Skip to main content

Full text of "Mémoires de la Société des antiquaires de Picardie"

See other formats


-\ 



-^ CENT^^ 





^t^'fc^ -/"T^f^ f^.^^ 'Tu (Dn^ 



AS 



MÉMOIRES 



DK LA 



t / 



SOCIETE DES ANTIQUAIRES 

DE PICARDIE. 



TOME XXX. ^ O 



MÉMOIRES 



DE LA 



f f 



SOCIETE DES ANTIQUAIRES 

DE PICARDIE, 



TROISIÈME SERIE 



TOME X. /V 





PARIS . 

Librairie de A. CHOSSONNERY, 47, Quai des Grands-Auguttius. 

AMIENS, 
Imprirrerie A. DOUILIET . t C«, rue du Logis-du-Roi, 1». 

1889 



\\(\y 



THE GETTY CENTER 
LIBRARY 



SOCIÉTÉ DES ANTIQUAIRES DE PICARDIE 



CINQUANTENAIRE DE SA FONDATION 

1836 — 1886 



CONGRÈS 

HISTORIQUE ET ARCHÉOLOGIQUE 

OUVERT A AMIENS, 
Les 8, O, 1 & 11 Juin 1 88G. 



La Sociûté des Antiquaires de Picardie, fondée en 
1836, accomplissait en ^886 sa cinquantième année 
d'existence. 

Dès le mois de janvier 1885, le rapport de la Com- 
mission des finances signalait à la Société les mesures 
à prendre, et M. le baron de Galonné, rapporteur, 
s'exprimait en ces termes : « Dix-huit mois à peine 
» nous séparent de l'anniversaire mémorable où les 
)) hommes les plus distingués de la province se grou- 
" pèrent dans une pensée commune afin de dévelop- 
» per le goût de la science historique et de célébrer 
» dignement toutes les gloires de la Picardie. Vous 
>) vous féliciterez de pouvoir donner à la solennité du 
» cinquantenaire tout le lustre qu'elle comporte. » 



— 2 

Sans tarder, la Société se mit à l'œuvre. Une com- 
mission fut nommée (1), qui, dès la séance du mois de 
mars, formulait, par l'organe de M. Janvier, le résultat 
de ses délibérations. Elle proposait d'organiser une 
Exposition rétrospective et d'ouvrir un Congrès histo- 
rique et archéologique auquel seraient conviées, avec 
nos collègues résidants et non-résidants, toutes les 
sociétés correspondantes, françaises et étrangères. 

La date des fêtes du Cinquantenaire coïnciderait 
avec celle de la première séance tenue par la Société 
en 1836, c'est-à-dire que l'Exposition et le Congrès 
auraient lieu au mois de juin 1886. 

Ce programme fut exactement suivi. 

L'Exposition archéologique fut inaugurée solennel- 
lement, le 1" juin 1886, dans le Musée de Picardie 
dont elle occupait les galeries du rez-de-chaussée à 
droite de l'entrée principale, ainsi que la salle et la 
bibliothèque de la Société des Antiquaires. 

La semaine suivante, le 8 juin, sous la présidence 
de M. Garnicr, président de la Société des Antiquaires 
de Picardie, le Congrès s'ouvrait dans la grande salle 
de l'Hôtel-de-Ville, mise gracieusement à la disposi- 
tion de la Société par la Municipalité amiénoise. 

Les documents relatifs à l'Exposition se trouvent, 
pour la plupart, dans les bulletins des années 1885 et 
1886. Le présent volume de Mémoires est consacré aux 
travaux du Congrès, dont voici le programme publié à 
la date du 5 juin 1886: 

(1) MM. Aotoine, Darsy, de Galonné. Dubois, Duhanacl, Durand, 
Garnier, de Guyencourt, Jauvier, Oudin, Pinsard et Poujol de Fré- 
chencourf. 



— 3 — 



PROGRAMME DU CONGRÈS. 



Mardi 8 Juin^ à une heure, séance solennelle d'ouver- 
ture. Après la séance, visite à la cathé- 
drale d'Amiens. A 8 heures du soir, 
deuxième séance. 

Mercj'cdid Juin, à 9 heures du matin, conférence au 
Musée. A une hiure de l'après-midi, 
séance à l'Hôtel-de-Ville. Après la 
séance, visite aux monuments d'A- 
miens. A 8 heures du soir, deuxième 
séance. 

Jeudi 10 Jwm, à 7 heures du matin, excursion à Nesle 
et à Ham. A G heures 1/2 du soir, 
banquet à la salle St-Denis. 

Vendredi 11 JuiUj séance de clôture à 2 heures. 



LISTE 



Des Sociétés qui ont envoyé des Délégués 

au Congrès. 



Société dunkerquoise pour l'encouragement des 
sciences, des lettres et des arts, à Dunkerque. 



— 4 — 

Société de géographie, à Paris. 

Société historique de Gompiègne, à Compiègne 
(Oise). 

Société académique d'archéologie, sciences et arts 
du département de l'Oise, à Beauvais. 

Société archéologique, historique et scientifique, à 
Soissons, 

Société d'émulation, à Abbeville. 

Société française d'archéologie pour la description 
et la conservation des monuments historiques, à Gom- 
piègne. 

Société des Antiquaires de la Morinie,à Saint-Omer. 

Société des Antiquaires de l'Ouest, à Poitiers. 

Société centrale d'agriculture, de sciences et d'arts, 
à Douai. 

Académie des sciences, arts et belles-lettres, à Gaen. 

Société des Antiquaires de Normandie, à Gaen. 

Société historique et littéraire à Tournai (Belgique). 

Cercle archéologique d'Enghien, à Enghien (Hai- 
naut). 



LISTE 
Des Membres du Congrès. 



MM. 

Argoeuves (Xavier de Gorguettes d'), membre de la 
Société des Antiquaires de la Morinie, à St.-Omer. 



AuLT DU Mesnil (Geoffroy d'), membre de la Société 

française d'archéologie et de la Société d'émulation, 

à Abbcville. 
Bellon, à Formerie. 
Gharvet, membre de la Société académique de l'Oise, 

à Beauvais. 
Gloquet (Louis), membre de la Société historique et 

littéraire, à Tournai. 
CoilARD-LuYS, archiviste du département de l'Oise, 

secrétaire de la Société académique de Beauvais. 
Delattre (Victor), receveur municipal, membre de la 

Société d'émulation, à Gambrai (Nord). 
Delignières (Emile), avocat, membre de la Société 

d'ém.ulation d'Abbeville. 
Deman, notaire, membre de la Société dunkerquoise, 

à Dunkerque. 
Favier (Alexandre), membre de la Société centrale 

d'agriculture, de sciences et d'arts, à Douai. 
Hauteclocque (le comte de), membre de l'Académie 

d'Arras. 
Hardouin (Henri), conseiller honoraire de la Gour de 

Douai, à Quimper (Finistère). 
HiBON DE Frohen (le comte), duc de Villars, à Paris. 
HuGUET (le chanoine), membre de la Société histo- 
rique et littéraire, à Tournai. 
Lair (le comte), à Poitiers. 
Lambertye (le comte de), membre de la Société 

française d'archéologie et de la Société historique de 

Gompiègne. 
Lefèvre-Pontalis (Eugène), bibliothécaire du Gomité 

des Travaux Historiques, à Paris. 



Macqueron (Henri), membre de la Société d'émula- 
tion, à Abbeville. 

Malherbe (le comte de), membre de la Société acadé- 
mique, à Beauvais. 

Marsy {le comte de), président de la Société française 
d'archéologie, à Gompiègne. 

Méresse, membre de la Société historique, à Gom- 
piègne. 

MouNiER, à Formerie. 

Nédonchel (le comte de), membre de la Société histo- 
rique et littéraire, à Tournai. 

Piet-Lataudrie, ancien magistrat, membre de la 
Société des Antiquaires de l'Ouest, à Poitiers. 

PiHAN (le chanoine), secrétaire de l'Évêché de Beau- 
vais, membre de la Société académique de l'Oise. 

Pongelet (Achille), membre de la Société centrale 
d'agriculture, de sciences et d'arts, à Douai. 

Ris-Paquot, artiste peintre, à Abbeville. 

RouGÉ (le comte Hervé de), à Dinteville (Haute-Marne) 

Salis (le comte de), président de la Société acadé- 
mique de rOise, à Beauvais. 

Travers (Émilé), ancien conseiller de préfecture., 
membre de l'académie, à Gaen. 

Vayson, manufacturier, à Abbeville. 

Vuatrin, membre de la Société académique de l'Oise, 
à Beauvais. 

Wignier, à Abbeville. 



Ablaingourt (Adolphe d'), membre non-résidant de la 
Société des Antiquaires de Picardie, à Ablaincourt. 

Antoine (Henry), architecte;, membre résidant, à 
Amiens. 

Antoine (Georges), architecte, membre non-résidant, 
à Amiens. 

Beaucourt (le marquis du Fresne de), membre non- 
résidant, à Paris. 

Bonnault-d'Houet (le vicomte de), membre non-rési- 
dant, à Gompiègne. 

Bracquemont (Léopold de), membre non-résidant, à 
La Folie-Guôrard, annexe de Grivesnes (Somme). 

Cacheleu (l'abbé), professeur, membre non-résidant, 
à Amiens. 

Gagny (le chanoine de), membre résidant, à Amiens. 

Galonné (le baron Albéric de), membre résidant, au 
château de Romoni. 

Garon (Laurent), président de l'Académie d'Amiens. 

Grampon (le chanoine), membre résidant, ;i Amiens. 

Danicourt (Alfred), ancien maire de Péronne, membre 
non-résidant. 

Danicourt (l'abbé), curé de Naours, membre non- 
résidant. 

Darsy, ancien notaire, membre résidant, ;\ Amiens. 

Dubois, ancien chef de bureau à la mnirie, membre 
résidant, à Amiens. 

Duhamel -Decéjean, à Nesle (Somme), membre rési- 
dant. 

Durand (Georges), archiviste du département de la 
Somme, membre résidant, à Amiens. 



_ 8 — 

DuvAL (le chanoine), vicaire général, membre rési- 
dant, à Amiens. 

DuvETTE (A.lcide), banquier, trésorier de la Société^ 
membre résidant, à Amiens. 

FoRCEViLLE (le comte de), ancien conseiller général, à 
Forceville, membre non-résidant. 

Franqueville (l'abbé), membre de l'Académie d'A- 
miens. 

Francqueville (Amédéo de), membre non-résidant, à 
Remiencourt (Somme). 

Francqueville (Jean de), à Amiens. 

Gallet (Eugène), président de la Société industrielle 

d'Amiens. 
Garnier (Jacques), président de la Société des Anti- 
quaires de Picardie, à Amiens. 
GuYËNCOURT (Robert du Crocquet de), à Amiens, 

membre résidant. 
Hareux (l'abbé), vicaire de St-Jacques, à Amiens, 

membre non-résidant. 
Hesse (Alexandre), ancien conseiller général, à 

Amiens, membre résidant. 
Hénocque (le chanoine), doyen du Chapitre de la 

Cathédrale, vicaire général, à Amiens. 
HoDENT (Léopold), agent-voyer à Villers-Bocage 

(Somme), membre non-résidant. 
Janvier (Auguste), membre résidant, à Amiens. 
JuMEL (Albert), avocat, membre non-résidant, à 

Amiens. 
Lac (Perrin du), juge honoraire, à Gompiôgne, 

membre nun-rcsidant. 



— 9 — 

Lefebvre (Alphonse), directeur de l'Octroi, à Bou- 
logne-sur-Mer, membre non résidant. 

Lefèvre (l'abbé), aumônier du Refuge, à Douilens, 
membre non-résidant. 

Lefèvre-Marghand, ancien maire, à Ghaulnes, 
membre non-résidant. 

Leleu, ancien proviseur du Lycée d'Amiens, membre 
résidant. 

Le Sueur (l'abbé), curé d'Erondelle, membre non- 
résidant. 

Macquet (Gustave), ancien notaire, à Domart-en-Pon- 
thieu, membre non-résidant. 

Martinval (rabbé),curé de Boulogne-la-Grasse (Oise), 
membre non-résidant. 

Mollet (Jules), à Roye (Somme), membre non-rési- 
dant. 

Morel (Remy), licencié en droit, à Nesle (Somme), 
membre non-résidant. 

Odon (l'abbé), curé de Tilloloy, membre non-résidant. 

OuDiN, conseiller à la Cour d'Appel d'Amiens, 
membre résidant. 

PicART, ancien percepteur à Roiglise, membre non- 
résidant. 

Pinsard, architecte, membre résidant, à Amiens. 

PouJOL DE Fréchengourt, maire de Fréchencourt, 
membre résidant. 

PuisiEux (de), membre non-résidant, à Amiens. 

Roux (Joseph), avocat, membre résidant, à Amiens. 

Salmon (Charles), ancien directeur du journal Le 
Dimanche^ membre résidant, à St-Fuscien. 



— 10 — 

SiFFAiT DE MoNCOURT, membre non-résidant, à Paris 
SoREL^ président du Tribunal civil de Gompiègne, 

membre non-résidant. 
Soyez (Edmond), membre résidant, à Amiens. 
Traullé (l'abbé), curé de Thieulloy-la-Ville, membre 

non-résidant. 
Valicourt (le comte de), inspecteur des forêts, à 

Troyes, membre non-résidant, 
Van Robais, membre de la Société d'émulation d'Ab- 

beville, membre non-résidant. 
Vast (Jules), à Albert, membre non-résidant. 
Viellard, ancien receveur des Domaines, à Amiens, 

membre non-résidant. 
ViON (Michel), ancien chef d'institution, membre rési- 
dant, à Amiens. 
Vitasse (l'abbé), chanoine honoraire, missionnaire 

apostolique,, directeur de la Semaine religieuse du 

diocèse d'Amiens. 
WiTAssE (Gaëlan de), membre non-résidant, à Paris. 



Séance d'ouverture du 8 Juin 1886. 

Présidence de M. Gaiimer, 
Président ilo la Société des Antiquaires de Picardie 



Sont présents Messieurs d'Argœuves, d'Ault du 
Mesnil, de Bracquemont, De Cagny, de Galonné, 
Crampon, Delignières, Dubois, Duhamel, Durand, 



— 14 — 

Duval, Favier, Garnier, de Guyencourt, Hardouin, 
Hareux, de Hauteclocque, Hibon de Frohen, Janvier, 
Lair, Lefèvre-Marchand, Le Sueur, Letemple, de 
Marsy, Martinval, Pinsard, Poncelet, de Roquemont, 
Hervé de Rougé, Roux, Salmon, Soyez, Travers et 
de Witasse. 

M. le Président ouvre la Séance en souhaitant la 
bienvenue aux Membres étrangers et en les remerciant 
d'avoir bien voulu répondre à l'invitation de la Société 
des Antiquaires de Picardie, qui a organisé ce Congrès 
Archéologique en célébration du cinquantenaire de sa 
fondation. M. Garnier fait ensuite l'historique de la 
Société dans les termes suivants : 

« C'est dans notre siècle,vers la fin de la Restauration 
et au commencement du règne de Louis-Philippe, que 
s'accomplit une véritable révolution dans les études 
historiques. 

Les derniers historiens venus, comme le dit si jus- 
tement Augustin Thierry, s'en étaient tenus pour le 
fond à ce qu'avaient écrit leurs prédécesseurs^ et 
avaient cherché seulement à les surpasser par l'éclat 
et la pureté du style. Les uns, dans leurs compilations 
plus ou moins heureuses, les autres, dans des abrégés 
plus ou mois adroits, avaient reproduit les erreurs de 
leurs devanciers, se gardant bien de rien vérifier, pas 
plus qu'ils n'avaient eu, comme eux, souci de la diffé- 
rence des temps, des usages et des mœurs. 

On vit alors paraître les réformateurs ; Augustin 
Thierry, dans ses Lettres si remarquées sur l'histoire de 
Fraace, donnait le signal. Puis Sismondi, qui se dis- 



— !'2 — 

tinguail par la science des faits, Guizot, par la finesse 
et l'étendue des aperçus, de Barante, par la vérité des 
récits, ouvrirent la route et montrèrent ce que devait 
être une histoire de France vraie et vivante. 

Que fallait-il pour arriver à ces résultats ? Ne plus 
suivre, aveuglément et sans contrôle, les histoires de 
Mézeray, de Velly et d'Anquetil, pour ne citer que les 
meilleures. Il fallait remonter aux sources, étudier les 
anciennes chroniques sans parti pris, tirer des titres 
originaux les faits vrais et les causes exactes des évé- 
nements. 

La création des Comités historiques par M. Guizot, 
la publication préparée d'une collection de documents 
inédits de notre histoire marquèrent le réveil et déci- 
dèrent le mouvement. 

Dans les provinces auxquelles on faisait appel, la 
formation de Sociétés qui se proposèrent pour but l'é- 
tude et la recherche des monuments qu'avaient laissés 
nos ancêtres et qui, en même temps qu'elles combat- 
taient la routine, déclaraient une guerre conservatrice 
au vandalisme qui les menaçait de destruction, ne s'é- 
tait point fait attendre. 

Déjà la Société des Antiquaires de Normandie, qui 
date de 1823, s'était signalée par une activité qui n'a 
rien perdu de son ardeur première. 

La Société des Antiquaires de la Morinie à Saint- 
Omcr, la Société archéologique du Midi de la France 
à Toulouse, la Commission des Antiquités de la Côle- 
d'Or, à Dijon, sont nées en 1831. 

La Société archéologique de Montpellier, paraît en 
1833. 



— 13- 

La Société française d'archéologie,' fondée par M. de 
Caumont en 1834, contribue puissamment à la con- 
servation et à la connaissance de nos monuments. Elle 
a parcouru la France pour y propager !a science nou- 
velle, et elle continue son œuvre réparatrice avec un 
zèle qui n'a d'égal que l'intelligente direction qu'elle 
doit à son créateur et que ses successeurs ont religieu- 
sement maintenue. 

La même année s'élevèrent la Société des Anti- 
quaires de l'Ouest à Poitiers, si active toujours et si 
appréciée ; les Sociétés archéologiques de Béziers et 
d'Avranches. 

