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Full text of "Histoire des ménageries de l'antiquité à nos jours"

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HISTOIRE 



DES 



MÉNAGERIES 

DE L'ANTIQUITÉ A NOS JOURS 



II 



HISTOIRE 



MÉNAGERIES 



DE L'ANTIQUITÉ A NOS JOURS 



PAR 



GUSTAVE LOISEL 

Docteur es sciences, Docteur en médecine. 
Directeur de laboratoire à l'Ecole des Hautes-ELudes. 



II 



Temps modernes 



XVII'' ET XVIII'' SIECLES 



Ouvrage illustré de 22 planches hors texte. 



PARIS 


OCTAVE DOIN ET FILS 


HENRI LAURENS 


ÉDITEURS 


ÉDITEUR 


8. PLACE DE LODÉON 


6, RUE DE TOUKNON 



1912 

Tous droits de traduction et de reproductiou réservés pour tous pays. 



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lo 

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Copyright, by Henri Laiirens and Octave Doin 
and son, 1912. 






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HISTOIRE DES MÉNAGERIES 

DE L'ANTIQUITÉ A NOS JOURS 



TROISIEME PARTIE 

LES TEMPS MODERNES (XVIP ET XVIIF SIÈCLES) 



CHAPITRE PREMIER 

LES MÉNAGERIES D'ASIE, D'AFRIQUE, D'ITALIE 
D'ANGLETERRE, D'ESPAGNE ET DE PORTUGAL 

1. Ménageries et combats d'animaux en Asie. 

2. Les animaux des Turcs et des Arabes. Amitié d'un lion et dun chien à 

ia Ménagerie de Maroc. 

3. Les Ménageries de Parme, de Florence et de Naples. Le rhinocéros de 

Venise et l'élevage de dromadaires de San Rossore. 

4. Suite de 1 histoire de la Ménagerie de la Tour de Londres. 

5. La Ménagerie de Windsor. Combat victorieux d'un cerf contre un 

tigre. 

6. Parcs d'acclimatation des lords anglais. Ménageries foraines en 

Angleterre. 

7. Les Ménageries royales d Espagne et de Portugal. 

I. L'étude que nous avons faite, dans notre premier 
volume, des ménageries de l'Antiquité, du Moyen âge et 
de la Renaissance, nous a montré que l'importance de 
ces établissements a suivi, au cours de Fhistoire du 
monde, les fluctuations et les déplacements de la richesse. 
Très développées, chez les anciens peuples d'Orient qui 
entouraient la Méditerranée et le golfe Persique, les 



2 TEMPS MODERNES (xvif ET XVIIl^ SîÈCLEs) 

ménageries se multiplièrent beaucoup en Italie, au 
temps de l'empire romain, pour sombrer à peu près 
complètement avec cet empire ; au Moyen âge, elles per- 
sistèrent encore à Byzance avec un reste de splendeur, 
mais on ne vit bientôt plus, chez tous les princes de 
FExtrême-Orient, que des éléphants apprivoisés, des 
guépards de chasse et quelques lions ou tigres privés. 
Ce sont des ménageries de ce genre que les voyageurs : 
Tavernier, Thévenot, de Bruyn, Kaempfer, Dernier, 
Chardin, Deschamps, etc., retrouvent au xvii^ et au 
xviii" siècle, mais avec un peu plus d'importance au 
cours de ce dernier siècle. 

Les empereurs mongols, les rois de Java et de Siam, 
les princes Birmans et Indiens font toujours nourrir un 
grand nombre d'éléphants. 

A l'époque où Jodocus Schoutens visita le Siam, en 
i636, il y avait, dans le palais royal, six mille éléphants 
apprivoisés dont un éléphant blanc, confié au gouverne- 
ment d'un prince du sang \ Cent ans après, un voyageur 
français, le Père Tachard, dans la relation de son premier 
voyage au Siam, voyait le roi de ce pays faire combattre 
ses éléphants contre un tigre : « On avait élevé, dit-il, 
une haute palissade de bambous, d'environ cent pas en 
carré ; au milieu de l'enceinte étoient entrés trois élé- 
phans destinés pour combattre le tigre. Ils avoient une 
espèce de grand plastron en forme de masque qui leur 
couvroit la tête et une partie de la trompe. 

« On ne lâcha pas d'abord le tigre qui devoit com- 
battre ; mais on le tint attaché par deux cordes, de sorte 
que n'ayant pas la liberté de s'élancer, le premier élé- 
phan qui Tapprocha, lui donna deux ou trois coups de 
sa trompe sur le dos ; ce choc fut si rude que le tigre en 

^ Ce dernier renseignement est donné par Kâmpfer en 1690. Voir Stricker, 
Zoolog. Garten, t. XIX, p. 382. 



MÉNAGERIES DES INDIENS 



fut renversé et demeura quelque temps étendu sur la 
place sans mouvement, comme s^il eut été mort; cepen- 
dant, dès qu'on l'eut délié, quoique cette première 
attaque eut bien rabattu de sa furie, il fit un cri horrible, 
et voulut se jeter sur la trompe de l'éléphan qui 
s'avançoit pour le frapper ; mais celui-ci la repliant adroi- 
tement, la mit à couvert par ses défenses, qu'il présenta 
en même temps, et dont il atteignit le tigre si a propos, 
qu'il lui fit faire un grand saut en l'air; cet animal en fut 
si étourdi, qu'il n'osa plus approcher. Il fit plusieurs 
tours le long de la palissade, s'élançant quelque fois vers 
les personnes qui paraissoient vers les galeries; on 
poussa ensuite trois éléphans contre lui, lesquels lui 
donnèrent tour à tour de si rudes coups, qu'il fit encore 
une fois le mort, et ne pensa plus qu'à éviter leur ren- 
contre; ils l'eussent tué sans doute, si l'on n'eut fait finir 
le combat^ )). 

Les Indes avaient été visitées également, au milieu du 
xvii« siècle, par un français, Bernier, qui avait trouvé une 
assez belle collection d'animauxàla cour du Grand Mogol, 
Aureng-Zebe. Cette cour résidait tour à tour à Agra et à 
Jehan-Abad, ville nouvelle construite près des ruines 
de l'ancienne Delhi; c'est dans cette dernière ville que 
Bernier vit un jour défiler, pendant une heure et demie, 
la ménagerie du roi : chevaux, éléphants, rhinocéros,' 
lions, gazelles apprivoisées et dressées à se battre entre 
elles, nilgaux ou bœufs gris ce qui sont des espèces 
d'élans », grands buffles du Bengale « avec leurs prodi- 
gieuses cornes à combattre le lion ou le tigre, léopards 
ou panthères apprivoisées dont on se sert à la chasse 
des gazelles », beaux chiens de chasse dUsbek de toutes 
sortes, chacun avec sa petite couverture rouge, quantité 

^ In Encyclopédie méthodique de 1782, t. I. p. 307. 



4 TEMPS MODERNES (xvif ET XVIIl" SIÈCLES) 

d'oiseaux de proie de toutes espèces, dont les uns sont 
pour chasser les perdrix, d'autres pour les grues et 
d'autres enfin pour les lièvres ; ces derniers se jetent 
même sur les gazelles, leur battant la tête, et les aveu- 
glent de leurs ailes et de leurs griffes \ 

Le Grand Mogol faisait combattre aussi ses animaux 
devant les dames de la cour, les seigneurs et même le 
peuple. Pour les combats d'éléphants, par exemple, on 
élevait une muraille de terre de trois ou quatre pieds de 
largeur et de cinq ou six de haut; les deux champions 
arrivaient de face, « l'un d'un côté de cette muraille et 
l'autre de l'autre, chacun ayant deux conducteurs 
dessus », afin que si le premier, qui était sur les épaules 
et qui avait un grand crochet de fer à la main, venait à 
tomber, le second put le remplacer. Le combat s'engageait 
par dessus la muraille à coup de dents, de tête et de 
trompe et continuait jusqu'à ce que le mur s'étant éboulé, 
le plus courageux des deux éléphants passât sur l'autre, 
lui fit tourner le dos et le poursuivit à coups de défenses 
ou de trompe ; le combat devenait alors si vif qu'on était 
parfois obligé de lancer entre les deux bêtes des espèces 
de feux d'artifices pour les séparer. 

La ménagerie d'Aureng-Zebe suivait la cour dans tous 
ses déplacements ; les grands animaux servaient à mani- 
fester la grandeur et la magnificence du prince, les autres 
étaient utilisés, comme nous l'avons dit, à la chasse des 
nilgaux, des gazelles et des grues, et quelquefois même 
du lion. Pour chasser les nilgaux ou les gazelles, par 
exemple, le roi emmenait avec lui un léopard (guépard) 
qu'on conduisait enchaîné sur une petite charrette. Quand 
un troupeau de gazelles avait été découvert, on s'arrê- 
tait et le léopard était lancé ; la bête féroce ne se met- 

* Tome II, p. 34 et 208, lettre écrite de Lahore, le 25 février i6G3. 



MENAGERIES DES PERSES 



tait pas à courir directement sur la proie; elle s'en allait 
faisant des détours, se cachant, se courbant pour appro- 
cher de plus près et surprendre les gazelles. Arrivé à 
portée, le léopard s'élançait, terrassait une des gazelles, 
l'étranglait et se saoulait de son sang, de son cœur et 
de son foie. Son maître venait alors bien doucement 
auprès de lui, le flattait et lui donnait des morceaux de 
chair, puis il lui mettait des lunettes qui couvraient ses 
yeux et alors le léopard se laissait enchaîner et remettre 
sur la cliarette. La chasse du lion, que le roi et les 
princes seuls pouvaient faire, n'était guère plus péril- 
leuse ; on s'y servait, comme proie vivante, d'un âne qu'on 
avait gavé au préalable d'opium ; le lion s'assoupissait 
après avoir mangé de cette chair, de sorte qu'on s'en 
emparait facilement en l'enveloppant de fdets*. 

A la fin du xviii^ siècle, tous les petits potentats de 
l'Inde et de Java : les rajahs, les nababs, les sultans 
avaient chacun une ménagerie plus ou moins importante; 
le dernier sultan de Mysore, Tipou-Sahib, par exemple, 
un de ces princes les plus populaires en Europe, tenait à 
la porte de son palais deux tigres attachés par des chaînes 
d'argent et sa ménagerie renfermait, outre plusieurs 
centaines d'éléphants, des panthères, des lynx, des hyènes, 
des ouanderous et autres singes qui furent achetés pour 
le Muséum d'Histoire naturelle de Paris, après sa mort'. 

En Perse, au siècle précédent, le schah Abbas II, avait 
également une ménagerie d'animaux féroces comprenant 
des lions, des tigres, des léopards, des panthères et des 
ours. Chardin, qui vécut plusieurs années à Ispahan, nous 
dit que tous ces animaux étaient apprivoisés et dressés 
pour la chasse ; les plus grands étaient portés au point 
voulu dans des cages de fer placées à dos d'éléphants ; 

* Ihid., p. 224 et 226. 

2 Voir : Armandi, p. Sg : Deschamps, p. 139 et suiv. ; et Y'". 



6 TEMPS MODER^"ES (xvil'' ET XYIII^ SIÈCLES] 

les autres étaient conduits en croupe, attachés par 
une chaîne et les yeux bandés. Quand le cavalier 
apercevait quelque gazelle, il débandait les yeux de sa 
bête et lui tournait la tête du côté de Tanimal ; la bête 
féroce s'élançait alors, mais si, après quelques sauts, 
elle n'avait pas réussi à atteindre sa proie, elle se rebu- 
tait d'ordinaire et s'arrêtait*. D'autres fois, c'était à 
Ispahan même que le schah se donnait le plaisir d'une 
chasse et c'étaient alors des taureaux que l'on faisait 
littéralement massacrer par un lion, un tigre ou un léo- 
pard ^ A côté de ces bêtes de chasse et de combat, il y 
avait encore des animaux de o-rand luxe comme deux élé- 

o 

phants et un rhinocéros qui avaient été offerts au schah par 
un ambassadeur d'Ethiopie ^ ; enfin on comptait, autour 
d'Ispahan, plus de trois mille colombiers que les Persans 
avaient construits tant pour nourrir des pigeons que, 
comme en Italie au temps de Varron, pour avoir de la 
colombine. 

On trouvait également une ménagerie à la Cour des 
empereurs de Chine mais ces princes, du moins le glo- 
rieux Kang-hi, le second des empereurs de la dynastie 
mandchoue actuellement récnante, n'aimait 2'uère les 
animaux sauvages. Voici, en effet, ce qu'il écrivait au com- 
mencement du xviii^ siècle, dans ses Instructions sublimes 
et familières : « Lorsqu'on m'en envoie quelqu'un (un 
lion) d'Europe, je le reçois, non pour satisfaire ma curio- 

' Chardin, t. IV, p. 94. 
2 Ibid., t. IX, p. 70. 

^ Chardin, qui donne la figure du rhinocéros, ajoute que « les Abissins ou 
Abechi, comme les Perses les appellent, apprivoisent et élèuent au travail les 
rhinocéros, comme on fait les Eléphans. » (ï. VIII, p. i32-i33 ; t. VII, p. 437, 
460 de 1 édition de Langles ; 1811.) — D'autre part, nous trouvons dans 
Ladvocat (p. n), le passage significatif suivant: « Les Pères Jésuites Portu- 
gais qui ont demeuré longtemps en Abyssinie assurent non seulement qu'ils 
y ont nourri des Rhinocéros, mais aussi que les Abyssins les apprivoisent, 
qu ils s'en servent et les accoutument au travail comme ils font des Elé- 
phans. » Voir encore, sur ce sujet, notre tome III, p. 21. 



MÉNAGERIES DES TURCS ET DES ARABES 7 

site, mais parce que c'est un animal venu de fort loin, 
pris avec beaucoup de risque, et offert avec tant de zèle, 
que je ne puis me refuser de louer au moins l'intention 
des Européens, et je n'ai pas la force de le renvoyer ; 
ainsi je le reçois et le fais nourrir. Je ne suis pas de 
mon naturel porté pour les choses extraordinaires. » Il 
faut rapprocher probablement de ce passage, la « maison 
pour tigres » de l'empereur de Chine, dont le plan nous 
est donné par Le Rouge ^ 

II'. En Europe orientale et en Afrique, les Turcs et les 
Arabes conservaient sans doute leurs anciennes coutumes 
de garder près d'eux des animaux féroces. Pourtant un 
ambassadeur de Henri IV en Turquie, du Fresne-Ganaye 
ne nous parie" que de chiens, de chevaux et d'oiseaux de 
chasse, que le Grand Seigneur faisait nourrir alors dans 
ses jardins de Scutari. Encore, à la fm du xviii" siècle, 
nous ne connaissons qu'un ministre du sultan pour 
« avoir souvent auprès de lui un lion qui jouissait, dans 
son palais, d^autant de liberté que Fanimal domestique 
le plus pacifique et le plus fidèle" ». 

A Alger et à Tunis, on voyait également, à la même 
époque, « des lions aller et venir dans les maisons des 
grands, sans faire de mal, et jouer avec leurs serviteurs '* » ; 
et à Maroc, Maquet, un envoyé de Henri IV, trouvait, en 
i6o5, une maison de lions. « Je fus voir des lyons, dit-il, qui 
estoient enfermez comme dans vne grande masure tout à 

o 

découvert, et y montait-on parvn degré et vy làentr'autres 
vne chose assez remarquable d'vn chien qui auoit autrefois 
esté jette aux lions pour leur pasture ; car l'vn de ces 

» YII« cah. (1779), pi. VII. 

- Page 90. 

^ Lacépède et Cuvier, article de la Lionne, p. 4- 

* Bernadin de Saint-Pierre. 



8 TEMPS MODER^■ES (xVIl'' ET XVIIl'" SiÈCLEs) 

lyons et le plus ancien des autres qui luy cédoient, prit 
ce chien qu'on luy auoit jette, sous ses pattes comme 
pour le deuorer, mais s'en voulant un peu jouer aupa- 
ravant, il aduint que le chien flatant le lyon, comme 
recognoissant sa puissance, commença à luy gratter dou- 
cement avec les dents une galle qu'il auoit sous la gorge, 
à quoy le lion prit un tel plaisir que non seulement il ne 
fit point de mal au chien mais encore il le garda des 
autres : de sorte que lorsque ie le vy auec ces lyons, il y 
auoit desia sept ans qu'il estoit avec eux, à ce que me 
dit l'esclave chrétien qui les gardoit, et me conta aussi 
que lorsqu'il bailloit à manger aux lyons, le chien viuoit 
avec eux, et mesme leur arrachoit quelquefois la viande 
de la gueule. Lorsque ces lyons se battoient pour la pas- 
ture, le chien faisoit ce qu'il pouvoit pour les séparer ; et 
quand il voyoit qu'il n'en pouvoit venir à bout, par vn 
instinct naturel, il se mettoit à hurler de telle sorte que 
les lyons qui craignoient ce cry des chiens uenoient aus- 
sitôt à se séparer et s'accordoient entre eux \ » 

Au Caire, Pietro délia Valle, qui visita cette ville 
en i6i4, ne semble avoir rencontré que des montreurs 
de bêtes sauvages ou des animaux privés. « J'ay veu, dit- 
il, dans la relation de son voyage, plusieurs animaus 
viuans; comme des Gallitriches ou Guenons de couleur 
blonde... des Bertrands noirs auec la barbe blanche, 
desquels, s'il s'en trouuoitquelqu'vn à achepter jeTenucy- 
rois aussi très volontiers ; des Grocodilles, vn entr'autres 
qui estoit viuant, long de 23. palmes, et dont les 
mâchoires et les dents estoient si fortes, que luy ayant 
mis en ma présence vne pelé de fer dans la gueule, il la 
rompit tout d'vn coup auec les dents, quoy qu'il fut 

* Maquet, p. i86. Un fait semblable s'est passé à la ménagerie de Schôn- 
brunn que nous décrivons plus loin. Un tigre atteint d'une affection des yeux 
se prit de même en amitié d'un chien qu'on lui avait jeté pour sa nourriture 
et qui s'était mis à lui lécher les paupières. V. notre tome III, p. 48- 



MEN\GERIKS D ITALIE 9 

presque mort et percé de tous costez ; des Tortues de mer, 
qui sont grandes comme vn caresse ; des cheuaux 
marins ; des Ichneumons, qu'on appelle maintenant rats 
de Pharaon. Je vis aussi dans la maison d'un Vénitien 
plusieurs animaux fiers extrêmement... Il les appelle 
chats musquez et les gardoit dans des cages, et en ma 
présence il en tira la ciuette, qui n'est autre chose que la 
sueur, que l'on ramasse d'entre les cuisses de ces ani- 
maux, auec vue cueïUer, après les auoir bien trauaillé. 
Pour en venir à bout, et de peur qu'ils ne mordent, ils 
les tiennent séparément dans des cages de bois bien 
fortes, mais si petites et si estroites que l'animal ne s'y 
peut pas tourner ; si bien que quand ils veulent auoir la 
ciuette, ils le font suer, l'agitant un peu auec vne 
baguette dans la mesme cage, qu'ils ouurent ensuite par 
derrière autant qu'il faut pour tirer les jambes dehors 
sans qu'il puisse se tourner pour blesser celui qui le 
tient... S) 

III. L'Italie, en complète décadence à l'époque où nous 
sommes, nous montre pourtant une nouvelle ménagerie, 
celle des ducs de Parme, qui datait peut-être, à la vérité, 
des siècles précédents. Cette ménagerie nous est connue 
par un voyageur français dont nous avons trouvé la rela- 
tion manuscrite de voyage à Saint-Pétersbourg". Elle 
était située, dans le palais d'été ducal, à Parme, où 
Ranuccio II renfermait des lions, des lionnes, des daims 
et des aigles. Elle disparut sans doute en lySi, quand la 
dernière héritière des Farnèse porta son duché, en dot, 
à Philippe V d'Espagne. Avec elle, les établissements de 
Florence et de Naples vont représenter, au xviii^ siècle, 
la fin des anciennes ménageries italiennes. 

'■ Pielro d. Valle. t. I. p. 275-276. 

- Journal du voyage d'un anonyme français... 



ïo TEMPS MODERNES (XVIl^ ET XVIIl'' SïÈCLEs) 

La République florentine avait été abolie en i53o par 
le triomphe des armes de Gliarles-Quint; la Seigneurerie 
avait été supprimée et Florence était devenue une simple 
ville du nouveau grand-duché de Toscane. La ménagerie 
des lions avait été donnée alors à la cour du grand-duc 
qui continua à y entretenir des animaux, avec le même 
luxe qu'autrefois. A la fin du xvii*^ siècle, le P. Philippe 
y voyait entr'autres un caracal qu'il appelle chat de 
Syrie et, au milieu du xviii®, un autre voyageur la 
décrit de la façon suivante : « La ménagerie du grand- 
duc est sur la place Saint-Marc, très proche des écuries : 
on y élève des lions, des tigres et des ours qui sont très 
familiers; indépendamment de leurs loges, chacun de 
ces animaux a une cour très longue, à l'extrémité de 
laquelle il y a une grille qui aboutit à une gallerie d'où 
on les peut regarder. 11 est arrivé en 1767 un incendie 
dans lequel des animaux se sont échappés et ont causé 
divers accidents à Florence. 

« 11 y a aussi près de la gallerie une arène environnée 
d'un rang de loges très bien décorées, d'où Ton peut voir 
commodément le combat des lions, des taureaux et autres 
animaux ; il y a aussi une machine de bois assez ingé- 
nieuse, dont on se sert pour faire rentrer le lion dans sa 
loge : elle est peinte en figure de monstre effrayant ; 
deux hommes renfermés au dedans la font marcher avec 
facilité vers le lion, et lui lancent en même temps des 
fusées, qui semblent partir de sa gueule, de sorte que le 
lion, intimidé par le feu. se retire aussitôt dans sa loge 
où on le renferme aisément. On conserve aussi dans 
cette ménagerie des demoiselles de Numidie, de gazelles 
d'Afrique, un ichneumon ou rat de Pharaon, et autres 
animaux singuliers *. » 

1- De la Lande, p. 33o-33i. 



MENAGERIES D ITALIE II 

A cette époque, sous le grand-duc Léopold, le futur 
empereur d'Autriche, la ménagerie de Florence paraît 
donc avoir encore brillé de l'éclat d'autrefois. C'est 
cependant sous ce règne qu'elle fut détruite. Voici ce 
qu'en dit un autre voyageur qui la visita vers Tannée 1773: 
« Faut-il vous parler d'un spectacle qui avait de la célé- 
brité sous les Médicis ! Un combat de bêtes, à l'imitation 
de l'ancienne Rome. Aujourd hui il ne vaut guères plus 
que la polissonnerie qu'on vous donne à Paris, si ce n'est 
que les animaux sont en liberté corps à corps ; et, pour 
les empêcher de s'égorger, des hommes cachés dans une 
machine roulante, tirent de rartificequi effraye et sépare 
les combattants, en bien petit nombre : deux lions, deux 
tigres et un loup. Tout ce qui reste de beau, c'est l'am- 
phitéatre. J'ai demandé la raison de cette décadence ; 
on m'a répondu qu'il y avait trop de dépenses à faire 
d'ailleurs' ». Deux ans après, en 1777, la ménagerie 
disparaissait -, après une existence qui avait duré plus 
de cinq siècles. 

La fin de la ménagerie de Napies suivit de près celle de 
Florence; on la voit encore recevoir un éléphant, cadeau 
du Grand-Turc ; AVillugliby y signale la naissance de lion- 
ceaux ^ ; puis nous n'en entendons plus parler. 

Mais d'autres curiosités zooiogiques venaient alors 
exciter la curiosité des Italiens : un éléphant énorme qui 
parut à Rome en iG3o; un rhinocéros qui fit courir tous 
les masques au carnaval de Venise, en 1731 * et qui, 
fut exposé ensuite dans l'amphithéâtre de Vérone; une 

^ Coyer, t. I. p. ii5. La « polissonnerie » dont parle cel auteur est sans 
doute le « combat du taureau ». Voir p. 282. 

- Lastri, t. II. p. i3i. 

•' Cité par Lacépcde et Carier, article de la Lionne, p. 5. 

'* Le portrait de cet animal fut gravé en médaille et peint par Pietro Longhi 
[National galler^-, salle IX, n° iioi). Voir aussi Molmeuti. t. III. p. 208 
et 209 et P. Picca. 



12 TEMPS MODERNES fxYIl'^ ET XVIII^ SIÈCLEs) 

tortue colossale que ron avait donnée à Benoît XIV ; des 
élevages de paons dont les plus célèbres étaient ceux 
de l'île Planasie ^ ; enfin un essai heureux d'acclimatation et 
d'utilisation de dromadaires en Toscane. 

C'est au milieu du xvii® siècle que Ferdinand II, un 
des derniers Médicis, acheta à Florence les premiers 
dromadaires qu'il fit placer à sa métairie de San Ros- 
sore, près de Pise. Là ces animaux se multiplièrent 
et ne tardèrent pas à former un troupeau important 
dont le sang fut renouvelé, en 1739, par i3 mâles et 
7 femelles qui furent envoyés de Tunis'. En 1789, il y 
avait en tout 196 individus tant mâles que femelles, 
et, en 18 10, l'élevage était toujours en pleine prospérité. 
Le parc dans lequel vivaient ces animaux rappelait bien 
du reste leur pays d'origine; situé au bord de la mer, 
entre les embouchures du Serchio et de FArno, c'était 
un pays plat et sablonneux, couvert d'arbres, de brous- 
sailles, de ronces et d'herbes grossières. Les animaux 
étaient domptés dès l'âge de quatre ans et vendus pour 
servir à porter des fardeaux ; on faisait d'ailleurs, avec 
leur poil, des matelas et des tricots grossiers; leurs peaux 
fournissaient du cuir, mais on n'utilisait ni leur lait ni leur 
chair. A la fin du xviii^ siècle, le duc de Salviati, auquel 
appartenait le troupeau, vendait encore un dromadaire 
quarante louis d'or\ 

IV. En Angleterre, la ménagerie delà Tour de Londres, 
que nous avons vue apparaître au cours du xnf siècle et 

^ Dans cette île, la Pianosa actuelle, pour reconnaître si le nombre des 
paons augmentait ou diminuait, on les avait accoutumés à se rendre tous les 
jours, à une heure marquée et à un certain signal, autour de la maison où on 
leur jetait quelques poignées de grain pour les attirer. BufTon, art. Paon. 

- Ces détails sur les élevages de San Rossore sont pris à Santi et à Isidore 
Geoffroy Saint-Hilaire. C'étaient bien des dromadaires ou chameaux à une 
bosse et non de vrais chameaux, comme on l'a écrit souvent. 

^ Lacépède et Cuvier, article du Chameau, p. i. 



MENAGERIES Lt ANGLETERRE 15 

que nous avons suivie pendant toute l'époque de la 
Renaissance, se retrouve au début du xxif siècle, avec 
James, ou Jacques P' (i6o3-i625), le fils de la malheureuse 
Marie-Stuart. Elle semble avoir eu, sous ce règne, un 
nombre d'animaux plus considérable qu'au temps 
d'Elisabeth; nous le savons par les dessins et les gra- 
vures de ses animaux qui furent faits alors par le célèbre 
W. Hollar, par ce qu'en dit Howet qui y compte six 
lions, et aussi par le récit des combats de lions, d'ours, 
de chiens et d'autres bêtes féroces que Jacques l^"" s'amu- 
sait à donner en spectacle à sa cour\ Au début du 
siècle suivant, en 1708 ", la reine Anne Stuart fît faire 
quelques améliorations à sa ménagerie qui renfermait : 
II lions, 2 léopards ou tigres, 3 aigles, 2 hiboux, 2 chats 
de montagne (?) et i chacal \ 

En 1754, Georges II possédait 2 lions, 2 ours, 3 tigres, 
I léopard, 2 tigres, 2 égyptian night-walken (?), 2 singes, 
I raton, i chacal, i chat-tigre, une autruche, plusieurs 
aigles et un hibou ' ». 

Le public était admis depuis longtemps à visiter la 
ménagerie de la Tour moyennant trois sous d'entrée, ou 
bien en apportant un chien ou un chat qui put servir de 
nourriture aux lions. 

« En entrant dans la Tour de Londres, dit un de ces 
visiteurs, on nous conduisit à des loges grillées, en forme 

^ Ces combats sont racontés par Britton et Brayley, p. 357-36i. Notons 
également que Jacques 1" fît venir de difFérents pays, mais surtout du Hols- 
tein. du Danemark et de Norvège, des cerfs noirs, ou du moins très bruns, 
qu'il lâcha dans deux forêts voisines de Londres et en Ecosse (Buffon, art. 
Du Cerf.) En lîgS, alors qu'il n'était encore que roi d'Ecosse, il recevait un 
lion de son beau-père, le roi Frédéric II de Danemark (Bering Lùsberg, p. 147)- 

- Manesson-Malet parle à cette époque, de la ménagerie dans sa Descrip- 
tion de l'Univers (t. V, p. 42). H dit que tout proche se trouvait une 
manière d'abîme, une grande fosse remplie d'eau, où l'on précipitait les 
hommes qui avaient été traîtres à la Patrie. 

^ D'après Strype, cité par Harwcy, p. XY et par ïhornbury, p. 88. 

^ Maisland, cité par Tiiornbury, p. 89. 



I4 TEMPS MODERNES [XVH ET XVIII SIECLES] 

de demi-lune, où habitent des lionnes de différents âges. 
La première que Ton nous montra se nomme la Princesse 
Didon, elle était alors dans toute la vigueur de sa jeu- 
nesse, âgée de six ans, et parfaitement belle. La seconde 
s'appelle Jenny. On nous dit qu'elle avait environ qua- 
rante ans. C'était la lionne la plus âgée qu'on eût jamais 
vue dans la tour, quoiqu'il y ait plus de 5oo ans que l'on 
y entretient de ces sortes d'animaux. Elle a été mère de 
neuf lionceaux, tous fils d'un lion nommé Marco^ qui 
n'existe plus aujourd'hui. Ces neuf petits moururent en 
bas âge, à l'exception de Néroii^ mort depuis deux ans^ 
et qui en vécut dix, et de Nancy ^ qui en vécut le double. 
Ce ne fut qu'avec beaucoup de peine que l'on parvint à 
conserver ces deux derniers lionceaux, car il n'est point 
d'animaux plus difficiles à élever, à cause des convulsions 
qu'ils éprouvent à l'époque de la dentition. On les tint 
pendant la première année dans une chambre chaude, en 
les nourrissant de lait. Ils étoient aussi doux que des 
moutons ; mais leur naturel sauvage se développa bientôt 
avec leur force ; et à l'âge de trois ans ils furent aussi 
féroces que ceux qui arrivoient du dehors. La troi- 
sième lionne que l'on nous fit voir, se nomme Hélène^ 
âgée de sept ans ; elle est encore vierge, mais elle est 
toute prête à épouser le premier soupirant qui se présen- 
tera \ » La dernière description que nous trouvons de 
la vieille ménagerie de la Tour est celle de deux fran- 
çais, Barjaud et Landon, qui la visitèrent en 1802. Ils y 
citent : 4 lions et lionnes dont 1 nés à la Tour, une 
« léoparde noire de Malabar », i « grand tigre du Ben- 
gale » et I « grand ours du nord ». Vingt ans après, cette 
ménagerie était reformée une seconde et dernière fois, 

i G. Toscan, p. 280. Voir aussi : E. Muller, p. 12 ; — Guide des voyageurs 
pour l'Angleterre et la Hollande... Paris, 1768, in-ia; London and its envi- 
rons, 1761, p. 6 et i56, et l'ouvrage de vulgarisalion de Thomas Smith qui 
décrit tous les animaux de la Tour. 



MENAGERIES D Â^'GLETERIlK iS 

comme nous le dirons dans notre troisième volume. 

V. Un autre domaine de la Cour d'Angleterre, celui de 
Windsor, renfermait également, à la même époque, des 
animaux sauvages. Le parc de Windsor, grand de 720 hec- 
tares, et qui date peut-être de Guillaume le Conquérant, 
nourrissait surtout quantité de cerfs et de daims. Mais, 
dans un coin de ce parc, près de Sandipt-gate, se trouvait 
en outre une ménagerie dont nous n'entendons parler qu'à 
partir de 1764. A cette date, le 16 du mois de juillet, la 
Gazette de France nous apprend qu'un vaisseau de la 
Compagnie des Indes avait rapporté plusieurs bêtes 
dont deux tigres [guépards ?1 qui étaient destinés au duc 
de Cumherland. Ce prince, le second fds de Georges II, 
demeurait alors au château de Windsor où il s'amusait à 
faire combattre les animaux de sa ménagerie. Quelque 
temps après avoir reçu ses tigres, il voulut voir comment 
ces animaux chassaient la proie, et, pour cela, il fit placer 
un des tierres dans une sorte d'arène entourée de toiles 
qu'il avait fait construire dans le parc. « On y (it entrer 
un cerf; le tigre courut aussitôt sur lui et voulut le saisir 
par le flanc ; mais le cerf se défendit si bien de ses bois, 
qu'il l'obligea à reculer. Le tigre revint, et essaya de 
prendre le cerf au col : il fut repoussé avec la même vi- 
gueur ; enfin, à la troisième attaque, le cerf le jetta fort 
loin d'un coup de son bois, et se mit à le poursuivre ; le 
tigre alors abandonna la partie, et se sauva dans la forêt. 
Il se réfugia sous les toiles parmi un troupeau de daims, 
et en attrapa un qu'il tua sur-le-champ. Pendant qu'il en 
suçait le sang, deux Indiens chargés de le garder, lui jet- 
tèrent sur la tête une espèce de coëffe ; et s'en étant 
ainsi rendus maîtres, ils Tenchaînèrent ; et après lui avoir 
fait manger le reste du daim, l'emmuselèrent, et le recon- 
duisirent dans sa loge. » Le duc de Cumberland donna 



l6 TEMPS MODERNES (XVII ET XVIII SIECLES] 

la liberté au cerf qui s'était si vaillamment défendu, 
après lui avoir fait mettre au col un très large collier 
d'argent, sur lequel on grava l'aventure du combat*. 

VI. Les riches seigneurs anglais suivirent naturellement 
l'exemple de la cour, mais nous ne connaissons à cette 
époque que trois ménageries princières, en dehors de 
celles de Londres et de Windsor : c'est d'abord la ména- 
gerie du château de Kew qui n'avait plus, du reste, à 
la fin du xviii^ siècle, que des kangourous, des faisans 
de Chine, des faisans de Tartarie, beaucoup de petits 
oiseaux exotiques et des poissons rouges " ; c'est ensuite 
celle du château de Richmond qui comprenait, entre 
autre, sept grands enclos pour cerfs ^ ; enfin la ménage- 
rie d'Osterly Park, dans le comté de Middlesex. Cette 
dernière se composait d'une grande maison avec étage, 
flanquée de deux pavillons latéraux et d'un vaste jardin 
dans lequel se trouvaient des volières et des enclos ; 
elle fut décrite et ses oiseaux représentés dans i5i planches 
gravées et peintes à l'aquarelle par Hayes. 

Par contre, les parcs d'animaux se développent en 
Angleterre et deviennent de plus en plus intéressants à 
cause des nouveaux essais d'acclimatation qui se font 
dans plusieurs d'entre eux : en particulier dans les parcs 
des ducs de Portland et de Richmond, qui élèvent des 
zèbres et des cerfs du Gange % et dans celui du duc de 
Northumberland qui introduisit le premier, en Europe, le 
faisan à collier". 

1 Valmont de Bomarc, IV, 389. La fin de celle ménagerie sera donnée éga- 
lement dans notre troisième volume, p. i63. 

2 Le Rouge, VIII^ cah., p. iS. Voir aussi : S. Goldney, et Chateaubriand, 

t. II, p. 2l5-2l6. 

3 Le Rouge, I" cah., pi. XXI. 

• Encyclop. méthod.. t. I, p. 3i8. Les cerfs du Gange du duc de Richmond 
engendraient avec les daims (BufTon : art. Axis). 

^ Nous ajouterons à cette liste les célèbres volières de Hans Sloane, 



ri UJ.iiAiiJ J.Aj.^A ^'x^ .lu ^j. ^i:. iJiii^U^J iU>. 



iJi./lJli/. i.-i J-U .a 



PLANCHE 1 

VUE DE LA MÉNAGERIE DE KEW, AU TEMPS 
DU ROI GEORGES III ET DE LA REINE CHARLOTTE 



VUE DE LA MENAGERIE DU COMTE DE BENTHEIM 
A STEINFORT 

(voir p. 64). 



(Gravures de Le Rouge. Cabinet des Estampes, à Paris. 




'^yù'/uu/r//r Jr,> -^Jy///n,nu- c^n7/u/r/x)^fW/. 




MENAGERIES D ESPAGNE I7 

Les ménageries ambulantes furent sans doute moins 
nombreuses en Angleterre que sur le continent. On ne 
cite, dans cet ordre d'idées, qu'un éléphant qui parut à 
Londres en 1673 et un rhinocéros du Bengale qui y vint 
en 1739'; mais, à la fin du siècle, un commerçant d'ani 
maux sauvages, Pidcok, forma un dépôt de bêtes rares à 
Exeter Change, dans le Strand (à l'est de Burleigh street) ; 
c'est là que le public londonien put voir, en particulier, 
deux rhinocéros de l'Inde, l'un qui fut exposé en 1770, 
l'autre en 1799. La ménagerie d'Exeter passa ensuite 
dans les mains d'un certain Cross et finalement fut 
vendue. 

VII. En Espagne, les combats de taureaux et de bêtes 
féroces continuèrent, au xvif et au xviii^ siècles, comme 
au temps de Charles-Quint. On garda pendant long- 
temps, à Madrid, le souvenir de la grande fête que Phi- 
lippe IV, le beau-père de Louis XIV, donna en l'honneur 
du prince Balthazar d'Autriche ; dans le combat d'ani- 
maux qui eut lieu au cours de ces fêtes, on vit, en effet, 
un taureau furieux écraser successivement un tigre et 
un léopard, puis être vaincu, à son tour, par un éléphant. 
C'est de cette époque de magnificence que date sans 
doute la ménagerie royale de la Casa del Campo, mais 
nous n'entendons parler de cet établissement qu'à partir 
de 1679, P^^ ^^ comtesse d'Aulnoy, qui le visita à cette 
époque : « La Casa del Campo, dit-elle, sert de ména- 
gerie. Elle n'est pas grande, mais sa situation est 
belle, étant au bord du Mançanarez. Les arbres y sont 
fort hauts, et fournissent de l'ombre en tout temps... 
Il y a de l'eau en divers endroits, particulièrement un 

premier médecin du roi Georges II. dont la collectioa d'oiseaux forma le noyau 
du British Muséum. 

i Buffon, art. Rhinocéros. 

II. . 2 



l8 TEMPS MODEREES (xVII^ ET XYIII^ SiÈCLEs) 

étang qui est entouré de grands chênes. La statue de 
Philippe IV est dans le jardin. Ce lieu est un peu négligé. 
J'y ai vu des lions, des ours, des tigres et d'autres ani- 
maux féroces, lesquels vivent longtemps en Espagne, 
parce que le climat n'est guère différent de celui d'où ils 
viennent. Bien des gens y vont rêver, et les dames choi- 
sissent ordinairement cet endroit pour s'y promener, 
parce qu'il est moins fréquenté que les autres \ » 

A la même époque, une autre maison royale, le Bueri- 
Retiro, située à l'une des portes de la ville, possédait un 
parc dans lequel se voyait une petite maison appelée 
Galinera parce qu'elle renfermait des « poules fort 
rares » (iV/., I, p. 328) Manesson-Malet ditencore, en i683, 
qu'on V voyait des « Réduits particuliers » où l'on nour- 
rissait des éléphans, des lions, des chameaux et des 
autruches^ ; mais il est probable que cet auteur, dont les 
renseignements sont souvent inexacts, a fait confusion 
avec les loges de la Casa del Campo. Ces dernières n'exis- 
taient plus au commencement du xix^ siècle ; on ne trou- 
vait plus alors, dans le parc de cette maison royale, que 
(( cinq pêcheries, une faisanderie et une volière garnie 
de toutes sortes d'oiseaux^ ». En 1774, i-iî^-e dernière 
ménagerie royale fut créée en Espagne par Charles III. 
Elle fut établie près du Buen-Retiro et devint, en 1869, 
le jardin zoologique municipal actuel, que nous retrou- 
verons dans notre troisième volume. 

En Portugal, les ménageries, qui avaient été délaissées 
pendant la domination espagnole *, se réveillèrent à la 
suite de la révolution de i64o, qui chassa les envahis- 
seurs du pays. Le duc de Bragance fut alors proclamé 

* Tome I, p. 33o. 

- Description de l'Univers, IV, p. 296. 
" Laborde, h. lY, p. i33. 

* Voir t. I, p. 110. 



MENAGERIES DU PORTUGAL 19 

roi du Portugal sous le nom de Jean IV et, peu de temps 
après, la grande loge du rhinocéros de la ménagerie de 
Ribeira, restée vide depuis longtemps, reçut un lion 
d'Afrique. Cette ménagerie prit à ce moment le nom de 
« Cour des lions », qu'elle garda depuis lors, mais elle 
ne tarda pas à recevoir d'autres animaux étrangers tels 
que des éléphants ; c'est un de ces derniers que nous 
retrouverons plus loin, à la ménagerie de Versailles. Elle 
fut agrandie et embellie, au cours du xviii*' siècle ; en 1 708 , 
par exemple, Jean V, l'entoura de jardins à l'occasion de 
son mariaoe avec Marie-Anne d'Autriche. 

o 

Quelques années après, en 1726, le roi Jean créait, sur 
les bords du Tage, aux portes mêmes de Lisbonne, une 
autre ménagerie royale, la ménagerie de Belem. Pour 
cela, il achetait les propriétés des comtes d'Aveiras et 
de Ponte, les réunissait en un seul domaine et instal- 
lait, au milieu des arbres du parc, le premier jardin 
zoologique véritable du Portugal. Jean V eut surtout 
une grande prédilection pour les oiseaux, et ce goût, 
de même que les collections ornithologiques que les 
grands entretinrent à son exemple, suscita réellement, 
en ce pays, les premiers travaux d'histoire naturelle : 
ceux des zoologistes portugais Félix de Avellar, Brotero 
et Domingos Vaudelli. 

La dernière ménagerie royale du Portugal que nous 
avons à signaler, avant la période actuelle, est la Ména- 
gerie de Queluz, qui date du règne de la princesse Marie P*^ 
(i 777-1 788), petite-fdle de Jean V. Cette ménagerie com- 
mença par des zèbres, venus du Congo, que l'on pensa 
pouvoir domestiquer. On construisit pour eux une petite 
voiture découverte qui devait promener les enfants 
royaux au travers du parc, et on fit faire des harnais 
splendides, mais les zèbres ne voulurent jamais se laisser 
atteler, et les harnais furent remisés au Muséum de TAr- 



îio TEMPS MODERNES {XVII^ ET XVIIl'' SiÈCLEs) 

senal où ils sont encore. C'est surtout le mari de la reine, 
son oncle dom Pedro (Pierre 111), qui s'occupa du 
domaine de Queluz ; il y créa un Jardin botanique et y 
fit construire de nombreuses cages pour des fauves et 
des oiseaux venus d'Afrique, du Brésil et de l'Inde. 
Tout disparut comme à Belem, en 1807, lorsque la famille 
royale fuyant l'invasion des Français fut obligée de se 
refusfier au Brésil. 



CHAPITRE II 



LES MÉNAGERIES DES PAYS-BAS ESPAGNOLS 
(BELGIQUE) 



1. Division, au XVI*' siècle, des anciens Pays-Bas en Provinces espagnoles 

et en Provinces-Unies. 

2. Fin de l'histoire de la ménagerie de la Cour du Prince à Gand. Ména- 

gerie de 1 évêque prince de Lobkowitz. École d'animaliers d'Anvers. 

3. Les animaux du parc de Bruxelles. La ménagerie de Laeken. Le châ- 

teau de Belosii et le parc d'Enghien. Montreurs de bêtes. 

L Le retour à la mode des grandes ménageries, en 
Europe, commença au début du xvif siècle par la Hol- 
lande, et nous allons le voir se faire, comme toujours, à 
la suite du développement intense que prit le grand 
commerce maritime dans ce pays. Mais, pour l'intel- 
ligence de rhistoire assez confuse des ménageries des 
Pays-Bas, il est nécessaire de dire en quelques mots, 
quelles furent les destinées historiques de ces pays. 

Dès le milieu du xvi" siècle, au temps de Charles-Quint, 
les guerres continuelles et la persécution religieuse 
avaient ruiné et exaspéré surtout les provinces du nord. 
Le despotisme et le fanatisme du successeur du 
grand empereur, Philippe II, ne firent qu'augmenter le 
mécontentement et provoquèrent bientôt un soulève- 
ment général. Sous la conduite d'un prince d'Orange, 
Guillaume de Nassau, dit le Taciturne, les sept provinces 
de Hollande, deZélande, d'Utrecht, de Gueldre, de Frise, 
de Groningue et d'Over-Yssel, provinces où la Réforme 
s'était fortement implantée, se révoltèrent. Aidées par les 



22 TEMPS MODER>'ES (xvif ET XVIII^ SIÈCLE s) 

husruenots français, elles résistèrent victorieusement aux 
cruautés inouïes des troupes espagnoles commandées 
par le vieux duc d'Albe, et arrivèrent à se constituer, en 
1079, par un pacte signé à Utrecht, en Etat fédéré. 

Par contre, les provinces du sud, restées fidèles au 
catholicisme, continuèrent à subir le joug étranger, 
d'abord sous le nom de Pays-Bas espagnols, puis sous 
celui de Pays-Bas autrichiens. Après une période assez 
brillante, pendant le court règne des archiducs Albert 
d'Autriche, et Isabelle (1398-1621), elles se dépeuplèrent 
par suite de l'émigration des protestants dans les pays 
du nord, et elles s'appauvrirent en passant successive- 
ment sous la domination des Espagnols, des Autrichiens 
et des Français. On comprend donc que les ménageries 
ne furent jamais très prospères, à cette époque, dans ces 
derniers pays que nous allons d'abord considérer. 

II. La plus importante était la ménagerie de la Cour 
du prince, à Gand, dont nous avons déjà commencé 
l'histoire \ Cette ménagerie dura jusqu'en i64o, mais 
sans plus avoir rien de son ancienne splendeur, car des 
voyageurs-, qui visitèrent la Belgique en 1628, se con- 
tentent de la signaler en passant. En 1649 la Cour des 
lions fut achetée, avec son pré, nommé alors La Prairie 
des lions, par Pierre de Smel qui la paya 22.000 florins et 
la céda ensuite au couvent voisin, celui des Carmes 
déchaussés^. Elle fut alors transformée, par les moines, 
en un établissement de rapport; mais on trouve encore 
ses anciennes limites dans les plans manuscrits qui 
furent établis, à la fin du xviii*^ siècle, pour la vente des 
domaines nationaux*. 

^ Tome I, p. 222. 

2 Fontaine et Schonbub. 

^ Van Lokeren, p. 9. 

* Biblioth. de GartJ. Atlas Van Lokeren, fonds gantois, n^ 12941, p. 17 et a3. 



MÉNAGEUIES DES PAYS-BAS ESPAGNOLS 23 

A cette dernière date, il existait à Gand une autre 
ménagerie qui était de création toute récente : c'était 
celle que Tévêque prince de Lobkowitz avait installée 
dans le jardin de son palais, à côté d'un cabinet d'his- 
toire naturelle célèbre; elle se composait de loges pour 
animaux et d'une oisellerie, qualifiée de précieuse parles 
commissaires français qui vinrent pour s'en emparer, à la 
suite des armées de la Convention '. 

Anvers avait perdu, à cette époque, sa prospérité et 
sa splendeur d'autrefois ; mais il est probable que son 
port faisait toujours un grand commerce d'animaux de 
ménagerie, car c'est dans cette ville que l'on vit éclore, 
dès la fin du xvi^ siècle, cette belle floraison de peintres 
animaliers dont Rubens fui le maître et comme l'initia- 
teur. On sait en effet, que ce grand artiste, qui aima cul- 
tiver tous les genres en peinture et qui fut lui-même un 
animalier de premier ordre, se fit aider généralement, 
pour les animaux qui figurent dans ses vastes composi- 
tions, de collaborateurs ])ius spécialement voués à ce 
genre, tels que : Jean Breugliel, dit de Velours, Paul de 
Vos et Franz Snyders. Beaucoup d autres animaliers se 
formèrent à son exemple dans les Flandres, et c'est de ce 
pays que partirent, au xvif siècle, les artistes qui vinrent 
faire connaître leur art en Angleterre, en Autriche et 
en France. 

III. Bruxelles était devenue, comme nous l'avons dit 
dans notre premier volume, le siège du gouvernement 
des Pays-Bas espagnols. Eut-elle une grande ménagerie, 
au xvii" siècle ? Gela est possible, car Jean Breugliel, 
alors au service des archiducs, traita plusieurs fois le 

' Nous avons trouvé l'existence de cette ménagerie dans une lettre inédite 
des missionnaires scientifiques de la Convention, conservée dans les Archives 
du Muséum et datée du 3o messidor an II. A cette époque, le prince de 
Lobkowitz avait cjuitté Gand, dovaiiL larrivée des armées françaises. 



2', TEMPS MODERNES (XVII* ET XVllI* SiÈCLEs) 

sujet du Paradis terrestre avec nombre d'animaux de 
ménagerie très bien représentés et peints certainement 
d'après nature ^ D'autre part, un agronome du xyiii^ siècle, 
l'abbé Rozier, parle de la ménagerie du prince Charles de 
Lorraine où il aurait vu, dit-il, un lapin s'accoupler avec 
une poule!'. Pourtant, Breughel demeura presque tou- 
jours à Anvers et lorsque le duc de Saxe, Jean-Ernest, 
fit visite, en i6i3, à l'archiduc Albert, il ne trouva à 
admirer dans le parc, que des cerfs en grande quantité 
et des oiseaux. Il y vit en particulier, écrit son secré- 
taire, « une volière remplie de petits perroquets qui 
en sortent au printemps pour se nicher dans les arbres 
et y reviennent de leur propre mouvement vers l'hiver 
pour s'y laisser enfermer ». On lui fit voir encore, dans 
un vignoble placé sur la hauteur, d'autres volières ren- 
fermant des « faisans d'une espèce rare et des pigeons 
sauvages et indiens... un grand nombre de paons dont 
plusieurs étaient de couleur bigarrée et très beaux, avec 
des taches blanches, ainsi que de gros canards d'une 
espèce toute particulière et des éperviers d'Islande de 
couleur chair ^ ». 

De même, Pierre Bergeron et Jean Fontaine, qui 
visitèrent le palais ducal, le premier en 1617 et le second 
en 1628, ne virent que des volières, des viviers et des 
réserves de chasses (p. 36) ; mais le colonel français 
Duplessis l'Escuyer qui voyagea dans les Pays-Bas, vers 
l'année i6do, parle « de boscages et prairies fort plai- 
santes où se voient touttes sortes de bestes sauvages et 

* Breughel le dit expressément dans une de ses lettres, poui* des animaux 
de l'Infante Isabelle : des singes, un ara, un cacatoès, des perroquets et 
nombre de petits oiseaux qu'il plaça dans la guirlande de fleurs qui encadre 
une Vierge peinte par Rubens ; ce tableau se trouve aujourd'hui au musée du 
Louvre (salle Anthoine Mor, n^ 8079, ancien 429). Voir la lettre de Breughel 
dans Giovanni Crivelli, p. 272. 

2 T. VIII, p. 265. 

^ Bernard de Smedt, p. 23-24. 



MENAGEIUES DES IWYS-BAS ESPAGNOLS 23 

fauves » ; un peu plus loin, il nous décrit des « allées en 
berceaux » dans lesquelles se trouvent « touttes sortes 
d'animaux rares et de touttes espèces, tant de terre que 
de l'air » (p. i8). 

Deux documents du Cabinet des Estampes à Bru- 
xelles viennent corroborer ces dires des voyageurs. 
L'un de ces documents, le plus ancien, est une gravure 
en couleur sur cuivre signée de l'éditeur Barthélémy 
de Momper^ Elle représente une Vue cV ensemble de la 
cour de Bruxelles : Le Koert de Brvxselles^ prise du côté 
du parc. On y voit, en avant du château, une construction 
en pierre entourant une petite cour intérieure et qui 
peut être une petite ménagerie ; puis vient la cour des 
tournois, le grand mur du parc et une partie de ce der- 
nier avec 4 cerfs. A droite, la gravure représente deux 
cours carrées, l'une dessinée en jardin français, l'autre 
remplie presque en entier par un bassin sur lequel nagent 
deux canards. Le second document est un plan signé 
J. Harrewyn (graveur né en 1680) et intitulé : Palatiuni 
Bruxellense Ducis Brabantiœ-, On y retrouve les jardins 
français sous le nom de « Hortus poreus » et la mare aux 
canards sous le nom de Vivarium. La cour des tournois 
est devenue une cour gazonnée dans laquelle paissent 
des cerfs et où se promènent divers personnages ; dans 
le grand parc qui est représenté en entier ici, on voit 
de nombreux daims et dans le fond du parc, à droite, 
une maison de refuge désignée sous le nom de Domus 

^ Cabinet des Estampes de Bruxelles ; n° de l'inventaire S. II, ii, 445. Une 
gravure à peu près semblable est reproduite par L. Hymans, t. I, p. 208. 

- Cabinet des Estampes, n°S. II, 28933. Ce plan est reproduit par Louis 
Hymans, t. I, p. 216. On peut joindre, à ces deux documents, un tableau du 
musée des Beaux-Arts, à Buda-Pest où le Palais ducal de Bruxelles est peint, 
vu du côté du parc, et une relation anonyme et inédite d'un Voyage que fay 
fait en Flandre. .. L'an i699 (p. 87). Dans le tableau on voit le vivier avec des 
canards et huit daims dont deux de robe blanche ; dans la relation, on ne 
parle que d'une « quantité de Daims qui sont appriuoisés ». 



■i6 TEMPS MODER>-ES (XVII^ ET XVIlf SIÈCLES) 

Damarum. D'autre part les inventaires publiés par Finot % 
ne parlent que d'une « feuillée » dans le parc du château. 
C'était un couvert champêtre, orné de « toutes jolitez 
d'herbaiges, si comme lauriers, roze-marins, violettes 
et autres sortes d herbes » ; il renfermait un bassin où 
l'on nourrissait des truites, et une grande volière dans 
laquelle on voyait, en 1619, des perroquets, des rossi- 
gnols, de c( grands corbeaux d'Inde » et surtout des 
ft canaris ». D'autres rossignols se trouvaient encore 
dans la chambre de « leurs Altesses » et celles-ci possé- 
daient, en outre, une « vollerie » à Tervueren et une 
« héronnière » à Boitsfort". Ils avaient ailleurs des dro- 
madaires, car on voit quatre de ces animaux figurer 
dans rOmmeganck du 3i mai 161 5, à côté d'une grande 
volière montée sur un char, et dans l'intérieur de laquelle 
un homme s'occupe à faire voltiger les oiseaux^. 

La dernière ménagerie que nous ayons à signaler à 
cette époque, en Belgique, est celle du château de 
Laeken, connu, au xviii^ siècle, sous le nom de château de 
Schoonberg. Ce château avait été construit de 1782 à 
1784 par le duc Albert de Saxe-Teschen ; il était entouré 
d'un parc où le duc et l'archiduchesse Marie-Christine^ 
sa femme, alors gouvernante des Pays-Bas au nom de 
l'Autriche, se livraient à leur goût prononcé pour l'histoire 
naturelle ; ils -^ trouvaient, en effet, une foule d'arbres et 
de plantes exotiques très rares ainsi qu'une petite ména- 

^ T. Y, 221 et t. YI, p. 87, 95, 104. 2o5, 211, 299. 

^ C'était au château de Boitsfort, tout près de Bruxelles que se trouvait, 
depuis le temps des ducs de Brabant, la plus graude partie de la véaerie 
ducale. Yoir Galesloot. Recherches historiques sur la maison des chasses des 
ducs de Brabant (cité par Wauters, t. 111, p. 36"). 

' U Omnieganck était une grande procession qui avait lieu chaque année, 
à Bruxelles, en commémoration de la translation d'une image miraculeuse de 
la Yierge. L'Ommeganck de i6i5 a été peint par Denis van Alsloot sur six 
grands panneaux qut sont aujourd'hui au Victoria and Albert Muséum, à 
Londres. 



MENAGERIES DES PAYS-15AS ESPAGNOLS '2.- 

gerie « disposée avec goût ^ ». Thouiii, qui la visita en 
l'an II, dit qu'elle était destinée aux oiseaux de diverses 
espèces, particulièrement aux gallinacés. Elle occupait 
« une clairière pratiquée dans l'épaisseur d'un bois et 
garnie de grillages de fer dans toute sa circonférence. 
Des cages en maçonnerie étaient destinées à recevoir 
les animaux et à les défendre du mauvais temps- ». 
A Ja fin du xviii'' siècle, avec les animaux de la ména- 
gerie de l'évêque de Gand, dont nous avons parlé plus 
haut, et celle du château de Laeken, il ne restait plus 
en Belgique, en fait de grands animaux étrangers, que 
deux dromadaires au parc du château de Belœil '. Ce 
charmant domaine, que nous a décrit le prince de Ligne, 
son propriétaire, renfermait un « village tartare » avec 
sept ou huit cents moutons et bétes à cornes, un « haras 
d'animaux sauvages » servant à repeupler les bois envi- 
ronnants, une héronnière et enfin une faisanderie coupée 
de jolies petites routes. Non loin deBelœil, le parc gran- 
diose des ducs dWnguien (Enghien) situé dans le Hai- 
naut, à quelques kilomètres au sud-ouest de Bruxelles, 
ne présentait qu'une garenne, un vivier et un jardin médi- 
cinal ', Par contre des montreurs de bètes et des ména- 
geries ambulantes sillonnaient le pays. En 1606, par 
exemple, nous voyons les échevins de Gand donner 
23 « escalins gros » à un Anglais qui avait fait com- 
battre devant eux des ours, des taureaux et des chiens ; 



1 Forster t. II, p. i3o et i33. 

- Thouin, t. I, p. lo. I, p. 255. Thouin faisait partie de la commission 
envoyée par la Convention, à la suite des armées françaises, pour rechercher 
les objets utiles à la science et àlart et pouvant être transportés à Paris ; les 
autres commissaires étaient : Faujas, Leblond et de Wailly. 

■* Ces dromadaires, confisqués par les armées de la Révolution, furent con- 
duits à la ménagerie du Muséum de Paris, en prairial an III (juin 1-95). 

* Voir la description de ce domaine dans un recueil de la Bibliothèque de 
lArsenal, à Paris. (Estampes n'^ 1007, pi. LXIY et suivantes.) 



a8 TEMPS MODERNES (xVII^ ET XVIII^ SlÈCLEs) 

Tannée suivante, ce sont deux forains de Paris qui 
reçoivent 5 escalins pour avoir fait sauter et danser un 
loup-cervier et deux pananes (?). En 1628 arrivait à Gand 
un éléphant ; en i63o, deux bœufs gras de taille extraor- 
dinaire venant de pays étrangers ; en 1642, un second 
éléphant '■ ; et il est probable qu'on vit encore, en Bel- 
gique, les montreurs de bêtes que nous allons trouver tout 
à l'heure en Hollande. 



* Archiv. delà ville de Gand, comptes 1606-1607, fol. 289; 1607-1608, 
fol. 296; 1628-1629, fol. 193 yo ; i63o-i63i, fol. 198 v° ; 1642-1643, fol. 212. 



CHAPITRE III 

LES MÉiNAGERIES DES PROYINGES-UNIES 
(HOLLANDE) 

1. Les Provinces-Unies et leurs stadhouders. Les animaux de Lseuwarden. 

2. Les petites ménageries des Princes d'Orange. L'orang-outan de Guil- 

laume V. 

3. La ménagerie du Loo. Les éléphants Hans et Parkie. 

4. Les Français envahissent la ménagerie du Loo. Transport de ses ani- 

maux à Paris. 

5. Fin de l'histoire des deux éléphants. 

6. Acclimatation d'oiseaux étrangers. Ménageries foraines. 

7. La Ménagerie de Blaauw-Jan et le commerce des animaux sauvages à 

Amsterdam. 

8. La Ménagerie de la Compagnie des Indes Orientales, au Cap de Bonne- 

Espérance. 

l. La jeune République des Provinces-Unies, livrée 
à elle-même, en 1079, trouva dans l'énergie qu'elle eut à 
déployer alors, pour lutter contre Philippe II, la véritable 
source de sa richesse. Pour les punir de leur défection, 
le roi d'Espagne avait fermé en effet, aux Hollandais, le 
port de Lisbonne qui lui appartenait, et par où se faisait 
tout le commerce des Indes et de l'Amérique. Dans cette 
occurence, les Hollandais résolurent d'aller chercher 
eux-mêmes les denrées dont ils avaient besoin ; ils fon- 
dèrent, à la fm du xvi'' siècle, les deux Compagnies sou- 
veraines des Indes orientales et occidentales qui, la pre- 
mière surtout, leur donnèrent bientôt un empire colonial 
considérable, pris en grande partie aux Portugais. Dès 
lors, Amsterdam remplaça Anvers et Lisbonne et, au 
cours des xvif et xviii* siècles, Ton vit débarquer dans 



3o TEMPS MODERNES (xVlf ET XYIIl* SIÈCLEs) 

ce port, en même temps que les différents produits de 
rOrient et de l'Amérique, les nombreux animaux exotiques 
que nous allons retrouver dans les ménageries qui se 
formèrent à ce moment dans les Provinces-Unies '. 

Ces provinces eurent d'abord à leur tête deux comtes 
de Nassau, qui gouvernèrent respectivement, sous le 
titre de stadhouders ou lieutenants : Tun, les provinces 
de Frise et de Groningue avec résidence à Leeuwarden ; 
l'autre, qui résidait à La Haye avec le titre spécial de 
prince d'Orange, les cinq autres provinces. En 1702, le 
dernier de ces seconds stadhouders, devenu roi d'Angle- 
terre sous le nom de Guillaume III, mourut sans enfants; 
quelques années après, le stadhouder de la branche fri- 
sonne venait résider à La Haye, comme stadhouder 
unique, avec le titre de Guillaume IV, prince d'Orange. 

Y eut-il, au temps des deux stadhouders, une ména- 
2"erie à la cour de Leeuwarden ? Le nom de cette ville, 
dont le radical signifie lion, semblerait l'indiquer ; 
d'autre part, nous trouvons dans les œuvres de Camper 
ce passage également significatif : « Peu de temps après 
que M. Pennant fut arrivé, à la fin de septembre 1774-» 
de la Hollande à Leeuwarden avec un éléphant, une 
autruche et d'autres animaux, l'autruche vint à mourir 
pour avoir avalé trop de monnaie de cuivre. » Mais 
Pennant était un zoologiste anglais qui voyageait dans 
les Pays-Bas; ses animaux pouvaient être destinés à la 
ménagerie de Londres, et Ihistoire de la monnaie de 
cuivre avalée par Tautruche semble bien indiquer qu'il 
faisait voir, en passant, sa ménagerie au public. Et, en 

* La Compagnie des Indes orientales fot fondée en 1694 sous le nom de 
« Compagnie des Païs Lointains » . Le premier voyage de ses vaisseaux eut lieu 
de iSgS à 1397 ; il rapporta, en fait d'animaux de ménagerie, un casoar ou un 
émeu qui avait été offert en présent par un prince de Java. C'était le premier 
oiseau de cette espèce qui parût alors en Europe. « Il fut apporté à Ams- 
terdam comme une très grande rareté ; et il échut à un des Intéressez de la 
Compagnie qui en fit présent aux Etats. » [Recueil des voyages, p. 3o8.) 



MENAGEUIES DES PKOVIjSCES-UNIES il 

effet, les recherches qu'ont bien voulu faire, pour nous, 
M. Riemsdijk, dans les archives de la province de Frise, 
et le professeur J,-W. van Wijhe, dans la bibliothèque 
de Leeuwardcn, n ont nullement montré l'existence de 
lions nourris en captivité dans cette ville. 

II. Il n'en est pas de même pour les stadhouders 
des provinces du sud, les princes d'Orange, qui eurent 
au contraire, dans leurs domaines, plusieurs grandes 
ménageries ', 

La plus ancienne est celle que Frédéric-Henri de 
Nassau, le troisième fils de Guillaume le Taciturne, pos- 
sédait en son château de Honsholredijk, situé à deux 
heures de marche de La Haye. C'est là que se trouvait en 
particulier, en 1640, un des premiers, sinon le premier 
orang-outan qui soit venu vivant en Europe. Cet animal 
provenait d'Angola ; il fut observé et décrit par Nicolas 
Tulp (Tulpius), le professeur dont Rem.brandt a immor- 
talisé les traits dans sa célèbre Leçon d'anatomie\ 

Cette ménagerie existait encore en 1687 ; l'architecte 
suédois Nicodemus Tessin, qui visita alors le château, la 
mentionne en effet; il y remarque entr'autres curiosités : 
un « cheval indien nù » qui avait été donné par l'électeur, 

î Sans compter la petite ménagerie [Diergaarde) que Guillaume III créa 
on ,675 dans son château de Soestdijk, uniquement semble-t-il pour des ani- 
maux domestiques ; p„is celle du château dOoslardiz. ou Honselaarsdijk, 
près de De ft. où un voyageur français vit dans le parc, en i6ûû, une ména- 
gerie avec beaucoup d'animaux [Voyage que jai fait... p. X07). Voir encore 
Morren p. 58. En outre toutes les grandes résidences avaient d'immenses 
viviers dont le Ho^p-er de La Haye est aujourd'hui un des derniers repré- 
sentants (Voir dans Post, le plan de ces viviers, en particulier les cinq grands 
bassins de la « Maison nommée Ryxdorp ».) 

^ Witkamp, h p. IX. Cette description de Tulp se trouve dans ses Observa- 
Uonesmedtcœ{h.. III, chap lvi). Elle est faite sous le titre de :< Satyre indien 

appeleparlesIndiensOrang-Outang«etaccompagnéed'une(iguredanslaquelle 
Carus (p. 269) reconnaît plutôt un chimpanzé; R. Hartmann, au contraire 

dit que « la tête de lanimal rappelle plu.ôt celle d un orang que celle 

d un chimpanzé ! » (p. 3, en note). 



32 TEMPS MODERNES (xVIl" ET XYIIl'' SiÈCLEs) 

un « chat indien moucheté et un élan indien » \ L'année 
suivante, le poète chroniqueur Droste y vit deux camé- 
léons, que le comte de Stirum avait donnés au stadhouder 
Guillaume IIP. Elle existait toujours en 1702. 

Les princes d'Orange possédaient encore, depuis 1748, 
aux environs de La Haye, une propriété où il y avait deux 
maisons de plaisance, appelées le Grand et le Petit-Loo, 
(Het Groote Loo ; H et Kteine-Loo) . Cette propriété était 
située à un kilomètre à Test de la Haye, en face la maison 
du Bois (Huis ten Bosch) . Il n'y eut jamais une grande 
collection d'animaux, mais on y vit arriver, en 1776, un 
autre orang-outan qui avait été envoyé à Guillaume V 
par un marchand de la Compagnie des Indes. Le prince 
s'intéressa beaucoup à cet animal et composa sur lui, en 
langue française, une courte note qui se trouve aujour- 
d'hui dans les archives de S. M. la Reine ^ Ces archives 
renferment également un mémoire plus détaillé qui 
s'accorde, dans sa partie essentielle, avec celui du Prince 
et dont M, Van Riemsdijk a bien voulu nous envoyer la 
copie suivante : 

« Cet animal fut apporté l'été dernier des Indes orien- 
tales sur les instances réitérées de M. Vosmaer directeur 
des cabinets et de la ménagerie de Monseigneur le Prince 
d'Orange et de Nassau * pour être placé dans la ména- 
gerie de son Altesse Sérénissime, où il se trouve encore 
actuellement vivant. C'est une femelle qui étant debout à 
2 pies 1/2 Rhénans de hauteur et d'un naturel extrêmement 
doux sans jamais faire de mal à personne. Au contraire 
elle est caressante, s'attache à un chacun et montre 



'? 



^ Ein Bcsuch'^ia HoUand, Oud-HoUand, 1900, p. 146. 

2 Cocnract Droste, p. 179, vers iSgo. 

2 Voir, dans ces archives, les « Pièces relatives à l'afFairc de l'Ôuran-Outan r,. 

■' Arnout Vosmaer avait été chargé de la direction de la ménagerie du Petit 
Loo par Guillaume V, en 1770. 



MÉNAGERIES DES PROVINCES-UNIES 33 

toutes les marques de tristesse lorsqu'on la laisse seule. 
Elle mange presque de tous les alimens qu'on lui pré- 
sente, même de la viande bouillie ou rôtie et du poisson, 
surtout des fruits, racines, etc. L'eau fait sa boisson ordi- 
naire, mais elle donne la préférence au vin et aux liqueurs 
spiritueuses. Elle se sert de la cuillière et de la four- 
chette pour manger ainsi que d'un verre pour boire tout 
comme nous, 

« Pour dormir elle se couche sur le côté après s'être 
fait un lit de foin, souvent avec un coussin, et comme elle 
est très frileuse, elle se couvre fort bien de quelque 
vêtement ou couverture. 

c( Jamais on ne lui entend faire de bruit que quand 
elle est seule. Pour lors elle pousse des gémissemens 
d'un ton lugubre, sourd et rauque. Elle marche fort bien 
sur ses deux pieds de derrière, mais pour l'ordinaire elle 
emploie les quatre pattes. Elle a une force extraordi- 
naire dans ses pattes de devant, dont elle se sert ainsi 
que toutes les espèces de singes, comme nous faisons 
de nos mains, soulevant et repoussant des corps d'un 
poids considérable. 

« Souvent elle donne des marques d'une intelligence 
plus qu'animale. A l'approche de l'hyver il lui est venu 
sur la tête..., plus de poil et d'une couleur aussi plus 
noire. D'abord elle avoit assez de vivacité naturelle, 
quoiqu'avec quelque chose de triste dans son air, mais à 
présent qu'elle paroit être tombée en éthisie, elle se tient 
fort tranquille et devient extrêmement maigre ; de sorte 
qu'on craint de la perdre, malgré tous les soins qu'on se 
donne pour lui procurer un bon gîte, etc. Il y a plus 
d'un siècle qu'un pareil animal fut envoyé d'Angola 
à son Altesse Sérénissime le prince Frédéric-Henri 
d'Orange, etc. M. Vosmaer se prépare à donner inces- 
samment une plus ample description de celui-ci. » 



34 TEMPS MODERNES (XVII ET XVIH SIECLES) 

Cet orang-outan, qui était attaché dans sa loge avec 
une grosse chaîne^ mourut l'année suivante en 1777. 
Le prince avait promis son cadavre à la princesse 
Amélie Gallitzin, femme de l'ambassadeur de Russie à la 
Haye, mais Vosmaer avait déjà dépecé et préparé le singe 
quand la princesse, qui demeurait à Munster, apprit sa 
mort. Il en résulta une correspondance assez aigre entre 
la princesse Gallitzin et le stadhouder, ainsi qu'entre 
Vosmaer et le philosophe hollandais François Hemster- 
huis qui était un ami personnel de la princesse et qui 
dirigeait son « Cabinet des médailles et antiques ». Le 
philosophe réclamait le cadavre au nom de la princesse ; 
mais Vosmaer qui avait mis l'animal, ainsi que tous ses 
viscères, dans un grand bocal rempli d'esprit de vin ne 
voulait pas s'en dessaisir " ; il en publia la description ^ et, 
à partir de 1767, il décrivit tous les animaux qui avaient 
vécu au Petit Loo. 

Après la mort de Vosmaer, cette ménagerie périclita ; 
les animaux n'y ayant jamais vécu longtemps, on consi- 
déra que son emplacement était insalubre et on la trans- 
forma en une Ecole de botanique qui fut rattachée au 
Cabinet d'Histoire naturelle du prince d'Orange *. 

Les derniers animaux intéressants qu'elle reçut furent 
un couple d'éléphants qui avaient été capturés à 1 âge 
de dix-huit mois dans l'île de Ceylan et qui avaient été 
envoyés au stadhouder par la Compagnie des Indes. Un 
an et demi après leur capture, ces animaux abordaient 



^ Daubenton, qui nous donne ce renseignement dans l'Encyclopédie métho- 
dique (p. XX), nous apprend, par la même occasion, que le prince Louis avait 
un gibbon, à son hôtel de Strasbourg, à Paris. 

2 Voir Camper. Œuvres, t. I, p. 5o et i34. 

3 II finit par transmettre le bocal avec le cadavre à Camper, le 3i jan- 
vier 1777. A cette date, M. Mazel décrivit un auti-e singe qui parut en Hol- 
lande. 

* Forster II, 33i. 



MÉNAGERIES DES PROVI>'CES-U>'IES 35 

en 1784 au port de Flessingue d'où ils furent transportés 
au Petit Loo. 

On donna le nom de Hans au mâle et celui de Parkie 
à la femelle et bientôt ils surent répondre à l'appel de 
ces noms. Ils restèrent pendant un an au Petit Loo, par- 
courant librement les jardins, entrant dans les salons, 
montant et descendant avec facilité les escaliers. « Ils 
traversoient les appartements, et l'heure de la t.sble étoit 
celle où on les voyoit avec d'autant plus d'intérêt, qu'on 
leur fournissoit les moyens de montrer toute la dextérité 
de leur trompe, en leur donnant des fruits, différentes 
espèces de friandises, et en leur faisant boire du vin ou 

même des liqueurs Partout où se donnoit des fêtes, 

ils étoient invités et toujours accueillis avec plaisir ; ils 

faisoient les délices de la cour et de la ville On leur 

faisoit quitter fort souvent leur domicile habituel, pour 
les conduire à La Haye*, où ils servoient d'amusement 
à la cour du stathouder, et où ils étoient exposés à la 
vue et présentés à l'admiration des habitants de cette 
capitale de la Hollande » (Houel). 

En 178,5, on résolut d'envoyer ces animaux à la grande 
ménagerie du Loo où ils devaient trouver plus de place. 
On les conduisit d'abord par eau jusqu'à Nimègue et de 
là, parterre et à pied, jusqu'à Apeldoorn où se trouvait la 
ménagerie. On raconte ■ qu'on eut alors beaucoup de 
peine à leur faire passer le pont du Rhin à Arnhem ; 
ce pont était alors un simple pont de bois. On n'y arriva 
qu'après les avoir fait jeûner puis en leur offrant de loin 
la nourriture sur le pont ; « encore ne faisaient-ils aucun 
pas sans avoir essayé de toutes les manières la solidité 



' Dans le jardin appelé Koekamp et où on voit encore aujourd hui des 
cerfs et des daims à demi-apprivoisés. 

- Nous prenons ce détail dans Lacépède et Cuvier, article de VEléphant 
des Indes, p. 10. 



36 TEMPS MODERNES (XVII ET XVIlf SIECLES] 

de chaque planche sur laquelle ils devaient poser un des 
pieds ». 

III. Le château du Bois ou Loo [Het Loo)^ situé dans 
la province de Gueldre, tout près de la commune d'Apel- 
doorn, était alors le séjour favori des stadhouders, 
depuis Guillaume III, et est encore aujourd'hui la rési- 
dence d'été de la reine de Hollande. Son parc avait ren- 
fermé de tout temps, sans doute, des animaux captifs ; 
mais ce n'est pourtant qu'à la fin du xvii^ siècle que 
nous entendons parler de sa ménagerie. Elle apparaît 
sous le règne de Guillaume III, dans un tableau de Melchior 
d'Hondecoeter qui en peignit les animaux pour le cabinet 
privé du prince. Ce tableau se trouve aujourd'hui au Musée 
de la Haye ; il représente, dans un paysage rocheux et 
boisé : quatre zèbus dont trois à robe blanche et un à 
robe rousse tachetée de blanc, un bubale, un bélier blanc 
de Valachie, deux béliers d'Islande à quatre cornes, un 
mouflon, un éléphant d'Asie, des gazelles, des anti- 
lopes et des canards. 

La collection fut grandement augmentée au cours du 
xviif siècle, car nous voyons Allamand écrire, dans son 
excellente édition hollandaise de Buffon, que la ména- 
gerie de Loo était « la plus intéressante de l'Europe pour 
un naturaliste, vu le grand nombre d'animaux rares 
qu'on y envoie tous les ans, tant des Indes orientales 
que d'Afrique et d'Amérique' ». D'autre part, voici 
comment Thouin la décrit en 1794 : « On arrive à Loo, » 
dit-il, dans son rapport, « la plus considérable et la plus 
belle des maisons de plaisance du stadhouder, par une 
route tracée à travers les bois. Loo est un château de 
construction moderne, accompagné de pavillons sur les 
ailes, d'écuries, de magasins et de bâtiments propres à 

* Tome XV. Addition à l'article Tapir. 



PLANCHE II 

LES ANIMAUX DE LA MÉNAGERIE 
DU CHATEAU DU LOO 

Tableau de Melchior d'Hondecœter, fait au milieu du xviii" siècle pour la chemi- 
née du cabinet privé de Guillaume III au château du Loo (actuellement au musée 
de La Haye). 

(Photographie Bruckmann.) 



MENAGERIES DES PROVINCES-UNIES 37 

loger les personnes attachées à la cour. Le pays est assez 
stérile et couvert de bruyères. 

L'objet principal du A'Oyage était de visiter la ména- 
gerie. Elle est placée à un quart de lieue du château, dans 
une prairie et sur le bord d'un ruisseau d'eaux vives fort 
agréable. Indépendamment des loges où Ton tient les 
animaux pendant l'hiver, il y a des habitations pour l'in- 
tendant du château et pour les gens de service de la ména- 
gerie. Il s'y trouve aussi plusieurs parcs et cours fermés de 
palis et de murs ; l'un d'eux est destiné aux quadrupèdes 
paisibles, l'autre aux oiseaux; un troisième sert aux élé- 
phants lorsqu'on les fait prendre l'air. Le gardien de ces 
derniers est M. Thompson, anglais d'origine, homme 
fort instruit dans tout ce qui concerne l'éducation des 
animaux. 11 nous conduisit à la loge des éléphants, espèce 
d'écurie divisée en deux parties par un grillage formé de 
grosses pièces de bois assemblées avec solidité. » 

Ces éléphants étaient les bêtes les plus curieuses de la 
ménagerie ; c'étaient en même temps les plus intéres- 
santes. Depuis leur arrivée en Hollande, tout jeunes, ils 
ne s'étaient jamais quittés, et avaient grandi l'un à côté de 
l'autre. Ils s'aimaient d'un véritable amour, on pouvait 
même dire d'un amour humain quand on voyait dans le 
parc où on les promenait en liberté, le mâle saisir les 
hautes branches des arbres avec sa trompe pour que sa 
femelle put en manger plus facilement les feuilles '. 

Leur conducteur Thompson avait beaucoup d'empire 
sur eux ; ils répondaient à sa voix et faisaient tout ce qu'il 
désirait : se laissaient mettre la main dans la bouche 
pour en montrer l'intérieur, prenaient avec leur trompe 
un morceau de pain qu'on plaçait sur leur tête, se tour- 
naient en différents sens pour se laisser voir de tous 

^ La scène a été représentée par Houel, auquel nous empruntons ces der- 
niers renseignements. 



38 TEMPS MODERNES (xVII^ ET XVIII^ SiÈCLEs) 

côtés, etc. S'ils faisaient quelque sottise, la punition que 
leur infligeait Thompson était de mettre à Tun de leurs 
pieds un anneau d'où pendait une lourde chaîne de fer 
de deux toises de long. Le coupable subissait le châti- 
ment d'un air contrit, puis il prenait la chaîne avec sa 
trompe et l'agitait. 

IV. En 1793, l'approche des Français avait fait fuir le 
dernier des stadhouders, Guillaume Y, qui devait mourir 
en exil. Sa ménagerie était restée fort négligée, et, pour 
ne pas avoir à en nourrir les grosses bêtes, on fut sur 
le point de tuer les éléphants. Ils furent sauvés par 
Thompson, qui se chargea du soin de leur entretien et de 
leur nourriture, avec le reste de leurs provisions, mais 
bientôt un corps de cavalerie ennemie vint s'établir au 
Loo, et comme c'était pendant l'hiver, et que les chevaux 
avaient besoin de fourrages, il y avait fort à craindre que 
les provisions accumulées pour Hans et pour Parkie ne 
passassent aux chevaux des vainqueurs ; pourtant les 
Français ne touchèrent à rien de ce qui appartenait aux 
éléphants ; ils fournirent même le bois nécessaire au 
chauffage de ces animaux frileux. 

Malheureusement les autres parties de la ménagerie 
furent pillées par un homme dont nous ne connaissons 
pas le nom, mais qui paraît bien être un des représen- 
tants de la République française dans les Pays-Bas. 
Voici, en effet, comment Houel raconte l'événement. 
« Il se trouve quelquefois des hommes à qui les objets 
rares que peut fournir la nature, n'offrent aucun intérêt, 
et qui ne connoissent de beau que ce qui flatte leur 
palais et emplit leur ventre ; le sort en plaça un de ce 
genre dans les environs du Grand Loo [le Loo] ; il occupoit 
une place qui lui donnoit le droit de requérir et de prendre ; 
la ménagerie devint sa basse-cour ; et souvent lui-même, 



MÉNAGERIES DES PROVINCES-LîsIES ig 

le pistolet à la main, il allait frapper impitoyablement le 
faisan doré, la pintade tigrée ou le canard de la Chine ; 
l'oiseau dont le plumage était le plus hrillant, excitait 
ses vo races désirs. » Ce fut encore Thompson qui sauva 
le reste de la ménagerie ; il avait vu périr ainsi avec 
peine un beau cerf d'Amérique qui faisait l'admiration 
des naturalistes et des curieux et il craignait pour ses 
éléphants; il osa donc avertir le général Dejean, qui com- 
mandait les troupes françaises, de la dévastation qui se 
faisait sous ses yeux. Le général expédia aussitôt des 
ordres pour qu'on respectât tout ce que contenait 
encore la ménagerie et envova un détachement assez fort 
pour faire exécuter ses ordres. 

Du reste une convention faite entre les Etats de Hol- 
lande et les représentants de la République française 
venait de rendre celle-ci maîtresse de la ménagerie du 
Loo. Pour exécuter cette convention, le représentant 
du peuple Alquier arriva en Hollande, le iG prairial an III, 
et se mit en mesure de faire parvenir en France les habi- 
tants de la ménagerie. Il y restait alors : 

1 éléphants de l'Inde, mâle et femelle ; 

6 axis ou cerfs du Gange ; 

I biche du Bengale ; 

I biche commune ; 

3 brebis d'Angola ; 

1 chèvre issue d'un bouc d'Angola et d'une chèvre 
commune ; 

2 porc-épics ; 
I casoar; 

I demoiselle de Numidie ; 

3 pigeons couronnés du Bengale ; 
I paon ; 

1 vautour royal ; 

2 hoccos ; 



40 TEMPS MODERNES (xVII* ET XVIIl' SiÈCLEs) 

4 paons femelles de Surinam ; 
6 cigognes ; 

2 coqs faisans dorés de la Chine ; 
DO faisans argentés de la Chine ; 

1 faisan mâle ordinaire ; 

2 poules de soie ; 

et enfin plusieurs dorades argentées de la Chine. 

Les frais de transport de cette ménagerie avaient été esti- 
més à iS.ooo livres en numéraire, et à 5o à 60.000 francs 
en assignats, ces derniers « pour Temploi à faire sur le 
territoire de la République », mais ces sommes furent 
dépassées de beaucoup, car on rencontra plus de diffi- 
cultés qu'on n'avait pu le prévoir, 

11 devait s'écouler, en effet, trois ans avant que cette 
ménagerie put être entièrement transportée à Paris et, 
pendant ce temps, aucun crédit officiel n'était accordé 
pour la nourriture des animaux. Aussi, quand l'envoyé 
du Jardin des Plantes de Paris se présenta au château 
du Loo pour prendre les animaux au nom de la nation 
française \ le gardien Thompson lui signifia courageuse- 
ment qu'il ne laisserait rien sortir avant qu'il n'eut payé 
en numéraire, et non en assignats, les dépenses faites 
pour les animaux, depuis le temps de l'abandon de la 
ménagerie par le prince, ainsi que ses propres gages, le 
tout s'élevant, disait-il, à la somme de 1.230 florins'". 
Louzardi en référa au représentant du peuple Ramuel 
qui fit payer d'abord à Thompson ses appointements 
arriérés, se montant à la somme de 2.400 francs, le 

^ On trouvera aux Archiv. nation. (F^'f, carton ii3i) plusieurs lettres 
intéressantes de Delaunay, chargé de la surveillance de la ménagerie du 
Muséum, écrivant aux différents membres du Directoire pour leur demander 
de presser le départ de l'envoyé Louzardi, auquel il manquait un passeport et 
l'avance de ses frais de route. Un autre employé du Jardin des Plantes, Las- 
seigne, lui fut adjoint. 

■^ Voir Archives du Muséum, séance de l'Assemblée des professeurs du 
a4 vendémiaire an IV. 



MÉNAGERIES DES PROVINCES-UNIES ,', I 

nomma garde d'animaux à la ménagerie du Muséum, en 
lui conservant le même traitement, et lui donna, en plus, 
4oo francs pour les frais de voyage de La Haye à Paris, 
de sa femme, de ses deux enfants et de sa belle-sœur \ 
En même temps la République française remboursait les 
frais d'entretien de la ménagerie depuis son abandon par 
le stadhouder jusqu'au départ des animaux pour Paris, 
c'est-à-dire du 12 février 1793 au 5 février 1796. Ces der- 
niers frais s'élevèrent dans leur ensemble à la somme de 
1 007 fr. 83 ; le détail nous en est donné dans un mémoire, 
conservé aux Archives nationales -, qui nous fait savoir 
comment la ménagerie du Loo était administrée. 

Ces questions étant réglées, les animaux de la ména- 
gerie du Loo, à l'exception des deux éléphants, furent 
installés sur dix caissons de la République qui, traînés 
par quarante chevaux et escortés par quatorze hommes 
du train, entrèrent au Jardin des Plantes de Paris, 
le i4 fructidor an IV (3i août 1796). La collection était 
moins belle, en réalité, qu'on ne l'aurait pensé en 
voyant passer ce cortège digne des anciennes ménage- 
ries romaines ; elle ne comprenait, en effet, dit un docu- 
ment% que 11 quadrupèdes et 36 oiseaux. 

V. Le transport des éléphants à Paris fut beaucoup 
plus difficile et prit beaucoup plus de temps. Il fallut 
d'abord construire des chariots spéciaux et deux vastes 

i Arch. nat. F^^f ii3o. 

- F^'f, carton ii3i. Voirie document n» 26. 

^ Nous avons trouvé les renseignements sur la fin de la ménagerie du Loo, 
confondue parfois avec la maison du Grand Loo, dans les documents suivants : 

1° Lettre de Delaunay (Archiv. du Muséum), séance de l'Assemblée des 
professeurs du 4 messidor an IV. 

2» Lettre de Jussieu au Ministère de l'Intérieur (Archiv. nation. F"f, 
carton ii3o). 

30 Etat de la ménagerie de Loo dressé le 18 juillet 1796 par le citoyen 
Julien, premier secrétaire de la légation de la République française près la 
République batave [ibid.]. 



42 TEMPS MODERNES (xVIl" ET XYIÎl'' SIECLES) 

cages en bois couvertes d\in toit, demi-obscures, dans 
lesquelles on avait résolu d'enchaîner les animaux par 
les pieds, pour les faire voyager. 

Ce fut seulement le 2 messidor de l'an IV (20 juin 1796) 
que tout fut prêt. On fit entrer Hans dans sa cage ; 
mais dès qu'il se vit enfermé, il démolit en un clin 
d'œil les barreaux de sa prison, fit une ouverture par 
le moyen de sa trompe et de ses défenses, dont une fut 
brisée, puis vint rejoindre sa compagne en poussant 
des cris de triomphe. On se remit donc au travail et 
quatre mois après, on voulut faire rentrer Hans dans 
sa cage solidement réparée, mais l'éléphant, sachant ce 
qu'il en était, ne voulut plus se prêter à la manœuvre. 
Alors on eut recours à la ruse et, comme un homme ne 
l'aurait point trompé, on employa un enfant. La ruse de 
Tenfant fut simple; il jeta des pommes de terre assez 
adroitement pour qu'elles tombassent toujours en arrière 
des pieds de devant de l'éléphant ; or, comme une des 
jambes de ce dernier était retenue par un gros bracelet 
de cuir attaché à une chaîne de fer, ce n'était qu'en recu- 
lant qu'il pouvait prendre ces pommes; la disposition et 
la direction de la chaîne l'eussent empêché de faire 
autrement ; de sorte qu'en reculant chaque fois qu'il 
ramassait un fruit, il se trouva dans sa voiture sans s'être 
aperçu qu'il y était entré. La porte en fut aussitôt fermée 
et on s'adressa alors à Parkie qui monta sans difficulté 
dans une autre voiture. Le convoi se mit en marche pour 
la France, le 25 brumaire. 

« Les éléphants s'ébranlent enfin.., écrit Jussieu aux 
directeurs de la République*... D'après tous les délais 
inconcevables mis à cette opération, on peut craindre 
de nouveaux retards après lesquels il ne sera plus 

* Arcli. nal. F^'f ii3i. 



MÉNAGERIES DES PROVINCES-UNIES 4^ 

temps. Le commandant NocP a témoigné la meilleure 
volonté dans cette affaire, mais il semble que celui qu'il 
a préposé spécialement pour la terminer n'a pas mis toute 
la diligence qu'il aurait due. Si le citoyen président du 
Directoire daignait par un mot d'écrit en Hollande assurer 
que sa volonté est que ces deux animaux viennent à Paris 
où ils sont attendus généralement et avec impatience, il 
n'y a pas à douter que sa lettre aurait un plein et prompt 
succès. Les frais sont faits pour le transports [sic] ; les 
caissons sont préparés etc., tant de peines auraient-elles 
-été prises pour rien? — » 

Les craintes de Jussieu n'étaient hélas! que trop jus- 
tifiées. Ce n'était encore qu'un faux départ. « On n'eut 
pas fait une demi-lieue, continue d'écrire Houel que la 
voiture sur laquelle était le redoutable Hans, ayant 
accroché la grille de fer du parc du Grand Loo, il s'y 
fit une fracture considérable, qui rendit nuls les efforts 
des seize chevaux qui la tiroient, et arrêtant totale- 
ment la marche, contraiernit la caravane à faire halte 
en cet endroit. » On resta là pendant quatre jours, en 
attendant que les ouvriers eussent réparé la voiture, 
puis, découragé, l'on revint tout bonnement au Loo et 
les éléphants furent replacés à la ménagerie. « Leur 
rentrée dans leur demeure habituelle fut célébrée par 
des cris tantôt graves, tantôt aigus ; c'étoit le chant 
de l'allégresse : des larmes coulèrent abondamment de 
leurs yeux ; le plaisir et la tendresse en fournissoient la 
source. Leur joie se confondit ensuite, et des caresses 
multipliées exprimèrent leur satisfaction mutuelle. » 

Le citoyen JuUien, premier secrétaire de la légation 
auquel fait allusion Jussieu dans sa lettre, s'occupa alors 
de faire construire de nouvelles voitures plus commodes, 

^ Ministre pléuipolenùaire de la Republique française près la République 
batave. 



44 TEMPS MODERNES (xvil^ ET XVIlf SIÈCLEs) 

plus solides et plus propres à ce transport; cela dura 
encore près d'un an. Enfin, quand tout fut prêt, Jullien 
lit choisir cent chevaux, mobilisa un détachement de 
canonniers et, le 4 vendémiaire de Tan VI (25 sept. 1797), 
au matin, les animaux repartirent définitivement : Hans 
tiré par 16 chevaux et Parkie par 14. Ils arrivaient le 
soir à Deventer, distant de trois lieues de leur point de 
départ, où ils se reposèrent une journée. Le lendemain, 
on les embarquait sur deux bateaux qui descendirent 
l'Yssel jusqu'à son embouchure dans le Zuydersée ; on 
leur fit ensuite traverser le Zuydersée pour entrer dans 
le canal du Muiden et par ce moyen gagner Utrecht ; là, 
coupant une branche du Rhin, ils enfilèrent le Lek, et 
suivirent le courant de la Merwede qui les amena à Rot- 
terdam. Ils séjournèrent quelque temps dans cette ville, 
puis ils remontèrent la Merwede pour parvenir au golfe 
de Biesbosch, près de Dordrecht, où ils attendirent que 
le temps fut devenu favorable pour leur faire traverser 
la petite mer qui devait les conduire à Berg-op-Zoom. 
Mais à peine se trouvèrent-ils sur cette mer qu'ils eurent 
à essuyer une tempête violente ; on les vit alors lutter 
intelligemment contre les mouvements désordonnés du 
bateau en embrassant avec force les plus grosses poutres 
de leurs cages, et, se cramponnant avec leurs pieds, 
se roidir contre le côté opposé où pesait la masse de 
leurs corps. 

Ils arrivèrent à Berg-op-Zoom le vingt-deuxième jour 
après leur départ de la ménagerie et allèrent coucher 
à Anvers. De cette ville ils remontèrent l'Escaut jusqu'à 
Gand, où ils restèrent dix jours et où Parkie laissa à son 
tour une de ses défenses qu'elle rompit en s'agitant dans 
sa loge. Les éléphants suivirent ensuite le petit Escaut 
jusqu'à Audenarde et arrivèrent toujours par eau, à Cam- 
brai, où on se décida à leur faire passer l'hiver, car on 



MÉNAGERIES DES PROVINCES-UNIES 45 

avait eu de bien mauvais renseignements sur Tétat des 
chemins. Pendant ce temps un commandant du génie se 
mit en devoir de faire réparer les endroits les plus mau- 
vais; il réquisitionna les habitants, mais ceux-ci se firent 
tirer l'oreille et c'est à peine s'il parvint à faire boucher 
les plus grands trous de la route. Les pauvres bêtes 
repartirent à la fin de Thiver et arrivèrent ainsi, de cahots 
en cahots, jusqu'à La Fère. On les embarqua alors sur 
l'Oise qu'ils descendirent jusqu'à son confluent dans la 
Seine et, par cette dernière rivière, ils arrivèrent enfin 
à Paris, au port des Invalides, le 3 germinal an VI 
(23 mars 1798). Le convoi fut aussitôt débarqué et le soir 
môme les éléphants entraient au Jardin des Plantes. Ils 
avaient fait ainsi, tant par eau que par terre, un voyage 
de 760 kilomètres qui avait duré six mois. 

Au Muséum, tout un appartement avait été préparé 
pour les recevoir : une grande salle bien aérée, divisée 
en deux loges communicantes, par une cloison à demi-hao- 
teur. et une cour extérieure avec bassin^; mais, comme 
le soir tombait, on les laissa passer encore une nuit dans 
leur prison et on attendit au lendemain pour les mettre 
en possession de leur nouvelle demeure. « L'on com- 
mença par le mâle" qui ne sortit de sa cage qu'avec 
précaution et n'entra dans la loge qu'avec une certaine 
défiance. Son premier soin fut de faire une reconnais- 
sance exacte des lieux ; il visita chaque barreau avec sa 
trompe et éprouva leur solidité en les secouant l'un 
après l'autre. On avait eu l'attention de placer, en 
dehors, de grosses vis qui les tenoient assemblés. Il les 
chercha, les trouva et essaya de les tourner, mais sans 
succès. Parvenu au-devant de la porte en coulisse qui 

' Le plan de ce logement des éléphants du Loo se trouve aux Archiv. nat., 
F^'f, ii3o. 

^ Raconte Toscan, p. 294. 



46 TEMPS MODER>-ES [Wlf ET XVlIl'' SiÈCLEs) 

fait la séparation des deux loges, il s'apperçut quelle 
n'étoit fixée que par un Î3arreau de fer qui se lève per- 
pendiculairement. Il leva ce barreau a^ec sa trompe, fit 
glisser la porte sur elle-même et entra dans la seconde 
loge. Là, on lui donna à déjeuner ; il mangea tranquil- 
lement et parut rassuré. 

Cependant, les dispositions étaient prises pour faire 
entrer la femelle. Il faut savoir que ces deux animaux ne 
s'étaient point vus depuis leur départ de Loo, pas même 
à Cambrai, où ils avaient passé Thiver... On devoit donc 
s'attendre à leur joie, en se revoyant après une si longue 
séparation, et il étoit intéressant de les observer en ce 
moment. 

Lorsque la femelle descendit de sa cage, elle jeta 
d'abord un cri qui n'exprimait que le plaisir de se voir 
en liberté ; elle n'apperçut point le mâle qui étoit dans 
le fond de la seconde loge, tout occupé de son déjeuné. 
Celui-ci ne se doutait pas non plus que sa compagne fût 
si près de lui ; mais le cornac Tayant appelé, il se 
tourna, et à linstant ces deux animaux accourant lun 
à l'autre, se mirent à pousser des cris, des sifflements 
si éclatants que tout l'édifice en fut ébranlé : la joie 
de la femelle parut encore plus vive; elle l'exprimait 
surtout par les battemens précipités de ses oreilles 
qu'elle faisoit mouvoir comme un oiseau fait de ses 
ailes. Elle passoit sa trompe sur le corps du mâle avec 
la plus grande tendresse et la plus grande volupté ; elle 
la portoit particulièrement à son oreille, où elle la 
tenoit longtemps : souvent aussi, après Lavoir promenée 
sur tout le corps du mâle, elle la reportait amoureuse- 
ment à sa propre bouche. » 

On les nourrit, comme en Hollande, avec du pain, des 
carottes, des pommes de terre et du foin ; mais on mit 
à leur grille un factionnaire pour empêcher le public de 



MÉNAGERIES DES PUOVINCES-UKIES \j 

leur donner rien d'autre à niangei'. Et alors, un octidi 
du mois de thermidor de 1 an VII, les Parisiens qui se 
pressaient nombreux autour d'eux virent cette amusante 
bouffonnerie. La femelle étant arrivée à comprendre le 
rôle du factionnaire, se plaça, ce jour-là, bien en face 
de lui, après avoir rempli sa bouche d'eau. La première 
fois ([u'il s'avisa de proférer l'avertissement ordinaire, 
elle lui lança une fusée au visage. On rit. Le faction- 
naire s'essuya tranquillement et se mit un peu plus à 
l'écart, mais tout disposé à rester aussi ferme dans sa 
consigne. Il ne tarda pas d'être obligé de renouveler au 
public l'avertissement de ne rien donner et comme 
il accentuait ses paroles du geste du fusil, la femelle, 
cette fois, se saisit de cette arme, la foula à ses pieds, 
la fit tourner en l'air dans sa trompe, tordit le canon 
comme un tire-bourre et le rendit ensuite, sous les risées 
de la foule, au pauvre factionnaire \ 

Une autre fois, ce furent les professeurs du Muséum, 
et quelques autres privilégiés, qui s'offrirent le rare 
spectacle d'un concert donné à ces animaux. Ils firent 
jouer devant eux, par seize musiciens du Conservatoire : 
le Ça ira^ ma tendre musette. Charmante Gahriclle et 
autres airs célèbres du temps ; ils virent avec étonne- 
ment combien ces animaux étaient sensibles à la mu- 
sique et comment ils manifestaient différemment leur 
émotivité devant ces différentes sortes de mélodies". 

Malheureusement les éléphants ne vécurent pas long- 
temps au Jardin des plantes ; ils moururent successi- 
vement à deux années d'intervalle et dans des circons- 
tances vraiment émouvantes qui sont relatées ainsi dans 

^ Cette histoire est racontée dans la Décade philosophique de Tan YII, 
4*^ trim., p. igS. 

- On tronvera tous les détails de ce concert dans les Comptes rendus de 
l'Assemblée des piofesscurs du 24 prairial an VI [Arch. du Muséum) et 
dans Toscan. 



48 TEMPS MODERNES (XVII ET XVIH SIECLES] 

le reo-istre de TAssemblée des professeurs \ Au mois 
de nivôse de Fan X, en janvier 1802, le mâle eut une 
période de « chaleurs » qui fut caractérisée d'abord par 
un écoulement d'humeur aux tempes beaucoup plus 
considérable que d'habitude. Le 16 du mois, on cons- 
tata que l'animal n'avait point mangé dans la matinée; 
le soir, il parut beaucoup souffrir car il cassa un des 
barreaux de fer de sa loge et frappa violemment les 
barrières de son enceinte ; il mangea alors un peu de 
paille et quelques pommes de terre, puis, comme on 
lui donnait de l'eau, il en but une certaine quantité et 
se servit du reste pour se bassiner les tempes où il 
semblait avoir plus de gêne et de douleur qu'à l'ordi- 
naire. Pendant la nuit, il se remua beaucoup et fit 
grand bruit ; vers quatre heures du matin, il poussa 
quelques cris aigus et, vers les six heures, il tomba 
mort-. Sa femelle qu'on avait fait entrer dans la même 
loge, et qui paraissait fort affectée des souffrances qu'en- 
durait son compagnon, chercha alors à le relever du 
lieu où il était tombé; elle versait des larmes abon- 
dantes et jetait des cris tout à fait différents de ceux 
qu'elle avait fait entendre jusqu'à ce moment. On la 
sépara alors du cadavre pour la rentrer dans sa loge où 
elle se mit du reste à manger, mais en regardant sou- 
vent du côté de l'endroit qu'elle venait de quitter. Les 
jours suivants, elle continua à montrer une telle tris- 
tesse qu'on craignit qu'elle ne tombât malade. L'As- 
semblée des professeurs l'examina et délibéra sur son 
cas ; on conclut que sa maladie n'était que chagrin et 
qu'il fallait à tout prix lui trouver un autre compagnon ; 
mais, comme on n'avait pas d'éléphant sous la main, 

^ Arch. du Muséum. Assemblée de professeurs du 17 nivôse, an X. 
2 L'autopsie de son corps, qui fut faite par Cuvier, dura plus de quarante 
jours ; elle montra qu'il avait succombé à une péripneumonie (Houel). 



MENAGEUIES DES PROVINCES-UMES 4g 

on lui donna... un chameau, Hélas! quelque doux que 
fut le nouvel arrivant, il ne sut faire oublier le cher dis- 
paru et leléphante maigrissait toujours. On résolut 
donc de faire tout pour lui trouver un compagnon de 
son espèce. Au mois de juillet i8o3, le Muséum achetait 
a la foire de Rouen, un éléphant mâle pour le prix de 
16000 francs; mais il était trop tard; la femelle con- 
tinua à dépérir et elle mourut de consomption au mois 
d août de l'année suivante. 

VI. 11 n'y eût pas seulement que des ménageries prin- 
cières, dans les Pays-Bas au xviie et au xvme siècle La 
prospérité générale créée par un commerce florissant le 
goût naturel que les Hollandais avaient pour l'élevao-e 
des animaux domestiques, leur esprit curieux et les faci- 
lites qu'ils avaient de communiquer avec les Indes avec 
1 Afrique et avec le Brésil, firent que chaque riche citoyen 
rivalisa de zèle, à cette époque, pour orner son ce cabinet 
d histoire naturelle », de choses rares, et son jardin de 
betes curieuses ou utiles. Des perroquets se voyaient 
dans toutes les demeures; des hoccos, des pénelopes 
des eperonniers, des pauxis, des faisans exotiques, des 
sarcelles à éventail de la Chine, des canards de la Loui- 
siane étaient acclimatés au point de produire régulière- 
ment dans ce climat froid, et de façon à pouvoir paraître 
sur les tables des riches. 

L'ornithologiste Temminck qui nous raconte ces faits' 
avait lui-même une volière célèbre qui fit l'admiration de 
Le \ aillant, quand ce voyageur français vint s'embarquer 
en Hollande pour son premier voyage dans l'intérieur de 
1 Afrique, ce C'est là, écrit-il dans la relation de son voyage 
quil est permis à l'œil enchanté d'admirer, vivans les' 
individus les plus beaux et les moins connus ; c'es't là 

' Temminck. msl. nat des Pigeons et des Gallinacés, t. I et t. II, p. 453. 



5<) TEMPS MODER>'ES (xVII" ET XVIII^ SiÈCLEs) 

qu'on voit, par les soins assidus qu'on leur prodigue, les 
oiseaux les plus éloignés, les plus étrangers l'un à l'autre, 
nîultipliant, se propageant, comme s'ils vivoient dans 
leur pays natal. » (I, p. i.) 

De même Van der Meulen, capitaine de la bourgeoisie 
à Amsterdam, possédait, en plus d'un magnifique cabinet 
d'histoire naturelle, des animaux vivants parmi lesquels 
un orang-outan femelle que Camper vit en 1772 (I, p. 5o). 
Camper lui aussi garda dans sa maison de campagne des 
animaux vivants, tel qu'un renne. Une des estampes de la 
Bibliothèque nationale qui concerne la Hollande \ repré- 
sente : « La veiie du Basin de la Ménagerie » de la « noble 
maison Lyon... apartenant au très noble et ilustre Sei- 
gneur Monsieur van Hogendorp, receveur général des 
Provinces-Unies... ». Dans le parc de Sorgvliet près de La 
Haye, le comte de Portland, avait en même temps que 
la plus belle orangerie de la Hollande, une grande volière 
et des étangs couverts d'oiseaux. D'autres belles ména- 
geries, celles de M. Backer, près de La Ha3'e, par exemple, 
mais surtout celles de M. Ameshoff sont citées avec éloge 
par Temminck. Enfin il n'y avait pas de ville de quelque 
importance qui n'eût son Parc aux Cygnes {Zwancndrifi) 
ou même, comme Amsterdam et Kampen, sa Tour aux 
lions [Leeuwentoren]' . 

En même temps, c'étaient des forains qui conduisaient 
de ville en ville des animaux curieux, tels que des morses 
ou vaches marines [walruses] et ce rhinocéros, le premier 
venu sans doute en Hollande, qui fut la grande curiosité 
de toute l'Europe, au milieu du xviii^ siècle. Cette bête 
était une jeune femelle qui avait été amenée par un capi- 
taine hollandais à Leyde où il la fit représenter avec son 

^ Cabinet des Estampes. Topographie de Neerlande, VI, Giieldre. 
^ Witkamp, a p. iDi.Pour Sorgvliet ou Zorgvliet, voir Morren, p. lo, i5, 
18,27. 



MÉNAGERIES DES PROVINCES-UNIES 



5l 



propre portrait, dans une gravure curieuse qui porte la 
légende suivante : 

« Véritable portrait d'un Rhinocérot vivant lequel fut 
pris l'an 17/n, en Asie, dans l'empire du Grand lAlogol, 
dans la Province d'Assem ; à l'âge de trois ans, il fut amené 
de Bengale en Hollande par le capitaine Douvemont van 
der Meer. » Cette légende écrite en latin, en français, en 
hollandais et en anglais, entourait le portrait du capitaine- 
au-dessous se voyaient ces lignes écrites en hollandais : 
« La bete représentée ci-dessus est vue dans le mois de 
mai 1747, âgée de 8 ans 1/2 ; 
5 pieds et G pouces en hauteur ; 
12 pieds de long et 12 pieds de large ^ » 
Le capitaine lui graissait souvent la peau avec de 
l'huile de poisson et on lui donnait par jour, pour sa 
nourriture habituelle : 60 livres de foin, 20 livres de pain 
et 1.4 seaux d'eau. Les visiteurs ne manquaient pas 
de lui jeter quelques victuailles en supplément; son 
gardien lui faisait boire en public du vin et de la bière et 
pour montrer combien la bote aimait la fumée de tabac' 
il lui en soufflait dans le nez. Ce rhinocéros attira natu- 
rellement l'attention des savants et des artistes hollan- 
dais ; le professeur Albinus, de Leyde, fit .graver à nou- 
veau le portrait de la bête, à côté d'un squelette humain 
dans deux de ses plus belles planches anatomiques ^ et 

Tin ir ^'r °'T "^^ '""" ""'"•"P" ^°°^ "^^ 5^ centimètres sur 4r centimètres 
Ln exemplaire acheté par un habitant de Reims lors du passage du nhZl- 
ceros dans cette ville, se trouve dans la collection de M. J. Cottreau à PaHs 
ou nous lavons vue. Le premier propriétaire de l'estampe avait écrit au dos 
quelques renseignements qui nous ont servi ici, en môme temps que 1- 
ouvrages suivants: Ladvocat. Lettre sur le Rhinocéros. - Coyef Lettre 
une dame anglo.se, dans Bagatelles ,norales, p. .3.. _ Barbier' Jou^; Tll 
68, et I\, 3.6^ _ Grimm et Diderot. Correspondance, édit. Tourneux I 
p' 2\ TviT/'°^ '' nourriture). - DArgenso'n. Mémoires, Y (3o riT^'^ ! 
p. 48,etVI(.i nov. X749), P- 77- - Comtesse Dash. Les Galantenes, IV .! 

