollin, de Lamartine. Marrastet Caussi- 
dière. — Les agents électoraux. — Effets fâcheux de leur mission sur la pro- 
vince — Société centrale républicaine (club Blanqui). — Empressement 
du public aux séances de ce club. — M. Blanqui; son portrait. — Club de la 
révolution : M. Barbes. — Bayard et Richelieu. — Club des amis du 
peuple : M. Raspail. — La société fraternelle centrale : M. Cabet, — 
Société des droits de thomme et du citoyen. — Société centrale démo- 
cratique. — Comité central des élections. — M. de Lamartine et le Club 
de V émancipation des peuples. — Les clubs du Progrès des Travailleurs so- 
cialistes; de V Homme armé ; Républicain pour la liberté des élections; 
du X* arrondissement; du Salut du peuple. — M. de Larochejacquelein 
et sa déclaration. — Les clubs violents. — Les Clubs niais. — Quatre cent 
cinquante clubs à Paris. — Les journaux. — Fades imitations. — L'Aima- 
ble Faubourien, journal de la canaille. — V Ami du Peuple. — Le Na» 



GOUVERNEMENT PROVISOtRJS. 107 

tioned et la Referma, -~ La Co mm une de Pari* — Le Peuple Cemmn\ 
tuant. — La Causé du Peuplé. — L'Ère nouvelle. — Le. Représen- 
tant du Peuple. — Le* conspiration* An Gouvernement provisoire , des 
clubs - et des journaux. — Arbres de liberté. -*- Les banquet* et lies &*!> 
cours. -T- Les profession* de foi. — Les Bulletin* de la République, — Ma- 
dame Georges Sand. — Les Française* et la République. — Pourquoi les 
'femmes sont peu républicaines. — Le club de* femme*. — Le» Vésuviennee. 

— Les Réputations an Gouvernement provisoire. *— La Société de* pêne de 
lettrée. — Les dons patriotiques. — Le rjce radical de la seconde République^ 

— Hommage à la mémoire d'Armand Carrel. — M. Marrast et M. d* 
Gfratdm. — L'espion Dèlanoddë. — L'hospice des Invalides civils. — Les 
deux cents combattants de février : Dormes. — Difficultés qà'ê\ptoto*r* le 
(gouvernement à leur faire quitter les Tuileries.. — A quel prix forée reste à 
la loi. 



Gti n'a p$s oublié que les cadavres des insurgés morts 
dans le* trois journées de Février, éiaieat restés eolaissés 
à l'HôteL-de-ViUç où les avait agglomérés je ne sais qfcel o*> 
culte et incompréhensible mot d'ordre. Le poste des morts 
gardé par des délégués du peuple avait refusé de remettre 
les cadavres à l'administration des hospices. ErtnbauBûées 
par le docteur Gaonal» ces tristes dépouilles htmoinri 
furent tonaetfvées jusqu'au 4 mars. Un décret du CtottVttta^ 
Hieot provisoire avait donné cette cfeifce aux [ftméitoiUès ete$> 
victimes de Février. Cédant au vœu des délégués; eùr pftlrtét 
au; sentiment public,, te pouvoir avait décidé qu# eé»otrèè- 
qUes aurait lieu avec pompe. Les gouvernements me savent 1 
rien, imaginer de mieux, pour exprimer le deuiRw là joie 
de la nation. 

Paris se leva pour saluer ces héros d'une setnaitte. Darte 1 
«s Circonstances, ^enthousiasme tient le haut du paVé. La 
raison* se tait. La peur dissimule/ C'était la secotitfe foi& 
déjàjque, députe la ravotutioév la gardte '-ifttfoftalé'utles tôrpi 
constitués trouvent l'occasion de se ivcOnn.itire et dese 



108 SECONDE RÉPUBLIQUE FRANÇAISE. 

montrer au public. Ils la salirent avec empressement. La 
gafde nationale surtout, appuyée de détachements de ligne, 
de dragons, de cuirassiers et d'artilleurs,, s'efforçait de 
ressaisir un peu de cette puissance qu'elle avlait si mala- 
droitement perdue en voulant opprimer la monàrchie.cons- 
titutionnelle. Mais le peuple sans uniforme et mêlé à ses 
rangs clairsemés, lui rappelait qu'une révolution s'était 
faite dont, cette fois, le profit échapperait à la classe 
moyenne. 

De nombreuses députations s'étaient jointes aux corps 
constitués. Le peuple semblait vouloir s'exercer à la pra- 
tique du suffrage universel en procédant par la voix du, 
scrutin aux délégations de toute nature qui furent à la 
mode pendant les premiers tempç de la seconde Républi- 
que. Besoin de faire acte de souveraineté xfune part) de 
l'autre, manie de fonctionner. 

iJne foule immense avait envahi les boulevards. Après 
ces jours de bouleversements, Paris, pressé de se revoir en 
face, accourait à cette cérémonie, roulant à flots épais sur 
la chaussée, se pressant aux fenêtres, débordant des bal- 
cons. Un beau soleil éclairait cette foule parisienne si vi- 
vante, si passionnée. 

Il faut dire que Paris avait bien changé d'aspect. Quoique 
Tordre matériel fût à peu près rétabli, il était resté dans 
l'allure du peuple parisien l'empreinte d'une révolution. 
Toutes les fois qu'à tort ou à raison l'autorité succombe, il 
en résulte dans le pays un irrésistible mouvement d'expan* 
si on. Les différences de condition s'affaiblissent; un certain 
penchant à la gaité, à l'audace se manifeste dans le peuple. 
Mais comme en de telles circonstances, c'est la multitude 
pauvre et illettrée qui fait ta loi sur la place publique, il en 



GOUVERNEMENT PROVISOIRE. 109 

résulte une certaine négligence de costume, une sorte de 
brutalité de mœurs capable de blesser les natures délicates 
et de leur inspirer la haine et l'effroi de la démocratie. 
L'élégance chez les Français constitue un véritable et indes- 
tructible parti* 

Un drap noir enveloppait l'enceinte extérieure de l'église 
de la Madeleine. Des drapeaux, des immortelles décoraient 
le péristyle. Un écriteau portait cette inscription : Aux 
citoyens morts pour la liberté. — Celle du tombeau sans 
doute, car où était celle du peuple?— Le milieu du temple 
était occupé par un vaste catafalque sur lequel on lisait ces 
mots destinés à solder le sang versé, à indemniser le dé- 
sespoir de la veuve et de l'orphelin : Morts pour la patrie. 
Des trépieds aux flammes pâles projetaient de funèbres 
lueurs sur ces noires tentures. 

Vers midi, les dictateurs arrivèrent. Us venaient saluer ces 
morts auxquels ils devaient le pouvoiret que MM. Garnier- 
Pagès et Flottard avaient voulu faire enterrer le lendemain 
de la révolution. En voyaut ce que coûte la dictature, les 
membres du Gouvernement provisoire sentirent sans doute 
le poids de la responsabilité qui pesait sur leurs épaules. 
Peut-être prirent-ils intérieurement la résolution de rendre 
enfin au peuple déshérité cette part de bonheur qu'il ré- 
clame depuis tant de siècles et qu'il croit trouver dans la 
science et le bien-être ? Peut-être résolurent-ils de vaincre 
le problème?Mais à coup sçr ils ne savaient ni ne pouvaient. 

Les chefs suprêmes de la République prirent place au 
banc d'oeuvre, à gauche du catafalque. Les corps constitués 
et les députations se rangèrent de l'autre côîé, envahirent 
l'église et bientôt la comblèrent. L'office commençai Et 
tandb que les psalmodies du miserere ébranlaient les voûtes 



110 SECOND fgÉPUBJJQUE FRANÇAISE. 

àf/L temple, la Mw^ilkme, mêlée kfies iecwtf étions &mé- 

Jjù cortège sortit die ^église à une beufe et demie, là se 
Oii,t çn marche outre deux baies jjp .garder natioûa^ux ex 
n'arriva qu'à trois heures au pied de la colombe 4 e Juillet. 
Sur to\ite l^ç^g^e^r $e$ houleyarcfs, des baudep de caii- 
eot tricûlpre que, 4&US son eulhousiasoie, le if onîlewr du 
ajpar$ nqoin>e te télégraphe ékctriqm de l'horizon; s ? en- 
r^laient autour de§ arbres et des jcajadéiaty es. Le Gouyer- 
û§pt$At fut reey ap, pied 4e la colonne par M. Dupont (de 
l'Eure) çt p?r J# général Swteryie. beg disooura commencè- 
rent, pu plutôt Je chscourp^ommeuça. Quicoqque a pu assise 
te? $ ^ çéçé^opjps <te ce gçpre, sait que ce discours, est 
tp,pjpprg le jnép^e, tpujpurs sonore, .et Joiyours apssi vide 
de sens. Mais les acteurs ont joué leur rôle, le peuple à eu 
sqq èpeçtae^e, J.e but e$t rempli. 

IJn^ ^cèpç doulopjreuçe roippit l'ordre du cérémonial. 
!?es p$*çpts <N* Y jctiwep, ap mopjept où les cadayires furent 
descends (fans les paye^ifx funèbres prennes sous cette 
CfffQQpe éleygç à}a Liberté et que surmpqte la statue dorée 
d!pp d^u équivoque pprt&p^ des aîles au dos , au rpo- 
ipwbi dfe-jfc fiù tes morts iputfles de Février allaient re- 
îoifjfjre leurs stériles prédéaesseuin* de Juillet. {$30, les 
Çfrfis, }e$ fll$, tes mères, les s<£uœ> les femmes, efaltéspar 
1# douleur et par 1&$ excitations de p^ttqsplenifji té funèbre, 
se ruèrent eu foule ver* les caveaux, refoulât, les gardes 
u^tipuaux et lçs menpbrGÊ du Gouverqemeut epx-ïu&pes. 
^ l$vm§ P^gî^rr?» flMi rfcrppljssatf tes fopctipo§ de spr 
fflà^dirg du Gouvernement provisoire, intervint. Il réussit 
4 faire taiuçe 1* douleur vraie pour laisser k par pie à la dou- 
leur pHpeJJe. 



C$ux des coutemppf^ne tfvwfiifo&lto tôw&mte> 
qui attira presque toute 1$ population de Paris w ^s bfiVfc 
levard§> p'ç^j$roqt jamais avec qn^-j ab»e upe sig«wde 
multitude livrée à e^l^méme sutçe cpuduira d^g çqtt# 
circonstance, Jj"I^s p^pjç fl'çut au jn&ne degré que 
celui de Paris le sentiment de l'unité et celui des conve- 
nances, 

\)n ipcideat, grotesque n$ta 1? iQonrdque m (Bolemqftl 
durapt ce lpng défllé. Quelques déteuus ppiUiques, que ta 
Révolution venait 4e mettre m liberté, irpuyèreot woyea 
de ridiçu^isçr le souffrance, M- ttuber ejt quelques-uns de 
sçê cojppegppps de cavité, çnjm&ï deps un cabriolet de, 
régie qui suivait Je poftège, portait uue bapipère *ur 
laqp e}le çp M^tijt : Victimes politiques. 

On gfrtjtagwji 4 cette fête fgnèbre les bandée insurrec- 
tionnelles grpupées par M. Cwspidière, UQiunté enfin offi- 
ciejlenient à ^ foncjtiops spu$ le titre de délégué dp U 
majpede Paris i la préfecture de potecp, Le bivouac de 
l'jiôtej de la rue de Jérusalem s'était organisa en une sqrte 
de gerde préfeçtof ete > composée de wontegnerds, de 
lyonnais, et qpi furent tpps compris plus tard sou* là dé- 
nof^ination de garde réptfblicaine, Leur coutume si com- 
ppsait ffpu p^W(ou jip gro&e toile grise, d'une blouse 
bleue, d'un pervel, d'une crayftte ^ fium eeipture rouges* 
Les cavalier* Dataient ip$ cjieyftu* de< )a garde rouuici- 
p^ft, Çqur foute w;mp Up,- traîja^igpl. uu graud sabfe de 
cayalerieet portaient d^s projets £ la qeiuture. Ces braver, 
or#é$ de barbes et de ]^pu?ta(^es terribles, Paient epm- 
Ufinûfa p/£ tffi f çpubiicain à jarobfl de ^0\h sorti réeem* 
irçenjt de prifpfl, J)L Poruii). Les (unér&iUe? des victime» de 
Fgyrjfr perdent ft c^fe nouvelle garde de $e montrer 



112 SECONDE RÉPUBLIQUE FRANÇAISE. 

sous son premier costume. Elle défila avec des airs massa- 
crants qui firent rêveries boutiquiers. 
' Nonobstant, ces funérailles furent presque une fête. Mais 
la France, entraînée par la destinée qui remportait, n'avait 
pas vingt-quatre heures à consacrer à de pareilles récréa- 
tions. 

11 existe un fait qui domine ces annales, un fait tellement 
capital qu'il donne en quelque sorte à lui seul la synthèse 
historique de cette période négative des événements con- 
temporains. Le regard pénétrant dû lecteur s'y attachera 
et ne le quittera plus. C'est que la seconde République fran- 
çaise n'a pas un seul instant fonctionné à l'état normal. 
Elle n'a pas existé. Née du hasard, avec une mission fatale, 
sa poitrine a serti de pont entre le passé et l'avenir. Elle a 
représenté une soudure laborieuse entre deux tronçons de 
monarchie. Et pour cette œuvre ingrate elle a donné son 
sang, le sang de la guerre civile qui fume sans gloire sur 
les pavés et ne fait pas même pousser un épi. Il ne lui a pas 
été permis de faire une halte dans l'éternité. Son existence 
n'a duré qu'une minute, la minute où je ne sais lequel de 
ces dictateurs pour rire se penchant au balcon de l'Hôtel de 
Ville» jeta enfin le nom de République au prolétariat exas- 
péré. Moment solennel où, de la place de Grève, partit ce cri 
répété par toute une ville capitale, par tout un peuple, de 
la Méditerranée aux frontières du Nord, des rives de l'A- 
tlantique aux bords du Rhin : « Vive la République I » Mais 
cette minute sublime accomplie, le grain de sable tombé 
au fond du sablier, le cri du peuple éteint dans le silence 
des siècles écoulés, c'en était fait de la République. Tout ce 
qui allait s'écrire, se dire, s'imprimer, s'exécuter à dater de 
cette miuute jusqu'à la minute dernière, était l'œuvre de 



UOUVJiRNEMENT PROVISOUUS. 113 

la destruction. La République se mourait, la République 
était morte. 

Le lendemain dçs obsèques, Paris reprit ses inquiétudes, 
le seul travail qu'il connut alors. Quant au Gouvernement 
provisoire, il continua de tourner la meule des décrets. Il 
annonça, dans une déclaration au peuple français, qu'il 
fixait au 9 avril suivant la convocation des assemblées élec- 
torales, et la convocation de l'Assemblée nationale consti- 
tuante aa 20 du même mois. 

La vérité est qu'en présence dea embarras de toute na- 
ture où se trouvait le Gouvernement, qu'au milieu des di- 
visions intestines, des terreurs, des haines, des compéti- 
tions dans lesquelles s'écoulait son existence, l'Assemblée 
nationale devenait, une conclusion à laquelle le peuple,, qui 
sentait la faiblesse du pouvoir, le pouvoir qui sentait sa 
propre impuissance, aspiraient l'un et l'autre avec une égale 
impatience. L'Assemblée nationale devenait une balte dans 
le désert, l'armistice des ambitions irritées. L'Assemblée 
nationale masquait la stérilité et le mauvais vouloir. Grâce 
à elle, on répondait à tout. Tous les problèmes, celui 
de la misère , celui du travail, qu'on n'avait ni la foi, ni 
l'audace, ni le courage de résoudre étaient ajournés à 
l'Assemblée nationale. Les Milanais qui ne pouvaient pas 
attendre, les Vénitiens auxquels il eût fallu des secours 
immédiats r furent aussi renvoyés à ces calendes illu- 
soires. 

Ce but arrêté, H ne restait plus qu'à fixer les détails de la 
cérémonie. Il s'agissait de déterminer le mode électoral. 
Aucun des systèmes antérieurs ne donnait à Ta raison 
une satisfaction complète. On se mit à étudier la question. 
Il eût été possible de s'en dispenser en reconnaissait préa- 

II. 8 



HA SECONDE RÉPUBLIQUE FRANÇAISE. 

lablemérit cette vérité, qu'il n'existera jamais de système 
électoral parfaitement équitable ; que, l'eût-on trouvé, On 
n'aurait encore là que le moyen de régulariser la toi du 
nombre, laquelle peut bien, socialement parlant, ne re- 
présenter aucunement l'idée de justice. Le suffrage uni- 
versel à uû seul degré n'est au total qu'un moyen élémen- 
taire et grossier de se mettre d'accord sur çfuelque point en 
litige. Mais il n'est pas ôôrtainque cela soit infiniment pré- 
férable aux dés du juge de Rabelais, puisque les résultats 
de ce mode électoral sont assez souvent contraires du sens 
commun. , 

La tradition électorale depuis 4789 offrait les résultats 
suivants. Ûncomptait aux Etats-généraux, ouverts à Ver- 
sailles, lé B mai, et Constitués le 17 juin sur la motion de 
M. Sïéyès, 1214 députés. 308 appartenaient au clergé, 235 
à la noblesse, 621 au tiers-Etat. Le 22 décembre de la 
même année, cette assemblée adopta l'élection à deux de- 
grés. Elle distingua deux sortes de citoyens : les actifs et 
les passifs. Ces derniers, comprenatft les classes domes- 
tiques, ne votaiept pas. Les citoyens actifs devaient se 
réunir au canton et former une assemblée électorale dé- 
partementale qui nommait les représentants du départe- 
ment. Pour être électeur départemental, il fallait payer une 
contribution égale à la valeur de dix journées d'ouvriers. 
Pour être éligible, il fallait payer une contribution d'un 
marc d'argent. La loi de 1789 ne fut pas mise en vigueur. 

U est 4 bon, avant d'aller plus loin, de faire observer que la 
motion de M. Siéyès n'eut d'autre avantage que de briser 
une organisation insuffisante. Mais il est évident que cet 
abbé, en formant une assemblée nationale sans l'asseoir sur 
des catégories nouvelles, organisa le chaos dont toutes nos 



«HfVttKlMlHf tt&VlftOIB*. lift 

aésembléfes législatives offrent, depuis soixante «ras, la plus 
parfaite image. 

L'élection h deux degrés fut maintenue par la constitua 
tiôn du 31 septembre. Les asseinblées de canton, ou assem- 
blées primaire^ nommèrent les électeurs départementaux ; 
ceux-d, réunis au chef-lieu du département, nommèrent 
les députés. L'assemblée législative, qui tint sa première 
séance le 4« r octobre, h 791 , ftif constituée -d'après ce système. 
Elle se composait de 745 membres, dont 905 propriétaires 
et 400 avocats ! Que le bon sens et la philosophie méditent 
surceftit. 

La Convention sortit, en 1792, du suffrage universel» 
Mais, tout en abolissant la distinction ridicule de citoyens 
actifs et de citoyens passifs, le nouveau mode électoral 
conservait les deux degrés. On se borna à déclarer les do* 
mes tiques inaptes à voter. La Convention se composait de 
750 députés. 

La constitution du 24 juin-i 793 alla plus loin. Elle prit 
la population pour base. Elle admit l'élection directe et 
n'exigea de l'électeur que six mois de domicile dand le 
canton. Un député devait être noiùmé par 40,000 âmes. 
Cette loi ne fut pas appliquée. 

Le système des élections à deux degrés fut rétabli par la 
constitution du 22 août 1795. On réduisit à 500 le nombre 
des députés. On exigea de l'électeur départemental la qua- 
lité de Français, vingt-cinq ans d'âge et la propriété d'un 
bien dont le revenu équivalait à la valeur locale de deux 
cents ou de cent cinquante journées de travail, selon que 
sa commune comptait plus ou moins de six mille âmes. 
Les mêmes droits s'étendaient aux locataires, sauf de lé- 
gères difTéi*eàces. ' 



116 SECONDE RÉPUBLIQUE FRANÇAISE. 

Pour être éligible au Conseil des Çinq-Gent6 f il fal- 
lait être âgé de treute ans et avoir, à la date de l'é- 
lection, dix ans de résidence dans le territoire de. la 
République. L'éligibilité pour Je Conseil des Anciens exi- 
geait quarante ans d'âge, quinze ans de domicile immé- 
diat et la qualité de veuf ou de marié, « C'est la faction des 
époùseuses qui. a dicté cet article I » s'éeria le conventionnel 
Talot dans la séance du, 3 thermidor an ni. Après deux 
élections, il fallait deux ^ans d'intervalle, pour redevenir 
rééligible. Ce mode réactionnaire subsista jusqu'en 1799. 

La constitution de Tan vm réduisit à 400 le nombre des 
représentants. 100 d'entre eux formèrent le tribunal, et les 
300 autres le corps législatif. . 

La charte de 1814 rétablit Sélection directe, mais en la 
renfermant dans des conditions de cens quiJjrent de Télec- 
U>rat un véritable privilège. 

Ce privilège subsista sousle régime de la charte de 4830, 
sauf une réduction de ceiit francs qui abaissait le cens de 
trois cents à deux cents francs- r 

L'histoire de [nos soixante dernières années est, écrite 
dans ces deux pages, Le Gouvernement provisoire, en jetant 
les yeux sur ce passé électoral de soixante ans, ne se sou- 
vint que du cri du peuple au 22 prairial : a Çu pain et la 
constitution de 93 ! » Sans idée propre, nourri de lectures, 
voué aux servilités de l'imitation, il ne s'aperçut même pas 
du. vice radical du parlementarisme qui livre les destinées 
du pays aux avocats et aux propriétaires. Avec la candeur 
<ie l'innocence, il se mit en devoir de reconstituer le chaos 
sur les plus larges bases qu'il lui fut possible d'imaginer. 

Il adopta donc pour bases du nouveau régime électoral, 
les principes suivants : 1° que l'Assemblée nationale décré- 



GOUVERNEMENT PROVISOIRE. 117 

ferait la constitution; 2° que l'élection aurait pour bases la 
population; 3° que les représentants du peuple seraient au 
nombre de 900; 4° que le suffrage serait direct, universel, 
sans aucune condition de cens; 5° que tous les Français âgés 
de vingt et un ans seraient électeurs, et que tous les Français 
âgés de vingt-cinq ans seraient éligibles; 6° que le scrutin 
serait secret. MM. Marrast , Isambert et de Cormenin furent 
les inspirateurs de ce projet. 

Ce décret, rendu le 5 mars, fixait au 9 avril l'époque des 
élections pour l'Assemblée constituante. Il fut publié le 
lendemain avec un tableau de répartition des représentants 
à raison de la population. On en trouve trente-quatre pour 
le département de la Seine. 

Ce décret rencontra une vive opposition. En réalité ce 
n'était autre chose que le principe de l'égalité des salaires 
transporté dans la répartition de l'autorité. Le vote du père 
de famille ne pesait pas plus que celui du célibataire. M. 
Proùdhon qualifia le décret de a loi agraire de l'autorité. » 
M. Raspail, dansl'ifmt du Peuple, soutint, non sans raison, 
que cet acte si important ne devait pas être appliqué avant 
d'avoir été soumis à l'approbation du pays. Il lit en outre 
observer qu'il est bien difficile à un électeur de connaître 
la capacité et la moralité de trente-quatre candidats. L y avé- 
nement de la démocratie n'était pas mûr. Les critiques ne 
manquèrent pas, mais le remède ne fut clairement indiqué 
parpetsonne. 

Quant à la restriction relative à l'âge dal'éligible, quoique 
moins importante, elle offrit un argument dé plus aux 
esprits disposés à la critique. On sait qu'à Rome les magis^ 
traturesse conféraient sans* avoir é^ard à l'âge. Mais des 
exemples plus récents s'offraient en foule à l'imagination. 



118 SECONDE RÉPUBLIQUE F&ÀNQAJSE. 

Napoléon, Hoche, Marceau, qui, tout jeunes, commandaient 
des armées, Charles Fox qui fut à vingt et un ans lord de 
l'amirauté, Pitt qui fut premier ministre p. vingt-quatre ans, 
Cannipgqui, à vingt et.ua ans, siégeait au parlement,jRobert 
Peel sous-seçrétaire d'Etat d'Irlande à vingt-deux ans, 
n'auraient pu giéger à l'Assemblée constituante française 
de 4848, 

Ce fût surtout l'époque fixée pour les élections qui fut le 
plus amèrement critiquée, Les uu$ la trouvaient trop rappro- 
chée, ta accusaient le Gouvernement provisoire de précipi- 
tation* En n'accordant pas un temps suffisant pour éclairer 
le peuple sur ses intérêts et sur la valeur des candidats qui 
briguaient ses suffrages, on compromettait l'avenir de la 
République. Les autres prétendaient que, pour rester quel- 
ques jours de plus au pouvoir , les dictateurs de février 
perdaient l'avantage des circonstances. 3ous le coup des 
événements, nul doute qu'on n'eût obtenu des élections véri- 
tablement républicaines. Les clubs, nés comme des cham- 
pignons un lendemain d'orage , s'étaient emparés de ce 
double thème et le discutaient avec fureur. 

Le 7 mars, la société Républicaine centrale, fondée et pré- 
sidée par M . Blanqui, se rendit en députation à l'Hôtel-de- 
Ville. Ce Club présenta une adresse demandant la suppres- 
sion des lois restrictives delà liberté de la presse et du droit 
d'association. Il réclama la déchéance de toute la magis- 
trature qui siégeait au 24 Février. M. Blanqui , orgaiJjB de Ja 
société Républicaine centrale, parlait de cette voix tran- 
quille qui glaça plus d'une fois (a réaction curieuse qui se 
pressait à son club. Le Gouvernement provisoire l'écoutait 
avec malaise. Il termina en disant : «Nous avions encore à 
remettre au Gouvernement provisoire une adresse ; mais 



GOUVERNEMENT PROVISQIBE. 149 

elle arrive peut-être trop tard, pour lui demander d'éloi- 
gner l'époque deç élection^ qui nou6 paraît trop rap« 
prochée. » 

M. Blanqui espérait-il réellement qu'un retard dans les 
élections pût devenir très-avantageux au parti avancé? Il 
est permis d'çn douter. Mais ce retard reculait nécessaire- 
ment l'époque w où devait cesser cette dictature fragile et 
sans unité que la moindre circonstance mettait à la meroi 
d'un coup de main. 

La question électorale domine toute cette période de 
l'histoire de la seconde République française. Et comme il 
s'agissait aussi d'élections pour la garde nationale, ppur 
telles ou telles délégations non officielles, voter parut être 
pendant quelque temps Tunique occupation des Français. 

En réalité, le pays s'interrogeait. Il allait s'apercevoir, au 
sortir delà crise d'enthousiasme, qu'il n'était pas républi- 
cain, quoiqu'il ne pût souffrir aucune espèce de monarchie. 

Le résultat futur des élections pour l'Assemblée consti- 
tuante occupait donc toutes les imaginations. Le* partisans 
de la monarchie crai gnaient que la République,trai tée si long- 
temps d'utopie, ne devint une réalité. Les républicains, cen- 
tuplés depuis le £4 Février, néophytes par conséquent pour 
la plupart et apportant dans la politique toute l'ardeur du 
prosélytisme, se souvenaient du passé. Ils craignaient, à 
juste titre, que la révolution ne déviât, que ^élément mo- 
narchique ne reprît le dessus, et que, selon l'usage, le nou- 
veau pouvoir n'oubliât ses promesses. 

C'est une des misères de la politique française, que Top-r 
position fait toujours ici de telles promesses au peuple, 
qu'en arrivant au pouvoir, elle se trouve fatalement réac- 
tionnaire par l'impossibilité de les tenir. 



120 SECONDE RÉPUBLIQUE FRANÇAISE. 

La provinee ne resta pas en arrière dans ce vaste mouve- 
ment des esprits. La fièvre d'inquiétude aVait gagné lés 
champs. Les adresses et les pétitions fondaient sur le Gou- 
vernement provisoire de tous les points du pays. La con- 
clusion de tout ce bruit se résolvait pour le pouvoir en une 
question ainsi formulée : Faut-Il avancer ou reculer l'épo- 
que des élections ? 

Dépourvu d'initiative et d'idée personnelle, le Gouverne- 
ment ne crut pouvoir mieux faire que d'interroger," de pon- 
dérer, d'apprécier si la chose était possible, tl interrogea les 
commissaires. 1 Ces préfet^ provisoires répondirent qu'on 
•devait différer le moins possible l'époque des élections. 
Ceux-là sentaient venir la: réaction ; ils la touchaient de plus 
près, car c'est en province qu'elle naquit et qu'elle naîtra 
toujours. La province est plus loin que Paris du foyer gou- 
vernemental. Les idées républicaines n'y sont pas protégées 
par des masses imposantes. Les esprits y sont plus froids, 
plus positifs. On y vit de la vie de famille bien plus que de 
la vie publique. Un changement de gouvernement y- est 
redouté à l'égal d'un déménagement. 

L'avis des commissaires s'accordait avec celui de la grafcde 
majorité des Parisiens. Il est étrange et fort digne de re- 
marque que ce gouvernement douceâtre, qui fut si clément 
pour les personnes, qui se laissa insulter et calomnier par 
les palefreniers de Louis-Philippe et par les mouchards dé- 
masqués, qui permit à tout le monde de lui cracher noble- 
ment au visage, et qu'on ne saurait mieux comparer pour 
le caractère et l'intelligence gouvernementale qu'au soli- 
veau de La Fontaine, il est digne de remarque, dis-je, 
qu'un tel gouvernement fût devenu plus intolérable au 
peuple français, que le gouvernement de Louis-Philippe 



GOUVERNEMENT PROVISOIRE. 121 

lui-même. Il pesait sur les épaules du pays; ou avait bâte 
d'en Soir avec lui. La France a horreur du provisoire. 

On Ta vu par le discours de M. Blanqui au Gouverne- 
ment provisoire, le 7 mars. Les clubs avancés, les délégués 
du Luxembourg sous l'inspiration de MM. Louis Blanc et 
Albert, trouvaient cette première date du 9 avril trop rap- 
prochée, et réclamaient l'ajournement des élections. D'au- 
tre part, le Gouvernement s'était cru obligé de reculer au 
5 avril les élections de la garde nationale, dont l'inscription 
se flt avec lenteur. Cette seule circonstance créait une ap- 
parente impossibilité de laisser subsister la date du 9 avril 
pour les élections générales. 

Le 27 mars, le Gouvernement provisoire, cédant sans 
doute à ces divers motifs, publia un décret daté de la 
veille, qui ajournait au 23 avril l'élection des représen- 
tants du peuple. Ce décret s'appuyait, sur des considérants 
contradictoires, puisqu'il faisait entrer en ligne de compte 
les renseignements donnés par les commissaires. Ces rensei- 
gnements concluaient, on le sait, au non-ajournement et de- 
mandaient que les élections eussent lieu le plus tôt possible. 

Nous devons ici constater deux faits. Le premier gît dans 
la politique contradictoire des clubs qui voulurent d'abord 
le retard deé élections, et qui firent ensuite tant de bruit 
contre l'ajournement. — Le second fait relatif au décret du 
26 mars est plus important. Il est impossible de ne pas s'a- 
percevoir du trouble quiplane sur ce décret, dont l'influence 
sur l'avenir de là seconde République française fut si dé- 
plorable. Lorsque Ton réfléchit aux effets désastreux de 
cette prorogation, il est bien permis de ne pas s'en tenir à 
un examen superficiel. Et lorsqu'en scrutant une mesure 
qui permit aux partis monarchiques de se reconnaître et de 



433 SECONPE REPUBLIQUE FRANÇAISE. 

se rallier, ou s'aperçoit qu'elle repose uniquement sur un 
autre décret d'une importance toute secondaire, l'esprit le 
moips méfiant n'est-il pas tenté de se demander si le retard 
des élections de la garde nationale ne fut pas plutôt un 
prétexte qu'une cause réelle. Le doute n'est pas possible en 
lisant les considérants du décret du 8 mars (1). Prétexte 
bien insuffisant d'ailleurs 1 

Tout secret s'éclaire par la recherche des motifs. En faut- 
il chercher d'autres que les opinions monarchiques de la 
majorité ciu Gouvernement provisoire? Cette majorité flai- 
rait le vent et, tout en continuant de protester de son répu- 
blicanisme, elle obéissait à de puissants instincts de réaction. 

Le Gouvernement provisoire crut devoir accompagner 
son funeste décret d'une proclamation dans laquelle il disait 
qu'il se croirait « coupable s'il gardait dans ses mains, 
sans la plus impérieuse nécessité le pouvoir exceptionnel 
et temporaire que Gette nécessité même a fait légitime. » 
Il ajoutait à cette précaution oratoire : a Le Gouvernement 
provisoire n'a donc été décidé que par des difficultés maté- 
rielles à remettre le jour des élections générales au 23 avril 
et la réunion de l'Assemblée au 4 mai » (2). Le lendemain, 
pour qu'il n'y eût pas à revenir sur cette décision, le Jtfb- 
niteur publiait les arrêtés relatifs à la formation des listes, 
à la convocation des comices, à la tenue des assemblées 
électorales, au dépouillement et à la constatation des votes. 

Les clubs firent grand bruit. La voix de ces assemblées 
tunàultueuses couvrit un moment la France. Après avoir 

(1) « Attendu que le recensement de la garde nationale parisienne est au- 
jourd'hui complet Décrète que les érections des officiers et sous-officiers de 

là garde nationale de Paris et de la banlieue se feront le 13 mars courant. » 

(Mouit. (lu Q mars 1848.) 

(2) Voir le Moniteur universel du 27 mars i 848. 



GOUVERNEMENT PROVISOIRE, 123 

brigéJ* tribune de la Chambre des députés, le peuple s'était 
lui-môme mis à jouer au parlement. Capitales, villes, hour- 
gades et villages subirent la maladie du clubisme. Ce qui 
se dit d'absurdités dans ce peuple de trente-six millions 
d'habitants, en l'espace de quelques semaines, n'est pas 
supposable. Des. miasmes oratoires de la pire espèce em- 
poisonnèrent l'atmosphère. La déesse Sottise régna par- 
lementairement sur le peuple le plus spirituel de la terre, 

Mài6 la cacologie des clubs n'empêchait pas qu'ils ne de- 
vinssent, dans une graude villa comme Paris, une redou- 
table puissance. Déjà un travail de centralisation s'était 
fait dans le but de relier ces groupes épars au moyen d'une 
organisation unitaire. Tellp fut la pensée qui donna nais- 
sance au Club des clubs* Et pour faire une application immé- 
diate de sa puissance, il intervint aussitôt dans la question' 
du jour en prenant le titre de : Comité révolutionnaire pour 
le$ élections à V Assemblée nationale constituante. Ce club, or- 
ganisé par le nommé Longe pied et par son fils, était une éma- 
nation du Club dé ta RèvolutionM. Marc Dqfraisse en fqt le 
promoteur officiel. L'idée en avait été conçue par M. Barbes. 

Le Club de? clubs siégea en effet en plein centre de Paris, 
au Palais-National et dans la maison de la rue de Rivoli, 
n° i&. Il invita les clubs à nommer des députés à la société 
populaire centrafe. Il va sans dire que les clubs ne deman- 
daient pas mieux. Les adhésions arrivèrent en masse. Deux 
cents clubs répondirent à l'appel. Un certain nombre de sec- 
tionnâmes de la Société des droits de l'homme se joignirent 
aux délégués. La Commune de Paris, journal de M. Sobrier, 
devint en quelque sorte le Moniteur de cette société centrale. 

Cette maison de la rue de Rivoli, n° 16, où se trouvaient 
ainsi centralisées les administrations de la Commune de Pa- 



424 SECONDE RÉPUBLIQUE FRANÇAISE. 

met du Club des clubs, était devenue un objet de terreur 
pour la bourgeoisie parisienne. Il faut ajouter qu'elle ser- 
vait eh outre de caserne à une bande de braves à ceinturés, 
à cravâttes et à berrets rouges. 

Ceci exige une seconde explication. On n'a pas -oublié 
que, dans la matinée du 24 février, lors de la distribution des 
hautes fonctions, M. Marc Caussidière faisant quelque diffi- 
culté d'accepter la place de Préfet de police, M. jSobrier s'é- 
tait offert à la remplir. La réunion accueillit cette offre. Au 
bout de trois jours, M. Sobrier, malade, épuisé par la fati- 
gue des jours précédents, mécontent peut-être d'un pou- 
voir partagé, se retira. Il demeurait alors rue Blanche, 
n° 25. Là, il fonda avec le concours de MM. Pyat, Thoré, 
Luchet, etc., une commission 1 pourla défense des princi- 
pes républicains, Plus tard, il loua un appartement dans la 
maison de la rue de Rivoli et y installa les bureaux de son 
journal, le siège de la Commission pour la défense des prin- 
cipes républicains et celui de l'administration du Club des 
clubs. La préfecture de police lui fournit en outre un pi- 
quet de braves à ceinturé rouge, qui devinrent une sorte 
de garde de ce nouveau camp de partisans. Dans un siècle 
aussi administré que le nôtre, des faits de cette nature sont 
un sujet d'effroi. Au fond, cela ne signifie rien et tombe de 
soi avec la réprise du travail et des affaires. 

Le Club des clubs, ainsi installé dans l'ancien palais du 
duc d'Orléans et dans la maison dépendante des biens de 
la liste civile, songea bientôt à étendre Son action sur la 
France entière. M. Ledru-Rollin protégeait secrètement ce 
foyer de propagande. MM. deLamartine, Marrast, et Caussw 
dière s'en disputèrent aussi l'influence. Les deux premiers» 
ainsi que M. Ledru-Rollin, Versèrent dans la caisse du Club 



GOUVERNEMENT PROVISOIRE. 125 

des clubs une somme qui ne s'éleva pas à moins de cent 
soixante-dix mille francs, prélevés sur les fonds secrets. 
Ce qui n'empêchait pas, au besoin, le ministre de l'Inté- 
rieur de désavouer les agents du sieur Longepied. Le sieur 
Marcalinat Prat, l'un de ces agents, ayant été signalé au 
ministre pour la violence de sa propagande, M. Jules 
Favre écrivit aux commissaires de la Charente, d'avoir 
à.surveiller cet individu et de le faire arrêter au besoin. Le 
sieur Longepied put envoyer dans les départements, à l'ar- 
mée et jusqu'en Algérie environ six cents agents électo- 
raux choisis parmi les membres les plus actifs des clubs de 
Paris. Chacun d'eux recevait, avant de partir, des instruc- 
tions écrites. Le comité expéditeur soldait les frais de route 
et de séjouç. La correspondance arrivait rue de Rivoli, à 
l'adresse du sieur Longepied. La plupart de ces mission- 
naires clubistes, quoique dépourvus de caractère officiel, 
firent en province un effet déplorable. Peu éloquents et 
parlant en général un français inhumain, ils achevèrent de 
dégoûter de la République «des populations craintives et 
ennemies de tout changement. 

De midi à trois heures, le Club des clubs tenait ses séan- 
ces. Le soir, cette réunion se fractionnait dans les clubs de 
Paris, irradiant ainsi sur presque toutes les assemblées po- 
pulaires. Mais pour porter la lumière il faut la posséder. 
Or les ténèbres du Club des clubs n'étaient illuminées que 
par les reflets des souvenirs de 1793. On ne gouverne pas 
avec des souvenirs. Cette organisation qui, entre les mains 
de quelques hommes supérieurs, eût pu ^devenir un formi- 
dable instrument d'action, ne fut, dirigé dans des voies ab- 
surdes et puériles, qu'un agent de désordre ajouté à tous 
ceux delà situation. 



126 SECONDS RÉPÛBLÎQtlE FRANÇAISE. 

M. Blanqui, on l'a vu précédemmeôt, inspirait un groupe 
d'hommes résolus dont là première réunion avait eu lieu 
en armes, le 26 février, dans la salle du Prado. Ce groupe 
se transforma en club indépendant sous le nom de Société 
centrale républicaine. Il tenait ses séances rue Bergère, 
dans la salle du Conservatoire de musique. De tous les clubs 
de Paris, la Société centrale républicaine fut peut-être celui 
qui attira le plus de monde. A peiné ses portes étaient-elles 
ouvertes au publié que la foule avait envahi les loges du pe- 
tit théâtre. Des gens à voiture, de riches étrangers ten- 
taient, mêlés au peuple, l'escalade d'une place. Il y avait 
aii moins autant de peur que de curiosité dans cet empres- 
sement de la bourgeoisie à venir entendre et voir un des 
hommes qu'un tour de roue de la révolution pouvait porter 
au pouvoir, auquel on supposait des doctrines très-rigou- 
reuses en matière politique et qu'on regardait comme prêt 
atout. 

M. Blanqui passait pour un conspirateur d'une habileté 
profonde. Petit de taille, d'une constitution débile, affaiblie 
encore par le régime des prisons, il intéressait sans attirer 
la sympathie. En suivant une carrière banale, il n'eût tenu 
qu'à M. Blanqui d'arriver à une de ces positions convoitées 
des ambitieux médiocres. Son frère, M. Blanqui l'écono- 
miste, offrait un exemple du genre dont il n'eût tenu qu'à 
Auguste Blanqui de profiter. Mais il aspirait à autre chose 
qu'à une stalle à l'Institut et à une chaire d'économie poli- 
tique. 

Sa rigide sobriété, ses vêtements délabrés, l'amertume 
, de Ses traits assombris, l'orgueil et le mépris qui soute- 
naient en quelqtfe sorte de leur flamme intérieure cette fra- 
gile existence, l'environnaient d'un prestige particulier. 



GOtTVERNEMÉNt PROVISOIRE. 127 

On disait aussi que les femmes de sa famille, épouse, mère, 
soeur l'enveloppaient d'une affection, d'un dévouement et 
d'un respect sans bornes. M. Blanqui dédaignait les jour- 
naux et, quoique sa plume incisive trahit un talent naturel 
d'une vive originalité, il n'aimait pas à écrire. (Shéttf, il croit 
singulièrement à la force. 

Le hasard jette dans la démocratie des organisations 
fines, des natures élégantes, aventureuses» beaucoup plus 
déterminées aux grandes entreprises que ne le sont les ro- 
domonts ordinaires de la démagogie. Ces derniers cachent 
souvent sous de grandes barbes, sous de* airs terribles, les 
goûts, les allures, le caractère épais et les finesses de ma- 
quignon d'une portion de la petite bourgeoisie marchande. 
M. Marc Caussidière en était le type colossal". Les preniiers 
seuls sont capables d'accomplir des révolutions radicales* 
M. Blanqui eût aisément groupé des hommes dé cette na- 
ture. Ouelques-uns même formaient déjà noyau autour de 
lui. M. Blanqui n'était pas engagé comme M. Louis Blanc. 
H était resté dans la politique pure. 11 n'avait pas écrit de 
système ; avantage considérable. Disons plus, on ignorait 
le degré réel de capacité de M. Blanqui. Mais qu'importait? 
Son nom était un moyen. Il voulait dire : politique active, 
énergique, au service de l'idée républicaine* M. Blanqui au 
pouvoir n'eût peut-être réalisé rien de ce qu'on attendait 
de lui. MaisM. Blanqui au pouvoir, c'était la révolution saisie 
au collet et disciplinée. Insuffisant, il eût glissé en quinze 
jours et laissé la place et tous ses avantages à quelque 
homme nouveau, moins encrassé dans le passif des com- 
plots, des préjugés de prison et des frottement démagogi- 
ques, à un homme qui eût pu ramener les esprits au pou- 
voir par tous les avantages qu'offrait la question extérieure 



128 SECONDE RÉPUBLIQUE FRANÇAISE. 

où il était si aisé d'absorber cette activité surabondante que 
la France tourna contre elle-même. Beaucoup d'autres 
motifs, qui viendront en leur place, contribuaient à fixer 
l'attention sur la Société centrale républicaine. 

Le Club de la révolution, fondé par M. Barbes, ne con- 
trebalança pas l'influence de M. Blanqui. M. Barbes était 
considéré par le peuple comme l'honneur du parti répu- 
blicain. Les ouvriers disaient hyperboliquement : «Bar- 
bes est le Bayard de la démocratie et Blanqui en est le 
Richelieu. » Le premier représentait la bravpure, le dé- 
vouement, toutes les yertus chevaleresques. Nul homme 
n'a, plus que lui, possédé l'inconstant amour des masses. 
Mais, avec un instinct pratiqua remarquable, le peuple pa- 
raissait sentir qu'on ne gouverne pas avec de telles qualités. 
Et quoique se méfiant de M. Blanqui, quoique ne l'aimant 
pas, il le regardait comme infiniment plus apte au manie- 
ment du pouvoir. Le Club de la révolution prêta au Gouver- 
nement provisoire un appui temporaire. 

Le Club des amis du peuple, présidé par M. Raspail, se res- 
sentait au contraire de l'irritation de son fondateur. M, Ras- 
pail fut un des premiers citoyens qui osèrent ne pas trouver 
admirables et sublimes les décrets qui sortaient de l'étude du 
Gouvernement provisoire. Il les critiqua dans son club avec 
cette âpreté de verve et» cette amère éloquence dont on a pu 
jugejr dans ses nombreux procès. M. Raspail forma bientôt 
un redoutable groupe de mécontents. Son influence eût 
été bien plus grande encore sans les habitudes de mé- 
fiance que certains conspirateurs, sans cesse en lutte avec 
l'espionnage des agents secrets, contractent dans leur péril- 
leuse carrière. Les démêlés de M. Raspail avec le corps mé- 
dical et ses préparations pharmaceutiques altéraient sin- 



GOUVERNEMENT PROVISOIRE. 129 

guiièrement sa physionomie politique. La politique a hor- 
reur des spécialités* 

M. Cabet groupait les Jcarieus dans un club désigné sous 
le nom de Société fraternelle centrale. Cinq ou six mille hom- 
mes assistaient aux séances de cette réunion bien discipli- 
née. L'attitude de M. Cabet fut, comme celle de beaucoup 
d'autres, un peu vague dans les premiers jours. M. Cabet 
est un esprit organisateur, mais essentiellement pacifique. 
11 y a en lui du maître d'école et du curé de village. Dé- 
pourvu de talent, sans élévation d'esprit, il a cependant 
l'art de grouper les hommes et de les maintenir sous une 
autorité qui revêt lçs formes les plus paternelles. 

On citait encore la Société des droits de l'homme et du ci- 
toyen, fondée pour contrebalancer l'influence de M. Blan- 
qui. Ce club était dirigé par un comité central composé de 
MM. Villain, Napoléon Lebon, V. Chiprou, Huber et Barbes. 
M. Guinard présidait la Société centrale démocratique. Le 
National avait fondé le Comité central des élections qui fit 
nommer représentants du peuple quatre de ses membres. 
M. de Lamartine, qui craignait les poignards, accordait sa 
confiauce au Club de l'émancipation des peuples qui fournit 
une garde armée pour veiller nuit et jour sur l'hôtel des 
affaires étrangères. M. Hubert présidait le Club du progrés. 
M. Louis Blanc était président honoraire dix Club des tra- 
vailleurs socialistes. Ajoutons à ceux-ci le Club de l homme 
armé, le Club républicain pour la liberté des élections , pré- 
sidé par M. Viennet; celui du 10 e arrondissement, pré- 
sidé par M. de Vatimesnil; celui du. Salut du peuple où 
M. de La Rochejacquelein fit la déclaration suivante: «Oui, 
s'appelât-il Henri V, je serai hautement, énergiquement, 
contre tout prétendant qui voudrait attenter à la souve- 
il s» 



180 SECONDE RÉPUBL1QUK FRANÇAISE. 

raineté du peuple. » Il y eut les clubs violente, parmi les* 
quels nous citerons ceux des Quinze-vingts, de ta Montagne 
à Montmartre! de V Arsenal, etc. Quant aux clubs niais, le 
nombre en fut trop grand pour qu'on puisse en parler. Il 
nous suffira de dire que, dans la seule ville de Paris, la to- 
talité des clubs atteignit le chiffre incroyable de quatre cent 
cinquante (4). 

Comme si la pensée du peuple ne trouvait pas une ex- 
pansion suffisante dans ces innombrables tribunes qui cou- 
vraient la France, il s'était fondé une multitude de jour- 
naux. La liberté de la presse, l'abolition des entraves fis- 
cales, favorisaient ce développement insolite. La plupart 
de ces feuilles volantes étaient écrites dans un français plus 
que suspect. Elles naissaient le matin et mouraient le soir. 
Leur destination semblait n'avoir d'autre but que d'alimen- 
ter l'industrie d'une foule d'aboyeurs qui faisaient des bou- 
levarts une promenade assourdissante (2). 

Là encore, on retrouvait cet esprit d'imitation qui fût la 
maladie chronique de la seconde République française. 
Mais l'esprit du siècle n'admet pas les violences que l'on 
tolérait il y a soixante ans. Qu'était-ce que la Carmagnole, 
le Lampion, le Canard, le Petit Homme rouge, à côté du flo- 
quet aristocratique, de la Moutarde après dîner, de la Chasse 
aux bêtes puantes, du PostiUon extraordinaire ou de la Trom- 
pette du pèr^ Belle-Bosêl Quelques-unes de ces feuilles ta- 
rent vraiment originales. Nous citerons Y Aimable Fau- 
bourien, journal de la canaille. Ce titre rappelait le mot de 
Louis-Philippe : «Paris et ses aimables faubourgs. » 

(1) Voir aux Pièces justificatives, n. 7, U liste conplèto des club*. 

(2) Voir aux Pièces justificatives, n. 8, la liste complète des journaux, paru* 
tons la République. 



ftOtfTïRNEMENT MtOVMOIHB, 131 

A côté dé ces excentricités, plusieurs feuilles d'une im- 
portance réelle firent bientôt oublier les anciens journaux, 
les seuls qui aient survécu , à de rares exceptions, à la tour» 
mente révolutionnaire. M. Raspail publia, le 97 février, un 
premier numéro de l'Ami du peuple. Tout en faisant appel 
aux sentiments d'ordre et de fraternité, il s'exprimait avec 
trop d'àpreté sur le compte de quelques hauts fonction- 
naires du nouveau Gouvernement et sur la portée de cer- 
tains décrets, pour qu'on ne lui suscitât point d'embarras. 
Une cabale, dirigée en apparence par des étudiants, 
fut montée contre lui. Les meneurs firent je ne sais quoi 
simulacre de brûler l'Ami du peuple en place publique. 
Ce journal eessa donc de paraître et ne reprit que le 
12 mars. ^ 

On ne lisait plus le National et la Réforme, devenus des 
journaux semi-officiels ; mais en revanche on s'arrachait 
certaines feuilles, comme la Commune de Paris, rédigée 
par MM. Sobrier, Cahaigne et autres écrivains dont la plume 
pouvait d'un instant à l'autre se changer en bayonnette. La 
bourgeoisie surtout recherchait ces grimoires où elle crai- 
gnait de lire l'arrêt de sa destinée. D'autres feuilles écrites 
dans un beau et grand style, comme le Peuple constituant 
de M. de Lamennais, la Cause du peuple de Georges Sand, 
l*Ère nouvelle dé M. Lacordaire s'adressaient plutôt aux es- 
prits philosophiques et aux imaginations ôôntemplatives. 
La plupart de ces journaux gardèrent vis-à-vis du Gouver- 
nement provisoire plus de mesure qu'il ne méritait. La ré- 
serve des partis envers un pouvoir nouveau n'est souvent 
d'ailleurs .qu'une nécessité. Faute de pouvoir le remplacer 
avantageusement, on le tolère. 

Une feuHle fit exception. Fondée d'abord par MM. Jules 



432 SECONDE RÉPUBLIQUE FRANÇAISE. 

Viard etFauvety, sous le titre du Représentant duPeuple, elle 
.acquit bientôt une notoriété considérable entre les mains 
de M. P.-J. Proudhon. Quoique cet écrivain eût déjà pu- 
blié ses principaux ouvrages, il était encore inconnu au 
public. Vivant loin de Paris, à l'écart des intrigues du jour- 
nalisme, fabricateur de célébrités, ses livres ne s'étaient 
répandus que parmi la petite légion des studieux et des 
chercheurs. Doué d'une érudition considérable, d'un style 
vigoureux, clair et coloré, d'une tournure d'esprit originale, 
M* Proudhon, qui sera le Jean-Jacques Rousseau du dix-neu- 
vième siècle, s'il daigne écrire quelques pages de littérature, 
n'eût pas plutôt tracé son premier article qu'on reconnut 
la griffe d'un maître. Paris salua de. son empressement, 
de sa curiosité, de ses éloges et de ses épigrammes le nou- 
veau lutteur qui entrait dans l'arène en frappant sur tout 
le monde. Ce Gaulois, aé. pour la critique, se trouvait 
dans son élément au milieu de ce fracas révolutionnaire, 
où tant de sottises fuient faites et dites, tant de crimes 
commis par niaiserie plus peut-être que par férocité. Lui- 
même, comme s'il eût voulu mettre le comble à ce tapage 
par une note plus criarde que tout le reste, se miLà soute- 
nir imperturbablement, avec le flegme d'une dialectique 
subtile, exercée, l'ancienne théorie des humanitaires sur 
Vanarchie. Il réimprimait et paraphrasait en outre le livre 
la Propriété, c'est le vol! accompagnant ces théories, aux- 
quelles il donnait, par la forme je ne sais quoi d'excessif, 
d'étourdissant, de turlupinades rabelaisiennes contre les 
Montagnards, les Girondins, les Phalanstériens, les Commu- 
nistes et tout le monde. La démocratie fut sur le point de 
se fâcher sérieusement; mais, en voyant ce petit bourgeois 
démocrate de naissance, de tempérament, d'encolure, 



. GOUVERNEMENT PROVISOIRE. 133 

comment douter de sa sincérité (4)? La bourgeoisie seule 
n'y comprit rien et prit ce frère pour quelque démon sorti 
de l'enfer. Une multitude d'individus qui ne possédaient et 
ne posséderont jamais rien, tremblèrent pour la propriété. 
Le masque de M. Proudhon fut traîné sur lès théâtres de 
vaudevilles par des polissons qui pipèrent à cette glu l'ar- 
gent des imbéciles dans un temps où le pays s'imposait 
des sacrifices immenses et où le peuple mourait de misère. 
Au total, M. Proudhon était le seul socialiste qui eût de 
réelles connaissances économiques, le seul qui comprît la 
yiduité du parlementarisme, le danger d'une réglemen- 
tation trop arbitraire, et qui possédât quelques notions 
dont on eût peut-être tiré profit avec beaucoup de pou- 
voir, d'intelligence et de bonne volonté. 

Le Gouvernement provisoire avait bien autre chose à 
faire. Il conspirait contre lui-même. Les clubs et les jour- 
naux conspiraient. Quant à la multitude, elle plantait des 
arbres de la liberté partout, au point de gêner la circula- 
tion. On n'en compta pas moins de 300 tant à Paris que dans 
la banlieue. Le clergé avait soin de présider à ces cérémo- 
nies. On prononçait et l'on écoutait des discours. 

La manie des banquets ne s'était pas arrêtée à la révolu- 
tion. Elle continua, au contraire, avec plus de fureur que 
par le passé. On mangeait et Ton buvait peu dans ces agapes 
démocratiques, mais on y parlait beaucoup. Comme les 
clubs et la plantation des arbres de la liberté, les banquets 
n'étaient autre chose que des prétextes à discours, prenant 
le nom de toasts. Le peuple trompait ainsi sa misère, ses 
inquiétudes et exhalait ses fureurs et ses aspirations. La 

(1) Voir le portrait de M. Proudhon dans les Hommes et les mœurs en 
France, sous le règne de Louis-Philippe, 1 f oh in-8, par H. Castille. 



434 SECONDE RÈftjBLIQTJB FftANÇÀÏfcE. 

lecture des affiches et des protestions de foi, dont le style 
déshonorait les muraille*, occupait aussi le temps inutile 
qu'on ne pouvait plus passer à l'atelier, il se révélait dans 
efeë placards des hommes d'Etat inconnus la Veille et igno- 
rés le lendemain. Là étalaient en foule les solutions im- 
praticables de ces gens qui ont un remède pour tous les 
maux. L'espèce en etiste à tous les échelons de la sociétés - 
Quelquefois ces placards, signés de noms sinistres et 
produits dans quelque but secret j faisaient entrevoir 
le mystère des conspirations dont le public ignorait les 
trame*. Au moins les professions de foi récréaient oe 
peuple oisif. La volumineuse collection de ces piégea à 
électeurs, comprise sous le titre prétentieux de vmraiUn 
révolutionnaires, est un beau monument élevé à la bêtise 
nationale. 

Le Gouvernement lui-même prit part & cette mêlée. 
M. LedfU'Rollin, dans le désir de façonner le peuple à sa 
condition nouvelle et dans la pensée de régler l'opinion 
publique, fit, à dater du 13 mars, publier, tous les deux 
jours, un bulletin qui ne fut inséré ni au Moniteur ni au 
Bulletin des Lais, mais qui n'en fut pas moins placardé par 
ordre de l'autorité. Ce bulletin portait en tête : République 

ntANÇAISBtMlNlSTÈtaDEL'lNTÉBlEUB, Iftli^ 

Paris ne s'émut pas beaucoup de cette publication, mais 
la province, peu républicaine, ennemie secrète de Paris, ne 
tarda pas à manifester son mécontentement. Il régnait au 
ministère de l'Intérieur un ton particulier, imité des dé*- 
clamationB de 1793, qui perçait dans le style des Bulletin». 
Or, il n'y a pas «n France de phraséologie plus détestée 
que celle-là. MM. Jules Favre et Elias Regnault, rédacteurs 
des Bulletins de la République, restèrent cependant par le 



GOUVERNEMENT PROVISOIRE. 135 

fond dans de très-acceptables limites. Mais lorsque plus 
tard, but l'autorisation du Gouvernement provisoire (l)t 
M. Ledru-Rollin eut confié à madame Georges Sand la ré- 
daction de ce premier-Paris gouvernemental, la muse ne 
sut pas voiler èea charmes sous le costume officiel. Elle 
avait trop de talent pour prendre le style de tout le monde, 
te seul qui convienne au pouvoir; elle apporta les flammes 
de son génie, là où toute pensée individuelle doit s'éteindre 
ou ne brûler que d'un feu doux et modéré. Elle écrivit de 
cette main qu'on lui connaît des articles de jeune sans- 
culotte enthousiaste. La bonne dame conspirait aussi (2). 
En général, les Françaises cèdent aisément à la fièvre des 
grands événements, mais le lendemain elles redeviennent 
conservatrices. Cela est entièrement d'aceord avec leur exis- 
tence et leur véritable mission. Au bout de. huit jours, les 
femmes furent hostiles à là République. Le dirai-je? 11 fout 
ajouter une cause moins noble à cet esprit de réaction : 
excepté dans l'exercice de la charité, les femmes ont hor*- 
reur des pauvres. G'est pour cela quelles détestent la Ré- 
publique. Mais que la République devienne riche, elles l'ai- 
meront. Elles sont du parti de la fortune, des beaux habits 
et de la galanterie. Ça jet la, dans le peuple, on rencontre 
quelques femmes républicaines par tradition ou par haiûô 
contre les bourgeoises, mais c'est le petit nombre* Le reste 
craint les révolutions à cause du chômage et des barricades* 
Pour avoir des femmes républicaines, il faudrait foire eu 

(!) Rapport de la Commission d'enquête, tome II t page 30. 

(2) ( Voir Y Histoire de la Révolution de 1848, par Daniel Stern. Cet ou- 
vrage, rempli de détails intéressants, nous a été d'un grand recours. Il est d& 
à f* plaine d'une femme de beaucoup d'esprit, qui cache, sous un pseudonyme 
masculin, son véritable nom. 



136 SECONDE RÉPUBLIQUE FRANÇAISE. 

sorte qu'elles eussent intérêt à l'être. L'intérêt est la bous- 
sole politique de la femme encore plus que celle de l'homme. 

Quelques personnes du sexe essayèrent de former un club 
féminin. Ce fut une excentricité sans succès. Il se trouva 
pourtant parmi ces Cubistes quelques personnes de talent, 
comme mesdames Jeanne Derouin et Pauline Roland. Mais 
quoi? Où trouver un homme ^de sens commun qui serait 
charmé de voir sa femme transformée en orateur et en pu- 
bliciste? La Vanité de ces agitatrices qui éprouvaient le 
besoin de faire parler d'elles, fut profondément nuisible à 
la cause des femmes en la ridiculisant. Si leur condition 
est modifiée un jour, c'est à l'initiative des mâles qu'elles 
le devront. Mais cela ne saurait aller bien loin et sortir du 
cercle de la vie domestique. On ne fait pas d'enfants à la 
tribune. 

Pour compléter le carnaval révolutionnaire, une troupe 
de ribaudes , groupées autour d'un aventurier • nommé 
Bonne, qu'elles appelaient leur colonel, formèrent une 
légion sous le nom de Vé&uviennes. Ce corps franc, qu'il 
eût fallu envoyer à Saint-Lazare, eut l'audace de se pro- 
mener par la ville et d'aller déraisonner politique au Gou- 
vernement provisoire. Tout cela eût été imaginé pour dis- 
créditer la République chez les gens paisibles, doués d'un 
bon sens ordinaire, qu'on n'eût pas mieux réussi. 

Au surplus, le Gouvernement provisoire était devenu un 
but de promenade où l'on arrivait par groupes sous le nom 
de députation. Chacun venait exprimer ses vœux ou don- 
ner des conseils au Gouvernement. Le chiffre de ces dépur 
tations fut d'environ trois cents. A part un petit nombre 
qui eurent une signification réelle et un but sérieux, ces 
députations ne furent autre chose que de grotesques exhi- 



GOUVERNEMENT PROVISOIRE. 137 

bitions à l'aide desquelles on tuait le temps des jours sans 
travail, mais qui faisaient perdre celui du Gouvernement 
et ajoutaient une cause de désordre de plus au mouvement 
de la ville. Qu'allait faire à l'Hôtel de Ville, drapeau en tête, 
ta Société des gens de lettres par exemple? Savait-elle bien 
au juste ce qu'elle avait à demander au Gouvernement pro- 
visoire? Il est permis d'en douter. 

De toutes les modes qu'enfanta la révolution, ce fut celle 
des dons patriotiques qui fit le plus d'honneur au pays, Ce 
n'était aussi qu'une imitation de la première République, 
mais au moins elle prenait sa source dans un louable senti- 
ment de générosité. Les dons patriotiques ne sauveront ja- 
mais les finances, cela est vrai; mais ils témoignent de 
l'amour d'un peuple pour son Gouvernement. La classe 
pauvre fut en cette circonstance la plus généreuse. Tandis 
que le faubourg Sain t-Honoré et le faubourg Saint-Germain 
vendaient leurs chevaux et congédiaient leurs valets, on vit 
des ouvriers apporter leur humble épargne à la patrie en 
détresse. Pour être juste, il faut dire à la décharge des 
hautes classes, qufe la valetaille grasse et repue avait pro- 
fité de la révolution pour élever des prétentions absurdes 
et qu'elle essaya d'inspirer de la terreur aux maîtres. Lu 
réclame et la vanité abusèrent aussi de la mode des dons 
patriotiques. Une commission fut nommée pour recevoir 
ces offrandes, dont bien peu durent être agréables au Sei- 
gneur. La commission, composée de MM. Lamennais, Bé- 
ranger, Littré et Ch. Thomas (l),récolta, en 1848, 761 ,757 fr. 
04 c. (2) 

(1) Voir le Moniteur universel du 3 mars 1848. 

(2) Voir le Moniteur universel du 16 novembre 1848. 



138 SECONDE RÉPUBLIQUE FRANÇAISE. 

• Le lice radical de cette seconde République, c& qui. eu 
rend le récit amer à l'historien, c'e&t que, dans les petits 
faits comme dans les grands, il est impossible de retrouver 
la sincérité réelle, la sainte bonne foi* l'enthousiasme pi-o- 
fondj le fanatisme Vrai, qui éclatent à Chaque instant dans 
la grande épopée révolutionnaire de la fin du xvui* siècle* 
Toujours de petites actions et de petits hommes. Louis- 
Philippe s'en était allé laissant derrière lui la corruption, 
$ûr dlêtre vengé par la pourriture universelle. 

Plusieurs incidents d'une nature trop caractéristique 
pour être passés sous silence marquèrent ces premières, 
semaines de l'installation du Gouvernement républicain. 
Je les rapporterai par ordre de dates. Le premier de ces 
faits eut lieu très-peu de jours après la révolution, le 2 mars* 
Les circonstances prêtaient à un hommage rendu à la mé- 
moire d'Armand Cartel. Le parti du National qui n'oubliait 
aucun moyen d'étendre son action sur l'opinion publique 
et d'augmenter ainsi son influence , eut l'idée de cette 
manifestation. Elle se fit avec pompe et solennité* Un con-*. 
cours de ces députations de gardes nationaux, d'étudiants, 
de journalistes, etc., que l'on rencontre toujours à ce genre 
de cérémonies, formèrent un cortège grossi d'une multitude 
avide de spectacles. M. Marras t prit la tète de la colonne à 
l'Hôtel de Ville et l'on partit pour Saiut-Mandé à onze heures 
du matin par la rue çt le faubourg Saint-Antoine. La foule ne 
tarda pas à remarquer dans le. cortège un homme pâle, 
en écharpe tricolore. et à cheval. Le nom de M. Emile de 
Girardin courut bieutôt de bouche en bouche. Sa présence 
au milieu de ce cortège avait quelque chose de choquante 
On ignorait que M. Marrast, obéissant à une étrange inspi- 
ration, avait convié M. de Girardin à cette manifestation. 



GOUVERNEMENT PftOTISOIRE. 13Ô 

Celui-ci .qui ne recule jataais devant un acte audacieux, d'y 
était rendu. . 

A une heure, le petit cimetière de Saitrt-Mandé fat envahi 
par cette foule bigarrée. M. Marrast ôta son chapeau detant 
la statue de M. Carrel, auquel il est impossible de songer 
sans se dire qu'il eût été, sous la seconde République, tin des 
plus énergiques soutiens de la réaction. Des acclamations 
patriotiques troublèrent ce paisible cimetière. M. Marrast 
parla au milieu des applaudissements. Comme au soi)* du 
23 Février, il fut un peu question de l'Italie, de la Pologne et 
de la Suisse, mais les fumées du moment comportaient ce 
langage, a Maintenant, articula M. Marrast, nous disons à 
l'Europe : Si elle est sage! » Le manifeste de M. de Lamartine, 
quatre jours plus tard, n'était déjà plus à ce diapason. Il 
fut aussi question de transférer lés restes de M. Garrel au 
Panthéon. La rage d'imiter se glissait partout. La France a 
trop lu, elle n'a plus d'originalité. 

Le tour de M. Emile de Girardin vint ensuite. On l'écouta 
dans un silence funèbre. Il s'expliqua sur sa présence, 
rendit un hommage mêlé de regrets à la mémoire de M* 
Carrel et exprima le vœu de voir le Gouvernement de la 
République abolir le duel. Mais, aux yeux de la foule, quoi* 
qu'il pût dire, l'audace de sa démarche passait polir de l'im- 
pudence. La malveillance ne vit que le meurtrier se faisant 
une tribune de la tombe de sa victime. 

Sans le vouloir et comme pour l'écraser, M. Marrast ré- 
pliqua : a Nous acceptons cette expiation faite sur le seuil 
de la dejnière demeure d'Armand Garrel. » M* de Girardin 
s'était battu loyalement avec un homme d'un caractère 
très-despotique, semi-militaire, semi-journaliste, c'est-à- 
dire doublement duelliste; duelliste lui-mémo, il avait 



440 SECONDE RÉPUBLIQUE FRANÇAISE. 

accepté le combat; blessé lui-même, il était tombé en 
même temps que son adversaire : On se demande ce qu'il 
pouvait avoir à expier î 

Mais il existe entre la démocratie et M. de Girardin une 
glace qui jamais ne se rompra. Elle à des motifs d'exister 
plus sérieux que son malheureux duel avec M. Carrel. Une 
telle démarche de sa part fut exploitée par ses adversaires. 
On rappela que M. de Girardin écrivait, dans la matinée du 
25 février, des bulletins pour la régence de la duchesse 
d'Orléahs. Le Gouvernement provisoire l'ayant laissé à 
l'écart, on se dit qu'il était bien pressé de trouver une 
occasion de reparaître en scènapour en accepter une pa- 
reille. 

La cérémonie du cimetière fut terminée par un discours 
d'un républicanisme délirant articulé par M. Ghevreàu, 
maire de Saint-Mandé, qui avait recueilli M. Carrel mourant. 
M. Chevreau, parlant de la flamme qui venait de s'allumer 
dans son cœur et sur la France, s'écria en finissant : « Ali- 
mentons-la tous, faisons-la grandir, laissons-la monter 
plus haut, plus haut encore; car, à un point de l'atmos- 
phère, vous verrez se coaliser tous les vents du ciel pour la 
porter aux quatre coins du monde. Vive la République! »(1) 
Le même M. Chevreau ne se souvenait pas alors de la lettre 
qu'il adressait quelque temps auparavant à M. Génie : « Il 
faut pour qu'ils agissent avec vigueur (les amis de M. Che- 1 
vreau) que ma position soit faite, Enlevez donc là faveur 
que je sollicite; que M. Guizot me vienne en aide. Il n'aura 
point obligé un ingrat, et mon dévoûment est acquis à 
jamais. Que M. le ministre signe le privilège que je demande, 

(2) Moniteur univenel du 3 mars 1848. 



GOUVERNEMENT PROVISOIRE. 441 

et l'impossible sera tenté pour enlever l'élection ; autre- 
ment tous mes efforts se trouveront paralysés, et l'opposi- 
tion triomphera. — Assurez donc mon avenir et celui dé 
ma famille, autrement tout est perdu. » (1) M. Chevreau, 
peu de jours après, fut nommé commissaire du département 
de la Vienne. • - 

Cette petite scène de Saint-Mandé contenait, on le voit, des 
détails instructifs. Le- pauvre peuple n'y vit qu'un speotacle 
et l'occasion de se livrer à l'expansion d'un enthousiasme 
auquel il cherchait à croire. Mais il est difficile que la 
foi habite l'âme des troupeaux quand les pasteurs obéis- 
sent à des mobiles si différents. 

Une scène d'un tout autre genre, dans laquelle se dé- 
veloppe sous un autre aspect le caractère faux et surfait 
de la révolution, eut lieu quelques jours après au palais du 
Luxembourg. A peine M. Gaussidière avait-il, grâce à sa 
garde et à son attitude presque menaçante, réussi à se dé- 
barrasser de M. Garnier-Pagès, qui voulait l'envoyer gou* 
verner le château de Compiègne et le remplacer par M. 
Bettunont* qu'il se vit en présence de nouveaux embarras. 
Un avis de M. Elouin, chef de la police municipale, à qui la 
République conservait son poste, avertit M. Gaussidière de 
s* tenir sur ses gardes. Un agent secret de l'ancien secré- 
taire-général de la préfecture de police, M. Pinel, occupait 
d'importantes fonctions auprès du nouveau préfet, de sorte 
que, sans quitter Londres où il s'était réfugié, M. Pinel 
pouvait transmettre à la famille d'Orléans des renseigne- 
ments sur les affaires de la République. 

M. Gaussidière feuilleta les dossiers de la préfecture et 

(1) \oir\a. Revue rétrospective, p. 47. 



149 SECONDE RÉPUBLIQUE FRANÇAISE. 

découvrit que cet audacieux agent n'était autre que son 
secrétaifQ-géuéral, Lucien Delahodde. Ce misérable appar- 
tenait h une famille d'honnêtes agriculteurs du Boulonnais. 
Ses dénonciations contre le parti républicain duraient de* 
pui&1838. Le nombre de ses rapports, signés Pierre, s'éle- 
vait à plus de mille. Il s'était fait une position importante 
dans lq* sociétés secrèteset collaborait à la Réforme ei au 
Charivari, Le hasard aidant, rien n'eût empêché que cet 
espion devînt préfet de police aussi aisément qu'il était 
devenu secrétaire-général. La mystification eût été com- 
plète. ^ 

Un tribunal secret fut aussitôt formé. Il se composait de 
quinze personnes y compris l'incriminé : MM. Grandmesnii, 
Monnier, Tiphaine, Bocquet, Pilhes, Lechallier, Bergeron, 
Louchât, Albert, Ch. Rouvenat, Caillaud, Mercier, Caussi- 
dière et Chenu. La réunion eut lieu le soir du il mars à 
dix heures un quart au palais du Luxembourg, dans une 
chambre de l'appartement de M. Albert et jadis occupé par 
M* Pasquier. Les assistantsignoraient le motif de cette convo- 
cation un peu solennelle. M. Caussidière amena lui-même 
l'espion qui, plein de confiance,, entretenait en chemin 4e 
nouveau préfet de son mérite comme secrétaire-général* 
On forma un bureau sous la présidence de M. GrandmesniL 
M. Tiphaine tenait la plume de secrétaire*, 

On attendait avec une certaine anxiété le secret de ces 
préliminaires. L'espion, tranquille, le dos à la cheminée, ne 
s'imaginait pas qu'il pût être question de lui. Mais s'il faut 
en croire les mémoires de M. Caussidière, Lucien Delahodde 
n'était pas lq seul de son espèce parmi les quinze personnes 
de cette réunion. Le nommé Chenu, à qui des libelles dif- 
famatoires écrits par un fonctionnaire do la préfecture et 



&OTTVBHNEMENT PROVISOIRE. 143 

signés de cet odieux nom, ont depuis donné la notoriété du 
scandale, appartenait lui aussi à la polioe secrète et suivait 
d'un œil beaucoup moins assuré que son camarade <ses pré- 
paratifs un peu solennels. Armé d'un sabre et de deux pai- 
fe* de pistolets qu'il cachait sous son caban, il attendait le 
moment d'en frire usage. Pour surcroît de précaution, ii 
avait même, dit-il, posté des hommes armés sous les gale- 
ries de l'Odéon et dans lô voisinage de l'appartement 4e 
M. Albert. Au premier coup de pistolet, ces hommes de- 
vaient entrer et tout massacrer. Dans la pensée du sieur 
Chenu, qui a ses raisons pour eiagérer ses sentiments vrais 
ou imaginaires, on île l'avait attiré dans cette réunion que 
pour l'assassiner. 

Caussidière prit la parole et annonça que MM. Louis Blanc 
et Ledru*Rollin retenus à l'Hôtel de Ville, MM. Raspail et 
Barbes à leur club, M. Flocon, indisposé, ne viendraient pas. 
« Je jugeai, dit Chenu, qu'il allait se passer quelque chose 
de grave, puisque le prudent Flocon avait trouvé un pré- 
texte pour s'abstenir. — Il ya un traître parmi nous, s'é- 
cria M. Caussidière ; nous allons nous constituer en tribu- 
nal et le juger. » L'espion Delahodde conservait cette 
impassibilité de visage dont ces misérables parviennent, 
tant est grande chez eux la certitude de l'impunité, à se 
faire un véritable masque. 

Après avoir ainsi expliqué le but de la réunion* M. Cau&r 
sidière déclara qu'il connaissait le vrai coupable. « C'est 
Lucien Delahodde ! » s'écria-Ul. L'espion bondit vers la 
porte. H y trouva M. Caussidière un pistolet au poing. Soit 
que la peur eût grossi les objets aux yeux de ce misérable, 
soit que M. Caussidière eût jugé nécessaire de s'armer sé- 
rieusement, le pistolet en question' était, selon l'espion, un 



444 SECONDE RÉPUBLIQUE FRANÇAISE. 

îevoiwer à huit coups. Il lie se soucia plus d'en essuyer le 
feu. Il recula et nia énergiquement. . 

L'espion n'ayait pas mis les pieds à la préfecture de po- 
lice une seule fois en huit ans. Il avait pris avec M. Pinel 
des mesures si prudentes, à ce qu'il imaginait, qu'aucune 
preuve ne pouvait subsister Contre lui. Il parla des pré- 
tendus services rendus par lui depuis dix-sept ans au parti 
républicain. Tout à coup, M. Caussidière, impatienté, l'in- 
terrompit et étala sur la table du tribunal secret un dossier 
volumineux contenant cette multitude de rapports signés 
Pierre. L'espion les croyait détruits. Ils avaient été conser- 
vés par M. de Lachaussée, secrétaire de M. Delessert, et 
trsgisportés aux archives. 

La lecture de ces pièces causa, on peut le croire, une co- 
lère bien explicable dans ce tribunal de patriotes. Malgré 
la confrontation des. écritures, l'espion niait encore, lors- 
que M. Caussidière, produisit la lettre signée Delahodde par 
laquelle il avait sollicité son odieux emploi. « La partie 
que je préférerais dans votre administration, monsieur le 
préfet, écrivait le solliciteur, serait celle de la police se- 
crète. » Terrassé par cette preuve accablante, l'espion pro- 
nonça le mot fatalité et se courba. 

Cette scène étrange prit alors un caractère d'une vio- 
lence extrême. M. Caussidière s'avança vers l'espion et lui 
présenta le pistolet : a II ne te reste que cela, lui dit-il. » 
Mais lui, repoussant l'arme avec horreur, pâle, couvert de 
sueur et tremblant pour sa honteuse existence, implorait 
sa grâce. M. Bocquet, dont le tempérament est très-irritable 
et très-nerveux, saisit le pistolet et menaça l'espion d'en 
finir, s'il ne se tuait lui-même. . 

Chenu fait observer ici que, si M. Bocquet eût tiré, les 



GOUVERNEMENT PROVISOIRE. 145 

membres du conciliabule devaient être exterminés par ses 
hommes qui eussent pris le coup de pistolet pour le signal 
de leur cbef. Mais y avait-il des hommes sous tes arcades de 
l'Odéon et voulait-on réellement tuer l'espion Deiahodde î 
C'est là un double fait dont il nous paraît permis de douter. 

M. Albert, que ces deux misérables, dans leurs pages en- 
venimées, s'accordent à dépeindre comme tin homme loyal 
et bon, présenta quelques observations. Il dit que le coup 
de pistolet donnerait l'alarme, qu'un meurtre ne pouvait 
pas avoir lieu dans le palais, qu'il valait mieux faire grâce 
à l'espion que de se souiller de son sang. 

M. Caussidière prit alors un verre d'eau, y jeta une pou- 
dre blanche et le présenta à Deiahodde qui recula saisi d'une 
nouvelle épouvante. «Bois misérable, lui dit M. Bocquet. » 
— « Tu ne peux vivre plus longtemps; ajouta M. Caussi- 
dière. » L'espion s'éloigna et, se jetant sur un canapé, la 
tête dans les deux mains, il se prit à pleurer en disant : «Je 
ne boirai pas. » Il tremblait qu'on nelui fit avaler le poison 
de force. M. Albert intervint encore, et, sur cette interces- 
sion, il fut enfin résolu que l'espion serait mis au secret à 
la conciergerie pour avoir entretenu, depuis le 24 février, 
une correspondance avec les agents de l'ancien gouverne- 
ment. Deiahodde fut emmené dans un fiacre, quoiqu'il ré- 
sistât encore, et incarcéré. On le garda en prison jusqu'au 
remplacement de M. Caussidière. Le sentiment officiel l'a- 
vait emporté. 

Il est évident qu'en tuant Deiahodde les membres du 
conciliabule se rendaient passibles des tribunaux, et que la 
réaction n'eût pas manqué d'évoquer un pareil fait. Mais 
il n'en est pas moins vrai qu'un espion, exécuté sommaire- 
ment et pendu en grève avec un écriteau sous les pieds, eût 
il. io 



:$& 



446 SECOND» RÉPUeUWBr FJWtNÇA4«E. 

dégoûté beaucoup d'autees du métier. H faut ajouter au«i 
que, s'ils eussent été capables de commettre oe meurtre, ce 
fait fort illégal, j'en conviens, eût prouvé que la» hommes 
du parti républicain n'étaient pa$ d'humeur à se laisser im- 
punément trahir. Or je doute qu'ayec dea homme* de ee 
caractère la réaction se fût montrée aussi vaillante que 
nous la vtmes^ quaud ; sûre de l'impunité, ata'apeçcevant qw 
la République ne se défendait pas, elle sa lava comme une 
armée, 

MM. Caussidière, Tiphaine^ Spbrier, et^.j étaient des- 
éclectiques comme M, Cousin, ils n'avaient pas plus de foi 
que MMvDuchâtel et GuizoU Tout «e monde* depuis M. fce- 
dru-Rollin jusqu'au dernier §ous-commissaire>jQuait fà qq- 
médie du caractère qu'il n'avait pas< Les hommes croyants 
capables d'agir ji'étaient point au pouvoir. 