La Société historique et archéologique de Langres, 
la Société archéologique de Rambouillet et la Société 
d'archéologie du département de la Somme, aujour- 
d'hui Société des Antiquaires de Picardie, appartien- 
nent à l'année 1836. 

D'autres sont venues plus tard qui rivalisent heu- 
reusement avec leurs devancières. 

Permettez-moi d'esquisser rapidement l'histoire de 
la Société des Antiquaires de Picardie, qui déjà compte 
50 années d'existence, et de justifier ainsi la célébra- 
tion d'un anniversaire auquel vous avez bien voulu 
vous associer. 

Les fondateurs de la Société d'archéologie du dé- 
partement de la Somme, au nombre de 15, dont les 
derniers ont disparu en 1863, avaient à lutter 
contre l'idée fausse que notre département n'offrait 
point les éléments nécessaires à la constitution d'une 
Société archéologique. Ils ont prouvé l'importance de 



— 14 - 

de nos archives et de nos monuments, de notre ma- 
gnifique cathédrale surtout, indiqué ce qu'ils voulaient 
faire et rédigé des statuts que le Ministre de l'Intérieur 
approuvait le 9 avril 1836. 

Les fondateurs n'étaient pas tous des érudits ; à côté 
d'historiens déjà connus, de savants numismates, 
s'étaient groupés des dessinateurs habiles et de simples 
collectionneurs. Aussi, en même temps qu'ils se dé- 
vouaient à l'étude des chartes et des monuments, s'im- 
posait rétablissement d'un musée d'antiquités. 

La Société eut bientôt des associés qui l'aidèrent 
dans ses recherches et, non contente de ce concours, 
elle provoqua par des prix la solution de questions re- 
latives à l'histoire de la Picardie. 

L'entreprise n'avait point été téméraire, la preuve en 
est fournie par les communications, les rapports, les 
mémoires qui furent présentés et dont les principaux 
formaient, en 1840, deux volumes in-S^avec planches. 

Cependant la jeune Société, enfermée dans un cercle 
à la fois trop étroit et mal défini, résolut de s'étendre et 
d'embrasser la province dont Amiens était la capitale. 
Alors elle changea son nom en celui de Société des 
Antiquaires de Picardie. Cette modification fut accueil- 
lie favorablement, et les nouveaux statuts furent ap- 
prouvés le 5 février 1839. 

Notre domaine s'étant agrandi et nos obligations 
restant les mêmes, il nous fallait aviser aux moyens 
d'y satisfaire. 

Une innovation eut lieu : la création de comités 
dans les villes du ressort qui en faisaient la demande, 



- 15 — 

comités qui auraient un directeur chargé des commu- 
nications avec le comité central, lequel se réservait le 
droit d'action qu'il ne devait, ni ne pouvait aliéner 
sous peine de détruire l'unité qui garantissait sa force. 
Dès 1840, nous avions installé les comités de Gom- 
piègne et de Noyon, et en i841, celui de Beauvais ; ils 
agissaient dans la sphère de leur nationalité, recueil- 
laient les souvenirs et les traditions, et nous transmet- 
taient le fruit de leurs recherches. Aussi la nécessité 
d'une publication plus rapide que les mémoires, se 
fît-elle sentir, et la création d'un bulletin trimestriel 
fut décidée- 
La Société donnait ainsi satisfaction à des exigences 
très raisonnables et faisait connaître sans trop de re- 
tard les communications et les rapports qui lui étaient 
parvenus. 

Cette organisation dura quelques années ; mais les 
comités, jaloux de leurs succès, aspiraient à l'autono- 
mie. 

En 1847, le comité de Beauvais, qui voulait s'ad- 
joindre de nouveaux membres s'occupant d'art et d'his- 
toire naturelle, forma la Société académique de l'Oise; 
en 1862, le comité de Noyon s'érigea en comité histo- 
rique et archéologique ; celui de Gompiègne s'éteignit 
en 1848 par suite de l'éloignement et de la mort de 
plusieurs de ses membres. Vingt ans après, la Société 
historique de Gompiègne s'établissait, et nous y retrou- 
vons avec plaisir d'anciens fondateurs du comité. 

Les branches séparées du tronc avaient conservé la 
sève qui les avait fait vivre sur l'arbre ; elles étaient 



— 16 - 

devenues à leur tour des arbres féconds dont les fruits 
abondants étaient justement appréciés. 

La Société ne s'est point contentée de publier des 
Bulletins qui forment actuellement i3 volumes in-8», 
des Mémoires qui en comptent 28, et un recueil in4° 
contenant des travaux de grande étendue dont le on- 
zième volume s'achève. 

Elle a voulu honorer deux hommes, illustres à di- 
vers titres, à qui la ville d'Amiens a donné nais- 
sance. Elle a organisé une souscription pour élever 
une statue à Du Gange, le créateur de l'érudition his- 
torique. Cette statue est l'œuvre d'un enfant du pays, 
le sculpteur Caudron, que la mort a frappé avant 
l'inauguration qui eut lieu le 19 août 1849, sur la place 
Saint-Denis. 

A l'aide d'une souscription encore et avec le con- 
cours d'un de nos collègues, M. Gédéon de Forceville, 
sculpteur amateur, mort cette année, Pierre l'Hermite, 
le promoteur des croisades, eut une statue qui fut éle- 
vée le 29 juin 18S4. 

Cette même année nous avons commencé les tra- 
vaux du Musée, qui furent achevés en 1867. Trois 
loteries qui furent successivement accordées, et que 
dirigea avec un désintéressement et un dévouement 
sans bornes une commission prise dans notre sein, 
produisirent les fonds nécessaires à l'édification d'un 
monument aussi remarquable par son étendue que par 
l'élégance et le bon goût de son architecture. Si le 
cadre très restreint de cette notice Teût permis, j'aurais 
parlé de l'énergie et de l'esprit de ressources de M. 



— 17 - 

Charles Dufour, président de la commission, mais j'ai 
hâte d'achever cette lecture déjà trop longue. Je dirai 
donc seulement que le monument achevé, la Société, 
en 1872, en fit don à la Ville avec les richesses archéo- 
logiques qu'elle avait amassées. 

C'est dans une partie des galeries du Musée que la 
commission de l'exposition archéologique et artistique 
de notre cinquantenaire a réuni les trésors qui lui ont 
été confiés et que nous aurons l'honneur de vous faire 
visiter. 

Ses travaux ont valu à la Société d'être reconnue 
comme établissement d'utilité publique. La faculté de 
posséder lui était à peine accordée qu'elle recevait de 
M. Le Prince et de M"" Ledieu, veuve de l'un des fon- 
dateurs, une somme dont les revenus lui permettaient 
de donner chaque année deux prix de ?00 fr., l'un 
pour l'histoire, l'autre pour l'archéologie. D'autres 
legs de valeur moindre dus à M. Guerard, à M. Bou- 
thors et à M. Sifïait de Moncourt grossissent les res- 
sources fournies par nos cotisations et les subventions 
de la Ville et du Conseil général. 

Vingt fois nous avons été assez heureux pour distri- 
buer les prix que nous avions proposés. 

Ajoutons en terminant que la Société a vu récom- 
penser, en 1874, l'ensemble de ses travaux dans le 
concours ouvert entre les Sociétés savantes, par le Mi- 
nistère de l'Instruction publique, et que les médailles et 
les mentions honorables décernées par l'Académie des 
Inscriptions et Belles-Lettres à diverses œuvres insé- 
rées dans nos mémoires, prouvent assez que nos pu- 
blications ne sont point sans valeur. 



— 18 - 

Nous pouvons donc être fiers de notre passé et à bon 
droit nous pouvons célébrer le cinquantenaire d'une 
fondation qui n'a point été stérile, car nous croyons 
avoir montré qu'en suivant les traces de nos devanciers, 
nous étions dignes de leur succéder. 

Vous avez bien voulu répondre à notre appel, Mes- 
sieurs, nous vous en remercions. Nous espérons que 
les Assises qui vont s'ouvrir vous apprendront à nous 
mieux connaître, et que les relations qui unissent déjà 
nos compagnies deviendront, s'il est possible, plus 
étroites encore. Merci donc, Messieurs, pour votre 
gracieux concours et le témoignage de sympathie et de 
bonne confraternité que vous avez bien voulu nous 
donner. » 

Ces paroles sont vivement applaudies. 

M. Hardouin, le plus ancien membre de la Société 
des Antiquaires de Picardie, se lève et prononce le 
discours reproduit ci-après, qui est fréquemment in- 
terrompu par les bravos de l'assistance. 

M. le comte de Marsy, au nom de la Société Fran- 
çaise d'Archéologie, dont il est le président, et M. 
Emile Travers, au nom de l'Académie de Gaen et de 
la Société des Antiquaires de Normandie, expriment 
les sentiments les plus sympathiques des Sociétés 
qu'ils représentent; ils sont également applaudis. 

M. le Président remercie les orateurs, et donne 
ensuite la parole à M. Delignières qui présente l'histoire 
succincte de la gravure, passant en revue les plus cé- 
lèbres artistes qui se sont succédé à Abbeville depuis 



— 19 — 



le xvii^ siècle jusqu'à nos jours. M. Deligniores est 
écouté avec la faveur la plus marquée. 

M. le Président règle l'ordre du jour des réunions 
suivantes, et lève la séance à 2 heures et demie. 



Après la séance, MM. les chanoines Duval et Cram- 
pon et M. Durand accompagnent plusieurs membres 
du Congrès à la Cathédrale et leur donnent tous les 
renseignements nécessaires sur ce remarquable mo- 
nument. 



Deuxième Séance du 8 Juin. 

Présidence de M. Garnier. 



Sont présents Messieurs d'Ablaincourt, Antoine 
père, Georges Antoine, d'Ault du Mesnil, de Bracque- 
mont, Cacheleu, de Calonne, Caron, Gharvet, Crampon, 
Darsy, Dubois, Durand, Buvette, Fournier, Garnier, 
de Guyencourt, Hareux, de Hauteclocque, Hibon de 
Frohen, Janvier, Lair, Macqueron, de Marsy, Piet- 
Lataudrie, Pinsard, Poujol de Fréchencourt, de 
Puisieux, Salmon, Soyez et de Witasse. 

La parole est à M. Gharvet qui étudie cette question : 
Les enfants de François I" ont-ils été empoisonnés? 
M. Gharvet prouve que non : le dauphin François a 



— 20 - 

succombé à une pleurésie contracbî'e à la suite d'une 
partie de paume, et le duc d'Orléans est mort d'un 
refroidissement à Forest-Montiers. L'orateur retrace 
les circonstances qui ont accompagné ces malheureux 
événements, ainsi que les obsèques des princes en 
1547. 

Après lui, M. le comte Hibon de Frohen donne 
la traduction d'une charte de 1314, par laquelle 
Philippe-le Bel autorise la fondation d'un hospice à 
VlUers-Campsart, par Jehan Hibon, chevalier, châte- 
lain de Gampsart. 

M. le baron de Hauteclocque traite la question de 
l'Instruction publique dans le Pas-de-Calais, depuis le 
xuf siècle jusqu'au xiv* ; 

Et M. Darsy s'occupe du même sujet pour le dépar- 
tement de la Somme, du ix'' siècle à 1789. Tous deux 
arrivent à cette conclusion que, dès le xi* siècle, il 
existait des écoles dans presque toutes les provinces, 
écoles réellement gratuites, alimentées par des fonda- 
tions, des legs ou des allocations de sources diverses, 
et soumises à l'autorité de l'écolâtre. 

M. le Président remercie les orateurs, qui ont 
recueilli les applaudissements de l'Assemblée. 

M. de Marsy ajoute que les recherches faites en 
ces derniers temps ont amené pour le département de 
l'Oise des résultats semblables à ceux que M. Darsy a 
constatés dans la Somme. 

M. le Président annonce que M. d'Ault fera à l'Ex- 
position demain matin, à 9 heures, une conférence sur 



2! — 



les Antiquités préhistoriques en présence des objets 
eux-mêmes. La séance est levée à 9 heures 1/2. 



Conférence du 9 Juin. 



A 9 heures du matin, une assistance nombreuse se 
réunit dans les galeries du Musée de Picardie, devant 
la vitrine oii figurent les instruments préhistoriques 
en silex exposés par la ville d'Abbeville. M. d'Ault du 
Mesnil, dans une causerie savante, explique le mode 
d'emploi et les ditîérentes transformations des instru- 
ments primitifs trouvés dans les terrains quaternaires. 
Les pièces qu'il prés^jnte à son auditoire servent à la 
démonstration des faits. 



9 Juin. — Première Séance. 

Présidence de M. Garnier. 



Sont présents MM. de Bracquemont, De Gagny, de 
Galonné, Charvet, Crampon, Danicourt, Darsy, Du- 
bois, Duhamel, Hibon de Frohen,de Guyencourt, Ha- 
reux, de Hauteclocque, Hénocque, Hesse, Janvier, 
Lair, l'abbé Letèvre, Lefèvre-Pontalis, Le Su>3ur, 



~ 22 — 

Letcmple, de Marsy, Martinval, Odon, Piet-Lataudrie, 
Pinsard, Poujol de Préchencourt, de Roquemont, 
Hervé de Rongé, Roux, l'abbé Roze, Soyez et Travers. 

Plusieurs dames assistent à la séance. 

M. le Président donne la parole à M. Alfred Dani- 
courtqui, dans une intéressante conférence, rappelle 
et décrit les nombreuses découvertes faites dans le 
département de la Somme depuis 25 ans. Peu de ré- 
gions ont fourni autant et d'aussi remarquables an- 
tiquités. Le sol d'Amiens notamment paraît inépui- 
sable ; preuve qu'ici se trouvait jadis une cité de 
grande importance. Aussi l'orateur s*associe-t-il en- 
tièrement au vœu de la Société des Antiquaires qui 
demande que le nom de Samarobrive soit donné à 
une rue de la Ville, 

M. Danicourt termine sa causerie en manifestant le 
désir de voir les objets trouvés dans le pays, acquis 
par les Musées locaux. 

M, le Président fait observer que cela est presque 
toujours impossible, à cause des prétentions exagé- 
rées des inventeurs, et à cause de la concurrence des 
marchands d'antiquités. 

M. Hardouin remercie M. Danicourt d'avoir, à pro- 
pos d'une trouvaille de silex taillés, rappelé le souvenir 
de Boucher de Perthes, souvenir cher à tous les anti- 
quaires picards. 

M. le G" de Marsy félicite M. Danicourt du zèle qu'il 
met à surveiller les fouilles. 

M. le Président demande les noms des membres du 
Congrès qui désirent prendre part à l'e-^cursion de 



— 23 — 

demain, afin de les faire bénéficier de la réduction ac- 
cordée par la Compagnie du chemin de fer du Nord 
sur le prix des places. 

M. le chanoine Pihan lit une étude archéologique et 
liturgique sur la dalmatique de Thibaud de Nanteuil, 
évêque de Beauvais au xiir siècle. Elle est d'étoffe 
orientale, et chacun de ses détails correspond à un 
symbolisme. 

M. le C Lair émet pourtant des doutes sur l'au- 
thenticité de cet ornement. Après la lecture de M. l'abbé 
Pihan, M. le C*^ de Marsy entretient le Congrès de la 
nécessité d'enseigner l'archéologie dans les séminaires, 
afin d'inspirer aux jeunes ecclésiastiques le goût et le 
respect des choses anciennes et d'assurer parce moyen 
la conservation des objets antiques que possèdent les 
églises. Un musée épiscopal avait été fondé à Beau- 
vais par l'Abbé Barraud, mais les œuvres d'art qu'il 
renfermait ont été vendues et dispersées ; plusieurs 
d'entr'elles sont maintenant au musée de Rouen. 

M. Gharvtit demande instamment à ne pas être 
confondu avec un homonyme compromis dans cette 
déplorable affaire. M, le Président déclare que le zèle 
de l'honorable M. Charvet pour la science est au- 
dessus de tout soupçon. M. le G'* de Marsy blâme la 
conduite des membres du clergé qui se livrent au trafic 
des antiquités dont ils ne sont que les dépositaires. 
M. Martinval réplique que souvent les Sociétés sa- 
vantes sont les premières à faire des propositions aux 
églises rurales pour acquérir les objets intéressants 
qu'elles possèdent. M. le C" de Marsy proteste contre 



- 24 ~ 

cette dernière assertion. M. le O' Hervé de Rougé 
pro|)Ose de décerner des médailles aux églises les plus 
soigneuses de leurs antiquités. 

M. Lefèvre-Ponlalis donne lecture d'une savante 
étude sur les clochers des églises du xii» siècle dans 
les départements de l'Oise et de l'Aisne; il les distingue 
en plusieurs familles parfaitement définies. Cette com- 
munication est écoutée avec le plus vif intérêt. 

M. de Marsy demande si l'on a été informé de la 
découverte récente d'un cimetière gallo-romain dans 
les environs de St-Quentin. Aucune réponse affirma- 
mative n'est faite à cette question. 

Le même membre du Congrès attire l'attention sur 
une bourse carrée^ ornée d'écussons nombreux, qui est 
exposée au Musée de Picardie par M. Liénard, de Ver- 
dun. Les blasons de ces sortes d'étoffes sont générale- 
ment des armoiries de fantaisie ; mais sur celle-ci on 
a reconnu les blasons de plusieurs familles qui habitent 
les confins de la Picardie et de l'Artois. Dom Grenier 
signale dans le trésor de Corbie plusieurs bourses ana- 
logues qui servaient à envelopper des reliques. Depuis 
longtemps on les recherchait ; M. Liénard ne possé- 
derait-il pas l'une d'entre elles? 

Bien que du xiv' siècle, celle-ci est d'un tissu que 
l'on fabrique encore en Orient à l'heure actuelle. 

Après cette observation, la séance est levée à 4 
heures 1/2. 



— 25 — 

Plusieurs membres du Congrès, guidés par MM. 
Pinsard et de Guyencourt, vont visiter, à l'issue de la 
séance, quelques débris du vieil Amiens : la façade et 
les cabanons de la Malemaison, plusieurs constructions 
anciennes, l'église de St-Germain, etc. ; mais l'inclé- 
mence du temps oblige bientôt les excursionnistes à 
se séparer. 



9 Juin. — Seconde Séance. 

Présidence de M. Garnier. 