- Musculoritm Tab., ni IV et VITl TTnr. A^ ^ i i 

car Mathi;,^ Dnv.l . r ,r \ ^ "^ planches a été reproduite 

par malhias Uuvai et Cuyer (hg. 64, p. i-q). 



52 TEMPS MODERNES (xYII^ ET XXllf SiÈCLEs) 

Camper vint du nord de la Hollande pour le dessiner et 
le modeler après l'avoir longuement étudié'. 

VII. La ville d'Amsterdam avait elle-même, au xviii" siè- 
cle, une sorte de ménagerie foraine connue sous le nom de 
Blaauiv-Jan. Cette ménagerie se trouvait située dans la 
cour d'une maison du Kloveniersburgwal, une des grands 
canaux de la vieille ville, en face de la Slijkstraat-; elle 
portait comme enseigne les mots : « Zum hlaauen Jan », 
ancienne désignation d'une teinturerie de bleu qui avait 
existé autrefois dans cette maison. Elle se composait 
d'une grande volière entourant un espace central réservé 
aux visiteurs, et d'un certain nombre de loges séparées ; 
la cour elle-même était entourée d'un portique, au- 
dessous duquel se trouvaient des bancs et des tables 
pour boire du vin et de la bière. 

La légende suivante d'une gravure représentant cette 
ménagerie en 1751, montre quelle renfermait alors, en fait 
d'animaux : 

« 1° Une paire d'autruches ; 2° un jeune lion avec sa 
lionne ; 3*^ plusieurs tigres ; 4° deux oiseaux de l'Inde 
nommés Casuaris ; 5° un paysan [Boer] nommé Wybrant 
Lolkes né en Frise, dans le village de Oosten, qui avait 
le 2 mars 1731, 26 ans et qui ne dépasse pas la taille de 
29 daim ; 'o" vous verrez encore le fameux Cajanus qui 
a été exposé longtemps ici, mais qui est mort quelque 
temps après dans le Provenierhuis (asile de vieillards) à 
Haarlem ; il avait 8 pieds et 9 duim. A l'intérieur de la 
volière, il y a des cages dans lesquelles se trouvent plu- 
sieurs oiseaux et animaux rares ; et au milieu il y a plu- 

1 Camper. Œuvres, t. I, p. iVi, l'j'-j, 278. La suite de l'histoire de cet 
animal est donnée p. 278 de ce volume. 

- Les renseignements que nous donnons sur celte ménagerie sont pris à 
Witkamp, a, p. i53-i56 (avec lîg.), à Camper I, p. 60 et 73, et à Allamand 
(édit. holland. de Buffon, 1766-1779). 



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MÉNAGERIES DES PROYI>"CES-U>"IES 53 

sieurs cerfs, biches, paons, grands singes Baviaanen), 
singes, poules, cacatoès et autres animaux trop nombreux 
pour les citer tous, avant tâché de montrer sur la gravure 
les choses les plus essentielles : chacun du reste peut 
venir pour le voir. » 

En août 1776. cette ménagerie reçut la visite du profes- 
seur Heinrich Sanders. de Carlsruhe. qui sexprime ainsi 
à son sujet ^ : a Blaauw Jan est une auberge connue pour 
les animaux sauvages qu'on y montre. Il y a dans la cour 
des cages en fil de fer avec des singes, des bavians. des 
chats de Aladagascar. des oiseaux de proie, des perro- 
quets, des kakatoès, des pélicans Lepel^anzen\^ des 
ours, etc. L'entrée coûte 4 stuh'ers ' : on peut y boire du 
vin et de la bière et on peut y rester le temps qu'on 

veut » Un lion était montré à part dans une cage en 

simple fd de fer « dans laquelle, remarque le professeur. 
on aurait bien mis chez nous un cochon, mais pas un 
lion » ; il fallait payer un supplément pour le voir. 

La même année, la ménagerie reçut la visite de 
Guillaume V. puis celles de Vosmaer. qui y remarqua, 
entr'autres. un coati de Buiïon et une marmotte africaine. 
et de Camper, qui y étudia un orang-outan : enfin l'em- 
pereur Joseph vint la visiter le 14 juillet 1781 . Le proprié- 
taire de Blaauw Jan. c'était alors le zoolosriste Beraf- 
meijer . cherchait du reste toujours du nouveau pour 
attirer sa clientèle et, à l'époque de la kermesse sur- 
tout. il faisait venir des animaux du monde entier, qu il 
revendait ensuite aux autres ménageries de Hollande 
ou à l'étranger. Il vendit entr'autres un magnifique 
paresseux hdaarcr au marquis de Montmirail et. en 
1732. il fournit les premiers animaux qui allèrent, en 

* Dans un article de Beschreibiing seiner Beisen, publiée en ijSS. 

* C'est-à-dire environ o fr. 40. le sou hollandais ayant à peu près aujour- 
d'hui la valeur de o fr. 10. 



54 TEMPS MODERNES (xYIl'' ET XYIIl" SiÈCLEs) 

Autriche, peupler la nouvelle ménagerie de Schônbrunn. 
Blaauw Jan commença à péricliter à partir de 1781. A 
cette époque, les Pays-Bas étaient en guerre avec l'An- 
gleterre et les Hollandais fréquentaient plus les clubs que 
les lieux où Ton s'amuse. La ménagerie délaissée se 
dépeupla peu à peu; aussi, en 1784, son propriétaire 
vendit la maison et la cour à un marchand du nom de 
Soukes qui y installa un magasin de faïences ; on pouvait 
encore y voir, il y a trente ans, quelques vestiges des 
anciennes loges d'animaux. 

VIII. Blaauw-Jan avait été visité, sans doute, autant 
par les artistes que par les savants, mais, en son temps, 
les grands animaliers hollandais : Rembrandt, Weenix, 
Paul Potter, Melchior d'Hondecoeter, n'existaient plus. 
Le xvii^ siècle n'avait pas manqué du reste de leur offrir 
nombre de modèles vivants d'animaux sauvages. En i633, 
la municipalité d'Amsterdam faisait voir au profit des 
pauvres, dans le « Oude Glashuis », un éléphant et un 
tigre \ D'autre part, les vaisseaux de la Compagnie des 
Indes orientales amenaient continuellement avec eux des 
bêtes exotiques. Cette compagnie fut môme, au cours 
de ces deux siècles, la principale pourvoyeuse des ména- 
geries hollandaises. Pour cela, elle avait fait construire 
sur son quai, à Amsterdam, des écuries et des étables 
spéciales où étaient placés en dépôt les animaux que ses 
navires rapportaient des pays lointains'; puis, pour la 
même raison, elle avait créé un autre dépôt d'animaux 
dans la colonie hollandaise du Cap. Cette ménagerie du 
Gap de Bonne-Espérance, se trouvait placée^ à l'est du 

^ Witkamp, a, p. i52. L'éléphant était un éléphant blanc. Armaudi, p. 38o. 

2 Witkamp, a, p. i52. 

^ Les renseignements sur cette ménagerie, dont nous ne donnons pas la 
source, sont dus aux recherches que le D"" L. Péringuey, directeur du 
South African Muséum du Cap, a bien voulu faire pour nous. 



MENAGERIES DES PROVINCES-UNIES 5j 

jardin de plaisance du gouverneur. Ce jardin dont nous 
avons trouvé remplacement exact sur un plan manuscrit 
du Gap datant du commencement du xvii" siècle', était 
situé à 7 ou 800 mètres de la côte, entre le fort et le 
village. Il est décrit en détail par Tambassadeur français 
de Ghaumont dans la relation de son vovao-e de i685. 
Le portail d'entrée de la ménagerie, « orné de deux lions 
couchés, de belle tournure » existe encore aujourd'hui 
et donne accès dans le South-Africaii Collège qui occupe 
remplacement même de Fancienne ménagerie. 

En 1703, Kolbe qui donne le plan du jardin de la com- 
pagnie ne parle pas encore de la ménagerie ; elle fut fon- 
dée, en même temps qu'un muséum, par le gouverneur 
Simon van der Stell. ou du moins c'est sous son gouver- 
nement qu'elle fut rendue publique ; elle fut décrite pour 
la première fois, en 1714. par Valentyn qui donne 1 énu- 
mération des animaux qu'elle contenait alors ; puis 
Sparrman nous apprend quelle possédait en 1778 : « des 
autruches, des casoars, des zèbres et quelques différentes 
espèces de gazelles et d'autres quadrupèdes plus petits, 
presque tous natifs du pays. Dans une autre division on 
tenait diverses espèces d'oiseaux étrangers et domes- 
tiques ». 

La ménagerie du Gap dura une partie du xix° siècle 
et exposa même des animaux féroces ; on rapporte, en 
effet, qu'en 1823, une femme hottentote s'étant appro- 
chée de la cage d'un lion fut saisie par le bras et si ter- 
riblement mutilée, qu'elle mourut de ses blessures. La 
ménagerie fut supprimée en i832, sous le proconsulat 
de lord Gharles Somerset. 

^ Bïhl. nat. (Départ, des Cartes), i'n Recueil de cartes, vol. f^n^^ 1 56, p. 109. 



CHAPITRE IV 

LES MÉNAGERIES D'ALLEMAGiNE ET D'AUTRICHE^ 



1. Les lions du prince électeur Auguste I" à Dresde. Combats d'animaux. 

2. La ménagerie d Auguste II à Neustadt. Expédition envoyée en Afrique 

pour chercher des animaux. 

3. Les ménageries des landgraves de Hesse à Cassei. Les derniers 

Aurochs. La ménagerie de Aue. 

4. La ménagerie de Potsdam ; le « Jagerhof « de Berlin ; la faisanderie de 

Charlottenbourg ; et les animaux de Maupertuis. 

5. Ménageries des seigneurs allemands. Montreurs de bêtes. 

6. Ménageries dAutriche. La ménagerie impériale de Neugebau (suite et 

fin). Histoire tragique dune jeune mariée. 

7. La ménagerie du prince Eugène de Savoie, au Belvédère. 

8. La ménagerie impériale de Schbnbrunn {de 1752 à 1799), 

I. La plus ancienne et la plus grande des ménageries 
allemandes du xvii^ et du xviii® siècle est celle de Dresde. 
La cour de Saxe eut sans doute des animaux sauvages dès 
le XV® siècle", mais la seule ménagerie dont nous ayons 
vraiment connaissance dans cette ville est celle que fit 
construire, en i554, près du pont de l'Elbe, le prince 
électeur Auguste P*". Elle ne se composait alors que d^une 
fosse aux lions dont les animaux parurent à une fête 
[Kampfjagen) qui fut donnée, quatre ans après, dans 

^ La partie de ce chapitre qui traite des ménageries autrichiennes est écrite, 
en grande partie, d'après l'important ouvrage de Fitzingcr qui contient une 
bibliographie à peu près complète, et la liste de tous les animaux qui ont vécu 
dans les ménageries impériales d'Autriche. Nous avons consulté également 
Freudenreicli, Kronfeld et Knauer. Enfin, nous avons fait des recherches 
directes aux Archives impériales de Vienne où nous avons trouvé notam- 
ment des estampes anciennes foFt importantes pour nous. 

^ Pour les sources historiques de cette période, voir : Stricker, 6, et 
Hasche : Diplomaiiscke geschichte von Dresden, 1817. 



MÉÏVAGERIES D ALLEMAG>'E ^7 

la cour du château, que Ton voit encore aujourd'hui au 
centre du vieux Dresde, En 1612, les lions du pont de 
l'Elbe furent transportés sur le nouveau marché, dans 
une autre ménagerie qui se composait d'une maison de 
lions et d'une sorte d'étable. 

L'année suivante, le i®' juillet i6i3, TElecteur Jean- 
Georges I*^^ donna sur la vieille place, en Thonneur de la 
naissance de son fils, une autre chasse semblable à celle 
des amphithéâtres romains dans laquelle on poursuivit 
trois ours et trois sangliers; deux jours après, il fit com- 
battre les animaux de sa ménagerie entre eux. En 1668, 
il y avait : cinq ours noirs, cinq jeunes ours bruns, un 
ours blanc, deux lions, dix lynx, un grand chat sau- 
vage et un « marian », animal « qui a la coutume de se 
suspendre par la queue aux arbres ». A la même époque, 
dans une « maison de chasse » située sur la rive droite 
de l'Elbe, dans le vieux Dresde, on pouvait voir encore 
des lions, des ours, des loups, des renards et des lynx. Il 
y avait là, entr'autres, quinze ours qui avaient à leur dis- 
position des fontaines et des bassins à eau courante avec 
des arbres à grimper dont le haut était disposé en cou- 
chette. 

C est un peu avant cette date que la ménagerie de 
Dresde et les réserves de chasse de FElecteur furent 
visitées par un médecin parisien, Charles Patin, le fds du 
célèbre doyen de la Faculté de Paris, qui nous en donne 
la description suivante : a Pour de différens animaux 
vivans, je n'en ay jamais tant vu, et j'aurois peine à 
croire qu'il y en eut tant ailleurs. L'Afrique n'a peut- 
estre pas tant de monstres. Monsieur l'Electeur qui se 
plaît à cette curiosité, en a fait venir d'Orient et d'Oc- 
cident, mais le plus grand nombre vient de ses terres. 
Il n'y a pas de plus belles chasses au monde, on y mas- 
sacre quelquefois en un jour jusques à mille sangliers. 



58 TEMPS MODERNES (xvif ET XVIIl'' SIKCLEs) 

Aussi s. A. R. y prend-Elle un plaisir singulier, et y fait 
plus de dépense qu'aucun autre Prince, j'adniiray le gou- 
verneur de ces bètes qui en faisait ce qu'il vouloit. Vous 
diriez que les loups, les lions, les ours, les lynx, les 
tigres, les léopards, perdent toute leur furie quand ils le 
voyent, au moins ne luy sont-elles plus farouches \ » 

En i683, la ménagerie voyait naître trois petits lion- 
ceaux d\m couple de lions donné trois ans auparavant 
par le Grand-duc de Toscane Gosme lïl ; en 1686, l'Elec- 
teur achetait d'un marchand hollandais : un lion, une 
panthère et un porc-épic qu'il payait i 600 thalers. 
Trente trois ans après, à l'automne de 17 19, l'électeur 
Auguste II, qui était en même temps roi de Pologne sous 
le nom d'Auguste P'", donnait à Dresde, à l'occasion du 
mariage du prince Electeur avec l'archiduchesse José- 
phine, des fêtes splendides dans lesquelles figurèrent les 
animaux de sa ménagerie. Voici comment le Mercure de 
France^ décrit le combat des animaux : « Le 6 sep- 
tembre, on se rendit à l'endroit où devoit se faire le 
combat des bêtes sauvages. Le Roi, le Prince et la 
Princesse s'y trouvèrent dans une grande salle, où il 
y avoit plusieurs tables remplies de confitures et de 
rafraîchissements. Nous eûmes peine à trouver place 
dans cette salle tant il y avoit de monde. Les dames de 
la ville, et grand nombre d'étrangers, étaient rangés sur 
des balcons à trois étages, qui entouroient toute la Place. 
Nous y trouvâmes trois taureaux, et un autre appelé 
Aura Ochb d'une prodigieuse grandeur et figure. Ges 
taureaux s'entre regardaient assez paisiblement, mais ils 
ne laissèrent pas de renverser deux figures d'hommes, 
faites de carton. Quelques temps après, on fit entrer un 
beau cheval entier, qui alla droit au grand taureau pour 

^ Relations historiques... p. 216-217. 
2 N° d'octobre-novembre i7i9,p. ^1 



ME.XAGEHIES D ALLEMAGNE 5y 

l'attaquer; mais crim seul coup de corne, il fut mis hors 
de combat pour le reste du jour. Il parut ensuite une 
lionne, un tigre et un lion ; mais tout cela ne fit pas 
grand mal. Les deux premiers couraient deçà et delà, 
paraissant avoir peur, et le lion, pendant ce manège, se 
couchoit tranquillement. On auroit dit qu'il n etoit que 
spectateur et juge du combat. 

« On lâcha, après cela, jusqu'à six ours, qui pour se 
disputer un petit bassin d'eau qui était au milieu de la 
Place, se firent entr'eux le plus grand mal. Ils ne lais- 
sèrent pas de combattre encore plusieurs fois contre un 
des taureaux ordinaires, qui étoit furieux, et qui les ren- 
versa l'un après l'autre. Il parut ensuite un singe des 
plus gros et des plus laids que j'aye jamais vu, qui 
essaya plusieurs fois, mais en vain, de monter le balcon. 
Il attaqua un des ours, et le renversa, chassa le tigre 
tout à l'entour de la Place, et combattit avec avantage 
un des sangliers, de sept ou huit que Ton fit entrer pour 
la conclusion de la fête. Le Roi les tua tous à coup de 
balles, à l'exception d'un que le lion étrangla en passant, 
et d'un autre qui fut blessé à mort, puis entraîné dans 
le bassin d'eau par un des ours. Ainsi finit cette fête, 
d'où l'on alla à la Comédie italienne. )> 

IL En 1722 ou 1724, Auguste II faisait transporter les 
lions du château dans la nouvelle maison de chasse de 
Neustadt où on voyait, en 1 731 : G lions, 5 tigres, i léo- 
pard, I porc-épic, 2 chats indiens et i singe atèie {tvald- 
teu/el) ; le i^'' novembre de cette année, la nouvelle ména- 
gerie recevait du roi de Suède, Frédéric l" : 2 lions, 
3 tigres, I chat indien'; enfin, toujours dans la même 
année, Auguste, pour augmenter ses collections scien 

* Voir C. Lundin, p. 140. 



6o TEMPS MODERNES (xVif ET XVIIl' SIECLES) 

tifiques, envoyait en Afrique une expédition composée 
de cinq savants et d'un peintre sous la direction du pro- 
fesseur D"" Jean Ernest Hebenstreit'. A Alger la mission 
reçut en cadeau, d'un des fils du dey : une jeune lionne, 
deux porcs-épics et des autruches, puis Hebenstreit se 
dirigea vers l'Atlas et revint, le 26 mai 1782, avec une 
autruche, des antilopes et d^autres animaux sauvages. 
Il envoya ce premier convoi en Europe par un bateau 
anglais. Un mois après, la mission avait recueilli à 
nouveau : 2 autruches, un jeune lion, 3 chacals, 3 jeunes 
antilopes, un ichneumon, une genette, quelques camé- 
léons, etc. ; ce second convoi fut mis sous la direction 
d'un esclave chrétien libéré, le chirurgien Gaspar Rin- 
neberg, natif d'Eisenach ; il fut embarqué à Bône le 
21 juin, avec des chèvres pour allaiter les antilopes, 
et dirigé sur Marseille. Au cours de la traversée le 
navire fut assailli par une tempête et emporté sur les côtes 
de Sardaigne ; quand il arriva à Marseille, il ne restait 
plus du convoi que le lion et les autruches, mais il s'était 
enrichi, à Gagliari, d'un couple de mouflons. Hebenstreit 
envoya un troisième convoi d'animaux de Tunis, où 
il était arrivé le 18 août 1732; ce convoi renfermait 
entr'autres : un cercopithèque, une autruche, un aigle de 
mer et nombre d'autres animaux moins importants. 
En 1737, la maison des lions de Neustadt renfermait : 
9 lions dont 4 mâles et 5 femelles, 6 tigres, i léopard, 
I porc-épic, 8 chats indiens et 2 mandrills. 

Nous ne savons quand ni comment cette ménagerie 
disparut. Les derniers renseignements que nous en ayons 
datent de 1751; c'est une lettre de Keyssler qui parle 

» L'histoire complète de cette expédition se trouve dans : Eine siichsische 
Expédition nach Africa 1731... vom Ministerialrath D-" Karl von Weber, 
Df des Hauptstadt-archives, in Archiv. fur die sàch. Geschichte 1865, lih 
i-5o. Les rapports de Hebenstreit ont été imprimés dans : Joh. Bernouilli s 
Sammlung Kurzer Reisebeschreibungen. Berlin 1743, IX-XII. 



MÉNAGERIES D ALLEMAGNE 6i 

de la maison de chasse de Neustadt et des naissances 
de singes à la ménagerie du vieux Dresde. 



III. Une autre ménagerie importante d'Allemagne 
fut celle des landgraves de Hesse, à Cassel. Cette ména- 
gerie remonte peut-être à Tannée ij'jS, époque où nous 
avons vu le landgrave Philippe le Magnifique recevoir des 
lions du défunt duc de Gueldre^ ; en tout cas, elle était 
située au xvii^ siècle sur le Karlsberg (Weissenstein) et 
se composait des parties suivantes" : 

i" Une maison des lions placée derrière le château 
et où on voyait, en 1709 : deux lions et deux tigres ; ces 
derniers animaux étaient très familiers avec leur Q-àv- 
dienne qu'ils embrassaient, mais très méchants avec les 
étrangers qu'ils cherchaient à saisir en passant leurs 
pattes entre les barreaux de bois de leur cage. Les deux 
autres animaux de la maison, un lion et une lionne, 
étaient âgés seulement de trois ans, et, quoique le mâle 
fut remarquablement grand, il n'avait pourtant encore 
qu'une petite crinière ; il se tenait à l'écart, boudeur 
devant son auge à eau, alors que la lionne venait caresser 
la gardienne. 

2° Une petite étable située tout à côté des lions et où 
on voyait, à la même époque : un jeune ours, six cacatoès 
et un perroquet. 

3" Une cour sur laquelle donnaient ces deux bâti- 
ments et où se trouvaient un casoar, deux porcs-épics et 
deux oies du Groenland. 

4° Un enclos placé sur le Karlsberg même, là où se 
trouve actuellement la statue d'Hercule, et qui renfermait 
alors un couple d'aurochs. Faut-il entendre ici le véri- 

^ Voir notre tome I, p. 137, 

- D'après Zacharias Conrad von Uffenbach, cité par W. Stricker. Der 
Zoolog. garten, 1871, XII, p. aSa. 



6j. temps modernes (xvii^ et x\uf siècles) 

table aurochs signalé pour la première fois par Jules César, 
dans les forêts de la Germanie sous le nom d'Uru? Cela 
est possible car un voyageur italien, Gratiani \ signalait 
encore en 1GG9, dans le parc de Kônigsberg, la présence 
côte à côte d' « auerochs » et de « wisents » ; malheu- 
reusement, si ce dernier nom s'applique uniquement 
aujourd'hui au bison d'Europe, au moyen-âge on se ser- 
vait indistinctement, pour les deux espèces, des noms 
à' auerochs ou àhirochs et par contre on donnait aussi 
le nom de bison au véritable aurochs. En tous cas, ces 
animaux étaient souvent élevés spécialement pour servir 
aux combats que Ton donnait en spectacles dans les cours 
princières « et, comme leur force terrible et leur énorme 
taille ne permettaient pas de les transporter dans des 
caisses, pour les conduire, on les attachait avec de 
grosses chaînes entre deux chariots lourdement chargés 
de pierres, l'un devant, l'autre derrière" ». 

Les landgraves de Hesse possédaient encore à Aue, 
près de Cassel, une ménagerie qui contenait en 1697" : 
une lionne, un tigre, un couple de lynx, quelques singes 
dont un grand babouin, un porc-épic, un cochon sauvage 
de l'Inde, un renard indien, un chameau, un renne, une 
paire de cobayes [nierschevens) et un couple de cercopi- 
thèques {meerkatzeri) d'Angola. Parmi les oiseaux, Win- 
kelman remarque, en particulier, deux casoars, trois 
faisans et deux « corbeaux indiens », l'un bleu et jaune, 
l'autre rouge, bleu et vert. Cette ménagerie de Aue, qui 
a disparu aujourd'hui, existait encore en 1873, 

C'est dans l'une ou l'autre de ces ménageries de Cassel 
qu'un éléphant fut modelé par Camper ; son cadavre fut 

^ Cité par de Noirmont. 

* Knackfuss, in Daheim, Velhagcn iind Klasing s neue Monatshefte. août 
1889, cité par de Aoirinont. 

2 J.-J. Winkelman. cité par Stricker, a. 



MENAGERIES D ALLEMA.GIS'E 



disséqué ensuite par Soemmering qui enseignait alors 



l'anatomie au collège CarolinV 



IV. En Prusse, c'est au Grand Electeur, Frédéric- 
Guillaume, (1G20-1688), qu'est due la création de la 
ménagerie de Potsdam, la ]:)remière ménagerie des temps 
modernes dans ce pays. Cette ménagerie était située à 
un kilomètre du château, dans le parc, sans doute à cet 
endroit même où l'on voit encore aujourd hui une grande 
volière; elle comprenait une jolie ménagerie d'oiseaux", 
dont beaucoup de faisans, et des quadrupèdes rares, en 
particulier des petites chèvres indiennes à peine grandes 
comme nos lièvres (peut-être le porte-musc pigmée). 

Cette ménagerie se développa et atteignit son apogée 
sous le règne suivant, celui de Frédéric l^'" mais elle fut 
négligée par Frédéric II le Grand. Pourtant l'on s'oc- 
cupa beaucoup en Prusse, sous ce dernier prince, de 
l'élevage et de l'acclimatation d'animaux exotiques ; Fré- 
déric lui-même lit venir de FAmérique du nord un trou- 
peau de castors dont il pensait tirer beaucoup de proiit, 
mais le pelage des castors perdit bientôt de sa beauté et 
les animaux eux-mêmes disparurent peu à peu'. D'autre 
part il fit installer tout ])î"ès de Potsdam, dans le lit du 
Havel, une ménagei'ie avec ours, loups, sangliers, 
singes, kangourous, lamas, castors, aigles et surtout une 
soixantaine de paons qui firent donner à l'île le nom de 
Pfaneninseln ou Ile des paons. Cette ménagerie dura jusque 
vers 1842, époque où elle fut donnée par le roi de Prusse 
à la société naissante du jardin zoologique de Berlin. 

^ Camper, a, p. 3, 33 et 35. Nous pouvons citer encore ici des loge- 
ments pour paons et pintades que le prince de liesse- Cassel avait dans son 
jardin chinois et qui ont été figurées par Le Rouge (9'" cahier pi. Yll). 

- Friedel. 

^ Zimmerraan, cité par Hoefer, p. 94- 

♦ Voir t. III, p. 228. 



64 TEMPS MODERNES (xvil'' ET XVIII SIÈCLES] 

On voyait encore, au xviii^ siècle, en Prusse, un Jagerhof 
qui fut fondé à Berlin, en 1725, avec des aurochs, élans, 
ours, phoques, etc. Enfin, un des familiers du grand Fré- 
déric, le savant français Moreau de Maupertuis, avait 
transformé sa maison de Berlin en « une sorte de ména- 
gerie avec des quantités de singes, de perroquets et 
d'autres animaux étrangers qui erraient dans les chambres 
alors que la cour était remplie d'oiseaux venus de l'autre 
côté de l'océan » ^ Maupertuis, qui demandait du reste 
que les grands missent à la tête de leurs ménageries 
d'habiles naturalistes % passait une partie de son temps 
à observer les mœurs de ses animaux et disséquait ceux 
qui mouraient chez lui. 

V. Beaucoup de princes allemands ornèrent égale- 
ment, au XVIII'' siècle surtout, leurs parcs et leurs jardins 
d'animaux exotiques. L'Électeur palatin, par exemple, 
avait en 1770, dans son château de Schwetzingen, près de 
Ileidelberg, une ménagerie assez importante; elle était 
située près de l'orangerie et se composait d'un grand 
ensemble de bâtiments, d'un bassin central pourvu d'un 
îlot, et de iG enclos avec un petit pavillon au milieu de 
chacun d"eux^ 

Quelques années après, en 1787, le prince régnant de 
Westphalie, comte de Bentheim, montrait à Steinfort, 
dans son magnifique jardin anglo-franco-chinois appelé 
« Bagno » une « ménagerie d'animaux étrangers, une 
grande volière à trois pavillons, de petits enclos pour 
animaux, une cabane avec grand mât à grimper pour 
singes, un « bassin des carpes », un « vivier pour les 
poissons de la Chine », enfin un « parc aux cerfs » rempli 

i Fr. Mayer, iu Der Bar. Berlin, 1875, p. 128. 

2 Voir sa Lettre sur le progrès des sciences, Œuvres, t. II, p. 385. 

3 Voir le plau de cette ménagerie dans Le Piouge, IP cah. pi. XVI et XXI. 



MENAGERIES D AUTRICHE 03 

de chevaux sauvages, de daims, de cerfs, de biches, de 
vaches, etc. ^ 

A la même époque, le margrave de Baden possédait une 
ménagerie dans sa résidence de Carlsruhe ^ celui de 
Brandebourg-Schwedt, avait, en 1784, des rennes dans 
le parc de son château d'Anizow, près de Stettin%- enfin 
on voyait, dans le jardin du château de Tattenbach, 
appartenant au comte de Reinstein et Tattenbach, cham- 
bellan de S. A. S, E. de Bavière, une grande volière qui 
avait été copiée sur celle de la ménagerie de Versailles \ 
D'autres grandes volières renommées avec « aire pour 
prendre les oiseaux » se trouvaient dans le « Jardin de 
THermitage » qui appartenait au margrave d'Anspach, et 
dans la propriété de « Mont-Repos » que la comtesse 
de Neuwied possédait près de Coblentz\ 

VI. Des deux grandes ménageries impériales que nous 
avons vu se former au xvi^ siècle, seule la ménagerie de 
Neugebau subsistait au siècle suivant. Elle fut beaucoup 
augmentée par Tempereur Léopold I" qui essaya en par- 
ticulier de remettre en honneur la chasse au guépard®. Elle 
comprenait alors : des parcs à ruminants placés près d'un 
jardin d'agrément, trois grandes loges carrées pour les 
animaux féroces, disposées tout autour d'une cour inté- 
rieure, enfin, dans cette cour, d'autres logements pour 
les petits animaux. Chaque grande loge était largement 
ouverte par en haut, et limitée par de grands murs dont 
un, celui qui donnait sur la cour, présentait une ouver- 
ture munie de fortes grilles en fer. C'est dans une de ces 

1 Le Rouge, XVIII° cahier, pi. IV, VIII et XII. 

2 Le Rouge, Bibl. nat. Hd. 88, pi. XVI. 
^ Buffon, à l'article Elan. 

'* Le Rouge, VIII<^ cahier, pi. II. 

- Le Rouge XX" cah. 1778, pi. XX, XXII et XXIII. 

® J. Camus c, p. 29. 



66 TEMPS MODERNES (xVII* ET XVIII^ SiÈCLES) 

loges que se passa, au temps de Léopold, un drame ter- 
rible dont le souvenir a inspiré maintes fois depuis, les 
poètes et les artistes. Les lions de la ménagerie étaient si 
doux que la fille du gardien entrait tous les jours avec 
eux pour leur porter la nourriture et pour faire les net- 
toyages K Un jour, c'était le soir de son mariage, cette 
fille voulut faire son service à la ménagerie comme 
d'habitude, et elle entra dans une des fosses, mais sans 
avoir pris le soin d'enlever ses habits de mariée. 

Le lion ne la reconnut-il pas sous ce costume, ou bien 
fut-il pris d'un sentiment particulier, tel que celui de la 
jalousie, très développé chez ces animaux ? Toujours est-il 
qu'il se jeta aussitôt devant la porte pour empêcher la 
jeune femme de ressortir ; pendant plusieurs jours il 
resta ainsi gardant avec lui sa prisonnière ; à un 
moment pourtant celle-ci parvint à s'enrouler autour du 
corps une corde qu'on lui avait lancée par le haut. Pro- 
fitant alors d'un moment d'inattention du lion, on se 
mettait en devoir de la hisser, quand aussitôt la bête se 
détournant, s'élança pour la retenir et mit son corps en 
lambeaux. 

La ménagerie de Neugebiiu fut pillée, en 1704, par les 
patriotes hongrois conduits par Rakoczy ; tous les ani- 
maux furent tués et leurs peaux servirent à faire des 
fourrures. Elle fut rétablie par Charles VI et subsista 
jusqu'au temps de Marie-Thérèse, mais seulement pour 
les animaux carnivores. Suppriméedéfinitivementen 1781, 
ses derniers animaux furent transportés à Schônbrunn et 
ses bâtiments transformés en magasin d'artillerie. La col- 
lection des animaux qui furent gardés dans cette ména- 
gerie représentait i5 espèces de mammifères dont des 

* C'est sans doute un de ces lions que Juste d'Egmont, un peintre flamand, 
qui avait été le collaborateur de Rubens, représenta aux côtés de l'archidnc 
Léopold-Guillaumc, dans un tableau qui est exposé au musée de Vienne. 



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PLANCHE V 

MÉNAGERIE DU BELVÉDÈRE 
AU PRINCE EUGÈNE DE SAVOIE 

En haut, gravure représentant : i" les fermes qui ornaient les grilles des cours d'ani- 
maux : 2" une de ces grilles vue en élévation ; ^" une de ces grilles et l'extrémité des 
murs de clôture, vue en plan : 4° élévation et plan d'une des maisons d'animaux 
situées au fond de chaque cour. 

En bas, vue en élévation et en plan de la grande volière. 

(Gravures de Kleiner.) 




^rcs Cahinels . 







MÉNAGERIES d'aUTRICHE 67 

lions, des tigres, des panthères, des bisons et 5 espèces 
seulement d'oiseaux ; on en trouvera la liste détaillée dans 
Fitzinger, 

Vil. La ménagerie du Belvédère, la troisième en date 
des ménageries autrichiennes, fut fondée en 1716 parle 
prince Eugène de Savoie. On sait la haine que ce prince 
voua toute sa vie à Louis XIV, et pourtant c'est ù l'imita- 
tion de la ménagerie de Versailles qu'il fît construire 
celle du Belvédère. Elle était située, comme nous le 
montrent les belles estampes de Salomon Rleiner', à 
l'extrémité gauche du château et rappelait dans son 
ensemble le plan de la ménagerie de Versailles. Elle 
comprenait, en effet, une cour en demi-cercle, avec un 
grand jet d'eau central et, tout autour, sept cours d'ani- 
maux disposées en éventail ; ces cours étaient séparées 
les unes des autres par des murs qui venaient aboutir, 
au centre, à des doubles termes ; au mur du fond s'éle- 
vait un pavillon de refuge en pierre de taille pour les 
animaux et, en avant, se trouvait une belle grille en 
fer forgé ; chaque cour comprenait généralement une 
partie gazonnée entourée de grands arbres et un bas- 
sin ; enfin, toujours comme à Versailles, une splendide 
volière s'élevait dans une de ces cours. 

Le petit château de la ménagerie de Louis XIV était 
remplacé ici par une Maison chinoise^ située tout à côté 
des cours, et bordée, à droite et à gauche, par d'autres 
cours avec grands bassins pour les oiseaux d'eau. Un peu 
plus loin, près de l'Orangerie, les architectes Girard et 
Anton Zinner avaient élevé, pour les oiseaux indigènes, 
une grande volière très joliment ornée composée de grilles 
de fer et de treillis. 

^ Résidences mémorables et Suite des Résidences BihUoth. imp. de 

Vienne, D. 333 et D. 44- Cet ouvrage n'est pas cité par Fitzinger. 



68 TEMPS MODERNES (XVII ET XYIII SIECLES] 

Le prince Eugène c{ui avait rassemblé, dans ses nom- 
breuses campagnes, une immense collection d'objets de 
science et d'art, de livres et de manuscrits précieux, s'oc- 
cupa beaucoup également de sa ménagerie qui fut l'une 
des plus belles de toutes les ménageries de l'époque. 
Après la mort du prince, en 1736, l'empereur Charles VI 
acheta le château du Belvédère avec toutes ses collec- 
tions, mais il commença la destruction de sa ménagerie ; 
il transporta à Neugebaii les quelques animaux féroces 
qu'elle renfermait encore : une hyène, un lion, un tigre, 
un léopard et plusieurs lynx, et n'y garda que les ani- 
maux paisibles ; ceux-ci diminuèrent eux-mêmes de 
nombre et, en 1702, ils étaient tous transportés à Schon- 
brunn ; on y laissa pourtant un aigle doré qui avait été 
le favori du prince, et un vautour à tète blanche qui 
vivait déjà en 1706 et qui ne mourut au Belvédère 
qu'en 1824. 

La collection d'animaux de la ménagerie du Belvédère 
représente 38 espèces de mammifères et 5g espèces 
d'oiseaux dont on trouvera la liste dans Fitzinger. 

VIII. La ménagerie impériale de Schônbrunn fut cons- 
truite en 1732 par François P'', à l'instigation de son 
médecin, le célèbre Gérard van Swieten*, à 5 ou 
600 mètres du château, Aers l'ouest, tout à côté de la 
forêt de Vienne. Cette forêt, c|ui a disparu, en grande 
partie, pour faire place à de nouveaux faubourgs, était 
encore pleine de gibier, il y a cent ans. Sur remplace- 
ment qui fut alors choisi pour installer la ménagerie, se 

' Nous nous sommes servi, pour cet historique, de documents qui nous 
ont été fournis, avec beaucoup de complaisance, par la cour de Vienne, par 
le Dt" R. Béer, kustos à la Bibliothèque impériale, et par M. A. Krauss, ins- 
pecteur de la ménagerie actuelle de Schônbrunn. Du reste, la plus grande 
partie de cet historique avait été faite déjà par Fitzinger, par Freunde- 
reich, par Kronfeld et Knauer, chez lesquels nous avons aussi largement 
puisé, comme nous l'avons déjà dit. 



MÉNAGERIES D AUTRICHE 69 

trouvait déjà un étang, avec une île plantée de saules. 
C était un endroit où les animaux de la forêt avaient pris 
l'habitude de venir se désaltérer ; aussi y avait-on cons- 
truit un pavillon de chasse. 

Le plan primitif de la ménagerie, plan qui est encore 
conservé aujourd'hui dans son ensemble, fut dessiné par 
le hollandais Adrien van Steckhoven qui s'inspira à la fois 
de la ménagerie du Belvédère et de celle de Versailles. 

Une grande avenue, plantée de tilleuls, conduisit du 
château à la Ménagerie dans laquelle on entrait par une 
belle grille. Cette grille fut encastrée de deux grands 
piliers de pierre surmontés d'animaux sculptés et on 
construisit, à sa gauche, une jolie guérite en pierre qui 
existe encore aujourd'hui. 

Van Steckhoven fit ensuite entourer d'un mur de 
10 mètres de hauteur, un espace circulaire d'un peu plus 
de six hectares ; puis il divisa cet espace en i3 enclos 
séparés les uns des autres par i3 murs qui, partant de la 
périphérie, venaient aboutir à un rond-point central de 
i5o mètres carrés. Chaque mur, protégé en haut par une 
couverture en tuiles, était terminé, du côté du rond-point, 
par un grand pilier de style rococo, surmonté de vases 
de pierre ; tous ces piliers furent reliés les uns aux 
autres par de hautes grilles. 

On éleva, dans le quatrième enclos (à droite, à partir 
de cette avenue), un bâtiment dont le rez-de-chaussée 
fut réservé au logement d'un Inspecteur de la Ménagerie. 
Au premier étage, on fit une seule grande salle dans 
laquelle on plaça de nombreuses petites tables supportant 
toutes une cage contenant un oiseau chanteur ou un per- 
roquet. 

Dans un des enclos fut conservé l'étang, l'île plantée 
de saules et le pavillon de chasse dont nous avons parlé 
plus haut, et on mit sur l'étang quelques oiseaux aqua- 



70 TEMPS MODERNES (xVII^ ET XVIII® SiÈGLEs) 

tiques étrangers. Dans un troisième enclos, on installa 
un petit jardin anglais avec des maisonnettes pour les 
oiseaux écliassiers et les palmipèdes. Enfm, au fond de 
chacun des autres enclos, qui furent sablés ou gazonnés, 
plantés d'arbres ou d'arbustes, et ornés de bassins avec 
jets d'eau, on construisit, pour loger les animaux, une- 
petite maisonnette de pierre, faite dans le style Louis XV, 
avec portes et fenêtres, comme dans une véritable maison 
d'habitation. 

Restait alors à peupler cette ménagerie. Pour cela, on 
alla chercher des animaux au Belvédère et dans la 
ménagerie royale de Neugebaû ; on acheta aussi des ani- 
maux étrangers en Hollaiide et en Angleterre ; puis le bota- 
niste Nicolas Jacquin fut chargé, par l'empereur, d'aller 
parcourir l'Amérique tropicale, en compagnie de deux 
oiseleurs italiens. Jacquin partit en 1^55 et revint à 
Vienne en 1709 avec beaucoup de plantes, quelques mam- 
mifères curieux et un grand nombre d'oiseaux rares \ 

La ménagerie, ainsi constituée, renfermait à cette 
époque de Goo à 700 animaux; mais, dans ce nombre, 
étaient compris près de 200 coqs, poules et dindons, 
une centaine de canards, d'oies, de cygnes et d'oiseaux 
aquatiques et un grand nombre de pigeons. 

En 1739, on éleva, au centre du rond-point, pour le 
repos des visiteurs princiers, un charmant petit pavillon 
octogonal du style rococo le plus pur, surmonté d'une 
coupole revêtue de plaques de cuivre et entourée à sa 
base d'une balustrade à huit pans. Ce pavillon est 
d'ailleurs demeuré à peu près intact. On y accède par 
quatre escaliers de neuf marches qui conduisent à une 
terrasse large de 5 à 6 mètres ; cette terrasse court 
tout autour du pavillon en manière de soubassement et 

* Ce voyage de Jacquin se trouve relaté dans le Magasin encyclopédique, 
t. VI, i8o/(, p. 552. 



MENAGEIIIES D AUTRICHE 71 

permet déjà de prendre une vue d'ensemble sur les 
i3 grandes divisions de la ménagerie. L'intérieur offre 
un très bel exemple de ce charmant style rococo qui fut 
tant à la mode en France, à l'époque de la Régence et 
pendant la première moitié du xviii® siècle. Il se com- 
pose, comme autrefois, d'une salle octogonale unique, 
éclairée par quatre grandes portes vitrées et par cjuatre 
grandes fenêtres donnant sur la terrasse. Entre ces 
ouvertures se trouvent huitgrandes glaces qui reflètent de 
toutes parts de riches cadres dorés et des lambris laqués 
rehaussés d'or ; au-dessous d'une de ces glaces, se voit 
une cheminée de marbre blanc dont l'ornementation est 
relativement simple. 

Les grandes portes sont surmontées par quatre mé- 
daillons ovales dont les sujets pâlis sont un peu difficiles 
à reconnaître ; pourtant, en nous aidant de la description 
de Fitzinger, nous distinguons assez facilement les 
oiseaux suivants qui avaient été peints par Grégor 
Gugliemi, d'après des exemplaires vivant alors dans la 
ménagerie. Dans le premier médaillon, au-dessus de la 
porte d'entrée, est représenté un agami ou oiseau-trom- 
pette et un lori jaseur ; dans le second, à gauche, une 
poule sultane et un ibis rouge ; dans le troisième, en face 
de la porte d'entrée : un cardinal, un trichoglosse écla- 
tant, un faisan doré mâle et un faisan commun mâle ; dans 
le quatrième : un couple de faisans argentés et trois aras 
tricolores mâles et femelle. 

Les huit «-laces sont égfalement surmontées de huit 
médaillons entourés ici de cadres arrondis et contour- 
nés. Ces médaillons, plus faciles à voir que les précé- 
dents, représentent, en partant de la porte d'entrée et 
en faisant le tour de la salle par la gauche : 

i'' Un pauxi-pierre, un pénélope marail et trois loris 
tricolores : 



72 TEMPS MODERNES (xVII* ET XVIII^ SiÈCLEs) 

2° Un zèbre de montagne ; 

3° Un grand ara rouge, un casoar indien et une grue 
commune ; 

4° Un bubale caama ; 

5*^ Un ara bleu, une oie bernache, un flamant rouge et 
une perruche ; 

6" Un renard argenté et une gazelle commune allaitant 
son petit ; 

7° Un perroquet amazone, un hocco et un goura cou- 
ronné mâle ; 

8° Un maki macoco, un chevreuil de Sibérie mâle et 
un singe. 

Enfin le plafond de cepavillon est orné de peintures du 
même artiste, restaurées en 1873 et représentant des 
sujets tirés des Métamorphoses d'Ovide. 

La ménagerie impériale de Schônbrunn prit bientôt une 
petite place dans l'histoire de la Maison d'Autriche. 
Chaque année, pendant leur séjour d'été à Schônbrunn, 
François V^ et Marie-Thérèse venaient déjeuner tous les 
matins dans le joli pavillon, et leur fille, Marie-Antoi- 
nette, commença à y acquérir cet amour de la nature 
qu'elle devait manifester plus tard à Versailles, en créant 
la ferme du petit Trianon. 

A la mort de François V% en 1765, la direction de la 
ménagerie fut confiée au grand maître de la Cour, le comte 
Gorfitz von Ulfeld ; puis le nouvel empereur, Joseph II, 
ouvrit pour la première fois la ménagerie au public, 
mais surtout il s'occupa d'augmenter encore le nombre 
de ses habitants*. Pour cela, il envoya le botaniste 

' C'est probablement de cette époque que date le seul document icono- 
graphique concernant la Ménagerie de Schônbrunn que nous ayons trouvé 
dans les collections du Cabinet des Estampes de la Bibliothèque impériale de 
Vienne. C'est une estampe en couleurs, signée J. Knipp, représentant la cour 
centrale et le pavillon. Nous n'avons pu retrouver à la Bibliothèque impériale. 
les dessins originaux dont parle Fitzinger. 



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PLANCHE VII 
MÉNAGERIE DE SCHONBRUNN 

Décoralion intérieure du pavillon octogonal peinte par Giégor Gugliemi, 
dans la seconde moitié du xviiie siècle. 

(Etat actuel. Photographie de l'auteur.) 



MENAGERIES D AUTRICHE 'ji 

Mathias Léopold Stupicz visiter l'Amérique du nord en 
compagnie de Franz Boos ; ce voyage, qui dura de 1788 
à 178,5, fut suivi d'une autre expédition faite dans le 
sud de l'Afrique par Franz Boos seul ; cette dernière 
expédition apporta à la ménagerie, 12 mammifères et 
2,30 oiseaux nouveaux. 

Joseph II mourut en 1 790, laissant la couronne impériale 
à son neveu François 11 qui voulut que la ménagerie 
redevint, avant tout, un lieu de plaisance pour la cour. 
Chaque année, le i5 octobre, il y donnait une grande fête 
pour célébrer l'anniversaire de sa grand'mère et la fête de 
sa femme Marie-Thérèse. Et ce fut là encore, dans ce char- 
mant pavillon de la ménagerie, tout imprégné des sou- 
venirs du grand règne, que M™^ Royale, la fille du roi de 
France Louis XVI et de Marie-Antoinette, voulut donner 
à ses amis un repas d'adieu, quand elle quitta Schônbrunn 
pour épouser le duc d'Angoulême. Ce repas eut lieu 
en juin 1799 et. longtemps après, on voyait encore, 
dans le pavillon, les guirlandes de fleurs artificielles que 
la princesse y avait fait suspendre pour la circonstance. 



CHAPITRE V 

LES MÉNAGERIES DES PAYS SLAVES 
ET SCANDINAVES 



1. Les bêtes privées des anciens Slaves. Académies d'ours. Réserves 

de chasses des seigneurspoionais Animaux du roi Jean Sobiesky. 

2. Les ours des bo3'^ards russes. Ménagerie de Pierre ie Grand à Péterhof. 

Parcs d'animaux des seigneurs russes. 'Molière de Pavlovsk. 

3. Les animaux privés des premiers Scandinaves. Ménageries et combats 

d animaux à la cour de Suède. 

4. Les animaux privés des rois de Danemark. Ménagerie royale de 

Ccpenbague. 

I. La religion des anciens Slaves fut essentiellement 
animiste et comporta, un peu comme en Egypte, la 
vénération et la garde d'animaux sacrés. Les Lithua- 
niens, par exemple, avant leur conversion au christia- 
nisme, à la iin du xiv^ siècle, avaient chacun, dans un 
coin de la maison, un serpent couché sur du foin auquel 
le père de famille faisait chaque jour un sacrifice en 
venant lui donner à mangera 

Mais depuis longtemps déjà, les Slaves avaient aussi 
leurs conducteurs de bêtes, dont les premiers furent 
peut-être les Skomoroki, ces poètes errants, comparables 
à nos troubadours qu'on vit apparaître en Russie dès 
le XI" siècle, et qui ne disparurent guère qu'au xvii^". 

^ Cosmographie moscovite, par André Thévet, p. 86. 

- Ces Skomoroki seraient représentés avec leurs bêtes, nous avait-on dit 
à Moscou, dans de curieuses fresques qui ornent un escalier intérieur de la 
vieille cathédrale Sainte-Sophie de Kiew. Pour notre part, nous n avons vu. 



MÉNAGERIES DES POLONAIS 7^ 

Pourtant la grande majorité des montreurs d'ours fut, 
en Russie, des Tsyganes, des Tatars, des paysans Polo- 
nais, Lithuaniens ou Moscovites qui venaient surtout des 
gouvernements de Kijni-Novgorod, de Vostromskoy, de 
larolavsky et du nord de la Lithuanie*. 

Dans ces pays les ours vivaient alors en abondance et 
des paysans pouvaient facilement prendre des oursons 
qu'ils élevaient et dressaient pour leur usage personnel, 
pour celui de leur seigneur, ou pour les vendre à des 
conducteurs ambulants. Dans le petit village de Smorgon 
ou Smorgony, par exemple, là même où Napoléon 
abandonna les restes de la Grande Armée, en iSi'î, il y 
eut un de ces élevages d'ours dont le souvenir est 
encore aujourd'hui très vivace dans la famille des Rad- 
ziwill qui posséda ce village dès la fin du xvii" siècle ; 
on l'appelait 1 « Académie des Ours » non par ironie, 
mais parce que c'était l'habitude, à cette époque, de 
décorer du nom d'Académie les ménageries foraines. 

On venait acheter des ours dressés dans ces sortes 
d'écoles et on les conduisait, de bourgade en bourgade, 
pour leur faire donner, sur les places publiques, des 
représentations plus ou moins burlesques. Deux hommes 
accompagnaient généralement chaque bête; l'un qui 
jouait du tambour ou du violon, l'autre qui se déguisait 
en chèvre savante, au moyen d'un grand sac pourvu 
d'un masque, d'une paire de cornes et d'une barbiche. 
Au son de la musique, l'ours et la chèvre se dressaient, 
se plaçaient en face l'un de l'autre et se mettaient à 



dans ces peintures, en grande partie détruites et que, du reste, nous n'avons 
étudiées qu'en passant, que des scènes de chasse et de danse, accompagnées 
d animaux plus ou moins fantastiques. Signalons pourtant un tableau d'un 
peintre russe contemporain, P.-J. Souboline, qui représente des Skomoroki 
conduisant un ours enchaîné par le museau. 

^ D'après l'Encyclopédie russe de Brockhaus et Efront (1892), articles : 
Vogaki Medvedej (conducteurs d'ours) et Smorgoni. 



76 TEMPS MODERNES (XVII* ET XVIII^ SiÈCLEs) 

mimer des scénettes amusantes, telles que : a Le petit 
garçon dérobant des pois », « La femme à sa toilette », etc. 
Ces spectacles avaient naturellement beaucoup de succès 
auprès de ce peuple si doux et si naïf, et ils auraient 
duré jusqu'à nos jours, si les conducteurs d'ours n'avaient 
trop souvent martyrisé leurs bêtes, pendant le dressage, 
ou même au cours de leurs représentations. Aussi, sous 
l'influence de la « Société protectrice des Animaux », 
ce métier fut-il interdit ; à partir de l'année 1867, les ours 
dressés disparurent peu à peu de Russie. 

Les riches propriétaii-es slaves avaient aussi leurs 
ours privés et, en particulier, les propriétaires de l'Aca- 
démie de Smorgôny. Vieille et riche famille lithuanienne, 
les Radziwill, notamment leur lignée protestante, pos- 
sédaient des forêts immenses dans lesquelles ils aimaient 
à chasser la grosse bête : bisons, élans, ours, loups, 
cerfs, daims, sangliers. Au cours de ces grandes chasses, 
on trouvait parfois l'occasion de capturer des ours, que 
l'on plaçait dans des cages en bois ou dans des enceintes 
spéciales entourées d'une palissade et d'un fossé profond ^ : 
les jeunes étaient généralement conservés pour le dres- 
sage; les bêtes adultes, plus fortes et plus belliqueuses, 
et par là même beaucoup plus appréciées par les sei- 
gneurs, étaient gardées pour les donner en spectacle 
contre des dogues danois ou anglais, lors de quelque 
grande fête. En 1592, par exemple, le prince Christophe- 
Nicolas Radziwill envoie des ours sauvages pour les 
noces du roi Sigismond III. En i6i3, le fils de ce Rad- 
ziwill, Janusz, à la veille de se marier, veut, lui aussi, 
des ours pour ses noces. Il écrit à son frère, à Vilna, 
pour lui recommander avant tout ces animaux. S'il n'en 

^ La prédilection pour de telles enceintes était partagée par bon nombre 
de seigneurs polonais, entr'autres par Jean Zamoyski qui fut grand chan- 
celier de Pologne au temps du règae glorieux d'Etienne Batory (1576). 



MÉNAGERIES DES POLONAIS 77 

trouve pas sur place, lui dit-il, qu'il en fasse venir des 
élevages de Stuck, de Kojdonov, ou de Romanow et 
qu'il choisisse des ours assez bien dressés pour pouvoir 
dénouer les rubans des pantalons de ses beaux-frères'. 
Seize ans plus tard, en 1629, c'est un autre Radziwill, 
Christophe II, qui donne l'ordre d'acheter dans les pro- 
vinces du sud : douze chameaux, des chevaux rares, 
des faucons, des aigles, et d'une façon générale tous les 
animaux peu connus en Lithuanie qu'on trouvera. Les 
seigneurs polonais entretenaient du reste de grandes 
réserves d'animaux où l'on trouva, jusque dans la der- 
nière moitié du xvii" siècle, le véritable aurochs, à côté 
des bisons ou wisents, qui vivent encore aujourd'hui 
dans ce pays. La présence de ces aurochs est signalée, 
en effet, en 10x7, par le baron autrichien Herberstein, 
dans un parc situé en Mazovie, près de Varsovie. La confu- 
sion ici n'est pas possible car ce diplomate voyageur a soin 
de donner, dans l'édition ori^-inale de ses Commentaires, 
la figure des deux animaux; il ajoute, et c'est là un dé- 
tail qui explique les erreurs qu'on a faites depuis dans 
l'histoire du bison et de l'aurochs, que les Allemands 
commençaient, en son temps, à confondre ces deux 
animaux sous un même nom. C'est dans un autre parc 
qui appartint pour un temps à la Pologne, dans celui du 
comte de Konigsberg, qu'on signale pour la dernière 
fois, en 16G9, l'existence indéniable de l'aurochs '. Au 
siècle suivant, en 1798, Robert Townson dit bien qu'il 
vit à Vienne un aurochs privé, servant à des combats 
d'animaux ^ mais il est probable qu'il veut parler ici 

* Tous ces renseignements nous ont été tournis, d'après des documents 
inédits, par un érudlt polonais, M.-J. Kordzikowsky, que nous avons trouvé, 
à la Bibliothèque impériale publique de Saint-Pétersbonrg, préparant un 
ouvrage historique sur les princes Radziwill. 

- Knackfuss, cité par de Noirmont. 

2 Voyage en Hongrie. Irad. fr. t. II, cité par de JN'oirmont. 



70 TEMPS MODERNES (XVII ET XVIH SIECLES] 

d'un bison. Enfin, pour en finir avec les grandes réserves 
de chasses polonaises, nous dirons que c'est dans une 
de ces réserves, celle de Bialovitz, que nous aurons 
l'occasion de décrire plus tard, que Ton vit, un jour de 
grande battue, la reine de Saxe et Pologne, 1 épouse 
d'Auguste III, tuer vingt bisons de sa main, « s'amu- 
sant, entre temps, à la lecture d'un roman français^ ». 
On sait que la cour des rois polonais se tint le plus 
souvent à Dresde, au xviii^ siècle. En Pologne nous ne 
connaissons que celle de Jean Sobiesky pour avoir eu 
des animaux sauvages. Ce prince conserva quelque 
temps, à son palais de Willanow, près de Varsovie : 
un casoar, un lynx et une loutre apprivoisée que lui 
avait donnée le maréchal Passek^ 

II. En Russie les premières ménageries apparaissent 
avec Ivan IV le Terrible (i53o-i584) qui se servait d'ours 
féroces pour entretenir la terreur autour de lui, ou 
même pour torturer ses victimes \ C'était alors la cou- 
tume chez les boïards russes, comme chez les seigneurs 
polonais, d'avoir près d'eux des ours privés. Nous le 
savons par le plan d'une habitation d'un de ces 
anciens nobles, daté de 1571 ; on voit, dans une 
cour, un bâtiment long de cinq sagènes (io'°,65), divisé 
en trois parties et indiqué comme servant au logement 
des ours *. Nous le savons encore par les restes de la 
ménagerie [Zviérinets] d'izmaïlovo, près Moscou, où 
Pierre le Grand logeait ses ours, à côté de ses chiens 
de chasse et de ses faucons; nous le savons enfin par 

^ Knackfuss, loc, cit. 

^ L'histoire curieuse de cette loutre a été racontée par le maréchal lui- 
même. Voir Brehm. Les Mammifères, éd. fr., t. I, p. 642 et suiv. 

^ A. Tolstoï, p. 47, 48 et 120. 

* Ce plan, décrit par Ivan Zabelin, p. 440, concerne l'habitation d'un cer- 
tain Mstislovsky. 



ME>^VGERIES DE RUSSIE 79 

les récits des auteurs russes, Pouchkine, par exemple, 
dans son roman de Doubrovsky \ nous montre un sei- 
gneur terrien des environs de Moscou, faisant apprivoiser 
quelques oursons et s'amusant pendant des heures en- 
tières à les voir lutter avec des chats et de jeunes chiens. 

Quand ces ours devenaient grands, on les attachait à 
la chaîne, en attendant qu'on pût les utiliser pour la 
chasse. Parfois on les amenait devant les fenêtres du 
château et on mettait devant eux un tonneau vide tout 
hérissé de pointes de fer. Les ours le flairaient puis le 
touchaient doucement d'abord. Mais bientôt, comme ils 
se piquaient les pattes, ils se fâchaient, le poussaient de 
plus en plus fort et se blessaient plus cruellement 
chaque fois. Alors ils entraient dans un véritable accès 
de fureur, se jetaient sur le tonneau en poussant des 
grognements stridents, jusqu'à ce qu'on enlevât aux 
pauvres bètes robjet de leur rage. D'autres fois, on 
attelait une paire d'ours à la télégua et, qu'ils le vou- 
lussent ou non, on v installait des invités. 

Mais le plus cher amusement du seigneur était encore 
le suivant : On enfermait un ours affamé dans une 
chambre vide en l'attachant avec une corde à un anneau 
fixé au mur. La corde était presque de la longueur de 
la chambre, de sorte que, seul, le coin opposé pouvait 
être occupé sans danger. On amenait ordinairement un 
novice vers la porte de cette chambre, on l'y poussait 
comme par hasard, on fermait la porte à clef et on 
laissait la pauvre victime en tête à tête avec Termite 
fourré. Le malheureux, un pied emporté, le bras écor- 
ché, trouvait bientôt Punique refuge contre les griffes 
du fauve. Mais il était souvent forcé de rester pendant 
plusieurs heures de suite serré contre le mur et regar- 

^ Edit. russe 1887, v. 6., p. i58; édit. franc., par E. Halperinc-Kaminsky 
(Paris, in-i6, p. 86 et suiv.). 



8o TEMPS MODERNES (XVII* ET XVIII* SIÈCLEs) 

dant la bête affolée, à deux pas de lui, faire des bonds, 
se dresser sur ses pattes de derrière, grogner et s'ef- 
forcer de l'atteindre. 

Tels étaient les nobles amusements des seigneurs 
russes au xviii® siècle. 

C'était pourtant l'époque où la Russie s'ouvrait brus- 
quement à la civilisation européenne, sous 1 influence 
de Pierre le Grand. Dès ce moment, les tzars et les 
seigneurs russes s'ingénièrent à copier les cours occi- 
dentales et, en particulier, à faire construire, dans leurs 
domaines, de grandes, ménageries. La première fut éta- 
blie en 1720, par Pierre le Grand, dans le parc de son 
magnifique château de Péterhof, situé sur le bord du 
golfe de Finlande, près de Saint-Pétersbourg. Il y avait 
alors trois ans que Pierre Alexeievitch était revenu de 
Versailles, plus émerveillé sans doute qu'il n'avait voulu 
le laisser paraître devant les Français, car tout, dans ce 
nouveau domaine, rappelle encore aujourd'hui quelques- 
unes des splendeurs du palais de Louis XIV. 

La ménagerie de Péterhof, sur laquelle nous n avons 
pu trouver d'autres détails que la présence d'un élé- 
phant donné par le roi de Perse à Pierre le Grand ', ne 
dura pas longtemps. Déjà, à la fin du siècle qui l'avait 
vu naître, un voyageur s'exprimait ainsi à son sujet : 
« La partie du jardin (de Péterhof) qui est située 
du côté de Strelna est terminée par un bois et une 
plaine destinés l'un et l'autre à une ménagerie. On y 
entretenait autrefois une grande quantité d'animaux 
rares de Russie et de Sibérie; actuellement, elle ne con- 
tient que des bêtes fauves, des sangliers, des vaches 
d eau, etc. »' En 1910, quand nous avons visité cette 
partie du parc de Péterhof, nous n'y avons plus trouvé 

1 Lacépèdc et Cuvier, article de \ Eléphant des Indes, p. 7. 

2 Georgi, p. 387. 



MENAGERIES DE RUSSIE 



que deux grands bassins qui portent toujours le nom 
de « fontaines de la ménagerie ». 

Malgré le peu de renseignements que nous avons pu 
nous procurer à Saint-Pétersbourg, sur ce sujet, il nous 
semble bien pourtant que le xviii'' siècle fut en Russie, 
comme en Allemagne, en Hollande et en France, une 
époque de grand développement pour les ménageries. 
Xous voyons, en effet, le comte Alexander Narischkin, 
grand échanson de Timpératrice Catherine II, faire 
nourrir dans son palais d'été de Krasnaja Mysa, non 
loin de Péterhof : des pélicans, des cygnes et des ca- 
nards étrangers, en môme temps que transformer un 
coin de son jardin en parc pour bètes fauves. Cette 
ménagerie était ouverte au public les dimanches d'été, 
mais seulement à toute personne bien mise\ 

A la môme époque, le comte Pierre Gliérémeteff met- 
tait dans son domaine de Kouskovo, près de Moscou : 
« des cerfs, des daims d Amérique, des rennes, des 
chèvres sauvages de la PeciLe-liussie, des loups, parmi 
lesquels il s'en trovivait de noirs et de tachetés, et d'au- 
tres bètes fauves »; à côté de cette ménagerie, il faisait 
creuser plusieurs étangs, communiquant entre eux par 
des écluses, pour des élevages de diverses espèces de 
poissons'. 

Enfin, en 1782, le fils de la Grande Catherine, Paul I", 
ou plutôt sa femme, Marie Feodorovna, faisaient élever, 
dans le beau parc de Pavlovsk, à quelques pas de 
son château, une grande et magnifique volière qui 
existait encore, en son entier, il y a quelque trente 
ans^ Cette volière se composait de trois corps de bâti- 
ments, longs chacun d'environ .^o mètres et disposés en 

'■ Gporgi, loc. cit.. p. 335 et 38o. 

- Le baron de B.nye. 

'■'■ Voir ea effet le plan donné par M. J. Semefsky. . 



8:^ TEMPS MODERNES (XYIl'^ ET XYIII* SIÈCLES) 

équerre autour dun bosquet. Aujourd'hui (août 1910), 
il ne reste plus, de cet ensemble, que le bâtiment du 
fond et le bosquet qui est orné d'un bassin et d'une 
copie de la Vénus Callipyge; les deux ailes perpendicu- 
laires ont complètement disparu. Le bâtiment du fond 
€st un corps de logis sans étage, de style dorique, 
divisé en trois pavillons séparés les uns des autres par 
deux grands portiques ouverts, ornés de colonnes blan- 
ches ; les trois pavillons représentent les anciens loge- 
ments des oiseaux ; le pavillon central est précédé, du 
côté du bosquet, par un petit portique soutenu égale- 
ment par des colonnes blanches. Il faut passer par les 
portiques latéraux pour entrer dans l'intérieur du pa- 
villon central. On se trouve alors dans une très élé- 
gante petite salle carrée, éclairée par deux grandes 
baies grillagées et surmontée d'une coupole surbaissée, 
peinte en bleu de ciel ; les parois de cette salle sont 
couvertes d'arabesques, de guirlandes de fleurs, de 
danses d'amours et de mascarons. le tout peint, à la 
manière d'Audran, sur un fond du même bleu de ciel 
que celui de la coupole. On retrouve une décoration 
semblable, quoique plus simple et faite sur un fond 
jaune pâle, dans les deux portiques ouverts et sur les 
parois intérieures des pavillons latéraux. 

L'ancienne volière de Pavlosk est aujourd'hui com- 
plètement abandonnée; le nom, que porte toujours le 
bâtiment qui subsiste, les lins grillages qui sont encore 
aux fenêtres des trois pavillons, et quelques mauvaises 
ligures d'oiseaux peintes sous les portiques, sont les 
seules choses qui rappellent sa destination primitive, 

111. Les premières ménageries des Scandinaves furent 
sans doute formées, comme en Pologne et en Russie, 
d'animaux indigènes capturés à la chasse; les anciens 



MÉNAGERIES DE SUÈDE -H> 

chants de ces peuples, les sagas, parlent souvenl, 
en effet, d'ours, de loups, de sangliers, de corbeaux 
et même de serpents, et ils en parlent comme de 
simples bêtes privées ou comme d'animaux totems jouant 
un rôle sacré dans le culte rendu aux dieux ^ Une de 
ces sagas, en particulier-, nous montre Haraid le Sévère, 
roi de Norwège, et Svend Estridsen, roi de Danemark, 
comme étant grands amateurs d'ours captifs. Elle nous 
raconte longuement l'histoire curieuse d'un Islandais 
qui avait acheté, au Groenland, un ours blanc appri- 
voisé et qui l'avait ramené en Danemark pour le donner 
au roi. 11 reçut, en récompense, un bateau avec sa car- 
gaison, un sac plein d'or et d'argent et un anneau de 
grand prix ; cette histoire se passait au milieu du 
xi" siècle. 

A la fin du xvi" siècle encore, quand nous voyons 
des collections d'animaux un peu nombreuses apparaître 
pour la première fois, à la cour des rois de Suède, ce 
sont toujours des espèces indigènes cpii y figurent. 
Ainsi le secrétaire d'une ambassade que le duc de Pomé- 
ranie envoya au mois de juin i5Gi, à Upsal. pour 
assister au couronnement du ]"oi Erik XÎV. raconte 
qu'il vit, lors des fêtes du sacre, un combat entre un 
ours, un taureau et des chiens anglais. 11 dit encore 
que le roi de Suède entretenait, dans un jardin, des 
cerfs et des élans, et plus loin, sur un rocher près de 
Stockholm, deux jeunes rennes qui accouraient au 
moindre appel pour recevoir du pain \ 

^ X. Marniier, Lettres sur VIslande. 

- Saga Haralds hardradda, ch. 72-75, Forniuanna sugur, t. 6 (trad. oa 
latin dans Scripta historica islandorum de rehus gestis veteriim horealium..., 
Hafnia;, i835, 8**, t. 6, p. 274-282.). Cette même saga se trouve, avec quelques 
variantes, dans Morkiiiskinna, éd. Unger, Christiania, 1867, P- 6i-(i6. Citons 
encore la saga de Niai qui parle aussi d'ours et nous fait assister au spec- 
tacle d'un curieux combat de chevaux (p. m). 

" Historis/i Tidskrift, t. V. Stockholm, i885, p. 280 et 292. 



84 TEMPS MODERNES (xVII« ET XYIII^ SlÈCLEs) 

C'est seulement après la guerre de Trente ans, époque 
où la France avait été son alliée et son initiatrice à la 
civilisation européenne, que la cour de Suède commença 
à prendre quelque chose du faste des autres cours prin- 
cières. En 1G48, la paix de Westphalie mettait fin à 
cette guerre ; deux ans après, à Stockholm, le général 
Wachtmeister et le baron Stiernskôld donnaient de 
grandes fêtes, à loccasion du sacre de la reine Christine 
et c'est alors qu'on voit pour la première fois en Suède 
un combat de lion. Ce spectacle eut lieu le 12 no- 
vembre i65o, dans une enceinte que Ton construisit 
exprès sous les remparts du château royar. On mrt 
d'abord en présence de la bête féroce un buffle (peut-être 
faut-il lire bison). Le lion se précipita, mais il fut arrêté par 
le buffle si violemment qu'il alla tout étourdi se coucher 
dans un coin. On fit entrer ensuite un grand ours venu des 
forêts voisines. L'ours marcha vers le lion. Taborda par 
derrière et lui donna un coup de patte ; puis, comme la 
bête féroce ne bougeait pas, il la saisit avec sa gueule 
par le dos. Le lion se réveilla alors; il se secoua pour 
faire lâcher prise à l'ours, donna quelques coups de 
griffe qui suffirent à mettre en fuite son adversaire, 
puis il se recoucha dans son coin sans plus vouloir com- 
battre. On ht donc rentrer le lion dans sa cage et on 
opposa au grand ours un cheval fougueux. L'ours se 
précipita encore le premier et saisit le cheval par la 
cuisse ; mais celui-ci, se débarrassa d\me ruade, et, 

1 A 1 endroit où se trouve aujourd'hui la rampe {Slottsbacicen) qui conduU 
à l'entrée sud du palais. Le jour qui avait précédé cette fête, les mêmes 
seigneurs avaient donné une autre lete au Rannarebanan qui ^^at situ, la 
où est maintenant la place de Hotorget, dans le faubourg du P^ord. i-nlre autres 
choses, on vit. à cette fête, « deux Maures véritables » montes sui ua 
chameau et tenant une massue à la main. 

Ces fêtes nous sont connues par le D^ Jonas Petri, dans sa relation de la 
Diète de i65o publiée dans: Handlingar rôrande Skandirumens hisiona 
t. XXII, Stockholm, i837, P- ^-'P cl .47-^48 : et par les lettres de Jean bke- 
blad, I, pp. 59, 61, 63, 68. 



MENAGERIES DE SUEDE 



saisi de peur sans doute, il se mit aussitôt à fienter. 
Ce fut là sa meilleure défense, car Tours, dégoûté 
des ordures qui l'avaient couvert, ne pensa plus qu'à 
aller se plonger dans un bassin voisin. On lança contre 
lui un autre cheval, puis deux renards; on lui jeta des 
fusées, des mannequins remplis de paille et vêtus de 
rouge; rien n "y Ht, Tours continua à se laver, et le spec- 
tacle en resta là. 

Le lion qui avait paru à cette fête était, probablement, 
la bête qui avait été prise par le général comte de 
Kœnigsmark, lors de la conquête de Prague par les Sué- 
dois, en 1648. Cet animal était arrivé Tannée suivante, 
à Stockholm, avec une quantité d'autre butin, entre 
autres, le gros volume connu sous le nom de Gigas 
libroruni ou Bible du diable, qu'on peut voir aujour- 
d'hui à la bibliothèque royale de Stockholm. Le lion 
de Prague fut d'abord placé au « chantier de bois à 
brûler », puis on construisit, pour lui, une fosse aux 
lions ou Lejonkulan, près du palais royal. Un inven- 
taire, daté de i65i, donne une idée assez complète de 
cette ménagerie ; elle comprenait deux « étables à lions », 
une cour entourée d'un balcon, et une petite chambre 
pour le gardien. Elle reçut, en iG53, un autre lion que 
le duc Jacques de Courlande avait envoyé à la reine 
Christine. Il semble que ces deux animaux moururent 
avant Tannée iGG3, car les gages de leur gardien ne 
sont plus portés, dans les comptes du palais, à partir de 
cette même année. En 16G7, la Fosse aux lions fut 
transformée en un théâtre, la première scène drama- 
tique suédoise, qui est restée célèbre dans l'histoire lit- 
téraire de la Suède, sous son nom primitifs 

Il y eut encore à Stockholm, au milieu du xvii^ siècle, 

^ Voir J. Flodmark, p. i6 et suiv. ; F. A. Dahlgren, p. 4, note 3: O. Wie- 
selgren, p. 5 et suiv. 



86 TEMPS MODER>"ES (xvil'' ET XYIIl" SIÈCLEs) 

une autre petite ménagerie royale située entre les 
deux ailes du palais nouveau, sur une terrasse 
qu'on nomma d'abord Cour du Léopard ou Leopard- 
gàrden. et qu'on nomme encore aujourd'hui Cour du 
Lynx [Logarden). Cet établissement occupait, sans 
doute, remplacement d'une clôture pour bêtes féroces, 
qui existait môme avant la « Fosse aux lions » près de 
l'ancien palais; en tous cas, il tirait son nom d'un léo- 
pard qui s'en échappa un jour et fit beaucoup de mal 
dans la ville \ 

Avec Frédéric Y\ que nous avons vu, plus haut, en- 
voyer des lions et des tigres à l'Electeur de Saxe, appa- 
raît dans un compte de 1733, une troisième ménagerie; 
« la maison des Lions de Djurgàrden », située dans une 
île boisée tout près de Stockholm, île qui servait alors 
de réserve de chasse et dont nous aurons l'occasion de 
parler longuement plus tard. C'était probablement là 
que le roi de Suède logea deux lions, trois tigres, et un 
chat sauvage que le dey d'Alger lui avait envoyés, en 
1731, avec un esclave affranchi. 

Le successeur de Frédéric I^', le roi Adolphe-Frédéric, 
s'intéressa beaucoup à l'histoire naturelle et posséda de 
grandes collections au château de Drottningholm; il eut 
aussi des animaux vivants, entre autres un racoon qui 
fut vu et décrit par Linné". Sa femme, la reine Louise- 
Ulrique, possédait, de son côté, comme animal fami- 
lier, un petit singe dont elle iinit par se débarrasser en 
faveur du célèbre naturaliste ; Linné en fit un portrait 
que l'on peut voir encore aujourd'hui, dans sa maison 



^ La bète fut tucc et sa peau placée au palais, dans le PapistkyrhaiL ou 
église des Papistes ; c'était une chambre qui avait été concédée au service 
catholique pendant le règne du roi Jean III ; la peau du léopard fut vue par 
un visiteur du palais en i65i. Voir J, Elers, t. I, p. 345. 

- Dans les Mémoires de l'Académie suédoise des sciences de 1747. 



MENAGERIES DE DANEMARK 07 

de campagne à Ilammarby, près crUpsal, et le décrivit 
sous le nom de Siniia œdipusK 

Il ne semble pas que le roi xVdoîpiie et ses succes- 
seurs aient eu des ménageries de bctes féroces. L'île de 
Djurgârden, seule, conserva des cerfs, des daims et des 
chevreuils ; encore ces animaux furent-ils transportés 
plus tard dans la partie de la terre ferme voisine, le 
Norra Djurgârden, où se trouve aujourd'hui une usine 
d'électricité, 

lY. Nous n'avons trouvé rien qui concernât les 
Norvégiens, dans nos recherches sur les anciennes mé- 
nageries Scandinaves. Ce peuple fut presque toujours, 
au covirs de son histoire, sous la domination des rois 
de Suède ou de Danemark et il conserva, plus long- 
temps que ses voisins, des mœurs simj)les qui ne s'al- 
liaient guère avec la coutume des ménageries. Le 
Danemark lui-même qui fut en contact bien plus suivi 
avec l'Europe centrale, ne montre cette coutume qu'à 
partir du xvi'' siècle. Ce furent, d'abord', des animaux 
privés qui demeuraient en liberté plus ou moins grande 
dans les appartements royaux ; on voit en effet, par des 
comptes du xvi'' siècle, que les guenons du roi déchi- 
raient les tapis de cuir doré et que les perroquets 
endommageaient les cadres des glaces. Ces animaux, et 
d'autres, étaient procurés par le douanier d'Elseneur 
qui avait ordre d'acheter « à un prix raisonnable » les 
animaux curieux qu'il trouverait sur les navires passant 
le Sund ; en i562, par exemple, deux renards blancs 
sont cotés, par le douanier, au prix de i rixdalers (3 à 
6 francs), un singe lo et un lion 120. Les bêtes féroces 

1 Voir : Th. M. Fries, t. II, p. 376. 

^ Tous les renseignements que nous allons donner ici sont pris à H. C. Be- 
ring Liisberg, p. i47-i5o. 



88 TEMPS MODERÎiRS (xVII^ ET XVIIl^ SiÈCLES) 

indigènes Scandinaves étaient naturellement moins coû- 
teiises et, par conséquent, plus communes au palais ; 
c'étaient des loups qu'on voyait enchaînés dans la cour 
d'entrée comme des chiens de garde, ou encore des ours 
que le roi faisait venir de Norvège et qui circulaient 
librement dans le château « les pattes de devant atta- 
chées sur le dos ». Sous Christian IV (i588-i64B), par 
exemple, le gardien des ours, Soren, liait ainsi ces pau- 
vres bêtes en les faisant passer par une trappe cons- 
truite à cette fin, ce qui n'empêchait pas du reste les 
accidents; ainsi, au mois de mars 1619, un ours qui 
marchait dans la cour d'honneur du palais, dressé sur ses 
pattes de derrière, mordit un enfant à la tête, puis lui 
brisa les côtes. 

Cependant ce n'est guère qu'au règne de Frédéric III 
{1648-1670), qu'il faut faire remonter la première grande 
ménagerie de Copenhague. 

Ce prince, un des plus grands monarques qui aient régné 
en Danemark, fut un protecteur éclairé des sciences et 
des arts, et c'est comme annexe de son cabinet d'His- 
toire naturelle qu'il créa une ménagerie. 11 ne mit pas 
tous les animaux dans un même lieu, comme Louis XiV 
le faisait, à la même époque, à Versailles ; pourtant leurs 
divers logements furent assez rapprochés les uns des 
autres: il y avait une maison des lions sur l'Hippodrome, 
derrière les écuries du prince George ; une maison des 
tigres à l'arsenal ; des logements chauffés pour babouins 
et porcs-épics, dans le voisinage; plus loin, à Esrom. 
se trouvaient la plupart des chameaux et des droma- 
daires. 

A la fin du règne, cette ménagerie était sous la direc- 
tion de l'intendant du palais, Jean Jaeger, et sous les 
soins immédiats du « gardien d'animaux », Mathias 
Lauridsen ; celui-ci donnait : à chaque lion, 20 livres de 



MÉNAGERIES DE DANEMARK 89 

viande de bœuf fraîche par jour, au léopard 6 livres, au 
tigre et au lynx 4 livres, à chaque dromadaire et à 
chaque chameau une demi-tonne d'avoine par semaine*. 

A la mort de Frédéric III, en février 1670, la ména- 
gerie de Copenhague était donc assez bien peuplée. Le 
nouveau roi Christian V, qui était un admirateur de 
Louis XIV, continua à entretenir la ménagerie et même 
à augmenter le nombre de ses animaux. L'année de la 
mort de son père, il recevait un lion d'Angleterre, puis 
il achetait une jeune lionne au prix de 220 rixdalers ; il 
faisait venir des renards des Indes orientales, des ours 
de Norvège; il faisait nourrir des chameaux, des élans 
et des rennes à Frédériksberg et à Esrom, et des cerfs 
indiens à Charlottenlund et à Gyldenlund; enhn il vou- 
lait avoir des animaux dans l'intérieur même de son 
palais; du moins le voit-on acheter, en 1G81, pour la 
reine, deux perroquets au prix de 70 rixdalers et payer 
un singe blanc 200 rixdalers. De pareils achats sont 
fréquents dans les comptes du temps. 

Cependant la ménagerie royale de Copenhague avait 
eu ses jours malheureux. En 1G71, le léopard de Fré- 
déric III était mort et on avait tué un lion africain, qui, 
très doux avec son gardien, s'était jeté sur un char- 
pentier qui était entré dans sa cage, à l'improviste ; de 
même les cerfs indiens de Gyldenlund étaient devenus 
méchants car, en 1690, il avait fallu payer 28 rixdalers 
à un chirurgien pour les soins qu'il avait donnés à cinq 
personnes blessées par ces animaux. A la fin du règne, 
la ménagerie était donc loin d'être aussi florissante 
qu'autrefois. 11 est probable qu'elle existait encore sous 



* Ces données datent, en réalité, de l'année 1671 ; le prix de la viande 
fournie par le boucher de la cour, Nicolas Olsen, était de deux marcs pour 
vingt livres ; en 1672 il était de trois marcs. Depuis le y.g janvier 1671, 
jusqu'au 12 janvier 1672, les animaux avaient mangé 18.991 livres de viande. 



90 TEMPS MODERNES (XVII^ ET XVIIl" SIÈCLES] 

le règne de Christian VI (1730-1746), prince qui fut, 
comme son grand-père, un grand amoureux du faste, en 
même temps qu'un passionné d'art, de sciences et de 
belles-lettres ; en tous cas M. Lûsberg, que nous avons 
suivi jusqu'ici, ne parle plus d'animaux vivants, à partir 
de Christian V; son livre se continue par la description 
des monstres et autres objets que les rois de Danemark 
avaient rassemblés dans leur cabinet de curiosités. 



CHAPITRE VI 

LES MÉNAGERIES DE LORRAINE ET LES PETITES 
MÉNAGERIES ROYALES DE FRANCE 



1. La fosse aux ours de Nancy. Histoire d'un ours et d'un petit Savoyard. 

Ménagerie de Lunéville. 

2. Les ménageries royales de France et la fauconnerie; au temps de 

Louis Xlli. 

3. La ménagerie de Vincennes. Combats d'animaux féroces. 

4. Fin des grandes volières des Tuileries et du Louvre et de la ménagerie 

de Fontainebleau. 

I. Au commencement du xvif siècle, la France était 
encore bordée à Test par de petits Etats indépendants : 
ceux d'Artois, de Flandre, de Lorraine, dWisace et de 
Franche-Comté. De ces Etats, seule la Lorraine avait 
gardé, en fait de ménagerie, quelque vestige de ses splen- 
deurs passées ; c'était la fosse aux ours créée, deux siècles 
auparavant, par le duc René de Vaudeniont^ et dans 
laquelle se passa, au commencement du xviii*^, le curieux 
fait suivant : « Sous le règne de Léopold II, dans le ter- 
rible hiver de 1709, un petit Savoyard, mourant de froid, 
s'avisa d'entrer dans la loge de Tours. Masco, — 1 on 
appelait ainsi l'animal, — loin de maltraiter celui qui 
venait se confier à sa générosité, le prit entre ses jambes 
et le serra contre sa poitrine pour le réchauffer. 

Le lendemain matin, il laissa partir le petit Savoyard 
qui, après avoir couru la ville pendant toute la jour- 
née, retourna chez ce nouvel hôte et fut reçu avec la 
même affection. L'enfant n'eut plus d'autre retraite, et 

^ Voir t. I, p. 24'^. 



gi TEMPS MODERNES (xvil® ET XVIII^ SIÈCLES] 

Masco lui réservait toujours une portion de ses repas. 

Un jour, ayant reçu sa nourriture plus tard qu'à l'or- 
dinaire, son gardien fut tout surpris de le trouver couché, 
les yeux étincelants et marquant par un air furieux qu'il 
craignait qu'on ne lui enlevât un dépôt précieux. Il tenait 
en effet, entre ses pattes, le Savoyard qui dormait d'un 
profond sommeil et qu'il ne voulait pas déranger pour 
satisfaire son appétit. Toute la cour de Léopold, ainsi 
que beaucoup d'habitants de Nancy, ont été témoins de ce 
trait de la bonté du naturel d'un ours ; et il serait certai- 
nement devenu pour le Savoyard un moyen de fortune, si 
une mort prématurée ne l'eût enlevé peu de temps après'. » 

Le dernier duc de Lorraine, le roi détrôné de Pologne 
Stanislas Leszcynski, abandonna l'ancienne capitale du 
duché, pour venir demeurer à Lunéville, Il agrandit le 
château qui avait été bâti par le duc Léopold et fit 
construire, sur le bord de la Vezouse, une grande ména- 
gerie. Cet établissement comprenait, vers 1753 : un pré, 
des bassins, des cours et des bâtiments pour animaux, 
le tout entouré de murs et formant un rectangle de 
125 toises sur 80 de côté. Malheureusement le plan qu'en 
donne Héré ' est le seul document que nous possédions 
sur la ménagerie de Lunéville. 

II. En France, l'assassinat de Henri IV, en 1610, avait 
mis sur le trône, un enfant de neuf ans, Louis XIII, qui 
avait déjà sa ménagerie; elle se composait, nous apprend 
Héroard ^ : de guenons, d'une chèvre savante achetée 
26 écus d'or, d'un chameau, d'un cerf, d'un lapin et d'un 

i L'abbé Lyonnois. a, et b, t. I, p. 45. Pfister, t. II, p. 21. 

- Voir : première partie, fig. 4. Ce même recueil représente, plus loin, sur 
une planche double, un « Plan général de la Ménagerie du Roy » qui diffère 
du plan de la ménagerie précédent ; nous ne savons si c'est une seconde mé- 
nagerie qu'il représente, ou une modification de la première. 

^ Héroard, t. I, p. 870 et 408 ; t. II, p. 22, 36, 79, 81, 82, 87 et 93. 



MÉNAGERIES DU ROI DE FRANCE LOUIS XIII g'i 

caméléon, sans compter des chiens, un mulet, des 
haquenées, six petits bidets, et des oiseaux de vol. Le 
jeune roi était devenu de bonne heure, du reste, un grand 
chasseur et la plus grande partie de son temps se passait 
à la chasse, en compagnie de son favori le duc deLuynes. 
Pendant que sa mère, Marie de Médicis, gouvernait la 
France, il allait dans les champs, aux environs de Paris, 
s'amuser à lancer, contre les lièvres ou les petits 
oiseaux, des émerillons et des pie-grièclies dressés'; ou 
bien, si le temps menaçait, il descendait seulement au 
jardin du Louvre ou à celui des Tuileries, faisait couvrir 
les allées avec des filets, battre les buissons en bordure, 
puis, se tenant à Tune des extrémités de l'allée avec ses 
pie-grièches, il lançait « burichons ou roitelets, gorge- 
rouges, moineaux et autres petits oiseaux » qui venaient 
se faire prendre en voulant passer d'une allée à l'autre'. 
Louis XllI garda toute sa vie l'amour de la chasse, sur- 
tout celui de la fauconnerie, art pour lequel il inventa de 
nouveaux vols; non seulement il dressa comme Fran- 
çois I", des pie-grièches à la chasse, mais encore il apprit 
à des linottes, à des bruants et môme à des moineaux à 
prendre mouches et papillons '. 

Pourtant il ne semble pas qu'il se soit beaucoup inté- 
ressé aux animaux de ménagerie proprement dits. Il 
conserva bien les maisons des lions et les volières que 
son père avait aux Tuileries et à Fontainebleau ; il fit 
reconstruire la vieille volière du Louvre qui datait de 
Charles V: il ht nourrir dans les appartements même 

^ Cousin 1861, p. 266. 

- Chai'les d'Arcussia de Capro, cité par Dussieux I, p. 28. 

* « Le 17 (mars 161 1) jeudi. Il s'entretient, en soupant, des linottes, bruiauts 
et moineaux qu'il a donnés aux sieurs du Plessis-Praslin, de Humières et de 
Bonnenan pour les dresser pour mouches et pour papillons ; ils les tiennent 
devant lui, sur le poing, chaperonnés. » (Hcroard, II, Sa), 

* D. IL L, Supplément aux antiquitez de Paris de Dubreul, édit. de i63i, 



94 TEMPS MODER>'ES (XYIl'' ET XVIIl^ SIÈCLES] 

de ce château nombre d'oiseaux chanteurs pour le soin 
desquels il nomma un fonctionnaire spécial avec le titre 
de « siffleur du roi », mais il ne semble pas, quoi qu'on 
en ait dit, qu'il ait tait construire de ménagerie véritable 
en sa « petite maison des champs » de Versailles. On s'est 
basé, pour l'avancer, sur ce seul passage du géomètre 
Manesson-Mallet : « Souslef'euroy LouisXlIl, de glorieuse 
mémoire, (Versailles) était un édifice médiocre destiné 
au rendez-vous des parties de chasse, et composé simple- 
ment d'un corps de logis, et de deux ailes, terminées 
par quatre pavillons accompagnés d'un parc et d'une 
ménagerie ' » . Or, Manesson écrivait ces lignes cin- 
quante ans après la mort de Louis XIII et nous savons, 
entre autres par Bayle, que l'ouvrage dans lequel elles se 
trouvent fourmille d'erreurs. D'autre part, aucun contem- 
porain de la création de Versailles ne parle de ménagerie 
royale et Expilly dit expressément que la ménagerie de 
Versailles fut fondée par Louis XIV. A la vérité, Louis XIII 
eut à Versailles une basse-cour dont il traça le plan 
lui-même % et Ton sait qu'en son temps, on donnait le 
nom de « ménage » ou de « ménagerie » au lieu où 
l'on engraissait des animaux pour la table du sei- 
gneur. 

Le « ménage » de Louis XÏII à Versailles était situé tout 
à côté d'une ferme très ancienne qui se trouvait à l'ouest 
du château, sur la route de Saint-Cyr, en face d'une 

p. 76, cité par Franklin II, 90. Cette volière se voit sur les plans de Paris jus- 
qu'en 1666. Voir notre tome I, p. 274, note 3. 

^ Description de l'Univers, i683, t. V, p. i84- Dussieux en rappelant ce 
passage, attribue, par une confusion inexplicable. la description que donne 
Mallet du château d'habitation de Louis XIII, au petit château que Louis XIV 
fera construire plus tard dans sa ménagerie. Plusieurs auteurs ont suivi 
Dussieux sans plus ample contrôle ; P. Gille et Marcel Lambert, entre autres, 
ajoutent encore à la contusion en donnant (p. 16), un plan de 1664 qui montre, 
en réalité, à la ménagerie de Versailles, les premières constructions de 
Louis XIV et non, comme le disent les auteurs, celles de Louis XIII. 

- Héroard. 1 juillet 1624, t. II, p. 296. 



MKNAGERIE DU CHATEAU DE AI>CEN>-ES Ç)5 

grande mare qu'on appela plus tard la « mare de la ména- 
gerie ». Il y avait là, en plus des animaux de basse-cour, 
des élevages de sangliers^ et jusqu'à i4o oiseaux de vol : 
des sacres qui venaien<t de Grèce, des sacrets de Malte, 
des gerfaults de Hollande, des tiercelets de gerfault, des 
faucons et des tiercelets de faucon, des tiercelets de 
faucon niais, des laniers, autours, alettes, éperviers, 
émerillons, alphanets et pie-grièches ". En môme temps 
Louis XIII faisait construire, au sud de Versailles, un 
parc de réserve pour cerfs et daims, le fameux « Parc 
aux Cerfs », dont les limites se voient encore, tracées 
à Tencre rouge, sur une carte du xviii' siècle". 

III. Après la mort de Louis XIII, en t643, sa femme, 
Anne d'Autriche, et Mazarin se bornèrent d'abord à entre- 
tenir les vieilles ménageries de Henri IV '. Mais en i654, 
au moment où la îin de la Fronde venait de ramener 
un peu de tranquillité à la cour de France, Mazarin eut 
l'idée de faire construire une nouvelle ménaererie. H la 
plaça à l'entrée du parc de Vincennes, du côté de Paris, 
exactement à la pointe ouest du petit lac de Saint- 
Mandé actuel, dont elle était séparée par un simple 
chemin. 

Ce ne fut d'abord, comme au Versailles de Louis XIII, 
qu'un « ménage » d'animaux domestiques, ainsi que 
l'indique ce passage d'une lettre que Colbert écrivait 

- Dussieux (I, p. 2, en note et p. 24), aucjuci nous prenons ces renseigne- 
inenls, n'en donne pas la source. 

- Cliarlcs d'Arcussia de Câpre, seigneur d'Esparron, cité par Dussieux, I. 
p. 24 et suivantes. 

' Carte générale des environs de Versailles, Archiv. départ, de Seine-et- 
Oise, A. 44- 

* Il y avait encore aux Tuileries, en 1657, par exemple un couple de lions, 
un tigre, un léopard, un loup-cervicr, deux ours et deux aigles. [Estât général 
des officiers domestiques, commensaux de la maison du Roy, en 1657, p. Hki. 
cité par Franklin II, p. n5.) 



Ç)(i TEMPS MODERNES (XVII' ET XYIIP SIECLES) 

au premier ministre, à la date du 7 juillet de cette 
année '. 

«... La mesnagerie [de Vincennes] est établie; nous 
avons trois veaux qui sont nourris par six vaches, avec 
force œufs frais. Le premier serait excellent à présent. Je 
fais apporter toute industrie pour les conserver jusqu'à 
ce que le Roy [Louis XIV avait alors seize ans] vienne 
à Gompiègne, afin que l'on en puisse envoyer trois en 
trois semaines consécutives. J'ay écrit à M. de Broglio 
pour avoir encore des vaches de Flandre et M. de Bourges 
[Léon de Ventadour 11^ archevêque de Bourges] m'en fait 
venir d'Auvergne. Nous avons six douzaines de poulets 
d'Inde, autant de poules et poulets qui sont fort bien 
nourris et qui seront excellens, cent moutons ou brebis 
pour avoir des agneaux de bonne heure. La petite truie 
d'Inde a fait six cochons dont trois sont morts, et les 
autres trois auront peine à en échapper parce qu'elle n'a 
point de lait. J'establis à présent deux volières de gros 
pigeons. J'auray soin que le faisandier vienne s'y esta- 
blir au mois d'aoust-... » Trois ans après, en 1657, des 
voyageurs hollandais ne trouvent encore à la ménagerie 
deVincennes que des vaches" ». C'est sans doute Louis XIV 
lui-même qui décida la transformation de cette ménagerie 
en maison pour bêtes féroces. Quand Mazarin mourut, 
en î66i, il s'occupa en effet de l'agrandir et de l'em- 
bellir. Il fit d'abord planter une avenue pour y aller 
directement du village de Picpus'; puis il fit construire 

^ J.-B. Colbert, conseiller d'Etat dès 1648, à l'âge de vingt-neuf ans, avait 
été nommé en i6j4 secrétaire des commandements de la reiae. La lettre 
dont nous nous servons ici a été publiée in extenso par Pierre Clément 

(I, p. 230). 

^ Sur l'original de celte lettre, Mazarin a écrit en marge : k Jay pris grand 
plaisir à lire tout ce que vous me mandez de Yincenues, et je vois bien que 
je dois ce contentement à vos soins. » 

3 Journal d'un voyageur, p. 175. 

* Comptes des bâtimeuls, t. IV (1662}, p. 299. 



MENAGERIE DU CHATEAU DE VINGENNES 97 

des loges nouvelles. La ménagerie de Vincennes se com- 
posa alors, comme le montrent des plans manuscrits de 
Tépoque' : de trois grandes cours, dont l'une était nommée 
« Sérail » ■, de deux corps de bâtiments entourant chacun 
une cour intérieure et de douze parquets à air libre an- 
nexés à deux longues étables ; on y trouvait en plus un 
jardin et, tout à côté, une ferme dont on tirait une partie 
de la nourriture des habitants de la ménagerie. 

Les premiers animaux féroces qui vinrent à Vincennes 
furent probablement ceux de la ménagerie des Tuileries. 
A cette époque, en effet, on n'entend plus parler de cette 
dernière et le lion et le loup-cervier que Perrault reçut 
un jour de Vincennes, pour les disséquer, paraissent 
bien être les mômes bêtes que celles que nous avons 
vues, aux Tuileries, en 1657. Dans le compte rendu de sa 
dissection du lion, Perrault nous donne ^ quelques détails 
intéressants sur la manière dont on soignait alors les lions 
malades. L'animal en question était mort après avoir vomi 
une grande quantité de sang; il y avait plusieurs mois qu'on 
n'avait pu le faire sortir de sa loge, et, comme on avait de 
la peine à le faire manger, on lui donna de jeunes ani- 
maux vivants ; détail cruel, pour rendre cette nourriture 
plus délicate, les gardiens écorchaient tout vifs des 
agneaux qu'ils lui offraient ensuite. Il paraît que cela le 
remit d'abord, en lui rendant l'appétit et quelque gaîté. 
« Mais, ajoute Perrault, il y a apparence que cette nour- 
riture engendra trop de sang, et trop subtil pour un ani- 
mal à qui la nature n'a point donné l'industrie d'écorcher 
les animaux qu'il mange : étant croïable qu'une partie 
du poil, de la laine, des plumes et des écailles que tous 
les animaux de proie avalent sont un assaisonnement et 

i Archiv. nat. O'iSSgB; N"i99(plan daté de 1696) ; N159 (plan daté de i73i). 
- Du mot italien se/Tû^/jo, ménagerie, apporté en France par les Médicis. 
^ Mémoires. Première partie, p. 16. 



98 TEMPS MODERNES (xVII* ET XYIII^ SIÈCLEs) 

un correctif nécessaire pour empêcher que leur avidité 
ne les fasse emplir d'une nourriture trop succulente. » 

On vit ensuite, à Vincennes, des tigres et des léopards 
C{ui provenaient d'achats faits en Afrique ou de cadeaux^ 
Un sieur d'Alainville va par exemple, vers i665, à Tunis, 
acheter des chevaux et des bêtes féroces au compte du 
roi-, et, en février 1G82, un ambassadeur du Maroc apporte 
en guise de présent, une tigresse apprivoisée. La bête 
était aussi douce et aussi docile qu'une chienne ; elle fut 
amenée à la reine, dans sa chambre, à Saint-Germain, au 
milieu de toutes les dames de la cour qui la flattèrent 
et s'amusèrent longtemps avec elle \ 

Les animaux de la ménagerie de Vincennes servaient, 
comme aux temps anciens, à donner des spectacles de 
combats ; les invités prenaient place dans les galeries 
qui étaient situées au-dessus des loges des animaux, et 
ceux-ci combattaient dans la cour du sérail*. Quatre de 
ces combats nous sont connus : celui qui fut donné en 
l'honneur du fils du roi de Danemark, en mars i663 ; 
un second donné en l'honneur de la jeune reine Marie- 
Thérèse, au mois de juillet de la même année ^; enfin deux 
autres eurent lieu en 1682, Tun devant l'ambassade de 
Perse, l'autre devant le Dauphin. On offrit à l'ambas- 
sadeur le spectacle d'une lutte à mort entre des élé- 
phants et un tigre royal*. Celui-ci fut tué et son cadavre, 
jeté dans un champ voisin, fut anatomisé sur place par 
des membres de l'Académie def^. Sciences, après toutefois 

* Saugrain, p. 339. 
' de Bricard, p. 92. 

' de Sourches, I, p. 77. 

* ûulaure. a. 

^ Loret, IV, p. 35 et 77. 

^ Perrault, qui nous parle de ce combat (t. III, 2'^ partie, p. 287), écrit bien 
« des éléphants ». Il faut croire qu il y en avait alors, à Vincennes, car 
nous verrons qu'à celte date, la ménagerie de Versailles ne possédait qu'un 
seul éléphant. 



MENAGERIE DU CHATEAU DE VIÎ^CEINNES 99 

que les paysans lui eussent arraché tous les poils de ses 
moustaches, qui passaient alors pour un violent poison*. 

Le combat donné devant le Dauphin fut plus varié. Il 
commença par un lancer de chiens contre un ours, con- 
tinua par un combat de chiens contre un taureau, et se 
termina par une lutte épique entre la tigresse du Maroc 
et une simple vache. Chose curieuse, ce fut ici la bête 
féroce qui fut vaincue, et cela en quelques coups de 
cornes. La vaillante vache combattit avec le même succès 
contre une lionne et un second tigre, puis, après ces 
exploits, elle eut encore assez de courage pour se me- 
surer avec un lion. « Elle Tattaqua, nous dit un témoin 
oculaire, et quoiqu'on luy eut dépouillé la hanche, et 
qu'elle en fut demeurée boiteuse, elle ne laissa pas de le 
vaincre, aussi bien qu'un loup qu'elle combattit encore. 
On la fit retirer et l'on amena un lévrier de M. le grand 
louvetier pour combattre contre le loup. Le lévrier fit 
merveille ; il mordait sans cesse les jarrets du loup et le 
colleta à vingt reprises" ». 

La ménagerie de Vincennes était dirigée, au temps de 
Louis XIV, par un concierge qui était logé à la ména- 
gerie, recevait un traitement de 600 livres par an et 
jouissait en outre de certains avantages inhérents à 
de semblables fonctions \ La dépense totale annuelle 
de la ménagerie : gages du concierge et de deux garçons, 

^ C'était une croyance rapportée d'Asie où oa croit encore aujourd hui, 
en Annam du moins, que ces poils constituent un poison extrêmement vio- 
lent, surtout lorsqu'ils ont été brûlés. 

2 Mercure galant, août i68"2, p. ]85. 

^ Arck. nat. 0^1072^. Brevet de concierge, daté de 1691, àla veuve Gaspard 
Pallas, aux gages de 600 francs « et autres avantages dont jouissent les con- 
cierges de pareilles maisons ». En i665, c'était un nommé Jacques Petit- 
Maire qui était concierge de la ménagerie. Les Comptes des bâtiments, l, 
p. 9'2, disent qu'il fut chargé de faire e.\ecuter des travaux à la héronnière de 
Vincennes. 

Au XVII*' siècle la charge de concierge ne correspondait nullement aux 
charges des concierges actuels; c'était, en réalité, celle d'intendants. 



100 TEMPS MODERNES (XVif ET XVIII* SIÈCLES] 

nourriture et entretien des bêtes, était de 5,4oo livres'. 

La ménagerie continua à être entretenue pendant une 
quarantaine d'année ; en 1677, on rétablit ses portes ; en 
i685, puis en 1692, on y fit de grands ouvrages de menui- 
serie et de réparations % mais on lui enleva ses animaux 
dès le début du xviii- siècle. Nous avons trouvé, en effet, 
dans les Archives nationales', à la date de 1704, un 
Brevet de survivance de la place de concierge de la 
ménagerie de Vincennes, ménagerie, ajoute le brevet, 
qui « servait cy-devant de sérail pour divers animaux ». 
Bruzen de la Martinière dit que Louis XIV en avait fait 
tuer toutes les botes féroces* ; Dufour nous dit, au con- 
traire, que ces animaux furent conduits à Versailles, et 
cela est plus vraisemblable, car nous verrons qu'il n'y 
eut des loges pour animaux féroces dans cette autre 
ménagerie, qu'à partir de cette époque; mais Dufour ne 
donne pas ses sources, et, en tous cas, sa date de 1706 
est trop récente de quelques années. 

Après le départ des animaux, la place de concierge de 
la ménagerie exista au moins jusqu'en 1760^; une partie 
des bâtiments de la ménagerie de Vincennes furent 
adjoints à la ferme voisine qui appartenait au roi' ; quant 
aux loges des animaux féroces et à l'arène dans laquelle 
ils combattaient, Dulaure les trouvait en 1787 à peu 
près dans le même état qu'autrefois. Aujourd'hui, il ne 
reste plus rien de la ménagerie de Vincennes. 

IV. La faveur de Louis XIV pour la ménagerie de Vin- 

* A. de Montaiglon. Dépenses de la chambre du roi en 1677, p. 9. cité 
par Dufour, p. 67. 

2 Comptes des bâtiments du roi, II, p. 755, et III, 564 et 7i5. 
^ 0*1073*^. 

* Tome X, p. ^35. 

* Jrch. nat. O^io-ji^. 

® Comptes des bâtiments, 1706, V, 8. 



MENAGERIE DU CHATEAU DE VINCENNES lOl 

cennes n'avait donc eu qu'un temps. De même, le grand 
Roi laissa péricliter les volières des Tuileries et du Louvre 
qui, depuis longtemps du reste, ne sei'vaient plus à des 
oiseaux ; la première, dont les bâtiments avaient été 
aménagés pour loger du personnel de M^'® de Guise, fut 
démolie en 1G69 ' ; la volière du Louvre qui servait aussi 
de logement à un M. d'Estrade", fut supprimée sans 
doute à la même époque. Enfin, si les comptes des bâti- 
ments nous parlent encore, en l'année i685, d'un « con- 
cierge de la ménagerie de Fontainebleau », la lecture 
attentive de ces comptes semble bien indiquer qu'il n'y 
avait plus, à cette époque, que des chiens ; des autres 
logements d'animaux de ce palais il ne restait, avec 
leur destination primitive, qu'une fauconnerie, une 
(( chasse au cormoran », une héronnerie et la grande 
volière de Henri IV ; encore cette dernière fut-elle con- 
vertie en orangerie, en l'année IÔ72^ 

' Voir : Comptes des bâtimenls, 1669, p. agS, SgS ; Colbert, a, t. V, p. 376. 

2 Journal d'un voyageur (hollandais). 

^ Voir Comptes des bâtiments, I, p. 104, 273, 585 et 789, et un plan de 
C. Inselin, mis au jour par M. de Fer, conservé à la Bibliothèque de la ville 
de Paris. 



CHAPITRE VII 

LA MÉNAGERIE ROYALE DE VERSAILLES AU TEMPS 
DE LOUIS XIV (1662-1698)^ 

1. Création d'une nouvelle ménagerie royale à Versailles. 

2. Le petit château de la ménagerie. 

3. Les cours d'animaux. 

4. Peuplement de la ménagerie. — Son personnel. 

5. Histoire d'un éléphant. 

6. Promenades à la ménagerie. — Ecole d'animaliers de Versailles. 

I. Louis XIV avait vingt-quatre ans quand, en 1662, il 
résolut d'agrandir et d'embellir le domaine de Versailles 
qui avait été créé, par son père, trente-huit ans aupara- 
vant. Grand chasseur, ne pensant encore venir en ce lieu 
que pour se divertir, y trouvant déjà du reste un char- 
mant petit château où For et le marbre répandaient par- 
tout la beauté et l'éclat, le jeune roi ne s'occupa d'abord 
que du parc. Un de ses premiers soins, le premier même 
peut-être, fut d'y faire construire une nouvelle ména- 
gerie. Il choisit pour cela, avec son architecte Le Vau, 
un emplacement situé sur le chemin de Saint-Gyr, à 
1600 mètres du château, tout près de l'ancienne ferme 
de Louis XIII; c'était là où se trouvait déjà le « ménage 
royal » dont nous avons parlé plus haut. 

Quelle était l'idée de Louis XIV dans cette création ? 
L^Académie des sciences n'y était pour rien, bien qu'on 
Tait écrit et répété", puisque cette docte compagnie ne 

^ Pour les sources non indiquées, se reporter aux Comptes des bâtiments. 
^ P. Bernard et L. Couailhac, p. xj, et Pouchct, b, p. i58. 





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MÉNAGERIE DE VERSAILLES SOUS LOUIS XIV lo3 

devait être instituée que quatre ans plus tard. Les splen- 
deurs de Vaux-le-Vicomte, qui avaient tant frappé la vue 
du jeune roi l'année précédente, n y firent pas davantage, 
car Fouquet n'avait pas de ménagerie dans son château. 
Sans doute, pensant à la douce et gracieuse La Vallière 
qui remplissait alors tout son cœur, le roi de France 
voulut-il simplement rendre les plaisirs de Versailles 
plus variés et plus vivants; il n'y fit mettre, en effet, à 
cette époque, que des animaux choisis parmi les plus pai- 
sibles et les plus gracieux : des biches, des daims, des 
gazelles et nombre d'oiseaux aux vives couleurs ou aux 
chants harmonieux. 

Les travaux du nouvel établissement commencèrent à 
une date qu'il nous estdifficile de préciser exactement. Les 
documents les plus anciens que nous ayons trouvés sur 
cepoint^ datent de i663, mais leur lecture montre bien 
que la construction de la ménagerie avait dû être comx 
mencée dès 1662 \ 

Le plan que Le Vau avait conçu était très ingénieu- 
et entièrement original. Jusqu'à ce moment, dans toutes 
les cours princières, à l'étranger comme en France, les 
logements des animaux sauvages gardés en captivité 
avaient toujours été disséminés en différents points du 
domaine; ici, la a maison des bêtes féroces », ou la 
« volerie » ; là, le parc aux cerfs ou les étables pour les 
éléphants: autre part encore les volières, les bassins ou 

^ Archives nation., 0^2128 et Bibliotk. nat . . Mrlauges Colbert. 