A quoi donc avait servi la mise en scène et le récit dam 
la Commune de Paris, sinon à donner inutilement le secret 
de la forfanterie et de Timpuissapce des ceintures rouges? 
On avait joué un mélodrame et, comme au.théâtçe, la pièce 
finie» tout le monde se portait bien. 

Une des innovations qui blessèrent le plus la délicatesse 
parisienne dans ces jours où l'on semblait prendre à tâche 
d'affubler chaque Ghose d'un déguisement de circonstance, 
fut la destination donnée au palais des Tuileries trans- 
formé en hospice des Invalides civils» En faisant de cette 
vieille résidence royale une sorte de musée de la monar- 
chie, on eût conquis l'assentiment des royalistes eux- 
mêmes. C'était marquer un inutile mépris à l'ennemi vaincu 
C'était blesser en même temps l'esthétique nationale. A quoi 
bon consacrer au service des hôpitaux un monument histo- 
rique, frère du Louvre, jadis lui aussi palais de la foyauté 



çt ç'abrjtflut pluf qw les^eftrd'œuvjtf <fc rafl, <|WW4 te 
prêter ]44meat vçpi* eû^ offert lee ptâmp* o,vaptogfi$î 
M. Leroy d,'Etioles (ut nommé médecin en, çfa$f dç$ /wgfc 
çfct citrffc. Le service était dirigé po* qp unqiçq (^napirateur, 
fop4ateu^ du Peuple ^t?erai^ de AfarçeiUç. Le eommao- 
demept du palais appartenait, oM qu'op ft yu dans Ja 
pffeq^ier yojuiae 46 ce récit, à hd célèhye jopwr d'écheça, 
M. Sain t- Aman d, marchand de vin, capitaine de la garde 
pationale çt rédacteur dp Palçimêd^. Btaqppéi à l'hepre de 
la cpréç de J'Hûtel de VilJLe, M. £lfwt-Aaiaq4 p? popnaif» 
ç?i( pas s* garnispp, Elle se pp/ppp^t d? com^tt^ de 
février appartepapt à la bohème des petite {néljQp p^i r 
sieps, qui s'étaiept publiés aprè* ht wtqire 4aps tes ç^ça et 
dans tes cujsipes du château, th s'étaient casera 4ftQâ c,^ 
vaste palais et s'y tropvaientftpp bm PQWspngpç.| gpdé- 
feg^r. Dans lçp deux premier* jours 4a Ja prisse Jflilton 
ries, tt&mjreptun peu 4'of^re dans les évolution ^jgHvé- 
sistiWe cobue qui parcourait le palais. Grâce à etix* las 
dégâts et Iqs vqIs furent (poixi4rea qu'Us m l'eussent été- 
Mais quand ia dévastation pe fqt plps à craindre, cette $jp- 
gpltère garpiaop § f wpQ|lit 4ftas les 4éliffl$ 4e ift r&ifippca 
royale. Elle se r^rapcbft dans les profondeur du pa- 
loi? et pe se spuçia plp* appunen^pt des ordres dp goi* 
v^nçur SainL-Amaui. Leur véritable cb^f était un grand 
et migpureux garçon, nommé Dormes, ancien vendeur de 
contremarques, qui eût fait un superbe capjiweda winw? 

sieirp. 

La garnison n'était pa# toujours silencieu&e, Daus son in- 
toju&anoe, elle déchargeait quelquefois ses fusils au plafond 
pour ne pas se donner la peuie de 4e? détour***. L'alaroat 
sa sût au quartier voisin. Le Gouvernement invita plu- 



148 SECONDE RÉPUBLIQUE FRANÇAISE. 

sieurs fois la garnison à se retirer. Elle ne se souciait pas 
plus du Gouvernement que du joueur d'échecs qui était 
censé la commander. M. Caussidière pensa que le moment 
était venu d'utiliser d'une façon éclatante son corps de 
montagnards qui déjà, du reste, avaient rendu de grands 
services pour le rétablissement de l'ordre. Il envoya M. Cail- 
laud avec cent- cinquante hommes el lui donna l'ordre de 
faire évacuer les Tuileries. 

Cette expédition faillit à devenir une grosse affaire. Les 
grilles du palais se fermèrent au visage des montagnards. 
La garnison des Tuileries avait également refusé rentrée à 
deux cents élèves de l'école de Saint-Cyr quelques heures 
auparavant. M. Saint-Amand, très* embarrassé de son rôle, 
battit la chamade et feignit de partager les fureurs de la 
garj^Qiu En même temps, il faisait prévenir le Gouverne- 
m^prtjyisoire. Deux hommes de la troupe de Dormes 
arr4tf$re9^du dehors sur ces entrefaites. Leurs camarades 
entre-ftaillèreut la grille pour les laisser entrer. Les monta- 
gnards voulurent profiter de ce passage; mais la grille, é ne r- 
giquement repoussée, faillit à écraser M. Caillaud, un élève 
de l'École polytechnique et uù lieutenant de la garde natio- 
nale. L'élève de l'École polytechnique lança à travers les 
barreaux un coup d'épée qui heureusement n'atteignit per- 
sonne. Un coup de fusil partit en môme temps des rangs 
de la garnison. Les montagnards croisèrent la baïonnette et 
battirent la charge. 

On les laissa entrer enfin sous condition. Il fallut pro- 
mettre à la garnison que le Gouvernement provisoire ren- 
drait justice aux services qu'elle avait rendus. Le général 
Gourtais accourut et passa une revue pour se donner une 
contenante. Le Gouvernement arriva dans la personne de 



GÔUVïllNÏMENT PRÔVTSÔÎÏlE. 149 

MM. Ledru-Rollin, Arago, Marie, etc. Il trouva des paroles 
humbles devant celle bande insoumise. On promit à la gar- 
nison les honneurs de la guerre et on lui donna vingt- 
quatre heures pour déguerpir, afin qu'elle eût l'air de sortir 
librement. Le lendemain elle sortit en effet et fut gratifiée 
de 500 fr. Ils étaient trois cents. On leur débita en outre 
un beau discours. Dormes s'était conduit avec esprit de 
conciliation : M. Caussidière en fit un capitaine de monta- 
gnards. Ne croirait-on pas lire des contes arabes? 



.*"• * 



CHAPITRE IV 



_ _ — La conspiration dans le Gouvernement provisoire. 

— ' LMé fcnsVifn — M. Bethmont, cheville ouvrière du complot. • — Teo- 
imifm binaire de Paris poor s'emparer de la préfecture de police. — 
RéunSen des conspirateurs chez M. Marie. — Le complot avorte. 

— Les cinq polices. — Quatre partis. — L'aspiration Lamartine et 
l'aspiration Louis Blanc. — Conspiration Ledru-Rollin. — Conspiration 
Marrast. — Conspiration Blanqiti. — La réaction. — Ses causes. — Les 
hommes <V élite de M. Çarnot et les homme* résolue de M. Ledru-Rollin. 

— Les républicains de la veille et ceux du lendemain. — M. Alex. Weill et 
sa lettre du 13 mars. — Batailles perdues. — La garde nationale. — Dé- 
cret du 9 mars. — Le n° 3 de VAmi du peuple. — Les clubs. — « Plus 
de bourgeoisie ! place au peuple 1 » — Suppression des compagnies d'élite. 

— M. de Girardin. — Les délégués de la garde nationale de Belleville, 
de Vaugfrard et de la 3 e légion de Paris. — Émotion des clubs. — 
Journée du 16 mars. — Manifestation des bonnets h poil. — La garde na- 
tionale à l'Hôtel de Ville. — Le peuple se porte en masse au secours du 
Gouvernement provisoire. — Le général Goartais assailli par les gardes na- 
tionaux. — La 10* légion et M. Ledru-Rollin. — Sf* Arago parvient à ar- 
rêter les furieux. — Séance tumultueuse du Conseil. — Le Gouvernement 
désavoue les Bulletins. — Proclamation. — Ordre du jour de l'état- major. 
MM. Arago,Marra8t et Bûchez reçoivent la députât iôn. — Mot d'ordre. — Jour- 
née du 17 mars.— La contre-manifestation.— Lescorporations.— M. Louis Blanc. 

— M. Caussidière. — Épuration du Gouvernement provisoire. — MM. Cabet 



éOlTVEllNBMBTfT PROVISOÎïLE. 151 

ert'Sobrier, -— Bt.Blanqdi et ses hommes. — Wancfui sauvera la rUpdtfltt|ue! 
— Ce que voulait le peuple. — Inquiétude des dictateur». •— Mouvement ib 
sensibilité de M. Louis Blanc. — Arrivée du peuple à l'Hôtel de Vflle^ — 
t* Matseillaise. — Heure critique. — Physionomie du Gouvernement pro- 
visoire. — Expressions révélatrices <le M. Louis (Blanc. — Le délégué Gé- 
rard et l'Adresse du peuple, — M. Louis Blanc qt la dictature. — M. Bkn> 
qui parle en maître. — Discours de M. Louis Blanc. — Interruptions 
menaçantes. — Intervention de MM. Sobrîer et Cabet en faveur du Gouver- 
nement. — M. Ledru^Bin. — ttf. <de 'Lamartine discute l'Adresse. — 
I ouis XVI et la liberté. — Le dix-huit brumaire du peuple *t }« dir^ak 
brumaire du despotisme. — M. Louis Blanc et M. Flotte, le cuisinier. — 
« Tu es donc un ttàftre, toi -aussi ! » — ' Défilé <du peuple. — Promenade des 
deux cent mille hommes. ~- Une .nouvelle journée de dupe». ** 



Avant d'aller plus loiù, il importe de démastjuet'Thtëtoire 
trfBciélte. Que le public le sacfbe bien ; jamais le véritable 
«ens de ce fjui se décrète, de ce qui s'accomplit dans la rue 
t>u dans les 'régions du pouvoir n'arrive jusqu'à tau Alors 
wême qu^il participe aux événements, comme là goutte 
d'eau participe de l'inondation, Thomme^foule ne sait pas 
plus lMée qui l'envoie au combat que l'élément ne sait la 
toi qui le éédhefitoe. 

Il faut le dire sans peur, sous toutes les grandes for- 
tnutes-de la politique» tordre, le «progrès, etc., ce Sont des 
intérêts qui s'agitenft. i/attibitioft tient lés rênes du pro- 
grès, TégoTsme et la cupidité serrent ce frein qu'on nomme 
l'ordre. Quiconque, sous 'le prétexte de glorifier l'espèce 
humaine, car illusion ott dans le but de se nourrir de la 
multitude en la flattant, quiconque cherchera le secret mo- 
1 bie ides événements sociaux dans un ordre différent , sera 
un politique aveugle et un historien sans perspicacité. Les* 
récits tiu'tiTetracera passeront comme des visions nocturnes 
dans *e ^cerveau d'em buveur assoupi. Jamais la vivante 



152 SECONDE RÉPUBLIQUE FRANÇAISE. 

humanité n'animera ses pages de cette réalité qui seule 
éclaire et enseigne. 

Ainsi, ce que nous avons dit pour prouver le manque 
d'unité du Gouvernement provisoire, n'expliquerait pas 
encore l'immensité de ses fautes, si nous ne parlions pas 
des conspirations qui le divisaient. Depuis le 25 février, 
tout ce qu'il y avait d'hommes ambitieux en Ffrance, à 
commencer par les membres du Gouvernement jusqu'au 
plus obscur clubiste,,tout ce monde conspirait plus ou 
moins secrètement, quelquefois même à ciel ouvert. 

Dans le sein du Gouvernement provisoire, la conspiration 
avait commencé dès le 27 février. On n'avait pas perdu de 
temps. Dans cette dictature, qui ne fut décrétée ni par le 
peuple, ni conquise par ceux qui s'y glissèrent, les mem- 
bres les plus contestés donnèrent le branle. Les conserva- 
teurs méditèrent les premiers sur la question de se dé- 
barrasser de leurs collègues d'opinion plus avancée. Le but 
de ces conspirateurs du parti de l'ordre était de former 
une République conservatrice à l'image de la monarchie 
de Louis-Philippe, et d'y procéder en nopam*nt un nou- 
veau Gouvernement provisoire. 

Ce complot fut inspiré par le seul instinct antipathique et 
par l'humiliation qu'éprouvaient les conservateurs du Gou- 
vernement des bruyantes manifestations et des allures me- 
naçantes de leurs collègues plus révolutionnaires. L'attitude 
de M. Ledru-Rollin et de son préfet de police Caussidière, 
celle de M. Loi^is Blanc, des ouvriers dévoués à ses doc- 
trines, et de cet homme silencieux, Albert l'ouvrier, qui 
marchait derrière lui comme le fantôme du, prolétariat per- 
sonnifié, inquiétait cette portion moins populaire qui, par 
ses intérêts, par sa condition même, tendait à la réaction. 



GOUVERNEMENT PROVISOIRE. 453 

Un avocat blond, à large face, ci-devant progressiste, 
M. Bethtnont; qui, pour avoir siégé à l'extrême gauche de 
la Chambre des députés, se croyait des titres à faire partie 
de la dictature, fut la cheville ouvrière du complot. Ses ti- 
tres, à la vérité, valaient bien ceux du libraire Pagnerre, 
de M. Garnier-Pagès ou de M. Marie. 

Il parait que l'élément municipal n'était pas étranger à 
cette conjuration d'hommes honnêtes et modérés, comme 
on les nommait dans le dialecte déjà oublié de cette époque 
républicaine. On sait, en effet) qu'une fraction du Conseil 
général delà Seine, mêlé d'éléments révolutionnaires, avait, 
un peu avant l'arrivée du Gouvernement provisoire à l'Hô- 
tel de Ville, nommé M. Garnier-Pagès à la mairie de Paris. 
L'esprit de réminiscence était partout. 

Le maire de Paris fit comme tous les pouvoirs nouveaux : 
il s'efforça d'absorber. Enlever la préfecture au ministère 
de l'Intérieur, lui parut un coup de maître. On sait que, 
grâce à celte manœuvre, la position de M. Caussidière resta 
irrégulière. M. Bethmont fut envoyé à la préfecture, mais 
cet avocat sortit terrifié de l'autre des montagnards. 
M. Garnier-Pagès vint lui-même, accompagné d'un méde- 
cin du faubourg Saint-Antoine, républicain de la nuance 
du National, M. Recurt. Le but du maire de Paris était de 
mettre M. Recurt à la place de M. Caussidière. Mais à l'aspect 
de ce bivouac insurrectionnel, MM. Garnier-Pagès et Recurt, 
oubliant le but de leur visite, supplièrent M. Caussidière de 
rester. Celui-ci poussa l'ironie j usqu'à se faire prier. 

J'ai dit que sa position ne fut régularisée que le 17 mars, 
époque à laquelle la préfecture de police reprit ses attri- 
butions dans les limites déterminées par l'acte constitutif 
de l'an vm. 



154 SEGÔKW5 KéPtTBLÎOC* MtÀïtÇÀtSÊ. 

îJécfaec du maire die Paris étJes ateraiestfe M/ttelhiuent 
pt'éoipitèlîeatl6s^és(^at^t3s^S'modé^é8^i , , àtfiiritfcrde 
MM, Bianquâ, Raspail, wuhrient renverser le Gooverne- 
ruent provisoire, fl/avocat Marte, très^ardetità la conception 
(le ce cotapku, donna réûttez^was »éhez lui. 

Ce fut dans la nuit du 47 que les e&nj tirés se réuni- 
rent. H 17 avait là MM. 'MMrast ët^Garoot ; mdis ni M. Gftr- 
«eNPagès, ai M. Arage,we s'y troiffèreflt. fer revanche, 
*IM. Betbmont et 'Pagaerre n'y manquèrent pas. 11 fallut 
ttveilter M. Marie, qui donnait. J On envoya dherther te gé- 
néral Gouttais. Le ^général fut iirtrouvaWe. >Le complot 9e 
passa, c»mme beaucoup d'autres projets de ee genre, en 
juive JCMvemtion. *I1 ç'atftrfca <dfens oet éternel lendemain, 
où tombent les résolutions incertaines. 

M. deiLamaartineavartii son 'insu été choisi pour présider 
flcette République de seconde main, ce qu'il y eut de sin- 
gutiendans lerWe et la situation de M. de Lamartine, c'est 
iqu'il voulut -se éerrôr tie*oi*t te monde et que tout te monde 
voulut se servir ^e lai, damais, par eeuséqueflt, plus de 
probabilités ae concoururent àélevernn Nomme, et jfcmtfis 
-cfeûte aeftit ftos Jewde que 1a sienne , car -elte n^titràtua 
paB «a mort. Il 'fat dans la destinée ée ce fMrésiÔenft miagi- 
uaired'uneRépuMique de survivre, sous les mièvres espèces 
j dullHt)éraie0r -battant <et Ucbé dtencre, à eette'gtoirequW 
<toueha flesûpifes et ^brusquement s'évanouit ee fumée 
^X)ffl»e le monstre de <latH)tte : « Ohevuoi/ » 

Le bon Gabet ^ménageait M. de Lamartine dans respdit 
de rentratoer, sinon 'à Vlcam, au moins hors tdefe répu- 
blique girondifie. 

«!. Blanqui visitait M. de Lamartine dont H se servait 
comme d'un bouclier contre les mandats d'amener. 



M. «fofcrter, lfef-wéittè, eut des eotftlfens aectets avec 
M. deLtoartinedaût il obiim, tiBstfiM-fl/i'nrêre 9tir le- 
quel %. <Caù&sidiÔ¥è 'fort délivra des armés et des *Hi#i- 
tto6s(I); 

M. Ledru-Rollin ne croyait pas 'pouvoir exercer 1a dicta- 
ture sfcos attirer M. de Lama^line dans son parti. 
- La ooûspiralioD iLaittârtine fut doue le fait de tout le* 
monde à l'exception peuWJtre de M. Louis Blanc. 

>0É «mot •swr'la 'police avatit d'arriver àVétamêifctkm'âes 
<Kmspiratk)Ws. €inq pWtaes fonctiomtérent en ifc&fte temps. 
Je citerai d'abord la police de la préfe&fflfe qtti, séfeAréê 
<Hi ttririisfère de tMûtërieur ainsi que de la'mdirtfe de Wris, 
fonciktorea jusqu'au 18 mats cqrame un élément' de souve- 
raineté municipale ôçolé. 

U .y état ensuite la police de M. *Ledru-Rotlftn, oigaiiteée 
par JrfM.iCariieret^Garteret. 

ta palice de M. de Lamartine ; 

Celle de M* >Marrast, mettre de Paris ; 

M. Marie en constitua une pour les ateliers nationaux. 

Je ne parie pas des polices en dehors du pouvoir* Leur 
aatare les filasse dans tla catégorie des >consp*ratioTis. Le 
ebiffre de oes dernières estiptas élevé. 
' Outre la conspiration des honnêtes 4t modem du 1G00- 
téroamem provisoire, il en existait plusieurs aulnes que 
aoos afflons dnumérev. Quelqpwes^une^ en raisonne leur 
caractère, ne -seraient pas -exattecnent définies par cette 
qualification qui emporte avec ette mae Uée toirte spéciale. 
Ainsi les menées et tes agitations des partis prennetet 
des noms phsF nobles, quoiqu'au fond ce s*it exactement 
la anoure «hose. 

(1 ) VcWr Rapport th h ComnitHon tt enquête, i.. ï, p. U6. 



156 SECOtflMR KÉPiniLlQirE ttAXCAlSE. 

La République officielle se trouvait donc eo présence de 
quatre partis : le parti de la République dod officielle, le 
légitimiste, l'orléaniste et la napoléonien. Je ne parle pas 
du socialisme, qui ne fut constitué à l'état de parti qu'aux 
élections pour la présidence. 

Dans cette série de conspirations, il me reste encore une 
* distinction à faire. On ne peut pas dire que M. de Lamartine 
conspirait, mais qu'il aspirait à la dictature. 

Nous classerons donc en dehors des quatre partis, deux 
aspirations & la dictature : l'aspiration Lamartine et l'aspi- 
ration Louis Blanc. 

Outre qu'il s'appuyait sur tout le monde, M. de Lamar- 
tine faisait servir à son aspiration le club des clubs, au- 
quel il accorda une subvention, et quelques journaux de 
Paris et de la province également subventionnés. M. Louis 
Blanc s'appuyait sur ce corps d'ouvriers d'élite qui, sous le 
nom de délégués du Luxembourg, assistaient aux confé- 
rences de la Commission gouvernementale pour les travail- 
leurs. 

Venait ensuite la conspiration Ledru-Rollin qui dispo- 
sait d'instruments actifs et nombreux. Il va sans dire que 
M. Ledru-Rollin ne conspirait pas lui-même, mais qu'on 
conspirait pour lui. M. Gaussidière fut un des premiers 
qui conçurent l'idée malheureuse de placer le ministre de 
l'Intérieur i la tête de la. République. Il hésita entra 
M. Louis Blanc et M. Ledru-Rollin, mais cette hésitation fut 
de peu de durée. MM, Jules Favre, Barbes, Landrin, Etienne 
Arago, Portalis, Garteret, formaient le groupe incitateur. 
On disposait de la préfecture de police, des Bulletins de la 
République, et 123,000 fr. de subvention versés au club des 
clubs permettaient jusqu'à un certain point de compter sur 



GOUVERNEMENT PROVISOIRE. 157 

cet appui disputé. Les clubç, la presse, les ateliers natio- 
naux et la garde mobile étaient naturellement les armes 
que chacun cherchait simultanément à conquérir et dont, 
selon les circonstances) chacun se croyait le maître privilégié. 

La conspiration Marrast, délicate, discrète et prudente, 
manœuvrait surtout par l'observation. Elle possédait le 
National, une police secrète, des accointances fréquentes 
avec la garde mobile et les ateliers nationaux. Elle était 
secondée par MM. Recurt, Bûchez, Edmond Adam, etc. Elle 
prit un caractère municipal en raison des fonctions de M. 
Marrast qui succéda le 9 mars à M. Garnier-Pagès, maire 
de Paris. Etudier, préparer, profiter des fautes de ses com- 
pétiteurs, telle parut être la pensée de M. Marrast. 

J'ai défini plus haut le groupe Marie, Garnier-Pagès, 
Bethmont, etc. qui échoua le 24 février sans avoir rien 
tenté et qui continua de travailler les ateliers nationaux 
afin de les lancer au besoin contre M. Louis Blanc, ou tout 
autre aspirant à la dictature. 

Reste la conspiration Blanqui, l'effroi de toutes les autres 
et particulièrement de la faction Ledru-ROllin, Gaussidière, 
etc. Celle-là ne possédait ni presse, ni police, ni capitaux, 
mais elle était conduite par un homme rompu aux conspi- 
rations, ulcéré par le malheur et la souffrance: Une petite 
légion d'hommes déterminés recevait les inspirations de 
ce chef. La bourgeoisie, par sa curiosité mêlée de terreur, 
avait donné au club de M. Blanqui une importance qui 
grandissait de jour en jour. Le cuisinier Flotte et le méde- 
cin Lacambre lui servaient d'aidos-de-camp. il avait des 
hommes jusque parmi les montagnards de M. Caussidière, 
entr'autres Dormes, qui, à la vérité, appartenait aussi, pré- 
tend M. Caussidière, à la police de M. Cartier. M* Raspail 



158 SEC01JW* ^frtJBUW* f*4S$WE. 

a'&tà pw jufttite à ty. SUaqqui pràp dijquqb au b^pin, s$ 
fuseept aistHaftot, r*Jli& fc.pl«pafft d^ çlnbs radie****. 
Quelques {toimmes ^esprit et, 4f* ^yeû^ier^ do^^qnt un 
nwawit à croupe, représentât ^arésioUi^o^^U^W^ 
eU'aaùoo réelle, uqe pbysiwoa^e ^çulÀèr^. 

Tel était au résumé ftttty (}es fac^p^ Oq *'3¥|ftwft 
aimi wmmeftt, dès la pren?ièr$ beure 4a sa çréfflifla, fc 
seconde Réplique française teudiU se décompter, Ctet 
14 qu'U fwdra cbe*ctë#r l'uu* des wuçefl c^yé^uwfltfl^ 
bttatfle de juio, la bataille de ra»onyme, 

A €enwcqltoa^»U^ftctiws, il ffroUjaptar "P WtW 
genre de mort, j& réaction. 

Les causes de la réaction gant de deux génies I^s Wfôr 
m$re« ^pparUeoaeût à uft vague gentiment d'Wtipatbie 
çpntre la République et » la crjsft #uaftwr^Q4us^rtte-. 
l*g secoues furent eogeu4TOç$ par l'impôt des 45 centi- 
mes, par Isa meu*tf$ d«s clubs et, de M* p*es$e d wagpgiqwe* 
par les prédications du Luxembwrg. les cjrçulwes d^Alt 
Carqqt et surtout celle* dq Mn J^dWhRQlUft eia^pér^ut. la 
piwime t le awu¥afc çbpii tf m grapd uQW&re 4e «w* 
nrêsaires , les termes de ta oûmtaire cfu i$ w ^ qm 
il était dit : * vos pouvoirs som illimité*, Hwto 4'we 
Wtopté pévçtuMflflwre, vous èfà jtfvQl^pqwH} a^j, * 
jtfèrem beaucoup d'frtewe çb#f J#» gen$ tfswfleft. Çettg 
ad#rp(ie fut exploitée p^ les royalisfc^ )û^ ^ ùwyfaws 
4<* 7 gws, #. Le4ru-R9llip ay&it 4U .#w • f A tetëtë 
d^abaqpeurrwdji^se^eMt, 4e $WfP$ i»«^ip#jjjé pj^| 
4onc 49g fconwsp symp^Wqu#? et résous. * Jk Qpr^ 
py^&^*dé 4«s Awpnef w*ww (1); lor^'w *jt 

(4) JH9n\¥* r immwjW du 7 mftr* 1*44. 



paraît les krnnmas r^olm de M. tedrfeBoUia* ha colère 
l'emporta au* la peur. La même circulaire* eu recommaa* 
dant à ce* meneurs çéaolus de faire eu sorte que 1'Àaseœblér 
nationale na> *e composât que d'bmm* d$ la wtfta et mn 
du lendemain, jeta l'alarme dans la foute ctaft ambitieux* 
Us g$us de seu* commun semèrent de \mx côté ; Préieo- 
drie*-vous former un parti répubUftawau sein de la itôpu- 
blique eUe-mêow I 

Cette, division crée les républicains de la vaille et ceux du' 
lendemain. La Franc* $e trouvait ynsî séparée en deux, 
partis pleins de mépris l'un pour Vautre, Or, il ne faut pas 
oublier que le parti des réjwblicaius <ta la veille était bien 
peu de chose* puisqu'on w compteras c$nt milla répu- 
blicains en France avant la révolution de Février t$A&, 
D'où il résultait que le Gouvernement de la ftépuUUqua aa 
composant uniquement de républicains delayaillfl Qusufrr 
posés tels avait contre lui la nation presque tout anttôw* 
Le républicain du lendemain était considéré comme un 
ennemi de l'idée républicaine à laquelle il feignait da -&G 
rallier par hypocrisie. 

Un écrivain plein de verve et d'indépendant M* Méan- 
dre Weill, écrivit à ce sujet, dans la Presse du 13 mars, 
une lettre qui servait* sans le vouloir A las rancunes dçM, de 
Girardin en même temps que celles de la réaction. /,e prodi- 
gieux succès qu'elle obtint montra combien les passions 
étaient vives. On put dès lors pr^enti? qu'elles aai$tf aient 
la première occasion favorable de se manifeste?» 

Ajoutons à toutes ces causes le décret sur le marçban- 
dage et la réduction des heures de travail, qui forint» fei$n 
plus que les circulaires de M. Ledm-Rollin, ce que M* d# 
Lamartine wmwart « da* batailles perdues, » 



160 SECOND* RÉPUBLIQUE FRANÇAISE. 

On sait maintenant à quoi s'en tenir sûr le secret des 
meneurs et la disposition des esprits. Ces explications aide- 
ront à parcourir un chemin semé d'embarras. Elles servi- 
ront de falots pour éclairer cette route sombre qui mène 
à la guerre civile. 

La réaction n'attendait donc qu'une occasion pour se 
venger, les conspirateurs un prétexte pour saisir le pou- 
voir. Quand tout le monde en est là dans un peuple comme 
le nôtre, on peut être sûr que le conflit ne se fera pas 
attendre. L'occasion cherchée se présenta à propos d'une 
chose puérile en apparence. 

Je prendrai le fait à la racine. Ceux qui cherchent dans 
l'histoire la philosophie de la politique verront ainsi com- 
bien la loi semble disparaître à chaque instant sous les ca- 
prices delà fortune. Mais ils verront aussi du même coup 
avec quelle rigoureuse logique elle accomplit ses invariables 
évolutions. Tous les faits accumulés dans ce récit ne sont, 
jusqu'au 23 juin, que la préparation d'une épouvantable 
bataille. Quiconque parcourt ces pages assiste à l'élaboration 
d'un grand drame. II peut voir comment là Providence 
assemble, compose et superpose les éléments de la guerre 
civile. 

On sait que le Moniteur du 9 mars avait publié un décret 
daté de la veille, fixant au 18 du même mois les élections 
de la garde nationale. Un arrêté du même jour engageait 
les compagnies déjà existantes à former des souscriptions 
pour couvrir une partie des frais d'habillement des citoyens 
pauvres. Le surplus devait être fourni, le cas échéant, par 
les municipalités. En conséquence, le 14, le Gouvernement 
ne vit plus d'obstacle à l'inscription et il fit appel au pa- 
triotisme de tous. Quoique les listes dussent être closes le 



GOUVERNEMENT PROVISOIRE. 464 

43 à minuit, il accordait trois jours aux retardataires. Des 
orateurs en plein vont, des chibistes, des émissaires chargés 
do seconder les intentions du Gouvernement, excitaient le 
peuple à s'inscrire. Par un instinct qui révélerait, à défaut 
d'autre indice, le caractère de èette institution le peuple 
répugnait à s'y incorporer. 

Quelques démocrates voyaient dans cette mesure un 
moyen d'absorber l'institution au profit du prolétariat. Le 
43 mars, M. Raspail, dans le n° 3 de Y Ami du peuple, don- 
nait sur les élections les avis suivants : « Les choix doivent 
porter suf des hommes qui n'aient jamais trahi leur foi.... 
Redoutez les phraseurs. Des faits et des preuves, après cela 
plus un mot. x> Il demandait le suffrage universel et direct 
dans les compagnies et les bataillons pour la nomination 
des officiers jusqu'au grade de chef de bataillon. Au-delà, 
il admettait le second degré. Les officiers et sous-officiers 
des diverses légions eussent nommé le général. Il recom- 
mandait pour uniforme la blouse bleue, les souliers-bottes, 
le pantalon large avec jambière en cuir, un béret à liseré 
rouge et dessus de cuir. 

La plupart des clubs réclamaient le renouvellement com- 
plet des officiers. « Plus de bourgeoisie ! s'écriaieot-ils. Place 
au peuple, place à l'ouvrier ! a Et pour faciliter au prolétariat 
l'accès des grades, il était convenu que les compagnies 
feraient les Irais d'uniforme. 

La suppression des compagnies d'élite, décrétée le 
4 4 mars, fut accueillie avec enthousiasme par les clubs égali- 
taires. La bourgeoisie attendait un prétexte. Elle saisit celui- 
là. Le prétexte en réalité était bon. Bien aveugles furent 
ceux qui ne virent, dans la manifestation dite des bonnets à 
poil, qu'une ridicule question de vanité. La bourgeoise 
u. M 



1ÇÎ SECONDE REPUBLIQUE FJU^ÇAJSE. 

^eqtait qp$ la dis^utipp des çpiapagoiç$ jfgfts ^Jlait 1* 
copfPBdjre avec Je peuple et lui enlever ud dernier moyep 
de wn^eprer la direction de cette garde, nationale à l'aide 
(Jç laqpelle, deppis soixante $9$, elle dénotait à spnprpfit 
lç p$pd des jrévplu#pn$. Trahie p$r la fQftui)e r pu g\\Ù$l 
par sa propre ambition, le 24 février, ejle ^entait qpe )a 
fgFapphe all^i> lui devenir impossible. |(>e trppv§ des 
hompaes ipJelLigeptè quj se çfeargçrepf fie .$re cpifl- 
ppçpdrç ç#s closes à qui pe les comprenait pa§, et (l'exciter 
)g& passion^ de J'égoïsme et 4$ la' peur ^ûq de se rendre 
r^opt§fcles wj yei& <du poirçoi?, Tel fitf te rôle de #. 4e 
(jjnprdip dans. cette affaire. Ce jp^rnaftste, que pous ftyops 
yo conspirer Je ftiçtiit du 24 février pppr 1$ régence de la 
(tucbepçe d'Orléaps, ne pardonnait pas à |a République, 4e 
ne l'avoir pas porté au falje des honneurs et du pouvoir, JJ 
(despendit jusqu'à se fajf e Je secrétaire des bonnets p ppij et 
à mopter la tête à une poigpée d'obscurs royalistes 4es deu^ 
nuances, agit^teure (Je cette é^apflfourpe (i). . 

D^ps fc soirée du 15 piars, des délégués du bataillon de 
la garde nationale de Bel le vit le, une dépptation de gfea?- 
diçpï et de yojtigeurs de Y^pgir^rd, une autre députation 
4$ ? e hata#lon de la 3 e légion # Paris, se, rendaient àTHÔ- 
Mifô Ville. Ils venaient y protester contre la dissolution de 
leurs çon^pagoies, se ,dis$pjt prêts d'ailleurs à saçriiierjes 
insignes qui les distinguaient de£ cpaipagnies de xjbas- 
jçurs, '■:.,. 

Rien ne trahissait mieux le secret de leurs préoccupatfops. 
J^e costume est peu de chose en effet. Ce qui pnporjtait jjt ^ 
foourgeoisfç, c'était de oo.i^eryer, pijf s de tg^ çlliftge pç- 

(1) Voir la Prew* du t6 mars IS48. . 



GOUVERNEMENT PROVISOIRE. 163 

pulaire^h» anciens cadres de fa garde national^, ata fim 
pouyajr unjcjfir peut-fyf g ressai^r lçprfyilégg, 

1& <}e Lamartine fut ç}iar$ jd'gutyqgfee ce? ^q}^pç% 
Les dénués paient fliilrp^epiçnj ai ç$ p|&iptf^ d^cjfë 
réçnflttinatipns à propos j^ tif%\ùr<$ à# I£ f J#torf$^ f 
M. de Lamartine s'aperçut bientôt qu'pu c^ercj^it^ l^g^ 
parer prQfon<|éffi^ fa J|f, Le^RqJ^n *q twUqt çon 
ambjilion. Voii^ ce que li^i yçdait $qa hostilité bieq gojwue 
contre Iqs mesures soci^stss et ce^ m^n^étqde yagj# # 
uniyerseUe jtju'jl traduisit ,erç ppo$ç p°4fW?^- Qu'jf ta- Wffi- 
ï\jdt pp jiorç, copajpis oa lp lui $ j jusfêjpent repf op^, il paçjeft- 
lait Jhes mauvaises pa^siop^ r II sentit un fpppjgnt Je (Jaggep jfe 
devenir le cftef d'une bourçpqis^ réacUoûuairjB ^et irritée, ej, 
renvpyç les députation^ ^ l£fl{lepaai# gpuj: jfôcçvpir J#p#jt- 
plicajlio^ du Gowvej 1 Acmppf f éfjni. 

Les clubs s'étaient émps daps la soiréç fa \$- Quiçpnque 
avait intérêf ai* jtrpub^ cruj, qpe ta jfll#pép 4<* JwdejWWH 
serait bqn^. pojjf bien apprécia Ijb paractèrç fa çetjfce jpur- 
née, il ne faut p^s pepd-fe de y fie l'expo^ tfoq. qui ftWft ,çp 
chapitre. Conspirateurs et réactionnaires optiptérôt à agir 
ter paris. Le ppuyernepaçpf provispffç est 1$ bête que cha- 
cun yeut cpppher à terpe et, par up pir^ple sipguliçr, p'çsjt 
lui qui fipira par gardef iou$ ^s $yquitage£ de i^ffftjfe. 

Cinq à six mille gardes nationaux ep uniforme, ppftapj 
j>opr seuj£ arppe le ^bre, se réunirent et ipapchèrçnt yajfp 
l'Hôtel t de Villje. Cette poloppe se composa fa gfenjtfferq-tf 
de voltigeurs des compagnies supprjrpéps paip le fi£prejt du 
J4 mars.. 4. la.hftuteur.jdu pppt Nojt|re-p^me ? l,a QQlppne fies 
fl^ip^ptç^jts renpQptrjai upe n^s^p pçp^irp qui &cçp,un$ 
spo^né^i^t m seçpurç fa £oyy^ffl#tf.. ÙP fc JtëwB*- 
qi$. y. Cau^dièfe a,yaijt## soin j^pifcvpyer sjjir }$ pl^ce # 



164 SECONDE RÉPUBLIQUE FRANÇAISE. 

Grève quelques montagnards sans armes qui se mêlaient au 
peuple. Le reste de la troupe, prêt à marcher au besoin, 
attendait à la préfecture. Une lutte fut sur le point de s'en- 
gager. On s'en tint aux bourrades et aux injures. La pre- 
mière légion était dans un état de fureur qui la porta aux 
actes les* plus graves. 

Le général Courtàis, escorté de M. Guinard et de quel- 
ques officiers d'état-majoi*, déboucha sur ces entrefaites, à 
l'angle de la rue Saint-Denis et de la place du Châtelet. Il 
interpella vivement la première légion. Mais à peine «ut-il 
articulé quelques reproches, qu'une immense clameur cou- 
vrit sa voix. Les gardes nationaux accablèrent ce vieillard 
d'insultes. Ils traitèrent ce bon homme, ainsi que M.Ledru- 
Rollin, de Communiste, un mot dont M. de Girardin abusait 
dans la Presse, un mot qui devint une invective dans la bou- 
che de la bourgeoisie, en attendant qu'on en fît une for- 
mule de condamnation aux casemates et à la fusillade. 

M. de Courtàis fut assailli par une multitude de gardes 
nationaux en fureur. Us lui arrachèrent son sabre et ses 
épaulettes. Ils l'eussent renversé de son cheval et foulé aux 
pieds sans l'intervention de son escorte et du peuple qui 
parvinrent à le dégager. Ces misérables, qui donnaient 
l'exemple de l'insurrection et qu'on eût dû traduire devant 
uh conseil de guerre, continuèrent de vomir des injures 
jusqu'à ce que là foule, au cri de Vive la République ! les 
eût honteusement refoulés et dispersés. On les hua un in- 
stant, et la masse se reporta vers l'Hôtel de Ville. 

La 10 e légion occupait la Grève. EUè attendait le retour 
de la députatiou qui venait de monter dans la salle du con- 
seil. Son attitude annonçait les intentions les plus hostiles. 
La menace était au front de tous. Des vociférations s'éle- 



GOUVERNEMENT PROVISOIRE. 165 

y aient de temps en temps des rangs de ces émeutiers en 
uniforme. M. Ledru-Rolliù, quoique prévenu de ce qui se 
passait par M. Caussidière, arriva en voiture accompagné 
de M. Arago. De la Grève à la porte du palais ce fut un tu? 
multe abominable. «Ours, dogues et verrats en uniforme 
poussèrent un chœur d'injures sansnom au milieu desquelles 
retentissait le glapissement de mort l de quelques bêtes si- 
nistres. Les plus furieux montraient le poing à la voiture, 

Il fallut que le vieil Arago s'interposât plusieurs fois pour 
empêcher un crime. 

Le conseil put enfin délibérer. M. de Lamartine, soutenu 
par la majorité des modérés, prit texte des plaintes profé 
rées la veille, et des cris de mort poussés contre M. Ledru- 
Rollin pour prendre ses avantages. Il demanda et obtint, en 
termes que M. Louis Blanc parvint à faire mitiger, le désa- 
veu des circulaires. M. Jules Favre servit de plastron. La 
proclamation contenant le désaveu fut signée de tous les 
membres du Gouvernement. Elle parut au Moniteur du 
lendemain. Le Gouvernement déclarait qu'il entendait exer- 
cer le pouvoir dans la plénitude de sa liberté; qu'il écoute- 
rait toutes les réclamations, mais qu'il résisterait aux 
menaces. Un ordre du jour de l'état-major contre la mani- 
festation accompagnait cette proclamation. 

Que M. Ledru-Rollin eût été mêlé à cette affaire, cela 
marque bien le désordre d'idées dans lequel on vivait alors. 
La bourgeoisie furieuse s'en prit, à propos d'un décret sur 
la garde nationale , à tout ce qui excitait sa colère du 
moment. 

La leçon eût dû servir à M. Ledru-Rollin. Comment ne 
vit-il pas le danger qui résulte d'un ton menaçant non 



V- 



i66 SECÔSiE R^UBLfQtâÈ FRANÇAISE. 

tèi&iî à v efifeist Par quelle étrange propensioù retomba- 
fcîl $\jaè tard dans la même foute en publiant certains bui- 
féttos érfùimifaâCoires qui contribuèrent à déterminer dé 
itèuvëllès crîsës^ 

tt. Âragb, âécôrnpagné de MM. JVlarrast et Bûchez, reçut 
énétfftè là Réputation dés compagnies d'élite, il déclara que 
Si. iëârb-iÈtofiiû Savait pu prendre seul la détermination 
dé tes dissoudre. «Lé décret qui vous émeut, articula-t-il, 
ft m Éfltètêf èh feônsëil dé tàffltisitâMni; àpïès aVôi* en- 
tendu les chefs naturels de la garde natioitïle, MM. dé Cour- 
tafe tt Guinârd. » 

H ajouta quelques patoles sévères à Cette dècterëitiofy 
représente aux séditieux tes iucottvénîerits tl'untè pareille 
démarche. «Get inrônvéniôtof-là, di^-il en finiss&ft*, vdtis 
le verriez demain. Demain, bous aurons une tàatf&sttâïdn 
de la classe ouvrière pour répohdtà à cette de là gaMé 
nationale. wi.es députés des compagnies d'élite dressèrent 
forefflëièt^ëntirent la profebdètir dii eotlp. «Nous laraTmé- 
fofis, je repéré, ajoutai aussitôt ; Mette fae pëiMèfcveWs 
pas qtfiï serait déployable Rétablit entré les dùVrîérs et fit 
|f fcrdè riaftoââle Un antàgonisrtfé, qtiaftd noué vôttKtos, kû 
t&titttifbe, te plttt griMefc utfîèta{i)?» 

Les délégués flèi^ôndifëùt point. Gëttëf tMktà flfàit loM 
de leur pensée; puisqu'elle tendait à engloutir la Vieille garde 
nationale et son esprit: D'un autre côté, l'antagonisme, dont 
on leirr laissait entrevoir lés suites> leur 'donnait à réSé- 
^bir. fin descendant, fls furent hués. Sur tfette Grève où 
des cris de mort contre Fauteur des circulaires retentis- 
saient deux heure» auparavant, le cri de « Vive Lfcdru- 

( 1 ) Moniteur universel du 1 7 ma rs 1 8 4 8 . 



<HHJTÉMrciiÉ!ft , riiovisoiBi. 467 

Roliinf* éclatait comme une menacé, poussé p" 1 ^ 
masses de prolétaires débouchant à flots dék ttfés Vôisiftèë. 

L^s compagnies d'élite rentrèrent dans leur* cottpfoirs, 
leurs salons et leurs bureaux. Elles venaient d'agir en ca- 
dets. La savante et sage bourgeoisie ajoutait une seconde 
faute à la faute du 23 février. Elle avait cédé jadis à un 
mouvement d'orgueil irréfléchi, elle cédait maintenant à la 
colère. L'astfè de sa fortune allàit-il s'édtpser ? En attendant, 
elle dut passer une nuit mauvaise du 16 au 17 mars, car les 
songes de cette nuit durent lui représenter là jourtiée du 
lendemain sous l'aspect de ce glaive symbolique que le 
tyran Detite suspendait suf la tété de ses conviées. 

Le soir de cette Journée du 16 mars qui garda le nom ri* 
dicule des bonnets à poU, ùnè grande effervescence régna 
dans Paris. Le peuple voulait répondre pat une contre- 
manifestation immédiate. On dut le contenir pour là re- 
mettre au lendemain. Nul ne saurait dire où elle se fftt 
arrêtée, si elle avait eu lieu la nuit. 

Un mot d'ordre circula aussitôt dans Paris de club en 
club, de nie en rue, de maison en maison, d'atelier en ate- 
lier. Le Luxembouiig, la préfecture de police* toutes les as- 
sociations politiques, le propagèrent avec un merveilleux 
esprit de discipline. Ce mot était : Demain, neuf heures du 
matin, grande avenue des Champs-Elysées. 

Plus de cent cinquante nritle hommes obéirent à l'appel. 
De l'arc de triomphe aux chevaux de Marly, une épaisse et 
formidable colonne de prolétaires sans armes se forma. Les 
corporations remplaçaient les compagnies. Il semblent que, 
sans y songer, le peuple donnât le sens réel de l'organisa- 
tion de la société nouvelle, sens vainement cherché par les 
dictateurs. Chaque corporation pottaR son guidon avec 



168 SECONDE RÉPUBLIQUE FRANÇAISE. 

cette inscription: Vive la République ! Vive le Gouverne • 
ment provisoire ! 

Les conspirations n'avaient rien pu tirer la veille, où l'i- 
dée de République enveloppa le Gouvernement Sans dis- 
tinction. M. de Lamartine seul avait gagné du terrain sur 
M. Ledru-Rollin, terrain presque aussitôt reconquis d'ail- 
leurs par les acclamations populaires. Etait-ce à l'heure du 
triomphe que le Gouvernement allait voir apparaître le 
spectre de la conspiration? Lequel des conspirateurs allait 
se montrer? 

A midi, la profonde colonne du prolétariat traversa cette 
place historique où périrent Louis XVI et Robespierre, la 
Monarchie, et la République, Cette armée du travail se mit 
en marche par les quais dans la direction de l'Hôtel de Ville. 
Le Gouvernement l'y attendait, non sans inquiétude. 

Il n'était plus possible en effet qu'il se fit illusion sur le 
but de la manifestation. La bourgeoisie avait saisi son pré- 
texte, le prolétariat saisissait le sien. Ce n'était pas au fond 
une question de costume qui avait soulevé les compagnies 
d'élite. Cent cinquante mille hommes ne s'étaient pas levés 
pour une contre-manifestation. Le Gouvernement provi- 
soire ignorait eocore de quoi il s'agissait, mais il sentait 
bien qu'un but sérieux amenait à lui celte multitude spon- 
tanément disciplinée. 

L'un des membres du Gouvernement savait pourtant 
mieux que ses collègues à quoi s'en tenir : M. Louis Blauc 
était l'un des principaux promoteurs et organisateurs de 
cette manifestation préméditée depuis plusieurs jours. Dans 
la matinée méipe, il avait eu au Luxembourg une confé- 
rence avec des ouvriers venus sur son invitation. Il apprit 
d'eux que l'initiative de la manifestation venait des corpo- 



GOUVERNEMENT PROVISOIRE. 169 

rations et non des clubs. «Le mouvement, est imprimé, me 
» dirent-ils, il est devenu irrésistible (1). » 

Irrésistible ou non, il est douteux que M. Louis Blanc eût 
cherché à le détourner. Il le souhaitait, il en avait be- 
soin, ne fût-ce que pour se fortifier dans le conseil où il 
cherchait alors à faire prévaloir le renvoi de ce qui restait 
de troupes et l'ajournement des élections. 

Voyant les ouvriers décidés, M. Louis Blanc confesse 
qu'il n'essaya pas de modifier leurs dispositions. U eût été 
bien tard en effet pour le tenter, a Je les exhortai alors, 
ajoute-t-il, à s'abstenir de tout cri provocateur, à réprimer 
eux-mêmes tout dangereux emportement, à conduire en- 
fin la manifestation de manière à honorer pour jamais la 
sagesse du peuple. Ils* Vy engagèrent d'un ton si affirmatif, 
que leur confiance me gagna, et ce fut l'esprit presque 
entièrement rassuré que j'allai rejoindre mes collègues à 
l'Hôtel de Ville (2). » 

On pourrait croire d'après cela que la manifestation 
allait se faire uniquement au profit de M. Louis Blanc, et 
peut-être lui-même en était-il persuadé. Tl n'en fut pas 
ainsi. La manifestation s'était formée dans de trop colos- 
sales proportions et avec trop de facilité pour que divers 
éléments n'y eussent point concouru. En politique, il n'y a 
point de concours désintéressé. M. Caussidière avait éner- 
giquement secondé le mouvement. Or, l'action du préfet de 
police trahissait les préoccupations du groupe qui conspi- 
rait pour pousser à la dictature. 

Le même esprit s'était manifesté la veille dans plusieurs 



(1) Loaii Blanc, Pages <Thistoir*, p. 89. 

(2) Idem. 



470 SECONDE RÉPUBLIQUE FRANÇAISE. 

clubs. On en retrouvait la trace dans un placard insidieux 
semé sur les murs de Paris dans la matinée, et qui , après 
atoir parié dé la manifestation comme d'une leçon donnée 
au! compagnies d'élite, finissait par Ces paroles significa- 
tives : « On voit d'un œil sévère ces manifestations corifré 
celui des ministre^ qui a donné tant de gagés à là révo- 
lution. » De sorte que la pensée de veiiget M. Ledrn-Roïliù 
des Itijures de la Veille allait se glisser dans l'esprit au 
peuple, 6âns qu'il Songeât au parti qu'on pouvait tirer dé 
&s dispositions. 

b'àutres clubs avaient parlé d'épuration du Gouverne- 
ment provisoire, un mot plein de menaces et de sanglantes 
promesses. Les plus modérés voulaient obtenir Pajourne- 
toent des élections et fortifier la portion révolutionnaire 
du Gouvernement. 

Le rôïe de MM. Cabet et Sobrier fut complètement mo^ 
dérateur dans cette circonstance. Le premier vit M. de La- 
martine le 46 et le 17, et l'assura que la journée serait sans 
périls. Leur confiance était assez peu justifiée, car lés hom- 
mes de M. Blanqùi agissaient avec beaucoup d'énergie, et; 
quoique peu nombreux, ils étaient capables de tout en- 
treprendre. Ils n'avaient qu'un mot de propagande qui 
rappelle un autre mot de la première révolution : a Pache 
sera grand juge. » Ils disaient: <* filanqui sauvera la île- 
publique. » Quand ces mots-là cirèulent longtemps, ils ma- 
rient leur homme au pouvoir ou à Péchafauâ. M. Blariqui 
avait délibéré avec ses partisans jusqu'à une heure du 
matin. 

Telles étaient les dispositions des deux chefs de cette im- 
mense colonne populaire, dorit là peîtèëe, généftïtçrffent 
plus noble, plus large que celle de ses meneurs , était de 



(JOTtï&NEkEOT PÀovisomi6. 171 

priVetiih ébrkrô^ moral au gouvernement de la ftépu- 
bfi(Jiië. jÉlê Voulait montrer à là bourgeoisie parisienne, 
aux royalistes et aox réacteurs, que le peuple veillait et 
que Imposante manifestation de sa volonté suffisait pour 
confondre ses ennemis. 

Ce n'est jamais avec plaisir que les gouvernements» quels 
qu'ils soient, voient venir à eux le peuple. Le Gouverne- 
ment provisoire était rèveur. Il attendait la manifestation, 
et quoi qu'eût dit M. de Lamartine, confiant dans M. Ca- 
bet, et M. Louis Élanc, charmé d'une scène qu'il croyait 
jôûéè uniquement à son avantage, les dictateurs de Février 
tie laissaient pas d'être inquiets de ce qui allait se passer. 
Ûs eh avaient déjà bien vu des députations et des mani- 
festations, mais ils devaient justement craindre qu'enfin la 
dernière ne parût. Un petit homme très-énergique, M. Rey, 
transformé en colonel, que nous avons déjà vu rendre d'im- 
portants services dans les premiers jours de l'occupation 
dé l'Hôtel de Ville, commandait une troupe irrégulière qu'il 
avait massée dans les cours de PHÔtel. Les grilles fermées 
témoignaient de la légitime méfiance des dictateurs. La 
Grève était vide et morne. 

a Nous étions dans l'attente dit M. Louis Blanc. 

Tout à coup, à une des extrémités de la place de Grève, 
paraît tine maàsè sombré et compacte. C'étaient les corpo- 
rations. Séparées l'une de l'autre par des intervalles égaux 
èi précédées de leurs bannières diverses, elles arrivaient 
gravement, en silence, dans l'ordre et avec la discipline 
d'une armée. » te mot d'armée ne manque jamais de reve- 
nir sous la jpfume de M. Louis Blanc, quand il s'agît du 
peuple, a Elle s'avançait, continue-t-il dans un style lyrique 
et impossible, déroulant à la clâflé dû àolêïl ré](fàbhcain 



172 SECONDE RÉPUBLIQUE FRANÇAISE. 

ses pacifiques bataillons ! Mes yeux se remplirent de larmes, 
et, me rappelant mes craintes, j'en demandai pardon au 
peuple dans Pémotion de mon cœur (1)* » 

Ce n'était guèro Je moment de s'abandonner à un pareil 
élan de sensibilité. Et Ton pourrait se demander comment 
d'aussi douces émotions purent pénétrer alors dans le 
cœur de M. Louis Blanc, si Ton ne se souvenait que, dans 
sa pensée, la manifestation s'accomplissait au profit de sa 
politique et de ses ambitions. hypocrisie du cœur humain, 
qui se trompe lui-même sur la cause de ses émotions ! 

Les clubistes parurent d'abord par petits pelotons, puis 
les corporations, La Grève s'emplissait à vue d'oeil. Les flots 
humains s'accumulaient dans cette vaste cuve de pierres. Us 
gagnaient, gagnaient sans cesse montant jusqu'aux mai- 
sons. Et comme dans une inondation, ces flots montaient 
en silence. 

Il était alors environ deux heures au cadran de l'Hôtel 
de Ville. M. de Lamartine, toujours confiaut, toujours prêt, 
comme un cheval de guerre, à offrir sa poitrine au péril, 
donna l'ordre d'entr'ouvrir ces grilles, qui u'étaient à la 
vérité qu'un bien fragile obstacle pour une telle masse 
d'hommes. 

Les clubistes montèrent. Alors le mugissement de la 
Marseillaise s'éleva avec une solennité singulière. La voix 
du gouffre monta au ciel. Le chant de guerre du peuple 
français dans les temps modernes fit vibrer encore une fois 
les pierres du palais communal. Les membres du Gouver- 
nement comprirent que l'heure critique était venue. 

Réunis dans une vaste salle, ils attendaient debout, en 

(l) Louis Blanc, Pages d'histoire, p. 90. 



GOUVERNEMENT PROVISOIRE. 173 

deux groupes séparés par le vénérable Dupont (de l'Eure). 
D'un côté se tenait le groupe des modérés ayant à sa tête 
M. de Lamartine; de l'autre, celui des révolutionnaires: 
MM. Ledru-Rollin, Louis Blanc, Albert, auxquels il faut 
pourtant ajouter M. Arago. 
Une quarantaine de clubistes parurent. L'œil exercé des 
* membres du Gouvernement provisoire put y distinguer 
quatre éléments tranchés. MM. Cabet, Sobrier, Barbes repré- 
sentaient la majorité, disposée à s'opposer à un coup de 
main. Longepied et quelques obscurs acolytes venaient pour 
Lodru-Rollin, et quoique M. Louis Blanc confondit ce noyau 
d'bommes avec celui qui le poussait à la dictature , il en 
était au fond bien différent. M. Louis Blanc n'eut jamais 
d'bommes réellement dévoués à sa personne et à ses doc- 
trines que parmi les délégués du Luxembourg représentés 
eux aussi dans la députation par Gérard , Lagarde , etc. 
Mais en apercevant MM. Blanqui, de Flotte, Lacambre et 
quelques autres, des soupçons de trahison passèrent dans 
son esprit, a J'aperçus, dit-il, parmi les assistants des figures 
inconnues, dont l'expression avait quelque chose de sinis- 
tre, d M. Proudhon a fait remarquer avec raison ce qu'il y 
a de comique dans cette expression : « Figures inconnues. » 
a Les hommes du Gouvernement, dit-il, sont sujets à de 
singulières hallucinations (1). » Mais ce qu'il ne montre 
pas, c'est le sens révélateur de cette expression. Et lorsque 
M. Louis Blanc ajoute ensuite : « Je compris aussitôt que 
des personnes étrangères aux corporations s'étaient mêlées 
au mouvement (2), » le doute n'est plus possible. M. Louis 



(1) Qtmà\MM K Confasions oVun Révolutionnaire, cbap. vil. 
\t) Ù*1* Btac, Pàgt* d'histoire, p. 90. 




174 SECONDE RÉPUBLIQUE FRANÇAISE. 

Blanc croit si bien qpe la manifestation § lieu copiai, 
qu'il regarde comme des intrus les incoqpus dont la pré- 
sence le trouble. 

Le vieux Dupont (de JTEure) aui n'avait pas osé lji RéÇfy? 
blique en 1836, et qui la voyait tristement seprod^e &$$$ 
les espèces de l'anarchie, parla d'uoe voix brisée par }'â$e, 
et ? du top d'un vieillard qui perd se§ dej-nièrep illu^ipuç, il • 
demanda au? clubislés ce qu'ils vojilaie#.t f Jf-p fîétéguç Q$- 
rard lut alors une adresse où il était demandé ap npo* dfi 
peuple : 1° l'éloignement des troupes; 2° J'ftjo^rrçefljeuJ 
au 5 avril des élections ^e la garde national^; 3° f'ajpuf cé- 
ment au 31 mai des élections de rAssçmbJée nalippale. 
«Citoyens du Gpuvernempnt provjspire, ajouta-,t-jl ç#- 
suite, nous ne pouvons nous le dissimuler, deç p^nœ^Ypes 
contre-révolutionpaires pourraient mettrç en danger la 
paix publique et la réyolution, si yo$r$ patriotisme et votre 
dévouement ne^ vej^ient uas nous s^uyer tpus. fljef f u#« 
manifestation menaçante avait pour but de ypi^ ébranler; 
nous y répondons par une manifestation pacifiqpfy pour 
vous défendre et nous défendre avec vpup. » . 

pendant la lecture de cette pétition enyejoppçp d^s pré- 
cautions parlementaires en usage et dont |e^ pérjpde? mo- 
notones étalent soutenues par le ^roijclejnept de ^ Qfar- 
seilîaise, M. Louis Blanc songeait qu'il eût (Sijfii à ce mpr 
ment (f un mot, d'un signe à. l'une ^e? l'entres de l'Hôt^J 
de Vil|e pour briser l£ Gouvernemsiff. M ,çpfpn$ si [g 
spectre de sa conscience se dressai^ tpuJt à coup devant 
lui^ il se prend à calculer le r^sifljtajt 4'une fl^eitye èûlxe* 
prise, et à se défendre des imputations de ses accusa- 
teurs, a Quelles eussent été les suites de l'embrasement? 
s'écrie-t-il. Où se serait-il arrête? Et de quelle responsabi- 



.GOUVERNEMENT PROVISOIRE. 175 

lité fpFD^4jable pje jfl'ei^sent poipt chargé le spj^on (|pflt 
je vjvais ^n^ejoppé, l'idée qu'on me pfôtait ^'aspirer jk la 
#£fàturp et la présence des délégués du Luf embour^ ft Ja 
tê^iiu m9uyeajent(l)î d 

Mais poqjmeot ç,e faj^l, qu'au mfyne jpstant une autre 
conscience ifri^ée ne lui prip p$s ces Jmote, qpe j'eptyjrpjjt/e 
à la muse ironique e[ siffcèpe 4e tyf. pjrpudjjop ;q Qjuoj J yo#i 
jun homme convainc çu$ la dictature esf p£ces$ajfe ppur 
faire lg bien dy peuple; que Jeç boqapaeç dp pouyoif, sçs 
collègues, sopt hostiles jap progrès; qpe la Révolptiop est 
en péril si J'op pe réussit^ les rerpplacer : jl sait que J'oq- 
£a$ion est pare; qptyie fois échappée, elle pe revient p)us; 
(ju'tfp seifl ipst^ut Jui .est dopné pour frapper jjp cppp dg- 
cjsifj ej qwpd &jTiyj|Je moment, il en profite juste prçur 
fefouler c^ux q^i'^i apgpr)£nt leur dévpu^emeût ef, leurs 
brgs, il s t e détouftjp ifj? lW*| si ^stres figures (2) ! * M. Louis 
BJapc agissait connJgjg A&M la jourpée $u inini$lèrp du Pro- 
grès. \\ reculait cjevant la mise ep detpeure dç ré^satipn. 
CQmme si la fortune raillepse eût pris plaisir à lui faire 
avouer, p#r son inaction, son manque de yéritable foi en 
Jui-méine et dans ses doctrines, elle mettait à s# maip inerte 
le tyâjoij du cpuimap dément et |e défiait de le saisir. 

La voix de M. Blaptj^i, 4e epi ftopjflp qi+i, Jijii, ne .(Jepaqn- 
t}ait qu'à tenter Tépreuye du popyojr, le ramenée b/en vjte 
#p sentiment du dapger. Avec oô c^lipe audacieux et pf o- 
yoçapt dont il donnera cj^e nçjjyellçs prpuvçfy .}e çop?pir#- 
tçur parlait. Son geste tranchant tppi^ait coipme l'acier d'pji 
jjijive syr l$s dîctpfôips PfK#^ s i y°W&8 à l'ylopip dç fardée 

(1) Pmgss d'histoire, p. 91. 

(2) Voir les. Confessions d'un Révolutionnaire, 



176 SECONDE RÉPUBLIQUE FRANÇAISE. 

quand même, et à celle des organisations empiriques. 

M. Louis Blanc se demanda s'il était le jouet d'une vision, 
s'il se méprenait, si la manifestation avait lieu pour Blan- 
qui et non pour lui, car Blanqui parlait eu maître. Eût-il 
pris ce ton s'il ne se fût pas senti fort ? « Ma position parti- 
culière dans cette crise, dit-if naïvement, m'impiosait le de- 
voir de prendre le premier la parole. » 

Il s'avança et fit un discours où il battait en retraite avec 
vigueur, et se repliait sur le gros du Gouvernement. Sa 
harangue fut un éloge pompeux des dictateurs de Février. 
L'homme à système en appelait à l'opinion. « Citoyens, 
s'éçria-t-il, le Gouvernement de la République est fondé 
sur l'opinion, il ne l'oubliera jamais. Notre force, nous le 
savons, est dans le peuple ; notre vokpté doit tiftyours être 
en harmonie avec la sienne. Nous vous remercions des pa- 
roles pleines de sympathie et de dévouement que vous 
nous adressez. Le Gouvernement provisoire les mérité par 
son courage, par son ferme vouloir de faire le bien du peu- 
ple, avec le concours du peuple, en s'appuyant sur lui (l). » 
11 serait superflu de citer jusqu'au bout ce discours, dans 
lequel M. Louis Blanc eut la bonté d'attribuer la démarche 
des clubistes à «une pensée d'ordre.» Il s'efforça dé relever 
ensuite la dignité du Gouvernement, en disant qu'il ne 
pouvait céder à une menace, « Nous délibérerons sur les 
vœux que vous avez émis, dit-il, et soyez sûrs que le ferme 
désir du Gouvernement provisoire est de marcher avec le 
peuple, de vivre pour lui, et, s'il le fallait, de mourir pour 
lui. d Les délégués du Luxembourg applaudissaient à cette 
banalité, lorsqu'une voix menaçante et railleuse s'éleva, 

(1) Page* d'histoire, p. 91. 



«OUVERNEMENT PROVISOIRE. i77 

et répondit : « Soyez persuadés que, de son côté, le peuple 
travailleur mourra pour vous, bien entendu, tant que vous 
servirez ses droits (4 ). » M. Louis Blanc feignit de n'entendre 
point» et ajouta ; «Le vœu que vous exprimez, est-il le vœu 
général ? » 11 continua de parler longuement. Sans doute, 
son discours était peu concluant, car une voix s'élevait de 
temps en temps, et disait : « Que rapporterons-nous au 
peuple? » Quand il eut fini de parler, les délégués du 
Luxembourg, applaudirent, encore selon leur usage, toutes 
les fois que leur jeune maître avait discouru. Mais une 
longue et sourde rumeur s'éleva des rangs des clubistes. La 
colère montait. Il y a tant de conspirations qui se noient 
dans les discours I Les longs discours dévorent de si pré- 
cieux insffbts. « Itamne sortirons pas d'ici, s'écria une 
voix rauque, sans erçoir une réponse à transmettre au peu- 
ple, » ' ' ■ ,*. 

Les délégués murmurèrent. M. Sobrier protesta en fa- 
veur du Gouvernement. M. Cabet en fit autant. M. Barbés 
avait l'œil sur M. Blanqui, sou ennemi. Le Gouvernement 
s'était massé devant le péril commun : les ambitions indi- 
viduelles cédant à la peur de l'action, les conspirateurs 
perdaient du terrain. M. Ledru-Rollin acheva de les engoua 
dir par des promesses dilatoires, en leur disant qu'il avait 
consulté les départements, que la réponse serait prochaine. 

Les intéressés au succès du complot reculaient les uns 
après les autres. puissance délétère du verbe l Chaque 
phrase était un agent de dissolution, dans lequel se fon- 
daient les complots de la veille. Les hommes de M. Blanqui 
tentèrent un dernier effort. 

([) Moniteur universel, i& mai* l&*&> 

II 1* 



178 SECOKRE RÉPUBLIQUE ttULtiÇâfiSÊ. 

M. gobrier, dans l'intention de seconder M. Ledru-Roilin, 
a\ait pris la parole après lui : a Mous avons une entière 
confiance ail Gouveroement provisoire, » s'écria- t-fl. — 
<* Pas- à tous! » répliquèrent plusieurs voix. Le nom de 
M. de Lamartine fut articulé au même instant dans le 
groupe dés clubistes. Ils avaient voulu frapper l'ennemi à 
latôte et perdre au moins, avant de se retirer, ta faction 
dés modérés du Gouvernement. 

L'accusateur fut sommé de s'expliquer. $ ais M. Sobrier 
prit la parole, et peu après M. de Lamartine releva le gan* 
qui lui avait été jeté. Un nouveau délugeudè phrases inonda 
la conspiration. M. de Lamartine réclamait la liberté #*c- 
tioa pour le Gouvernement provisoire, afin de lui conserve» 
la force morale qui faisait toute sa paiwaace. Ilfeiscuta les 
trois quêtions posées dans Vaête&£.> ëm la première, il 
fit observer que les élections delà garde nationale araient 
déjà été ajournées, il déclara eiWi»*. qu'il n'y avait pas 
deux mille hommes de troupes à Paris. Il prît politi- 
quement la défense de l'armée, tout en déclarant que le 
Gouvernement ne voulait passfen faire* un moyen de* dé- 
fense à l'intérieur. Puis, à l'instar deLoufe XVI, lorsqu'on 
voulait l'empêcher d'aller à Sàint-fflowé, il 4 demanda aux 
ckibistes, dans l'intérêt même de la nation, te fait et l'ap- 
parence de la libertés 

, On l'applaudit. Lèngepied, dont il subventionnait le 
cLubv M. Sobrier, à qui il faisait délivrer des armes, ûfe 
l'eussent point abandonné. 

Selon sa coutume, M. de Lamartine termina son discours 
par un mot : « Prenez garde, citoyens, articula-t-ii, ai des 
réunions comme celles d'aujourd'hui, quelque belles qu'elles 
soient : Les dix-huit brumaire du peuple pourraient aine- 



(GOUVERNEMENT PÉOVISOIRIT. 179 

net ccttrfttf àbn gré, lès dix-bail! bW*Wàfre dti dé&fcMférfië^ 
ei ni itins ni moi Û'eÛ voulons.* 

Le £éu£le <fe France aïnte les coticétti. Lès iUerftég àétf- 
fotit! etr Sont tottehés. Dans cfette réûitfofl de cftfbisiè^ et de 
délégué^ la moyenne ûâtellectâellèr tfétàSÏ patè <fc fôVôé i 
résièter à ce badinage. ité appla!ti$)tëiit, sigiïal de ifctfeite. 
ittl. Cabet et SObriér pottssàiefct à! fa dëtfotïte. L&pèàplèl 
chantait toujôttirs. En voyant sert» quelque* htinhtfcs, iî 
jfeitéà que la séaftce était finie et poerssa une ghiïitle d^- 
itoeur- II roulait âpptfréûtoaetit voi* Wà membre* dtfcGôù- 
Véràemeiït. . . 

Ceux-ci descendirent donc lé grand esèalter dû $Éfaî$. 
M. Louis Btent, au iùoment de franchir les détàïèrèS mar- 
ches, sentit une main vigoureuse luïsaiisir le* bras, n fit tfri 
homme pâle, aux yeû* atttifcnté, c'était M. FRrtflé, le Cuisi- 
nier a Ta es donc un traître, toi tfèsai T » ô'écrîa Fafa* âë 
A. Btanqui. M. Lôufé Blaifc se borna, étt-il, à 1 stxàittt atftè> 
rement. On se croirait à une représentation d'Hernatti . 

Le peuple eut un discours, et vit son gouvernement en 
chair et en os. Il défila en ordre et parcourut la ligne en- 
tière du boulevard. Les bourgeois à bonnets à poil, conster- 
nés, et croyant que tout ce monde se remuait pour eux, 
et tout ce monde croyant s'agiter en effet contre la mani- 
festation des compagnies d'élite, tout cela formait un spec- 
tacle politique véritablement intéressant. Le Gouvernement 
provisoire fut très-fort pendant une soirée. On nomma 
cette manifestation , la promenade des deux cent mille 
hommes. Ceux qui la virent passer au boulevard Italien, 
n'oublieront jamais les figures des boutiquiers et des bour- 
siers à gants jaunes. En voyant défiler celte armée de gail- 
lards vêtus de toile bleue, sous laquelle on sentait la saillie 



1§0 SECONDE RÉPUBLIQUE FRANÇAISE. 

des biceps, ils se promirent de n'aller plus au Gouverne- 
ment provisoire. Mais ils firent en môme temps contre la 
démocratie le serment de la haine. Voilà où les retours de 
la fortune conduisaient des libéraux, les mêmes peut-être 
qui allaient demander au roi la réforme, le 23 février. 

L'astre de M. Ledru-Rollin, obscurci la veille, montait 
plus haut qu'on ne l'avait vu encore. Son nom, acclamé par 
èent cinquante mille voix, jeta dans rame de M. de Lamar- 
tine ces premiers étonuements, précurseurs des plus rudes 
enseignements. M. Louis Blanc lui-même s'aperçut que la 
journée n'était pas entièrement à lui. M. Marrast compta 
les sottises, et le groupe des républicains orléanistes gémit 
sur l'imprudence des grenadiers et des voltigeurs de la 
bourgeoisie trop pressée. 

Les journées sont presque toujours des journées de du- 
pes. Nous en verrons prochainement d'autrçs, jusqu'à ce 
que du ridicule nous passions au funèbre, du dédain à 
l'borreur. . 



CHAPITRE V 



Situation de la démocratie a Paris. — Manœuvres des monarchistes en province. 

— Serments de fidélité à la République. - Rapports des commissaires géné- 
raux. — Perplexités et irrésolution du ministre de l'Intérieur. — M. Crémieux 
tente un rapprochement. — Proclamation du Gouvernement provisoire. — 
Prorogation des élections de la garde nationale au 5 avril. — 133,548 hommes 
de plus à l'effectif. — Époque triomphante de la démocratie. — Les pièces 
patriotiques et les représentations gratuites. — Mademoiselle Rachel et la 
MarteUlaite. — Crise commerciale. — Cruels effets du chômage prolongé. — 
Trois mois de misère au service de la République. — Étranges prétentions 
des clubs. — Leur activité. — Question de la garde nationale. — L'aristo- 
cratie de la blouse. — La pipe au boulevard des Italiens. — Funérailles de 
Béchair. — ' Les hommes de lettres ouvriers de la pensée. — La vieille garde 
nationale. - Lettre du maire de Paris au général Courtais. — Armement. 

— Ajournement des élections générales. — La pétition roueniiaise. — Question 
des troupes à Pari». — Traditions jacobines. — Sc$ne dn Champ-de-Mars. 

— Création des gardiens de Paris. — Rareté du numéraire. — Seize presses 
monétaires en activité. — La misère et les ateliers nationaux. — Les ouvriers 
étrangers. — Avia du préfet de police. — Les corps francs. — Affaire de Ris- 
quons-Tont. — L'expédition allemande. — Les Savoisiens. — Les Polonais. — 
Effet déplorable produit par ces expéditions. — Accusations contre le Gou- 
vernement provisoire. - Une crise nouvelle. — M. Blanqmi. — Craintes qu'il 
inspire. — Son influence grandit. — Le 31 mars. — La Revu* rétrospective. 

— Rapport sur l'affaire du 12 mai 1839* — But réel de cette publication. — 
Épouvantable scandale. — On accuse M. Blanqui. — 11 écrit à la Gazette det 
Tribunaux et an Journal des Débat». - VAteemblée Nationale et M. Caus- 



182 SECONDE RÉPUBLIQUE FRANÇAISE. 

sidière. — Plainte en diffamation portée par M. Taschereau contre M. Blan- 
qoi - Ordonnance de la chambre du conseil. — Un tribunal d*honneor. — 
Déclaration des membres des Familles et des Saiions - M. Raspail proclame 
son innocence. — Élections de la garde nationale à Paris. — Échec de la dé- 
mocratie. — Question posé* par les clubs. — Menace et avis suprêmes. 

— M. Caussidière et les quarante-huit commissaires de police. — Les 
bombes incendiaires. — Le ministère de l'Intérieur et le Luxembourg. 
— Le 2 avril, — Une quête faite par cent mille hommes. — La journée du 
16 avril. — Le but officiel et le but réel. — Situation des partis. — Prépara- 
tifs. — Impuissante colère. - Le bulletin n° 16. - Visite de M. Blanqui au 
ministre des Affaires étrangères. ^r^*a liste dp comité de salut public présen- 
tée au ministre de l'Intérieure - Instincnf effroi cle M. Ledru-Rollin. — Ter- 
reur de M. de Lamartine. — Singulière attitude de M. Ledru-Rollin. — Il fait 
battre le rappel. —M. Changarnier à l'Hôtel de Ville. — Scission dans le 
peuple. — Nouvelles alarmantes. — Anxiété de M. de Lamartine. — Arrivée 
de la 1 2 e légion et de M. Barbes. - Aspect de l'Hôtel de Ville. -Exaltation 
des esprits. — Cris furieux de la garde nationale. — Stupeur de la manifes- 
tation.'— « A bas les communistes ! à bas Cabet ! » — Joie de la bourgeoisie. 

— Douleur du peuple. —Restatf ration, sous formé anonyme, du gouvernement 
de Louig-PhîKppe. ! 



Après la journée du 47 mars, la démocratie sembt&it 
avoir regagné tout le terrain perdu. Telle était du moins la 
sjtuation à taris, # s'en fallait àe beaucoup gu'jil .en Fût de 
mtow en province. La province n'aime point Paris dont la 
puissance blesse sa susceptibilité, Paris qui lui impose ses 
iojiyprpeinent,? et ses mqcje?. Ç&cepté quçlgues, gj:a©{|es 
villes qui, semblables elles-mêmes à des capitales, commu- 
nient par les instincts et la pensée avec la capitale de la 
FrçBPft, lés. campagnes Wt une seprè.te feaj^ de cette cen- 
tralisation qui les écrase. 

JLa réaction fut donc (fautant çlus yjtye et* prçjyîiiçe 
quelle a^U été vaincre à Paris. Il lui était facile d'agir 
dans d^ petites localités, où le prolétariat ne saurait jamafis 



OpUTERNEMENT PROVISOIRE. 1S3 

constituer upe farce imposante. Des tiens d'habifude atta- 
client, dans )es villages et les petites vjlles, l'ouvrier au 
maître. L'esprit y esJt Jent; le nombre dee idées qu'il em- 
brasse, b°roé. 1^3 légitimistes et les orléanistes, unis pour 
les besoins de la circonstance, déployèrent toutes leurs res- 
sources pour pe?er sur les élections. Ils ne reculèrent pas 
deyaqt des mpyens que l'bonneur réprouve. On les vit à 
toptes )es tribunes emplissant les comices du bruit de 
leur? sermeptç fie fidélité & la République. Les bibliothè- 
ques sopjt pleines de. lpi^rs parères imprimés. Grâce à ces 
o$ety§es j^œfivres, ils subori^aiept les consciences des 
populations prpdules. Chaque jour» le récit de Ipqrs me- 
nées, tracé par les commissaires qui prévpyaient le succès 
de la cqntre-rpvqlution , privait au ministère de Tinté- 
rieur dont elles redoublaient les irrésolutions fjt les per- 
plexités. 

Tous les membres du Gouvernement provisoire ne 
voyaient peji^-être p^ 4'un paême œil l'esprit des pro- 
vinces. La réaction, dissimulée sous les apparences du mor 
dcrantisme, devenait une garantie pour la majorité du 
GoLfyernement altérée par 1$ promenade (tes imx cent 
tfUlle hommeç. CeJAp majorée affectait $jQrs de se confondra 
avec la minorité et de considérer la manifestation comme 
un triomphe collectif. M. Cr^pueux fuit le premier à tenter 
un rapprochement impossible. 

Tel fut le sens de la prqc^matioa au peuple de Paris que 
le Gouvernement provisoire afftcha le lendemain et qui 
commençait ainsi : « Citoyens, le Gouvernement provisoire 
croit de son devoir de vous remercier de la manifestation 
imposante dont vous avez donné hier le magnifique spec- 
tacle. Proclamé, pour ainsi dire, sous le feu du combat et 



184 SECONDE kÉÎUlfcLÎQlîE FRANÇAISE. 

dans le premier moment de la victoire, le Gouvernement 
provisoire a vu hier ses pouvoirs confirmés par deux cent 
mille citoyens , organisés comme une armée, marchant 
avec le calme de la puissance, et qui, parleurs acclama- 
tions, ont porté à notfe autorité transitoire la force morale 
et la majesté du souverain (1). > Les remerciements au 
peuple étaient multipliés dans cette proclamation. On y pro- 
diguait des éloges impolitiques à la bonne tenue du peu- 
ple, comme on l'eût fait à propos d'un régiment, le tende- 
main d'une parade : a Peuple de Paris, vous avez été aussi 
grand dans cette manifestation, si régulière et si bien or- 
donnée, que vous aviez été courageux sur vos barricades. » 
Que fallait-il de plus pour mettre les journées à la mode t 

Dans cette proclamation, le Gouvernement ne répondit 
pas à toutes les questions, ou plutôt à toutes les somma- 
tions de l'adresse des clubs. Il ne parla que des élections 
de la garde nationale, et il annonça que, pour donner le 
temps aux citoyens de se faire inscrire, il prorogeait les 
élections au 5 avril. Le décret de la prorogation suivait la 
proclamation (2). 

Il résulte d'un tableau annexé aux pièces précédentes 
que l'effectif des légions de Paris, au 18 mars, était de 
190,299 hommes, tandis qu'il n'en comptait, au l tr février, 
que 56, 754 . L'augmentation était donc de 133,548 hommes. 
La pensée des clubs avait été comprise du peuple. L'an- 
cienne garde nationale était absorbée. 

L'espace qui sépare le 17 mars du 16 avril 1848 fut l'épo- 
que, sinon la plus brillante, au moins la plus triomphante 

( I ) Moniteur uniuertei, du 1 9 m*rg 1848. 
(2) Idem. 



ôWmNïMÊNT PROVISOIRE. i9& 

de ta démocratie parisienne. La réaction Vaincue se taisait 
devant les manifestations bruyantes de la joie populaire. 
Ce fut le temps des lampions, des promenades aux flam- 
beaux, des plantations d'arbres de la liberté qu'un député 
réactionnaire appela plus tard « le reboisement de Paris. » 
C'était l'époque des pièces patriotiques et des représenta- 
tions gratuites. Chaque soir, une grande artiste, mademoi- 
selle Rachel, s'inspirant de toutes les fureurs de la muse 
tragique, un drapeau d'une main, l'oeil enflammé d'un feu 
sombre, la lèvre tordue, déclamait 1& Marseillaise au Théâ- 
tre Français, devenu théâtre de la République. La plupart 
des essais de l'art en 1848, lorsqu'ils voulaient exprimer la 
République, n'aboutissaient qu'à une menace. prophètes 
inconsciencieux de tout le sang qui allait couler 1 

La misère grandissait au milieu de cette aveugle joie et 
des assourdissantes déclamations des clubs. Le commerce 
pouvait bien se courber sous la force] mais on ne fait pas 
taire la faillite. Les dons volontaires ne comblaient pas le 
vide du trésor. L'ouvrier lui-même, qui avait mis, selon sa 
grande et noble expression, trois mois de misère au service 
de la République, commençait à sentir les cruels effets du 
chômage prolongé. La fraternité se taisait devant la faiïn. 
La présence des ouvriers étrangers n'était plus tolérée dans 
les ateliers. Le peuple de Paris prit pour prétexte qu'ils ac- 
ceptaient du travail à vil prix. Le Gouvernement dut aviser. 

