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Full text of "L'état indépendant du Congo: historique, géographie physique, ethnographie ..."

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L'ÉTAT INDÉPENDANT 



DU 



CONGO 



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L'ÉTAT INDEPENDANT 

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DU CONGO 



HISTORIQUE — GEOGRAPHIE PHYSIQUE 

ETHNOGRAPHIE - SITUATION ÉCONOMIQUE 

ORGANISATION POLITIQUE 




BRUXELLES 

LIBRAIRIE FALK FILS 

15-17, RUE DU PARCHEMIN 
1899 






BRUXELLES 

p. WEISSENBRUCH, IMPRIMEUR DU ROI 

45, RUE DU POINÇON 



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M. LE L*^- Colonel THYS 



Je c/éû(/e ce //Vre 

e/7 témoignage de sincère amitié 

et en souvenir 

de nos travaux communs. 

A:'J. WAUTERS 



BrttœelîeSy le 5 novembre 4898. 






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PRÉFACE 



Les premièreâ cartes qui, au xvi* siècle, mon- 
trèrent la forme approximative de l'Afrique méri- 
dionale, telle qu'elle venait d'être reconnue par 
Barthélémy Diaz, Vasco de Gama et les autres 
navigateurs portugais, présentaient sous l'équa- 
teur, au centre du continent, un vaste blanc 
portant l'inscription : « Ten^a incognita ». 

Pendant plus de trois cents ans, cette terre 
inconnue, dont la légende faisait un désert sans 
fin, domaine d'animaux fantastiques, n'excita guère 
la curiosité de l'Europe. Il fallut l'ardeur scienti- 
fique qui s'est emparée de notre époque pour qu'on 
cherchât à faire tomber les voiles qui cachaient 
ses mystères et tirer de leur léthargie séculaire les 
peuples qui l'habitaient. Elle résista aux efforts 
des premiers investigateurs qui s'y aventurèrent, 
jusqu'au jour où Stanley la traversa, en suivant 



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L'ÉTAT INDÉPENDANT 



DU 



CONGO 






BIBLIOGRAPHIE GÉNÉRALE 



A. — Publications officielles. 

Protocoles et Documents de la Conf(^rence de Berlin. 2 vol. 
in-{«, 1885. 

Bulletin officiel de VÉtat Indépendant du Congo, 14 vo- 
lumes in-8°, Bruxelles, 1885-1898. 

Recueil administratif de l *État Indépendant du Congo. 
3 vol. in-8«. 

L'État Indépendant du Congo à Vepcposition de Tervueren 
(1897). 1 vol. in-8^ publié sous la direction de M. Liebrechts, 
par les soins de M. Masui. 

Eœposé des motifs du projet de loi approuvant l'annexion 
du Congo à la Belgique (Documents parlementaires, 1895, 
no 91). 

Documents concernant le Congo imprimés par ordre de la 
Chambre des représe^itants de Belgique, (Sessions de 1891- 
92, 1892-93, 1893-94 et 1894-95.) 

B. — Publications périodiques. 

Le Mouvement géographique, dirigé par A.-J. Wauters. 
15 vol. in-fS 1884-1898. 

Bulletin de la Société d' études coloniales, 1894-1898. 5 vol. 

La Belgique coloniale^ dirigée par M. R. Vauthier, 1895- 
1898. 

Petei^mami's Mittheilungen, dirigées par M. le D*" Supan. 
Gotha, Institut géographique de Justus Perthes. 

Mittheilungen der Afrikanischen Geseelschaft in Deutsch- 
land. Berlin, 1879-1889. 

Proceediugs of the Royal Geographical Society et Geo- 
graphical Journal, dirigé par M. Ravenstein. Londres. 



BIBLIOGKAPHIR GÉNÉRALE XIIl 

C. '— Ouvrages généraux. 

Em. Banning. Le Partage politique de V Afrique d'après les 
transactions internationales les plus récentes, 1 vol. in-8*, 
1888. 

Bourguignon, Cornet, Pryepondt, Firket, Lancaster 
ET Meuleman. Congo. Climat, constitution du sol et hygiène 
de VÉtat Indépendant du Congo. 1 vol. in-8° Bruxelles, 1898. 

F. Cattier. Droit et administration de V État Indépendant 
du Congo. 1 vol. in-8°. Bruxelles, 1898. 

A. Chapaux. Le Congo historique, diplomatique, phy- 
sique, politique, économique, humatiitaire et colonial. Bru- 
xelles, 1 vol. in-8^, 1894. 

H. Droogmans. Quatre conférences sur le Congo. Bruxelles, 
1 br. in-8^ 1895 

A. Germain. La question du Congo et ses corrol aires 
devant le Parlement belge, 1885-1898, Bruxelles, 1 vol. 
grand in-8°, 1899. 

Elisée Reclus. Le Congo (Chapitre IV du tome XIII de la 
Nouvelle géographie, universelle). Paris, 1888. 

A.-J. Wauters. Le Congo illustré. 4 vol. in-4° illustrés 
diaprés des photographies prises au Congo par MM. Etienne, 
Forfeit, de Macar, Demeuso, d'Hooghe, Lemery, Michel, 
Weyns, etc. Bruxelles, 1892-1895. 

A.-J. Wauters avec la collaboration de A. Buyl. Biblio- 
graphie du Congo, catalogue méthodique de 3,800 ouvrages, 
brochures, notices et cartes relatifs à l'histoire, la géographie 
et la colonisation du Congo. Bruxelles, 1 vol. in-8°, 1895. 

A.-J. Wauters. Carte de VÉtat J7idépendant du Congo, 
à l'échelle du 2,000,000^ Bruxelles, 1899. 

Manuel du voyageur et du résident au Congo. 3 vol. in-8^, 
publiés par les soins de la Société d'études coloniales. 






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L'ÉTAT INDÉPENDANT 



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PREMIÈRE PARTIE 



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CHAPITRE PREMIER 



LA DÉCOUVERTE DU CONGO AU XV* SIÈCLE. 



I » 



LES ESSAIS D EXPLORATION ET D OCCUPATION 



[ A LA BOUCHE DU FLEUVE, AU XVI® SIÈCLE. 

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Lorsqu'en 1481 Jean 11 monta sur le -trône de Por- 
, tugal, l'impulsion donnée par Henri le Navigateur à 
l'esprit de découvertes avait poussé les caravelles por- 
tugaises, le long des côtes inconnues du continent 
africain, jusque sous l'équateur. Les caps Bogador, 
Vert, Roxo, Mesurado et Santa-Catarina avaient été 
les grandes étapes de ces voyages audacieux. 

Le premier acte du nouveau roi de Portugal fut 
d'affirmer ses droits sur ces rivages lointains, en 
faisant élever le fort de Saint-George de la Mine. 
Puis, ajoutant à ses titres celui de Seigneur de 
Guinée, il songea à faire des reconnaissances plus 
avant, son principal objectif étant toujours le com- 



2 HISTORIQUE 

merce avec l'Orient et la découverte des Indes, 
qu'on cherchait à atteindre en contournant l'Afrique. 
Une nouvelle expédition fut donc chargée de reprendre 
l'exploration du littoral au point où l'avait laissée le 
dernier découvreur : au xap Santa-Catarina. Diego 
Cam en fut nommé a capitan mor », et les navires 
quittèrent Lisbonne dans le dernier trimestre de 
l'année 1484, 

Les renseignements les plus précis que nous pos- 
sédions sur ce voyage sont ceux que nous ont con- 
servés les notes historiques dont Martin Behaïm 
enrichit son célèbre globe terrestre. Elles tirent leur 
valeur de ce qu'elles ont été rédigées par un témoin 
oculaire, car Behaïm fit partie de l'expédition : 
établi depuis 1481 à Lisbonne, où il avait acquis, 
grâce à ses connaissances mathématiques, la répu- 
tation d'un savant, il avait été acyoint à Cam en qua- 
lité de cosmographe. 

Il semble que le fait capital du voyage fût la 
découverte de l'embouchure du Congo. Les notes du 
globe n'en font toutefois pas mention, mais le .tracé 
comble cette lacune : le vaste estuaire du fleuve y est 
indiqué sous le nom de Rio de Padron, et la date 
« A. 1485 », inscrite au-dessous, indique l'importance 
que les explorateurs, attachèrent à la découverte. 
Us élevèrent à la bouche du fleuve un « padron » 
ou colonne commémorative dédiée à saint Georges. 
Les navigateurs durent être frappés de la force du 
courant de la puissante rivière et en parlèrent sans 
doute dès leur retour en Europe, car déjà le portu- 
lan de Séligo, de 1489, mentionné cette particularité 
dans une note : Aqua dolze lingues lige a la mar. 
' Du Congo, les découvreurs poussèrent leurs recon- 
naissances plus au sud. On a retrouvé les restes de 



LA DÉCOUVERTE OU CONGO 3 

leurs padrons aux caps Sainte-Marie et Negro, 
ainsi qu'au cap Cross, point extrême de leur navi- 
gation ; tout fait supposer que c'est de ce quatrième 
pad^on qu'il est question dans la note suivante du 
globe : JiisquHci sont venus les vaisseaux portugais^ 
qui y ont dressé leur colonne; au bout de dix-neuf mois, 
ils étaient de retour dans leur pays. 

Revenant donc du cap Cross sur leurs pas, ils 
s'arrêtèrent de nouveau à l'embouchure du Congo, 
pour envoyer une ambassade au chef de ce pays, dont 
la résidence Ambassa (depuis San-Salvador), était 
à quelques lieues dans l'intérieur. Après quoi, ayant 
décidé, de gré ou de force, quatre indigènes à les 
suivre en Europe, ils reprirent le chemin de Lisbonne, 
où ils arrivèrent vers le milieu de l'année 1486. 

Les premiers documents cartographiques connus 
qui enregistrent les résultats de l'expédition de Cam, 
sont le portulan de Cristoforo Séligo et la carte de 
Henri Martellus, l'un et l'autre datés de 1489. Le 
globe de Martin Behaïm, exécuté à la demande du 
magistrat de Nuremberg, est de 1492. 

Les premiers cartographes désignèrent le fleuve 
sous le nom de Rio de PadràOy -^ fleuve du padron, — 
en souvenir de la colonne plantée par Cam. D'autres 
lui donnèrent le nom de Rio Poderoso, — rivière 
puissante, — en raison de l'énorme volume d'eau 
qu'il déverse dans l'océan. Au siècle suivant, Lopez 
et les premiers missionnaires l'appelèrent Zaïre, alté- 
ration du mot indigène Nzadi, qui signifle la grande 
rivière, nom que les Portugais continuent à employer, 
tandis que partout ailleurs on a adopté le nom de 
Congo, dérivé de Rio de Congo, fleuve du royaiune du 
Congo, dénomination qui date du xvii® siècle. 

Cinq années après le retour de Cam, une nouvelle 



4 HISTORIQUE 

expédition fut envoyée au Cobgo. Partie de Lisbonne 
le 19 décembre 1490, elle débarqua, le 21 mars sui- 
vant, à Tembouchure du fleuve, dans l'anse de Sogno 
(San-Antonio) ; elle était dirigée par Ruy de Sousa, 
envoyé en ambassade auprès du chef d'Ambassi. Les 
missionnaires, arrivés à la suite de l'expédition, 
baptisèrent ce chef et l'appelèrent don Joao da Sylva; 
ils donnèrent à sa résidence le nom de San-Salvador, 
Celle-ci était située non loin des sources de la Mpozo 
et les territoires sur lesquels le potentat exerçait sa 
suprématie s'étendaient entre cette rivière et la mer, 
le long de la rive sud du Congo. Les anciens chroni- 
queurs désignent ce pays sous le nom de foyaume 
du Congo. 

Ils vantent en termes pompeux la puissance et la 
richesse de son roi. « Lorsque la seconde ambassade 
portugaise, dit l'historiea de Barros, arriva à San- 
Salvador pour y fonder une église chrétienne, on 
apprit tout à coup qu'une nation, habitant les îles 
d'un grand lac, menaçait le pays. Aussitôt le roi, ses 
principaux officiers et 100,000 de ses sujets se firent 
baptiser d'emblée, puis 80,000 hommes marchèrent 
sous la bannière de la croix contre les envahisseurs, 
qui furent chassés. » Le père Labat va plus loin. Il 
assure qu'en 166o, lorsque les indigènes se soulevè- 
rent contre les Portugais, le chef de San-Salvador mit 
sur pied, pour les défendre, une armée de 900,000 
hommes, un de ses vassaux, le chef de Bamba, dispo- 
sant à lui seul de 200,000 à 400,000 hommes! Ces 
chiffres sont manifestement légendaires, de même, du 
reste, que les récits où les chroniqueurs du temps 
décrivent l'éclat de la capitale et de la cour du Congo. 

La baie de San-Antonio et le village de San-Sal- 
vador sont les seuls points qui paraissent avoir été 



LA DÉCOL'VERTE DU CONGO 5 

occupés pendant les xvi* et xvii* siècles. Quelques Por- 
tugais s'y établirent et y nouèrent des relations com- 
merciales. Des missionnaires y élevèrent des chapelles 
et entreprirent Tévangélisalion du district : tel fut le 
début de Toccupation européenne à la bouche du 
Congo. 

Quant à l'exploration du pays et à la reconnaissance 
du fleuve, les archives et les chroniques portugaises 
ne -révèlent aucun fait intéressant prouvant qu'elles 
aient été entreprises et poursuivies avec succès. 

Quelques aventuriers ont remonté le Congo jusqu'à 
Noki et Matadi, voire jusqu'à la chute d'Yelala. 
On sait, en effet, qu'en 1520, un ancien capitaine de 
la flotte des Indes, nommé Georges de Quadra, fut 
chargé par le roi Emmanuel II de chercher une nou- 
velle route, à travers le continent, allant du Congo au 
pays du prêtre Jean d'Abyssinie. Mais, à San-Sal- 
vador, le projet du capitaine fut contrarié par l'admi- 
nistration locale ; il s'en retourna au Portugal. 

En 1S26, un certain Balthazar de Castro écrivit au 
roi Jean III au sujet du même projet; mais il faut 
croire qu'aucune suite ne fut donnée à sa requête, 
puisque dix ans plus tard, le 28 mars 1536, un autre 
Portugais, du nom de Manoël Pacheco, résidant à 
San-Salvador, s'adressa, à son tour, au roi Jean, lui 
faisant savoir que le chef de San-Salvador le retenait 
pour lui faire construire deux embarcations, desti- 
nées à naviguer au-dessus de la cascade du fleuve. 
Pacheco, en terminant sa requête, disait : « J'ignore 
ce qui arrivera, mais il m'est impossible d'attendre 
plus longtemps que cette année, car si on ne fait pas 
maintenant celte découverte, on ne la fera jamais. » 

Cette phrase démontre qu'à l'époque où elle a été 
écrite, — en 1536, — les Européens n'avaient pas 



6 HISTORIQUE 

dépassé la chute d*Yelaia et ne connaissaient rien du 
pays situé en amont. 

L'occupation politiquedes districts de San-Salvador 
et de Sonho prit fin en 1627. En cette année, obéis- 
sant sans doute aux suggestions des Portugais établis 
à San-Salvador, le chef nègre de cette résidence pré- 
tendit disposer, en faveur de ceux-ci, du district de 
Sonho, mais le chef de Sonho, qui se considérait 
comme indépendant, refusa de souscrire à cette ces- 
sion. 11 s'ensuivit un soulèvement qui, finalement, 
changea complètement la face des choses. Non seule- 
ment le chef de Sonho maintint son indépendance et 
garda son territoire, mais le chef de San-Salvador lui- 
même rompit ses rapports avec les Européens ; ceux- 
ci durent quitter le pays et se retirèrent à Saint-Paul 
de Loanda, qui, à partir de ce moment, devint la base 
des entreprises portugaises au sud de Téquateur. 
L'occupation portugaise à la rive gauche du bas 
Congo avait duré 137 ans. 

En résumé, on sait très peu de chose de cette pre- 
mière période de l'histoire du Congo pendant le 
XVI® siècle. Les seules stations européennes dont il est 
fait mention sont San-Salvador et Sogho. On n'a con- 
naissance d'aucun voyage entrepris dans l'intérieur, 
ni d'aucune découverte géographique faite, autre que 
celle de la chute d'Yelala. Les anciens Portugais ne 
nous ont laissé aucune publication ni aucune carte 
relative à leur colonie. Toutefois, la Relation du 
royaume du Congo^ par Tltalien Pigafetta, imprimée à 
Rome en 1598, et rédigée d'après les renseignements 
fournis par le Portugais Edouard Lopez, qui résida à 
San-Salvador et dans TAngola de 1578 à 1591, mérite 
d'être signalée. Elle eût sans doute gagné à être écrite 



LA DÉCOUVERTE DU CONGO 7 

par le voyageur lui-même; quelques pages extraordi- 
nairement fantaisistes et qui diminuent la valeur de 
l'ouvrage, n'y eussent certes pas figuré, notamment la 
description des sources du Nil, du Congo et du Zam- 
bèze, des royaumes du prêtre Jean et du Monomatapa, 
que Lopez n'a pu visiter qu'en rêve ; mais tel qu'il est, 
et en dépit d'évidentes exagérations, le document est 
précieux en ce qui concerne la région maritime, au 
sud de l'embouchure du Congo. Il en est de même 
de la carte du pays; quant à celle qui représente 
l'Afrique centrale et méridionale, elle n'a pas la 
moindre valeur scientifique : ce n'est qu'une compi- 
lation des cartes italiennes et espagnoles antérieures : 
de Fra-Mauro (1457-1459), la Cosa (1500), Ramusio 
(1554), Castaldi (1564), Bertelr (1571), Livio Sanuto 
(1588), etc. 

Il convient d'ajouter, du reste, que toute la carto- 
graphie relative à l'intérieur de l'Afrique n'était, à 
cette époque, que le produit de l'imagination des 
géographes qui, pour suppléer à leur manque absolu 
de renseignements sur le centre du continent, n'hési- 
taient pas à prolonger l'Abyssinie du prêtre Jean 
jusqu'au territoire du chef congolais de San-Salvador. 
Ainsi firent Mercator (1541), Diego Homen (1558), 
Ortelius (1570), de Jode (1593), Janson (1610), Dé Witt 
(1670), Dapper (1680) et les autres. En ce qui concerne 
l'Afrique centrale, la mappemonde de la Cosa (1500), 
les belles sphères de Schoner (1520) et de Mercator 
(1541), pas' plus que les. cartes curieuses et imagées 
des nombreux compilateurs hollandais du siècle sui- 
vant, ne sont rédigées sur les résultats d'observations 
directes. Bien souvent, leurs fantaisies cartogra- 
phiques inspirèrent les chroniqueurs et leur suggé- 
rèrent des fables du genre de celle-ci, extraite d'un 



8 HISTORIQUE 

ouvrage publié à Valence, par le père de Urreta, et 
qui montre bien qu'on ignorait absolument, au 
xvn* siècle, le centre de l'Afrique : 

« Le prêtre Jean d'Abyssinie, dit l'auteur, est 
occupé, avec beaucoup d'oflSciers et d'hommes, à 
enlever les rochers du fleuve Congo, pour rendre la 
navigation facile ; il est aidé par quelques ingénieurs 
que le duc de Florence lui a envoyés à cette fin. Ce 
travail terminé, les navires pourront sortir du lac au 
bord duquel est située la résidence du prêtre Jean 
(le lac Tsana, en Abyssinie), pour suivre le Congo, 
qui sort de ce lac, déboucher dans l'océan, au 
royaume du Congo et enfin naviguer jusqu'à Lisbonne 
et Séville. » 

Les géographes français Delisle (1720) et Banville 
(1755) ont bien fait d'effacer de leurs cartes d'Afrique 
tous les détails que la fantaisie des siècles précédents 
y avait accumulés, en attendant l'arrivée des ren- 
seignements scientifiques que les explorateurs du 
XIX® siècle allaient enfin apporter. 

Bibliographie : J. Bruckkr : Découvreurs et mission- 
naires dans r Afrique centrale aux X V/® et X VII^ siècles. — 
Id. : L'Afrique centrale des cartes du XVI^ siècle. — 
L. CoRDEiRO : U hydrographie africaine au XVI^ siècle. 
— CoDiNNE : Padrons ou colonnes commémoratives portu- 
gaises, — PiGAFETTA : Reloiione del Reame di Congo. — 
JoMARD : Les monuments de la géographie. — Lelewel : 
Géographie du moyen âge (avec atlas historique). — Santa- 
REM (de) : R»>xherches sur la découverte des pays situés à la 
côte occidentale d'Afrique. — A.-J. Wauters : Le Congo et 
les Portugais. 

La question du Zaïre. — Mémoire sur les droits et les pré- 
tentions du Portugal. 



CHAPITRE IL 

LA CONFÉRENCE GÉOGRAPHIQUE DE BRUXELLES 
ET l'association INTERNATIONALE AFRICAINE. 

L'ère des explorations scientifiques dans le bassin 
du Congo commence à la fin du xviu® siècle, avec le 
voyage du D"^ Lacerda qui, parti de Tété sur le 
Zambèze, en 1798, gagna la région du Shambezi, 
l'affluent principal du lac Bangwelo. Lacerda est le 
premier blanc qui pénétra dans le bassin du haut 
fleuve. Deux autres Portugais, Monteiro et Gamitto 
(1832), suivirent sa route. En 1843, un quatrième 
voyageur portugais, Graça, parti de la côte occiden- 
tale, pénétra dans le bassin du haut Kasaï, où il 
signala l'existence de l'empire du Lunda et de son 
chef, le Muata-Yamvo. 

Ces trois expéditions méritent d'être mentionnées, 
mais c'est aux voyageurs de la Grande-Bretagne : 
Tuckey, Livingstone, Burton, Spekeet Cameron, que 
revient l'honneur des premières grandes découvertes 
géographiques dans le bassin du Congo, pendant les 
trois premiers quarts du xix® siècle. 

L'exploration que le capitaine Tuckey mena, en 
1816, le long du Congo, de Banana à Isangila, est, 
jusqu'à l'arrivée de Stanley, en 1878, la seule qui ait 
apporté des renseignements scientifiques sur le bas 
fleuve et la région des chutes. Avec celle de Burton et 



10 HISTORIQUE 

Speke commence la série des grands voyages par la 
côte orientale : on doit à ces deux voyageurs la 
découverte du Tanganika, en 1858. 

La part de Livingstone est plus considérable 
encore. Déjà, lors de sa traversée du continent, en 
1854, — la première qui ait été entreprise dans la 
région équatorialé, — il avait reconnu quelques 
districts du bassin supérieur du Kasaï. Plus tard, au 
cours de l'expédition dans laquelle il succomba, il 
découvrit les lacs Moero (1867) et Bangwelo (1868), la 
partie méridionale du Tanganika (1869) et le cours 
du Congo à Nyangwe(l871). 

Enfin, Cameron, parti de Zanzibar au secours de 
Livingstone, ne crut pas sa mission achevée lorsqu'il 
rencontra, à Tabora, la dépouille mortelle de l'illustre 
voyageur, que ramenaient à la côte ses noirs fidèles ; 
il continua vers l'ouest, explora à nouveau le Tanga- 
nika, découvrit l'émissaire qui le rattache au bassin 
du Congo (1874), arriva au fleuve, dont il se vit 
empêché de descendre le cours, pénétra dans la 
région inconnue située au delà de Nyangwe, remonta 
la vallée du haut Lomami, entrevit le lac Kasale et 
explora l'Urua et le Lunda. 

A ces célèbres explorations, il convient d'ajouter, 
dans le bassin du haut Kasaï, la pointe poussée, par 
le D"* Pogge et le lieutenant Lux, jusqu'à la résidence 
du puissant chef du Lunda (1875-76), et, dans le 
bassin du haut Ubangi, les voyages de l'évêque 
Miami, qui alla jusqu'au Bomokandi (1872); du 
D'^ Potagos, qui pénétra jusqu'au Bomu (1876); du 
D*" Junker, aux sources du Kibali (1877), et surtout la 
célèbre exploration du D"" Schweinfurth, si fertile en 
renseignements scientifiques et au cours de laquelle 
fut reconnu le cours moyen deJ'Uele (mars 1870). 



LA CONFÉRENCE GÉOGRAPHIQUE DE BRUXELLES 11 

La publicité donnée aux sensationnelles décou- 
vertes faites au cours de ces grandes explorations, 
auxquelles se rattachaient celles qu'avaient conduites, 
avec non moins de hardiesse et de succès, dans 
d'autres parties du continent central, Nachtigal, 
Rolilfs, Gfant, Baker, van der Deken, etc., n'avait pas 
tardé à produire, dans l'opinion publique européenne, 
un vif mouvement de curiosité et d'intérêt, en faveur 
de l'Afrique. Au récit de la mort si touchante et si 
noble de Livingstone, au bord du Bangwelo (1873), et 
des barbaries africaines dont chaque voyageur faisait 
le navrant tableau, il parut que l'Europe ne pouvait 
plus rester indifférente aux destinées du continent 
noir. De toutes parts, les dévouements s'offraient. 

Il ne manquait, semblait- il, qu'un lien puissant 
pour coordonner les efforts, pour ne laisser aucune 
bonne volonté stérile. Ce fut celte dernière con- 
statation qui conduisit Léopold II, roi des Belges, à 
convoquer une conférence géographique qui réunirait 
les voyageurs africains les plus notables, les prési- 
dents des grandes sociétés de géographie, des hommes 
politiques et des philanthropes. 

L'assemblée se tint au palais du Roi, à Bruxelles, 
au mois de septembre 1876. L'Allemagne, l'Autriche- 
Hongrie, la Belgique, la France, la Grande-Bretagne, 
l'Italie et la Russie y eurent des rep^résenlants. Citons 
parmi les trente-sept personnalités qui répondirent à 
l'invitation qui leur fut adressée, les africanistes 
célèbres : MM. le D' Nachtigal, le D' Rohlfs, le 
D*" Schweinfurth, le lieut* Lux, Duveyrier, le marquis 
de Compiègne, sir Bartle Frère, Grant, Cameron, 
sir William Mackinnon ; parmi les délégués belges : 
MM. le baron Lambermont, Couvreur, Emile de 
Laveleye, Emile Banning, ce dernier remplissant 



12 HIÇTORIQLE 

les fonctions de secrétaire de la conférence, dont il fut 
aussi l'historiographe. - 

Le Roi présida l'assemblée et dans un remar- 
quable discours d'ouverture exposa le programme de 
l'œuvre qu'il se proposait d'accomplir, les questions 
à étudier et à résoudre pour mener à bonne fin cette 
croisade de science, d'humanité et de progrès, digne 
du xix« siècle. 

Les délibérations durèrent trois jours, les 12, 13 
et 14 septembre. Les résolutions et déclarations 
que l'assemblée vota avant de se séparer résument 
l'œuvre et lui servent de programme. Telle fut 
l'origine de XAûodaiion internationale africaine. En 
moins d'un an, elle constitua ses principaux organes. 
Avant de se séparer, elle élut une commission inter- 
nationale composée du roi des Belges, président, de 
MM. le D^ Nachtigal et de Quatrefages, et de sir Bartle 
Frère, remplacé bientôt par M. Sandford, ancien 
ministre des États-Unis à Bruxelles. M. le baron 
Greindl fut son secrétaire général. 

Une première réunion de la commission inter- 
nationale se tint au palais, à Bruxelles, les 20 et 
21 juin 1877. L'assemblée décida que la route com- 
merciale partant de la côte orientale, en face de Zan- 
zibar, et allant au Tanganika, serait choisie comme 
base des premières entreprises, et qu'une station serait 
établie à la rive du lac. Comme le comité belge était 
le seul comité national constitué depuis assez long- 
temps pour pouvoir jouer un rôle actif, on le chargea 
d'organiser la première expédition. Enfin, avant de 
se séparer, la commission adopta, pour V Association 
internationale africaine, le drapeau bleu avec étoile 
d'or au centre. 

Ainsi constituée, l'Association fonctionna de 1876 



l'association INTËUNATIONALE AFRICAINE 13 

à 1884. Le comité belge envoya six expéditions : celles 
de Cambier, qui fonda la station de Karema (1879); 
de Popelin (1880); de Carter et Cadenhead, qui firent 
un essai malheureux d'introduction d'éléphants d'Asie 
en Afrique, en vue de l'élevage et de la domestication 
de l'éléphant indigène; de Ramaeckers et Becker 
(1881); de Storms, qui fonda la station de Mpala 
(188S); de Becker et Dhanis, qui ne quitta pas Zan- 
zibar (1884). 

Au comité allemand, on doit l'expédition Kaizer, 
Bôhm et Reichard, qui fonda une station à Kakoma 
et pénétra jusqu'au Katanga (1881-84). Le comité 
français en organisa deux : celles de Bloyet (1880), 
qui fonda une station àKondoa,et de deBrazza(1880), 
qui prit la route de l'Ogowe. 

L'expédition de Brazza eut pour conséquence finale 
la fondation et le développement de la colonie du 
Gabon et du Congo français; celle de Bôhm et Rei- 
chard fut le prélude de la prise de possession de l'Est 
africain par l'Allemagne. Quant aux expéditions 
belges, — il est permis de le dire aujourd'hui, — les 
résultats obtenus au cours de ces neuf laborieuses 
années ne répondirent, ni à la généreuse idée qui 
créa l'œuvre, ni aux sacrifices qu'exigea son applica- 
tion. Sur les vingt-cinq voyageurs que le comité 
envoya au lac, neuf seulement atteignirent le but. 
Le récit de leurs inutiles voyages de Zanzibar à 
Karema, réalisés au prix des plus louables dévoue- 
ments et des plus laborieux efforts, ressemble, par 
bien des côtés, à un martyrologe. Ce fut un sombre 
début aux brillants exploits qui n'allaient pas tarder 
à se produire à la côte opposée du continent. 

Bibliographie : Banning : U Afrique et la conférence géo- 
graphique de Bruxelles, — J. Bkcrer : La Vie en Afrique. 



14 IIISTOHIQUE 

— R. BuRTON : Voyage awv grands lacs de l* Afrique orien- 
tale, — Cambron : A travers fApiqtce. — ^ Liagre : La Con- 
férence géographique dfi Bruxelles et l* Association interna- 
tionale africaine, — Livingstonb : Exploration dans Vin* 
téHeur d-e l'Afrique australe* — Id. : Dernier Journal. — 
PoGGB : Im Reich der Muaia Jarnoo. — Schwbinfurth : 
Au Cœur de l'Afrique. — Stanlby : Comment fat découvert 
Limngstone. — TucKBT : Relation d'une expédition entre- 
prise en 4816. 



M—JtO— ■ÉfcWÉilW. 



CHAPITRE III. 

LA DESCENTE DU CONGO PAR STANLEY. 

LE COMITÉ d'études DU HAUT CONGO 

ET L'ASSOCIATION INTERNATIONALE DU CONGO. 

Si l'on jette les yeux sur une carte d'Afrique 
de 1878, mise au courant des dernières découvertes, 
on constate qu'à cette époque encore, après les belles 
explorations de Burton, Speke, Livingstone, Schwein- 
furtb, Cameron et Junker, l'immense bassin du haut 
Congo depuis Isangila jusqu'à Nyangwe, du pays du 
Muata-Yamvo à l'Uele, reste vierge de toute investi- 
gation. Quant au fleuve géant dont la bouche a été 
visitée par Diego Cam, en 1485, dont Tuckey a 
remonté Je cours jusqu'à Isangila, en 1816, d'où 
vient-il ? Jusqu'où pénètre-t-il au cœur du continent? 
On a visité, il est vrai, la région où s'étendent les 
grands lacs; mais les voyageurs et les géographes en 
sont toujours à formuler des hypothèses sur le bassin 
auquel ces vastes réservoirs appartiennent et sur le 
rôle de leurs émissaires. Livingstone continue à 
croire qu'il a découvert dans le Lualaba la branche 
initiale du Nil et dans le lac Bangwelo la source supé- 
rieure du grand fleuve d'Egypte. Schweinfurth iden- 
tifie rUele avec le Chari; d'autres vont jusqu'à 
prendre l'une ou l'autre de ces lointaines rivières 
pour le haut cours de l'Ogowe ou du Gabon, contrai- 
rement à l'avis de Behm qui, dès 1872, dans les 



16 HISTORIQUE 

Petermannsche Mitteilungen de Gotha, démontra, avec 
une très grande clairvoyance, que la rivière de 
Nyangwe ne pouvait être rattachée qu'au fleuve de 
Borna. Ce sera la gloire de Stanley d'avoir fait, au 
cours de la plus mémorable des explorations afri- 
caines modernes, la vérification de cette théorie. 

Commissionné par deux grands journaux : le New 
York Herald et le Daily Telegraph, le voyageur amé- 
ricain part de Bagamoyo, à la côte orientale, le 
17 novembre 1874, et gagne par la route de Speke le 
lac Victoria, dont il accomplit la circumnavigation. 
Il découvre ensuite le lac Albert -Edouard (jan- 
vier 1876) et fait la reconnaissance complète des 
rives du Tanganika (11 juin-31 juillet). 

A Kasongo, il trouve établi Tippo-Tip, le trafiquant 
arabe de Zanzibar, qu'il interroge sur les moyens 
pratiques de reconnaître le cours du Congo en aval et 
qu'il décide à l'accompagner dans sa tentative hardie. 

Le 5 novembre 1876, les deux expéditions, fortes 
ensemble de 400 hommes, quittent Nyangwe et pénè- 
trent dans la grande forêt équatoriale. Au prix des 
plus pénibles efforts, la colonne lutte pendant quatorze 
jours contre la végétation géante qui l'étouffé et entrave 
sa marche, et elle atteint le fleuve, déjà décimée par la 
fatigue et la maladie. Tippo-Tip hésite, Stanley tient 
bon. Moitié par eau, moitié pédestrement le long de la 
rive, l'expédition reprend sa marche en avant. Mais 
de toutes parts surgissent les indigènes en armes. 
Pour passer, il faut livrer de nombreux combats et 
voici, en outre, que la petite vérole et la dysenterie 
se propagent, avec leur lugubre cortège de misères. 
L'expédition est arrivée au confluent de la rivière 
Kasuka; il y a cinquante jours qu'elle voit grandir 



LA DESCENTE DU CONGO PAR STANLEY 17 

cbaqne jour les difficultés et les périls de la route. 
Tippo^Tip déclare renoncer à une tâche qu'il consi- 
dère comme étant au-dessus des forces humaines. 

Stanley, lui, ne songe pas un instant à abandonner 
la partie; il arrachera son secret au grand fleuve. Ses 
hommes, dévoués, confiants, et que son ardeur 
enflamme, achèvent de réunir la flottille d'embarca- 
tions nécessaires au voyage et, lé 20 décembre, après 
avoir pris congé des Arabes, l'expédition, forte encore 
de 150 personnes réparties sur 23 embarcations, 
s'engage dans l'inconnu mystérieux. 

Le premier obstacle naturel qui arrêta la flottille fut 
la série de rapides à laquelle l'explorateur a donné 
son nom {Stanley -Falls); il fallut vingt jours pour le 
franchir ou le contourner (6-25 janvier 1877). 

Le l**" février, l'expédition dépassa le confluent de 
TAruwimi, où les guerriers bazoko lui livrèrent un 
combat en règle Puis ce fut le tour des Bangala, avec 
qui elle eut un engagement le 14. Ce fut le dernier 
conflit de la vaillante caravane avec les naturels. 
Le 9 mars, elle passait devant la bouche du Kasaï, 
arrivait, le 12, au Stanley-Pool et campait au village 
de Nlamo, qui, cinq ans plus tard, devait échanger 
son nom indigène contre celui de Léopoldville. 

Les natifs de cette région étaient moins belliqueux 
que ceux des zones d'amont ; mais, au delà du Pool, la 
nature allait se charger de dresser devant Stanley des 
obstacles d'un autre genre. Il eut alors à vaincre la 
colère du fleuve, torrent furieux roulant dans un lit 
profond, traversant des gorges tortueuses, tombant, 
écumant de terrasses en terrasses ; aussi, l'explorateur 
mit-il cinq mois à franchir la succession de cataractes 
qui, sur 250 kilomètres, sépare le Pool de Boma, où 
l'expédition, décimée et à la fin de ses ressources, 



18 HISTORIQUE 

arriva enfin, le 9 avril 1877. Il y avait près de trois ans 
qu'elle avait quitté Zanzibar et neuf mois qu'elle 
était partie de Nyangwe. Des 356 compagnons nègres 
que Stanley avait à son départ, 113 seulement arri- 
vèrent avec lui à l'autre côte du continent ; ses trois 
compagnons anglais, Barker et les deux frères Pocock, 
avaient successivement péri à ses côtés ; mais le but 
du grand voyage était atteint : une vaste courbe était 
décrite au cœur de l'Afrique équatoriale, l'un des 
plus grands problèmes de là géographie contempo- 
raine était résolu. « Prodigieux exploit, dit Elisée 
Reclus, qui témoigne chez son auteur d'une audace 
et d'une énergie merveilleuses, d'une persévérance 
indomptable, d'un ascendant moral extraordinaire et 
d'un génie militaire de premier ordre. » 

Aussi, le croquis de cette nouvelle traversée du 
continent mystérieux, qui parut dans le Daily Tele- 
graph du 12 novembre 1877, produisit-il une légitime 
émotion dans le monde géographique et colonial. 
Les esprits clairvoyants comprirent aussitôt que la 
route, si longtemps cherchée pour la conquête du 
centre de l'Afrique à l'influence civilisatrice et à 
l'exploitation commerciale de l'Europe, était enfin 
trouvée. 

En effet, à travers ces immenses régions où aucune 
voie terrestre n'est encore frayée, le Congo ouvrait un 
chemin qui menait jusqu'au cœur du continent. 
Comparés à ce fleuve géant, tous les autres, qui 
débouchent sur les deux côtés de l'Afrique équato- 
riale, ne sont que des rivières sans importance, 
à peine libres sur quelques kilomètres à la naviga- 
tion à vapeur. Or, c'est bien le steamer qui devait être 
l'instrument de la conquête pacifique et rapide de 
l'Afrique centrale. Une petite flottille, transportée au 



LE COMITÉ d'études DU HAUT CONGO 19 

Stanley-Pool, lancée sur les eaux du Congo supérieur, 
devait faire plus, en quelque» années pour elle, que 
trois siècles de laborieuses, coûteuses et héroïques 
tentatives de pénétration terrestre. 

C'est ce dont on se rendit compte immédiatement 
à Bruxelles. Sur-le-champ, avec une intelligence qu'on 
ne saurait assez admirer, une modification radicale 
fut apportée dans l'orientation des entreprises belges; 
il fut décidé que Bagamoyo et Zanzibar seraient 
abandonnés pour Banana et Boma. Le nouveau plan 
d'ensemble des opérations futures fut esquissé avec 
une telle rapidité que, lorsqu'au mois de janvier 
1878, Stanley revenant d'Afrique arriva à Marseille, 
il y trouva déjà deux délégués du roi Léopold, 
MM. le baron Greindl et le général Sanford, qui lui 
annoncèrent que ses découvertes avaient fait naître 
un projet grandiose pour la réalisation duquel son 
expérience et son concours actif étaient sollicités. 

Quelques mois plus tard, Stanley apprit qu'il était 
question, non plus cette fois d'une expédition pure- 
ment* scientihqûe, mais d'une entreprise à la fois 
"économique et politique, qui devrait faire de celui 
qui en prendrait le commandement, un explorateur 
TlbtlMé d'un conquérant. Il s'agissait d'aller s'enquérir 
des moyens pratiques de gagner le haut Congo, nouer 
des relations d'amitié avec les tribus commerçantes 
de ses rives, établir parmi elles des bases d'opéra- 
tions, obtenir de leurs chefs des droits à l'occupa- 
tion du pays afin de préparer l'édification d'une 
œuvre politique aussi inattendue qu'originale, aussi 
grandiose que généreuse, et qui devait, si elle se 
réalisait, transformer le bassin du Congo, hier encore 
ignoré, en une dépendance de l'Europe. En un mot. 



/ 



20 HISTORIQUE 

il fallait aller conquérir le grand fleuve et planter sur 
ses rives le drapeau bleu à étoile d'or. 

Le projet était trop audacieux et trop neuf pour 
laisser indifférent celui que ses exploits avaient placé 
au premier rang des explorateurs africains. Dès le 
commencement du mois d'août, dans une nouvelle 
entrevue qu'il eut à Paris avec les délégués du roi 
Léopold, Stanley adhéra, en principe, à ses projets, 
et s'engagea à se rendre à Bruxelles à l'appel du Sou- 
verain. 

L'entreprise qui devait donner naissance, sept 
années plus tard, à l'État du Congo, fut arrêtée à 
partir de ce moment, et chacune des questions rela- 
tives à son organisation fut discutée. Finalement, 
l'on décida qu'une société, ayant pour but l'étude du 
bassin du haut fleuve, serait fondée. 

La réunion constitutive eut lieu le 25 novembre 1878 . 
MM. Georges Brugmann, Delloye-Mathieu, GoflSn, 
Kerdyck et Pencoffs, Léon Lambert, Lemmé et le 
baron Greindl adhérèrent aux statuts d'une société 
en participation, au capital d'un million de francs, 
désignée sous le nom de Comité d'études du haut 
Congo. Après la signature du contrat, l'assemblée 
décerna au Roi la présidence d'honneur, et conféra la 
qualité de membres d'honneur aux trois vice-prési- 
dents du comité belge de YAssociation internationale 
africaine : MM. Dolez, le baron d'Anethan et Beer- 
nacrt. Quelques semaines plus tard, le conseil d'ad- 
ministration choisit dans son sein, pour président, 
M. le colonel Strauch, qui venait d'être désigné 
comme secrétaire général de YAssociation interna- 
tionale africaine^ en remplacement du baron Greindl, 
nommé ministre de Belgique à Mexico. 

L'entreprise fut menée avec la plus fiévreuse acti- 



LE COMITÉ d'études DU HAUT CONGO 21 

vite et dans le plus grand secret. Si, après cette 
conception ambitieuse et originale, quelque chose 
doit encore étonner, c'est la rapidité, la discrétion et 
l'esprit de suite avec lesquels on la réalisa. 

Dès le mois de février 1879, Stanley, à bord de 
VAlbion, quittait l'Europe pour Zanzibar, où il allait 
recruter des travailleurs et des porteurs. En mai, la 
première expédition, composée de treize agents : 
quatre Belges, trois Anglais, trois Américains, deux 
Danois et un Français, avec son matériel et ses appro- 
visionnements, s'embarquait à Anvers, à bord du 
steamer Barga, et, le 14 août, elle arrivait à l'embou- 
chure du Congo. Déjà VEn Avant, le Royal, la Bel- 
gique, V Espérance et la Jeune Africaine, c'est-à-dire 
les premiers bâtiments de cette petite flottille de 
steamers appelée à conquérir le puissant Congo, 
mouillaient dans la crique de Banana. Le 21, escortés 
de leurs barques et de leurs allèges, ils levèrent 
l'ancre pour l'ascension du grand fleuve. La conquête 
était commencée. 

En septembre, Stanley, dépassant Noki, limite de 
l'occupation européenne, s'arrêta à Belgique-Crique 
et jeta les fondations de la station de Vivi ; puis, les 
steamers ayant été démontés, on entreprit leur trans- 
port à travers cette redoutable région des cataractes 
qui, depuis quatre cents ans, arrêtait toutes les ten- 
tatives de pénétration. Ce fut une époque de terribles 
épreuves que celle de cette marche sous le soleil de 
l'Afrique, dans l'atmosphère mortelle des moites 
vallées; ce fut une année d'effroyable labeur que celle 
pendant laquelle se poursuivit cette interminable série 
d'ascensions de pentes abruptes et désolées, suivies 
de descentes de rampes glissantes. 

L'expédition allait lentement dans ce pays sans 



22 HISTORIQUE 

routes, par les marais, par les ravins inondés, se 
frayant un chemin à la mine à travers le roc, à la 
hache à travers la forêt. A chaque moment, les bras 
manquaient pour traîner les véhicules chargés d'em- 
barcations à vapeur, de maisons démontées, de 
meubles, d'outils, d'approvisionnements, de marchan- 
dises d'échange. Les adjoints de Stanley tombaient 
les uns après les autres. Il faillit lui-même être 
terrassé. A Bruxelles, c'était avec anxiété que l'on 
ouvrait chaque courrier. Mais la vaillante colonne 
avançait toujours : le 21 février 1880, elle atteignait 
Isangila; le 1®^ mai 1881, elle fondait Manyariga, et, 
en décembre, elle parvenait au Staniey-Pool. 

Ce fut l'époque héroïque. La grandeur de la lutte 
soutenait seule l'énergie de tous ces pionniers mo- 
destes, parmi lesquels aucun ne savait qu'il travaillait 
à la fondation d'un empire! Ceux-là seuls qui ont 
été intimement et activement mêlés aux événements 
de ce début pourront raconter un jour par quelle 
succession d'espérances et de joies, de désillusions et 
de découragements, l'on passa à Bruxellesau cours 
de ces deux années. A certain moment, tout semblait 
compromis; au courrier suivant, on renaissait à 
l'espérance. 

D'autre part, certaines convoitises étaient à redouter. 
Certes, le chemin était libre, puisque le Congo n'était 
encore sous la domination d'aucune puissance euro- 
péenne; mais un drapeau pouvait surgir soudain et 
barrer la route. Sur la rive nord, M. de Brazza, parti 
du Gabon, s'avançait à marches forcées, ayant le Pool 
pour objectif. Sur la rive sud, MM. Capello et Ivens, 
partis de Saint-Paul de Loanda, exploraient le 
Kwango. Que l'explorateur français, après avoir pris 
possession de la rive septentrionale du Pool, passât 



LE COMITÉ d'études DU HAUT CONGO 23 

sur la rive méridionale et, devant le drapeau de la 
Franœ, Stanley, agent d'une société particulière, 
n'avait qu*à rebrousser chemin; ou bien, que Capello 
et Ivens, après être arrivés au Kwango, descendissent 
cette rivière jusqu'au Congo, s'établissent à Kwa- 
mouth ou à Kinshasa, et Stanley se voyait obligé de 
battre en retraite devant le pavillon portugais. 

Mais M. de Brazza, arrivé en septembre 1880 au 
Pool, s'arrêta sur la rive nord; Capello et Ivens 
n'entreprirent pas la descente du Kv^ango ; et Stanley, 
traînant toujours à sa suite son matériel naval, passa 
entre ses concurrents et fonda Léopoldville. En dé- 
cembre 1881, il lançait sur les eaux du haut fleuve 
Y En Avant et, bientôt après, le Royal et 1'^. /. A, 
(Association internationale africaine). La route du haut 
Congo était à lui. La première partie était gagnée. 

Alors, avec les vaillants petits steamers commen- 
cent les expéditions de reconnaissance, et toute une 
chaîne de stations est établie du Stanley- Pool aux 
Stanley-Falls. Sans cesse de nouveaux agents partent 
de Belgique : le colonel Van de Bogaerde, Gillis(1880), 
les docteurs von Danckelmann et Allart (1881), s'oc- 
cupent d'organiser des établissements et de faire des 
observations à Vivi et dans la région des chutes; les 
lieutenants Valcke, Harou, Braconnier (1880\ Jansens, 
Orban, Liévin Van de Velde (1881), les capitaines 
Hanssens et Grant Elliott, les lieutenants Van Gèle, 
Coquilhat, Avaert, Haneuse, Mikic, Grang, Nilis(1882), 
gagnent le haut, ou explorent le pays voisin de Vivi 
et de Manyanga. Et les steamers vont et viennent, 
reculant les limites de l'inconnu, VEn Avant, si bien 
nommé, marchant toujours en éclaireur. 

Tandis que les Belges préludent ainsi à la conquête 
du bassin du Congo par l'occupation de la région 



24 HISTORIQUE 

des chutes et des rives du haut fleuve jusqu'aux 
Slanley-Falls, des explorateurs appartenant à diverses 
nations continuent d'apporter d'importantes contri- 
butions géographiques à la connaissance des parties 
du centre restées si longtemps ignorées. 

Thomson explore la région des sources du Sham- 
bezi, découvre la gorge de Mitwanzi et la Lukuga 
supérieure (1880); von Mcchow reconnaît le Kwaugo 
moyen (1880); Wissmann et Pogge pénètrent dans 
le bassin du haut Kasaï et de ses affluents, et vont 
jusqu'à Nyangwe, où ils se séparent, Wissmann con- 
tinuant seul sa route vers la côte orientale (1881-82) ; 
Giraud explore le lac Bangwelo, le Luapula, le lac 
Moero et arrive au Tanganika (1883); l'expédition 
Bôhm et Reichard, partie de Zanzibar, pouî^suit ses 
investigations à l'ouest du même lac, reconnaît les 
gorges de Kiwele et de Djuo, découvre le lac Upemba 
(1883-84); enfin, le D^ Junker, venant de Khartoum, 
réapparaît sur le haut Uele, dont il explore en tous 
sens le bassin, pénétrant au sud dans celui de l'Aru- 
wimi par le Nepoko, poussant à l'ouest jusqu'aux 
résidences des chefs azandes Doruma, Semio, jusqu'à 
la zériba d'Ali-Kobo, près de Djabir (1882-84). 

A la même époque, Emin-Bey, gouverneur de la 
province égyptienne de l'Equateur, et le capitaine 
Casati vont au pays des Mombutu. L'orage qui 
gronde au nord, à la suite de la révolte du Mahdi 
(1881), de la prise de Khartoum et de la mort tragique 
du Gordon (26 janvier 1885), arrête leurs courses 
aventureuses, et ne va pas tarder à les réunir, à Lado 
d'abord, à Wadelaï ensuite, sans aucune communica- 
tion avec le monde civilisé. Les résultats obtenus 
par les agents du roi des Belges au cours des trois 
premières années d'opérations furent, sous ce rap- 



l'association internationale du CONGO 2S 

port, décisifs et conformes aux espéraDces du Comité 
de Bruxelles. Dès lors, celui-ci prit des résolutions 
nouvelles qui devaient avoir une immense portée. 

Afin d'assurer l'avenir de l'œuvre qu'il s'apprêtait à 
édifier au Congo, le Comité comprit qu'il était néces- 
saire d'en établir, sans tarder, les bases d'une façon 
solide et régulière, afin d'empêcher que par la suite 
on pût lui susciter des difficultés politiques, arrêter 
ses efforts, compromettre sa réussite. Sans aucun 
doute, les territoires fertiles et populeux qui étaient 
révélés au monde, et sur le po.int d'être ouverts à son 
activité, allaient éveiller des convoitises nombreuses. 
En outre, on prévoyait l'arrivée de nouveaux Euro- 
péens et il devenait indispensable d'établir une 
administration et une police en état, d'une part, 
d'affirmer l'occupation, d'autre part, d'écarter les 
fauteurs de désordres. En un mot, l'on devait mettre 
l'organisme naissant à l'abri d'un coup de main et 
rendre incontestables ses droits sur le territoire 
congolais, droits qui furent acquis, par traités, des 
chefs indigènes indépendants. C'est la conclusion de 
ces traités et l'importance que le Comité d'études 
attachait à leur complète régularité qui motivèrent, 
à la fin de l'année 1883, la mission spéciale dont fut 
chargé un colonial compétent en la matière, le général 
sir Frédéric Goldsmith, ancien haut fonctionnaire du 
gouvernement des Indes. 

Devenu fondateur d'empire, le Comité d'études 
prend le titre d'Association internationale du Congo 
(A. I. C.) et redouble d'activité et d'audace. 

De nouveaux agents : MM. Delcommune, le major 
Parminter, le lieutenant Dannfeldt (1883), le marquis 
de Pourtalès, le comte Fosse (1884), rejoignent les 
organisateurs dans le bas Congo; de nouvelles expé- 



26 HISTORIQUE 

ditions ayant pour principaux officiers : les lieute- 
nants Van Kerckhoven, Liebrechts, Wester, Gleerup 
(1883), Georges Le Marinel, Massari, Hakannson, 
quittent la Belgique, tandis qu'au Congo, Stanley 
et ses adjoints poursuivent leurs conquêtes, non seu- 
lement dans le haut, mais également dans le bassin 
du petit fleuve côtier, le Niadi-Kwilu. 

L'action de l'A. L G, dans cette région fut motivée 
parles prétentions territoriales du Portugal. En pré- 
sence de l'établissement des Belges dans le bas Congo, 
le Portugal avait, en effet, affirmé à nouveau ses 
« droits historiques » à la souveraineté des deux 
rives du bas fleuve et du littoral avoisinaot son 
embouchure, depuis 8° jusqu'à 5** 12' de latitude sud. 
Dans réventualité de la reconnaissance de ces préten- 
tions par les puissances, il était indispensable, pour 
l'État futur, d'assurer aux régions du haut fleuve un 
autre débouché vers l'Océan. 

C'est ce qui motiva la conquête de la vallée secon- 
daire du Kwilu. Le capitaine Grant Elliotl en fut 
chargé en décembre 1882. Avec ses adjoints Liévin 
Vande Velde, Spencer Burns, Destrain, Légat, Ho- 
disler, le marquis de Buofanti, il prit possession du 
pays et rattacha par une chaîne de stations Manyanga 
et Vivi, au littoral de Sette-Cama et de Massabe. 

Les débouchés du fleuve à la côte et la région 
centrale du bassin n'étaient pas, à ce moment, les 
seuls territoires dont se préoccupait le Comité de 
Bruxelles. Les premières explorations des voyageurs 
allemands à travers le bassin du haut Kasaï avaient 
également appelé son attention sur ces territoires 
fertiles et populeux. Il en ambitionna la possession, 
et tandis que Grant Elliott et Vande Velde opéraient 
dans le Niadi-Kwilu (1883-84), que Delcommune 



l'association internationale du CONGO 27 

plaçait le port de Borna sous le protectorat de l'A. I. C. 
(avril 1884), que Coquilhat s'établissait chez ces 
mêmes Bangala qui, sept années auparavant, avaient 
si mal reçu Stanley (mai 1884), le Comité organisait 
en secret une expédition militaire, chargée de lui 
conquérir le Lunda, le royaume du Muata-Yamvo. 

Le lieutenant Wissmann, qui venait d'achever sa 
première traversée de l'Afrique, en reçut le comman- 
dement; il avait le D"^ Ludwig Wolf, les lieutenants 
von François et Mûller, pour adjoints. L'expédition 
quitta l'Europe à la fin de 1883, partit de Saint-Paul 
de Loanda et gagna l'intérieur par Malange. En no- 
vembre 1884, elle fondait la station de Luluabourg. 

Ainsi, cinq années avaient suffi pour faire, jusqu'au 
centre du continent, les plus brillantes reconnais* 
sances, visiter pacifiquement cent peuples nouveaux, 
obtenir des chefs indigènes plus de cinq cents traités 
de suzeraineté, fonder quarante établissements, jeter 
sur le haut fleuve, par delà les cataractes, cinq 
steamers, occuper le pays depuis le littoral jusqu'aux 
Stanley-Falls, depuis Bangala jusqu'^ Luluabourg! 
L'Europe diplomatique ne pouvait pas rester specta- 
trice indifférente d'une entreprise aussi audacieuse 
et déjà couronnée de tant de succès. 

Bibliographie : Banning : UAisociation africaine et le 
Comité <r études du haut Congo, — Brâzza : Trois explora- 
tions dans VOuest africain effectuées de 4876 à 1885. — 
Capello et IvENS : From Benguélla to the ten^itort/ of Jaca, 

— GiRAUD : Les lacs de ^Afrique équatoriale, — Peschuel 
LoESCHE : Kongoland» — Schutt : Reise im sUdvoestlichen 
Becken des Congo. — Stanlbt : Cinq années au Congo, — * 
Thomson : To the Central Afrihan Lakes and bock again. 

— L. Vande Vblde : La région du bas Coi^o et du Kvoilou- 
Niadi, — Id. : Le bas Congo, Lettres inédites (Congo Illus- 
tré, 1892). 



CHAPITRE IV. 

LA CONFÉRENCE DE BERIIN 

ET LA PROCLAMATION 

DE l'état indépendant DU CONGO. 

Comme on l'a vu dans le chapitre précédent, dès 
les débuts de l'entreprise, le plan général de la con- 
quête du bassin du Congo par le Comité de Bruxelles 
avait été nettement arrêté : il fut exécuté avec un 
esprit de suite et une promptitude remarquables. 
Déjà, en Europe, le but politique poursuivi au Congo 
par le roi des Belges n'était plus un secret pour les 
puissances : les négociations diplomatiques avaient 
marché de pair avec les prises de possession et l'occu- 
pation effective. La reconnaissance de la souveraineté 
de l'Association par le gouvernement des Etats-Unis 
d'Amérique, le 22 avril 1884, fut le premier succès 
sur ce terrain difficile. 

Avec la France, qui avait épousé les projets cachés 
de M. de Brazza, et avec le Portugal, qui n'aban- 
donnait aucune de ses prétentions historiques, les 
relations restaient tendues. A un moment même, un 
traité habilement obtenu de l'Angleterre par la diplo- 
matie portugaise faillit tout compromettre (26 fé- 
vrier 1884) : en échange de certains privilèges écono- 
miques, l'Angleterre reconnaissait la souveraineté du 
Portugal sur le littoral et sur les deux rives du bas 
Congo jusqu'à Noki. C'était priver les territoires de 



LA CONFÉRENCE DE BERLIiN 20 

rAssociation de toute communication avec TOcéan 
par Testuaire du Congo, bien plus, de toute issue sur 
rOcéan, puisque, de son côté, M, de Brazza élevait des 
prétentions sur le bassin du Kwilu. 

Devant ce péril qui, s'il n'était rapidement conjuré, 
pouvait ruiner tous ses projets, l'Association, aban- 
donnée par l'Angleterre, se tourna vers la France, sa voi- 
sine en Afrique, et l'accord du 23 avril 1884 fut conclu; 
le gouvernement de la République s'engagea à res- 
pecter les stations et territoires libres de l'Association 
et à ne pas mettre obstacle à l'exercice de ses droits; 
l'Association, de son côté, déclara qu'elle ne céderait 
à quiconque ses possessions, et que si, par des 
circonstances imprévues, elle était amenée, un jour, 
à les réaliser, elle s'engageait à donner à la France 
un droit de préférence (*). 

En même temps, les chambres de commerce de 
Londres, Rotterdam et Hambourg, s'élevèrent contre 
le traité. Mais rien n'y faisait ; celui-ci semblait devoir 
être bientôt ratifié par le Parlement anglais, et à 
Lisbonne M. Lucien Cordeiro déposa aux Cortès un 
projet de loi créant la province portugaise du CortgOy 
ayant pour chefs-lieux de districts Cabinda, Landana, 
Banana, Boma et Noki. C'est à ce moment qu'intervint, 
en protecteur, l'illustre homme d'Etat qui, à cette 
heure, présidait aux destinées de l'Europe. Le prince 
de Bismarck se déclara le champion de l'œuvre ori- 
ginale du roi des Belges. Au mois d'avril, en même 
temps qu'il transmettait à Lisbonne et à Londres les 
protestations de son gouvernement contre le traité du 
26 février, il s'adressait à la Franco pour l'inviter à se 

Q) Le gouvernement de la République a admis, depuis, que le 
droit de préférence accordé à la France ne pouvait être opposé à la 
Belgique. {Convention du 5 février 4895.) 



30 liiSTORIQUE 

joindre à lui, afin de régler par'un accord général 
la question africaine. Puis, le 23 juin, à la séance 
de la commission du budget du Ueichstag, il an- 
nonça ouvertement que les entreprises des Belges au 
Congo avaient pour but la fondation d'un Etat indé- 
pendant et que le gouvernement impérial était favo- 
rable à ce projet. Trois jours après, à la Chambre des 
communes, le chef du Foreign Office dénonçait le 
traité portugais. Le péril, l'un des plus grands qu'ait 
couru à ses débuts l'œuvre congolaise, était conjuré. 
Les ouvertures que le prince de Bismarck avait 
faites à la France ayant été sympathiquement accueil- 
lies à Paris, et ayant rallié successivement les 
puissances, le gouvernement inipérial d'Allemagne 
reconnut officiellement, le 3 novembre 1884, l'Asso- 
sociation internationale comme puissance souveraine, 
et invita les représentants des puissances à se réunir 
à Berlin, dans le but de rechercher et d'établir une 
entente internationale sur les principes suivants : 

i*^ Liberté du commerce dans le bassin et les embou- 
chures du Congo; 

2* Application au Congo et au Niger des principes 
de la liberté de la navigation; 

3<> Définition des formalités à observer pour que des 
occupations nouvelles sur les edtes d'Afrique soient consi- 
dérées comme effectives. 

Comme on le voit, il n'est pas fait mention dans cet 
ordre du jour, qui fut celui de la Conférence, des dif- 
ficultés politiques en litige. Bien qu'il existât une 
étroite corrélation entre la législation économique 
établie par la Conférence et la pensée politique qui 
l'avait provoquée, les questions de territoires furent 
laissées en dehors des délibérations de la haute 
assemblée. 



LÀ CONFÉRENCE IXK BERLIN 31 

La Conférence fut inaugurée, le 15 novembre, sous 
la présidence du prince de Bismarck. Quatorze puis- 
sances y étaient représentées : TAllemagne, TAutriche- 
Hongrie, la Belgique, le Danemark, l'Espagne, les 
États-Unis, la France, la Grande-Bretagne, Tltalie, les 
Pays-Bas, le Portugal, la Russie, la Suède et la Nor- 
vège et la Turquie. Chacune d'elles avait un ou deux 
plénipotentiaires. Chaque mission avait, en outre, ses 
conseillers techniques, j)armi lesquels, pour les Etats- 
Unis, M. Stanley; pour la Belgique, M. Emile Ban- 
ning; pour l'Allemagne, M. Woermann; pour l'Es- 
pagne, M. Francisco Coello; pour les Pays-Bas, M. de 
Bloeme; pour la France, M. le D^Ballay; pour la 
Grande-Bretagne, sir Travers Twiss; pour le Por- 
tugal, M. Lucien Cordeiro. M. le baron de Courcel, 
représentant de la France, et M. le baron Lamber- 
njont, représentant de la Belgique, furent, dans la pre- 
mière séance, désignés respectivement comme prési- 
dent et rapporteur de la section centrale dans les 
travaux de laquelle M. Emile Banning joua, d'une 
manière occulte, un rôle capital. 

Les 4élibérations de la Conférence se prolongèrent 
pendant trois mois. Ses résolutions sont consignées 
dans un document connu sous le nom d'Acte général 
(le Berlin, et qui constitue un traité en sept chapitres 
■et trente-huit articles. Les dix protocoles et les cinq 
rapports qui l'accompagnent en constituent un 
commentaire explicite et authentique. En voici une 
analyse succincte : 

Acte général de Berlin. 

Chapitre I. Déclaration relative à la liberté du 
commerce» — Après avoir conventionnellement déli- 



32 HISTORIQUE 

mité le bassin du Congo, le premier chapitre consacre 
le principe de la liberté commerciale, entendu dans 
son sens le plus absolu. Il ne pourra être concédé ni 
monopole, ni privilège d'aucune espièce en matière 
commerciale. Il ne sera perçu, d*ici à vingt ans, aucun 
droit d'entrée. Les étrangers jouiront du même trai- 
tement que les nationaux. La liberté d'établissement 
et de conscience, la tolérance religieuse sont garan- 
ties pour tous. Les populations indigènes seront 
protégées et il sera veillé à l'amélioration de leurs 
conditions morales et matérielles. 

Chapitre 11. Déclaration concernant la traite des 
esclaves. — Ce chapitre édicté des mesures spéciales 
pour combattre sur terre comme sur mer la traite 
des nègres. La tenue des marchés d'esclaves et le 
transport des esclaves sont interdits. 

Chapitre IIÏ. Déclaration relative à la neutra- 
lité du bassin du Congo. — Les puissances exerçant 
un droit de souveraineté ou de protectorat ont la 
faculté de se proclamer neutres, sous certaines condi- 
tions. En cas de dissentiment surgissant au sujet ou 
dans les limites du bassin du Congo, les puissances 
signataires s'engagent, avant d'en appeler aux armes, 
à la médiation ou à l'arbitrage. 

Chapitre IV. Acte de navigation du Congo. — La 
navigation du Congo et de ses alïluents est libre. La 
route, le chemin de fer ou le canal tenant lieu d'une 
section obstruée du cours du fleuve est assimilé au 
fleuve même. Aucun péage maritime ou fluvial ne 
peut être établi. La navigation du Congo demeurera 
libre, même en temps de guerre, pour les bâtiments 
de toutes nations tant belligérantes ou autres, et la 
propriété privée demeure insaisissable, même sous 
pavillon ennemi, sur toutes les eaux régies par l'acte 



/ 



LA CONFÉRENCE DE BERLIN 33 

de navigation du Congo. Une commission internatio- 
nale est spécialement chargée de surveiller l'applica- 
tion de la liberté de navigation et de transit. 

Chapitre V. Acte de navigation du Niger. — La 
liberté de navigation sur ce fleuve est établie dans des 
conditions identiques à celles admises pour le Congo, 
sauf que Tadministration du fleuve est réservée exclu- 
sivement aux puissances riveraines agissant séparé- 
ment. 

Chapitre YI. Déclaration relative aux conditions 
à remplir pour les occupations territoriales sur les 
côtes d'Afrique. — Toute prise de possession sur les 
côtes d'Afrique devra être notifiée et ne sera valable 
qu'à la condition d'être elTective, 

Chapitre VÏI. Dispositions générales. — Les puis- 
sances signataires se réservent d'introduire dans cet 
acte les modifications reconnues utiles. D'autres puis- 
sances peuvent y adhérer; leur adhésion entraîne 
pour elles les mêmes obligations et les mêmes avan- 
tages que pour les autres signataires. 

Tandis qu'à Berlin les diplomates délibéraient et 
faisaient œuvre collective, les fondés de pouvoirs de 
l'Association du Congo — et plus particulièrement 
MM. Strauch, Pirmcz et Couvreur — poursuivaient 
les négociations en vue de la reconnaissance de 
l'Association et de la délimitation de ses frontières. 
Celle-ci fut successivement reconnue comme puis- 
sance souveraine par la Grande-Bretagne, le 14 dé- 
cembre 1884; par l'Italie, le 19; par l'Autriche-Hon- 
grie, le 24; par les Pays-Bas, le 27; par l'Espagne, 
le 7 janvier 1885; par la Russie et la France, le 
5 février; par la Suède et la Norvège, le 10; par le 
Portugal, le 14; par le Danemark et la Belgique, 

2 



34 - HISTORIQUE 

le 23. Les négociations avec la France et avec le 
Portugal furent particulièrement laborieuses et diffi- 
ciles. Le résultat final fut un compromis qui concilia, 
sur des bases satisfaisantes, les intérêts des trois 
parties. La cession à la France du bassin du Kwilu, 
si vaillamment conquis, fut un sacrifice pour l'Asso- 
ciation, mais celle-ci restait maîtresse de la rive 
droite du bas fleuve avec les deux ports principaux : 
Banana et Borna, rattachant ainsi à la mer son 
immense territoire intérieur, et elle acquérait, en 
outre, au nord de la rive droite, entre Manyanga et 
l'océan, une province d'une superficie équivalente à 
celle de la Belgique. 

Le 23 février 1885 fut une journée historique, la 
véritable journée de la fondation de l'Etat du Congo. 
Dans la séance de ce jour, la Conférence reçut 
notification, de la part de M. le colonel Strauch, prési- 
dent de l'Association internationale du Congo, de la 
reconnaissance de celle-ci, comme Etat souverain, par 
toutes les puissances représentées à Berlin, en môme 
temps que son adhésion à l'Acte général de la Con- 
férence. Alors, tour à tour, chacun des membres de 
la haute assemblée se leva pour saluer de ses vœux 
le nouvel Etat, qui venait d'entrer publiquement dans 
le concert des nations, et rendre un solennel 
hommage à son fondateur. 

Trois jours après, en clôturant les travaux de la 
Conférence, le prince de Bismarck prononça ces 
paroles significatives, les dernières qui furent dîtes 
avant la signature : (c Le nouvel Etat du Congo est 
appelé à devenir un des principaux gardiens de F œuvre 
que nous avons en vue; je fais des vœux pour son déve- 
loppement prospère et pour l'accomplissement des nobles 
aspirations de son illustre fondateur. » 



LA PROCLAMATION DE l'ÉTAT DU CONGO 35 

Le but proposé par le « Comité d'études du Congo » 
et pourçuîvi par Y a Association du Congo » était 
donc atteint. Longtemps on avait cru que l'œuvre 
était au-dessus des forces et de la puissance de ses 
artisans; qu'elle était même trop grande et trop vaste 
pour réussir. Grâce à son caractère élevé, aux efforts 
accomplis, aux sacrifices et aux dévouements à l'aide 
desquels elle avait été conduite, il n'avait néanmoins 
fallu que cinq années pour la faire triompher de tous 
les obstacles, et la faire entrer, dans des conditions 
exceptionnellement flatteuses, dans le droit public 
de rÈurope. 

Il n'est pas douteux que le pays le plus surpris du 
résultat de la Conférence de Berlin fut la Belgique. 
Il y avait longtemps qu'elle ne s'intéressait plus aux 
entreprises lointaines et hardies ; de plus, les événe- 
ments s'étaient si rapidement succédé, que la 
lumière n'avait pas encore eu le temps de s'y faire sur 
cette question du Congo. Il y eut bien à cette occasion, 
en l'honneur du Roi, toute une série de manifesta- 
tions de la part des conseils communaux et des associa- 
tions commerciales, industrielles et maritimes, mais 
l'opinion publique demeurait assez indiff*érente et 
incrédule. Aussi ce fut avec un étonnement croissant 
que l'on apprit que le Roi s'apprêtait à devenir le 
Souverain du nouvel État, et que, poursuivant son 
œuvre grandiose, il allait solliciter dans ce but, con- 
formément aux prescriptions de l'article 62 de la 
Constitution belge, l'assentiment de la Législature. 
En effet, par une lettre en date du IS avril 1885, 
Léopold II priait ses ministres de demander au 
Parlement l'autorisation qui lui était nécessaire. 
Elle lui fut accordée le 28, par la Chambre, et le 30, 
par le Sénat. 



36 HISTORIQUE 

A la suite de ce double vote, le Roi notifia, le 
i^^ août et à des dates ultérieures, aux chefs des gou- 
vernements représentés à Berlin, la fondation de 
l'État et son propre avènement au trône. Voici le texte 
de ce document, qui constitue, en réalité, l'acte de 
naissance de « l'Etat indépendant du Congo ». Il est 
le premier où l'on trouve le titre définitif de la nou- 
velle puissance africaine et celui adopté par son 
chef: 

Le gouvernement de Votre Majesté a bien voulu 
reconnaître le pavillon de TÂssociation internationale 
du Congo comme celui d*un État ami. 

Lors de la signature de l'Acte général de la Confé- 
rence de Berlin, le président et les membres de cette 
haute assemblée ont, en recevant l'adhésion de TAsso- 
ciation à Tœuvre de la Conférence, manifesté leurs 
sympathies pour son entreprise. Aujourd'hui que la 
position de l'Association est fixée au point de vue 
international, que sa constitution territoriale est éta- 
blie et que sa mission a reçu de précieux encourage- 
ments, je suis en mesure de porter à la connaissance 
de Votre Majesté et de son Gouvernement, que les 
possessions de lAssociation internationale du Congo 
formeront désormais VÊtat indépendant du Congo. 
J'ai en même temps l'honneur d'informer Votre 
Majesté et son Gouvernement qu'autorisé par les 
Chambres législatives belges à devenir le chef du 
nouvel État, j*ai pris, d'accord avec. l'Association, 
le titre de Souverain de l'État indépendant du Congo. 
L'union entre la Belgique et cet État sera exclusive- 
ment personnelle. 

Le nouvel État, j'en ai la ferme conGancc, répondra 
à l'attente des puissances qui ont, en quelque sorte, 
salué à l'avance son entrée dans la famille des 
nations. 



LA PROCLAMATION DE l'ÉTAT DU CONGO 37 

J'ai la ferme confiance que le nouvel État saura se 
montrer digne de la bienveillance de toutes les puis- 
sances ; je m'efforcerai de le guider dans cette voie et 
j*ose espérer que Votre Majesté et son Gouvernement 
voudront bien faciliter ma tâche en faisant un favo- 
rable accueil à la présente notification. 

Je suis avec empressement, etc. 

LÉOPOLD. 

Le 1^"^ août, M. Van Eetvelde, nommé administra- 
teur des affaires étrangères, portait, en outre, à la con- 
naissance des ministres des affaires étrangères des 
puissances représentées à la Conférence, que TEtat 
indépendant du Congo « se déclarait perpétuellement 
neutre, réclamait les avantages garantis par F Acte 
général, en même temps qu'il assumait les devoirs que 
la neutralité comporte ». Ce document complète la 
notification royale en définissant, en outre, les limites 
de l'État, conformément aux traités successivement 
conclus par l'Association avec l'Allemagne, l'Angle- 
terre, la France et le Portugal. 

Déjà depuis le i^^ juillet, sir Francis de Winton, 
qui avait succédé à Stanley, avait fait connaître par 
lettre, aux chefs des missions et des maisons de 
commerce, la fondation de l'Etat, et le 19, à Banana, 
dans une cérémonie publique, il avait proclamé sa 
constitution sous la. souveraineté du roi Léopold de 
Belgique. 

Le 29 septembre, M. Camille Janssen s'embarquait 
pour le Congo, avec le titre d'administrateur général, 
et au début de l'année suivante, le siège de l'admi- 
nistration locale, établi jusqu'alors àVivi, était trans- 
féré à Boma. 

Bibliographie : Banning : La Conférence africaine de 



^ 



38 HISTORJQUE 

Berlin et VA. /. C. — Idem : Le partage polUique de 
r Afrique. — Oppblt : Léopold II, roi des Belges, chef de 
VÊtaJt indépendant du Congo. 

Acte et Protocoles de la Conférence ^e Berlin. 






CHAPITRE V. 

LES DÉCOL'VERTES GÉOGRAPHIQUES DANS LE BASSIN CENTRAL, 

ET LES PROGRÈS DE L'oCCUPATION, 

DE 1885 A 1890. 

Au moment de la réunion de la Conférence de 
Berlin, les agents de l'Association internationale du 
Congo n'avaient encore fait que compléter plus ou 
moins les découvertes de Stanley,le long delabranche 
maîtresse du fleuve, depuis Vivijussqu'aux Falls. Avec 
l'année 1885 s'ouvre l'ère de ces explorations sensa- 
tionnelles qui vont, pendant dix ans, faire l'étonne- 
ment et l'admiration du monde scientifique. 

Leurs magnifiques découvertes sont dues à un eflbrt 
international ; la plupart des nations sont, en effet, 
représentées dans le groupe des explorateurs à qui 
l'on doit la reconnaissance des vastes territoires de 



l'Etat du Congo. La place nous manque pour détailler 
tant d'activité et de succès : nous devons nous borner 
à une énumération chronologique des principales 
expéditions, dçs découvertes les plus marquantes et 
des noms de ceux qui ont apporté les contributions 
les plus notables à nos connaissances géograpliiqiies. 

L'année 1885 enregistre trois explorations capitales, 
fertiles en découvertes géographiques, celles de 
Grenfell, de Capello et Ivens, deWissmann. 

Le voyage que le rév. Georges Grejifell, mission- 
naire protestant anglais établi à Léopoldville, entre- 
prit à bord du steamer Peace, durant les années 1884 



42 HisToaiaus 

américain s'efforçait, à la bouche du Congo, d'ouvrir 
à la civilisation un nouveau et vaste champ d'action, 
le Soudan, à la voiK d'un fanatique, se fermait à 
l'influence de l'Europe, En effet, en 1880, au moment 
même où la première expédition du «Comité d'études 
du haut Congo » s'installait à Viyi, un derviche du 
nom de Mohamed-Ahmed, originaire de Dongola sur 
le Nil, commençait à agiter le pays autour de Khar- 
toum, se faisant passer pour un Sauveur investi d'une 
mission providentielle. Au mois de mai de l'année 
suivante, jugeant que l'heure était propice pour la 
réalisation de ses projets ambitieux, il se proclama 
ouvertement Mahdi. Son prestige allant en gran- 
dissant; il disposa bientôt d'une armée considérable, 
et défit les expéditions envoyées du Caire et de 
Souakin pour le réduire. En face de ce prophète 
triomphant et de son lieutenant Osman Digma, appa- 
rurent successivement Hicks-Pacha, Baker-Pacha, le 
général Graham et l'amiral Hewet; puis Gordon, le 
héros sans peur et sans reproche; enfin, une véri- 
table armée anglaise, sous les ordres du meilleur 
général de la Grande-Bretagne, lord Wolseley. Pen- 
dant plus de trois ans (1881-84), ce fut, sur le Nil, 
une suite de luttes terribles, de sanglants mais inu- 
tiles combats, dont les conséquences finales, au point 
de vue de l'influence de l'Europe et de la civilisation, 
furent désastreuses : Baker battu, Gordon tué, Khar- 
toum pris, Lupton et Slatin prisonniers, Wolseley 
en retraite, le Soudan d'Egypte retomba dans la bar- 
barie. 

Seuls, à Wadelai, trois hommes : Emin-Pacha, le 
D*^ Junker et le capitaine Casali, avec quelques soldats 
restés fidèles, avaient réussi à se maintenir debout 
au milieu de la débâcle. Junker, se dévouant, résolut 



LES DÉCOUVERTES GÉOGRAPUIQUES DE I880 A 1890 41 

cinquante jours. Quelques mois plus tard, Ludwig 
Wolf, à bord de VEn Avant y revenait sur ses pas iH)ur 
reconnaître le Sankuru, dont Texpédition Wissmann 
avait, en passant, observé la bouche, et il remontait 
la. rivière jusqu'aux chutes qui portent son nom 
(janvier-mars 1886). La nouvelle de la navigabilité 
du Kasaï, du Sankuru et du Lubefu fit sensation; 
une nouvelle voie de pénétration large et profonde, 
accessible aux steamers duStanley-Pool, et qui menait 
à quelques journées de marche du Manyema, était 
révélée. 

Les travaux du D** Oscar Lenz, qui effectua la 
traversée du continent par le Congo et le Zambèze, de 
Banana à Quelimane (septembre 1885-janvier 1887); 
de son adjoint, le D** Oscar Baumann, auquel on est 
redevable du premier levé du fleuve, du Stanley-Pool 
aux Stanley-Falls; de la mission française de délimi- 
tation, dirigée par le capitaine Bouvier; les explora- 
tions du Kwango par les D" Buttner et Wolf, et de 
la Lukenye par les lieutenants Kund et Tappenbeck ; 
les traversées de l'Afrique par le lieutenant suédois 
Gleerup, de Banana à Bagamoyo (septembre 1883- 
juin 1886), et du lieutenant Wissmann, de Banana à 
Quelimane (janvier 1886-août 1887), complètent le 
bilan de cette période 1885-86, si active et si féconde. 

L'année 1887 présente un tableau non moins mou- 
vementé, non moins brillant : à aucun moment du 
siècle, la curiosité et l'enthousiasme géographiques 
n'ont été plus grands. 

Le 18 mars arrivait à Banana l'expédition envoyée 
d'Angleterre au secours d'Emin-Pacha, bloqué sur le 
haut Nil. Stanley la dirigeait. Coïncidence curieuse : 
tandis que, sept années auparavant, l'explorateur 



44 HISTORIQUE 

reporter américain. La nouvelle traversée du continent 
qu'il accomplit en cette circonstance est la douzième 
de la liste (mars 1887-décembre 1889). Précisément 
à la même époque, le capitaine Trivier, que Ton s'est 
plu parfois à appeler « 1 heureux rival de Stanley », . 
réalisait la onzième, de Loango à Quelimane, par un 
voyage sans aucun relief ni résultat scientifique 
(décembre 1888-décembre 1889). 

Jusqu'en 1887, l'honneur de l'exploration du bassin 
du Congo avait appartenu presque exclusivement à 
des Allemands, des Anglais, des Portugais, des 
Français, des Autrichiens. Bien que les Belges y 
fussent arrivés depuis six années déjà, se consacrant 
courageusement à l'œuvre de l'occupation et de 
l'administration du pays, aucun d'eux n'avait encore 
attaché son nom à une entreprise scientifique de 
quelque importance. A partir de cette année, ils 
allaient se signaler, à leur tour, sur ce terrain 
et, de plus, l'initiative privée allait se faire jour 
parallèlement à l'action gouvernementale. 

Les premiers noms à signaler sont ceux des 
capitaines Thys et Cambier, de MM. Delcommune 
et Edouard Dupont, et du capitaine Van Gèle. 

La Compagnie du Congo pour le commerce et 
Undustrie^ qui se constitua à Bruxelles, le 27 dé- 
cembre 1886, manifesta immédiatement l'activité 
dont elle et^ses filiales ne devaient plus cesser de 
faire preuve, en organisant deux expéditions de 
reconnaissance et d'études : la première, sous la 
direction du capitaine Cambier, entreprit la levée de 
la région des cataractes que devait traverser le chemin 
de fer projeté; la deuxième, sous les ordres de 
M. Alex. Delcommune, devait faire la reconnaissance 



LES DÉCOUVERTES GÉOGRAPHIQUES DE 1885 A 1890 45 

commerciale du bassin du haut Congo. Enfin, le 
capitaine Thys partit également, afin d*y prendre la 
direction supérieure des deux entreprises. 

Le capitaine Thys revint le premier en Belgique, 
en février 1888. Il avait visité le bas Congo, séjourné 
dans la région des chutes, remonté le haut Congo 
jusqu'à Bangala et le Kasaï jusqu'à Luebo. Puis les 
ingénieurs qui avaient accompagné le capitaine Cam- 
bîer rapportèrent des données précises sur la région 
située au sud de la route des caravanes, de Matadi 
au Stanley-Pool, préludant ainsi à une entreprise 
plus considérable et de la plus haute importance au 
point de vue de l'avenir de l'État. 

M. A. Del commune, qui avait reçu la mission de 
reconnaître la valeur économique du haut Congo, 
rentra le dernier. Après avoir transporté au Pool le 
steamer le Roi des Belges, il avait commencé, le 
27 mars 1888, l'exploration du fleuve et de ses prin- 
cipaux tributaires, visité le lac Léopold II, la Lukenye, 
le Kasaï et le Sankuru; il était ensuite allé aux 
Stanley-Falls, s'était engagé dans le Lomami, qu'il 
avait remonté jusqu'à Bena-Kamba, révélant une 
nouvelle route fluviale, plus courte que celle du San- 
kuru, pour atteindre Nyangwe et le Manyema. En 
revenant, il avait pénétré dans TAruwimi, la Lulonga, 
le Ruki, le lac Tumba, et finalement dans le Kwango 
et son affluent principal, la Djuma (mars 1889). 

A la même époque (juillet -décembre 1887), 
M. Dupont, directeur du Musée d'histoire natu- 
relle de Belgique, parcourut la région des chutes, 
qu'il explora, au point de vue géologique, jusqu'à 
Kwamouth. 

L'Ubangi, qu'Alex. Delcommune avait laissé en 



46 HISTOKiaUE 

dehors de ses explorations, devint le théâtre des 
investigations du capitaine Van Gèle. Reprenant la 
reconnaissance de la rivière au point où l'avait laissée 
Grenfell, c'est-à-dire à la passe de Zongo, il s'aventura 
au delà, en compagnie du lieutenant Liénart (octo- 
bre 1887). Mais, un accident étant survenu à son stea- 
mer VEn Avant ji\ fut forcé d'interrompre son voyage. 
L'année suivante le retrouva franchissant les rapides 
de Zongo avec deux bateaux, accompagné cette fois 
des lieutenants Georges Le Marinel, Hanolet et De 
Rechter (juin 1889). 11 fonda les postes de Zongo, 
Banzyville et Yakoma ; plaça sous la souveraineté de 
l'État le territoire de Bangasso, sultan des Sakara; 
remonta le Bomu, le Bili, et finalement l'Uele, 
transformant ainsi définitivement en vérité géogra- 
phique l'hypothèse formulée, dès 188S, dans le Mou- 
ventent géographique^ par l'auteur de ce livre, et 
d'après laquelle l'Uele du D*" Schweinfurth devait être 
le cours supérieur de l'Ubangi de Grenfell (octobre- 
décembre 1890). 

En 1890 eurent lieu, dans le bassin de l'Uele, les 
explorations du capitaine Roget, dont les itinéraires 
relient ceux deJunkerà ceux de M. Van Gèle; dans 
les districts de l'ouest, la marche de M. Dhanis 
à travers les chutes et le bassin du Kwango moyen; 
dans le centre, les reconnaissances de M. Hodister, 
qui remonta la Mongala et ses affluents, faisant entre- 
voir l'importance de cette rivière dont, deux ans 
plus tard, M. Schagestrôm devait traverser le bassin, 
de Banzyville à Mobeka; enfin, dans le bassin du 
Luapula, autour des lacs Bangwelo et Moero, les 
pointes poussées par deux voyageurs anglais, Sharpe 
et Thomson. 

C'est de 1890 que datent également les travaux géo- 



LES DÉCOUVERTES GÉOGRAPHIQUES DE 1888 A 1890 47 

désiques du capitaine Delporte, envoyé au Congo par 
le gouvernement belge. Malheureusement, la maladie 
ne permit pas à ce savant officier de pousser sa lâche 
aussi loin qu'il l'avait espéré. On lui doit, néanmoins, 
toute une série d'observations qui ont permis de 
dresser, sur des bases précises, le cours du fleuve 
depuis Banana jusqu'aux Stanley-Falls. 

Ainsi, le bassin du Congo voyait, d'année en 
année, diminuer les vastes blancs de sa carte. Grâce aux 
steamers, les tributaires principaux du fleuve avaient 
été rapidement reconnus jusqu'au terminus de leur 
navigabilité. Plusieurs des stations créées le long de 
leurs rives étaient, en outre, reliées par des routes 
terrestres. A la fin de l'année 1890, un réseau d'itiné- 
raires et de postes couvrait la carte des zones mari- 
time et centrale du bassin, témoignant de la fièvre de 
la découverte, en même temps que des progrès de 
l'occupation méthodique du pays. 

Mais les districts des confins restaient à explorer et 
à occuper. Vers le nord, les agents de l'Etat n'avaient 
guère dépassé le cours de l'Uele et de l'Aruwimi ; au 
sud, la région où coulent parallèlement les rivières 
qui viennent déboucher à la rive droite du Kwango et 
à la rive gauche du Kasaï avait à peine été entamée; 
à l'est, les points extrêmes atteints étaient les centres 
occupés par les Arabes, sur le Lualaba, depuis les 
Stanley-Falls jusqu'à Nyangwe et Kasongo; enfin, 
toute la région du sud-est, c'est-à-dire l'Urua, le 
Katanga, ainsi que la rive occidentale du Tanganika, 
n'avait encore été l'objet, de la part de l'Etat, d'aucune 
tentative d'exploration. De ce côté, la station la plus 
lointaine était Lusambo, créée, en avril 1890, par 
M. Paul Le Marinel, un peu après la fondation du 



48 HISTORIQUE 

camp de Basokx) par M. Dhanis (février 1889) et de 
celui de Djabbîr par M. Roget (février 1890). 

Ces bases d'opérations établies et outillées, et leurs 
communications avec les postes d'aval solidement 
organisées, de nouvelles expéditions allaient pouvoir 
se diriger vers les confins inconnus. Mais, avant d'en 
exposer les péripéties ainsi que les progrès que, sous 
tous les rapports, elles firent réaliser à la science, il 
convient de dire un mot d'une autre poussée, partie, 
elle, de la côte orientale : nous voulons parler de 
l'envahissement graduel des régions de l'est par les 
bandes dévastatrices à la solde des marchands arabes 
de Zanzibar. 

. Tandis que les Européens du xix^ siècle, guidés 
dans leur conquête par l'idée humanitaire, remontaient 
le Congo et ses affluents, les Arabes, mus par un 
exclusif esprit de lucre, atteignaient le Tanganika et 
bientôt après Nyangwe et les Falls. Razzieurs d'ivoire, 
ils étaient aussi marchands d'hommes. Ils conti- 
nuaient les odieuses pratiques de cette traite des 
nègres, plaie hideuse que, durant trois siècles, 
l'Europe, inhumainement insensible, avait elle-même 
fait abondamment saigner, mais devant laquelle 
maintenant sa conscience se révoltait. 

Bibliographie : Bateman : The first ascent of the Kassaï. 
— BoTTNKR : Reise durch dos Congoland. — Baumann : 
Lurch Massailand sur Nilquelle, — Carvalho : Expediçao 
portugueza ao Muatianvua, — Gasati : Dix années en Equa- 
torie, — Chavannes : Reise ûnd For&chungen im aîten und 
neuen Kongo Staate. — Coquilhat : Sur le Haut Congo, — 
Delportb et Gillis : Observations astronomiques et magné- 
tiques exécutées sur le territoire de l'État indépendant du 
Congo, — Dupont : Lettres sur le Congo, — Emin- Pacha : 
Eene Sammlung van Reisenbriefen und Berichten. — v. Fran- 
çois : Die Erforschung des Tschapa und Lulongo, — Glave ; 
Six years of adventure in Congoland, — Hore : Tanga- 



LES DÉCOUVERTES GÉOGRAPHIQUES DE 1880 A 1890 49 

niha, Elete^i years in Central Africa. — D* Jonker : Reisen 
in Afrika. — D' Lenz : Oesterreichische Kongo Exp. 
Briefe {Bulletin de la Société de géographie de Vienne, 1885- 
1887), — MoLLER, Pagbls et Glberup : Tre àr i Congo. — 
MouNTBNEY Jephson : Emin-Pocha et la rébellion de T Equa- 
teur, — Stanley : Dans les ténèbres de f Afrique, — Ward : 
Five years amongs the Congo cannibals, — A-J. Wauters : 
Stanley au secours d' Emin-Pacha, — Wissmann, Wolf, von 
François et Mueller : Im Innem Afrihas, 



CHAPITRE VI. 

LA TRAITE DES NÈGRES 

LA CONFÉRENCE ANTIESCLAVA€ISTE DE BRUXELLES 

LES ARABES. ET LA CAMPAGNE. DU MANYEMA. 

• Lorsque les Portugais se furent établis sur diffé- 
rents points de la côte d'Afrique et qu'en même 
temps les Espagnols, puis les Portugais, les Anglais 
et les Français eurent besoin de bras pour l'exploita- 
tion des plantations qu'ils venaient de créer en 
Amérique, on imagina la pratique odieuse de la 
chasse, de la capture, de l'exportation et de la vente 
des nègres, et le littoral africain ainsi qu'une partie- 
du centre du continent furent mis en coupe réglée 
pour les besoins des colonies du nouveau monde. 

Pendant plus de trois siècles, ce dépeuplement de 
l'Afrique au profit de l'Amérique fut officiellement or- 
ganisé par les gouvernements européens qui passaient 
des contrats (asiento) avec des compagnies privées 
pour fournir d'esclaves leurs colonies lointaines. 
Le premier de ces contrats fut consenti en 1517 par 
Charles-Quint, qui, paraît-il, l'octroya à l'im de ses 
compatriotes des Flandres. Si le fait est vrai, la 
Belgique, il faut le reconnaître, ne saurait trop faire 
pour la race noire, en expiation de l'initiative commer- 
ciale que manifestèrent ses enfants lors de l'organisa- 
tion du hideux trafic! Mais nos ancêtres furent, en 
somme, plus ou moins excusables, puisque les 
meilleurs esprits du temps demeuraient indifférents ; 



LV TRAITE DES NËCRES 51 

que la conscience publique restait apathique; 
qu'aucun cri de réprobation ne se faisait entendre ; 
que les gouvernants eux-mêmes patronnaient l'énorme 
forfait, que les puissances les plus civilisées repro- 
duisaient, dans leurs conventions officielles, les clauses 
cyniques qui faisaient de leurs gouvernements les as- 
sociés bénéficiaires des négriers, et cela sans l'ombre 
d'un scrupule ni d'un remords. 

Ce que les colonies espagnoles et portugaises ont 
ainsi dévoré de vies nègres tient, à certains moments, 
du cauchemar et l'on s'explique pourquoi certaines 
régions voisines de l'Océan ou facilement accessibles 
sont aujourd'hui encore dépeuplées. 

Le bas Congo, notamment, a été pendant plus de 
trois siècles transformé en un véritable parc de 
chasse à l'homme. Monteiro évalue l'exportation du 
bas Congo et de l'Angola, pendant les années de 
pleine activité de la traite, à 100,000 personnes par 
an. C'était Saint-Paul de Loanda qui était le grand 
port d'embarquement du a bois d'ébène » récolté 
dans le bassin occidental du fleuve et dans ceux du 
Kwango et du Coanza. Quand le capitaine anglais 
Tuckey pénétra dans le fleuve, en 1816, il n'y trouva 
établis que des négriers. A cette époque, dit-il, 
il s'exportait encore annuellement 2,000 esclaves 
tirés des districts où sont fondés aujourd'hui 
Boma, Vivi, Matadi, Léopoldville. La traite y était 
le fait de métis opérant pour le compte d'Euro- 
péens établis à la côté et dont les agissements crimi- 
nels étaient, le plus souvent, tolérés par les auto- 
rités voisines. En 1839, M. Gabriel, commissaire du 
gouvernement anglais, vit, dans le port de Loanda, 
37 bâtiments négriers qui attendaient leurs cargai- 
sons sous la protection des canons du fort. Ces 



52 HISTORIQUE 

cargaisons provenaient des régions du centre, du 
Bihé, du Lunda, même du lointain Katan^. Encore 
en 1865, Monteiro vit arriver, à Benguela, une cara- 
vane de 3,000 nègres victimes des razzias opérées 
dans les districts du haut Kasaï, et en 1875, Cameron 
rentra en Europe exaspéré du navrant spectacle qu'il 
avait eu presque chaque jour sous les yeux, dans ces 
mêmes régions. 

Quant à Texportalion par mer, elle agonisait, tra- 
quée par les croiseurs anglais. En 1859, ceux-ci 
avaient capturé, dans les parages de l'embouchure 
du Congo, un navire ayant à bord 874 esclaves; 
en 1863, un autre, qui transportait 300 nègres. 
En 1868, un schooner fut encore saisi. Ce fut la der- 
nière capture dans les eaux congolaises : la traite 
maritime y avait vécu. 

La chasse à l'homme ne fut pas moins active sur 
un autre théâtre, celui qui englobe, outre le Bahr-el- 
Gazal, le bassin de l'Uele.Là, la traite s'est introduite 
d'une autre manière, et souvent avec la complicité 
d'un certain nombre de misérables Européens établis 
dans le pays. C'est au commerce de l'ivoire que les 
comptoirs du Bahr-el-Gazal doivent leur existence 
première. 

Chaque année, les gens de Khartoum y envoyaient 
des expéditions armées. Ces expéditions s'installaient 
dans Uv pays, réduisaient les natifs à l'état de vasse- 
lage, et, pour s'assurer des bases d'opérations, y 
établissaient des postes (zériba). Tout le bassin du 
Bahr-el-Ghazal et une partie de celui de l'Uele furent 
parsemés de ces zéribas, portant généralement le nom 
du traitant auquel elles appartenaient, nom sous 
lequel la plupart figurent encore sur les cartes : 
DJur Ghattas, Dem Soliman, Dem Bekir, Ali Kobo, etc. 



LA CONFÉRENCE ÂNTIESCIAVAUSTE DE BRUXELLES 55 

dès 1807, elle proscrivait la traite. Ce ne fut qu'après 
yingt ans de lutte et après sept défaites^ que les pro- 
moteurs et les défenseurs de cette mémorable mesure; 
Wilberforce, Pitt, Smith, Granville, Fox, Burke, 
Romilly et bien d'autres, triomphèrent enfm des 
dernières résistances. Le Congrès de Vienne (1816) et 
celui de Vérone (1822) donnèrent la sanction de l'Eu- 
rope à cet acte décisif et posèrent les bases de son 
application universelle. En 1826, aucune nation chré- 
tienne ne tolérait plus la traite à titre légal. 

Mais c'est surtout depuis la réunion de la Confé- 
rence géographique, tenue à Bruxelles, en 1876, que 
la question de la traite prend une place prépondé- 
rante et sans cesse grandissante, dans les préoccu- 
pations de l'Europe. 

Neuf ans plus tard, la Conférence de Berlin renou- 
velle la proscription du commerce de l'homme et 
proclame l'impérieuse obligation d'y mettre un terme, 
par l'extension de l'influence européenne en Afrique. 
A partir de ce moment, de puissants intérêts poli- 
tiques et moraux viennent coopérer à l'engagement 
pris par les puissances : l'Angleterre, l'Allemagne, 
la France, le Portugal, l'État du Congo, se partagent 
le protectorat politique de l'Afrique, en assument les 
chaînes devant le monde civilisé et, au nom de la 
charité chrétienne, la papauté intervient également. 

Par son encyclique du 5 mai 1888, adressée aux 
évêques du Brésil, Léon XIII se prononce contre le 
trafic de l'homme et réclame sa suppression. Le car- 
dinal Lavigerie, évêque de Carthage, doué des plus 
nobles qualités de l'apôtre, enflamme par sa parole 
pathétique les ardeurs du prosélytisme religieux. 
Des sociétés antiesclavagistes catholiques sont fondées 
et joignent leurs efforts à ceux des sociétés protes- 
tantes. 



56 HISTORIQUE 

Déjà, à ce moment, il était vaguement question, 
en Belgique, d'une nouvelle réunion des puissances, en 
vue d'une action commune. Le gouvernement de la 
Grande-Bretagne se chargea d'en prendre l'initiative 
et proposa Bruxelles pour lieu de réunion. La Con- 
férence, à laquelle prirent part les plénipotentiaires 
de dix-sept puissances, fut inaugurée le 18 novem- 
bre 1889, sous la présidence de M. Lambermont; 
M. Emile Banning était le second délégué belge, 
MM. Van Eetvelde et le conseiller Van Maldeghem 
représentaient l'Etat du Congo. 

L'acte général de la Conférence de Bruxelles est 
divisé en six chapitres qui sont : 

Chapitres I et II : Répression de la traite au lieu 
de capture; III. Répression de la traite sur mer; 
IV. Mesures à prendre aux pays de destruction de la 
traite en Afrique ou au dehors; V. Création d'une 
institution permanente d'information ou de contrôle; 
VI. Réglementation du trafic des spiritueux. 

L'acte a pour annexe une déclaration relative à la 
création de ressources financières en vue de faciliter 
l'exécution des décisions prises par la Conférence. 
Les hésitations de quelques puissances, et particuliè- 
ment des Pays-Bas, à adhérer à ces dernières dispo- 
sitions firent que la ratification de l'acte général de 
la Conférence de Bruxelles ne fut complète que le 
18 mars 1891. Il fut mis en vigueur le 2 avril de 
l'année suivante. 

L'œuvre marque un nouveau progrès; elle constitue, 
en réalité, une législation contre la traite, due à 
l'entente de dix-sept puissances. La rédaction d'un tel 
document de droit international s'imposait, au 
moment où l'Afrique devenait en quelque sorte le 



LA CONFÉRENCE ANTI ESCLAVAGISTE DE BRUXELLES 57 

patrimoine de l'Europe. Grâce à l'organisation des 
croisières, la traite maritime a pour ainsi dire cessé 
à la côte d'Afrique. 

Mais il reste l'Afrique elle-même, l'Afrique immobi- 
lisée dans sa barbarie native. La traite sévit encore 
dans la majeure partie de l'intérieur du continent, 
s'alimentant par les razzias et par les guerres de tribu 
à tribu. L'esclavage, d'ailleurs, est un grand mangeur 
d'hommes, car les esclaves pourvoient aux travaux 
agricoles ou industriels, sentent de matière d'échange, 
fournissent les victimes que réclament les rites 
funéraires, font même office de viande de boucherie. 
La question change donc d'aspect et se présente 
sous un caractère différent. Il ne s'agit plus exclusive- 
ment des agissements d'un trafic honteux, mais d'un 
état social à modifier. 

La civilisation se heurte à des coutumes invétérées, 
à des mœurs barbares, à des lois séculaires. Le 
remède est plus difficile à trouver; il ne comporte 
pas la répression violente, impraticable et, du reste, 
insuffisante. C'est une réforme qu'il s'agit cette fois 
d'introduire. Elle ne saurait être que le fruit d'un 

progrès lent et graduel. 

Nulle part, en Afrique, ces idées pacifiques et 
pratiques n'ont trouvé une application plus rapide 
et plus ample que dans les territoires de l'État du 
Congo. 

C'est à la multiplicité de ses stations, dont la 
chaîne s'étend aujourd'hui depuis l'océan jusqu'aux 
frontières les plus lointaines; c'est à l'organisation 
de la police armée qui les défend et aux moyens de 
communication qui les relient, que l'État doit les 
progrès qu'il a réalisés, en certains endroits, dans la 
diminution des guerres intestines et dans la répres- 



58 HISTORrQUE 

sian du cannibalisme et des sacrifices humains. 
C'est également à la rapidité qu'il a mise à occuper 
effectivement son territoire qu'il doit la victoire 
décisive qu'il a remportée dans sa lutte contre les 
Arabes chasseurs d^esclaves du haut Congo. 

C'est après 1870 que parvinrent en Europe les 
premiers renseignements sur la présence, dans les 
régions orientales du bassin du Congo, d'Arabes tra- 
fiquants d'ivoire et d'esclaves. Livingstone les avait 
rencontrés près des lacs Moero et Bangwelo, puis les 
avait trouvée établis dans le Manyema et à Nyangwe. 
De, son côté, Schweinfurth signalait leurs opérations 
sur le haut Uele. 

Au mois de novembre 1883, Stanley, se rendant 
aux Falls, croisa une de leurs bandes qui avait poussé 
ses incursions jusqu'au confluent du Lomami. Pour 
essayer d'enrayer, par une occupation effective, l'in- 
vasion qui s'annonçait, Stanley établit un poste au 
point terminus de la navigation. Quinze mois plus 
tard, le 26 janvier 188S, le capitaine Van Gèle, arri- 
vant à son tour aux Falls, y trouva Tippo-Tip installé 
depuis six mois à la rive; les deux futurs adversaires, 
l'Européen et l'Arabe, étaient sur le Congo, face à 
face. 

La paix promise par l'Arabe ne dura que dix-huit 
mois : le 28 août 1886, la station, gardée par deux 
Européens, MM. Dubois et Deane, fut attaquée et 
occupée par les hommes de Rachid, neveu de Tippo- 
Tip. 

La question arabe était désormais posée pour l'Etat 
du Congo. 

Déclarer carrément la guerre aux traitants de 
Nyangwe, de Kasongo et du Manyema, il n'y fallait 



LES ARABES DU HAUT CONGO 

pas songer à ce moment; c'eût été courir à une cata- 
strophe certaine. On sait à quel expédient eut recours 
alors le gouvernement de l'État pour conjurer le 
danger, reprendre aux Falls l'autorité qui lui était 
nécessaire et organiser des bases sérieuses de défense, 
en vue d'une campagne prochaine, probable, disons 
inévitable. Tippo-Tip, qui était resté étranger à 
l'attaque des Falls ordonnée en son absence par son 
neveu Rachid, fut, en février 1887, rencontré à Zan- 
zibar par Stanley, qui reçut l'expression des regrets 
du vieux chef arabe. Celui-ci fut nommé vali des 
Falls, au service de l'État, et ramené, par la voie du 
Congo, à son poste, où, le 17 juin suivant, il releva le 
drapeau bleu. Un an plus tard, la station des Falls 
était pacifiquement réoccupée par la force armée, sous 
le commandement des capitaines Van Gèle et Van 
Kerckhoven (IS juin 1888). 

.On a beaucoup discuté cette nomination; à l'époque 
où elle s'est produite, elle prêtait, du reste, par son 
originalité, à la controverse. Aujourd'hui, l'on doit 
reconnaître qu'elle a été un acte d'extrême habileté 
qui a permis à l'influence européenne de prendre pied 
graduellement dans ces districts lointains et de se 
préparer à une action militaire que la révolte et les 
succès des mahdîstes dans la vallée du haut Nil pou- 
vaient, d'un moment à l'autre, précipiter. 

La création de deux camps retranchés fut, en outre, 
décidée. Placés l'un à Basoko (1889), l'autre à Lu- 
zambo (1890), ils étaient destinés, avant tout, à 
devenir les bases des opérations contre les Arabes. 

Depuis la soumission de Tippo-Tip à l'État, en 1886, 
les chefs arabes avaient observé une attitude paci- 
fique, tout en développant leur occupation du pays 
en amont des Falls. Quelques-uns, cependant, plus 



60 HISTOniQUR 

indépendants que le vali, poussaient des incursions 
dans les bassins, quasi inconnus à ce moment, du 
Lomami et de TAruwimi jusqu'à TUele. On avait 
même signalé l'arrivée de quelques bandes aux 
sources du Lopori et de la Mongala. L'occupation 
arabe faisait tache d'huile et l'influence des sultans des 
Falls et de Nyangwe devenait de plus en plus grande 
sur les principaux chefs indigènes du Lualaba et du 
Lomami, qui étaient devenus leurs vassaux et leurs 
alliés. Une semblable situation, en réalité fort dan- 
gereuse, ne pouvait se prolonger. 

Précisément à la même époque se constituait, en 
Belgique, la Société antiesclavagiste qui fut placée 
sous la direction technique du capitaine Storms et 
obtint du gouvernement belge des officiers, les capi- 
taines Jacques et Descamps et le commandant Long, 
successivement dirigés vers le Tanganika. 

Pendant trois ans (1891-94), ils firent à la rive occi- 
dentale du lac les plus louables efforts pour répri- 
mer la traite indigène et contrecarrer les agissements 
de Rumaliza, sultan arabe d'Ujiji. Si la société n'a 
pas réalisé toutes les espérances qu'elle avait fait con- 
cevoir, son action n'a pas néanmoins laissé d'être 
utile et féconde; elle prit fin, en Afrique, après Toccu- 
pation du Manyema par les troupes de l'Etat. 

Le premier contact entre les deux influences qui 
se disputaient le haut Congo eut lieu sur l'IJele, où, 
le 27 octobre 1891, le capitaine Ponthier, de l'expé- 
dition Vankerckhoven, anéantit un parti d'Arabes 
pillards, au confluent du Bomokandi. Le second se 
produisit à Towa, le 9 avril suivant, entre les Arabes 
de Rumaliza et les troupes du capitaine Jacques, qui 
furent défaites et bloquées dans Albertville. Le troi- 
sième fut provoqué par la révolte du chef indigène 



LA CAMPAGNE DU MANYEMA Gi 

Gongo Lutete, se déclarant vassal de Sefu, fils de 
Tippo-Tîp et sultan de Kasongo, contre M. Dhanis, 
qui marcha au-devant de lui et le battit dans deux 
rencontres, les 6 et 9 mai 1892. 

Désormais, plus rien ne pouvait empêcher les évé- 
nements de suivre leur cours, et c'est ici que se 
placent chronologiquement les drames sanglants de 
Riba-Riba et de Kinena : le 15 mai, M. Hodister et 
ses compagnons, agents du Syndicat conmiercial du 
Katanga, tombèrent sous les balles des hommes de 
Nserera, sultan arabe de Riba-Riba, qui se figuraient 
avoir affaire à des officiers de l'État; Emin-Pacha, 
qui explorait la région inconnue située entre le 
lac Albert-Edouard et les Falls^ fut arrêté et assas- 
siné, le 23 octobre, à l'instigation de Kibonge. La 
lutte était déclarée. Aux Falls, Rachid, neveu de 
Tippo-Tip, faisant fonction de vali en l'absence de 
son oncle, simulait encore la fidélité vis-à-vis du ré- 
sident de l'Etat, mais partout ailleurs, sur le Lualaba 
et sur le Lomami, la révolte avait éclaté ouvertement. 

C'est au sud que l'action s'engagea par la marche de 
Sefu, fils de Tippo-Tip, vers Gongo Lutete, qui avait 
fait sa soumission à M. Dhanis. Celui-ci battit le chef 
arabe les 22 et 23 novembre, et le refoula au delà du 
Lomami. Des combats se succédèrent. A Goï Kapo Ka, 
une nouvelle rencontre eut lieu, le 9 janvier 1893. 
Sefu, auquel s'était joint Munie Mohara, sultan de 
Nyangwe, subit une défaite complète, dans laquelle 
ce dernier perdit la vie. La route du Lualaba était 
libre : M. Dhanis campa, le 21 janvier 1893, sur la 
rive gauche du fleuve, en face de Nyangwe, où se 
concentrèrent toutes les bandes arabes, et le 4 mars 
suivant, la ville tomba entre ses mains. 

Dhanis se mit ensuite à la poursuite de Sefu et de 



62 HISTORIQUE 

ses alliés, qui s'étaient fortifiés dans Kasongo; le 
22 avril, cette place fut également enlevée. 

Tandis que rofficier belge s'y établissait solide-' 
ment, aux Falls éclatait la rébellion de Rachid 
(13 mars 1893). Pendant cinq jours, le capitaine Tob- 
back résista aux attaques du vali, mais déjà il pre- 
nait ses dispositions pour battre en retraite'devant le 
nombre croissant de ses adversaires, lorsque, le 18, 
l'arrivée du lieutenant Chaltin, suivi bientôt de 
celle de M. Ponthîer, vînt changer sa retraite en vic- 
toire. La fuite de Rachid chez Kibonge traça immédia- 
tement à Ponthiersa ligne de conduite. Dès le 28 juin, 
il quitta les Falls pour rejoindre Tennemi; il le défit 
en sept combats, faisant 8,000 prisonniers, parmi les- 
quels 28 chefs. Après quoi, il gagna Kasongo, où se 
trouvait M. Dhanis. 

De nouvelles forces ennemies venaient de surgir 
devant cette place; Rumaliza, le sultan d'Ujiji, parti 
du Tanganika, s'avançait à la tête de 3,000 soldats 
bien armés, ralliant en route des débris de bandes 
arabes précédemment dispersées. C'était un adver- 
saire redoutable. Il fallut trois mois de temps et trois 
séries de sanglants combats pour avoir raison de 
lui. C'est au cours de ces combats que M. Ponthier 
et Sefu trouvèrent la mort. 

Le 14 janvier 1894, le boma qu'occupait Rumaliza 
fut bombardé et incendié. Le sultan d'Ujiji n'essaya 
pas de résister davantage et prit la fuite. Sans perdre 
un instant, Dhanis, les lieutenants de Wouters, 
Hambursin, Doorme marchèrent à étapes forcées sur 
Kabambaré. Le 25 janvier 1894, la ville se rendait 
à merci, et Rachid, qui depuis plusieurs mois errait 
dans le Manyema avec ses femmes et ses fidèles, 
venait s'y constituer prisonnier. 



LA CAMPAGNE DU MANYEMA 63 

La campagne arabe était terminée. Elle avait duré 
dix-neuf mois. Le Manyema était au pouvoir des forces 
de rÉtat. 

Les chefs arabes qui avaient essayé de résister à 
l'autorité légale ont disparu, tués dans les combats, 
ou ont été pris, jugés et passés par les armes. Ruma- 
liza seul parvint à s'échapper. Rachid, qui eut la vie 
sauve, est interné dans le district du Kwango, où il 
a créé un établissement agricole. 

Quant au vieux Tippo-ïîp, Tami de Livingstone, de 
Gameron, de Stanley et de Junker, installé à Zanzi- 
bar, il médite mélancoliquement sur la ruine et la 
disparition de ses enfants et de ses proches, frappés 
pour n'avoir pas voulu comprendre que là où le dra- 
peau européen apparaît, le meurtre est défendu, le 
respect du faible s'impose, la chasse à l'homme doit 
cesser, en attendant le jour espéré, mais encore loin- 
tain, où, au centre de l'Afrique, la liberté et l'égalité 
des droits de chacun pourront enfin être proclamées. 

L'abolition complète de la traite dans le bassin du 
Congo marquera l'aurore de ces temps meilleurs. 
Comme Ta dit Emile Banning, l'éminent historien 
de l'œuvre africaine belge, les semences de culture 
répandues aujourd'hui à pleines mains sur ce sol 
vierge, ne donneront d'opulentes moissons qu'au 
soleil de la liberté, sous l'égide de lois protectrices 
élevées à la hauteur d'une loi des nations. 



BiBLiOGRvPHiE : Banning ! La Conférence de Bruxelles, 
son origiîie et ses actes. — Berlioux : La traite orientale. — 
Chaltin : La question arabe au Congo, — Cooper : Un con- 
tinent perdu, — CoQUiLHAT : Rapport sur V évacuation de la 
station des Falls, — Dhanis : Rapport sur la campagne 
arabe dans le Manyema. — D'^ Hinde : The Fall of the 
Congo Arabs. — Lavigerie : Documents sur la fondation 



64 HISTORIQUE 

de V œuvre antiesclavagiste. — Ed. Van Eetvelde : Rapport 
au Roi-Souverain, 

Royal Commerce on fugitives Slaves, 1876. — La traite des 
esclaves en Afrique. Renseignements et documents recaeillis 
pour la Conférence de Bruxelles. — Actes de la Conférence 
de Bruxelles. 



CHAPITRE VII. 

OCCUPATION DES RÉGIONS FRONTIÈRES. 

l'exploration du KATANGA. 

LES EXPÉDITIONS VERS LE NIL. 

Le soulèvement arabe et sa répression ont eu, entre 
autres conséquences, celle de provoquer la recon- 
naissance de tout le pays qui s'étend entre le coude du 
Sankuru et le Tanganîka, l'expansion de Tinfluence 
de l'État dans le Manyema et l'occupation effective 
de la région située entre le lac Moero, au sud, et le 
lac Kivu, au nord. A cette tâche se sont employés 
activement, non seulement les officiers de l'expédition 
Dhanis, et particulièrement MM. Gillain, Hambur- 
sin. Lange, Henry, Doorme, de Wouters, mais égale- 
ment les agents de V Association antiesclavagiste belge 
établis à la rive du lac Tanganika, MM. Jacques, 
Descamps, Long, Chargois. La réunion des deux 
troupes parties, l'une de la côte occidentale d'Afrique, 
l'autre, de la côte orientale, eut lieu à Miketo, le 
10 février 1894, et une chaîne de stations ininter- 
rompue relia dès lors Banana à Albertville. 

11 est à remarquer que si, pendant les cinq pre- 
mières années de fonctionnement du jeune Etat, nous 
voyons un nombre considérable de voyageurs étran- 
gers, et des plus illustres, initier les Belges aux diffi- 
cultés multiples de l'exploration des terres nouvelles, 
à partir de 1890, ceux-ci demeurent presque seuls en 

3 



' 



66 HISTORIQUE 

scène, poursuivant rachèvement de l'œuvre si 
vaillamment commencée. Les travaux d'un grand 
nombre d'expéditions remplissent cette période 
extrêmement fertile en découvertes géographiques; 
rarement, pensons-nous, il a été donné de voir 
l'inconnu attaqué avec plus d'élan, de passion, dé 
méthode et de succès. 

Le plus remarquable ensemble d'explorations de 
ces dernières années est assurément celui qui a eu 
pour théâtre le Katanga et l'Urua, et. pour chefs 
MM. Paul Le Marinel, Del commune, Briart, Bia, 
Francqui, Cornet, Stairs et Brasseur. 

C'est à la Compagnie du Congo pour le commerce et 
Findustrie que revient encore l'honneur du mou^ve- 
ment de curiosité scientifique qui amena la recon- 
naissance complète de cette région lointaine, drainée 
par les branches supérieures du Congo. Bans le 
courant du mois d'avril 1890, cette société chargea 
M. Al. Delcommune d'explorer les territoires compris 
entre Nyangwe, le lac Tanganika et la frontière méri- 
dionale de l'État. 

Tandis que cette expédition s'organisait et gagnait 
le haut Congo, le gouvernement, désireux d'occuper 
effectivement cette même contrée, sur laquelle dans 
certain milieu anglais on semblait vouloir élever des 
prétentions, donnait pour instructions à M. Paul 
Le Marinel, commissaire de district à Lusambo, de 
se rendre chez Msiri, chef du Katanga, et de lui faire 
arborer le drapeau de l'État. 

En même temps, en Belgique, l'attention était 
appelée sur ces parages célèbres par leurs mines de 
cuivre et dont quelques voyageurs, notamment 
Cameron, Capello et Ivens, vantaient le climat et les 
ressources. De nouvelles initiatives provoquèrent la 



l'exploration du katanga 67 

constitution de la Compagniedu Katanga(lS avril 1 891), 
qui se mit aussitôt en devoir de faire visiter les terri- 
toires où rÉtat venait de lui accorder d'importantes 
concessions, par deux expéditions, respectivement 
placées sous le commandement des capitaines Stairs 
et Bia. 