Sont présents MM. Antoine, d'Ault du Mesnil, de 
Bracquemont, de Galonné, Laurent, Garon, Gharvet, 
Darsy, Delattre, Dubois, Durand^ Garnier, de Guyen- 
court, Hénocque, Janvier, Lair, Leleu, Macqueron, 
de Marsy, Martinval, Picard, Piet-Lataudrie, Pinsard, 
Poujol de Fréchencourt, de Puisieux, H, de Rougé, 
Roux, Van Robais, Salmon, Soyez, Travers, Viellard 
et Vion. 

Plusieurs dames assistent à la séance. 

Sur l'invitation de M. le Président, M. Delattre 
communique au Congrès ses recherches sur Enguer- 
rand de Monstrelet. Est-il né à Bus-en-Artois? La 
chose est plus que douteuse, mais Monstrelet était 
certainement de famille noble. 

Une statue vient de lui être érigée à Cambrai. A ce 
propos, M. Delattre rappelle avec une émotion commu- 



- 26 - 

nicative le talent et la piété filiale de M. Garlier, artiste 
de mérite, né à Cambrai et auteur de la statue. 

M. Dubois prend ensuite la parole pour faire 
connaître et analyser un grand nombre de dictons et 
de proverbes picards qui, sous leur forme triviale, ren- 
ferment souvent un sens profond. 

Après avoir signalé les grandes difficultés de pro- 
nonciation que présente le patois picard, parce qu'un 
même mot peut, suivant les localités adopter diverses 
consonnances, M. Dubois cite une foule de proverbes 
remarqu^ibles par leur originalité et qui sont à plu- 
sieurs reprises accueillis par l'hilarité de l'auditoire. 

M. le Président remercie M. Dubois de son intéres- 
sante communication. 

M. le comte de Marsy demande que, lors de sa pu- 
blication, le travail de M.Dubois soit accompagné d'une 
traduction, car tout le monde n'est point tenu de com- 
prendre le patois picard. 

M. Travers entretient ensuite le Congrès de pro- 
verbes et dictons en général, puis plus spécialement 
de ceux qui sont particuliers à la Normandie. Cette 
causerie humoristique, toute pétillante d'esprit, excite 
différentes fois une franche gaité. Aussi quand le 
conférencier veut s'excuser du long développement 
qu'il a donné à son sujet, M, le Président lui répond- 
t-il, par ce proverbe : un bon sermon n'est jamais 
trop long. 

Il est 10 h. 1/2 quand la séance est levée. 



27 - 



10 juin. — Excursion à Nesle et à Ham. 



Le temps n'était guère favorable à la réussite de 
l'excursion de ce jour. Cependant, à 7 heures du ma- 
tin, se trouvaient présents à la gare du Nord MM. de 
Bracquemont, de Galonné, Gharvet, Louis Glocquet, 
l'abbé Danicourt, Delattre, Duhamel-Decéjean, Durand, 
de Cxuyencourt, de Hauteclocque, Hibon de Frohen, le 
chanoine Huguet, Lair, Macqueron, Piet-Lataudrie, 
Pinsard, Poujol de Fréchencourt, Hervé de Rougé, 
Travers et Viellard. 

A la gare de Nesle, M. Berlancourt, adjoint au Maire, 
et M Minotte, membre du Conseil de Fabrique, atten- 
daient les excursionnistes qu''ils conduisirent à l'église 
collégiale. Ils furent reçus au grand portail par M. 
l'abbé Guidet, curé-doyen, entouré de son Conseil de 
Fabrique. 

Une brochure spécialement écrite pour l'excursion 
avait été remise à chacun des visiteurs, elle contenait 
une description sommaire de l'éghse, avec plusieurs 
planches lithographiées. Parmi les nombreuses re- 
marques dont la vieille collégiale de Nesle fut le sujet, 
nous citerons celle des Membres de la Société histo- 
rique de Tournai qui retrouvèrent, dans la crypte de 
Nesle, des colonnes octogonales en marbre noir abso- 
lument semblables à celles de la cathédrale de Tournai 
et de la même époque. 



— 28 - 

Après un coup d'œil au château des marquis de 
Mailly-Nesle, les voyageurs partirent pour Ham. 

M. Bernot, maire et conseiller général, les reçut à 
l'Hôtel-de-Ville et leur adressa quelques mots de bien- 
venue. Puis M. Dodeuil, conseiller municipal, membre 
de la Société des Antiquaires, délégué par M. le Maire 
de Ham, prononça l'allocution suivante : 

Messieurs, 

« J'ai l'honneur de saluer l'arrivée en la ville de Ham 
des membres du congrès historique et archéologique 
ouvert à Amiens, à l'occasion du cinquantième anni- 
versaire de la fondation de la Société des Antiquaires 
de Picardie. 

Je suis heureux que notre ville ait été choisie comme 
but de votre excursion ; et vous avez raison de venir 
chez nous, Messieurs, car depuis les temps les plus 
reculés de notre histoire jusqu'à nos jours, Ham a pris 
souvent sa part dans les grands événements qui ont 
agité le pays. 

Le nom de cette ville est d'origine celtique. L'his- 
toire de ce coin de terre que vous explorez remonte à 
l'époque gauloise ; et, sous les mars de la cité, on ne 
cesse de rencontrer la profonde empreinte que les Ro- 
mains, conquérants des Gaules, ont laissée sur leur 
passage. 

Armes, sépultures, débris humains, vestiges de cam- 
pement, terres cuites servant aux constructions, vases, 
médailles, monnaies, rien n'y manque. 

Et depuis, que de dates mémorables ! Gela se corn- 



— 29 - 

prend: Ham faisait partie de ce que dans l'histoire on 
appelle les villes de la Somme ; et vous savez quelle 
importance avait la Somme comme ligne de défense, 
dans la stratégie de nos aïeux. 

Vous ne retrouverez que de faibles traces de l'en- 
ceinte fortifiée qui faisait de Ham une des places les 
mieux retranchées de la Picardie. 

Le Ghâteau-Fort, débris mutilé de l'âge féodal, re- 
paire fameux du Connétable de Saint-Pol, est encore 
debout. Construit sur l'emplacement du donjon de 
nos anciens seigneurs, ce château a vu naître plusieurs 
personnages de la maison de Bourbon. Il a été le té- 
moin de luttes héroïques et de glorieux faits d'armes. 
Parmi ses châtelains et ses gouverneurs, on compte 
de valeureux guerriers. 

En outre, comme prison d'Etat, il a caché de nom- 
breuses infortunes. Il nous rappelle des causes et des 
prisonniers célèbres, des expiations cruelles, des éva- 
sions émouvantes ; parfois aussi, mais trop rarement, 
des actes de clémence. 

Ici, Messieurs, tout est matière à enseignement pour 
l'historien comme pour le philosophe. 

Nos églises Saint-Pierre et Saint-Martin ont dispa- 
ru. Il nous reste un beffroi qui est l'ancien clocher de 
l'église Saint-Pierre. 

Nous avons encore Notre-Dame, antique collégiale, 
monument intéressant de l'époque de transition, spé- 
cimen curieux du style gothique primitif, dont l'inté- 
rieur a été enrichi et dénaturé tout à la fois par de 
somptueux ornements grecs, qui malgré leur profusion 



— 30 - 

et leur luxe n'ont pas réussi à faire oublier les lignes 
sévères et correctes de l'édifice primordial. J'espère 
que le mérite de ce monument nous procurera bientôt 
l'avantage de son classement total comme monument 
historique, avantage jusqu'ici limité à la crypte. 

Votre attention se portera aussi sur les parties de 
TAbbaye qui subsistent encore et qui sont de construc- 
tion beaucoup plus récente. L'Abbaye vient d'être res- 
taurée avec goût et, paraît-il, dans un but généreux et 
charitable. J'en suis d'autant plus heureux qu'il y a 
quelques années, dans un de mes écrits, je déplorais 
le fâcheux état et la destination tout à fait hétéroclite 
de cet édifice qui méritait, en effet, un meilleur sort. 

Si, par sa situation comme place forte, Ham a joué 
un certain rôle dans les fastes militaires de la France ; 
si nous devons à notre château l'honneur de posséder 
encore une garnison, l'Abbaye, d'autre part, a donné 
jadis à Ham le cachet d'une ville lettrée. La congré- 
gation qui l'occupait, était composée d'hommes éru- 
dits ; sa bibliothèque était des plus remarquables, et à 
l'époque où les volumes en furent brûlés ou dispersés 
dans un instant d'égarement et de fanatisme, elle ren- 
fermait des ouvrages de la plus grande valeur, entre 
autres des manuscrits précieux qui dataient de plus de 
six cents ans. 

Vous verrez sur notre place la statue d'une de nos 
illustrations locales, le général Foy, qui après avoir 
versé son sang pour la patrie, se montra l'ardent dé- 
fenseur des libertés publiques. Il nous prouva que le 
grand art de l'éloquence avait laissé des germes fé- 



- 31 — 

conds dans la cité qui déjà avait enfanté saint Gilbert, 
évêque de Meaux, et ce savant abbé d'Arrouaise, Jean 
de Bellins, le profond théologien et le brillant orateur 
du concile de Latran. 

Vous visiterez notre Hôtel-de-Ville, édifice des plus 
modernes, mais qui renferme des archives importantes 
et une bibliothèque digne de votre intérêt. 

Sur les vitraux de la salle du Conseil, vous remar- 
querez les portraits fidèlement reproduits de Vadé et 
de Peltier. Ce dernier fut un de nos initiateurs à la 
science météorologique. Notre poète Vadé était ce 
chansonnier, créateur et représentant isolé du genre 
poissard, dans les oeuvres de qui scintillent, çà et là, 
de belles et judicieuses ,'pensées qui brillent comme 
des perles de stercore Ennii. Mais il ne faut pas être 
trop sévère en terminant, car Vadé a laissé, dans le 
monde, la réputation d'un homme aimable. 

Tel est à grands traits, Messieurs, le tableau du 
passé de la ville de Ham. 

Vous avez écouté avec bienveillance cette rapide es- 
quisse, et vous voyez que lorsqu'un pays a de tels an- 
técédents ; lorsqu'une ville peut rappeler, au point de 
vue guerrier, des dates aussi mémorables que celles 
qui figurent dans nos annales ; lorsqu'elle compte par- 
mi ses enfants des hommes d'élite dont je vous ai 
nommé les plus célèbres ; lorsqu'enfin notre sol a été 
arrosé du sang du brave d'Humières et de tant d'autres 
généreux défenseurs de la France ; je suis en droit de 
m'écrier ; 

Merci, merci, Messieurs, de votre démarche 1 Vous 



— 32 - 

faites aujourd'hui un grand honneur à la ville de Ham ; 
mais^ de mon côté, je suis fier de pouvoir vous dire 
que vous n'explorez pas une terre ingrate et qu'à 
chaque pas vous trouverez la trace d'un passé glo- 
rieux ! 

Messieurs, soyez les bienvenus ! » 

M. de Galonné, vice-président, remercia en termes 
chaleureux M. le Docteur Dodeuil. 

Après un déjeuner à l'Hôtel de France, on visita, 
sous la direction de M. l'abbé Danicourt, curé de 
Naours, ancien vicaire et historien de Ham, l'église et 
la crypte. Celle-ci excita, par la pureté de son style, 
une véritable admiration. 

On s'achemina ensuite vers le château, et l'œuvre 
du connétable de St-Pol obtint son succès habituel 
auprès des visiteurs. 

Les audaces d'architecture, les souvenirs historiques, 
les histoires légendaires y abondent aussi les Anti- 
quaires y trouvèrent-ils le temps trop court pour tout 
examiner et tout entendre. 

A trois heures, ils quittaient Ham pour rentrer à 
Amiens. 



Le Banquet. 



A sept heures du soir avait lieu le banquetdu Con- 
grès, dans les salons Saint-Denis. Cinquante-cinq con 



— 33 — 

vives y assistaient. Le menu était orné d'une jolie 
vignette, œuvre de M. Jean de Francqueville, dont 
les motifs étaient pris dans les monuments d'Amiens. 

Les toasts furent nombreux et tous écoutés avec 
plaisir. 

M. Garnier, président de la Société des Antiquaires 
de Picardie, se leva le premier et s'exprima en ces 
termes : 

Messieurs, 

a Je ne saurais laisser passer cette réunion sans 
remercier les Sociétés qui ont bien voulu s'associer à 
notre cinquantenaire et leurs délégués, de la part 
active qu'ils ont prise à nos séances. Elles doivent à 
leurs communications le plus grand intérêt. 

Nous sommes heureux de l'empressement avec le- 
quel a été accueillie notre invitation. 

Il nous impose l'obligation de redoubler d'efforts 
pour accomplir notre tâche et nous espérons n'y point 
faillir. 

Soyez donc, Messieurs, auprès des Compagnies que 
vous représentez, les interprètes de notre gratitude 
pour les sentiments d'estime, de cordialité et de bonne 
confraternité que vous nous avez apportés et dont 
nous conserverons le plus agréable souvenir. 

Des relations établies sous de si heureux auspices 
ne peuvent être que favorables aux Compagnies qui 
les ont nouées. 

Je bois donc à l'union et à l'harmonie des Sociétés 
savantes. » (Vifs applaudissements.) 



— 34 — 

Après M. Garnier, M, Victor Delattre, de Cambrai, 
prit la parole en ces termes : 

Messieurs, 

« Je vous remercie de l'honneur que vous me faites 
en me désignant pour être, auprès de M. le Président, 
l'heureux interprète de vos sentiments, pour le remer- 
cier des paroles aimables et sympathiques qu'il vient 
de nous adresser. 

Je vous demanderai la permission de joindre mes 
vœux à ceux qui viennent d'être exprimés en termes 
si bien sentis, et de vous dire combien je suis heureux 
d'assister à votre fête de famille, du cinquantenaire 
de la fondation des Antiquaires de Picardie. 

Un bien chaleureux souvenir se présente ici pour 
saluer la mémoire restée vivante parmi nous de M, de 
Boyer de Sainte-Suzanne, le brillant auteur des Inten- 
dants de Picardie , le savant organisateur de votre 
exposition rétrospective de 1860, la première de ce 
genre qui eut lieu en province, et qui porta si haut et 
si loin la réputation artistique de notre belle com- 
pagnie. 

Permettez-moi maintenant, Messieurs, de porter un 
toast à nos deux vénérés doyens, MM. Garnier et 
Hardouin, dont les constants efforts et les savants 
travaux ont sans cesse stimulé votre zèle et tracé 
le chemin parcouru depuis un demi-siècle. Heureux 
sommes-nous de les présenter en exemple à nos 
jeunes confrères. Ils sont entrés dans la carrière 
quand leurs aînés y sont toujours. 



— 35 ~ 

Puissent-ils y rester longtemps encore comme nos 
maîtres et nos émules. 

Puisse la Providence les conserver de longues 
années, bien longues, bien heureuses à notre affec- 
tion, à notre reconnaissance. 

Pour consacrer le souvenir de ce beau jour, per- 
mettez-moi, Messieurs et chers collègues, de vous 
proposer de voter par acclamation la frappe d'une mé- 
daille, surkquelle figurera le nom vénéré de M. Gar- 
nier, notre cher Président. 

Ce modeste monument rappelleraànos arrière-neveux 
les éminents services rendus par lui à la science et à 
l'archéologie dans ce beau chef- lieu de l'important 
département de la Somme. ■» 

Après ce toast, accueilli par des applaudissements 
prolongés, M. Hardouin, ancien magistrat, s'est levé 
pour rappeler en quelques mots aimables ' que, dans 
le cours de sa longue carrière, il lui avait été donné de 
comparer la première et la dernière des cinquante 
années d'existence fêtées par la Société des Antiquaires 
de Picardie ; et qu'il considérait ce bonheur comme 
une récompense supérieure à celle qu'il pouvait jamais 
espérer pour ses modestes efforts. 

Dû sympathiques applaudissements lui ont prouvé 
que ses collègues et amis avaient plus di3 confiance 
dans sa verte vieillesse. 

M. de Marsy, dans une spirituelle^ allocution, dé- 
clare qu'il a noué des relations précieuses au Con- 
grès archéologique qui va être clos. Grâce à la 



— 36 — 

Société des Antiquaires de Picardie, à MM. Pinsard, 
de Galonné, Janvier, et à quelques autres guides aussi 
dévoués qu'aimables, il a trouvé toutes les portes 
ouvertes à Amiens ; il ne l'oubliera point. La collec- 
tion rassemblée au Musée par les Membres de la Com- 
mission d'organisation est véritablement unique, aussi 
proposera-t-il de boire à leur santé ainsi qu'à celle des 
exposants ; car il ne faut pas oublier que le plus grand 
sacrifice qu'on puisse demander à un collectionneur, 
est celui de se séparer de sa collection. (Applaudis- 
sements.) 

M. de Galonné, vice-président de la Société des 
Antiquaires de Picardie, regrette qu'une voix plus 
autorisée que la sienne ne réponde pas au toast de 
M, de Marsy. Cet honneur appartenait au dévoué 
M. Janvier, président de la commission d'Exposition, 
qu'une indisposition a empêché de prendre part au 
banquet. M. de Galonné remercie, en termes pleins de 
cordialité, et ses hôtes et les exposants de la région ; il 
termine en exprimant le vœu que les relations formées 
au Gongrès ne soient pas interrompues. Ge sera le 
moyen de mettre en pratique la vieille devise : utile 
dulci. (Applaudissements.) 

M. Emile Travers, fils du célèbre doyen de la Faculté 
des lettres de Gaen, membre de l'Académie de cette 
ville, remercie ses hôtes de leur accueil si bienveillant, 
si flatteur même. Il ne compte plus parmi eux que des 
amis ; et il ne saurait s'en étonner, car c'est à Amiens, 
où il était venu avec son ami M, le comte de Marsy, 
qu'il a fait la rencontre de M. Hardouin, ce cœur tou- 



- 37 — 

jours jeune et bon, dont la vie peut servir d'exemple à 
tous. (Applaudissements.) 

M. Garon, directeur de l'Académie d'Amiens, pro- 
nonce le toast suivant, qui n'est pas moins applaudi 
que les précédents : 

Messieurs, 

« L'Académie d'Amiens et la Société des Antiquai- 
res de Picardie ne sont point des rivales qui se jalou- 
sent ; ce sont plutôt deux sœurs qui, en suivant des 
voies distinctes, aiment à se rencontrer et au besoin 
même à se prêter un mutuel secours. 

