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Full text of "Manuel de prononciation. Nouvelle éd. rev. et corrigée, augmentée d'une préf. de Édouard Thierry"

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Tordeus, Jeanne 

Manuel de prononciation 



Ouvrage recommandé par les Ccnseils de perfectionnemen 
de l'Enseignement primaire et de l'Enseignement moyen 



MANUEL 



RONONCIATION 



JEANNE TORDEUS 

5EUR AU CONSERVATOIRE ROYAL DE BRUXELLES 
^-PENSIONNAIRE DE LA COMÉDIE FRANÇAISE 
OFFICIER D'ACADÉMIE 



htioii revue et corrigée, augmentée d'une préface 
de M. Edouard THIERRY 
ancien administrateur du Théâtre- Français 



DRUXKLLES 
PAUL LACOMBLE Z 



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MANUEL DE PRONONCIATION 



Ouvr: 



uvrage recommandé par les Conseils de perfectionnement 
de l'Enseignement primaire et de l'Enseignement moyen. 




MANUEL 



DE 



RONONCIATION 



PAR 



JEANNE ÏORDEUS 



PROFESSEUR AU CONSERVATOIRE ROYAL DE BRUXELLES 

EX-PENSIONNAIRE DE LA COMÉDIE FRANÇAISE 

OFFICIER D'ACADÉMIE 

Nouvelle édition revue et corrigée, augmentée d'une préface 

de M. Edouard THIERRY 

ancien administrateur du Théâtre- Français 



BRUXELLES 
PAUL LACO MELEZ 

Editeur 
?I, RUE DES PAROISSIENS, 31 

MDCCCXC1V 
TOUS DROITS RÉSERVÉS 




?c 
mi 

T67 



A mes Élèves 



PREFACE 






Manuel de prononciation, comme on dirait la pro- 
nonciation dans la main, un gentil volume, de bon 
air, léger à tenir, agréable devant les yeux, livre de 
demoiselle et de dame, contenant la règle ou plutôt 
la pratique de la prononciation, car la prononciation 
se règle le plus généralement sur l'usage. Voilà ce 
que s'est proposé de donner au public, l'ayant d'abord 
dédié à ses élèves, Mlle Jeanne Tordeus, professeur 
de diction au Conservatoire Royal de Bruxelles, ex- 
pensionnaire de la Comédie Française, et fière à bon 
droit de ses deux titres dignement portés. 

Pourquoi pas sociétaire de la Comédie Française? 

Parce qu'un jour néfaste est venu — c'est de l'his- 
toire d'hier — où les destins de la France changèrent 
brusquement. La petite Jeanne Tordeus, prix d'hon- 
neur du Conservatoire de Bruxelles, amenée à Paris 
avec un baiser de la grande Rachel sur le front, de- 



VIII PREFACE 

renue successivement élève de notre Conservatoire, 
premier prix dans la classe de tragédie, engagée 
comme pensionnaire à la rue Richelieu pour y jouer le 
répertoire sacré, selon la belle expression de Talma, 
fut contrainte de repasser précipitamment en Bel- 
gique. La Comédie Française, lumière et feux éteints, 
s'enfermait alors dans ses murs vides pour y attendre 
le sort des villes assiégées. Le blocus à peine levé, 
Mlle Tordeus revenait à la hâte pour reprendre sa 
place dans les rangs de la Comédie ; mais les rangs 
n'étaient pas encore reformés et à la guerre étrangère 
succédait la guerre civile ! 

Qui aurait cru alors que la France pût jamais se 
relever de toutes ses ruines? Personne, pas même 
elle, peut-être. C'est ainsi qu'après un essai de retour 
avant l'heure, Mlle Jeanne Tordeus se retira de nou- 
veau, définitivement découragée, rendue en même 
temps — consolation toujours prête — aux tendresses 
de tous les siens, heureux de la reconquérir : retenue 
d'ailleurs, dès le premier moment, par M. Gevaert, 
l'éminent directeur du Conservatoire de Bruxelles, 
prompt à s'attacher, dans une compatriote consacrée 
par les suffrages de Paris, un professeur de déclama- 
tion pour les élèves-femmes destinées à la scène. 

Mlle Tordeus, à sa première rencontre avec ses 
écolières, fut frappée de certains accents particuliers 
dont son oreille avait perdu l'habitude, mais qu'elle 
reconnaissait de souvenir. Elle sortait d'un pays de 



PREFACE 



IX 



langue française et retrouvait de l'autre côté de la 
frontière le même vocabulaire, la même syntaxe, le 

Imême style écrit, avec des altérations dans le son de 
la parole et des dissemblances de détail comme il s'en 
rencontre dans les ressemblances de famille. Ces 
sortes d'irrégularités étaient d'autant plus sensibles 
pour elle, qu'elle ne venait pas seulement de Paris, 
mais de la Comédie Française, cette gardienne la 

»plus sûre, la plus autorisée de la prononciation dans 
des textes impérissables devenus le trésor de la mé- 
moire publique. 

C'est sur ces textes consacrés, communs aux deux 
Conservatoires, que les changements introduits res- 
sortent davantage et que la différence de prononcia- 
tion produit les surprises les plus marquées. Mais 
une classe de déclamation théâtrale n'est pas un lieu 
où l'on puisse corriger instantanément des fautes 
d'accent. Le maître ne peut pas lancer à la fois 
l'élève dans le mouvement passionné de l'action et 
l'arrêter à chaque instant par des observations inop- 
portunes. Mlle Tordeus a donc divisé son enseigne- 
ment en deux parties : l'enseignement passionnel, si 
l'on peut ainsi dire, et l'enseignement grammatical ; 
l'enseignement en scène dans le mouvement de l'ac- 
tion et l'enseignement assis, la brochure sur les ge- 
noux, dans lequel le professeur a tout loisir pour re- 
prendre l'élève à travers sa lecture, mot par mot, et 
s'il y a lieu, syllabe par syllabe et lettre par lettre. 




PREFACE 



Le Manuel de Prononciation est comme la gram- 
maire de ce cours, et je ne saurais dire combien 
cette grammaire est intéressante. Ce n'est qu'un 
traité de prononciation, il est vrai, un appendice à 
ajouter à la grammaire française, mais Comme il est 
attachant, cet appendice qui touche à l'histoire de la 
langue française par celle des variations de son ortho- 
phonie, de la valeur que peut avoir prise ou perdue 
telle lettre dans l'expression d'un mot. Je ne dis pas 
que le bon air de l'exécution typographique, la pu- 
reté des caractères, le choix du papier, la distinction 
de l'ensemble n'y entre pas pour quelque chose. J'en 
fais mon compliment au bon goût de l'éditeur, mais 
de la première page à la dernière, l'agrément per- 
siste et reste toujours fait de curiosité, d'étude nou- 
velle et d'entretien sympathique. 

Et la méthode? demandera quelqu'un. Une mé- 
thode scientifique? Il n'y en a pas ici. Ce qui ne veut 
pas dire qu'il n'y ait pas un ordre exactement suivi. 
Il y en a un, au contraire, le plus exact comme le plus 
simple : l'ordre même de l'alphabet, qui n'est inter- 
rompu que par la séparation des voyelles et des con- 
sonnes. 

Chaque lettre est étudiée avec les particularités 
qui la caractérisent et les modifications par lesquelles 
elle passe dans la combinaison des mots. 

Il peut sembler que tout soit fini, quand on a dit 
qu'un a est un «, qu'un b est un 6, etc. Il n'en est rien. 



PREFACE 

,'a n'a pas un son unique. Il ne se prononce pas 
toujours de la même manière. A avec l'accent cir- 
conflexe est Ion» - dans âme ; sans l'accent circonflexe 
il est également long dans fable, dans Anne et dans 
Jacques. Il l'est dans les mots terminés par uns : bas, 
trépas, etc ; long encore, suivi de la consonne s lorsque 
celle-ci prend le son du z : case, vase... sauf les 
exceptions auxquelles n'échappe guère toute règle 
générale. 

Mais je n'ai pas le dessein de défigurer en l'abré- 
geant l'excellent travail de Mlle Jeanne Tordeus ; 
c'est tout entier qu'il faut le lire pour en sentir l'inté- 
rêt soutenu et l'impression aimable. 

Le Manuel et le gracieux esprit qui l'a rédigé, « il 
libro e chi lo scrisse », comme dit Dante, ne sont bien 
qu'une seule nature. Quand parle le Manuel, c'est 
Mlle Jeanne Tordeus qu'on entend, c'est elle qui s'est 
appris à elle-même ce qu'elle enseigne. Et comme on 
voit bien qu'elle s'est fait sa science par un goût pas- 
sionné pour l'étude d'abord, ensuite par le zèle géné- 
reux qui l'attache aux progrès de son jeune audi- 
toire. La leçon est douce et donnée avec la meilleure 
grâce du monde. Ni prétention, ni pédantisme, rien 
de doctoral ; et je ne cherche plus pourquoi le Ma- 
nuel de Prononciation est une lecture si sympa- 
thique : c'est que celle qui l'a écrit, on le sent bien, 
est heureuse de communiquer à ses élèves tout ce 
qu'elle a appris pour elles. Son livre est une œuvre 




XII PRÉFACE 

d'affectueux dévouement, la lente élaboration d'un 
devoir scrupuleusement accompli. L'art est une 
grande chose, mais le devoir en est une aussi. Si 
Mlle Tordeus n'est pas la tragédienne qu'elle avait 
dû être devant le public, elle forme pour lui des tra- 
gédiennes en qui elle se succède à elle-même ; elle 
aime leurs succès comme s'ils étaient les siens, et sans 
les envier les conduit par la main jusque sur la scène 
de la Comédie-Française. 

Ce dont je ne saurais trop louer Mlle Tordeus, c'est 
qu'elle n'égare jamais ses écoliers qui ne sont pas 
plus que des écoliers au début ; c'est que l'instruction 
ne déplace pas le but, quand c'est la leçon de lecture, 
et ne vise pas plus haut ni plus loin que la correction 
due à l'oreille. 

Elle ne les prend pas pour juges, ces écoliers, dans 
la question plus vivement qu'utilement controversée 
de la réforme orthographique ou ortografique. Elle 
ne propose pas de déclarer hors la loi l'orthographe 
française encore en exercice de nos jours. 

Elle ne lance pas non plus l'anathème contre les 
iconoclastes de l'ancienne orthodoxie. Elle ne les 
condamne pas. Elle ne les juge pas. Elle ne dit pas 
non plus qu'elle se récuse. Il semble qu'elle ne veut 
pas connaître cette agitation des docteurs dissidents 
de l'Ecole française. Permis à la France, à la France 
de Paris de faire ses révolutions. Pour être plus qu'à 
demi Française, elle ne se sent pas encore le même 



PREFACE XIII 

Iroit. Elle s'en tient à celui de défendre la langue 
qu'elle a apprise de nos grands poètes et parlée de 
pair avec nos grands artistes. 

Mlle Tordeus a fait pour l'étude de la langue fran- 
çaise un petit livre plus heureux que bien d'autres 
et qui durera plus longtemps qu'eux aussi, car il 
restera parmi les documents les plus rares et les plus 
certains à consulter pour l'histoire de la phonétique 
française. 



Edouard Thierry. 




INTRODUCTION 



e public s'imagine généralement que bien dire 
est un don de nature où l'étude n'entre pour rien 
ou presque rien. C'est là une erreur: bien dire est 
un art qui a sa technique, et une technique assez 
compliquée. 

Prononcer purement, assouplir ou renforcer 
son articulation, apprendre à se servir de sa voix, 
en varier les inflexions pour éviter la monotonie, 
savoir respirer à propos, donner enfin à sa parole 
un mouvement tantôt lent, tantôt vif, selon le senti- 
ment dont on est animé, tout cela est du domaine 
de la diction, tout cela s'enseigne et peut s'acquérir 
plus ou moins facilement, suivant que l'on est plus 
ou moins bien doué. 

Chaque partie de cette longue énumération sur 
"art de bien dire correspond à un travail spécial. 




INTRODUCTION 



Essayer de vaincre toutes ces difficultés à la fois, 
c'est chercher inutilement, dans un autre ordre 
d'idées, à rompre le faisceau de dards de la fable : 

De ces dards joints ensemble un seul ne s'éclata, 
tandis que pris séparément 

... on les rompt sans effort. 

Prononcer distinctement doit être la première 
étude dans l'art de la parole. Lorsqu'on est habi- 
tué, depuis l'enfance, à dénaturer les sons d'une 
langue, il est bien difficile de se plier tout d'un 
coup aux exigences d'une bonne prononciation. 
Ce n'est qu'au moyen d'exercices réitérés, d'un 
travail persévérant, qu'on parvient à se corriger 
de ses défauts. 

Les meilleures leçons de prononciation, les plus 
efficaces, sont certainement les leçons orales; les 
exemples donnés par le professeur frappent 
l'oreille de l'élève alors que l'écriture, impuissante 
à rendre le son, ne s'adresse qu'à ses yeux. Ccpenr 
dant si le livre ne vient en aide à la mémoire, on 
oublie vite la règle donnée. 

J'ai aonc tâché de reunir ici, sous une forme 
très élémentaire, les principales lois du langage 
parlé, auxquelles tout bon diseur doit se sou- 
mettre comme l'écrivain se soumet aux lois ortho- 
graphiques du langage écrit. Un manuel de règles 



INTRODUCTION 



d'ailleurs nécessaire dans un pays où l'accent 
est si souvent contraire à la phonétique française. 

On m'objectera qu'en France, chaque province 
a son accent particulier, plus accusé encore au 
Midi qu'au Nord. C'est vrai; mais il est vrai 
aussi que, partout en France, la société d'élite 
cherche à épurer sa prononciation et vise à parler 
comme on parle à Paris dans les milieux où l'on 
s'exprime bien, et non comme à Marseille ou à 
Bordeaux. 

Pour le plus grand nombre, bien parler est un 
luxe; pour ceux qui s'adressent au public, c'est 
une nécessité. Je voudrais que l'art de dire fût à 
la portée de tous; que les instituteurs, que les 
institutrices se pénétrassent des règles établies, 
pour les transmettre à leurs élèves. Ceux-ci en 
feraient plus aisément l'application, s'ils enten- 
daient toujours bien parler autour d'eux, le lan- 
étant affaire d'imitation. 



Chaque langue a ses habitudes de 
prononciation, son système de sons. 
A. Dakmesteteu. 




DES VOYELLES 



Il faut commencer par étudier les diverses 
manifestations de la voix dans l'émission des 
voyelles ; ne pas les confondre dans le langage 
comme on le fait fréquemment en Belgique où le 
son long est presque toujours substitué au son 
bref et le son bref au son long. On dit couram- 
ment ici : 

voter pour voter. ,= *^ 

coter (à la Bourse) „ coter. 

sale (malpropre) „ sale. 

et vice-versâ : 

rolle pour rôle. 

drolle „ drôle. 

Le changement qui, dans ces mots, n'affecte 




MANUEL 



que l'oreille, en d'autres cas altère le sens; par 
exemple : lâche (devoir) prononcé tache, éveille 
l'idée de souillure; cote (taux de la Bourse), pro- 
noncé côte, indique un chemin montueux. 

Que l'élève s'exerce donc à respecter les 
accents, ce sera un grand pas de fait ; les accents 
ont des règles fixes et l'on ne peut les placer ou 
déplacer arbitrairement sans choquer les oreilles 
françaises. Le temps apporte sans doute des 
modifications aux lois établies; on doit s'y con- 
former et, comme dit Molière: 

« Suivre ce que l'usage y fait de changements » (i). 

Autrefois, on supprimait l'accent dans de'sir 

(i) A. Darmesteter, dans son savant ouvrage sur 
la Vie des mots (pages 77, 78 et 94), nous signale les 
changements de sens, plus importants encore que les 
changements de prononciation, que certains mots ont 
subis avec les années : « Le progrès, dans les condi- 
tions matérielles de l'existence, paraît avec le sens 
nouveau de « viande » qui, de nourriture en général, 
arrive à désigner spécialement la nourriture de la 
chair des animaux. « Libertin, » au xvne siècle, est un 
libre penseur: depuis, homme de mœurs légères; 
« dame » et « demoiselle », appliqués à des femmes 
mariées, désignaient des degrés dans la hiérarchie 



DE PRONONCIATION 



II 

ce 



et l'on disait dezir ou d'zir; on prononçait Aké- 
ron pour Achéron, pognard pour poignard, 
potrine pour poitrine, tu-yau pour tuyau, etc.; 
aujourd'hui, tout cela paraît suranné. 

Les lettres qui composent notre alphabet sont 
ommunes à bien des peuples, mais la pronon- 
ciation de ces lettres diffère souvent. Ainsi, la 
voyelle a se prononce ^en anglais; u se prononce 
ou en italien. Les méridionaux ne connaissent 
guère le son de Ye muet qu'ils prononcent comme 
un é fermé. 