- Celle du nouveau château de Versailles ne commença qu en 1669. On 
construisit également dans ce château plusieurs grandes volières : aux deux 
angles du fond de la Cour de Marbre, sur la terrasse des appartements de la 
Cour des Cerfs, au-dessus des petites fontaines d'une autre cour, et enfin 
dans le cabinet de monseigneur le duc d'Anjou. (Voir de Luynes, I, 287, et 
les Comptes des bâtiments du lioi.) Disons encore que Louis XIV fit cons- 
truire, dans le parc de Versailles, plusieurs faisanderies où l'on élevait chaque 
année des milliers de faisans et de perdrix. Ces oiseaux avaient pris l'habi- 
tude de venir chaque jour, au son du tambour, pour recevoir leur nourriture. 
(Denis, Dangeau, 30 juin 1684 et 16 août i685, et Dussieux, II, p. i86 et ao8.) 



I0/| TEMPS MODERNES (xvif ET XVIII^ SiÈCLEs) 

les viviers. A Versailles, Louis XIV voulut que tous ses 
animaux fussent réunis en un même lieu avec des arbres, 
des plantes et des fleurs, et c'est ainsi qu'il créa, en réa- 
lité, le premier Jardin zoologique. Il voulut que rempla- 
cement choisi, — il était alors seulement de trois à quatre 
hectares, — fut disposé pour recevoir le plus grand nombre 
d'animaux possible en un si petit espace; il voulut que 
tout fût construit avec luxe et arrangé de façon à être vu, 
pour ainsi dire, d'un seul regard. Le Vau délimita donc 
sur le terrain, au nord de la ferme, une surface ayant la 
forme d'un éventail ouvert; à la base de cet espace, au 
niveau de la « tête » de l'éventail, il plaça un petit château 
de plaisance pour le repos du Roi et de ses invités et, en 
avant du château, faisant saillie dans une cour centrale, 
un pavillon octogonal, du balcon duquel on pouvait voir 
sept cours d'animaux rayonnant au-delà de la cour cen- 
trale. 

Le gros œuvre de la construction du petit château et 
les installations des cours furent terminés en 1664 ; la 
dépense n'avait guère dépassé la somme de 45o 000 livres, 
mais il ne faut pas oublier que Louis XIV employa tou- 
jours, pour faire les terrassements de ses grandes cons- 
tructions, des hommes de corvée réquisitionnés et non 
payés. 

Cependant il restait encore beaucoup de petits travaux 
à faire. Comme cela n'allait pas assez vite au gré de 
Colbert, l'entrepreneur demanda et obtint du curé de 
Versailles, en i665, la permission de travailler le dimanche 
après la messe, ce que le Roi avait d'abord défendu K 
Cette même année, la ménagerie recevait son premier 
envoi important d'animaux étrangers : une gazelle, trois 
moutons de Barbarie et six oiseaux de proie ; mais ce ne 

* Lettres de Colbert, voir p. SaS. 



MENAGERIE DE VERSAILLES SOUS LOUIS XIV lo5 

fut qu'en 1668 que tous les appartements du petit châ- 
teau furent « cirés, mis en couleur et frottés », et encore 
toute leur décoration et tout leur ameublement ne 
devaient-ils être terminés que longtemps après. 

La ménagerie était complètement entourée de murs. 
On y accédait de trois côtés différents : du côté de Saint- 
Cyr, à Touest, parles cours d'animaux; du côté de Ver- 
sailles, à l'est, par une allée de beaux ypréaux ; du côté de 
Trianon, au nord, par un escalier monumental qui montait 
de l'extrémité du grand canal. La première entrée était 
pour les fournisseurs ; la seconde pour les promenades 
ordinaires ; la dernière pour les grandes visites d'apparat ; 
celle-ci conduisait à une terrasse sur laquelle des artistes 
avaient projeté de construire une sorte de petit palais 
qui ne fut d'ailleurs jamais exécuté \ 

Cette dernière entrée conduisait, comme la précédente, 
dans une allée bordée de grands murs au-delà desquels 
se trouvait, à gauche : un premier jardin dit le « Jardin 
d'en haut », une laiterie, et un des enclos delà ménagerie, 
celui de la Basse-cour. On arrivait ainsi à une grille 
placée entre deux petits pavillons dont l'un servait de 
logement au suisse et dont l'autre, celui de droite, était 
une petite chapelle dans laquelle se trouvait une copie 
du grand crucifix de Le Brun. On franchissait la grille 
et on se trouvait dans la cour du petit château, ou avant- 
cour. 

II. Ce petit château se composait essentiellement de 
trois corps de logis placés au fond de l'avant-cour. Au 
milieu, se trouvait un grand escalier intérieur, orné de 

^ Voir une estampe d'André Pérelle et deux gravures de Marot. Il faut dire 
dès maintenant que Ton aurait une idée inexacte de la ménagerie de Ver- 
sailles si on ne consultait que les estampes du temps, sans les contrôler soi- 
gneusement par les plans des architectes. Beaucoup de ces estampes, en 
effet, sont en partie fantaisistes. 



lo6 TEMPS MODEREES (xVII^ ET XVIII^ SIÈCLEs) 

deux vases en marbre sculptés par Jouvenet, qui condui- 
sait directement de Tavant-cour au premier étage, le rez- 
de-chaussée n'étant occupé que par les cuisines et par 
les logements du personnel. On arrivait ainsi à un palier 
sur lequel s'ouvraient trois portes : celle de droite, du 
côté de Trianon, donnait dans un corps de logis com- 
posé de six pièces et qu'on appellera plus tard « Appar- 
tement d'été » ; celle de gauche, dans un appartement 
de cinq pièces qui sera 1' ce Appartement d'hiver » ; celle 
du milieu dans une galerie qui conduisait au pavillon 
octogonal. Chaque appartement communiquait avec un 
second étage qui renfermait encore un certain nombre 
de chambres mansardées. 

La galerie, ou « avant-cabinet», du pavillon octogonal 
était une sorte de couloir, dont une des parois était ornée 
de tableaux d'animaux peints par Nicasius ^ et dont Fautre 
était percée de trois grandes fenêtres, qui donnaient sur 
un balcon extérieur en fer forgé et doré. Elle conduisait 
dans l'unique pièce du premier étage de ce pavillon, salle 
octogonale et couverte d'un dôme qu'on appellait le 
« Salon de la ménagerie ». Des huit côtés de cette pièce, 
l'un était occupé par la porte d'entrée, les sept autres 
étaient percés de grandes fenêtres qui s'ouvraient sur le 
balcon et d'où Ton pouvait voir successivement toutes 
les cours d'animaux. Le sol de ce salon était recouvert 
de marbre; les murs restèrent toujours simplement 
blanchis, mais ils furent garnis peu à peu, comme la 
galerie, d'un grand nombre de tableaux représentant 
des animaux vivant à la ménagerie et peints également 
par Nicasius. 



1 Nicasius ou Nicaise Bernaerts était un peintre flamand, qui avait étudié 
chez Franz Snyders et qui, après avoir voyagé en Italie, était venu se fixer 
à Paris. Son habileté à peindre les animaux, les fleurs et les fruits, l'avait 
fait rattacher par Charles Le Brun à la Manufacture des Gobelins et, comme 



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MÉNAGERIE DE VERSAILLES SOUS LOUIS XIV 107 

C'est de ce salon que les habitants du petit château 
descendaient quand ils voulaient aller voir de près les 
animaux. Au bas de l'escalier, ils trouvaient d'abord 
quelque amusement à la visite du rez-de-chaussée du 
pavillon qui avait été transformé en grotte à ritalienne\ 
C'était une pièce octogonale qui avait été décorée, 
en 1666, par un rocailleur du nom de Jean Delaunay. 
La voûte de cette grotte, placée à 4 ni. Go du sol, pré- 
sentait deux grandes rosaces concentriques en rocaille ; 
les murs percés de quatre grandes fenêtres portaient 
des bandeaux et des encadrements de pierre unie déter- 
minant des compartiments réguliers qui étaient remplis 
de coquillages et de morceaux de meulière. Au centre de 
la grotte, un bassin avec jet d eau tournant était dissimulé 
sous un plancher percé d'une infinité de trous, de sorte 
que, lorsqu'on le voulait, on faisait jaillir brusquement 
du plancher une petite pluie fine qui mouillait les jambes 
de ceux qui ne s'y attendaient pas. 

III. La cour centrale de la ménagerie, ou Cour des Dés, 
avait une forme octogonale ; elle tirait son nom de six 
balustres de marbre, les dés, qui étaient à son pourtour 
et d'où sortaient six filets deau. La cour elle-même pou- 
vait être transformée instantanément, comme le sol même 
de la grotte, et par le même moyen, en un parterre de 
jets d'eau entre-croisés '. L'un de ses côtés était occupé 
par le petit château de la ménagerie ; les sept autres 
étaient fermés par autant de grilles en fer au travers 

il venait souvent prendre ses modèles à la ménagerie, Louis XIV le chargea 
bientôt de peindre tous les animaux nouveaux qui lui arrivaient. 

^ Pour la description de cette grotte nous nous sommes servi, d abord des 
Comptes et Inventaires, puis du Mercure galant (n^. 1686 p. 108-109) et enfin 
d'un intéressant travail de Marquet de Yasselot qui en a encore vu les l'uines. 
Sur cet art de décoration, voir Bouillet. 

^ M"<^ de Scudéry; Bruzen de la Martinièrc, IX, 168. 



Io8 TEMPS MODERNES (xvil'' ET XVIlf SiÈCLEs) 

desquelles on voyait Tintérieur des cours d'animaux. Ces 
cours étaient séparées, Tune de Tautre, par de grands 
murs terminés en avant, du côté des grilles, par un double 
terme en pierre représentant un sujet de la Métamorphose 
avec une tète d'animal comme attribut ; douze autres 
petits monuments semblables étaient placés de chaque 
côté des dés ; enfin sept termes simples alternaient régu- 
lièrement avec ces derniers, de sorte que la cour centrale 
de la ménagerie était entourée complètement d'une série 
de motifs de sculpture et d'effets d'eau qui formaient le 
plus heureux assemblage*. 

Les sept cours d'animaux disposées en éventail autour 
de cette cour centrale, étaient presque toutes gazonnées 
et pourvues de bassins et de jets d'eau qui jaillissaient 
quand le Roi venait se promener à la ménagerie ; quel- 
ques-unes étaient plantées d'épines blanches et d'ifs ; 
d'autres de treilles de lauriers-roses et de filarias. 

La première cour, à droite, renferma d'abord des ber- 
geries qui étaient sans doute un reste de l'ancien ménage 
de Louis XIII. On y plaça des cigognes avec des moutons, 
mais bientôt on détruisit les cabanes du fond pour trans- 
former l'enclos en une cour gazonnée avec allées rayon- 
nant autour d'un bassin central ; ce fut pendant long- 
temps ce qu'on appela le Quai lier des Cigognes. 

La seconde cour prit d'abord le nom de Quartier des 
Demoiselles ., à cause des belles grues de Numidie qu'on 
y plaça. On y construisit plus tard un charmant pavillon 
pour les petits oiseaux des îles et dès lors on l'appela la 
Cour delà Volière ou les Voliers. Cette volière, qui occu- 
pait tout le fond de la cour, se composait d'un pavillon 
central et de deux galeries latérales terminées elles- 

* En 1785 ces termes furent réparés par le sculpteur Duprez dont le 
mémoire, conservé aux Arch. nat. 0^1805*, permet de préciser le genre de 
décoration de ces monuments. 



MENAGERIE DE VERSAILLES SOUS LOUIS XIY 109 

mêmes par un autre pavillon ; le tout était percé de 
grandes baies grillagées avec du fil de laiton doré. A l'in- 
térieur, un grand canal d'eau vive la traversait dans 
toute sa lonsrueur et, du bassin central de ce canal, 
s'élevait, à quatre ou cinq pieds de haut, trois bouillon- 
nements d'eau, d'un pouce et demi de diamètre chacun. 
Les combles avaient été sculptés par Jouvenet, le sol était 
recouvert de sable fin et les parois garnies de grandes 
cages munies de rideaux de « bazin ». Dès i665 on pou- 
vait voir dans cette volière plus de quarante espèces 
d'oiseaux exotiques ' parmi lesquels des oiseaux-mouches, 
des colibris, des paradisiers, desmanucodes, des tangaras 
et nombre de perroquets, d'aras et de perruches. On y 
trouvait également des passereaux de France, mais ceux-ci 
étaient plutôt disséminés en différents points de la ména- 
gerie, dans d'autres volières également munies de bassins. 

La troisième cour resta d'abord inhabitée et servit de 
passage pour aller de la Cour des Dés au dehors de la 
ménagerie, du côté de Saint-Gyr; mais, comme elle était 
très vaste, on y plaça les grands oiseaux d'Asie et d'Afrique, 
puis des espèces aquatiques telles que grues, pélicans, 
flamants, outardes et canards étrangers. Pour ceux-là, 
on transforma la moitié du fond de la cour en une sorte 
de petit étang ombragé de grands arbres dont une partie 
servit de réservoir pour des poissons vivants. Cet enclos 
qui fut appelé d'abord Quartier des Oiseaux cV Afrique^ prit 
bientôt et garda le nom de Cour des Pélicans. 

Le quatrième enclos de la ménagerie tirait son nom, 
Rond-d^eau^ d'un grand bassin circulaire qui se trouvait 
à son centre et dans lequel on nourrissait également des 
poissons". Cette cour servit aussi pendant longtemps 

^ Locatelli, p. igî. 

- de Marigny. Relation des divertissemens que le Pvoi a donnés aux Reines, 
dans le parc de Versailles, in-12, 1674 (cité par Dussieux, I, p. 5o). 



IIO TEMPS MODERNES [X\ir ET XVIH SIECLES] 

de passage au public ; elle était traversée, dans toute sa 
longueur, par une allée bordée de grandes grilles, der- 
rière lesquelles se voyaient des hérons, des cigognes et 
autres oiseaux de grande taille. 

Des bandes d'autruches vivaient dans la cinquième cour 
largement exposée au midi. Cette cour, couverte de sable 
aride et de cailloux, avait la prétention de rappeler les 
déserts de FAfrique ; on y trouvait, avec les autruches 
qui lui donnaient son nom : des hérons d'Egypte, des 
grandes aigrettes et des pintades. Plus tard on cons- 
truisit, dans le fond, de petites cabanes et des volières, 
munies de bassins, pour aigles, porcs-épics, rats de Pha- 
raon, etc. 

En continuant autour de la cour centrale on trouvait, 
à côté du quartier des autruches, un petit espace qui 
resta inoccupé pendant toute cette période et qui 
servit plus tard à loger un lion. On arrivait ensuite au 
sixième enclos [Cour des Oiseaux) qui se composait en 
réalité de trois préaux entourés de loges pour poules 
sultanes, griffons, aigrettes, pigeons exotiques, cor- 
beaux, civettes, blaireaux et renards. On plaça aussi, 
dans cette partie de la ménagerie, des casoars, des 
spatules, et même un éléphant et des chameaux, mais 
ces derniers furent bientôt reportés dans la Cour de la 
Ferine^ qui s'étendait jusqu'au chemin de Saint-Gyr; 
cette dernière cour renferma encore, à cette époque, des 
cerfs, des daims et des gazelles. 

La septième et dernière cour, la Basse-cour ^ était 
peut-être la plus vaste de toutes ; elle contenait, en son 
milieu, un abreuvoir et un colombier qui abrita jusqu'à 
trois mille pigeons ; tout autour, se trouvaient des écu- 
ries, des étables, une bergerie, enfin la maison du con- 
cierge et des logements pour le personnel des gardiens 
de la ménagerie. On élevait dans cette basse-cour, pour 



MENAGERIE DE VERSAILLES SOUS LOUIS XIV iri 

la table du Roi, une grande quantité de volailles, de 
paons, de moutons de Barbarie à grosse queue, de san- 
gliers et de vaches hollandaises et flamandes dont on 
nourrissait les veaux avec un mélange de lait et de jaunes 
d'œufs \ 11 y avait enfin, entre la Basse-cour et le 
chemin de Saint-Cyr, trois enclos plus petits qui ne por- 
tèrent pas alors de noms spéciaux. 

Toutes les cours d'animaux étaient munies de petites 
cabanes de refuge placées contre le mur du fond ou 
les murs latéraux ; quelques-unes de ces cabanes avaient 
un étage mansardé que les animaux pouvaient atteindre 
par le moyen d'échelles en bois". 

La distribution d'eau à la ménagerie fut naturelle- 
ment une des premières préoccupations de Farchitecte. 
On commença par utiliser le « ru » qui s'écoulait de la 
« mare de la ménagerie, » située au delà du chemin 
de Saint-Cyr ; ce ruisseau fut canalisé à ciel ouvert 
dans une certaine étendue, un lavoir fut formé sur 
son parcours, puis ses eaux, captées par de gros tuyaux 
de plomb qui existent encore, allèrent alimenter la mare 
des pélicans, le rond d'eau et peut-être d'autres bassins. 

L'eau potable fut amenée de Fontenay et de Saint-Cyr 
par deux aqueducs, construits en 1688, qui allaient se 
rendre dans un grand réservoir situé sur le bord du 
chemin de Saint-Cyr, derrière la basse-cour. Un autre 
réservoir recevait, par le moyen d'une pompe. Peau d'un 
puits qui avait été creusé dans la cour des Oiseaux '. 
De ces réservoirs l'eau allait alimenter, par pression, les 
bassins, fontaines et jets d'eau de la ménagerie ; les trop- 

^ Poème do Denis. 

- Voir les plans et les Comptes des bâtiments, II, p. 9, oSg, 684, 690, etc. 

" L'existence de ces deux réservoirs se trouve implicitement indiquée dans 
les Comptes (I, p. 82 et i265). Ces comptes parlent encore d'une canalisation 
en grès qui conduisait l'eau de la fontaine Saint- F'ierre à la ménagerie (II, 
p. 819.) 



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112 TEMPS MODERNES (xVII^ ET XVIIl" SiÈCLEs) 

pleins s'écoulaient par un fossé et par des rigoles qui 
aboutissaient finalement au grand canal '. 

Louis XIV suivit attentivement tous ces travaux. Il 
allait souvent à la ménagerie où il était reçu et conduit 
par Le Vau, ou par un sous-ordre de Colbert, le sieur 
Petit, et, chaque fois, il s'occupait des moindres détails. 
Un jour par exemple % c'était en août 1664, après avoir 
fait jouer devant lui tous les jets d'eau des bassins des 
cours, il alla dans la laiterie où il prit plaisir à ouvrir et à 
fermer lui-même les robinets, « sans pouvoir s'exempter 
d'être un petit [peu] mouillé ». 

Il « s'approcha ensuite des bassins pour considérer 
les dits jets d'eau qui lui semblèrent trop petits, ainsi 
que les jets d'eau dans leur hauteur... » Puis « faisant 
jouer les trois jets d'eau de la volière qui peuvent s'élever 
jusques et par-dessus la laiterie, il fit ôter les ajustars 
pour réduire lesdits jets d'eau... » Après s'être diverti 
dans toutes les cours, le grand roi arrivant au réservoir 
voulut voir l'eilet de la pompe et la quantité d'eau qu'elle 
élevait. Toute l'eau du puits pouvait se tirer en une 
demi-journée, après quoi il fallait attendre que les sources 
le remplissent. Gela ne contenta pas le monarque qui, 
remarquant d'autre part que l'eau n'était pas très nette, 
recommanda de faire curer le puits au premier jour. 

IV. Louis XIV peupla d'abord sa ménagerie avec des 
animaux que lui offrirent des princes étrangers : un élé- 
phant envoyé en 1GG8 par le roi de Portugal, Pierre II, et 
trois crocodiles qui lui furent apportés, en 1687, de la part 
du roi de Siam. 11 la peupla ensuite avec les envois de 
ses gouverneurs de province ou des colonies, tels : M. de 
Ghoupes qui, en i663, reçut l'ordre d'envoyer à Ver- 

* Comptes, l, p. 5i8 et 1170. 

3 Biblioth. nat. — Mélanges Coibort, vol. 127, fol. II. 



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MÉNAGERIE DE VERSAILLES SOUS LOUIS XIV Il3 

sailles des oiseaux de Belle-Isle*; M. Lopis de Monde- 
vergue, gouverneur des îles Dauphine (Madagascar) et 
Bourbon ■, qui fît parvenir, en 167 1, un casoar acheté à 
des marchands venant des Indes et d'autres animaux; le 
chevalier d'Hailly, capitaine de vaisseau, qui apporta à 
Versailles la même année : un chevreuil, deux civettes, 
deux perdrix de Barbarie, un aigle, un hocco, des pin- 
tades et un crocodile. D'un autre côté les navires des deux 
Compagnies des Indes avaient ordre de rapporter régu- 
lièrement les oiseaux les plus beaux ou les plus rares 
d'Amérique, d'Asie ou d'Afrique'; des savants chargés 
de mission devaient rapporter également des animaux 
rares" ; enfin Colbert envoyait directement chaque année, 
dans le Levant, en Egypte ou en Tunisie, un pourvoyeur 
d'animaux du nom de Mosnier Gassion avec ordre d'ache- 
ter des moutons, des chèvres, des cerfs, des autruches, 
des poules sultanes, des demoiselles de Numidie, des 
canards d'Egypte, et autres animaux paisibles. 

Gassion partait à peu près régulièrement de Marseille 
ou de Toulon à la fin de l'année, de façon à pouvoir 
rentrer en France en avril ou mai et à faire voyager ainsi 
son convoi aux premiers beaux jours. Muni d'acomptes 
délivrés par les intendants de la marine, M. de Vauvré à 
Toulon, M. Arnoul à Marseille ^ il s'embarquait avec un 
domestique sur le premier bateau en partance pour 
l'Orient. Il débarquait à Tunis, à Alexandrie, au Caire, 
ou, poussant encore plus loin, allait dans les Échelles 
du Levant faire sa récolte. Les navires français qui navi- 

* Voir p. 187. 

2 Lettres et Instructions de Colbert, t. III, i™ partie, p. 146, 280, Sig, 462, 
id., 2° partie, p. SaS, et t. V, p. 3ii. 

3 Ibid., t. III, 2° partie, p. 627. 

* Tel que le Père Vansleb. Voir Lettres et Instruction de Colbert, t. YII, 
p, 452. 

» Ibid., t. V, p. 437. 

n. a 



Il4 TEMPS MODER>'ES (XYII" ET X\uf SIÈCLES) 

guaient dans ces parages avaient Tordre de recevoir les 
animaux recueillis par lui. Les capitaines de ces vais- 
seaux faisaient parfois quelque résistance, mais une 
lettre de Louis XIV, communiquée par les consuls, ne 
tardait pas à venir remettre les récalcitrants à ses ordres. 
Mosnier avait du reste bien d'autres difficultés à vaincre 
delà part des Janissaires, Bouabes et Truchements turcs 
qui lui extorquaient, sous forme de droits à payer, le 
plus d'argent possible'. 11 revenait enfin à Toulon ou à 
Marseille, et, là encore, il lui fallait entrer en quarantaine 
avec ses bêtes. Pendant ce temps il écrivait à Colbert 
pour lui faire part de son retour- ; puis, après avoir 
donné toujours, au portier et au concierge de la quaran- 
taine, force pourboires, le « parfum » comme on disait 
alors, il se mettait en route pour Versailles en faisant 
voiturer ses animaux par un nommé La Roche. Cette der- 
nière partie du voyage se faisait partie par terre, partie 
par eau, dans des conditions peu favorables ; aussi quand, 
deux mois après son départ de Provence, Mosnier arri- 
vait à Versailles, le nombre de ses animaux avait-il forte- 
ment diminué '. 

Parfois il repartait immédiatement % de sorte qu'en 
l'espace de vingt-trois ans, de 167 1 à 1694, nous avons 
compté quarante et un de ces voyages, qui coûtèrent à 
Louis XIV près de 200000 livres, soit environ 
I 200000 francs de notre monnaie". Mosnier peupla sur- 

^ Voir p. 335 et suiv. les documents ii°^ i à 4- 

^ Colbert. Lettres et Instructions, t. V, 553. 

' Ibid., p. 354, en note. 

* De plus, il se faisait aider par un associé qui opérait généralement seul 
à Tunis (ibid., t. V, p. 553). Louis XIV avait, pour la F'rance, un autre pour- 
voyeur d'animaux, un nommé Couplet, qui était chargé d'apporter des bêtes 
indigènes à la ménagerie et aussi à ceux des membres de l'Académie des 
sciences qui se livraient à des travaux d'anatomie. 

° La plus grande dépense de Louis XIV en animaux étrangers, celle 
de 1681, s'élève à 23 974 livres; la plus petite, celle de 1693, à 2706 livres, 



MENAGERIE DE VERSAILLES SOUS LOUIS XIV HJ 

tout la ménagerie, à cette époque, de bêtes paisibles ; 
en l'espace de sept ans, par exemple, de 1687 à 1694, il 
y amena : 

5'66 poules sultanes, 
io3 autruches, 

84 canards d'Egypte, 

81 demoiselles de Numidie, 

23 perdrix rouges, 

23 chèvres de la Thébaïde, 

22 aigrettes, 

17 oyttes ou cotingas rouges de Cayenne, 

10 moutons de la Thébaïde. 
A Versailles, les animaux étaient généralement reçus 
par Alexandre Bontemps, premier valet de chambre du 
Roi qui avait été nommé, en i665, intendant des châ- 
teau, parc, domaine et dépendances de Versailles * ; par- 
fois aussi c'était le médecin Perrault que Colbert char- 
geait de ce soin, ou encore le premier médecin de 
Louis XIV, Fagon-. En dehors de ces personnages et du 
portier qui se tenait dans l'un des petits pavillons de la 
grille d'entrée, nous n'avons aucun renseignement sur le 
personnel de la ménagerie, à cette époque. Nous savons 
seulement que sa direction générale dépendait de la 
surintendance des Bâtiments du Roi, c'est-à-dire de 
Colbert, qui en faisait inspecter régulièrement les locaux 
par un « contrôleur », le sieur Lefebvre^ 

V. De tous les animaux de la ménagerie, l'éléphant 
donné par le roi du Portugal fut alors celui qui amusa le 

6 sous, 8 deniers. Mosaier ne lit pas de voyages pour la ménagerie en 1674» 
1682, i683, ni en 1684. 

^ Voir, dans les Lettres de Colbert, la lettre écrite le 24 nov. 1679 à 
Desclouzeaux. 

- Ibid., V, 3n. Voir p. SSg, de ce volume, le document n" 3. 

3 Comptes des bâtiments, I, 808. 



Il6 TEMPS MODERNES (xVIl' ET XYIII" SIÈCLES] 

plus les visiteurs. On n'avait pas vu en France de pareil 
animal depuis Henri IV, aussi c'étaient continuellement 
des gens qui venaient étudier ses mœurs, dessiner ses 
formes, mesurer ses dimensions, et « chercher des 
preuves de cette intelligence que les auteurs s'étaient 
plus à célébrer ». L'animal était en général très doux: 
il prenait, dans la main même des enfants tout ce qu'on 
lui présentait ; à l'aide du doigt de sa trompe, il se 
débarrassait facilement de la double courroie de cuir avec 
laquelle on attachait ses jambes, et détachait la boucle 
qui l'arrêtait. Une fois même, qu'on avait entortillé cette 
boucle avec une petite corde dont on avait multiplié les 
nœuds, il les dénoua tous, sans en rompre aucun. Une 
certaine nuit, après s'être ainsi débarrassé de sa 
courroie, il brisa la porte de sa loge si adroitement que 
son conducteur, qui dormait auprès, n'en fut point 
éveillé; il passa dans plusieurs cours de la ménagerie, 
renversant ce qui s'opposait à son passage, et alla visiter 
les autres animaux ; ceux-ci, effrayés de son énorme 
figure, inconnue pour eux, se sauvèrent dans les endroits 
les plus reculés du parc de Versailles. Pourtant c'était 
un animal craintif, qui avait en particulier grande peur 
des pourceaux. 

« Sa nourriture journalière consistait en 80 livres de 
pain, 12 pintes de vin et deux seaux de potage, où il 
entrait quatre à cinq livres de pain. De deux jours l'un, 
au lieu de potage au pain, on lui donnait deux seaux de 
biscuits à l'eau. Il avait encore chaque jour, sans ce que 
pouvaient lui donner les curieux qui le visitaient, une 
gerbe de blé pour s'amuser; car, après avoir mangé le 
grain des épis, il faisait, avec la paille, des émouchoirs, 
dont il prenait plaisir à s'éventer le corps ; puis il la 
rompait avec sa trompe par petits morceaux. En outre, 
comme on le menait promener dans la belle saison, il 



MENAGERIE DE VERSAILLES SOUS LOUIS XIV 117 

mangeait beaucoup dlierbe qu'il arrachait avec sa trompe. 
Pendant l'hiver, sa loge était bien calfeutrée, parfaitement 
vitrée, et on y entretenait, nuit et jour, un feu de 
cheminée. » Pendant l'été, « sa peau était sujette à se 
gercer et à se fendre ; aussi, pour éviter les piqûres que 
les mouches venaient lui faire dans les cavités sensibles 
des gerçures, non seulement il armait sa trompe d'un 
petit faisceau de paille, afin de les chasser, ce qui lui 
arrivait souvent ; mais il avait soin d'y remédier plus 
directement, en se couvrant avec de la poussière, qui 
formait une croûte, et fermait l'entrée des crevasses à ces 
insectes malfaisants. Cette croûte, il la renouvelait par le 
moyen des bains qui l'en débarrassaient, et il en formait 
une nouvelle en se roulant dans la poussière au sortir 
de l'eau, et en soufflant, avec sa trompe, sur les endroits 
qui ne s'en étaient pas suffisamment chargés. » 

Cependant le public taquinait l'éléphant trop souvent 
et la bête s'en vengeait parfois de façon cruelle. Il semblait 
discerner les moqueries et s'en souvenait à l'occasion. Un 
jour, un homme qui l'avait déjà trompé, faisant semblant 
de lui jeter quelque chose dans la gueule, il lui donna un 
coup de sa trompe qui le renversa et lui rompit deux 
côtes ; ensuite il le foula aux pieds, lui cassa une jambe, 
et, s'étant agenouillé, il voulut lui percer le ventre de ses 
défenses qui heureusement n'entrèrent que dans la terre. 
Un autre jour il écrasa un homme en le froissant 
contre une muraille, et, toujours pour la même raison, il 
se vengea d'un peintre d'une façon moins cruelle, mais 
plus humoristique. Ce peintre voulait dessiner l'éléphant 
dans une attitude extraordinaire, qui exigeait qu'il eût la 
trompe élevée et la bouche ouverte. Pour le faire tenir 
dans cette pose, le domestique du peintre lui jetait des 
fruits qu'il recevait dans sa bouche ; souvent le domes- 
tique feignait d'en jeter, l'animal se disposait à les rece- 



Il8 TEMPS MODERNES (xYII*^ ET XVIlf SIÈCLEs) 

voir, mais il était trompé. L'éléphant ne tarda pas à 
remarquer que ce n'était pas pour son propre compte que 
le domestique officieux employait cette supercherie ; le 
peintre, qu'il voyait s'occuper de lui, pouvait seul en avoir 
donné l'ordre : ce fut le peintre aussi qui en subit la peine. 
Au moment où ce dernier allait jouir de son travail, 
l'éléphant dirigea sur lui sa trompe, et en fit sortir 
une étonnante quantité d'eau, qui inonda l'artiste et son 
ouvrage . 

Cet éléphant mourut en 1681 après avoir vécu treize 
années à la ménagerie; la dissection de son corps, faite 
sous la direction de Perrault, fut un grand événement et 
c'est alors seulement qu'on s'aperçut que ce n'était pas 
un mâle, comme on l'avait cru, mais bien une femelle'. 

VI. La ménagerie de Versailles était, avant tout, un 
établissement d'apparat. Elle ne servait pas seulement à 
amuser Louis XIV et sa Cour, mais encore à distraire 
les grands personnages étrangers de passage à V^ersailles. 
Le Roi avait réglé lui-même l'ordre dans lequel il fallait 
faire visiter le parc à ses hôtes' : « Quand on voudra visi- 
ter, le même jour, écrivait-il, la Mesnagerie et Trianon, 
après avoir fait la pause auprès d'Apollon, on s'yra 
embarquer pour aller à la Mesnagerie. » 

On trouvait, en effet, à la tête du grand canal, toute une 
flottille composée d'une frégate, de deux gondoles de 
Venise et de six ciialoupes biscaïennes peintes de cou- 
leurs différentes : rouge, verte, blanche, jaune, bleue et 
aurore. La frégate était un véritable petit vaisseau portant 

^ Tous ces renseignements sont pris dans Perrault, et dans Houel. ÎS'ous 
décrivons (p. 298) une scène de sa dissection, d'après VHistoire de l'Aca- 
démie. 

- Ce règlement de Louis XIY se trouve en entier au Cabinet des 
Estampes. (Topographies. Versailles). De Psolliac en donne une partie en fac- 
similé, /;, p. 12. 



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MENAGERIE DE VERSAILLES SOUS LOLIS XIV i 19 

32 canons sculptés, dont Tun tirait à poudre ; ses cor- 
dages étaient en soie cramoisie et aurore, ses mâts ornés 
de banderoles de damas rouge et blanc, ses sièges cou- 
verts de soie frangée d'or '. Le costume des matelots avait 
lui-môme un air de fête : « les hommes d'équipage por- 
taient le justaucorps, l'habit bleu et rouge à bouton d'or, 
des bas et des jarretières de soie cramoisie, des cravates 
de mousseline et les cheveux noués d'un ruban ; les gon- 
doliers avaient la veste de damas de Gênes cramoisi brodé 
d'or ou d'argent, le bonnet de A-elours noir, avec les bas 
de soie et les escarpins^ ». 

On s'embarquait donc sur la frégate ou dans les gon- 
doles ; des musiciens, des trompettes, des timbaliers 
suivaient dans les chaloupes, et la flottille, commandée 
par un capitaine, se mettait en route vers la ménagerie. 
On débarquait au bas des degrés qui conduisaient à 
l'entrée nord ; on montait et, arrivés sur l'amphithéâtre 
qui dominait ces degrés, les visiteurs, conformément 
aux instructions de Louis XIV, devaient se retourner et 
s'arrêter quelques instants « pour considérer le canal et 
ce qui le termine du côté de Trianon ». De là, on allait 
au petit château, dans le Salon octogone, où souvent une 
collation était servie ; ensuite on visitait toutes les cours 
des animaux, et, finalement, on se rembarquait pour 
aller à Trianon. 

D'illustres compagnies visitèrent ainsi la ménagerie 
de Versailles. Pendant les célèbres fêtes de mai 1664, 
dont M"® de La Vallière fut la reine cachée, Louis XIV 
y vint une première fois en grande pompe avec toute sa 

^ On a conservé de celte galère un triton soufflant de la trompe, par 
Pierre Puget, qui se trouve aujourd'hui au Musée de Marine, au Louvre. 

^ DeNolhaCjZ* p. i44-'iousces renseignements se trouvent dans les Com^<e« 
des bâtiments pour l'année i685 et dans Y Inventaire publié par Guiffrey, 
t. II, p. 3o6 et suiv. Pour les nègres et les musiciens, dont nous parlons plus 
loin, voir Dangeau, i6 et 3o juin 1684, et le Mercure galant de septembre 1680 
et de novembre 1686. 



I20 TEMPS MODERîlES (XVII* ET XVIII® SIÈCLEs) 

cour. Au mois de juillet suivant, il en faisait faire les 
honneurs au nonce du pape, le cardinal de Ghigi, pour 
lequel on fit exécuter dans le salon « d'excellente musique 
italienne ». En 1674s lors des dernières grandes fêtes qui 
furent données à Versailles, le Roi offrit aux dames une 
collation à la ménagerie. Au mois de mai i685, ce fut le 
doge de Gênes qui vint y boire « toutes sortes d'eaux 
glacées ». Enfin la dernière visite dont parlent le Mercure 
galant etlsi Gazette de France^ pour cette première période, 
est celle de la jeune Adélaïde de Savoie que nous allons 
bientôt voir régner en maîtresse à la ménagerie. 

Les bourgeois et même le simple peuple eurent aussi la 
liberté de venir admirer les animaux du Roi ; mais ils ne 
purent d'abord pénétrer dans le parc qu'après s'être munis 
de billets, et seulement quand Louis XIV ne se trouvait pas 
à Versailles. Deux de ces visites nous sont connues : celles 
de M"* de Scudéry et de La Fontaine. M"'' de Scudéry y 
vint vers 1668. Après avoir visité le salon qu'elle 
appelle « un grand cabinet à huit faces », elle « admira, 
écrit-elle, ces belles poules d'Egypte que ceux qui les 
montrent appellent des demoiselles, à cause de leur 
bonne grâce et de leur beauté » ; elle remarqua encore 
les pélicans, les oies d'Inde, les canes maritimes, l'élé- 
phant, les gazelles, les marmottes, les civettes et, 
ajoute-t-elle, « un certain animal appelé chapas, plus 
beau et mieux marqueté qu'un tigre, doux et flatteur 
comme un chien ». Elle nous apprend enfin qu'on pou- 
vait apporter son repas à la ménagerie et qu'il y avait 
tout près, dans le parc, une petite machine peinte et 
dorée qu'on nommait roulette et dans laquelle, assis à 
son aise, on glissait et on roulait avec une extrême rapidité 
du haut en bas d'une pente fort droite. 

^ A la vérité le grand canal n'était pas encore fait à cette date ; il fut creusé 
seulement trois ans après. 



MENAGERIE DE VERSAILLES SOLS LOUIS XIV l-il 

Ce fut à la môme époque que La Fontaine visita la 
ménagerie en compagnie de Boileau, de Molière et de 
Racine. Notre grand fabuliste venait d'écrire son joli 
roman de Psyché et, comme les « quatre amis » avaient 
l'habitude de se lire leurs œuvres avant de les livrer 
à l'impression, ils avaient résolu de venir entendre 
le récit des aventures de Psyché dans le parc de Ver- 
sailles. Ils y arrivèrent un matin d'automne, munis, nous 
dit La Fontaine lui-même, d'un « billet qui venait de 
bonne part ». Ce fut par la ménagerie qu'ils commen- 
cèrent leur promenade ; ils y admirèrent à leur tour 
les demoiselles de Numidie ; mais ils s'arrêtèrent surtout 
devant les pélicans, que La Fontaine appelle une ce espèce 
de cormoran ». Au reste, les quatre amis trouvèrent là 
l'occasion de faire un peu de philosophie. Ils remar- 
quèrent, et non sans admiration, « en combien d'espèces 
une seule espèce d'oiseaux se multipliait et louèrent l'ar- 
tifice et les diverses imaginations de la nature, qui se 
joue dans les animaux comme elle fait dans les fleurs^ ». 

Plus tard, vers 1670, il semble bien que tout le monde 
put, pendant un temps, pénétrer librement dans le parc 
de Versailles et dans le château ; le premier guide des 
étrangers qui ait été publié pour Versailles, en 1674, ne 
parle en effet d'aucune espèce de restriction-. Mais, alors, 
les massifs furent détériorés, les statues et les vases 
abîmés et, comme le Roi ne tarda pas à se fatiguer d'être 
entouré d'une multitude de gens quand il sortait dans le 
parc, il ordonna aux gardes, en 1699, de ne plus 
laisser entrer que les gens de la Cour et ceux qui les 
accompagnaient^ Il est vrai également, qu'à cette date 

^ Préface de Psyché. 

^ Ce guide est écrit par Félibien ; la description de la ménagerie, qui ne 
contient rien de spécial, se trouve p. loa. Un autre guide publié en i685, 
chez Anlhoni Villette, ne fait guère que répéter le précédent. 

^ Dangeau, Journal, 3o mai 1699. 



122 TEMPS MODERNES (xvil" ET XVIIl'' SIÈCLES] 

Louis XIV venait de donner sa ménagerie à la duchesse 
de Bourgogne. 

Son œuvre, en effet, était accomplie ; il avait créé un 
établissement où les savants avaient pu faire les pre- 
miers grands travaux d'anatomie comparée qui aient 
été faits en France ^ et surtout il avait offert aux artistes 
une nouvelle source d'inspiration. En 1673, Nicasius 
avait peint ^G tableaux représentant 02 espèces animales 
différentes ; en 1709, on comptait Gi tableaux d'animaux 
dans le salon de la ménagerie ^ En même temps un de 
ses compatriotes, Pieter Boel, élève aussi de Snyders, 
Tenait également travailler à la ménagerie pour le compte 
des Gobelins. Boel peignit à la gouache, dessina et grava 
nombre d'animaux et ses études servirent, en particulier, 
à l'exécution des talîleaux représentant les Mois, d'après 
les compositions de Le Brun'\ Enfin, à l'exemple de ces 
maîtres, toute une pléiade d'artistes : De Troy, Boucher, 
Parrocel, Lancret, Van Loo, J. Audran, Firens, Robert, 
vinrent travailler à Versailles, en môme temps que des 
sculpteurs : Houzeau, Puget, Raon, Van Clève, etc. 
Grâce à la ménagerie de Louis XIV, une science nou- 
velle et un art nouveau étaient créés en France. Cet art 
va se continuer, à la période suivante, avec Claude 
Audran, le IIP, mais surtout avec son ami, François Des- 
portes, qui va devenir une sorte d'historiographe des 
chasses du Roi, de ses meutes et des animaux rares 
envoyés de l'étranger dans sa ménagerie. 

^ Sur le rôle de la ménagerie de Versailles dans les sciences, v. p. agS, 
296 et suiv. el 328 de ce volume. 

- Inventaire général... publié par J. GuifFrey, H, p. i3 à 16. — Inventaire 
des tableaux du Boy... 

- Beaucoup d œuvres de Boel sont aux Archives du Musée du Louvre et à 
la Bibliothèque nationale (Estampes Jb 37). Voir aussi l'Inventaire général, 
n"* 19379 et suiv. 



CHAPITRE VIII 



LA MÉNAGERIE DE VERSAILLES SOUS LA DUCHESSE 
DE BOURGOGNE (1698-1715). 



1. Louis XIV donne sa ménagerie à la duchesse de Bourgogne. Travaux de 

Mansart. 

2. Agrandissement et embellissement des cours d'animaux. La laiterie et 

les pavillons du jardin de la duchesse. 

3. Les animaux et le personnel de la ménagerie pendant cette période. 

4. Vie de la duchesse de Bourgogne à la ménagerie de Versailles. 

I. En 1696, Louis XIV était arrivé à cet « âge un peu 
mélancolique », cinquante-huit ans, où la maturité va 
bientôt se changer en vieillesse. 11 avait du reste vieilli 
avant le temps. Loin d'être resté le brillant cavalier et la 
« majesté effrayante » dont parle Saint-Simon, il était 
alors, au dire de ses médecins \ un vieillard morose, 
sujet aux vertiges et aux indigestions, tourmenté par 
les rhumatismes, la gravelle, la fièvre et les catarrhes. 
Les belles années du règne étaient finies et c'est dans 
la tristesse, dans les chagrins et dans les dégoûts de 
toute sorte que Louis XIV va désormais traîner les 
dernières années de sa vie. Pourtant l'arrivée à Ver- 
sailles, le 5 novembre 1696, de la jeune princesse Adélaïde 
de Savoie qui venait épouser le duc de Bourgogne, ramena 
un peu de gaîté à cette Cour déjà si froide par son éti- 

* Ces médecins : Vallot, D'Aquin et Fagon ont tous successivement écrit 
le Journal de la santé de Louis XIV, qu'il est si intéressant de consulter pour 
connaître la vie du grand roi. Voir également les Lettres de Guy Patin (lettres 
119 et 121 du tome I, p. 3o6-3io, où est décrite, en particulier, la grande 
maladie que fît Louis XIV à Calais, en i658). 



124 TEMPS MODERNES (xVII^ ET XVIII* SIECLEs) 

quette sévère. C'était une enfant de onze ans ; elle n'était 
pas belle, mais elle était gaie et vive ; elle avait déjà 
beaucoup de finesse d'esprit et, comme elle désirait 
avant tout plaire au grand roi, elle prenait facilement un 
air sérieux et doux et savait déjà accorder sa vivacité 
naturelle avec un air majestueux ^ Aussi fit-elle promp- 
tement la conquête du vieillard qui, de son côté, voulut 
tout de suite gagner le cœur de l'enfant. Il y avait dix 
jours à peine qu'elle était arrivée, qu'il la conduisait 
dîner, avec toutes ses dames, au château de Meudon, où 
demeurait son futur mari. Après le repas, la compagnie 
alla se promener dans les jardins du château où se 
trouvait aussi une ménagerie et c'est là, dans la con- 
versation, que le Roi dit à sa future petite-bru que toutes 
les princesses avaient des ménageries à l'entour de Ver- 
sailles et qu'il voulait lui en donner une bien plus belle 
que toutes les autres ^ La conversation n'eut pas alors 
de suite ; on était pendant l'hiver, la princesse n'avait 
pas encore vu cette belle ménagerie dont on lui parlait et, 
à la vérité, il lui fallait tout d'abord songera achever son 
éducation. Ce fut seulement au mois d'avril 1697 qu'elle 
vint faire sa première collation au petit château de la 
ménagerie de Versailles. Deux mois après, elle venait y 
souper en compagnie de M"^ de Maintenon, 5^^ tante^ 
comme elle l'appelait; puis, au mois de décembre de la 
même année, elle épousait le duc de Bourgogne. 

La petite duchesse n'avait pas oublié la promesse du 
Roi. Elle la lui rappela au printemps suivant, mais 
Louis XIV, ne se souvenant plus sans doute de ce qu'il 
avait promis, lui indiqua plusieurs autres maisons dans 
le parc en lui disant de choisir ^ La duchesse, toute à son 

i De Sourches, V, p. 3i5 et a63 ; Saint Simon, lY, p. a6i, et YIII, p. aoo. 
* Dangeau, i5 nov. 1696, t. YI, p. 3o. 
' Ibid., 19 mai 1698, t. YI, p. 349. 



MÉNAGERIE DE VERSAILLES : 1698-1715 iiri 

idée, ne trouva naturellement rien qui pût lui convenir, 
et elle amena gentiment son grand-père à lui donner sa 
propre ménagerie de Versailles. 

Louis XIV, se rendant aussitôt à son désir, fit venir 
Mansart pour s'entendre avec lui sur les modifications 
et embellissements qu'il voulut faire exécuter, à cette 
occasion, au petit château et aux cours. La duchesse fut 
ravie. On voit dans ses lettres, dit le comte d'Hausson- 
ville (II, p. 120), la joie enfantine que lui cause cette 
attention du Roi, et fimportance qu'elle prend à ses 
propres yeux depuis qu'elle est obligée de donner des 
instructions pour l'aménagement intérieur de ce pavillon. 
(( Ma mère vous dira sans doute, écrit-elle à Madame 
Royale, ce qui m'occupe présentement et vous prendrez 
part à ma joie, mais on a bien des affaires quand on veut 
bâtir et meubler une maison. Adieu, ma chère grand- 
maman. Préparés-vous à entendre parler plus d'une fois de 
cette maison-là. » Et dans une autre lettre : « On travaille 
à ma Ménagerie. Le Roi a ordonné à Mansart de ne rien 
épargner. Jugés, ma chère grand'marnan, ce que ce sera, 
mais je ne le verrai qu'à mon retour de Fontainebleau. 
Il est vrai que les bontés du Roi pour moy sont admi- 
rables, mais je l'aime bien aussi. » 

On s'occupa d'abord de compléter ou de renouveler 
l'ameublement et la décoration des appartements du 
petit château. Pour cela, Mansart soumit au Roi un pro- 
jet de peintures comportant des sujets mythologiques 
que celui-ci trouva trop sévères ; il écrivit alors de sa 
main, en marge même de la note de Mansart que l'on 
conserve précieusement au château de Versailles, ces 
mots dont l'encre est à peine pâlie par le temps : « Il me 
paraît qu'il y a quelque chose à changer ; que les sujets 
sont trop sérieux et qu'il faut qu'il y ait de la jeunesse 
meslée dans ce que Ton fera. Vous m'aporterés des dessins 



126 TEMPS MODERNES [XYIV ET XVIH SIECLES) 

quand vous viendrés ou du moins des pensées, il faut de 
l'enfance respandue partout. » 

Mansart ne fit pas de dessins ; il apporta des « pensées » 
que nous avons retrouvées aux Archives nationales ^ 

Sous sa direction, la décoration des appartements du 
petit château de la ménagerie devint ainsi l'une des plus 
curieuses, en même temps que Fune des plus belles de 
Versailles et tous ceux qui la virent encore, dans la 
seconde moitié du xviii^ siècle, en vantaient la splendeur-. 

II. La ménagerie proprement dite subit également, à 
cette époque, quelques transformations qui l'agrandirent 
et lui donnèrent à peu près ses dimensions définitives; 
elle couvrit alors une surface de 5 hectares 66 ares % 
c'est-à-dire qu'elle représentait à peu près la grandeur 
de la ménagerie actuelle du Muséum. 

La première cour d'animaux fut entièrement débar- 
rassée de ses constructions et transformée en un petit 
jardin dessiné à la française dont une aquarelle est con- 
servée aux Archives nationales. Ce fut le Jardin de la 
Duchesse de Bourgoone. On y lit, tout autour, des treil- 
lages d'échalas ; dans le fond, aux deux angles des 
murs, Mansart éleva deux coquets pavillons, en pierre 
de taille ; enfin, entre ces deux pavillons, une porte fit 
communiquer le jardin avec une petite laiterie d'agré- 
ment, la Laiteide de la Duchesse^ qui fut construite de 
l'autre côté du mur dans le Parc. Nous ne savons rien de 
plus sur cette laiterie qui devait être dans le goût de la 

^ L original (0'i8o5) n'est pas signé, mais il concorde trop bien avec le 
désir qu'avait émis Louis XIV pour que l'on n hésite pas à rapprocher les 
deux notes l'une de l'autre. Voir p. 34o, les documents 5, 6 et 7. 

^ On pourra faire une reconstitution fidèle de cette décoration en se servant 
des documents du temps, mémoires, croquis et exquisses, qui sont conservées 
aux Archives nationales (0^i8o5). Voir, p. 358, la partie de notre iconogra- 
phie relative à cette époque. Voir aussi les documents publiés par GuifFrey. 

^ D'après nn document dont nous parlons p. 166. 



PLANCHE XV 

MÉNAGERIE DE VERSAILLES 
SOUS LA DUCHESSE DE BOURGOGNE 

Vue perspective paraissant faite, vers 1705, d'après un plan de Defer. 
(Cabinet des Estampes à Paris.) 



MÉNAGERIE DE VERSAILLES : i6g8-l7i'> 127 

laiterie d'agrément que le prince de Gondé avait fait 
construire, dix ans auparavant, dans la ménagerie de 
Chantilly. Au contraire, nous pouvons nous représenter 
facilement ce qu'étaient les deux pavillons du jardin, 
d'abord parce que nous avons retrouvé les plans et élé- 
vations de Tarchitecte qui ont servi à sa construction' et 
ensuite parce que ces pavillons existent encore aujour- 
d'hui, bien mutilés il est vrai. 

Ces pavillons, les Cabinets, comme on les appela, 
étaient semblables et symétriques; ils avaient une forme 
carrée de 5"\25 de côté et étaient surmontés d'une 
élégante coupole terminée elle-même par un vase en 
pierre sculptée. Les deux façades donnant sur le jardin 
étaient entièrement occupées par deux grandes baies 
vitrées larges de i'^,7G; le côté nord, qui donnait sur le 
parc, était percé d'une petite porte au-dessus de laquelle 
était extérieurement un fronton reposant sur deux con- 
soles ; dans le pavillon ouest, un des côtés latéraux était 
percé d'une porte semblable qui s'ouvrait sur la cour de 
la volière. 

La façade principale des pavillons qui regardait l'inté- 
rieur du jardin, présentait, à droite et à gauche de la 
grande baie cintrée, deux colonnes ioniques sur lesquelles 
reposait un fronton orné de coquilles et de cornes d'abon- 
dance ; à chaque extrémité de ce fronton, dans le pro- 
longement des colonnes, se trouvaient deux vases sculptés 
semblables à celui qui ornait le sommet de la coupole. 

On entrait dans ces pavillons en montant une marche 
de pierre et l'on se trouvait dans une pièce octogonale 
de 4™:70 de côté dont la voûte, unie, et en forme de cou- 
pole, reposait sur une corniche ornée de rosaces et de 
denticules. Aux quatre pans coupés avaient été ménagées, 

' Archiv. nat., Oh8o5. 



128 TEMPS MODERNES (xVII* ET XVIII* SiÈCLEs) 

pour des statues, de grandes niches hautes de 2", 35 et 
décorées de coquilles à leur partie supérieure. Enfin, sur 
les deux côtés qui n'étaient pas percés par les grandes 
baies, c'est-à-dire sur les parois nord et est de chaque 
pavillon, avaient été sculptés des frontons triangulaires 
ornés de larges coquilles reposant sur des consoles et sur- 
montés chacun d'un groupe de deux Amours. C'étaient 
de petits enfants ailés qui étaient assis au milieu de 
feuillages, sur les frontons, et qui jouaient du tambourin, 
de la flûte de Pan et d'autres instruments de musique. 

Les modèles de ces motifs de sculpture, dont deux 
sont encore intacts et les deux autres odieusement muti- 
lés comme nous le dirons plus loin, furents faits par 
Zéphirin Adam, qui reçut 60 livres, pour ce travail; les 
sculptures furent exécutées, l'une par Jean Dedieu, 
l'autre par Van Glève \ Ces pavillons furent terminés à 
la fin de 1699. Le jardin avait été fini dès l'année précé- 
dente et confié à un nouveau jardinier du nom de Louis 
Ardouin ou Hardouin, qui reçut, pour l'entretien de ce 
jardin et du « quinconge » que l'on créa tout à côté, un 
salaire de i4o livres par mois. 

Les autres cours de la ménagerie furent moins modi- 
fiées. On refit un peu partout quelques ouvrages de 
maçonnerie et de couverture ; on sema de nouveaux 
gazons ; on répara et on nettoya les aqueducs et les con- 
duites d'eau- ; enfin, aune date que nous ne pouvons pré- 
ciser, Louis XIV fit agrandir la ménagerie, d'abord pour 
y placer les animaux féroces de sa ménagerie de Vin- 

1 Le nom d'Adam, appelé encore Séraphin, se trouve dans les Comptes 
des bâtiments à la date du 7 mars 1700 ; celui de Jean Dedieu dans les 
mêmes comptes, à la date du « 26 jui\let-23 août 1699 » ; nous avons 
retrouvé le nom de l'autre sculpteur, qui avait échappé àMarquet de Vasselot, 
dans un Mémoire des Archives nat. (O^iSoS^) ; ce mémoire dit que Van Clève 
fut payé pour son travail i.o35 livres 3 sous. 

- Compt. des bât. IV, p. 40, 71, 181, 2i3, 44i; etc. Pour le « quinconge », 
id., IV, p. 442. 



MÉNAGERIE DE VERSAILLES : 1698-1715 12«3 

cennes qu'il avait supprimée, ensuite pour y loger une 
plus grande quantité de cervidés. Pour cela, il fit éta- 
blir d'abord trois enclos nouveaux du côté de Saint-Gyr, 
au delà de la cour des Pélicans et du Rond-d'eau, dès 
lors complètement fermés aux fournisseurs : deux de ces 
parcs furent appelés Cours des Cerfs du Gange, à cause 
des jolis petits cerfs axis qu'ils renfermèrent alors, et le 
troisième, planté d'arbres, fut appelé Cour des Cerfs. 
Puis, plus loin encore, derrière l'une des premières de ces 
cours nouvelles, il créa un nouveau jardin qui fut appelé 
le Jardin d'en bas par opposition à celui qui se trouvait 
à côté de l'entrée principale. 

Pour les bêtes féroces, une petite Cour du Lion fut 
d'abord aménagée entre le quartier des autruches et la 
cour des oiseaux. Cette dernière fut complètement 
remaniée : la partie qui touchait au chemin de Saint-Gyr 
devint la Cour des Nouvelles loges pour tigres, léo- 
pards, lynx, panthères, etc.; les deux autres parties, 
réunies en un seul enclos, devinrent la Cour du Puits, 
à cause du puits qu'on y avait creusé et qui s'y trouve 
encore aujourd'hui. 

En même temps les parties inutilisées jusqu'alors, 
celles qui se trouvaient entre la Basse-cour et le chemin 
de Saint-Gyr furent transformées en une Cour des Belles- 
Poules pour y placer diverses espèces de gallinacés exo- 
tiques. Nous pouvons ajouter qu'on construisit, près de 
cet endroit, de nouvelles écuries ; qu'on ouvrit, pour les 
fournisseurs, une nouvelle entrée donnant sur la route 
de Saint-Gyr ; et qu'on enleva le colombier de la Basse- 
cour pour le reconstruire derrière la Gour des Gerfs. 

La Cour des Lions et la Cour des Loges, qui avaient été 
aménagées sans doute avec des matériaux venant de la 
ménagerie de Vincennes, nous sont en partie connues 
par un document inédit que nous avons trouvé dans les 



ï3o TEMPS MODERNES (xVIl' ET XVIH^ SIÈCLES] 

archives du Muséum d'histoire naturelle'. La première 
renfermait cinq loges toutes pourvues d'auges en pierre, 
et communiquant en arrière avec un couloir de service ; 
elles étaient séparées les unes des autres par des portes 
à coulisse en bois montées sur des roulettes de cuivre ; en 
avant se trouvaient des grilles de fer. La Cour des Loges 
est certainement la cour appelée dans notre document 
Cour des Singes; elle était entourée, sur trois de ses 
côtés, de loges qui toutes étaient disposées de la même 
façon; le côté gauche de la cour, par exemple, présen- 
tait cinq loges munies de grilles de fer et de portes à 
coulisse en bois revêtues de zinc, ces dernières ayant 
une hauteur de six pieds. 

III. La ménagerie, ainsi agrandie, reçut naturellement 
un plus grand nombre d'animaux que dans sa première 
période et des animaux d'espèces plus variées, tels que 
des lions et des tigres qu'on n'avait pas vus jusqu'ici à 
Versailles. En 1703, par exemple, Mosnier ramenait 
d'Orient dans un seul convoi : 11 chèvres delà Thébaïde, 
2 gazelles, 2 rats des Pharaons, 10 autruches, 38 canards 
et canes d'Egypte, 3 demoiselles de Numidie et i pin- 
tade. A ce pourvoyeur d'animaux qui continua régu- 
lièrement ses voyages en Orient, vinrent s'ajouter les 
capitaines aux longs cours et même des corsaires, comme 
Jean Doublet, de Hon fleur. Au mois de mai 171 1, en 
effet, on voit ce hardi navigateur rapporter du Pérou : 



^ Ce document, qui date du a8 germinal an III, est intitulé : « État des 
objets enlevés de la ménagerie de Versailles qui sont transportés à la ména- 
gerie provisoir du Muséum national d'histoir naturelle à Paris. » Nous res- 
pectons ici l'orthographe du document. 

J.-B. Oudry représenta l'une de ces loges dans un tableau peint en 1789 
{Panthère couchée dans sa cage, Musée national de Stockholm, n^ 863) : 
on voit au fond un refuge en planches rempli de paille et, au centre, un bassin 
circulaire. Ce tableau a été gravé, en sens inverse, par F. Basan. (Eiblioth. 
nation. Estampes Db, 23, fol. 87.) 



MÉNAGERIE DE VERSAILLES : 1698-1715 i3l 

« deux moutons mâle et femelle, de ceux qui font les 
voitures dans les travaux de mines [des lamas] et une 
espèce de cigogne pour la ménagerie du roi, et un 
perroquet et un petit singe pour le comte de Brionne»^ 
Le personnel fut également augmenté et Louis XIV 
mit alors à la tête de la ménagerie, avec le titre et 
les prérogatives de « concierge y), c^est-à-dire d'inten- 
dant, un nommé La Roche; c'était sans doute un membre 
de la famille d'un voiturier de ce nom, peut-être même 
le voiturier qui avait aidé Mosnier à conduire ses ani- 
maux de Marseille à Versailles, et dont nous avons parlé 
plus haut. Il créa ensuite une place de «. premier garçon 
et délivreur de la ménagerie de Versailles » pour un 
sieur de L'Orme qui avait pour fonction spéciale de 
recevoir et de contrôler la distribution des vivres desti- 
nés aux bêtes. Ce « délivreur » devait être, comme le 
concierge, un personnage important puisque nous 
voyons un artiste de l'époque, le graveur J. Guélard, lui 
faire hommage d'un curieux volume de « singeries » 
avec une adresse gravée au milieu d'un encadrement 
d'arabesques et d'animaux de la ménagerie-: 

Toi, dont l'esprit chaque jour s'étudie, 

Par l'ordre du plus grand des Rois, 

A rendre attentifs à ta voix 

Ces enfans de l'Afrique et de la Numidie... 

IV. La duchesse de Bourgogne n'avait pas attendu 
que les travaux de Mansart fussent terminés pour prendre 
possession de sa ménagerie et pour en faire elle-même les 
honneurs. Dès le 23 juin de l'année 1698, en effet, elle y 
amena M™^ de Maintenon avec toutes les dames de Saint- 
Cyr et les garda à souper; le 12 août suivant, c'est Mansart 

^ Arck, liât. Mar. B-227, p. 617, Lettre de Poutchartrain à Clairambault, 
citée par E.-W. Dahlgren, p. 55o. 

^ Voir notre Iconographie de la ménagerie de Versailles, n° 71. 



i32 TEMPS MODERNES (xvif ET X\uf SIÈCLEs) 

qu'elle y fait venir pour s'entendre avec lui de « beaucoup 
de choses », notamment d'une « petite ménagerie qu'elle 
faisait établir dans le bois * » ; enfin, le 21 décembre 1700, 
elle y reçut le roi et lui lit visiter les appartements qu'on 
avait achevé de peindre et de dorer. Louis XIV les trouva 
très bien et indiqua les meubles nouveaux qu'il voulait y 
faire mettre. Il y revint le 12 mars 1703, avec les ducs 
de Bourgogne et du Maine, et, le lendemain encore, avec 
le Dauphin, les ducs de Bourgogne et de Berry et 
ordonna de faire quelques changements. On l'y retrouve 
le 24 février 1704 et, le 25 mai suivant, il va entendre le 
salut dans la petite chapelle de la ménagerie. On le voit 
le 21 décembre 1703 s'y promener par la neige et par la 
pluie. Le 17 août 1707, il y fait sa dernière visite et y 
reste à souper en compagnie de Marie-Béatrice et de 
son fils, prince exilé d'Angleterre % du duc de Berry et de 
la duchesse de Bourgogne. 

Il n'y avait guère qu'un an que tout était terminé dans 
la nouvelle ménagerie, et déjà la duchesse de Bourgogne, 
qui avait atteint sa vingt-deuxième année, y passait une 
bonne partie de son temps. Elle y arrivait en compagnie 
de ses dames d'honneur, parmi lesquelles était la jolie 
marquise de Dangeau, souvent aussi avec son beau-frère, 
le duc de Berry, plus rarement avec son mari. La bande 
joyeuse allait dans les cours, s'amusant à donner à manger 
aux animaux, jouant à colin-maillard, ou bien allait colla- 
tionner à la Laiterie. On servait du lait que la duchesse 
s'était parfois amusée à traire elle-même, ou du beurre 
qu'elle faisait de ses blanches mains, et que Louis XIV 



^ Nous ne savons ce que Dangeau veut entendre par cette « petite » ména- 
gerie ; c'était sans doute une basse-cour. 

- Marie-Béatrice était la seconde femme de Jacques II, roi d'Angleterre, 
mort en 1702, à Saint-Germain, où Louis XIV lui avait donné l'hospitalité, 
après l'envahissement de son royaume par Guillaume III d'Orange. 



MENAGERIE DE VERSAILLES I iGq^-i^IJ l33 

trouvait excellent'. On revenait ensuite au petit château 
les bras chargés de fleurs cueillies dans le petit jardin et. 
le soir, après souper, on finissait la journée par « danser 
aux chansons ». 

La ménagerie était, du reste, un centre d'excursions 
plus lointaines dans le grand parc et aux environs. Un 
jour, par exemple, c'était le i3 juin 1707, la duchesse, 
accompagnée des ducs de Bourgogne et de Berry, y vint 
Taprès-midi avec Mesdames de Lorges, de La Vallière, 
de Listenois et de Dreux. Toute la compagnie monta à 
cheval et galopa jusqu'à La Bretèche. En revenant, il y 
eut un petit incident; la marquise de La Vallière fit une 
chute assez rude, ce qui ne Fempêcha pas du reste de 
rester avec les autres souper à la ménagerie; mais c'était 
une leçon pour les dames peu habiles écuyères ; on recom- 
mença les promenades à cheval et, pour tenir mieux leur 
assiette, les dames essayèrent, cette fois, de monter 
« jambe deçà, jambe delà- ». 

Leduc de Bourgogne n'aimait guère, à la vérité, venir 
à la ménagerie. Elevé par Fénelon, il tournait de plus en 
plus au mysticisme et demeurait plus volontiers à Ver- 
sailles. La duchesse prit donc l'habitude d'aller seule à 
son petit château et d'y passer la nuit; et alors, nous 
assure le comte d'Haussonville, des jeux moins innocents 
occupèrent bientôt ses loisirs. Par les belles journées 
d'été, à la nuit tombante, on la voyait gagner un des 
petits pavillons de son jardin, puis aller, en amoureuse 
compagnie, faire des promenades nocturnes en gondole 
sur le grand canal, ou bien errer jusqu'au matin parmi 
les bosquets de Versailles. 

A cette époque, Louis XIV avait délaissé complètement 
la ménagerie. Il allait maintenant à Trianon où demeurait 

' Lettre de M™» Desnoyers, citée par Legrand d'Aussy, II, 02. 
- Dangeau, t. II, i3 juin et 28 août 1707. 



l34 TEMPS MODERNES (xYIl" ET XYIIl® SiÈCLEs) 

la marquise de Maintenon ou bien à Marly où il faisait 
nourrir un grand nombre d'oiseaux de proie, d'oiseaux 
d'eau et de volière ainsi que des carpes et même un 
esturgeon \ 11 continuait cependant à faire approvisionner 
régulièrement d'animaux la ménagerie de Versailles et il 
veilla à ce qu'elle fût parfaitement entretenue jusqu'à la 
mort de la duchesse de Bourgogne, qui arriva en 1713. 
Cette perte cruelle d'une jeune femme de vingt-huit ans 
plongea le vieux roi dans une grande douleur, « la 
seule » affirme Dangeau, qu'il ait jamais eue en sa vie : 
deux ans après, il s'éteignait lui-même, laissant la cou- 
ronne de France au fds de la duchesse, un enfant de 
cinq ans. Quelques jours avant sa mort, Dangeau écrivait 
que la ménagerie était toujours « garnie de toutes 
les bêtes les plus rares, de toutes espèces et toutes de 
riens exquis". » Mais les commandes de Louis XIV aux 
peintres animaliers de Versailles, qui avaient diminué 
beaucoup dès l'année 1694, avaient cessé tout à fait à 
partir de 1706; elles ne vont reprendre que faiblement 
sous le règne suivant. 

^ Comptes des bâtiments, t. V, p. 721, 723 et 816. Voici le compte concer- 
nant les carpes et l'esturgeon : « i*^"" décembre [1714] '• ^^ s'' Davin, pour- 
voyeur du Roy, tant pour les carpes et un esturgeon qu'il a fournis pour 
les bassins du jardin de Marly que pour les moules et anguilles qu'il a livrez 
pour la nourriture dud. esturgeon 2.649 ^- '*• 

■^ Journal, août 1716, t. VXI, 48. 



CHAPITRE IX 

LA MÉNAGERIE DE VERSAILLES SOUS 
LOUIS XV ET LOUIS XVI. 



1. Abandon de Versailles et de la ménagerie pendant la minorité de 

Louis XV. Visite du czar Pierre le Grand. 

2. Retour de la cour à Versailles en 1722. Louis XV ne s'intéresse pas à 

la ménagerie qui continue à être négligée. 

3. Le personnel et les animaux de la ménagerie. Histoire de dindons. 

4. Louis XVI se désintéresse également de la ménagerie qui paraît com- 

plètement abandonnée de la cour. Essai de restauration par le comte 
d'Angiviiler. 

5. Son personnel. Son budget. Ses animaux : rhinocéros et éléphants, 

amitié d'un lion et d un chien, etc. 

6. Dernières visites princières à la ménagerie, l'empereur d'Autriche et 

le futixr czar Paul I•'^ 



I. Au TEMPS DE LOUIS XV (l7l5-I774) 

I. Après la mort de Louis XIV, le nouveau roi, âgé 
de cinq ans, quitta Versailles et vint habiter successive- 
ment les châteaux des Tuileries et de Saint-Germain. Près 
de ce dernier château, au parc de la Muette, on lui avait 
formé une toute petite ménagerie composée d\ine vache 
minuscule que lui avait donnée une certaine demoiselle 
de la Ghausseraie, et d'une meute de petits chiens que 
lui avait envoyés son grand-père, le roi de Sardaigne*. 
A Paris, il ne trouvait plus qu'une fauconnerie, mais 
comme il était encore trop jeune pour aller à la chasse, 
on rassemblait, dans une des pièces du palais, la Salle 

^ Lcmontey, t. II, p. 55 el 58. 



l36 TEMPS MODERNES (xVII^ ET XVllf SiÈCLEs) 

des Suisses, un grand nombre de moineaux qu'on faisait 
massacrer devant lui par ses faucons ^ plus tard, on le 
laissait s'amuser à tirer sur une petite biche qu'il avait 
nourrie de ses mains et qu'il paraissait pourtant chérir 
beaucoup; blessée la pauvre bête venait se réfugier près 
de lui et le caressait, comme pour lui demander protec- 
tion, mais le cruel enfant, la repoussant, continuait à tirer 
dessus jusqu'à ce qu'il l'eût tuée\ Tristes jeux que Ton 
offrait à cet enfant et qui n'étaient guère faits pour déve- 
lopper une nature généreuse dans le cœur d'un futur 
gouverneur d'hommes ; on n'avait même pas là l'excuse 
d'une passion naissante pour la chasse, car, si Louis XV 
alla parfois courir la forêt, ce ne fut pas pour chasser, 
mais bien, le matin ou le soir, en compagnie de quelques 
dames, pour s'amuser à entendre les cerfs bramer, pour 
les voir daguer, ou pour observer leurs amours". 

Versailles fut donc complètement délaissé par la 
Cour pendant les premières années qui suivirent la mort 
du grand Roi; aussi lorsque le czar Pierre le Grand vint 
s'embarquer à Trianon, le 13 mai 171 7, pour aller en 
gondole à la ménagerie, il ne trouva pour l'accompagner 
que le maréchal de Tessé et le duc d'Antin\ Un guide 
de l'époque^ nous dit qu'on allait toujours admirer les 
appartements du château et le « salon octogone tout 
doré, rempli de glaces et de belles peintures » ; il recom- 
mande de descendre au-dessous pour visiter la grotte et 
met en garde les visiteurs du « jet deau tournant qui 
est au milieu, aussi bien que des sources qui donnent de 
l'eau jusque dessus les montées » ; il montre qu'on peut 

^ Dangeau, i8 avril 1716, t. XVI, p. 365. 

* Barbier, I, p. 140. 

^ D'Argenson, III, p. 188, 189, 195, 3oo. 

* Gazette de France, 1717, p. '-476. 

* Les Curiosités de Paris... chez Saugrain 1716, réimpression, p. 3ii et 
suivantes. 



MÉNAGERIE DE VERSAILLES SOLS LOUIS XV i'*'] 

toujours transformer la Cour des Dés, par ses petits 
tuyaux souterrains, en un a parterre de jets d'eau qui 
donne le plaisir de voir mouiller copieusement ceux qui 
ne s'en méfient pas » ; mais, en arrivant aux cours des 
animaux, il fait observer tristement que ce lieu est bien 
changé depuis la mort de Louis XIV; il ne trouve plus, 
dans la volière en particulier, « la plus belle et la plus 
magnifique de France, les oiseaux d'une beauté à faire 
plaisir et d'une rareté extraordinaire » qui la remplissaient 
autrefois. Déjà l'isolement et l'abandon de la ménagerie 
sont commencés, car les terres voisines (le quinconce) 
sont labourées et ensemencées comme elles l'ont toujours 
été depuis ; seules les allées qui conduisent de la ména- 
gerie à Saint-Cyr, de même que celles qui conduisent au 
château, existent encore. 

II. En 1722, la Cour de France revint habiter le 
château de Versailles qui fut, pendant tout le règne, 
une sorte de résidence officielle où Louis XV séjourna 
le moins longtemps possible. L'année suivante, la majorité 
du Roi fut déclarée et l'on parla de son prochain mariage 
avec la fille du roi de Pologne, Marie Leszcynska. On savait 
que ce roi détrôné avait une grande et belle ménagerie 
dans son château de Lunéville ; aussi pensa-t-on à remettre 
en état la ménagerie de Versailles. On ne trouva du reste 
à faire que quelques réparations à la grotte; les travaux, 
exécutés aux mois de juin et juillet 1724, consistèrent en 
un recrépissage des parois qui employa 2682 « coquilles 
nommées godfiches » et 202 « coquilles de Saint-Michel' ». 
La reine Marie vint en effet se promener de temps en 
temps à la ménagerie; la Dauphine y vint voir un jour 
un oiseau d'espèce nouvelle que M. Rouillé avait donné 

^ La coquille des pèlerins de Saint-Jacques de Compostelle est le Pecten 
maxiinus, L. et celle des pèlerins du Mont Saint-Michel, le Pecten varias, L. 
Le mémoire de ce travail est aux Archives nation., 0^i8o3. 



l38 TEMPS MODERNES (xVIl" ET XVIII^ SIÈCLES] 

au roi'; les religieuses Augustines y conduisirent soii- 
vent les demoiselles de Saint-Cyr, mais Louis XV paraît 
s'en être désintéressé complètement. Pendant tout le 
règne, aucune fête n'y est donnée ; aucune visite du Roi 
n'y est connue et c'est au château de Versailles même, 
dans le vaste salon de Mercure, que Louis XV se fait 
montrer quelques uns des animaux qui, par Teffet d une 
habitude acquise et de règlements toujours en vigueur, 
continuaient à être envoyés à la ménagerie. 

Malheureusement cette indifférence du Roi pour la 
ménagerie avait gagné la surintendance des Bâtiments-, 
dirigée alors par M. de Marigny. Si, en 1700, le duc de 
Luynes peut encore écrire que les appartements du 
petit château de la ménagerie sont en très bon état, 
« et que les dorures, les peintures, les sculptures et les 
plafonds qui sont charmants s'y sont bien conservés », 
d'autre part, le concierge de la ménagerie, Laroche, 
l'inspecteur du parc et des jardins de Versailles, Lécuyer, 
l'architecte royal, Gabriel, tous signalent dans la ména- 
gerie proprement dite, l'état de délabrement des bâti- 
ments " ; à ces plaintes réitérées, la surintendance répon- 
dait toujours que l'état des finances de la Cour ne 
permettait pas de faire toutes les réparations qu'on 
désirerait et Ton demandait de réduire le nombre des 
bâtiments de la ménagerie au strict nécessaire ^ Une 
année même, en 1757, par suite d'un changement fait au 
chemin de Saint-Cyr, une canalisation fut enlevée et la 
ménagerie fut pendant quelque temps presque entière- 
ment privée d'eau ; il fallait de toute nécessité rétablir 
les conduites, mais la caisse des Bâtiments était entière- 

^ Voir p. 143. 

2 Archiv. nat. Oh8o5. 

3 Par contre, Louis XY faisait construire, en juillet 1749,- une grande 
volière sur la terrasse des petits appartements du château de Versailles. 
[Archiv. nat., O^'iSio.) 



MÉNAGERIE DE VERSAILLES SOUS LOUIS XV 1^9 

ment dépourvue et Ton fut oblige de s'adresser à celle 
des Domaines pour faire les avances d'argent^; encore 
le réservoir de la ménagerie ne fut-il pas remis en état de 
servir, car, depuis deux ans, ses dessous étaient utilisés 
comme cave à vin par le a suisse de la Porte'- ». 

Pendant ce temps les arbres mouraient sans être rem- 
placés et d'autres étaient abattus pour être vendus; mais 
l'on continuait à garnir de fleurs les jardins de ce qu'on 
n'appelait plus que « l'ancienne ménagerie ^ ». Le jardinier 
de la duchesse de Bourgogne, Ilardoin, était mort ; il 
avait été remplacé par un nommé Gardon que Ton avait 
chargé, par surcroit, du nettoyage des cours de la ména- 
gerie ; pourtant le traitement de cet employé avait été 
réduit à 600 livres par an, et encore, sur cette somme, 
devait-il payer un garçon jardinier toute l'année, prendre 
de temps en temps un homme de journée et enfin acheter 
ses outils. Aussi voyons-nous, en 1737, le pauvre Gardon 
adresser à M. Orry, ministre d'Etat, une demande d aug- 
mentation de 200 livres de traitement ; le ministre répondit 
à la supplique en écrivant, sur la marge du placet, ces 
mots significatifs : « Attendre que la Reine ou Mesdames 
fassent usage de la ménagerie. On ne peut rien changer 
quant à présent'' ». 

Les cours des animaux n'étaient guère en meilleur 
état que les bâtiments; celle des buffles, par exemple, 
qui était sans doute une des trois cours des cerfs dont 



i Arch. nat., O^'iSii, p. i3'2 et iSg. 

2 Yoii' une lettre de Lécuyer à M. de Marigny, Arch. nat., 0^i8o5. Cette 
lettre montre également que d'autres parties de la ménagerie, restées inu- 
tilisées, servaient alors de dépôts de charbon et de ferrailles. 

^ Voir aux Archiv. nat. les cartons 0''i8i2 et 0^i8o5 ; dans ce dernier 
se trouve en particulier un mémoire de fleuriste « pour l'ancienne ménagerie 
pendant le cours de 1739, arrêté à L. 99, le 8 novembre de lad. année ». 

* Arch. nat., O^iSoS. Cette même demande fut renouvelée en 1771 par un 
successeur de Gardon qui, plus heureux, obtint l'augmentation de 200 livres 
et, en 1773, la survivance de sa place pour son fils. 



l4o TEMPS MODERNES (XVII* ET XVIIl'' SiÈCLEs) 

nous avons parlé plus haut, n'avait plus d'écoulement 
d'eau, les animaux y vivaient « dans la fange jusqu'aux 
jarrets », ce qui détermina Lécuyer à écrire à M. de Ma- 
rigny, en 1707, pour lui demander l'autorisation d'y faire 
faire une « pierrée ». Du reste, les employés de la ména- 
gerie, n'étant plus surveillés, s'emparaient de quelques- 
unes de ces cours pour en faire des jardins potagers ; 
d'autre part la cour du Rond-d'eau fut demandée par une 
dame Morin pour augmenter les élevages d'oies et de 
dindons qui étaient, il est vrai, destinés à la table du 
Roi ; le bassin de la cour des Pélicans fut comblé et trans- 
formé en jardin', l'autre partie de cette cour servit aux 
jeux des enfants et des promeneurs ; partout enfin les 
gazons, au lieu d'être régulièrement tondus comme au- 
trefois, fournirent du foin dont le jardinier tira profit. 

III. Nous connaissons, pour cette période, le nombre et 
le nom de toutes les personnes qui furent attachées offi- 
ciellement au service de la ménagerie. Il y avait : un 
concierge, qu'on appelait encore gouverneur, un inspec- 
teur, un suisse, un jardinier et huit gardiens d'animaux, 
auxquels il faut ajouter un garde-chasse ; chacun d'eux 
avait son logement et son coin de potager à la ména- 
gerie. Un habitant de Versailles, le poète Ducis, eut 
même l'autorisation d'y loger avec sa sœur, nous ne 
savons à quel titre; en tous cas, c'est là, en 1767, 
qu'il écrivit sa tragédie de Hamlet'. 

Le « concierge », était naturellement le plus para- 
site de tous ces parasites. C'était le fils du concierge de 
l'ancienne ménagerie de la duchesse de Bourgogne, 
La Roche, qui avait probablement fait ses débuts dans 
les armes, car il était chevalier de Saint-Louis. A la 

^ Voir le plan de Delagrive. 1746. 

^ Ducis. Lettre à Vauchelle, 10 septembre 1767. 



MÉNAGERIE DE VERSAILLES SOUS LOUIS XV l)l 

ménagerie, il donna un grand développement à l'éle- 
vage des oiseaux de basse-cour, dans un but que Ton 
devine ; les dindons surtout furent l'objet de tous ses 
soins et les bandes de ces oiseaux devinrent bientôt 
si nombreuses qu'il fallut les conduire paître aux alen- 
tours de la ménagerie, dans le parc même. Ce fut la 
cause de leur perte. Un jour, en effet, c'était peu de 
temps aA'ant sa mort, « le Roi se promenait accompagné, 
ainsi qu'il était d'usage chaque fois qu'il sortait même à 
pied, de son capitaine des gardes de quartier, et suivi 
de douze gardes du corps et de douze cent suisses ; il 
passa devant la ménagerie et trouva ces bêtes désa- 
gréables. Il le témoigna, le gouverneur n'en tint compte; 
le Roi, en repassant, les revit encore. 

(( — Monsieur, lui dit-il, raconte la baronne d'Ober- 
kich\ que cette troupe disparaisse, ou je vous en donne 
ma parole royale, je vous ferai casser à la tète de votre 
régiment, s) 

La vérité est qu'il y avait pourtant à la ménagerie 
d'autres animaux que des dindons. Ses cours auraient 
même dû être bien remplies si l'on en juge par la quantité 
de fourrage, de grains et de paille que la ménagerie était 
censée consommer chaque année. Ces aliments étaient 
fournis, comme ils l'avaient toujours été, par la ferme voi- 
sine de la ménagerie, dont les bâtiments se trouvaient 
placés entre la cour des Autruches et le chemin de Saint- 
Gyr. Cette ferme, que nous avons trouvée dans le domaine 
royal dès le temps de Louis XIII, occupait alors une 
surface de 548 arpens (100 hectares environ) en terres 
labourables, prés et pâture; elle était louée 5 5oo francs-. 



* T. I, p. 206. Cette histoire de dindons est racontée, de la même façon, 
par le duc de Lévis, éd. Barrière, p. 264. 

- C'est le prix du bail de 1732 ; en 1749 ce pri.\ sera porté à 6.000 francs 
et en 1778 à 6.652 francs. Les baux de cette ferme se trouvent aux ArchW. 



I4a TEMPS MODERNES (XVII ET XYIIF STECLESj 

à charge pour Tadjudicataire de « livrer, à un prix fixe et 
très bas, les fourrages nécessaires à la nourriture des 
animaux de la ménagerie ». Or, en 1742, par exemple, 
ce fermier avait dû livrer au capitaine La Roche (c la 
quantité de i 5oo bottes de foins et 3 000 bottes de paille 
de bled, 3oo bottes de paille d'avoine, 5o septiers d'orge, 
75 septiers d'avoine et 10 septiers de vesce, les quatre 
au cent fournis pour les foins, les pailles et les graines, 
mesure de Paris, à raison des prix qui suivent, savoir : 
l'orge, 8 livres le septier, l'avoine et la vesce 10 livres 
le septier, le foin 20 livres le 100, la paille de bled 
10 livres, la paille d'avoine 18 livres, le tout de bonne 
nature et qualité et provenant de ses récoltes ». 

En 1749? le fermier était tenu de fournir en outre, « à 
qui et dans les temps qui lui seront indiqués : deux 
poules d'Inde, deux douzaines de chapons, deux dou- 
zaines de poulets et une douzaine de canards ». 

Il semble donc bien que la ménagerie continua encore 
pendant longtemps, après la mort de Louis XIV, à être 
peuplée d'un assez grand nombre d'animaux, du moins 
dans les loges et les volières. Gomme au temps de 
Louis XIV, la Direction des bâtiments du Roi y faisait 
peindre ou dessiner les bêtes les plus curieuses, et c'est 
en grande partie grâce à ce détail que nous pouvons con- 
naître ses principaux habitants et la date de leur séjour 
à la ménagerie. C'est ainsi que J.-B. Oudry. qui était 
Directeur de la Manufacture de Beauvais, peignit à la 
ménagerie, de 1739 à 1753 : un « Bouquetin de Barbarie », 
un « Tigre dans sa loge » avec des dogues agaçant l'ani- 
mal à travers la grille, un « Léopard », un a Cazuel ou 
Cazuer », V « Oiseau royal », le « Gonasale », une « Demoi- 
selle », un « Loup-cervier assailli par deux bouledogues », 

nat., O^Sgîo^ ; voir également le carton 0^i8o5. Le mot « franc » était employé 
ici pour désiijnep la livre tournois. 





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un autre « Léopard », un « Butor ». un (i- Lion ;), etc. '. 

En 17O0, le duc de Luynes voit à la ménagerie un 
(( loup marin, un pélican, deux tigres, deux ou trois lions, 
un dromadaire, etc. ». L'oiseau de nouvelle espèce rap- 
poi'Lé par M. Iiouillé, l'Cticnt surLouL son attention; 
a il est, dit-il, de la figure et de la grosseur à peu près 
d'un dindon ; il a le col moins long et le bec crochu ; sa 
tête est ce qu'il a de plus singulier; elle est couleur de 
feu, et elle a sur le haut du bec une espèce de crête 
aussi couleur de feu, mais pendante et battant des deux 
côtés, autour du col il .1 une espèce de palatine blanche 
et ardoisée, dont il fait usage lliiver pour se couvrir la 
tète". » C'était sans doute un condor des Andes mâle. 

Les carnivores cités par le duc et auxquels il faut 
ajouter, d'après Buffon, deux panthères envoyées par le 
dey d'Alger et une autre panthère achetée à un juif d'Al- 
gérie, étaient mal logés; le tigre, par exemple, était tou- 
jours enfermé dans une loge étroite «où le défaut de mcju- 
vement et le manque d'espace, l'ennui de la prison, la 
contrainte du corps, la nourriture peu convenable » retar- 
dèrent son développement et abrégèrent sa vie (Buffon). 

En 1770, la ménagerie de Versailles reçut un iliino- 
céros bicorne cpie M. I)crtin, niinistre dl'ltat, avait fait 
venir du Cap. C'était, j)ai-aît-il, le premier rhinocéros 
mâle qu'on eut jamais vu en Europe ; il était encore jeune, 

' Beaucoup «Iccfs laliloaux <ïOii(\ry sont au musée de Stockholm ; d'autres 
au Louvre, à Compiéj^ne, à Fontainebleau, au Muséum d'Histoire natu- 
relle, etc. On ea trouvera les gravures à la ijibliothèque nationale, estampes, 
Db, 2i {". 

C'est sans doute encore les animaux de la ménagerie de Versailles qui 
servirent aux autres animaliers de cette époque : François Boucher (i7o3- 
1770), Chasse au lion, musée du Louvre ; — Jacques-Charles Oudry (1720- 
1778), Chasses royales (musée de Toulouse ; château de Fontainebleau); — 
Antoine VVatteau (les singes des Saisons) ; — J.-B. Huet (17/P-1811), Loup 
percé d'une lance ; Lion et sa femelle allaitant ses petits ; — -\icolas Uuet 
et Chrisloplie Iluet. 

' De Luynes, Mémoires -i'i août 17JO, t. X, 3i7. 



I44 TEMPS MODEREES (xvil' ET XVIIl^ SiÉCLEs) 

n'ayant que cinq pieds et demi de haut et ses cornes 
commençaient à peine à pousser. Bernardin de Saint- 
Pierre*, qui le vit à son passage à Fîle de France, remar- 
qua qu'il haïssait les cochons ; il écrasait avec sa tête 
contre le bord du vaisseau, tous ceux qui venaient à sa 
portée ; mais il avait pris une chèvre en affection : il la 
laissait manger son foin entre ses jambes. A Versailles, 
on plaça 1 animal dans un enclos spécial, formé aux 
dépens d'une des anciennes cours ; cet enclos, dont nous 
avons trouvé le plan aux Archives nationales (O'i8o5*), 
était large d'environ lo toises et profond de 12 ; il était 
pourvu d'un abreuvoir et communiquait avec une petite 
étable. Le rhinocéros fut visité, en particulier, par le duc 
de Groy ', par Buffon et par Camper le célèbre zoologiste 
hollandais ; « il avait la peau si sensible, dit ce dernier, 
qui le vit en juillet 1777. que, pour éviter la piqûre des 
mouches, qu'il ne pouvait écarter, à cause de la petitesse 
de sa queue, il se cachait entièrement, au nez et aux 
oreilles près, dans un abreuvoir qu'on avait pratiqué 
pour lui^ ». 

II. Au TEMPS DE LOUIS XVI (1774-I789) 

IV. La ménagerie de Versailles arrivait au règne de 
Louis XVI, en 1774^ dans les plus mauvaises conditions. 
Vieux d'un siècle, ses bâtiments avaient d'autant plus 
besoin de réparations qu'ils avaient été plus mal entre- 
tenus sous le règne précédent; mais la pénurie d'argent, 
et aussi une indifférence complète de la Cour, aggravèrent 
encore sa situation. Depuis longtemps déjà, il n'était 
plus de mode, du reste, de résider au palais de Versailles 

1 T. XII, p. 537. 

- ïomç II, p. 485-486. 

^ Buffon. Addition à l'article du Rhinocéros. Camper, I, p. i3i et aSa. 



MENAGERIE DE VERSAILLES SOUS LOUIS XVI l \5 

OÙ régnait une étiquette sévère ; on y allait toujours 
pour les cérémonies et les réceptions officielles; on y 
passait généralement les soirées, mais, la « corvée » 
finie, les grands eux-mêmes se retiraient dans de petits 
« ermitages » : la reine Marie-Antoinette au Petit Trianon ; 
Mesdames, tantes du Roi, à Bellevue; Madame Elisabeth, 
sœur de Louis XVI, à Montreuil où elle avait, comme la 
Reine à Trianon, une ferme, une laiterie et des vaches 
suisses ; la comtesse de Provence dans sa maison de 
Tavenue de Paris ', etc. 

On ne s'occupait plus de la ménagerie qui était de plus 
en plus abandonnée aux mains de son personnel. Marie- 
Antoinette n'en parle pas une fois dans ses Lettres; même 
elle n'est plus marquée sur un plan du parc de 1781'-, 
fait pour indiquer les seules allées qu'il fallait entre- 
tenir en vue des promenades de la famille royale. 

Cependant un ministre consciencieux et énergique, le 
comte d'Angiviller, qui avait, à la mort de Louis XV, la 
surintendance des Bâtiments du Roi, essaya de la sauver 
de la ruine. Dès le mois d'octobre 1774, il se fait adresser 
un mémoire sur son état^ il va la visiter lui-même et, à 
la suite de cette démarche, il écrit à l'inspecteur du parc, 
Lécuyer, une lettre assez sévère dont nous extrayons 
ce passage : 

«... Je désire d'abord que vous intimiez à tous ceux qui 
se sont formé des jardins dans la grande cour de la 
ménagerie l'ordre de les détruire, d'enlever leurs plan- 
tations, de rendre le terrain dans son premier état, et 
de leur intimer également ainsi qu'à tous autres la 
défense la plus précise de refaire de pareils établisse- 
ments... » 

* Dussieux, II, p. 44^. 

^ Plan routier... Bibl. nat., Estampes, top. Vers., Va 365. 

' Voir le document annexe n° g. 



I46 TEMPS MODEREES (XVlf ET XVIIl'' SIÈCLEs) 

Lécuyer répondit au comte que la cause du mauvais 
état dans lequel il avait trouvé V « ancienne ménagerie » 
venait de ce qu'elle était complètement abandonnée 
depuis plus de dix ans, faute de fonds, et que le seul 
parti à prendre pour la rétablir serait qu'il voulût bien 
lui destiner une somme d'argent tous les ans. Cependant 
il se mettait en mesure de faire rétablir la cour dans son 
état primitif; mais, naturellement, ceux qui y avaient 
créé des jardins protestèrent ; ils dirent qu'en les laissant 
établir ces jardins, on leur en avait donné l'autorisation 
tacite, qu'ils y avaient dépensé beaucoup d'argent, et 
que vouloir maintenant leur enlever les bénéfices de 
leurs avances de fonds serait léser injustement leurs 
intérêts. Gela était assez juste ; aussi, comme ils obtinrent 
l'appui du maréchal marquis de Mouchy, ce ne fut 
qu^après avoir reçu d'autres terrains équivalents qu'ils 
consentirent à évacuer les emplacements qu'ils avaient 
occupés. 

Pour le reste, les mêmes documents inédits que nous 
publions en annexe^ montrent qu'il n'y avait encore rien 
de fait à la fin de l'année 1788. a Je ne puis, monsieur, 
disait le gouverneur du château, le comte de Noailles, 
prince de Poix, à la date du 8 décembre de cette année, 
me refuser de vous écrire à nouveau pour vous représenter 
que la ménagerie est dans un état de délabrement qui 
exige qu'on sans [sic] occupe incessamment, si on ne 
veut pas que les réparations doublent sous peu de tems... 
Les loges des animaux tombant de toute part, je vous 
prie de vouloir bien vous en faire rendre compte... » 

Les appartements du petit château eux-mêmes, n'étant 
plus jamais habités, commençaient à s'abîmer; toutes 
les pièces du rez-de-chaussée, en particulier, étaient à 

* \oir les documents annexes n<^^ ii à i4- 



MÉNAGERIE DE VERSAILLES SOUS LOUIS XVI 147 

refaire, et, au premier, les peintures étaient desséchées 
et blanchies au point qu'on ne pouvait plus distinguer 
ce qu'elles représentaient qu'en les mouillant avec 
l'éponge'. En 1780 et en 1786, l'on se décida pourtant à 
faire d'importants travaux de réparation à la ménagerie : 
on dépensa 18 075 livres au petit château, et le sieur 
Duprez, sculpteur de Sa Majesté, reçut 2 960 livres pour la 
restauration des termes de la cour octogone " ; à la ména- 
gerie proprement dite on fit quelques travaux de maçon- 
nerie et de couverture, on rétablit des treillages et on 
releva les palis des arbres, dans la cour des Cerfs, dans 
le potager et dans la cour d'entrée. 

V. Le personnel de la ménagerie comprenait alors : 
un gouverneur, un inspecteur, deux gardiens, un sur- 
numéraire, un suisse, un jardinier et un « frotteur ». 

Le gouverneur de la ménagerie était toujours ce capi- 
taine Laroche qui avait eu, avec Louis XV, l'histoire des 
dindons dont nous avons parlé plus haut. Cette histoire 
ne lui avait pas nui, du reste, car il avait pu faire monter 
sa famille de la plus vulgaire roture jusqu'auprès des 
marches du trône de France. Il s'était apparenté, en 
effet, au duc de Villequier, par la deuxième femme du 
duc, M"^ de Mazade, et, comme il était chevalier de Saint- 
Louis, il avait le droit d'assister au coucher du Roi, ce à; 
quoi il ne manquait jamais. Il arrivait, nous dit un des 
pages de Louis XVI « bien galonné et aussi chargé de 
bagues et de diamants qu'un financier ; c'était l'être le 
plus sale qu'on put rencontrer et jamais sanglier dans sa 
bauge ne laissa échapper d'odeurs aussi fétides ». Aussi 

* Voir le document annexe n° i5. 

- Ces renseignements, et une partie de ceux qui suivent, sont pris dans 
différentes notes conservées aux Archi<,\ départementales de Seine-et-Oise, 
série Q. Le mémoire de Duprez dont nous nous sommes servi plus haut est 
aux Arch. nat. o'i8o5*. 



l48 TEMPS MODERNES (xvil" ET XVIIl" SiÈCLEs) 

les jeunes pages de la Cour ne se gênaient-ils pas pour 
s'en faire une risée. Dès qu'il entrait dans la chambre 
royale, « il s'établissait alors, entre les pages de service 
et le capitaine, une lutte, très plaisante qui aboutissait à 
l'enlèvement de sa perruque que l'on jetait sur le ciel- 
de-lit ; mais le capitaine, en guerrier prudent, avait tou- 
jours dans ses poches de quoi réparer ses pertes. C'était 
à qui inventerait des niches pour faire enrager ce pauvre 
diable, qui s'en consolait aisément avec de bonnes places 
et de bonnes pensions. Enfin, le Roi étant devenu plus 
triste, et le capitaine plus musqué que jamais, on finit 
par lui interdire l'entrée de la chambre du Roi, à son 
grand regret et à son grand scandale' ». 

La réputation du capitaine Laroche avait du reste 
dépassé les limites de l'alcôve royale. Bachaumont, 
le qualifie dans ses Mémoires, de « suisse grossier et 
sans aucune connaissance », et le célèbre mystificateur 
Gaillot-Duval lui fait envoyer, de Nancy, une lettre dans 
laquelle il se moque de lui ; il lui suggère l'idée de 
renouveler, avec les animaux de la ménagerie, les expé- 
riences que l'abbé de Spalianzani venait de faire sur la 
génération des grenouilles ; le capitaine, ne comprenant 
pas la moquerie, répondit, promettant de poursuivre les 
expériences, dont il ne connaissait pas un traître mot, et 
d'en communiquer les résultats à son correspondant-. 

L'inspecteur de la ménagerie était, depuis 1772, un 
nommé Laimant que nous verrons rester à son poste 
jusqu'à la fin, alors que Laroche disparaîtra dès le début 
de la Révolution. Laimant recevait un traitement annuel 
de 3 000 livres et avait un logement composé d'un rez- 

^ D'Hezecques, p. aSo-aSi. 

- Dufour, qui nous rapporte cette histoire (p. 58), appelle le capitaine, 
ïexier de la Roche et dit qu'il était commandant des Invalides en même temps 
que gouverneur de la ménagerie. Il y a certainement là une confusion de per- 
sonnages. 



AIENAGERIE DE VERSAILLES SOUS LOUIS XVI i «9 

de-chaussée avec plusieurs chambres à feu, d'un premier 
étage mansarde et d'un grenier; il disposait en outre 
d'un jardin, d'un bûcher, d'une écurie et d'une remise. 
Chaque gardien touchait goo livres par an et le surnumé- 
raire seulement 3oo. En 1789, la dépense du Roi pour le 
traitement du personnel, celui du gouverneur que nous 
ne connaissons pas non compris , fut de 6 800 livres ; 
l'entretien de la ménagerie proprement dite coûta la 
même année 36 000 livres '. La nourriture des carnivores 
se composait de viande de bœuf, qu'on payait dix sous 
la livre ; les autres animaux mangeaient, en 1778 : 
12000 bottes de foin, 3 000 bottes de paille de blé, 
3oo bottes d'avoine, 73 septiers d'avoine, 5o septiers 
d'orge, 10 septiers de vesce. 

Ces quantités d'aliments, relativement très grandes, 
n'impliquent pas plus, au temps de Louis XVI qu'à celui 
de Louis XV, la présence à la ménagerie d'un grand 
nombre d'animaux, mais il y avait, cette fois encore, de 
gros mangeurs. Le rhinocéros, venu du Cap en 1770, 
vivait toujours et la ménagerie avait reçu, quelque temps 
avant la mort de Louis XV, un éléphant qui avait été 
envoyé, de Chandernagor, par M. Chevalier, gouverneur 
de l'Inde. Cet animal âgé d'un peu plus de deux ans avait 
fait toute la route à pied, à l'exception, naturellement, 
de la traversée du Bosphore. A la ménagerie, on le 
plaça d'abord dans la cour des pélicans, puis dans celle du 
Rond d'eau et c'est peut-être de cette époque que date le 
grand bassin qu'on voit aujourd'hui dans cette dernière 
cour. On le nourrit à peu près comme celui de 168 1, 
mais on lui donna, en plus, un « ragoût composé de 
recoupe, d'oignons, de beurre, de sel et de poivre ». On 
lui donnait également des bouteilles de vin que son gar- 

* J.-A. Le Roi, h, p. 91 et gS. 



l5o TEMPS MODERNES (xVII* ET XYIIl*^ SIÈCLEs) 

dien lui faisait déboucher devant le public avec sa trompe, 
de l'eau-de-vie et même du tabac que les visiteurs pre- 
naient plaisir à lui offrir dans leur tabatière. Tous les trois 
ou quatre jours, on l'enduisait d'huile de poisson, pour 
remédier au gercement de sa peau, ce qu'il aimait beau- 
coup, car, pendant qu'on lui faisait cette toilette, il 
pompait avec sa trompe, pour s'en régaler ensuite, tout 
ce qu'il pouvait aspirer d'huile. 

Camper, qui vit cet animal lors de sa visite à la ména- 
gerie de Versailles, dit qu'on le conduisit quelquefois le 
long des palissades qui renfermaient le rhinocéros pour 
voir si l'assertion des anciens, relative à la rivalité de 
ces deux animaux, reposait sur la réalité ; mais on ne 
s'aperçut jamais alors du moindre signe de colère dans 
les attitudes des deux bêtes, quand elles se voyaient '. 

L'éléphant mourut d'accident à l'âge de douze ans. Il 
avait rompu ses chaînes dans la nuit du 24 au 25 sep- 
tembre 1782, puis, brisant les portes de sa loge, il était 
sorti pour se promener ; dans sa course nocturne, tl 
tomba dans une pièce d'eau, remplie d'une vase infecte, 
dont l'odeur le suffoqua, parait-il ; il resta là jusqu'au 
lendemain et on ne put le retirer, blessé, qu'avec beau- 
coup de peine; il mourut quelques jours après". Son 
cadavre fut envoyé à Paris, au Jardin du Roi, où il fut 
disséqué par Daubenton le jeune, alors garde du Cabinet 
et par Mertrud, démonstrateur d'anatomie ; le poids total 
du corps fut évalué à près de 5 000 livres ; sa peau seule 
en pesait plus de 700. Cinq ou six ans auparavant, heu- 
reusement, Louis XVI avait fait acheter à la foire, pour le 
prix de 3 000 livres, un jeune éléphant femelle que le duc 
de Croy visita en avril 1777 ^ Il y eut donc, à cette époque, 

^ Camper, t. I, p, 278, 177. 

* La plupart de ces détails sont pris dans Toscan. 

^ Journal, t. lY, p. 11. 



MENAGERIE DE VERSAILLES SOUS LOUIS XVI l5l 

deux éléphants indiens à la ménagerie de Versailles. 
Il y eut également ensemble deux rhinocéros : le rhino- 
céros bicorne que nous connaissons déjà et un rhino- 
céros unicorne qui fut amené des Indes en 1787 ou 1788. 

Les autres grands mammifères herbivores de la ména- 
gerie étaient un couagga qui était venu par le même 
vaisseau que le second rhinocéros et un zèbre que les 
ambassadeurs du sultan de Mysore, Tipou ou Tippoo- 
Saïb, avaient apporté avec d'autres animaux sauvages, 
en 1788. On y voyait encore : un chameau, un droma- 
daire, un bubale, des cerfs du Gange, un grand phoque 
maie qui y vécut quelque temps, en 1779, une guenon 
à crinière qui j avait été mise en dépôt par M. le duc de 
Bouillon, (( un vieux pélican âgé de plus de trente-cinq 
ans » et même un mouton ordinaire que le Roi avait 
voulu garder, comme étant le premier animal qui, avec 
un canard et un coq, avait été enlevé en l'air devant 
la Cour, en août 1783, par la « machine de M. de Mont- 
golfier ». 

La volière était toujours très agréable à voir, parce 
« qu'on y avait réuni toute la g'ent volatile qui gazouille 
dans les buissons et les espèces boiteuses des marais et 
des bords de l'Océan. Le chant de la fauvette accompa- 
gnait le petit cri aigu de l'hirondelle de mer, tandis 
que le faisan de la Chine promenait gravement sa robe 
et son aigrette dorées » ' . 

Mais ce qui, avec les éléphants et les rhinocéros, atti- 
rait le plus les visiteurs, c'étaient les loges des ani- 
maux féroces où l'on voyait des lions et des tigres. Un 
beau lion surtout, amené des forêts du Sénégal avec un 
chien qui, « compagnon de son enfance », était devenu le 
« consolateur de son exil » retenaient les cœurs sensibles. 

^ Ces renseignements sont pris dans : de Croy, t. IV, p. i5o, 216 et 309, 
d'Hezecques, p. 249, Bachaumont, t. XXIII, p. i63, et BufTon, art. Guenon. 



l52 TEMPS MODERNES (xVII* ET XVIII^ SiÈCLEs) 

L'histoire de ces deux animaux relatée par un de leurs 
visiteurs, G. Toscan, est en effet assez touchante. Le 
lion avait été pris en 1787, à ïàge de trois à quatre mois, 
et donné à Pelletan, directeur de la Compagnie d'Afrique 
au Sénégal. Pelletan était un grand ami de la nature et 
sa maison était remplie d'animaux qui y vivaient en 
liberté complète. Chevaux, moutons, chiens, chats, 
singes, autruches, oies, canards, dindons, poules, per- 
ruches, tout cela accueillit familièrement le lionceau qui, 
de son côté, ne leur fit jamais aucun mal. Dans les nuits 
d'hiver, qui sont très fraîches au Sénégal, ces bètes 
couchaient pêle-mêle, les unes sur les autres, dans les 
écuries, avec les chevaux. Le lion dormait au milieu et 
les nègres allaient également se coucher parmi eux, 
pour chercher la chaleur. Ce devait être un spectacle 
curieux que cet assemblage d'animaux d'espèces si diffé- 
rentes, reposant paisiblement ensemble et cela sans 
qu'aucun accident, aucune rixe, aucune violence ait 
jamais troublé cette singulière et touchante harmonie. 
Un jour la chienne de Pelletan mit bas deux petits, 
tout à côté du lieu où le lion se couchait d'ordinaire. Le 
lion, qui avait alors huit mois, prit sur-le-champ un inté- 
rêt très marqué à cette nouvelle famille. Il restait 
constamment près d'elle, dans les courts intervalles où 
la chienne s'écartait, il se mettait à sa place, et c'était 
une chose très intéressante à observer que l'attention 
qu'avait ce gros animal un peu lourd, de ménager les 
petits chiens, en les caressant, pour ne pas les blesser. 
La chienne n'était point inquiète de voir ses petits 
dans les larges pattes du lion ; mais, quand elle revenait, 
elle le chassait sans façon, quelquefois en montrant les 
dents ; et lui, qui reconnaissait sans doute les droits de 
la mère, cédait toujours sa place sans obstination et sans 
humeur. 



MÉ>'AGERIE DE VERSAILLES SOUS LOUIS XVI l53 

Un des petits chiens mourut : l'attachement du lion 
redoubla pour celui qui restait; il en prit un soin plus 
attentif, ne le quittant jamais, se prêtant à tous ses 
caprices, se laissant mordre quelquefois jusqu'au sang 
et ne songeant jamais à se venger. Tout ce qui tenait 
au chien avait de l'empire sur lui : la chienne, qui 
était un peu âgée et n'aimait pas à jouer, s'ennuyait sou- 
vent d'avoir ces deux animaux à ses trousses, alors elle 
les grondait et les chassait brusquement : le lion, docile, 
se retirait. 

Le chien grandit ainsi et se fortifia en partageant les 
jeux robustes du lion. Leur attachement devint mutuel ; 
ils ne pouvaient vivre l'un sans l'autre : la nuit, surtout, 
ils couchaient toujours ensemble, le chien dans les 
pattes du lion et appuyé sur son ventre. Lorsque quelque 
événement les séparait, on s'en apercevait bientôt aux 
rugissements de l'un et à la voix plaintive de l'autre : on 
les réunissait et ils étaient contents. 

Dans la maison de Pelletan, dont il connaissait tous 
les habitants, le lion jouissait du reste de la même liberté 
que le chien. Il avait un nom du pays ; on le nommait 
Woira. Il entendait ce nom à merveille, venait quand on 
l'appelait, et suivait tout aussi fidèlement qu'un chien. 
Libre dans ses mouvements et dans ses volontés, il 
n'obéissait pas avec la même souplesse : mais il ne 
montra jamais la plus légère marque d'humeur, soit qu'on 
l'empêchât de faire quelque chose qu'il désirait, soit 
qu'on le contraignît d'abandonner quelque projet, ou de 
sortir de quelque lieu où il ne devait pas rester. 

(( Sans contrarier inutilement ses désirs, raconte 
encore Pelletan, je le laissais allant et venant partout en 
liberté. Il entrait dans mes bureaux, se couchait à mes 
pieds quand je travaillais, et à l'heure du dîner me suivait 
à la table. Je remarquais surtout qu'il aimait la société : 



l54 TEMPS MODERNES (xvn° ET XVIIl^ SIÈCLES) 

il allait de préférence, dans les lieux où il trouvait le plus 
de monde ; quand on le chassait des bureaux, il allait 
dans les cuisines. » 

Cependant, quelque fut son bon caractère, le lion en 
grandissant pouvait devenir dangereux et cela même 
sans le vouloir. Un jour, en effet, qu'il s'amusait avec un 
enfant devant la maison, tous deux roulèrent sur le sable ; 
Tenfant n'eut aucun mal, mais la mère qui assistait à la 
scène eut grand peur, et Pelletan, pour calmer les justes 
appréhensions des mamans, remit son lion et son chien à 
la Compagnie des Indes, pour la ménagerie du Roi. 