Nous verrons plus loin quelles furent, l'esprit révolu- 
tionnaire aidant, les conséquences de ses mesures. 

Les clubs se croyaient devenus le véritable gouverne- 
ment de la France. La plaie du parlementarisme n'avait ja^ 
mais été plus profonde. Non-seulement ils agissaient sur 
les élections, mais il n'est pas de question dans laquelle ils 



ji^ii^ryip^^f* Jls ppyQyaieat des tiè\é$\)fe îvffiye £agç 
les y égjpjeijts aypc la pr^enf jo» de %ire ftgr^r ces gjtfcjj- 
c$îe^r^p ; ar les çbpfs de corps. Çn feuilletant les pip<œ$ 4$ 
1^ fçmmissjQn d'epquête et les docupaeptg du t$pqp§, qfl 
s'apçrcoit, qog ?anp ^jrprfse, qjip }$ pr^tpplian des fitolw* 
tes allait jusqu'à voi^oir jpte^ej^4fms Ja çoi»ii$tiQp pu 
la rgyçjc^ion des foaçtiorçn^es de Tqj&ç çiyil et flbfif UÉih 

Les sociétés populaires s'emparèrent, après la glorifia - 
Jioadu 48, du premier ohjet que le Gouvernement leur li- 
vrait ; ]#g électioos de la garde nationale. On avait mainte» 
nant jusqu'au g avril. A la rigueur, ce délai pouvait suffire 
à diriger le sentiment des masses. Les meneurs s'y atta- 
chèrent avec une incroyable ardeur. 

Quel démocrate sérieux et attentif ne sera pas tfappé de 
la misère de ces manœuvres? Pourquoi les deux cent mille 
hommes, au lieu de demander Féloignement de Tannée, 
n'avaient-ils pas réclamé son incorporation à la garde na- 
tionale en même temps que la dissolution des anciens ca- 
dres, faisant suite à la dissolution des compagnies d'élite î 
Pourquoi peuple et gouvernement, parfaitement semblables 
au fond, S'étaient-ils arrêtés en chemin et jetés dans le gâ- 
chis des demi-mesures? parce qu'ils n'avaient apparem- 
ment pas dans l'idée démocratique une foi bien vive, et que 
la parole était chez eux plus haute que la conception. 

Le seul avantage obtenu, Fimmixtion du peuple à la 
garde nationale, faillit à disparaître dans un infime détail 
dont la réaction ne dédaijgna pas de se servir. 

Voici comment elle s'y prit. Le peuple n'avait çoint d'ù- 
nifôrmes. 11 fallut inviter le Gopvernei^pt prçvisoifp $ 
ppurypir à l'habillement des gardes natiog^ux nécessiteux. 



GOUVERNEMENT , PROVISOIRE. 187 

..*', • -, • ; . f , •■ !<1'- 'm ■• y ■ ' 

Le maire de Paris mit des fonds à la disposition des maires 
(^arrondissement pour la fourniture des uniformes. Une 
partie delà maison qu'occupait M. Sobrier, rue de Rivoli, 
fut convertie en dépôt de draps. La corporation des tail- 
leurs tout entière entreprit de confectionner cent mille tu- 
niques en cinquante jours. La prison de Clichy servit Râ- 
telier pour les tailleurs, là prise de corps ?yant été abolie 
provisoirement par décret <Ju 9 mars. La distribution prit 
des proportions énormes et inconsidérées. Le budget de la 
ville sentit bientôt la pesanteur d'un pareil fardeau. On es- 
péra l'alléger par un système dé souscriptions ouvertes 
dans les compagnies déjà formées. Mais après l'équipement 
des simples gardes vint celui des officiers. Sous peine de pe 
laisser à la classe ouvrière aucun accès aux grades, il fal- 
lait procéder comme devant. Ainsi fut fait ? et la question 
parut complètement, et coûte que coûte, tranchée. 

On comptait sans Tamour-propre du peuple, sa timidité, 
sa fierté, sa délicatesse. Les ouvriers les plus aptes à digne- 
ment porter Tépaulette d'officier, étaient précisément ceux 
chez lesquels des sentiments de cette nature devaient pren- 
dre le plus d'empire. La réaction se servit du mot souscrip- 
tion pour blesser d'honorables susceptibilités. On vit se 
désister la plupart des ouvriers dont la candidature était 
portée par le peuple. Le maire de Paris dut déclarer que 
les souscriptions n'étaient pas applicables aux officiers, que 
la ville offrait, au nom de la République, aux gardes na- 
tionaux élus les insignes du grade dont ils seraient investis, 
a Je suis certain, disait le maire de Paris, d'interpréter fidè- 
lement la pensée des membres du Gouvernement provi- 
soire, en vous assurant que toute mesure qui tendrait à 
éloigner des candidatures les travailleurs , serait repoussée 



188 SECONDE RÉPUBLIQUE FKANÇAtSÏ. 

par lui comme une atteinte au sentiment de l'égalité. » (1) 

Depuis le 17 mars, l'ouvrier était roi. Tout le monde 
voulait être ouvrier. Les gens de lettres eux-mêmes se dé- 
clarèrent ouvriers de la pensée. En se faisant passer pour 
ouvrier, ou pour fils d'ouvriers, les intrigants de bas étage 
tentèrent de conquérir les suffrages du peuplent quelques 
uns réussirent. Paris vécut durant quelques semaines sous 
le régime de l'aristocratie de la blouse : on fuma la pipe au 
boulevard Italien. On fit à un allumeur de gaz, mort aux 
Tuileries, le nommé Bechair, des obsèques princières. Elles 
coûtèrent onze mille francs. La cérémonie funèbre' du 4 mars 
avait coûté 53, 515 fr. (2). 

La vieille garde nationale du privilège eut beau se défen- 
dre pied à pied, elle ne put résister au torrent. Déclassée» 
débordée, envahie, elle dut présentement renoncer à l'es- 
poir de se reformer. 

Le maire de Paris semblait avoir voulu l'achever sous 
une épigramme en action. Dans sa lettre au général Cour- 
tais, datée du 23 mars, M. Marrast demanda que les fonds 
de cotisations des anciennes compagnies fussent immédia- 
tement appliqués à l'équipement des gardes nationaux pau- 
vres. L'esprit de la minorité du Gouvernement provisoire 
passait dans tout. 

De l'uniforme à l'armement, la transition fut prompte. 
Jusque-là il n'y avait de garde nationale que sur le papier. 
Le service incombait à un très petit nombre d'hommes. Le 
maire de Paris ordonna le tour de rôle s'appliquant à tous 
les citoyens inscrits. Trois cents fusils, déposés à l'état- 
major des légions, servaient aux factionnaires. On distribua 

(1) Moniteur univenel, 4 atril 1848. 

(2) Id. 23 mai 1848. 



GOUVERNEMENT PROVISOIRE. 180 

enfin des fusils aux gardes nationaux habillés. Sur la ré- 
clamation de ceux qui n'avaient pu se procurer la tunique, 
le maire de Paris, par un arrêté du 2 mars, régla la distri- 
bution des fusilà par ordre d'inscription au contrôle. 

Nous retrouverons ces fusils-là à la bataille de juin. 

Sur la pente où se trouvait le Gouvernement provisoire, 
il était impossible qu'il n'ajournât pas les élections géné- 
rales. On avait espéré que la réponse à l'interrogation posée 
aux commissaires, trancherait la question. Elle la compli- 
qua. Les commissaires, frappés des progrès de la réaction 
en province, étaient presque unaniqaes dans leursjrapports. 
Selon eux, le péril augmentait de jour en jour. Il fallait 
ajourner indéfiniment, ou en finir le plus tôt possible. 

Comme font presque tous les gouvernements en pareille 
circonstance, le Gouvernement provisoire prit précisément 
ce juste milieu qu'il fallait éviter. Dans sa séance du 26 
mars, après r examen des rapports des commissaires, et la 
délibération du Braire de Paris, le Gouvernement décrète : 
1° que les élections générales] auraient lieu le dimanche 
23 avril ; 2 que l'Assemblée se réunirait le 4 mai. (1) 

Etait-ce une perfidie de la majorité du Gouvernement 
provisoire? Comment expliquer, en tous cas, l'aveuglement 
de la minorité acquiesçant à une pareille mesure? Chacun 
aVait-il plus de foi dans les conspirations que dans le pou- 
voir tel qu'il était constitué? Ou bien la lassitude du pou- 
voir, le doute et la peur entraient-ils dans ces âmes incer- 
taines? 

Les demandes de non-ajournement furent peu nom- 
breuses et présentées, par des clubs sans importance. La 

* • 

(1) Voir le Moniteur universel du 27 mari 1848. 



100 SECONDE RÉPUBLIQUE FRANÇAISE. 

seule démarche qui vaille la peine d'étf ë enregistrée fût faite 
par la ville de ftouen. Cette ville couvrit une pétition de 
non-ajôuniemeni de 1 7,928 signatures. 

Restait la question de l'éloignement des troupes. M. de 
Lamartine, dans sa réponse aux clubistes, avait parlé de 
Farmée en termes qui indiquait une vive sympathie pour 
cet instrument de gouvernement. M. Ledru-Rollin regret- 
tait plus vivement encore l'absence de l'armée. L'armée, 
on le sait, fait partie des traditions jacobines. Lorsqu'après 
ïa manifestation du 17 mars, le ministre de l'Intérieur ré- 
gagna son hôtel', il fût accompagné par plusieurs milliers 
de citoyens. Saisissant l'occasion des remercftùents quTI 
eut à leur adresser, il revint sut la pétition des clubs et 
s'exprima, à ce propos, dans uû langage qui trahissait un 
très-ardent d!ésir de réconcilier 1 l'armée a*Vec le peuplé. 

Une scène, plus significative encore, et qui, fout porte à 
lé croire, fut préparée par M. Ledru-ftolfîû, eut lieu ètk 
jours a$rës, au Champs de Mats. Le mibistM dteisftrft à 1$ 
plantation d'uni stbre dte liberté. La 1 fosse était coirt- 
blée, les discours aHaietrt commencer, lorsqu'un officier 
sfavahça aupied de l'àrbfé et ]iril la pttrùle. Il se pfttffehit, 
au nom de l'armée, de la sus^mion dsûs iaf^ttellé M teriaftf le 
peuplé de Paris, if exprimât sa* dôofeur colfëcûve ete' s'éû 
voir éloignée et trouvât dès {taroifes tendres et fraterneirés 
dont M* Letfru-Rollin fit aussitôt te* thème d'un- discûufrs à 
effet, tout retentissant dé sonorités 1 en usage, ntais afisgi 
vide de logique et de sens commun que jamais le fut ha- 
rangue de clubisfe. il trouva mtfyen de garnit dans* son 
discourt hyperbolique srir le- peuple et l'armée* qui sont, 
disait-il, la même chose, une insinuation tendant à faire 
accepter le retour de quelques régiments comme une me- 



OàfCYERNBMBNT PROVlSÔflÙL t&t 

sure de peu de conséquence* a Qute peicttheat ifeire tirois ou 
quatre régïmehtt? articute-Ml.V 

Ce discoars oublié, jeté air vent <fa Champ de Mars, û'ést- 
it pas ufl avant-èouréur des résolutions d'avril? Cbïnmfc 
corollaire, il faut ajouter à ceci les mesures très-abtiVes 1 
prises au ministère de te guerre dès la On de mars. 

Un inexprimable besoin d'ordtë régnait sous Fagitatfon 
etatret&me à 1 dessein par quelques milliers d'hommes dé- 
classés qui y trouvaient leiiï profit. La préfecture de po- 
lice, rendw le 20 mars & Ses anciennes attributions, aHait 
pouvoir agir pftrs efficacement. Ses conflits âveé la mairie 
dfe Paris n'auraient pieté de cause de 3e produire. 

Paris n'àvafitpfas 3e sergents de ville, la propriété notait 
fcrbtégée que par fe propriétaire. Les presses de M. de Girar- 
din furent brisées. Le Gouvernement n'était peut-être pis 
fâché de la leçon que recevait un jottrà&B'ste instigateur de 
réaetîbn, mais 1 if comprit que Paris nfe pouvait! plus long- 
temps se passer de force publique. 11 décréta, le 32 irfaïSé 
te eréfcthm cf un eorps spécial destiné â les remplacer gousr 
le nom de gardiens de Parié. M. CaussMièrer reïeftdiqua la! 
fôrBQfatîèn 1 de ce corps, confiée- d'abord au ministre dte ft'u- 
térieûf et au maire dé Paris. Ce soin rentrait ditii les 1 attri- 
butions de la préfecture de poffce. Les gardiens dé Parti 
remirent \m peu d'ordre sur M vole publique. Lés pïafc 
sauts, en raison de te forme du chapeau donné à ces 
flouvecrtix sergents cfe VHfe, les nommaient tëâr tyroliens ai 
tf. Caumdière. On avait évite tout ce qui 1 pouvaft rappeler 
le paisse'. Pour se- faite accepter d!u peuple, fes gardien^ cfe 
Parie- dafeRD métae débuter' dërtS leiM* fcéctioàà par une 
douceur el lineurbawi^ dte manières q^ie 1 te pellbé ne re- 
trouva jamats depuis. 



193 SECONDE RÉPUBLIQUE FRANÇAISE. 

, La rareté du numéraire ajoutait encore à la misère géné- 
rale. Malgré l'activité de la Monnaie, l'argent ne reparaissait 
pas. Les seize coins à l'effigie de la République étaient in- 
suffisants. La pièce neuve allait rejoindre les. anciennes. 
Par crainte, en même temps que par hostilité, les classes 
opulentes ne dépensaient plus. La production était presque 
nulle et tout ce qui manquait de travail allait grossir l'année 
des ateliers nationaux. Véritable armée en effet, armée du 
prolétariat «t de la faim, qui devait se lever un jour,«om{ne 
celle de Spartacus, en face de la civilisation épouvantée. 

«Tai dit plus haut que, dans cette offre excessive du tra-r 
vail, l'ouvrier, déjà effrayé de la concurrence des nationaux, 
ne voulait plus souffrir l'étranger. C'était le commencement 
du radeau de la Méduse. Des rixes violentes éclataient à 
chaque instant. La préfecture de police dut prendre des 
mesures. M. Caussidière, autorisé par le ministre de l'In- 
térieur, publia, le 20 mars, un avis aux ouvriers étrangers 
pour leur rappeler qu'ils ne pouvaient plus être reçus dans 
les ateliers nationaux, qu'ils s'exposaient à se voir éloignés 
et au besoin expulsés du territoire français, 

Or, les seuls ateliers ouverts étant les ateliers nationaux, 
la conséquence de cette mesure fut celle-ci : Les ouvriers 
étrangers se dirent : Allons proclamer la République 
chez nous et y faire des ateliers nationaux. Quelques mil- 
liers de compagnons sans ouvrage partirent pour con- 
quérir le monde. Les Belges, les Allemands, les Savoisiens 
sç levèrent et s'enrégimentèrent. On les vit se promener à 
travers les rues de Paris, dont ils augmentaient le trouble. 
Ils allèrent» eux aussi, échanger des lieux communs avec le 
Gouvernement provisoire qui venait de décréter la forma- 
tion d'une légion polonaise. Cette dernière mesure avait 



GOUVERNEMENT PROVISOIRE. 493 

achevé de monter des têtes exaspérées par le patriotisme, 
la misère et les phrases. 

De là sortit ce qu'on nomma les Corps francs. Ces 
pauvres gens, qui s'en allaient avec bonne foi et croyant 
n'obéir qu'à leur propre volonté, furent encore des instru- 
ments dirigés par une politique sans grandeur et sans rai- 
son, et offerts comme tant d'autres en holocauste à la sottise 
humaine. . 

L'expédition qui fit lé plus de bruit fut celle de Belgique. 
Elle est connue sous le nom d'Affaire de Risquons-Tout. La 
participation occulte de plusieurs membres du Gouverne- 
ment y fut manifeste. Les traces en abondent dans les do- 
cuments de la Commission d'enquête. Obligés de rentrer 
dans leur pays, les Belges, expulsés des ateliers nationaux, 
résolurent de former des colonnes républicaines. Us y fu- 
rent incités par le nommé Blervacq, marchand de vin, rue 
de Mesnilmontant, n° 24, et par un ex-officier de cavalerie 
belge, Fosse. Ces gens ne cessaient de demander des armes 
et des subsides, tantôt à l'Hôtel de Ville, tantôt à la préfec- 
ture de police. M. Caussidière, très-partisan de la propa- 
gande armée, encourageait de toutes ses forces l'expédition. 
« Je dois avouer franchement, dit-il, que mes sentiments 
personnels me portaient plutôt à protéger avec vigueur 
cette entreprise qu'à lui refuser mon concours (1). » 

M. Caussidière eut à ce sujet de pressants entretiens avec 
M. Ledru-Kollin. Le ministre de l'intérieur ne pouvait, à 
aucun titre, s'immiscer dans une pareille affaire. Il refusa 
d'ordonnancer aucune dépense régulière relativement à 
l'expédition belge, il résulte cependant de l'interrogatoire 

(1) Mémoires de Causêidière, I, 202. , v : 

13 



194 SECONDE RÉPUBLIQUE FRANÇAISE. 

de Blervacq que des vivres furent distribués au corps expé- 
ditionnaire pendant plus de quinze jours ayant son départ. 
Lés autres dépositions confirment ce fait. Nous en rencon- 
trerons ultérieurement de même nature. 

Un des membres du corps expéditionnaire, M. Pardo, 
docteur en médecine, reçut du secrétaire de M. Ledru- 
Rollîn, et ^ur Tordre verbal de ce dernier, une somiàe de 
mille francs destinée à aider une entreprise que le ministre 
de Tlritérieur désapprouvait officiellement et approuvait 
comrahoïnme. ! ;"'■ 

En relation avec les gardes municipaux qu'il nourrissait 
en secret» le préfet de police s'était abouché avec leurs of- 
ficiers. Il avait sondé leurs dispositions. Son but avoué fut 
d'adjoindre ces deux mille soldats d'élite au corps peu dis- 
cipliné des ouvriers belges. Dans de pareilles conditions, 
l'expédition pouvait prendre , il faut le dire, un caractère 
trèà-diffiérent de ce qu'il fut. 

Aux charges qui indiquent une participation évidente au 
moins du ministre de l'Intérieur, il en faut ajouter d'autres 
fôurnieè par M. Caussidière lni-même. Il en résulterait, que 
M. Ledru-Rollin ne fut pas seul à protéger secrètement 
l'expédition. Voici les faits dont M. Caussidière tira «a con- 
viction. 

M. Petiot, ingénieur du chemin dé fer du Nord, se pré' 
senta, le 25 mars, à la préfecture de police. Il venait avertir 
le préfet que le sieur Fosse , chef de l'une des deux colonnes, 
exigeait pour sa troupe un train spécial pour Mouscron, le 
soir même. M. Caussidière ordonna de refuser le train et 
envoya chercher Fosse, qu'on trouva en conférence ayec 
M. Bûchez. L'envoyé de M. Caussidière fut très-étouné de 
voir M. Bûchez remettre à Fosse deux billets de banque et 



GOUVEftNEMIOT PROVISOIRE. J05 

une lettre de crédit sur un banquier de Braielles. Fosse 
prétendit en outre qu'il agissait avec le oéricoÉfftdc M. Mar* 
fa^ et l'assentiment de M. Bastide. 

M. Gaussidière voulut prévenir M. Ledru-Rofliû. Il lui M 
impossible de le voir. Craignant^ diMï, de eobtrecarrér des 
ordres supérieurs , il accorda le permis. L'administration 
du chemin de fer du Nord disposa aussitôt un cctivoi. Uoë 
querelle éclate sur ces entrefaites entre les deui colonnes 
belges. Blervacq prétend que Fosse est vendu au prince 
d'Orange. Fosse assure que Blervacq ne soutient pas la 
bonne cause. 

L'ambassade belge ne dut évidemment rien igoorer de 
tout cela, et le roi Léopold put prendre ses mesures. 

La querelle apaisée, la colonne partit. Elle formait environ 
quinze cents hommes, vêtus de blousëi jgtises et de chapeau! 
gris.Cinq élèves de l'École polytechnique, MM.Pr6u,Pa*deau, 
Tiffly, Deron et Lefrançois, les accompagnaient. Ils étaient 
délégués par te Gouvernement avec mission officielle de re- 
conduire à la frontière une colonne d'éthigrants. Une partie 
du convoi remorqué jusqu'à Qulévrain, par hasard ou par 
trahison, fut enveloppée eu arrivant par les soldats belges. 
On renvoya les Français et Ton garda tes Belges. 

L'autre partie du corpè franc passa trois jours à Béclin et 
reçut des vivres et trente-cinq centimes de solde par jour. 
Le commissaire du département du Nord, M. Déleseluzë, 
petit homme très-actif, très-énergique, doué du tempéra- 
ment révolutionnaire qui caractérisait les jacobins de la 
première révolution, ne put voir de mauvais œil l'eipédi- 
tion des patriotes belges. Il obtint, du ministre de la guerre, 
l'ordre au général Négrier, commandant la division (te 
Lille, de délivrer quinze cents fusils, destinés officteWecflêBt 



46 SECONDS RÉPUBLIQUE FRANÇAISE. 

à l'armement de la garde nationale, Le général les délivra; 
mai? en pûême temps il avertit le ministre de la guerre 
de l'expédition qui se préparait. Les fusils avaient été. prit 
la nuit sur mte route, près des Quatre-Cbemins, aux chffirre- 
tiers qui les transportaient dans les communes à l'arme- 
ment desquelles ils étaient affectés. Ils ne fallait pas que 
la main du pouvoir apparût dans cette affairç. 

Cependant les élèves de l'École polytechnique avaient 
reçu ordre du ministre de la guerre de quitter la colonne 
belge. La position de M. Deiescluze devenait fort embarras- 
sante. Il fit demander au ministre de l'Intérieur* par voie 
télégraphique, s'il devait oui ou nm laisser partir le corps 
expéditionnaire. Selon M. Ledru-RolUo, le télégraphe dut 
répondre non; mais le télégraphe» comme la sybitle, rendit 
un oracle, incompréhensible. 

Aprèjs le pillage des chariots, les patriotes belges se fi- 
rent en route. On était alors dans la nuit du 28 mars. Il fai- 
sait noir à ne. pouvoir se conduire. La colonne marchait 
dans la boue jusqu'au jarret, guidée par des contreban- 
diers. Au point du jour on déploya les drapeaux. Un corps 
de troupes belges échelonné devant Mouscron se déploya 
en tirailleurs. Le feu commença à six heures et demie- Les 
troupes belges avaient du canon. Les municipaux eussent 
été là fort utiles à l'expédition. A neuf heures du nu*- 
tin, après avoir tué et perdu une dizaine-d'hommes, le 
corps franc battit en retraite. Fosse et Blervacq avaient 
montré de la bravoure. Le corps se reforma au Risqiwns- 
Tout et fut désarmé en rentrant à Lille. 

Les autres expéditions n'eurent pas plus de succès j mais, 
plus éloignées de Paris, elles ne causèrent pas le même 
scandale. ; 



GOUVERNEMENT PROVISOIRE. *iWJ 

La légion allemande perdit onze hommes en traversant 
le Rhin la nuit, et fut reçue en débarquant de la même ma- 
nière que la légion belge. Les concessions Mites par le 
grand duc suffisaient, momentanément au «ftûîns, à la po- 
pulation badoise. Elle tenait à voir et à juger le développe- 
ment de son régime nouveau et ne songeait pas à la Répu- 
blique. Un bataillon hessois rejeta l'avant-garde sur la 
colonne. La fusillade fut longue. Le corps expéditionnaire 
gagna la Forêt Noire dans l'espérance d'opérer une jonction 
avec Hecker. Ce chef» dans le même temps, était défait, et 
la colonne, continuellement pourchassée par les Hessois, 
se vit réduite à une cinquantaine d'hommes qui gagnè- 
rent la Suisse. La légion du chef Herwed fut plus maltraitée 
encore. 

Il ne parait pas qu'une influence émanant du Gouverne- 
ment ait favorisé l'entreprise de la légion savoisienne qui se 
forma en grande partie à Lyon. M. de Lamartine chercha, 
au contraire, à mettre sa garantie à couvert en faisant offrir 
au roi de Piémont un corps de troupes françaises pour 
protéger ses frontières. Deux mille Savoisiens partirent 
au commencement d'avril et marchèrent surChambéry. 
Les habitants de la ville et des villages voisins les reçurent 
à coups de fusils. Il y eut trois morts de part et d'autre. La 
victoire resta aux royalistes. Us renvoyèrent les Français 
chez eux. Les Savoisiens gagnèrent les champs où les pay- 
sans leur donnèrent la chasse. La seule chose qui restât à 
faire au Gouvernement français était de réclamer les Sa- 
voisiens naturalisés et les Français incarcérés. Il accomplit 
immédiatement ce devoir. 

Quant à la légion polonaise, dont la formation fut dé- 
crétée le 12 mars par lé Gouvernement provisoire, son ca- 



198 SECONDE RÉPUBLIQUE FRANÇAISE. 

yftctpr* QfflGiel n'a p^ besoin (J'êtxe confirmé. Elle fut créée 
sous le prétexte d'ajder Je France à maintenir Tordre et la 
ljbe^té. Mais le 3 av#l, le Monitei^r publiait une circulaire, 
datée du, 25 mars, dans la quelle le prince À. Czartoryski 
adressait ses adieux à ses compatriotes et leur annonçait 
qu'i} se rapprochait de la Pologne, a Des trois oppressions 
qui la tenaient abattue, disaiWl, elle en compte aujour- 
d'hui deux pour alliées. Un tel événement nous appelle à 
t poe vie active. » Après avoir donné des conseils detiaodéra- 
t^on^t de prudence» il terminait en annonçant qu'il remet- 
tait à J\f. Stanislas Bavrykowski la direction des affaires pii- 

, Les projets d'insurrection prenaient, on le voit, une sorte 
de caractère officiel. A la vérité, le mois de mars était/ par- 
qué par des événements si prodigieux en Europe que le 
Gouvernement regrettait peut-être sa politique d'inaction. 

Les ^gions polonaises partirent. Elles allaient rejoindre 
Mieroslawski dans le duché de Posen sur lequel le roi, de 
Prusse, épouvanté, promettait d'abandonner ses droits. On 
çait que la citadelle ne fut pas rendue et que Mieroslasw^ki 
et ses Polonais entrèrent en campagne, 

L'effet moral des exploitions des corps francs fut détes- 
r t^ble. Pour avoir voulu républicaniser 1 -Europe sans se 
çopjprpmetttre, quelques membres du Gouvernement pro- 
visoire lièrent le Gouvernement lui-même aux commen- 
tâmes d'un peuple réduit à la misère et d'une, réaction alté- 
rée de vengeance. Pour se soustraire à ces accusations, il 
rendjt le &:avjâl un décret qui, plaçait sojus la sauvegarde 
des travailleurs français les ^travailleurs étrangers qjuf em- 
ployait la France* 

Les fruits dp la manifestation du 17 m^ ne profitèrent 



v.>. 



GOUVERNEMENT PROVISOIRE., 199 

pas longtemps à cette consulte de dictateurs sans unité, 
presque tous dévorés d'ambition personnelle et en conspi- 
ration permanente. On disait ouvertement dans certains 
clubs que le Gouvernement avait livré les patriotes belges 
à Léopold. M. Blanqui affirmait en posséder les preuves. 
L'occasion à laquelle il lança cette foudroyante accusation, 
se rattache au cœur même de ce récit. 

La force du pouvoir diminuait de jour en jour. Les cons- 
pirateurs redoublaient d'audace. Une crise nouvelle se for- 
mait. D'un orage incomplet résulte souvent un autre orage. 
La journée du 17 mars n'avait point tranché la difficulté ; 
la difficulté reparaissait plus pressante, appelait le glaive 
qui la trancherait. On marchait à une autre journée. Or, 
depuis le 17 mars, l'image de M. Blanqui était restée dans 
l'imagination des dictateurs de Février. Elle les obsédait 
comme une menace. Son nom qui grandissait de jour en 
jour dans le public semblait préparé à de hautes destinées. 
La crainte qu'il inspirait tournait à son avantage. Paris, 
exalté par les clubs, par les promesses d'une révolution 
inouïe, par les souvenirs du passé même, voulait un gou- 
vernement énergique. Il se fût consolé de la misère à la 
condition de poser le joug démocratique sur les hautes 
classes, dé réduire la réaction au silence et de se couvrir 
de gloire en Europe. M. Blanqui passait pour un homtiie 
déterminé à ne pas reculer devant les moyens. Quoiqu'on 
ne l'aimât pas, l'opinion du peuple allait à lui. Son influence 
balançait déjà celle de M. Ledru-Rollin dont on commençait 
à deviner le caractère absolument impropre au gouverne- 
ment des hommes. 

Cette préoccupation publique dont M. Blanqui était de- 
venu l'objet, effrayait non^ seulement leCouveriiemeht pro- 



200 SECONDE RÉPUBLIQUE FRANÇAISE. 

visofre tout entier, mais elle devenait un obstacle à des 
projets isolés. M. Blanqui était devenu un danger pour 
l'Hôtel de Ville, un rude compétiteur pour les aspirants à la 
dictature. M. de Lamartine et M. Ledru-Rollin le sentaient 
si bien, ou du moins ceux qui conspiraient pour eux en 
avaient une si parfaite conviction, que deux tentatives de 
rapprochement eurent lieu daûs les derniers jours de mars. 
On songeait à composer avec l'ennemi qu'on ne pouvait 
abattre. 

Le plan des négociations se développa du 17 au 22 mars. 
Ma^s presque simultanément se développait le plan de 
guerre. Ainsi, le 19, la mairie de Paris faisait répandre par 
des agents secrets dans le faubourg Saint-Antoine que 
M. Blanqui était un agent soldé du parti benriquinquiste. 
Lé même jour, M. Xavier Durrieu, rédacteur en chef du 
Courrier-français, qui se donna beaucoup de mouvement 
dans les premiers mois de 1848, alla trouver M. Blanqui et 
lui dit: a M. de Lamartine désire s'entendre avec vous. Il 
reconnaît que le Gpuvernement doit se modifier. Il est dé- 
cidé à mettre dehors la coterie du. National, et à s'adjoindre 
vous et vos amis. Il fera ce que vous voudrez; il ira aussi 
loin que vous. Je suis chargé de porter de sa part des paro- 
les de conciliation à Ledru-Rollin. d 

Dans ces deux faits datés du même jour on reconnaît le 
manque d'unité qui caractérise la plupart des actes du Gou- 
vernement provisoire. 

D'un autre côté, M. Caussidière, qui surveillait attenti- 
vement le club Blanqui et savait à quoi s'en tenir sur l'im- 
portance de la Société centrale républicaine, vit le cuisinier 
Flotte et entra en pourparlers. Il se rendit ensuite chez 
M. Ledru-Rollin et lui proposa d'avoir une entrevue avec 



GOUVERNEMENT PROVISOIRE. 201 

M. Blanqui. «Pour quoi? aurait répondu le ministre de 
l'Intérieur ; c'est un homme qui a une poche à fiel à la 
place du cœur, et si je le recevais il irait partout se vanter 
de m'a voir imposé ses volontés ; n'en parlons plus. » ({). 

M. Caussidière ajoute qu'il n'insita pas, étant déjà au cou- 
rant de certaines intentions. On sait que le Préfet de police 
était l*un des plus actifs agents du complot en faveur de 
M. Ledru-Rollin. Il est donc probable au contraire qu'il 
avait cherché cette entrevue, précisément parce qu'il ju- 
geait plus avantageux de transiger provisoirement avec 
M. Blanqui que de lutter contre lui. 

D'ailleurs le même M. Durrieu, qui semblait chercher 
toutes les occasions de servir d'intermédiaire entre les élé- 
ments d'un nouveau pouvoir quelconque, reparaît au jour 
fixé pour l'entrevue avec M. de Lamartine. C'était le 22 mars. 
Il annonce que M de Lamartine ne viendra pas, qu'il a 
changé d'avis, a Cet homme, dit-il, est la mobilité et l'in- 
constance même. » 

La date du 22 est importante à rétenir. 

Le 30, survient encore M. Durrieu. «Il faut jouer cartes 
sur table, dit-il. Je viens du Gouvernement provisoire; 
vdici ce que j'ai appris : Vous voulez le renverser et vous 
saisir de la dictature. Vous réussirez sans nul doute, car le 
Gouvernement est sans force ; mais vous vous perdrez en- 
suite, vous et la France. Votre projet est une folie ; renon- 
cez-y et adoptez celui que je vais vous exposer; il réunit 
toutes les chances; la coterie du National sera mise à la 
porte et vous la remplacerez avec vos amis. Venez vous en- 
tendre avec Ledru-Uollin; la chose sera facile, vous êtes 
d'anciens camarades de collège. » 

(1) Mémoires de Caussidière, 11, p. 14. 



2Ç2 SECONDE RÉPUBLIQUE FRANÇAISE. 

M. Blanqui prit rendez-vous avec M. Ledru-Rollin pour le 
lendemain 31. 

Or, le lendemain 3i mars, une publication intitulée : Re- 
vue rétrospective, lança son premier numéro. Cette bro- 
chure devait creuser entre M. Blanqui et le Gouvernement 
provisoire un abîme à jamais infranchissable. La Même 
rétrospective, publiée par M. Taschereau, un libéral de. la 
suite de M. Odilon-Barrot, qui déjà, en 1830, avait imaginé 
une publication du même genre» eut pour but apparent 
de livrer à la publicité des documents historiques et des 
autographes curieux. Quoique les intérêts de l'histoire ne 
fussent ici qu'un prétexte, le but apparent n'en fqt pas 
moins atteint. La première pièce publiée parla Revue rétro- 
spective est un rapport sur l'affaire du 12 mai 1839. Le docu- 
ment portait pour titre : Déclarations faites par ***, devant 
le ministre de l'intérieur. L'éditeur ajoutait que ce document 
n'étant pas signé, il ne s'était pas cru en droit de repro- 
duire un nom qui. n'était pas laissé en blanc sur la pièce. 
Il appartenait aux citoyens qui ont figuré dans l'affaire du 
43. mai, d'en rechercher l'auteur s'ils le jugeaient conve- 
nable. 

Qn voit avec quel art le soupçon et la curiosité étaient 
sollicités de façon à faire de cette pjèce mystérieuse un 
éclatant scandale. Expliquons le but réel de la publica- 
tion. 

Le groupe dont la constante préoccupation était de pous- 
ser M. Ledru-Rollin à la dictature, résolu de briser M. pian- 
qui, eut tout à coup connaissance de la découverte d'un 
rapport adressé à M. Duchâtel, le 22 octobre 1839, sur l'in- 
surrection du 12 mai. Cette pièce avait été trouvée au mi- 
nistère des Affaires étrangères, le 22 mars 1848. De là 



GOUVERNEMENT PROVISOIRE. 203 

peut-être la rupture des négociations entamées par M. Xa- 
vier Durrieu, au nom de M. de Lamartine, le 19, 

La pièce providentielle portée au Gouvernement provi- 
soire passa de main en main. Elle contenait des révélations 
étendues sur la société dçs Familles, et les portraits de 
MM. Raisan, Martin-Bernard, Barbes, Lamieussens, Raban, 
Dubosc, etc. Ils étaient tracés avec la précision qu'on trouve 
dans tous les rapports de police, et en même temps avec 
l'esprit particulier qui caractérise toutes les pièces du même 
genre. On crut reconnaître, dit-on, le style de M. BlanquL 
Cette présomption remplaça la signature absente. Quant 
à récriture, chacun put s'assurer qu'elle n'était pas de 
M. Blanqui. 

A l'exception de M. Albert, te Gouvernement provisoire 
était composé d'avocats et de journalistes; il comptait 
même un poëte dans, son sein, — tous gens de verbe et de 
style, experts, en matière demojs et de tournures. Com- 
ment MM. de Lamartine et Marrast, ceux qui s'y enten- 
daient le mieux, comparant, je suppose, la réponse de 
M. , Blanqui au rapport, eussent-ils pu l'attribuer au même 
homme? Prenez une pièce de la police de Vienne, une de 
celle de Saint-Pétersbourg et une do Paris, vous retrouverez 
le même style, le même esprit. Le caractère policier est uni- 
versel et indélébile. 

Convaincus ou non, les membres du Gouvernement pro- 
visoire virent dans cette pièce une arme terrible si l'on par- 
venait à accréditer l'opinion qu'elle émanait de M. Blanqui. 
Quoi de plus facile avec des agents secrets intelligents? 
Pour la première fois peut-être, le Gouvernement provi- 
soire agit avec une parfaite unité. M. Taschereau avait pu- 
blié une Revue rétrospective en 1830. Pourquoi n'en publie- 



204 SEC05DE HÉPUBLlore FRANÇAISE. 

raitril pas une eo 4848? On lui remit une copie de la pièce," 
accompagnée d'un certain nombre de documents, de cor- 
respondances royales, de notes de fonds secrets, etc., de 
façon à justifier la publication aux yeux du public» 

Comment M. Ledru-Rollin, s'il était convaincu de l'infa- 
mie de M. Blanqui, prenait-il rendez-vous avec lui pour 
le 34 T Et s'il ne Tétait pas, comment autorisait-il une pa- 
reille manœuvre? Le rendez-vous donné par l'entremise de 
M. Durrieu, n'était- il qu'un moyen d'endormir l'ennemi? 

Il va sans dire que le rendez-vous du 34 n'eut pas lieu, 
puisque le rapport parut ce même jour. 

L'affaire avait été conduite avec habileté. Deux jours après 
la découverte, le National, feuille à peu près officielle alors, 
publiait une note ainsi conçue : « Nous pourrions nommer 
tel président de club, qui, démocrate furieux, a été assez 
malheureux pour trahir les secrets de ses amis politiques, 
afin de sauver sa vie. Le Gouvernement provisoire a beau- 
coup de pièces entre Us mains, et il pourrait en accabler 
ceux qui voudraient le saper en même temps que Tordre 
social qui nous régit, pour y substituer un chaos sanglant, 
sous prétexte de fraternité. Il sera dédaigneux et magna- 
nime jusqu'au jour où on le forcera d'user de représailles. » 
Cette note si claire est aussitôt répétée textuellement par 
tous les journaux de province qui reçoivent les inspirations 
du National. Les nuages s'amassent. La tempête éclate en- 
fin. Colportée par les agents des intéressés, la Revue rétros- 
pective fait, dès son apparition, un épouvantable scandale. 
Les menaces du 24 se sont réalisées. Le Gouvernement pro- 
visoire a lancé sa foudre. M. Barbes lit le rapport. 11 voit 
se dérouler sous ses yeux les péripéties de cette sombre 
aventure du 42 mai, date de sa haine contre M. Blanqui. 



GOUVERNEMENT PROVISOIRE. 205 

dîes révélations accumulées rétonnent. Leg sentiments per- 
sonnels se mêlent à ceux qui naissent de cette lecture. 
* Moi seul, s'écrie-t-iL, ouBlanqui ! » Or, comme le soupçon 
se saurait atteindre le loyal Barbes, l'accusation retombe 
sur M. Blanqui. Les clubs s'enflamment. M. Blanqui parait 
au sien. 11 proteste contre une infâme calomnie qui lui at- 
tribue un rapport .sans signature et annonce qu'on ne le 
reverra qu'au jour de sa complète justification. 

Il avait reçu ce coup terrible au moment où. malade, épuisé, 
par tant d'années de souffrance, il trouvait à peine la force 
de suffire. aux travaux et aux agitations de la vie publique. 
Il écrit deux lettres à la Gazette des Tribunaux et au Jour- 
nal des Débats, dans lesquelles il déclare que cette pièce a 
été fabriquée par d'indignes ennemis qui se cachent. Les 
lettres paraissent te 2 avril. M. Blanqui s'est retiré. 

Cependant l'affaire se poursuit avec vigueur, et chacun 
continue son. œuvre. L Assemblée nationale annonce que 
M. Caussidière a proposé à M. Blanqui un passe-port pour 
favoriser sa fuite et s'interposer ainsi entre, la justice mo- 
rale du pays et les hommes qui peuvent avoir des comptes 
à rendre à leurs concitoyens. A cette perfide insinuation 
dirigée contre. M. Blanqui, M. Caussidière répond dans le 
Moniteur du 5 avril, par une note plus perfide encore et des- 
tinée à dérouter le public. «Jamais, écrjt-il, quoiqu'il puisse 
en coûter à ses sympathies ou à ses sentiments, la justice 
légale ne sera entravée par son fajt. » La. sympathie de 
M. Caussidière pour M. Blanqui, aujourd'hui que chacun a 
écrit plus ou moins ses mémoires, est quelque chose d'as- 
sez piquant. Le caractère de M. paussidière et ses ruses de 
maquignon normand, se trahissent curieusement dans cette 
insinuation. 



206 SECONUE RÉPUBLIQUE FRANÇAISE. 

De son côté, M. Taschereau ne laissait pas tomber là lettre 
où M* Blanqui déclarait que le prétendu rapport était une 
pièce falsifiée. Le fondateur de la Retue rétrospective se 
considéra comme injurié par les termes de ces deux lettres. 
Il porta plainte en se portant partie civile. Une ordonnance 
de la chambre du conseil renvoya M. Blanqui devant lé 
tribunal de police correctionnelle. «Il est constant d'abord, 
lisait-on dans l'ordonnance de renvoi, que ce document n'a 
été écrit ni signé de là main du sieur A. Blanqui. Tout 
porte à croire qu'il n'est lui-même Qu'une côjiîe. La pièce' 
orighalè n'est pas entre les mains de la justice. Mais TtA- 
structién a établi de la manière la plus certaine que lé do- 
cument produit a été écrit par le sieur Lalande, ancien se- 
crétaire de la présidence de Tex-chambre des Pairs. » 

On trouva M. Làlaùde au fond d'une province où il vivait 
paisible depuis plusieurs années. Il ne se souvenait dé rien. 
Il avait écrit souà les ordres de M. Pasquîer, mais il né se 
rappelait pas si le rapport était le produit de notes informes 
ou s'il provenait d'une pièce déjà mise au net* 

MM. de la Chauvinière , Dufaure et ï^rank-Carré préten- 
(firent que le chancelier de la chambre des Pairs leur avait 
autrefois communiqué cette pièce en l'attribuant à M. Blafa- 
qui. Le chancelier l'aurait tenue de M. Buchâtel. Interpellé 
à ce sujet, M. Pasquier répond que cela était possible, mais 
qu'il ne s'en souveiiait pas. ->• ■ . 

IL fut seulement acquis au procès qtie la pièce datait 
de 4839, et n'avait pas été fabriquée pat M. Taschereau, 

Au fond, l'importance du fait u^était pas considérable. 
L'imagination* la hâine'et l'intérêt là grossissaient. Le pre- 
mier agent secret venu pouvait donner des détails analogues 
à ceux du fameux rapport, Eût-on arraché à M. Bta&)& ces 



GOUVERNEMENT PROYlSOIRE. 207 

banalités qui traînent dans tous les dossiers de police de- 
puis 4840> cela pouvait-il le transformer en délateur! Quel 
honnête homme fera le moindre cas des prétendus aveux 
surpris dans l'horreur de3 cachots, au milieu des ténèbres 
et des affres de là mort, dans le délire de la faim et de la 
fièvre, par quelque procureur qui cherche uùnom et dé 
l'avancement? Entre cela et la claie du tortionnaire, quelle 
grande différente y a-t-il ? 

Ce qui caractérise, c'est l'existence. La vie de l'homme 
témoigne et répond pour lui. Quelle avait été la vie dé 
M. Blanqui î 

Au surplus, quelle était l'affaire du moment en 4839? 
Le procès. Or, le chancelier aurait dit à M. Franck-Carré en 
lui remettant ces banalités : « Ces renseignements sont, à 
vrai dire, plus utiles pour l'administration] que pour la 
justice régulière.* 

Un tribunal d'honneur s'était formé en dehors de Paflaïre 
judiciaire. 11 fut composé de MM. Barbes, Lamieussens, 
Dupaty, Proud'hon, Cabèt, Etienne Aràgo, etc. Une partie 
du groupe qui conspirait pour M. Ledrù-Rollin et plusieurs 
des hommes le plus sévèrement jugés dans le rapport ap- 
partenaient à ce tribunal. M. Blanqui allait être jugé par 
des compétiteurs et des ennemis, tes preuves manquèrent. 
On eut beau fouiller le Luxembourg, la pièce originale 
demeura introuvable. Parmi les farts innombrables qu'on 
recueillit, aucun ne constituait une charge. Parmi les té- 
moins qu'on entendit et qui avaient partagé la captivité de 
M. Blanqui, nul ne put apporter une preuve. 

Quelques amis de M. Blanqui imaginèrent que sa femme, 
dont il était tendrement aimé, avait pu racheter une tête si 
chère au prix d'une révélation. 11 faut avouer qu'en c« cas, 



208 SECONDE RÉPUBLIQUE FRANÇAISE. 

madame Blanqui, eta femme d'esprit, l'eût achetée a bon 
marché. 

Le 42 avril, une déclaration, signée de quarante-neuf 
personnes, ayant toutes appartenu aux sociétés secrètes des 
Familles et des Saisons, apprit au public que les faits, con- 
tenus àaps ,1a Revue rétrospective, étaient depuis longtemps 
connus d'elles, que ces faits avaient pu et dû arrivera 
la connaissance de la police par une multitude d'agents dé- 
masqués plus tard, tels que Tessier, Geoffroy, David, Dela- 
hodde, Chenu, Dutertre, Davoust, etc. Elles terminaient en 
protestant avec indignation contre l'usage qu'on avait voulu 
faire de cette pièce anonyme. Les signataires attestaient la 
pureté , l'austérité, l'honneur de leur compagnon de com- 
bats et de misères, Auguste Blanqui, et flétrissaient ceux 
qu'ils nommaient des ennemis politiques sans pudeur. 

Deux jours après, le 44 avril, M. Blanqui publiait une ré* 
ponse foudroyante (4) où il daignait à peine se disculper 
contre d'implacables ennemis. Il savait bien que le fait en 
lui-même n'était pas la véritable question qui s'agitait dans 
ces nuages fuligineux qu'on amoncelait autour de lai. Il sa- 
vait bieu où l'on voulait en venir et, ne perdant pas de vue 
le but, iL y marchait à pas de géant. Au lieu de se perdre 
dans les détails d'une défense inutile et oiseuse, au lieu de 
tomber dans le piège, il passait par dessus, d'accusé se fai- 
sait accusateur, dénonçait hardiment le Gouvernement pro- 
visoire à l'opinion publique, lui demandait compte des 
âmes perdues à Risquons-Tout et de la bonne foi trahie. 

Le lendemain, le plus soupçonneux des patriotes, M. Ras- 
pail venait, lui aussi, proclamer l'innocence de M. Blanqui. 

(1) Voir aux Pièces justificatives, n. 9. 



GOUVERNEMENT PROVISOIRE. 209 

Il sommait M. Tascherçau de comparaître, non pas>devant 
le tribunal de la police correctionnelle, mais devant le tri- 
bunal du peuple. M. Taschereau se garda bien. d'accepter 
l'invitation. Et pour mettre au moins les rieurs de son côté, 
11 refusa, en faisant une cabriole de loustic et en attachant 
un pétard à la queue de son article. 

La figure de M. Blanqui sortit plus meurtrie et plus me- 
çante de cette lutte. 11 avait grandi dans le mystère et sous 
la calomnie. Ses partisans, pleins d'ardeur, remuaient les 
masses jusque dans leurs couches les plus. profondes. La 
guerre entre le Gouvernement provisoire et le chef de la 
Société centrale républicaine était ouvertement déclarée. 
Les clubs les plus énergiques étaient à lui. Son nom, pour 
le peuple, était devenu le symbole du salut du moment. 
Et le peuple ne voyait de salut pour la République que dans 
l'ajournement des élections générales. 

En effet, les nouvelles des départements n'étaient pas de 
nature à rassurer la démocratie. Les royalistes de toute 
nuance se présentaient au suffrage du peuple crédule des 
campagnes à qui la richesse impose plus que le mérite et 
la vertu. Il n'était pas difficile à des hommes distingués par 
leurs talents, leur naissance et leur fortune, soutenus, en 
outre, par le clergé, et décidés à feindre un républicanisme qui 
était siloin de leur cœur, il n'était pas difficile à de tels hommes 
d'entraîner les petites villes et les populations rurales. 

A Paris même, le résultat des élections pour la garde na- 
tionale, connu le 5 avril au soir, trompa bien des espéranr 
ces. En dépit des libéralités et des avis de la mairie et des 
prédications des clubs, le prolétariat fut vaincu par la bour- 
geoisie. On pouvait déjà pressentir de quel esprit serait ani- 
mée la garde nationale. Les gardes uationaux de la veille 
u. U 



210 SECONDE RÉPUBLIQUE FRANÇAISE. 

avaient voté avec ensemble. Ils ptafitttiettt dé l'impossibi- 
lité où se trouvait la classé ouvrière de se présenter au scru- 
tin dans la journée. On essaya de remédier à cet inconvé- 
nient, en prolongeant l'ouverture des urnes jusqu'à huit 
heures du soir. Mais ce délai venait trop tard pour la nomi- 
nation des chefs de légion. La 2 e , la 6 e et la 12 e légioa de 
Paris, la V e et la 4 e de la banlieue n'avaient pas donné de 
résultat. M. Barbes échoua. On lui reprocha de s'être laissé 
nommer colonel de la garde nationale par le Gouvernement 
avant les élections. La l re légion nomma M. de Tracy ; la 3 e , 
M. Thiriou • la 4 e , M. Ramond de la Croisette; la 5% M. Fa- 
vrel; la 7% M. Dauphin; la 8 e , M. Bourdon ; la 9% M. Tau- 
tiers la 10% M. Hingray; la 11% M. Quinet; la 13* ( cava- 
lerie), M. Tréïat; et la 3 e de la banlieue, M. Desgranges. 

Battue dans la lutte électorale pour les grades supérieurs, 
la démocratie radicale se rejeta sans succès sur lés autres 
grades. 

Une question menaçante, dans laquelle se résumait toute 
la situation, était posée par les clubs à chaque candidat : 
et Marcheiiez-vous contre l'Assemblée nationale, si elle n'é- 
tait pas aveô nous? a Cette question révélait le présent et 
l'avenir. Elle prouvait que le peuple de Paris ne se faisait 
£as dlllusioto sur le résultat probable des élections, qu'il 
était pWparè à un éèhec et déterminé à recourir à la force. 
C'était, si Fon veut, en même temps qu'une menace, un 
avis suprême donné aux électeurs d'avoir à envoyer à l'As- 
semblée nationale des représentants sérieusement républi- 
cains. Les clubs jetaient leur épée dans la balance du scru- 
tin. Grosse de promesses de guerre civile, leur interrogation 
présageait le 15 mai, juin 1848 et juin 1849, juin le terrible 
et juin l'absurde. - 



GOTTVÉRNEMÈNT PROVISOIRE. 211 

Au surplus, mille causes se réùtoissaiieôt pbur déterminer 
une cfee. L'air stf chargeait en quelque 'sorte de l'électricité 
des orages civils. Ou sentait venir une journée. La réaction, 
qui voyait grandir sa force en province, prenait une atti- 
tude provocante. Elle insuttaità la fois la démocratie et le 
Gouvernement. La démocratie, dans ses feuilles, insultait 
la réaction et le Gouvernement. De sorte que le Gouverne* 
ment était insulté par tout le monde. Il eût voulu, selon le 
vœu des clubs, ajourner indéfiniment les élections que la 
prolongation de son pouvoir n'eût pas été possible. Jilême 
en le protégeant, on l'eût absorbé. 11 ne faisait plus que des 
fautes et il n'avait fait que des fautes. Les modérés eux- 
mêmes ne le toléraient que parce qu'ils voyaient le terme 
prochain de l'expiration de ses pouvoirs. 

Le Gouvernement sentait la vie lui échapper. Il voyait 
les murailles se couvrir de placards incendiaires, et l'ou- 
trage et la menace colportés par ballots en province. Il 
lisait l'insulte, épelait la calomnie en toutes lettres, l'injure 
en majuscules, et laissait faire sous prétexte de sauvegarder 
le principe de liberté, mais en réalité parce qu'il n'avait 
pas la force qui réprime ou plutôt qui impose par son seul 
aspect , parce qu'il n'existait pas à l'état de Gouverne- 
ment, parce qu'on eût pu le défier de se trouver lui-même 
et qu'il se fût en vain cherché. Etait-il dans M. Mar- 
rast ou dans M. Louis Blanc ? dans M. de Lamartine décrois- 
sant ou dans M. Ledru-Rollin ascendant? dans l'avocat 
Marie ou dans l'ouvrier Albert? Ou bien s'était-il modeste- 
ment réfugié dans le libraire Pagnerre, secrétaire de ce 
capharnaum politique? 

A ces causes de dissolution, il faut joindre le dissolvant 
suprême, la conspiration, la permanente conspiration qui 



212 gEGOMK XKPUBUQUS «ANÇAISB. 

existe et qui préexiste, comme l'univers des philosophes, 
dans les causes premières. Elle commence à se manifester 
physiquement dès le 25 février, elle apparaît au 47 mars, 
nous allons la voir au 46 avril, elle reparaîtra au 15 mai, 
elle se débattra dans la mêlée de juin, et renaîtra derechef 
jusqu'à la consommation finale, jusqu'au jour où il ne 
reste plus qu'à compter les morts, les blessés, les aliénés, 
les impossibles, les imbéciles, les traîtres, les fripons* et à 
dresser le bilan de la déconfiture. Car, ainsi que je l'ai dit» 
malade à sa naissance, la seconde République commença 
de périr dès le 25 février et l'histoire de cet enfant diffor- 
me, mort dans les coliques de sang, n'est que le récit des 
convulsions successif es de son agonie. 

J'ai dit la conspiration, ce sont les conspirations qu'il 
faut lire. Le jour approche où nous allons les retrouver 
toutes sous les armes. Nous avons vu M. Blanqui, exaspéré 
par la calomnie, se retourner furieux, comme le sanglier 
contre le chasseur qui l'a blessé et n'a pas su rabattre. 

Les partisans de M. Ledru-Rollin virent, à l'attitude de 
M. Blanqui, combien l'heure d'agir devenait pressante. Il 
avait pris vis-à-vis du pouvoir le ton de la menace. Ne pou- 
vait-il pas brusquement ai appeler aux armes, s'emparer 
de cette dictature convoitée pour leur propre patron ? 

Dès le 3 avril, M. Gaussidîère, l'un des plus actifs de ce 
groupe, déjà nommé, qui craignait et détestait M. Blanqui, 
et croyait à la dictature possible de M. Ledru-Rollin, avait 
laissé échapper des paroles belliqueuses devant les qua- 
rante-h uit commissaires de police de Paris et de la banlieue 
convoqués à la préfecture : c Dites bien à vos stupides 
bourgeois, à vos gardes nationaux, dites-leur que, s'ils ont 
k malheur de se laisser aller à la moindre réaction, quatre 



GOWTCRNEMENT PROVISOIRE. 213 

cent mille travailleurs attendent le signal pour faire labic 
rase de Paris (1). » Sauf la forme qui sent l'hyperbole habi- 
tuelle de l'espionnage, telle était la pensée de M. Gaussidiëré. 

Cinq jours après, le 8, M. Grandmesnil, ancien gérant du 
journal la Réforme, l'un des agents secondaires du complot 
qui se tramait, non-seulement à la Préfecture de police , 
mais au sein même du miuislère de l'Intérieur, écrivait à 
son neveu, fabricant de matières pyrotechniques à Angers : 
• Marc vous recommande vivement de fabriquer dans le 
plus grand secret et d'apporter quelques-unes de vos 
bombes. » 

La conduite de M. Caussidière dans les préparatifs du 
16 avril fut double. Ne croyant pas que le futur pouvoir pût 
se passer de M. Louis Blanc, il servait à la fois les projets 
du Luxembourg et ceux du ministère de l'Intérieur. 

Au Luxembourg, il n'existait pas de conspiration posi- 
tive, mais on aspirait plus vivement que jamais à la dicta- 
ture. M. Louis Blanc avait beaucoup discouru depuis six 
semaines. Des discours on était passé aux écritures ; les 
écritures étaient devenues des projets de décret. On crut 
tenir enfin le problème de la misère et de l'égalité. Il était 
bien naturel qu'on fût pressé de décréter le bonheur du 
genre humain. La misère du peuple ne secondait que trop 
ces prétentions de l'utopie à gouverner le monde. 

Les factions s'étaient servi du prétexte de la manifesta- 
tion des compagnies d'élite pour faire lever le peuple dans 
la journée du 17 mars. Et la garde nationale allait encore 
fournir un moyen d'émeute. 

Il fut convenu au Luxembourg que les corporations se 

(I) Rapport de la Commission d'enquête, tome I, page 16. 



2U SECONDE RÉPUBLIQUE FRANÇAISE. 

réuniraient le dimanche, 16 avril, afin d'élire quatorze 
officiers d'état-major de la ( garde nationale. Ceg officiers 
étaient laissés au choix des ouvriers, sur la demande de 
M. Guinard, afin d'atténuer l'effet détçstable des élections. 
On voulait en outre porter au Gouvernement une offrande 
patriotique comme marque de sympathie. Tel apparaissait 
le but officiel. 

Déjà le 2 avril une multitude de placards avaient convo- 
qué le peuple au Champ de Mars. A en croire la bourgeoisie, 
le niotif de cette convocation était de forcer les classes riches 
à des sacrifices. Là Tut la racine de Fimpôt progressif qui 
fit tant de bruit inutile à l'Assemblée. La journée se termina 
par une quête pacifique, mais irrésistible, au profit de la 
patrie. Elle fut faite par cent mille hommes. Etait-ce un 
essai, une répétition générale de la journée en projet? 

JLe but réel était de renouveler, vis-à-vis du pouvoir 
affaibli par la réaction, par les clubs et par ses tiraillements 
intestins, un 46 mars. On voulait montrer une seconde'/ois 
à la bourgeoisie insolente la puissante et pacifique armée 
du prolétariat. La pensée de M. Louis Blanc était de proté- 
ger le Gouvernement de façon à l'opprimer. H espérait 
qu'en lui montrant une secpnde fois deux cent mille hom- 
mes debout sur un signe de sa volonté, il pèserait sur ses 
collègues. Il voyait la dictature lui tomber dans la main, 
sans coup férir, par la seule expansion du vœu populaire. 
Quant aux corporations, leur projet consistait à imposer au 
Gouvernement la réalisation du système de l'organisation, 
du travail. 

Dans le sein du conseil, des avertissements, pareils à des 
menaces, s'étaient plus d'une fois échappés des lèvres de 
M. Louis Blanc. D'aigres répliques, soit de M. Marie, soit de 



GOUVERNEMENT PROVISOIRE. 215 

M. de Lamartine r ou de tout autre conservateur dti Direc- 
toire de février* prouvaient à M. Louis Blanc qu'on n'étaij 
guère disposé à le subir. Le Gouvernement provisoire, 
moins la grandeur des figures et les reflets dramatiques de 
1793, ressemblait alors au Comité de salut public quelque 
temps avant le crime de Thermidor. Les séances étaient 
irrégulières ; on se voyait à peine. Le ton des discussions 
indispensables était dur, hautain. M. Ledru-Rollin consi- 
dérait au fond M. Louis Blanc comme un utopiste et sçs 
autres collègues, sauf MM. Albert et Flocon, coipqae dçs 
réactionnaires. A son sens, M. de Lamartine n'entends^ 
rien en politique. Mais il était impossible de s'en passer d^ 
la constitution d'un nouveau gouvernement. M. Flocon, 
relevé de maladie, essayait de louvoyer entre M. de La- 
martine et M. Ledru-Rollin. 1£. de Lamartine, effrayé de la 
réaction, cherchait un point d'appui, une force quelconque, 
La popularité croissante de M. Ledru-Rollin, qui l'avait tant 
étonné au 17 mars, le subjuguait. Il sentait ty nécessité de 
se rapprocher dç lui, souspçine d'être emporté p$r laréfcOr 
tion ou par les conspirations. Il essayait 4e le détacher des 
radicaux et évoquait l'image de Blanqui pour l'effrayer. En 
même temps, fidèle à son système, il continuait de secrètes 
entrevues avec les conspirateurs des clubs. 

Les modérés, MtyL Marrast, Marie, Garnier-Pagès, e$c, 
groupés à l'Hôtel de Vjlle , se préparaient eux aussi à une 
lutte prochaine. Les complots étaient si audacieux qu'ils 
transpiraient jusque dans le public. La situation était iftûre 
pour une crise. Ce que le public pressentait, M. Marrast, 
qui nourrissait une police, ne pouvait l'ignorer. Il aya^t des 
conférences avec les généraux Bedeau et Changarnier, avec 
lesquels il combinait les moyens de résister à une attaque 



216 SECONDE RÉPUBLIQUE FRANÇAISE. 

soudaine. M. Changarnier, officier très-ambitieux, qui brû- 
lait de se produire et qui offrit à M. Ledru-Rollin de pro- 
clamer la République eu Irlande avec dix mille hommes de 
troupes, avait été désigné pour remplacer M. Cavaignac 
dans le gouvernement de l'Algérie. M. Gavaignac ayant 
refusé de venir prendre possession du portefeuille de la 
guerre, M. Changarnier était venu à Paris. Avec cette inso- 
lence sans égale, dont sa lettre au Gouvernement provi- 
soire est un parfait échantillon (1), il affectait des opinions 
orléanistes et les sympathies les plus vives en faveur des 
princes de la maison d'Orléans. D f un autre côté, le général 
Duvivier, qui commandait la garde mobile, annoûçait que 
sa troupe, ramassée dans l'écume des places publiques et 
commandée par des jeunes gens amoureux de gloire mili- 
taire, avait des uniformes et des fusils dont elle brûlait de 
Se servir. 

M. Marie offrait à la faction des modérés l'armée des 
ateliers nationaux, à qui la garde nationale venait de don- 
ner des fusils. Il ne perdait pas une occasion de la haran- 
guer, de l'exciter coutre le Luxembourg, de la préparer au 
combat par la colère. 3VÏ. Emile Thomas, qui recevait di- 
rectement ses inspirations, ne négligeait rien pour faire 
fructifier ces semences d'égorgement général. L'armée du 
travail allait devenir celle de la guerre civile. On ne ména- 
geait plus l'argent. L'argent des batailles passe avant celui 
du pain de la famille. On ne renvoyait plus les étrangers. 
On ne trouvait plus que ces ateliers de la misère fussent 
trop pleins. Chaque jour, au contraire, on embrigadait 
dans ces légions vêtues de toile tout ce que Ton pouvait 

(1) Voir &ux Pièces justificatives, n. 10. 



GÔUVEfcNEMENf PRÔVÎSOÏRB. 247 

raccoler d'hommes valides. Pendant plus d'une semaine, il 
en fut enrôlé mille par jour. On les passa en revue. L'état- 
major se composait de MM. Bûchez, Reeurt et Adam. Le 
général en chef était l'avocat Marie dont la robe noire 
suinte du sang et laisse une rougo traînée dans les pages 
de l'histoire. 

Au 17 mars, M. Louis Blanc avait, avec étonnement, en- 
tendu acclamer M. Ledru-Rollin. Sa stupéfaction s'était ac- 
crue en voyant des figures inconnues parmi les pétitionnai- 
res et en s'apercevant que la manifestation se détournait du 
but qu'il lui avait tracé. Ces naïvetés de l'orgueil devaient 
le mener loin. La journée qui se préparait et dont* avec une 
bonne foi miraculeuse, il croyait disposer la mise en scène, 
réservait à M. Louis Blanc bion d'autres déceptions. Alors 
qu'il croyait diriger le mouvement, d'autres en disposaient. 
Sa destinée fut d'apporter chaque fols l'appoint du Luxem- 
bourg aux bandes organisées par des factions qu'il affectait 
de dédaigner. 

Or les clubs, en dehors môme du groupe de partisans 
de M. Blanqui, avaient imaginé déformer un Comité de 
talut public. Dans le choix des membres qui devaient le 
composer ils ne tenaient évidemment nul compte des com- 
plots qu'ils ignoraient et d'impossibilités dont le secret leur 
échappait. Ainsi 9 le nom de M. Ledru-Rollin y figurait à 
côté de celui de M. Blanqui. 

Le Comité de salut public prenait au Gouvernement pro- 
visoire quatre de ses anciens membres : MM. Ledru-Rollin, 
Flooon, Louis Blanc et Albert. Il y ajoutait MM. Raspail, 
Blanqui, Kersausie et Cabet. 

La journée du 15 fût marquée par d'autres circonstances 
qui devaient rendre le conflit inévitable. C'est le 15 avril que 



£48 SEQONDfi RÉPUBLIQUE FRANÇAISE. 

parut te ifr bulletin de la République dont la réaelioa JU si 
grand bruit. Les résistances partielles de Morjtauban, de 
Bordeaux, de Lyon aux commissaires du Gouvernement 
avaient fait craindre au ministre de l'Intérieur qu'une 
pensée hostile n'organisât ces haines et jqu'il n'en 
.sortit une manifestation générale contre la République. 
Plusieurs commissaires furent destitués; mais, en même 
temps que le Gouvernement ajoutait à la faute d'un mau- 
vais choix la faute d'une faiblesse, les bulletins de la Répu- 
blique prenaient le ton de la mepace. Il était impossible de 
trahir plus clairement le secret d'une impuissante colère. 

On sait que les bulletins étaient rédigé par des hommes 
de la faction du .ministère de l'Intérieur. Madame George 
Sand, qui écrivit quelques-uns de ces placards, était, on le 
sait, la muse maternelle du complot. Il n'est donc pas éton- 
nant que les émanations d'un style aussi préoccupé aient 
livré à l'opinion la piste de projets cachés, a Si les élections 
ne font pas triompher la vérité sociale, si elles sont l'ex- 
pression des intérêts d'une caste arrachée à la confiante 
loyauté du peuple, les élections qui devaient être le salut 
delà République en seront la ruine. Il n'y aurait alors 
qu'une voie de salut pour le peuple, ce serait de manifester 
une seconde fois sa volonté et d'ajourner les, décisions d'une 
fausse représentation nationale. » La bourgeoisie furieuse 
se crut un moment perdue. Le noblesse ranima les souve- 
nirs de 1793, si bien démentis par l'attitude passive du 
Gouvernement provisoire. On fut d'autant plus exalté dans 
la haine qu'on savait le pouvoir plus débonnaire et plus 
chétif. Lenom de M. Ledru-Rollin, porté aux nues par la 
démocratie parisienne, fut exécré en province. La bour- 
geoisie maudissait sojj^auveur. Elle traînait dans une .fan- 



GOUVERNEMENT PROVISOIRE. 219 

geuse calomnie l'homme qui eût été son unique espérance 
sans la catastrophe qui brusqua le dénoûment des complots. 

La pensée du 16 e bulletin était pourtant expliquée plus 
bas en termes qui atténuaient un peu le paragraphe qu'on 
vient de lire : a Citoyens^ il ne faut pas que vous en veniez 
à être forcés de violer vous-mêmes le principe de votre 
propre souveraineté... Le Gouvernement provisoire ne peut 
que vous avertir et voué montrer le péril qui vous menace. 
Il n'a point le droit de violenter les esprits et de porter at- 
teinte au principe du droit public. Élu par vous, il ne peut 
empêcher le mal que produirait l'exercice mal compris d'un 
droit sacré, ni arrêter t votre élan, le jour où,, vous aperce- 
vant vous-mêmes de vos méprises, vous voudriez changer 
dans sa forme l'exercice de ce droit. Mais ce qu'il peut, ce 
qu'il doit faire, c'est de vous éclairer sur les conséquences 
de vos actes. » Dira à la réaction qu'on lui arracherait d'un 
coup de main cette proie si savamment circonvenue, c'était 
une déclaration de guerre. 

La garde nationale de Paris, attentive, graissait ses fusils 
pour le lendemain. Elle avait tant de représailles à exercer 1 
Sûre de son existence en dépit de la dissolution des compa- 
gnies d'élite, maîtresse des élections, elle attendait le moment 
de reparaître sous les murs de l'Hôtel de Ville, non plus hu- 
miliée, bafouée par la multitude, mais eo souveraine offen- 
sée. A la Préfecture de police, on s'armait. On s'armait rue de 
Rivoli. Les 400 fusils et lesxartouches délivrées à M. Sobrier 
par ordre dqi ministre de la guerre allaient servir, peut-être, 
à renverser le Gouvernement. Les clubs s'armaient aussi. 
Ils restèrent en permanence pendant toute la nuit. Quel- 
ques-uns hésitaient. Le club de la Fraternité refusa son 
concours. Celui de M. Cabet n'était $ps moins détermiué à 



220 SECONDE RÉfttBMQtffi FRANÇAISE. 

l'abstention. Le club de la Révolution et ses chefs, Mil. Bar- 
bes, Proudhon, Pierre Leroux, etc., n'avaient pas confiance 
dans le mouvement. On craignait M. Blanqui. Où allait-il? 
que deviendrait la manifestation entre ses mains? 

M. Blanqui négociait. La dictature pouvait tomber entre 
ses mains en vingt-quatre heures! II fallait sonder lésâmes. 
Dans la mâtiné du 15, il se rendit, accompagné d'un socia- 
liste distingué, M. de Flotte, ancien officier de marine, au 
ministère des Affaires étrangères. Il paraît, d'après ce qu'en 
a dit M. de Lamartine lui-même, que les gens de la maison 
étaient remplis d'épouvante et de sinistres appréhensions. 
M. Blanqui et ses partisans y étaient considérés comme 
une bande de sicaires. Les amis, les employés, les valets, 
s'imaginaient que leur maître, dans tout l'éclat de sa popu- 
larité, alors que dix départements se disputaient l'honneur 
de l'envoyer à l'Assemblée nationale, allait périr peut-être 
sous le poignard d'un assassin. 

Il est impossible de ne pas sourire en songeant aux men- 
songes que la déclamation n'eût pas manqué de faire si, en 
effet , quelque Charlotte Corday démagogique eût alors 
tranché la vie du héros des modérés. S'il eût vécu I s'écrie- 
rait aujourd'hui l'histoire. Heureusement M. de Lamartine 
vit encore et l'histoire ne mentira pas. 

A la vue de M. Blanqui, dont la mise négligée et savam- 
ment sordide répondait assez bien, dans des imaginations 
d'antichambre, au type de l'assassin, les valets frémirent. 
Quand cet homme grêle, sur le front duquel ont déteint les 
tristesses de la prison, l'anxiété des attentes concentrées» 
l'amère pâleur des déceptions, quand ce Catitina pauvre et 
funèbre vint décliner son nom à l'huissier, les gens crurent 
que la dernière heure de leur illustre patron avait sonné. 



GOUVERNEMENT PROVISOIRE. 221 

La littérature du maître avait évidemment troublé l'es- 
prit de ee petit monde. On n'était pas à la hauteur du siècle 
à l'hôtel du ministère des Affaires étrangères, on n'y com- 
prenait pas le caractère de la seconde République française. 
Pour qu'un homme vaille la peine d'être poignardé, il faut 
qu'il soit bien redoutable. Or, dans cette République aux 
types effacés, les hommes restèrent presque tous en route. 
Ils tombèrent d'eux-mêmes. La Foi manqua à tout le monde. 
La Peur seule et la Misère crurent à elles-mêmes, aussi re- 
coururent-elles seules au fer. 

M. de Lamartine reçut M. Blanqui à la grande stupeur 
de sa suite imbécile. Ils causèrent ensemble pendant trois 
heures. Ils eussent pu causer durant l'éternité. Que pouvait- 
il sortir d'un entretien entre deux hommes aussi dissem- 
blables, surtout lorsqu'on songe que le poète avait la pré- 
tention d'envelopper le conspirateur ? 

La nuit venue, les complots et les projets s'enchevêtraient 
si bien que le préfet de police le plus exercé n'eût pas été 
en mesure de prévoir ce qui arriverait le lendemain. Il y eut 
chez M. Sobrier une réunion qui se prolongea très-tard. 
Les noms du Gouvernement nouveau, tel que le concevaient 
les clubs, y furent encore une fois discutés. Il est à re- 
marquer que cette liste englobait trois ou quatre complots 
différents. C'eût été un avantage prodigieux sans les incon- 
ciliables qui perdirent tout. 

A une heure du matin on apporta au ministère de l'Inté- 
rieur la liste définitive du Comité de salut public. Cela de- 
vait se nommer ainsi, toujours d'après ce système d'imita- 
tion servile dans lequel ce peuple s'obstine à rouler depuis 
qu'il cherche ce qu'il sera. 

On avait également discuté pendant toute la soirée au 



222 SECOND» RÉPUBLIQUE FRANÇAISE. 

ministère de l'Intérieur. M. Caossidière s'était effrayé de 
Voir tant de noms communistes. 

M. Flotte, le cuisinier, qui était venu négocier, attendait. 
H. Ledru-Rollin, pendant ce temps, lisait la liste en frémis- 
sant. A l'aspect des compagnons qu'on lui destinait : Ras- 
pail, Blanqui, Cabet, Kersausie, l'instinct bourgeois s'était 
puissamment réveillé dans cet avocat fourvoyé par la ri- 
chesse de son tempérament et le tumulte L tribunitien de 
son éloquence. Comme s'il eût flairé le glaive égalitaire et 
le cordeau démagogique, il entra en fureur, M. Blanqui 
servit de prétexte à des sentiments qu'il ne s'expliquait 
peut-être pas bien lui-même. Ce fut contre le chef de la 
Société républicaine centrale que M. Ledru-Rollin tourna sa 
colère. Il refusa de recevoir M. Flotte et déclara qu'il n'en- 
trerait jamais dans une combinaison dont ferait partie 
M. Blanqui. «Eh bien ! s'écria M. Sobrier, si vous ne voulez 
pas marcher avec nous, vous serez jeté par la fenêtre, di- 
manche, avec les autres; nous sommes en mesure... (1) d 

De son côté, M. Blanqui avait dit : « Je ne m'associerai 
point avec M. Ledru-Rollin que jeregarde comme un homme 
déloyal. » — Malgré ce double refus, rien n'était perdu en- 
core. La conspiration pouvait triompher et, violemment 
englobés dans un même pouvoir; M. Blanqui et M. Ledru- 
Rollin éb fussent rencontrés à la table aux décrets. La suite 
eût montré lequel des deux serait éliminé. Mais durant 
cette nuit grosse d'orages, M. Ledru-Rollin, se confirmant 
dans cet instinctif effroi qui l'avait saisi devant la révolution 
réelle prête à surgir, sentait s'apaiser le tumulte de son 
imagination sanguine. Les artères battaient plus calmes 

(1) Rapport de la Commission d'enquête, tome 1, p. 16. ' 



flOUVBBNEMBNT PROVISOIRE. 233 

dans sa large poitrine» et son cœur, inondé.d'une douée es- 
pérance de repos au sein des triomphes d'une République 
modérée» volait vers M. de Lamartine. 

Celui-ci, prévenu par M. Flocon, des complots qui de- 
vaient l'éliminer, avait passé la nuit dans les soucis du len- 
demain.. Les agents revenaient les uns après les autres, lui 
apportant les plus mauvaises nouvelles. Leurs efforts étaient 
inutiles. Les ouvriers ne se souvenaient plus qu'ils eussent 
crié : Vive Lamartine 1 Ils ne voulaient rien manifester en 
sa faveur. Le ministre des Affaires étrangères considéra la 
République, comme perdue. 11 crut même, avec autant de 
bonne foi que sa suite, que son dernier jour allait se lever. 

A cinq heures du matin, on lui apporta la liste du futur 
Comité de salut public. Il fit aussitôt circuler des avis à ses 
amis de la garde nationale qu'il considérait alors comme a à 
rétat de problème. » Tout à coup M. Ledru-Rollin survient, 
rouge, enflammé : a Nous allons être attaqués par cent 
vingt mille hommes, s'écria-t-il, à la tête desquels se trou- 
vent vingt mille hommes armés, appartenant aux clubs 1 » 

Il déroule ensuite le tableau du complot. 11 montre 
M. Blanqui au Champ de Mars, M. Louis Blanc au Luxem- 
bourg, le prolétariat entier debout. Il répète la liste du Go- 
mité de salut public sur laquelle son nom figure, dit-il, 
malgré lui et dont le nom de M. de Lamartine est absent, 
• d'où sont rayés les noms de leurs autres collègues. Il pro- 
Sflfetede sa loyauté, jure qu'il ne veut point trahir le Gou- 
/ vgKpement dont il fait partie et rend, par cette singulière 
*? attitude, un peu de confiance au ministre des Affaires étran- 
v gères. 

Jusque-là rien n'était compromis encore. La journée 
pouvait s'accomplir, les paroles de M. Ledru-Rollin eussent 



# 

224 SECONDE RÉPUBLIQUE FRANÇAISE. 

été étouffées dans le tumulte de l'affaire. Rien ne prouve 
que M. Ledru-Rollin lui-même s'en fût souvenu le lende- 
main. — M. de Lamartine lui fit enjamber l'abîme qui le 
séparait de son véritable camp et M. Ledru-Rollin, comme 
un fils repentant, quitta la Bohême et rentra brusquement 
dans le sein de sa famille, a Vous êtes ministre de l'Inté- 
rieur, lui dit M. de Lamartine, vous avez le droit de faire 
battre le rappel ; si par hasard il y a une garde nationale 
dans Paris, nous sommes sauvés (1) ! » 

M. Ledru-Rollin sort et fait battre le rappel. 

C'était la seconde fois que M. Ledru-Rollin recevait ce 
fatal avis. En sortant le matin du ministère de l'Intérieur, 
il avait rencontré, rue Hilberin-Bertin, son directeur de po- 
lice, Carlier, qui lui dit : a II faut noyer cela dans un mou- 
vement de garde nationale et on va battre le rappel. » 

Ce premier rappel qui résonna, le 16 avril, dans les rues 
de Paris, ce n'était pas seulement le rappel d'une garde na- 
tionale nouvelle, problématique, submergée dans le pro- 
létariat, c'était surtout le rappel de la bourgeoisie contre 
les classes ouvrières. Au premier coup de baguette de ce 
tocsin du tambour qu'on devait entendre tant de fois de- 
puis, la bourgeoisie comprit. Les compagnies d'élite, les 
hommes du bonnet à poil, sentirent que leur jour était venu 
dès l'instant où ils recouvraient le droit de protéger le Gou- 
vernement, droit un moment usurpé par le peuple. Or il. 
n'y a pas de protection plus lourde au pouvoir que celle tf^ff 
la garde nationale telle que nous l'avons vue dans lep«sg& | 
Louis-Philippe en sut quelque chose. t M 

M. de Lamartine court chez le général Duvivier. Le gô£ 

(1) Rapport de la Commission d'enquête, tome 1, p 305. 



* 



GOUVERNEMENT PROVISOIRE. 2^5 

néral Changarnier, qui voyait le ministre des Affaires étran- 
gères et en avait obtenu une mission, arrive à l'hôtel du 
boulevart des Capucines. On l'envoie à l'Hôtel de Ville. Il y 
trouve M- Marrast fort affairé. Il n'y avait là ni armes,- ni 
munitions. M. Changarnier rallie le peu de troupes qui 
restent à Paris. Le général Courtais n'avait commandé qu'un 
piquet de cent cinquante hommes par légion. M. Changar- 
nier propose un Rappel général. M. Marrast en écrit Tordre 
sous sa dictée. Le colonel Rey seconde activement ce chef 
improvisé qui aspire évidemment à devenir le héros de 
la journée. Les conspirateurs ne songeaient guère à ce- 
lui-là. 