Le son des voyelles françaises se modifie selon 
que ces voyelles sont surmontées d'un accent 

sociale. « Librairie » a commencé par signifier biblio- 
thèque, sens conservé dans l'anglais library. Le mot 
« bureau », qui désignait d'abord une sorte de bure ou 
étoffe de laine, signifia d'abord le tapis qui couvre 
une table à écrire, puis la pièce où cette table est 
placée et, finalement, les personnes qui se tiennent 
dans cette pièce ou à cette table. « Grève », sable au 
bord de la rivière, spécialement à Paris la place de 
l'Hôtel-de-Ville (au bord de la Seine), plus spéciale- 
ment « faire grève », se tenir sur la place en attendant 
d'être embauché ; par extension, «faire grève», re- 
fuser de travailler, d'où : « les grèves des ouvriers, 
une industrie ruinée par les grèves. » 



MANUEL 



aigu, d'un accent grave ou d'un accent circon- 
flexe. Il se modifie encore dans la réunion des 
voyelles entre elles ou dans leur jonction avec 
les consonnes; par exemple, les voyelles réunies 
a,u = au; e, a, u = eau forment le son simple de 
Yo long. 

Pour ceux qui seraient tentés de trouver exces- 
sive la variété de sons des voyelles françaises, 
nous opposerons à l'a français, Va anglais qui a 
tantôt le son de Va, tantôt le son de Yo et tantôt le 
son de Yè. Exemple : 

a large hall, qu'on prononce : é forage kôle. 

Nous allons parcourir successivement toutes 
les voyelles simples et composées, sans nous 
arrêter trop aux nuances, faciles à saisir dans 
l'enseignement verbal, mais que le livre ne sau- 
rait rendre. Ainsi, pour les voyelles a et o, il est 
certain qu'entre Ya et Yo brefs et Y a et Yo graves 
il y aurait place pour un son intermédiaire qui 
correspondrait à Yè ouvert moyen différent de Yê 
très ouvert. Prenons les mots compas et pâle, 
vieillot et alcôve, classés parmi les a et les o gra- 
ves; on ne peut en établir la différence phonéti- 
que que par la voix. 

Avant d'entrer dans le détail des sons, disons 



DE PRONONCIATION 



que tout le langage consiste dans les diverses 
modifications et combinaisons que subissent les 
voyelles,soit entre elles, soit avec les consonnes. 

Il faut donner aux voyelles l'intonation accep- 
tée par Paris. " Paris, dit Legouvé (i), donne la 
loi en fait de voyelles. Toutes les provinces, et 
surtout les provinces méridionales, ont, en pro- 
nonçant les voyelles, un accent qui prête au 
ridicule. „ 

Par " Paris „, nous pensons que M. Legouvé 
veut dire l'Académie française, la Comédie Fran- 
çaise et le Conservatoire, car l'accent parisien 
n'est pas lui-même sans défaut. Le peuple, à Paris, 
change volontiers les a en è et prononce Me'dème 
pour Madame, voèr pour voar (voir), etc. 

Etablissons d'abord la différence qu'il y a entre 
les voyelles longues et les voyelles brèves, cha- 
cune prise isolément; nous nous occuperons 
ensuite des consonnes. Les règles afférentes à 
la prononciation seront suivies de listes de mots, 
de phrases et d'une lecture sur lesquelles l'élève 
devra s'exercer. C'est en répétant tout haut et 
souvent les exemples donnés que l'oreille se 
rendra maîtresse des sons, de manière à n'en 
plus permettre l'altération. 

(i) L'Art de la Lecture, p. 51. 






10 MANUEL 



De la voyelle A 



La voyelle a a deux sons : le son bref et le son 
long. 

En général, Va sans accent est bref: obstacle, 
spectacle. 

Ua surmonté d'un accent circonflexe est long: 
âge, tâche. 

Pour donner à Va un son clair et bref, il faut 
ouvrir la bouche et lancer la voix près des lèvres. 

Pour Va grave, au contraire, le son frappe le 
palais, au fond de la bouche, et est presque gut- 
tural. 

(Le professeur donne l'exemple et l'élève répète 
plusieurs fois les mots indiqués ci-dessous.) 

A LONG A BREF 

âge. mariage, 

âme. madame, 

âtre. quatre, 

bâche. bachelier. 



DE PRONONCIATION 



1! 



bâton. 

bâle. 

câble. 

châsse. 

gâteau. 

mânes. 

mâtin. 

pâle. 

Pâques. 

pâte. 

râle. 

tâche, etc. 



bateau. 

bal. 

cabale. 

chasse. 

galet. 

manne. 

matin. 

pal. 

opaque. 

patte. 

spirale. 

tache, etc. 



Cette règle, si simple, n'offre aucun embarras; 
un peu d'attention et quelques exercices à haute 
voix suffisent pour la mettre en pratique. La dif- 
ficulté n'existe que pour les a sans accent et que 
l'usage veut qu'on prononce longs. 

où l'a est dépourvu d'accent et que l'usage veut 
qu'on prononce long : 

diable, 
fable, 

sable, sabler, 
esclave, 
espace, 



se prononce 


diable 


» 


fable. 


» 


sable, sabler 


» 


esclave. 


M 


espace. 




MANUEL 



se prononce 



flamme, 

jadis, 

maçon, 

cadre, cadrer, 

rare, 

baron, baronne, 

parrain, marraine, 

larron, 

marron, marronnier, 

barrière, 

carrière, 

miracle, . 

oracle, 

passage, 

passant, 

carrosse, 

carré, se carrer, 

se cabrer, 

accabler, 

délabrer 

gagner, 

narrer, 

navrer, 

acclamer, 



flâme. (i). 
jadis, 
maçon, 
cadre, cadrer, 
rare. 

baron, bârone. 
pârain, mârainc. 
lâron. 

mâron, mâronicr. 
bârière. 
cârière. 
miracle, 
oracle, 
passage, 
passant, 
cârosse. 
câre', se cârer. 
se cabrer, 
acâbler. 
délabrer 
gagner, 
nârer. 
navrer, 
aclâmer. 



(I) Les lettres qu'on ne prononce pas sont suppri- 
mées dans la figuration phonétique. 



DE PRONONCIATION 



déclamer, se prononce déclamer. 



proclamer, 

réclamer, 

damner, 

condamner, 

Anne, 

Marianne, 

Jeanne, 

Jacques, 



proclamer. 

réclamer. 

dâner. 

condâner. 

Ane. — 

Mariâne. 

Jane. 

Jaques. 



Remarque. — Les substantifs des derniers 
verbes ci-dessus: acclamer, déclamer, etc., sui- 
vent la règle des mots terminés en ation (voir 
page 16), mais l'a indiqué comme long dans les 
verbes devient alors bref. 

A est long dans les mots terminés en AS, que 
les noms soient communs ou propres : 

ananas, se prononce ananâ. 

bas, „ bâ. 

bras, „ brâ. 

chasselas, „ chassekï. 

coutelas, „ coutelâ. 

damas, „ dama. 

embarras, „ embarâ. 

en-cas, „ en-kâ. 



14 


MANUEL 




falbalas, 


se prononce 


falbala. 


fatras, 


n 


fatrâ. 


frimas, 


!t 


frima. 


galetas, 


» 


galetâ. 


Judas, 


» 


Judâ. 


là-bas, 


» 


la-bâ. 


lilas, 


» 


lilâ. 


matelas, 


» 


matelâ. 


repas, 


)) 


repâ. 


Nicolas, 


» 


Nicolâ. 


pas, 


» 


pâ. 


tas, 


n 


ta. 


Thomas, 


n 


Thomâ. 


trépas, etc., 


< » 


trepâ, etc. 



A est long quand il est suivi de la consonne S 
qui se prononce comme un z : 



base, 



se prononce bâze. 



case, 


n 


caze. 


phase, 


n 


fâze. 


phrase, 


» 


frâze. 


vase, 


» 


vâze. 


brasier, 


n 


brâzier. 


casier, 


n 


câzier. 


embraser, 


n 


embrâzer. 


embrasement, etc. 


» 


etnbrâzement, etc 




DE PRONONCIATION 



'5 



Excepté les mots suivants qu'on prononce 
avec l'A bref: basalte, basane, basilic, basilique, 
casanier, caserne, casemate, casuiste, et tous les 
dérivés de ces mots. 

Presque tous les mots terminés en AILLE ont 
le son long, ainsi que quelques-uns en AILLER: 

bataille, se prononce bataille. 

entrailles, „ entrailles. 

grisaille, „ grisaille. 

marmaille, „ marmaille. 

paille, „ paille. 

rele vailles, „ rele vailles. 

rocaille, „ rocaille. 

semailles, „ semailles. 

trouvaille, „ trouvaille. 

victuailles, „ victuailles. 

cailler, „ cailler. 

empailler, „ empailler. 

rimailler, „ rimailler. 

tailler, etc., „ tailler, etc. 

Mais on prononce brièvement : 

Assaillir ; batailler, émailler, médaille, médail- 
ler, travailler, tressaillir. 




16 MANUEL 



Les mots masculins en AIL sont brefs : 

Bail, camail, émail, éventail, portail, soupirail, 
travail, vantail, etc. 

A est long dans les mots terminés en ASION 
ASSION et ATION : 

occasion, se prononce ocâsion. 

passion, „ passion. 

compassion, „ compassion. 

affectation, „ afectâtion. 

déclamation, „ déclamation. 

incantation, „ incantation. 

nation, „ nation. 

proclamation, „ proclamation. 

situation, „ situation. 

station, etc. „ station, etc. 

A devant SS est bref: 

Chasse, classique, liasse, mélasse, débarrasser, 
embrasser, finasser, que j 'aimasse, que tu par- 
lasses, que nous allassions, que vous dessinas- 
siez, qu'ils mangeassent, etc. 

Par exception, il est long dans les mots sui- 
vants : 

Basse, contrebasse, classe, classer, déclasser, 
lasse, lasser, délasser, tasse, tasser, entasser, 






DE PRONONCIATION 



>7 



passe, passer, dépasser, repasser, surpasser, 
outrepasser, compasser , casser, concasser, amas- 
ser, ramasser. 



«;p 



Les mots anglais, quoique francisés 



se prononcent 



square, 
skouère, 



quaker, yacht, 
kouèker, yott. 



L'usage au Yachting-Club veut qu'on pro- 
nonce yott au lieu deyak,qui est la prononciation 
donnée par quelques dictionnaires. 






AO 



On supprime la lettre A dans les mots sui- 
vants : 

curaçao se prononce curaço. 
Saône „ Sône. . 

Mais dans faon, Laon, paon, taon, faonne, 
Laonnois, paonne, c'est la voyelle o qui est 
retranchée, et le son nasal se fait entendre : fan, 
Lan, pan, tan (i); puis la nasalité disparaît et 

(i) Prononciation définitivement fixée par l'Aca- 
démie française dans la dernière édition de son dic- 
tionnaire (1877)- La précédente faisait prononcer 
ton. 






18 MANUEL 

l'A reprend sa valeur simple pour fane, Lanot, 
pane. 

Le mot août se prononce diversement Les uns 
tiennent pour ou, d'autres pour a-ou; quelques- 
uns disent a-out, comme s'il y avait un e muet à 
la fin. 

Vers le xm e siècle, août se prononce en deux 
syllabes et s'écrit avec une 5.- a-oust; quelque- 
fois aussi avec une h: a-houst. Au xvr siècle, 
Rabelais et Ramus comptent ce mot pour une 
syllabe, et La Fontaine en fixe la prononciation 
au siècle suivant. Il écrit : 

Je vous paîrai, lui dit-elle, 
Avant Yoût, foi d'animal. 
Remuez votre champ dès qu'on aura fait Yoût. 

Cette prononciation est encore aujourd'hui 
celle de l'Académie. Mais la Comédie Française 
a voulu revenir à l'antique usage, et, après déli- 
bération, elle a décidé de prononcer a-ou et non 
ou. Il lui a semblé plus euphonique de dire: " la 
nuit du 28 au 29 a-ou, que la nuit du 28 au 29 vou. 
(Lady Tartufe, comédie de M me de Girardin, 1853.) 

Aoûter se prononce toujours a-oûter. 

Les deux lettres a o gardent chacune leur son 
•dans Bilbao, cacao, chaos, Phaon, Pharaon. 



DE PRONONCIATION 



19 




Exercice sur l'A bref et sur l'A long 
dépourvu d'accent. 

Porte-drapeau, mon camarade, 
Au combat comme à la parade, 
Ton chemin est notre chemin. 
C'est un fier poste que ton grade : 
Porte-drapeau, mon camarade, 
Tu tiens la France dans ta main. 

Nous irons où tu veux qu'on aille. 
Vois cette foule qui tressaille ; 
Ils sont passés, les jours de pleurs, 
Et, viennent les jours de bataille, 
Nous irons où tu veux qu'on aille 
Faire acclamer nos trois couleurs. 

(DÉROULÈDE.) 



20 MANUEL 



Exercice de lecture 

sur les différentes sortes d'à dont l'élève doit 
faire l'application : 

Homère a du théâtre enseigné les mystères : 
Pathétique, grandeur, passions, caractères, 
Un dialogue vrai, rapide, vigoureux, 
Les préparations, les contrastes heureux, 
La science du cœur, l'émotion, la flamme, 
Tout ce qui donne au drame enfin la vie et l'âme 
Dans les livres d'Homère apparaît à nos yeux : 
Victorieux du temps, ces livres précieux 
Sont le code éternel de la race choisie, 
Noble amante des arts et de la poésie. 

Quand l'aveugle divin, las de l'adversité, 
Alla chercher aux cieux l'immortelle clarté, 
La mort n'atteignit point le flambeau de sa gloire : 
Ses vers lui survivaient dans plus d'une mémoire. 
Parcourant les cités et les bourgs et les champs, 
Des hommes récitaient des lambeaux de ces chants, 
Et, réunis autour de ces bardes antiques, 
Les Grecs leur prodiguaient des clameurs sympa- 
thiques. 
Samson (i). 

(t) L'Art théâtral, Chant huitième, p. 217. 



DE PRONONCIATION 21 






AI 



Orthographe actuelle de la diphtongue oi qui 
s'est substituée à l'ancienne par suite du change- 
ment de prononciation. 

" Le nom du peuple français se prononçait et 
s'écrivait comme le nom propre françois; qu'il 
paroisse se confondait avec la paroisse. On pré- 
tend que cette prononciation a changé lors de 
l'arrivée de Catherine de Médicis. Le son oi 
n'existant pas en Italien, la reine et les Italiens 
qui l'accompagnaient prononçaient ces mots à 
l'italienne \francese, qu'il paresse. Cette pronon- 
ciation, adoptée bientôt par les courtisans, ne 
tarda pas à devenir générale, bien que l'ortho- 
graphe restât la même. Il paraît que Racine est 
le premier qui, faisant concorder l'orthographe 
avec la prononciation, se soit écarté de l'ortho- 
graphe ancienne, en remplaçant oi par ai dans 
sa préface de la Thébaïde. Voltaire n'est donc pas 
le réformateur, mais le vulgarisateur de la 
réforme, et, à ce titre, il a mérité l'honneur d'y 
attacher son nom. On dit encore aujourd'hui : 
l'orthographe de Voltaire. Cependant, elle n'a 




22 MANUEL 



été définitivement adoptée par l'Académie que 
dans son édition de 1835. „ (1) 

Nous donnons les différentes prononciations 
de ces voyelles réunies (page 32). 



(I) LAROUSSE, Grand Dictionnaire : Ai. 




DE PRONONCIATION 



23 




De la voyelle E 



Ué est la voyelle qui subit le plus de modifica- 
tions dans le son. 

L'Académie en compte trois : e muet, e fermé, 
e ouvert. Les illustres solitaires de Port-Royal 
en reconnaissaient quatre; Duclos en a trouvé 
cinq; le dictionnaire de Trévoux, six; enfin, dans 
l'Encyclopédie, Dumarsais en a fait monter le 
nombre jusqu'à neuf. Nous nous en tiendrons, 
aux quatre sons classiques suivants : 

E, É, È, Ê. 

e muet et quelquefois nul, 

é fermé, 

è ouvert, 

ê très ouvert. 

(Les différents sons de YE doivent être absolument 
donnés à haute voix par le professeur à l'élève ; la 
nuance à établir ne pouvant guère être perçue que 
par l'oreille. Le maître prononce, l'élève répète e, 
é, è y ê). 




24 



MANUEL 



De PE muet 

Pour émettre le son de Ye muet, il faut ouvrir 
la bouche moins que pour Ya et avancer un peu 
les lèvres. 

L'e n'est muet, à proprement parler, que quand 
il est nul, c'est-à-dire quand on ne l'entend pas, 
comme dans: vousf'rez, bul'tin, Hug'not. On est 
néanmoins convenu de donner ce nom à Ye qui 
a le son de Y eu bref: le livre, le pesage, la besace, 
le denier. Dans le chant, Ye nul n'existe pas; il a 
toujours le son de Ye muet (eu bref), sauf par éli- 
sion, c'est-à-dire lorsqu'on supprime Ye muet 
final d'un mot devant un autre mot commençant 
par une voyelle ou une h non aspirée : 

père infortuné, qui se prononce: pèr' infortune. 
flamme horrible, „ flâm'orrible. 