M. Delcommune fut le premier à se mettre en 
mouvement : il partit de Bruxelles dans le courant 
de juillet, pour être dans le Lomami à la fin de 
Tannée. Mais l'expédition dirigée par l'État, dont 
l'organisation se fit au Congo même, arriva la pre- 
mière à Bunkeia, but commun assigné à tout ce 
groupe d'explorateurs et qu'ils atteignirent successi- 
vement : M. Le Marinel, le 16 avril 1891; M. Delcom- 
mune, le 6 octobre; M. Stairs, le 14 décembre, et 
M. Bia, le 30 janvier de Tannée suivante. 

Parti de Lusambo le 23 décembre 1890, accom- 
pagné des lieutenants Descamps et Légat, M. Le Ma- 
rinel remonta le Sankuru, escalada les pentes occi- 
dentales de la chaîne des Mitumba, et accomplit sa 
mission auprès de Msiri, après avoir relié, par un 
itinéraire nouveau, le point terminus de l'occupation 
belge, aux points extrêmes atteints par MM. Rei- 
chard et Bôhm* M. Le Marinel rencontra à Bunkeia 
les représentants de la mission écossaise Arnot, et ne 
quitta le pays qu'après y avoir fondé le poste de Lofoï, 
laissé à la garde du lieutenant Légat (mai 1891). 

L'expédition Delcommune arriva quatre mois après 
le départ de M. Le Marinel. Composée de MM. le lieu- 
tenant suédois Hakansson, le D' Briart, médecin et 
géologue, Didderich, ingénieur des mines, et Cassaert, 
chef d'escorte, elle s'était embarquée à Kinshassa, le 
17 octobre 1891, pour le haut fleuve et le Lomami, 
jusqu'à Bena-Kamba. Le 13 mai 1891, elle atteignit 



68 inSTORIQL'E 

(iandu, résidence de Gongo-Lulita, chef des Batetelas. 
Marchant vers le sud, elle découvrit le lac Kissale 
(27 août 1891), vaguement entrevu vingt ans aupa- 
ravant par Cameron ; puis, s'égara dans les plateaux 
déserts et froids qui couronnent les monts Mitumba, 
visita la gorge du Djuo et arriva chez Msiri, qui lui fit 
bon accueil. 

De Bunkeia, la caravane se dirigea vers les hauts 
plateaux où la Lufila et le Nzilo ont leurs sources. 
Elle endura alors d'atroces souffrances dans un pays 
dévaste par la famine. Elle atteignit le Nzilo près 
de sa source et en descendit le cours jusqu'à l'entrée 
de la gorge étroite par laquelle il s'écoule vers le 
Congo. Là, les obstacles naturels autant que la famine 
obligèrent M. Delcommune à se rabattre sur Bunkeia 
et le Tanganika, d'où il s'engagea vers l'ouest et recon- 
nut le cours de la Lukuga jusqu'à son confluent. 
Enfin, le 7 janvier 1893, il était à Lusambo, sur le 
Sankuru, où, trois jours après, une des deux expé- 
ditions envoyées en Afrique par la Compagnie du 
Kalanga venait le rejoindre. 

Celle-ci, dirigée au début par le capitaine Bia, 
comprenait MM. les lieutenants Francqui et Ders- 
cheid, le géologue Cornet et le D^ Amerlinck. Elle 
avait reçu pour programme de pénétrer dans l'Urua 
et le Katanga par la vallée du Sankuru; elle y réussit 
et marcha avec non moins de rapidité et de succès 
que l'expédition Delcommune. 

La caravane quitta Lusambo le 11 novembre 1891 
et le 14 janvier 1892, découvrit le lac Kabele; puis 
franchit les terrasses de la chaîne des Mitumba. Lors- 
qu'elle arriva à Bunkeia, la famine y régnait; elle en 
souffrit aussi cruellement que l'expédition Delcom- 
mune. 



l'exploration du katanga 69 

Prenant pour base de leurs opérations le poste de 
rÉtat, à Lofoï, les explorateurs rayonnèrent dans le 
pays. Tandis que MM. Bia et Franequi poussaient une 
pointe jusqu'aux lacs Moero et Bangwelo^ le D' Cornet 
faisait une étude complète du massif des Kwande- 
lungu.Puis l'expédition réunie entreprit l'exploration 
complète de la rivièreNzilo, depuis ses sources jusqu'à 
son confluent avec le Lubudi; celui-ci fut remonté; 
toute la région située au nord, entre sa rive gauche et 
le Lomami, fut reconnue et, le 10 janvier 1893, la 
caravane revint à son point de départ. Elle avait 
malheureusement été frappée, en cours de route, par 
la mort de son chef, décédé à Tenke, le 30 août 1892. 

La seconde mission envoyée par la Compagnie du 
Katanga était placée sous le commandement du capi- 
taine Stairs, l'ancien compagnon de Stanley, ayant 
pour adjoints le capitaine Bodson, le marquis de 
Bonchamps et le docteur Moloney. Au lieu de 
prendre, pour gagner le Katanga, la voie du Congo, 
elle choisit celle de Zanzibar. 

M. Stairs trouva le Katanga dans un état de trouble 
et d'agitation extrême. Msiri montrant de mauvaises 
dispositions, il se conduisit d'abord avec prudence, 
cherchant à gagner son amitié. Mais, en présence de 
la mauvaise foi du chef indigène, il se vit bientôt 
obligé de renoncer à cette ligne de conduite et d'agir 
avec la plus grande énergie. Ne parvenant pas à 
obtenir de Msiri une réponse catégorique à la 
demande qu'il lui avait faite de reconnaître l'autorité 
de l'État du Congo, il envoya son adjoint, le capitaine 
Bodson, pour lui rappeler ses promesses. Au cours 
de la palabre, M. Bodson se voyant menacé, dut 
faire usage de ses armes. Il tua Msiri d'un coup de 
revolver, mais lui-même tomba mortellement blessé 



ji 



70 HISTORIQUE 

dans la mêlée qui suivit : il expira le lendemain. 

Stairs se disposait à explorer le pays lorsqu'il 
tomba malade, wi même temps que la caravane 
était décimée par la famine et la fièvre. Il se résigna, 
sans avoir même commencé les opérations de recher- 
ches et d'études pour lesquelles il avait été com- 
missionné, à reprendre le chemin de la côte, où 
il mourut, le 5 juin 1892, emporté par la fièvre. 

Les résultats scientifiques de ces quatre expéditions 
sont considérables. Tout d'abord, elles ont fourni 
un ensemble de renseignements permettant de déter- 
miner l'importance capitale du rôle que joue la 
chaîne des Mitumba dans l'orographie du bassin 
du Congo. D'autre part, le fleuve supérieur, jus- 
qu'alors complètement inconnu, avait été franchi en 
six endroits différents; les lagunes et les lacs du 
Kamolondo, signalés vingt ans auparavant par Came- 
ron, avaient été visités; des affluents tels que le Lofoï, 
la Lufila, le Nzilo avec sa gorge sauvage, le Lubudi 
inférieur avaient été reconnus et le problème si long- 
temps discuté de la Lukuga avait été complètement 
résolu. Enfin, leD' Cornet rapportait une étude géo- 
logique du pays. 

Il ne restait, pour connaître, enfin, Tentièreté du 
système hydrographique du Congo supérieur, qu'à 
achever l'exploration de l'Urua, reconnaître le fleuve 
entre le confluent du Lubudi et celui du Luapula, et 
suivre le cours inférieur de ce dernier tributaire 
jusqu'au lac Moero. Ce fut la tâche du lieutenant 
Brasseur, qui avait remplacé, en septembre 1893, 
le lieutenant Légat, au poste de Lofoï. Après avoir 
parcouru le Katanga pendant trois ans, il entreprit 
l'exploration de l'Urua. 
Parti de Lofoï le 1** juin 1896, en compagnie du 



l'exploration du katanga 71 

lieutenant Ccrckel, il atteignit le Congo au village du 
chef Shimaloa. En aval, le fleuve est bordé de toute 
une série de lagunes avec lesquelles il communique; 
M. Brasseur n'en a pas compté moins de sept : le 
Kajibajiba, le Kabue, le Kabele, TUpemba, qui est 
la plus grande de toutes, le Kassale, que le fleuve 
traverse, et, enfin, deux vastes pièces d'eau jusqu'alors 
absolument inconnues, le Lubambo et le Kalomba. 
Parvenu au confluent du Luapula, près du village 
d'Ankolo, visité en 1891 par M. Delcommune, 
M. Brasseur remonta la vallée de cet affluent, que 
quelques écrivains tiennent pour le cours supérieur 
du fleuve même. Le 10 juillet, il découvrit la gorge 
étroite de Kiwele, au fond de laquelle roule la rivière ; 
puis il rattacha son itinéraire à celui de MM. Reichard 
et Bôhm. 

Désormais, l'Urua entrevu par Cameron, et le 
Katanga révélé par MM. Reichard et Bôhm dix et 
vingt ans auparavant, étaient connus dans leurs 
grandes lignes, leurs cartes couvertes d'un réseau 
serré d'itinéraires, leurs curieux problèmes orogra- 
phiques et hydrographiques résolus. 

Précisément, en aval, M. Hinde, çiédecin de 
l'expédition Dhanis, et M. Mohun, consul amé- 
ricain, avaient relevé ensemble la section inexplorée 
du fleuve qui s'étend entre Nyangwe et le confluent 
de la Lukuga, découvert et franchi la gorge étroite 
appelée par eux Porte d'enfer, ' 

En amont, sur les plateaux supérieurs où coule le 
Tshambezi-Luapula, M. Weatherley (189S), complé- 
tant les reconnaissances de MM. Sharpe, Johnston et 
Thomson autour du Moero et du Bangwelo, avait 
confirmé les données de Livingstone et de M. Giraud 



72 HISTORIQUE 

sur rassèchement lent, mais continu, de ces deux 
lacs jadis indépendants. 

Les autres anciennes mers intérieures, situées plus 
au nord : le Tanganika et le Kivu, rattachés au bassin 
du Congo, rÉdouard-Albert et l'Albert, rattachés à 
celui du Nil, furent aussi, à la même époque, le but 
d'expéditions importantes. La première fut dirigée 
par le campagnon d'Émin-Pacha, le D^ Stuhlmann, 
qui apporta, dans un livre plein de données scienti- 
fiques de tout genre, les premiers renseignements 
sur le massif volcanique des monts Virungo, entrevu 
trente ans auparavant par MM. Speke et Grant, allant 
à la découverte des sources du Nil et dressa également 
un lever des rives méridionales et occidentales du lac 

ê 

Albert-Edouard et du cours de la Semliki (1894). 

L'expédition suivante fut celle du capitaine Lugard 
qui, en 1892, visita le lac Albert-Edouard et la vallée 
de son effluent. Observant soigneusement les altitudes, 
il entoura le large socle sur lequel se dressent les pics 
neigeux du Ruwenzori, d'un cercle d'itinéraires. 

Plus récemment, le même pays fut traversé par 
l'expédition française Versepuy, venant de Zanzibar 
et allant au Congo par la vallée de TAruwimi. Puis, 
le lieutenant Vander Wielen établit au village de 
Kirimi, sur la Semliki, un poste frontière, le plus 
oriental qu'ait fondé l'État du Congo (juin 1896). 

Mais de toutes les expéditions qui parcoururent ces 
régions de lacs et de montagnes, la plus importante 
par ses découvertes géographiques et les renseigne- 
ments nouveaux apportés sur des contrées encore 
inconnues, est celle que conduisit, d'une côte à l'autre 
de l'Afrique, le lieutenant comte von Gôtzen (octo- 
bre 1893-décembre 1894) : au cours de celle-ci, le 



LES ESPÈDinOKS VERS tE NIL 73 

lac Kivu fut exploré dans sa partie septentrionale ; 
l'un des volcans des monts Virungo fut escaladé 
jusqu'à son cratère fumant (juin 1894); la région 
montagneuse qui constitue, à l'ouest, la ligne de 
faite du bassin du Congo, fut franchie et reliée à 
celui-ci par un itinéraire le long de la vallée de la 
Lowa, à travers la grande forêt équatoriale. 

L'année suivante, le lieutenant Lange complétait les 
découvertes de M- von Gotzen au sud du Kivu, et re- 
connaissait le cours de l'émissaire de ce lac, le Rusiji, 
à la rive duquel il établissait deux postes (1895). 

Ainsi, graduellement, l'Etat poussait de plus en 
plus loin la reconnaissance et l'occupation de son 
territoire : ses agents étaient établis, à l'est, sur la 
Semliki, le Kivu, le Rusiji, le Tanganika et le Moero; 
au sud-est, le Katanga était commandé par le poste 
de Lofoï. 

Si le long de la frontière méridionale, aux sources 
du Lubudi, du Sankuru et de la Lulua, dans de 
lointains districts pour ainsi dire vierges de tout 
contact européen, il existe encore une lacune, au 
sud-ouest elle a été, en partie, comblée par l'expé- 
dition Dhanis, qui explora te Kwango et la Wamba 
et fonda la station de Popobabaka (février 1890) ; par 
celle de Lebrman (1892), et surtout par la mission 
de la délimitation des frontières congo-portugaîses 
conRée au révérend George Grenfell et au lieute- 
nant Gorin (janvier-mai 1893). 

Tandis que, dans le sud, s'effectuait l'exploration 
scientifique du Katanga, de l'Urua et du bassin du 
Kasaï, le capitaine Vankerckhoven, ses lieutenants et 
ses continuateurs, opéraient militairement dans les 
districts frontières du nord. 



74 HISTORIQUE 

Les expéditions qui se succédèrent dans le bassin 
de rUele, ainsi que celles qui, prenant pour base les 
postes fortifiés établis le long de cette rivière, fran- 
chirent la ligne de faîte du Nil, furent, au début, 
entourées de mystère. C'est qu'elles n'avaient pas 
seulement pour but la reconnaissance et l'occupation 
des confins septentrionaux de l'État, mais aussi 
l'extension territoriale, la conquête de provinces 
nouvelles, au nord, vers le Darfour, à l'est, jusqu'au 
Nil. C'est ce qu'ont démontré à l'évidence la conclu- 
sion de la convention du 12 mai 1894, avec l'Angle- 
terre, et les événements franco-congolais qui l'ont 
suivie, jusqu'à la signature avec la France, le 14 août 
de la même année, d'un arrangement territorial qui 
était un peu un traité de paix. 

Dans le courant de l'année 1890, en même temps 
que s'organisaient à Bruxelles les premières explora- 
tions du Katanga, l'État du Congo conçut de vastes et 
ambitieux desseins que l'expédition de l'Uele, placée 
sous le commandement du capitaine Vankerckhoven, 
ancien chef de district des Bangala, fut chargée de 
réaliser. 11 a poursuivi cette œuvre hardie avec des 
succès divers, recueillant, en somme, sur le terrain 
politique, plus de désillusions que d'avantages. 

Vers la fin de 1891, toutes les forces du comman- 
dant en chef, ayant sous ses ordres MM. Ponthier, 
Milz, Daenen, Gustin, de la Khétulle et de nombreux 
adjoints, étaient réunies au confinent du Bomokandi. 
L'expédition remonta la vallée de TUele, reliant 
les itinéraires Junker et Roget à ceux de Schwein- 
furth, explorant les grands affluents de la rivière, 
— Daenen visita le Bomokandi et Gustin le Kibali — 
créant toute une chaîne de postes fortifiés : Bima, 
Bomokandi, Amadi, Wurungu, Nyangara, Dongu, etc., 



LES EXPÉDITIONS VERS LE NTL 75 

traitant pacifiquement avec quelques-uns des princi- 
paux chefs azande, tels que Semio et Rafaï, obtenant 
la soumission des autres. M. Vankerckhoven mourut 
accidentellement au cours de cette campagne, près du 
camp de Lehmin (40 août 1892), et son second, le 
lieutenant Milz, mena l'expédition au Nil, où elle 
arriva en septembre 4892. En juin 4893, le capi- 
taine Delanghe, successeur de M. Milz, arborait le 
drapeau de TEtat le long de la rive gauche du fleuve, 
dans l'ancienne province d'Émin-Pacha, à Kiri, 
Muggi, Labore et Dufile. 

En même temps, d'autres colonnes se dirigeaient 
vers le nord. MM. Nilis et de la Khétulle, partis de 
la résidence du chef azande Rafaï, suivirent la vallée 
du Shinko, aiïîuent du Bomu, franchirent la ligne 
de faîte du Nil près des mines de Hofrah-er-Nahas, 
et firent flotter le drapeau bleu à Katuaka, sur TAda, 
afiluent du Bahr-el-Gazal (février-juin 4893). Vers la 
même époque, Liffi, village situé entre Katuaka et 
Dem Siber, était atteint par une autre, colonne, sous 
le commandement du lieutenant Donckier de Donceel. 

Le capitaine Hanolet, qui avait pour adjoints 
MM. Van Calster et Stroobant, poussa plus avant 
encore. Il s'engagea, au nord-ouest, dans une région 
totalement inconnue, par la vallée du Bali, le haut 
Kotto et la route des caravanes arabes du Kuka, 
pénétra dans le bassin du Chari, se» mit en rapport 
avec des chefs soudanais, poussa vers l'ouest jusque 
près d'El Kuti, où fut assassiné Crampel, et fonda un 
camp à Bêle (4894). 

Ainsi, le court espace de trois années avait suffi 
pour occuper militairement le bassin de TUele et la 
partie méridionale du Bahr-el-Gazal jusqu'au Nil, le 
Dar-Banda jusqu'aux confins du Darfour et du Kuka. 



76 HISTORIQUE 

En tirant sur la carte une ligne partant de Redjaf, 
passant par Liffi et Katuaka, pour aboutir à Bêle, 
on peut se rendre compte de Timmense province 
qui venait d'être conquise, au nord de TUele, grâce 
à l'entrain et à la vaillance des officiers belges au 
service de l'État. 

Msrts bientôt se montrèrent des adversaires qui 
allaient leur en disputer le terrain et essayer de 
s'opposer à leur marche. Nous voulons parler des 
mahdistes. Ceux-ci, pendant les années qui suivirent 
la chute de Khartoum (1885), avaient franchi la ligne 
de faîte du Nil et poussé leurs bandes dévastatrices 
jusque dans les bassins du Bomu et de l'Uele. Mais, 
privés de leur chef Osmar-Saleh, à qui Lupton et 
Émin avaient eu affaire, et en butte à l'incessante 
hostilité des indigènes, ils furent obligés de rétro- 
grader, si bien que, lorsque M. Milz pénétra, en 1892, 
dans le bassin du Nil, le pays en était débarrassé 
jusqu'au lleuve. Une révolte des Dinka, qui éclata vers 
la même époque, acheva d'en purger le bassin presque 
entier du Bahr-el-Gazal. 

Toutefois, le Nil restait libre et par cette voie les 
mahdistes firent un retour offensif devant lequel 
les postes de Kiri, de Muggi, de Labore et de Dufile 
durent être évacués. Leurs bandes réapparurent 
même sur le haut Uele, d'où une action énergique 
des troupes de l'État devait bientôt les chasser. Le 
18 mars 1894, elles furent repoussées, à Mundu, par 
les capitaines Delanghe et Bonvallet,et, le 23 décembre 
suivant, elles furent mises en déroute, au nord de 
Dongu, par les capitaines Francqui et Christiaens. 

A l'ouest, les officiers belges eurent à lutter avec 
d'autres bandes venues, celles-ci, du Darfour, patrie 
d'Abdulah, le nouveau Mahdi. En août 1894, le lieu- 



78 HISTORIQUE 

dans la direction de Djibuti, sur la mer Rouge. Au 
reste, le Nil et son bassin supérieur allaient bientôt 
être remis à l'ordre du jour de la politique euro- 
péenne par la nouvelle expédition que l'Angleterre 
s'apprêtait à diriger sur Khartoum (mars 1896). 

Depuis un an déjà, le souverain dû Congo, débar- 
rassé des soucis que lui causaient depuis tant d'années 
la question arabe et les négociations avec la France, 
avait reporté toute son attention de ce côté et décidé 
de reprendre la suite des opérations commencées, 
en 4891, par M. Vankerckhoven et que l'invasion 
des bandes mahdistes et la rébellion de quelques 
chefs azandes étaient un moment venues entraver. 

Pour le commandement de la nouvelle expédition, 
— dont le but, affirmaient certaines personnes, était 
simplement l'occupation de l'enclave de Redjaf, alors 
que, selon d'autres, il était plus ambitieux et plus 
lointain, — l'Etat fit appel à l'expérience et à la popu- 
larité du vainqueur des Arabes, le baron Dhanis, qui, 
le 6 novembre 1895, repartit pour le Congo. 

L'avant-garde, placée sous les ordres du capitaine 
Leroi et composée de trois bataillons forts de 
1,000 hommes chacun, commandés respectivement 
par les capitaines Mathieu, Julien et Doorme, se mit 
en marche au mois de septembre 1896. Le gros des 
troupes suivit et le baron Dhanis quitta à son tour 
les Falls, à la fin d'octobre, avec son état-major. Les 
principales étapes de l'expédition furent : Avakubi, 
sur le haut Aruwimi; Kavali, sur le lac Albert; 
Tamara, sur le haut Uele. 

Quand on connaît les relations que Stanley a lais- 
sées de ses deux traversées de la forêt équatorîale, 
en 1876 avec Tippo-Tip, en 1887 à la tête l'expédi- 



80 HISTORIQUE 

autres bataillons en marche, provoquèrent des déser- 
tions dans leurs rangs et firent de nouvelles victimes. 

Le commandant en chef, qui essaya de leur disputer 
le passage de l'Aruwimi, au village d'Ekv^ranga, le 
18 mars, fut complètement battu, ses troupes disper- 
sées, son camp pillé, plusieurs de ses meilleurs offi- 
ciers tués et lui-même forcé de s'enfuir dans la 
brousse jusqu'à Avakubi, d'où il regagna les Falls. 

Le désastre était complet : la grande expédition du 
Nil avait subi un échec tel que, dès ce moment, on 
comprit que les projets mystérieux qui avaient motivé 
son organisation allaient devoir être abandonnés. Bien 
plus, depuis près de deux ans la répression de cette 
fatale révolte accapare et immobilise la plus grande 

9 

partie des forces de l'Etat, aux Falls, sur le Lualaba, 
dans le Manyema et au Tanganika et paralyse tout 
progrès dans ces parages. 

Depuis lors, les rebelles ont poursuivi leur course 
vers le sud, détruisant et pillant tout sur leur passage, 
saccageant la station de Karimi, sur le Semliki (juin), 
pénétrant dans le Toru anglais. C'est en vain que le 
lieutenant Henry, parti d'Avakubi à leur poursuite, 
les atteignit et les défit le 45 juillet 1897, à l'ouest 
du lac Albert-Edouard; que le capitaine Doormc 
les arrêta le 20 décembre, à Biko, sur la Lovera. 
Réduits en nombre, mais toujours bien pourvus de 
fusils et de munitions, ils viennent de tomber sur les 
postes du Kivu et du Tanganika septentrional (mai 
1898), faisant de nouveaux vides dans les rangs des 
officiers de l'État. 

Ils cherchent à gagner leur pays d'origine pour s'y 
fortifier et v faire de nouvelles recrues. Y réussiront- 
ils? A la tête de forces imposantes, le baron Dhanis 
les attend au camp deMicici, sur l'Elila; le capitaine 
Long, dans les parages de Kabambare. 



82 HISTORIQUE 

1693-94). — V. GôTZE.N : Durch Africa V07i Ost nach West. 

— GusTiN : Yers le Nil (Mouvement géographique, 1898). 

— DB LA Kéthulle : Diux années de résidence chez le 
sultan Rafay (Bulletin de la Société belge de géographie, 
1895). — LuGARD : Travels from the coast io Uganda, etc, 
(Proceedings, 1892). — Stairs : De Zanzibar au Katanga 
(Congo illustré, 1893). — Stroobant : Lettres de VUbangi 
(Mouvement géographique, 1896). — Vandevliet : L'explo- 
ration de r Vêle de Djabbirà Surangu (Congo illustré, 1894). 

— Veosploration Bia (Mouvement géographique, 1892). — 
Veœpédition Yankerekho'oen (Belgique coloniale, 1896), — 
Les explorations Nilis et de la Kéthulle au nord de VUele 
(Mouvement géographique, 1895). — L exploration du LuaJaba 
parHindeet Mo Aun (Mouvement géographique, 1894 et 1895). 

— Lexploration Brasseur (Mouvement géographique et Bel- 
gique coloniale,*! 897). 



CHAPITRE VIII. 

HISTOIRE DES MISSIONS RELIGIEUSES. 

A. — LES MISSIONS CATHOLIQUES. 

Les anciens chroniqueurs portugais reportent au 
29 mars 1490 l'arrivée au Congo des premiers mission- 
naires catholiques, avec l'expédition dirigée par 
Rodrigue de Souza! Il n'y a aucune certitude sur leur 
nombre, leur qualité et les lieux où ils s'établirent 
d'abord : on croit que ce furent des dominicains ou 
des franciscains portugais, et l'on sait qu'ils ne 
tardèrent pas à poçer les fondements d'une chapelle 
au village d'Âmbasi, baptisé par eux San-Salvador, 

En 1534, le Congo fut placé sous la juridiction de 
l'évéché de San-Thomé, puis, en 1597, érigé en 
évéché spécial. Son premier évéque fut le père Michel 
Rangel, de Coïmbre, qui arriva à San-Salvador avec 
un grand nombre de religieux. 
. On est sans renseignement aucun sur les travaux et 
les progrès de ces premiers missionnaires. Les seuls 
documents imprimés que l'on possède sur l'œuvre 
d'évangélisation entreprise dans ces parages sont dus 
à des pères de Tordre de Jésus qui arrivèrent dans 
l'Angola, en 1549, quelques années seulement après 
la création de leur Compagnie. 

Au commencement du xvii® siècle, des signes de 
décadence se firent sentir dans l'occupation portugaise 
des districts de la rive gauche du bas Congo, en même 
temps que l'œuvre d'évangélisation ne marquait aucun 



84 HISTORIQUE 

progrès. Aussi, en 1608, le siège épiscopal de San- 
Salvador fut-il abandonné et le deuxième évéque du 
Congo, le père franciscain Emmanuel-Baptiste, alla- 
t-il s'établir à Saint-Paul de Loanda, fondé, depuis 
trente-trois ans, par Paul Dioz de Novaes. 

Cependant, la papauté n'avait pas renoncé à chris- 
tianiser le bas Congo, et douze ans à peine après 
l'abandon du siège épiscopal de San-Salvador, le 
pape Paul V, par un bref daté du 21 août 1620, 
annonça au chef de cette résidence l'arrivée de 
nouveaux missionnaires. L'œuvre, toutefois, ne fut 
reprise qu'en 1644, non plus par l'intermédiaire des 
^ missions portugaises, mais par les soins directs de la 
propagande. A cet effet, le pape Urbain VIII lui 
donna une organisation indépendante, en érigeant, 
en 1640, le Congo en préfecture apostolique relevant 
directement de Rome, et il confia la mission à des 
capucins italiens. Ceux-ci, sous la conduite du père 
Bonaventure d'Alessamo, débarquèrent à Sonho 
(San-Antonio), en l'année 1644. Avec eux, commence 
la deuxième période de l'évangélisation du Congo; 
elle fut très active et se prolongea jusqu'en 1717, 
c'est-à-dire pendant plus de soixante-dix ans. 

En 1651, le père François, de Valence, nommé pré- 
fet apostolique du Congo, arriva avec 45 religieux, 
parmi lesquels un Belge, le père Érasme, de Furnes. 
Deux autres Belges firent partie de la cinquième mis- 
sion : les pères Siller, d'Anvers, et Georges, de Gheel. 

Le 24 janvier 1673, les capucins italiens qui, depuis 
une trentaine d'années, étaient restés seuls au Congo, 
virent arriver une mission belge composée de fran- 
ciscains-récollets ; elle était dirigée par le P. Wauters, 
d'Anvers ; mais ses travaux ne furent pas de longue 
durée; lesupérieur rentrait déjà aux Pays-Bas en 1675. 



86 HISTORIQUE 

inaugurait celles-ci dans l'Afrique orientale et, l'année 
suivante, le Saint-Siège, par un rescrit en date du 
24 février 1878, instituait les 'Missions de l'Afrique 
équatoriale, dont le champ d'action était le même que 
celui de l'Association internationale. 

Les premiers religieux qui partirent furent les 
Pères blancs d'Alger, de la congrégation de Notre- 
Dame d'Afrique (œuvre du cardinal Lavigerie). Cinq 
missionnaires arrivèrent au Tanganika, en janvier 
1879, sous la conduite du P. Pascal et du capitaine 
Joubert, et s'établirent à Ujîji. En 1885, les Belges, 
abandonnant le lac, leur cédèrent Karéma, qui devint 
leur établissement central. Deux années plus tard, ils 
étaient établis, en outre^ à Mpala et à Kibanga, sur la 
rive occidentale. Depuis lors, et avec le concours de 
la Société antiesclavagiste belge, ils ont encore fondé 
Baudouinville, Kisako et Lusaka. En vertu d'une déci- 
sion pontificale prise le 30 décembre 1886, les terri- 
toires situés à Touest du Tanganika jusqu'au Lualaba 
et au Luapula constituent un vicariat spécial sous le 
nom de Vicariat apostolique du haut Congo (Tanga- 
nika occidental). Ajoutons que des religieuses de 
Notre-Dame d'Afrique se sont fixées à Baudouinville, 
résidence de M»' Roelens, nommé vicaire apostolique 
du haut Congo, en 1897. 

Tandis que les pères d'Alger, suivant les traces de 
l'expédition Cambier, s'installaient sur les rives du 
Tanganika, à la côte occidentale du continent, les mis- 
sionnaires français du Saint-Esprit, sous la direction 
de Mp" Carrie, suivaient la route ouverte par Stanley, 
et s'établissaient, vers 1880, à Boma, à Nemlao, près 
de Banana, puis à Linzolo, à Brazzaville et à Kwa- 
mouth, où se fixèrent les PP. Augouard, Guyot,Merlon 
et Schynse. 



88 HISTORIQUE 

pistes, appartenant à la maison de Wcstmalle, est 
allé fonder un établissement à Bamania, sur le Ruki, 
et, le 6 Juin 1898, une caravane de missionnaires 
prémontrés de Fabbaye de Tongerloo s'est embarquée 
à Anvers, pour la région de TUele, voisine de Djabir. 
En résumé, cinq congrégations se partagent l'œuvre 
de révangélisation du Congo belge : les pères blancs, 
les pères de Scheut, les jésuites, les trappistes et les 
prémontrés. Ils sont aidés dans leur mission par les 
sœurs de Gand et de Namur, ainsi que par quelques 
prêtres de l'œuvre de M^** Stillemans, évêque de Gand, 
lesquels sont établis à Matadi, dont M. d'Hogghe est 
actuellement le curé. 

B. — LES MISSIONS PROTESTANTES. 

Aussitôt après la publication du voyage de Stanley 
à travers le continent mystérieux, les missionnaires 
anglais, entrevoyant dans les immenses et populeuses 
contrées que l'explorateur venait de révéler un vaste 
champ pour leur activité religieuse, s'organisèrent 
rapidement pour aller fonder des missions au Congo. 

La première fut envoyée par la Baptist Missionaiij 
Society, Dès 1878, quatre de ses membres, MM. Bent- 
ley, T. J. Comber, Crudgînton et Hartland, se ren- 
dirent à San-Salvador et, de là, gagnèrent le Pool, 
où ils arrivèrent en mars 1881. Vers la même 
époque, la Livingstone Inland Mission, fondée au 
moment oix le fleuve nouvellement découvert sem- 
blait devoir porter le nom de « Livingstone », que 
lui avait donné Stanley, y envoya des agents. 

Successivement, de nombreuses sectes suivirent 
l'élan donné par ces deux sociétés anglaises, et 
créèrent des établissements dans le bassin. Ce fut 



90 HISTORIQUE 

mesure qu'elles ont prise d'y envoyer des bat aux à 
vapeur. La Baptist Missionary Society en possède 
deux : le Peace, dont les découvertes de Grenfell ont 
rendu le nom célèbre, et le Goddwel; YAmerican 
Baptist en a un, le Henry Reed; la Congo Balolo 
Mission^ un également, le Pioneer. 

Bibliographie : Babbtbn : Les anciens jésuites au Congo. 

— Bentley : Life on the Congo. — P du Jarric : Bis- 
toire des choses les plus mémorables, etc. — Eucher : Le 
Congo. Essai sur V histoire religieuse de ce pays, — H. Grat- 
TAN Guinness : The New World of Central A frica. — Labat : 
Relation historique de rÉthiopie^ occidentale, traduit du 
P. Cavazzi. — Merolla : Relazione nel regno de Congo. 

— Proyart : Histoire de Loango, — Saillens : Au pays 
des ténèbres. — Zucohelli : Relazione del viaggio e missione 
de Congjo. 



9S HISTORIQUE 

dans la séance du 29 septembre 18od, il exposa sa 
manière de voir à ce sujet : 

Une nationalité jeune comme la nôtre, dit-il, doit 
être hardie, toujours en progrès et confiante en elle- 
même. Nos ressources sont immenses et je ne crains 
pas de le dire, nous pouvons en tirer un parti incalcu- 
lable. Il suffit d'oser pour réussir. C'est là un des secrets 
de la puissance et de la splendeur dont jouirent pen- 
dant plus d'un siècle nos voisins du Nord. Nous pos- 
sédons, sans doute, autant d'éléments de succès : 
pourquoi nos vues se porteraient-elles moins haut ! 

La réunion de la Conférence géographique de 
Bruxelles, la constitution de TAssociation internatio- 
nale africaine et du Comité d'études du haut Congo, 
la fondation de l'État indépendant du Congo, disent 
avec quelle hardiesse, quelle générosité, quel esprit 
de suite, quelle originalité et quel ardent amour du 
bien public, les nobles aspirations de l'héritier pré- 
somptif ont été, par la suite, amplement et heureuse- 
ment appliquées et réalisées par le Souverain. 

Depuis la réunion de la Conférence géographique 
de Bruxelles, en 1876, jusqu'au moment de la clôture 
de la Conférence de Berlin, en 1883, c'est-à-dire 
pendant neuf ans, la Belgique n'eut pas à prendre 
position officiellement vis-à-vis de l'œuvre africaine de 
son Roi. Certes, elle n'avait pas assisté en spectatrice 
indifférente aux débuts et aux progrès de l'entreprise, 
au service de laquelle de nombreux officiers de son 
armée avaient été autorisés à s'engager. Elle n'était 
pas davantage restée insensible à l'accueil sympa- 
thique et encourageant fait par les gouvernements des 
deux mondes à la nouvelle puissance, messagère de 



94 HISTORIQUE 

demander aux Chambres législatives rassentiment 
qui m*est nécessaire. 

Les termes de Tarticle 62 de la Constitution carac 
térisent par eux-mêmes la situation qu'il s'agirait 
d'établir. 

Roi des Belges, je serai en même temps le souverain 
d'un autre État. 

Cet État serait indépendant comme la Belgique et 
il jouirait, comme elle, des bienfaits de la neutralité. 
11 aurait à suffire à ses besoins et l'expérience, comme 
Texemple des colonies voisines, m'autorise à affirmer 
qu'il disposerait des ressources nécessaires. 

Sa défense et sa police reposeraient sur des forces 
africaines commandées par des volontaires européens. 

Il n'y aurait donc entre la Belgique et l'État nou- 
veau qu'un lien personnel. J'ai la conviction que cette 
union serait avantageuse pour le pays, sans pouvoir 
lui imposer des charges, en aucun cas. 

Si mes espérances se réalisent, je me trouverai suf- 
fisamment récompensé de mes efiforts. Le bien de la 
Belgique, vous le savez, messieurs, est le but de toute 

ma vie. 

LÉOPOLD. 

Nous fausserions l'histoire si nous disions que 
cette première intervention officielle de la Belgique 
dans l'œuvre africaine du Roi fut consentie avec 
enthousiasme. La crainte excessive de toute entre- 
prise extérieure à grande envergure, la répugnance 
pour tout ce qui affecte un caractère d'inconnu ou de 
nouveauté, neutralisèrent la sympathie pour ce que 
plusieurs appelaient « les rêves généreux du Roi ». Les 
sentiments dominants furent l'étonncment, l'incré- 
dulité, la méfiance et la prudence; les partis s'éver- 
tuèrent à dégager leur responsabilité respective d'une 
approbation qu'ils ne songèrent du reste pas à refu- 



96 HISTORIQUE 

de 30,000 francs que les Chambres accordèrent, au 
mois de juin 1890, à l'expédition du capitaine 
Delporte, fut d'ordre scientifique : l'explorateur avait 
reçu la mission de lever le cours du Congo et de ses 
principaux affluents. 

La Belgique se faisait ainsi peu à peu à l'idée colo- 
niale: Les exploits accomplis par ses fils au Congo 
lui donnaient plus de confiance en elle-même. Elle 
s'enhardissait. 

Finalement, les diverses manifestations de sympa- 
thie que le Parlement avait faites en faveur de l'entre- 
prise africaine ne devaient être que le prélude d'une 
intervention plus significative et d'une plus haute 
portée. Pour la première fois, nettement et ouverte- 
ment, le trésor belge allait s'engager dans l'œuvre 
du Roi, et le pays, par la voix de ses mandataires, 
allait affirmer qu'il envisageait, désormais, sans 
trouble son entrée éventuelle dans la politique colo- 
niale. Le 2 août 1889, le surlendemain de la constitu- 
tion, à Bruxelles, de la Compagnie du chemin de fer 
du Congo, le Roi avait signé le testament suivant qui 
lègue le Congo à la Belgique. 

TESTAMENT DU ROI. 

Voulant assurer à Notre patrie bien-aimée les fruits 
de l'œuvre que, depuis de longues années, Nous pour- 
suivons dans le continent africain, avec le concours 
généreux et dévoué de beaucoup de Belges; 

Convaincu de contribuer ainsi à assurer à la 
Belgique, si elle le veut, les débouchés indispensables 
à son commerce et à son industrie et d'ouvrir à 
l'activité de ses enfants des voies nouvelles, 

Déclarons par les présentes léguer et transmettre 
après notre mort, à la Belgique, tous Nos droits 



\ 



98 HISTORIQUE 

les denrées tropicales les produits de la mère patrie. 

C'est en servant la cause de T humanité et du 
progrès que des peuples de second rang apparaissent 
comme des membres utiles de la grande famille des 
nations. Plus que nulle autre, une nation manufactu- 
rière et commerçante comme la nôtre doit s'efforcer 
d'assurer des débouchésà tous ses travailleurs, à ceux 
de la pensée, du capital et des mains. 

Ces préoccupations patriotiques, ont dominé ma 
vie. Ce sont elles qui ont déterminé la création de 
Tœuvrè africaine. 

Mes peines n'ont pas été stériles : un jeune et vaste 
État, dirigé de Bruxelles, a pris pacifiquement place 
au soleil, grâce à l'appui bienveillant des puissances 
qui ont applaudi à ses débuts. Des Belges l'adminis- 
trent, tandis que d'autres compatriotes, chaque jour 
plus nombreux, y font déjà fructifier leurs capitaux. 

L'immense réseau fluvial du Congo supérieur ouvre 
à nos efforts des voies de communication rapides et 
économiques qui permettent de pénétrer directement 
jusqu'au centre du continent africain. La construction { 

du chemin de fer de la région des cataractes, désor- 
mais assurée, grâce au vote récent de la Législature, 
accroîtra notablement ses facilités d'accès. Dans ces 
conditions, un grand avenir est réservé au Congo, 
dont l'immense valeur va prochainement éclater à 
tous les yeux. 

Au lendemain de cet acte considérable, j'ai cru de 
mon devoir de mettre la Belgique à même, lorsque la 
mort viendra me frapper, de profiter de mon ceuvre 
ainsi que du travail de ceux qui m'ont aidé à la 
fonder et à la diriger et que je remercie ici une fois 
de plus. J'ai donc fait, comme Souverain de l'État 
indépendant du Congo, le testament que je vous 
adresse ; je vous demanderai de le communiquer aux 
Chambres législatives au moment qui vous paraîtra 
le plus opportun. 



» 



■ • -* 



^ * • - , 



100 HISTORIQUE 

qu'il portait l'acte généreux du Roi à la connaissance 
de la Législature et demandait à celle-ci de ratifier 
la convention suivante conclue le 3 juillet 1890, 
avec rÉtat du Congo : 

CONVENTION. 

I. — L'État belge s'engage à avancer, à titre de 
prêt, à l'État indépendant du Congo, une somme de 
25 millions de francs, et ce savoir : 5 millions de 
francs aussitôt après l'approbation de la Législature 
et 2 millions de francs par an, pendant dix ans, à 
partir dé ce premier versement. Pendant ces dix 
années, les sommes ainsi prêtées ne seront point pro- 
ductives d'intérêts. 

IL — Six mois après l'expiration du prédit terme 
de dix ans, l'Etat belge pourra, s'il le juge bon, s'an- 
nexer l'État indépendant du Congo avec tous les 
biens, droits et avantages attachés à la souveraineté 
de cet État, tels qu'ils ont été reconnus et fixés, 
notamment par l'acte général de Berlin du 26 fé- 
vrier 1885 et par l'acte général de Bruxelles et la 
déclaration du 2 juillet 1890; mais aussi à charge de 
reprendre les obligations dudit État envers les tiers, 
le Roi-Souverain refusant expressément toute indem- 
nité du chef des sacrifices qu'il s'est imposés. Une loi 
réglera le régime spécial sous lequel les territoires 
du Congo seront alors placés. 

m. — Dès à présent, l'État belge recevra de l'État 
indépendant du Congo tels renseignements qu'il 
jugera désirables sur la situation économique, com- 
merciale et financière de celui-ci. Il pourra notam- 
ment demander communication des budgets de 
recettes et de dépenses, et des relevés de la douane 
quant aux entrées et aux sorties. Ces renseignements 
ne doivent avoir d'autre but que d'éclairer le gouver- 
nement belge et celui-ci ne s'immiscera en aucune 



102 HISTORIQUE 

" < . ' 

société, conquis de chaleureuses adhésions; grâce 
à riniliative patriotique d'un groupe de philan- 
thropes éclairés et d'hommes d'affaires clairvoyants 
qui avaient apporté à l'idée politique le précieux 
appui des capitaux privés pour la constitution d'en- 
treprises commerciales et industrielles au Congo; 
grâce surtout et avant tout aux sacrifices incessants 
du Fondateur et à sa persévérance qu'aucune épreuve 
n*avait su rebuter, l'opinion publique avait lentement 
évolué : l'inertie s'était transformée en collaboration 
active et pratique; la méfiance, en fierté virile. 

L'annexion du Congo à la Belgique, à plus ou 
moins brève échéance, devenait donc certaine. La 
L^islaturè, en votant, en juillet 1894, la revision de 
l'article 1" de la Constitution belge et en y introdui- 
sant un paragraphe relatif à Tacquisition de colonies, 
prépara le terrain légal pour le jour où le pays 
aurait à se prononcer définitivement. A l'article 1* 
il fut ajouté : 

. Les colonies, possessions d'outre-mer ou protecto- 
rats que la Belgique peut acquérir sont régis par 
des lois particulières. Les troupes européennes desti- 
nées à leur défense ne peuvent être recrutées que 
par des engagements volontaires. 

Il arriva un moment où l'on crut que la date fixée 
pour la reprise par la convention du 3 juillet 1890 
allait de commun accord être avancée. 

L'intervention financière de la Belgique, le subside 
consenti par le Roi-Souverain et les recettes locales 
devaient, en effet, d'après les prévisions du moment, 
doter l'État d'un budget régulier et assurer son déve- 
loppement normal, pendant la période qui allait 
s'écouler jusqu'à l'ouverture du droit d'option stipulé 



104 HISTOUIQUE 

sans chaque jour plus nombreux de la politique 
coloniale, soutenus par les sympathies unanimes 
qu'à l'étranger, en Allemagne, en Angleterre, en 
France, en Hollande, le monde politique et la presse 
manifestaient en faveur de la transformation de 
l'État du Congo en colonie belge. 

Cependant l'action qui, au début, s'annonçait 
comme devant être rapidement menée, ne tarda pas 
à se ralentir. Des hésitations inattendues se firent 
jour ; des personnalités que l'on croyait favorables au 
projet s'en déclarèrent subitement les adversaires. La 
Commission parlementaire nommée pour l'examen 
du projet s'immobilisa. Les renseignements demandés 
par elle vinrent lentement ou incomplètement; 
quelques-uns ne vinrent même pas du tout; enfin, le 
cabinet lui-même ne manifesta plus, dès le mois de 
mars, cette volonté ferme et unanime qu'il avait 
proclamée nettement aux premiers jours. Néanmoins, 
on fixait au mois de juin la discussion à la Chambre 
où — les mieux informés l'affirmaient — une majo- 
rité, minime mais certaine, était acquise. 

Telle était la situation le 18 mai, lorsque, brus- 
quement, à la Commission des XXI, M. de Lants- 
heere, ancien président de la Chambre, proposa le 
vote d'un subside provisionnel destiné à parer aux 
embarras financiers de l'Etat. Le premier effet de 
cette motion fut de provoquer une crise ministé- 
rielle : le ministre des affaires étrangères, M. le comte 
de Mérode-Westerloo, moralement engagé devant le 
pays et devant les puissances, à faire voter le projet 
de loi du 9 janvier, estima que les circonstances ne 
comportaient aucune faiblesse ni aucun compromis et 
démissionna. Un subside provisionnel de 5,600,000 fr. 
fut ensuite proposé par le gouvernement et voté par 



166 ' msTORiauE 

. Quoi qu'il en soit et quelque solution que réserve 
l'avenir, les générations futures retiendront qu'à 
l'initiative de leur Souvwain et animés par tout ce 
qu'il y a de plus élevé dans la pensée et dans le cœur 
des hommes, les Belges n'ont pas hésité à s'attaquer à 
une tâche aussi hardie que Celle de l'exploration et de 
la conquête d'un monde nouveau ; qu'ils s'y sont déjà 
consacrés pendant près d'un quart de siècle et que 
beaucoup d'entre eux ont donné leur vie pour 
ajouter une page glorieuse à l'histoire de leur nation 
et de l'humanité. 

BiBLiOGEAPHiB : V. Abnould i Lœuvre africaine. — Id. : 
la Nation, 1890. — E. Banning : Le partage politique de 
r Afrique, — Id. : La Belgique actuelle au point de vue 
commercial j colonial et militaire, — E. Picard : En Con- 
golie, — Thys : Vannescion du Ckmga, 

Exposé des motifs du projet de loi d'aanexion. — Annales^ 
parlementaires belges et Annexes du Moniteur belge , de 1885 
à 1897. 



' 



108 GÉOGRAPHIE PHYSIQUE 

La hauteur de la crête septentrionale séparant le 
bassin du Congo de celui du Nil est moindre : 
1,270 mètres près des sources de l'Uele; 740 à celles 
du Bomu; 660 au village de Dem-Bekir. Aux sources 
du Shinko, le relief affecte des allures de chaîne : ses 
sommets atteignent plusieurs centaines de mètres 
au-dessus des plaines; le pays prend un aspect bizarre 
et tourmenté: il est semé de blocs rocheux, de mono- 
lithes, présentant des formes de bastions et de tours, 
d'une hauteur de 30 à 50 mètres. A Touest, le 
plateau d'où descendent les branches supérieures de 
la Sanga a des cotes de 1,150 mètres à Niaundere, 
del,500àKunde. 

Enfin, au sud-est, entre le Tanganikaet le Nyassa, la 
ligne de faîte s'élève à 1,400 et 1,600 mètres, tandis 
que, plus au nord, le bassin du Malagarazî, le plus 
oriental des cours d'eau drainant la terrasse au fond 
de laquelle s'étend la nappe longue et étroite du Tan- 
ganika, est bordé par une suite de hauteurs qui 
atteignent 1,100 mètres, 1,500 et même 2,000 à l'en- 
droit où elles viennent se rattacher au massif des 
Virungo. 

Deux chaînes de montagnes d'inégale importance 
traversent du sud au nord le bassin du Congo qu'elles 
divisent, au point de vue orographique, en trois 
zones bien distinctes : ce sont les monts de Cristal et 
les monts Mitumba. 

Les cartographes ont appelé monts de Cristal les 
rangées de hautes collines qui courent, parallèlement 
à la côte de l'océan Atlantique, depuis le plateau du 
Bihé, au sud, jusqu'au Kamerun, au nord, où elles se 
rattachent au massif de l'Adamaua. Lorsqu'on vient 
de la mer, elles commencent à se manifester par deux 



410 ' GÉOGRAPHIE PHYSIQUE 

vement les noms de Kisika-Luelo^ Mita, Mitumbaj 
KU^ala, et à laquelle nous conservons le nom général 
de ce Mitumba », employé par l'explorateur allemand 
M. Paul Reîchard, qui, le premier, en 1884, en révéla 
l'existence. Après M. Reichard, la chaîne fut franchie, 
en des endroits différents, par les expéditions belges 
de MM. Paul LeMarinel,Delcommune, Bia et Brasseur, 
qui y signalèrent des altitudes de 1,500 à 1,800 mè- 
tres. Vers le sud, elle projette trois éperons, les 
monts Kitangula, signalés par MM. Capello et Ivens, 
entre le Lububuri et le Nzilo supérieurs, les monts 
Nikale, traversés par M. Delcommune entre le Nzilo 
et laLu&la supérieurs et lesKwandelungu,queM.l\x\es 
Cornet a explorés et décrits, entre la Lufila et le Lua- 
pula supérieurs. 

La chaîne des Mitumba aborde le Tanganika près 
de Rumbi et Mpala, où ses sommets atteignent 
2,000 mètres; se dirigeant vers le nord, elle longe de 
très près la rive occidentale du lac et y dresse le cône 
de Misasi, à une hauteur de 1,730 mètres; plus loin, 
elle forme la limite occidentale de Tétroit bassin du 
Rusizi, et ses terrasses s*y élèvent à 3,000 mètres, 
estime le docteur Baumann. L'expédition von Gôtzen 
l'a franchie, à l'ouest du lac Kivu, à une altitude de 
2,700 mètres; elle y offre un aspect de hautes mon- 
tagnes parsemées de rochers abrupts; l'itinéraire du 
voyageur passe à travers des plaines désertes par- 
ssemée de bois et de ces forêts de bambous géants, que 
M. Cornet a signalées dans les vallées des montagnes 
du sud. Puis la chaîne borde de falaises le lac Albert- 
Edouard, la Semliki et le lac Albert, où Samuel 
Baker lui a donné le nom de montagnes Bleues, A 
l'extrémité septentrionale de l'Albert, elle s'affaisse, 
après avoir projeté les monts Speke, Chippendall, 



112 GÉOGRAPHIE PHYSIQUE 

2° La zone moyenne^ de beaucoup la plus vaste, 
occupe une superficie immense : plus de 3 millions 
de kilomètres carrés. Elle s'étend, à Touest, des 
sources de la Sanga à celles du Kwango, et, vers Test, 
jusqu'à celles de TAruwimi, de la Lowa et du Luama. 
Elle comprend cinq terrasses principales, savoir : 
au centre, celle de la dépression centrale; au nord, 
celle de TUele; au sud, celle du Kasaï; au sud-est, 
les deux terrasses de moindre superficie du haut 
Lomami et du Kamolondo ; 

3° La zone supérieure^ d'une superficie de 730,000 
kilomètres carrés, domine la zone moyenne d'environ 
500 mètres. Elle s'étend au delà des Mitumba et se 
divise à son tour en sept terrasses ; ce sont, en par- 
tant de l'ouest, celles du haut Lububuri, du haut 
Nzilo, de la haute Lufila, du Moero, du Bangwelo, du 
Tanganika et du Kivu. 

De toutes ces terrasses, celle du Kivu est la plus 
élevée : son altitude moyenne dépasse 1,500 mètres. 
Elle est dominée, au nord, par la plus haute expres- 
sion montagneuse du bassin du Congo, le groupe 
volcanique des Virungo. Celui-ci compte six cimes 
coniques rangées au milieu d'une plaine sur une ligne 
orientée E. N. E.-O. S. 0. La première, à l'est, est 
appelée Mfumbiro; la troisième, Nakanga; la cin- 
quième, Kisigali; la sixième, à l'ouest, Kirunga. 
Elles ont été entrevues pour la première fois par 
Speke et Grant, en 1861, et approchées par Stuhl- 
mann, en 1891. Le comte von Gôtzen et son compa- 
gnon, le D'' Kersting, firent l'ascension du Kirunga 
les 8, 9 et 10 juin 1894. A l'altitude de 3,475 mètres, 
ils se trouvèrent en présence du cratère d'un volcan 
encore en activité. C'est une excavation aux parois 
presque à pic et hautes de 200 à 300 mètres; de forme 



114 GÉOGRAPHIE PHYSIQUE 

Les sommets qu'il projette à 5,500 mètres et plus, et 
qui ne sont dépassés, en Afrique, que par le Kiliman- 
djaro (5,745 mètres), sont couverts de neige. Les indi- 
gènes l'appellent Ruwenzori, « le roi des nuages ». 

Les géographes veulent y voir les Montagnes de la 
Lune des auteurs grecs, au pied desquelles ceux-ci 
plaçaient les paltiSy sources du Nil. En effet, le lac 
Albert-Edouard arrondit sa nappe au sud du massif, 
tandis qu'au nord s'allonge le lac Albert et qu'à 
l'ouest s'étend le lac Victoria, réservoir principal du 
grand fleuve égyptien. 

Escarpé, presque inaccessible sur sa face occi- 
dentale, le massif s'abaisse vers le sud en terrasses et 
en pentes successives jusqu'au lac Albert-Edouard, 
tandis que le versant oriental, âpre et rugueux, pro- 
jette en avant des éperons plus bas et des monts 
détachés, qui lui font comme une ligne de défense, 
tels que le mont Gordon-Bennett et le mont Mackin- 
non, tous deux élevés d'environ 4,500 mètres, et le 
mont Edv^in-Arnold, de 2,700 mètres. 

C'est Stanley qui, lors de sa retraite avec Emin- 
Pacha, en juin 1889, aperçut, le premier, les cimes 
neigeuses du Ruwenzori. Un de ses adjoints, 
M. Stairs, fît l'ascension des pentes occidentales 
jusqu'à l'altitude de 3,200 mètres, sans atteindre la 
limite des neiges. Trois ans plus tard, le capitaine 
Lugard explora ses terrasses orientales. 

Le 30® méridien, qui constitue en cette région la 
frontière entre l'Etat du Congo et la colonie anglaise 
de l'Uganda, coupe le massif du Ruwenzori en deux 
parties inégales, laissant à l'État les pentes sud-ouest 
de la chaîne. 

Bibliographie : v. Gôtzkn : Ascension des monts M/um- 
biro, — A.-J. Wauters : Le relief du bassifi du Congo, 



116 GÉOGRAPHIE PHYSIQUE 

Le dernier des plissements qui ont bouleversé les 
terrains anciens du Congo est d'âge hercynien. 
Depuis lors, ce pays n'a plus connu d'immersion 
océanique généralisée. Consécutivement aux mouve- 
ments hercyniens, se sont formées de vastes nappes 
lacustres (ou des mers intérieures, en rapport avec 
l'océan : nous ne discuterons pas ici ce point) où se 
sont déposées les puissantes assises de schistes argi- 
leux et de grès qui recouvrent une grande partie de la 
charpente ancienne du pays. Ce dépôt a probablement 
occupé la fin des temps primaires et les débuts des 
temps secondaires, mais il paraît s'être rejeté une 
seconde fois, beaucoup plus tard, dans des bassins 
d'ailleurs plus restreints. Enfin, après l'assèchement 
définitif, l'intérieur du pays a été rendu en entier à 
l'action exclusive de l'atmosphère et des eaux cou- 
rantes. 

Sur une partie du sol de la région, cette action 
s'est donc exercée depuis les derniers temps de 
l'époque primaire; ailleurs, depuis une date mal 
déterminée de l'ère secondaire, probablement vers le 
triasique; dans certaines parties du continent, enfin, 
elle n'a débuté que beaucoup plus tard, peut-être 
vers la fin du tertiaire, après le retrait des derniers 
grands lacs intérieurs. 

Dans la région côtière, un bande relativement 
étroite du continent a été recouverte, à plusieurs 
reprises, par la mer crétacée, puis par la mer ter- 
tiaire, et ce n'est qu'à une date récente, sans doute 
postérieure au miocène, qu'elle est définitivement 
rentrée sous l'action des agents météoriques. 

Dans l'état actuel des choses, les terrains archéens 
et paléozoïques constituent surtout (mais non exclusi- 
vement) le sol des régions élevées de la périphérie du 



118 GÉOGRAPHIE PHYSIQUE 

teuse encore. Le géologue rencontre une grande diflS- 
culté dans l'investigation géolc^ique du bassin du 
Congo. Cest l'absence de fossiles, qui, nulle part, 
n*est si complète ni si généralisée stratigrapbique- 
ment et géographiquement, sauf dans les terrains 
marins crétacés et tertiaires de la région côiière. 

Le géologue en est donc réduit, au Congo, à se 
servir des seules méthodes de la pétrographie et de 
la stratigraphie; mais, s*il les applique avec logique 
et avec prudence, elles peuvent lui donner des résul- 
tats qu'il n'aurait pas osé espérer au premier abord. 

L — Terrains archéens ou réputés tels. 

A. Régions méridionales. — Dans le sud du bassin, 
Tarchéen se présente d'une façon typique quoiqu'il 
n'occupe que des aires peu étendues. Il constitue 
notamment les monts Bia et une partie des monts 
Hakansson. Le granité, passant souvent au gneiss, 
entre aussi dans la formation des monts Nzilo. 
On le retrouve sur le Kamolondo, le Lubudi, le 
Lomami, le Luvoi, le Kilnbilui, le Luembe, le Sankuru 
et dans les confins sud et sud-est du bassin. Les 
mêmes circonstances semblent se présenter dan? 
toutes les vallées parallèles situées plus à l'ouest, de 
celle du Lubilashe à celle du Kwango : l'érosion a 
creusé dans le plateau de grès tendre des rigoles plus 
ou moins encaissées qui ont mis à nu le substratum 
granitique. 

B. Régions occidenttUes. — Dans le Congo occi- 
dental, on rencontre sur les rives du fleuve, entre 
Boma et Isangila, et le long du chemin de fer jusque 
près de la Lufu, un ensemble assez complexe de 
terrains cristallins, dans lequel il n'est pas aisé de 



120 GÉOGRAPHIE PHYSIQUE 

Il semble qu'entre le Tanganika et te Lualaba, la 
charpente du pays soit constituée par des granités et 
des schistes cristallins recouverts, sur de grandes 
étendues, de couches de grès continentaux avec épais 
poudingues à la base. Les roches archéennes appa- 
raissent, surtout dans les vallées, par suite de la dénu- 
dation, mais, çà et là, elles font saillie directement à 
travers la couverture de grès, qu'elles percent comme 
un manteau troué. 

Pour ce qui concerne les régions que nous avons 
visitées, nous nous sommes efforcé de distinguer les 
terrains archéens proprement dits des terrains méta- 
morphiques plus récents, qui peuvent souvent leur 
ressembler beaucoup à première vue. La distinction 
est très aisée au Katanga; dans le Congo occidental, 
elle est beaucoup plus difficile, mais, en tout cas, 
nous avons réussi, dans l'ouest comme dans le sud du 
bassin, à établir l'existence des deux groupes de for- 
mation l'un à côté de l'autre. 

Pour les contrées que nous n'avons pas eu l'occa- 
sion d'étudier personnellement, nous avons rangé 
provisoirement dans l'archéen les terrains dans les- 
quels les voyageurs signalent des roches granitiques, 
ou bien, les uns à côté des autres, des gneiss, des 
micaschistes, des phyllades, des quartzites, etc., et, en 
général, des roches dont la description rappelle des 
schistes cristallins. 

Répétons-le, cette manière de voir n'est que provi- 
soire. Il est difficile d'agir autrement, vu la grande 
pauvreté ou l'incohérence des données que nous pos- 
sédons. 

Mais, il est très-probable que, dans les régions 
considérées plus haut comme exclusivement ar- 
chéennes, il existe des terrains métamorphiques d'âge 



122 GÉOGRAPHIE PHYSIQUE 

mations non métamorphiques, comprenant des pou- 
dingues, des schistes, des grès, des calcaires, etc., 
que nous pouvons comparer, sinon identifier, aux 
terrains dévoniens. Ces formations se présentent 
avec des caractères assez différents, selon qu'on les 
observe au nord-ouest ou au sud-ouest de la zone 
archéenne des monts Nzilo et des monts Bia, c'est-à- 
dire dans la région de l'Urua ou dans le Katanga. 

Dans le Katanga, bien qu'ilsi)ffpent plusieurs faciès 
distincts, ils ne semblent former qu'un même 
ensemble stratigraphique. Nous tes avons décrits en 
détail dans nos Observations sur les terrains anciens 
du Katanga, 

B. Région occidentale. — Vers l'ouest du bassin, 
les terrains primaires non métamorphiques, qui nous 
comparons aussi au déuonien, se présentent avec un 
beau développement et avec plus d'unité que dans le 
Katanga. Le long du Congo inférieur et du chemin de 
fer de Matadi à Léopoldville, on les voit apparaître à 
Test des massifs formes par les terrains archéens et 
métamorphiques examinés précédemment. 

Ils présentent, de haut en bas, la succession sui- 
vante : ^^ des schistes calcareux avec roches siliceuses 
oolithiques; 4"* des chertSy etc^, souvent oolithiques; 
3« des calcaires marbres ; 2*» des schistes calcareux ou 
calcaires argileux schistoides; 1*» des jwudingues. Nous 
renvoyons, pour ce qui concerne ces formations, à 
nos Etudes sur la géologie du Congo ocddentaL 

C. Région septentrionale, — Il existe des terrains 
anciens non cristallins dans la région nord du bassin, 
notamment entre le Congo et l'Ubanghi-Uele, sur 
ritimbiri-Rubi, etc. 

D. Région orientale, — Pour ce qui concerne les 
régions de l'est du bassin, les renseignements sont 



124 GÉOGRAPHIE PHYSIQUE 

grand continent austral ou brasiliano-éthiopique. 
Alors s'ouvrit pour rAfrique une longue période 
d'érosion continentale pendant laquelle s'émoussa 
considérablement le relief créé par les plissements 
hercyniens. C'est aussi pendant cette période que.se 
déposèrent dans les dépressions les formations dont 
nous allons dire quelques mots. 

IV. — Formations post-primaires contineiitales. 

Ces formations, comme nous l'avons dit, doivent 
être considérées comme s'étant déposées dans de 
vastes lacs qui couvraient une grande partie de 
l'étendue actuelle de l'Afrique tropicale. Elles com- 
prennent deux jgroupes superposés entre lesquels 
existe, du moins dans certaines parties du bassin, une 
discordance de stratification manifeste. Le groupe 
inférieur repose en couches généralement peu déran- 
gées de la position horizontale sur les terrains 
archéens ou primaires disloqués et arasés par la 
dénudation. Le groupe supérieur repose sur le 
précédent ou, quand la dénudation l'a fait disparaître 
avant son dépôt, directement sur le substratum 
ancien du pays. 

l®*" groupe inférieur, — Grès durs feldspathiques. 
(Couches du Kundelungu.) 

Dans le Congo occidental, ce groupe comprend 
deux systèmes superposés séparés probablement par 
une nouvelle discordance : le système inférieur ou de 
la Mpioka : schistes, psammites et grès sans galets, et 
le système supérieur ou de l'Inkisi : grès rouges 
feldspathiques avec galets. 

A. Système de la Mpioka, — Ce système est 
constitué par des schistes argileux rouge foncé plus 



GÉOLOGIE 125 

OU moins micacés, passant au psammite, alternant 
avec des grès à grain fin ou moyen, très cohérents, 
souvent feldspathiques, quelquefois très purs, de 
teinte rouge foncée, grise ou noirâtre. Ces couches 
reposent sur le système schisto-calcareux en discor- 
dance de stratification peu prononcée; elles sont 
légèrement ondulées et pendent, dans l'ensemble, vers 
Test, en plongeant sous le système de Tlnkisi. 
Contrairement à ce système, elles renferment des 
veines de quartz. 

B. Système de Flnkisi. — Il consiste en bancs épais 
de grès grossiers, fortement chargés de gros grains 
de feldspath altéré, de teinte rouge ou brune et rem- 
plis, surtout vers la base, de nombreux galets petits 
ou moyens. Les baiics de ces système sont d'allure 
très régulière et en pente faible vers l'est. 

Ces deux systèmes des grès feldspathiques, coupés 
par les vallées d'érosion de la Mpioka et de la 
Lukunga, se sont autrefois étendus considérablement 
vers l'ouest, au-dessus des terrains primaires et ont 
probablement atteint la zone cristalline. 

Dans les régions du Katanga, les couches du 
Kundelungu constituent le haut plateau du même 
nom et le plateau de la Manika, séparés par la large 
•vallée d'érosion de la Lufila et se faisant face, à 
100 kilomètres de distance par des falaises hautes de 
100 à 300 mètres. 

Le groupe se retrouve, avec les mêmes caractères, 
dans la région du bas Luembe. Il existe sur les deux 
rives du Tanganika, dans le bassin du Malagarazzî et 
vers le point de sortie de laLukuga. La formation, plus 
ou moins dénudée, paraît s'étendre entre le Kunde- 
lungu et le Tanganika jusqu'à la Lukuga; dans cette 
région, elle se présente en lambeaux interrompus ou 



126 GÉOGRAPHIE PHYSIQUE 

en témoins isolés. On le retrouve bien caractérisé aux 
Stanley-Falls et probablement en amont jusque vers 
Nyangwe. On Ta aussi signalé sur TUbangi, sur le 
haut Kwango et sur le cours supérieur de plusieurs 
de& affluents occidentaux du Kasaï. 

Cette formation franchit les limites du bassin du 
Congo, notamment dans le nord-ouest, et on la 
retrouve sur le haut Ogowe, la Benue, le Niger 
inférieur, etc., etc. 

Le dépôt des couches du Kundelungu a été suivi 
d'une longue période de dénudation pendant laquelle 
elles ont été enlevées sur de grands espaces. Cette 
émersion semble avoir coïncidé avec la formation du 
Graben du Tanganika, comme l'indique l'état assez 
bouleversé dans lequel se présente sur ses rives les 
terrains qui nous occupent. 

2« groupe supérieur. — Grès tendres du haut Congo. 
(Couches du Lubilashe.) 

Près de Léopoldville, on les voit nettement reposer 
sur les grès de l'Inkisi, mais ils existent déjà plus à 
l'ouest et l'on trouve des vestiges de leur ancienne 
extension occidentale au moins jusqu'à la crête de 
Mfumfu. Ces dépôts consistent essentiellement en grès 
siliceux blancs ou jaunâtres (du moins dans cette 
région) très purs, tendres, friables sous les doigts, 
formant des couches épaisses de plusieurs centaines 
de mètres et à stratification ondulée et entrecroisée. 
Au Stanley-Pool, ils reposent sur les grès feldspa- 
thiques, par l'intermédiaire de bancs de grès fin, très 
dur, rouge foncé ou brun. 

Nos couches du Lubilashe occupent, souvent recou- 
vertes par les alluvions, toutes les parties centrales 
du bassin du Congo et s'étendent plus ou moins loin 
dans les régions périphériques. C'est dans les régions 



128 GÉOGRAPHIE PHYSIQUE 

plus bas de la bordure de son bassin et aurait fini, 
avec le temps, par éroder ce seuil au point d*y établir 
un déversoir continu? Telle à été longtemps notre 
interprétation. Mais nous croyons, aujourd'hui, qu'ir 
faut simplement attribuer l'établissement du déver- 
soir à une sorte de phénomène de capture pratiquée 
par la partie supérieure d'un petit fleuve côtier qui 
devint, par ce fait, la portion terminale d'un des plus 
grands fleuves du monde. 

Quant à l'endroit précis où s'opéra la capture du 
lac par le fleuve côtier, nous croyons qu'il serait 
difficile de le fixer. L'érosion a, depuis lors, enlevé 
dans le bas Congo une épaisseur de plusieurs 
centaines de mètres aux grès tendres du Lubilashe 
et empêche de fixer les limites de leur ancienne 
extension vers l'ouest. Or, c'est précisément au voisi- 
nage de cette limite qu'à dû s'opérer le phénomène de 
capture et commencer l'évacuation du lac lubilashien 
vers la mer. 

Mais l'histoire géologique du bassin du Congo ne 
se termine pas avec la disparition des derniers 
vestiges du grand lac qui avait déposé les couches du 
Lubilashe. 

Le régime d'érosion pluviale et fluviale qui suivit 
l'évacuation du lac finit par aboutir à une atténuation 
très avancée du relief du pays et à la régularisation 
du cours du fleuve et de ses principaux aftluents 
H fut un temps où le bassin tout entier présentait 
l'aspect d'une immense plaine ondulée, parcourue 
par de vastes cours d'eau au cours paisible qui se 
réunissaient en un tronc commun, le Congo. Celui-ci 
se jetait tranquillement dans l'Atlantique par un 
large delta dont la pointe se trouvait à hauteur de 
Boma. C'est à cette époque que le lamantin, et avec 



130 GÉOGRAPHIE PHYSIQUE 

finirent par reprendre le chemin de leur ancien 
déversoir. 

Un instant arrêtées devant la barrière que le sou- 
lèvement avait créée dans l'ancien cours inférieur du 
fleuve, elles purent réussir à la franchir et s'élancèrent 
de nouveau vers l'Atlantique. Depuis lors, le fleuve 
continue son travail de Sisyphe, recreusant sa route 
entre le Pool et Borna et renouvelant un pénible 
labeur déjà accompli dans les temps géologiques. 

Telle est, d'après nous, -la seule façon d'interpréter 
les caractères actuels de l'orographie congolaise dans 
laquelle on voit les régions périphériques, d'où 
descendent tous les cours d'eau qui affluent au Congo, 
constituer de vraies pénéplaines rabotées par une 
longue dénudation, tandis que les rivières qui y sont 
nées gagnent le centre du bassin par des vallées 
étroites et encaissées, dont le rapprochement donne 
souvent au pays un caractère extraordinairement 
accidenté et dans lesquelles l'érosion se continue avec 
activité. 

Telle est la seule explication que Ton puisse donner 
de 4'uniformité des faunes fluviatiles africaines et de 
la présence, par-dessus rapides et cataractes, de cer- 
tains animaux de type marin ; le bassin du Congo, 
après être arrivé à un régime hydrographique régu- 
lier, a vu, à une époque relativement récente, l'éro- 
sion fluviale se raviver, renaître par suite de 
mouvements du sol qui en ont relevé les parties péri- 
phériques. 

Y. — Formations détritiques superficielles. 

Ces formations peuvent se classer en quatre caté- 
gories : 1° produits de l'altération sur place des 



GITES MÉTALLIFÈRES 131 

roches du sous-sol ; 2® produits du remaniement des 
précédents par le ruissellement des eaux pluviales ; 
3° alluvions actuellles des cours d'eau; 4^ alluvions 
anciennes des cours d*eau, y compris les dépôts de 
Testuaire primitif du Congo. 

B, — GITES MÉTALLIFÈRES. 

Le sol du bassin du Congo n'a été, jusqu'ici, que 
très peu étudié et il l'a été, en tous cas, d'une façon 
trop rapide et superficielle pour qu'on puisse émettre 
des conclusions certaines et complètes sur la nature, 
la situation et l'importance des gisements minéraux 
et métallifères qu'il renferme. Le petit nombre de 
géologues qui en ont visité quelques régions n'ont 
fait que parcourir le pays à grandes journées et si 
les résultats de ces voyages permettent, dès main- 
tenant, d'entrevoir les traits principaux de la géologie 
du bassin, ils ne se sont pas effectués dans les con- 
ditions que réclament les travaux de recherches 
minières. 

Les gîtes miniers du Congo se rencontrent exclu- 
sivement dans les terrains anciens (archéens et pri- 
maires) qui, comme nous l'avons vu plus haut, ne se 
montrent guère au jour que dans les parties périphé- 
riques, élevées du bassin hydrographique. Sur la 
plus grande partie de la superficie de la région 
centrale, les formations horizontales post-primaires, 
qui jusqu'ici se sont montrées absolument stériles, 
recouvrent, en couches épaisses, les terrains anciens 
formant le fond de la dépression. Dans les 
contrées mêmes où ils constituent directement le 
sous-sol, les terrains archéens et primaires sont 
généralement masqués par un manteau de terres 



132 GÉOGRAPHIE PHYSIQUE 

détritiques et alluviales qui, joint au revêtement 
herbacé qui couvre les plateaux et à la végétation 
forestière qui envahit les ravins, rend relativement 
rares et ordinairement très restreints les affleure- 
ments qu'on pourrait étudier. 

Si ces conditions rendent déjà Tétude géologique 
proprement dite assez pénible, on comprend quelles 
difficultés elles opposent à la recherche de gisements 
dont les têtes ne doivent nécessairement occuper que 
des étendues très limitées de la surface du sol. 

, 1^ Région occidentale. 

Les plateaux primaires et archéens qui s'étendent 
entre la zone maritime et la région gréseuse de l'inté- 
rieur renferment un certain nombre de gisements 
métallifères. Les filons de quartz si abondants dans 
les terrains cristallins contiennent fréquemment de 
l'hématite, et l'on rencontre dans ces terrains des 
points où les roches sont si fortement minéralisées 
qu'elles peuvent faire croire à la proximité de gîtes 
importants. La partie minière par excellence de la 
région est celle qui s'étend au sud du Niadi-Kwilu, 
dans la section de ce fleuve comprise dans la zone 
shisto-calcareuse. Les indigènes y extraient du 
cuivre et du plomb et les minerais de ces métaux y 
sont accompagnés de composés oxydés ou sulfurés 
de manganèse, de zinc et de fer. La position primitive 
des métaux semble être dans des filons ou des amas 
sulfurés subordonnés aux calcaires ; mais on ne con- 
naît guère que les produits de l'altération de la partie 
superficielle des gîtes par les influences externes. 

La chalcosine et la galène, quelquefois argentifères, 
représentent les minéraux sulfurés; parmi les pro- 



134 GÉOGRAPHIE PHYSIQUE 

M. J. Thomson, on trouve du cuivre dans TUvira et au 
nord du Tanganika. Signalons aussi les grands 
gisements de fer spéculaire (probablement itabirite) 
signalés par Cameron entre Manyara et Kasongo et 
par M. Stairs sur la route du Tanganika au Moero. 

30 Région méridionale. 

Le Katanga est essentiellement la région minière 
du Congo. Ses richesses consistent en gisements con- 
sidérables de minerais de cuivre (malachite) et ^e fer 
(magnétite, oligiste, limonite). 

Le cuivre, dans tous ses gisements, se rencontre à- 
rétat de malachite, mais en quelques endroits on 
peut trouver, dans les parties les plus profondes 
des minières, des fragments de pyrite cuivreuse à 
demi-altérée en malachite et limonite. Ce fait 
démontre bien que les gisements de cuivre du 
Katanga sont, comme ceux du Congo occidental, les 
parties supérieures altérées ou chapeaux de gîtes sul- 
furés. 

L'auteur de cette étude a eu l'occasion de visiter sept 
gisements importants de malachite exploités par les 
indigènes; Capello et Ivens, ainsi que Reichard, en ont 
signalé d'autres et, plus récemment, les explorations 
de M. Brasseur en ont encore révélé de nouveaux. Le 
minerai se rencontre en petits amas, en noyaux, en 
minces couches discontinues, en enduits, imprégna- 
tions, remplissages de fentes, de fissures et de joints 
de stratification dans des schistes siliceux ou quartzites 
caverneux. La malachite est normalement accompa- 
gnée de limonite généralement compacte et de com- 
posés cuprifères accessoires. La plupart des gisements 
sont subordonnés aux couches métamorphiques, 



/ 

136 GÉOGRAPHIE PHYSIQUE 

Katanga on trouve en abondance des galets dô 
magnélite et d'oligiste provenant des masses rocheuses 
que ravinent ces torrents. 

Mais les vrais gisements de fer du Katanga sont 
ceux dont nous allons parler. En beaucoup d'en- 
droits, spécialement dans le sud, la magnétite (quel- 
quefois accompagnée d'oligiste) se présente en amas 
atteignant souvent des proportions énormes et consti- 
tuant des gîtes qui peuvent être classés parmi les plus 
riches du globe. <^es amas sont généralement subor- 
donnés aux terrains archéens ou aux systèmes méta- 
morphiques. 

Ces massifs de magnétite, opposant aux actions 
dénudantes une résistance supérieure àcelle qu'offrent 
les couches qui les accompagnent, se présentent 
le plus souvent sous forme de collines coniques faisant 
saillie Sfur un pays en plateau ondulé. Elles sont 
surtout nombreuses dans l'extrême sud du pays et 
aux abords des sources du Nzilo ; elles donnent au 
pays, vu du sommet de l'une d'elles, l'aspect d'un 
champ hérissé de taupinières. 

A part ces masses considérables, nous avons eu 
l'occasion de noter le long de nos itinéraires dans le 
Katanga une quantité de gisemeats plus modestes de 
magnitite et d'oligiste. 

La limonite compacte (hématite brune), avons- 
nous dit, accompagne normalement la malachite 
dans ses gisements, à tel point que beaucoup de ceux- 
ci sont à la fois des mines de fer et de cuivre. 
Mais la limonite se rencontre en abondance au 
Katangai comme, du reste, dans une grande partie de 
l'Afrique tropicale, sous un mode de gisement bien 
plus généralisé. Nous voulons parler de l'hydroxyde 
de fer, plus ou moins mélangé, qui se concrétionne 



GITES BIÉTALLIFÈRES 137 

en nodules, en plaques ou en bancs stratiformes de 
structure spongieuse, scoriacée, dans les dépôts ter- 
reux superficiels, détritiques ou alluviaux. Les bancs 
strochi formes de cette limonite scoriacée ont souvent 
une épaisseur de plusieurs mètres et une superficie 
de plusieurs hectares. Quand, sous Tinfluence du 
ruissellement superficiel des eaux fluviales, la partie 
meuble du dépôt a été enlevée, la limonite scoriacée 
se présente à la surface du sol en planchers souvent 
très étendus ou en gros blocs épars. Ce sont là les 
laves de certains voyageurs. Cette roche peut renfer- 
mer par places jusque 3 p. c. d'oxyde ferrique et 
davantage. Les parties les plus riches fournissent le 
minerai de fer exploité par les indigènes dans toute 
l'Afrique intertropicale. 

Bibliographie : Barrât Sur la géologie du Congo fran- 
çais. — Bertrand. La Géologie du bassin du Niari. — 
J. Cornet. Die Geologischen Ergehiisse der Katanga- Expé- 
dition — Id. Observations sur les terrains anciens du Ka- 
ianga. — Id. Les Formations post-primaires du bassin du 
Congo. — Id. Les Dépôts superficiels et l'Érosion continentale 
dans le bassin du Congo. — Id. Observations sur la géologie 
du Congo occidental. — Id. Études sur la géologie du Congo 
occidental entre la côte et le confluent du Lopori. — Id. La 
Géologie du bassin du Congo d*après les connaissances 
actuelles. — Destrain. Bassin du Quilou-Niadi, Le district 
de Stéphaniemlle et le district minier de M'Boko-Songho. — 
E. Dupont. Lettres sur le Congo. — Pechuel-Louche. Kon- 
goland. 



CHAPITRE XII. 

HYDROGRAPHIE 

LA GENÈSE DU FLEUVE, — LE BASSIN. — LA SOURCE. 
LE COURS. — LES AFFLUENTS. — LE RÉGIME. 

A. - LA GENÈSE DU FLEUVE. 

Le Congo doit son origine et la formation de 
sa ramure d'affluents supérieurs à des phénomènes, 
dont les observations . et les découvertes faites au 
cours de ces vingt dernières années permettent 
aujourd'hui d'entrevoir la suite. 

Après le relèvement en bourrelet des régions péri- 
phériques signalé par M. Cornet dans son étude géo- 
logique et à un âge que les géologues qui se sont 
occupés de la question placent à l'époque quaternaire, 
les terrasses, dont l'ensemble forme le bassin actuel du 
fleuve, constituaient, comme nous le disions dans un 
chapitre précédent, autant de bassins hydrogra- 
phiques indépendants les uns des autres; chacune 
d'elles, nettement délimitée par un cercle de mon- 
tagnes ou simplement de hauts plateaux, renfermait 
dans sa dépression un lac sans issue. 

La zone inférieure ou maritime, qui alors n'avait 
aucun rapport avec la zone moyenne, était drainée 
par un petit fleuve de montagne, ayant sa source 
dans le versant occidental des monts de Cristal. Après 
avoir reçu quelques affluents sans importance, il allait 



140 GÉOGRAPHIE PHYSIQUE 

encore à cause de raflfaissement d'un point de la 
ligne de faîte, les nappes lacustres, s'élevant tou- 
jours, finirent par atteindre le seuil le moins élevé 
du pourtour de leur bassin. Dépassaiit le niveau de 
ce seuil, elles se déversèrent dans la terrasse infé- 
rieure voisine, allant gonfler les eaux de cette terrasse 
pour les faire déborder à leur tour. Les torrents 
attaquant énergiquement les seuils qu'ils venaient de 
franchir, en limèrent sans cesse les plafonds et ce 
travail d'érosion aboutit finalement à la formation de 
toute une série de gorges étroites. 

Telle paraît être l'origine de ce système de rapides 
et de chutes, qui coupent, en tant de points divers, 
le cours du Congo et de ses affluents; ainsi se sont 
creusés ces sauvages défilés aux parois à pic, hautes 
parfois de 300 et 400 mètres, et au fond desquels des 
rivières atteignant en amont et en aval une largeur de 
plusieurs milliers de mètres, se précipitent en rédui- 
sant subitement leur cours à quelques centaines de 
mètres, voire à moins de cent mètres. 

Dans l'état actuel de nos connaissances, nous fixons 
à onze le nombre de ces passages caractéristiques : 

1° La chute de Pemba, que MM. Lange et Long 
découvrirent en 189S, et par laquelle s'écoulent les 
eaux de la petite terrasse du Kivu (altitude, 1,490 mè- 
tres) dans celle du Tanganika (altitude, 812 mètres) ; 

2*> La passe de Johnston vue par M. Giraud, en 1883, 
par M. Sharpe, en 1890, par MM. Weatherley et 
Brasseur, en 1898, et que forment les eaux de la 
terrasse du Bangwelo (altitude, 1,200 mètres) en 
passant dans celle du Moero (altitude, 890 mètres). 

Viennent ensuite les quatre étroites crevasses creu- 
sées à travers la chaîne des Mitumba, par lesquelles le 



LA GENÈSE DU FLEUVE 141 

Irop-plein de toutes les eaux de la zone supérieure 
se déverse dans la zone moyenne, savoir : 

3° La gorge de Nzilo, découverte en avril 1892 par 
MM. Delcommune et Briart, explorée cinq mois 
après dans toute sa longueur par MM. Francqui et 
Cornet, qui est le canal d'écoulement de l'ancienne 
terrasse du haut Nzilo ; 

4^ La chute de Djuo^ vue par MM. Bôhm etReichard, 
en 1883, par où tombent dans la terrasse du Kamo- 
lôndo les eaux de la terrasse de la Lufila supérieure; 

5° La gorge de Kiwele, explorée par M. Brasseur, en 
1896, par où se précipitent les eaux de la terrasse du 
Moero, grossies de celles de la terrasse du Bangwelo; 

6® La gorge de Mitwanzi, découverte par M. Thom- 
son, en 1880, et qui donne passage au trop-plein des 
eaux réunies des terrasses du Kivu et du Tanganikà. 

C'est la terrasse du Kamolondo qui reçoit les eaux 
déversées par ces quatre gorges (^). Elle en écoule la 
masse par : 

7*» La Porte d'Enfer et les chutes de Hinde décou- 
vertes par MM. Hinde et Mohun, en 1894, par 
lesquelles toutes les eaux de la terrasse du Kamo- 
londo descendent dans celle de la grande dépression 
centrale. 

Sur celle-ci s'ouvrent, en outre : 

8** Au sud-est, la gorge de Zungu qui, jusqu'ici, n'a 
été encore ni signalée, ni explorée et qui est formée 
par les eaux qui descendent de la terrasse du haut 
Lomami ; 

9^ Au nord, la passe de Zongo franchie, en 188o, 

(^) Nous supposons qu'il doil exister dans les Mitumba une cin- 
quième gorge, celle qui donne passage aux eaux du Lububuri supé- 
rieur. Mais jusqu'à présent, aucune expédition de découverte n'a 
poussé de ce côté ni, par conséquent, pu vérifier cette hypothèse. 



142 GÉOGRAPHIE PHYSIQUE 

par M. Grenfell et par laquelle s'écoulent les eaux de 
la terrasse de FI Jele ; 

10^ Au sud-ouest, la gorge du Kwa, qui livre 
passage aux eaux de la terrasse du Kasai . 

Gonflée par l'apport successif de toutes ces eaux 
descendues des dix terrasses supérieures, la vaste mer 
qui s'étendait jadis au fond de la cuve de la grande 
dépression centrale trouva, à son tour, une issue, 
déborda par un seuil de la chaîne côtière des monts 
de Cristal et creusa le défilé long de S50 kilomètres au 
fond duquel le Congo s'écoule aujourd'hui, avec 
une dénivellation de 300 mètres. C'est la onzième 
gorge du système, la plus importante de toutes, celle 
qui présente les trente-deux chutes dites de Living- 
stone et dont la section médiane caractéristique est la 
gorge de Zinga, découverte et décrite par Stanley 
en juillet 1877. 

Par suite de l'approfondissement incessant des 
onze déversoirs ou canaux d'écoulement que nous 
venons d'énumérer, les mers intérieures devinrent 
de moins en moins étendues. Plusieurs d'entre elles 
ont même fini par s'assécher entièrement, par exemple 
celles des terrasses de l'Uele, du haut Lomami, du 
haut Nzilo et de la Lufila supérieure : les explora- 
teurs en ont observé les anciens bas-fonds. Quelques- 
unes ne montrent plus que des vestiges de leur 
existence passée, telle celle de la terrasse du Kasai, 
dont le Wissmann-Pool et les larges expansions du 
Kasai moyen et du bas Sankuru sont le stade ultime ; 
telle encore celle de la terrasse du Kamolondo frac- 
tionnée maintenant en une série de lagunes et de 
pools distincts. 

Au reste, l'évacuation des eaux ne s'est pas opérée 
d'une façon régulière et continue jusqu'à l'état 



LE BASSIN DU CONGO 143 

actuel des choses. Le processus se poursuit de nos 
jours, avec des périodes alternées de ralentissement 
et de reprise : le niveau du lac Tanganika s'abaisse 
graduellement; des rivages des lacs Bangwelo et 
Moero émergent des espaces de plus en plus grands 
qui, marais d'abord, deviendront terres fermes grâce 
au complet retrait des eaux. D'autre part, le travail 
d'érosion et de creusement de la masse liquide dans 
la gorge du Kwa a fini par régulariser le cours du 
Kasai; les passes de Zongo et de Zungu sont devenues 
également plus ou moins praticables ; il e$t probable 
que, dans la suite des temps, par l'approfondissement 
incessant des passages, de pareils phénomènes se 
produiront dans les chutes de Hinde et dans celles de 
îohnston; enfin, la formidable poussée et la rapidité 
vertigineuse du fleuve à travers la chaîne côtière mo- 
difient chaque jour encore le régime de la gorge et de 
l'escalier de chutes qu'il y a formé. 

Ainsi ont été reliées par des gorges étroites donnant 
passage aux eaux les diverses terrasses qui constituent 
l'assiette du bassin. Ainsi se sont vidés ou continuent 
de se vider les lacs supérieurs. Ainsi encore se sont 
formés ou développés les cours d'eau qui, s'embran- 
chant les uns sur les autres, forment l'arbre hydro- 
graphique du Congo actuel. 

B, — LE BASSIN. 

Dans la liste des grands bassins fluviaux du monde, 
le bassin du Congo occupe le deuxième rang, avec 
une superficie de 3,800,000 kilomètres carrés; il 
n'est dépassé que par celui de l'Amazone (7 millions 
337,000 kilomètres carrésj. Sa forme est un qua- 
drilatère à angles arrondis, relié à l'océan par une 



144 GÉOGRAPHIE PHYSIQUE 

bande étroite. Ses plus grandes dimensions, en 
ligne droite, sont : du nord au sud, 2,500 kilomètres, 
entre la source du Koto (8° 30' de latitude nord) et 
la source du Loombo, affluent du Luapula (14° de 
latitude sud); de l'ouest à Test, 2,450 kilomètres, 
entre Banana (12° de longitude) et la source la plus 
orientale du Malagarazi (34°), laquelle ne se trouve 
qu'à 675 kilomètres du littoral de la mer des 
Indes. 

Sous le rapport du débit d'eau, le Congo est le pre- 
mier des fleuves africains ; dans les autres continents, 
l'Amazone, seul encore, l'emporte sur lui. La lon- 
gueur de sa branche maîtresse n'atteint pourtant que 
4,000 kilomètres, ce qui ne lui donne que le douzième 
rang dans le tableau des plus longs fleuves de la terre. 
Mais il est l'émissaire de mers intérieures, telles que 
le Tanganika, le Bangwelo, le Moero, le Kivu, et il a 
d'innombrables tributaires, dont quelques-uns — le 
Kasai et l'Ubangi — sont presque aussi longs que lui- 
même. 

C. - LA SOURCE. 

Où faut-il géographiquement placer la source du 
Congo ? Quel est le cours d'eau qui, parmi les affluents 
se ramifiant en amont de Nyangvve, doit être consi- 
déré comme la branche principale? 

Si l'on admet la théorie qui place l'origine d'un 
fleuve à sa source la plus éloignée de son embou- 
chure, c'est le plus long des affluents orientaux du 
Malagarazzi. Ce serait le Tshambezi, cours supérieur 
du Luapula, si l'on adoptait, ainsi qu'on le fait d'or- 
dinaire, la théorie du plus imposant volume d'eau. 
En effet, au village d'Ankolo près duquel a lieu la 
réunion du Luapula et du Kamolondo, le premier 



LE COURS DU CONGO 145 

l'emporte de beaucoup sur le second sous le rapport 
de la masse d'eau débitée. 

Mais l'histoire de la formation du Congo, telle que 
nous l'avons exposée dans les chapitres précédents, 
fait naître une troisième théorie, qui nous apporte 
des données plus rationnelles et plus scientifiques. 

Historiquement, le Congo est le fleuve qui draine 
les eaux de. l'ensemble des terrasses de l'immense 
zone moyenne, entre' les monts de Cristal et les 
Mitumba : c'est le Lubudi, de Francqui et Cornet, con- 
tinué par le Kamolondo, de Brasseur, venant s'em- 
brancher sur le Luapula, de Livingstone. Les eaux de 
zone supérieure sont des eaux affluentes ; aucun des 
cinq grands tributaires qui, par les gorges creusées à 
travers les Mitumba, en amènent le trop-plein, pas 
plus le Nzilo que le Luapula ou la Lukuga, ne saurait 
aspirer au titre de branche-mère. Ce n'est pas à un 
simple mesurage qu'il convient ici de demander la 
solution du problème, c'est à la géologie et à la phi- 
losophie. 

Notre théorie fait donc de la source du Lubudi 
l'origine du Congo, qui est ainsi située par environ 
11** 30' de latitude sud, 24** de longitude est, dans les 
versants nord-est du massif de Kaomba, au centre 
d'un district non encore exploré. 

i). — LE COURS DU FLEUVE. 

En le suivant de sa source à son embouchure, 
le cours du Congo peut être méthodiquement divisé 
en huit parties principales, où les sections innavi- 
gables, coupées de chutes et de rapides, alternent 
avec les sections navigables, ainsi que le résume le 
tableau suivant : 



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446 



GÉOGRAPHIE PHYSIQUE 



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LE COURS DU CONGO 147 

ï. Le Lubudi. — La section supérieure du Lubudi 
est la seule partie du grand fleuve qui demeure 
inexplorée : son cours n*a pas été reconnu en amont 
du village de Kidi, où l'altitude de 940 mètres a été 
observée par M." Paul Le Marinel. 

Son premier affluent important de droite paraît 

être cette rivière dont on ne connaît jusqu'ici que la 

^ source, et à laquelle les voyageurs Pombeiros font tout 

un système d'affluents parmi lesquels le Lububuri, 

dont nous adoptons le nom pour la rivière elle-même. 

Puis, la vallée s'encaisse, plusieurs séries de rapides 
se présentent et le Congo, venant se buter au relief de 
l'extrémité méridionale des monts Hakannson, décrit 
une courbe prononcée vers le sud ; à droite, débouche 
le Nzilo, dont l'apport quadruple son volume d'eau. 
Au delà de ce confluent, le fleuve bouillonne par- 
dessus la chute de Kalenga, qui clôt la succession 
d'obstacles de la section supérieure. Lorsqu'il passe 
ensuite devant le village de Shimaloa, il roule pai- 
siblement ses eaux limoneuses, en une nappe de 
150 mètres de largeur et de plus de 3 mètres de pro- 
fondeur. 

IL Le Kamolondo, — Entre [(Jeux lignes de hau- 
teurs, les collines d'Hakannson, à l'ouest, et la chaîne 
des Mitumba, à l'est, s'étendent de vastes plaines 
unies, formées d'alluvions déposées jadis par l'ancien 
lac Komolondo. Le fleuve, librement ouvert à la navi- 
gation sur un cours de S60 kilomètres, les traverse et 
s'écoule vers le nord-nord-est, avec des largeurs 
variant de 200 à 400«nètres et en décrivant des 
méandres accentués. 

A certains endroits, le pays est si plat que les eaux, 
en s'épanchant, forment des pools. Le plus étendu est 



/ 



148 GÉOGRAPHIE PHYSIQUE 

celui qu'on désigne sous le nom de lac Kisale; en 
aval, on en voit d'autres, moins importants : le 
Patowle et le Kongolo. Mais le trait caractéristique 
de cette section est la série de lagunes latérales qui 
constituent les derniers vestiges du lac asséché. Elles 
sont séparées du fleuve par une sorte de bourrelet 
alluvial, réduit parfois à moins d'un kilomètre de lar- 
geur; à travers cette sorte de digue naturelle, le mou- 
vement des eaux a ménagé un ou plusieurs chenaux 
étroits, reliant les lagunes au courant principal. Sur 
presque toute leur périphérie croissent d'épais fourrés 
de papyrus et de roseaux ; leurs débris s'accumulant, 
forment un dépôt de terreau noir dont la couche 
augmente sans cesse en épaisseur. Dès le début de la 
saison des pluies, le fleuve et les lagunes débordent, 
confondant parfois leurs eaux; le pays se transforme 
alors en un interminable marais. 

Les grandes lagunes du Kamolondo sont au nombre 
de neuf. Une seule est située sur la rive gauche, le 
Kabele. A la rive droite se succèdent : 1° le Kaybayba; 
2^ le Kabwé ; 3*> l'Upemba, de beaucoup la plus vaste 
et à laquelle se rattachent le Shiobwe et le Kalobwe, en 
amont, et le Kapeda, en aval, alimentés comme elle 
par la rivière Fungwé; 4° le Lubambo ; S** le Kalomba, 
entouré d'étangs et qui reçoit les eaux du Kalame- 
Gongo, torrent descendant des hauts plateaux des 
Mitumba. 

A hauteur du Kalomba, la chaîne des Mitumba 
s'écarte de la rive droite et s'infléchit vers l'est. La 
plaine s'ouvre alors largement et le fleuve, qui se 
dirige nettement vers le giord, reçoit à sa rive 
droite, en face du village d'Ankolo, le Luapula, tri- 
butaire puissant qui lui déverse le trop-plein des lacs 
Bangwelo et Moero, en un volume d'eau deux fois 



LE COURS DU CONGO 149 

supérieur au sien. La Lukuga, qui débouche 100 kilo- 
mètres plus bas, sur la même rive, et qui amène au 
Kamolondo le trop-plein des eaux du Tanganika, a 
une portée beaucoup moindre. Toute la région qui 
entoure ces deux confluents est plate et constituée 
par des plaines d'herbes s'étendant à l'infini. Le fleuve 
s'y épanche encore en deux pools successifs, au delà 
desquels des hauteurs lui barrent soudainement la 
route : c'est la chaîne des monts de Bambare qui, aux 
temps géologiques, retint ses eaux vers le nord. 

liï. Les chutes de Hincle. — C'est en aval du village 
de Kongolo que le fleuve commence la traversée de la 
montagne. Jusqu'au confluent de la Luama (rive 
droite), il coule dans une vallée étroite, en faisant de 
brusques détours : entre Kongolo et Lengo, la gorge 
a moins de 100 mètres de largeur. 

Dans cette première section, les eaux se ruent à 
travers la passe sauvage à laquelle M. Mohun, un de 
ses découvreurs, a donné le nom caractéristique de 
Porte d'Enfer. Puis elles descendent les pentes oppo- 
sées de la chaîne, en formant cinq groupes de rapides, 
appelés Kilenga, Lukolonga, Tambusi, Semse, Toka 
et Kasongo. Nous donnons à l'ensemble de ces 
obstacles, qui s'étagent sur une longueur de 123 kilo- 
mètres, le nom de « Chutes de Hinde », en l'honneur 
du chef de l'expédition qui fut la première à les recon- 
naître. 

A partir du Lukolonga, les rives se dépriment, mais 
des montagnes continuent à border au loin la vallée, 
présentant deux reliefs d'allure originale : celui de 
l'est, qui paraît avoir 9o0 mètres d'élévation, a été 
baptisé mont Dhanis; celui de l'ouest, qui a environ 
1,350 moires, mont Cleveland. 



ISO GÉOGRAPHIE PHYSIQUE 

IV. Le Lualaba. — A la hauteur de Kasongo 
commence la section que Livingstone, qui la vit le 
premier, appela Lualaba, ce qui signifie, dans la 
langue des indigènes, la grande rivière. Le nom est 
bien donné à cette partie du fleuve : en eflPet, à 
Nyangwe, la largeur totale de la nappe d'eau, y 
compris les trois îles qui la divisent, est de 1,200 
mètres aux basses eaux, et de 3,S00 à 4,500 mètres au 
moment de la grande crue. Au mois d'octobre, époque 
de rétiage, Stanley y a fait, d'une rive à l'autre, une 
série de trente-trois sondages, qui ont indiqué des 
profondeurs allant de â^'SO à S^bO et donné une 
moyenne de S^'SO. 

En aval de Nyangwe, le Lualaba quitte la région 
des savanes et pénètre dans celle de la grande forêt 
équatoriale, pour n'en sortir qu'au delà de Lukolela. 
Les rives sont revêtues d'une végétation puissante ; à 
certaines places, elles s'élèvent, encaissant le fleuve, 
mais, toujours, elles restent couronnées par la haute 
futaie, au pied de laquelle arbustes, lianes et plantes 
herbacées forment une barrière inextricable. 

De Kasongo à Ponthierville, en amont du premier 
rapide de Stanley, c'est-à-dire sur 530 kilomètres de 
son cours, le Lualaba demeure praticable aux stea- 
mers, sauf en deux endroits : un peu en aval de 
Nyangwe, où des rochers traversent son lit, et à 
Ukasa, où les montagnes de la rive droite projettent 
à travers le fleuve une banquette de schiste. 

Le Lualaba ne reçoit, à sa rive gauche, que quelques 
affluents sans importance : le Luvu, le Ruiki et le 
Kasuku, son bassin de ce côté étant étroitement 
limité par celui du Lomami. Par contre, à sa rive 
droite, débouchent de grandes rivières au cours paral- 
lèle, qui prennent leur source dans les versants occi- 



LE COLKS DU CONGO iol 

dentaux de la section septentrionale des monts 
Mitumba : l'Ëlila, TUlindi et la Lowa. 

V. Les Stanley 'Falls. — La deuxième série de 
rapides, celle qui, dans son ensemble, a reçu le nom 
de Stanley-Falls, commence immédiatement en aval 
de Ponthierville (Wabundu), avant que le Lualaba 
atteigne Téquateur. Ces rapides ne sont pas formés, 
comme les chutes de Hkide, par le passage des eaux 
dans une gorge de montagre, mais par une dénivel- 
lation en terrasses de Tassiette de la vallée. 

Le fleuve, qui conserve ses plus grandes largeurs 
et atteint par places 2,000 mètres et plus, s'y écoule 
par-dessus sept gradins^ d'inégale hauteur qui s'éten- 
dent sur 160 kilomètres de longueur et se répartissent 
en trois groupes distincts, que séparent deux biefs, 
où la navigation reste libre; ce sont : les rapides de 
Bamanga, très dangereux; ceux de Masudi, qui ne le 
sont guère moins, et la chute plus spécialement dési- 
gnée sous le nom de Stanley-Falls, au pied de 
laquelle sont groupés les établissements européens. 
Quelques-uns de ces rapides peuvent être passés en 
longeant avec précaution la rive et grâce à un renfort 
de pagayeurs habiles. Ailleurs, les équipages se met- 
tent à l'eau pour hisser les pirogues par-dessus les 
rochers qui hérissent le lit du fleuve. Mais, en certains 
endroits, la violence du courant et la véhémence des 
tourbillons sont telles, que les embarcations, après 
avoir été déchargées, sont elles-mêmes transportées 
par voie de terre. Des routes ont été construites le 
long des sections innavigables. 

VL Le haut Congo. — A la station des Stanley- 
Falls s'ouvre la grande section navigable du fleuve. 



À 



152 GÉOGRAPHIE PHYSIQUE 

Celui-ci perd son nom de I^ualaba : on ne le désigne 
plus, désormais, que sous le nom de Congo, que lui 
ont donné les Européens. Il change encore d'aspect, 
s'encaisse entre des rives pittoresques. Quatre grands 
affluents lui apportent de considérables tributs 
d'eau : le Lindi, à droite; le Lomami, à gauche; 
puis l'Aruwimi et le Rubi, à droite. De 1,200 mètres 
qu'elle avait à la septième cataracte de Stanley, la 
nappe liquide, d'où émergent des îles verdoyantes, 
s'élargit successivement jusqu'à 10 kilomètres à 
Isangi, au confluent du Lomami; 16 kilomètres en 
aval de Bazoko, au confluent de l'Aruwimi; 18 kilo- 
mètres à Malema, en amont du delta du Rubi. 

Près d'atteindre le point extrême de sa course vers 
le nord, au delà du deuxième degré de latitude sep- 
tentrionale, le Congo s'écoule, calme et majestueux. 
11 inonde ses rives, s'élargit encore, s'épanche et 
forme deux pools allongés : celui de Bumba, long de 
130 kilomètres, large de 4o, et celui d'Umangi, long 
de 120 kilomètres, large de 3S, séparés par l'étrangle- 
ment d'Upoto, produit par des collines qui, sur la rive 
droite, atteignent 150 mètres de hauteur au-dessus de 
l'eau. Ce n'est plus un fleuve, c'est un bras de mer, 
plus large que le Pas de Calais. De nouvelles et innom- 
brables îles, de toute grandeur, le fractionnent, à cer- 
tains endroits, en dix ou douze chenaux parallèles ou 
s'entrecroisant, véritable labyrinthe dont quinze 
années de navigation n'ont pas encore démêlé les 
détours. 

En amont de Lulongo, le Congo se dirige brusque- 
ment vers le sud ; puis, après avoir repassé la ligne 
équatoriale, il tourne de nouveau vers le sud-ouest. 
Devant Liranga, son lit se resserre et n'a plus que 
5 kilomètres de largeur. Une nouvelle expansion se 



LE COURS DU CONGO 1S3 

produit ensuite, suivie aussitôt, à Lukolela, limite de 
la grande forêt, d'un nouvel étranglement : la largeur 
du fleuve, resserré entre deux caps, s'y réduit à 
3 kilomètres. Les savanes, bordées de marécages et 
d'épaisses végétations aquatiques, oubliées depuis la 
région en amont de Kongolo, reparaissent et, de 
nouveau, le courant déborde, s'amplifie, s'étale en 
des espaces sans fin. Divisant la nappe en chenaux, 
coupant les marais, obstruant les estuaires et les 
deltas, des îles et toujours des îles couvertes d'une 
flore exubérante, jaillissent du fleuve. 

A chaque rive s'ouvre les bouches de puissants 
tributaires : la Lulonga, le Ruki et l'Irebu, à gauche, 
rUbangi, la Sanga, la Likuala et l'Alima, à droite. 
Le point le plus bas de l'ancienne terrasse de la 
grande dépression centrale est proche : il est situé en 
aval de l'île des Hippopotames, où le capitaine Del- 
porte a observé 338 mètres d'altitude. Depuis lesFalls, 
lé pays s'est aff'aissé en pentes insensibles : l'île des 
Hippopotames n'est située, en effet, que H2 mètres 
plus bas que la station des Falls, et, cependant 
plus de 1,100 kilomètres séparent les deux points; 
elle est 82 mètres plus bas que Bania, sur la haute 
Sanga, elle est 52 mètres plus bas que Zongo, sur 
l'Ubangi. 

Mais, par contre, à l'ouest et au sud, le terrain se 
redresse brusquement, les terrasses s'élèvent, leurs 
plateaux s'étendent ; la barrière rocheuse qui a si 
longtenîps contenu les eaux de l'ancienne mer étage 
ses contreforts, qui dominent de partout le vaste 
pool de Bolobo, au centre duquel émerge l'île des 
Hippopotames. A l'est, le relief qui sépare le bassin 
du fleuve de celui du lac Léopold II s'élève jusqu'à 
218 mètres au-dessus de l'île ; le plateau des Wam- 



154 GÉOGRAPHIE PHYSIQUE 

fumu, au sud, à 310 mètres ; à l'ouest, sur la rive 
droite, celui d'Akukuga à 800 mètres au-dessus du 
Congo. 

VIL La traversée des monts de Cristal, — a) De 
Tshumbm au Pool. — A Tshumbiri, 70 kilomètres en 
aval de Bolobo, le fleuve quitte enfin les plaines et 
pénètre dans les défilés de la chaîne des monts de 
Cristal. Les rives s'élèvent, les îles disparaissent pour 
faire place à une seule nappe d'eau, laquelle se 
rétrécit, s'approfondit et s'accélère. Stanley a mesuré 
en aval de Kwamuth des profondeurs de 75 mètres 
et évalué, à certaines places, la vélocité moyenne du 
courant à 7 nœuds. 

Dans cette section le Congo est actuellement navi- 
gable pour les steamers, mais il est positif qu'il y fut 
jadis barré de rapides. Aujourd'hui encore, les 
pilotes sont particulièrement attentifs en passant 
devant certaines pointes, notamment à Ganshu; les 
rives s'y resserrent, la masse des eaux y roule avec 
violence, en formant des tourbillons : on devine 
la présence, dans le lit du fleuve, de roches que 
les eaux ont fini par user, mais qui continuent 
néanmoins à rendre la passe difficile. 

A Kwamuth, le Congo n'a plus que 1,500 mètres 
de largeur, au lieu des 6,000 et 8,000 mètres qu'il me- 
sure dans les pools de Bolobo. Une large crevasse d'un 
demi-kilomètre se montre subitement dans les hau- 
teurs rocheuses de la rive gauche : c'est le confluent 
du Kasai, apportant un tel volume d'eau que, dans le 
même lit, les]deux rivières coulent pendant plusieurs 
heures avant de mélanger leurs flots : ceux du Congo 
restant brunâtres, ceux du Kasai, limoneux. En aval, 
la gorge se creuse et le fleuve, coulant entre deux 



LE COURS DU CONGO to5 

rangées de contreforts de 100 mètres de hauteur, fait 
de brusques détours, découpe dans les terres de pro- 
fondes échancrures. 

b) Le Stanley-PooL — Puis, subitement, les rives 
relèvent leurs pentes verdoyantes en façon de por- 
tique, s*écartent, et la vue s*étend à l'infini sur une 
large expansion circulaire : c'est le Stanley- Pool. 
A droite, éclatantes de blancheur, se dressent les 
falaises dites « de Douvres » ; à gauche, on aperçoit 
formant un vaste demi-cercle, une bande de terres 
basses et herbeuses, décorée à la rive, de massifs de 
superbes baobabs et bordée, à 6 kilomètres en arrière, 
d'une chaîne de collines boisées, que domine le pic 
Mense, ainsi baptisé en souvenir du médecin de Léo- 
poldville. 

La superficie du Stanley-Pool est de 450 kilomètres 
carrés, inférieure de 100 kilomètres carrés à celle du 
lac de Constance. Il est divisé en deux parties iné- 
gales par rile de Bamu. 

Pendant de longs siècles, ce large bassin où vien- 
nent aboutir toutes les eaux du réseau du haut Congo 
est quasi demeuré frappé de mort. Qu'est-ce, en effet, 
dans ce cadre gigantesque, que le passage de quelques 
rares pirogues ou les rubans de fumée se déroulant 
lentement au-dessus de quelques pauvres villages ? La 
prise de possession par l'Europe de ce merveilleux 
port intérieur est venue le réveiller de son immobilité 
séculaire, et Léopolville, Brazzaville, Kinshassa et 
Dolo ont surgi, apportant le bruit et l'activité, là où 
régnait jadis un solennel silence. Sur les eaux du 
Pool vont et viennent, maintenant, de nombreux 
steamers, descendant du haut fleuve ou s y rendant, 
et à la sirène des bateaux à vapeur répond, de la 



156 GÉOGRAPHIE PHYSIQUE 

rive, le sifflet des locomotives manœuvrant dans la 
gare de Dolo, terminus du chemin de fer des chutes. 

c) Du Pool à Manyanga. — A Léopoldyille, les 
montagnes qui, à l'entrée du Pool, s'étaient écartées 
en hémicycle, se rapprochent, ne laissant entre elles 
que la brèche étroite et profonde que les eaux fuyantes 
de l'ancienne mer ont pratiquée et par laquelle le 
fleuve s'écoule vers l'océan. 

Le Congo, immédiatement après sa sortie du Stan- 
ley-Pool, précipite son courant plus étroit et plonge 
de 10 mètres par-dessus des récifs. C'est la chute de 
Ntamo, la première des trente-deux chutes de Living- 
stone inégalement espacées depuis le pool jusqu'à 
Matadi, sur un parcours de 360 kilomètres. 

De Léopoldville à Manyanga, le long de 140 kilo- 
mètres, le fleuve coule au fond d'une véritable ^orge 
qui, à certaines places, se resserre jusqu'à ne pas 
atteindre 400 mètres de largeur. On s'imagine malai- 
sément les proportions de profondeur et de vitesse que 
doit acquérir ici le courant qui, en amont d'Upoto, 
mesure 30 kilomètres de largeur et qui, à l'entrée du 
pool, dégorge en moyenne 5o0,000 mètres cubes à la 
seconde, lorsque la masse de ses eaux, lancée sur un 
lit à pentes raides,se rue dans des défilés aussi étroits ! 
Le fleuve fait de brusques et incessants détours, 
présente une succession de renflements et d'étran- 
glements. En maints endroits il est bordé de falaises 
à pic de 100. à 200 mètres de hauteur; ailleurs, 
sa vallée s'élargit, s'arrondit en chaudrons ou en 
pools. 

Les cours d'eau qui le rejoignent dans cette section : 
le Djué, le Kenka et le Luvubi, à la rive droite, et 
l'Inkisi, à la rive gauche, lui apportent leurs eaux en 



LE COURS DU CONGO 1S7 

formant des chutes. La chute du Luvubi • (rivière 
Edwin Arnold) tombe à pic d'une hauteur de 90 mètres 
dans le chaudron que Stanley a appelé Pocok-pool,du 
nom d un de ses compagnons qui s'y noya en 1878. 
En aval, les falaises deviennent plus hautes, le défilé 
se resserre encore, toujours obstrué de rapides : c'est 
la gorge de Zinga, qui coupe le point culminant de 
la chaîne côtière. A Pakambcndi, le paysage se mo- 
difie : la brèche s'élargit, les rives s'affaissent, les 
collines s'éloignent en pentes plus douces, le fleuve 
s'apaise et reprend un aspect moins sauvage; la tra- 
versée du chaînon oriental des monts de (>istal est 
terminée. 

d) De Manyanga à Isangila. — Entre le chaînon 
oriental et le chaînon occidental s'étend une région 
large de 130 kilomètres que le Congo traverse, en un 
cours relativement calme. Il redevient plus ou moins 
navigable : les petits steamers de V Association interna- 
tionale africaine l'ont parcouru jadis, non sans peine 
il est vrai, et aujourd'hui encore un service de cha- 
lands y fonctionne. 

Le fleuve coule entre des hauteurs parfois escarpées; 
sa largeur, qui varie beaucoup, dépasse à certains 
endroits 2,000 mètres. Il y a deux chutes basses, à 
Tshumbo et à Itunsima, et plusieurs séries de rapides 
et de tourbillons qui exigent des piroguiers d'adroites 
manœuvres pour être franchies. 

Dans celte section médiane, le Congo reçoit succes- 
sivement : la Lukunga (rive gauche), la Mata et le 
Luvombo (rive droite), le Kwilu et l'Unionzo (rive 
gauche). C'est en face du confluent de cette dernière 
rivière que l'expédition du capitaine Tuckey s'arrêta, 
en 1816, dans sa tentative de pénétration. 



/ 



158 GÉOGRAPHIE PHYSIQUE 

e) D'Isangila à MatadL — A Isangila, le régime du 
fleuve change de nouveau brusquement. Devant cette 
station, la masse des eaux, large de 1,5S0 mètres, 
tombe en une chute de S mètres de hauteur ; puis le 
courant s'engage dans une gorge et commence la tra- 
versée du chaînon occidental des monts de Cristal. 
Depuis Goma jusqu'à Yelala, il descend de rapide en 
rapide, de chute en chute et son lit est obstrué de 
récifs et d'écueils, restes d'anciennes cataractes. 
A chaque instant, il forme des boucles, bute contre 
des éperons, fait des coudes presque perpendicu- 
laires à la direction qu'il vient de quitter. 

D'Isangila à Matadi, il y a une distance de 90 kilo- 
mètres, avec- une dénivellation moyenne de 1 mètre 
par kilomètre. C'est la partie du cours du fleuve la 
plus tourmentée dans sa direction et la plus fou- 
gueuse dans sa marche. En quelques endroits, les 
flots se précipitent avec une rapidité de 12 à 13 mètres 
à la seconde. Yelala est la dernière des trente-deux 
chutes de Livingstone; toutefois, les eaux ne com- 
mencent réellement à s'apaiser qu'après avoir dépassé 
le confluent de la Mpozo (rive gauche); le lit reste 
encaissé, dominé à droite par le plateau de Vivi, sur- 
monté du pic Léopold (300 mètres), et à gauche par 
le massif de Matadi, dominé par le pic Cambier 
(360 mètres). 

f) De Matadi à Borna. — A Matadi commence le 
bas Congo navigable. Dans la gare sifflent les loco- 
motives qui vont monter au Stanley-Pool, et, à la 
rive, le long des piers, sont ancrés les steamers qui 
s'apprêtent à reprendre la mer vers Anvers. Le Havre, 
Liverpool et Hambourg. 

Des tourbillons se produisent encore devant le 



LE COURS DU CONGO 159 

Chaudron d'Enfer, où le fleuve fait son dernier coude 
brusque, au pied de la mission d'UnderhîIl. La gorge 
est toujours profonde devant Noki, Kongoio, San- 
gala. Mais bientôt les montagnes s'affaissent, les rives 
s'écartent, dés îles se montrent. Devant Borna, dont 
les blanches constructions s'étagent de la rive au pla- 
teau, le Congo étale une nappe d'eau de plus de 
5,000 mètres de largeur, divisée en plusieurs bras par 
des îles. 

Un peu en aval, les derniers reliefs de la chaîne 
côtière viennent mourir aux deux rives, en formant 
au Congo comme un portail : à gauche se dressent les 
rochers de granit de la Roche-Fétiche et, en face, sur 
l'autre rive, s'élève l'escarpement rocheux de Bem- 
bandek, terminé en monolithe. Au milieu, à l'extré- 
mité orientale de Tîle de Mateba, s'arrondissent deux 
mamelons rocheux auxquels on a donné le nom de 
(( Cul-de-Boma »; ceux-ci constituent, avec le Bem- 
bandek et la Roche-Fétiche, les derniers vestiges occi- 
dentaux de la barrière que la chaîne des monts de 
Cristal a jadis opposée à l'irrésistible torrent des eaux 
de la mer intérieure, 

VIII. Uestuaire. — Dès qu'il a dépassé la ligne 
formée par les rochers Fétiche, Cul-de-Boma et 
Beriibandek, le Congo entre dans son estuaire. Sa 
largeur est successivement doublée, puis triplée : de 
i ,200 mètres qu'il avait en amont de l'île des Princes, 
il atteint finalement 3 kilomètres. 