La sœur aînée s'intéresse aux progrès de la sœur 
cadette, et, aujourd'hui que la Société des Antiquaires 
célèbre la cinquantaine de sa fondation, c'est avec 
joie que l'Académie d'Amiens s'associe à cette fête. 

D'ailleurs, les deux Compagnies ont des membres 
communs qui contribuent à entretenir entre elles des 
rapports d'amitié. Le savant qui préside avec tant de 
distinction ce Congrès, est le doyen de l'Académie 
d'Amiens. 

Je porte un toast à M. Garnier, qui représente si di- 
gnement cette union, et je lui offre les vœux que 
forme l'Académie d'Amiens pour la longue prospérité 
de la Société des Antiquaires de Picardie. » 

En remerciant M. Caron, M. Garnier fait observer 

qu'il ne peut pas dire qu'il a le bonheur d'être le 

doyen de l'Académie d'Amiens, mais il n'a qu'à se fé- 
liciter des bonnes relations qu'il y entretient depuis de 
longues années; et il continuera de fair« tout son pos- 



38 — 



sible pour resserrer les liens de la vieille amitié qui 
unit les deux sociétés sœurs. En sa qualité d'antiquaire, 
il a veillé de son mieux à la conservation des archives 
de l'Académie d'Amiens qui ont fait des pertes consi- 
dérables. Sa sollicitude ne leur fera point défaut. 

M. le chanoine Huguet, de Tournai, se lève avec 
empressement pour remercier ses hôtes, au nom de 
ses collègues de Tournai. Nous n'avons pas beaucoup 
contribué, dit-il^ aux discussions du Congrès ; tout 
l'intérêt a été pour nous. Mais nous réclamerons le 
prix d'éloignement.... (Hilarité générale), car la sym- 
pathie qui vient de plus loin doit paraître aussi la plus 
profonde.(Applaudissements.) Cette sympathie, ce n'est 
pas ma présence seulement, c'est encore l'histoire qui 
l'atteste. Car nous ne saurions oublier que nous avons 
été un fief de la France jusqu'en 1313. Lors du traité 
d'Utrecht, on a profité de quinze jours de maladie du 
roi Louis XIV pour nous arrachera votre belle patrie. 
Nous avons été cédés à l'Allemagne, à l'Allemagne qui 
malheureusement estplus forte encore aujourd'hui qu'il 
y a deux siècles. (Applaudissements prolongés.) Dans 
nos archives nous conservons avec un soin pieux les 
lettres où Jeanne Darc suppliait le roi de France de 
rétablir son autorité, de restaurer la monarchie. Ce 
n'est pas seulement Tournai qui est sympathique à vo- 
tre Société, c'est encore Charleroi et tant d'autres villes 
que je pourrais citer. Croyez bien qu'on n'oublie pas la 
France dans notre pays. (Vifs applaudissements.) Si 
vous n'en voyez pas plus de représentants, c'est que 
le 8 juin nous nous devions à la patrie. Nous avions à 
déposer notre vote et à accomplir nos devoirs de ci- 



- 39 — 

toyens. Je n'en dis pas davantage, car un cinquante- 
naire comme le vôtre doit être un jour de satisfaction 
et de boDheur pour tous. Nous sommes vos cadets, 
nous datons de 1842. Depuis cette époque nous échan- 
geons toutes nos publications avec votre Société ; et 
c'est du fond du coeur que je vous donne rendez-vous 
à notre cinquantenaire, dans six ans. Je ne vous dis 
pas que nous serons contents de vous recevoir... 
Envoyez-nous seulement une nombreuse députation. 
Nous lui montrerons avec bonheur Tournai et sa cathé- 
drale, la rivale de celle d'Amiens. S'il y a rivalité de 
monuments, il y aura aussi rivalité de sympathies. 
(Vifs applaudissements.) 

M. le comte de Marsy s'est chargé de répondre à 
l'improvisation énergique et pleine de patriotisme de 
M. le chanoine Huguet, qui, comme tous les citoyens 
de la Belgique, de la Hollande et de la Suisse, s'inté- 
resse vivement à la France. M. de Marsy rappelle les 
excellentes réceptions de la Belgique en 1881 et 
accepte au nom de ses collègues, avec autant de cor- 
dialité qu'il a été donné, le rendez-vous général de 
Namur. 

On s'est séparé vers onze heures, en promettant de 
se retrouver à la séance de clôture, le lendemain 
vendredi à l'Hôtel-de-Ville. 



— 40 — 

11 Juin. — Séance solennelle de clôture. 

Présidence de M. Garnier. 



Sont présents : MM. d'Ablaincoùrt, Antoine, d'Ault 
du Mesnil, de Beaucourt, de Bracquemont, De Gagny, 
de Galonné, Garon, Chevalier, Coiiard-Luys, Darsy, 
Delattre, Deman, Dubois, Duhamel, Durand, Duval, 
de Favernay, l'abbé Franqueville, A. de Francqueville, 
Garnier, de Guyencourt, Hardouin, Hareux, Hénoc- 
que, Hesse, Janvier, du Lac, Letemple, Macqueron^ 
de Marsy, Martinval, Odon, Picart, Piet-Lataudrie, 
Pinsard, Poujol de Fréchencourt, Ris-Paquot, de Ro- 
quemont. Van Robais, H. de Rougé, Roux, Salmon^ 
Soyez, Travers, Vayson, Viellard, Vion et de Witasse. 

Un grand nombre de dames assistent à la réunion. 

M. Macqueron ouvre la séance par la lecture d'un 
travail très complet sur l'iconographie picarde. Get 
ouvrage, fruit de longues et minutieuses recherches, 
captive l'attention de l'assemblée. 

M. Guiiard-Luys succède au précédent orateur. Il 
étudie à fond, dans un savant mémoire rempli d'aper- 
çus ingénieux, les fonctions et le rôle des écolàtres de 
Noyon ut toutes les questions qui se rapportent à leur 
existence depuis l'origine de leur institution jusqu'au 
milifju du xiii' siècle. 

M. Poujdl.de Fréchencourt lit ensuite une Histoire 
de l'Imprimerie à Abbeville. L'auteur de cette étude, 



- 41 — 

M. Alcius Ledieu, énumère tous les travaux typogra- 
phiques exécutés à Abbeville depuis que l'imprimerie 
y fut introduite au xv* siècle, jusqu'à la fin du xwiii". 
Des notices sur les imprimeurs et les faits historiques 
qui concernent leur art sont rapportés dans la lecture 
et lui donnent le plus vif intérêt. 

L'enchaînement des idées amène naturellement 
M. Travers à parler de Tlmprimerie à Gaen. 

Le quatrième centenaire de son introduction en 
cette ville a été célébré en i 880 par une exposition 
typographique. M. Travers constate que, dès l'appari- 
tion de l'imprimerie à Paris, des typographes ambu- 
lants ont commencé à parcourir les provinces, en cher- 
chant à s'y établir. C'est à Caen que l'illustre impri- 
meur Plantin, d'Anvers, vint étudier les premiers 
rudiments de son art; c'est là qu'il épousa une jeune 
fille des environs. 

M. le Président fait remarquer que M. Ledieu 
exagère quelque peu le prix des livres, et que Brunet 
est un mauvais guide pour rechercher leur valeur, car 
il fait entrer en ligne de compte la reliure des ouvrages 
et les bibliothèques oîi ils ont figuré antérieurement. 

M. de Marsy appuie les paroles de M. le Président 
et dit quelques mots sur la bibliographie picarde. 
Toute bibliographie provinciale doit comprendre trois 
parties : 1" L'historique des imprimeries locales ; 
2" L'étude des publications relatives à la région ; et 
3° Des recherches sur les œuvres des auteurs du pays. 

Pour la Picardie, M. Dufour a jadis commencé un 
travail de ce genre, qui malheureusement est resté 



_ 42 — 

inachevé. M. Pouy a aussi publié de précieuses études 
bibliographiques. Le département de l'Aisne possède 
un ouvrage de même nature par Périn, mais il est 
sujet à bien des critiques. En ce qui concerne l'Oise, 
M. de Marsy a lui-même publié la bibliographie de 
Noyon et de Gompiègne ; le Calaisis et le Boulonnais 
ont été étudiés à ce même point de vue par M. Dra- 
mard. Mais un bon travail d'ensemble sur l'iconogra- 
phie et la bibliographie picardes fait toujours abso- 
lument défaut. C'est une lacune à coaibler. 

M. le Président déclare que M. H. Macqueron se 
livre en ce moment à d'activés recherches sur l'icono- 
graphie picarde. Quant à la bibliographie, la Société 
des Antiquaires de Picardie pourra proposer un prix à 
l'auteur qui traitera le mieux cette intéressante 
matière. 

A la fin de la séance, M. lo Président résume les 
diverses communications faites au Congrès. 

Puis il remercie l'auditoire de l'intérêt qu'il a bien 
voulu témoigner à la Société des Antiquaires de Picar- 
die, en assistant à ses noces d'or. Il affirme que cette 
bienveillance laissera à Amiens un souvenir ineffa- 
çable, et il déclare close la session du Congrès histo- 
rique et archéologique de 1886. 



=^S-*-t:i:;^®il— ^?^ 



DISCOURS DE M. HARDOUIN 



Séance d'ouverture du 8 Juin. 



Messieurs et honorés Confrères, 

« Unique membre survivant delà Société d'Archéo- 
logie du département de la Somme, je me trouve le 
doyen du doyen lui même qui nous préside. 

J'ai d'autant plus hâte de protester, au nom de tous, 
contre une omission qui n'a pu échapper à personne. 

Dans l'exposé si remarquable sous tous les rapports, 
auquel nous venons d'applaudir, notre président a 
gardé au sujet de son secrétariat perpétuel, qui compte 
presque un demi-siècle de durée, un silence prémédité, 
obstiné, farouche pour tout dire. 

En même temps que j'essaierai d'y suppléer quel- 
que peu, j'en prendrai prétexte pour donner cours à 
divers souvenirs. Ils datent de beaucoup plus loin 
qu'une simple cinquantaine d'années. En faveur de 
cette circonstance comme aussi du caractère de réu- 
nion tout intime et pour ainsi dire de famille, dont 
participe à un si haut degré notre séance d'aujour- 



~ 44 — 

d'hui, une dérogation sera, je l'espère, tolérée à l'usage 
de ne guère parler entre confrères que des absents. 

Ce fut il y aura soixante-trois ans tantôt révolus que 
notre président et son doyen s'unirent d'une amitié 
demeurée ce qu'elle devint dès lors. 

Vous ne serez point surpris de les voir, se retrouvant 
ici, y tomber par ancienne habitude, en rivalité de 
discours. 

Anciens condisciples, leur émulation ne fut pas 
moindre en fait d'assiduité à tout particulièrement 
étudier l'histoire et l'archéologie. Celui des deux qui le 
premier devint membre de la Société y entraîna l'autre. 
-— Pouvait-elle avoir une plus heureuse chance? 

Ce n'est point d'ailleurs d'hier, Messieurs et chers 
Confrères, que notre président accoutuma de se mon- 
trer l'intraitable travailleur que vous savez. J'affirme 
l'avoir connu, — ce fut dès l'an de grâce 1824, — 
quotidiennement devançant l'aube et prolongeant la 
veillée autour d'un très modeste foyer domestique, en 
la compagnie de son tant digne père. Il lui avait été 
redevable d'être devenu, — transformation rare et 
difficile alors — d'élève d'une humble école primaire, 
l'un des externes du lycée. D'ores et déjà Tobjet des 
plus chères espérances de sa famille, il préluda ainsi 
à promptement en devenir l'honneur et l'appui. 

Elèves présents et futurs, nos successeurs à l'infini, 
qu'un tel exemple en vos rangs fructifie ! 

Il ne saurait m'appartenir de mentionner ici les ser- 
vices, du reste de plus en plus appréciés, que notre 
président n'a jamais cessé de rendre à sa ville natale, 



— 45 — 

à ses institutions, à notre Société, à tant d'autres aussi 
dont il a été le zélateur par excellence et dont il est 
resté l'âme : partout enfin où l'occasion s'est présentée 
pour lui de faire acte de dévouement soit à la bien- 
faisance, soit à la cause sacrée des sciences, des lettres 
et des arts. 

C'est à regret, à mon très grand regret et unique- 
ment pour ne point risquer de blesser sa perpétuelle 
modestie, que je renonce à féliciter le professeur des 
cours publics et populaires qui si longtemps succé- 
dèrent à un enseignement privé, longuement aussi 
honoré, le Bibliothécaire dont le savoir a dépassé 
même l'obligeance à toute épreuve, l'auteur enfin des 
vastes et précieux catalogues dont rétablissement est 
pourvu, et de séries entières d'autres œuvres ou publi- 
cations tenues en si haute estime par les maîtres de 
la science ou de l'érudition. 

Mais comment se résigner à taire la prestigieuse ac- 
tivité de corps et d'esprit dont notre président fut doué 
de naissance, quand nous la voyons depuis tout un 
grand mois se surpasser elle-même pour la tenue du 
Congrès ? 

C'était le cas ou jamais, n'est-ce pas, pour lui en réi- 
térer de vive voix mes congratulations, d'accourir 
tout exprès même du fond de la Cornouaille, à la fa- 
veur inespérée d'un soixante-seizième printemps à son 
déclin. 

De la collaboration ancienne et qui fut longtemps, 
elle aussi, merveilleusement active, prêtée par M. 
Charles Dufour, que dire dont n'aient témoigné, d'à- 



— 46 — 

vance, avec éclat et le Mus6e et l'histoire de sa fonda- 
tion? 

Ne vit-on pas cette histoire, en ses réalités, dépasser 
souvent les invraisemblances les plus téméraires delà 
légende ? 

Il serait beaucoup trop long d'y revenir. Toutefois, 
en province et de nos jours, citerait-on, en fait d'éta- 
blissements similaires, une œuvre mieux conçue, 
poursuivie avec une plus incroyable dépense de zèle et 
d'ardeur, accomplie enfin avec une aussi granitique 
volonté d'honorer tout ensemble la Société des Anti- 
quaii-es de Picardie, la ville d'Amiens, et les efforts 
tentés ou à tenter pour la conservation et l'étude des 
objets d'art ou des monuments de toutes les époques? 

Par son inénarrable activité à pourvoir au futur con- 
tenu du Musée, M. Charles Dufour avait d'ailleurs lon- 
guement préludé à la vaste et si splendide édification 
du contenant. 

Que de pérégrinations par terre et par eau dans ce 
but entreprises en toutes régions de Tancienne Picar- 
die, sur son insatiable initiative et avec adjonction des 
deux compagnons qui survivent pour affirmer l'ému- 
lation de célérité qui y présida ! L'une d'elles fut une 
navigation toute fluviale, sans doute, mais qui n'en 
eût pas moins ses périls pour celui des trois passagers 
que sa présidence d'alors fit déserter sur le rivage par 
ses compagnons trop impatients du retour. 

La Société pressent qu'il ne s'agissait alors de rien 
moins que de conquérir, pour le Musée, encore en 
perspective, l'un de ses plus notables nlonuments. 



- 47 — 

c'esL-à-dire la pierre tombale de Robert deBouberch. 
Sur les instances de M. Dufour, M. le comte de Bou- 
bers dont la mémoire en doit rester honorée, s'était 
résigné à se dessaisir de la précieuse relique de fa- 
mille qu'il récupéra et qu'il conserva si pieusement et 
si longtemps dans les dépendances de sa belle habita- 
tion de Long, sur la Somme déjà presque maritime. 

Dans le souvenir des contemporains, l'expédition ne 
laissa pas de se teinter d'un fugitif reflet d'argonau- 
tisme de circonstance. 

Chacun sait l'importance, déjà rappelée par notre 
Président, de l'œuvre toute nationale et presque sécu- 
laire tant des congrès, que de la conservation des mo- 
numents historiques. 

Recueillie dans la succession de l'illustre fondateur, 
la direction de ces deux institutions si précieuses a 
naguère été transmise des mains de M. Léon Palustre, 
l'archéologue éminent et si connu, en dernier lieu par 
sa publication monumentale sur les arts de la Renais- 
sance, en celles de l'un de nos confrères les plus dis- 
tingués comme les plus sympathiques, M. de Marsy. 

Que M. le nouveau président titulaire reçoive donc 
ici, d'un vieil ami de sa famille tant regrettable et tant 
regrettée, des félicitations dont la cordialité s'étend 
tout ensemble au passé, au présent et à l'avenir de 
l'une et de l'autre des œuvres auxquelles, à son tour, 
il voue sans réserve une existence sans repos ni trêve 
pour leur prospérité. 

Il s'y était préparé par une très rare précocité de 
vocation et d'études historiques, paléographiques, ar- 



— 48 - 

chéologiquRS, géographiques, par sos pérégrinations 
bénévoles^, et qui ne se comptent plus depuis longtemps, 
de Scandinavie en Espagne, des Pays-Bas en Italie, 
d'Angleterre en Hongrie, sans parler de ses pèlerinages 
en Egypte et en Syrie, enfin par l'exquise courtoisie 
partout et toujours compagne de son mérite. 

Il me sera permis aussi de tendre une main toute 
confraternelle à ses inséparables et doctes amis et com- 
pagnons, MM. Emile Travers et Lair ici présents. 

Ceci dit, il reste à rapidement revenir sur quelques 
incidents du passé, dont l'ensemble vient d'être retracé 
à si grands traits et avec tant de vérité par notre pré- 
sident. 

Lorsque nos douze premiers prédécesseurs se dé- 
vouèrent à conclure le pacte en vertu duquel nous exis- 
tons, la situation au point de vue des études archéo- 
logiques était encore d'une nature telle qu'il faut, pour 
la bien décrire, y avoir participé. 

Sans doute, comme le constatait, il y a peu d'ins- 
tants, M. Garnier, l'Histoire de la Civilisation en France 
et l'Histoire plus populaire encore du Tiers-Etat, avaient 
continué de faire école. De plus, l'Académie d'Amiens, 
si notablement l'aînée de notre Société, avait hospita- 
lièrement accueilli quelques mémoires d'érudits tels 
que MM. Rigollot et de Cayrol, sur la topographie 
militaire au temps de l'occupation romaine, et sur 
certaines antiquités datant de la même période. 