Dans le langage parlé, E est nul dans une 
quantité de mots, tels que : 



bouq'tière. épic'rie. maintenant, 

brass'rie. facilement. nul'ment. 

crêm'rie. fauss'ment. riv'rain. 

coutel'rie. grossier' ment, seul'ment. 



DE PRONONCIATION 



emp'reur. 

en ter' ment. 



laifrie. 
lot'rie. 



souv rain. 
etc., etc. 



Il est encore nul dans les phrases quand deux 
syllabes muettes se rencontrent, par exemple : 

je l' dis; ce d'voir est fait; le p'tit Poucet, etc. 

. S'il y a trois, quatre, cinq ou six syllabes de ce 
genre, on élide soit la seconde, soit la quatrième 
et la sixième : 

je n' le dis pas; ne l' redites pas; je n' te 
l' défends pas; ne m' le r' dites pas; de c' que 
/' te r'dis, etc. 

Remarque. — D'après les exemples ci-dessus, 
on voit qu'il ne peut y avoir deux e muets de 
suite dans la prononciation française. On ne fait 
entendre qu'un e muet sur deux en commençant 
ordinairement par le premier. Cependant, dans 
les phrases suivantes, il faut se garder d'élider la 
seconde syllabe muette : un verr' de vin, et non : 
un verre d'vin; un homm' de bien, et non : un 
homme d'bien; Ye de la préposition doit toujours, 
dans ce cas, être bien articulé. 

E se fait entendre dans : 

Atelier, appartement, chancelier, chapelier, fai- 



26 MANUEL 

blement, gouvernement, justement, lourdement, 
parlement, parvenu, proprement, sommelier, etc. 

(Nous nous bornons à ces quelques exemples, l'élève 
pouvant toujours, dans les cas douteux, avoir recours 
au professeur.) 

Quelques personnes suppriment Ye de serrure 
et l'accent de réponse et disent : une s'rure, une 
réponse, au lieu de: une serrure, une réponse. 
Cette prononciation est des plus défectueuses. 

De même pour le préfixe RES, où l'E doit se 
prononcer comme un E muet {eu bref), et non 
comme un è ouvert. Il ne faut pas dire : 

rassembler, mais re ssembler. 
ressentir, „ re ssentir. 

ressentiment, „ re ssentiment, etc. 

Ce n'est que dans le corps des mots que l'E 
suivi de SS prend le son de l'E ouvert moyen : 

pressentiment se prononce pressentiment. 
blessure, „ blessure. 

caresser, ,, caresser, etc. 



DE PRONONCIATION 



27 






EU (i) 



EU a deux sons : celui de Yen bref, que nous 
assimilons à Ye dit muet, et celui de Y eu long. 

EU se prononce quelquefois aussi U. 

EU a le son bref dans les mots en FEU, 
ŒUF, EUR, ŒUR, EURE et EUVE : 

Neuf, veuf, bœuf, œuf, bonheur, peur, cœur, 
sœur, demeure, heure, fleuve, preuve, etc. 

Il est également bref en EUL et EULE : 

Aïeul, bisaïeul, épagneul, filleul, glaïeul, linceul, 

(1) Anciennement, dans certains mots, le son en 
s'écrivait ue : buef pour bœuf il puet pour il peut, 
dueil pour deuil, etc. Cette vieille orthographe se 
retrouve dans : accueil, cueillir, recueil, etc., qu'on 
prononce aujourd'hui comme autrefois avec le son 
de Yen. Par contre, alors eu avait parfois le son de 
.'m; on orthographiait seur, seurement, receu, veu, 
etc., qu'on prononçait, à Paris : sûr, sûrement, reçu, 
vu. Les Normands et les gens de Chartres disaient : 
recéu, véu, etc. 

C'est par habitude traditionnelle, sans doute, que 
quelques Parisiens disent encore aujourd'hui : Ugène 
pour Eugène, Ustache pour Eustache. 




28 MANUEL 

seul, tilleul, trisaïeul, bégueule, gueule, et tous les 
féminins des mots ci-dessus en eul. 

Exceptions : Meule, veule se prononcent meule, 
veille. 

EU est bref aussi dans certains mots tels que : 

Aveugle, jeune, jeunesse, peuple, veuvage, etc. 

EU a le son long : 

i° Au commencement des mots : 

Euphonie, euphémisme, Euménidcs, Eucharis- 
tie, eucalyptus, etc. 

2 A la fin des mots : 

Adieu, cheveu, neveu, feu, lieu, peu, jeu, etc. 

3° Devant les consonnes TR : 

Calfeutrer, feutre, neutre, neutraliser, pleutre, 
etc. 

4° Devant S ayant le son du Z et devant X : 

Menteuse, nerveuse, voleuse, glorieux, haineux, 
vertueux, etc. 

EU est long dans : 

Ameuter, beugler, émeute, jeudi, meute. 



DE PRONONCIATION 



2 9 



EU a le son de TU au passé défini et au parti- 
cipe passé du verbe avoir : 



j eus, 


nous eûmes, 


j ai eu, 


tu eus, 


vous eûtes, 


tu as eu, 


il eut, 


ils eurent, 


il a eu, etc. 



De PÉ fermé 



il eu 

EU a également le son de TU dans le mot 
gageure, que l'on prononce : gajurç. 

Pour prononcer IV fermé, il faut que la bouche 
reste presque fermée : 

Aménité, café, témérité, vérité, etc. 

Tous les substantifs et adjectifs terminés par 
ER, lorsque la consonne finale r ne se fait pas 
entendre, ont le son de l'É fermé, sans excep- 
tion : 

Abricotier, boucher, charcutier, drapier, épi- 
cier, financier, gravier, héritier, imagier, jujubier, 
lancier, menuisier, néflier, officier, pommier, 
quartier, ramier, tapissier, usurier, vannier, der- 
nier, grimacier, grossier, premier, etc., etc. 



f- 



\ 




30 MANUEL 

Ainsi que tous les verbes de la première 
conjugaison : 

Aimer, chanter, jeter, prier, etc. 

Les mots terminés en EZ ont également le 
son de l'É fermé, ainsi que les secondes per- 
sonnes du pluriel de tous les verbes à tous les 
temps : 

Assez, chez, nez, 

Vous aimez, vous criez, vous rendez, 
Que vous riiez, que vous prissiez, etc. 

L'É est généralement fermé quand il com- 
mence un mot et qu'il est suivi de deux con- 
sonnes: effacer, éfacé; ennemi, énemi. 

Il est ouvert quand il est suivi de la double 
lettre r et /.- erreur, erreur; elle, èle, etc. 



De l'È ouvert et de l'E très ouvert. 

Pour émettre le son de Ye ouvert, il ne faut 
qu'ouvrir la bouche simplement et prolonger un 
peu le son pour l'accent circonflexe. 

On sait que Ye surmonté d'un accent grave a 



DE PRONONCIATION 31 

le son de Yè ouvert et qu'il est encore plus ouvert 
lorsqu'il est surmonté d'un accent circonflexe ê: 



père, 


succès, 


fidèle, 


fête, 


mère, 


procès, 


modèle, 


tête, 


frère, 


excès, 


stèle, 


bête, etc. 



(L'élève cherchera de lui-même des mots surmontés 
de ces accents et appliquera à haute voix la règle 
donnée.) 

L'E des mots en ÈGE, surmonté autrefois d'un 
accent aigu et qui, néanmoins, se prononçait 
grave, a fini par prendre l'accent de sa pronon- 
ciation. On dit et l'on écrit aujourd'hui avec Yè 
ouvert. 

Collège, siège, piège, /abrège, etc. 

L'E est toujours ouvert dans les monosyl- 
labes suivants : 



mes, 


mè. 


ces, 


ce. 


tues, 


tu è 


tes, 


tè. 


les, 


le. 


il est, 


il è. 


ses, 


se. 


des, 


de. 







L'E est ouvert dans les mots terminés par 
ET: 

ballet, balè. maillet, maillé. 




banquet, 


banque. 


muet, 


mue. 


baudet, 


baud'e. 


objet, 


objè. 


cadet, 


cadè. 


poignet, 


poigne. 


caquet, 


caque. 


reflet, 


reflè. 


guet, 


guè. 


regret, 


regrè. 


juillet, 


juillè. 


sujet, 


sujè, etc. 



Exception : La conjonction et a le son de IV 
fermé. 

L'E est ouvert quand la consonne qui le suit 
se prononce : 

fer, fer. 

mer, mer. 

hier, ièr. 

hier, fier. 



avec, av'ek. 
grec, grek. 
chef, chef. 
grief, grïef. 
autel, otèl. 
■Babel, Babel. 



serre, 

terre, 

cet, 

net, 

éther, étèr. Lopez, Lopèz. 
pater, patèr. Suez, Suez, etc. 



s'ere. 
tère. 
cet. 
net. 



AI 

AI a tantôt le son de l'È ouvert, tantôt le son 
de l'É fermé, et quelquefois celui de l'E muet. 

AI a le son de l'E ouvert dans les substantifs 
-et les adjectifs, à la fin, au commencement et 
dans le corps des mots : 



bai (cheval) bè. 



aise, 



ese. 



DE PRONONCIATION 



33 



balai, 


bal'e. 


minerai, 


mirierè 


remblai, 


remblè. 


vrai, 


vrè. 


aide, 


ede. 


aire, 


ère. 


Exception 


: gai et 


que. 





braise, brèse. 

douaire, douère. 
douairière, douèrière (ij 

laide, lède, 

maison, meson. 
salaire, saler e, etc. 
gai et quai se prononcent : gué et 

AI a le son de l'E fermé à toutes les pre- 
mières personnes du singulier du passé défini 
des verbes de la première conjugaison, à la pre- 
mière personne du futur des verbes des quatre 
conjugaisons et à la première personne de l'in- 
dicatif présent du verbe avoir : 

J'ai, fe. 

j'aimai, j'aime. 

; e créai, je crée. 

e dansai, je danse. 

j'agitai, j'agite. 

je parlai, je parlé. 



j'aimerai, j' aimer é. 
je finirai, jefiniré. 
j'écrirai, j' écrire'. 
je recevrai, je recevré. 
je verrai, je vèré. 
je prendrai, je prendre. 
etc., etc. 



je trouvai, je trouvé. 

AI a le son de l'E muet : 

i° dans le verbe faire et ses composés : à la 

(i) Doitarière est l'ancienne prononciation. 




34 MANUEL 

première personne du pluriel de l'indicatif 
présent : 

Nous faisons, se prononce nous fesons. 

et à l'imparfait de l'indicatif : 

je faisais, se prononce jefesats. 

tu faisais, „ tufesais. 

il faisait, „ ilfesait. 

nous faisions, „ nous f estons. 

vous faisiez, „ vous/estez. 

ils faisaient, „ ilsfesaienl. 

2° dans les mots suivants : 

faisan se prononce fesan. 
faiseur, „ feseur. 

faiseuse, „ feseuse. 

bienfaisant, „ bimfesant. 

malfaisant, „ malfesant. 

Cette prononciation est conforme à l'ancienne 
orthographe ijefesais, tu fesais, etc. Mais la ten- 
dance actuelle de vouloir prononcer comme on écrit 
amènera peut-être à dire ces mots avec le son de Vè 
ouvert que quelques personnes ont déjà adopté. 

AIE a toujours le son de l'E ouvert à la fin 

des mots : 

Baie, se prononce bè. 



DE 


PRONONCIATION 


35 


futaie, 


se prononce 


futè. 


haie, 


» 




hè. 


ivraie, 


» 




ivre. 


monnaie, 


» 




morie. 


orfraie, 


h 




orfrè. 


plaie, 


» 




plè, etc. 


Excepté l'adjectif féminin 


gaie, guée. 



AID, AIS, AIT, AIX, AIENT à la fin des 

mots, invariables ou non, ont le son de l'È 
ouvert : 



laid, 


se prononce 


le. 


dais, 


» 


de. 


mais, 


» 


me. 


jamais, 


)> 


Jamè. 


palais, 


» 


paie. 


distrait, 


» 


distrè. 


trait, 


n 


trè. 


faix, 


n 


fè. 


portefaix, 


)> 


portefè 


paix. 


» 


pè, etc. 



ainsi qu'à toutes les personnes du singulier et 
du pluriel des temps des verbes qui ont ces ter- 
minaisons : 

je fais, se prononce je fè. 




36 



MANUEL 



tu fais, se prononce 

il fait, „ 

je parlais, „ 

tu parlais, „ 

il parlait, „ 

ils parlaient, „ 

je voudrais, „ 

tu voudrais, „ 

il voudrait, „ 

ils voudraient, „ 



tufè. 
ilfè. 
je parle, 
tu parle, 
il parlé, 
ils parle, 
je voudra, 
tu voudrè. 
il voudrè. 
ils voudrè, etc. 



Exception : on prononce avec l'É fermé: 

je sais, je se. 

tu sais, tu se. 

il sait, il se. 

qu'il ait, qu'il é. 

El a le son de l'E ouvert ordinaire : 

peine, reine, Seine, 

pêne, rêne, Série, etc. 

(Que l'élève évite de prononcer : 

pain-ne, rain-ne, Sain-ne.) 

AY se prononce comme un E ouvert suivi 
d'un I dans : 



crayon, 
crèion, 



rayon, 
rciov, 



sayon, 
sèion, etc., 



DE PRONONCIATION 



37 



et dans les verbes en ayer: 

je paye, je raye, je balaye, 

que l'on écrit également : 

je paie, je raie, je balaie, 

t qu'on prononce : 

je pè-t'e, je rè-ie, je balè-ie. 

A Y garde le son de l'A suivi de I dans : 

Cypaye, Biscaye, Blaye, Hendaye, 
Cypa-ie, Bisca-ie, Bla-ie, Anda-ie. 

Remarque. — La voyelle e se prononce a dans 
les adverbes où e est suivi des deux consonnes 

m : 

apparemment se prononce apara-man. 



conséquemment, 

diligemment, 

évidemment, 

fréquemment, 

sciemment, 

violemment, 



koncéka-man. 
dilija-man. 
évida-man. 
fréka-man. 
cia-man. 
viola-man. 



La voyelle e se prononce également a dans 

femme se prononce famé. 

Rouennais „ Roua-nè. 




38 MANUEL 

solennel se prononce sola-nel. 
solennité „ sola-nité. 

solennellement „ sola-nelman. 

Les mots indemnité', indemniser, hennir, hennis- 
sement, nenni sont généralement prononcés 
maintenant avec le son de Yè. La mention: '*' on 
prononce indamn, hanir „, etc., est supprimée 
dans la nouvelle édition du dictionnaire de 
l'Académie française. 

Exercice de lecture 

sur les différents sons simples et combinés de 
l'E ouvert et de l'E fermé, dont l'élève doit faire 
l'application dans les vers suivants de Molière : 

(Le Misanthrope, acte I er , scène i re .) 

ALCESTE, 

Non, elle est générale, et je hais tous les hommes; 
Les uns, parce qu'ils sont méchants et malfaisants, 
Et les autres pour être aux méchants complaisants 
Et n'avoir pas pour eux ces haines vigoureuses 
Que doit donner le vice aux âmes vertueuses. 
De cette complaisance, on voit l'injuste excès 
Pour le franc scélérat avec qui j'ai procès. 
Au .travers de son masque on voit à plein le traître; 



DE PRONONCIATION 



39 



artout il est connu pour tout ce qu'il peut être, 
t ses roulements d'yeux, et son ton radouci, 
N'imposent qu'à des gens qui ne sont point d'ici. 
On sait que ce pied plat, digne qu'on le confonde 
Par de sales emplois s'est poussé dans le monde, 
Et que, par eux, son sort de splendeur revêtu, 
Fait gronder le mérite et rougir la vertu. 
Quelques titres honteux qu'en tous lieux on lui donne, 
Son misérable honneur ne voit pour lui personne ; 
Nommez-le fourbe, infâme et scélérat maudit, 
Tout le monde en convient et nul n'y contredit ; 
Cependant, sa grimace est partout bien venue : 
On l'accueille, on lui rit, partout il s'insinue; 
Et s'il est, par la brigue, un rang à disputer, 
Sur le plus honnête homme on le voit l'emporter. 
Tête-bleu! ce me sont de mortelles blessures, 

e voir qu'avec le vice on garde des mesures, 
Et parfois, il me prend des mouvements soudains 
De fuir dans un désert l'approche des humains. 

Les exercices de lecture, en vue de la prononciation, 
loivent être faits lentement, presque syllabiquement, 
afin de se rendre bien compte de la valeur exacte du 
son dans chaque syllabe. // n'est pas question ici 
d'expression, mais de correction. Voici un vers-type 
que l'élève appliquera à l'exercice entier : 



Non, elle est générale et je hais tous les hommes. 
Non è le gé-né-ral é je (eu bref) hè tou le z-ome. 




40 MANUEL 



De la voyelle I ou Y 



Pour prononcer ces deux voyelles qui n'en 
font qu'une, puisqu'elles ont le même son, on 
rapproche les mâchoires en écartant les coins de 
la bouche. 



I surmonté d'un accent circonflexe se pro- 
nonce longuement : 

abîme, île, gîte, dîme. 

I sans accent est presque toujours bref : 

pipe, anis, riz, Ut, écrit, maxime. 