Le pays offre un caractère nouveau. A la vallée 
encaissée, invariablement rocheuse qui s'est pro- 
longée depuis Tshumbiri jusqu'à Boma, succède une 
région moins accidentée. Les collines ont des flancs 
arrondis; les torrents sont remplacés par des 



^ 



160 GÉOGRAPHIE PHYSIQUE 

rivières; de nombreuses îles parsèment le fleuve. 
La première qui se présente, la plus étendue de 
tout Testuaire, est celle de Mateba (14,000 hect.); 
puis on aperçoit successivement Tunga, Bulikoko, 
Katala, avec les établissements de Ponta da Lenha, 
Bulambemba, etc. En même temps un véritable 
labyrinthe de chenaux et de criques découpe les 
rives. 

Mais la profondeur du grand fleuve ne répond pas 
toujours à sa largeur; elle varie beaucoup et se 
modifie constamment, par suite des affouillements 
produits par le courant : les rives se déforment, les 
bancs se déplacent. Il en résulte que le chenal prin- 
cipal n'est pas stable. Il y a vingt ans, pour aller de 
Ponta da Lenha à Boma, les steamers suivaient la 
rive septentrionale, par Loango et Kanga : la passe 
de la Roche-Fétiche n'était praticable que pour les 
pirogues. Aujourd'hui, la sonde accuse de 40 à 
SO mètres près de la roche, tandis que, devant 
Kanga, un bateau d'un tirant d'eau de 3 mètres 
toucherait infailliblement le fond; aussi, les steamers 
passent-ils devant Ponta da Lenha, Mateba et la Roche- 
Fétiche, malgré le banc de sable qui, en face de 
Mateba, restreint singulièrement la passe à l'époque 
de l'étiage et cause souvent des échouements. 

Au delà de l'île de Bulambemba s'ouvre l'embou- 
chure, qui s'étend sur 13 kilomètres, entre la pointe 
de Banana, au nord, et la Shark-pointe ou « pointe 
du Padron », au sud, ainsi nommée parce qu'en 148o, 
Diego Cam y érigea la colonne commémorative de 
sa découverte, construction dont les débris ont été 
retrouvés par le voyageur suédois von Schwérin, 
en 1886. 

A son arrivée dans l'océan, le Congo se heurte au 



^ 



iC2 GÉOGRAPHIE HITSIQUE 

mais présentant les mêmes caractères physiques. En 
réalité ce sont de gigantesques torrents ayant leur 
origine sur les hautes terrasses de la ligne de faîte 
voisine des bassins du Zambèse, du grand Grabcii 
oriental ou du Nil ; ils alimentent des lacs ou 
traversent des bas-fond^ d*anciens lacs]asséchés; leur 
cours tumultueux se poursuit au fond de défilés 
sauvages, pour tomber, en formant des séries de 
cascades, dans les plaines basses du Kamolondo. 
Ces cinq tributaires sont : le Lububuri, le Nzilo, la 
Lufila, le Luapula et la Lukuga. 

Le Lububuri est inconnu jusqu'à présent, sauf à sa 
source, reconnue par Capello et Ivens. La gorge qu'il 
s'est creusée à travers les Mitumba, avant de rejoindre 
le Congo (Lubudi), n'a pas encore été explorée. 

Le Azilo, — Avant de s'engager dans le défilé 
des Mitumbo, celte rivière traverse une région 
lacustre asséchée, qui a été observée par MM. Delcom- 
mune et Briart et que les indigènes appellent Riniata. 
C'est évidemment l'emplacement de l'ancien lac de la 
terrasse. La gorge du Nzilo affecte à certaines places 
l'aspect d'une véritable crevasse : 300 à 400 mètres de 
hauteur et 20 à 5*0 mètres seulement de largeur. Les 
eaux se précipitent sur 70 kilomètres dé cours, en 
formant une succession de chutes, dont les plus 
importantes sont celles de Nzilo, de Mukaka et de 
Kambulubulu ; la dénivellation entre la première et la 
dernière est de 340 mètres. Cet ensenible d'obstacles 
a été appelé par Cornet « Chutes Deiccmmune » en 
l'honneur de son découvreur. Le Nzilo n'a qu'un 
seul affluent de quelque importarce, la Lufupa (r.g.). 

La Lvfila qA la rivière du Katanga M.Delcommune 
estime que les vastes steppes de sa vallée entre les 



LES AFFLUENTS DU CONGO 163 

sources thermales salines de Moshia et la chute de 
Djuo, sont le fond d'un lac. En aval, la rivière s'écoule 
en rapides au fond d'une gorge étroite qui a été suivie 
par M. Léon Cerckel. Ses principaux affluents sont : le 
Lupoto, le Luembo, la Kafila et le Lofoi (r. d.), la 
Bunkeia (r. g.), la Lufua(r. d.), la Dikulwe, le Lunkesi 
et le Fungwc (r. g.). Ce dernier a près de sa rive des 
sources thermales sulfureuses; il alimente la lagune 
Upemba et rejoint, ensuite, la Lufila dans le lac 
Kisale près de son confluent. 

Le Luapula. — • La branche initiale actuelle du 
Luapula est le Tshambczi qui communique avec le lac 
Bangwelo. Un canal d'écoulement, qu'étrangle, entre 
Shiniama et Lundu, la passe de Johnson, longue 
de 90 kilomètres, conduit les eaux dans le lac Mocro. 
Le trop-plein des deux lacs réunis traverse, par des 
défilés, les Kundelungu d'abord, les Mitumba ensuite. 
Dans la gorge de Kiwele, M. Brasseur a observé des 
encaissements de 300 à 400 mètres, entre des parois à 
pic, et des largeurs qui, à certaines places, se 
réduisent à 40 mètres. En aval de la gorge elle 
s'appelle Luviia. Les affluents principaux de la rivière 
sont : le Loombo, le Moengashe et le Lufubo (r. g.), le 
Luongo et le Kalonguizi (r. d.), le Luvule (r. g.), le 
.Luvunzo (r. d.), la Luikuzi (r. g.) et le Lubuzo (r. d.). 

Le lac Bangwelo (superficie 4,500 kilom. c. altitude 
1,153 m.) est en voie d'épuisement; depuis le creu- 
sement de la passe de Johnston sa nappe se frac- 
tionne et se réduit; elle s'entoure d'une série de 
lagunes plus ou moins étendues, que les papyrus 
envahissent : le Shifumauli, le Kampolombo, le 
Mofusî, le Luangwa, le Shevinde; les îles Kirui, 
Bawala, Kisi croissent en superficie; de nouvelles îles* 
se forment. La partie méridionale du lac; appelée 



164 GÉOlilUl'lIlK PUYSIQLE 

Bemba, n'est déjà plus qu'un vaste marécage du centre 
duquel surgissent des îlots. Comme il a très peu de 
profondeur, il semble condamné ù se réduire rapide- 
ment et à disparaître à brève échéance. Outre le 
Tshambezi, il reçoit deux affluents venant du nord : 
la Liposhoshi et la Luena. 

Le lac Moero (superficie 5,000 kilom. c; altitude 
869 m ) a vu se produire un phénomène identique 
aussitôt après le creusement de la gorge de Kiwele; 
mais il retiendra plus longtemps ses eaux, qui 
sont profondes dans la partie nord-ouest, au pied de 
la chaîne des Kundelungu. Il est, toutefois, déjà fort 
réduit comme superficie : ainsi les vastes marécages 
désignés sur les cartes sous le nom de « marais du 
Moero » constituaient jadis un vaste golfe du lac; la 
rivière Movu les relie actuellement à celui-ci. Au sud, 
une assez grande partie de Tancienne ri\e est 
également abandonnée par les eaux et transformée 
en marais ou en lacs indépendants. Le capitaine 
Descamps assure que le niveau des eaux a baissé de 
3 à 4 mètres, depuis sa découverte par Livingstone, 
en 1867. S'il continue à se vider dans les mêmes 
proportions, Tîle de Kilwa, située à Textrémité sud- 
ouest de sa nappe, ne tardera pas à devenir une 
presqu'île. 

Des convulsions volcaniques ont provoqué dans 
l'Afrique orientale deux gigantesques crevasses, des 
Gràberiy disent les auteurs allemands, courant du 
nord au sud parallèlement à la côte. Au fond du 
Graben oriental, qui, dans sa section saptentrionale 
n'a pas de communication hydrographique avec le 
littoral, sont les salines du Danakil et de TOromo, 
les mers mortes de Stéphanie, Rodolphe, Baringo, 



LES AFFLUENTS DU CONGO 1 

Naiwasha, Nalron, Ejasi, Manjara, Uniburc, Kikwa 
et le lac Nyassa; au fond du Graben occidental 
gisent les lacs Albert et Albert-Edouard, qui appar- 
tiennent au bassin du Nil, les lacs Kivu et Tanganika 
qui sont reliés à celui du Congo. 

Le Tanganika (longueur 680 kilom., largeur de 
30 à 80'kilom., supei ficie 35,000 kilom, c, ait. 812m) 
diffère par son origine et par sa structure des autres 
lacs de la zone supérieure. Ce n'est pas un bas-fond 
appelé à s'assécher, mais bien un bassin volcanique 
rempli d'eau, un véritable gouffre entoure de rochers 
à pic mesurant parfois plus de 1,000 mètres d'élé- 
vation. C'est probablement le lac le plus profond, 
non seulement du continent, mais du monde entier : 
M. Giraud a mesuré des fonds de G47 mètres au large 
de Karema. Cette profondeur fut sans doute jadis 
beaucoup plus considérable, car le niveau des eaux 
a dû baisser d'au moins 100 mètres. Lors de sa 
circumnavigation, en 1876, Stanley a, en effet, 
constaté de nombreuse traces d'un ancien niveau très 
supérieur : les roches des rives montrent en bien des 
endroits qu'elles ont jadis été exposées à l'action de 
vagues puissantes. La baisse des eaux se poursuit plus 
ou moins rapidement, au fur et à mesure de l'appro- 
fondissement de la gorge d'écoulement que les eaux 
du lac se sont creusées vers l'ouest ; M. Stairs a pu 
exactement constater, à Karema, que le niveau de 
Tanganika avait baissé de plus de 6 mètres, au cours 
de ces vingt dernières années. 

Les principaux affluents du lac sont : le Malagarazi 
et le Kalombo (r. est), le Lofu (r. sud^ le Lufuko 
(r. ouest) et le Rusiji (r. nord). Ce dernier seul est 
intéressant parce qu'il amène au Tanganika les eaux 
du lac Kivu. 



166 GiïoGiuninK'. phtsîquk 

Le Kivu s étend au pied du versant méridional du 
massif des Virungo. Son bassin est encaissé dans de 
hautes montagnes ot éveille aussi l'idée d'un phéno- 
mène igné. Ses eaux s'échappent vers le sud, par 
dessus la chute de Pemba. Son niveau est à la cote 
1490, soit 678 mètres plus haut que celui du Tànga- 
nika Gomme le Rusiji qui relie les deux lacs n'a' 
que 120 kilomètres de longueur, il y a là une dénivel- 
lation de plus de 5 mètres par kilomètre^ ce qui 
suppose toute une série de chutes et de rapides nom 
cHcore reconnus 

La Lukuga, — Le trop-plein des eaux réunies des 
bassins du Tanganika et du Kivu s écoule dans le 
bassin du Kamolondo, à travers le col de Mitwanzi, 
par la Lukuga, à la rive gauche de laquelle débouchent 
deux affluents assez importants : la Niemba et la 
Luizi. En dépit de la longueur relative de son cours 
(3ri0 kil.) et de son rote d'affluent de deux lacs^ le 
volume d'eau de la Lukuga est, pendant une certaine 
période, extrêmement modique, ce qui démontre que 
le travail d'approfondissement de la gorge se pour- 
suit avec lenteur. 

Le Lovoiy grossi du Kaluilui, et le Luvidjo sont 
deux affluents de la rive gauche. 

b) Le système d'eau de la grande dépression centrale. 

C'est le système de la terrasse centrale coupée par 
l'équateur. A Topposé du précédent, il est d'une- 
grande simplicité, par suite de sa situation ainsi que 
de la régularité et de l'homogénéité de son relief. Plus 
de montagnes, desplaines; plus d'allure tourmentée, 
une dénivellation normale, s'effectuant en pente» 
insensibles de la périphérie de la terrasse. Consé*- 



LES AFFLUENTS PU COKGO i67 

qucnce : les cours d'eau, abondamment aUmentcs par 
des pluies continues serpentent lentement ; comme ils 
sont à pentes douces et riches en eau, ils s'ouvrent en 
toute saison à la navigation dans la plus grande partie 
de leur cours. Il n'ya sous ce rapport d exception que 
pour quelques affluents de la rive droite, qui ont leurs 
sources dans les versants de la section scptentrionate 
des Mitumba et dont la pente est plus rapide. 

Des chutes de Hinde jusqu'à la gorge de Zinga, les 
affluents du Congo débouchent dans Tordre suivant : 

Le Luama (r. d.), la rivière du Manyoma, était la 
branche maîtresse initiale du Lualaba de Nyangwo, 
avant le percemenf des monts de Bambare, par les 
eaux dcbordandes du Kamolondo. 

Le Luvu et le lluiki (r. g.) sont les seuls affluents 
un peu importants de la rive gauche, dans cette partie 
où le bassin occidental du fleuve est serré de près par 
celui du Lomami. 

L'Eliln, rUrindi, la Lowa et la Lindi-Tshopo (r. d ) 
se développent, par contre, profondément vers lest 
jusqu'aux hautes terrasses de la ligne de faîte, d*où 
ils descendent en chutes nombreuses; pour le cours 
de la Lowa, le comte von Côtzen a enregistré, sur 
une distance de 350 à 400 kilomètres en ligne droite, 
une différence de niveau de plus de 2,000 mètres. 

Le Lomami (r. g.) a eu jadis pour branche initiale 
le pvetit Lurimbi, actuellement son affluent de gauche. 
L'exploration de la section jusqu'ici inconnue de la 
rivière, en amont du confluent du Lurimbi, révélera 
l'existence, en ces parages, d'une gorge profonde par 
laquelle se sont écoulées les eaux du bassin jadis indé- 
pendant du haut Lomaini. Nous avons provisoirement 
appelé ce défilé « gorge de Zungu », du nom d'un 



168 GÉOGUAPHIE PHYSIQUE 

village voisin. En amont, s'étendait autrefois un lac 
donl le pool Mulinge, signalé par M. Delcommune, en 
aval de Buabe, est un dernier bas-fond; près de là 
débouche le Liikashi (r. g ). En aval de la gorge, 
jusqu à Bena-Kamba, s'étagent trois séries de rapides, 
ceux de Kitambi, de Donga et de Lisambi, en dessous 
desquels la rivière devient libre. 

Ij'Aniwiîïii (r. d.) s'appelle Ituri dans son cours 
supérieur, voisin du lac Albert. Il occupe par son 
volume d'eau le troisième rang parmi les affluents 
du Congo. Mais il est malheureusement coupé 
par une succession ininterrompue de rapides et de 
chutes, dont la plus importante est celle de Panga, 
haute de 9 mètres ; il ne devient navigable qu'à 
Yambuya. Ses affluents principaux sont : l'Ihuru 
(r. d.), la Lcndi (r. g.), le Nepoko et la Lulu (r. d.). 

Le lUibi ou Ilimbiri (r. d.) est navigable jusqu'à 
Ibcmbo et cette circonstance donne à cette rivière 
secondaire une grande importance comme voie de 
pénétration vers l'Uele, dont seulement un faible seuil 
la sépare; le Likati est son principal affluent (r. d.). 

La Mongala (r. d.) porte dans son cours supérieur 
le nom de Dua, Sa ramure d'affluents de droite : 
l'Ebola, l'Ibanza grossie de la Likema, draine toute la 
région située au nord du coude septentrional du 
fleuve. 

La Ltdonga (r. g.) porte dans son cours supérieur 
le nom de Maringa. Le Lopori qu'elle reçoit à droite 
n'est guère beaucoup moins important que la branche 
mère et est navigable comme elle. 

Le Tîuki (r. g.), appelé aussi en amont Busira et 
Tshuapa, forme avec ses affluents de gauche : le 
Momboyo, la Salonga et le Lomela, un vaste bassin, 
largement ouvert à la navigation. Toutes ces rivières 



LES AFFLUENTS DU CONGO 169 

paisibles, ainsi que celles qui descendent paral- 
lèlement plus au nord : rikelemba, le Ruki, le Loporî 
ont peu de profondeur; leurs eaux s'écoulent pour 
ainsi dire à ras du sol et la moindre averse déborde 
sur des rives plates. Alors des canaux naturels se 
forment et les indigènes qui en connaissent les 
détours passent en pirogue d'une rivière dans l'autre 
et dans le Congo lui-même. 

VUbangi (r. d.) est, après le Kasai, le plus impor- 
tant des tributaires de Congo depuis l'époque où les 
eaux de la terrasse de l'Uele sont venues grossir les 
siennes, à la suite du percement du seuil de Zongo. 
Ses affluents en aval de ce seuil sont : le Mpoko et le 
Lobay (r. d.), la Lua (r. g.), l'Ibenga (r. d.) et le 
Ngiri (r. g..) Nous consacrons plus loin un chapitre 
spécial à son cours supérieur, c'est-à-dire au système 
d'eau de TUele. 

Ulrebu (r. g ) n'a d'importance que parce qu'il sert 
de canal d'écoulement au lac Ttimba (superf. 1,750 ki- 
lom. c. ; ait. 360 m. env.), vaste pièce d'eau qui, avec 
les expansions du fleuve, à Upoto et Bolobo, constitue 
les plus larges bas-fonds de la grande mer préhis- 
torique de la terrasse du Congo moyen. 

La Sanga, la Likualay la Kundja-Liokna et FAlima 
(r. d.) appartiennent au bassin du Congo français. 
La Sanga est une voie de pénétration vers l'hinterland 
du Camerun et la haute Benue, par les vallées 
de ses affluents de droite, le Goko, le Kadei et le 
Mambere. La Kundja-Likona est une rivière histo- 
rique, celle dont le bassin, d'après la convention 
franco-congolaise de 1883, devait former la limite 
orientale des possessions du Congo français. 

Le Zelai (r. g ), le Djuo (r. d.) et rinkisi (r. g.) sont 
les derniers affluents occidentaux du système; avant 



] 



1*70 GÉOGRAPHIE PHYSIttL^E 

le percement de la gorge de Zinga, ils écoulaient 
leurs eaux vers Test, dans la mer intérieure. 

Ainsi que Ta dit. M. Cornet, Texistence de celle-ci 
est l'un des faits les plus certains de la géologie coa- 
golaise. Si les preuves que fournit celle science et 
celles qui résultent de la direction des rivières de la 
zone moyenne, lesquelles vienneat toutes aboutir au 
carrefour hydrographique dlrebu, ne suffisaient pas, 
on.cn trouverait une nouvelle, très, concluante^ dans 
la» teinte noirâtre des eaux, de ces rivières. Celles-ci 
sont apportées au Congo par le Ijilonga, Tlkelemba,, 
le Ruki, rirebu, le Ngiri et la. Likuala aux herbes. 
Stanley avait d'abord émis Topinion que cette colo- 
ration était, due à la présence de substances ferrugi- 
neuses, et on fut tenté de. le croire jusqu'au jour où 
ÛI* Ed. Dupont analysa les eaux de ces rivières. 
Après les perles au feu, il trouva, pour celles du 
Ngiii, 76 milligrammes de matières organiques par 
litre, pour celles du Ruki, 42, pour, celles de Tlke- 
lemba, 76. La coloration noire était donc produite 
]var une grande quantité de matières organiques, 
douées d'un fort pouvoir colorant, provenant évidem- 
ment de marécages. A Irebu déboucUent, en eifet, les 
affluents qui drainent la dépression maximum de la 
cuve centrale congolienne, et leurs courants creusent 
chaque jour davantage l'épaisse couche de terre allu- 
viale qui tapisse ses bas-fonds. 

c) Le système d'eau de VUele. 

A l'époque où le seuil de Zongo n'était pas encore 
percé, un vaste lac, étroit et long, orienté ouest-est, 
s'étendait au fond de la dépression comprise entre 
Zongo et le confluent du Bomu. Il recevait de l'ebt 



LES APFLUEOTS DU CONGO 171 

et du nord des affluents importants. Le niveau du 
lac s'élevant constamment et ayant atteint le seuil le 
plus bas de la ligne de faîte du bassin, les eaux s'écou- 
lèrent dans la vallée de TUbangi en faisant un couile 
brusque et en creusant, entre Mokoangai et Zongo, 
la passe étroite où la rivière se précipite en rapides. 
Dès lors, le plus long des affluents du Congo était 
constitué. Il mesure de la source du Kibali, sa 
branche initiale, à son confluent avec le Congo, 
2,270 kilomètres de longueur, soit un développement 
égal à celui du Danube, le second des fleuves euro- 
péens. 

La genèse de TUbangi explique pourquoi son 
cours se dirise en trois sections bien distinctes : 
rUele, la Dua et TUbangi. 

1° Fm section supérieure porte trois noms : Kibali, 
Ueley Makua. La rivière a ses sources par environ 
1,300 mètres d'altitude dans la région montagneuse 
où se dresse cette suite de pics isolés que le dot'.teur 
Junker a baptisés Monts Speke, Chippendall, 
Emin, etc. De ces hauteurs, la rivière descend en 
formant la succession des rapides et .dos chutes de 
terrasses qui va jusqu'aux approches d'Yakoma, où 
l'altitude observée est de 438 mètres, soit une déni- 
veHation de près de 900 mètres pour les 1,300 kilo- 
mètres de cours. Elle ne commence à pouvoir être 
utilisée pour la navigation qu'en amont de Surure 
(Vankerckhovenville). A mi-distance entre Dongu ri 
Niangara, le pays perd son aspect montagneux; l'Crlc 
entre en plaine; à droite et à gauche se dressent des 
monts isolés, des pics de formes bizarres, dernières 
expressions de la région montagneuse que la rivière 
vient de traverser. De Dongu à Bomokandi, elle con- 



172 GÉOGRAPHIE PHYSIQUE 

serve le même aspect; sa largeur varie de 75 à 
300 mètres; les obstacles se succèdent à intervalles 
irréguliers ; la rivière n'est qu'une suite de biefs navi- 
gables, séparés par des chutes et des rapides : la chute 
d'Angba, les rapides de Letibu et les chutes de Furu. 
En amont de la station d'Amadi, les rives se res- 
serrent entre deux reliefs caractérisés par le mont 
Angba, rive nord, et le mont Mandjanu, rive sud, et 
forment l'étroite passe de Magaregarge. Au delà de la 
station de Bomokandi, le fleuve change encore d'as- 
pect. Gonflé des eaux que lui ont apportées d'impor- 
tants affluents, il se développe en largeur, et présente 
bientôt des nappes imposantes de 500 à 1,(100 mètres 
et plus, parsemées de grandes îles boisées. Mais de 
nouveaux obstacles se montrent : ce sont d'abord les 
rapides de Siasi, puis la chute de Goie. Au delà de 
Djabir commence une série nouvelle de rapides, qui 
se termine par la chute de Mokwangu, qui arrêta les 
steamers du capitaine Van Gèle, en 1890. 

L'Uele reçoit dans cette section de nombreux 
affluents : l'Obi ou Zoro (r. d.), le Dongu grossi de 
l'Aka (r. d.), le Duru (r. d.), la Gaba (r. g.), le 
Bruole (r. d.), la Gurba (r. d.^ le Bomokandi, le plus 
important de tous (r. g.), l'Uere (r. d.) et la Bima 

(r. g.); 

2° La section médiane ou Dua mesure SOO kilo- 
mètres. La rivière y a pour chenal le fond de l'ancien 
lac; elle y coule lentement, sans dénivellation sensible: 
entre Yakoma et Banzyville, Van Gèle n'a constaté que 
4 mètres de différence d'altitude. Elle présente des 
largeurs de plusieurs milliers de mètres, est parsemée 
d'îles et de bancs de sable et ne présente à la navi- 
gation d'autres obstacles que ceux que forment les 



LES AFFLUENTS DU COM;o 173 

étranglements rocheux de Cetcma et de Banzyvîlle. 
La rive gauche, que la ligne de faîte du bassin, d'une 
altitude de 600 à 700 mètres, serre de très près, ne 
reçoit comme affluents que des ruisseaux descendant 
des hauteurs; par contre, à la rive droite débouchent 
des tributaires importants descendant des lignes de 
faîte du Nil et du Chari ; ce sont : 

a) Le Bomu, qui sert de limite entre TEtat du 
Congo et la zone française; comme TUclc-Makua, il 
est coUpé de nombreux rapides ; ses affluents sont : 
le Boko, le Keile, TUara, le Shinko grossi du Barengo, 
le Bali (r. d.) et le Bili grossi du Gangu (r. g.); à 
quelques kilomètres en amont du continent à Yakomçi, 
s'étagent les rapides qui arrêtent la navigation à 
vapeur et qui ont reçu le nom de a Chutes Hansens »; 
b) le Koto et c) le Kwango, dont les cours inférieurs 
seuls sont connus; d) la KémOy gonflée du Tomi (r. d.) 
dont la vallée semble devoir devenir la voie de péné- 
tration directe conduisant du Congo au Tshad ; 

3<* La section inférieure ou Vbaugi. Les obstacles 
qui rendent la navigation à vapeur difficile et môme 
périlleuse dans la passe de Zongo, s'étendent sur un 
parcours de 70 kilomètres entre Mokoangai et Zongo. 
La rivière s'y précipite entre des lignes de hauteurs 
présentant, à la rive gauche, des falaises et des pics, 
dont quelques-uns mesurent de 200 à 2o0 mètres 
au-dessus du niveau du fleuve. Les obstacles forment 
quatre groupes de rapides, séparés par trois biefs 
navigables de 15, 15 et 40 kilomètres de longueur, 
appelés rapides de l'Éléphant, de Belly, de Bonga et 
de Zongo. Immédiatement en aval, la rivière, qui 
dans l'étranglement de Zongo ne mesure plus que 
800 mètres de largeur, se dilate et présente bientôt 



174 GÉOGRAPHrE PlTYSIOtE 

des nappes de 2,000 à 4,000 mètres, remplies d*îles 
et navigables, ainsi que nous Tavons exposé en 
parlant de TUbangi dans le paragraphe relatif au 
système d'eau de la grande dépression centrale. 

d) Le système d'eau du KasaL 

C'est M. Jules Cornet qui, le premier, émit l'opinion 
que les dépôts du bas Kasai, entre le confluent de la 
rivière et celui du Sankuru, son principal affluent, 
sont des alluvions déposées par le Kasai lui-même, 
à une époque où son niveau moyen était plus élevé, 
par suite de l'existence d'une barrière rocheuse située 
en aval. Cette barrière rocheuse était constituée par 
la chaîne de collines appelée Mantere, détachée de 
la chaîne côtière, qui borde la rive droite du Congo, 
depuis le Pool jusqu'au nord-est de Bolobo. 

Si l'on étuilie le bassin au point de vue du relief, 
on constate que sa pente générale a une orientation- 
sud-est nord- ouest et que les vastes plaines dont il est 
formé sont divisées en deux parties presque égales 
suivant une ligne sud ouest-nord-est, par un remar- 
quable accident topographique. Au sud-est de cette 
ligne, tout le pays se relève brusquement d'environ 
100 mètres, sans que sa nature géologique se modifie. 
C'est une véritable cassure, une faille. Elle barre 
d'un obstacle insurmontable tous les grands cours 
d'eau du système et provoque successivement les 
chutes François-Joseph, du Kwango; Stéphanie, de la 
Djuma ; von Wissmann, du Kasai; von François, de la 
Lulua ; Ludwig Wolf, du Sankuru. 

Si ensuile on examine la carte au point de vue de 
la direction générale de toutes ces rivières, on 
constate que la région où les eaux du Kwango, coulant 



LES AFKLIENTS DU CONliO 175 

du sud, et celles de la Lukenie, coulant de l*est, 
viennent rejoindre celles de la branche maîtresse du 
Kasai, est fortement déprimée; c'est le point le plus 
bas du bassin du Kasai. Celui-ci y coule dans une 
immense plaine alluviale ; des bancs de sable émergés 
à répoque des eaux basjscs et des îles plates divisent 
le courant en nombreux bras secondaires. L*alluvion- 
nemcnt est partout intense. Il est clair que nous 
sommes ici devant les ba.s fonds de Tancit^n lac de 
la terrasse du Kasai, qui avait pour principal tributaire 
le cours supérieur du Kasai actuel. 

Le Kasai a sa source par environ 1,500 mètres d'al- 
titu.le, sur la ligne de faîte (Toii s'échappent, vers le 
sud, les branches supérieures du Zambése, au nord- 
ouest du lac Dilolo qui, lui, est à l'altitude de 
1,445 mètres. Son cours supérieur n'est connu que 
très imparfaitemcHt jusqu'au point où il est barré par 
une succession d'obstacles baptisée <c Chutes Wiss- 
mann », du nom de son découvreur. En aval, la 
navigation s'ouvre librement jusqu'au confluent; elle 
ne présente que deux ou trois endroits difficiles aux 
basses eaux, notamment dans la passe de Swinburne 
et en aval du mont Pogge (r. d.). A partir du confluent 
du Sankuru, le Kasai est déjà une rivière consi- 
dérable, débitant 6,000 mètres cubes d'eau à la 
seconde (observation de Wissmann et Grenfell faite en 
amont du confluent, en avril 1886) ; il se développe en 
\XBB succession d'expansions, larges parfois de plu- 
sieurs milliers de mètres, remplies d'îles; la plus 
vaste, qui mesure 10 kilomètres d'une rive à rautre,est 
celle qu'on appelle Wissmann-Pool. A 20 kilomètres 
en amont de son confluent, au village de Kitebe 
devant lequel M. Delcommun^ a trouvé des profon- 
deurs de O^'oO, il s'engage dans la gorge de Kwa, 



176 GI^OGUAPHIE PHYSIQUE 

bordée de collines déprimées présentani aux deux 
rives de nombreux blocs rocheux, faille étroite où la 
largeur de la puissante rivière se réduit de 2,000 à 
500 mètres et où les eaux accélèrent leur vilesse jus- 
qu'à atteindre 3 i/2 m. à la seconde. Le lieutenant 
von François estime à 11,000 mètres cubes le volume 
d'eau moyen que le fleuve dégorge par seconde, dans 
le Congo. 

Les principaux affluents du Kasai sont : 
Le Lnembo, le Tshiombo, le Luashimo, le Tshikapa 
et la Liivua, tributaires encore peu connus qui 
débouchent à la rive gauche en amont des chutes de 
Wissmann, mais qui, principalement les deuxième, 
troisième et quatrième, sont importants par le déve- 
loppement de leur cours 

La Lulua (r. d.), sur laquelle Wissmann appela 
Tattenlion en y établissant le poste de Luluabourg, 
qui est malheureusement coupée par une succession 
de rapides appelés « Chutes von François ». Elle a 
pour affluents le Lukodji (r. d.) et le Luebo (r. g.). 

Le Sankuru (r. d.), appelé Lubilash dans son cours 
supérieur, est une belle et large rivière ouverte à la 
navigation à vapeur jusqu'aux chutes de Wolf, en 
amont de Luzambo. Sa découverte par le .D"" Wolf 
fil sensation, parce qu'elle constituait une voie de 
pénétration directe et pratique vers les districts du 
centre, le Manycma et l'Urua. Elle reçoit le Lubishi et 
le Luembe (r. d.), le Luebe et le Lubi (r. g.), le Lubefu 
(r. d.) et le Lubudi (r. g.). 

Le Loange (r. g.) et la Kantsha (r. d.) sont deux 
rivières importantes, la première surtout, mais dont 
les cours inférieurs seuls sont connus jusqu'ici. 

Le Kwanyo (r. g.), le second des affluents du Kasai. 
Il suit, dans une direction générale sud-nord, la base 



LE RÉGIME DU CONGO 177 

des versants orientaux de la chaîne côtière. Il est 
barré par des chutes, dont les principales sont celles 
de François-Joseph et de Kingunshi, qui séparent 
des biefs navigables. Ses principaux tributaires sont : 
la Tungila {r d.), au confluent de laquelle s'amorce la 
frontière portugaise; le Kambo et le Kavuli (r. g.), la 
Wamba (r. d.) et la Djuma (r. d.), navigable jusqu'à 
la chute Stéphanie, qui reçoit elle-même deux grandes 
rivières : le Kwengo et la Saia (r. g.). 

La Lukenie (r. d.), est la rivière la plus septentrio- 
nale du système. Elle coule paisiblement de Test à 
Touest, parallèlement au bas Sankuru et au bas Kasai. 
Elle n'a pas d'affluents importants. Mais un sérieux 
apport d'eau lui vient du lac Léopold II. 

Le lac Léopold II (superf. 2,o00 kilom. c, ait. 
340 m.) est le plus étendu des bas-fonds, encore 
existants, de l'ancienne mer intérieure de la terrasse 
du Kasai. Le processus d'assèchement s'y poursuit : 
les marais rongent de plus en plus la rive septen- 
trionale et comme, dès maintenant, il n'a plus guère 
de profondeur, il modifiera rapidement ses contours 
au fur et à mesure que se creusera son canal d'écou- 
lement. La couleur noire de ses eaux témoignent 
d'une origine marécageuse. 

c) Le système d'eau du littoral. 

La ramure hydrographique du Tshiloango ou du 
Lodje, qui débouchent au nord et au sud de l'embou- 
chure du Congo, donne assez bien l'idée de ce que 
devait être ce système d'eau, avant le percement de la 
gorge de Zinga et récoulement dans l'océan des eaux 
des zones moyenne et supérieure. 



178 GÉOGRAPHIE PHYSIQUE 

Le bis Congo en aval de Ziaga n'est, en réalité, 
qu'un (îiinul d'écoulenivint recevant, à droite et à 
gauche, quelques torrents de montagnes,, presque à- 
sec pendant la saison sèche. Que sont la Mpioka et. 
la Lukungfi (r. g.), la Mata et rEboIa fr. d.), le Kwilu, 
rUnionzo, la.Lufu et la Mpozo (r. g.), comparés aux. 
gigantesques tributaires des quatre vastes systèmes 
précédents ! 

E. — LE RB<^iafE DU F..EUVB. 

* 

Crues. — Il existe une grande différence dans le 
nombre, la valeur et l'époque des crues des grands 
affluents du Congo ; celte différence est d'autant plus 
marquée que les rivières drainent des régions plus 
éloignées de 1 cqualeur. Celles qui, comme le Lowa, 
le Lindi, l'Aruwimi, la Lulonga et le Ruki, ont leur 
bassin rapproché de la ligne équatoriale et, de plus, 
coulent parallèlement à celle-ci, ont des crues relati- 
vement peu sensibles : elles se trouvent dans la zone 
des pluies continues. Mais les autres, dont le bassin 
entier est éloigné de l'équateur, comme les rivières 
de la zone supérieure, de l'Urua et de la région des 
chutes, ou bien celles qui, suivant une direction 
nord-sud, coulent perpendiculairement à l'équateur, 
comme la Sanga et le Lomami, les affluents de droite 
de rUele et ceux de gauche du Kasai et du Sankuru, 
présentent, par contre, des crues très importantes et, 
par conséquent, varient énormément dans leur débit. 
Il en est ainsi de l'Ubangi. M. G. Le Marinel, qui a 
étudié celte rivière et l'a mesurée en aval du confluent 
du Bomu, dit que, vers la fin d'octobre, elle s'élève 
de o a G mètres et que sa vitesse est doublée ; son débit 



LE RÉGIME DU CO.NGO f79 

•est alors de quinze à vingt fois plus considérable 
qu'aux eaux basses. 

Nous avons, autant que nous le permettent des 
renseignements incomplets et parfois assez vagues, 
renseigné les époques maxima des basses et des 
hautes eaUx des principaux affluents du fleuve sur le 
tableau synoptique qui clôture ce chapitre. 

Quant au Congo lui-même, il présente deux crues 
bien marquées. La première est sous l'influence de 
l'apport exclusif des affluents de droite ; à la suite 
des pluies abondantes recueillies de mars à octobre 
par les rivières de l'hémisphère nord, la Sanga, l'Uelc- 
Ubangi, la Mongala, l'itimbiri se gonflent et viennent 
grossir le Congo en avril-mai ; leurs eaux baissant en 
novembre, le niveau du fleu^e décroît également. 
Mais alors interviennent les affluents de gauche. Les 
averses incessantes qui, dans l'hémisphère sud, 
débutent au Sankuru, en août; au Kwango, en sep- 
tembre; au Katanga, en octobre; au Tanganika, en 
novembre, pour cesser successivement d'avril à juin, 
couvrent d'eau les marais et les fonds des anciens lacs 
asséchés de la zone supérieure; les différentes lagunes 
du Kamolondo unissent leurs nappes ; le haut Lomanii 
et les innombrables affluents du Kasai débordent, et 
par trois bouches principales : les Stanley-Falls, les 
confluents du Lomami et du Kasai, d'énormes 
volumes d'eau sont amenés à la rive gauche du Congo, 
où ils provoquent la seconde crue plus importante 
que la première : des Falls à Banana elle atteint son 
apogée en décembre-janvier. 

Ainsi donc, comme les affluents du nord baissent 
en octobre en même temps que commencent à monter 
ceux du sud, le plus grand débit des seconds com- 
pense avec excès la diminution de l'apport des pre- 



180 GÉOGRAPHIE PHYSIQUE 

mierSjCt la crue, après avoir été commencée par les 
rivières du nord, se continue, plus forte, par celles 
du sud. 

Cette action successive des systèmes d'eau des deux 
hémisphères donne, en somme, au fleuve une assez 
grande égalité de portée. Cependant il y a des écarts 
de niveau qui peuvent être fixés, en moyenne, à 
4 mètres pour la section entre les Falls et le Pool; 
dans rétranglement de la région des chutes, on a 
constaté sur les falaises des différences qui atteignent 
jusqu'à 9 mètres; dans le bas fleuve, l'écart est envi- 
ron de 3 mètres à Matadi et à Boma, de 1 mètre à 
Ponta da Lenha; le changement de niveau ne se fait 
pas sentir à Banana. 

Débit. — Dès les premières expéditions scienti- 
fiques au Congo, on a essayé de mesurer l'énorme 
masse liquide que verse le fleuve dans l'Océan, où la 
force de son courant avait déjà frappé ses décou- 
vreurs, en 1485. Tuckey dit que le débit moyen du 
fleuve, à la seconde, était de 48,000 mètres cubes. 
Stanley a procédé à l'entrée du Pool à des expériences 
qui ont donné, pour l'époque des plus basses eaux, 
un débit de 43,000 mètres cubes, et pour celle des 
plus hautes eaux, de 70,000 mètres cubes. Pour le 
débit total, à l'embouchure, M. Chavanne va de 
7S,000 à 80,000 mètres cubes. 

Marée, — On comprend que devant une telle 
poussée, qui rend impossible la formation d'une 
barre, la marée ne puisse exercer que faiblement 
son action. Cependant, dans la crique de Banana, un 
courant ascendant se produit régulièrement deux fois 
par jour. Son amplitude est de l'"80 à !2 mètres; elle 
n'est plus que de 50 centimètres à Ponta da Lenha. 
L'action de l'eau de mer cesse complètement à Malela, 



TABLEAU SYNOPTIQUE 



181 



OÙ se remarque un changement caractéristique dans 
la végétation des rives. 

Température. — Le Nederlandsch Meteorologisch 
Jaarboek pour 1888 renferme une longue série d'ob- 
servations sur la température de l'eau du haut fleuve, 
entre Kinshasa et Equateurville, faites à bord du 
sleamer Uolland, de mai 1888 à janvier 1889, trois 
fois par jour (6, 12 et 17 heures) par MM. Greshoff et 
Kooiman. Il en résulté que la plus haute moyenne, 
observée en mars, a été 29"6, la plus faible, observée 
fin octobre à 15 novembre, 2o**7. Des observations 
analogues faites pendant neuf mois par M. Hodister 
à Mobeka, au confluent de la Mongala, ont donné des 
chiffres variant entre 26 degrés, notés en novembre, 
et 3i% en mars. 



Tableau synoptique des principaux affluents. 



NOMS 

DES 

AFFLUENTS. 



a 

o o 

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te 

a 
o 
1^ 



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o 



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•a 
•s o 

11 



Époque 
de 
l'observa- 
tion. 



Ép 3que 

des basses 

eaux. 



Époque 

des hautes 

eaux. 



A. — Système d'eau du Kamolondo. 

Superficie du système : 750,003 kilom. carrés. — Longueur de la branche 

maîtresse: 1,000 kilom. 



Lububuri 
Nzilo . . . 
Lufila . . 
Luapula 
Lukuga 



d 


330 


? 


? 


M 


n 


d 


360 





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M 


n 


d 


490 


? 


? 


w 


août 


d 


1,270 


150 


438 


octobre 


novemb. 


d 


350 


75 


32 


novemb. 


id. 



décembre 

janvier 

id. 



À 



182 



GÊOGiVATHIE PHYSIQUE 



NOMS 

DES 

AFFLUENTS. 



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Époque 

de 
l'observa- 
tion. 



Époque 

des bass^^'j; 

eaux. 



Ép que 

de .hautei^ 

eaux. 



B, — Système d'eau de la grande dépresiion centtmle. 
Su; e:ûoie du système : 1,650,00 kiloiii. carrés. — .JLongueur de la branche 



maîtresse : 2,600 kilom. 



Luama .... 


d 


Klila 


d 


Uiiadi . . . 


d 


Lowa . . . 


d 


Lindi 


d 


Lomami . . 


g 


Aruwinii.. 


d 


Iliml iri . . 


d 


Mongala . . 


d 


Lulonga . . 


g 


Ruki 


g 


Uban^i .. 


d 


Sanga .... 


d 


Likuala . . 


d 


Likoiia .... 


d 


In-.i-i 


g 



310 
40(' 
420 
460 
Ô80 

1,550 

1,07i 
49(1 
55» 
■7O1 

1,00(. 
61C 

1,40(' 
:0( 
44(' 
23 



? 
? 
? 

? 

550 
200 
220 
180 
5-0 
8^•0 
610 
860 
3.'0 
200 




? 
? 
? 
? 
? 

4,000 



1,500 
2,50(> 
8,00(' 
1,801. 
TOo 
40(' 



octobre 



eeptemb 



février 

aviil 

féviier 



octobre 
id. 
id. 
id. 
id, 
id. 



mars 
août 



août 



G. — Sysème d*eau de l Uele. 



jamier 



novemb. 
août s*pt 
noveiiib 
nov.--t!éc 



iiovemb. 
février 



déceti.bre 



Superficie du système : 450, 00 kilom. carrés. — Longueur de la branche 

maîtresse : 1,660 kilom. 



Dongu. . . . 


d 


290 


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340 


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41 


Bomokandi. 


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40 


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720 


25 


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Koto ... . 


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675 


35 


1,200 



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-♦» 



octobre 



mars 

décembre 

février 

fév.-mars 

janvier 



novemb 

octobre 

novemb 

oct. - nov. 

octobre 



Portugal, d'autre pari, avec l'Angleterre, font que les 

possessions de l'Eut Indépendant débordent un pou 
du bassin du Congo et se prolongent, à l'ouest, dans 
celui du Tsbiloango, à t'est dans celui du haut Nil, 
imposant ainsi à notre chapitre les deux annexes 
suivantes. 



184 GÉOGRAPHIE PHYSIQUE 



LE lUSSlN DU TSHILOANGO. 

Le Tshiloango est le petit fleuve côtier qui draine 
la province appelée Mayombe. Il a sa source dans 
les versants occidentaux des monts de Cristal, au 
nord d'Isangila, s'augmente à gauche de la Lukula et 
de la Lemba et se jette à la mer au nord de Landana. 
Son cours moyen et supérieur, coupé de quelques 

■ 

rapides, sert de frontière entre TEtat du Congo, le 
Mayombe français, au nord, et l'enclave portugaise 
de Cabin^da, à Touest. Le pays qu'il arrose est riche 
en forets, très peuplé et ne tardera pas à être mis en 
exploitation dès que la voie ferrée en construction 
le reliera à Borna. 

LE BASSIN DU NIL. 

Le lac Albert-Edouard (superficie 4,500 k. c, alti- 
tude 937 m.) gît au fond d'une ceinture de hautes 
montagnes : le massif volcanique de Virungo, au sud, 
les falaises des Mitumba, du nord à l'ouest. Ses rives 
méridionale, occidentale et septentrionale appar- 
tiennent à l'État; sa rive orientale est à l'Angleterre. 

La Semliki. — Le trop-plein des eaux du Hc 
s'échappe vers le nord par la Semliki, large de 50 à 
75 mètres, qui va au lac Albert. Ce canal d'écoulement 
porte trois noms : Isango, dans son cours supérieur; 
Iteri, dans son cours moyen ; Semliki, dans son cours 
supérieur. Il mesure 200 kilomètres de longueur. 
Comme entre les deux lacs il y a une diff'érence de 
niveau de 277 mètres, la rivière a une pente moyenne 
de l'"35 qui explique la présence de chutes dans son 
cours moyen. La Semliki supérieure coule en 1er- 



LE BASSIN DU NIL - 185 

ritoire congolais, la Semliki inférieure en territoire 
anglais. 

Le lac Albert (superficie 3,900 k. c, altitude, 
660 m.). La section de la rive occidentale, longue de 
30 kilomètres, comprise entre le petit port de Mahagi 
et Textrémité nord du lac, cédée par l'Angleterre 
au Souverain du Congo, permet à TÉtat d'englober 
dans sa zone d'influence cette vaste mer intérieure, 
comprise dans les limites du commerce libre. 

LeNilc\\x\ entre dans le lac Albert par son extrémité 
nord-est, après avoir formé la belle chute Murehison, 
haute de 40 mètres, en sort par l'extrémité nord- 
ouest et poursuit son cjours vers le nord. Jusqu'à 
Dufile il présente un large chenal de 5 à 12 mètres 
de profondeur, ouvert à la navigation en toute saison. 
A Dufile commence une suite de rapides infranchis- 
sables aux eaux basses, mais que les pirogues 
parviennent néanmoins à passer à l'époque des crues. 
La rive gauche du fleuve, depuis le lac Albert 
jusqu'un peu au delà de Redjaf, appartient au 
Souverain du Congo, depuis la convention du 
12 mai 1894 conclue avec l'Angleterre. 

Bibliographie : Bottchek: Orographie undHydr^ographie 
des Kongobeckens. — J. Cornet : Les anciens lacs africains. 
— Vasconckllos : Zaire submarino. — A.-J. Wautkrs : 
Le problème de CUele, hypothèse nouvelle, — Id. : La Bounga, 
un nouveau grand affluent de droite du Congo. — lu. \ La 
question du Lomami, — Id. : Le relief du bassin du Congo 
et la genèse du fleuve. — lo. : L'Urua, pays des Baluba. — 
Id. : L'ancienne mer intérieure du Kasai. — Id. : La rivière 
Ubangi de sa source à son confluent. 



CHAPITRE XIII. 

LE CLIMAT (') 

TEMPÉRATURE. — SAISONS. HUMIDITÉ DE l'àIR. 

PRESSION ATMOSPHÉRIQUE — VENTS. 
NÉBULOSITÉ. — ORAGES. — BROUILLARDS ET ROSÉE. 

Dans nos climats, c'est Télément température qui 
diiférencie avant tout les saisons. Dans l'Afrique 
équatoriale, et partant dans l'État Indépendant du 
Congo, la chaleur est relativement uniforme au cours 
de l'année, et l'élément qui, en général, permet de 
faire la distinction entre les saisons, est surtout la 
pluie, dont la fréquence et l'abondance sont très 
marquées pendant plusieurs mois, tandis qu'au cours 
des autres elle fait complètement défaut. 

A. - TEMPÉRATURE. 

On sait l'influence énorme qu'exerce le Gulf-Slream 
sur l'orientation des lignes isothermes en Europe. 
Pareil phénomène se retrouve, mais en sens inverse, 
dans l'Afrique australe. En effet, un courant froid, 
ayant son origine dans les mers antarctiques, longe 
toute la côte occidentale et y détermine une inflexion 
brusque des courbes d'égale température. La hauteur 
thermométri([ue moyenne annuelle est la même vers 

(1) Ce chapitre est dû à la collaboration de M. A. Lancasteb, 
directeur scienti tique du se; vice météorologique de l'Observatoire 
royal, membre de l'Académie des sciences de Belgique. 



TEMPÉRATURE 187 

resi:rémité et au centre de la pointe africaine, par 
environ 30° de latitude, qu'à Banana, à Tembouchure 
du Congo, par 6° seulement de latitude. Il en résulte 
que, sur un même parallèle, en marchant de Touest 
vers Test, la chaleur augmente jusqu'au milieu du 
continent,, où el4e atteint son maximum. C est ainsi 
qu'en parlant de Banana, où la température moyenne 
annuelle est voisine de 26", on atteint successivement 
27°, puis 28**, là, bien entendu, où Taltilude est faible, 
car à mesure qu'on s'élève, la moyenne s'abaisse de 
l^ environ par 200 mùlres de hauteur ; dans la région 
du Katanga, par 1,000 mètres d'altitude, la moyenne 
n'est plus que de 23" environ. 

Si l'on s'avance vers le sud de l'État Indépendant, 
lai température varie peu, mais vers le nord, elle 
augmente progressivement, jusqu'à atteindre 29° à 
l'extrémité septentrionale de l'État (4° lat. N.). On 
sait que l'équateur thermique (30" de chaleur environ) 
passe plus haut encore, vers le parallèle de 15". D une 
manière générale, et supposant toutes les observations 
réduites au niveau de la mer(^), on peut dire que 
la moyenne thermométrique annuelle dans l'immense 
bassin du Congo se rapproche de 27". 

Examinons maintenant comment se répartit cette 
moyenneaux^ différentes époques de l'année. 

Dans toute l'étendue du Congo, le mois de juillet 
est habituellement le moins chaud et février le plus 
chaud. En certains points, toutefois, notamment à 
l'embouchure du Congo, la plus grande chaleur se 
constate plutôt en mars. Février et mars d'ailleurs, 
et Ton peut même y ajouter avril, ont, d'une 
manière générale, sensiblement la même température 

(^) Gomme on est forcé de le faire pour construire des cartes 
ciimatelog^ues' générales. 



188 GÉOGRAPHIE PHYSIQUE 

moyenne. De juillet à août, le thermomètre monte 
peu, mais son mouvement de hausse s'accentue assez 
fortement d'août à novembre. Il reste stationnaire en 
décembre. La hausse reprend ensuite jusqu'en février. 
La baisse débute en avril, et, d'abord assez régulière, 
devient très forte de mai à juin, pour* faiblir ensuite 
jusqu'en juillet. 

Malgré le double passage du soleil au zénith des 
divers parallèles de l'État Indépendant, phénomène 
qui, théoriquement, semblerait devoir donner lieu à 
deux périodes caractéristiques de chaleur maximum, 
les choses se passent, depuis l'extrême nord jusqu'à 
l'extrême sud, à très peu près comme si, annuelle- 
ment, il n'y avait qu'une station du soleil au zénith 
ou dans le voisinage de ce point, et ce vers le début 
de l'année. Les seules distinctions à faire sont les sui- 
vantes : au nord du Congo, les plus grandes chaleurs 
arrivent un peu plus tôt que vers le sud, et un 
maximum thermique secondaire s'y produit vers sep- 
tembre-octobre, tandis que dans la partie méridionale 
ce maximum est peu apparent. C'est surtout dans le 
régime des pluies, comme nous l'avons signalé plus 
haut et comme on le verra par la suite, que l'on peut 
reconnaître cette alternance des saisons provoquée 
par les passages successifs du soleil, à des intervalles 
plus ou moins réguliers, suivant les latitudes, au 
zénith des lieux considérés. 

Dans une grande partie de l'Etat, la chute brusque 
de température de mai à juin, lors du passage de la 
saison des pluies à la saison sèche, est un phénomène 
caractéristique, dû à une cause générale qui s'exerce 
partout d'une manière très régulière. Cette chute 
atteint près de 3° (différence entre les moyennes ther- 
mométriques de mai et de juin). Semblable variation 



TEMPÉRATURE 



189 



ne se produit pas lors de la transition entre la saison 
sèche et la saison des pluies. 

Les mois de juin à septembre constituent la période 
la moins chaude de Tannée ; la température moyenne 
est inférieure à celle de Tannée de 2"0. Les fortes 
chaleurs s'observent de novembre à avril, période 
dont la moyenne thermométrique dépasse celle de 
Tannée de 1**3, et les plus fortes chaleurs ont lieu de 
février à avril (écart moyen de l'6 sur la moyenne 
annuelle). Les mois de mai et octobre ont une tempé- 
rature (fui s'écarte peu de la moyenne annuelle. 

Après avoir fixé les idées au sujet de la valeur 
absolue de la température au Congo, et montré 
comment la chaleur est répartie aux différentes 
époques de Tannée, nous comparerons sa marche 
annuelle et diurne à celle de la température à 
Bruxelles, car les caractéristiques météorologiques 
de cette ville représentent assez exactement le climat 
moyen de la Belgique. 



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Marche annuelle de la température "au Congo et en Belgique. 

(Les courbes indiquent les écarts mensuels par rapport à la moyenne 
annuelle). 

Comnft nous Tavons dit, le fait ^qui^domine toute 
la climatologie de TAfrique équatoriale] est la faible 
variation annuelle du thermomètre. Cette variation 



190 GÉOGRÀPÏHIî' PICTSreCE 

atteint son minimum au cœur dû continent et, 
particulièrement, dans le voisinage de réquateur; Elle 
augmente légèrement si lon^va.de Tintérieur v<jrs la 
côle, où elle est la plus grande. Mais, ici encore, elle 
est très peu accentuée si on la compare à la variation 
constatée en Belgique, où Ton passe d'une températui^e 
moyenne de 2"3, en janvier, à une moyenne de IS'^i, 
en juillet; d'où écart de 16^1. A Banana, à Fembou^- 
chure du Congo, l'écart moyen entre le mois le plus 
chaud et le mois le moins chaud n'est que de 5^8. 
Pendant une période de cinq années, la plus* haute 
moyenne thermométrique en ce point a été de 29**0, 
la plus basse de 21^2 : l'écart absolu a donc été de 
7^8. A Bruxelles, pour la même période, la différence 
correspondante est montée à 23''o. 

Si l'on considère ensuite la marche du thermo- 
mètre au cours de la journée, on constate qu'au 
Congo l'amplitude de ses mouvements est un. peu 
plus accentuée que chez nous, c'est-à-dire que l'inXer- 
valle entre le maximum de l'après-midi et le minimum 
du matin y est plus grand. A Bruxelles, cet intervalle 
est en moyenne de 7°2. D'après les observations faites 
dans sept stations de l'État, il y atteint 8*^3; mais il 
croît à mesure qu'on pénètre dans l'intérieur des 
terres. A Kimuenza, par exemple, il s'élève déjà 
à 10°7, et à Luluabourg il dépasse 13<*. 

Cette question de \û variation diurne de la tempé- 
rature au Congo a une grande importance au point de 
vue de l'hygiène : elle est souvent la cause de beaucoup 
de maladies^ tant chez les blancs que chez le» noir». 
Lorsqu'après une journée très chaude se produit, la 
nuit, un abaissement thermique prononcé, il^eut en 
résulter de graves conséquences pour ceux qui ont 
négligé de prendre les précautions indispensables*. 



TEMPÉRATL'RE 191 

Dans sa course journalière, le thermomètre passe, 
au Congo, parles phases suivantes : il est, en moyenne, 
au plus bas de réchelle entre 5 et 6 heures du matin, 
et au point le plus élevé vers 1 heure de l'après- 
midi. Son mouvement de hausse s'annonce au lever 
du soleil, puis il s'accentue très rapidement. A partir 
de 10 heures, l'ascension mercuriellc se ralentit et 
eHe cesse vers 1 heure, parfois un peu plus tôt, par- 
fois un peu plus tard, suivant les lieux et les condi- 
tions de 1 état du ciel. Le mouvement de descente 
commence entre 1 et 2 heures et se poursuit avec une 
grande régularité jusqu'au lendemain; légèrement 
accentué jusque vers 8 ou 9 heures, il faiblit ensuite 
sensiblement et, à partir de minuit, devient très lent. 

D'une fîiçon générale, la température la plus haute 
du jour, au Congo, est comprise entre 29° et 30° ; 
c'e&l la moyenne des maxima diurnes relevés au cours 
de toute une année. En mars, cette moyenne s'élève 
à 32* et même 33° en certains points, et en juillet elle 
tombe à 26° ou 25^. A Bruxelles, la moyenne ana- 
logue n'est que de 14°, avec maximum de 23°1 en 
juillet et minimum de 4"6 en janvier. 

Quant à la température journalière la plus basse, 
elle varie, en Afrique, entre 20° et 21° (pour des alti- 
tudes peu considérables), en passant par 23° et 24° 
dans la période février- avril, et 18° en juillet. A 
Bruxelles, le minimum moyen n'atteint que 6' 7; 
il descend à en janvier et monte à 13°8 en juillet. 
Entre le mois dont les nuits sont les plus chaudes et 
celui dont les nuits le sont le moins, il y a donc, au 
Congo, un écart de 5° à 6°, tandis qu'à Bruxelles cet 
'écart est très voisin de 14°. 

Toutes ces constatations montrent surabondam- 
ment la faible variation de la température, en Aft'ique,. 



192 GÉOGRAPHIE PHYSIQUE 

aux époques successives de rannée. La caraclcristique 
de cet important élément du climat, la chaleur, est 
donc au Congo une certaine fixité du thermomètre à 
un point élevé de son échelle. Non pas que le mercure 
y atteigne des hauteurs exceptionnelles, car, dans des 
conditions normales d'exposition du thermomètre et 
de lieu, lesmaxima thermiques annuels dans l'Afrique 
équatoriale ne dépassent pas sensiblement ceux que 
Ton observe ici même (^). Mais, alors que chez nous le 
mercure ne monte que très rarement au-dessus de 30<* 
le jour (moins de trois fois par an, en moyenne, avec 
un maximum de douze fois en 1842 et en 18o2), et 
reste plus rarement encore au-dessus de 20° la nuit 
(une fois par an en moyenne), au Congo nous voyons le 
thermomètre marquer 30° et davantage à loO reprises 
et plus dans le cours de l'année, et indiquer 20° et 
davantage comme minimum pendant 200 jours et plus 
sur 365. A Vivi, en effet, de mai 1882 à avril 1883, il 
y a eu 146 jours avec maximum égal ou supérieur 
à 30°, et, du l^"* janvier au 31 mai 1883, 115 jours 
avec pareil maximum. A Banana, en 1890, on a 
compté 165 jours ayant donné une température 
maximum d'au moins 30°, et à Kimuenza, en 1894- 
1895, 180 jours, dont 150 d'octobre à mai. Quant aux 
minima, on a noté à Vivi, en 1882-1883, 276 jours 
avec minimum égal ou supérieur à 20°. D'octo- 
bre 1882 à janvier 1883 inclus, donc pendant quatre 
mois consécutifs, aucun minimum n'a été inférieur 
à 20°. Par contre, aucun minimum n'a atteint 20° en 
juillet et août 1882, en pleine saison sèche; aussi 

(I) Moyenne des masima annuels iibsolus de 21 stations : 36^, 
Extrêmes : 41» à Lufoi, 3S» à Maladi et à Nouvelle-Anvers. — A 
Bruxelles, le maximum Jibsolu a été de 3ô°3, mais dans Ix Gam- 
pine on a observé de 37» à SS*. 



TEMPÉRATURE * 193 

le contraste entre cette situation thermique plus sup- 
portable et celle de la saison des pluies fait-il dire à 
M. von Danckelman : 

Au Congo inférieur, la suison comprise entre le 
milieu de juin et le commencement de septembre est 
sans contredit^a plus agréable, la plus belle et aussi 
la plus saine de Tannée. La température est modérée, 
le soleil n'incommode pas et les nombreux après-midi 
sans nuages stimulent l'esprit; les rares journées 
couvertes, pendant lesquelles le soleil n'est pas 
visible un seul instant, rompent la monotonie et per- 
mettent de faire des excursions ou des parties de 
chasse. Le voile bleuâtre de brouillard étendu sur le 
paysage, les herbes jaunies, les nombreux arbres 
dépouillés, le silence de la nature, que vient seul 
interrompre le roucoulement lointain du pigeon gris 
qui niche dans les bouquets d'arbres répandus sur 
les montagnes, tout offre un charme particulier et 
vient rappeler les belles journées d'automne de 
l'Europe centrale. 

La chaleur est parfois, pas toujours, accablante 
dans le cours de la saison des pluies, surtout en 
février et pendant la première quinzaine de mars, 
car les orages sont rares en cette période et l'atmo- 
sphère n'est presque jamais rafraîchie par la pluie 
qui les accompagne. Mais à d'autres époques encore 
de la même saison, lorsque le soleil darde ses rayons 
brûlants sur le sol mouillé, la chaleur humide peut 
devenir étouffante. 

Les conclusions qui se dégagent de l'exposé que 
nous venons de faire des conditions thermiques de 
l'Etat du Congo comparées à celles de notre pays, 
c'est-à-dire d'une grande partie de l'Europe centrale 
et occidentale, sont : 

1° La marche de la température, dans l'Etat Inde- 



194 GÉOGKAPHIE PHYSIQUE 

pendant du Congo, ne montre que de faibles varia- 
tions entre les différentes saisons (moyenne de 5° à 6® 
entre le mois le plus chaud et le mois le moins 
chaud; en Belgique, 16**) ; 

2** L'amplitude de la variation thermique diurne 
est un peu plus forte en Afrique qu'en Europe. 
(8«8 contre 7^) ; 

3° Au Congo, le thermomètre, dans sa course 
annuelle, atteint ou dépasse ISO fois au moins 30** de 
chaleur, tandis qu'à Bruxelles ce cas ne se présente 
que trois fois en moyenne par année; 

4° Plus souvent encore, dans la région équatoriale, 
le thermomètre reste la nuit au-dessus de 20**, alors 
qu'à Bruxelles cette circonstance n'arrive qu'une fois 
par an en moyenne; 

5° Sur le territoire congolais, l'écart entre les points 
extrêmes atteints par le mercure dans le cours d'une 
année n'est que de 20** environ. En Belgique, cet écart 
représente la plus grande variation du thermomètre 
observée en un jour, et la variation moyenne du 
thermomètre en un an y dépasse 40°. 

Si la grande variabilité du climat dans nos pays de 
l'Europe occidentale offre des dangers, en hiver 
surtout, au point de vue de la santé publique, elle 
est d'autre part un stimulant à l'activité des fonctions 
de l'organisme. Dans la zone équatoriale, comme.nous 
venons de le voir, l'état thermique moyen est, le 
plus souvent, au cours de l'année, voisin de 30** 
l'après-midi et de 20** la nuit, avec de très faibles 
changements d'un jour à l'autre. Si cette situation 
maintient le corps dans un équilibre de température 
plus régulier, plus uniforme que chez nous, elle 
exerce d'autre part sur l'Européen une action débili- 



SAISONS 195 

tante et amollissante que Ton ne peut combattre 
et écarter qu'en se soumettant aux exigences du 
régime que commandent pareilles conditions climaté- 
riques. 

B - SAISONS. 

Comme nous l'avons dit plus haut, c'est la pluie qui 
caractérise surtout -les saisons dans l'État du Congo. 
Et encore, ne peut-il être question de saisons que 
dans la partie occidentale du bassin du fleuve, car au 
centre de l'Afrique, et surtout dans la région équato- 
riale, il pleut d'une façon plus ou moins régulière à 
tous les moments de l'année : c'est à peine si, d'un 
mois à l'autre, on constate, en ce qui concerne les 
chutes pluviales et la température, des différences 
un peu accentuées. 

Le bas Congo est à peu près la seule région 
qui soit dotée de saisons bien tranchées quant 
aux précipitations. Nous avons vu que c'est égale- 
ment celle où la variation annuelle de la tempé- 
rature est la plus grande. La saison des pluies y 
débute franchement en octobre et cesse en mai. De 
juin à septembre règne la saison sèche, A part 
quelques légères oscillations, d'une année à l'autre, 
dans les dates du commencement et de la fin de 
ces saisons, celles-ci se reproduisent avec beaucoup 
de régularité. 

Quelle est la caractéristique des saisons dans le bas 
Congo ? 

La saison chaude ou des pluies s'annonce par 
quelques pluies fines de courte durée, séparées par 
un intervalle de plusieurs jours de sécheresse. Vers 
la fin d'octobre, parfois au commencement de no- 



d96 GÉOGRAPHIE PHYSIQUE 

vembre, elles augmentent progressivement en fré- 
quence, deviennent copieuses, parfois diluviennes, 
s'accompagnent presque toujours de manifestations 
électriques ; elles font des mois de novembre et de 
décembre les mois les plus pluvieux. La fin de 
décembre cependant est moins humide que le com- 
mencement et marque souvent le début d'une accal- 
mie que Ton désigne sous le nom de petite saison 
sèche, laquelle se prolonge plus ou moins. Mais 
il faut arriver à la fin de février pour voir les 
pluies redevenir très intenses; elles restent jusqu'à 
la fin d'avril aussi fortes et violentes qu'en no- 
vembre et décembre, pour ne cesser que vers la 
mi-mai. En avril, elles ont encore- toute leur inten- 
sité; mais dans la dernière quinzaine elles sont 
déjà moins fréquentes; elles s'espacent et diminuent 
ensuite rapidement, au point que le mois de mai ne 
compte généralement que deux ou trois pluies très 
abondantes. 

Ces pluies, ces fortes averses du Congo, sont avant 
tout des pluies locales, en tous points comparables à 
nos pluies d'orage d'été. Elles ont peu de durée, mais 
atteignent une grande intensité. Il est rare, comme 
nous le disions plus haut, qu'elles ne soient pas 
accompagnées de phénomènes électriques plus ou 
moins violents; quelquefois s'y ajoutent de fortes 
rafales de vent, qui se suivent coup sur coup, et 
viennent de directions parfois complètement oppo- 
sées. Ce sont des tornades, dont quelques-unes ont 
laissé un ineffaçable souvenir dans l'esprit de ceux 
qui les ont subies. 

La quantité d'eau qui tombe pendant ces fortes 
averses est très grande, eu égard surtout à leur peu 
de durée. La plus forte précipitation a donné : 



SAISONS d97 

A Banana 99™"^ 

AVivi 102 

A Congo da Lemba 42 

A Kimuenza • . . 113 

A Léopoldville 99 

ABolobo 164 

A Nouvelle-Anvers (Bangala) 100 

A Lusambo 81 

Les pluies ont une fréquence marquée entre 2 et 

9 heures du soir, et pendant la nuit, jusque vers 
7 heures du matin. 

Elles sont, nous l'avons dit déjà, de courte durée. 
Dans le bas Congo, il est rare qu'elles persistent au 
delà de six ou sept heures. Dans le haut fleuve, sous 
le régime des pluies d'origine régionale, on en voit 
parfois qui durent jusqu'à treize heures. Toutefois, 
c'est là un fait très rare, et l'on n'a pas observé 
jusqu'ici de pluie durant vingt-quatre heures et plus, 
comme en Belgique. 

La quantité de pluie tombant par année-saison est 
très variable. Ainsi, pour Banana, 1890-1891 accuse 
386 millimètres et 1893-1894, 955 millimètres. Ces 
différences considérables d'une année à l'autre se 
remarquent le plus à la côte; elles s'atténuent beau- 
coup à mesure qu'on avance vers l'intérieur. 

La saison sèche qui succède à la saison des pluies 
est la période la mieux caractérisée. Point de pluie, 
rarement une légère bruine ou « cacimbo )>, de 5 à 

10 minutes de durée, entre 5 et 9 heures du matin, 
donnant tout au plus quelques dixièmes de mil- 
limètre au pluviomètre. En revanche, un temps gri- 
sâtre, une brise qui fait sur les colons l'eifel de nos 
froides bises d'hiver. La végétation, exubérante de 
vie et de force, lutte longtemps, cherchant à se sou- 
tenir malgré la privation d'eau; mais la sécheresse 



198 GÉOGRAIHIE PHYSIQUE 

finit par remporter. Tout s'étiole et se fane, et 
lorsque, d'un pas lept, mais sûr, le temps sec a 
accompli son œuvre, de tous les points de l'horizon 
s'élèvent des colonnes de fumée annonçant le com- 
mencement des incendies annuels des herbes. La 
date de leur arrivée varie un peu : elle dépend de 
l'intensité de la saison qui vient de finir ; en général 
cependant, il faut atteindre le 4^' juillet pour voir 
les premiers feui, et gagner, la période du 20 au 
30 juillet pour les contempler dans toute leur înfen- 
sitc. Les plaines dénudées, portant encore la trace du 
passage de l'élément destructeur, laissent alors une 
triste impression au spectateur, et cet état perdure 
jusqu'aux premières pluies, qui, par un effet magique, 
rendent en peu de temps au pays son aspect riant et 
sa luxuriante végétation. 

La différence si marquée des deux grandes saisons 
se maintient dans tout le bas Congo ; elle se remarque 
encore à Lcopoldville. Toutefois, il n'est pas rare de 
constater déjà une ou deux pluies ordinaires en pleine 
saison sèche, pluies assez semblables à nos giboulées 
de mars et survenant le matin : le D^ Mense y signale, 
en effet, deux fortes averses en juin, deux légères 
averses en juillet, une légère pluie en août et 71 mil- 
limètres d'eau en septembre. 

Vers l'intérieur, la différence, quoique bien appré- 
ciable encore, est moins tranchée. C'est ainsi qu'à 
Bolobo, mai est encore très pluvieux et août montre 
déjà plusieurs jours de pluies copieuses. Il ne reste 
donc que juin et juillet que l'on puisse considérer 
comme des mois secs. Plus au sud, dans la région 
de Luluabourg, le I>" Wolf note que « quant aux 
pluies, le bassin central du Congo jusque 6" lat. S. 
diffère à son avantage de la région maritime ; il n'y a 



SAISONS 199 

pas de saison sèche caractérisée; à Luluabourg, au 
COÛTS de deux années d'observations (1885 4886), il 
n*y a pas eu de mois sans pluie; juin, juillet et août 
sont les mois où la pluie est le plus rare, mais ils ont 
un lourd brouillard matinal. » De même, à Lusambo^ 
dix mois d'observations (août 1896 à mai 1897} nous 
montrent des pluies pendant toute leur durée, avec 
cette particularité, semblable à celle qu'on a constatée 
à Bolobo, qu'août et septembre, d'une part, mai, de 
l'autre, montrent une gradation dans l'intensité et 
paraissent constituer le début et la fin de la vraie 
saison des pluies. 

Si, en s'enfonçant dans les terres, on se rapproche 
de l'équateur, la différence s'efface graduellement, au 
point d'amener une telle fusion des deux saisons que 
c'est à peine si Ton arrive à avoir deux mois moins 
pluvieux, se représentant avec régularité. A Equateur- 
ville, le lieutenant Lemaire rapporte qu'il pleut le 
plus vers novembre et décembre, et le moins vers 
juillet. Pour Mobeka et Nouvelle-Anvers, les mois de 
janvier et février constituent la saison la moins plu- 
vieuse (1). Pour Basoko, de 1889 à 1891, le D^ Dupont 
trouve deux fois une période sèche allant de la seconde 
quinzaine de novembre à la fin de janvier ou aUNîom- 
mencement de février : 

A partir de la mi-novembre, les pluies deviennent 
rares et ne se présentent qu'à deux ou trois semaines 
d'intervalle. Jusqu'à la mi-févrîer, ce sont plutôt des 
réductions de gros brouillards que des pluies: Le 
ciel est presque toujours gris. 

Toutefois, en décembre 1893, il est tombé à 

■ (^) Stanley constatait en 1877, lors de sa navigation sur le 
haut Congo, entre les Stanley Falls et le Stanley-Pool, une période 
de sécheresse continue du ii janvier au il mars. 



200 ' liÉOGRAPHIE PHYSIQUE 

Basoko ISS"™ d'eau, c'est-à-dire plus du douzième de 
la précipitation totale annuelle, qui <»t de 1694™"». 
Janvier 1894 a été moins pluvieux. A côté de novembre 
1893, qui a le maximum de précipitation de toute la 
période (257°^), novembre 1894 ne donne que 51°»"*, 
c'est-à-dire le cinquième, et vient comme minimum 
secondaire de toute la période. Il y a là une irrégularité 
manifeste et rien jusqu'ici, pour Tensemble de ces sta- 
tions du haut Congo, ne justifie la fixation d'une date 
exacte pour la saison des moindres pluies. On doit en 
somme considérer Tannée comme entièrement plu- 
vieuse, avec une courte saison de moindres pluies (3 ou 
4 semaines au plus), survenant dans le trimestre jan- 
vier-mars, à une époque plus ou moins indéterminée. 

On peut dire d'une manière générale, en se basant 
sur les observations recueillies jusqu'ici au Congo, 
que la hauteur annuelle des précipitations météo- 
riques n'y offre pas des valeurs exceptionnelles. 
Aucune station ne renseigne un total annuel de pluie 
atteignant deux mètres en moyenne; quelques-unes 
indiquent des totaux compris entre 1,200 et 1,800 mil- 
limètres. Dans la zone équatoriale de l'Etat, la 
moyenne est voisine de 1,S00 millimètres. 

En comparant les diverses données qu'on a pu 
réunir jusqu'ici, nous avons formulé comme règles 
que les pluies augmentent au Congo : 1® à mesure 
que du sud on se rapproche de l'équateur ; 2® que 
de la côte on se dirige vers l'intérieur. Les chiffres 
suivants viennent confirmer ces deux lois : 

i<* Augmentation en allant du sud vers l'équateur. 

Loanda . . 270"»" 

Banana 726 

Shinshoxo 1078 

Libreville 2383 




des plujea dens diflerenlcs régions du Cuiig 
plootB sur lïs sommMa des jeclangle» indiiiui'Hl, 



202 GÉOGRAPHIE PHYSIQUE 

Augmentation en allant de la côte vers iintérieur 

À Banana 726°™ 

Borna 761 

Vivi 1079 

Kimuenza • . 1245 

Léopoldvilk 1302 

Bolobo 1666 

Nouvelle-Anvers ^Bangala) 1705 

B. Loanda . . 270 

San-Salvador 1010 

Liiluabourg 1544 

Lusambo 1677 

Des faits qui précèdent, pour nous résumer, nous 
tirerons les conclusions suivantes : 

1° Le début de la saison des pluies peut être fixé à 
la première décade d'octobre; 

2*» La petite saison sèche est très variable dans 
son apparition, aussi bien que dans ses caractères, 
et mérite plutôt le nom de saison des moindres 
pluies; 

3<* La division en grande et petite saison des pluies 
n'est pas absolue; 

4" La saison des pluies prend fin aux environs du 
IS mai, plulôt après qu'avant; 

5° A la côte, la quantité totale de pluie varie 
beaucoup d'une année à l'autre pour un même 
Meu; 

6*^ Les mois les plus pluvieux sont novembre, dé- 
cembre, mars et avril, et le maximum de précipitation 
se présente sans fixité dans l'un d'eux ; 

7° Au fur et à mesure qu'on s'avance dans l'in- 
térieur, et qu'on se rapproche de l'équateur, les 
saisons se différencient de moins en moins. L'année 
tout entière est pluvieuse, avec une intensité variable 
suivant les époques et les années; 

8** La présence de la grande forêt inten ient pour une 



HUMIDITÉ DE L AIR 203 

grande part dans le changement apporté au régime sai- 
sonnier des régions du centre de TEtat Indépendant. 

C. - HUMIDITE DE L'AIR. 

H serait superflu d'insister ici sur l'importance du 
rôle que joue, au point de vue climatologique, cet 
élément inséparable de notre atmosphère, la vapeur 
d'eau. L'étude de sa répartition dans l'océan aérien, 
de ses variations diurne et annuelle, etc., offre parti- 
culièrement un grand intérêt lorsqu'on a affaire à un 
climat tropical, à température assez égale, comme 
l'est celui du Congo. 

Sous le rapport de l'humidité de Tair, il y a une 
première distinction à faire entre les conditions de cet 
agent atmosphérique dans l'Etat Indépendant et celles 
qu'on relève dans nos pays. 

En Belgique, et sur une grande partie du globe 
d'ailleurs, la saison chaude est celle de moindre 
humidité relative, la saison froide celle de plus 
grande humidité. Au Congo, la saison froide, ou 
plutôt la saison de la moindre chaleur, est celle qui 
donne l'humidité la plus faible : la dénomination de 
saison sèche lui a donc été bien appliquée à tous égards. 
Dans la saison chaude ou des pluies, par contre, le 
degré hygrométrique s'élève ; il atteint son maximum 
vers l'époque des plus hautes températures. 

En second lieu, l'amplitude de la variation annuelle 
du degré hygrométrique est, comme celle de la tem- 
pérature, faible au Congo, tandis que chez nous 
elle est relativement considérable. D'une part, les 
moyennes mensuelles extrêmes ne diffèrent que de 
quelques unités (7 à 8); d'autre part, elles présentent 
un écart de 20 unités. Ces dissemblances dans la 



204 GÉOGRAPHIE PHYSIQUE 

marche annuelle de Thumidité de Tair se montrent 
d'une manière bien apparente sur le diagramme ci- 
dessous. 



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Humidité relative moyenne. 

D'après l'ensemble des observations psychromé- 
trîques dignes de confiance que nous possédons pour 
le Congo, voici comment s'y comporte l'humidité 
de Tair dans sa marche annuelle. En août, elle 
est minimum et comprise, en moyenne, entre 73 
et 74 p. c. Elle augmente progressivement ensuite, 
pour atteindre un premier maximum dans la période 
décembre-février (79 p. c). Elle faiblit légèrement 
en mars (78 p. c), pour gagner le maximum principal 
en avril-mai (80 p. c). Puis la baisse se déclare et 
continue régulièrement jusqu'en août. Comme l'avait 
déjà fait remarquer M. von Danckelman, « la diminu- 
tion de l'humidité de l'air est considérable dans la 
période de transition de la saison des pluies à la 
saison sèche, aux mois de mai et de juin ». D'un 
autre côté, elle est stationnaire au moment du 
passage de la saison sèche à la saison des pluies et 
monte rapidement dès que celle-ci est nettement 
établie. 

La moyenne annuelle de l'humidité est à très peu 



HUMIDITÉ DE L*A!R 205 

près la même en Belgique qu'au Congo, mais, d'une 
part, cette moyenne correspond à une température de 
27®, d'autre part, à une température de 40® seulement. 

C'est ici le lieu d'examiner d'une façon spéciale de 
quelle manière se répartit le degré hygrométrique, 
pour des températures semblables, respectivement au 
Congo et en Belgique. 

On sait que c'est au commencement de l'après-midi 
que l'humidité relative est le plus faible. Ce minimum 
journalier du degré hygrométrique de l'air se^produit 
en même temps que le maximum de température. Or, 
à Bruxelles, dans les mois d'été, lorsque le thermo- 
mètre atteint ou dépasse 30® dans l'après-midi, 
l'humidité relative tombe en moyenne à 36 p. c. Cette 
valeur est faible et est l'indice d'une siccitc atmosphé- 
rique très notable. Sur huit années d'observations, le 
maximum a été de 43 p. c. par 30®7 et le minimum 
de 29 p. c. par 30°. Et néanmoins, lorsque vers 30® 
de température le psychromètre marque environ 
40 p. c. d'humidité, nous éprouvons un malaise très 
marqué, nous trouvons la chaleur « accablante », 
a étouffante », nous disons que le temps est « lourd ». 
Ce qui ajoute à cette impression, c'est le calme de 
l'air pendant ces températures élevées, calme qui 
retarde l'évaporation de la sueur qui nous baigne (^). 
Si le thermomètre marque de 22® à 28® et que le degré 
hygrométrique s'élève vers 60 et 70 p. c, le malaise 
est non moins grand. 

(1) Nous avons pu personnellement nous rendre compte de la 
différence considérable de l'action qu'exercent sur l'organisme une 
température élevée - sèche « et une température •♦ humide »». 
Etant au sud du Texas, en 1882, nous avons éprouvé presque régu- 
lièrement chaque jour, d'août à décembre, des chaleurs comprises 
entre 30° et 38", mais par une très faible humidité. Ces chaleurs 



206 GÉOGRAPHIE PHYSIÛL'E 

D'après une longue série d'observations person- 
nelles, nous pouvons conclure ainsi qu'il suit en ce 
qui concerne la Belgique : la chaleur y devient très 
accablante lorsque, le thermomètre étant voisin de 
30*», l'humidité atteint 40 p. c. ; puis, la température 
s'abaissant, lorsque l'humidité s'élève à 

45 p. c pour 290 

55 p. c. . . . . . . pour 28<» 

65 p. c de 27« à 25° 

70 p. c pour 24" et 25° 

75 p. c . pour 22° et 210 

Ces états hygrométriques et thermométriques 
doivent, bien entendu, coïncider avec une atmo- 
sphère calme ou très peu agitée. La sensation de 
malaise diminue avec l'augmentation de la vitesse du 
vent. 

Examinons maintenant comment se comporte la 
vapeur d'eau dans l'État du Congo. Nous nous ap- 
puierons principalement, à cet effet, sur les observa- 
tions faites à Vivi, mais les conclusions que nous en 
tirerons peuvent s'appliquer à toute la région du bas 
et du moyen Congo. 

Nous avons montré plus haut combien, dans la 
saison des pluies, les fortes chaleurs persistent dans 
cette région. Le thermomètre y monte chaque jour à 
27° au moins (97 fois sur lOOj, et 80 fois sur 100 à 29° 
ou plus. Or, voici, pour la période décembre-mai, 
le degré hygrométrique moyen qui correspond aux 
diverses températures constatées à 2 heures de Taprès- 

continues étaient fjrt supportables et, le plus souvent même, 
agréables. Les habitanis des pays chauds et secs, comme l'Egypte 
par exemple, sont extrêmement incommodés chez nous lorsque le 
thermomètre atteint 30**, alors qu'ils ne ressentent aucun malaise 
chez eux par 4(K>. La différence de sensation est uniquement diie 
k la différence de letat hygrométrique. 



HUBIIDITÉ DE l'aIU 



207 



midi, c'est-à-dire vers le moment habituel de la 
moindre humidité diurne : 



Moyenne. 

23« 88 p. c. 



U 
25 
26 
27 
28 
29 
30 
31 
32 
33 



85 
82 
78 
74 
69 
64 
59 
54 
52 
51 



Maximum. Minimum. 

96 p. c. 83 p. c. 



87 
84 



77 
63 



80 


47 


70 


35 


63 


42 


63 


44 


54 


49 



On voit de suite combien ces valeurs sont de beau- 
coup supérieures à celles que nous avons renseignées 
pour Bruxelles. 

A Vivi, ainsi qu'il résulte du tableau ci-dessus, à 
une température de 30** correspond en moyenne une 
humidité relative de 59 p. c. En Belgique, par la 
même température, ainsi que nous l'avons vu plus 
haut, le degré hygrométrique moyen n'est que de 
36 p. c, et lorsqu'il dépasse 40 p. c, la chaleur 
devient insupportable. Cette valeur de 59 p. c, au 
Congo, est une moyenne pour le semestre de 
décembre à mai, mais elle varie légèrement suivant 
les mois, ainsi que le montre le tableau ci-après : 

Température = 30^, 



MOIS 


Humidité relative 


Décembre. . . . 


58 p C 


Janvier .... 


59 


Février .... 


54 


Mars 


60 


Avril 


62 


Mai 


59 



A partir de mai la température diminue, ainsi que 
riiurîiidité relative. Le thermomètre, l'après-midi, 



208 GÉOGRAPHIE PHYSIQUE 

dépasse rarement 30°; les maxima diurnes qui se 
reproduisent le plus fréquemment alors sont compris 
entre 24° et 28°. Le degré hygrométrique, vers le 
moment de la plus grande chaleur, tombe à 60 p. c. 
pour des hauteurs thermométriques variant de 23° à 
24°; à 87 p. c. pour celles de 2S° à 26°; à 50 p. c. de 
27° à 30°; à 48 p. c. pour 31° et 32°. On voit la diffé- 
rence notable qui existe ici entre la saison sèche et la 
saison des pluies, et Ton conçoit aisément que, dans 
la première de ces saisons, les conditions hygromé- 
triques rendent le climat plus supportable, et même, 
par un effet de contraste, agréable à certains 
moments. Le tableau ci-dessous permettra de mieux 
saisir encore l'importance de la différence dont nous 
parlons. Il indique, en pour cent, et pour les deux 
saisons, la fréquence des divers degrés hygromé- 
triques à 2 heures de l'après-midi : 

Humidité rel.-itive. Saison des pluies. Saison sèche. 

90-100 1 1 

80-90 5 1 

70-80 14 6 

60-70 35 28 

50-60 37 39 

40-50 7 22 

30-40 _1_ 3_ 

"ÏÔÔ~ 100 

Nous venons d'étudier Thumidité relative dans sa 

marche annuelle; nous allons l'examiner dans sa 

variation diurne. 

A la côte, le degré hygrométrique, maximum vers 

le lever du soleil, diminue jusque vers midi, puis 

remonte jusqu'au soir. 11 est à peu près le même à 

9 heures du soir qu'à 7 heures du matin. A l'intérieur, 

il diminue depuis le matin jusque dans l'après-midi, 

et est moins élevé le soir que dans les premières 

heures de la matinée. 



HUMIDITÉ DE l'aIR 209 

En général, Thumidité est très forle entre 6 et 
8 heures du matin, et, eu égard à la température 
relativement élevée qui se manifeste déjà à ce moment 
de la journée, son influence pathologique est extrême- 
ment sensible. Voici, mises en parallèle, les valeurs 
psychromélriques pour Bruxelles, Banana et Vivi, à 
7 heures du matin : 

Bruxelles 86 

Banana 87 

Vivi 88 

Le degré moyen annuel est presque le même dans 
les trois stations, mais à Bruxelles il découle d'une 
température de 8" seulement, tandis qu'au Congo il 
est lié à une température de 22 à 24^ environ. Or, à 
Bruxelles, lorsque vers 7 ou 8 heures du matin, en été, 
le thermomètre atteint 20 ou 21^, l'humidité relative 
n'est pas supérieure, en moyenne, à 64 p. c, et dans 
aucun cas ne dépasse 80 p. c. Cette comparaison nous 
fait voir une fois de plus la considérable différence 
de régime qui existe, quant à l'état hygrométrique 
habituel de l'air, entre nos pays et le bassin du 
Congo. 

En ce qui concerne la répartition géographique de 
l'humidité relative dans l'État Indépendant, nous 
croyons pouvoir établir que, dans la matinée, cette 
humidité est plus grande à l'intérieur qu'à la côte, 
tandis qu'au milieu du jour elle est sensiblement 
moindre — notamment pendant la saison sèche — à 
l'intérieur qu'au bord de la mer. L'augmentation 
d'altitude paraît aussi devoir entrer en ligne de 
compte pour diminuer le taux hygrométrique. 

11 peut être utile de rapprocher de ces remarques 
celles que nous allons présenter au sujet de la tension 
de la vapeur aqueuse. 



210 GEOGRAPHIE FUYSIQUE 

Certains hygiénistes attachent plus d'importance, 
au point de vue de Tinfluence de l'état hygrométrique 
sur l'organisme, à l'humidité absolue de l'air qu'à 
l'humidité relative. On peut dire, à priori, que la 
quantité absolue de vapeur d'eau répandue dans 
l'atmosphère est un facteur climatologique dont il 
importe de tenir compte, et c'est pourquoi nous avons 
jugé utile de compléter le présent chapitre par 
quelques données sur la répartition géographique et 
les variations saisonnières et journalières de la vapeur 
d'eau au Congo. Comme précédemment, nous avons 
cru bon de mettre en regard des valeurs observées 
dans l'Afrique équatoriale celles que l'on constate 
dans notre pays, c'est-à-dire à Bruxelles. 

Les observations que nous possédons sur la tension 
de la vapeur dans l'Etat Indépendant ou dans les 
régions voisines, montrent tout d'abord : i^ que cette 
tension est plus forte à la côte qu'à l'intérieur ; 
S"* que, à la côte, elle augmente en allant du sud au 
nord; 3** que, dans l'intérieur, elle diminue avec 
l'altitude, ou, en d'autres termes, avec l'abaissement 
de température. 

La tension moyenne annuelle, sur la côte africaine, 
est comprise entre 18 et 20 millimètres : 18""^ à 
Loanda, lO'"™^ à Banana, 20°""1 au Gabon. A Vivi, sur 
le Congo, par 114 mètres d'altitude, elle n'est que 
de 17"»™3 ; à Kimuenza (478 mètres), de 17™"'0. A San- 
Salvador, dans l'Angola, par5S9 mètres d'altitude, elle 
tombe à 16™"0. A Malange, au sud-est de cette région, 
par 1 ,166 mètres d'altitude, el le n'est plus que de 13""4. 
Toutes ces valeurs sont de beaucoup supérieures à la 
moyenne pour Bruxelles, qui n'atteint que 8'"'»2. 

Dans sa variation annuelle, la tension de la vapeur 
suit les fluctuations de la température et celles de 



HUMIDITÉ D£ l'aIR 211 

l'humidité relative. Elle est maximum dans la saison 
chaude ou des pluies, minimum à Tépoque des 
moindres chaleurs, c'est-à-dire en saison sèche. La 
plus forte tension se produit en général en avril, mais 
les moyennes de mars et février, et notamment celle 
de mars, se rapprochent sensiblemeht de la tension 
d'avril. La plus faible tension se remarque en août, 
au moment même où, chez nous, on observe la tension 
maximum. 

La marche diurne de la tension de la vapeur offre 
les particularités suivantes : contrairement à ce qui 
se passe dans nos pays d'Europe, où, habituellement, 
la tension est maximum vers le milieu du jour et 
minimum le matin et le soir, dans l'intérieur du 
Congo un premier maximum a lieu dans la matinée 
et un second maximum dans la soirée; le minimum 
se déclare entre midi et 3 heures. Sur la côte, par 
contre, le phénomène est soumis à une variation 
parallèle à celle que l'on remarque en Belgique, 
c'est-à-dire qu'il passe par un minimum le matin et 
un maximum l'après-midi. 

Sur les hauts plateaux du sud-est de l'Angola, 
voisins de l'Etat du Congo, il y a interversion dans la 
marche diurne de la tension de la vapeur lorsqu'on 
passe de la saison sèche à la saison des pluies, et vice 
versa. Dans la saison sèche, le régime de l'Angola est 
celui des régions de l'intérieur d'altitude moindre 
(San^Salvador, Vivi); dans la saison des pluies, celui 
de la côte (Banana, Saint-Paul de Loanda) et des 
régions tempérées (Bruxelles). Il sera intéressant de 
recueillir des observations pour des points situés vers 
le centre du continent africain, afin de voir comment 
s'y comporte la vapeur d'eau aux différentes époques 
de l'année. 



212 GÉOGIUPHIE PHYSIQUE 

< - 

D. - PRESSION ATMOSPHÉRIQUE. 

Les variations de la pression de l'air dans la région 
du Congo sont faiblement accentuées. 

La hauteur barométrique moyenne y est voisine de 
7gQmmo (au nfveau de la mer). Pendant la saison 
chaude ou des pluies, cette moyenne faiblit et se 
maintient vers 7S8°""0 ; pendant la saison sèche, elle 
augmente légèrement et atteint 762"°0 à TôS^^^O. Le 
mjiximum principal tombe en juillet, le minimum 
principal en février. Mais un maximum secondaire 
très faible se produit en décembre. 

Quand on examine l'allure de la courbe annuelle, 
on remarque que la hausse la plus rapide a lieu de 
mai à juin, la baisse la plus rapide d'août à octobre. 
La différence entre la moyenne mensuelle la plus 
haute et la moyenne mensuelle la plus faible s'élève 
à 5"»°^4 à Banana, à S™'"2 à Vivi, à 4™°! à Kimuenza, 
à 2'"'"6 à Bolobo. Cette différence diminue, comme on 
voit, à mesure qu'on avance dans l'intérieur. La 
même loi semble exister pour l'amplitude moyenne 
diurne, qui est de 3"»"0 à Loanda, 2"°9 à Banana, 
2™°»0 à Vivi, l-^^S à Kimuenza. 

La moyenne de l'oscillation barométrique meur 
suelle absolue est de G'^^G à Banana, de 5"°8 à Vivi, 
de 7 à 8™*" à Kimuenza. Comme les heures d'observa- 
tion n'ont pas été absolument lea mêmes dans ces 
trois stations et qu'elles n'ont pas été également rap- 
prochées des moments où se produisent en général 
les extrêmes journaliers de la pression, nous admet- 
trons 7'"'"0 comme moyenne de la variation baromé- 
trique mensuelle absolue à l'ouest de l'État du Congo. 

L'oscillation annuelle absolue, c'est-à-dire l'écart 
entre les points extrêmes de la course du baromètre 



VENTS 213 

dans l'espace d'une année, n'atteint que 12™"'0. Les 
troubles atmosphériques en apparence les plus vio- 
lents n'affectent pas la colonne mercurielle. Aussi, 
sous les tropiques, ne saurait-on tirer de l'observa- 
tion du baromètre aucune prévision du temps. Les 
orages éclatent aussi bien par haute pression que par 
basse pression. Toutefois, au moment même du pas- 
sage des orages, la courbe barométrique éprouve de 
courtes et brusques oscillations comme dans nos pays 
d'Europe. 

s. — VENTS. 

Dans tout le bas Congo, et même assez loin sur le 
haut Congo, les vents dominants sont compris entre 
le sud-ouest et l'ouest. Ces courants ont une prépon- 
dérance remarquable, qui l'emporte de beaucoup sur 
la fréquence des autres directions. A Banana, sur 
cent observations, soixante montrent la girouette 
tournée vers l'ouest, l'ouest-sud-ouest ou le sud- 
ouest. A Vivi, la proportion est de 63 p. c. A 
Kimuenza, elle est un peu moindre (45 p. c), et le vent 
du sud-sud-ouest intervient déjà pour 11 p.c. 

A mesure qu'on pénètre dans l'intérieur, les cou- 
rants d'ouest à sud-ouest perdent de leur importance, 
pour finir, dans le haut Congo, par disparaître et 
laisser la place à l'alise de sud-est. Ce sont, en effet, 
les vents d'est qui sont signalés comme dominants au 
centre et à l'est de l'État, avec des modifications tantôt 
vers le nord, tantôt vers le sud, suivant la configu- 
ration du sol et la direction des grands cours d'eau. 

Le régime anémométrique varie peu d'une saison à 
l'autre. Dans le bas Congo, en saison des pluies, il y 
a une certaine inflexion de la girouette vers l'est; en 



\ 



214 GÉOGRAPHIE PHYSIQUE 

saison sèche, les vents d*ouest à sud-ouest dominent 
presque exclusivement. 

Dans les couches supérieures de ralmosphère, où 
les mouvements de Tair sont révélés par la marche 
des nuages du genre cirrhi, formés de cristaux de 
glace, la direction du vent est Topposé de ce qu'on 
observe à terre : les nuages les plus élevés viennent, 
en effet, principalement de Test et du nord-est. Quant 
aux nuages inférieurs, ils sont entraînés, comme 
dans le voisinage du sol,j)ar des courants venant 
d'entre ouest et sud-ouest. 

Le long du fleuve, depuis Vivi jusqu'aux environs 
du Stanley-Pool, s'élève au début de la soirée un 
vent assez violent, d'assez courte durée, sur lequel 
M. von Danckelman a surtout appelé l'attention : 

Au moment du coucher du soleil, ou un quart 
d'heure après, un fort coup de vent d'ouest, ou aussi 
du nord-ouest, apparaît brusquement et soulève la 
poussière et les objets légers à d*assez grandes 
hauteurs. Ce vent tempétueux dure de dix à trente 
minutes et faiblit ensuite. Rarement, cependant, il 
cesse alors complètement. Le plus souvent, après 
s'être un peu calmé, il devient uniformément fort et 
souQle avec violence jusqu'à 8 ou 9 heures et même 
plus tard dans la nuit, tout en tournant au sud-ouest. 
Ces vents du soir et de la nuit sont plus fréquents et 
plus forts dans les mois de septembre et d'octobre, 
ce qui concorde avec la marche annuelle de la force 
du vent. 

Il est à remarquer que ces coups de vent du soir 
ne se font pas sentir à la côte. 

Au point de vue de l'intensité en général, le vent, 
à la côte, présente son maximum en octobre et son 
minimum en juillet. Un second maximum a lieu en 



NÉBULOSITÉ 218 

février ou mars. Dans rintérieur, la force maximum 
se produit de juin à octobre, et on observe la moindre 
agitation de l'air au milieu de l'hivernage. 

Des vents d'une grande violence, pareils à ceux de 
TEuropcf occidentale, sont inconnus au Congo, même 
lors des orages où des tornades qui paraissent les plus 
etfrayants. A Banana, les plus forts coups de vent, 
pendant les tornades, ne dépassent pas 10 mètres à 
la seconde. Â Kimuenza, la vitesse maximum enregis- 
trée au cours de plusieurs années a été de 366 mètres 
par minute ou de 6 mètres par seconde. 

De même qu'on le constate sur la plus grande partie 
du globe, le vent est généralement le plus accentué 
au moment le plus chaud du jour, c'est-à-dire entre 
midi et 3 heures; il contribue ainsi à rendre la 
température plus supportable. Les calmes sont fort 
rares à ces heures. 

F, — NÉBULOSITÉ, 

Sous le rapport de l'aspect du ciel, on constate 
peu de différence entre les diverses régions du 
Ck)ngo. En moyenne générale, le degré de nébulosité 
est de 6 ^10 désigne un ciel entièrement couvert, un 
ciel absolument serein), mais il descend à 5 pendant 
la saison sèche, en juin-juillet, et monte à 7 en 
octobre-novembre, au commencement de la saison 
des pluies. La nébulosité diminue de décembre à 
février, puis présente un maximum secondaire en 
mars-avril. Dans la région du haut Congo, étant 
données la constance des pluies et surtout leur origine 
dans une évaporation continue de l'humidité du sol 
provoquant la formation de nuages, on devrait 
s'attendre à un degré très élevé de nébulosité. Or, les 



216 GÉOGRAPHIE PHYSIQUE 

observations faites à Nouvelle-Anvers conduisent 
également à la valeur moyenne générale de 6. 
. Dans l'intervalle d'une journée, l'aspect du ciel 
passe habituellement par les phases suivantes : 

Pendant la saison des pluies, le ciel est couvert au 
lever du soleil, mais il s'éclaircit graduellement entre 
8 et 10 heures, tout en éprouvant des rechutes. A 1 ou 
2 heures de l'après-midi, les orages apparaissent et 
occasionnent de nouveau un accroissement de la 
nébulosité, qui persiste jusque vers le soir. Le ciel 
se découvre ensuite jusqu'assez avant dans la nuit. 

Pendant la saison sèche, le ciel s'éclaircit jusqu'à 
midi ou jusque dans le courant de Taprès-midi, puis, 
lentement, le voile nuageux se dissout et disparaît; le 
ciel reste alors découvert, quoique brumeux, jusqu'aux 
heures avancées de la soirée. Souvent cet éclaircis- 
sement progressif se produit avec une remarquable 
régularité, aux mêmes heures, plusieurs jours de suite. 
Le ciel se couvre de nouveau après 9 ou 10 heures et 
alors un voile de nuages et de vapeurs, venant de 
l'ouest, se forme rapidement. Il n'est pas rare de voir 
tout l'horizon se couvrir en moins de dix minutes. 

Sur les hauts plateaux du Congo, il y a en saison 
sèche une diminution de nébulosité particulièrement 
accentuée. Le ciel est alors remarquablement pur le 
soir, et, en général, très peu nuageux à partir de la 
matinée. 

Q. — ORAGES. 

L'orage est un phénomène très fréquent à l'intérieur 
du Congo; dans la région équatoriale, il se produit à 
toutes les époques de l'année; plus au sud, il n'appa- 
raît que dans la saison des pluies. 



ORAGES 217 

Dans le bas et le moyen Congo, les orages viennent 
pour la plupart de Test. Ceux du nord-est, d'après 
M. von Danckelman, sont généralement les plus forts. 

Plusieurs orages venant de directions différentes 
se présentent parfois en un même jour. En général, 
les orages au Congo ne surpassent en force les orages 
européens que par le nombre beaucoup plus grand 
d'éclairs et la moindre fréquence des roulements de 
tonnerre. _ 

Les orages, et la pluie qui les accompagne, accusent 
quant à leur fréquence une période diurne carac- 
térisée. Ils éclatent de préférence entre minuit et 
demi et 2 heures du matin, et entre 5 et 8 heures du 
matin, puis entre 1 et 3 heures de l'après-midi et, le 
plus souvent, entre 6 y^ et 9 heures du soir. 

Les cas de tonnerre lointain, sans orage sur la sta- 
tion même, sont nombreux. 

On signale relativement peu de coups de foudre ; 
mais il est probable qu'ils sont assez nombreux et que 
l'épaisseur des forêts, où l'on ne s'écarte pas des che- 
mins tracés, empêche seule de constater tous les cas. 
Notons d'ailleurs qu'à la saison des pluies, beaucoup 
d'arbres tombés jonchent la route des caravanes. Il est 
certain que la chute de la plupart doit être attribuée 
à l'effet de la foudre. 

Le nombre de jours de tonnerre est très grand pen- 
dant toute la durée de la saison des pluies, et toutes 
les fortes pluies sont accompagnées de manifestations 
électriques. Ce nombre subit d'ailleurs l'effet de la 
variation dans l'intensité des pluies, et il est à remar- 
quer que dans le bas Congo, il n'y a jamais de mani- 
festations électriques pendant les mois de saison 
sèche. D'une manière générale, c'est avril et novembre 
qui ont le plus de jours d'orage. 



218 GÉOGRAPHIE PHYSIQUE 

On constate enfin que, géographiquement, la fré- 
quence des orages suit les mêmes lois que la distribu- 
tion des pluies. Elle augmente : 1® en allant du sud 
au nord; 2* au fur et à mesure qu'on s'avance vers 
l'intérieur du continent. 

Des éclairs sans tonnerre sont très fréquemment 
observés le soir et au milieu de la nuit. Ils se mon- 
trent le plus souvent vers la partie de Thorizon com- 
prise entre le nord et le sud-est, et plus particulière- 
ment dans le quart nord-est, mais on en aperçoit 
aussi dans d'autres directions ; très rarement, toute- 
fois, entre le nord-ouest et le sud. 

Le moment préféré de leurs brillantes appa- 
ritions, rapporte le D^ Etienne, est celui qui suit 
presque immédiatement le coucher du soleil. Rien ne 
saurait dépeindre ces admirables jeux de lumière — 
éclairs linéaires ou diffus, violets ou pourprés — se 
déroulant silencieusement au milieu des sombres 
nuages aux fantastiques contours et ravissant Tœil 
du spectateur. 

Les décharges électriques sont souvent d'une rare 
beauté, dit de son côté le P. De Herl; j'ai vu des 
gerbes entières de feu jaillir d'un même point du ciel ; 
elles durent parfois un temps fort appréciable. J'0i 
vu également un jour un éclair parcourant dans le 
ciel un espace correspondant à l'ouverture d'un 
angle de 140 degrés, puis encore disparaissant à 
l'horizon derrière les montagnes. 

D'octobre à mai, en certains points, on aperçoit 
des éclairs un soir sur trois ou quatre, en moyenne. 
C'est de novembre à mars qu'on en observe le plus; 
de juin à septembre, ils sont extrêmemeirt rares. 

On voit, par ce qui précède, combien l'activité élec- 
trique de .l'atmosphère est considérable au Congo, 



OBAGES 219 

comme dans toute la ceinture équatoriale d'ailleurs. 
C*est ainsi qu'à Banana nous constatons, au cours 
d'une année, 130 jours de phénomènes orageux (ton- 
nerre et éclairs); à Shinshoxo, 132; à Kimucnza, 140; 
à Vivi, loi La tension électrique de l'air y est parfois 
telle, qu'elle donne lieu à des manifestations comme 
celle que signale le D' Etienne à la date du 9 décem- 
bre 1889, pendant le passage d'une tornade : « Au 
plus fort de la tornade, l'air était tellement chargé 
d'électricité que, pendant que je surveillais les oscil- 
lations du baromètre Fortin, des aigrettes lumineuses 
vinrent me frapper les doigts, ma main se trouvant 
par hasard près des deux pointes qui servent de 
support à l'anéroïde suspendu à proximité. » 

Les orages sont parfois, maïs très rarement, accom- 
pagnés de grêle. A la cote, le phénomène est inconnu, 
mais à l'intérieur de l'Etat il a été constaté à maintes 
reprises. 

Voici les cas les plus intéressants qui sont parvenus 
à notre connaissance : 

Le 29 avril 1893, à Matadi, grêlons de la grosseur 
d'une noisette. 

Le 30 avril 1895 et le 24 janvier 1897, à Kimuenza, 
pendant des orages, gréions comme des œufs d'oi- 
seau. 

Le 18 avril 1894, à Kenge, grêle abondante par 
une pluie d'orage. 

Le 13 août 1886, à Luluabourg, chute de glaçons 
transparents de 2 centimètres de largeur sur 1 de lon- 
gueur et de forme plus ou moins rectangulaire, pen- 
dant une forte tornade venant de l'est. La chute de 
glaçons dura de 13 h. oo m. à 14 h. 5 m. 

En août 1892, à Lusambo, chuté de grêlons dont 
quelques-uns avaient la grosseur d'un œuf de poule. 



220 GÉOGRAPHIE PHYSIQUE 

En juillet d894, le comte von Gôtzen fut surpris, à 
Touest du lac Kivu, par un orage pendant lequel il 
tomba des grêlons dont quelques-uns avaient la gros- 
seur d'un œuf de pigeon. 

Dans la zone de Mokoangai, le capitaine Heymans 
signale qu'il y a assez souvent des orages qui sont 
accompagnés de grêle, et, d'après d'autres renseigne- 
ments, le même phénomène se produirait dans la 
région de Djabir. 

H, — BROUILLARDS ET ROSÉE. 

A la côte, le brouillard semble être un phéno- 
mène extrêmement rare. 

A Banana même, dit le D^ Etienne, je n'ai jamais 
observé de brouillard proprement dit. Pendant la 
période des observations, jamais la transparence de 
l'air ne fut troublée au point de ne pouvoir distinguer 
les objets à une distance de 3 kilomètres. Il n'en est 
cependant pas de même au pied des collines voisines, 
c'est-à-dire à une petite lieue de distance, où les 
habitants voient parfois — rarement, il est vrai, — 
un brouillard éphémère assez dense pour ne rien 
apercevoir à quelques mètres. 

A Vivi, les brouillards sont rares également. De 
mai 1882 à juillet 1883, M. von Danckelman n'en a 
noté que 8. Toutefois, les sommets des montagnes 
voisines, qui ont à peine 200 mètres de hauteur, sont 
assez fréquemment, comme dans le voisinage de 
Banana, enveloppés débrouillard. 

Quand on pénètre plus avant dans l'intérieur, les 
brouillards sont assez fréquents le matin. 

Dans les vallées qui environnent Kimuenza, les 



BROUILLARDS ET ROSÉE 221 

brouillards sont nombreux. On peut mêpie reconnaî- 
tre, du plateau où est située la station, s'il a plu au 
loin, car moins d'un quart d'heure après Taverse 
du brouillard s'élève de toutes parts dans la vallée. 
Les brouillards sur le plateau sont plus rares; de jan- 
vier à juin 189o, le P. De Hert en a observé 25, tandis 
que dans la plaine il en a remarqué 75 pendant le 
même laps de temps. 

A Luluabourg, de juillet 1886 à juin 1887, 
le capitaine de Macar a noté 63 jours de brouil- 
lard, dont presque tous de brouillard épais, sauf 
en juin. Ces brouillards se forment la nuit et, dans 
la grande majorité des cas, se dissipent entre 8 et 

9 heures du matin; ils persistent rarement jusqu'à • 

10 heures. 

Nous ne pousserons pas plus loin ces remarques, 
car, ainsi que le montrent les observations recueillies 
dans les différentes partiesde l'Etat, le brouillard y est 
un phénomène assez irrégulièrement distribué, et 
soumis pour une bonne part aux influences locales : 
voisinage de forêts, de vallées plus ou moins pro- 
fondes, de cours d'eau, etc. Il ressort toutefois de 
l'examen des nombreuses données recueillies que, 
dans les régions du haut fleuve, les brouillards sont 
en général très fréquents aux premières heures de la 
matinée. 

Il en est de même, jusqu'à un certain point, de la 
rosée, qui parfois est d'une abondance exceptionnelle, 
et qui souvent précède ou accompagne la formation 
du brouillard. Au bord de la mer, la rosée s'observe 
beaucoup plus fréquemment que le brouillard. Celle 
qui se produisit à Banana, le 6 juillet 1890, fut telle- 
ment forte que l'eau tombait des toits et que le sol 
était aussi mouillé qu'après une averse. Elle coin- 



> 



222 GÉOGRAPHIE PHYSIQUE 

cidait avec le minimum Ihermométrique absolu de 
Tannée, 

Bibliographie : Tous les documents que Ton possède sur 
le climat du Congo ont -été reproduits, analysés ou résumés 
dans le livre qu*a fait paraître ia Société royale de médecine 
publique à la suite du Congrès d^ hygiène et de climatologie de 
la Belgique et du Congo, qui s'est tenu à Bruxelles en 
août 1897. Le chapitre consacré au climat, rédigé par 
MM. L\NCASTER et Meuleman, contient de nombreuses 
observations inédites, d^1n grand intérêt» plus uue liste des 
travaux relatifs à la climatologie africaine publiés à la date 
du 1®' août 1898. — Les explorateurs et les observateurs à 
qui Ton doit les meilleures données météorologiques, sont : 
MM. le D*" von Danckelman, le D"^ Etienne, le P. de Hert, le 
Rév. Glennie, le D^ Mense, le D^ Briart, le D' Vourloud, le 
D^ Donny, le capitaine de Macar, les lieutenants Brasseur, 
'Delhaise et Lemaire, le D' Gardines, de Permentier, le 
ly Paternotte, le D*^ Brackman, etc. 



CHAPITRE XIV. 

LES CONDITIONS SANITAIRES (^). 
A. - PATHOLOGIE. 

Les régions tropicales peuvent' se diviser en régions 
à climat chaud salubres et en régions à climat chaud 
insalubres. 

Le climat n*a pas une action essentielle sur la salu- 
brité d'un pays : il en est qui sont parfaitement sains, 
où la morbidité et la mortalité des Européens sont 
très faibles, et dont les conditions climatologiques 
sont les mêmes que dans les contrées les plus meur- 
trières. 11 est donc erroné de dire que le climat d'un 
pays est malsain : ce n'est pas le climat, c'est le pays 
lui-même qui est malsain, beaucoup à cause de son 
état social, mais surtout à cause de sa microbiologie 
pathogène. 

Peu de maladies au Congo sont dues uniquement à 
des influences météorologiques. Tout au plus, peut -on 
citer deux accidents, fréquents d'ailleurs en Europe : 
le coup de chaleur, produit par la température élevée 
agissant sur l'organisme entier, et l'insolation, attei- 
gnant les parties du corps directement exposées aux 
rayons du soleil. 

L'anémie dite tropicale elle-même n'est pas le résul- 
tat des seules actions météorologiques. Les recherches 

(^) Ce chapitre est dû à ^la collaboration de M. le D^ Jullibn, 
médecin agrégé de la Compagnie au chemin de fer du Congo. 



224 GÉOGRAPHIE PHYSIQUE 

hématimétrîques du docteur Marestang, les études du 
professeur Eijkman, l'histoire des colonies ne per- 
mettent pas de considérer le climat des tropiques 
comme un facteur morbide. La théorie classique de 
l'acclimatement qui, par son système de régulation 
chimique du calorique animal, concluait à la dé- 
chéance fatale et de plus en plus accentuée des fonc- 
tions vitales chez le blanc transplanté dans les zones 
intertropicales, n'est plus acceptée en principe. Sans 
conteste, l'organisme doit s'adapter aux conditions 
nouvelles de l'atmosphère, à la haute température 
habituelle, à la tension élevée de la vapeur d'eau 
dans l'air, telles qu'on les observe au Congo ; aussi 
constate-t-on, au début du séjour, des troubles pas- 
sagers dans les fonctions respiratoires, circulatoires 
et digestives, du nervosisme. Ces modifications, 
variables selon les individus et l'hygiène suivie, 
ne sauraient entraîner la ruine d'un organisme bien 
équilibré. 

L'anémie tropicale est d'origine pathologique et 
reconnaît pour cause essentielle la malaria. 

La malaria, vulgairement la « fièvre », du nom 
de sa manifestation la plus fréquente, est à la base 
de toute la pathologie du Congo. Elle est due à la 
présence dans le sang d'un amibe appelé « l'hé- 
matozoaire de Laveran ». Cet infiniment petit réside 
très probablement dans le sol et dans les eaux et 
pénètre dans le corps humain par les voies digestives 
et respiratoires. Les moustiques seraient un des 
agents les plus actifs de leur transport dans le sang 
des individus et des animaux. 

Au Congo, plusieurs éléments combinés contri- 
buent à maintenir la malaria à l'état endémique : 



PATHOLOGIE 225 

sol argileux, reposant sur un sous-sol imperméable, 
vastes marécages, forêts vierges, petit nombre des 
cultures, etc. Les nègres comme les blancs lui payent 
tribut; nul n'y échappe; tout au plus peut-on, grâce 
à une hygiène bien entendue, arriver à un certain 
degré d'accoutumance. La fièvre malariale est géné- 
ralement rémittente, irrégulière, sans aucune pério- 
dicité dans les accès. Selon la violence de l'intoxi- 
cation, elle est simple ou accompagnée de compli- 
cations. Parfois, elle présente certains symptômes de 
la fièvre typhoïde, sans qu'on puisse cependant la 
confondre avec cette dernière. D'habitude, il se pro- 
duit des phénomènes bilieux. L'hématurie, caracté- 
risée par la présence de la matière colorante du 
sang dans les urines, est la manifestation d'un état 
grave d'impaludisme ; elle atteint surtout les « vieux 
Africains ». 

La dysenterie est également endémique au Congo ; 
il est à remarquer que l'assainissement du sol diminue 
la fréquence de cette maladie (station de Basoko). Elle 
a pour causes l'usage d'eaux impures et la contagion, 
tandis que les fièvres ne sont pas contagieuses. Les 
refroidissements, une mauvaise hygiène et la misère 
physiologique y prédisposent singulièrement. On a 
observé, chez les nègres, des dysenteries véritables 
dues à la présence de parasites intestinaux. Il y a plu- 
sieurs degrés dans la dysenterie, depuis la diarrhée 
tropicale jusqu'aux formes les plus graves. Les accès 
de diarrhée sont fréquents et dégénèrent souvent en 
diarrhée tropicale chronique et en dysenterie propre- 
ment dite. 

L'anémie trouble profondément les fonctions de 
nutrition et met le système digestif dans un état de 
réceptivité morbide accentué. Tout écart de régime 

8 



226 GÉOGRAPHIE PHYSIQUE 

provoque des dérangements de corps et s'expie cruel- 
lement. La dyspepsie se présente sous toutes ses 
formes: paresse et pesanteur stomacales, manque 
d'appétit, acidité, crampes d'estomac, vomisse- 
menls, etc. 

Le foie, soumis à un travail exagéré dans les 
pays chauds insalubres, est souvent congestionné; il 
se produit parfois des cas d'hépatite aiguë ou chro- 
nique, qui aboutissent même à l'abcès. 

La peau est le siège de quelques maladies intéres- 
santes. La surexcitation des glandes sudoripares 
provoque la ce bourbouillé » : le pourtour de l'orifice 
glandulaire devient rouge et saillant, la peau se couvre 
de taches isolées, quoique serrées les unes contre les 
autres. Cette affection, d'ailleurs bénigne, est fort 
désagréable: elle occasionne d'insupportables déman- 
geaisons et peut aller jusqu'à priver de sommeil. 
La « sarne w est, à Torigine, une pustule, qui se 
transforme en ulcère atteignant parfois la dimen- 
sion d'une pièce de S francs; la guérison est lente 
et laisse une cicatrice parcheminée, lisse et noirâtre, 
présentant beaucoup d'analogie avec les cicatrices 
syphilitiques, a L'éléphantiasis w frappe de préférence 
les noirs les plus riches, les chefs : « C'est la goutte 
d'Afrique », dit le docteur Dupont. Les j^imbes, les 
pieds et les testicules sont les sièges de prédilection 
de cette maladie, qui amène un développement énorme 
des parties atteintes. Ouant aux différents parasites 
de la peau, citons, outre la djique, dont nous trai- 
tons ailleurs, le ver de Cayor et le filaire de Médine. 