Les deux amis débarquèrent au Havre vers la fin de 
septembre 1788 et tous deux, le chien en liberté et le 
lion conduit par une simple laisse, firent à pied le che- 
min du Havre à Versailles. Hélas ! adieu, la belle et 
saine liberté d'autrefois, on les plaça tous deux, à la 
ménagerie, dans une cage étroite. Le lion y resta d'abord 
aussi doux et aussi caressant qu'il Lavait été jusqu'ici ; 
on ne craignait point de l'approcher et il rendait caresse 
pour caresse. Mais, aigri sans doute par la captivité à 
laquelle il n'avait pas été habitué, ayant beaucoup souffert 
de sa dentition et d'un abcès au pied occasionné par une 
griffe qui lui entrait dans les chairs', il devint peu à peu 
féroce et ne voulut plus voir que son chien et son gardien 
auquel il ne cessa point, du reste, de témoigner sa recon- 
naissance. 

Ils furent transportés, en 1794, ^i la ménagerie du 
Muséum à la suite de circonstances que nous raconterons 
plus tard. Et là, ils ne cessèrent, comme à Versailles, de 
jouer l'un avec l'autre. Le lion surtout aimait à prodiguer 
au chien les plus tendres caresses. « Celui-ci, nous dit un 

^ Nous avons retrouvé aux Archives do Seine-et-Oise , série Q, un reçu de 
12 livres payées « pour l'opération faite au lion d'un ergot qui lui rentrait 
dans les chairs » ; ce reçu, daté du a8 septembre 1793, est signé Masse. 



MÉNAGERIE DE VERSAILLES SOUS LOUIS XVI i j'i 

témoin oculaire ^ les recevait et les rendait sans crainte 
comme sans défiance; sa gaîté naturelle, son air franc 
et ouvert tempérait l'humeur grave et sérieuse du roi 
des animaux. Souvent il se jetait sur sa crinière, et lui 
mordait en jouant les oreilles. Le lion, se prêtant à ces 
jeux, baissait la tête. Souvent, à son tour, il Tinvitait lui- 
même à jouer, en se mettant sur le dos, et le serrant 
entre ses pattes... Les repas seuls suspendaient un 
moment cette intimité. Alors chacun s'écartait pour 
recevoir sa portion et nul n'aurait osé attenter à la pro- 
priété de l'autre, pas même la convoiter des yeux... 
Un jour, l'étourderie de l'homme qui les servait lit que 
la portion de viande (destinée au lion) alla tomber sous 
le nez du chien, et le pain sous la gueule du lion. 
Celui-ci, au même instant, se tourne vers son compa- 
gnon, qui, montrant les dents, lui défend d'approcher, 
et avale sous ses yeux un dîner tel qu'il n'en avait 
jamais fait de sa vie... » 

Le chien mourut quelque temps après d'une gale, dit 
son historien, qu'il avait contractée en couchant le dos 
appuyé contre un mur humide. Le lion, privé de son 
ami, poussa alors des rugissements plaintifs, et, pendant 
longtemps, il alla, dans le fond de sa loge, s'arrêter et 
rugir à l'endroit par où on avait enlevé le cadavre du 
chien. Bientôt même il tomba dans une profonde tris- 
tesse; tout le dégoûtait et ses forces et sa voix s'affai- 
blissaient par degrés. Dans la crainte qu'il ne succom- 
bât de chagrin, on pensa calmer sa douleur en lui 
donnant un autre chien. On en trouva un qui ressem- 
blait à son ancien ami et on lui présenta d'abord devant 
sa cage. « Le lion le fixe d'un œil étincelant, dit Toscan ; 
la fureur éclate sur toute sa face ; il pousse un rugisse- 

' G. Toscan, p. i 4- 



l56 TEMPS MODERNES (xVII* ET XVIII* SiÈCLEs) 

ment effroyable, et les pattes tendues, les griffes déployées, 
il est prêt à s'élancer. A cette passion subite et violente, 
on croit avoir trompé 1 instinct de Tanimal, et que, 
dans sa fureur, il ne veut se jeter que sur celui qui 
retient son chien bien-aimé. On n'hésite plus de le lui 
abandonner. Mais, à peine est-il entré dans la loge, que 
le lion l'étrangle...^ » 

Le temps calma la douleur du lion qui reprit sa bonne 
santé habituelle et ses forces, mais il ne revit jamais un 
chien sans se mettre aussitôt en fureur. Il mourut dans 
le mois de juin de 1796, des suites de la mauvaise nour- 
riture qu'on fut obligé de lui donner alors, dans un 
temps de disette générale. 

VI . Au cours de cette période, la ménagerie de Versailles 
ne reçut que deux visites princières. Ce fut d'abord celle 
de l'empereur Joseph II qui s'y rendit un matin de 1777, 
seul, en simple frac et sans se faire connaître. II y 
arriva sur les huit heures, et trouva la porte fermée. 
Ne le connaissant pas, on lui dit d'attendre qu'il y eût une 
compagnie un peu nombreuse, lui faisant remarquer 
qu'on ne pouvait pas se donner la peine de montrer les 
animaux pour une seule personne. Il attendit donc quel- 
que temps puis, avisant une compagnie de Bretons 
que l'on faisait entrer, il se mit à sa suite. Le gar- 
dien qui les conduisait leur fit voir les bêtes sans 
rien deviner d'abord, mais il remarqua bientôt l'empe- 
reur, raconta- t-il le lendemain, « aux observations peu 
communes qu'il fit sur l'éléphant et sur le rhinocéros 
et à ce qu'il ne s'attachait qu'aux grands objets réelle- 

^ Un phénomène semblable se produisait à la même époque chez un lion 
de la Tour de Londres. Ce lion ayant perdu également un chien avec lequel 
il vivait et qu'il avait pris d'amitié, tomba malade. Pour le distraire, on eut 
aussi l'idée de lui jeter des chiens vivants, mais il les mit tous en pièce 
impitoyablement. 



MENAGERIE DE VERSAILLES SOUS LOUIS XVI 1 07 

ment rares ; à la sortie, la compagnie de Bretagne lui 
donna, à lui gardien, un écu de six francs, qu'il prit sans 
avoir rien demandé comme ils avaient ordre de faire ; à 
la suite de cette compagnie, Thomme seul qu'il avait fait 
attendre, lui glissa dans la main quinze louis dont il pensa 
tomber de son haut » ^ 

La seconde visite célèbre que reçut la ménagerie fut 
celle du grand duc, depuis Paul P"", et de la grande- 
duchesse de Russie. Ces princes y vinrent en 1782, sous 
le nom de comte et de comtesse du Nord, accompagnés 
de M. de Mackau et de la baronne d'Oberkich. Cette 
dernière nous rapporte ce passage significatif de la con- 
versation qui s'engagea alors : Comme elle s'étonnait de 
trouver là très peu d'animaux rares, M. de Mackau lui 
répondit : « Que voulez-vous qu'on en fasse ici ? N'y a-t-il 
pas assez de courtisans-? » 

i Croy, t. IV, p. 16. 
2 Mémoires, I, 206. 



CHAPITRE X 



LA MENAGERIE DE VERSAILLES DE LA RÉVOLUTION 
A NOS JOURS. — LISTE DES ANIMAUX QUI Y 
ONT VÉCU. 



1. Louis XVI abandonne Versailles en 1789. La ménagerie est adminis- 

trée par l'Intendant général de la liste civile du Roi. En 1792, le 
peuple de Versailles envahit et pille la ménagerie. 

2. Les animaux qui restent sont offerts à Bernardin de Saint-Pierre, pour 

le Jardin des Plantes. 

3. Le dernier budget de la ménagerie en 1793. Transport de ses animaux et 

d'une partie de son matériel à Paris. 

4. La ménagerie dépeuplée est d'abord louée, puis transformée en une 

école d'Économie rurale. Vente de la ménagerie par le premier 
Consul. Actes de vandalisme. 

5. Rachat de la ménagerie par Louis-Philippe, en 1836. Sa restauration en 

vue d'un Haras royal. Son état actuel. 

6. Liste des animaux qui ont vécu à la ménagerie de Versailles. 

I. Lorsque Louis XVI abandonna Versailles, le 6 oc- 
tobre 1789, les dépenses de la ménagerie furent rat- 
tachées à la liste civile du Roi. On fit exécuter encore, 
pendant quelque temps, des travaux extraordinaires de 
nettoyage et de réparation dans les cours de la ména- 
gerie \ 

' Le dernier mémoire que nous ayons trouvé concernant ces travaux, pen- 
dant la royauté, estintitulé ainsi: « Mémoire des Journées qui ont été employées 
à la culture extraordinaire et netoyage dans les cours de la ménagerie depuis 
le i5 février [1792] jusque et compris le 10 aoust sous les ordres de Monsieur 
Delaporte, Intendant général de la liste civile du Roy, sous l'inspection de 
Monsieur Loiselleur, par Crosnier, Jardinier du Roy à la ménagerie. » 

Ces travaux concernaient le labourage et le taillage des charmilles dans 
les cours, l'arrachage des herbes et la « tonture » des tilleuls. Le total 
général du Mémoire se monte à 108 livres i sou 6 deniers, au taux de 
3o sous la journée, « en raison de la cherté des vivres ». Les charmilles rem- 



MENAGERIE DE VERSAILLES : 1792 A NOS JOURS 1^9 

Mais Tannée suivante, et en 1791, des raisons d'éco- 
nomie poussèrent l'Intendant général de la liste civile 
à faire une réforme complète de la ménagerie de Ver- 
sailles. Cette réforme fit disparaître en particulier tous 
les oiseaux aquatiques et supprima une grande partie des 
élevages de volailles que l'on continuait d'y faire pour la 
table royale '. 

Après l'envahissement des Tuileries, le 10 août 1792, 
et surtout après la proclamation de la République, le 
21 septembre de la même année, les domaines du Uoi 
passèrent au pouvoir de la nation et, dès lors, la 
pauvre ménagerie, déjà si malade, entra en agonie. 
11 y avait longtemps, à la vérité, que le peuple et même 
les nobles- voyaient cet établissement d'un mauvais 
œil. L'histoire des dindons du capitaine La Roche était 
connue de tout le monde ; on racontait que le suisse 
de la ménagerie avait demandé la « survivance » de six 
bouteilles de vin de Bourgogne que l'on donnait, d'après 
les uns, à un éléphant, d'après les autres à un droma- 
daire ' ; enfm, il n'y avait pas de patriote lettré à Versailles, 
qui ne connût ce passage de V Encyclopédie : « 11 faut 
détruire les ménageries quand les peuples manquent de 
pain ; car il est honteux de nourrir des bêtes à grand frais 
quand on a autour de soi des hommes qui meurent de 
faim ». Aussi, quelques jours après le 10 août, les Jaco- 
bins de Versailles, qui formaient la « Société des Amis de 
la Convention », traversèrent le parc, tambour battant, 



plaçaient des ifs morts. Des travaux extraordinaires semblables avaient été 
payés à Crosnier, l'année précédente, au prix de i livre lo d. la journée. 
{Arch. nat., 0^i8o5.) 

^ Voir le document annexe n'^ i6. 

- Sur l'opinion des nobles, en dehors du passage des mémoires de 
M™*^ d'Oberkich que nous avons rappelé plus haut, voir le duc de Croy (IV, 
p. 16), et d'Hézecques (p. 249). 

^ Voir Mercier, p. 146, et d'Hézecques. 



i6o TEMPS MODERNES (xVII^ ET XVIII^ SIÉCLEs) 

drapeau en tête, et se dirigèrent vers la ménagerie où 
ils furent reçus par Tancien inspecteur de la ménagerie 
devenu son directeur, Laimant. Le chef de la bande 
déclara que lui et les siens venaient, au nom du peuple et 
au nom de la nature, le sommer de rendre à la liberté 
des êtres sortis libres des mains du Créateur et indû- 
ment détenus par l'orgueil et par le faste des tyrans. Le 
directeur se déclara prêt à déférer aune sommation qu'il 
n'avait, d'ailleurs, aucun moyen de repousser : il crut 
cependant devoir hasarder une simple observation, à 
savoir que, parmi ses pensionnaires, il en était un cer- 
tain nombre tellement inaccessibles au sentiment de la 
reconnaissance, que le premier usage qu'ils feraient de 
leur liberté serait, vraisemblablement, de dévorer leurs 
libérateurs. En conséquence, il croyait devoir décliner ce 
rôle, en ce qui le concernait personnellement, et offrait 
à la Société les clefs des cages où étaient renfermées les 
bêtes féroces. Cette proposition méritait réflexion. Un 
amendement fut aussitôt voté, aux termes duquel les 
animaux dangereux resteraient provisoirement dans 
leurs cages. Quant aux animaux inoffensifs : un droma- 
daire, cinq espèces de singes, des cerfs, beaucoup d'oi- 
seaux, etc., ils furent enlevés, la plupart pour être donnés 
à Fécorcheur, d'autres pour être mis immédiatement en 
liberté'. Il y avait notamment, parmi ces derniers, plu- 
sieurs couples de rats de Java rapportés par La Conda- 
mine et qui, depuis, pullulèrent à Versailles au point 
de compromettre, par leurs dégâts, la solidité du châ- 
teau et d'autres grands édifices. Des cervidés et des 



* Ce détail fut raconté par Laimant lui-même à Bernardin de Saint-Pierre 
qui le rapporte dans son mémoire sur la ménagerie. Les autres parties de 
cette histoire sont empruntées à Paul Huot qui en recueillit les détails de 
témoins oculaires à Versailles. C'est peut-être à cet événement que Laimant 
fait allusion sous le nom de « chasse » dans le document officiel que nous 
publions sous le n° i6. 



MÉNAGERIE DE VERSAILLES : l']<)-t A NOS JOURS l6l 

oiseaux s'échappèrent et se répandirent dans les bois 
d'alentour; un grand nombre y périrent, mais une quan- 
tité assez notable s'y acclimata et s'y reproduisit. Vers i84o, 
Jourdain, inspecteur des forêts qui résidait au pavillon 
de la Lanterne, tout près de la ménagerie, avait pu 
former là une collection assez nombreuse et fort intéres- 
sante, composée exclusivement d'animaux exotiques tués 
ou pris dans les bois de Versailles. 

II. Il n'était resté à la ménagerie que le rhinocéros, le 
lion et son chien, un bubale, une antilope corinne, un 
couagga, auxquels il faut ajouter un pigeon couronné des 
Indes, sept à huit paons et deux douzaines de poules. 
C'est alors que le régisseur général du domaine de Ver- 
sailles écrivit la lettre suivante à Bernardin de Saint- 
Pierre qui était encore intendant du Jardin du Roi à 
Paris '. 

Versailles, 19 septembre, 1792. 

ft La ménagerie va être détruite ; si dans le peu d'ani- 
maux qu'elle renferme, il y en avoit quelqu'un qui pût 
vous convenir et figurer dans votre superbe cabinet d'his- 
toire naturelle, veuillez me l'indiquer. Le ministre m'au- 
torise à vous donner tout ce que vous jugerez conve- 
nable. Je crois qu'il serait nécessaire que vous fissiez le 
voyage de Versailles. Si vous estimez que cela soit à 
propos, je vous prie de m'indiquer le jour, pour que je 
puisse m'y trouver ». 

« Nota. — Il y a un superbe rhinocéros ». 

Le Rég'isseur général des domaines de Versailles, Marly et Meudon. 

« Couturier. » 

Le célèbre auteur de Paul et Virginie ne répondit pas 
alors à cette offre, car il avait bien d'autres soucis en tête. 

^ Cette lettre et la suivante ont d('>jà été publiées par Hanay, rt, p. 20, n<^IX. 
II. n 



l62 TEMPS MODERNES (XVII* ET XVIlf SIÈCLES) 

Il y avait deux mois et demi à peine que le Roi Favait placé 
à la tête du Jardin des Plantes ; la royauté se trouvait 
brusquement supprimée et, dans le tourbillon d'événe- 
ments politiques qui se succédaient, il se demandait 
anxieusement ce qu'il allait devenir. Couturier dut donc 
lui écrire quatre mois après, une seconde lettre plus 
pressante que la première : « Citoyen, disait-il, vous 
savez qu'il reste à la ménagerie de Versailles un rhino- 
^céros qui devient inutile dans ce pays. Je vous le con- 
;servais avec plaisir suivant l'ordre du ministre. Je vous 
prie de me faire savoir ce qu'il deviendra parce que ce 
sera, d'après votre réponse que j'en solliciterai, par un 
réquisitoire, la vente auprès du directoire du district de 
Versailles si vous ne le prenez pas pour le jardin national 
à Paris; on m'en a déjà offert de l'argent; mais j'aime- 
rais que, dans les mains d'un philosophe comme vous, il 
devienne un objet d'instruction publique ». Bernardin se 
décida alors à venir à Versailles, en compagnie de Des- 
fontaines, professeur, et de Thouin, jardinier en chef au 
Muséum ; il raconta sa visite dans un mémoire qu'à son 
retour, il adressa à la Convention ^ Le chien, dans la 
loge du lion, fit sur lui une vive impression. « Dès qu'il 
nous aperçut, dit-il, il vint avec le lion à la grille, nous 
faisant fête de la tête et de la queue. Pour le lion, il se 
promenait gravement le long de ses barreaux contre les- 



^ Ce mémoire fut envoyé au Ministère exactement le 3i janvier 1793. En 
effet, dans une lettre adressée, sous cette date, au Ministre, lettre que nous 
avons trouvée aux Archives nationales sous la cote F^'iijO, Bernardin de 
Saint-Pierre a écrit en note : 

« Cy-joint un mémoire sur la nécessité d'établir la ménagerie de Versailles 
au jardin des plantes avec le rapport qui en a été fait à la Société d'histoire 
naturelle. Ce projet n'est pas compris dans le Mémoire manuscrit que j'avais 
adressé [en décembre 1792] au Miuistre de l'Intérieur sur les besoins du 
jardin des plantes, je l'ai fait imprimer à mes frais afin de lui procurer 
assez de suffrages pour le faire réussir ; il suffira maintenant du vôtre, pour 
lui assurer un plein succès. » En marge de cette lettre, sont écrits ces mots : 
« Le moment est peu favorable pour des dépenses. » 



MÉNAGERIE DE VERSAILLES ! l']Ç)ï A NOS JOURS lG3 

quels il frottait sa tête énorme. L'air sérieux de ce ter- 
rible despote et Tair caressant de son ami m'inspirèrent 
pour tous deux le plus tendre intérêt. Jamais je n'avais vu 
tant de générosité dans un lion et tant d'amabilité dans 
un chien ». 



III. Bernardin de Saint-Pierre demandait, dans son 
mémoire, que la République utilisât les derniers animaux 
du Roi pour en faire le noyau d'une ménagerie nationale. 
Mais le moment était vraiment peu favorable pour des 
dépenses nouvelles ; aussi les animaux restèrent-ils encore 
à Versailles pendant cette année 1793. Là, du reste, on res- 
treignit leur nourriture, du moins on ne donna plus au lion 
que de la viande de cheval au lieu de bœuf et on dépensa 
pour tous, 392 livres 12 sous, le salaire du garçon de cour 
surnuméraire étant compris dans cette somme-. Cepen- 
dant les professeurs du Muséum, fort désireux d'avoir 
les restes de la ménagerie de Versailles ne restaient pas 
inactifs. Ils demandaient instamment que cette ménagerie 
fût supprimée et que (c les fonds cy-devant affectés à son 
entretien fussent appliqués à la ménagerie du Muséum ». 
Ils arrivèrent à leurs fins en 1794, mais après combien 
de démarches au ministère, et combien de voyages à 
Versailles M Le 28 germinal de Fan II (17 avril 1794)5 
Jussieu, directeur du Muséum, obtint enfin un ordre de 
réquisition du district de Versailles pour avoir les che- 
vaux et les voitures nécessaires au transport à Paris de 
Tancienne ménagerie du Roi. Il fallut encore huit jours 
pour faire exécuter cet ordre et, le 26 avril, les derniers 
animaux qui restaient prirent le chemin du Jardin des 
Plantes. Non pas tous, à la vérité, car il restait encore le 

1 Ordre de Couturier, Archiv. départementales de Seine-et-Oise, série Q. 

^ Archiv. dép. de Seine-et-Oise (Q). 

' Voir dans les Archives du Muséum, les Comptes-Rendus des assemblées 



l6.', TEMPS MODERNES (xvil' ET XVIIl' SIÈGLEs) 

rhinocéros qui était gravement malade d'une blessure 
qu'il s'était faite, Tannée précédente, en tombant dans un 
bassin; la blessure s'était gangrenée et, depuis un mois, 
elle était soignée à l'eau-de-vie camphrée et à l'onguent 
Basilicon,par un « maréchal-vétérinaire » de Versailles'. 
Hélas ! le pauvre rhinocéros mourut de sa blessure le 
i3 floréal an II {12 mai 1794), et ce ne fut plus qu'un 
cadavre qu'on amena au Muséum. 

IV. La ménagerie de Versailles, complètement dépeu- 
plée, n'était donc plus, à la fin du xviii* siècle, qu'un 
squelette dont on allait se disputer les morceaux. Le 
Muséum réclama le matériel des logements d'animaux, 
réclamation toute naturelle et pour laquelle Jussieu 
dut néanmoins multiplier les démarches. Ce fut seu- 
lement sur l'intervention du représentant du peuple 
Crassous que, le 12 avril 1795, juste un an après le départ 
des animaux, les délégués du Muséum purent venir 
prendre les objets qui se rapportaient aux logements de 
ceux-ci; mais, comme il fallait s'y attendre, ils n'y trou- 
vèrent plus à glaner que quelques portes à glissière, des 
panneaux grillagés, des ferrures et des auges en pierre'. 
La plupart des bâtiments et des cours de la ménagerie 
avaient été loués le 28 fructidor de l'année précédente ; 
seuls restaient non loués et inutilisés la cour de l'éléphant 
et les appartements du petit château. Ces appartements 



des professeurs : 9 pluviôse, 8 et 21 ventôse. 29 germinal et 12 floréal de 
l'an IL 

^ Les Comptes de dépenses du vétérinaire Bouquet sont aux Archives de 
Seine-ei-Oise (série Q). On y voit mentionnés : i5 visites à 5 livres par 
visite ; « 6 pintes d'eau-de-vie camphrée à 6 livres la pinte », et plusieurs pots 
d'onguent à 6 livres la livre. 

^ « Etat des objets enlevés de la ménagerie de Versailles qui seront tcans- 
portés à la ménagerie provisoir [sic], du Muséum d'histoire naturelle à 
Paris. [Archives du Muséum, 28 germinal an III.) 



MÉNAGERIE DE VERSAILLES : 179'^ A NOS JOURS l65 

étaient encore en bon état, « parquetés, boisés et dorés * » ; 
il est cependant probable que les meubles et objets pré- 
cieux en avaient été vendus ou transportés à Paris'. Pen- 
dant deux ans, l'inspecteur des bâtiments nationaux 
Loiseleur continua à s'occuper de la conservation et de 
l'entretien du petit château de la ménagerie. Au mois de 
janvier de l'année 1796, un devis estimatif des réparations 
ursrentes de couverture d'ardoises à faire aux différents 
bâtiments, s'éleva, pour les combles du petit château, à la 
somme de 3G ooo livres ^ ; on refit la même année quelques 
travaux de maçonnerie. En 1801, ce château existait 
encore, car, dans l'ordonnance de vente de la ménagerie, 
en date du 11 nivôse dont nous parlons plus loin, les 
glaces, cheminées, statues, étaient exceptées de la vente 
générale pour être vendues séparément comme objets 
mobiliers. Mais c'est la dernière fois que nous entendons 
parler de ces appartements qui avaient tant excité l'admi- 
ration des contemporains : tout fut rasé à une date et 
dans des circonstances qui nous sont inconnues. Seul 
resta le rez-de-chaussée du grand pavillon octogone, 
c'est-à-dire la grotte, qui ne fut rasé définitivement que 
de nos jours, on ne sait par qui, en 1902, dans des cir- 
constances restées mystérieuses. 

La location de la ménagerie proprement dite n'avait dû 
être faite que pour un temps très court; le i5 ventôse de 

* Document des Archives de Seine-et-Oise, série Q, daté du 28 fructidor 
de l'an II. 

^ En 1793, le 21 vendémiaire an II, en effet, un arrêté de la Convention 
porte « que les meubles les plus précieux des appartements de Capet et de 
ses frères, seraient envoyés à Paris et adressés au Comité d aliénation b. 

Nous n'avons rien trouvé dans les inventaires qui ont été faits, à cette 
époque, par les commissaires de la Convention et qui sont conservés à la 
Bibliothèque nationale [Manuscrits. Fr 7818). Seul, le procès-verbal de la 
vente des meubles du château de Versailles, faite en 1793, nous apprend, à 
l'article 32G7, que les ornements de la chapelle furent vendus, à cette date, 
49 livres [Archiv. départementales de Seine-et-Oise). 

' Archiv. de Seine-et-Oise, série Q. 



r66 TEMPS MODERNES (xvif ET XVIII^ SiÈCLEs) 

Fan IV (février 1 796) , en effet, les archives de Seine-et-Oise 
nous apprennent que les locaux et les jardins dépendant 
de l'ancienne ménagerie sont mis à la disposition du 
sieur Boursault, entrepreneur des équipages d'artillerie, 
pour y loger des chevaux de guerre. Deux ans après, un 
arrêté du Directoire exécutif, en date du 17 messidor 
an VI, affectait la ménagerie, ainsi que la ferme adjacente, 
à l'établissement d'une École d'économie rurale qui n'eut 
également qu'une brève existence ^ En 1800, en effet, la 
ferme était donnée par le Premier Consul à son collègue 
Sieyès, à titre de récompense nationale" et la ménagerie 
était vendue aux enchères, le 22 nivôse de l'an IX (12 jan- 
vier 1801) par le préfet de Seme-et-Oise. Les bâtiments, 
serres, hangars, cours, jardins, abreuvoirs, etc., com- 
prenant 5 hectares 66 ares, furent adjugés au citoyen 
Jacques Burnout. 

En 1809, Napoléon, occupé à reconstituer le domaine 
de Versailles, racheta la ferme de la ménagerie à Sieyès 
et Tafferma à un nommé Fessart qui, sur les entrefaites, 
s'était rendu acquéreur de la ménagerie. C'est probable- 
ment pendant cette période que disparut le petit château, 
et c'est probablement aussi Fessart, — car quel architecte 
l'aurait permis ? — qui fit mettre les petits pavillons du 



^ Ai'rêté du Directoire, en date du 17 messidor an VI, ordonnant la trans- 
lation de l'Etablissement d'économie rurale de Sceaux dans la ferme de la 
ménagerie de Versailles. [Arch. nat. A F III, carton 532, plaq. 3i92). 

Rapport à l'Institut du cit. Gels sur l'établissement rural de l'ancienne 
ménagerie de Versailles, au nom d'une commission composée de Thouin, 
Gels, Monge et Berthollet. {Bibl. de l Institut. Registre manuscrit des proc. 
verb. de l'an VIII. Séance du i" messidor, t. 113. fol. 3Û7-3Ui et 322). 

Voir aussi le Journ. de Seine-et-Oise, 10 fructidor an VII (6 sept. 1799). 

^ La copie de l'acte de concession faite au sénateur Sieyès se trouve dans 
les registres de la Gonservation des hypothèques de Versailles, à la date du 
5 fructidor an VIII (-23 août 1800). Le domaine concédé se composait du 
corps de la dite ferme comprenant la Vacherie du Roi, la Gouverie, le jardin 
et 235 hectares 63 ares de terres labourables, prés, pâture et friches ; la 
valeur du domaine était estimée 280.000 francs, son revenu étant alors de 
14000 francs. (Dussieux, II, p. 295, et Prudhomme, p. i5o.) 



MÉNAGERIE DE VERSAILLES : 1792 A NOS JOURS 167 

jardin de la duchesse de Bourgogne dans l'état où on 
les voit encore aujourd'hui. L'élégante coupole de Man- 
sart, tombée en ruine, fut remplacée par un toit pyra- 
midal ; les vases et les ornements de la façade disparurent ; 
on boucha, avec des briques, les grandes baies vitrées 
qui s'ouvraient sur la cour, en ne laissant qu'une toute 
petite porte d'entrée ; on obtura de la même façon les 
ouvertures du fond, et les pavillons qui avaient vu les 
ébats des plus gracieuses princesses de la cour du grand 
Roi devinrent... des étables à vaches. Le vandalisme de 
cette époque ne s'arrêta pas là. Les grandes baies des 
pavillons étant bouchées, on s'aperçut qu'on ne voyait 
plus clair à lintérieur. On eut alors l'idée de percer une 
petite fenêtre carrée au-dessus des anciennes portes du 
fond. Il y avait là, nousle savons, deux charmants groupes 
d'amours sculptés par Van Clève et par Jean Dedieu. Si 
l'hygiène des vaches nécessitait une ouverture, on aurait 
pu la faire au-dessus ou au-dessous de ces groupes, ou 
encore les enlever, les remiser dans un coin, ou même 
les vendre. Pas du tout : c'est au beau milieu de la 
pierre sculptée, entaillant les figures joufflues des 
Amours, coupant leurs petits bras et leurs cuisses potelées, 
que le ciseau du maçon fit son œuvre aussi barbare 
qu'inutile d'ailleurs. Les ouvertures faites, on s'aperçut, 
en effet, qu'elles ne donnaient pas encore assez de lumière 
et on fut obligé de laisser les portes d'entrée sans ferme- 
ture. Depuis ce temps, les deux pavillons, ainsi mutilés 
et déshonorés, sont restés ouverts à tous les vents. 

V. En 1820, Charles X, continuant l'œuvre commencée 
par Napoléon P'' dans la reconstitution de Versailles, 
offrit 80000 fr. à Fessart pour le rachat des 5 hectares 
de la ménagerie ; mais, comme Fessart en demandait 
3ooooo, la proposition n'eut pas de suite. Les négo- 



l68 TEMPS MODERNES (xVII* ET XVIII* SiÈCLEs) 

ciations furent reprises en i836, sous Louis-Philippe, 
sur des propositions de Fessart, cette fois ; elles abou- 
tirent enfin, et la ménagerie redevint alors définitivement 
domaine national. Elle fut d'abord laissée sans aucune 
affectation ; puis, en 1847, ^^ projeta de la remettre dans 
son ancien état, sauf le petit château, et d'y établir un 
Haras royal pour étalons arabes. Ce projet fut réalisé en 
grande partie comme le montre le plan géométrique qui fut 
dressé deux ans après. On rétablit les anciennes portes : 
celle qui donnait du côté de Versailles, avec l'avenue 
d'entrée, et celle qui donnait du côté de Trianon. On res- 
taura Tescalier monumental qui descendait au canal et, sur 
deux des piédestaux vides de leurs anciennes statues, on 
plaça deux groupes de Nanteuil qui s'y trouvent encore 
aujourd'hui. La grande mare des pélicans, qui avait été 
comblée sous Louis XV, fut creusée et remplie à nouveau 
d'eau courante. Enfin la basse-cour devint la cour du 
Haras. La Révolution de 1848 ne permit pas de poursuivre 
l'œuvre commencée. Le Haras, à peine installé, fut 
supprimé ; la ménagerie fut rattachée à la ferme voisine 
qui était louée par l'Etat à un particulier, et dont elle 
forme aujourd'hui une dépendance. 

Malgré l'abandon dans lequel les pouvoirs publics l'ont 
laissée depuis plus de cent ans, la ménagerie de Versailles 
existe donc toujours ; du moins, ses restes sont recon- 
naissables et celui qui en sait l'histoire peut retrouver 
facilement toutes les parties qui la constituaient jadis. 
Le visiteur y arrivera, comme autrefois, par l'Allée de la 
Reine, mais il se heurtera d'abord à des murs fermés, 
derrière lesquels il verra s'élever d'immenses hangars en 
bois. Ces constructions, qui occupent l'emplacement 
de toute la partie orientale de la ménagerie jusqu'au 
petit château et à la basse-cour, sont les bâtiments de 
l'Ecole d'aérostation du g^énie. Le visiteur tournera à sa 



MÉNAGERIE DE VERSAILLES : 1792 A ^•0S JOURS i6f) 

droite, longera le grand mur gris de la ménagerie horde 
d'une rangée de sapins, passera devant les grands esca- 
liers qui conduisaient jadis les nobles compagnies du 
canal à la ménagerie ; puis, continuant à longer le mur, 
il découvrira tout à coup, à travers les sapins, les toits 
pointus des deux pavillons de la duchesse de Bourgogne 
et, sur le second pavillon, les amorces de la petite laiterie 
qui lui était attenante autrefois. Poursuivant son chemin 
et laissant à sa gauche l'ancien logement du jardinier qui 
touche au mur de la « cour de la Volière », il contour- 
nera Textrémité d'étables en mauvais état, restes de 
l'Ecole d'économie rurale de l'an VI ; il côtoiera le mur 
de la « cour des Cerfs du Gange » et celui du « jardin 
d'en bas » ; puis, arrivé à un chemin qui va à la ferme de 
Galie, à travers le parc, il tournera à gauche et se trouvera 
dans l'enceinte même de la ménagerie. Tout de suite ses 
regards seront arrêtés par une petite porte, ménagée dans 
le mur de droite, au-dessus de laquelle il apercevra ce 
distique gravé en lettres bleues dans la pierre blanche : 

Une retraite heureuse amène au fond des cœurs 
L'oubli des vains désirs et l'oubli des malheurs. 

C'est une inscription que Boissy d'Anglas avait fait 
placer à l'entrée de sa propriété de Bougival, dite le Val 
d'Anglas, et que M. Gordon Bennett, le locataire actuel 
du pavillon de « La Lanterne », a fait mettre en cet endroit, 
il y a sept ou huit ans. 

Nous ne décrirons pas en détail les vestiges de la 
ménagerie; nous en avons indiqué le chemin, tout le 
monde pourra aller les voir, et, dans leur délabrement 
actuel, chacun pourra s'assurer que ces ruines ne sont 
pas encore tout à fait mortes. Clôtures extérieures et 
intérieures, bassins, puits, aqueduc et canalisations 
donnant toujours de Teau, pavillons avec œuvres d'art 



l'jo TEMPS MODERNES (xVII^ ET XVIII^ SIÈCLEs) 

datant du grand règne, cours d'animaux, étables, écuries 
et bâtiments d'habitation avec jardins pour le personnel ; 
tout cela est toujours là et devrait être rendu à la vie 
scientifique sous une forme et dans un dessein plus en 
rapport avec l'état de la société actuelle. Gela ne ferait 
d'ailleurs que continuer Toeuvre de la ménagerie de Ver- 
sailles qui a été autre chose, en somme, comme nous le 
savons déjà, et comme nous le dirons plus loin, qu'un 
simple établissement de luxe. 

VI. LISTE DES ANIMAUX QUI ONT V£CU DANS LA MÉNAGERIE 
DE VERSAILLES 

L'administration de la ménagerie de Versailles, qui 
dépendait de la surintendance des Bâtiments du Roi, ne 
tint jamais un registre des entrées et des sorties de ses 
animaux, comme on le fait actuellement dans les jardins 
zoologiques. Il serait donc illusoire de vouloir donner ici 
une liste complète de toutes les espèces animales qui 
ont figuré dans cette ménagerie. Nous croyons pourtant 
avoir pu retrouver la trace et parfois même la désignation 
exacte du plus grand nombre de ces espèces en nous ser- 
vant des documents suivants : 

1° Comptes des pourvoyeurs d'animaux de Louis XIV et 
comptes de peintures, de dessins ou de gravures d'ani- 
maux que nous avons trouvés aux Archives nationales \ 

2° Œuvres des artistes animaliers des xvii® et 
xviii* siècles travaillant à la ménagerie sur Tordre direct 
du Roi ou du surintendant des Bâtiments^ : 

' Beaucoup de ces comptes ont été publiés par Guiffrey. Nombre d'autres 
sont probablement encore à dépouiller complètement dans les Archives du 
Ministère des ACFaires étrangères. 

2 Archives du Musée du Louvre : V .lào'él. — Bibliothèque nationale : Imprim. 
S. 104. Da, {^: Estampes, C'^64. Da 24 i°, i^'^'], J''47). — Bibliothèque de 
V Arsenal : recueils n° 36, n'' ii3, i45, n" 169 (260 à 271), 245, 265 et 281. — 
Bibliothèque du Muséum : collection de Yélins. — Manufacture nationale de 



ANIMAUX LE LA MENAGERIE DE VERSAILLES 171 

a. Peintres et graveurs : Nicaise Bernaërts ou Nicasius, 
van Boëck ou van Boucle, P. Boel, Bosse, Delapointe, 
Sébastien Leclerc, Scotin, Fr. Desportes, J.-B. Oudry, 
J.-J. Bachelier, Gérard Rysbrack, etc. 

b. Miniaturistes d animaux pour le cabinet du Roi : 
Nicolas Robert (i668j, Jean Joubert (i685). Cl. Au- 

briet (1709), Madeleine-Françoise Basseporte (1735)^ 
Van Spaendouck. 

'^'' Lettres, instructions et mémoires de Coibert dont 
une partie a été publiée par Pierre Clément et dont le 
reste, encore inédit, se trouve à la Bibliothèque nationale. 

4" Enfin, mémoires du temps, en particulier ceux de 
FAcadémie des sciences \ 

De tous ces documents, les uns sont simplement icono- 
graphiques et alors la précision du dessin ou de la cou- 
leur n'est pas toujours assez grande pour que Fon puisse 
identifier exactement l'animal représenté, surtout en ce 
qui concerne les espèces exotiques ; les autres donnent 
le nom de l'animal, mais ce nom est écrit le plus souvent 
dans la langue vulgaire du temps ou même dans la langue 
spéciale des pourvoyeurs d'animaux ; il nous a donc fallu 
nous livrer ici à un autre travail d'identification en nous 
servant d'abord de la représentation môme de l'animal, 
quand ce nom accompagnait une image, en compulsant 
ensuite les ouvrages de Pierre Belon-, Aldrovande", 

Scwres ; nombreux tableaux et études d'animaux par Desportes, Redouté, 
Caron, Berghem, Oudry, Maréchal, etc. — Musées du Louvre, de Berlin, de 
Vienne, de l'Ermitage, de Stockholm, collection Wallacc, à Londres, et autres 
que nous avons cités plus haut. 

En dehors de ces sources, où nous avons pu voir les œuvres mêmes des 
animaliers de Versailles, nous avons consulté les Inventaires publiés par 
(iuiffrcy et Engerand. 

^ Voir la « Table alphabétique des matières contenues dans IHistoire et 

les Mémoires de l'Académie royale des sciences dressée par M. Godin ». 

Paris in-4°, 1734. (Tome I, années 1666-1698.) 

- L'exemplaire de « l'Histoire de la nature des Oyseaux » de Belon cjui 
est à la Biblioth. nat. (S, 104. A) renferme des ligures coloriées à la main. 

^ L'exemplaire de Y Ornithologie d Aldrovande, qui est à la bibliothèque de 



«7^ TEMPS MODERN'ES (xVIl'' ET XVIIl* SiÈCLES) 

J. Jonston, C. Gessner. Guillaume Rondelet, Tempesta et 
Villamena '. 



QUADRUPÈDES 



NOMS DE L EPOQUE DESIGNATIONS ACTUELLES - 

Adiré ou Adive Chacal (?). 

Babouins Cynocéphales. 

Belzébufh ou Diable de l'Inde . . . Atèle belzébiith. 

Bellete Belette. 

Bète à la grand dent Morse. 

Biches Cerfs femelles. 

Biche de Sardaigne Cerf axis. 

Bieure, Bièvre Castor. 

[Blaireau]^ Blaireau. 

Bœuf sauvage Buffle. 

Bubale Bubale caama on bosélaphe. 

[Buffle] Buffle d'Afrique. 

Capricorne ? 

Castor Castor d'Europe. 

Castor Castor du Canada. 

Cerf Cerf élaphe. 

Cerf blanc Variété du C. élaphe. 

Cerf de l'Inde Muntjac. 

Cerf du Canada Cerf du Canada. 

Cerf du Gange Axis. 

Chameau Chameau. Dromadaire. 

Chamois Chamois. 

Chapas Serval. 

Chat-cervier Lynx du Canada. 

Chat d'Espagne Chat sauvage. 

Chat engendré d'un tigre Serval. 

Chat musqué Civette. 

Chat musqué du Cap Genette du Cap. 

Caen, porte sur quelques figures de l'atlas du 3^ vol. des noms français 
tracés à la main en une écriture du xvii^ siècle. 

^ L'exemplaire de Tempesta et Villamena qui est à la Biblioth. nat. 
(Ke 27) donne les noms français et latins écrits à la main, à côté des noms 
italiens de l'époque. 

- Pour la synonymie scientifique, voir l'Index zoologique, à la fin du 
III^ volume. 

^ Nous mettons entre crochets les noms des animaux que nous avons 
reconnus au dessin mais qui ne sont pas désignés explicitement dans les dif- 
férentes sources que nous avons consultées. 



ANIMAUX DE LA MENAGERIE DE VERSAILLES l'j'i 

NOMS DE l'époque DÉSIGNATIONS ACTUKLLES 

Chat-pard* Serval. 

Chat sauvage tigré Serval. 

Chat-tigre Serval. 

Cheval isabelle, marou ou sauvage . ? 

Cheval jaspé ? 

Cheval rayé, tel qu'on en trouve aux 

Indes Cheval. Zèbre?-. 

Chèvre d'Afrique Gazelle. 

Chèvre de la Thébaïde ? 

Chèvre de Lybie Gazelle Dorcas. 

Chèvre de Perse ? 

Chèvre sans cornes des Indes. . . . Lama blanc. Lama brun. 

Chevreuil d'Egypte Gazelle. 

Chevreuil de Guinée Gazelle. 

Chevreuil de l'Inde Muntjac. 

Chien marin Phoque commun. 

Civette Civette. 

Coati Raton. 

Coati-Mondi " Coati. 

Cochon d'Inde Cobaye. 

Daim Daim. 

Daim chinois ? 

Diable de l'Inde ou Beizébuth . . . Atcle belzébidh. 

[Dromadaire] Chameau. Dromadaire. 

Ecureuil Ecureuil. Gerboise. 

Ecureuil à longue queue ? 

Ecureuil de Moscovie Ecureuil. 

Elant Renne. 

Eléphant Eléphant d'Asie. 

Eléphant Eléphant d'Afrique. 

Eléphant de mer Morse. 

Fiber ou Bieure Castor. 

Gapar Guépard. 

Gazelle Gazelle. 

[Genette] Genette. 

[Girafe] [Girafe]''. 

^ Temminck décrit sous le nom de « chat parde » un lynr du Portugal. 

- Une peinture de Desportes, conservée à la manufacture de Sèvres, mon- 
tre bien un cheval ; c'est un individu de robe blanche avec zébrures noires 
sur la tète, le cou, les flancs et les pattes. Mais il y eut aussi de véritables 
zèbres. 

2 Mondi ou Mondes était un mot indigène qui désignait le mâle solitaire. 

* Nous avons trouvé un dessin de cet animal, d'ailleurs assez mauvais, 
dans le Recueil de Boél, au Louvre. D'autre part une tradition que nous 
avons recueillie à la ferme de la ménagerie de Versailles veut que les pavil- 
lons du jardin de la duchesse de Bourgogne, aient servi d'étables à des girafes. 
Nous ne pensons pas, pourtant, qu'aucune girafe ait jamais paru à cette 
ménagerie, car l'événement aurait été tellement curieux qu'on ne compren- 
drait pas que les historiens ni les mémoires du temps n'en aient pas parlé. 



1^4 TEMPS MODERNES (xVIl'' ET XVIII*' SIECLEs) 

NOMS UE l'Époque désicxatioks actuelles 

Guenons ou Menés Petits singes, en général des Cerco- 
pithèques. 

Guenons ou Guenucbes Femelles de singes. 

Guenon à crinière Colohe ourson {?) 

Guenuches. Voir Guenons. 

Guide de lion Caracal. Lynx^. 

Guiracereba Cervidé exotique. 

Hérisson Hérisson. 

Hyène Hyène rayée. 

Lapin d'Inde Cobaye. 

Léopard (grand) Léopard. 

Lions, Lionnes Lions. 

Lion marin Otarie. 

Loir Loir. 

Loup Loup. 

Loup-cervier Lynx. 

Loup-marin Phoque commun. 

Loutre Loutre. 

Magots Grands Singes. 

Marmotte Marmotte commune 

Marte Ichneumou Ichneumon. 

Mones ou Geunons Petits sijiges. en général des Cerco- 
pithèques. 

Mouton de Barbarie. . ' Mouton à grosse queue. 

Mouton de Morée Mouton domestique. 

Mouton de Niger Mouton domestique. 

Mouton de Perse Mouton domestique. 

Mouton de la Thébaïde Mouton domestique. 

Mouton du Pérou Lama. 

Muguette ?- 

Once Panthère. 

Ours, Oursons Ours brun. 

[Ouistiti] Ouistiti. 

Panthère Panthère. 

Pourvoyeur du lion. Yoir Guide du 
lion. 

Pvat d Inde Mangouste ? 

Piat de Pharaon Mangouste. 

Renard Renard commun. 

Pienard du Canada Renard du Canada. 

Pihinocéros, Rhinocérot Rhinocéros bicorne. Rhinocéros imi- 

corne. 
Sagoins ou Sagouins Jeunes singes. Callitriches. 

* On donnait le nom de guide ou de pourvoyeur du lion « à une espèce de 
lynx auquel on suppose la vue perçante et l'odorat exquis, et on prétend que 
ce lynx accompagne ou précède toujours le lion pour lui indiquer sa proie w. 
(Bulfon, t. IX, p. 176.) Voir encore Belin de Bailu, p. 181, noie de la p. 6'i. 

^ L inventaire de 1709 donne comme titre du tableau qui a représenté cet 
animal : « Une Muguette sur ses pattes de derrière » p. 433. 



ANIMAUX DE LA Mi:>AGERIE DE VERSAILLES 
NOMS DE l'Époque désignations actuelles 

Sanglier Sanglier. 

Sapajous Sapajous. 

Singe Maki rouge. 

Singe-Lion Ouistiti. 

Singes, Voir : Babouins, Guenons, 
Magots, Sagoins^. 

[Tapir] Tapir. 

Tatou Tatou. 

Taureau de Barbarie ••' 

Taureau mariu Morse. 

Tigre Tigre royal. Panthère. Lynx. 

Tigre de la grande espèce Tigre royal. 

Tigre de la petite espèce Panthère. 

Truye dTnde Cobaye femelle. 

Vache de Barbarie Bubale bosélaphe. 

Vache dinde 

Vache Flamande Vache domestique. 

Vache Hollandaise Vache domestique. 

Vache Marine Morse. 

Veau de mer ou Veau marin. . . . Phoque commun. 

Vigogne Vigogne. 

rZèbrel Zèbre. 



OISEAUX 



Aigle Aigle. 

Aigle fauve, noble, orieutalle-roux, 

roux, royal, grand-aigle Aigle doré. 

Aigrette Aigrette garzetie. 

Allouette rare Avocette. 

^ Au temps de Louis XIV, ou distinguait les grandes espèces do singes 
sous le nom de Singes proprement dits ou de Magots, et les petites espèces 
sous celui de Guenons ou de Mones. Plus tard. Buffon considérera : i° le 
groupe des espèces sans queue ou Singes (Chimpanzé ou Jocko, Orang-outang 
ou Pongo, Gibbon) ; 2° le Cynocéphale ou Magot, type intermédiaire, sans 
queue, mais à long museau : 3° le groupe des espèces à queue courte ou 
Babouins (Papion ou Babouin, Mandrill, Ouanderou) ; 4° le Maîmon ou singe 
à queue de cochon, espèce de Macaque à queue courte, formant un type in- 
termédiaire ; 5'^ le groupe des espèces à longue queue ou Guenons (Macaques, 
Patas, Malbrouks, Mangabe\s, Moue, Callitriche, Moustac, Talapoiu, Doue) ; 
6** les Singes d'Amérique à queue prenante ou Sapajous (Ouarine ou 
Alouate, Coaita, Exquima, Sajou ou Capucin, Sai, Saimiri); 7° les singes 
d'Amérique à queue non prenante ou Sagoins (Saki, Tamai'in, Ouistiti, Mari- 
kina, Pinche, Mico). 



1^6 TEMPS MODERNES (XYII ET XVIH SIECLES] 

NOMS DE l'époque DÉSIGNATIONS ACTUELLES 

Aras, Arras Aras. 

Ara bleu de l'Amérique du Sud . . Ara bleu et Jaune. 

Ara rouge de l'Amérique du Sud. . Ara rouge. 

Ara vert Ara. 

Arquelan ? 

Autruche Autruche d'Afrique. 

[Barge] Barge. 

Bateleur Demoiselle de Numidie. 

Becaru Flamant i-ose. 

Bécasse Bécasse ordinaire. 

Bec croisé Bec croisé commun. 

Bécasse de mer Hultrier pie. 

Bécassine de mer ? 

Bécasson Bécasse ou Petite Bécassine. 

Bécharou. Becharu^ Flamant rose^. 

Bellanchart ? 

Bengale ou Bengali Bengali brun. 

Bengali piqueté mâle des Indes. . . ? 

Bieure Itarle bièvre. 

Bihoreau Héron commun. 

id Héron bihoreau. 

Bihoreau de Cayennc Bihoreau de Cayenne. 

Bleuet ou Bluet Porphyrion bleu. 

Boislan ? 

Bune Bécassine, ou Pluvier. 

Butor Butor étoile. 

Buziri Espèce de Héron. 

Cacatoès ou Kakatoès Cacatoès. 

Caille de Barbarie Caille d'Amérique. 

Canard sauvage Canard sauvage. 

Canard ou ïière rare Canard morillon. 

[Canard de Barbarie] Canard de Barbarie. 

Canard d'Egypte Canard d'Egypte. 

Canard de Guinée Canard musqué. 

Canard de la Havane ? 

Canard des Indes Canard musqué. 

Canard de Lybie Canard musqué. 

Canard de mer Puffin. 

Canard huppé Canard huppé. 

Canard polonais Canard musqué. 

Canart très rare Canard pilet. 

Canne bastarde Cane hybride. 

Cane, Canne, Canette Femelles de Canard sauvage. 

Canne huppée Femelle de Canard huppé. 

Canarie Serin des Canaries. 

^ Aujourd'hui encore, dans les Cévennes et en Provence, on donne à cet 
oiseau le nom de Becaru ou Bécarut, à cause de la grosseur de son bec. 
(Azaïs : Grand Dictionnaire des idiomes romans. Montpellier 1877, in-8°,-et 

Castor : L'Interprète provençal. Api, 1843, iu-ia. 



ANIMAUX DE LA MENAGERIE DE VERSAILLES 177 

NOMS DE l'époque DÉSIGNATIONS ACTUELLES 

Cardinal mâle de l'Amérique du Sud. Tangava. 

Cardinal rouge d'Amérique .... Tangara. 

Casouar Emeu. 

Casuel Casoar. 

Cerin Serin. 

Chardonneret Chardonneret. 

Chat-huant Chat-IIuant. 

Chevalier à pieds orange Chevalier gauchette. 

Chevalier Chevalier brun. 

Chevalier noir Chevalier. 

Chocatte Corbeau choucas. 

Chouca Corbeau choucas. 

Chouchettc Corbeau choucas. 

Chouette^ Corbeau chocard. 

Chouette effraie Effraie commune. 

Cigne Cygne domestique. 

Cigogne Cigogne blanche. 

Cygogne marine Espèce de héron. 

Cocou, Cocu, Coucou Coucou. 

Cocq d'Inde Dindon gris. 

Coq de Perse Hocco. 

Coq de roche Bupicole. 

Coq indien Hocco. 

Colibri ou Colubris Colibri. 

Colombe indienne Tourterelle à collier. 

Colombe turque Tourterelle à collier. 

Colubri ou Oyseau mouche .... Colibri. 

Colubri, la petite espèce Colibri. 

Colubri, radius sali indicus '-.... Colibri. 

Combattant Combattant ordinaire. 

[Condor] Condor des Andes. 

Corbeau Freux. 

Corbeau Corbeau noir. 

Corbeau Cacatoès. 

Corbeau d'AfFrique Perroquet. 

Corlieu ou Courlis Petit courlis. 

Corlis d'Amérique Tantale gris. 

Corlis Courlis courlieu. 

Corlis de terre Grand Pluvier. 

Cormoran Cormoran. 

Corneille de Belle-Isle Corneille. 

Corneille emmantelée Corneille mantelée. 

Cotinga pacapac de Cayenne. . . . Cotinga ouette. 

Cotinga rouge de Cayenne Cotinga. 

Coulqui ? 

Courlis ou Corlieu Courlis. 

[Courlis cendré] Courlis cendré. 

^ « Chouchette, Chouette ou Chouca rouge » (Belon). 

- L'expression latine est la traduction de l'expression indienne. 



178 TEMPS MODERNES (xvil'' ET XVlll^ SIÈGLEs) 

.NOMS DE l'époque DÉSIGNATIONS ACTUELLES 

Crasscnte Pie grièche. 

Crauant ou Oye nonette Bernacle cravant. 

Cueiller ou Culier Spatule blanche. 

Cul-blanc ou Vitrée Traquet motteux. 

Cul-blanc Chevalier cul-blanc. 

Cygne blanc Cygne domestique. 

Cygne noir Cygne noir. 

Damoiselle Grue Demoiselle. 

Danseur ou Damoiselle Grue Demoiselle. 

Diable de mer Foulque noir. 

Ducs Ducs. 

Duc (grand-) Grand-duc. 

Egrette Aigrette garzette. 

Emé ou Eme Casoar de Java^. 

Emeu dus Casoiiar Emeu. 

Epeiche Pic-épeiche. 

Faisan bruyant Grand Tétras. 

Faisan pintelé, Faisant Faisan. 

Flamant Flamant rose. 

Francolin Francolin à collier roux. 

Friquet Moineau friquet. 

[Geai] Geai. 

Geay d'Angola .' 

Geay d'Inde ? 

[Grèbe huppé] Grèbe huppé. 

Griffon, Grifon Vautour gryphon. 

Goasallé Toucan. 

Gobe-mouche Gobe-mouche. 

Grand-gosier Pélican blanc. 

Gros-bec cendré de la Chine. . . . Padda. 

Gros bec de Virginie Cardinal de Virginie. 

Graye, Grollo Freux. 

Grue Grue cendrée. 

Grue baléarique ou boléarique - . . Grue couronnée. 

Guainumbis Colibris. 

Guinare Pluvier guinare. 

Hara ou Harras Ara. 

Hauco Hocco. 

Herclan ? 

Herle Grèbe huppé. 

Herlc Harle bièvre. 

Herle Harle huppé. 

Héron Héron pourpré. 

Héron fféron blanc. 

Héron blanc Aigrette. 

* On confondait alors cet oiseau avec le Nandou qu'on appelait Yardou ou 
Autruche d'Occident. Ce fut seulement en 17 13 que Ray donna nettement la 
caractéristique du Nandou. 

^ Belon donnait encore ce nom au Bihoreau. 



AMMAUX DE LA ME>;AGER1E DE VERSAILLES 17O',, 

NOMS DE l'époque DÉSIG>ATI0NS ACTUELLES 

Héron cendré Héron cendré. 

Héron cendré (Le petit-) Bihoreau d Europe. 

Héron de petite espèce Bihoreau d' Europe. 

Héron (Le petit-) Bihoreau d'Europe. 

Héron d'Egypte Héron. 

Hibou Chouette laponne. 

Hirondelle domestique Hirondelle de cheminée^ 

Hirondelle babillarde Hirondelle de fenêtre. 

Hocco de la Guyane Hocco. 

Houbara Coucou d Andalousie. 

Hupc de Candie ? 

Huppe Huppe. 

Huitrier ou Pie de mer Hultrier . 

Huschettc Perruche. 

Ibis blanc Ibis ^. 

Jay Geai. 

Jacamacii ou Pie du Brésil Jacamar. 

Kakatoès à huppe jaune des Phi- 
lippines Cacatoès à huppe jaune. 

Kakatoès à Imppe rouge dos Phi- 
lippines Cacatoès à huppe rouge. 

Katacoi, Katakia ou Katakoua . . . Cacatoès. 

Lacuiste Passereau exotique. 

Lanio Hocco. 

Lophophore Lophophore. 

[Loxia rouge] Loxia rouge. 

Loriot Loriot commun. 

Macroule ou Diable de mer . . . . ? 

Manucodc de la Nouvelle Guinée . . Manucode roral. 

Martin pécheur Martin-pécheur. 

Martinet de Belon Hirondelle de fenêtres:. 

Merle à plastron Merle à plastron. 

Merle noir Merle vulgaire. 

Merle pannaché ? 

Merle rouge du Brésil Tangara rouge. 

[Merle à plastron] Merle à plastron. 

Mésange Mésange à tête bleue. 

Mésange à longue queue Mésange à longue queue.. 

Mésange grise Mésange à tête noire. 

Mésange jousselinc Mésange a tête bleue. 

Mésange nonette Mésange à tête noire. 

Moineau Moineau domestique. 

Moineau à la Soulcie Moineau soulcie. 

^ Le premier ibis qui a vécu à la ménagerie y demeura plusieurs mois., 

ce qui fut considéré comme un grand succès, car on croyait alors que cet oi- 
seau ne pouvait vivre sous le climat de Paris. Son cadavre fut disséqué par 

Perrault qui, trop fidèle disciple de Pline et de Galien, y retrouva le trou 
par où cet oiseau se donnait des lavements avec son bec, quand il était 
malade. 



l8o TEMPS MODERNES (XYIl' ET XVIIl" SIÈCLES] 

NOMS DE l'Époque désignations actuelles 

Moineau à la Soulcie Pinson des Ardennes. 

Moineau de Guinée Perruche à tête rouge. [Inséparable). 

Moineau de Java Padda. 

Moineau indien Padda. 

Morillon (Petit) Canard morillon. 

Mouchet Epervier. 

Mouette Avocette. 

Mouette de rivière Sterne. 

Mouette d'Estang Sterne hirondelle. 

Mouette de grande espèce Fou de Bassan. 

Mouette rare Avocette. 

Mouette très rare Phaéton paille en queue. Phaéton. 

Mouschet ? 

Nonette. Voir Mésange nonette et 
Oye nonette. 

Oye Oie domestique. 

Oye du Canada ^ Oie du Canada. 

Oie du Canada Oie d'Egypte. 

Oie du Canada Oie de Guinée. 

Oye de Hollande Oie. 

Oye d'Inde Oie. 

Oye nonette ou Cravant Cravant. 

Oye sauvage Oie sauvage. 

Oye sauvage Oie d'Egypte. 

Oyseau de combat à pieds jaunes. . Combattant ordinaire. 

Oyseau de Paradie très rare. . . . Manucode royal. 

Oyseau de Paradis Paradisier -. 

Oyseau de Riz Padda. 

Oiseau Lanio IIocco. 

Oyseau inconnu de la côte d'Afrique. Calao. 

Oiseau mouche canadien .'' 

Oyseau Royal Grue couronnée. 

Oytte grise Cotinga. 

Onocrotal ou Pélican Pélican blanc. 

Orette blanche ;' 

Orette noire ? 

Ouette ou Oytte Cotinga. 

Outarde Grande Outarde. 

Otarde ou Outarde Grande Outarde. 

Pal, Pale, Palette, Pallée Spatule blanche. 

Paon Paon. 

Paon de mer Combattant. 

Paon sauvage Grand Tétras. 

Papegauts Perroquets. 

Pardalus gros bec ou Pinson royal . .** 

^ Boël a représenté, sous ce même nom, des espèces différentes. D'après 
Buffon, Voie à cravate. 

- Boël représente deux individus de Paradisiers, l'un à queue blanche, 
l'autre à queue jaune. 



ANIMAUX dp: la MENAGERIE DE VERSAILLES 10 

NOMS DE l'Époque désignations actuelles 

Pauxi. Voir Poule de Numidic. 

Pecon ? 

Peintade Pintade. 

Pélican Pélican^. 

Pélican Vautour catarthe-. 

Pélican de mer Pélican blanc. 

Pélican de terre Vautour catharte. 

Perdrix blanche Lagopède blanc. 

Perdrix de Barbarie Tétras. 

Perdrix nugulièrc ? 

Perdrix rouge Perdrix rouge. 

Perique Petite perruche verte à bec rouge. 

Perrequets Perruches, Perroquets, Aras. 

Perroquets Cacatoès, Perruches, Perroquets. 

Perroquet (Petit) ou Moineau de 

Guinée Perruche à tête rouge. 

Perroquet à front blanc de l' Amériqu e 

méridionale Amazone à tête blanche. 

Perroquet encapuchonné à tète grise, 

du Sénégal Perroquet du Sénégal. 

Perroquet gris cendré du Sénégal . Perroquet Jaco. 

Perroquet vaza noir de Madagascar. Perroquet vaza. 

Perroquet vert commun Perroquet vert. 

Perroquet vert, à tête rouge, d'Asie. Perroquet. 

Perroquet rouge Lori rouge. 

Perroquet blanc Cacatoès à huppe blanche. 

Perruche à collier rose et à longue 

queue des Indes Perruche à collier rose. 

Perruche à tête bleue des Moluques. Paleornis des Moluques. 

Perruche verte Perruche verte. 

Perruche jaune Perruche jaune. 

Péteort Héron. 

Phaeton. Voir Mouette très rare . , 

Pic de muraille Tichodrome échelette. 

Pic du Brésil Jacamar. Toucan à ventre roux. 

Pic morant Pic noir. 

Pic verd Pic noir. 

Pic verd Pic épeiche. 

Pie Pie commune. 

Pie du Brésil Cassique jaune du Brésil. 

Pie du Brésil ou Jacamacii Jacamar. 

Pie ou bécasse de mer ? 

Pie de mer Huîtrier pie. 

Pie-grièche (Grande) Pie-grièche grise. 



' Ce sont toujours des Pélicans blancs que l'on voit représentés par les 
artistes qui ont travaillé à Versailles. 

2 Pelacan, serait encore, dans le Gard, le nom populaire de cet oiseau 
Eugène Rolland : t. II. Les oiseaux sauvages, p. ii, — et Crespon). 



102 TEMPS MODER^•ES (XVH ET XYIII SIECLES) 

^'OMs DE l'époque désignations actuelles 

Pie-grièche (Petite) Pie-griècke écorcheur. 

Pierre de Cayenne Hocco à casque. 

f Pigeon boulant ou à grosse gorge. 

\ Pigeon huppé. 

Pigreons , n- 

° I Pigeon commun. 

\ Pigeon de quatrième espèce. 

Pigeon couronné des Indes Goura des Moluques. 

Pinguin Macareux moine. 

Pinguin Pingouin tordu. 

Pinson Pinson commun. 

Pinson à gros bec Gros bec vulgaire. 

Pinson royal Gros bec vulgaire. 

Pintade Pintade. 

Piochets d Inde \ 

Piochets de l'Inde, grandes et petites ^ Colibris de quatre espèces différentes. 

espèces y 

Piuoine Bouvreuil. 

Plongeon Plongeon. 

Plongeon de mer échiqueté ? 

Poche Pélican. 

Poche 

Posche-culier f , , , 7 , , 

r.^ I ,. ,' Spatule blanche^. 

roche-culier i ^ 

Posche-cuiller 

Poule africaine. Poulie d Afrique . . 

Poule de Barbarie 

•Poule d'Egypte 

Poulie de la Guinée 

Poule dinde ^ Pintade. 

Poule Mauritainc ou IS'umidique - . . 1 

Poule de Pharaon ' 

Poule de Tunis 

Poulie de Turquie 

Poule-Palette Spatule blanche. 

Poule sultane Porphyrion bleu. 

Poule deau j^âle deau. 

Râle d'eau Troglodyte mignon. 

ï^oitelet Roitelet huppé. 

Rossignol de Guinée ]> 

Rossignol de muraille Rossignol de murailles. 

Roi des Couroumoux }> 

ï^oupeau Héron. 

"°ya^ Grue couronnée . 

Royal Chinois Gallinacé exotique. 

Kussmi Passereau exotique. 

Sicophante Espèce de rapace. 

« Quelques pourvoyeurs et chaircutiers Francoys nomment aussi les 
Pales du nom de Poches, mais c'est improprement. » (Belon.) 

On donnait encore ce nom au hocco à casque. 



ANIMAUX DE LA MENAGERIE DE VERSAILLES i83 

NOMS DE l'Époque désignations actuelles 

Sirène Espèce de guêpier. 

Soulcie, Sourciclo Passereau voisin du roitelet. 

Spolinette Espèce de perruche. 

Tangara on Morle rouge du Brésil . ? 

Tarin Tarin ordinaire . 

[Tétras lyre] Tétras lyre. 

Tétras urogalle Tétras urogallc. 

Tière Canard morillon, 

Tokan Toucan. 

Tourterelle, Turtrelle Tourterelle blanche. 

Tourterelle du Canada :' 

Vaneau Vanneau huppé. 

Vautour Jeune gypaète. 

Vautour Gypaète barbu. 

Vautour urube Catharte. 

Vitrée Traquet motteux. 



QUADRUPEDES OVIPARES 



Alligator de la Caroline .■' 

[Caméléon] Caméléon. 

Couleuvre Couleuvre. 

Crocodile Crocrodile à double crête. 

Crocodile de Siam Crocodile. 

Gecko Gecko. 

Salamandre Salamandre . 

Toc-Kaie Grand lézard de Siam. Crocodile. 

Tortue des Indes orientales (Grande-). Tortue éléphantine. 

Tortue des Indes Tortue. 



CHAPITRE XI 



LES PETITES MÉNAGERIES DE CHANTILLY 

(1643-1686)^ 



1. Le parc et les anciennes ménageries de Chantilly au temps du Grand 

Condé. Direction de Dom Lopin. 

2. La direction des ménageries passe aux mains du capitaine des chasses 

Louis de La Rue. Ménagerie des Six-Arbres. 

3. Direction de Gourviile et de l'abbé de La Victoire. 

4. Disparition de la ferme de Bucamp et de la ménagerie des Six-Arbres. 

Ménagerie du petit parc. 

I. Nous avons vu, dans notre premier volume, comment 
le domaine de Chantilly, passa de la maison des Mont- 
morency aux mains de Louis XIII. Après la mort de ce 
roi, en i6/î3, la princesse Charlotte de Montmorency, 
mère du Grand Condé, rentra enfin dans la délicieuse 
maison où sa jeune et splendide beauté s'était développée 
sous les yeux trop ravis du bon roi Henri. C'est là que 
vint la retrouver son glorieux fils après les campagnes 
de 1643 à 1648, qui furent marquées, comme on sait, 
par les victoires de Rocroy, de Fribourg, de Nordlingen 
et de Lens. Puis vinrent les troubles de la Fronde, la 
rébellion du héros, sa lutte contre Turenne, et finalement 
l'exode coupable et la trahison. Lancées à la poursuite 
du prince, au mois d'octobre i652, les troupes royales 

* L'étude des ménageries de Chantilly a été faite avec la collaboration 
toute gracieuse de M. Gustave Maçon, conservateur du Musée Condé. La 
plupart des documents inédits qu'elle renferme sont dus à ses propres 
recherches, et même une grande partie des chapitres XI à XIV a été écrite 
et corrigée de sa main. Nous ne saurions trop lui renouveler ici tous nos 
remerciements. 



PETITES MÉNAGERIES DE CHANTILLY l85 

dévastèrent les ménageries de Chantilly, massacrèrent 
les daims du parc, les oiseaux des volières, les poissons 
des étangs. 

Sept ans plus tard, la paix des Pyrénées rendait à la 
France le grand capitaine repentant et soumis; mais c'est 
pour lui le repos, un repos arrivé avant Theure. Portant 
le poids d'un passé dont le souvenir obsédera long- 
temps la pensée royale, Gondé est d'abord éloigné de 
toute participation aux affaires publiques ou militaires. 
Chantilly va profiter de cette inaction forcée ; toutes les 
ressources d'un fertile esprit en quête d'emploi seront 
consacrées à l'embellissement du domaine, et Condé se 
révèle sous un jour nouveau : l'homme de guerre incom- 
parable étonnera, par ses conceptions et sa maîtrise, 
l'armée d'ingénieurs, d'architectes, de jardiniers et 
d'ouvriers de tout genre dont il va prendre le comman- 
dement. Latransformation du parc occupera pendant vingt 
ans le célèbre Le Nôtre, appelé dès 1662, le paysagiste 
Desgots, le jardinier La Quintinie, les architectes Mansart 
et Gitard, l'ingénieur Jacques de Manse. 

La contenance du parc du château passa tout d'un 
coup de 25o à 2749 arpents, et, dès qu'il fut entouré de 
murs, le prince s'occupa de le peupler, de regarnir les 
volières et les étangs. De i663 à 1668, les travaux d'em- 
bellissement furent surveillés par un religieux, dom Louis 
Lopin, prieur de Mouchy, qui fut élu abbé de Cîteaux en 
1670. Mouchy n'est pas loin de Chantilly, et dom Lopin 
s'installa presque à demeure chez le prince de Condé, 
lui faisant des rapports réguliers sur la vie de son 
domaine ; ses lettres, conservées aux archives du Musée 
Condé, sont curieuses, mais nous ne pouvons en prendre 
ici que ce qui a trait à notre sujets 

* Voir les documents annexes, n°^ 17 et suiv. 



i86 TEMPS MODERNES (xVIl'' ET XVIII^ SIÈCLES) 

Le 2 avril i663, il annonce « le retour de Normandie 
du sieur de Saint-Remy avec une charge de toutes sortes 
d'oiseaux de mer » et de rivière, soixante-six en tout; 
« on mettra les oiseaux de mer dans l'estang, et les ter- 
restres dans la vigne, là où Votre Altesse Sérénissime 
voudra^ >». Et le bon religieux donne com plaisamment 
la liste des oiseaux : « Les espèces de rivière : deux belles 
mauvis, trois canes d'Hollande avec le masle, onze à 
douze sarcelles grises et à teste verte, très belles, et trois 
rouges ; trois pies de mer, des paons de mer de toutes 
façons, et des chevaliers; pour les terrestres, il y a des 
cleppes, des courlis grands et petits. Nous en prendrons 
tout le soin possible ». 

Le 22 avril suivant, dom Lopin signale l'arrivée de 
45 truites : « Il y en a 38 dans l'estang, et sept avec les 
carpes, qui reprendront vigueur parmyles sources vives et 
auront pour nourriture quantité de menu poisson ». Le 
12 mai, après un séjour d'un mois dans son couvent, il 
annonce la naissance de quatre jeunes daims et d'un faon 
de biche, ainsi que la mort du paon commun; une paonne 
pintelée couve quatre œufs, une dinde eacouve onze; quatre 
canes couvent à merveille ; le faisandier a mis couver 
174 œufs de perdrix. « Nous avons esté contrains de 
tirer de la volière les quatre ramiers, qui perdent les 
œufs des autres, et mis sur l'estang de Sylvie les trois 
cygnes, qui ne souffroient l'approche pour manger aux 
petites sarcelles ». 

Le 23 juin i663, « les oiseaux de Rotterdam et de La 
Haye viennent d'arriver. V. A. S, trouvera six canards 
blancs houppes, cinq canards gris aussi houppes, deux 
oies d'Inde, et quatre canards des Indes musqués, très 

^ Cette ancienne vigne des Montmorency, alors convertie en verger, est 
aujourd'hui occupée par le Jeu-de-Paumc. les maisons voisines jusqu'à la 
route de Vineuil, et les cascades dites de Beauvais. 



PETITES MENAGERIES DE CH.VNTILLY 107 

beaux. Nous avons mis les trois lapins à long poil blanc 
dans Tune des loges de Testang du chasteau. Quant aux 
pigeons et poules, V. A. S. en a des plus beaux; ils sont 
à la Faisanderie ». 

A cette époque, le Grand Condé avait envoyé un de ses 
gardes à Belle-Isle pour y prendre des oiseaux de mer, 
mais il avait été devancé par les ordres du Roi, et le 
marquis de Chouppes, gouverneur de Tîle, s'excusa en 
ces termes : «Monseigneur,undesgardesde Votre Altesse 
estant venu en cette isle y chercher des oiseaux, et ayant 
auparavant receu les ordres du Roy d'en faire amas, ce 
luy a esté un obstacle d'en trouver autant qu'il auroit 
souhaité. Ce que j'ay pu faire pour la satisfaction de Votre 
Altesse a esté, d'une douzaine et demie de corneilles à bec 
rouge qui sont les plus rares, que j'ay fait élever pour le 
Roy, de luy en donner une demye douzaine. J'ay tous 
les déplaisirs du monde de ne luy en avoir pu donner 
davantage... ». 

Puis dom Lopin reprend la plume; le 19 novembre, il 
annonce l'arrivée d'un troupeau de buffles, « quatorze 
mères bien maigres, qui ont trois veaux, et un masle âgé 
d'environ quatre ans ». Le 4 décembre, il a reçu « par 
Saint-Remv 48 oiseaux de rivière de diverses espèces ». 
Le 23 décembre, « M. Postel envoyé à Votre Altesse Séré- 
nissime un paon pintelé, une paonne blanche fatiguée du 
voyage et qui mange néantmoins bien. L'outarde et la 
poule de Barbarie ont repris cœur, les oiseaux de rivière, 
pâles aigrettes, corneilles de Barbarie, pareillement. Nous 
avons esté contraints de mettre soubs une voulte du chas- 
teau les oiseaux de la vigne pendant ces deux jours de 
grande gelée..., après lesquels il est arrivé des maux d'es- 
tomac aux deux cigongnes, qui ne veulent regarder la 
viande et la rejettent ainsy que l'an passé ». 

Le 17 février 1GG4, « un des lièvres blancs est fort 



l88 TEMPS MODERNES (xVII^ ET XVIII^ SiÈCLEs) 

blessé; l'aigle n'a pu estre pris quoi que Ton fasse, et a 

mangé deux grands lièvres dans le grand parc ; nous 

avons eu deux poulains de la cavale noire, un veau de la 
petite vache tigrée qui vient de Dampierre..., quatre 
cochons d'une de nos laies d'Inde ». Le 4 avril, dom 
Lopin reçoit de Montmorency « dix-neuf carpes, tant 
dorées, argentées qu'au miroir », Ces carpes étaient des- 
tinées au bassin qui séparait du grand château le jardin 
de la Volière. 

IL Le Grand Condé sortit de sa retraite en 1668 pour 
réapparaître sur le champ de bataille à la tète des armées 
françaises ; Louis XIV l'envoya porter laguerre en Franche- 
Comté, province qu'il conquit en six semaines. Il s'oc- 
cupa pendant quelque temps du gouvernement de la 
Bourgogne, puis, en 1672, il part avec son fils pour la 
campagne de Hollande. Mais, partout où il se trouve, il 
continue à s'occuper des affaires de Chantilly, et en par- 
ticulier de ses animaux. Dom Lopin étant mort en 1670, 
c'est son capitaine des chasses, Louis de La Rue, qui lui 
en donne des nouvelles. Comme de raison, il met, dans 
ses lettres, à la première place, les animaux de chasse : 
les chiens et les faucons. Il paraît avoir, avant tout, une 
grande tendresse pour les oiseaux de vol ; il les connaît 
par leur nom, les exerce sans cesse, exalte leurs exploits; 
aussi son cœur dut-il souffrir quand la fauconnerie fut 
définitivement supprimée en i685. Cependant les autres 
oiseaux ne sont pas oubliés : le 16 décembre 167 1, La 
Rue annonce l'arrivée de 3i cygnes qu'un officier des 
chasses, Boulemer de Lamartinière, est allé chercher à 
Tournay. L'année suivante, c'est un pélican qui fait son 
entrée à Chantilly, où il est admiré par un visiteur hol- 
landais, le baron de Ghent'; puis, le i5 juillet 1678, c'est 

^ Ce baron écrivit en effet au Grand Condé, le i*^"" mai 1679 ". « Je me sou- 



PETITES MENAGERIES DE CHANTILLY 1 89 

l'arrivée d'un chamois que La Rue annonce en ces termes : 
« Le Savoyard à la grande barbe qui estoit icy l'an passé 
arriva avant-hier avec un chamois qu'il apportoit pour en 
faire présent à V. A. S. et qui est mort le mesme soir à 
son logis chez le Picard, où il estoit logé. Il avoit aussy 
deux cavales de Savoye et un assez grand bardot qu'il dit 
estre fort bon pour couvrir des cavales. Il a offert le tout 
à S. A. S. Madame la Duchesse, qui luy a dit que s'il 
vouloit laisser le dernier il le retrouvera icy à son retour. 
Il l'a fait voir à toutes Leurs Altesses, estant bien har- 
naché à la polonoise; il l'a fait monter dans tous les 
appartements, et M^' le duc de Bourbon a voulu monter 
dessus et fit plusieurs tours de salle. Sortant de la salle 
du grand appartement, il a passé par celuy de M^"" le 
Comte (de Clermont) et de là descendit dans celuy de 
M"^ d'Anguien, où étoit S. A. S. Madame la duchesse 
(d'Anguien, belle-fille du Grand Gondé), ce qui a diverty 
les uns et les autres ». 

Le Grand Condé et son fils étaient alors en Hollande, 
fort empêtrés dans des opérations de campagne où 
l'ennemi se défendait par l'inondation contre les armées 
de Louis XIV. De Grave, près de Nimègue, M. le Duc écrit 
au précieux intendant général des affaires de la maison, 
Gourville, pour lui recommander d'avoir le plus grand soin 
« des cerfs et des biches à nez blanc » ; il faut les remettre 
dans le parc avant le rut ; « Monsieur mon père ne veut pas 
en perdre un seul, parce que le Roy ne les lui a donnés 
qu'à condition de luy en rendre autant, et il veut qu'il 
luy en reste ». 

En 1673, avant de partir pour la Hollande, le Grand 

viens qu'estans à Chantilly, j'y vis dans le parc un pélican qui avoit le bec 
rouge comme du corail et pointu comme une esguille, passablement grand, 
mais pas fort haut, avec un fort beau plumage. Je supplie Monseigneur 
d'avoir la bonté de m'en envoyer une copie avec son plumage, tel qu'il est, 
ou sur une feuille de papier ou bien sur du parchemin ». 



19<» TEMPS MODERNES (XVII ET XVIII SIECLES] 

Gondé avait fait tracer, par Le Nôtre, le dessin de la vaste 
esplanade par laquelle on accède aujourd'hui au château ; 
les piquets de ce tracé furent plantés en sa présence dans 
l'étang de Sylvie'. Au bout de la chaussée, sur la Pelouse, 
à l'est de la route qui allait vers la chapelle encore 
debout, entre les Six-Arbres et le pavé montant, se trou- 
vaient des bâtiments assez vastes qui faisaient partie de 
l'enclos du vieux parc. Ces bâtiments, édifiés de 1028 à 
i53o par Pierre Chambiges pour Anne de Montmorency, 
avaient successivement reçu des destinations diverses : 
bûchers, chantiers, maison de la capitainerie, un moment 
même une hôtellerie dite la Grande Barbe^ et aussi une 
ménagerie. Ils furent condamnés à disparaître, ainsi que 
la vieille chaussée de l'étang, par cette transformation 
de 1673 ; en réalité, ils subsistèrent une dizaine d'années 
encore, bien que, dès lors, ils ne figurent plus sur les 
plans manuscrits ou gravés. 

111. Le prince de Condé déposa son épée en 1670, 
perclus dégoutte et de rhumatismes, et s'installa défini- 
tivement à Chantilly avec son fils. Dès lors les remanie- 
ments du parc vont devenir déplus en plus considérables ; 
en particulier une nouvelle ménagerie, plus grande et 
plus belle que toutes les autres, une véritable ménagerie 
royale, va bientôt être créée de l'autre côté du Grand 
Canal en dehors du parc du château, près du village de 
Vineuil. 

La fortune du père et celle du fils, Monsieur le Prince 
et Monsieur le Duc, comme on disait couramment, étant 
alors administrées en commun, revenus et dépenses, il 
n'est pas facile de faire la part de leur collaboration dans 

^ Jusqu'alors on accédait au château par une chaussée qui continuait la 
route forestière de La Morlaye débouchant près de la chapelle Sainte-Croix ; 
cette chaussée aboutissait devant le petit château et séparait l'étang, dit du 
Château, de l'étang de Sylvie. 



PETITES MENAGERIES DE CHANTILLY 191 

les embellissements de Chantilly ^ Il est seulement cer- 
tain que M. le Duc s'occupa spécialement de la ménagerie 
de Vineuil, que nous allons voir devenir le noyau de la 
ménagerie définitive, si justement célèbre au xviii* siècle, 
et que M. le Prince continua de peupler les vieilles ména- 
geries du parc, qui seront supprimées peu après sa mort'. 

Le 19 mai 1679, Gourville annonce l'arrivée à Chantilly, 
pour le soir même, de deux perroquets et de deux écu- 
reuils, achetés au prix de 25 pistoles. Le 1 1 décembre 
suivant, le prince de Condé ordonne le paiement de 
(( 198 livres à deux Flamands pour le prix de douze erke- 
lans », ainsi que l'achat d\in coq blanc huppé pour lequel 
il est dû 27 livres 10 sols. 

En 1680, il est question du « clos des Canes dans la 
cour de Bucamp •>>, de « l'enclos près de Sylvie où sont 
les oies d'Egypte et du Canada », des « cygnes, canes, 
oies et autres oiseaux qui sont sur les fossés du château » ; 
on trouve enfin une autruche à Chantilly. 

Les familiers de la maison recherchent les occasions 
de flatter les goûts du maître ; entre eux se distingue par 
son zèle le frère de ce fidèle Lenet qui a laissé de si 
intéressants mémoires sur la vie du Grand Condé aux 
temps de la Fronde et de l'exil ; ce frère, l'abbé Bernard 
Lenet, avait été pourvu en 1676, grâce à la protection du 
prince, de Labbaye de la Victoire, près de Senlis. Le 
II août 1682, il écrit de Paris : 

« L'oysellier m'ayant faict advertir qu'il avoitun oyseau 

^ Le partage ne se fit qu'en i685, à l'occasion du mariage du duc de Bourbon ; 
le père retint 5oo.ooo livres de rente, il en donna autant à son fils, et 5o.ooo 
écus furent assignés à la maison du petit-fils. 

- Nous ne parlerons plus de la faisanderie, de la fauconnerie et du chenil, 
soigneusement entretenus; nous nous bornerons à mentionner les achats 
d'oiseaux de ménagerie qui apparaissent dans les documents : il est à 
remarquer que les pièces d'archives s'appauvrissent singulièrement à partir 
de 1680, et ce n'est qu'en glanant de tous côtés que nous pourrons pour- 
suivre notre étude. 



19^ TEMPS MODERNES (xVII® ET XVIIl" SIÈCLES) 

extraordinaire nouvellement arrivé des Indes, je l'ay esté 
voir, et je l'ay trouvé rare tant par la figure que par son 
plumage. 11 est un peu plus gros qu'une grosse alouette ; 
il est tout couleur de feu, avec une huppe sur la teste, 
de mesme un gros bec rougeastre, bien faict et bien 
planté sur ses pieds, fort guay, fort vif et mangeant bien. 
Il a, dit Foysellier, un ramage ou gazouillement comme 
un rossignol, mais je ne Tay pas ouy, mais bien un cer- 
tain sifflet qu'il a qui est fort joly et gracieux ; et si on 
estoit assuré qu'il vescut longtemps, il ne faudroit pas 
l'eschapper ; il est vray qu'il se porte bien et mange de 
mesme, d'une certaine graine qu'on nomme de l'alpiste, 
qu'il ayme fort. Si V. A. S. veut l'avoir, j'en feray le 
marché, le payeray, et luy envoiray. L'oysellier a encore 
une petite guenon un tant soit peu plus grande que le 
singe de 'V. A. S. ; elle a le mesme visage que luy et le 
mesme petit cry. Elle est fort douce et bonne enfant, et 
faict tout ce qu'on veut. Elle n'a pas le mesme poil que 
le singe de V. A. S., car elle est grise, mais d'un beau 
gris, fort grasse et en bon point. Comme le singe de 
V. A. S. est un vieux bonhomme, cette petite guenon le 
remplaceroit très bien, et mesme le resjouiroit puisque 
c'est une femelle ; et ce seroit une plaisante chose si on 
en pouvoit avoir de la race. Si V. A. S. le trouve bon, j'en 
feray marché, comme du coq de Virginie ; elle me don- 
nera ses ordres s'il luy plaist », 

Les ordres furent expédiés le même jour, et, le lende- 
main, l'abbé de la Victoire accomplit sa mission et en 
rendit compte : « L'oysellier vouloit avoir de l'oyseau seul 
quinze louis, et dix de la guenon; j'ay trouvé ce prix 
exorbitant et luy en ay offert douze des deux, à quoy il 
n'a jamais voulu entendre, non pas mesme à quinze ; mais 
enfin il me les a laissés à seize, c'est-à-dire dix pistoles 
l'oyseau, et la guenon six. L'oyseau m'a paru un peu 



PETITES MÉNAGERIES DE CHANTILLY 198 

cher; mais comme en ma présence M. de Créqiiy en a 
offert douze pistoles, que l'oyselier ne Ta pas escouté 
et qu'il m"a dit que si je ne le prenois pas pour V. A. S. il 
le porteroit demain à Versailles, je n'ay pas balancé d'en 
donner dix pistoles, d'autant que ce petit oyseau est 
très rare et curieux, qu'il chante fort joliment, qu'il a un 
petit sifflet fort agréable et qu'il fait des roulemens comme 
un rossignol... Quant à la petite guenon, elle est fort 
douce et fort jolie; on en faict tout ce qu'on veut et elle 
ne mord jamais; elle resjouira le pauvre petit smge... ». 
Cet « oyselier » se nommait Liégeois ; les archives de 
Chantilly conservent une lettre par laquelle il fait ses 
offres de service au Grand Condé en lui annonçant un 
arrivage de « six canes blanches huppées et six autres 
grises, six harquelans, deux cigognes, deux hérons 
rouges, six canes musquées, deux oies du Canada, six 
belles poules à grande huppe et un coq, trois petits per- 
roquets gros comme des moineaux, et une paire de tour- 
terelles blanches ». Cette fois encore, c'est l'abbé de La 
Victoire qui choisit, pour le prince, des poules et un per- 
roquet. 

En même temps, le prince dépense i5ooo livres pour 
réempoissonner les canaux de Chantilly. Il fait venir des 
poissons de l'étang de Mortefontaine : 3ooo de neuf à 
onze pouces, à raison de 3oo livres le mille, et trois autres 
milles de sept pouces, à raison de 200 livres le mille ; 
200 truites sont amenées de Bar-sur-Seine ; de belles 
carpes sont pochées à Verneuil ; le sieur Raffart, pour- 
voyeur de la Heine, fournit cinq grandes carpes qu'on lui 
paie à raison de 44 livres la pièce, poissons de luxe assu- 
rément. 

En i683, on achète à un faisandier flamand, Jacques 
Allou, des cygnes, des poulardes et des chapons de 
Bruges. Des choucas sont envoyés de Nantua par un 

II. iS 



194 TEMPS MODERNES (xVIl'' ET XVIIl'' SIÈCLES] 

magistrat nommé Caboud, dont le frère, avocat à Paris 
et possesseur d'un des plus beaux jardins fleuristes de 
la capitale, fournissait de fleurs de toutes sortes, de 
graines et d'oignons, les jardiniers du Grand Gondé ; il 
a laissé son nom à une maison du parc qui est toujours 
debout, la Caboutière. 

En i685, l'autruche de Chantilly mourut. Le premier 
maître d'hôtel du prince, Ricous, le ht savoir à son second 
fils, capitaine de vaisseau dans l'escadre de Tourville, qui 
croisait alors sur les côtes barbaresques ; et le prince reçut 
du chevalier de Ricous une lettre écrite devant Tripoli, 
le lo juillet i6B5 : « Monseigneur, sachant qu'il manque 
une autruche à la ménagerie de V. A. S., j'en ay trouvé 
une fort belle, que j'ay dans le vaisseau et dont je prends 
un soin extrême ; je n'ay osé la confier dans les bâtiments 
que M. le mareschal renvoyé en France, et j'aime mieux 
la garder jusqu'à nostre retour que de l'exposer dans un 
vaisseau où je ne serois point. Cette autruche est encore 
jeune, et c'est la plus jolie beste que l'on puisse voir ». 

IV. Vers cette époque, disparut la ménagerie qui 
se trouvait entre les Six- Arbres de la Pelouse et le Pavé ; 
elle fut provisoirement remplacée par une des annexes 
de la ferme de Bucamp, qui existait encore en 1708*. 

Les bâtiments de la ferme avaient été bousculés eux- 
mêmes en 1682, lors de la création de l'Orangerie. Man- 
sart n'avait laissé d'intact que la faisanderie de Sylvie, qui 
va prendre parfois aussi le nom de « Ménagerie du petit 
parc^ ». Cette faisanderie renfermait en 1686, par exemple : 

* En effet, daus un mémoire de travaux exécutés au mois d avril de cette 
année par le maçon Jean Poulet, nous relevons : « Sur la Pelouse, au-dessus 
de l'abreuvoir, j'ay fait 6 pieds de long sur 3 pieds de haut de maçonnerie 
en terre pour empescher les lapins d entrer daus une cave de la vieille ména- 
gerie ». 

^ Une nouvelle faisanderie était installée alors dans les parteri'cs aliénés 
en 1794 et compris aujourd'hui dans la ville de Chantilly. 



PETITES MÉ>'AGERIES DE CHANTILLY 195 

un aigle, deux griffons, des paons et des poules. Le 
Grand Condé en avait confié le « gouvernement » à un 
Hollandais nommé Ilendryck Altbert, cpii cumulait ces 
fonctions avec celles d'amiral de la flotte de Chantilly. 
Altbert, dont le nom francisé devint Henri Albert, avait 
été ramené de Hollande par le Grand Condé après la 
campagne de 1678 et nommé « gouverneur des vais- 
seaux de Leurs Altesses Sérénissimes »; il i'-oousa, le 
i5 juin 167.5, dans Téglise de Saint-Léonani, qui était 
alors la paroisse de Chantilly, Jeanne Ternard, dont il 
eut un fils Tannée suivante. Dans des actes postérieurs, 
il est qualifié « admirai des vaisseaux de S. A. S. », et 
même a grand admirai de S. A. S. », ainsi que « gou- 
verneur des oiseaux de la Faisanderie du petit parc ». 
Sa veuve hérita de cette dernière charge; en 1687, elle 
demeure à la « ménagerie du petit parc ». Ses descen- 
dants, c[ue Ton trouve à Chantilly jusqu'au début du 
xLx" siècle, prirent en surnom le prénom hollandais de 
Faïeuî, Hendryck. 

Un messager attaché à la maison des princes, Biaise; 
Legrand, emmenait chaque semaine des cargaisons de 
victuailles destinées à Talimentation des hôtels de Condé 
à Paris et à Versailles : sangliers, marcassins, biches, 
faons, lapereaux, etc., ainsi que des veaux, moutons, 
agneaux, dindons, ortolans, poulets, provenant du ménage 
de Chantilly et nourris à la ménagerie de VineuiP, qui va 
bientôt absorber toutes les autres. 

^ Le prince de Condé payait, comme tout le monde, le droit d'entrée dans 
la capitale : i livre i3 sols pour un veau, 8 sols pour un mouton, etc. 



CHAPITRE XII 

LA MÉNAGERIE DE VINEUIL 
SOUS LE GRAND CONDÉ ET SON FILS 

(1677 — 1709)- 



1. La ferme de Vineuil reçoit, en 1677, une partie du « ménage » de Bucamp. 

Transformations et constructions nouvelles pour nourrir les ani- 
maux destinés à la table du Grand Condé. 

2. Le prince Henri-Jules agrandit et embellit la ménagerie de Vineuil. 

Le Palais d'Isis. 

3. La Laiterie. 

4. La maison de repos du prince : < Bâtiment neuf » ou « Appartement 

des tableaux ». 

5. Les cours d'animaux. 

6. Nouveaux agrandissements de la ménagerie. 

7. Alimentation en eau de la ménagerie. 

8. Les animaux de la ménagerie pendant cette période; son personnel et 

ses dépenses. Les premiers auteurs qui en parlent. Louis XIV la 
visite en 1695. 

I. Le plan que Le Nôtre avait tracé en 1673 impliquait, 
nous l'avons vu, une réduction et même une disparition 
des ménageries du parc de Chantilly. Il fallait trouver un 
autre endroit pour faire les élevages nécessaires à la vie 
du château et pour recevoir les animaux étrangers que 
tout grand seigneur d'alors voulait avoir, à l'imitation 
de la ménagerie du roi à Versailles. Or, le prince de 
Condé possédait, de l'autre côté du Grand Canal creusé 
en 1671, une grande ferme située à l'extrémité occiden- 
tale du village de Vineuil. La seigneurie de Vineuil avait 
été acquise, en iSgo, par Amaury d'Orgemont, seigneur 
de Chantilly, et l'hôtel seigneurial avait été aussitôt con- 



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MÉNAGERIE DE VINEUIL : 1677-1709 197 

verti en une ferme qui fut toujours louée, depuis lors, à 
des particuliers. L'exploitation comprenait i6o arpents 
de terres et prés. En 1G77, la ferme fut retirée du bail 
général du domaine de Chantilly, et on y installa une 
partie du « ménage » de Bucamp ; telle fut Torigine de 
la ménagerie de Vineuil ou « de M. le Duc » qu'on 
nomma ainsi par opposition à la « ménagerie de M. le 
Prince », qui subsista pour quelque temps encore dans 
les vieux bâtiments de Chantilly. 

Le contrôleur de la maison des princes, le sieur Des- 
mares, avait été envoyé en Angleterre au printemps de 
1677 pour engager des « engraisseurs ». Il en ramena un 
Anglais et sa femme, Jean-Baptiste Sirdey et Elisabeth 
Whitetenker, qui prirent leur service à Vineuil le i^'"juin ; 
la femme était chargée d'engraisser les dindons et les 
poulardes; le mari avait le soin des coqs. Un autre 
(c engraisseur » leur fut adjoint en 1G79 ; nous le savons 
par une lettre adressée au Grand Condé, le 26 mars de 
cette année, par le concierge de Chantilly, Claude Richard, 
sieur du Plessis-Godard, qui succédera bientôt à M. de 
La Rue comme capitaine et gruyer : « Le Juif porte à 
V. A. S. six oyes grasses; Tengraisseur de la ménagerie 
de Monseigneur le Duc a voulu aller avec luy pour 
assurer V. A. S. qu'il sait à présent tout ce qu'il faut 
faire pour engraisser les oyes ». Les gages de « Pierre 
l'engraisseur » sont fixés à l\oo livres, comme ceux de 
« l'Anglaise », dont le mari ne paraît plus ; on achète des 
poulets en quantité, pour 700 livres en six mois, et on 
les nourrit au lait. Il y a aussi un pigeonnier. Le 24 jan- 
vier 1680, un troupeau de vaches arrive de Bourgogne, 
conduit par un vacher qui recevra 3oo livres de gages; 
on engraisse aussitôt des veaux. Le i5 novembre 168 1, 
Claude Richard écrit au prince de Condé, alors à Paris : 
« J'envoye à V. A. S. le veau de la ménagerie, que j'ay 



igS TEMPS MODERNES (XVII® ET XVIIl'' SIÈCLES] 

fait tuer hier avec un des sangliers, qui se trouvera fort 
bon, la petite biche en vie, 12 poulets gras, un dindon, 
six cailles et six ortolans ». 

Près de la ferme, se trouvaient des maisons qui com- 
posaient le Bas-Vineuil et appartenaient à la paroisse de 
Saint-Maximin ; le prince en acquit deux qui serraient de 
trop près ses bâtiments : Tune, le 3 mars 1G80, de Jean 
Guillaume et de Marie Toudouze ; Tautre, le 25 dé- 
cembre 168 1, d'Antoine Baudiot et de Jeanne Lemoine; 
enfin. Tannée suivante, le 27 juillet 1682, une demoiselle 
de Villeroy, Louise Portelot, veuve de Louis Bassolet, 
sieur de Villeroy, cède au prince, « un clos fermé de murs 
contenant trois arpens ou environ (plus d'un hectare), 
sis au bout de Vineuil, sur la paroisse de Saint-Maximin » . 

Dès lors commencent les grands travaux de bâtiment 
que nous ne connaissons que par les rapports adressés 
par le concierge Richard à son maître, lorsque celui-ci 
est absent de Chantilly. 

Ils furent faits par un entrepreneur de maçonnerie 
nommé Hubert Simon, sous la surveillance du concierge 
Richard, et sur la direction d'un architecte que nous ne 
connaissons pas. Disons seulement qu'en i682-i683 
Mansart dirigeait la construction d'une superbe orangerie 
tout contre les bâtiments de Bucamp; plus tard il était 
suppléé à Chantilly par un autre architecte de bon 
renom, Daniel Gitard ^ 

La ménagerie de Vineuil n'était encore qu'une ferme 
dont les bâtiments, peu considérables, sont assez bien 
figurés dans deux gravures de Pérelle publiées vers 1686^; 
un corps de logis terminé à gauche par un pavillon et 

1 Voir Maçon, c, pp. 22, 42, etc. 

^ Gravure de Gabriel Pérelle intitulée : « Proiet de la Ménagerie de 
Vineuil à Chantilly » ; 

Gravure du même auteur intitulée : « Le Bassin de Narcisse et la Ména- 
gerie de Vineuil » ; 



MÉNAGERIE DE VINEUIL : 1677-1709 «99 

flanqué de deux ailes en retour qui donnent l'impression 
d'écuries ou d'étables ; immédiatement derrière, et per- 
pendiculairement à Taile droite, un bâtiment assez long, 
terminé par une petite aile en retour et qui sera trans- 
formé et agrandi plus tard pour y loger des bêtes fauves; 
l'artiste a seulement eu le tort, dans le but de montrer 
un bassin curieux, qui se trouvait à une centaine de 
mètres à droite, au bord de la route actuelle, de le placer 
dans la cour du premier corps de bâtiments. Les bêtes à 
cornes et à laine tenaient naturellement la principale 
place dans cette ménagerie ; mais aussi on y vit arriver, 
un jour, la collection de renards et de renardeaux îa 
plus nombreuse sans doute que, de mémoire d'homme, 
on ait jamais vue. C'était une farce que Monsieur le Prince 
voulait faire à un vieux voisin, Toussaint Rose, secré- 
taire particulier du Roi, qui s'était obstinément refusé à 
lui vendre sa terre. Il avait fait rassembler 3 à /joo de 
ces bêtes et les fit jeter, un soir, tout affamées, par- 
dessus le mur du voisin. On devine les dégâts que les 
renards causèrent dans une propriété, petite et close de 
murs, et l'effarement du bonhomme à son réveil. Le 
prince n'en était pas à sa première malice; cette fois il 
fit déborder ia coupe. Rose, furieux, alla trouver Louis XIV 
dans son cabinet et tout résolument lui demanda ia per- 
mission de lui faire une question peut-être un peu « sau- 
vage ». Le roi, raconte Saint-Simon, fort accoutumé à îui 
et à ses goguenardises, car il était plaisant et fort salé, lui 
demanda ce que c'était : « Ce que c'est, Sire, lui répondit 
Rose d'un visage enflammé, c'est que je vous prie de me 
dire si nous avons deux rois en France. — Qu est-ce à 

Ces deux gravures sont au Cabinet des Estampes. Topor^raphie : Oise, 
IV® arrondissement, Senlis, a.; et au Musée Condé, à Chantilly. 

Peut-être que ces gravures ne montrent que des projets ; ici, comme pour 
la ménagerie de Versailles, il faut se défier et toujours contrôler les gra- 
vures et même les plans manuscrits, mais la vérification est souvent difficile. 



aoo TEMPS MODERNES XVH ET XVIir SIECLES 

dire .-'dit le roi surpris et rougissant à son tour. — Qu"est-ce 
à dire .-' répliqua Rose, c'est que si Monsieur le Prince est 
roi comme vous, il tant pleurer et baisser la tète sous ce 
tvran. Sil n'est que premier prmce du sang, je vous en 
demande justice, car vous la devez à tous vos sujets, et 
vous ne devez pas soutTrir qu'ils soient la proie de Mon- 
sieur le Prince. Et de Pi. il conte au roi comment il l'a 
voulu forcer à lui vendre sa terre, comment il 1 a persé- 
cute pour cela et enfin il lui raconte 1 aventure des 
renards '•'-. Louis XIV. qui aimait beaucoup son vieux 
secrétaire, se fâcha a son tour ; il ordonna au prince de 
Conde de faire ôter par ses gens et à ses frais jusqu'au 
dernier renard du parc du bonhomme et de reparer le 
dummage cause. 

II. Le Grand Condé mourut le ii décembre i6S6. 
laissant Chantillv a son tils unique. Henri-Jules de 
Bourbon, duc d Anguien Enghien . qui. devenu prince 
de Conde. fut désiirné. selon la tradition, sous le nom 
de ■.. Monsieur le Prince ^^ : le his de Henri-Jules. Louis IIP 
devint ^'. Monsieur le Duc -. 

Le nouveau prince de Conde eut la même passion que 
son père pour Chantilly. •. C'était, dit Saint-Simon, qui 
est très dur pour sa mémoire, un petit homme très mince 
et très maiù're. dont le visaçre d'assez petite mine ne 
laissait pas d'imposer par le feu et l'audace de ses 
yeux... . Il n'avait pas recueilli la moindre étincelle du 
génie militaire du héros, quoique brave et appliqué au 
métier de soldat, et il ne put être qu un iin courtisan. 
Mais il était féru d art. savait mieux que personne orga- 
niser des fêtes, trouver des arrangements du goût le plus 
sûr. et dépenser largement pour la décoration de sa maison 

* Saiot-Simon. t. III, p. 67. ^ :., . ^ . lîlile. t. VIII. p. a;,. 



MÉNAGERIE DE VINEUIL : 1677-1709 201 

préférée. Dès 1670, il avait été le collaborateur de son 
père dans les immenses travaux de Chantilly ^ ; maintenant 
il va devenir son digne continuateur, et pendant plus de 
vingt ans, il va y dépenser, selon le mot de Saint-Simon, 
des « sommes prodigieuses ». 

Du reste, déjà plusieurs mois avant sa mort, le Grand 
Gondé avait arrêté, de concert avec son fils, le plan de 
l'agrandissement et de l'cmljellissement de la ménagerie 
de Vineuil. Les travaux en cours d'exécution, en 
août 1G86", transforment les écuries ou étables figurées 
par Gabriel Pérelle en une maison d'apparat pour le 
prince, analogue par son ameublement et sa décoration 
intérieure au petit château que Le Vau avait édifié, vingt 
ans auparavant, à la ménagerie de Versailles. 

Lorsque les travaux seront terminés, cette maison 
comprendra trois corps de logis flanqués de quatre pavil- 
lons et disposés en équerre autour d'une cour prenant 
vue sur la chaussée du canal et qu'on appellera Cour des 
Jasmins; en avant de cette cour, sera creusé plus tard 
un canal en demi-cercle avec un petit îlot et une cabane 
pour les « canards étrangers ». 

Extérieurement, ce petit château avait gardé un aspect 
très simple, mais à l'intérieur on retrouve la décoration 
princière que nous avons déjà vue au château de la ména- 
gerie de Versailles; la disposition en est du reste tout 
autre : l'aile du fond renferme des couloirs de passage et 

!• Mémoires de Gourville, publiés par Léon Lecestrc ; Paris, iSgS, t. I, 
pp. 5o-5i . 

- Nous le savons par une lettre du concierge Richard à sou maître, écrite 
le 21 de ce mois : « Lentrepreueur de la Ménagerie est icy depuis deux jours; 
il m'a dit qu'il y demeurera quelque temps pour presser son ouvrage qu'il 
trouve qui va bien lentement. Le pavillon que l'on fait est élevé à la hauteur 
du bâtiment des cuisines. Dans les logements de la grange, il y a une loge 
de carrelée. Il y a deux plafonds de l'appartement haut qui seront faits cette 
semaine. Les marches de l'escalier sont posées, mais elles ne sont pas encore 
hourdées. Je crois que Y. A. S. trouvera l'escalier bien commode et que la 
chaise de V. A. S. y passera facilement, o 



a02 TEMPS MODERNES (xVII^ ET XVIII* SIÈCLE s) 

quelques pièces de service pour une laiterie ; l'aile droite, 
au contraire, où se trouve le palais d'Isis, et l'aile gauche, 
qui présente la laiterie, sont de toute beauté. 

Le Palais (Tlsis tirait son nom d'une décoration toute 
particulière pour laquelle le prince voulut avoir l'avis de 
Racine. « J'ai parcouru tout ce que les anciens auteurs ont 
dit de la déesse Isis, répondit le poète, et je ne trouve 
point qu'elle ait été adorée en aucun pays sous la figure 
d'une vache, mais seulement sous la figure d'une grande 
femme toute couverte d'un grand voile de différentes 
couleurs et ayant au front deux cornes en forme de crois- 
sant. Les uns disent que c'étoit la Lune, les autres Gérés, 
d'autres la Terre, et quelques autres cette même lo qui 
fut changée en vache par Jupiter. 

« Mais voici ce que je trouve du dieu Apis, qui sera, ce 
me semble, beaucoup plus propre à entrer dans les orne- 
ments d'une ménagerie. Ce dieu étoit, dit-on, le même 
qu'Osiris, c'est-à-dire ou le mari ou le fils de la déesse 
Isis. Non seulement il étoit représenté par un jeune 
taureau, mais les Egyptiens adoroient en effet, sous le 
nom d'Apis, un jeune taureau bien buvant et bien man- 
geant, et ils avoient soin d'en substituer toujours un autre 
en la place de celui qui mouroit. On ne le laissoit guère 
vivre que jusqu'à l'âge d'enviix>n huit ans, après quoi ils 
le noyoient dans une certaine fontaine, et alors tout le 
peuple prenoit le deuil, pleurant et faisant de grandes 
lamentations pour la mort de leur dieu, jusqu'à ce qu'on 
l'eût retrouvé. On étoit quelquefois assez longtemps à 
le chercher. 11 falloit qu'il fût noir par tout le corps, 
excepté une tache blanche de figure carrée au milieu 
du front, et une autre petite tache blanche au flan<3 
droit, faite en forme de croissant. Quand les prêtres 
l'avoient trouvé, ils en donnoient avis au peuple de 
Memphis, car c'étoit principalement en cette ville que le 



MÉNAGERIE DE VINEUIL : 1G77-1709 2g3 

dieu Apis étoit adoré. Alors on alloit en grande céré- 
monie au devant de ce nouveau dieu, et c'est cette espèce 
de procession qui pourroit fournir de sujet à un assez 
beau tableau. 

« Cent prêtres marchoient habillés de robes de lin, 
ayant tous la tête rase et étant couronnés de chapeaux 
de fleurs, portant à la main les uns un encensoir, les autres 
un sistre (c'étoit une espèce de tambour de basque). Il y 
avoit aussi une troupe de jeunes enfants habillés de lin, 
qui dansoient et chantoient des cantiques, grand nombre 
de joueurs de fjùtes et de gens qui portoient à manger 
pour Apis dans des corbeilles; et. de cette sorte, on ame- 
noit le dieu jusqu'à la porte de son temple, ou, pour 
mieux dire, il y avoit deux petits temples, tout environnés 
de colonnes par dehors, et aux portes des sphinx, à la 
manière des Egyptiens. On le laissoit entrer dans celui 
de ces deux temples qu'il vouloit, et on fondoit même 
sur son choix de grandes conjectures ou de bonheur ou 
de malheur pour l'avenir. Il y avoit auprès de ces deux 
temples un puits d'où l'on tiroit de l'eau pour sa boisson, 
car on ne lui laissoit jamais boire de l'eau du Nil. On 
consultoit même ce plaisant dieu, et voici comme on s'y 
prenoit : on lui présentoit à manger; s'il en prenoit, 
c'étoit une réponse très favorable, tout au contraire s'il 
n'en prenoit point. On remarque même, dit-on, qu'il 
refusa à manger de la main de Germanicus, et que ce 
prince mourut à deux mois de là. Tous les ans on lui 
amenoit, à certain jour, une jeune génisse qui avoit aussi 
ses marques particulières, et cela se faisoit encore avec 
de grandes cérémonies. 

a Voilà, Monseigneur, le petit mémoire que Votre 
Altesse Sérénissime me demanda il y a trois jours. Je 
me tiendrai infiniment glorieux toutes les fois qu'Elle 
voudra bien m'honorer de ses ordres et m'employer dans 



2o4 TEMPS MODERNES (XVII ET XVIII SIECLES] 

toutes les choses qui pourront le moins du monde contri- 
buer à son plaisir^ », 

Le palais dlsis comprenait un appartement meublé, 
dont un salon appelé salon ou temple d'isis, pour la déco- 
ration duquel les peintres Simon et Francart reçurent, en 
1688, 3 200 livres. Cette décoration fut restaurée et com- 
plétée quinze ans après par Bon Boullongne ; le 26 sep- 
tembre 1703, cet artiste reçut 1000 livres pour « le 
tableau des Egyptiens placé dans le salon d'isis à la 
ménagerie et d'autres ouvrages qu'il a faits sur l'ancienne 
peinture dudit salon et sur les croisées ' ». Il est probable 
que ces travaux se rattachent à la lettre de Racine. Si le 
a tableau des Egyptiens » pouvait se retrouver, il serait 
curieux de rechercher s'il reproduit le sujet si minutieu- 
sement exposé par Racine. 