I ne se prononce pas dans : 



4^ 



encoignure enco-gn ure. 

oignon, o-gnon. 

Y 

Y a le son de l'I au commencement, à la fin 



DE PRONONCIATION 



des mots et après une consonne : yeuse, penny, 
type, hymne, — ieuse, penni, tipe, irnne. 

Il a la valeur de deux I dans le corps des 
mots tels que : pays, essuyer, moyen, qu'on pro- 
nonce: pai-i, essui-ié, moi-ien. 



42 



MANUEL 



De la voyelle O 



Pour prononcer l'O, la bouche forme un rond; 
la voix est lancée dans Yo bref de la même façon 
que dans Va bref. 

O, avec un accent circonflexe, prend le son 
long. O sans accent prend généralement le 
son bref: 



O LONG. 

ôter. 

côte. 

hôte. 

rôder. 

rôle. 

drôle. 

pôle. 

tôle. 

aumône. 

trône. 

dôme. 



O BREF. 

voter. 

cote. 

hotte. 

corroder. 

parole. 

banderole. 

métropole. 

étole. 

anémone. 

matrone. 

économe. 



DE PRONONCIATION 



le. nôtre. notre. 

le vôtre. votre, etc. 

Remarque. — Dans les mots hôpital, hôtel, 
hôtellerie, l'O, quoique surmonté d'un accent cir- 
conflexe, a le son bref. 

RÈGLES PARTICULIÈRES A LA PRONONCIATION 
DES O DÉPOURVUS D'ACCENT. 



O suivi de TION est long : 

lotion, se prononce lotion. 

motion, „ motion. 



"\. 



émotion, 
notion, 
potion, etc. 



émotion. 

notion. 

potion. 



O est long quand il est suivi de la consonne 
S que l'on prononce z : 

se prononce chôze. 

„ clôze. 

„ dôze. 
glôze. 

„ pôze. 

„ rôze. 

„ rôzier. 

„ morôze. 




44 



MANUEL 



position, se prononce pôzition. 

exposition, „ cxpôzition. 

proposition, „ proposition. 

explosion, „ explosion. 

prosateur, „ prôzateur. 

prosodie, „ prôzodie. 

oser, „ ôzer. 

arroser, „ arôzer. 

doser, „ dôzer. 

exposer, „ expôzer. 

proposer, „ proposer. 

juxtaposer, „ juxtapôzer, etc. 

reposer, „ repôzer. 

O est long à la fin des mots : 

bravo, se prononce bravo. 

incognito, „ incognito. 

indigo, „ indigo. 

numéro, „ numéro, etc. 



et bref au commencement des mots : 

Obéissance, opéra, opulence, orage, orateur, 
oraison^ etc. 

Les mots odeur, odieux font exception; ils se 
prononcent : odeur, odieux. 



DE PRONONCIATION 



45 



O est long dans les terminaisons en OS et OT : 

dos, dô. dispos, dispô. flot, flô. 

os,(plùr.) ô. gros, grô. lot, lô. 

nos, nô. propos, propô. mot, mô. 

vos, vô. repos, repô. pot, pô,etc. 

Mais on dit avec l'O bref et l'S sonore : 

Os (sing.) o-ce, ossifier os-cifier, ossification 
os-cifikacion. 

L'O est long et l'S sonore dans : 



Argos, Argôss. 




Eros, 


Erôss. 


Albinos, Albinoss. 




Minos 


, Mivôss. 


Burgos, Burgôss. 




Paros, 


Parôss. 


O est long dans les 


mots suivants : 


arôme, se prononce 


arôme. 


atome, 


» 




atome. 


axiome, 


» 




akciôme. 


chrome, 


» 




crôme. 


gnome, 


» 




ghnôme. 


hippodrome, 


» 




hipodrôme. 


idiome, 


n 




idiome. 


tome, 


» 




tome. 


aphone, 


>t 




afône. 


amazone, 


11 




amazone. 




46 MANUEL 



Babylone, se prononce Babylône. 

pylône, „ pylône. 

polygone, „ polygone. 

zone, „ zone. 

L'O est toujours bref dans les mots terminés 
en OBE, OBLE, ODE, OGE, et OGUE, lors- 
qu'ils n'ont pas d'accent : 

Lobe, microbe, robe, noble, antipode, commode, 
mode, période, éloge, doge, loge, toge, dogue, dro- 
gue, épilogue, rogue, etc. 

(Cette règle regarde particulièrement les Belges 
qui donnent souvent le son long à la plupart de ces 
terminaisons. Rien de plus contraire à la bonne 
prononciation que de dire : dogue, loge, mode, 
robe, etc.) 

OSSE 

L'O dans cette terminaison est bref: 

Bosse, brosse, carrosse, crosse, molosse, 
rosse, etc. 

Grosse et fosse font exception, ainsi que dos- 
sier, grossier, endosser et fossé, qui doivent être 
prononcés comme s'ils avaient un accent circon- 
flexe. 



DE PRONONCIATION 



47 



AU 

AU au commencement, dans le corps et à la 
fin des mots se prononce comme O long : 



au, aux (art. contr.), ô. 


amirauté, 


amirôtc 


audace, 


ôdace. 


baume. 


dôme. 


aussi, 


ôssi. 


épaule, 


épôle. 


aussitôt, 


ôssitôt. 


joyau, 


joyô. 


autant, 


ôtant. 


noyau, 


noyô. 


auteur, 


ôteur. 


pauvre, 


pôvre. 



Exception : 

AU a le son de l'O bref dans : 

Augmenter, augmentation, autocrate, auto- 
cratie, autographe, automate, automne, autopsie, 
auréole, aurore, austère, austérité', autel,auxiliaire, 
centaure, laurier, mauvais, restaurant, Laure, 
Laurent, Maurice, Paul. 

(Littré n'admet pas ces exceptions ; il veut qu'on 
prononce : môvais, môvaise, etc. Cette prononciation 
est hors d'usage à la Comédie Française). 

L'usage veut qu'on prononce Paul bref et 
qu'on dise avec l'O long : Pôline Pauline). 




4 8 



MANUEL 



EAU 

Ces trois voyelles réunies ont le son de ÎO 
long et non celui de OU que quelques Belges lui 
donnent à tort : • 



beauté, 


bôté. 


manteau, 


mania. 


cadeau, 


cadô. 


nouveauté. 


, nouvôte. 


château, 


châtô. 


rameau, 


rainô. 


chapiteau, 


chapitô. 


seau, 


sô. 


ciseaux, 


cisô. 


tombeau, 


tomba, etc 



Π

Œ a le son de l'É fermé dans : 

œcuménique, eçuméniqué. œnophile, énofile. 

œdème, Tctème. œsophage, c'sofage. 

Œdipe, Edipe. Œta, Eta. 

œnomancie, énomancie. .fœtus, fétus. 

Œnone, Enone. Mœris, Mens, 

et celui de l'EU bref dans œil, œillet, œuvre, 
bœuf, etc. 



oo 

Lorsque ces deux voyelles se suivent, elles 



DE PRONONCIATION 



49 




ont généralement deux syllabes: Alco-ol,Bo-oz, 
co-opérer, zo-ologie. 

(Alco-ol est la prononciation de Littré et celle 
e l'Académie; cependant beaucoup de personnes 
sent alcôl sans détacher les deux o l'un de l'autre.) 

Les mots d'origine étrangère tels que Liver- 
pool, sloop, se prononcent Liverpoul, slonp. 

Exercice de lecture sur la voyelle O. 

LA ROSE 

Mignonne, allons voir si la rose 
Qui, ce matin, avait déclose 
Sa robe de pourpre au soleil, 
A point perdu cette vêprée 
Les plis de sa robe pourprée 
Et son teint au vôtre pareil. 

Las, voyez comme en peu d'espace, 
Mignonne, elle a dessus la place 
Las, las, ses beautés laissé choir. 
O vraiment marâtre nature, 
Puisqu'une telle fleur ne dure 
Que du matin jusques au soir. 

Donc, si vous me croyez, mignonne, 
Tandis que votre âge fleuronne 




MANUEL 

En sa plus verte nouveauté, 
Cueillez, cueillez votre jeunesse : 
Comme à cette fleur la vieillesse 
Fera ternir votre beauté. 



Ronsard 



DE PRONONCIATION 



51 



De la voyelle U 






Pour prononcer cette voyelle, il faut allonger 
les lèvres comme si on faisait la moue, dit 
Molière : 



u, Uj U. 

Aucune difficulté pour cette lettre simple 
quand elle est surmontée d'un accent circon- 

exe, elle se prononce longuement ; sans 
accent, le son est bref. Exemple : 



mure, 
piqûre, 



allumer, 
musique. 



(i) est généralement insonore dans les syl- 
labes gue, gui, qua, que, qui, quo, que l'on pro- 
nonce ghe,ghi, ka, ke, ki, ko : 






brigue, 
dague, 



brighe. 
daghe. 



(i) Voir PC/ aux diphtongues. 




52 


MANUEL 






exsangue, 


ekçanghe. 




narguer, 


narghé. 




vaguement, etc. 


vagh'man. 




aiguière, 


aighière. 




anguille, 


anghi-ie. 




gui (de chêne), 


ghi. 




guise (à sa), 


ghize. 




guitare, etc. 


ghitare. 




quadrille, 


kadri-ie. 


) 


quartaut, 


kartô. 


quarte, 


karte. 




quasi, 


kazi. 




quasimodo, etc. 


kazimodo. 




aqueux, 


akeu. 




equerre, 


éFère. 




loque, 


loke. 




manquer, 


manké. 




tragiquement, etc. 


tragik'man. 




quidam, 


kidan. 




quinine, 


kinine. 




quiétude, 


kiétude. 


^•— 


équinoxe, 


ékinokce. 




tranquille, etc. 


trankile. 




quolibet, 


kolibè. 




quote-part, 


kot' par. 



DE PRONONCIATION 



quotidien, 
quotient, 
quotité, etc. 



kctidi-in. 

kccian. 

kotilé. 



se fait toujours entendre quand la voyelle 
qui le suit est surmontée d'un tréma : 

Aiguë, ambiguïté, ciguë, contiguë, exiguë. 

QUIN se prononce KIN sauf lorsque ui a le 
son de la diphtongue. (Voir diphtongues.) 



quinconce, 


kinkoncc. 


quintal, 


kintal. 


quinte, 


kinte. 


quinteux, 


ktnteu. 


quintessence, 


kintessence. 


quintessencier, 


kintessencié. 


bouquin, 


boukin. 


coquin, 


cokin. 


faquin, 


fakin. 


mesquin, 


tncskin. 


palanquin, 


palankin. 


requin, etc. 


rekin. 



54 MANUEL 



Les voyelles nasales 



On appelle nasale la voyelle jointe à la con- 
sonne n : 

AN, ON, IN, UN. 

Ne pas craindre d'ouvrir trop la bouche pour 
les voyelles nasales : la bouche ouverte à demi 
donne une émission sourde et inintelligible. 

L'élève confond souvent le son de an avec 
celui de on, parce qu'il oublie que le dessin de la 
bouche pour la prononciation de Va est différent 
de celui de la prononciation de Vo. — in et un se 
confondent aussi toujours pour la même raison. 

On entend quelquefois chakin pour chacun; 
in livre pour un livre. Cette confusion est très 
défectueuse. 

Répéter les exercices suivants : an, on, in, un. 

ban, — bon. ran, — ron. 

san, — son. dan, — don. 

crin, — brun. dessin, — aucun. 



DE PRONONCIATION 



55 



Un pain brun. 
Un bon parfum. 
Un lien commun. 
Un bien bon bain. 
Tout le monde en convient. 
Chacun chante avec entrain son refrain. 

EN 

EN a deux nasalités et se prononce tantôt 

AN: 



enivrer, 

enorgueillir, 

talent, 

envie, 

ennui, 

enhardir, 

ennoblir, 



__/- an-nivré. 

an-norgheuillir. 
ta-lan. 



t 



an-vie. 
an-nui. 
an-hardir. 
an-noblir. 



(Ne pas confondre ennoblir avec anoblir.) 
Et tantôt IN : 




agenda, 

appendice, 

Bender, 

Benjamin, 

chrétienté, 

compendium, 



agin-da. 

apin-dice. 

Bin-der. 

Bin-jamin. 

chréti-in-té. 

compin-diom. 





MANUEL 


effendi, 




éfin-di. 


examen, 




examin. 


Mentor, 




Min-tor. 


pensum, 




pin-som. 


rhododendron, 


rododin-dron. 


Rubens, 




Rubin-ce. 


EN se pronom 


;e ÈNE dans : 


gramen, 




gramene. 


lichen, 




lichène. 


pollen, 




pollène. 


Eden, 




— W Edène. 


spécimen, 




— r- spécimène. 


amen, 




amène. 


abdomen, 




abdomène. 


hymen, 




hymcne. (i). 


Ce dernier mot pour le besoin de la rime se 


prononce quelquefois : 


hymin. 




EM, 


EMM 



EM, EMM au commencement des mots se pro- 
noncent AN : 

emmancher, -J— an-manche'. 

(i) La voyelle e à la fin de ces mots ne doit pas se 
faire entendre : elle n'est là que pour la figuration 
phonétique. 



DE PRONONCIATION 



57 



emmener, 

emmailloter, 

emmagasiner, 

emmêler, 

emménager, 

emmitoufler, 

embonpoint, 

empire, 

embaumer, 

remmailler, 

remmancher, 

remballer, 

rembourrer, 

rembourser. 

EM 

EM a le sou de IN dans : 



an-mené. 

an-maïoté. 

an-magasiné. 

an-mêlé. 

an-ménagé. 

an-mitouflé. 

an-bonpoint. 

an-pire. 

an-baumé. 

ran-maillé. 

ran-manché, 

ran-balé. 

ran-bouré. 

ran-bourcé, etc. 



Memphis, 
sempiternel, 
A-Kempis, 
Sempronius, 



prononcez Minfiss. 
„ simpiternel. 

„ A-Kinpiss. 

„ Simpronius. 



5& MANUEL 



Des diphtongues 



La diphtongue, dit la grammaire, est une syl- 
labe qui fait entendre deux sons distincts pro- 
noncés en une seule émission de voix. Pour 
qu'il y ait diphtongue, il faut que l'oreille sente 
distinctement les deux voyelles : 

fruit, pied } loi, huile. 

Les élèves belges prononcent fort mal les 
diphtongues, ils disent généralement : 



loui, 


pour lu-i. 


houit, 


„ hu-il. 


pouis, 


„ pu-is. 


pouissant, 


„ pu-issant. 


fouir, 


„ fu-ir. 



Ils introduisent aussi un * entre les voyelles 
ÉA, ÉÉ, ÉO et prononcent thé-zàtre pour théâtre, 
agré-zàble pour agréable, cré-ier pour créer, 
Lé-ion pour Léon, etc. Pour corriger cette mau- 



DE PRONONCIATION 



59 



vaise habitude, il faut conjuguer à haute voix les 
verbes agréer, créer, récréer, suppléer, ainsi que 
les verbesfuir, nuire et luire, en observant bien 
le son des deux ééet celui de la diphtongue ut. 



OI 



OI comme diphtongue a le son très bref de 
OA, qu'il faut se garder de prononcer à la 
manière anglaise : lôâ. 



loi, 


prononcez 


loa. 


moi, 


r> 


moa. 


poignard, 


» 


poagnard. 


poitrine, 


» 


poatrine. 


poireau, 


» 


poareau. 


moitié, 


V 


moatié, etc 



Il a le son de OU très faible suivi d'un A bref 

dans : 

Moine, soir, doigt, victoire, quelquefois je 
reçois, je bois, etc., 

et de OUA dans : 

cloître, cloîtrer, croître, décroître, noix, trois, 
mois, bois, pois, poids, poix et empois. 

Autrefois les mots boîte, coiffe, etc., que l'on 






6o 



MANUEL 



prononce boate, coafe, s'écrivaient, bocte, 
coëffe. Il nous est resté de cette ancienne 
orthographe poêle, poêlon que nous prononçons 
poale, poalon, comme tous les mots en oi. 

UA 

Cette diphtongue donne le son de OUA dans 
les mots suivants : 



quadragénaire, 


kou-adragénaire. 


quadragésime, 


kou-adragésime. 


quadrige, 


kou-adrige. 


quadrumane, 


kou-adrumane. 


quadrupède, 


kou-adrupède. 


quadrature, 


kou-adrature. 


quassia, 


kon-assia. 


quaternaire, 


kou-aternaire. 


quatuor, 


kou-atuor. 


aquarelle, 


akou-arèîe. 


equateur, 


ékou-ateur. 


équation, 


ékou-acion. 


loquace, 


lokon-ace. 


loquacité, 


lokou-acité. 


alguazil, 


algou-azil. 


guano, 


gou-ano. 


jaguar, 


jagou-ar. 


lingual, 


lingon-al. 



DE PRONONCIATION 



61 



UE, UI 

UE, UI ont le son de la diphtongue dans les 
mots suivants : 



acuité, 


aku-ité. 


aiguille, 


égu-i-ie. 


aiguillon, 


X-égu-i-ion, 


aiguiser, 


cgu-iscr. 


arguer, 


argu-er. 