Il est deux maladies dont la nature est encore mal 
définie et qui attaquent particulièrement les gens de 
couleur : le béri-béri et la maladie du sommeil. Le 
béri-béri, répandu dans toutes les contrées tropicales 



PATHOLOGIE 227 

du globe, est considéré comme une affection nerveuse, 
une polynévrite. Elle est caractérisée par des para- 
lysies des membres, des désordres psychiques et un 
amaigrissement considérable, souvent masqué par une 
hydropisie généralisée et intense. Les épidémies de 
béri-béri qui se produFsirent, en 1892, dans le per- 
sonnel du chemin de fer, semblent avoir été causées 
par la misère physiologique. 

Dans la maladie du sommeil le patient éprouve un 
irrésistible besoin de dormir : le sommeil le surprend 
parfois au milieu d'une conversation ou d'un repas; 
il dépérit lentement; les périodes de sommeil de- 
viennent plus fréquentes et de plus longue durée, et 
la mort survient pendant le coma. De véritables épi- 
démies de sommeil ont été observées dans le haut 
Congo. 

La syphilis évolue avec rapidité au Congo, mais 
ses lésions, plutôt cutanées, n'ont pas la même gra- 
vité que dans nos climats. Extrêmement commune 
parmi les populations ayant subi le contact des 
Européens et des Arabes, elle semble n'avoir pas 
encore contaminé les autres. Il en est de même de la 
tuberculose, qui affecte une marche assez lente chez 
les noirs, tandis que son évolution chez les blancs est 
accélérée par le climat. Les affections catarrhales des 
voies respiratoires sont une importante cause de mor- 
talité dans la race nègre. Les cas de lèpre ne sont pas 
rares: des ouvriers du chemin de fer en ont été 
atteints. Quant aux maladies épidémiques des régions 
tempérées, elles font défaut pour la plupart; l'une 
d'elles, cependant, la petite vérole, exerce de grands 
ravages. 

La pathologie du Congo ne comprend pas le 
choléra, la peste et la fièvre jaune. 



228 GÉOGRAPHIE PHYSIQUE 



JB. — HYGIÈNE. 



L'Européen voyageant ou résidant au Congo doit 
se mettre à Tabri des influences climatologiques et 
fortifier son organisme, afin de pouvoir lutter le 
plus avantageusement possible contre les éléments 
pathogènes, spécialement contre la malaria. Pour 
diminuer les chances de maladie, il adoptera donc 
une hygiène spéciale, qui ne diffère d'ailleurs en. 
rien de celle des autres pays intertropicaux, toujours 
bien durs pour l'Européen, en leurs mystérieuses et 
soudaines cruautés. 

Ces précautions seraient cependant vaines si le 
colon ne possédait pas une bonne santé et une robuste 
constitution. C'est pourquoi toute personne qui désire 
s'engager au service de l'Etat ou des compagnies com- 
merciales est soumise, avant son départ, à un examen 
médical, minutieux et sévère. 

Les engagements sont contractés pour une durée de 
deux à trois ans. Le terme de trois ans est même trop 
long, de l'avis des médecins coloniaux ; toutefois, les 
nécessités administratives réclament son maintien 
jusqu'au jour où les communications de la côte à 
l'intérieur seront plus rapides. Certes, l'organisme 
peut supporter un séjour plus prolongé sous les tro- 
piques; les exemples n'en sont pas rares; mais sa 
résistance s'affaiblit progressivement, ce qui, dans 
l'état actuel des choses, l'expose à de graves accidents : 
les fièvres hématuriques, entre autres, frappent 
surtout les anciens résidents. 

L'ordonnance générale de la vie de l'Européen au 
Congoaune importance capitale. Bien qu'elle dépende 
un peu de ses occupations professionnelles et des 



HYGIÈNE 229 

saisons, elle ne varie guère : on se lùve entre cinq et 
six heures, au point du jour, afin de profiter de la 
fraîcheur matinale. Les vêtements de nuit, les draps 
de lit et les couvertures sont aussitôt enlevés de la 
chambre et suspendus en plein air. Après un tub et 
un déjeuner substantiel, on vaque à ses occupations 
jusque onze heures ou midi, suivant qu'on est ou non 
exposé au soleil. On prend un nouveau tub, suivi d*un 
repas léger et d'une sieste, et, vers deux ou trois 
heures, on se remet au travail. A la fin de la journée, 
troisième tuby remplacement des habits du jour par 
des vêtements plus épais, qui permettent d'affronter 
la baisse de la température, et dîner copieux. La 
soirée se passe en amusements divers, jusqu'au cou- 
cher, qui a lieu d'habitude vers dix heures. 

Des conserves de toute espèce sont à la disposition 
du colon. Le poisson et la viande fraîche, bœufs, 
moutons, chèvres et volailles, ne manquent pas dans 
les stations établies depuis un certain temps; mais 
les légumes sont encore assez rares. Les boissons dont 
l'usage est le plus général sont l'eau coupée de vin 
rouge, le café et le thé. Dans beaucoup de stations, on 
consomme de l'eau de rivière; quelques-unes seule- 
ment possèdent des sources. A Matadi, le personnel 
du chemin de fer peut se procurer de l'eau distillée, 
produite par les appareils de condensation établis 
dans les ateliers. Les glacières fonctionnent à Boma 
et à Matadi. 

Les vêtements, destinés à protéger à la fois contre 
l'ardeur du soleil et contre le froid, sont de tissus 
souples, légers et perméables, taillés amplement afin 
de permettre la libre circulation de l'air et de ne pas 
provoquer d'irritation cutanée. Le casque blanc, en 



230 GÉOGRAPHIE PHYSIQUE 

moelle de sureau, en liège ou en caoutchouc, est la 
eoiffure habituelle; pour travailler, on utilise aussi le 
chapeau dé feutre à double fond et à larges bords, 
parce que la visière du casque, descendant fort bas, 
pend malaisée l'observation des instruments. En 
station, la chaussure est aussi légère que possible; 
pour les marchés, on préfère la bottine à semelles 
épaisses et débordantes. 

A l'heure présente, le choix de l'emplacement des 
stations est plus souvent subordonné aux nécessités 
stratégiques et commerciales qu'aux lois de l'hygiène : 
il ne peut guère en être autrement dans une jeune 
colonie. Autant que possible, l'habitation est sur- 
levée de \ mètre à 1"^50, afin d'éviter les émanations 
telluriques; composée de matériaux mauvais con- 
ducteurs de la chaleur, tels que les briques et le 
bois, et munie d'un double toit et d'une véranda. 
Cependant, à Boma et à Matadi, quelques maisons 
sont faites en tôle de fer, à doubles parois ; ces 
matériaux métalliques ne sont pas recommandables, 
sinon p'our la construction d'entrepôts ou de 
magasins. 

Sur le théâtre des travaux du chemin de fer, on 
rencontre des habitations de plusieurs espèces : la 
maison en bois, sans étage, à une ou deux chambres, 
du style dit « tropical », destinée aux postes fixes, aux 
stations, par exemple; la maison danoise, en toile 
bitumée peinte de couleurs claires, utilisée dans les 
camps et fort appréciée des agents, bien qu'elle 
s'échauffe et se refroidisse facilement; enfin, la tente, 
qui est un abri défectueux. Dans les postes du haut 
Congo, les maisons sont souvent plus mal construites, 
à cause des difficultés de première installation. 

La question la plus grave de l'hygiène des pays 



HYGIÈNE 231 

tropicaux est celle de rassainissemcnt du sol. Le gou- 
vernement s'en préoccupe et prend des mesures 
pour diminuer la fréquence des incendies des herbes 
et assurer le reboisement méthodique de certaines 
régions. La mise en culture des terres a été entreprise 
sur une assez vaste échelle autour des stations et ses 
efl'ets hygiéniques ne se sont pas fait attendre : 
Lukungu et Basoko en sont des exemples remarqua- 
bles. A Luvituku, la situation sanitaire s*est considéra- 
blement améliorée depuis le déboisement rationnel 
de la toret voisine. 

Bibliographie. — Dryepondt : Guide pratique, hygié- 
nique et médtcal des voyageurs au Congo. — Féris : Etude 
sur les climats équatoriaux — Jousset : Traité de l'accli- 
matement et de V acclimatation , — Laveran : Du paludisme 
et de son hématozoaire — Mbnse : Rapport sur Vétat 
sanitaire de Le'opoldville, — Murray : How to Itve m 
Tropical Africa. -^ Nicolas, La€aze et Siguèl : Guide 
médical et hygiénique du voyageur dans V Afrique centrale. 

— Parre : My personal expériences in Equatorial Africa. 

— Roux : Traité pratique des maladies des pays chauds. — 
G. Sée : Du sang et des anémies. — Treille : Les conditions 
sanitaires de V Afrique intertropicale et en particulier du 
Congo. — LuDWiG WoiP : Ueber Afrikanisches Kusten- 
und Inland Klima. 



CHAPITRE XV. 

LA FLORE. 

Lk BROUSSE. — LA SAVANE. — LA FORÊT. — LA GiLERlK. 
LE MARAIS. — LES CULTURES. 

La bassin du Congo, situé dans la zone întertro- 
picale, présente la végétation qui caractérise cette 
partie du globe. 

L'ensemble des faits exposés dans les chapitres 
relatifs au relief, à la genèse du fleuve et au climat, 
permet d'entrevoir déjà très nettement la division du 
bassin du Congo en cinq grandes régions botaniques 
qui, tout en offrant de très nombreux traits d*analogie 
sous le rapport de la répartition des espèces, diffèrent 
radicalement par l'aspect des paysages. Ces régions 
sont : 1° la région basse ou littorale^ comprenant la 
terrasse maritime; 2^ la région centrale ou moyenne, 
comprenant la terrasse du Congo moyen ; 3® la région 
septentrionale^ comprenant la terrasse de TUele; 4° la 
région méridionale ^ comprenant celles du Kasai, du 
haut Lomami et du Kamolondo ; enfin 5® la région 
suiiérieure, comprenant l'ensemble des terrasses 
situées au delà de la chaîne des Mitumba. 

La cause de la diversité d'aspect de ces cinq 
régions réside avant tout dans leur voisinage de 
l'océan ou des mers intérieures, leur situation plus 
ou moins proche de l'équateur ou leur altitude plus 
ou moins grande. Ainsi, la zone centrale traversée 



LA BROUSSE 233 

par réquateiir, où la pluie tombe d'une manière 
presque continue, est un pays de forêts toujours 
vertes et de végétations exubérantes, où la flore 
intertropicale atteint l'apogée de sa puissance et 
de sa richesse. Dans les régions septentrionale et 
méridionale, situées à 4** et plus de latitude nord et 
sud, sur les hauts plateaux et les régions monta- 
gneuses et dénudées de la ligne de faîte, l'humidité 
n'est pas persistante, la saison sèche alterne avec la 
saison des pluies ; c'est le pays de la brousse et des 
savanes, coupées de galeries forestières bordant les 
cours d'eau. Enfin, tandis que dans la zone littorale, 
dans les marécages de la bouche du fleuve, s'exerce 
l'action des eaux saumâtres et de la brise marine, 
on constate, dans les steppes de la zone supérieure, 
l'influence du voisinage des grands lacs, de la tempe 
rature plus froide des hautes altitudes et de Ja 
fraîcheur des nuits. 

La brousse, la savane, la forêt, la galerie et le 
marais, tels sont les cinq aspects principaux sous 
lesquels apparaît au Congo la végétation. Nous allons 
essayer de les décrire, en signalant les espèces carac- 
téristiques qu'ils présentent. 

A. — LA BROUSSE. 

D'énormes étendues de steppes complètement her- 
beuses ou semées d'arbres souffreteux, chétifs, mal 
venus et tourmentés chaque année par l'incendie : 
cassia, bauhinia, eriodendron, euphorbes, voilà la 
brousse. Les graminées couvrent tout l'horizon ; leurs 
tiges dures et raides dépassent deux ou trois fois la 
taille d'un homme et portent des feuilles rubanées : 



234 GÉOGRAPHIE PHYSIQLE 

elles entravent la marche des caravanes, à cause des 
coupures douloureuses qu'occasionne leur gaine tran- 
chante. 

C est la brousse qui domine sur les plateaux de la 
ligne de faîte du côté du Nil et du Chari comme du 
côté du Zanibèse, c'est la brousse qui règne encore 
entre Boma et le Pool. Rien n'est plus désolant que 
le spectacle de ces steppes uniformément jaunes, 
lorsqu'on arrive au Congo pendant la saison sèche, 
et l'on comprend que la brousse ait causé bien des 
déceptions aux voyageurs. 

Chaque année, dans ces régions herbeuses, les 
indigènes mettent le feu aux herbes desséchées par 
les rayons du soleil : elles s'allument comme de 
l'étoupe et en un clin d'œil des espaces de terrain 
considérables sont en flammes, formant un océan 
incandescent qui emplit l'air de vapeurs suffocantes. 
Les progrès de l'incendie sont d'une rapidité inouïe, 
comparable à celle du galop d'un cheval lancé à fond 
de train. Des légions d'insectes s'élèvent du brasier; 
des milliers d'oiseaux insectivores volètent au-devant 
de la ligne de feu, décimant les insectes fuyants. 
Par-dessus toute cette masse ailée, les grands rapaces 
décrivent des paraboles, s'abattent et se relèvent, 
emportant un petit quadrupède ou un serpent. 

Quelle est la raison de ces incendies périodiques? 
C'est, pour les nègres, un moyen d'assainir le pays, 
de le purger d'une quantité d'insectes et de reptiles; 
c'est encore un moyen de chasse : le gibier est refoule 
vers des points où les indigènes l'attendent. Mais 
cette coutume cause un grand préjudice au sol : elle 
l'appauvrit et empêche le reboisement. Le peu d'en- 
grais qui reste dans les cendres ne compense pas au 
dixième la perte subie. De plus, la couche d'humus 



LA SAVANE 233 

est dénudée : elle est balayée par le vent et entraînée 
par les eaux quand revient la pluie. 



B. - LA SAVANE. 

La savane se développe autour de la grande foré 
centrale du bassin. 11 y a une savane septentrionale 
au nord deTUbangi-Uele; une savane orientale, qui 
se continue au delà duTanganika, à travers les posses- 
sions allemandes, jusqu'à l'océan Indien; au sud, les 
savanes du Kasai et du Katanga ; à l'ouest, la savane 
française, limitée vers la côte par les forêts du 
Mayombe et du Gabon. 

Vue de loin, la savane ressemble à un verger planté 
de noyers, de pruniers ou de pommiers. La végétation 
ligneuse est généralement réduite à de petits arbustes 
à cime arrondie, qui atteignent tout au plus 6 mètres 
de hauteur. Là plupart perdent leurs feuilles pendant 
la saison sèche; quelques espèces sont très com- 
munes : Sarcocephalus sambucinus ou esculenttis, 
Anona africaiitty Acacia, etc. Mais les graminées, les 
mêmes qfte celles qui forment la brousse, l'emportent 
par leur abondance et par la masse de leur feuillage ; 
on les trouve partout où la terre n'est pas couverte de 
bois ou livrée à la culture. Les plus fréquentes sont 
les Panicum, parmi lesquels le Panicum maximum ou 
herbe de Guinée et \e Panicum sanguinale^qui donnent 
un excellent fourrage; le Setaria glauca, aux épis 
dorés; le Tricholœna sphacelata, aux panicules d'un 
rose violacé; enfin, des Eragrostis, Pennisetum, Pas- 
palum, etc. 

D'autres plantes herbacées s'y mêlent : des euphor- 
bes, les unes de grande taille, comme l'euphorbe 



236 GÉOGRAPHIE PHYSIQUE 

Tirucalli et l'euphorbe Hermentiana, les autres moins 
élevées, rappelant par leur port les célèbres cierges 
du Pérou; des orchidées, notamment un Lissochilus 
dressant des tiges à grandes fleurs violettes; des 
aroïdées [Amorphophallus) étalant comme un para- 
pluie leur feuille gigantesque, au sommet d'un long 
support ; enfin, des liliacées bulbeuses, des labiées, 
des commélinées, des acanthacées, etc. 

Dans la zone supérieure, plus spécialement dans 
les vallées des hauts plateaux des Mitumba, se mon- 
trent de véritables forêts de bambous géants, attei- 
gnant 15 mètres de hauteur. M. Cornet en a signalé 
dans le Katanga et M. von Gôtzen à la ligne de faîte 
qui sépare le bassin de la Lowa de celui du lac Kivu. 

C. — LA FORÊT. 

La partie centrale du Congo moyen est couverte 
par la forêt vierge équatoriale. Au nord, elle s'étend 
jusqu'à rUele, au sud, jusqu'à la ligne de faîte du 
bassin de la Lukenie et du lac Léopold, à l'est, 
jusqu'au pied de la section septentrionale de la chaîne 
des Mitumba, à l'ouest, jusqu'aux parages voisins des 
monts de Cristal. Là s'étendait jadis la grande mer 
intérieure qui s'est* écoulée par le col de Zinga. Là, 
pendant des milliers et des milliers d'années, se sont 
déposés les sédiments qui constituent l'humus fécond 
dont est formé le sol de cette région. Peu à peu, le 
fleuve et ses affluents s'y sont creusé un lit et, sur 
leurs rives, comme dans l'intérieur des terres, s'est 
élevée et épanouie une merveilleuse végétation, grâce 
à la pluie qui, toute l'année, tombe en averses 
continues. 

Dans nos forêts d'Europe, une même espèce d'arbres 



LA FORÊT 237 

couvre de vastes territoires. Il en est autrement des 
forêts congolaises : sur un hectare, on ne rencontre 
que quelques pieds appartenant à la même essence; 
c'est le résultat de la lutte jamais calmée des formes 
. végétales qui se pressent les unes contre les autres 
pour exposer leurs feuilles à la radiation solaire. Il 
est à noter que la végétation équatoriale ne subit pas 
de période de repos : la croissance y est ininter- 
rompue. Les plantes forestières qui perdent leurs 
feuilles sont peu nombreuses et ne se rencontrent 
que dans les régions soumises à une période sèche. 
Stanley nous a laissé d'inoubliables descriptions de 
cette contrée féconde : 

Représentez - voqs , dit-il, un de ces bois épais 
d'Ecosse, ruisselant de pluie cl constituant la basse 
futaie d'une forêt, dont les grands arbres attein- 
draient de 30 à 43 mètres d'élévation. Représentez- 
vous un amas inextricable de ronces et d'épines ne 
recevant jamais la lumière du soleil; des ruisseaux 
serpentant paresseusement à travers les profondeurs 
de la jungle; parfois un alHuent profond. Représentez- 
vous cette merveilleuse végétation dans ses périodes 
de fougueuse croissance ou de morne décomposition, 
des jeunes lianes, dans leur développement exubérant, 
entourant le cadavre de quelque géant de la foret. 

Ces lignes furent écrites par le grand explorateur 
au sortir de la forêt de TAruwimi, dans laquelle, au 
cours de son expédition à la recherche d'Emin-Pacha, 
il avait passé dix longs mois. Auparavant, il avait 
déjà fait connaissance avec les mystères de la forêt 
vierge équatoriale; c'était en 1877, lors de son départ 
de Nyangw^e, avec Tippo-Tip : 

Nous gagnâmes, dit-il, la Milammba, celle foret 
sinistre que nous avions en face de nous depuis notr^î 



238 GÉOGRAPUIE PHYSIQLE 

départ; et, disant adieu au soleil, nous entrâmes dans 
ce bois redouté. Accoutumés à une marche rapide, 
nous devions nous arrêter sans cesse, attendre avec 
patience qu'on pût faire quelques pas. Pendant ce 
temps-là, les arbres nous versaient leur rosée, chaque 
feuille pleurait sur nous; et, de toutes les branches, 
de toutes les lianes, de toutes les tiges, Feau nous 
arrivait en larges gouttes. Au-dessus de nos têtes, des 
lits de rameaux enlacés nous cachaient la lumière. 
Nous ne savions pas si le jour était clair ou sombre, 
ensoleillé ou brumeux. Nous marchions au milieu 
d'un faible crépuscule, celui des climats tempérés 
une heure après le coucher du soleil... 

Et Texplorateur reprend plus loin : 

Le terrible sous-bois qui, à l'ombre des géants de 
la forêt, encombrait tout l'espace, était un miracle 
de végétation ; c'était un inextricable fourré dont 
toutes les plantes se disputaient chaque pouce du 
terrain, d'où elles s'élançaient avec une luxuriance 
que peut seule donner cette prodigieuse serre chaude. 
Certeb», nous avions vu des forêts auparavant, mais 
celle-ci devait faire époque dans noire existence, — 
souvenir d'une amertume à ne jamais oublier. Tout 
mettait le comble à nos misères : l'obscurité des lieux, 
l'humidité pénétrante, l'insalubrité de l'atmosphère, 
la monotonie de la scène, — toujours des branches 
enlacées, des amas de feuillage, toujours les hautes 
tiges des arbres s'élevant d'une jungle éternelle, où 
nous avions à faire notre trouée et à passer en 
rampant sur les mains et les genoux... 

Dans les panoramas qui, dans la région de la 
grande foret, se déroulent aux yeux du voyageur, 
soit le long du fleuve et de ses affluents, soit dans les 
clairières ou sous la haute futaie, quelques grands 
arbres tiennent une place prépondérante. C'est 



• LA FQUET 239 

d'abord le baobab {Adansoiiia digitata), Tarbre géant, 
l'éléphant végétal de l'Afrique occidentale tropicale. 
Fréquent en certains points, comme à Boma et à 
Kinshasa, il* disparaît au delà du Kasai. Son tronc, 
qui n'a guère plus de 4 ou 5 mètres de hauteur du 
sol à la naissance des branches, atteint une épaisseur 
énorme : on en a mesuré qui n'avaient pas moins de 
30 mètres de tour. 

Il y a relativement peu d'espèces de palmiers, mais 
chacune d'elles a une aire de dispersion très vaste. 
Ainsi, deux grandes espèces à feuilles pennées, VElaïs 
guineensis et le Raphia vinifera, occupent, à peu de 
chose près, toute l'étendue du bassin. L'elaïs, au port 
majestueux, croît à profusion et forme parfois de 
véritables forêts. 11 semble originaire du bassin; son 
aire d'expansion est limitée par le 6® parallèle, au sud , 
et le Tnnganika, à l'est; il devient rare au nord de 
rUele,n'y existe plus qu'à l'état d'exception. Le raphia, 
qu'on voit déjà en masses touffues dans les criques du 
bas Congo, se rencontre surtout dans le haut fleuve. 
Le Plioenix spinosa ou dattier sauvage, est un palmier 
acaule formant des halliers impénétrables le long du 
fleuve. Le Calamus secandïflorus est de taille plus 
petite : il n'atteint que 3 ou 4 mètres, tandis que les 
autres palmiers ont i)resque tous 8 à 10 mètres. Citons 
encore deux grands palmiers qui se rencontrent à peu 
près dans toute la zone tropicale du globe et qui sont 
particulièrement abondants au Congo : le Borassus 
flabelli/ormis et Vllyphaene guineensis. Enfin, le Pan- 
danus qui fait partie d'une famille voisine de celle des 
palmiers, montre partout ses feuilles lancéolées et en 
touffes. 

Les grands arbres, très nombreux dans toutes les 
forêts, appartiennent aux espèces les plus diverses. 



240 GÉOGUAPIIIE PHYSIQUE 

Il en est qui, comme le SarcocepJialas Didderichi ou 
acajou jaune du Congo, atteignent 50 et 60 mètres de 
hauteur. Contentons-nous de mentionner, parmi les 
plus répandus et les plus intéressants : YCMdfielda 
africana, ou teck africain, V Acacia fanicsiana^ le 
Bombax pentandrum ou arbre à coton, le Tamarindus 
indica ou tamarinier, Vhvingia gabonensis ou oba, le 
Pentaclethra inacrophy lia ou mulla panza, \eCanarium 
sapliu ou safoutier, le Xylopictim aethiopicum ou 
poivre de Guinée, le Monodora myrisiica ou musca- 
dier de Calabash, le Cola acuminala et le Cola Ballayi 
ou kolatier, des trachylobium ou arbres à copal, le 
Bixa ordlana ou rocouyer, le Mangifera indica ou 
manguier, VAcanai^ditim occidentale ou anacardier, 
le Butyrospennum parkii ou arbre à beurre, la Mu- 
sanga Smithii et beaucoup d'autres encore. 

A Tombre des grandes essences, dans les sous- 
bois, se développent des milliers d'arbustes, dont 
nous ne pouvons entreprendre de donner une nomen- 
clature. Les plantes herbacées qui dominent sont les 
fougères, les amomum, les costus, quelques scita- 
minées et quelques commélinacées. On voit parfois 
des fleurs admirables : le Lissochilus giganteus, une 
orchidée dont la hampe florale est longue de 2"50 
et garnie de fleurs roses à la belle pourpre, et 
VHaemantlins Lindeni, une amaryllidée dont les 
ombelles portent plus de cent fleurs de cinq cen- 
timètres d'ouverture, d'un rose saumon teinté d'écar- 
late. 

Sur beaucoup d'arbres, on trouve des lycopodiacées, 
des cactées, des orchidées qui vivent en épiphytes, 
c'est-à-dire s'installent sur les troncs seulement et sur 
les branches et se nourrissent de l'eau des pluies. 
D'autres, des aroïdées et des fougères, grimpent 



LA GALERIE 2 il 

comme le lierre» \q long des liges, au moyen de ra- 
cines adventives. 

D'innombrables lianes serpentent à travers les 
forêts. Elles s'enroulent autour des troncs, qu'elles 
finissent parfois par étrangler, s'accrochent aux 
branches au moyen d'épines crochues, de racines- 
crampons ou de vrilles, et arrivent ainsi à établir leur 
appareil foliaire au sommet des cimes, afin de l'ex- 
poser directement aux rayons du soleil. Leurs tiges, 
longues parfois de CO à 80 mètres, épaisses de 30 à 40 
centimètres, affectent des formes curieuses. Tantôt, 
ce sont des câbles gigantesques, à section cylindrique, 
tendus jusqu'aux branches les plus élevées des arbres 
et retombant en courbes gracieuses ; tantôt, ce sont 
des tiges aplaties qui rampent sur la terre, puis se 
relèvent vers le ciel pour atteindre le dôme de verdure. 
Il y a beaucoup d'espèces de lianes; les plus com- 
munes sont les Landolphia, ou lianes à caoutchouc, 
les Strophantus, les Combretum, les Bauhinia, les 
Lygodium scandens et volubile. 

D. — LA GALERIE, 

La forêt se continue à travers les savanes, le long 
des cours d'eau. Les nombreux affluents de l'Uele, 
du Kwango, du Kasai, du Lomami -sont bordés de 
bois que les explorateurs ont appelés galeries à cause 
de leur disposition singulière. En beaucoup d'en- 
droits, la rivière coule à une si grande profondeur 
que la futaie de ses bords ne s'élève guère au-dessus 
du niveau de la plaine* 

Vues du dehors, dit Schweinfurlh, les galeries 
ressemblent à un mur de feuillage ; l'enceinte fran- 



^42 GÉOGnAPHlE PHYSIQUE 

chie, vous vous trouvez dans une avenue ou, plutôt, 
dans un temple dont la colonnade soutient la triple 
voûte. Les piliers de cette neî ont, en moyenne, 
100 pieds de hauteur; les plus bas arrivent à 70. 
Des galeries moins grandes s'ouvrent à droite et à 
gauche et donnent accès à des bas côtés remplis, 
comme l'avenue principale, du murmure harmonieux 
des feuillages... Aussi loin qu'il puisse atteindre, 
l'œil n'aperçoit que verdure. Les étroits sentiers qui 
se déroulent sous Jes fourrés ou qui les tournent 
sont composés de marches, formées par les racines 
nues et saillantes qui retiennent la terre spongieuse. 

E. - LE MARÉCAGE. 

En raison du faible développement de l'Etat sur 
la côte, la flore littorale n'a guère d'importance, 
en dehors des étranges murailles de palétuviers 
{Rhizopliora mangk) qui garnissent l'estuaire du 
Congo. 

Dans toutes les parties marécageuses du pays, on 
rencontre, avec les joncs et les roseaux, le papyrus 
(Cyperus papyrus). Haut de 3 à 4 mètres, il se présente 
en forets extrêmement denses dans les lagunes, y 
forme des îlots et tend même à les combler. L'am- 
batch {Ilerminiera elaphi^oxylon) pousse également en 
épais fourrés dans les parties basses des grands lacs 
qui 5'assèchent ; ses tiges, hautes de o à 7 mètres, 
dépassent de beaucoup les sommités des papyrus et 
des roseaux. 

La flore aquatique compte une multitude d'autres 
plantes: sagittaires, nénuphars, pistia stratioteî», 
jussiaea, utriculaires, azolla, chara, algues, etc. Si- 
gnalons les podostemacées, dont l'aspect rappelle 
tantôt une mousse, tantôt une algue ou un chara, et 



LES CULTURES 243 

qui se plaisent dans les cataractes, là où aucun autre 
végétal ne peut vivre, i 

F, - LES CULTURES. 

Au milieu des jaunes étendues de la brousse, des 
grands parcs de la savane, voire des luxuriantes 
frondaisons de la forêt, on aperçoit souvent des 
espaces cultivés, des champs où croissent des légumes 
et des céréales. Il est même rare qu'un village ne 
soit pas entouré d'une ceinture de plantations, 
qui lui fait un cadre des plus pittoresque. C'est 
ainsi que, dans toute l'étendue du bassin, pousse 
le bananier {Musa sapientum, Musa paradisiaca) 
qui, au même titre que l'élaïs, peut être considéré 
comme un des végétaux caractéristiques du Congo. 
A chaque pas, on voit ses magnifiques feuilles 
en panache d'un vert tendre, qui se déchirent 
lamentablement à la première tornade, pour être 
aussitôt remplacées par de nouvelles pousses, ses 
fleurs, couleur chou rouge clair et ses beaux fruits, 
qui se présentent en régimes violets, rouges ou 
dorés. 

Les plantes alimentaires les plus cultivées sont le 
manioc, la patate douce et l'igname; les champs de 
céréales se rencontrent surtout dans le nord et dans 
l'est: maïs, sorgho, millet, riz, éleusine, canne à 
sucre. Signalons encore l'arachide et le papayer, dont 
les indigènes mangent les fruits, et deux plantes à 
fumer : le chanvre et le tabac. 

La flore congolaise est représentée, au Jardin bota- 
nique de Bruxelles, par un herbier assez considé- 
rable. Le même établissement et l'Institut de Gem- 



/ 



244 GÉOGRAPHIE PHYSIQUE 

bloux possèdent dans leurs serres chaudes des spéci- 
mens vivants de plantes de la colonie. 

Bibliographie : Chapel : Le caoutchouc et la gutta-percha, 

— Dewèvke : Les plantes utiles du Congo, — Id. : Les 
caoutchoucs africains. — Durand et Schinz : Études sur la 
flore du Congo, — Laurent : Résumés des leçons de hota- 
nique et d'agriculture. — Oliver : Flora of Tropical A frica. 

— A.J. Wauters : Bibliographie du Congo. Le chapitre IX 
de cet ouvrage catalogue 290 titres d'ouvrages et de notices 
sur la flore du Congo et de l'Afrique équatoriale. 



CHAPITRE XVI. 

LA FAUNE. 

Le bassin du Congo n'a pas de faune spéciale. Ses 
animaux caractéristiques sont ceux de TAfrique équa- 
toriale : les savanes et les bois sont parcourus par des 
bandes d'éléphants, de buffles, de zèbres et d'anti- 
lopes; les hippopotames et les crocodiles régnent dans 
les cours d'eau; dans toutes les futaies il y a des 
singes ; partout l'on trouve les termites, les fourmis 
et les moustiques. 

Les contrastes que l'on observe dans la répartition 
des genres dépendent principalement de la nature de 
la végétation. Tandis que la brousse, soumise au 
régime périodique des incendies, sont pauvrement 
peuplées, les forêts et les savanes de la zone centrale 
et de la zone supérieure sont prodigieusement 
habitées ; dans les plaines herbeuses du Katanga et du 
haut Lualaba, par. exemple, on voit quelquefois réunis 
plusieurs milliers de pièces de gibier d'espèces 
variées. 

Mammifères. — L'éléphant avait jadis pour habitat 
l'Afrique entière, depuis les forêts de l'Atlas, au nord, 
jusqu'au cap de Bonne-Espérance, au sud. A la suite 
de l'occupation graduelle du continent et de la chasse 
incessante dont il est l'objet, le puissant pachyderme 
se retira vers les régions du centre, dont ses trou- 
peaux peuplent aujourd'hui les forêts, dans les bas- 
sins du Niger, du haut Nil, du Zambèse et du Congo. 



246 GÉOGRAPHIE PHYSIttCE 

Sa disparition à brève échéance, que certains écrivains 
se plaisent à prédire, ne saurait encore se pronosti- 
quer sérieusement, du moins pour le bassin du Congo, 
où tous les explorateurs ont pu enregistrer sa pré- 
sence. La plupart des forêts sont sillonnées de sen- 
tiers tracés par le passage turbulent des éléphants ; 
des villages et des champs sont dévastés la nuit par 
ces hôtes désagréables ; des troupeaux, parfois consi- 
dérables, se montrent aux voyageurs dans les plaines 
et à la lisière des bois. 

L'hippopotame habite les cours d'eau, les étangs et 
les rives des lacs. Plus encore que l'éléphant, il aime 
la société de ses semblables; généralement, il appa- 
raît par groupes de trois à dix individus; dans cer- 
taines rivières, notamment le Kasai et la Sanga, on 
en rencontre même des bandes de plusieurs cen- 
taines ; faut-il dire combien est encombrant l'attrou- 
pement de ces amphibies, lorsqu'ils s'avisent de 
couper le passage d'une rivière? L'hippopotame 
du Congo est l'hippopotame commun; cependant 
M. Hinde, au Sankuru et dans le district du Lua- 
laba, a rencontré des troupeaux de lo à 20 bêtes, 
dont aucune, dit-il, n'était plus grande qu'aine vache 
d'Alderney; elles dépassaient en hauteur l'hippopo- 
tame de Libéria, de petitesse connue, mais n'attei- 
gnaient pas la moitié de la taille des autres hippopo- 
tames. 

Tandis que l'éléphant et l'hippopotame sont nom- 
breux partout, le rhinocéros ne se trouve qu'en quel- 
ques points du Katanga, du Manyema et du bassin 
septentrional du Bomu. ïl est rare et appartient à l'es- 
pèce bicorne dont l'habitat s'étend de la Cafrerie à 
l'Abyssinie. 

Les zèbres vivent exclusivement dans les plaines 



LA KAINE 247 

herbeuses du Katanga et dans les savanes voisines du 
Tanganika. Tous les explorateurs de ces régions se 
plaisent à décrire les évolutions rapides de leurs 
troupes gracieuses, comptant parfois 100 individus. 

Trois espèces de sangliers se rencontrent fréquem- 
ment : le phacochère, affreux animal armé de terri- 
bles défenses ; le potamocochère des buissons et le 
potamocochère à oreilles en pinceaux, tous deux 
moins grands que le précédent, établis vers le nord. 
Le dernier est domestiqué chez les Mombutu. 

Parmi les ruminants, citons d'abord les buffles, qui 
vivent en troupeaux nombreux dans tout le bassin. 
Ce sont : le l'Ubahis caffer, dont le signe caractéris- 
tique est constitué par une protection frontale for- 
mant la base des cornes ; un buffle ressemblant au 
premier, mais ayant la tête et le col recouverts d'une 
crinière épaisse; enfin, le v bœuf sauvage », plus 
petit et rappelant à s'y méprendre le taureau domes- 
tique. 

La famille des antilopes a de nombreux représen- 
tants, depuis les antilopes naines, pas plus grandes 
qu'un petit chien, jusqu'aux espèces géantes. On en 
trouve au moins une quinzaine de variétés : les 
gazelles, lespaliahs, les springerbocks, les ébotragues 
(reitbocks), les céphalophes, les coudons, les égocères, 
les oryx, les kobes, les addax, les cannas, les caa- 
mas, les gnous, les waterbocks, les tragélaphes. 

L'existence de lions dans le bassin central est mise 
en doute par certains voyageurs ; quelques-uns seule- 
ment affirment en avoir vu ou entendu ; les dépouilles 
de ces félins que possèdent plusieurs chefs peuvent 
provenir des régions extrêmes de l'Uele, du Katanga 
et du Tanganika, où se rencontre le roi des animaux, 
et où il causç de grands ravages. Le lion du Katanga, 



248 GÉOGnAPHIE PHYSIQUE 

remarquable par sa forte taille, est dépourvu de cri- 
nière. 

Le carnassier caractéristique du Congo est le 
léopard. Il se tient surtout là où le gibier, principa- 
lement l'antilope, assure sa nourriture. C'est pourquoi 
il est plus abondant dans TUele, le Kasai, le 
Manyema et le Katangaque partout ailleurs. 

Le chacal et l'hyène ne sortent qu'après le coucher 
du soleil : la nuit, leur cri déchirant trahit leur pré- 
sence dans les solitudes africaines. L'hyène du Congo 
est l'hyène tachetée. Le cyn hyène a été signalé dans 
les bassins du Koto et du Bomu, par MM. Hanolet 
et Stroobant et dans la région des chutes, par 
M. Weyns; ces carnassiers, qui tiennent à la fois de 
l'hyène et du chien sauvage, aboient comme nos 
chiens de chasse. Quant au lynx, M. Brasseur l'a 
signalé au Katanga. 

Les mangoustes, les civettes et les genettes rendent 
les plus grands services en dévorant les œufs de cro- 
codiles. 

Les rongeurs ne manquent pas : écureuils, porc- 
épics, lièvres, rats, etc. Les rats fourmillent dans 
presque toutes les huttes indigènes et constituent un 
véritable fléau. Ils s'en prennent même à l'homme et 
profitent parfois du sommeil des noirs, dit M. Dhanis, 
pour leur ronger les pieds. La variété musquée est 
assez commune : l'animal est gris et a le nez long; tout 
ce qu'il touche est infecté de la mauvaise odeur du 
musc pendant plusieurs jours : un seul de ces rats, si 
on ne réussit à le capturer, suffit pour vous obliger à 
changer d'habitation. 

L'ordre des quadrumanes est peut-être le mieux 
représenté de tous. Dans les réglons boisées, on voit 
des gorilles qui atteignent deux mètres. Le chimpanzé 



LA FAUNE . 249 

est signalé presque partout; il ne dépasse guère 1"»50. 
Les cynocéphales se complaisent dans les montagnes: 
M. Cornet en a vu courant sur les roches de la gorge 
du Nzilo. L'espèce qu'on rencontre généralement est 
le babouin; pris jeune, il s'apprivoise facilement et 
devient très familier. Mais les cercopithèques sont par 
excellence les singes du Congo ; turbulents, tapageurs, 
ils vivent par troupes de ISO à 200 individus, sac- 
cageant les plantations. Mentionnons encore les col- 
lobes et les semnopithèques, nombreux en différents 
points et dont les fourrures sont très appréciées ; et 
un lémurien, le plus petit singe du monde, pas plus 
gros que le poing. 

Le lamantin ou poisson-femme, qui appartient à 
l'ordre des sirénides, n'a rien de gracieux dans son 
aspect, et son grognement ne correspond guère aux 
accents enchanteurs des sirènes dont parle Homère. 
Il est l'objet d'une chasse active et on peut entrevoir 
sa disparition prochaine. Un autre mammifère aqua- 
tique, le Potoynogale velox, qui offre une certaine 
analogie avec la loutre, a été vu à Isangila. 

On a constaté la présence au Congo de plusieurs 
espèces d'édentés : paresseux, oryctéropes et pan- 
golins. Le nocturne oryctéropc du Cap qui se nourrit 
de fourmis et de termites a été signalé au Katanga, 
par M. Cornet. Le pangolin tricuspide a été vu 
dans le bassin de TUele, par Junker, à Banana, par 
M. Johnston ; cet animal singulier rend aux noirs, en 
détruisant les fourmis, autant de services que les 
chauves-souris en chassant les insectes ailés. 

On trouve plusieurs espèces de chéiroptères, parmi 
lesquelles nous signalerons la roussette. Ces chauves- 
souris vivent quelquefois en bandes innombrables. 
Dans un village, en face du confluent de TUbangi, on a 



250 CÉOGIUl'iUE PHYSIQUE 

observé que quelques arbres donnaient asile à une 
véritable colonie de ces animaux ; ceux-ci s'y étaient 
multipliés de telle façv.n que toutes les branches en 
étaient chargées, à se rompre. Le D'' Hinde dit que, 
lors de sa montée du Kasai, un jour, à midi, les 
chauves-souris passèrent en si grand -nombre que 
l'air en tut soudainement obscurci. 

Oiseaux. — A peine a-t-on pénétré dans l'estuaire 
du fleuve, que l'on est frappé par l'abondance des 
oiseaux. Les oiseaux de proie : aigles, vautours, 
éperviers, faucons et hiboux sont nombreux. Partout 
on trouve le perroquet gris à queue rouge : à la 
tombée du jour, on en voit des nuées retourner, d'un 
vol lourd, jcrs leurs nids. La plupart des villages 
possèdent des perroquets, pris tout jeunes et rendus 
sociables. Dans la même famille se classent les tou- 
cans, les perruches vertes et les calaos. 

Les passereaux ou oiseaux chanteurs ne méritent 
pas cette dernière appellation au Congo, où les oiseaux 
sont presque dépourvus de chanl ; la nature leur a 
plutôt réservé les chatoyantes couleurs. La liste des 
passereaux est longue : bengalis, veuves, cardinals, 
bergeronnettes, tisserins jaunes, martins-pécheurs, 
engoulevents, merles, foliotocoles, oiseaux du miel 
et aussi le superbe corydéal au plumage éclatant. 

Sur les bancs de sable, dans les marécages, vit une 
faune d'échassiers et d'oiseaux aquatiques, parmi 
lesquels sont, sans doute, représentés les deux tiers 
des espèces habitant le globe : hérons, cigognes, 
grues, ibis, aigrettes, marabouts, poules sultanes, 
poules d'eau, oiseaux-serpents, rinkops, pélicans, 
canards, pluviers gris, oies à éperons, etc. Dans les 
parages du confluent de la Lukuga, M. Ilinde pagaya 
des heures durant, à travers la plus grande bande 



LA FAUNE 251 

d'oiseaux qu'il eût jamais vue : là rivière et. ses rives, 
les îles et les plaines, aussi loin que Tœil pouvait voir, 
étaient littéralement couvertes d'oies blanches. 

Dans la famille des pigeons, on signale le ramier, 
le pigeon vert, la tourterelle; parmi les gallinacés, 
les touraccos, les perdrix, les pintades. 

L'autruche n'appartient pas à la faune du bassin 
du Congo. Les rares individus que l'on rencontre dans 
le Bomu septentrional sortent du bassin du Nil. 

Bepliles, — Comme dans toutes les contrées tropi- 
cales, l'ordre des sauriens est richement représenté. 

Parmi les lézards, mentionnons d'abord les igua- 
nes, qui sont très communes, et les caméléons, que 
les nègres de la côte offrent en vente aux voyageurs 
qui se trouvent à bord des navires. Le Vai^anus are- 
narius, dont la robe est ornée d'éclatantes couleurs, 
et le Regenia albogulariSf dont la carapace est tachetée 
de brun foncé et de blanc, sont de superbes animaux. 

Les crocodiliens sont représentés par deux genres 
bien distincts : le crocodile et le gavial. Le crocodile 
atteint parfois une taille de 10 mètres, tandis que le 
gavial ne dépasse guère 5 mètres. Les naturels disent 
que ce dernier se nourrit exclusivement de poisson et 
n'attaque jamais l'homme. Le crocodile se rencontre 
dans toutes les rivières et dans les lacs du bassin. On 
en a vu dans de petits étangs n'ayant aucune commu- 
nication avec des cours d'eau. Il n'est pas rare d'en 
trouver de véritables tribus, 30, 40, 50, se chauffant 
au soleil, sur les bancs de sable. 

Les serpents ne pullulent pas, ou du moins on les 
voit peu. Ils évitent l'homme le plus possible et ne 
mordent que lorsqu'ils sont acculés ou que, par inad- 
vertance, on leur a marché sur le corps. Les plus 
remarquables sont les boas ou pythons, que l'on 



252 GÉOGRAPHIE PHYSIQUE 

chasse souvent à cause de leur grande taille. A la sur- 
face des rivières nagent fréquemment de grands ser- 
pents verts. Dans la région des chutes, on trouve un 
serpent cracheur dont la salive, très corrosive, peut 
mettre la vue en danger quand elle atteint les yeux. 
Un des serpents les plus répugnants est celui dit <c à 
deux têtes » ; il ressemble à un ver de terre de plu- 
sieurs mètres de longueur, et l'on ne sait distinguer 
sa tête de sa queue. 

Enfin, les tortues déterre et d*eau douce, et même 
la grande tryonix ou tortue à bec sont assez communes. 
A Testuaire vivent en société les tortues franches, dont 
la carapace est recouverte d'une écaille précieuse. 

Poissons. — Les poissons sont extrêmement abon- 
dants dans toutes les eaux et constituent une impor- 
tante ressource alimentaire. Ils comprennent, à côté 
de certains types européens, américains ou asiatiques, 
un grand nombre de genres et même de familles 
autochtones, tel le groupe des mormyrides ou poissons 
à trompe : les Aîinales du musée de Tervueren dé- 
crivent vingt-deux nouveaux mormyres. 

La famille dominante est celle des silurides. Ils 
atteignent des dimensions monstrueuses : on en pêche 
parfois que deux hommes ont peine à porter, et Ton 
en a souvent capturé à Léopoldville qui suffisaient à 
fournir un repas substantiel à la table de quarante 
blancs. Le malapterme, qui appartient à cette famille, 
est muni, comme les torpilles et les gymnotes, d'un 
organe électrique donnant, quand on saisit l'animal, 
des décharges très énergiques. 

Les percides et les cyprinides sont richement 
représentées par des formes rappelant nos perches, 
nos carpes, nos barbeaux, nos brèmes, etc. Une 
famille intéressante est celle des chromides, dont on 



LA FAUNE 253 

connaît un trait de mœurs assez singulier : dès que la 
femelle a pondu et que la fécondation est effectuée, le 
mâle introduit les œufs dans sa gueule et les y con- 
serve jusqu'à réclosion des alvins. 

Le périopthalme, petit animal d'aspect monstrueux 
qu'on trouve dans l'estuaire du Congo, est tout aussi 
curieux. A marée basse, il sort de l'eau et, avançant 
par bonds ou rampant à l'aide de ses nageoires, il se 
promène sur les endroits mis à découvert, à la 
recherche de sa' nourriture. Il reste ainsi plusieurs 
heures hors de l'eau; on prétend même qu'il par- 
vient à se hisser aux racines aériennes des palétuviers. 

Signalons encore le tetrodon fahaka, qui a la pro- 
priété de se gonfler et de se dégonfler à volonté, et le 
protoptère des marais, qui ressemble vaguement à 
l'anguille. A la baisse des eaux, celui-ci s'enfonce 
dans la vase, se roule en boule et, grâce à une sécré- 
tion muqueuse très abondante, s'entoure d'une sorte 
de cocon d'argile dans lequel il passe toute la saison 
sèche. Lorsqu'on plonge ce cocon dans l'eau, l'argile 
se ramollit et l'animal se déroule aussitôt. 

Mollusques et crustacés, — On trouve des huîtres 
dans le bas fleuve; à Banana, notamment, on en 
récolte sur les pirogues submergées et sur les troncs 
des palétuviers. Dans le haut fleuve, des mollusques 
rappelant les huîtres et les moules fournissent aux 
indigènes un aliment très abondant. A l'estuaire, les 
crevettes et les crabes ne sont pas rares et il y a 
d'excellentes écrevisses dans la région des cataractes. 

Insectes. — Les coléoptères les plus beaux sont les 
cétoines et les buprestes. Le goliath géant est remar- 
quable par les dimensions énormes qu'il atteint : on 
en a vu qui mesuraient jusqu'à 12 centimètres, de 
la tête à l'extrémité de l'abdomen. Ils volent dans les 






254 GÉOGRAPHIE PHYSIQUE 

hautes cimes des palmiers. Assez difficiles à capturer, 
ils avaient jadis une valeur considérable; ils sont 
communs dans les régions boisées du Kasai. 

Des lépidoptères ou papillons se rencontrent en 
nombre incalculable; leur vol obscurcit quelquefois 
le ciel. Il en est de très beaux, dont les ailes ont un 
coloris merveilleux. Citons l'antimachus, dont la robe 
est d'un brun sombre et le dessous des ailes de tons 
jaunes variés : c est le plus grand des papillons du 
jour connus. 

Parmi les hyménoptères, les abeilles pourront un 
jour procurer au commerce de la cire en abondance. 
Par contre, les fourmis constituent un des plus grands 
fléaux du pays. Les rouges et noires voyagent en 
colonies nombreuses, s'attaquant à tout ce qui se 
trouve sur leur chemin ; on les voit souvent dérouler 
à travers les sentiers leurs épais rubans; leur pas- 
sage dans une hutte équivaut à un nettoyage à fond 
de toute matière comestible. 

Les néoroptères comprennent les termites ou 
« fourmis blanches » improprement désignés sous ce 
nom, puisqu'ils diffèrent considérablement des four- 
mis par leur structure et leurs mœurs. Ils se con- 
struisent des nids qui atteignent 3, 4 et même 
S mètres de hauteur. Ces demeures, de forme conique, 
présentent sur les côtés de nombreuses tourelles, 
coniques également et provenant de la superposition 
d'autres nids; faites d'une argile pélrie avec des 
brindilles et des herbes, elles ont la solidité de la 
pierre. Les Européens utilisent les termitières; elles 
servent souvent de fours à pain. D'autres termites 
forment leurs nids dans le bois; ils rongent Tinté- 
rieur des arbres ou les boiseries des huttes qui, 
alors, s'écroulent brusquement. 



LA FAUNE 2.>5 

Les diptères sont les insectes les plus désagréables 
de l'Afrique : les moustiques, dont les larves éclosent 
dans l'eau, sont innombrables au bord des rivières et 
à proximité des marais. Dans beaucoup de stations, 
se passer de moustiquaire serait se condamner à une 
nuit sans sommeil. L'utilité d'autres espèces consiste 
dans la destruction de toutes les matières organiques 
en décomposition. 

Les djiques ou puces pénétrantes, longues d'environ 
un millimètre, ont été importées d'Amérique depuis 
une vingtaine d'années. Les femelles fécondées pénè- 
trent à travers la peau des hommes et des animaux à 
sang chaud, se logeant de préférence dans la plante 
des pieds et dans le pourtour des ongles. Elles 
pondent entre le derme et l'épiderme, et Ton voit 
bientôt grouiller des larves dans la plaie; souvent il 
se produit des abcès, très longs à guérir. 

Parmi les orthoptères, citons les grillons au cri-cri 
incessant, les cancrelats qui vivent dans les habita- 
tions, se cachent le jour dans les fentes des murs et des 
planchers et ne sortent que la nuit. Les sauterelles ou 
criquets sont, dans certaines régions, une calamité 
publique. Elles se livrent à de véritables migrations 
et dévastent complètement les contrées où elles s'abat- 
tent. Quand il ne reste plus ni herbe ni feuille, elles 
s'attaquent même à l'écorce des arbres et au chaume 
des habitations. Leur nombre devient alors incal- 
culable eton les récolle par milliers de kilogrammes 
sans voir diminuer notablement leurs fatales nuées. 
Les hémiptères sont aussi représentés largement. Les 
cigales luttent en nombre avec les grillons pour obte- 
nir les palmes au concours de chant. Enfin, il y a 
plusieurs variétés d'araignées, et les scorpions se 
rencontrent depuis le bas Congo jusqu'au Tanganika. 



2o6 GÉOGRAPHIE PHYSIQUE 

On a observé chez les insectes des cas de mimé- 
tisme fort intéressants, notamment celui de la mante 
religieuse : ses ailes ressemblent à des feuilles, et 
lorsqu'elle est au repos, attachée à un rameau ou à 
une herbe, elle réclame, pour être découverte, la 
plus grande attention. 

Animaux domestiques. — Au milieu de cette nature 
sauvage dont la faune est si riche, les animaux 
domestiques restent rares. Les indigènes n'ont jamais 
songé à domestiquer le bœuf sauvage. Les seuls trou- 
peaux qu'ils possèdent sont des troupeaux de chèvres 
et de moutons. La chèvre est la même que celle que 
nous possédons en Europe; elle donne moins de 
lait, mais conserve toutes ses qualités de sobriété et 
de reproduction. Le mouton, dont la chair est de 
bonne qualité, a une robe blanche et noire, à poils 
ras. On trouve le porc dans beaucoup de régions; 
mais l'influence de la religion musulmane Ta fait 
disparaître dans le nord et dans l'est. 

Le chien indigène est chétif et malingre, sa taille ne 
dépasse pas celle du renard ; il n'aboie pas, il hurle. 
Le chien d'Europe montre pour lui un mépris fort 
amusant; il le pourchasse et le tient à distance comme 
un être inférieur et dégradé. 

Les basses-cours ne comptent pour ainsi dire que 
des poules, au plumage extraordinairement varié; on 
en fait partout une grande consommation. 

Bibliographie : Il n'existe pas do travail d'ensemble sur 
la faune du Congo et de l'Afrique équatoriale. L*ouv;age: 
Bibliographie du Congo, par A.-J. Wauters, catalogue dans 
5 on chapitre XI les titres de 558 travaux divers sur la 
n^atiôre. 



TROISIÈME PARTIE 



CHAPITRE XVII 

LA POPULATION INDIGÈNE 
RACES. — ARCHÉOLOGIE. — POPULATION. — DIALECTES. 

A. - LES RACES. 

Dans les limites du bassin du Congo, les plus 
anciens occupants du sol paraissent avoir été des 
individus de cette race de courte stature dont on 
retrouve encore quelques tribus errant dans la 
grande forêt équatoriale. Le .D*" Schweinfurth, qui 
était, en 1870, chez Munza, chef des Mumbutu, 
signala le premier leur existence, au nord de la 
forêt. Puis, le D"" L. Wolf vit des nains à sa limite 
méridionale, sur le Sankuru; M. Grenfell, sur le 
Ruki; M. Delcommune, sur le Lomami. Plus tard, 
Stanley allant au secours d'Emin, en rencontra en 
assez grand nombre dans le bassin de TAruwimi. 

On les connaît', au sud, sous le nom de Batua; au 
nord, sous ceux d'Aka, de Tiki-Tiki et de Mambati. 
Bien que leur taille moyenne ne dépasse pas l'"40, 

9 



2o8 ETIINOCnAPHIE 

ils ne présentent aucun signe de dégénérescence. 
Leurs cheveux ne sont pas noirs, mais d'un brun 
rougeâtre. Quelques-uns ont de la barbe et sont velus. 
Leurs huttes, éparpillées sous les grands arbres» sont 
des constructions en herbes, très basses, absolument 
primitives. Ils ignorent toute industrie, mais chassent 
activement et prennent les animaux au piège quand 
ils ne les tuent pas à coups de flèches empoisonnées. 
D'une agilité extrême, ils excellent dans Tart de 
grimper aux arbres. On suppose que ces pygmées 
sont les débris de la race autochtone. 

Les pays situés au nord du bassin du Congo et 
arrosés par le Chari, le Niger et leurs affluents, sont 
peuplés par une autre race, les Nigritiens, ou nègres 
proprement dits, de taille élevée, à la peau très fon- 
cée, à la tête allongée, au front fuyant, au nez large- 
ment écrasé, aux lèvres épaisses, au mufle saillant, à 
la face très prognathe. Ces Nigritiens furent de bonne 
heure en contact, vers Test, avec des nègres au visage 
ovale, au front élevé, au nez droit ou même aquilin, 
à la peau brunâtre : ce second type, dit chamitique, 
représenté aujourd'hui par les Somali et les Galla, 
comprenait autrefois les Egyptiens et les Berbères du 
nord de l'Afrique. C'est du mélange des Nigritiens 
et des peuples de race chamitique que sont sortis les 
Bantu{^), qui occupent, à l'heure présente, la majeure 
partie du centre de l'Afrique : leur émigration se 
serait accomplie d'abord du nord au sud, environ 
six mille ans avant notre ère, puis de l'est à l'ouest, 
refoulant, exterminant ou absorbant les peuplades 
naines autochtones. 

(1) Bantu est le pluriel de mtu ou muniUy qui veut dire homme. 
Ce mol se retrouve dans tous les dialectes bantu. 



LES RACES 2S9 

Enfin, un autre élément intervint encore pour mo- 
difier les caractères des populations du bassin du 
Congo. Les Chamites de la Méditerranée avaient 
trouvé devant eux des peuples à peau rougeâtre et à 
cheveux lisses, qu'ils avaient rejetés vers le sud. 
Ceux-ci se mélangèrent à leur tour avec les Nigritiens, 
et leurs métis sont actuellement, d'une part, les 
Peul de la Sénégambie et les Fan du Gabon ; d'autre 
part, les négroïdes du Sennar et du Kordofan. Mais, 
dans cette dernière partie du continent, le contact 
des Chamites et des Bantu produisit une famille 
nouvelle, celle des Nuba, à laquelle appartiennent 
les Azande et, partiellement, lés Mombutu. 

En résumé, trois races habitent actuellement le 
bassin : les Bantu, qui sont de loin les plus nom- 
breux ; les Azande, de race nuba, qui occupent une 
partie du bassin de l'Uele et cherchent à s'étendre 
vers le sud ; les nains autochtones, réfugiés dans la 
grande forêt. 

Pour être complet, nous mentionnerons l'influence 
déjà plusieurs fois séculaire des Européens, du côté 
des possessions portugaises de l'ouest, et celle, moins 
ancienne mais beaucoup plus profonde, de l'élément 
sémitique, qui s'est principalement exercée, au cours 
de ces dernières années, dans le Manyema et jusqu'aux 
Falls. Les primitives et hospitalières populations de 
l'Afrique équatoriale n'ont pas eu à se réjouir de 
l'apparition des métis portugais ou des nègres ara- 
bisés. Mais, comme le dit Elisée Reclus, à la part du 
mal se mêle heureusement celle du bien, et les natifs, 
qui depuis toujours ne subsistaient que des produits 
d'une agriculture rudimentaire, de la pêche, de la 
chasse aux animaux et quelquefois aux hommes, 
apprirent des étrangers à cultiver le manioc, le maïs 



260 ETHNOGRAPHIE 

le riz et certains arbres fruitiers. Aujourd'hui, beau- 
coup d'entre eux demandent leur nourriture au tra- 
vail du sol. 

Bibliographie : D' V. Jacques : Les Congolais de VEx- 
position universelle d'Anvers. — D^ C. Mbnse : Anthropo- 
logie der Vôlher am mittlern Kongo. — D' L. Wolf : 
Anthropologische Messufigen. Yolhsstâmme Central-AfrikcHs, 
— D^ E. ZiNTGRAFF : Les habitants du bas Congo, 

B. - ARCHÉOLOGIE. 

Les peuplades congolaises retardent sur nous de 
nombreux siècles. Mais leur perfectibilité, qui ne 
saurait être mise en doute, est démontrée par les 
progrès qu'elles ont déjà réalisés. Si leur habileté dans 
le travail du cuivre et du fer semble indiquer que 
l'âge du métal date chez elles de fort loin, des 
découvertes archéologiques ont prouvé qu'il a été 
précédé par un état de civilisation embryonnaire, 
caractérisé par l'usage d'outils et d'armes en pierre. 

Les premiers exemplaires de silex taillé ont été 
trouvés au Tanganika, vers 1880, par M. flutley, et 
envoyés en Angleterre par M. Hore. D'après ces voya- 
geurs, les naturels en ramassent assez souvent dans 
les parties basses du lac et sur les hauteurs. En 1887, 
M. le capitaine Zboïnski et en 189o, les ingénieurs 
du chemin de fer rapportèrent en Belgique des 
ustensiles en pierre récoltés dans la région des 
chutes; au cours de son voyage au Katanga, M. Cornet 
rencontra, près du Lubudi, un champ remarquable 
de silex taillés; M. Stuhlman rapporte qu'Émin-Pacha 
découvrit une belle hache, appartenant à l'âge de la 
pierre polie, au mont Tinne, et le capitaine Christiaens 
fit une trouvaille semblable sur TUele, près du 
confluent du Bomokandi. 



ARCHÉOLOGIE 261 

On ne trouve des pierres taillées. que là où existe la 
matière première; ainsi, les ustensiles en grès du 
haut Congo sont demeurés dans la région qui les a 
produits, et les instruments en roche dévonienne 
dans la zone dévonienne. 11 semble, en général, que 
les objets en pierre taillée de la région des cataractes 
ne se rencontrent pas à de grandes distances des 
endroits où ils ont été fabriqués et que les stations les 
plus riches ont été de véritables ateliers de taille. 

Quel est l'âge de ces instruments primitifs? Il 
serait inexact de les rapporter à Tune des périodes 
établies pour l'Europe. Préhistoriques, ils le sont à 
coup sûr : mais, pour le Congo, la préhistoire n'a fini 
qu'il y a quatre siècles. Pour nous, ils sont avant tout 
la preuve que les indigènes du Congo ont passé par 
plusieurs stades de civilisation et qu'ils ont évolué 
absolument comme les blancs. Cette évohition se 
continue aujourd'hui, plus rapidement, grâce à l'in- 
tïuence grandissante des Européens. 



C. - LA DENSITE ET LA REPARTITION DE LA POPULATION. 

Déjà. en 1888, alors que les éléments d'appréciation 
étaient relativement sommaires, M. Elisée Reclus esti- 
mait que le chiffre de 20 millions d'habitants, pour 
la population du bassin du Congo, était inférieur à la 
réalité. Les D" Wagner et Supan, dans leur ouvrage 
sur la population du monde, fixent celle de l'Etat à 
environ 17 millions. Le D"^ Vierkandt descend à 
11 millions environ, tandis que les évaluations de 
Stanley vont à 29 millions et que M. le gouverneur 
général Wahis, après avoir visité le haut fleuve et 
recueilli sur place les renseignements fournis par les 



2C2 ETHNOGRAPHIE 

agents du gouveri\ement, pense que Testiniâtion de 
Slanley doit être tenue pour un minimuin. 

La population est très inégalement répartie dans 
les territoires de TÉtat. A côté de districts où elle 
atteint une densité extraordinaire, il en est où les vil- 
lages sont clairsemés et d'autres qui sont à peu près 
déserts, La région des chutes, depuis Noki jusqu'à 
Kimpëse, les rives du Congo entre le Pool et Bolobo,. 
le has Kasai, le bas Ubangi, certains districts du 
bassin du Bomu n'ont que peu d'habitants. Si quel- 
ques régions de la grande forêt, notamment le bassin 
du Lopori, renferment une population assez impor- 
tante, il en est d'autres, notamment celles que les 
expéditions Stanley et Dhanis ont traversées, de Ba- 
soko et des Falls jusqu'au hic Albert, qui sont à peine 
habitées. Le comte von Gôtzen a constaté qu'il en est 
de même de la région située à l'ouest du bassin du 
Kivu, jusque près du Congo. Au nord-est de Lulua- 
bourg, l'impossibilité de ravitailler leur caravane força 
3IM. Wissmann et Le Marinel à revenir sur leurs pas. 
Enfin, on se rappelle les misères qui assaillirent les 
expéditions belges du Katanga dans les terrasses 
supérieures, absolument dépeuplées, du Nzilo et de 
la Lufila. Par contre, un grand nombre d'explora- 
teurs signalent certains districts comme étant 
habités par des populations d'une densité extraor- 
dinaire. 

Dans l'état de nos connaissances, nous ne saurions 
nous faire une idée exacte de la population globale. 
En dehors de quelques régions parcourues pédes- 
trcment, pai' exemple celle de l'Uele et celles qui 
ont eu pour théâtre la campagne contre les Arabes 
et la répression de la révolte des Batelela, c'est sur- 
tout par les cours d'eau que se sont opérées l'explo» 



POPULATION 263 

ration et l'occupation du pays. Or, il est imprudent de 
juger de la population générale d'une région d'après 
les seules localités que Ton aperçoit le long des rives. 
Le plus souvent, lorsqu'on pénètre dans les terres, on 
y trouve des localités très populeuses, plus impor- 
tantes que les villages riverains, ceux-ci n'étant sou- 
vent que de simples dépendances des grands centres 
de l'intérieur. 

Voici quelques données recueillies sur place : 

Le lieutenant de Berghe, après une exploration du 
Mayombe, estime la population du district de Borna 
à IS habitants par kilomètre carré et celle du 
Mayombe proprement dit à 20. Le district des chutes 
est beaucoup moins peuplé : le lieutenant Avaert 
parle de 3 habitants par kilomètre carré pour Vivi- 
Isangila et de 4 pour Isangila-Manyanga. 

D'après M. Costermans, le pays qui s étend entre le 
^ Pool et le confluent du Kwango est très populeux. En 
amont, le long du fleuve, on ne trouve plus de grands 
centres habités qu'au delà de Tshumbiri-Bolobo. 
M. Thierry, n'envisageant que les grandes agglomé- 
► rations riveraines situées depuis le Kasai jusqu'aux 
Falls, trouve un chiffre de 264,000 âmes. Il est à 
remarquer que M. Thierry ramène à 100,000 la 
population du district des Bangala, que M. Goquilhat 
avait portée à 137,000, et à 30,000 celle du district 
d'Upoto, que M. Wilverth évalue à 40,000. 

Si, du fleuve, nous passons à ses principaux, 
affluents, nous enregistrons les évaluations suivantes : 

Le bassin oriental du haut Kasai est extrêmement 
peuplé : le Sankuru est peut-être la partie la plus 
habitée de l'État. Ses grands centres ne sont pas 
établis sur les bords de la rivière; mais, dès que l'on 
suit les sentiers qui y débouchent, on arrive à des 



264 ETHNOGRAPHIE 

plateaux où s'épanouissent de grands villages. Le 
major Parminter dit que Mutombo, localité située en 
amont du poste de Lusambo, compte au moins 
10,000 habitants. On rencontre dans tout le pays, dit 
M. Stache, d'énormes agglomérations très rappro- 
chées. A la suite de son premier voyage, le major 
Wissmann estimait à 1,500 ou 2,000 habitants par 
lieue carrée la population des provinces arrosées par 
le Lubilash et le Lomami, soit à peu près la popula- 
tion des provinces les moins peuplées de TAllemagne. 
Le capitaine P. LeMarinel signale la densité des tribus 
établies dans la vallée du Lubi. Plus on avance vers 
l'est, plus la population augmente; ainsi, l'ouest du 
territoire occupé par les Baluba semble une des 
régions les plus peuplées de l'Afrique centrale; une 
des tribus bashilange aurait, d'après M. P. Le Marinel, 
20 habitants par kilomètre carré dans sa partie méri- 
dionale, et jusqu'à 32 dans sa partie orientale; Wiss- 
mann donne la moyenne de 26 pour le pays entier. Le 
lieutenant Michaux rapporte que le Lunda est exces- 
sivement peuplé : la nouvelle résidence du Muata 
Yamvo compterait 30,000 âmes. 

M. De Cooman évalue à 20,000 le nombre des rive- 
rains du lac Léopold 11 et M. Thierry à 3o,000 celui 
des riverains du lac Tumba. Selon M. Thierry encore, 
il y aurait 135,000 âmes sur la rive gauche de l'Ubangi 
jusqu'aux chutes de Zongo et le capitaine Heymans 
déclare que le pays compris dans le coude de l'Ubangi 
est fort habité. 

Déjà le D'^ Schweinfurth estimait que le chiffre de 
la population azande s'élève à 2 millions, soit 
16 habitants par kilomètre carré; d'après lui, les 
Mumbutu seraient 1 million, soit 97 habitants par 
kilomètre carré. De son côté, le capitaine Daenen, 



POPULATION 2Go 

qui a fait partie de Texpédition Van Kerckhovcn et 
séjourné deux ans dans le pays, évalue la popu- 
lation de la région de TUele à 6 millions d'habi- 
tants. 

On possède des données plus précises sur Timpor- 
tant district de l'Equateur, arrosé par deux grandes 
rivières : le Ruki et la Lulanga. M. Thierry évalue à 
2 millions d'habitants la population de chacun de 
-ces deux bassins. Le lieutenant Lemaire porte à 
5 ou 6 millions celle de tout le pays, soit 20 habi- 
tants par kilomètre carré, chiffre auquel se rallie 
M. Fiévez. 

Le bassin de la Mongala et l'hinterland d'Upoto ne 
sont pas moins peuplés. M. Thierry évalue, au bas 
mot, la population de la Mongala à 2 millions d'habi- 
tants. Le lieutenant Wilwerth, parti un jour d'Upoto, 
marcha durant six heures vers le nord. Pendant ce 
trajet d'environ 30 kilomètres, il ne fit que traverser 
une longue suite de villages. 

Les données sur les Falls sont fournies par le capi- 
taine Tobback : depuis le confluent du Lomami, dit-il, 
jusqu'aux Stanley-Falls, les rives du fleuve, sur 
10 kilomètres de profondeur, sont occupées par une 
population de 25,000 à 28,000 habitants. Aux Falls 
mêmes, on en compte 20,000 dans un rayon de 
23 kilomètres. Des Falls à Riba-Riba, il y a environ 
60,000 habitants. 

En amont de Nyangwe, le Congo traverse encore 
une contrée extrêmement populeuse, dit le D"' Hinde. 
Le lieutenant Brasseur, qui a suivi la rive droite du 
Kamolondo jusqu'à Ankolo et remonté ensuite la rive 
gauche du Luapula jusqu'à Pueto, évalue à plus de 
100,000 habitants la population des seuls villages 
riverains qu'il a traversés. Celle qui occupe la vallée 



266 ETHNOGRAPHIE 

de la Lukuga est, aux dires de MM. Dclcommune et 
Briart, d'une densité extraordinaire. 

Dans le Manyeina,.au nord de la Lukuga, les raz- 
zias arabes ont fait de grands vides et la population 
n*est plus ce qu'elle était en 1870, à Tépoque du 
voyage de Livingstone. Toutefois, les villages y sont 
encore nombreux. 

.Enfin, à Test, le long de la rive occidentale du Tan- 
gauika, dans la région de Mpala, il y a, dit le capi- - 
laine Storms, environ 7 habitants par kilomètre 
carré. 

De Fcnsemble de ces renseignements, il résulte, 
semble-t-il, que le chiffre de H millions, avancé par le 
D"" Vierkandt, est infiniment trop bas. L'évaluation de 
Stanley — 28 millions — doit être assez proche de la 
vérité Elle donnerait à TEtat une moyenne de 12 habi- 
tants par kilomètre carré. 

D. — DIALECTES CONGOLAIS. 

La langue parlée dans le bassin du Congo est le 
bantu, excepté dans les régions septentrionales, peu- 
plées par des nations de race nuba. Le domaine glos- 
sologique du bantu, qui constitue un des principaux 
signes ethniques auxquels on reconnaît les races de 
ce nom, s'étend même dans le bassin du Nil et, au 
sud, jusque dans la colonie du Gap. 

C'est une langue parfaitement rationnelle et philo- 
sophique, appartenant au groupe des langues agglu- 
tinatives. Les mots se juxtaposent : l'un d'eux donne 
l'idée principale et les autres se soudent en quelque 
sorte à la racine principale pour indiquer les rap- 
ports de genre, de nombre, de mode, de temps, etc. 
Toutes ces parties, réunies en un seul mot, con- 
servent leur signification propre et peuvent s'isoler et 



DIALECTES CONGOLAIS 207 

S*expliquer par l'analyse. On dira, par exemple, twia^ 
nous avons, (de tu, nous, et de na, avec) c'est-à-dire 
(c nous avec » ou nous avons. Les substantifs, les 
adjectifs, les pronoms, les sujets et les compléments 
s'unissent au verbe, sont agglutinés; en français, 
nous avons besoin de sept mots pour dire : « Le livre 
que je lui ai donné »; le noir du haut Congo rendra 
la même idée en deux mots : « Kitabu nilichokupa ». 
Si le nombre des idiomes est très grand, leur gram- 
maire ne varie cependant pas. Un seul exemple fera 
voir combien la structure essentielle de la phrase est 
uniforme : « Muntu oyu o ele », « motho eo o île », voilà 
deux phrases qui signifient : « Cet homme est parti » 
et dont l'une s'entendra à l'embouchure du Congo et 
l'autre au fond du Transvaal. 

Le vocabulaire des langues bantu est riche. Chaque 
chose a son nom ; toutes les manières d'être et d'agir, 
toutes les nuances sont fidèlement rendues. Les idées 
sont exprimées nettement et conformément à des 
règles fixes. Mais les mots présentent, d'une tribu à 
l'autre, des différences sensibles. L'usage les a altérés 
€t leur identité se cache sous des transformations 
dues, sans doute, à des préférences locales pour telle 
ou telle consonne, telle ou telle voyelle. Ces modifi- 
cations offrent une certaine régularité : quand on aura 
remarqué, par exemple, que le Congolais préfère 
le T à I'r, on reconnaîtra dans leur tata, père, le rara 
des Beshuana ; quand on saura, en outre, qu'ils 
élident facilement le b, on identifiera leur tulu, som- 
meil, avec le robala et le thobalo d'autres Bantu. 
Enfin, on découvrira la parfaite ressemblance de 
mots aussi différents, à première vue, que ntumua et 
moronwa, signifiant tous les deux « messager » et 
dérivés des deux radicaux tuma et ruma, envoyer. 



268 ETHNOGRAPHIE 

Parfois, la même expression est employée dans deux 
régions, mais avec des sens opposés : ainsi teka et reka, 
dont le premier signifie, en congolais, « vendre » et 
le second, en seshuana, « acheter », sont évidemment 
le même mot. 

Les voyageurs n'ont, jusqu'aujourd'hui, rencontré 
aucune écriture indigène proprement dite. Toutefois, 
on a observé sur quelques objets des signes hiérogly- 
phiques qui pourraient avoir une signification tout au 
moins symbolique. A l'heure présente, les jeunes 
nègres apprennent, dans les établissements scolaires, 
à lire et à écrire leur langue maternelle. 

Gurt, dans son ouvrage sur les langages modernes 
de l'Afrique, énumère, pour le bassin du Congo, 
quarante-deux parlers différents, quoique tous de 
souche bantu. Depuis lors, on en a signalé beaucoup 
d'autres. Tout en en reconnaissant la parenté, les 
grammairiens n'ont pas encore pu les classer : un 
petit nombre d'entre eux seulement ont été étudiés. 
Le plus important des ouvrages publiés sur la 
langue banlu est la Grammaire et le Dictionnaire de 
la langue du bas Congo, par le Rév. Bentley. Le 
P. Visseq a publié, en français, sur le même dialecte, 
un dictionnaire et une grammaire ; les Rév. Guinners 
et Craven des vocabulaires anglais; le P. Delplaceun 
manuel français. Pour les idiomes du haut fleuve, de 
petits vocabulaires ont été rédigés par les Rév. Sims, 
Eddie, Hailes, le P. Cambier et le lieutenant Lemaire. 
Des contributions linguistiques sont dues, en outre, 
à MM. Baumann, Biiltner, Capello et Ivens, Cameron, 
Carona, Pogge, Johnston, Junker, Schweinfurth, 
Tuckcy et L. Wolf. On doit à M. H. de Carvalho un 
ouvrage sur la langue du Lunda et au Rév. Châtelain 
divers travaux sur celle de l'Angola. 



DIALECTES CONGOLAIS 209 

' Le swahili, dialecte de la côte de Zanzibar, a pénétré 
en Afrique centrale à la suite des Arabes, et a été, 
pendant un certain temps, dans les districts occupés 
par ceux-ci, la langue des transactions commerciales. 

Bibliographie : Rév. W. Holman Bbntley : Bictionary 
and Grammar of the Kongo Language as spokcn at San Sal' 
vador, — Henry Craven : English Congo and Congo-English 
Bictionnary , — Le P. Delplace : Eléments de la langue 
congolaise t suivis d'un choioa de phrases graduées et de deux 
vocabulaires, — Lieutenant Ch. Lemairb : Vocabulaire fran- 
çais , anglais, zanzibariie, fiote^ kibangi-irehon^ mongo, 
bangate, — D' A. Sims : Vocabulary ofthe Kiteke as spokcn 
by the Ba-Teke on the upper Congo. — Yocabulary of the 
Kibangi as spoken by the Èa-Bangi on the upper Congo from 
Kwamouth ta Liboko. — A short Vocabulary of the Jalou' 
tema language. — Le P. Visseq : Bictionnaire fiot ou dic- 
tionnaire de la langue du Congo, — Grammaire fiot ou 
grammaire de la langue du Congo. — Seidel : Zeitschrift 
fur afrikanische und oceanische Sprachen, 



CHAPIRE XV[I1 

LES PRINCIPALES PEUPLADES. 

Les voyages accomplis depuis une quinzaine 
d'années ont mis en vedette un certain nombre de 
peuplades indigènes, dont les noms nous sont même 
devenus familiers. Bien longtemps, l'ethnographie 
du bassin a paru confuse et compliquée; il n'en est 
plus de même, aujourd'hui que l'occupation régu- 
lière du pays fait des progrès rapides. La langue, les 
tatouages, les coiffures et certaines coutumes carac- 
téristiques ont, bien plus que les différences physi- 
ques, jeté de la lumière sur cette question et permis 
de constater qu'il existe, dans la population, une 
division naturelle en tribus. 

BAS CONGO. 

Les MusorongOy qui se construisent des huttes, ou 
plutôt des nids, sur les branches tordues des palétu- 
viers, vivent du produit de leur pêche; ils habitent 
les îles et la rive gauche du fleuve, de Icmbouchure à 
Ponta da Lenha. La rive droite est peuplée par les 
Kakojigo et, plus au nord, par les Mai/ombe, 

Les Basundi qui s'étendent au nord, depuis la 
Tombe jusqu'à la Mata, sont les vrais types sauvages 
du bas Congo, rapporte M. Dannfelt; leurs cheveux, 
presque rougeatres, tombent en longues mèches ni 
peignées ni tressées. 



LES PIUNCIPALKS PKLPLADES 271 

Les Babuendi sont établis au nord, depuis la Mata 
jusqu'au Stanley-Pool, où ils se mélangent auxBateke; 
envahissants, ils ont traversé le fleuve pour fonder 
de nouvelles colonies. Ils ont, sur la poitrine, un 
tatouage représentant un crocodile. 

Tout le territoire situé au sud du Congo, depuis 
Noki jusqu'à Tlnkisi, est habité par la grande tribu 
des Bakongo. Le signe distinctif de cette nation 
consiste en l'absence de deux dents de devant à 
la mâchoire supérieure. Ils sont chélifs, ont les 
jambes grêles et le corps fluet; mais, quoique leur 
taille soit en-dessous de la moyenne, ils sont infatiga- 
bles à la marche. 

Ces tribus du bas fleuve, dit M. Van de Velde, se 
ressemblent plus ou moins par leurs caractères physi- 
ques; hi traite des nègres et les luttes intestines 
auxquelles elle a donné lieu ont tellement mélangé, 
confondu et abâtardi les races et les types de celle 
région qu'il est bien difficile d'établir des distinc- 
tions. 

RÉGION DU STANLEY-POOL. 

Le peuple Bateke s'étend du nord, depuis les 
sources de l'Ogowe, vers le sud et l'est le long de la 
rive septentrionale du Congo, jusque près de l'Alima. 
Il occupe aussi une partie du pays à l'est du Pool, 
jusqu'au bas Kasai, et a des colonies derrière Bolobo. 
La population ne présente pas une grande densité, 
surtout sur la rive droite. Cependant, les Bateke 
exercent une certaine influence dans toutes les 
régions voisines; maîtres des deux rives du fleuve, 
ils sont presque tous navigateurs et trafiquants, et de 
fait possédaient même jadis un véritable monopole 
commercial sur le moyen Congo. 



272 ETHNOGRAPHIE 

Leur teint foncé les distingue des autres Bantu, 
dont la peau est généralement d'une coloration plus 
claire. Ils se font limer les dents de devantet s'épilent 
cils et sourcils. En général ils ont les cheveux courts 
et tressés en petites nattes qui forment divers dessins; 
quelques-uns portent cependant les cheveux assez 
longs, en une tresse qui leur tombe sur le cou comme 
une sorte de queue. 

Quant à leur tatouage, il est le même que celui des 
Wamfumu, qui occupent la presque totalité du terri- 
toire compris entre le Congo, au nord de Kimpoko, 
le Kasai et le Kwango : la figure est striée symétrique- 
ment, des deux côtés de la tête, de coupures longitu- 
dinales ressemblant aux écorchures que ferait un 
peigne. 

RÉGION CENTRALE. 

Les Bayanzi, riverains du fleuve en amont du 
Kasai, se distinguent par leur activité, leur esprit 
d'initiative et leur habileté commerciale; ils ont 
acquis sur tout le haut fleuve un véritable ascendant, 
au point que beaucoup de tribus riveraines adoptent 
leurs mœurs. 

Leur face est complètement épilée ; leur coiifurc 
soignée et arrangée avec goût : les cheveux, assez 
longs, sont généralement séparés en deux nattes, 
subdivisées elle-mêmes en plusieurs autres, dont 
deux ou trois sont tressées en forme de cornes qui se 
projettent en avant au-dessus du front et aux deux 
tempes. 

Le tatouage national consiste en une double ligne 
d'ampoules allant, sur le front, d'une tempe à l'autre 
et simulant une feuille de palmier; une série de cica- 
trices parallèles forme, dans la ligne médiane du 



LES PRINCIPALES PEUPLADES 273 

front, une sorte de crête; ces cicatrices ont moins de 
relief que celles des Bangala. 

Les MongOy désignés aussi sous le nom de Balolo, 
semblent une nation dégénérée. On venait jadis les 
enlever pour aller les vendre dans le bas Ubangi. Ils 
peuplent principalement le bassin du Ruki. Leur 
tatouage est très particulier : au milieu du front, une 
ampoule elliptique; sur le sommet du nez, entre les 
yeux, une excroissance simple ou double ; aux tem- 
pes, une série d'ampoules concentriques. Les femmes 
ont le menton hideusement écrasé et déformé : il 
présente des excroissances répugnantes. 

Dans la même région, les Bokole ont un tatouage 
qui ressemble à celui des Bangala : crête sur le front 
et feuilles de palmier aux tempes. Les plus connus 
des Bokote sont les Wangata, riverains du confluent 
du Ruki. 

La Lulonga et la région des Bangala, au sud du 
fleuve, depuis TUbangi jusqu'à la Mongala, sont habi- 
tées par les sauvages et puissantes tribus appelées 
Gombe, c'est-à-dire gens de l'intérieur. La face des 
Gombe est criblée de petits pois très serrés, suivant 
les lignes du visage. Il y a aussi des Gombe sur l'autre 
rive; ils ont, comme les Bapoto, un tatouage fait de 
très gros pois, en lignes espacées, entourant les yeux, 
le front, les pommettes, les lèvres et le menton. 

Les Bangala sont établis sur les deux rives du 
fleuve, principalement sur la rive droite, en aval du 
confluent de la Mongala. Ils n'ont pas seulement en 
partage la beauté et la force physiques, mais sont aussi 
très bien doués sous le rapport intellectuel; aussi sont- 
ils en quelque sorte les kroo-boys de l'intérieur. Leurs 
tatouages sont des mieux connus : ils se dessinent 
des feuilles de palmier aux tempes et se font, depuis 



274 ETHNOGRAPHIE 

la racine du nez jusqu'à la chevelure, une espèce de 
crête de coq qui leur donne un air martial. Les Ban- 
gala laissent croître, à la longueur de 30 centimètres, 
une ou plusieurs tresses tirebouchonnantes, en 
forme de queue de porc; il les empèsent à l'aide de 
graisse pour leur donner l'apparence de cornes. 

Les M ongwandi occMpeni tout le territoire baigné 
par le cours moyen de la Mongala: Us offrent des 
points de ressemblance avec les Bongo et les Sango. 

Les ^apofo, riverains du pays d'Upoto jusqu'au Bubi, 
rappellent les Bangala par leur stature et leur allure 
dégagée. Mais leur tatouage les en distingue : trois 
lignes d'ampoules, ayant la grosseur de petits pois, 
descendent de la racine des cheveux jusqu'au bout 
du nez. Des lignes semblables parcourent les joues, 
contournent les yeux, décrivent des courbes au-dessus 
des sourcils et se prolongent derrière le cou; ejles 
forment enfin des cercles concentriques autour des 
reins et descendent jusqu'au bas-ventre. 

Les Basoko, établis en amont du confluent de 
l'Aruwimi, sont d'une remarquable intrépidité. Leur 
tatouage est composé de gros points bordant les lèvres 
en lignes parallèles et couvrant le front, ainsi que le 
menton. Le bord de l'oreille est percé de six à huit 
trous dans lesquels passent des cordes et quelquefois 
des crins d'éléphants chargés de perles, terminés de 
chaque côté par de gros nœuds. Les tempes et le 
front sont rasés jusqu'à une ligne verticale passant 
par les oreilles; le restant des cheveux forme quel- 
ques tresses plates allant de l'avant à l'arrière. 

RÉGION DE L'URANGI-UELE. 

Dans rUbangi, on désigne spécialement les indi- 
gènes habitant les rives sous le nom de Wate (gens 



LES PRINCIPALES PEUPLADES 273 

d'eau), et ceux qui habitent l'intérieur sous le nom de 
Wagigi (gens de terre). Le long de la rive gauche, qui 
seule appartient à l'État du Congo, se succèdent dif- 
férentes tribus auxquelles on a donné le nom géné- 
rique A*Ubangi. Ce sont d'abord les Bolongo et les 
Baniembe, établis derrière les Bangala ; les BundurUj 
qui occupent la rive depuis Zongo jusqu'aux rapides 
situés en aval ; les 1 waka, qui habitent depuis les 
rapides d'Isinga jusqu'à Mokoangai, et, vers l'est, 
dans l'intérieur. 

Dans le coude de la rivière, à l'intérieur des terres, 
sont établis les Banza ; leurs tatouages participent de 
ceux de leurs voisins : ils sont constitués par une 
ligne de points en relief allant d'une oreille à l'au*- 
tre, en passant par-dessus l'arcade sourcilière, ou 
bien par trois rangées verticales de points sur le 
front, ou bien encore par trois petits cercles concen- 
triques prolongeant la ligne nasale et séparant le 
haut du visage en deux sections distinctes. 

Les Gobu se rencontrent depuis le 20® degré jus- 
qu'au premier rapide. Ils n'ont, comme signe dis- 
tinctif, aucun tatouage, mais la lèvre supérieure est 
percée et allongée au moyen d'une rondelle de bois ou 
d'ivoire; deux ou trois trous, pratiqués dans l'autre 
lèvre, sont traversés soit par une rondelle, soit 
par des aiguilles de cristal de roche. Le nez et les 
oreilles sont percés également. 

Les Banziri ont bâti leurs villages le long de la 
rivière, depuis le méridien IHO* jusqu'au 20® degré 
en aval du confluent du Kwangu. Ils ont souvent un 
type sémite très prononcé et, leurs longues cheve- 
lures aidant, il en est qui rappellent d'un façon éton- 
nante les Nubiens de la haute Egypte. Les BubUy 
ressemblant aux Gobu par leurs mœurs et leurs 



276 ETHNOGRAPHIE 

déformations physiques, habitent l'intérieur, au 
nord du territoire sango. Ils ont les membres 
grêles, la figure plutôt laide, se rapprochant du 
type nigritien. 

En amont des rapides de Zongo jusqu'au continent 
de rUele et du Bomu, toutes les populations répan- 
dues au sud de l'Ubangi appartiennent à une même 
tribu; les riverains portent le nom de Sango , les 
gens de l'intérieur s'appellent Bongo. Leur tatouage 
consiste en une série d'ampoules partant de l'occiput 
et aboutissant au nez, plus ou moins espacées et 
atteignant la dimension d'un pois. Les cheveux sont 
rasés ou coupés courts sur une surface triangulaire 
eomprises entre les tempes et le sommet du crâne et 
que divise en deux la ligne tatouée ; sur le reste de 
la tête ils sont longs et arrangés en coque ou en 
petites nattes garnies de perles ou d'autres orne- 
ments. Beaucoup de jeunes filles s'ajoutent à la che- 
velure des tresses postiches. 

Les Sakara, que l'on a souvent pris pour des 
Azande, habitent le pays qui s'étend entre 4^20' et 6® 
de latitude nord et entre 22° et 24*^ de longitude est 
de Greenwich. Ils ont comme tatouage, dit le lieute- 
nant Lalieux, quatre lignes de petites palmes allant 
d'une tempe à l'autre, au-dessus de l'arcade sourci- 
lière, et quatre lignes semblables reliant la lèvre 
inférieure au menton. Ils se déforment le nez, les 
oreilles et les lèvres pour y introduire difiFérents objets. 
Ils laissent pousser complètement leurs cheveux et les 
disposent en forme de casque. 

Les Azande sont ce peuple étrange dont les pre- 
miers voyageurs au Soudan révélèrent l'existence en 
l'entourant de légendes et de mystères. Ce sont ces 
fameux ce hommes à queue » dans lesquels certains 



LES PRINCIPALES PEUPLADES 277 

savants voulurent aussitôt voir le trait d'union, enfin 
retrouvé, entre l'homme et le singe. Le nom de 
Niam-Niam, sous lequel ils sont plus connus, est em- 
prunté au vocabulaire des Denka : il signifie grands 
mangeurs, allusion manifeste au cannibalisme des 
gens qu'il désigne. Les Azande s'étendent au nord de 
l'Uele, depuis le Bomu jusqu'au Bahr-el-Gebel, peu- 
plant le pays des sources du Bahr-el-Gazal. Schwein- 
furth les a décrits : ils ont, dit-il, la tête ronde et 
large, et peuvent être rangés au nombre des brachy- 
céphales du degré le plus inférieur. Les yeux, fendus 
en amande, sont ouverts un peu obliquement. Les 
sourcils sont épais et bien marqués. Us ont une pro- 
pension à l'embonpoint, et leur buste est long rela- 
tivement aux jambes. 

Ils présentent deux branches bien distinctes : les 
Bandja et les Avungura, Les Bandja sont établis entre 
le Bomu, l'Uele et le 25® degré est de Greenwich, avec 
plusieurs enclaves sur la rive gauche de l'Uele; ils 
ont, sur le front, un tatouage horizontal qui les dis- 
tingue des Avungura. Ceux-ci vont jusqu'au 6" paral- 
lèle nord, et à l'est jusqu'au pays des Makraka; ils 
possèdent, en outre, des enclaves très étendues sur 
le Bomokandi. Le signe de leur nationalité consiste 
dans leur tatouage : des carrés remplis par des points 
sur le front, les tempes et les joues, et un cartouche 
en forme d'X sur la poitrine. La coiffure est la même 
pour les Bandja et les Avungura : les cheveux sont par- 
tagés par le milieu, formant des bourrelets de chaque 
côté et retombant en un certain nombre de tresses. 

Les Ababua, dont on ne prononce jamais le nom 
sans l'accompagner de l'épithète « féroce » ou « ter- 
rible )), habitent entre la Likati, le Rubi -et le Bomo- 
kandi. Ils ont comme tatouage : sur le front une 



278 ETHNOGRAPHIE 

bande latérale ou en forme de V très ouvert, tracée 
au moyen de trois, quatre ou cinq lignes de petits 
points. D'autres portent des bandes d'aspect iden- 
tique, allant des tempes pour aboutir sous le nez ou 
sous la bouche. En général ils se percent la partie 
cartilagineuse du pavillon de l'oreille et y fixent des 
morceaux de bois, de fer, des perles, etc. 

Les Mombutu occupent un petit territoire situé entre 
le 27® et le 28® degré de longitude est de Greeriwich, 
le 2^ degré et le 4°30' de latitude nord. C'est une race 
très cultivée. Junker va jusqu'à dire que c'est le peuple 
de la partie de l'Afrique qu'il a visitée qui possède le 
plus haut degré de civilisation. Us se distinguent des 
Nigritiens par des traits presque sémitiques; plusieurs 
ont même le nez tout à h'ii aquilin; Schweinfurth 
rapporte que le vingtième de la population a les che- 
veux d'un blond pâle et cendré qui rappelle le ton du 
chanvre. Us ne se tatouent pas la figure, dit M. Chris- 
tiaens, mais se rattrapent largement sur la poitrine, 
le dos et le haut des bras. L'arrangement de la coif- 
fure est caractéristique : les cheveux du sommet et du 
derrière de la tête forment un chignon cylindrique 
soutenu par une carcasse en roseau et autour duquel 
s'enroule, à la façon d'une ligature très serrée^ une 
mince cordelette tressée. Les hommes couronnent cet 
édifice d'un bonnet de paille également cylindrique, 
mais à fond carré, garni d'un panache de plumes 
et maintenu par des épingles. Les femmes s'ornent 
d'épingles, mais ne portent pas de bonnet. 

Les Abai^ambOy asservis par les Azande, sont une 
branche des Mombutu. Us sont établis, rapporte 
M. Nys, sur la rive gauche de l'Uele, depuis Maï- 
Munga jusqu'au rapide de Panga. Vers le sud, ils ne 
dépassent pas le Bomokandi. 



LES I»ia:\CIPALES PEUPLADES 279 

Les Momvu sont disséminés dans la vaste région 
qui s'étend depuis les sources du Bomokandi jusqu'à 
celles de Tlturi. Ils sont constamment harcelés par 
les Mombutu, qui les considèrent comme un véritable 
gibier de chasse, et par les nains belliqueux qui 
habitent le même territoire qu'eux. 

Les Makraka ou mangeurs d'hommes occupent la 
région à l'ouest du Nil, au nord de Dongu. Ils cul- 
tivent admirablement la terre, et leur prospérité maté- 
rielle leur a donné le premier rang parmi les indi- 
gènes de la contrée. Us sont courageux et inspirent 
la terreur aux peuplades voisines. 

Le lieutenant Milz signale de ce côté, à la limite du 
bassin, un peuple de montagnards habitant le pla- 
teau du Kalika, Il se divise en trois tribus, qui portent 
respectivement les noms de Bari, Madi et Lugwara. 
Les Kalika sont absolument nus. 

RÉGION DE l'est. 

Les invasions arabes ont provoqué un grand boule- 
versement dans la région de l'est. Des tribus entières 
ont émigré; d'autres se sont mélangées avec l'enva- 
hisseur. 11 en résulte une certaine confusion dans 
l'ethnographie de la contrée qui va du Lomami au 
Tanganika. 

Les Batetela, renommés pour leur bravoure, 
occupent un vaste territoire entre le Sankuru et le 
Lualaba. Ils comprennent, à l'ouest, les Basongo- 
Meno, du bas Sankuru au Lomami; à l'est, les 
Bakusu, sur le Lomami; au sud, les Batetela pro- 
prement dits, entre le bas Lubefu et le Lualaba. Ils 
sont grands et bien faits, dit M. Delcommune; leurs 
yeux sont bien fendus, le nez aquilin, la physionomie 



280 ETIINOGUAPHIE 

agréable; ils portent les cheveux longs et en font des 
coiffures savamment édifiées. Mais M. Le Marine! 
ajoute qu'ils ont l'air stupide avec leurs grosses 
lèvres entr'ouvertes laissant remarquer l'absence des 
incisives supérieures. Le D"" Hinde nous explique 
pourquoi les Batetela ont l'aspect d'une race splen- 
dide; on ne voit chez eux ni cheveux gris, ni boi- 
teux, ni aveugles : les enfants mangent leurs parents 
au premier signe de décrépitude. 

Les Bakumu s'étendent des Stanley-Falls à la Sem- 
liki ; originaires de l'Uganda, ils ont apporté avec eux 
tous les traits qui caractérisent les populations d'au 
delà des lacs, notamment l'usage du pelele. Leur type 
éthiopien leur donne un aspect supérieur à Celui des 
autres Congolais. 

Les Vuagenia habitent les rives du fleuve depuis 
les Falls jusqu'à Nyangwe. Ils se percent également la 
lèvre supérieure pour y passer une petite corne d'an- 
tilope. Se livrant à la pêche, ils vivent presque exclu- 
sivement sur l'eau. 

Les Manyema ont la peau d'un brun clair et le type 
éthiopien comme les Bakumu. Leurs traits sont assez 
beaux et les femmes possèdent parfois une chevelure 
abondante. Ils occupent la région au nord de la 
Lukuga, entre le Congo et la chaîne des Mitumba. Il 
y a une trentaine d'années des Arabes de Zanzibar y 
pénétrèrent pour y faire le commerce. Ils subju- 
guèrent les chefs indigènes et s'établirent en maîtres 
dans le pays, où ils fondèrent des villes importantes 
telles que Nyangwe et Kasongo. C'est de ces points 
que rayonnèrent leurs expéditions vers le nord, l'ouest 
et le sud-est. 

A l'est de l'Urua, sur les rives méridionales du 
Tanganika et dans l'intérieur, vivent les MarungUy 



LES PRINXIPALES PEUPLADES 281 

peuple appartenant aux races les plus diverses Ils se 
percent la lèvre supérieure et, écrit Livingstone, 
agrandissent tellement l'ouverture que la bouche 
arrive à dépasser le nez. 

Sous le rapport de l'étendue du territoire et de la 
densité de la population, comme aussi gous celui de 
la beauté physique et morale de la race, la nation la 
plus importante et la plu» intéressante du bassin 
méridional du Congo est celle des Baluba. Ses nom- 
breuses tribus occupent un territoire immense, com- 
pris entre la Lukuga et le Luvidjo, au nord, la Lulua, 
à l'ouest, la chaîne du Mitumba, au sud et à l'est. 

Wissmann fait grand cas des Baluba et les appelle 
« un peuple de penseurs ». Agriculteurs, ils excellent 
aussi dans les industries manuelles et leurs produits 
se rencontrent à des distances considérables de leur 
pays. Pas plus noirs que les Egyptiens, ils ont d'assez 
beaux traits. La coutume du tatouage est rare parmi 
eux : les femmes, seules, se couvrent le ventre de 
dessins divers. La coiffure nationale consiste, pour 
les hommes, en un bouquet de plumes de coq, de 
pintade, de perroquet ou de corydéal. 

Les Bashilange, qui forment la plus populeuse 
des tribus baluba établie entre la Lulua, le Lubi et 
le Sankuru supérieurs, sont tatoués par tout le corps 
de lignes courbes et de cercles. Ils se divisent en 
sous-tribus, parmi lesquelles M. P. LeMarinel signale 
les Bambue et les Bakolosh comme particulièrement 
intéressantes : ces indigènes portent une épaisse che- 
velure et se barbouillent la face de différentes couleurs, 
au point qu'on croirait voir des masques. La tribu 
baluba des Basonge occupe le territoire compris entre 
le Sankuru et le Lubcfu. Enfin, les f'eneki passent 
pour les membres les plus industrieux des Baluba, 



282 E'IHNO(;iiAl»HIE 

Le Katanga s*étend entre les 9® et 12® degrés de 
latitude, le Luapula et le Lualaba : telles étaient, du 
moins, les limites du royaume de Msiri. Les peur 
plades de ce pays se ressemblent par le physique * t 
par les moeurs^ Ce sont, d'après Brasseur: les Bayek, 
race du Garenganze, venus à la suite de Msiri et ' 
établie entre le Nzilo et la Lufila ; les Basanga^ 
qui habitent plus au sud, depuis Tenke jusqu'à la 
Dikulue; les Balamotwo, qui occupent les liionts 
Kundelungu depuis Kasande jusqu'à la Luwube, 
tandis que le versant est des monts Kundelungu, le 
long du lac Moero, depuis Zongo jusque près de 
Pueto, forme le territoire des Bashila, Les Ba-Ushi 
s'étendent sur les deux rives du Luapula, depuis la 
Bukanda jusque vers le Bangwelo. Les Bena-Kilembwe 
vivent le long de la Lufila, depuis la Luelegi jus- 
qu'au pied des Kundelungu. Le territoire des Bena- 
Masumha est compris entre la Luelegi, les monts 
Kon-Ni et la Lufila. Citons encore les Bena-MitumbUj 
établis sur la rive gauche de la Dikuluwe et le long 
de la chaîne du Mitumba jusque près de la Lufila, et 
les Balamba, qui habitent le pays situé au sud des 
monts Kon-Ni, de la petite rivière Fonda au pays 
des Ba-Ushi, et qui s'^étendent très loin, jusque vers 
la Lufubo. 

LES RÉGIONS DU KASAI ET DU KWANGO. 

Les habitants du bassin du Kasai passent, à bon 
droit, pour les plus industrieux de l'État. 

Les Balunda, qui forment un peuple pacifique et 
hospitalier, ont le teint clair et les lèvres peu épaisses. 
Les femmes se tatouent le corps, affilent en pointe 
leurs incisives supérieures et arrachent celles d'en 



LES PRINCIPALES PEUPLADES 283 

bas. Elles se rasent la tête, tandis que les hommes 
portent toute leur chevelure et l'arrangent avec art. 
Les grands personnages compriment la partie posté- 
rieure de la tête de leurs enfants, de manière à 
donner au crâne une forme monstrueuse. LesBalunda 
occupent le territoire que drainent le Kasai moyen et 
supérieur et ses affluents de droite. 

Les Bakuba diffèrent absolument de leurs voisins 
Baluba par la langue et les mœurs; ils habitent la 
contrée située entre le Sankuru et le Kasai. Ils sont 
très commeï*çants et très habiles aux métiers manuels; 
les hommes ne prisent guère le tatouage, tandis qu'il 
est très en honneur chez leurs compagnes, qui ont le 
corps, les tempes et la nuque semés de lignes de pois. 
Elles se coupent les cheveux ou se les rasent. La 
coiffure des hommes est courte sur le devant et sur 
les côtés de la tête, longue et bouclée vers le sommet 
du crâne, où elle forme un volumineux chignon 
surmonté d'un bonnet minuscule. Les Bena-Luidi, 
qui occupent le pays situé entre la Loange à Touest, 
le Kasai au nord et à l'est, et, au sud, le 6^ parallèle, 
sont une branche des Bakuba. Ils ne se tatouent pas 
et se serrent les cheveux, relevés sur le sommet de la 
tête, dans un anneau sculpté; le haut du front est rasé. 
- l?lus au sud, entre le Kasai et la Loange, sont les 
Bashilile. Leur tatouage consiste en trois petits cercles 
concentriques -sur les tempes, des petites lignes dans 
le cou et des triples losanges sur leventre et la poitrine. 

Les BasengCy qui habitent entre le Kasai et la 
Lukenie, ont le torse court et les jambes très longues. 
Leur chevelure est partagée en nattes qui s'enroulent 
autour du menton. Us se font trois incisions à la 
naissance du nez, mais n'ont pas d'autre tatouage et 
dédaignent les ornements. 



284 ETHNOGRAPHIE 

On connaît très peu jusqu'ici les indigènes de la 
Lukenie et du lac Léopold IL Les Tomba occupent la 
basse Lukenie et une partie de la rive ouest et est du 
lac. Leur tatouage est formé de deux petits cercles 
concentriques sur les tempes. Les Gundu habitent, à 
2d ou 30 kilomètres des rives, toute la contrée com- 
prise entre la rive droite de la Lukenie et l'est du lac' 
LesKolano s'étendent sur les deux rives de la Lukenie. 
Leur tatouage consiste en trois ou quatre petites 
incisions au-dessus et entre les yeux. Les Tolo peu- 
plent la rive méridionale sur environ 200 kilomètres. 
Ceux-ci se dessinent sur le front plusieurs lignes 
courbes et sur les côtés du visage une série de demi- 
cercles parallèles, dont l'extérieur, partant du sommet 
de la tempe, aboutit au lobe de l'oreille, en passant 
par le coin de l'orbite. Les Bayombe se rencontrent à 
partir du 23* degré de longitude est ; ils habitent la 
rive nord et leur langue ressemble à celle des Tolo. 
Leur tatouage consiste en une suite de petites lignes 
verticales dessinant un arc au-dessus des sourcils. 

Le bassin du Kwango est peuplé par le Kioko, les 
Holo et les Mayaka, Dans la région des sources du 
Kwango, la race dominante est celle des Kioko, Petits 
de taille, maigres et nerveux, ils sont d'une extraordi- 
naire énergie. Ils ne demandent leurs moyens d'exis- 
tence qu'au travail, n'ont pas leurs pareils comme 
armuriers et comme forgerons, ont monopolisé le 
commerce dans toute la contrée. C'est une race entre- 
prenante qui semble destinée à un grand avenir. Les 
Holo, originaires du Congo portugais, occupent une 
enclave sur le territoire de l'État, depuis 7® SO' jusqu'à 
la rivière Tungila (8° 7'); ils sont pacifiques et labo- 
rieux. Drapés correctement dans de larges étoffes, dit 
M. Gorin, la face encadrée par de longues tresses, le 



LES PRINCIPALES PEUPLADES 285 

front orné d'une légère bande de cuivre jaune, ils 
font songer, par leur aspect, à ces pasteurs éthiopiens 
que nous montrent les gravures anciennes. 

Bibliographie : La plupart des voyageurs qui ont parcouru 
le Congo et publié leurs souvenirs nous ont apporté des 
renseignements sur les principales peuplades. L'en umérat ion 
de leurs travaux sortirait du cadre de ce livre. Nous renvoyons 
donc nos lecteurs à la Bibliographie du Congo, par 
A.-J. Wauters. 



CHAPITRE XIX. 

ÉTAT SOCIAL ET POLITIQUE. 
A. — ORGANISATION SOCIALE. 

Droit de fainille. — On trouve au Congo, dit M. le 
procureur d'État De Saegher, à qui nous allons faire 
de nombreux emprunts pour ce chapitre, un droit 
coutumier très précis et très logique, qui régit les rela- 
tions civiles des indigènes. Seulement, les peuplades 
africaines, demeurées à l'abri de toute influence étran- 
gère, ont conservé les caractères des races primitives, 
et l'étude de leur droit de famille nous ramène aux 
temps les plus lointains de l'histoire. 

Le mariage est un prêt que la famille fait de ses 
filles, dans l'intérêt de son accroissement et de sa 
perpétuité. Le mari n'acquiert pas d'autre droit que 
<îelui d'exiger de sa fetnme ce que la théologie catho- 
lique appelle le debitum. Dans certaines régions, la 
femme continue même à habiter dans sa famille, et 
le mari va y séjourner de temps en temps. Comme 
garantie de ses obligations d'emprunteur, le mari 
verse à la famille une dot, qui lui est remboursée à la 
dissolution du mariage 

Le mariage ne crée donc pas une famille nouvelle, 
celle des époux; la femme n'entre pas dans la famille 
de son mari ni le mari dans celle de sa femme : cha- 
cun reste dans celle de son propre sang. Le mariage 
ne crée pas davantage de communauté de biens : 



OHGAMSATION SOCIALK 287 

chaque époux demeure propriétaire de ceux qu'il 
acquiert par son travail ; souvent même, le mari 
achète sa nourriture à sa femme, il est en pension 
chez elle. La femme, lorsqu'elle a suivi son mari, 
transfère pour plus de sûreté les biens acquis par son 
travail dans sa propre famille. 

Etant données ces institutions, quelle est donc la 
place faite aux enfants ? Puisque le mariage n'a pas 
créé de famille nouvelle, les enfants doivent entrer ' 
ou dans celle de leur père ou dans celle de leur mère : 
par une conséquence directe du caractère essentiel 
du mariage, c'est-à-dire du prêt fait par la famille de 
la femme en vue de sa perpétuité, les enfants entrent 
dans la famille de leur mère. Le mari de leur mère 
est vis-à-vis d'eux un étranger, sans droits ni devoirs. 
La filiation est donc exclusivement utérine et les 
enfants suivent la condition maternelle : ils sont 
libres, si leur mère est femme libre; esclaves, si leur 
mère est esclave. 

Le mariage se dissout par la mort des époux et le 
divorce. 

En cas de mort du mari, la famille de la femme 
restitue la dot, avec ses intérêts, aux héritiers du 
mari. Elle reprend la femme avec ses accroissements : 
les enfants. Lorsque la femme prédécède, la famille 
de la femme restitue de même la dot et prend les 
enfants. 

En cas de divorce, le règlement des intérêts res- 
pectifs se fait de la même manière. Mais, comme il y 
a rupture de contrat, la partie en faute est tenue de 
payer des dommages-intérêts. La femme mariée, 
disions-nous, a été prêtée par sa famille, dans 
l'intérêt de sa famille; en divorçant, elle engage la 
responsabilité de celle-ci : elle ne peut donc se 



288 ETHNOGRAPHIE 

séparer de son mari qu'avec le consentement de ses 
parents. 

Les principes qui régissent les successions découlent 
de l'organisation de la famille. 

L'homme meurt toujours sans enfant, puisque la 
filiation est exclusivement utérine. Qui donc lui suc- 
cède? De droit le fils aîné de la sœur aînée du défunt. 
On a voulu sauvegarder l'intérêt de la famille par la 
consécration d'un droit d'aînesse d'une rigueur 
extrême. En réunissant sur la tête d'un seul, non 
seulement les biens du de cujuSt mais encore ceux de 
tous ses frères, qui ont nécessairement la même sœur 
aînée, la loi assure, à celui qui sera le chef de la 
famille, la richesse et la force, et, par là, la puis- 
sance de la famille. 

Mais le motif même de la loi explique rexception 
qu'elle comporte : si l'un des neveux, par son intelli- 
gence et son habileté, est spécialement désigné pour 
exercer l'autorité de préférence à l'aîné, ses oncles 
peuvent le choisir comme héritier; c'est dans ces 
limites que s'exerce* et se justifie le droit de tester. 
Ajoutons qu'en cas de décès d'une femme libre, ses 
enfants n'héritent pas : les biens passent à la famille 
tout entière et les enfants n'en ont une quote-part 
que comme membres de la famille. 

Ces institutions ont été presque partout altérées et 
modifiées ; on ne les retrouve dans toute leur pureté 
que dans les tribus que leur situation géographique, 
la nature du sol et la difficulté des communications 
tiennent à l'écart du mouvement général. Toutefois, 
elles resteront encore pendant de longues années et 
dans tout le pays la base du droit familial. 

Mariage. — L'indigène se marie dans la classe à 
laquelle il appartient, mais prend d'autres femmes dans 



ORGANISATION SOCIALE % 289 

(les classes inférieures : un homme libre peut avoir des 
femmes esclaves. Les jeunes filles se marient dès 
qu'elles arrivent à l'âge de la puberté, c'est-à-dire vers 
12 ans; les jeunes gens, dès qu'ils sont assez riches 
pour se payer une compagne. 

Le futur achète sa femme, c'est-à-dire paye aux 
parents une certaine somme eti étoffes, bétail, perles, 
poudre, etc. Il travaille parfois des années pour réunir 
rctte dot. Chez les Mongwandi, elle se paye par anti- 
c ipalion : un jeune homme rencontre une jeune fil- 
lette de 6 ou 7 ans qui, plus tard, pourra lui plaire; 
il l'achète, et à chaque visite qu'il lui fait, apporte un 
cadeau à ses futurs beaux-parents : c'est en quelque 
sorte une rente; lorsque l'enfant est nubile, il l'em- 
mène. Au Katanga, le mari paye le prix et, en outre, 
est obligé de travailler un an pour les parents de sa 
femme. 

Polygamie. — Si la monogamie est la règle pour les 
esclaves, la polygamie est généralement pratiquée par 
les chefs et par les notables assez riches pour acheter et 
entretenir plusieurs femmes. La possession d'un grand 
nombre de femmes est considérée comme une marque 
de puissance et de richesse. C'est, d'ailleurs, un excel- 
lent placement que d'acheter de nouvelles épouses, car 
elles ne sont, en réalité, que des servantes se livrant 
aux plus rudes labeurs. Un homme libre a ordinaire- 
ment jusqu'à quatre femmes. Certains potentats en 
ont beaucoup plus. Il est des harems célèbres, tels 
que celui de Munza, chef des Mombutu; celui de 
Bangaso, sultan des Sakara, qui, nous dit M. Van 
Gèle, possédait quinze cents femmes. M. Richard 
estimait à trois mille le nombre de celles de Msiri. 

La première femme gouverne la maison, exerce une 
certaine autorité sur les autres, leur donne des ordres, 

10 



290 ETUXOGRAPHIK 

distribue le travail. Le mari les loge chacune dans 
une hutte spéciale et va passer quelques jours chez 
elles, à tour de rôle, tantôt chez l'une, tantôt chez 
'autre. Presque toujours la femme est considérée 
comme un être inférieur, fait pour peiner dur et fort 
A elle incombe non seulement Ja préparation et la 
cuisson des aliments, mais aussi les ouvrages les plus 
ingrats, les pénibles travaux des champs. EJJe cul- 
tivé seule la terre, fait de la poterie et de la vannerie, 
élève les poules. C'est pourquoi elle se flétrit bientôt, 
et la gracieuse jeune fille livrée au mariage à 12 ans 
a, quelques années plus tar-d, perdu tout charme. 

Rarement le mari exerce des voies de fait sur ses 
femmes : ce n'est que dans les moments d'ivresse 
qu'il se montre quelquefois brutal. Les femmes de 
condition esclave sont cependant moins bien traitées 
que les autres; lorsque le maître en est fatigué, il les 
revend; il leur arrive d'être achetées et revendues, 
dix fois comme de vulgaires bêtes de somme, trop 
heureuses quand elles ne finissent pas sous le couteau 
du sacrificateur ou sous la dent de leurs anciens ado- 
rateurs. 

Esclavage, — L'esclavage domestique, qu'il faut bien 
se garder de confondre avec la traite, est la dernière 
condition sociale du nègre; cependant celui-ci s'en 
accommode aisément, car chacun est habitué à se 
trouver dans un état de dépendance analogue vis-à-vis 
du chef. Dans la vie courante, on distingue même 
dittîcilement un esclave d'un homme libre : il partage 
les repas de la famille et participe à touti^s les réjouis- 
sances. Le travail exigé de lui n'est [)as pénible : il 
est spécialement chargé d'aller à la pèche el à la 
chasse, de récoller du vin de pal nie, d<* l'abri (juer des 
armes, des tissus ou des vanneri^^s, elc. Harenient il 



ORGANISATION I>0LIT1QUE 291 

est battu. Aussi considère-t-il souvent son maître 
plutôt comme un père que comme un étranger, 
n'aspire-t-il nullement à le quitter et n'envie-t-il pas 
un autre sort. S11 sait se rendre utile, il ne doit pas 
craindre d'être vendu. Néanmoins, sa situation est 
précaire, parce que son propriétaire a sur lui droit 
de vie ou de mort et qu'il est, du moins dans le 
haut fleuve, souvent exposé à faire les frais d'un 
festin ou d'un sacrifice humain. 

B. - ORGANISATION POLITIQUE. 

Le village, — Presque partout l'unité politique est 
le village, et chaque village est absolument indépen- 
dant. Il arrive que plusieurs agglomérations se coali- 
sent, se rattachent les unes aux autres; mais c'est par 
un accord volontaire et elles forment alors, en quel- 
que sorte, des confédérations. 

Il n'en a pas toujours été ainsi; jadis existaient 
d'assez grands États, bien constitués, obéissant à de 
puissants souverains ; ils se sont démembrés, soit à 
la suite de guerres intestines, soit par défaut d'orga- 
nisatron, soit enfin à cause de l'arrivée des Européens. 
11 y a même, aujourd'hui encore, des chefs qui par- 
viennent à se faire payer tribut par les pays voisins ; 
mais leur nombre va en diminuant, et tout le Congo 
sera, dans un avenir rapproché, débarrassé de ces 
potentats. \ 

La réunion d'un nombre quelconque de familles 
habitant des cases agglomérées constitue un village. 
Son organisation politique est des plus simples. La 
population se divise d'ordinaire en trois classes : les 
esclaves, les hommes libres et les riches, qui com- 
prennent le chef et les membres de sa famille. 



i292 ETIINOGUAPHIE 

Le chef jouit, en principe, d'une autorité absolue. 
H exerce la police, et, en qualité de représentant de 
la communauté, est propriétaire du sol non bâti, dont 
les familles ne sont que les usufruitières. Il a parfois, 
comme sanction de ses pouvoirs, le droit de vie ou de 
mort, droit dont il fait alors usage à tortet à travers. 
Cependant, le plus souvent, son autorité n'est pas 
exclusive ; elle est limitée par une assemblée à 
laquelle tous les hommes libres peuvent prendre part 
et qu'on appelle palabre. 