Néanmoins, la vérité commande qu'il soit une fois 
de plus rappelé que — spécialement dans la province 
où naquirent Du Gange et Dom Bouquet — la recherche 



— 49 ~ 

et la conservation de nos antiquités nationales n'étaient 
point seulement négligées, mais qu'elles étaient, on 
outre, presque ignorées. L'opinion d'ailleurs n'y con- 
viait guère. Bien plus, au palais, tout prédestiné qu'il 
fût à subir en ceci la plus nécessaire et la plus heureuse 
des transformations, un préjugé dominait, entre 
autres, au dernier degré de rigueur. En véritable sou- 
veraine y régna longtemps l'hérésie de l'incompatibilité 
prétendue de l'histoire du droit et de la jurisprudence 
avec leur mise en pratique pour plaider ou pour juger 
les procès civils ou criminels. Déjà pourtant avaient 
protesté les noms et les ouvrages de magistrats tels, 
entr'autres, que MM. Pardessus et Troplong, ainsi que 
les publications plus modernes encore dues à M. le 
professeur La Perrière et à un troisième magistrat 
également du rang le plus élevé, M. Faustin Hélie. 

Ainsi — pour ne mentionner qu'un incident entre 
mille de même nature — dès l'apparition, dans nos 
mémoires, des premiers fascicules des coutumes locales 
du bailhage d'Amiens, exhumées de la poudre et de 
l'oubli des archives historiques de la Cour d'Appel, 
par M. Bouthors, son greffier en chef, ce fut de toutes 
parts, même au-delà des frontières, un concert d'hom- 
mages à l'érudition du tant laborieux éditeur. 

L'Académie des sciences morales et politiques reten- 
tit des rapports élogieux de MM. Troplong et Dupin 
Le prince de la science germanique en la matière, 
M. Grimm, n'hésita pas à faire de l'œuvre l'objet d'une 
correspondance aussi affectueuse qu'assidue, à laquelle 
M. Auguste Breuil, de savante mémoire, qui si tôt, 

4 



- 50 - 

hélas ! nous fut ravi, participa, ^rkce tout à la fois à 
sa connaissance familière de la langue et de la littéra- 
ture allemandes et à son initiation aux travaux de 
M. Bouthors. L'approbation ne devint néanmoins 
unanime que très tard dans le milieu même oîi cette 
unanimité avait été si légitimement, de prime abord, 
espérée. 

Par le souvenir qui trouve place ici comme un hom- 
mage à la mémoire de notre premier secrétaire perpé- 
tuel, s'attestera la nécessité qui si longuement s'im- 
posa de multiplier les œuvres de la nature de celles 
dont une brève énumération a été faite par M. Garnier 
et sur lesquelles, par suite, il n'y a point à autrement 
revenir. 

Néanmoins, MM. les chanoines Duval et Jourdain 
sont assez âgés pour permettre qu'il soit, même de 
leur vivant, fréquemment fait état de leurs tant remar- 
quables travaux relatifs aux décorations intérieures 
et extérieures de la Cathédrale d'Amiens. 

M. Darsy, autre vivant qui compte aujourd'hui qua- 
rante ans de plus qu'à l'époque où cessa ma collabo- 
ration comme membre titulaire, avait, de son côté, 
brillamment inauguré la série des publications si 
nombreuses et si importantes que tous nous connais- 
sons. 

Débutaient aussi déjà les explorations de M. Pinsard, 
alors en toute la sève de sa vigoureuse jeunesse. 

Quelques mots ont été dits des faits culminants de 
l'histoire de notre Société. Tour à tour ont été rappe- 
lés le Congrès de 1839, la mission exploratrice de nos 



— 51 — 

archives municipales et départementales accomplie 
par les collaborateurs officiels de M. Augustin Thierry 
et parles résultats de laquelle s'inaugura son recueil 
de documents inédits, enfm la fondation du Musée. 

Un simple coup d'oeil, pour terminer, sur le pre- 
mier de ces trois événements et de ses suites si déci- 
sives pourra ne point paraître dénué de tout intérêt. 

A l'exception du programme tracé de main de 
maître dès l'origine, par M. Bouthors, nos travaux 
avaient été, à vrai dire, jalonnés plutôt qu'entrepris. 

En outre, la tolérance de chétives vitrines dans la 
Bibliothèque communale et de l'occupation d'une 
dépendance plus chélive encore de l'établissement, 
avait amplement suffi à l'embryon destiné à devenir 
notre Musée. 

Très vives et encore plus légitimes furent donc les 
appréhensions à l'endroit de la tenue du Congrès 
résolu. 

D'assises aussi scientifiques, les autorités constituées 
n'avaient guère pour la plupart tant seulement ouï 
parler. 

La bienveillance était encore à naître qui devint 
bientôt gracieusement usuelle. 

La prédication de la croisade, car le congrès en fut 
une, n'allait-elle pas rester sans écho, môme au pays 
de Pierre l'Hermite ? 

Après quarante-sept ans, le cœur s'oppresse encore 
au souvenir de telles perplexités. 

Elles ne se justifièrent qu'en partie et pour ne plus 
jamais revenir. 



- 52 - 

Finalement, M. de Gaumont ne laissa pas de recruter 
son contingent de Picards. Pèlerins lard venus, ils ne 
s'acheminèrent qu'avec plus d'ardeur à l'assaut de la 
Jérusalem nouvelle. Si tous n'y firent point merveille, 
ce ne fut pas faute de l'avoir désiré. C'était déjà beau- 
coup. 

Je me reprocherais d'abuser davantage des instants 
de l'assemblée. — Un dernier mot seulement. 

A la prospérité, voire à l'existence de nos travaux, 
devient de plus en plus indispensable, nous le savons, 
une trêve de Dieu à l'usage des guerres politiques. Ils 
ont été souvent comparés à un champ où toute mois- 
son est au prix de défrichements aussi âpres qu'assidus. 
J'ajouterai que, dans ce champ-là, jamais ne sont 
assez grands au gré des ouvriers de la première heure, 
le nombre, les mérites et les succès des ouvriers des 
autres heures ». 



-:~'f^^^'^-~-" ""^-^ 



DISCOURS DE M. DE MARSÏ 



Séance d'ouverture du 8 juin. 



Messieurs, 

Permettez-moi cl'abdi(]uer ici la qualité qui m'est le 
plus chère et à laquelle j'attache le plus de prix, celle 
d'enfant de notre Picardie, et de vous demander de 
prendre la parole au nom de la Société Française d'Ar- 
chéologie pour la préservation des monuments histo- 
riques, dont j'ai aujourd'hui l'honneur d'être appelé à 
diriger les travaux. 

La longue durée de cette association, le renom 
qu'elle tient de son fondateur me feront pardonner la 
liberté que je prends de venir en son nom féliciter la 
Société des Antiquaires de Picardie, à l'occasion du 
cinquantième anniversaire de sa fondation. 

Instituée à Gaen par le savant éminent qui a tant 
fait pour la rénovation des études archéologiques de 
France, pour la récherche de nos antiquités et la con- 
servation de nos monuments,, la Société Française d'Ar- 



- 54 — 

chdologie ne comptait encore que deux ans d'exis- 
tence lorsque des amis dévoués des études historiques 
réunies dans votre ville y fondaient la Société d'archéo- 
logie de la Somme, qui ne devait pas tarder à prendre 
le titre plus général et mieux approprié à ses travaux 
de Société des Antiquaires de Picardie. 

D'autres vous ont rappelé mieux que je ne pourrais 
le faire comment, pendant cette longue période, vous 
avez tenu plus encore que vous n'aviez promis. Vos 
cinquante volumes de publications, les statues de Du 
Gange et de Pierre l'Hermite, qui ornent vos places, et 
surtout ce splendide Musée de Picardie dont vous avez 
doté Amiens, parlent pour vous et ce serait le cas de 
rappeler les mots que Montalembert appliquait à Ar- 
cisse de Gaumont : 

Saxa loqmintur. 

Dès vos premières séances, vous enregistrez les en- 
couragements que vous adressait Arcisse de Gaumont 
au double nom de la Société Française d'Archéologie et 
de la Société des Antiquaires de Normandie. C'est au 
nom de la première seule que je dois vous parler, la 
Société des Antiquaires de Normandie ayant tenu à 
se faire représenter dans cette circonstance par un 
des membres les plus savants de son bureau, mon ami 
M. Emile Travers. 

Le 20 juin 1836, nos deux Sociétés nouaient les 
liens d'une affectueuse correspondance, qui dure de- 
puis un demi-siècle. Le nom du célèbre archéologue 
normand ligure sur la première liste de vos associés 



- 55 - 

et je suis heureux d'avoir à rappeler que dès cette 
date plusieurs de vos fondateurs comptaient anssi dans 
les ranp=: de la Société Française d'Archéologie. 

En 1839, notre Société tenait dans votre ville, avec 
le concours de la Société des Antiquaires, son 6* Con- 
grès archéologique, dont M. Hardouin vous rappelait 
si spirituellement tout à l'heure les souvenirs; en 1867, 
M. de Caumont y réunissait de nouveau les membres 
des associations qu'il présidait, dans un de ses Congrès 
scientifiques, vaste conception de cet esprit vraiment 
universel, et cette session resserrait encore les liens 
qui unissaient nos deux compagnies. 

Parmi ceux de vos confrères qui prenaient une part 
active aux travaux de ces réunions, à côté de tant de 
noms disparus, mais dont nous conservons pieusement 
le souvenir, je suis heureux de citer les noms de deux 
de vos plus anciens confrères, aujourd'hui présents 
dans cette enceinte, notre président M. G.irnier et M. 
le conseiller Hardouin. 

A ce propos, permettez-moi un souvenir personnel : 
tous deux furent les amis de mon père, lui aussi 
votre confrère pendant plus de vingt ans ; ils ont bien 
voulu reporter sur son fils une part do cette amitié, et 
il me semble ainsi que par cette succession, je puis 
renouer presque jusqu'à votre origine cette date de 
mon affiliation parmi vous. 

Je vous demanderai donc. Messieurs, de me per- 
mettre de vous apporter dans cette circonstance les 
meilleurs et les plus sincères vœux de la Société Fran- 
çaise d'Archéologie, la première à vous souhaiter la 



- 56 - 

bienvenue il y a un demi-siècle, et dont nos succes- 
seurs, je l'espère, viendront à leur tour fêter avec vous 
un centenaire auquel il ne nous est permis de songer 
qu'en pensée. 

Nos Sociétés ne peuvent vivre que par l'association, 
la fédération, dirai-je môme, et après vous avoir re- 
mercié du plaisir que vous nous faites en nous réunis- 
sant aujourd'hui, je vous demanderai, au nom de la 
Société Française d'Archéologie, de vouloir bien venir 
dans un mois vous joindre à nous, à Nantes, oii nous 
devons tenir notre 53* Congrès, en attendant qu'un 
jour, que je me plais à croire prochain, nous tenions 
aussi nos assises annuelles dans une ville de votre pro- 
vince et que nous venions réclamer en cette circons- 
tance un concours qu'une fois de plus, je n'hésite pat 
à Je croire, vous voudrez bien nous accorder. 

A côté de la mission que je tiens de la Société Fran- 
çaise d'Archéologie, je ne dois pas négliger celle que 
j'ai reçue de la Société de Géographie do Paris qui 
m'a fait l'honneur de me désigner comme son délégué, 
et a tenu à vous remercier de la large part que vous 
avez prise à la géographie historique de la France et 
qu'attestent les nombreux travaux publiés à ce sujef 
dans vos Mémoires. » 






a,;^-25::^^ï;!:gp=> 



DISCOURS DE M. Emile TRAVERS 



Séance d'ouverture du 8 Juin. 



Monsieur le Président, 
Messieurs, 

Permetlez-moi de vous roQiercier de l'accueil si 
flatteur que vous daignez faire aux membres des Com- 
pagnies savantes venus, à votre gracieux appel, pour 
célébrer le cinquantième anniversaire de la fondation 
de la Société des Antiquaires de Picardie. 

Si je me permets de prendre la parole en leur nom, 
au lieu d'un de ces vétérans de la science et de l'érudi- 
tion que je vois dans cette enceinte, c'est que les deux 
sociétés, qui m'onl fait l'honneur de me déléguer au- 
près de vous, sont de beaucoup les aînées de toutes 
celles conviées à cette solennité. 

La Société des Antiquaires de Normandie, Mes- 
sieurs, a treize ans de plus que sa sœur de Picardie. 
C'est, en 1823, que MM. l'abbé de La Rue, de Magne- 
ville, Auguste Le Prévost et Arcisse de Gaumont, <]ui 



- 58 ~ 

était tout jeune alors et qui fut son premier secrétaire, 
la fondèrent pour la recherche des antiquités et l'étude 
de l'histoire dans les cinq départements de l'ancienne 
province de Normandie. Notre Société n'a pas, comme 
vous, célébré par des fêtes brillantes son cinquante- 
naire ; mais, il y a six ans, elle n'a pas oublié un 
autre anniversaire glorieux pour la ville de Gaen. En 
1880, elle a organisé une exposition typographique en 
mémoire du quatre-centième anniversaire de l'intro- 
duction de l'imprimerie dans l'Athènes normande. 
Celle-ci occupe, en effet, le huitième rang parmi les 
villes de France où s'établirent tout d'abord des ate- 
liers d'imprimeurs. En 1480, Jacques Durandas et 
Gilles Quijoue y donnèrent une édition des épitres 
d'Horace, dont il ne reste que trois exemplaires au plus. 
Puis on trouve, à partir de 1486, Pierre RegnauU,, 
Michel Angier, Laurent Hostingue, les Macé, les Phi- 
lippe, les Cavalier, les Poisson (ceux-ci se sont trans- 
mis leur atelier de père en (ils depuis 1609 jusqu'en 
1858) et cent autres imprimeries dont les produits se- 
ront toujours recherchés à cause de la correction des 
textes et du goût artistique de leur exécution. Aussi 
une exposition où les organisateurs avaient soigneu- 
sement recueilli les livres les plus intéressants sortis 
des presses de ces maîtres habiles, a-t-elle eu un succès 
éclatant et servira-t-elle désormais de modèle aux 
exhibitions du même genre. 

Quant à l'Académie des Sciences, Arts et Belles- 
Lettres de Gaen, laissez-moi vous rappeler qu'elle 
date de 1632. Elle a donc dix-sept ans seulement de 



- 59 - 

moins que l'Académie française. Cette Société attend 
encore son histoire ; mais voici ce que nous savons de 
ses commencements par un passage des Origines de 
Caen^ de Pierre-Daniel Huet. 

« M. de Brieux, dit le savant précepteur du Dau- 
phin, a appris au public en tant de rencontres l'origine 
de l'Académie des Belles-Lettres qui se tenoit chez luy, 
et qui a subsisté jusqu'à la mort de M. de Segrais, 
qu'il nous a laissé peu de chose à dire. Je n'en parleray 
donc que pour ne pas manquer à aucune partie de 
mon entreprise, ei pour rendre ce que je dois ci une 
Compagnie, à laquelle j'eus l'honneur d'être associé 
dans ma première jeunesse, et dans mon absence, et 
dont je me suis trouvé le Doyen par l'antiquité du 
tems, quoyque le dernier par le mérite. Elle fut dans 
son commencement un pur ouvrage du hazard. C'est 
une coutume à Gaen, comme dans la plupart des 
autres villes, et anciennes et modernes, que les hon- 
nêtes gens sans employ s'assemblent en quelque place 
de la Ville pour se voir et s'entretenir des affaires pu- 
bliques, et des leurs particulières. Gaen a retenu con- 
stamment cet usage de tems immémorial, et le Carre- 
four de Saint-Pierre a toujours été le lieu de ce rendez- 
vous. Le concours y étoit plus grand au Lundy, jour 
auquel la poste, qui depuis est devenue plus fréquente, 
apportoit les lettres du dehors, et la Gazette. Plusieurs 
personnes curieuses se trouvant dans cette place pour 
avoir le plaisir de cette lecture, et la rigueur du tems 
les incommodant quelquefois, M. de Brieux, qui étoit 
de leur nombre, leur offrit sa maison située dans la 



- 60 — 

même place. On l'accepta, et la commodité du lieu 
faisoit qu'après la lecture de la Gazette, et le débit des 
nouvelles, on passoit volontiers à des conversations 
savantes, au grand plaisir, et même au grand profit 
des assistans. On résolut d'en faire une Compagnie 
réglée. On prit les permissions nécessaires du côté des 
Supérieurs. Le lieu fut fixé dans cette même maison 
de M. de Brieux, et le tems fut marqué au Lundy au 
soir, depuis cinq heures jusqu'à sept. Cet établisse- 
ment se lit en l'année 16f)2. On doit dire en l'honneur 
de cette Académie qu'elle étoit composée alors de su- 
jets si éminens dans les lettres, dont M. de Brieux a 
marqué exactement les noms et les ouvrages, qu'il eût 
été mal-aisé de trouver dans aucune des Académies du 
Royaume, et de celles d'Italie, tant de personnages 
illustres par leur savoir. Après la mort de M. de 
Brieux, qui arriva en l'année i674, M. de Matignon, 
Lieutenant de Roy de la Province, qui faisoit alors sa 
demeure àCaen, et qui occupoit la même maison, l'of- 
frit à l'Académie. Elle s'en servit quelque tems. Elle 
pensa même alors à obtenir des Lettres Patentes, pour 
rendre son établissement plus solide, et à créer des of- 
ficiers à l'exemple de l'Académie Françoise. Mais ces 
desseins n'eurent point d'efîet, et elle se seroit même 
enfin dissipée par les changemens qui survinrent, et 
par la mort de M. de Matignon, si M. de Segrais, qui 
étoit de ce corps depuis longues années, n'eût piis 
soin de sa conservation, en luv fournissant une de- 
meure très-propre et très-convenable. Après la mort 
de M. de Segrais, M. Foucault, Intendant de la Géné- 
ralité de Gaen, désirant faire revivre le goust et l'amour 



— 6i — 

des Lettres dans la principale ville de son département, 
oîi elles ont autrefois si glorieusement fleuri, employa 
son crédit pour le rétablissement de cette Académie, 
et la fît ériger en compagnie réglée par des Lettres 
Patentes, données au mois de Janvier de l'année 
1705. » 

L'Académie royale des Belles-Lettres de Gaen, sup- 
primée à la Révolution comme toutes les sociétés du 
même genre, fut réorganisée en 1800, sous le nom de 
Lycée. Elle prit l'année suivante le titre qu'elle porte 
encore aujourd'hui. Grâce à des secrétaires dévoués, 
dont l'avant dernier, M. Julien Travers, mon père, a 
été en fonctions pendant quarante-deux ans, elle a 
publié de. nombreux volumes de mémoires, consacrés 
aux sujets les plus variés. 