équestre, 
equilatéral, 


ékn-estre. *~f 
éku-ilaléral. 


equitation, 


ékn-itation. .X^ 


Guise (duc de), 


Gu-tse. 


Guizot, 


Gu-izot(i). 


inextinguible, 
obséquieux, 


inextingu-ible. *y 
obséku-i-eu. 


ubiquité, 


ubiku-ité. 


questeur, 


kii-estenr. 


quibus, 


ku-ibus. 


quinquagénaire, 


ku-inkou-agénere. 


quinquagésime, 


ktkinkou-agésime. 


quinquennal, 


ku-inkuen'nal. 



(i) Prononciation d'après certaines grammaires, 
bien que dans la famille de l'illustre écrivain on dise 
Ghizot. 






62 



MANUEL 



quintette, 

quintidi, 

quinto, 

quintuple, 

quintupler, 



ku-inlette. 

ku-intidi. 

ku-intô. 

ku-intuple. 

ku-intuplé. 



A Y, OY, UY 

L'Y dans la plupart des mots tient lieu de 
deux I : 



layette, 


lei-iette. 


loyauté, 


loi-iôté. 


paysan, 


pei-isan. 


noyau, 


noi-iô. 


boyau, 


boi-iô. 


bruyant, 


brui-ian. 


loyer, 


loi-ié. 


tuyau, 


tui-iô. 



(Larousse autorise, à tort, dans les mots noyau, 
tuyau, la vieille prononciation deno-iau, tu-iau.) 



DE PRONONCIATION 



63 



Diphtongues nasales 









La terminaison IEN ou YEN se prononce 
I-IN: 

bien, sien, moyen, troyen, etc. 

Excepté Enghien où l'I est nul et qui se pro- 
nonce : Enghin. 

La terminaison IENT se prononce IAN : 

Inconvénient, inconve'nian; ingrédient, ingré- 
dian; récipient, récipian; patient, pacian, etc. 

OIN 

La diphtongue OIN se prononce OU-IN et 
non OU-AN : 

besoin, besou-in. loin, lou-in. 

point, pou-in. moins, mou-in. 




64 MANUEL 



Exercice de lecture 

sur les voyelles U, I, et sur les diphtongues 

Tout est lumière, tout est joie. 
L'araignée au pied diligent 
Attache aux tulipes de soie 
Ses rondes dentelles d'argent. 

La frissonnante libellule 
Mire les globes de ses yeux, 
Dans l'étang splendide où pullule 
Tout un monde mystérieux. 

Dans les bois où tout bruit s'émousse, ' 
Le faon craintif joue en rêvant ; 
Dans les verts écrins de la mousse 
Luit le scarabée, or vivant. 

Tout vit et se pose avec grâce : 
Le rayon sur le seuil ouvert, 
L'ombre qui fuit sur l'eau qui passe, 
Le ciel bleu sur le coteau vert. 

La plaine brille heureuse et pure, 

Le bois jase, l'herbe fleurit 

Homme ne crains rien : la nature 
Sait le grand secret et sourit. 

V. Hugo. 



DES CONSONNES 



Pour bien donner à chaque consonne sa pro- 
nonciation exacte, il importe de faire remarquer 
le fonctionnement des organes de la bouche qui 
servent à l'articulation, laquelle porte les paroles 
aux yeux aussi bien qu'aux oreilles. 

A cet effet, il faut dessiner nettement les mots 
et appuyer fortement sur chaque syllabe, pour 
les faire entrer dans l'esprit de l'auditeur. 

" C'est du reste, dit Legouvé (i), la méthode 
employée pour apprendre à parler aux sourds- 
muets. Le maître dessine, pour ainsi dire, les 
mots devant eux avec la bouche; pas de son, pas 
de voix; rien que l'articulation; le sourd lit sur 
les lèvres. „ 



(i) Art de la lecture, page 54. 






66 MANUEL 

Les exercices que nous allons donner (i) pour 
corriger la mollesse de l'articulation, défaut com- 
mun à quantité de personnes, constituent une 
excellente gymnastique. 

Nous recommandons très sérieusement ces 
exercices à tous ceux qui sont appelés à parler 
en public; ils viennent puissamment en aide à la 
faiblesse de la voix. 

C'est ici qu'il ne faut pas craindre de dépasser 
le but en exagérant le travail. On doit doubler 
et tripler la force exigible pour le mouvement 
de chaque consonne : la langue acquerra ainsi 
fermeté et élasticité. Pour activer le travail, on a 
recours, quelquefois, aux cailloux " modernes „ 
de Démosthènes, c'est-à-dire à des boules en 
caoutchouc de la grosseur d'une cerise. On en 
met deux de chaque côté de la bouche, entre la 
joue et les dents. Les exercices faits à l'aide de 
ces boules amèneront un progrès au bout de 
quelques jours. 

(i) C'est dans la méthode de Morin, ancien profes- 
seur de lecture à haute voix et de déclamation 
lyrique, au Conservatoire de Paris, que nous avons 
trouvé les exercices d'articulation. Ils ont donné et 
donnent encore d'excellents résultats pour corriger 
les défauts d'articulation. 

L'édition du livre de Morin est épuisée. 




DE PRONONCIATION 



67 



Nous divisons les consonnes en linguales, 
labiales, fortes-labiales, dentales-sifflantes, denli- 
labiales, linguales-gutturales et linguales-guttu- 
rales- sifflantes, selon que la langue, les lèvres, 
les dents ou le gosier contribuent plus spéciale- 

ent à l'articulation. 




Linguales 



Ainsi nommées parce que la langue est ici le 
principal agent de l'articulation. Elles sont au 
nombre de cinq : nous les plaçons par ordre de 

rce progressive : 

N, L, D, T, R. 

Pour bien articuler, il faut que le bout de la 
angue se lève et frappe le palais près des dents: 



ne, 


ne, 


ne, 


ne, 


ne, 


le, 


le, 


le, 


le, 


le, 


de, 


de, 


de, 


de, 


de, 


te, 


te, 


te, 


te, 


te, 


re, 


re, 


re, 


re, 


re. 



11 est bon de répéter à satiété cet exercice avec 
chacune des cinq voyelles : 

ne, na, ni, no, nu, 




68 MANUEL 

le, la, li, lo, lu, 

de, da, di, do, du, 

te, ta, ti, to, tu, 

re, ra, ri, ro, ru. 

R 

Pour la consonne R, ce n'est plus un simple 
frappement qu'il faut donner, c'est une vibration 
et on l'obtient comme l'enseigne le maître de 
philosophie à M. Jourdain " en portant le bout 
de la langue jusqu'au haut du palais, de sorte 
qu'étant frôlée par l'air qui sort avec force, elle 
lui cède et revient toujours au même endroit fai- 
sant une manière de tremblement : rrrrrrrra „. 

Si vous n'arrivez pas à produire cette vibra- 
tion, c'est que votre articulation est molle, c'est 
que vous grasseyez, défaut commun aux Pari- 
siens, aux Rouennais, aux Marseillais; il est 
nécessaire alors de faire le travail spécial que 
nous indiquons plus bas. 

S'il faut se garder de grasseyer, on doit égale- 
ment éviter de faire sonner IV comme un roule- 
ment de tambour. Dans le chant, dans le discours 
public, IV doit avoir une force vibratoire, que la 
conversation familière ne demande pas. 



DE PRONONCIATION 



69 



Exercices pour obtenir la vibration. 



PREMIER EXERCICE. 



ne, 


ne, 


ne, 


ne, 


ne, 


ne, 


le, 


le, 


le, 


le, 


le, 


le, 


de, 


de, 


de, 


de, 


de, 


de, 


te, 


te, 


te, 


te, 


te, 


te, 


ve, 


ve, 


ve, 


ve, 


ve, 


ve, 


fe, 


fe, 


fe, 


fe, 


fe, 


fe, 


ne, 


le, 


de, 


te, 


ve, 


fe, 


ne, 


le, 


de, 


te, 


ve, 


fe, 


ne, 


le, 


de, 


te, 


ve, 


fe, 


ne, 


le, 


de, 


te, 


ve, 


fe, 


ne, 


le, 


de, 


te, 


ve, 


fe, 


ne, 


le, 


de, 


te, 


ve, 


fe, 


ne, 


le, 


de, 


te, 


ve, 


fe, 


ne, 


le, 


de, 


te, 


ve, 


fe. 



C'est en doublant et en triplant la force exi- 
gible pour chaque mouvement, que l'on réussit 
le mieux et le plus vite. 

Après cet exercice, renouvelé plusieurs fois 
par jour, vous attaquez les deux mouvements 
les plus rapprochés de IV. , 




70 MANUEL 

DEUXIÈME EXERCICE. 

te de, te de, te de, te de, 

te de, te de, te de, te de. 

te de de, te de de, te de de, te de de, 

te de de de, te de de de, te de de de, te de de de 

Si ces exercices sont poussés avec persévé- 
rance, vous sentirez que le frappement de votre 
langue au palais acquerra plus de force et de 
sonorité. 

TROISIÈME EXERCICE. 

fe dan, fe dan, fe dan, fe dan, 

fe dan, fe dan, fe dan, fe dan, 

fe dan, fe dan, fe dan, fe dan, 

fe dan, fe dan, fe dan, fe dan, 

fe dan, fe dan, fe dan, fe dan. 

Après avoir répété ces exercices un grand 
nombre de fois, il est nécessaire de passer aux 
suivants : 

QUATRIÈME EXERCICE. 



ve de, 


ve de, 


ve de, 


ve de, 


ve de, 


ve de, 


ve de, 


ve de, 



DE PRONONCIATION 



71 



ve do, 


ve do, 


ve do, 


ve do, 


ve du, 


ve du, 


ve du, 


ve du, 


ve dan, 


ve dan, 


ve dan, 


ve dan, 


fe de, 


fe de, 


fe de, 


fe de, 


fe da, 


fe da, 


fe da, 


fe da, 


fe do, 


fe do, 


fe do, 


fe do, 


fe du, 


fe du, 


fe du, 


fe du, 


fe dan, 


fe dan, 


fe dan, 


fe dan, 


be de, 


be de, 


be de, 


be de, 


be da, 


be da, 


be da, 


be da, 


be do, 


be do, 


be do, 


be do, 


be du, 


be du, 


be du, 


be du, 


be dan, 


be dan, 


be dan, 


be dan, 


pe de, 


pe de, 


pe de, 


pe de, 


pe da, 


pe da, 


pe da, 


pe da, 


pe do, 


pe do, 


pe do, 


pe do, 


pe du, 


pe du, 


pe du, 


pe du, 


pe dan, 


pe dan, 


pe dan, 


pe dan. 


Avoir bien soin de 


ne pas remplacer les a? par 


des t. 









CINQUIEME EXERCICE. 



ve rre, ve rre, 
ve rra, ve rra, 
ve rro, ve rro, 



ve rre, ve rre, 
ve rra, ve rra, 
ve rro, ve rro, 




72 



MANUEL 



ve rru, ve rru, 

ve rri, ve rri, 
ve rran, ve rran, 

fe rrè, fe rrè, 

fe rra, fe rra, 

fe rro, fe rro, 

fe rru, fe rru, 

fe rri, fe rri, 

be rrè, be rrè, 

be rra, be rra, 

be rro, be rro, 

be rru, be rru, 

be rri, be rri, 

be rran, be rran, 

pe rrè, pe rrè, 

pê rra, pe rra, 

pe rro, pe rro, 

pe rru, pe rru, 

pe rri, pe rri, 

pe rran, pe rran, 
La vibration une fois 
ments, passez à ceux-ci 

de rrè, de rrè, 

de rra, de rra, 

de rro, de rro, 

de rru, de rru, 



ve rru, ve rru, 
ve rri, ve rri, 

ve rran, ve rran, 

fe rrè, fe rrè, 

fe rra, fe rra, 

fe rro, fe rro, 

fe rru, fe rru, 

fe rri, fe rri, 
be rrè, be rrè, 

be rra, be rra, 

be rro, be rro, 

be rru, be rru, 

be rri, be rri, 

be rran, be rran, 

pe rrè, pe rrè, 

pe rra, pe rra, 

pe rro, pe rro, 

pe rru, pe rru, 

pe rri, pe rri, 

pe rran, pe rran. 
acquise sur ces mouve- 
beaucoup plus difficiles: 

de rrè, de rrè, 

de rra, de rra, 

de rro, de rro, 

de rru, de rru, 




DE PRONONCIATION 



73 



de rri, de rri, de rri, de rri, 
de rran, de rran, de rran, de rran, 
te rrè, te rrè, te rrè, te rrè, 



te rra, 


te rra, 


te rra, 


te rra, 


te rro, 


te rro, 


te rro, 


te rro, 


te rra, 


te rra, 


te rra, 


te rru, 


te rri, 


te rri, 


te rri, 


te rri, 


te rran, 


te rran, 


te rran, 


te rran 



Apprendre quelques vers, les répéter souvent 
à haute voix, toujours syllabiquement, en ap- 
puyant avec une égale force sur toutes les con- 
sonnes, sur le b, le v, le d, autant que sur les r. 
Avoir soin de respirer le plus souvent possible; 
toutes les deux ou trois syllabes au moins. 

Labiales. 
M, B, P. 

Pour bien prononcer les labiales, il faut que 
les lèvres viennent frapper l'une sur l'autre avec 
force : " 

me, me, me, me, me, 

be, be, be, be, be, 

pe, pe, pe, pe, pe. 

Faire toujours les exercices avec toutes les 
voyelles. 



74 MANUEL 



Fortes labiales, 
j, CH. 

Pour les fortes labiales,/^ et che, on allonge les 
lèvres et l'on serre les dents, en poussant l'air 
avec force : 

je, ge, je, ge, je, 
che, che, che, che, che. 

A répéter avec toutes les voyelles. 

Dentales sifflantes, 
c, s. — z, s. 

Ces consonnes se divisent en sifflantes aiguës: 
C, S: 

Exemple : Cela sera; 
et en sifflantes douces, Z, S : 
Exemple : Zélandaise. 

Pour bien articuler ces consonnes et éviter le 
défaut appelé blèsement ou zézaiement, prove- 
nant d'une faiblesse d'articulation, serrez hermé- 
tiquement vos dents l'une contre l'autre, de façon 
à ne laisser qu'un imperceptible passage pour 
produire le sifflement. Ne craignez pas de le 



DE PRONONCIATION 



75 



pousser vigoureusement ou de le trop pro- 
longer : 

ce, ce, ce, ce, ce, 

ze, ze, ze, ze, ze. 

Essayez ensuite de faire ces sifflements, sur 
des mots comme ceux-ci, par exemple : 

Ciel! si ceci se sait. 

Ces soins sont sans succès. 

L'exercice si connu sur les officiers gascons 
est également très bon : 

Cinq ou six officiers gascons, 

Passant un soir à Soissons, 
Marchandèrent des saucissons, 
Et demandèrent aux garçons 

Combien ces cinq saucissons? 
A vingt sous, c'est cent sous. 
C'est cent sous, ces cinq saucissons. 

Multipliez les exercices, cherchez à imiter le 
déchirement de la soie ou le sifflement des ser- 
pents : 

«Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur ces têtes? » 




/ 



76 MANUEL 

Denti-labiales. 

V, F. 

Les dents supérieures doivent appuyer sur la 
lèvre inférieure, avec plus de force pour Vf que 
pour le v. 

ve, ve, ve, ve, ve, 
fa fe> fe, A /«• 

Linguales-gutturales. 
G, Q. 

La langue près de la racine doit frapper le 
palais; mouvement presque guttural : 

ghe, ghe, ghe, ghe, ghe, 
ke, ke, ke, ke, ke. 

Linguale-gutturale-sifflante. 
x. 

Cette consonne, malgré son caractère simple, 
a deux articulations : kce et gze. 

Exemple : Maxime, axe, examen, exact, qu'on 
prononce : makcime, akce, r^^'Ùtli e y ^^* 
kce, kce, kce, kce, kce, 
gze, gze, gze, gze, gze. 

Et ainsi de suite avec toutes les voyelles. 



DE PRONONCIATION 



77 





Prononciation des consonnes 

La prononciation des consonnes dans les 
mots, et surtout dans les syllabes finales, pré- 
sente certaines particularités que nous ne cher- 
cherons ni à expliquer ni à justifier (i). Nous 
nous bornons, dans ce Manuel, à la prononcia- 
tion proprement dite, en faisant remarquer toute- 
fois que les mots ne se prononcent pas toujours 
comme ils s'écrivent. Dans bien des cas les 
consonnes sont ou muettes ou sonores, sans 
raison. 

Autrefois c'était seulement par la conversa- 



(ii Pour les élèves désireux de connaître la forma- 
tion des mots et leur complète étymologie, nous re- 
commandons les intéressants et savants ouvrages de 
LlTTRÉ, Histoire de la langue française; de Max 
Muller, Leçons sur la science de langage, et de 
Darmesteter, La vie des mots, où toutes ces 
questions sont traitées à fond. 