Il s'agissait dé gagner du temps sur l'émeute. Or l'émeute 
allait lentement. Le rendez-vous du Champ de Mars fut une 
faute de la conspiration. Il éloignait beaucoup trop le peuple 
des faubourgs de l'Hôtel de Ville. La colonne ne put se 
mettre en marche qu'entre deux et trois heures. Grossie 
d'une partie des ateliers nationaux réunis à l'Hippodrome, 
elle roule vers l'Hôtel de Ville en suivant les quais. Un 
bruit sinistre parcourt ses rangs. On affirme que Ledru- 
Rollin a été pendu et Louis Blanc assassiné. Qui semait ce 
bruit? Quelqu'un sans doute qui jugeait la journée perdue 
si la colère du peuple n'arrêtait le mouvement sur la pente 
où il déviait. A ce cri, le peuple s'émeut en effet, mais avant 

.. d'agir il veut savoir. Or c'est à l'Hôtel de Ville qu'il ap- 

4y$tendra la vérité. 

jl*^ Chemin faisant, le rappel, si impatiemment attendu au 

% gouvernement provisoire, se fait entendre. Les ouvriers 

f s'étonnent. Les harangues de M. Marie et les menées de la 

mairie de Paris portent leurs fruits. La blouse se défie de la 

blouse. Les ouvriers des ateliers nationaux quittent leurs 

H. *5 



*■ . 
226 SECONDE RÉPUBLIQUE FRANÇAISE. 

compagnons des corporations enrégimentées par le Luxem- 
bourg. Us vont grossir les rangs de la garde nationale. 

L'anxiété était grande à l'Hôtel de Ville. A une heure, 
ni M. Ledru-Rollin, ni M. Louis Blanc, ni M. Albert n'avaient 
encore paru. M. de Lamartine se demandait si le ministre 
de l'Intérieur avait encore une fois changé de résolution et 
trahi ses promesses du matin. Les nouvelles les plus alar- 
mantes arrivaient de§ faubourgs. On parlait de dévastations 
commises par les communistes, calomnie qui eut tant de 
Succès qu'on ne cessa de la reproduire à tout propos de- 
puis. La colonne avançait toujours. L'anxiété de M. de 
Lamartine était au comble. Tout à coup la 42 e légion pa- 
rait sur le pont Saint-Michel, a Nous sommes sauvés l » s'é- 
crie-t-U. Cette légion arrivait au cri de : « Vive le Gouverne- 
ment provisoire 1 » M. Barbes marchait à sa tête. 

Quand MM. Albert et J/mis Blanc arrivèrent à la Grève, 
leur étoun^ment fut grand en voyant le Gouveraemeut 
gardé comme pour soutenir un siège. Ils entrèreqt. Les esca- 
liers du palais étaient pleins d'hommes armés. Les visages 
exprimaient la méfiance et l'inquiétude. Dans la salle du 
conseil, ils trouvèrent M. de Lamartine écrivant. Ils lui té- 
moignèrent }eur surprise de ce qu'ils voyaient. M, de La- 
martine teur répondit brièvement, d'un ton fier 0t réservé. 
Le conseil, rassuré par la présence de deux hommes dont 
le saflg vpr$é eût pçuM tre suscité l'esprit de la vengeance, 
reprit contenance. Le rappel qui couvrait Paris entier démo* 
bruit monotone et plaçant comme l'orage l'assurât dé;. 
Ja fidélité de M. ^edru-Rollin. ' > jP 

La colonne des ouvriers, précédée de son offrande et d$ 
groupe porteur de Ja pétitipn, arrive au Louvre. Peux lé- 
gions la serrent en flanc et l'accompagnent jusqu'à la Grève. 



GOUVERNEMENT PROVISOIRE. 227 

La place est couverte de fusils. La manifestation n'a pas 
d'armes. Cet appareil militaire la frappe de stupeur. Le gé- 
néral Duvivier et ses gardes mobiles poussent un cri mena- 
çant : A bas les communistes ! Les légions furieuses, rangées 
sous les pmrs du palais, répètent ce cri stupide que le jour- 
naliste Girardin avait réussi depuis un mois à mettre en 
vogue. Le prolétariat, à qui Top avait dit le mois précédent 
pour une manifestation du même genre : Tu es beau, tu es 
noble, tu es sublime 1 ne comprend rien à cet accueil. Il 
veut reculer. Les deux légions qui l'escortaient lui ferment 
le passage,. 

Aux cris de haine de la garde nationale, se mêlent bientôt 
des noms : ceux de M. Cabet, de M. Blanqui et même d? 
M. Louis Blanc. Ce ne fut ni sans peine, ni sans péril, 
que les députés de la manifestation arrivèrent jusqu'aux 
portes du palais. M. Louis Blanc et M. Grémieux les leur 
firent ouvrir. Us écoutèrent leurs plaintes. Ils apportaient, 
disaient-ils, l'offrande de leurs dernières ressources au Gou- 
vernement provisoire et on les recevait corj^me des fac- 
tieux 1 N'était-ce pas une insulte ? M. Louis Blanc essaya de 
les apaiser et sollicita du conseil leur admission devant le 
Gouvernement provisoire. Le conseil, orgueilleux de sa vic- 
toirç, refusa. Ce furent les trois hommes du parti muni- 
cipal : MM. Bucbez, Recurt et Adam, qui les reçurent avec 
un visage sévère et de dures paroles. 

Les ouvriers voulaient défiler devant l'Hôtel de Ville et 
J0k légions s'y opposaient. Sur les ordres instants de 
$JL Louis Blanc, le colonel Rey essaya de ménager un pas- 
sage à la manifestation, mais les agents de M. Marrast, ré- 
pandus dans la foule, continuèrent leurs excitations. Les 
gardes nationaux rompirent la colonne au cri continuel de : 



228 SECONDE RÉPUBLIQUE FRANÇAISE. 

A bas les communistes ! Le prolétariat dispersé, refoulé 
dans tous les sens, dut céder la place au défilé dès légions. 
Les modérés remportaient. Mais quoiqu'on eût beaucoup 
crié : « Vive Lamartine 1 » celui-ci dut comprendre que des 
victoires de ce genre coûtent cher, et que, sur cette pente, 
MM. Marrast, Garnier-Pagès , Marie et consorts seraient 
bientôt plus puissants que lui. 

Quand la garde nationale eut défilé, on vit reparaître sur 
la Grève une multitude de peuple qui venait sans ordre et 
qui s'agitait en tout sens, comme une fourmilière dont on 
a détruit le nid. Puis tout ce monde regagna les rues, les 
maisons, laissant la place muette et vide s'emplir des om- 
bres de la nuit. 

Les membres du Gouvernement s'étaient retirés les uns 
après les autres. Deux seuls restaient, MM. Louis Blanc et 
Flocon, attardés par leurs réflexions sans doute. Chacun 
avait en effet des comptes à se rendre. Le premier se de- 
mandait, peut-être, pourquoi tout^e chose ayait un dénoû- 
ment si contraire à son attente ; le second se souvenait, 
sans doute, de ses confidences à M. de Lamartine. 

Quoique la foule fût écoulée, des groupes rares et per- 
sistants s'attardaient encore sur la Grève. Le cri de la jour- 
née, ce cri : A bas les communistes 1 qui retentissait comme 
un glas mortel aux oreilles de M. Louis Blanc, ne cessait 
pas de se faire entendre malgré le départ des légions. Il se 
prolongeait dans les rues sombres qui entouraient alors 
l'Hôtel de Ville et se répétait par tout Paris, comme le cri de . 
veille des sentinelles en temps de guerre. M. Louis Blanc 
témoignait à son collègue son étonnement d'un semblable 
fait, « Voyez là-bas contre la grille du palais, » répondit 
M. Flocon. M. Louis Blanc vit une centaine d'hommes d'al- 



GOUVERNEMENT PROVISOIRE. 220 

Jures suspectes dont la présence n'avait pu échapper à l'œil 
soupçonneux d'un ancien conspirateur. Un individu en 
lunettes vertes paraissait être leur chef. « Ils n'ont .pas 
quitté la place depuis ce matin, dit M. Flocon ; quand 
l'homme à lunettes vertes donne le signal les cris se 
font entendre. » 

Celte conversation fut interrompue par le bruit du tam- 
bour. Des torches projetèrent de grandes lueurs rouges à 
l'entrée de la Grève. Une légion parut. Qui l'envoyait? 
M. Marrast, a-t-on dit. MM. Louis Blanc et Flocon étant des- 
cendus pour la voir défiler,' l'homme à lunettes vertes donna 
sans doute le signal ordinaire, car le nocturne défilé se fit 
au cri de : « Mort aux communistes ! » Exaspéré, M. Louis 
Blanc marcha vers un de ces hommes et lui demanda pour- 
quoi il poussait de pareils cris, a Je crie ce qu'on m'a or- 
donné de crier, » répondit-il. La police de M. Marrast ne 
fut pas oisive, on le voit, dans cette décisive journée. 

Le soir, la bourgeoisie alluma enfin des lampions pour 
son compte; mais elle alluma en même temps les pre- 
mières fascines de l'incendie de juin. Elle ferma le passage 
aux réconciliations possibles. En voulant se débarrasser du 
communisme, qui n'existait pas et dont elle n'entendait pas 
une seule formule, elle créa le parti socialiste. En voulant 
tuer la question qu'elle redoutait, elle la posa forcément. 
Nous la verrons se dresser au milieu du dix-neuvième 
siècle comme un point d'interrogation qui domine toutes 
les sciences, tous les problèmes, toutes les découvertes du 
passé et qui vient demander à tous raison de leur existence. 

Les riches et les savants de ce monde se couchèrent en 
riant de la journée; les pauvres rentrèrent au gîte, se 
croyant sauvés du partage et regardant avec amour le bail- 



230 SECONDE RÉPUBLIQUE FRANÇAISE. 

loti pendu au mur, les éeueiles égueulées et la chaise de 
paille défoncée. 

Quant aux républicains du Gouvernement provisoire, 
M. de Lamartine et son associé, M. Flocon, M. Ledru-Rollin 
et son nouvel ami, M. Garnier Pages, M. Marrast, M. Marie, 
toute la majorité victorieuse, ils se disposèrent à restaurer, 
sous forme anonyme, le gouvernement du roi Louis-Thi- 
lippe et celui de M. Guizot, mais à coup sûr avec moins de 
talent, de connaissance dés hommes, de pratique des affai- 
res et de tenue gouvernementale. 

Pour le peuple, Iâ révolution était à recommencer, et cela 
devait être. Où trouver une révolution qui ne soit pas à re- 
commencer? Pour là bourgeoisie, il s'agissait de restaurer 
la monarchie. Mais on ne voulait plus de roi. Lé cas deve- 
nait embarrassant. Voilà sur quel terrain le Gouvernement 
provisoire bâtissait un château à ses illusiohs. 



CHAPITRE VI 



Suite de la journée du 16 avril. — Demande d'arrestation de Bf. Louis Blanc — 
Abaissement des âmes ; la moitié de Paris dénonce l'autre. — On veut tuer 
M, Cabet ; il est sauvé par M. de Lamartine. — La chasse aux hommes en 
blouse. — Arrestation de M. Flotte, le cuisinier. — Calomnies de la presse 
réactionnaire. — Croisade des pamphlets royalistes. — Dérisoire proclama- 
tion du Gouvernement provisoire. — Protestation des délégués du Luxem- 
bourg. — Le rappel battu sans ordre le 18. — Nouvelle chasse aux com- 
munistes. — Ordre d'arrêter M. Blanqui. — Le commissaire Bertoglio. — 
M Landrin obligé de « rengainer son compliment. » — M. Caussidière et ses 
quarante mille hommes. — Décret sur le rappel. — Le Gouvernement lente 
de ressaisir sa popularité. — Mesures fantastiques. — Une nuée de décrets. 
— Méfiance du peuple. — Le drapeau blanc à Lyon ; affaire du Vautour. — 
Brusque envoi de M. Changarnier à Alger. — Fête de la Fraternité; distri- 
bution des drapeaux. — Félicitations adressées par le Gouvernement au 
peuple, à la garde nationale et à l'armée. — Rentrée de cinq régiments à 
Paris. — M. Albert vote seul contre cette résolution. — Élections des Re- 
présentants du peuple. — Agitation politique. — Candidats et professions de 
foi. — Onfte cent quarante fonctionnaires. — Deux listes de candidats à 
Paris. — L'ordre, la famille et la propriété. — Le Constitutionnel, le 
National et le Siècle. — Manœuvres des royalistes et des prêtres en pro- 
vince. — Circulaires. — MM. Denjoy, de Fa Houx, de Montalembert, Léon 
Faucher, Rouher, etc. — Affaires de Rouen. — Liste démocratique : MM.Ma- 
larmet, Savary, Bérard, etc. — Commission d'examen siégeant chez M. Du- 
mas. — Questions adressées aux candidats. — Manœuvres de la mairie de 
Paris ; revue des ateliers nationaux ; listes roses. — - Causes d'infériorité 
du peuple dans un premier essai du suffrage universel. — Précautions minu- 
tieuses contre les doubles votes. — L'article 1 13 du Code pénal. — Résultat 
des élections. Échec de la liste du peuple .—Le pied fourchu du suffrage univer- 



232 SECONDE RÉPUBLIQUE FRANÇAISE. 

•el. — Le grand Lamennais nommé le dernier. — Dernière séance du Gouver- 
nement provisoire.— Ouverture de l'Assemblée nationale constituante. — At- 
titude du Gouvernement provisoire. — Étrange composition de l'Assemblée. 

— M. Audry de Puyraveau, président d'âge. — M. Dupont (de l'Eure) porte 
la parole au nom du Gouvernement provisoire. — Incident ; M. Démosthène 
Ollivier demande que le serment à la République soit prononcé individuelle* 
ment à la tribune. — Cri unanime de : Vive la République! — Proposition 
de M. Berger de reconnaître la République ; déclaration de M. Barbes. — 
Proposition d'acclamer la République en présence du peuple; M. Babaud- 
Lan bière. — L'Assemblée sur le péristyle du palais. — Reprise de la séance. 

— Le cri Vive la République l répété trente-six fois. — M. Louis Blanc et 
M. Duvergier de Hauranne. — Les républicains n'ont jamais crié : Vive le 
roi ! — Scandales électoraux : MM. Schmit et Fayet. — M. Bûchez nommé 
président de l'Assemblée ; constitution du bureau. — Les membres du Gou- 
vernement provisoire rendent compte de leur administration. — La Commis- 
sion executive. — Humilité du Gouvernement provisoire; regret naïf de 
M. Louis Blanc. — M. Barbes proteste, au nom du peuple, contre les éloges 
accordés au Gouvernement provisoire. — Formation du cabinet. — Un mi- 
nistère fantastique : MM. Flocon, Duclerc et Bastide. — Mot attribué à 
M. Marrast.. — Comptes rendus et comptes à rendre. 



Quelle ne fut pas, au 17 avril, la surprise du Gouverne- 
ment provisoire en s'apercevant des interprétations que la 
bourgeoisie parisienne donnait au mot communiste I Tout 
homme vêtu d'une blouse fut, ce jour-là et le lendemain, 
réputé communiste. Communiste devint, par conven- 
tion tacite, synonyme de républicain. Les postes de la 
garde nationale n'exhalaient qu'un jurement mêlé d'éma- 
nations tabagiques et vineuses. L'audace des protecteurs 
du Gouvernement alla jusqu'à vouloir le décimer. L'arres- 
tation de M. Louis Blanc fut ouvertement et instamment 
sollicitée à l'Hôtel de Ville. La hideuse dénonciation mar- 
qua soudain le degré d'abaissement des âmes, a La moitié 
de Paris dénonça l'autre, » dit M. Caussidière. On cherchait 
partout M. Cabet pour le tuer. Un cercueil fut apporté de- 



GOUVERNEMENT PROVISOIRE. 233 

vaut la porte du plus pacifique des utopistes. M. de Lama**, 
Une eut la noblesse de ne pas oublier les services rendus 
et lui offrit asile. On fouilla le club Blanqui. Le soir, les 
gardes nationaux se livrèrent à la chasse des hommes en 
blouse. Ils en amenèrent un grand nombre à la Préfecture. 
Parmi eux, se trouvait M. Flotte, le cuisinier, qui fut pris 
lisant une affiche et relâché aussitôt par M. Caussidière. La 
presse réactionnaire, etnotammeut le Constitutionnel, Y As- 
semblée nationale profitèrent de cette exaspération pour 
descendre à des calomnies si basses et si révoltantes qu'elles 
eussent autorisé toute espèce de représailles si, par aven- 
ture, la situation avait changé. Les royalistes commencè- 
rent leur croisade de pamphlets qui devait aboutir, à la rue 
de Poitiers et à l'Institut, en dévergondage didactique et 
pédantesque. 

Toujours aveuglé et poussant la joie du triomphe jusqu'à 
l'impudeur, le Gouvernement publia la dérisoire procla- 
mation suivante : a Citoyens, la journée d'hier n'a fait qu'a- 
jouter une consécration nouvelle à ce qu'avait si puissam- 
ment inauguré la journée du 17 mars. De même que le 
17 mars, le 16 avril a montré combien sont inébranlables 
les fondements delà République. Plus de royauté, avions- 
nous dit dans les premiers jours, et pas de régence! Ces 
mots libérateurs, ces mots qui rendent la guerre civile im- 
possible, Paris les a répétés hier dans ce cri unanime : Vive 
la République 1 Vive le Gouvernement provisoire ! Voilà com- 
ment vous avez confondu les espérances des ennemis de la 
République, assuré la sécurité de Paris libre, et dissipé les 
alarmes répandues dans les départements. Citoyens, l'unité 
du Gouvernement provisoire représente l'unité de la patrie : 
c'est ce que vous avez compris, grâces vous en soient ren- 



234 SECONDE RÉPUBLIQUE FRANÇAISE. 

dues ! Dans trois jours, une grande fête nationale doit vous 
réunir encore ; le Gouvernement provisoire vôiis y convie; 
vous y trouverez aussi ces enfants du peuple, représentant 
l'armée, qtii, en recevant les nouveaux drapeau*, jureront 
cbmmé vous de ne jamais la laisser périr. Oui, la Républi- 
que est fondée, soutenue par l'adhésion de tous les citoyens 
fraternellement unis; la révolution est invincible (1). * Le 
Gouvernement provisoire osant parler d'unité, lui qui te- 
nait aux fils de tous les complots! osant vanter Punibn des 
cœurs, alors que la moitié de Paris brûlait du désir d'égor- 
ger l'autre ! C'était ou se tromper bien grossièrement, ou 
tromper bien impudemment le pays. 

Les délégués du Luxembourg vinrent dans la journée 
apporter à l'Hôtel de Ville une longue protestation dans 
laquelle ils attestaient la pureté de leurs intentions et se 
piaigttâietit anièreTftent de la prise d'armes de la veille. Soit 
iiaïveté, soit mensonge, c'était rendre au Gouvernement la 
monnaie de l'absurde et du faux. La manifestation du 
16 avril n'avait évidemment pas eu d'autre but réel que de 
modifier le Gouvernement provisoire, ce qui se fftt réalisé 
sans la défection imprévue de M. Ledru-Rollin. Au total, 
M. Louis Blanc, n'ayant pas matériellement conspiré, resta 
dans la lettre des faits et demanda une enquête sur le com- 
plot du 16 avril. Le langage officiel ferait croire que les 
hommes, en politique, se prennent généralement pour du- 
pes les une clés autres. La tactique du Luxembourg fut imi- 
tée par divers groupes du prolétariat. Elle ne signifiait rien 
et resta sans résultat. 

La majorité du Gouvernement provisoire, qui se promet- 

(1) Voir le Moniteur universel du 18 avril 1848. 



GOUVERNEMENT PROVISOIRE. 235 

(ait do repos & l'ombre des baïonnettes bourgeoises, fat 
brusquement tirée du sommeil, le 18 au matin, par un 
rappel que, cette fois, elle n'avait pas ordonné. Les légions se 
levaient d'elles-mêmes sous l'impression d'un cauchemar. 
Paris allait s'écrouler, la société périr. Où' parlait des com- 
munistes, comme, en 1789, là France entière parla de bri- 
gands. Une panique singulière troublait tous les esprits. 
C'est surtout lorsqu'elle a peur <|ue la bourgeoisie est terri- 
ble. Les communistes, disait-on, marchaient à l'assaut du 
Gouvernement provisoire et de la société. L'Hôtel de Ville 
s'arma, les légions s'armèrent, les gardes mobiles partirent 
également en armes. On chercha l'ennemi, il n'existait pas. 
La gardé nationale, furieuse sans objet, se remit en chasse 
de MM. Cabet et Blanqui. Il fallut envoyer des forces pour 
protéger leur domicile. 

C'est ainsi qu'on préludait à la fête de la Fraternité, an- 
noncée pour le 20 avril. La guerre était aussi dans le cort* 
seil où chacun arrivait la menace à la bouche et la haine 
dans le cœur. 

M. Blanqui, au surplus, avait disparu depuis le 16 avril. 
C'est l'habileté de ce conspirateur de rentrer en quelque 
sorte sous teite dès que la partie est perdue et qu'il n'y a 
plus qu'à échapper au danger afin de pouvoir imaginer un 
plan nouveau et attendre l'heure propice. Le Gouvernement 
provisoire donna Tordre de l'arrêter. MM. Louis Blanc, 
Albert et Lamartine refusèrent leur signature. M. Càussi- 
dïère, qui était bien aise de se venger d'un ennemi qui 
l'accablait publiquement de son inépris, se contenta de cet 
ordre incomplet. Le commissaire Bertoglio trouva M. Blan- 
qui et le crut sous sa griffe. Quatre agents occupaient l'es- 
calier. Le commissaire s'élance dans l'antichambre, il se 



236 SECONDE RÉPUBLIQUE FRANÇAISE. 

trouve au milieu d'une vingtaine de braves armés jusqu'aux 
dents et qui le regardent de travers. Parmi eux se trouvait 
Dormes, l'ancien chef de la bande des Tuileries, devenu 
capitaine de montagnards et qui, à lui seul, était de taille à 
rosser trois agents. M. Bertoglio ôta son chapeau, pénétra 
jusqu'à M. Blanqui, balbutia quelques propos insignifiants 
et se retira vivement. 

Le soir, M. Caussidière chassa Dormes de ses compagnies 
de montagnards parce qu'il appartenait, assura-t-il, à la 
police de M. Carlier. On essaya de prendre M. Blanqui avec 
du renfort, on ne le trouva plus. Le 3 mai, M. Landrin, 
procureur de la République, donna contre-ordre au nom du 
Gouvernement provisoire qui ne voulut pas autoriser la 
mise à exécution des mandats d'amener. M. Landrin se vit, 
selon son expression peu magistrale , « obligé de rengainer 
son compliment. » Le compliment émanait donc de lui ! 
N'était-ce pas chose scandaleuse de voir un des membres 
du complot du ministère de l'Intérieur, un de ceux qui, 
depuis le 17 mars, préméditaient la dictature de M. Ledru- 
Rollin et l'épuration du Gouvernement provisoire, pour- 
suivre un membre du Comité de salut public avorté? 

M. Caussidière prétendit avoir, le 18 avril, quarante mille 
hommes armés à sa disposition. Comment ne les employa- 
t-il pas à refouler cette réaction qu'il a depuis stigmatisée, 
et pourquoi ue fit-il pas triompher le complot dont il était 
l'àme? 

Quant au Gouvernement provisoire, s'apercevant enfin 
qu'il allait rouler daus l'abîme de sa victoire, pressé par la 
minorité qui voulait se retirer, il changea brusquement de 
politique. Il témoigna son mécontentement de ce qui s'était 
passé. Un décret fit savoir que le rappel ne pourrait être 



GOUVEKNEMENT PROVISOIRE. 237 

battu dans Paris que par Tordre exprès du ministre de l'In- 
térieur ou du maire de Paris et, dans les circonstances excep- 
tionnelles, par Tordre des maires d'arrondissement (1). Le 
général Courtais se trouvait exclus. Quatre jours après , le 
Gouvernement daigna lever cette exclusion en l'autorisant 
à faire battre le rappel sous sa responsabilité (2). 

En même temps, il raffermissait les clubs menacés dans 
leur existence, « Les clubs, disait-il dans une proclamation 
rédigée par M. Louis Blanc et insérée au Moniteur du 
20 avril, les clubs sont pour la République un besoin, et 
pour les citoyens un droit. » Le Gouvernement proscrivait 
seulement les réunions armées. Il défendit aussi les cris 
provocateurs qui excitaient à la guerre civile et portaient 
atteinte à la liberté des opinions (3). Ces proclamations, des- 
tinées à ressaisir un peu de cette popularité du 17 mars per- 
due pour jamais, étaient accompagnées de mesures populai- 
res ou visant à paraître telles. L'un de ces décrets précipités 
qui fut affiché au grand jour (4) supprimait les droits d'oc- 
troi sur la boucherie et en remplaçait le produit par une 
taxe sur les propriétaires, sur les locataires payant plus de 
80Ô francs, sur les domestiques, les chiens, les chevaux et 
les voitures. Ce remplacement eût coûté cher au peuple. Le 
Gouvernement fut moins mal inspiré à propos de l'octroi 
des boissons (5), mais il s'arrêta à moitié chemin et n'osa 
pas toucher àl'iinpôtsur les vins qui est une des plus grandes 
entraves à la prospérité des départements vinicoles et dont 



(1) Voir le Moniteur universel du 19 avril 1848. 

(2) Idem du 22 avril 1848. 
. (3) Idem du 19 avril 1848. 

(4) Idem. 

(5) Idem. 



238 SECONDS RÉPUBLIQUE FRANÇAISE. 

la santé publique réclame l'abolition depuis tapt 4'années. 
Il abolit l'inamovibilité de h magistrature , destitua dç 
hauts magistrats du parquet de la Cour des comptes et no- 
tamment l'ancien carbonaro Barthe, premier président de 
cette cour. Un déoret de suspension contre M. Dupin, remis 
le 1 er avril entre les mains de M. Crémieux, laissé juge de 
l'opportunité de l'exécution» ne sortit pas du portefeuille. 
Paçs i'^ipée, on n^t à la retraite soixaptç-troisi générçijx, 
trente polo^els, mais M. Bugeaud et M. Ch^ngarniçr res- 
tèrent. Le 19 avril, on amnistia les déserteurs et les insou- 
mis. Il fut question de prendre le drapeau rouge. Les faç- 
tiops du Gouvernement à la veille de résigner leur pouvoir, 
se donnaient un baiser de réconciliation. Elles allaient bien- 
tôt en effet se trouver enyeloppées successivement dans une 
commune infortune. L'expiatiop arrivait à pps de géant avec 
TAssemblée nationale. 

En lisant ces affiches surprenantes, le peuple secouait la 
tête. Rien désormais ne pouvait détruire sa méfiance. Les 
bruits de contre-révolution et de complots monarchiques 
impressioppaieot si vivement les imaginations» qu'à Lyon 
lç peuplp prit poi*r uq drapeau légitimiste le guidon bfonc 
à liseré rouge qui servait aux signaux du Vautour. Le bateau 
fut capturé par le peuple, et le commissaire, M. Emmanuel 
Arago, an^iooç^ dans une proclamation que la République 
saisissait le navire, que le capitaine était arrêté et que la 
justice instruisait. De son côté, la bourgeoisie, ^tonnée up 
moment, se demanda qui l'on trompait. Mais sûre de sa 
force qu'elle avait pu CQnstater, maltresse de la garde na- 
tionale par ses officiers supérieurs, par son exactitude, par 
une habitude de dix-huit ans, certaine de la parfaite ineptie 
et innocuité de ce pouvoir qu'elle avait sauvé à s s on profit 



GOUVERNEMENT PROVISOIRE. 239 

et en le méprisant, de ce pouvoir expirant, tombé égale- 
ment dans le appris de la démocratie çt dont personne ne 
se souciait plus, elle ne se déconcerta pas. M. Changarnier 
fut envoyé brusquement en Afrique, le 29 avril, en rem- 
placement de M.Cavaiguac, qui avait demandé son congé 
à l'arrivée d'rçu commissaire de M. Ledru-Rollin. Le renvoi • 
du récent héros du parti de l'ordre ne l'intimida pas. Ce 
parti continua l'insulte, monty la garde, cria misère sur 
tous les tons et vota pour les royalistes. Daqs son isole- 
ment, la dictature de février n'existait presque plus. On 
lui sut même mauvais gré du peu de bien qu'elle ût. Elle 
engage l'Assemblée, disait-on. 

Le jour de la fête de la Fraternité se leva tout trempé des 
larmes d'une pluie persistante et fine qui jeta un voile sur 
la fête. Malgré cela, dès sept heures du matin, la foule 
affluait. Les gardes nationales et les troupes occupaient les 
places qui leur étaient assignées. Le Gouvernement provi- 
soire, réuni au ministère de la Guerre* en sortit à neuf heii- * 
res et demie pour se rendre à Tare de triomphe de l'Étoile. ^ 
Une heure après, vingt et un coups de canon annonçaient 
au peuple que Messieurs du Gouvernement montaient les 
degrés de l'estrade élevée au pied du monument. Des dé- 
putations des divers corps de l'État faisaient cercle. Les 
colonels de la garde nationale, de l'armée, les chefs de ba- 
taillon de la garde mobile, de la garde républicaine et de la 
garde civique, tous accompagnés de leur porte-drapeau» 
se tenaient au pied de l'estrade. Une tribune, réservée aux 
dames, avait été construite sous la voûte. M. Arago, minis- 
tre de la Guerre, parla d'une voix forte et accentuée: «Colo- 
nel, au nom de la République , nous prenons à témoin 
Dieu et les hommes que vous jurez fidélité à son drapeau. » 



t V 



240 SECONDE RÉPUBLIQUE FRANÇAISE. 

Les colonels, levant leur épée : a Nous le jurons ! Vive la 
République ! » Le vieux Dupont (de l'Eure) remit le premier 
drapeau à la garde urbaine. La distribution faite par les 
divers membres du Gouvernement, le défilé commença. Il 
y eut beaucoup d'enthousiasme. Gbaque corps de troupes 
ou de gardes nationales était salué d'applaudissements. La 
Marseillaise, scandée de temps en temps par des coups de à 
canon, grondait sur toute la surface du rond-point* Bu * 
haut de l'arc de triomphe le spectacle était splendide. Lé 
soleil avait percé la pluie et l'arc-en-ciel fleurissait le ciel. 
L'avenue des Champs-Elysées jusqu'à la place de la Con- 
corde était blanche de baïonnettes. Mais en voyant une 
telle forêt d'armes en des mains citoyennes, dans un peu- 
ple divisé par tant de vieux et de nouveaux partis, ne pou- , 
vait-on pas se défier de l'avenir? Il ne suffit pas de. mettre 
des lilas aux fusils pour les rendre innocents. 

Le défilé ne se termina qu'à la nuit par la cavalerie. 
Quatre cent mille hommes passèrent devant le Gouverne- 
ment provisoire. M. Barbes, en défilant à six heures du 
soir, s'avança et dit : «Si la légion à laquelle j'ai l'honneur 
de commander est la dernière par son numéro d'ordre, 
elle ne sera pas la dernière, soyez en sûrs, à défendre la 
République. » Ces paroles excitèrent des applaudissements 
frénétiques. 

Cependant la nuit s'abattait sur les Champs-Elysées. Le 
défilé durait toujours. Des torches furent allumées. La revue 
s'acheva aux flambeaux. Il était dix heures quand passa le 
dernier escadron. L'accueil fait par le peuple à l'armée 
avait été excellent. M. Ledru-Rollin en était arrivé à ses 
fins. Paris républicain pouvait tolérer désormais l'aspect de 
l'uniforme. 






GOUVERNEMENT PROVISOIRE. 241 

Le lendemain, le Gouvernement provisoire adressa des 
félicitations au peuple, à la garde nationale et à l'armée. 
«La République, disait-il en terminant, impérissable dans sa 
force, et invariable dans sa marche, continuera la révolu- 
**l$pn, mais la continuera au profit de tous; elle sera une, 
taowune vous avez été un. Donnez-lui le temps et la force, 
ftgjBitewuâ rendra la justice entre toutes les classes, l'égalité 
Rentre- tous les intérêts, l'union entre tous les cœurs, l'in- 
^flawatee au dehors, la sécurité au dedans. » Le jour même, 
^Gouvernement, réuni en conseil, autorisait le ministre 
' de la Guerre à faire rentrer à Paris cinq régiments. M. Al- 
bert vota seul contre cette résolution qt demanda que son 
vote fût constaté au procès- verbal. Le pouvoir se croyait 
plus fort ; il apportait des forces à la réaction. 

Le dernier écho de cette fête était à peine expiré, que 
l'agitation politique reprit avec une ardeur nouvelle. Un 
arrêté du maire de Paris, en date du 16 avril, convoquait 
les électeurs pour le dimanche 23 et le lundi 24. Il s'agis- 
sait à Paris de nommer trente-quatre Représentants du 
peuple. La France allait passer à l'application du suffrage 
universel. Pour la première fois, elle allait donner au moude 
civilisé le spectacle d'un peuple entier choisissant directe- 
ment ses mandataires. Il est aisé de concevoir combien vi- 
vement une telle expérience sollicitait l'attention publique. 
Le secret de l'avenir allait sortir de cette boîte qu'on est 
convenu de nommer l'unie, afin d'ennoblir sans doute ce 
qui en sort, comme on versifie une banalité. 

Une prodigieuse activité régnait dans les mairies où les 
listes devaient être closes le 20 avril. Les réclamations des 
clubs prolongèrent l'inscription jusqu'au 22 à minuit. Elle 
dura même pendant les deux jours des élections. 

il ' *6 



* 



242 SECONDE RÉPUBLIQUE FRANÇAISE. 

On n'imagine pas la nuée de candidats qui s'était levéV 
sur la France. La Réforme en compta 1140 parmi les seuls 
fonctionnaires publics. Le salariat de la représentation nar 
tionale était un appât de plus offert à la faiblesse humaine. Il 
ne manquait en France ni de vaniteux ni de gens affamé*, 
Qu'avait de miau* à foire un citoyen sans argent et sans 
professiQn que de se présenter au* suffrages de ses eonci- 
toyei*s et de leur offrir, moyennant jieuf mille francs par 
ao, de leur fabriquer des lois nouvelles avec les ai 
tiennes ? Toutes les murailles de France se chargèrent d'af- 
fiches et l'on vit éclore un genre de littérature politique 
dont on n'e& pas cru capable la langue de Bossuet et de 
Pascal. Et comme le Gouvernement avait réservé le papier 
blanc aux seules publications officielles, les placards aflecr- 
taient les couleurs les plus voyantes, les tpn$ les plusétour- 
dissants. Les listes traînaient partout. Elles attristaient J*a^ 
ris dont elles jonchaient les rues, comme des floconç de 
neige balayés par le vent. On en retrouvait dans les 
champs, sur les routes, au fond des lointaines provinces, 
et jusque dans la verte solitude des bois. Ces petits papiers 
qui rampent partout, volent partout, jonchent les maisons 
et la place publique, donnent à une ville, à un pays un af- 
fligeant air de désordre, je ne sais quoi de pédant, de pro- 
cédurier, d'inhumain* L'œil ne s'y accoutume pas aisé- 
ment. 

Les agents électoraux, les porteurs de circulaires sillon- 
naient la ville, d'un air affairé. Les crieurs assourdissaient les 
passants. Les clubs ressemblaient à des ruches qu'une cause 
de trouble met en état de rumeur étrange. On exigeait que 
les candidate fissent à la tribuue une profession de foi, 
chose bien difficile puisqu'il s'agit de confesser en peu de 






GOUVERNEMENT PROVISOIRE. 243 

mots des croyances générales souvent incertaines. Car où 
, trouver, en dehors de l'utopie, un homme doué d'une par- 
faite certityjle? La plupart des candidats étaient çle pauyres 
grotesque^ égarés par une grosse et naïve vanité, ^es clu- 
bistes qui les interrogeaient se donnaient l'orgueil leiix et 
malin plaisir de tortqrer l'intelligence malade de ces itfais 
en leur adressant des questions auxquelles ils eussent été 
eux-mêmes bien embarrassés de répondre. L'électeur ya- 
lait le candidat. La, politique et la littérature ont cela de 
ommun que chacun se croit apte à en faire parce qu'i} est 
plus ou moins apte à en jouir. 

peux listes s'étaient formées dans Paris ; Ja liste com- 
binée du Constitutionnel, du National et du fiiècle, et la 
liste des coûtés démocratiques. Deux partis se formaient. 
La première liste avait la prétention de représenter l'ordre, 
h famille et la propriété soijs prétexte que les commu- 
niste? (l'jgPPrance, prenant la secte pour le dojgme, les 
confondait volontiers avec les socialistes), ne voulaient ni 
pp4rp, ni famille, ni propriété. Calomnié ayant d'avoir pu 
se rendre lui-même un compte exact de ses doctrines, le 
pqmmunismeseryait^ai tacticiens de la bourgeoisie à épou- 
ysgater la n^ion. A Paris, les libéraux du règne de Louis- 
JP^ilippe, quelques célébrités des banquets réformistes, se 
rangèrent squs cette bannière. Mais, en province, le n$me 
mot de passe « ordre, fanjf lie, propriété » devint le fngyejn 
de ralliement des vieux partis monarchiques. Le clergé s'en 
meta. Des listes de candidats tombèrent du haut des chaires 
apostoliques. Des menées coupables furent employées. Tout 
fie que la ruse peut imaginer, pour assiirer lp succès d'une 
.jBjatrepriae, caractérisa les manœuvres des royalistes et des 
prêtres, Au fond le clergé ne travaillait que pour lui-prçéme. 



244 SECONDE RÉPUBLIQUE FRANÇAISE. 

On le peut voir aujourd'hui : de la révolution de février, c'est 
lui qui récolta le plus de fruits. 

Les légitimistes et les orléanistes prodiguèrent les serments 
de fidélité à la République. Les circulaires des Denjoy, des 
Falloux, chef de la réaction de l'ouest, des Montalembert, 
des Faucher ne sont pas détruites. M. Rouher, en ces temps 
carnavalesques, soutenait les clubs, l'impôt progressif et 
l'organisation du travail. Les Bonapartistes, plus réservés, 
parlaient surtout d'abolir la servitude de la misère. Sur 
plusieurs points de la France, il ne tint pas aus ennemis de 
la République que la lutte électorale ne se changeât eu 
guerre civile. Des troubles éclatèrent à Rouen, à Elbéuf, à 
lssoire, à Nîmes, à Castel-Sarrazin, à Saint-Savin de Blaye, 
à Oust, à Lyon, à Marseille, à Nantes, etc. L'affaire de Rouen 
est assez significative pour trouver place ici. 

Deux avocats, M. Senart et M. Deschamps, se partageaient 
à Rouen la faveur de la population. La bourgeoisie plaçait 
sa confiance dans M. Senart ; le peuple mettait la sienne 
dans M. Deschamps. Ce dernier fut nommé commissaire 
général du département. La garde nationale rouennaise 
vint se plaindre au Gouvernement provisoire, de ce qu'on 
n'avait pas choisi M. Senart. Elle fut éconduite et se promit 
qu'elle s'en vengerait. La réaction n'était pas de force alors 
à se mesurer contre la démocratie. Il fallut attendre. Dans 
la nuit du 11 au 12, elle fit à Rouen un premier essai. Un 
arbre de la liberté, planté depuis deux jours au Champ de 
Mars, fut coupé. Le peuple contint son irritation, mais il 
se regarda comme insulté dans la profanation d'un symbole 
cher à ses croyances. Un autre arbre fut planté en grande 
pompe, avec le concours des autorités municipales et reli- 
gieuses. M. Deschamps, dans l'allocution qu'il fit à cette 



; 



GOUVERNEMENT PROVISOIRE. %M\ 

solennité, déroula sans réserve le tableau des menées et 

des espérances des réactionnaires. 
Quelques jours après, M. Ledru-Rollin, on Ta vu, lâchait 

pied et passait à l'ennemi. La réaction sentit alors qu'elle 
pouvait tout oser. Aussi lorsque, le 27 avril, on sut à 
Borjen que M. Deschamps ne réunirait pas, assez de suffra- 
ges pour être élu Représentant du peuple, la bourgeoisie 
fi publiquement éclater une joie insultante. Une arresta- 
tion fut faite, place Saint-Ouen, par la garde nationale. Le 
peuple voulut s'y opposer. Deux coups de fusil anonymes 
partent du poste de la garde nationale. Le peuple désarme 
les gardes nationaux ; l'Hôtel de Ville est enlevé, la troupe 
repoussée. La ville se couvre de barricades. Le ministre de 
l'Intérieur avait envoyé au peuple de Rouen 4,000 fusils (1) 
qui arrivent trop tard. Le 28, à une heure de relevée, le 
général Ordener avait balayé les rues à coups de canon. Il 
resta cinquante morts et beaucoup de blessés. L'avocat Se- 
nart vint triompher sur ce tas de cadavres. Il reprit même 
à cette occasion ses récentes fonctions de procureur-général 
abandonnées pour les élections. Une caricature du temps 
représente ce sinistre personnage, fourrant ses doigts dans 
les trous des blessures des cadavres de Rouen. L'affaire fut 
plus tard continuée par le procureur orléaniste, Frank- 
Carré. On remplaça M. Deschamps, et Ton fit bien. Un 
homme du National, M. Dussart, lui succéda. Quant aux 
troubles, ils gagnèrent Elbeuf où ils furent comprimés. 

A Paris, du moins, les élections se passèreut sans effusion 
de sang. La réaction n'eut à se reprocher que de petites 



(1) Voir an Rapport de la Commission d'enquête, I, p. 211, la lettre de 
M. Ledro-Rollin à M. Arago, du 5 avril 1848. 



246 SECONDE RÉPUBLIQUE FRANÇAISE. 

manœuvres, et la démocratie que des inepties» dont la con- 
séquence se traduisit dans le résultat du scrutin. La liste dé- 
mocratique, par exemple, contenait Vingt ouvriers, dont 
quelques-uns, comme MM. Malarmet, Savary, Bérard, etc., 
étaient certainement des hommes d'une réelle valeur, mais 
dont le plus grand nombre ne réunissaient peut-être pas 
toutes les garanties désirables. Chaque corporation pré- 
sentait un candidat; notion excellente, point de départ 
qui eût dû jeter un trait de lumière dans là Constituante, et 
donner l'idée d'un système électoral plus rationnel. Mais 
dommë là s'arrêtaient la puissance et l'idée des corpora- 
tions, comme il fallait que le député allât siéger à la tour de 
Babel, il était de peu d'importance qu'il s'y trouvât quel- 
ques ouvriers de plus ou de moins. 

Une commission d'examen s'était constituée en académie 
des sciences morales et politiques, et siégeait dans deux 
chambres que M. Dumas lui avait offertes dans son logement 
de la Sorbonne. Là, elle prévenait les candidats qu'ils eus- 
sent à comparaître et leur adressait les questions suivantes: 

6 Que pensez-vous des institutions actuelles? 

» Quelles sont vos idées en matière de religion? Êtes-vous 
pour la liberté des cultes? Les cultes doivent-ils être sala- 
riés par l'État? 

» Quelles sont vos vues sur l'organisation du travail ? 

» Quelles réformes croyez-vous qu'on doive introduire 
dans la magistrature? 

» Comment entendez-vous l'organisation de l'armée? 
Quel rôle doit être le sien, maintenant, et plus tard t 

» Sur quelle base doit reposer, suivant vous, le système 
des impôts? 

» Quelle est votre opinion relativement au divorce f 



GOTTVBKNEMENT PHOVISOIRE. 247 

» Que pensez-vous des relations à établir entre la France 
et les divers peuples de l'Europe, notamment l'Allemagne 
et l'Italie? & 

Nous aimons à supposer que les vingt ouvriers de la 
Mste du peuple étaient tous en état de répondre d'une ma- 
nière satisfaisante à ces graves questions. Mais que ce for- 
mulaire ait gagné la province, qu'on le rapproche ensuite 
des circulaires de M. Carnot, ministre de l'Instruction pu- 
blique se faisant le courtisan de l'ignorance, qu'on le mette 
en regard des recommandations analogues des bulletins 
de la République, on se demande comment des hommes 
« n'ayant pas dépassé le niveau de l'instruction primaire, » 
auraient pu répondre à de pareilles questions? Gomment 
un paysan « sans éducation, » comme le voulait M. Carnot, 
s'y serait pris pour indiquer la réforme de la magistrature, 
la solution de l'Église et de l'État, encore irrésolue après 
tant de travaux éclatants, celle de l'impôt qui est insoluble 
parce que l'impôt est en contradiction éternelle avec son 
propre principe, celle du dïvorce qui se rattache étroite- 
ment à celle du culte et de l'hérédité, et celle de la politi- 
que extérieure , qui demande une parfaite connaissance 
de la géographie politique non encore créée et inabor- 
dable à quiconque ne possède pas quelques notions sur 
les traités internationaux, sur les mœurs et le génie dps 
peuples? 

Mais en revanche il n'y avait pas alors de clubiste, d'ou- 
vrier ou do garde mobile qui ne sût mettre au bout de 
chacune des demandes de ce catéchisme la réplique ba- 
nale en vogue démagogique dans le marnent, qui ne pro- 
clamât l'unité allemande, l'indépendance de la Pologne, de 
l'Italie et de la Hongrie, l'impôt progressif et proportion- 



248 SECONDE RÉPUBLIQUE FRANÇAISE. 

nel, la séparation de l'Église et de l'État, la liberté des 
cultes et leur salariat par les fidèles, et le divorce quand 
même. Les plus obtus retenaient cela comme des répons de 
litanie. 

La liste du peuple avait dû ne contenir d'abord que des 
ouvriers. Sur les instances de M. Louis Blanc, les corpora- 
tions consentirent à se contenter de vingt candidats. Quatre 
membres du Gouvernement provisoire, MM. Ledru-Rollin, 
Flocon, Louis Blanc et Albert, furent inscrits en tête. On leur 
adjoignit MM. Pierre Leroux, Vidal, Gaussidière, Raspail, 
Deplanque, N. Lebon, Et. Arago, Thoré, Barbes et Sobrier. 

La mairie de Paris ne restait pas inactive en faveur des 
modérés. MM. Marrast, Marie, Garnier-Pagès et Bûchez, 
par l'intermédiaire de M. Emile Thomas, travaillaient l'es- 
prit des ateliers nationaux. On voulut même employer les 
harangues. Une revue des ateliers nationaux fut com- 
mandée, contremandée et recommandée par M. Bûchez. 
M. Louis Blanc l'apprend. Il s'en plaint au conseil. Il fallut 
renoncer au projet, mais la mairie, féconde en expédients, 
imprima un million de listes roses, destinées sans doute à 
symboliser la couleur de ses opinions. Les quatre collègues 
inscrits sur la liste du peuple furent proscrits de la liste 
rose. On l'envoya aux maires d'arrondissement. On paya 
en outre des deniers de l'État des distributeurs de listes. 
Le jeune directeur des ateliers nationaux servit d'instru- 
ment à ces répréhensibles manœuvres. — Aucune charge, 
sur laquelle il soit possible à l'histoire de s'appuyer et ten- 
dant à prouver que de pareils actes aient été commis au 
Luxembourg, ne figure dans les enquêtes et les nombreux 
documents de cette époque. 

Le maire de Paris, dans une lettre rendue publique, re- 



.* 



GOUYERNEMENT PROVISOIRE. 249 

poussa l'accusation en disant que la revue des ateliers n'avait 
aucun but politique; que, projetée depuis plus de quinze 
jours, elle avait été reculée de jour en jour jusqu'au 22. La 
coïncidence avec l'époque des élections était au moins sin- 
gulière. Mais l'argent employé à répandre et à imprimer des 
listes, comment en justifier la dépense ? 

A ces causes matérielles d'infériorité pour la liste du 
peuple, il faut ajouter l'indécision inséparable d'un pre- 
mier essai. D'ailleurs, malgré les avis des clubs et de l'au- 
torité, une portion considérable du peuple négligea de se 
faire inscrire. La bourgeoisie au contraire se pressait aux 
bureaux d'inscription. Le peuple, discipliné, montra plus 
tard qu'il pouvait devenir majorité. 

Les listes d'électeurs ayant été formées sur deux bases : 
la demande personnelle et l'inscription de la garde natio- 
nale, il en pouvait résulter des doubles emplois. Les pré- 
cautions les plus minutieuses furent prises. L'article 113 du 
Code pénal contre les achats et ventes de suffrages, fut 
affiché ; précaution inutile. En Amérique , où tout se 
vend, le suffrage vaut dans certaines localités cinq, dix ou 
quinze sous. Nous n'en sommes pas encore là en France. 
Les candidats ne sont généralement pas assez riches , 
d'ailleurs, pour acheter deux cent mille voix, même à ce 
prix. 

Le scrutin s'ouvrit enfin : il trompa bien des espérances. 
La liste du peuple, conçue dans un esprit exclusif et caté- 
gorique, tout à fait inconciliable avec l'organisation pure- 
ment parlementaire décrétée par le Gouvernement provi- 
soire, reçut un rude échec. Un seul des ouvriers de la liste 
du peuple, M. Agricol Perdiguier, admis en considération 
de son caractère, mais fort peu partisan des doctrines du 



250 SECONDE RÉPUBLIQUE FRANÇAISE. 

Luxembourg* fut élu. Les quatre membres de la minorité du 
Gouvernement provisoire, et M. Gausâdièrô qui ne déplai- 
sait pas à la bourgeoisie avec laquelle il avait, sous ses al- 
lures démagogiques, plus d'un point d'affinité, passèrent 
aussi. Dans la soirée du 38 avril, devant une foule immense 
rassemblée sous les rîiurs de l'Hôtel de Ville, le maire de 
Paris donna lecture de la liste des élus. ML de Lamartine fut 
le premier nommé. Il avait obtenu 259,900 suffrages. Le 
Gouvernement provisoire passa tout entier. Deux ouvriers, 
M. Gbrbon, rédacteur de Y Atelier, et M. Peupin, horloger, 
libre-échangiste, furent nommés. Le clergé, le National et 
le parti modéré en général les appuyèrent. On ne vit sur 
cette liste ni M. Barbes, ni ML Blanqui, ni M. RaspaiL Du 
premier coup, le suffrage universel, ainsi organisé, mon- 
trait son pied fourchu : le grand Lamennais, le dernier sur 
la liste, obtenait moins de vont que le libraire Pagnèrre et 
que le banquier Garnon. 

La province montra encore plus de modérantisme que 
Parte. Elle fit même en majorité des élections purement 
royalistes. Les seuls légitimistes étaient plus de cent. Mais en 
même temps elle envoya quelques représentants du socia- 
lisme. Dix départements élurent M. de Lamartine et lui 
offrirent un ensemble de quinze cent mille suffrages* Mo- 
déré, poétique, sentimental, ne sachant pas trop ce -qu'il 
voulait, tel était M. de Lamartine. Il parait que tel était 
aussi l'esprit général en France. 

La dernière séance du Gouvernement provisoire eut lieu, 
le 3 mai, au ministère de la Justice. On régla quelques dé- 
tails relatifs à l'ouverture de ï Assemblée fixée au lende- 
main. M. Louis Blanc ne parut pas. Ces hommes, qu'aucun 
lien de pensée commune ne rattachait les uns aux autres, 



ASSEMBLÉE CONSTITUANTE. 251 

que Hé hasard et la convergence des ambitions avaient 
groupes dans le supplice d'une même dictature, allaient enfin 
pouvoir se séparer et se combattre au grand jour. 

La séance d'ouverture eut lieu le 4 mai. Les gens du jeu 
de paume cherchaient asile en 1789, à pareille date. Mais 
ils avaient fait bien du chemin depuis ce temps. Un soleil 
éclatant rayonnait sur cette journée. Paris était debout, 
avide de voir et de savoir. La population était confiante; la 
police cherchait des complots ; les Représentants de la pro- 
vince arrivaient, partagés entre les idées patriotiques et 
Pavant-goût des délices de la capitale ; d'autres, avec la 
pensée de s'y prendre le mieux possible pour renverser la 
République. 

Le Gouvernement ptovisofrô partit à midi et demi de 
l'hôtel du ministère de la Justice» place Vendôme. Les onze 
dictateurs, la tête nue au soleil, comme s'ils eussent expié 
devant le peuple l'insolence du pouvoir conquis, marchaient 
un à un. De chaque côté du pénitent se tenait un officier 
Tépée nue à la main. Cela voulait-il dire que pour rendre 
l'amende honorable plus complète, ils apportaient leur tête 
à la nation? — Les maires de Paris et de sa banlieue sui- 
vaient. La classe moyenne et la garde nationale, sa plus par- 
laite expression, firent durant le trajet une véHtable ovation 
à M. de Lamartine. Nul n'eût alors douté de sa nomination 
à la présidence de la seconde République française. 

On avait construit à la hâte pour les délibérations des 
neuf cents Constituants une longue salle, du plus triste as- 
pect, qui fut nommée depuis la salle de carton; épigramme 
qui aurait pu s'appliquer non moins justement aux bis qui 
en sortirent. Là, tous les partis, toutes les professions se 



252 SECONDE RÉPUBLIQUE FRANÇAISE. 

trouvaient réunis (1). Il n'y avait certes rien de bon à présa- 
ger d'un pareil mélange. Mais c'est une des illusions du 
parlementarisme de prétendre arriver à Paccord parfait 
par la réunion des dissonances. Le chansonnier Béranger, 
nommé malgré lui (2), le prédicateur Lacordaire, Barbes, 
de Falloux, évoques, avocats, journalistes, soldats, ouvriers, 
propriétaires, fabricants, artistes, magistrats, toutes les 
professions imaginables, jésuites, libéraux, légitimistes, 
orléanistes , républicains > bonapartistes , communistes , 
saint-simoniens, phalanstériens, humanitaires, toutes les 
utopies, toutes les opinions, tous les systèmes, parqués dans 
une même enceinte, telle était l'Assemblée nationale issue 
du suffrage universel et envoyée à Paris pour donner une 
Constitution à la France. 

Lorsqu'une salve d'artillerie eut annoncé l'arrivée du 
Gouvernement provisoire, le vieux patriote Audry de Puy- 
raveau, président d'âge, prit place au fauteuil. Le cri de 
Vive la République ! salua l'entrée de cette dictature discré- 
ditée qui venait déposer entre les mains du Gouvernement 
parlementaire le nom plutôt que la réalité de son pouvoir. 
Les Onze se rangèrent au pied de la tribune comme avaient 
fait, au 24 février, les princes et la duchesse d'Orléans sup- 
pliants, tandis que la bourgeoisie, perchée à la tribune sous 
les traits madrés du procureur Dupin, daignait plaider leur 
cause. 

Une certaine solennité apparaît toujours à l'heure où les 
pouvoirs naissent et où d'autres tombent. L'âge et l'hono- 
rabilité des deux vieillards qui, en présence des neuf cents 

(1) Voir aux Pièce» justificatives, n. 11. 

(2) Voir, an Moniteur du 9 mai, sa lettre au président de l'Assemblée na- 
tionale. 



ASSEMBLÉE CONSTITUANTE. 253 

élus de la France, ouvrirent cette imposante séance, ajou- 
taient encore à sa gravité. Un peuple puissant s'agitait au 
dehors, sur cette vaste place environnée de palais et mar- 
quée d'un triple sceau historique. Le canon des Invalides 
tonnait au loin et couvrait les rumeurs de cette population 
immense. 

Le vénérable Audry de Puyraveau donna la parole au 
vénérable Dupont (de l'Eure) qui s'exprima en ces termes, 
d'une voix affaiblie, mais qu'on écoutait ,1a tête penchée, 
dans un profond silence : 

« Citoyens Représentants du peuple, 

» Le Gouvernement provisoire de la République vient 
s'incliner devant la nation, et rendre un hommage éclatant 
au pouvoir suprême dont vous êtes investis. 

» Élus du peuple ! soyez les bienvenus dans la grande 
capitale où votre présence fait naître un sentiment de bon- 
heur et d'espérance qui ne sera pas trompé. 

» Dépositaires de la souveraineté nationale, vous allez 
fonder nos institutions nouvelles sur les larges bases de la 
démocratie, et donner à la France la seule Constitution qui 
puisse lui convenir, une Constitution républicaine.» 

La voix du vieillard est un moment couverte par des ac- 
clamations unanimes et prolongées. 

«Mais, après avoir proclamé la grande loi politique qui 
va constituer définitivement le pays, comme nous, citoyens 
Représentants, vous vous occuperez de régler l'action pos- 
sible et efficace du Gouvernement dans les rapports que la 
nécessité du travail établit entre tous les citoyens, et qui 
doivent avoir pour bases les saintes lois de la justice et de 
la fraternité. » 

Ces paroles excitent de nouveaux applaudissements. 



■"< 



254 SECONDE RÉPUBLIQUE FRANÇAISE. 

« Enfin le moment est arrivé pour le Gouvernerait pro- 
visoire de déposer entra vos mains le pouvoir illiçûit^ dont 
la révolution l'avait investi. Vous savez si, pour nous, cette 
dictature a été autre chose qu'une puissance paonne, #u 
milieu des circonstances difficiles que flous ayons traver- 
sées. 

» Fidèles à notre origine et à nos convictions person- 
nelles, nous n'avons pas hésité à proclamer lq République 
naissante de Février.» 

Les cris de Vive la République ! Vive U Gouvernement 
provisoire! et les applaudissements éclatent çpr {pus les 
bancs et dans les tribunes publiques. 

« Aujourd'hui nous inaugurons les travaux de l'Assem- 
blée nationale à ce cri qui doit toujours la rallier : Vive la 
République /» 

Le cri fut répété par toute l'Assemblée et par les tri- 
bunes. Reconduit à sa stalle, le vieux Dupont (de l'Eure) se 
trouva en face d'un autre vieillard qui lui tendait les bras. 
C'était le poète Béranger. On passa ensuite dans les bu- 
reaux. La séance reprit à trois heures. Il s'agissait de la véri- 
fication des pouvoirs, mais un Représentant du départemept 
des Bouches-du-Rhône, M. Démosthènes Ollivier, père du 
jeune commissaire de ce nom, donna lieu à un incident. 
Cet honorable Représentant demanda que le serment à la 
République fût prononcé individuellement à la tribune.. Les 
royalistes, en couvrant sa voix du cri de Vive la République ! 
lui prouvèrent que nu) d'entre eux ne l'eût marchandé au 
besoin et que cette cérémonie était superflue. Il existe en 
france, eu matière £e serment politique, un tacite accord 
que cela n'engage à rien. Cela n'est pas moj-aj, x#$& jj ça 
est ainsi. 



ASSEMBLÉE CONSTITUANTE. ?55 

Va député de lageine, M. Berger, proppp que, dans qpe 
proclamation au peuple, l'Assemblée nationale déclarât 
ju'elle reconnaissait la République, a II ne dépend plus de 
personne de mettre son existence en doute, s'écria M. Bar- 
bes, nous sommes les serviteurs du peuple, nous n'avons 
ici qu'à acclamer sa volonté. Vive la République, une, indi- 
visible, démocratique et sociale 1 p Le président ajouta que 
la discussion était inutile, la République, ne pouvant, en 
effet, être contestée. 

Quatre heures sonnaient. Le peuple ne quittait pas la 
place de la Concorde. 11 attendait, les yeux tourné? vers 1a 
Chambre. Un Représentant du peuple, M. Babaud-Larj- 
bière, homme d'un esprit élevé et d'un noble cœur, conçut 
alors l'idée d'une manifestation solennelle, qui devait en 
quelque sorte marquer, d'un caractère indissoluble, le ser- 
ment de fidélité à la République formulé dans l'acclama- 
tion des Constituants, a Citoyens, s'écria M, Babaud-Lari- 
bière, c'est à la face du soleil et en présence de l'héroïque 
population de Paris, qu'il convient d'acclamer la Répu- 
blique (i). » Cette proposition fut accueillie avec en- 
thousiasme, sauf une faible et hypocrite opposition basée 
sur la nécessité de ne pas interrompre la séance. Les Repré- 
sentants du peuple se lèvent. Le vieil Audry de Puyraveau 
marche à leur tête, et, debout sur le péristyle du palais, eu 
présence d'uue foule innombrable, pénétrée d'une pro- 
fonde émotion, il proclama, au nom du peuple et de l'As- 
semblée nationale, la République démocratique. U.pe cla- 
meur puissante monta au ciel. C'était la réponse du peuple. 

Après le défilé des Représentants, on rentra &*ns ^ aaHe, 

(I) Moniteur universel du if mai 1848. 



25(5 SECONDE RÉPUBLIQUE FRANÇAISE. 

et la séance s'acheva comme elle avait commencé. Vive la 
République /fut le fond du discours dans cette première réu- 
nion : ce cri revint trente-six fois. On se demande pourquoi 
les partis monarchiques furent si prodigues de ces accla- 
mations. Étaient-ils sincères à l'heure et à là minute, ou 
n'était-ce qu'une volonté bien arrêtée de se prêter avec 
souplesse au jeu des circonstances afin de mieux terrasser 
l'ennemie commune? 

M. Louis Blanc raconte que, deux jours avant, M. Duver- 
gier de Hauranne lui avait dit au Palais-Bourbon : « Je 
crains bien que le Gouvernement provisoire ne se soit fait 
une idée fausse des dispositions que nous apportons ici, 
mes amis et moi. Ce n'est certes pas nous qui avons voulu 
la République, mais elle existe, et nous nous rallierons 
franchement au régime nouveau. Voilà ce dont il faudrait 
que vos collègues et vous fussiez bien convaincus. » L'ave- 
nir nous apprendra comment ces convertis tinrent leurs 
promesses. Telle est la duplicité du cœur humain vis-à-vis 
de lui-même qu'on peut, sans blesser la vraisemblance, 
admettre que les royalistes furent à la fois sincères et traî- 
tres, et qu'ils s'abusèrent sur leurs propres sentiments. A 
peine la lutte eut-elle commencé qu'ils se reconnurent et 
redevinrent eux-mêmes. C'est une justice à rendre au parti 
républicain qu'au moins il n'est pas sujet à de semblables 
défaillances et qu'on ne l'a vu, à aucune époque, s'enthou- 
siasmer pour la monarchie. Et quand M. Louis Blanc ajoute 
à sa conversation avec M. Duvergier de Hauranne : « Ils ne 
nous avaient jamais fait crier à nous : Vive le roi! à quelque 
opinion qu'on appartienne, on est obligé de le reconnaître. 

Deux scandales signalèrent la vérification des pouvoirs. 
On constata la nomination d'un faux ouvrier élu à Paris, 



ASSEMBLÉE CONSTITUANTE. 257 

M. Schmit, lequel ayant exercé les fonctions de chef de 
division au ministère des Cultes, profita d'une erreur 
d'identité, et ravit les suffrages destinés à un cordonnier. 
M. Schmit fut repoussé par la Chambre. L'évêque d'Orléans, 
M. Fayet, fut sur le point de subir le même sort. Son élection 
contestée servit du moins à éclairer le pays sur les manœu- 
vres du clergé en matière politique. 

M. Bûchez, que nous avons vu mêlé à toutes les intrigues 
de la mairie de Paris, l'homme qui fit à la fois l'éloge de la 
Saint-Barthélémy et de la Convention, et offrit au monde 
la variété singulière du républicain catholique, espèce de 
mulet politique frappé de stérilité par la loi qui veille aux 
accouplements incestueux, M. Bûchez fut nommé prési- 
dent de l'Assemblée. Elle choisit, pour vice-présidents, 
MM. Senart, Corbon, Recurt, Cavaignac, Guinard et Cor- 
menin. Le National et la mairie de Paris triomphaient. La 
faction Marrast, Marie et Garnier-Pagès, n'allait pas tarder 
à s'étendre sur le pays par l'envahissement des fonctions. 

Dès que le bureau fut constitué, les membres du Gouver- 
nement provisoire vinrent successivement rendre compte 
à l'Assemblée de leur administration (1). La lecture de ces 
mémoires dura deux séances, et ne fut marquée d'aucun 
incident. Le seul M. Louis Blanc fit son compte-rendu de 
vive voix. N'ayant pas assisté à la dernière séance du Gou- 
vernement provisoire, il ignorait que ce rapport dût être 
écrit. Les sentiments descendaient si bas alors, qu'on lui 
fit un crime de cette bagatelle. On prétendit qu'il avait 
voulu se distinguer de ses collègues, et donner incontinent 
des preuves de son éloquence. M. de Lamartine fut très- 



(1) Voir aux Pièces justificatives, n. 12. 

II. il 



258 SECONDE RÉPUBLIQUE FRANÇAISE. 

applaudi. M. Ledru-Rollin obtint aussi un succès inespéré . 

Il s'agissait ensuite de constituer le pouvoir nouveau. 
S'exerçerait-il par des comités émanant de l'Assemblée, 
par délégation ou par le Gouvernement provisoire, jus- 
qu'au moment où la Constitution en donnerait la forme 
définitive? On prit le moyen parti. Le 8 mai, MM. Jean 
Reynaud, Trélat et Dornès firent à l'Assemblée la propo- 
sition de nommer une Commission executive de cinq mem- 
bres. L'Assemblée adopta la proposition conçue dans las 
termes suivants : « L'Assemblée nationale constituante 
reçoit le dépôt des pouvoirs extraordinaires conférés au 
Gouvernement provisoire, constitué le 24 février dernier; 
elle déclare que ce Gouvernement, par la grandeur des ser- 
vices qu'il a rendus, a bien mérité de la patrie. » 

« L'Assemblée nationale constituante étant investie de la 
souveraineté populaire dans sa plénitude, le Gouvernement 
provisoire, né de la révolution de février, cesse d'exister. 

» La souveraineté de l'Assemblée devant s'exercer par 
délégation jusqu'à la mise en vigueur de la Constitution 
qui va être décrétée par elle, elle confie le pouvoir exécutif 
à une Commission executive composée de cinq membres. t> 

Les cinq membres nommés furent MM. Arago, Marie, 
Garnier-Pagès , Lamartine et Ledru-Rollin. L'Assemblée 
aecepta sans opposition les trois premiers. Elle manifesta 
une vive répugnance à nommer M. Ledru-Rollin. La pro- 
vince surtout se souvenait des Bulletins de la République, et 
la faction de la mairie de Paris exploitait avec habileté les 
craintes et les rancunes des royalistes. M. Ledru-Rollin ne 
passa qu'à l'aide de M. de Lamartine, qui fit en quelque 
sorte uolence à l'Assemblée, en déclarant formellement 
qu'il entrerait dans la Commission executive, à cette seule 



ASSEMBLÉE CONSTITUANTE. 259 

condition que le ministre de l'Intérieur du Gouverueincnl 
provisoire y entrerait aussi. La Commission executive con- 
serva pour secrétaire, le libraire Pagnerre. 

L'Assemblée naiionale ne se sentait pas encore assez 
puissante pour se séparer à la fois de tous les hommes de 
la révolution. Elle subit la volonté de M. de Lamartine, et 
se borna à lui manifester sa rancune en ne lui donnant 
que 643 voix. 

Entre ces deux hommes si dissemblables en apparence, 
M. de Lamartine et M. Ledru-Rollin, un lien secret s'était 
formé. Ces deux âmes s'étaient reconnues et saluées dans 
le péril du 16 avril. Ames des moyennes régions toutes 
deux, elles s'accrochaient Tune à l'autre et tâchaient à se 
maintenir, à grands battements d'ailes, dans un air trop 
haut et trop raréfié pour leur envergure. M. de Lamartine, 
s'apercevant que rien ne soutiendrait son élan purement 
imaginaire, sentant l'invincible attraction qui, dans le plein 
de £a gloire, l'attirait au bourbier d'une réaction étroite et 
mesquine, se cramponnait à M. Ledru-Rollin. Le cygne, 
oiseau de parade tremblant pour la blancheur de ses plu- 
mes, voulait s'élever aussi haut que l'aigle. Mais l'autre 
n'en avait que le cri. Oiseau lui-même de médiocre volée, 
il n'eût pas regardé le soleil en face. En se développant, la 
révolution nous eût montré d'étranges choses. M. Ledru- 
Rollin, comme M. de Lamartine, eût rallié la peur et l'é- 
goïsme. Son front couronné de palmes inférieures eût été 
le fétiche d'un jour. Le triomphateur n'eût pas trouvé le 
• lendemain une poignée de suffrages. 

Le Gouvernement provisoire descendit du pouvoir avec 
l'humilité qui convenait à son passé. Moins humble en appa- 
rence que ses collègues plus habiles, M. Louis Blanc mon- 



260 SECONDE RÉPUBLIQUE FRANÇAISE. 

tra naïvement qu'il avait considéré la Commission de Gou- 
vernement pour les travailleurs comme un gouvernement 
dans le Gouvernement, « relevant d'un seul pouvoir, le 
peuple (1). » Tl vint déposer ce prétendu pouvoir qui tom- 
bait de soi. La fermeture du cours du Luxembourg était 
une conséquence de la cessation de la dictature de février. 
Il proposa ensuite le ministère du Progrès. M. Louis Blanc 
semblait prendre à tâche de devenir l'ennemi de ses idées. 
Son infatuation apour longtemps compromis la question so- 
ciale en France. Jamais homme ne fut plus mal fait pour 
le Tôle qu'il voulut jouer. Un caractère conciliant et imper- 
sonnel, comme M. Cobden par exemple, eût, non pas tait 
prévaloir les doctrines irréalisables produites au Luxem- 
bourg, mais peut-être fait accepter le socialisme dans ses 
formes compatibles avec nos mœurs et notre génie na- 
tional. 

Le ministère du Progrès tomba devant l'indifférence, et 
ajoutons aussi le sens commun de l'Assemblée. Le Gouver- 
nement provisoire avait respecté les personnes et remis les 
pavés en place. On lui vota des remerctmenls ironiques, 
je suppose. Pourquoi l'Assemblée ne l'en voyait-elle pas à 
Jersey pour avoir, par son ineptie, prouvé qu'il ne justi- 
fiait pas sa capture du pouvoir le 24 février? Pourquoi ne 
lui demandait-elle pas compte de l'absurdité de ses in- 
nombrables décrets, de sa lâche politique extérieure, de ses 
lourdes fautes en finances, de son impéritie de tout genre 
et surtout de ses conspirations et des semepees de guerre 
civile qu'il avait à pleines mains répandues sur le sol de la 



(1) Voir le Moniteur universel du 10 mai 1849, et les Pages d'histoire, 
de M. Louis Blanc, page 148. 



ASSEMBLÉE CONSTITUANTE. 261 

patrie et qu'il laissait derrière lui, comme une fatale pro- 
messe? 

Un seul Représentant du peuple, le loyal Barbes, pro- 
testa, dans la séance du 8 mai, contre cet éloge de la mau- 
vaise volonté unie à l'impuissance. Au nom du peuple, il 
demanda compte d'une foule d'actes, compte du sang versé 
tout récemment à Rouen. Il va sans dire que la protesta- 
tion de M. Barbes ne servit de rien. Qu'importait le passé à 
la réaction qui brûlait d'agir? Elle savait bien qu'elle le 
retrouverait sous la main quand elle en aurait besoin. 

La Commission executive nomma les ministres. Elle plaça 
M. Crémieux à la Justice, M. Bastide aux Affaires étran- 
gères, M. Casy à la Marine, M. Recurtà l'Intérieur, M. Car- 
not à l'Instruction publique, M. Trélat aux Travaux pu- 
blics, M. Flocon à l'Agriculture, M. Duclerc aux Finances, 
M. Bethmont aux Cultes, le général Cavaignac à la Guerre. 

La première fois que ce ministère fantastique prit place à 
l'Assemblée, on remarqua la joie qui éclatait sur la physio- 
nomie de M. Flocon se voyant ministre d'un pouvoir à peu 
près régulier. On vit sur ce visage d'un jaune-buis qui, de- 
puis vingt ans, ne s'était pas éclairci, éclore soudainement 
un large et surprenant sourire. humanité ! La nomina- 
tion de M. Duclerc surprit le public. Un rédacteur en troi- 
sième ordre du National devenu ministre des Finances 
pour avoir été secrétaire de M. Garuier-Pagès ! Il y avait 
de quoi causer quelque étonnemeut à un pays comme 
la France. Un mot cruel, attribué à M. Marrast, circulait en 
même temps sur le compte du nouveau ministre des Af- 
faires étrangères. On rappelait que, le jour de la distribu- 
tion des places, parlant de M. Bastide et de la difficulté de 
lui trouver un poste convenable : « Bastide est étranger 



262 SECONDE RÉPUBLIQUE FRANÇAISE. 

aux affaires, aurait dit M. Marrast, plaçons-le aux Affaires 
étrangères. » Ces mots sont comme la légende. Il importe 
peu qu'ils aient été fabriqués à loisir, et faussement attri- 
bués, dès l'instant qu'ils se constituent à l'état de vérité 
dans la pensée publique. 

Le Gouvernement provisoire avait rendu se& comptes à 
l'Assemblée nationale, mais il ne les rendait pas au peuple. 
Les clubs, les corporations et les conspirations ne les consi- 
déraient certainement pas comme ayant bien mérité de la 
patrie. Or, ne pouvant pas s'en prendre au spectre d'un 
pouvoir évanoui, c'est dans la vivante postérité dû mort 
qu'ils allaient poursuivre la revendication. C'est dans la per- 
sonne de celte Assemblée nationale, issue d'une élection 
prématurée contre laquelle H avait protesté, que le peuple 
allait demander compte de l'idée républicaine» compte de 
ses souffrances, des souffrances de la Pologne, de *a Hon- 
grie et de l'Italie. C'est contre elle, devenue la puis- 
sance effective, que les conspirateurs allaient tourner leurs 
armes. 



CHAPITRE Vil 



Le 15 mai est-il un coup de police? — Logique des faits. — - Un rapport de 
M. Carlier. — L'Assemblée nationale et les factieux. — Un, prétexte. — 
Manifestation en faveur de la Pologne. — Préparatifs de l'Assemblée natio- 
nale. — Panique le 9 mai. — Séance du 10 : M. Wolowski et l'adresse des 
Polonais. — Demande d'interpellations de M. d'Aragon sur les affaires d'Ita- 
lie. — Fatale réunion de ces deux questions pour le. lundi, 15 MAI ! — 
ty[. Proudhon et le discours de M. Wolowski. — Incident relatif à M. Louis 
Blanc; M. Freslon. — Proposition de M. Barbes en faveur de M. Louis 
Blanc. — Griefs contre l' Assemblée. — Ministère de réconciliation. — 
Journée du 12. — Réunion des chefs de barricades et des chimistes. — Se- 
cret du dénouaient imprévu de la journée du (5 mai. — Journée du 13 : 
pétition en faveur de la Pologne ; M. Vavin. — La lecture renvoyée au 15. — 
Rappel intempestif. — Ateliers nationaux menacés dans leur existence. — 
Ordre du jour du général Courtais; ajournement de la fête du 14. — Dé- 
claration des délégués du Luxembourg, de la typographie parisienne et des 
anciens détenus politiques. — Proclamation contre les attroupements. — 
Langage pacifique des clubs. — Fabriques d'armes à Paris. — Feuilleton 
de la Commune de Paris. — Délégués des départements. — Mot de 
M. Ledru-Rollin. — Attitude de MM. Cabet, Proudhon, Blanqui, Ras- 
pail et Barbes. — Résolution contraire du club des Droits de l'Homme. 

— Réunion des Représentants du parti avancé : M Babaud-Laribière ; la 
politique de Maxiinilien Robespierre; mot de M. Joly. — Mesures prises 
par la Commission du pouvoir exécutif. — Dispositions du président de 
l'Assemblée nationale ; il écrit au préfet de police. — Réponse tardive de 
M. Caussidière. — Journée du 15. — Cent cinquante mille hommes à la 
Bastille. — Mesures tardives de la Commission executive. — Arrivée de la 
colonne sur la place de la Concorde. — M. Courtais. — «En avant ! » — 

— Envahissement du palais de l'Assemblée. — Séance de l'Assemblée. — 



264 SECONDE RÉPUBLIQUE FRANÇAISE. 

Démission de M. Béranger. — Discours de M. Wolowski. — Invasion de la 
salle des séances. — M. Barbes demande la parole pour les délégués des 
clubs. — Arrivée de MM. Raspail et Lavirou. — Assaut de la tribune. — 
M. Raspail donne lecture de la pétition. — Vaines tentatives pour faire 
évacuer la salle. — Autorité du président méconnue. — M. Blanqui porté à la 
tribune. — Tentative de M. Barbes pour obtenir un décret. — Le rappel. — 
Fureur du peuple. — Menaces au président ; il signe un contre-ordre. — 
M. Blanqui prend la parole. — Seconde invasion par la place de Bourgogne ; 
le peuple demande MM. Barbes, Albert et Louis Blanc. — M. Louis Blanc 
porté en triomphe. — Le drapeau des Jacobins. — » Les orateurs du peuple ; 
le pompier. — M. Huber à la tribune ; il proclame la dissolution de l' Assem- 
blée; confusion. — Listes de Gouvernement provisoire. — Réalisation du 
Bulletin du 16 avril. — Conduite de M. Ledru-Rollin. — Délivrance de 
l'Assemblée. — Reprise de la séance. — Arrestation de M. Courtais. — 
M. Clément Thomas nommé général de la garde nationale. — Marche sur 
l'Hôtel de Ville. — MM. Raspail, Blanqui, Sobrier, Degré le Pompier, 
Laviron, Bonne, Napoléon Chancel, Huber. — M. Louis Blanc ; scènes de 
violence. — Scènes de l'Hôtel de Ville. — Arrestation de MM. Barbes et 
Albert; ils sont transférés à Vincennes, — La réaction commence; vengeances 
royalistes. — Visites domiciliaires , perquisitions. — Mise au pillage des 
bureaux de la Commune de Paris. — M. Caussidière devant la Commission 
executive. — Une nuit fiévreuse. — Assemblée nationale ; séance du 16. — 
M. Caussidière ; son discours ; il donne sa démission. — » Siège de la préfec- 
ture de police. — M. Trouvé- Chauvel, préfet de police. — Dissolution des 
Montagnards, Lyonnais, etc. ; les soldats de la prochaine émeute. — Ferme- 
ture du club Blanqui. — Arrestation de M. Blanqui. — L'intrigue et le sang. 



Aux yeux d'un grand nombre de contemporains, acteurs 
ou spectateurs du drame qui suivit de si près l'ouverture 
de l'Assemblée nationale, cette journée restera enveloppée 
dans les ténèbres. On n'ôtera jamais de la pensée d'une 
.fraction de la démocratie que le 15 mai ait été un coup de 
police. M. Raspail insista particulièrement sur cette inter- 
prétation. « C'est un vaste coup de filet jeté dans le bour- 
bier de l'Hôtel de Ville, » déclara-t-il plus tard en présence 
de la haute Cour de Bourges. 

Le caractère de M. Raspail, que le malheur a rendu om- 



ASSEMBLÉE CONSTITUANTE. ft)5 

brageux outre mesure» infirme en partie son jugement sur 
l'affaire du 15 mai. L'histoire doit se tenir en garde contre 
les vaincus aussi bien que contre les vainqueurs. C'est at- 
tribuer à la police une puissance invraisemblable que de 
supposer qu'elle peut susciter un événement d'une telle 
importance. L'erreur des démocrates dans toutes les cir- 
constances analogues découle d'un fait qui se reproduit 
comme un des phénomènes inséparables de l'émeute. Il 
existe une classe d'hommes douteux qu'on trouve à l'avant- 
garde de tous les partis. Ces hommes suspects, qui sou- 
vent appartiennent en réalité à la police, ne cessent pas 
pour cela de servir activement le parti qu'ils trahissent. 
D'autres, sans être des délateurs gagés, ont eu leur jour 
de faiblesse. Quelques-uns servent des intérêts doubles. Il 
y a dans tous les partis, dans les salons du faubourg Sainl- 
Honoré comme dans les tavernes de la démagogie, des 
* hommes qui parviennent à se faire accepter en dépit du 
soupçon qu'ils traînent après eux. 

Le 15 mai fit remonter à la surface du mouvement un 
grand nombre de ces hommes. Nous retrouverons là 
Borme et quelques-uns de ces insaisissables personnages 
qui traversent comme des comparses obligés toutes les 
scèues de la tragi-comédie politique. Huber, suspecté de- 
puis 1836 dans toutes les affaires auxquelles il a pris part, 
ami en même temps de MM. Barbes et Marrast, fut l'un des 
principaux organisateurs de l'affaire du 15 mai. La con- 
duite de M. Caussidière resta pleine d'obscurité. La mani- 
festation trouva des accointances dans la Chambre. Elle 
fut tolérée, sinon encouragée, par la factiou Ledru-Rollin et 
la faction Marrast. M. de Lamartine lui-même, sentant peu 
à peu le terrain lui manquer sous les pieds, ue la vit pas de 



266 SECONDE KÉPUBLIULFE FRANÇAISE. 

mauvais œil. En faut-il plus pour avoir laissé dans l'esprit 
des hommes qui, à force d'avoir été trahis, vivent sans 
cesse dans la iaéûance, la certitude que le 15 mai fut un 
coup de police ? 