Ces deux Compagnies savantes ne sont pas les seules, 
dans la ville de Gaen, à se targuer d'une existence déjà 
ancienne. La Société d'Agriculture et de Commerce 
date de 1762 ; la Société de Médecine, de 1798 ; la So- 
ciété Linnéenne de Normandie, de 1823; la Société 
Vétérinaire des départements du Calvados et de la 
Manche, de 1829; l'Association normande pour les 
progrès de l'Agriculture, de l'Industrie, des Sciences 
et des Arts, de 1832 ; la Société Française d'Archéolo- 
gie pour la description et la conservation des monu- 
ments, de 1833 ; la Société centrale d'Horticulture de 
Gaen et du GaJvados, de 1835 ; enfin la Société des 
Beaux-Arts, de 1855. 

Toutes ces Sociétés, Messieurs, ont largement con- 
tribué, chacune dans sa sphère, au progrès des lettres, 



— 62 - 

des sciences, des arts, de l'industrie, de J'agricuiturt', 
dans notre Normandie, grâce surtout à l'homme émi- 
nent, qui fut un de leurs membres les plus actifs ou 
leur zélé fondateur et dont on doit toujours rappeler 
la mémoire avec honneur dans nos Congrès provin- 
ciaux, Arcisse de Caumont. 

Voilà pourquoi, Messieurs, le délégué de l'Académie 
de Gaen et de la Société des Antiquaires de Norman- 
die a cru pouvoir prendre la parole en ce moment, afin 
de vous exprimer sa gratitude et celle de ses collègues 
pour les sympathies que vous voulez bien leur témoi- 
gner, sympathies qui se changeront bientôt en liens 
d'affection durable et profonde. 

Pour ma part, je ne saurais en douter ; car, ce n'est 
pas sans une sincère émotion que je me retrouve au- 
jourd'hui dans cette hospitalière ville d'Amiens. Il y a 
dix-neuf ans déjà que j'y suis venu assister à l'un des 
congrès scientifiques organisés par M. de Caumont, 
avec mon excellent ami et condisciple de l'Ecole des 
Chartes, M. le comte de Marsy, aujourd'hui le conti- 
nuateur de l'œuvre du maître. 

Hélas ! Messieurs, beaucoup de ceux qui nous re- 
çurent alors avec tant de cordialité ne sont plus ; mais, 
c'est avec bonheur que je revois ici et que je salue res- 
pectueusement deux hommes modestes dont Texis- 
tence a été si bien remplie. 

J'ai nommé ceux qui, chez vous, furent les ouvriers 
de la première heure : M.Jacques Garnier, votre secré- 
taire perpétuel, et M. le conseiller Henri Hardouin. 
Dans leur verte vieillesse, vos savants et vénérés 



— 63 — 

doyens donneront longtemps encore aux jeunes géné- 
rations l'exemple d'un travail assidu, d'un désintéres- 
sement sans bornes, d'un amour insatiable du bien et 
du plus pur dévouement au pays. Et nous, Messieurs, 
comme en 1867, nous allons, pendant cette semaine, 
profiter de leur expérience, entendre leur chaleureuse 
parole, et nous conserverons précieusement le sou- 
venir de leurs doctes leçons. 

Encore une fois, Messieurs, merci de nous avoir 
offert cette bonne fortune ; merci de nous avoir appelés 
à cette fête de l'érudition ; merci pour votre sympa- 
thique accueil. 



=a^^; 




Première séance du 8 Juin. 



LES GRAVEURS D'ABBEYILLE 

Par M. Ém. DELIGNIÈRES. 



Messieurs, 

C'est pour moi un honneur, en même temps qu'une 
réelle satisfaction, de venir, dans cette solennelle As- 
semblée, vous parler de nos graveurs abbevillois : un 
honneur, en me voyant prendre part à vos travaux au 
milieu d'érudits, d'archéologues et d'historiens réunis 
à Amiens pour le Congrès. C'est en même temps une 
satisfaction, car je suis toujours heureux, quand Toc- 
casion se présente (et celle-ci est une des meilleures), 
de parler de nos artistes graveurs qui sont la gloire de 
notre vieille cité. 

J'éprouve toutefois un regret, et il est profond, 
c'est de ne pouvoir compter parmi mes auditeurs un 
amateur distingué de cette ville, enlevé prématuré- 
ment à l'affection des siens et de ses amis, comme 
aussi aux bons rapports qu'avaient avec lui tous les 
amateurs d'art. Je veux parler de M. Leroy-Latteux : 
il avait su se former avec un goût parfait une précieuse 



— 60 — 

collection de gravures de tout genre, en pièces de 
marque, et il avait créé, si je ne me trompe, celle du 
Musée d'Amiens pour les estampes. Vous vous asso- 
cierez, Messieurs, j'en suis certain, à ces regrets ; 
c'est un devoir pour moi de les exprimer ici, comme 
ayant connu et apprécié M. Leroy-Latteux. 

Abbeville a été, on ne saurait trop le dire, la troi- 
sième ville de France pour le nombre de ses graveurs, 
au xviii* siècle. Gela résulte d'un relevé pris dans Hu- 
ber (Notice générale des graveurs et des peintres, 
Leipzig 1787) ; cette assertion est confirmée par Bon- 
nardot. Avant elle figuraient Paris et Nancy. Et quand 
on pense que les Graveurs Abbevillois, dont nous 
connaissons les œuvres, et, pour un grand nombre, 
les renseignements biographiques, ne sont pas moins 
de quarante-et un, on est en droit de le rappeler, non 
sans un certain sentiment d'orgueil local. 

Il est bon de noter que je ne compte, dans ce nombre 
déjà respectable, que les graveurs nés dans notre 
ville; si nous y rattachons leurs descendants directs 
qui, bien que nés à Paris généralement, ont suivi la 
même voie, nous arrivons au chiffre imposant de cin- 
quante-qualrç,. G'est ainsi que les dePoilly, les Flipart, 
les Fillœul, les Danzel et autres se sont succédé de 
père en fils, sur les leçons ou sous la direction de leurs 
parents ; nous pouvons donc nous y intéresser, et les 
considérer, dans une certaine mesure, comme origi- 
naires de notre Picardie. 

Je ne vais pas, vous le comprenez. Messieurs, vous 
faire passer sous les yeux, cette longue suite de noms ; 



— 67 — 

ce serait abuser de vos moments et sortir du cadre 
d'une simple communication. Nous parlerons seule- 
ment, si vous le voulez bien, des artistes qui ont eu 
le plus de talent et de réputation, en relevant quelques 
traits de leur vie, et en mentionnant celles de leurs 
œuvres les plus dignes de remarque. 

Comment cette succession d'artistes ayant toussuivi 
la même branche des arts du dessin, a-l-elle pu se 
produire ainsi dans une même ville ? L'explication en 
est naturelle ; au xvir siècle, un Abbevillois, Claude 
Mellan, fils d'un simple chaudronnier et planeur de 
cuivre, montre des dispositions pour le dessin. Son 
père, que les affaires amenaient de loin en loin à Pa- 
ris, l'y conduit un jour, présente ses essais, le met en 
apprentissage chez un graveur de renom, Pierre Daret; 
le jeune homme fait des progrès, va en Italie, s'y fait 
remarquer par ses ouvrages, puis revient en France, à 
Paris où il se crée une réelle réputation, et, ce qui est 
non moins important, une belle position de fortune. 
Et alors un autre jeune Abbevillois, Lenfant, bien 
doué également, suit à son tour la voie si bien tracée 
par son compatriote ; il vient à Paris lui demander des 
leçons, parvient au succès et donne à son tour à 
d'autres l'émulation qui entraîne les vocations. Au 
xviif siècle, c'est une carrière ouverte à tous les jeunes 
gens d'Abbeville qui montrent quelqu'aptitude, et 
nous voyons, à un moment, autour de Beauvarlet, se 
grouper une suite de graveurs Abbevillois qui suivront 
ses leçons, adopteront, pour la plupart, son genre, et 
formeront par leur nombre, une véritable pléiade. 



— 68 - 

Et puis, il est aussi une autre raison qui,' j'^en 
suis convaincu, a beaucoup contribué à la propa- 
gation dans notre ville de ces artistes du burin. Il faut 
pour cette branche de l'art, la gravure en taille douce, 
la seule pratiquée par eux, un talent particulier d'ob- 
servation, une patience réfléchie et intelligente, un 
caractère calme et méthodique, plutôt porté à la re- 
production età l'imitation, qu'à la création proprement 
dite des œuvres d'art. Or, cette aptitude ou, disons -le, 
cette qualité rentre plus particulièrement dans l'es- 
prit des habitants d'Abbeville, chez lesquels nous trou- 
vons en littérature un plus grand nombre de traduc- 
teurs que de poètes, et dans les arts, plutôt des musi- 
ciens exécutants que des compositeurs, des graveurs 
plus que des peintres. 

Nos graveurs nés dans le cours du xvii^ siècle sont, 
par ordre de date, Mellan, Maupin, Lenfant, les 
frères Gordier, les frères de Poilly, Flipart Jean- 
Charles, FiLLOEUL Gilbert et Robert Hecquet. 

Mellan commence la liste, et, s'il est le premier par 
ordre chronologique, il est aussi Tun des premiers 
pour la réputation ; c'est peut-être aussi, avec les de 
Poilly, Beauvarlet et Daullé, l'un des plus connus. Né 
en 1598, il est mort en 1688, non pas de maladie ou 
de vieillesse, malgré ses quatre-vingt-onze ans, mais 
des suites d'une chute dans son escalier. Durant cette 
longue existence, nous comptons 386 estampes de sa 
main ; il est vrai que dans ce nombre figurent des 
pièces de petites dimensions, telles que des armoiries, 
des fleurons, des culs de lampe, mais qui n'en sont pas 



— 69 ~ 

moins fort belles. Mellan était un artiste dans toute 
l'acception du mot ; il a composé^ par dessins ou pein- 
tures, paraît-il, la plupart de ses sujets; mais son talent 
de peintre, titre dont il aimait cependant à se préva- 
loir, est fort contesté par son contemporain et ami 
Mariette ; il lui reste, dans tous les cas, celui de dessi- 
nateur hors ligne, et la pièce adressée d'Abbeville à 
l'exposition n'en est qu'un faible spécimen. 

En 1624, à l'âge de 26 ans, notre artiste alla à Rome 
où il prit des leçons de Villamène, graveur alors en 
renom, et bientôt de Vouët, d'aprjs les tableaux duquel 
il fit plusieurs pièces telles que le Martyre de Ste-Ca- 
therine^ les portraits du pape Urbain VIII, de Virginia 
da Vezzo, qui devint la femme du peintre et l'aida, pa- 
raît-il, dans ses toiles. Ces estampes sont de sa pre- 
mière manière, c'est-à-dire à tailles croisées comme 
d'usage. Citons encore, comme gravée à Rome, une 
estampe qui est certainement une des meilleures du 
maître, c'est le Sai?ît Pierre Nolasque ; les bonnes 
épreuves en sont rares, caria planche, envoyée au mo- 
nastère de Barcelone, y fut laissée à l'humidité et se 
détériora ; il faut citer aussi le portrait de Peiresc^ 
riche amateur d'Aix où Mellan s'arrêta à son retour de 
Rome ; cette pièce dénote une science profonde du 
dessin. Le sujet Rebecca à la Fontaine^ d'après le Tin- 
toret, qui figure ici, est aussi une de ses meilleures 
œuvres ; la pose de la femme est des plus gracieuses. 

Mellan avait commencé à Rome, surtout pour la 
reproduction des statues de la galerie Justinienne, ce 
genre original consistant à n'employer que des tailles 



— 70 — 

parallèles qui font facilemenl reconnaître la plupart de 
ses ouvrages ainsi travaillés, mais ce procédé a plutôt 
nui à son talent. 

Je ne puis quitter Mellan sans vous citer de lui une 
pièce qui est une curiosité, d'ailleurs assez connue, 
en même temps qu'un tour d'habileté de main fort sin- 
gulier, c'est la Sainte Face, exécutée d'un seul trait de 
burin partant de l'extrémité du nez, pour, dans ses 
révolutions en spirale, former la figure^ les cheveux 
et tous les accessoires, même le titre. 

Mellan se maria à 56 ans, et, dans son amour, sinon 
de sa femme au moins de son art, il faisait le jour 
même de ses noces poser celle-ci comme modèle, et la 
délaissait un moment après, ainsi que tous les invités, 
pour s'oublier dans son atelier, courbé sur une planche 
commencée ; on dut l'y venir chercher pour le con- 
duire à l'autel ; Mariette ne nous donne pas, d'ailleurs, 
une idée bien flatteuse de son caractère. 

Il n'eut guère qu'un élève, Jean LenfanT;, son com- 
patriote, qui a beaucoup gravé aussi d'après ses propres 
dessins au pastel ; il a fait d'excellents portraits, et la 
collection de notre Musée en comprend 72, parmi les- 
quels nous avons choisi celui du célèbre sculpteur Ni- 
colas Blasset, tant par honneur pour la Ville d'Amiens 
qui l'a vu naître, que comme pièce de marque du gra- 
veur ; celui de Louis Boiichardon, qui a été joint à 
l'envoi, donne également une idée complète du talent 
de Lenfant. Il a gravé un certain nombre de person- 
nages de Picardie tels que t'i^ançois Faure, évoque 
d'Amiens, QabrieUc Foncquart, Louis de MachauU et 



~- 71 — 

autres. Nous devons aux recherches et à l'obligeance 
de mon excellent collègue et parent, M. Henri Mac- 
queron, la découverte récente, dans les cartons de la 
Bibliothèque nationale, du portrait de Lenfant, gravé 
par Langlois ; il s'ajoute à ceux que nous connaissons 
déjà de Mellan,, de François de Poilly, d'AuAMET, 
de Beauvarlet, de Le Vasseur, de Picot, de Thomas, 
de RoussEAux, sans oublier ceux plus ou moins exacts 
de Nicolas de Poilly et de Magret, qui figurent sur 
le tableau des illustrations picardes de Ghoquet. 

Nous avons vu que dans certaines familles la tra- 
dition de la gravure s'était perpétué.^ chez plusieurs 
de leurs membres ; celle des de Poilly en est un 
exemple. On ne compte pas moins de huit artistes 
de ce nom, dont six graveurs ; les deux premiers et 
les plus célèbres sont les deux frères François et Ni- 
colas. L'aîné François est le plus remarquable ; il était 
tellement passionné pour son art que pour s'y livrer, 
il délaissait, non pas sa femme comme Mellan (il n'avait 
alors que 17 ans et il se maria à 36 ans), mais la bou- 
tique d'estampes de Pierre Daret, son maître, quand 
celui-ci la lui donnait h garder. 

François de Poilly alla également se perfectionner à 
Rome, où il resta 7 ans et où il fit cette belle estampe 
d'après Mignard : Saint Charles Borrhomée donnant la 
communion aux pestiférés., pièce d'autant plus précieuse 
que le tableau, dit-on, a été détruit. Son compatriote 
Robert Becquet., graveur également, a fait sa biogra- 
phie et dressé le catalogue de son œuvre où ne figurent 
que 247 pièces, alors qu'on lui en attribue près de 400. 



- 72 — 

Dans ce nombre, il faut compter une série d'excellents 
portraits. On doit aussi à François de Poilly un certain 
nombre de thèses remarquables : celle de Colbert^ qui 
figure ici en deux grandes feuilles, est d'une incontes- 
table valeur; pour terminer, je citerai comme le chef- 
d'œuvre du maître la Vierge au linge d'après Raphaël, 
qui est exposée à la Bibliothèque Nationale et dont 
nous n'avons, quant à présent, qu'une épreuve mé- 
diocre. François de Poilly a eu l'honneur de former 
un grand nombre d'élèves, parmi lesquels son frère 
Nicolas qui, sans avoir eu autant de célébrité que lui, 
est néanmoins un graveur fort estimé, surtout pour les 
portraits ; on peut en voir un spécimen dans celui de 
Marie Thérèse que nous avons envoyé à votre Exposi- 
tion. 

Nicolas de Poilly s'était également formé, comme 
son frère, par un séjour à Rome; il a eu sept enfants, 
dont deux graveurs, Jean Baptiste et François, et un 
peintre, Nicolas. Jean-Baptiste mérite une mention 
pour ses estampes d'après le Poussin, et son portrait 
de Van Clève, d'après Vivien, qui le fit admettre à l'A- 
cadémie en 1714. Il eut deux enfants, artistes tous 
deux, l'un, François^ architecte, l'autre, Nicolas Bap- 
tiste, graveur. Enfin, l'un des derniers descendants de 
cette famille, M. Edouard de Poilly, mort en 1879, 
à Boulogne-sur-Mer, avait embrassé également la car- 
rière si brillamment suivie par ses ancêtres, mais il 
l'abandonna malheureusement de bonne heure ; il a 
laissé néanmoins quelques pièces. Il avait reçu des 
leçons de M. Masquelier, à Abbeville, puis de Couché 
à Paris. 



- 73 — 

Je ne parle que pour mémoire des deux frères 
CoRDiER, Robert et Louis, graveurs de titres et em- 
blèmes pour les cartes des géographes Sanson et Du- 
val, de Gilbert Filloeul dont le fils Pierre fut éga- 
lement graveur, pour arriver à Flipart Jean-Gharles, 
dont six des enfants furent artistes; trois ont gravé. 
Le plus distingué a été l'aîné, Jean-Jacques, que nous 
considérons presque comme Abbevillois par suite 
des relations suivies qu'il conserva avec sa famille à 
Abbeville; il figure d'ailleurs au tableau de Choquet 
et beaucoup de ses estampes sont conservées chez d'an- 
ciennes familles de notre ville. Jean Jacques a gravé, 
comme l'a fait Aliamet^ des marines de Vernet et de 
ces charmantes scènes intimes, telles que raccordée 
de village, le gâteau des rois, etc. , d'après Greuze. 