78 MANUEL 

tion, à la cour, dans les salons, que la pronon- 
ciation se transmettait de bouche en bouche. 
Aujourd'hui que tout le monde sait lire et qu'on 
lit beaucoup, il y aurait plutôt une tendance à 
vouloir prononcer comme on écrit. 

Quand les mots simples sont augmentés d'un 
préfixe, la sonorité des doubles lettres se con- 
çoit aisément : légal donne il-légal; licite, il-licite; 
modéré, im-modéré; né, in-né, etc.; cependant, 
cette règle souffre bien des exceptions, comme 
on le verra dans la suite. On peut en établir une 
plus absolue pour la suppression de la consonne 
redoublée dans les mots qui ont leurs suffixes 
en mer, en ner et en ment, comme: nom-mer, 
don-ner ,évidem-ment, qu'il faut prononcer nomer, 
doner, évidament. 

Mais que dire pour les mots suivants: applau- 
dir, commerce, flatterie, honneur et tant d'autres, 
où la double lettre est nulle? Pourquoi faire 
entendre la consonne finale / dans le mot «/et 
la supprimer dans sourcil? Et pour quantité 
d'autres mots, tels que: Moc, hamac, joug, dot, 
pourquoi le c, le g et le t, gardent-ils leur sono- 
rité, tandis qu'ils la perdent dans : accroc, estomac, 
sang, ht ? etc. 

On annonce depuis longtemps une réforme 



DE PRONONCIATION 



79 



)rthographique qui mettra, dit-on, l'accord entre 
l'écriture et la parole ; en attendant sa venue, 
nous continuerons à prononcer d'après les con- 
ventions établies. 

B 

La prononciation du b n'offre aucune difficulté. 

B se change quelquefois en p, lorsque cette 
lettre est suivie de c, s, t : 

abcès, apcès. absent, apçan. 
subside, supcide. obtenir, optenir,etc. 

Le B est insonore dans les mots : aplomb, 
Colomb, Doubs, plomb, surplomb, etc. 



C a deux prononciations bien distinctes : 

i° Celle du C aigu quand il est suivi de e et i, 
comme dans : cela, Cécile, cité, citoyen ; 

2° Celle du K pour le premier c quand il est 
redoublé : 

accès, akc'es, accise, akcise, 
ou lorsqu'il est suivi d'une des voyelles a, o, u : 



carafe, colibri, culbute, 




80 MANUEL 

à moins que la cédille placée sous le c n'adou- 
cisse la prononciation comme dans: plaça, reçois, 
déçu. 

C, comme lettre finale, est nul dans : accroc, 
~l broc, croc, escroc, cric, clerc, estomac, tabac, 

caoutchouc, porc, marc (de café), marc (d'argent); 
nul aussi dans lacs (piège) et almanach, qu'on 
prononce là, almana. Il se fait entendre dans 
les mots composés et les locutions : porc-épic, 
pork-epik; de bric-et-de-broc, He brik-é-de-brok, 
etc.; dans Saint-Marc, Evangile selon Saint- 
Mark; mais on le supprime quand il est employé 
comme déterminatif dans: La place St-Marc; le 
lion de St-Marc, qu'on prononce: la place St- 
Mar; le lion de St-Mar. 

C se prononce dans : échec, e'chek et mat, mais 
on dit: le jeu d'échecs, décile. On fait également 
entendre le c dans échec (revers), e'chèk. 

C a le son du G dans : second, prononcez : 
segond, segonde, segonder, à tous les temps de 
ce verbe ; mais on doit dire : fécond, fe'kond; 
féconder, fékonder; faconde, fakonde. 

On écrivait et on prononçait autrefois zing ; 
le mot zingueur subsiste toujours, mais on a 
changé zing en zinc qu'on prononce générale- 
ment aujourd'hui avec un k: zink. 



DE PRONONCIATION 



Si 



Au commencement d'une phrase, le C de la 
onjonction donc se prononce comme un K: 

donc (donke), j'avais raison. On le supprime 
lorsqu'il est joint au verbe : dites donc (don), 
Madame; venez donc (don), mon enfant. 

Lorsque C est suivi de T, ils perdent tous 
deux leur sonorité à la fin de certains mots, tels 
que: 

aspect, qui se prononce aspè. (i) 

suspect, „ suspè. 

respect, „ respè. 

instinct, „ instin. 

succinct, „ sukcin. 

Mais on fait sonner le C comme un K dans 
suspecte, suspekte; succincte, sukcinkte; suc- 
cinctement, sukcinkteman; instinctif, instinktif ; 
instinctivement, instinktiveman ; ainsi que dans 
les mots : tact, intact, contact, compact, exact, 
abject, correct, infect, direct, strict, etc., et tous 
ceux qui finissent par un e muet: acte, pacte, com- 
pacte, etc. 

Remarque. — La prononciation du mot distinct 
n'est pas bien fixée; les uns disent distin, d'autres 
distink, d'autres enfin distinkt en faisant enten- 



(i) Voir ces mots aux liaisons, page 109. 




-T 



•82 MANUEL 

dre les deux consonnes finales. De même pour 
le mot district que quelques-uns prononcent 
distrik et d'autres district. Littré croit que par 
analogie on doit prononcer distinct comme 
instinct où les deux dernières consonnes sont 
supprimées, et district comme strict où elles se 
font entendre. 

CH 

C suivi de H garde généralement le son du 
CH français : cheval, chenal, chenapan, charbon, 
chapeau, chapelle, chariot, chiendent, etc. 

11 faut donc bien se garder de prononcer, 
comme on le fait quelquefois : égevin pour e'che- 
vin; égeveau pour écheveau. 

Dans quelques mots dérivés du grec, CH se 
prononce comme un K : Achate, archéologie, 
archétype, archiépiscopal, Archonte, Calchas, Col- 
chos, chaos, chirographe, chiromancie, chœur, 
chlorate, choléra, christianisme, chromatique, 
chronologie, chrysalide, chrysanthème, ecchymose, 
malachite, orchidée, etc. 

Malgré leur origine grecque ou hébraïque, on 
prononce avec le son du ch, les mots suivants : 
Achille, Achéron, chérubin, Chiron, Colchidc, 
Eschyle, Eschine. 



DE PRONONCIATION 



83 



Nous prononçons comme les Italiens avec le 
son du ke. 



Chérubini, 
Machiavel, 
Michel-Ange, 



Kérubini. 
Makiavel. 
Mikel-Ange. 



Mais nous disons avec le ch français : Machi- 
avélisme et machi-avélique. Dans vermicelle et 
violoncelle, le c avait autrefois le son du ch. Ces 
deux mots se prononcent aujourd'hui comme ils 
s'écrivent. 






D 



La prononciation du d n'offre pas de grandes 
particularités. 

D est nul à la fin des mots : 

badaud, bond, fard, gond, Madrid, muid, nid, 
rond, etc. 

Quand la syllabe de termine un mot, il faut 
conserver au d sa prononciation normale et ne 
pas lui donner le son du t, faute très fréquente 
ici. On prononce volontiers : gran/epour grande; 
flaman/e pour flamande; mon/e pour monde. 
Dites : quand (kan) vous viendrez, et non quan/e 




84 MANUEL 






r 



vous viendrez. Ce n'est que dans la liaison des 
mots masculins que le d se change en t: 

un grand enfant, un gran f enfant. 

un grand émoi, un gran t'émoi. 

Mais on doit dire : 

une grande enfant, une gran-denfant. 
une grande amie, une gran-damie, etc. 



L'F est sonore dans les mots : œuf, bœuf, à 
l'exception de bœuf gras (beu gras), et nerj^k (j{ 
l'exception de nerf de bœuffner de bœuf), lorsque 
ces mots sont employés au singulier, et nul dans 
les mêmes mots employés au pluriel. 

L'F ne se prononçait pas autrefois dans le mot 
cerf; on écrivait même cer; quelques-uns disent 
aujourd'hui cerf, en faisant sonner Vf quand le 
mot est seul; mais cette consonne est toujours 
insonore dans les mots composés : cerf-dix-cors, 
cer-di-kor; cerf-volant, cer-volant. 

F est sonore dans les mots chef {a. l'exception 
de chef-d'œuvre); serf, veuf, employés au singu- 
lier et au pluriel. 

L'F du nombre neuf est supprimé quand il est 



DE PRONONCIATION 85 

suivi d'un mot commençant par une consonne : 

neuf livres, se prononce neu livres. 
neuf garçons, „ neu garçons. 

Excepté dans l'emploi des dates : neuf février, 
neuf mars. 

L'F de l'adjectif numéral neuf suivi d'un mot 
commençant par une voyelle ou une h non aspi- 
rée se change en V dans la liaison des mots : 

neuf ans, se prononce neiïvan. 
neuf heures, „ neu'veure, etc. 




Le G a deux articulations : celle de JE 
comme dans: sage, mage; et celle de GHE dans : 
figure, envergure, augure. 

Les deux prononciations sont quelquefois 
réunies dans un même mot ; exemple : suggérer, 
suggestion, qu'il faut prononcer : sugh-jéré,sugh- 
jesstion. Ne pas confondre suggestion (insinua- 
tion) avec sujétion (dépendance). 

Lorsque le G est suivi de FN, le son est ce 
qu'on appelle mouillé: agneau, ignorer, magna- 
nime, oignon, seigneur, etc. 




86 



MANUEL 



Dans quelques mots, le G se détache de l'M et 
de l'N; il a alors le son de GHE: 

diagnostic, se prenonce diagh-nostic. 



Gnide, 


» 




Gh-nide. 


gnome, 


)> 




gh-nome. 


igné, 


n 




igh-né. 


Magnat, 


M 




Magh-na. 


Magnificat, 


» 




Magh-nificate. 


Progné, 


» 




Progh-né. 


regnicole, 


n 




regh-nicole. 


stagnant, 


» 




stagh-nan. 


stagnation, 


n 




stagh-nation. 


stigmate, 


» 




stigh-mate. 


Le G est nul dans 








bourg, qui 


se 


prononce bour. 


Cagliostro, 




H 


Caliostro, 


Castiglione, 




n 


Castilione. 


faubourg, 




» 


faubour. 


imbroglio, 




n 


inbrolio. 


orang-outang, 




n 


oran-outan, 


signet, 




n 


sine. 


et dans nombre de mots italiens. 



Il se fait entendre dans : gong, gonghe; joug, 
joughe; et dans legs, lèghe, qu'on prononçait 



DE PRONONCIATION 



87 



autrefois le. (Lèghe est la prononciation actuelle de 
la Comédie française et de l'Académie Française.) 



H 

Il n'y a pas à proprement parler d'H aspirée 
en français ; cette lettre si gutturale en allemand 
et en anglais, passerait inaperçue dans notre 
langue, n'était la différence qu'elle établit dans 
les liaisons. On dit avec Y h muette : un homme 
(un-wome), des hommes (dè-0omes), une héroïne 
(u-wéroïne), des héroïnes (dè-séroïnes), siècles 
héroïques (siècle-héroïques). On dit avec Y h aspi- 
rée un héros (un éro), des héros (de éro). Cette 
distinction, non observée, constitue une faute 
grossière. 

Nous donnons ici une petite liste d'h aspirées 
rejetant toute liaison : 

Hache, hagard, haillon, haine, haineux, haïr, 
hâle, hallebarde, halte, hamac, hameau, hampe, 
hangar, hanneton, happer, harangue, /tardes, 
hareng, haricot, harnacher, harnais, harpe, harpie, 
hasard, hâte, heaume, hêler, hère, hérisson, hêtre, 
hisser, Hollandais, homard, honte, hormis, hors, 
hotte, houille, houle, housse, houx, huguenot, hur- 
leur, huppe, hussard, hutte, etc. 




88 



MANUEL 



Le son du J est toujours de même dans les 
mots français : joli, jovial, joujou, jujube. Il 
s'altère dans quelques mots empruntés aux 
langues étrangères : 



-T 



Badajoz, se prononce Badaïos. 

Jarl, „ larl. 

John, „ Djone. 

Johnston, „ Djonstone. 

Majorque, „ Maïorque. 



K 



La prononciation de cette consonne ne varie 
pas ; elle ne s'emploie que dans les mots venus 
des langues étrangères : knout, kermesse, kyrie, 
kiosque, etc. 



L ne se prononce pas à la fin des mots sui- 
vants : 



baril, 


bari. 


gril, 


gri. 


chenil, 


cheni. 


outil, 


outi. 


coutil, 


couti. 


persil, 


perci. 



DE PRONONCIATION 



fusil, 
gentil, 



fusi. 
genti. 



soûl, 
sourcil, 



sou. 
sourci. 



mais il se fait entendre dans : 



avril 



il, grésil, mil, péril, .j— y 






Nos pères mouillaient IV dans avril, grésil, 
péril; ils prononçaient : avri-ie, péri-ie, gresi-ie. 
Cette prononciation est maintenant hors d'usage; 
elle subsiste seulement dans gentilhomme, gentil- 
hommerie, gentilhommière, et dans tous les mots 
qui ont leurs terminaisons en ail, eil, oui/, ueil, 
œil : 

ail : travail, portail, éventail, etc. 
eil : soleil, pareil, orteil, etc. 
ouil : fenouil, etc. 
ueil : orgueil, accueil, recueil, etc. 
œil : œil, etc. 

Remarques. — Il ne faut pas non plus mouiller 
la consonne / des mots tels que : escalier, palier, 
particulier, soulier, etc.; on doit dire: esska-lié, 
pa-lié, partiku-lié, sou-lié, et non esca-ier, pa-ier, 
particu-ier, sou-ier. 

Lorsqu'il n'y a qu'une /, il ne faut pas en pro- 
noncer deux et dire : jel l'ai dit, jel l'ai vu, voul 
l'avez dit, pour :je l'ai dit, je l'ai vu, etc. 



90 MANUEL 



LL 

Le doublement de cette consonne se fait 
toujours sentir dans M, au commencement des 
mots : 

Illégal, illettré, illicite, illustre, etc., ainsi que 
dans les suivants : 

Allobroges, Apollon, allécher, alléguer, allégo- 
rie, allocution, allusion, alluvion, Bellone, belligé- 
rant, belliqueux, chambellan, chinchilla, collatéral, 
collation (action de conférer un bénéfice), col- 
lecte, collecteur, collègue, collision, colloque, ellé- 
bore, fallacieux, folliculaire, gallican, gallo-ro- 
main, gallophobe, hallucination, Hellènes, hellé- 
niste, intellect, intelligent, intelligence, intelligible, 
libellule, métallique, nullité, Othello, Pallas, palla- 
dium, pulluler, syllogisme, velléité. 

Les deux LL ne se font pas entendre dans 
collation (léger repas), qu'on prononce: cotation; 
collège, colège; collier, colier; colline, coline; 
Hollande, Holande, et dans une foule d'autres 
mots consacrés par l'usage, mais que nous 
croyons inutile de mentionner ici; nous ne nous 
arrêtons qu'à ceux pour lesquels il peut y avoir 
doute. 



DE PRONONCIATION 



91 



LL mouillées 



Littré fait remarquer que la prononciation 
des //mouillées est souvent fautive; en Flandre, 
on fait entendre seulement une /, boutel; à Paris, 
on les prononce comme un y : bouteye. Malgré 
Littré qui recommande pour" les // mouillées le 
son du gli italien, c'est la prononciation de Paris 
qu'il faut adopter si l'on veut rester dans l'usage: 



t 



aiguille, 


aigui-ye. 


fille, 


fi-ye. 


billet, 


bi-yet. 


griller, 


gri-yer. 


dérailler, 


déra-yer. 


quille, 


qm-ye. 



Le son mouillé se fait sur la voyelle M, et non 
sur la syllabe suivante, laquelle conserve le son 
qui lui est naturel : mouill-é, souill-é. 

On ne doit pas mouiller les LL dans : 




capillaire, 


qui 


se prononce 


capil-laire 


codicille, 




» 


codicile. 


distiller, 




» 


distiler. 


mille, 




V 


mile. 


million, 




» 


milion. 


milliard, 




n 


miliard. 


Murillo, 




» 


Muril-lo. 


osciller, 




n 


oscil-ler 



-V- 



9 2 MANUEL 

pupille, qui se prononce pupile. 

pusillanime, „ pusil-lanime. 

scintiller, „ cintil-ler (i). 

Sévi lie, „ Sévile. 

tranquille (et tous ses dérivés), trankile. 

4— vaciller, qui se prononce vacil-ler. 

ville, „ vile. 

village, „ vilage. 

M 

M conserve toujours sa prononciation natu- 
relle au commencement des mots : mortel, 
midi, etc. 

Elle change et prend la valeur de l'N quand 
elle est suivie d'un b ou d'un p. Exemple: ambas- 
sadeur, empire, etc.; ainsi que dans les mots sui- 
vants : Adam, Dampierre, dam (dommage), 
essaim, nom, parfum lquidam, Samson. thym, etc. 

Dans les mots étrangers, elle garde sa pro- 
nonciation normale : 

Abraham, album, Amsterdam, Cham, Ibrahim, 

(i) Prononciation d'après l'Académie française. 
Beaucoup de poètes, cependant, et des meilleurs, 
font rimer scintiller avec briller, et, dans ce cas, c'est 
le son' mouillé qu'il faut adopter. 