Cette erreur ne sera pas difficile à détruire* Il su4jSra, 
pour ne laisser aucun doute dans l'esprit du lecteur, de 
remonter à la source des événements, de diviser les élé- 
ments constitutifs de la journée du 15 mai, de les apporter 
un à un, de les grouper ensuite et de laisser éclater la 
seule conséquence de leur agglomération* 

Remarquons un fait important. Chaque journée dépens 
février, par cela même qu'elle n'a pas été suivie d'un com- 
bat, a redoublé l'obscurité delà situation. Nulle faction n'a 
succombé. Toutes sont présentes, debout* militantes* 1/épée 
n'a tranché aucun nœud gordien. Les intrigues tendent au 
contraire à s'accroître. L'esprit se perd dans leurs entrela- 
cements infinis. Tous les partis conspirent pour te désordre, 
les uns avec les autres, les uns contre les autres. La mi- 
sère grandit. Les problèmes s'amassent, plus insolubles 
de jour en jour. Les complications de l'extérieur s'a- 
joutent à celles du dedans. Et pour tendre encore plus 
cette inextricable situation un pouvoir nouveau, pouvoir 
fait à l'image de l'esprit des masses, c'est-à-dire tout 
plein de troubles, de confusion et de discordances, l'As- 
semblée nationale, a pris position dans Paris. Or tout nou- 
veau pouvoir devient nécessairement l'ennemi commun 
des factions. 

Après une telle journée non suivie de vastes proscriptioas 
du vaincu par le vainqueur, après une telle émeute non cou- 
ronnée des lauriers blêmes traînés dans le sang des guerres 
civiles, l'obscurité deviendra telle, sur la politique fran- 



ASSEMBLÉE CONSTITUANTE. 267 

çaise, que nons ne marcherons plue qu'à tâtons. Et nous 
cheminerons ainsi jusqu'au jour de la première solution, 
jusqu'à Pé£>oqae funeste où le canon de juin vint déchirer 
les ténèbres de ses rouges lueurs. 

Lorsqu'on veut trouver l'origine d'une journée, il faut 
toujours remonter au soir même de la journée précédente. 
En reprenant à cette hauteur la génération du fait nouveau 
qu'il s'agit d'exposer, nous trouvons M. Louis Blanc encore 
étourdi de ce cri : « A bas les communistes ! » que Paris entier 
répéta sans trop savoir ce qu'il disait. Au Luxembourg, il y 
eut réunion dans la soirée même. Or après toute bataille per- 
due, tant qu'il reste un homme debout, cet homme se réserve 
l'avenir et c'est son droit- On n'avait pas tué au 16 avril. 
Mais vaincu par la manifestation des gardes nationales, trahi 
par M- Ledru-Rollin dont on avait fait la clef de voûte du 
complot, il fallait se replier sur l'avenir. L'avenir, c'était ta 
dictature de février laissant place à l'Assemblée nationale. 

Lorsque les délégués, groupés autour de M. Louis Btanc, 
prenaient la résolution de regagner le terrain perdu dans 
cette fatale journée du 46 avril où lai réaction, selon l'ex- 
pression des clubistes, avait relevé la tête, e'est comme 
s'ils avaient dit : que l'Assemblée nationale se tienne bien 
et obéisse au peuple, sinon nous la renverserons. 

Pour n'assigner point de date à l'exécution de sa menace, 
le Luxembourg n'en avait pas moins fait, des lèvres et du 
cœur, le serment de la guerre civile. Le jour marqué sera te 
15 mai. La Providence, si l'on veut nommer ainsi la loi qui 
préside à la génération des faits, se charge toujours d'indi- 
quer l'heure aux passions des peuples quand la colère est 
prête et le glaive tiré. 

Or l'historien n'est que te juge d'kisiructien de la Provi- 



268 SECONDE RÉPUBLIQUE FRANÇAISE. 

deuce. Son art consiste à ponctuer les actes de même 
famille, à classer en commis d'ordre les phénomènes 
sociaux, et à s'avancer ainsi avec une foi aveugle dans la 
puissance des déductions. 

Je n'ai pas besoin de répéter que le 16 avril n'a anéanti 
aucune faction. Elles sont toutes debout, sifflantes comme 
des vipères sur la queue desquelles on a marché. Il en 
existe une au moins que la défection de M. Ledru-Rolliu 
aurait dû réduire au silence. Je veux parler de la faction du 
ministère de l'Intérieur. Nous la retrouvons toujours la 
même à ses conciliabules attardés dans lesquels un histo- 
rien, mon prédécesseur, place inévitablement la figure de 
George Sand (1). L'auteur d'Indiana écrit, on le sait, les 
Bulletins de la République. Il ne faut pas avoir un grand 
sentiment de l'harmonie pour se demander ce que -vient 
faire celle belle tête dorée des reflets d'un amour universel, 
entre le procureur Portalis et le procureur Landrin (con- 
spirateurs lançant des mandats d'amener contre d'autres 
conspirateurs), entre l'avocat Jules Favre et le directeur des 
postes Arago? Elle se résigne à glaner pour M. Louis Blanc 
dans une conspiration faite en l'honneur du gros tribun à 
qui la dictature démocratique et sociale, vue de face le 
46 avril, fit peur, et qui cria : Bourgeois 1 aux tambours I 
(Mais r in fortuné n'a-t-il jamais entrevu dans ses rêves les 
vingt mille morts de juin défilant, le tambour sur leur 
ventre sanglant, les baguettes aux doigts ?) 

Malgré le rappel, la conspiration vivait. Où allait-elle? 
à l'événement. C'est-à-dire qu'elle allait, elle aussi, au 
45 mail 

(I) Voir V Histoire de la Révolution de 1848, par Daniel Stern. 



ASSEMBLÉE CONSTITUANTE. 269 

Parlerai-je encore de M. Cabet, de MM. Raspail et Blanqui, 
écartés du pouvoir au 24 février, quand on dépeça la proie 
nationale sur les tapis de rédaction ? À quoi bon ? Quelle que 
puisse être la diversité de leurs sentiments, comme il s'agit 
de modifier le pouvoir, c'est au 15 mai qu'ils aboutissent. 

M. Pierre Leroux a proposé un système électoral inspiré 
de SainWust : il tend au 15 mai. MM. Sobrier, Caussidière, 
Marrast, Lamartine, Barbes, tous, petits et grands, sectaires, 
modères et exaltés, vont au 15 mai. Ecoutez l'oracle delà 
Sybille crasseuse des sociétés modernes, de cette police, 
pleine toute de vérités, qui désespère les princes et les 
démagogues : « La conclusion à tirer, selon moi, de 
la situation actuelle des esprits et des partis, est que 
l'irritation des deux côtés ira croissant jusqu'à un engage- 
ment i à coups de fusil; que rien ne fait supposer que cet 
engagement aura lieu ni aujourd'hui, ni demain, comme 
on semble le craindre dans le public, et que si malheureu- 
sement cet engagement a lieu, à quelque heure du jour et 
de la nuit qu'il commence, il sera terminé deux heures 
après par une victoire qui anéantira momentanément le 
parti exalté, et qui sera le signal d'une réaction que rien 
alors ne pourra arrêter (1). » Ces lignes, signées : P. Carlier, 
datent des premiers jours de mai 1848. Olez les coups de 
fusil qui ne vinrent qu'en juin, vous aurez le 15 mai, clos 
en deux heures par la garde nationale, comme une pièce 
du Cirque par le défilé des troupes françaises à la lueur des 
feux de Bengale. 

Ainsi, il demeure évident que la victime désignée aux 
coups des factions ne saurait être que cette Assemblée 

(t) Voir le Rapport de la Commission d' enquête } t. H, p. ?24« 



270 SECONDE RÉPUBLIQUE FRANÇAISE. 

nationale née avant terme du suffrage universel. On a de* 
mandé aux officiers de garder nationaux «'ils marcheraient 
contre elle le cas échéante les votes démocratiques n'ont été 
donnés que sur la foi de cette promesse. Les Bulletins de la 
République ont officiellement répété cette objurgation con- 
ditionnelle. «Chasser l'Assemblée si.... » devient le mot 
d'ordre universel de la presse et des clubs. Des placards 
signés de noms qui font aux classes moyennes l'effet du 
drapeau rouge qu'on présente aux bœufs des arènes, le 
répétaient sur tous les tons. Le si suspendu à toutes lèvres 
ne demandait qu'à disparaître et à substituer au condi- 
tionnel le présent de l'infinitif ; a Chasser l'Assemblée! » 
Ce fut bien pis quand l'Assemblée vint et que, au début de 
sa carrière, alors qu'elle en était encore à se constater elle- 
même, on ^aperçut que certaines élections ne se présen- 
taient pas à la barre pures de toute frauduleuse manoeuvre. 
Le premier prétexte était trouvé. 

Mais comme au total, ces infractions n'étaient pas nom- 
breuses, qu'en les multipliant parla calomnie additionnée 
de mensonge , on n'en pouvait pas faire le motif d'un sou- 
lèvement, il fallut trou ver quelque stimulant plus puissant. 
Quanta l'Assemblée, devenue le but des factions par esprit 
<le paresse et ajournement, par l'instinct politique des 
séditieux comprenant que le pouvoir collectif est bien 
moins rapide à la riposte que le pouvoir individuel, par la 
nécessité depréparer les esprits à une nouvelle journée (ce 
qui rejetait sous le règne de la Chambre un coup qu'on eût 
tenté contre le Gouvernement provisoire), elle devient bien- 
tôt non plus un ennemi indifférent, mais un réel objet de 
haine. Tous les candidats restés sur le carreau, tous les 
gens qu'effrayait la présence des royalistes et des prêtres 



ASSEMBLÉE CONSTITUANTE. 271 

dans un corps destiné à donner une Constitution à la Répu- 
blique, devinrent, avec les factions, les gens de désordre et 
la multitude qu'entraîne le courant démocratique, les enne- 
mis de l'Assemblée. A peine la connaissait-on qu'on la 
voulait détruire. 

Le prétexte, cette chose saisissante, passionnée, attrac- 
tive, qui soulève les masses, manquait encore. Le vent 
l'apporta de la Pologne. Fortune incomparable 1 En pa- 
reil cas, l'excès de ce qu'on nomme le chauvinisme n'eat 
jamais à craindre. Les débris héroïques des bandes de 
Mieroslawski venaient chaque jour aux tribunes des clubs 
dérouler le pathétique tableau des massacres de Posen, de ' 
Xionz et de Cracovie. La vieille affection de la France pour 
la Pologne se réveilla dans le peuple avec une énergie for- 
midable. Les murs se couvrirent de placards où éclataient 
ces sentiments d'enthousiasme. 

Les politiques à l'affût d'un prétexte, l'avaient trouvé. 
Une manifestation pour le rétablissement de la Pologne 
suffisait pour remuer les masses et couvrir les complots. 

La cause polonaise l'emportait sur la fureur qu'excitait 
dans Paris le retentissement des affaires de Rouen. La ter- 
rible lettre de M. Blanqui, publiée le 2 mai, le cri de M. Barbes 
dans la séance du 8, l'apologie de la réaction rouônnaise 
faite le même jour par M. Senart, la demande d'enquête 
faite le 10 par M. Barbes, la pétition du club des Antonins 
demandant que la garde nationale de Rouen fût désarmée, 
déclarée traître à la patrie, que le général Ordener fût 
arrêté,— rien ne put contre-balancer l'idée de la Pologne 
et d'une manifestation. 

Il ne nous reste donc plus qu'à nous rendre compte de 
cette date du 45 mai. Los faits vont nous l'apprendre. 



272 SECONDE RÉPUBLIQUE FRANÇAISE. 

A peine ridée d'une manifestation a-t-elle germé dans les 
esprits, qu'elle gagne, comme le feu, de quartier en quar- 
tier. C'est du Comité centralisateur, ou club des clubs, pré- 
sidé par Huber, que l'idée a été lancée à travers l'imagina- 
tion des Parisiens. L'Assemblée l'apprend. Elle s'émeut. 
M. Bûchez, président, est investi du droit de requérir la 
force armée ; prérogative évidemment arrachée aux attri- 
butions du pouvoir exécutif. Un décret interdit en outre 
aux pétitionnaires de paraître à la barre de l'Assemblée. 

Ainsi préparée, l'Assemblée attend. Une première pani- 
que s'empare d'elle le 9. C'est le tour de la 12 e légion de 
monter la garde au Palais-Bourbon. Barbes commande 
cette légion, de sorte que l'Assemblée se voit gardée par 
l'ennemi. Elle appelle la H 9 légion, dont l'esprit est fort 
différent, dans le but de neutraliser le danger. Le danger 
n'existe pas. La journée se passe paisiblement. L'Assemblée 
se rassure. 

Il n'était pas possible qu'une idée prit ainsi possession 
exclusive de Paris sans trouver un écho dans l'Assemblée. 
Le 10 mai, au moment où la Commission executive venait 
d'être constituée, M. Wolowski monta à la tribune et lut, 
au nom des délégués de la Galicie, de Cracovie et de Posen, 
une adresse dans laquelle ils réclamaient l'assistance de la 
France en faveur de la Pologne, a Je conclus, dit l'orateur, 
en m'adressant au pouvoir exécutif et je demande qu'il 
agisse. Je demande en outre à la Chambre qu'elle fasse appel, 
par voie de proclamation, à la nation allemande, à la diète 
de Francfort, pour sauver la cause de la Pologne. » La 
proposition, accueillie avec faveur, fut appuyée par un Repré- 
sentant, M. Ducoux, dont la voix forte et sonore fit quel- 
que impression sur l'Assemblée lorsqu'il s'écria : « Serons- 



ASSEMBLÉE CONSTITUANTE. 273 

nous donc toujours sourds à la voix des peuples? » Un 
autre député, M. d'Aragon, pria l'Assemblée de vouloir bien 
lui fixer un jour pour adresser des interpellations à M. de 
Lamartine sur les affaires d'Italie. M. de Lamartine de- 
manda du temps. « Que le préopinant fixe lui-même le jour 
où j'aurai à lui répondre, » articula-t-il. a Je demande à 
interpeller M. de Lamartine lundi prochain. » — c J'accepte 
lundi. » 

Or ce lundi choisi sans préméditation probable et unique- 
ment sans doute parce que le lundi est le premier jour de la 
semaine, ce lundi portait au calendrier la date fatidique du 
15 mai! 

Avec quelle nonchalante indifférence la Providence mar- 
que à l'avance les jours prédestinés! Et combien n'est-on 
pas frappé du caractère irrévocable que prennent aussitôt 
ces arrêts anonymes d'une loi plus forte que l'homme ! 

La journée avait d'abord cherché son prétexte; un vul- 
gaire incident lui envoyait sa date. 

A peine ce jour a-t-il été marqué d'une première craie, 
qu'aussitôt un stigmate nouveau le vient désigner à la vi- 
gilance des factions: C'est M. de Montalembert qui, cette 
fois, va faire la chaîne des événements. Il monte à la tri- 
bune et demande qu'il soit immédiatement répondu à 
M. Wolowski. a Si pourtant, ajoute-t-il, le ministre des 
Affaires étrangères croit ne pouvoir répondre que lundi 
prochain... » — a A lundi ! A lundi! » s'écrie l'Assemblée. 
Et comme si le mot n'était pas assez bien gravé dans les 
esprits : « Je demande, articule M. de Montalembert, si 
les interpellations sur la Pologne auront lieu avant ou après 
celles sur l'Italie? » — a Le même jour, » répondent des 
voix diverses, — les voix confuses et mystérieuses de la 
II. 18 



274 SECONDE RÉPUBLIQUE FRANÇAISE. 

destinée. Le même jour h Pologne, et f Italie : Péliou sur 
Ossal Et qui donc conspire en ce moment? Personne. C'est 
manifestement l'homme qui s'agite; le destin, la loi, le 
grand inconnu le mène. > 

Car ce n'est ici ni la préméditation, ni ce qu'on nomme 
le hasard qui fixe cette date. Les faits s'engendrent, se dé- 
duisent, jusqu'à des proportions infinitésimales. Le minis- 
tre a besoin de tetops ; quatre ou cinq jours doivent lui suf- 
fire*, On est alors au mercredi. Samedi serait trop tôt et sa- 
medi est la veille du jour interrupteur, le dimanche. Lundi 
s'épanouit au bout de cette logique de cuisinière, et Ja 
Saint-Barthélémy, le 10 août, les journées de juillet, celles 
de février ont uue date. 

M. Wolowski nous offre plus loin l'image de l'homme en 
lutte contre la destinée qui l'étreint, 11 insiste pour qu'on 
lui réponde de suite, ou sinon demain, ou sinon samedi. 
« Lundi! » réplique l'Assemblée. Uue issue pour échapper 
à cette date fatale semble s'ouvrir : « Occupons-nous de 
nois affaires d'abord, » dit une voix pleine 'de sen?. M. Wo- 
lowski veut qu'on s'occupe de la Pologne, a Où nous con- 
duisez-vous? » avait-il dit le 22 février à M. Odilon Barrot. 
Celui-ci, courant après un portefeuille, était tombé dans le 
cîjsse-cou d'une révolution. Quant à JVÎ. Wolowski, Polonais 
plaidant pour la Pologne, que pourrait-on voir en lui autre 
chose qu'un naïf instrument £e la Providence? « Je ne puis 
m'empêcher de penser, dit M. Proudhon, s'inclinant lui 
aussi devant la statue du Destin, que si, dans la matinée du 
ift mai, j'avais publié le quart du discours de M. Wolowski, 
j'aurais été infailliblement arrêté le soir, conduit àVin- 
cennes, traduit devant la Cour de Bourges, et puis en- 
fermé à Doullens , pour m'apprendre à avoir des idées 



.# 



*/'«* assemblée Constituante. 275 

éiâct^l 's^la^Cffiti^ue à'MètïëMdn et Bë Neutralité. » 

La moitié de la séance du 40 mai roula sur le riiot lundi. 
Le reste ftit consacre à invectiver M. Loiiiâ Bïànc tnêldnt, 
avec un orgueil insensé, sa personne à la question cfu pro- 
létariat. Et plus la màlvèillafocè dé la Cfhatîibrë Mitait l'épi- 
dérfàe de cette vanité froissée, pliis elle devenait iritôféra- 
ï>le. Ce fût un irïstè combat. Dés interpellations Vénïtàètiséè 
Venaient Renfoncer cotiime des flèches émpdiéôtîhë'es dàriè 
le ^œàr de ce petit hortmië obstiné à frapper lès entres de 
son front. H se gonflait en dignité pour résièter à l'ïnstalte; 
Hrtéultë l'attéignaït plus cruelle, plus inbisiVe. tJn Kepré- 
siêhtàût du nom malfàisàht de Freslon s'ëcrià brutalement : 
« Votre personne est en dehors dû débat et je regrette que 
vbiib l'y placiez si souvent. » Et comme M. touis Blanc par- 
lait de son dévouement à là cause du peuple : « Attendez 
donc la postérité! » s'écria insolemment M. Fresldri. Ce 
fut le sigiiàldii déchaînement général. M. Lobis Blanc ayarit 
àfeb insistance déclaré qu'il kôiitiendïàit là cairèe sacrée du 
pfetifrle, l'Assemblée se leva ttiut entière et fee ititt à clamer 
êtes trop satoir pourquoi, comme dèfe chiens qui aboient à 
là liitie. Les Rëprësebtaiits gesticulèrent avec ftiHé disant 
qu'ils étaient tous du peuple, qu'ils venaient iàÏÏÉ labour 
le pétople, et aii nom du peu'ple, et qu'ils venaient défendre 
ifes dirôitè du peuple. 

La moitié au moins de ces gens-là mentaliefnt. M. touis 
fifenc le savait bien. Il voulut se venger d'eux pUf* ûh trait 
dli'ônie : « Vous ne savez pas, citoyens, juàqti'à quel point 
v6ùs de tètlàëz heureux. » Ils protestëredt jp&t dé nouvel- 
les clameurs. Ces clameurs vdulàiènt dtfe qu'ils aVaient, au 
côtitrâiré, vôuHi lui faire le plus de peine pbëèible et qii'il 
'sbùfifcait cruellement quoiqu'il affectât d'être satisfait. 



2*36 SECONDE RÉPUBLIQUE FRANÇAIS. 

C'est ainsi qu'ils se préparaient à donner une Constitu- 
tion à la France! 

Un ouvrier horloger, le sieur Peupin, qui passait au camp 
de la bourgeoisie, vint ensuite à la tribune proposer d'une 
voix douce des moyens dilatoires. Les savants, les évêques, 
les nobles applaudirent cet homme qui venait à eux. Enfin le 
loyal Barbes se leva et, ramassant le gant de l'opprimé, il dit 
d'une voix ferme : « Je demande que nous décrétions que 
Louis Blanc a bien mérité de la patrie. » On n'osa pas inju- 
rier celui-là, mais la proposition n'eut pas de résultat. 

Deux griefs contre l'Assemblée furent acquis en cette 
séance à la journée du 15 mai. Une voix avait dit : La Polo- 
gne, l'Italie, la fraternité des peuples. Et l'Assemblée avait 
secoué la tête. Une autre voix s'était écrié : Occupons-nous 
de nos affaires. Et l'Assemblée avait répondu : On nommera 
des commissions, on fera des enquêtes. Le peuple dut en 
conclure que l'Assemblée ne voulait s'occuper ni de l'inté- 
rieur, ni de l'extérieur, et que le mieux était de la chasser 
de ce palais qu'elle emplissait d'inutiles bourdonnements. 

La journée du il fut remplie par des commentaires sur 
la formation du nouveau ministère qu'on nomma ministère 
de réconciliation parce que chaque parti fut représenté par 
un mandataire dans ce cabinet disparate. Au fond ce n'était 
que la continuation du système du radeau de la Méduse et 
de la loi agraire* 

Le lendemain la situation fit un pas décisif. Des délégués 
des clubs, des chefs de barricades et des délégués de corpo- 
rations se réunirent à la barrière de l'Étoile, chez un restau- 
rateur nommé Dourlans. La réunion était présidée par 
Huber, assisté de quelques amis de M. Sobrier. Le renver- 
sement de la Commission executive, le dispersement de 




. ,' ASSEMBLÉE CONSTITUANTE. 277 

YA*&t0Ét&0\8i nomination d'un Comité de salut public 
y fur8r!r3teidés. On comptait positivement sur une oppo- 
sition armée à la manifestation. Ce fait est fort important à 
noter. Le secret du dénoûment imprévu de la journée du 
15 mai gît peut-être dans cette fausse appréciation. Une 
tentative avorte quelquefois parce qu'elle ne rencontre pas 
un obstacle sur lequel ceux qui la mènent ont compté. — 
D'accord avec MM. Wolowski, de Montalembert et l'Assem- 
blée nationale tout entière, la réunion des chefs de barri- 
cades et des clubistes fixa le jour de la manifestation à ce 
15 mai déjà triplement désigné. 

Une sorte d'essai, qui suffit à prouver la convergence 
d'éléments divers et indépendants, eut lieu le 13 mai. Dans 
cette affaire il ne fut question que de la Pologne. Six mille 
hommes se réunirent sur la place de la Bastille et se for- 
mèrent en colonne. Ils parcoururent, en bon ordre, la 
longue ligne des boulevards jusqu'à la place de la Concorde. 
Les cris de Vive la Pologne l qu'ils poussaient chemin fai- 
sant étaient répétés par la population. Dix délégués choisis 
par eux furent introduits dans le palais de l'Assemblée. 
M. Vavin les reçut et se chargea de remettre leur pétition 
et de l'appuyer. La manifestation se retire satisfaite 
sur la foi de cette promesse. M. Vavin entre dans la salle 
des séances et veut lire la pétition. L'Assemblée s'y oppose. 
M. Vavin insiste, a Le règlement avant tout 1 » s'écrie 
fanatiquement M. Luneau. — La lecture est renvoyée au 
lundi 15 mai. 

Or ce qu'il importe de remarquer, c'est que ce 45 mai 
déjà si chargé n'attire l'attention de personne. Sans la réu- 
nion chez Dourlans, la police elle-même n'en saurait rien. 
Quant à la population et à la Chambre, elles ne se doutent 



278 SECONDE RÉPUBLIQUE FRANÇAISE. mÊt' * 

guère qu'elles marchent à une sédition, gn^ttfejf fc ™ ?p- 
teQ^etlui fixent une date. V * 

Comme si la répéliiipn n'était pas complète, comme si 
lpç griefe accumulés ne suffisaient pas, la colonne écon- 
d^ite entend résonner le rappel dans la pjrçmièrp et la se- 
conde légion. Les gardes nationaux, l'injure e\ la menace à 
la bouche, marchent à sa rencontre. Et chacun rentre cbez 
soi emportant le trésor de sa hajjaç qui grossit, comme une 
boule d$ neige, de tput <# qu'elle rencontra. 

Dans la même journée , une émotion assez vive 3e 
manifesta aux ateliers nationaux. Sur la proposition de 
M. Garnier-Pagès, il avait été décidé par le Gouvernement 
que les listes de ces ateliers seraient closes, que des listes 
d'engagements militaires pour les ouvriers de 1$ à 25 ans 
seraient ouvertes, et qu'on renverrait dans leur pays cçux 
qui refuseraient de contracter cet engagement. Lps ateliers, 
nationaux durent, à ce signe, comprendre qu'ils étaient 
menacés dans leur existence. Us allaient par conséquent ap- 
partenir à l'émeute. 

Le soir de cette journée du 43, on vit au pied des mu- 
railles des groupes nombreux, animés. Un ordre du jour 
du général Courtais aux gardes nationales de la Seine cau- 
sait ces attroupements. L'ordre du jour était ainsi conçu : 
« Le général commandant supérieur s'empresse d'informer 
les gardes nationales du département de la Seine que l'As- 
semblée nationale a décidé que la seconde grande fête de 
la République quidevaitavoirlieu demain M, serait ajpurnée 
au dimanche 21 de ce mois (i). » L'Assemblée n'avait rien 
décidé de semblable. Elle avait, au contraire, dans la séance 

(1) Moniteur universel du 14 mai 1848. 



ASSEMBLÉE CONSTITUANTE. 279 

du 41, décrété le maintien de la fête pour le 14(1). Le pu- 
blic le sâVait et s'étonnait à juste titre. 

Rien ne déroute le public comme un mensonge du Gou- 
vernement. Alors même que ce mensonge est patent et 
porte sur un objet secondaire, le peuple n'en prend pas ai- 
sément son parti. De l'étonneaient il passe a l'humeur. La 
convention sur laquelle repose toute société s'écroule en 
effet dans la conscience du citoyen qui surprend le pouvoir 
en flagrant délit de tromperie. 

Le général Courtais et la Commission executive avaient 
ajourné laféte pour un motif pérémptoire : les préparatifs n'é- 
taient pas terminés. Rien n'eût été plus simple que d'en faire 
l'aveu, si des considérations d'une nature très- différente ne 
se fussent mêlées à cet obstacle matériel. Irrités du mépris 
dé l'Assemblée nationale pour le décret du Gouvernement 
provisoire relatif à l'organisation du travail, les délégués 
du Luxembourg avaient publié dans les journaux popu- 
laires du 11 un manifeste où ils déclaraient qu'en réponse 
au refus de créer un ministère du Travail et du Progrès, ils 
ne paraîtraient pas à la fête. Ils se séparaient d'un Gouver- 
nement qui, selon eux, trahissait les promesses faites sur 
les barricades de février. La typographie parisienne se re- 
fusait aus*i, et par les mêmes motifs, à assister «a cette pré- 
tendue fête de la Concorde. » 

Les anciens détenus politiques publiaient le même jour 
une déclaration analogue : a Des républicains, disaient-ils, 
ne peuvent se livrer à la joie lorsqu'ils portent le deuil dans 
leur cœur (2). » Cet incident se compliquait de l'arrivée 

(1) Moniteur universel du 12 mai 1848. 

(2) Voir, pour ces trois déclarations, le Représentant du Peuple des 13 et 
14 mai 1848. 



280 SECONDE RÉPUBLIQUE FRANÇAISE. 

d'un grand nombre de délégués de la province qui, sur la 
foi du décret de PAsseinblée nationale, venaient pour as- 
sister à la fête. 

La cause des attroupements du 43 n'était pas de telle na- 
ture que le Gouvernement dût s'en émouvoir. Il s'agissait 
d'une fête retardée. La Commission executive leur donna 
un caractère politique par une proclamation où, tout en 
protestant de son respect pour les droits de réunion, de 
discussion et de pétition, elle interdisait les attroupements. 
On ne put oublier que, la veille, le rappel avait été battu 
contre de paisibles pétitionnaires. 

Mais la proclamation de la Commission executive se rat- 
tachait à des mesures générales nécessitées par l'immi- 
nence du danger. En effet, dans la matinée du 14, les agi- 
tateurs, loin de faire un mystère de la manifestation du 
lendemain, placardaient sur les murs de Paris une convo- 
cation qui fixait le rendez-vous du peuple à dix heures du 
matin, place de la Bastille. Cette convocation était signée 
par Huber et Sobrier. 

Le même jour, Huber publiait une lettre où il repoussait 
énergiquement toute pensée de projets anarchiqiies de la 
part des pétitionnaires. Les clubs déclaraient de leur côté 
qu'ils se rendraient à la manifestation avec « des intentions 
toutes pacifiques. » Ce langage contraste avec certaines dis- 
positions dont le Gouvernement, à demi complice, ne pa- 
raissait point s'apercevoir. Des fabriques d'armes avaient 
été montées sur divers points de Paris, notamment rue du 
Chantier, et barrière de la Santé. La Commune de Paris, 
dans son numéro du U mai, servait en guise de littéra- 
ture à ses lecteurs un feuilleton, signé Scipion Dumoulin, 
vice-président du club de la Révolution sociale, indiquant 



ASSEMBLÉE CONSTITUANTE. 281 

la manière la plus facile et la plus économique de fabri- 
quer la pyroxile ou poudre-coton. 

Sous l'impression du mécontentement excité par les me- 
sures relatives à la fermeture des listes et à l'enrôlement, 
les ateliers nationaux, dont on avait voulu faire les ennemis 
des délégués du Luxembourg, réfléchissaient. Leurs haines 
non motivées s'apaisaient. Entre les deux autels un rap- 
prochement s'opérait. Les idées socialistes germaient dans 
ces masses que la mairie de Paris (la faction Marrast, 
Marie, Garnier-Pagès) nourrissait depuis trois mois pour la 
guerre civile. Éclairés sur la valeur de leur fantastique di- 
recteur, M. Emile Thomas, ils devenaient de jour en jour 
moins faciles à meuer. On eut beaucoup de peine à les em- 
pêcher d'aller féliciter M. de Lamartine de s'être réuni à 
M. Ledru-Rollin. Une grande partie d'entre eux résolut de 
faire partie de la manifestation du 15 mai. 

La fête promise n'ayant pas eu lieu le 14, les délégués 
des gardes nationales de la province se réunirent au Palais- 
National, afin de se concerter sur la conduite qu'ils devaient 
tenir. Ils convinrent de demander que la fête eût lieu le 16. 
Une commission se rend auprès de M. Recurt, ministre de 
l'Intérieur. On la fait attendre pendant deux heures. M. Re- 
çu ri paraît. Il déclare s'en référer à la Commission execu- 
tive et promet qu'après l'avoir consultée il viendra, place 
Vendôme, rendre réponse aux délégués. Ceux-ci se ren- 
dent place Vendôme et attendent. La journée s'écoule. Le 
ministre ne paraît pas. Exaspérés, les délégués envahis- 
sent la cour du ministère de la Justice afin do délibérer. 
M. Flocon se trouvait là, par hasard. On le saisit à la cra- 
vate, on l'invective. M. Recurt arrive enfin. ïl dit que la 
fête ne peut avoir lieu le 16. Il offre par compensation 



282 SECONDE RÉPUBLIQUE FRANÇAISE. 

quatre représentations gratuites à divers théâtres. On le 
hue. Il offre une revue pour le mardi. Les délégués se re- 
tirent furieux et mystifiés. Puisqu'ils n'ont pas de fête, ils 
s'en donneront une. Ils assisteront à la manifestation du 
lendemain, 15 mai. 

Il y a des jours pour les gouvernements comme pour les 
individus, où tout va au plus mal. 

La police ignorait d'autant moins ces projets qu'elle y 
trempait pour son propre compte. Elle constata plus tard, 
lorsqu'elle eut à comparaître devant la commission d'en- 
quête, que des conciliabules nocturnes avaient lieu dans le 
cabinet même du ministre de l'Intérieur, et que des affi- 
ches incendiaires, sortant de ce même ministère où s'agi- 
taient des projets d'annulation des élections, furent placar- 
dées par des hommes de garde au poste de l'hôtel. 

Dans la soirée du 14, le commissaire de police Samson 
fit un rapport très-précis et très-formel au général Cour- 
tais, sur ce qui' devait arriver le lendemain. M. Marrast, 
qui, la veille même, venait de faire donner a Huber la 
place de régisseur du Raihcy (1), comptait sur lui pour dis- 
siper la manifestation dont l'effet moral, selon son calcul, 
devait tourner au profit île la faction des républicains mo- 
dérés. M. Lcdru-Rollin avait conservé une influence au 
ministère de l'intérieur , en faisant nommer M. Carteret 
sbus-secrétaire d'État, et M. Panisse chef de division de la 
sûreté générale. Aussi bien informé qu'on pût l'être, il 
comptait sur M. Sobrier pour arrêter la manifestation sur 
la pente d'une sédition. « Si je suis entraîné au delà de ma 

| î • • ■ • '':'■• 

(!) Le samedi on le dimanche matin, il avait reçu de l£. Vavin une commis- 
sion comme gouverneur du Raincy. {Rapport de la Commission d'enquête, 
t. I,p.64.) 



ASSEMBLÉE CONSTITUANTE. % 283 

yalont$, «jisaif jj|.. l^u-f^Uin, il ipe rester^ tpujouçs açsje$ 
de tepaps pour m? brûler la ceryelle. » ff. 4e Lamartine 
comptait également sur ]$. ^obrier. Comme MM. Marrast 
et î.edrii-^olUn, ij s'imaginait t^rer de la manifestation 
juste cç qu'il e^ fallait pour les besoins de sa cause. Il 
ay^it y { u ty . Blanqui, et celuf-ci avait proies d'arr^tçr la 
colonne à la Madeleine. 

Quant à MM. Albert et Louis Bl^qp, ils passèrent la soirée 
au spectacle. M. Çays^^ère quj, depuis la nppnnejtion de 
M. Recurt, n'ayant pas upe seule fois pa^u à\x jgirij^tère 
de l'Intérieur, ne donnait aucun signe de vie. a Je sayais, 
tj-t-il écrit depiûs, qije Jçs chefif lp? plft? sériç^x du parti 
populajre, leurs elutys et leurs jqqrnaink avaient résolu de 
rester étrangers à upe démarche prématurée, la question 
de la Pologne devant être dépidée ce jour-là pap les Repré- 
sentants du peuple. » 

Il e$ ymqup l$fl. Cajbpf, proydbon, BJ#nqui et Raspajl 
ne témoignaient pas d'une grande confiance dans le mou- 
vement. Le premier avait décidé son club à s'abstenir; le 
second blâmait dans son journal la manifestation. M. Blan- 
qui avait dans la soifée conseillé beaqpoup c(e réserve à ses 
fidèles. « Il y a deux courants dans la société, s'éta,it-il 
écrié, c'est le courant £e la réaçtjop qui domine en ce mo- 
ment; lp ministère, où qp^ avpjps des nôtres, est lui- 
même emporté par le torrent. Mais attendez, attendez cinq 
à six semaines, et alors les vents et les flots seront pour 
nous. » M< Raçpail fit promettre à ses adhérents qu'on s'en 
tiendrait à remettre la pétition à la barre de l'Assemblée. 

Quant à Barbes, aveuglé par sa baipe croissante contre 
M. Blanqui, il le voyait en toutes choses et se méfiait de 
toute agitation, au bout de laquelle il entrevoyait» comme 



284 SECONDE RÉPUBLIQUE FRANÇAISE. 

un funeste mirage, la dictature de son ennemi. Enfin une 
partie des clubistes les plus déterminés, craignant une tra- 
hison d'Huber en faveur de M. Marrast, prenaient, dans la 
nuit du 14 au 15, la résolution d'arrêter la manifestation. 

Mais dans cette même nuit, le club des Droits de l'Homme, 
présidé par l'athlétique M. Villain, et dont l'organisation 
armée était formidable, prit la résolution de marcher. Cette 
société, organisée de façon à pouvoir indéfiniment élar- 
gir ses cadres, comptait alors environ vingt mille hommes 
armés. Elle se déclarait en permanence à la moindre agi- 
tation. 

La Chambre, moins bien informée que la Commission 
executive, voyait avec une émotion fort naturelle grossir 
un projet dont elle était loin de connaître l'inextricable 
confusion et les divergences infinies. Des groupes se for- 
mèrent dans la journée du dimanche. Une réunion de mem- 
bres de l'Assemblée appartenant au parti avancé, eut lieu 
dans une maison de lame des Pyramides, attenante à l'hôtel 
où M. Sobrier avait établi sou quartier général. M. Joly 
(de la Haute-Garonne) présidait. À part l'objet de la délibé- 
ration, qui roulait sur la formation d'une liste de candidats 
pour la commission de Constitution, l'affaire importante 
était la journée du lendemain. MM. Détours et Greppo, qui 
venaient de chez M. Louis Blanc, fureut questionnés. Us 
déclarèrent que la manifestation serait sans doute pacifique, 
que MM. Louis Blanc et Barbes y étaient entièrement oppo- 
sés, et qu'ils parcouraient Paris dans le but de la faire 
avorter. 

Le même groupe de Représentants se réunit le soir même 
dans la bibliothèque du conseil d'État, sous la présidence 
de M. Marrast, qui excitait déjà beaucoup de défiance chez 



ASSEMBLÉE CONSTITUANTE. 285 

les républicains. Ou agita la question de la Pologne et de 
l'Italie. La réunion entière était à la guerre, à. l'exception 
de M. Babaud-Laribière, Représentant de la Charente. Il fit 
observer qu'une guerre européenne pouvait entraîner la 
perte de la République. On traita la politique de M. Ba- 
baud-Laribière d'anti-républicaine et de matérialiste. Il fit 
modestement remarquer que cette politique était celle de 
Maximilien Robespierre. Alors on avoua qu'il fallait frapper 
l'imagination des peuples, et se débarrasser du trop plein 
de la population. Étrange politique pour des républicains 
spiritualités ! Quant à la manifestation, M. Marrast assura 
qu'elle n'aurait rien de sérieux, a Ne vous y fiez pas, dit en 
sortant M. Joly à deux de ses collègues; j'ai déjeuné ce 
matin à l'Hôtel de Ville avec Marrast, et il m'a montré un 
rapport de police annonçant que la manifestation serait 
formidable et hostile à l'Assemblée (i). » 

A l'exception du public, que les révolutions surpren- 
nent toujours, il n'y avait pas à Paris un homme politique 
qui ne prévît de grands troubles pour la journée du lende- 
main. Dans une situation aussi critique, quels que fussent 
les intérêts de ses membres, la Commission executive ne 
pouvait se dispenser de prendre des mesures ostensibles. 
Elle se réunit en permanence le 14, dans ce palais du petit 
Luxembourg, tout peuplé des galants souvenirs du Direc- 
toire, et qu'elle avait maladroitement choisi pour résidence. 
Elle prit le parti d'appeler le lendemain quatre mille hom- 
mes de garde nationale pour défendre les abords de l'As- 
semblée. La garnison devait se tenir prêté à marcher. Au 
besoin, des troupes du dehors seraient appelées. Quatre 

(1) Voir Y Histoire de ï Assemblée nationale constituante, par M. Babaud- 
Laribière, t. I, p. 25. 



286 SECONDE RfoUBLIOUis FRANÇAISE. 

bataillons de garde mobile se réuniraient non loin du 
Palais-fidùrbon. Le reste de cette troupe, coùfeigùé aux ca- 
sernes, resterait à la disposition du pouvoir. 

La Commission décida ensuite Qu'elle éhtetidrait trois 
rtppftrts par jotor. Le niaiire de Paris et ie préfet de police 
fhrerit cdftvo4ué!s pour deux heures. Ni l'un iii l'autre de 
ces bauts foùctionnaires ne prit la (tèinè de feé rendre au 
pfetït Luxeiiàbôùlrg. Là Cortitûifeâiôn ieiëcutiVé éùbît l'rtijure 
et décida qu'elle relirait aiix dubs les locaux appartenant 
à des établissements publies. Le inoWérit était singulière- 
ïftéht choisi ^oiir preridre une mesure Iqùi devait Irriter 
tarit d'ennemis encore incertaine. Et n'était-il pas bien tard 
pour réformer un àbiis dbntles conséquences allâïeht écla- 
ter le lendemain? 

Le ÊfiSsiidënt àe rAsstèmblée natibiialè prenait de son 
côté les dispositions 'd'urgence. Renseigné par dés rtfpporti 
"âsëèz précis sur ïés projets des agitateurs, il donna, dans la 
fc'ôïrèe du Ji, sèfè ordres au préfet de police. 

« Ôii ië prépare à reprendre dfemahi 6e qui a été en partie 
ffiàntjiié hier, éfriVàit-tt. Une poigtléè de fàfctieui, de fous 
et d'étourdis attente ainsi à la souveraineté taêrhè du peu- 
ple. Je vods prie de prebdre toutes les mesurés nécessaires 
pltftir que le ÉûcfUvènïeut'avorte ièt n'approche pèk tûëme dti 
voyage dé rAàyeintilée. » JH. Caussidîière, qui ti'aVaît fcias 
tèbù coïhjltétfe Mtovïtttiôû de la Gbibmissioh èiëcùtivè, he 
Véiiiul'guère dés ordres de M. BUchez. Il garda la plus 
complète inaction. Le lèudemaih seulement, il écrivît au 
président de l'Assemblée, à la Commission executive et du 
Igériéïal Couftais dans un sétià qui couvrait, en l'amoindris- 
sant, la manifestation. Il ne redoutait d'agression, disait-il, 
« que de la part de quelques membres du club Blanqui, 



ASSEMBLÉE CONSTITUANTE. 287 

qui seront, dit-on, armés de pistolets, qu'ils tiendront 
cachés. » La Commission executive, qui semblait croire à 
la préfecture de police et compter sur l'intervention des 
Montagnards et des Lyonnais, déclara plus tard à la Com- 
mission d'enquête a qu'elle n'était pas sûre de M. Caussi- 
dière, qu'il n'y avait pas de police. » 

Dès le matin du 15 mai, la place de la Bastille se couvrit 
de groupes. Et bientôt ils ne formèrent plus qu'une seule 
masse. A mesure que les bandes arrivaient, bannières en 
tête, des chefs leur assignaient leur rang. A dix heures, la 
colonne s'ébranla et, comme un serpent roulé sur lui-même, 
elle se déplia lentement par les' boulevards. On comptait 
près de cent corporations avec leurs bannières différentes. 
Les pavillons étrangers miroitaient au soleil parmi les gui- 
dons du travail. Cent cinquante mille hommes s'avançaient 
ainsi criant comme une seule voix : a Vive la République ! 
Vive la Pologne! » Les agitations des peuples antiques 
n'approchèrent point d'une telle grandeur. 

MM. Huber et Sobrier marchent à la tête de cette formi- 
dable multitude. M. Raspail et son club sont en quelque 
sorte à Tarrière-garde. 

Il n'y avait plus un moment à perdre pour sauver l'As- 
semblée. Kéunie au petit Luxembourg depuis huit heures 
du matin, la Commission executive prenait des mesures 
marquées d'ailleurs du caractère d'indécision qu'on a pu 
observer la veille. Il en est ainsi de tout pouvoir faible et 
mal obéi. Un piquet de garde nationale tient la tête du pont 
de la Concorde. La garde mobile rangée sur les trottoirs 
laisse la chaussée libre. Elle couvre aussi les degrés du 
palais en face du pont. Quant à la garde de l'Assemblée, 
on l'avait uniquement composée de garde nationale séden- 



288 SECONDE RÉPUBLIQUE FRANÇAISE. 

taire et mobile. 4000 hommes de la l re légion et 1000 de 
la 3 e devaient en outre garder la place de la Concorde ; 
4000 de la 2« protégeaient les Tuileries et le quai ; 1000 de 
la 4 e étaient postés au Louvre. Ces 4000 hommes devaient 
se porter sur l'Assemblée en cas de danger et être rem- 
placés par la 5« et la 6 e légion ; la 8 e et la 9 e couvraient l'Hô- 
tel de Ville ; la 11 e et la 12 e , le Luxembourg. Le comman- 
dant de la 1" division militaire avait reçu Tordre de tenir 
la garnison prête à marcher et à défendre un certain nom- 
bre de postes assignés. A son premier appel, les garnisons 
de Saint-Denis, Versailles, Melun, Fontainebleau et Orléans 
devaient faire jonction à Paris. Les troupes présentes s'éle- 
vaient au chiffre de 9,822 hommes dont 6,156 à Paris, le 
reste dans la banlieue. On sait que la garde mobile, consi- 
gnée aux casernes, devait en outre fournir quatre batail- 
lons pour protéger les abords de TAssemblée. 

La Commission executive s'assure que ses ordres sont 
exécutés. Le ministre de l'Intérieur l'informe des concilia- 
bules de la nuit. Elle donne l'ordre d'arrêter les clubistes 
les plus exaltés. Le préfet de police est appelé pour la 
seconde fois. Il ne paratt pas et s'excuse en disant qu'il a 
mal au pied. Plus tard, M. Caussidière se plaignit qu'il 
n'avait pas reçu d'ordre. Il se contenta d'envoyer dire à la 
Commission executive, par un officier d'ordonnance, que 
la manifestation était en marebe, que des hommes sûrs la 
conduisaient. Plus mal renseignée que le dernier des clu- 
bistes, la Commission executive invite tardivement les 
maires d'arrondissement, le maire de Paris, les états-ma- 
jors de la garde nationale, de la place et de la première 
division militaire à lui rendre compte de la situation de 
quart d'heure en quart d'heure. 



AJKKMBLÉE CONSTITUANTE, 289 

La colonne a marché pendant ce temps. Elle s'est grossie 
de groupes enflammés par les déclamations des orateurs de 
la borne. Jusqu'à la rue Richelieu, elle conserve Tordre et 
le calme. Arrivée à la Madeleine, la confusion se met dans 
les rangs. Les harangueurs, accrochés aux grilles, vocifè- 
rent des imprécations contre l'Assemblée. L'un parle de 
l'Italie, l'autre de la Pologne, le troisième du ministère du 
Progrès. C'est la confusion des langues, des causes et des 
systèmes. C'en est fait de cette imposante unité qui, à l'aide 
d'un prétexte, pouvait faire une révolution. La multitude 
s'est répandue sur la place de la Concorde. Un vieillard à 
cheval s'avance au-devant d'elle. C'est le général Courtais. 
a Vive le général Courtais! le général du peuple l » s'écrie 
la foule. A l'instar de Lafayette, M. de Courtais montait un 
cheval blanc. Plus que M. de Lafayette lui-même, M. de 
Courtais se laissait aller aux douceurs des ovations popu- 
laires. Sa fibre ne résistait pas à l'espèce de titillation que 
produit sur la plupart des hommes l'approbation des mas- 
ses. Il fut aisé aux roués du clubisme de tirer parti de la 
complexion de ce bonhomme. Il promit tout ce qu'on vou- 
lut. Grâce à lui, la garde mobile remit la baïonnette au 
fourreau, et le club Blanqui, dépassant les timides et les 
indécis, s'élança au cri : «'En avant! » poussé par de 
vigoureuses poitrines. 

La garde mobile, échelonnée sur les marches du palais, 
riait à la vue de cette masse qui s'engouffrait entre les pa- 
rapets du pont et escaladait déjà les grilles. Réduite à l'inac- 
tion, cette garde se souvenait de son temps passé. Enve- 
loppé en un moment du côté de la place de Bourgogne et 
des quais par des masses d'une profondeur incalculable, le 
palais fut bientôt envahi. Les excitations de tout genre aug- 
u. W 



290 SECONDE RÉPUBLIQUE FRANÇAISE. 

mentaient celte furie. Un soleil tropical tombait sur cette 
foule échauffée comme dans une fournaise. Un cri vibrant 
à briser le tympan, s'échappait de toutes lfsffeitrines. Ge cri 
sans articulation distincte voulait sans doute dire : Vive la 
Pologne/ Ghaque chef exaltait ses hommes du geste. A une 
fenêtre d'un calé voisin, une grosse dame polonaise, ruis- 
selante de sueur et portant sur la poitrine je ne sais quelle 
médaille, se penchait pour embrasser les insurgés. Madame 
George Sand était, disait- on, dans le même café en com- 
pagnie de cette femme patriote. 

La séance de l'Assemblée constituante s'était ouverte à 
midi dans le calme et la monotonie d'une journée ordi- 
naire. Après une réclamation de M. Lacrosse, relative à 
l'insertion au Moniteur de Tordre du jour du général Cour- 
tais, le président donna lecture d'une lettre de M. de Béran- 
ger. Le vieux chansonnier, comme s'il eût pressenti qu'il 
ne devait se commettre que des fautes, et que, par-avance, 
la République était perdue, réitérait l'offre de sa démis- 
sion (1). Le philosophe fuyait le tumulte des discordes ci- 
viles. L'oiseau chanteur rentrait , comme eût dit le poêle 
Hégésippe Moreau, « loin du bruit dans la mousse; oet 
M. d'Aragon demandait à M. Bastide, embarrassé, compte 
de la situation de l'Italie. 

Sur ces entrefaites, M. de Lamartine entra. Avant de se 
rendre à son banc, il se pencha à l'oreille du président. La 
Chambre comprit que le danger approchait. M. de Lamar- 
tine promit de donner plus tard la réplique à M. d'Aragon 
et passa la parole à M. Wolowski. Cet orateur débuta par 
les lieux communs ordinaires sur la gravité de la question 

(1) Voir aux Pièces justificaUvet, u. 13. 



ASSEMBLÉE CONSTITUANTE. 291 

et s'écria cavalièrement : a Je ne ferai à personne dans cette 
enceinte l'injure de croire qu'il ne soit pas entièrement dé- 
voué, fortement dévoué à la cause de la Pologne (1). » A 
peine achevait-il cette phrase singulière qu'un bruit formi- 
dable, quoique sourd encore, gronda au dehors. C'était le 
mugissement 4u peuple qui déjà battait, à flots pressés* les 
murs du palais. Dans ce mugissement articulé, on distin- 
guait ces mots : Vive ta Pologne/ Un tel choral soutien- 
drait léchant du plus humble des orateurs. Mais pour peu 
que la voix mugissante, formée de cent mille voix, se rap- 
proche ou s'élève, elle l'écrase. M. Wolowaki ne tarda {pas 
à s'en apercevoir. Il avait beau élever le ton du discours, il 
ne pouvait se mettre au diapason de la situation. L'océan 
n'est pas une guitare faite pour ce pauvre murmure qui 
tombe de nos lèvres. 

Un frémissement parcourut l'Assemblée. Les cris du de- 
hors redoublaient de force. Un Représentant se leva et dit : 
« Le devoir de l'Assemblée nationale est d'être à son poste 
dans une circonstance aussi grave que celle-ci. » Quel- 
ques-uns songent à la tête de Féraud. M. Bûchez ne 
parait pas ste souvenir de Boissy d'Anglas» et son attitude 
rappelle moins encore le président de la Convention. Quant 
à M. Wolowski, il parle, il se tait, il écoute et se reprend à 
parier, pareil au cerf qui, de loin, entend sonner les trompes 
et hurler la meute. « Continuez ! Continuez ! d lui crie-t-on. 
U continue pour s'interrompre de nouveau. Tout à coup le 
questeur Degousée entre, rouge, essoufflé. Il s'élance à la 
tribune, a Ne faites pas une scène ridicule* d lui dit un Re- 
présentant. M. Degousée annonce que le commandant en 
chef de la garde nationale a ordonné que la garde mobile 

(1) Moniteur universel du 16 mai 1848. 






# 



292 SECONDE RÉPUBLIQUE FRANÇAISE. 

remit la baïonnette au fourreau. « La salle est envahie! » 
s'écrie un Représentant. On entend résonner des pas dans 
les couloirs. La détonation d'un fusil qui éclate dans une 
.cour intérieure augmente le trouble des esprits. M. Clément 
Thomas essaie de parler. Le bruit des portes des tribunes 
qu'on brise, et les cris de : Vive la Pologne I qui redoublent, 
lui coupent la parole. Des hommes en blouse bleue et en 
cravate rouge, échauffés, couverts de sueur et de pous- 
sière, paraissent. Ils envoient les duchesses de la tribune 
du corps diplomatique raccommoder leurs chaussettes. Les 
tribunes craquent sous le poids des factieux. Elles débor- 
dent, et, comme des corbeilles trop pleines, elles s'égrè- 
nent dans l'enceinte. Les drapeaux servent de cordages 
pour se laisser glisser. D'autres plus hardis se pendent par 
les mains, se laissent tomber, vont heurter les Représen- 
tants à leurs bancs et s'emparent des places vides. 

Pendant ce temps, M. Barbes, à la tribune, dispute la 
place à M. Clément Thomas dont M. Dupin veut qu'on 
fasse à l'instant le commandant supérieur de la garde na- 
tionale. M. Lacrosse invective M. Barbes. Celui-ci demande 
qu'on accorde la parole aux délégués des clubs pour qu'ils 
lisent leur pétition. Des cris d'effroi, des cris de femme in- 
terrompent M. Barbes. Ce sont les dames des tribunes 
expiant leur curiosité politique par les coudoiements d'une 
foule qui, après avoir tordu les grilles d'un palais, n'était 
pas disposée à s'arrêter devant l'ourlet d'un falbalas. Les 
figures étranges et terribles qui n'apparaissent au soleil 
que les jours où la société menace ruine, étaient là comme 
le 24 février. 

Ce flot de nouveaux factieux venait de la place de Bour- 
gogne. Il avait renversé le général Courtais, écarté MM. de 






ASSEMBLÉE CONSTITUANTE. 293 

Lamartine et Ledru-Rollin. Là se trouvaient M. Raspail, 
que plusieurs Représentants invitèrent à entrer à PAssem- 
blée, et M. Laviron, artiste fourvoyé dans la politique. 

Aux envahissements succédèrent les assauts donnés à la 
tribune, M. Montrol déclare qu'il faudra lui passer sur le 
corps pour arriver là. Or la tribune est déjà occupée par 
quatre Représentants : MM. Ledru-Rollin, Clément ThomaSy 
Barbes et Louis Blanc qui vient de s'y glisser. Ils conjurent 
les uns et les autres le peuple de rester calme et de se reti- 
rer. Vaines prières ! M. Raspail paraît à son tour à la tri- 
bune, ïl espère en lisant la pétition, ramener à son but 
apparent et régulariser en quelque sorte la manifestation. 
« Citoyens, dit-il, nous sommes ici au nom de 300,000 ci- 
toyens, qui attendent à votre porte. » Le tumulte couvre sa 
voix. La multitude entassée dans cette salle, s'agite comme 
dans une mêlée. Au pied de la tribune, au bureau, à l'en- 
trée des couloirs, on se presse, on lutte corps à corps, on 
se cramponne, et des flots de poussière qu'enflamme un so- 
leil ardent s'enroulent en nuées d'or au-dessus de la four* 
naise. M. Laviron, la main sur la poignée de son sabre, est 
parvenu à se placer derrière le fauteuil du président Bû- 
chez. Parmi ces chefs de rémeute, on aperçoit l'athlétique 
Villain et le cuisinier Flotte. Un homme coiffé d'un casque 
de pompier attire surtout l'attention. C'est un artiste, pré- 
sident de club à Moiitargis, nommé Degré. 

M. Raspail parvient enfin à lire la pétition. A peine en a- 
t-il achevé les derniers mots : a Et ce sera justice , et Dieu 
bénira le succès de nos armes l » que le tumulte recom- 
mence plus assourdissant qu'auparavant. MM. Antony 
Thouret et Cruveilher font des efforts pour repousser la 
foule au dehors. M. Barbes, qui n'a pas quitté la tribune, 



f t 



29-4 SECONDE RÉPUBLIQUE FRANÇAISE. 

supplie le peuple, qui vient, dit-il, d'exercer son droit de 
pétition, de se retirer sur le péristyle du palais afin q«e l'As- 
semblée puisse délibérer. M. Bûchez se Lève et s'écrie : 
« Gomme président de l'Assemblée nationale, je vous or- 
donne de partir et de laisser l'Assemblée délibérer. » — 
« Tais-toi, réplique un des factieux, tu n'as pas le droit de 
parler ici. » M. Bûchez voit une large main levée au-dessus 
de sa tète ; il retombe sur son fauteuil. 

Tous les hommes qui voudraient borner rémeute à l'exer- 
cice du droit de pétition cherchent en ce moment à opérer 
un mouvement de retraite, « Laissez le peuple défiler de- 
vant vous, s'écrie M. Huber, et il se retirera ensuite avec 
calme et dignité. » MM. Barbes et Bûchez ajoutent quel- 
ques mots dans le même sens, maie le peuple ne prend pas 
le change. Il veut que F Assemblée délibère à l'instant 
même, en sa présence. « Un décret! un décret! » s'écrie- 
Ml. a Au nom de la majesté du peuple, articule soudain 
une voix forte, je demande le silence. Le citoyen Blanqui 
demande la parole; écoutez-le! » Le nom de M. Blanqui 
est aussitôt répété sur divers points de l'Assemblée. Il 
court de bancs en bancs. Des bras musculeux portent jus- 
qu'à la tribune un homme vêtu de noir. C'est M. Blanqui. 

En revoyant ce front pâli dans l'ombre des cachots, la 
multitude comprend que la journée va prendre une nou- 
velle face. Ceux des Représentants de la réaction qui n'ont 
point quitté leur banc éprouvent, à l'aspect de cet être ché- 
tif, tout récemment encore meurtri des plus infamantes 
calomnies, une fureur mêlée de crainte et cherchent des 
yeux une issue introuvable. Le calme d'une énergie supé<- 
rieure, qu? l'événement n'enivre pas, que la multitude 
laisse libre de ses sentiments et de ses idées, éclate dans le 



'c# 



ASSEMBLÉE CONSTITUANTE. 295 

regard de M. Blanqpi. Il invile en quelques mots l'Assem- 
blée au silence. 

A l'aspect de M. Blanqui,M. Huber tente un dernier ef- 
fort. « Je me ferai tuer sur place, s'écrie-t-il, si on ne laisse 
pas défiler le peuple. » L'ambiguïté n'est pas un moyen de 
salut dans de pareils moments. M. Barbes, qui voit que la 
direction du mouvement va tomber dans la main d$ 
l'homme qu'il hait par-dessus tout, conjure les Représen- 
tants du peuple de faire droit à la pétition. Des cris de dé* 
tresse lui coupent la parole. Les tribunes trop chargées cra- 
quent et menacent de s'écrouler. Mais un bruit plus terri- 
ble encore arrive aux oreilles de la foule. C'est le sourd 
grondement du rappel. Un silence profond se fait un 
instant On entend distinctement le bruit du tambour, 
a Pourquoi bat-on le rappel? s'écrie M. Barbes. Qui a 
donné Tordre de battre le rappel? que celui qui Ta donné 
soit déclaré traître à la patrie! » Des cris de fureur éclatent 
de toutes parts, a A la trahison! » On saisit au collet 
M. Bûchez. Des sabres sont tirés, a Le contre-ordre ! le contre- 
ordre! » s'écrie-t-on. M. Bûchez se hâte d'écrire : a Ne 
faites pas battre le rappel. » Mais il omet la date et Le tim- 
bre, sûr d'être compris de la garde nationale à laquelle il 
a donné des ordres en bonne forme une heure auparavant. 
Un questeur ranime son courage défaillant et lui promet 
que dans peu d'instants la garde nationale paraîtra. 

Le bruit du tambour s'est éloigné; les factieux, confiants 
dans le contre-ordre de M» Bûchez, se calment. M. Blanqui 
prend aussitôt la parole. Sa voix vibrante/domine les der- 
nières rumeurs de l'émeute. 

« Citoyens Représentants, articule-t-il, le peuple de- 
mande le rétablissement de la Pologne dans les limites 



296 SECONDE RÉPUBLIQUE FRANÇAISE. 

de i772; il demande que l'Assemblée nationale décrète, 
sans désemparer, que la France ne mettra Tépée au four- 
reau que lorsque la Pologne tout entière sera reconstituée 
dans ses vieilles limites de 1772. » — a La Pologne de 1772! 
s'écrie le peuple; Vive la Pologne! » Des bravos pleins 
d'enthousiasme éditent à chaque phrase de M. Blanqui. 
Mais bientôt et insensiblemement ce n'est plus de la Polo- 
gne qu'il parle. C'est du sang versé à Rouen, qu'il demande 
compte à l'Assemblée. « Justice! justice!» crie la voix 
du peuple. « Citoyens, continue M. Blanqui passant à une 
autre idée, le peuple demande aussi que vous pensiez à sa 
misère. » 

Tandis qu'il développait cette thèse féconde en guerres ci- 
viles, MM. Freslon et Charton disaient à M. Sobrier : « Ecou- 
tez donc ce que vous débite Blanqui; comment ! vous accep- 
tez de pareilles doctrines? » — a Mais Blanqui, s'écria M. So- 
brier, il ne s'agit pas de cela; la Pologne, la Pologne, parle 
donc de la Pologne ! (i) » 

M. Blanqui rentra dans l'ornière de la journée. Il laissa 
de côté la question du travail et de la misère, la seule ques- 
tion des révolutions modernes, et continua d'évoquer le 
spectre sanglant de cette Pologne qui a le don d'éveiller des 
sympathies si vives dans le cœur du peuple français. • 

Tandis qu'il parlait au milieu des applaudissements du 
peuple, et que les royalistes consternés écoutaient sa voix 
vibrante et suivaient son geste précis, dans lequel la terreur 
leur faisait voir le mouvement du couperet tombant sur lo 
col du supplicié, la foule grossissait encore. Les flots hu- 
mains s'entassaient avec je ne sais quel sourd et profond 

(1) Voir Y Histoire de V Assemblée constituante, par M. Babaud-Laribière, 
1. 1, p. 34. 



ASSEMBLÉE CONSTITUANTE. 297 

murmure dont on retrouverait les notes éparses parmi les 
mugissements du vent dans la cime des chênes, dans les 
écrasements monotones des flots qui se brisent, et dans cer- 
tains effets d'orchestration de la musique Allemande. Tout 
cela mêlé de discordances et de trivialités qu'on retrouve 
partout où se meut l'homme. La nature seule ne s'écarte 
point de l'harmonie. 

Depuis quelque temps, un flot nouveau, que l'émeute 
apportait de la place de Bourgogne jusque dans la cour du 
palais, demandait Barbes et Albert. Puis, quand ces ido- 
lâtres eurent épuisé leur haleine à crier : « Vive Barbes 1 
Vive Albert 1 » ils voulurent, il leur fallut absolument 
M. Louis Blanc. Celui-ci connaissait trop la haine que lui 
portait l'Assemblée nationale pour ne pas prévoir les con- 
séquences de ses moindres démarches dans le cas où l'é- 
meute serait refoulée. Il laissa d'abord les huissiers et les 
garçons de salle se succéder auprès de lui et solliciter in- 
stamment de la part de la foule sa présence dans la cour du 
palais. Il demanda ensuite à M. Bûchez l'autorisation d'aller 
calmer le peuple, « Il m'est impossible, au milieu de ce 
bruit , répondit-îl , de consulter PAssemblée. » — « Alors, 
répliqua M. Louis Blanc, au nom de l'Assemblée et en votre 
qualité de président, m'autorisez-vous à intervenir? » M. Bû- 
chez trouva une façon de répondre qui rappelle la restric- 
tion mentale en matière de serment. Il invita, comme 
citoyen, M. Louis Blanc à sortir de la salle. 

M. Louis Blanc parut alors à l'une des fenêtres de la cour 
de la place de Bourgogne, entre MM. Albert et Barbes. Il 
parla au peuple et l'invita à évacuer l'Assemblée nationale. 
Des fanatiques le saisirent ensuite et le promenèrent sur 
leurs épaules dans la salle des Pas-Perdus. Puis ils !e mirent 



298 SECONDE RÉPUBLIQUE FRANÇAISE. 

debout sur une chaise pour qu'il parlât encore. Il parla. 
« Cette révolution, dit-il en terminant, n'est pas de celles 
qui ébranlent les trônes, mais de celles qui les renversent, a 
— Vive la République universelle! répliqua le peuple» Et, 
reprenant M. Louis Blanc sur leurs épaules» ils le prome- 
nèrent de nouveau. Quelquefois ils le laissaient torcher. On 
le ramassait. Les plus exaltés voulaient l'embrasser. « Pre- 
nez garde de l'étouffer (!), » disaient les autres. Il s'évanouit 
un instant. Déjà Huber s'était évanoui un moment aupara- 
vant. La syncope succédait au délire. 

M* Ledru-Rolljn avait remplacé à la tribune M. Blanqui. 
Soutenu de M. Raspail et d'un groupe d'hommes du peu- 
ple, il insiste pour que la foule se retire sur le péristyle et 
laisse délibérer l'Assemblée. & Le rappel ! le rappel du 
46 awil ! p lui crient des voix amères. M. Barbes demande 
un impôt d'un milliard sur les riches. Le président ordonne 
une fois epcore d'évacuer la salle. M. Laviron habillé, en 
capitaine d'artillerie et qui n'a pas un instant quitté sa place 
derrière le fauteuil, met la main à h poignée de son sabre. 
En même temps des voix crient à l'infortuné président : 
a Tq n'as pas la parole, tais-toi 1 » Les tribunes fléchissent 
toujours. Des cris de terreur suivis de silence s'élèventipar 
intervalle. Tout à coup parait au bureau le drapeau des Ja- 
cobins avec son glaive, son bonnet rouge et son crêpe noir. 

A dater de cet instant, les yisages se succèdent rapide- 
ment à la tribune. D'abord, c'est M. Lagarde, président de 
la commission des délégués du Luxembourg* puis M, Gré- 
mieux, puis des inconnus, puis MM. Raspail, Sobrier, Baudin 
et l'homme au casque de pompier, « Parle donc vite, pom- 

(1) Louiâ Blanc, Page$ £ histoire p. 161. 



ASSEMBLÉE CONSTITUANTE. 299 

pier 1 » crie le peuple. Le pompier n'a pas le temps de 
parler. M. Louis Blanc parait alors à l'entrée de la salte 
toujours porté sur les épaules de la multitude au cri de t 
a Vive Louis Blanc ! » Un Représentant du nom de Lambert 
oubliant que cette scène dure depuis trois heures proteste 
encore contre la violation de l'Assemblée. M. Huber, sorti 
de son évanouissement et couvert de pâleur, reparaît à la 
tribune. On attend. M. Huber a-t-il oublié ses promesses à 
M. Marrast? Croîtrai que l'Assemblée ait trop longtemps 
résisté au vœu du peuple ? Ou bien n'est-il que l'agent d'une 
mystérieuse volonté qui cherche à attirer le parti socialiste 
dans une embûche ? Il se tourne vers le président et lui 
adresse quelques mots qui se perdent dans le bruit, a Vous 
ferez bien, » répond M. Bûchez qui se méprend sans doute. 
— « Ta sonnette» donne ta sonnette 1 » lui erie-t-on. Ik la 
refuse. On l'entoure. Il disparaît dans le groupe qui l'en- 
veloppe. 

Au même instant, une pique au bout de laquelle est fixée 
une feuille de papier s'élève jusqu'à la hauteur de la tri- 
bune. M. Huber arrache la feuille et lit. Un calme sinistre 
se fait tout à coup dans la salle. 

«Citoyens, s'écrie M. Huber, l'Assemblée nationale est 
dissoute !» 

Il se tourne vers le président avec un geste menaçant. 
M. Bûchez, épouvanté par les factieux, secoué sur son fau- 
teuil, s'éloigne et quitte la salle, suivi de plusieurs Repré- 
sentants du peuple. M. Laviron s'assied à sa place, a Ne 
laissez pas sortir les Représentants qui fuient le combat ! » 
s'écrie le cuisinier Flotte. Un autre propose de les déclarer 
traîtres à la patrie. Un troisième réclame l'arrestation des 
absents. M. Huber répète alors ses premières paroles : « Ci- 



300 SECONDE RÉPUBLIQUE FRANÇAISE. 

toyens, écoutez ; on ne veut pas prendre de décision ; eh 
bien, moi, au nom du peuple trompé par ses Représen- 
tants, je déclare que l'Assemblée nationale est dissoute I » 

Le peuple emporte aussitôt M. Barbes sur ses épaules au 
cri de : « Vive Barbes! » D'autres s'emparent de M. Louis 
Blanc. M. Sobrier lui-même est emporté. Quant à M. Ras- 
pail, couché dans le jardin du palais, on s'efforce de le tirer 
d'un long évanouissement. Des listes d'un nouveau Gou- 
vernement circulent dans la salle (I) où éclatent au milieu 
d'une inexprimable confusion les cris cent fois répétés de : 
a Aux armes ! à l'Hôtel de Ville ! » Et tandis que les uns se 
dirigent vers les issues de la Chambre, les autres s'établis- 
sent tranquillement au bureau et écrivent les listes du 
nouveau Gouvernement. Ils n'entendent pas le tambour 
qui se rapproche et qui annonce l'arrivée de la garde 
nationale. 

Le bulletin du 16 avril était réalisé. 

Mais M. Ledru-Rollin, caché chez un employé de l'As- 
semblée, ne croyait pas encore à la certitude de cette pro- 
phétie. Assailli par une poignée d'enthousiastes, sommé de 
se rendre à l'Hôtel de Ville et d'y prendre sa part du nou- 
veau pouvoir, il repoussait énergiquement ce dangereux 
honneur. Ce ne fut qu'en feignant de céder aux volontés 
de ses partisans qu'il réussit à leur échapper. On lui avait 
donné dix minutes pour réfléchir. 

La conduite de M. Ledru-Rollin dans cette circonstance 
fut conforme à la façon dont il avait agi le 16 avril. Tandis 
que le loyal Barbes, qui s'était sincèrement opposé à la 
manifestation, suivait la démocratie jusque dans ses fautes 

(I) Voir aux Pièces justificatives, n. 14. 



ASSEMBLÉE CONSTITUANTE. 301 

et se rendait, accompagné de M. Albert, à l'Hôtel de Ville 
devenu le poste du danger, M. Ledru-Rollin rentrait effrayé 
dans le camp de la réaction légale. Les gardes nationaux, 
qui avaient yu son nom sur les nouvelles listes, l'insultè- 
rent. 11 dut descendre à expliquer à ces furieux d'un autre 
genre, qu'il était de leur parti et qu'il rentrait à la Chambre. 
Après avoir fait l'école buissonnière, ce tribun emporté 
par son imagination rentrait toujours dans l'ordre, mais 
chaque fois il perdait un peu de sa popularité vis-àvis des 
masses, et diminuait dans la confiance de la bourgeoisie 
qui le méconnaissait. 

La salle de l'Assemblée nationale avait bien changé d'as- 
pect, quand M. Ledru-Rollin rentra. Elle était remplie d'u- 
niformes et de baïonnettes. Ce changement s'était opéré 
comme un coup de théâtre. Les factieux occupés, comme 
au 24 février, à dresser des listes de Gouvernement provi- 
soire, entendent tout à coup résonner le tambour. Un cri 
part : «Voici la garde mobile ! » Ce cri d'alarme est partout 
répété. Le peuple, qui tout à l'heure ne paraissait pas douter 
de sa force, s'enfuit frappé d'épouvante. Il s'échappe par 
toutes les issues. Une faible partie suit à l'Hôtel de Ville 
MM. Barbes et Albert ; l'autre fraction se disperse. Les 
vingt mille hommes des ateliers nationaux ont également 
disparu. Par une coïncidence vraisemblablement prévue, 
leur paie doit avoir lieu le même jour à trois heures. 
Or quand le commandant du 2 e bataillon de la garde mo- 
bile, M. Clary, l'adjudant-major Bernard et le capitaine 
Bonnemain entrèrent dans la salle, il était cinq heures 
moins un quart. 

Les Représentants du peuple qui ne se sont pas éloignés 
rentrent. En l'absence de M. Bûchez, les vice-présidents 



302 SECONDE RÉPUBLIQUE FRANÇAISE. 

Sêtâ&rt et Gorbon ont rédigé des proclamations et sont 
sortis pour les répandre. M. Dttclerc, minifetre des finances, 
monte aii fauteuil. « Au nom de l'Assemblée nationale qui 
n'est pas dissoute, s'écrie-t-il, au nom dupeupAe français, 
'qu'une minorité Infime et infâme ne déshonorera pas, 
l'Assemblée reprehd ses travaux. » Un cri vigoureux de * 
<* Vive l'Assemblée nationale ! * poussé par la garde mo- 
bile et par la 2 e légion de la garde sédentaire, accueillit 
ces paroles. « Vive l'Assemblée nationale 1 » était le mot 
d'ordre de* «gardes nationaux ce jour-4à, comme « Vive la 
Pologne ! » était celui du peuple. 

La garde mobile avait êauvé l'Assemblée. Vais skta oom- 
ma&da&t le général Tempoure> accusé de faiblesse, fut en- 
voyé à Nantes pour y prendre provisoirement le comman- 
dement de la 44 e division militaire. 

Au moment où la séance allait recommencer, M. de Ceur- 
tais paraît. Le général du peuple est dans un état difficile 
à décrire. Placé entre la garde nationale qu'il commande 
et le peuple qu'il aime , ne pouvant se résoudre à choisir 
entre celle-ci et celui-là, ce vieillard incertain» jouet conti- 
nuel des agitations de la place publique, devait une dernière 
fois en un même jour toucher aux grandeurs et aux 
misères de la popularité. A peine a-t-il paru que la 8« légion 
furieuse éclate en cris menaçants : « A bas Courtois ! A bas 
Courtais 1 U nous a trahis I » Les voies de fait succèdent aux 
cris. Pour la seconde fois en deux mois, la garde nationale 
arrache les épaulettes et brise Pépée de son général. 
MM. Vieillard et Flocon intervinrent et empêchèrent peut- 
être que l'infortuné ne fût assassiné par des bourgeois à 
qtoi il serait bon qu'un conseil de guerre apprit un jour les 
obligations qu'impose l'habit militaire. On garda M. de 



ASSEMBLEE CONSTITUANTE. 303 

Coartatis à vue dans la ttbKothèqtoe. Le soir, Ans ta Com- 
mission executive, M. Ledra4*o*lin protesta contre l'attes- 
tation du général Gourtais> et le lendemain dalla le voir à 
la Conciergerie. 

ta Commission executive lui donna aussitôt pour suc- 
cesseur un employé du National, ancien maréchal des 
logis, H. Clément Thomas, devenu, par la baguette des fées 
révolutionnaires, Représentant du peuple et colonel delà 
2 e légion. Le zèle qu'il avait déployé en marchant à bt déli- 
vrance de l'Assemblée nationale lui valut l'honneur du 
commandement général. 

M. de Lamartine parut ensuite et, dans un discours d'utte 
certaine étendue, il prouva qu'il était l'heure d'agir et non 
de parler. « A l'Hôtel de Vide, camarades, à l'Hôtel de 
Ville 1 » cria la garde nationale. M. Ledru-Rollin, venu 
avec lui, sortit avec lui : ces deux hommes ne pouvaient 
plus se quitter. Accrochés l'un à l'autre, ils devaient se 
noyer l'un après l'autre, dans le même courant. On leur 
amena des chevaux de cavalerie et ils partirent pour l'Hô- 
tel de Ville, envahi .par l'émeute, aux cris de : Vive l'As- 
semblée nationale 1 Le colonel Goyon, des dragons, des 
gardes nationaux et six pièces de canon les escortaient. Au 
pont Saint-Michel, on rencontra une poignée de monta- 
gnards. « Qui vive? » crièrent-ils. « Garde nationale, fut- 
il répondu ; Vive l'Assemblée nationale ! » — a Non, répli- 
quèrent-ils : Vive le Gouvernement révolutionnaire 1 » En 
même temps ils apprêtèrent leurs armes. M. Goyon leur 
fit voir ses canons. N'ayant sans doute pas d'ordre d'ac- 
cepter le combat et, d'ailleurs, n'étant pas en nombre, ils 
se replièrent sur la Préfecture de police. 

Ce qui achève de singulariser cette journée, c'est que 



304 SECONDE RÉPUBLIQUE FRANÇAISE. 

l'émeute s'empara de l'Hôtel de Ville avec autant de facilité 
qu'elle avait envahi la Chambre. 

Après la dissolution de l'Assemblée prononcée par M. Hu- 
ber, l'émeute s'était fondue comme neige. M. Raspail, saisi 
d'une méfiance universelle, s'était réfugié chez son fils, rue 
des Francs-Bourgeois-Saint-Michel, où tous deux avaient été 
arrêtés, ainsi qu'une troisième personne, le docteur Yeyne. 
M. Blanqui, sorti assez tard par ht petite porte de la rue de 
Bourgogne, examina les abords de l'Hôtel de Ville et, voyant 
arriver la garde nationale, se réfugia chez un Représentant de 
ses amis. M. Sobrier, qui s'était emparé avec une centaine 
d'hommes du ministère de l'Intérieur, fut délogé par M. Bc- 
dos et la garde mobile. Il prit la fuite en emportant les 
sceaux du ministère. On l'arrêta vers cinq heures dans le café 
d'Orsay. Il fut gardé, le pistolet au poing, par les dragons du 
colouelGoyon.On prit quartier au Luxembourg. L'artiste de 
Montargis, qui, sous le sobriquet de pompier du 15 mai, eut 
une célébrité bouffonne de quelques jours, tomba entre les 
mains de la police le 20 mai. Borme échappa jusqu'au 27. 
Laviron échappa et put partir pour Rome où nous le re- 
trouverons. Napoléon Chancel, qui avait voulu s'emparer 
de la direction des postes, échappa également. M. Huber, 
arrêté un instant, fut relâché par M. Lemor, maire du 
4 e arrondissement. On s'explique difficilement tant d'indul- 
gence envers l'homme même qui avait prononcé la dissolu- 
tion de l'Assemblée. Quant à M. Louis Blanc, il se trouva 
emporté, ne sachant trop comment, jusqu'à l'esplanade des 
Invalides. Il demanda où étaient MM. Albert et Barbes. La 
foule lui criait énergiquement d'aller à l'Hôtel de Ville. Il 
s'y refusa. Son frère et le peintre Gélestin Nanteuil, venant 
à passer, le dégagèrent. On le mit, troisième, dans un ca- 



ASSEMBLÉE CONSTITUANTE. 305 

briolel de régie déjà occupé par un marchand de vin de 
Bercy qui eut compassion de l'état où se trouvait ce mal- 
heureux hochet d'une multitude violente. Il le conduisit 
aux environs de l'Ecole de médecine chez un jeune homme 
qui lui donna des soins fraternels. M. Louis Blanc se trans- 
porta ensuite chez les neveux du libraire Masson, où il chan- 
gea de linge. De retour chez lui, rue Taitbout, il apprend 
que l'Assemblée est rentrée en séance. 11 y court aussitôt. 

A peine a-t-il mis le pied dans le vestibule, que la 
garde nationale fond sur lui. « Eu accusation I » s'écrie- 
t-on. ail faut le tuer, répliquent les plus furieux, ce sera 
plus tôt fait! (1) » On déchira ses habits, on lui arracha des 
poignées de cheveux ; d'autres essayaient de le percer par 
derrière à coups de baïonnette. Une de ces bétes féroces, 
ayant pu s'emparer de sa main, la tordait afin de lui briser 
les doigts. MM. François Arago, Duvivier (général), 
La Rochejacquelein, Boulay (de la Meurthe), Wolowski, 
Conti, Mousse! te, Gigoux (peintre), et Ferey, lieutenant de 
la garde nationale et délégué du Luxembourg, eurent beau- 
coup de peine à l'arracher des mains de ces modérés» 

Il arriva dans cet état à la tribune de l'Assemblée nationale 
pour demander justice. On l'injurie, a Je sens, dit-il, aux 
exclamations que je soulève , que j'ai ici beaucoup de 
convictions contre moi. » — a Plus que cela ! » lui crie- 
t-on. « Je ne crois pas qu'il y ait ici plus que cela,réplique- 
t-il ; il ne peut pas y avoir de la haine contre moi. » — 
« Il n'y a que du mépris ! (2) » s'écrie-t-on. — Encore s'il 
y avait eu de part ou d'autre quelqu'un qui fût sans péché ! 