Le compte de cette année 1703, conservé à Chantilly, 
mentionne aussi les « dépenses faites pour les figures 
qui ont été mises dans le passage de la chaise volante et 
pour des portières pour le pavillon d'isis ». Ces « figures » 
sont certainement des bustes, car un inventaire de 1709 
place, dans la cour d'isis « douze bustes de marbre sur 
des consoles de pierre de taille ». Il était de mode alors, 
en effet, de décorer les parcs et jardins avec des copies 
d'après l'antique exécutées en Italie, et le prince de 
Condé en fit faire un grand nombre à Rome par l'inter- 
médiaire d'un certain Alvarez, qui en tenait magasin à 
Paris. Quant à la « chaise volante v, qu'on appellait encore 
« chaise à se guinder ». c'était une sorte d'ascenseur en 
usage dès le milieu du xvii^ siècle. Ce fut le maître des 
requêtes Villayer, l'inventeur de la Petite Poste, qui en 
usa le premier. 

^ OEuvres de Racine, t. VII, p. Soy. 

- Louis de Boullongne, dit le Jeune, né en i654, mourut en 1733. Il reste 
de lui de nombreuses œuvres, dont les portraits du Grand Condé, de son petit- 
fils et de son arrière-petit-fils, gravés par Langlois. 



MENAGERIE DE \INELIL : 1677-1709 2o5 

ITI. La Laiterie de la ménagerie de Chantilly, placée 
dans l'aile gauche du bâtiment, fut construite et aménagée 
de 1689 à 1694. 

C'était un long hàtiment, d'aspect simple encore a 
l'extérieur, mais dont l'aménagement excita toujours 
l'admiration des écrivains qui ont décrit Chantilly au 
XVIII® siècle : Dezallier d'Argenville, Dulaure et autres. 
Elle comprenait cinq pièces qui se retrouvaient à l'étage. 

La pièce d'entrée, ou salon du Bouillon, était ornée 
de tableaux dont les sujets avaient été empruntés aux 
fables de La Fontaine : La lionne et loiirse^ et Le lièvre 
et les grenouilles, par Jean Cotelle qui furent payés 
3oo livres : La grenouille et le bœuf. Le conseil des rats, et 
Le loup déguisé en berger, qui furent payés à René-An- 
toine Houasse*, également i5o livres chacun. Ces pein- 
tures furent accompagnées d'inscriptions en lettres d'or 
sur marbre noir, exécutées en novembre 1691 , par le mar- 
brier Jacques Duchesnoy-. 

La seconde pièce de la Laiterie était une salle étroite 
occupée en son milieu par un long bassin de marbre 
d'où jaillissait un bouillonnement d'eau d'un pied de 
circonférence ; la troisième pièce était un grand salon 
carré, puis venait une nouvelle salle étroite ; on entrait 
enfin dans le salon de la Laiterie proprement dite qui était 
la partie la plus originale de l'appartement. C'était une 
pièce ronde et en coupole qui avait été aménagée dans 

^ Houasse, ne en i645. mort en 1710, était l'élève de Lebrun. On trouve de 
ses œuvres au Louvre, à Versailles, et dans l'église do Chantilly, une belle 
Adoration des bergers. Deux autres tableaux, dont llouasse reçut le prix le 
14 mai 169J, étaient sans doute destinées à la Ménagerie : le Dénicheur de 
Rossignols, Orphée et Eurydice ; de même aussi trois peintures fournies à la 
même époque par Louis de Boullongne, dit le Jeune : le Berger et le Bouvier, 
la Maison de campagne, une Danse de bergers. Tous ces tableaux devaient 
être assez petits et de dimensions égales, car le prix est toujours le même, 
t5o livres ; seuls, les deux derniers tableaux de Houasse et la Danse de 
bergers de Boullongne sont payés 200 livres chacun. 

- Guichard, Voyage de Chantilly. 



•^o6 TEMPS MODERNES (xvil" ET XVIII^ SiÈCLES) 

le pavillon carré du fond '■ ; ses murs étaient revêtus de 
marbre blanc et son pavé formé de marbre de diverses 
couleurs. Au milieu était une table ronde, en marbre 
rouge, soutenue par quatre consoles en marbre blanc ; 
elle était habituellement couverte de vases en porcelaine 
et de récipients propres à battre le beurre. Tout autour 
et à hauteur d'appui, régnait un buffet de brèche vio- 
lette-, également chargé de jattes et de vases en faïence 
et en porcelaine^ Quatre têtes de bélier, d'un beau tra- 
vail, lançaient de Feau de source dans une espèce de 
coquille en marbre blanc ; cette eau se répandait ensuite 
sur le buffet qui régnait autour de la salle et était creusé 
en forme de rigole. 

IV. Le palais disis et la laiterie ne renfermaient donc 
guère que des pièces d'apparat. Aussi, comme le prince 
aimait à venir souvent se reposer à sa ménagerie, il fit 
édifier, en face de la laiterie, de l'autre côté de la cour 
d'entrée, une maison avec étage. Cette nouvelle cons- 
truction, sur l'emplacement de laquelle se trouve aujour- 
d'hui la maison de M. le comte Vigier fut appelée tantôt 
« le bâtiment neuf», tantôt « l'appartement des tableaux ». 
L'explication de ce dernier nom nous est donnée par 
un inventaire dressé en 1709, qui mentionne dans l'appar- 
tement un grand nombre de tableaux représentant des 

^ Nous nous servons pour la description de ce salon de l'ouvrage anonyme : 
Prameaades ou Itinéraire, p. 45 ; — des plans et vues de Le Rouge (2"^ cah., 
pi. 16) ; — du Journal du duc de Cro"' ; de Dezallier d'Argenville (éd. de 1768, 
p. 434)5 etc. C'est dire que nous parlons ici, pour la commodité de la descrip- 
tion, de parties qui ne furent peut-être faites à la ménagerie qu'au siècle sui- 
vant. 

" On appelle brèche une pierre composée par lassemblage de petits frag- 
ments de marbre ou d'autre roche. La brèche violette était d'un fond brun 
avec de longues bandes violettes : elle venait d Italie. 

^ Ces vases, en faïence et en porcelaine de Chantilly, à décors bleus aux 
armes de S. A. S., portaient le mot « Ménagerie » ; quelques-uns se voient 
aujourd'hui au Musée Condé. 



MENAGERIE DE VINEUIL : ib77-i709 '207 

« animaux, paysages et fruits »; un seul de ces tableaux 
est muni ici d'une désignation précise : Rachel au puits. 

L'inventaire de 1740 est plus explicite. 11 mentionne 
« 18 tableaux peints sur toile, de différentes grandeurs, 
sans bordures, représentant des animaux de différentes 
espèces, dont le plus grand nombre est gasté ; 12 petits 
tableaux peints sur toile, représentant des animaux et 
paysages, tous encadrés dans une même bordure de bois 
sculpté et doré ; i grand tableau sur toile représentant 
Moyse et les filles de Jétro ; G autres tableaux peints 
sur toile, représentant des paysages et figures, dans leurs 
vieilles bordures de bois doré; 12 autres petits tableaux 
flamands représentant des paysages et figures, dans leurs 
bordures de vieux bois doré ; iG autres tableaux peints 
sur toile, représentant des paysages et figures, dont 
partie « sans bordure ». Dans l'antichambre, il y a « un 
buste de marbre blanc, sur son escabellon de marbre » ; 
dans une autre salie, « quatre bustes de marbre blanc, 
sur leurs pieds de différents marbres, et deux tables de 
marbre ». Les meubles sont de toute simplicité, rien 
que des fauteuils, chaises, rideaux, et une garniture de 
foyer. 

Au devant, ie prince fit tracer un parterre irrégulier 
avec bassins : ce fut le « zig-zag de la ménagerie ». Les 
mémoires des travaux exécutés en 1 708 mentionnent « la 
porte proche le fossé de Tailée d'en bas des zig-zag de 
la ménagerie, le bassin des truites..., le bassin d'en bas du 
zig-zag proche l'appartement des tableaux..., trois toises 
de tuyaux de grès pour la conduite de la décharge dudit 
bassin », et enfin deux petits escaliers qu'on voit sur les 
plans aux deux côtés du zig-zag. Le niveau des bassins 
était donc plus bas que celui des allées qui les entou- 
raient ; au bout, près de la demi-lune, là où se trouve 
aujourd'hui la grille d'entrée, un terre-plein fut réservé 



2o8 TEMPS MODERNES (XVII* ET XVIII^ SiÈCLEs) 

pour faire un belvédère entouré d'arbres ; dans ce terre- 
plein, le duc de Bourbon fera construire, plus tard, la 
voûte ou logement des castors, et le bassin sera le 
« bassin-trapèze des castors » . 

V. La cour d'entrée de la ménagerie, comprise entre 
la laiterie et l'appartement du prince, était encore appelée 
cour des Marronniers, à cause des arbres qui entouraient 
un bassin de marbre placé au centre. De ce bassin s'éle- 
vait ce qu'on appelait le Grand jet \ c'était un jet d'eau 
de 45 pieds entouré à sa base par huit bouillonnements 
d'eau. Dans le fond de la cour, une grotte^ qui rappelait 
tout-à-fait les constructions semblables qu'on voyait 
alors à Versailles, fut créée en 1697. 

Cette grotte était creusée dans le mur de soutènement 
d'une vaste terrasse à laquelle un escalier, placé sur le 
côté est, donnait accès. On se trouvait alors dans le coin 
d'une grande cour gazonnée presque carrée montant en 
pente douce et entourée de murs, limitée à l'est par un 
bâtiment, la future maison des bêtes féroces, à l'ouest 
parla demi-lune et le chemin qui continuaient la chaussée 
des ponts du grand canal (aujourd'hui le pont de Vineuil) ; 
elle se terminait, dans sa partie supérieure, par un large 
évasement semi-circulaire, en forme de chœur d'église, 
et était divisée par deux allées plantées d'arbres se cou- 
pant à angle droit dans le haut comme les deux branches 
d'une croix ; l'endroit où les deux allées se rencontraient 
devant le « chœur » formait un vaste rond-point, destiné 
à recevoir un grand bassin dont l'eau devait se déverser 
en ondulations au milieu de l'allée centrale pour aboutir 
dans un bassin plus petit, au bord de la terrasse. C'est 
ce qu'on appelait La Goulotte^ du Pot de terre et du Pot 

^ « Goulotte, petit canal taillé sur des tablettes de pierre ou de marbre, en 



MÉNAGERIE DE VINEUIL : 1677-1709 209 

de fer, à cause de cette fable de La Fontaine représentée 
par un groupe en rocaille sur le bord du bassin supérieur. 

Au-dessus de cette vaste cour centrale furent tracées, 
comme à Versailles, cinq petites cours en éventail, 
ornées chacune d'un bassin intérieur et d'un pavillon 
auquel on accédait directement de la cour principale. On 
trouvait ainsi, de l'est à l'ouest : 

1° La Cour du Renard ou des Poules d'Inde, qui pré- 
sentait dans l'angle du fond un second petit pavillon ; 
2° La Cour des Coqs ; 3° La Cour du Loup et de la Chèvre ; 
4" La Cour des Paons ; 5'' La Cour des Pigeons, qui ren- 
fermait, dans l'angle du fond, la « Volière des petits 
oiseaux ». Le bassin de cette dernière cour était situé en 
bas, entre le pavillon et le mur de clôture de la ména- 
gerie. A droite de ce bassin, le côté du pavillon offrait 
une voûte de pierre supportée par deux colonnes et cou- 
vrant un petit bassin circulaire. Devant le pavillon, dans 
la cour, un bassin carré était orné de la figuration en 
plomb des quatre vents, d'où le nom de cour des Vents 
donné parfois à la cour des Pigeons. 

Ces cinq cours, qui ne furent complètement installées et 
décorées qu'à la période suivante, ne tiraient pas leur nom 
des animaux qu elles renfermaient, mais bien des fables 
deLa Fontaine qui y étaient représentées : Le Renard et les 
Poulets d'Inde^ — Les deux Coqs qui se battent pour une 
Poule, — Le Loup et la Chèvre, — Le Geai paré des plumes 
du Paon, — ■ l'Autour et la Colombe (adaptation de la fable 
les Vautours et les Pigeons). Ces sujets, dont les titres 
étaient inscrits en lettres d'or sur marbre noir, étaient 
représentés par des figures en plomb sculpté et coloré, 
placées dans des niches en rocaille ou sur des rochers. Le 
geai, par exemple, se tenait dressé orgueilleusement sur 

pente, avec uu mélange de petits bassins eu coquille pour le jet des eaux «. 
(Littré.) 

II. i4 



2IO TEMPS MODERNES (XVII* ET XVllf SIÈCLES) 

un rocher au milieu du bassin, pendant que quatre 
paons, placés aux quatre coins du bassin, s'amusaient à 
jeter sur lui, par le bec. de vigoureux jets d'eau. 

Un nouveau mur transversal fermait toutes ces petites 
cours au nord. Au-delà du mur, et jusqu'au chemin de 
Saint-Leu qui existe toujours, le terrain était divisé en 
'deux parties : à gauche, le long du chemin montant dit 
le chemin de charrière, se trouvait le Clos des cerfs avec 
des losres: à droite, la LonQuiornolle ^ ou cour des Poules, 
destinée à des oiseaux domestiques. Cette cour des Poules 
est figurée en plan sur un dessin conservé à la Biblio- 
thèque Nationale % avec le nom de « ménagerie pour les 
poules de différentes espèces w ; elle se présente sous la 
forme des faisanderies de nos jardins zoologiques actuels, 
longue de 45 toises et divisée en douze cabanes commu- 
niquant chacune avec un enclos extérieur; chaque cabane 
renferme huit logettes, et l'ensemble des douze enclos 
est traversé dans sa longueur par un étroit canal d'eau 
courante, les « coulettes ». Ce dessin est sans doute un 
premier projet, car le plan définitif dressé au xviif siècle 
et conservé à Chantilly présente huit cabanes et sept 
enclos. 

Un autre dessin de la Bibliothèque Nationale montre, 
en élévation, une « ménagerie pour les animaux de mer » ; 
c'est un enclos entouré de murs pleins, sauf sur le côté 
inférieur, large de lo toises, où se trouvent deux pavil- 
lons séparés par une large baie grillagée à travers 
laquelle on voit les oiseaux voler; dans la cour, profonde 
de 5 toises et demi, des poteaux peints en vert supportent 
un toit de treillage; la cour est traversée, jusqu'au milieu 

' Nous ne connaissons pas l'origine de ce mot; il était déjà employé 
depuis longtemps, car un document du xiv® siècle mentionne, près de la vieille 
ferme de Vineuil, le « pré de la LongignoUe ». 

* Département des Estampes. Topographie c'e la France, dép. de 1 Oise, 
arr. de Senlis, t. Ili. 



MÉNAGERIE DE VINEUIL : ^d'J'j-i'^Of) an 

de la baie, par une coulette qui sort d'un bassin semi- 
circulaire placé contre le mur du fond. Ce mur ferme, au 
sud, une petite cour triangulaire qui se trouve au-dessous 
du clos des Cerfs, contre le chemin montant, et qui sera 
d'abord la « cour des moutons du Pérou et des viofosmes >^, 

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puis la « cour des boucs et du cerf de Siam ». Un peu plus- 
tard, la « ménagerie pour les animaux de mer » sera 
nommée la «volière des petits oiseaux » ; là seront toujours 
les volières, fermant au nord la cour des Pigeons'. 

VI. A l'est de la Longuignolle se trouvait une propriété 
particulière qui fit toujours enclave dans l'enclos de la 
ménagerie-. Au-dessous de cette propriété, d'autres 
maisons de particuliers descendaient alors jusqu'au bord 
de la terrasse, formant une sorte d'angle ou d'entonnoir 
entre le vieux bâtiment qui bordait la grande cour et, à 
l'est, le potager de la ménagerie, créé principalement 
dans le clos de M. Bassolet acquis en 1682. Le prince de 
Condé fit l'acquisition de ces différentes parties de i68q 
à 1694, ce qui porta d'abord la limite de la ménagerie 
jusqu'à la ruelle qu'on appelait alors tantôt la « rue 
des Mauxplaisirs », tantôt la « ruelle qui conduit des 
carrières à la fontaine de Vineuil )>. Plus tard, il achètera 
encore à l'est d'autres maisons et jardins et donnera 
ainsi pour limite orientale à la ménagerie la ruelle qui 
grimpe vers le Haut-Vineuil, depuis la Grande rue jusqu'à 
la rue des Boudins. 

1 Ces « ménageries » de poules et d oiseaux, la petite cour triangulaire, et 
le clos des Cerfs, sont indiqués sur le Plan général de Chantilly gravé par 
N. Deferen 1705. comme sur la Veue générale publiée à la même époque par 
Aveline, d'après le dessin de Breteuil, et dédiée au prince Henri-Jules. On ne 
voit que deux pavillons au-dessus de la cour principale , cependant les trois 
pavillons du chevet circulaire (pavillons de la cour des Coqs, de la cour du 
Loup et de la Chèvre et de la cour des Paons) existaient déjà. 

- Cette propriété, composée d'une cour, maison et jardin potager, appar- 
tient aujourd'hui à .M™e Van de VValle; elle a été considérablement agrandie 
aux dépens de la ménagerie par les aliénations révolutionnaires. 



212 TEMPS MODERNES (xVII* ET XYIIl" SiÈCLES) 

Le prince fit transformer la rue des Mauxplaisirs en 
une belle avenue qui prit le nom d'allée de la Colonne; 
il fit établir à droite de cette allée une pépinière, et à 
gauche un grand jardin potager. Entre ce jardin et la 
grande cour de la ménagerie, subsistait encore une vaste 
enclave dont le prince fit disparaître la partie inférieure en 
achetant quatre maisons de particuliers en 1706 et 1707 ; 
c'est là que le duc de Bourbon placera plus tard le clos 
des sangliers et, au-dessous, les loges d'animaux sau- 
vages. 

L'allée de la Colonne (la rue actuelle du même nom qui 
est la première, à gauche, en entrant dans Vineuil) était 
bordée à l'est par le « canal des canards » ; elle était 
coupée par un rond-point d'où partait, vers Touest, une 
allée qui longeait le mur de la terrasse au-dessous de la 
grande cour et aboutissait à la demi-lune du petit Ver- 
tugadin. 

Au-dessous du rond-point partaient deux allées, Tune 
aboutissant à un second rond-point contre le mur du 
palais d'Isis, l'autre rejoignant un troisième rond-point 
au sud-est; le triangle formait un petit parc grillagé, 
fermé au sud par une autre allée d'arbres, et au milieu 
duquel fut creusé un bassin circulaire, le Bassin de la 
Colonne ; le troisième rond-point renfermait un autre 
bassin, le Bassin de Narcisse. Le bassin de la Colonne, 
que le tracé moderne de la rue de la Colonne a fait dispa- 
raître, était destiné aux oiseaux d'eau de différentes 
espèces. II tirait son nom d'une colonne de porphyre qui 
fut dressée dans un terre-plein centrai. Le bassin de 
Narcisse était ainsi appelé d'une statue de plomb repré- 
sentant le bel enfant de la Fable penché sur le bord d'un 
rocher, se regardant avec transport et tendant les bras 

1 Nous avons la date de la créalioa du bassin de la Coloune dans un compte 
du 19 novembre 1696. 



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PLANCHE XVIII 
MÉNAGERIE DES PRINCES DE CONDÉ A VINEUIL 

Gravures de Gabriel Perelle. Cabinet des Estampes, à Paris, 
et Musée Condé, à Chantilly). 



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MÉNAGERIE DE YINEUII. : 1677-1 709 '2 1 "> 

à sa figure qu'on voyait se refléter dans une eau vive et 
claire. 

Enfin la vieille ferme de Vineuil ayant disparu et les 
besoins de la ménagerie nouvelle allant toujours crois- 
sant, le prince fit acheter une grande ferme qui occu- 
pait, au-dessus de la fontaine de Vineuil, tout l'espace 
compris entre la ruelle, la Grande rue et la rue des 
Boudins * ; ce fut la « ferme de la ménagerie » jusqu'à la 
Révolution. 

La ménagerie proprement dite couvrait alors, et elle 
ne sera plus agrandie désormais, une surface d'environ 
cinq hectares, c'est-à-dire à peu près la grandeur de la 
Ménagerie du Roi à Versailles. 

Entre le bassin de Narcisse et le pavillon d'Isis, au sud 
du parc de la Colonne, s'étendait un joli parterre; puis 
venait le grand mur qui fermait la ménagerie de ce côté. 
Ce mur était longé à l'extérieur par une belle allée 
d'arbres, l'allée du Vertugadin, au-delà de laquelle un 
large talus herbeux descendait en pente douce jusqu'à la 
berge du Grand CanaP. L'allée commençait, à Test, au 
Grand Vertugadin^ qui regarde la terrasse du Connétable; 
elle longeait d'abord des terrains de particuliers, côtoyait 
ensuite les bâtiments du bas de la ménagerie, passait 
devant l'entrée de la cour des marronniers et aboutissait 

1 M"° de Villeroy (Louise Portelot) avait vendu cette ferme, le 14 no- 
vembre 1693, à un laboureur de Vineuil, Jean Naze. Mais, d'après le droit 
féodal, un bien en censive pouvait être, en cas d'aliénation, repris parle sei- 
gneur à la charge d'en rembourser le prix, et le prince de Condé usa de ce 
droit. Le 5 juillet 1694, Jean Naze, « tendant le giron à la demande en retrait 
censuel qui lui a été faite à la requête de Son Altesse Sérénissime », céda 
son acquisition au prince de Condé. 

- Ce canal portait, comme à Versailles, une flottille composée d'une fré- 
gate et d'un certain nombre de gondoles. 

3 On appelait, en terme de jardinage, vertugadin (de l'espagnol vertugado), 
'< un glacis do gazon en amphitéàtre dont les lignes circulaires qui le ren- 
ferment ne sont point parallèles » (Diction, de P. Richelet, i^Sg). Il y a 
encore aujourd'hui, dans le parc de Versailles, un vertugadin placé autour de 
la pièce d'eau dite du « Miroir », près le « Jardin du Roi ». 



214 TEMPS MODERNES (XVII ET XYIIl SIÈCLES] 

à Touest au Petit Vertugadin, qu'on appelait encore la 
Demi-Lune ; à cet endroit venaient aboutir le chemin de 
Saint-Maximin, qui continuait l'allée en ligne droite, et le 
pont du Grand Canal, qui conduisait au parc du château ; 
au nord, le Petit Vertugadin donnait sur un chemin mon- 
tant qu'on appelait le « chemin de charrière » ; à l'est, 
il donnait accès à la ménagerie par une entrée qui existe 
encore aujourd'hui et qu'on appelait la « grille des 
Princes » '. 

VII. La distribution de l'eau à la ménagerie avait été^ 
comme à Versailles, la grande préoccupation de l'archi- 
tecte. Le bassin de Narcisse (supprimé au début du 
xix'' siècle par le prolongement de la route de Vineuil 
vers Chantilly) recevait l'eau d'une fontaine voisine, la 
fontaine publique de Vineuil, qui existe toujours au bord 
de la route et continue à être alimentée par une source 
située aujourd'hui en deçà du mur du parc-. 

L'eau s'écoulait de la fontaine de Narcisse pour aller, 
par une conduite de 65 toises, alimenter les bassins de la 
laiterie. De là, l'eau était envoyée au bassin des marron- 
niers par une conduite de 9 toises, et au bassin des cas- 
tors par une dernière conduite de 11 toises. Au-dessus de 



^ Il y avait encore deux entrées de la ménagerie : l'une au nord, entre la 
Longuignolle et l'enclos des Cerfs ; l'autre, au sud-est, vis-à-vis 1' « allée de la 
carrière aux daims », en face du centre du bassin de la Colonne. 

- En 1708, on entoura d'un mur circulaire la fontaine qui alimentait le bassin 
de Narcisse et qu'on appelait encore « fontaine Thclinge ». Cette fontaine 
n'appartenait pas, en effet, au prince de Condé, mais le jardin où elle se trou- 
vait dépendait de la maison de Christophe Thelinge. Cette maison avait 
appartenu à François Rousseau, « chef du gobelet » dans la maison de 
Condé et dont la iille avait épousé, par contrat du .20 janvier 1688, Chris- 
tophe Thelinge, « capitaine de la ménagerie », dont uous parlons plus loin. 
Lorsque les héritiers de Thelinge vendront sa maison en 1735, ils céderont 
tout d'abord au duc de Bourbon le bout de jardin et la fontaine ; celle-ci a 
subsisté dans sa forme ancienne, et se trouve de nouveau rattachée au jardin 
de la maison Thelinge, dite aujourd'hui maison Narcisse et occupée par 
M. Auguste Laugel. 



MÉNAGERIE DE VINEUIL : 1G77-1709 2i5 

ce premier plan, Feau était envoyée du réservoir de la 
pelouse de Chantilly jusqu'à un regard situé dans le clos 
des Cerfs*. Le bassin du clos des Cerfs et le bassin qui 
terminait « la coulette de Fenfilade des poules » [la Lon- 
guignolle) se déversaient dans la niche (qui existe encore) 
où se trouvait le groupe du Loup et la Chèvre; des deux 
petites cours de droite, le "- bassin des Coqs » et le 
« bassin de FAigle » (bassin du Renard) envoyaient leur 
eau au bassin du Pot de terre et du Pot de fer^ où se 
déversait aussi Teau du Loup et la Chèvre. La décharge 
des bassins de la cour de la Volière, delà cour des Pigeons 
ou des Vents, et de la cour des Paons, aboutissait « à la 
deuxième nappe de plomb de la cascade qui est en face 
du bâtiment des appartements », c'est-à-dire au bassin 
inférieur de la « goulotte », dont Feau se déversait dans 
la grotte située au dessous (cette grotte existe encore, 
mais sans eau). De la grotte, Feau était envoyée au bassin 
de la Colonne. 

VIIL La Ménagerie de Vineuil ne renferma guère, 
pendant cette période, que des oiseaux de toute sorte, 
surtout des cailles, des ortolans, des dindons, des pou- 
les, de même que des agneaux et des veaux que Fon 
engraissait pour la table du prince. Le personnel se com- 
posait d'un gouverneur, le sieur Christophe Thelinge, 
un ancien valet de chambre du Grand Condé qui avait été 
nommé « capitaine de la Ménagerie » en 1G87 ; il 
touchait 800 livres de traitement par an, avait sous ses 
ordres, en plus d'hommes et femmes de journée, quatre 
hommes à gages fixes : 



^ De c€ réservoir l'eau était envoyée jusqu au somuiet de l'enclos de la 
ménagerie par une conduite de tuyaux de fer qui fut posée en 1690. Pour la 
répartition de Teau dans l'intéiùeur des enclos, on employa des tuyaux de 
grés fournis par Louis Berlin, potier de grès à Savigny, près Beauvais. 



ai6 TEMPS MODERNES (xVII^ ET XVIIl* SiÈCLEs) 

Un engraisseur, Simon Mo, payé. . . . 4oo livres ; 

un garçon de ménagerie, Gabillot, payé. 200 — 

un berger 200 — 

et un vacher i5o — 

La dépense occasionnée par la nourriture des animaux 
s'éleva de 5356 livres en 1690, à 7891 livres en 1707 ; 
elle s'abaissa ensuite, parce que les bêtes à cornes et le 
troupeau de moutons avaient été envoyés, en 1709, à 
Verneuil*, où le sieur Brûlé était chargé de leur nour- 
riture sur les fourrages de la ferme qu'il faisait valoir. 

La nouvelle ménagerie fut décrite pour la première 
fois, sommairement d'ailleurs, dans la relation de la fête 
donnée au Grand Dauphin par le prince de Condé au 
mois d'août 1688' : « On y trouve, dit cette relation, 
une ménagerie dont la principale porte donne sur une 
des grandes allées qui bordent le Grand-Canal. Cette 
ménagerie, quoyqu'elle ne soit pas achevée, ne laisse 
pas de paroistre très magnifique. Outre un parfaitement 
bel appartement, dont la simplicité dans les meubles a 
quelque chose de plus agréable que la richesse en d'autres 
lieux, la distribution d'une infinité d'endroits propres à 
serrer tout ce qu'une ménagerie abondante peut fournir 
de mets délicieux fait un agrément qu'il est difficile 
d'exprimer. On y voit un grand salon orné de peintures 
représentant l'histoire d'isis, et ce salon est tourné de 
manière qu'il semble que ce soit plutost le temple d'isis 
qu'un bastiment ordinaire. Beaucoup de terrasses et de 
jardins champêtres font l'ornement de cette maison, dont 

^ La terre et le château de Verneuil-sur-Oise avaient été acquis en 170$ par 
le prince de Condé. 

2 Cette fête, qui dura du dimanche 22 au lundi 3o août, coûta au prince de 
Condé iSa.^SS livres i5 sols. La relation en a été publiée dans un supplé- 
ment au Mercure galant d'octobre 1688, sous ce litre : « La Feste de Chan- 
tilly, contenant tout ce qui s'est passé pendant le séjour que Monseigneur le 
Dauphin y a fait, avec une description exacte du chasteau et des fontaines ». 



MKNAGERIE DE VINEUIL : 1677-1709 217 

une des cours est bordée de huit ou dix petits pavillons, 
tous séparés les uns des autres et destinés à loger les 
animaux rares que Monsieur le Prince fait venir des pays 
étrangers. Une autre cour a dans le milieu une fontaine 
toute de sources vives, qu'on voit sourdre et bouillonner 
parmy des rocailles qui paroissent naturelles; on appelle 
cette fontaine la fontaine de Narcisse, parce que ce berger 
amoureux de luy-mème y paroist au milieu, se regardant 
avec transport et tendant les bras à sa figure, qu'on a le 
plaisir de voir dans Teau, tant cette eau est claire, nette 



et argentée », 



La ménagerie créée par le prince Henri-Jules était 
une merveille de plus ajoutée aux merveilles créées par 
le Grand Gondé, et les contemporains ne tarissaient pas 
d'éloges sur elle. Dès lors, elle tient une grande place 
dans les récits des réceptions et des fêtes données à 
Ghantilly. Le i5 mai 1690, le Roi vint coucher à Ghan- 
tilly ; il se promena le soir en calèche avec la princesse 
de Condé, M"^ de Gondé sa fille, la princesse douairière 
de Gonti et quelques autres dames, avec lesquelles il 
fut voir la ménagerie'. A la fin de mai 1698, lorsque 
le comte de Portland, ambassadeur du roi d'Angleterre, 
quitta Paris pour regagner Londres, le prince de Gondé 
l'arrêta quelques jours à Ghantilly et le régala magnifi- 
quement-. Un poète anonyme, qui assistait à ces fêtes, 
ne put se retenir de donner une Description de Chan- 
tilly en vers français ; c'était un homme modeste, car il 
n'a signé son œuvre que d'une initiale, et nous n'avons 
pu découvrir son nom ; il est vrai que son talent est 
modeste aussi. Après avoir invité milord Portland à venir 
admirer Ghantilly, il en décrit les beautés et n'a garde 
d'oublier la ménagerie : 

1 De Sourches, Journal, t. IV, p. 456. 

2 Mercure galant, juin 1698, p. 73. 



2lS TEMPS MODERNES (XVII^ ET XVIII^ SiÈCLEs) 

Mais il faut vous quitter pour la Ménagerie. 

Ce superbe Salon et cette Laiterie 

Effacent tout l'éclat de ces somptueux bains 

Que l'histoire a vantés chez les peuples romains. 

L'œil n'y découvre rien que marbre et porcelaine 

Arrosés par les eaux d'une claire fontaine 

Qui semble s'empresser à sortir de son sein 

Pour occuper les bords d'un si riche bassin. 

Digne fils d'un héros que la terre révère, 

Condé, qui suis si bien les traces de ton père. 

Dis-nous par quel secret tu sais de toutes parts 

Sur les moindres objets attirer nos regards. 

Tous ces appartements dans leur simple ordonnance 

Nous touchent plus encore que ta magnificence. 

Et sans l'or ni l'azur tes soins industrieux 

Rendent tous tes projets rares et précieux. 

Tel est ce bâtiment qui dans son air champêtre 

Découvre à chaque pas le bon goilt de son maître, 

Où souvent l'on te voit venir avec ardeur 

Te délasser des soins de ta propre grandeur ; 

Et c'est là que, donnant relâche à ton génie. 

Tu prends plaisir à voir la nature infinie 

Dans tous ces animaux que Thelinge y nourrit 

Bien moins pour plaire aux yeux que pour plaire à l'esprit. 



Quel charme et quel plaisir de voir ces longues cages 

Toutes pleines d'oiseaux de difféi^ens plumages. 

Oiseaux bénins, de proie, oiseaux légers ou lourds, 

Paons, outardes, griffons, aigles, sacres, vautours; 

Ces loges renfermant maint rare quadrupède. 

Animaux singuliers que l'Afrique possède, 

Panthères, léopards, ours, tigres et lions; 

Ces viviers où l'on voit de monstrueux poissons, 

Truites, carpes, brochets, dont l'écaillé azurée 

Imite du pigeon la gorge colorée; 

Je vous quitte à regret, délicieux séjour 

Il est bien probable que le poète ne vit alors qu'en 
imagination les bêtes féroces qui, d'ailleurs, paraî- 
tront plus tard à la ménagerie. Il aurait pu y ajouter, 
avec plus de vérité, les perroquets et les serins, nourris 



MENAGERIE DE VI>'EUIL : i(>77-i7<»9 '-iiy 

au château pour ramusemcnt permanent des prin- 
cesses. Il parut en 1700, en effet, un Traité des Serins de 
Canarie^ dont Fauteur, le s"" Hervieux, se qualifie de « gou- 
verneur des serins de Madame la princesse de Condé^ » 

' Ce petit livre, de J.-C. Hervieux de Chanteloup, a été réimprimé plusieurs 
fois jusqu'en 1802. 



CHAPITRE XIII 

LA MÉNAGERIE DE VINEUIL SOUS LE DUC 
LOUIS-HENRI DE BOURBON 

(1710-1740) 



1. La ménagerie de Vineuii est d'abord réduite dans ses services, en 1712. 

2. Le duc de Bourbon y fait arriver les premiers animaux féroces en 1718. 

Constructions nouvelles. Description de la ménagerie à cette époque. 

3. Achats d'animaux. Personnel et dépenses de la ménagerie. 
i. Grandes fêtes données à la ménagerie. 

I. Le prince Henri-Jules mourut le i^'' avril 1709; il 
avait été le véritable créateur de la ménagerie de Vineuii ; 
son fastueux successeur s'appliqua surtout à la peupler. 
Ce successeur ne fut pas son fils, Louis III de Bourbon, 
qui mourut en effet le 4 mars 1710, laissant neuf 
enfants*, dont Louis-Henri, qui porta toute sa vie, 
bien que prince de Gondé, le titre de duc de Bourbon. 
Ce prince était alors à l'armée, faisant campagne en 
Flandre et sur le Rhin sous les ordres de Villars. Comme 
il avait plusieurs frères et sœurs, comme sa grand'mère 
et sa mère avaient encore de longues années à vivre, le 
règlement de la succession paternelle fut d'abord l'occa- 
sion de sérieux « retranchements » dans le service de la 
ménagerie, ainsi que nous l'apprend une délibération du 
conseil du prince en date du i5 mars 17 12 : 

« Vu au Conseil l'état des animaux de la ménagerie de 



* Il avait épousé, le 24 juillet i685, Louise-Françoise de Bourbon, dite 
M"o de Nantes, fille légitimée de Louis XIV et de M™* de Montespan. 



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MENAGERIE DE YIXEUIL 



Chantilly qui lui a été envoyé par le sieur du Plessis\ 
signé de Thelinge, directeur de la dite Ménagerie, sur 
lequel il convient faire un retranchement et vendre les 
animaux dont on veut se défaire pour éviter la dépense, 
il a été arrêté que le sieur du Plessis fera vendre au plus 
offrant et dernier enchérisseur les i lo moutons et brebis, 
les 26 agneaux, les 12 moutons qui sont en graisse, les 
10 vaches, les poules et coqs dinde, pigeons du grand 
colombier et ortolans. Il réservera les truites et perches, 
les 4o pigeons qui sont dans la volière, les poules 
naines, une douzaine des plus belles poules et deux coqs ; 
le surplus des dites poules sera vendu. Il sera réservé 
aussi les canes éjointées et les cygnes qui sont sur les 
canaux, les 18 canes musquées, les 5 oies d'Egypte, 
l'aigle, le griffon, et les grandes carpes qui sont dans les 
fossés du château, attendu que ce sont choses qu'il n'est 
pas facile de réparer quand on le voudra. Et à l'égard 
des cinq daims, le sieur de Sarrobert" les fera chasser 
dans la forêt ». 

L'année suivante, en 1713, il y avait à la ménagerie : 
4o cygnes, 60 poules de races naine et autres, 62 canes 
musquées, 5o pigeons de Aolière, 20 paons, j oies 
d'Egypte, des oies d'Inde, un aigle et un certain nombre 
de canards d'espèce commune. 

Ce régime d'économies était l'œuvre d'administrateurs 
sérieux et intègres ; il dura juste autant que leur gestion^ 
et ce ne fut qu'une éclipse momentanée dans les fastes 
de la ménagerie. 

II. Le duc de Bourbon épousa, cette même année 1713,. 
sa cousine Marie-Anne de Bourbon-Conti; devenu veut 

* Claude Richard, sieur du Piessis-Godard, gruyer cl capitaine du château 
de Chantilly. 

- Sigismond de Sarrobert, capitaine des chasses. 



2^2 TEMPS MODERNES (xVII^ ET XTIII* SiÈCLEs) 

en i'72o, il tomba aussitôt sous le joug de M™* de Prie, 
qui devint le véritable chef de l'Etat le jour où son 
amant prit la succession du Régent (1723). Vaincu dans 
sa lutte contre le cardinal de Fleury, le duc de Bourbon 
fut exilé à Chantilly (1726), pendant que M™" de Prie était 
reléguée en Normandie, dans son château de Gourbépine, 
oiî elle s'empoisonna l'année suivante. M. le Duc rentra 
en grâce au mois de décembre 1727, En juin de Tannée 
suivante, il épousa la princesse Caroline de Hesse-Rhin- 
feld, et partagea dès lors sa vie entre Chantilly et la cour, 
n'ayant plus aucune part au pouvoir, aucune influence 
auprès de Louis XV. Immensément riche, follement pro- 
digue pour satisfaire ses fantaisies, épris de Chantilly 
plus qu'aucun de sa race, il paraît avoir fait de l'em- 
bellissement de cette maison le but de son existence; 
Saint-Simon déclare que « les sommes prodigieuses » 
qu'y avait dépensées Henri-Jules de Bourbon de 1G87 
à 1709 « ont été des bagatelles en comparaison des- 
trésors que son petit-fils y a enterrés et des merveilles 
qu'il y a faites ». De son œuvre à Chantilly, il ne subsiste 
que le plus splendide témoignage de sa magnificence, 
les Grandes Ecuries. Tout le reste a disparu. Disparus 
aussi les comptes et la correspondance de cette époque, 
dont la perte est infiniment regrettable, mais nous avons 
assez de renseignements pour juger de la splendeur 
qu'atteignit alors la ménagerie de Chantilly. 

Et tout d'abord, ce furent des lions et des tigres que 
l'on voit arriver à la ménagerie dès 17 18. 

Pour logrer ces animaux, de nouvelles constructions 
s'imposaient. Nous avons déjà signalé, derrière le palais 
d'Isis, le bâtiment, terminé par un léger retour, et per- 
pendiculaire au mur de terrasse qui bordait la grande 
cour du côté de Vineuil. Le prince Henri-Jules avait 
acquis les propriétés particulières qui formaient enclave 



MEI^AGERIE DE VI>'ELIL : 1710-1 7 ',o l'ii 

entre ce bâtiment et le jardin potager; M. le I3uc les fit 
disparaître, et, surTemplacement, fit édifier des loges pour 
bêtes féroces. Le vieux hâtiment fut utilisé, avec modifi- 
cation de l'aménagement intérieur; l'aile en retour fut 
allongée et aboutit à un passage au-delà duquel un autre 
bâtiment en équerre, de dimensions exactement sem- 
blables, fut construit pour faire pendant. On eut ainsi un 
grand bâtiment formé de trois ailes disposées en équerre 
autour d'une cour longue de 20 toises sur 17 de large et 
présentant en son milieu un bassin. On y travailla de 
1717 à 1723. L'architecte en fut certainement Jean Aubert, 
qui construisait alors les Grandes Ecuries et donnait au 
château la forme majestueuse, mais bien peu élégante, 
que la Révolution a fait disparaître. Le projet de l'archi- 
tecte n'est plus dans les archives de Chantilly et &e 
trouve aujourd'hui conservé à la Bibliothèque Nationale* : 
il nous montre un bâtiment sans étage, avec des portes 
surmontées d'un œil de bœuf et présentant à chaque 
bout un pavillon construit dans le style des Grandes 
Ecuries. La légende qui accompagne le plan montre que 
l'extrémité de l'aile gauche et toute l'aile da fond sont 
seules aménagées; on y voit, de l'ouest à l'est : une cui- 
sine et un fournil pour les animaux, des loges pour lapins, 
singes, chameaux, sagouins, tigres, lions, lionnes et 
lionceaux", chats sauvages, porcs-épics, grands singes; 
le bout oriental de l'aile du fond est occupé par deux 
petites cours intérieures désignées par la lettre 0. La 
((. ménagerie des animaux sauvages », comme on appela 
ce bâtiment, est terminée en 1723. 

Cette partie de la ménagerie fut représentée, à cette 
époque, avec quelques-uns de ses animaux, par les frères 

^ Plan et élévation d'un bâtiment de la ménagerie. Département des 
Estampes ; Topographie de France ; Oise, arr. de Senlis, t. III (Y*. i44). 
- Les lionceaux étaient allaites ici par des chiennes. 



■il'i TEMPS MODERNES (XVII^ ET X\uf SiÈCLES) 

Marolles, dans la partie inférieure d'un grand dessin à 
Tencre de Chine et au bistre, appendu aujourd'hui dans 
le vestibule du petit château de Chantilly. Se plaçant 
près du pavillon qui terminait l'aile droite des nouvelles 
loges, les artistes purent montrer ainsi : à gauche, la 
façade postérieure des bâtiments d'Isis et de la Laiterie; 
au milieu, dans le fond, le bout du bâtiment neuf ou 
appartement des tableaux, sortant du feuillage de la cour 
des Marronniers, et le mur de la terrasse des cours d'ani- 
maux vu en raccourci ; à droite, en perspective, l'aile 
occidentale des nouvelles loges avec l'aile en retour vue 
jusqu'au passage, et, au premier plan, un morceau du 
pavillon terminant l'aile orientale ; la cour des nouvelles 
loges, dans laquelle on voit ici un chameau, sera creusée 
plus tard, d'un bassin central. La partie supérieure de ce 
dessin représente le Château, Bucamp, l'Orangerie, les 
Ecuries, la Pelouse, un coin de la forêt avec une chasse 
et, au-dessous, le portrait du duc de Bourbon. 

Derrière cette nouvelle ménagerie, le terrain resté 
libre jusqu'au mur de la propriété particulière dont la 
maison est aujourd'hui habitée par M'"* Yan de Walle, 
fut converti en clos pour les sangliers. 

Quant aux autres logements d'animaux, un document 
manuscrit, inséré à la suite du dessin précédent dans le 
recueil de la Bibliothèque Nationale, et intitulé « Mémoire 
alphabétique de la Ménagerie de Chantilly », donne la 
liste des cours, par ordre alphabétique, en commençant 
par le haut à droite, au dessous du chemin de Saint-Leu 
et contre la propriété Van de Walle : 

(( A, Longuignolle ou poulailler pour mettre couver les 
poules de différentes couleurs ; AB, cour des poulies, 
poulies pintades, demoiselles et grues ; C, clos des cerfs 
et des biches », Ce clos était limité à gauche par le 
chemin montant, dit chemin de charrière. Au-dessous, 





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MÉNAGERIE DE VINEUIL 1710-1740 2ï5 

une petite cour presque triangulaire attenant au chemin, 
est désignée ainsi « D, cour des moutons du Pérou et 
vigognes ». Au-dessous encore, attenant au chemin, se 
trouve la « volière des petits oiseaux » (E), puis la « vo- 
lière des beaux pigeons et faisans pintelés » ; (F) est la 
cour des pigeons. 

A la suite et à droite, autour de la partie circulaire de 
la grande cour, nous trouvons : « G, cour des paons; H, 
cour du loup et de la chèvre; I, cour des outardes ou 
cour des coqs ; L, cour de Taigle et du vautour » (cour 
du renard). 

A droite de cette dernière, « M, cour des cochons san- 
gliers » ; au-dessous, « N, cour des nouvelles loges » ; 
au bas, « O, cour du pavillon de la laiterie »; à côté à 
gauche, « P, cour du bassin des marronniers » ; à 
gauche encore, entre le bâtiment Neuf et le bas de la 
demi-lune, « Q, cour des castors et des truites ». A droite 
d'Isis, le triangle où se trouve le bassin de la Colonne est 
la (( cour de treillage pour les oiseaux d'eau » ( R) ; au-dessus 
se trouvent les potagers (S). Seule la cour principale et 
centrale n'est pas mentionnée. 

Faisons remarquer que certaines de ces loges et cours 
pourront changer de destination pendant le xviii' siècle, 
mais Tétude du plan d'ensemble permettra presque tou- 
jours de les reconnaître. En février 1725, par exemple, le 
menuisier Jean Mille fait des réparations aux endroits 
suivants : la cour aux oiseaux royaux, la cour des cigognes, 
le clos des cerfs, la cour des cerfs, ce où deux loges neuves 
ont été faites pour les poules » ; ce aux loges qui ont été 
faites pour les taureaux sauvages ». En 1726, on rencontre 
« le bassin trapèze des castors » ; le menuisier Louis Vau- 
dier place des « pondoirs dans les loges des poules 
d'Inde qui sont en bas auprès (au-dessus) des castors », 
d'autres pondoirs « dans les loges des poules et autres 



226 TEMPS MODERNES (xVIl'' ET XVIIl'' SIÈCLES) 

animaux volatiles » ; il fait des réparations à la « porte des 
poules pintelées pour empêcher que les pigeons ne 
passent par dessous », aux volières des perdrix et des 
faisans, à la loge du cerf de Siam (au-dessous du clos des 
cerfs), à la porte des sangliers, etc. 

En cette même année 1726, Louis Vaudier présente un 
« mémoire des ouvrages de menuiserie qui ont été faits 
pour le service de S. A. S. Monseigneur le Duc à la 
ménagerie, aux nouvelles loges où sont les mouflons et 
les cabrioles, le tout fait par ordre de M. Aubert, con- 
trôleur des bâtiments du Roy et architecte de S. A. S. ». 
Ces nouvelles loges furent établies sur la droite de Ten- 
clos de la ménagerie et séparées de la Pépinière par un mur. 

En 1734 et 1735, le menuisier Thomas Talion fait des 
réparations aux loges de Faigle, du vautour, du loup, du 
dromadaire, des renards, des singes, des sagouins, des 
oiseaux royaux, des porcs-épics, à la « séparation de la 
loge des porcs-épics de celle des corbeaux », à la « loge 
des boucs d'Angola », à la « porte de séparation des 
cours des mouflons et des cabrioles », au treillage du 
bassin de la Colonne, au canal des canards, à celui des 
castors, au clos des cerfs, à la cour du cerf de Siam, à 
la cour des poules, à celle des pigeons, et, en dehors de 
l'enclos de la ménagerie, à la « loge des taureaux sauvages 
à la ferme de Yineuil ». Bientôt après, M. le Duc logea 
les taureaux sauvages, peut-être des bisons, dans l'en- 
ceinte de la ménagerie, mais sur la droite de la Pépinière 
et du bassin de la Colonne, en face des mouflons et des 
cabrioles. 

III. La ménagerie de Chantilly donna lieu nécessaire- 
ment, comme celle de Versailles, à de nombreux achats 
d'animaux étrangers, mais nous n'avons trouvé sur ce 
point que les rares renseignements suivants : 



MENAGERIE DE VINEUIL : 1710-1740 '^27 

Le 19 août 1737, on paie 149 l- 17 s. 6d. ùM. criléricouit 
d'Obson ville « en remboursement des avances de 
monsieur son frère, intendant des galères, pour la 
nourriture et les frais des gazelles envoyées à S. A. S. ». 
M. de Gentien reçoit l\5o livres » pour frais et nour- 
riture des animaux qu'il a apportés de Guinée ». La 
même année, des animaux sont amenés de Lyon à 
Chantilly; un article spécial est consacré à Taciiat d'ou- 
tardes. En 1739, on s'occupe spécialement des i)intades; 
on va prendre deux porcs-épics à Paris (7 juin) ; un mar- 
chand nommé Jean Fantosme fournit des oiseaux de 



mer, etc. 



Naturellement, le personnel de la ménagerie fut aug- 
menté pendant cette période; pourtant les employés à 
gages fixes sont toujours en nombre restreint. On comp- 
tait en 1723 : Christophe Thelinge, gouverneur; Simon 
Mo, engraisseur, Christophe Mo et Jean Gabillot, garçons; 
Jacques Devauchaux, « qui a le soin des chameaux et 
des bourriques » ; Pierre Bordier, jardinier, et M^"^ Bap- 
tiste, femme de l'inspecteur des jardins de Chantilly,, 
chargée du gouvernement des vaches et de la laiterie; 
en 1726, il y a deux garçons en plus. La dépense occa- 
sionnée par la nourriture des animaux s'éleva, en 1727,. 
à environ io3oo livres (2076 I. i3 s. 10 d. pour un tri-< 
mestre) . 

Douze ans après, le commissaire-économe, le sieur 
Lécaillé, a sous ses ordres : un camelier, un vacher, un 
gardeur de dindons, un gardeur de chèvres et bouque- 
tins, un garçon et deux servantes. La dame Baptiste est 
toujours gouvernante de la Laiterie ; le jardinier est 
Louis Périer. Les frais aussi se sont élevés puisque, du 
i*'^ avril 1736 au 3i décembre 1737, la nourriture des 
animaux coûta à elle seule 21 391 livres. 



228 TEMPS MODERNES (xVII* ET XVIII^ SiÈCLES) 

IV. Si, pendant cette période, la ménagerie servait 
encore à Talimentation de la table du maître, elle était 
devenue surtout un lieu d'apparat dont la visite faisait 
partie des divertissements de Chantilly et s'imposait aux 
hôtes de marque. 

La première fête que Ton y vit à cette époque, en sep- 
tembre 1718, fut celle que le duc de Bourbon donna à 
Chantilly en Fhonneur de la duchesse de Berry, fille du 
duc d'Orléans. La duchesse s'amusa fort, en particulier 
au manège d'un grand lion enfermé dans une loge avec 
une chienne qui l'avait allaité' ; mais, pendant qu'elle s'y 
promenait en compagnie de musiciens et Je comédiens, 
un grand et fort beau tigre s'échappa et courut les jardins 
de ce même côté de la ménagerie. « On peut juger de 
l'effroi et de l'inquiétude de toute cette cour rassemblée, 
dit Saint-Simon. Le maître du tigre accourut, s'approcha 
de lui, et le ramena adroitement dans sa loge, sans qu'il 
eût fait aucun autre mal à personne que la plus grande 
peur- ». 

Trois ans après, en 1721, c'était Méhémet-Effendi, am- 
bassadeur du Sultan, qui s'étonna de trouver des « per- 
roquets de couleur incarnat se lamenter en français à sa 
vue »'. Puis, en 1722, ce fut le jeune Louis XV qui vint 
y passer une après-midi : « Après avoir visité tous les 
animaux de différentes espèces et les autres curiosités 
qu'elle renferme, raconte Faure (La fête Roy aie...), '\\ passa 
à la dernière pièce, où d'abord, comme par un art ma- 
gique, Orphée lui apparut au milieu d'une grotte enfoncée 
dans deux bosquets de lauriers-roses et d'orangers. La 

1 « A la fin il l'a tuée », écrit l'archiviste de la maison de Condé, Mathieu 
Luillier, sur la marge du feuillet où il a transcrit la courte relation du Mer- 
cure d'octobre 1718. (Musée Condé, ms. 941, f. 246). 

- Saint-Simon, Mémoires, éd. Chéruel, XVI, p. 106. 

^ Voir : Relation de l'Ambassade de Méhemet-Effendi. 



MÉNAGERIE DE VINEUIL ! 1710-1740 l'ig 

grotte étoit formée par des berceaux de treillage entre- 
mêlés de festons de toutes sortes de fleurs. Orphée, re- 
présenté par le sieur Aubcrt', jouoit du violon, et attira 
au son de cet instrument la plupart des animaux que le 
Roy venoit de voir et qui sortoient des deux bosquets pour 
l'écouter. C'étoient des sauteurs déguisés sous des peaux 
de lion, d'ours, de tigre, etc. Le plaisir infmi que leur 
oreille goùtoit à entendre cette harmonie fut troublée par 
un bruit de plusieurs cors de chasse et d'aboyemens de 
chiens, ce qui les obligea de chercher leur salut dans la 
fuite et de mettre pour cet effet en œuvre toutes les 
ruses qui leur sont naturelles. L'ours fut poursuivi par 
les chiens, et, grimpant au haut des arbres, il s'élança sur 
une corde tendue horizontalement en l'air, où il voltigea 
et fit cent tours de souplesse inconcevables. Les autres 
animaux marquèrent aussi leur frayeur par des sauts et 
des bonds surprenans; et, ce qu'il y avoit de plus remar- 
quable, c'est que les sauteurs qui les représentoient ne 
sortirent jamais du caractère qui est propre à l'instinct 
de ces brutes, et que leurs agitations violentes parois- 
soient moins des effets de la terreur que de l'allégresse 
excessive qui les transportoit à la vue de Sa Majesté. 

Louis, quelque part qu'on te voie, 
Tu sçais en biens changer les maux. 

Et faire tressaillir de joie 
Jusqu'aux plus tristes animaux. 

« Le Roy sortit de la Ménagerie à 5 heures et s'en re- 
tourna au château. Il en repartit une heure après pour 
se rendre à l'Orangerie, où il honora de sa présence un 
ballet qui avoit pour titre les Vingt-quatre heures, ambigu 

^ Jacques Aubert était maître de la musique du duc de Bourbon, aux 
gages de 2.400 livres, qu'il toucha jusqu'à la mort du priace (1740). En 
outre, par brevet du 6 septembre 1726, M. le Duc lui accorda une pension de 
i.ooo livres, réversible sur la tète de sa femme, Marie-Louise Lecat ; celle-ci 
mourut le 10 mai i77'i, laissant un fils, Etienne-Louis Aubert de Saint-Etienne. 



23o TEMPS MODERNES (XYlf ET XVIIl^ SIÈCLEs) 

comique (idée, paroles et scènes du sieur Le Grand, comé- 
dien du Roy, musique de Jacques Aubert, intendant de la 
Musique de S. A. S. M'=''' le duc de Bourbon) » \ 

Les promenades à la ménagerie tiennent encore une 
grande place dans les distractions offertes au jeune roi 
pendant ses longs séjours à Chantilly en 1724 et en 172.5. 
C'est au cours d'un de ces séjours, s'il faut en croire 
M"® de Genlis, que se serait déroulé le roman d'amour de 
M^"^ de Clermont, sœur du duc de Bourbon, et du duc de 
Melun. Elle affirme qu'à la fin de juillet 1724, au milieu 
<le la nuit, la princesse et son noble soupirant furent 
mariés secrètement dans un appartement voisin de la 
Laiterie". Il est impossible de vérifier cette assertion. 
On sait cependant que M. de Melun était alors à Chantilly, 
car il y fut blessé grièvement, au cours d'une chasse, 
d'un coup d'andouiller de cerf, et mourut le surlen- 
demain (i^'" août 1724). 

Quatre ans plus tard, la ménagerie fut appelée à par- 
ticiper à la fête charmante donnée à la nouvelle duchesse 
de Bourbon, Caroline de Hesse-Rheinfels, le jour de son 
entrée à Chantilly (3i juillet 1728). Cette fête avait été 
organisée par le capitaine des chasses, Sigismond de 
Sarrobert, qui s'était assuré le concours de cinq musiciens 
fameux. Charpentier, Paquereau, Delà vigne et les frères 
Dangui ^, ainsi que de nombreux figurants choisis parmi 
les habitants de Chantilly et des villages voisins. Un cor- 
tège, composé de six quadrilles, se forma dans la galerie 



^ L'Orangerie s'étendait entre le fossé du château et le bas de la terrasse 
•du Jeu de Paume ; le parterre compris entre l'Orangerie et la route publique 
était fermé en avant par la maison de Bucamp, transformée en corps de logis 
par le duc de Bourbon, sans aucun vestige de la vieille ferme. 

2 M"»" de Genlis, p. 55. 

^ De ces musiciens, le plus connu est Jean Charpentier, célèbre joueur de 
musette, qui débuta en 1720 comme acteur du théâtre de la foire. Il composa 
hs Plaisirs champêtres, pièce pour deux musettes, Paris, 1722, ia-40 oblong. 



MÉNAGERIE DE VINEUIL : 1710-17'io aSi 

des Cerfs', qui fermait le parterre de TOrangerie paral- 
lèlement au fossé du château ; il se mit en marche à 
travers TOrangcrie, sortit sur la Pelouse par la porte de 
Bucamp, et, par la grille d'honneur et la grande entrée, 
vint se présenter à la princesse, qui l'attendait au châ- 
teau : « La première quadrille étoit composée de la 
compagnie bourgeoise à pied, avec leurs trompettes, 
hautbois, etc. La seconde quadrille étoit composée des 
bourgeoises de Chantilly... Les jardiniers formoient 
la troisième quadrille ; ils avoient à leur tête le sieur 
Charpentier, habillé en jardinier, jouant de la musette, 
et le sieur Dangui Taîné, habillé en paysan, jouant de la 
vielle... Vingt-quatre jeunes fdles de Chantilly, habillées 
de blanc, ornées de bouquets et de guirlandes de fleurs, 
tenant des festons de fleurs, formoient la quatrième 
quadrille ; elles avoient à leur tête le sieur Delavigne en 
berger, jouant de la musette... La dame Baptiste, gou- 
vernante de la Laiterie, accompagnée du sieur Dangui le 
jeune, habillé en paysan et jouant de la vielle, paroissoit 
à la tête de la cinquième quadrille, suivie de vingt-deux 
filles de la Ménagerie, vêtues de blanc et ornées de 
quantité de rubans. Les garçons de la Ménagerie, galam- 
ment habillés, venoient après. Les uns et les autres firent 
leurs présens, sçavoir : la dame Baptiste portoit deux 
douzaines d'ortolans dans une corbeille artistement ornée 
de fleurs et de rubans ; en l'offrant à la princesse, elle 
chanta ce couplet surl'air: Ton humeur est ^Cat/ierine^ e\c . : 

La déesse d'Erycine 
Permettoit à tous mortels, 

^ La galerie des Cerfs était dans les jardins du côté du bourg de Chantilly ; 
elle s'ouvrait en arcades sur le parterre de 1 Orangprie et était ornée d'une 
cinquantaine de (igures de cerfs, portant toutes au cou les armes de la 
maison de Montmorency et des maisons avec lesquelles elle avait des alliances. 
Ce même côté était orné d'une peinture à fresque du xvi^ siècle qui retraçait 
l'aventure de Psyché. 



l'i-J. TEMPS MODERNES (XVif ET XVIII^ SIECLES] 

Pour lui fonder sa cuisine, 
D'orner ainsi ses autels. 
De même qu'à la déesse. 
J'offre à vos jeunes attraits 
Notre commune allégresse 
Et les cœurs de vos sujets. 

« M. de Sarrobert le fils, âgé de dix ans, ' portoit une 
cage remplie de petits oiseaux qui s'envolèrent tous dans 
l'instant qu'il les eut présentés à la princesse. Un autre 
jeune garçon conduisoit un agneau blanc, orné de quan- 
tité de rubans. Quatre garçons de la Ménagerie portoient 
un veau gras tué et bien paré, dans une grande corbeille. 
Les quatre premières filles qui venoient ensuite portoient 
la tète du veau, la fressure, la fraise et les pieds. Les 
autres portoient une corbeille remplie de petits pains de 
beurre comme ceux de Vanves, un gros fromage blanc 
à la crème, deux autres espèces de fromage caillé à la 
Royale, deux grands vases de porcelaine pleins de crème, 
6 canetons comme ceux de Rouen, 2 dindons vivants, 
d'un plumage extraordinaire [c'étaient peut-être des din- 
dons ocellés], 2 autres dindons de différentes couleurs, 
un panier de pigeonnaux tués, 2 dindons gras tués, 
2 oisons, 6 poules en vie, 4 poules grasses, des tortues 
en vie, 2 cochons de lait en vie, 6 tourterelles, etc. 

« Suivoient six garde-chasses, dont deux portoient un 
grand faon de chevreuil tué, deux autres une corbeille 
remplie de 24 lapereaux et de 6 levreaux, et les deux 
derniers une autre corbeille où il y avoit 24 perdreaux, 



* Louis de Sarrobert avait été baptisé dans la chapelle du château, le 
8 novembre 1718, par l'évêque de Senlis, François-Firmin Trudaine ; son 
parrain et sa marraine furent le duc de Bourbon et une de ses sœurs, 
M"<= de Charolais. Son père étant mort en 1742, il lui succéda comme capi- 
taine des chasses et gouverneur de Chantilly, et fut inhumé dans l'église de 
Chantilly le 10 juillet 1760. Il laissait un jeune fils qui tut plus tard sous- 
gouverneur du duc d'Enghien, puis secrétaire du prince de Condé à l'armée 
des émigrés. 



MÉNAGEIUE DE VINELIL : 1710-17/40 '233 

12, faisandeaux, 12 cailles et 4 alebrans'. Après toutes 
ces offrandes faites à la princesse, le sieur Dclavigne 
chanta un couplet ; puis les vielles et les musettes 
jouèrent le même air, sur lequel on dansa très 
gayement - ». Ces fêtes charmantes durèrent quatre jours, 
pendant lesquels tout le peuple de Chantilly et des envi- 
rons lit bombance aux frais du prince. 

Le duc de Bourbon mourut longtemps après, ayant 
consacré ses dernières années à l'étude de la chimie 
et de l'histoire naturelle. Nous n'avons pas à juger son 
rôle politique, ni même à apprécier son caractère ; il fut, 
à bien des égards, un assez pauvre homme; mais il aima 
passionnément les sciences et les arts, et, à ce titre, il 
nous intéresse. 

L'inventaire qui fut dressé après sa mort, et dont nous 
nous sommes servi plus haut, révéla des richesses inouïes 
en objets de tout genre : créations artistiques et scienti- 
fiques du prince, fabrique de porcelaine, fabrique de toiles 
peintes, riche cabinet d'histoire naturelle, splendide 
cabinet des armes, etc. De tout cela, il ne reste à peu 
près rien à Chantilly; il ne subsiste que la « petite 
chambre » dans le petit château, entre la bibliothèque 
et la grande Singerie, où le duc s'éteignit le 27 jan- 
vier 1740. 

1 Les alehrans, albrans, albrens, halbrans, étaient de jeunes canards 
sauvages. Voir La Curne de Sainte-Palaye. au mot Albran. 

- Mercure de France, août 1728, p. 1909. . - 



CHAPITRE XIV 



LA MÉNAGERIE DE VINEUIL SOUS 

LES DERNIERS CONDÉ 

de 1740 à nos jours. 



1. Pendant la minorité du nouveau prince de Condé le comte de Charolais, 

se borne à entretenir la ménagerie. Description d'un jeu de cava- 
gnole. 

2. Animaux de la ménagerie. Remaniement des cours et logements d'ani- 

maux. Arrivée de rennes et de Lapons. Visites de Buffon, du duc de 
Croy. du comte du Nord, et d'Arthur Young. 

3. Promenades et jeux des princes et des princesses à la ménagerie. 

U. Arrivée d'un crocodile. Expériences sur le chant du cygne sauvage. 

5. Réductions successives de la ménagerie. Émigration du prince le 

17 juillet 1789. 

6. Pillage de la ménagerie par les Parisiens. Inventaire après le pillage. 

7. Lotissement et vente de la ménagerie. 

8. Reprise de possession, en 1815. des biens de Chantilly par le prince de 

Condé. Etat actuel du terrain de l'ancienne ménagerie. 

\. Né le 9 août 1 786, le nouveau prince de Condé, Louis- 
Joseph, n'avait pas quatre ans à la mort de son père, et 
il perdit sa mère trois ans après. Il fut élevé sous la 
tutelle d'un de ses oncles, Charles de Bourbon, comte de 
Charolais. Celui-ci géra la fortune de l'enfant en admi- 
nistrateur habile, et paraît n'avoir eu d'autre ambition 
que de mettre les maisons et domaines en parfait état, 
écartant les travaux de luxe, se bornant à l'entretien et 
aux réparations. Pendant treize ans, de lyAo à lySS, son 
œuvre à Chantilly fut très considérable, mais nous n'avons 
à mentionner ici que ce qui concerne la ménagerie. 

Il n'y avait là, du reste, qu'à entretenir le magnifique 



MÉNAGERIE DE VINKUIL SOUS LES DERNIERS CONDÉ aÎJ 

établissement créé par les princes précédents. Pendant 
les premières années, ce ne furent en effet que des tra- 
vaux de réparations qui sont résumés ainsi par le capitaine 
Louis de Sarrobert, dans un mémoire rédigé vers 1760 : 
« En Tannée T74G, on fit les trois ponts du Coude sur le 
grand canal, dont deux en arches et un en pont-Ievis, la 
grille de l'allée de la Ménagerie en place de celle de bois, 
et 56 autres grilles de fer ou séparations de loges et de 
cours, qui, avant ce temps, étoient toutes en bois, ouvrage 
qui a duré jusqu'en 17,52. En l'année 1748, on a refait à 
neuf le bassin du clos des Cerfs, celui du Pot de fer, celui 
d'au-dessous et la grotte de la cour du bassin des Mar- 
ronniers ^ ». 

Louis-Joseph de Bourbon avait hérité de ses ancêtres 
leurs goûts éclairés, et surtout leur passion pour Chan- 
tilly, qu'il se mit bientôt à embellir à son tour ; on lui doit 
le Jeu-de-Paume, le Hameau, le château d'Enghien, qui 
existent encore, la salle de spectacle et File d'Amour, 
qui ont disparu". D'une prodigieuse activité, ses devoirs 
militaires en temps de paix, les séjours obligés à la cour, 
le gouvernement de la Bourgogne, la gestion de ses 
nombreux domaines, la chasse, etc., ne suffisaient pas à 
remplir sa vie; il dépouillait ses archives, dont il tirait 
un Essai sur la i'ie du Grand Condé; il étudiait l'his- 
toire et la littérature avec Désormeaux, Laujon, Cham- 
fort, les sciences avec Val mont de Bomare et l'abbé 
Mongez. Grand bâtisseur comme son père, il mit vingt- 



^ Bibliothèque de Chantilly, ms. i635, ff. 77 et 79. 

On trouve encore aux Archives du Musée Condé, concernant cette 
période : 1*^ un mémoire de l'intendant des bâtiments Jean-Jacques Leroy 
« pour des rétablissements de fermeture qui sml nécessaires de faire en I745 
à la Ménagerie » ; on remplaça alors la barrière en bois qui fermait l'entrée du 
côté du Vertugadin par une grille en ter qui coûta 1.020 livres ; 2" un mémoire 
du 29 novembre 1749 intitulé : '< Barrières à remplacer par des grilles de fer, 
en 1700, à la Ménagerie » ; 3° enfin, des comptes de travaux du serrui'ier Aubry. 

- Voir Maçon, c et d. 



236 TEMPS MODERNES (xVIl* ET XVIIl" SIÈCLES] 

cinq ans à construire le Palais-Bourbon, sans arriver à 
l'achever. Selon les traditions hospitalières de sa maison, 
il recevait avec faste, et laissait les rois et les princes 
éblouis de son accueil, dont une charmante affabilité 
tempérait l'éclat. C'est à Chantilly qu'il se plaisait le 
mieux ; il aimait à visiter tous les coins du domaine, à 
parcourir l'immense parc du château pour l'embellir 
sans cesse. La ménagerie n'était pas oubliée; souvent il 
s'y rendait pour voir les animaux, étudier des modifica- 
tions, ordonner des changements dans l'affectation des 
loges et la répartition des bêtes. 

L'aspect des principaux points de la ménagerie, à cette 
époque, nous est donné par une curieuse suite de vues 
de Chantilly, peintes vers 1775 sur un jeu de cavagnole ; 
ce jeu était une sorte de loto, apporté de Gênes vers le 
milieu du xviii^ siècle, et dont chaque carton était divisé 
en cinq compartiments numérotés. Dans le cavagnole de 
Chantilly, dont plusieurs pièces sont malheureusement 
perdues, trois des cartons sont consacrés à la ménagerie et 
montrent les vues suivantes : au n° 76, la Cour des Coqs, 
deuxième petite cour en haut à droite; contre le mur, un 
bassin rond devant une niche; dressés de chaque côté du 
bassin, les deux coqs se lancent de l'eau par le bec, en 
présence de la poule, objet du débat, perchée dans la 
niche; à droite, le pavillon vu de derrière. — Au n° 77, 
r Autour et la Colombe, dans la cour des Pigeons, la pre- 
mière à gauche, contre le mur inférieur, entre le pavillon 
des Pigeons et le mur du chemin ; par un tuyau montant, 
l'eau jaillit du bec de l'autour; la colombe est au bord du 
petit bassin. — Au n" 78, les Trois Ponts, sur le grand 
canal, avec un beau portique surmonté des armes des 
Condé et d'attributs ; au fond, la demi-lune ou Vertugadin, 
avec une statue de Neptune; à droite, le belvédère. — Au 
n" 79, le Belvédère de la Ménagerie, sur l'ancienne voûte 



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PLANCHE XXII 
MÉNAGERIE DES PRINCES DE CONDÉ A VINEUIL 

En haut une des planches d'un jeu de cavagnole du xviii' siècle représentant 
des vues de la ménagerie. 

(Musée Condé à Chantilly). 

En bas, miniatures du xvni» siècle : vue de la ménagerie prise du canal. 

sur un bouton d'habit, 

et plan de la ménagerie, sur une bonbonnière. 

(Musée Condé à Chantilly). 




_J^aCour dcs^aons 





MENAGERIE DE VINEUIL SOUS LES DERNIERS CONDE 7.'ij 

des Castors, devant le bâtiment Neuf; au fond, le Ijàti- 
ment de la Laiterie; le belvédère est entouré de treillages 
et orné d'arbres. (Le belvédère et les substructions ont 
été rasés au xix*" siècle pour faire place à l'entrée avec 
grille qui donne accès à la maison.) — Au n° 80, la Cour 
des Poules ; à droite et à gauche, des compartiments gril- 
lagés pour les oiseaux; au fond, dans une niche à chevet 
semi-circulaire, la figure en plomb d'un renard pris au 
piège jette de l'eau dans un bassin ; c'est pourquoi on 
disait aussi la Cour du Renard. — Au n" iii, la Faisan- 
derie de la Chine., derrière la ménagerie des fauves. Au 
fond, buffet d'eau rocaille, où deux faisans jettent de l'eau 
dans un bassin ; à droite et à gauche, cages des faisans; 
en avant, un petit canal en goulotte^ — Au n" 112, le 
Loup et la Chèvre^ niche sous pavillon (elle existe encore) 
contre le mur du clos des Cerfs, à Lopposite du pavillon 
de la troisième petite cour, celle du milieu; l'eau tombe 
en deux nappes dans un bassin qui se déverse en gou- 
lotte ; dans la niche, on voit la chèvre; dans le bassin, le 
loup. — Au n° ii3, la Ménagerie ; de gauche à droite, le 
bâtiment Neuf (aujourd'hui la maison de M. le comte Henri 
Vigier), la cour des Marronniers, fermée par un mur, la 
Laiterie, la cour des Jasmins, le pavillon d'Isis. — Au 
n" ii4, le Bassin de la Colonne., entouré de treillages pour 
enfermer les oiseaux d'eau ; colonne de porphyre sur- 
montée d'un méridien. — Au n° ii5, la Goulotte du Pot 
de terre et du Pot de fer ; au fond, la face du pavillon de 
la cour du Loup et la C lièvre:, à la tête du premier bassin, 
la figuration du pot de terre et du pot de fer; puis, pre- 
mière goulotte amenant Teau dans un grand bassin circu- 



* Sur un beau plan de Chantilly dresse en 1791 et conservé au Musée 
Condé, on voit la Faisanderie de la Chine dans un délicieux parterre qui 
s'étend jusqu'à l'allée du foud de la vallée, dite « allée de la Carrière aux 
Daims», et, communément, « allée à Vignon ». Le potager avait donc disparu. 



u38 TEMPS MODERNES (xVII^ ET XVIIl* SiÈCLES) 

laire. (La place a manqué ici, à l'artiste, pour montrer 
l'eau se déversant ensuite par une autre goulotte, 
beaucoup plus longue, qui aboutit à un dernier bassin.) 
— Au n° 121, la Grotte de la Ménagerie dans le mur 
de terrasse, au fond de la cour des Marronniers (elle 
existe encore). — Au n" 122, le Grand Jet de la Ména- 
gerie, dans le bassin des Marronniers ; au fond, on voit 
la grotte. — Au n° i23, la Cour des Pigeons^ vue de 
l'ouest, c'est-à-dire du côté du chemin montant; à droite, 
contre le mur inférieur, le bassin de l'Autour, le côté 
gauche du pavillon des Pigeons, précédé d'une voûte 
supportée par deux colonnes ; à gauche et au fond, les 
volières qui fermaient la cour au nord. — Au n° 124, 
Narcisse ; il est représenté assis sur le rocher d'où l'eau 
tombe dans le bassin. — Au n° 120 enfin, la cour des 
Paons, qui suit la cour des Pigeons ; bassin carré der- 
rière le pavillon ; aux angles, quatre paons lancent de 
l'eau vers un geai perché sur un rocher au milieu du 
bassin. 

Une série de larges boutons dliabit, conservée au 
Musée Gondé, montre aussi des vues de Chantilly, fine- 
ment exécutées en miniature, vers 178G. Sur un de ces 
boutons, on voit l'entrée de la ménagerie, au-delà du 
grand Canal couvert de cygnes, avec le bâtiment neuf, 
la cour des marronniers, la laiterie et isis. 

II. La ménagerie de Chantilly rivalisa et dépassa même, 
à cette époque, par son entretien et le nombre de ses 
animaux, la ménagerie de Versailles. On n'y vit pas d'élé- 
phants ni de rhinocéros, mais une variété de carnivores, 
de singes, de ruminants et surtout d'oiseaux qui fut tou- 
jours admirée par les amateurs du temps. 

Les archives de Chantilly conservent, de l'année 1763 
par exemple, un état des dépenses occasionnées par les 



MÉNAGERIE DE VINEUIL SOUS LES DERNIEHS CON'DE J^ii) 

animaux de la mcnageiie; malheureusement ce document, 
qui se composait de quatre feuillets, est maintenant 
incomplet; le premier et le quatrième feuillet ont dis- 
paru ; sur les deux autres nous relevons : « Un porc-épic, 
un cochon de 1 isle de Campêche, loo oiseaux au rond 
d'eau, l\o canes et canards musqués, 87 cygnes, 58 jeunes 
cygnes, 3o canes et canards ordinaires au canal de la Pépi- 
nière, et 20 oiseaux de Canada ; 5o oies et oisons d'Hol- 
lande, un maqui (maki), un dromadaire, un chameau, 11 
biches et cerfs blancs, 2 cerfs à nez blanc, 8 biches et 
faons fauves, un cerf et un faon de Siam, un cerf de 
Portugal, un cerf de Monomotapa, un cazel, un autre 
cazel ou cerf de la Chine, 3 bouc et chèvres d'Angoula, 
6 bouquetins et chèvres, 2 chèvres de Barbarie, G castors 
qui vivent d'écorces de branches de saule, 26 oies 
d'Egypte... ». 

L'année suivante, un matin du mois de septembre 1764, 
le prince arriva vers les onze heures du matin à la Ména- 
gerie pour faire lâcher un cerf blanc, une biche et un 
faon blancs, qu'il voulait mettre dans le grand parc 
d'Apremont. Le lieutenant des chasses de Chantilly, 
Jacques Toudouze, qui l'accompagnait, fit alors tendre 
une galerie de toiles pour conduire ces animaux « au 
coin du Chat, depuis la Ménagerie jusqu'au mur neuP ». 

Au mois de mars 1766, on prépare un logement pro- 
visoire pour des faisans de la Chine. Ils sont installés 
dans une nouvelle volière que le prince fait construire, 
à la fin de l'année suivante, dans le clos que des 
sangliers occupaient derrière la ménagerie des fauves. 

^ Toudouze, s'est amusé à tenir un journal des chasses qui commence à 
l'année 1748 et se poursuit régulièrement jusqu'à 1785, année de sa mort. Il 
le fit copier à deux exemplaires, dont l'un est conservé à Chantilly et l'autre 
à la bibliothèque Mazarine. Dans ce journal, Toudouze a aussi noté, d'une 
façon malheureusement trop sommaire, tous les événements qui intéressent 
la vie de Chantilly ; ces brèves mentions sont cependant précieuses par les 
renseignements qu'elles donnent. 



2/iO TEMPS MODERNES (xVII^ ET XVIIl" SiÈCLEs) 

Ce clos, débarrassé de ses hôtes primitifs, fut alors 
transformé en un délicieux parterre que montre un 
plan de 1791 conservé à Chantilly. Dans sa Description 
des environs de Paris \ Dulaure dit un mot de cette 
« faisanderie de la Chine » : « Elle est ornée d'un buffet 
d'eau rocaille, avec un bassin ; au bas est une jolie cas- 
cade.» Laborde en dit un peu plus: « La faisanderie 
touche à la Ménagerie, et en fait même partie. Elle con- 
tient une grande quantité de divisions fermées et cou- 
vertes par des grillages, dans lesquelles on garde un 
grand nombre d'espèces de faisans, très variés. Chacune 
de ces divisions a un petit bassin. On y voit un grand 
buffet d'eau traité en rocaille, et elle est terminée par 
une très jolie cascade^ ». Il en est question pour la 
dernière fois dans les Promenades ou Itinéraire des Jar- 
dins de Chantilly^ ouvrage publié en 1791^ : « La cour 
de la Faisanderie offre un buffet d'eau rocaille, où l'on 
voit deux faisans jetant de l'eau dans un bassin. On y 
élève des faisans ; on en voit d'étrangers et d'autres pro- 
venus d'une poule et d'un faisan du pays ». 

L'année 1769 fut une époque de remaniement à la 
Ménagerie. Outre les changements de place d'animaux, 
en plus de cette nouvelle volière, le prince fît faire 
encore d'autres transformations dont nous trouvons tou- 
jours l'indication dans le Journal de Toudouze. 

Le 9 juin 1769, « S. A. S. a été voir les travaux de la 



' Edition de 1786, p. 69. Voir également le n° m du Jeu de Cavagnole 
dont nous avons parlé plus haut. 

- Voyage pittoresque de la France. Isle de France, Valois et comté de 
Senlis. avec gravures, dont une vue de la Ménagerie par Née d'après le dessin 
de Filleuil. 

^ Ce livre est orné de vingt estampes dessinées et gravées par Mérigot . 
Une de ces planches représente, en élévation, le premier plan de la ménagerie, 
tel que Née l'avait déjà gravé d'après Filleuil, c'est-à-dire le pavillon d'isis et 
la laiterie, le bâtiment neuf jusqu au belvédère sur la voûte des Castors. Il 
y a de la fantaisie dans les groupes d'arbres qui enveloppent ces bâtiments. 



MENAGERIE DE VINELIL SOUS LES DERNIERS CONDE a/j i 

Ménagerie le matin et a fait placer les aigles dans les 
loges des lions ; ensuite a été voir les jeunes faisans de 
la Chine. De là à la faisanderie (de Chantilly), aux 
chenils et écuries, où S. A. S. a fait atteler les cerfs à la 
voiture et les a menés un instant ». Les loges des lions 
étaient donc vides alors ; ces animaux étaient sans doute 
morts; ils ne paraissent pas avoir été remplacés ; mais il 
y eut un tigre jusqu'à la Révolution. Le 19 décembre 1769, 
« S. A. S, a été voir avant souper un modèle d'appar- 
tement pour le nouveau bâtiment qui étoit préparé à la 
Ménaereric ». Toudouze mentionne d'autres visites du 
prince à la ménagerie en janvier et février 1770 pour 
examiner les travaux, mais il omet de nous dire en quoi 
consistent ces travaux. 

C'était toujours un amusement que de voir les ani- 
maux changer de logement, et l'opération n'allait pas 
sans difficultés. En 1772, les loges des taureaux sau- 
vages étant devenues libres, ainsi que celles des mouflons 
et cabrioles', situées en face, le prince de Condé 
résolut de les affecter aux cerfs et biches blancs, logés 
jusqu'alors au clos des Cerfs, et à un cerf et une biche 
du Gange qu'il venait de recevoir et qu'il avait fait placer 
provisoirement dans un pavillon de la faisanderie de 
Chantilly. Pour ces derniers, l'opération fut assez facile; 
on les entrava pour les transporter. Quant aux premiers, 
ils furent introduits avec précaution dans une longue 
galerie de toiles, assez haute pour leur cacher la vue 
extérieure, et le parcours se fit sans encombre jusqu'à 
« l'ancienne cour des taureaux sauvages », en présence 
des princes et de leur compagnie (11 février 1772). 

Cette opération était nécessitée par l'arrivée de quel- 
ques rennes auxquels il fallait faire de la place : c'était 

'■ Une paraît pas que les taureaux sauvages aient été remplacés. Quant aux 
mouflons, ils furent alors placés dans les loges de la ménagerie des fauves, 

II. 16 



a/,i TEMPS MODERNES (XYIl" ET XYIII* SIÈCLEs) 

uae gracieuseté du roi de Suède, le fastueux Gustave III, 
qui paya en outre les frais de voyage jusqu'au Havre. Ces 
rennes, deux mâles et une femelle, était conduits par un 
Lapon et deux Laponnes. La bande parvint à Chantilly le 
12 février à 7 heures du soir, à l'exception d'un renne 
mâle qui était mort en route. Le lendemain, le prince 
leur assigna des logements à la ménagerie : les rennes 
<lans la cour des Cerfs, les Lapons au bâtiment des Cas- 
tors \ Après la mort du second mâle, les deux Laponnes 
furent renvoyées en Suède et quittèrent Chantilly le 
^5 juin 1772 ; en arrivant à Stockholm, elles reçurent cha- 
cune une gratification de i5oo livres. Le Lapon fut main- 
tenu à Chantilly pour soigner la femelle restante; il fut 
rapatrié plus tard. 

En la même année 1772, le sieur Faultenière, de Bou- 
logne, fournit à la ménagerie sept douzaines d'oiseaux de 
mer. De son côté, Toudouze nous apprend la naissance 
de six faisandeaux de la Chine, le 29 avril, et de cinq 
faisandeaux argentés le 27 ; il ne s'agit ici que de faisans 
de luxe, les faisans ordinaires étant élevés, non pas à la 
ménagerie, mais dans une faisanderie spéciale dont l'em- 
placement est aujourd'hui compris dans la ville de Chan- 
tilly et appartient à M'"^ Cliapard". 

Trois ans après, le 7 septembre 1773, Toudouze écrit 
encore : « Il a été pris au boquet de Vineuil, avec les 
panneaux, une biche à nez blanc qui a été mise avec le 
cerf fauve de la ménagerie, et le cerf blanc du boquet 
a été lâché à la Basse-Pommeraye » (bois dans le grand 
parc). 

A la suite de Buffon, qui vint y étudier un ours noir 

* A cette date, il n'y avait donc plus de castors à Chantilly. 

^ C'est le Grand Condé qui avait établi là cette faisanderie ; le prince 
Louis-Joseph 1 en retira au printemps de 1774 et la transporta au-dessus de 
la ménagerie, à l'entrée du grand parc actuel, au lieu dit la Porte Saint- 
Louis . 



MENAGERIE DE VINEUIL SOUS LES DERNIERS CONDK '^^i 

d'Amérique et un courlis rouge, le duc de Groy, un autre 
passionné d'histoire naturelle, visita plusieurs fois la 
ménagerie. Le 19 juin 1778, il arrivait de bon matin, 
par un beau temps, sur le bord du grand Canal, et il 
s'extasiait sur le spectacle qui s'offrait à sa vue : « Rien 
n'est à comparer, écrit-il, à la vue du canal garni de 
cygnes se jouant avec les superbes carpes rouges et 
de toutes couleurs, qui viennent vous ouvrir leur larges 
bouches pour vous demander du pain, qu'elles prennent à 
la main, ce qui ne se voit que là... Après avoir longtemps 
admiré, je me donnai en entier à voir, en amateur, la 
Ménagerie. La partie des oiseaux aquatiques et du genre 
des poules y est très bien. Aux oiseaux aquatiques, je vis 
ce qu'il me fallait pour avoir le meilleur à l'Hermitage* ; 
ce sont les herquelous " du Grotoy , les oies rouges et grises 
d'Egypte et du Japon, et les canards de Barbarie. Dans le 
reste, je remarquai avec plaisir un grand fourmilier très 
privé dont la longueur du col et de la tête de brochet 
est très singulière : c'est un quadrupède remarquable, 
queje n'avais pas si bien vu en vie. J'examinai avec soin 
un outang [?] , grand singe noir à crins de sanglier, qui 
est très curieux à voir marcher, comme un homme, à qui 
il ressemble assez ; mais ce qui est singulier, c'est la lon- 
gueur de sa queue et la force avec laquelle il en recro- 
queville et serre le bout, de façon à vous casser les doigts, 
et comme, par ce moyen, il atteinte quatre pieds de dis- 
tance et s'y accroche ou y reste suspendu, cela fait qu'il 
a réellement comme cinq mains. M. de Buffon le dépeint 
bien et n'en dit rien de trop. 

« J'observai deux chiens-loups, venant d'un chien et 
d'une louve, et un faisan venant d'un faisan et d'une 

* C'est-à-dii-e à son château de l'Hermitage, près de Condé-sur-l'Escaut. 
^ Rapprocher ces herqiielons des erkelans ou harquelans que possédait le 
Grand Coudé. Ces mots ne se trouvent dans aucun dictionnaire. 



244 TEMPS MODERNES (xVIl'' ET XVIIl" SIÉCLEs) 

poule... Il y avoit un très grand aigle qui enlevait bien 
un agneau, ^ et beaucoup d'autres choses bien choisies ; 
mais je fus, entre autres, charmé de voir un hobereau [ou 
hobrau] vivant ; c étoit bien le même oiseau qu'on a tué 
dans mon jardin, à Gondé, perché au plus haut des 
arbres, et que j'y ai empaillé. C'est un oiseau de marais, 
qui ne vit que de poisson... 

« Cette Ménagerie, dit en terminant le duc de Croy, 
est superbe par son étendue et ses ornements ; aussi 
coûte-t-ellc quinze mille livres par an pour la nourriture, 
et bien vingt-cinq mille en tout^ ». Il était bien renseigné. 
De son côté la baronne d'Oberkirch, qui accompagna le 
comte du Nord (le futur czar Paul P^) et sa femme à Chan- 
tilly au mois de juin 1782, et assista aux fêtes brillantes 
qui leur furent données, déclare dans ses Mémoires que 
« la Ménagerie de Chantilly est plus nombreuse et plus soi- 
gnée que celle du Roi ». Ce fut aussi le sentiment d'Ar- 
thur Young à la suite de la visite qu'il y fit cinq ans plus 
tard, bien qu'il n'y ait signalé qu'un cerf de Corse et des 
oiseaux domestiques, a d'une variété prodigieuse » il 
est vrai '\ 

III. La ménagerie du prince de Condé était donc acces- 
sible au public, mais, comme celle de Versailles au 
temps de Louis XIV, elle était réservée surtout aux princes 
et aux princesses qui aimaient à venir s'y promener et à 
y faire collation, soit dans la Laiterie, soit en plein air, dans 
le Belvédère qu'on avait aménagé au-dessus de la voûte 
des Castors. 

Le 3 mai 1733, Louis-Joseph de Bourbon, prince de 
Condé, qui n'avait pas encore dix-sept ans, épousa Char- 

^ C'est-à-dire ; assez fort pour enlever un agneau. 
- Journal du duc de Croy, t. IV, pp. i3t-i32. 

' Arthur Young, l. I, p. 12, à la date du 18 mai 1787. Journ. de Toudouze, 
7 avril 1781. 



MENAGERIE DE VINEUIL SOUS LES DERNIERS CONDE 2/40 

lottc-Elisabcth-GodcfricIc de I{oIian-Soubise, qui n'en 
avait que quinze \ et ce mariage ouvrit de nouveau, à Chan- 
tilly, une ère de fêtes et de plaisirs, où l'exubérance des 
jeunes époux et de compagnons de leur âge s'exaltait 
parfois au détriment de la santé; au début, on avait 
quelque peur de l'oncle sévère, le comte de Charolais, 
qui survenait souvent pour surveiller la gestion; mais on 
s'affranchit vite de cette gène. 

Au printemps de 1704, par exemple, le duc de Groy fut 
invité à Chantilly avec une bande joyeuse : «. Le soir de 
l'Ascension, dit-il dans son Journal', on fut sur l'eau dans 
deux beaux yachts, avec de bons rameurs. D'abord on vit 
donner à manger à plus de cent cygnes sur le canal, qui 
faisoit un parterre blanc singulier. On fut à la tète du 
canal de la grande Cascade, ensuite à la ménagerie. La 
pluie étoit à verse. On entra dans la superbe laiterie. Je 
n'ai jamais rien vu qui m'ait tant plu, et plus dans mon 
goût : une magnifique source, des conduits de marbre 
blanc, qui vont partout entre vos jambes, et, tout autour 
des appuis, des ruisseaux de cristal dont un grand nombre 
de jets se croisent en tous sens, font de cet endroit une 
fraîcheur, un murmure, et un coup d'œil enchanté. Au 
milieu de ces eaux étoit une belle collation de glaces, de 
fruits et de toutes sortes de laiteries, dont nous man- 
geâmes avec délices, mais non sans polissonneries et sans 
nous bien mouiller ; mais c'étoit avec cinq ou six jeunes 
femmes charmantes, ce qui ne contribuoit pas peu à 
égayer la partie ». 

Un autre jour, le 24 avril 1733, les princes et leurs 
invités viennent en cabriolets à la ménagerie ; on y fait 

^ Le baron de Schlichting possède un charmant portrait de cette princesse 
peint en 1757 par Fi-ançois-Hubert Drouais, le portraitiste à la mode au 
temps de Louis XV. 

- Tome l, p. 269, de l'édition donnée par le vicomte de Grouchy et Paul 
Cottin, 



a46 TEMPS MODERNES (xVIl" ET XYIIl'' SIÈCLES) 

collation et M'^" Le Maure chante avec M. de Lasalle^ 
C'était un événement que de pouvoir entendre la célèbre 
cantatrice. Catherine-Nicole Le Maure, née le 3 août 1704, 
avait fait les délices du public de TOpéra ; retirée du 
théâtre dès 1735, elle ne consentait plus à chanter qu'à 
la cour et chez les princes ; et encore, pour l'y décider, 
fallait-il user de formes ; c'est ainsi qu'un jour elle exigea, 
pour aller à Versailles, qu'un carrosse du roi vînt la 
prendre chez elle sous la conduite d'un gentilhomme de 
la cour. Quant au marquis de Lasaile d'Offernont, il était 
beaucoup plus jeune, étant né en 1734; il suivait la car- 
rière des armes, ce qui ne l'empêchait pas de cultiver 
les lettres et les arts ; il venait de composer la musique de 
Bertholde à la ville ^ représenté à l'Opéra-Comique en 1754". 

Pendant les années suivantes, Chantilly connut le 
calme. Le prince était à l'armée et marchait glorieusement 
sur les traces de son illustre aïeul ; la France lui doit 
deux des rares succès remportés alors sur les généraux 
prussiens*. Avant de commencer la campagne de 1760, 
il avait eu la douleur de perdre sa chère petite princesse, 
Charlotte de Rohan-Soubise, qui mourut le 5 mars, enlevée 
par un mal foudroyant. Elle lui laissait deux enfants, 
Louis-Henri-Joseph, duc de Bourbon, né le i3 août 1756, 
et Louise, née l'année suivante. 

Passant à Chantilly le 8 juillet 1763, le duc de Croy 
revit avec mélancolie a la belle laiterie où, dit-il \ j'avois 
fait une si jolie partie avec la charmante princesse de 
Condé, que je ne cessois de regretter comme un chef- 
d'œuvre de la nature ». Puis il parcourut la Ménagerie, 

^ Journal de Toudouze. 

- M''» Le Maure mourut en 1783 ; le marquis de Lasaile vécut jusqu'au 
32 octobre 1818. 

' Combats de Grùaingeu et de Johannisbcrg, -iS et 3o août 1762. 

* Journal, éd. de 1906, t. H, p. 78. 



MKIVAGERIE DE VINEUIL SOUS LES DER^■IERS CONDE "il; 

regardant « les animaux, Taigle, les poules, celles à chair 
noire jusqu'aux os, les cerfs blancs, les pigeons, les repré- 
sentations des fables en effets d'eau ». Il s'amusa aux 
carpes et à leur bataille avec les cygnes ; puis il admira 
d'autres carpes, superbes, dans le bassin qui séparait les 
deux châteaux : a II y en avoit un grand nombre, de deux 
pieds au moins, de toutes les couleurs, qui arrachoient 
le pain de la main. Gela est charmant. Il y en a plus de 
dix mille dans les fossés, et en tout, dans les canaux, 
environ quarante mille, très grosses, de toutes les couleurs 
possibles et très privées ». 

Les réceptions et la gaîté reprirent peu à peu à 
Chantilly. Le 19 août 1767, vers le soir, le prince emmena 
ses hôtes (le prince de Lamballe en était) à la ménagerie, 
qui était illuminée; on y soupa gaiement, puis les acteursde 
la noble compagnie donnèrent « la comédie au salon 
d'Isis », c'était le Coq de Village de Favart; ensuite on 
dansa, on joua, et ce n'est qu'à une heure tardive qu'on 
rentra au château pour se reposer. 

Trois ans après, Louise-Marie-Thérèse-Bathilde, fille 
du duc d'Orléans, épousait lefllsduprincedeCondé, Louis- 
Henri-Josepli, duc de Bourbon. La jeune duchesse fit son 
entrée à Chantilly le 2 juin 1771, et. au cours des fêtes 
qui lui furent données, elle visita la Ménagerie : lorsque 
la compagnie entra dans le clos des Cerfs, une biche prit 
peur et sauta par dessus le prince de Gondé et sa bru, 
mais heureusement sans les toucher. Ces fêtes furent 
troublées par de mauvaises nouvelles de la santé du comte 
deClermont, oncle du prince. Le comte mourut en effet 
quelques jours après, le 17; mais les suites de cette mort 
procurèrent à Chantilly un nouveau sujet d'amusement; 
cinq jours après, en effet, on y amenait les animaux et 
les faisans de la Cliine que le défunt nourrissait dans sa 
ménagerie de la Roquette. 



248 TEMPS MODERNES (xvil'' ET XVIII^ SiÈCLES) 

Six ans plus tard, c'est la jeune princesse Louise de 
Condé qui sort du couvent, et vient pour la première 
fois à Chantilly. La ménagerie figure toujours au pro- 
gramme des fêtes qui lui sont données : « i juin 1777, 
promenade de Leurs Altesses Sérénissimes en voiture 
après dîner, par la tête du canal et le grand vertugadin, 
à la ménagerie, où Mademoiselle a été complimentée par 
les bergers et bergères de Vineuil * » ; après ce divertis- 
sement pastoral, fort à la mode à cette époque, on visite 
la Ménagerie, on fait collation à la Laiterie. 

Le mois suivant, c'est au tour des « Dames de France », 
filles de Louis XV, de visiter Chantilly; elles y passèrent 
quatre jours. Le 29 juillet, l'illustre compagnie se rendit 
en gondoles à la ménagerie; comme à Versailles, une 
frégate servait d'escorte, et une chaloupe portait les 
musiciens; pendant la collation, servie à la Laiterie, la 
musique jouait sur l'eau, et le canon de la frégate ton- 
nait. 

IV. L'arrivée d'un crocodile dans l'été de 1788, fut 
l'occasion de nouvelles visites à la ménagerie. Mongez 
nous apprend que ce crocodile, d'environ un mètre et 
demi de long, « accourait à la voix de ses gardiens et se 
laissait chatouiller sous la gorge ». Antoine Mongez, 
chanoine de Sainte-Geneviève de Paris et garde du célèbre 
cabinet d'antiques de cette abbaye, n'était pas un inconnu 
à Chantilly; il avait imaginé, sans doute avec l'aide de 
son frère Jean-André, aussi génovéfain, naturaliste et 
physicien, un méridien octogonal qui indiquait l'heure 
de midi dans différentes villes du monde, et ce curieux 
travail, acheté par le prince de Condé, avait été placé 
dans l'enclos de la ménagerie, sur la colonne de por- 

^ Journal de Toudouze. 



MENAGERIE DE VINELiL SOLS LES DERNIERS CONDE / ',<) 

phyre antique qui avait donné son nom au bassin qu'elle 
ornait^ 

Dans le clos treillage qui entourait ee bassin de la 
Colonne, le prince avait fait enfermer deux cygnes sau- 
vages qui, l'hiver précédent, étaient venus s'abattre sur 
le Grand Canal et qu'on avait réussi à prendre et à 
éjointer. Or, le bruit se répandit que ces cygnes chan- 
taient, et cette nouvelle jeta l'émoi dans le monde des 
savants et des lettrés. On savait bien que les cygnes du 
Méandre avaient chanté, puisque les poètes anciens van- 
taient ce chant; mais était-ce fiction ou vérité? Et 
voici qu'après tant de siècles le phénomène se repro- 
duisait à Chantilly! Antoine Mongez s'y transporta 
aussitôt, examina, écouta, puis rédigea un mémoire 
dont la lecture reçut de tels applaudissements à l'aca- 
démie des Sciences que celle des Inscriptions voulut 
l'entendre à son tour, et le succès ne fut pas moins grand 
(juillet 1783). Mongez avait constaté que le mâle don- 
nait les notes mi^ fa, et la femelle ré, mi, en un chant 
alternatif : « Quoique leur chant ait quelque analogie, 
pour la qualité du son, avec le cri déchirant du paon, il 
ne laisse pas de plaire à l'oreille; je ne me lassois point 
de l'entendre... Il est étonnant que ce chant soit agréable, 
car il est si perçant qu'on l'entend le soir de la butte 
d'Apremont, monticule éloigné d'une lieue de la ména- 
gerie. Le fait m'a été attesté, non seulement par l'ins- 
pecteur et autres préposés à la Ménagerie, mais encore 

^ Le prince de Condé l'en fit retirer en 1785 pour la placer près du château : 
« S. A. S. a fait poser la colonne de porphyre qui étoit à la ménagerie, où il 
y avoit plusieurs cadrans, dans le bassin du milieu du parterre de 1 Oran- 
gerie » [Journal de Toudouze, -i mai 1785). Ajoutons que si Dulaure, dans 
sa Nouvelle Description des environs de Paris (éd. de 1786, p. Sg), attribue 
cet « ouvrage savant et curieux aux talens de M. Mongez », le colonel Thorn- 
ton, qui vint à Chantilly en 1782, le donne à un habile Genevois, M. Vialon, 
et en fait la description suivante : « Un octaèdre de marbre blanc, sur les 
faces duquel sont tracées huit mains pointant les heures à différentes villes ». 
(II, p. 160). 



■IJO TEMPS MODERNES (XYII ET XVIII SIECLES) 

par des habitants de Chantilly... Plusieurs curieux et 
étrangers, à qui les inspecteurs de la Ménagerie les ont 
fait entendre depuis que je leur ai appris l'intérêt qu'on 
y pouvoit prendre, ont été surpris de la force et de la 
douceur de ce chant... ». 

Dès le lendemain, le prince de Condé écrivit à l'Aca- 
démie pour demander communication du mémoire de 
Mongez, et l'auteur, accompagné de deux académiciens, 
se rendit à Chantilly. Il est probalile que les cygnes 
n'avaient pas encore daigné chanter devant leur auguste 
maître. Comme on dit au prince qu'ils ne chantaient qu'en 
signe de victoire, ou sous le coup d'une émotion vive, 
il fit jeter dans l'enclos un cygne domestique, que les 
sauvages s'empressèrent d'attaquer ; et, dès qu il l'eurent 
tué, « ils se mirent à préluder et à produire l'harmonie 
qu'on attendoit » \ 

Mais quelqu'un troubla la fête. Il y avait à Chantilly 
un savant fort sérieux, le célèbre naturaliste Vaimont de 
Bomare, qui se moqua de tout cet étalage de science 
musicale et d'érudition : « Le cygne sauvage a une voix, 
mais quelle voix ? un cri perçant... Lorsque le mâle et la 
femelle crient ensemble, l'oreille distingue sensiblement 
une espèce de carillon aigre et désagréable... L'historien 
delà nature ne doit pas peindre de fictions... Si, parmi 
les modernes, quelqu'un prétend, d'après ses propres 
oreilles, que le cygne en question ait un chant mélo- 
dieux, il faudra dire que l'aveugle de Cheselden avoit 
au moins autant de plaisir et de motifs à désigner la 
couleur écarlate par le mot trompette... J'ai dit ce que 
j'ai vu, ce que j'ai entendu, et j'atteste qu'il n'y a de ma 
part ni humeur ni complaisance '». 

^ Le Camus de Mézières, pp. i4-i7- Voir aussi le Mercure de France d'août 
1783. 

- Dictionnaire d'Histoire naturelle, par Vaimont de Boraare, quatrième 



MENAGERIE DE VINEUIL SOUS LES DERNIERS CONDE 'JbJi 

Depuis 1768, Yalmont de Bomare avait la direction 
supérieure du cabinet d'Histoire naturelle de Chantilly*, 
dont la garde effective était confiée à Lambert Deshayes. 
En 1786, il vendit son propre cabinet au prince; les 
Mémoires secrets enregistrèrent la nouvelle en ces termes 
à la date du 28 novembre : « M. le prince de Gondé, 
qui a voit à Chantilly un superbe cabinet d'histoire natu- 
relle, enrichi par les magnifiques présents en ce genre 
que lui ont faits successivement le roi de Danemark et 
le roi de Suède, vient d'acquérir aussi celui de M. Yal- 
mont de Bomare, très riche dans les trois règnes. Son 
Altesse Sérénissime lui en laisse la jouissance pendant 
le dernier cours que doit faire ce démonstrateur célèbre, 
le premier et longtemps le seul d'histoire naturelle 
qui ait existé à Paris. M. le prince de Condé a institué 
en mèm.e temps M. Yalmont de Bomare directeur de ses 
cabinets, qui, fondus ensemble et arrangés suivant sa 
méthode^ en formeront un des plus importants, des plus 
complets et des plus intéressants qu'il y ait en Europe ». 

Y. Cette année 178G vit apporter une modification 
dans l'organisme de la ménagerie ; elle est amplement 
expliquée dans l'ordonnance promulguée par le prince 
le i^'" juillet : 

« Sur le compte qui nous a été rendu des dépenses 
considérables que la manutention de notre Ménagerie 
occasionnoit, tant à raison de l'engrais des volailles qu'à 
cause de la consommation des grains et autres denrées 
nécessaires à la nourriture des animaux d'agrément, 

édition, article du Cygne sauvage. Voir également, sur cette histoire du chant 
du cygne, une curieuse dissertation de Mauduit, dans l'édition de Pline par 
Pankoucke. t. Vil, p. j8i. 

' « M. de Condé me donna un brevet par lequel il me constituoit directeur 
de ses cabinets d'histoire naturelle et de physique et instituteur de ses enfans 
dans lesdites sciences... » (Lettre de Valmont de Bomare au ministre de 
l'Intérieur, i8 décembre 1792. Archives de Chantilly, série V, t. 4, f- nS). 



2^2 TEMPS MODERNES (XYII ET XVIII SIECLES) 

dont l'acquisition se fait par entreprise et de la seconde 
main ; voulant éviter à l'avenir les abus qui pourroient 
naître d'une manutention aussi compliquée, et établir 
une gestion qui puisse nous mettre à portée de soutenir 
les objets agréables de notre Ménagerie dans létat actuel 
sans être obligé d'acheter tous les grains nécessaires à 
la nourriture des animaux qu'elle renferme, nous avons 
pris le parti de faire valoir à notre profit les terres labou- 
rables de notre grand parc de Chantilly, et d'établir dans 
le même emplacement de la Ménagerie une ferme ou 
métairie dont la culture et les élèves qui pourront s'y 
faire ne peuvent devenir que très avantageux. Et afin de 
fixer cet établissement d'une manière stable et non sus- 
ceptible d'erreur et de discussion entre les gens de la 
Ménagerie et ceux de la métairie, même afin de faire con- 
noître nos intentions sur la manière d'administrer cette 
métairie, nous avons ordonné et ordonnons ce qui suit : 

« Art. I. Nous supprimons, à compter du i^"" août de la 
présente année, l'engrais des volailles établi à la Ména- 
gerie, et voulons qu'à partir de cette époque il n'en soit 
engraissé aucune; que même celles qui se trouveroient 
encore en vie soyent remises dans la cour des animaux 
de ce genre, à moins cependant qu'elles ne soyent sur 
le point d'être tuées et susceptibles d'être employées, 
auquel cas elles seront remises à notre garde-manger. 

« Art. II. Nous voulons et entendons qu'à l'avenir et 
à compter du dit jour i*'' août, il soit établi dans l'inté- 
rieur de la Ménagerie une métairie dont la manutention 
sera absolument distincte et séparée de celle de la Ména- 
gerie. Le gouvernement de celle-ci sera sous les ordres 
de notre capitaine des chasses, et la manutention de la 
métairie sera confiée à un économe, de manière que la 
Ménagerie et la métairie n'auront absolument rien de 
commun... 



MÉNAGERIE DE VINEUIL SOLS LES DEHNIEKS CONDÉ aSi 

«Art. V. Voulons qu'il soit construit dans l'ancienne 
cour des Cerfs une vacherie assez étendue pour contenir 
/|0 vaches et leurs élèves et une laiterie. Le lait, le beurre, 
la crème provenant de ces vaches devant être un objet 
de produit assez considérable, l'économe veillera à ce 
que tous ces objets tournent à notre plus giand profit. 

« Art. VI. Voulant que la laiterie d'agrément qui 
existe à la Ménagerie reste sous l'inspection du capitaine 
de nos chasses, et pour qu'elle puisse être garnie de 
toute espèce de laitage, il sera tiré de la grande vacherie 
quatre vaches des meilleures laitières pour être dans 
l'ancienne vacherie ^ et êtres soignées par les gens de la 
Ménagerie. Le lait de ces vaches servira à garnir les 
terrines de la laiterie et à faire du beurre pour la table 
lors des voyages". Dans les autres temps, le lait sera 
remis tous les soirs à l'économe de la métairie, voulant 
que le produit de ces quatre vaches tourne entièrement 
à notre profit », 

La métairie fut établie dans une ferme située tout 
près de l'enclos de la ménagerie, en haut et à droite. Le 
12 avril 1786, cette ferme, qui avait appartenu au lieu- 
tenant des chasses Jacques Toudouze, mort l'année pré- 
cédente, fut louée au prince par ses héritiers. La vacherie 
qui fut construite dans l'enclos des Cerfs, au long du 
chemin de charrière, est encore intacte ; c'est aujourd hui 
la ferme de la ménagerie. Le gouvernement de la 
métairie fut confié au sieur Caron. A la ménagerie, l'ins- 
pecteui-économe Thouvenin, qui s'était distingué par 
sa mauvaise gestion, fut congédié. Le capitaine des 

1 Cette ancienne vacherie se trouvait dans l'enclos de la Ménagerie, à l'ex- 
Irémité de droite, en haut du retrait, à côté du bâtiment où les cerfs avaient 
remplacé les taureaux sauvages en 1772. On y accédait par une entrée située 
au point où la ruelle montante rejoint la rue ; on disait la « ruelle » et la c. rue 
de l'ancienne Vacherie » ; à gauche était la nouvelle « cour des Cerfs ». 