Nous sommes entrés avec Flipart dans le xviii^ siè- 
cle ; et là, nos graveurs vont tenir une large place dans 
le mouvement artistique ; on n'en compte pas moins 
de vingt- cinq dans le siècle dernier. Les jeunes Abbe- 
villois qui montrent des dispositions viennent en grand 
nombre à Paris; ils y reçoivent les premières leçons et 
surtout la protection et les encouragements d'un de 
leurs compatriotes, Robert HECQUET,qui les avait pré- 
cédés ; son souvenir mérite, à ce titre, autant et plus 
que comme graveur, d'être conservé quand on parle 
des artistes d'Abbeville. Hecquet a laissé toutefois 
quelques pièces d'après le Poussin et Goypel, et aussi 
des estampes de thèses d'après Rubens, qui ont été re- 
levées par M. Pouy dans son intéressant travail sur 
l'Iconographie des thèses soutenues ou gravées par des 
Picards. 



— 74 - 

Nous voyons se succéder Daullé Jean qui, en 1742, 
se faisait ouvrir les portes de l'Académie de peinture 
et de sculpture avec la belle estampe Rigaiid peignant 
sa femme ; les portraits gravés par Daullé sont au 
nombre de 91, et la plupart sont remarquables. Vous 
pourrez les apprécier_,Messieurs, avec ceux de Geîidro?i, 
de A/''* Pélissier, et de Lemercier qui figurent ici ; il 
avait une merveilleuse facilité dans le maniement du 
burin pour modeler ainsi les figures. 

Aliamet Jacques qui, à trente-quatre ans, était aussi 
reçu à l'Académie sur la présentation d'une pièce d'a- 
près Berghem, l'ancie?i port de Gênes, a gravé surtout 
des vues, des marines d'après Joseph Vernet; il a fait 
aussi de ravissantes vignettes pour ces ouvrages édités 
avec tant de luxe qui faisaient les délices des grands 
seigneurs de l'époque et qui sont toujours recherchés 
des amateurs, comme les Baisers de Dorât, les Fables 
et Contes de La Fontaine, le Décaméron de Boccace, 
etc. L'Amour et la Folie, d'après Oudry, que l'on 
trouvera dans notre envoi donne une idée de son talent 
dans ce genre. 

Son frère François Germain Aliamet a travaillé en 
Angleterre, oîi l'on trouve de lui de bonnes estampes 
dans le recueil Boydell ; son exemple a été suivi par 
un groupa d'autres Abbevillois : — Picot qui a laissé 
un grand nombre de pièces assez bonnes d'après Lau- 
therbourg, Watteau, Metzu et autres, mais a édité par- 
fois de véritables images. — Delattre qui figure dans 
le recueil Boydell et a gravé d'après Augelica Kauiï- 
mann des sujets gracieux. — Thomas Gaugain, moins 



— 75 — 

connu en France, d'un genre tout à fait anglais, qui 
a reproduit des pièces charmantes d'après Nordscote 
comme la Laitière qui est exposée ici. — Et enfin Du- 
FOUR dont les vues diaprés Vernet et Hackert sont fort 
estimées par la manière dont les ciels et les effets de 
lune ont été rendus. 

Nous arrivons à Beauvarlet ; il personnifie le genre 
léger et galant du xviii° siècle, et, comme je l'ai 
dit, il a fait école. La plupart de ses estampes ont, au 
premier coup d'oeil, un aspect brillant, agréable, qui 
attire les regards. Il y a une facilité de travail et un 
savoir-faire de burin qui vous frappent ; mais, si 
vous étudiez avec soin, vous y reconnaîtrez bientôt 
des incorrections de dessin, les figures sont parfois 
trop joufflues, les contours des nus trop arrondis, 
d'un épiderme trop satiné, pourrait-on dire ; les 
yeux sont trop grands, les regards fixes, notamment 
dans la Suite d'Esther, et le prestige du premier aperçu 
disparaît en partie. Toutefois ces critiques n'empêchent 
pas Beauvarlet d'être un graveur de grand mérite, qui 
a seulement trop sacrifié à la mode de son époque et 
qui s'est laissé entraîner par sa grande facilité ; et puis 
ces critiques ne s'adressent pas à toute son œuvre, 
tant s'en faut: -la Bascule, le Coli?i -Maillard d'd^])rès 
Fragonard, les Chevaliers Danois d'après Lagrence, 
adressés ici, sont de bonnes estampes. Beauvarlet a été 
reçu en 1776 membre de l'Académie avec les deux 
pièces : l' Enlèvement des Sabines et l'Enlèvement d'Eu- 
rope^ d'après Giordano. Le regretté M. Leroy-Lattoux 
avait pu trouver deux de ses plus belles pièces, avant 
la lettre et dans un état irréprochable, ce sont les 



- 7G - 

portraits de la Comtesse du Barry en homme, costume 
de chasse, ravissante, d'après Drouais, et de Molière^ 
pièce hors ligne, d'après S. Bourdon. Plusieurs des 
élèves abbevillois de Beauvarlet Eustache et Claude 
Daxzel, Dennel et les frères Voyez ont suivi souvent 
sa manière. 

Le Vasseur s'en est écarté ; c'était un très habile des- 
sinateur, on peut s'en convaincre par la pièce à. la 
gouache ou lavis du Narcisse qui figure à l'exposition = 
Ses nus sont parfaitement modelés, d'un burin ferme 
et nourri sans exclure la souplesse ; je ne puis 
m'attarder ici à citer beaucoup, mais l Age agréable, 
le Larcin toléré, la Petite Marchande de câpres, et sur- 
tout la Laitière, d'après Greuze, pendant de la Cruche 
cassée, par Massard, sont des pièces charmantes et 
d'une valeur de bon aloi. Le Vasseur a gravé, comme 
Flipart, plusieurs de ces scènes bourgeoises d'après 
Greuze, le Testament déchiré, la Veuve et son curé, etc. 
Ce peintre a fait son portrait qui est un de ses meilleurs ; 
nous le possédons au Musée d'Abbeville et du Pon- 
thieu; il a été reproduit, au burin, par le graveur, et 
c'est aussi une de ses bonnes estampes. 

Nous avons joint à notre envoi, avec la gouache de 
Le Vasseur, un joli dessin à la sanguine de Magret ; 
c'est une délicieuse tête d'enfôint Macret aété,lui aussi, 
un excellent dessinateur et un buriniste de non moins 
de taknt ; il suffit de mentionner de lui : les Prémices 
de l amour-propre, d'après Goiizalès ; on se plaît ;i 
voir cette bambine joufflue posée devant un miroir. 
U Offrande à l'amour^ d'après Greuze, la Fuite à 



— 77 - 

dessein d'après Fragonard, ici exposés, sont encore 
de beaux spécimens du talent de Macret. 

A côté de ces œuvres demi-sérieuses, demi-badines, 
on trouve dans la collection de nos graveurs des pièces 
qui appartiennent au genre galant, parfois même pres- 
que grivois, telles que l'Essai du corset^ les Appas mul- 
tipliés^ de Dennel, l Indiscret^ le Contre-temps^ de De- 
quevauviller, et d^autres qu'on ne saurait nommer, 
d'après EUuin, faits pour des ouvrages erotiques. Mais, 
à côté de ces sujets qui déparent plutôt leur œuvre, on 
trouve, je me hâte de le dire, de belles estampes 
avec le Concert et la Récréation espagnole de Dennel ; 
des intérieurs de salon avec personnages, traités d'une 
manière hors ligne par Dequevauviller et qui sont à 
étudier dans les moindres détails, tels que V Assemblée 
au concert, l Assemblée au salon^ d'après Lawreince. 
Dequevauviller a gravé aussi des paysages charmants, 
d'une véritable couleur ; on pourra s'en convaincre 
en voyant la Vue de Lubbeck qui fait partie de l'envoi 
fait au nom du Conseil d'Administration des Musées. 

Je me laisse entraîner. Messieurs, mais le sujet est 
vaste, et je* me restreins à regret ; cet aperçu est déjà 
trop rapide, et il est fait plutôt au courant des souve- 
nirs que sur des notes. Je n'ai pu m'étendre notam- 
ment sur la partie biographique. 

Et cependant, permettez-moi de vous dire que nos 
graveurs Abbevillois ne se sont pas tous illustrés uni- 
quement par le burin. L'un d'eux, François Hubert, 
fut décoré, dans les premiers, lors de l'institution de 
la Légion d'Honneur, pour avoir, au péril de ses jours, 



— 78 — 

en 179n, sauvé la vie à Boissy d'Anglas, président de 
la Convention, en arrêtant seul, en pleine séance, lf3 
serrurier Boucher qui venait d'assassiner le dépuié 
Féraud dont il portait la tête au bout d'une pique. 
Hubert était l'oncle maternel de notre poète Millevoye. 
Un autre, Charlemagne Thomas, obligé en 1792 d'a- 
bandonner le burin pour le fusil du soldat, devenait 
bientôt capitaine et tombait glorieusement, frappé à 
mort, le l'^'mars 1793, aux avant-postes d'Aix-la-Cha- 
pelle; il était le frère du général Thomas qui s'est 
illustré sous le premier empire. 

Nous trouvons aussi, dans notre série d'artistes, un 
poëte de talent, Delegorgue Cordier (un nom digne- 
ment porté de longue date, et encore de nos jours). Il 
a gravé d'ailleurs, à Paris oii il était allé se former, 
quelques bonnes estampes, fort peu nombreuses, mais 
parmi lesquelles on doit noter un fort beau portrait de 
Madame de Sévigné, d'une grande finesse de burin. 
Delegorgue Cordier, à son retour à Abbeville ne s'est 
plus livré à la gravure, mais il a laissé un volume de 
Poésies, imprimé à Abbeville en 1847 au profit des 
salles d'asile. Ce recueil, devenu assez rare, contient 
des poëmes sérieux comme rinditstriey en quatre 
chants, couronné à Lille en 1842, puis des pièces lé- 
gères et d'un esprit fin et délicat. 

Pour revenir aux estampes, nous sommes au xix* 
siècle, et après avoir mentionné Choquet, le fils du 
peintre, qui a fait des vignettes en dessins, sépias et 
gravures ; Auguste Boucquet, élève d'Ary Scheffer, 
mort jeune encore à Florence en 1838, on a de lui 



l'Ange Gardien, d'après Decaisne ; Paul Leroy, dont 
nous ne connaissons qu'un Saint Jean- Baptiste assez 
bien traité; Lestudier Lagour qui, après avoir passé 
à la bonne école de Masquelier et de Delegorgue, a fait 
de petits sujets et des portraits d'un burin délicat et 
soigné, nous arrivons à nos derniers graveurs avec 
RoussEAux et Bridoux qui vont clore, hélas ! mais 
dignement, cette longue série. 

Emile Rousseaux a été un profond artiste ; dessina- 
teur consommé sous les leçons de Masquelier, et bu- 
riniste non moins habile sous celles d'un grand maître, 
Henriquel-Dupont. Il est mort trop tôt, mais les es- 
tampes qu'il a gravées, et dont plusieurs ont figuré 
aux expositions à Paris, dénotent un grand talent. Sa 
Martyre chrétienne d'après Paul Delaroche, que nous 
avons tenu à faire figurer ici, est une pièce réellement 
hors ligne, et qui, à son apparition_,a été l'objet d'appré- 
ciations justement élogieuses. Ses portraits, notamment 
celui de Madame Elisabeth, le Petit homme noir, de 
Francia, du musée du Louvre, ne nous font que re- 
gretter vivement sa mort, arrivée prématurément en 
1874, en plein succès ; il n'avait alors que 43 ans ! 

Nous n'avons plus qu'un dernier survivant de nos 
graveurs ; c'est M. Bridoux, arrivé à un âge avancé 
depuis plusieurs années. Sa carrière a été brillante 
également; élève de David et de Forster, Bridoux 
avait obtenu le grand prix de Rome en 1834, à l'âge 
de 21 ans ! Nous avons de lui de belles pièces d'après 
Murillo, Raphaël ; il a gravé aussi des fresques de Si- 
gûol à St-Eustache ; mentionnons encore un beau por- 
trait en pied du roi Louis Philippe. 



— 80 — 

Faut-il dire, Messieurs, en terminant cette simple 
causerie^ que la gravure en taille douce ne sera plus 
pratiquée par mes concitoyens et que la tradition en 
est désormais perdue pour Abbeville ? Ce serait déses- 
pérer de l'avenir, et je ne le voudrais pas. Des gra- 
veurs de mérite figurent à chaque exposition ; cette 
branche de l'art subsiste donc toujours et reste fort 
appréciée, malgré les nombreux procédés nouveaux 
de reproduction qui viennent de la photographie et de 
ses dérivés ; c'est que ceux-ci, malgré leur perfection, 
ne constitueront jamais des œuvres d'art proprement 
dites. Espérons donc que d'autres jeunes Abbevillois 
viendront, à quelque jour, renouer la chaîne du passé, 
actuellement rompue, et que, se souvenant de leurs 
prédécesseurs, ils tiendront à honneur de reprendre le 
burin qui a été si bien manié par leurs ancêtres pen- 
dant près de trois siècles ! 



Deuxième séance du 8 Juin. 



LA MORT m DUC CHUItLES D'ORLÉANS 

1547 
Par M. Ernest GHARVET. 



Messieurs, 

François P"" eut de son mariage avec Claude de 
France, fille de Louis XII, plusieurs filles dont je ne 
vous parlerai pas, et trois fils : François, Henri et 
Charles. Devenu veuf, il épousa en secondes noces Eléo- 
nore d'Autriche, sœur de Charles-Quint, dont il n'eût 
pas d'enfants. 

Le dauphin François, jeune prince de grande espé- 
rance, mourut à Tournus, le 10 août 1536, à l'âge de 
dix-huit ans. Après une partie de paume, ayant très 
chaud, il commit l'imprudence de boire un verre d'eau 
glacée ; une maladie se déclara bientôt qui Tenleva en 
quelques jours. Le roi, dans sa cruelle douleur, ne 
voulut pas croire à une mort naturelle et fit arrêter 
l'écuyer du prince, le comte Sébastien de Montecuculli , 



— 82 - 

qui s'occupait beaucoup de chimie et chez qui on 
avait trouvé un traité de l' Usance des poisons , Misa 
la torture, Montecuculli avoua avoir empoisonné le 
dauphin à l'instigation de l'empereur Charles-Quint. 
Il fut condamné au dernier supplice et tiré à quatre 
chevaux. 
Clément Marot nous dit : 

Un Ferrarois lui donna le poison 

Au vueil d'autrui, qui en crainte régnait, 

Voyant François qui César devenait. 

Plus tard, Malherbe répète encore : 

François, quand la Castille inégale à ses armes, 

Lui vola son dauphin, 
Semblait dans sa douleur devoir jeter des larmes 

Qui n'eussent jamais fin. 

On retrouve cette accusation d'empoisonnement chez 
plusieurs historiens modernes. Elle n'est plus admise 
cependant par la critique historique qui attribue la 
mort du dauphin François à une simple pleurésie. Il 
faut se rappeler que les aveux de Montecuculli lui fu- 
rent arrachés par la torture, et, comme l'a dit un poète 
latin : 

Etiam innoceiites cogit meyitiri dolor. 

Le duc Charles d'Orléans fut aussi, comme son 
frère, victime d'une imprudence. En 1545, François I'% 
accompagné de ses deux fils, le dauphin Henri et le 
duc Charles, tenait la campagne aux environs de Bou- 
logne contre les Anglais. La peste ravageait toute la 



— 83 — 

contrée, elle s'étendit bientôt jusqu'à Beauvais où des 
mesures énergiques furent prises pour combattre le 
redoutable fléau. 

Les maire et pairs donnèrent l'ordre aux barbiers 
de la ville de se réunir pour élire un « saigneur des 
pestes » ; et on réquisitionna toutes les sœurs de Saint- 
François « attendu qu'elles étaient tenues par leur 
fondation de solliciter les malades, même de peste, 
tant pauvres que riches. » Il fut aussi décidé que, pour 
diminuer le danger de la contagion, on transporterait 
les pestes dans des « logettes « qui seraient construites 
derrière Saint-André, vers la tour Valleran. L'évêque, 
le cardinal de Ghâtillon, envoya immédiatement la 
permission de couper, dans les forêts de l'évêché^tout 
le bois nécessaire à la construction des logettes. Il 
écrivit en même temps aux maire et pairs « que de- 
vant le danger de peste, il fallait y mettre ordre amia- 
blement et concordablement, sans s'arrêter aux préé- 
minences que l'on pourrait prétendre soit de sa part, 
soit de la part de la ville ^v (1) 

Dans les derniers jours du mois d'août, le duc d'Or- 
léans, passant à Forestmontiers, près d'Abbeville, 
voulut par bravade loger dans une maison où huit per- 
sonnes étaient mortes de la peste. « Gomme on lui re- 
monstra qu'il n'y faisait pas bon, il répondit : C'est 
tout un, j'y logerai. Jamais fils de roy de France ne 
mourut de peste » . (2) Et frappant de son épée les ma- 

(1) Archives municipales de Beauvais : liegistre ties délibtrations 
de la commune. 

(2) Brantôme. 



~ 84 - 

telas des lits mortuaires, il en fit voler la pluQie sur 
sa tête et sur celle de ses compagnons « Faisant telz 
esjouyssemens, il s'eschauffa grandement et beut quasi 
en même instant deux grands trects d'eau pure. La- 
quelle eau bue, tost après il sentit quelque froideur et 
depuis s'ensuivit la fièvre qui luy fut véhémente et 
dure ». (1) Il fut transporté à l'abbaye. Les médecins 
étaient assez embarrassés pour formuler leur diagnos- 
tic. Après avoir hésité entre une pleurésie et la peste, 
ils déclarèrent que la maladie du jeune prince de- 
vait être la suite d'excès précédents. « Selon quoy 
le Roy admonesta messieurs ses enfants de avoir meil- 
leur regard à l'advenir et de donner frein et loy à leur 
jeunesse ; puisque par icelle il en pouvait succéder si 
grande altération » . 