La Chambre montrait alors d'autant plus de hauteur 

(1) Pages d'histoire, p. 164. 

(2) Moniteur universel, 16 mai 1848. 

H." 20 



306 SECONDE RÉPUBLIQUE FRANÇAISE. 

que sa victoire sur l'émeute devenait plus assurée. Voici ce 
qUi se tto&àït à l'Hôtel de Vilte. 

Eti quittant l'Assemblée, MM. Albert et Bàrttèà se dirigè- 
rent Vers l'Hôtel de Ville. M. Albert prit par là rive gauche, 
M. Bàrbès par là rive droite. Us étaient suivis de très-peu 
de môtidë. Lés deux cdiotinés Se grossirebt eu chemin, il 
est Vrtd. On criait pati- les quais : « Vive Sârbès! Vive le 
Gfrutêrneitièàt révolutionnaire I » Les deux colonnes se re- 
joignirent au quai Pelletier. M. Barbes était inquiet. La 
iHréfecturè de polide tie bougeait pas. M. Caiissidiëre, lui 
aussi, défaillait, l'heure venUe, à cette révolution qu'il dé- 
sirait et jJôiir laquelle il complotait depuis plusieurs mois, 
frluvïte Barbes! avôif fait de la politique toute sa vie et si 
rtiaï ôoriûaîtf e les hommes ! 

On rencontra un bataillon de là &° légion, à'qui Ton mon* 
tra des cartes dé la mairie de Paris, ce qui tendrait à prou- 
va É(ue la police dé M. Marrast avait du monde dans l'af- 
faire. Le maire de Paris, sûr dé M. Huber et du commandant 
de Tflôtél de Ville, et à qui la manifestation ne déplaisait 
pas absolument poUi*va qu'elle ne dégénérât point en 
émeute, n'avait pris aucune mesute de sûreté. Quatre à 
citiq mille gardes nationaux des 7 18 , 8 e et 9* légions occu- 
paient la Grève. On parlementé; ils plient. L'émeute arrive 
aux grilles du pâlàtè, et M. Barbes se trouve en faèe d'un 
aiiféiett cotttmis-ïnarrhàùd dé châles, devenu colonel de 
farinée en dCui mois et commàtidant de FHfltei de Ville. 
(Test tin £étit hdmme dtj nom de Réy, déjà bien côhtiu du 
lecteur. Son énergie le rendait digne du commandement. 

M. Hey, à la vue de sob amf M. Bàrbès, se trouva fort 
embarrassé. Une partie de sa garnison se èompcrëait de 
garder nationaux de la 12 e légion, dont M. Barbes était 



ASSEMBLÉE CONSTITUANTE. 307 

colonel. La garde républicaine, sortie depuis Si peu de 
tettfftè des barricades, résisterait-elle à des compkgùôrfe 
de là veille t Cependant M. Bàrbès suppliait ébù anotide 
lui dùvrir. L* coFôHel refusait, IL fiarbésjbyïstalt; M", ftèy 
faisait gtoi&r la baïonnette à sa trblipé. Mafs peùdarit 
que lé» chëfe discutent, lèè ouvriers, faiiiitiar-ièës de ton- 
gue nMib lavéfc le fer, dût ouvert lès grilles. M. ftey, <^ue 
M. Bkrftèè a lé gënéhtèilé de laisser échapper, va ftréfànfr 
M. MWritèt et fcfes adjoints, réunis dans lek bureaux de 
l'àllë'g&ttbKe. L'émeute se répand et se foûd, pour âiil^i 
dire, dans ce vaste édifice. Installés dans une âdllêttù 
premier étage, MM. Albert et Batibès regardent diitôur 
d'euié Toutes les mauvaises Usures qui troublent depuis 
vingt ans fimaginaltiofi de M. Raspail, sont la. Qu'il y a 
loin de l'idéal à là réalité 1 Cependant M. Barbes, soutenu 
par sa haine, et en même temps par la naïve confiance icju'il 
va sauter la France et la République, conserve une Cer- 
taine vigueur d'esprit; Tout eu dressant la liste du nouveau 
Gouvernement (*), il a l'c&il atii aguets et se dispose trëS- 
fermeméûtà faire Sfcuter te crâne de M. Blanqdl, s'il se 
présente. Quant à M. Albert, épuisé de fati&uë'à et d'éino-. 
lions, semblable à un reflet qui aurait perdu son cor^, il 
se tourmentait die né pas vtrii* arriver M. Louis Blanc. 

Pendant ce temps, le loyal Barbes, chez qui l^ctïoti suc- 
cède toujours et jusqu'au bout à là parole, ptoclàiMlt, en 
présence des moucharda et des aventilHers qhi Pëiitfroh- 
ûâieût, le nouveau Gouvernement. Un individu coùdamhé 
pour escroquerie, lé nommé Bôhrië, i'éi-fcôlônél des T&u- 
viennes, s'était constitué sèc^étaire-gétiéral. Les décrets 

( 1) Voir aux Pièces justificatives, n. 14. 



308 SECONDE REPUBLIQUE FRANÇAISE* 

vinrent ensuite. M. Barbes, en homme sincère, allait droit 
au fait. Il décréta la dissolution de l'Assemblée nationale, 
la reconstitution de la Pologne, et la mise hors la loi de 
quiconque porterait l'uniforme de la garde nationale (1). Ce 
décret, original en ce qu'il émane d'un colonel de légion, 
prouvait d'ailleurs que M. Barbes avait compris le rôle que 
joue depuis soixante ans, en France, la garde nationale si 
chère au libéralisme. Tour à tour révolutionnaire et réac- 
tionnaire, elle a été l'un des plus dangereux ennemis du 
Gouvernement en France, soit qu'elle Fait combattu ou 
protégé. 

Gomme M. Barbes achevait son décret, on vint s'empa- 
rer de sa personne. Ge fut un officier de garde nationale qui 
l'arrêta. Le dénoûment de l'aventuce ressemblait à un 
symbole, La garde nationale triomphait. Elle avait fait la 
révolution par entraînement, et maintenant elle la maî- 
trisait. Sans colère, elle eût été grande. La fureur la 
rendit hideuse, le soir, aux lampions qu'elle alluma pour la 
dernière fois avant la guerre civile. Le 15 mai, comme )e 
16 avril, fut une de ses dernières et plus belles journées. 

La garde nationale trouva dans les salles de l'Hôtel de 
Ville une multitude de drôles qui s'étaient installés et 
essayaient gravement de griffonner des actes de gouverne- 
ment. A la vue de la garde nationale, ils s'échappèrent par 
les portes et par les fenêtres, comme les volailles d'une 
basse-cour dans laquelle un dogue serait entré. Il resta de 
tout cela beaucoup de papier noirci qui, plus tard, alla 
grossir les dossiers de la Commission d'enquête. 

MM. Albert et Barbes, gardés à vue, furent, la nuit même, 

( 1 ) Voir aux Pièces justificative* , n. 1 4 . 



ASSEMBLÉE CONSTITUANTE. \ 309 

transférés à Vinconnes dans des diligences. Paris, profon- 
dément troublé, commençait à reprendre assiette. Le rap- 
pel, énergiquement battu dans tous les quartiers, ramenait 
encore à la surface de la ville les débris rancuneux des 
compagnies d'élite, a A mort Barbes I Vive l'Assemblée na- 
tionale ! » criaient-ils à travers les rues. 

M. Marrast, de retour à l'Assemblée, ainsi que le timide 
Bûchez, jouissait du triomphe que la manifestation allait 
donner momentanément au parti modéré. Mais le jour des 
vengeances royalistes était arrivé et le parti du National 
n'allait bientôt plus être de force à lui tenir tête (ces gens- 
là pactisaient trop). M. Barrot essayait de reprendre pied. 
Les procureurs Landrin et Porlalis, oubliant leur ancienne 
complicité avec M. Barbes dans les conférences nocturnes 
des bureaux du ministère de rintérieur, demandaient avec 
audace l'autorisation de le poursuivre. Us voulaient aussi 
poursuivre M. de Courtais. M. Marie parlait de justice et 
M. Garnier-Pagès faisait de l'énergie. 

Avant que la journée fût écoulée, la dernière barrière 
qui maintenait encore la réaction dans les limites de la 
menace, fut brisée. M. Flocon fit un appel désespéré au 
cours régulier des lois. Mais ne sait-on pas ce que deviennent 
les lois entre les mains de partis victorieux décidés à s'en 
faire des armes? Qu'est-ce donc lorsque le pouvoir réside 
dans une Assemblée souveraine, où la majorité peut fabri- 
quer les décrets dont ses vengeances ont besoin? 

Des visites domiciliaires et des perquisitions eurent lieu 
le soir même et durant toute la nuit, notamment dans les 
bureaux de la Vraie République, journal de M. Thoré, et 
dans ceux du Populaire, de M. Cabet. A la Commune de Pa- 
rts, ers perquisitions furent accompagnées de scènes de 



310 SECONDE RÉPUBLIQUE FRANÇAISE. 

violence. Dès cinq heures du soir, la garde nationale s'était 
massée dans la rue de Rivoli et supr la place des Pyramides, 
autour de la maison occupée par M. Sohrier. Un com- 
n^andaut de la garde nationale se présenta d'abord à la 
tête de son bataillon. L'entrée lui fut refusée. On l'accorda 
à un magistrat municipal qui fit son inspection et $e relira, 
tyais lp soir, à la clarté des lampes, la rédaction fie 1* Com- 
mune <je Paru fut brusquement assaillie. Des gardes na- 
tiopauj qui c'étaient introduits par la maison voisine et 
rép^qd^s sur le balcon, des sapeurs-pompiers de Montmar- 
tre venus par les toits et les cheminées, brisent les fenêtres 
et les pprtes. a Ouvrez! ouvrez! » criaient-ils. Eu même 
temps, les coups de bâche, de mer lin, de crosse de fusil, 
tombent comme grêle, a Nous les tenons cette fois! » s'é- 
crivent les envahisseurs, ils brisèrent les meubles et 
s'emparèrent des papiers. Ou y trouva quelques projets de 
décrets plus ou moins déraisonnables dont on eut soin de 
faire grand bruit. La C<rnimune (le Paris, qui reparut le 
1$ mai, assura que sa caisse avait été pillée, et que ces ypls 
à main arasée s'étaient étendus jusqu'à des bijoux et du 
linge. Les employés et rédacteurs du journal furent con- 
traints, le sabre sur la poitrine, à se laisser conduire ^ la 
Préfecture de police. On les transféra la nuit au petit 
Luxembourg (1). 

_ La Commission executive y tint séance peudant presque 
toute la nuit. Soijamé de se présenter devant elle, ty}. C&ussi- 
dfère y arriva en compagnie de M. Mercier, sopbeau-frèfe, 
colonel de la garde républicaine, vers deux heures duma- 
tip. Une petite escorte les accompagnait. Elle avait ordre, 

(1) Veïr Mi B&c&ju9tijkatii>4$ n. 15, le décompte par division d« part» 
des factieux arrêtés au 15 mai. 



ASSEMBLÉE CONSTITUANTE. 311 

au premier signal, de se replier à bride abattue sur 1^ Piui- 
fecture de police et d'en ramener toute' la garde républi- 
caine qui attendait sous les armes. MM. Gaussidière et 
Mercier s'attendaient à être arrêtés, et ils n'étaient pas dis- 
posés à se laisser prendre. On avait déjà arrêté le colonel 
de Saisset, chef d'état-major de la garde nationale, et le 
colonel Rey. L'interrogatoire de M. Caussidière dura jus- 
qu'à quatre heures du matin. Il fut soutenu par MM. de La- 
martine et Ledru-Rollin. M. Caussidière paya d'audace dans 
cette circonstance et se plaignit, à juste titre d'ailleurs, du 
mépris que le Gouvernement paraissait affecter envers les 
montagnards et la garde républicaine dont les nominations, 
d'officiers n'avaient point paru au Moniteur. Il leur laissa 
entendre que le temps s'écoulait et qu'on pourrait biep le 
venir cbereher en ne le voyant pas rentrer. Cette ouverture 
rendit M. Garnier-Pagès plus aimable encore que de cou- 
tume. Il insista pour que M. Caussidière regagnât de suite 
la Préfecture de polico. Le préfet partit donc, félicité par 
MM. Flocon, Charras et Bastide, mais ne croyant nullemeitf 
aux promesses de la Commission executive. Le lendemain 
en effet, au lieu d'inscrire la nomination des officiers des 
corps révolutionnaires , le Moniteur publia le décret de 
suppression des Montagnards, des Lyonnais et de la garde 
républicaine (1). 

Durant toute cette nuit des groupes nombreux stationnè- 
rent aux abords de l'Hôtel de Ville. On y agirait le vague 
projet de délivrer MM. Barbes, Albert et de Courtais. Des 
ofliciers de gardes nationaux tenaient un conciliabule et 
complotaient de s'emparer de M. Barbes pour le fusiller. 

(1) Voir le Moniteur universel du \7 mai 1H48. 



312 SECONDE RÉPUBLIQUE FBANÇATSE. 

Au surplus, pendant cette nuit fiévreuse, la garde nationale 
ne parlait que de fusiller. Elle s'entrotua, passage Molière, 
à la prise d'un club. On fut obligé de lui faire évacuer la cour 
du petit Luxembourg, afin de soustraire à sa fureur MM. de 
Courtaiset de Saisset, prisonniers dans les salles du rez-de- 
chaussée, sous la garde du capitaine Allary de la T e légion 

La journée du lendemain se ressentit des agitations de 
la veille. L'Assemblée constituante ouvrit sa séance dès dix 
heures et demie du matin. La salle portait encore les traces 
du passage de l'émeute. Les tribunes à demi effondrées ne 
purent recevoir le public. Les serrures, les barres de fer 
étaient brisées, tordues, les pupitres en éclats. La multitude, 
comme l'ouragan, broie tout ce qu'elle rencontre. Le palais 
était gardé comme une place de guerre. 

M. Caussidière, averti dès le matin que des interpella- 
tions relatives à la Préfecture de police seraient adressées 
au Gouvernement, se fit immédiatement transporter à l'As- 
semblée. Il est curieux de voir toutes les ressources de 
finesse que déploya, dans ces délicates conjonctures , ce 
gros homme à encolure de taureau, aux façons triviales, 
que ses bandes armées avaient surnommé le soleil de la 
République. Il avait , dès le matin , fait afficher une procla- 
mation où il louait avec audace la garde nationale et les 
Représentants du peuple de leur triomphe, et où il assurait 
que son concours occulte n'avait pas manqué au rétablis- 
sement de Tordre. Interpellé par M. Baroche, il monta à la 
tribune et fit l'éloge de son administration en un langage 
qui finit par capter l'Assemblée. 11 déclara qu'il avait remis 
les pavés en trois jours, fait diminuer le prix du pain et 
» porté tous ses soins à la destruction de la vermine sociale. » 
A l'entendre, il eût suffi qu'on le laissât arrêter M. Blan- 



ASSEMBLÉE CONSTITUANTE. '113 

qui pour que le 45 mai n'eût pas lieu. Or on lui avait refusé 
un mandat d'amener. Il assura qu'il n'avait délivré d'armes 
à M. Sobrier que pur Tordre de M. de Lamartine et du mi- 
nistre de la Guerre. Il rappela les services des montagnards 
et de la garde républicaine si indignement récompensés. 
Un Représentant qui s'acharnait à lui demander ce qu'était 
devenu le cuisinier Flotte, l'embarrassa un peu. M. Caussi- 
dière avait fait relâcher Flotte, arrêté la veille au moment 
où il répandait la liste des membres du nouveau Gouver- 
nement, a Eli sacre bleu I s'écria-t-il, je n'ai voulu que la 
pacification. » 

L'Assemblée sourit et ne prit pas en mauvaise part cette 
éloquence fin paysan du Danube. M. Ciussidière montra la 
moitié de Paris dénonçant l'autre; il parla d'ordre fait avec 
le désordre, de police de conciliation; il eut de la verve, 
de l'habileté, des mots heureux. Il s'éleva môme à une 
sorte de grandeur lorsque , en face de cette réaction 
qui oubliait si vite le passé, il s'écria : « Mes sentiments 
démocratiques sont connus; mes passions, mes pensées 
sont pour le peuple, pour ceux qui souffrent. » Quand il 
offrit sa démission de préfet de police et de Représentant 
du peuple, si l'Assemblée la souhaitait, de vives déné- 
gations lui prouvèrent qu'il avait excité de réelles sym- 
pathies. 

Mais tandis que M. Caussidière parlait, le général Bedeau 
braquait des canons contre la Préfecture de police. MM. Clé- 
ment Thomas etRecurt assistaient à cette manière de siège. 
Le colonel des gardes républicains, Mercier, fit entrer le 
ministre et les généraux. Ils virent que la Préfecture était 
armée en guerre et prête à soutenir un combat d'extermi- 
nation. Les généraux transigèrent. M. Cau>sidière prévenu 



314 SECONDE RÉPUBLIQUE FRANÇAISE. 

interpella vivement le général Bedeau. Celui-ci déclara 
qu'on avait outrepassé ses ordres. M. Caussidière monta en 
voiture avec M. de Lamartine qui le supplia de mettre fin 
à ce conflit. Au moment où la voiture passait au pont 
Saint-Michel, la garde nationale vociféra : a Mort à Caussi- 
dière! » C'était trop tôt. M. de Lamartine ût un discours à 
ces réactionnaires impatients et endormit leur fureur; 
M. Caussidière donna sa démission de Représentant du peu T 
pie et de préfet de police. On le remplaça, dans ces der- 
nières fonctions, par un banquier 4u Mans, ami de MM. Le- 
dru-Rollin et Marrast, M. Trouvé-Chauvel. On laissa vingt- 
quatre heures à la garde républicaine et aux Montagnards 
pour évacuer la Préfecture de police. C'est ainsi que l'on fit 
de ces deux mille cinq cents hommes qui avaient rendu 
de réels services , des soldats exaspérés pour la prochaine 
insurrection. 

Les destitutions commencèrent sur une vaste échelle. 
D'un jour à l'autre, lès exigences de la réaction augmen- 
taient dans des proportions qu'il est difficile de croire au- 
jourd'hui, tant elles choquent le bon sens et la pudeur. On 
ferma une quantité considérable de clubs démagogiques. 
Le club de M. Blanqui fut supprimé le 22 mai. On trouvera 
aux pièces justificatives de ce volume une protestation iné- 
dite que M. Blanqui laissa dans une maison qui lui av9.it 
servi d'asile (1). 

Du 15 au 28 mai, l'existence de M. Blanqui se passa en 
expédients et en ruses pour déjouer les recherches de la 
police. Ce fut une véritable chasse à l'homme. De tels spec- 
tacles peuvent séduire l'imagination d'un romancier, mais 

(t) Voir aux Pièces justificatives, n. 9, II. 



ASSEMBLÉE CONSTITUANTE. 315 

ils^ffligpnt lç reçar^ $u pe^se^r, ty. jpUpcjjii, dénoncé par 
M. Relief;, ancien commissaire général du Gouverne- 
ment (i^ quitta vers deux heures du matin le Représentant 
du peuple chez lequel il s'était réfugié et se cacha dans une 
habitation du parc de Maisons-Laflitte. Serré de près, il se 
sauvç, ep costume d'officier de la garde nationale, erra plu- 
sieurs jours, rentra dans Paris et sç réfugia rue Montho- 
lpn, n° 14. Le commissaire de police Yon l'y surprit, le 
26 mai à six heures du soir, au moment où, entouré de 
quelques an^is, parmi lesquels le docteur Laçambre, il ve- 
nait de se mettre à table. M. Blancjui exprima le désir d'a- 
chever son repas avec ses amis. Le commissaire y consentit. 
M. Lacajnbre parvint à s'évader. On le retrouva, \e 28 m$i, 
rue des Récollets, n° 7, organisant un nouveau club. 

Depuis le 15 mai, l'attention publique était vivement at- 
tirée vers M. Blauq^ui. Les lettres vibrantes de menace et de 
dédain qu'il trouvait le temps, dans sa vie semée d'embû- 
ches, d'adresser aux journaux qui le disaient arrêté (2), ne 
contribuaient pas médiocrement à exciter la curiosité qui 
s'attachait à sa personne. La bourgeoisie met parfois à la 
mode ce dont elle s'épouvante. 

Ainsi disparut une fois encore, des planches de la vie 
publique, cet acteur contesté, mais puissant, à qui il ne 
manqua peut-être qu'une légère faveur de la fortune pour 
jouer un premier rôle dans la tragi-comédie de l'histoire. 
Nous le retrouverons un dernier jour au banc des accusés 
de la haute Cour, toujours semblable à lui-même, toujours 
plein de mystère, de menace et de promesses, et marqué 
dans sa carrière mutilée, comme dans son caractère peut- 

(1) Voir Rapport de la Commission d'enquête, t. I, p. 343. 

(2) Voir aux Pièces justificatives, n. 9, III et IV. 



310 SECONDE RÉPUBLIQUE FRANÇAISE. 

être, de cet inachèvement qui lui donne, à travers le récit 
de nos discordes civiles, l'aspect d'une ombre ironique, se 
jouant de la peur et de la haiie et couvrant l'espèce hu- 
maine d'un universel mépris. 

Il n'y a que deux manières de dénouer les situations en 
politique : le sabre ou les concessions. Au 15 mai, on ne se 
battit point, et la réaction, victorieuse sans effusion de 
sang, se trouva en face de ses adversaires, décidée à ne 
rien concéder, à exiger beaucoup et à prendre les armes au 
premier prétexte. De son côté, le prolétariat affamé récla- 
mait l'exécution des éternelles promesses du lendemain, et 
il était bien résolu, lui aussi, à recourir, le cas échéant, à 
Vultima ratio des gouvernements et des peuples : le fusil. 

L'histoire est un voyageur dont la route est semée d'abî- 
mes, enveloppée de ténèbres. Ce récit a, jusqu'à l'heure 
présente, péniblement cheminé à travers l'intrigue : c'est 
dans le sang qu'il va marcher désormais. 



PIÈCES JUSTIFICATIVES. 



PIÈCES JUSTIFICATIVES 



if 1. 



Lettres de MM. Louis-Napoléon, Jérôme, Napoléon, et Pierre Bona- 
parte aux membres du Gouvernement provisoire. 



Messieurs, 

Le peuple do Paris ayant détruit par son héroïsme les der- 
niers vestiges do l'invasion étrangère, j'accours de l'exil pour 
me ranger. sous le drapeau de la République qu'on vient de 
proclamer. 

Sans autre ambition que celle de servir mon pays, je viens an- 
noncer mon arrivée aux membres du Gouvernement provisoire, et 
les assurer de mon dévouement à la cause qu'ils représentent, 
comme de ma sympathie pour leurs personnes. 

Recevez, Messieurs, l'assurance de ces sentiments. 

Louis-Napoléon Bonapahtb. 



A Messieurs les membres du Gouvernement provisoire de la 
République. 

La nation vient de déchirer les traités de 1815. Le vieux soldat 



320 PIÈCES JUSTIFICATIVES. 

de Waterloo, le dernier frère de Napoléon, rentre dès ce moment 
au sein de la grande famille. 

Le temps des dynasties est passé pour la France I . 

La loi de proscription qui me frappait est tombée avec le der- 
' nier des Bourbons. Je demande que le gouvernement de la Ré- 
publique prenne un arrêté qui déclare que ma proscription était 
une injure à la France, et a disparu avec tout ce qui nous a été 
imposé par l'étranger. 

Recevez, Messieurs les membres du gouvernement de la 
République, l'expression de mon respect et de mon dévoue- 
ment. 

Jérôme Bonaparte. 

Paris, ce 26 février 1848. 



A Messieurs les membres du Gouvernement provisoire de la 
République. 

Au moment même de la victoire du peuple, je me suis rendu 
à l'Hôtel de Ville. Le devoir de tout bon citoyen est de ce réunir 
autour du Gouvernement provisoire de la République, et je tiens 
à être un des premiers à le faire, heureux si mon patriotisme 
peut être utilement employé. 

Recevez, Messieurs, l'expression des sentiments de respect et 
de dévouement de votre concitoyen. 

Napoléon Bonaparte. 
Paris, ce 26 février 1848. 



Messieurs, 

Après trente-trois années d'exil et de persécution, je croyais 
avoir acquis le droit de retrouver un foyer sur le sol de la 
patrie. 

Vous pensez que ma présence à Paris est maintenant un sujet 
d'embarras. Je m'éloigne donc momentanément; et vous verrez 



PIÈCES JUSTIFICATIVES. 321 

dans ce sacrifice la pureté de mes intentions et la sincérité de 
mon patriotisme. 

Recevez, Messieurs, l'assurance de mes sentiments de haut 
estime et de sympathie. 

Napoléon-Louis Bonaparte. 

Paris, le 29 février 1848. 



Messieurs, 

Fils de Lucien Bonaparte, nourri de ses opinions républicaines, 
idolâtre, comme lui, de la grandeur et du bonheur de la France, 
j'accours, enfant de la patrie, me mettre à la disposition des 
éminents citoyens qui forment le Gouvernement provisoire. Le 
sentiment qui me domine, c'est un patriotique enthousiasme, 
et la conviction que la prospérité et l'avenir de la République 
ont été résolus le jour où le peuple vous a mis à sa tête. Comme 
mon père, qui n'a jamais trahi son serment, j'engage le mien 
entre vos mains à la République française. < 

Recevez, Messieurs, cet acte de sympathie et d'un dévouement 
qui ne demande que d'être mis à l'épreuve. 

Pierre Napoléon Bonapabte. 

Paris le 29 février 1848. 



21 



322 



PIECES JUSTIFICATIVES. 



N° 2. 



Liste des Commissaires du Gouvernement provisoire dans les 
départements. 



La lettre R indique ceux des Commissaires qui ont été nommés Représen- 
tants du peuple aux élections d'avril. 



AIN. 
Petetin (Anselme), coin. gén. 
Guigne de Champvans, journaliste, R. 
Roselii-Mollet. 
Hogon (Albert). 

(Ces deux dernier» repoussés avec 
violences par la population t et desti- 
tués presque aussitôt.) 

AISNE. 

Bergeron, commissaire général. 
Du four (Théophile), R. 
Leclanché, a partir du 17 avril. 
Menncsson. 

ALLIER. 
Tourel, ancien député. 
Avond (Aug.), avocat, R. 
Matbé (Félix), négociant, R. 
Tourret, agriculteur, R. 
Bureaux de Puzy, anc. dép. R. 

(Après le 24 février, il se forma 
dans ce département un comité de 
dix-sept membres dont faisait partie 
M. Matké.) 

ALPES (BASSES). 
Repellin, avocat, corn, gén., R. 

ALPES (HAUTES). 
Froussard, chef d'inslit, corn, gén., R. 

ARDÉCHE. 
Martin-Bernard, corn. gén.,R. 

ARDENNES. 
Aubert-Roche, com. gén., R. 
Allin (Jules). 



ARIEGE. 
Darnaud, anc dép., R. 
Hode (Léon). 
Pilhes. 

Anglade (Clément), anc. dép., R. 
Sylvestre (Théophile). 

AUBE. 

Aubert-Roche, com. gén. 

Labosse. 

Crevât. 

Lefebvre. 

Lignier, avocat, R. (Nommé à la suite 
d'un conflit qui éclata a Troyes lors 
de l'installation des premiers com- 
missair es) 

AUDE. . 
Trinchant, avocat, R. 
Raynal (Th.), sous-com. à Narbonne, R. 

AVEYRON. 
Oscar Gervais, com. gén. 
Raginel. 

Galtier-Boissière, membre de la com- 
mission du Luxembourg, nommé le 
21 mars. 

BOUCHES-DU-RHONE. 

Ollivier (Emile), com. gén. 
Repellin, avocat, com. gén., R. 

CALVADOS. 
Marie, négociant, R. 
Aumont-Thiéville. 
Avril (Félix). 
Bonnesœur, avocat. 
Lebarillier, agronome) R« 



PIECES JUSTIFICATIVES. 



323 



Demortreux, président à Lisieux, R. 
Bellencontre, ex-colonel, à Falaise, R. 
Besnard, propriétaire à Vire, R. 

CANTAL 
Labrousse, corn, géa., R. 
Durrieu (Paulin), à §t-pour,R. 

CHARENTE. 

Babaud-Larihière, ftvfecaé, journal. , A. 
Garnier-Laboissière, maîtr. def., «ne. 

dép.,R. 
Laval lée, sous-coro. àRuffiec, R. 

CHARENTE-INFÉRIEURE. 
Renou de Ballon, anc. dép., R. 
Gaudin, avocat, journaliste, R. 

CHER. 
Daplan (Paul), jurisconsulte, R* 
Michel (de Bourges), avocat. 
Bidault, avocat, R. 
Pyat (Félix), homme de lettres, R. 

CORRÈZE. 
Labrousse, com. gén., K. 
Ceyras, magistrat, R. 
Chamiot, juge. 
Maillard, id. 
De Latrade (Louis), R. 
CQRSE. 
Piétri, avocat, R. 
Vaujin. 

COTË-D'OR. 
Démon try( James), avoc., coin, gén ., R. 
Ménand, avocat, R. 
Carion (Jules). 

COTES-DU-NORD. 
Rocher, com. gén. des cinq départ, de 

la Bretagne. 
Couard. 

Morhéry, agriculteur et industriel , R. 
Ledru, sous-com. a Lanniou, R. 

CREUSE. 
Trélat, médecin, com. gén., R. 
Leclerc (Félix), avocat, R. 
Guisard, médecin, R. 
Boissier. 

DORDOGNE. 
Latrade (Louis), com. gén., R. 
Dussolier, anc. dép., R. 
Montagut. 

Chavoix, médecin, R. 
Lamarque. 
Dufraisse (Numa). 
Dulac. 



DOUBS. 



Demontry (James), com. gén., R. 

Demerey. 

Faivre. 

Tisserandot. 

Langeron, journaliste. 

Tanchard, juge de paix, R. 

DROME. 
Froussard, com. gén., R. 
Fournery. 
Delhorme. 
Nap. Chancel. 
Curnier, R. 
Sauteyra, R. 

EURE. 

Legendre, administrateur, R. 
Picard, id. id. 

Davy id. id. 

Canel, avocat, R. 

EURE-ET-LOIR. 
Marescal, avocat, prop., R. 
Barthélémy, imprimeur, propriét.,R. 
Gouache, com. gén. 

FINISTÈRE. 
Rocher, com. gén. 
Tassel (Hip.), avocat, R. 
Morhéry, agricult. «t industriel, R. 
Hermann, sous-com. à Morlaix, R. 
Francard. 

GARD. 
Teulou, magistrat, anc. dép., R. 
Latrade (Louis) , R. 
Oscar Gervais, com. gén. 

GARONNE (HAUTE-). 
Joly, avocat, com. gén., R. 
Laroche. 

GERS. 
Joly, avocat, com. gén., R. 
Pégot-Ogier, anc. militaire, R. 
Alem-Rousseau, avocat, R. 

GIRONDE. 
Latrade (Louis), R. 
Chevalier. 
Cl. Thomas, R. 
Ducos (Henri), ancien député. 

HÉRAULT. 
Çharamaule, anc. dép., R., président 

d'une commission départementale. 
Oscar Gervais, com. gén. 
Brives, nommé leï\ mars, R. 
Renouvier(JalesJ, ancien S^nJ-Siiiion- 

nien^ R. 



m 



PIÈCES JUSTIFICATIVES. 



ILLE-ET-VILAINE. 

Rocher, corn. gén. 
Hnmon, nommé le 3 mars* 

INDRE. 
Fleury, avocat, R. 
Rollinat (F.), R. 

INDRE-ET-LOIRE. 
Barie. 

Marchais (André). 
Baudouin. 

ISÈRE. 
Commission départementale. 
Crépu, agronome, R. 
Repellin, avocat, R. 

{M, Repellin a été aussi commissaire 
dans quatre départements du Midi.) 
Marion. 

Froussard, chef d'inst., cont. gén., R. 

Momand (Félix), journaliste, nommé le 

23 mars. 

JURA. 
Grévy, avocat, R. 
Petetin (Anselme), com. gén. 

LANDES. 
Vergers (Gust.)» com. gén. 
Lefranc (Victor), R. 

LOIR-ET-CHER. 
Gerinain-Sarrut, R. 
Ducoux, médecin, R. 
Sebire (Auguste). 
Gouache, com. gén. 
Jouanneau. 

LOIRE. 
Martin Bernard, com. gén., R. 
Baune (Eug.), journaliste, R. 
LOIRE (HAUTE-). 
Martin Bernard, com. gén., R. 
Bravard, médecin, R. 

LOIRE-INFÉRIEURE. 
Rocher, com. gén. 
Guépin, médecin. 
Manoiiry. 

LOIRET. 
Pereira (Alfred), ancien avoué. 
Martin, négociant, R. 
Rondeau. 

LOT. 
Labrousse, com. gén., R. 

LOT-ET-GARONNE. 
Dubreuil (Gaspard), R. 
Bérard, lieutenant d'artillerie, R. 



LOZERE. 
Oscar Gervais, com. gén. 
Régnier. 

MAINE-ET-LOIRE. 
Trouvé-Chauvel, banquier* com. g., R. 
Bordilkm (Grégoire). 

MANCHE. 
Havin, ancien député, R. 
Vieillard, id. id. 
MARNE. 
Aubert Roche, com. gén. 
Lecureux. 
David (Adolphe) , 

MARNE (HAUTE-). 
Aubert Roche, com. gén. 
Walferdin, administ. des douanes, R. 
De Montrai, publiciste, R. 

MAYENNE. 
Trouvé-Chauvel, com. gén., R. 
Bigot, maitre de forges, anc, dép., R. 
Jamet (Emile). 

MEURTHE. 
Laflize, présid. d'une com* départ., R. 
Léoutre. 

De Ludre, ancien député, R. 
Saint-Ouen, avocat, R. 
Viox, sous-corn, à Lunéville, R. 

MEUSE. 
Léoutre. 
Launois, R. 

MORBIHAN. 
Rocher, com. gén. 
Beslay, ancien député, R. 
Manoury. 
Guépin, médecin. 

MOSELLE. 
Billaudel, R. 

NIÈVRE. 
Ruitz. 
Girard, avocat, R. 

NORD. 
Delescluze, com. gén. 
Antony Thouret. 
Pilette. 

OISE. 
Barillon (Alexandre), anc. député, R. 
Jacquin. 
Desormes. 

ORNE. 
Berryer-Fontaine, médecin. 
Hamard, à Domfront, R. 
Hay-le-Camus. 
Héroard. 



PIECES JUSTIFICATIVES. 



325 



PAS-DE-CALAIS. 
Delescloze, com. gén. 
Degeorges, journaliste, R. 
Pilette. 

PUY-DE-DOME. 
Altaroche, homme de lettres, R. 
Trélat, médecin, R. 

PYRÉNÉES (BASSES-). 
Bernard (Hugues)» com. gén. 
Nognès, avocat, R. 
Leramboure, à Bayonne, R. 
Saint-Gandens, à Orthez, R. 

PYRÉNÉES (HAUTES-). 
Bernard (Hugues), com. gén. 
Sonbise, avocat. 
Dabarry, avocat, R. 
Vignerte, avocat, R. 
Cénac, sous-corn. à Argelès, R. 

PYRÉNÉES-ORJENTALES. 
Guitter, notaire, R* 
Lefranc (Pierre), journaliste, R. 

RHIN (BAS-). 
Lichtemberger, avocat, R. 

RHIN (HAUT-). 
Struch, anc. dép. v maît. de forges, R. 
Rossée. 

Koechlin (Nicolas). 
Chauffour, avocat, R. 
Zickel. 
Yves, avocat, R. 

RHONE. 
Arago (Emmanuel), avocat, R. 
Baune, journaliste» R. 
Martin Bernard, R. 

SAONE (HAUTE-). 
Demontry (James), avocat, com. g., R, 
Boilean. 
Signard, médecin, R. 

SAONE-ET-LOIRE. 
Mathey (Charles), anc. dép., R. 
Menand. 
Gindriez. 

SARTHE. 
Trouvé-Chauvel, banquier, R. 
SEINE-INFÉRIEURE. 
Deschamps, avocat. 
Dossard, journaliste. 

SEINE-ET-MARNE. 
Lafayette (Oscar), càpit. d'artiller.,B. 

SEINK-ET-OISE. 
Durand (Hippolyte), R. 

SÈVRES (DEUX-). 
Maichain, médecin, anc. dép., R. 
Boossy. 



Sauzeau. 

SOMME. 
Bergeron, com. gén. 
Galissct, 
Dutrone. 

(Ces deux derniers sous les ordres 
de M. de Beaumont. 
Leclanché. 

TARN. 
Joly, avocat, anc. dép., com. gén , R. 
D'Aragon, ancien député, R« 
Danguel. 

TARN-ET-GARONNE. 
Joly, com. gén , R. 
Sauriac, professeur. 
VAR. 
Ollivier (Emile), com. gén. 
Guignes (Lucien), avocat, R. 
Arène, sous-com. à Toulon, R. 
Repellin, avocat, com. gén.,R. 

VAUCLUSE. 
Laboissière, agriculteur, R. 
Gent (Alphonse), avocat. 
Repellin, avocat, com. gén., R. 

VENDÉE. 
Luneau, avocat, anc. député, R. 

VIENNE. 
Chevreau, chef d'instit. de St-Mandé. 
Marbrun, industriel. 

VIENNE (HAUTE). 

Maurat-Ballange, avocat, anc. dép , R. 

Chamiot , révoqué lors des troubles de 

Limoges. 
Babœuf, employé, com. gén. envoyé 

lors des (roubles. 
Trélat, médecin, com. gén., R. 

VOSGES. 
Turck, médecin, R. 
Ballon. 
Quillot. 
Najean, sous-com. à Neuf château, R. 

YONNE. 
Robert (Léon), R. 
Villard de la Guérie. 
Uzanne. 
Quénot. 

ALGÉRIE. 
Couput. 

GUADELOUPE. 
Gatine, avocat. 

MARTINIQUE. 
Perrinon,command. d'art, de marine, R. 

LA RÉUNION. 
Sarda-Garriga. 



326 PIÈCES JUSTIFICATIVES. 



#5. 



Lettre du général Cavaignac. 



Monsieur le président, 

Je trouve insérée au Moniteur officiel ma nomination au minis- 
tère de la guerre. J'ai à regretter que le Gouvernement provi- 
soire n'ait pas voulu accueillir la communication si positive qui 
lui a été faite. J'ai à regretter qu'en ne m'interrogeaht pas, le 
gouvernement m'oblige à décliner un honneur que je n'ai point 
recherché, au devant duquel j'aurais été s'il eût été convenable 
de le faire. 

Je n'accepte point le ministère de la guerre. 

Il me reste à en faire connaître le motif. 

Au jour même d'une révolution, lorsqu'il n'est question que 
d'une chose, de donner au gouvernement nouveau un gage de 
dévouement absolu» iè nom d'un bon citoyen appartient à la na- 
tion ; elle en dispose suivant sa volonté. Si donc, le 24 février 
au soir, mon nom eût figuré au nombre des ministres, j'eusse 
accepté cette désignation comme j'ai accepté celle qui in'à placé 
où je suis. 

Aujourd'hui la République n'a pas besoin d'un sacrifice sem- 
blable, et pour entrer dans son gouvernement, il devient utile, 
nécessaire, que celui qui, par exemple, acceptera le ministère de 
la guerre, connaisse la volonté du gouvernement, sort éclairé 
sur ses vues. En un mot, lés nommes qui sont appelés & com- 
poser à l'avenir le ministère do la République, doivent s'être in- 
terrogés et rester convaincus qu'ils veulent servir la République 
de la même manière. Dans lés circonstances présentes, si j'avais 
à entrer au ministère, j'aurais avant tout à savoir quel doit 
être l'avenir de l'armée dont on me confierait le comman- 
dement. 



PIÈCES JUSTIFICATIVES. 327 

Comme soldat, jo serai toujours prêt à verser mon sang pour 
la République, de quelque manière et en quelque temps qu'elle 
l'exige. 

Gomme homme politique, si j'étais condamné à le devenir, je 
ne sacrifierais jamais mes convictions de soldat déjà avancé dans 
sa carrière : la République a besoin de son armée. Loin de mon 
pays, j'ignore aujourd'hui ce qu'est l'armée, où elle est; mais ce 
que je sais, c'est que si malheureusement elle était profondément 
atteinte dans ses conditions d'existence, il faudrait la réorga- 
niser ; si elle était inquiète, il faudrait la rassurer; si sa tète était 
inclinée, il faudrait la relever! Voilâmes convictions. 

Gomme homme politique, je sais (Juels sont lès hommes avec 
qui Je voudrais Seulement marcher; rtiali èôiix-lâ même, s'ils 
veulent atteindre l'armée, s'ils ne veulent lui rendre ce qui seul 
la fera vivre, le sentiment de sa dignité, d§ Son rôle dans tout 
pays vivant entouré de nations armées elles-mêmes, cèux-lâ 
mômes, je le déclare, ne tae compteront pas dans leurs rangs. 

Ainsi, pour être ministre, j'ai besoin de connaître la pensée, 
là volonté dô là République ; j'ai besoin d'être certttiii que je 
n'Aurai pas à mutiler Tannée que je connais depuis bientôt 
trente ans, de la môme main qui a soutenu avec elle la moitié épée. 

Rien ne coûta à dire quàfld on h'a rien à cacher. Je n'éprouve 
donc point d'embarras à parler néttenient; je ne puis donc être 
ministre tant que la pensée de la nation ne se èérà point fait 
connaître. 

Et, d'ailleurs, au moment où l'Assemblée nationale va se 
réunir, j'arriverais à Paris. Pourquoi? pour y résigner un pou- 
voir qu'il tië ihe reste pas le temps d'aller prendre. Je doté donc, 
je le répète, ne point accepter la désignation dont je suis l'objet. 

Signé: Eue. CavaignÎc. 

Alger, 27 mari 1848. 



328 PIÈGES JUSTIFICATIVES. 



N°4. 



Extraits de lettres de divers habitants de la Martinique, 
« Fort de France, C juin 1848» 

a Les nouveaux libres ne veulent pas reprendre le travail et 
l'autorité ne fait rien pour les y porter. On ne fera rien Tannée 
prochaine. Les troupeaux, sur beaucoup de propriétés, n'ont plus 
de gardiens ; on ne peut même en avoir avec un salaire. Aussi 
les cannes sont ravagées ; il faut recommencer à les planter. On 
ne peut trouver de travailleurs; ceux qui veulent travailler en 
sont détournés par les menaces des autres. J'ai offert de faire 
travailler à moitié profitais ont refusé; à l'entreprise , ils ont 
encore refusé. Je ne sais si Tannée prochaine on trouvera du 
plant pour préparer la récolte. Je regarde le pays comme perdu.... 
La farine de manioc qui est la principale ressource du pays est à 
20 francs au lieu de 7 et 10 francs la mesure. Dans un mois nous 
aurons la disette ; je le redoute fort. » 



a Vauclin-Martiniqae, 7 juin 1848. 

« Mon cher ami, ma dernière lettre te disait toutes mes inquié- 
tudes sur la tranquillité du pays, et le môme steamer qui te 
Tapportait a dû te donner Les tristes nouvelles de Saint-Pierre , 
en date du 23 mai, des massacres et des incendies qui y ont eu 
lieu. Le pays est dans le désordre le plus affreux ; partout c'est 
pillage et menaces d'assassinat. On ne peut plus compter sur un 
lendemain.... Les noirs du Vauclin ont fait des menaces d'as- 
sassinat à plusieurs propriétaires. » 



«28 juin 1848. 

.... «Tout va de mal en pis. La misère, la famine, voilà ce 
que nous avons en perspective avant qu'il soit deux mois. Dieu 
veuille que la misère n'aboutisse pas à quelque sanglant dénoû- 
ment. Depuis deux jours le vent est au désordre dans le quartier 
Saint-François. Le malaise a pris des proportions terribles et 



PIÈCES JUSTIFICATIVES. 329 

s'aggrave chaque jour davantage. Toutes les affaires sont arrê- 
tées, les ateliers abandonnés. Les nouveaux émancipés contt-* 
nuent à refuser le travail. Les propriétaires et les chambres de 
commerce adressent pétitions sur pétitions aux commissaires 
généraux et au gouvernement de la métropole pour implorer la 
prompte adoption de mesures propres à porter remède à la situa- 
tion et à en conjurer les dangers. Mais en attendant les colonies 
demeurent en proie à la plus complète anarchie. M. Gatine, sur 
l'arrivée duquel on avait fondé tant d'espérances, ne les a nulle- 
ment réalisées jusqu'à présent. Il parait complètement au-des- 
sous de son rôle et beaucoup plus préoccupé de faire de la popu- 
larité, dans un but électoral, avec la population de couleur, qu'à 
combiner les mesures propres à donner à Tordre et à la sécurité, 
impunément violés à tout moment , les garanties qu'ils récla- 
ment impérieusement. M. Gatine a vu déjà une improbation gé- 
nérale succéder à l'enthousiasme qui avait salué sa venue. On 
ne travaille pas à la campagne ; l'esprit des affranchis est mau- 
vais. » 



Extrait d'une lettre de M. D. Fontaine à M. A. R... à Santiago 
de Cuba, 



(La lettre suivante, qui contient des vues très-intelligentes et 
très-sages, a été écrite par un homme qui a dirigé pendant plu- 
sieurs années des plantations à Cuba. Elle prouve combien if eût 
été facile d'éviter les inconvénients de l'émancipation immédiate. 
Mais M. Schœlcher et la commission abolitionniste théorisaient, 
tandis que M. Fontaine avait pratiqué.) 

Paris, 7 mai 1848. 

« Les auteurs du décret d'abolition de l'esclavage ont choi- 
si, vous le voyez, la plus mauvaise solution. Lorsque, dans un 
temps plus ou moins rapproché, l'Espagne devra, elle aussi, 
aborder cette grande question, puisse-t-elle, éclairée par l'expé- 
rience de ses devanciers, suivre une toute autre voie ! Et puis- 
qu'il faut tôt ou tard arriver à ce but, que ne s'y prépare-t-elle 
de suite ? Que ne demande-t-elle à Y émancipation progressive les 



330 PIÈCES JUSTIFICATIVES. 

moyens d'évitef les maux qui vont accabler nos malheureuses 
colonies? 

« Quoi dé f)lùs simple en effet que l^pptipation de cette pru- 
dente ttfêgtife? (}ùe le GpùterûeiAent achète aux prix.çt'u^ 
actuels lé plus de négfeô qu'il pourra au moyen de ressources 
fournie par ta métropole. Ces ressources pourraient étfe pîiiséeà 
dans Un îcppôt ad t^oc frappé sur toutes les denrées coloniales! 
itfipôt dôht la durée ne devrait point dépaèser celle de f entière 
abolition de l'esclavage. 

« Les nègres ainsi rachetés seraient déclarés libres, mais em- 
brigadés en ateliers nationaut. Là ils travailleraient pendant un 
certain temps au profit de VËlii, cdraiûe apprentis , pour rem- 
bourser une partie des frais d'émancipation, ou mieux des frais 
d'apprentissage. Le travail serait divisé en travail intellectuel et 
en travail manuel. Le premier aurait pour but l'instruction pri- 
maire donnée gratuitement à tous les affranchis pendant deUi 
heures par jour. Le reste du temps serait consacré au travail 
manuel productif. Dans un laps de temps assez court l'esclavage 
pourrait ainsi disparaître sans secousse, car l'émancipation ne 
serait pas brusquée. Les propriétaires, dont le droit sanctionné 
par la loi est sacré, ne seraient pas frustrés. Les nègres rendus 
définitivement à la liberté auraient acquis dans les ateliers natio- 
naux quelque peu d'instruction et surtout quelque amour du 
travail. Ainsi devenus dignes de la liberté, ils s'engageraient 
librement à travailler sur les habitations moyennant salaire. Les 
maîtres ne dépenseraient pas beaucoup plus avec cette nouvelle 
organisation du travail qu'avec l'ancienne. N'ayant plus de ca- 
pital à avancer pour l'acquisition des nègres, l'intérêt anrîuel 
de ce capital si élevé servirait à peu près à solder la différence 
des dépenses. Le bon marché des salaires, suite naturelle de 
l'offre du travail, serait d'ailleurs pour les maîtres un encourage- 
ment et une excitation à vendre leurs nègres pour profiter des 
avantages qui ressortiraient alors du travail libre. Et ces avan- 
tages, remarquez-le, ne seraient pas illusoires dans ce système 
comme ils le seront sans doute aveo la marche suivie dans les 
colonies françaises. On verrait alors la morale et le droit égale- 
ment respectés. L'émancipation progressive peut seule atteindre 
le but. Elle seule peut donner le bien-être à tous et principale- 
ment à ceux dont on veut améliorer le sort. 

« Parallèlement à ce mode général de rachat il conviendrait 



do continuer à encourager le rachat individuel par les nègres 
eux-mêmes, comme il se pratique jusqu'à présent. L'esclave 
ainsi affranchi devrait être immédiatement libre et n'aurait 
point à passer par les ateliers nationaux. Il ne faut pas mettre 
d'inutiles et impolitiques entrave* à la liberté dans une ques- 
tion d'émancipation. 

a Le travail des colonies régi de la sorte continuerait à fournir 
au moins autant que par le passé. Grâce au calme au milieu du- 
quel s'accomplirait 14 tratfeform'stfori, nul âaftger I céurîr frôiif 
les habitants. Dé fatales émigration* né sétàieàt pas k êraindre. 
Loin de là, les nombreux capitaux provenant de l'émancipation 
viendraient donner une nouvelle activité à l'industrie agricole et 
à torites celles qui s'y rattachent. 

a Vous voyez déjà combien ce taoyen est supérieur à l'Autre. 
Je fi'ai pas besoin de m'appesantlr davantage sur un sujet que 
vous connaissez aussi bien que moi. Je mie coùiente de Fesqûis- 
sef à grands traits. 

«t 1! ne faut pas oublier ce^endàrit de noter ceci qu'à éôtô dé 
l'avàiiiaige de fconserver les colonies dans un état florissant qdi 
né heurtait cjtie s'accroître, 1'émancipaiiott progressive placé 
Celui fort à considérer de ne porter aucune atteinte au commerce 
d'outre-mer. En effet on ne peut nier que, pour une {mis* 
sancé maritime, il est du plus haut intérêt d'avoir, dans une 
Aombreuée marine de commercé, une source toujours prête dé 
recrutement pour sa marine militaire. Que d'effortà n'ont point 
tentés, dans ce but, les diverses nations ? Que de guerres san- 
glantes, que de Sacrifices de tout genre n'a pus enregistrés l'his- 
toire des peuples jaloux de se procurer à tout prix des colonies ? 
Et quand on en à, et de si productives et de si bien situées, oti 
irait par des mesures imprudentes, coupables mette, en compro- 
mettre ie sort ! 

« Malheureusement, dans cette question importante, ofi s'est 
laissé emporter à l'idée chevaleresque de briser dés chaînés qui, 
en réalité, n'existaient pas ainsi qu'on voulait bieti \è dite. Lé 
sentiment n'a jamais rien valu en politique ; il empêche de voit 
juste. Vos hommes d'État éviteront-ils cet écùeil* Je le ëoiH 
haite sans ofcer l'espérer. Et pourtant l'expérience d'un passé 
tout récent encore est là pour les guider. Mais l'expérience est- 
èlle autre chose qu'un mot vide de sens ? 

« D. Fontaine. » 



332 PIÈGES JUSTIFICATIVES. 



N° 5. 



Extrait du Rapport adressé aux membres de la Commission d'en- 
quête, par MM. de Latena, Grandet et Petit-Jean. 



« Les ateliers nationaux étaient placés dans le6 attributions du 
ministre des Travaux publics. Un commissaire de la République, 
directeur central, était chargé de l'administration. Il était assisté 
de quatre sous-directeurs. L'administration , divisée d'abord en 
trente-deux services, reçut, en outre, une division nouvelle en 
quatorze arrondissements. Les douze premiers arrondissements 
correspondaient aux douze municipalités de Paris. La banlieue, 
sauf quelques communes annexées aux sections intérieures , 
formait les deux derniers arrondissements. 11 y avait de plus 
quelques services spéciaux, et des ateliers particuliers, qui rele- 
vaient directement de l'administration centrale. Chaque arron- 
dissement avait un chef chargé d'administrer au nom et sous 
les ordres du bureau central. Les chefs d'arrondissement avaient 
sous leurs ordres des chefs de service; puis venait Tannée des 
travailleurs, commandée par des chefs de compagnies, des lieu- 
tenants, des brigadiers et des chefs d'escouades. 11 y avait onze 
hommes par escouade, cinquante-six par brigade, quatre brigades 
par lieutenance, quatre lieutenances par compagnie, composée 
ainsi de neuf cents hommes. Les chefs de compagnie et les lieu- 
tenants étaient nommés par l'administration ; les brigadiers et 
les escouadiers étaient élus par les travailleurs. En signe de 
ralliement, chaque service avait reçu son étendard, chaque com- 
pagnie son drapeau, chaque brigade son guidon ; les porte- 
drapeaux étaient élus par leurs camarades. A côté des chefs de 
service, et dans une situation hiérarchique mal définie, se trou- 
vaient des inspecteurs de travaux et des inspecteurs d'ordre, 
chargés d'une surveillance spéciale. L'embrigadement se faisait 
au moyen des bulletins délivrés dans les mairies, » 



PIÈCES JUSTIFICATIVES. 333 



N°6. 



Circulaire du ministre des Affaires étrangères aux agents diplomati- 
ques de la République. 



Monsieur, vous connaissez les événements de Paris, la vicloire 
du peuple, son héroïsme, sa modération, son apaisement, Tordre 
rétabli par le concours de tous les citoyens, comme si, dans 
cet interrègne des pouvoirs visibles, la raison générale était à 
elle seule le gouvernement de la France. 

La révolution française vient d'entrer ainsi dans sa période 
définitive. La France est République : la République française n'a 
pas besoin d'être reconnue pour exister. Elle est de droit national. 
Elle est la volonté d'un grand peuple qui ne demande son titre 
qu'à lui-même. Cependant, la République française désirant 
entrer dans la famille des gouvernements institués comme une 
puissance régulière, et non comme un phénomène perturbateur 
de l'ordre européen, il est convenable que vous fassiez prorap- 
tement connaître au gouvernement près duquel vous êtes ac- 
crédité les principes et les tendances qui dirigeront désormais 
la politique extérieure du Gouvernement français. 

La proclamation de la République française n'est un acte d'a- 
gression contre aucune forme de gouvernement dans le monde. 
Les formes de gouvernement ont des diversités aussi légitimes 
que les diversités de caractère, de situation géographique et de 
développement intellectuel, moral et matériel chez les peuples. 
Les nations ont, comme les individus, des âges différents. Les 
principes qui les régissent ont des phases successives. Les gou- 
vernements monarchiques, aristocratiques, constitutionnels, ré- 
publicains, sont l'expression de ces différents degrés de maturité 
du génie des peuples. Ils demandent plus de liberté à mesure 
qu'ils se sentent capables d'en supporter davantage ; ils deman- 



334 PIÈCES JUSTIFICATIVES. 

dent plus d'égalité et de démocratie à mesure qu'ils sont ins- 
pirés par plus de justice et d'amour pour les peuples. Question 
de temps. Un peuple se perd en devançant l'heure de cette ma- 
turité, comme il se déshonore en la laissant échapper sans la 
saisir. La monarchie et la république ne sont pas, aux yeux des 
véritables hommes d'État, des principes absolus qui se corn- 
battent à mort ; ce sont des faits qui se contrastent et qui peu- 
vent vivre face à face, en se comprenant et en se respectant. 

La guerre n'est donc pas le principe de la République 
française , cooHQÇ elle en 4eviqt la fotale et glorieuse 
nécessité en 4792. Entre J79$ et 1848, il y a un demi-siècle. 
Revenir, après un demi-siècle, au principe de 1792 ou au prin- 
cipe de conquête de l'Empire, ce ne serait pas avancer, ce serait 
rétrograder dans le temps. La révolution d'hier est un pas en 
avant, non en arrière. Le monde et nous, nous voulons mar- 
cher à la fraternité et à la paix. 

Si la situation de la République française, en 4792, expliquait 
4a guerre, les différences qui existent entre cette époque de notre 
histoire et l'époque où nous sommes expliquent la paix. Ces diffé- 
rences, appliquez-vous à les comprendre et à les faire com- 
prendre autour de vous. 

En 1792 la nation n'était pas une. Deux peuples existaient sur 
un même sol. Une lutte terrible se prolongeait encore entre les 
classes dépossédées de leurs privilèges et les classes qui ve- 
naient de conquérir l'égalité et la liberté. Les classes dépossé- 
dées s'unissaient avec la royauté captive et avec l'étranger jaloux 
pour nier sa révolution à la France, et pour lui réimposer la mo- 
narchie, l'aristocratie et la théocratie par l'invasion. Il n'y a plus 
de classes distinctes et inégales aujourd'hui. La liberté a tout 
affranchi. L'égalité devant la loi a tout nivelé. La fraternité, dont 
nous proclamons l'application et dont l'Assemblée nationale doit 
organiser les bienfaits, va tout unir. Il n'y a pas un seul citoyen 
en France, à quelque opinion qu'il appartienne, qui ne Se 
rallie au principe de la patrie avant tout, et ne la rende, par 
cette union même, inexpugnable aux tentatives et aux inquié- 
tudes d'invasion. 

En 1792, ce n'élit pa§,le peuple tout entier qui était entré en 
possession de son jojyçraement : c'était la classe moyenne seu- 
lement gui VQulajt e;xercer la liberté et en jouir. Le triomphé de 
la da$sp ! moyenne ~'$orp était égoïste, comme le triomphe de 



PIÈCES JUSTIFICATIVES. 335 

toute oligarchie. Elle voulait retenir pour elle seule les droits 
conquis par tous. Il lui fallait pour cela opérer une diversion 
forte à l'avènement du peuple, en le précipitant sur les champs 
de bataille, pour l'empêcher d'entrer dans son propre gouverne- 
ment. Cette diversion, c'était la 'guerre. La guerre fut la pensée 
des Monarchiens et des Girondins; ce ne fut pas la pensée des 
démocrates plus avancés qui voulaient, comme nous, le règne 
sincère, complet et régulier du peuple lui-môme, en compre- 
nant dans ce nom toutes les classes, sans exclusion et sans pré- 
férence, dont se compose la nation. 

En 4792, le peuple n'était que l'instrument de la révolution, 
il n'en était pas l'objet. Aujourd'hui, la révolution s'est faite par 
lui et pour lui. Il est la révolution elle-même» En y entrant, 
il y apporte ses besoins nouveaux de travail, d'industrie, d'ins- 
truction, d'agriculture, de commerce, de moralité, de bien-être, 
de propriété, de vie à bon marché, de navigation, de civilisation 
enfin, qui sont tous des besoins de paix ! Le peuple et la paix, 
c'est un même mot. 

En 4792, les idées de la France et de l'Europe n'étaient pas 
préparées à comprendre et à accepter la grande harmonie des 
nations entre elles, au bénéfice du genre humain. La pensée du 
siècle qui finissait n'était que dans la tête de quelques philoso- 
phes. La philosophie est populaire aujourd'hui. Cinquante années 
de liberté de penser, de parler et d'écrire, ont produit leur ré- 
sultat. Les* livres, les journaux, les tribunes ont opéré l'aposto- 
lat de l'intelligence européenne. La raison rayonnant de partout, 
par-dessus les frontières des peuples, a créé entre les esprits 
cette grande nationalité intellectuelle qui sera l'achèvement de 
la révolution française et la constitution de la fraternité inter- 
nationale sur le globe. 

Enfin, en 4792, la liberté était une nouveauté, l'égalité était 
un scandale, la Bépublique était un problème. Le titre des peu- 
ples, à peine découvert par Fénélon, Montesquieu, Rousseau, 
était tellement oublié , enfoui, profané par les vieilles tradi- 
tions féodales, dynastiques, sacerdotales, que l'intervention l(i 
plus légitime du peuple dans ses affaires paraissait une mons- 
truosité aux hommes d'État de l'ancienne école. La démocratie 
faisait trembler à la fois les trônes et les fondements des socié- 
tés. Aujourd'hui, lçs trônes et les peuplée se sont habitués au 
if&ot, aux fouines, apx agitations régulières de la liberté exercée 

è 



\ 



336 PIÈCES JUSTIFICATIVES. 

dans des proportions diverses presque dans tous les États, même 
monarchiques. Ils s'habitueront à la République, qui est sa forme 
complète chez les nations plus mûres. Ils reconnaîtront qu'il y a 
une liberté conservatrice ; ils reconnaîtront qu'il peut y avoir 
dans la République, non-seulement un ordre meilleur, mais qu'il 
peut y avoir plus d'ordre véritable dans ce gouvernement de 
tous pour tous, que dans le gouvernement de quelques-uns pour 
quelques-uns. 

Mais en dehors de ces considérations désintéressées, l'intérêt 
seul de la consolidation et de la durée de la République inspirerait 
aux hommes d'État de la France des pensées de paix. Ce n'est 
pas la patrie qui court les plus grands dangers dans la guerre, 
c'est la liberté. La guerre est presque toujours une dictature. 
Les soldats oublient les institutions pour les hommes. Les trônes 
tentent les ambitieux. La gloire éblouit le patriotisme. Le 
prestige d'un nom victorieux voile l'attentat contre la souve- 
raineté nationale. La République veut de la gloire, sans doute, 
mais elle la veut pour elle-même, et non pour des César ou des 
Napoléon ! 

Ne vou3 y trompez pas, néanmoins : ces idées que le Gouver- 
nement provisoire vous charge de présenter aux puissances 
comme gage de sécurité européenne, n'ont pas pour objet de 
faire pardonner à la République l'audace qu'elle a eue de naître; 
encore moins de demander humblement la place d'un grand 
droit et d'un grand peuple en Europe; elles ont un plus noble 
objet : faire réfléchir les souverains et les peuples, ne pas leur 
permettre de se tromper involontairement sur le' caractère de 
notre révolution, donner son vrai jour et sa physionomie juste à 
l'événement, donner des gages à l'humanité enfin, avant d'en 
donner à nos droits et à notre honneur,s'ils étaient méconnus 
ou menacés. 

La République française n'intentera donc la guerre à per- 
sonne. Elle n'a pas besoin de dire qu'elle l'acceptera, si on pose 
des conditions de guerre au peuple français.. La pensée des 
hommes qui gouvernent en ce moment la France est celle-ci : 
Heureuse la France si on lui déclare la guerre, et si on la con- 
traint ainsi à grandir en force et en gloire, malgré sa modé- 
ration ! Responsabilité terrible à la France si la République 
déclare elle-même la guerre sans y être provoquée l Dans le 
premier cas, son génie martial, son impatience d'action, aa 



PIÈCES JUSTIFICATIVES. 337 

force accumulée pendant tant d'années de paix, la rendraient 
invincible chez elle, redoutable peut-être au delà de ses fron- 
tières. Dans le second cas, elle tournerait contre elle le souve- 
nir de ses conquêtes, qui désaffectionnent les nationalités, et 
elle compromettrait sa première et sa plus universelle alliance : 
l'esprit des peuples et le génie de la civilisation. 

D'après ces principes, monsieur, qui sont les principes de la 
France de sang-froid, principes qu'elle peut présenter sans 
crainte comme sans défi à ses amis et à ses ennemis, vous vou- 
drez bien vous pénétrer des déclarations suivantes : 

Les traités de 1815 n'existent plus en droit aux yeux de la 
République française; toutefois, les circonscriptions territoriales 
de ces traités sont un fait qu'elle admet comme base et comme 
point de départ dans ses rapports avec les autres nations. 

Mais si les traités de 1815 n'existent plus que comme faits à 
modifier d'un accord commun, et si la République déclare hau- 
tement qu'elle a pour droit et pour mission d'arriver régu-. 
lièrement et pacifiquement à ces modifications, le bon sens, 
la, modération, la conscience, la prudence de la République 
existent, et sont pour l'Europe une meilleure et plus honorable 
garantie que les lettres de ces traités si souvent modifiés ou violés 
par elle. 

Attachez-vous, monsieur, à faire comprendre et admettre do 
bonne foi cette émancipation de la République des traités de 1815, 
et à montrer que cette franchise n'a rien d'inconciliable avec le 
repos de l'Europe. 

Ainsi, nous le disons hautement : si l'heure de la reconstruc- 
tion de quelques nationalités opprimées en Europe, ou ailleurs, 
nous paraissait avoir sonné dans les décrets de la Provi- 
dence; si la Suisse, notre fidèle alliée depuis François I 0T , était 
contrainte ou menacée dans le mouvement de croissance qu'elle 
opère chez elle pour prêter une force de plus au faisceau des 
gouvernements démocratiques; si les États indépendants de 
l'Italie étaient envahis; si Ton imposait des limites ou des 
obstacles à leurs transformations intérieures; si on leur con- 
testait à main armée le droit de s'allier entre eux pour consolider 
une patrie italienne, la République française se croirait en droit 
d'armer elle-même pour protéger ces mouvements légitimes de 
croissance et de nationalité des peuples. 
» •* La République, vous le voyez, a traversé du premier pas l'ère 
Jfc ii. 22 



338 PIÈCES JUSTIFICATIVES. 

des proscriptions et des dictatures. Elle est décidée à ne jamais 
voiler la liberté au dedans. Elle est'décidée à ne jamais voiler 
son principe démocratique au dehors. Elle ne laissera mettre la 
main de personne entre le rayonnement pacifique de sa liberté 
et le regard des peuples. Elle se proclame ralliée intellectuelle 
et cordiale dé tous les droits, de tous les progrès, de tous les 
développements légitimes d'institutions des nations qui veulent 
vivre du même principe que le sien. Elle ne fera point de propa- 
gande sourde ou incendiaire chez ses voisins. Elle sait qu'il n'y 
a de libertés durables que celles qui naissent d'elles-mêmes sur 
leur propre sol. Mais elle exercera, par la lueur de ses idées, par 
le spectacle d'ordre et de paix qu'elle espère donner au monde, 
le seul et honnête prosélytisme, le prosélytisme de l'estime et de 
la sympathie. Ce n'est point là la guerre, c'est la nature. Ce n'est 
point là l'agitation de l'Europe, c'est la vie. Ce n'est point là 
incendier le monde, c'est briller de sa place sur l'horizon des 
peuples pour les devancer et les guider à la fois. 

Nous désirons, pour l'humanité, que la paix soit conservée. 
Nous l'espérons même. Une seule question de guerre avait été 
posée, il y a un an, entre la France et l'Angleterre. Cette ques- 
tion de guerre, ce n'était pas la France républicaine qui l'avait 
posée, c'était la dynastie. La dynastie emporte avec elle ce dan- 
ger de guerre qu'elle avait suscité pour l'Europe par l'ambition 
toute personnelle de ses alliances de famille en Espagne. Ainsi 
cette politique domestique de la dynastie déchue, qui pesait de- 
puis dix-sept ans sur notre dignité nationale, pesait en toême 
temps, par ses prétentions à une couronne de plus à Madrid, sur 
nos alliances libérales et sur la paix. La République n'a point 
d'ambition ; la République n'a point de népotisme. Elle n'hérite 
pas des prétentions d'une famille. Que l'Espagne se régisse elle- 
même; que l'Espagne soit indépendante et libre. La France, pour 
la solidité de cette alliance naturelle, compte plus sur la confor- 
mité de principes que sur les successions de la maison de 
Bourbon î . 

Tel est, monsieur, l'esprit des conseils de la "République ; tel 
sera invariablement le caractère de la politique franche, forte et 
modérée, que vous aurez à représenter. 

La République a prononcé en naissant, et au milieu de la 
chaleur d'une lutte non provoquée par le peuple, trois mots qui 
ont révélé son àme et qui appelleront sur son berceau les béné-** 



PliGI9 JUBTIFICÀTIT15. 339 

dictions de Dieu et des hommes : Liberté, Égalité, Fraternité. Elle 
a donné le lendemain, par l'abolition de la peine de mort en 
matière politique, le véritable commentaire de ces trois mots au 
dedans ; donnez-leur aussi leur véritable commentaire au dehors. 
Le sens de ces trois mots appliqués à nos relations extérieures 
est celui-ci : affranchissement de la France des chaînes qui 
pesaient sur son principe et sur sa dignité; récupération du 
rang qu'elle doit occuper au niveau des grandes puissances 
européennes ; enfin, déclaration d'alliance et d'amitié à tous les 
peuples. Si la France a la conscience de sa part de mission libé- 
rale et civilisatrice dans le siècle, il n'y a pas un de ces mots qui 
signifie guerre. Si l'Europe est prudente et juste, il n'y a pas un 
de ces mots qui ne signifie paix. 

Recevez, monsieur, l'assurance de ma considération très- 
distinguée. 

Lamartine, 

Membre du Gouvernement provisoire de la République 
et ministre des Affaires étrangères. 



340 



PIÈCES JUSTIFICATIVES 



N° 7. 



Liste complète des Clubs. 



Abbaye (Club de T). 

Acacias (Club des). 

Agriculture (Club central de V) 

Allemande (Société démocratique). 

Allemande-Parisienne (Réunion). 

Alliance (Club patriotique et républi- 
cain de I'). 

Alsaciens (Club des). 

Amandiers (Club fraternel des). 

Amis de la Constitution (Association 
démocratique des). 

Amis de la fraternité (Club des). 

Amis de la République (Club des), à 
Vaugirard. 

Amis de la République (Club des), rue 
Saint- Jacques, 277. 

Amis de Tordre (Association des). 

Amis de Tordre (Société des), à Belle- 
ville. 

Amis des noirs (Club des). 

Amis du peuple ( Club des). 

Amis fraternels (Club des). 

Anciens constituants (Club des). 

Antonins (Club des). 

Arbalète (Club de T). 

Arc de triomphe (Club de T) 

Arrondissement (Société répub.-démoc. 
du 1«). 

Arrondissement (Comité démoc. du 2 e ). 

Arrondissement (Club répub. du 2«), 
rue Lepelietier. 

Arrondissement (Club répub. du 2e), 
Goudchaux, président. 

Arrondissement (Club du 3 e ). 

Arrondissement (Club répub. du 3 e ). 

Arrondissement (Club démoc. du 3 e ). 

Arrondissement (Club répub. du 5e). 

Arrondissement (Société démoc. du 5 e ). 



Arrondissement (Club répub. démoc. 
du 6c). 

Arrondissement (Club, patriot. du 7 e ). 

Arrondissement (Club du 10 e ). 

Arrondissement (Club pop. da 10*). 

Arrondissement (Comité élect. du J le). 

Arrondissement (Comité élect.-démoc. 
dnll e ). 

Arrondissement (Club du 12 e ). 

Arrondissement (Club démoc. du 13 e ), 
à Montmartre. 

Arsenal (Club de T). 

Artistes dramatiques (Club des). 

Assemblée nationale (Club du jour- 
nal T). 

Association fraternelle médicale (Club 
deT). 

Association italienne (Club de T). 

Association nationale des arts et mé- 
tiers (Clnb de T). 

Atelier (Club patriotique de I*). 

Ateliers nationaux (Club central des). 

Ateliers nationaux (Club des brigadiers 
des). 

Augustins (Club des). 

Banquet du 12 e arrondissement (Club 
du). 

Barricades du 24 février (Club des). 

Barrière du Maine (Clnb de la). 

Batignolles (Club républicain des) . 

Beaune (Club de la rue de). 

Belge (Société patriotique). 

Belle Moissonneuse (Club de la). 

Bercy (Club républicain de). 

Blancs-Manteaux (Club démocratique 
des). 

Blessés de Février (Club des). 

Blessés et combattants de la barricade 



PIÈGES JUSTIFICATIYES. 



341 



Saint-Merry (Club des). 
Bonne-Nouvelle (Club). 
Bureaucrate! (Club des). 
Butte-des-Moulins (Club de la). 
Central (Club). 

Central républicain (Comité ou club). 
CbailIot(Clubde). 
Chaillot (Comité central révolutionnaire 

de). 
Cbarenton (Club démocratique de). 
Cbaronne (Club démocratique de). 
Château des brouillards (Club du). 
Cirque national (Club du). 
Club des clubs (Comité révolutionnaire 

pour les élections). 
Cluny (Club). 
Commission instituée pour la défense 

des principes républicains. 
Comité central des élections. 
Comité central électoral. 
Commerçants-locataires (Club réfor- 
miste des). 
Commerce (Club du). 
Commune de Paris (Club de la). 
Compagnons des devoirs réunis (Club 

des). 
Conciliation (Club de la). 
Condamnés politiques (Club des). 
Congrès national électoral. 
Collège de France (Société républicaine 

du). 
Colons algériens (Comité des). 



Droits civiques (Club des). 

Droits de l'homme(Clab des), à l'École 
de médecine. 

Droits de l'homme et du citoyen (Société 
des). 

Droits de l'homme (Club pacifique des). 

Droits des travailleurs (Club des). 

École de droit (Club de I'). 

École de médecine (Club de 1'). 

Écoles (Comité central des). 

Éducation mutuelle des femmes (So- 
ciété de 1'). 

Égalité (Club de 0. 

Égalité et de la Fraternité (Club de 1'). 

Électoral républicain (Club), à Bati- 
gnolles. 

Émancipation des femmes (Club de 1'). 

Émancipation des peuples (Club de 1*). 

Émancipation des peuples (Comité cen- 
tral de 1'). 

Émancipation des peuples slaves (So- 
ciété pour 1'). 

Émeute révolutionnaire (Club de 1'). 

Émigration polonaise (Club de 1*). 

Émigrés italiens (Club des). 

Employés comptables du commerce et 
de l'industrie du département de la 
Seine (Club des). 

Épiciers (Club des). 

Équité (Club démocratique de 1'). 

Espérance (Club de 1'). 

Étoile (Club de V). 

Évangélique (Club). 



Constituant (Club) 

Contrôle de la République (Club du). I Faubourg du Temple (Club du) 

Décorés de Juillet (Club républicain 'Faubourg Saint-Antoine (Club du), 



des) 

Démocrate (Club). 

Démocrates de Belleville (Club des). 

Démocrates fraternels (Club des). 

Démocratie militante (Club de la). 

Démocratique (Club), rue du Faubourg- 
Montmartre, 5. 

Démocratique fraternel (Club). 

Démocratique (Société), à la Villette. 

Démocratique (Comité). 

Démocratique (Société centrale). 

Démocratique (Comité intérimaire des 
vingt-cinq ou comité). 

Deux-Mars (Club du). 

Devise française (Club de la) 

Devoirs et droits de l'homme (Club 
des). 

Domestiques et gens de maison (Club 
des) 



Faubourg Saint-Denis (Club du). 

Femmes (Club des). 

Février (Club du 27). 

Fontaine Saint-Georges (Club de la). 

Français non naturalisés (Comité cen- 
tral des). 

Franklin (Club). 

Franchise (Club de la). 

Francs Républicains (Club des), à Pu- 
teauz. 

Fraternel (Club). 

Fraternelle centrale (Société). 

Fraternité (Club de la), rue au Cherohe- 
Midi). 

Fraternité (Club de la), rue des Deux- 
Boules, 2. 

Fraternité (Club de la), au centre du 
faubourg Saint-Antoine. 

Fraternité (Club de la), à Meudon. 



342 



PIECES JUSTIFICATIVES. 



Fraternité (Société de la), 
fraternité des peuples (Club de la). 
Fraternité universelle (Club de la). 
Garde nationale (Cercle-club de la). 
Garde nationale de Paris (Clnb démo- 
cratique central de la). 
Garde nationale mobile (Club de la). 
Gardes nationaux (Club des). 
Gens de lettres (Société républicaine 

des). 
Gentilly (Club de). 

Gobelins (Club des). 

Grande-Famille (Société agricole et in- 
dustrielle delà)» 
' Gravilliers (Club des). 

Grosse-tête (Club démocratique et so- 
cial de la). 

Gruttly (Société suisse de). 

Guillotine (Club de la). 

Halles (Club des). 

Hermitage (Club de 1'), à Montmartre 

Hippodrome (Club del'). 

Homme armé (Club del'). 

Hommes lettrés (Club des)» 

Hommes libres (Club des). 

Hommes sans peur (Club-batterie des). 

Ibérique (Club démocratique). 

Incorruptibles(Club des). 

Indépendants (Club des), rue de Aton- 
treuil, 1 . 

Indépendants (Club des), A. Sudre, 
président. 

Industrie et du comtaeree (Club de 1'). 

Institut (Club de Y). 

Instituteurs, institutrices et professeurs 
socialistes (Association fraternelle 
des). 

Institut oratoire de Paris (Club de Y). 

Intérêts communs (Club des). 

Intérêts du peuple (Club des). 

Intérêts populaires et de la garde mo- 
bile (Club des). 

Jacobins (Club des) 

Jacobins (Club central des). 

Jeune France (Club socialiste de la). 

Jeune Montagne (Club de la) ou de la 
Sorbonne. 

Jeunes étudiants (Club dès). 

La Chapelle Saint-Denis (club républi- 
cain de). 

Liberté (Cercle-club delà )• 

Libertés politiques, civiles et religieuses 

^(Comité électoral des). 

Libartiste (Association), m embriga- 



dement de la société par lequel tout 
despotisme et toute anarchie devisa» 
nent impossibles. 

Libres penseurs (Société démocratique 
des). 

Ligue des peuples. 

Lingères (Club fraternel des)* 

Lot-et-Garonne (Club du). 

Luxembourg (Club des délégués ayant 
siégé au). 

Lyonnais (Club des). 

Maçonnique (Club central). 

Maçonnique (Comité central). 

Maîtres d'études (Association démo- 
cratique des). 

Maîtres de pension (Club des)» 

Marais (Club du). 

Médecins du département de la Seine 
(Club des). 

Médical (Club). 

Montagnards (Club des). 

Montagne (Réunion des représentants 
et des anciens constituants de la). 

Montagne (Club républicain de la). 

Montagne (Club delà), à Passy. 

Montagne (Club de la), à Montmartre. 

Montagne (Club de la), me Frépilk». 

Montmartre (Club républicain de). 

Montrouge (Club populaire de). 

Mentrouge (Société populaire de). 

Neuilly(Clubde). 

Neuilly-sur-Seiae (Club républicain dé- 
mocratique de). 

Organisation du travail (Club central 
del'). 

Organisation sociale (Club de 1')» 

Ouvriers allemands (Club des). 

Ouvriers de la fraternité (Club des)* 

Ouvriers des ateliers nationaux réunis 
(Comité des), à l'Hippodrome* 

Panthéon (Club de). 

Passy(Clubde). 

Patriotes indépendants (Clnb des). 

Peuple (Club du). 

Popincourt (Club), rue de U Roquette, 
n<> 7. 

Popincourt (01 ob), rue SaiaWàn- 
broise,4. 

Populaire (Club), 

Porte-Montmartre (Clnb central démo- 
cratique de la). 

Presse démocratique et socialiste (Co- 
mité de la). 

Prévoyance (Club de la). 



riKCES JUSTIFICATIVES. 



343 



Prévoyants (Club des). 

Prévoyants (Club des), rue de Clichy. 

Progrès (Club du). 

Progrès (Club républicain du}. 

Progrès (Club républicain du), à Moût- 
martre. 

Progrès démocratique (Club du). 

Propagande républicaine (Club de la). 

Provençaux (Club des). 

Publicistes (Club des). 

Quinze- Vingts (Club des). 

Quartier du Luxembourg (Club démo- 
cratique du). 

Quartier Montorgueil (Club démocra- 
tique dn). 

Récollets (Club des). 

Redoute (Club électoral de la). 

Réforme (Club de la), à la Maison- 
Blanche. 

Régénération sociale (Club de la). 

Religieux (Club). 

Représentants républicains (Société ou 
association des). 

Républicain (Club). 

Républicain (Comité central). 

Républicaine (Société). 

Républicaine centrale (Société) ou club 
Blànqui. 

Républicain protestant (Club). 

Républicains socialistes (Club des). 

Républicains socialistes (Comité central 
des). 

Républicains unis (Club des), à Mont- 
martre. 

République (Club de la), à Vaugirard. 

République centrale (Club de la). 

République nouvelle (Club de la). 

Réunion fraternelle d'Ivry (Club de la). 

Révolution (Club de la). 

Révolution démocratique (Club de la). 

Révolutionnaire et socialiste du Rhône 
(Club). 

Révolution sociale (Club de la). 

Roisin (Club). 

Saint-Georges (Club républicain de). 