DE PRONONCIATION 



93 









intérim , Jérusalem , macadam , madapolam , 
Priam, rhum, Sem. 

On doit toujours faire sonner les deux M 

dans les mots qui commencent par im : immer- 
ger, immérité, imminent, immortel, etc. 

Remarque. — Malgré le dictionnaire de l'Aca- 
démie, l'usage a fait adopter m-manquable, et 
in-mangeable, qu'on écrit immanquable et imman- 
geable. Littré fait remarquer, avec raison, que la 
prononciation usuelle de ces deux mots est in. 

La consonne M redoublée est généralement 
prononcée simple dans le corps des mots : 

commandeur, commode, commerce, sommet, 
etc., et dans tous ceux qui ont leurs suffixes en 
ment: prudemment, évidemment, sciemment, etc. 

Elle se fait exceptionnellement entendre dou- 
ble dans les mots suivants : commensal, commi- 
natoire, commémoration, commotion, commuer, 
commutation, incommensurable, mammifère, 
Ammon, Emma, Emmaùs. 



N 

Ainsi que Vm, la consonne N s'articule tou- 
jours de même quand il n'y a pas de nasalité : 






94 MANUEL 



nature, néfaste, noble; elle ne change qu'à la fin 
d'une syllabe ou d'un mot pour produire le 
son nasal (voir les voyelles nasales et les liaisons 
pages 54, 109). 

Les deux N se font entendre dans les mots 
qui ont leur syllabe initiale en IN : inné, inno- 
cuité, innommer, innover, etc., mais on excepte : 
innocent (inocent) et ses dérivés qu'on prononce 
sans faire sonner les deux n. 

Les deux N sonnent dans : 

I - annales, annihiler, annuaire, biennal, conni- 
vence, connexion, décennal, suranné, triennal, etc., 
et dans les noms propres : 

Anna, Annibal, Brennus, Cinna, Porsenna. 

Remarque. — Pour le mot année, que les Méri- 
dionaux prononcent an-née, il ne faut faire enten- 
dre qu'un n et supprimer, par conséquent, la 
nasalité ; année se prononce a-née. 

P 

P est nul dans : 

anabaptiste, baptême, baptismal, Baptiste, cep 
de vigne, dompter, exempt, exempter, prompt, 
promptement, promptitude, sept, sculpteur, sculp- 
ture, etc. 



DE PRONONCIATION 



95 



On le fait entendre dans : 

concept, conte mpte ur, exemption, impromptu, 
réde mptio n, septante, septembre, symptôme, tran- 
sept. 

Bien que l'orthographe écrite exige deux p 
dans quantité de mots commençant par ap, op et 
sup, on n'en fait entendre généralement qu'un 
seul : appel, apprenti, opposition, opportun, sup- 
port, suppression, etc. 






Cette lettre a la prononciation du K : 

cinq, cink. coq, cok, 

Elle est nulle dans : coq d'Inde (co d'Inde), et 
dans le pluriel de coq-en-pâte, cô-z-en-pâte, pro- 
nonciation ancienne conservée encore à la 
Comédie Française : 

« Et comme cô-z-en-pâte on nous verra tous deux, 
» Chacun à sa façon, parfaitement heureux. » 
L'Aventurière. Augier. 

Elle l'est aussi dans le mot cinq suivi d'un 
autre mot commençant par une consonne ou un 
autre nom de nombre : 




cinq garçons, . 
cinq cents amis, 



cm garçons, 
cin cents amis. 



96 MANUEL 



4 



Mais la lettre est sonore dans rénumération 
des dates : 

le cinqjnai, cink mai. 

le vingt-cinq décembre, vingi-cink décembre. 
(Sous-entendu : le cinq du mois de mai, etc.). 

R 

Sauf pour les liaisons, R ne se fait pas 
entendre à la fin des mots dans les substantifs 
et adjectifs en 1ER ni dans les verbes terminés 
par 1ER et ER : 

grenier, officier, dernier, grimacier, amener, 
fier (verbe), etc., mais il se prononce dans l'ad- 
jectif fier et l'adverbe hier. 

Les deux R se font entendre dans les mots 
qui commencent : 

i° Par err: erreur, errer, etc.; 

2° Par irr: ir régulier, irrécusable, etc. ; 

3° Par h~GTr : horrible, horreur, etc. ; 

4° Dans les futurs et les conditionnels de quel- 
ques verbes irréguliers de la deuxième conju- 
gaison : courir, mourir, acquérir, requérir, etc. : 

je courrai, je courrais; je mourrai, je moiir- 



DE PRONONCIATION 



97 



rats; j acquerrai, /'acquerrais; je requerrai, je 
requerrais, etc.y 

5° Dans les mots : aberration, corroborer, cor- 
roder, concurrence, interrègne, narration, narra- 
teur, occurrence, parricide, terreur, terrible, ter- 
rifier, torrent; 

6° Dans les noms propres : Pyrrhus, Burrhus^ 
Verres. 



Ailleurs, on 


n'en 


prononce 


généralement 


qu'un : 








arrêter, 


se 


prononce 


arêter. 


arriver, 




» 


ariver. 


arroser, 




» 


arôser. 


barrière, 




n 


bârière. 


carrière, 




n 


cârière. 


ferrer, 




» 


fèrer. 


leurrer, 




» 


leurer. 


serrer, 




» 


sèrer, etc. 



S commençant un mot a toujours le son de la 
sifflante aiguë : 

sage, silence, solide, suite, etc. 




98 MANUEL 



En général, l'S entre deux voyelles se pro- 
nonce comme Z : 

asiatique, désirer, frénésie, gisant, masure, 
mesurer, oison, poison, résister, résumé, etc. 

Cependant, voici des mots où cette consonne 
quoique entre deux voyelles, garde exception- 
nellement Le son de la sifflante aiguë : 

antiseptique, se prononce anti-ceptique. 

antisocial, „ anti-çocial. 

désuétude, „ dé-çuétude. 

entresol, „ entre-çol. 

monosyllabe, „ mono-cyllabe. 

parasol, „ para-çol. 

préséance, „ pré-céance. 

présupposer, „ pré-çupposer. 

prosecteur, „ pro-cekteur. 

soubresaut, „ soubre-cô. 

tournesol, „ tourne-çol. 

vivisection, „ vivi-cektion. 

vraisemblable, „ vrai-cemblable. 

S entre une consonne et une voyelle a géné- 
ralement le son de la sifflante aiguë : 

absent, se prononce ap-cent. 
absinthe, „ ap-cinte. 



DE PRONONCIATION 



99 



absoudre, 

insister, 

mensuel, 

observer, 

persécuter, 

persévérance, 

persister, 

subside, 

transir, 



ap-çoudre. 

in-cister. 

man-çuel. 

op-cerver. 

per-cécuter. 

per-cévérance. 

per-cister. 

sup-cide. 

tran-cir, etc. 



Malgré sa place entre une consonne et une 
voyelle, S a le son du Z dans : 

transit, qui se prononce tranzit. 
transition, „ tranzition. 



transiger, 

transitoire, 

transaction, 

transatlantique, 

Alsace, 

Arsace, 

Israël, 



tranziger. 

tranzitoire. 

tranzaction. 

tranzatlantique. 

Alzace. 

Arzace. 

Izraël. 



S entre une voyelle et une consonne garde 
également le son de la sifflante aiguë : 

astérisque, se prononce ass-térisque. 
asthme, „ ass-tne. 






100 MANUEL 

jasmin, se prononce jass-min. 

jaspe, „ jass-pe. 

hospitalier, „ oss-pitalier. 

marasme, „ marass-me, etc. 

Plus a deux prononciations, selon le sens. 

P plus, plu : je n'en veux plu (négation). 
l. plus, pluss : fenveux pluss (davantage). 

plus-que-parfait : pluss-que-parfait. 

A plus B, A pluss B. 

S se fait entendre dans tous, pronom indéfini, 
placé avant ou après le verbe : 

tous sont aimables, touss sont aimables. 
ils y sont tous, ils y sont touss. 

S est également sonore dans motus, hélas, 
las (abréviation d'hélas), sus (interj ections), Mars, 
fils, lis, parisis, mœurs, ours et sens, excepté 
lorsqu'ils riment avec d'autres mots où 1*5 ne se 
prononce pas. Pour le mot sens, l'usage ici est 
contraire à Littré, qui veut qu'on prononce 
toujours san; la consonne 5 ne se supprime que 
dans: 

sens commun, san commun. 

bon sens, bon san. 

sans dessus dessous, san dessus dessous 



DE PRONONCIATION 



101 



Partout ailleurs elle se fait entendre : 



le sens moral, 
le sens droit,, 
les cinq sens, 



le sanss moral, 
le sanss droit, 
les cinq sanss. 



Ce que vous dites est plein de sens (sanss). 

S final est nul dans : fleur de lis (héraldique), 
li; alors, alor; las, la (fatigué); tandis que, tandi, 
et dans tous, adjectif indéfini : tou les hommes, 
ainsi que dans les mots suivants : jus, camus, 
verjus, obtus, dessus, dessous, inclus, abus, etc. 



( 



Les deux S se font entendre dans la pronon- 
ciation des mots suivants : 

assentiment, disséminer, dissension, essence, 
essentiel, transsuder, transsudation. 



On fait entendre aussi comme deux S les 
consonnes 5 c dans ascension, adolescence, con- 
descendre, effervescence, efjlorescence, re'cipis- 
cence. 

Le doublement des consonnes n'est pas tou- 
jours usité dans la conversation ordinaire, mais 
dans le discours soutenu, ce redoublement donne 
de l'énergie à la diction. 

S prend le son du Z dans : obus, obuze. 






102 



MANUEL 



Cette consonne linguale devient parfois une 
sifflante aiguë dans les substantifs en TION, qui 
se prononcent : CION : action, émotion, nation, 
traction, portion, motion, etc. 

T a également le son du C dans : 

ambitieux, se prononce ambicieu. 



argutie, 


» 


argucie. 


aristocratie, 


n 


aristocracie. 


calvitie, 


n 


calvicie. 


confidentiel, 


n 


confidencieL 


essentiel, 


» 


essenciel. 


Helvétie, 


n 


Helvécie. 


inertie, 


n 


inercie. 


lithotritie, 


n 


litotricie. 


minutie, 


n 


minucie. 


Nigritie, 


n 


Nigricie. 


partial, 


n 


parcial. 


partiel, 


n 


parciel. 


péripétie, 


» 


péripécie. 


pétiole, 


n 


péciole. 


prophétie, 


y) 


profécie. 


satiété, 


n 


satiété, etc. 



Littré blâme, avec raison, la prononciation de 



DE PRONONCIATION 



103 



chrestomaczV pour chrestoma//»'<?; thie se pro- 
nonçant toujours tie et non cie: sympathie, anti- 
pathie, etc. 

T conserve le son lingual dans: bestial, bes- 
tiole, chrétien, entretien, étioler, helvétique, main- 
tien, soutien, Sébastien, etc. 

Dans les nombreux verbes en eter le T con- 
serve le son lingual devant ION : nous ache- 
tions, nous partions, etc. 

Les noms propres Metz et Retz se prononcent 
Mess et Ress. 

T se fait entendre comme lettre finale dans 
le substantif singulier fait (faite) : Voici le faite; 
au pluriel il est insonore : Voici les fè. 

Il se fait entendre dans : 



accessit, 


accessite. 


vivat, 


vivate. 


déficit, 


déficite. 


brut, 


brute. 


granit, 


granité. 


dot, 


dote. 


fat, 


fate. 


net, 


nète. 


mat, 


mate. 


soit, 


soite (adverbe). 



V 



Mais il est nul dans : soit (conjonction) : 

Soit (soi) que vous veniez, soit (soi) que vous 
restiez; et dans la locution adverbiale : tant soit 




\ 



t 



104 MANUEL 

(soi) peu, ainsi que dans juillet et dans tous les 
mots terminés en ET : coquet, regret, etc. 

Il faut se garder de faire sonner le T dans le 
mot vingt où le g est aussi supprimé: Combien 
sont-ils? vin et non vinte; quatre-vin-un, quatre- 
vin-deux, et ainsi jusqu'à cent. 

Mais on doit le faire entendre dans: vingt-et- 
un, vingt-deux, jusqu'à trente, et dans le nombre 
sept quand il n'est pas suivi d'un mot commen- 
çânTpar une consonne. 

Les deux ï se font sentir dans: pittoresque, 
guttural, attique, atlicisme, sagittaire, et surtout 
dans les mots italiens : tutti, concetti, in-petto, etc. 

V et W 

La consonne V n'offre aucune particularité 
dans la prononciation des mots; le W n'est usité 
en français que dans les mots empruntés aux 
langues -du Nord et conserve sa prononciation 
étrangère. Le iv allemand a la valeur du v sim- 
ple : Vagram pour Wagram, Valkyrie pour 
Walkyrie. Dans l'anglais et le hollandais, il a le 
son de ou: prononcez Ouellington pour Wel- 
lington; Ouelche pour Welche; ouiste pour whist 



DE PRONONCIATION 



105 



X et Z 

X a le son de GZ et de KSS. 

Il a généralement le son de GZ entre deux 
voyelles, même lorsque la première voyelle est 
suivie 'de la consonne muette h: 

examen, se prononce egzamen. 



exemple, 

exhaler, 

exécrer, 

exhiber, 

exhausser, 

exhortation, 

inexact, 



egzemple. 

egzaler. 

egzécrer. 

egziber. 

egzausser. 

egzortation. 

inegzact, etc. 



Quoique entre deux voyelles, X prend excep- 
tionnellement le son de KCE dans les mots sui- 
vants : 



axe, 

auxiliaire, 

axiome, 

flexible, 

luxe, 

maxime, 

orthodoxe, 

orthodoxie, 



se prononce akce. 



oïïtttiaire. 
akciôme. 
flèkcible. 
lukce. 
makcime. 
orthodokce. 
orthodokcie. 



106 



MANUEL 



réflexion, se prononce réflekcion. 

sexe, „ sèkce. 

'•V** Alexandre, „ Alèkçandre. 

Eudoxie, „ Eudokcie. 

Mexique, „ Mèkcique. 

Praxitèle, „ Prakcitele. 

Zeuxis, „ Zeukcice. 

X a le son du GZ dans les noms propres 
suivants : 

Jf~ Xantippe, se prononce Gzantippe. 

^f"} Xavier, „ Gzavier. 

Xénophon, „ Gzénofon, 

Xerxès, „ Gzerkssèss. 

Artaxercès, „ Artagzercèss. 

le Xante, „ le Gzante. 

X a le son de KSS quand il est placé entre 
une voyelle et une consonne et lorsqu'il termine 



un mot 



excuse, se prononce eksscuze. 



expliquer, 


» 


eksspliquer. 


exposer, 


H 


eksspôzer. 


exposition, 


H 


eksspôzïtion. 


extase, 


» 


eksstaze. 


index, 


>l 


indekss. 



DE PRONONCIATION 



107 



inexpérience, se prononce ineksspérience. 
juxtaposer, „ juksstapôzer. 

larynx, „ larinkss. 

lynx, „ lynkss. 

phénix, „ fénikss. 

sphinx, „ sfinkss. 

X a le son de deux SS dans : 

Auxonne, se prononce Aussonne. -j-~ 
Bruxelles, „ Brusselle. 

soixante, „ soissante. 

On prononce Ansserre pour Auxerre, 
et Aukcerrois „ Auxerrois. 

X a le son du K dans Xe'r'es et Ximènès : 



X se prononce Z dans les adjectifs numéraux 
ordinaux : 



le vin de Xérès, Kérès, 

le cardinal Ximénès, Kiménes. 



deuxième, 
sixième, 



deuzième. 
sizième. 



dixième, dizième. 



Les adjectifs numéraux dix et six se pronon- 
cent dice et sice quand ils sont seuls ou quand 




108 MANUEL 



ils figurent comme date : le dbc janvier, le dice 
janvier, l e six mars, le slce mars. 

Dix et six se prononcent dlze et slze devant 
. une voyelle : dl-zamls, sl-zenfants, et dl, si, 
devant une consonne ou une h aspirée : 

Dix livres, dl livres; six héros, si héros. 



DE PRONONCIATION 



ioy 



Liaisons 



Indépendamment du sens qui lie les mots entre 
eux, il y a aussi liaison dans la prononciation 
lorsque la consonne finale d'un mot est jointe à 
la voyelle initiale du mot suivant : les arbres, 
qu'on prononce le zarbres. 

Les liaisons n'ayant d'autre but que de donner 
plus d'harmonie à la diction, il faut éviter avec 
soin celles qui heurtent l'oreille ou qui prêtent à 
l'équivoque. Ainsi, dans cette phrase : le perro- 
quet a parlé. Si vous faites la liaison et si vous 
dites : le perroquè-ta parle) cela peut signifier que 
le perroquet a parle' à toi. 

Un signe de ponctuation ou un repos entre les 
mots exclut toute liaison; de même que certaines 
liaisons, autorisées dans le discours soutenu 
seraient affectées et ridicules dans la conversa- 
tion familière. 