• C'est-à-dire pendant les grands séjours du prince à Chantilly- 



aS'i TEMPS MODERNES (xVIl'' ET XVIII*' SIÈCLE Sj 

chasses, le chevalier de Gontye, sous les ordres duquel 
passait la ménagerie, y installa un brigadier des chasses, 
Jean-Baptiste Jacquin : ce fut le dernier économe de la 
Ménagerie*. Nous sommes à la veille de la Révolution, et 
Chantilly, plus encore que Versailles, va connaître la 
désolation et la ruine. 

Trois jours après la prise de la Bastille, le prince de 
Gondé quittait précipitamment la France avec son fils et 
son petit-fils, le duc de Bourbon et le duc d'Enghien. On 
ne croyait pas que l'absence pût se prolonger au delà de 
quelques mois ; elle dura vingt-cinq ans. Ce n'est pas ici 
le lieu de montrer comment l'émigration, entreprise dans 
le but de restaurer l'autorité royale, en précipita la ruine ; 
nous n'aA'ons à nous occuper que du désastre qui en 
résulta pour Chantilly, et spécialement pour la ména- 
gerie. 

Pendant un an, les choses restèrent en l'état. Au prin- 
temps de 1 790, le prince envoya l'ordre « de réformer diffé- 
rents objets de la ménagerie », c'est-à-dire de vendre une 
partie des animaux, et fixa la dépense, à dater du i^*" juillet, 
à I 000 livres par mois, cette somme comprenant les 
gages des trois garçons et les frais de nourriture des ani- 
maux conservés ; les gages de l'économe Jacquin étaient 
portés sur l'état du personnel forestier. Puis la dépense 
fut fixée à 800 livres à partir du i" mai 1791, et enfin à 
5oo livres à dater du i^'" avril 1792. Ce dernier ordre du 
prince de Condé ne put recevoir d'exécution, car ses biens 
furent définitivement déclarés confisqués par la loi du 
8 avril, et l'inventaire en fut dressé au mois de juin sui- 
vant. Ce document, conservé aux archives de l'Oise, donne 

^ Jacquin avait été nommé le i*^'^ avril 1786. Il avait remplacé le sieur ïhou- 
vcnin, qui n'avait fait que des dettes et avait été précédé lui-même dans ces 
fonctions par le sieur Lécaillé. A la Gn de sa vie, Lécaillé avait été suppléé 
par un nommé Dammerat, Tels sont les seules données que nous ayons pu 
recueillir sur le personnel de la ménagerie à cette époque. 



MÉNAGERIE DE VINEUIL SOLS LES DERNIERS CONDK u^JJ 

l'état des animaux qui se trouvaient encore à la ména- 
gerie : 

« Dans la Colonne, 5 cygnes, 27 canadas, i^oies, 8 jeunes 
oies, 24 canards de différentes espèces, l\o petits oiseaux 
de mer de différentes espèces ; — dans la cour des Cerfs, 
7 cerfs de Corse, 5 biches et 2 faons de l'année, un âne ; — 
dans les 6 volières, environ ^o paires de pigeons ; — dans 
les cours et parterre, environ 4o poules de différentes 
espèces, G dindons, 7 paons ; — dans les loges sur la ter- 
rasse du Lion, s'est trouvé un tigre, un mouflon, un singe, 
une civette, 2 aigles ». Sans compter les vaches de la 
métairie et les moutons de la ferme. 

Ce même inventaire contient « l'état des figures en 
bronze, marbre, pierre, etc., qui sont dans les parcs et 
jardins de Chantilly ». Voici ce qui concerne la ména- 
gerie : « Cour des Jasmins, 9 bustes en marbre posés sur 
des consoles en pierre au pourtour du bâtiment, dont à 
un des dits bustes la draperie est en marbre de couleur. 
— Même cour, un buste représentant un faune, figure en 
marbre noir. — Au portique des faisans de la Chine, deux 
faisans en plomb coloré. — En suivant, à Tautre cour, 
deux coqs et une poule en plomb coloré, un renard pris 
au piège en plomb coloré, la Chèvre et le Loup en plomb 
coloré, [\ paons en plomb coloré et un geai. — Cour des 
Pigeons, un vautour en plomb, 2 pigeons jetant de l'eau, 
les 4 vents, têtes en plomb coloré, jetant de l'eau. — Au 
vertugadin de la Ménagerie, un Neptune en terre cuite de 
10 pieds de proportion ». 

VI. La ménagerie était donc bien appauvrie déjà; le 
10 août 1792 va lui donner le coup de mort, comme ill avait 
déjà fait pour la ménagerie de Versailles. Cette journée 
avait porté au plus haut point l'exaltation des esprits ; 
quatre jours après, un détachement de la garde nationale 



256 TEMPS MODERNES (xVIl' ET XVIIl' SiÈCLEs) 

de Paris, le fameux bataillon des Récollets, « les Mar- 
seillais », prit la route de Chantilly dans l'intention de 
détruire tous les monuments féodaux qui s'y trouvaient ; 
cette troupe, accompagnée de trois canons, arriva sur la 
pelouse de Chantilly le i5 août, à 6 heures du soir, et 
commença par tuer un meunier du voisinage, Louis- 
Maximin Pigeaux, dont la tète fut fixée au bout d'une 
pique. Les anciens fonctionnaires du prince de Condé 
prirent aussitôt la fuite, et, avec eux, l'économe de la 
Ménagerie, Jean-Baptiste Jacquin, qui ne reparut qu'au 
bout de cinq jours. 

« Le lendemain, les soldats se répandirent dans les 
appartements des châteaux; on brisa tout, on emporta le 
linge, les meubles, les glaces ; on but le vin des caves, 
on pilla tout le poisson qui était dans les superbes pièces 
d'eau ; les conduits, les plombs, les fontaines, tout fut 
arraché ; on démolit la belle statue en plomb de la 
Renommée qui étoit sur les écuries et qu'on avoit vaine- 
ment essayé de renverser à coups de canon' ». La ména- 
gerie fut prise d'assaut, après que le canon eut ouvert la 
brèche, et des feux de salve bien dirigés semèrent la 
mort parmi les hôtes de ce beau lieu-. Rien ne fut épargné, 
sauf... les loges où se trouvait le tigre, dont on n'osa 
approcher, même à coups de canon, de peur que le fauve 
ne sortît par une brèche. Les cerfs, les biches, les cygnes, 
les paons, les oies, les poules, les canards, les pigeons, 
les oiseaux de mer, tout y passa. 

Quelques jours après, les autorités procédèrent au réco- 
lement du mobilier et à la constatation des dégâts : au 
28 août 1792, la ménagerie n'abritait plus qu'un tigre, un 



' La Journée du lo aoust 179'J, par M. Regnaud, de Paris. 

- Redhead Yorko, pp. 36-44. Journey to Chantilly and Description of that 
place. Cette description fourmille de fautes, par ixeinplo Genlis pour Senlis, 
mais il nous a été facile do rétablir les noms. 



MÉNAGERIE DE VINEUIL SOUS LES DERNIERS CONDE 25; 

mouflon, un gros singe, une civette, deux aigles, ainsi 
que cinq paons qui avaient échappé au carnage. Le direc- 
toire de Senlis demanda au Département l'autorisation 
de faire tuer ces animaux, et l'exécution eut lieu le 23 sep- 
tembre, (( à l'exception des deux aigles, qui nous ont été 
demandés par le sieur Colmache, qui en avoit le soin, pour 
les nourrir à son compte » \ 

Le 8 septembre, sur l'ordre du directoire du district 
de Senlis, le juge-de-paix de Chantilly, Nicolas-Benoît 
Henry, assisté d'agents municipaux de Saint-Maxim in et 
de Saint-Firmin, dressa le procès-verbal « des dégrada- 
tions qui ont eu lieu depuis quinze jours dans la Ména- 
gerie de Chantilly : 

« Dans la cour dite des faisans de la Chine, nous avons 
trouvé la cascade démolie, les deux gouffres et le bassin, et 
avons trouvé vingt- sept nappes de plomb jetées par terre à 
côté de ladite cascade, contenant chaque nappe trois ou 
quatre pieds carrés, le tout provenant de la susdite cas- 
cade, bassin et gouffres ; 

« De suite nous avons passé à la cascade du Pot de terre 
et du Pot de fer, faisant face au bâtiment Neuf; nous y 
avons trouvé la cascade démolie, à côté de laquelle étoient 
par terre trente une nappes de plomb d'environ trois 
à quatre pieds carrés, ainsi que les deux susdits pots aussi 
en plomb ; 

« Continuant dans la cour des Poules, bassin du Renard, 
avons trouvé cinq nappes de différentes formes et gran- 
deurs, le train du devant d'un renard avec son piège en 
fer, et deux bouts de tuyaux ; 

« Dans une autre cour, au bassin des Deux Coqs et de 
la Poule survenu, avons trouvé le bassin démoli, à côté 
duquel étoient par terre neuf morceaux de plomb de diffé- 

^ Archives dcpartcmcntales do l Gisc, série Q, porief. 6. 



258 TEMPS MODERNES (XVIl'' ET XYIII^ SIÈCLES] 

rentes formes et grandeurs provenant dudit bassin, à côté 
duquel sont deux regards à clefs de cuivre, dont une étoit 
enlevée ; 

« Ensuite avons passé dans la cour du Loup et de la 
Chèvre; avons trouvé le bassin démoli, ainsi que les 
rocailles, et dix morceaux de plomb de différentes formes 
et grandeurs, et le loup monté sur un socle, le tout en 
plomb, et pas de chèvre ; à côté du susdit bassin est un 
regard dont la clef est enlevée ; même cour, avons trouvé 
une armature en fer ayant servi de socle pour exhausser 
le loup ; 

« En suivant, dans la cour des Paons, avons trouvé le 
bassin démoli, quatre paons faisant ornement aux quatre 
coins du bassin, et vingt-deux morceaux ou nappes de 
plomb de différentes grandeurs, dans l'un desquels se 
trouve soudé un collet de soupape en cuivrejaune, et point 
de clef dans les deux regards ; 

« Passant ensuite dans la cour des Vents, avons trouvé 
trois petits bassins démolis, autour desquels avons trouvé 
par terre trois tètes représentant les Vents, avec des arma- 
tures de fer y tenant, et trente-huit nappes de plomb de 
différentes grandeurs provenant des trois susdits bassins 
et d'une petite voûte en pierre supportée de deux colonnes 
tenantes au pavillon, laquelle étoit ci-devant couverte 
en plomb, et cinq bouts de tuyaux de différentes largeurs 
et de dix-huit pouces ou environ de longueur, ainsi qu'un 
croisillon en fer supportant des rocailles. 

« Au fond de la Volière, même cour, sont dans des 
rocailles deux petits bassins en plomb qui n'ont pas été 
déplacés ; la soupape est enlevée. 

« Dans la cour de ladite Ménagerie, près la grande grotte, 
avons trouvé un tas de plomb, dans lequel étoient vingt- 
sept nappes ou morceaux de différentes formes et gran- 
deurs ayant servi à la couverture de ladite grotte, plus un 



MÉNAGERIE DE VINEUIL SOUS LES DEHNIEUS CONDE a^Q 

crapaud, un lézard en deux morceaux, un serpent en deux 
morceaux, deux faisans de la Chine, un geai, 2 têtes de 
dragons ailés, une tète de mouton, une colombe, un mas- 
caron, 2 morceaux de serpent, un bout de tuyau de deux 
pieds, le tout en plomb, et un dégorgeoir en cuivre ; une 
calotte percée de trous, 4 têtes de bélier en plomb (pro- 
venant du salon de la Laiterie) ; 

« Dans la cour attenante donnant sur la pelouse, au 
bassin appelé de Narcisse, avons trouvé la figure de Nar- 
cisse tombée dans ledit bassin, ayant les deux jambes et 
un bras séparés du corps, lequel nous avons fait retirer et 
porter avec les autres parties, que nous avons fait serrer, 
savoir : une partie dans une pièce au rez-de-chaussée du 
petit pavillon qu'occupoit le nommé Delaunay, garçon 
de la Ménagerie..., une autre partie dans une cabane où 
étoient ci-devant les chiens-loups..., une autre partie dans 
une pièce attenant la Laiterie près le bâtiment Neuf, fermé 
d'une porte à deux battans avec imposte au-dessus à car- 
reau de bois... ». Les 20, 24, 29 octobre suivants, le juge- 
de-paix Henry fut appelé à constater des vols de conduits 
de plomb arrachés de terre dans diverses cours de la 
ménagerie \ 

La ménagerie de Vineuil était détruite à jamais; 
commencée en 1677, elle avait donc vécu un peu plus 
d'un siècle et avait renfermé des représentants d'environ 
66 espèces de mammifères et de 78 espèces d'oiseaux. A 
lexception d'éléphants, de rhinocéros, d'autruches et de 
quelques autres bêtes qu'on n'y vit pas, c'étaient les 
mêmes animaux qu'à Versailles ; toutefois, on y avait vu : 
un grand fourmilier, des gloutons, un ours noir d'Amé- 
rique, un maki, un unau, des rennes, des vigognes et un 
calao de Malabar qui n'avaient pas vécu à Versailles. 

^ Archives de l'Oise, Q, portef. 6. 



26o TEMPS ^roDER^'ES (xvif ET XYiii^ siècles) 

VII. La ménagerie fut complètement dégarnie de ses 
grilles, fers et plombs, par des ouvriers envoyés de Saint- 
Maximin, seulement un an plus tard, du 21 octobre au 
26 novembre 1793. Puis ses bâtiments et terrains, après 
avoir subi diverses destinées : dépôts de chevaux pour 
l'armée, ateliers de salins, etc., furent lotis avec Chan- 
tilly pour être vendus, en vertu d'une loi en date du 
7 brumaire an VII (17 novembre 179B). Le travail fut 
confié à Pierre-Joseph Godde, architecte à Liancourt; le 
plan qui fut annexé au procès-verbal de division porte la 
date du 21 pluviôse an Vil (9 février 1799) ; il est con- 
servé au Musée Condé. Sauf la grande pelouse de Chan- 
tilly, qui fut sauvée grâce aux démarches du maire, 
M. Patin, tout le domaine de Chantilly fut mis en vente, 
et adjugé en 1799 et 1800. On finit par la ménagerie, 
divisée en six lots, portant les n"' 119 à 124. Le 1 19* com- 
prenait « un bâtiment à deux étages » qui est le bâtiment 
Neuf ou appartement des Tableaux, et le terrain au- 
dessous et au-dessus, entre le chemin projeté au bord 
du canal et l'allée de la grille des Princes; le 120% « une 
maison formant un bâtiment du fond et deux ailes », la 
Laiterie et Isis ; le 121% « un bâtiment entourant une 
cour carrée ayant deux pavillons aux extrémités », la 
ménagerie des fauves; le 122% « différents bâtimens dont 
quelques-uns sont en ruine », c'est-à-dire les pavillons 
des deux petits cours de droite et la Longuignolle ; le 
123^, « quatre bâtimens presque en ruine », c'est-à-dire 
le pavillon de la cour du Loup, celui de la cour des Paons, 
et deux bâtiments de la cour des Boucs; le 124% « quatre 
bâtiments avec un mur de clôture sur le chemin », dans 
la cour des Pigeons et la cour des Volières. Le tout fut 
adjugé, le 8 prairial an VIII (28 mai 1800) au citoyen 
Pierre Damoye pour la somme de i86.3oo francs (évaluée 
en assignats). 



MÉNAGERIE DE VINEUIL SOUS LES DERNIERS CONDÉ U.6l 

Pierre Damoye était un spéculateur parisien qui s'était 
associé avec un entrepreneur de bâtiments de Gom- 
piègne, Gérard Boulée, pour acheter le château de 
Ghantilly (17 juillet T799) dans le but de le démolir et 
de tirer parti des matériaux. Il avait aussi acheté d'impor- 
tants fragments du parc, sans intention d'établissement. 
Quant aux bâtiments, enclos, terres et prés de la ména- 
gerie, il les revendit, avec assez de difficulté du reste, à 
diverses personnes. 

VIII. Lorsque le prince de Gondé reprit définiti- 
vement possession de Ghantilly, en 181 5, son premier 
souci fut de racheter la partie du parc qui avoisinait le 
château. Il voulait seulement rentrer en possession de 
ce qui composait autrefois le grand parterre de Ghantilly 
et l'île d'Amour; mais, pour cela, son administrateur 
général, M. Rolin de Mainville, fut forcé, en en faisant 
l'acquisition par adjudication au tribunal de première 
instance de Paris, le 19 février 181 7, d'acquérir aussi le 
terrain de l'ancienne Ménagerie. Ge terrain, lui écrivait 
alors M. de Mainville « est presque entièrement mauvais, 
et il ne pouvait convenir qu'à l'objet qu'il remplissait; il 
est impossible d'y établir un jardin produisant des fruits 
et des légumes ; ses murs de clôture sont dans le plus 
mauvais état; le bâtiment qui existe dans l'enclos n'a 
plus ni portes ni fenêtres, et, dans plusieurs pièces il 
n'existe plus ni planchers ni cheminées, en sorte que, 
conservant cette propriété qui ne peut être d'aucune uti- 
lité pour S. A. S., elle entraînerait des dépenses consi- 
dérables que l'état de ses finances ne permet pas de faire. 
J'ai donc l'honneur de proposer à S. A. S. de m'autoriser 
à mettre ce terrain en vente, pour le prix qui en pro- 
viendra être employé à payer les dépenses nécessaires 
pour mettre en jardin à l'anglaise le terrain qui faisait 



26'2 TEMPS MODERNES (XVH ET XVIH SIECLES] 

autrefois le grand parterre de l'île d'Amour, suivant le 
plan qui sera adopté par S. A. S. ». 

M. de Mainville avait trouvé un acquéreur, M. Joseph 
Morlot, peintre à Paris, qui avait pensé à Tancienne 
Ménagerie pour y établir une blanchisserie d'étoffes ; la 
vente fut approuvée par le prince de Condé le 7 mai 18 17, 
et l'acte passé à Chantilly le 5 août suivant, par devant 
le notaire Jacquin. Cet acte concède à M. Morlot, au prix 
de 8 000 francs, « une maison appelé la Ménagerie de Chan- 
tilly, située en la commune de Saint-Maximin en la rue 
conduisant de Vineuil au dit Chantilly ; cette maison, 
précédée d'une cour avec porte cochère, consiste en un 
grand corps de logis à deux étages, dont un en mansardes, 
et rez-de-chaussée ayant entrée par deux portes bâtardes 
et éclairé par cinq croisées de face sur la dite cour et 
cinq sur le jardin, la dite maison couverte en tuiles ; der- 
rière (au dessus), sur le côté du nord, un jardin planté 
d'arbres fruitiers entouré de murs, dans lequel sont deux 
petits bâti mens ayant vue et entrée chacun par deux portes 
vitrées et sur le dit jardin ; le tout contenant en super- 
ficie 2 hect. 29 ares 82 cent., tenant du midi au chemin 
de Vineuil à Chantilly, du nord au sieur Richard (succes- 
seur de Becht dans la propriété de la Vacherie), aux 
sieurs Rouget et Peuzon {successeurs de Charpentier), 
du levant au chemin de la Ménagerie (rue de la Colonne), 
et du couchant au chemin de la demi-lune ; dans laquelle 
maison l'acquéreur déclare avoir l'intention d'établir une 
manufacture de draperie ». 

Cette maison, dont les communs figurent l'ancienne 
Laiterie, appartient aujourd'hui à M, le comte Henri 
Vigier ; derrière, on voit encore la grotte dans le mur 
de terrasse ; mais le bassin des marronniers a disparu. Le 
comte Vigier possède, en outre, toute la partie inférieure 
de l'enclos de la ménagerie. Sa propriété est limitée au 



MÉNAGERIE DE VINEUIL SOUS LES DERNIERS CONDÉ 263 

sud par la route de Vineuil à Chantilly, qui, percée au 
début du xix" siècle depuis Tancien cul-de-sac jusqu'au 
bas de la demi-lune, a fait dispaïaître le bassin de Nar- 
cisse ; à Test par la rue de la Colonne, qui est l'ancienne 
allée de la Carrière-aux-Daims prolongée jusqu'à la route 
de Vineuil; à l'ouest par le chemin de la demi-lune; au 
nord par un mur qui longe l'allée transversale de la cour 
principale de la ménagerie, coupe le grand bassin du Pot 
de terre et du Pot de fer, et se continue au bord de la 
terrasse qui dominait la ménagerie des fauves. L'entrée 
dite « grille des Princes » existe encore au bout occi- 
dental de cette allée. Cette entrée, et la grotte de la cour 
des marronniers, derrière la maison, sont les seuls 
vestiges de Tancien état des lieux. 

Au-dessus se développe la propriété de M"^ Van de 
Walle née Rouget, qui comprend, entre la vieille maison 
Charpentier, les parties suivantes de la ménagerie, de 
1 est à louest : le potager, la faisanderie de la Chine, le 
haut de la cour principale avec le bassin du Pot de terre 
et du Pot de fer, les cours des Poules ou du Renard, des 
Coqs, du Loup et de la Chèvre, des Paons, des Pigeons 
ou des Vents, avec l'emplacement des volières et de la 
cour des Bouquetins. Le bâtiment des bouquetins sub- 
siste encore, ainsi que le petit pavillon en niche où était 
placée la représentation du Loup et de la Chèvre. L'an- 
cienne Longuignolle fait aussi partie de cette propriété. 

La Vacherie seule se retrouve intacte. Rachetée par le 
dernier prince de Condé en 1828, elle fait partie du 
domaine de Chantilly et, par conséquent, appartient à 
l'Institut de France ' on l'appelle la ferme de la ména- 
gerie. 



CHAPITRE XV 

LES PETITES MÉNAGERIES PRINGIÈRES, 

SEIGNEURIALES, BOURGEOISES ET FORAINES 

DE FRANGE 



1 Ménageries des princes et des princesses de la cour de Louis XIV. 

2. Les ménageries de M'"« de Pompadour et de Marie-Antoinette. 

3. Ménageries de seigneurs et de financiers. Garennes et Parcs d'acclima- 

tation. 

4. Ménageries foraines et Combats d'animaux. 

I. Dans l'histoire des ménageries de France, la pre- 
mière moitié du xvii^ siècle est prise presque tout entière 
par la fin des anciennes ménageries de Fontainebleau et 
des Tuileries. Louis XIII n'aima guère ce genre de faste 
et, à son exemple, en dehors des « ménages » de basse- 
cour, où l'on plaçait souvent, il est vrai, des animaux 
étrangers, en plus encore des héronnières, des faucon- 
neries et des faisanderies, il ne semble pas que les sei- 
gneurs de son temps aient entretenu dans leurs domaines 
de grandes collections d'animaux sauvages. Le dernier 
habitant des ménageries seigneuriales du xvi* siècle fut 
sans doute cette lionne que le duc de Guise arquebusa 
un jour de mars i6o8 ^ 

Louis XIV eut une toute autre idée que son père sur 
le rôle que devaient jouer les animaux sauvages dans la 
vie des cours. Renouvelant les coutumes de la Renais- 
sance, non seulement il créa les fastueuses ménageries de 
Versailles et de Vincennes, mais encore il voulut que tous , 
autour de lui, eussent leur ménagerie. Ce furent d'abord 

^ Voir t. I, p. 279. 



PRINCES, SEIGNEURS, BOURGEOIS, FORAINS aGrj 

celles des princes du snng : celle du Dauphin à Mcudonet 
celle du duc du Maine à Sceaux. 

La ménagerie du château de Meudon était située, si 
l'on en juge par deux documents qu'il faut attribuer sans 
doute à ce domaine \ dans l'avant-cour du château, à 
gauche, de l'autre côté du canal de l'Orangerie et à l'en- 
trée de l'avenue de Giroflay [sic) . Elle couvrait un grand 
espace carré divisé en c{uatre ou cinq cours entourées 
chacune de longs corps de bâtiments ; la plus grande de 
ces cours, au nord, renfermait un bassin ou un abreuvoir; 
une autre, petite, au sud-est, aA-ait également un bassin. 
Cette ménagerie disparut sans doute de bonne heure, car 
Saugrain, qui écrivait au début du xv!!!*" siècle, n'en parle 
plus dans sa description de Meudon, alors qu'il cite toutes 
les ménageries des autres châteaux. 

La ménagerie du duc du Maine était située au châ- 
teau de Sceaux, au milieu d'un beau jardin dessiné par 
Le Nôtre. Elle se composait essentiellement d'une basse- 
cour et d'un pavillon en forme de croix élevé sur un 
terre-plein circulaire, auquel on accédait par quatre esca- 
liers ", disposition qui fut répétée plus tard à la ména- 
gerie de l'empereur d'Autriche à Schônbrunn. Le parc et 
la Ménagerie de Sceaux, devenus propriété nationale 
après 1792, furent d'abord transformés en ferme expéri- 
mentale pour l'étude des animaux domestiques^, puis le 

^ Archis'. nation., O' i5'2i* : l'un des documents, daté do 1691, est intitule : 
Plan de la maison de Chaville ; l'autre, daté également de 1691, porte cette 
mention : Un plan des jardins de Chaville. On parlait encore, au xvii*' siècle, 
de la ménagerie royale de Yillebon. C'était sans doute la ménagerie de Cha- 
ville qu'on appelait ainsi. 

- Voir, à la Biblioth. de la ville de Paris, un plan intitulé : « Plan général 
des Jardins et Parc du château de Sceaux bâti par Perrault pour Colbert et 
appartenant à son S. A. S. Mon'' le duc du Maine. » A Paris, chez Mariette. 
Voir aussi, à la Biblioth. de la ville de Lille '(S. 24), dans le recueil de plans 
de Jean Marot, la pi. LXXX du tome II qui représente 1' « Elévation du Pa- 
villon de la ménagerie de Sceaux du côté des parterres ». 

■' Voir Huzard et Tessier, note, p. i. 



266 TEMPS MODER^'ES (xvil'' ET XVIIl'' SIÈCLES) 

domaine fut vendu en 1798 et il ne reste plus aujour- 
d'hui que le jardin de la ménagerie qui forme une pro- 
menade publique. 

Venaient ensuite, au temps de Louis XIV, les ména- 
geries des princesses, ménageries qui ne renfermèrent 
guère, au reste, que des oiseaux d'agrément, des vaches, 
des poules et autres bêtes de rapport dont les produits 
étaient destinés à leur table. Nous citerons tout d'abord, 
celle de la reine Marie-Thérèse qui était située au châ- 
teau de Monceaux, dans le faubourg du Roule. L'existence 
de cette Ménagerie nous est connue par un ordre de 
Louis-Antoine de Gondrin, marquis d'Antin^ et par une 
estampe de 1779 montrant qu'il y avait encore, dans le 
parc du château, une ferme dans le genre de celle qui 
sera plus tard à Trianon, une « isle des moutons », une 
basse-cour et des écuries '. 

Puis venait la ménagerie de M"^ de Montespan, au châ- 
teau de Glagny, ménagerie que le peintre Bonnard décora 
d'une perspective en trompe-l'œil : c'était un vestibule 
ouvert à travers lequel on voyait la continuation du 
jardin et un bois avec, dans le lointain, le prince de 
Bombes chassant le cerf \ Cette ménagerie fut meublée 
par Dangeau, qui y dépensa, écrit M"^'' de Sévigné, 
« pour plus de 1 000 écus, de toutes les tourterelles les 
plus passionnées, de toutes les truies les plus grasses, 
de toutes les vaches les plus pleines, de tous les moutons 
les plus frisés, de tous les oisons les plus oisons^ ». 

^ ArchU'. nat., O^ 1246. Cet ordre, daté de 1711, enjoint à une veuve Le- 
febvre de sortir immédiatement de la <( ménagerie de la Reyne » ; il y avait 
vingt-huit ans que l'épouse de Louis XIV était morte ! 

- Bibliothèque de l'Arsenal à Paris, f^n» 240 intitulé : « Jardins de Monceaux 
près de Paris, appartenant à son Altesse Sérénissime Monseigneur le duc de 
Chartres. Paris MDCC.LXXIX. 

^ Dargenville, cité par Dussieux, II, p. 3oj. 

► M™« de Sévigné. Lettre à sa fille en date du 18 novembre 1676. (éd. 



PRINCES. Sî-:iGNEURS, BOURGEOIS, FOIl.VINS '-467 

M"^ de Montespan avait encore, au château de Saint- 
Germain, de grandes volières dont Louis XIV dirigeait 
lui-môme la construction, pendant qu'il était au camp 
de Nancy'. Après la mort de la marquise, en 1707, 
le château de Glagny devint la propriété de son fds, le 
duc du Maine, qui continua à en entretenir la ménagerie ". 
Un autre enfant naturel de la marquise de Montespan, 
M'"' de Blois qui est encore connue sous le nom de 
« Madame la Duchesse »' eut également une ménagerie 
à sa maison du Désert, située sur le plateau de Satory, 
au sud-ouest d'un étang qui porte encore ce nom '. 
La duchesse de Bourbon, seconde fille naturelle du roi 
et de la Montespan, qui avait épousé le petit-fds du grand 
Condé, Louis III de Bourbon, possédait aussi une Ména- 
gerie mentionnée dans les comptes de bâtiments sans 
que remplacement en soit désigné^. Enfm la fille de cette 
princesse, M"^ de Gharolais, avait fait entourer de murs, 
en 1789, une propriété avec ménagerie située sur rem- 
placement de Bagatelle, à Torée même du Bois de Bou- 
logne où elle aimait aller chasser le cerf et le daim, en 
compagnie de son malheureux ami, le comte de Melun^ 
Gomme bêtes d'appartement, c'étaient toujours les 
singes qui avaient le plus de faveur auprès des seigneurs 
et des riches bourgeois. En 1^)70, par exemple, deux 
vaisseaux, venant de Madagascar, ayant apporté avec eux 

HacheUc t. V, p. 146). — Voir également Comptes des bâtiments, I, p. 9i'J- 
921-1079 et 1327 (années 1676 à 1680). 

^ \oir Lettres de Colbert, VII, p. 325. 

^ Saugrain, p. 325. 

•^ Elle avait épousé le duc d'Orléans. 

^ Comptes des bâtiments, lY, p. 753 et 871, et V, p. 62 et 418. 

" Tome IV, p. 753 et t. V, p. 22. 

^ Cette ménagerie de S. A. S. Mademoiselle est figurée sur un plan manus- 
crit « levé au mois de juin 17 12, par Hipolyte Matier, arpenteur du Roi... » 
(Voir Bagatelle et ses jardins, p. 6). 



268 TEMPS MODERNES fxYII^ ET XYIIl^ SiÈCLEs) 

260 singes et guenons, on vit les Parisiens se disputer à 
grand prix la possession de ces bêtes '. 

II. Au temps de la Régence, on vit la marquise de 
Parabère se promener dans le Palais-Royal avec deux 
gracieuses gazelles et une petite guenon que M. de Vieu- 
ville lui avait rapportée des Antilles ^ ; puis, sous Louis XV, 
ce fut une ménagerie de bergère que la marquise de Pom- 
padour fit établir à Trianon, cinq ans après son élévation 
au titre de favorite '^ Les travaux, établis sur les plans de 
Gabriel, furent commencés ea 1749 et poussés active- 
ment; le i3 juin lySo, en effet, Lécuyer, contrôleur des 
travaux, écrivait à M. Lenormand de Tournehem, un frère 
de la marquise qui était à la tête de la Direction géné- 
rale des bâtiments du roi : « Comme le temps du retour 
de la Cour est court pour tous les ouvrages qui sont à 
faire, il propose de faire travailler les festes et 
dimanches ; mais ne voulant pas prendre la chose sur son 
compte, eu égard d'ailleurs à la présence de M. le Dauphin 
et de M""* la Dauphine, il supplie M. de Tournehem de 
vouloir bien lui donner des ordres. )) Il y avait là des 
précédents ; nous savons que, quatre-vingts ans aupara- 
vant, on avait fait travailler le dimanche à la ménagerie 
de Versailles. Pourtant M. de Tournehem écrivit d'abord 
en marge de cette requête * : « Il ne faut point travailler 
les festes et dimanches. J'en parleray au Roy, mais je ne 
crois pas qu'il le trouve bon, attendu les étrangers que 

* Chaulieu. Lettre à la duchesse de Bouillon. OEuvres, I, p. 73 (cité par 
Franklin, II, p. 194). 

2 Valmont de Bomare, t. II, p. 289 et la comtesse Dash, b, p. 86. 

^ Au temps de M™« de Maintenon, en i685, il y avait déjà eu là une ména- 
gerie [Comptes des bâtiments, II, p. 636^, mais ce n'était sans doute qu'un 
simple élevage d'animaux domestiques. Il y avait également, en 1674. dans 
le Trianon de porcelaine, un a cabinet » auquel était joint une volière en 
saillie. (Félibien, p. m.) 

* Que nous avons trouvée aux Archives nat., O^' 1810. 



PRINCES, SEIGÎS'EURS, BOURGEOIS, FORAINS 'jl6ç) 

cela scandaliserait. » Q)Lielqucs jours après, le frère de la 
marquise ajoutait ces mots : « J'en ay parlé au Roy, il ne 
le veut pas. » 

La ménagerie de la Pompadour ne fut terminée qu'en 
1753'. Elle se composait, comme celle qui était à l'autre 
bout du canal, d'un Pavillon de repos et d'une Laiterie, 
d'une Volière avec cours d'animaux, d'étables et d'un 
vivier; Gabriel y ajouta plus tard une serre chaude. Le 
Pavillon, meublé dès 1730, comprenait quatre pièces 
dont un salon dans lequel on vit la marquise jouer avec 
un couple de capucins et avec un petit singe-lion^; la 
volière comprenait une partie centrale, avec bassin inté- 
rieur pour oiseaux de luxe, et deux ailes, renfermant cha- 
cune une petite cheminée, pour volailles; trois cours 
d'animaux étaient annexées à cet ensemble et les étabies 
renfermaient quantité de belles vaches que la marquise 
avait fait venir de Hollande '; quant au vivier, il reçut 
les premiers poissons rouges qu'on ait vus en France 
et qui avaient été apportés de Chine à la marquise \ 

En même temps, M""' de Pompadour faisait construire, 
dans le parc de Fontainebleau, le long du chemin de 
Moret, une grande et belle volière qui communiquait 
directement avec un Pavillon de repos ; puis elle formait 
une ménagerie au château de Bellevue, tout près de 
Meudon. Cet établissement était situé à droite du châ- 
teau, sur la route de Sèvres, en face du « jardin des 
officiers » ; il se composait de deux cours entourées de 
bâtiments et d'une grande et magnifique volière placée à 
quelque distance ^ La marquise étant morte en 1764, tout 

1 La maçoauerie coûtait ù elle seule plus de 3oo.ooo livres. [Archiv. nai., 
Oi* 1810). ' 

- Bufion, art. Sajous bruns, et Valmont de Botnare. ÎV, 232. 

■'■ d'Argenson. VI, p. 81. 

'' Le Grand d'Aussy, II, p. 76. 

^' La marquise de Pompadour avait sans doute encore une ménagerie à son 



270 TEMPS MODERNES (xVIl'' ET XYIIl" SIÈCLES) 

resta en état pendant longtemps, et ce ne fut qu'en 
177^ que la ménagerie de Bellevue fut réformée; ses 
bois et ses panneaux de treillage furent portés à la ména- 
gerie de Versailles *, mais les cours et les bâtiments en 
étaient encore figurés sur un plan manuscrit daté de 1 778 " ; 
quelque temps après, il n'en restait plus que l'emplace- 
ment de la volière où Ton avait élevé un « cabinet de 
Treillage »\ 

A Trianon, la ménagerie de la Pompadour disparut 
également, mais pour renaître vingt ans après, sous une 
autre forme. En effet, quand la reine Marie-Antoinette prit 
possession de ce domaine, en 1784, elle le fît agrandir 
d'un terrain qui fut dessiné en jardin anglais avec « Ha- 
meau » par l'architecte Mique et le peintre Robert : près 
de 5 hectares furent laissés en bois, un peu plus de 
8 hectares furent transformés en gazons et prairies, 
2 hectares furent creusés en rivières et étangs, 2 hectares 
et plus furent convertis en promenades, enfin un hectare 
et demi fut couvert de bâtiments et de jardins \ Ces bâti- 
ments comprenaient un temple de l'Amour, un pavillon 
de musique et cet ensemble de maisonnettes rustiques 
qui existe toujours aujourd'hui. 

Le i5 juin 1783, Marie-Antoinette faisait placer dans 



château de Crécy-Couvé (Eure-rt-Loir) qui lui avait été donné par Louis XV. 
11 y a quelque temps, en effet, une des rues de cette petite ville, « la rue 
d'Enfer », portait le nom de « rue de la Ménagerie ». 

^ Voir le document annexe n° 29. 

- « Plan du Jardin de Bellevue appartenant à Mesd*^^ de France, par 
Boucher, en 1778. » [Bibliothèque de Versailles.) 

^ rt Plan de Bellevue, maison royale à deux lieues ouest de Paris ». A Paris, 
chez Le Rouge, rue des Grands-Augustins (sans date). Bibliothèque de Ver- 
sailles. 

* L'arpentage exact de ces différentes parties se trouve dans Gustave Des- 
jardins, en arpents et perches, d'après les mémoires du temps. Nous suppo- 
sons que c'est l'arpent de Paris dont on parle dans ces mémoires ; or cet 
arpent valait 34 ares 19 centiares des mesures actuelles. 



PRINCES, SEIGNEURS, BOURGEOIS, FORAINS 271 

ce domaine : des taureaux, des vaches, des veaux, des 
moutons et des chèvres qui venaient de Suisse, des 
porcs, des lapins qui y entraient avec lo poules et coqs 
du Mans, i3 volailles de Crèvecœur, Gi d'autres races 
choisies, et 8 pigeons d'espèces rares; enfin on jetait, dans 
le Idc, 2 349 carpes et 26 brochets. En même temps, Marie- 
Antoinette faisait aménager pour elle le petit manoir 
qu'elle s'était réservé et elle logeait, dans les autres 
maisons du hameau, une laitière, un bouvier et des gar- 
çons de ferme. 

Bien que la reine eut surtout pour idée de venir se 
reposer et se distraire dans ce charmant domaine, elle 
voulut pourtant y entreprendre une véritable exploitation 
agricole. Gomme il fallait s'y attendre, le résultat ne 
répondit pas à ses espérances : du 1 5 juillet 1780 au i*" oc- 
tobre 1791 par exemple, le produit de l'exploitation avait 
été de 00170 livres alors que les dépenses s'étaient 
montées à 3G 5-23 livres, dont 24 478 livres 4 sous 6 deniers 
pour les animaux et ioo45 livres 10 sous pour le per- 
sonnel. 

III. En plaçant, dans leurs ménageries, des animaux 
utiles venus des pays étrangers, la marquise de Pompa- 
dour et la reine Marie-Antoinette n'avaient fait que 
répondre au goût du jour. A la fin du xviii^ siècle, en 
effet, les esprits se tournaient de plus en plus vers 
l'acclimatation d'animaux exotiques susceptibles de renou- 
veler le sang de nos troupeaux ou même de donner de 
nouvelles espèces domestiques. Ce mouvement s'étendit, 
naturellement, de la Cour aux seigneurs et aux riches 
bourgeois de Paris et de province. 

A Paris, ce fut un financier, M. Boutin, qui installa, dans 
son beau jardin de la rue de Clichy, une grande ména- 
gerie dont la laiterie rappelle, par sa décoration, celle de 



272 TEMPS MODER^■ES (XVII ET XVIII SIECLES] 

la ménagerie de Chantilly'; on admira encore les grandes 
volières de lliôtel Cassini, situé rue de Babylone; celles 
du duc de Gèvres dont la vente rapporta 3 000 livres"; 
celle de Tornithologiste Mauduit ; celle d'une certaine 
demoiselle Adeline^; etc. Aux environs immédiats de 
Paris, le chevalier de Jansen possédait, dans ses jardins 
de la « Barrière Maillot », une volière, un colombier très 
gracieusement décoré, et une « Butte occupée par des 
chèvres et des boucs » \ Plus loin, au bord de la Seine, 
sur le chemin de Boulogne à Neuilly, les jardins plantés 
par M. de Saint-James, et appartenant en 1788 au duc 
de Praslin, renfermaient une ménagerie composée de 
quatre grandes cours d'animaux, pourvues chacune d'un 
pavillon, de vingt petits enclos contenant également une 
cabane et d'une cour centrale de promenade °. Plus loin 
encore, en province, la ménagerie du château d Attichy 
(Oise), qui appartenait au duc de La TremoïUe et qui était 
dirigée par un abbé d'Arvillars, passait pour une des plus 
belles de FEurope; placée magnifiquement devant le châ- 
teau, cette ménagerie était entourée de superbes mar- 
ronniers et ses vastes cours gazonnées nourrissaient, en 
particulier, de charmants petits « cerfs du Gange » ^ On 
citait ensuite, comme ménageries de moindre impor- 
tance : celle du duc de Richelieu dans son château 
du Poitou" ; celle du prince de Soubise à Saint-Ouen ; 
celle de Maurice de Saxe, le vainqueur de Fontenoy, à 

^ Voir Le Rouge, i*^'' cahier, pi. XIX, et 2*^ cahier, pi. XVI. 

- Duc de Luynes. 

^ Le Rouge, 20® cahier, pi. II et XVIII. 

* Le Rouge, 6'' cahier, 1774, pi- XXV et XXVI. 

*> Le Piouge, 20*^ cahier, 1788, pi. IX et X. 

« Croy, III, p. 145. 

' Voir : Bibl. de l'Arsenal, à Paris, l'estampes n'^ 319, et Jean Marot, h. 

C'est sans doute à cette ménagerie que Taverne, le cuisinier du maréchal, 
avait pris l'antilope osanne peur faire son fameux pàlë d antilope qui rendit 
alors son nom célèbre. 



PRIXCES, SEIGNEURS, HOURGEOIS, FOR.VINS J.'j^ 

Gliamljorcl' ; celles du comte de Buffon et de Daubenton 
à Montbard, ménageries que nous étudierons plus loin; 
celle du duc de Groy à l'Hermitage'; celle des Matignon 
et du marquis de Prie au château de Gourbépine. Ge châ- 
teau, construit près de Bernay par Tévèque de Lisieux, 
Goyon de Matignon (1G70-1710), avait alors, au nord de 
la cour d'honneur, a des fossés profonds dans lesquels 
étaientretenus différents animaux composant une curieuse 
ménagerie' ». Plus tard, au temps du marquis de Prie, 
cette ménagerie subsistait toujours, du moins avec des 
sangliers qui excitaient fortement Tenvie des paysans 
normands *. 

Les parcs de réserve de gibier étaient plus nombreux 
encore que les ménageries. A la fin du xviii^ siècle, il 
n'y avait pas de domaine seigneurial de quelque impor- 
tance qui n'eût sa garenne, nom qu'on donnait toujours, 
depuis le moyen âge, aux parcs enclos de murs ; et, dans 
ces garennes, on voyait parfois des bêtes exotiques vivant 
en demi-liberté : des nilgaus et des feraheda (?) dans 
le parc de la Muette au Bois de Boulogne^; un mouflon 
et un porte-musc dans le parc de l'Ermitage, au duc de 
la Vrillière * ; des lamas, des alpacas, des vigognes dans 
les domaines du marquis de Nesles ' ; un chameau, une 

'■ Voir Salerne, arl. Oies du Canada. 

- Croy, II, p. 5i et a6i. Voir aussi Le Rouge, i'^'' cahier, pi. XXIII, et 
7* cahier, pl. XXVI et XXVII. 

^ G. E. Lambert, p. 12. Un plan du château de Gourbépine, signé Arae- 
line, indique l'emplacement d'une grotte et d'un fossé avec la mention Ména- 
gerie. 

* A'oir le document annexe n° 3o. 

s^ Ils furent décrits par Buffon. Addit. aux quadrupèdes (édit. Lanessan, 
X. 5o4). Voir aussi : Marot, a t. II, p. i32, et ce tome, p. 337, n. 3i. 

'' Comp. rend. Ac. des se, 1772, t. II, p. 2i5. 

■^ Buffon nous apprend ce détail à l'article Vigogne. Nous savons encore 
que le marquis de Nesles avait des ouistitis qui se reproduisaient chez lui et 
qu'au printemps de 1778, il avait pu faire nicher des poules sultanes. (Encyclo- 
pédie méthodique. I, 207. et IT, 396). Buffon parle encore d'un sapajou coaita 
et de perdri.\ rouges d'Afrique chez le marquis de Montmirail ; de capucins 



274 TEMPS MODERNES (xvil'' ET XVIII^ SIÈCLES] 

vache bufflée, un taureau anglais, un bouc et des 
« chèvres de Juida » , quatre à cinq daims d'origine anglaise , 
des cerfs, des perroquets, un ara rouge, etc., dans le parc 
du Raincy. Ce dernier domaine appartenait au duc 
d'Orléans, prince qui fut obligé, un peu avant son arres- 
tation et sa mort, de laisser quelques-uns de ses créanciers 
venir se payer aux dépens des animaux du Raincy. Les 
daims, à l'exception de 5o des plus beaux, furent tués 
alors ; puis, le domaine étant devenu domaine national, le 
représentant du peuple Crassous prit, le 4 germinal an II 
(24 mars 1794)1 ^^^ arrêté par lequel tous les animaux 
restant devaient être vendus. C'est alors que deux pro- 
fesseurs du Muséum, Lamarck et Geoffroy de Saint-Hilaire, 
furent envoyés au Rainc}?^ pour sauver les animaux les 
plus intéressants et c'est dans le rapport qu'ils firent de 
leur mission que nous avons trouvé les détails que nous 
relatons ici '. 

Du reste, à la fm de la Révolution, les garennes, comme 
tout ce qui rappelait un régime abhorré, étaient devenues 
suspectes. « Citoyens, s'écriait à Provins, en 1794, le 
citoyen Ruffier, nous avons terrassé le fanatisme, nous 
avons écrasé l'aristocratie. Mais il subsiste encore des 
restes de la féodalité qui absorbent en partie les récoltes 
des cultivateurs. Ce sont les gai^ennes^ qui, faites pour le 
plaisir des ci-devants, ne produisent rien et renferment 
des animaux qui s'engraissent de nos meilleures pro- 
ductions..." » 11 est donc bien probable que beaucoup de 
réserves de province subirent le sort des animaux du 
Raincy. 

chez M. de Réaumur ; d'un lynx du Mississipi chez l'abbé Aubry, curé de Saint- 
Louis; dune civette chez M. Bertin, ministre d'Etat, etc. 

^ Archives du Muséum (an II). Voir également Chavard et Stemler, et notre 
tome III, p. 33 et 127. 

2 Discours prononcé à la Société Populaire et Montagnards de Provins, le 
10 pluviôse an II, 29 janvier 1794- (J- Bellanger, p. 186.) 



PRINCES, SEIGN'EURS, lîOURGEOIS, FORAIKS 27 j 

IV. Les ménageries foraines se développèrent, à cette 
époque, parallèlement aux ménageries des grands. Ce 
fut d'abord, tout au début du xvu'^ siècle, un troupeau 
d'autruches, les premières sans doute qui soient venues 
vivantes en France, que le propriétaire installa à Paris 
et dont il vendait les plumes aux seigneurs, pour en faire 
des « pennaches » '. Puis ce furent des montreurs de bêtes, 
des bateleurs, des diseurs de bonne aventure qui parcou- 
raient toujours les provinces de France, en compagnie 
de singes, de marmottes, d'ours ou de bêtes féroces. Au 
mois d'octobre i(3it, dans la « chambre ovale » du châ- 
teau de Fontainebleau, par exemple, un Anglais fit com- 
battre, devant le jeune Louis XIII, « des dogues fort 
furieux et des ours" » ; un autre jour, à Saint-Martin-des- 
Champs, un montreur de bêtes vient donner à l'enfant 
royal le spectacle d'un combat d'un lion contre un 
sanglier ; mais, cette fois, le petit roi s'y opposa craignant 
que le sanglier ne tuât le lion. « Ce serait dommage », 
disait-il gentiment comme raison, « car ces pauvres gens 
y gagnent leur vie ' » . 

Quelques années après, en iG2(j, un Hollandais, 
nommé Sevender, amena un éléphant à Paris ; la bête, 
partout où elle passa, excita la curiosité des populations, 
à un tel point que l'on vit le gouverneur de Montreuil 
ordonner d'élever des « barricades » autour d'elle, de 
façon à la garder plus longtemps dans la ville *. C'est 
ce même éléphant que l'on retrouva à Rouen en 1627 et 
à Toulon en i63i. Fabri de Peiresc, l'un des savants les 
plus renommés de l'époque, qui demeurait à Aix, vint le 
voir et le 26 décembre i63i il écrivait à son ami Dupuy : 

'■ Aftus Thomas, sieur d'Embry (livre III, cliap. xv, p. ■joi^. 
- Journal de Héroard, II, p. 83. 
3 îd.. Il, p. lO. 

'* Discours apologétique en faveur de l'instinct et naturel admirable de 
l'éléphant. Rouen, 1627, p. 3o (cité par Franklin, II, p. io3). 



irQ TEMPS MODERNES (XVII* ET XVIIl* SIÉCLEs) 

« Jenesçaysi je ne vous aypoinct mandé que j'eus la curio- 
sité de voir cet éléphant que vous avez veu là (à Paris) 
quelques années y a, lequel on ramenoit d'Italie. Il vint 
passer par icy, où il y fut troys jours, durant lesquels je 
le considéray bien à mon aise et avec grand plaisir, ne 
l'ayant pas laissé eschapper de mes mains ou despaïser que 
je ne Faye faict peser, contre six vingt boullets de canon. 
Il me cognoissoit desja quasi comme son gouverneur, et 
je me laissay porter jusques à ce poinct de curiosité ou 
(pour mieux dire) de follie, que de luy mettre ma main 
dans la bouche et de luy manyer et empoigner une de 
ses dents maxillaires pour en mieux recognoistre la 
forme, et ne les ayant pas assez bien peu voir sans les 
toucher, à cause qu'en ouvrant la gueulle, il les entre- 
couvroit avec sa langue'... » 

Les montreurs d'ours étaient toujours aussi communs 
qu'autrefois. Ils parcouraient les rues avec leurs animaux, 
s'arrêtant sur les places pour les faire danser, et se prêtant 
même, avec leurs bêtes, aux farces que l'on faisait à l'hôtel 
de Rambouillet. Un jour, en effet. Voiture, qui était le 
boute-en-train de l'hôtel, ayant trouvé deux meneurs 
d'ours dans la rue Saint-Thomas, avec leurs bestes muse- 
lées, les fait entrer tout doucement dans une chambre où 
M^^ de Rambouillet lisait, le dos tourné aux paravents. 
Sur un geste ces animaux grimpent sur ces paravents ; la 
marquise entend du bruit, se tourne, et voit deux museaux 
d'ours sur sa teste. « N'était-ce pas pour guérir de la 
fièvre, si elle l'eust eue? » ajoute Tallemant qui nous 
raconte cette histoire'. 

Au siècle suivant ce sont des bêtes plus curieuses ou 
plus rares que le peuple et même les princes et les prin- 

^ Tamizey de Larroque. Lettres de Peiresc, t. Il, p. 293. Voir, sur le séjour 
de cet éléphant à Belgentier, Gassendi, 1. IV, p. 3oS. 

^ Tallemant, tome III, p. 53. 



PR1>CES, SEIGNEURS, BOURGEOIS, rORAI>S -J^-r 

cesses vont considérer dans les ménageries ambulantes. 
«... Je fus hier voir le lion qui est icy [à Fontainebleau, 
écrit M^"^ d'Aumale le 4 juillet 1708], il est fort beau, 
fort fier et fort doux, il baise son maître qui lui met le 
doigt dans la geule, [sic] et qui le retire quand il lui com- 
mande ; il a sept ans, il mange 25 livres de mouton par iour, 
son maître mettoit sa teste dans sa gueule, mais le Roy 
ayant apris qu'il devenait pasle comme un linge avant que 
de ly mettre lui a fait deffendre. . . » M^'^^ d'Aumale avait été 
voir le lion en compagnie de M™^ la duchesse d'Elbeuf, de 
M™® de Dangeau et de M"^* de Coursillon : elle en infor- 
mait ainsi une de ses compagnes de Saint-Gyr, iVP'^^ de la 
Jonchapt qui, retenue au couvent et pourtant très dési- 
reuse de voir le curieux animal, écrivait à une autre de 
leurs compagnes, M"^ de Penchrée, qui se trouvait aussi 
à Fontainebleau, pour lui demander de lui en faire le 
portrait : « Je vous remercie. Mademoiselle, répondait la 
jeune saint-cyrienne le t3 juillet suivant, de Ihonneur 
que vous me faites de me choisir pour vous faire le por- 
trait du lion ; il a sept ans et baille pour recevoir la com- 
pagnie ; quand son maître veut lui donner la majesté du 
lion, il lui met une couronne sur la teste, il est fort doux 
pour un tel animal. Voicy les exercises [sic] qu'il fait, 
quand son maître lui dit, il se couche à terre, il se lève, 
montre ses pieds et baise son maître. 

« Sa fraise [sans doute la partie de la crinière qui 
entoure la tète] n'est pas frisée, il a des fleurs de lis aux 
pieds. Quand il mange il est bien furieux, les plus 
timides s'en vont bien loin. 

« Il est grand comme un gros cochon, il est haut comme 
moy, il a les jambes courtes et grosses... Il a le poil gris 
et noir, sa queue est fort grande, elle vient sur son dos 
en se frisant. Ses rugissements m'ont pensé faire évanouir, 
il est pourtant moins sauvage qu'un autre, sa teste est 



-2']S TEMPS MODER>"ES fxYIl'' ET XYIII^ SIÈCLES) 

fort grosse... et à mesure qu'il vieillira il deviendra plus 
beau et plus furieux. 

Je vous assure, Mademoiselle, que je vous aime la 
mieux des Pxoires'... » 

Les tigres étaient, dans ces ménageries ambulantes, 
moins nombreux que les lions, mais ils y paraissaient 
tout aussi bien apprivoisés. Un auteur anonyme, dont nous 
possédons le manuscrit inédit, voit, en 1787, au manège 
d'Artois, à Lunéville, par exemple, un tigre du Bengale 
attaché avec une corde à la ceinture de son maître, se 
laisser caresser par lui et vouloir lécher la main qui 
Tavait enchaîné. Quelque temps après, le même écrivain 
parle d'un couple de tigres du Bengale que Ton voyait à 
Glermont et qui, ni muselés, ni enchaînés, se laissaient 
caresser et jouaient tous deux avec leur maître, sans jamais 
lui faire aucun mal. 

Les singes avaient toujours aussi beaucoup de succès, 
surtout un chimpanzé âgé de deux ans qui fut montré 
à Paris par un sieur Nonfoux et que Buffon vint étudier". 
De même les montreuses de marmottes, c'étaient surtout 
des jeunes filles piémontaises ou savoyardes, devinrent si 
nombreuses que les parisiennes s'engouèrent un moment 
du petit mouchoir qui encadrait gentiment leur figure et, 
dès lors, la « coiffure à la marmotte » devint à la mode\ 
Mais l'animal qui causa alors le plus d'étonnement 
en France fut ce rhinocéros de Hollande dont nous avons 
parlé plus haut' et qui arriva à Reims à la fin de Tannée 
1748 « dans une loge construite sur un fort chariot 
traîné par vingt chevaux ». L'animal, qui venait de Stutt- 

'■ Ces deux lettres, que nous croyons inédites, se trouvent dans la 
collection Bariet de Beaupré, à Versailles. 

- Il en parle dans son Histoire naturelle à Tarticle Orangs-Outangs, sous 
le nom de Jocko (édit. Lanessan, X, 111-112). 

^ A. Franklin, h, art. Marmottes et Vielleurs, p. 469 et 700. 

* Voir p. 5o. 



PRINCES, SEIGNEURS, BOURGEOIS, FORAINS '279 

gart, quitta Reims le lundi 3o décembre l'j^S pour aller 
directement à Versailles. Louis XV voulut racheter pour 
sa ménagerie mais il recula devant le prix énorme qu'en 
demanda son propriétaire, loo.ooo écus. C'est alors que 
l'animal vint à Paris où il fut exposé à la foire Saint- 
Germain. Là, en même temps que l'estampe dont nous 
avons parlé et c[ui coûtait « trente sols )>, son maître 
vendait à ceux qui venaient le voir une petite brochure 
de 34 pages qui avait été écrite, sous le voile de l'ano- 
nymat, par un bibliothécaire de la Sorbonne nommé Lad- 
vocat'. Naturellement une pareille bête, qui n'avait jamais 
été vue en France depuis le temps de François I^'", fit 
courir tout Paris ; elle fut peinte par Oudry qui exposa 
son tableau au salon de l'année suivante ; elle fut gravée 
par Charpentier et dessinée en frontispice de la brochure 
de Ladvocat ; elle eut autant de succès auprès des dames, 
et, pour un temps, les modes de la cour furent à la rhino- 
céros. « Nous portions, en 1730, écrit en effet la comtesse 
Dàslî, des modes et des attifâmes singulièrement nommés. 
C'étaient des manchons à la maréchale, des palatines à la 
parmesane... des rubans à la rhinocéros. Ce vilain animal 
se fourrait partout, tout était à la rhinocéros, à cause de 
celui qui venait d'arriver au Jardin du Roi ^ ; les petits- 
maîtres avaient même inventé les harnais à la rhinocéros. 
Ne fit-on pas, je ne sais quel gratte-papier, un poème 
épique sur le rhinocéros ? » 

De Paris, l'animal prit le chemin du midi. Il séjourna 
quelque temps à Lyon où l'on fît courir le bruit qu'il était 
mort de « chaleur d'amour » ; il passa ensuite en Italie 
et, de là encore, vint à Paris le bruit de sa mort. « Le gros 

^ Ce nom d'auteur nous est donné par le Dictionnaire de Piichelet au mot 
Rhinocérot. 

' La comtesse fait sans doute confusion avec le parc de Versailles, car 
nous n avons trouvé aucun document qui parlât de la présence de cet animal 
au Jardin du iloi, à Paris. 



28o TEMPS MODERNES (XVII ET XVIir SIECLES) 

rhinocéros que nous avons vu l'hiver dernier, dit d'Ar- 
genson', à la foire Saint-Germain, vient de périr par les 
mêmes causes (mauvais temps), avec son maître et plu- 
sieurs passagers allant de Rome à Naples par mer, et tout 
l'argent qu'il avait gagné à son propriétaire est tombé au 
fond de la mer. » Il est probable que c'était là encore 
une fausse nouvelle, car le rhinocéros que nous avons vu 
au carnaval de Venise de 1701 ^ paraît bien être la même 
bête. 

Pour en revenir à Paris, c'est toujours à la foire Saint- 
Germain que nous voyons des troupes d'animaux dressés 
connues alors sous le nom d'Académie; il y avait par 
exemple : une « Académie de Pigeons disciplinés », une 
« Académie de petits chiens et de singes qui font toutes 
sortes de tours », une « Académie de singes montés sur 
de gros chiens qui font le manège d'une façon surpre- 
nante », etc\, puis c'étaient deux lions et un tigre, qui 
obéissaient au commandement de leur maître comme 
font les chiens les plus dociles* ; ou encore une anti- 
lope et un jeune chimpanzé que l'on présentait au public 
dans les termes suivants : 

L'un de ces « animaux amené de la montagne déserte 
delà Barbarie, estengendré par deuxrares animaux de dif- 
férentes espèces. Sa tête est fort grosse, tirant sur le 
mouton et en dos d'âne comme celle d'un cheval d'Es- 
pagne. Il a de fort belles cornes, des oreilles de biche, 
le visage et le col d'un cerf, les barbillons d'une chèvre, 

' D'Argenson éorit le 21 novembi-e 1749 ; ce serait donc en 1748 que le 
Rhinocéros serait venu à Paris, contrairement à tous les autres documents 
qui s'accordent pour Tannée 1749- 

^ Voir p. 1 1. 

^ A. Heulhard, p. 132-137. J. B. Oudry représente l'intérieur d'une de ces 
Académies de singes dans un de ses deux dessins pour l'illustration de la fable 
de La Fontaine : Le singe et le léopard (édit. in-fol. 1753-1759) fable CLXXII ; 
l'autre dessin représente la sortie d'une Académie de léopards. 

* Les Affiches de Paris, n° du 9 février 1750, citées par Franklin, II, p. iSg. 



rUIjSCES, SEIG^'EURS, ROUHGEOIS, FORAINS v.8 i 

le poitrail d'une biche, le dessus des épaules chargé d'un 
bouquet de laine fine comme de la soie, le dos d'un cha- 
meau, la moitié du corps d'une biclie, la croupe d'un 
cheval, la queue d'un chien, les pieds de devant d'un 
veau et ceux de derrière d'une biche. Il a six pieds de 
hauteur et, portant son cavalier sur le dos, il court aussi 
vite qu'un cheval. C'est une chose admirable. L'autre 
animal sauvage vient des côtes de Guinée. Il a deux 
pieds et demi de hauteur et représente en quelque façon 
la ligure humaine, particulièrement la tête et les pieds. 
On l'habille comme une personne. Il fait quantité de 
tours surprenants. Sa figure est risible et grotesque. Il 
marche debout et droit. II est habile sauteur et fait 
toute sorte d'équilibre. Il fait l'exercice comme un 
soldat et est bon cavalier. Il monte sur le grand animal 
et ensuite sur des chiens de Turquie que représentent 
l'Académie des chevaux... »' 

En 1770, ce fut un éléphant, le premier animal 
de cette espèce paru en France depuis l'époque de 
Louis XIV, qui attira les Parisiens à la foire. Son portrait 
fut gravé par Duchesne, d'après un dessin de Louis-Joseph 
Watteau, en une estampe qui porte la légende suivante : 

a Sans peine je quitte l'Asie 

Et sans regret, renonce à ma Patrie 

Pour vivi'e à jamais sous les Loix 

Du plus puissant, du plus aimé des Rois. » 

Et entre les deux distiques de ce quatrain, en carac- 
tères plus petits, ces mots : « Cet éléphant est arrivé à 
Paris le 27 décembre 1770, sous la conduite des S'* le 
Gagneurs et Trevisang. Cet animal est d'autantplus curieux 
à voir qu'il y a io3 ans qu'on n'a [sic) à vu en France". » 

* A. Heulhard, p. i36-i37. 

* C'est au Cabinet des Estampes de Bruxelles que nous avons trouvé cette 
gravure, signalée déjà du reste par les auteurs. 



■iSa temps modernes (xvii" et xviii^ siècles) 

Quatre à cinq ans après le passage de cet animal, c'est un 
autre éléphant que Louis XVI fait acheter à la foire Saint- 
Germain pour la Ménagerie de Versailles; puis, en 1782, 
c'est (c un bœuf extra-ordinaire venant des états du prince 
de Dourlack» qui paraît à la même foire ^; enfin, en 1784, 
on peut voir à la foire Saint-Laurent des phoques ou des 
otaries évoluer au milieu d'un immense bassin d'eau salée^. 
Mais le spectacle d'animaux le plus à la mode alors 
était le « combat du taureau » ; on appelait ainsi en 
France, au début du xviii® siècle, une sorte d'arène ou 
de cirque où l'on faisait se mesurer des taureaux ou 
des vaches contre des chiens et des animaux féroces. 
C'est à la foire Saint-Laurent de Tannée 1709^ que nou& 
entendons désigner, pour la première fois, par ce 
nom, un genre de spectacle qui, nous laA^ons vu, n'avait 
jamais été abandonné complètement depuis le temps 
des Romains. Quatre ans après, une Ménagerie foraine 
venait s'établir près de la Porte Saint-Martin' et faisait 
distribuer dans la rue le prospectus suivant : 

COMBAT A MORT 

Dans la ménagerie sur le cours de la Porte Saint-Martin. 

Par permission du Roy et de Monsieur le Lieutenant 
général de Police. 

« Vous êtes avertis que l'on prépare pour dimanche, 8 oc- 
tobre 1713, un combat jusqu'à la mort d'un taureau qui est 
d'une grosseur et beauté à faire plaisir, comme aussi tout 
ce qui suit qui sera fait et bien exécuté. Premièrement : plu- 

i Heulhard, p. i38. 

2 Les Affiches de Paris. n° du 9 février 1750, citées par Franklin, II, 
p. 189. et Bulfon, article (t. X, p. 41). Voir aussi : M*^ Cradock, 29 juillet 
1784, p. 69, et E. Campardon, t. I, p. 821 et 891 et t. II, p. 219 et 280. 

■' A. Heulhard, p, 126. 

* Beaucoup de troupes de forains couvraient alors les vieux remparts de 
la capitale, depuis la porte Saint-Martin jusqu'à la Bastille. 



PR1>'GES, SEIGNEURS, BOURGEOIS, FORAINS aOi 

sieurs braves dogues promettent de tenir pied ferme à plu- 
sieurs nations toutes différentes, et livrer bataille à tout ce 
qui se présentera. Le premier clioc se donnera d'abord à 
quatre heures précises contre la nation mâtine ; le deuxième 
contre celle des ours; le troisième contre celle des loups; 
le quatrième contre celle des taureaux ; le cinquième contre 
celle des tessons [blaireaux] ; le sixième contre celle des 
gapards [guépards] ; le septième sera le combat général où 
le gros chef perdra la vie. La fin sera un dogue qui se battra 
en Fair au milieu d'un grand feu d'artifice, où il y aura de 
l'extraordinaire. 

On prendra : au parterre dix sols ; galerie : vingt-cinq 
sols; grand balcon : cinquante sols et petit balcon : trois 
livres *. » 

Ces spectacles avaient autant de succès en France 
que les combats de taureaux en ont aujourd'hui en 
Espagne ; ' aussi s'établirent-ils bientôt, d'une façon 
permanente, dans toutes les grandes villes. Nous con- 
naissons l'existence d'un de ces « combats du taureau », 
à Orléans par une note de TAssemblée des professeurs 
du Muséum' et d'un autre à Paris par plusieurs documents 
déjà connus. Le « combat du taureau de Paris » était 
situé, en 1760, à l'extrémité de la rue de Sèvres, tout 
près de la barrière. On y voyait, disait le prospectus, des 
« animaux quadrupèdes, domestiques ou sauvages » se 
battre les uns contre les autres ou contre des dogues 
élevés à ce manège; ces derniers arrivaient à mettre 
à mort des taureaux, des loups, des hyènes, (celles-ci 
s'efforçant toujours de leur couper les jambes), des ours 

^ Publié par La Mosaïque. Bévue pittoresque de tous les temps et de tous 
les pays, i^"^ année, 1873, p. 102. 

- Les « courses de taureaux » avaient à cette époque beaucoup de mal à 
prendre en France, par suite des difficultés avec les règlements de police. 
Voir sur ce sujet : Franklin, II, p. 140 : James de Rutlidge, p. 204. 

" Voir au.K Archives du Muséum, la séance de l'Assemblée des professeurs 
du 39 frimaire an XII qui parle de l'arrivée à la Ménagerie d'un gardien 
venant du « Combat du taureau d'Orléans ;). 



a84 TEMPS MODERNES (xVII^ ET XVIIl" SIÈCLES) 

et même des tigres et des lions; pourtant on y gardait 
ces derniers le plus longtemps possible et on vit des 
lions y vivre seize ou dix-sept ans. La représentation se 
terminait d'ordinaire par le divertissement d'un âne 
appelé Peccata qu'on faisait lutter contre des chiens, puis 
par un feu d'artifice dans lequel les dogues se lançaient 
pour saisir et emporter des fusées dans leur gueule*. 

A la fin du xviii^ siècle, on voyait encore à Paris, sur 
la place de la Révolution, à la barrière du Trône et le 
long des boulevards plusieurs ménageries foraines qui 
furent saisies, avec le combat du taureau, par ordre de 
police, le 4 novembre 1793. Les animaux, au nombre de 
vingt-six, furent portés au Jardin des plantes ; mais leur 
prix, estimé par le maître du combat du taureau, en fut 
remboursé à leurs propriétaires. 11 y avait : deux pan- 
thères, estimées l'une à i 5oo livres, l'autre à 1000; deux 
chats-tigres estimés l'un i 5oo, l'autre 800 livres; deux 
civettes, estimées l'une 2000 livres, l'autre 4oo; quatre 
ours blancs estimés de i 5oo à 10 000 livres ; quatre man- 
drills estimés 2400 et 600 livres; un macaque estimé 
3oo livres; un singe ordinaire estimé 200 livres; quatre 
agoutis estimés 600 et 192 livres; quatre aigles estimés 
1 000 et 800 livres ; deux vautours estimés 5oo et 
4oo livres ^ Nous verrons, dans notre troisième volume, 
que ce fut là le noyau de la Ménagerie actuelle du Muséum 
d'histoire naturelle. 

- Voir : Jéze : II, i4 ; Valmonl de Botnare : II, 700. 

- D'après les Procès-verbaux du Comité d'Instruction publique, t. II, 
p. 818-821. Le « Combat du taureau » reparut après la Révolution; il 
s'installa à la barrière de Pantin, que l'on prit 1 habitude d'appeler alors et 
qu'on appelle encore aujourd'hui, croyons-nous, « barrière du Combat ». II 
disparut définitivement en 1824. 



CHAPITRE XVI 



LE ROLE DES MÉNAGERIES EN ZOOLOGIE 
DESCRIPTIVE ET EN ANATOMIE COMPARÉE. 
DE L'ANTIQUITÉ A LA FIN DU XVIIP SIÈCLE 



1. Observation et utilisation de lanimal vivant chez les Anciens. 

2. Moyen âge et Renaissance. Zoologie économique et zoologie descrip- 

tive. Débuts de l'anatomis comparée. 

3. Epoque moderne. Zoologie descriptive. Grand essor donné à l'anatomie 

comparée par la ménagerie de Versailles et les ménageries de 
Hollande. 

I. L'étude des ménageries de P Antiquité et de celles 
du Moyen âge nous a montré que l'animal sauvage gardé 
en captivité joua d'abord un rôle essentiel dans les diffé- 
rentes manilestaticns du faste ; il fut utilisé pour le culte 
et pour les fêtes religieuses chez les Indiens et chez les 
Egyptiens, pour la chasse et la guerre chez les Perses, 
les Assyriens, les Carthaginois et. plus près de nous, chez 
les Suisses et les Allemands; il servit à l'amusement du 
peuple romain dans l'amphithéâtre, et à celui des rois et 
des seigneurs dans les châteaux féodaux ; enfin, toujours 
et partout, il fut un ohjet de grand luxe et parfois même 
un symbole de noblesse. Mais, en dehors de ce rôle 
dans les mœurs, si l'on excepte les collections d'ani- 
maux recueillis sur l'ordre d'Alexandre par Aristote, si 
on laisse de côté les animaux d'Alexandrie, qui furent 
sans doute utilisés par les savants gréco-romains, aucune 
grande ménagerie de ces époques lointaines n'a été 
établie en vue de l'utilisation de ses animaux pour la 
science ou pour Part. 



286 TEMPS MODERÎSES (XYII*" ET XVIIl'' SIÈCLES] 

Pourtant, par les conditions mêmes clans lesquelles les 
gardes d'animaux sauvages se faisaient, par la coutume 
qu'eurent souvent les grands de s'entourer de savants ou 
d'artistes, les ménageries anciennes servirent plus ou 
moins directement au progrès des sciences zoologiques, 
au développement du sentiment artistique et à une com- 
préhension plus intime et plus vraie de la nature ani- 
male. 

Au point de vue scientifique et économique, ces ména- 
geries eurent d'abord pour conséquence la domestication 
de certaines espèces indigènes et l'acclimation d'espèces 
exotiques aujourd'hui entièrement naturalisées dans leur 
patrie d'exil. C'est ainsi que les Indiens, les Perses, les 
Chaldéens et les Assyriens arrivèrent à dompter les 
grands félins et même, semble-t-il, à les domestiquer 
complètement ; ils avaient apprivoisé le lion, par exemple, 
au point de le conduire à la corde et de l'employer pour 
conduire les chars et pour chasser les cerfs, les sangliers, 
les taureaux et les ânes sauvages \ 

Aristote et Pline afhrment même que les Indiens 
faisaient couvrir leurs chiennes par des tigres et qu'ils 
obtenaient ainsi des chiens-tigres féconds entre eux. 
Ces hybrides étaient, paraît-il, excellents pour la chasse, 
mais on ne pouvait s'en servir qu'à la troisième géné- 
ration, ceux des deux premières étant trop dangereux ^ 

Parmi les animaux qui vivaient à l'état sauvage dans la 
vallée du Nil, les Egyptiens domestiquèrent des bœufs, 
diverses espèces d'antilopes, des grues, des oies et 



^ Elien, 1. XVII, ch. xi. Voir également sur la domestication des lions ot 
des tigres, le bizantin Timothée (c. 9) et Martial [lih. spectac. \S. i; épigr. 
I. 104, 2. 3). 

" Qui sait s'il n'y a pas quelque chose de vrai dans cette histoire si pré- 
cise ? Peut être faut-il voir en effet, dans le mot tigre, la désignation d'une 
espèce de félin, tel que le guépard, qui pourrait vraiment produire avec cer- 
tains chiens de l'Inde. 



ROLE DES MENAGERIES EN ZOOLOGIE ET EN ANATOMIE 287 

d'autres oiseaux sauvages ; ils eurent, comme commen- 
saux, certains singes, et des mangoustes qui remplis- 
saient le rôle des chats; ils se servaient également, 
pour la chasse, de lions, de hyènes et de léopards ; 
ils introduisirent, de pays étrangers, le cheval d'abord, 
à Fépoque des Hyqsos, puis le chameau, le zèbre et le 
porc; ils formèrent, i5oo ans avant notre ère, le pre- 
mier Jardin d'acclimatation connu ; enfin, à l'époque 
d'Alexandre et de Ptolémée surtout, ils propagèrent 
chez eux, et de là, en Grèce et en Italie : les chats, les 
faisans et les paons rapportés d'Asie. 

Les Romains pauvres prirent chez eux, comme com- 
mensal, la belette, alors que les riches faisaient garder 
leurs logis par des ours, comme on le fera en Suisse et 
dans les Flandres, dans les villes et les châteaux du 
moyen âge ; ils élevaient de plus, dans leurs leporarii : des 
cerfs, des chevreuils, des mouflons, des sangliers, des 
loirs, des lièvres et des lapins des Gaules et jusqu'à des 
escargots, qu'ils faisaient venir d'Illyrie et d'Afrique. Ils 
gardaient dans leurs volières et dans leurs basses-cours : 
des grues, des sarcelles, des flamants, des paons, des 
faisans deMédie, des pintades de deux espèces, des grives, 
des merles et quantité d'autres petits oiseaux. Enfin, parmi 
les nombreux poissons indigènes qui peuplaient leurs 
viviers, on y voyait, parfaitement acclimaté, le sarget 
[scarus] que le préfet de la flotte de Tibère, Optatus 
Elipertius, avait fait venir des îles de Crète et de Rhodes. 

Outre ces apports si importants pour l'économie domes- 
tique, apports qui venaient créer en réalité une science 
nouvelle, la zoologie économique ou appliquée, les ména- 
geries et les parcs d'animaux de l'Asie et de l'Egypte, 
les collections envoyées de l'Inde à Aristote, et surtout 
la ménagerie d'Alexandrie permirent aux philosophes et 
aux médecins de recueillir sur les animaux un nombre 



288 TEMPS MODERNES (XVII^ ET XVIIl^ SIÈCLES] 

tel d'observations que les origines de la zoologie descrip- 
tive, de Tanatomie comparée et même de la physiologie 
doivent être reportées à ces temps lointains. Ces sciences 
se trouvent en effet dans les divers traités de THistoire 
naturelle d'Aristote, œuvre qui fut continuée par les 
savants de l'Ecole d'Alexandrie : Hérophile, Erasistrate, 
Dioscoride et Apollonius de Gittium. Malheureusement, 
toutes les richesses accumulées par les Ptolémées, dans 
leur capitale, sombrèrent peu à peu, et pour toujours, 
d'abord dans l'incendie qui suivit la prise d'Alexandrie 
par Jules César, puis dans les luttes politiques et reli- 
gieuses qui ensanglantèrent les premiers siècles de l'ère 
chrétienne. Par contre, les grandes ménageries de Rome 
servirent plus à l'art qu'à la science. Galien y trouva bien 
des singes et d'autres animaux^ dont la dissection le con- 
duisit à l'anatomie humaine, mais Pline semble avoir 
pris plus de peine à recueillir toutes les histoires fabu- 
leuses qui couraient de son temps sur les animaux qu'à 
leur étude directe dans les ménageries. Aussi, dans la lit- 
térature latine, les courts ouvrages de Varron et de Golu- 
meile ont-ils été, pour nous, beaucoup plus utiles à con- 
sulter que les trente-sept livres de l'Histoire naturelle du 
grand zoologiste-amateur. 11 en est de même des gréco- 
romains : Elien, Oppien et Athénée et pour les ouvrages de 
la décadence romaine : pour ceux de Nemesianus, de Titus 
Galpurnius, d'Ausone et Glaudien, pour les Panégyristes, 
les Pères de l'Eglise, et plus tard, pour les rédacteurs 
des « Bestiaires » et des « Voîucraires », tous auteurs 
qui parlent souvent des animaux, il est vrai, mais pour 
ne rappeler généralement que les fables propagées par 
Pline et pour disserter sur la conduite morale de bêtes 
qu ils n'ont jamais étudiées. Seul Saint-Augustin fait 

^ Tels que ; des ours, des porcs, des ruminants, un éléphant, des oiseaux 
des serpents cl des poissons. (Daremberg et Saglio, art. Medicus), p. 1676. 



RÔLE DES MÉNAGERIES EN ZOOLOGIE ET EN ANATOMIE 289 

incidemment un premier essai d'expérimentation avec 
de la chair de paon cuite qu'on lui avait servie, un jour, 
à Corinthe. Comme c'était là mets d'empereur, il con- 
serva la viande pendant un mois dans un endroit sec et 
remarqua qu'au bout de ce temps, elle avait un peu 
diminué de volume, mais qu'elle était toujours bonne à 
manger. Et il conclut : « Dieu, créateur de toutes choses^ 
a donné à la chair du paon mort la propriété de ne point 
putréfier* ». 

II. Les ménageries du moyen âge ne furent guère que 
des volières, des fosses d ours ou des cages à lions que 
l'on trouvait un peu partout, il est vrai, dans les donjons 
féodaux et même dans les monastères. Les sciences 
zoologiques n'existaient plus et, jusqu'à la Renaissance, 
Aristotefut complètement ignoré en Occident. Frédéric II 
avait pourtant fait traduire ses œuvres, auxiii'' siècle, pour 
son Université de Naples et pour son Ecole de Salerne. 
Ce grand empereur avait écrit lui-même un traité de 
fauconnerie- dans lequel il traite de la domestication et 
de l'anatomie des oiseaux sauvages, non seulement des 
espèces pouvant servir à la chasse, mais encore de 
quelques autres, tel que le pélican qu'il possédait à sa 
ménagerie de Palerme. Cette ménagerie fut utilisée éga- 
lement par Albert le Grand qui parla de ses girafes sous 
le nom àOf^aflus et àAnabula et qui, rééditant Aristote, 
avance que les léopards sont le produit de la panthère 
et du chien. 

C'est sans doute aux Turcs que Frédéric, lors de sa 

^ Cité de Dieu, liv. XII, ch. 1. La même observation était faite, près de 
quinze siècles plus tard par Aldrovande (v. notre t. I, p. 241, en note). 

^ Imprimé à Augsbourg en lagô. Voir également : J.-G. Schneider. 

Au moyen âge les plus grandes ménageries d'oiseaux furent les faucon- 
neries et les premiers livres de zoologie qui ajoutèrent quelque chose de 
nouveau à Aristote furent des traités de fauconnerie (voir Pouchet. F. A. a 
p. 68 et suiv.), 

II. 19 



290 TEMPS MODERNES (xvif ET XVIII SIECLES] 

croisade en Egypte et en Palestine, avait pris l'amour 
de la chasse au vol et au léopard, et c'est aux Arabes 
que nous verrons les Espagnols emprunter un peu plus 
tard les béliers qui allaient renouveler peu à peu le sang 
de tous les moutons d'Europe. Au xv^ siècle, ces premiers 
essais de zoologie économique se continuèrent par l'in- 
troduction dans les ménageries d'espèces nouvelles 
ramenées des grands voyages autour du monde*. C'est 
ainsi que réapparurent les grandes ménageries et, avec 
elles, les sciences zoologiques reprirent leur essor inter- 
rompu. 

La zoologie descriptive s'enrichit, à cette époque, des 
œuvres de Gessner, d'Aldrovande, de Belon et de Pierre 
Gilles, qui donnent la description et parfois même la 
figure de beaucoup d'espèces nouvelles observées dans 
les ménageries des pays qu'ils visitaient. 

A la même époque, la zoologie expérimentale faisait 
ses débuts véritables en Italie et en France, comme nous 
le dirons plus loin, mais, en même temps, Léonard de 
Vinci entreprenait les premiers travaux véritables d'ana- 
tomie comparée, non seulement avec les cadavres 
d'animaux qui mouraient en grand nombre chez lui^, 
mais encore avec des corps humains qu'il se faisait 
apporter la nuit, et qu'il cachait au fond de sa cave. Là, 
entouré de ses élèves, il leur montrait comment il faut 
disséquer les corps humains, « séparant tous les membres, 
consumant en très petites parties toute la chair qui 
se trouve autour des veines sans répandre du sang, 
sinon celui presque insensible des veines capillaires » ; 
il leur disait qu'un seul cadavre ne se conserve pas assez 
longtemps pour tout voir, qu'il « faut procéder, de main 
en main, sur plusieurs corps pour arriver à l'entière con- 

^ Voir ce tome, p. 323. 
^ Vasari. 



RÔLE DES MÉNAGERIES EN ZOOLOGIE ET EN ANATOMIE 2g I 

naissance, et souvent recommencer deux fois pour trouver 
les différences ». Mais, ajoutait-t-il, parlant à l'un d'eux : 
« Si tu as l'amour de la chose, tu seras peut-être empêché 
par ton estomac ; et s'il ne t'empêche pas, tu auras peur 
de passer des heures nocturnes en compagnie de morts 
tailladés et ouverts qui sont épouvantables à voir ; et si 
tu surmontes encore cela, il te manquera le bon dessin 
nécessaire à une telle figuration. 

(( Si tu as le dessin, auras-tu la perspective? Auras-tu 
aussi Tordre de la démonstration géométrique et le calcul 
des forces et comportement des muscles? enfin te man- 
quera-t-il la patience et seras-tu diligent * ? » 

Ce grand génie n'ouvrit donc pas que des corps hu- 
mains; il disséqua aussi des mammifères, des oiseaux et 
des reptiles, comparant leurs organes entre eux et à ceux 
de riiomme. Il remarqua bientôt leurs analogies et, en 
véritable précurseur des systématistes du xix* siècle, il 
proposa de rapprocher : l'homme du babouin, du singe 
et d'autres animaux nombreux qui sont, dit-il, quasi de 
même espèce [quasi di simile spetié) ; le lion de la pan- 
thère, du tigre, du léopard et du chat; le cheval du 
mulet, de l'âne et autres animaux qui ont des dents inci- 
sives aux deux mâchoires ; le taureau du buffle, du cerf, 
du daim, du chevreuil, etc., que distinguent leurs cornes 
et qui n'ont pas d'incisives à la mâchoire supérieure. 

Il conseilla même de pousser plus loin la comparaison 
et il entre alors franchement dans l'anatoniie comparée. 
« Décris les intestins dans l'espèce humaine, chez les 
singes et animaux semblables ; vois ce qu'ils deviennent 
dans l'espèce léonine, puis dans la bovine et enfin chez 
les oiseaux... Tu feras une étude des mains de chaque 
animal pour montrer en quoi elles diffèrent, comme dans 

1 in Péladan, p. i56. 



29.i TEMPS MODERNES (xVII^ ET XVIII* SIÈCLEs) 

l'ours qui a les ligaments des tendons des doigts du pied 
réunis sur le cou-de-pied. Je dois montrer la différence 
qu'il y a de l'homme au cheval et de même pour les 
autres animaux ^.. » 

Léonard devint ainsi, au dire du célèbre William 
Hunter^, « le meilleur et le plus grand anatomiste de son 
époque ; de plus, il est certainement le premier qui ait 
inauguré l'usage des dessins anatomiques ». Il illustra 
de dessins au crayon rouge, rehaussé à la plume, un traité 
d'anatomie de Marcantonio délia Torre, qui enseignait 
alors à Pavie^ ; et il forma toute une œuvre anatomique 
composée de dessins et de notes qui ont été publiés 
de nos jours, dans de splendides ouvrages édités en 
Italie, en Angleterre et en France. 

L'anatomie comparée avait commencé à se former 
d'autre part, même longtemps avant Léonard, avec 
Donatello et Verocchio, qui nous ont donné une bonne 
anatomie du cheval, avec Aldrovande qui disséqua 
nombre d'animaux et surtout avec Pierre Belon, du Mans, 
dont son Histoire des Poissons qui parut en i55i, peut 
être considérée comme le plus ancien livre d'anatomie 
comparée. Belon s^occupa de même des oiseaux, dont il 
disséqua plus de deux cents espèces et, là encore, le paral- 
lèle qu'il établit entre le squelette de l'homme et celui 
de l'oiseau est un trait de génie. Cette pensée, d'une 
immense portée pour le x\f siècle, lui assure l'honneur 
du premier essai tenté pour la démonstration de l'unité 
de composition organique'. Pourtant c'est au siècle sui- 
vant seulement que l'anatomie comparée va prendre son 
véritable essor, 

* Manuscrits cités par Gabriel Séailles. p. aSS. 
^ Cité par Mathias Duval et Cuyer, p. Sg. 

3 Cet ouvrage, dont parle Vasari, n'a jamais été publié. 

* Crié. 



RÔLE DES MÉNAGERIES EN ZOOLOGIE ET EN ANATOMIE 293 

III. Dans la dernière moitié du xvii" siècle, la ménagerie 
de Versailles, ouverte aux savants comme au public, vint 
leur offrir la plus belle collection d'animaux vivants qui 
ait jamais été réunie dans un même lieu, depuis les 
anciens. On y vit, en effet, des représentants de 55 espèces 
de mammifères : singes, panthères, guépards, servals, 
genettes, lynx, morses, otaries, porcs-épics, castors, élé- 
phants, rhinocéros, antilopes, buffles, cerfs, daims, rennes, 
gazelles, etc. ; de 16 espèces de rapaces : aigles, faucons, 
vautours, chouettes, grands-ducs, etc. ; de in espèces 
de gallinacés et de colombins : hoccos, lagopèdes, 
lophoplîores, tétras, etc; de 20 espèces de perroquets : 
aras, cacatoès, perruches, etc. ; de 5i espèces de pas- 
sereaux indigènes et oiseaux des îles : pics, coucous, 
hirondelles, roitelets, calaos, colibris, oiseaux-mouches, 
manucodes royals, paradisiers, etc., etc, ; de 29 espèces 
de palmipèdes : bernaches, harles, fous, grèbes, mouettes, 
pélicans, phaétons, pingouins, sternes, etc. ; de Sg espèces 
d'échassiers et coureurs : autruches, casoars, aigrettes, 
cigognes, grues, flamans, foulques, hérons, ibis, outardes, 
porphyrions, spatules, etc. ; de 5 espèces de reptiles : 
crocodiles, tortues, geckos, serpents, — et la liste n'est 
pas complète. Cette collection d'animaux, qui renfermait, 
on le voit, des espèces particulièrement précieuses qu'on 
ne rencontre encore aujourd'hui que rarement, dans le 
plus grand nombre des jardins zoologiques, servit tout 
d'abord à faire connaître, aux naturalistes, de nouveaux 
types d'animaux des faunes de l'Afrique septentrionale, 
de l'Amérique et des pays limitrophes de l'océan Indien. 
Nous savons en effet que Louis XIV avait soin, quand un 
nouvel animal arrivait, de le faire représenter en pein- 
ture par Nicasius ou par Boël, et en miniature sur vélin 
par Nicolas Robert ou par Jean Joubert. 

La ménagerie de Versailles fut utile encore à la zoologie 



294 TEMPS MODERNES (xVII^ ET XVIII* SiÈCLES) 

économique, comme nous le dirons plus loin, mais, de 
même que les autres ménageries de son temps, ce fut 
surtout au développement de Tanatomie comparée qu'elle 
rendit les plus grands services. 

Jusqu'au x\if siècle, on n'avait guère osé disséquer, 
dans les Universités, que des cochons et des chiens ; 
encore les études anatomiques que l'on faisait sur ces 
bêtes se rapportaient-elles toutes à la médecine. Le pro- 
grès s'était fait, comme toujours, en dehors de la science 
officielle ; Tanatomie comparée avait été créée, au siècle 
précédent, par les artistes et par quelques passionnés de 
la nature. Mais le grand développement que prit, à partir 
du xvii^ siècle, la coutume des ménageries, en Italie, 
en Angleterre, en France et en Hollande, vint fournir aux 
anatomistes nombre de cadavres d'animaux étrangers et 
ainsi, naturellement, le point de vue anthropomorphique 
perdit peu à peu de sa valeur. 

En Italie, en 1616, c'est Fabio Colonna qui, le premier 
sans doute, disséqua, un hippopotame; en 1618, c'est 
Ruini, de Venise, qui écrit une anatomie du cheval. En 
Angleterre, ce fut d'abord le grand Harvey qui étudia 
l'anatomie des autruches ; puis Thomas Willis, qui publia, 
en 1672, son De anima brutorum, et, en i685, Samuel 
Collins, dont les soixante-treize planches du « Système 
Anatomique » représentent les intestins et les cerveaux 
d'un grand nombre d'animaux. Vers la même époque, 
Néhemie Grew écrivait un important mémoire sur l'ana- 
tomie comparée du tube digestif; Edward Tyson donna, 
seul ou avec la collaboration de Cowper, des monogra- 
phies anatomiques du serpent à sonnettes, du lama, des 
marsouins, de la sarigue et du chimpanzé; Parsons, et 
plus tard Thomas, disséquèrent, l'un et l'autre, un rhino- 
céros. Patrick Blaix décrivit le squelette de l'éléphant ; 
enfin les premiers traités véritables d'anatomie com- 



RÔLE DES MÉNAGERIES EN ZOOLOGIE ET EN ANATOMIE 295 

parée parurent avec Monro et avec sir B. Harwood, les 
précurseurs du célèbre anatomiste sir Everard Home. 

En Allemagne, nous ne trouvons d'abord que les 
planches anatomiques de Volcher Coitier, publiées à 
Nuremberg de iSyS à 1375 ; deux siècles plus tard, les 
membres de l'Académie Léopoldo-Carolinienne : Severino 
et Valentin surtout*, firent faire de grands progrès à 
Tanatomie comparée, mais ce fut principalement en Hol- 
lande et en France, là où les ménageries étaient si déve- 
loppées que cette science prit tout son développement. 

Pourtant la philosophie était peu favorable, dans ces 
pays, à Tétude des animaux. Si, en Hollande, on pou- 
vait voir, non sans étonnement du reste. Descartes aller 
observer chez les bouchers comment on ouvrait le corps 
des bêtes, voir et étudier les organes internes, rapporter 
même en son logis quelque partie pour Tanatomiser plus 
à loisir " ; par contre, à la même époque, dans les Pays- 
Bas, on pouvait entendre Jansénius condamner « la 
recherche des secrets de la nature comme une curiosité 
inutile, indiscrète, une concupiscence de l'esprit ^ )i 
Descartes lui-même, arrivait forcément, par sa doctrine, 
à se désintéresser des animaux et un de ses disciples, 
Malebranche, allait jusqu'à écrire ces lignes : 

« Les hommes ne sont pas faits pour considérer des 

1 \J Amphiteatrum zootomicum (1720-1742) de Michel Bernhard Valentin, 
en particulier, est un recueil excessivement intéressant à consulter pour l'his- 
toire de l'anatomie, car il donne les dissections et les mémoires d'anatomie 
comparée de l'Académie des sciences de Paris, de la Société Royale de 
Londres, de l'Académie allemande, de la Société de Copenhague et d'un 
certain nombre d'Universités. L'ouvrage de Severino est intitulé : Zootomia 

Democritea , Wumberg. i645. Il faut ajouter à ces deux noms, le suédois 

Rudolphi qui professa à Berlin. 

- Voir une lettre de Descartes au père Mersenne, écrite le i3 nov. lôSg. 
Correspondance, éd. Adam et ïannery, t. II, p. 621. 

^ Il disait encore, dans son Discours sur la réformation de l'homme inté- 
rieur : « Ce vain amour des sciences qui nous séduit d'autant plus qu'il a un 
air d'honnêteté, mais qui n'est, en effet, que la coupable prétention de con- 
tenter son intelligence en se passant des vérités étemelles » 



296 TEMPS MODERNES (xvif ET XVIlf SIÈCLES) 

moucherons et Ion n'approuve point la peine que 
quelques personnes se sont donnée pour nous apprendre 
comment sont faits certains insectes et la transformation 
des vers. Il est permis de s'amuser à cela quand on n'a 
rien à faire et pour se divertir. » 

La ménagerie de Versailles, installée en 1664, sem- 
blait donc devoir rester, comme les anciennes ména- 
geries royales, un simple établissement de faste. Mais 
vint l'Académie des sciences. Gréée deux années après, 
cette illustre assemblée avait résolu, en effet, de 
consacrer une de ses deux séances hebdomadaires, 
celle du samedi, à la physique, c'est-à-dire aux sciences 
de la nature. Elle avait chargé, pour cela, un de ses 
membres, le médecin Claude Perrault, de lui faire un 
rapport sur ce sujet et, dans ce rapport qu'elle publiait 
en tète de ses mémoires, les études d'anatomie occu- 
paient la première place. Perrault faisait remarquer que ces 
études étaient de deux sortes : les unes devaient porter 
sur la construction des organes qui composent le corps 
des animaux, les autres sur l'usage de ces organes. Il 
ajoutait « que, quelquefois, certains organes fort connus, 
comme la rate, le pancréas, les glandules atrabilaires, 
avaient des fonctions assez cachées, et que quelquefois 
aussi des effets visibles et manifestes, tels que la géné- 
ration du lait et la confection du sang, dépendoient de 
quelques organes que l'on ne connaissoit pas bien ; que, 
par conséquent, en fait d'anatomie, on devoit employer 
également ses yeux et sa raison, en conservant toujours 
néanmoins quelque avantage aux yeux sur la raison 
même, qu'il ne faloit ni se tourmenter trop à chercher des 
parties et des dispositions méchaniques dont on pourroit 
prouver l'inutilité par raisonnement, comme celle des 
conduits particuliers qui eussent porté la bile au cerveau 
des phrénétiques et dont Démocrite avoit fait une si 



RÔLE DES MENAGERIES EN ZOOLOGIE ET EN ANATOMIE 297 

longue et si vainc recherche, ni aussi négliger de s'assurer 
des choses, autant qu'il étoit possible, par toutes les 
expériences que Tart pouvait imaginer; car si Ton s'en 
fût tenu au raisonnement, peut-être n'eût-on pas trop vu 
la nécessité des vaisseaux lymphatiques et salivaires ^ » 

Le corps d'une jeune femme de vingt-cinq ans fut le pre- 
mier cadavre apporté à ces Messieurs de l'Académie, puis 
vinrent des corps d'animaux indigènes, ceux d'un renard, 
d'une chouette et d'un blaireau, enfin un premier animal 
venu de la ménagerie, un castor. A partir de 1669 jus- 
qu'en 1690, il n'y eut pas d'année où l'Académie n'eût 
l'occasion d'anatomiser quelque animal sauvage fourni 
par la ménagerie, par les fêtes foraines ou par les pour- 
voyeurs d'animaux que nous connaissons. 

Les dissections furent faites, ou plutôt dirigées, car, 
à cette époque, le scalpel était indigne des mains d'un 
docteur, par Perrault qui eut comme praticien Gayant, 
de 1669 à 1672, Dionis, de 1672 à 1674. et ensuite Du 
Verney. Les organes des animaux, étudiés et décrits, 
étaient dessinés ou gravés par des artistes tels que 
Louis Chatillon, de la Hire, Bailly, Bosse, de la Pointe, 
Robert, Sébastien Leclerc, puis les peaux, bourrées 
de foin, et les squelettes préparés par un « menuisier en 
ébène » du nom de Colson, étaient conservés au petit 
château de la ménagerie ou portés au Jardin du Roi'. 

^ Histoire de l'Académie, édit. de i733, 1/14". t. I. pp. 18-20. 

2 Parmi les nombreux renseignements que l'on trouve, sur ce sujet, dans 
les Comptes des bâtiments du Roi, nous citerons : En 1678 « à Colson, 
menuisier en ébeyne, pour avoir mis au naturel divers animaux et avoir 
fait plusieurs squelettes pour la salle du jardin royal... 466 1. 19 s. » 

En 1675 « à Le Clerq, pour quatre planches d'animaux gravées... 56o 1. » 

En 1684, toujours à Leclerc. 323 livres pour quatre planches gravées : 
« deux de l'éléphant, une de l'ibis et de la cigogne et l'autre du grand lézard 
écaillé. » 

En i685, à Chatillon, ii3o 1. « pour 3o planches pour servir à l'Histoire 
des animaux et 40 feuilles de dessins pour servir à l'Histoire des plantes ». 

De Robert nous connaissons qu'une planche d'anatomie gravée, celle de 
la spatule conservée à la Biblioth. nat. J 47' 



agS TEMPS MODERNES (XVII^ ET XVIII^ SIÈCLEs) 

La plus célèbre de ces dissections fut celle de l'élé- 
phant du roi de Portugal, mort en 1681 et dont les 
dépenses, payées à Couplet, s'élevèrent à io4 1. 12 s.*. 

Voici comment VHistoire de V Académie (t. I, p. 3-22) 
raconte cette dissection mémorable. 

« Un éléphant de la ménagerie de Versailles étant 
mort, l'Académie fut mandée pour le disséquer; M. du 
Verney en fît la dissection, M. Perrault la description des 
principales parties, et M. de la Hire en fit les dessins : 
jamais peut-être la dissection anatomique ne fut si écla- 
tante, soit par la grandeur de l'Animal, soit par l'exac- 
titude que l'on apporta à l'examen de ses parties diffé- 
rentes, soit enfin par la qualité et le nombre des assistants : 
on avait couché le sujet sur une espèce de théâtre assés 
élevé : le Roi ne dédaigna pas d'être présent à l'examen 
de quelques-unes des parties ; et lorsqu'il y entra il 
demanda avec empressement où étoit l'Anatomiste, qu'il 
ne voyoit point ; M. du Verney s'éleva aussitôt des flancs 
de l'animal, où il étoit, pour ainsi dire, englouti. » 

Perrault mourut en 1688, à l'âge de soixante-quinze ans, 
« des suites d'une maladie qu'il avait contractée en dissé- 
quant un chameau attaqué de la gale" ». Son œuvre fut 
continuée, à l'Académie des sciences et à la ménagerie, 
par Du Verney qui montra, en particulier, les analogies 
que présente la circulation du fœtus des mammifères 
avec la circulation des reptiles adultes. A la même époque, 
Jean de Méry, le chirurgien de la reine Marie-Thérèse, 
disséquait un pélican et un rat d'Inde morts à la ména- 
gerie et il entamait avec Du Verney, à propos de l'origine 
des monstruosités, plusieurs controverses qui furent alors 
célèbres dans le monde savant et même à la cour; car 
alors les dissections avaient tant de succès qu'on voyait 

1 Comptes des dépenses, t. II, 11 oct. 1681. 
^ G. Cuvier, Hist des se. nat. t. II. p. 417. 



ROLE DES MENAGERIES EM ZOOLOGIE ET EN ANATOMIE 299 

s'y presser jusqu'aux dames de la noblesse et de la 
bourgeoisie. Mais les beaux temps de la science à la 
ménagerie passèrent ; en 1696, la publication de \ His- 
toire des animaux cessa de figurer sur les comptes des 
dépenses des bâtiments du roi, et, à partir de 1706, 
nous ne trouvons plus aucun compte de dissection, de 
dessin, ni de gravure d'animal faits à la ménagerie. 

Du Verney continua pourtant encore jusqu'à sa mort, 
arrivée en 1730, à disséquer les cadavres qui lui étaient 
toujours envoyés de cet établissement, et, après lui, cette 
grande œuvre d'anatomie comparée fut continuée par 
Winslow, Petit et Morand. De cela résultèrent plusieurs 
suites de mémoires dont les premiers, écrits en latin par 
Claude Perrault, étaient accompagnés de magnifiques 
planches. Ces premiers mémoires furent publiés, en deux 
volumes in-f° (167 1 à 1676) ; ils furent traduits un peu plus 
tard en français et publiés dans un format plus petit. En 
1687, Alexandre Pittield les publiait en anglais à Londres ; 
en 1720, ils paraissaient dànsl A mphiteatrum zootomicum 
de Valentin ; en 1787, Denis Dodart les faisait imprimer 
en français à Amsterdam; enfin, vers la même époque, 
l'Académie les faisait réimprimer dans un ordre nouveau 
en trois volumes in-4°, qu'elle plaçait en tête de ses 
Mémoires, Le premier volume, ou première partie, signée 
du nom de Perrault comprenait l'étude de 4 lions, 
3 lionnes, 3 caméléons, 2 chameaux à une bosse, 2 ours, 
7 gazelles, i chat-pard, i renard marin, i loup-cervier, 
I castor, I loutre, 5 civettes, i élan, i veau marin, i cha- 
meau, I cormoran, 3 coqs indiens. 

Le second volume, signé également de Perrault seul, 
comprenait : 6 demoiselles de Numidie, 4 coati-mondi, 
I vache de Barbarie, 8 porcs-épics et 4 hérissons, des 
singes : cercopithèques, cynocéphales et sapajous, i cerf 
du Canada, 2 biches de Sardaigne, plusieurs pintades. 



3oo TEMPS MODERNES (XVII ET XVIII SIECLES] 

3 aigles, 6 outardes, 8 autruches, 4 casoars (casuel dans 
la première édition), i tortue des Indes, i vipère, 3 cro- 
codiles du Siam, i toc-kaie, i tigre. 

Le troisième volume, signé par Perrault et Duverney, 
comprenait : 4 tigres, i panthère, 4pallettes, i marmotte, 
I loir, un becharu. i poule-sultane, 2 ibis blancs, 
I cigogne, 2 salamandres, i lézard écaillé, i éléphant, 

I crocodile, 2 pélicans, 2 oiseaux-royals, 2 griffons. 

Il n'y avait donc là ni méthode, ni plan ; c'étaient des 
anatomies individuelles qui s'étaient succédées selon 
qu'en avait décidé le hasard des mortalités d'animaux, et 
on pouvait retrouver encore, dans ces anatomies, quelque 
influence de l'antiquité, tel ce trou à lavement que Per- 
rault décrit sérieusement chez la cigogne. 

Mais cette œuvre luxueuse, qu'il est encore utile de con- 
sulter aujourd'hui, eut le grand mérite de mettre définiti- 
vement Fanatomie à la mode. Aussi quand, vers 1740, 
Buffon eut l'idée d'écrire sa grande Histoire naturelle^ 
eût-il soin de s'adjoindre un médecin de son pays, Dau- 
benton, pour faire l'anatomie de chaque espèce animale 
qu'il se proposait de décrire. 

Daubenton ne traita que l'anatomie des mammifères, 
la seule qui ait une réelle valeur dans l'œuvre de Buffon. 

II n'y mit pas plus de méthode que ses prédécesseurs, 
mais il eut soin de faire toutes ses descriptions sur le 
même plan, ce qui les rend comparables entre elles et, 
en plusieurs points, il laissa voir l'importance que devait 
prendre bientôt Fanatomie comparée, entre les mains de 
Guvier, par l'étude des formes vivantes disparues. 

La Hollande où florissaient également, au xviii® siècle, 
plusieurs ménageries célèbres, ne tarda pas à suivre 
l'exemple des savants français. Déjà, à la fin du xvii^ siècle, 
Gérard Blaes (Blasius) avait tiré de ses dissections faites 
dans les ménageries d'Amsterdam ces deux curieux 



RÔLE DES MÉNAGERIES EN ZOOLOGIE ET EN ANATOMIE 3oi 

ouvrages : Observata anatomica in homine, simio^ equo, 
vitulo^ testudine , echino, glire^ serpente^ ardea^ variisque 
animalibus aliis... publié en 167^1 et Zootorniœ seu ana- 
tOTïies varioruni anbnalium pars prima, avec atlas de 
88 planches, publié de 1676 à 168 1. 

Mais ce fut surtout au siècle suivant que Pierre Camper, 
le contemporain de Buffon, fit faire un grand pas à l'ana- 
tomie comparée en utilisant les ménageries d'Amsterdam, 
celles du stadhouder, au petit Loo et à Loo, de même que 
les quelques animaux sauvages qu'il nourrissait à la 
maison de campagne, Klein Havokum, qu'il possédait 
près de la ville de Franeker ^ 

Camper, professeur de l'Université de Franeker et de 
Groningue, fit la plupart de ses dissections d'animaux en 
public, devant un auditoire nombreux et choisi. Il nous 
dit lui-même que, lorsqu'il opérait, l'amphithéâtre était 
tellement rempli par les échevins, les membres des hauts 
collèges, les professeurs de médecine et les étudiants, 
qu'il ne restait plus une seule place libre. Camper pro- 
cédait du reste par invitation directe. Dès qu'un envoi 
d'animal rare ou curieux lui était annoncé, il faisait 
imprimer et distribuer des feuilles semblables à celle-ci 
que nous reproduisons d'après Daniels " : 

C. F. F. Q. S. 

AD LECTIOXEb PUBLICAS 

quibus 

Historiae naturalis deliciae, ejusque^ 

cum humaniorum litterarum, et 

antiquitatum studio vinculum, 

in 

RHINOGEROTIS GEMINO CORNU CAPITIS 

ET 

SUIS MOSCHIFERAE AMERIGANAE 

1 Voir Allamand, édit. YoUand de l'Hist. iiat. de Buffon, t. XV, p. 6i8 art. 
Elan et Renne. 

^ Voir Daniels, pp. 78 et 146. 



3o'2 TEMPS MODERNES (xVIl'' ET XVIII* SIÈCLES) 

Dissectione 

Proximo die Jovis vi Februarii 

MDCCLXXii et Seqq. 

In Theatro Anatomico horâ post meridiem 

quartâ explicabuntur, 

Perillustres Academiae Curatores, Clarissimos 

Professores, Venerandos Sacrorum Antistites, 

Lectures, ac artium omnium Doctores, 

Medicinae Studiosos, et omnium 

ordinum Fautores 

INVITAT 

PETRUS CAMPER 

Medicinae Theoriae, Physiologiae, Anatomes, 

Chirurgiae ac Botanices 

Professer ordinarius. 

Camper disséqua ainsi un pécari, un fourmilier du Gap, 
un renne, un dromadaire, plusieurs espèces de singes et 
plusieurs cadavres d'animaux domestiques. Il anatomisa 
également nombre d'oiseaux d'espèces différentes, ce qui 
lui fit découvrir les canaux aériens propres à cette classe 
d'animaux et lui permit de montrer que, dans l'état de 
domestication, le volume du corps des oiseaux s'accroît, 
que leur poids augmente, que les extrémités de leurs os 
s'arrondissent, que les trous osseux destinés à l'arrivée 
de l'air se bouchent et qu'ainsi l'oiseau captif, dominé de 
plus en plus par sa masse, perd, dans l'esclavage, tous 
les moyens de conquérir sa liberté ^ 

A la fin du xviii^ siècle, le goût de la zoologie propre- 
ment dite, le désir d'étudier l'animal vivant, après s'être 
un peu effacé devant l'engouement des dissections, reprit 
en même temps que la mode des ménageries s'étendait et 
devenait de plus en plus utilitaire. En Angleterre, Guil- 
laume Hunter décrivait " les nilgaus qu'il gardait en cap- 

' Yicq d'AzIr. Eloge de Camper. 