Saint-Leu(Clubde). 

Saint-Maur (Club démocratique de), à 
Saint-Maur. 

Salut du peuple (Club du). 

Salut public (Club du), commerce vé 
ridique. 



Servandoni (Club). 

Solidarité républicaine (Association 
pour le développement des droits et 
des intérêts de la démocratie). 

Somme (Club de la). 

Sorbonne (Club populaire de la). 

Soufflot (Club). 

Temple (Club du). 

Travail (Club central du). 

Travail (Club démocratique du). 

Travailleurs (Association fraternelle et 
universelle des). 

Travailleurs et commerçants (Club des). 

Travailleurs du Marais (Club des). 

Travailleurs du Nord (Club des). 

Travailleurs du lie arrondissement 
(Club des). 

Travailleurs libres (Club des). 

Travailleurs républicains (Club des). 

Travail social (Club du). 

Travailleurs socialistes (Club des). 

Travailleurs unis (Société des). 

Tribune populaire (Club de la). 

Triomphe (Club du). 

Typographique (Comité). 

Union (Club de 1'), à la Sorbonne. 

Union (Club de P) t Frédault, prési- 
dent. 

Union (Club de 1'), Aurias. président). 

Union (Club de 1'), rue du Faubourg 
Saint-Martin. 

Union (Club de P), m de Condê. 

Union démocratique (Club de 1'), à 
Montmartre. 

Union des clercs (Club de 1'). 

Union des travailleurs (Club de P). 

Union fraternelle (Club de P). 

Union fraternelle pour l'émancipation 
intellectuelle et l'éducation civique 
du peuple (Club de P). 

Union polytechnique (Club de P). 

Union républicaine (Club de P). rue Ja- 
cob, 15. 

Union républicaine (club de P), rue ta 
Bac, 75. 

Unité démocratique (Club de 1*). 

Unité républicaine (Club de P)* 

Université républicaine (Club de P). 

Vieux-Auguslins (Club des). 

Vésuviennes (Club-légion des). 

Vigilants (Club des). 



344 rôjctâ nrsTmcATms. 



y s. 



Litte complète des journaux politiques., 

La eaolevr politiqae des jovnuwx est radiqvée par ne lettre : 1 
B. Bonapartiste ; M. Monarchiste, 

Abeille (0, Moniteur de la semaine. 

Accusateur public (P), 11 juin 1848. R. 

Accusateur révolutionnaire (P), journal des ouvriers, 2 avril 
1848. R. 

Affiches républicaines (les), 1840. 

Afrique française (1'), journal des intérêts civils de r Algérie. 
14 juin 1840. R. 

Agenda parisien (P), 8 mars 4849. 

Aigle (1*), octobre 1848. — N'a paru qu'un prospectus. 

Aigle (P), février 1852. 

Aigle républicaine (Y) 17 juin 1849. B. 

Aimable faubourien (P), journal de la canaille, 4 CT juin 1848. R. 

Aimable faubourien (P), journal des honnêtes gens, mai 4849. 

Album révolutionnaire (10* 4848. R. 

Album de la jeune République (P), août 1848. 

Album de l'atelier (P), mai 1851. 

Album de l'ouvrier (P), mai 1848. 

Alliance des peuples (Y), journal des nationalités démocrati- 
ques, juin 1848. R. 

Allusion démocratique (P), étoile du peuple, 1851. 

Alpes (les), 1850. 

Amer du chêne (PJ, juillet 1849. 

Ami de la religion (10, antérieur à 1848. M. 

Ami du peuple en 1848 (P) par F. V. Raspail, H février 1848. R. 

Ami du peuple (P), avril 1850. M. 

Ami du peuple (P), par M. A. de Jouffroy. M. 

Amour de la patrie (P), 16 avril 1848. 

An de Salut (P) par Jean Journet. Mars 4851. 

Anarchie (T), journal de Tordre, avril 1850. 



PIÈCES JUSTIFICATIVES. 345 

Ancien et le Nouveau-Monde (F), 29 avril 1849. R. 
Annales législatives de l'instruction primaire (les), 4 5 mars 1 850. 
Annales militaires (les), janvier 1 850. 
Annales de l'administration française et étrangère (les), 
mai 4850. 
Annales de la Charité (les), juillet 1850. 
Annales de l'extinction du paupérisme (les), août 1850. 
Anti-Conseiller (1'), ou le Conseiller républicain. 
Apôtre du peuple (F), 13 juin 1849. R. 
• Appel au peuple [Y), 10 avril 1849. 
Arche d'alliance [\% Revue catholique. 
Arche populaire (F), août 1851. R. 
Archives républicaines (les), mai 1849. 
Archives du paupérisme (les), 4850. 
Archives du peuple (les), juin 1848. 
Arlequin démocrate (F), 2% juin 1848. R. 
Assemblée constituante (F), 4 er mai 1848. M. 
Assemblée nationale (F), 28 février 1848. M. 
Association démocratique des amis dé la Constitution (F), 
novembre 1848. M. 

Association fraternelle et universelle des travailleurs (F), 21 
juillet 1848. 

Association libertiste (F). 

Association nationale (F). R. 

Association pour l'éducation populaire (F) l ,r avril 4849. 

Aurore (F), 24 mai 1848. 

Aurore de la République (F), 27 février. 

Ausonie (F), fondé en 1847. 

Autorité (F), 1850. Mensuel, 

Autorité (F), 26 mai 1849. Quotidien. 

Aux ouvriers, premier évangile républicain, juin 1848. 

Avant-Garde (F), 2 mai 1848. R. 

Avant-Garde de la République (F), mai 1848. R. 

Avant-Garde (F), journal des Écoles. Mars 1848. R. 

Avènement du peuple (F), septembre 1851. R. 

Avenir (F), avril 1850. 

Avenir national (F), 4 juin 4848. 

Avenir républicain (F). 

Avenir de la France (F), haine à Fanarchie. 4 er août 1849. 

Avenir des travailleurs (F), 18 juin 1848. R. 



346 PIÈGES JUSTIFICATIVES. 

Bâillon (le), 28 septembre 1848. R. 
Banquet social (le), journal du * douzième arrondissement, 
24 mars 4848. R. 
Beau nez rouge (le), journal-canard. 
Bêtises de la Semaine (les), 26 mai 1848. R. 
Bibliothèque démocratique (la). R. 
Bibliothèque républicaine (la), 4848. 
Bibliothèque des enfants du peuple (la), septembre 1849. R. 
Bien du peuple (le), 25 avril 1849. 

Bien-être (le), journal d'association des familles, janvier 1830. 
Bien-être (le), journal de tout le monde, mars 1850. 
Bien-être universel (le), février 1851. 
Bien public (le), mai 4848. R. 
Bienfaisant (le), 26 juin. 
Blagueur (le), journal de l'époque, 25 juin 1848. 
Bohémien de Paris (le), juillet 1848. 
Bon-bourgeois (le). A été annoncé et n'a jamais paru. 
Bon conseil (le), il août 1848. R. 
Bon conseil républicain (le). R. 
Bon Dieu (le), mai 1848, pamphlet. R. 
Bon républicain (le) avant le 45 mai 1848. 
Bon Sens (le). 

Bon Sens du peuple (le), 28 mars 1848. • 
Bonapartiste (le),, 14 juin 1848. B« 
Bonapartiste républicain (le). B. 
Bonheur public (le), 30 septembre 1848, 
Bonheur public en général (le), 8 avril 1848. 
Bonhomme Picard (le), 1 er mai 1850» 
Bonhomme Richard (le), 2 juin 1848. 
Bonne Foi (la), avril 1850. 
Ponne Nouvelle (la), juin 1850. 
Bonnet rouge (le) 1 1 juin 1848. R. 
Bonté (la), journal philosophique, août 1848. 
Bossu (le), par L. Delahodde, septembre 1848. 
Bouche d'acier (la), septembre 1848. R. 
Bouche de fer (la), août 1840. M. 
Boulets rouges (les), 22 juin 1848. R, 
Bourgeoisie (la), mai 1849. 
Boussole républicaine (la), 8 juin 1848. 
Bulletin officiel des séances de l'Assemblée nationale, août 1848. 



PUSCJCS JUSTIFICATIVE. £47 

Bulletin de la garde nationale sédentaire et mobile, juil- 
let 1849. 

Bulletin de la Société de l'histoire du protestantisme français, 
juin 4852. 

Bulletin de l'Assemblée nationale (le), 16 mai 4848. 

Bulletin du club de l'Égalité, 4 mai 1848. 

Bulletin du comité central provisoire, décembre 1848. R. 

But social (le), 48 juin 1848. H. 

Canard (le), 9 avril 1848. M. 

Cancans déjà semaine (les), 7 mai 4 848, anti-M. 

Canon d'alarme (le), 8 septembre 4848. 

Carmagnole (la), 1 er juin 1848. 

Carcan politique (le), Revue en vers. 

Caricaturiste (le), 3 juin 4849. 

Casque à mèche (le), avril 1849. 

Casquette du Père Duchône (la), septembre 4849. B. 

Catéchisme républicain, par lé père André, 2 e édition, mai 
1848. R. 

Cauchemar des intrigants politiques (le), octobre 4848. 

Cause du peuple (la), par George Sand, 9 avril 4848. R. 

Ce que Ton ne voudrait pas que l'on sache (sic), août 4848. 
Journal-canard. 

Censeur républicain (le), journal de la démocratie radicale, 
44 mai 4848. R. 

Chandelle démocratique et sociale (la), mars 4849. R. 

Charité et justice* journal de propagande fraternelle, 46 mars 
4848. 

Christ républicain (le), 8 juin 1848, anti-clérical. 

Chronique parisienne et départementale (la), août 4848. 

Chronique de France (la), 1852. M. 

Chronique de Paris (la), janvier 4850. M. 

Civilisateur (le), par Lamartine, mars 4852. 

Club (le). Moniteur des sociétés et des réunions populaires, 
i w avriH850. 

Colère d'un vieux républicain (la) contre tout le monde, 
juin 4848. R. 

Colère (la) et le désespoir d'un vieux républicain, 3 août 1848,' 
anti-R. 

Colonne républicaine (la), mars 4848. 



348 PIÈCES JUSTIFICATIVES. 

Comète du Nouveau-Monde (la), Panthéon de l'esprit civilisa- 
teur, 4849. 

Comité central électoral (le). B. 

Commune sociale (la), décembre 4848.R. 

Commune de Paris (la), Moniteur des clubs, 8 mars 1848. R. 

Commune de Paris (la), lévrier 4849. R. 

Commune de Paris (la), septembre 1849. R. 

Communes de France (les), juillet 1850. 

Communiste (le), mars 1849. R. 

Compère Mathieu (le), 1851 . 

Conciliateur (le), juillet 4848. R. 

Conciliation (la), juin 1849. 

Concorde (la), journal des intérêts de la République, 25 juillet 
4848. R. 

Conseil républicain (le), avril 4848. R. 

Conseiller de l'enseignement public (le), août 1852. 

Conseiller du peuple (le), par Lamartine, avril 1849. 

Conservateur de la République (le), 16 avril 1848. 

Conspiration des poudres (la), journal fulminant, 4 juin 1848.R. 

Conspiration du capital (la), octobre 1848. R. 

Conspiration du pouvoir (la), Mentionnée par erreur dans le 
rapport de la commission d'enquête. On a voulu désigner la Con- 
spiration des poudres. 

Constituante (la), février 4848. (Spécimen.) 

Constitution (la), journal des vrais intérêts du pays, 10 juin 
1848. B. 

Constitution (la), journal de la République napoléonienne , 
42 juin 4848. Le même que le précédent. B. 

Constitution (la), journal quotidien, mars 1848. R. 

Constitution (la), comme je la voudrais, avec des débats ima- 
ginaires, octobre 1848. R. 

Constitution (la) et le socialisme, juillet 1 848. 

Constitution (la), république du présent et de l'avenir, 28 fé- 
vrier 1849. 

Correo de Ultramar (el), antérieur à 1848. 

Coureur de Paris (le). Désigné à tort dans le rapport Bau- 
chard. N'est-ce pas le Courrier de Paris qu'on a voulu dire? 

Correspondance de Paris (la), 17 mars 1848. 

Correspondant (le), 8 mars 4848. 

Correspondant de Paris (le), septembre 1849. 



PIÈCES JUSTIFICATIVES. 349 

Correspondant des départements (le), mai 1849. R. 

Coup de trique (le), mars 1849. 

Courrier français (le), bulletin du soir, 1 er juillet 4848. 

Courrier de l'Assemblée nationale (le), juin 1848. R. 
t Courrier de la Chambre (le), journal des intérêts publics, juil- 
let 1848. M. 

Courrier de la Chambre (le), juin 1848. M. 

Courrier de Paris, des départements et de l'étranger (le), 
4 mai 1848. M. 

Courrier des Électeurs (le), 1849. B. 

Courrier du Soir (le), 20 mars 1848. R. 

Coure de Droit social pour les femmes (le), mai 1848. 

Crédit (le), septembre 1848. — Le 1 er numéro est du 1 er no- 
vembre. R. 

Cri de détresse des ouvriers (le), janvier 1849. 

Croque-mort de la Presse (le), 1848-1849. 

Curiosités révolutionnaires (les). Les affiches rouges repro- 
duites, 1851. 

Débats de l'Assemblée nationale (les), 20 juin 1848. Ce jour- 
nal était une des dix-neuf éditions de la Gazette de France. M. 

Défenseur du peuple (le), novembre 1848. 

Délégué du Luxembourg (le), mai 1849. R. 

Démocrate (le), janvier 1850. B. 

Démocrate (le), journal de la Réforme sociale, 1849. R. 

Démocrate (le), par D'Alton-Shée et Gérard, 2 avril 1848. R. 

Démocrate égalitaire (le). Deuxième et dernier numéro du pré- 
cédent; a paru le 20 avril 1848. R. 

Démocrate chrétien (le), septembre 1848. M. 

Démocratie égalitaire (la) est un titre coté par erreur dans le 
rapport de la commission d'enquête. Il fallait dire : le Démo- 
crate égalitaire. 

Démocratie pacifique (la) fondée en 1842. R. 

Démocratie pacifique (la), journal hebdomadaire, août 1849. R # 

Démocratie napoléonienne (la), 1852. B. 

Département (le), Gazette des communes et des provinces, 1850. 

Dépêche (la), 21 mai 1848. 

Diable (le), fin mai 4848. 

Diable (le), journal mensuel anglo-français. 

Diable boiteux à l'Assemblée nationale (le), 29 mai 1848. B. 

Diable boiteux (le), 3 mai 1848. M. 



380 PIÈGES ItTBTtPiaÂTnrBS. 

Diable rose (le), supplément au journal l' Indépendant. 

Diable rose (le), 1 5 juin 1 848. If* 

Dictionnaire démocratique (le), manuel du citoyen. 

Diogène-SanB-Culotte (le), 22 juin 1848. 

Çix-Décembre (le), journal de POrdre, 15 avril 1849. B. , 

Dominicales (les), satires, juillet 1848. 

Drapeau français (le), 4851. Prospectus. 

Drapeau national (le). U« 

Drapeau républicain (le), journal des intérêts du pays» 29 fé- 
vrier 1848. R. 

Drapeaux de la Presse républicaine (les)! nomenclature des 
journaux parus depuis février 4848. — • Octobre 1848. 

Drapeau de.la République (le), 14 mai 1848. M. 

Drapeau de la République (le). Echo des gardes nationales de 
France, 24 mai 4848. M. 

Drapeau du peuple (le), 1849. R. 

Droit du peuple (le), journal des intérêts sociaux, 4850. 

Droit social (le), 4849. 

Droits de l'homme (les), 2 mars 1848. R. 

Droits de l'homme ( les ), tribune des prolétaires. Le même 
que le précédent; le titre 6eul a été changé. R. 

Droits de l'homme (les), organe du peuplé, janvier 1849. 

Droits du peuple (les), avant juin 1848. R. 

Echo agricole (F), fondé en 1826. 

Echo national (F), 1848, anti-B. 

Echo populaire (r), mai 1849. Continuation du Socialisme na- 
poléonien. B. 

Echo de l'Algérie (1'), 4849. 

Echo des bons drilles (1'), 5 mars 1848. 

Echo des délégués du Luxembourg (1'), R. 

Echo des employés (F), novembre <848. 

Echo des journaux (F) 1849. 

Echo des journaux (P), revue politique, littéraire et pittores- 
que de la semaine, 25 octobre 1848. R. 

Echo des Provinces (l), octobre 4848. 

Echo du Pays (P), mensuel, 4849. 

Echo du Peuple (1), journal politique et social, 9 avril 4848. R # 

Echo du Peuple (P), journal populaire des vrais intérêts so- 
ciaux, 1849. 



PIÈCES JU9TIFIGÀTIYES. 351 

Echo du Peuple (1'), journal des intérêts moraux et matériels, 

9 mai 1848. 

Echo du Soir (1). 3 avril 4848. — Ce journal est devenu le Mes- 
sager. 

Echo du Soir (1*), par Fellens, 29 mars 4848. 

Echo du Val-de-Grâce (P), mars 4848. 

Eco de ambos mundos (el), 1852. 

Ecole politique du Peuple (1'), décembre 4848. 

Education nationale (F) , ou explication complète du prin- 
cipe de la République, novembre 1848. R. 

Education professionnelle et progressive (Y). 

Education républicaine (F), journal des maîtres d'études. 

Egalité (F), journal des campagnes, 4849. R. 

Egalité (1'), journal des intérêts de tous, avril 4848. R. 

Electeur (1'), 12 mare 4848. R. 

Election populaire (1'), avril 1848. M. 

Emancipation de l'Enseignement primaire (l 1 ), 6 mai 4848. 
Ancien Écho des Écoles. 

Emeutiers (les), février 1849, R. 

Enfer et Paradis du Peuple (F), par madame de Beaufort. 

Enseignement (F), journal des écoles, 1849. 

Enseignement catholique (l 1 ), 1849. 

Ephémérides de la République française proclamée en 1848, 

10 mars 4848. 
Epilogueur (F), 7 avril 4848. 

Epilogue (P), journal des honnêtes gens, mai ou juin 4848. M. 
Ere nouvelle (F), 15 avril 1848. 
Esprit national (Y), avril 1848. 
Esprit du Peuple (P), courrier des rues, avril 1848. R. 
Estafette (P), journal des journaux, fondé en 1833. 
Etat de siège (F), mensuel, juin 4 849. 
Etendard (P), journal universel, 1849. 
Etendard des droits du Peuple (P), 13 mars 1848. 
Etoile de France (P), 44 septembre 1848. M. 
Etoile de France (P), revue des droits de tous, 16 septem- 
bre 1848. M. 
Etoile du Peuple (P), décembre 4848. 
Euménides (les), parDelaire. 

Europe démocratique (Y), tribune des peuples, décembre 4 849. R. 
Evangile de Paris (P), décembre 1848. R. 



352 PIÈCES JUSTIFICATIVES. 

Evénement (P), 1 er août 1848. R. 

Examen (Y), 26 mai 1848. 

Fabrique, la Ferme, l'Atelier (la), juin 4851. 

Faisceau républicain (le), 1849. Prospectus. 

Famille (la), journal des assurances et des intérêts sociaux, 
août 1848. 

Famille (la), organe politique, social, littéraire et scientifique 
des intérêts généraux, 6 mai 1848. B. 

Fanal républicain (le). R. 

Feuille éternelle (la), antérieure à 1848. 

Feuille d'ordonnance spéciale (la), décembre 1849. 

Feuille du Peuple (la), juillet 1849. R. 

Feuille du village (la), octobre 1849. R. 

Feuilleton de la Fraternité universelle (le), décembre 184$. 

Figaro. — République française. Liberté, égalité, fraternité. R. 

Figaro (Nouveau), 8 juin 1848. B. 

Figaro populaire (le), avril 1848. 

Figaro républicain (le), avril 1848. 

Flâneur (le), journal populaire, 5 mai 1848. 

Foudre (la), publication hebdomadaire de satires politiques, 
mars 1848. 

Foyer du Peuple (le), par Lamartine, janvier 4850. 

Franc-Maçon (le), revue mensuelle, juin 1848. 

France (la), 14 juin 1848. 

France intellectuelle (la), mai 1849. 

France libre (la), 4 er mai 1848. 

France napoléonienne (la;, 1852. B. 

France nouvelle (la), 22 mai 1848. R. 

France parlementaire (la), 1851. 

France religieuse (la), novembre 1848. 

France républicaine (la), avril 1848. 

France républicaine et Figaro populaire (la), 28 avril 4848, 
même que le précédent. 

Franches paroles aux ouvriers (les), mai 1848. 

Fraternité (la), août 1818. R. 

Fraternité (la), journal des associations ouvrières, par Ma- 
larmet, monteur en bronze, 1849. R, 

Fraternité universelle (la), 1849. 

Galerie des élus réactionnaires en 1 848 (la), mai 4848. 

Galerie des hommes célèbres français et étrangers en 1818. 



PIÈCES JUSTIFICATIVES. 353 

Gamin de Paris (le), 4 juin 4848. B. 

Gamin de Paris (le), Drapeau du peuple, 4 juin 1848. R. 

Garde mobile (le), 9 août 1848. Anti-B. 

Garde national (le), mars 1848. — Est devenu Y Ordre, journal 
des gardes nationales de France, puis : 

Garde national (le), 12 mars 1848.— Devenu en avril Y Esprit 
national. 

Garde national (le Vrai), 28 mai 1 848. 

Garde national de 4 848 (le), mars 1848. R. 

Garde nationale (la). 

Gazette administrative (la), mars 1848. 

Gazette nationale (la), juillet 1848. B. 

Gazette de France (la). M. 

Gazette de Paris, 1 850. 

Gazette des campagnes (la), 1849. 

Gazette des communes (la), 1850. 

Gazette des familles (la), 1850. 

Girondin (le), 26 février 1848. R, 

Grain de sable (le), septembre 1848. M. 

Grands jours de la République (les), mars 1848. R. 

Grinche (le), juin 1848. R. 

Gros-Jean, 1849. 

Guêpes hebdomadaires (les), mars 1848. 

Guerre (la). 

Guide des électeurs (le), septembre 1 848. M. 

Guillotine (la), juillet 1 848. 

Guillotine (la), par un vieux jacobin, datée de mai, imprimée en 
août 1848. 

Harmonie universelle (1'), 9 avril 1848. 

Haute Vérité (la), avril 1848. 

Henri IV (le), 4 août 1848. M. 

Histoire politique de chaque semaine, avril 1848. 

Hommes du jour (les), avril 1848. 

Hommes et les Choses depuis février 1848 (les), octo- 
bre 1849. 

Hongrie (la), journal hebdomadaire, 1848. 

Hongrie en 1848 (la), octobre 1848. 

Humanitaires (les), septembre 1848. B. 

Impartial (!'), 20 juin 1848. — Ancien Journal de la Garde na- 
tionale et de V Armée. 

Impitoyable (!'), 3 septembre 1848. 

II. 23 



354 PIÈCES JUSTIFICATIVES. 

Incendie [Y), mentionné dans le rapport Bauchard; n'a jamais 
existé. 

Indépendant (F), 45 mai 4848. 

Independenzaitaliana (P), 24 février 1848. 

Inflexible (F), septembre 4849. Organe de Louis XVII (baron de 
Kichemont). 

Jacque au bain (le), mai 1848. Canard. 

Jacques Bonhomme, 1 1 juin 4848. 

Jacques Bonhomme, journal des mansardes et des chaumières, 
juillet 1850. 

Jérémiades républicaine^ 17 avril 4848. 

Jeune République (la), 8 juin 1848. R. 

Journal (le), 28 uillet 848. 

Journal démocratique et officiel des ateliers nationaux, 
22 juin 1848. R. 

Journal officiel des gardes nationales, avril 1848. 

Journal de la Cour, juin 4852. 

Journal de la garde nationale et de l'armée, mars 1848. 

Journal de la marine, des colonies et de l'Algérie, mars 4848. 

Journal de la société académique, 1851. 

Journal de la vraie République, 9 mars 1848. R. 

Journal de Démocrate avril 1 Sis M. 

Journal de Napolean-Louis-Btmafwrte, septembre 1848. B. 

Journal de Paris, — existait avant 1848. 

Journal de Paris,' juin 1852. 

Journal de tout le monde, 1849. 

Journal des blagueurs, 1849. 

Journal des faits, 1880. 

Journal des faubourgs, 16 avril 1848. R. 

Journal des finances, 1849. 

Journal des hommes libres, 1 849. R . 

Journal des hommes libres en Jésus-Christ, 1 85 1 . 

Journal désintérêts agricoles, 1849. 

Journal des intérêts sociaux, 1849. Anti-R. 

Journal des jacobins, 44 mai 1848, R. 

Journal des journaux, 1849. 

Journal des pauvres, septembre 1848. R. 

Journal de postes, 1849. 

Journal des quatre-saisons, mai 1849. 

Journal des Sans-culottes, 4 juin 1848. R. 

Journal des travailleurs, 4 juin 1848. R. 



PIÈCES JUSTIFICATIVES. X>?> 

Journal des villes et dfes campagnes. — quotidien depuis 
avril 1848. 

Journal du cinquième arrondissement, rhai 1848. 

Journal du clergé catholique, 4849. M. 

Journal du diable, mai 4848. 

Journal du peuple, 1849. M. 

Journal d'un déporté, octobre 4848. 

Journaux rouges (les). — Du 24 février au 4 è> octobre 4818. 

Journées illustrées de la Révolution de 4848 (les). 

Judas de la République (les), novembre 4848. R. 

Lampion (le), 28 mai 4848. M. 

Lampion républicain (le), 2i juin 4 $48. R. — A été saisi ce 
môme jour sans avoir pii paraîtra. 

Langue de vipère (la), novembre 4848. 

Lanterne (la), !* mai 4848. 

Lanterne du quartier latin (la), fondée en 4847. R. -—est de- 
venue : 

Lanterne (la), — organe de la jeunesse républicaine démocra- 
tique, mars 4 848. R. 

Lanterne magique (la), octobre 4848. 

Lanterne magique républicaine (la), avril 4 8i8. R. 

Législative (la), — février 4849. — Spécimen. 

Lettres au peuple par Georges Sand, 9 mars 4848. 

Lettres contemporaines par Emile Barrauit publiées pendant 
l'état de siège 4848. 

Lettres parisiennes, juillet 4848. 

Lettres républicaines par Daniel Stem, mai 4848. 

Lettres du diable à la République française, juin 4848. R. 

Liberté (la), journal des idées et des faiU, 2 mars 4848. M. 

Liberté de la Presse (la), — 4 ef juillet 1848. transformation pen- 
dant la suspension de la Liberté. Paie : 

Liberté (la), journal des peuples, 7 août i84à. 

Liberté (la). — Honneur et patrie, travail, propriété, famille! 
8 novembre 4848. B. 

Liberté (la), 20 février 4848. R. 

Liberté religieuse (la), 46 mars 48l8. M. 

Ligue sociale (la), octobre 4848. R. 

Livres touges (tes), 4 décembre 4848. 

Lorgnon du Diable (le), mai 4848. R. 

Loterie démocratique et sociale (la), stfpteiMtté 1Ô4#. 



356 PIÈCES JUSTIFICATIVES. 

Lunettes du père Duchêne (les), 3 juin 1848. 
Madame Duchêne, mai 4849. 
Magasin politique (le), avril 1848. 
Manifeste des provinces (le), mai 1848. 
Manifeste de la ligue sociale (le), novembre 1848. 
Mayeux, — 17 juin 1848. 
Mère Duchêne au pilori (la), avril 1849. 
Mère Michel (la), août 1848. 
Messager (le), avril 1848. 
Messager de l'Assemblée (le), 1851. M. 
Messager de la République (le), 13 avril 1848. R. 
Messager de la semaine (le), 1849. M. 
Messager des campagnes (le), novembre 1848. 
Micromégas, — août 1848. 

Minerve (la), journal militaire républicain, 5 avril 1848, 
Minerve de 1848 (la), n'a paru qu'en programme. 
Miroir de la France (le), juin 1849. 
Modérateur (le) novembre 1848. 
Mois (le), 15 avril 1848. R. 
Monde de 1848 (le), l° r avril 1848. R. 
Monde républicain (le), continuation du précédent. 
Moniteur de la Racaille (le), avril 1849. 
Moniteur des Communes, i 850. 
Moniteur du dimanche, 1 849. 
Moniteur du peuple (le), 1849. 
Moniteur du soir (le), juin 1848. 
Moniteur catholique (le), 1850. 

Moniteur industriel (le), — devenu politique en février 1848. 
Moniteur religieux (le), 1849. 
Moniteur républicain (le), 27 février 1848. 
Montagnard satirique (le), janvier 1849. 
Montagnardes (les), satires politiques, novembre 1848. 
Montagne du peuple fraternel et organisateur (la), mai 1848.R. 
Montagne (la), — novembre 1848. R. prospectus. 
Moustiques républicaines (les), novembre 1848. M. 
Murs de Paris (les), journal de la rue. 
Musée du peuple (le), 14 mai 1848. 

Mystères (les), trahisons, calomnies et crimes du statu -quo 
mai 1849. 
Nain rouge (le), 1849. 



PIÈCES JUSTIFICATIVES. 357 

Napoléon (le), octobre 1848. B. 

Napoléon républicain (le), 11 juin 1848. B. 

Napoléonien (le), 12 juin 1848. B. 

Nation armée (la), journal quotidien des clubs démocratiques 
de la garde nationale, avril 1848. 

Notre histoire, mai 1848. R. 

Nouveau Cordelier (le), 21 mars 1848. M. 

Nouveau journal (le), 1850. 

Nouveau-Monde (le), par Louis Blanc, 1849. R. 

Nouvelles des départements, —27 février 1848. 

Nouvelles du jour (les), 19 juin 1848. 

Nouvelles du soir (les). R. 

Nouvelliste (le), ancien Journal de Paris; est devenu le Bon- 
Sens. 

Ombre de l'Empereur (P). 

Opinion des femmes (P), août 1848. R. 

Opinion publique (P), 2 mai 1848. M. 

Ordre (r), journal des gardes nationales, 16 mars 1848. 

Ordre (1 ) revue universelle et quotidienne, août 1848. M. 

Ordre moral (P), avril 1849. M., est devenu l'Ordre. 

Ordre public (P), journal des barricades, 2 mars 1848. 

Ordre social (P) journal du peuple français, mai 1849. 

Organisateur du travail (P), 9 avril 1848. R. 

Organisation du travail (P), journal des ouvriers, 3 juin1848. R. 

Organisation du travail (P), la vérité aux ouvriers, avril 1848. 

Ouvriers pensants (les), mai 1848. 

Paix (la), juin 1849. 

Pamphlet (le), 21 mai 1848. M. 

Panthéon démocratique et social (le), juin 1848. 

Panthéon du petit Caporal (le). — N'est pas un journal comme 
Ta indiqué le rapport de la commission d'enquête, mais le titre 
d'un article du Petit-Caporal d'Acb. Gollin. 

Paratonnerre (le), journal des intérêts de la République, 
6 août 1848. 

Paris républicain, — recueil chantant, juillet 1848. 

Passé et PAvenir (le), janvier 1848. 

Patrie (la), — fondée en 1841. — R. de février à avril 1848. — 
M. à partir de ce moment. 

Patriote (le), avocat du Peuple, 2 mai 1848. R. 

Patriote français (le), octobre 1848. 



358 PIÈCES JUSTIFICATIVES. 

Pays (le), revue du Peuple, décembre 18$8. B. 

Pays (le), mars 1848. 

Pays (le), organe des volontés de la Fnmce, janvier 1849. — 
R. en 1850. — B. à partir du 2 décembre 18&1. 

Paysan (le), février 1849. 

Paysan du Danube (le), juillet 1848. M. 

Penseur républicain (le), jnaj 1848. R. 

Perdu chêne de la révolution (le), juillet 1848. 

Père André (le), 1848. 

Père Duchêne (|e), ancien fabricant de fourneaux, }2. mars 
1848. M. — Le rapport Bauchard indique mal le sous-t»tre d e ce 
journal. Ce n'est pas fabricant de journaux qu'il fallait, dire, mais 
de fourneaux. 

Père Duchêne (le), gazette de la révolution, 10 avril 1848. R, 

PèreDuchêne de 1848 (le), mai 1848. Canard. 

Père Duchêne de 1849 (le), mai 1849. R. 

Père du Peuple (le), mars 1849. R. 

Perruque sociale (la), mai 1848. 

Persifleur (Je), décembre 1848. R. 

Petit caporal (lp), 15 juin 1848. R. 

Petit chapeau (le), juin 1848. B. 

Petit fils dypère Duchêne (le), 21 juin 1848. 

Petit homme rouge (le), avril 1848. M. 

Petit messager du village (le), mai 1849. 

Petit moniteur des Communes (le), mai 1848. 

Peuple (le), 1 er mars 1848. R, 

Peuple (le), de P. J. Proudhon, septembre 484Q. R. 
; Peuple de 1850 (le), juin 1850. R. 

Peuple (le), journal hebdomadaire de fà démocratie fr^ftc^i&e, 
mai 1848. R. 

f euple (le), journal du soir, mai 1Ô48. M. 

Peuple constituant (le), par Laipenqais, 27 février 1848. R. 

Peuple constituant (le). — La République d.ty bon se^s, 
août 1848. B. 

Peuple coa§tttue-en (le), août 1848. Canard. 

Peuple français (le), 8 mai 1848. M. 

Peuple représentant (le), septembre 1848. Canard. 

Peuple souverain (le), journal des travailleurs, 2Ç mars 1848. R. 

Tilori (le), 18 juin 1848. R. 

Pipelet-Lustucru, août 4848. 



PIÈCES JUSTIFICATIVES. 359 

Plus de grands journaux! \ ! — février, 1854. 

Polichinelle (le), journal satirique, 9 mai 1848. R. 

Politique (le), avril 1849, R, 

Politique des femmes (la), 48 juin 1848. R. 

Politique des peuples (la), novembre 1849. R. 

Politique nouvelle (la), 1 851 . 

Politique et socialisme, janvier 1849. 

Pologne (la), 1 er juin 4848. 

Pologne de 1848 (la), 11 avril 1848. 

Pommes de terre au boisseau (les), septembre 1848. R. 

Populaire (le), par Cabet. 

Portefeuille (le). — S'est transformé après la révolution de 
février ; devenu R. 

Portraits républicains, novembre 1848. R. 

Positif (le), journal des travailleurs, juillet 1849. 

Positif (le), réforme des abus, octobre 4850. 

Pot aux roses (le), 1 8 décembre 4 848. R. 

Pouvoir (le), journal du Dix décembre, juin 1850. B. 

Présidence (la), juin 4848. Spécimeo. 

Présidence (la), octobre 4848. B. Prospectus. 

Presse (la), bulletin du soir, 4 mai 4848. 

Presse de la banlieue (la), mai 4849. 

Presse du peuple (la), 6 mai 4848. R. 

Presse industrielle (la), journal politique, industriel, et«., 
février 1848. 

Presse prophétique (la), août 4848. 

Presse républicaine (la), 4 juillet 4848, 

Procès des insurgés des 23, 24, 25 et 26 juin. — 49 août 4M8. 

Professions de foi réunies des candidats, etc. — Vers le 
15 septembre 4848. 

Profils révolutionnaires, juin 4848. 

Programme des véritables doctrines socialistes (le), mai 4849. 

Progrès (le), décembre 1849. R. 

Progrès social (le), 7 décembre 1848. B. 

Prolétariennes. — Satires politiques, 11 et 19 juin 1848. R. 

Propagande (la), journal mensuel d'éducation électorale démo- 
cratique, septembre 1849. R. 

Propagande populaire (la), septembre 1849. 

Propagande républicaine (la), séance des clubs, 23 mars (848. R. 

Propagande socialiste (la), décembre 4848. R. 



360 PIÈGES JUSTIFICATIVES. 

Propagateur du commerce et de l'industrie, depuis mars 4848, 
une page politique. R. 

Propagateur républicain (le), mai 4848. 

Propagateur universel (le), juin 4848. R. 

Prophète républicain (le), octobre 4848. Canard. 

Propriété (la), avril 1848. R. 

Proscrit (le), journal de la République universelle, juillet 4850. R. 

Providence (la), journal des peuples, 15 mai 4848. M. 

Province (la), septembre 4848. M. 

Public (le), 44 décembre 4851. — Premier journal politique 
publié après le coup d'État. Il change son titre en février 4852 et 
devient le Moniteur du soir. 

Publication de la Renommée. — Esquisses et portraits bio- 
graphiques des candidats à l'Assemblée législative. 

Publicité permanente, journal-affiche, septembre 4848. (Apo- 
logie des billets hypothécaires.) 

Punch à Pari£, février 4848 

Quatre hommes et un caporal, mai 4849. 

Queue de Robespierre (la), pamphlet démocratique et social, 
mars 1848. R. 

Radical (le), 22 avril 4848. 

Ralliement des socialistes (le), revue mensuelle, février 4850. 

Rapport de la commission d'enquête sur les événements du 
45 mai et du 23 juin; août 4848. 

Rat de cave (le), fondé en 1847, subit des modifications en 1848. 

Réactionnaire (le), mai 4849. Canard. 

Redingote grise (la), 17 juin 4848. B. 

Réformateur (le), novembre 1848. R. 

Réformateur des abus (le), mars 4848. R. 

Réforme (la), fondée en 1833. A publié au mois de mai et 
juin 1848 une édition du soir qui a paru irrégulièrement. 

Réforme judiciaire (la), 8 juillet 1848. 

Règne du diable (le), août 1849. 

Représentant du peuple (le), journal de Tassociation des tra- 
vailleurs dite là Fraternité, 27 février 1848. 

Représentant du peuple (le), journal des travailleurs, 27 fé- 
vrier 1848. R. 

Républicain des campagnes (le), par E. Sue, avril 4848. R. 

Républicain lyrique (le), journal des chanteurs, fin juin 1848. R. 

Républicain populaire et social (le), octobre 4854. R. 



PIÈCES JUSTIFICATIVES. 361 

Républicain rouge (le) , drapeau de la démocratie , jan- 
vier 1849. R. 

République (la), 24 février 1848. R. 

République de 1848 (la), journal politique, littéraire, indus- 
triel et agricole des départements du centre, juin 1848. R. 

République des arts (la), 5 mars 1848. R. 

République des femmes (la), journal des cotillons, vers le 
4 "juin 1848. 

République démocratique (la), novembre 1848. 

République démocratique et sociale (la), octobre 1848. 

République française (la), journal quotidien par Fréd. Bastiat, 
Hip. Castille et Molinari, 26 février 1848. R. 

République napoléonienne (la), 43 juin 4848. — C'est le sous- 
titre pris ce jour par la Constitution, journal des vrais intérêts du 
pays. B. 

République nouvelle (la), revue mensuelle, mars 1848. R. 

République possible (la), 21 juin 4848. — Continuation du 
Manifeste des provinces. 

République rouge (la), 40 juin 4848. R. 

République universelle (la), juillet 4848. 

Réveil du père Duchône (le), mars 1830. 

Réveil du peuple (le), 28 février 1848. R. 

Réveil du peuple (le) , journal des intérêts populaires , 
49 mars 4848. R. 

Réveil du peuple (le), feuille à la main, mars 4848. 

Révélateur (le), 48 juin 1848. M. 

Révélations d'un ex-mouchard sur les véritables candidats 
socialistes, mai 1849. 

Révision de la Constitution (la), journal spécial, avril 4851. 

Révolution (la) , septembre 4851. R. 

Révolution (la), organe de la société : Aide-toi, décembre 1848. R. 

Révolution de 1848 (la), 23 mai 1848. R. 

Révolution démocratique et sociale (la), novembre 4 848.R. 

Révolution sociale (la), pamphlet hebdomadaire^ mars 1 848. R. 

Révolutionnaire (le), février 1849. R. 

Revue de la banlieue et des départements de Seine-et-Oise et 
Seine-et-Marne, juillet 1849. 

Revue de la ligue des peuples, avril 4850. 

Revue de l'Echo, juin 1848. 

Revue de Tordre social, juillet 1849. 



362 PIÈCES JUSTIFICATIVES. 

Revue des réformes et du progrès, juin 4849. R. 

Revue des murailles, 43 août 1848. 

Revue du socialisme chrétien, mai 1850. 

Revue comique. — En faveur de la candidature du général 
Càvaignac, novembre 1848. 

Revue critique des journaux publiés à Paris depuis la révolu- 
tion de février jusqu'à la fia de décembre 1848. 

Revue indépendante. — Antérieure à 4848, mais a publié une 
livraison extraordinaire en mars. 

Revue patriotique, avril 1848. M. 

Revue politique et littéraire du mois, janvier 4849. 

Revue provinciale, septembre 4848. 

Revue rétrospective, ou Archives secrètes du dernier gouver- 
nement, mars 1848. 

Revue sociale, décembre 1849. 

Revue universelle, 20 mars 1848. 

Robespierre (le), journal de la réforme sociale, juin 1848. 

Rouge (le), journal de la démocratie; et du socialisme chré- 
tien, octobre 1849. R. 

Ruche de l'arrondissement de Sceaux (la), octobre 1849. 

Sagesse d'autrefois (la), journal politique paraissant de temps 
en temps [sic), juin 1848. 

Saltimbanques (les), pochades politiques, 11 juin 1848. M, 

Salut public (le), 27 février 1848. R. 

Salut public (le) 26 mars 1848. M, (le l 6r mai, il est devenu la 
Providence. 

Salut public (le), 27 février 1848, avec une vignette représen- 
tant une barricade. 

Salut social (le), moniteur du commerça véridique, 18 juin 
1848. R. 

Salut du peuple (le), décembre 1849. 

Sanguinaire (le) 82 septembre 1848. M. (le Sanguinaire men- 
tionné dans le rapport Bauchard comme antérieur à juin est in- 
trouvable). 

Sans-culottes (journal des), 28 mai 1848. R. Devenu dès son 
deuxième numéro, le Journal des Sans-culottes. 

Satires populaires (les), juin 1848. 

Sauve-qui-veut (le), mai 1849. 



?I£GES JUSTIFICATIVES. 363 

Scorpion politique (le), satires sur lçs événements! du jour, 
17 juin 1848. R. 

Scrutin (le), journal des mœurs républicaines, 7 mai 1848, R. 

Séance (la), compte rendu satirique de la séance du jour, 
8 mai 1848. 

Semaine de maître Pierre (la). 

Sentinelle des clubs (la), avril 1848. 

Sentinelle du peuple (la), 17 février 1848. 

Sentinelle du peuple (la), journal des intérêts nationaux, 20 
mars 1848. R. 

Sybille (la), mars 1848. 

Slave (le), 25 août 1848. 

Socialisme dévoilé (le), septembre 1848. R. 

Socialisme et la révolution française (le), novembre 1818. 

Socialisme napoléonien (le), janvier 1849. B. 

Socialiste (le), juillet 1849. 

Société (la), journal mensuel, 1850. 

Soir (le), bulletin de la journée, avril 1848. 

Soleil (le), journal universel, janvier 1849. 

Solidarisme (le), mars 1850. 

Solidarité (la), octobre 4848. 

Solidarité (la), octobre 1849. 

Solidarité démocratique (la), 1849. 

Solution du problème social, avril 4848. 

Sorcière républicaine (la), 22 juillet 1848. 

Soupirs et les larmes (les), juin 1848. 

Souvenirs numismatiques de la révolution de 1848, octobre 
1848. M. 

Souveraineté du peuple (la), 1 er avril 1848. R. 

Spartacus (le), 18 juin 1848. R. 

Spectateur républicain (le), 29 juillet 1848. R. 

Spectateur de Londres (le), 1 er juillet 1848. 

Suffrage universel (le), 3 février 1849. 

Suffrage universel (le) , journal des idées démocratiques et 
sociales, mai 1850. 

Suffrage universel (le), de Londres, avril 1852. 

Tablettes européennes, juin 1849. 

Tablettes révolutionnaires, décembre 1848. 

Tam-tam républicain (le), 6 mars 1848. 

Tarentule (la), vers le 15 avril 1848. M. 



364 PIÈCES JUSTIFICATIVES. 

Temps (le), mars 4849. R. 

Thémis, satires républicaines, avant mai 4848. 

Times french (the), avril 1852. 

Tintamarre (le), parait deux fois par semaine, à dater du il 
juin 1848. R. 

Tocsin électoral (le), mai 4849. R. 

Tocsin des Electeurs (le), janvier 1849. B. 

Tocsin des travailleurs (le), 1 er juin 1848. R. 

Travail (le), 30 mars 4848. R. 

Travail (le), véritable organe des intérêts populaires, 28 mai 
4848. R. 

Travail affranchi (le), janvier 4849. R. 

Travailleur (le), mai 4849. 

Travailleur (le), 30 avril 4848. 

Travailleur libre (le), juin 4848. R. 

Triboulet, journal en chansons, janvier 4849. 

Tribun du peuple (le), 46 mars 4848. R. 

Tribun du peuple (le), journal des révélations politiques, juin 
4848. R. 

Tribunal révolutionnaire (le), 21 juin 4848. R. 

Tribune (la), spécimen en mai 4848. 

Tribune de 4848 (la), 9 mars. 1848. R. 

Tribune des femmes (la), prospectus, en mars 4848. 

Tribune des peuples (la), 45 mars 4849. R. 

Tribune du peuple (la), 30 avril 4848. M. 

Tribune publique (la), 1854. 

Tribune nationale (la), 42 mars 4848. R. le 29 mai est deve- 
nue M. 

Tribune parisienne (la), 49 avril 1848. R. 

Tribune populaire (la), 26 avril 4848. R. 

Tribune universelle (la), octobre 4850. 

Triomphe du peuple (le), 46 avril 4848. 
• Union (1') c'est l'ancienne Union monarchique qui a supprimé 
•son sous-titre, en mars. M. 

Union de la Presse républicaine (P), mai 1848. 

Union démocratique (P) %\ mars 4848. 

Union sociale (P), journal des travailleurs, janvier 4849. 

Union sociale (P), avril 4849. M. 

Unitaire (P), Revue du peuple, 1850, 



PIÈCES JUSTIFICATIVES. 365 

Unité nationale (F), organe des intérêts démocratiques, 
mai 1848, 

Unité nationale (F), Courrier de la Chambre, 27 juillet 1848. M. 

Universel (F), journal général, 4849. 

Universel (P)> journal du Dimanche, 1849. 

Urne électoral (F), vers le 45 septembre 1848. 

Urne électorale (F), mai 1849. . 

Veillées du peuple (les), novembre 1849. 

Véritable République (la), avril 1848. 

Vérité (la), journal des intérêts du peuple, 5 mars 1848. R. 

Vérité (la), journal des vrais intérêts du peuple,4 juillet 1848. R. 

Vérité (la), feuille mensuelle illustrée de la religion socialiste, 
octobre 1848. 

Vérité démocratique (la), mars 1848. 

Vérité sans chemise (la), mars 1849. 

Vie à bon marché (la), 1852. 

Vieux cordelier (le), 19 mai 4848. 

Vieux cordelier de 1848 (le), Gazette de la révolution sociale, 
48 mai 1848. 

Vieux père Grégoire (le), mai 1849. 

Vieux père Grégoire (le), journal mensuel, juin 1849. 

Vigilant (le), journal du cinquième arrondissement, avril 1849. 

Ville de Paris (la), prospectus en 1850. 

Vingt-Quatre février (le), journal de la République démocra- 
tique et des réformes sociales. 

Voix delà République (la), Némésis de 1848, septembre 1848. 

Voix de Fégalité (la), antérieure à 1848, mais devenue politique 
en août. 

Voix des clubs (la), 11 mars 1848. 

Voix des femmes (la), 20 mars 1848. R. 

Voix du peuple (la), 1849. R. 

Voix du peuple (la), nouvelles du soir, 26 février 1848. 

Voix du peuple libre, souverain et progressif (la), 21 mars 1848. 

Volcan (le), par la cit. Sans-Peur, 45 juin 4848. R. 

Vote universel (le), novembre 4850. R. 

Voyageur (le), a traité de matières politiques depuis la révolu- 
tion de 4848. 

Voyant de 4848 (le), octobre 4848. 

Voyant pourvoyeur du travail (le), 4849. 

Vrai catholique (le), 4849. 



366 MÊfcfeS JUSTlFlCÀTITËS. 

Vrai démocrate (le), revue du mois, 484&. 
Vrai gamin de Paris (le), le n° 2 est du 9 juin 4848. 
Vrai garde national (le), juin 4848. 
Vrai père Duchône de 1848 (le), journal des tilassèà outHêres, 
20 mai 1848. R. 
Vraie liberté (la), prospectus en juillet 4848. 
Vraie raie publique (la), 4 er août 4848. R. 
Vraie république (la), par le cil. Thoré, 26 marà 484$. ft. 

Nous) n'avons compris dans celte liste que lés journaux ou 
écrits périodiques politiques ; ce sont les âetttë qui offrent de 
l'intérêt au point de vue de notre histoire. Le nombre en est 
assez considérable (739) pour que nous n'ayons pas cru devoir y 
ajouter la nomenclature dès journaux non politiques, qui, pour 
cette période, ne vont pas à moins de 440. 



PIÈCES JUSTIFICATIVES. 367 



N° 9. 

Pièces relatives à M. A. Blanqui. 
1. Extrait de la réponse de M. Blanqui à «i accutaiearg. 

Si vous aviez une accusation à porter contre moi, il fallait 

la produire au grand jour, solennellement, et entourée de toutes 
les garanties de certitude, d'authenticité ; il fallait parler au nom 
de la justice, de la morale, sans rien décliner de la responsabi- 
lité d'une telle œuvre. 

Mais vous Pavez dit vous-mêmes, ce sont des représailles que 
vous exercez î Cest la haine, là peur, l'intérêt qui vous inspirent ! 
Tous les moyens voutf sont bons pour écraser une rivalité dan- 
gereuse. Le succès à tout prix> c'est Votre doctrine, il parait, 
comme celle de vos prédécesseurs. Ce docufflent-Taschereau 
vous était nécessaire ; il s'est trouvé. 1s fecit cui prodest. L'Infa- 
mie de son origine se trahit dans les honteux détours de sa pu- 
blication. 

Réacteurs, vous êtes des lâches ! 

Auguste Blanqui. 

Paris, V\ avril 1848. 



DÉCLARATION. 

Les soussignés, tous anciens membres des sociétés secrètes 
des Familles et des Saisons, déclarent hautement que la pièce 
publiée par la Revue rétrospective ne renferme que des faits pour 
la plupart connus d'eux tous depuis longtemps. 



368 PIÈCES JUSTIFICATIVES. 

On pourrait relever un grand nombre de ces faits dans les dos- 
siers des divers procès, dans les ouvrages historiques, parus de- 
puis 1840. Ces faits ont pu et dû arriver à la connaissance de la 
police par une multitude d'agents, démasqués plus tard, tels que 
Tessier, Geoffroi, David, Delahodde, Chenu, Dutertre, Da- 
voust, etc., etc. 

Ils protestent avec indignation contre l'usage qu'on a voulu 
faire d'une pièce de source inconnue, pour frapper un citoyen 
qu'ils ont vu constamment sur la brèche depuis dix-sept ans, 
dont les longues souffrances, la résignation, le courage dans 
les cachots, la pureté de mœurs, la vie sobre et austère, ont été 
un démenti perpétuel à de lâches accusations parties d'ennemis 
politiques sans pudeur. 

12 avril 1848. 



Jacquemin; Vandenbrand; Sitnard; Loroué ; Béasse, prison- 
nier de Doullens; Legré ; Javelot; Gérard, prisonnier de Doullens; 
Courtinault; Flotte, prisonnier de Doullens et du Mont-Saint-Mi- 
chel; Pétremann, prisonnier de Doullens et du Mont- Saint-Michel; 
Fomberteaux ; Wasmuth ; Dorme ; Brousse ; Parent ; Cullot, pri- 
sonnier de Doullens; Boggio, prisonnier de Doullens; Mathieu 
d'Epinal, prisonnier de Doullens et du Mont-Saint-Michel ; Lands ; 
Cousin; Micheaud-Lagrange ; Gueutin; Bouvet; Auguste Jean; 
Schlesinger; Guibout; Savary; Duverger; Buquet; Couturat 
Magloire ; Mongeraud ; Gauthier ; Ledoux ; Herbulet, prisonnier du 
Mont-Saint- Michel; Bonnay; Dufour, prisonnier de Doullens; Lau- 
rand;Moffre; Robineau; Dezamy; Collet; Roux; Béraud, pri- 
sonnier de Doullens et du Mont- Saint-Michel; Hippolyte. 

Je déclare que toute la partie du document-Taschereau qu 1 
me concerne est tirée des dossiers du procès Quénisset. 

Napoléon Bazin. 

Prisonnier de Doullens. 



II. Protestation contre le décret ordonnant la fermeture de son club. 

(Cette pièce, entièrement inédite, a été trouvée dans une mai* 
son où M. Àug. Blanqui avait séjourné quelque temps après le 



PIÈCES JUSTIFICATIVES. 369 

45 mai. L'original fait partie de la belle collection de M. le doc- 
teur Hodé.) 

» La Société républicaine centrale a lu avec dégoût un décret 
libellé contre elle dans un langage qui vise à l'insulte et n'attein- 
dra que le mépris. 

» Elle s'honore des persécutions d'un pouvoir qui va ramasser 
dans les sentines de la presse monarchique un vocabulaire 
tout souillé de haine. 

» Et, attendu que jamais baïonnette ni arme quelconque n'a 
paru dans l'enceinte de ses séances, elle donne aux impostures 
du décret le démenti le plus formel, et déclare que le Gouver- 
nement dont il émane est un Gouvernement de calomniateurs. » 

« Auguste Blanqui, président. » 
Paris 23 (1) ou 24 mai 1848. 



III. A TOUS LES JOURNAUX. 

Monsieur le rédacteur, 

Quelques journaux me parviennent dans l'asile où, une fois 
de plus, depuis dix-sept ans, je me vois contraint de dérober ma 
vie aux proscriptions royalistes. 

Je déclare hautement que tout ce qui s'est dit à la tribune, dans 
la séance du 16 mai, sur mes amis et sur moi, n'est qu'un hideux 
tissu de mensonges et de calomnies. 

Doucement, messieurs, votre garde bourgeoise ne m'a pas fait 
encore avaler ses baïonnettes; je suis libre et j'ai quelques pa- 
roles à dire bientôt au public. 

En attendant, il peut juger de la véracité des réactionnaires 
par l'annonce officielle de^mon arrestation, que M. Garnier-Pagès 
a faite à l'Assemblée. Tout le reste est à l'avenant. 

„ Paris, M mai 4848. 

Auguste Blanqui. 

(1) Date illisible. 

H 24 



370 vwm wrmqAT*YEs. 



IV. AU CONSTITUTIONNEL. 



Monsieur le Rédacteur, 

Je ne suis ni à Bruxelles ni à Londres, je suis à Paris, et je lis 
votre journal qui fait merveille. 

Je comprends bien qu'après avoir aidé le Gouvernement à me 
détruire, vous tentiez de me jeter aux jambes ce môme Gouver- 
nement pour le faire trébucher à son tour. Faites de la stratégie 
tant qu'il vous plaira, je m'en soucie peu ; mais, s'il vous plaît, 
pas de calomnies rétrospectives, ou souffrez que j'intervienne. 

Je n'ai point été arrêté un seul instant, Monsieur, vous le sa- 
vez fort bien, et vos doutes à ce sujet peuvent être très-diploma- 
tiques, mais ils sont peu sincères, Je n'ai été ni arrêté, ni par 
conséquent relâché; et si on m'avait tenu, on me tiendrait bien : 
il y a certes assez longtemps qu'on en a l'envie. J'en ai pour ga- 
rant la haine cordiale de tous les membres du Gouvernement, 
haine dont M. Caussidière, ce Suffétius de tabagie, étalait, mardi 
à la tribune, un assez passable échantillon. 

Cette haine m'honore, car elle vient de gens qui tous ont perdu 
la révolution ; et, à ce titre, il est flatteur pour moi de leur 
fournir le seul texte d'unanimité qu'ils soient parvenus à 
trouver. 

Encore une observation. Vous avez, comme tant d'autres jour- 
naux, copié dans le Droit un bulletin pompeux de saisies im- 
portantes opérées à mon domicile. C'est du pur style d'avril 1834 
et de mai 4839. Les très-nombreuses écharpes à franges d'or, 
listes de conspirateurs, proclamations, rien ne manque dans l'in- 
ventaire de ce précieux bulletin* 

Des lettres ! Je me suis permis d'en recevoir quelquefois; voyez 
le crime ! -— Des écharpes à franges d'or ! En effet, nous avions 
des brassards à franges de cuivre pour les commissaires du club : 
quelle énormité! — Des listes de conspirateurs! Oh! très-bien ! 
ces listes de conspirateurs sont les registres très-réguliers de la 
Société républicaine centrale, contenant les noms des citoyens de 
toutes les opinions, depuis le blanc jusqu'au rouge, en passant 
par toutes les nuances intermédiaires. — Des proclamations! 
Mieux encore. Ces proclamations sont des exemplaires du mani- 



PIÈCES JUSTIFJCÀTIYWB. 374 

feste publié par le club sur les massacres de Rouen, manifeste 
afficbé le 2 mai dans Paris, tiré à quarante mille et reproduit par 
plusieurs journaux, y compris le vôlre. 

J'aime à voir le parquet et les feuilles monarchiques reprendre 
les allures du dernier règne. Allons, Messieurs! continuez! La 
régence ne peut être loin. 

Paris, 19 mai 1848. 

Auguste Blanqui. 



372 FIÈCES JUSTIFICÀTIYES. 



N° 10. 

Lettre du général Changarnier. 

Monsieur le Ministre, 

Je prie le Gouvernement républicain d'utiliser mon dévouement 
à la France. 

Je sollicite le commandement de la frontière la plus menacée. 
L'habitude de manier les troupes, la confiance qu'elles m'accor- 
dent, une expérience éclairée par des études sérieuses, l'amour 
passionné de la gloire, la volonté et l'habitude de vaincre, me 
permettent sans doute de remplir avec succès tous les devoirs 
qui pourront m'ôtre imposés. 

Dans ce que j'ose dire de moi , ne cherchez pas l'expression 
d'une vanité puérile, mais l'expression du désir ardent de vouer 
toutes mes facultés au service de la patrie. 

Signé : Chàmurnier. 



PIECES JUSTIFICATIVES. 



373 



N° 11. 



Liste générale des Représentants du peuple à l'Assemblée nationale 
constituante. (Élections d'avril i 848.) 

Les chiffres placés à la suite d'un nom indiquent les élections multiple»; 
* indique les anciens députés ; 

** indique les Représentants ayant fait partie de la dernière .Chambre des 
députés. 



AIN. — 9 Représentants. 

Bochard, avoc. et adj. à Bourg. 
Regembal, sculpteur. 
Charrassin, avoc, maire de Bourg. 
Quinet (Edgard), pr. au Col. de France. 
Tendret, maire de Belley. 
Bouvet (Francisque), h. de lettres. 
Bodin, propriét.-agricult. 
Guigue de Chanipvans, journ. , ex-corn. 

du Gouv. 
Maissiat, médecin. 

AISNE. — 14 Représentants. 

Lherbette *\ 
Quinette *\ 

Baudelot, prés, du trib. 
Barrot (Odillon) *\ 
Nachet *, avocat. 
Vivien **, conseil. d'Etat. 
Dufour (Théophile). 
De Tillancourt, maire. 
Lemaire (Maximilien). 
Plocq, avocat. 
Bauchard (Quentin). 
Desabes *. 
Leproux (Jules). 
De Brotonne *\ 

ALLIER. — 8 Représentants. 

De Courtais *\ commandant sup. de 

la garde nat. de Paris. 
Tourret, agricult., corn, du Gouv. 



Terrier, médecin. 

Mathé (Félix), nég., corn, du Gouv. 

Laussedat, médecin. 

Bureaux de Puzy **, corn, du Gouv. 

Madet (Charles). 

Fargin-Fayolle. 

ALPES (Basses-)- -4 Représentants. 

Denoize, propriétaire. 

Laidet *, général. 

Chais de Riez, prés. bon. à la c. d'ap. 

de Lyon. 
Duchaffault (de Digne). 

ALPES (Hautes-) .-3 Représentants. 

Allier *, statuaire. 

Belle garde, cultivateur. 

Faure, avocat, conseiller général. 

ARDÈCHE. — 9 Représentants. 
Valadier, maire de Vallon. 
Champanbct '*, médecin. 
D'Hauteville, colonel. 
Chazallon, ingénieur. 
Laurent (de l'Ardèche), juge. 
Royol, prés, du trib. de Tournon. 
Rouvenre, messier à Annnnay. 
Sibour, ecclésiastique. 
Mathieu **, prés, du tr. d'Argentiëres. 

ARDENNES. — 8 Représentants. 

Talon, cultivateur. 
Blanchard, avocat. 



374 



*iim jîosïipicàhves. 



Payer, chef du cab. du min. des Aff. 

étrangères. 
Ternaux (Mortimer) *\ 
Toupet Desvignes, de Givet. 
Drappier, notaire à Sedan. 
Tranchard, présid. du trib. civ. 
Robert (Léon). 

AR1ÈGE. — 7 Représentants. 
Ânglade \ ex-com. du Gouv. 
Darnaud *% id. 

Durrieu (Xavier), journaliste. 
Arnaud (Frédéric), propr. 
Casse, propr. 
Vignes, avocat» 
Galy-Cazalat, ingénieur civil. 

AUBE. — 7 Représentants. 
Lignier, avoc, com. du Gouv. 
Millard, anc. négociant. 
Gayot, conseiller mun. 
Blavoyer, propriét.-ngricul. 
Delaporte, propriétaire. 
Stourm**, avocat. 
Gerdy aîné, médecin. 

AUDE. — 7 Représentants* 
Trinchant, avoc. , com. du G+uv. 
Sarrans jeune, journaliste. 
Raynal (Théodore), s. -com. à Nar- 

bonne. 
Barbes (Armaud). 
AndufcoFaris, toanuiactaritn 
Marc Solié, Propriétaire. 
Joly fils. 

AVEYRON. — iQMeprésentants, 

Grandet, avocat. 

Vesin, ex-procaretr dn roi. 

Abbaî, vicaire générai. 

Aflre, avocat à Rodez. 

Rodât, avocat. 

Pradié, notaire. 

Dalbis du Salze, propr., avons. 

Dubruel (Edouard), avocat. 

Veru bette, avocat. 

Médal, cultivateur. 

BOUCHES-DU-RHONE.— 10 Repr. 

Barthélémy, m. de Marseille. 
De Lamartine** (10). 
OJlivier (Démosihènes), uég. 
Berryer **, avocat. 
Barthélemy-Sauvaire, anc. pair. 
Astouin, syndic des portefaix. 



Laboulie, avocat. 
La corda ire, dominicain. 
Cormenin * (4). 
Pascal (d'Aix), avocat. 

CALVADOS. — 12 Représentants. 

Dcslongrais *\ 

Bellencontre, ex-col. d'artil. , sous- 

com. du Gouv. 
Lebarillier, agronome, com. du Gouv. 
Demorteux, présid., com. du Gouv. 
Besnard, propr., sous-com. à Vire. 
Durand (François), maire de Caen. 
Marie (Auguste), nég., com. du Gouv. 
Douesnel, anc. procureur. 
Person, cultivateur. 
Desclais, prêtre. 
Hervieu, propriétaire. 
Lemonnier, ouvrier serrurier. 

CANTAL. — 7 Représentants. 
Delzons, avocat. 
Pariea (Félix), avocat. 
Murat-Sistrières, anc. capiL d'ariil. 
Daude, avocat. 

Teilhard-Latérisse, maire de Murai. 
Richard, médecin. 
Durieu (Paulin), com. do Gouv. 

CHARENTE. — 9 Représentant: 

Planât, maire de Cognac. 
Laboissicre (Garnier), m* de forges, 

com. du Gouv. 
Hennessy, négociant à Cognac. 
Girardtn (Ernest) *. 
Râteau, avocat. 
Mathieu-Bodet, avocat. 
Babaud-Laribière, avoc* journ. , com. 

du Gouv. 
Pougeard, avocat. 
Lavallée, sous-com. à RufFec% 

CHARENTE-INFÉRIEURE. ~- 12 

Représentants, 
Renou (de Ballon) *, agricul., com. du 

Gouv. 
Bethmont ** (3), avoc, minist. prov. 
Baroche **, avocat. 
Gaudin, avocat, com. du Gouv. 
Dufaure **, ancien ministre. 
Brard, médecin. 
Target, ouvrier à Rochefort. 
Debain, chef d'hialit. à Paris. 
Audry de Puyraveau *. 
Dupont (de BuBsac), avocat. 



PIÉGÉS JUSTIFICATIFS. 



375 



Coutenseau. 
D'Argenteuil, médecin. 

CHER. — 7 Représentants. 
Bouzique, maire de Bourges. 
Bidault, avoc , com. du Gouv. 
Duvergier de Hauranne **. 
Pyat (Félix), b. de lettres, com, gén. 
De Vogué, propriétaire. 
Duplan, jurisconsulte, com. èa Gouv. 
Poisle-Desgranges, avo«é. 

CORRÈZE. — 8 Représentants. 
Ceyras, magistrat, com. du Gouv. 
Madesclaire, com. de la garde nat. 
Lebraly, propriétaire. 
Bourzat, avocat. 

Dubousquet-Laborderie, anc. s.-préf. 
Penières, avocat. 

Latrade (Louis) (2), com. àPérigueux. 
Favart, avocat, maire de Tulle. 

CORSE. — 6 Représentants. 
Bonaparte (Napoléon), fils de Jérôme. 
Conti, proc. gén. à Bastia. 
Piétri, avocat, com. du Gouv. 
Casablanca, avocat. 
Louis Blanc (2), du Gouv. prov. 
Bonaparte (Pierre), fils de Lucien. 

COTE-D'OR. — 10 Représentante. 

Monnet, ancien notaire. 
Maire, de Montbard. 
Mauguin **, avocat. 
Mauguin-Philippon, m. de forge*. 
Bouguéret (Edouard). 
Godard-Poussignol, conseiller gén. 
De Montry (James), avoe., oetn. du 

Gouv. 
Joigneaux, journaliste. 
De Lamartine ** (10). 
Maréchal. 

COTES-DU-NORD.— 16 Représ. 

Morhéry, agricuit. et indust., com. da 

Gouv. 
Perret, maire de Gournay. 
Carré (Félix), agriculteur. 
Tréveneuc fils, propriétaire. 
Glais-Bizoin **. 
Loyer, notaire. 
Legorrec **, maire. 
Dépasse, maire de Lannioa. 
Tassel (Yves) **. 
Simon (Jules) , professeur . 



Ledru, sous-com. à Lan a km, 
Marie, armateur. 
Houvenagle, avocat. 
Michel, propriétaire. 
Racinet. 
Denis. 

CREUSE. — 7 Représentants. 
Fayolle, avocat. 

Gmsard (Sylvain), eom. As Gouv. 
Leyraud **, avocat. 
Lecler, avocat, com. du Gouv., demie. 
Sallandrome **, manufacturier. 
Sainthorent *, maire. 
Lassare, procureur de la République. 

DORDOGNE. — 13 Représentants. 

Dezeimeris *, agriculteur. 

De Lamartine** (10). 

Dusollier **, com. du Gouv. 

Dupont (Auguste), journaliste. 

Lacrouzille (Amédée), médecin. 

Taillefor**, médecin. 

Groslier-Desbrousse», avocat» 

Savy, avocat. 

Goubies. 

Latrade (Louis) (2), eom. du Gouv. 

Delbetz, médecin. 

Ducluseau *. 

Chavoix, médecin, com. du Gouv. 

DOUBS. — 7 Représentants. 
Demesmay (Auguste) **, négociant 
Con vers **, avocat. 
Tanchard, j. de paix, s. -com. du Gouv. 
Mauvais, de Tlnstitut. 
Baraguay-cTHilliers, général. 
Bixio, agronome. 
Montalembert, ex-pair. 

DROME. — 8 Représentants. 
Bonjean, avocat. 

Mathieu (de la Drôme), publicisio. 
Bajard, propriétaire. 
Sauteyra, s. -com. du Gouv. 
Rey, conseiller gén. 
Curnier, ex-cora. du Gouv. 
Morin, propriétaire. 
Belin, avocat. 

EURE. — 11 Représentante. 
Dupont (de l'Eure) ** (2). 
Garnier-Pagès ** (2), 
Legendre, adm. du dép,, propr. 
Picard, idenw 



376 



PIÈGES JUSTIFICATIVES. 



Dumont (dePont-Audemer). 

Canel, avoc., com. du Gouv. 

Alcan (Michel). 

Sevaistre (Paul), d'Elbœuf. 

Davy, com. du Gouv. 

Langlois-Deigoutet. 

De Montreuil. 

EURE-ET-LOIR. — 7 Représent. 
Marescal, prop., avoc., com. du Gouv. 
Raimbault **, ancien notaire. 
Subervie ** (2), général. 
Barthélémy, com. du Gouv., imprim. 
Lebreton, général. 
Trousseau, médecin, 
lsambert **, cons. à la c. de cassation. 

FINISTÈRE. — 15 Représentants. 
Graveran, évéque de Quimper. 
De Lamartine** (10). 
Rossel (Victor). 
Découvrant, maire de Morlaix. 
Lebreton (Louis), propr., médecin. 
Brunel, prés, du trib. civil. 
De Kersauson, avocat. 
Lacrosse **. 

Tassel (Hip.), avoc, com. du Gouv. 
Fauveau, ingénieur. 
De Kéranflech, propriétaire. 
De Fournas aîné, propriétaire. 
Mège (James). 
Rivérieulx, propriétaire. 
Soubigou. 

GARD. — 10 Représentants. 
Teulon **, prem. prés., com. du Gouv. 
Favand, chef de bat. au 50 e de ligne. 
Béchard, avocat. 
De Larcy * (2). 
Demians, avocat général. 
Roux-Carbonnel. 
Reboul, boulanger, poëte. 
Labruguière. 
Bousquet *. 
Chapot, avocat. 

GARONNE (HAUTE-). — 12 Rep. 
Pages (de l'Ariège) '\ 
Joly (Henri) *, avoc, com. du Gouv. 
Marrast (Armand) (4), journ., m. du 

Gouv. prov. 
Gatien (Axnoult), prof, de phil. 
Dabeaux, avocat. 
Calés, médecin. 
Pégot-Ogier, propriétaire. 



Muté, négociant. 

Malbois, propriétaire. 

De Rémusat **, de l'Institut. 

De Lespinasse *. 

Azerm (Louis), propriétaire. 

GERS. — 8 Représentants. 

Subervie ** (2), général. 

Gavarret *. 

Alem-Rousseau, avocat. 

Boubée, pharmacien. 

Gounon jeune. 

Aylies * (2), cons. à la Cour d'ap. 

David. 

Carbonneau, avocat. 

GIRONDE. — 15 Représentants. 

De Lamartine** (10). 

Billaudel *, maire de Bordeaux. 

Lubbert, capitaine de navire. 

Richier, agronome. 

Ducos (Théodore) **. 

Servière, conseiller général. 

Lagarde, avocat. 

Denjoy, avocat. 

Simiot, conseiller municipal. 

Hovyn-Tranchère, propriétaire. 

Hubert-Delisle, id., maire. 

De Sèze, avocat. 

Larrieu (Amédée), propriétaire. 

Thomas (Clément), com. du Gouv. 

Feuilhade-Chauvin **, conseiller. 

HÉRAULT. — 10 Représentants. 
André (Jules), négociant, maire. 
Reboul-Coste, anc. milit. 
Charamaule *, com. du Gouv. 
Vidal *. 

Renouvier (Jules), com. du Gouv. 
Carion Nizas, publiciste. 
Bertrand (Toussaint) aîné. 
Cazelles (Brutus), propriétaire. 
B rives, com. du Gouv. 
De Larcy* (2). 

ILLE-ET-VILA1NE. — 14 Représ. 

Legraverend **. 

Berlin, ex-sous-préfet. 

Marion, propriétaire. 

Fresneau fils. 

Join, avocat. 

Tredem, propr., cons. mun. 

De Kerdrel, journaliste. 

Garnier Keruault, anc. cap. d'art. 



PIÈGES JUSTIFICATIVES. 



377 



Legeard de la Diriays, présid. de la 

Cour d'appel. 
Bidard, avocat. 
D'Andigné de la Chasse **. 
Roux-Lavergne , profes. à la Fac. des 

lettres. 
Rabuan, avocat. 
De Lamartine** (10). 

INDRE. — 7 Représentants. 

Charlemagne *. 

Bertrand (Henri), cap. d'artil. 

Bethmont ** (3), avoc. ministre prov. 

Delavau **. 

Grillon (Eugène). 

Fleury, avoc, coin, du Gouv. 

Rollinat, corn, du Gouv. 

INDRE-ET-LOIRE. — 8 Représent. 

C rémieux ** (2), avocat. 

Julien, avoc, maire de Tours. 

Bacot (César) **. 

Taschereau *. 

Lu minais *, maire, agricul. 

Foucqueteau, avoc. 

Gouin **, banq., anc. min. des fin. 

Julien (Amable), ouvrier mécan. 

ISÈRE. — 15 Représentants. 

Saint-Rom me, avocat. 

Farconnet, maire de Grenoble. 

Marion, cons. à la Cour d'appel. 

Tranchand, prés, du trib. de Bourgoin. 

Bertholon, anc. négociant. 

Crépu, journ., com. du Gouv. 

Brillier, avocat. 

Froussard, com. du Gouv. 

Blanc (Alphonse). 

Cholat, ancien officier. 

Clément, ex-procureur. 

Repellin, avoc, com. du Gouv. 

Durand Savoyat, avocat. 

Ronjat. 

Renaud. 

JURA. — 8 Représentants. 

Chevassu, maire de Poligny. 

Grévy, avoc, com. du Gouv. 

Cordier**, ingénieur. 

Valette, prof, de droit. 

Tamisier, capit. d'art. 

Huot (Césaire), avocat. 

Gréa, avocat. 

Jobez, maître de forges, cons. gén. 



LANDES. — 7 Représentants. 
Lefranc (Victor), commis, du Gouvern. 
Bastiat (Frédéric), publ. , économiste. 
Turpin, conseiller général. 
Duclerc, sous-secrét. d'État aux Fin. 
Marras t (François)» propriétaire, 
Duprat (Pascal), journaliste. 
De Dampierre. 

LOIR-ET-CHER.— 6 Représentants. 
Ducour, médecin, comm. du Gouvern. 
Durand (de Romorantin), **. 
Normant (de Romorantin). 
Sarrut (Germain), comm. du Gouvern. 
Gérard de Montoire (Léon). 
Salvat, de Saint-Claude. 

LOIRE.— 11 Représentants. 
Alcock , procureur général à Lyon. 
Baune, journaliste, comm. du Gouvern. 
Martin Bernard, comm. du Gouvern. 
Cal le t, journaliste. 
Chavassieu, maire de Montbrison. 
De Villaine. 
Favre (Jules), avocat. 
Fourneyron, ingénieur des mines. 
Levet, conseiller à Montbrison. 
Point, juge à Saint-Étience. 
Verpilieux, mécanicien. 

LOIRE (HAUTE-) — 8 Représent. 
Breymand. 
Grellet, avocat. 
Lafayette (Edmond). 
Laurent, avocat. 
Badon, maire du Puy. 
Avond (Auguste), avocat. 
Lagrevol, avocat. 
Charbonnel (Louis), chef d'esc. en ret. 

LOIRE-INFÉRIEURE. —13 Repr. 

Lanjuinais **. 

Braheix aîné, négociant. 

Bedeau, général. 

Billault **, avocat. 

Waldeck-Rousseau, avocat. 

De Sesmaisons, propriétaire. 

Favre (Ferdin.), anc. maire de Nantes. 

Fournier, curé de Saint-Nicolas. 

Desmars, avocat. 

De Grand vil le, propriétaire. 

De la Rochette, propriétaire. 

Favreau, avoué à Nantes. 

Camus de Guibourgère, propriétaire. 



378 



MÈGEê JTTfiTïFIÛATrVTBS. 



LOIRET. —8 Représentant*. 

Roger *. 

Rondeau, avocat, corn, du Gouvernem. 

Martin (A.), négoc. , maire d'Orléans, 
commis, du Gouvernement. 

Abbattucci **, président à la Cour d'ap- 
pel d'Orléans. 

Arbey, avoué à Pithiviers. 

Péan (Emile), avoué. 

Michot, ouvrier menuisier. 

Considérant, journaliste. 

v LOT. — 7 Représentant*. 

Cavaignac (2), général. 
Rolland (Hippolyte), cultivateur. 
Murât (Lucien), fils de Murât. 
De Saint-Priest (Félix) *. 
Caria, maire de Cahors. 
Ambert, lieutenant-colonel. 
Labrousse, commissaire général. 

LOT-ET-GARONNE. — 9 Représ. 
Vergnes (Paul), avocat. 
Dubruel (Gaspard), com. du Gouvern. 
Mispoulet, avocat. 
Tartas, général. 
Baze, avocat. 
De Luppé, propriétaire. 
Radoult-Lafosse, général d'artillerie. 
Boissié, conseiller général. 
Bérard, lieutenant d'artillerie, ex-com- 
missaire du Gouvernement. 

LOZÈRE. — 4 Représentants. 
Fayet, évêque d'Orléans. 
Desmolles. 
Commandré, avocat. 
Renouard *, ancien avoué. 

MAINE-ET-LOIRE.— 13 Représent. 
Guillier de la Tousche, médecin, maire 

d'Angers. 
Tessié de la Motte **. 
Bineau **, ingénieur en chef des mines. 
Farran **. 
Dutier **, maire. 
Oudinot **, général. 
Louvet, banquier. 
David (d'Angers), statuaire. 
Freslon, avocat. 
Le fr an cois, médecin. 
Jounaulx. 

Cesbron-Lavaux, agriculteur. 
DeFalloux**, prop., homme de lettres. 



MANCHE.— 15 Représentants. 

Vieillard *, commis, du Gouvernement. 
Havin **, ancien juge de paix. 
Laumondaix, ancien juge de paix. 
Demésange, président à Mortagne. 
Boulatignier, conseiller d'État. 
Diguet, président à Saint-Lô. 
De Tocqueville **, pubtieiste, membre 

de l' Académie française. 
Delouche, avocat. 
Dubois (Abraham) **, conseiller référ. 

à la Cour des comptes. 
Perrée (Louis), journaliste. 
Dudouyt, avocat. 

Des Essarts, cons. à la Cour de Caen. 
Gaslonde, professeur de droit. 
Reybell, ingénieur. 
Lempereur *. 

MARNE. — 9 Représentants. 
Faucher (Léon) **, publicîste. 
Perignon **, juge au trib. de la Seine. 
Bertrand (Jean), maire de Vkry. 
Bailly, maire de Sézaane. 
Dérodé, avocat. 
Aubertia, commise, de* rodage. 
Ferrand, ouvrier tisseur. 
Leblond, substitat. 
Soulié, avocat. 

MARNE (HAUTE-).— 7 Représent. 
De Montrai, publiciste, com. du Geav. 
Chaucbard, conseiller général. 
Toupot de Bévanx. 
Walferdin , administrât, des douanes, 

commissaire du Gouvernement. 
Delarbre. 
Milhoux, avocat. 
Couvreur (Alf.), ane. maire de Langres. 

MAYENNE. — 9 Représentants. 
Bigot**, maître de forges, c du Gouv. 
Jamet, agriculteur. 

Goyet-Dubignon, président du tribunal. 
Dubois-Fresnays, capitaine du génie. 
Roussel, maître de forges, 
Dutreil. 

Chenais *, ex-officier. 
Boudet **, avocat. 
De Cormenin * (4). 

MEURTHE. — ii Représentants. 
Marchai *. 

Liouville, de l'Institut. 
De Ladre \ conun. dn Gowveniettent, 



MÈCÉS JUSTIFICATIVES. 



379 



Laflize, avocat, comm. du Gouv. 

Saint-Ouen, avocat, com. da Goav. 

Leclerc, maître serrurier. 

Viox, sous-commissalre à Lunévllle. 

Charron fils, ancien notaire. 

Vogin, ingénieur. 

Ferry (Eugène). 

D'Adelsward. 

MEUSE. — 8 Représentants. 
Launois, commis, du Gouvernement. 
Salmon, procureur de la République. 
Moreau(Th.). 
Dessaux (Charles). 
Etienne (Henri) *\ 
Chadenet, avocat. 

Gillon (Paul)**", maire de Bar-le-Duc. 
Buvignier (Isidore). 