Les consonnes S et X, dans les liaisons, 



-f 



110 MANUEL 

se prononcent comme un Z : lè-zamis, heu- 
reu-zenfant, b eau- zob jets. 

Mais il faut conserver à la syllabe finale ce sa 
prononciation normale et dire : 

douce amie, douçamie. 

différence énorme, différencénorme. 

Et non douzamie, différenzénorme, faute fré- 
quente en Belgique. 

La liaison est obligatoire quand l'adjectif 
précède le substantif: 

bon ami, bo-nami. 

premier amour, premié-r amour. 
dernier instant, dernié-r instant, etc. 

Elle n'a généralement pas lieu : 

i° Lorsque l'adjectif est placé après le sub- 
y- stantif ou s'il est pris substantivement comme 
dans: 

rocher élevé, roche élevé. 

serrurier adroit, serurié adroit. 

le premier à les voir, le premiéà les voir. 

le dernier à en parler, le demie à en parler, etc. 



r 



DE PRONONCIATION 



III 



2° Quand les consonnes sont muettes à la fin 
de certains mots comme dans : 



*- 



plomb argenté, 
banc ombragé, 
nid abandonné, 
blond ardent, 
étang épuisé, 
fusil armé, 
camp ennemi, 
chat enragé, 

Mais on lie : 

objet aimé, 
franc animal, 



pion argenté, 
ban ombragé, 
ni abandonné, 
blon ardent, 
étan épuisé, 
fusi armé, 
can ennemi, 
cha enragé, etc. 



objèt-aimé. 
frank-animal, etc, 



f f- 



Istc t*sj* 



La liaison ne doit pas dénaturer les syllabes^ 
nasales dans les adjectifs déterminatifs et les 
pronoms ; il faut dire : 

mon-nenfant, et non : mo-nenfant. 



son-namour, 
un-n'homme, 
aucun-nami, 
on-narrive, 
il en-nest, 



so-namour. 
u-n'homme. 
aucu-nami. 
o-narrive. 
il a-nest. 



L'usage proscrit: diction-wagréable, besoin- 



112 



MANUEL 



> 



«urgent, non-«écrit, etc.; mais il autorise la liai- 
son dans : 

vain espoir, vain-nespoir. 

rien à dire, rien-n'à dire. 

combien est-ce combien-n' est-ce. 

bien obligeant, bien-nobligeant, etc. 

Dans les mots terminés par deux consonnes, 
c'est généralement avec l'avant-dernière que se 
fait la liaison : ficc^U*. </**<*» £, ^A c+^^rhru. 



un dard homicide, 
un hasard imprévu, 
il sort aujourd'hui, 
le sort est cruel, 
la mort affreuse, 
le vert et le bleu, 
il part après-demain, 



un dar-homicide. 
un hasar-imprévu. 
il sor-aujourd'hui. 
le sor-est cruel, 
la mor-affreuse. 
le ver-et le bleu, 
il par-après-demain. 



il perd à tous les coups, ilpèr-à tous les coups. 
un discours étrange, 
un secours imprévu, 
r \- alors il vint, 

l'univers invisible, 
envers et contre tous, 



un discour-étrange, 
un secour -imprévu, 
alor-il vint, 
l'un iver-in visible, 
enver-et contre tous, etc. 



Mais on commence à lier : 
vers elle, ver z-elle. 



DE PRONONCIATION 



113 



devers elle, dever z-elle. 

La liaison a lieu avec la dernière consonne 

»dans les mots composés : 
la mort jiux rats, la mor-taux rats. 

de part en part, de par-ten part, 



ainsi que dans les verbes interrogatifs de la 
troisième et quatrième conjugaison ; 

I sort-il? sor-til. dort-elle? dor-telle. 
perd-il? per-til. mord-il? mor-til, etc. 
Le D final des verbes ayant la forme interro- 
gative se change en T dans la liaison comme 
pour tous les mots terminés par cette même 
consonne : 



profondjennui, 
grand ennemi, 



profon-tennui. 
gran-ténemi. 



FORT, adverbe, se lie toujours : 



il est fort aimable, 
il est fort à plaindre, 



il estfor-taimable. 
il est for -ta plaindre. 



FORT, adjectif ou substantif, ne se lie pas 



il est fort et patient, 
le fort est détruit, 



il est for-et patient, 
le for -est détruit. 




t 



114 MANUEL 

Le CT et le G à la fin des mots se changent 

en K lorsqu'il y a liaison comme dans: 

aspect imprévu, aspè-kimprévu. 

respect imposant, respè-kimposant. 

sang impur, san-kimpur. 

long esclavage, Ion- kesc lavage. 

Dans les mots terminés par RPS, RDS, la 
liaison se fait avec l'R au singulier et avec 
l'S au pluriel : 

un corps humain, un cor-hautain. 

des corps humains, des cor-zhumains. 

le corps électoral, le cor -électoral. 

les corps électoraux, les cor-zélectoraux. 

un remords exagéré, un remor-exagéré. 

des remords exagérés, des remor-sexagerés, etc. 

Ni liaison, ni élision devant les mots : oui, 
onze, onzième, ouate, uhlan, yatagan, yole, yucca; 
on dit : le oui (familièrement : je crois qu'oui), le 
onze, le onzièmes, la ouate, le uhlans, etc. 

Lettres euphoniques 

Il faut aussi dans la prononciation tenir 
compte des lettres euphoniques; elles sont au 
nombre de quatre : 



DE PRONONCIATION 



H5 



E, L, T, S. 

On les emploie, les unes pour adoucir la pro- 
nonciation de certaines consonnes, comme dans 
langeons, pigeon; les autres, pour éviter 
îiatus : si \-on dit, va-t-il? cher c iies- en. 



DE LA QUANTITE ET DE L'ACCENT 



Le mécanisme des vers français repose essen- 
tiellement sur la rime et le nombre des syl- 
labes, tandis que les longues et les brèves sont 
le fondement même des vers grecs et latins. 
Néanmoins la quantité et l'accent ont leur impor- 
tance dans le discours français et nous ne pou- 
vons les passer sous silence. 

De la quantité 

Il y a deux sortes de quantités : 
La quantité syllabique et la quantité proso- 
dique. 

La quantité syllabique a rapport au nombre 
de syllabes contenues dans un mot; c'est plutôt 
une règle de versification que de prononciation. 



MANUEL DE PRONONCIATION 



117 



Pour que la quantité syllabique soit respectée 
dans le vers, il est nécessaire de donner quel- 
quefois à une simple diphtongue la valeur de 
deux syllabes. Le mot impiété, par exemple, 
comptera pour quatre syllabes : 



I 



Rompez, rompez tout pacte avec l'im-pi-é-té. 

Racine. 



La quantité prosodique est assez difficile à 
définir en tant que règle absolue : elle a trait à 
la durée longue ou brève des syllabes et contri- 
bue beaucoup à l'harmonie de la parole quand 
elle est bien observée. 

Cette durée varie selon la place que le mot 
occupe dans la phrase. Si l'on dit :f ai à vous 
faire une demande, on allongera la syllabe mande, 
qui perdra de sa longueur dans la construction 
suivante : j'ai une demande à vous faire. En 
allongeant, comme on le fait généralement en 
Belgique, les terminaisons des mots tels que 
secrète, discrète, bibliothèque, etc., on pèche con- 
tre la quantité prosodique, qui veut que les 
terminaisons en èle et en èque n'aient pas une 
durée aussi longue que celle en été et en êque .-pré- 
fète, chèque, fête, évéque. Cette règle de quantité 
prosodique intéresse surtout les diseurs, car les 






Il8 .MANUEL 



chanteurs ont souvent à faire entendre une note 
soutenue sur une syllabe brève. 

De l'accent 

Il y a diverses sortes d'accents : 
ro L'accent prosodique; 
20 L'accent tonique; 
30 L'accent logique ; 
40 L'accent expressif. 

L'accent prosodique a particulièrement trait 
à la sonorité grave ou aiguë de la voyelle. 

L'accent et la quantité prosodiques sont sou- 
vent réunis dans la même syllabe, c'est pour cela 
qu'on les confond presque toujours. 

Il faut cependant faire la différence entre le son 
de la voyelle (accent) et la durée de la syllabe 
[quantité). 

En prononçant IV fermé du mot café comme 
un è ouvert, on ne commet qu'une faute de son, 
tandis qu'on pèche à la fois contre le son et la 
durée en substituant un /fermé à Yè ouvert du 
mot discrète et en prolongeant la durée de cette 
syllabe cte qui est brève. 

L'accent tonique est la syllabe qui, dans un 



DE PRONONCIATION 



119 



mot domine les autres syllabes. Il a en français 
sa place toujours marquée sur la dernière syllabe 
sonore du mot, quand cette syllabe est masculine, 
et sur Vavant-dernicrc, quand elle est féminine : 
revêtir, usage. On appuie sur les syllabes tir et 

»sa en faisant sentir Yi et l'a de l'accent tonique 
qui l'emporte sur l'accent prosodique. 

Les Wallons déplacent presque toujours l'ac- 
cent tonique, ce qui donne à leur langage une 
cantilène particulière. Dans cette phrase : le 
principe de la royauté', ils ne manqueront pas 
d'appuyer fortement sur les syllabes prin et au 
et de dire : le principe de la royauté, alors que 
l'accent doit reposer légèrement sur ci et té : le 
princ/pe de la royaux. 






L'accent logique est celui qui met en relief le 
»t de valeur d 'une phrase. Essayons dans ces 
vers ae Lamartine de faire comprendre ce que 
nous entendons par le mot de valeur : 

Dieu fit pour les esprits deux langages divers : 
En sons articulés l'un vole dans les airs ; 
Ce langage borné s'apprend parmi les hommes; 
Il suffit aux besoins de l'exil où nous sommes, 
Et, suivant des mortels les destins inconstants, 
Change avec les climats ou passe avec les temps. 



120 MANUEL 

L'autre, éternel, sublime, universel, immense, 

Est le langage inné de toute intelligence : 

Ce n'est point un son mort dans les airs répandu, 

C'est un verbe vivant dans le cœur entendu; 

On l'entend, on l'explique, on le parle avec l'âme. 

Pour dire logiquement il faut commencer par 
analyser avec soin ce qu'on veut dire ou lire. 
L'analyse est une des plus précieuses facultés de 
l'esprit humain; elle nous initie aux mystères de 
l'art. Par elle, on apprend à distinguer dans le 
discours quel qu'il soit, vers ou prose, les idées 
principales de celles qui sont purement acces- 
soires; on les fait valoir sans rompre pour cela 
le lien d'unité qui les rattache les unes aux autres. 
C'est un tout composé de diverses parties qu'on 
ne sépare que pour les mieux réunir dans un 
harmonieux ensemble. 

Il y a des mots de valeur et des mots de rap- 
port qu'il faut savoir dégager, tout en conservant 
à la phrase son unité d'expression. 

L'accent expressif n'est pas précisément du 
domaine de la technique; il appartient au senti- 
ment individuel et vient de l'âme, comme dit le 
poëte. L'étude des œuvres littéraires classiques 
et modernes fournit une mine féconde d'exer- 



DE PRONONCIATION 



121 



cices ; ce ne sera pas perdre son temps que de 
chercher à traduire fidèlement la pensée de nos 
grands écrivains. 

Ce travail est la partie la plus intéressante de 
l'art de dire, c'est aussi celle dont il est le plus 
difficile de formuler la théorie. 

Comprendre et sentir ne sont pas seulement 
le résultat de l'étude, tout le monde est d'accord 
sur ce point; mais l'artiste, pour ne pas être 
arrêté dans les élans de son âme, doit posséder 
aussi cette habileté de métier qui ne s'acquiert 
que par le travail et l'habitude. 



DE LA VOIX 



La voix parlée, comme la voix chantée, se déve- 
loppe et s'embellit par l'exercice quand celui-ci 
n'excède pas les forces naturelles. Il faut s'habi- 
tuer, soit en parlant, soit en lisant, à émettre la 
voix simplement et sans le moindre effort. Si elle 
est faible, on peut la renforcer à l'aide de l'arti- 
culation, mais il est inutile et quelquefois nuisible 
de chercher à l'élever au-dessus du ton naturel. 
L'abus de la sonorité enlève à la parole son 
accent vrai et une voix faussée par les tons fac- 
tices se redresse bien difficilement. 

Il est nécessaire défaire remarquer aux élèves, 
dès le début de leurs études, la différence qu'il y 
a entre un son de poitrine et un son de gorge, 
de nez et de tête, et il faut tout de suite poser en 
principe que la voix de poitrine est la seule 



MANUEL DE PRONONCIATION 1^3 

voix naturelle en même temps qu'elle est la plus 
agréable et la plus solide. 

Apprendre à se servir de la voix appelée com- 
munément voix de médium est la première obli- 
gation du diseur. C'est du médium que la voix 
monte, descend, parcourt toutes les notes basses 
et élevées du clavier vocal pour revenir toujours 
à son point de départ : le médium. 

L/étude de la tragédie est excellente pour la 
pose et le développement de la voix; celle de la 
comédie est plus favorable à la souplesse et à la 
vérité des tons. Dans la poésie épique, lyrique 
ou tragique, la voix est naturellement plus sou- 
tenue et plus grave que dans la comédie ou cer- 
tains morceaux de prose familière : la diction 
s'élargit en raison de la grandeur des sentiments 
qu'on exprime; mais il faut distinguer la pompe 
et la noblesse du débit tragique de l'emphase 
déclamatoire toujours ridicule et en dehors de 
toute vérité. 

Régler et proportionner sa voix aux dimen- 
sions de la salle dans laquelle on parle est encore 
une étude importante. Il est bon de s'exercer 
quelquefois en s'adressant par la pensée à des 
auditeurs éloignés dont on veut être entendu. 




DE LA RESPIRATION 



Les qualités de la voix dépendent aussi en 
grande partie de la respiration. 

Pour parler sans fatigue il est indispensable 
de renouveler le plus souvent possible l'air qui 
sert à former la voix. 

La respiration se compose de deux actes : 
aspirer et respirer. Aspirer, dit très justement 
M. Legouvé, c'est acquérir, c'est emmagasiner : 
respirer, c'est dépenser, c'est écouler ses mar- 
chandises. 

Les repos sont généralement indiqués par la 
ponctuation écrite, mais un lecteur habile ne se 
contente pas seulement de respecter les signes 
graphiques, il sait encore créer des arrêts, des 
temps qui l'aident à se faire mieux comprendre. 



MANUEL DE PRONONCIATION 125 

Le sens d'une phrase exige parfois un temps plus 
long après une simple virgule qu'après un point 
et le point se fait quelquefois à peine sentir dans 
un ensemble de phrases. 



PHRASEOLOGIE ET INFLEXIONS 



On donne le nom de discours à une série de 
phrases qui roulent sur le même sujet, et on ap- 
pelle période une phrase dont les propositions 
sont unies par des liens grammaticaux. 

La voix doit être soutenue tout le temps que 
dure la phrase; c'est elle qui tient l'auditeur au 
courant de la marche de la pensée, marquant 
seulement par des changements de voix les di- 
visions, les incidentes et la fin des phrases. 

La pensée de l'écrivain doit seule régler les 
inflexions et les mouvements de la lecture; mais 
pour comprendre et rendre exactement les inten- 
tions des auteurs, la connaissance des règles ne 
suffit pas. Dès qu'il s'agit d'expression artistique 
nous dirons volontiers, avec M. Legouvé, qu'il 



MANUEL DE PRONON CIATrON 



faut connaître les règles pour savoir s'en passer. 

Et maintenant que nous touchons à la dernière 
page de ce manuel, pouvons-nous affirmer que 
l'ayant parcouru ou appris par cœur, on soit à 
même de parler avec correction et élégance? 
Nous le voudrions, mais bien dire n'est pas seu- 
lement affaire de science. C'est aussi une ques- 
tion de goût personnel, de tact, de circonstance 
et de lieu. 

Certaines incorrections ajouteront parfois du 
charme à la diction. Il est plus naturel de dire 
dans la conversation familière pov' petite que 
pauvre petite : nous ne pouvons pourtant donner 
cette abréviation, et tant d'autres aimables, 
comme précepte. La solennité du discours public 
n'admettra jamais l'abandon, le laisser-aller du 
dialogue familier. 

Apprenons donc les règles de prononciation 
comme on apprend l'orthographe, et si nous 
nous en écartons, que personne au moins ne 
puisse l'attribuer à notre ignorance, mais bien à 
notre goût personnel. 



Table des Matières 

Pages. 

Préface vu 

Introduction i 

Des Voyelles 5 

De la voyelle A 10 

De la voyelle E 23 

De la voyelle I 40 

De la voyelle 42 

De la voyelle U 51 

Des voyelles nasales 54 

Des diphtongues 58 

Diphtongues nasales ........ 63 

)es Consonnes 65 

Prononciation des consonnes 77 

Liaisons. — Lettres euphoniques . . . 109 

de la quantité et de l'accent il6 

De la voix 122 

De la respiration 124 

Phraséologie et inflexions 126 




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PC 

2137 
T67 
1894 



Tordeus, Jeanne 

Manuel de prononciation 



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