Le chef est fréquemment consulté par ses sujets, 
qui lui prodiguent les marques de respect. Il est des 
monarques que Ton n'aborde qu'après des séries de 
courbettes et de salutations, dont l'ordre est soigneu- 
sement réglé. M. Francqui raconte que, chez les Ba- 
luba, celui à qui une audience royale est accordée, ne 
se rend jamais chez son chef sans être porteur d'un 
petit sachet renfermant une terre ocreuse rouge ou 
blanche; il s'en frotte sur la poitrine chaque fois 
qu'il adresse la parole à son chef ou que celui-ci lui 
répond, et revient absolument barbouillé de rouge ou 
de blanc. 

11 n'existe pas de règle absolue pour la transmis- 
sion du pouvoir après la mort du chef. On applique 
d'ordinaire des principes analogues à ceux qui régis- 
sent les successions en droit civil, et que nous avons 
exposés plus haut; le successeur est le fils aîné de la 
sœur aînée du défunt; à défaut d'enfant mâle de la 
sœur iaînée, c'est l'aîné des fils de la sœur puinée qui 
hérite, et ainsi de suite. Si le chef n'a pas de sœur, ou 
si ses sœurs n'ont pas d'enfants mâles, ce sont les fils 
des frères qui sont appelés au pouvoir, par ordre de 
primogéniture. A défaut d'enfant mâle, les frères eux- 
mêmes succèdent au défunt, par rang d'âge. Enfin, 



ORGANISATION POLITIQUE 293 

s'il y a absence complète dé mâles, les femmes héri- 
tent à leur tour, et l'aînée des sœurs prend le com- 
mandement. C'est ainsi que certaines agglomérations 
ont eu à leur tête des femmes. Il arrive fréquemment 
que ces femmes-chefs se marient avec un chef agréé 
par la tribu, lequel exerce, en leur lieu et place, les 
droits souverains. Quelquefois, quoique mariée, la 
femme-chef continue à exercer ses fonctions. Son 
mari, dans ce cas, est réduit au rôle de prince con- 
sort. 

Principaux chefs. — L'unité étant presque partout 
le village, les tribus du Congo n'ont pas d'homogé- 
néité politique. On a vu cependant, comme nous le 
disions plus haut, de grands chefs grouper sous leur 
autorité de nombreuses cités et acquérir ainsi une 
réelle puissance. Les Européens qui eurent à traiter 
avec ces potentats trouvèrent souvent en eux d'utiles 
alliés, mais, parfois aussi, des adversaires déterminés. 

Il y a quelques années, toute la nation balunda 
était sous la domination d'un monarque célèbre, le 
Muata Jamvo, dont l'histoire a été racontée par le 
D^ Pogge. Le premier souverain du pays fut Jamvo. A 
sa mort, le pouvoir passa à sa fille, qui épousa un chef 
décidé à étendre ses États. A la suite de plusieurs 
guerres heureuses, il créa le royaume de Lunda. Sa 
puissance lui fit décerner par ses sujets le titre de 
Muata Jamvo (le plus grand chef Jamvo) et sa dynastie 
comprit quatorze rois. Le pays, dont l'organisation 
eût pu se comparer à celle d'un État féodal, était divise 
en plusieurs principautés, dont les chefs payaient 
tribut au seigneur et lui fournissaient des troupes. Le 
Muata Jamvo ne gouvernait pas sans contrôle : à ses 
côtés, sur le trône, était assise une femme célibataire 
appelée Lukokesha ; il devait, en outre, consulter un 



294 ETHKOGKAPIIIE 

corps de quatre coiiseîllérs. C'est ce conseU qui, à la 
mort de Muarta Jamvo, choisissait son successeur 
parmi ses héritÎOTS, 

Le Katanga fut longtemps sous la domination du 
fameux Msiri. Celui-ci, originaire duGarenganze, s'était 
l'endu avec quelques compagnons chez le chef Ka- 
langa, dont il épousa la fille et auquel il succéda. A la 
tête de guerriers basanga et bayek, il parcourut tout 
le pays et força tous les rillages à se soumettre à son 
autorité. Puis il établit sa résidence à Bunkeia et y 
monopolisa le commerce des esclaves et -de l'ivoire. 
Il doit surtout sa célébrité à son odieruse cruauté. Le 
vieux tyran, dont nous avons raconté ailleurs la fin 
tragique, eut pour successeur son fils; des nombreux 
sujets de Msiri, les Bayek seuls sont demeurés fidèles 
à ce dernier. 

La région de l'Uele a ^é appelée la région des sul- 
tanats du nord. En effet, rautorité des chefs arande 
est grande ; ils ont des sous-chefs et un système de 
gouvernement bien oi^anisé, Djabir, ancien soldat 
de l'armée égyptienne, venu se fixer dans le pays avec 
quelques aventuriers après la révolte des mahdistes, 
fit bon accueil à M. Roget, d'abord, qui établit chez 
lui un poste de l'Etat, puis à l'expédition Van Kerk- 
hoven. Rafai est également un prince puissant : son 
territoire est divisé en districts placés sous l'autorité 
de ses vassaux. Semio fit une réception empressée à 
M. Milz, puis à l'expédition Van Kerkhoven, qu'il 
accompagne jusqu'au Nil, à la tête de 600 guerriers, 
presque tous armés de fusils. 

Le livre du D"^ Schweinfurth conserve le souvenir 
du sultan des Mombutu, Munza. C'était un chef 
puissant et fastueux, qui ne sortait qu'accompagné de 
plusieurs centaines de gens de sa suite. Il avait 



ORGANISATION POUTIQLE 295 

80 femmes et son palais contenait deux salles voû- 
tées, dont Tune était longue de 4oO pieds et haute 
de 50; cinq rangées de colonnes en soutenaient le 
toit. 

Bangaso, sultan des Sakara, a entretenu d'excel- 
lentes relations avec les Belges. Des courriers lui 
arrivent régulièrement à toutes les heures de la 
journée, pour le mettre au courant de ce qui se passe 
dans son pays. Il a environ ,1,500 femmes; dès qu'un 
de ses nombreux fils est en âge de commander, il lui 
donne une cbefferie. 

Enfin, il est des chefs qui ont joué dans l'histoire 
de l'État Indépendant un rôle assez important. C'est 
à ce titre que nous signalerons Makoko et Congo 
Lutetc, 

En 1880, M. de Brazza, pour les besoins de ses 
projets, érigea un pauvre petit chef batoke en 
potentat puissant, propriétaire souverain des deux 
rives du Congo au pool et en amont, il signa solen- 
nellement avec ce Makoko, prétendu descendant 
et héritier des anciens rois, un traité que la Chambre 
française disc\ita sérieusement et ratifia, et dont 
s'arma ensuite l'explorateur pour essayer de barrer la 
route à Stanley et de contrecarrer les entreprises 
belges. Le vaudeville n'obtint pas tous les résuUats 
qu'en espérait son habile metteur en scène et, 
depuis, on n'entendit plus jamais parler du fumeux 
Makoko. 

En 1892, au moment de la révolte, la nation des 
Batetela s'incarnait dans son chef, Congo Luteto, 
jeune guerrier de trente ans, beau et intelligent. Sous- 
ordre de Tippo-Tip et de Sefu, il résista d'abord 
à l'État. Battu par M. Dhanis en avril 1892, il fit sa 
soumission ; puis, avec 2,000 guerriers armés de 



296 ETHNOGRAPHIE 

fusils, il coopéra loyalement à la campagne du 
Manyema, pendant laquelle il remplit tous les 
engagements qu'il avait pris. C'est en grande partie 
à sa vigilance et à son énergie, dit le D^ Hinde, que 
l'on dut les succès remportés pendant la première 
phase de la campagne. En dépit des services qu'il 
avait rendus, Congo Lutete, accusé de trahison par les 
officiers résidant à Candu, fut mis en accusation et 
fusillé le 14 septembre 1893. M. Dhanis, surpris, 
essaya de sauver son brave et fidèle allié; mais ses 
ordres arrivèrent quarante-huit heures trop tard. 
Aucune faute politique n'eut, pour la tranquillité de 
l'Etat, des conséquences plus néfastes que l'exécution 
le ce jeune chef, si bien doué et qui eût pu devenir 
pour le gouvernement un auxiliaire des plus pré- 
cieux. Aussitôt après sa mort, sa garde, composée de 
UOO hommes, manifesta l'intention de le venger. Pour 
calmer son effervescence, on l'envoya en garnison à 
Luluabourg : elle s'y révolta, après avoir tué ses 
officiers; la répression de cette rébellion fut longue 
't sanglante. Une nouvelle révolte, provoquée par les 
contingents batetela de Tavant-garde' du capitaine 
Leroy (février 1897), eut pour premier effet la complète 
désorganisation de l'expédition que M. Dhanis con- 
luisait au Nil. 

La justice et les lois, — A part les cas où le féti- 
:heur intervient pour imposer une épreuve, la justice 
st généralement exercée dans des réunions publi- 
(ues, sans aucune espèce de procédure et sans même 
lue l'accusé soit entendu. En principe, toute infrac- 
ion commise par un homme libre est rachetable 
)ar le payement d'une prestation en nature au 
ésé; souvent, le coupable est frappé, en outre, 
l'une amende, qui entre dans la caisse du chef. 



ORGANISATION POLITIQUE 297 

Quant aux esclaves et à ceux qui ne possèdent rien, on 
leur applique des peines plus rigoureuses, presque 
toujours des peines corporelles. 

Le droit pénal indigène atteint sévèrement certains 
délits ; il va jusqu'à punir de mort ceux qui se com 
mettent sur les marchés. Par contre, il se montre 
singulièrement indulgent pour l'assassinat et le vol : 
l'assassinat commis à l'étranger, sur un individu 
d'une autre tribu, n'est pas poursuivi ; le nègre qui 
réussit à voler un blanc gagne même dans l'estime de 
ses concitoyens. 

L'adultère est puni de mort dans le bas Congo. 
Dans le haut, la vengeance est laissée au mari ; celui- 
ci, le plus souvent, se contente de répudier sa femme, 
et, comme il tient entre ses mains la vie du complice, 
de réclamer une rançon à la famille de ce dernier. Ai. 
Katanga le châtiment, pour la femme, consiste en une 
raclée que lui inflige le mari ; lorsqu'on surprend 1» 
suborneur, on condamne la femme à lui administrci 
elle-même une cinquantaine de coups de chicote. 
Chez les Azande, la femme est mise à mort; quant au 
complice, on lui coupe les oreilles et les mains. 

Le palabre. — Palaver est un mot portugais qui 
signifie parole, discours : on en a fait le palabre. Lv 
palabre est, à proprement parler, une réunion de tou- 
les hommes libres de la tribu, où l'on discute et où 
l'on tranche des questions d'intérêt général. 

Les nègres, dit M. Van de Velde, font des palab^e^ 
à chaque instant, et d'autant plus volontiers que c'es: 
un moyen pour eux de donner libre cours à leur ver 
bosité. Ce sont de petits parlements, qui établisseni 
des droits, tranchent des différends, punissent des 
délits ; ils se tiennent entre tribus différentes ou entn 
blancs et noirs. 



298 ETHNOGRAPHIE 

La cérémonie est toujours entourée de beaucoup de 
solennité. La réunion a lieu en plein air, à l'om- 
bre d'un grand arbre ou d'un groupe de palmiers. Un 
cercle est tracé sut le sol et est divisé en autant de 
sections qu'il y a de chefs présents. Derrière eux s'ac- 
croupissent leurs sujets. Les deux partis se font face, 
laissant libre un espace réservé avx orateurs. Ceux-ci 
sont de vrais avocats : choisis parmi les plus élo- 
quents et les plus retors, ils sont au courant de tous 
les détails de l'aftaire. Insinuants, adroits, coq- 
vaincus, ils ont, en parlant, une intonation et une 
mimique qui sont des chefs-d'œuvre d'expression. 

Le chef exposé l'objet de la réunion, ou le fait expli- 
quer par un fondé de pouvoirs. Nul ne peut inter- 
rompre son discpurs, et les applaudissements sont 
obligatoires. Ensuite seulement commence la discus- 
sion. 11 est rare que le palabre se passe dans le calme 
le plus parfait : il finit ordinairement par un vacarme 
effrayant et une orgie générale. 

Lorsque le palabre n'aboutit pas à une solution 
contentant les parties en cause, celles-ci se déclareal 
la guerre. Les motifs sont parfois des plus futiles : 
il ne contestation au sujet d'un droit de chasse ou d'an 
droit de pêche, par exemple. Il arrive même que les 
hostilités ne soient précédées d'aucun palabre, et 
qu'elle n'aient d'autre motif que l'esprit de conquête 
d'un chef ambitieux. Aussi l'état de guerre est-il 
presque permanent dans certaines régions. 

( ommunicalions, signaux. — Le premier soin, 
lorsque la guerre paraît imminente ou qu'un danger 
quelconque menace le village, est de prévenir les 
localités voisines et alliées. Les nègres arrivent, en 
un temps prodigieusement restreint, à transmettre au 
loin ces nouvelles. Ils se servent, à cet effet, d'un 



ORGANISATION POLITIQUE 299 

xylophone à deux ou quatre sons, et ont un langage 
frappé très complet, composé d'un certain nombre 
de phrases et de mots usuels permettant d'entamer 
une conversation quelconque. Les nouvelles se trans- 
mettent, par ce moyen, de village en village, mais 
en s'amplifiant peu à peu, et le moindre événement, 
grossi de proche en proche, prend bientôt de formi- 
dables proportions. 

Quand les indigènes croient devoir se préparer à la 
guerre, c'est plus souvent au moyen du tambour 
qu'ils l'annoncent à leurs alliés. Le tambour de 
guerre a des sonorités prodigieuses : des voyageurs 
l'ont entendu à 10 kilomètres de distance. Stanley 
parle. souvent de l'horrible tambour, dont le bruit l'ac- 
compagna durant des semaines, le long des rives du 
Congo, lorsqu'il descendit le fleuve pour la première 
fois. 

Si, pendant la nuit, le voyageur entend résonner le 
tambour, il peut toujours savoir s'il doit s'attendre à 
la guerre pour le lendemain. Lorsque l'instrument est 
battu sur un ton de mélopée plaintive, il n'y a rien à 
craindre : les indigènes dansent et sont en liesse. Mais 
si le son est grave, sonore, cadencé, on peut en infé- 
rer à coup sûr que la guerre se préparc. 

L'échange du sang, — L'échange du sang n'est 
autre chose qu'un pacte d'alliance; s'il se produit 
après une guerre, il constitue un traité de paix, il a 
lieu aussi entre un voyageur blanc et un chef indi- 
gène, en vue de l'établissement de bonnes relations. 
La cérémonie rend les contractants frères pour tou- 
jours, frères « par le sang » ; cette fraternité est 
scrupuleusement respectée, et celui qui a enfreint sa 
loi est considéré comme sacrilège. 

Il est de règle qu'un supérieur ne peut échanger le 



300 ETHNOGRAPHIE 

sang avec un inférieur : ce dernier, quand une telle 
aventure lui arrive, devient Tégal de celui qui 
s'abaisse jusqu'à lui. Le blanc en expédition au Congo 
doit parfois se plier à cet usage, mais, à moins que le 
chef indigène ne soit vraiment puissant,' le comman- 
dant de l'expédition ne se soumet pas lui-même à 
l'opération : il commet ce rôle à un de ses adjoints 
blancs, si le chef occupe une position tant soit peu 
élevée, ou bien à un de ses chefs d'escorte de cou- 
leur. 

L'échange du sang est entouré de rites solennels et 
minutieux, dont l'observation est de stricte rigueur. 
Nous savons, par les récits des premiers explorateurs, 
que la cérémonie était, jadis, peu agréable ; chacun 
des deux contractants devait avaler quelques gouttes 
du sang échappé des blessures. Voici comment il est 
généralement procédé aujourd'hui : on pratique une 
ou plusieurs incisions, soit sur la poitrine soit dans 
le bras des deux frères. On recueille quelques goutte- 
lettes de sang sur une feuille, sur un morceau de bois 
ou sur la lame d'un couteau, et on les frotte sur la 
légère blessure de chaque contractant. Cela fait, le 
féticheur adresse un petit discours aux deux frères ; 
« Vous, blanc, et vous, chef, retenez bien ceci : si vous 
trahissez votre nouveau frère soit par vos yeux soit 
par vos mains ou par vos pieds, vous mourrez ; vous, 
blanc, vous serez tué par cette lance, et vous, chef, 
par ce fusil. Désormais, toutes les richesses du blanc 
appartiennent à son frère, notre chef, et toutes les 
femmes, toutes les chèvres, toutes les récoltes de notre 
maître appartiennent au blanc. » 

L'échange du sang est toujours suivi de nombreuses 
libations, d'offres de cadeaux et parfois de festivités 
pantagruéliques. C'est, naturellement, le blanc qui en 



ORGANISATION POLITIQUE 301 

supporte les frais, parce qu'il passe pour posséder des 
richesses immenses. 

Le fétichis7ne. — Les nègres sont accessibles au 
sentiment religieux : les résultats obtenus par les 
missions, tant catholiques que protestantes, sont là 
pour le prouver. Mais ils n'ont, à proprement parler, 
pas de religion propre. Leurs fétiches, c'est-à-dire 
leurs dieux, font partie de la nature et n'en sont 
pas les créateurs; ils sont mortels; on peut les 
forcer à accomplir les volontés de l'homme; le 
moyen de les supplier est plus souvent la danse 
que la prière; enfin, ils ne s'inquiètent pas du vice 
ou de la vertu, du bien ou du mal. Le fétichisme n'est 
même pas l'idolâtrie : on adore une idole, tandis 
que, pour en obtenir la réalisation de ses désirs, on 
bat le fétiche. 

Les fétiches sont parfois des figurines de bois 
grossièrement sculpté, couvertes de clous à tête dorée, 
de boutons de porcelaine, de morceaux de fer, de 
perles, et révélant une réelle imagination dans le 
genre fantastique. Ces figurines représentent généra- 
lement des monstres : une tête énorme et grotesque 
est plantée sur un corps minuscule; les mains sont 
ramenées sur le ventre, dans lequel est incrusté un 
miroir de pacotille. Dans le Kwango, soiis la lointaine 
influence des Portugais, les natifs ont pour amulettes 
des croix de bois ou de cuivre, et même des crucifix 
achetés aux traitants de la côte occidentale. Mais le 
plus souvent, les fétiches sont beaucoup plus primi- 
tifs : une brindille d'hei^be, une feuille de bananier, 
une branche de palmier, une plume de poule, une 
peau de chat sauvage, de la terre prise sur une tombe 
et serrée dans un morceau d'étoffe, une griffe de 
léopard, etc. 



> 



302 ETHNOGRAPHIE 

Chacun de ces objets a une verlu spéciale ; il y a 
des fétiches pour faire une bonne pèche ou une bonne 
chasse, pour faire réussir la coulée d'un forgeron, 
pour obtenir une abondante récolte, pour écarter les 
rôdeurs, pour empêcher les cahots de chavirer, pour 
guérir les maladies, pour rendre les femmes fidèles 
ou fécondes, etc. Les sorciers entretiennent soigneu- 
sement la crédulité des nègres, parce qu'ils fabriquent 
et vendent les fétiches et que ce commerce est 
lucratif. 

Dans beaucoup de villages, il existe une case 
réservée aux fétiches publics, protecteurs de la tribu. 
Les indigènes ont aussi leurs dieux lares, qu'ils 
laissent dans leur hutte, et des porte-bonheur, qu'ils 
s'attachent au cou ou à la ceinture. La manière dont 
ils se rappellent au souvenir de ces divinités est assez 
singulière; ils les battent, les immergent, y plantent 
des clous, espérant les réveiller par la souffrance. 

Croyances diverses, — Cependant la croyance aux 
esprits est assez répandue. Quelques indigènes du 
bas Congo disent qu'il y a un être suprême, le grand 
Nzambi. Mais leurs notions sur -lui sont assez vagues; 
quand on leur parle de sa forme, de son pouvoir, de 
l'endroit quil habite, il ne savent que répondre : la 
métaphysique ne les tourmente pas. Au reste, Nzambi 
ne s'occupant pas de la vie journalière des mortels, 
ceux-ci ne lui rendent aucun culte; on ne trouve pas 
de trace de rites ou de cérémonies en son honneur. 

Chez beaucoup de peuplades du haut Congo, on 
retrouve cette croyance aux esprits; mais ceux-ci, pas 
plus que Nzambi, ne sont jamais l'objet d'une véné- 
ration active. Des voyageurs nous ont rapporté des 
légendes et des mythologics rudimcntaires, qui ne 
manquent pas d'un certain charme. Les Mongo, par 



ORGANISATION POLITIQUE 30H 

ejcemple, croient qu'il y a un être suprême, tout-puis- 
sant et créateur de toutes choses. Il s'appelle Dja- 
komba, a toujours existe et s'est un jour créé une 
compagne : Il la sculpta dans un arbre, de façon à lui 
donner une forme humaine, puis il l'anima pour en 
faire sa femme. Djakomba créa ensuite la terre, les 
eaux, les animaux et les plantes, gigantesque travail 
qui dura plus de dix mille lunes. Sa femme mit au 
monde chaque jour plus de mille enfants, et, lorsque 
le monde fut suffisamment peuplé, la divinité créa le 
soleil, la lune et les étoiles. 

La croyance à la métempsycose est très fréquente. 
Les Azande prétendent que le guerrier, à sa mort, 
passe dans le corps du léopard, avec cette particula- 
rité que, si de son vivant il était anthropophage, sous 
sa nouvelle forme il attaquera l'homme pour conti- 
nuer d'en faire sa nourriture; dans le cas contraire, 
ce sera un léopard d'un caractère plus doux. Quant 
aux femmes, elles deviennent des serpents excessive- 
ment dangereux, etc. Les indigènes du Katanga, dit 
M, Brasseur, s'imaginent que le hoche-queue est un 
roi qui, après sa mort, a pris cette forme pour reve- 
nir sur la terre; aussi le vénèrent-ils tout particu- 
lièrement. 

On a observé une infinité d'autres superstitions. 

Féticheurs, — Le sorcier ou féticheur est un per- 
sonnage important, dont les fonctions sont si nom- 
breuses qu'on peut le considérer comme un des 
rouages essentiels de l'organisation sociale indigène. 
Aussi les noirs ont-ils pour lui une crainte respec- 
tueuse et exécutent-ils fidèlement ses décisions. 

Dans le haut Congo, le métier de féticheur se trans- 
met généralement de père en fils, à moins que le 
titulaire n'ait pas de descendant mâle, auquel cas il 



304 ETHNOGRAPHIE 

enseigne ses pratiques à un enfant d'adoption. Dans 
toute la région du bas fleuve, y compris celle des 
cataractes, le recrutement et l'initiation des féticheurs 
sont entourés de pratiques mystérieuses, jusqu'ici 
assez peu connues. On sait seulement qu'il y existe 
une corporation de jeunes gens dont les membres 
reçoivent une affiliation secrète et sont désignés sous 
le nom dHnkiînba, 

Les féticheurs portent un costume spécial, géné- 
ralement de haute fantaisie, destiné à impressionner 
fortement les nègres naïfs. Ils se font des crinières 
en piquants de porc-épic et portent des masques eu 
bois sculpté ornés de barbes en poils de chèvre, qui ne 
manquent pas de caractère et ^ui pourraient rivali- 
ser avec ceux ^e confectionnent les artistes de la 
race jaune. Dans le Kasai, on trouve non seulement 
des masques couvrant le visage, mais encore d'énormes 
têtes creusées, que le féticheur s'enfonce jusqu'aux 
épaules. 

Le métier des féticheurs est rémunérateur, mais il 
est loin d'être facile. Il s'agit, pour eux, de faire 
obtenir aux gens qui les consultent tout ce qu'ils 
désirent ou de leur persuader que leurs vœux seront 
exaucés; et ils sont consultés par tous et è propos de 
tout. Doute-t-on de la fidélité de son épouse, vite on 
court chez le féticheur. Une jeune femme est-elle 
frappée de stérilité, le sorcier intervient. Désire-t-on 
faire une bonne pêche ou une bonne chasse, on f.'.it 
des cadeaux à ce dernier. 

Le féticheur s'occupe aussi de confectionner et de 
distribuer les fétiches, lesquels sont, autant que pos- 
sible, différents de ceux que vendent les confrères du 
voisinage, car il ne faut pas se faire la concurrence. 
L'un aura le fétiche des maladies, un autre le fétiche 



ORGANISATION POLITIQUE 305 

(le la pluie, un troisième celui des tempêtes, un qua- 
trième celui de la fidélité, etc. Enfin, le fcticheur a 
encore d'autres attributions importantes. Il préside à 
toutes les cérémonies, telles que funérailles, échange 
du sang, etc., joue un rôle dans l'administration de 
la justice indigène, remplit les fonctions de bourreau 
et guérit les malades. 

En cas de crime ou de délit, c'est le féticheur qui 
désigne le coupable. 

Celui sur qui pèse l'accusation doit se soumettre à 
une épreuve; c'est parfois l'épreuve du feu : on 
applique sur son corps une lame de fer chauffée à 
blanc; c'est plus souvent l'épreuve de la casque (du 
portugais casca, écorce). La boisson appelée casque 
est tirée de l'écorcc d'une euphorbiacée, au suc véné- 
neux. Selon qu'elle est plus ou moins dosée de suc, 
elle donne la mort ou ne provoque que des vomisse- 
ments. 

Le féticheur administre aussi la casque à ceux qui 
sont soupçonnés d'empêcher la pluie de tomber ou 
à ceux qui, lorsqu'un personnage de marque vient 
à mourir, sont accusés d'avoir jeté sur lui un mauvais 
sort. 

L'Etat du Congo a cherché à mettre fin à cette 
coutume barbare. Un décret du 18 septembre 1896 
punit de la peine de mort ou de la servitude pénale 
quiconque, abusant des croyances superstitieuses d'un 
indigène, l'aura soumis ou fait soumettre à l'épreuve 
du poison. 

Bibliographie : Baekts : Organisation politique^ civile et 
pénale de la tribu des Mousouronghe, — Coquilhat : Le 
Congo et la tHbu des Bangala. — Prkvillb : Les sociétés 
africaines. — db Sagher : Les coutumes des indigènes de 
l'État indépendant du Congo — L, Van de Velde : La 
région du bas Congo et du Kicilu-Niadi. 



CHAPITRE XX. 

MOEURS ET COUTUMES. 



y 



Villages et habitations. — La disposition des vil- 
lages dépend souvent de circonstances locales. Dans 
le bas Congo, où le terrain ne manque pas et où les 
conditions de sécurité sont aujourd'hui absolues, les 
cases sont largement éparpillées. Mais dans le haut 
fleuve les populations n'ont souvent trouvé entre 
celui-ci et les marais de l'intérieur qu'une étroite 
bande de terrain ; les agglomérations ont donc dû s'y 
développer en longueur. A l'équateur, elles forment 
ordinairement une avenue, large de huit à dix 
mètres, s'étendant à perte de vue. Chez les Bangala 
les huttes appartenant à une même famille sont ran- 
gées en demi-cercle, de façon à ménager une cour 
intérieure qui sert de lieu de réunion. Dans le bas 
Ubangi, où les peuplades ont perpétuellement à 
craindre des attaques, les habitations sont très rappro- 
chées les unes des autres et les rues, perpendiculaires 
au fleuve, permettent une retraite rapide vers les 
pirogues. Dans le haut Aruwimi, toutes les huttes, de 
même forme et de même hauteur, tiennent les unes 
aux autres. 

La nature met à la disposition des noirs des res- 
sources puissantes : haies d'euphorbes, de cactus, 
d'acacias épineux, dont ils se servent habilement 
pour la défense de leurs cités. Bien plus, ils sont 
arrivés à créer de véritable fortifications. 



3IOEliRS ET CU)LTLMES 307 

Le borna, qui est le type priocipal de la forteresse, 
consiste en un certain nombre de troncs d'arbres 
plantés les uns à c6té des autres, laissant entre eux 
des intervalles qui permettent aux défenseurs de 
darder leurs lances et leurs flèches sur les assié- 
geants. Il s'ouvre par deux ou quatre portes. Parfois, 
et c'est le cas pour quelques villages importants 
obéissant à un chef puissant, il comprend une seconde 
enceinte réservée au prince et à sa cour. 

Les fortifications d'origine autochtone que bâtis- 
sent les indigènes du Congo procèdent toutes du 
boma. Cependant, du côté du Tanganika, les natu- 
rels, stylés par les Arabes, ont élevé quelques tembe, 
constructions plus solides, plus aisées à défendre, 
mais, par suite de leur étroitesse, moins agréables à 
habiter. Le tembe est une enceinte rectangulaire, 
généralement en pisé, rarement en pierre, dont les 
murs extérieurs, très solides, sont percés de meur- 
trières. Aux deux extrémités se trouve une herse; au 
milieu est ménagée une cour. 

L'indigène ne demande à son logis qu'un abri 
contre les éléments ; aussi son habitation réalise-t-elle 
un maximum de simplicité. 

Il y a deux types généraux de cases {sldtnbek) : les 
constructions rondes et les constructions rectangu- 
laires, évidemment imitées des habitations des 
anciens traitants. On voit celles-ci là où les noirs 
sont depuis longtemps en contact avec les Européens. 

Les cases comprennent une ou deux pièces et n'ont 
d'autre ouverture qu'une porte, ordinairement de 
30 centimètres de hauteur, si petite qu'on la pren- 
drait à première vue pour une fenêtre, et que les 
habitants doivent parfois se coucher complètement 



308 ETHNOGRAPHIE 

pour rentrer chez eux. Cependant, chez quelques 
tribus, la porte, au lieu d'être au niveau du sol, est 
au faîte, et l'on se sert d'un échafaudage pour l'at- 
teindre. 

Les huttes rectangulaires sont les plus perfection- 
nées ; il en est qui ont une véranda, formée par le 
prolongement du toit et appuyée sur des piliers. Mais 
les huttes circulaires offrent plus de variété. Leur 
toit conique leur donne parfois l'aspect de gigantes- 
ques éteignoirs ou de formidables pains de sucre. 
Dans la vallée du Sankuru, elles sont construites en 
forme de gobelet; dans l'Ubangi et chez les Holo, 
elles ressemblent à des ruches à foin; dans l'Uele, les 
cases des nains rappellent l'aspect d'un œuf coupé en 
deux. 

Cependant l'architecture nègre ne se borne pas 
toujours à la construction de ces petites habitations. 
Certaines tribus élèvent de véritables palais, réservés 
aux chefs, et des halls immenses pour les réceptions 
et les assemblées publiques. 

Alimentation. — La plupart des nègres se conten- 
tent, en prenant leurs repas, de boire de l'eau. Cepen- 
dant ils ont imaginé, plutôt pour satisfaire leur goût 
que pour calmer leur soif, plusieurs boissons, parmi 
lesquelles il en est d'excellentes. Quoiqu'elles soient 
généralement peu alcoolisées, ils en absorbent de si 
grandes quantités qu'ils parviennent à se griser. 

Les unes sont comparables à nos cidres; on les 
appellent po7nbe, masanya, etc. On les prépare, soit 
en laissant fermenter dans l'eau des tranches de 
bananes mûres, soit en pilant des morceaux de canne 
à sucre dans une auge, puis en recueillant et laissant 
fermenter le jus qui s'en écoule. Dans certaines 
régions, on connaît l'hydromel, mélange de miel et 



MOEURS ET COUTUMES 309 

d'eau, aromatisé au moyen de quelques herbes. D'au- 
tres boissons, rappelant nos bières, sont extraites du 
sorgho, du maïs, de l'éleusine; on les fabrique dans 
toutes les régions où ces céréales sont cultivées, c'est 
à-dire à l'est et au nord-est du bassin. 

Mais, de toutes les boissons, la plus appréciée est le 
malafUf extrait des palmiers raphia et elaïs. Le vin 
de palme, lorsqu'on vient de l'extraire, a un aspect 
laiteux et un goût sucré d'amandes. Mais à mesure 
qu'il vieillit, il devient plus acide, et il suffit d'un 
jour, de quelques heures même, pour le faire passer 
à l'aigreur accentuée. 

Les nègres se nourrissent de peu de chose; le 
plus souvent, ils ne mangent que des légumes : 
bananes bouillies, fraîches ou rôties, patates douces 
bouillies, cuites sous la cendre ou pulvérisées. Leurs 
céréales, maïs, sorgho, éleusîne, etc., se préparent 
presque toujours en bouillie. C'est la chickwangue, 
ou pain de manioc, qui forme la base de leur ali- 
mentation. 

Généralement ils aiment le poisson : il n'est pas 
de population habitant à proximité d'un lac ou d'une 
rivière qui ne se livre à la pèche. Cependant la viande 
est leur mets préféré. Aucun animal ne leur répugne : 
ils mangent des chiens, des serpents, des œufs de 
crocodiles, des vers blancs, des termites et des 
chenilles. 

Mais de tous les aliments, le plus recherché, dans 
tin grand nombre de tribus du haut Congo, est l'être 
humain, chassé, capturé et vendu comme viande de 
boucherie. 

A notre avis, l'anthropophagie est avant tout d'ori- 
gine physiologique : elle est née de la faim, du besoin 
de se procurer de la chair. Si elle existe dans des 



310 ETHNOGRAPUIE 

pays riches, où la nourriture taat végétale qu'animale 
abonde, il ne faut en accuser que rinstinct de Timi- 
talion, qui a amené une véritable perversion du goût. 
Il est aujourd'hui reconnu que le cannibalisme est 
pratiqué dans tout le bassin, du Stanley- Pool au Tan- 
ganika, de ITele aux sources du Lualaba. 

Les Bateke, dit M. Guiral, proclament la chair 
humaine «extraordinairement savoureuse» et n'aban- 
donnent jamais sur le champ de bataille le corps - 
d'un ennemi, dont le nom est, dans leur langue, 
synonyme de « gibier ». 

Certaines peuplades n'ont d'autre occupation que la 
chasse à l'homme; M. Delcommuae nous apprend que 
les Mongo ou Balolo s'adonnent à ce négoce odieux, 
lis se procurent les esclaves destinés au couteau au 
moyen de razzias faites dans les territoires des tribus 
voisines, qui- sont moins fortes et moins bien armées 
qu'eux, ou bien par des achats et des échanges. La 
plupart de ces malheureux sont expédiés dans 
rCbangi, où on les troque contre de l'ivoire et d'au- 
tres produits. A certains jours il se tient sur le bord 
de la rivière de véritables marchés, où l'on expose en 
vente un grand nombre d'indigènes destinés à être 
mangés. 

M»'' Augouard fournit de nombreux détails sur le 
cannibalisme des riverains de l'Ubangi. Il ne se passe 
pas de jour que l'un ou l'autre village n'immole une 
victime destinée à faire les frais d'un festin. Les pri- 
sonniers faits à la guerre sont immédiatement co^ 
sommés : l'échange de captifs n'est pas connu, cha- 
cune des parties préférant manger ses prisonniers. Il 
n'y a pas d'esclaves, parce qu'ils sont aussitôt dévorés 
qu'achetés; cependant, aux sujets maigres, on accorde 
un sursis de quelques mois pour se refaire la santé. 



MOEURS ET COUTUMES 311 

Les Bangala mangent leurs prisonniers et leurs 
esclaves. Pour eux, la chair humaine est un aliment 
noble. L'homme, disent-ils, est une viande qui parle, 
M. Coquilhat nous a fait le récit d*une exécution à 
laquelle il a assisté : le chef fit d'abord casser les bras 
et les jambes de la victime; il la fit ensuite tremper 
toute la nuit, encore vivante, dans le fleuve, la tête 
seule émergeant de l'eau, afin de pouvoir enlever plus 
facilement Tépiderme. Au point du jour, on décapita 
le malheureux, puis on l'écorcha. 

Les Bapoto sont, eux aussi, grands mangeurs 
d'hommes. Ils dépècent et débitent les corps de leurs 
victimes avec l'adresse de parfaits bouchers. Il arrive 
souvent, dit M. Van Mons, que le malheureux destiné 
au couteau soit exposé en vente au marché. Il se pro- 
mène de long en large, et les amateurs, qui viennent 
l'examiner, désignent les parties qu'ils préfèrent, qui 
un bras, qui une cuisse, la poitrine ou la tête. On 
circonscrit au moyen de lignes de terre colorée les 
sections achetées. Quand le corps entier est vendu, on 
abat le malheureux. 

Tel est le goût des Basoko pour la chair humaine, 
qu'ils mangent même leurs morts. Le plus souvent ils 
découpent le corps en menus morceaux qu'ils enfilent 
surun bâton etqu'ilssèchent enles exposant au-dessus 
du feu. Ils font également mariner la « viande »> dans 
des pots et en fondent la graisse. 

Le nom que les indigènes de certaines régions don- 
nent à l'homme « comestible » est celui de nyama, 
viande. De là le surnom de Niam-Niam, mangeurs de 
viande, donné aux Azande, si grands amateurs de 
chair humaine. Ils se font gloire de cette coutume, 
dit Schweinfurth. Leurs ménestrels chantent, en même 
temps que les hauts faits des guerriers, les festins faits 



312 ETHNOGRAPHIE 

avec la chair de leurs victimes, qu'ils proclament 
« extraordinairement savoureuse », surtout quand 
elle a passé une nuit dans Teau. 

Chez les Mombutu, les cadavres des ennemis tom- 
bés sur le champ de bataille sont immédiatement 
répartis entre les vainqueurs et découpés en longues 
tranches qu'on fait bouillir et qu'on emporte en guise 
de provisions de bouche. Les prisonniers sont amenés 
au village, parqués comme de vrais troupeaux et 
réservés pour les besoins futurs. Les enfants sont 
considérés comme une friandise et destinés à la 
cuisine des chefs. 

Les Manyema sont d'une anthropophagie plus 
révoltante encore. Ils n'aiment que les corps « faisan- 
dés ». Ils les font macérer dans l'eau vive jusqu'à ce 
que les chairs soient presque putréfiées, et les dévorent 
sans plus de préparation. 

Tous les explorateurs du Congo sont unanimes à 
constater la pratique de la monstrueuse coutume 
dans le bassin entier, et plusieurs d'entre eux font 
cette observation sensationnelle que l'anthropophagie 
paraît plus générale et plus invétérée chez les tribus 
qui se distinguent par un certain progrès social. Ainsi, 
les Mombutu, qui possèdent déjà quelque culture 
intellectuelle et une organisation politique assez bien 
ordonnée, sont en même temps des cannibales féroces. 
D'autres, dit le D^ Hinde, qui hier n'étaient pas des 
cannibales, le sont devenus ou le deviennent, grâce a 
leurs relations plus fréquentes avec leurs voisins, 
car, depuis l'entrée des Européens dans le pays, les 
voyageurs circulent plus facilement et avec plus de 
sécurité. 

Par quel moyen arrivera-t-on à la suppression du 
cannibalisme? Il ne faut pas se faire d'illusion, — et 



MOEURS ET COUTUMES 313 

ceux qui ont l'expérience des choses africaines ne 
s'en font pas, — les moyens violents ne sauraient 
aboutir. Selon nous, Ton devra d'abord s'attaquer à la 
cause initiale du mal, qui est la faim, et développer 
l'élevage du bétail jusqu'à ce que les natifs puissent 
se procurer une nourriture animale en quantité suffi- 
sante. Mais, nous ne nous le dissimulons pas, ce 
remède ne sera complètement efficace que si l'on 
arrive à transformer progressivement l'état social des 
populations congolaises, en multipliant les centres de 
civilisation : ce sera l'œuvre des agents de l'État et 
surtout du commerce privé. 

La toilette, — En général les indigènes semblent 
attacher à leur costume moins d'importance qu'à leur 
coiffure, à leurs tatouages, à leur denture, aux peintures 
qu'ils se font sur le corps et aux parures de toute 
espèce. 

Certaines déformations artificielles sont presque 
générales : l'épilation, l'arrachement des cils et des 
sourcils, l'extraction et le bris des dents. D'autres ne 
sont que fréquentes; par exemple, l'allongement du 
lobe de l'oreille, qui est alors percé et reçoit comme 
ornement un morceau de bois, une vieille douille de 
cartouche, des dents de fauve, etc. Certaines peuplades 
du haut fleuve se passent des cordes dans les car- 
tilages des oreilles et du nez. On a vu, dans la haute 
Busira, des indigènes qui avaient un tablier naturel 
obtenu par l'étirement continu de la peau de l'abdo- 
men. La coutume de déformer la tête chez les enfants 
en la comprimant a été souvent signalée. 

L'usage du « pelele », petit disque de bois ou 
d'ivoire introduit dans la lèvre supérieure, est singu- 
lièrement réparti : sa frontière occidenlale, qui, en 
certains points, ne correspond à aucune grande divi- 



314 ETHNOGRAPHIE 

sion de peuplades^, suit une ligne sinueuse touchautt 
le haut UbaQgi, contournaat le pays des Azande et des 
Mcmbulu, poussant uae pointe jusqu'au Lualaba, 
aux Stanley-Falls et longeant la ligne des lacs jus- 
qu'au Shire. 

Partout où les nègres sont d^^puis longtemps en 
relation avec les ccmmerçants europ<^ens, le costume 
indigène tend à disparaître. On y voit un bizarre 
mélange de vieilles bardes et de guenilles abandon- 
nées par les blancs. Mais lorsqu'on s'avance vers l'in- 
térieur, on trouve un costume original, qui est le 
pagne. Dans les régions où les blancs ont introduit 
leurs articles d'échange, il consiste en un morceau 
de cotonnade importée, dont la couleur et les dessins 
varient avec la mode. 

Le pagne qu'on rencontre le plus souvent est 
une pièce de tissu indigène, parfois coloré, orné de 
dessins rouges ou noirs, ou entouré de franges. Il 
s'attache à la ceinture comme un tablier, ou bien est 
passé entre les jambes et retenu, devant et derrière, 
par une corde qui serre la taille. Chez quelques peu- 
plades, il consiste en un certain nombre de ceintures 
à longues franges; les femmes bangala, par exemple, 
se superposent dix, quinze et vingt de ces jupes, ce 
qui leur donne un peu l'allure de nos ballerines. 
Quelques tribus ignorent le tissage et se font des 
pagnes d'écorces battues. D'autres, comme les Azande, 
qui se livrent presque exclusivement à la chasse, se 
vêtent de peaux île bêtes et laissent descendre la 
queue jusqu'à mi-jambe. 

La toilette et le luxe des habillements sont l'apa- 
nage du sexe fort; le costume des femmes est géné- 
ralement plus sommaire. Ainsi, dans le haut Lbangi, 
les jeunes tilles n'ont, pour tcut vêtement, qu'une 



MOEURS ET COUTUMES 31S 

Ceinture fuite de deux ou trois crias d'éléphant noués 
boat à bout ou de quelques fibres. 

GepeïKbnt il est peu de régions où hommes et 
femmes soient tout à fait nus ; des voyageurs assu- 
rent même que plus la péuétration européenne s'ac- 
centue, plus on voit les noirs soucieux de se couvrir 
le corps. Selon eux, cela serait dû au sentiment nais- 
sant de la pudeur, plutôt qu'à Tinslinct de l'imitation. 

Les Congolais apportent beaucoup de soin à la 
toiletta de kur tête. 

Presque partout, les cheveux sont graissés à fhuile 
de palme et parsemés d^^ne poudre rouge appelée 
ngula. La façon de les porter varie selon les tribus ; 
rarement ils sont rasés ; parfois ils sont coupés 
courts ; le plus souvent ils sont divisés en nattes et 
tressés; en bien des endroits ils sont même réunis en 
chignon. 

II existe des modes très singulières. Ainsi, dans le 
haut Ubangi, les jeunes filles sango et bongo portent 
des cheveux porstiches, ceux d'une morte ou d'une 
prisonnière, qu'elles s'attachent si habilement que 
des Européens s'y tromperaient; ou bien elles se 
contentent <ie prolonger leur chevelure par une multi- 
tude de fines cordelettes. Leur tresse prend alors des 
dimensions extraordinaires, jusqu'à 2 ou 3 mètres, 
et pèse 10 et 15 kilogrammes ; elles l'enroulent en 
boule et la serrent dsHis un filet qu'elles portent sus- 
pendu à l'épaule ou sur la tète. La même coutume se 
retrouve chez les élégantes mongwandi ; seulement, 
à la hauteur de la ceinture, elles tournent les corde- 
lettes autour d'un bâton, de façon à former un gros 
paquet qu'elles portent constamment dans leurs bras 
et qui, la nuit, leur sert d'oreiller. 



316 ETHNOGRAPHIE 

Les coiffures constituent, de même d'ailleurs que les 
tatouages, des signes ethniques différenciant les tribus. 

La pratique du tatouage est très répandue et varie 
à l'infini : tel individu se contente d'un signe sur le 
front ou sur la poitrine, tandis que d'autres ont le 
corps couvert de dessins, de la tête à la plante des 
pieds. Le désir de s'orner, d'être remarqué, de plaire 
est probablement la principale cause de cette cou- 
tume; il faut y ajouter le besoin de créer une marque 
indélébile permettant aux hommes d'une même tribu 
de se reconnaître. C'est ainsi qu'on peut distinguer 
deux espèces de tatouages : les tatouages de race et les 
tatouages de fantaisie. Les premiers, qui se font géné- 
ralement sur la figure, sont les mêmes pour les 
hommes et pour les femmes. Ils consistent en lignes, 
pois, loupes, excroissances diverses, présentant des 
dispositions traditionnelles (^). 

Les tatouages décoratifs présentent une plus grande 
variété. Parfois ce ne sont que des cicatrices coutu- 
rant le dos, la poitrine, les épaules, formant des 
bourrelets de chair ou des tuméfactions semblables à 
de larges brûlures. Le plus souvent, . ce sont de 
capricieuses arabesques, des pois alternant avec des 
feuilles de palmier, des représentations d'emblèmes. 
Les tatouages servent encore à rappeler des événe- 
ments mémorables : nubilité, mariage, premier, 
deuxième, troisième enfant, fin des allaitements, etc. 
Au bout de quelques années de séjour au milieu des 
noirs, on arrive même aisément à lire sur eux toute 
leur biographie : leur lieu d'origne, par qui ils ont 
été achetés, vendus, rachetés, etc. 

Il faut un temps assez long pour qu'un tatouage 

(1) Voir pc ur plus de détails sur les coiffires et les lalounges, le 
chapitre XVIII. 



MOEURS ET COUTUMES 317 

réussisse : on l'applique petit à petit et par parties, 
dès que Tcnfant a atteint l'âge de cinq à six ans. 11 est 
obtenu, tantôt par des entailles pratiquées à l'aide 
d'un couteau, tantôt par des piqûres faites avec une 
épine ou une fine aiguille. On l'entretient en y injec- 
tant quelque substance irritante, quelque liquide 
corrosif qui produit des boursouflures : soit du jus 
de citron, soit du suc de rocouyer, soit encore de la 
poudre de chasse. 

Quelques objets de parure méritent d'être signalés. 
Beaucoup de noirs portent des brassières et des jam- 
bières en fer ou en cuivre, sur lesquelles sont gravées 
d'innombrables figures. Au cou, ils ont une variété 
infinie de colliers de perles, de cauris, de lamelles de 
dents d'hippopotame, de cuivre, de fer, de plumes, 
de graines, etc. Des colliers de femme, en cuivre 
massif, atteignent un poids de 12 à iU kilogrammes. 
M. Van Gèle a pesé les parures d'une dame nègre de 
l'Equateur : il y en avait près de 29 kilogrammes. 

Les colliers de dents humaines se rencontrent chez 
les populations cannibales. Les guerriers seuls arbo- 
rent cet atroce tour de cou : plus ils ont de dents 
d'hommes, plus ils sont fiers et plus ils sont admirés, 
car le nombre de ces dents est un indice du chiflro 
de leurs victimes. 

BiBi.iOGRAi^HiE : Outre les relations de voyages cataloguées 
à la suito des chapitres II, III et V, et les nombreux articles 
sur les mœurs el coutumes publiés parle Mouvement géo- 
graphique, le Congo illustré, la Belgique coloniale^ le Bul- 
letin de la Société d'études coloniales et les publications du 
Cercle africain, nous signalerons encore ; von Danckelman : 
Kalamba, etc. — Fuchs : Mœurs congolaises. — Goblet 
d'Alviella : Croyances religieuses des peuples du Congo. — 
Merlon : Les noirs : mœurs, législation, croyances, super- 
stition. 



CHAPITRE XXI. 

Ai^RfCULTtlRE, INDUSTRIE ET COMMERCE 

INDIGÈNES. 

A. AGRICULTURE. 

Presque partout les naturels travaillent le sol. 
Chaque village est entouré de champs de bananiers, 
de manioc, de patates, d'ignames, d'arachides, de 
maïs, de sorgho, de riz, de millet, d'éleusine, etc. 

A côté de ces plantations on trouve d'autres végé- 
taux utiles, cultivés sur une moins grande échelle : 
(les légumes, tels que les haricots, dont les plus 
1 éputés sont les haricots foncés des Falls et les hari- 
<:ots du Kasai ; des plantes à fumer, le tabac et le chan- 
vre; la canne à sucre de Java, à tige violette, et de 
Bourbon, à tige jaune, qu'on cultive pour la mâcher 
ou pour en faire une boisson. 

Le plus souvent, pour préparer de nouveaux ter- 
rains de culture, on défriche successivement diverses 
parties de la forêt, en laissant, sur les confins de cha- 
cune d'elles, des rideaux d'arbres d'une certaine épais- 
seur : il se forme ainsi une suite de clairières et de 
massifs boisés qui donnent au pays l'aspect d'un 
vaste parc. 

On rencontre parfois de belles plantations savam- 
ment conduites, cou\Tant des centaines d'hectares; les 
indigènes, ne se contentant pas de cultiver une seule 
espèce sur le même terrain, font même de véritables 



ÂGniCCLTUHE LXDIGÈNK 319 

cultures combinées : ils sèment à la fois du maïs et 
du sorgho, qui mûrissent et sont rceoHés à des 
époques différentes. 

Au point de vue agricole, l'État se divise en deux 
parties, dont le mode d alimentation diffère sensible- 
ment. Les tribus qui occupent les territoires occiden- 
taux ('Bateke, Bangala, etc.) se nourrissent plutôt de 
manioc, de patates et d'ignames; celles qui habitent 
les régions orientales et le nord cultivent surtout les 
céréales. En d'autres termes, on peut dire que, d'une 
façon générale, les indigènes soumis à des influences 
musulmanes, anciennes ou récentes, sèment des gra- 
minées, tandis que les peuplades placées en dehors 
de l'action des Arabes ont conservé leur alimentation 
primitive. 

Dans toutes les parties du pays, de l'océan au Tan- 
ganika, du pays des Azande au Katanga, les voya- 
geurs ont signalé des plantations de bananiers; deux 
espèces sont cultivées : la banane d'argent et la banane 
plantain. 

Le manioc est la plante alimentaire par excellence : 
iine plantation d'un hectare peut nourrir de 40 à 50 
personnes pendant un an ; on en fait la chickwangue. 
Il en existe deux variétés dont l'une est très véné- 
neuse, à cause de l'acide cyanhydrique contenu dans 
l'enveloppe de sa racine ; mais, comme ce poison est 
très volatil, on s'en débarrasse assez facilement. 

La patate douce occupe partout des champs plus 
étendus que le manioc, sans cependant avoir la même 
importance : ses applications culinaiies sont moins 
nombreuses, elle est moins nourrissante et se con- 
serve moins bien. 

Il y a plusieurs espèces d'ignames; la plus répandue 
est l'igname ailée; on rencontre fréquemment aussi 



320 ETHNOGRAPHIE 

rîgname à bulbes aériens. L'igname ressemble à noire 
pomme de terre, et quelques voyageurs, notamment 
Schweinfurth, la trouvent délicieuse; elle est aisée à 
cultiver et d'un bon rapport. Cependant elle n'est 
estimée dans aucune partie du pays au même titre que 
les autres plantes formant la base de l'alimentation ; 
aussi nulle part ne la plante-t-on sur de grandes 
étendues : on n'en trouve que quelques pieds autour 
des villages. 

Le fruit de l'arachide, ou pistache de terre, donne 
de 36 à 45 p. c. de son poids d'une huile qui, obtenue 
par compression à froid, est comestible et rappelle le 
goût des haricots verts. L'arachide du Congo, qui est 
la plus estimée, a aussi le rendement le plus élevé : 
de 80,000 à 100,000 hectolitres à l'hectare. Elle est 
cultivée principalement dans le bas Congo, au 
Katanga et au lac Tanganika. 

Ainsi que nous l'avons dit, ce sont surtout les 
régions septentrionales et orientales qui produisent 
les céréales. Cependant le maïs se rencontre partout; 
son aire de dispersion n'est pas limitée comme celle 
des autres plantes alimentaires de la même famille, 
sans doute à cause de ses qualités de résistance, de sa 
facilité de culture et de sa croissance rapide. Les 
noirs considèrent le maïs comme une plante de luxe, 
qui leur procure des friandises précieuses, de nature 
à rompre un peu la monotonie de leur régime. 

L'espèce de sorgho que l'on rencontre le plus sou- 
vent a une graine blanchâtre, avec un point plus 
sombre ; le sorgho incarnado des Portugais, dont la 
graine a une teinte rougeâtre, est très répandu dans 
le Katanga. 

Au point de vue de la richesse en fécule, le riz est 
la première des graminées; cependant les indigènes 



INDUSTRIES INDIGÈNES 321 

ne le prisent guère et assurent qu'il ne fait que passer 
dans le corps, sans le nourrir ni le fortifier; en réa- 
lité il a surtout, à leurs yeux, l'inconvénient d'exiger 
certains soins de culture. Le riz pousse dans les 
plaines irriguées; mais des variétés connues sous le 
nom de riz de montagne ont été introduites et sont 
cultivées dans les régions pluvieuses. Le Congo doit 
ses rizières aux Arabes : on sn voit -partout où 
ceux-ci s'établissent à demeure. 

Le millet et l'éleusine, dont on fait des bières, ne 
forment qu'un faible appoint pour Talimentation. 
Le premier ne se rencontre guère que dans les régions 
excentriques de l'Uele, du Tanganika et du Katanga. 
Quant à l'éleusine, c'est la céréale des régions à sol 
pauvre; certaines tribus azande en possèdent de vastes 
champs. 

B, — INDUSTRIES. 

Bien que les peuplades du Congo vivent encore à 
l'état barbare, elles ne laissent pas d'avoir une indus- 
trie, intéressante à un double titre : d'abord, parce 
qu'elle est née sur place, grâce aux seuls efforts de 
l'artisan indigène, et qu'elle n'a presque rien 
emprunté à l'étranger; ensuite, parce qu'elle décèle 
souvent une préoccupation de l'ornementation bien 
faite pour nous surprendre. 

On voit, notamment dans le Kasai, des artistes 
sculpter le bois et confectionner des coupes, des 
masques de féticheur et des figurines-fétiches; ces 
dernières, qui représentent des hommes ou des ani- 
maux, sont caractérisées par un réalisme et un souci 
du détail étonnants. Les ivoiriers fabriquent beau- 
coup d'amulettes, figurant souvent des personnages 

11 



322 ETHNOGRAPHIE 

accroupis; dans le bas fleuve, ils sculptent aujour- 
d'hui l'ivoire sur commande. Les peuples du sud 
incrustent leurs fers forgés de cuivre rouge; ceux du 
nord de l'équateur ont une prédilection pour la cise- 
lure et les fines découpures de métal. 

Les industries extractives s'éxcercent sur une 
grande échelle; elles produisent, par des procédés 
naturel lemeiït très primitifs, du fer, du cuivre et du 
sel en assez grande quantité. Mais c'est surtout dans 
les industries manuelles que les naturels montrent 
une habileté et un savoir-faire extraordinaires, à tel 
point que beaucoup d'ouvriers européens ne pour- 
raient, avec les mêmes outils rudimentaires, les sur- 
passer ni même les égaler. 

Le fer et le cuivre. — L'extraction du fer n'est pra- 
tiquée que par quelques tribus qui se sont, en quelque 
sorte, réservé le monopole de cette industrie. 
Lorsque le minerai n'est pas à fleur de sol, on creuse 
des fosses de 1 mètre à 1™50 de diamètre, et dont la 
profondeur ne dépasse ordinairement pas 3 mètres; 
parfois ces puits sont réunis par des galeries établies 
à hauteur d'homme. Les paniers contenant le minerai 
sont déposés dans des mares d'eau; on les agite 
violemment, afin de dégager l'argile. Le minerai est 
ensuite placé, avec du charbon de bois, dans des 
fourneaux coniques garnis intérieurement de terre 
glaise : on allume et on active la combustion par le 
jeu d'un soufflet. Le métal fondu est recueilli dans un 
canal rempli de sable creusé pour le recevoir et où il 
se solidifie : c'est un fer spongieux, assez fruste, qu'il 
faut battre pour l'expurger. Ce ne sont pas ceux qui 
fabriquent le fer qui le travaillent pour en faire des 
outils : les lingots sont vendus aux forgerons des 
peuplades voisines. 



INDUSTRIES INDIGÈNES 323 

L'extraction des minerais de cuivre se pratique, 
dans le bas Congo et au Katanga, dans des excava- 
tions à ciel ouvert; il est assez rare que les mineurs 
creusent des puits. Au Katanga, dit le lieutenant Éras- 
seur, lorsqu'il y a une quantité suffisante de minerai, 
on en remplit de grands pots en terre ; ceux-ci sont 
placés sur des fourneaux et leur contenu est chauffé 
jusqu'à ébullition; après un premier nettoyage, on 
recommence la même opération, mais cette fois dans 
des pots plus petits et d'un maniement plus facile; dès 
que le minerai est de nouveau en ébullition, on le 
verse sur une pierre entaillée d'une croix de Saint- 
André; après refroidissement, on retourne la pierre 
pour faire tomber ce qu'on appelle une croisette. 

Le sel. — Le sel, qui est un produit des plus 
recherchés, constitue une marchandise d'échange de 
grande valeur et, parfois, un étalon monétaire. 

Dans la région des grands lacs, où existent de 
petits étangs salés, on se le procure soit en recueil- 
lant les couches blanches délaissées sur les bords par 
suite de l'évaporation, soit en- faisant bouillir l'eau 
saturée de sel. A Moashia, où les grands cristaux de 
chlorure de sodium abondent, les indigènes, armés 
d'un coquillage, se contentent de racler la surface 
du sol à la saison sèche. Les habitants des environs 
de Mpala ont détourné deux ruisseaux fortement salés 
et ont établi sur leurs bords, dans des prairies, des 
espèces de marais salants, où l'eau coule et s'évapore 
sous l'action du soleil, en laissant le sel sur la terre. 

Au sud de Nyangwe, le mode de fabrication est 
fort simple ; on emplit de terre saline un entonnoir, 
au fond duquel se trouve un coussin d'herbes, et 
l'on y verse de l'eau bouillante; le sel, dissous, tombe 
avec l'eau dans un récipient; ce liquide est évaporé 



324 ETHNOGRAPHIE 

et le résidu, un sel impur et boueux, contenant 
beaucoup de salpêtre, est mis en pains coniques. 

Rendus ingénieux par la nécessité, les indigènes, 
dans les contrées dépourvues de dépôts salins, mais 
où croissent certaines plantes aquatiques, se procu- 
rent le condiment nécessaire à leur cuisine par l'inci- 
nération de ces végétaux. 

Armes. — Il faut attribuer à l'incroyable patience 
du forgeron indigène les résultats surprenants aux- 
quels il aboutit, principalement dans la confection des 
armes, résultats qu'on peut constater en examinant les 
belles collections que les voyageurs ont rapportées et 
dont il y a surtout de remarquables séries au musée 
ethnographique de Berlin et au musée de Tervueren. 
Ces armes, fabriquées en vue de la guerre ou de la 
chasse, sont : le bouclier, la lance, le javelot, la sagaie, 
les arcs et les flèches, les couteaux et les haches. 

Les boucliers sont généralement de grandes dimen- 
sions. Celui des Wangata, riverains de l'embouchure 
du Ruki, compte parmi les plus élégants : étroit et 
long, fait de fibres de jonc tressées, il est bordé de 
peau de chèvre blanche ou noire et agrémenté de jolis 
dessins. Celui des Bangala est plus bombé et plus 
lourd. Dans le haut Ubangi, il est orné de peintures 
noires et de plumes, de peaux de béte ou de grelots 
en fer. Le bouclier des Azandc est en rotin et couvre 
les deux tiers du corps. Enfin, chez les Mombutu, ce 
n'est qu'une planche rectangulaire et peu solide, 
renforcée par des coutures de rotin. 

Presque partout, on trouve la lance à armature de 
fer. A l'Equateur elle est souvent remplacée par une 
simple perche dont l'un des bouts est effilé et durci 
au feu. Chez les Bangala, le fer se termine à sa base 
par un renflement ciselé. Dans TUbangi, les lances 



INDUSTRIES INDIGÈNES 325 

ont un certain cachet artistique : le fer est long, la 
hampe très travaillée, sculptée sur une petite étendue, 
entourée de fer ou de cuivre. 

Les arcs et les flèches sont les armes de prédilection 
des populations de l'intérieur. Les flèches sont lon- 
gues ; dans le Ruki, elles atteignent jusqu'à 1™50. 
Dans le haut Ubangi, on en trouve qui sont des chefs- 
d'œuvre de finesse; le fer, délicatement barbelé, est 
fixé sur un léger roseau par une ligature en caout- 
chouc; c'est par milliers que ces flèches se dépensent 
en temps de guerre. Les flèches empoisonnées sont 
surtout employées par quelques tribus sylvaines. Ceux 
qui en sont atteints meurent au bout de quelques 
heures. 

Les couteaux affectent des formes des plus intéres- 
santes. Ceux des Wangata ont un large fer, en forme 
de feuille, une poignée et une gaine de bois, et sont 
suspendus par un baudrier de peau. Chez les Bangala, 
on trouve, pour les exécutions, un couteau en forme 
de large cercle. Les Mongwandi confectionnent de 
jolies poignées de cuivre massif. Les Azande se ser- 
vent avec beaucoup d'adresse du couteau à lancer, 
qui a plusieurs branches découpées en folioles; il est 
connu dans toute la région septentrionale du Congo, 
jusqu'au lac Tshad. Le couteau mombutu, en forme 
de spatule ou de faucille, a un manche renforcé d'une 
crosse cylindrique en bois. Les couteaux sont d'une 
grande abondance dans le Kasai : les Bakuba les 
rehaussent souvent d'inscrustations de cuivre; il en 
est dont l'aspect est très séduisant : la poignée est 
garnie de laiton et la lame est en cuivre rouge ciselé. 

Parmi les produits de l'industrie du forgeron, les 
haches peuvent prendre la place d'honneur. Ce sont 
tantôt des instruments de guerre ou de travail, tantôt 



326 ETHNOGRAPHIE 

des insignes réservés aux chefs et aux notables. Les 
haches de fer ouvragé, que confectionnent les Zappo- 
Zap peuvent concourir avec nos plus habiles ferron- 
neries d'art. Les haches en cuivre des Bakuba sont 
peut-être plus brillantes, mais d'une moindre valeur 
ethnographique. 

L'introduction des armes à feu amènera la dispari- 
tion des armes indigènes; les Arabes disent, dans 
leur langage énergique, que « le fusil est le sultan de 
l'Afrique ». Le. nègres ne l'ignorent pas et s'impo- 
sent les plus g\ ands sacrifices pour acquérir ce pré- 
cieux objet. 

Instruments de musique. — Les artisans indigènes 
ont atteint un certain degré- de perfection dans la 
fabrication des instruments de musique. Les tambours 
revêtent les formes les plus diverses et sont de toutes 
dimensions; il en est de minuscules, sur lesquels 
s'exercent les enfants; il en est qui atteignent 5 ou 6 
mètres. Les tam-tams sont parfois énormes : toute 
une section du tronc d'un géant de la forêt est évidée ; 
une rainure longitudinale, coupée souvent d'une 
rainure transversale, divise l'instrument en deux ou 
quatre parties donnant deux ou quatre sons. Les 
natifs manient cet instrument avec une vélocité éton- 
nante et s'en servent pour correspondre au moyen 
d'un langage frappé très complet. Le xylophone ou 
claque-bois consiste dans une rangée de lames de bois, 
parfois de fer, placées sur un châssis. 

Les instruments à vent sont assez répandus; partout 
on trouve des trompes de bois, de corne ou d'ivoire, 
des sifflets, des ocarinas et des pipeaux. 

Les luthiers fabriquent des instruments d'une 
grande délicatesse. Tout autour de la grande forêt, on 
trouve la marimba, caisse de résonnance portant à sa 



INDUSTRIES INDIGÈNES 327 

partie supérieure une demi-douzaine de lames de fer; 
en promenant les doigts sur les touches, on produit 
une série de sons, un peu aigrelets, échelonnés et qui 
constituent une espèce de gamme; chez les Basoko, 
la marimba se fabrique souvent avec la calotte d'un 
crâne humain en guise de boîte d'harmonie. La 
guitare se rencontre chez les Bateke; elle est formée 
d'une caisse grossièrement taillée, de laquelle partent 
autant de manches que de cordes : c'est assurément 
le modèle le plus primitif de cet instrument. 

Les tissus. — Toutes les tribus n'ont pas une égale 
adresse dans la confection des tissus. Vers la côte 
cette industrie est en décadence, les naturels trouvant 
aisément à se procurer des étoffes dans les factoreries, 
où l'on débite des tissus de grande largeur, alors que 
les métiers indigènes ne produisent que des fragments 
de la dimension des fibres, soit 78 centimètres. 

Les tisseurs indigènes montrent une grande dexté- 
rité. Ils parviennent, par des changements spéciaux de 
la trame, à produire des dessins dans leurs étoffes. 
Ils n'ont que quatre teintes à leur disposition : le 
noir, le rouge, le brun et le jaune, qui est la couleur 
naturelle de la fibre. Le noir est obtenu de deux 
manières : on enfouit les fibres dans une argile noire 
et on les y laisse séjourner quelques jours ; ou bien on 
les fait bouillir dans une eau où macèrent les feuilles 
de certains végétaux. La teinture rouge est fournie par 
le Pterocarpus santalinoïdes. Enfin, au moyen de ce 
rouge mélangé au noir, on obtient un ton lie de vin. 

Dans quelques tribus on imprime les tissus; les 
impressions sont simples, représentent des lignes 
brisées, des losanges, des carrés, des triangles. Les 
Basongo-Meno du Sankuru et quelques peuplades de 
la haute Lukenie fabriquent des étoffes de luxe vrai- 



328 ETHNOGRAPHIE 

ment remarquables, analogues à nos velours frappés. 

Vannerie, — L*art de la vannerie n'est pas moins 
intéressant et Ton peut dire que les natifs y excellent. 
Les végétaux qu ils utilisent à cet effet sont le pal- 
mier, le bananier, le papyrus et l'herbe. 

La première application que firent les indigènes 
des feuilles de palmier fut la mutete, qu'il se posent 
sur la tête et sur laquelle il placent tout ce qu'ils ont 
à transporter. Vient ensuite, comme objet de première 
nécessité, le tamis servant à passer l'huile de palme. 
Les fibres de palmier servent encore à confectionner 
des peignes et des tambours de danse. 

Le bananier produit des filaments textiles qui ont 
surtout l'avantage de bien prendre les teintures végé- 
tales. On les utilise dans la confection des ouvrages 
délicats, principalement des hottes et des bonnets. 

Le papyrus s'emploie pour la fabrication des nattes 
de repos et pour tapisser l'intérieur des huttes. Enfin, 
les herbes servent à faire les paniers de toutes formes 
et de toutes dimensions que Ton trouve dans la plu^ 
part des villages : ils présentent parfois une maille si 
serrée qu'ils sont parfaitement étanches et qu'on 
peut s'en servir pour puiser de l'eau du conserver un 
liquide quelconque. 

a — COMMERCE. 

Aptitudes commerciales. — L'indigène de l'Afrique 
est né commerçant, déclarait Stanley à la Conférence 
de Berlin. De son côlé, M. R. Hartmann estime que 
les Africains de diverses nationalités paraissent nés 
pour le commerce. L'explorateur français Du Chaillu 
exprime la même opinion : ce sont de grands com- 
merçants, dit-il, et si les fleuves s'ouvrent un jour 



COMMERCE INDIGÈNE 329 

librement aux spéculations des blancs, leur passion 
pour le commerce aura bientôt développé les abon- 
dantes ressources du pays. 

Tous les voyageurs et tous les résidents ont cons- 
taté que le nègre du Congo a cette passion du négoce 
à un degré- supérieur. C'est un commerçant habile, 
retors, parfois entreprenant, qui a toutes les ruses et 
toutes les malices. S'il achète, il marchande pendant 
des heures le moindre objet. S'il vend, il débat 
longuement le prix de sa marchandise. La plupart 
des tribus sont en rapports d'affaires entre elles et 
pratiquent le commerce avec les blancs. 

Dans bien des rivières, les steamers sont suivis 
presque chaque jour par des indigènes en canot, solli- 
citant les passagers par des offres de produits de toute 
espèce. Le même spectacle se présente sur les rives : 
au passage des bateaux, les places de débarquement 
se couvrent d'une foule sympathique qui montre des 
tissus du pays, du bois de chauffage, des chèvres, des 
poules, des bananes, du manioc, etc. Cette ardeur 
pour le trafic aura une grande influence sur la rapide 
évolution qui se produit dans le bassin du Congo. 

Les marchés, — Une autre preuve de l'intelligence 
commerciale des noirs, c'est le développement donné 
partout à Tinstitution des marchés. Ceux-ci fonction- 
nent à jour fixe, suivant un roulement bien organisé, 
Stanley dit que dans le haut Congo, entre Nyangwe et 
les Falls, il a vu des marchés tout le long du fleuve, à 
des intervalles d'environ une lieue. Livingstone vante 
les marchés du Manyema : « Il y en a toutes les trois 
ou quatres lieues, dit-il, et l'on y vient de très loin ; car 
c'est une institution féminine non moins entrée dans 
les mœurs que chez nous de courir les boutiques... )) 
Ajoutons que sur tous les sentiers fréquentés on ren- 



330 ETHNOGRAPHIE 

contre des petits marchés, où les indigènes trouvent 
toujours chickwangue, légumes, fruits et malafu. 

C'est au marché que les noirs échangent les produits 
de leur sol, de leur chasse, de leur pêche ou de leur 
industrie. Il n'est pas rare de voir s'y rendre des cara- 
vanes nombreuses, venant de très loin, franchissant 
des distances de 25 à 50 lieues; ou bien des flottilles 
de 10 à 20 pirogues, fortement chargées, ayant accom- 
pli un voyage de plusieurs mois. 

Les marchés se désignent ordinairement par le 
nom du jour où il se tiennent, suivi des noms du vil- 
lage et du chef qui l'approvisionnent. L'emplacement 
choisi se trouve le plus souvent à une certaine distance 
des habitations. Il est défendu d'y venir en armes. 
L'ordre est sévèrement maintenu par un des chefs de 
village, délégué par ses collègues. Il règle les diffé- 
rends et, en cas de contestation, met les parties 
d'accord en fixant lui-même la valeur du produit. 

Les marchés importants sont bien ordonnés : 
chaque catégorie de commerçants a sa place marquée, 
l'occupe depuis de longues années et la conserve sans 
se permettre le moindre changement : ici, les pote- 
ries; là, le sel, dans de longs paniers en feuilles de 
palmier tressées; plus loin, la poudre, les amorces, 
les pierres à fusil ; puis, les légumes, la viande, le 
poisson fumé, le tabac, la vannerie, les étoffes, et, au 
point le plus animé, dans des calebasses pansues, le 
malafu, dont les indigènes s'off'rent d'amples rasades. 

C'est au marché que se vendent les esclaves. L'ache- 
teur les examine de la tête aux pieds, exagérant le 
moindre défaut, afin d'obtenir une diminution de 
prix. Ordinairement, ils proviennent de razzias faites 
dans les villages voisins. Fréquemment aussi, ils sont 
mis en vente à la suite de quelque larcin qu'ils ont 



COMMERCE INDIGÈNE 331 

commis : en effet, en vertu du droit coutumier, celui 
qui a été volé par un esclave a le droit d'être indem- 
nisé par son propriétaire; faute de quoi, l'esclave lui 
appartient de plein droit. Est-il besoin de dire que le 
commerce du bétail humain tend à disparaître partout 
où se manifeste Tinfluence européenne? 

Les marchés tiennent une place essentielle dans la 
vie des peuplades congolaises : ce sont non seulement 
des rendez-vous d'affaires, mais encore des lieux neu- 
tres où s'échangent les nouvelles, où s'agitent les ques- 
tions politiques, où se règlent pacifiquement les con- 
testations. 

Unités monétaires. — Une autre preuve tout à fait 
extraordinaire des dispositions des indigènes pour 
le commerce se trouve dans ce fait que partout ils 
ont créé entre eux de véritables unités monétaires. 
Us n'en sont plus au troc en nature; rarement on 
peut échanger directement un objet d'Europe contre 
une marchandise quelconque exposée en vente au 
marché : il faut se procurer l'équivalent de l'objet 
d'Europe en monnaies de la région, opération qui 
s'exécute à l'intervention de changeurs qui fonc- 
tionnent sur tous les marchés importants. 

L'étalon monétaire varie d'une contrée à l'autre, 
suivant la richesse des populations, leurs besoins ou 
le goût du jour. Les principales monnaies indigènes 
sont le laiton, le cuivre, les étoffes, les perles et les 
coquillages. Il y a aussi la monnaie de fantaisie, d'un 
usage moins général : dans le Kwango, le petit cube 
de caoutchouc; aux Falls, au Lualaba, au lac Albert 
et dans le Manyema, la houe de fer. L'esclave sert par- 
fois d'unité monétaire conventionnelle; par exemple, 
une pointe d'ivoire vaudra un nombre déterminé 
d'esclaves et l'acheteur remettra au vendeur leur équi- 
valent en marchandises. 



332 ETHNOGRAPHIE 

Les bâtonnets de cuivre ou de laiton appelés 
mitakos constituent la monnaie la plus répandue. Ce 
sont des fils de 2 millimètres d'épaisseur et dont la 
longueur varie suivant les régions : elle est de 18 cen- 
timètres dans le bas et atteint 5^ centimètres aux en- 
virons des Stanley-Falls. Au Katanga, on se sert de 
lingots de cuivre, en forme de croix de Saint-André, 
d'un poids qui dépasse 1 kilogramme et qui font penser 
à la célèbre et incommode monnaie des Spartiates. 

Les étoffes européennes, qui ont pris partout la 
place des tissus indigènes, sont d'un usage courant. On 
pourrait, à cause de leur prix plus élevé, les appeler 
l'étalon monétaire proprement dit, tandis que les 
autres ne seraient que le billon. L'inconvénient de 
cet article d'échange, c'est qu'il subit une assez grande 
dépréciation quand il est abondant sur le marché; 
d'autre part, sa valeur subit le contre-coup des tluc- 
tuations de la mode : il arrive souvent qu'un dessin 
nouveau ou une couleur nouvelle « démonétisent » les 
étoffes introduites précédemment. 

Les perles, qui étaient jadis un objet de parure, 
sont également un article de transaction ; on les enfile 
sur des fibres de palmier pour en faire des colliers. 

Trois espèces de coquillages, le cauri, le cône et 
l'olive, ont été employés autrefois à la côte occiden- 
tale. Tombés aujourd'hui en désuétude, ils ne con- 
servent d'importance que dans quelques parties de 
l'intérieur. Le cauri, petit coquillage récolté le long 
du littoral de Zanzibar et de Mozambique, est encore 
l'étalon monétaire dans le haut Kasai et ses affluents, 
ainsi que dans la région des sources de l'Uele. 



QUATRIÈME PARTIE. 



SITUATION ÉCONOMIQUE 



CHAPITRE XXII. 



LES PRODUITS DU PAYS. 



Certains produits coloniaux entrent pour une large 
part dans le commerce du monde entier et constituent 
la fortune, non seulement des pays dont on les tire, 
mais aussi de ceux qui les achètent, les transportent 
et les vendent sur les marchés. A Tépoque où les 
Belges sont arrivés dans le bas Congo, on n*y exploi- 
tait que rhuile de palme, les coconottes, l'arachide et 
l'ivoire. Lorsqu'ils s'installèrent dans le haut fleuve, 
ils furent amenés, en premier lieu, à récolter et à 
transporter de l'ivoire. L'occupation du pays ayant 
fait de rapides progrès et les moyens de communi- 
cation s'étant améliorés, l'attention fut ensuite portée 
sur le caoutchouc. L'ivoire et le caoutchouc ont 
été, jusqu'ici, les principaux articles d'exportation. 
Mais à présent que le railway, qui doit permettre les 
transports à bon marché, est terminé, un grand 
nombre d'a.utres produits vont être exploités; de 
nouvelles cultures seront créées et celles .qui existent 
. se développeront sur une grande échelle. 



334 SITUATION ÉCONOMIQUK 

A. — PRODUCTIONS ANIMALKS 

Les produits exploitables fournis par le règne ani- 
mal ne sont guère nombreux. Nous ne pouvons men- 
tionner que 1 ivoire, un peu de cire et quelques dé- 
pouilles d'animaux. 

D'après les dernières statistiques, la consommation 
annuelle d'ivoire dans le monde est d'environ 700 
tonnes, l'Afrique fournissant à elle seule environ 600 
tonnes. On peut donc dire qu'en dehors de quelques 
stocks d'ivoire fossile des Indes et de la Sibérie, la 
presque totalité de ce précieux produit est fournie 
par le continent noir. Il y a un demi-siècle, il s'expor- 
tait surtout par la voie de l'Egypte et de Zanzibar, 
plus rarement par la côte occidentale. Actuellement, 
l'Etat du Congo arrive au premier rang des pays 
exportateurs : en 1897, il a dirigé vers l'Europe 
245 tonnes d'ivoire, soit près de la moitié de la pro- 
duction africaine. Inauguré le 31 juillet 1888, avec 
15 tonnes, le marché d'ivoire d'Anvers dépassait déjà 
celui de Liverpool, en 1890, et celui de Londres, en 
1895. II est aujourd'hui le plus important du monde. 
Il s'y fait quatre ventes publiques par an, au commen- 
cement des mois de février, mai, août et novembre. 

Voici les statistiques des quantités qui furent écou- 
lées annuellement dans ces ventes, en 





Défenses, 


Kilop. 


Francs. 


1889 . . 


3,583 


45,252 


1,322,000 


1890 . . 


7,080 


76,448 


1,695,000 


1891 . . 


. 6,422 


59,686 


l,2i8,000 


1892 . . 


. 14,305 


118,739 


2,230,000 


1893 . . 


. 32,691 


223,584 


3,591,000 


1894 . . 


. 25,504 


185,558 


2,799,000 


1895 . . 


. 30,953 


273,287 


4,427,000 


1896 . . 


. 39,0i5 


246,125 


3,906,000 


1897 . . 


. 29,985 


280,117 


4,882,000 



PRODUCTIONS ANIMALES 335' 

Le prix moyen du kilogramme d'ivoire, à Anvers, 
est actuellement de 48 francs. 
Les principaux exportateurs congolais ont été : 





1895. 


1896. 


1897. 




Kilog. 


Kilog. 


Kilog. 


Domaine privé de l'État . : 


206,846 


156,755 


187,550 


Société du Haut-Congo . . 


74,736 


41,625 


48,820 


Société comin. anversoise . 


21,920 


12,922 


7,478 


Anglo belgian India Rubber. 


5,665 


5,595 


5,298 



On s'est demandé d'où peut provenir l'ivoire que le 
Congo'exporte en si grande quantité. Des écrivains 
fantaisistes ont imaginé des réserves inconnues que 
l'exploration faisait subitement découvrir, des cime- 
tières d'éléphants, endroits mystérieux où ces ani- 
maux allaient finir leurs jours ! D'autres ont parlé de 
chasses fantastiques, de tueries monstres, hauts faits 
cynégétiques des blancs, nouveaux venus dans l'an- 
tique domaine des puissants pachydermes. 

La vérité est moins compliquée. Les troupeaux 
d'éléphants sont encore extrêmement nombreux dans 
les vastes forêts vierges du centre du pays. L'indigène 
leur fait la chasse, moins pour l'ivoire que pour l'ali- 
ment apprécié qu'ils fournissent. Mafs cette chasse est, 
en somme, assez peu fructueuse et ne fournit qu'une 
faible partie des défenses exportées. Celles-ci pro- 
viennent en majeure partie des récoltes anciennes : 
ainsi, en 1897, sur les 29,985 pièces qui ont passé 
par le marché d'Anvers, on en comptait 8,539 
(c d'ivoire vivant », contre 24,446 « d'ivoire mort ». 

Depuis des siècles, les naturels recueillent et amas- 
sent les dépouilles des éléphants, les considérant 
comme une matière sans grande utilité pour eux- 
mêmes, mais précieuse par sa valeur d'échange. Cet 
ivoire demeura caché très longtemps, non sollicité 
par le commerce. Les gens de Khartum furent les 



336 SITUATION ÉCONOMIQUE 

premiers à le récolter dans le haut Nil, dans le Bahr- 
el-Ghazal et jusque dans le bassin de TUele. Puis 
des marchands de Zanzibar poussèrent vers le Tan- 
ganika et au delà, en même temps que les métis 
portugais de TAngola pénétraient dans le Lunda et le 
Katanga. Quelques années plus tard, l'exploration de 
l'Afrique centrale ayant conduit les Européens jus- 
qu'au cœur du pays, l'État du Congo s'étant constitué 
et des compagnies s'étant formées, les champs de 
récolte s'élargirent rapidement. 

L'ivoire d'Afrique est phis recherché que celui 
d'Asie. Il est plus dur et d'un grain plus serré, moel- 
leux à travailler et franc de fissures et de défauts. 
Les défenses sont, en général, très grosses. Elles attei- 
gnent un poids moyen de 30 kilogrammes. Il en est qui 
ont des dimensions extraordinaires : à Texposition 
de Bruxelles, en 1897, étaient exposées deux dents de 
belle qualité, provenant du Congo, formant paire et 
pesant chacune 78 kilogrammes ; leur longueur était 
de 2'"60 et leur diamètre au plein de 60 centimètres. 

Un décret, en date du 25 juillet 1889, interdit la 
chasse à l'éléphant dans toute l'étendue du territoire 
de l'Etat, sauf permission spéciale; les dépouilles des 
animaux tués en contravention à cette disposition 
sont confisquées au profit de l'Etat. 

B. - PRODUCTIONS VÉGÉTALES NATURELLES. 

Produits oléagineux. — Parmi les plantes qui four- 
nissent des huiles et des corps gras, l'élaïs de Guinée 
vient en premier ligne. Il n'est l'objet d'aucune cul- 
ture, mais sa force de propagation est telle que cer- 
taines régions en sont littéralement envahies ; ainsi, 
dans le Mayombe, des milliers de régimes pourrissent 



PRODUCTIONS VÉGÉTALES NATURELLES 337 

sur place tous les ans. Il est tout aussi répandu dans 
le haut Congo, surtout au delà de Bolobo ; dans le 
haut Kasai, au delà du confluent du Loange; dans 
le Ruki, la Lulonga, TAruwimi et le Lomami. Dans 
quelques régions, il forme même de véritables forêts. 
Les produits de Télaïs, qui ne sont encore exploités 
que dans les districts du bas Congo, tiennent une 
place importante dans les exportations de TÉtaf. 
En 1897, il en a été enregistré 5,64o tonnes, repré- 
sentant une valeur de 1,749,085 francs, se décompo- 
sant en 1,250 tonnes d'huile de palme et 4,395 tonnes 
de noix palmistes, fournies par les seuls districts du 
bas fleuve. 

Dans la région des chutes et dans le haut fleuve, 
les noirs ne songent pas encore à faire des produits 
de rélaïs des articles d'échange : ils se bornent à 
utiliser son feuillage pour le chaume de leurs huttes, 
ses fibres pour le tissage de leurs étoffes, son huile 
comme beurre, sa sève comme boisson (malafu) et, 
enfin, son cœur (chou palmiste), placé à la naissance 
des feuilles, comme légume. Mais le chemin de fer 
étant aujourd'hui achevé, les habitants du haut Congo 
suivront sans doute l'exemple de ceux du bas et feront 
à leur tour le trafic de l'huile de palme et des noix 
palmistes. 

Le bas Congo exploite également, mais sur une 
moins grande échelle, l'arachide, le sésame et la 
mulla panza, tandis que d'autres végétaux^ qui four- 
nissent aussi des produits oléagineux, n'ont pas 
encore attiré l'attention des commerçants, malgré 
leur abondance : deux palmiers, le Uaphia vinilera et 
le cocotier {Coeos nucifera) ; l'oba [Irvingia gabonensis); 
l'arbre à beurre {Hassia Parkii) ; le ricin iRicinis ^ 
communis) et le pignon d'Inde [Curcas purgans). l 






336 SITUATION ÉCONOMIQUE 

premiers à le récolter dans le haut Nil, dans le Bahr- 
el-Ghazal et jusque dans le bassin de TUele. Puis 
des marchands de Zanzibar poussèrent vers le Tan- 
ganika et au delà, en même temps que les métis 
portugais de TAngola pénétraient dans le Lunda et le 
Katanga. Quelques années plus tard, l'exploration de 
l'Afrique centrale ayant conduit les Européens jus- 
qu'au cœur du pays, l'État du Congo s'étant constitué 
et des compagnies s'étant formées, les champs de 
récolte s'élargirent rapidement. 

L'ivoire d'Afrique est phis recherché que celui 
d'Asie. 11 est plus dur et d'un grain plus serré, moel- 
leux à travailler et franc de fissures et de défauts. 
Les défenses sont, en général, très grosses. Elles attei- 
gnent un poids moyen de 30 kilogrammes. Il en est qui 
ont des dimensions extraordinaires : à l'exposition 
de Bruxelles, en 1897, étaient exposées deux dents de 
belle qualité, provenant du Congo, formant paire et 
pesant chacune 78 kilogrammes; leur longueur était 
de 2'"60 et leur diamètre au plein de 60 centiniètres. 

Un décret, en date du 25 juillet 1889, interdit la 
chasse à l'éléphant dans toute l'étendue du territoire 
de l'Etat, sauf permission spéciale; les dépouilles des 
animaux tués en contravention à cette disposition 
sont confisquées au profit de l'Etat. 

B. - PRODUCTIONS VÉGÉTALES NATURELLES. 

Produits oléagineux. — Parmi les plantes qui four- 
nissent des huiles et des corps gras, l'élaïs de Guinée 
vient en premier ligne. 11 n'est l'objet d'aucune cul- 
ture, mais sa force de propagation est telle que cer- 
taines régions en sont littéralement envahies; ainsi, 
A^r^a \q Mayombe, des milliers de régimes pourrissent 



PBODICTIOSS VÉGÉTALES NATURELLES 337 

sur place tous les ans. Il est tout aussi répandu dans 
le haut Congo, surtout au delà de Bolobo ; dans le 
haut Kasai, au delà du conlluent du Loange; dans 
le Rukî, la Luionga, i'Aruwimi et le Lomami. Dans 
quelques régions, il forme même de véritables foivts. 
Les produits de l'élaïs, qui ne sont encore exploités 
que dans les districts du bas Congo, tiennent une 
place importante dans les exportations de l'Etal. 
En 18117, il en a été enregistré iJ,6t3 tonnes, repré- 
sentant une valeur de I,749,08.t francs, se déconipii- 
sant en 1,2SU tonnes d'buite de p;ilme et i,Hi)3 lonnes 
de noix palmistes, fournies par les seuls districts du 
bas fleuve. 

Dans la région des chutes et dans le haut tieuve, 
les noirs ne songent pas encore à faire fies produits 
de l'élais des articles d'échange: ils se bornent à 
utiliser son feuillage pour le chaume de leurs huttes, 
ses fibres pour le tissage de leurs étoffes, son huile 
comme beurre, sa sève comme boisson (malafu) et, 
enfin, son co>ur (chou palmiste), placé à [a naissance 
des feuilles, comme légume. Mais le chemin de fer 
étant aujourd'hui achevé, les habitants du haut Congo 
suivront sans doute l'exemple (le ceux du bas et feront 
à leur tour le trafic de l'huile de palme et des noix 
palmistes. 

Le bas Congo ex| 
moins grande échel 
mulla pnn/a, tandis c 
nissent aussi des p 
encore attiré rutleiil 
leur abondance : deu 
le cocotier {Cocos vua 
l'arbre à beurre {lU 
communis) et le pignc 



338 



SITUATION ÉCONOMIQUE 



Gommes et résines, — Le caoutchouc constitue, 
même avant l'ivoire, la plus grande richesse du 
Congo; il est peu probable qu'il soit jamais détrôné 
par les'matières oléagineuses ou par le café. 

Son exploitation est récente. Elle a commencé, mais 
sur une toute petite échelle, il y a une quarantaine 
d'années, un peu après l'arrivée des Européens dans le 
bas fleuve. Les premières récoltes dans le haut datent 
de 1889. Dès lors, les progrès ont été rapides, au point 
qu'à rheure actîielle, le Congo, avec son exportation 
qui approche de 2,000 tonnes, a pris la tête des pays 
producteurs africains (^) : 



1887 
1888 
1889 
1890 
1891 
1892 
1893 
189 't 



POIDS. 

Kilogrammes. 

30,050 
74,294 
131,113 
133,666 
81,680 
156,339 
241,153 
338,194 
576,517 



1895 

1896 1,317,346 

1897 1,662,380 



▼ALEUR. 

Francs. 

116,768 

260,029 

458,895 

556.497 

326,720 

625,356 

964,612 

1,472,944 

2,882,585 

6,586,730 

8,311,900 



Les statistiques dumarché du caoutchouc, àAnvers, 
alimenté presque exclusivement par les produits con- 
golais, ne sont pas moins éloquentes : 





Kilog. 




Kilog. 


1889. . 


4,700 


1894. . 


27;, 580 


1890. . . 


30,000 


1895. . 


513,074 


1891. . . 


21,000 


1896. . 


. 1,115,875 


1892. . . 


62,965 


1897. . 


. 1,602,599 


1893. . . 


167,196 







- » V •- 



(<) La production totale de caoutchouc du globe, en 1897, a été 
- d'environ 34,000 tonnes : 22,000 provenant de l'Amérique, 
' 10,000 de l'Afrique et 2,000 de l'Asie et de l'Océanie. 



PRODUCTIONS VI^GÉTALES NATURELLES 839 

A la vente du 18 août 1898,240,000 kilogrammes de 
caoutchouc étaient catalogués, chiffre rarement atteint 
dans les enchères de Londres et de Liverpool. Ajou- 
tons que les principales marques congolaises sont en 
hausse constante et régulière, ce qui permet de 
prévoir pour bientôt le cours de 10 francs le kilo- 
gramme pour les belles sortes du Kasai, du Lopori, 
du Lomani, de la Busira, de TÉqualeur, de TUele, du 
lac Léopold II et de la Mongala. 

Les principaux importateurs congolais ont été : 

1895. 1896. 1897. 

Domaine privé de l'Etat .kil. 28^,721 568,346 721,5M 

S. A. B 123,872 2^14,650 458,862 

A. B. I. R 70.553 190,084 256,707 

Société comm. anversoise . 20,253 39,285 93,251 

Soc. desprod vég. du Kasai. 1,468 58,226 58,965 

Si on recherche l'origine, par district, des 1,600 
tonnes importées en 1897, on trouve approximative- 
ment : Equateur, 600; Kasai, 300; Bangala, 150; 
Stanley-Fall^, 130; Kv^ango, 120; Uele, 120; Aru- 
wimi,60; Lac Léopold, SO; Ubangi,30; Lualaba, 20; 
Stanley-Pool, 10; Cataractes, 10 tonnes. Il faudra 
bientôt y ajouter le Lomami, qui est une région 
extrêmement riche en caoutchouc. 

Dès sa première exploration, Stanley avait signalé 
l'avenir du caoutchouc du Congo. « Sur les seules 
îles du fleuve, disait-il, j'estime que l'on pourrait 
recueillir en un an assez de caoutchouc pour payer 
les frais de la construction du chemin de fer! >) 
Cameron est encore plus catégorique : « On récol- 
terait, dans les jungles et les fourrés inextricables 
que j'ai traversés, assez de caoutchouc pour répondre 
à toutes les exigences du monde civilisé. » Dans un 
rapport adressé à la Compagnie du Congo, M. Delcom- 
mune s'exprime comme suit : a De tous les produits 



340 . SITUATION ÉCONOMIÛUE 

congolais, celui qui deviendra un jour le plus abon- 
dant sur les marchés d'Europe est, sans contredit, le 
caoutchouc. Toutes les rivières du bassin du haut 
Congo que j'ai visitées renferment la liane Landol- 
phia. Le rendement que, dans ces régions, donnera 
un jour le précieux produit, est incalculable. » Enfm, 
le capitaine Stairs, arrivant sur le Luàpula, en aval 
du lac Moero, écrit que a lorsque le caoutchouc 
deviendra plus rare à la côte, c'est en cet endroit qu'il 
faudra aller le chercher. » 

La plante caoutchoutière la plus abondante, au 
Congo, est la liane Landolphia, qui fournit un caout- 
chouc de première qualité; mais la présence d'autres 
plantes à gomme a été signalée. En 1898, M. Henne- 
bert découvrit de nombreux irehs {Kickxia africana), 
arbres caoutchoutiers exploités à Accra et à Lagos et 
renommés pour leur grand rendement ; .leur exploi- 
tation a déjà commencé dans diverses stations congo- 
laises. D'autres végétaux gummifères ont été trouvés 
à Bangaso, dans le Kwango, à l'Equateur, dans la 
Wamba. L'État n'a pas négligé d'augmenter encore 
ces richesses naturelles, par l'introduction d'essences 
nouvelles, telles que le Ficus elastica, le Ceara et 
Vllevea bi^asiliensiSy fournissant le célèbre Para du 
Brésil. 

Dans cette exploitation intensive, entreprise avec le 
concours de la main-d'œuvre indigène et ordinaire- 
ment sans un contrôle suffisant, un danger était à 
craindre : l'épuisement qui pourrait résulter d'une 
récolte imprudente. Fréquemment les naturels, pour 
recueillir beaucoup de gomme en peu de temps, 
employaient le moyen expéditif qui consiste à 
couper la liane au lieu d'y pratiquer des incisions. 
L'État a cherché à enrayer le mal par un décret 



PRODUCTIONS VÉGÉTALES NATURELLES 341 

(30 octobre 1892) disposant que « le caoutchouc ne 
pourra être récolté qu'au moyen d'incisions. » 

L'arbre à copal {Ti^achylobium hornemannium) doit 
être rangé également parmi les végétaux précieux du 
pays. Très répandu dans toutes les régions boisées, 
il forme même, sur les hauts plateaux de Test, 
d'épaisses forêts. Le copal congolais est une des meil- 
leures gommes d'Afrique, et son commerce semble 
destiné à prendre une grande extension. 11 en a été 
exporté, en 1897, 39,176 kilogrammes. 

Produits dive?^s, — Parmi les autres produits végé- 
taux, extrêmement abondants, bien peu font l'objet 
d'un trafic quelconque à l'heure actuelle. 

Les millions d'arbres géants des forêts constituent 
une mine inépuisable pour le commerce du bois : 
leur exploitation est commencée dans le Mayombe et 
à Lukolela. Aujourd'hui déjà, quelques bois du Congo 
sont utilisés dans l'ébénisterie d'art, entre autres 
l'acajou jaune du Congo {Sarcocephalus Didderichi), 
de couleur d'or et admirablement flammé, et le 
mpenn%e, qui a l'aspect du palissandre clair. Les 
statistiques accusent, pour 1897, une exportation de 
745.510 mètres cubes, ayant une valeur de 74,^51 fr. 

Le pays est très riche en plantes médicinales. Le 
kolatier (Cola Ballayi) est déjà exploité. Quant aux 
matières colorantes, leur commerce est en décrois- 
sance, à cause de la diminution de la demande : on 
exporte encore un peu de rocou [Bixa orellana) et 
d'orseille {Roccella tinctoria). 

Les plantes textiles ont, pour les indigènes, une 
réelle importance, la vannerie et le tissage tenant une 
place marquée dans leur industrie. Citons, parmi les 
plus intéressantes, les palmiers, notamment le Raphia 



342 SITUATION ÉCONOMIQL'K 

vinifera ; ses fibres servent à faire des étoifes et les 
pétioles de ses feuilles entrent dans la construction 
des habitations des nègres et des blancs ; le Calamus 
secuvdiflorus, qui donne des rachis exportés sous le 
nom de rotangs, et VAttalea fmiifera, qui fournit le 
piazzava, dont on fait des brosses. Les cotons, produits 
par plusieurs espèces de cotonniers, pèchent souvent 
par le manque de longueur de leurs fibres, mais ils 
sont fort soyeux et conviennent pour faire de Touate. 
Quanta l'arbre à coion {Hoînbax pentandi^um), on lui 
doit le duvet appelé kapok, qui sert à bourrer les 
coussins. 

Les épices sont des productions spéciales aux pays 
chauds. Le Congo possède le poivre de Cayenne 
(Capsiaun annuum), le pili-pili (Capsicum frutescens)^ 
le poivre de Guinée [Xylopicum œthiopicum) et la 
maniguette (Amomum meneguetta). Mentionnons quel- 
ques épices de valeur : la muscade de Calabar {Mono- 
dora myristica), le gingembre [Zinginber officinal), 
le cubèbe africain {Piper Clusii) et la vanille dont 
diverses espèces ont été signalées. 

Les plantes à fruits comestibles constituent une 
importante ressource alimentaire. La liste en est 
longue. Ce sont : le tamarinier, le safoutier, le 
papayer, Taubergine, la tomate, le citronnier, la bar- 
badine, le manguier, le goyavier, Tavocatier et surtout 
Tananas, le roi des fruits de l'Afrique tropicale. 

C. - CULTURES COLONIALES. 

Caféiers. — Le sol du Congo convient parfaitement 
au développement du caféier, dont la présence à Fétat 
sauvage a été constatée en différents points. M. Glave, 
le premier. Ta rencontré près de Lukolela; M. Dy- 



CULTURES COLONIALES 343 

bowski, dans TUbangi; M. de la Kélhulle, sur le 
Bomu; M. Laurent, sur le Lualaba; M. Dewèvre, sur 
le Lomami; enfin, M. le D"^ llinde nous dit : « Dans 
toutes les parties de la foret vierge que j'ai visitées, 
le café sauvage est si abondant et si bon que nous 
laissâmes fermées nos tines de café importé. » 

Dès rétablissement des premières stations de l'As- 
sociation internationale du Congo, on se préoccupa 
d'introduire la culture du café. C'est M. Teusz, 
agronome allemand, qui planta, en 1884, les premiers 
caféiers de Léopoldville. En 1885, des caféiers de 
Maragogipe — caféiers géants du Brésil — furent 
plantés à Mateba, Borna, Matadi, Lukungu. Puis, les 
eiîorts se multipliant, la colonie reçut, en 1888, 
des Coffea arabica, liberica, myrtifolia, La plante pré- 
cieuse se répandait un peu partout, sans cependant 
qu'il existât de grandes cultures. 

En 1892 et en 1894, le gouvernement entreprit de 
faire établir de vastes plantations. Les principaux cen- 
très de culture sont actuellement à l'Equateur, Ban- 
gala, Banzyville, Basoko etStanley-Falls. Un arrêté, en 
date du 30 avril 1897, prescrit aux chefs indigènes 
d'établir et d'entretenir sur les terres de l'Etat des 
plantations de café et de cacao, d'une étendue propor- 
tionnelle à la population placée sous leur autorité; 
ils reçoivent de ce chef une indemnité et le produit 
des récoltes est remis à l'Etat. 

Les sociétés commerciales ont suivi, mais sans 
déployer la même activité, l'exemple donné par l'Etat, 
en créant des plantations près de chacun de leurs 
établissements. De leur côté, les Arabes ont jadis 
introduit le café dans le Manyema et sur le Lualaba; 
partout où ils s'installaient, ils en semaient de vastes 
champs, lesquels ont été maintenus. 



344 SITUATION ÉGONOMIULE 

Cacaoyers et tabacs, — Le cacaoyer trouve au 
Congo la chaleur et rhumiditc dont il a besoin pour 
prospérer; aussi ?a culture donne-t-elle de bons 
résultats. C'est encore à M. Teusz que revient l'hon- 
neur de l'avoir introduit, en 1884, au Stanley-Pool. 
Trois ans plus tard, le lieutenant Liebrechts trouva 
un des cacaoyers de M. Teusz; il portait un fruit dont 
les graines furent semées : c'est là l'origine des mil- 
liers de cacaoyers que l'on trouve aujourd'hui au 
Congo. Les principaux centres de culture sont : Ban- 
gala, Irebu, Equateur, le bas Congo et Stanley-Falls. 

La culture du tabac est moins avancée que celle 
du caféier et du cacaoyer. Le gouvernement a prescrit 
l'établissement de champs de tabac importants et a 
fait procéder à des essais avec des graines de toutes 
variétés : Maryland, Richmond, Havane, Sumatra, 
Deli, Kentucky, Clarksville, etc. Les produits obtenus 
permettent de bien augurer de l'avenir. 

A l'heure présente, le Congo compte environ 
4 millions de caféiers, 125,000 cacaoyers et 76,000 
plants de tabac. 

Il est incontestable que ces cultures sont destinées 
à s'étendre sur une grande échelle, et aussi que, d'ici 
peu, de nouveaux produits seront étudiés et exploités. 

Bibliographie : Pour les différents chapitres de cette partie, 
nous ne pouvons que renvoyer nos lecteurs aux publications 
déjà mentionnées dans la « Bibliographie générale »• qui suit 
rintroduction, et plus spécialement an Bulletin officiel de 
VÉiat Indépendant du Congo, au Mouvement géographique 
et au Catalogue de l'exposition de Tervneren. 



CHAPITRE XXÏII. 

LA MAIN-d'OEUVRE. 

La plupart des anciennes colonies résolurent la 
question de la ipain-d'œuvre par le servage des popu- 
lations indigènes ou par Tachât d'esclaves étrangers. 
Les premiers commerçants établis dans le bas Congo 
recoururent aussi à Tesclavage, at cela jusqu'à une 
époque relativement récente. L'État Indépendant, 
conformément à ses aspirations humanitaires, inter- 
dit aux blancs d'employer des esclaves, afin d'empê- 
cher de se perpétuer une institution que la morale 
condamne. 

L'immigration de travailleurs libres étrangers est 
un expédient auquel on a eu recours dans la période 
d'enfance de presque toutes les entreprises coloniales. 
Elle prête le flanc à la critique : tout d'abord, elle est 
très onéreuse ; d'autre part, les ouvrierg recrutés au 

r 

dehors ne s'établissent pas à demeure dans l'Etat qui 
les importe. L'initiation d'indigènes est, sans conteste, 
bien préférable. Mais, au Congo, elle présentait jadis 
des difficultés qui paraissaient insurmontables. Dans 
certaines régions, notampient dans le bas fleuve, 
la traite et l'abus de l'alcool avaient en quelque sorte 
frappé les habitants de déchéance. Ailleurs, les nègres 
se montraient réfractaires à tout travail, le considé- 
raient comme une servitude. Aussi voyons-nous les 
premiers explorateurs se faire accompagner de por- 
teurs zanzibarites, de Haoussah, de Krooboys, etc. 



346 SITUATION ÉCONOMIQUE 

La Compagnie du chemin de fer se vit forcée, ainsi 
que nous l'exposons plus loin, d'introduire au Congo 
de nombreux ouvriers exotiques. De même, au début, 
l'armée congolaise se composa uniquement de volon- 
taires immigrés qui s'engageaient généralement pour 
trois ans, au salaire de 1 fr. 25 c. par jour, plus la 
nourriture, l'habillement, les soins médicaux et les 
frais de voyage et de rapatriement. 

Dans beaucoup de stations, on trouve, à l'heure 
actuelle, des travailleurs étrangers, principalement 
des Accra, des Monroviens, des Lagos, des Sierra- 
Léonais, enrôlés pour deux ans en qualité de maçons, 
forgerons, charpentiers, mécaniciens, etc. On les paye 
de 2 à 8 liv. st. par mois, plus la nourriture, le loge- 
ment et les frais de voyage. C'est aussi parmi les 
nègres de ces différentes nationalités que se recrutent 
les commis (clercs), lesquels exigent de 6 à 8 liv. st. 
par mois. 

Était-il cependant impossible de se procurer la 
main-d'œuvre sur place? La question se présentait- 
elle de manière à décourager toute tentative d'organi- 
sation du travail? Bien loin de là. La population du 
Congo est relativement dense. L'habitant est généra- 
lement bien constitué et a l'intelligence ouverte. S'il a 
peu de besoins, il est néanmoins avide d'acquérir des 
produits européens. Son aptitude au travail est 
démontrée par l'existence d'une agriculture et d'une 
industrie primitives des plus intéressantes. On sait 
enfin que les huit millions de nègres des États-Unis, 
employés si utilement aux travaux agricoles et domes- 
siques, appartiennent presque tous aux races de la 
côte occidentale d'Afrique. 

Mais, d'autre part, il y avait à vaihcre certains obs- 
tacles : la méfiance instinctive des naturels à l'égard 



LA MAIN-D 'oeuvre 347 

des blancs, méfiance accrue probablement par le sou- 
venir des cruautés des traitants; leur paresse hérédi- 
taire, conséquence de Tétat de barbarie dans lequel ils 
vivaient depuis toujours; enfin, leur mépris pour le 
travail de la terre, réservé surtout aux femmes et 
considéré comme servile. Pour ces différents motifs, 
la main-d'œuvre était à la fois rare et défectueuse. 
Toutefois, les difficultés n'étaient pas telles qu'on ne 
pût, à force d'énergie et de persévérance, en triom- 
pher. 

C'est pour le service des transports à travers la 
région des chutes qu'il importait surtout, dès le début, 
de se procurer des bras. Les progrès réalisés dans ce 
domaine furent rapides et méritent d'être signalés. 

Lorsque Stanley, en 1880, après avoir établi sa base 
d'opération à Vivi, commença à organiser sa marche 
en avant, il ne put recruter que 40 indigènes, qui 
désertèrent tous. En 1881, un paquet de dépêches très 
urgentes fut adressé de Bruxelles à l'explorateur. Un 
contremaître cabinda réussit, grâce à la promesse 
d'une forte rémunération, à décider sept de ses 
hommes à accompagner un Européen jusqu'à Isangila. 
D'autres Cabinda consentirent ensuite à aller à Isan- 
gila. Dès lors, les progrès furent rapides : les indi- 
gènes de la région, chez qui passaient journellement 
des porteurs parlant la même langue qu'eux, se rassu- 
rèrent; ils les accompagnèrent, puis marchèrent seuls, 
et enfin se substituèrent complètement à eux. Un pas 
immense venait d'être accompli : l'indigène avait com- 
pris le bien-être qu'il pouvait retirer de son travail. 
En 1882, après la fondation de Léopoldville, on par- 
vint à assurer ainsi un transport mensuel de 75 à 100 
charges de Vivi à Léopoldville. A la fin de 1883, 
Stanley établit une nouvelle route par la rive sud. 



348 SITUATION ÉCONOMIQUE 

Le service des transports prit un essor magnifique : 
12,000 charges furent transportées en 1885, 50,000 en 
1887, 80,000 en 1893. Depuis lors, la progression a 
continué. Dans cette région où Ton ne pouvait trouver 
un travailleur dix ans auparavant, le voyageur ren- 
contrait souvent, en une seule journée de marche, 
plus de mille porteurs indigènes ; la route des 
caravanes était plus fréquentée que beaucoup de nos 
grandes routes européennes : 50,000 nègres circulaient 
à travers les défilés des cataractes, accomplissant un 
travail très fatigant, moyennant une rémunération 
d'environ 1 fr. 50 c. par jour. 

Mais les Européens n'avaient pas seulement besoin 
de porteurs : il leur fallait aussi des ouvriers. Dans les 
villages du bas Congo, de temps en temps on réussis- 
sait, grâce à l'intervention du chef, à se procurer un 
travailleur. Celui-ci, son terme de service achevé, 
retournait parmi les siens pour y jouir du produit de 
son labeur. Le spectacle de sa richesse produisait de 
l'émulation et d'autres nègres venaient s'engager, 
désireux d'améliorer à leur tour leur condition par le 
travail. C'est ainsi que l'administration du chemin de 
fer a finalement pu se procurer un certain nombre 
d'ouvriers indigènes, qui ont rendu service comme 
terrassiers et même comme poseurs de voie. Dans les 
ateliers de Boma, Matadi, Léopoldville et Kinshasa, 
les natifs sont aujourd'hui forgerons et riveurs ; dans 
la forêt de Mayombe, organisés en équipes d'abat- 
teurs, d'équarisseurs et de scieurs, on les voit débiter 
des planches avec une adresse extrême. 

Tout le service intérieur des stations et des facto- 
reries du bas Congo est fait par des naturels, qui 
louent leurs services pour un ou deux ans, et même 
moins. Ils sont valets de ferme, jardiniers, terrassiers, 



LA MAIN-D*OEUVRE 349 

garçons de peine, et Ton est généralement satisfait de 
leur travail. Les plus intéressants de ces serviteurs 
sont peut-être les cuisiniers, les laveurs et les boys. 
Le cuisinier s'initie rapidement à la confection des 
différents mets que le maître désire voir figurer 
sur sa table. Le laveur est parfois aussi habile" que 
nos meilleures lavandières; il fabrique lui-même 
l'amidon dont il se sert pour empeser les chemises et 
repasse en perfection. Le boy est un jeune nègre dont 
l'Européen fait son domestique, ou plutôt son véri- 
table factotum; grâce à son esprit éveillé, à sa mé- 
moire fidèle et à son don d'imitation, son éducatioa 
est des plus aisée. Le salaire moyen des ouvriers du 
bas Congo est de 1 fr. 50 c. par jour. Les cuisiniers, 
les laveurs et les boys réclament 30 francs par mois, 
et quelquefois davantage, plus la nourriture. 

Mais c'est surtout dans le haut fleuve que des pro- 
grès se constatent. Le capitaine Coquilhat, le premier, 
obtint des Bangala l'essai d'un travail régulier et 
consenti volontairement. Cet essai fut concluant : 
aujourd'hui, les Bangala s'engagent par centaines. 
Le personnel de mécaniciens et de chauffeurs des 
steamers du haut Congo comprend presque exclusive- 
ment des Bangala, des Wangata et des Upoto, et 
dans toutes les stations on emploie de nombreux 
indigènes. Cette main-d'œuvre est beaucoup moins 
onéreuse que celle qui se recrute à l'étranger; les 
naturels libres, engagés généralement pour un an, se 
contentent d'une rétribution assez minime : quelques 
pièces d'étoffe, à 5 francs l'une, par mois. Les 
femmes qui se livrent au travail de la terre sont 
moins exigeantes encore. 

Parfois, on engage les individus habitants dans les 
environs de l'établissement; mais, vivant chez eux. 



350 SITUATION ÉCONOMIQUE 

ils travaillent irrégulièrement, d'une façon intermit- 
tente, et ne donnent qu'un faible rendement. Au con- 
traire, les noirs dépaysés, transplantés de leur pays 
dans un autre, se soumettent facilement à 9 heures de 
travail par jour^ sous Toeil de surveillants vigilants; à 
l'expiration de leur terme de service, ils retournent 
pour quelque temps dans leur village, puis deman- 
dent à être réengagés. 

Plusieurs institutions congolaises s'efforcent de 
former des ouvriers. Des missionnaires catholiques 
s'occupent de l'éducation professionnelle de l'enfance 
et s'appliquent à constituer des centres d'exploitation 
où. des naturels sont initiés aux travaux agricoles ; 
les missionnaires protestants dirigent surtout leurs 
efforts vers le développement intellectuel de leurs 
disciples. De son côté, le gouvernement a organisé 
des colonies scolaires où l'on envoie les enfants 
délaissés, abandonnés ou orphelins; récemment, il a 
fondé à Boma une école de candidats sous-officiers 
comptables. Quant aux milliers de natifs enrégi- 
mentes sous les drapeaux de l'Etat, ils ne reçoivent 
pas seulement l'instruction militaire : on les exerce 
aussi aux métiers manuels. C'est ainsi que l'Etat a pu 
se créer, à peu de frais, de vastes plantations. 

La question de la main-d'œuvre semble donc en 
voie de solution. Les résultats obtenus en si peu 
d'années permettent de bien augurer de l'avenir. 
On peut entrevoir le jour où il deviendra inutile 
d'importer des travailleurs exotiques, où les bras 
s'offriront sur tous les points du territoire et où, 
grâce à l'organisation du travail sur les bases de 
la liberté, chacun des pauvres villages d'aujourd'hui 
sera transformé en un centre de production et de 
richesse. 



LA main-d'oeuviie 3S1 

La législation de l'Etat sur le louage de service a 
été inspirée surtout par le désir de garantir aux indi- 
gènes engagés par des particuliers la liberté indivi- 
duelle et d'éviter que le contrat de travail ne dégénérât, 
pour eux, en esclavage domestique. La matière est 
réglée par les décrets du 8 novembre 1888, des 12 mars 
et 19 novembre 1889; par les arrêtés du gouverneur 
général du 17 novembre 1888, des 1®»^ janvier et 
28 mars 1890 et du 20 novembre 1895. 

Le gouverneur général peut désigner des localités 
et régions où il sera interdit aux particuliers d'opérer 
des recrutements. Le même pouvoir appartient aux 
commissaires des districts situés à l'est de celui de 
Matadi. Les particuliers qui veulent recruter des tra- 
vailleurs doivent se munir au préalable d'un permis de 
recrutement, qui donne lieu à la perception d'une 
taxe annuelle. Les capita, ou chefs de travailleurs, 
ainsi que les travailleurs eux-mêmes, doivent être 
munis d'une licence, qui donne lieu également à la 
perception d'une taxe annuelle. 

Aucun contrat de louage de service entre noir et 
non-indigène ne peut être passé pour une durée de 
plus de sept ans. Dans les districts autres que ceux 
de Banana et de Boma, un acte doit, par les soins du 
maître, être dressé par écrit et présenté au visa des 
autorités compétentes, visa qui est accordé moyen- 
nant payement d'un droit. 

Le directeur de la justice exerce, par lui-même ou 
par les fonctionnaires délégués à cette fin par le gou- 
verneur général, une protection spéciale sur les noirs. 
Il surveille l'exécution de leurs contrats de service et 
s'occupe, s'il y a lieu, de leur rapatriement. 

Les maîtres doivent pouvoir justifier en tout temps 
que les noirs à leur service fournissent leur travail vo- 



352 SITUATION ÉCONOMIQUE 

lonlairement ou à des conditions par eux acceptées. 
Les officiers du ministère public agissent au civil au 
nom et dans l'intérêt des noirs qui auraient été. lésés, 
ir arrive que des équipes entières d'ouvriers de 
couleur désertent subitement, sans autre motif que 
leur paresse atavique. Pour protéger les engagistes 
contre de pareilles mésaventures, la loi frappe d'une 
peine la rupture ou l'inexécution du contrat de tra- 
vail. Ce principe, admis d'ailleurs dans plusieurs 
pays de civilisation avancée, a été introduit au Congo, 
parce que l'action civile y serait, le plus souvent, 
ilfusoire. La peine consiste en une amende. 

On a vanté les avantages qu'offrirait, autant comme 
procédé de colonisation que comme moyen de se 
procurer une main-d'œuvre régulière et à bon mar- 
ché, la déportation des individus condamnés dans la 
mère patrie, les vagabonds et les malfaiteurs. Ce 
système, qui a fait ses preuves au Brésil et surtout 
en Australie, a trouvé en Belgique des partisans, 
notamment M. Nyssens, aujourd'hui ministre du 
travail. Cependant, on ne saurait le préconiser; ce 
n'est pas en mettant les indigènes en contact avec 
le rebut de la société européenne, avec des êtres 
lâches, paresseux et corrompus, cueillis sur le pavé 
de nos grandes villes, qu'on arrivera à rehausser le 
niveau moral et intellectuel des races africaines : la 
présence de pareils déchets serait extrêmement nui- 
sible au développement de la colonie. 

Bibliographie. — La main-d'œuvre aux colonies (Publi- 
cation de l'Instittit colonial international). — Compte rendu 
du Congrès international colonial de 4897. 



CHAPITRE XXVI. 



) VOIES BE COMMUNICATION ET MOYENS 



I 



DE TRANSPORT. 

A. — LE SERVICE MARITIME ENTRE L'EUROPE ET LE CONGO 

ET DANS LE BAS FLEUVE. 