MOKBIHAN. — 12 Représentants. 

Beslay *, comm. du Gouvernement. 

Dubodan, procureur général. 

Danielo, curé de Guer. 

De Larochcjacquelein **. 

Leblanc, prêtre, professeur. 

Harscouet de St-Georges *. 

Pariais, évêque de Langres. 

Fournas. 

Crespel de la Touche, avoué. 

De Per rien, conseiller général. 

Dahirel, avocat. 

De Pioger, publiciste. 

MOSELLE. —11 Représentants. 
Dornès, atné. 
Woirhaye, avocat. 
Reynaud (Jean), professeur. 
Labbé, ancien notaire. 
Deshayes, propriétaire. 
Bardin, répétiteur à l'École polytechn. 
Espagne, aine, cultivateur. 
Toiain, ouvrier maçon. 
Poncelet, général du génie. 
Valette , inspect. des écoles primaires. 
Antoine (Joseph), brasseur. 

NIÈVRE. — 8 Représentants. 
Girard, avocat, com. du Gouvernera. 
Manuel •*. 

Archambault, négociant, maire. 
Martin (Emile), maître de forges. 
Grangier de la Marinière, propriétaire. 
Gambon, juge-suppléant. 
Lafontaine, général de brigade. 
Dupin, aîné**, procureur général. 



NORD. — 98 Représentants. 
Do Lamartine** (10). 
Hanuoye, avocat. 

Corne*, procureur général à Douai* 
Choque *» ancien notaire 
Delespaul **, substitut. 
Boulanger, juge au tribunal civil. 
Desmoutiers, propriétaire. 
Régnard, avocat. 
Pureur, notaire. 
Malo, armateur. 
Loiset, médecin-vétérinaire. 
Vendois, docteur-médecin. 
Bonte-Pollet, propr., maire de Lille. 
Huré» procureur général à Amiens. 
Serlooten, propriétaire. 
Duquesne, meunier. 
Farez (Fénélon), avocat, à Cambrai. 
Desurmont, cultivateur. 
Dotiez, cultivateur. 
Lemaire, c. de la garde nationale. 
Lenglet (Lucien), conseillera Douai. 
Heddebault-Géry, agriculteur. 
Giraudori, ouvrier serrurier. 
Descat, teinturier. 
Mouton, avocat. 
Dufont, ancien notaire. 
Aubry, négociant. 
Négrier, général. 

OISE. — 10 Représentants. 

Barillon*, comm. du Gouv. 

Marquis- Donatien **. 

Leroux (Emile). 

Lagache (Célestin). 

Gérard de Blincourt. 

De Mornay**. 

Désormes. 

Flye. 

Sainte-Beuve, industriel, agronome. 

Tondu du Metz, ancien notaire. 

ORNE. — U Représentants. 

De Tracy *\ col. de la lr e lég. de Paris. 

De Corcelle***. 

Gigon-Labertrie **. 

Ballot**. 

Aylies * (2), conseil à la Cour d'appel. 

Piquet, maire de Mortagne. 

Hamard, eoas-comm. du Gouv. à Dora- 
front. 

Curial , maire d'Alençon , ex-pair de 
France. 

De Charencey, ancien sabstttut. 



380 



PIECES JUSTIFICATIVES. 



Guérin, capitaiue du génie. 
Druel-Desvaux, juge de paix. 

PAS-DE-CALAIS. - 17 Représent. 
Pierron**, conseil, à la Cour de Paris. 
Petit de Bryas. 

Degeorge, journaliste, comm. du Gouv, 
D'Hérambault. 
Emmery, ingénieur. 
Lantoine-Harduin, propriétaire. 
Bellart-d'Ambricourt, négociant. 
Cary, publiciste. 

Cornille, prés, du tribunal d'Arras. 
Pierret, négociant. 
Lebleu, propriétaire. 
Fourmeutin, propriétaire. 
Saint-Amour (Jules). 
Ollivier, propriétaire. 
Fréchon. 

Lenglet (Emile), avocat. 
Denissel, brasseur. 

PUY-DE-DOME. - 15 Représent. 
Altaroche, h. de lett., comm. du Gouv, 
Jouvet* professeur de philosophie. 
Charras, colonel, sous-secrétaire d'Etat 

à la Guerre. 
Baudet-Lafarge. 

Trélat, médecin, comm. du Gouv. 
La vigne, médecin. 
Girot-Pouzol. 
Jusserand, agriculteur. 
Combarel de Leyval**. 
Lasteyras. 
Bravard-Veyrières, professeur à l'École 

de droit. 
Guutay. 
Rouher, avocat. 
Brava rd-Toussaint, médecin, comm. du 

Gouv. dans la Haute-Loire. 
Astaix, négociant. 

PYRÉNÉES (BASSES). - i 1 Repré. 
No gués, avocat, comm. du Gouv. 
Condou, maire d'OIoron. 
Boutoey, maire de Bayonne. 
Renaud, propriétaire. 
Armand-Marrast (4), journaliste. 
Leremboure, avocat, comm. du Gouv, 

à Bayonne, 
Saint-Gaudens, comm. à Orthez. 
Dariste, propriétaire. 
Lestapis, propriétaire. 
Etcheverry, notaire. 
Laus&at, propriétaire. 



PYRÉNÉES (HAUTES). - 6 Repré. 

Vignerte, comm. du Gouv. 
Dubarry, avocat, comm. du Gouv. 
Recurt (2), médecin, adjoint au maire 

de Paris. 
Lacaze, avocat. 

Cenac, sous-comm. du Gouv. à Argelés. 
Deville, notaire. 
PYRÉNÉES-ORIENT. - 6 Repré. 

Arago (François)** (2). 
Guiter, notaire, comm. du Gouv. 
Arago (Emmanuel), comm. du Gouv. à 

Lyon. 
Arago (Etienne), direct, des postes. 
Lefranc (Pierre), jour. , comm . du Goiw. 

RHIN (BAS-). — 15 Représentants. 
Lichtemberger, avocat, com. du Gouv. 
Kling, juge. 

Culmann, colonel en retraite. 
Schlosser. 

Martin (de Strasbourg), avocat. 
Foy, capitaine du génie. 
Lauth (Guillaume). 
Dorlan, avocat. 

Gloxin, conseiller à la cour de Colmar. 
Chauffour (Victor), professeur à l'Ecole 

de droit. 
Champy (Pierre), chargé d'aff. de la 

République en Toscane. 
Boussingault, de l'Institut. 
Engelhardt. 
Westercamp. 
Bruckner, capitaine d'artillerie. 

RHIN (HAUT-). — 12 Représent. 

Struch **, propr., maître de forges. 
Rudler, commandant en retraite. 
Stœcklé, curé. 

Dolfus **, maire de Mulhouse, manu- 
facturier. 
Yves, avocat, comm. du Gouv. 
Kestner, manufacturier. 
Bardy, juge d'instruction. 
Prudhomme, ancien notaire. 
Kœnig, horticulteur. 
Chauffour, avocat. 
Heuchel, médecin. 
Heeckeren, avocat. 

RHONE. — 14 Représentants. 
Laforêt, maire de Lyon. 
Doutre, typographe. 



PIÈGES JUSTIFICATIVES. 



381 



Auberthier, fabricant, 
Lortet, médecin. 
Lacroix (Julien), filatenr. 
De Mortemart*. 
Gourd, capitaine'en retraite. 
Paullian (Louis), cultivateur. 
Benoît (Joseph), chef d'atelier . 
Mouraud. ingénieur civil. 
Chanay, avocat. 
Férouillat, avocat. 
Pelletier, aubergiste à Tarare. 
Greppo, ouvrier en soie. 

SAONE (HAUTE-). — 9 Rep. 
De Grammont**, général. 
Dufournel *, maître de forges. 
Millotte, capitaine d'artillerie. 
Guerrin **. 

Minai, chef de bureau en retraite. 
Noirot, avocat. 
Angard, maître de forges. 
Lélut, de l'Institut. 
Signard, médecin, commis, du Gouv. 

SAONE-ET-LOIRE. — 14 Rep. 
De Lamartine** (10). 
Mathieu**, de Pïnstitut. 
Bourdon, mécanicien au Creuzot. 
Mathey (Charles)**, commis, du gouv. 
Thiard**, général. 
Lacroix (Auguste)*. 
Rolland (Charles), maire de Mâcon. 
Pézérat, médecin. 

Petit-Jean Baussin, ex-juge de paix. 
Reverchon. 
Ménand, avocat. 
Jules Bastide (3), du National. 
Bruys (Amédée), avocat. 
Ledru-Rollin ** (3), avocat. 

SARTHE. — 12 Représentants. 
Trouvé- Chauvel, banquier, commis, du 

Gouv. 
Gasselin de Chantenay. 
Lebreton (Jules). 
Saint-Albin (Hortensius)**, j. au trib. 

de la Seine. 
Gustave de Beaumont **, publiciste. 
Lamoricière **, général. 
Jules de Lasteyrie** (2). 
Chevé, fondeur. 

Gasselin (de Fresnay), juge de paix. 
Degousée, ingénieur. 
Armand Marrast (4). 
Langlais, avocat, journaliste. 



SEINE. — 34 Représentants: 

Lamartine** (10), homme de lettres, 
membre du Gouv. provii . 

Dupont (de l'Eure) " (2), du G. prov. 

Arago (François) **, du Gouv. prov. 

Garnier-Pagès** (2), idem. 

Marrast (Armand) (4), idem. 

Marie** (2), avocat, du Gouv. prov. 

Crémieux ** (2), idem. 

Béranger, chansonnier. 

Carnot**, ministre de l'Inst. pub. 

Bethmont** (3), avocat, min. du Com. 

Duvivier, gén. com. la garde mobile. 

De Lasteyrie (Ferdinand) **. 

Vavin**, ancien notaire. 

Cavaignac (2), gén., gouvern. gén. de 
l'Algérie. 

Berger **. 

Pagnerre(2), libr., secr. du Gouv. pr. 

Bâchez, adjoint au maire de Paris. 

Cormenin*(4), prés, du conseil d'Etat. 

Corbon, ouvrier, réd. en chef de Y Ate- 
lier. 

Caussidière, préfet de police. 

Albert, membre du Gouv. prov. 

Wolowski, profes. au Conserv. des arts 



et métiers. 
Peu pin, ouvrier horloger. 
Ledru-Rollin** (3), avocat, du Gouv. 

prov. 
Schmidty ouvrier {élection annulée). 
Flocon, journaliste, du Gouv. prov. 
Louis Blanc (2), idem. 
Recurt (2), méd., adj. au maire de Paris. 
Perdiguier (2), ouvrier. 
Bastide (Jules) (3), du National. 
Coquerel, ministre protestant. 
Garnon**, maire. 

Guinard, col. d'art, de la garde nat. 
Lamennais (l'abbé de). 

SEINE-INFÉRIEURE. — 19 Rep. 

De Lamartine ** (10). 

Desjobert **. 

Lcfort-Gonsolin **. 

Morlot, négociant au Havre. 

Lebreton (Théodore), ancien ouvrier. 

Osmont**. 

Levavasseur**. 

Cécile, contre-amiral. 

Grandin (Victor) **, manufacturier. 

Germonière, négociant. 

Lefevre (Pierre), manufacturier. 



388 



PIÈCES JUSTIFICATIVES. 



Dobremel» ouvrier à Eiboeuf. 

Girard, avocat. 

Dargent (Charles), cultivateur. 

Bautier, maire de Dieppe. 

Desmarest, ouvrier à Déville. 

Martinezt, ouvrier à Déville. 

Sénard, avocat. 

Randoing (Yves), manufacturier. 

SEINE-ET-MARNE. — 9 Rep. 

Lafayette (Georges) **. 

Lafayette (Oscar)**, cap. d'art., corn. 

du Gouvern. 
Drouyn de Lhuys **. 
De Lasteyrie (Jules)** (2). 
Chappoa, ancien négociant. 
Bastide (3), du National. 
Portalis *, procureur général. 
Auberge, cultivateur. 
Bavoux (Evariste), avocat. 

SEINE-ET-OISE. — 12 Représent. 
Pigeon, cultivateur. 
Durand (Hippolyle), com. du Gouv. 
Landrin, proc. de la République. 
Lécuyer, ouvrier. 

Lu y nés (d'Albert de), propriétaire. 
Lefèvre, maître de poste. 
Bezançon, ancien notaire. 
Berville**, avocat général. 
Pagnerre(2), libr., secr. du Gouv. pr. 
Remilly **, maire de Versailles. 
Saint-Hilaire (Barthélémy), secret, du 

Gouv. 
Plandin, avocat. 

SÈVRES (DEUX-). — 8 Repr. 
Baugier, maire de Niort. 
Blot, ancien filateur. 
Boussi, avocat. 
Charles aîné, cultivateur. 
Chevallon, fabricant. 
Demarçay **. 

Maichain **, médecin, com. du Gonv. 
Richard (Jules), propriétaire. 

SOMME. — 14 Représentants. 

De Beaumont **. 

Creton**, avocat. 

Gauthier de Rumilly **. 

Porion, maire d'Amiens. 

Tillettede Clermont*. 

Magniez. 

Blinde Bourdon**. 



Delattre, manufacturier. 
Allard, notaire, maire de Ham. 
Randoing, fabricant de drap. 
Morel-Cornet, négociant. 
De Fourment, fabricant. 
Labordère, magistrat. 
Dubois (Amable). 

TARN. — 9 Représentants. 
D'Aragon**, commis, du Gouv. 
Gisclard, négociant. 
Carayon-Latour**. 
De Tonnac, capitaine de génie. 
De Voisins, propriétaire. 
Moutou, directeur du séminaire d'Alby. 
Rey, colonel du 60« de ligne. 
De Saint-Victor. 
De Puységur (Victor), propriétaire. 

TARN-ET-GARONNE. — 6 Rep. 
De Malleville (Léon) **. 
Faure-Dère. 

Rous, command. de la garde nat. 
Détours, avocat. 

De Cazalès, supérieur du séminaire. 
Delbrel, médecin. 

VAR. — 9 Représentants. 
Maurel-Marcellin, propriétaire. 
Guigues (Lucien), avocat, commis, do 

Gouv. 
André (Marins), ouvrier du port. 
| Alleman aîné. 
I Arnaud (Henri), confiseur. 
Philibert. 
Casy, amiral. 
Baume (Edmond), avocat. 
Arène, commis, du Gouv. a Toulon. 

VAUCLUSE. — 6 Représentants. 
Laboissière (Paul) *, agriculteur, com. 

du Gouv. 
Raspail (Eugène), ingénieur. 
Pin (Elzéar), agriculteur. 
Reynaud-Lagardette, propriétaire. 
Perdiguier (Agricol) (2), ouv. meu. 
Bourbousson, médecin. 

VENDÉE. — 9 Représentants. 

De l'Epinay, grand-vicaire. 
Grelier-Dufougeroux, propriétaire. 
Mareau (Théodore), filateur. 
, Guyet-Desfontaines **. 
Rouillé (Emile), avocat. 
i Bouhier de l'Écluse, avocat. 
I Luneau **, avocat» com. du G*uv. 



PÎÈ0H9 imTDICATIV». 



383 



De Tingny, propriétaire. 
Parenteau (Armand), agronome. 

VIENNE. —S Représentants. 

Drault**, procur. gén. à Poitiers. 

Bonnin **. 

fiérenger (Camille), avocat. 

Bourbeau, maire de Poitiers. 

Barthélémy, cons. à la cour d'appel. 

PJeygnard, avocat. 

Junyen **. 

Jeudy, propriétaire. 

VIENNE (HAUTE-). — 8 Représ. 

Maurat-Bal lange", avoc, corn, du gonv. 

Dumas, colonel retraité. 

Bac (Théodore), avocat. 

Frichon aîné, avocat. 

Allègre, avocat. 

Texier *, avocat. 

Brunet, capitaine d'artillerie. 

Corail i, avocat. 

VOSGES.— 11 Représentants. 

Doublât '\ 

Buffet fils, avocat. 

Forel (Carlos), tilateur. 

Boulay (de la Meurthe) *\ 

Hingray, col. de la 10" lég. de Paris. 

Najean, sous-com. du Gouv. 

Turck, médecin, anc. corn, du Gouv. 

Houel, avocat. 

Falatieu, maître de forges. 



Huot, propriétaire. 
Braur, propriétaire. 

YONNE. —9 Représentants. 
Marie ** (2), du Gouv. prov. 
Guichard, propriétaire. 
Larabit **. 
Cormenin * (4). 
Robert (L.) t comm. du Gouv. 
Rathier, ancien avoué. 
Vaulabelle, publiciste. 
Charton (Edouard). 
Carreau, cultivateur. 

ALGÉRIE. — 4 Représentants. 
Didier (Henri), substitut. 
De Rancé *, ancien officier supérieur. 
Ledru-Rollin ** (3). 
Leblanc de Prébois, cap. d'état-major. 

MARTINIQUE. — 3 Représentants. 
Schœlcher (Victor) (2), publiciste. 
Pory-Papy, avocat. 

Bissette (nulle), remplacé par Mazu- 
lime, suppléant. 

GUADELOUPE. — 3 Représentants. 

Schœlcher (Victor) (2), remplacé par 
Mathieu Louisy, suppléant. 

Perrinon, command. d'art, de marine, 
commissaire du Gouvernement. 

Dain (Charles). 

SÉNÉGAL. — 1 Représentant. 

Durand (Val en tin). 



384 



HÈCES JUSTIFICATIVES. 



N° 12. 



Actes officiels du Gouvernement provisoire, depuis le 24 février 
jusqu'au 9 mai 1848. 





FÉVRIER. 


MARS. 


AVRIL. 


MAI. 


TOTAUX. 




(6 jours.) 






(9 jours.) 




Décrets 


19 


72 


61 


27 


179 


Arrêtés 


33 


7o 


36 


14 


158 


Proclamations. . . 


12 


12 


6 


1 


34 


Avis, décisions, etc. 
Totaux. . . . 


1 


3 


1 


2 


7 


65 


162 


104 


44 


375 



PIÈCES JUSTIFICATIVES. 385 



N° 13. 



DÉMISSION DU CITOYEN BÉRANGER. 



Au citoyen jnrésident de V Assemblée nationale. 



Citoyen Président, 

Si quelque chose pouvait me faire mettre en oubli mon 
âge, ma santé, et mon incapacité législative, ce serait la lettre 
que vous avez eu l'obligeance de m'écrire, et par laquelle vous 
m'annoncez que l'Assemblée nationale a honoré ma démission 
d'un refus. 

Mon élection, et cet acte des Représentants du peuple, seront 
Pobjet de mon éternelle reconnaissance, par cela même qu'ils 
sont un prix trop au-dessus des faibles services que j'ai pu rendre 
à la liberté; ils prouvent combien seront enviables les récom- 
penses réservées désormais à ceux qui, avec de plus grands ta- 
lents, rendront des services plus importants à notre chère patrie. 

Heureux d'avoir été l'occasion de cet exemple encourageant, 
et convaincu que c'est la seule utilité que je pourrais avoir 
encore, citoyen président, je viens de nouveau supplier à mains 
jointes l'Assemblée nationale, de ne pas m'arrachèr à l'obscu- 
rité de la vie privée. 

Ce n'est pas le vœu d'un philosophe, moins encore celui d'un 
sage ; c'est le vœu d'un vieux rimeur qui croirait se survivre, 
s'il perdait au milieu du bruit des affaires publiques, l'indépen- 
dance de l'âme, seul bien qu'il ait jamais ambitionné. 

Pour la première fois, je demande quelque chose à mon pays; 

que ses dignes Représentants ne repoussent donc pas la prière 

que je leur adresse en leur réitérant ma démission, et qu'ils 

veuillent bien pardonner aux faiblesses d'un vieillard, qui ne 

h. 25 



386 PIÈCES JUSTIFICATIVES. 

peut se dissimuler de quel honneur il se prive en se séparant 
d'eux. 

En vous chargeant de présenter mes très-humbles excuses à 
l'Assemblée, recevez, citoyen président, l'hommage de mon res- 
pectueux dévouement. 

Salut et fraternité , 
Signé : Bêranger. 

Passy, 14 mai 1848. 



PIÈCES JUSTIFICATIVE*. 387 



N° 14. 



Pièces trouvées à l'Hôtel de Ville, le 45 mai 1848. 

I. Le peuple ayant dissous l'Assemblée nationale, il ne reste 
plus d'autre pouvoir que celui du peuple lui-même. En consé- 
quence, le peuple ayant manifesté son vœu d'avoir pour Gou- 
vernement provisoire les citoyens : 

Barbes, 

Ledru-Rollin, 

Albert, 

Raspail, 

Pierre Leroux, 

Thoré, 

Ces citoyens sont nommés membres du Gouvernement. Le 
citoyen Caussidière est maintenu délégué de la République à la 
préfecture de police. 

La garde nationale reçoit Tordre de rentrer dans ses quartiers 
respectifs. 

Paris le 15 mai 1848. 

Le Gouvernement provisoire, prenant en considération le vœu 
du peuple, déclare qu'il va immédiatement signifier aux gouver- 
nements russe et allemands, Tordre de reconstituer la Pologne, 
et, faute de ce faire, le Gouvernement de la République française 
leur déclarera immédiatement la guerre. 

Les membres de la commission du Gouvernement. 

(Cette pièce porte la signature de M. Barbes et le timbre de la 
mairie de Paris.) 



388 PIÈCES JUSTIFICATIVES. 

II. Membres du Gouvernement provisoire de la République 
française et démocratique : 

Lamartine, 

Louis Blanc , 

Ledru-Rollin, 

Raspail, 

Barbes, 

Blanqui, 

Caussidière, 

Etienne Arago, 

Albert, 

Huber, 

Sobrier, 

Lagrange. 

III. Composition du nouveau pouvoir exécutif. 

Intérieur : Caussidière ; 

Affaires étrangères : Flocon ; 

Progrès du Commerce et de l'Agriculture : Louis Blanc ; 

Travaux Publics : Albert ; 

Marine et Colonies : Schœlcher ; 

Justice : Pierre Leroux ; 

Guerre : Cavaignac ; 

Finances : Huber ; 

Cultes et Instruction publique : Proudhon ; 

Préfecture de police : Sobrier; 

Mairie de Paris : Thoré ; 

Pouvoir exécutif : Ledru-Rollin, Barbes, Blanqui. 



IV. Convocation aux délégués des corporations d'ouvriers. 
Gouvernement provisoire. 

Je prie M. de se rendre' immédiatement à l'Hôtel de 

Ville pour constituer la délégation du peuple. 

Le secrétaire général, 

Signé : Borme. 
(Timbre de la mairie de Paris.) 





PIÈGES JUSTIFICATIVES. 


389 


V. Listes trouvées à l'Assemblée 


nationale et 


déposées le 


22 mai par M. 


Millard, Représentant du peuple. 




N° i. 


N°2. 


N°3. 




Barbes, 


Barbes, 


Barbes, 




Leroux, 


Albert, 


Albert, 




Blanqui, 


Louis Blanc, 


Huber, 




Albert, 


Huber. 


Raspail, 




Louis Blanc. 




Blanqui. 





VI. Un factieux : Voici la liste d'un nouveau Gouvernement 
provisoire que je propose à l'acceptation du peuple ; 

Barbes, 

Louis Blanc, 

Ledru-Rollin, 

Blanqui, 

Huber, 

Raspail, 

Caussidière, 

Etienne Arago, 

Albert, 

Lagrange. 

Un autre factieux : Voici la bonne liste du nouveau Gouverne- 
ment provisoire : 

Cabet, 

Louis Blanc, 
Pierre Leroux, 
Raspail, 
Considérant, 
Barbes, 
Blanqui, 
Proudhon. 

{Moniteur universel) 



390 PIÈCES JUST1FIGÀTITES. 

VU. Autre liste proclamée à l'Assemblée nationale ; 
Louis Blanc, 
Barbes, 
Blanqui, 
Raspail, 
Cabet, 
Proudhon, 
Pierre Leroux, 
Albert, 
Gaussidière. 



VIII. Extrait du rapport sommaire sur la procédure relative à 
l'attentat du 15 mai, par M. Ernest Bertrand, juge d'instruction. 

« Il existe au dossier : 4° un décret signé de lui (Barbes) et 
d'Albert qui constate la dissolution de l'Assemblée, la constitu- 
tion d'un nouveau Gouvernement composé de : Louis Blanc, 
Ledru-Rollin, Albert, Raspail, Barbes, Pierre Leroux et Thoré, et 
ordonne à la garde nationale de rentrer dans ses quartiers. » 

(Rapport de la Commission d'enquête I. 66.) 



pièges Justificatives. 



391 



N° 15. 



Extrait de la déposition de M. Trouvé- Chauvel, préfet de police, 
du 44 juillet 4848. 



Il donne ainsi le décompte des factieux arrêtés dans le 
complot du 15 mai, au nombre de 140, savoir : 



Parti Barbes (1). , 
Parti Henri V. . 
Parti bonapartiste , 
Parti régence. . , 



Total 



45 

36 

58 

1 



(I) U n'y a pas de parti Barbes. 



NOTE. 



m 



NOTE 



L'introduction à l'Histoire de la seconde République française 
adonné lieu àde violentes récriminations. J'ai répondu au journal 
la Presse, non pour défendre mon livré — un livre se défend de 
lui-même — mais pour remettre sous son véritable aspect le 
principe d'autorité ridiculement travesti. La question valait bien 
un peu d'encre. La Presse en jugea ainsi; mais, après avoir inséré 
la première des deux lettres qui suivent, elle ne me fit pas 
l'honneur d'accueillir la seconde. La Presse, oubliant ses con- 
ventions et celles de son critique, M. Limayrac, fit comme ces 
enfants qui, dans une querelle, veulent absolument avoir le der- 
nier mot. 

Un autre critique de profession, M. Pelletan, m'a-t-on dit, 
aurait aussi, dans le journal le Siècle, usé à mon égard du pro- 
cédé à la mode du temps de feu M. de Laubardemont. La seconde 
de ces lettres pourra lui servir de réplique, ainsi qu'à son ca- 
marade. 

Il parait d'ailleurs que j'étais dans mon tort, et qu'il n'est pas 
d'usage de répondre aux feuilles. Les feuilles disent ce qu'elles 
veulent; cela ne fait rien. Ce n'est donc pas pour recommencer 
une lutte dans laquelle l'agresseur se sauve après avoir fait feu 
et se barricade dans sa maison, où l'on n'entre que l'argent à la 
main et de par la loi, que j'imprime ces lettres, notamment la 
seconde, qui est inédite. (Dieu me garde à jamais de ces débats 
discourtois !) Je publie cette lettre par respect pour les lecteurs 
qui daignent me suivre dans cet instructif voyage de la monar- 
chie constitutionnelle à l'Empire. 



396 NOTE. 

PREMIÈRE LETTRE. 

« Monsieur, 

» En relisant votre article du 29 mai, vous comprendrez qu'il 
ne m'a pas été possible de rester sous le coup d'un réquisitoire 
qui me dénonce à l'opinion comme un rêveur inhumain, comme 
un cerveau tourmenté de visions sanglantes et érigeant la Ter- 
reur en système politique. Que me resterait-il à faire après une 
pareille accusation, que d'aller trinquer avec le bourreau et phi- 
losopher avec le czar? 

» Si vous vous étiez borné à analyser mon livre, à discuter les 
idées de l'auteur, j'aurais gardé le silence. J'ai tout récemment 
fait de la critique un trop large usage (1) pour trouver mauvais, 
chez les autres, ce dont j'ai usé moi-môme. Mais vous m'avez 
fait un procès de tendance contre lequel proteste l'éclatant té- 
moignage de la vérité. Quiconque ouvrira V Histoire de la se- 
conde République française sera aussi étonné que je le suis moi- 
môme de l'interprétation que vous en avez donnée. 

« M. Castille, dites-vous en parlant de la Terreur, en fait un 
» système de gouvernement; il transforme l'accident lamentable 
» en une loi historique. » Où ai-je écrit cette énormité? Ne 
lisez-vous pas au contraire, page 32 : « Pour sortir de cette inex- 
)> tricable situation, il fallait plus que des moyens légaux, il 
» fallait quelque conception anormale , monstrueuse, faite à la 
» taille des événements. » Conception anormale veut-il dire : 
transformer l'accident lamentable en loi historique? 

« Je sais bien, dites-vous plus loin, que M. Castille a la bonté d'a- 
» jouter qu'il serait absurde de considérer le comité de salut public 
» et les instruments de son administration draconienne comme la 
» forme définitive d'une démocratie. Cet excès de complaisance 
« nous touche ; mais, en regardant bien au fond, on s'aperçoit 
» vite que ce n'est qu'une précaution oratoire. » Qui vous donne 
ainsi le droit de forcer la porte de ma conscience, d'y écouler, d'y 
écouter mal, qui pis est, et de prétendre y avoir entendu des 
choses contradictoires à ce que j'écris? 

(1) Voir les Hommes et les Mœurs en France sous le règne de Louis- 
Philippe, 1 vol. in-8°. 



NOTE. 397 

» Le ciel me garde d'enflammer ce débat, qui ne peut avoir 
d'intérêt pour le public qu'autant qu'il reste dans les limites 
d'une discussion de principe; mais vous savez combien nous 
avons protesté contre les procès do tendance. Est-ce à nous à les 
renouveler ? 

» Quant à Robespierre , ce n'est pas, monsieur, croyez-le bien, 
par prédilection pour les moyens qu'il fut dans la triste néces- 
sité d'employer que j'ai consacré quelques pages à sa mémoire. 
Si j'ai lavé d'une main pieuse ce masque sur lequel tous les 
gouvernements et presque tous les partis ont craché depuis 
soixante ans, si j'ai essuyé ce front tant de fois souillé par 
Pencre des cuistres, c'est que Robespierre m'a paru se distinguer 
énergiquement de celte multitude anarchique dont il était en- 
touré, c'est qu'il chercha franchement, résolument à fonder le 
contrat de l'autorité nouvelle, et qu'en succombant il prouva 
seulement que le peuple était alors incapable de la République. 
Non, non, tout sang versé me désespère et me fait horreur ! 
Toute mort violente, fût-elle juste, me plonge dans la mélancolie 
et le dégoût de la vie. 

» Je vous prie également de me faire l'honneur de croire, 
monsieur, que je savais ce que je disais en écrivant : Dieu et la 
liberté, ces deux inconciliables. 

» Voltaire seul put dire : Dieu et la liberté. C'est que le Dieu 
de Voltaire était un Dieu libéral, fait à l'image de M. Odilon 
Barrot, trinquant aux banquets réformistes, criant vive la charte 
et la liberté de la presse, un souverain constitutionnel, comme 
a dit M. Proudhon. Tel fut le Dieu des déistes, le Dieu de Vol- 
taire. Et cela explique comment l'auteur de la Pucelle a pu arti- 
culer sérieusement, naïvement, son inconciliable formule. 

» Dieu d'ailleurs est, vous le savez aussi bien que moi, mon- 
sieur, le plastron de toutes les doctrines. Dieu représente si bien 
l'idée de l'autorité par excellence que les libéraux eux-mêmes 
ont senti le besoin d'étayer la liberté du nom de Dieu, afin d'en 
faire une arche sainte, un principe au-dessus de toute discus- 
sion, une émanation perpendiculaire de la Divinité. Afin de se 
présenter convenablement dans le monde, les idées anarchiques 
et destructives prennent Dieu par la main et disent : Vous voyez 
bien celui-là, celui que nul ne discute, devant qui tout s'incline, 
eh bien ! c'est notre bon compagnon ; il marche avec nous ; nous 
sommes ses Benjamins, ses mignons ; tyrans, inclinez- vous! Et 



398 NOTE. 

quand Dieu le père effarouche les passereaux effrontés des cré- 
puscules révolutionnaires, ils se rabattent sur Jésus et chargent 
ses épaules de la croix de leurs sottises. crucifié de tous les 
temps I 

» Au point de vue religieux qu'est-ce que Dieu, sinon le créa- 
teur et l'ordonnateur de toutes choses, le roi des rois, le grand 
juge des actions humaines? Qu'est-ce que le juge, sinon le re- 
présentant de la loi? Qu'est-ce que la loi, sinon le texte du con- 
trat qui limite l'exercice des droits, et prescrit les devoirs de 
l'homme en société, c'est-à-dire qu'est-ce autre chose que la for- 
mule môme du principe de l'autorité? 

» Vous le voyez, monsieur, je ne suis pas Ajax défiant Dieu ; 
Ajax n'était qu'un libéral, un Danton foudroyé. 

» Mais au point de vue philosophique, qu'est-ce que Dieu, 
sinon une pétition de principe, c'est-à-dire une affirmation sans 
preuve, le cogito, ergo sum cartésien? Où est la liberté, là où il 
faut croire? Qu'a de commun Dieu, c'est-à-dire Faffirmation au 
nom de la foi, avec la liberté, c'est-à-dire l'examen au nom de 
la raison? Dieu et la liberté qu'est-ce donc autre chose qu'un 
accouplement bâtard de l'orthodoxie et du schisme? 

» Je ne nie pas l'utilité de la liberté ; mais j'ai le droit d'affir- 
mer qu'elle n'intervient jamais dans le contrat, qu'elle n'édifie 
rien, que son rôle est négatif. Je suis libre de faire ce que la loi 
ne défend pas; mais ce n'est pas dans cette latitude que gît le 
contrat ; car si le législateur n'avait rien écrit, il n'y aurait pas 
de contrat. L'homme serait libre ; mais la société n'existerait pas. 

» La liberté ne peut donc exister qu'à l'état d'agent destructeur 
ou de décomposition, comme le feu. Le contrat est vieilli, su- 
ranné; ses formes ne sont plus d'accord avec les besoins de la 
génération nouvelle; la famille des esprits destructeurs, les rats, 
les vers, se mettent dans le parchemin, le grignottent, le ron- 
gent, le détruisent au nom de la liberté ; puis la grande et fatale 
orgie accomplie, les esprits constructeurs, les Charlemagne, les 
Richelieu, les Cromwell, les Robespierre arrivent, et, du mieux 
qu'ils peuvent, au milieu des cris, des morsures, des coups de 
poignard et des coups de hache, ils tracent le contrat nouveau 
et emploient tous les moyens que l'énergie leur conseille pour en 
assurer l'exécution. Robespierre, on Ta dit avant moi, fut un 
homme de juste milieu. En restaurant le principe d'autorité mé- 
connu et foulé aux pieds par tout le monde, il prouva qu'il 



NOTE. 399 

appartenait à la famille des esprits constructeurs, et non à celle 
des termites qui sapent l'édifice social, quel qu'il soit, et sous 
tous les régimes. 

» Je me souviens d'une époque où le peuple de Paris disait : 
a La République est au-dessus du droit des majorités. » Ce jour- 
là, la Presse ne fut pas de l'avis du peuple de Paris; je le conçois. 
Le peuple de Paris, en s'expriraant ainsi, niait l'intervention du 
principe de liberté dans le contrat. Il faisait comme les théo- 
crates, les légitimistes, les monarchistes absolus, et.il avait 
raison , parce que le principe de l'autorité, qu'il revête la forme 
républicaine ou la forme monarchique , la forme démocratique 
ou la forme aristocratique, remonte à un article de foi, à une 
pétition de principe, à un idéal de justice, à Dieu lui-même. Or, 
toutes les fois qu'il veut asseoir la base d'un ordre social, c'est 
toujours à ces divines profondeurs que l'esprit humain est sommé 
de descendre, sous peine de construire des gouvernements flot- 
tants que le flot apporte et remporte, comme une épave que 
jette et reprend la mer eu courroux. 

» Il y a dans le monde, je le répète, deux grandes familles 
d'esprits, les constructeurs et les destructeurs, et ce qui cause 
tant de malentendus, c'est que ces espèces se rencontrent sou- 
vent dans le même parti, sous le même drapeau. Mais gardez- 
vous de croire, monsieur, que je confonde avec les anarchistes 
ces vastes génies qui viennent simplifier le mécanisme de l'au- 
torité , en la dépouillant du cortège des institutions féodales. Ce 
serait une erreur <f knafgner que, sous toutes ces formes nou- 
velles, simples gravantes, l'autorité soit moins exacte , moins 
rigoureuse. Elle envelfçpe, au contraire, le citoyen, le saisit 
dès sa naissance, et l'accompagne jusqu'à sa mort. Elle évite les 
froissements qui peuvent lui faire sentir ses lisières, mais elle 
ne le perd pas de vue une minute, et légifère si bien et de tant 
de façons, qu'il n'accomplit guère un geste que la loi n'ait prévu t 
Telle est la société moderne. 

» L'individu échappait à travers les grossiers réseaux de l'au- 
torité du moyen âge; les peuples presque nomades de certaines 
parties de la Russie échappent à l'œil du maître; mais dans notre 
belle France, si savamment administrée, dans nos villes les plus 
populeuses, quel homme pourrait se flatter d'échapper à l'œil 
des lois ? 

» Vous affectez sans cesse, monsieur, de confondre le principe 



400 NOTE. 

môme de l'autorité avec le fonctionnaire qui l'exerce, et vous 
m'opposez le czar et la République américaine. Mais, monsieur, 
daignez relire l'introduction à ['Histoire de la seconde République 
française, et vous verrez qu'elle n'a pas d'autre but que de prou- 
ver précisément que nos mœurs tendent à modifier le système 
de l'autorité, à le transporter du centre à la circonférence. Et 
si vous aviez avec plus de soin suivi le fil de ma pensée, vous 
n'auriez pas sacrifié la vérité écrite et imprimée à la vaine satis- 
faction xle me présenter à vos lecteurs comme l'esprit le plus 
faux et le plus illogique. Vous n'auriez pas manifesté tant d'é- 
tonnement pour la flétrissure dont je couvre les crimes inutiles 
de la Restauration. 

» L'exposition des idées contenues dans l'introduction à Y His- 
toire de la seconde République française se pourrait résumer ainsi : 
La société française est à la recherche d'une forme nouvelle de 
l'autorité. — La vieille société brisée par l'anarchie révolution- 
naire , une dictature fut nécessaire pour établir l'autorité nou- 
velle. Le martyre de Robespierre, assassiné par les libéraux et 
les parlementaristes, rejeta la société dans le chaos. — Napoléon 
saisit l'autorité en brisant le parlementarisme ; il eut raison. Son 
tort fut de ne pas constituer l'autorité nouvelle. Sa mission et sa 
gloire furent d'ébaucher, par la victoire, le fédéralisme de l'Eu- 
rope. — La Restauration eut doublement tort. Elle fut inconsé- 
quente en voulant à la fois ramener la vieille monarchie et l'es- 
corter de concessions faites au parlementarisme. — Charles X, 
en voulant constituer l'autorité par la^grôix, se trompa plus 
grossièrement que ses devanciers, 1 f>arce q#Él remonta plus 
haut qu'eux dans le passé. \ 

» Et, maintenant, ai-je été inconséquent d'applaudir Napoléon 
d'avoir brisé le parlementarisme qui substitue une sorte d'oli- 
garchie bourgeoise au large pacte de l'autorité démocratique? 
Ai-je eu tort de reprocher à la Restauration des meurtres au 
moins inutiles? Doit-on me trouver illogique lorsque je reproche 
à Charles X d'avoir mis le prêtre là ou il aurait fallu le peuple? 
Et ne suis-je pas d'accord avec moi-même lorsque j'absous Ro- 
bespierre en faveur du principe qui le fit agir? 

» Il m'importe peu de savoir si Louis XVIII et Charles X eurent 
de bonnes intentions. Ne cherchons jamais les intentions de 
ceux qui nous gouvernent, mais demandons-nous s'ils nous gou- 
vernent selon ce qui nous paraît être conforme aux aspirations 



NOTE. 401 

réelles du siècle où nous vivons. En politique, la bonne volonté 
n'est pas réputée pour le fait. 

» En vérité, faut-il que, pour s'écarter de la politique do li- 
béralisme et du parlementarisme à la mode depuis soixante ans, 
faut-il, pour ne pas crier à tout propos : A bas les jésuites! Vive 
la liberté ! Vive la constitution ! faut-il, pour ne pas frayer dans 
l'ornière où patauge, depuis la Constituante, la démocratie en- 
veloppée comme une mouche dans la toile d'araignée que lui 
file la classe moyenne ; faut-il, dis-je, qu'on soit nécessairement 
« étrange, faux, exorbitant? » 

» Vous me donnez à choisir entre l'Amérique et le czar. Per- 
mettez que je ne choisisse pas 1 Vous vous demandez s'il vaut 
mieux être sujet de l'empereur de Russie que « citoyen des 
» États-Unis, c'est-à-dire un homme libre, un citoyen dans le sens 
» profond du mot. » Ma réponse est que je ne veux ni l'un ni 
l'autre ; que le pacte de l'autorité nouvelle n'a rien de commun 
avec le czar, mais qu'il vaut mieux l'autorité la plus despotique 
que l'absence de toute loi, c'est-à dire de toute forme de l'auto- 
rité ou la liberté pure. Ne me laites pas dire ce que ma pensée 
repousse. Je n'accepte pas l'Amérique comme une aggloméra- 
tion d'hommes vivant à l'état libre. Il n'y a pas, il ne saurait y 
avoir de société sans une autorité quelconque. 

» Et si j'acceptais l'Amérique comme pays libre, j'aurais en- 
core à vous faire observer que ce peuple, né d'hier, n'ayant pas 
d'antécédents monarchiques, pas de prétendants, est dans des 
conditions biepdifiéfentes de notre France. Il n'y a pas en Amé- 
rique de parti qui anire & remettre les États-Unis sous le joug 
de l'Angleterre. L'autorité, n'ayant pas à prévoir ces sortes de 
choses, n'a besoin ni de police politique ni de lois rigoureuses 
sur la presse. Ce qui fait que la France est très-gouvernée, c'est 
qu'elle a besoin de l'être beaucoup , en raison des nombreuses 
causes de conflits qu'elle recèle. Voyez si M. de Girardin lui- 
même n'est pas de cet avis, lui qui propose avec M. Hébert de 
ne considérer désormais le citoyen que comme une unité, en 
lui appliquant un numéro matricule ! 

» La démocratie, en France, fit donc une faute en se laissant 
aller sur la pente du' libéralisme, et le peuple de Paris en eut 
l'instinct le jour où, à l'instar de l'ancienne monarchie, il vou- 
lut s'appuyer sur le droit divin de l'autorité nouvelle. S'il en eût 
été des partis en Amérique comme des partis en France, il y a 
u. 26 



402 NOTE. 

loflgtenpfr que k volonté du nombre eu* résigné lotit ou partie 
de ses pouvoirs entre les mains d'un seul. Vous voyez donc 
bien que notre République avait besoin d'un droit divin. 

» Je Usais, H y a peu de jours, une lettre d'un ingénieur fran- 
çais très-épris de la société américaine. « Ici, disait*il, il faut 
». payer (te sa personne ; la loi protège peu. » Et il ajoutait plus 
loin ; « On ne fait guère ici plus de cas de la yie d'un homme 
» que de celle d'un chien. » Cet aveu d'un admirateur de l'Amé- 
rique me frappa beaucoup plus que ce que j'ai lu sur les mœurs 
et la politique de ce pays. Il y a en effet quelque obose de sau- 
vage, comme Roroet à l'enfonce, dans cette jeune République- des 
Etats-Unis, si impétueuse, si active i Les temps çnt changé : 
rhorome reste. Cette bande de négociants nourrit au sud (tes 
esclaves, et fait marcher au nord des armées industrielles soa& 
la verge de ses capitaux. Sans parler de l'esclavage, il y a là \\n 
despotisme indirect; c'est l'opinion, les mœurs. Cettp société 
brutale manquq absolument de charité. Elle broie celui qui ne 
réussit pas. Nos populations artistiques* savantes , souffriraient 
de mortelles tprtures avec une autorité constituée À l'instar de 
cette de la grande banque américaine* 

* Vous aurez beau dire, écrivez-vous, vous aurez beau argu- 
» menter, si vous niez la liberté de l'homme, il faut conclure 
» qu'il n'y à pas de Providence ou qu'il a' y a qu'une providence 
» barbare. » — « Il y a des gens , écrivit Diderot à Mlle Yolande 
» qui se plaignent toujours que la nature mêle un peu de chico- 
» tia aux bophons qu'elle nous donne» » Eu efiaL je ne (a. crois 
pas iniquement confite eu douceur, etdraéra$$ieje suis loin 
de croira l'homme absolument libre, da ofema jç ne pense pas 
que la Providence ait pouf mis?ioa dq nous éviter lea peines ç& 
les. soucis de ce, monde. 

» Je me promenais un jour au bord de là Seine avec un poetp 
philosophe, M. Baudelaire. Il avait phi. Chaque fois qu'il rein 
contrait une limace, le, poète l'écrasait en disant : Béais la Puovèt 
éenee, misérable ! Le fait est que la Providence n'était pas trop 
bonne ce jour-là pour les pauvres limaces*. Et voilà* qu'hier , 
écoutant d'une oreille distraite l'acteur Go\ jouant Le barbier 
dans 1e Mariage d* Figaro, je révais à votre article que je venais 
de lire. Tout à ooup Pigaros'écria : « Pourquoi faia?jeeec* e* non 
eela? » Puis il me sembla que» j'en tendais- Hamlel) me cher à l'au- 
tre oreille : « Être eu ne pas être } » que je voyais Ra&qlais.riefe 



NOTE. 403 

liant 80Q t trinque » final ; que te jur*y me montrait en lettres de 
feu ces mots : « Circonstances atténuantes. » De toutes parts 
surgissait cette antique Vérité.... Mais ce n'est pas i un homme 
éclairé comme vous, monsieur, que j'irai rappeler les arguments 
d'une question si bien émcidée par la philosophie moderne. 

» Hélas ! non, l'homme n'est pas libre. Lié comme la partie 
au tout, il se meut sous l'empire de fa condition. La Providence 
l'opprime assez pour le forcer à la lutte, et le protège assez, 
pour qu'il puisse retirer quelque fruit de ce combat. La part de 
liberté qui lui rêôte, au milieu des conditions du mouvement glt 
dans les déterminations de sa conscience* Encore, eu «fusant 
bien, ne faut-il pas que cette conscience se fasse trop orgueil- 
leuse. 

» Sans doute il serait plus commode d'être Dieu que limace ; 
mais hommes nous sommes, hommes nous resterons. Et jamais 
nos institutions ne pourropt §tre t$?ée$ 8i*r une liberté qui n'est 
pas en nous, ou plutôt, toutes les fois que nous serons réunis 
en groupe* nous aurons besoin d'institutions, c'est-à-dire d'une 
autorité qui bous sette de garde-fou. Tout cela est si simple, 
si élémentaire, que je ne le répète qu'avec timidité. 

i> Mais ce qui est moins simple, c'est de trouver le secret qui 
nous empêche de nous opprimer les uns le& autres, c'est-à-dire 
la formule d'une autorité plus. large, plus équitable que l'autorité 
do passé. Le socialisme Ta cherché, il ne l'a point trouvé. On a 
écrasé la limace r c'est dans Tordre, En politique, on n'a le droit 
d'expérimenter qu'à la condition de réussir. 

» Quant aqx libéraux, qu'ont-ils fait? Ils ont. criét : à, bas la 
monarchie ! â bas Robespierre I à bas l'Empire ! 4 bas la Ins- 
tauration t à bas Louis-Philippe ! à bas la République ! à, bas le 
socialisme ! Et ce n'est pas fini., — Ils ont troqué Robespierre 
contre Barras ! Napoléon contre Louis XVJOLI 1 Ils oat troqqé i'<*- 
iiité dé l'Allemagne contre des institutions à la mode française ; 
ritahe du nord contre Funité italienne ! jfs ont troqué Ut. Répu- 
blique à Milan contre la monarchie, moyennant la liberté de ta 
presse et une garde nationale ï Assez ! 

» Ah 1 sans doute U n'est pas aimable de venir dire aux illet- 
trés, tant flagornés par la mendicité des suffrage* : La liberté 
n'est pas l'élément constitutif des sociétés; l'homme ne jouit 
point ici-bas d'une grande somme de liberté; citoyen, tu ne 
seras jamais un dieu. La liberté fait bien du bruit pour un coup 



404 NOTE. 

de balai ! Oh ! non, je ne partage point L'enthousiasme général 
pour cette idole de circonstance. 

» Entraîné vers une nature d'idées plus positive, je me suis 
efforcé de tracer aussi profondément que possible la distance 
qui la sépare du fécond principe d'autorité. Tel est le sens de 
cette introduction que vous avez critiquée, monsieur, avec un 
peu d'humeur, peut-être. Le public jugera si vous avez bien ou 
mal lu. 

» H. Càstille. 
» Paris, 30 mai 1854. » 



DEUXIÈME LETTRE. 

« Je dis que tout homme qui parle ainsi 
a plus d'attention à fermer la bouche aux 
gens, que d'envie de les convaincre. » 

(J. J. ROCSSEAU, lettre h M. Grimm.) 

» Monsieur, 

» Votre article du 21 juin (1) tend à me parquer dans un sys- 
tème de dictatures que, ni sciemment, ni insciemment, je n'ai 
préconisé et dont je n'ai pu former un corps de doctrine. [1 s'ob- 
stine, malgré le texte, à soutenir que je veux « l'autorité non 
définie. » 11 prétend me cerner dans un dilemme dont la contra- 
diction est le dernier mot, et faire de moi un adorateur de la 
tyrannie. 

» Tel est le sens de cet article dans lequel je ne trouve ni dia- 
lectique, ni suite d'idées, ni rien de ce qui constitue une argu- 
mentation, mais où je rencontre, en revanche, un assez grand 
nombre de petites méchancetés destinées à gagner les rieurs, si 
Ton n'a pas les gens sérieux pour soi. C'est toujours cela de 
sauvé. 

s Quand j'aurai répliqué à mon critique, m'accusant de faire 
des coups d'État sur les mots, qu'il se console de l'absence de 

(1) En réponse à la lettre précédente. 



NOTE. 405 

liberté de presse en prenant des libertés de langage ; que, si 
je parle de la liberté comme un voltigeur de Louis XV, il parle 
lui de l'autorité à l'instar de ce petit bossu libéral de la carica- 
ture criant : Vive la cbarte ! à bas le tyran ! que, si je ne suis pas 
aussi éloquent que M. Cousin peut-être, mon critique Test moins 
que M. de Chateaubriand sans doute, où ce badinage conduira-t-il 
la discussion ? 

» J'avais prié mon critique de laisser de côté tout ce menu 
bagage. Je lui déclare ici que je ne trouve pas plus de mérite à 
tailler une phrase en pointe qu'à faire un sifflet d'une baguette 
de saule. Dussent les loustics d'estaminet me regarder comme 
un homme absolument dénué d'esprit, je laisse mon adversaire 
seul de jeu. 

» Que mon critique me permette donc de ramener la discus- 
sion sur son véritable terrain. J'ai donné en substance le sens 
de sa réponse d'aujourd'hui. Je ne suis pas disposé à me laisser 
pendre au gibet de l'opinion publique avec quatre lignes d'écri- 
ture. Et quand j'aurai renvoyé aux citations suivantes le lecteur 
qui voudra bien prendre la peine d'examiner les pièces du pro- 
cès, que restera-t-il de cet article? 

» J'ai dit, page 35 de l'introduction à V Histoire de la seconde 
République Française : « Sans doute il serait absurde de consi- 
)> dérer le comité de salut public et les simples instruments de 
» son administration draconienne comme la forme définitive 
» d'une démocratie, mais il nous sert du moins à constater ce 
» principe, que la démocratie, comme tout autre système, ne sau- 
» i ait trouver sa voie que par i'autorité et non point au moyen de 
» la liberté. L'histoire de la première République prouve une 
» fois de plus que l'autorité n'est autre chose que l'élément 
» social lui-môme, et qu'on se voit toujours obligé d'y revenir, 
)> lorsqu'après le renversement des vieilles institutions, il s'agit 
» de réorganiser la société sur de nouvelles bases. » 

» Si je déclare que la dictature n'est pas la forme définitive 
d'une démocratie, on ne saurait, sans blesser l'évidence, m'accu- 
ser de prétendre à un système de dictatures successives. Voilà 
pour ma volonté. Je prétends démontrer plus loin que ce sys- 
tème ne saurait découler à mon insu de mes doctrines sur le 
principe d'autorité. Continuons. 

» Vous prétendez que je veux l'autorité non définie.— Qu'est-ce 
donc que les définitions suivantes? 



406 NOTE. 

» Page 64 : c Ce que veut le siècle, c'est l'autorité publique et 
» non l'autorité privée. » 

» Page 67 : « Ce n'était pas pour résigner l'autorité gouverno- 
» mentale ou électorale, c'est-à-dire le plus sûr moyen de fortuqe, 
» entre les mains de deux cent mille propriétaires et boutiquiers, 
» qu'on avait brisé, sous le nom de privilèges, à la tribune ootio- 
i Halé, cette même autorité détenue par deux cent mille prêtres ou 
» marquis. Mais paix à la cendre des morts ! Le suffrage universel 
» à donné depuis la signification de ces batailles de géants. » 

» Page 69 : « II s'agit de savoir qui l'emportera du schisme qu 
» de la doctrine première, de l'autorité par voie de privilège, ou 
» de l'autorité par voie de libertés publiques. Tel a été le terrain 
» de la lutte ; lutte éternelle d'ailleurs, puisqu'elle a pour objet le 
» principe éternel de toute société humaine : l'autorité. A uttsure 
» que les peuples ont compris que ce mot voulait dire non-seule* 
> ment domination supérieure, mais encore développement de son 
» moi; non-seulement religion, morale, lois, mais encore appro- 
» priation d'une part légitime dans la chose publique, voix consul* 
» tàtïve et élective dans l'administration de l'Etat, développement 
» infini de ses facultés, ils ont réclamé d'une voix plus impérieuse 
» contre l'injustice de leurs gouvernants. » 

» Est-ce laisser dans le vague ma façon de comprendre Fapplf- 
cation moderne de l'autorité que de s'exprimer ainsi ? Et quand» 
page 16, j'ajoute : « Les libertés publiques ne sont autre chose 
» qu'une collection de libertés individuelles, offertes en holocauste 
» au Dieu despotique des sociétés modernes, à la raison sociale, 
» au contrat, » n'ai-je pas le droit de m 'étonner que dans vçtr* 
premier article vous prétendiez me surprendre en flagrant délit 
de contradiction parce que je conclus, dans l'abondance de mon 
principe, en disant que 1$ meilleure des sociétés serait celle où 
l'autorité absorberait le mieux l'homme au profit du citoyen ? Et 
peut-on reprocher à un écrivain qui proclame le droit de tous à 
une part d'autorité, c'est-à-dire de l'héritage soeial sous toutes 
ses formes, peut-on reprocher ,dis-je, à un partisan de la tyrannie 
anonyme qui réclame \ç dividende du peuple dans la répartition 
de l'autorité, de préférer le Czar à ,J#. société Américaine, et d'ér 
riger en doctrine le despotisme de Uif ? 

» Quant au dilemme suivant : <* Vous glorifiez toute dictature 
» qui règne per fas et nef as, pourvu que la pensée de celui qui 
» gouverne vous paraisse conforme aux aspirations du siècle. G'«st 



NOTE. 407 

» très-bien ; mais si le siècle aspire à ta liberté, toute dictature, par 
» cela seul Qu'elle est une dictature, est e&ur&frè à Pesprit dû 
» siècle : est-ce clair 4 ?» s'il est Vrai qu'aux pages 55, 56, 64, 69, 
70, j'ai au contraire exprimé la pehsée que Vé peuple aspirait à. 
la conquête de l'autorité et non de là liberté, le dilemme de ttioh 
critiqué, tirant Tune de ses deux propositions de son prdfrrô dfc>- 
ihaine et non du mien, se trouve naturellement à bte> puisqiïe 
ce genre d'escrime Consiste à battra un homme ateti aes propres 
armes. C'est le même genila d'argumentation ticiettèë dont il a 
déjà fait usage dans son premier article à propos de l'Amérique 
et du Czâr. Ce dilemme est donc moins clair que nô l'imaginait 
mon critique. 

» Je n'ai pas btesoift de lire ou de relire (totiifflë il plaira â, 
mon savant critique) l'Histoire de la trohisftfrtnatioïi &u TtorfrEtat 
de M. Augustin Thierry, pour être cbttvaiftcû de la difféfiéhée qui 
existait entre le Tiers-Etat constitué et 16 prolétariat, rai po- 
sément cherché à distinguer leur causé; je tflë suis efforèé tfe 
démontrter avec quelle habileté ce corps s'était sefvi du mot li- 
berté à son profit personnel, à l'exclusion du pfoMiàH&t, et il 
résulte, je l'espère* de mes distinctions que depuis la ttai&JMtè 
des libertés publiques où extension du principe d'autorité, le mot 
liberté était devenu une pure logomachie. Je le démonterai pltfë 
loin. 

» Mais comme la liberté de la presse, existât-elle dattâ la loi, 
n'existe pas pour moi qui n'ai pas le capital sutesàint potfr ali- 
menter une feuille, comme jfe ne puis savoir juéqo'à quand le 
directeur de la Presse m'ouvrira ses colonnes, je suis déterminé 
cette fois à rie rien laisser passer. Je vais donc commencer par 
poser ma doctrine sur le principe d'autorité dé telle feorte que 
vous ne puissiez plus en donner une fausse interprétation; je 
battrai ensuite la liberté en brèche au point de vue social et je 
reprendrai en sous-œuvre une atroce insinuation, qiri mêle des 
saveurs amères au sel attique de votre feuilleton* 

» Débarrassons donc la question de ses éléments Subsidiaires. 
Bornons-la; réduisons-la. 

» Qu'ai-je voulu démontrer? que l'autorité est l'élément cons- 
titutif des sociétés humaines, le principe sinequd non. 

» Quand je dis : Mieux vaut le despotisme le plus âïtèoïu qUe 
point d'autorité, c'est comme si je disais : Mieux vaut l'homme à 
l'état social que l'homme sauvage et isolé; mietix vaut une so- 



408 NOTE. 

ciété que point de société. C'est le contraire du principe de 
Rousseau. (Discours sur Yorigine et les fondements de Y inégalité.) 

» Et pour vous éviter Ténumération historique des méfaits de 
l'autorité, ainsi que le faisait M. de Girard in parlant à M. Blot- 
Lequesne, je commence par vous déclarer, monsieur, que je ne 
regrette ni la société grecque, ni celle de Rome, ni celle du 
moyen âge, parce que avant tout je suis de mon temps et que je 
ne puis souhaiter le retour d'un régime contraire aux principes 
d'égalité qui sont la gloire de ce siècle. 

» Cependant je constate en passant que ces sociétés trouvèrent 
leur assiette telle quelle, qu'elles ont vécu, flori dans les propor- 
tions de leurs principes constitutifs. Tandis que la société nou- 
velle n'a pas trouvé la sienne. Tout trahit au contraire qu'elle 
est en mal de Constitution. 

» Ceci posé, revenons au principe d'autorité. Et toujours dans 
le même système de loyale argumentation et d'économie du dis- 
cours, souffrez que je vous épargne une question en vous défi- 
nissant au préalable ce que j'entends par principe d'autorité. 

Le principe d'autorité, c'est l'asservissement du moi aux dé- 
terminations de la conscience et aux nécessités de la condition. 
C'est encore le pacte qui enchaîne la libellé naturelle à une con- 
vention librement consentie, ou acceptée par nécessité. 

» Ce dernier membre de phrase vous démontre que je ne veux 
esquiver aucune des difficultés de la question. 

» Ecartons l'aspect philosophique du sujet. Restons dans la 
politique du fait et prenons un exemple ou plutôt un apologue. 

» Je vous rencontre dans le grand désert du Sahara. — Vous 
avez une provision de pain ; j'ai une provision d'eau. — Vous 
avez soif; j'ai faim. — Il ne s'agit que de s'entendre. Nous ou- 
vrons verbalement le protocole suivant : J'avancerai de la main 
droite une bouteille d'eau ; de la main gauche vous me tendrez 
un pain. Je prendrai le pain; vous prendrez l'eau. Et voilà le li- 
bre échange organisé. 

» Je me hâte de vous faire observer qu'il y a eu contrat préa- 
lable, que ce contrat domine votre liberté et la mienne. Le prin- 
cipe d'autorité plane sur nous. Vous n'êtes plus libre, sans for- 
faire, de violer cette autorité. Il serait naturellement plus doux d'a- 
voir toute l'eau et tout le pain, mais nous avons cru sage de répri- 
mer ce libre instinct par une transaction dans laquelle nous trou- 
vons tous deux un certain profit. 



NOTE. 409 

» Cependant nous savons par expérience que la justice absolue 
ne règne pas toujours sur la terre. Il ne s'agit pas de savoir si 
la guerre doit ou ne doit pas exister. Cest un fait; elle existe et 
la voici allumée entre nous parce qu'oubliant les lois de la con- 
science, parce que, par un intérêt mal entendu peut-être, vous 
vous êtes approprié l'eau et le pain. Je suis vaincu. Vous vous 
dites : Cet homme est mon esclave ; je lui ferai porter toute la 
charge et je ne lui donnerai que juste ce qu'il faut pour ne pas 
mourir. Vous me dictez vos lois et la nécessité m'oblige aies 
accepter jusqu'à ce que je me sente assez fort pour secouer le 
joug. Nous voici tombés du libre échange ou du principe d'auto- 
rité consentie de MM. Cobden, Bridght, W. J. Fox, Bastiat, etc., 
à la politique d'Aristote, de Grotius, ou de Hobbes, qui n'est pa& 
la mienne. 

» Mais je ferai observer à mon critique que nous pourrions 
ainsi passer par toutes les phases de l'association humaine de- 
puis l'esclavage jusqu'à l'Amérique du Nord, et que nous retrou- 
verions toujours l'autorité consentie ou acceptée par nécessité , 
loi terrible sans doute puisque c'est celle du destin ou de la 
force aveugle. 

» C'est à cette loi que je faisais allusion dans cette phrase que 
vous citez et que je répète : a On s'indignerait moins, d'ailleurs, 
» contre l'illégalité, si l'on daignait remarquer que ce moyen n'est 
» la propriété exclusive d'aucun homme et d'aucun parti : c'est 
» une arme politique dont chacun peut se servir à ses risques et 
» périls, qui devient glorieuse ou criminelle, selon les conditions 
» dans lesquelles on en fait usage ; mais, avant tout, il faut bien 
» l'avouer, selon qu'elle nous donne le succès ou l'insuccès. » Il 
est vrai qu'avec une imprévoyance trop grave pour n'être pas 
calculée, vous avez omis l'axiome qui précède immédiatement ce 
paragraphe décapité. Souffrez que je replace la tête sur les épaules 
du mutilé : « Toutes les fois que la société sera en danger, le 
» fait l'emportera sur la légalité. » Il en est ainsi parce que la so- 
ciété, comme l'individu, a pour loi première sa conservation 
propre. 

» Je disais donc que le principe d'autorité apparaît dans toutes 
les formes du contrat, qu'il intervient jusque dans les relations 
d'homme à homme, jusque dans les plus modestes transactions 
de la vie. C'est pourquoi ce terme : principe d'autorité, s'appli- 
quant à toutes les transactions, me paraît préférable aux termes 



*40 NOTE. 

de Polysynodie (abbé de Saint-Pierre), Politie (Rousseau), de witoè- 
raineté, etc., ou autres trop spéciaux. C'est en cela que je trouve 
au principe d'autorité un caractère supérieur et divin* 

» L'autorité est-elle donc infaillible ? me direz-^vods. — Oui* 
puisqu'elle siège au cœur de l'homme, puisqu'elle apparaît in- 
failliblement dans tout état social , puisque c'est une loi, puis* 
qu'elle est comme le soleil est. 

» Lés ministres dé l'autorité sont-ils infeillîbleâ? — Oui, ttrèt 
qu'ils exécutent fidèlement lés termes du contrat. 

» Une forme de l'aUtof ité étant dôhnëe et fidèlërhèrtt (exécutée* 
le contrat devrait-il donc être étéirtiélî — Non, pafce qtie eettè 
formé contenant des prémisses bonnes ou ittaûvaïBëà, ces pré- 
misses développées engendrent une ctise qui tiamsfbtimè lé dort* 
trat; parce que les formes de l'autorité sont adéquates à là va- 
leur politique des peuples, qu'un peuple capable d'une forme 
meilleure l'exigera ; que si on la lui refuse, il la prendra ; que si 
on l'enchaîne, on vit dans l'anormal ; que l'anormal ne saurait 
se constituer ; que les despotes qui acceptent ce rôle ne sont plus 
que des gardiens de bêtes féroces qui les dévoreront toi ou tard, 
eux ou leurs descendants. 

» Ici , je ne vous citerai pas un apologue* toais uA exemple, 
L'Autriche , par sa violation des lois qui suivirent les traités 
de 4815, s'est placée vis-à-vis du Lombardo-Vénitîeh et de la 
Hongrie dans cette déplorable situation. Quand le bonheur du 
peuplé et son consentement manifeste ne justifient pas de telles 
entreprises, c'est que la forme de l'autorité n'est pas adéquate à 
la valeur politique de la nation. On peut considérer de tels pays 
comme étt insurrection permanente* morale ou armée. Il y a des 
peuplée qui succombent à la peine, je le sais. Il y a des braves 
qui tnëureM sur le champ de bataille et d'honnêtes gebs qui > 
après avoir fait leur devoir, ne recueillent que le désastre et la 
désolation. Un très-grand penseur, M. de Mafëtre, (ftmt je suis 
loin de partager toutes les doctrines, a présenté avec beaucoup 
de forcé et de logique, la nécessité de cette loi du mal liée à 
Tordre physique et moral du monde et de l'humanité. Je ne re- 
produirai pas ses arguments. Je me borne, selon la méthode de 
Machiavel, à constater le fait et à chercher la loi historique. Si 
ce fait est exceptionnel, il ne détruit pas la règle. S'il est nor- 
mal et s'il apparaît au jour de l'agonie des peuples comme 
un prodrome de mort, il est fatal. Il démontre que les peuples, 



note. 414 

comme les individus, ont une fin. Mais cela prouverait unique- 
ment que les peuples absorbée dans une tyrannie étrangère 
n'ont souvent plus de force pour une vitalité propre. Il faut les 
plaindre, les secourir si Ton peut> eh vertu même du contrat 
violé. Mais parce qu'un usage détestable aura été fait d'un prin- 
cipe excellent > je ne maudirai pas le principe et je dirai que 
le crime retombe sur celui qui a fait du fer de ma charfue un 
coutelas pour Haynau ou pour Radetzky. 

» J'envisage ce grand principe d'autorité au poûat de vue poli- 
tique le plus vaste où l'esprit humain puisse se placer* le ne 
crois paç* comme certains républicains, qu'il n'y ait qu'une 
forme de gouvernement absolument bon, absolument juste* car 
l'idée du juste est elle-même variable et relative* 

» Quoique lié aux diverses formes du pouvoir, il les domine 
puisqu'il les cotnporte toutes, puisqu'il étreint tous les humains 
depuis le nombre le plus élevé auquel une nation ait atteint 
jusqu'à l'individu. (Le principe d'autorité s'exerce sur soi-même 
et sert dé régulateur aux passions.) Aucune transformation ne 
peut dodb s'opérer sans lui. 

» Lés lois historiques; les conditions, déterminent les divers 
taodes d'application du principe d'autorité. La sagesse du poli- 
tique consiste donc à juger l'époque, à connaître ces conditions, 
et à travailler à appliquer le principe d'autorité conformément 
à leur essence. Ce qui constitue la légitimité d'un gouverne- 
taent quel qu'il soit, c'est la façon dont il applique le principe 
d'autorité. La forme qu'il fèVêt est la conséquence 'du mode 
d'application. Son excellence et sa légitimité se constatent par 
les boris effets qu'il engendre. 

» Les lois historiques nous apprennent encore cette vérité, 
qu'un gouvernement nW durable qu'à là condition de revêtir 
la forme que lui dictait l'esprit du temps, la condition, lé milieu. 
Un gouvernement placé ert dehors de cette condition est non- 
Seuleméttt illégitime, tfiàtè périssable. Qui en sera juge f — Le 
Fait tnêrtie. Car, par sa forme mal appropriée aux foesofiriS du 
temps, par éfes faussés applications du principe d'autorité, coft- 
Séqtieticê logique et fatale du fait anormal de son existence, il 
Hé tairde point à rencontrer sous ses pas dés obstacles qui ltii 
prouvent qu'on fc'énfreïnt pas plus iifapuiîértièrit leé lois tiistoff- 
ques que celtes de la nafare* 

* Je ne veux citer qu'uri eiomple : Les eàsais nombreux et 



-412 NOTE. 

sanglants du parlementarisme en France ont prouvé, par le fait, 
quecette application du principe d'autorité qui livre à une Cham- 
bre lesdestinéesde l'État est fatale en ce siècle et en ce pays, tandis 
qu'elle réussit à l'Angleterre. Cette cruelle expérience enseigne 
donc au politique à la bannir. Républiques et monarchies y ont 
sombré plusieurs fois en soixante ans. La démocratie devra donc 
chercher sa voie hors de là. Sinon, elle retombera toujours san- 
glante et brisée. 

» Je m'exprime sur cette haute question avec le calme d'une 
conviction profonde, basée sur la simple observation du fait. Je 
n'épouse pas les passions de l'opinion, et toute pensée allusion- 
nelle est si loin de mon esprit, que je ne crois pas qu'après mûr 
examen, l'opinion soit contre moi. 

» Ainsi quand j'ai dit : « Voilà bien du bruit pour un coup de 
» balai ! » j'entendais parler du coup de balai donné en 4789 à la 
vieille société par la liberté. 

» J'arrive au principe de liberté. Comment la définit-on? Cette 
définition, je l'ai cherchée patiemment. Est-ce la puissance, comme 
Ta dit Locke? Est-ce la faculté de faire ce que Ton veut, comme 
Ta dit Voltaire? Est-ce le droit d'aller et de venir, comme Ta 
exprimé la Constitution de 4848? Est-ce l'épanouissement inté- 
gral de l'individu, comme le prétendent les socialistes? 

» Qu'est-ce que signifient ces termes vagues qui se confondent 
dans le progrès, dans le bonheur, dans la perfection, au point de 
vue de la société? Ne suis-je pas obligé, dès qu'il s'agit de cons- 
tituer le corps politique, comme lorsqu'il s'agit d'établir les bases 
de la morale, de poser aussitôt une première entrave à la liberté 
en lui disant : Toute liberté doit s'arrêter au seuil de la liberté 
d'autrui? Et partant de ce principe, de subordonner la volonté 
de l'individu à celle du corps social? 

« Ce que l'homme perd par le contrat social, dit Rousseau, 
» c'est sa liberté naturelle et un droit illimité atout ce qu'il tente 
» et qu'il peut atteindre ; ce qu'il gagne, c'est la liberté civile et 
» la propriété de tout ce qu'il possède. Pour ne pas se tromper 
» dans ces compensations, il faut bien distinguer la liberté na- 
» turelle qui n'a pour bornes que les forces de l'individu, de la 
» liberté civile qui est limitée par la volonté générale. » 

« Là est eu effet le nœud de la logomachie. C'est dans la con- 
fusion qui est faite continuellement entre la liberté absolue et 



NOTE. -413 

la liberté civile ou publique. La première est un dissolvant, la 
seconde est un principe d'agrégation. 

» Je m'empresse donc d'établir cette différence et ayant précé- 
demment démontré que la liberté publique est une dénomination 
philosophique de la tyrannie collective, je conclus ainsi : Toute 
liberté publique est un signe manifeste du principe d'autorité. 
Elle est la mise en commun d'un certain nombre de libertés in- • 
dividuelles au profit de la commune, de l'Etat, de la raison 
sociale. 

» Les libertés publiques deviennent donc les bases et les ga- 
ranties de la vie en société. 

» Pour vivre en société, l'homme est obligé de faire ce sacri- 
fice, et la seule inscription sur les registres de l'Etat civil témoi- 
gne de l'engagement qu'il prend. 

>» Donc l'élément, le principe social par excellence n'est pas 
la liberté de l'individu, mais au contraire son asservissement; 
non la liberté, mais4'autorité. 

» Quand vous engagez votre capital dans une entreprise indus- 
trielle, vous vous retirez par le fait le droit d'en user librement. 
En société, l'homme apporte non-seulement ses biens, mais son 
individualité, et cet engagement a été pris pour lui avant qu'il 
eût seulement la connaissance de lui-môme. La cbose publique 
engloutit l'individu. 

» Vouloir la liberté absolue dans la société, c'est à la fois 
vouloir la société et ne la vouloir pas , la société n'existant qu'en 
vertu du sacrifice de la liberté naturelle. 

« Un des vices du principe de liberté absolue est de présup- 
poser la raison constituée. Je la souhaiterais telle, mais je cons- 
tate qu'elle n'en est pas là. Elle combat contre des intérêts indi- 
viduels et immédiats. 

» Proposez le libre échange intégral et non-seulement vous 
soulevez des clameurs immenses, mais, en réalisant ce contrat 
si simple et si rationnel, vous bouleversez des multitudes d'exis- 
tences. On ne fait pas ce qu'on veut, mais ce qu'on peut. On ne 
gouverne pas les peuples avec des phrases de journal et des 
systèmes sur le papier. La nécessité nous opprime de mille ma- 
nières. 

» Les meilleures lois sont celles qui atteignent tout le monde. 
— Les lois dites libérales n'ont généralement pas ce caractère. 



414 NOTE. 

Bllee promettent; mate elles àe pourvoient p&eà te ffcetiKèf <F itàer. 
Elles ne garantissent pas l'usage. 

* La liberté de la presse ne doM* pas le capital nécessaire à 
CGéer un journal ; 

» La liberté de chasser né demie ni chien, ni fUsrl, ni temps à 
perdre; 

p La liberté cPôehanger ne donne pas les matières échangeables. 

» Je n^en fais pas un crime à ees lois, mais je constate leur in- 
fériorité sur celles de l'impôt, de la conscription, etc. 

* La liberté, même pour ceux qui croient à la fëeenfitâ de son 
principe, ne saurait être un but. C'est ua moyen. €é n'est pas fit 
liberté qirtt faut chercher, c'est la justice» 

» La. liberté peut permettre rasage d'une feule de droite, mai» 
elle n'en assure la jouissance qu'à ceux qui, par teer condition, 
pesant y participer. La liberté peut enfanter de grosses fortunes. 
Iy* justice consisterait au contraire & les harmonisât le ptes pos* 
sible, — non par la progression da l'impôt ou autres myens 
açJ?Uffiireç qui ne remédient à rien, u>a$ par des combinaisons 
naturelles , plus savantes , dont je «e puis parte* ici, suas 
m'éc&rter ^ WQ s^\, 

y- L'homme vivait en, société aliène s^ liberté naturelle, mais 
U ne Vaijène que poux &o*i utilité. 

» Réduite à son vrai rôle, la liberté me parait être un tostgtH 
ni&pt de démolition utile à quelques heuçes coures çt, te*rjbl$s. 
C'est le coup de feajai auquel je faisais illusion. 

» Je constate ce fait que l^e libéral qui brise un privilège est ui) 
nécessaire dissolvant, mais que celui-là qui orgaqjse le contrat 
est beaucoup ptys dans le principe social. Il y àuraun.bieA pjus 
grabd homme que M. Turgot, ce sera le citoyen qui 314 dix-i^eur 
vième siècle trouvera cette garantie que nous cherchons à; tra- 
vers les ténèbres d'une époque négative, où l'homme libre erre 
afîkmé sans gîte, sans travail, en* proie aux caprices et à U Servi- 
tude du salaire. 

* Si vous parvenez à me prouver que la fêberté absolue ifous 
donnera tout cela* je vous tiens; monsieur, non-seulemént pouf 
un puissent dialecticien, mars, ce qui 1 vaut mieux, pour uù ci- 
toyen très-utile. 

» Avant d'achever, un mot sur une insinuation qu'il ne m'est 
pas. possible de laisser passer sous silence. Je lis à la dfehiière 
colonne de votrq feuilleton : 



NOTE. 415 

« Owi, la haine de la liberté vous aveugle, i ce point qu'avec 
» de bonnes intentions démocratiques, j'en suis sûr, vous allez 
» écrire un livre qui sera une véritable douleur pour la démo- 
» cratie. N'allez-vous pas frapper sur des malheureux et des 
» proscrits? » 

» Si quelque homme ayant acquis par un dévouement de toute 
sa vie à la cause du peuple une autorité morale envers la démo» 
cratte me tenait ce langage* je pourrais m'en affliger. Mais que 
M. Limayrae prenne vis à vis de moi ce rôle, je ne puis que 
m'en étonner, et la démocratie partagera, jecrois, cette surprise. 
M. Limayrae se trompe et passe les bornes. Il ne s'agit plus de 
la critique des livres de la semaine, où régenter les publications 
nouvelles est son droit et son devoir. 

» Lorsqu'on a eu la résignation de quitter sa carrière, de re- 
noncer à des habitudes de toute la vie et qui deviennent une 
seconde nature, de pénétrer dans les rangs les plus épais de cette 
démocratie où j'ai rencontré pieu de littérateurs, de cette démo* 
cratie si mal connue et jugée souvent de pi loin par ceux qui 
s'intitulent ses chefs, de travailler sans gloire là où il n'y a à 
recueillir que la plus sombre misère, les tourments et la calom- 
nie, on a chèrement acquis le droit de lui parler avec franchise et 
avec quelque connaissance de cause. 

» Et lorsqu'on viendra dire à cette démocratie que mon livre 
sera une douleur pour elle, et lorsqu'on ajoutera : C'est la Presse 
qui a dit cela, on ne la croira pas, parce qu'on se souviendra que 
la Presse (je puis le dire sans trahir l'hospitalité que je reçois 
ici) (1) ne fut presque jamais avec nous, qu'elle leva des pre- 
mières le guidon de la réaction et que tout en lisant avidement 
ce journal éminemment curieux et intéressant, tout en tenant 
compte de ses services passagers, le peuple sentira bien que, 
dévouée à des idées particulières, jamais la Presse ne sera l'or- 
gane réel de ses aspirations. Son incrédulité sera tyeu plus grande 
encore en lisant la signature de l'article. 

» Vous oubliez d'ailleurs, monsieur, que, pour nous, les 
hommes aujourd'hui victimes des revirements de la politique, 
n'étaient que des réacteurs eux-raèfflçs ; qu'avant de devenir vic- 
times, ils avaient fait des victimes; que ce n'est pas frapper 
l'ennemi à terre que d'écrire l'histoire; que liquider avec le passé 

(1) On sait ce qu'il eu advint. 



416 note. 

est l'œuvre la plus utile aux heures de silence, puisque c'est 
ainsi qu'on éclaire l'avenir. Demandez à M. Proudhon, à qui on 
parla jadis comme vous me parlez aujourd'hui, lorsque bien 
avant moi il signala le vide et le danger du parlementarisme, s'il 
jugea à propos de se taire? Demandez à M. Mazzini s'il a cru 
devoir passer sous silence ce que le libéralisme a produit en 
Italie? 

* Vous dites que la liberté est à terre. Il n'y a de restreintes 
que la liberté de la presse et celles de la tribune dont le peuple ' 
use peu. C'est la République, monsieur, qui est à terre. Ai-je 
insulté sa tombe? 

» Le moment est mal choisi, dites-vous. — Je n'écris pas un 
article de journal. Lorsqu'on s'enferme dans ces vastes travaux 
qui absorbent une si notable partie de la vie d'un homme, lors- 
qu'on croit à l'utilité de son œuvre, on consulte l'heure et la 
force présentes et non de quel côté souille le vent. L'utilité de 
cette liquidation ferme, sincère, j'y crois, oh ! j'y crois profon- 
dément! Je ne m'inquiète pas des naines éternelles qu'elle me 
suscitera. J'attends avec confiance le jugement de la démocratie. 
Mais dût-elle, aveuglée par les flatteurs de ses infortunes, se 
lever tout entière contre moi, j'écrirais encore d'une main ferme, 
jusqu'à lu dernière page, celle histoire de ses misères et de ses 
erreurs. 

» Les dissimuler, c'est au contraire s'en rendre complice. C'est 
favoriser, la fortune aidant, le retour des mômes hommes et des 
mêmes fautes. 

» Tout, plutôt que cela ! 

» H. ClftTILLE. 
» Paris, 22 juin 1854. » 



FIN DU DEUXIÈME VOLUME. 



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H- 

HISTOIRE DE TUftQUIE 

PAJI M 4 DE LÀMABTÎNr 



LES CONSTITUANTS 



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ŒlVRBi UIMI'LÉÏES DE V. A. DE MUAIITIU 



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Vaj*g« on Or«trni 









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PAR GEORGE SAIND