- Philosophicals Transactions, iTJi, LXI. p. 170. Le mémoire de Hunter 
a été traduit par Buffon dans ses Additions aux quadrupèdes, X, 5o6. 



RÔLE DES MÉNAGERIES EN ZOOLOGIE ET EN ANATOMIE 3o3 

tivité dans sa propriété de Londres; W. Hayes représen- 
tait les oiseaux rares et curieux de la ménagerie d'Osterley 
et Colinson étudiait les zèbres des ducs de Richmond, 
de Portland et du comte de Derby. 

En Hollande, Vosmaer décrivait les animaux de la 
ménagerie du Petit Loo dans un grand ouvrage publié 
après sa mort, à la fois en français et en flamand, et qui 
renferme la description et la figuration de vingt espèces de 
mammifères, de huit espèces d'oiseaux et de trois espèces 
de reptiles. Allamand, pour son édition àcV Histoire natu- 
relle de Buffon, FAnglais Pennant, et l'Allemand Pallas \ 
dans leur séjour en Hollande, utilisèrent également les 
ménageries de ce pays pour leurs ouvrages de zoologie ; 
enfin nombre d'artistes hollandais et flamands firent con- 
naître par elles les types nouveaux des faunes de l'Afrique 
du Sud, de Madagascar et des Seychelles. 

A la même époque, Pierre Camper créait Fanatoraie 
artistique, en montrant aux peintres et aux sculpteurs 
les services que pouvait leur rendre l'étude raisonnée de 
l'animal vivant. Enfin Buffon élevait son magnifique 
monument à Y Histoire naturelle pour lequel il utilisait les 
ménageries de Versailles, de Chantilly et sa propre ména- 
gerie de Montbard. 

Mais, à la vérité, la zoologie descriptive et la systé- 
matique se formaient plus alors dans les musées ou 
« cabinets » que dans les ménageries; celles-ci, par 
contre, allaient lancer la science de l'acclimatation et de 
la zoologie économique à la fin du xviif siècle, dans la 
voie nouvelle où elle s'est fortement engagée au siècle 

* Les animaux que Pallas étudia eu Hollande se trouvent décrits dans ses 
Miscellanea Zoologica, in-4, publiées à la Haye en 1766, [Cavia Capensis, 
Sciurus petaurista, Grus crépitons, plusieurs espèces de myrmécophages, etc.), 
et dans ses Spicilegia Zoologica, publiées à Saint-Pétersbourg (Antilopes, 
fasc. I, p. 17). Voir également sur le séjour de Pallas en Hollande, Bulfon, 
art. de la Gazelle-Antilope . 



3o4 TEMPS MODERNES (xVII* ET XVIII* SiÈCLEs) 

suivant. Entre temps, la zoologie expérimentale se for- 
mait, grâce à Buffon surtout, et cette méthode allait 
conduire peu à peu les zoologistes à l'étude des grandes 
lois de la Biologie générale. 



CHAPITRE XVII 

LE ROLE DES MÉNAGERIES EN ZOOLOGIE EXPÉRI- 
MENTALE, DU XUV AU DÉBUT DU XIX'^ SIÈCLES 



i. Origines de la zoologie expérimentale. Pierre de Maricourt et Roger 
Bacon. 

2. Expériences de Léonard de Vinci. François Bacon. 

3. La philosophie expérimentale au XVI^' siècle. 

4. La ménagerie de Montbard, et les expériences de Buffon en zoologie 

générale. 

5. Projets de ménagerie expérimentale au Jardin du Roi, à Paris. 

I. L'expérimentation et l'observation suivie de Tanimal 
vivant n'ont pu se faire, pour l'animal sauvage du moins, 
que sous l'influence d'un développement de plus en plus 
grand et déplus en plus répandu du goût des ménageries. 

Le moyen âge ne fut pas précisément le temps de ce 
développement intense; ce ne fut pas non plus, on le 
sait, celui de la libre recherche et, pourtant, c'est au 
xiii^ siècle que l'on voit se manifester le premier effort 
des intelligences pour se soustraire à l'autorité de la sco- 
lastique, et tâcher d'augmenter les connaissances de 
l'esprit humain en revenant à l'étude directe de la nature. 

Ce premier effort semble s'être manifesté, d'abord en 
France, par les travaux de ce vieil alchimiste Pierre de 
Maricourt, qu'on nous montre expérimentant sur des cerfs, 
des aigles, des serpents, etc., en vue de découvrir des 

^ Ce chapitre est le résumé d un travail plus complet qui a paru dans la 
Bévue du Mois (lo juillet 1910). 



3o6 TEMPS MODERNES (XVIF ET XVIII SIÈCLES) 

secrets naturels propres à prolonger la vie humaine \ 
Maître Pierre enseignait à Paris, au temps de saint Louis, 
à cette époque de si haute activité intellectuelle où les 
écoles retentissaient encore du bruit des disputes célè- 
bres d'Abailard et de Guillaume de Champeaux, où il y 
avait des maîtres comme Albert le Grand et des élèves 
comme Duns Scott, Thomas d'Aquin et Roger Bacon. 
C'est auprès de Pierre de Maricourt que ce dernier disait 
avoir tout appris : langues, astronomie, mathématiques 
et surtout science expérimentale ; les autres maîtres 
n'étaient auprès de lui, disait-il, que des « idiots et des 
ânes ' ». 

Ce jugement, sans doute trop sévère, pouvait s'appli- 
quer, du reste, à la méthode de la scolastique elle-même. 

Roger Bacon, revenu en Angleterre, ne créa pas la 
méthode expérimentale, mais il fut vraiment un des pré- 
curseurs de la science moderne. On le voit, en effet, dans 
ses Epistolse et dans son Opus majus s'étendre longue- 
ment sur la nécessité de bien observer la nature et de 
tâcher d'en découvrir les lois pour pouvoir ensuite mieux 
agir sur elle. Grand partisan du progrès, il ne veut pas 
que ses opinions, ni même les faits qui lui seraient attes- 
tés par Texpérimentation, puissent faire autorité dogma- 
tique dans les temps à venir; comme Sénèque, dont il 
cite longuement les Questions naturelles , il est persuadé 
que c( les hommes, profitant de l'expérience de leurs pères, 
doivent aller plus loin que ceux-ci et qu'ils seront sur- 
passés eux-mêmes par leurs enfants^ ». On sait de quel 

1 F. Picavet. Rev. intern. de l'Enseignement, et Grande Encjlopédie, 
t. XXVI, p. 900. 

2 Cité par E. Charles, p. 17. 

^ Il ne faudrait pas croire, pourtant, que Roger Bacon veuille enseigner sys- 
tématiquement contre l'autorité. Bien au contraire, il recommande expressé- 
ment de consulter les anciens, mais il veut qu'on examine avec soin leurs 
affirmations {districtissime sententias majorum), alln d'y ajouter ce qui leur 



RÔLE DES MÉNAGERIES EX ZOOLOGIE EXPERIMENTALE 307 

prix le philosophe anglais paya la hardiesse de ses écrits. 
Il fut emprisonné plusieurs fois, mis au pain sec et à 
Feau; on lui défendit d'écrire à nouveau, et ses manus- 
crits, confisqués, ne commencèrent à être connus qu'à 
partir du xyi® siècle ; même son ouvrage principal, VOpus 
majus^ ne fut découvert par hasard, à Dublin, que 
vers 1733. Aussi a-t-on pu dire, avec quelque apparence 
de raison, que son célèbre homonyme, le chancelier Fran- 
çois Bacon, fut, trois siècles après lui, le véritable pro- 
moteur de la méthode expérimentale. 

II. La zoologie expérimentale avait pourtant fait ses 
débuts, dès le xvi^ siècle, en Italie, d'abord par les pre- 
miers essais d'incubation artificielle qui ne tardèrent 
pas à être poursuivis en France*, puis par les recherches 
si curieuses que Léonard de Vinci entreprit, en grande 
partie, sur les animaux de sa propre ménagerie : compa- 
raison des mouvements des ailes chez les chauves-souris, 
les oiseaux et les papillons"; étude des modes de loco- 
motion des serpents, des anguilles et des sangsues ; com- 
paraison de la puissance des pattes postérieures chez le 
lièvre et la grenouille ; observation des mouvements d'en- 
semble des membres chez différents quadrupèdes. Dans 

manque et de corriger ou de redresser leurs erreurs, cum mudestia et excu- 
satione. 

^ Ce fut au château de Montrichard, en Touraine, que François P'' fit 
faire, sous ses yeux, ces premiers essais en notre pays. Quelques années 
après, Olivier de Serres écrivait : a Cela se fait en un petit fourneau à cela 
accommodé, eschauffé par le dessous d'un feu continuel, esgal et non trop 
fort, duquel les œufs sont eschauffés, et dans dix-huit ou vingt jours les 
poussins en sortent avec esbahissement. » Le Théâtre d'agriculture, p. 358. 
Voir aussi dans l'abbé Rozier les très intéressants articles : Incubation et 
Marnais qui donnent l'historique et l'état de l'incubation artificielle au 
xv!!!*^ siècle. 

- Une note de Léonard de Vinci s'exprime ainsi : « J'ai divisé le traité 
des oiseaux en quatre livres : le premier traite du vol par battement d'ailes ; 
le deuxième du vol par la faveur du vent ; le troisième du vol en général des 
chauves-souris, poissons, insectes ; le quatrième du vol artificiel. » (Cité in 
Peladan, p. ija). 



3o8 TEMPS MODERNES (xVIl" ET XYIIl* SiÈCLEs) 

ce dernier travail, en particulier, Léonard montre nette- 
ment les rapports qui existent entre les oscillations 
rythmiques et simultanées des bras et des jambes chez 
l'homme, et il écrit cette note qui pourrait être transcrite 
textuellement dans nos traités de physiologie moderne : 
« La marche de l'homme est entièrement semblable à celle 
des quadrupèdes, car, de même que ceux-ci, comme le 
cheval, meuvent leurs membres en diagonale, de même 
l'homme meut ses membres, c'est-à-dire que, en même 
temps qu'il projette en avant le pied droit, il fait osciller 
en avant le bras gauche, et puis de même pour le pied 
gauche avec le bras droit* ». Léonard de Vinci étudia 
encore, sur ses animaux, le fonctionnement des organes 
de la vue : mouvements des paupières et de la pupille 
chez les espèces diurnes et nocturnes, mouvements de 
la membrane clignotante des oiseaux, modifications 
que l'âge amène dans la vision chez l'homme. Enfin il 
entrevit nettement les actes réflexes qui ne devaient être 
vraiment connus en physiologie qu'à la fin du xviif siècle. 
Il précisa même ce détail important que les mouvements 
réflexes se produisent alors même que la volonté tendrait 
à les suspendre : « Gomment il se fait que les nerfs 
agissent parfois par eux-mêmes, sans commandement de 
la volonté ; ceci est bien évident chez les paralytiques, 
comme chez les sujets engourdis, chez lesquels nous 
voyons les membres se mouvoir sans intervention de la 
volonté, laquelle volonté ne pourra même arrêter les 
mouvements de ses membres ; de même chez ceux qui ont 
le mal caduc, et de même dans les segments de corps 
comme dans la queue détachée des lézards." » 

C'est donc bien à tort que l'on fait commencer l'expéri- 
mentation en sciences naturelles à François Bacon qui 

^ Cité in Mathias Duval et Edouard Cuyer, p. 55. 
- id., p. 56. 



ROLE DES MENAGERIES EN ZOOLOGIE EXPERIMENTALE J09 

ne toucha jamais sans doute aucun animal dans un but 
d'étude. Il est toujours juste de reconnaître, pourtant, 
que le grand ministre anglais s'est exprimé sur ce sujet 
de telle façon que ses écrits pourraient servir encore 
aujourd'hui pour la formation et Tutilisation d'une ména- 
gerie consacrée à l'étude de la zoologie expérimentale. 
Il préconisa même la création d'un vaste établissement 
de recherches et d'expériences dont il décrivit le fonc- 
tionnement dans l'un des récits de sa. Nouvelle Atlantide^. 
Bacon traçait ainsi à ses contemporains un plan d'études 
qui dut leur paraître chimérique, mais qui nous paraît, 
à nous maintenant, renfermer quelques-unes des idées 
fondamentales de la Biologie moderne. 

III. Bacon mourut en 1626, laissant chez ses compa- 
triotes le souvenir d'un grand philosophe, mais d'un assez 
pauvre caractère ; en France, il devait rester à peu près 
inconnu jusqu'au moment où Voltaire allait montrer en 
lui le précurseur de Newton. A sa mort, Descartes ter- 
minait précisément une vie aventureuse de soldat pour 
se consacrer tout entier à la méditation ; il se retirait 
au fond de la Hollande, à Franeker, et, là, il préparait 
cet ouvrage célèbre, le Discours de la méthode, qui 
allait révolutionner la pensée philosophique. 

Gomme Bacon, Descartes avait bien senti l'insuffi- 
sance de la science traditionnelle et l'imperfection de la 
méthode des anciens qui avait servi à l'établir ; comme 
lui, il venait montrer que la voie des syllogismes était 
trompeuse et que l'induction résultant de l'observation 
des faits naturels devait être la base de tout raisonne- 
ment ; mais, alors que Bacon ramenait tout à l'observa- 
tion et à l'expérimentation du monde sensible, Des- 

^ Nova atlantis, 1620, trad. Buchou, p. 596 et suiv. Voir aussi ; Novuin 
organum, éd. p. 3o2. 



3iO TEMPS MODERNES (XVII^ ET XVIII^ SlÈCLEs) 

cartes voulait créer la science par la seule force de l'ob- 
servation interne, c'est-à-dire de la conscience et de la 
raison. A la vérité, il était loin d'être opposé à Texpéri- 
mentation ; il admettait que le progrès de la science 
dépend en grande partie de l'étude directe de la nature 
et il disait même que les expériences étaient « d'autant 
plus nécessaires qu'on est plus avancé en connais- 
sance ». Bien plus, il fit nombre d'expériences de phy- 
sique et demanda à ses amis d'expérimenter pour lui. 
Mais, en fait de zoologie, sa doctrine toute spéculative 
de l'automatisme le conduisait plutôt à disséquer les 
animaux qu'à les observer vivants ; nous avons dit, plus 
haut* comment il allait dans les maisons des bouchers, 
regarder tuer les bêtes, étudier leurs organes internes et 
même rapporter avec lui quelque partie pour l'anato- 
miser. 

On sait l'influence énorme que Descartes eut sur les 
esprits. Aussi lorsqu'en 1664, quatorze ans à peine après 
sa mort, la ménagerie de Versailles fut créée ; quand 
Colbert, quelque temps après, demanda à l'Académie des 
sciences comment il fallait utiliser ce nouveau témoignage 
de la magnificence de Louis XIV, des deux rapports qui 
lui furent envoyés : celui de Perrault concluant à des 
travaux d'anatomie, celui de Huyghens demandant au 
contraire que l'on se livrât à des expériences sur les ani- 
maux vivants ^ le premier seul fut adopté. 

^ Voir page 295. 

- Nous parlons autre part (p. 296) du mémoire de Perrault. Voici un 
passage delà lettre de Huyghens qui a été publiée avec les lettres de Colbert : 

« La principale occupation de cette assemblée [la section de physique] et 
la plus utile doit être, à mon avis, de travailler à l'histoire naturelle à peu 
près suivant le dessein de Vérulam [Fr. Bacon]. Cette histoire consiste en 
expériences et en remarques, et c'est l'unique moyen pour parvenir à la con- 
naissance des causes delà nature... [Colbert écrivit ici en marge de la lettre 
le mot Bon.] 

La chimie et la dissection des animaux sont assurément nécessaires à 
ce dessein ; mais il faudrait que les opérations de l'une et de l'autre ten- 



RÔLE DES MÉNAGERIES EN ZOOLOGIE EXPERIMENTALE in 

Cependant la métliodc expérimentale, en passant de 
Id théoiie à la pratique, ne tardait pas, en zoologie 
comme en physique proprement dite, à donner des fruits. 
En x\ngleterre, avec les biches du parc de Windsor, 
Harvey s'immortalisait en découvrant la circulation du 
sang et en montrant que les mammifères se reprodui- 
saient par œufs comme les autres vertébrés. En Italie, 
le médecin du grand duc de Toscane, François Redi, 
donnait un nouveau coup à la science dogmatique en fai- 
sant voir, par l'expérience, que les vers produits dans la 
chair de différents animaux morts, à la ménagerie de 
Florence, ne provenaient pas de sa pourriture, mais bien 
des œufs que les mouches y déposaient. Il montrait 
ensuite les rapports physiologiques du suc salivaire des 
vipères et de leur venin, et entamait, à ce sujet, une 
grande discussion avec le médecin français Charas qui 
avait expérimenté également sur les reptiles. Quelques 
années plus tard, Locke venait affirmer, à nouveau, l'ex- 
cellence de la méthode dans son Essai sur U entende- 
ment humain, publié en i6go. Et alors, on voyait se 
créer, en philosophie, un fort mouvement de réaction 
contre l'idéalisme cartésien, mouvement qui devait 
ramener à Bacon et aboutir finalement à l'empirisme et 
à la psychologie expérimentale. 

En France, les idées nouvelles se développèrent beau- 
coup, grâce à Tinfluence de TEncyclopédie, et surtout à 
celles de Voltaire, de Diderot et de Buffon. Voltaire et 
Diderot se contentèrent d'écrire ; ce dernier, en parti- 
culier dans ses Eléments de physiologie^ exposa des 

dissent toujours à augmenter cette histoire de quelque article important et 
qui regardât la découverte de quelque chose qu on se propose, [Colbert écrivit 
ci en marge : C'est mon sentiment] sans perdre du temps à plusieurs menues 
remarques de quelques circonstances dont la connaissance ne peut avoir de 
la suite, pour ne pas encourir le reproche que faisait Sénèque aux philoso- 
phes anciens : Invenissent forsitan necessaria nisi et superflua quœsivis 
sent. » 



3 12 TEMPS MODERNES (xVIl'' ET XVIII* SiÈCLES) 

idées qui en font le précurseur direct, sinon même Tins- 
pirateur de Lamarck : « L'organisation détermine les 
fonctions et les besoins », disait-il « et quelquefois les 
besoins refluent sur l'organisation et cette influence 
peut aller quelquefois jusqu'à produire des organes, tou- 
jours jusqu'à les transformer' ». Ce qu'on appellera de 
nos jours le Lamarckisme ne se trouve-t-il pas déjà dans 
cette simple phrase. 

IV. Buffon fit plus que ses deux illustres contempo- 
rains. Non seulement, en plusieurs passages de son His- 
toire naturelle^ il se montra, lui aussi, un précurseur du 
Lamarckisme moderne ; non seulement dans son histoire 
du pigeon, par exemple, il traça un tableau absolument 
parfait de ce que Darwin devait nommer, cent ans plus 
tard, la sélection artificielle^ ^ mais encore il créa à Mont- 
bard une ménagerie qu'il mit au service de la science. 

Désireux d'agrandir son domaine patrimonial, Buffon 
avait acheté les ruines pittoresques d'un ancien château 
fort des ducs de Bourgogne qui s'étageaient en amphi- 
théâtre sur la colline dominant la petite ville de Mont- 
bard. Il avait reconstruit le château, avait transformé 
les pentes de la colline en jardins disposés en terrasses 
superposées et, un peu partout, au milieu des arbres et 
des fleurs, il avait disposé des laboratoires de physique, 
des parcs pour recevoir les habitants paisibles des forêts, 
des fosses pour loger les animaux féroces, des volières, 
des bassins, etc. Ce grand naturaliste qui a écrit quelque 

1 Eléments de physiologie, 1774-1780 (p. 366, t. IX des Œuvres complètes 
de Diderot, éd. Assezat). Un peu plus haut (p. 33i), Diderot donnait un exemple 
d' « organe engendré par le besoin ». Voir aussi ses Pensées sur l'interpré- 
tation de la nature, 1764 (Œuvres compl. t. II, p. i-63). 

- Voir Buffon, éd. de Lanessan, t. I, p. 408 et suiv., et t. V, p. 507. Ou 
peut même voir en Buffon un précurseur de la théorie actuelle des muta- 
tions, quand il écrit dans sa Nomenclature des singes [id., t. X, p. 96) que 
la nature « produit ses formes par des actes presque instantanés ». 



RÔLE DES MÉNAGERIES EN ZOOLOGIE EXPERIMENTALE 3l3 



part : « On n'acquiert aucune connaissance transmissible 
qu'en voyant par soi-même », voulut payer lui-même 
d'exemple, et il fît nourrir, dans sa ménagerie, un grand 
nombre d'animaux d'espèces différentes dont voici une 
liste certainement incomplète : 



i" Mammifères : 
Castor du Canada. 
Chamois. 
Chauve-souris. 
Chiens. 
Cerf de Corse. 
Coati-Mundi. 
Ecureuil volant. 
Fouine. 
Glouton. 

Guenons ou singes à longue queue 
Hérisson. 
Lion. 
Loup. 
Loutre. 

Macaque à queue courte. 
Magot. 
Margay. 
Makis. 
Mone (la). 
Mongoz. 
Mulot. 
Ours. 
Paca. 
Pitèke. 
Raton. 
Renard. 



Sagouins. 
Sajou brun. 
Sajou gris. 
Singes. 
Surikate. 
Surmulot ^ 
Tanrec. 
Tendrac. 
Unau. 

2'^ Oiseaux : 

Ara rouge. 

Ara vert. 

Calao de Malabar. 

Coucou. 

Foulque (Grand-). 

Goéland (Grand-) . 

Héron. 

Paon. 

Passereaux (chardonnerets, linottes, 

merles de roche, pinsons, serins, 

tarins, etc.). 
Perroquet cendré. 
Poulette d'eau. 
Touracou. 



Ces animaux ne servirent pas seulement à Buffon pour 
écrire la magnifique histoire naturelle que Ton connaît ; 
ils lui permirent encore, ce qu'on ne voit plus faire par 
nos contemporains, en France, du moins, d'entreprendre 
des séries de recherches qui inaugurèrent réellement, en 
sciences physiques, la méthode expérimentale et la 
zoologie générale. 

^ Le rat surmulot était alors une curiosité, car il n'y avait guère que 
trente ans qu il était apparu en France. Il s était montré pour la première fois, 
non pas dans une ville maritime, mais à Chantilly et à Versailles, c'est-à- 
dire là où il y avait de grandes ménageries, ce qui nous fait penser que ces 
rats avaient été apportés par les pourvoyeurs d'animaux de Louis XIV ou 



3l4 TEMPS MODERNES (xvil" ET XVIIl" SiÈCLEs) 

Pendant la plus grande partie de sa vie qu'il passa à 
Montbard, Buffon fit un emploi constant et réfléchi 
de l'expérience et, là, il apparaît vraiment comme un 
maître, car presque toujours ses travaux sont des expé- 
riences directrices ou initiatrices de travaux nouveaux. 
Ce sont d'abord : des séries d'expériences qu'il poursuit 
en vue de vérifier sa théorie de la génération ; des obser- 
vations sur Tinfluence réciproque des sexes dans la des- 
cendance ; de nombreux essais d'hybridation, chez les 
mammifères et chez les oiseaux, presque tous couronnés 
de succès; des expériences sur le coucou et les petits 
oiseaux qui acceptent, dans leur nid, la présence d'œufs 
d'espèces étrangères. Ce sont ensuite : des grenouilles 
et des poissons qu'il montre vivant moins longtemps 
dans une eau couverte que dans un bassin à Pair libre ; 
des loirs et des hérissons qu'il garde pendant l'hiver 
pour étudier les phénomènes de l'hibernation ; des 
chauves-souris endormies dont il prend régulièrement 
la température au thermomètre ; des loutres qu'il essaie, 
sans succès, du reste, d'apprivoiser ; des coucous, des 
troglodytes et d'autres oiseaux dont il bouche les 
narines avec de la cire pour élucider certaines condi- 
tions du phénomème du chant ; des paons blancs enfin 
qui lui donnent l'occasion de réclamer des observations 
et des expériences suivies sur l'influence du climat sur 
les animaux. 

Buffon fut écouté de ses contemporains et l'on peut 
dire qu'il créa littéralement, vers la zoologie expéri- 
mentale et l'acclimatation, un mouvement qui ne fut 
arrêté que par la Révolution. Sous son influence, Dau- 
benton abandonna Tanatomie pour expérimenter avec 
des moutons exotiques, comme nous le dirons plus loin ; 

du prince de Condé. Au temps de Buffon, ils avaient déjà chassé en grande 
partie, le rat noir de ces deux endroits. 



RÔLE dp:s ménageries en zoologie expérimentale '3rj 

le marquis de Courtanvault fit accoupler, tous les ans, 
des faisans avec des poules*; Mauduyt étudia les « fai- 
sans-coquars », vieilles femelles à plumage de mâle qu'il 
va chercher dans la forêt de Saint Germain ^ ; Le Hoy 
créa, par ses observations sur les animaux de la forêt 
de Versailles, la psychologie zoologique; André Thouin 
eut ridée de fonder une ferme expérimentale dans une de 
nos colonies de la zone torride pour y étudier non seule- 
ment la culture des plantes mais encore l'élevage des 
animaux de basse-cour, et celui des bêtes à laine et à 
cornes" ; enfin, Lacépède et Verniquet, reflétant les idées 
de Buffon, pensèrent un moment réaliser, au Jardin du 
Roi, une ménagerie consacrée à l'étude de l'animal vivant 
et à l'acclimatation. 

V. Le (( Jardin royal des plantes médicinales » avait été 
créé par Louis Xlll, eo i65o, pour servir aux études de 
botanique appliquée à la médecine. Dirigé d'abord, et 
jusque sous le règne de Louis XV, par les premiers 
médecins du roi qui en avaient fait surtout une exploi- 
tation lucrative pour eux, cet établissement fut admi- 
nistré, à partir de 1729, par des surintendants spéciaux 
qui le rendirent bientôt célèbre dans le monde entier. Le 
premier de ces intendants, Dufay, aussitôt nommé, avait 
voyagé en Angleterre et en Hollande pour aller prendre, 
dans les jardins de ces pays, des idées d'embellissement. 
Buffon, qui lui succédait en 1739, enrichissait le jardin 
de serres et de galeries où il réunissait toutes les produc- 
tions de la nature et fondait ainsi le « cabinet du roi » : il 
faisait ensuite creuser un petit étang, le « Carré creux, » 
où il plaçait des cygnes et des canards ; il ornait les 

^ Encylopédie méth., art. Faisan. 

^ Le plan de cette ferme expérimentale fut publié en 1819, par Gabriel 
Thouin, p. 53, pi. n^» 5i et 62. 



3l6 TEMPS MODERNES (XVII^ ET XVIIl^ SIÈCLEs) 

allées de quelques paons laissés en liberté ; il y faisait 
nourrir des cabiais envoyés par le duc de Bouillon, et 
des singes'; enfin, en 1740, il faisait construire des 
fosses aux ours qui ne renfermèrent, du reste, de son 
temps, que des sangliers-. Mais Buffon songeait avant 
tout à faire agrandir le jardin qui ne contenait que 
20 arpents de « terrein assez mal disposé » \ On le 
savait, et, dès 1776, nous voyons Tarchitecte François- 
Charles Veil lui dédier le plan d'un nouveau Jardin 
des plantes, agrandi et embelli*. Or ce plan comporte 
déjà un emplacement réservé à une ménagerie ; c'est un 
espace rectangulaire de 100 toises de long sur 80 de 
large; au centre, se trouve une grande volière entourée 
de loges pour les bêtes féroces ; aux deux extrémités, 
des enclos pour les bêtes fauves. 

Quelque temps après, Buffon pouvait commencer à 
faire exécuter une partie de ses projets et, en 1783, le 
jardin se trouvait augmenté de 25 arpents ^ Mais il 
n'avait pas encore de ménagerie. On se contenta de 
parler du transfert de la ménagerie de Versailles à Paris 
sans que l'affaire eût de suite. Peut-être, comme le dit 
Bernardin de Saint-Pierre, le célèbre naturaliste, quelque 
grand que fût son crédit, n'osait-il la disputer « à 

^ Valmont de Bomare, Dict. IV, p. 233. 

- Magasin pittoresque, i843, 3o6. 

On pourrait ajouter à ces animaux, qui ont vécu au Jardin des Plantes 
avant 1793, les 200 salamandres que Dufay y fit rassembler pour faire des 
observations {Uist. de l Acad., 1729, 5 à 8) et les crapauds accoucheurs sur 
lesquels Demours découvrait, en 1741. le curieux rôle du mâle dans la repro- 
duction de ces animaux. 

Les oiseaux vivants du Jardin du Pioi sont représentés dans les peintures 
de Hilair, publiées par Hamy. 

^ Almanach royal, 1789. 

♦ Un exemplaire de ce plan, gravé en 1779 par L. -Gustave ïaraval, se 
trouve à la Bibliothèque du Muséum d'histoire naturelle. 

" Bachaumont, t. XXI, p. 3i (23 juillet 1782) et Almanach royal, 1789. 
Le mémoire de BufTon concernant cet agrandissement se trouve aux Archiv. 
nai. O^ 2125. 



ROLE DES MENAGERIES EN ZOOLOGIE EXPERIMENTALE 3l7 

rhomme de cour [c'était la Roche] qui en avait le gouver- 
nement ». Peut-être aussi que Buffon attendait des jours 
plus fortunés où il aurait pu finir Tagrandissement du 
jardin qu'il avait rêvé, car ses idées sur la formation 
d'une ménagerie étaient bien près de réaliser en quelque 
sorte le jardin zoologique idéal de Bacon. Buffon n'a rien 
écrit sur ce dernier point ; il n'en parle dans aucune 
de ses lettres connues ; mais il s'en était entretenu 
souvent — nous le savons par un mémoire inédit dont 
nous parlons plus loin — avec Verniquct qui était, en 
son temps, architecte du Jardin du roi, et avec son 
compatriote et collaborateur Daubenton. 

Ce fut seulement en 1790, deux ans après la mort de 
Buffon, et sous l'intendance du marquis de la Billarderie, 
que l'on vit apparaître officiellement le premier projet de 
former une ménagerie au Jardin du roi. On le trouve 
dans le titre Vil, art. 12 et i3 d'un Projet de règlements 
pour le Jardin des Plantes que les « officiers du jardin », 
les professeurs, réunis sous la présidence de Daubenton, 
rédigèrent et présentèrent à l'Assemblée Constituante. 
Deux ans après, ce projet fut repris et développé dans un 
long mémoire, par Bernardin de Saint-Pierre, successeur 
du marquis de la Billarderie. A ce moment, la ménagerie 
de Versailles était condamnée à disparaître et Bernardin 
demandait à la Convention que les cinq animaux qui y 
restaient fussent transportés au Jardin des plantes pour 
y former le noyau d'une ménagerie nationale. Il voulait 
que le Muséum, établissement d'instruction publique, 
et sa future ménagerie, lieu d'observation et d'expé- 
rimentation, se prêtassent mutuellement leurs lumières 
pour permettre d'étudier, par exemple : les rapports des 
animaux avec les plantes, la nidification des oiseaux, les 
métamorphoses des insectes, les mœurs des « poissons, 
des coquillages et même des amphibies ». Comme 



3i8 TEMPS MODERNES (XVH ET XVIH SIECLES) 

conclusion de son mémoire, Bernardin de Saint-Pierre 
demandait qu'on fît de cette ménagerie un service dis- 
tinct et il proposait de l'établir, près de la Seine, dans 
un terrain enclavé qui appartenait aux « Nouveaux 
Convertis ». 

Le mémoire de Bernardin de Saint-Pierre fut appuyé, 
auprès de la Convention, par la Société d'Histoire natu- 
relle de Paris, qui chargea trois de ses membres de 
rédiger un rapport explicatif sur la question \ Le rappor- 
teur, Brongniart, écrivait, le il\ décembre 1792 : 

« Une ménagerie telle que les Princes et les Rois ont 
coutume d'entretenir, n'est qu'une imitation coûteuse et 
inutile du faste asiatique ; mais nous pensons qu'une 
ménagerie sans luxe peut être extrêmement utile à l'his- 
toire naturelle, à la physiologie et à l'économie, et que 
les avantages que la nation doit en retirer la dédomage- 
ront amplement des dépenses qu'elle fera pour cet 
établissement. » Le rapport se continue pendant quatre 
grandes pages qui développent ces différents points. 
Adressé par le secrétaire de la Société au ministre de 
l'Intérieur, le 20 décembre, une copie en fut envoyée en 
même temps au « Comité d'instruction publique ». Ce 
comité, qui consacrait alors presque toutes ses séances à 
l'élaboration d'un plan général d'organisation de l'ins- 
truction publique, recevait, quelque temps après, un 
autre rapport venant parler dans le même sens, au nom 
de la Société Libre d'Histoire naturelle ". C'était Félix 
Vicq d'Azyr, le président de cette société qui venait 
demander, entr'autres choses, qu'une ménagerie fût ins- 

* Ce rapport conservé aux JrcAù'. nat. (F. 17 F. 11 32) est intitulé : « Rap- 
port fait à la Société d'histoire naturelle de Paris, sur la nécessité d'établir 
une ménagerie, par Millin,Pinel, et Alex. Brongniart. » Voir p. i6a de ce tome. 

2 Archives nationales, F. 17, carton lOM, n» 932. La dernière partie de 
ce mémoire, qui comprend 32 pages manuscrites, est publiée in extenso par 
J. Guillaume, dans les Procès-verbaux du Comité d'Instruction publique de 
la Convention nationale, II, p. 572-575. 



RÔLE DES MÉNAGERIES EN ZOOLOGIE EXPERIMENTALE 3 19 

tallée dans le Jardin des plantes et qu'un personnel de 
peintres et de dessinateurs habiles fut chargé de la des- 
cription et de la représentation des végétaux, animaux 
et minéraux se trouvant au Jardin. 

Tous ces efforts n'aboutirent pas alors, et il fallut une 
circonstance particulière, que nous ferons connaître dans 
notre troisième volume, pour qu'à la fin de Tannée 1794, 
cette ménagerie commençât à apparaître sous la forme la 
plus modeste. Mais l'élan était donné: les professeurs du 
Muséum et les amis de la Nature vont se démener 
maintenant activement pour que le rudiment de ména- 
gerie devienne un établissement digne de la Nation. 
C'est alors que les idées de Buffon et de Daubenton, 
sur la formation d'une ménagerie scientifique, réapparais- 
sent dans deux mémoires dont Fun, celui de Lacépède, 
est oublié, et dont l'autre, celui de Yerniquet, est sans 
doute complètement ignoré de ceux qui ont écrit sur le 
Muséum d'histoire naturelle. Lacépède fît connaître ses 
projets dans la Décade philosophique * où les architectes 
paysagers qui auraient l'intention de dessiner le plan 
d'un jardin zoologique auraient grand profita se reporter. 

Plus original encore, Verniquet" voulait que l'on 
rassemblât, dans un vaste terrain, autant d'espèces 
animales que Ton pourrait se procurer, même des in- 
sectes, et que Ton donnât à chacun d'eux une habitation 
qui lui convînt, soit sur terre, soit dans les eaux. « Il est 
à désirer, ajoutait-t-il, que ce terrain ait des formes iné- 
gales, des montagnes, des grottes, des vallons, des 
plaines, des rivières, des étangs, des lacs, des fontaines 

1 An IV (1795), t. VII, p. 448-462. Il les reprenait quelques années plus 
tard dans l'Introduction de La Ménagerie, par Lacépède et Cuvier. Voir 
aussi Revue du Mois, lo juill. 1910, p. 24-3o. 

- Le mémoire conservé à la Biblioth. nation. (V 9010-9014) est intitulé : 
Exposition dun projet sur le muséum d'histoire naturelle et sur une ména- 
gerie, par le C. Yerniquet, architecte, membre de la Société libre des 
Sciences, Lettres et Arts de Paris. Paris, brumaire an XI, 4°, 24 p. 



320 TEMPS MODERNES (xVIl'^ ET XVIII* SiÈCLEs) 

et des bois de différentes natures. Il serait aussi à désirer 
qu'il y eût des terres labourées et cultivées par diverses 
méthodes, des bruyères, landes, marais, vignes et prai- 
ries ; que le tout fût enclos de murs et d'une double en- 
ceinte pour y placer les animaux sauvages et féroces » 

« Puis, pour rendre le parc de cette ménagerie plus 
curieux, il conviendrait d'y établir des cultivateurs qui 
rendraient le terrain propre à nourrir et à élever les 
animaux contenus dans ce grand établissement. 

« Il serait aussi intéressant que ces hommes eussent 
été élevés dans les différents climats où se trouvent et 
où vivent ces animaux, étant présumable alors qu'ils les 
connaîtraient davantage. 

(( Chaque individu, costumé à la manière de son pays, 
serait placé dans un local convenable au genre de vie 
qu'il y aurait à suivre ; son habitation aurait une forme 
pittoresque et serait construite de même que celle où il 
aurait pris naissance, de manière qu'un Lapon, un Groen- 
landais, un Samoyède, un Bazadien, un Zemblien, jus- 
qu'aux Esquimaux, se crussent en quelque sorte dans 
leur pays natal, ainsi que les animaux qui seraient élevés 
par ces différents individus'. 

« Les géants et même les pygmées y pourraient 
trouver leurs habitations, ainsi que les Ostiacs, les Ton- 
guses, les Tartares, les Chinois ». 

Cette ménagerie serait donc un tableau vivant d'his- 
toire naturelle. « On pourrait augmenter encore l'in- 
térêt qu'elle présenterait en la divisant en quatre parties 
désignées par les noms d'Europe, d'Asie, d'Afrique et 
d'Amérique. Chacune de ces parties contiendrait les 
animaux et les végétaux analogues à leur climat. L'exé- 
cution de ce plan, dont Buffon m'a entretenu plusieurs 

* Nous verrons, dans notre tome III, que cette idée a été en partie réa- 
lisée, de nos jours, à Skansen, près Stockholm. 



ROLE DES MENAGERIES EN ZOOLOGIE EXPERIMENTALE 12 1 

fois et qu'il approuvait, rendrait cet établissement infi- 
niment supérieur à tout ce qui peut exister au monde en 
ce genre, et serait un monument durable qui ajouterait 
encore, s'il était possible, à la gloire du consulat de 
Bonaparte. » 

Ces différents projets ne semblent avoir jamais été 
sérieusement discutés. Tous les professeurs du Jardin 
des plantes étaient loin, d'ailleurs, d'être favorables au 
principe même d'une ménagerie dans ce jardin. On 
disait qu'un pareil établissement coûterait plus cher que 
tout le jardin, que la présence d'animaux féroces pourrait 
être dangeureuse, que les animaux étrangers perdraient 
leur caractère dans la captivité, enfin, qu il suffisait 
(f d'étudier les animaux morts pour connaître suffisam- 
ment leur genre et leur espèce ». Mais, à la vérité, il 
n'y avait pas alors assez d'argent dans les caisses de 
l'Etat pour exécuter des œuvres aussi grandioses. 



CHAPITRE XVIII 



LE ROLE DES MÉNAGERIES DANS L'ACCLIMATATION 
ET LA ZOOLOGIE ÉCONOMIQUE, DU XIV^ A LA 
FIN DU XVIIP SIÈCLE. 



1. Création de la race de moutons mérinos en Espagne. Les apports des 

voyageurs Espagnols et Portugais. Les premiers essais d'acclima- 
tation au XV"= siècle en France, Angleterre, Hollande et Suède. 

2. Introduction et expérimentation en France de moutons de races 

étrangères. 

3. Essais d'acclimatation à la ménagerie royale de 'Versailles, chez les 

seigneurs français et les lords anglais. 
h. La ménagerie de 1 école vétérinaire d'Alfort. 
5. L'œuvre de la Révolution française en zoologie économique. 

I. La zoologie économique, l'application de l'étude des 
animaux vivants à l'économie domestique, principalement 
à l'acclimatation et à la domestication d'espèces nouvelles, 
fut créée par les Anciens et favorisée par Gharlemagne, 
comme nous l'avons dit plus haut. Pendant quatre cents 
ans, on vécut sur les acquisitions du passée puis, au 
xiv^ siècle, les Espagnols firent faire un premier pas à la 
zoologie économique, en important des béliers de Bar- 
barie pour renouveler et améliorer le sang de leurs mou- 
tons indigènes ; des croisements suivis qu'ils opérèrent 
alors résulta une race nouvelle, celle des moutons errants 
ou mérinos. Au siècle suivant, les Espagnols, puis les 

^ En plus des nombreux auteurs, tels que Isidore Geoffi-oy-Saint-Hilaire 
et Ferdinand Hoefer qui ont parlé de la domestication des animaux, voir 
Tihay, et un travail important du lieutenant Bernard, paru dans le Bulletin 
archéologique du Comité des travaux historiques (1906) et qui traite des 
chevaux de l'Afrique romaine comparés aux races actuelles. 



RÔLE DES MÉ.NAGERIES DANS l'aCCLIMATÂTION' 3^^' 

Portugais, donnaient encore l'exemple aux autres peuples, 
en envoyant explorer les pays lointains. Leurs voyageurs 
ne rapportèrent pas, en effet, que de Tor et des épices^ 
mais encore nombre d animaux inconnus jusqu'alors qui 
allèrent prendre place dans les ménageries des grands 
d'Espagne, avant de se répandre un peu partout en Europe ; 
ce furent: Aloys Gada-Mosto, qui rapporta du Sénégal et 
de Gambie, en i456, les perroquets à peu près inconnus 
jusqu'alors et les gentils « oiselets du sucre » qu'on appela 
en France du nom de serins, parce que la douceur de 
leur chant rappelait, disait-on, celui des sirènes ; Chris- 
tophe Golomb, qui revint des Antilles, en i49-, avec des 
indiens, des aras, des « perroquets rouges, jaunes et 
verts » et des dépouilles de lamentins et de caïmans; 
Fernand Cortez et d'autres qui rapportèrent du Mexique 
le cobaye, le dindon, le canard musqué et un grand 
nombre de lamas, d'alpacas et de vigognes avec lesquels 
les Espagnols entreprirent les premiers essais d acclima:- 
tation qui aient été faits sur une grande échelle. 

Les autres pays d'Europe ne tardèrent pas à suivre 
l'exemple de l'Espagne : les Anglais d'abord, qui firent 
venir des mérinos d'Espagne; un peu plus tard, mais, 
toujours au xv' siècle, les Hollandais qui améliorèrent 
leurs moutons avec des béliers importés des Indes, 
orientales et formèrent ainsi la race des grands moutons 
flandrins; enfin, au début du xviii^ siècle, les Suédois 
qui renouvelèrent le sang de leurs troupeaux avec de< 
moutons venus d'Espagne et d'Angleterre. 

II. En France. Golbert avait suivi attentivement ces 
essais d'acclimatation ^ Dès qu'ils lui parurent réussis, 
il fit venir des moutons d'Espagne et d'Angleterre pour 

i Ces renseignements, et la plus grande partie de ceux qui vont suivre 
sont tirés dun mémoire manuscrit de Daubenton et d'autres mémoires inédits 
que nous avons trouvés aux Archives nationales (F^û 518). 



3^4 TEMPS MODERNES (xvif ET XVIIl* SIÈCLESj 

améliorer la race du Roussillon ; mais ces animaux mou- 
rurent ou dégénérèrent, car on les plaça sur des terrains 
qui ne leur convenaient pas et on les tint dans des étables 
fermées au lieu de les laisser errer à l'air libre, comme 
on l'avait fait dans ces deux pays. 

Le grand hiver de 1 709-1710 qui dépeupla les fermes 
de France, et la disette générale qui suivit, vinrent 
montrera nouveau la nécessité de reformernos troupeaux. 
Ce fut pourtant en 1750, seulement, que l'idée de Golbert 
fut reprise. A partir de cette époque, on fît venir des mou- 
tons étrangers : dans le Bourbonnais, dans le Maine, en 
Auvergne, en Languedoc, en Bourgogne et en Provence^ 
et c'est alors que Ton commença, avec ces troupeaux, les 
premières grandes expériences de zoologie économique 
qui aient été faites en France. En 1758, à Aumale en Nor- 
mandie, par exemple, on arriva à perfectionner les laines 
en laissant les moutons passer l'hiver en plein air, au 
lieu de les rentrer à la bergerie. A Gabrières d'Aiguës, en 
Provence, on s'aperçut que la beauté de la laine était due 
primitivement au choix des mâles, « L'accouplement des 
brebis avec des béliers de la plus noble espèce, voilà le 
véritable secret de la nature » disait l'expérimentateur, 
Félician. On s'apercevait, en même temps, que le « sel 
noir », que l'on donnait aux moutons, produisait très 
souvent, dans les toisons blanches, un mélange de poils 
rouges qui les dépréciait totalement. A Boulogne-sur- 
Mer, on apprenait à guérir les moutons de la maladie 
appelée « la pourriture » en leur donnant à manger un 
mélange de fourrage sec, de navets, de carottes et de 
pommes de terre. A Montbard, enfin, tout près de la Ména- 
gerie de Buffon, Daubenton commençait, sur l'invitation 
de Trudaine, intendant général des finances, ces célèbres 

* On essaya même d'acclimater des moutons de Cachemire à l'Ile-de-France. 
{Archiv. nat., Pi» 5i8). 



ROLE DES MENAGERIES DANS L ACCLIMATATION ili 

expériences qui allaient amener une grande amélioration 
des laines de France. Pour cela, il recevait d'Espagne, 
en 1776, un troupeau de mérinos 'qui s'augmentait bientôt 
de moutons du Roussillon, des Flandres, d'Angleterre, 
du Maroc et du Tliibet. Dans cette sorte de ménagerie 
économicfue, Daubenton ne se borna pasà former des ber- 
gers pour les autres haras de moutons du royaume, il fit 
de nombreux croisements entre des individus de races 
étrangères et ceux de la race chétive du pays « pour savoir 
c[uel effet ces mélanges produiraient sur les animaux qui 
en naîtraient par rapport à la taille de l'animal, à la quantité 
et à la qualité de la laine ». Il vit ainsi qu'en accouplant 
un grand bélier avec une petite brebis, le produit appro- 
chait de la taille du père dès la première génération ; 
qu'en donnant à des brebis un bélier c]ui portait plus de 
laine qu'elles, les agneaux, devenus adultes, avaient des 
toisons qui pesaient le double ou quelquefois le triple de 
celles de leurs mères. Il remarqua enfin, comme on l'avait 
déjà observé à Aumale, que des moutons exposés en plein 
air, jour et nuit, hiver comme été, et par des froids de 
plus de 22" G., devenaient plus vigoureux que des mou- 
tons placés pour la nuit dans les étables. 

Ces expériences attiraient l'attention des économistes 
de France. Et l'un d'eux, dont malheureusement nous ne 
connaissons pas le nom, adressait en 1777 au comte d'An- 
giviller, directeur général des bâtiments, jardins et 
manufactures du roi, cette curieuse note que nous croyons 
également inédite et qui offre encore aujourd'hui un 
excellent plan d'études à suivre'. 

« Il y a dans le Troupeau du Roi des animaux de diffé- 
rente race, savoir : des espagnoles mâles et femelles, des 

^ Ce troupeau se composait de 3o béliers et de 176 brebis qui furent 
payés 24 livres la bête rendue en France. 

- Archiv. nat. O^ siaS. 



3.i6 TEMPS >IODER>-ES (xYIl'' ET XYIII*" SIÈCLES) 

flamandes ou artésiennes femelles, un bélier d'Afrique, 
des bêtes à laine sauvages mâles et femelles, venues de 
la Muette, des métis mâles et femelles de béliers espa- 
gnols et de brebis artésiennes, des métis mâles et femelles 
de béliers d'Afrique et de brebis espagnoles et artésiennes, 
des métis mâles de brebis sauvages et de béliers espa- 
gnols. 

Ce serait rendre un service à la physique et faire une 
chose utile que de suivre les générations de ces mélanges. 

Suivant les expériences de M. Daubenton, on peut amé- 
liorer la grosse laine au degré superfin, en deux ou trois 
générations. La circonstance offre des facilités pour mettre 
cette vérité dans tout son jour. 

Il faudrait unir des béliers espagnols avec des métis 
femelles de béliers espagnols et de brebis flamandes ou 
artésiennes. Je suppose que les métis femelles sont ante- 
noises, c'est-à-dire à leur deuxième année; dans deux ans 
on unirait encore, s'il en était besoin^ un bélier espagnol 
avec un agneau femelle issu de ce mélange; on verra que 
la laine acquerrera la qualité du bélier espagnol ou à 
peu près. 

Les expériences qui tendent à détériorer ne sont pas 
moins importantes que celles qui tendent à améliorer, 
quand elles servent à confirmer ces dernières. On alliera 
donc un bélier sauvage, dont la laine est jarreuse, c'est- 
à-dire de la plus mauvaise qualité, avec une brebis 
espagnole à laine superfine, pour unir, dans la suite, 
avec les agneaux femelles qui en résulteront, des mâles 
sauvages : par là on verra ce qu'il faut de générations 
pour rendre la plus belle laine jarreuse. 

Une seconde manière de prouver cette vérité est 
d'allier le bélier d'Afrique avec des femelles issues de lui 
et de brebis soit flamandes, soit espagnoles ; ils pro- 
duiront la troisième génération qui peut-être ne suffira 



ROLE DES MENAGERIES DANS L ACCLIMATATION ^27 

pas pour faire dégénérer totalement, en poil, la belle 
laine ; aussi faut-il soigner d'une manière particulière ce 
bélier d'Afrique, déjà vieux et infirme. 

Puisqu'il y a des métis mâles et femelles de béliers 
d'Afrique et de brebis flamandes ou espagnoles, on 
pourrait allier un de ces métis avec une flamande ou 
une espagnole. 

11 serait encore possible d'allier, entre eux, mâle et 
femelle métis de bélier d'Afrique et de bélier soit 
flamand soit espagnol. 

Ces deux dernières expériences ne sont que curieuses ; 
celles qui les précèdent sont intéressantes et ne doivent 
pas être négligées. 

L'intelligence de l'Econome, le soin des bergers et 
leur bonne volonté trouveront des moyens de faire ces 
alliances d'une manière sûre ; par exemple, dans ce 
moment où les béliers sont séparés des brebis, qui 
commencent à entrer en chaleur, on peut jeter dans le 
troupeau des brebis un bélier sauvage à la plus mauvaise 
laine : il couvrira quelques brebis qu'on marquera ; on le 
retirera ensuite du troupeau. 

S'il y a un troupeau séparé des agneaux femelles de 
l'année, on peut y mettre le bélier d'Afrique et les métis 
femelles de sa race qu'il doit couvrir, jusqu'à ce qu'elles 
aient été couvertes. 

Les agneaux femelles de l'année ne viendront pas en 
chaleur. 

Les métis femelles de béliers espagnols et les brebis 
flamandes resteront dans le troupeau des brebis espa- 
gnoles, pour être, comme celles-ci, couvertes par des 
béliers espagnols ; mais on les ôtera pendant le temps 
que le bélier sauvage y sera, et on les mettra avec les 
agneaux femelles de l'année. Enfin, on cherchera, comme 
dans le proverbe, à accorder le chien, la chèvre et le loup. 



328 TEMPS MODERNES (xVIl" ET XVIII^ SiÈCLEs) 

A l'égard des autres animaux qu'on voudra allier, s'il 
n'y a pas d'autres moyens, on les mettra à part à la 
ferme et on les nourrira quelques jours. 

On croit que quand les chèvres d'Angora seront en 
chaleur, il faudra ôter une partie des boucs et ne laisser 
que les plus beaux en poils ; ce qui s'exécutera facile- 
ment en mettant ceux qu'on ôtera avec les brebis. 

Ces observations sont soumises aux intentions de 
M. le comte d'Angiviller. » 

Pendant plus de dix ans, le gouvernement de 
Louis XVI favorisa l'élevage du mouton et Tacclimata- 
tion des races étrangères ; en 1786, il créait un nouveau 
haras de moutons à Rambouillet en y installant 36o méri- 
nos qu'il faisait venir de Ségovie ', et il formait en même 
temps, en plusieurs points de la France, de nouveaux 
haras d'étalons et de taureaux. 

III. Les essais d'acclimatation d'animaux sauvages 
étrangers, ébauchés en France dès le xv® siècle, par le duc 
de Berry, René d'Anjou, Louis XI, Charles d'Orléans, et 
d'autres^ ne reprirent, dans notre pays, qu'au temps de 
Louis XIV, sous l'influence de Colbert et de la Ménagerie 
de Versailles. Les cerfs du Gange en particulier, ne tar- 
dèrent pas, en effet, à reproduire à cette ménagerie ; des 
oies d 'Egypte, des demoiselles de Numidie et des autruches 
furent lâchées en liberté dans le parc où elles poursui- 
vaient les promeneurs en quêtant quelque morceau de 
pain ; des autruches pondirent, et leurs œufs servirent 
à Perrault, à faire quelques expériences d'incubation arti- 
ficielle, sans succès du reste; des perdrix de Barbarie 
furent apportées de leur pays en si grand nombre que 

^ On trouve l'historique exact de l'importation de ce troupeau à Rambouillet, 
des motifs qui l'ont provoquée, et de ses succès, aux pages 254 et suivantes 
du premier volume des Annales de V Agriculture française. 

^ Voir notre premier volume, p. 179, 254. ^^9, 282 et suiv. 



RÔLE DES MENAGERIES DANS L ACCLIMATATION 'i'2Cj 

Colbert put recommander d'en lâcher quelques bandes, 
à leur arrivée sur les côtes de Provence, dans l'île 
Porquerollcs ; enfin, en 1672, Colbert se faisait envoyer 
de Danemark une centaine de cygnes c{u'il faisait placer 
dans deux des îles de la Seine : l'île des Bonshommes 
et l'île Maquerelle. Ces oiseaux, protégés par des règle- 
ments sévères, se multiplièrent tellement qu'il couvri- 
rent bientôt toute la Seine, non seulement dans la tra- 
versée de Paris, mais encore de Villeneuve-Saint-Georges, 
en amont, jusq'au delà de Rouen ; il n'en reste plus que 
le souvenir, dans ce nom d île aux Cygnes c[ue l'on donna 
et que l'on donne encore aujourd'hui à l'ancienne île 
Maquerelle \ En même temps, alors que la fauconnerie 
perdait de son importance, la faisanderie et la vénerie 
se développaient énormément. Les chiens normands et 
les grands chiens blancs du roi, en particulier, conser- 
vaient toujours à l'étranger un prestige qui datait du 
Moyen Age ; pourtant, les amateurs français commen- 
çaient à aller chercher des chiens en Angleterre, sans 
penser qu'ils ne faisaient c{ue ramener, en notre pays, 
des races qui y avaient été prises au xi*" siècle ". 

Sous Louis XV, cet engouement pour nos anciennes 
races devenues anglaises s'accentua, il gagna la vénerie 
royale, et on peut voir aujourd'hui, au musée du Louvre, 
dans les robustes chiens tricolores, dont quelques-uns à 
manteau, que Desportes peignit en 1772, les premiers 
bâtards anglo-normands qui résultèrent de ces impor- 
tations. 

A cette époque, les Anglais nous donnaient un 

^ Pour ces différents points, voir : Lettres de Colbert, publiées par 
Clément, t. V, p. 43t ; Cl. Perrault. Mémoires de l'Académie ; Yalmont de 
Bomare, Diction., II, iiG; Madrisio Nicolo qui décrit longuement (I, p. 789) 
les cygnes de l'île des Bonshommes. Comme travail de seconde main, voir 
Franklin, II, 187. 

- H. de Roodenbek. « Les chiens d'ordre en i865, comparés à ceux de 
1909 ». Le sport universel illustré, 14 février 1909, p. 108. 



33o TEMPS MODERNES (xvir ET XVIIl^ SIÈCLES) 

exemple, il est vrai, non seulement dans la manière dont 
ils avaient su conduire l'élevage des chiens de chasse, mais 
encore par les grands essais d'acclimatation d'oiseaux, 
de zèbres, de moutons de race exotique et de cervidés 
étrangers que les ducs de Richmond, de Portland, de 
milord Clève et d'autres faisaient dans leurs domaines. 
L'exemple fut amplement suivi par les riches Hollandais, 
comme nous l'avons dit en parlant des ménageries et des 
parcs d'animaux de ces pays, au xvii^ et au xviii® siècle. 
En France, en 1761, au château de Meudon, par exemple 
on n'introduisit d'abord que des faisans exotiques ; mais 
Mentôt, sous l'influence de Buffon et de Daubenton, les 
seigneurs et les financiers meublaient leurs domaines 
d'animaux étrangers, comme nous l'avons dit au cours de 
ce volume ; enfin la France donnait à son tour un 
exemple au monde entier en créant, près de l'Ecole 
vvétérinaire d'Alfort, une ménagerie scientifique destinée 
à l'étude, et non plus seulement à la contemplation de 
l'animal vivant. 

IV. La première école vétérinaire avait été fondée à 
Lyon, en 1762, par un ancien mousquetaire, Claude 
Bourgelat, qui devint bientôt un véritable savant. Trois 
ans après, à la fin de l'année 1760, deux de ses élèves, 
Gliabert et Bredin, venaient installer à Paris une sorte de 
succursale de cette école et, au printemps de l'année 
suivante, le contrôleur général des finances Bertin, qui 
s'intéressait beaucoup à ces essais, créait l'Ecole vétéri- 
naire d'Alfort *. Dès le début, on pensa y adjoindre une 
ménagerie. On y logea tant bien que mal un lama et une 
vigogne qu'on fit venir de Versailles, un cerf-cochon qui 
venait d'arriver du cap de Bonne-Espérance, un cerf- 
bœuf, une vache des Indes, des béliers d'Espagne, des 

* Voir la très importante Histoire d'Alfort, de Raillet et Moulé. 



RÔLE DES MÉNAGERIES DANS l'aCCI.IMATATION 33 1 

Indes, du Cap, de Barbarie et des boucs des Indes et 
d'Angora, enfin des oies et des canards de tous les pays 
et un choix de poules et de pigeons de toutes les espèces. 
Cette première ménagerie ne dura guère que dix ans ; la 
plupart de ses animaux périrent, et, comme les finances 
de l'Etat étaient au plus bas en 1778, ce qui en restait 
alors fut distribué aux éleveurs des environs. 

Une nouvelle ménagerie fut formée à Alfort, en 1784, 
sous le ministère Bertier et sur l'inspiration de Dau- 
benton. Le célèbre « bersrer de Montbard » venait 

o 

d'entrer à l'Ecole comme professeur d'économie rurale ; 
dès son premier cours, il avait montré comment la ména- 
gerie d'Alfort devait être comprise et quelles expériences 
de croisement et d'acclimatation il se proposait d'y faire*. 
Les bâtiments qui s'élevèrent le long de la route de 
Melun comprenaient : loges, vacheries, bergeries, ga- 
rennes, volières et viviers. On y plaça d'abord les meil- 
leurs mérinos du troupeau de Montbard, puis des rennes, 
des ours, des singes, des makis, des opossums. L'année 
suivante, la ménagerie s'augmenta d'un certain nombre 
de ruminants exotiques : chèvres, béliers et brebis des 
Indes, lamas, vigognes, etc.; enfin on mit à sa tête un 
Italien nommé Alpy qui avait passé « une grande partie 
de sa vie à acheter et à vendre les animaux les plus 
rares ». 

Tout s'annonçait donc, dans cette création nouvelle, 
comme devant rendre les plus grands services à l'art de 
soigner, d'acclimater et d'utiliser les bêtes; mais la 
ménagerie disparut, en 1787, à la suite de circonstances 



i D'après Raillct et Moulé (p. 574, en note), ce discours aurait été utilisé 
par Bernardin de Saint-Pîerre pour son Mémoire sur la Ménagerie. Ceci 
n'est pas tout à fait exact. Daubenton communiqua bien le manuscrit de son 
discours à l'auteur des Etudes de la nature, mais, à ce moment, celui-ci 
avait déjà écrit son mémoire. Voir une note de Bernardin de Saint-Pierre 
(XII, p. 573) qui résume le discours de Daubenton. 



332 TEMPS MODERNES (xVIl" ET XXUf SiÈCLEs) 

qui ne nous sont pas connues. Huit ans après, pourtant, 
l'an IV de la République, il existait encore quelques-uns 
des animaux de la ménagerie d'Alfort ; nous voyons, à 
cette époque, en effet, Chabert, le directeur de l'Ecole, 
écrire aux professeurs du Muséum d'histoire naturelle 
pour leur offrir un bouc et une chèvre d'Angora, ainsi 
qu'un couple de cochons de Java qu'il cherchait à 
vendre \ 

Y. La République ne laissa pas, du reste, péricliter 
l'œuvre si bien commencée par l'ancien régime. Elle con- 
tinua d'abord à faire faire de nombreuses expériences à 
Rambouillet, expériences qui embrassaient la plupart 
des végétaux et des animaux dont l'usage est le plus 
ordinaire pour les besoins de l'homme '. Au 24 germinal 
de l'an VII (i3 avril 1799), le troupeau de mérinos se 
trouvait composé de 697 tètes, et il avait fourni, en plus, 
6 béliers et 70 brebis de choix au haras de Pompadour, 
dans la Corrèze. L'établissement possédait, encore : 
24 juments belges employées au labourage et expéri- 
mentées en même temps pour étudier « les diverses 
manières de faire saillir, et la meilleure éducation à 
donner au cheval dans son enfance et dans sa jeunesse » ; 
on y voyait enfin la majeure partie des buffles et des 
bêtes à cornes, qui avaient été envoyés des environs de 
Rome par les commissaires français, et avec lesquels on 
fit, sans succès du reste, des expériences de croisement. 
Quelques-uns de ces derniers avaient été donnés au 
département de l'Ain ; d'autres avaient été envoyés au 

* Archiv. nat., F^', carton ii3o. 

2 Huzard et Tessier, Compte rendu à la classe des sciences mathématiques 
et physiques de l'Instilut national, de l'état et de l'emploi des animaux qui 
sont dans les établissements nationaux de Rambouillet et de Versailles... les 
i" floréal et i*^"" messidor an VII. (Les renseignements que nous donnons 
ici sont tirés de ce mémoire.) 



ROLE DES MÉNAGEIUES DANS l\vCCLIMATATION iTi 

haras de Pompadour ; à Rambouillet, il y avait 12 buffles 
des deux sexes et i5 taureaux et vaches romaines. 

En même temps que la République possédait ces deux 
fermes expérimentales de Rambouillet et de Pompa- 
dour ', elle transformait, le 17 messidor an VI (5 juil- 
let 1798), l'ancienne ménagerie de Versailles et la ferme 
y attenante en un autre établissement de zoologie 
économique qui fut dirigé par le citoyen Thiroux. 
Formé d'abord à Sceaux, puis transféré à Versailles, un 
troupeau de moutons était entretenu dans ce dernier 
établissement « pour faire connaître quelles sont celles 
des races communes qui s'améliorent le plus prompte- 
ment par les croisements avec les béliers espagnols ». 
C'est ainsi que furent expérimentées « des femelles de 
races dites roussillonnaises, beauceronnes, solognottes, 
béarnaises, anglaises et valaisaines » ; en avril 1799. le 
troupeau comprenait 242 brebis et moutons de différents 
croisements. On multiplia encore, à cette ancienne 
ménagerie, par des croisements, une espèce de vaches 
issues d'un taureau sans cornes; on y entretint 4 bœufs 
de labour pour comparer la culture par les bœufs à la 
culture par les chevaux; enfm i3 boucs et chèvres 
d'Angora et de France y étaient employés à des croi- 
sements et multiplications. Nous avons dit comment ces 
expériences avaient été interrompues à la Ménagerie de 
Versailles par le Premier Consul. Mais, à cette époque, 
une nouvelle ménagerie était formée au Jardin des 

* Elle avait aussi un haras national de moutons à Perpignan. La Conven- 
tion projetait, en même temps, d établir un Jardin des plantes, semblable à 
celui de Paris, dans chaque district du territoire, et, pour cela, elle chargeait 
Thouin de faire une enquête, en 1793, dans toutes les villes de France. Les 
résultats de cette vaste enquête conservés aux Archives nationales 
(Pi' 1 128-1132 et 1223-1227), de même que les discours des représentants du 
peuple : Echassériaux, Grégoire et Boisset constituent une collection de 
documents des plus précieuse pour qui voudrait écrire l'histoire des Jardins 
botaniques sous 1 ancien régime. 



334 TEMPS MODERNES (xYIl" ET XYIII^ SiÈCLEs) 

Plantes â Paris, où nous verrons, dans notre troisième 
volume, le vieux Daubenton continuer ses expériences de 
zoologie économique qu'il avait si heureusement commen- 
cées à Montbard, quelque 25 ans auparavant. 



DOCUMENTS ANNEXES 



A. — Documents concernant la ménagerie de Versailles. 

N° I. « Estât de La despance du Sieur Moxier qu'il a faicte En son 
voyage du Leuant pour achapt, nourriture et voiture de diuers animaux 
et autres frais à ce suiet par ordre du Roy et de monseigneur Colbert 

[1679]. )) 

Premièrement. 

Le 18 feburier 1679 Je suis party de paris pour mon voyage 
Jusques à Marseille, la somme de Cent vingt Luivres, cy. . . 120 1. » 

Pour ma subsistance audit lieu Jusques au 18 mars que je 
me suis Embarqué, cy jo » 

Pour vingt-quatre boittes de confitures, deux paires de pis- 
tolletz et trois porte-veues pour faire présent En Alexandrie 
au Chaiat de la bandiwe, à Lagat, et aux Escrituains de la 
douanne pour me faciliter la sortie des animaux et leurs 
victuailles, cy 116 » 

Pour mon passage et provision, cy 107,10 

Pour vingt-cinq Luivres que J'ay perdu au change de 
cinq cens quatres que Le Trezorier des gallères ma fait 
prendre a soixant un sol, cy 25 » 

Le 7 janvier mon garçon est embarqué pour Alexandrie, 
pour son passage et nourriture 60 » 

Pour huit Jours de subsistence avant l'embarquement, cy . 8 » 

Pour avoir fait assurer la personne dudit garçon d'entrée et 
sortie d'Alexandrie pour la somme de Deux Cens cinquante 
piastres à dix pour Cent, cy 75 » 

Le 7 avril Je suis arrivé à Alexandrie. Pour les Billetz de 
la douanne, pour la sortie de ville tant pour celluy de mon 
garçon que du mien 6 » 



3H6 TEMPS MODERNES (xYlf ET XYIII^ SIÈCLEs) 

Pour nous faire porter à Rosset, cy 12 » 

Pour l'accompagnement du Janissaire, cy 12 « 

Au Bouabe et au Cafûer de la porte, cy 1,10 

Au passage de la Madré, cy 1,10 

Pour douse poules de pharaon qui ont été acheptées au 

Caire le 5 septembre 1677, cy io » 

Pour les faire porter En Alexandrie 4? '"' 

Pour les droitz d'entrée de ville, cy 3 » 

Pour leur nourriture Jusques au 7 avril, cy 6i » 

Pour un voyage que jai fait en Damas. Pour voire Janis- 
saire et droit de Caffar, cy 57 » 

Pour l'achapt de onze autruche, cy 33o » 

Pour quinze guazelle, cy 73 « 

Pour quatre pélican, cy 12 » 

Pour vingt-neuf sultanes, cy 27 » 

Pour douse Cannes d'egypte, cy 6 » 

Pour douse Becharrone, cy 4, 'f' 

Pour Trente-six Aigrettes, cy 25 » 

Pour douze Palle, cy 19 » 

Pour Le Louage des magasin à Roset, cy i3 » 

Pour des Catfa ou Caisse pour mettre les animaux au Tru- 

chumint, Bouabe et Janissaire de Loquet 6 » 

Pour de la Toille pour couvrir Les Caffa, cy 16 )> 

Pour potz de Terre, Terrine et Mangoire, cy 9 « 

Pour faire porter les animaux sur le Bord du Nil, cy . . . 4 , 10 

Pour une Barque Jusques à Alexandrie 18 n 

Pour L'accompagnement du Janissaire, c}' 2 » 

Pour les droits d'entrée de ville, cy 9 ^' 

Pour faire porter les animaux de Marine au fond digue, cy. 4 , 10 
Le 7 Juillet, Je me suis Embarqué pour Prévenir à Mar- 
seille. 

Pour ma Patent et celle de mon garçon 3 » 

Pour ma Subsistence despuis le 7 avril. Jour démon arrivée 

audit Lieu, Jusques au 7 juillet 227 » 

Pour la Subsistence de mon garçon, despuis le 28 Januier 

Jusques au 10* Aoust, cy 194 n 

Pour La Nourriture des animaux tant à Rosset qua Alexan- 
drie, cy 270 » 

Au chirurgien qui a Eu soin de nous pendant nostre mala- 
die, cy 3o » 

Pour des Victuailles pour Embarquer sur Les Deux Vais- 
seaux, tant pour nous que pour les animaux, cy 225 » 

Pour faire porter les Animaux et Victuailles en Marine, cy. 6 » 



DOCUMENTS ANNEXES 337 

A un More quy nous a servy de Truchumint ai » 

Au Janissaire et au Bouabe du fond digue 6 » 

A La vieille Douanne, cy 3 » 

Pour le droit de douanne et de moussette, cy 6o » 

Au Janissaire, garde et visiteur de la douane 6 » 

Au garçon qui a soin dachepter Les animaux et de Les 

nourrir en mon absence, cy go n 

Pour des Barquettes pour mener Les animaux aux Vais- 
seaux, cy G » 

Le i4* Aoust, Arrivé à la Rade de Marseille. 

Pour faire débarquer Les animaux et Les mener à Linfîr- 

merie, cy 6 » 

Au garde quy nous a gardé pendant vingt Jours de quaran- 
taine, cy 2o » 

Pour sa nourriture i5 » 

Pour le parfun en sortant i , lo 

Aux portier et Concierge desd. Infurmerie, cy 3 » 

Pour avoir fait mener les Animaux des Infirmerie à la Bas- 
tide, cy 3() )) 

Pour nos — Lictz desditz animaux et de mon passage sur Le 

Vaisseau de Capp°* Arnaud, cy 3oo » 

Le i6 septembre, mon garçon estarrivé ausd' Infurraeries. 

Au garde de santé pendant quinze Jours de quarantaine, cy i.j » 

Pour la Nourriture dudit garde, cy ii,j 

Pour le parfun, cy i , lo 

Pour l'j livres 7 sous que Jay perdu sur 89 pistolles que Le 

Trezorier me donnois pour 11 livres 3 s 23,7 

Pour la subsistance de mon garçon depuis son arrivée aux 

Int'urmeries Jusques au 1 1 octobre, cy, 25 » 

Pour ma subsistance despuis le 14* Aoust Jusques au 

11^ octobre, cy i»» » 

Pour la nourriture de Tout les animaux despuis leur arrivée 
En prouance Provence^ Jusques au 11* octobre que Je suis 

party pour en faire la Conduite à Versailles, cy 348 .) 

A un garçon que Jay gardé pendent Trois mois pour maider 
a Nourrir Les Animaux à Cause de ma maladie, cy . . . . 63 » 

Pour sa nourriture pendent Ledit Temps 72 » 

Pour Lenollyet passage de mon garçon venu sur le vaisseau 

de Simond Ptoux, cy 220 » 

Pour cinq Bi'ancas pour porter les Autruches Jusques à 
Piouaneet Cinq Livres par jour pour chasque brancas, ayant 
mis seize Jours Jusques audit Rouane à Cause des Grandes 



338 TEMPS MODERNES (xVIl'' ET XVIIl" SiÈCLEs) 

Eaux et des fréquentes pluyes, et leur ait payé huict Jours 

pour Leur Retour faisent 24 Jours, cy 600 » 

Pour quatre Muletz à Bast a quarante Cinq Livres pour 

chasque mulet, cy 180 » 

Pour un grand Batteau Tout Couvert et planché par Tout 

Jusques à Pai'is, cy 3oo » 

Pour les droitz du Canal de Briare 33 » 

Pour ma subsistance à Sainct- Germain despuis Le 

14'' décembre 1678 Jusques au iS^feburier, cy 170 » 

Pour les gaiges de mon garçon despuis Le i^'' Januier Jus- 
ques au II" octobre, cy 224, 16 

En passage de Rivière Valletz et Serviteurs, pour de la 
paille pour faire Litière aux animaux dans Le batteau, cy . . 28, 10 

Pour la nourriture des animaux despuis ma partence de 
prouance Jusques au 10® novembi*e, Jour de mon arrivée a 

Versailles, cy 279 » 

Pour faire mainer Les Animaux de paris a Versailles, cy . 20, 10 
Au garçon quy ma aidé à faire la voicture despuis Marseille 
Jusques à Versailles, ayant demuré 3i Jours, layantpayé pour 
49 Jours, y compris son Retour, à 3o s. par Jour, cy . . . . 73, 10 

Pour ma subsistence et en Chenaux de Louage despuis Mar- 
seille Jusques a Versailles, cy 14.') » 

Total de La despance au présent Estât Ce monte a la 
somme de cinq mil neuf cens vingtz Liures huict solz, cy . 5920,8 

SuRQUOY Jay Reçu du Trezorier des galères, par un Billet 
de Monsieur Brodart, du i5'' mars, la somme de, cy. . . . i 5oo » 

Plus Reçu dudit Trezorier, par un Billet dudit S'' Brodart, 
du 4* octobre, la somme de i 000 » 

Partant me Reste dubt au présent Estât La somme de 
Trois mil quatre cents vingt Liures huict solz, cy 3420,8 

[Ce document est accompagné de la pièce suivante :j 
N° 2 . « Estât des oyseaux et animaux que Le S"" Monier a amené 
a la Mesnagerie du Roy, à Versailles, Le lo*' novembre i(î']g : » 

Premièrement. 

9 Autruches, 

5 Gazelles, 

I C heure de La Thebaïde, 

I Mouton de Barbarie, 

I Chaour, 

i Cane d'Egipte, 



DOCUMENTS ANNEXES S'ig 

2 Ratz de Pharaon, autrement Nerapce, 
7 Poulies pintades, 
G Poulies sultanes. 

Je certifie que Le S"" Monler a amené à la Mesnagerie, le 
20* novembre iGng, Le Contenu au présent mémoire fait a Saint-Ger- 
main Enlaye, Le -iriP novembre 1679. 

BONTEMPS. 

{Arch. Nat. O^iSoS, 3" paquet.) 

N° 3. (( MÉMOIRE DES OYSEAUXET ANIMAUX QUE LE S. MoMER A FOURNY 
A LA MÉNAGERIE DE VERSAILLES, LE ai" SEPTEMBRE lG8.5. » 

Premièrement : 
Pour 70 poules sultanes à 22 1. pièce, la somme de . . . i 5',o » 

Pour 9 poules pintardes à '2% 1. pièce, la soê de i(^ » 

Pour 3 damoiselles de Numidie à 55 1. pièce, la soê de . . i65 » 
Pour 10 aigrettes à iil, pièce, la somme de ..... . -no » 

Pour 3 cannes d'Egipte à 27 1., 10 pièce, la soê de. ... 82,10 

Pour 2 cheures et 2 moutons de la Thébaïde, à 66 1. pièce, 

la soê de ■j.G'^ » 

Pour 2 gazelles à 33 1. pièce, la somme de 66 n 

Pour un pélican, la somme de 4 t » 

Pour une autruche 33o » 

Plus pour i3 plantes ou arbrisseaux en terre et 4 paquets 

de diverses semences. Le tout d'Egipte, qui ont esté liurez à 

M. Fagon médecin, ce qu'il plaira à Monseigneur. 

Total des oyseaux et aniraau.K cydessus 2909,10 

{Arch. Nat. OiiSob ) 

N° /,. Circulaire du comte de Pontchartrain aux Consuls en 
Levant. 

« A Versailles, le 21 janvier 171 1. 

« Le sieur Arnous, chargé de la fourniture des oyseaux et autres 
animaux curieux et étrangers que le roy fait entretenir dans sa mesna- 
gerie, s'est plaint à S. M. que son commissionnaire dans les Eschelles 
du Levant ayant fait des achapts considérables, les capitaines ou 
patrons des batimens expédiez dans les lieux ou estoient ces animaux 
ont refusé de les embarquer, et luy causent un préjudice considérable. 
Sur quoy elle m'a ordonné de vous escrire que son intention est que 
les premiers ordres qu'elle a cy-d(;vant donnez pour ces sortes dem- 
barquemens soyent exécutés ponctuellement, que vous y teniez la main 
plus exactemont que par le passé, et qu'en cas que les capitaines ou 
patrons refusent de le faire, vous reteniez leurs espéditions jusques à 



34o TEMPS MODERNES (xVIl'' ET XVIlf SiÈCLEs) 

ce qu'ils ayent embarqué les animaux, et se soyent chargés de leur 
passage en France aux conditions ordinaires. Vous aurez soin aussi, 
lorsque quelqu'un se sera obstiné dans la difficulté, d'en dresser un 
procès-verbal et de me l'envoyer, sur lequel le roy ordonnera de sa 
punition, » 

(Ce document a été publié par Depping, t. IV, p. 6)6.) 

N°* 5 et 6. « Distribution des sujets de peinture pour les plat- 
FOXDS des deux apartemexs de la I\Iéxagerie. 

A. L'apartement à droite en entrant la première pièce marquée A 
sera représentée la Déesse Pales qui préside sur les pasteur et soins 
de la Ménagerie. 

B. Seconde pièce représentera Diane qui pi'éside sur les Forests et 
sur la Chasse. 

C. Troisième pièce sera représentée Pommone déesse qui préside 
sur les Jardins et Fruits. 

D. Sera représentée Thétis déesse des mers accompagne de 
triomphes marins. 

E. Sera représentée Flore auec les attributs dornemens conuenables 
à ce sujet. 

Appartement à gauche. 

La première pièce F représentei'aCérèsauec ses attributs etornemens. 

G. Seconde pièce représentera Vénus déesse de la beauté et des 
grâces. 

H. Troisième pièce représentera Minerve déesse de la sagesse et des 
sciences. 

/. Quatrième pièce représentera Junon déesse des Honneurs et 
richesses. 

Le tout peint délicatement dans le goût des grotesques. Sa Majesté 
marquera s'il luy plaît, si elle approuve la présente distribution ainsi 
qu elle est marquée sur le mémoire et plan cy-joint. 

Maxsart 
le 8"^ septembre 1699. » 

Louis XIV écrivit en marge de cette note, conservée et exposée au 
Musée de Versailles, les mots que nous avons reporoduits plus haut 
(p. laS). C'est sans doute pour répondre au désir exprimé ici par le 
roi que fut écrite la note suivante qui se trouve aux Arc/iivcs nationales 
(Oh8o5). 

N° 7. Note concernant la décoration de la Ménagerie de la 
Duchesse de Bourgogne, 



DOCUMENTS ANNEXES 841 

« Mena<^erie : 
Dans L'apartement d'Esté seront représentées les Exercices, les 
Jeux, sous la protection des diuinilés payennes. 

A. Première pièce : 

Des pastoralles et occupations des bergers cl bergères. 

Icy seront peints la garde et la conduite des troupeaux, le 
soin des laitages de la Ménagerie. 
De leurs Jeux. 

De la musette, 
L'escarpolette^ 
Les quatre coins, 
Les quilles et autres. 
Icy peuuent présider Cibelle, pales, Cérès et Pan, etc. 

B. Deuxième pièce : 

Des amusemens de la jeunesse. 

Le deda, le petit carosse, le sabot, la toupie, les moulins, 
le cerf-volant, la poupée, les osselets, etc. 
Icy presideroient Ebé et Cupidon. 

C. Ti'oisième pièce : 

Des Exercices et des Jeux de la Cour. 

Du Carousel, du mail de la paulme, du baston, du billard, 
du portique, du trou-madame, des cai'tes, etc. 
Icy presideroient Pallas, Mercure, etc. 

D. Quatrième pièce : 

De la musique. 

L'opéra, la comédie, les battelleurs, les différentes masca- 
rades, 
ïcy presideroient Orphé, Ampbion, Les ^Nluses, etc. 

E. Cinquième pièce : 

De la culture et plaisirs des Jardins. 

Des nimpbes et des génies qui trauaillent au jardinage, qui 
se servent de râteau, qui tendent et Elaguent les arbres. 
D'autres qui plantent, arrosent, t'ont des bouquets, guirlandes 
de fleurs, etc. 
Icy presideroient Flore, Zéphirs, Vertumne et Pomonne. » 

N' 8. « MÉMOIRE [de l'architecte Gabriel, concernant l'état de la 
ménagerie]. 

« Ce 3o décembre 1751 D<"i Gnale, fol. 523. 
Mémoire. 
Les Batimens de Basses-cours de la Ménagerie du Roy à Versailles 
sont presque tout en ruine et parties tombées et démolies, les répara- 
tions annuelles qui y ont été faites deviennent des fonds perdus, et cette 



3,\i TEMPS MODERNES (XVIl" ET XVIIl'' SIÈCLEs) 

reflection a engagé, il y a dix ans, de proposer au Ministre qui étoit à 
la teste des Bâtiments, un Plan général qui s'implifiait les quantités des 
Bâtiments et les réduisit dans le nécessaire seulement que l'on pourroit 
faire d'année en année suivant les fonds que l'on y voudroit mettre, 
ce projet a été à la connoissance de sa Majesté, approuvé et non exé- 
cuté. Je le représente aujourd liui à Monsieur de Tournehem, le même 
objet d'utilité subsistant, et quoiqu'il ait ordonné depuis quelques 
années des réparations qui soutiendront pendant quelque temps les 
Batimens où elles ont été appliquées, on les laissera subsister et l'on 
appliquera les fonds qu'il veut faire chaque année à construire des 
portions du projet. 

A Versailles, ce lo février 1751. 

Gabriel. » 

On lit en marge : « à remettre à examiner cela sur le lieu au com- 
mencement du caresme, ce 10 février lySi ». 

{Arch. Nat. Oii8o5.) 

N" g. « [Note que Monsieur Le Comte d'Angiviller a demandée 
A Laimant concernant la Ménagerie de Versailles.] 

]\I. Cuvillier, 11 octobre 1774. 
Cour d'Entrée, 
Monsieur Le Comte est suplié de vouloir bien avoir la bonté de 
donner des ordres pour que tous les jardins qui sont dans la grande 
cour, ainsy que ceux des cours intérieures, soient reformés avec défense 
d'en créer à l'avenir. Il y a dans la même cour d'entrée une pièce d'eau 
qui a le plus grand besoin d'être récurée et les murs un peu réparés, 
l'eau qui y séjourne est absolument croupie et infecte les habitants ; 
cette dépense est très modique. 

Cour de la Volière, 

Une réparation en grillage de fil de fer pour la Volière, et aux grilles 
d'entrées qui ne ferment point. 

Cour des Pélicans, 
La loge de l'éléphant qui est restée en souffrance depuis dix-huit 
mois, il ni a plus que le menuisier qui tient ; cette loge est absolument 
nécessaire pour l'existance de cet animal, qui ne peut sans danger 
passer l'hiver dans le trou où il est. 

Cour du Rondeau, 

Nétoyer la pièce d'eau ou sont les oiseaux de mer, qui est presque 
comblée par la vase. 



DOCUME^•TS ANNEXES l'»3 

Cour du Rhinocéros, 
Faire paver environ quatre pieds afin de concerver le mur que cet 
animal fera immanquablement tomber à force d'y creuser la terre et 
raccomoder sa bauge. 

Cour du Lion, 

Quelques plafonds à reparer dans quelques loges, quelques portes et 
contrevents qui tombent en pourritures, pour garantir les animaux des 
grands froids et pour la surelé du public. 

Il seroit très nécessaire de faire une réparation générale pour la fer- 
meture de toutes les grilles d'entrées, dont la plus grande partie restent 
ouvertes, parce que les serrures ne vont pas. 

Monsieur le comte est suplié de donner des ordres au sieur Crosnier, 
jardinier du Roy à la Ménagerie, qui est chargés de la propretée des 
cours, d'en faucher l'herbe au moins trois fois l'année comme cela se 
pratique partout, et de ni plus faire à 1 avenir de foin, attendu le pré- 
judice que cela cause aux couvées soit Paons, soit Canards musqués, et 
oiseaux de mer, qui périssent dans les grandes herbes, quand il survient 
un orage, et ce sera plus descent. » 

{Arc/i. Nat. oiiSo5.) 
N° 10. Lettre du comte de Noailles au comte d'Angiviller sur 

l'état de la ménagerie, et principale de la « BAUGE DU RhINOCÉROS ». 

« Versailles, le 14 mars 1781. 

L'assurance, Monsieur, qu'on m'a donné depuis quelque temps, que 
vous destiniez des fonds pour le rétablissement de la Ménagerie, m'a 
toujours fait différer de vous représenter qu il y a plusieurs réparations 
urgentes à faire dans cette partie et nommément à la Rauge du Rhino- 
céros, qui est entièrement dégradée : voilà le tems qui arrive, où il va 
sortir pour se baigner, l'on m'a assuré que s'il manquait d'eau, il péri- 
roit immanquablement ; comme cet animal est très curieux, et très diffi- 
cile à faii'e arriver, ce seroit une vraie perte pour la Ménagerie. Je vous 
prie. Monsieur, de vouloir bien ordonner cette légère réparation. Je 
vous en serai très obligé. 

J'ai l'honneur d'être avec un très parfait attachement. Monsieur, 
votre très humble et très obéissant serviteur. 

Noailles, P'=° de Poix. 
M. le Comte d'Angiviller. 
[Arch. nat. y o^ i8o5). 

N"' II à i/,. Lettres et notes échangées entre le comte de 
Noailles, gouverneur de Versailles, le comte d'Angiviller, surin- 



344 TEMPS MODEREES (XVH ET XVIII* SIÈCLES] 

TENDANT DES BATIMENTS DU Roi ET l'ARCHITECTE HeURTIERSUR LÉTAT 
DE LA MÉNAGERIE EN irSS. 

« Ce 5 avril 1783. 

11 y a dans la première cour de la Ménagerie une pièce d'eau abso- 
lument nécessaire pour faille les Elèves d'oyes, dindons, et oiseaux de 
rivière ; on vous a sollicité, mon cher Comte, de donner des ordres 
pour la faire réparer depuis trois ans ; je vous suplie de l'ordonner cette 
année parce que nous en avons absolument besoin ; Ptecevez l'assurance 
du tendre et inviolable attachement que Je vous ai voué pour ma vie, 
Mon Cher Comte, 

NOAILLES DE PoiX. 
M. Le Comte d'Angiviler ». 

En note, on lit de la main du comte : « Le 8 répondu de politesse. 
Même jour lettre à M. Heurtier pour vérification. » 

Le 14 avril, Heurtier, architecte, répond au comte qu'on n'avait pas 
fait ces réparations lors de l'état général des travaux de 1780, parce 
qu'il avait pensé « que le service de la Ménagerie pouvait se faire sans 
que cet abreuvoir fût rétabli ». Il ajoute « que les différentes élèves en 
volaille que M. le prince de Poix fait faire à la Ménagerie nécessitent 
indispensablement la réfection de cet abreuvoir dont la dépense sera, 
d'après le détail que j'en ai fait, un objet d'environ 5.416 francs... » 

Le 23 juin 1783, le prince de Poix écrit de nouveau au comte d'An- 
giviller pour lui demander de faire enlever de la pièce d'eau aux volailles 
les « amoncellements de terres d'ordures qui y ont été apportés succes- 
sivement. » Enfin, le 8 décembre, nouvelle lettre encore plus pressante : 

« A Versailles, le 8 décembre 1783. 

Je ne puis, Monsieur, me refuser de vous écrire à nouveau pour vous 
représenter que la Ménagerie est dans un état de délabrement qui exige 
qu'on sans (sic) occupe incessamment, si on ne veut pas que les répara- 
tions doublent sous peu de tems et qu'on ne sera pas en sûreté, les loges 
des animaux tombant de toute part, je vous prie de vouloir bien vous 
en faire rendre compte je vous en serai très obligé. 

J'ai l'honneur d'être avec un sincère attachement Monsieur, votre très 
humble et très obéissant serviteur. 

NoAiLLEs, P"de Poix. » 

[Arch. Jiat., o^, i8o5). 

N° i5. Lettre de du Rameau (Duhameau), peintre de la Chambre 
DU Roi et garde de ses tableaux a Versailles, a M. d'Angiviller 
sur le mauvais état des tableaux de la ménagerie (1785). 

« Monsieur le comte 
Il y a dans le salon du château de la Ménagerie cinquante à soixante 



DOCUME^'TS ANNEXES 34» 

tableaux dont la plus grande partie représente différens oiseaux et qua- 
drupèdes peints par Nicasius. Ces tableaux, d'une grande vérité, sont 
dans le plus mauvais état, l'humidité et la chaleur les adesséchés et blan- 
chis au point qu'on ne peut distinguer ce qu'ils représentent qu'en les 
mouillantavecl'éponge, comme la peinturen'estpas absolument détruite, 
je pense qu'il seroit à propos de les sauver, en les remettant sur toile. 

Il y a aussi un sujet d'histoire au-dessus de la porte d'entrée, peint 
par Jacques Stella, il représente Minei^ve qui va trouver les muses sur 
le Parnasse, les figures ont vingt-deux à vingt-quatre pouces de hauteur. 
Ce tableau qui est très beau et dans le goût du Poussin a cinq pieds de 
lai'ge sur trois pieds et demi de haut. Le Roi n'a de Jacques Stella que 
trois tableaux, celui-ci en est un et les deux autres sont dans la chapelle 
du château de Saint-Germain en laie 
Je suis très respectueusement 
Monsieur le comte, 

Votre très humble et très 
obéissant serviteur, 

Du Rameau. 
Versailles, le 22 mai 1783 ». 
[Arch. liai., o^ i8o5). 

N° 16. Lettre de Laimaxt, inspecteur de la Ménagerie, sur l'état 

DE LA MÉNAGERIE, DE l'ANNÉE 1790 AU 6 PRAIRIAL DE l'aN II. 

Le directeur de l'Agence nationale de l'Enregistrement fait connaître 
une lettre qu'il reçoit de Lalmant le 6 prairial an II et dans laquelle on 
voit : 

« 1° Que tout ce qui existoit à la Ménagerie en volatilles deau et de 
basse-cour a été compris dans la réforme qui a eu lieu au mois de 
décembre 1790 et pendant l'année 1791 ; 

2° Qu'on ne faisoit aucune élève dans cette maison, mais qu'il était 
chargé, chaque année, d'acheter 4 ou Soo dindons et quelques douzaines 
d'oies qui étaient engraissées et fournies à la ci-devant cour ; que cette 
fourniture commençoit ordinairement le 11 novembre et finissait le 
dimanche gras • 

3° Qu'à l'époque du 12 août 1792, il y avait dans la Basse-cour 
38 dindons et 18 oies qu'il avait achettés à ses frais et dont le prix ne 
lui a point été remboursé ; que 16 de ces volailles ont été tuées et 
enlevées lors de la chasse qui a eu lieu dans le petit parc, pendant les 
mois de septembre et octobre 1792^ 

1 Laimant parle ici de l'envahissement de la ménagerie par les membres 
de la «Société des amis de la Convention» que nous avons relaté plus haut, 
ou bien d'une véritable chasse qui eut lieu à cette époque en effet. Le 



34^ TEMPS MODERNES (xvil" ET XVIIl" SIÈCLEs) 

Laimant observe qu'il consulta alors Couturier pour savoir ce qu'il 
fallait faire du tout, et qu'après avoir promis différentes fois de demander 
l'ordre du Ministre, il lui permit, au mois de novembre de la même 
année, de s'en défaire pour se remplir de ses déboursés. Il ajoute qu'il 
n'y a plus aujourd'hui, dans la Basse-cour de la Ménagerie, que deux 
douzaines de poules qui lui appartiennent et que, sur sept à huit paons 
qui avaient été conservés, quatre sont déjà transportés à Paris et que 
le surplus ira à la même destination ...» 

[Archiv. départ, de Seine-et-Oise, série Q.) 

B. — Documents concernant la ménagerie 
DE Chantilly^ 
N° 17. ExTiiAiT d'une lettre de Dom Loppin, prieur de Mouchy, 

ADRESSÉE AU GRAND CoNDÉ, LE 2 AVRIL l663. 

« Hier sur le midy arriva de Normandie le S"* de Saint-Rémy avec une 
charge de toutes sortes d'oiseaux de mer qu'il y à grand plaisir à voir 
et qui se portent fort bien pour le grand soing qu'il en a pris, je l'ay 
retenu aujourd'hui pour apprendre au faisandier a les nourrir attendant 
que l'on les raetti'e dans l'estang et les terrestres ou dans la Vigne ou 
la part où que V. A. S. le voudra. 

Les espèces d'oiseaux de rivières sont deux belles Mauvis, trois cannes 
d'Hollande avec le masle, onze à douzes sai'celles grises et à teste 
verte très belles, et ti'ois rouges. Pour les terrestres, il y a des Cleppes, 
des Courlis grands et petits, trois pies de mer, des paons de mer de 
toutes façons et des chevaliers. En tout tant d'eau que de terre, il y en 
a soixante et six, nous en prendrons tout le soin possible n'ayant autre 
but que de tesmoigner à V. A. S. que je suis effectivement... » 

N° 18, Dom Loppin, prieur deMouchy, au prince de Condé. Chan- 
tilly, l'x MAI i663. 

« Depuis mars dernier il n'est rien arrivé de nouveau en votre maison 
de Chantilly, que quatre jeunes daims et un autre faon de Biche et une 

« droit de chasse » avait été proclamé par l'Assemblée nationale inhérent à 
la propriété, mais pour le grand et le petit parc de Versailles ce droit avait 
été réservé exclusivement au Roi. Dès 1790, les habitants des huit paroisses 
du Grand-Parc avaient réclamé ce droit et, comme on ne faisait pas droit à 
leur demande, ils s'entendirent pour une chasse générale qui fut fixée au 
i'^"' septembre de cette année. Ce fut le commencement d'un braconnage con- 
tinuel qui ne tarda pas à faire disparaître le gibier du grand parc. (Laurent- 
Hanin, I, p. 3o2 et p. 3i2.) 

^ Les originaux de tous les documents que nous publions ici se trouvent 
dans les Archives du château de Chantilly. 



DOCUMENTS ANNEXES ^47 

paonne pintelée qui couve quatre œufs dans le parc outre les onze que 
couve une dinde. Les cannes qui couvent n'ont encore rien ramené, 
quatre d'elles couvent à merveille, le paon commun mourut au mesme 
temps que je fis sçavoir sa maladie à V. A. S., le faisandier ne luy a 
trouvé aucune blessure, mais seulement un gros bouillon de graisse au 
col. 

M. de La Rue mande à V. A. S. ce qui s'est passé au faict de la 
chasse et des perdrix rouges et œufs pris par ceux de Gouvieux, le fai- 
sandier a mis couver cent soixante quatorze œufs de perdrix. Dom 
Gabriel de Chalis, grand fleuriste, garde à V. A. S. six pots de tubé- 
reuses. » 

iS° 19. DoM LOPPIX, PRIEUR DE MoUCHY, AU PRINCE DE CondÉ. ClIAX- 
TILLY, 12 MAI l663. 

« Je reçeus hier les trois rail livres qu'il a pieu à V. A. S. de me faire 
toucher par le S"" de Sainl-Rémy dont je fairay le meilleui usage pour 
son service qu il me sera possible. Nous placerons les oizeaux de mer 
dans la vigne avec les autres où ils seront très bien attendant que l'on 
les mette en place plus commode après que V. A en aura déterminé. 
Nous avons esté contrains de tirer de la voUière les quatre ramiers qui 
perdent les œufs des autres, et mis sur l'estang de Sylvie les trois 
cygnes qui ne souffroient l'approche pour manger aux petites cercelles, 
quis'accouimodent fort bien. Jechargé hier matin M. de Vandeul de faire 
entendre à V. A. lestât de tout ce que je luy avois faict voir. M. le 
curé d'Hénonville la salue en tout respect, et la supplie très humble- 
ment de vouloir par sa bonté ordinaire recommander son affaire à la 
chambre aux deniers pour le faire payer de ce qui luy est deu, il com- 
mence à s'ennuyer, ses plants estant achevés il y a longtemps ». 

N° 20. Dom Loppin, prieur de Moucht, au prixcede Condé. Chan- 
tilly, 23 juin i663. 

«... Les oizeaux de Roterdam et de la Haye viennent d'arriver. 
V. A. S trouvera six canards blancs houppes, et cinq canards gris aussy 
houppes, deux oies d'Inde, et quatre canards des Indes musqués très 
beaux, aussy bien que les trois lapins à long poil blanc que nous avons 
mis dans Tune des loges de l'estang du Chasteau, tous les oiseaux de 
rivière se portent fort bien. 

Quant aux pigeons et poulies, V. A. S. en a de plus beaux, ils sont à 
la faisanderie attendant quelle en ordonne. Le porteur luy dira Testât 
de toute cette \oiture. 

J'ay faict sçavoir le surplus ce matin à M. de Saint-Mars pour en 
réserver à V. A. S. que nous attendons mardy en belle dévotion avec 
Ms' le duc, nous faisons ce soir un feu à la mode du pays à Ihonneur 



348 TEMPS MODERNES [XYlf ET XYIIl^ SiÈCLEs) 

de saint Jean, et du restablissement de sa santé, priant Dieu de con- 
server à longues années \os AA. SS ». 

N° 21. DOM LOPPIX, PRIEUR DE MoUCHY, AU PRIXCE DE CoXDÉ. ChAX- 
TILLY, 19 NOVEMBRE l663. 

« Hier l'un des valets du S'' Irsquet pourvoyeur de V. A. S. amenast 
quatorze mères buffles bien maigres qui ont trois veaux, l'un âgé de 
deux moys, le second de cinq sepmaines et le troisième d'un mois. Un 
buffle chastré, et un buffle masle aagé d'environ quatre ans, sur quoy 
j'ay à représenter à V. A. S. que nous n'avons pas des fourrages à 
suffisance pour nourrir le bestail qui est entre nos mains, et qu'il nous 
faudra achepter des pailles, celle d'orge et d'avoyne se consommant 
bien plusviste que celle de blé dont nous avons fort peu ramassé ayants 
seulement despouillé huict arpents et demy de blé... » 

N° 22. DOM LOPPIN ÉCRIT LE 25 DECEMBRE l663. 

« ...M.Postel envoyé àV. A. S, un paon pintelé, une paonne blanche, 
fatiguée du voyage et qui mange néantmoinsbien, l'oustarde et la poulie 
de Barbarie ayants repris cœur, les oizeaux de rivières, pâlies aigrettes, 
corneilles de Barbarie pareillement, nous avons seulement perdu trois 
des derniers oizeaux apportés par Saint-Remy après l'esjointement qui 
a esté assez rigoureux et ne croy pas qu'ils s'envolent doresnavant. Nous 
avons esté contraint de mettre soubs une voulte du chasteau les oizeaux 
de la vigne pendant ces deux jours de grande gelée d'autant qu'ils ne 
pouvaient boire, l'eau que l'on leur présentoit se geloit aussy lost, je 
souhaittois la continuation du froid pour pouvoir aussy tost fournir la 
glacière de V. A. mais les estangs n'ont pas pris, quoy que le froid 
fut fort rigoureux à cause du vent qui battoit l'eau. V. A. S. verra les 
deux jets d'eau des bassins qui ne gèleront jamais et seront fort pro- 
pres pour tenir les dits oizeaux, il y en a un de la vigne qui vole et 
qui n'en sort et est fort privé. Après ces deux jours de gelée il est arrivé 
des maulx d'estomach aux deux cicongnes qui ne veuillent regarder la 
viande et la rejettent ainsy que l'an passé. Je les ay mises en liberté le 
long du canal de Saint-Jean où j'ay faict mettre du petit poisson blanc 
pour leur en faire manger, l'une commence à se mieux porter, et l'autre 
tousjours fort triste qui rejette et ne veut manger. Il leur arrivast l'an 
passé la même chose après la première gelée et moururent toutes trois. 
V. A. S. aura la bonté de faire demander au faisandier de Vincennes 
s'il sçait quelque remède à cela... » 

i\°23.L'ABBÉDELAVlCTOIREAU PRINCE DE CoNDÉ. PaRIS, i3A0UT 1682. 

« J'ay receu, Monseigneur, la lettre de V. A. S. du jour d'hier et pour 
satisfaire à ses commandements j'ay marchandé le petit coq de Virginie 



DOCUMENTS ANNEXES '^,9 

et la petite guenon tout le mieux qu'il m'a esté possible. L'oiseliei' vou- 
loit avoir de l'oiseau seul quinze louis et dix de la guenon jay trouvé 
ce prix exorbitant et luy en ay offert douze des deux à quoy il n'a 
jamais voulu entendre non pas mesme à quinze mais enfin il me les a 
laissé à seize c'est-à-dire dix pistoles l'oiseau et la guenon six l'oiseau 
m'a paru un peu cher mais comme en ma présence M. de Créquy en a 
offert douze pistoles que l'oiselier ne l'a pas escouté et qu'il m'a dit que 
si je ne le prenois pour V. A. S. il le porteroit demain à Versailles, je 
n'ay pas balancé d'en donner dix pistoles d'autant que ce petit oiseau 
est très rare et curieux qu'il chante fort joliment qu'il a un petit sifflet 
fort agréable et qu'il fait des roulements comme un rossignol il se porte 
très bien il mange bien et l'oyselier m'assure qu il vivra longtemps d'au- 
tant que tout oiseau qui vist de grain n'est pas sujet à mourir comm- 
ceux qui vivent de pasté il ne mange que de l'alpiste, du mil et un peu 
de chenevy meslé ensemble l'alpiste le mil et le chenevy se trouvent 
partout et chez tous les grainetiers j'envoye de cette mangeaille à 
V. A. S. plein un petit sac et je luy en envoyeray d'icy tant qu'il lui 
plaira. V. A. S. voit que cet oiseau est fort facile à nourrir et ne fex'a 
non plus de peine qu'un serin en cage. Quant à la petite guenon elle est 
est fort douce et fort jolie et six pistoles ce n'est pas cher on en fait tout 
ce que l'on veut et ne mort jamais elle resjouira le pauvre petit singe et 
V. A. S. aura du plaisir de ces deux animaux celuy qui les porte à 
V. A. S. ma bien promis d'en avoir bien du soin par les chemins je la 
suplie très humblement de me mander comme ils seront arrivés et si 
elle en est contente. Je suis... « 

(c P. -S. — Dix pistoles d'or pour le coq de Virginie six pour la 
guenon. 

Et de vieux quatre pistoles pour des poulies que j'envoyay le 
caresme dernier à V. A. S. et une pistole qu'elle me commanda de 
donner à Marie, servante de l'oyselier pour avoir appris et gardé le 
perroquet deux mois durant c'est en tout 21 pistoles d'or. 

M"* de Theobon est chassée et M. le chevalier de Beuveron a ordre 
de se desfaire de sa charge, c'est M. le duc de Grammont qui me vient 
de dire cette nouvelle. » 

N'^ -2',. ToiSÉ DES BATIMENTS DE LA MÉNAGERIE, I"^^. 

Vers l'année 1737, le concierge de Chantilly, Pierre Peyrard, fit 
dresser, en vue d'un marché d'entretien à passer, le toisé des couver- 
tures de tous les bâtiments de Chantilly ; et nous y trouvons tous les 
bâtiments de la Ménagerie, qu'il est facile d'identifier à l'aide du plan qui 
accompagne notre travail^. La Laiterie d'abord : le pavillon d'Isis (à 
droite) et celui de la Laiterie (à gauche) sont couverts en ardoises et 

^ Ce beau plan de la Ménagerie fut certaiuemenl dressé par l'ordre du duc 



35o TEMPS MODERNES (xVII* ET XVIII* SIÈCLEs) 

donnent une superficie de 43 toises et demie ; à la suite, les bâtiments 
d'Isis et de la Laiterie (tuiles, 90 toises) aboutissent à deux pavillons à 
deux épis (tuiles, 5i toises et demie) entre lesquels le comble du bâti- 
ment du fond, couvert en ardoises, mesure /, i toises. — A gauche de la 
Laiterie et de la cour des Marronniers, « le bâtiment neuf près des Cas- 
tors » mesui^e 109 toises et demie; il est couvert en tuiles, ainsi qu'un 
« petit bâtiment en mansarde y joignant » (17 toises 11 pouces). — La 
ménagerie des fauves est ainsi désignée : « deux pavillons (au début des 
ailes de droite et de gauche) tenant aux cuisines, offices et loges des 
animaux » (ardoises, 34 toises) ; « bâtiments des cuisines (à gauche) et 
des loges d'animaux, y compris le retour » (tuiles, 1 18 toises 8 pouces) ; 
« appenti du côté des sangliers » (tuiles, 10 toises i5 pouces); « bâti- 
ment où sont d'autres loges » (tuiles, 80 toises). — « Couverture 
au-dessus de la LonguignoUe », tuiles, 60 toises. — « Trois petits 
bâtiments en comble tenant au mur du clos des Cerfs du côté du chemin 
de charrière, dans lesquels sont les loges des cerfs et biches », tuiles 
aS toises. — « Bâtiment où logent les bouquetins », tuiles, 16 toises 
8 pouces — K Bâtiment où loge le cerf de Siam », tuiles 8 toises et 
demie, 16 pouces. 

Ces bâtiments se trouvaient au bas du Clos des Cerfs ; les sui- 
vants sont immédiatement au-dessous, contre le chemin montant de 
la demi-lune, fermant la cour des Pigeons au nord. — « Couverture 
de tuile au-dessus du rocher de la volière joignant le mur de clôture 
qui regarde le chemin de charrière, » 4 toises 3 pouces. — v Pavillon de 
la volière des oiseaux tenant au mur du côté du chemin de charrière » 
(ardoises, 10 toises et demie 12 pouces). — « Volière tenant au mur de 
clôture de la cour des Paons » (ardoises, 8 toises 10 pouces). — 
« Loge des oiseaux royaux » (ardoises, 1 1 toises 4 pouces). Cet ensemble 
forme ce que des documents de 17 18 nomment « la Ménagerie des 
animaux de raer » et « la Volière des petits oiseaux ». 

— Les bâtiments suivants se trouvent dans les cinq petites cours 

de Bourbon; il est conservé dans le cabinet des Plans du Musée Condé. On 
le retrouve exactement reproduit, mais à une échelle plus petite, sur une 
grande carte des parcs et jardins de Chantilly, dessinée en 1762 par Char- 
pentier, et sur une autre dessinée en 1767 par Nicolas Delavigne (Musée 
Condé, galerie du Logis. — Le duc de Bourbon fit aussi exécuter une déli- 
cieuse bonbonnière (conservée au Musée Condé dans le cabinet des Gemmes), 
dont toutes les faces, intérieures et extérieures, sont ornées de plans minus- 
cules de toutes les parties du domaine de Chantilly ; à l'intérieur, côté du 
fond, se trouve le plan de la Ménagerie. — Ce plan, exactement semblable, 
se voit sur une gravure de grandes dimensions, intitulée Plan général des 
châteaux, parcs et jardins de Chantilly, et insérée dans L' Architecture 
française ou Recueil des plans, élévations, coupes et profils des maisons 
royales, etc. etc.; Paris, Jean Mariette 1738, in i". 



DOCUMENTS ANNEXES 35l 

qui enveloppent le chevet de la grande cour centrale. Commençons par 
la gauche, près du chemin montant : — « Pavillon des pigeons », 
ardoises, 'n, toises i6 pouces. — « Pavillon des Paons », ardoises, 
i8 toises. — « Petit pavillon tenant au mur de clôture de la cour des 
paons », ardoises, 4 toises et demi G pouces (au fond de la cour, en 
haut). — « '^^ pavillon qui regarde la fable du Loup et de la chèvre », 
ardoises, 18 toises et demie 7 pouces. « Petit pavillon où est logé le 
Loup et la Chèvre », ardoises, i toise et demie 6 pouces. — « 4*^ pavillon 
qui est nommé celui de la fable du Coq et de la Poule » (fable des deux 
coqs se battant pour une poule, représentée contre le mur du fond), 
ardoises, 19 toises. — a 5'' pavillon nommé le pavillon de l'aigle », 
ardoises, 18 toises. « Petit pavillon tenant au mur de clôture de la 
cour des sangliers », ardoises, 4 toises et demie 6 pouces (au fond de 
la cour, dans l'angle aigu ; cette cour était nommée la cour des Poules 
et aussi la cour du Renard). 