Au début de roccupation du Congo, la partie méri- 
dionale de la côte occidentale d'Afrique n'était desser- 
vie que par des lignes anglaises, partant de Liverpool, 
dont les bateaux touchaient assez irrégulièrement 
à Banana. Le fret total d'Anvers à Banana s'élevait à 
55 shillings à la tonne et le voyage durait souvent 
plus de deux mois. Plus tard, en 1883, des navires 
portugais et allemands commencèrent à toucher le 
Congo. Mais ce n'est qu'à partir de 1888 et grâce à 
l'appoint du fret des sociétés commerciales que les 
départs se régularisèrent : en 1890, ils devinrent 
mensuels. En 1891, l'Etat et les sociétés commer- 
ciales passèrent des conventions avec un syndicat 
formé par la British and African Steam Naviga- 
tion C^, VAfHcan Steamship C", de Liverpool, et la 
Woermann-Linie, de Hambourg, qui s'engagèrent à 
expédier un steamer, directement d'Anvers à Matadi, 
le 6 de chaque mois; le trajet devait s'effectuer en 
25 jours à Taller et en 30 jours au retour. Un nou- 
veau progrès fut accompli, en 1895, par la constitu- 
tion à Anvers, sous le patronage du syndicat précité, 
de la Compagnie belge maritime du Congo et de la 
Société maritime du Congo^ lesquelles assurèrent un 
service mensuel par des steamers navigant sous 

12 



354 SITUATION ÉCONOMÏQUR 

pavillon belge. Il n'est pas douteux que, dans un avenir 
rapproché, des marcheurs plus rapides ayant été mis 
en service, on franchisse en 15 jours les 4,900 milles 
ou 9,000 kilomètres qui séparent Anvers de Matadi. 

Les lignes de navigation entre TEurope et le Congo 
sont actuellement au nombre de six, savoir : 

1° La Compagnie maritime belge du Congo et la 
Société maritime du Congo (service combiné). Départ 
d*Anvers, le 6 de chaque mois, par les steamers Léo- 
poldville, Albertville et Bruxellesville. Le voyage dure 
de 18 à 21 jours, avec escale à Las Palmas et parfois 
dans un des ports de la côte occidentale. Prix du 
passage, en l"^® classe, 1,000 francs; en 2% 800 fr. ; 
en 3% 500 francs. Prix du fret : 1,000 francs la 
tonne. Le retour vers Anvers a lieu immédiatement 
après le déchargement du steamer à Boma et Matadi. 
Agents à Anvers : MM. John P. Best et C", pour la 
Compagnie maritime belge du Congo; Walford et C^^, 
pour la Société maritime du Congo; 

2° VEmpreza nacional de Navegacao. Départs de 
Lisbonne le 6 et le 23 de chaque mois. Trajet entre 
Lisbonne et San Antonio, à Tembouchure du Conço, 
en 20 à 22 jours, avec escale à San-Yago, San-Thomé 
et Cabinda ou San- Antonio. Prix du voyage : en 
i^^ classe, environ 900 francs. Un steamer de l'État 
va prendre ù Cabinda ou à San Antonio les passagers 
et la correspondance à destination du Congo. Le 
retour vers Lisbonne a lieu, de Cabinda, le 2 de 
chaque mois, et de San-Anlonio, le 18; 

3° Les Chargeurs râinis.du Havre, et Fraissiuet et C'% 
de Marseille (service combiné). Départs du Havre les 
5 janvier, mars, mai, juillet, septembre et novembre 
(avec escale à Bordeaux, le 10), et de Marseille, les 
15 février, avril, juin, août, octobre et décembre* 



LE SERVICE 51ARITIME 3S5 

Trajet jusqu'à Matadi en 26 jours. Prix du voyage: 
de Bordeaux, en 1^* classe, environ 1,000 francs; 

4® La Woermajin-Linie. Départ de Hambourcj à la 
fin de chaque mois; arrivée au Congo après un 
voyage d'environ o semaines; 

5° VA frican Steamship C° et la British and African 
Steam Navigation C^ (service combiné). Départ de 
Liverpool toutes les semaines. Escales aux différents 
points de la côte occidentale d'Afrique. 

On a longtemps discuté sur la question de l'acces; 
sibilité du bas fleuve aux vaisseaux de mer. Les 
premiers bâtiments d'Europe s'arrêtaient, au début 
de ce siècle, à hauteur de Ponta da Lenha. En 1889 
encore, les steamers de fort tonnage ne dépassaient 
pas Borna; une sorte de légende s'était créée sur l'in- 
sécurité absolue qui régnj^t on amont. Le capitaine 
John Murray, du Lualaba, à VÀfrivan SteamsMp 
Companii, alla le premier, le 20 janvier 1889, jeter 
l'ancre dans le port de Matadi avec un navire de 
1,860 tonnes. Les conséquences économiques de ce 
fait devaient être très importantes : la possibilité 
vérifiée de débarquer des marchandises à Matadi, 
choisi comme tête de ligne du chemin de fer, suppri- 
mait les coûteux transbordements sur les petits va- 
peurs qui, aupjiravant, dépassaient seuls Boma. 

Il y a sur le bas Congo trois ports de nier : 
Banana, Boma et Matadi. 

Le port de Banana est constitué par une crique 
séparée de la mer par la langue de terre qu'on désigne 
sous le nom de « Pointe de Banana ». L'entrée de la 
rade est resserrée entre deux vastes bancs de sable, 
visibles à marée basse. Au delà de cette passe, le port 
s'élargit considérablement. Il mesure jusqu'à OOO'mî^- 



356 



SITUATION ÉCONOMIQUE 



très de largeur et 4,000 mètres de longueur. La pro- 
fondeur des eaux, qui varie entre 8 et 10 mètres, 
permet aux navires du plus fort tonnage de venir y 
chercher un mouillage sûr, à l'abri des courants et 
des vents du large. Cette crique constitue le plus beau 
port naturel de la côte occidentale d'Afrique. C'est 
Banana qui avait, il y a quelques années, le mouve- 
ment le plus actif des trois ports congolais. Voici 
les chiffres concernant l'entrée des navires au long 
cours : 

123 navires jaugeant 140,033 tonneaux. 

— 139,835 — 

— 172,920 — 

— 135,456 — 

— 85,401 — 

— 94,159 — 

— 97,316 — 

— 130,061 — 

— 140,376 — 
* — 171,961 — 

Mais Boma, siège du gouvernement local, prenant 
d'année en année plus d'importance, déplaça bientôt 
à son profit une partie du mouvement maritime, ainsi 
que le démontre le tableau suivant : 

22 navires jaugeant 25,995 tonneaux. 

— 42,163 — 

— 67,139 — 

— 82,391 — 

— 88,163 — 

— 110,444 — 

— 76,388 — 

— 112,649 — 

— 117,008 — 

— 170,848 — 

Devant Boma, le Congo a 5,000 mètres de largeur; 
l'île portugaise de Nkete le divise en deux bras; le 
chenal est large de 1,450 mètres. 



1888 . . 






123 


1889 . . 






104 


1890 . . 






. 132 


1891 . . 






113 


1892 . 






77 


1893 . . 






80 


1894 . 






74 


1895 . . 






84 


1896 . 






87 


1897 . 






. 103 



1888 






. 22 


1889 . 
1890 






. . 34 
. . 51 


1891 . 






. . 72 


1892 . 






. 79 


1893 . 






. 86 


1894 . 






. . 70 


1895 






. 68 


1896 . 






. . 68 


1897 






. . 98 



LES CHEMINS DE FER 357 

Le mouvement des ports de Banana et de Borna 
continue de se développer; mais c'est Matadî, tête de 
ligne du chemin de fer du Stanley-Pool, qui deviendra 
le principal port maritime de TÉtat. La Compagnie 
du chemin de fer y a fait exécuter les travaux néces- 
saires pour faciliter le déchargement rapide des navi- 
res. Deux jetées en fer y ont été construites : elles per- 
mettent l'abord aux bateaux de 7 mètres, aux eaux les 
plus basses. Le Bulletin officiel n'a pas encore com- 
mencé la publication du mouvement du port, ainsi 
qu'il le fait pour Banana et Boma. 

Un service de pilotage a été organisé à Banana. 
Afin de pouvoir approfondir certaines passes, notam- 
ment celle de Mateba, où, à l'époque de l'étiage, la 
profondeur d'eau est parfois insuffisante, un dragueur 
fonctionne. La flottille du bas fleuve ne comprend 
que les quelques embarcations à vapeur nécessaires 
au service des communications : VHirondelle, le Héron, 
le Prince Baudouin, le Camille Janssen, V Argus, et 
des chalands en acier pour le transbordement et le 
remorquage des cargaisons. 

B. — LES CHEMINS DE FER. 

a) Le chemin de fer de Matadi au Stanley-Pool. — 
Le système hydrographique du Congo, avec ses 
biefs navigables séparés par des gorges coupées de 
rapides infranchissables, fait naître la conception 
d'un vaste réseau de chemins de fer, mettant les 
hautes terrasses en communication rapide et écono- 
mique avec la mer. Parmi ces voies ferrées, il en est 
•une qui a une importance capitale : c'est celle qui, à 
travers la chaîne côtière, relie le bas fleuve au haut 
Congo et à sa ramure d'affluents navigables. Jadis il 



1 



3o8 SITUATION ÉCONOMIQUE 

n'existait entre Matadi et le Stanley-Pool qu'un 
chemin de portage. Depuis 1898, ce sentier pénible 
à suivre et si souvent maudit par les voyageurs est 
remplacé par une ligne ferrée dont le rôle, par rap- 
port à l'Afrique centrale, peut se comparer à celui dû 
canal de Suez vis-à-vis de la mer des Indes. 



Historique, — Stanley était encore en Afrîfjue, 
après sa traversée du continent mystérieux, que déjà, 
h Bruxelles, on avait compris que la véritable inouïe 
de l'Afrique centrale venait d'être découverte et que 
la construction d'une voie ferrée traversant la région, 
en aval du Stanley-Pooi, s'imposait. Dès le début fie 
l'année 1878 et sous l'impulsion de S. M. Léopold tî^ 
un syndicat se constitua en vue d'envoyer au Cpngo 
une mission ayant pour but d' « examiner la question 
de la construction d'une voie de communication par 
chemin de fer et bateaux à vapeur entre le bas et le 
haut Congo et d'étudier, en même temps, les chances 
de rendement par la possibilité d'établissements de 
commerce sur le haut fleuve ». 

La question du chemin de fer était dès lors posée. 
Quelques années plus tard, en 1885, un syndicat de 
capitalistes anglais se (constitua et en demanda la con- 
cession Mais il réclamait de l'État du Congo des pou- 
voirs tels que celui-ci ne put les lui accorder; les négo- 
ciations échouèrent et le syndicat fut dissous Peu dé 
temps après, à l'iniative de M. A. Thys, l'aff'aire fut 
rf^prise, ^ Bruxelles, sur un pied plus modeste, par la 
Compagnie du Congo pour le Commerce et ï Industrie 
qui se constitua le 9 février 1887, dans le but immé- 
diat de <c poursuivre l'étude, la construction et l'ex- 
ploitation d'un chemin de fer reliant le bas Congo au 
Stmley-Pool ». Cette étude fut faite avec succès, jus- 



LES CHEMINS DE FER 359 

qu'au mois de décembre 1888, par plusieurs brigades 
dingénieurs placées sous la direction deMM. Cambier 
et Gharmanne. Les résultats, avec le devis général de 
l'entreprise et le cahier des charges, furent consignés 
dans un fascicule connu sous le nom de Brochure 
blancliej qui contenait un exposé complet et probant 
de la question. Elle concluait qu'un capital de 2o mil- 
lions suffirait pour construire, entre Matadi et le Pool, 
une voie de 436 kilomètres de longueur, acheter le 
matériel roulant, couvrir les frais généraux et servir 
les intérêts intercalaires pendant la période de con- 
struction évaluée à quatre années. 

La Compagnie du Congo ayant décidé que l'en- 
treprise serait confiée à une société spéciale, la 
Compagjiie du chemin de fer du Congo fut fondée à 
Bruxelles, le 31 juillet 1889, au capital de 25 mil- 
lions de francs. Le gouvernement belge, sur la propo- 
sition de M. Beernaert, chef de cabinet, fut autorisé par 
la loi du 29 juillet 1889 à s'intéresser dans l'entre- 
prise et souscrivit pour 10 millions de francs. Les 
15 millions restants furent fournis par un groupe 
dans lequel figuraient les principaux établissements 
financiers de Belgique, trois maisons de banque 
allemandes et quelques personnalités anglaises, repré- 
sentées par sir W. Mackinnon. J^a première brigade 
d'ingénieurs quitta Anvers le 11 octobre; d'autres 
suivirent dans les premiers mois de l'année 1890; 
elles mirent la main aux premiers travaux de terras- 
sement de la ligne au mois de mars. 

Pendant toute la première période l'avancement fut 
d'une désespérante lenteur à Matadi, dans le ravin 
Léopold, le long du Congo, dans la vallée de la 
Mpozo, à la montée de Palabala. 

Le manque de confort et de vivres frais, l'action 



360 SITUATION ÉCONOMIQUE 

débilitanle de la température, la diflSculté des travaux 
à exécuter, les maladies contagieuses, tout contribua 
à rendre excessif le taux de la mortalité. Ainsi, sur 
4,500 hommes ayant travaillé sur les chantiers de jan- 
vier 1890 à mai 1892, 900 succombèrent. A chaque 
départ les bateaux emportaient des malades par cen- 
taines. Ces calamités jetaient Teffroi parmi les contin- 
gents réduits. Les désertions se multipliaient, des 
révoltes éclataient, la démoralisation était complète 
dans les rangs du personnel noir. 

Le 30 juin 1892, la ligne n était encore qu'au kilo- 
mètre 9 et Ton avait dépensé 11 V2 millions, près de 
la moitié du capital social. Tout paraissait compro- 
mis; à Bruxelles, comme à Matadi, les appréhensions 
étaient grandes. Mais dans le personnel dirigeant il 
ne se produisit pas une défaillance; chacun redou- 
bla d'ardeur et l'œuvre ne subit pas un seul jour 
d'arrêt. 

C'est en 1893 que la locomotive atteignit le col 
de Palabala (kilom. 16). Dès lors, l'avancement 
prit une allure plus rapide : la première section de 
la ligne, comprenant 42 kilomètres, put être inau- 
gurée par le gouverneur général Wahis, le 4 dé- 
cembre. 

Tandis qu'en Afrique la situation devenait rela- 
tivement satisfaisante, elle restait grave en Belgique : 
l'insuffisance du capital était évidente et la Compagnie 
allait devoir prendre des mesures énergiques, pour 
accroître, à brève échéance, ses moyens financiers. 
Les établissements belges qui avaient participé à la 
formation du capital de la Compagnie, en 1889, 
n'abandonnèrent pas celle-ci dans ces moments diffi- 
ciles ; dès le 31 mars 1894, ils se constituèrent en syn- 
dicat et lui garantirent le placement d'un premier 



LES CHEMINS DE FER 361 

emprunt de 6 millions de francs, pour la continuation 
des travaux. 

De son côté, TEtat belge, principal actionnaire de 
la Société, lui conserva sa confiance et se montra dis- 
posé à lui faciliter sa tâche; mais des manœuvres 
de parti et certaines circonstances firent, qu'à la 
Chambre, l'opposition parut un moment devoir triom- 
pher des sympathies du Parlement. Engagée le 
24 avril 1894, la lutte ne prit fin que le 15 mai 1896. 
Sur la proposition de M. de Smet de Naeyer, ministre 
des finances, appuyé par M. Helleputte, rapporteur 
de la section centrale, et soutenu par MM. Woeste el 
Nothomb, le Parlement approuva une convention par 
laquelle l'Etat belge portait sa souscription de 10 ii 
15 millions et accordait^ en outre, l'aval du trésor à 
une émission de 10 millions d'obligations. 

Pendant qu'à Bruxelles M. A. Thys, directeur géné- 
ral, et le comité permanent d'administration présidé 
par M. Jules Urban multipliaient leurs efforts fina- 
lement couronnés d'un succès complet, au Congo, les 
progrès delà construction ne cessaient de s'accentuer. 
Deux mois après le vote de la législature, le chemin 
de fer atteignit Tumba, la station médiane, au kilo- 
mètre 188, qui était inaugurée officiellement, le 
22 juillet 1896, par M. Wangermée, vice-gouverneur 
général. A la fin de l'année, il escalada allègrement la 
montée de Sona-Gongo (kilom. 234), tout aussi dure 
cependant que celle de Palabala et, au mois d'avril 
suivant, atteignit la rive gauche de l'Inkisi. L'avan- 
cement des travaux s'accéléra encore la dernière 
année : chaque mois, on posa, en moyenne, 10 kilo- 
mètres de rail, et le coût kilométrique de la 
construction descendit à 87,000 francs. La voie 
ferrée franchit le pont de l'Inkisi en mai 1897, attei- 



 



362 SITUATION ÉCONOMIQUE 

gnit la mission de Kimuenza en décembre, et la 
locomotive s'arrêta enfin à Dolo, à la rive du 
Stanley-Pool, le 16 mars 1898, huit ans après son 
départ de Matadi. 

Les cérémonies de l'inauguration officielle de la 
ligne furent présidées par M. le lieutenant-colonel 
Thys, directeur général, assisté de MM. les adminis- 
trateurs Cambier et Cousin et des directeurs Espanet 
et Goffin. Elles eurent lieu du 2 au 8 juillet, en pré- 
sence de M. le général Daelman, représentant du Roi- 
Souverain, de M. Fuchs, vice-gouverneur général de 
rÉtat du Congo, de M. le comte H. d'Ursel, repré- 
sentant du gouvernement belge, des délégués officiels 
des gouvernements de l'Allemagne, de J'Autriche- 
Hongrie, de l'Espagne, de la France, de la Grande- 
Bretagne, de l'Italie, du Portugal et de la Russie, de 
M. Buis, bourgmestre de Bruxelles, et de nombreux 
correspondants de la presse belge et étrangère. 

Le tracé et le profil de la voie. — Dans la série de 
chaînons dont l'ensemble constitue la chaîne côtière, 
il en est deux qui dominent les autres : celui de 
l'ouest, dont les massifs de Matadi et de Palabala et le 
plateau de Congo da Lemba sont les expressions prin- 
cipales pour la région qui nous occupe, et celui de 
l'est, que caractérise le massif de Ban^u. Le passage 
de ces deux chaînons était un des plus graves pro- 
blèmes de la construction. 

C'est en traversant, d'ïsangila à Boma, le chaînon 
occidental, que le fleuve forme son dernier défilé et 
franchit ses derniers rapides; le plateau de Palabala, 
que traverse l'ancienne route des caravanes par près de 
750 mètres d'altitude, est un de ses points culminants. 
Le chaînon oriental n'est autre chose que la ligne de 



LES CHEMINS DK FER 363 

faîte qui limite le bassin de Tancienne mer intérieure. 
C'est en le franchissant, de Léopoldville à iVianyanga, 
que le Congo a creusé l'étroit déliié où se trouve la 
gorge de Zinga; on y a observé des altitudes de 
1,000 mètres et plus. Entre ces deux chaînons s'étend 
un pays de plaines, drainé par des rivières parallèles 
s'écoulant vers le Congo et dont les bassins sont 
séparés, à leur tour, par des reliefs. Le lleuve tra- 
verse ce pays en uu cours relativement calme que 
Ton désigne sous le nom de « bief navigable de 
Manyanga ». 

Ces renseignements généraux permettent d entre- 
voir le profil général de la ligne. Dès la station de 
départ, elle s'engage dans le massif de Matadi-Pala- 
bala et franchit l'impétueux torrent de' la Mpozo 
(kilom. 8). Aussitôt après commence la montée de 
Palabala, qui s'étend du kilomètre 9 (ait. 67) au kilo- 
mètre 16 ^alt. 288), soit, pour un trajet de 7 kilo- 
mètres, une diftérence de niveau de 221 mètres. Après 
avoir vaincu ce premier obstacle, la voie ne tarde pas 
à entrer dans la région moins accidentée dite du biel 
navigable et qui s'étend depuis les environs du kilo- 
mètre 75 jusqu'au kilomètre 210. Elle traverse suc- 
cessivement les rivières Lufu, à la station de Lufu 
(ait. 293); Kunkula, près de Songolo (ait. 319); San- 
sikua, près de Zole (ait. 334) ; Kwilu, avant d'arriver 
à Kîmpése (ait. 345); Congo, au delà de Tumba 
(ait. 402). Comme on le voit, les écarts ne sont pas 
considérables; les cotes vont de 293 à 402 mètres. 
Après chacune de ces rivières, le terrain se relève en 
formant des crêtes que la ligne franchit, sans diffi- 
culté, par des cols ; les deux plus élevés sont le col de 
Zoje (ait. 480) et celui de Hafu (ait. 400). 

Dès qu'elle a dépassé la Congo, la voie se trouve 



364 SITUATION ÉCONOMIQUE 

au pied d'un grand obstacle qui se dresse devant 
elle comme un véritable rempart : le prolongement 
méridional du massif de Bangu. L'escalade com- 
mence vers le kilomètre 223 (ait. 580) pour atteindre, 
au kilomètre 232, le sommet du massif, au col de 
Sona Gongo (ait. 746). Comme on le voit, sur une 
distance de 9 kilomètres, l'altitude regagnée est de 
166 mètres. 

Au delà de Sona Gongo jusqu'à Tampa, la voie tra- 
verse les hautes terrasses du chaînon, terrasses dont 
les altitudes sont sensiblement les mêmes, variant 
entre 623 et 5S0 mètres. Les cotes les plus basses sont 
observées au passage des rivières Inkisi (ait. 330) et 
Lukusu (ait. 320). Immédiatement au delà du plateau 
de Tampa (ait. 643), la ligne s'engage dans la vallée 
étroite et boisée de la Lukaya, sous-affluent du 
Stanley-Pool. 

Partie de Matadi à la cote 26 et après une inter- 
minable succession de descentes et de montées qui 
la porte jusqu'à la cote maximum 743, la ligne atteint 
finalement Dolo, sur le Pool, à la cote 276, ce qui met 
un écart de 270 mètres de niveau entre son point de 
départ et son point d'arrivée. 

Le personnel et la construction. — Le recrutement 
du personnel ouvrier a été, au début, la grande diffi- 
culté de l'entreprise. Le peu de densité de la popula- 
tion dans le bas Congo et la région des chutes où, du 
reste, la plupart des hommes valides étaient requis 
par le service de portage, imposa à la Compagnie la 
nécessité de recourir à la main-d'œuvre étrangère. 

Les principaux centres d'engagement furent Zanzi- 
bar, Freetown, Lagos, Accra, Elmina, dans les 
possessions anglaises du littoral africain, et Dakar, au 



LES CHEMINS DE FER 36S 

Sénégal. Mais lorsqu'on apprit l'excessive mortalité 
des ouvriers sur les chantiers du chemin de fer, ces 
centres de recrutement se fermèrent successivement 
et l'absence de bras faillit arrêter la marche de la 
construction. C'est à ce moment que l'on fit des essais 
malheureux et coûteux avec des Chinois et des noirs 
des Barbades, qui ne rendirent guère de services. 

Par la suite, les progrès de la ligne et l'amélioration 
des conditions sanitaires firent renaître peu à peu la 
confiance, et les contingents se complétèrent; lorsque 
le rail atteignit Palabala, ils comportaient 2,000 ou- 
vriers. Pendant les dernières années de la construc- 
tion, il ne fut plus nécessaire de recourir à l'inter- 
médiaire d'agents recruteurs pour l'enrôlement des 
travailleurs. Ceux-ci venaient d'eux-mêmes et à leurs 
frais offrir leurs services. En 1897-1898, le personnel 
noir compta jusqu'à 9,000 hommes ; les plus nom- 
breux et aussi les meilleurs étaient les Sierra-Léonais 
et les Sénégalais. 

A l'origine, la production journalière d'un terras- 
sier noir n'était que d'un tiers de mètre cube. Elle 
progressa lentement, pour atteindre 3 mètres cubes. 
D'une part, les travailleurs étaient devenus plus 
habiles; d'autre part, un sentiment d'émulation 
régnait parmi eux, grâc^ à l'institution d'un ingé- 
nieux système de primes. Cette heureuse progression 
dans le rendement amena un abaissement du coût de 
la construction qui, du chiffre fantastique de 240,000 
francs, tomba graduellement à 87,000 francs par 
kilomètre de voie construite. 

Le service de l'exploitation et de l'entretien est 
confié actuellement à environ 2,000 ouvriers, indi- 
gènes pour la plupart, qui se sont peu à peu initiés 
au travail. 



366 SITUATION ÉCONOMIQUE 

L'absence de route ou de rivière navigable, celle de 
tout moyen de transport autre que le portage à dos 
d'homme ont été une autre cause de lenteur. Elles 
ont imposé pour la construction la même méthode 
que celle qu'a employée le général Annenkoiï, au 
Transcaspien, la méthode dite télescopique : tout le 
matériel et tous les approvisionnements réclamés par 
la section à construire devaient être convoyés au 
moyen des sections déjà construites. Pendant toute la 
durée de la construction, il n'y a donc jamais eu 
qu'une seule zone d'attaque : celle du bout du rail qui 
n'a jamais dépassé 10 à 15 kilomètres. 

Etant données les nombreuses difficultés à sur- 
monter, on s'explique la lenteur de l'avancement et le 
prix élevé des travaux dans le début de l'entreprise. 

PRIX DE 
ANNÉES. - AVANCEMENT. REVIENT 

KILOMETRIQUE. 

Kilomètres. Francs. 

1890 4.5 240,000 

1891 15.8 14-4,000 

1892 22.7 120.000 

1895 35 2 120,000 

1894 42.1 400,000 

1895 71.1 100,000 

1896 100.0 87,000 

1897 147.0 

Les chiiïres afférents aux dernières années peuvent 
être considérés comme brillants. Pour arriver à de 
pareils résultats, il a fallu, de la part du personnel 
blanc, les plus puissants efforts, en même temps 
qu'une organisation tout à fait supérieure. 

Trois ingénieurs se sont succédé à la direction de 
la construction : xMM. Cliarmanne (181)0-94), Espanet 
(181)2-1897) et Goliin (189o-lcS98j. La plupart des 
Européens engagés ont été des Belges, auxquels il faut 
ajouter quelques ingénieurs français et italiens et 



LES CHEMINS DE FER 367 

un assez grand nombre de chefs de chantier italiens. 
A Tavant-garde fonctionnait le service des études, 
sous la direction de M. Bergier, puis de M. Adam 
aidé de M. Cote qui a fait le piquetage définitif; au 
centre, le service de Tinfrastructure, sous la direc- 
tion de M. Paulissen, et le service de la superstruc- 
ture, sous celle de M. Cito ; à larrière-garde suivait 
le service des parachèvements et des ouvrages d'art, 
sous celle de M. Biermans; enfin un service de trans- 
ports qui, avec celui de l'exploitation provisoire, était 
placé sous les ordres de M. De Backer. 

Le personnel européen qui, pendant les débuts, a 
compris de 125 à 175 agents, en a comporté, pendant 
les trois dernières années, environ 2o0, répartis en 
sept services techniques, auxquels il faut ajouter le 
secrétariat général qui a eu pour titulaire M. Trouet, 
le service médical dirigé par M. le lY Bourguignon, 
celui .de la police fait par la compagnie auxiliaire 
de la force publique sous les ordres de M. le com- 
mandant Weyns et le service hospitalier de l'hôpital 
de Kinkanda confié à des sœurs de Charité. 

La mortalité des ouvriers noirs a été considérable 
pendant les années 1891 à 1893. Celle des Européens 
s'est élevée, pour les deux années d'études et les.huit 
années de construction, au chiffre de 127 décès, dont 
14 par accident et 113 par suite de maladie; parmi ces 
derniers nous citerons plus particulièrement ceux de 
iMM. les ingénieurs Gilmont (1888), Glaeseneer (1892), 
Magery (1893) et Eymar (1894). 

La voie, les ouvrages (fart et le matériel roulant. 
— Grâce aux variantes heureuses apportées au tracé 
priinititde 1887-1888 par les brigades d'opérateurs 
qui précédaient celles des services de la construction. 



'M^S SITUATION ÉCONOMIUIJK 

le développement de la ligne qui, dans le principe, 
devait s'élever, de Maladi à Dolo, à 4G0 kilomètres, 
fut ramené à 388 kilomètres. Un embranchement de 
H kilomètres relie LéopoldvilleàDolo. 

Le chemin de fer des chutes est à voie unique avec 
de nombreux garages et à écartement de O'"?^; le 
poids des rails est de 21 1/2 kilogrammes ; les tra- 
verses métalliques, du type Ponsard et Boyenval, 
pèsent 33 kilogrammes chacune; elles sont espacées 
de 0""80; l'ensemble de la voie atteint ainsi un poids 
de 100 kilogrammes au mètre courant. 

Dans la montée de Palabala on trouve des rampes 
maximum de 45 millimètres. Au delà du kilomètre 90, 
ce maximum a été réduit à 35 millimètres en aligne- 
ment, sauf quelques rares exceptions dans le massif 
de Sona Gongo. Quant aux courbes, les plus accen- 
tuées ont 50 mètres de rayon dans les passages très 
accidentés où les rampes ont été portées à 45 mil- 
limètres, et 60 dans les autres. 

Les travaux d'art ont été évités le plus possible : 
le tracé épouse presque toujours les contours du 
terrain. Le nombre des ponts est cependant consi- 
dérable; les plus importants sont ceux qui ont été 
jetés sur les rivières : 

Inkisi kilomètre 26i 100 mètres. 

Kwilu — 150 80 — 

Kibueza — 30 70 — 

Mpozo — 8 60 — 

Kimeza — iO 60 — 

Lufu — 50 50 — 

La longueur des autres est de 4 à 40 mètres 
d'ouverture. Les tabliers de ces ponts sont tous en 
acier. Un grand nombre d'entre eux sont en rampe 
accentuée atteignant parfois 45 millimètres. D'autres 
sont en rampe et en courbe, et parmi ceUx-ci le 



LES CHEMINS DE FER 861) 

curieux pont du ravin de la Chute (kilomètre 14j 
qui a 40 mètres de portée et que la voie franchi I 
avec une rampe de 28 millimètres et en coui^c; 
de 50 mètres de rayon. Le pont tubulaire do 
100 mètres, d'une travée, sur Tlnkisi, complète- 
ment monté dans Taxe de la passerelle de service, 
fut charioté d'une seule pièce sur ses maçonneries ; 
le tablier pesant 400 tonnes a effectué ainsi un par- 
cours total de 230 mètres. 

La Compagnie possède 56 locomotives appartenant 
à quatre types différents : 1° locomotives de travaux, à 
quatre essieux, de 31 tonnes; 2*^ locomotives légères de 
travaux, à deux essieux, de 14 tonnes; 3° locomotives 
d'exploitation pour marchandises, à trois essieux, de 
26 1/2 tonnes; 4® locomotives d'exploitation, rapides, 
pour trains de voyageurs, à deux essieux, de. 18 1/2 ton- 
nes, pouvant conduire un train de trois voitures, de 
Matadi au Pool, en vingt heures, avec une vitesse de 
23 kilomètres à l'heure. Les wagons métalliques, de 
quatre types différents, sont de 10 tonnes. Les voitures 
à voyageurs se composent d'une plate-forme, d'un 
compartiment central contenant 12 places et d'un 
coupé à 2 places, pour malades. 

Un fil téléphonique relie entre elles les diverses 
stations de la ligne. 

V exploitation. — La ligne a été provisoirement 
ouverte à l'exploitation par section, au fur et à mesure 
de l'avancement de la construction. Le tableau suivant 
renseigne mois par mois sur cette période d'exploita- 
tion partielle. Il est à noter qu'il ne s'agit ici que des 
transports effectués par le service de l'exploitation 
publique, à l'exclusion complète de ceux du service 
de la construction de la ligne. 



370 



SITUATION ÉC0N03II(ilIK 



Tableau du mouvement et des recettes de la ligne pendant 
la période d'exploitation provisoire et partielle. 









1 4) y. . 


^• 


. 






Mois. 


Stations. 


bre d 
nôtre 
loi lés 


mbre 

de 

geurs 


chan 
ses. 


s 


ri 

< 






Nom 
exp] 
















. 


Kil. 


Fr. 


1894 


Mars. 


Kenge. 


40 


25 


3,005 


49100 




Avril. 


— 


n 


66 


9,400 


1,771 00 




Mai. 


— 


» 


109 


36,2^10 


4,706 00 




Juin. 


— 


» 


2' 9 


81,456 


8,744 20 




Juillet. 


— 


*» 


240 


138,sV0 


15.9 '1 30 




Août. 


Ctiugo (il Vaupa. 


52 


280 


102.569 


11.4^50 




Septembre. 


— 


n 


272 


73,.50O 


^793 60 




Octobre. 


— 


» 


364 


71. (XXI 


7,535 50 




Novembre. 


— 


s 


265 


5«,100 . 


8,29 60 




Décembre. 


Monolithe. 


65 


.'62 


44,100 


5,083 90 


1895 


Janvier. 


— 


-t 


422 


117,600 


15.525 55 




Février. 


— 


a 


491 


75.000 


10.348 51 




M.iis. 


— 


■n 


436 


7?.0(I0 


1 1.199 .•« 




;vril. 


— 


B 


4'»6 


57,(500 


9.194 10 




Mai. 


— 


II 


348 


52,8')' 


12.102 90 




Juin. 


Lutu. 


82 


417 


215.300 


38.2(K)^ 




Juillet. 


— 


M 


085 


428 200 


70,t»59 95 




Août 


— 


n 


4>7 


4<l7,00O 


71.417 8.5 




Septembre. 


— 


w 


3i)6 


:i66 400 


73,486 45 




Octobre. 


— 


•» 


272 


48i.(XX) 


98,863 (10 




Novembre. 


— 


» 


232 


251,5(0 


49,113 60 




Déce j.bre. 


— 


D 


851 


228,000 


51,247 30 


1896 


J»nvier. 


— 


» 


50f) 


277,9 


54,512 45 




Février. 


— 


n 


310 


227.800 


45.934 80 




Mars. 


— 


« 


35Î 


213, 00 


48,984 (6 




Avril. 


Kimpese. 


160 


464 


30 ,9 


6:s9t;8 4S 




Mai 


— 


«* 


584 


244,800 


76,742 03 




Jui'>, 


Tu m bu. 


187 


«IS 


480,200 


153, 19ift 




Juillet. 


— 


n 


449 


527 690 


195,4.58 9 J 




Août. 


— 


» 


327 


470,360 


19 ,4l>S(t3 




Septembre. 


— 


M 


342 


520.490 


2Ô5.7n 60 




Octobre) 


— 


• 


472 


476.420 


215 177,36 




Nove-i bie 


- 


m 


302 


445,000 


191,5t>8 86 




Décembre. 


— 


n 


599 


33-^,460 


160.639 31 


1897 


Janvier. 




, 


5ft2 


319,760 


144,799 03 




Février. 


— 


» 


475 


416.940 


! 92,912 58 




Mars. 


— 


» 


429 


385.(140 


165.777 56 




Avr.l. 


— 


• 


4H7 


459.540 


205.H12 9* 




Mai, 


— 


B 


865 


79fi,910 


a58,872 30 




Juin. 


— 


n 


926 


820;tt0 


360.0-'0 ^ 




Juillet. 




« 


5"; 3 


6V7.7.V) 


n .832 35 




AoiU. 


Iiikisi. 


264 


733 


1,0>9,260 


415,639 r,\ 




Septembie. 


— 


n 


7»! 


6 5.910 


326,467 91 




Octobre. 


— 


■ 


503 


820.2X0 


456,844 07 




Novembre. 


— 


» 


6H 


397,0. 


200.182 58 




Déce nbre. 


— 


n 


907 


630,32t) 


356.505 70 


1898 


Janvier 


— 


1» 


1,066 


844,(i.sO 


F.1 4.748 87 




Février. 


— 


M 


818 


l'M\-S-M 


477,79'.) H7 




Mars. 


— 


n 


1 ,226 


949, «70 


558,281 10 




Avril. 




» 


1.429 


l.;i04.65() 


652,047 58 



LES CHEMINS DE FER 371 

L'ouverture de l'exploitation publique de la ligne 
entière a eu lieu le 1*^' mai 1(898, à taril'piein, de Matadi 
à Inkisi et à denii-taril* d'inkisi à Uoio. La première 
recette encaissée dans ces conditions, pendant le mois 
de mai, a été de 731,000 francs; celle du mois de 
septembre, à tarif plein, a atteint 985,000 francs. Ce 
résultat dépasse considérablement les prévisions de la 
Brochure blanclie, qui n'estimait qu'à 2 1/2 millions 
les recettes annuelles; il compense heureusement l'er- 
reur des devis relative au coût total de la construction. 

Le trajet Matadi-polo et vice versa se fait en deux 
jours, avec arrêt de nuit ù Tumba. Les stations 
ouvertes au service des voyageurs et marchandises 
sont Matadi, Kenge, Songololo, Tumba, Inkisi, 
Madimba, Dolo, Kinshasa et Léopoldville. 

Le nombre de trains réguliers pour voyageurs est 
actuellement de trois par semaine dans chaque sens; 
ils partent de Matadi et de Léopoldville le lundi, le 
mercredi et le vendredi. La Compagnie organise au- 
tant de trains de marchandises que les besoins du 
trafic en réclament. 

Les tarifs adoptés sont élevés ; ils paraissent même 
excessifs si on les compare à ceux des voies ferrées 
d'Europe. Ils n'en représentent pas moins une éco- 
nomie considérable sur les anciens frais de voyage et 
de transport par la route des caravanes. Le prix du 
ticket de l*"^ classe, de Matadi à Kenge, est de oO francs ; 
à Songolô, de 125; à Tumba, de 233.50; à Inkisi, 
de 330; ù Dolo, de 485; à Kinshasa, de 487; à Léo- 
poldville, de 500. Les voyages aller et retour bénéti- 
cient d'une réduction sur la valeur du billet double. 
Dans la 2® classe, qui est réservée aux noirs, le prix, 
de Matadi à Tumba, est de 35 francs et de Tumba à 
Léopoldville, de 75 francs. 



372 SITUATION ÉCONOMIQUE 

A la montée, de Matadi à Léopoldville, toutes les 
marchandises payent un prix uniforme de 10 francs 
par 10 kilogrammes. Il est accordé 40 p. c. de réduction 
sur le transport des marchandises suivantes : bateaux, 
matériel agricole et industriel, de chemin de fer et de 
télégraphie ; le sel jouit d'une réduction de 50 p. c. 

Le tarif est moins élevé à la descente, la Compagnie 
ayant voulu faciliter Texportation. Les produits sont 
taxés différemment et proportionnellement à leur 
valeur sur le marché d'Europe, de manière à per- 
mettre à ceux d'entre eux qui n'ont qu'une valeur 
secondaire d'entrer dans le mouvement commercial. 
Voici les prix pour 10 kilogrammes, de Léopoldville 
à Matadi : 

Ivoire fr. 10.10 

Caoutchouc 4.30 

Copal rouge 3.20 

Tabac .' . . 2.70 

Copal blanc 1.80 

Café 1.70 

Orseille 1.70 

Huile de palme . 1.20 

Arachides .* . . 1. » 

Amandes de palme . . . * 1. » 

Bois de construction 1. w 

Sésame 1. w 

Les marchandises non dénommées sont taxées, 
par 10 kilogrammes, à raison de 75 centimes, 
plus 1 1/2 p. c. de leur valeur en Europe. 

Le l*'"' juillet 1898, le gouvernement du Congo 
français a transféré à Brazzaville, sur le Pool, le siège 
du service administratif de Loango, chargé jusqu'à 
cette date des transports de la colonie vers le haut 
fleuve. Depuis lors, les steamers des compagnies fran- 
çaises de navigation touchent Matadi et les trans- 
ports d'hommes et de marchandises de la colonie 



LES CHEMINS DE FER 373 

française se font désormais par la voie du chemin 
de fer. 

Telle qu'elle est, la ligne répondra longtemps 
encore à toutes les exigences du trafic. En effet, 
pendant le mois d'octobre 1897, 500 wagons de 
10 tonnes ont pu être expédiés à la montée pour les 
besoins des deux services de la construction et de 
l'exploitation; la circulation pourrait même dépasser 
considérablement ce chiffre : c'est une question de 
matériel roulant, de croisements et d'entretien. 

La Compagnie et son cahier des charges. — La Com- 
pagnie du chemin de fer du Congo est une société 
anonyme, au capital de 30 millions de francs, repré- 
senté par 36,000 actions ordinaires de 500 francs 
chacune et 24,000 actions de capital également de 
500 francs ; ces dernières, souscrites par l'État belge, 
ne jouissent que d'un dividende limité à 3 1/2 p. c. et 
sont remboursables au pair. Elle a émis 4,800 parts 
de fondateur sans stipulation de valeur et des obliga- 
tions à concurrence de 35 millions de francs, se répar- 
tissant comme suit : 20,000 obligations de 500 francs 
3 p. c, créées avec la garantie de l'État belge, et 
50,000 obligations de 500 francs 4 1/2 p. c. 

La concession consentie à la Compagnie le 9 no- 
vembre 1889 est accordée, sous réserve de reprise 
anticipative, pour un ternie de 99 ans à dater de la 
mise en exploitation de la ligne entière. Elle com- 
porte les avantages suivants : 

1° La faculté d'établir les tarifs dont nous avons 
donné plus haut le détail ; 2° la pleine propriété des 
terres déterminées ci-après : a) toutes les emprises 
nécessaires pour l'établissement de la voie et de ses 
dépendances, y compris le quai d'embarquement et de 



374 SITUATION ÉCONOMIQUE- 

j . ! •• •• : 

débarquement à Malatli ; b) tous les terrains se trou- 
vant dans une zoiie deî200 mètres à droite et à gauche 
delà voie ferrée; c) 1,500 hectares de terres poiir 
chaque kilomètre de ligne construite et livrée à 
l'exploitation . Ces dernières peuvent être choisies, 
avec certaines restrictions, dans le territoire de TEtat. 
Du chef de ces concessions, la Compagnie est pro- 
priétaire de 15,000 hectares environ, par suite du litt. 
b) et de 600,000 hectares, par suite' du litt. cj, soit 
au total, de Olé,00() hectares, plus du cinquième de 
la superficie de la Belgique; 3° entin, pendant les 
vingt-cinq premières années de l'exploitation de la 
ligne, l'Etat s'engage à ne pas construire de voie 
ferrée et à n'accoraer aucune concession de voie ferrée 
servant à relier, en tout bu eii partie, |e bas Congo 
au haut fleuve. Sous certaines conditions qu'on 
trouvera énumérées dans les plublications de la 
Compagnie et résumées dans une étiide de M, Trouet,' 
l'Etat du Congo a le droit de racheter |a concession' en 
tout temps, à partir du l'^'^ janvier |909, et l'Etat belge 
possède le irnéme droit pendant les 5 années qui 
suivront le 1®"" janvier 1909, niais sans préjudice 
du droit je rachat de l'Etat du Congo. Toutefois 
ces conventions, qui sont connexes, doivent être 
approuvées par la législature belge. 

b) A litres cheinins de fei\ — Le chemin de fer de 
Matadi au Stanley-Pool est à peine inauguré î^ue déjà 
on entreprend la construction d'une ligne secondaire, 
destinée à rattacher la province du Mayumbe à Borna. 
Disons ici que déjà depuis 1889, Boma-plateau est 
relié à Boma-rive par un tramway à vapeur de \^1 kilo- 
mètres); cette ligne fut construite par la Compagnie 
des Magasins généraux et, par la suite, reprise par 



LES CHEMINS DE FER 37S 

l'Etat; ses locomotives furent les premières machines 
qui roulèrent dans le bassin du Congo. 

La nouvelle voie ferrée partira de Boma et se diri- 
gera vers Lengi et Boma-Sundi, sur la Lukula, (envi- 
ron 60 kil. à écartement de 0™60). La Société des che- 
mins de fer vicinaux du Mayumbe, qui va la construire, 
s'est constituée le 2i septembre 1898; c'est une 
société congolaise, à responsabilité limitée. L'État du 
Congo, qui figure parmi ses souscripteurs, lui a 
accordé les avantages suivants : a) usage de tous les 
terrains nécessaires pour l'établissement de la voie et 
de ses dépendances, y compris les quais d'embar- 
quement et de débarquement aux deux points ter- 
minus; b) entière propriété de 1,000 hectares de terre 
pour chaque kilomètre de voie ferrée construit et livré 
à l'exploitation; c) droit d'exploiter pendant trente 
ans les forêts appartenant à l'État dans une bande de 
5 kilomètres de largeur de chaque côté des chemins 
de fer; d) concession pendant trente ans, à partir 
du jour où ej les auront été signalées au gouvernement, 
de mines dont la société concessionnaire aura fait 
connaître l'existence dans les districts du bas Congo, 
au ifiord du fleuve. (Convention du 21 septembre 1898.) 
Trie première brigade d'agents techniques, sous la 
direction de M. Cocii, chef (le service, s'est embarquée, 
ea septembre 1898, pour le Congo. 

Il est certain que l'activité des hommes qui sont, 
en Belgique, à la tête de l'œuvre congolaise, ne sera 
pas satisfaite par ces seuls efforts, réalisés en si peu 
d'années. En effet, au delà du point terminus de la 
navigation des rivières, en amont des chutes, s'ouvrent 
denoiiveaux biefs navigables rayonnnant vers le nord, 
Test et le sud. 11 s'agit de les utiliser de manière à 



376 SITUATION ÉCONOMIQUE 

arriver économiquement aux régions du Tshad, du 
Nil, du Tanganika et du Katanga. Ainsi, il est 
question de créer des voies ferrées entre le terminus 
de la navigation du Lomami et le bief navigable 
du Lualaba (Bena-Kamba-Nyangvi^e) et entre le Lu- 
befu navigable et le Kamolondo, en amont de la Porte 
d'Enfer. Un autre railw^ay relierait l'extrémité navi- 
gable du Rubi (Ibembo) au confluent du Bomokandi 
et de rUele; celui-ci est même en voie de réalisation, 
le gouvernement ayant décrété un premier subside 
pour l'étude de ce projet. Enfin, les explorations des 
voyageurs français dans la région du Tshad per- 
mettent d'entrevoir la possibilité de rattacher le coude 
de rUbangi aux affluents navigables du Shari. Certains 
travaux, de moindre envergure, mais peut-être plus 
pratiques, seront sans doute également entrepris 
sous peu : ils auront pour but de franchir, au moyen 
d'installations mécaniques peu importantes, les chutes 
qui entravent la circulation sur le fleuve et ses 
affluents et de gagner ainsi à la navigabilité les 
briefs successifs qui s'étagent sur toute l'étendue du 
bassin. 

Pour le moment, la plupart de ces projets demeu- 
rent encore dans le domaine de l'hypothèse et du rêve; 
mais, comme le dit Schweinfurth, examinant les 
chances d'avenir de la colonisation européenne dans 
l'Afrique tropicale, « le monde, de notre temps, n'est 
pas habitué à reculer devant les entreprises d'une uti- 
lité reconnue, par les seules raisons qu'elles seraient 
d'une envergure considérable et qu'il y aurait de 
grandes difficultés à surmonter ». 

Les chemins de fer de l'Etat Indépendant, comme 
du reste le pays lui-même, sont ouverts à l'activité de 



LE RÉSEAU NAVIGABLE DU HAUT CONGO 377 

toutes les nations. La Conférence de Berlin, après 
avoir proclamé la liberté complète de la navigation 
du Congo et de ses affluents, a ajouté, dans l'article 16 
de l'Acte général : 

Les routes, les chemins de fer ou les canaux laté- 
raux qui pourront être établis dans le but spécial de 
suppléer à Tinnavigabilité ou aux imperfections de la 
voie fluviale sur certaines sections du Congo, de ses 
affluents et des autres cours d'eau qui leur sont assi- 
milés par l'article 15, seront considérés, en leur qua- 
lité de moyens de communication, comme des dépen- 
dances de ce fleuve et seront également ouverts au 
trafic de toutes les nations. De même que sur le fleuve, 
il ne pourra être perçu sur ces routes, ces chemins de 
fer et ces canaux que des péages calculés sur les dé- 
penses de construction, d'entretien et d'administra- 
tion et sur les bénéfices dus aux entrepreneurs. Quant 
au taux de ces péages, les étrangers et les nationaux 
des territoires respectifs seront traités sur le pied 
d'une parfaite égalité. 

Les puissances signataires de l'Acte général de 
Berlin et celles qui y ont adhéré ont, le cas échéant, 
le droit de provoquer la nomination d'une commis- 
sion internationale chargée de faire respecter l'exé- 
cution de ces dispositions. 

C. LE RÉSEAU NAVIGABLE ET LE SERVICE FLUVIAL 

DU HAUT CONGO. 

Arrivé au Pool, le chemin de fer des chutes a 
atteint sa plus grande longueur; son prolongement 
naturel est constitué par l'immense réseau fluvial du 
bassin supérieur. 

Tous les fleuves de l'Afrique tropicale sont barrés 
dans leur cours inférieur par des chutes et des rapides ; 



378 SITUATION ÉCONOMIQUE 

mais, tandis que partout ailleurs leur partie supé- 
rieure demeure qua&i impraticable aux steamers, au 
Congo, les rapides franchis, on arrive auStanley-PooI, 
magnifique port intérieur où débouche un réseau de 
voies navigables qui, sous le rapport de son extension, 
ne le cède, dans le monde entier, qu*à celui de 
l'Amazone. 

Du Stanley-Pool partent, en effet, dans toutes les 
directions, d'importantes routes fluviales libres, con- 
duisant aux confins de TAdamaua, du Bahr-el-Gazal, 
du Manyema, de J'jjrua, du Lunda et dont le déve- 
loppement se chiffre déjà par près de 18,000 kilo- 
mètres de rivières explorées et reconnues accessibles 
aux bateaux à vapeur. Si à cette puissante ramure on 
ajoute l'appoint des branches secondaires, ouvertes 
seulement à la navigation des pirogues, on admettra, 
avec M. Grenfell, que « pas un seul endroit du bassin 
du haut Congo ne se trouve à plus de 1 60 kilomètres 
d'une escale quelconque abordable par eau:». 

C'est principalement à cette disposition hydrogra- 
phique si favorable que le bassin du Congo doit sa 
grande supériorité économique sur les autres régions 
de l'Afrique centrale. 

Le lancement du premier bateau à vapeur sur les 
eaux du haut Congo date de décembre 1881 : c'était 
VEn Avant, que Stanley, secondé par le lieutenant 
Valcke, mit à flot et que suivirent bientôt le Boyal 
et l'.l . L A. A cette époque, le fait sembla prodigieux 
et l'on estima que le transport de ce bateau constituait 
un véritable tour de force. Depuis lors, ce ce tour de 
force » a été renouvelé à maintes reprises et avec des 
steamers autrement importants : chaque année voit 
quelque nouveau vapeur grossir la flottille du haut 



LE SERVICE FLUVIAL. 379 

Conejo, si bien qu'à l'heure actuelle 45 steamers, dont 
deux de 230 tonneaux, sillonnent le fleuve et ses 
affluents, ravitaillant les établissements, chargeant et 
déchargeant des marchandises^ transportant des voya- 
geurs. Ce sont 25 bateaux congolais, Il belges, 
6 hollandais, 4 ânglai»^ et 2 français, savoir : 

. \? l'État IndépenHant du Congo : le Brabant, pi le 
Uqinaiit {"^ryO t ) ; la YiHe de Bruxelles. U Jille 
(V Anvers^ \n Ville de Brii^ge^, \n Prinçessç Clénien.- 
Une et V Archiduchesse Stéphanie (^0 t )*^ le Starjley 
(3o t.), la Ville de Paris (oO t.\ 'a Floridà et la Déïi- 
vrance (20 t.', la Ville de^Gand e\ le Baron Dhanis 
{\i it.), le Hoi des BeÙies fîo t.) Va Ville d'Ostende, la 
Ville de Charleroi, la Ville de XJécje, VEn Avant, 
VA. I. A , le Baron Lamhermont, le Colonel Wahis 
et le Capitaine Schagcstrôm; 

2o l'État français : VUbanqi; 

3° la Société belge du Haut-Congo : la France, le 
Général S an for d, Ae Dauma%^\o. Katanga. VOîse, 
le Président Brufiniann, le Major Canibier et le 
Camille Delcommune ; . . 

^<* la Sooiétji bo^llandaise : le M.fljiniu Tqnqu (40 t ). 
\^ Frederiii et, VÀntoinnelte ^10 t.), le Holland, la 
WendeUna et V Henriette: 

5*» l'A^bir : le Colonel North ; 

6° le*î Missions protestantes : le Peace et le God- 

• » .... » . . 

will (10 l ), le Henri Reed et le Pioner; 

7^ la Mission belge des PP. de Scheut : la N.-D. du 
Perpétuel Secours; 

8° la Mission française des PP. du Saint-Esprit : le 
Léon Xïïï; 

9''. la rorapafrnie du Conoco pour le Commerce et 
rindustrie : un bateau de 40 t. (sur le sleep). 

Le chiffre actuel de 4o bateaux ne tardera pas à 
être dépassé, l'Etat du Congo et les Compagnies coni- 



380 SITUATION ÉCONOMIQUE 

merciales belges ayant environ 15 nouveaux vapeurs 
en cours de transport ou en construction sur les 
chantiers de la Société John Cockeril, à Hoboken. 

Ces steamers sont de trois types principaux : le 
petit modèle allant jusqu'à 15 tonneaux, ayant comme 
propulseur l'hélice ou la double hélice; le modèle 
moyen, allant jusqu'à 50 tonneaux, mû par une roue 
à aubes placée à l'arrière, et le grand modèle, de 
250 tonneaux de charge, également à roue d'arrière. 
Le premier type est employé par l'État pour la police 
des rives du fleuve et par les sociétés pour le service 
de leurs établissements; les deuxième et troisième 
types servent à assurer les transports sur le fleuve et 
ses grands tributaires. Tous ces steamers ne marchent 
que le jour, la navigation sur les cours d'eau par- 
semés d'îles, de bancs et de hauts-fonds restant des 
plus compliquées. 

Un décret du 7 juillet 1898 dispose que a les pro- 
priétaires ou capitaines de vapeurs, navigant sur le 
haut Congo et ses affluents, sont autorisés à faire en 
cours de voyage des coupes de bois dans les forêts de 
l'Etat, pour l'alimentation des chaudières, moyennant 
le payement d'une taxe annuelle sur la capacité de 
transport des vapeurs et de leurs remorques. Cette 
taxe est fixée à 240 francs par tonneau de mer de 
jauge pour les steamers ne dépassant pas, en vitesse, 
sept nœuds à l'heure. Les vapeurs d'une marche plus 
rapide sont soumis à une taxe supplémentaire de 
10 francs par demi-nœud ou fraction de nœud et par 
tonneau de jauge. La susdite taxe est réduite à 
120 francs pour les steamers d'un tonnage inférieur à 
10 tonnes, servant exclusivement au service des facto- 
reries dans un même affluent ou un même sous- 
affluent ». 



LE SERVICE FLUVIAL 381 

Depuis le !«' juillet 1896, le gouvernement a été en 
mesure d'organiser, sur le haut fleuve, un service 
régulier, à la suite d'une convention par laquelle la 
Société du Haut-Congo lui a vendu huit de ses 
steamers (29 décembre 1897). Deux fois par mois, un 
bateau de fort tonnage part de Léopoldville pour 
les Falls; la durée du voyage, aller et retour, est 
d'environ cinquante jours, escales comprises. D'au- 
tres vapeurs assurent le service du Kasai et de 
l'Ubangi. Sous peu, un nouveau progrès sera réa- 
lise; l'Etat fait construire un bateau postal de 50 ton- 
neaux, à deux hélices et à faible tirant d'eau, filant 
12 nœuds, qui sera exclusivement réservé au transport 
des voyageurs et de la correspondance; il effectuera 
le voyage entre le Pool et les Falls en onze jours à 
la montée et cinq à la descente. 

Le tarif des transports sur le haut fleuve a été établi 
par un décret du 12 mars 1892 : 

Marchandises. 

La tonne. 
Du Pool à destination des stations situées sur le 

Congo et sur les affluents qui s'y jettent en aval de 

Buraba fr. 300 

A destination des stations en amont de Bumba . . 400 

A destination des stations de l'Ubangi, en aval des 

chutes de Zongo 350 

A destination des stations du Kasai et de ses affluents 300 

Marchandises expédiées d'une station de l'intérieur, 
directement accessible, à destination du Pool : 

La tonne. 

Ivoire fr. 500 

Caoutchouc et autres produits indigènes .... 200 
Autres marchandises 150 

Voyageurs, 

Le prix du passage f nourriture non comprise), de Léo- 
poldville à une station située en amont jusqu'aux Falls va 
de 30 à 200 fr.; à la descente, ce prix est réduit à peu près 
de moitié. Les nègres payent le quart de ce que payent les 
blancs. 



382 SITUATION ÉCONOMIQUE 

En certains endroits, oii la navigation est inter- 
rompue par des raJ3ides, l'État a organisé un service 
complémentaire, à l'aide de chalands en acier ou 
de pirogues indigènes. 11 existe de ces services entre 
Manyanga et Isangila, sur le haut Ubangi, sur le haut 
Lomami et sur le Lualabà. Ils sont desservis par des 
canotiers indigènes, dont tous les voyageurs se plai- 
sent à reconnaître les qualités de courage, d'adresse 
et de patience. Parfois, ce transport par barques h 
rames constitue un iinpot payé à l'État par les chefs 
indigènes : il en est ainsi dii service établi entre 
Kîrundu et la station des Stànliey-Falls, dont M. von 
GcUzen vante la parfaite organisation : « En icjiiatre 
jours, dît-il, nous avons franchi la distance qui sépare 
Kinmdu des Palis. Il y a trois relais, où des piroguiers 
attendent les voyageurs. Ôri rompt charge avec une 
rapidité extraordinaire et la navigation se poursuit 
sans arrêt, les embarcations étant entraînées par- 
dessus les rapides par des équipages aussi vaillants 
qu'adroits. » 

D. — LES ROUTES DE PORTAGE. 

La route, cette première expression de la civilisa- 
tion, n'existait même pas au Congo, lorsque les Ëelges 
y arrivèrent. Les chemins que suivent les caravanes 
de trafiquants, ceux qu'utilisent les explorateurs pour 
se rendre d'un village à un autre, sont généralemerit 
des sentiers de 50 centimètres ^ i mètre de largeur, 
qui traversent en zigzaguant la brousse, la savane ou 
les bois, et que les pas des voyageurs ont plus ou 
moins aplanis. Les cours d'eau qu'ils coupent se pas- 
sent à gué, sur (les ponts de lianes ou en pirogues. Il 
existe de ces sentiers dans toutes les régions popu- 



LKS ROUTES DE PORTAGE 383 

leuses de l'Etat, là surtout où Tactivité commerciale 
produit un certain mouvement de va-et-vient. Sur 
ces routes primitives, il n'y a, jusqu*ici, d*autre moyen 
de transport que le portage à dos d'homme. 

On a tenté plusieurs fois d'utiliser, pour le service 
des transports, certains animaux tels que le bœuf et 
Tâne. Ces essais ont donné de bons résultats au camp 
de Zambi, où des bœufs sont dressés à tirer la char- 
rue et la herse. Une autre catégorie d'animaux rendent 
aux blancs de précieux services en matière de trans- 
ports : ce sont les animaux de selle, le taureau, la 
mule, l'âne et le cheval. 

A Luluabourg et à Lusambo les taureaux et les 
bœufs de selle sont d'un usage courant. Les chevaux 
qu^on voit au Congo sont, pour la plupart, importés 
des Canaries; récemment, dans le but d'obtenir des 
croisements, on a envoyé à Mateba des étalons arden- 
nais et des Juments de même sang;. dans les stations 
de rUele on voit des chevaux arabes venus du nord. 
L'une, que sa sobriété fait préférer au cheval, est 
généralement originaire des Canaries ; dans la partie 
orientale de l'Etat, on rencontre une race africaine : 
l'âne de Mascate. Ce sont encore les îles Canaries, et 
quelquefois le Sénégal, qui fournissent les mules; 
mais elles sont moins répandues que les ânes à cause 
de leur prix élevé, de i,200 à 1,500 francs pour une 
bête de belle qualité. 

Devons-nous parler ici des projets d'utilisation des 
éléphants? Certes, les éléphants africains sont aussi 
susceptibles d'être domestiqués que leurs congénères 
asiatiques : la plupart de ceux qu'on nous exhibe dans 
les jardins zoologiques, les ménageries et les cirques, 
viennent, en effet, d'Afrique. En outre, l'histoire nous 
apprend que, pendant plus de cinq siècles, depuis le 



À 



384 SITUATION ÉCONOMIQUE 

règne de Ptolémée Philadelphe (285 avant J.-C.) 
jusqu'à celui de Dioclétien (285 après J.-C), ces ani- 
maux furent chassés dans le nord et dans Test de 
l'Afrique et dressés pour le service des armées, des 
cours et des cirques. Mais le moment n'est, croyons- 
nous, pas encore venu de faire semblables expé- 
riences au Congo. La chasse et la capture de l'élé- 
phant en vue du dressage sont des opérations coû- 
teuses, et l'Afrique centrale, à peine ouverte aux 
Européens, n'offre pas encore, il s'en faut de beau- 
coup, les aménagements nécessaires pour pouvoir 
tirer parti d'animaux aussi délicats et exigeant autant 
de soins. 

E. — LES POSTES ET LES TÉLÉGRAPHES. 

Conformément aux dispositions de l'Acte de Ber- 
lin, la convention de l'Union postale universelle a été 
appliquée à l'État du Congo. Les premiers timbres- 
poste furent créés le 1®' janvier 1886. On a fait, 
depuis lors, plusieurs émissions de cartes postales et 
de timbres. Ceux-ci actuellement sont de 5, 10, 15, 
25, 40 et 50 centimes; de 1, 3.50, 5 et 10 francs. 

Le service des postes a été organisé en 1885 par 
MM. De Keyzer et Massart. Il comporte actuellement 
18 bureaux et comprend, outre la transmission des 
correspondances, celle des mandats-poste (par l'inter- 
médiaire du bureau de Bruxelles) et le transport des 
colis postaux (entre Anvers et Boma). Ces derniers ne 
peuvent dépasser en volume 20 centimètres cubes, en 
dimension 60 centimètres sur chaque face et en poids 
5 kilogrammes. Le prix de transport est de 2 fr. 50 c; 
il faut y ajouter, au Congo, une taxe de 1 franc et, en 
Belgique, 25 centimes pour la remise à domicile. Le 



LES POSTES ET TÉLÉGRAPHES 385 

mouvement postal se développe d'année en année : 
il était, en 1880, de 37,096 objets; en 1897, il a 
atteint 843,292 objets. 

L'Etat Indépendant n'est pas encore en relation 
télégraphique directe avec l'Europe; les télégrammes 
sont expédiés via San Thomé (taxe par mot : 8fr.30c.) 
ou via Saint-Paul de Loanda (taxe par mot : 4 fr . 80 c.) . 

Un décret du 14 novembre 1893 a décide la con- 
struction d'une ligne télégraphique allant de Borna 
aux stations du haut fleuve et au Tanganika. Le fil, 
qui traverse le fleuve à Underhill, est arrivé à Matadi, 
en 189o et à Léopoldville, en 1898; la section Léo- 
poldville-Bolobo, actuellement en construction sous 
la 'direction de M. Mahieu, sera achevée en 1899. 
Un décret ouvre un crédit de 3 millions de francs 
pour l'établissement de la partie orientale de la ligne. 
Une expédition, placée sous la direction de M. Mohun, 
a quitté l'Europe en août 1898, pour le Tanganika ; 
elle a pour mission do construire la section de 
300 kilomètres qui doit relier Towa à Nyangwe. 

Bibliographie : Francken, Huet, Claes et Cornet : Rap- 
port adressé au gouvernement par la commission d'enquête. 
— Heli.eputte : Rapport de la section centrale de la Chambre 
des représentants. (Documents parlementaires. 1896.) — 
Hubert : Rapport sur le chemin 'de fer du Congo. — Thys : 
La brochure blanche. — Id. : Rapports présentés aux assem- 
blées générales de la Compagnie. — Trouet : Le chemin 
de fer du Congo. — A.J. Wauters : Carte du chemin de fer 
du Congo, de Matadi au Stanley-Pool^ au 100,000*'. — Voir 
aussi les Annales parlementaires y années 1884, 1894, 1895, 
1896, et les nombreux articles publiés par le Mouvement 
géographique et le Congo illustré à l'époque de la construc- 
tion du chemin de fer. 



13 



CHAPITRE^ XWII. 



LE COMMERCE PMVÉ. 



A.— HISTORIQUE. 

Les relations commerciales ealre rEurope- et le 
Congo sont de création récente. C'est en 18S8 qi^e des 
agents de la maison française Régis et O"^ (Daumas, 
Béraud et C*% successeurs) s'établirent à la bouche du 
fleuve, sur la pointe de Banana<|ui longtemps "a été 
désignée sous le nom de « Pointe française ». Mais la 
première impulsion donnée au commerce dans ces 
parages ne date réellement que de deux ans plus tard. 
L'honneur en revient à la société hollandaise Afri- 
kaansche Uandelsvereeyiiging, de Rotterdam, qui, en 
1860, installait un établissement à Boma, où quel- 
ques années après, venaient la rejoindre les agents 
de, la société anglaise Hatton .et. Cookson, puis lôs 
négociants portugais Valle et A'Zevcdo (1871). 

Quand au mois d'août 1877, Stanley arriva à 
Boma, il y trouva six factoreries, dirigées par seize 
Européens : doux Anglais, un Hollandais, douze Por- 
tugais et un Belge, agent de la factorerie française, 
M. Alexandre Delcommune, qui n'allait pas. tarder 
à jouer un rôle actif dans l'histoire de Ici décou- 
verte et de l'exploitation commerciale du haut Congo. 
A l'époque de l'inauguration de la Conférence de 
Berlin (15 novembre 1884), l'occupation des rives du 
bas fleuve n'avait pas dépassé Fuka-Fuka. 



LE C05TMERCE PRIVÉ 887 

La civilisation de l'Afrique par le commerce est 
ridée qui a présidé à la rédaction du programme 
de la Conférence. Elle est nettement exprimée dans 
Je discours prononcé par le prince de Bismark, 
président de la haute assemblée, lors de Touveï^ture 
de ses travaux : « Le véhicule de la civilisation en 
Afrique, dit-il en substance, l'instrument par excel- 
lence qui doit y contribuer au développement graiduel 
de la paix et de l'humanité, c'est le commerce.» Aussi, 
la préoccupation d'en favoriser Fexpansion en Afrique 
et d'y garantir sa liberté, dominé-t-èîle les discussions 
de chacune des séances; elle est formulée dans les 
protocoles par chacun des représentants des puis- 
sances. De toutes les déclarations qui furent faites 
.alor&, les plus importantes et les plus décisives sont 
celles de M. le baron Lambermont,, plénipotentiaire 
belge, à qui avait été confié, le soin de rédiger les 
rapports de la commission. En nous servant des 
paroles mêmes des plénipotentiaires, nous pouvons 
résumer comme suit les déclarations en faveur de la 
liberté commerciale enregistrées dans les protocoles 
de la Conférence : 

Le régime à appliquer au Congo doit reconnaître 
aux indigènes le droit de disposer librement d'eux- 
mêmes et de leur sol héréditaire. Il doit tendre à 
stimuler chez eux le goût du travail, afin de hâter 
leur marche vers un meilleur état social. Le com- 
,merce doit avoir au Congo une .grande liberté d'al- 
lures et pouvoir s'y développer à la faveur d'un large 
système de tolérance et de garanties. Chacun doit y 
avoir la liberté illimitée de vendre et d'acheter; la 
carrière doit rester ouverte, sans restrictions, à la 
libre concurrence. Il ne peut être créé aucun mono- 
pole, aucune situation privilégiée, quels qu'ils soient. 



388 SITUATION ÉCONOMIQUE 

Si ce régime devait un jour être revisé, la revision ne 
pourrait avoir lieu que pour le rendre encore plus 
favorable aux intérêts commerciaux. La proclamation 
de la liberté commerciale pleine et entière, au Congo, 
est marquée comme but aux efforts des puissances. 
Celles-ci sont unanimes à se prononcer en faveur 
de la permanence du régime le plus libéral. 

L'article 1®' de TActe général délimite comme suit 
le bassin conventionnel du Congo auquel ces dispo- 
sitions sont appliquées : 

Le commerce de toutes les nations jouira d'une 
complète liberté : 1^ Dans tous les territoires consti- 
tuant le bassin du Congo et de ses affluents. Ce bassin 
est délimité par les crêtes des bassins contigus, à 
savoir : notamment les bassins du Niari, de TOgowé, 
du Shari et du Nil, au nord; par la ligne de faite des 
affluents du lac Tanganika, à Test; par les crêtes des 
bassins du Zambcse et de la Logé, au sud. Il embrasse 
en conséquence tous les territoires drainés par le 
Congo et ses affluents, y compris le lac Tanganika et 
ses tributaires orientaux ; 2<> dans la zone maritime 
s'étendant sur Tocéan Atlantique, depuis le parallèle 
situé par 2^30* de latitude sud jusqu'à l'emboucbure de 
la Logé. — La limite septentrionale suivra le parallèle 
situé par 2®30', depuis la côte jusqu'îiu point où il 
rencontre le bassin géographique du Congo, en évi- 
tant le bassin de TOgowé, auquel ne s'appliquent pas 
les stipulations du présent Acte. — La limite méridio- 
nale suivra le cours de la Logé jusqu'à la source de 
cette rivière et se dirigera de là vers l'est jusqu'à la 
jonction avec le bassin géographique du Congo ; 
3° dans la zone se prolongeant à l'est du bassin du 
Congo, tel qu'il est délimité ci-dessus, jusqu'à l'océan 
Indien, depuis le 5^ degré de latitude nord jusqu'à 
l'embouchure du Zambèse au sud; de ce point, la 
ligne de démarcation suivra le Zambèse jusqu'à 



LE COMMERCE PRIVÉ 389 

5 milles en amont du confluent du Shiré et conti- 
nuera par la ligne de faite séparant les eaux qui 
coulent vers le lac Nyassa des eaux tributaires du 
Zambèse, pour rejoindre enfin la ligne de partage des 
eaux du Zamli^èse et du Congo. 

Les dispositions libérales adoptées par la Confé- 
rence de Berlin et proclamées dans son Acte gépéral 
ne pouvaient manquer de provoquer en Belgique un 
courant favorable parmi les hommes d'action désireux 
de soutenir les projets du fondateur de l'œuvre. A 
l'initiative du capitaine d'état-major Albert Thys, 
alors attaché à l'administration de l'État du Congo, 
la Société belge des ingénieurs et industriels, à 
Bruxelles, commença la campagne par une série de 
conférences sur le Congo. Les débats ouverts pendant 
les premiers mois de l'année 1887, au Palais de la 
Bourse, provoquèrent un vif mouvement en faveur 
de la participation des capitaux belges à l'œuvre 
royale : l'année ne s'était pas écoulée que trois 
sociétés commerciales belges s'étaient constituées, en 
vue d'entreprendre des opérations en Afrique. 

La première était le Syndicat de Mateba, fondé à 
Anvers par MM. Ad. de Roubaix et consorts, pour la 
création d'établissements agricoles dans le bas fleuve; 
à cet effet, le syndicat acquit de l'État l'île de Mateba, 
d'une superficie de 14,000 hectares et quelques îlots 
voisins. La deuxième société, la Sanford Exploring 
Expédition, fut fondée à Bruxelles par M. Sanford, 
ancien membre du comité de l'Association internatio- 
nale africaine, et M. Georges Brugmann, en vue d'en- 
treprendre le commerce de l'ivoire et du caoutchouc 
dans le haut Congo. La troisième, la Compagnie du 
Congo pour le commerce et Findustrie, fut constituée, 
à Bruxelles, par MM. Thys, Jules Urban et Ad. de 



390 SITUATION ÉCONOMÎCUE 

Roubaix. Elle ne devait pas tai*der à grouper les 
efforts des coloniaux et à assumer seule, , pendant 
plusieurs années, la direction des entreprises» com- 
merciales belges au Congo. 

La Compagnie du Congo se donna pour lâche d'étu- 
dier le pays et 'de le faire connaître en Belgique. 
Ses statuts visaient, avant tout, l'étude et la construc- 
tion d'un chemin de fer. Le gouvernement congo- 
kis appréciant ' les services multiples qu'elle s'ap- 
prêtait à lui rendre, lui concéda, par une convention 
en date du 26 mars 1887, ' la pleine propriété 'de 
•150,000 hectares de terre, qu'elle a choisis depuis 
dans les bassins de la Busira et du'Momboyo/Dès le 
commencement dé l'année 1888, ia Compagnie put 
établir les grandes lignes d'un plan d'ensemble pour 
la réalisation duquel des capitaux furent sollicités. 
Successivement furent constituées, à son iniative : 

i° La Compagnie des Magasins généraux (20 oc- 
tobre 1888), qui installa des hôtels et des magasins 
dans le bas Congo; 

2^ La Société anonyme belge povr le commerce du 
Haut-Congo, qui fusionna avec la Sanford Exploring 
Expédition et se livra dans le haut fleuve au commerce 
de l'ivoire et du caoutchouc (10 décembre 1888); 
MM. Alex. Delcommune, le lieutenant Vâkke, Camille 
Delcommune, le major Parminter et le D'^ BriaH se 
succédèrent à sa direction, en Afrique; 

3*' La Compagnie du chemin de fer (31 juillet 1889) ; 

4^ La Compagnie des produits du Congo, qui fu- 
sionna avec le Syndicat de Mateba et s'occupa de l'éle- 
vage du bétail, dans le bas Congo (29 novembre 1889); 

5® La Compagnie du Katanga, qui se constitua dans 
des conditions sur lesquelles nous devons insister. 
Depuis six mois déjii, la Compagnie du Congo avait 



LE CGMBIEnCE' PRIVÉ- 391 

chargé une expédition, dirigée par M. Déicommune, 
d'èxplorcr les régions du Katdnga, lorsqu'on apprit à 
Bruxelles que la Brttish South Afi'ïca, la société 
de M. Gecil Rhodes, avait envoyé en Afrique deux 
agents, MM.. Thomson et Grant, qui, en toute hâle, 
awent gagné le pays de Msiri, d'où ils revenaient, 
disait-on, avec d'importantes concessions* territo- 
riales. Celle tentative d'usurpation des droils politi- 
ques de l'État, immédiatement soutenue par quelques 
journaux anglais à là dévotion de M. Ceci! Rhodes, 
provoqua à Bruxelles une assez vive émotion. La 
Compagnie du Congo mit à la disposition de l'Etat lés 
services de l'expédition Dclcoramune, qui se trouvait 
alors sur le Lomami, et lui offrit de compléter l'action 
de cette mission par un ensemble de promptes et 
énergiques manifestàti'ons, qui devaient avoir pour 
rcsHltal de couper court aux agissements de la société 
anglaise. Lo 15 avril 1800 se forma la Compagnie dû 
Kûlanga, qui reprit pour son compte l'expédition 
Delcommune et envoya d'urgence, en Afrique, les 
expéditions Slairs et Bia-Francqui, dont les chefs 
furent commissionnés par l'État et munis de pleins 
pouvoirs. Moins d'un an après, les trois colonnes 
avaient atteint la résidence de Msiri, fait reconnaître 
le drapeau de l'Etat par les chefs du Katanga et poussé 
leurs investigations et leurs reconnaissances jusiqu'aux 
limites extrêmos du pays. 

L'imporlance des concessions faites à \^ Compagnie 
du Katanga par l'État montre à quel point celui-ci 
a tenu à reconnaître le concours si patriotique que 
les fondateurs de la Société ne lui ont pas marchandé, 
à un moment où l'intégrité du territoire était com- 
promise; en vertu de la convention du 21 mars 1891, 
la Compagnie possédait en pleine propriété le tiers 



392 SITUATION ÉCONOBIIQUE 

des terres domaniales situées dans un territoire déli* 
mité, comprenant les bassins du haut Lualaba, du 
haut Lomami, le Manyema, TUrua et le Katanga. A la 
suite d'un accord intervenu le 9 mai 1896, la partie 
septentrionale de ces concessions a été échangée 
contre des terrains d'une superficie équivalente, 
situés dans le bassin du Lomami inférieur. 

Tandis que s'affirmait ainsi, à Bruxelles, le mou- 
vement commercial provoqué par MiL Thys, Brug- 
mann, Jules Urban, de Roubaix et Sanford, soutenus 
par un groupe imposant de personnalités politiques, 
industrielles et financières, la Société hollandaise de 
Rotterdam, dirigée par M. Greshoff, et la Société 
française Daumas, Béraud et C'® accentuaient leur 
action en développant de plus en plus vers l'intérieur 
la chaîne de leurs factoreries. Bientôt elles s'instal- 
lèrent toutes à la rive du Pool, les Français à Brazza- 
ville, les Hollandais et les Belges à Kinshasa, et se 
hâtèrent d'y envoyer le matériel fluvial indispensable 
à leurs opérations futures. 

Ce n'est certes pas un des faits les moins intéres- 
sants de la conquête du bassin du Congo, que la 
confiance et l'entrain avec lesquels les intérêts privés 
se sont ainsi associés aux intérêts politiques et huma- 
nitaires; que l'élan avec lequel le commerce libre a 
suivi, sans hésitation, les pas des explorateurs. Dans 
ce « rush », qui n'est que le prélude du mouvement 
plus intense qui va se produire maintenant que le 
railway des chutes est ouvert au trafic public, le pre- 
mier rôle appartient à la Compagnie du Congo pour le 
commerce et tindustrie et à ses filiales. Alors qu'en 
Belgique, il n'y avait encore qu'incrédulité à l'égard 
des (c rêves du Roi », méfiance vis-à-vis du « mino- 



LE COMMERCE PRIVÉ 393 

taure africain », résistance à « l'engrenage congo- 
lais », elles n'hésitèrent pas à s'aventurer, avec la foi 
la plus ardente, l'activité la plus entraînante. La recon- 
naissance complète de la région des chutes pour les 
études du chemin de fer, l'exploration du réseau 
navigable du haut Congo, la création d'importants 
troupeaux de bétail à Mateba, la constitution de toute 
une flottille de vapeurs sur le Stanley-Pool, l'explora- 
tion du Katanga, enfm la construction du chemin de 
fer sont leurs principales contributions à l'œuvre 
du Congo. Une haute pensée de patriotisme a inspiré 
leurs fondateurs, toujours guidés par la volonté de 
soutenir la conception coloniale et les projets gran- 
dioses du fondateur de l'État. Depuis leur constitution , 
les unes et les autres n'ont cessé d'affirmer cette pré- 
occupation en donnant la plus large publicité à leurs 
travaux : chaque société a ses publications spéciales; 
le journal Le Mouvement géographique, fondé il y a 
quinze ans par l'auteur de ce livre, est devenu leur 
organe périodique. 

Dans le haut fleuve, la Société du Haut- Congo ne 
tarda pas à prendre l'avance sur les autres. Le 
16 avril 1892, elle absorba la Compagnie française 
Daumas, Béraud et C**, reprit ses établissements et 
ses bateaux, et commença l'exploitation du Congo 
français par l'Ubangi et la Sanga. Déjà, six mois 
auparavant, le 21 octobre 1891, avec le concours de 
la Compagnie du Katanga, elle avait organisé, sous la 
dénomination de Syndicat commercial du Katanga^ 
une entreprise placée sous la direction de M. Hodister, 
destinée à mettre immédiatement en valeur une partie 
des territoires concédés par l'État le 12 mars 1891. 
Malheureusement, lorsque M. Hodister arriva sur 
son terrain d'action, les chefs arabes dessinaient leur 



394 SITUATION ÉCONOMIQUE 

hostilité contre TEtat. Les agentsqu'ileovoya à Riba- 
Riba et Nyangwe, par la voie du Lualaba, duTOnt 
. rebrousser cherain et lui-même fut .«tué . a/vec le 
. D'" Magery et plusieurs de ses compagnons de route, 
aux avant-postes de Riba-Riba, ■ le 15 mai 1892. 
Depuis lors, le Syndicat du Katanga a été liquidé et 
reipplacé par un organisme nouveau, la Compagnie 
du Lomami, constituée le 5 juillet 1898 et ayant pour 
directeur M. \h lieutenant Lemery. 

La Compagnie du Congo pour lecoinme^xe et Findus- 
trie et ses six filiales, présidées pariMJI. Jules-. Urban, 
Georges Brugmann et Thy3,onttoute9leur^iège social, 
à Bruxelles, rue Boréderode. Distinctes L'une do Tautre 
au point de vue de leur existence sociale etda.leitrs 
opérations, elles sont unies par leur personnel (Hri- 
geant : leur administrateur délégué,;uniquQ3esttM. le 
colonel Thys, secondé par quatre directeurs diefs dé 
service : MM. A.-J. Wauters, secrétaire général iJoima- 
jor Laurent, le major Cambien et ringénicur Trouet. 

En celte même année 1802, UEtat inaugura unQipoli- 
tique économique nouvelle, qui: provoqua, un conSit 
avec les intérêts , privés : engagés: au . Congo idjepuls 
quatre années. .Cette politique est caractisée : 1*^ Par 
la mise en pratiquo.dudroit do UÉtatrde monopoliser 
à son profit les produits des terrses vacantes du- terri- 
toire; 2" par l'apparition de sociétés commerciales 
nouvelles, .à concession et à pri.vilègpy constituées en 
vuede l'exploitation du ce domaine privéo) avec l'appui 
moral et effectif de l'État. 

Les sociétés du type nouveau» :qui se constituèrent 
furent, la Société anversoise du cominerceau Congo et 
VAyiglo-Belgian India Rubber C°. 

La Société anversoise du commerr&au Congo, fondjéc 



LE COMMERCE PlUVÉ 39S 

à Amers, le 2 aoûl 1892^ au capital de 400,000 francs 
pprtc plus tard à 1,700,000 francs, est présidée par 
M. de.Browne de Ticge. Elle obtint, pour un terme 
renouvelable de 50 anaées,Jaf concession des forêts 
domaniales situées dans le bassin de la Mongala, 
avec le droil x^xcluslf d'exploiter tous les produits de 
la forêt ; cette concession comporte la location, pour 
le même terme de 50 années, de toutes les terres 
domaniales situées dans la :Mongala. Par contre, la 
société concessionnaire s^cngagcait à payer à TËtat 
des redevances spéciales s'élevant à 300 francs par 
1,000 kilogrammes de caoutchouc rccalié, loO francs 
pour la même quantité de cire ou de copal et 5 p. c. 
de leur valeur sur les marchés d'Europe pour ri\oire 
et les autres produits. 

VAnglO'Belgian India Rubber and Exploration C 
(A. B. 1. R.) fut fondée à Anvers le 6 août 1892, au 
capital de 1 million de francs, sous la présidence de 
feuMJle colonel anglais North;, remplacé,en mai 189C, 
pac^Mi: Van de Nest. Elle obtint Tentiôre propriété des 
terres. vacantes apparlenant au domaine dans les bas- 
sins du i^pori et de la Maringa. autour de huit postes' 
diexpioitatioii et dans un rayon do 5 lieues; eu outre^ 
on lui accorda, pour un terme de 30 années, le droil 
d'expjoiter tous les produits de la forêt, dans les bas- 
sins duLopori et de la Maringa, à partirdeBasankusu. 

A partir de 1894, on vit se constilucr toute une 
séria de société nouvelles qai:acquirenl de l'État des 
territoires plus ou moins étendus, principalement 
en vue de la récolte de caoutchouc : la Société des Pro- 
duits^ végétaux du haut Kasai, ayant pour adminis- 
trateur délégué M. Kôose; \^ Société dagnculture et 
de plantation au Congo (S. A.. P.), présidée par M. le 
baron de Slein, et dont le terrain d'action s'étend 



396 SITUATION ÉCONOMIQUE 

à la rive gauche du Congo, en aval et en amont du con- 
fluent du Lomami; le Comptoir commercial congolais 
(C. C. C), fondé par M. Mois, qui obtint des conces- 
sions dans le bassin de laWamba, affluent du Kwango; 
la Société de la Djuma, constituée par MM. J. de 
Hemptinne et L. Bethune, qui travaille dans le bassin 
de cette rivière, sous la direction de M. Rossignon; 
la Société agricole du Lubefu, qui a des domaines 
dans le bassin de cette rivière et que dirige M. le lieu- 
tenant Cassart; la Kassaienne, qui a des terrains 
dans le bassin du Kasai et qui a pour directeur M. le 
commandant Rom; la Centrale africaine, qui a les 
siens dans la rivière Djuma; la Société équatoriale, 
qui en a dans le bassin de l'Ikelemba (Equateur) et à 
la tête 'de laquelle est placé M. le capitaine Chris- 
tiaens ; etc. 

B. LES SOCIÉTÉS COMMERCIALES. 

Sociétés étrangères. — Jusqu'à la fin de Tannée 1897, 
toutes les sociétés par actions possédant des établis- 
sements au Congo avaient été fondées à Tétranger : en 
Belgique, en Hollande, au Portugal. Leur situation 
juridique est réglée par le décret du 27 février 1887 ; 
elles doivent être constituées conformément à la loi de 
leur nationalité et sont tenues : 1° De déposer au greffe 
du tribunal de l**® instance, à Borna, dans les six mois 
de la création de leur premier siège d'opérations, un 
extrait de leurs actes constitutifs, contenant certaines 
indications; S*" de faire élection de domicile dans 
rstat Indépendant. 

Vingt-cinq sociétés étrangères par actions, ayant 
ensemble un capital d'environ 60 millions de francs, 
se sont formées ainsi, en vue de l'exploitation com- 
merciale du Congo. Le tableau suivant en présente la 
liste chronologique. 



LE COKHERCE PRIVE 






i= i--é= - é= é^ È^ 



|gg|||||||||ggSgg'SggS|§g| 



-| „S-g.£ §1 









s s .s = gi 



ZÛ&'ÔMÔUO 






illl 



J 



398 SlTLAllON ÉCOKOMIQUË 

Sedétés congolaises, r^ LeBuUetm officiel, dans soa 
fascicule de décembre 1897, a publié les statuts de là 
Société générale africaine^ constituée à Bruxelles, au 
capital de 3 millions de francs. C'est la première 
société congolaise à responsabilité limitée/ Elle est 
fondée par décret. C'est le Souverain qui nomme les 
premiers administrateurs et commissaires; c est lui 
aussi qui désigne et révoque le président et le 
secrétaire, lesquels peuvent être choisis en dehors du 
Conseil; celui-ci peut déléguer tous ses -droits à son 
président. La Société peut s'occuper d'objets d ordre 
non économique et « est autorisée à acquérir toutes 
conxîcssions, baux, propriétés de toute nature et à 
exercer tous droits d'administration politique en 
dérivant ». En réalité, la Stfciété générale africaine 
est une institution d'Etat. 

Au mois de janvier 1898, la Société anversoise du 
commerce au Congo. VAnglo-Uelgian India RUbber 
Company (Abir) et le Comptoir commercial congolaiSy 
qui s'étaient constitués h Anvers, en août 1892 et 
juillet 1895, furent dissous en tant que sociétés 
belges, pour être reconstitués aussitôt sous le régime 
de la loi congolaise. Enfin, le 21 septembre 1898, 
s'est fondée, à Bruxelles, sous le même régime, la 
Société des chemins de fer vicinaux du Mayumbe. 

Aux 2S sociétés étrangères renseignées au tableau 
ci-contre, viennent donc s'ajouter les U sociétés con- 
golaises suivantes : 

a) Sociale ijùnérale africaine, au capital de 3 mil»- 
lions de francs [Bull. o/f.<, décembre 1897); 

b] Société anversoise du commerce au Congo; 
capital divisé en 3,400 paris sans désignation de 
valeur; siège social : Mobeka; directeur : M. le corn- 
mandant Lolhaire (Bull. off\, février i898); 



LE GOMMERCK PRIVÉ 399 

c) Àbir; capital divisé en 2,000 paris sans désigna- 
lion de valeur; siège sorial : Basankiisu [Bull, off., 
avril 1898); 

d) Comptoir commercial concjolais, au capital de 
500,000 francs; sijège social : Fayala [Bail, off., 
avril 1898); 

e) Société des chemins de fer vicinaux du 
Mayumbe ; capital 3 millions de francs [Bull, off., 
août-septembre, 1898). 

: Les dispositions de la loi congolaise sur les sociéiés 
commerciales peuvent se résumer en quelques lignes : 
(c Nulle société par actions, à responsabilité limitée, 
ne peut se fonder au Congo qu'après av-oir été auto- 
risée par décret du. Roi-Souverain. Les actes constitu- 
tifs sont, à peine de null'té, dans les six mois de leur 
date, déposés en copie* et pour extrait au greffe du 
tribunal de première instance. Il sont ensuite publiés 
9l\x Butletin officiel par les soins du département des 
affaires étrangères.» La loi congolaise ne requiert pas, 
comme la loi belge, qu'il y ait au moins sept associés, 
que le capital soit intégralement souscrit et que 
chaque action soit libérée jusqu'à concurrence d'une 
certaine quotité; elle ne dit rien de la responsabilité 
des fondateurs, administrateurs et commissaires ; 
enfin, il n'est pas légalement nécessaire qu'un inven- 
taire soit dressé chaque année, ou que le bilan et le 
compte de profits et pertes soient publiés au Bulletin 
officiel. 

BiBLiOGRA-PHiE : Fascîcules renfermant les statuts, rapports 
et-bilans des sept sociétés- commc-r ci aies ayant leur siège rue 
Brédcrode. à Biuselles. Le Mouvement géographique a publié 
171 extenso la plupart Je ces documjeaîs. 



CHAPITRE XXVUI. 

LE DOMAINE PRIVÉ DE l'ÉTAT. 

Dès le 1*' juillet 188S, une ordonnance proclama la 
règle juridique qui veut que les biens sans maître 
appartiennent à l'État : « Les terres vacantes, dit-elle, 
doivent être considérées comme appartenant à tÉtat. » 
Ainsi que le prouve le contexte, cette disposition 
avait pour but, d'une part, de protéger les naturels 
contre les étrangers qui tenteraient de les dépossé- 
der, d'autre part, d'éviter les contestations et les abus. 
Les populations indigènes ne furent pas inquiétées 
dans leur libre jouissance du sol ; on ne songea ni 
à leur enlever le droit d'y récolter des produits pour 
les besoins de leur subsistance, ni à les empêcher de 
trafiquer des mêmes produits en vue d'améliorer leur 
condition. 

Le 17 octobre 1889, un décret détermina les condi- 
tions de la récolte des produits végétaux, caoutchouc, 
copal, etc., dans les terres domaniales « où ces sub- 
stances n'étaient pas encore exploitées par les popula- 
tions indigènes » : la récolte n'en pouvait avoir lieu 
qu'en vertu de concessions spéciales; toutefois, le 
trafic restait ouvert partout à la libre concurrence. 

Le décret du 9 juillet 1890, réglant le commerce des 
dents d'éléphants, autorisa le trafic de l'ivoire dans 
toute l'étendue du territoire congolais; l'État décla- 
rait même abandonner exclusivement au commerce 
privé la récolte des dents d'éléphants, dans les 



LE DOMAINE PRIVÉ DE l'ÉTAT 401 

districts du haut fleuve directement accessibles aux 
steamers, en aval des premiers rapides qui inter- 
rompent la navigation du fleuve et de ses afiluents, 
sur une profondeur de rive de SO kilomètres. Dans 
le reste du territoire, il se réservait de faire le com- 
merce de Tivoire concurremment avec les particuliers. 
Hais, par contre, le produit était fortement imposé; 
dans la première zone, celle des rives du réseau navi- 
gable, il était prélevé un droit de patente de 2 francs 
par kilogramme; dans la seconde, celle de Thinter- 
land, un droit de patente de 4 francs; de plus, un 
droit de sortie de 2 francs frappait chaque kilogramme 
d'ivoire qui quittait le territoire de l'État. 

Ces mesures fiscales provoquèrent des protesta- 
tions de IsL JSieuwe Afrikaansche Ilandelsvennootschap 
de Rotterdam, dont les agents se retirèrent du bas 
Congo indépendant pour transporter leur action 
principale à la rive portugaise, et de Kinshasa, sur le 
Pool, pour passer en face, à Brazzaville. L'abaisse- 
ment des chifl'res des exportations pendant une couple 
d'années conserve, sur les tableaux du Bulletin offi' 
ciely le souvenir de cet exode momentané. 

Toutefois, si les nouvelles taxes étaient excessives, 
voire exorbitantes, elles n'en étaient pas moins légi- 
times. Le gouvernement, dans l'impérieuse nécessité 
d'équilibrer son budget, cherchait à se créer des res- 
sources par l'impôt. Mais il tenait à sauvegarder le 
principe de la liberté commerciale; il affirmait même 
nettement son intention à cet égard en inscrivant ces 
mots en tête du décret du 9 juillet 1890 : « Consi- 
dérant qu'il y a lieu de régler la récolte de l'ivoire 
dans l'Etat de manière à favoriser la libre concur- 
rence » 

Seulement ces dispositions se modifièrent, et l'Etat 



462 SITUATION ÉCOSOmQEE 

no tarda pas à inaugurer une» politique économique 
diamétralement opposée à celie qui avait prévalu jus- 
qu'alors. Ce changement d'attkiide fut marqué par le 
décret du 21 septembre 4891, non inséré au Bulletin 
officiel, et qui ordonnait aux commissaires de district 
de l*Aruwimi-Uele et de TUbangi-Uele, ainsi qu'aux 
chefs d'expédition du haut Dbangi, « de prendre les 
mesures urgentes iet nécessaires pour conserver à la 
disposition de TEtat les fruits domaniaux, notamment 
ri voire et le caoutchouc ^^ 

Quelques mois après la signature de ce document, 
paraissaient trois circulaires : 1** Celle du commis- 
saire de district derUbangi-Uele, qui défendait aux 
indigènes de chasser l'éléphant, à moins qu'ils n'ap- 
portassent à l'Etat l'ivoire récolté (Bangala, '15 dé- 
cembre 1891); 2** celle du commissaire de district 
de l'Equateur, qui disposait, que les indigènes ne 
pouvaient exploiter la liane à caoutchouc qu'à la con- 
dition d'en remettre le produit à l'État (Basankusu, 
8 mai 1892) ; 3** celle du commandant de l'expédition 
du haut Ubangi, qui interdisait aux indigènes «de dis- 
traire à leur profit iBt de vendre quelque partie que ce 
soit de l'ivoire et du caoutchouc, fruits du domaine de 
l'Etat »; la circulaire ajoutait que « les commerçants 
qui achèteraient aux indigènes ces produits, dont 
l'Etat n'autorise la récolte qu'à la condition tiu'on* lui 
en apporte les fruits, se rendraient coupables de 
recel et seraient dénoncés aux autorités judiciaires » 
(Yakoma, U février 1892). 

Aussitôt que ces circulaires furent connues en 
Europe, le commerce privé protesta, aussi bien à 
Bruxelles qu'à Rotterdam (juillet 1892). L'État répon- 
dit en invoquant son droit absolu de disposer, au gré 
de ses volontés et de ses besoins, des fruits de son 



LE DOMAIKE PUIVÉ' DE. l'ÉTAT 403 

domaifiC) àquoi les cooipagxiies commerdales objec* 
lôrcal que les circulaires violaient Tcspril et les termes 
de l'Acte général de Berlin, que lé droit de commercer 
avec les indigènes des fruits de leur- sol héréditaire 
avait été proclamé par la Conférence en 188S et qu'au- 
cuaeconccssion n'était nécessaire pour trafiquerdans 
le bassin du Congo. Elles ajoutaient que le décret 
du 21 septembre 1894 et les circulaires qui l'avaient 
suivi avaient, en somme, pour eifet d'établir le mono- 
pole de l'État et qu'une pareille mesure, si elle devait 
être maintenue et appliquée, allait amener la déca-^ 
dencc et la ruine du commerce privé. 

Une première satisfaction fut donnée aux sociétés 
par le retrait des circulaires et des interdictions. 
Mais l'accord entre l'État et les représentants du com • 
merce privé n'ayant pu, se. faire sur la question de 
principes, on se contenta d'un modus viveiidi qui régla 
la.question de la récolte du caoutchouc. Le décret du 
30 octobre 189i a établi, pour un terme qui pren- 
dra, fin à l'époque où la Belgique exercera son droit 
de reprise, le régime dont voici les grandes lignes. 

Le territoire de l'État est, en réalité, divisé en trois . 
zones assez vaguement délimitées, soumises à des 
régimes économiqqcs diftcrcnts. La première com- 
prend les bassins du Bomu, de l'Uele, de la Mongala, 
de rilkmbiri, de l'Aruwimi, du Lopori et de la 
Maringa, des lacs Léopold 11: et Tumba et de la 
Lukenie. L'État seul y récolte l'ivoire et le caoutchouc 
des terres domaniales, soit par lui-même, soit avec 
le concours de compagnies dans lesquelles il a de 
puissants intérêts. 

La seconde zone, comprenant le Mayumbe et la 
région des Chutes, les rives du haut Congo depuis 
le Stanley-Pool jusqu'aux Stanley- Falls, excepté 



404 SITUATION ÉCONOMIQUE 

celles des districts de l'Equateur et de rAruwimi, la 
rive gauche de TUbangi en aval du confluent du Bomu; 
les bassins du Ruki, de l'Ikelemba, de la Lulonga, 
en aval du confluent du Lopori et celui du Kasai, 
demeure le domaine du commerce libre; les dispo- 
sitions libérales de l'Acte général de Berlin continuent 
d'y être appliquées. 

Quant à la troisième zone, formée par les territoires 
excentriques des bassins du Congo-Lualaba et du 
haut Lomami, de l'Urua et du Katanga, le décret du 
30 octobre 1892 décide que l'exploitation du caout- 
chouc y sera réglée lorsque les circonstances le per- 
mettront. Ce moment n'est pas encore venu et, depuis 
1892, ces régions restent fermées aux commerçants. 

Telle est la situation : bien qu'elle soit à coup sûr 
anormale, le temps a démontré qu'elle permet au 
commerce privé de poursuivre avec succè s ses opéra- 
tions, grâce à l'étendue immense et aux richesses 
du territoire congolais, grâce aussi à l'abondance et à 
régale répartition des voies de communication natu- 
relles. 

L'exploitation des terres domaniales se fait princi- 
palement par voie de régie directe {Bulletin offidel, 
octobre 1896). Les agents de l'intendance, sous la 
direction du commissaire de district, en sont chargés. 
Ils sont tenus d'accorder aux indigènes une rémuné- 
ration au moins égale au prix de la main-d'œuvre 
nécessaire pour récolter le produit. Tout ce qui se 
rapporte à l'exploitation du domaine privé est séparé 
nettement des autres services gouvernementaux et fait 
l'objet d*une comptabilité particulière : les produits 
récoltés et les articles d'échange, portant la marque 
D. P. (domaine privé), sont emmagasinés dans des 



LE DOMAINE PRIVÉ DE l'ÉTAT 405 

locaux spéciaux et il est tenu, en ce qui concerne leur 
transport, une comptabilité distincte du service géné- 
ral des transports. 

L'exposé historique que nous venons de faire, 
explique pourquoi l'État du Congo dans les premières 
années de son existence, ne retira que des sommes 
insignifiantes des fruits de son domaine. Avec la plu- 
part des économistes, le gouvernement estimait sans 
doute à cette époque que c'est l'initiative privée et non 
le commerce officiel qui rend les colonies riches et 
prospères, et que les meilleures ressources financières 
sont celles qui proviennent de l'impôt et de l'emprunt. 

De 1890 à 1894 (^), les évaluations budgétaires et 
les recettes effectuées furent les suivantes : 

ÉVALUATIONS RRrRTTRa 
BUDGÉTAIRES . RBCBTTBS . 

1890. Recettes domaniales : 
vente et location de terres, 
coupes d*arbres, réalisation 
de produits provenant du 
domaine de TÉtat, recettes 
extraordinaires et acciden- 
telles 375,500 00 97,047 61 

1891. Produits du domaine et 
de certains impôts payés en 

nature par les indigènes . .(pour mémoire) 142,062 21 

1892. Produits du domaine, des 
tributs et des impôts payés en 

nature par les indigènes . . 860,000 00 255,012 67 
1 895 . Prod ui ts d u domai ne , des 
tributs et impôts payés en 

nature par les indigènes . 257,057 51 547, 59& 54 

A partir de 1894, la récolte des fruits domaniaux a 
pris un grand essor. En quelques années, le gouver- 
nement congolais est devenu un important exporta- 
teur de caoutchouc et le plus grand trafiquant d'ivoire 

(}) La comptabilité de l'État, pour les années antérieures à 1890, 
n'a pas été rendue publique. 



406 SITUATION - ÉCONOâliaUE 

du monde. Aussi constatons-nous, une nolabJe pro- 
gression dans les évaluations budgétaires : 

4894 (produit brut) . fr. 300,000 

1895 -- 1,250,000 

1896 — i;2eo,ooo 

1897 (produit net, 3,500vOOa 

Enfin, au budget de 1898, lé prodttit du dàmuine, 
des tributs et impôts payés en nature par les indigènes 
a été porté à 0,700,000' francs; et* les dépenses à 
3,218,711 francs. Mais dans ces dernières sont com- 
pris des droits de sortie que l'administration du 
domaine privé paye à rÉlat; d'autre part,^ les dépenses 
de personnel n'y figurent pas, le service étant fôit par 
lés agents du département de rintérieur. 

Depuis 1894, les recettes effectuées n'ont plus 

été, comme auparavant, publiées dans les documents 

imprimés par ordre de la Chambre dés représentants 

belge. Les chiffres relatifs aux années précédêates 

montrent qu'elles ont pu s'écarter sensiblement des 

prévisions budgétaires. Toutefois, celles-ci ne peuvent 

être considérées comme trop élevées, si l'on en juge 

d'après les quantités considérables d'ivoire et d6 

caoutchouc que l'État du Congo a mises en vente à 

Anvers : 

Statistique des produits dû <k Domaine privé: >! 

veBdas à Anvers.^ 

VALEUR AP- 
ANNÉES. IVOIRK. CAOUTCHOUC PROXIMàTlVB 

Kiîoir.- Kilocr, Frànwï. 

1893. 206,000 285,000 5,600,(00 

1896 436,000 565,000 6,000,000 

1897 187,000 722;00a 8,500,000 

BiBLioGRAPHiR : Rappoit du Conseil d'à Iministrat ion delà 
Compagnie du Congo pour le commerce et l'industrie à ras- 
semblée générale du 19 décembre 1892. — État- Indép&tdant 
du Congo. Consultation délihéiée par M. E. Picard avec 
la cuilaboration de M. F. Cattikr. — Haï on Van Ektvkldb : 
Rapport au Koi-Souveiain [Bulletin officiel, janvier 1897). 



CHAPITRE XXIX. 



LES ARTICLES D'ïMPORTATION, 



Les marchandises dont on charge les navires à 
destination des ports du bas Congo peuvent se divi- 
ser en trois catégories principales : celles qui sont 
nécessaires à Toutillage du pays, celles qui sont récla- 
mées par les blancs résidant au Congo et celles qu'on 
utilise dans les transactions avec les indigènes. 

Outillage de la colonie. ^- Les marchandises impor- 
tées en vue de l'outillage de l'Etat Indépendant sont 
celles reprises au tableau suivant, dont les chiffres 
sont empruntés à la statistique douanière officielle 
pour Vannée 1897 (commerce spécial) : 

Armes et munitions fr. 658,555 09 

Matériel ûiivial 806,11191 

Matériel de premier établissement . . . 125,695 45 

Matériaux de construction 283,467 58 

Constructions mctailjqiTes -956,627 52 

Instruments cl appareils scientifîques . 27,146 55 
Métaux et objets métalliques, y compris le 

matériel de chemin de Ter 4,294,048 75 

Total . . fr. 7,151,650 65 

Ce poste ne fera que croître en importance pendant 
de longues années, plus d'un siècle, sans doute; en 
effet, de nouveaux chemins de fer seront construits 
en différents points du bassin et la flottille du haut 



408 SITUATION ÉCONOMIQUE 

fleuve, encore insignifiante si on tient compte de 
rétendue immense du réseau navigable, sera décu- 
plée; un grand nombre de postes nouveaux seront 
édifiés et outillés; des machines et des outils de tout 
genre seront réclamés. 

Mahchandises a l'usage des blancs. — Les marchan- 
dises à l'usage des blancs comprennent principale- 
ment des boissons, des denrées alimentaires, des 
effets d'habillement, etc. En 1897, il en a été importé 
pour 6,893,998 fr. 99 c. 

Animaux vivants et fourrages . . . . fr. 50,338 35 
Boissons : 

Bières 231,005 73 

Liqueurs 163,414 14 

Vins 577,798 75 

Denrées alimentaires 3,015,220 76 

Habillements et lingeries 969,313 08 

Divers 1,916,90816 

Total . . fr. 6,893,998 99 

Marchandises consommées par les indigènes. — Les 
marchandises utilisées dans les transactions avec les 
indigènes sont, au point de vue commercial, de loin 
les plus intéressantes. Le choix de ces articles, indis- 
pensables au voyageur et au résident, est très impor- 
tant, les naturels des différents districts n*ayant ni les 
mêmes besoins ni les mêmes goûts; on peut s'en 
rendre compte en visitant le Musée colonial de Ter- 
viieren, où les marchandises ont été méthodiquement 
classées suivant les débouchés que leur offrent les 
quatorze districts de TÉtat. 

Les importations de ces produits se sont chiffrées, 
en 1897, par la somme de 7,779,088 fr. 77 c. , se 
décomposant comme suit : 



LES ARTICLES d'iMPORTATION 409 

Tissus * 

de coton . . . fr. 4,552,010 22 J 

de laine .... 264,36936 > 4,988,64928 

autres 172,269 70 ) 

Fils de cuivre et de laiton fr. 707,356 81 

Verroterie 496,903 67 

Fusils à silex et à piston 501,590 37 

Poudre de traite 228,339 54 

Eau-de-vie de traite : 

à 50 degrés ou moins . 186,880 54 ) ^vj kki 70 

à plus de 50 degrés. . 164,671 16 ) ' 

Riz 635,825 80 

Sel pour le trafic 69,041 30 

Total . .fr. 7,779,058 77 

Les tissus. — Les marchandises les plus prisées des 
indigènes sont les tissus. On pourrait traverser l'Afri- 
que d'une côte à l'autre sans autre article d'échange. 
On les débite sous forme de pièces, de couvertures, 
de pagnes, de mouchoirs, etc. Le pays en consomme 
chaque année davantage, ainsi que le montre la sta- 
tistique suivante : 

1892 (>) fr. 1,593,379 21 

1893 2,330,388 86 

1894 3,067,437 99 

1895 3,273,162 30 

1896 4,241,211 76 

1897 4,988,649 28 

Les plus demandés sont les tissus de coton teints, 
fabriqués pour la plupart en Belgique; il en est 
de couleur uniforme, tels que les andrinoples teints 
à Talizarine et les indigo drills et les guinées, 
teints à l'indigo pur; les tissus teints multicolores, à 
rayures ou à carreaux, portent les noms de checks ou 
de ginghams, que leur ont donnés les Anglais et les 
Écossais. Les cotonnades imprimées, indietines à car- 

(}) Du 9 mai au 31 décemb?t. 



410 . SITUATION ÉC0r»OlIlOCE 

reaux, à rayures, à fleurs et à dessins, s'ceoulenl trè^. 
aisément; jusqu'à présent aucun de ces derniers 
articles n'a été confectionné en Belgique. Citons 
encore les americajiis, ainsi baptisés par. les traitants 
dd Zanzibar, qui recevaient ces étoflbs directement 
d'Amérique, tissus dé coton ccru, essentiellement dé 
fabrication belge, et le savedlist, -. tissu de laine et 
coton, bleu ou irouge. 

Comme nous lavons exposé dans un autre chapitre, 
les perles et les fils de cuivre et de laitoft constituent, 
en bien des endroits, une véritable monnaie. Le laiton 
et le cuivre sont importés sous forme de fils d'un dia- 
mètre de 4 minimètres et plus; découpés en sections 
égales, ils deviennent desmitakos: 

« 

Les spiniTUKix. — Tandis que le commerce des tissus 
et des bimbeloteries se développe d'année en année, 
celui des perles n'augmente guère et celui des spiri- 
tueux est appelé à disparaître, grâce aux mesures 
prises par le gouvernement. , 

On sait qu'un invincible penchant entraîne les po- 
pulations barbares et semi-barbares à faire un usage 
immodéré des boissons enivrantes^ L'alcoolisme^ spé- 
cialement dans les pays torrides, est une o^use irré- 
médiable de destruction physique et morale. 

Eïî 1888, l'État du Congo, inquiet ajuste titre des 
ravages que pourrait exercer ce fléau, édicta un décret 
qui obligeait les commerçants faisant le trafic des 
alcools au delà de l'Inkisi à se munir d'une licence 
annuelle dé 2,000 francs par établissement et de 
v),000 francs par bateau ou embarcation débitant des 
boissons alcooliques en dehors des installations per- 
manentes. Le i 7 juin 1890, un arrêté du gouverneur 
général interdisait la distribution ou la vente des 



LKS^ARTICLFS U'ufPOnTATION 4H 

spîrîtiieiix à bord 'des bâtiments mouillant dans iss 
ports de 8anana, Borna et'Matadi. 

♦ La^uesPtionide ^alcoolisme préoccupa les délégaés 
réunis à la Conférence antiesèlavagiste de Bruxelles. 
L'Acte géiiéral décide que, dans les pays où Vusage 
des baissons 'dislDlées n'existe pas ou ne s'est pas 
développe, leur «itrée et leur fabrication seront inter- 
dièes, satif pour la 'consommation des non-indigènes. 
^ Un droit d'entrée de 15 francs par hectolitre à 50® 
centigrades sera perçu pendant les trois années qui 
suivront la mise en vigueur de l'Acte général; à l'ex- 
' piralion de cette période, ce droit pourra ùtve porté à 
25 francs penfdant une mmvèflie période tle trois ans. 
Dans la même région il sera établi un droit d'accise 
au moins égal au minimum des 'droits d'entrée. 

'Dès le 16 juillet 1890, TEtat appliqua ces mesures. 
L'imporlialîon, le débit et la fabrication de l'alcool 
furent interdits ^au delà de Flnkisi. En deçji de cette 
rivière, la prohibition absolue eût bouleversé tontes 
les relations commerciales; mnis les débitants furent 
tenus de se munir d'une licence annuelle, dont le taux 
vai'iàit entre 1 ,000 et 20,000 francs, selon Timpor- 
•tance de l'établissement. Cette taxe fut, le 19 fé- 
vrier 1891, réduite au tiers et supprimée le 4 août de 
la même année. 

Après le protocole de Lisbonne, réglant la percep- 
tion des droits d'entrée, un décret du 9 avril 1892 vint 
frapper les spiritueux dé la taxe 'de 15 francs par hec- 
tolitre à SO**. Quatre ans plus* tard, le 4 mars 1896, 
un décret ramena la limite de la zone de prohibition 
de rinkisi au Kwîlu.'Un décret du 15 avril 1898 la 
ramène à la Mpozo. 

Cet exposé de la législation congolaise démontre 
que l'État Indépendant fiiit les f)lus' louables efforts 



J 



412 SITUATION ÉCONOMIQUE 

pour mettre les indigènes à Tabri des ravages de l'al- 
cool et que, lorsque sir Ch. Dilke, à la Chambre des 
communes, accusait un jour le gouvernement congo- 
lais de ruiner les nègres par le débit de boissons eni- 
vrantes, il formulait une imputation calomnieuse. 

Enfin, dans l'intérêt de la santé publique, l'État, 
par décret du mois d'octobre 1898, a prohibé, dans 
toute l'étendue de son territoire, l'entrée des liqueurs 
à base d'absinthe, dont quelques résidents faisaient 
une consommation exagérée. 

Les armes a feu. — Si l'importation des spiritueux 
compromet l'avenir des indigènes, celle des armes à feu 
est de nature à entraver l'œuvre pacificatrice de l'État. 

Aussi, dès 1888, celui-ci a-t-il interdit par un décret 
l'importation des armes perfectionnées et de leurs 
munitions dans la totalité des territoires. L'intro- 
duction de toutes armes quelconques était même 
défendue dans le haut Congo, en amont du confluent 
de rUbangi, et dans le Kasai. La Conférence de 
Bruxelles généralisa ces mesures prohibitives et un 
décret du 10 mars 1892 vint mettre la législation con- 
golaise en harmonie avec ces dispositions nouvelles. 
L'importation, le transport et la détention des armes 
perfectionnées et de leurs munitions restent interdits; 
toutefois, le gouverneur général peut, exceptionnelle- 
ment, accorder des permis de port d'armes perfection- 
nées, moyennant payement d'une taxe. Quant aux 
autres armes et à leurs munitions, leur introduction 
et leur trafic ne sont autorisés que dans quelques 
districts, et ce, moyennant l'observation de nom- 
breuses formalités. Ajoutons que le protocole du 
8 avril 1882 fixe à 10 p. c. les droits d'entrée qu'auront 
à acquitter les armes et la poudre. 



CHAPITRE XXX. 

LE MOUVEMENT COMMERCIAL. 

Le mouvement commercial de l'Etat du Congo s'est 
développé avec une remarquable rapidité. En 1887, 
le commerce spécial d'exportation représentait une 
valeur de 1,980,441 fr. 45 c; en 1897, il s'élevait à 
15,146,976 fr. 32 c, il a donc augmenté de plus de 
700 p. c. depuis la fondation de l'État. Quant aux 
importations, la statistique n'en a été dressée qu'à 
partir du 9 mai 1892, date a laquelle à commencé la 
perception des droits d'entrée. En 1893, elles se chif- 
fraient par 9,175,103 fr. 34 c. (commerce spécial); 
en 1897, elles atteignaient 22,181,462 fr. 49 c, pro- 
gressant donc de plus du double en quatre ans seule- 
ment. 

Nous donnons ci-après, conformément aux docu- 
ments publiés par le Bulletin officiel, les statistiques 
des exportations et des importations. 

Par « commerce spécial d'importation » on entend 
les marchandises qui sont déclarées pour la consom- 
mation au moment de leur importation ou de leur 
sortie de l'entrepôt; le « commerce spécial d'exporta- 
tion » ne comprend que les marchandises que l'Etat 
produit. Le « commerce général » comprend toutes 
les marchandises qui entrent dans le territoire de 
l'État ou qui en sortent. 



414 



SITUATION ÉCONOMIQUE 



Statistique générale des exportations. 



ANNÉES. 


COMMERCB 
SPÉCIAL. 


COMMEHCB 
OÊNERAL. 


• 


1886 (2« semestre) . 


. fr. 




886,432 03 


3,4.56,050 41 




1887. . 






- 






1,980,441 45 


7 667,949 41 




1888. . 












2,«0S^0 35 


7,392,348 17 




1889. 












• 4,297,543 85 


8,-572,519 19 




1890. 












8,242,199 43 


14,109,781 27 . 

• 




i89l. 












5,353,51^ 37 


10,535,619 25 .{ 




1892. . 






> - 






5,487,632 89 


7,529,979 68 ^ 

> 




1893. 












6,206,134 68 


7,514,791 39 . 




1894 . 












R,76l,e22 15 


11,031,7^4 48 j 




1895 . . 












10,943,019 07 


12,135.65616 î 




1896. . 












12,389,599 85 


15,091,137 62 .; 




1897. . 












15,146,976 31 


17,457.090^5 





Dans ce mouvement crexportalion, la part de la 
Belgique devient chaque année plus importante. Celle- 
ci, qui ne recevait, en 1888, que pour 249,884 francsde 
marchandises (commerce gênerai), en a reçu, en 1897, 
pour près de 13 millions, tandis que les Pays Bas qui, 
au moment de Tarrivée des Belges au Congo, mono- 
polisaient en quelque sorte le commerce du bas fleuve, 
ont vu, en ces mêmes dix années, leur trafic se réduire 
de plus de moitié. 

La statistique des exportations par produits et par 
pays de destination est exposée dans les deux tableaux 
suivants : 






LE MOUVEMEKT COHMBBCIAL 



41S 



Statistique ties exportations «par pnidaits (commerce spécial). 



PRODUITS. 


I8864I). 


i8a7. 


1888. 


1889 


1 

Caoutchouc . 


79.Ô03 60 


116.768 80 


260,029 00 


458,895 50 


^voire . 


373,320 00 


795,-700 00 


1 ,1196,240 00 


2,270,640 00 


Noix palmistes 


217,630 80 


79u,78l20 


754,79 140 


903.627 20 


Huilede^pflme 


207,748 80 


462,609 90 


465/125 40 


605,^43 25 


Bois . 




1 — 






Gopal . 


2,818 00 


4,182 25 


7,096 25 


8,960 00 


NoixdeKola . 






-— 




Afachides- 


1,206' S8 


2 878 84- 


2,928 30 


1.5,152 70 


Divers. . 
total . . fr. 


4,093 9.3 


7,.520 46 


20,090 00 


35,025 20 


886,432 03 


1,980,441 45 


2,609,300 35 


4,297,543 85 

* 


PRODUI rs. 


1890. 


1891. 


1892. 


1893. 


Caoutchouc . 


556,497 00 


326,720 00 


625,356 00 


964.612 00 


Ivoire . 


4.668,8.S7 00 


2,835,-508 00 


3.730,420 00 


3,718,668 00 


Noix palmistes 


1,763,067 33 


1,320.133 64 


677,309 09 


896,248 2Q 


Huile de palme 


1,151,963 00 


849,523 68 


432,302 71 


614,114 60 


Bois . 


— 






4,500 00 


Gopal . 


3,003 00 


1,674 75 


573 45 


255 66 


Noir de Kola . 






48 38 




A^rachides . 


2,975 40 


45 00 


24 39 


82 28 


Divers . . 
Total . .fr. 


95,806 70 


19,922 30 


21 596 87 


• 7,681 88 


8,«42,199 43 


5,353,519 87 


5,487,632 89 


6,206,134 68 

• • 


PRODUITS. 


1894. 

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1895. 


1896. 


1897. 


Caoutchouc . 


1,472,944 00 


2,882,585 00 


6,586,730 00 


8,311,900 00 


Ivoire . 


5,041.660 00 


5,844,640 00 


3,826,320 00 


■4,916,480 00 


N'oix palmistes 


1.332,97000 


1,242,898 50 


1,143,^^05 00 


1,098.879 00 


Huile de palme 


889,359 12 


935,658 ^^ 


790,582 88 


650,206 44 


Bois . 


8,400 00 


12,200 00 


27,082 80 


74,551 00 


Gopal 


5,511 55 


289 09 


15.051 90 


66,630 25 


Noix de Kola . 




6;804 00 


13,030 50 


2,017 50 


AraUhides. 


2,740 77 


13.296 42 


506 25 


162 


Divers. 
Total . . fr. 


7,038 71 


4,647 18 


6,140 52 


26,311 51 


8,761,622 15 


10,943,019 07 


12,389,599 85 


15,146,976 31 



À 



41 G 



SITUATION ÉCONOMIQUE 



Statistique des exportations par pays de destination 

(commerce général). 





1888. 


1889. 


1890. 


1891. 


Belgique . . 
Pays-Bas . . 
Congo portug. 
Angleterre . 
Congo franc . 
Allemagne . 
France . . 
Portugal . 
Divers . 

Total . . fr. 


249 884 00 

4,943,177 12 

363 720 15 

937,027 65 

312,003 10 

23,184 40 

563,350 95 


556,489 50 

6,127,551 79 

489.880 10 

556,949 70 

324.289 05 

70,578 35 

446,780 70 


2,217,599 04 

8,073,208 90 

1,464,738 84 

833,941 31 

79,199 60 

395,983 9 i 

106,540 97 

938 548 69 


1,514,175 94 

6,448,353 10 

1,356,645 62 

381,209 80 

655,160 00 

134,002 16 

46,072 58 


7,392,348 17 


8,572,519 19 


14,109,781 27 


10,535,619 25 




1892. 


1893. 


1894. 


Belgique . 
Pays-Bas . . 
Congo portugais . 
Angleterre. . 
Congo français 
Allemagne. 
France. . . 
Portugal . . 
Divers .... 

Total . . . 


. fr. 


2,949,149 88 

2,501,535 94 

852.497 05 

85,829 79 

917,408 00 

206,598 66 

16,063 54 

896 82 


3,184,898 30 

1,734,270 44 

567,309 28 

534,769 16 

1,347,335 00 

134,173 92 

12,038 29 


6 398,303 57 

2,613,926 43 

1,042,408 14 

494,212 32 

334,940 OJ 

148,694 02 

220 00 


7,529,979 68 


7,514,791 39 


11,031,704 48 




1895. 


1896. 


1897. 


Belgique . . 
Pays-Bas . . 
Congo portugais 
Angleterre. . 
Congo français , 
Allemagne . . 
France. 
Portugal . . 
Divers . . . 


. fr. 


8,999,660 33 
885,405 58 

1,188,901 04 
592,496 47 
251,100 00 
218,092 74 

100 00 


10,866,060 48 

2,324,279 87 

1,121,058 21 

438,117 55 

128,000 00 

213,521 51 


12,882,901 27 

2,348,097 73 

1,284,197 43 

339,840 02 

279,805 00 

113,849 40 

14,540 00 

193,860 00 


Total . . . 


i 


12,135,656 16 


15,091.136 62 


17.457.090 85 



n 



LE MOCVEMENT COMMERCIAL 417 

En même temps que s'élevait le chiffre des expor- 
tations, les importations devenaient chaque année 
plus considérables : 



Statistique générale des importations. 


DATES. 


COMMERCE 
SPÉCIAL. 


COMMERCE 
GÉNÉRAL. 


Du 9 mai au 31 déc. 1892 fr. 


4,984 455 15 


5 679,195 16 


Année .... 1893 . 


9,175.103 34 


10,148,418 16 


Id. . ■. . . 1894 . 


11,194.722 96 


11,854,021 72 


Id 1895 . 


10,685,S47 99 


11,836,033 76 


Id. . . , 1896 . 


15,227,776 44 


16,040,370 80 


Id 1897 . 


22,181,462 49 


23,427,197 83 



Enfin, le tableau suivant permet de constater les 
rapides progrès qu'ont réalisés les Belges dans la 
fabrication et l'expédition des produits manufacturés 
réclamés au Congo. 

Pendant les premières années de l'entreprise con- 
golaise, c'est l'étranger, l'Angleterre surtout, qui 
fournissait la presque ^otalité des cargaisons dirigées 
sur Banana et Borna. Mais les industriels belges, 
s'initiant bientôt aux besoins des populations indi- 
gènes et des résidents blancs, se sont patiemment 
appliqués h les satisfaire. En 1892, la Belgique par- 
venait à dépasser de quelques centaines de mille 
francs les importations de sa redoutable concurrente. 
A partir de l'année suivante, le progrès s'affirma 
davantage; il n'a cessé, depuis lors, de s'accentuer.' 
En 1897, tandis que l'Angleterre n'introduisait que 
pour 2 1/2 millions do francs de marchandises 
diverses (commerce spécial), la Belgique en faisait 
entrer pour une valeur de plus de 16 millions. 

14 



418 



SITUATION ÉCONOMIQUE 







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LE MOUVEMENT COMMERCIAI, 



4i9 





Le mouvement commercial total de l'Etat s'est 
élevé, en 1897, à plus de 40 millions de francs. Quant 
à la Belgique, dont les relations avec le Congo étaient 
nulles au moment de la constitution du Comilé 
d'études du haut Congo, ses échanges avec l'Etat 
Indépendant se sont chiffrés, en 1897, par près de 
30 millions de francs, soit les trois quarts du mouve- 
ment total. 

Ainsi se trouve vérifié une fois de plus l'axiome 
économique anglais : Trade follows flag, le com- 
merce suit le pavillon. " 

Statistique du mouvement commercial 
(exportations et importations). 



ANNÉES 


COMMERCE 
OÉNÉRAL 


COMMERCE 
SPÉCIAL 


LA PART 
DE LA BELGIQUE 


1893 


17,663,209 55 


15 381,238 02 


7,604 560 03 


1894 


22,885,726 20 


19,956,345 11 


12.626,212 64 


1895 


23,961.689 92 


21,628,876 06 


15,003,125 55 


1896 


31,131,508 42 


27,617,376 29 


21,029,467 24 


1897 


40,884,288 68 


37,328,438 80 


29,154,929 77 





Pour mieux faire connaître les ressources ccono- 
miques de l'Etat, permettre l'étude du marché con- 
golais à ceux qui désirent s'en faire une opinion 
raisonnée et fournir des indications pratiques aux 
industriels et aux commerçants, il a été créé à Ter- 
vueren, près de Bruxelles, un Musée colonial y où sont 
exposés les produits de la colonie et les marchan- 



420 SITUATION ÉGONOJWfiflE 

(lises qui peuvent s'y écouler. Ce musée, qui deviendra 
sans doute une des institutions les plus instructives 
du pays, est placé sous la direction de M. le lieu- 
tenant Masui. Il comprend, outre la partie commer- 
ciale, une partie scientifique, avec des sections 
consacrées à l'anthropologie, l'cthnographfe, la géo- 
logie, la flore et la faune. 



cIlXOUïème partie 



ORGANISATION POLITIQUE 



CHAPITRE XXXI. 

l'état. 

LE POOVOm SOLTERAIN. — tE TERRITOIRE. — LE PEUPLE. 
A. — LE POUVOIR SOUVERAIN. 

L'Etat Indépendant du Congo est une monarchie 
absolue. S. M. Léopold H, roi constitutionnel en 
Ehirope, est, en Afrique, le seul arbitre des destinées 
de ses sujets; aucune constitution, dans le sens qu'on 
attache ordinairement à ce mot, ne limite l'étendue 
de ses droits. 

Toutefois, certains tempéraments ont été apportés 
à ses pouvoirs par TActe général de Berlin, qui 
forme une sorte de cahier des charges imposant des 
servitudes et des obligations que nous avons énumé- 
rées précédemment (^). Bien plus, le chapitre FV de 
l'Acte général prévoit, ainsi que nous l'avons déjà 
dit, l'institution au Congo d'une commission inter- 
nationale chargée de veiller à l'exécution des mesures 

(1) Voir chapitre XX VU, p. 387. 



422 ORGANISATION POLITIQUE 

relatives à la navigation et à la circulation sur les 
routes, chemins de fer et canaux. Cette commission 
aurait des droits presque régaliens. Une pareille insti- 
tution restreindrait donc dans de fortes proportions 
l'autorité de TÉtat et établirait en fait un Parlement 
au petit pied, gouvernant le Congo de compte à demi 
avec le Roi-Souverain. Mais la Commission interna- 
tionale de navigation du Congo est restée lettre morte 
et ne sera vraisemblablement pas réunie, aussi long- 
temps, du moins, que les prescriptions formulées 
dans l'Acte général de Berlin seront fidèlement appli- 
quées. 

La forme actuelle du gouvernement est certaine- 
ment provisoire. En effet, en vertu de la convention 
du 3 juillet 1890, la Belgique a la faculté de s'annexer 
l'État du Congo dès 1900-1901 ; de plus, le Roi-Souve- 
rain le lui a légué par testament. En cas d'annexion, 
une loi réglera définitivement le régime sous lequel 
sera placée la colonie. 

Si, contre toute supposition, les Chambres belges 
refusaient le legs royal, on peut se demander quel 
serait le nouveau souverain de l'État. Jusqu'à présent, 
aucune disposition légale ne règle l'ordre de succes- 
sion au trône du Congo, mais il peut être fixé par 
le Roi-Souverain lui-même. S'il maintient le Congo 
sous la souveraineté du nouveau Roi des Belges, 
celui-ci devra, avant d'accepter la succession, solli- 
citer l'autorisation des Chambres, attendu que l'union 
entre les deux couronnes est exclusivement person- 
nelle, ne vise que S. M. Léopold II et n'a aucun 
caractère dynastique ou héréditaire : les résolutions 
prises par les Chambres belges, en avril 1885, le 
stipulent expressément. 



LE POUVOIR SOUVERAIN 423 

L*Acte général de Berlin dispose que les puissances 
signataires s'obligent à respecter la neutralité des 
territoires situés dans le bassin conventionnel du 
Congo, aussi longtemps que les Etats qui y exercent 
des droits de souveraineté, usant de la faculté de se 
proclamer neutres, rempliront les devoirs que la 
neutralité comporte. L'Élat du Congo s'est placé sous 
le régime de la neutralité perpétuelle par la déclara- 
tion en date du l**" août 1885, rectifiée et complétée 
par celle du 18 décembre 1894. Les territoires que la 
Grande-Bretagne lui a cédés à bail par le traité du 
12 mai 1894 ne sont pas soumis au régime de la 
neutralité. 

Le drapeau de l'Etat est bleu, avec une étoile d'or 
au centre. On a dit à tort que ce drapeau était, par 
une coïncidence bizarre, le même que celui des 
ce anciens rois » du Congo : les chefs nègres ne con- 
naissent aucun emblème de ce genre. L'étendard bleu, 
étoile d'or, a été proposé comme drapeau dans la 
séance du 21 juin 1877 de l'Association internationale 
africaine et adopté plus tard par le comité d'études 
du haut Congo, point de départ de l'État Indépen- 
dant. Les armoiries et le sceau de l'État combinent les 
armes du roi Léopold II, c'est-à-dire de Belgique et 
de Saxe, avec l'étoile d'or et l'image du grand fleuve. 
Sa divise est : Travail et progrès. 

B, - LE TERRITOIRE. 

Le territoire de l'Etat Indépendant se développe 
exclusivement dans le bassin du Congo, à l'excep- 
tion de deux parties d'étendue restreinte situées, 
l'une à la côte de l'Atlantique et à la rive gauche 
du fleuve Tshiloango, l'autre dans les alentours du 



424 ORGAKISATroN IH)LITIQUE 

lac Albert-Edouard, qui relève du bassin du Nil. 

Au nord, l'Etat est contigu à la colonie portugaise 
de Cabînda, au Congo français et au bassin du Bahr- 
cl-Gazal; à Test, il touche à f Uganda anglais, à l'Est 
Africain allemand et au territoire delà British South 
Africa; au sud, il est borné par cette dernière colonie 
et par le Congo portugais; à l'ouesf, il est baigro, le 
long de 36 kilomètres de côte, par l'océan Atlantique. 

Le point de départ de sa délimitation est le système 
des conventions intervenues, en 1884-85, entre l'Asso- 
ciation internationale du Congo et quatre puissances; 
la première, conclue avec l'Allemagne, le 8 no- 
vembre 1884, est accompagnée d'une carte; la 
deuxième, signée avec la France, le 5 février 1885, 
contient une détermination de limites et une carte; 
la troisième, passée avqc le Portugal , le 1 4 février l'885, 
ne comporte que des déterminations de limites; la 
quatrième, faite avec la Belgique, le 23 février 1885, 
s'appuie sur une carte. Le tracé politique qui résulte 
de l'ensemble de ces arrangements internationaux a 
été introduit dans la carte officielle au 5,000,000® 
dressée par M. Friedericksen et annexée aux « Pro- 
tocoles et Documents de la Conférence de Berlin ». 
Il est, en outre, défini dans la déclaration de neutra- 
lité adressée aux puissances par TEtat Indépendant, 
Ici*"- août 1885. 

Depuis cette époque, des explorations nouvelles, 
des nécessités géographiques et des convenances réci- 
proques ont apporté des modifications plus ou moins 
importantes aux premières frontières congolaises, 
modifications sanctionnées par de nouveaux arrange- 
ments, successivement conclus avec la France, le 
Portugal et l'Angleterre; ceux-ci sont au nombre de 
sept, savoir : 



LE TERiUTOlRË 423 

1* Comeiilion du 21 novembre, avec la France, 
relative ù la ilélimitatioii dans les environs de 
Manyau^d ; 

2° Protocole du 29 avril 1887, avec la France, 
relatif à la délimitation du côté de IXbangi et du 
¥ parallèle nord ; 

3° Convculion du 25 mai 1891, avec le Portugal, 
concernant le bas Congo, les environs de Noki et le 
tracé de la frontière jusqu'au Kwango; 

4° Déclaration du 24 mars 1894, délimitant les 
sphères de souveraineté du Portugal et de TÉtat Indé- 
pendant dans la région du Lunda; 

5® Arrangement du 12 mai 1894, avec l'Angleterre, 
réglant la qucbtion des fromtières du côté du Nil et 
des lacs Albert, Tanganika, Moero et Bangvvelo; 

6° Convention du 14 août 1894, avec la France, 
relative à la frontière le long du Bomu ; 

7® Déclaration du {> février 1892, réglant la limite 
du Congo français dans le Stanley-Pool. 

Comme on le voit, il n'a pas fallu moins de cinq 
conventions pour résoudre la question de la frontière 
entre le Congo français et l'Etat Indépeodant. A trois 
reprises, des difficultés surgirent. Les premièresdaiteQt 
des débuts de l'œuvre, de l'époque où M. de Brazza con- 
testa à l'Association internationale le droit d'entra\^r 
l'extensioB de la France au Pool et dans le bassin du 
Kwilu. Elles furent aplanies, et la convention du 
23 février 1885 donna pour limites à la colonie fran- 
çaise un tracé constitué par la ligne médiane du 
Stanley-Pool, le coars du Congo jusqu'au confluent 
de la Likona Kundja, la crête orientale du bassin de 
cette rivière et le W degré de longitude est do Green- 
widi. Mais, tandis que ces n(^odations se termi- 



426 ORGANISATION POLITIQUE 

naient à Paris, l'exploration du bassin du haut fleuve 
se poursuivait et M. Grenfell découvrait TUbangi, que 
Fauteur de ce livre identifiait, dans le Mouvement 
géographique du 30 mai 1885, avec TUele de Schwein- 
furth et signalait comme devant être la route qui 
conduirait un jour aux régions du Bahr-el-Gazal. Le 
bassin de TUele, situé à Test du 17® degré s'étendait 
donc tout entier dans la zone réservée à l'action de 
l'État du Congo. 

Mais M. de Brazza qui, tout en repoussant l'hypo- 
thèse géographique de l'Ubangi-Uele, en appréciait 
toute la portée politique et économique, éleva immé- 
diatement des prétentions sur le bassin de la rivière 
que, pour les besoins de sa thèse, il identifia avec 
la Likona-Kundja. Quant au 17® méridien, limite for- 
melle et sur laquelle aucune divergence d'interpréta- 
tion n'était possible, il en faisait bon marché et n'en 
parlait pas. Il s'ensuivit une longue discussion diplo- 
matique doublée d'une polémique géographique. 

L'entente ne parvenant pas à se faire, un accord 
provisoire s'établit pour déférer le litige à l'arbitrage 
du Président de la Confédération helvétique (juillet 
1886). Finalement au lieu de cette procédure — qui 
eût sans aucun doute donné raison à l'Etat du Congo, 
ainsi que les découvertes géographiques postérieures 
l'ont démontré — on crut, à Bruxelles, plus avan- 
tageux de transiger sur la question territoriale, afin 
d'obtenir par compensation, de la part du gouverne- 
ment de la République, une déclaration politique 
relative au droit de préférence et un arrangement 
financier visant l'emprunt de 150 millions dont le 
projet était, en ce moment, soumis aux Chambres 
belges. 

La convention du 29 avril 1887 porta donc la fron- 



LE TERRITOIRE 427 

tîère orientale de la colonie française du 17* méridien 
à la rive droite de TUbangi (J9« méridien environ) et, 
en même temps, interdit à TÉtat toute action politique 
le long de la la rive droite de TUbangi, au nord du 
4® parallèle. Pour M. de Brazza, ce fut assurément un 
succès considérable : non seulement il avait fait 
annuler la limite indiscutable du 17® méridien, 
obstacle à toute conquête française vers Test, mais il 
avait, en outre, réussi avec une extraordinaire habileté 
à limiter l'Etat Indépendant du Congo vers le nord, 
alors que la convention du 5 février 1885 laissait à 
celui-ci toute latitude de s'étendre dans les bassins 
du Shari et du Nil : les situations étaient tout bonne- 
ment renversées. 

Immédiatement, des explorateurs français s'avan- 
cèrent dans le bassin du Shari, en attendant qu'ils 
pussent en faire autant dans celui du Nil. Cependant, 
les officiers de l'État du Congo essayèrent de leur 
disputer l'accès du Bomu et du Bahr-el-Gazal. Un 
nouveau conflit éclata. La diplomatie française, invo- 
quant le traité du 29 avril, exigea le respect du para- 
graphe arrêtant la frontière nord de l'Etat à la rive 
gauche de l'Ubangi et au 4® degré de latitude. On 
discuta et on négocia de nouveau. Mais la thèse de 
l'État, cette fois, était plus difficile à soutenir et l'on 
paya, en 1894, la faute commise en 1887. M. Hanotaux 
voulut bien admettre pour frontières le cours du 
Bomu et la ligne de faîte du Nil, au lieu de l'Uele et 
du 4® degré ; et, après cette concession, on signa la 
paix, qui avait été un moment compromise. 

Les différentes transactions que nous venons d'énu- 
mérer déterminent l'ensemble des limites actuelles de 
l'Etat du Congo, telles qu'elles sont énoncées dans 



4ii8 ORGANISATION POLITIQUE 

la déclai'alion de neutralité du 2i décembre 1894, 
remplaçant celle du i®*^ août 1885. La carie }(MQie au 
présent livre iK>us dispense d'en énoncer ici le détail, 
que le BuUelin officiel a publié dans son faseicale de 
décembre 1894. 

Des calculs géodésîques évaluent la superficie 
actuelle de TÉlat à 2,450,000 kilomètres carrés, soit 
environ soixante-quinze fois la superficie de la 
Belgique ou cinq fois celle de la France. 

C. — LES TERJUTOLEtES PRIS A BAIL. • 

11 semble que depuis 1890, époque de Torgaiiisa- 
lion de l'expédition Vankerckhoven, le Souverain de 
l'État du Congo n'ait pas cessé d'être préoccupé par la 
pensée de reconquérir à l'influence de la civilisation 
les anciennes provinces égyptiennes de Lupton et 
d'Emin, privées de toute relation avec l'Europe après 
la révolte du madhi, en 1881. 

L'idée n'était pas nouvelle, du reste. Déjà au début 
de janvier 1884, elle avait été disculée à Bruxelles, 
avec Gordon-Pacha, au moment où ccl'ui-ci fut sur le 
point de partir pour l'Afrique, en qualité de gouver- 
neur du haut Congo; quelqujes mois plus tard, le 
défenseur de Khartum annonça même son intention 
de se retirer avec ses troupes et ses steamers vers le 
sud, s'il n'était secouru à brève échéance, et 4e placer 
les provinces du Bahr-el-<kizal et de l'Equalear sous 
le protectorat de l'Association du Congo. 

Depuis lors, le concours donné à J'expédition 
Stanley envoyée au secours d'Emin-Pacha, en 18S7 ; 
l'organisation de l'expédition du haut Uelâ, en 1890 ; 
la réoccupai ion des anciens postes égyptiens entre 
Wadelaiet Lado, en 1893; les poiates hardies pous- 



LES TERRITOIRES PRIS A BAIL 429 

sées dans le Bahr-el- Gazai et les régions limitrophes 
par les officiers de TÉlal, en 1893-1894 ; la conclu- 
sion, avec la Grande-Bretagne, de la convention du 
12 mai 1894; les luttes victorieuses soutenues contre 
les derviches pour enrayer l'action de ceux-ci vers le 
sud, en 1894-1896; l'orçanisation de Texpédition 
Dhanis, en 1896; finalement Toccupation de Redjaf, 
en 1897, sont autant de preuves de cette préoccu- 
pation persistante et dominante. 

En échange de certains avantages — parmi lesquels 
la cession à bail d'une route de 25 kilomètres de 
largeur, longeant la frontière orientaie de l'Etat, de 
l'extrémité sud du lac Albert-Edouard à l'extrémité 
nord du Tanganika — la Grande-Bretagne, qui, depuis 
le pronunciamiento d'Arabi-Pacha, en 1880, avait pris 
la direction des affaires égyptiennes, entra dans les 
vues du Souverain du Congo en signant avec lui une 
convention qui mérite d'être signalée, non seulement 
à cause de son importance politique, mais aussi parce 
que, pour la première fois, elle introduit dans le 
droit international l'idée de l'octroi à bail d'un terri- 
toire par une puissance à une autre, — idée tout 
d'abord critiquée, mais dont, sans doute, la diplo- 
matie a fini par apprécier le côté pratique puisque, 
depuis, elle l'a appliquée dans les affaires de Chine 
et de la baie de Delagoa. 

Par cette convention datée du 12 mai 1894, la 
Grande-Bretagne a donné à bail au Souverain du 
Congo, pour être occupée et administrée par lui pen- 
dant la durée de son règne, la rive gauche du Nil, 
depuis Mahagi, sur le lac Albert, au sud, jusqu'à 
Fashoda, au nord, ainsi que la partie du bassin du 
Bahr-el-Gazal limitée, à l'ouest, par le 25*' méridien 
et au nord, par le 10'' parallèle. A l'expiration du 



430 ORGANISATION POLITIQUE 

règne de Léopold II, la rive gauche du Nil, ainsi que 
la partie de territoire comprise entre le fleuve et le 
30® méridien, feront retour à l'Etat bailleur, tandis 
que l'Etat du Congo ou, éventuellement, la colonie 
belge qui le remplacerait, conservera un droit de bail 
sur la partie du bassin du Bahr-el-Gazal, située à 
l'ouest du 30® méridien, ainsi que sur une route de 
25 kilomètres de largeur partant de la frontière de 
l'Etat la plus proche, pour aboutir à Mahagi, sur le 
lac Albert. 

La publication de cette convention fit éclater les 
plus vives protestations en France et aussi en Alle- 
magne. Le gouvernement allemand ne voulut pas 
admettre le bail à une autre puissance d'une route 
longeant sa propre frontière, entre les deux lacs; il 
obtint que les deux contractants renonçassent à l'ar- 
ticle III de la convention, qui traite de cette route; 
une déclaration en date du 22 juin 1894, insérée au 
Bulletin offlciel, lui donna satisfaction. 

Quant à la France, avec laquelle l'Etat du Congo 
négociait en ce moment la laborieuse question de la 
délimitation des frontières sur l'Uele et à qui le pro- 
tocole franco-congolais du 29 avril 1887 avait ouvert 
toute large la route du haut Nil, elle imposa à l'État 
l'abandon de ses vues sur le Bahr-el-Gazal, se bor- 
nant, dans la convention du 14 août 1894, à admettre 
son action politique dans le petit territoire borné à 
l'est par le Nil, à l'ouest par le 30® méridien et au nord 
par le parallèle 5^ 30' (superficie : 28,000 kil. car.). 

C'est à la faveur des deux conventions précitées 
que l'Etat a fait occuper, en février 1897, par le 
commandant Chaltin, auquel a succédé le comman- 
dant Hanolet, le territoire improprement appelé 
« enclave de Lado » et dont Redjaf est le chef-lieu. 



LE PEUPLE 431 

La convention anglo-congolaise du 12 mai fixe le 
terme du bail du territoire de Redjaf à la fin du règne 
de Léopold II. Quant au bail de la route qui donne 
accès au lac Albert, il se prolongera aussi longtemps 
que durera Tindépendance de l'État du Congo ou son 
annexion à la Belgique. 

Les territoires pris à bail sont administrativement 
rattachés à la zone des Makraka (district de TUele). 

i>. -- LE PEUPLE. 

Le peuple congolais ne comprend que des indi- 
vidus de race noire. (]leux-ci ne jouissent d'aucun 
droit politique et on imagine difficilement qu'il en 
soit autrement dans une jeune colonie. Néanmoins, la 
plupart des chefs indigènes ont conservé en fait 
presque toute l'autorité qu'ils avaient avant l'arrivée 
des Belges; un certain nombre de chefs ont été 
reconnus par l'État et ont reçu une investiture offi- 
cielle (cheÂeries indigènes, décret du 6 octobre 1891). 

Les blancs qui résident au Congo sont, sauf une 
exception, tous des étrangers, car, bien que la loi 
prévoie la naturalisation, celle-ci n'a été sollicitée 
qu'une seule fois (par le capitaine français Joubert, 
qui réside au Tanganika). 

Les bureaux de l'état civil procèdent périodique- 
ment au recensement des non-indigènes. Il y en avait : 

Le 31 décembre 1886 254 dont 46 Belges. 



— 


1889 


430 — 175 


— 


1890 


744 338 


— 


1891 


950 — 445 


Le l®"^ janvier 


1895 


1,076 — 691 


— 


1896 


1,325 — 839 


— 


1897 


1,474 — 882 


— 


1898 


1,678 1,060 



432 ORGAKISATION POLITIQUE 

I^es 1,678 étrangers, doat le recensemeat accusait 
la présence en 1898, «e répartissent comme suit : 
Belges 1,060, Portugais 102, Italiens 402» Suédois- 
NorYogiens 91, Anglais-Écossais 91, Hollandais 61, 
Américains S7, Danois 34, Français 26, Allemands 
17, Suisses H, divers 19. 

Bibliographie : On trouvera le texte des conventions rela- 
tives à la délimitation du territoire dans le Bulletin officiel 
de VÉtat Indépendant du Congà^ dans le Mouvement géogra- 
phique et, pour celles q«ii sont antérieures à 1888, dans le 
Partage politique de l'Afrique, de Banning. 



CHAPITRE XXXI 1. 

LE POUVOIR LÉCrSLATIF. 

L'Etat du Congo étant une monarchie absolue, il 
est évident qu'on n'y trouve pas, à proprement parler, 
de pouvoirs législatif, judîciafre et administratif séparés 
et indépendants. Néanmoins, nous avons adopté cette 
division, empruntée au droit public des pays consti- 
tutionnels, parce qu'elle nous a paru plus métho- 
dique que toute autre. 

Tous les pouvoirs émanent du Souverain^ qui les 
exerce par lui-raéme ou par ses délégués. Il consulte, 
s'il le juge bon, le Conseil supérieur siégeant à 
Bruxelles. Il prend en personne les mesures les plus. 
im|K)rUmtes ; toutefois, le gouverneur général, ou le 
fonctionnaire qui le remplace, peut édictar non seule- 
ment des règlements sanctionnes par des pénalités, 
mais encore des ordonnances ayant force de loi ; le 
gouverneur peut même, mais seulement en cas d'ur- 
gence, rendre une ordonnance suspendant l'exécution 
d'une décision du Souverain ; ces ordonnances cessent 
leurs effets à l'expiration de six mois, si elles n'ont 
pas été approuvées par décret dans ce délai. 

Le Souverain manifeste sa volonté sous la forme de 
décrets, contresignés par le secrétaire d'Etat. Tous les 
actes du gouvernement qu'il y a intérêt à rendre 
publics sont insérés au L'uUetin officiel, recueil men- 
suel qui paraît à Bruxelles. Ils sont rédiges dans la 



434 ORGANISATION POLITIQUE 

langue française, qui est la langue officielle de TEtat 
(circulaire du 6 août 1887.) lis sont affichés pendant 
un mois dans chaque district, à la porte du bâtiment 
occupé par le commissaire de district. Si la date de 
leur mise à exécution n'est pas déterminée, ils devien- 
nent obligatoires, dans tout le district, le 10® jour de 
l'affichage (décret du 16 janvier 1888). 

Le législateur congolais s'inspire généralement des 
lois belges, en les adaptant plus ou moins aux besoins 
spéciaux de l'État du Congo. Le code civil, qui pré- 
sente quelques lacunes, reproduit textuellement les 
articles du code belge, sauf de rares modifications. 

Le code pénal du 7 janvier 1886 a été complété par 
de nombreux décrets. Il reproduit, en les simplifiant, 
les dispositions de la loi répressive belge. Il rejette la 
division systématique en crimes, délits et contraven- 
tions et n'emploie que l'expression générale : infrac- 
tion. Les peines prévues sont les suivantes : la mort, 
la servitude pénale, l'amende de 1 à 5,000 francs et la 
confiscation spéciale. 

De nombreux décrets règlent certains points de 
droit commercial, l'organisation judiciaire et la pro- 
cédure. Quant aux matières qui n'ont pas encore fait 
l'objet d'une disposition législative, elles sont jugées 
d'après les coutumes locales, les principes généraux 
du droit et de l'équité (ordonnance du 14 mai 1886). 



CHAPITRE XXXIII. 

LE POUVOIR ADMINISTRATIF. 

LE COUVERNEMENT CENTRAL. — LE GOUVERNEMENT LOCAL. 
LES DISTRICTS. — SERVICES PRINCIPAUX. 

A. — LE GOL'VERNEMENT CENTRAL A BRUXELLES. 

Le roi Léopold II a placé à Bruxelles le gouverne- 
ment central de son État africain. Ainsi que le fait 
observer M. Catlier, celui-ci, bien qu'il possède le 
statut d'État, est gouverné comme une colonie. Le 
gouvernement central comprend : 1^ Le département 
des affaires étrangères ; 2® le département des finances ; 
3° le département de l'intérieur. Au début, chaque 
département avait à sa tète un administrareur général ; 
en septembre 1891, ce titre a été remplacé par celui 
de secrétaire d'État. MM. le général Strauch, Hubert 
Van Neuss, Edmond Van Eetvelde, Camille Janssen 
et le comte Legrelle-Rogîer ont rempli ces hautes 
fonctions. Depuis le 1®*" septembre 1894, il n'y a plus 
qu'un seul secrétaire d'État, M. le baron Van Eetvelde. 

Le secrétaire d'État est chargé de contresigner les 
décrets et d*assurer leur exécution. Il est assisté, 
indépendamment d'un chef de cabinet, d'un trésorier 
général et de trois secrétaires généraux, attachés 
respectivement aux trois départements. Depuis quel- 
ques années, les titulaires de ces fonctions sont : 
trésorier général, M. Pochez (bureaux: rue de Namur, 



43G ORGAMSATIOX POLITIÛI'E 

n° 10); secrétaires généraux : MiM. le chevalier de 
Cuvelier, pour le dopartement des affaires étrangères; 
le commandant Liebrechts, pourfintérieur; H.Droog- 
mans, pour les finances (bureaux : rue Bréderode, 
n° 4) ; chef de cabinet du secrétaire d'Etat : M Baerts. 

Là trésorerie générale s'occupe de la co*^mptabililé 
générale des recettes et des dépenses de l'État, de la 
dette publique. 

Le département des affaires étrangères comprend les 
services suivants : relations internationales ; services 
diplomatiques et consulaires ; extraditions ; état 
civil; successions, etc. des étrangers; ports et rades; 
sociétés de commerce; immigration; postes et télé- 
graphes; organisation judiciaire; législations civHe, 
commerciale et pénale; bienfaisance, cultes et instruc- 
tion publique. 

Le déparUment des /îwoiices : budget générai de 
l'État; création et perception des impôts de t(»ate 
nature; questions et statistiques commerciales et 
monétaires ; commerce intérieur et extérieur; régime 
foncier, cadastre et hypothèques ; domaine de l'Etat ; 
concession de chemins de fer; mines. 

Le département de Fintérieur : administration et 
police du territoire de provinces et de communes; 
force publique; matériel d'artillerie, armes et muni- 
tions; marine de l'Etat; service des transports; col- 
lections scientifiques; hygiène publique et service 
médical; voies de communication et voirie; ser>ice 
de l'intendance; travaux publics, construxiions, entre- 
tien et mobilier des bâtiments de l'Etat, agriculture, 
industrie et plantations; exploitation du domaine 
privé. 

Le siège du gouvernement central est établi à 
Bruxelles, rue de Namur, 20. Étant donné le principe 



LE GOUVERNEMKNT LOCAL AU CONGO 437 

de rexterritorialité des souverains en pays étrangers, 
et, par conséquent, du Souverain du Congo en Bel- 
gique, faut-il admettre que celle exterritorialité s'étend 
à son gouvernement et entraîne la franchise diploma- 
tique des locaux de celui-ci? Bien qiie la question 
soit discutable, TÉtat du Congo Ta résolue par l'affir- 
malive; il a fait la déclaration suivante à un huissier 
belge qui Ta constatée : « Le bénéfice d'exterritorialité 
couvre les minisljres de TÉtat du Congo et ses admi- 
nistrateurs. » 

Ordres et médailles. — Pendant trois anis, TÉtat du 
Congo a offert le rare spectacle d'un pays n'ayant 
aucun ordre à conférer. Mais celte lacune a été vite 
comblée. Mieux loti même que la Belgique, laquelle 
n'a qiu'un seul ordre, le jeune État en a déjà quatre, 
sans compter les médailles. Ce sont : l'' UOrdre de 
t Étoile africaine, créé en 1888; 2*^ V Étoile de service, 
instituée en 1889 et conférée à ceux qui ont honora- 
blement accompli un terme de service au Congo; 
d^ VOrdre royal du Lion, qui date de 1891 ; 4^ VOrdre 
delà Con7vnne, fondé en 1897. 



B. - LE GOUVERNEMENT LOCAL AU CONGO. 

Le gouvernement local est installé à Borna de- 
puis 1883. Avant cette époque, Vivi, qui se trouve \i n 
pôu un amont, avait été pandant cinq ans la résidence 
de l'agent supérieur de V Association internationale du 
C40ngo, Il est probable que Boma, dont la situation 
n'est pas suffisamment centrale, ne demourera pas la 
capitale de l'Etat; il ^1 question du transfert de 
l'administration au Stanley-Pool ; il est possible aussi 
que l'on clioisisse un emplacement entre le Pool et le 



438 ORGANISATION POLITIQUE 

bas, sur les hauts plateaux salubres que dessert le 
chefnin de fer. 

Le gouvernement local est placé, depuis le 17 avril 
1887, sous la haute direction d'un gouverneur général, 
représentant le Roi-Souverain, et dont l'autorité em- 
brasse tous les services administratifs et militaires. 
Il assure l'exécution des mesures décidées par le pou- 
voir central et peut prendre des règlements de police 
et d'administration publique sanctionnés par des 
peines. Il pourvoit provisoirement aux emplois 
vacants; peut charger les agents de l'État de toutes 
les fonctions pour lesquelles il juge qu'ils ont les 
aptitudes voulues et commettre, pour le terme d'un 
an, des fonctionnaires aux fins d'inspecter certaines 
parties du territoire. Enfin, le droit de légiférer lui 
est accordé dans une certaine mesure. 

Antérieurement à 1887, le représentant du gouver- 
nement en Afrique portait le titre d'administrateur 
général (M. Janssen, 1886). Depuis la création du titre 
de gouverneur général, deux nominations seulement 
ont été faites : M. Camille Janssen, le 17 avril 1887, 
et M. le colonel Wahis, le 1*' juillet 1892. L'intérim 
des fonctions de gouverneur général a été, à certains 
moments, confié à MM. les vice-gouverneurs Lede- 
ganck, les commandants Coquilhat et Wangermée et 
le juge d'appel Fuchs, ainsi qu'à MM. les inspecteurs 
d'Etat Gondry et Cambier. 

Le gouverneur général est assisté d'un vice-gouver- 
neur général, d'un ou de plusieurs inspecteurs d'Etat, 
d'un secrétaire général et de plusieurs directeurs. En 
cas d'absence ou d'empêchement du gouverneur géné- 
ral, il est remplacé par le vice-gouverneur, par un 
inspecteur d'État ou par un intérimaire nommé par 

Roi-Souverain; enfin, dans le cas où aucun întérî- 



LE GOUVERNEMENT LOCAL AU CONGO 439 

maire n'aurait été désigné, par un comité exécutif, 
composé du secrétaire général, des directeurs, du 
commandant de la force publique et, éventuellement, 
de membres choisis par le Roi-Souverain. 

Un comité consultatif donne son avis au gouverneur 
général sur toutes les mesures d'intérêt public qu'il 
peut y avoir lieu d'adopter ou de proposer au gouver- 
nement central. Il se compose du vice-gouverneur 
général, de l'inspecteur d'État, du secrétaire général, 
des directeurs, du juge d'appel, du conservateur des 
titres fonciers et d'un certain nombre d'autres mem- 
bres ne dépassant pas cinq. 

Outre les personnalités déjà citées comme ayant 
occupé de hautes fonctions administratives, nous 
nommerons encore : MM. le baron Dhanis et le 
major Yan Gèle, vice-gouverneurs; MM. le capitaine 
Vankerckhoven, le major Fivé, les capitaines Baert, 
Georges et Paul Le Marinel, inspecteurs d'Etat. 

9 

Les grands services de l'Etat sont assurés par sept 
directions administratives : 

L La direction de tajustice, qui a dans ses attribu- 
tions les questions relatives à la justice, au notariat, 
à l'état civil, au régime pénîtentier, aux cultes et aux 
registres de chancellerie ; 

II. La direction des transports, de la marine et des 
travaux publics ; 

III. La direction de intendance, chargée de la 
vérification des comptes et de l'exploitation du 
domaine privé; elle a été organisée par M. l'intendant 
en chef Vanden PI as; 

IV. La direction de F agriculture et de IHndustrie, 
ayant à sa tête M. Didderich, qui s'occupe des plan- 



440 ORGANISATION POLITIQLE 

talions et des troupeaux de l'État, de l'étude des 
essences forestières et de leur exploitation ; 

V. La diretiion des travaux de défense, qui a 
construit, à Shinkakasa (1891-94), sous la direction 
de M. le commandant Pétillon, un fort cuirassé qui 
met Borna et Matadi à l'abri d'un bombardement; 

VI. La direction de la Force publique; 

VII. La dii^ection des finances, 

C. — LES DlbTRïCTS tT LES LOCALITÉS PRINCFRALES. 

L'action de l'Etat rayonne sur toyte l'étenduje du 
territoire par l'intermédiaire de fonctionnaires ap- 
pelés commissaires de districts^ nommés par le Roi- 
Souverain ou par le gouverneur général, représentant 
l'administration générale, et chargés d'exécuter les 
ordres du gouvernement et du gouverneur dans la 
circonscription qui leur est assignée. 

L'État est divisé en quatorze districts. Le commis- 
saire réside au chef-lieu du district. 

Deux districts ont, pour des raisons politiques ou 
administratives, été subdivisés en zones : ce sont 
ceux de TUele et des Stanlev-Falls. Ces zones sont 
commandées par des chefs de zone, placés sous Tanto- 
rité du commissaire de disirict. 

Les limites des districts ont été définies par le 
décret du 1^*^ août 1888, modifié par celui du 17 jnfl- 
let 1895. 

Indépendamment des noms des districts et de leurs 
chefs-lieux, le tableau suivant do-nne pour chacan 
d'eux le chiffre de la population européenne el le 
nombre des localités habit ws par des blancs, d'après 
les résultatsdu receusemenl oflkiel du 1^*^ janvier 1898. 



LES DISTRICTS ET LES LOCALITÉS PUINCIPALES 441 



NOMS 



V. 

T3 



fi S 

^ s- 

a- 5 



CIIEFS-UEUX 



Baoana. . . 
Borna . . 
Matadi . . . 
Cataractes. . 
Stanley- Pool . 
Kwango oriental 
Ubangi. . . 
Stanley-Falls . 
Lualaba-Kasai 
Lac Léopold II 
Equateur . . 
Aruwîrai . 
Bangala . . 
Uele. . . . 



Totaux 



25 
12 
19 
20 
30 
13 

6 

32 
23 

7 
29 
12 
16 
21 



2«55 



93 
248 

372 
81 

214 
34 
16 

160 
90 
15 
99 
34 
85 

137 



1,678 



Banana. 

Bouia. 

Maladi 

Tumba. 

Léopoldville. 

Popokabaka. 

Banzi ville. 

Stauley-Falls. 

Lusambu. 

Kutu. 

Goquilhatville. 

Basoko. 

Nouvelle- An vers. 

Djabir, 



Comme on le voit, au l^*" janvier 1898, il y avait, au 
Congo 26S localités habitées par des Européens; les 
plus peuplées étaient les suivantes : Borna, 21 blancs ; 
Léopoldville, 96; Matadi, 64; Banana, 3o; Stanley- 
Falls, 32; Kinshasa, 28; Bangala. 26; Tumba, 25; 
Bedjaf, 21 ; Lusambo, 19; Luluabourg et Shinkakasa, 
17; Baudouinville et Luebo, 16; Gongolo, 15. 

La liste suivante renseigne les localités principales, 
classées par districts : 



442 ORGANISATION POLITIQUE 

1<> District de Banana (93)(*). Chef-lieu : Banana (35) 
bureau postal, poste 6scal, bureau de Fétat civil, office 
notarial, service de pilotage, phare, factoreries. 

Autres localités : Moanda (8), mission catholique; 
Shimbete (10), poste fiscal ; Zobe (i), bureau postal, poste 
fiscal; Lemba (3), conseil de guerre; etc. 

2° District de Boma (248][. Chef-lieu : Borna (210), capitale 
de rÉtal, tribunal de 1'** instance, tribunal d'appel, conseil 
de guerre, bureau postal et télégraphique, bureau de 
rétat civil, office notarial, station médicale, institut vac- 
cinogène, école de candidats sous-officiers comptables, 
colonie scolaire, missions catholique et protestante, fac- 
toreries. 

Autres localités : Mateba (4), établissement principal de 
la Compagnie des Produits du Congo; Shinkakasa (17), 
fort cuirassé; Zambi (5), camp d'instruction ; Loango (3), 
factoreries; Lengi (1) et Boma Lendi (2), établissement 
agricole ; Tshoa (1), poste fiscal, etc. 

3*» District de Matadi (272;. Chef-lieu : Maiadi (64), tête 
de ligne du chemin de fer du Stanley-Pool, tribunal territo- 
rial, conseil de guerre, bureau postal et télégraphique, 
poste fiscal, office notarial, bureau de l'état civil, station 
médicale, missions catholique et protestante, factoreries. 

Autres localités : Kinkanda (7), hôpital de la Compagnie 
du chemin de fer ; Gangila (4), Palabala (1), Congo da 
Lemba (4), Vivi (1), Isangila (1) et Vunga (4), missions 
protestantes; Fuka-Fuka (%, factorerie, etc. 

4*' District des Cataractes (81). Chef-lieu : Tumba (25), 
conseil de guerre, bureau postal et télégraphique, bureau 
de l'état civil, station médicale, poste fiscal, office notarial, 
station du chemin de fer. 

Autres localités : Lukungu (6), bureau de l'état civil et 
mission protestante; Banza-Manteka (6), Diadia (5), 

(I) Les chiffres entre parenthèses renseignent la population 
blanche à la date du i^' janvier 1898. 



I 



LES DISTRICTS ET LES LOCALITÉS PRINCIPALES 443 

Mukimbungu (5), missions protestantes; Manyanga (3), 
bureau de l'état civil; Gombe Lutete (4), bureau de l'état 
civil et mission protestante ; Kitobola (5); Kibunzi (5); etc. 

5° District du Stanley-Pool (214). CheMieu : Léopold- 
ville (96), tribunal territorial, conseil de guerre, bureau 
de l'état civil, bureau postal, poste fiscal, office notarial, 
station médicale, colonie scolaire, siège de l'évèché catho- 
lique, mission protestante, station du chemin de fer. 

Autres localités : Kinshasa (29), poste fiscal, bureau 
télégraphique, mission protestante, établissement prin- 
cipal de la S. A. B., factoreries; Dolo (1) et Gongolo (i^), 
stations du chemin de fer; Kisantu (9), Dombo (i^\ 
Kimuenza (11), mission catholique, établissement prin- 
cipal des PP. de Scheut, B erg he-Sainte- Marie (3), mission 
catholique ; Kwamoulh (1), poste fiscal ; Tshtimbiri (8), 
mission protestante; Bolobo (11), bureau de l'état civil, 
camp d'instruction et mission protestante; r«?n6i (5); etc. 

6° District du Kwango oriental (34). Chef-lieu : Popoka- 
baka (10), tribunal territorial, conseil de guerre, bureau de 
l'état civil, bureau postal, office notarial, station médicale. 

Autres localités : Fayala (5), établissement principal de 
la C. C. C; Tumba Mani{A), bureau postal; etc. 

7<* District de l'Ubangi (16). Chef-lieu : Banziville (7), 
bureau de l'état civil, bureau postal, station médicale. 

Autres localités : Yakoma (2); Hlokwange (1); Li- 
benge (2), conseil de guerre ; Imese (1) ; etc. 

8° District des STANLEY-FALLs(160).Ce district est divisé 
en six zones, savoir : 

a) La zone des Stanley-Falls; chef-lieu : Stanley- 
Falls (32), tribunal territorial, conseil de guerre, bureau 
de l'état civil, bureau postal, station médicale, office nota- 
rial, mission catholique, factoreries; 

6) La zone du Tanganika; chef-lieu : Albertville (11), 
tribunal territorial, conseil de guerre, bureau de l'état 
civil, bureau postal, poste fiscal, office notarial, station 
médicale, mission catholique ; 



444 or(;amsatpok rounouE 

m 

c) La zone de ICabambare; chef-Htm : Kabambare (iO), 
conseil de g^iierre, station médicale, office notarial ; 

«/) La zone du Manyema; chef-lieu : Nyangwe (10), 
conseil de guen*e, station médicale, bureau postal. oiQce 
notarial ; 

e) La zone de Ponlhicrville ; chef-lieu : Ponl'hier- 
viile (5\ conseil de ^erre, office notarial ; 

/') La zone dw haut Ituri; chef-lieu : Avakubi (iO), 
conseil de {guerre, office notariaL 

Autres localités : Baudouinville (16), siège d'un évèehé 
caftholique ; Sahii-Louis du Rttmbi (.1) et Pala (7), missions 
catholiques; Romée (4), établissement agricole; P»etp(ï) 
et Mvliro (2), postes fiscaux; Senge ^8); Lofoi (4); 
Lusaka (i); Lohandu ou Ribn-Riàa, ;4); Kasongo (2); 
Town (1); etc. 

9® DiSTRrcr du Lualaba-Kasai (90). Chef-lieu : Lusambo 
(f9 , tribunal territorial, conseil de guerre, bureau de 
l'état civil, bureau postal, office notarial, station médicale, 
établissement agricole Lacourt, factoi*eries. 

Autres localités : Luluabourg (17', tribunal territorial, 
bureau àe l'état civil, mission catholique, factoreries; 
Luebo (16\ bïweau de l'état civil, mission protestante, fac- 
toreries; Galikoko (3,, établissement principal de la Société 
des Produits végétaux; Inkongu (5), mission protestante, 
factoreries; Su iM£Tr«</on (3), mission catholique; Bena- 
Bendi (l), bureau postal ; Bena Dibele (2); etc. 

±0^ District Dii lac Léopold il (15). Chef-lieu : Kutu (8^, 
conseil de guerre, bureau de l'état civil, poste Oscal, oOm-q 
notarial. 

Autres localités : Talo (2i ; Mushie (1); etc. 

Il'* District i>e i.'Êquatkut\ i9Î>), Chef- lieu : Coquilhat- 
ville (12), tribunal territorial, conseil de guerre, bureau de 
rétat civil, poste fiscal, station naédicale, office notarial. 

Autres localités : Bumaitifi (12), mission catholique, 
établissement principal des PP. trappistes; Irebu (^, carmp 
d'instruction, bureau de l'état civil, poste fiscal, mission 



LES DlSTIliaS ET LES LOCALITÉS PRINCIPALES 445 

protestante ; Lnfango (9), mission protestante, facto- 
reries; Basankttsn (4), étaWissenaent prmdpai de TAbir; 
ÈquateurvUle [\^, mrssioo protestante, factoreries; Luko 
lela (3), exploilatron forestière, poste fiscal, mission 
pr&testanle; Bonginda fi», Ikoko (*), lkan{A') et Bengan- 
daiiga f3), missions protestantes; Ikmibinda (2), Boyenge 
(2)ef #!tf5îrff-i^o»cr|t; (2), factoreries ; Bikolo(A); Bolondo 
(5); lAewjfe (2); etc. 

12° District de i/Aruiivimi (pi). Ch^e^lien : Basoko (li),. 
tribviml territorial, conseil de goerre, bureau de Fétat 
ci>il, bureau post^tl, station médieaie, office notarial. 

Autres localités : Isangi (5j établissement principal de 
la Sociélé d'agriculture et de plantation ; Ilamhi (3) éta-^ 
blissement principal de la Compagnie du Lomami ; Yam- 
6Mî/a(2); etc. 

13° District des Dangala (85). Chef-lieu : youvelle- 
Anvers ou Bangala {^(Vj, tribunal territorial, conseil de 
guerre, bureau de l'étal civil, bureau postal, station médi- 
cale, ©«ffit-e notarial, colonie scolaire, mission catholique, 
factoreries. 

Antres localités : Umangi (8 , camp dHnstruction; 
Mobeka (4\, établissement priBcipai de la Société anver- 
soise; /rt'»^» (4), factoreries; ^«môa (1)^ bureau postal, 
poste de transit pour rUele; Upoto (3), mission protes- 
tiinte et factoreries; Mosembi (4), mission protestante; 
£Âe (2), Yambinga (2), Bokopa^ Popuh\ Mobuaka et Mon- 
W£d a y îacioTvrias; Mnndungu (4); etc. 

14° District de l'Uele (137). Ce district est divisé en. 
quatre zones, savoir : 

a) La zone du Rubi-Uele; chef- lieu : Djabir [\1), conseil 
de guerre, station médicale, office notarial; 

b) La zone de TUere-Bomu ; chef-lieu : Uei'e i8), conseil 
de guerre, station médicale, office notarial; 

c) La zone de la Makua ; chef-lieu : Ntjangara (9^), con- 
seil de- guerre, bureau de Tétat civil, station médicale, 
office not«ri«l ; 



446 ORGANISATION POLlTfÛUE 

d) La zone des Makraka, chef-lieu : VankerckhovenviUe 
ou Surur (7) conseil de guerre, office notarial. 

Autres localités : Dungu (11); Enguetra (6); Bomo- 
kandi{%; Bembo (5) bureau postal; etc. 

A la zone des Makraka sont rattachés les territoires pris 
à bail, dont le chef-lieu est Redjaf (21), conseil de guerre, 
bureau de l'état civil, station médicale, office notarial. 

On trouve de nombreux renseignements scienti- 
fiques sur la plupart de ces localité dans un travail 
intitulé : Conditions physiques, climatologiques et 
hygiéniques des principales stations, missions, etc., 
publié par MM. Lancaster et Meuleman, dans le 
volume édité par le Congrès national d'hygiène et de 
climatologie médicale de 1897. 

D. - PRINCIPAUX SERVICES. 

La force publique. — Au début, la force publique ne 
se composait que d'éléments étrangers : les soldats se 
recrutaient, dans des conditions onéreuses, à Zanzibar, 
Lagos, Sierra- Leone, Accra, Elmina, beaucoup parmi 
les tribus Haoussa et jusqu'en Abyssinie, où M. le 
capitaine Haneuse fut chargé d'en enrôler. 

Le gouvernement s'efforça de créer une armée 
indigène. Le capitaine Coquilhat, le premier, en 1886, 
parvint à engager un certain nombre de Bangala; 
sur le contingent qu'il décida à se rendre à Léopold- 
ville, 10 hommes consentirent à descendre à Boma où 
ils furent exercés. Ces 10 hommes furent les premiers 
soldats indigènes de l'Etat. Par la suite, on amena 
divers petits contingents d'autres parties du territoire 
et on les exerça à Léopoldville. En 1889, le capitaine 
Van Dorpe enrôla des Manyanga qui descendirent 
à Boma. Aujourd'hui, l'action de l'État s'exerçant 



LA FORCE PLBLIQUK 447 

sur tous les points du territoire, les soldats étrangers 
deviennent de moins en moins nombreux. 

Le recrutement a lieu en partie par des engage- 
ments volontaires et en partie par des levées annuelles 
opérées par les commissaires de district, de commun 
accord avec les chefs indigènes. Le service actif est 
de cinq ans ; à l'expiration de ce terme, les soldats 
font partie des cadres de réserve. La solde est de 
21 centimes par jour; en outre, les hommes mariés 
touchent une ration de vivres pour leur femme. Indé- 
pendamment de la réserve de l'armée active, il a été 
institué, en 1898, un corps de réserve dans lequel la 
durée du service est de douze ans. 

Les volontaires enrôlés pour un terme de moins 
de quatre années sont incorporés d'emblée dans la 
compagnie qui tient garnison dans leur district ; quant 
aux miliciens et aux autres volontaires, ils sont diri- 
gés sur des camps d'instruction où se fait leur éduca- 
tion militaire. L'effectif maximum de chacun de ces 
camps est d'environ 500 hommes ; il y en a quatre, 
établis à Zambi, Bolobo, Irebu et Umangi. 

L'armée congolaise comptait, au 1®*" janvier 1897, 
14,000 hommes, dont 8,000 miliciens, 4,000 volon- 
taires indigènes et 2,000 volontaires exotiques. Le 
fusil en usage est l'Albini, avec bayonnette. Les 
cadres blancs sont pourvus du Mauser. Le matériel 
d'artillerie comprend des canons Krupp, Hotchkiss et 
Nordenfeit et dés mitrailleuses Maxim. 

Le commandement suprême de la force publique 
est exercé par le gouverneur général. Les commis- 
saires de district, représentant le gouverneur général, 
ont la haute direction des forces qui sont en garnison 
dans leur circonscription. L'armée est divisée en 
compagnies ù la tête desquelles se trouvent des capi- 



448 ORGANISATION POLITÎQLE 

taines et administrée par un commandant en chef. 
Le premier commandant en chef de la force publîqae 
de l'État, en même temps que son organisateur, a été 
M. le capilaÎTie Roget (1886-88). Il a eu pour succes- 
seurs : MM. les capitaines Avaert (i888), Vande Putle 
(1890), Fourdin (1891), Dielman (1892), Van Dorpe 
(1895) et Tonglet (1898). 

Le service de la force publique se développe d'année 
en année, absorbant une part notable des ressources 
de rÉlat. Voici les chilfres qui figurent aux budgets : 

1891 Fr. 2^71.628 

18«2 1.655.864 

1895 2.126.479 

1894 3.308 700 

1895 3 556.672 

1896 4.820.793 

1897 ........ 4.944.04^ 

1898 6.870 631 

Il est vrai que les soldats ne se consacrent pas seu- 
lement à la défense du territoire et au maintien de 
la sécurité : ils sont tenus d'exécuter certains travaux 
pour le compte de TEtat, qui se procure ainsi une 
raaîn-d*'mvrc alK>ndantc et sûre, à bon marché. 

Il est à noter qu'en matière pénale le droit commun 
n*est pas appliqué à la force publique. Le règlement 
disciplinaire prévoit des peines corporelles. 

Cultes et instruction publique. - La Conférence de 
Berlin a imposé aux États établis dans le bassin du 
Congo l'obligation de garantir à tous les habitants 
la liberté de conscience et la tolérance religieuse. 
L'État du Congo, observant fulèlenicnt cette mesure 
libérale, a édicté des peines contre ceux qui porte- 
raient atteinte à la liberté des cultes, à leur libre 
exercice public ou à la liberté de consci(Mice. De plus, 
pour favoriser Tévangélisatîon des indigènes, il a 



l'enseignement 449 

permis aux missions des différentes confessions d'ac- 
quérir aisément le bénéfice de la personnalité civile. 

L'organisation religieuse actuelle est l'œuvre de 
l'initiative privée. Nous avons fait précédemment 
l'historique des institutions tant protestantes que 
catholiques. Rappelons que ces dernières sont diri- 
gées par deux évêques résidant, l'un à Léopoldville, 
l'autre à Baudouinville, et que, grâce aux efforts de 
M»' Stillemans, évêque de Gand, le service religieux 
est assuré à Boma et à Matadi par deux curés. 

Les missions se préoccupent non seulement du 
relèvement moral, mais aussi du relèvement matériel 
des noirs. Presque toutes, elles se consacrent à l'édu- 
cation intellectuelle et professionnelle de l'enfance. 

De son côté l'État, par décret du 12 juillet i890, a 
créé des « colonies agricoles et professionnelles », où 
sont recueillis les enfants victimes de la traite, ceux 
envers qui leurs parents ne remplissent pas leurs 
devoirs et les orphelins abandonnés. Les garçons seuls 
y sont admis; ils quittent la colonie à 14 ans et restent 
jusqu'à 25 ans soumis à la tutelle de l'État. L'effectif 
de chaque colonie est de cinq cents enfants. Ces 
colonies scolaires sont surtout des écoles régimen- 
taires destinées à faciliter le recrutement de la force 
publique; les élèves qui n'ont pas d'aptitudes pour 
le service militaire sont désignés pour être employés, 
à leur sortie de la colonie, soit comme artisans du 
service des travaux publics, soit comme auxiliaires de 
services administratifs. L'Etat envoie en Belgique 
quelques jeunes enfants choisis qui sont confiés, pour 
leur éducation, à l'institut que dirige, à Gyseghem, 
près de Termonde, M. l'abbé Van Impe. 

Les colonies agricoles et professionnelles de Borna, 
Léopoldville et Nouvelle-Anvers sont, jusqu'ici, les 

15 



4o0 OUGANISATIOK POLITJQIJE 

seuls établissements d'instruction officiels. Dans cet 
ordre d'idées, presque tout reste donc à organiser. Ce 
sera l'œuvre du siècle prochain. 

Le service sanitam, — L'État se préoccupa, dès 
le début, de mettre les blancs résidant au Congo 
à même de lutter efficacement contre l'insalubrité du 
pays et la rigueur du climat. Le D*" Ail art organisa 
le service des secours médicaux dans le bas Congo et 
construisit, à Boma, le premier saiiatorium; puis le 
D"" Meuse jota les bases d'une organisation sanitaire à 
Léopoklville. Au fur et à mesure que se poursuivait 
l'occupation des districts, de nouveaux postes médi- 
caux étaient fondés, sous la direction du W Etienne, 
à Banana ; du B^ Reytter, à Boma ; du D'" Dryepondt, 
à Léopoklville; du D'' Dupont, à Basoko; du D' Van 
Campenhout, à Djabir. Ces praticiens étaient secondés 
par les D*^^ Vourloud, Charbonnier el Montangie, et par 
les médecins des missions protestantes, MM. 8ims, à 
Léopoldville, et Hoste, à Lukuni^u. 

Aujourd'hui, la plupart des localités importantes 
sont dotées de stations médicales, ravitaillées régu- 
lièrement de médicaments et d'instruments. Les 
médecins de l'Etat soignent gratuitement les agents 
du gouvernement et les indigènes. Cette gratuité ne 
s'étend pas aux Européens étrangers à l'adminis- 
tration : les honoraires pour une visite sont, comme 
d'ailleurs tout le long de la côte occidentale 
d'Afrique, fixés à 2o francs. 

La Compagnie du chemin de fer des Chutes a 
organisé, pour son personnel, un service sanitaire 
dirigé par MM. les D*"^ Bourguignon et Villa; il com- 
prend plusieurs médecins et un hôpital. La Com- 
pagnie des chemins de fer vicinaux du Mayumbe 



LE SERVICE SANITAIRE 451 

a placé à la tête de son service médical M. leD'" JuUien. 
L'Association de la Croix-Rouge congolaise a élevé et 
entretient des pavillons où sont soignés les malades 
européens. 

Notons enfin que TEtat, afin de niettre fin aux 
terribles ravages qu'exerce la variole parmi les 
naturels, a créé à Boma un institut vaccinogène. La 
pratique du vaccin s'est rapidement généralisée et les 
nègres se rendent en grand nombre, pour se faire 
inoculer, dans les centres où existe le précieux 
remède. 

Les progrès de l'hygiène ont suivi ceux de l'organi- 
sation sanitaire et un certain confort commence à 
régner dans les stations. Dans le bas fleuve, on a 
importé des habitations de bois et des constructions 
en fer, telles que le palais du gouverneur, l'église et 
l'hôtel de Boma, l'hôtel et les installations du chemin 
de fer de Matadi. Mais le bois et le fer ont été délaissés 
et c'est avec raison qu'on leur préfère aujourd'hui la 
brique. 

Les premières briques furent fabriquées à Nouvelle- 
Anvers, en 1887, sous la direction de M. Verhees. 
Trois ans après, des maisons en briques furent édi- 
fiées à Boma. L'impulsion était donnée : successive- 
ment, Basoko, Luluabourg, Bumba, Léopoldville, 
Banziville, Niangara. Lusambo, Zambi, Lukungu, 
Coquilhatville, Kinshasa, Djabir, etc., virent s'élever 
des habitations en briques, couvertes de tuiles, con- 
fortables et d'un aspect coquet. 

Ces progrès si satisfaisants ne sauraient cependant 
avoir une influence immédiate sur le taux de la 
mortalité des non-indigènes. En effet, pour quelques 
postes anciens où l'on constate une amélioration des 
conditions de la vie, on en compte 10, 15 et 20 nou- 



452 ORGANISATION POLITIQUE 

veaux, dont les aménagements et où les conditions 
d'existence sont, par la force des choses, tout à fait 
primitifs. 

L'histoire nous dit que toutes les entreprises 
coloniales ont exigé de lourds sacrifices et que la 
période d'occupation, dans les régions nouvelles, 
quelle que soit leur latitude, a toujours entraîné 
une mortalité élevée. Le Congo, bien qu'il ait coûté 
moins de vies humaines que la plupart des autres 
colonies africaines, n'a pas échappé à cette loi dou- 
loureuse. 

MM. les D" Bourguignon, chef du service sani- 
taire de la Compagnie du chemin de fer; Dryepondt, 
ancien médecin de l'État, à Léopoldville, et Firket, 
professeur de pathologie des pays chauds à l'univer- 
sité de Liège, ont présenté, au Congrès natioilal 
d'hygiène et de climatologie médicale qui s'est tenu 
à Bruxelles, en 1897, un travail d'ensemble très 
approfondi sur la question de la mortalité des blancs. 
Pour formuler leurs conclusions ils se sont basés 
sur les statistiques régulièrement dressées, des trois 
grands personnels européens : ceux des départe- 
ments de l'intérieur et des finances de l'État et celui 
de la Compagnie du chemin de fer. Ces administra- 
tions ont eu ensemble jusqu'à d,389 agents (en 1896) 
et les moyennes obtenues résultent d'une observa- 
tion de 12 années (1883-1896), pour le personnel de 
l'État, et de 7 années (1890-1896) pour celui de la 
Compagnie du chemin de fer. Elles ne sauraient 
être sensiblement modifiées par les statistiques né- 
crologiques des missions et des sociétés commer- 
ciales à personnel restreint. Voici des extraits de ce 
travail : 



LE SERVICE SANITAIRE 



4S3 



n) Département de riâtériettr de FÉtat. 







ANNEES 



NOMBRE 

D'agents 



DÉCÈS 



PAR 

ACCIDENT 



PAR MALADIE 



EN 
STATION 



EN EX- 
PÉDITION 



TAUX .POUR MILLE 

DE LA 

MORTALITÉ 



TOTALE 



1885 . 


160 


2 


7 


w 


56 


1886 . 


133 


3 


4 


M 


53. 


1-887 . 


152 


1 


1 


M 


13 . 


1888 . 


177 


.1» 


7 


•" . 


40 


1889 . 


226 


M 


11 


2 


58 ■ 


1890 . 


292 


1 


5 


1 


24 


1891 . 


408 


5 


13 


15 


81 


1892 . 


492 


11 


21 


15 


96 


1893 . 


628 


8 


12 


?1 


65 


1894 . 


703 


8 


18 


34 


85 


1895 . 


758 


28 


24 


11 


83 


1896 . 


939 


8 


31 


24 


67 



44 
30 
7 
40 
58 
21 
69 
73 
53 
74 
46 
59 






Le personnel du département de Tintérieur est 
donc le plus éprouvé; : 60 pour mille de mortalité 
totale, 48 pour mille de mortalité par maladie. C'est, 
en effet, dans les différents services qui ressor- 
tissent à ce département qu'on trouve le plus de 
« Robinsons », le plus d'agents lancés aux avants- 
postes, le plus d'officiers faisant campagne dans des 
pays inconnus, bref, le plus d'imprévu et le moin» 
de confort. 



4U 



ORGANISATION POLITIQUE 



b). La Compagnie du chemin dé fer. 



ANNÉES 


1 

AGENTS 
EN SERVICE 


DÉCÈS 
PAR MALADIE 


DÉCÈS 

PAR 

ACCIDENT. 


1890. . . . 


155 


4 


« 


1891. 








337 


15 


t» 


189^. . 








318 


27 


5 


1893. . 








294 


15 


2 


1894. . 








319 


10 


4 


1895. , 








299 


13 


« 


1896. , 








399 


12 


2 



Le chemin de fer donne 52 pour mille au total, 
44 pour mille par maladie. Ici, beaucoup de travail, 
beaucoup de danger par le fait des terrassements, 
mais un ravitaillement et des logements satisfai- 
sants. 

c) Le département des finances de FËtat. 





a 


DÉCÈS 


TAUX POUR MILLE 


ANNÉES 


NOMBRE 


, — 


DE LA MORTALITÉ 




d'agents 


PAR 
ACCIDENT 


PAR 
MALADIE 


TOTALE 


PAR 
MALADIE 


1885 . 


3 


f> 


n 


t» 


« 


1886 . 


6 


» 


n 


n 


M 


1887 . 


• 11 


1 


n 


91 


t» 


1888 . . 


13 


w 


n 


M 


f> 


1889 . 


16 


« 


n 


tl 


W 


1890 . . 


24 


1 


i 


83 


42 


1891 . . 


29 


« 


n 


n 


n 


1892 . . 


40 


1 


n 


25 


«• 


1893 . . 


42 


w 


3 


71 


71 


1894 . . 


45 


1 


1 


44 


22 


1895 . , 


47 


» 


2 


43 


43 


1896 . . 


51 


1 


2 


59 


39 






LK SERVICE SANITAIRE 455 

Les agents du département des finances ont l'exis- 
tence la moins troublée ; ils habitent surtout des dis- 
tricts où règne déjà un certain confort. La moyenne 
totale des décès est de 35 pour mille; celle des décès 
par maladie de 18 pour mille. 

Prenant pour base les moyennes de ces trois per- 
sonnels, MM. Bourguignon, Dryepondt et Firket éva- 
luent à 57 pour mille la mortalité totale, y compris 
les morts violentes, et à 46 pour mille la mortalité 
par maladie. Le premier chiffre est probablement 
au-dessous de la réalité pour les années 1897 et 1898, 
à cause des décès assez nombreux survenus à la suite 
des opérations et des révoltes militaires. 

11 est instructif de comparer cette moyenne de 
57 pour mille avec celle de la mortalité dans quelques 
autres colonies. Ainsi au Kamerun, la moyenne pour 
quatre années (1891-1894) est de 112 pour mille; au 
Niger, elle a été de 75 pour mille en 1894-1895; au 
Dahomey, elle a été de 108 pour mille pendant la 
période d'occupation qui a suivi la campagne de 1892. 

Si le taux de la mortalité au Congo est actuellement 
élevé, il n'est pas douteux que, lorsque l'ère des expé- 
ditions militaires sera close et que le territoire sera 
mieux exploré et plus complètement occupé, le taux 
n'atteindra guère plus de 35 et 18 pour mille, qui 
est la moyenne actuelle de la mortalité des agents du 
département des finances, pour descendre probable- 
ment plus bas encore, à mesure que s'amélioreront 
les conditions de la vie. 



CHAPITRE XXXIV. 

LE POUVOIR JUDICIAIRE. 

Dn des premiers devoirs de l'Etat Indépendant était 
de pourvoir à Tadministration de la justice. Il en 
allait de Tintégrité de ses droits souverains, puisque, 
dans les traités passés avec l'Association internatio- 
nale, les puissances étrangères s'étaient réservé le 
droit d'organiser une juridiction consulaire au Congo 
(capitulations) jusqu'à ce qu'il fût pourvu, d'une 
manière suffisante, à l'administration de la justice à 
l'égard des étrangers. Aussi, dès le 7 janvier 1886, 
paraissait un décret sur l'organisation judiciaire. 
La matière fut complétée par la suite et codifiée le 
22 avril 1896. Il est à noter que les magistrats, tant 
assis que debout, ne sont pas inamovibles; non seu- 
lement ils sont nommés pour un temps déterminé, 
mais encore ils sont aussi révocables que des fonc- 
tionnaires quelconques. 

En matière civile et commerciale, les différends 
sont tranchés par les tribunaux de l'Etat si un non- 
indigène, l'Etat ou une administration publique est 
^ partie au procès. Si les deux parties en cause sont 
l'une et l'autre indigènes, le différend est jugé par le 
chef local, conformément à la coutume, à moins que 
l'une des parties ne saisisse l'autorité légalement 

établie. 
En matière répressive, celle-ci est compétente pour 

statuer sur toutes les infractions à la loi pénale. 



LE POLVOIR JUDICIAIRE 457 

qu'elles soient commises par des blancs ou par des 
gens de couleur; toutefois, le code pénal dispose que 
les indigènes peuvent être abandonnés à la juridic- 
tion de leur chef et à l'application des coutumes 
locales. 



Les juridictions établies par l'Etat du Congo sont : 
en premier ressort, le tribunal de première instance, 
les tribunaux territoriaux et les conseils de guerre; 
en appel, le tribunrl d'appel et le conseil de guerre 
de Borna; en dernier ressort et en cassation, le con^ 
seil supérieur de Bruxelles. 

Le tribunal de première instance et les tribunaux 
territoriaux sont autorisés à siéger dans toutes les 
localités de leur ressort, selon les nécessités de la 
bonne administration de la justice. Ils se composent 
d'un juge, d'un greffier et d'un substitut du procureur 
d'Etat, qui occupe le siège du ministère public; 
l'absence de ce dernier n'est pas une cause de nullité 
de la procédure. 

Le tribunal de première instance est établi à Borna. 
Sa compétence, en matière civile et commerciale, 
s'étend à tout l'Etat. Il connaît des infractions au 
code pénal et est seul compétent pour juger les indi- 
vidus de race européenne qui auraient commis des 
délits passibles de la peine de mort. 

Les tribunaux territoriaux statuent également en 
matière répressive; mais, en général, leur compétence 
ne dépasse pas les limites de leur circonscription. 
Ils siègent dans la plupart des chefs-lieux de district. 

Les conseils de guerre, composés comme le tri- 
bunal de première instance et les tribunaux territo- 
riaux, fonctionnent aux lieux indiqués par le gouver- 
neur, généralement dans les centres militaires; ils 



4S8 ORGANISATION POLITIQUE 

connaissent des infractions aux lois pénales ordi- 
naires et, en outre, des fautes commises par les offi- 
ciers, sous-officiers et soldats. Lorsque la sécurité 
publique l'exige, une région déterminée peut être 
soumise temporairement à un régime militaire spé- 
cial, une sorte d'état de siège. Dans ce cas, toutes les 
personnes indistinctement se trouvant dans cette 
région deviennent justiciables du conseil de guerre 
et ses décisions sont en dernier ressort pour les indi- 
gènes et pour les Européens militaires; seuls, les 
Européens civils conservent le droit de se pourvoir 
en appel à Boma (décret du 22 décembre 1888). 
L'interprétation de cette dernière disposition dans 
l'affaire du con'imerçant anglais Stokes, que le com- 
mandant Lothairc condamna à être pendu et fit exé- 
cuter à Lindi (haut Aruwimi), le 14 janvier 1895, faillit 
un instant compromettre les bons rapports de l'État 
du Congo avec l'Angleterre et rAllemagne. 
* Le tribunal d'appel siège à Boma; il comprend un 
président, deux juges, un procureur d'État et un 
greffier. Il connaît de l'appel de toutes les sentences 
du tribunal de première instance, des tribunaux ter- 
ritoriaux; la règle est qu'en toute matière il y a deux 
degrés de juridiction. 

L'appel des décisions des conseils de guerre est 
déféré à un autre conseil de guerre, siégeant à Boma, 
composé du président du tribunal d'appel et de deux 
suppléants, ayant le grade d'officier, désignés par le 
gouverneur général . 

Les fonctions d'officier du ministère public sont 
exercées sous l'autorité du gouverneur général : près 
du tribunal d'appel, par un procureur d'Etal nommé 
par le Souverain; près des autres tribunaux, par des 
substituts du procureur d'État, désignés par le gou- 



LE POUVOIR JUDICIAIRE 4S9 

verneur général parmi certains magistrats nommés 
par décret. 

Le conseil supérieur, qui se réunit à Bruxelles, 
forme le degré suprême de l'organisation judiciaire; 
il se compose d'un président, de. conseillers, d'audi- 
teurs et d'un secrétaire, choisis par le Souverain 
parmi les jurisconsultes belges et étrangers. Ses attri- 
butions sont multiples : en matière civile et commer- 
ciale, il siège comme Cour de cassation et, lorsqu'il 
casse un jugement, évoque le fond et statue sans ren- 
voi; dans les mêmes matières, il connaît de l'appel 
des jugements rendus sur premier appel par le tribu- 
nal d'appel de Boma, lorsque la valeur du litige 
dépasse 25,000 francs ou que celui-ci n'est pas sus- 
ceptible d'évaluation; il est compétent, en matière 
répressive, pour juger certains délits en première et 
dernière instance. Enfin, il constitue un corps consul- 
tatif et s'occupe de l'élaboration des différents codes. 

Le conseil supérieur est une institution a*normale : 
c'est un tribunal d'un Etat siégeant sur le territoire 
d'un autre État. Ses décisions ne sauraient avoir 
aucune force exécutoire en Belgique. 

En dehors de ces rouages judiciaire, une commis- 
sion pour la protection des indigènes, choisie parmi 
les membres de certaines associations philanthro- 
piques et religieuses, a pour mission de signaler à 
l'autorité locale les actes de violence dont les naturels 
seraient victimes. 



CHAPITRE XXXV 

LES FINANCES DE l'ÉTAT 

BUDGET. — DETTE PUBLIQUE. 
IMPÔTS. — VENTE DES TERRES. — RÉGIME FONCIER ET MINIER. 

RÉGIME MONÉTAIRE. 

Budget, - Voici les chifiFres des recettes et des 
dépenses ordinaires, d'après les budgets des années 
d890àl898. 

RECETTES. DÉPENSA. 

Année 1»90 Fr. 3,147,156 

— i89f 4,554931 4,554,931 

— 1892 4,731,981 4,731,981 

— 1893 5,220,681 5,440,681 

— 1894 4,949,444 7,383 554 

— 1895 6,004,764 7,370,939 

— 1896 7,002,735 8,256,300 

— 1897 . 9,369,300 10,141,871 

— 1898 14,765,050 17,251,975 

Mais ce ne sont là que des prévisions budgétaires. 
Pour ce rendre compte des recettes et des dépenses 
effectives, il faudrait connaître les résultats financiers 
de chaque exercice. Ceux-ci n*ont été publiés que 
pour les années 1890 à 1893; les chiffres qui y 
figurent diffèrent très sensiblement de ceux des 
budgets; il est à supposer qu'il en a été de même 
pour les années postérieures à 1893; mais les 



1 



LES FINANCES DE l'ÉTAT 461 

éléments dont nous disposons ne permettent à cet 
égard que des conjectures. 

Les recettes et les dépenses pour Tannée 1898 ont 

été évaluées conformément aux tableaux détaillés 
suivants : 

Tableau des recettes. 

MONTANT 

NATURE DES RECETTES. DES 

PRÉVISIONS. 

Avance du Trésor belge fr. 2,000,000 

Versement du Roi-Souverain 1,000,000 

Taxes d'enregistrement . 6,7t)0 

Vente et location de terres domaniales, 

coupes d*arbres, etc 50,500 

Droits de sortie 2,400,000 

Droits d'entrée, y compris les droits sur les 

alcools i, 100,000 

Impositions directes et personnelles . . . 95,000 
Péage sur la route de Matadi à Léopold- 

viUe 5,000 

Taxes sur les coupes de bois 6,730 

Recettes postales 120,000 

Taxes maritimes 35,000 

Recettes judiciaires 50,000 

Droits de chancellerie . 4-, 000 

Transports et services divers de l'Etat. . . 500,000 

Taxes sur le portage 2,000 

Produit du domaine, des tributs et impôts 

payés en nature par les indigènes . . . 6,700,000 

Exploitation des forets du Mayumbe . . . 50,000 

Émission de monnaies et de billets d'État . 30,000 

Produit du portefeuille 650,000 

Total des receltes . . fr. 14,765,050 



462 ORGANISATION POLITIQUE 

TaUeau des dépenses. 

Traitement du secrétaire d'Étal . . . . fr. 24,000 

Traitements du personnel du service central. 58,360 

Matériel et frais d'administration .... 6,000 

Dépenses imprévues des divers services . 406,000 

Département de l'intérieur. 

Service administratif d'Europe 425,640 

Service administratif d'Afrique 4,495,278 

Force publique 6,870,634 

Service de la marine 4,945,538 

Service sanitaire 555,500 

Travaux publics 4,595,960 

Agriculture 533,658 

Missions diverses et établissements d'instruc- 
tion 474,469 

Département des finances. 

Service administratif d'Europe 64,000 

Service administratif d'Afrique 354,800 

Exploitation du domaine . * 5,218,744 

Divers • . . . 476,400 

Département des affaires étrancjères 
et de la justice. 

Service administratif d'Europe 50,250 

Postes 20,900 

Navigation 50,500 

Justice 227,860 

Cultes 26,200 

Total des dépenses. . . fr. 47,251,975 

L'examen du tableau des receltes montre que les 

ressources de TÉtat sont de deux espèces : 1° les res- 
sources extraordinaires provenant du subside royal 
(1 million de francs par an), de l'avance annuelle du 



LES FINANCES DE l'ÉTAT 463 

gouvernement belge (2 millions de francs par an) et de 
l'emprunt; 2^ les ressources ordinaires provenant de 
l'exploitation du domaine privé, de la vente des terres 
domaniales et du recouvrement des impôts. 

Le relevé ci-après, que nous empruntons à un 
rapport de M. le baron Van Eetvelde, montre la pro- 
gression qu'ont suivie les ressources ordinaires depuis 
l'année 1886. Comme nous l'expliquons ailleurs, l'ex- 
ploitation par l'Etat de son domaine privé est la cause 
principale de cette augmentation. 

. MONTANT 

A."S^LL5,. jjgg RECETTES. 

1886. 74,261 francs représentant -4.87 p. c. des dépenses. 

1887. 200,765 » 
1888 268,506 » 

1889. 515,094 » 

1890. 462,602 « 

1891. 1,519,145 )) 

1892. 1,502,515 » 
1895. 1,817,475 » 

1894. 2,454,778 » 

1895. 5,600,000 )> 
1S96. 5,887,404 » 
1897. 9,185,560 » 

Dette publique. — En vertu d'un décret du o juil- 
let 1887, des obligations au porteur produisant intérêt 
à 2 1/2 p. c, à partir du l^»" janvier 1900, ont été 
créées au profit des anciens membres et souscripteurs 
du Comité d'études du haut Congo, en représen- 
tation des dépenses qui avaient été faites par eux et 
dont les résultats ont été cédés à l'État Indépendant. 
Le capital nominal de cette dette s'élève au total de 
11,087,000 francs et comprend les sommes que le 
Roi-Souveniin lui-même avait versées au Comité 
d'études. Mais une lettre du secrétaire d'État, en date 



)) 


10.61 


)■) 


i) 


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9.21 


» 


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n 


16.06 


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14.69 


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28.97 


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51.75 


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55.40 


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55.25 


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47.00 


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, )) 


)) 


56.85 


)) 


)) 


)) 


68.21 


)) 


)) 



464 ORGANISATION POLITIQUE 

du 12 janvier 1895, constate que les litres appar- 
tenant à Sa Majesté ont été annuléiS et que, par 
conséquent, l'emprunt ne représente plus qu'un 
capital de 422,200 francs. 

Le second emprunt, d'un capital de 150 millions , 
de francs, décrété le 7 février 1888, est représenté 
par 1,500,000 obligations de 100 francs au porteur, 
remboursables en 99 ans, avec primes ou bien 
au pair avec augmentation annuelle de 5 francs à 
titre d'intérêt (soit par 105,110,115 francs jusqu'à 
595 francs). L'ensemble des primes annuelles s'élève 
à 1 million de francs pour les huit premières années 
et 512,000 francs pour une nouvelle série de huit 
années. Enfin, pour les 75 dernières années, le mon- 
tant des primes annuelles s'élève à 270,000 francs. 

Le service de cette dette nest pas entre les mains 
de l'État : il a été créé un fonds d'amortissement, qui 
est la propriété des porteurs de titres et qui est géré 
pour leur compte, par un comité parmanent composé 
de délégués de l'État et de délégués des établissements 
financiers qui ont pris part à l'émission. Ce fonds est 
déposé à lu (c Société générale », à Bruxelles. 

L'émission de cet emprunt en Belgique a été auto- 
risée par une loi du 29 avril 1887. Par un arrange- 
ment connexe à la transaction territoriale du 29 avril 
1887, le gouvernement frahçais s'est engagé à ne pas 
s'opposer à l'inscription des titres à la cote officielle, à 
la bourse de Paris, jusqu'à concurrence dc80 millions 
de francs; cette inscription na finalement été auto- 
risée qu'au mois de juin 1894. Tous les titres ne sont 
pas dans la circulation. Sur les 1 ,500,000 obligations, 
700,000 seulement ont été lancées sur le marché, par 
des décrets en date du 14 février 1888 et du 6 février 



LES FINAKCES DE l'ÉTAT 46o 

1889. Il en résulte que, lors des tirages, le hasard 
favorise tantôt celles qui sont aux mains du public, 
tantôt celles qui n'ont pas été placées. 

L'État belge conclut, le 3 juillet 1890, avec l'État du 
Congo, une convention par laquelle le premier s'en- 
gageait à avancer au second, à titre de prêt, une 
somme de 25 millions de francs; 5 millions ont été 
versés immédiatement après l'approbation de la légis- 
lature et 2 millions sont payés annuellement pendant 
dix ans. Pendant ce terme, le prêt n'est pas productif 
d'intérêts ; si, en 1900, l'État belge s'annexe l'État du 
Congo, la créance de la Belgique s'éteindra par 
confusion (^). 

.Au moment du projet d'annexion, au début de 
l'année 1895, l'État du Congo fit connaître qu'il s'était 
vu obliger de contracter un autre emprunt, demeuré 
secret, dans des conditions si onéreuses qu'une nou- 
velle intervention financière de la Belgique s'est 
imposée. M. de Browne de Tiège, banquier à Anvers, 
avait consenti, en 1892, 93 et 94, un prêt au taux de 
6 p. c. l'an, remboursable, au 1®^ juillet 1895, par 
5,287,415 fr. 65 c. 11 était stipulé, dans la convention 
intervenue, qu'en cas de non payement à l'échéance, le 
prêteur deviendrait propriétaire de vastes territoires 
comprenant la plus grande partie des bassins de 
l'Aruwimi, du Rubi, du Lomami, du lac Léopold II, 
de la Lukenye, ainsi que du Manyema. L'État du 
Congo, dans l'impossibilité de rembourser sa dette, 
allait devoir aliéner environ 16 millions d'hectares, 
soit la quatorzième partie du territoire de TÉtat ou 
plus de cinq fois la superficie de la Belgique. Le gou- 
vernement et le Parlement estimèrent que la Belgique 

C) Voir le leite de !a convention, p. 100. 



466 ORGANISATION POLITIQUE 

avait à sauvegarder son droit de propriété éventuel et 
à empêcher la cession, dans de pareilles conditions, 
d'une fraction aussi importante du domaine. La 
Chambre vota, le 27 juin 1895, et le Sénat, le lende- 
main, un prêt de 5,287,41o francs, destiné à éteindre 
la créance de Browne de Tiôge, en même temps qu'un 
autre prêt de 1,517,000 francs, destiné à couvrir Tin- 
suffisance des ressources budgétaires pour Tannée 
1895. On accorda à l'Etat du Congo, pour ces nou- 
velles avances, les mêmes avantages que pour celles 
qui avaient fait l'objet de la convention du 3 juillet 
1890. 

Un décret du 17 octobre 1896 a créé des obliga- 
tions au porteur représentant un capital nominal de 
1,500,000 francs, portant intérêt à raison de 4 p. c. 
Le 14 juin 1898, un nouvel emprunt, représentant 
un capital nominal de 12,500,000 francs, a été émis 
dans des conditions analogues. 

Impôts, — Les impôts forment, après l'exploitation 
du domaine privé, la branche la plus importante des 
revenus de l'Etat. Les uns n'atteignent que les indi- 
gènes, les autres que les non-indigènes. Les premier 
sont payés en nature, soit en produits, soit en pres- 
tations de services pour aider aux exploitations agri- 
coles ou pour assurer le service des transports. Il est 
prescrit aux agents d'accorder aux contribuables une 
rémunération proportionnelle à la valeur de la main- 
d'œuvre et de procéder, autant que possible, par la 
persuasion plutôt que par la contrainte. Les impôts 
qui frappent les non-indigènes se payent en espèces ; 
les bases sont — pour les contributions directes et 
personnelles, qui figurent au budget de 1898 pour 
95,000 francs, — la superficie des bâtiments et enclos, 



LES FINANCES DE l'ÉTAT 467 

le nombre d'employés et d'oiR^riers, les bateaux et 
embarcations; les contributions indirectes com- 
prennent toutes les autres taxes, parmi lesquelles les 
droits de douane ont le rendement le plus élevé. 

Les recettes douanières se sont longtemps bornées 
au produit des seuls droits de sortie, levées depuis le 
1*'' juillet 1886 et dont la perception était autorisée par 
TActe général de Berlin. Ils sont renseignés au budget 
pour une somme sans cesse grandissante : 

1892 fr. 372,855 

1895 . 500,000 

1894 710,000 

1895 715,098 

1896 1,105,000 

1897 1,300,000 

1898 2,400,000 

Les principaux produits que le pays exporte sont 
taxés conformément au protocole de Lisbonne, dans 
les proportions suivantes : 



Pour 


100 kilos 


de dents de plus de 6 kilos 


fr. 


210 00 


)) 


î) 


de dents de moins de 6 kilos . 


. 160 00 


» 


» 


de morceaux d'ivoire . . 




. 100 00 


)) 


)) 


de caoutchouc 




40 00 


» 


)) 


de copal rouge .... 




8 25 


)) 


» 


d'huile de palme . . 




2 75 


)) 


» 


de copal blanc .... 




1 50 


)) 


)) 


de noix palmiste 




1 40 


j) 


)j 


d'arachides 




1 oo 


» 


i) 


de sésame 




1 25 


Le 


café est U 


i\é à 5 p c. de sa valeur. 







L'article 1 de l'Acte général de Berlin stipulait que 
les marchandises importées au Congo resteraient 
aifrancliies de droits d'entrée pendant 20 ans au 
moins. Celte disposition ne fut néanmoins appliquée 



468 ORGANISATION POLITIQUE 

que pendant cinq an^. Les signataires de l'Acte géné- 
ral se trouvant réunis à Bruxelles, en une conférence 
ayant pour objet la répression de la traite dés nègres, 
M. le baron Lambermont, président de la haute 
assemblée, dans la séance du 10 mai 1890, annonça 
qu'il avait été chargé de recommander à la bienveil- 
lante attention des plénipotentiaires la proposition 
de reviser l'article 4 de l'Acte général de Berlin et 
d'autoriser la perception des droits d'entrée dans 
le bassin conventionnel du Congo. Il exposa que 
cette demande du Souverain de l'État du Congo était 
surtout basée sur la nécessité de faciliter aux États 
compris dans le bassin de ce fleuve les moyens de 
faire face aux dépenses que l'Acte de Bruxelles allait 
leur imposer en vue de la répression de la traite. Les 
représentants de l'État du Congo soutinrent ce projet, 
qui fut, du reste, chaudement appuyé par tous les. 
autres délégués, à l'exception du délégué des Pays- 
Bas, lequel fit immédiatement des réserves, qui se 
transformèrent bientôt en une opposition dont on 
n'eut raison qu'après de longues et laborieuses négo- 
ciations. Le 2 juillet 1890, une déclaration signée 
par toutes les puissances réunies à Bruxelles auto- 
risa, pour un délai de IS années, la perception de 
droits d'entrée dont le taux ne pourrait dépasser 
10 p. c. de la valeur au port d'importation, sauf pour 
les spiritueux, qui acquitteraient un droit plus élevé. 

A la suite de cet accord, et la signature des Pays-Bas 
ayant été finalement obtenue, des négociations s'ou- 
vrirent entre les trois puissances ayant des posses- 
sions dans le bassin occidental du Congo, l'État du 
Congo, la France et le Portugal, en vue de l'établisse- 
ment d'un tarif commun. Elles aboutirent au pro- 



LES FINANCES DE l'ÈTAT 469 

tocole signé à Lisbonne, le 8 avril 1802, qui régla le 
tarif des droits d'entrée. 

Le tarif appliqué est le suivant : 

1° Armes, munitions, poudre, sel : 10 p. e. de la valeur; 
2<* spirituenx : 15 francs par hectolitre à 58 degrés centé- 
simaux; 3° navires et bateaux, machines à vapeur,, appa- 
reils mécaniques servant à l'industrie ou à Tagriculture, 
outils d'un usage industriel ou agricole : 5. p. c. de la 
valeur; i^ locomotives, voitures et matériel de chemins 
de fer : 3 p. c. de la valeur; 5° autres marchandises, 
généralement quelconques : 6 p. c. de la valeur. 

Sont exempts de droits d'entrée : les instruments de 

a 

science et de précision; les objets servant au culte; les 
effets d'habillement et bagages à l'usage personnel des 
voyageurs et des personnes qui viennent s'établir sur le 
territoire de l'État; les animaux vivants de toute espèce; 
les graines destinées à l'agriculture. 

Le produit des droits d'entrée a donc introduit 
dans le budget de l'État, à dater du l^"" mai 1892, un 
poste nouveau, dont voici les chiffres, année par 
année, d'après les prévisions budgétaires; ils com- 
prennent les droits sur les alcools : 

1892(8moisj fr. 330,000 

1895 (12 mois) 422,515 

1894 447,520 

1895 480,205 

1896 615,200 

1,897 720,000 

1898 1,000,000 

Vente des terres, Iléijime foncier et yninier, — La 
vente des terres deviendra assurément une source de 
revenus. Si elle n'a procuré, jusqu'à présent, que des 
sommes insignifiantes, tout porte à croire qu'il n'en 
sera plus de même à l'avenir. Les conditions dans 
lesquelles l'État met en vente les biens de son domaine 



470 OUGANISATION POLITIQUE 

ont été déterminées par une série de décrets. S'il 
s'agit de terres situées dans des centres urbains, le 
prix est fixé spécialement pour chaque lot. S'il s'agit 
d'autres terres, le tarif varie suivant que l'acheteur les 
destine à la fondation d'établissements de commerce 
et de récolte des produits domaniaux, ou bien qu'il 
les destine exclusivement à une exploitation agricole. 
Dans le premier cas, les terres situées dans les régions 
du Mayumbe et des cataractes, des deux côtés de la 
voie ferrée, coûtent 100 francs par hectare, plus 
10 francs par mètre de développement du côté de la 
rive d'un cours d'eau navigable; les terres situées 
dans d'autres régions coûtent 2,000 francs par hec- 
tare, avec minimum de 3,000 francs par terrain d'un 
seul tenant. Dans le second cas, le prix est de 10 francs 
par hectare, avec obligation pour l'acquéreur de 
mettre au moins la moitié des terres achetées en 
valeur dans .les six ans. Si cette dernière obligation 
n'était pas remplie, l'aliénation serait nulle et sans 
effet en ce qui concerne la partie non exploitée, le 
prix d'achat restant, toutefois, acquis à TÉtat. [Arrêté 
du 3 février 1898.) En ce moment, l'Etat semble peu 
disposé à aliéner de nouvelles parcelles de son 
domaine; un avis publié au Bulletin officiel d'avril 
1898 annonce que, jusque dans le courant de l'année 
1899, il ne sera plus donné suite aux demandes 
d'achat de terres situées dans le haut fleuve, en dehors 
des centres urbains. 

On distingue trois espèces de terres : celles qui son 
vacantes, celles qu'occupent les indigènes et celles qui 
appartiennent aux non-indigènes. Les terres vacantes 
et sans maîtres, dont l'étendue est immense, forment 
le domaine privé de l'Etat. Les points occupés par 
les indigènes continuent d'être régis par les coutumes 



LES FINANCES DE l'ÉTAT i71 

et les usages locaux, mais la vente ou la location n'en 
peut avoir lieu qu'à l'intervention du gouverneur 
général ou de son délégué. Dans le principe, elles ont 
été considérées comme la propriété des indigènes, 
propriété acquise par occupation : une circulaire du 
2o octobre 1889 (Recueil administratifs 1890) s expri- 
mait comme suit : « Les terres, au Congo, se distin- 
guent, au point de vue du droit de propriété, en trois 
grandes catégories : les terres occupées par les indi- 
gènes, les terres occupées par les non-indigènes et les 
terres qui, jusqu'à présent, sont demeurées inoccu- 
pées )). Une disposition législative parue au Bulletin 
officiel en nov.-déc. 1893 réduit ce droit de propriété 
acquis par occupation à un simple droit d'occupa- 
tion : (( Les terres peuvent être classées, au point de 
vue administratif, en trois catégories : les terres occu- 
pées par les populations indigènes et sur lesquelles 
celles-ci ont un droit d*occupation, etc. » L'État est 
donc devenu, en quelque sorte, nu-propriétaire des 
fonds encore détenus par les naturels; leur droit 
s'éteint dès que cesse leur occupation : le sol deve- 
nant alors 7rs nullius, le domaine privé s'xigrandit de 
quelques arpents. Quant aux terres acquises par les 
non-indigènes, elles sont régies par des lois spéciales. 

Il importe, dans une colonie plus encore que dans 
la mère patrie, que l'appropriation du sol puisse 
s'effectuer avec facilité, économie et sécurité. Ce desi- 
deratum a été réalisé au Congo. En organisant le 
régime foncier, le gouvernement s'est inspiré de VAct 
Torrens, qui donne à la propriété foncière tous les 
avantages attachés aux valeurs mobilières et aux 
valeurs immobilières. Toute personne qui désire 
acheter une parcelle de terrain n'appartenant pas 



472 ORCANISATION POLITIQUE 

encore à un non-indigène doit en faire la demande 
au gouverneur général ou au secrétaire d'Etat. Les 
demandes sont examinées par uoe ce Commission des 
terres ». Si la terre peut être vendue, le conservateur 
des titres fonciers est autorisé à la céder au prix du 
tarif, lequel varie suivant la destination, l'étendue ©t 
la situation du bien. Dès que Taliénation a été consen- 
tie, il est dressé un acte de vente ; la parcelle est mesu- 
rée par les géomètres officiels et inscrite au cadastre 
sur les plans dits « communaux » ; le conservateur 
des titres fonciers délivre un certificat d'enregistre- 
ment, lequel constitue un titre de propriété trans- 
missible. Aucune opération de nature à changer la 
situation juridique de l'immeuble tels que baux, hypo- 
thèques, servitudes, n'est valable si elle n'est inscrite 
sur le dos du titre et sur la copie de ce document, 
que garde le ccmservateur ; grâce à cette combinaison, 
le certificat fournit immédiatement aux tiers l'histoire 
du fonds et leur procure tous les éléments d'une com- 
plète sécurité en cas d'achat. Pour opérer la vente 
d'une propriété, le vendeur rédige un acte qu'il remet, 
en même temps que son lilrc, au conservateur; celui-ci 
inscrit le transport au dos du titre et du duplicata, ot 
l'aliénation est réalisée. Comme on le voit, le titre de 
propriété, au Congo, est aussi maniable qu'une action 
de société; les actes coûteux, si nombreux dans nos 
législations, sont supprimés, l'État ne prélevant 
qu'une taxe fixe de 2o francs pour chaque enregistre 
ment. 

Le propriétaire du sol n'a aucun droit sur les 
richesses du sous-sol. Celles-ci font partie du domaine 
privé de l'Etal. On ne peut les exploiter qu'en vertu 
d'une concession spéciale accordée par le Souverain. 
Toutefois, les indigènes peuvent continuer à prati- 



LES FINANCES DE l'ÉTAT 473 

quer pour leur compte rexploitàtîon des mines sur 
les terres qu'ils occupent. 

Système monétaire. — Le système monétaire a été 
organisé par un décret du 27 juillet 1887. L'État a 
frappé une monnaie de payement, en or, de 20 francs; 
des monnaies divisionnaires, en argent, de 1, 2 et 
S francs, et de 50 centimes, et des monnaies d'ap- 
point, en cuivre, de 1, 2, 5 et 10 centimes. Toutes 
ces monnaies sont, sous limitation de quantité, accep- 
tées en payement des impôts. Le stock en circulation 
serait d'environ 700,000 francs. 

Un décret du 7 février 1896 a institué des billets 
d'Etat au porteur, émis par l'Etat lui-même. Une pre- 
mière émission a été autorisée jusqu'à concurrence de 
400,000 francs. Ces billets, payables à la Trésorerie 
générale, sont acceptés en payement des sommes 
dues à l'État concurremment avec les autres mon- 
naies. 



APPENDICE 



ROTICE HISTORIQUE SUR LA CARTE DU CONGO 
ET DE l'aFRIQUE CENTRALE 

Dès le iv^ siècle avant l'ère chrétienne, on avait une 
vague notion de l'existence, au centre de l'Afrique, d'un 
massif montagneux (jifon nommait Montagnes d'Argent, 
sans doute à cause dos neiges qui couronnent ses sommets. 
Aristote signale ces montagnes dans ses Météorolo- 
giques et place à leur pied des marais dont il fait la source 
du Nil. Quehpie cent ans plus lard, Eratoslhène, dans 
des fragments cons(;rvés par Strabon, nous transmet les 
informations raj)j)ortées d'Ethiopie par l'expédition de 
Ptolémée Philadclphe et décrit, sans trop s'éloigner de 
la vérité, l'hydrographie du pays. Au r' siècle après 
Jésus-Christ, Ptolémé.e d'Alexandrie coordonne ces don- 
nées, baptise Monts de la Lune les « Montagnes d'Argent» 
d'Aristote et renseigne comme étant les sources du Nil 
deux grands lacs situés sous la latitude de Mombas. 

Plus tard, du vi« au xiv° siècle, les arabes poussèrent 
leurs investigations vers le sud, et leurs établissements, 
jalonnant la côte orientale, atteignirent Sofala. Leurs 
géographes, (lej)uis Almamoun (850y jusqu'à Edrisi (1150) 
et Aboulféda (1550), introduisirent dans leurs traités et 
leurs cartes l'hypothèse de l'existence d'un lac central à 
écoulements nuiUiples, le lioura, source unique de tous 
les fleuves d'Afrique connus à cette épocjue. 

Mais au milieu du xv^ siècle, l'arrivée de religieux \ 

abyssins en Italie allait faire faire un progrès notable à j 



i 



APPENDICE 475 

la cartographie africaine en transformant, tout au moins 
pour la région éthiopienne, les théories anciennes en 
vérités géographiques. Les documents fournis par ces 
moines permirent au cosmographe vénitien Fra Mauro 
(1457), de composer savamment, dans sa mappemonde du 
palais des Doges, une carte de l'Ahyssinie dont l'hydro- 
graphie a pour organe fondamental un lac désigné sous le 
nom de Saphy source de la branche bleue du Nil. 

Ce rapide exposé des données anciennes, grecques, 
arabes et italiennes, fournit la clé de la formule géogra- 
phique en honneur à la fin du xv'' siècle, au moment où 
les navigateurs portugais achevaient de reconnaître les 
rivages de l'Afrique méridionale. Elle peut se résumer en 
trois propositions : 1° Une chaîne de montagnes, les Monts 
de la Lune, coupe l'Afrique de l'est à l'ouest; 2<* au pied 
du versant septentrional de cette chaîne s'étendent des 
lacs plus ou moins nombreux et dont les contours sont 
vaguement indiqués ; 3^ d'un ou de plusieurs de ces lacs 
s'écoulent, vers le nord, lé Nil d'Egypte, vers l'est, le 
Djuba qui va déboucher à la côte de Mombas, et vers 
l'ouest, le Nil des Noirs ou Niger qui se rattache au Séné- 
gal. Tel est le thème sur lequel les géographes vont broder 
pendant deux siècles. 

Au commencement de ce livre, nous avons exposé que 
la navigation de Cam et de Behaim, qui découvrirent la 
bouche du Congo, date de 1484 ; que celle de Barthélémy 
Diaz, qui atteignit le Cap de Bonne-Espérance, s'accomplit 
en 1486 et celle de Vasco de Gama, qui le doubla, décou- 
vrit le Zambèse et reconnut la côte orientale jusqu'à 
Mombas, en 1497. Les plus anciens monuments cartogra- 
phiques qui enregistrent ces mémorables événements 
sont : lo La carte de Martellus (1489) qui, pour la première 
fois, donne approximativement à l'Afrique sa forme véri- 
table; 2'' le globe de Behaim (1492), conservé à Nurem. 
berg, qui ne compte pas moins de quinze lacs au centre du 
continent; ù^ la mappemonde de de la Cosa (1500), du 



476 APPENDICE 

Musée naval de Madrid, qui adapte la théorie arabe du 
lac central à écoulements multiples : le Nil, le Niger- 
Sénégal, le Djuba, le Zambèse et le Congo (Rio de Padron) 
en sont les émissaires. En dehors de ces souvenirs des 
anciennes formules dont, en somme, le Nil et ses lacs font 
tous les frais, l'intérieur du continent demeure vierge de 
tout détail. 

Mais, dès le premier quart du xvi« siècle, on constate un 
changement radical dans l'aspect des cartes nouvelles. 
Elles révèlent tout à coup de puissantes chaînes de mon- 
tagnes, des fleuves et des rivières sans nombre, aux cours 
nettement tracés, sortant de lacs aux contours parfaite- 
ment défînis ; des royaumes aux frontières attentivement 
délimitées, et des provinces, et des villes, et des villages. 
Il semble que, sous le coup d'une baguette magique, tout 
l'intérieur du pays des nègres, du Cap de Bonne-Espérance 
à l'Abyssinie, du royaume du Congo à celui de Mozam- 
bique, ait subitement livré ses secrets aux cartographes 
d'Italie, des Flandres, d'Allemagne et de France. Le pre* 
mier travail qui comporte une telle richesse de rensei- 
gnements est le globe de Jean Schoner, daté de 1520, 
que conserve le Musée germanique de Nuremberg. 

Sur quelles bases reposaient ces indications en appa- 
rence si précises? Étaient-elles le résultat d'audacieuses 
explorations ayant pénétré jusqu'au cœur du continent? 
L'hypothèse est inadmissible, attendu qu'à cette époque 
les Portugais avaient à peine pris pied sur le littoral. 
A la bouche du Congo, ils occupaient Sonho et San Sal- 
vador depuis 1490; à Quiloa et Sofala, sur la côte orien- 
tale, des fortins avaient été élevés en 1505 et 1506, et l'île 
de Mozambique avait reçu une garnison en 1507; nous 
savons, d'autre part, par une lettre de Manoël Pacheco, 
qu'en 1536 on ne connaissait du Congo que la section 
située en aval de la chute d'Yelala; enfin, la fondation 
de Saint-Paul de Loanda ne date que de 1575. Établis en 
quelques points du littoral, où leur existence matérielle 
était des plus précaires, ces blancs n'avaient f u songer 



APPENDICE 477 

à entreprendre de longs, coûteux et dangereux voyages 
jusqu'au cœur du continent. 

Au surplus, l'étude attentive et comparée des docu- 
ments du temps nous a démontré que la métamorphose 
soudaine des cartes du xvF siècle n'a aucun rapport avec 
l'exploration scientifique des régio^ns centrales; elle est 
due à une cause bien différente 

Tandis que les navigateurs portugais longeaient les 
côtes de l'Afrique, Guttenberg, Jean Brito et quelques 
autres inventaient l'imprimerie (1436). Parmi les auteurs 
anciens que leurs presses mettaient à la mode figurait 
Ptolémée. Ce fut, pour sa Géographie et pour les cartes 
d'Agathodemon, dressées d'après ses Tables y une brillante 
renaissance : de 1475 à i599, il n'en parut pas moins de 
36 éditions. Les cartographes de l'époque, qui manquaient 
de renseignements fournis par l'observation pour rem- 
plir les vides de la Terra incognita, se jetèrent avidement 
sur les éléments fournis avec tant d'autorité par le célèbre 
géographe grec. En quelques années, ses indications, 
démesurément enflées^ complètement dénaturées, accom- 
modées à tous les besoins et interprétées suivant l'imagi- 
nation de chaque auteur, prirent possession de la carte 
d'Afrique. Ptolémée ne suffisant pas, on s'adressa à Fra 
Mauro; seulement, au lieu de grouper les données du 
moine vénitien dans la région à laquelle elles apparte- 
naient, on les étendit fort avant vers le sud et le sud-ouest, 
sii)ien que l'Ethiopie finit par occuper tout le centre de 
l'Afrique, confinant avec le royaume de San Salvador 
(Congo) et avec celui du Monomotapa (Zambèse). 

Alors parurent ces cartes fameuses, signées des plus 
célèbres cartographes de la Renaissance. Après Behaim, 
de la Cosa et Schoner, ce furent Ribeiro (1529) et Sébas- 
tien Cabot (1544), respectivement cosmographe et pilote- 
major de Charles-Quint ; Gérard Mercator, avec son globe 
de 1541 et sa carte marine de 1569 ; Desceliers et sa 
grande mappe dite de Henri II (1542) ; Ramusio, dont la 
carte jointe à la Description de V Afrique de Léon l'Afri- 



478 APPENDICE 

cain demeure le plus étonnant produit de la fantaisie 
cartographique de Tépoque (1554); Le Testu, avec son 
magnifique atlas du dépôt de la marine, à Paris (1555) ; 
Castaldi (156i); Abraham Ortelius, dans son Theatrum 
(1570) ; André Thevet (1575) ; Appiani (1576) ; Livio 
Sanuto (1586), Pigafetta (1591), etc. Au xviP' siècle, les 
libraires hollandais, qui reprirent les affaires de Mercator, 
maintinrent et popularisèrent une formule dont un siècle 
de succès avait fait un dogme, dans la longue série 
d'atlas qu*ont signés Jansson (1610), Blaeu (1623), De Witt 
(1670), Dapper (1680), etc. 

En réalité, les noms qui, dans toutes ces cartes, 
couvrent l'intérieur de l'Afrique, ont été empruntés, pour 
la plupart, aux travaux de Ptolémée et de Fra Mauro. Le 
lac Zaflan ou Zaphat est l'ancien Sapb, de Mauro; 
les lacs Zambre ou Zembere, Barcena ou Colue sont 
des lacs ptoléméens; le Nil, le Niger, le Djuba, le Congo 
et le Zambèse en découlent, conformément à la théorie 
arabe du Koura, reprise, en 1500, par de la Cosa. 
Si l'on supprimait les doubles emplois, qui sont nom- 
breux, on réduirait déjà considérablement cette riche 
nomenclature; si, ensuite, on mettait à leur vraie place, 
c'est-à-dire dans les régions septentrionales et en Abys- 
sinie, les autres indications, le centre du continent africain 
ne serait plus qu'un vaste blanc. Par un mélange de 
toutes les hypothèses, par une confusion de toutes les 
notions léguées par les siècles, la géographie de l'Afrique, 
loin d'être, au xvi^ et au xvii® siècle, très^proche de la 
réalité, comme d'aucuns se l'imaginent, avait plutôt rétro- 
gradé. Une revanche du sens critique étail inévilablc : elle 
fut judicieuse et savante. 

Ce fut l'œuvre des géographes français du xvni° siècle, de 
de Lisle et de d'Anville. de Lisle fit table rase de toutes les 
données imaginaires et ne laissa subsister que ce qui avait 
été observé de visu, dans les régions voisines de l'océan; 
il procéda de celle façon pour le Congo et le Zambèse, 
dont les rapides n'avaient pas été franchis. Par contre il 



iiitf.j^.*.: -i ..- >.i ii.:.j ;»trii-i*::-:f vif ITiv» il ..,«♦,> >,\ oarlo 
jTTîiii '»rLt-" : l **«. t.. :!'♦;. A :ii.Ctr- i. w.- :.:*..» .. . 1... *'>;;\»\:, ..ôiro 

Il est i^l-rc-v^ia -le voir la rtf»»rmo dvv< iivvKrapWs 
fraocais r..r.:\.»:r \r..^- ooDs^cruliu'.i tUoisÎAO oî ijuasi orti- 
cielle tJcLTi- u:i«- i\iri,' ji.jriiî_raj>c, ivi!o quo dressa, on l7iH\ 
le licuîer,ai.t-< i.luî.'jî Kurta.îo. à la doiiîaUvîe du Uaroii do 
31ossamo«!r^. iT'nn «riu iir ^r-'-ucral do r.VîîiTcda. On n'N lrini>o 
plus Iraoo dt -- faiil:.i>ifs hur.slros cl lîu\ialos dos ourlos 
de la ileiiais>v:Mio<- : i«'> indications sur le ( or.jïo si lu-rniMit 
à la région .le i'e>Uî:tire; oollos qui soul relali>os à i*Ani;olu 
ne voiit in.'iiio j»..^ jusqu'au uwaiitro. I.o tissu ùo lôiiondos 
«{ui, aujourd'hui ei.oore, donnoiil îo oban^o à quolquos 
éori vains, disuaridt, en lin, de la oarlo il'Afriquo. 

Au comuioiieenienl du \i\^' siècle, les documouls resleul 
rares. En 18îi, l'expédition du oapiUiine Tuokev apporlo 
une carie du l)a> Congo jusqu'à Isangihu la pronuèro qui, 
depuis l'époque lointaine de la décou\erle par ('.aui, four- 
nisse qucltjues données précises : elle indique la posilion 
de Borna et la cliute d'Yelala. Kn 18-1, le ca]ùlaiiie 0>en 
lève pour l'amirauté la carte de l'estuaire 

Il faut attendre la deuxième moitié de ce siècle pour 
\oir enfui des cartes du centre du continenl, dressées 
d'après les méthodes scientifiques, sur des positions de 
lieux aslronomiquement ohservées et des renseignenuMils 
recueillis sur place. 

La série s'ouvre par l'étude sur les pa\sde('on{^(> et d'An- 
gola, des ])'' Petermann et Ilassenstein, puhliét' à (iolha, 
par l'Institut de Justus Perthes, <iui, à partir de ce mo- 
ment, va rendre à la science gé()graphi(pie des serNices 
sans nomhre. Les bulletins des sociétés de ^éoj^rnphii' de 
Londres et de Herlin lui emboîtent le pas et se distinguent 
à leur tour. C'est de cette hrillaiilc période d'énnilation 



480 APPENDICE 

géographique que datent toutes ces cartes savantes, 
signées des noms célèbres des D" Petermann, Hassenstein, 
Berghaus, Stulpnagel, Henri et Richard Kiepert, Andrée, 
Keith Johnston, Ravenstein, Langhans, etc. 

Nous nous bornons à énumérer ici les plus remar- 
quables des cartes qui traitent du bassin du Congo : celtes 
des voyages de Schweinfurth (1874), de Stanley (1880), de 
€apello et Ivens (1882), de von Mechow (1884), de l'ingé- 
nieur Jacob (1889); celles des itinéraires cte Cameron, 
dressées par Turner (1879), et des itinéraires de Pogge- 
Wissmann (1883-1885), de Schutt (1886), de Bôhm et Rei- 
chard (1886-1889V, du D»" Stuhlmann (1890) et du lieutenant 
von Gôtzen (1893), dressées par Richard Kiepert; celles 
des itinéraires de von François (1886), de von François et 
Grenfen(1884), de LudwigWolf (1886),du D»" Junker(1888), 
dressées par le D"" Hassenstein; celle de la section du 
Congo entre le Pool et les Falls, levée par le D^' Baumann 
et dressée par Langhans (1888) ; celle de la section du 
fleuve entre Léopoldville et l'Equateur, par le capitaine 
Bouvier (1886); Tesquisse géologique de la région des 
<;hutes, par M Ed. Dupont (1889), celle de la partie sud-est 
de l'État, rédigée par M. J. Cornet (1894), etc. 

Désormais, les grandes lignes de l'orographie et du 
l'hydrographie du continent noir se dessinent et l'on peut 
songer à édifier une represen talion scientifique de l'Afrique, 
à grande échelle. Il en paraît deux, à quelques années 
d'intervalle : en 1881, la carte au 2,000,000% en 62 feuilles, 
de M, le colonel de Lannoy de Bissy, du service cartogra- 
phique de l'armée française ; en i 885, la carte au 4,000,000*, 
en 8 feuilles, par M. Habenicht, de l'Institut de Gotha. Ces 
deux monuments se disputent la palme, au triple point de 
vue de l'érudition, de la critique et de la conscience profes- 
sionnelle. 

Jusqu'ici, l'Etat Indépendant n'a pas encore publié de 
carte officielle de ses territoires, et les caries spéciales du 
bassin du Congo, dues à l'initiative privée, demeurent peu 



APPENDICE 481 

nombreuses. La première en date est celle au 6,600,000^, 
publiée, en 1887, par le Mouvement géographique. Depuis 
lors on en a édité quelques autres pour les 'besoins de 
la librairie. 