— Nous passons maintenant aux bâtiments situés à l'extrême 
droite de l'enclos et de la Ménagerie, entre la pépinière et la ruelle 
montante, dans un retrait bordé au nord et au sud par des propriétés 
particulières. « Bâtiment des taureaux sauvages » tuiles, 25 toises 
I pouce. « Bâtiment en comble dans lequel sont les cabrioles », (et les 
mouflons), tuiles, 33 toises et demie 12 pouces. Ces deux bâtiments se 
font face, ainsi que les deux suivants : « Bâtiment en comble ^ qui fait 
face au pavillon du Buste », tuiles, 27 toises 10 pouces ; « pavillon du 
Buste », tuiles, 33 toises et demie 7 pouces, et « dessus du fournil », 
tuiles, 6 toises 14 pouces. — La dernière travée de l'enclos est occupée, 
au milieu, par un « bâtiment en comble tenant au mur de clôture, appelé 
autrefois maison de M. de Boissy » (René Desprez), 3^ toises 3 pouces. 
Les bâtiments de la ferme de Vineuil sont aussi décrits avec détails ; 
mais comme ils sont en dehors de l'enclos de la Ménagerie, nous 
n'avons pas à nous en occuper. 

N° 25. Ordonnance promulguée par le prince de Condé, en date 

DU !*■■ JUILLET I786. 

« Sur le compte qui nous a été rendu des dépenses considéi'ables que 
la manutention de notre ménagerie occasionnoit, tant à raison de l'en- 
grais de volailles qu'à cause de la consommation des grains et autres 
denrées nécessaires à la nourriture des animaux d'agrément, dont l'ac- 
quisition se fait par entrepi'ise et de la seconde main ; voulant éviter à 
l'avenir les abus qui pourroient naître dune manutention aussi com- 
pliquée et établir une gestion qui puisse nous melti*e à portée de sou- 

^ Ce bâtiment, situé en haut du retrait, à droite des loges des taureaux 
sauvages, avec entrée sur la rue do Yineuil, est appelé en 1786 et 1796 « La 
vieille vacherie ». 



35'2 TEMPS MODERNES (XVIl ET XYIII SIECLES] 

tenii' les objets agréables de notre ménagerie dans l'état actuel, sans 
être obligé d'acheter tous les grains nécessaires à la nourriture des 
animaux quelle renferme, nous avons pris le parti de faire valoir à 
notre profit les terres labourables de notre grand parc de Chantilly, 
et d'établir dans le même emplacement de la Ménagerie une ferme ou 
métairie dont la culture et les élèves qui pourront s'y faire ne peuvent 
devenir que très avantageux. Et afin de fixer cet établissement d'une 
manière stable et non susceptible d'erreur et de discussion entre les 
gens de la Ménagerie et ceux de la ^Métairie, même afin de faire con- 
noître nos intentions sur la manière d'administrer cette métairie, nous 
avons ordonné et ordonnons ce qui suit. 

Article premier. — Nous supprimons à compter du i^"" août de la 
présente année l'engrais des volailles établi à la Ménagerie et voulons 
qu'à partir de cette époque il n'en soit engraissé aucune ; que même 
celles qui se trouveroient encore en vie soyent remises dans la cour 
des animaux de ce genre, à moins cependant qu'elles ne soyent sur le 
point d'être tuées et susceptibles d'être employées, dans ce cas elles 
seront remises à notre garde-manger. 

Art. 2. — Nous voulons et entendons qu'à l'avenir et à compter 
dudit jour i*^'' août, il soit établi dans l'intérieur de la Ménagerie une 
Métairie dont la manutention sera absolument distincte et séparée de 
celle de la ^Ménagerie. Le gouvernement de celle-ci sera sous les oi'dres 
de notre capitaine des chasses, et la manutention de la Métairie sera 
confiée à un économe, de manière que la Ménagerie et la Métairie 
n'auront absolument rien de commun. 

Art. 5. — ^\)ulons qu'il soit construit dans l'ancienne cour des Cerfs 
une vacherie assez étendue pour contenir 4<» vaches et leurs élèves, et 
une laiterie. Le lait, le beurre, la crème provenant de ces vaches devant 
être un objet de produit assez considérable, l'économe veillera à ce que 
tous ces objets tournent à notre plus grand profit. 

Art. G. — Voulant que la laiterie d'agrément qui existe à la Ména- 
gerie reste sous l'inspection du capitaine de nos chasses et pour qu'elle 
puisse être garnie de toute espèce de laitage, il sera tiré de la grande 
vacherie quatre vaches des meilleures laitières pour être placées dans 
l'ancienne vacherie et être soignées par les gens de la Ménagerie. Le 
lait de ces vaches servira à garnir les terrines de la laiterie et à faire 
du beurre pour la table lors des voyages. Dans les autres tems, le lait 
sera remis tous les soirs à l'économe de la Métairie voulant que tout le 
produit de ces quatre vaches tourne entièrement à notre profit. » 



DOCUMENTS ANNEXES 353 

C. — Documents concernant les Ménageries 
DE Hollande. 

N^ a6. MÉMOIRE DÉTAILLÉ des frais d'entretien des animaux de la 
^Ménagerie du S. (Stadliouder) depuis le i-i février 1795 jusqu'au 5 fé- 
vrier 1796. (Arc/iiv. nation. F 17^^ ii3o)* 

1795... du 12 février jusqu'au i3 juin. Déboursé par Lyntendant 
Roschet qui a la direction de la Ménagerie de Loo. 

Pour la procuration et L'achat des Bleds nécessaires, pour 
faire cuire le pain de seigle pour les Eléphans, depuis qu'ils 
sont mis en réquisition parla nation française, leur consomma- 
tion étant comptée à 17 Boisseaux par mois, achetée à 
(5 par boisseau 1 53 » 

Gage d'un garçon que le faisandier a toujours chez lui et qui 
prend soin des animaux, 118 jours à 10 par jour ^9 » 

Pour un aide qui leur assiste quelquefois, 57 jours à 10. . 28, 10 

De la viande fraîche pour le roy des Vautours, à i f. par 
semaine 17 » 

Du pain Blans pour les faisans, Pigeons couronnés de Ben- 
gale et autres oiseaux -i^ji 

Pour du Bled sarazin pour la nourriture des autres animaux, 
deux Boisseaux par semaine, et pour 17 semaines à 3o le 
boisseau 5i » 

33o, 14 

Donné jusqu'ici au Représentant Alquier après avoir formé 
et remis ce Compte, il a encore déboursé : 

Du i3 juin jusqu'au 14 septembre. 

Du seigle pour la nourriture des Deux Eléphans pendant 
trois mois à 17 Boisseaux par mois et a été acheté au marché 
à 70 par Boisseau 178,10 

Pour avoir cuits ces pains et les précédents qu'on avait 
oublié de porter en compte à i f. par Boiss 5, 19 

Transport 5i3, 3 

Pour du foin que j'ai du acheter après que la provision a 
été consumée, 9000 à 10 f 90 » 

Gage au garçon que le faisandier a chez lui, 90 jours à 
10 f 45 » 

Pour delà viande fraîche à I f. par semaine, 1 3 semaine. . i3 » 

Pour du pain Blanc pour les autres oiseaux, à 4 f. par 
jour 18 » 

- Les comptes de ce mémoire ne sont pas toujours ni clairs ni concordants ; 
nous les donnons tels que nous les avons trouvés aux Archives. 

II. 53 



354 TEMPS MODERNES {xvif ET XVIII^ SIÈCLEs) 

Pour du Beld Sarazin, 2 Boisseaux par semaine, à 3', f. 
le Boisseau, 36 boisseaux forment 61, 4 

742, 7 
Le faisandier doit avoir pour gages, dans les trois mois 

de février, mars, avril 78 » 

May, juin, juillet 78 » 

Août, septembre, octobre 78 » 

Pour le médecin chirurgien et médecine 40 » 

Par ce qu'il a gratuit le feu et la lumière à 22 f. les trois 

mois faict 66 » 

Remis Jusqu'ici au Représentant depuis ce tems jusqu'au 

premier de février 1796. 

Pour 21 rauids de seigle, à 3 f. le Boisseau 252 » 

Pour faire cuire le Pain, à i par Boisseau 4>4 

Pour du foin, 22000 1. a f. g 198 » 

Pour de la paille de seigle, d'avoine et de froment, 8 000 1. 

a f . 7 , 56 » 

Pour les gages du Garçon chez le faisandier, 137 jours à 

10 s. par jour 68,10 

Pour de la Bruière 20 » 

Pour le transport 10 » 

Transport 1691,1 

Pour Lâchât des glands pour la nourx'iture des animaux. . 24,6 
Thompson pour du froment, des pommes de terre et autres 

déboursé 17 )> 

Pour du Pain blans à 4 s. par jour faict 27,8 

Pour de la viande fi'aîche à f. i par semaine 18 » 

Au faisandier, puisqu'il a gratuit le feu et la lumière ... 22 » 

Les gages de novembre et décembre 1795, janvier 1796. . 78 » 
Pour du Bled sarazin, 2 Boisseaux par semaine, 10 

semaines font 9 muids, à 32 s 57,12 

Pour l'achat de charbon : pour le chauffage .... f. 55 

le transport 17. 10 72, 10 

2 007 , 17 
Pour copie conforme, 

Fr. Noël. 

N° 27. Lettre de Delaunay chargé de la surveillance de la Ména- 
gerie DU Muséum, au citoyen INIinistre des finances de la Répu- 
blique FRANÇAISE, concernant LE TRANSPORT A PaRIS DES ANIMAUX DE 
LA MÉNAGERIE DE l'eX STADHOUDER (l" GERMINAL, AN IV). 



DOCUMENTS ANNEXES :»JJ 

<'. Au Jardin des Plantes, ce 1°'' germinal, an 4"- 

Au citoyen Ministre des finances. 
Citoyen Ministre, 

Le Directoii'e Exécutif m'a toujours dit que son intention »îtait for- 
melle et prononcée pour le transport des animaux de la Ménagerie de 
l'Ex. stathouder ; et le C° La Reveillère Lcpaux, chaque fois que je 1 en 
aï entretenu, m'a renvoyé à vous, citoyen Ministre, me disant que cela 
dépendait absolument de vous, que vous teniez, m'a-t-il dit encore, les 
cordons de la Bourse. Il a même été très-étonné, ces jours-ci, de rencon- 
trer Louzardi qu'il croyait parti depuis long-temps pour la Hollande, 
ainsi que le croyent tous ceux qui connaissent l'arrêté et les intentions 
du Directoire. Je crois donc, citoyen Ministre, ne remplir que mon 
devoir en vous rappellant que le temps passe et quil presse. Ma repré- 
sentation ne saurait vous être importune parce que vous favorisez les 
sciences et les arts et que vous vous intéressez au bonheur de votre 
pays. 

Est-il imprudent de solliciter vivement l'expédition de la feuille de 
route pour ceux qui doivent aller chercher les animaux ? 200 francs en 
numéraire est ce qu'ils estiment leur falloir pour arriver ; si les fonds 
nécessaires au transport n'étaient pas prêts aujourd'hui, on aurait, pen- 
dant qu'on ferait les autres préparatifs, le temps de les recueillir. Je 
ne crains pas de vous assurer, citoyen Ministre, que le Public demande 
perpétuellement cette Ménagerie, qui coûte au gouvernement, sans lui 
être en ce moment d'aucun avantage. J'aime à croire que les raisons 
que j'ai l'honneur de vous présenter et mieux encore celles que vous 
suggéreront votre sagacité et votre zèle pour la République, vous déci- 
deront à terminer cette opération dont tout le monde désire lissue. 

Salut et respect, 

Delauxay. 

Bibliothécaire du Muséum et chargé de la surveillance de la Ména- 
gerie. '■ » (Arcli. Nat. F. 17^ iiji.) 

N° .28. Copie d'uxe lettre adressée saxs doute par le Directeur 
DU Muséum a l'empereur Napoléon, ex date du xi juillet 18 10, cox- 
cerxaxt la Méxagerie du roi Louis-Napoléox, a Amsterdam. [Arc/i. 
Nat. F. 17^ II 3o.) 

Sire, 
V. ^L a ordonné de lui dire quels seraient ceux des animaux de la 
Ménagerie d'Amsterdam qu'il serait utile de faire venir à Paris. 

L'administration du Jardin des plantes mettrait le plus grand prix à 

* Ce n'est qu'à la suite d'une démarche personnelle de Faujas, auprès du 
Ministre, que l'argent fut accordé. 



356 TEMPS MODERNES (XVII* ET XVIII* SiÈCLEs) 

les avoir tous, à l'exception de l'Ours d'Amérique et du Loup que nous 
possédons déjà. 

Tous les autres animaux compris dans la liste adressée à V. M. 
n'existent point chez nous et seront une acquisition pi'écieuse. 

V. M. a donné 4^0000 francs pour la construction d'une ménagerie. 
J'ai demandé les plans ; on va procéder à l'acquisition des terreins. 
Je suis ...» 

D. — Documents divers. 

N" 29. Note sur l'axciexxe ménagerie de M'"^ de Pompadour a 
Bellevue [1774]. 

« L'on a reformé à Belle-vûe la petite Ménagerie qui y était, les bois et 
les panneaux de treillage en sont très bons ; comme cela ne peut servir 
à personne et qu'ils nous seroient fort utiles ici pour y renfermer plu- 
sieurs espèces d'oiseaux que nous avons, sans ceux qui doivent nous 
arriver, Monsieur le Comte est suplié de s'en faire rendre compte et 
d'ordonner que le tout soit destiné pour la Ménagerie de Versailles, 
cela évitera une dépense qui ne laisse pas que d'être assez consé- 
quente. » 

[Arcli. nat. o^i8o5). 

?î° 3(). Requête du marquis de Prie au sujet de sa Ménagerie de 
Courbépine (1771). 

« Nous Louis marquis de Prie, Seigneur marquis Haut-justicier de 
Plasne et autres lieux. Dénonçons à M*^ J. B. Tulott de la Bectière notre 
procureur fiscal audit lieu de Plasne, au siège du Marché Neuf, que 
Dimanche dernier, vingt et un de ce mois, des gens mal intentionés 
auraient eu l'audace et témérité le jour susdit sur les huit heures ou huit 
heures et demie du soir, de tirer à coups de fusil ou de pistolet une 
laie ou femelle de sanglier de notre ménagerie étant renfermée dans des 
lieus de réserve ou fossés qui sont à l'entrée de l'avant cour de notre 
château de Coui'bépine et auraient eu en même temps blessé dangereu- 
sement une autre laye de sanglier avec pareilles armes. Ce forfait carac- 
térise une insulte d'autant plus grave et répréhensible que les auteurs, 
pour mieux accomplir leur noir dessin et rendre leur forfait inconnu, 
ont profité de la circonstance où nos vassaux, parmy lesquels ils s'étaient 
mêlez, étaient sous les armes ou alors ils tiraient à différentes reprises 
nombre de coups d'armes à feu, dans la vue de nous rendre leurs hom- 
mages et à M™^ la marquise de Prie, à l'occasion de notre mariage. Et 
aux fins de parvenir à connaître ces insolents malfaiteurs, Nous adres- 
sons la présente dénonciation à notre Procureur fiscal sus-nommé, 
pour qu'en conséquence 11 donne son réquisitoire et fasse information 



DOCUMENTS ANNEXES "Ij; 

à sa requête à l'effet de connaître et faire punir les auteurs dudit forfait 
et délit. 

Donné ce jourd'hui, vingt-sept juillet rail sept cent soixante et onze, 

L. M. DE PniE. 

Sur timbre de i sol > deniers. » 

(pièce communiquée par un érudit de Lisieux, M. Cli. Puchot, sans 
indication de source.) 

N^Si. Note de Buffon, coNCEaNAXT des animaux du parc de la 
Muette, au bois de Boulogne. 

« Les animaux qui sont dans le parc, à la porte Maillot, sont origi- 
naires de l'Affrique, dans la partie méridionale du Monomotapa, à deux 
ou trois cens lieues du Cap de Bonne Espérance. Leur nom, dans le 
pays, est fevaheda ou feraheda. 

Quoique cet animal tienne du cerf par le col et la tête, et du bœuf par 
les cornes et la queue, il n'est néantmoins ni l'un ni l'autre, et paroît 
plutôt appartenir au genre des gazelles et grandes chèvres.. . 

Au jardin du Roi, ce i*^'" juillet 1774- 

BuFFON. » 
[Arch. Nat. M. 8^5, n-^ 2/,.) 

N° 32. Valeur commerciale des animaux de ménagerie, aux xvii^ et 
xviii^ SIÈCLES, Nous publions ici, in extenso, un document des Archives 
nationales S indiquant les prix que les trésoriers des galères du roi 
devaient payer pour les animaux rapportés par Monier, pour la ména- 
gerie de Louis XIV. Ce document porte une rectification de nouveaux 
prix faite par Colbert au début de l'année 1700. 

« Prix des oyseaux et animaux de Leuant liurez par les Arnould à la 
ménagerie de Versailles, réglez le 10^ décembre 170 1 . 

Nouveaux prix réglez 
par M. le surinten- 
dant le 15 janvier 

1700. Anciens prii. 

livres. livres. 

aSo Autruche 33o 

i3o Vache marine 173 

5o Chèvre de la Thébaïde 66 

20 Gazelle 33 

i5-i6 Poule sultane 22 

l5-i6 Poule pintade 22 

40 Damoiselle de Numidie 55 

16 Aigrette 22 

3o Pellican 44 

20 Outarde 33 

^ 0^l8o5. Un document analogue, portant de très légères variantes, a été 
publié par Guiffrey, dans les Comptes dea bâtiments, lY, 867. 



358 TEMPS MODERNES (XVII^ ET XVIir SiÈCLEs) 

Nouveaux p^ii réglez 
par M. le surinten- 
dant le 15 janvier 

1700. Anciens prix. 

livres. livres. 

i5-i6 Cigogne aa 

20 Grue 33 

4o Biche 55 

9 Pale II 

120 Cazuel i5o 

4o La paire de cannes d'Egypte ou canards. . 55 

3o La paire d'oyes de Canada 44 

20 La paire d'orettes blanches ou noires. ... 33 

20 La paire d'Arquelans 33 

1 Perdri.!*: ronges 3 

l5 Francolin 22 

5o Porc-épic 66 

40 Gapar [guépard] 55 

40 Ciuette (civette) 55 

3o Sagoin 44 

95 Cerf blanc ou Biche lyS 

» Crocodile 120 

12 Marions 25 

12 Rat de Pharaon 25 

3o Coulqui » 

3o Belanchant » 

12 Rat d'Inde » 

35o Un chat tigré engendré d'un tigre » 

A la même époque, Henri-Jules de Bourbon achetait, pour sa Ména- 
gerie de Chantilly : 

laerkelans au prix de 198 livres. 

1 coq blanc huppé. 27 — , 10 sous. 

2 perroquets et 2 écureuils 25 pistoles. 

10 paires de pigeons gorgés 84 livres. 

12 tourterelles 3o — 

2 oies du Canada 22 — 

4 oies dindes 11 — 

I oiseau chanteur des indes 10 pistoles. 

I guenon femelle 6 — 

E. — Iconographie de la ménagerie de Versailles. 

I. De 1664 à 1698. 

I. F. DE LA Pointe. Plan en couleurs du château, du Petit-Parc et de 
la ménagerie, daté de 1664. Bureaux de l'architecte du château de Ver- 
sailles. (Reproduit par de Nolhac, è, p. 42, avec la date i665.) Ici le plan 
de la ménagerie est déjà dans son ensemble celui que fera De Fer 40 ans 
plus tard (voir n'^ 52). Il n'y a qu'une seule entrée, celle du côté de Ver- 



DOCUMENTS ANNEXES 'i5g 

sailles; la première cour des animaux présente un jardin, la seconde la 
volière, la troisième le bassin des pélicans, la quatrième le rond d'eau, 
les autres parties à peu près comme dans De Fer; derrière la ménagerie 
est figuré le ruisseau qui sort de la mare de la ménagerie et va, en lon- 
geant celle-ci, se jeter dans le ru de Galie. 

■1. Plan du château de Versailles (sans date et sans nom d'auteur), 
Bibl. nat. Estampes Va 365. Ce plan, qui dérive du précédent, doit 
dater de 1667. 

3. CoTELLE. Musée de Versailles^ tableau n° 760. 

Ce tableau, qui a été fait en 1667 ou 1668 par Cotelle (?) donne une 
vue du parc de Louis XIII au château de Versailles, avec les premiers 
changements faits sous Louis XIV, de 1662 à 1667 : la grotte de Thetis, 
le petit château de la ménagerie, le parterre du nord, l'allée d'Eau, le 
commencement du grand-canal. 

4. « La ménagerie de Versailles », « A Paris chez Crépy. » Vue 
optique avec légende. « Est à un bout du Canal... sont fermée, » et 
i5 numéros de renvoi. 

Cette estampe, (collection particulière de fauteur) montre en pers- 
pective la ménagerie vue par devant; elle est en partie fantaisiste, tant 
par le petit château que par les coui's d animaux. Elle est cependant 
très importante à connaître à cause de sa légende des cours. 11 n'y a 
que des oiseaux dans ces cours. 

5. Peuelle. «Vue et perspectiue du derière de la Ménagerie de Ver- 
sailles ». Bibl. nat. Est. Va 366, signé : « Perelle fec. De Poilly esc ». 

6. A. Perelle. « Viie et Perspectiue de la Ménagerie du costé de 
l'entrée», Bibl. nat., Estampes Va. 366 (en partie fantaisiste). 

Ces deux estampes doivent reproduire des vues prises avant Fan- 
née 1668, car l'avenue de la ménagerie, qui fut formée à cette date, 
n'v est pas représentée ; en certains points, elles paraissent représenter, 
du reste, plutôt des projets que des réalités. 

7. A. Perelle. « Viie et perspective de la Ménagerie de Versailles 
du costé du Canal », Bibl. nat., Estampes Va. 366 (projet d'entrée monu- 
mentale) . 

8. A. Perelle. « Veue et perspective de la Ménagerie de Versailles 
du costé de la porte Royale » (en partie fantaisiste). 

9. Perelle. « Vues des plus beaux endroits de Versailles : Plan 
général des ville et château de Versailles. Dédié à Monseigneur le Duc 
de Bourgogne, par J.-B. Naudin, ingénieur ». Daté de 1693. Dans la 
ménagerie, la cour octogone communique directement avec la basse- 
cour; le pavillon octogone est séparé du château. 

« Le Labyrinthe de Versailles », plan avec le nouvel emplacement 
des groupes de Lafontaine, 40 sujets. 



36o TEMPS MODERNES (xvil" ET XVIIl'' SIÈCLES] 

« Le Bassin d'Apollon » montre la flotte du canal. 

« La Ménagerie », plan de De Fer en élévation [Bibl. Arsenal, n" 5 19). 

10. [Perelle]. « Le salon de la Ménagerie que l'on voit icy par der- 
rière... espèces curieuses. » A Paris, chez N. Langlois, Bibl. nat. Va. 
36G. Vue perspective de toute la ménagerie, bonne pour la façade pos- 
térieure de la volière , en partie fantaisiste pour les cours d'animaux. 

11. [Perelle]. « La ménagerie de Versailles... dans le salon. » A 
Paris, chezN. Langlois. Vue de l'entrée du petit château, id. Va. 366. 

12. « Le derrière de la ménagerie à Versailles, petite estampe. » 
Bibl. nat. Va 366. 

i3. Aveline. « Veiie générale de la Ménagerie de Versailles. » — Les 
cours d'animaux sont entièrement fantaisistes. Collect. de Vaulcur. 

14. Aveline. « Veiie et perspectiue du Salon de la Ménagerie de Ver- 
sailles, que l'on voit icy par derrière au milieu de sept courts... pays 
éloignés. » (Vue optique; collection de l'auteur.) — Bibl. nat. Est. Va 
366, avec la date de 1689 en écriture manuscrite ancienne. — En partie 
fantaisiste. 

i5. Aveline. « Viie et perspective de l'Entrée de la ménagerie. » Cette 
entrée est bordée ici par deux cours d'animaux qui nont jamais existé. 

16 à 18. [Aveline]. Vues de la Ménagerie dans la Géométrie pratique 
de Manesson-Malet (1702) : 

a) La flotte du grand canal, Livre I, pi. XXII, p. 47. 

b) Entrée delà ménagerie de Versailles, pi. LVII, p. i5i. 

c) Le dedans de la ménagerie de Versailles, pi. LVII, p. i5i. 

19. Petite estampe montrant l'entrée du petit château avec deux cours 
d'animaux fantaisistes. Longue légende : « La Ménagerie est à vn bout 
du Canal... sont fermées par des grilles de fer. » Bibl. nat. Va. 366 
(gravure inspirée du n° i5). 

•20. Boel. Le scellé et inventaire de Le Brun, fait le 12 février 1690 
(Jouin, 712 a 737), renferme, au n° 3o8, « un tableau peint par Boëls 
représentant une vue de la Ménagerie de Versailles ^ avec un chien et 
d'autres animaux sur le devant. » L'inventaire porte ici cette note : « A 
mettre aux Gobelins sous la garde du s. Yvar pour servir aux tapisse- 
ries. » [Nous ne savons où se trouve actuellement ce tableau]. 

21 . Boel. Vue de deux des cours de la Ménagerie, gravées par G. Sco- 
tin, d'après les peintures de Boel. Ces vues font partie d'un petit recueil 
de six planches représentant 59 oiseaux. Bibl. nat. Est. Jb. 37. 

22. Marot. « Veiie de la Ménagerie de Versailles du dessein du 
s"" Marot, fait par Aueline avec privilège du Roy. » 

23. Marot. Projet d'entrée monumentale, vu de face, de la Ménagerie 
à l'extrémité du canal. Bibl. nat. Est. Va 366. 



DOCUilEMS ANNEXES 36 1 

a4. Marot. « La Ménagerie du costé du canal, à Versailles » (projet ?j. 
Bibl. nat. Est. Va 366. 

25. N. De Feu. Le Nouveau plan de Paris, dressé sur le mémoire de 
M. Jouvin de Rochefort... Corrigé, augmenté et enrichi de Veiies de 
Versailles, et de ses Bosquets : deMeudon... dressées sur les lieux par 
N. de Fer, 169-. TUne des vues, dont les dimensions sont 11, '4 cm. 
X 6,2, représente en perspective la ménagerie vue de l'entrée princi- 
pale; à côté est une légende.] Bibl. nat. Dép^ des Cartes, in Recueil 
de Cartes, vol. in-f° n° i56 (p. '^1). 

Cette même vue se retrouve dans « L'Atlas curieux ou Le Monde » 
dressé... par N. de Fer. Voir le n° /■,9. 

26. Carox. Plan général de Versailles et de ses environs, (xvii* s.). 
Arch. départ. Seine-et-Oise, série A. 

'j.~ . Allard (C.). « La Ménagerie à Versailles, cum Privilegis ». Bibl. 
nat. Est. Va 366. 

28. ScHENK (Pet.). « ^'ogelhuis te Versailles — Aviarium \'er5a- 
liense. » Reproduction légèrement modifiée de l'estampe précédente, 
faite à Amsterdam. Bibl. nat. Est. Va 366. 

29. [Albrecht Johax]. Vue tout à fait fantaisiste de la Ménagerie de 
Versailles, sans titre, ni signature. Le nom de l'auteur est marqué 
dune écriture ancienne sur l'exemplaire de la Bibl. nat. Est. Va 366. 

30. — « La ]\Iénagerie de Versailles composée d'un salon octogone. » 
Estampe avec légende signée : « à Paris chez Chéreau ». Bibl. nat. Va 
366. 

3i. W. SwiLDE. Laménagerie de Versailles. « Cum Priuilegio Ordin. 
HoUandiœ et West-Frisiœ de Lespine, etc. (Collect. de l'auteur). 
32 à 3',. Nicolas Wischer. 

a) « Le Derrière de la Ménagerie », 17 m X i-i.5. 

b) « La Ménagerie à Versailles », id. 

c) « La ]Ménagerie du costé du canal, à Versailles »(Co//ec^rfe l'auteur). 

33. « Veues de Versailles, gravées sur les desseins au Naturel, par 
Guillaume Swilde. » Chez Nicolas Wischer. Bibl. nat. Va 366. 

36. Plan manuscrit (à l'échelle) de la ]\Iénagerie au lavis et encre de 
Chine. Bibl. nat. Va 366. 

Colombier dans la basse-cour. 

Bassin de la i"'^ Cour (série de loges dans le fond, pas de pavillon). 

2^ Cour, plan détaillé de la volière. 

6« Cour, comme dans le n° j2. 

7^ Un colombier. 

A droite de l'avenue, à la tête du canal, grande cour plantée avec 
série de loges sur 3 côtés. 



362 TEMPS MODERNES (xYTl'' ET XVIII^ SIÈCLES] 

37. Plan manuscrit des appartements du petit château, de la galerie et 
du salon octogone, lavé à l'encre de Chine et montrant, en place, les 
sièges des appartements lavés en vert, bleu, jaune et rouge. Bibl. nat. 
Va 366. 

38. « Plan du salon de la Ménagerie de Versailles » avec profil. — 
Manuscrit lavé à l'encre de Chine, montrant, en 3 feuillets superposés, 
les plans du rez-de-chaussée, du premier étage et des mansardes, du 
salon, de la galerie et des appartements du Petit château. 

Plan détaillé du Petit château et de la cour des dés. Id. 

II. De 1698 à 1715. 

3g. « Premier étage. Plan de ce qui se doit faire à la Ménagerie, 
donné par M. Mansart, le 5 juin 1698. » Ce plan manuscrit est lavé à 
l'encre de Chine rehaussée de rouge; il porte des marques, des lettres 
et des chiffres correspondant aux Lavis n°58-66 et à un « Mémoire 
des glaces » placé dans le même carton. Arcli. nat. O^i8o5*. 

40. Lavis à l'encre de Chine des corniches des appartements, datés 
du 12 septembre 1698; Le « côté de Fuuet » indique l'appartement 
d'été, le « côté de Nesle » indique l'appartement d'hiver. Arch. nat. 
0*1 8o5». 

41. « Rampe de fer pour la Ménagerie, du 2'+ octobre 1698. » 
Deux Lavis à l'encre de Chine, l'un pour 1' « escalier rond fait de 
Pierre « (côté de l'appartement d'été), l'autre pourl' « escalier derriv 
Rond fait de bois » (côté de l'appartement d'hiver). Arch. /^a^,0*I8or■. 

42. « Plan du Bastiment de La Ménagerie de Versailles. » Ce plan, 
ni daté ni signé, porte trois surcharges qui montrent les modifications 
d'un plan primitif. Ce plan primitif différait de celui que nous avons 
décrit par une seule pièce rectangulaire occupant l'emplacement du 
cabinet octogone et du cabinet cai'ré de l'appartement d'été. Arch. nat. 
Oii8o5^ 

43. « Ménagerie de Versailles bâtie par J.-H. Mansard. ».^5iW. nat. 
Va 366. Une seule cour des cerfs, celle derrière le Rondeau, est indiquée. 
Pas de colombier; jet d'eau dans la mare des pélicans ; cour et loge du 
lion. 

44. « Plan de la Menagerrie de Versailles, 1701. » [Croquis au 
trait donnant la désignation de l'emplacement de certains meubles.] 
Arch. nat. O'r8o5^. 

45. a Plan pour la Ménagerie. » 

[Plan du rez-de-chaussée du château. Lavis d'encre de Chine et de 
vermillon]. Arch. nat. 0^i8o5^. 

46. « Offices. — Plan de M. Mansart de ce qui se fait à la Mena- 



DOCUMENTS ANNEXES ifii 

gerie, le 5 juin 1698 » (répétition du précédent avec deux annotations). 
Arc/i. nat. 0*i8o5^. 

47. « Plan des chambres en galetas de la Ménagerie» (trois exem- 
plaires). Arch. nat. O^i^o^^. 

48. « Plan et Eleuation de ]\I. Mansart des 2 cabinets qui se doiuent 
faire dans le Jardin de la Ménagerie donné pour l'Assurance, le 
26 juin 1698. » Arch. nat. O^i8o5^, 

49. N. DE Fer. Atlas curieux ou Le monde représenté dans des cartes 
et particularités du ciel et de la terre..., par N. de P"'er, géographe de 
Monseigneur le Dauphin. » ... A Paris... 1700, 4° obi. (Voir le plan 21), 
Bibl. nat. Cartes. Ge DD 1^36. 

5(). « Versailles, son Louvre, ses Jardins, ses Fontaines et ses Bos- 
quets », par N. de Fer, 1700. Bibl. nat. Départ' des Cartes, in Recueil 
de cartes, vol. f° n' i56, p. 36. 

5i. « Plan général de ^'ersailIes, son Parc, son Louvre, ses Jardins, 
ses Fontaines, ses Bosquets et sa Ville, par N. de Fer, géographe de 
Monseig"" le Dauphin » « Auec Priuilège du Roy, 1705 » « gravé par 
C. Inselin. » Montre en particulier la mare de la ménagerie et les ruis- 
seaux qui en partent. 

52. « La Ménagerie de Versailles, par N. de Fer, avec privilège du 
Roy, 1075 » [sic). Légende : « La Ménagerie... à sept cours qui servent 
aux Bergeries, aux Ecuries, aux Etables, aux Volières et aux Réser- 
voirs. Bibl. nat. Estampes. Va 366. 

Les cours des animaux sont désignées par leurs noms : la première, 
appelée Jardin de Mgr de Bourgogne, présente un bassin à son centre, 
et, dans le fond, une série de huit logettes pour animaux qui seront 
démolies plus tard ; la deuxième cour s'appelle « Cour des Demoiselles 
et la volière ». Le « Jardin d'en bas » et quatre cours nouvelles pour 
animaux sont foi'mées au delà des sept cours. L'emplacement de la Lai- 
terie de la Duchesse et du Quinconce est indiqué. 

53. Plan en manuscrit de la Ménagerie de Versailles. C'est l'original 
ou la copie du plan de N. de Fer. 

Bibl, nat. Estampes. Va 366. 

54. « La ^lénagerie de Versailles » « à Paris chez Mariette », sans 
nom d'auteur et sans date. C'est la mise en perspective du plan de 
N. de Fer. Intéressant pour la vue du colombier et des maisonnettes 
d'animaux qui sont dans les cours. Collcct. de V auteur. 

55. l'Anonyme]. Vue du petit château de la Ménagerie avec légende : 
« La Ménagerie de Versailles est un petit Palais... d'où l'on entre dans 
le Salon. » « A Paris chez L Mariette... » Collect. de l'auteur. 



3G4 TEMPS MODER>'ES (XVII* ET XVIll' SIÈCLEs) 

56. Plan manuscrit lavé en vert (quatre cours seulement, la i^, la 2'^, 
la 4° et la 5e sont faites), Bibl. nat . Topogr. Vers. Va 366. 

57. Plan manuscrit lavé en vert, sépia et bleu, donnant le plan 
détaillé du petit château, de la volière et des loges. Bibl. nat. Topogr. 
Vers. Va 366. 

58-66. Neuf suites de Lavis à lencre de Chine rehaussés de bleu, ver- 
millon, jaune et vert, représentant la décoration des murs et des portes 
des appartements du petit château de la ]\Iénagerie. L'un de ces lavis 
porte une modification avec cette note : « Sa Maiesté a réglé cet endroit, 
au lieu de glace a mettre de l'étoffe. » 

Sur ces Lavis les mots « côté du petit Jardin » désignent les pièces 
de l'appartement d'été ; les lettres et les chiffres qui les accompagnent 
con^espondent au Plan n° 39. [Arcli. nat. O^i8o5^), 

67. « Dessein du potager de la Ménagerie. » « Lavis à l'encre de 
Chine rehaussé de bleu et de vert, pointillé de vermillon. Arch. nat. 
Oii8o5-. 

68. « Plan du Jardin de Madame ladu Chesse (sic) de Bourgogne 
a la Ménagerie. » 

(Réplique du précédent.) Arclnv. nat. OhSoj"'. 

69. Bloxdeau. « Carte particulière des Grand et Petit Parcs de Ver- 
sailles ou sont distingués les Bois, Prés, labours, Pâtures et Friches, 
Buissons et Remises Faites Pour la Comoditéde la chasse. » 

Ce plan manuscrit, coloré en vert, brun et rouge, est signé « Blondeau 
fecit» ; il donne le plan détaillé de la ménagerie et le plan de toutes les 
remises à gibier du Grand Parc qui portent toutes un nom spécial. 

(Dimensions : 128 cm x: i56.) 

Bibl. nat. Départ, des Cartes Kd.. 191. 

70. De Marxe. Plan général de la Ménagerie. Arcldv. départ. Seine- 
et-Oise, série A. 48a et 483. 

71. J. GuÉLARD et Christophe Huet. Adresse en vers : « AMonsieur 
de l'Orme Premier garçon et Delivreur de la Ménagerie de Versailles », 
dessinée par Huet et gravée par Guélard, au milieu darabesques et 
d'animaux delà ménagerie : lion, tigre, léopard, autruche, grue cou- 
ronnée, ara, cygne, canards et coq. 

Nous avons trouvé cette gravure isolée au Cabinet des estampes 
de la Bibliothèque royale à Bruxelles. Nous l'avons retrouvée en 
frontispice d'un volume de « Singeries » au Cabinet dss estampes de la 
Bibliothèque nationale à Paris. Elle n'est pas datée, mais la présence 
des animaux féroces à la Ménagerie de Versailles montre qu'il faut la 
placer après 1700 ; l'on sait, d'autre part, que Christophe Huet est mort 
en 1739; enfin, le texte de l'adresse lui-même qui parle du « plus grand 
des rois », montre quelle fut écrite au temps de Louis XIV. 



DOCUMENTS ANNEXES 365 

III. De 1710 à 1774- 

72. Nouveau plan des villes, château et Jardins de Versailles. Dessiné 
sur les lieux en 17 19 avec la marche que le Roy a ordonnée pour 
faire voir le Jardin, les Bosquets et les fontaines du dit château Royal 
de Versailles, publié par J.-B. de Monicart. 

73. Gaspard de Baillieul. « Nouveau plan de Versailles et de 
Mariy avec les environs, dressé et mis à jour par le S"" Gaspard de 
Baillieul... 1724- » (La ménagerie est représentée en petit et d'une façon 
qui paraît en partie fantaisiste.) {Bibl. de Versailles). 

74. Lemoine (Alexandre). « Plan du petitparc de Versailles, avec les 
divisions des terres, prez, pâtures, friches et remises plantés pour la 
commodité de la chasse, dessiné et levé avec exactitude par Alexandre 
Lemoine, valet de chambre du Roy, par ordre de M. Blouin, 1728. » 

(Bibl. de Versailles, couloir près de la salle Aubernon.) Ce plan 
figure des constructions importantes à l'entrée de la ménagerie du côté 
du canal. 

70. Nouveau Plan de la ville, cité et Université de Paris... par Mon- 
sieur Roussel, Paris, 1738. Bibl. nat., Dép^ des Cartes. P. f. (107) 17. 

Une des vues latérales représente le Pavillon, la cour octogone et le 
commencement des autres cours. Cette vue est accompagnée d'une 
courte légende. 

76. 1746. Delagrive (abbé). Plan de Versailles, du Petit Parc et de 
ses dépendances, gravé par — . iMDCCXLVI (Bureau de t architecte du 
château de Versailles). 

'-j'j. Recueil des Châteaux, Jardins, Bosquets et Fontaines de Ver- 
sailles, Trianon et la Ménagerie, année 1747. Ce très beau recueil ma- 
nuscrit se trouve actuellement dans le Cabinet du Conscrvaieur du 
château de Versailles... Le plan de la ménagerie présente quelques 
petites modifications avec le n'' 76 auquel il ressemble beaucoup. 

78. « Plan du projet de la Ménagerie pour rétablir les basses-cours, 
10 f"", 1751. » Ce plan, signé Gabriel, ne montre qu'une partie de la 
Ménagerie. Arcli. nat. 0^i8()5^. 

79. Le Rouge. « Plan des villes, château, Parc de Versailles, Tria- 
non et la Ménagerie relativement aux fêtes du 19 mai 1770. » Bibl. nat. 
Estampes Hd. 88, pi. 18. 

80. Desnos, 1772. « Nouveau plan de Paris... orné de viies de Ver- 
sailles et autres Maisons Royales avec la description particulière de 
chacune de ces Maisons, » à Paris, 1772. Bibl. nat. Cartes Ge 2939. 

Une de ces « vues » représente la Ménagerie vue en perspective prise 
du côté de Versailles. Ni les pavillons de Mansart, ni le jardin de la 



366 TEMPS MODERNES (xvil' ET XVIII^ SlÈCLEs) 

duchesse ne sont représentés ; la cour de la ferme est remplie d'ani- 
maux. La légende est celle de De Fer, n° 52. 

IV. De 1774 à 1792. 

81. — Plan de Versailles, 1774. Bibl. de Vers. Couloir de la salle 
Audubon. 

82. « Plan de la loge du Rhinocéros. » Arc/i. nat. 0^i8o5*. 
[La légende de ce plan est signée : 

« A Versailles, ce i5 mars 1776, 

Hazox. 
Approuvé, 

D'Akgiviller. » 

83. Desnos. « Nouveau Plan des ville, château et Jardins de Ver- 
sailles, revu et corrigé en 1780 par le S'' Desnos. » Collection C/na- 
liva, à Paris. 

84. « Plan de la plantation à faire dans la grande cour de la Ména- 
gei'ie à Versailles, le 20 mars 1784. » Arcli. nat. o^i8o5^. 

85. « Bâtiment du Roy. Ménagerie. Plan d'une partie du rez-de- 
chaussée du château dontles murs marqués en raugesont à refaire dans 
la hauteur de huit pieds trois pouces, mars 1786. » Arch. nat. o48o5 .* 

86. Coûtant de la Motte. Nouveau plan de Versailles dédié à M. le 
Prince de Poix par ]\L Coûtant de la Motte, 1787, gravé par Croisey. 
Bibl. histor. de la i'ille de Paris. 

87. Plan de l'extrémité du Canal du côté de 1' « Ancienne Ména- 
gerie » montrant que le « Quinconce » de la Ménagerie était placé à 
côté de cette entrée, entre le mur de la Ménagerie et 1' « Avenue des 
Paons )). 

y. De 1792 à nos jours. 

88. Carte topographique des environs de Versailles dite des chasses 
impériales, levée et dressée de 1764 à 1773... terminée en 1807. Bibl. 
nat. (dept. des cartesj. Le Plan-carte n° 5, (Versailles) montre encore 
le petit château de la Ménagerie. 

89^. (( Plan (manuscrit) du district de Versailles, divisé en ses huit 
cantons w. Sur ce plan, la grande volière paraît détruite. Bibliothèque 
de Versailles. Escalier intérieur. 

90. Bibliothèque de Versailles. Recueil intitulé : Versailles. Chasses, 
945 ^ pièces, fol. 25 : « Carte figurative de la ferme de la Ménagerie, an 
1818. » Ne montre plus le petit château ni la grotte qui pourtant exis- 
tiient encore. 



DOCUMENTS ANNEXES SG; 

91. Thouln (Gabriel). « Plans raisonnes de toutes les espèces de 
jardins » f°. 1819 (2* éd., i8.i3. Bibl. nal., S. 2.238). 

La pi. n" 25 intitulée : a Jardins, Parcs ou carrières » représente le 
Parc de Versailles et de Trianon. La ménagerie y est transformée en 
projet de Ménagerie nouvelle comprenant : « Ménagerie des animaux 
féroces avec volière** ; ménagerie des animaux paisibles^; ^Ménagerie 
des cerfs ^^ (série de grands enclos sétendant presque jusqu'à Saint- 
Cyr). 

92. Domaine de la Couronne. Palais de Versailles, f Paris, i836. 
Bihlioth. liist. de la Ville de Paris 5 16',. La Ménagerie, figurée dans le 
plan 3 montre encore la grande volière ; le petit château a disparu. 

93. Ch. Gavard. Plan généi'al du pai'c de Versailles du grand et du 
petit Trianon, in Galeries historiques dédiées a S. ^L la Reine des 
Français par Ch. Gavard, Paris i" i838, t. I, série I Chalcographie du 
Louvre et Bibl. nal. Topogr. Versailles, Va, 365. 

94. Picquet (Charles). Plan de la ville, du château et du Parc de 
Versailles, Paris 1844. Bureau de V architecte du château de Versailles. 

95. Etat des bâtiments de l'ancienne Ménagerie, des terreins environ- 
nants au 1" janvier 1847, relevé sur place... par Amédée Dupuy. 
Bureau de V architecte du château de Versailles. Sur ce plan, toute la 
pax'tie du parc qui s'étend de la Ménagerie à l'allée des Paons est 
marquée a Le Quinconce ». Dans la ménagerie, le plan de la grande 
volière un peu modifiée est marqué sous le nom d" « Oisellerie. » 

96. Pian de restauration proposé pour le Haras royal et la tète du 
canal, fait dans les bureaux de ^l. Frédéric Nepveu, architecte du roi, 
le 28 janvier 1847. Bur. de farchit. du chat, de Versailles. 

97. Guy Martin. Plan géométrique du petit parc de Versailles... à 
l'époque de la reprise des terres faite aux fermiers pour le service de 
l'Institut national agronomique, 1849. Bureau de i architecte du château 
de Versailles. 

98. Photographie de la i''^ cour et de ses deux pavillons (état de 1 899) 
Bibl. nat. Va 3G6. 

99. Deux photographies des frontons intérieurs de ces pavillons 
1899). Bibl. nat. Va, 366. 

100. Photographie du rez-de-chaussée du pavillon octogone (état de 
1899). Bibl. nat. Va, 366. 

1 01-102 Deux photographies de l'intérieur de la grotte du pavillon, 
Bibl. nat. Va. 366. 



INDEX BIBLIOGRAPHIQUE. RÉFÉRENCES 
ET SOURCES* 



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quelques noms français écrits en let- 
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'■ Compléter cette table par les autres tables de l'ouvrage. 



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NETTE 

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dOppien, traduit en François par 
M. — , avec des remarques, suivi 
d'un E.xtrait de la Grande Histoire 
des animaux d'EIdémiri, par M'". 
Strasbourg 1787, 1 vol. in-8° (p. 174). 

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des plantes. Paris. in-S^, 1842 (p. 102). 

Bernardin de Saint-Pierre. Voir 
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Docteur en médecine, contenant la 
description des états du Grand 
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sociétés des Beaux-Arts des dépar- 
tements, 1893, p. 322 à 336 (p. 117). 

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la nature. Les Mammifères et les 
Oiseaux, éd. fr. par Z. Gerbe, Paris. 
4 vol. in-8''\ 

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édition est de 1752). 
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Bruzende La Martinière. Le grand 
Dictionnaire géographique, histo- 
rique et critique. La Haye 1 726-1 739, 
9 vol. in-fol (p. 100, 107). 

Buffon. Œuvres complètes, éd. 
annotée par J.-L. de Lanessan, Paris 
i885, 14 vol. in-80, avec pi. et portr. 
[Xous avons consulté aussi l'éd. hol- 
laud. de Allamand et l'édit. stéréo- 
type de DidotJ (p. 12, i3, i6, 17, 36, 
32, 65, 144, i5i, 174, 175, 180, 269, 
273, 278, 3oi, 3o2, 3o3, 3x2). 



Campardon (E.). Les spectacles de 
la foire, Paris 1877, '-^ vol. in-8'> 
(p. 282). 

Camper (Pierre), a. Description 
anatomique d'un Eléphant mâle par 
Pierre Camper, professeur en méde- 
cine. .., publiée par son fils, A. G. Cam- 
per. Avec 1 portrait et 20 pi. Paris, 
in-fol. an XI-1802 (p. 63). 

Camper (Pierre), b. Œuvres de 
Pierre Camper qui ont pour objet 
l'Histoire naturelle, la Physiologie' et 
lAnatomie comparée. Paris, an XI- 
i8o3, 3 vol. in-80 (p. 34, 32, 144, 

l50;. 

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Carus (Victor). Histoire de la zoo- 
logie depuis l'antiquité jusqu'au 
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muller et notes par A. Schneider. 
Paris, in-S'', 1880. 

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Chardin. Voyages de M. le cheva- 
lier Chardin en Perse et autres lieux 
de lOrient. 10 vol in-8''. Rouen 
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24 



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par Pierre de Bretonne. Paris, 1861- 
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Comptes des bâtiments du roi, 
sous le règne de Louis XIV (i664- 
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5 vol. in-40 (p. 96, 99, 100, loi, 102, 
io3, 107, III, 112, ii5, 119, 128, 
i34. 170, 171,267, 268, 297, 298,357). 

Comptes rendus de lAcadémie des 
sciences (p. 273). 

Correspondance administrative 
sous le règne de Louis XIV entre le 
Cabinet du roi, les secrétaires d'Etat, 
le Chancelier de France et les inten- 
dants et gouverneurs de province, 
recueillie et mise en ordre parG.-B. 
Depping, Paris, i85o-i855, 4 vol. 
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le Brabant, la Hollande, etc., fait en 
1790 par George Forster, l'un des 
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G 



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Hamy. d. Le Muséum d Histoire 
naturelle, il y a un siècle. Descrip- 
tion de cet établissement d'après des 
peintures inédites do Jean-Baptiste 
Hilair(i794) p. p. leD'-E.T. Hamy... 
Paris (s. d.) in-fol. (p. 3i6). 

Hartmann (R). Les singes anthro- 
poïdes et leur organisation comparée 
à celle de l'homme. Paris, 1886, 1 vol. 
in-80 (p. 3i). 

Harwood (B.). A systcm of compa- 
rativ anatomy and physiology. Lon- 
don, 1796 (p. 295). 

Hasche (p. 56). 

Haussonville (comte d"). La du- 
chesse de Bourgogne et l'alliance 
savoyarde sous Louis XIV. 3 vol. 
in-8''. Paris, 1899-1903 (p. i25, i33). 

Hayes (W.). Portraits of rares and 
curious Birds with their Description 
from thc Menagery of Osterly Park 
in the Country of Middlese.\ by — 
and Family. London 1794-1795. 2 vol. 
in-40. (Le premier volume montre, en 
frontispisce, une vue en couleur de 
la Ménagerie) (p. 16). 

Heberstein(Sig., baron d). Rerum 
moscoviticarum commentarii. Vienne, 

i549 (P- 77)- 

Hebenstreit (J.-E.) (p. 6oj. 

Hérault de Séchelles. Voyage à 
Montbar, contenant des détails très- 
intéressans sur le caractère, la per- 
sonne et les écrits de Buffon. Paris, 
an IX, in-80. 

Héré. Recueil de plans, élévations 
et coupes... des jardins et dépen- 
dances que le Roy de Pologne occupe 
en Lorraine... 2 vol. gr. in-fol. [vers 
17^3] (p. 9^)- 

Héroard (Jean). Journal de Jean H. 



I>^DEX BIBLIOGRAPHIQUE. RÉFÉBE-NCES ET SOURCES 



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Louis XIII {1601-1628) publié par 
E. Soulié et Ed. de Barthélémy. 
Paris, 1 vol. in-8°, 1868 (p. 98, 94. 
275). 

Hervieux de Chanteloup (J.-C). 
Traité des serins de Canarie, 1705 
(p. 319). 

Heulhard (Arthur). La Foire Saint- 
Laurent, in-8''. Paris, 1878 (p. 280, 
282}. 

Hezecq[Ues (d) . Souvenir d'un 
page de la cour de Louis XVI. Paris, 
iSgS, in-i2 (p. 148, i5i, lag). 

Hilair (J.-B.). Voir Hamy. d. 

Histoire de l'Académie (p. 297, 
3i6). 

Hœfer (Ferdinand). Histoire de la 
zoologie depuis les temps les plus 
reculés jusqu'à nos jours, Paris, 1873, 
I vol. in-i2... (p. 322). 

Houel (J.-P.-L.-L.). Histoire natu- 
relle des deux éléphans mâle et 
femelle du Muséum de Paris, venus 
de Hollande en France en l'an VI... ; 
Paris an XII (i8o3), in-4°, 120 p. et 
XX pi. dessinées et gravées par l'au- 
teur. (Une traduction en hollandais 
en a été publiée par H. Snellen van 
VoUenhoven dans le Jaarhoekje van 
het Koninklijk zoologisch genoots- 
chap Natura artis magistra, 1864) 
(p. 35, 37, 38, 48, 118). 

Huet (C.). Singeries ou différentes 
actions de la vie humaine représen- 
tées par des singes, gravées sur les 
dessins de C. Huet par J. Guélard. 
Dédié à M. Delorme. — Paris (sans 
date, Christophe Huet est mort en 
1739) (p. i3i, 143,364). 

Huet. Collection de Mammifères 
du Muséum d'Histoire naturelle... 
dessinée d'après nature par Huet lîls, 
dessinateur du Muséum d'hist. nat, 
de Paris et de la Ménagerie de Sa 
Majesté l'Impératrice et Reine. — 
Paris, 1808. 

Hunter (G.) (p. 302). 

Huot (Paul), Les prisonniers 
d'Orléans, 1792-1795. i?evi<e d'Alsace 



3*' série, t. IV, 1868, p. 97 et suiv. 
(p. 160). 

Hurtaut et Magny. Dictionnaire 
historique de la ville de Paris et de 
ses environs. Paris, 1779. 4 vol. in-8'^ 

(Voir PiG.VXIOL DE LA FoRCE a.) . 

Huzard et Tessier (p. 265, 332). 
Hymans (p. 25). 



Inventaire des papiers manuscrits 
du cabinet de Robert de Cotte, pre- 
mier architecte du roi (i656-i735) et 
de Jules-Robert de Cotte (1683-1767) 
publiés par Pierre Marcel. Paris, 
in-8°, 1906. 

Inventaire des tableaux comman- 
dés et achetés par la direction des 
bâtiments du roi (1709-1792) publié 
par Femand Engerand. Paris, 1900, 
in-8° (p. 122). 

Inventaire des tableaux du Roy 
rédigé en 1709 et 1710 par Nicolas 
Bailly,... publié par Fernand Enge- 
rand. Paris, 1899, in-8° (p. 122, 171). 

Inventaire général du mobilier de 
la couronne sous Louis XIV (i663- 
1715), publié par J. Guiffrey, 2 vol. 
in-4''. Paris, i885-86 (p. 119, 122, 171). 



Jansenius (p. 275). 
Jauffret. Voyage au Jardin des 
plantes, in-i8°. Paris, 1798. 

[Jèze]. Etat ou tableau de la ville de 
Paris (sans nom d'auteur), 2 vol. in-8°, 
Paris, 1760 (p. 284). 

Jonston (J.). Historiœ naturalis de 
quadrupedibus Libri cum œneis fîgu- 
ris, Amstelodami MDCLVIII in-40. 
(Très belles planches avec légende 
en latin, français, hollandais et an- 
glais) (p. 172). 

Jouin (Henri). Charles le Brun et 
les Ai-ts sous Louis XIV... Paris, 
MDCCCLXXXIX, in-40 (p. 36o). 

Journal du Voyage d'un anonyme 
français fait en Italie, octobre i652, 
juillet i653. Bihlioth. impér. piihl. 



INDEX BIBLIOGRA.PHIQUE. RÉFÉRENCES ET SOURCES <7 5 



de SainiPéiersbourg [Manuscv. franc. 
O. IV. 43) (p. 9). 

Journal d'un voyageur [hollandais] 
à Paris en i657-i658, publié par 
A.-P. Faugère. Paris, 1862 (p. 96. 
ici). 

K 

Kâmpfer (p. 2). 

Kang-lii. Instructions sublimes et 
familières. Trad. du chinois in : Mé- 
moires stir les chinois, t. XX, p. 226 
(p. 6). 

Kleiner (Salomon), a. Présidences 
mémorables de l'incomparable Héros 
de notre siècle, ou Représentation 
exacte des édifices et jardins de son 
Altesse Sérénissime Monseigneur le 
Prince Eugène François, duc de 
Savoye et de Piémont. Augsbourg 
in-fol. 1731 (p. 67). 

Kleiner (S.), b. Suitte des Rési- 
dences mémorables . Augsbourg, 
1733-1736, in-fol. (p. 67). 

Cet ouvrage se termine par 12 plan- 
ches représentant quelques plantes 
étrangères, 49 mammifères et 60 oi- 
seaux pris parmi les plus curieux de 
la ménagerie du Belvédère. 

Kleiner (S.), c. Représentation des 
animaux de la ménagerie de S. A. S. 
Monseigneur le Prince Eugène Fran- 
çois de Savoye et de Piémont. Partie 
I etll, in-fol. Augsbourg, 1734 (p. 67). 

(Cet ouvrage, le seul cité par Fit- 
zinger, paraît être la reproduction 
des douze planches ci-dessus) . 

Knackfuss (p. 62, 77, 78). 

Knauer (Fr.). Schônbrunn, Wien, 
1903, in- 16'^ (p. 56, 68). 

Kolbe (Pierre). Descinption du Cap 
de Bonne Espérance, trad. fr. Ams- 
terdam, 3 vol. in-120, 1741 (la i'^® éd. 
enAUem. est de 1719) (p- 55). 

Kronfeld (M.). Das neue Schôn- 
brunn, Wien, 1891, in-i6° (p. 56). 



Laborde. Voyage pittoresque de la 



France, Isic de France et comté 
de Senlis, Paris, 1789, in-fol. avec 
grav. 

Laborde (Alexandre de) . a. Descrip- 
tion des nouveaux jardins de la 
France et de ses anciens châteaux, 
mêlée d'observations sur la vie de la 
campagne et la composition des jar- 
dins par — . Les dessins par C Bour- 
geois. Paris, 1808, gd. in-4''. 

Laborde (Al. de), b. Itinéraire 
descriptif de l'Espagne, 3" éd. 6 vol. 
in-8'\ Paris 1827-1830 (p. 18). 

Lacépède ci Cuvier. La ménagerie 
du Muséum national d'histoire natu- 
relle, ou description et histoire des 
animaux qui y vivent ou qui y ont 
vécu, par les Citoyens Lacépède et 
Cuvier, avec des figures peintes 
d'après nature, par le citoyen Maré- 
chal, peintre du Muséum, gravées... 
par le citoyen Miger. Paris, an X. — 
1801, I vol. in-fol. (p. 7, II, 12, 35, 
80, 319). 

La Curne de Sainte-Palaye. a. 

(p. 233). 

[Ladvocat (J.-B,)]. Lettre sur le 
Rhinocéros a M"* membre de la 
société royale de Londres, broch. 
in-8'^, de 34 p- Paris, 1749 (p- 6, 5i). 

La îéte Royale donnée à Sa Majesté 
par Son Altesse Sérénissime Monsei- 
gneur le duc de Bourbon à Chantilly 
le 4, le 5, le 6, le 7 et le 8 novem- 
bre 1722... , par M. Faure. Paris, 1722, 
in-4° de 32 p. (p. 228). 

La Fontaine. Les amours de Psyché 
et de Cupidon (ouvrage écrit en 1668, 
publié en 1671), in Œuvres, éd. de 
Walckenaer, 1826, t. V, p. 25 (p. 120). 

La Martinière. Voir Bruzen de — . 

Lambert (G.-E.). La seigneurie de 
Courbépine et la marquise de Prie, 
Rouen, 1868, in-80 (p. 273). 

Lambert (M.). Voir : Gille et — . 

Landon (C.-P.). Voir Bakjaud. 

Lastri p. 11). 

Laurent-Hanin. Histoire munici- 
pale de Versailles, 1787- 1799. 4 "^'ol. 
in-8'^, Versailles, 1885-1889. 



37G INDEX BIBLIOGRAPHIQLE. RÉFÉRENCES ET SOURCES 



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animaux... par M. Ovdri, gravé par 
J.-E, Renet Le Bas. (Arsenal, n'^ 169). 

Le Camus de Méziéres. Description 
des eaux de Chantilly et du Hameau, 
Paris, 1783. (Reproduit par Dulaure. 
h. t. IV, p. 100) (p. 25o). 

Le Grand d'Aussy. Histoire de la 
vie privée des français, Paris, i8i5, 
3 vol. in-S" (p. i33,"a69). 

Lemontey. Régence et minorité de 
Louis XY. Paris, i832. 1 voL in-8<^ 
(p. i35). 

Léonard de Vinci (p. 291, 292, 307}. 

Le Roi (J.-A.). a. Histoire de Ver- 
sailles, 2 vol. in-8°, Versailles. 

Le Roi (J.-A.). h. De l'état de Ver- 
.sailles avant 1789, in-i8", Versailles 
(P- i49)- 

Le Roi (J.-A.). c. Journal de la 
santé du roi Louis XIV de l'année 
1647 ^ l'année 171 1 écrit par Vallot, 
d'Aquin et Fagon... Paris, 1862, i vol. 
in-8'>(p. 123). 

Le Roi (J.-A.). d. Voir Narbonne. 

Le Rouge. « Jardins anglo-chinois 
à la mode », XX cahiers in-fol. 
oblong. Paris, 1770-1788 (p. 6, 7, 16, 
63, 64, 65, 2o5, 206, 272, 273, 365). 

[Les deux exemplaires de cet ou- 
vrage qui sont à la Bibliothèque de 
l'Arsenal (n'' 533) et à la Bibliothèque 
nationale (Hd 88, 89 et 89*) sont 
incomplets, mais ils se complètent 
en partie l'un et l'autre ; la table des 
cahiers i à 7 est donnée dans le vo- 
lume Hd 88. L'ouvrage complet est à 
la Bibl. histor. de la ville de Paris et 
chez M. Grosseuvre à Versailles]. 

Le Roy (Georges). Lettres philo- 
sophiques sur la perfectibilité des 
animaux. Paris : 1781, in-i2° (p. 3i5). 

Lettre à une dame anglaise. 
Voir : CoYER. 

Le Vaillant. Voyage de M. — 
dans l'intérieur de l'Afrique par le 
Cap de Bonne-Espérance dans les 
années 1780 à 1785, nouv. éd. Lau- 
sanne, 1790, 2 vol. in-S" (p. 49). 



Les curiosités de Paris, de Ver- 
sailles, de Trianon,..., chez Sau- 
grain in-i2°, 1716. [C'est l'édition 
réimprimée en i883, en i vol. in-8°, que 
nous avons consultée. La rédaction de 
cet ouvrage fut faite de 1706 à 1710, 
comme le montrent les dates des 
approbations royales] [p. 98, 136,267). 

Lettre sur le Rhinocéros. Voir ; 
Ladvoc.vt. 

Levis (Duc de). Souvenirs et por- 
traits^ 1780-1789, Paris, 1814, I vol. 
8^ (p.' 141). 

Ligne (Prince de). Coup d'œil sur 
Belœil, à Belœil, de l'imprimerie du 
P. Charles de — 1781 (p. 27). 

Liisberg (H. -C. -Bering.) Kunts- 
Kammeret dets Stiftelse og aeldste 
Historié (Le Cabinet de curiosités du 
roi, son origine et son histoire). Co- 
penhague, 1897 I vol. in-8"(p. 13,87). 

Linné (p. 86). 

Lionnois. Voir Lyonnois. 

Lister. Voyages à Paris en 1698 
p. p. E. de Sermizelles, Paris, 1873, 
1880. 

Littré. Dictionnaire de la langue 
française, (p. 209). 

Livet (Ch.-L.). Voir Loret. 

Locatelli (Sébastien), prêtre bolo- 
nais. Voyagede France... (i664-i665), 
trad. etpubl. par Ad. Vautier. Paris, 
igo5 (p. 109). 

Lokeren (Van) (p. 22). 

London and its environs, 1761 
(p- i4). 

Loret. La Mvse historique ov re- 
cueil des Lettres en vers, escrites à 
son Altesse Mademoiselle de Longue- 
ville par le sieur Loret, année mil 
six cens cinquante. Livre premier, 
ParisM.DC.LVI. Edit. Ch.-L. Livet. 
4 vol. Paris. 1857-1878 (p. 98). 

Lundin (C.) Gamla et Strindberg, 
Stockholm, 1882, in-8° (p. 09). 

Luynes (duc de). Mémoires du duc 
de Luynes sur la vie de Louis XV. 
1 735-1 758, 17 vol. in-8«, Paris, 1860- 
i865 (p. io3, i38, 143, 272). 



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[Lyonnois]. «. Essais sur la ville 
de Nancy, La Haye, 1779, i vol. 
(P- 92)- 

Lyonnois. b. Histoire des villes 
vieille et neuve de Nancy depuis leur 
fondation jusqu'en 1788... Nancy, 

3 vol. in-80 (p. ga). 

M 

Maçon (Gustave), c. Les archi- 
tectes de Chantilly au xvi" siècle. 
Senlis, Mém. du comité archéol. de 
Senlis), année 1899, p. 85-i3i. 

Maçon, d. Chantilly etle connétable 
Henri de Montmorency. Id., année 
1902, p. 1-80. 

Maçon, e. Les arts dans la maison de 
Condé. Paris, igoS, in-4'' (p. 198, 
235). 

Maçon f. Chantilly et le musée 
Condé, Paris 1910, in-8^ (p. a35). 

Madrisiô (Nicolo). Yiaggiper l'Ita- 
lia, Francia e Germania di — , palrizio 
Udinese... Yenezia, 1718, 2 vol. in- 
80 (p. 32g). 

Magasin encyclopédique (p. 70). 

Magasin pittoresque (p. 3 16). 

Magny. Voir Hurtavt et — . 

Maisland (p. i3). 

Malebranche (p. 295). 

Manesson-Mallet (Allain). a. Des- 
cription de l'Univers, 5 vol. in-8'^, 
Paris, i683 (p. i3, 18, 94). 

Manesson-Mallet. ^. La géométrie 
pratique divisée en quatre livres..., 
ouvrage enrichi de cinq cens planches 
gravées en taille douce. Paris, 1702, 

4 vol. in-8'^ (p. 36o). 
Maquet (p. 7, 8). 

Marcel (Pierre). Voir : Inventaire 

DES PAPIERS. 

Maréchal. Voir Lacépède et 
Clvier. 

Marie-Antoinette, reine de France. 
Lettres publiées par Maxime de la 
Rocheterie et le marquis de Beau- 
mont. Paris, 1895, 2 vol. in-8''. 

Marigny (de) (p. 107). 



Marmier (X.). Lettres sur l'Is- 
lande, Paris, 1837, I vol. in-8^ (p. 83). 

Marot (Jean) . a. L'architecture Fran- 
çoise ou Recueil des plans..., par 
Jean Marot. Paris, Mariette 1727, 
2 vol. in-f. (Bibl. de Lille, N. 24) 
(p. 273). 

Marot (Jean), h. Le magnifique châ- 
teau de Richelieu commencé et 

achevé par Jean-Armand du Plessis, 
cardinal duc de Richelieu, sous la 
conduite de Jacques le Mercier, archi- 
tecte ordinaire du Roy i vol. 

in-40, obi. (Bibl. de Lille, N. 507) 
(p. 272). 

Marquet de "Vasselot (J.-J). La mé- 
nagerie du château de Versailles. La 
grotte et les pavillons. i?ev'. de Ihist. 
de Versailles et de Seine-et-Oise, 1. 1, 
1899, n" 2, mai, p. 8i-g6 (p. 107, 128). 

Martinière (La ). Voir : Bkuzen 

DE — . 

Mauduit [Sur le chant du Cygne] 

(p. 25l). 

Maupertuis. Œuvres complètes, 
4 vol. iu-8^, 1761 (p. 64). 

Mayer (Fr.) (p. 64). 

Mazel. Van een aap in 1777, doms 
Bijdragen en Mededeelingen van 
« Die Haghe », 1909, p. 36i et suiv... 
(p. 34). 

Méhemet-Effendi. Voir : Relatio.x 

DE l'Ambassade de — . 

Mémoires concernant l'histoire, les 
sciences, les arts, les mœurs, les 
usages, etc., des Chinois, par les 
missionnaires de Pékin. Paris, 1776- 
1786, 12 vol. in-4^. 

Mémoires secrets. Voir : Bachau- 
MONT (de). 

Mémoires de l'Académie royale 
des sciences (p. 171). 

Mémoires de l'Académie suédoise 
des sciences (p. 86). 

Mercier. Tableau de Paris, nouv. 
éd. Amsterdam 1782, t. IV, p. 146 
(p. 159). 

Mercure de France (p. 58, 233, 
25o). 



378 INDEX BIBLIOGRAPHIQUE. RÉFÉRENCES ET SOURCES 



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Michiels (Alfred), Histoire de la 
peinture flamande, depuis ses débuts 
jusqu'en i864- 10 vol. in-S", 2^ éd. 
Paris 1865-1876. 

Miger. Voir Lacépède et Cuvier. 

Millin (Aub.-L.), Pinel et Bron- 
gûiart (Alex.) . Rapport fait àla Société 
d'histoire naturelle de Paris, sur la 
nécessité d'établir une ménagerie. 
Paris, 14 déc. 1792, in-B'', 4 P- (Bibl. 
nat. Sz-563. Le manuscrit de ce rap- 
port est aux Arch. nat. F. 17^ 
ii32) (p. 3i8). 

Mocquet (Jean) .Voyages enAfriqve, 
Asie, Indes Orientales et occiden- 
tales. Rouen, i645, in-i2°. 

Molinet (Le P.) Voir : Gachard. 

Molmenti. Pompeo. La storia di 
Venezia nella vita privata Dalle origini 
alla caduta délia reppublica, IV éd. 
3 vol. Bergamo, 1906-1908, in-4° 
(p. II). 

Mongez. Mémoire sur des cygnes 
qui chantent. Journ. de physique, 
oct. 1783, p. 3ii-3i2 (p. 249)- 

Monicart (J.-B. de) . Versailles 
immortalisé par les merveilles par- 
lantes des bâtiments, jardins... envers 
libres. Paris, MDCCXX, 9 vol. in-4'^ 
(2 vol. seulement de publiés). 

Monmergè (de). Voir : Tallemant 

DES PiÉAUX. 

MonrÔ (Alex.). Essay on compa- 
rativ anatomy. London, 1 774-1 783 
(trad. franc, en 1676) (p. 296). 

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Montbrîson (comte de). Voir : 
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Morren (Th.). a. Het Huis Hon- 
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Morren. h. Zorgvliet, Buitenrust 
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Moulé (L.). VoirRAiLLET et Moulé. 

Moumergue (de). Voir Coulanges 
(de). 



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lèbres, Paris, 2<' édit. i885, i vol. in- 
12° (p. 14). 



N 



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règnes de Louis XIV et Louis XV, 
de l'année 1701 à l'année 1744» publié 
par J.-A. Le Roi. Paris, 1866. 

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ses et animaux disparus. Revue des 
se. nat. publiée par la Soc. nat. d'ac- 
climatation de France, 20 juillet 1893, 
nû 14 (p. 62, 77). 

NolhaC (Pierre de), fl. Le château de 
Versailles sous Louis XV. Recher- 
ches sur l'Histoire de la cour et sur 
les travaux des bâtiments du roi. 
Paris, in-8û, 1898. 

Nolhac (de), b. La création de Ver- 
sailles d'après des sources inédites. 
Versailles 1901. (Même ouvrage, avec 
planches hors texte, sous le titre : 
Histoire du château de Versailles, 
gd in-4°) (p. 118, 119, 358). 

Nolhac (de), c. Les jardins de Ver- 
sailles (à l'époque actuelle), i vol. 
in-4'^, Paris. 

Nolhac (Pierre de), d. Le Grand 
Parc et les Eaux de Versailles. /?ew«e 
des idées, i5 janv. 1907, n° 37, 
p. 1-16. 

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Cuvier (F.). 



Oberkirch (baronne d"). Mémoires 
publiés par le comte de Montbrison. 
Paris, 2 vol. in-i2° (p. 141, i57, 159). 

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Patin (Guy). Lettres choisies de 
feu M. — LaHaye, 1715, 3 vol. in-i2<'. 
Paulin. Voir : ïallemantdesRéaux. 
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I Voir Semefsky. 



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se, 3 vol. in-40, 1733-1734 (p. 97, 
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Pfister (Chr.). Histoire de Aancy, 
Paris, 1902, 3 vol. in-40 (p. 92). 

Philippe (le Père). Voyage en 
Orient. Lyon, 1669, t. II, p. 76-77. 

Picavet (1" i"-). Pierre de Maricourl, 
le Picard, et son influence sur Roger 
Bacon, liev, intern. de VEnseignem. 
1907, t. 65, p. 289-315 (p. 3o6). 

Picavet (F.) (p. 3o6). 

Pietro délia Valle. Les fameux 
voyages de — dans la Turquie , 
l'Egypte, la Perse,.. Paris, i663-64, 
4 vol. in-40 (p. 9). 

Piganiol de la Force, a. Descrip- 
tion historique de la Ville de Paris 
et de ses environs. Paris, nouv. éd. 
1765, 10 vol. in- 12'^. [La description 
concernant Chantilly t. IX, p. 78, est 
recopiée purement et simplement, 
sans indication de source, par Hur- 
T.\.UT et M.\.gny1 {t. II, p. 220-221). 

Piganiol de la Force, h. Descrip- 
tion des châteaux et parcs de Ver- 
sailles, de Trianon et de Marly, 2 vol. 
in-12''. Amsterdam, 1715. 

Pinel. Voir Millin. 

Pontal (Edouard). Voir Sourches 
(marquis de) . 

Post (Pierre). Les ouvrages d'ar- 
chitecture ordonnez par Pierre Post, 
architecte de Leurs Altesses les 
princes d'Orange... in-P, 171 5 (p. 3o). 

Pouchet (F. -A.), a. Histoire des 
sciences naturelles au Moyen Age ou 
Albert Legrand et son époque consi- 
dérés comme point de départ de l'é- 
cole expérimentale, in-S", i833(p. 102, 
289). 

Pouchet. h. in. Paris. Guide par 
les principaux écrivains et artistes 
de la France, Paris, 1867, 2 vol. 
in-i2. 

Pouchkine. Doubrovsky. (p. 79). 



Pouqueville. Mémoire historique 
et diplomatique sur le commerce et 
les établissements français au Levant 
depuis l'an 5oo de J.-C. jusqu'à la fin 
du xvii*^ siècle. Mémoires de l'Acadé- 
mie des inscriptions et belles-lettres 
i833. X, 513-5-8, voir p. 529. 

Procès-verbaux du comité de l'Ins- 
truction publique de la Convention 
nationale, p. p. J. Guillaume. Paris, 
1894 fp. 3i8). 

Promenades ou Itinéraire des Jar- 
dins de Chantilly (avec grav. de Me- 
rigot) Paris, 1791 (p. 206). 

Prost (Bernard). Voir Inve->taires. 

[Prudhomme(L.);. Guide de l'étran- 
ger, nouvelle description des ville, 
château et parc de Versailles..., par 
l'Auteur du voyage descriptif de 
Paris. Paris, 1826, in-i2'>, p. i5o 
(p. 166). 



Racine (Louis). Œuvres complètes, 
éd. La Harpe. Paris, 1807, 7 vol. 
in-8°, t. VII, p. 307 (p. 204). 

Raillet (A.) et Moulé (L.). Histoire 
de l'Ecole d'Alfort. Paris, 1908. 
in-4° (p. 33o, 33i). 

Recueil des voyages qui ont servi 
à l'établissement et aux progrès de 
la Compagnie des Indes orientales 
formée dans les Provinces unies des 
Païs-bas. Amsterdam, 1702, in-ia** 
(p. 3o). 

Redhead Yorke (Henry). France 
in 1802, described in a séries of con- 
temporary Letters, éd. and revis, 
by J. A. C. Sykes, London, 1806, 
in-8'^ (p. 256). 

Regnaud, de Paris. La journée du 
10 aoust 1792, Paris, 1793, in-8* 
(p. 256). 

Relation de l'Ambassade de Méhe- 
met EOeiidi à la cour de France en 
1721, écrite par lui-même et traduite 
du turc, publiée en 1717. [Citée par 
Lemontey, loc. cit. t. I, p. 455.] 
(p. 228). 

Relations historiques et curieuses 
de voyages en Allemagne, Angleterre^ 



j8o index bibliographique, référfnces et sources 



Hollande, Bohême, Suisse, etc., par 
C. P. D. M. de la Faculté de Paris. 
Rouen 1676, in-i2°. (Les lettres dont 
se composent ces relations sont 
signées Charles Patin) (p. 67, 58). 

Remilly (Lucien). La ménagerie 
royale de Versailles sous Louis XIIL 
Le Petit Versaillais, 19^ année, n" 44, 
2 nov. 1900 et suiv. 

Richelet (p. 313, 279). 
Riemer (de). Beschrijving van'S. 
Gravenhage, t. I, p. 75. 

Rocheterie (de la). Voir : Marie- 
Amoixette. 

Rolland (Eugène). Faune populaire 
de la France. Noms vulgaires, dic- 
tons, proverbes, légendes, contes..., 
Paris, 1877-83, 6 vol. 8° (p. i8i). 

Rondelet (Guillaume). La première 
partie de l'Histoire entière des Pois- 
sons, composée premièrement en 
Latin... auec leurs pourtraits au 
naïf. Lion, i558, in-4° (p. 172). 

Roodenbek (H. de) (p. 329). 

Roquefort (de). Voir Le Grand 
D AussY. 

Rozier (abbé). Cours complet d'A- 
griculture, Paris. 1783-1789, t. I à 
VIII, in-40 (p. 24, 307). 

Ruble (Alph. de). Antoine de Bour- 
bon et Jeanne d'Albret. Paris, 4 vol. 
in-80, 1881-86. 

Rutlidge (James de). Essai sur le 
caractère et les mœurs des Français, 
1775, p. 204 (p. 283). 



Saga d'Harald (p. 83). 

Saga de Niai (p. 83). 

Saint-Pierre (Bernardin de). Mé- 
moire sur la nécessité de joindre une 
ménagerie au Jardin national des 
plantes de Paris. Paris, in-i2°, 2 ff. 
et 63 p. (p. 144, 160, 163, 33i). 

[Ce mémoire se trouve à la Bibl. 
nat. S. 3412 1 ; il est publié en entier 
dans les OEuvres de M. de Saint- 
Pierre, éd. Aimé Martin, XII, 525- 
557]. 



Saint-Simon. Mémoires complets et 
authcntiqucsdu duc de — . Paris 1829- 
i83o, 21 vol. 8° (Éditde Boislisle, en 
publicat. Paris 1879-T910, 22 vol. 
in-8'^) (p. 124, 200, 228;. 

Salerne. L'ornithologie par M. Sa- 
lerne, docteur en médecine... Paris, 
1767, I vol. in-40, avec fig. (p. 273). 

Sanders (p. 53). 

Santi (M.). Mémoire sur les cha- 
meau.v de Pise. Annales du Muséum 
d'Histoire naturelle, 181 1, t. 17, 
p. 320-33o (p. 12). 

Saugrain. Voir « Les curiosités de 
Paris... ». 

Scudéry (Ml'« de). Célanire ou la 
Promenade de Versailles, in-12'' 
1669 (p. 107). 

Schneider ( J. -G. ).Reliqualibrorum 
Frédéric II, Leipzig, 1788. 

Séailles (p. 292). 

Semefsky (J.). Pawlowsk, esquisse 
historique et descriptive, 1777-1877. 
Saint-Pétersbourg, 1877 (en russe) 
(p. 81). 

Serres (Olivier de). Le théâtre 
d'Agriculture et Mesnage des champs 
d' — , seigneur dvPradel, dernière édit. 
reueuë et augmentée par l'autheur, 
Rouen, MDCXXXXVI in-40 (p. 307). 

Sévigné (M-^^ de — ) (p. 266). 

Smedt (Bernard de). Le parc de 
Bruxelles ancien et moderne. Bruxel- 
les. 1847 (P- 24)- 

Smidt (Thomas). Le cabinet du 
jeune naturaliste. Trad. de l'angl, 
6 vol. in-12'^, 1810 (p. 14). 

Sourches (marquis de). Mémoires 
du — sous le règne de Louis XIV, 
publiés par le comte de Cosnac, 
Arthur Bertrand et Edouard Pontal, 
i3 vol. in-80. Paris, 1882 fp. 98, 124» 

Sparrman (André). Voyage au Cap 
de Bonne-Espérance et autour du 
monde..., trad. fr. par Le Tourneur. 
Paris, 3 vol. in-8'^, 1787 (p. 5o). 

Stemler. Voir Cuavard et — . 

Stricker (Wilhem). a. Zur Ges- 
chichte der deutschen zoologischen 



INDEX niBLIOGIlAPHlQUE. UÉfÉRENCES ET SOURCES 



18 1 



Ga.vlen. Der Zoolog. Car 1. 1875,1. XYI, 
p. 73 (p. 62). 

Stricker. h. Zur Gcschichto der 
kiirfiirtslich Sâchsischcn und kôni- 
glich Polnischen Menagcricn in Dios- 
den. Der Zoolog. Cart. 1878, t. XIX, 
p. 344-248 (p. 56). 

Stricker. c. Ueber die ohcmalige 
Ménagerie in Cassel... id, 1871, 
t. XII, p. iSi (p. 61). 

Stricker. d. Zur Gcschichtc der 
Elephauteu, id, 1878, t. XTX, p. 38o- 
382 (p. 2). 

Strype fp. i3). 

Sykes. Voir : Redhead Yorke. 



Tachard (le Père — ) (p. 2). 

Tallemant des Réaux. Les Histo- 
riettes, 3^ éd. par MM. de Monmergé 
et Paulin, 8 vol. in-80. Paris, i854 
(p. 276). 

Théophile. La maison de Sylvie, 
Odes. 

Tamisey de Larroque. Lettres de 
Peiresc, p. p. Philippe — , Paris, 
1890-1898, 7 vol. in-4° (p. 276). 

Temminck (C.-J.). Histoire natu- 
relle des Pigeons et des Gallinacés 
exotiques. Amsterdam , i8i3-i8i5 , 
3 vol. in-8°, avec pi. (p. 49)- 

Tempesta. Vccelliera overo dis- 
corso délia natvra e propriela di 
diversi vccelli. Roma, 1622. [Bibl. 
Nat., Ke, 27, exemplaire avec noms 
français raanusci-its) (p. 172). 

Tessier. Voir Huzakd et — . 

Tessin (Nicodemus). Ein Besuch 
in Hollaud. Oud-HoUand, 1900 (p. 3i, 
32). 

Thévet (André). Cosmographie 
moscovite, recueillie et publiée par 
le prince Auguste Galitzine, Paris, 
i858, in-ia (p. 74). 

Thornburg (W.). Old and newLon- 
don. The city ancient and modei^n, a 
new. éd. London, in-8° (p. i3). 

Thornton. A sporting tour ihroug 
France, London 1806. 



Thouin (André). Voyage dans la 
Belgique, la Hollande et l'Italie par 
feu André Thouin, de l'Institut de 
France et du Muséum d'histoire natu- 
relle, rédigé sur le journal autographe 
de ce savant professeur, parle baron 
Trouvé. Paris, 2 vol. in-8'\ 1841 
(P- •-*;)• 

Thouin (Gabriel). Plans raisonnes 
de toutes les espèces de Jardins. 
Seconde édit. Paris, 1823, i vol. in-fol. 
(p. 3i5, 367). 

Tihay(p. 323). 

Tolstoï (A.). Ivan le terrible, trad. 
du russe p. E. Halpérinc-Kaminsky, 
Paris, I vol. in-12 (p. 78). 

Toscan. L'ami de la nature, Paris, 
an VIII (p. 14, 45, i5o, i52, i55). 

Toudouse. Journal des chasses. 
Mss du Musée Condé à Chantilly 
(p. 239, 244, 246, 248). 

Townson (R.) (p. 77). 

Trouvé (le baron). VoirTuoviN). 

Tulp (p. 3i). 



U 



Uffenbach (p. 61) 



V 



V*" [VignierJ (E.-J.-B.). Descrip- 
tion abrégée des animaux quadru- 
pèdes de Tipoo-Saib nouvellement 
achetés à Londres pour venir enri- 
chir la Ménagerie du Muséum d'his- 
toire naturelle. Suivie du récit de la 
progéniture de la Lionne, que l'on 
peut regarder comme un phénomène, 
par E.-J.-B. V". Paris, an IX, in-8^ 
23 p. (p. 5). 

Valentin (M. B.) (p. 295). 

Valle. Voir Pietro. 

■Vallot. Voir Le Roi, c. 

Valmont de Bomare. Dictionnaire 
raisonné d histoire naturelle, nouv. 
éd. Paris, 1768, 4 vol. in-4° (p. 16, 
230, 268, 269, 284, 3i6, 329). 

Vasari (p. 290, 292). 



382 INDEX BIBLIOGRAPHIQUE. RÉFÉRENCES ET SOURCES 



Vasselot. Voir: Marquet de. 

Vautier (Ad.). Voir: Locatelli. 

Verniquet. Exposition d'un projet 
sur le Muséum d'histoire naturelle et 
sur une Ménagerie par le C. Verni- 
quet, architecte, membre de la Socié- 
té libre des sciences, lettres et arts 
de Paris. Paris, brumaire an XI, 
in-40, 24 p. Bib. Nat. C^^ 498 bis 
(p. 319). 

Vicq d'Azir (Félix). Œuvres de—-, 
p. p. Moreau (de la Sarthe), Paris, 
i8o5, 6 vol. in-80 etatlasin-4'5(p.3o2). 

[Villette (Anthoni)]. « La descrip- 
tiondu chasteau de Versailles. AParis 
chez Anthoni Villette, i685. » 

[Villiers (de)]. Journal d'un voyage 
à Paris eu i657-i658, sans nom d'au- 
teur, publié par A. -P. Faugère. Paris, 
1863, in-8". 

Villoison. Voir : Dansse de — . 

Vosmaer (Arnoult). a. Beschrijving 
van de zo zeldzaaine als zonderlinge 
aapsoort genaamd orang-outang van 
het eiland Bornéo. Amsterdam, 1778 
(P- 34}- 

Vosmaer (Amoult). h. Description 
d'un recueil exquis d'animaux rares, 
consistant en quadrupèdes, oiseaux et 
serpents, des Indes orientales et occi- 
dentales , s'ayant trouvés ci-devant 
vivants aux Ménageries appartenantes 
à son Altesse Monseigneur le Prince 
d'Orange-Nassau, par feu M. A. Vos- 
maer, de sa vie Conseiller de S. A. S... 
avec figures dessinées et enluminées 
d'après nature. Amsterdam, 1804. [La 
i'^'^ éd. sous un titre réduit, date de 
1767] (p. 34). 

Voyage (Le) de France dressé pour 
1 instruction et commodités tant des 
Français que des estrangers, 4'' éd. 
Rouen, 1647 • 

Voyage d'un français en Italie fait 
dans les années 1766 eti766. Venise, 
1769,8 vol. in-i 2. [Le nom de l'auteur 



(De La Lande) est donné en note ma- 
nuscrite sur l'exemplaire de la Bi- 
blioth. municip. de Caen] (p. 10). 

Voyage pittoresque de la France, 
Isle de France, Valois et comté de 
Senlis. Paris, 1789, in-f» (p. 63) 
(P- 249). 

Voyage que j'ai fait en Flandre. 
Hollande, Northolland, Zélande et 
Angleterre... L'an 1699, in-fol. de 
263 p. Biblioth. piibl. de Saint-Pé- 
tersbourg. Mss. franc. F. IV. 78 
(p. iS, 3i) . 

W 

Wauters (Alph.). Histoire des en- 
virons de Bruxelles, Bruxelles, i855, 
3 vol. in-8° (p. 26). 

Wieselgren (Oscar) . Studier ôfver 
Lejonkulans dramer. Lppsala, 1909 
I vol. in-8'^ (p. 85, 382). 

Winkelman (J.-J.) (p. 62). 

Witkamp (P.-H.). a. Het Natura 
artis magistra onzer Voorouders, in 
Jaarboekje van het Koninklijk zoolo- 
gisch genootschap Natura Artis Ma- 
gistra, 1875. Amsterdam, in-18'', 
p. i5i-i56 avec i pi. (p. 5o, 02, 54). 

Witkamp. b. De diergaarden van 
vroegeren en lateren tijd. (p. 3i). 



Yorke. VoirREOHEAD. 

Young (Arthur). Voyage en France 
pendant les années 1787 à 1790, trad. 
de l'anglais. Paris, 3 vol. 1793 (voir 1. 1. 
p. 12, à la date du i5 mai 1787) 
(p. ^44). 



Zabelin. (Ivan). Domachniy Bit 
Rousskich Tsarey v xvi i xvn st. 
(La vie privée des tsars au xvi^ et au 
xvii'' siècle.) Moscou, 1895, 2 vol. 8" 
(p. 78). 

Zimmerman (p. 63). 



TABLE DES PLANCHES 



I. Vue de la ménagerie de Kew, au temps du roi Georges III 

et de la reine Charlotte i^ 

Vue de la ménagerie du comte de Bentheim à Steinfort (Gra- 
vures de Le Rouge) i^ 

II. Les animaux de la ménagerie du château du Loo. Tableau de 

Melchior d'Hondecoetei- (Musée de la Haye) 37 

III. Ménagerie de Blauw-Jan à Amsterdam (Gravure du xyii^ siècle). 53 

IV. Ménagerie du Belvédère au prince Eugène de Savoie. Vue des 

cours d'animaux (Gravure de Klciner) 67 

V. Ménagerie du Belvédère. Grilles des cours d'animaux avec élé- 

vation et plan de la grande volière (Gravure de Kleiner) . . 67 

VI. Vue de la ménagerie de Sehônbrunn, à la fin du xviii'' siècle 

(Gravure de J. Knipp) 73 

VII. Ménagerie de Sehônbrunn Décoration intérieure du pavillon 

octogonal, par Gugliemi 73 

VIII. Plan du domaine royal de Versailles (1770) (Gravure de Le 

Rouge) io3 

IX. Ménagerie de Versailles au temps de Louis XIV. Vue prise 

du côté de Versailles. (Gravure de A. Perelle) 107 

X. Ménagei'ie de Versailles au temps de Louis XIV (Gravure 

d'Aveline) 107 

XL Ménagerie de Versailles au temps de Louis XIV. Vue prise du 

côté de Saint-Cyr (Gravure d'Aveline) 107 

XII. Ménagerie de Versailles au temps de Louis XIV. Le Quartier 

des demoiselles de jNumidie (Gravure de Scotin) ii3 

XIII. Ménagerie de Versailles au temps de Louis XIV. La Cour des 

pélicans (Gravure de Scotin) ii3 

XIV. Ménagerie de Versailles au temps de Louis XIV. Vue de l'en- 

trée du côté du canal (Gravure de A. Pérelle) 119 

XV. Ménagerie de Versailles sous la duchesse de Bourgogne. Vue 

perspective d'après Defer 127 

XVI. Ménagerie de Versailles au temps de Louis XV. Loge d'une 

panthère en 1789 (Gravure de Bassan) i43 

XVII. Plan général de Chantilly (i7o5) (Gravure de A. Coquart) . . . 197 

XVIII. Ménagerie des princes de Condé à Vineuil (Gravures de A. Pé- 

relle) 2l3 



384 TABLE DES PLANCHES 

XIX. Plan de la ménagerie de Yineuil vers lySo (Musée Condé à 

Chantilly) 221 

XX. Ménagerie de Yineuil. Partie d'un dessin des frères MaroUes 

(Château de Chantilly 21S 

XXI. Ménagerie de Yineuil. Planches d'un jeu de cavagnole du 

xvin*' siècle (Musée Condé) 237 

XXII. Ménagerie de Yineuil, Planche d'un jeu de cavagnole. Bouton 

d'habit et bonbonnière 287 



TABLE DES MATIÈRES 



TROISIEME PARTIE 

LES TEMPS MODERNES (XVII ET XVIII'^ SIÈCLES) 
CHAPITRE PREMIER 

LES MÉNAGERIES D'ASIE, D'AFRIQUE, D'ITALIE, D'ANGLETERRE 
DESPAGNE ET DE PORTUGAL 

1. Ménageries et combats d'animaux en Asie i 

2. Les animaux des Turcs et des Arabes. Amitié d'un lion et d'un 
chien à la Ménagerie de Maroc 7 

3. Les Ménageries de Parme, de Florence et de Naples. Le rhinocéros 

de Venise et l'élevage de dromadaires à San Rossore 9 

4- Suite de l'histoire de la Ménagerie de la Tour de Londres ii 

5. La Ménagerie de Windsor. Combat victorieux d'un cerf contre un 
tigre i5 

6. Parcs d'acclimatation des lords anglais. Ménageries foraines en 
Angleterre i6 

7. Les Ménageries royales d'Espagne et de Portugal 17 



CHAPITRE II 

LES MÉNAGERIES DES PAYS-BAS ESPAGNOLS 
(BELGIQUE) 

1. Division, au xvi^ siècle, des anciens Pays-Bas en Provinces espa- 
gnoles et en Provinces-Unies ai 

2. Fin de l'histoire de la ménagerie de la cour du Prince à Gand. 
Ménagerie de l'évêque prince de Lobkowitz. Ecole d'animaliers 
d'Anvers 22 

3. Les animaux du Parc de Bruxelles. La ménagerie de Laeken. Le 
château de Belœil et le parc d'Enghien. Montreurs de bêtes ... aS 

n. a5 



386 TABLE DES MATIÈRES 



CHAPITRE III 

LES MÉNAGERIES DES PROVINCES-UNIES 
(HOLLANDE) 

1. Les Provinces-Unies et leurs stadhouders. Les animaux de Leeu- 
warden 29 

2. Les petites ménageries des Princes d'Orange. L'orang-outan de 
Guillaume V 3i 

3. La ménagerie du Loo. Les éléphants Hans et Parkie 36 

4- Les Français envahissent la ménagerie du Loo. Transport de ses 

animaux à Paris 38 

5. Fin de l'histoire des deux éléphants 4i 

6. Acclimatation d'oiseaux étrangers. Ménageries foraines 49 

7. La Ménagerie de Blaauvt^-Jan et le commerce des animaux sauvages 

à Amsterdam Sa 

8. La ménagerie de la Compagnie des Indes Oi'ientales, au Cap de 
Bonne-Espérance 54 



CHAPITRE IV 

LES MÉNAGERIES D'ALLEMAGNE ET D'AUTRICHE 

I. Les lions du prince électeur Auguste I^'' à Dresde. Combats d'ani- 
maux 56 

3. La ménagerie d'Auguste II à Neustadt. Expédition envoyée en 
Afrique pour chercher des animaux Sg 

3. La ménagerie des landgraves de Hesse à Cassel. Les derniers 
aurochs. La ménagerie de Aue 61 

4. La ménagerie de Postdam ; le « Jagerhof » de Berlin ; la faisanderie de 
Charlottenbourg ; les animaux de Maupertuis 63 

5. Ménageries des seigneurs allemands. Montreurs de bêtes 64 

6. Ménageries d'Autriche. La ménagerie impériale de Neugebâu (suite 

et fin). Histoire tragique d'une jeune mariée 65 

7. La ménagerie du prince Eugène de Savoie, au Belvédère 67 

8. La ménagerie impériale de Schônbrunn (de 175^ à 1799) 68 

CHAPITRE V 

LES MÉNAGERIES DES PAYS SLAVES ET SCANDINAVES 

1. Les bêtes privées des anciens Slaves. Académies d'ours. Réserves 

de chasse des seigneurs polonais. Animaux du roi Jean Sobieski . 74 

2. Les ours des boyards russes. Ménagerie de Pierre le Grand à Pé- 
terhof. Parcs d'animaux des seigneurs russes. Volière de Pavlovsk . . 78 

3. Les animaux privés des premiers Scandinaves. Ménageries et Com- 
bats d'animaux à la cour de Suède • 8a 



TABLE DES MATIÈRES 38; 

4. Les animaux privés des rois de Danemark. Ménagerie royale de 
Copenhague 87 



CHAPITRE VI 

LES MÉNAGERIES DE LORRAINE ET LES PETITES MÉNAGERIES 
ROYALES DE FRANCE 

I. La fosse aux ours de Nancy. Histoire dun ours et d'un petit savoyard. 

Ménagerie de Lunéville 91 

3. Les ménageries royales de France et la fauconnerie au temps de 
Louis XIII 92 

3. La ménagerie de Vincennes. Combats d'animaux féroces gS 

4. Fin des grandes volières des Tuileries et du Louvre et de la ména- 
gerie de Fontainebleau 100 

CHAPITRE VII 

LA MÉNAGERIE ROYALE DE VERSAILLES AD TEMPS 
DE LOUIS XIV (1662-1698) 

1. Création d'une nouvelle ménagerie royale à Versailles 102 

2. Le petit château de la ménagerie io5 

3. Les cours d animaux 107 

4. Peuplement de la ménagerie. Son personnel 113 

5. Histoire d'un éléphant ii5 

6. Promenades à la ménagerie. Ecole d'animaliers de Versailles ... 118 

CHAPITRE VIII 

LA MÉNAGERIE DE VERSAILLES SOUS LA DUCHESSE 
DE BOURGOGNE (1698-1715) 

I. Louis XIV donne sa ménagerie à la duchesse de Bourgogne. Tra- 
vaux de Mansart 1^3 

3. Agrandissement et embellissement des cours d animaux. La lai- 
terie et les pavillons du jardin de la duchesse 126 

3. Les animaux et le personnel de la ménagerie pendant cette 
période ^J*' 

4. Vie de la duchesse de Bourgogne à la ménagerie de Versailles. . . i3i 

CHAPITRE IX 

LA MÉNAGERIE DE VERSAILLES SOUS LOUIS XV ET LOUIS XVI 

I. Abandon de Versailles et de la ménagerie pendant la minorité de 
Louis XV. Visite du czar Pierre le Grand i35 



388 TABLE DES MATIERES 

2. Retour de la cour à Versailles en 1722. Louis XV ne s'intéresse pas 

à la ménagerie qui continue à être négligée 137 

3. Le personnel et les animaux de la ménagerie. Histoire de din- 
dons i4o 

4. Louis XVI se désintéresse également de la ménagerie qui paraît 
complètement abandonnée de la cour. Essai de restauration par le 
comte d'Angiviller i44 

5. Son personnel. Son budget. Ses animaux : Rhinocéros et éléphants. 
Amitié d'un lion et d'un chien, etc i47 

6. Dernières visites princières à la ménagerie, l'empereur d'Au- 
triche et le futur czar Paul P'' i56 



CHAPITRE X 

LA MÉNAGERIE DE VERSAILLES DE LA RÉVOLUTION A NOS JOURS 
LISTE DES ANIMAUX QUI Y ONT VÉCU 

I. Louis XVI abandonne Versailles en 1789, La ménagerie est admi- 
nistrée par l'Intendant général de la liste civile du Roi. En 1792, 
le peuple de Versailles envahit et pille la ménagerie i58 

2- Les animaux qui restent sont offerts à Bernardin de Saint-Pierre 
pour le Jardin des plantes i6i 

3. Le dernier budget de la ménagerie en 1793. Transport de ses 
animaux et d'une partie de son matériel à Paris i63 

4. La ménagerie dépeuplée est d'abord louée, puis transformée en une 
école d'Economie rurale. Vente de la ménagerie par le premier 
Consul. — Actes de vandalisme 164 

5. Rachat de la ménagerie par Louis-Philippe, en i836. — Sa restau- 
ration en vue d'un Haras royal. Son état actuel 167 

6. Liste des animaux qui ont vécu à la ménagerie de Versailles. ... 170 



CHAPITRE XI 

LES PETITES MÉNAGERIES DE CHANTILLY 
(DE 1643 A 1686) 

1. Le parc et les anciennes ménageries de Chantilly au temps du Grand 
Condé. Direction de Dom Lopin 184 

2. La direction des ménageries passe aux mains du capitaine des chasses 
Louis de La Rue. Ménagerie des Six-Arbres 188 

3. Direction de Gourville et de l'abbé de La Victoire 190 

4. Disparition de la ferme de Bucamp et de la ménagerie des Six-Arbres. 
Ménagerie du petit parc 194 



TABLE DES MATIÈRES 'i8<j 



CHAPITRE XIÏ 

LA MÉNAGERIE DE VINEUIL SOUS LE GRAND CONDÉ 
ET SON FILS (1677-1709) 

1. La ferme de Vineuil reçoit, en 1677, une partie du n ménage » de 
Bucamp. Transformations et constructions nouvelles pour nourrir les 
animaux destinés à la table du Grand Condé 196 

2. Le prince Henri-Jules agrandit et embellit la ménagerie de Vineuil. 

Le Palais d Isis 200 

3. La Laiterie aoS 

4. La maison du repos du prince : « Bâtiment neuf» ou « Appartement 

des tableaux » 306 

5. Les cours d'animaux 208 

6. Nouveaux agrandissements de la ménagerie 211 

7. Alimentation en eau de la ménagerie 214 

8. Les animaux de la ménagerie pendant cette période ; son personnel 
et ses dépenses. Les premiers auteurs qui en parlent. Louis XIV la 
visite en 1695 2i5 



CHAPITRE XIII 

LA MÉNAGERIE DE VINEUIL SOUS LE DUC 
LOUIS-HENRI DE BOURBON li7i0-1740| 

1. La ménagerie de Vineuil est d'abord réduite dans ses services, en 
1712 220 

2. Le duc de Bourbon y fait arriver les premiers animaux féroces en 
17 18. Constructions nouvelles. Description de la ménagerie à cette 
époque ^'^i 

3. Achats d'animaux. Personnel et dépenses de la ménagerie 226 

4. Grandes fêtes données à la ménagerie 228 



CHAPITRE XIV 

LA MÉNAGERIE DE VINEUIL SOUS LES DERNIERS CONDÉ 
(DE 1740 A NOS JOURS) 

1. Le comte de Charolais, tuteur du nouveau prince de Condé, se borne 

à entretenir la ménagerie. Vues d'un jeu de cavagnole 234 

2. Animaux de la ménagerie. Remaniement des cours et logements d'a- 
nimaux. Arrivée de rennes et de Lapons. Visites de Buffon, du duc 

de Croy, du comte du Nord et d'Arthur Young 238 

3. Promenades et jeux de princes et de princesses à la ménagerie. . . 244 

4. Arrivée d'un crocodile. E.xpériences sur le chant du cygne sauvage. 248 

5. Réductions successives de la ménagerie. Émigration du prince le 

17 juillet 1789 ^^' 



390 TABLE DES MATIÈRES 

6. Pillage de la ménagerie par les Parisiens. Inventaire après le pillage. 255 

7. Lotissement et vente de la ménagerie 260 

8. Reprise de possession, en i8i5, des biens de Chantilly par le prince 

de Condé. État actuel du terrain de Fancienne ménagerie 261 



CHAPITRE XV 

LES PETITES MÉNAGERIES PRINCIÉRES, SEIGNEURIALES 
BOURGEOISES ET FORAINES EN FRANCE 

1. Ménagerie des princes et des princesses de la cour de Louis XIV. . 264 

2. Les ménageries de M™*^ de Pompadour et de Marie-Antoinette. . . 268 

3. Ménageries de seigneurs et de financiers. Garennes et parcs d'accli- 
matation 371 

4. Ménageries foraines. Combats d'animaux 375 

CHAPITRE XVI 

LE ROLE DES MÉNAGERIES EN ZOOLOGIE DESCRIPTIVE ET EN ANATOMIE 
COMPARÉE. DE L'ANTIQUITÉ A LA FIN DU XVIir SIÈCLE 

1 . Observation et utilisation de l'animal vivant, chez les Anciens. . . 285 

2. Moyen-âge et Renaissance. Zoologie économique et zoologie des- 
criptive. Débuts de l'anatomie comparée 289 

3. Epoque moderne. Zoologie descriptive. Grand essor donné à l'ana- 
tomie comparée par la ménagerie de Versailles et les ménageries 

de Hollande 293 

CHAPITRE XVII 

LE ROLE DES MÉNAGERIES EN ZOOLOGIE 
EXPÉRIMENTALE, DU XIII^ AU DÉBUT DU XIX^ SIÈCLE 

1. Origines de la zoologie expérimentale. Pierre de Maricourt et Roger 
Bacon 3o5 

2. Expériences de Léonard de Vinci. François Bacon 3o7 

3. La philosophie expérimentale au xvn^ siècle 3o9 

4. La ménagerie de Montbard, et les travaux de Buffon eu zoologie 
générale 3i2 

5. Projets de ménagerie expérimentale au Jardin du Roi, à Paris. . . 3i5 

CHAPITRE XVIII 

LE ROLE DES MÉNAGERIES DANS L'ACCLIMATATION ET LA ZOOLOGIE 
ÉCONOMIQUE, DU XIV« A LA FIN DU XVIIP SIÈCLE 

I. Création de la race de moutons mérinos en Espagne. Les apports 
des voyageurs Espagnols et Portugais. Les premiers essais d'accli- 
matation au xv^ siècle en France, Angleterre, Hollande et Suède , 



TABLE DES MATIÈRES 'i()\ 

a. Introduction et cxpcrimcnlation eu France de moutons de races 

étrangères 323 

3. Essais d'acclimatation à la ménagerie royale de Versailles, chez les 
seigneurs français et les Lords anglais 3i8 

4. La ménagerie de l'école vétérinaire d'Alfort 33o 

5. L'œuvre de la Révolution française en zoologie économique .... 33i 



DOCUMENTS ANNEXES 

A. — Documents concernant la ménagerie de Versailles 

1. « Estât de la despauce du sieur Monier qu'il a faicte En sou voyage du 

Leuant, pour achapt nourriture et voiture de diuers animaux et 
autres frais à ce suiet par ordre du Koy et de monseigneur 
Colbert. » 335 

2. « Estât des oyseaux et animaux que le S. Monier a amené à la 

Ménagerie de Versailles le 10° novembre 1679. » 338 

3. « Mémoire des oyseaux et animaux que le sieur Monier a fourny à 

la ménagerie de Versailles le 2.2° septembre i685. « 

4. Circulaire du comte de Ponlchartrain aux consuls en Levant (21 jan- 

vier 1711) 339 

5 et 6. « Distribution des sujets de peinture pour les plalfonds des 

deux apartemens de la ménagerie » 3 jo 

7. Note concernant la décoration de la ménagerie de la duchesse de 

Bourgogne 34o 

8. Mémoire de l'architecte Gabriel, en date du 10 février l'jSi, concer- 

nant l'état de la ménagerie 34 1 

9. Note que Monsieur le comte d'Angiviller à demandé à Laimant 

concernant la ménagerie de Versailles (11 octobre 1774) • • • ^4^ 
10. Lettre du comte de Noailles au comte d'Angiviller (14 mars 1781) sur 
l'état de la ménagerie, et principalement de la n bauge du 

Rhinocéros » 343 

II à 14. Lettres et notes échangées entre le comte de Noailles, le 
comte d'Angiviller et l'architecte Heurtier, sur l'état de délabre- 
ment de la ménagerie (1783) 343 

i5. Lettre de Du Rameau au comte d'Angeviller sur le mauvais état des 

tableaux des appartements de la ménagerie (22 mai 1785). . . 344 

16. Lettre de Laimant sur l'état de la ménagerie de 1790 au 6 prairial 

de l'an II 345 

B. — Documents concernant la ménagerie 
de Chantilly. 

17. Extrait d'une lettre de Dom Loppin, prieur de Mouchy, adressée 

au grand Condé, le 2 avril i663 346 

18. Lettre de Dom Loppin, en date du 12 mai i663 346 



392 TABLE DES MATIÈRES 

19. Lettre de Dom Loppin, même date 347 

ao. Lettre de Dom Loppin, du 23 juin i663.- 347 

21. Lettre de Dom Loppin, du 19 novembre i663 348 

a2. Lettre de Dom Loppin, du aS décembre i663 348 

23. Lettre de l'abbé de la Victoire, du i3 août 1682 348 

24. Toisé des bâtiments de la ménagerie fait vers 1737 349 

25. Ordonnance promulguée par le prince de Condé, en date du i^'' juil- 

let 1786 35i 

C. — Documents concernant les ménageries 

DE hollande 

26. Mémoire détaillé des irais d'entretien des animaux de la ménagerie 

du stathouder depuis le 12 février 1795 jusqu'au 5 février 1796. 353 

27. Lettre de Delaunay, chargé de la surveillance de la ménagerie du 

muséum, au citoyen ministre des finances de la République fran- 
çaise, concernant le transport à Paris des animaux de la ménagerie 
de l'ex-stadhouder (i^'' germinal, an 4) 354 

28. Lettre du directeur du Muséum à Napoléon i®"" concernant la ména- 

gerie du roi Louis-Napoléon à Amsterdam (21 juillet 1810) . . 355 

D. — Documents divers 

29. Note sur l'ancienne ménagerie de M"^ de Pompadour, à Bellevue 

(1774) 356 

30. Requête du marquis de Prie au sujet de la ménagerie de son châ- 

teau de Courbépine 356 

3i. Note de BuCFon concernant des animaux du parc de la Muette. . . 357 
32. Valeur commerciale des animaux de ménagerie, aux xvii® et 

xviii*^ siècles 357 

E. — Iconographie de la ménagerie de Versailles 

L De 1664 à 1698 35S 

II. De 1698 à 1715 362 

III. De 1715 à 1774 365 

IV. De 1774 à 1792 366 

V. De 1792 à nos jours 366 

Index BIBLIOGRAPHIQUE, RÉFÉRENCES ET SOURCES 368 

Table des planches 383 

Table analytique des matières . . 385 



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^ Loisel, Gustiive 

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