La carte au 5,000,000®, spécialement- tirée pour le présent 
volume, est extraite iVww^'CttTte nouvelle de l' État^Indé- 
pendant du Congo au 2,000,000®, dressée par Fauteur de ce 
livre et dont les dix feuilles ont paru, avec des notices expli- 
catives, dans le Mouvement géographique (1895-1898). 
Cette carte est construite sur les observations astrono- 
miques de 'MM. Cameron, Lux, Pogge, Bùchner, Capello 
et Ivens, Cambier, Rouvier, Delporte et Gillis, von Fran- 
çois, Francqui, Hackannson, G. et P. Le Marinél, Stairs. 
«Indépendamment des documents gravés déjà cités, l'auteur 
a eu à sa disposition un certain nombre d'itinéraires 
manuscrits levés par MM. Le 'Marin el, Martini, Francqui, 
le D^ Briart, Hackannson, Stairs, Mohun, Heymans, 'Bras- 
seur, etc. Une édition définitive au 2,000,000°, en deux 
feuilles coloriées, est sous presse. 

Pour l'orthographe des noms propres de ces deux 
cartes, de même que pour celle de cet ouvrage, nous nous 
sommes conformé aux règles phonétiques établies par 
M. H. Droogmans et indiquées dans la circulaire du gou- 
verneur général Janssen, en 1892, règles confirmées et 
légèrement modifiées, en 1898, par une note adminis- 
trative. 

Bibliographie : d'Anville : Mémoire concernant les 
rivières de l'intérieur de r Afrique. — Banning : Mémoire 
sur les droits et les prétentions du Portugal. — Bodwich ; 
An account of the discoveries of the Portuyuese, etc. — 
J. BrOcker : Découvreurs et missionnaires dans V Afrique 
centrale aux xvi® et xvii® siècles. — Id. : V Afrique centrale 
des cartes du xvi® siècle. — Gordeiro : L'hydrographie 
africaine au xwi* siècle. — Furtado : Carte de la colonie portu- 
gaise de l'Angola (dans Bodwich et dans V Atlas de l'Afrique. 
de Vander Maelen). — Habenicht : Notes sur la rédactior 
des feuilles de la Spécial- Karte von AfHha au 4,000,000*" 
— JoMARD, Les monuments de la géographiCy recueil 

16 



482 APPENDICE 

d^ anciennes cartes, -^ deLannoy de Bissy : Notices sur la carte 
d'Afrique au 2^000,000^. — Lelewel : Géographie du moyen 
âge^ avec un atlas. — D' Ph. Paulitschke : Die Africa Lit- 
teratur in der Zeit von 4500 bis 47S0. — Santarem (V*« de) : 
Recherches sur la découverte des pays situés sur la côte occi- 
dentale d'Afrique, avec un atlas — Sa da Bandeira : Fact 
and statements concerning the right of the crow of Portugal, 

— Vivien de St -Martin ; Histoire de la géographie. — 
Walckenaer : Recherches géographiques sur Vintérieur de 
V Afrique septentrionale. — A.-J. Wadters : Le lac Sacha f 

— Id. : Niger et Benué. — Id. \ Le Congo et les Portugais. 
Nouvelles études sur les origines de la cartographie africaine, 

— Id. : La mappemonde de Fra Mauro (M. G., 1894). — 
Id. : La mappemonde de de la Cosa (M. G., 1891). — Id. : 
Notre carte de l'Etat Indépendant du Congo au £,000,000^ 
(M. G., 1895 à 1898). 

La question du Zaïre, mémorandum publié par la Société 
de géographie de Lisbonne. 

Orthographe des noms géographiques au Congo. Règles à 
suivre. [M. G. 1898, c. 141.) 



ADDITIONS ET CORRECTIONS 



Page 13, ligne 7. Au lieu de : Mpala, lire : Pala. 

— 61, — 8. Après les mots : de Kinena, ajouter : ^t du 
Lomami. 

Page 61. Après les mots : à V instigation de Kibonge, ajouter : 
enfin f au mois de novembre, à la rive du Lo7nam,i, le sergent 
De Bruyn, prisonnier des Arabes, mais qui eût pu s'échapper 
de leurs mains, s'y refusa, ne voulant pas abandonner son 
chef, le capitaine Lippens, résident de VÈtat à Kasongo; il resta 
le prisonnier de Sefu, qui lui fit payer de sa tête cet acte d'hé- 
roïque abnégation. 

Page 64, ligne 2. Ajouter : (BulL off., 1889, p. 197). 

— 69, — 5. Au lieu de : Kwandelungu, lire ; Kundelungu. 

— 72, — 25. Au lieu de : Kirimi^ lire : Karimi. 

— 73, — 24. — Popobabaka, lire iPopokabaka. 

— 77, — 19. — enclave, lire : territoire, 

— 87, — 3. — Van Encoethoven, lire : Van 
Hencxtenhoven . 

Page 110, ligne 13. Au lieu de : Kwandelungu, lire : Kunde- 
lungu, 

Page 137, dernière ligne. Au lieu de : Pechuel-Louche^ lire : 
PechMel-Loesche, 

Page 140, ligne 29. Au lieu de : que formenty lire : par où 
s'écoulent. 

Page 140, ligne 30. Au lieu de : 4,200 m,, lire : i^iSô, 

— 140, — 31. — 890 m,, — 869. 

— 142, — 10. — 5B0m„ — 650, 



484 ADDITIONS ET CORRECTIONS 

Page 143, ligne 10. Supprimer les mots : et de Zungu. 

— 157, — 30. Au lieu de : Wnionso, lire : la Lunionzo. 

— 169, — 24. — Kundja Liokna, lire : Likona- 
Kundja. 

Page 169. Avant- dernière ligne, après : le Zelai (r. g.), ajouter : 
qui se jette dans le Stanley- Pool et que le Bulletin officiel 
ap'peUe Lukunga,, 

Page 172, ligne 22. Au lieu de : Gaba^ lire : Gada. 

— 176, — 4. Au lieu de : ^00 mètres^ lire : 1,000 mètres. 

— 177,* — 8. Après : la chute Stéphanie, ajouter : et. 

— 185. Ajouter à. la « Bibliographie ♦» •: Gap. Jùnoers : le 
bas Congo, 

Page 241. Ajouter à la ligne 20 : En certains endroits mi a 
constaté la présence de la vigne sauvage. 

Page 243. Au lieu de : Les cultures^ lire i Les plantes cultivées, 

— 246. Ajouter à Tavant-dernière ligne : Les membres de 
V expédition Vankerckhoven ont signalé la présence de girafes^ 
à la rive septentrionale de VUele, entre Dungu et Niangara. 

Page 259, ligne 1. Après : enfin, ajouter : dit M, le docteur 
Victor Jacques dans une note qu'il 7ious remet sur ce sujet. 

Page 268 j ligne 24. Au lieu de : Guinners, lire : Guinness, 

— 289, — 31. — Richard, lire : Reichard, 

— 336. Avant le chapitre •♦ Productions végétales naturelles »» , 
introduire la note suivante : 

Le gros bétail. — L'État du Congo, diverses sociétés commer- 
ciales et la mission de Scheut ont introduit le gros bétail' dans le 
bas Congo, dans la région des chutes, ainsi qu'au- Stemléy-Pool. 
L6|s plus importants de ces troupeaux: sont ceux, que possède la 
Compagnie des Produits du Congo. La première tentative d'intro- 
duction de bétail dans l'île de Mateba est due à M« De Koubaix, 
d'Anvers, et date de 1886. Un an plus tard, une centaine débites 
venues pour la plupart de Mossamédès y étaient réunies. Actuel- 
lement, les kraals de la Société renferment 4,000 têtes de bétail. 
Les troupeaux du Kwango et du Kasai sont originaires de l'Angola. 
Ceux qui se trouvent dans quelques postes du Bomu et de l'Uele 
ont été ramenés du Kuka par M. le commandant Hânolet. 
Les Arabes en ont introduit dans le Manyema et jusqu'aux Falls. 



ADDITIONS ET CORRECTIONS 485 

Les chevaux, — La Cîompagnie des Produits a créé également, à 
Mateba, un haras où elle tente l'élevage du cheval avec des types 
de races belge, espagnole, irlandaise et de Madère. L'établissement 
comptait, au commencement de l'année 1898, 18 chevaux dont 9 nés 
dans l'île. 

Page 341. Ajouter à la ligne 2 : lia fait pitus^ il a pris des 
dispositions en vue d'ordonner la miUtipiicaiion des lianes et 
des arbres protecteurs dans les centres où s^ exerce son autorité 
effective. 

Page 342, ligne 25. Ajouter : l'oranger, 

— 344, à la ligne 20, ajouter : Le « Syndicat des tabacs »•, 
constitué, en i89S, sous la gérance de M. le baron de Stein, a dé 
belles plantations à Lengi et à Borna Lendiy dans le Mayumbe. 

Page 374, ligne 6. Au lieu de : dan» le territoire de V État y lire : 
dans toute Vétendùe du territoire de VÊtat. 

Page 379. Ajouter au tableau de la flottille : 10® Compagnie dw 
Lomami : V «» Auguste Beet^naert. *> 

Page 394, lignes 11. et 12 : A MM, Urban, Brugmann et Thys, 
ajouter : Despret, 

Page 398, ligne 26. Ajouter : président : M, de Browne de 
Tiége, 

Page 398, ligne 31. Ajouter : porté le S novembre 4898, à- 
iS millions. A citer parmi les administrateurs nommés par le 
Roi : MM, dé Browne de Tiége, Bunge et A, Mois. 

Page 399. Ajouter à la « Bibliographie »» : Plas et Poubbaix : 
Les Sociétés commerciales belges et le régime économique et 
fiêcal de l'État. 

Page 451, ligne 6. Au lieu de : variole, lire : petite vérole. 



INDEX ALPHABÉTIQUE 



U n'a pas été tenu compte des particvles dans la classification des 
noms propres allemands, f):ançais et italiens : von Danekelman est à 
kl lettre D, de Mérode à la lettre M. Tous les noms propres flamands 
commençant par Van, Vandê, Vander, Vanden sont à la lettre V. 
Tons les accords internationaux sont au mot Convention, Les Soc^iétés 
eommereiales sont réparties entre les mots : Compagnies, Sociétés, 
Syndicats, Au mot : Statistiques on trouvera la Hste de tous les 
tableaux' statistiques du livre. 



ABA 

Abarambo, 278. 

Ababua, 277. 

Abdulah, 76. 

Abeilles, 254. 

Abir(v. Société). 

Aboulféda, 474. 

Absinthe, 412. 

Abyssinie» 446. 

Acajou, 341. 

Acclimatement, 224. 

Accra, 346, 446. 

Acte de navigation du Congo, 32. 

— général de Berlin, 31, 34, 
36, 38, 377, 3S4, 388, 40:f, 
404, 421, 423, 467. 

— général de Bruxelles, 56, 
411, 468. 

Act Torrens, 471. 
Ada, 75. 
Adam, 367. 
Adamaua, 108. 
Administrateur général, 438. 



ALC 

« 

Adultère, 297. 

Affluents <lu Congo, 138, 161, 
181. 

Afrikaansche Handelsven- 
nootsçhap (v. Société hollan- 
daise). 

Age du métal, 260. 

— de la pierre, 260. 
Agriculture indigène, 318. 

— et industrie (Direction), 
436, 439, 462, 469. 

Aigles, 250. 

Air (humidité de 1'), 203. 

Aka, 172, 257. 

Akukuga, 154. 

Albert (lac), 16. 43, 72, 110, 

111, 114, 119, 185, 331, 425, 

429, 430, 431. 
Albert-Edouard (lac), 72, 110, 

114, 184. 
Albertville, 60, 443. 
Alcoolisme, 410. 



ALL 



ÂâS 



487 



Allart (DO, 23. 450. 

Ali-Kobo, 24, 52. 

Alima, 169. 

Alimentation indigène, 308. 

Allemagne, 11, 30, 31, 56, 362, 

416, 418, 424, 430, 458, 468. 
Almamoun, 474. 
Alvernhe, 133. 
Amandes de palme, 337, 372, 

415, 467. 
Amadi, 74, 172. 
Ambasi, 3, 4, 83. 
Ambatch, 242. 
Amende, 434. 
American Baptist Missionary 

Union, 89. . 

— Southern presbyterian 
Mission f 89. 

Amerlinck (Dr), 68. 
Ananas, 342. 
Anastomoses, 129. 
Andrée, 480. 
Ane, 383. 
Anémie, 224, 225. 
Anethan (baron d'), 20. 
Angleterre (v.Grande-Bretagne). 
Animaux de selle, 383. 

— domestiques, 256, 484. 

— sauvages, 245. 

— vivants, 408, 469. 

Ankolo, 71. 

Annenkoff (général), 366. 

Annexion du Congo à la Bel- 
gique, 96, 99, 100, 102, 103, 
105, 403, 422, 431, 465. 

Antiesclavagisme, 50. 
Anthropophagie, 309. 
Antilopes, 247. 
Anvers, 21, 334, 338, 353, 354, 

399, 395, 397. 
Anville (d'), 478, 481. 



Appiani, 478. 

Aptitudes commerciales des in- 
digènes, 328, 346. 

Arabes, 48, 50, 58,59,65, 269, 
279, 280, 307, 319, 321, 343, 
393, 474, 483. 

Arachides, 320, 333, 337, 372, 
415, 467. 

Araignée, 255. 

Arbitrage, 32, 426. 

Arbres, 236, 237, 239, 341. 

— à beurre, 337. 

— fruitiers, 342, 
Arc, 325. 
Archéen, 117. 

Archéens (terrains), 118, 123, 

131, 132, 136 
Architecture indigène, 306, 

307, 308. 
Archéologie, 260. 
Argent, 133. 
Argile, 124. 
Aristote, 474. 
Armée belge, 81, 101. 

— congolaise, 446. 
Armes indigènes, 324. 

— à feu, 326, 407, 412,469. 
Armoiries de l'État, 423. 
Armuriers indigènes, 284. 
Arnot, 67, 89. 

Arnould (Victor), 106. 

Aroidées, 236. 

Arrangement (v. Convention). 

Aruwimi, 17, 24, 43, 45, 60, 
80, U2, 119, 168, 178, 182, 
257, 274, 306, 337, 339, 403, 
404, 441, 445, 465. 

— (district de 1') 402, 445. 

— (forêt de 1'), 237. 
Articles d'importation, 407. 
Assassinat, 297. 



488 



ASS 



BAN 



Association antiesclavagiste 
belge, 60, 65, 86. 

— internationale africaine 
.(4.7.-4.); S. ^2, 15,20,378, 

423,425. 

— internationale du Congo, 
25,28,29,30,424, 425, 428, 
437, 456. 

— de la CroiûP' Rouge, 45 t. 
Atmosphère (presssioa de V), 

212. 
Aubergine, 342. 
Augouard (M?""), 86, 310. 
Autriche- Hongrie,. 31, 33, 56, 

362, 468. 
Autruche, 251. 
Avaerb (cap.), 23, 263, 448. 
Avakubi, 78. 80, 444'. 
Avocatier, 342. 
Avungura, 277. 
Azande, 259, 276, 277, 297, 

303,311, 314,324,325. 

Babouin, 249. 

Babuendi, 109, 271. 

Backer (iogf De), 367. 

Baert (cap.), 439. 

Baerts, 305, 436. 

Baesten (le P.), 90. 

Bafu, 363. 

Bahr-ei-Gazal, 52, 75, 77, 277, 

336, 427, 428, 429, 430. 
Bail (territoires pris à), 81, 

428, 446. 
Bakalosh, 281. 
Baker (Samuel W.), U, 42, 53. 

— (mont), 111. 
Bakongo, 271. 
Bakuba. 283, 325, 326. 
Bakumu, 280. 
Bakusu, 79, 279. 



Balamba, 282. 

Balamotwo, 282. 

Bali. 75, 173. 

Ballay (D»*), 31. 

Balolo, 273, 310. 

Baluba,.264, 281, 292. 

Balunda, 282, 293. 

Bamania, 88, 444. 

Bamba, 4. 

Bambare (monts), 111, 167. 

Bambous, 236. 

Bambue, 281. 

Banana, 9, 34. 180, 187, .19Q, 
192, 197, 200, 201, 20?, 21Q, 
211, 212, 213, 215, 219, 220, 
221, 249, 337,351,355,386, 
441,442,450. 

— (district de), .441, 442. . 
Bananier, 243, 319, 328. 
Bandja, 277. 

Bangala, 17, 27, 197, 202, 273, 
306,311,319,324,325,339, 
343,344,349,445,446. 

— - (district des), 263, 441, 445. 

Bangaso, 46, 289, 295, 340. 

Bangu, 109, 362,364. 

Bangwelo (lac), 10, 11, 15,24, 
46,58,69,71,112, 143, 163, 
425, 483. 

— (terrasse du), 112, 141. 
Baniembe, 275. 

Banning (Emile), xii, U, 13, 
27, 31, 37, 5q, 63, 106, 432, 
481. 

Bantu (les), 258, 259. 

— (langue), 266. 
Banza, 275. 

— Manteka, 442. 
Baoziri, 275. 

Banzyville. 46, 173, 441, 443, 
451. 



BAO 

Baobab, 239. 
Bapoto, 273; 274; 311. 
Baptist Missionary Society y 88, 

90. 
Bàrbadés, 36S. 
Barbadine, 342. 
Barcena (lac), 478. 
Bari, 279. 
Barker, 18. 
Barrât, 137. 
Barros (de), 4. 
Bartle Frère (sir). H, 12. , 
Barttelot (major), 43. 
Basange, 282. 
Basankusu, 395, 445. 
Basenge, 282. 
Bashila, 282. 
Bashilange, 281. 
Bashilile, 283. 
Basoko, 17, 48, 59, 199, 200; 

201, 225, 231, 262; 274, 311, 

327, 343, 441, 448, 450, 451. 
Basonge, 281. 
Basongo-Meno, 279, 32T. 
Basses eaui (époque dés), 181, 

182, 183. 
Bassin conTentioniiel du Congo, 

388. 
— du Congo, 31, 32, 143. 
Basundi, 270. 

Bateke, 271, 295, 310, 319, 327. 
Bateman (C. S. L.), 48. 
Batetela, 68,79, 262, 279, 295. 
Batua, 257. 
Eaudouinville, ^Q, 441, 444, 

449. 
Baumann (D^), 41, 48, 110, 268, 

480. 
Ba-Ushi, 282. 
Bayanzi, 272. 
Bayek, 282, 294. 



BIB 



489 



Bàyomb'e, 284! 

Becker (cap.), 13. 

Beernaert (A.), 20; 93, 97, 359. 

Behaim (Martin), 2, 4;5, 477. 

Behm (D»-), 15. 

Bêle, 75. 

Belgique, 11, 31; 33, 35, 56, 
90, 189, 362, 409; 416, 418, 
419, 424, 428, 449, 459; 468. 

Belg^rade (abbé), 85. 

Bèmba, 164. 

Bembandek, 109, 159. 

Bembe. 133. 

Bembo, 445. 

Bena-Bendi, 4441 

— Dibele, 444. 

— Kamba, 45, 168,' 376. 

— Kilembwe; ^2. 

— Luidi, 283. 

— M^àsumba, 282. 

— Milumba, 282, 
Benekâ, 281. 

Bentley (Rév.), SS, 89, 90, 268, 

269. 
Berghatrs (D^), 480. 
Berghe (lieut. de), 263. 
Berghe-Sainte-Màrie, 87, 443, 
Bergier(ing.), 367. 
Berlin, 80. 
Bêriiour, 63. 
Best (John P.), 354. 
Beri-béri, 226. 
Berteli, 7. 
Bertrand, 137* 
Bétai»; 313, 393, 484: 
Bethune (baron L'.), 396. 
Bia (cap.), 66, 67, 68, 69, 110, 

391. 

— (monts, 118, 122. 
Bibliograj^ic dit Congo, xiiï. 

— génévaley xir. 



490 



BIE 



BRO 



Bief nayigable de Manyanga, 

363. 
Biermans (ing.), 367. 
Bières indigènes, 308, 321. 
Biko, 80.' 
Bikolo, 445. 
Billets d'État, 473. 
Bili, 46, 173. 
Bima, 74, 172. 
Bishop l'aplor Mission^ 89. 
Bismarck (prince de), 29, 31, 

34, 387. 
Blaeu, 478. 
Bloeme (de), 31. 
Bloyet (cap.), 13. 
Boa, 251. 
Bodson (cap.), 69. 
Bodwich (T. E.), 481. 
Bœuf, 256, 383. 
Bôhm (D^, 13, 24, 40, 14, 480. 
Bois (coupes de), 380. 

— de construction, 341, 372, 
415. 

Boissons, 229, 308, 408. 

— indigènes, 308, 337. 
Bokopa, 445. 
Boko-Songo, 133. 
Bokote, 273. 

Bolobo, 153, 174, 197, 198, 
199, 201, 202, 212, 337, 385, 
443, 447. 

Bolondo, 445. 

Bolongo, 275. 

Borna, 27, 34, 37, 86, 180, 202, 
337, 343, 348, 351, 354, 355, 
374, 385, 386, 437, 441. 442, 
449, 450, 451, 457, 458, 479. 

— (district de), 263, 441, 442. 

— Siindi, 375, 442, 485. 
Bomokandi, 10, 74^^171, 172, 

182, 277, 279, 446. 



Bomu, 10, 46, 77, 108, 119, 173, 

182, 248, 262, 343, 403, 425, 

427, 484. 
Bombiadu, 445. 
Bonaventured'AIesamso (le P.), 

84. 
Bonchamps (marquis de), 69. 
Bongandanga, 445. 
Bonginda, 445. 
Bongo, 276. 
Bonny, 43. 
Bonvallet (cap.), 76. 
Borassus, 239. 
Bordeaux, 354. 
Bottcher (Dr), 185. 
Boucliers, 324. , 

Bourbouille, 226. 
Bourguignon (Dr), xni, 367, 

450, 452. 
Boy 349. 
Boyenge, 445. 
Brackmann (D^), 222. 
Braconnier (lient.), 23. 
Brasseur (lient.), 66, 70, 110, 

134, 140, 141, 163, 222, 248, 

265, 282, 303, 323, 481. 
Brazza (Savorgnan-de), 13, 22, 
^ 27, 28, 29, 425, 426, 427. 
Brazzaville, 86, 372. 
Bréderode (rue), 394, 436. 
Briart (D'), 66, 67, 141, 162, 

222,390,481. 
Briques, 451. 
British and african Steam 

navigation Company, 353, 

355. 
Brito (Jean), 477. 
Brochure blanche t 359, 371. 
Brosse, 342. 
Brouillard, 220. 
Brousse, 233. 



BRO 

Browne de Tiège (de), 395, 465, 

485. 
Brucker(leP.}, 8, 481. 
Brugmann(G.), 20, 389, 392,394 
Bruole, 172. 
Bruxelles, 11, 20, 56, 394, 397, 

398, 419, 435, 436, 468. 
Bubu, 275. 

Buchner (D'), 40, 481. 
Budget, 100, 405, 436, 460. 
Buffle, 247. 
Buis (Gh.), 362. 
Bumba, 152, 445, 451. 
Bunduru, 275. 
Bunge, 485. 
Bunkeia, 40, 67, 68, 89, 294. 

— (rivière), 163. 
Buofanti (marquis de), 26. 
Burke, 55. 

Burlet (J. de), 103. 
Burner (Spencer), 26. 
Burton (Richard), 9, 14. 
Busira, 168, 313, 339, 390. 

— Manene, 445. 
Buttner(D'),41, 48, 268. 
Buyl(A.), XIII. 
Bwaka, 275. 

Cabinda, 354, 429. 
Cabot (S.), 477. 
Cacaoyer, 344. 
Cadenhead, 13. 
Café, 272, 342, 467 . . 
Calamus, 342. 
Calcaire, 121, 122. 
Cam (Diego), 2, 3, 160, 475. 
Cambier (major), 13, 44, 85, 
86, 359, 362, 394, 438, 481. 

— (le P.), 268. 

— (pic). 258. 
Caméléon, 251. 



CHA 



491 



Oameron (comm^-), 9, 10, 11, 

14,52, 63,68,70, 134,268, 

339, 480, 481 . 
Camp d'instruction, 447. 
Cannibalisme, 277, 309. 
Cancrelats, 255. 
Canne à sucre, 318. 
Caoutchouc, 331, 333. 338, 372, 

389, 390, 395, 400, 402, 405, 

406, 415, 467, 485. 
Gapello (lieut.), 22, 27, 39, 40, 

134, 162, 268, 480, 481. 
Capita, 351. 
Capitulations, 456. 
Capucin, 84, 85. 
Carnassier, 248. 
Carona. 268. 
Carrie(M8'), 86. 
Castello (le P.), 85. 
Carter, 13. 
Cartes postales, 384 . 
Carvalho(H. de), 48, 268. 
Casati (cap.), 24, 42, 43, 48. 
Casque, 305. 
Cassaert (lieut.), 67, 396. 
Castaldi, 7, 478. 
Castro (de), 5 . 
Cataractes (district des), 263, 

441, 442, 470. 
Cattier (F.), xiii, 406, 435. 
Cauri, 332. 
Cavazzi (le P.), 85, 90. 
Cerckel (lieut.), 71, 163. 
Cercopithèque, 249. 
Céréales, 320, 321 . 
Cetema, 173. 
Chacal, 248. 
Chaillu (duj, 328. 
Chaltin (cap.), 62, 63, 81, 430. 
Chambres belges, 36,94, 95,97, 

103, 359, 361, 422, 466. 



'4â2 



GlU 



G(kM 



Gbamites, 258 e suiv. 
Chanvre, 243, 318. 
Ghapaux, xiii. 
Chapel, 244. 
Charbonnier (D*"), 450. 
Chargois, 65. 
Ghan, 15, 75, 376, 427 . 
Gharies^Quint, 50. 
Charmanne (ing.), 359, 366 . 
Chasse, 231. 

— à Téléphant, 335. 

— à l'homme, 310. 
Châtelain (Rév.), 268. 
Chaudron d'Ei^fer, 159. 
Chauves-souris, -249, 250 '. 
Chavannes (DO, 48, 180. 
Chemin de fer, 32, .357, 374, 

376, 407, 469. 
Chevelure, 270 et. s., 315. 
Chefferies indigènes, j431 . 
Chefs indigènes, J289, 291.. 292, 

293, 298 . 
Chemin de fer de Matadi au 

Stanley-Pool, 95, 96, 348, 

358 à 374, 389, 422, 485. 

— du Mayumbe, 374, 450. 
Chemins de fer projeté^, 376. 
Gbevauz, 383, 485. 
Chèvres, 256. 
ChicjLwangue, 319. 

Chien, 256. 

Chimpanzé, 248. 

Chinois (ouvriers), 365 . 

Chippendall (monts), 110. 

Choléra, 227. 

Chromides, 252. 

Christiaens (cap.), 76, 260, 

278, 396. 
Chute deDjuo, 141. 

— Goie, 172. 

— Mokwangu, 172, 



Chute de Panga, 168. 

— Femba, 140, 166. 

— Stéphanie, 174.. 177. 

— Wolf, 174, 176. 
Chutes Delcommune, 162. 

— von François,. 174. 176. 

— François-Joseph, 174, 177. 

— Hanssens, 173. 

— Hinde, 141, 143, 146, 149. 

— Johnston, 143, 163. 

— Livingstone, 1.56. 

— Wissmann, 174, 175 (v. 
Gorges et Rapides). 

Cire, 334, 395. 
Cito(ing.), 367. 
Citronnier, 342 . 
Civette, 248. 
Glaes(ing.), 385. 
Clarkson, 54. 
Clercs noirs, 346. 
Gleveland (monfe),,H9. 
Climat, 186, 223 . 
CoconoUes, ^33. 
Cocotier, 337. 
Code oîtI), 434. 

— pénal, 434. 
Codinne, 8. 
Goello(Fr.), 31. 

Coiffure, 270,-272, 273, 315. 

Coléoptères, 253. 

Colliers, 332, 317. 

Collobes, 249. 

Colonies agricoleset profits, 449 

Colis postaux, 384. 

Combcr (Rév.), 88. 

Comité consultatif, 439. 

— d*étud€s du haut Congo, 
15, 20, 25, 26, 423, 463. 

— exécutif y 439. 
Commerce, 400, 401, 402, 403, 

407, 413, 436. 



GOM 

Commerce général , 4 i 3 . 

— indigène, 318, 328. 

— (liberté du), 30, 31, 32. 

— pri?é, 336. 

— spécial, 413. 
Commissaires de district, 434, 

440, 447 . 
Commission des XX/, 104 . 

— internationale de naviga- 
tion, 377, 421. 

' — pour la protection des indi- 
gènes, 459. 
Commanicariions inetigènes,x298 
Compagnie agricole de l'Ouest 
africain f 397. 

— anversoise des plantations 
du LuhefUy 397. 

— belge maritime du Congo t 
353, 954. 

— des chargeurs réunis 354. 

— du Crédit commercial con- 
golais^ 397. 

— . du chemin de fer du Con- 
go, 95, 96, 346,-357, 359, 
373, 385, -390, 392, 394, 397, 
450, 455. 

— des chemins de fer vici- 
naitx du Mayumbe, 450. 

— de Jésus ^ 87. 

— des Produits du GongÇf 
390, 392, 394, 397, 399, 442, 
484, 485. 

— du Congo pour le com- 
merce et l'industrie, 44/ 6^, 
358,378,379, 389,390, 391, 
392, 394, 397, 399, 402, 
406. 

— du Katanga, 68, 69, 290, 
390, 393, 394, 397, 399. 

— du Lomani, 339, 394, 397, 
445. 



CON 



493 



Compagnie générale coloniale 
pour le développement du 
commerce et de l'industrie 
au Congo f 397. 

— des Magasins gmxérauXy 
374, 390, 392, 394, 397, 399. 

— markim,e belge du Qongo, 

354. 

— portugaise du Zaïre j 391. 

(Voir aussi Société.) 

— ' du Comptoir commercial 
congolais <C. '■ C. • C*),- 396, 
398, 399, 443. 

Compagnies commerciales (ta- 
bleau des). 

Commission des terres, 472. 

Compiègne (maiîquis de),- 11. 

Comptabilité de l'État, 436. 

Concessioi^^de mines, 472. 

Concessions de terres, 436, 465. 

Conférence antiesclavagiste de 
Bruxelles, 51 56, 362, 411, 

412. 

— géôgropbiqne de Bruxelles, 

9, 11, 55,92. 

— de Berlin, 30, 31, 34, 35, 
36. 55, 92, 387, 448. 

Confiscation, 434. 
Conflit avec les société com- 
merciales, 402. 
Congo (affluents du), Wl. 

— (bassin du), 143 . 

— (débit du), 180. 

— (description du cours du), 

145. 

— français, 416, 418. 

— fgenèse du), 138. 
-^ (longueur du), 146. 

— portugais, 416. 

— (régime du), 178. 

— (source du), 144. 



494 



CON 



CRU 



Congo (ancien royaume du), 3. 

— Balolo Mission y 89, 90. 

— da Leraba, 197, 442. 
Congrégation du Cœur imma- 
culé de Marie, 87. 

CSongrès de Vérone, 55. 

Conseils de guerre, 457 . 

Conseil supérieur, 433, 459. 

Gonsenrateur des titres fon- 
ciers, 472. 

Conserves, 229. 

Constitution belge, 35, 94, 102. 

Constructions métalliques, 407. 

Contrat de louage, 351. 

Contraventions, 434. 

Convention anglo-portugaise de 
1884, 28, 425. 

— avec l'Allemagne, 30, 424. 

— avec l'Autriche - Hongrie, 
33. 

— avec la Belgique, 33, 100, 
103,424,465. 

— avec le Danemark, 33. 

— avec l'Espagne, 33. 

— avec les États-Unis, 28 . 

— avec la France, 29, 33, 74, 
77, 424, 425, 426, 427, 430. 

— avec la Grande-Bretagne, 
33,74,77,184,429,431. 

— • avec l'Italie, 33. 

— avec les Pays-Bas, 33. 

— avec le Portugal, 33, 424, 
425. 

— ai^ec là Russie, 33. 

— avec la Suède-Norvège, 33. 

— de Lisbonne relative aux 
droits d'entrée, 467, 469. 

— avec M. de Brown de Tiège, 
465. 

Coomans (de), 264 . 
Cooper (J.), 63. 



Copal, 341, 372, 395, 400, 415, 

467. 
Coquilhat (cap.), 23, 27, 48. 

63, 263, 305, 311, 349, 438, 

446. 
Coquilhatville, 441, 444, 451. 
Coquillages, 331, 332. 
Cordeiro (Lucien), 8, 29, 31, 

481. 
Cornet (Jules), x, xiii, 66, 68, 

69, 81, 110, 115, 137, 138, 

139, 141,162, 170,174, 185, 

236, 249, 260, 385, 480. 
Cosa(dela), 7, 475, 477. 
Costermans (cap.), 263. 
Costumes, 314. 
Coton, 342. 
Couches du Kundelungu, 124, 

125. 

— Lubilashe, 126. 
Coup de chaleur, 223. 
Cour d'appel, 458. 

— de cassation, 459. 
Courcel (baron de), 31. 
Cousin (Jean), 362. 
Couteaux, 325. 
Coutumes, 306. 
Couvreur (Aug.), 11, 33. 
Crabe, 253. 

Crampel, 75. 
Craven (Rév.), 268, 269. 
Crespel (cap.), 85. 
Crevette, 253. 
Crimes, 434. 
Criquet, 255. 

Cristal (monts de), 108, 109, 
138, 146, 154, 159, 184, 362. 
Crocodiles, 248, 251. 
Croyance, 301, 302. 
Crudginton (Rév.), 88. 
Crue, 178. 



CRU 



DHA 



49o 



Crustacé, 253. 

Cuisiniers, 349. 

Cuivre, 132, 133, 134, 135, 

322, 331, 332, 410. 
Cul de Borna, 159. 
Cultes, 436, 439, 448, 462. 
Cultures coloniales, 342 . 

— forcées, 343. 

— indigènes, 243, 310. 
Curé, 449. 

Guvelier (chev. de), 436. 
Gynhyène, 248. 
Cynocéphale, 249. 

Daelman (général), 362. 
Daenen (cap.), 74, 264. 
Danckehnan (D' von), 23, 193, 

204, 214, 217, 220, 222, 

317. 
Danemark, 31, 33, 56, 468. 
Dannfeldt (lieut.), 25, 270. 
Dapper, 7, 478. 
Dar Banda, 75. 
Darfur, 75, 76. 
Daumas, Béraud et C<*, 386, 

392, 393. 
Dattier, 249. 
Deane, 58. 
Debruyn, 483. 
Déclaration . de neutralité, 37, 

424, 428. 

— relative au retrait de l'ar- 
ticle 3 de la Convention du 
12 mai 1894. 

— (v. Convention). 
Décorations, 291. 
Décrets, 433. 

Défense (direction des travaux 

de), 440. 
Deken (le P. de), 87. 
Delhaise (lieut.), 222. 



Delanghe (cap.), 75, 76. 

Delcommune (Alex.), 25, 26, 
44, 45, 66, 67, 81, 110, 141, 
175, 257, 266, 279, 310, 339, 
386, 390, 391. 

— (Camille), 390. 
Délits, 434. 
Delloye-Matbieu, 20. 
Delplace (le P.), 268, 269. 
Delporte (cap.), 47, 48, 96, 

153, 481. 
Dem Bekir, 52, 108. 
Dembo, 87. 
Demeuse, xiii. 
Dem Soliman, 52. 
Denrées alimentaires, 409. 
Denture, 271, 272, 273. 
Départements de PÉtat, 435. 
Département de l'intérieur, 436. 

— des affaires étrangères, 436. 

— des finances, 436. 
Dépenses de l'État, 460, 462, 

463. 
Déportation descondamnés,352. 
Dépression centrale, 112, 142, 

166. 

— (système d'eau de la), 182. 
Derscheid (lieut.), 68. 
Derviches, 429. 

Descamps (cap.), 60, 65, 67, 164. 

Desceliers, 477. 

Despret (Ed.), 485. 

Destrain, 26, 137. 

Dette publique, 436, 463. 

Devise de l'État, 423. 

Dewèvre, 244, 343. 

Dewitt, 478. 

Dhanis (cap.), 13, 46, 48, 61, 

63, 65, 73, 78, 80, 248, 295, 

296, 439. 

— (mont), 149. 



496 



DIA 



EDD 



Diadia, 442. 
Dialectes, 257, 266. 
Diaz (Bartliélemy), vu, 475. 
Diderrioh (N.)» ^7, 133^ 439. 
Dielman (cap.), 448. 
Dikulwe, 463* 
Dilke (sir Gh.), 412. 
Dilolo (lac), 107, 175. 
Dinka, 76. 

Diplomatie belge^ 9^. 
Directeurs de l'État, 488. 

— des compagnies comnher- 
ciales, 394. 

Directions administratives, 439. 
Direction de ragriêttUure et de 
rindastrie, 439. 

— des finances, 489. 

— de la force publique, 440. 

— de l'intendance, 439. 

— de la justice, 489. 

— des transports, de la marine 
et des travaux publics, 489. 

— des travaux de défense, 
440. 

Dirfi, 79. 

Districts, 440. 

Divorce, 287. 

Djabir, 24, 220, 294, 441, 445, 

450. 
D]akaœba,303. 
Djique, 226, 255. 
Djuma, 45, 174, 177, 396. 
Djuo, 24, 68, 141, 143, 169. 
Dolez, 20. 

Dolo, 364, 368, 371, 443. 
Domaine privé de l'État, 335, 

339, 394, 400, 404, 405, 436, 

439, 462, 463, 470, 472. 
Dombo, 443. 
Domestication de Téléphant, 

383. 



Dominicains, 83. 

Donckier de DoDceel (lieutt}, 75, 

77. 
Dongu, 74, 76, 81, 171, 172, 

182, 279, 44&. 
Donny (D'), 222. 
Doorme(lieut.), 62, 65, 78> 80. 
Doruma, 24. • 

Douanes^ 100, 467» 
Drapeau du Congo, 12; 483. 
Droit de famille^ 280. 

— pénal, 297. 

— de piéfére»ce^ 29, 426l. 

— indigène, 296. • 
Droits d'entrée, 32, 411, 412, 

461,467,468,469,. 

— desortie, 461, 467,. 468i 
Droogmans (H*.), xiii, 436, 481. 
Dryepondt (D^), xiii, 231, 450, 

452. 
Dua, 168, 172. 
Dubois (lient.), 58. "^ 
Dufile, 75, 76, 185. 
Dupont (DO, 199, 226, 450 

— (Éd.), 44, 45, 48-, 13», 137, 
139, 170, 480. 

Durand, 244. 
Duru, 172. 
Duveyrier, 11. 
Dybowski, 342. 
Dysenterie, 225. 

Baux noires, 170, 177. 

— thermales, lOâ. 
Ebola, 168, 178. 
Échange du sang, 298. 
Écoles, 350. 
Écrevisse, 253. 
Écriture indigène, 268; 
Écureuil, 248. 

Eddie (le P.), 268. 



EDE 

Édentés, 249. 

Edrisi, 474. 

Edwin-Arnold (mont), 114. 

Ëkwaoga^ 80^ 

Élaï», 336, 399. 

Éléphants, 13, 245, 335, 383. 

Éléphantiasis, 226. 

Éleusine, 321. 

Elila, 80, 167, 182. 

El-Kuti, 75. 

Elliot (Orant), 26. 

Elznina, 446. 

Elton, 54. 

Eluala, 133. 

Émigration, 258, 279. 

Émin-Pacha, 24, 41, 42, 48, 61. 

— (monts), 111, 1711 

— (province d'), 428. 
Emmanuel-Bapiista (le P.), 84. 
Emmanuel II, 5. 

Empreza nacionaî de Nave^ 

gacaoy 354. 
Emprunts de TÉtat, 95, 101, 

426, 463, 464, 465, 466. 
Enclave de Lado (v. Territoires 

pris à bail). 
Encyclique, 55. 
Engagements, 228. 
Enguetra, 446. 

Enregistrement des terre?, 472. 
Enseignement, 348, 350. 
Éperviers, 250, 
Épices, 342, 
Épreuve du feu, 305. 

— du poison, 305. 
Equateur (district de 1'), 265; 

324, 339, 340, 396, 404, 441, 

444. 
Equateur (province de !';,• 42S. 
Équateurville, 199, 343, 344, 

445. . 



FEM 



497 



Érasme<le P.), 84. 
Eratosthène, 474. 
Esclaves (traite des), 50. 
Esclavage, 35, 57, 289, 290, 

294,310, 330,331^345. 
Espagne, 31, 33, 56,» 362, 468. 
Espanet (ing.), 362, 366; 
Estuaire du QongOy 159; 
État civil, 436, 439. 

— politique des iiidigène6,291 

— social des indigènes, 286. 
États-Unis d'Amérique-, 28>, 31, 

56, 362, 468-. 
Étalon monétaire, 333; 3811 
États indigènes, 291. 
Ethnographie, 257. 
Etienne (DO, xiii, 218, 219,220, 

222, 450. 
Étoffes indigènes, 327, 331v 

— européennes, 332, 
Étoile africaine, 437. 

— de service, 487. 
Étrangers, 32, 377. 
Eucher (le P.), 90. 
Euphorbes, 235, 236. 
Évêque, 83, 84, 86, 87, 449. 
Exemption des droits d'entrée, 

469. 
Exportations, 334, 335, 338j 

339,' 341, 413, 414, 415,';416. 
Exterritorialité, 487. 
Eykman, 224. 
Eymar (ing.), 367. 

Famille, 286. 

Fashoda, 429. 

Faucons, 250. 

Faune, 129, 180,[245v 

Fayalà, 399, 443. 

Femme,' [ 286,_288,_î^289, 290, 

'^295,"^2y7. 



498 



FER 



GEN 



Fer, 132, 134, 135, 136, 137, 

322, 331. 
Féris, 231. 
Fertilité du sol, 236. 
Fétiche (roche), 109. 
Fétiches, 304,321. 
Fétichisme, 301, 303. 
Féticheurs, 296, 303. 
Ficus elastica, 340. 
Fiévez (cap.), 265. 
Fièvre, 224. 

— jaune, 227. 
Filaire de Médine, 226. 
Fil de cuivre, 409. 
Finances de l'État. 463. 

— (direction des), 440. 
Firket (D»"), xiii, 452. 
Fivé (major), 439. 
Flèche, 325. 

Fleurs, 240. 

Flore, 232, 242, 245. 

Flottille du bas Congo, 357. 

— du haut Congo, 377, 393. 

— indigène, 329, 330. 
Fondation de TÉtat du Congo, 

28, 34, 36. 
Force publique, 346, 350, 436, 

446, 449, 462. 
Forêt (la), 236. 

— équatoriale (la grande), 16, 
43, 78, 79, 153, 202, 233, 
236, 341, 343. 

— de Lukolela, 153, 341 . 

— du Mayumbe, 184, 341, 
461. 

Forfeit (Rév.), xm. 
Forgerons, 284, 322, 324. 
Forme du gouvernement, 422. 
Fortifications indigènes, 307. 
Fossiles, 123. 
Foudre, 217. 



Fourdin (cap.), 448. 

Fourmis, 249, 254. 

Fox, 55. 

France, U, 29, 3t, 33, 34, 55, 

56, 362, 416, 418, 424, 425, 

430, 464, 468. 
Franchise diplomatique, 437. 
Francken (ing.), 385. 
Franciscains, 83, 84. 
François-Joseph (Chutes), 174, 

177. 
François (cap. von), 27, 40, 48, 

176,. 480, 481. 
— (le P.), 84, 85. 
Francqui (cap.), 66y 68, 69, 76, 

81, 141, 292, 391, 481. 
Friedericksen, 424. 
Frontières de l'État, 423. 
Fruits comestibles, 342. 
Fuchs (vice-gouverneur), 317, 

362, 438. 
Fuka-Fuka, 442. 
Fungwe, 163. 
Furtado (lieut. -colonel), 479, 

481. 
Fusils, 326, 409, 447. 

Gabriel, 51. 

Gaba, 172, 484. 

Galerie, 233, 241. 

Galène, 132. 

Galikoko, 397, 444. 

Gama (Vasco de), vu, 475. 

Gamitto (cap.), 9. 

Gandu, 68, 296. 

Gangila, 442. 

Garenganze(voir Katanga), 282. 

Gardiner (D»"), 222. 

Gavial, 251. 

Genèse du fleuve, 138. 

Genetle, 248. • 



GEO 



GRE 



499 



Géologie, 70, 115. 
Georges (le P.), 84. 
Gérard (lieut.), 77. 
Germain (A.), xur. 
Gessi-Pacha,.53. 

— (monts), 111. 
Gheluy (le P.), 87. 
Gillain (cap.), 65. 
Gillis (cap.), 23, 48, 481. 
Gilmont (ing.), 367. 
Gingembre, 342. 
Giraffe, 484. 

Giraud aieut.), 24, 27, 140,165. 

Gîtes métallifères, 115, 131. 

Glaeseneer (ing.), 367. 

Glave, 48, 342. 

Gleerup (lieut.), 26, 41, 49. 

Glennie(Rév.), 222. 

Gneiss, 118, 120. 

Goblet d»Alviella (c**), 317. 

Gobu, 275. 

Goffin (ing.), 20, 362, 366. 

Goï Kapoka, 64. 

Goldsmith (sir Fr.), 25. 

Goliath, 253. 

Gombe, 273. 

— Lutete, 443. 
Gommes, 338. 

Gondry (insp. d'État), 438. 
Gongo (rivière), 363. 

— Lutete, 61, 6S, 79, 295, 
296. 

Gongolo, 441, 443. 
Gordon (monts), 111. 

— Benne tt (mont), 114. 

— Pacha, 24, 42, 53, 428. 
Gorges, 140. (Voir aussi Chute, 

Col et Passe.) 
Gorge de Djuo, 24, 141, 163. 

— d'enfer ou de Hinde, 71, 
141, 143, 146, 149. 



Gorge de Johnston, 140,143,163 

— de Kiwele, 24, 141, 163, 
164. 

— de Kwa, 40, 142, 143, 
174, 175. 

— de Mitwanzi, 24, 141, 166. 

— de Nzilo, 68, 70, 141, 162. 

— de Pemba, 73, 140, 166. 

— de Zinga, 17, 142,^ 143, 
157, 170, 177, 178, 363. 

— de Zongo, 40, 46, 141, 143, 
170, 171, 173. 

— de Zungu, 141, 143, 167. 
Gorille, 248. 

Gorin (lieut.), 73, 284. 
Gôtzen (cte von), 72, 82, 110, 
112, 114, 167, 181,220,236, 

262. 
Gouvernement de l'État (orga- 
nisation du), 435. 

— central de l'État, 435. 

— local de l'État, 437. 
Gouverneur général, 433, 438, 

439, 447. 

Goyavier, 342. 

Graça, 9. 

Graham (général), 42. 

Graines, 469. 

Graminées, 234, 235. 

Grande-Bretagne, 11, 29, 30, 
31, 33, 41, 42, 43, 54, 55, 
56, 77, 78, 88, 90, 353, 358, 
359,362,387,416,418,423, 
425, 429, 458, 468. 

Grang (lieut.), 23. 

Granit, 118, 119, 120. 

Grant (colonel), 11, 72, 112. 

— (fils), 391. 
Granville, 55. 

Greindl (baron), 12, 19, 20. 
Grêle, 219. 



^00 



GRE 



HUB 



Orenfell (Rév.- G.), 39, 46, 73, 

89, 142,1 175, '257,-378, 426, 

480. 
Grès, 180, 122, 124, 125, 126, 

132. 
Greshoflf, 181, 392. 
Guerre, 298, 310, 312, 317, 

324, 325. 
— (conseil de), -457. 
Guinness (Rév. H.), 90,. 268, 

483. 
Guiral (L.), 31'0. 
Gundu, 284. 
Gurba, 172. 
Gustin (lient.), 74, 82. 
Guttenberg, 477. 
Guyot(lôP.), 86. 
Gyseghem (institut de), 449. 



abenicht, 480, 481. 
Habillements, 314, .408, 469. 
Habitants, 431. 

Habitation, 230, 306, 342,: 451. 
Haches, 325. 
Hackannson(lieut,),26>67, 111, 

481. 
— (monta), 111, 147. 
Hailes (Rév.), 268. 
Hambourg, 355. 
Hambursin (lieut.), 62, 65. 
Haneuse (cap.), 23, 446. 
Hanolet (commande), 46, 75, 

248, 430, 484. 
Hanotaux, 427. 
Hanssens (cap.), 23. 
Hanssens (chutes), 173. 
Haoussa, 345, 446. 
Harou (major), 23. 
Hartland (le P.), 88. 
Hartmann, 328. 
Hassenstein (D»"), 479, 480. 



Hatton et Cookson, 385. 
Hautes eaux (époque des),' 181. 
Havre (le), 354. 
Helleputte, 361,385. 
Hématite, 132, 136. 
Hématozoaire de Laveran, 224. 
Hématurie, 225* 
Hemptinne (J. de), 396. 
Hennebert, 340. 
Henri le Navigateur, 1. 
Henry (lient.), 65, 80. , 
Henry Reed (steamer), 90. 
Hépatite, 226. 
Herbacées, 235. 
Herbier congolais, 243. 
Héritage, 288. 

Hert (le P. de), 218, 221, 222. 
Hevea brasiliensis, 340. 
Hervet (amiral), 42. 
Heymans (cap.), 220^264, 481. 
Hiboux, 250. 
Hicks- Pacha, 42. 
Hiéroglyphes,. 268. 
Hinde (D^), 63, 71, 141, 246, 

250,265,280,296,312,343. 
— (chutes de), 71,. 141, 143, 

146, 149. 
Hippopotame, 246. 
Hippopotames (L'ile des), ' 153. 
Hodister,.26, 46,' 61, 181, -393. 
Hofrah-er-Nahas, 75. 
Hollande (voir Pays-Bas). 
Holmwood, 54. 
Holo, 284, 308. 
Homen (Diega), 7. 
Hooghe (abbé d'), x«i, 88. 
Hôpital de Kinkanda, 367. 
Hôpitaux, 450. 
Hore, 48, 260. 
Hoste (Dr), 450. 
Huberlant (le P.), 87. 



HIIB 



JAR 



501 



Hubert (ing.), 285, 385. 
Huile de palme, 333, 336, 337, 

372,^415, 467. 
Humidité de l'air, 203. 
Huîtres, 253. 
Hutley, 260. 
Hirttes, 258, 307, 342. 
Hydrographie, 138. 
Hyène, 248. 

Hygiène, 228, 450, 451, 452. 
Hypothèse de l'Ubangi-Uele, 

,46, 426. 

.Ibaïua, 168. 

ibembo, 168. 

Ibenga, 169. 

Iguane, 251, 319, 320. 

Ikau, 445. 

lkelemba,40, 169, 170,1396,404. 

Ikenge, 445. 

Ikoko, 445. 

Ilambi, 445. 

Imese, 443. 

Importations, .407, .413, 417, 

418. 
Impôts, 382, 406, 436,,461y466. 
Incendie des herbes, 198, 234. 
Indigènes (oommission] pour la 

protection des),. 459. 

— (droits des), 32. 
Industries, 318, 321. 
Infraction, 296, 434. 
Inkimba, 304. 

Inkisi, 125, 169, 182, 361,. 364, 

368,369,371, 410. 
Inkongu, 444. 
Insectes, 253. 
Insolation, 223. 
Inspecteurs d'État, 438. 
Institut de Gembloux, 243. 

— de Gyseghem, 449. 



Institut géographique de Gotha, 
XII, 479. 

— vaccinogène, 451. 
Instruction publique, 436, 448. 
Instruments de musique, 326. 

— scientifiques, 407, 469. 
Intendance (direction de r),.436, 

439. 
Intérieur (départem.ide T), 435. 
Inlemational Missionary Al- 
liance (1'), 89. 
Intervention financière de la. 

Belgique, 95, 96, 99, 100, 

101,404. 
Irebu, 169, 170, 344,.444,.447. 
Ireh, 340. 
•Irengi, 445. 
Isangi, 445. 
Isangila, 9, 22, 184/263,362, 

382, 442, 479. 
Italie, 11, 31, 33, 362, 366, 418, 

468. 
Ilimbiri, 122, 168, 179, 182, 403 
Ituri, 168, 279, 444. 
Ivens (cap.), 22, 27, 39, 40, 

134, 162, 268, 480, 481. 
Ivoire, 54, 333, 334, 372, 389, 

390, 395, 400, 402, 405, 406, 

415, 467. 
Ivoiriers indigènes, 321. 

ajacob(ing.),.480. 
Jacques (cap.), 60, 65. 

— (Dr V.), 260,-484. 
Jameson, 43; 
Jansens (lient.), 23. 
Janson (Paul), 7, 101. 
Janssen (gouv.gén. C), 37, 435, 

438, 481. 
Jardin botanique de Bruxelles, 
243. 



■ 

I 



S02 



JAR 



KIM 



Jarric(leP. Du), 90. 
Jean II, 1. 

Jephson (Mounteney), 49. 
Johnston, 249, 268. 

— (chutes de), 140, 143, 163. 

— (Keit), 480. 
Jomard, 8, 481. 
Joubert (cap.), 86, 431. 
Jousset, 231. 

Julien (cap.), 78. 
Jullien(D»-), X, 223. 451. 
Jungers (cap.), 484. 
Junker (DO, 10, 24. 42, 46, 49, 

63, 249, 268, 278, 480. 
Justice, 296, 436, 439, 456, 462. 

— (direction de la), 439. 

— ihdigène, 296, 305. 

Kabambare, 62, 80, 444. 
Kabele, 68, 71. 
Kabue, 71. 
Kafila, 163. 
Kaizer (D'), 13. 
Kajibajiba, 71. 
Kakoma, 13. 
Kakongo, 270. 
Kalika, 279. 
Kalomba, 71. 
Kalonguizi, 169. 
Kamolondo, 70, 112, 118, 146, 
147, 179, 265, 376. 

— (système d'eau du), 161, 181. 

— (terrasse du), 112, 141,232. 
Kaluilui, 166. 

Kambo, 177. 
Kampolombo, 163. 
Kantsha, 176. 
Kaomba (mont), 107, 109, 111, 

145. 
Karema, 13, 86, 165. 
Karimi, 72, 80, 483. 



Kasai, 9, 10, 17, 24, 26, 40, 41, 
45, 52, 112, 143, 154, 174, 
235, 241, 248, 250, 262, 263, 
272,282, 321,325,337,339, 
381, 395, 396, 440, 441, 482. 

Ka8ai(8ystèmed'eaudu),174, 183 

— (terrasse du), 112,:142,232. 

Kasali, 10, 68, 71, 148, 163. 

Kasongo,16,61,62,134,280,444. 

Kasuka, 16. 

Katanga, 13, 40, 52, 65, 66, 
120, 121, 122, 125, 134, 136, 
179, 235, 245, 247, 248, 260, 
262, 282, 289, 294, 297, 303, 
320, 323, 332, 376, 391, 392, 
393, 404. 

Katuaka, 75, 77. 

Kavali, 78. 

KaTuli, 177. 

Kemo, 173. 

Kenge,219, 371. 

Kerdyck, 20. 

Kersting (D'), 112. 

Kéthulle (cap.Jde la), 74, 75, 82, 
343. 

Keyzer (E. de), 384. 

Khartum, 24, 52, 76, 78. 

Kibala (monts), 110. 

Kibali, 10, 74, 171. 

Kibanga, 86. 

Kibonge, 61. 

Kibueza, 368. 

Kibunzi, 443. 

Kiepert(D'H.), 480. 

— (Dr R.), 480. 

Kilwa, 164. 

Kimpese, 363. 

Kimeza, 368. 

Kimuenza, 87, 190, 192, 197, 
202, 210, 212, 213, 215, 219, 
220, 443. 



KIN 

Kinena, 61. 

Kingunshi (chutes de), 177. 

Kiniata, 162. 

Kinkanda, 367, 442. 

Kinshasa, 348, 371, 392, 441, 

443, 451. 
Kioko, 284. 
Kiri, 75, 76. 
Kirunga, 112. 
Kirundu (Ponthierville), 382, 

444. 
Kîsako, 86. 

Kisale, 68, 71, 148, 163. 
Kisantu, 87, 443. 
KiBigali, 112. 
Kisika-Luelo, 110. 
Kitangula, 110. 
Kitobola, 443. 
KWu(lac), 72, 73, 80, U2, 119, 

165, 166, 220, 262. 

— (terrasse du), 1 12, 140, 14 1 . 
Kiwele, 24, 71, 141, 163, 

164. 
Kolano, 284. 
Kolatier, 341. 
Kondoa, 13. 
Kongolo, 148. 
Kooiman, 181. 
Koto, 75, 173, 182, 248. 
Krooboys, 273, 345. 
Koura, 474, 478. 
Kuka, 484. 
Kund (lieut.), 41. 
Kundelungu (couches du), 124, 

125, 126. 

— (monts), 69, 110, 163, 282. 
Kunkula, 363. 

Kutu, 441, 444. 
Kwa, 40, 142, 143, 174, 175. 
Kwamouth, 86, 87, 154, 443. 
Kwandelungu (v. Kundelungu). 



LAV 



503 



Kwango, 24, 40, 41, 45, 46, 51, 
63, 73, 112, 118, 126, 173, 
174, 176, 179, 183, 241, 284, 
275, 282,301,331, 339,340, 
396, 425, 484. 

— oriental (district du), 441, 
443. 

— (mission du), 87. 
Kwengo, 177. 

Kwilu, 26, 29, 85, 178, 183, 
363, 368, 425. 

Labat (le P.), 4, 90. 

Labore, 75, 76. 

Lacaze (D'), 231. 

Lacerda (D'), 9. 

Lacourt, 444. 

Lac Léopold II (district du), 

441, 444. 
Lado, 24, 428, 430. 
Lagos, 346, 446. 
Laiton, 331, 332, 410. 
Lamantin, 128, 249. 
Lambermont (baron), 11, 31, 

56, 387, 468. 
Lambert (baron), 20. 
Lamy, 133. 
Lancaster (A.), z, xiii, 186, 222, 

446. 
Lances, 324. 
Landolphia^ 241, 340. 
Lange (lieut.), 65, 73, 140. 
Langhans, 480. 
Langue officielle, 434. 
Langues, 266. 
Lannoy de Bissy (colonel de), 

480, 481. 
Lantsheere (de), 104. 
Laurent (major), 394. 

— (professeur), 244, 343. 
Laveleye (Emile de), 11. 



504 



liAV 



Uk 



Laveurs, 349. 

Lavjgerie (cardinal), 55y 63, 86. 
LaTeraD(D'), 2^, 231. 
Le G]ïatèlier:(cap.), 133^ 
Ledeganck (vice-gouv.),- 488i 
Légat (Uent;), 26,' 67» 
Légende?, 302. 
Législation civile, 434^ 436. 

— congolaise, 318', 433; 

— foncière', 471'. 
Legrelle-Rogier (comte), 4Sli 
Légumes, 337. 

Lehmin, 75. 
Lebrman (lieu t.),- 73. 
Lelewel (J.), 8, 482. , 
Lemaire (lieut.), 199; 222, 265,> 

268, 269. 
Le^Maxinel (cap. G.), 26, 46,' 

178, 439, 481. 

— (cap. P.), 47, 66, 67, 110, 
147,262,264^ 280, 281, 439- 
481. 

Lemba, 184i 

— (Congo da), 362, 442. 
Lemery (lieut.), xiii, 394: 
Lèmmé, 20. 

Lendi, 168. 

Lengi, 44\r,' 486. 

Lenz (Dr 0.), 41, 49. 

Léon l'Africain, 477.- 

Léon XIII (S. S.), 55, 87. 

Léopard, 248. 

LÉ0P0LDI"(S;M.),91. 

L£OPOLDn(S.M.),sondÊscours 
au Sénat de Belgique-, 92; 
convoque et préside la Confé- 
rence géographique-de Bruxel- 
les, 11, 12; constitue un syn- 
dicat en vue de là construction 
d'un chemin de-fer, au Congo, 
358 ; envoie deux délégués à 



Marseille, au devant de Stan- 
ley, 19; est nommé préèidèirt 
d'honneur du Comité d'études 
du haut Congo, 20 \ sollicite 
dés Chambres belges l'autori- 
sation d'assumer la souverair 
neté de l'État du Congo, 35", 
93; notifie aux Souverains 
la fondation de- l'État' Ihdé* 
pendant dû Congo et' son 
avènement au trône^ 36; 
place à Bruxelles le* grra- 
vernement centl-alde l'État* 
435; pouvoir souverain, 421"; 
son subside annuel à l'ÉiSat, 
462 ; lègue par- testament le 
Congo à la Belgique, 96; 
lettre à M. Béemaert; 9T; 
demande- à la Conférence 
antiesclâvagiste dr Bruxelles 
la revision de l'article 4 de 
l'Acte de Berlin, 467 ; prend à 
bail de la Grande-Bretagne la 
rive gauche du Nil et le Bahr- 
el- Gazai, 429 ; annule ses 
droits personnels dans la pre* 
mière dette de l'État, 46^; 
signe un décret ^approuvant là 
reprise immédiate- dû Congo 
par la Belgique, 103. 

Léopold II (lac), 45, 177, 264; 
284, 339, 403, 465. 

— (district du lac), 444* 

Léopoldvillé, 17, 23:, 89, 197; 
198, 201, 202, 343, 347, 348, 
368, 371, 38i; 385,441,449, 
450, 451. 

Lèpre, 227. 

Leroi (cep.), 78, 79, 296. 

Lézard, 251. 

Liagre (général-j, 14. 



LIA 



LUvV 



505 



Liagre (le.P.), 87. 

Liane, 241. 

Lianes à caoutchouc, 241, 340, 

485. 
Libenge, 443. 
Liberté de commerce, -30, 31, 

32,387,401,402,403. 

— de conscience, 32, 448. 

— de navigation, 30, 32, 33, 
377. 

Liberté individuelle, 351. 
Licence pour le débit des 

alcools, -410. 
Lie, 445. 

Liénart (lient.), 46. 
Lièvre, 248. 
Liffi, 75, 77. 

Lignes de navigation, 354. 
Likati, 168, 277. 
Likema, 168. 
Likona-Kundja, 169, 182, 425, 

426, 484. 
Likuala, 169, 182. 

— aux herbes, 170. 
Limites de l'État, 423. 
Limonite, 133, 134, 135, 137. 
Lindi (poste), 458. 

— (rivière), 167, 178, 182. 
Linzolo, 86. 

Lion, 247. 
Lippens (cap.), 483. 
Lisbonne, 354. 
Lisle (de), 8, 478. 
Littoral de l'État, 424. 

— (système d'eau du), 183. 
Liverpool,,355. 
Livingstone (D^ D.), 9, 10, 11, 

14, 15, 53, 58, -63, 150, 164, 
266, 281, 329. 

— (chutes de), 156. 
Livingstone Inland Mission^ 88 



Loanda, 200. 

Loange, 176, 183, 337. 

Loango, 442. 

Localités prin::ipil8s, 410. 

Locomotive, 369, 375. 

Lodji, 177. 

Loenze, 107. 

Lofoi, 163. 

— (poste), 67, 70, 192, 444. 

— (rivière), 70, 163. 

Loi sur les sociétés commer- 
ciales, 396, 399. 

Lois (voir Législation). 

Lokandu (RibaRiba), 444. 

Lomani, 10, 40, 45, 60, 61,«69, 
112,118,167, 178, 179, •1«2, 
241 , 257, 264, 279, 337, 339, 
343, 376, 382, 392, 396, 404,^ 
465, 483. 

— (terrain du haut), 1 12, !142, 
232. 

Lomela, 168. 

London .Missionary Society^ 

89. 
Long (cap.), 60, 65, 80, 140. 
Loombo, 163. 
Lopez (Ed.), 3, 6, 7. 
Lopori, 60, 168, 169, 262, 339, 

395, 403, 404. 
Lothaire (lieut.), 398, 458. 
Louage de service,, 351. 
Lowa, 73, 80, 112, 119, :167, 

178, 182. 
Lua, .169. 
Lualaba, 15, 61, 119, 120, 121, 

146, 150, 167, 245, 279, 331, 

339, 343, 355, 376, 382, 392, 

394. 

— -Kasai (district du), 44 1,444 
Lualaba (àteamer), 355. 
Luama, 112, 119, 167, 182. 



— «--. - . — F». 



506 



LUA 



MAG 



Luapula/24, 46, 71, 121, 148, 

163, 181, 265. 
Luashimo, 176, 183. 
Lubambo, 71. 
Lubefu, 41, 176, 279, 376, 396, 

397. 
Lubi, 176,264. 
Lubilashe, 118, 176, 264. 

— (couches du), 126.- 
Lubishi, 176. 

Lububuri, 110, 112, 162, 181. 

— (terrasse du haut), 112. 
Lubudi, 69, 70, 118, 145, 146, 

147, 176. 
Lubuzo, 163. 
Luebo, 176, 441, 444. 
Luembe, 118, 163, 176. 
Luembo, 176. 
Luena, 164. 
Lufila, 68, 70, 110, 112, 121, 

125, 135, 162, 181, 262, 

•282. 

— (terrasse de la haute), 112, 
141, 142. 

Lufoi (v. Lofoi). 

Lufu, 178, 183, 363, 368. 

Lufua, 163. 

Lufubo, 163. 

Lufupa, 162. 

Lugard (cap.), 72, 82, 114. 

Luikuzi, 163. 

Luizi, 166. 

Lukaya, 364. 

Lukenie, 41, 45, 177, 183, 284, 

327, 403, 465. 
Lukodji, 176. 
Lukolela, 341, 342, 445. 
Lukuga, 24, 68, 70, 166, 181, 

250, 266. 
Lukunga (district des chutes), 

125, 178, 183. 



Lukunga (district du Stanley- 

Pool), 484. 
Lukula, 184. 
Lukungu, 231, 343, 442, 450, 

451. 
Lukusu, 366. 
Lulonga, 40, 45, 168, 170, 178, 

182,273, 285,337, 
Lulongo, 445. 
Lulua, 40, 174, 176, 183. 
Luluabourg, 27, 40, 87, 176, 

190, 198, 199, 202, 219, 221, 

262, 441,444,451. 
Lunda, 9, 10, 27, 52, 268, 293, 

425. 
Lunionzo, 157, 484. 
Lunkesi, 163. 
LuoDgo, 163. 
Lupton-bey, 42. 
Lurimbi, 167. 
Lusaka, 86, 444. 
Lusambo, 47, 59, 68, 197, 199, 

201, 202, 219, 264, 441, 444, 

451. 
Luvituku, 231. 
Luvoi, 118. 
Luvu, 167, 
Luvua (Kasai) , 176. 

— (Luapula), 163. 
Luvubi, 157. 
Luvule, 163. 
Luvunzo, 163. 
Lux(lieut.), 10, 11, 481. 
Lynx, 248. 

Macar (cap de), xiii, 221, 222. 
Mackinnon (sir Will.), 11, 359. 

— (mont), 114. 
Madimba, 371. 
Magery (D'), 394. 

— (ing.).367. 



MAG 



MAU 



507 



Magistrature, 456. 
Mahagi, 185, 429. 430. 
Mahdi, 24, 42. 
Mahdistes, 76, 81, 429. 
Mahieu (lieut.), 385. 
Main-d'œuvre, 345, 352. 
Mais, 320. 
Makoko, 295. 
Makraka, 279, 431. 

— (zone des), 446. 
Makua, 171. 

— (zone de la), 445. 
Malachite, 133, 134, 135. 
Maladies, 223. 

— du sommeil, 226, 227. 
Malafu, 309, 337, 
Malagarazi, 108. 
Malaria, 224. 

Malange, 40. 
Mambati, 257. 
Mammifères, 245. 
Mandats postaux, 384. 
Mandungu, 445. 
Mangnétite, 134, 135, 136. 
Mangoustes, 248. 
Manguier, 342. 
Maniguette, 342. 
Manika, 125. 
Manioc, 319. 
Mante religieuse, 256. 
Manyanga,22, 23, 26, 363, 382, 

425, 443, 446. 
Manyema, 53, 58, 62, 63, 65, 

111, 248, 266, 331, 343, 392, 

484. 

— 280,.312, 329. 

— (campagne du), 50. 

— (zone du), 444. 
Marais du Moero, 164, 233. 
Maravi, 479. 

Marbre, 122. 



Marchandises à Tusage des 
blancs, 408. 

— consommées par les indi- 
gènes, 408. 

— importées, 407. 
Marchés, 32, 310, 329, 330. 
Marché de caoutchouc d'Anvers, 

338. 

— d'ivoire d'Anvers, 334. 
Marée, 180. 
Mare8tang(D'), 224. 
}S.an, 286. 

Mariage, 286, 288. 
Marimba, 326. 
Marine, 436, 462. 

— (direction de la), 439, 
Maringa, 168, 395, 403. 
Marseille, 354. 
Martellus (Henri), 3. 475. 
Martini (cap.), 481. 
Marungu, 280. 
Masanga, 308. 
Massabe, 26. 

Massari (lieut.), 26 

Massart, 384. 

Masui (lieut.), xii, 420. 

Mata, 178. 

Matadi, 5, 88, 109, 180, 192, 
219, 343, 348, 354, 355, 357, 
362,371,372,385,441,442, 
449, 451, 484, 485. ' 

— (district de), 442. 
Mateba, 160, 343, 383, 389, 

393, 442, 484, 485. 
Matériel de chemin de fer, 362, 
407, 409. 

— de construction, 407, 

— fluvial, 407. 
Mathieu (cap.), 78. 
Matumba (voir Tumba). 
Mauro (Fra), 7, 475, 477, 478. 



508 



MAY 



M1>M 



Mayaka, 284. 

Mayumbe, 184, 235; 263, 270, 

336, 341, 3 <8, 403.450,470, 

485. 

— (chemin de fer da), 374, 
375, 399, 450: 

Meehow (major von), 24,' 480; 
Médailles, 437. 
Médecins, xni, 450, 452. 
Médiation, 32. 
Médecine, 341. 

Mense (D^), 40, 198, 222, 231, 
260, 450. 

— (pic), 155. 
Mercator (Gérard), 7, 477. 
Mer intérieure (ancienne;, 127, 

128, 129, 139, 142, 170, 236, 

363. 
Merlon (le P.), 86, 317. 
Merolla (le P.), 85, 90. 
Mérode-We8terloo(lecomte de), 

103, 104. 
Métal, 115, 131. 
Métempsycose, 303. 
Meuleman (Eug.), xiii, 222, 446. 
Mfumbiro, 112. 
Miambo, 135. 
Miami (Mgr), 10. 
Micaschistes, 120, 121. 
Michaux- (lieut.), 264. 
Michel, xiii. 
Micici, 8. 
Miketo, 65. 
Mikic (lieut.), 23. 
Mita (monts), 110. 
Millet, 321. 

Milz (cap.), 74,75, 279,294. 
Mimétisme, 256. 
Minduli, 133. 
Mines, 66, 134, 135, 322, 436, 

472. 



Minéraux, 131. 
Misasi, 110. 

Missions catholiques, 3, 4, d, 
83, 84, 85, 350, 449, 484. 

— protestantes, 88, 89,- 90, 
350, 379, 449, 450. 

Mission des Jésuites, 87. 

— des Pères blancs d*Aîger, 
86, 379. 

— des Prémontrés, 88. 

— du Saint-Esprit, 86, 379. 

— de Scheut, 87, 443, 379, 
484. 

Mitako, 332, 410. 
Mitrailleuse, 447. 
Mitumba, 67, 68, 70, 108, 109, 

110, 111, 140,141^163,236. 
Mitwanzi, 24, 141, 166. 
Moanda, 442. 
Moashia, 135, 163, 323. 
Mobeka, 181, 199,445. 
Mobuaka, 445. 
Moengashe, 163. 
Moero, 10, 24,' 46, 58, 69, 71; 

73, 112, 119, 143, 164, 282, 

340, 425, 483. 

— (terrasse du), 112, 141. 
Mœurs et coutumes, 306, 286. 
Mogwandi, 289. 
Mohamed-Ahmed,' 42. 
Mohun, 71, 141, 149-, 385, 481. 
Mokwange, 173, 220,- 448. 
M'Oliro, 444. 

Moller, 49. 
Mollusques, 253. 
Moloney (D'), 69. 
Mois (Alex.), 396, 485. 
Momboyo, 168, 390^ 
Mombutu, 24, 257, 259, 264, 

278, 279, 289, 294,312,314, 

324. 



MOM 



NEU 



509 



Momvu, 279. 

Mongala, 40, 46> 60, 168, 179, 

182,265,273,274,339,395, 

403. 
Mdngo, 273, 302, 310. 
Mongwandi, 274, 315, 325. 
Monnaies de l'État, 473. 

— indigènes, 323, 331, 410. 
AJonomotapa, 7, 477. 
Monopole, 32, 374. 
Monroviens, 346. 
Montangie (D*), 450. 
Mohteixx) (cap.), 9, 

— (J.-J.), 5i, 52. 
Montere, 174. 
Montagnes bleues, 110^ 

— d'Argent. 474. 

— de la Lune, 114, 474, 475. 
Monweda, 445. 

Mort (peine de), 434, 458. 
Mortalité, 360. 367, 452; 453, 

454, 455. 
Mounteney-Jephson, 43, 49. 
Mûusiâqu^, 224, 255. 
Mouton, 256. 

MouToment commercial, 413. 
Mouvement géographique (le) ^ 

XII, 46, 81,82,317; 344, 385, 

393, 399, 432, 480, 481. 
Movu,.164. 

Moyens de transport, 353. 
Mozambique, 476. 
Mpala (ou Pala), 13, 86, 110; 

323, 444. 
Mpioka, 124, 178. 
Mpbko, 169. 

Mpozo, 4, 178, 183,359,363,368. 
Msiri, 66, 67, (S^, 69, 282, 294, 

391. . 
Muata Yamvo, 9, 27, 264, 29a, 

294. 



Mueller (lieut.), 27, 40,49.- 
Muggi, 75, 76. 
Mukimbanguv 443. 
Mule, 383. 
Mulinge, 168, 
Mundo, 76. 
Mûnié Mobara, 61. 
Munitions, 407, 469. 
Munza, 257, 289, 294. 
Murray (DO, 231,355. 

— (cap.), 355. 
Muscade, 342. 

Miisée colonial de Terrueren, 
324,408,419. 

— ethnographique de Berlin, 
324. 

Masbie, 444. 

Musique (instruments de), 326. 
Musorongo, 270. 
Mutombo, 264. 

IVacbligal (Df), 11, 12. 
Nains, 257. 

Naissance de l'État,' 36. 
Nakanga, 112. 
Nationaux, 377, 431. 
Naturalisation, 431. 
Navigation (liberté de), 30, 32, 
377, 421. 

— (acte de), 32. 

— (service de) entre l'Europe 
et le ' Congo et dams le bas 
fleuve, 353. 

— sur le bas fleuve, 355. 

— sur le haut Congo, 378. 

— (Mouvement des'porti9),3.56. 
Nébulosité, 215. 

Nemlao, 86. 
Nepoko, 24. 168. 
Neutralité, 32, 37, 94, 423, 424, 
428. 



510 



NGI 



OSM 



Ngiri, 169, 170. 

Niadi-Kwilu, 26. 

Niam-Niam (voir Azande). 

Nicolas (DO, 231. 

Niemba, 166. 

Nieuwe Afrtkaansche Han- 

deUvennootschap, 386, 392, 

397, 401. 
Nigritiens, 258. 
Nikale (monts), 110. 
Nil (expéditions vers le), 65. 

— (bassin du), 15, 53, 76, 184, 
185, 376, 425, 427, 428, 429. 

Nilis (lieut.), 23, 75. 

Nkete, 356. 

Noix de Kola, 415. 

— palmistes, 337, 372, 415, 
467. 

Noki, 5, 28, 109, 425. 
Non-indigènes (statistique des), 

431, 432,441. 
North (colonel), 395. 
Norvège (v. Suède). 
Notariat, 439. 
Notariaux (offices), 442, 443, 

444, 445, 446. 
Nothomb(Alph.),361. 
Nourriture indigène, 308, 319. 
Nouvelle- Anvers, 192, 197, 199, 

201, 202, 216, 441, 445, 450, 

451 (voir aussi Bangala). 
Novaes (Paul Diaz de), 84. 
Nserera, 61. 
Ntamo, 17. 
Nuba, 259, 266. 
Nyangara, 74, 171, 445, 451. 
Nyangwe, 10, 16, 53, 61, 265, 

280, 323, 376, 385, 394, 444. 
Nys (lieut.), 278. 
Nyssens (Alb.), 352. 
Nzadi, 3. 



Nzambi, 302. 

Nzilo (gorge de), 68, 70, 141, 
162, 249. 

— (monts), 118, 122. 

— (rivière), 69, 70, 107, 110, 
112, 135, 136, 147, 162, 181. 

— (terrasse du haut), 112, 
141, 142,262. 

Oba, 337. 
Obi, 172. 

Objets du culte, 469. 
Occupation territoriale, 30, 33. 
Ogowe, 15. 
Oiseaux, 2.50. 
Oligiste, 134, 135, 136. 
Oliver, 244. 
Oppelt (Gust.), 38. 
Orages, 216. 
Orban (lieut.), 23. 
Orchidées, 236, 240. 
Oranger, 485. 
Ordres, 437. 

Organisation poli tique de l'État, 
421. 

— du gouvernement central, 
435. 

— Àw. gouvernement local , 
437. 

— de la justice, 436, 457. 

— du régime foncier, 471. 

— politique des indigènes, 
291. 

— sociale des indigènes, 286. 
Orographie, 107. 

Orseille, 341, 372. 
Ortelius (Abr.), 7, 478, 
Orthographe des noms géogra- 
phiques, 481, 482. 
Oryctérope, 249. 
Osman Digma, 42. 



OSM 

Osmar-Saleh, 76. 

Outillage de la colonie, 407. 

Outils. 469. 

Ouvrages, d'art du chemin de 

fer, 367. 
Ouvriers, 345, 346, 348, 364. 
Oven (cap.), 479. 

Pacheco (Manoël), 5, 478. 

Pagels (lieut.), 49. 

Pagne, 314. 

Pala ou Mpala, 13, 86, 110, 

323, 444. 
Palabala, 109, 359, 360, 362, 

363, 368, 442. 
Palabre. 292, 297. 
Palétuviers, 242. 
Palmiers, 239, 328, 332, 333, 

336, 337, 341. 
Pandanus, 239. 
Panga (chute de), 168. 
Pangolin, 249. 
Paniers, 328. 
Papayer, 342. 
Papillons, 254. 
Papyrus, 242, 328. 
Paresseux, 249. 
Parke(DO, 43, 231. 
Parminter(m;ijor), 25, 264, 390. 
Parures, 270, 285. 
Pascal (le P.), 86. 
Passereaux, 250. 
Passe (v. Gorge). 
Patates douces, 319. 
Patowle (lac), 148. 
Pater notte (D^), 222. 
Pathologie, 223. 
PaulV(S.S.), 84. 
Paulissen (ing.), 367. 

Paulilschke (D^), 482. 
Pays-Bas, 31, 33, 56, 468. 



PLU 



8H 



Peace (steamer), 90. 
Péages, 32, 377. 
Pêche, 280. 
Peine, 434. 

— corporelle, 448. 
Peine de mort, 458 . 
Pelele,280, 3i3. 

Pemba (chute de), 73, 140, 166. 
Pencroffs, 20. 
Perles, 331, 332. 
Permentier (de), 222. 
Perroquet, 250. 
Perthes (Justus), xii . 
Peschuel-Loesche, 27, 137, 483. 
Peste, 227. 

Petermann (DO, 479, 480. 
Pelermann*s Mittheilungen, 

XII. 

Pétillon (cap.) 440. 

Petite vérole, 227, 441, 485. 

Peuplades, 270, 431. 

Phosphate de fer, 133. 

Phyllades, 120, 121. 

Piazzava, 342. 

Pic Carabier, 109, 158. 

— Léopold, 158. 
Picard (Ed.), 106, 406. 
Pierres taillées, 260, 261. 
Pigafetta, 6, 8, 478. 
Pigeons, 251 . 

Pignon d'Inde, 337. 

Pili-pili, 342. 

Pilotage (service du), 357. 

Pirmez (Eud.), 33. 

Pitt (W.), 55. 

Plantations, 243, 259, 318, 342, 

350, 436, 439. 
Plantes alimentaires, 243. 
Plas (J.), 485. 
Plomb, 132, 133. 
Pluie, 186, 195, 196,197,233. 



ma 



PLU 



QUA 



A. 



Y- 



I :'• 



Pluies (régime des), 201. 
Pochez (H), 435. 
Pocok, 18, 

— Pool, 157. 

Pogge (Dr), 10, 14, 24, 40, 268, 
293, 480,481. 

— (mont), 175. 
.Pointe française, 386. 
Poissons, 129, 252. 
Poivre de Gayenne, 342. 

— Quittée, 342. 
Polygamie, 289. 
Pombe, 308. 
Pombeiros, 147. 
Ponta da Lenha, 180. 
Ponthier(cap.}, 60,'62, 74. 
Ponthierville (Kirundu), 382, 

444. 

Ponts du chemin de fer, 368. 

Popclin (cap.), 13. 

Popokabaka, 73, 441, 443. 

Population européenne (statis- 
tique et répartition de .la), 
431, 432, 440 à 446. 

— indigène (densité et répar- 
tition de la), 261 à 266. 

Populi, 445. 

Porc, .256. 

Porc-épic, 248. 

Portage (routes de), 38i2. 

Porte d'Enfer, 71, 141, 143, 
146, 149. 

Porteurs, 345, 347. 

Portugal, 1 à 9, 22, 23, 26, 28, 
29, 30, 31, 33, 55, 56, 362, 
416,418,424,425,468, 469. 

Posse (c'e), 25. 

Postes, 384,.436, 462. 

Potagos (Dr), 10. 

Poudre, 469. 

Poules, 256. 



Pourbaix (V.), 485 . 

Pour talés (Eiarquis de), 25. 

Pouvoir administratif, 435. 

— Judiciaire, 456. 

— législatif, 433. 

— souverain, 421. 
Pouvoirs du gouverneur géné- 
ral, 433, 438. 

Préemption, 29. 

Préférence (droit de), .29. 

Préhistoire, 250,261. 

Prémontrés, 88. 

Pression atmosphérique, 212. 

Prôtre-Jean, 7, 8. 

Préville, 305. 

Privilège, 32. 

Proceedings oflhe R, Geogra- 

phical S.j xiii. 
Proclamation de l'État du 

Congo, 37. 
Productions animales, 334. 

— végétales, 336. 

— minérales, 131. 
Produits du pays, 333. 
Propriété du sol, 472. 
Protection des indigènes, 459. 
Protocoles et documents de la 

Conférence de Berlin, xii, 424. 
Protocole (v. Convention). 
Proyart (abbé), 90. 
Plolémée, 474, 477, 478. 

— Philadelphe, 474 . 
Puces pénétrantes, 257. 
Pueto, 265, 444. 
Pygmées, 257, 258. 
Pvthon, 251. 

Quadra (Georges de), 5. 
Quadrumanes, 248. 
Quartz, 132, 135. 
QuarUites, 120, 121. 



QUA 
Quatrefages (de), 12. 

Races, 257. 

Rachid, 58, 59, 61, 62, 63. 

Rafaï, 75, 294. 

Ramaeckers (cap.). 13. 

Ramsay (cap.), 54. 

Ramusio, 7, 477. 

Rangel (Michel), 83. 

Raphia, 239, 341. 

Rats, 248. 

Ravenstein (E. C), xiii, 480. 

Ravin de la Chute, 369. 

— Léopold, 359. 

Recettes de l'État, 405, 460, 
461, 463. 

— des douanes, 461. 

— des transports, 461. 

— du chemin de fer, 370. 

— judiciaires, 461. 

— postales, 461. 

— du domaine, 405, 461. 
Rechter(lieut. de), 46. 
Reclus (Elisée), xiii, 259, 261. 
Reconnaissance de TA. I. G., 

28, 30, 33, 34. 
Recrutement de travailleurs 
indigènes, 351. 

— d'ouvriers pour le chemin 
de fer, 364. 

Redjaf, 77. 78, 81, 185, 429, 
, 430, 441. 446. 
Régime douanier, 467. 

— fluvial du Congo, 138, 178. 

— foncier et minier, 436, 469. 

— ipilitaire spécial, 458. 

— pénitentier, 439. 
Région des chutes, 5, 9, 17, 22, 

44, 51, 108, 118, 122, 125, 
132, 142, 156, 177, 183, 195, 
207, 212, 219, 234,;263, 



ROS 



513 



270, 358, 382, 385, 484. 

Régions botaniques, 232. 

Reichard (Paul), 13, 24, 40, 
110,134, 141,289,480,484. 

Relations internationales, 436, 

Relief du bassin du Congo, 107. 

Religions, 32, 301, 448. 

Reprise, du Congo par la Bel- 
gique, 96, 97, 100, 103, 105, 
422. 

Reptiles, 251. 

Réseau navigable , du haut 
Congo, 377. 

Ressources extraordinaires, 462 

— ordinaires, 463. 
Révolte des chefs Azande, 78. 

— des troupes de l'expédition 
Dhanis, 79, 296. 

— des soldats de Luluabourg, 
79, 295, 296. 

Reytter (D^), 450. 
Rhinocéros, 246. 
Rhodes (Cecil), 391. 
Riba-Riba (Kirundu), 61, 394, 

444. 
Ribeiro, 477. 

Richthofen (bï'on von), viii. 
Ricin, 337. 
Riz, 320, 409. 
Roche-Fétiche, 159. 
Rocou, 341. 
Roelens (M»'), 86, 449. 
Roget (cap.). 46, 48, 294, 448. 
Rohlfs (Dr G.), 11. 
Roi des Belges (steamer), 45. 
Rom (cap.), 396. 
Romée, 444. 
Romilly, 55. 
Rongeurs, 248. 
Roose (A.), 395. 
Rosée, 220. 

17 



514 



ROS 



SEI 



RossigDon, 396. 

Rotangs, 342. 

Roubaii(Ad. de), 889, 392, 484. 

Roussette, 249. 

Routes, 377, 382, 422. 

Rouvier Ccap.), 41, 480, 481. 

Roux (D'), 231. 

RÎibi, 40, 165, 274, 277. 

— 465 (v. Itimbiri). 

— Uele (zone du), 445. 
Ruiki, 167. 

Ruki, 40, 4^, 88, 168, 169, 170, 

178, 182, 257, 265, ^25. 337, 

404. 
Rumaliza, 60, 62, 63. 
Rumbi, 110. 
Ruminants, 247. 
Rusiji, 73, 110, 165, 166. 
Russie, 11, 31, 33, 56, 362, 

468. 
Ruwenzori (mont), 43, 72, 113, 

114. 

0. Â B. (voir Société anonyme 
belge pour le commerce du 
Haut-Congo). 

Sa da Bandeira, 482. 

Saegber (procureur d'État De), 
286, 305. 

Safoutier, 342. 

Saïa, 177. 

Saint-Louis du Rumbi, 444. 

— Paul de Loanda, 6, 51, 84, 
476. 

— Trudon, 444. 
Saisons, 186, 195. 
Sakara, 46, 276, 289, 295. 
Salaire des indigènes, 349. 
Salonga, 168. 

San-Antonio, 4, 84, 85, 354. 
Sanatorium, 450. 



Sanford (général), 12, 19, 389, 

392. 
— Exploring Expédition, 389, 

390. 
Sanga, 108, 112, 119, 169/178, 

179, 182, 393. 
Sangliers, 247. 
Sango, 276. 
Sankuru, 40,41, 45, 118, 127, 

142, 176, 183, 257, 263, 279, 

308, 327. 
San-Salvador, 3, 4, 5, 6, 7, 83, 

84, 88, 202, 210, 211, 476, 

477. 
Sansikua, 363. 

Santarem (vicomte de), 8, 482. 
Sanuto (Livio), 7, 478. 
Saph, 475, 478. 
Sarne, 226. 
Sauriens, 251. 
Sauterelles, 255. 
Savane, 233, 235. 
Scaillens, 90. 
Sceau de l'État, 423. 
Schiez, 244. 
Schistes, 120, 122, 124. 
Schoner (Jean), 7, 476, 477. 
Schûtt(ing.), 27, 40,480. 
Schweinfurth (D^ G.), 10, H, 

14,46,53,58,241,257,264, 

268, 278, 294,311,320,376, 

426, 480. 
Schwerin (D»" von), 160. 
Schynse (le P.), 86. 
Scorpions, 255. 
Sculptures indigènes, 321. 
Secrétaire d'État, 435. 
Secrétaires généraux, 435, 438. 
Sée(G.), 231. 
Sefu, 61,295, 48J. 
Seidel (D^), 269. 



SEL 

Sel, 323, 409, 469. 

Séligo (Cristoforo), 2, 3. 

Semio, 24, 75, 294. 

Sémites, 259. 

Semliki, 43, 72, 73, 80, HO, 

184. 
Semnopithèque, 249. 
Senge, 444. 
Serpents, 251. 
Service fluvial du haut Congo, 

377. 

— maritime entre l'Europe et 
le Congo, 353. 

— de pirogues, 382. 

— des transports, 436. 

— diplomatique et consulaire, 
436. 

— sanitaire, 436, 450, 462. 
Services (principaux), 446. 
Servitude pénale, 434. 
Sésame, 337, 372, 467. 
Sette-Cama, 26. 
Shagerstrom (cap.), 46. 
Shambezi, 9, 163. 

Shari, 427. 
Shark-pointe, 160. 
Sharpe, 46, 140. 
Shifumauli, 163. 
Shimaloa, 71. 
Shimbek, 307. 
Shimbete, 442. 
Shinkakasa, 440, 441, 442. 
Shinko, 75, 108, 173. 
Siasi (rapides de), 172. 
Siège du gouvernement centraJ, 
435, 436. 

— local, 37, 437. 
Sierra- Léonais, 346. 
Signaux, 298. 
Siguel, 231. 

Silex taillés, 260. 



SOC 



Mb 



Siller (le p.), 84. 

Silurides, 252. 

Silurien, 121, 123. 

Sims ^D' A.), 89, 268, 269, 450. 

Singes, 248, 249. 

Slatin-Bey, 42. 

Smetde Naeyer (de), 105, 361. 

Smith, 55. 

Sociétés commerciales, 343, 

353, 389, 394, 396, 397, 398, 

436, 484, 485. 

— congolaises (listes des), 398, 
399. 

— étrangères (liste des), 397. 
Société AôtV, 335, 379, 394 

395, 398, 399, 445. 

— Africaine^ 397. 

— anonyme belge pour le 
commerce du Haut-Congo 
(S.A.B.),335, 339, 379,381, 
390, 392, 393, 394, 397, 399, 
402, 443. 

— anversoise du com,m£rce 
au Congo, 335, b39, 394, 
398, 445. 

— belge des ingénieurs et in- 
dustriels, 389. 

— Belgika, 397. 

— Centrale africaine, 396, 
397. 

— Congolia, 397. 

— Daumas Béraud et O^, 
387, 392, 393 

— d"* agriculture et de plan- 
tation au Congo, 395, 397, 
445. 

— générale pour favoriser 
V industrie nationale, 464. 

— Lulonga, 397. 

— Ikelemba, 397.. 

— de médecine publique y 222 . 



516 



soc 



Société des chemins de fer vici- 
naux dit Mayumbe, 375, 

398, 399. 

— des Comptoirs commer- 
ciaux congolais (G. G. G.), 
396, 399, 443. 

— des études coloniales, 

XII. 

— des produits végétaux du 
ffaut'Kasai, 339, 395, 397, 

444. 

— du crédit commercial con- 
golais, 397 . 

— équatoriale congolaise , 

396, 397. 

— générale africaine, 398, 

485. 

— hollandaise de Rotterdam 

(N. A. H. V.), 378, 379, 386, 
391, 392, 397. 

— John Gockerill, 380. 

— la Djuma, 396, 397. 

— la Kassaïenne, 396, 397. 

— maritime du Congo, 353, 
354. 

— du Trafic congolais, 397. 
Voir Compagnie et Syndicat. 
Sœurs de charité, 367. 

— de Notre-Dame d'Afrique, 

86. 

— de Gand, 88. 

— deNamur, 88. 
Sona-Gongo, 361, 364, 368. 
Songolo, 363, 371. 
Sonho, 4, 6, 84, 476. 
Sorciers, 301, 302. 
Sorgho, 320. 
Soulèvement arabe, 65. 
Source du Gongo, 138, 144. 
Sources du Nil, 474. 

— thermales, 163. 



SÏA 

Souverain de TÉtat du Gongo, 

36. 
Souza (Rodrigus de), 83. 

— (Ruiz de), 4. 

Speke (cap.), 9, 10, 72, 112. 

— (monts), 110, 171. 
Spencer Burns, 26. 
Spiritueux, 56, 408, 409, 410, 

469. 

Slache, 264. 

Stairs (cap.), 43, 66, 67, 69, 70, 
82, 115, 134, 340, 391, 481. 

Stanley, vu, 14, 15, 16, 26, 27, 
31,41,43,49,53,58,63,142, 
150, 180, 237, 257, 261, 266, 
295, 328, 329, 339, 347, 378, 
428, 480. 

— Falls, 17, 53, 58, 59, 61, 
62, 126, 146, 151, 262, 265, 
331,339,343,344,381,382, 

441, 443, 484. 

— Falls (district des), 441, 443 

— Pool, 17, 22, 88, 139, 155, 
214, 271, 339, 343, 362, 364, 
378, 392, 425, 437. 484. 

— Pool (district du), 441, 443. 
Stations du chemin de fer, 371. 

— de l'État (principales), 442_ 
446. 

Statistique du marché caout- 
choutier d'Anvers, 338, 339. 

— du budget relatif à la force 
publique, 448. 

— du marché ivoirier d'An- 
vers, 334, 335. 

— du mouvement commercial 
total, 419. 

— du mouvement du port de 
Banana, 356. 

— du mouvement du port de 
Boma. 



STA 



SUP 



517 



Statistique postale, 385. 

— dé ravancement et du prix 
de revient par kilomètre du 

• chemin de fer, 366. 

— de l'augmentation graduelle 
des ressources ordinaires de 
l'État, 463. 

— de l'exportation du caout- 
chouc du Congo, 338. 

— de la flottille du haut Congo, 
379, 

— de la mortalité du dépar- 
tement de l'intérieur, 453. 

— de la mortalité du départe- 
tement des finances, 454. 

— de la mortalité de la Com- 
pagnie du chemin de fer, 367, 
454. 

— de la population blanche, 
441. 

— comparée des évaluations 
budgétaires et des recettes 
effectuées. 405, 406. 

— des exportations par pays 
de provenance, 416. 

— des exportations par pro- 
duits, 415. 

— générale des exportations, 
414. 

— des importations par pays 
de provenance, 418. 

— générale des importations, 
417. 

— détaillée des importations, 
407, 408, 409. 

— des lignes de navigation 
entre l'Europe et le Congo,354 

— des ponts du chemin de 
fer, 368. 

— des produits du D. P. ven- 
dus à Anvers, 406. 



Statistique des recettes du do- 
maine privé de l'État, 405, 461 

— des recettes et des dépenses 
de l'État d'après les budgets, 
460, 461, 462. 

— des recettes douanières, 
467. 

— des recettes des droits d'en- 
trée, 469. 

— des recettes du chemin de 
fer, 370. 

— des sociétés commerciales 
congolaises, 396, 399. 

— des sociétés commerciales 
étrangères, 397. 

Steamers du bas Congo, 357. 

— du haut Congo, 21, 22, 23, 
45. 90, 349, 379, 380, 393, 
485. 

Stein (baron de), 395, 485. 

Stepper, 235. 

Stillemans (M^')» 88, 449. 

Stokes (Rév.), 458. 

Storms (major), 13, 60, 266. 

StraboD, 474. 

Strauch (général), 20, 33, 34, 

435. 
Stroobant (lieut.), 75, 82, 248. 
Stuhlmann (D'), 72, 112, 260, 

480. 
Stûlpnagel, 480. 
Subvention de la Belgique, 463. 

— du Souverain, 462. 
Succession au trône, 422. 
Successions, 288. 
Suède-Norvège, 81, 33, 56, 

468. 
Supan (Dr), xii, 261. 
Superficie de l'État du Congo, 

428. 
Superstitions, 303. 



M8 



SUR 



THO 



Surure, 171, 446. 
Swahili, 269., 
Swedish Mission, 89. 
Swinburne (passe de), 175. 
Syndicat commercial du Ka- 
tanga, 61, 393, 394. 

— de Mateba, 389, 390 

— des tabacs, 458. 

— du chemin de fer (premier), 
358. 

— anglais du chemin de fer,358 
Syphilis, 227. 

Systèmes d'eau, 161. 
Système d'eau du Kamolondo, 
161, 181. 

— d'eau de la dépression cen- 
trale, 166, 182. 

— d'eau de l'Uele, 170, 182. 

— d'eau du Kasai, 174, 183. 

— d'eau du littoral, 177, 183. 

— monétaire, 473. 

Tabac, 243, 344, 372. 

Tabora, 53. 

Tala, 444. 

Tamara, 78. 

Tamarinier, 342. 

Tambour, 299. 

Tampa, 326, 364. 

Tam-tam, 326. 

Tanganika (lac), 10, 16, 24, 53, 
60, 72, 73, 86, 89, 112, 119, 
123, 143, 165, 179, 235, 247, 
260, 266, 307, 320, 376, 385, 
425. 

— (terrasse du), 112, 141. 
Tappenbeck (lieut.), 41. 
Tarif des transports d'Europe 

au Congo, 354. 

— des marchandises à l'en- 
trée, 469. 



Tarif télégraphique, 385. 

— postal, 384. 

— du chemin de fer, 371, 
372. 

— des transports sur le haut 
fleuve, 381. 

— des produits à la sortie, 
467. 

des ventes de terres, 470. 
Tatouages, 270 ,272, 273, 285, 

316. 
Taureau, 383. 
Taxes, 351, 401,461. 
Teck, 240. 

Teinture indigène, 327. 
Télégraphe, 384, 436. 
Téléphone, 369. 
Tembe, 307. 
Température de l'air, 186. 

— de l'eau, 181. 
Tenke, 69. 
Termites, 254. 

Terrains archéens, 116, 123. 

— métamorphiques, 123. 

— primaires, 121, 123, 131, 
132. 

Terrasse, 112, 113, 140, 141, 

142, 166, 232, 262. 
Terres domaniales, 400, 404, 

405,461, 471. 

— vacantes, 394, 400. 

— (vente de), 469. 
Territoire, 423. 
Territoires pris à bail, 77, 423, 

428, 430, 446. 
Testament du Roi, 96, 422. 
Teusz, 343, 344. 
Thevet (André), 478. 
Thierry, 263, 265. 
Thomson (Joseph), 27, 24, 46, 

134, 141, 391. 



THY 



TUR 



519 



Thys (colonel), v, 44, 45, 106, 
358, 361, 362, 385, 389, 392 
394. 

Tiki-Tiki, 257. 

Timbres, 384. 

Tippo-Tip, 16, 58, 59, 63, 295, 

Tissus européens, 331 , 332, 409. 

— indigènes, 327, 331. 
Titre foncier, 472. 
Tobback (cap ), 62, 265. 
Toilette, 313. 

Tolo, 284. 
Tomate, 342. 
Tomi, 173. 
Tonglet rcap.), 448. 
Tonnerre, 217. 
Torrens Act, 471. 
Tortues, 252. 
Touchard (G.), xi. 
Towa.60, 385, 444. 
Trafic des armes à feu, 412. 

— des spiritueux, 411. 
Traite des nègres, 32, 48, 50, 

63, 310, 468. 
Traités (voir Gonven lions). 
Tramway de Boma, 314. 
Transports à dos d'homme, 

347, 383. 

— marine et travaux publics 
^direction), 439. 

— (moyens de), 353. 
Transport sur le haut Congo, 

381. 
Trappistes, 87. 
Travail du bois, 321. 

— des métaux, 322, 323. 
Travailleurs noirs, 345, 
Travaux de défense (direction 

des), 440. 

— publics (direction des), 436, 
439, 462. 



Traversées de l'Afrique centrale 
par Livingstone, 10; Game- 
ron, 10; Stanley, 16 et 44; 
Wissman, 24 et 41; Gapello 
et Iwens, 40; Gleerup, 41; 
Lenz, 41; Trivier, 44; von 
Gœtze, 72 ; Versepuy, 72. 

Travers Twiss (sir), 31. 

Treille (D^, 231. 

Trésorerie générale, 436. 

Tribunal d'appel, 458, 442. 

— de !'• instance, 442, 457. 
Tribunaux, 456. 

— territoriaux, 442 à 445, 
457. 

Tribus indigènes (principales), 

270. 
Tributs, 406. 
Trivier (cap.), 44, 
Trouet (ing.), 367, 374, 385, 

394. 
Troupeaux de bétail, 440, 484 . 
Tshad, 376. 
Tshikapa, 176, 183. 
Tshiloango, 177, 184, 423. 

— (bassin du), 1.33, 184. 
Tshiombo, 176, 183. 
Tshoa, 442. 
Tshuapafl68. 
Tshumbiri, 109. 443. 
Tuberculose, 227. 

Tuckey (cap.), 9, 14, 51, 157, 

180, 268, 479. 
Tumba (lac), 45, 139, 169, 264, 

403. 

— Mani, 443. 

— (station), 361, 363. 441, 
442. 

Tungila, 177. 
Turner, 480, 
Turquie, 31, 56, 468. 



520 



UBA 



VER 



Ubangi, 10, 40, 45, 46, H9, 
126, 169, 171, 173, 178, 182, 
235, 249, 262, 264, 275, 306, 
308, 310, 314, 324, 325, 339, 
343, 376, 381, 393, 402, 404 
412, 425, 426, 427. 

— (district de T), 441, 443. 
-T- Uele, 274,402. 

Uele, 10, 15, 24, 46, 52, 58, 60. 
74, 76, 108, 112, 119, 170, 
171, 235, 241, 247, 248, 249, 
259, 260, 262, 265, 277, 278, 
294, 308, 332, 336, 339, 403, 
426, 427, 484 . 

— (terrasseder),112, 142,232 

— (système d*eau de 1*), 182. 

— (district de F), 441, 445. 
Uere, 172, 182, 445. 
Ujiji, 53, 62, 86. 
Umangi, 152, 445, 447. 
Underhill, 159, 385. 

Union personnelle, 36, 94, 95, 
422. 

— postale, 384. 
Unionzo, 157. 

Unités monétaires, 323, 331. 

Upemba, 24,71, 163. 

Upoto, 169, 263, 265, 274, 349, 

445. 
Urbain VIII (S. S.), 84. 
Urban (Jules), 361, 389, 392, 

394. 
Urindi, 167, 182. 
Urreta (le P.), 8. 
Ursel (cte H.), 362. 
Urua, 10, 66, 70, 122, 134, 392, 

404. 

Vaccin, 451. 

Valcke (cap.), 23, 378, 390. 

Valle et Azevedo, 386. 



Van Aertselaer (Me»")* 87. 
Van Galster (lient.), 75. 
Van Gampenhcfut (D^), 450. 
Vande Bogaerde (colonel), 23. 
Vande Nest, 395. 
Vanden Plas, 439. 
Vande Putte (comm'), 448. 
Van der Deken, 11. 
Vander Maelen, 481. 
Vander Wielen (lient.), 72. 
Vande Velde (lient. L.), 23, 26, 

27, 271,297,305. 
Vande Vliet (C). 82. 
Van Dorpe (cap.), 446, 448. 
Van Eetvelde (baron), 37, 56, 

64, 406, 435, 463. 
Van Gèle (major), 23, 44, 46, 

58, 59, 172, 289, 439. 

Van Hencxtenhoven (le P.), 87, 

483. 
Vanille. 342. 
Van Impe (abbé), 449. 
Van Kerckhoven (comm*), 26, 

59, 60, 73, 75, 78, 294, 428, 
439. 

Vankerckhovenville (Surure), 

171, 446. 
Van Maldeghem (conseiller),56. 
VanMons(A.), 311. 
Vannerie, 328, 341. 
Van Neuss (H.), 435. 
Van Ronslé (M^^), 87. 
Vasconcellos, 185. 
Vautours, 250. 
Vauthier (R.), xii. 
Végétations, 232, 233, 245. 
Vente de terres, 469. 
Vents, 213. 
Ver de Cayor, 226. 
Verhees, 451. 
Verroterie, 409. 



VER 



ZÂM 



521 



Versepuy, 72, 

Vêtements, 229. 

Vicariat apostolique du haut 

Congo, 86. 
— du Congo belge, 87. 
Vice-gouverneur général,* 438, 

439. 
Vierkandt (D^), 261, 266. 
Vigne, 484. 
Villa (Dr), 450. 
Villages, 291, 306. 
Vin de palme, 309. 
Virungo (monts), 72, 73, 107, 

108, 112, 166. 
Visseq (le P.), 268, 269. 
Vivi, 21, 23, 26, 37. 109, 192, 

197, 201, 202, 206, 207, 210, 

211,212,213, 214,219,220, 

263, 437, 442. 
Vivien de Saint-Martin, 482. 
Vocabulaire, 267. 
Voies de communication, 354, 

436. 
Vol, 297. 

Vourloud (Dr), 222, 450. 
Vuagenia, 280. 
Vunga, 442. 

VkTadelaï, 24, 42, 428. 

Wagigi, 275. 

Wagner (D^), 261. 

Wahis (gouverneur général), 

261, 360, 438. 
Walckenaer, 482. 
Walford (G. P.), 354. 
Walker(Rév.), 43. 
Wamba, 73, 177,340,396. 
Wamfumu, 154, 272. 
Wangata, 273, 324, 349. 
Wangermée (vice-gouv. gén.), 

361, 438. 



Ward, 43. 49. 

Wate, 274. 

Wauters(A. J.), xii, xin, 8, 46, 
49, 114, 139, 185, 244, 256, 
285, 393, 394, 426, 481, 482. 

— (le P.), 84, 
Weatherley, 71, 140. 
Wester (lieut.), 26. 
Weyns (cap.), xiii, 248, 367. 
Wia (mont), 109. 
Wilberforce, 55. 
Wilverth (lieut.), 263, 265. 
Winton (sir Francis de), 37. 
Wissmann (major von), 24. 27, 

39, 49, 41. 49, 175, 176, 262, 
264, 281, 480. 

— (chutes), 174, 175. 

— .Pool, 142, 175. 
Witt (de), 7. 
Woermann, 31. 

— Unie, 355, 353 
Woeste (Ch.), 361. 
Wolf(D'L.), 27, 40, 49, 198, 

231, 257, 260, 268, 480. 
Wolf(chutes Ludwig), 174, 176. 

Wolff(W.), 41. 
Wolseley (lord), 42. 
Wouters (lieut. de), 62, 65. 
Wurungu, 74. 

Xylophone, 299, 326. 

Yakoma, 46, 170, 171, 172, 

201, 443. 
Yambinga, 445. 
Yambuya, 43, 168, 445. 
Yelala, 5, 6, 158, 476, 479. 
Yumbi, 443. 

Zaïre, (fleuve), 3. 
Zambi, 442, 447, 451 . 



522 



ZAM 



ZUN 



Zambre, 478. 
Zanzibar, 53, 54. 
Zanzibarites, 345, 446. 
Zaphat, 478. 
Zaplan, 478. 
Zapo-Zap, 326. 
Zboïnski (cap.), 260. 
Zèbre, 246. 
Zelai, 169, 484. 
Zembere, 478. 
Zériba, 52 

Zioga (gorge de), 17, 142, 143, 
157, 170, 177, 178,236,363. 
ZiDtgrafr(D''), 260. 
Zobe, 442. 
Zôle, 363. 



Zones administratives, 440. 
Zone orographique inférieure, 
111, 138,233 

moyenne, H 2, 139, 233. 

supérieure, 112, 139, 233. 

— du commerce libre, 388. 

— de Texploitàtion publique, 
403. 

— réservée, 403. 
— . fermée, 404 . 

Zongo (passe de) 40, 46, 141, 
143, 170, 171, 173, 264. 

Zoro, 172. 

Zucchelli (le P.), 85, 90. 

Zungu (gorge de), 141, 143, 167, 
484. 



TABLE ANALYTIQUE DES MATIÈRES 



Pages . 

Dédicace v 

Préface . vu 

Bibliographie générale xii 

PREMIÈRE PARTIE 
HISTORIQUE 

1. La découverte du Congo au xv^ siècle. — Les essais 
d'exploration et d'occupation à la bouche du 
fleuve, au xvi® siècle 1 

H. La Conférence géographique de Bruxelles et l'Asso- 
ciation internationale africaine 9 

III. La descente du Congo par Stanley. — Le Comité 
d'études du haut Congo et l'Association interna- 
tionale du Congo 15 

IV. La Conférence de Berlin et la proclamation de 
l'État Indépendant du Congo ....... 28 

Acte général de Berlin, 31. — Lettre du Roi-Souverain 
aux Souverains étrangers, 36. 

V. Les découvertes -géographiques dans le bassin cen- 

tral et les progrès de l'occupation de 1885 à 1890. 39 

VI. La traite des nègres. — La Conférence antiescla- 
vagiste de Bruxelles et la campagne du Manyema. 50 

VII. Occupation des régions frontières. — L'explora- 
tion du Katanga. — Les expéditions vers le Nil. 65 



S24 TABLE ANALYTIQUE DES MATIÈRES 

Pages. 

VIII. Histoire des missions religieuses 83 

Missions catholiques, 83. — Missions protestantes, 88. 

IX. L'État du Cougo et la Belgique 91 

Lettre du Roi au Conseil des ministres, 93. — Testament 
du Roi, 96. — Lettre du Roi à M. Beernaert, 97. — 
Convention du 3 juillet 1890, 100 — Projet d'annexion, 
103. 



DEUXIEME PARTIE 



GÉOGRAPHIE PHYSIQUE 



X. Orographie. — Le relief du bassin du Congo. . . 107 

Les monts de Cristal, 108. — Les Mitumba 109. — Les 
Virungo, 112. — Le Ruwenzori, 113. 

XI. Géologie et gîtes métallifères, par J. Cornet . . 115 

Terrains archéens, 118. — Terrains primaires métamor- 
phiques, 121. — Terrains primaires non métamor- 
phiques, 121. — Formations post-primaires continen- 
tales, 124. — Formations détritiques superficielles, 130. 
— Gîtes métallifères, 131. 

XII. Hydrographie 138 

La genèse du fleuve, 138. — Le bassin, 143 — La source, 
144. — Le cours, 145 — Les affluents. 161. — Le 
régime du fleuve. Les crues, 178. — Le débit, 180. — 
La marée, 180. — La température, 181. — Tableau 
synoptique des principaux aflluents, 181. — Le bassin 
du Tshiloango, 184. — Le bassin du Nil, 184. 

XIII. Climat, par A. Lancaster 186 

Température, 186. — '• Saisons, 195. — Humidité de l'air, 
203. — Pression atmosphérique, 212. — Vents, 213. — 
Nébulosités, 215. — Orages, 216. — Brouillards et 
rosées, 220. 

XIV. Conditions sanitaires, par le D' Jullien . . . 223 

Pathologie, 223. — Hygiène, 228. 



TABLE ANALYTIQUE DES MATIÈRES 52o 

Pages. 

XY. Flore 232 

La brousse, 233- — La savane, 235. — La forêt, 236. — 
La galerie, 241. — Le marécage, 242. — Les plantes 
cultivées, 243. 

XVI. Faune 245 

Mammifères, 245. — Oiseaux, 250. — Reptiles, 251. — 
Poissons, 252. — Mollusques et crustacés, 253. — 
Insectes, 253. — Animaux domestiques, 256. 



TROISIEME PARTIE 



ETHNOGRAPHIE 



XVII. La population indigène 237 

Les races, 257. — Archéologie, 260. — La densité et la 
répartition de la population, 261.* — Les dialectes, 266. 

XVIII. Les principales peuplades 270 

Bas Congo, 270. — Région du Stanley-Pool, 271. — 
Région centrale, 272. — Région de l'Ubangi-Uele, 274. 
— Région de l'Est, 279. — Régions du Kasai et du 
Kwango, 282. 

XIX. État social et politique 286 

A. Droit de famille, 286. — Mariage, 288. — Polygamie, 
289. — Esclavage, 290. — B. Le village, 291. — Prin- 
cipaux chefs, 293. — La justice et les lois, 296. — La 
palabre, 297. — Communications, signaux, 298. — 
L'échange du sang, 299. — Le fétichisme, 301. — 
Croyances diverses, 302. 

XX. Mœurs et coutumes 506 

Villages et habitations, 306 — Alimentation et canniba- 
lisme, 308. — Toilette, 313. 

XXI. Agriculture, industrie et commerce indigènes . 318 

Agriculture, 318. — Industries, 321. — Le fer et le cuivre, 
322. — Le sel, 323. — Armes. 324. — Instruments de 
musique, 326. — Tissus, 327. — Vannerie, 328. — 
Aptitudes commerciales, 328. — Marchés, 329. — Uni- 
tés monétaires, 331. 



S26 TABLE ANALYTIQUE DES MATIÈKES 



Pages. 



QUATRIÈME PARTIE 
SITUATION ÉCONOMIQUE 



XXIL Les produits du pays 335 

Productions animales; l'ivoire, 334. — Le bétail, 334. — 
Productions végétales naturelles : produits oléagineux, 
336. — Gommes et résines, 338. — Produits divers, 341. 

— Cultures coloniales ; caféiers, 342. — Cacaoyers et 
tabacs, 344. 

XXni. La main-d'œuvre . . . . 345 

XXIV. Voies de communication et moyens de trans- 
port 355 

Le service maritime entre l'Europe et le Congo et dans le 
bas fleuve, 353. — Les chemins de fer, 357. — Le 
chemin de fer de Matadi au Stanley-Pool : historique, 
358. — Le tracé et le profil de la voie, 362. — Le per- 
sonnel et la construction, 364. — La voie, les ouvrages 
d'art et le matériel roulant, 367. — L'exploitation, 3o9. 

— La Compagnie et son cahier des charges, 373. — 
Autres chemins de 1er, 374. — Le réseau navigable et le 
service fluvial du haut Congo, 377. — Les routes de por- 
tage, 382. — Les postes, *àSA. — Le télégraphe, 384. 

XXV. Le commerce privé 586 

Historique, 385. — Les sociétés commerciales étrangères, 
394 . — Les sociétés commerciales congolaises, 396. 

XXVI. Le domaine privé de l'État 400 

XXVII. Les articles d'importation 407 

Outillage de la colonie, 407. — Marchandises à l'usage des 
blancs, 408. — Marchandises consommées par les indi- 
gènes, 408. — Les tissus, 409. — Les spiritueux, 410. 

— Les armes à feu, 412. 

XXVIÏÏ. Le mouvement commercial . . . ... 413 

Statistique générale des exportations, 414. — Statistique 
des exportations par produits, 415. — Statistique des 
exportations par pays de destination, 416. •— Statistique 
générale des importations, 417. — Statistique des impor- 
tations par pays de provenance, 418. — Statistique du 
mouvement total, 419. 



t 



TABLE ANALYTIQUE DES MATIÈRES 527 

Pages. 

CINQUIÈME PARTIE 
ORGANISATION POLITIQUE 

XXIX. L'État . 421 

Le pouvoir souverain, 421. — Le territoire, 423. — Les 
territoires pris à bail, 428 — Le peuple, 43i. 

XXX. Le pouvoir législatif 433 

XXXI. Le pouvoir administratif 435 

Le gouvernement central, à Bruxelles, 435. — Le gouver- 
nement local, à Borna, 437. — Les districts et les prin- 
cipales localités, 440. — Les principaux services. La 
force publique, 446. — Les cultes et l'enseignement, 448. 
— Service sanitaire, 450. 

XXXII. Le pouvoir judiciaire 456 

XXXIII. Les finances de l'État 460 

Les budgets, 460. — La dette publique, 463. — Les 
impôts, 466. -r Vente des terres. Régime foncier et 
minier, 469. — Le système monétaire, 473. 



Appendice. Note historique sur Ja carte du Congo et 

de l'Afrique centrale 474 

Additions et corrections 483 

Index alphabétique. 487 

Table analytique des matières ........ 523 



Carte de l'État Indépendant du Congo, à l'échelle de 
1 : 5,000,000«. — Carte du bas Congo et du che- 
min de fer de Matadi au Stanley-Pool, à l'échelle 
de 1 : 2,400,000. 



'AUG13 1919