François P% effrayé de l'état de son fils, fit immé- 
diatement prévenir la cour à Paris. Marguerite de 
France, la reine de Navare et Catherine de Médicis se 
disposèrent à partir pour aller soigner le jeune prince. 
Le 31 août, leurs fourriers arrivaient à Beauvais pour 
préparer les logis. Ils annoncèrent qu'il était aussi 
question du départ de la reine Eléonore et que ses 
fourriers arriveraient peut-être le lendemain. Le maire 
commanda immédiatement cent livres de bougie et 
réunit une assemblée générale. Il y fut décidé qu'on 
ferait à la reine une entrée « le plus honorablement 
qu'il se pourrait », que quatre citoyens porteraient un 
poêle^de damas blanc et qu'une harangue serait faite 

(1) Dépêche de l'ambassadeur Saint Mauris (De Ruble : Le ma- 
riage de Jeanne d'Albret, p 212}. 



- 85 - 

par Thibaut Mollet, avocat de la ville. Les présents 
furent ainsi fixés : à la reine Eléonore, une pièce d'or- 
fèvrerie ; à Madame Marguerite, une aiguière ou une 
coupe ; à la reine de Navarre et à Catherine de Médicis, 
des bougies. Claude de Dampierre et Pierre Loisel 
furent commis pour aller acheter à Paris le présent 
de la reine. Le prix était laissé à leur discrétion, m'us, 
vu le mauvais état des finances de la ville, ils devaient 
prendre le terme le plus long qu'il leur serait possible 
pour le paiement. Yves Ledoyen, orfèvre de la ville, 
fut mandé et apporta trois aiguières d'argent. On en 
choisit une pour Madame Marguerite du poids de 
deux marcs deux onces et demi à 24 livres le marc. 
Yves Ledoyen s'engagea à la dorer et à y ajouter un 
écusson émaillé aux armes de la ville, moyennant un 
écu soleil. (1) 

Les princesses arrivaient à Beauvais le 3 septembre 
et descendaient au palais épiscopal où le cardinal de 
Châlillon avait fait tout préparer pour les recevoir. Le 
lendemain matin, elles allaient entendre la messe et 
faire leurs prières à la cathédrale sur des a accoudoir^s » 
qui avaient été disposés devant le grand autel ; et 
Guillaume Thibaut, archidiacre du Beauvaisis, prit la 
parole au nom du Chapitre pour les en remercier. 

Après la messe, Marguerite de France et la reine 

(1) Archives municipales de Beauvais — Pierre Loisel revint de 
Paris le 7 septembre, ayant acheté une aiguière de vermeil à la mo- 
resque du prlK de 81 écus d'or soleil (elle pesait 7 marcs 3 gros à 
11 écus et demi le marc). La reine Eléonore n'étant pas venue à 
l'eauvais, l'aiguière fut retournée à Paris le 17 septembre. 



— 86 - 

de Navarre se remettaient en route, laissant au palais 
épiscopal Catherine de Médicis qui se trouvait trop 
fatiguée et trop souffrante pour les accompagner. (1) 
Mais elles ne continuèrent pas leur voyage jusqu'au 
bout et revinrent bientôt à Beauvais, « le Roy ayant 
fait despescher lettres partout pour advertir de la meil- 
leure disposition du duc d'Orléans, affm que son 
peuple en demeure tant plus à repos ». 

Les espérances données ne devaient pas se réaliser; 
le jeune prince expirait le 9 septembre à trois heures 
de l'après midi. « Et fut ladicte mort si souldaine que 
à peine lui sçeut-on donner l'extrême-unction, laquelle 
toutefois il reçeut. Auquel acte fut présent Monseigneur 
le daulphin, qui longuement auparavant avoit esté 
auprès de luy, le sollicitant et donnant le meilleur 
courage qui pouvoit, pour le bon espoir de sa santé. Et 
comme l'on le vit décliner à la mort, les médicins en 
firent advertir le Roy, qui lors estoit à la chasse, lequel 
manda en poste avant luy monsieur l'admirai et peu 
après y survint, et, pensant parler au dict sieur d'Or- 
léans, il le trouva mort. De laquelle mort le dict sieur 
Roy fut tellement troublé et scandalizé que de plain 
sault il se trouva fort affaibly, de manière que l'on 
courut au vinaigre, et le fit-on retourner à luy. Lors 
il joignit les mains contre le ciel, y addonant aussi son 
regard et dit avec bien grande exclamation : u Mon 
Dieu que t'ay-je fait, en quoy t'ay-je despieu de m'a- 

(1) La Correspondance de Catherine de Médicis, publiée par M. H. 
de la Ferrière, contient une lettre datée de Beauvais, 8 septembre. 
(T. 1, p. 620). 



- 87 - 

voir osté celluy par lequel la chrestienté pouvait de- 
meurer en perpétuel repos et quiétude, celluy qui eut 
nourri la paix et tranquillité entre les princes. Main- 
tenant voy-je que je suys du tout sur compte de mon 
expectation, et que tout à une fois tu as anéanti tout 
ce que en toute ma vie j'avoye procuré, et où j'avoye 
tascher pour le seul respect du bien de l'universelle 
crestienté. Et avec telz et semblables propoz il fut 
longuement soy complaignant cryant haultement et 
gectant larmes en bien grande quantité ». (1) 

Le corps du duc d'Orléans fut transporté à l'abbaye 
de Saint-Lucien-lès-Beauvais. On y célébra pompeu- 
sement son service funèbre et on le déposa dans les 
caveaux en attendant qu'on put le conduire à Saint- 
Denis. Après la cérémonie, le chambellan du jeune 
prince. Africain de Mailly, seigneur de Villers-les-Pots, 
et son aumônier, Guillaume du Maine, abbé de Beau- 
lieu, demandèrent au prieur, D. Lefèvre, de vouloir 
bien faire dire tous les jours, pendant un mois, pour 
le repos de l'âme du défunt, une messe chantée avec 
diacre et sous-diacre, et cinq messes basses de Requiem^ 
les vêpres des morts, et des antiennes par les novices. 
Ils convinrent pour cela de payer 48 sols tournois par 
jour, et de laisser, pendant ce temps, les ornements 
somptueux que l'on avait fait apporter. Ils stipulèrent, 
à cette occasion, qu'un clerc coucherait dans l'église 
pour garder les ornements, moyennant deux sols tour- 
nois par jour, et en outre que les religieux seraient 

M) Dépêche de Saiul-Mauris. 



— 88 - 

tenus de veiller « à ce qu'il ne soit rien perdu ou des- 
robbé de tous les ornemens, sainctures, poilles, pare- 
mens, couvertures et autres meubles qui seraieEit lais- 
sés en leur église par inventaire ». (1) 

Le jeune prince était mort à vingt-trois ans, au mo- 
ment d'épouser la princesse Anne, fille du roi des Ro- 
mains, qui devait lui apporter le Milanais en dot. 

Il pensoit 
De César estre le gendre, 
Mais la Mort qui le tua 

Luy mua 
Son espouse en une pierre ; 
Et pour tout l'heur qu'il conçeut 

Ne reçeut 
Qu'à peine six pieds de terre (2) 

Le roi fut longtemps inconbolable. Il adorait son fils 
qui, par sa gaieté, sa fougue et ses folies aventureuses, 
lui rappelait les belles années de sa jeunesse. Charles- 
Quint adressa une lettre de condoléance à son allié. 
Je prie Dieu, répondit le roi, « vous donner grâce de 
n'avoir jamais besoin d'être consolé en tel endroict ny 
de sentir quelle douleur c'est de la perte d'un filz ». 

(1) Deladreue etMathoa: Uist. de l'abbaye royale de St-Lucien. — 
Au xvii' siècle, l'abbaye possédait encore un drap de velours noir 
avec les armes d'Orléans brodées en or. Cette pièce ne provenait 
pas, comme le croyaient les religieux, de l'évêque de Beauvais, 
Louis d'Orléans (1305-97), mais bien du duc Charles, les armes étant 
écartelées de l'écu de Milan. 

(2) Ronsard — Le poète avait été pendant cinq ans page du duc 
d'Orléans. 



— 89 - 

Deux ans après, François I" mourait à Rambouillet, 
le 31 mars 1547 ; il n'avait que 33 ans, mais, comme 
l'a dit Tavannes, « les dames plus que les ans lui cau- 
sèrent la mort)'. Ses funérailles devaient avoir lieu à 
Saint-Denis, en même temps que celles de ses deux 
fils, le dauphin François et le duc Charles^ « qui n'a- 
vaient encore de sépulture pour vouloir attendre, par 
un destin fatal, à faire compagnie au Roi leur père^, 
tant en la pompe qu'au cercueil ». (1) 

Le 10 mai, les maire et pairs de Beauvais recevaient 
du cardinal de Ghâtillon une lettre ainsi conçue : 

« Messieurs, le Roy a présentement despesché Mes- 
sieurs les évesques de Rennes et d'Angoulesme pour 
aller quérir le corps de feu Monseigneur d'Orléans, 
qui est en mon abbaïe de Saint-Lucien, et le faire me- 
ner et conduire oii il leur a esté commandé, et doivent 
estre les dits S'^ évesques mercredi prochain à Beau- 
vais: pourquoi j'ai bien voulu vous advertir afin que 
cependant vous advisiez à vous tenir prêts et faire ce 
qu'il sera de besoin pour accompagner le corps et lui 
rendre l'honneur qui lui appartient. Je vous prie, Mes- 
sieurs, y faire en sorte que lesdits S" évesques aient 
occasion de porter tesmoignage de vostre devoir, ser- 
vice et obéissance, et je prierai le Créateur qu'il vous 
doint sa sainte grêce. 

De Saint-Germain-en-Layp, ce 8 mai 1547. 

' Le tout vostre 

Le cardinal de Ghatillon. 

(1) Brantôme. 



— 90 - 

On prit immédiatement les délibérations suivantes : 
« Il sera fait le plus d'honneur que l'on pourra au corps 
de Monsieur le duc d'Orléans, Messieurs de céans iront 
honorablement avec le collège de Messieurs de Saint- 
Pierre à Saint-Lucien, s'il y va, avec quelque nombre 
de notables, comme de quarante ou cinquante des plus 
apparents, en habit décent, pour le convoyer jusqu'où 
Messieurs de Saint-Pierre iront. On renouvellera les 
quatre torches et on en fera quatre autres, chacune de 
quatre livres de cire, avec les armoiries de la ville ; on 
exhortera les maîtres des métiers de faire porter par 
deux de leurs métiers, en habit décent, leurs deux 
torches. On présentera du vin auxdits évoques ». (1) 

Le 21 mai, les trois cercueils étaient réunis dans 
Téglise Notre-Dame des Champs, à Paris. Le lende- 
main, ils étaient portés en grande pompe à Saint- 
Denis. Le 23, après la grand'messe chantée par le 
cardinal de Bourbon, abbé de Saint-Denis, Pierre du 
Ghastel, évêque de Mâcon, prononça l'oraison funèbre. 
On ouvrit le caveau royal, et l'amiral d'Annebaut, en 
l'absence du connétable de Montmorency, malade, se 
plaça à l'entrée, tenant en main la bannière de France. 
Les corps du dauphin et du duc d'Orléans, enfermés 
dans un cercueil « de velours noir croisé de satin blanc 
et garni de quatre écussons de broderie de l'armoirie 
des dits seigneurs >> furent descendus les premiers dans 
le caveau. Puis les gentilshommes de la chambre y dé- 
posèrent le cercueil du roi ; les rois d'armes, leurs cottes 

(1) Archives municipales de Beauvais. 



— 91 — 

d'armes; les capitaines des compagnies de la garde, 
leurs enseignes ; les écuyers, les diverses pièces de 
l'armure, le pennon et l'épée du roi ; le grand-maître, 
son bâton ; Horace de Farnèze, la main de justice ; le 
duc de Lorraine, le sceptre royal ; le chevalier de Lor- 
raine, la couronne. L'amiral d'Annebaut y déposa en- 
suite la bannière de France ; et, au milieu d'un pro- 
fond silence, dit : « Le Roy est mort ! » parole qui fut 
répétée trois fois par les hérauts d'armes. Au bout d'un 
moment, il reprit la bannière et l'éleva en l'air en 
criant : « Vive le roy Henry deuxième de ce nom ! » 
Et tous les assistants répétèrent ce cri avec les hérauts 
d'armes. 

Je voudrais en terminant vous dire aussi. Messieurs, 
quelques mots de la mort de Henri H. « Après avoir 
esté en tant de guerres et les avoir tant aymées )■>, il 
devait, vous le savez, périr dans un tournoi : 

Quem Mors non rapuit^ Mortis imago rapit. 

De Thou, Brantôme et l'Estoile racontent que plu- 
sieurs devins avaient prédit le genre de mort du roi. 
Les centuries de Nostradamus annonçaient de leur côté 
une grande catastrophe en champ clos. Vieilleville et 
Biaise de Monluc avaient aussi, nous disent-ils, vu en 
songe la mort de leur maître. Aussi l'émotion fut 
grande, quand le roi, après avoir couru trois lances et 
satisfait ainsi à la loi du tournoi, voulut, mécontent de 
la manière dont il avait combattu, prendre une re- 
vanche sur le comte de Mongommery. 

Malgré les supplications de Catherine de Médicis et 



— 92 — 

de Diane de Poitiers, il se précipita dans l'arène, sans 
même attendre que la visière de son casque fût bouclée. 
Les trompettes et les tabourins s'arrêtèrent tout à 
coup, et les deux champions s'abordèrent au milieu de 
l'anxiété générale. 

Au premier choc, la lance de Mongommery vole en 
éclats, le tronçon resté dans sa main relève la visière 
du roi qui, frappé à l'œil gauche, tombe sur le cou de 
son cheval. Tous les secours de l'art furent inutiles, le 
cerveau avait été lésé, et Henri II expirait quelques 
jours après, le 10 juillet 1559. 

Naturellement, on ne manqua pas de rappeler la 
prédiction de Nostradamus : 

Le lion jeune le vieux surmontera 
En champ bellique par singulier duel ; 
Dans cage d'or les yeux lui crèvera 
Deux playes une, puis mourir mort cruelle. 

Le lion jeune, Mongommery, avait, en effet, près de 
vingt ans de moins que le roi, qui portait un casque 
doré et dont la blessure mortelle était intérieure et ex- 
térieure (deux playes une). 

Après avoir joui d'une vogue immense, les centuries 
de Nostradamus sont aujourd'hui bien tombées dans 
l'oubli. Il y a quelques années, cependant, un prêtre 
de la Lorraine, a tenté de les remettre en honneur. Il 
assure que l'astrologue de Catherine de Médicis avait 
prédit tous les faits contemporains : guerre de 1870, 
commune, chute de Monsieur Thiers, mort du prince 
impérial dans le Zoulouland, etc. S'appuyant sur 



— 93 — 



plusieurs quatrains, il nous annonce aussi, à bref 
délai, des événements de la plus haute importance. 
Mais j'allais oublier. Messieurs, que nous sommes ici 
pour nous entretenir du passé, sans nous préoccuper 
de l'avenir. 



v__..=^^r?^:^- y 



"S v»vy^ (s~ 



Deuxième Séance du 8 Juin. 



COPIE 

DE LA 

CHARTE DU Wl PHILIPPE IV, dit LE BEL 

Pour le Chevalier Jehan HIBON, 

L'an 1314, au mois d'Août. 



■SAAAA^" 



Philippus Dei gratiâ Francorum Rex universis 
présentes litteras inspecturis salutem. 

Notum facimus quod, nos dilecti et fidelis nostri 
Johannis Hibonis militis proponentis ut dicit fundare 
quamdam Capellaniam et quamdam domum Dei pro 
pauperibus hospitandis in loco qui dicitur Essarti 
Campus pium propositum accedentes, concedimus 
eidem de gratiâ speciali quod ipse suis redditibus et 
bonis immobilibus sine aliquâ justiciâ possit dare et 
concedere perpetuô pro fundafcione et dotations 
Gapellanise et domus Dei predictarum Vigenti librarum 
turonensium annui et perpetui, et quod Gapellanus 
dictée Gapellaniae quœ erit pro tempore ad opus suum et 
pauperum dictée domus juxtadispositionem dicti militis 



- 96 - 

dictumannuum redditum posteaquedatusetassignatus 
fuerit, possit praecipue tenere et possidere perpetuo 
pacifîce et quiète absque coactione vendendi vel extra 
manum suam ponendi et sine prestatione financiae 
cujusquique, salvo jure et in omnibus alieno. 

Quod ut ratum et stabile permaneat in futurum 
présentes litteras sigilli nostri fecimus impressione 
muniri. 

Actum Parisiis anno Domini millesimo trecentesirao 
quarto decimo, mense Augusti. 



Certifié conforme au texte de la Charte dont je suis 
le dépositaire. 

G** DE HiBON DE FrOHEN. 



^««g^'ïi::?^^*^^^^^^*^**^ 



Deuxième Séance du 8 Juin. 

NOTICE 

SUR 

RENSEIGNEMENT A MONTREUIL - SUR - MER 

JUSQU'EN 1804 

Par le C*^ G. de HAUTEGLOCQUE, 

Membre de l'Académie d'Arias, de la Commission départe- 
mentale des Antiquités du Pas-de-Calais, etc. 



Si l'on s'en rapporte aux archives de ]a ville de 
Montreuil, compulsées par M. Duval (i), la préroga- 
tive de l'enseignement public dans cette ville se parta- 
geait jadis entre le chapitre de St-Firmin-le-martyr 
fondé en 1192 (2) et l'Abbaye bénédictine de Saint- 
Sauve. L'un et l'autre possédaient des écoliers et un 

(1) Notes sur l'enseignement à Montreuil — Travail fait vers 1800 
par M. buval, secrétaire de la Mairie. Ce travail, conservé aux ar- 
cliives du Pas-de-Calais, se termine par ces mots : c Puissent ces 
notes être utiles à ma patrie! C'est la seule ambition du rédac- 
teur. » 

(2) Gallia Christiana. Tome x, p. 331. 



— 98 — 

écolâtre, ils prélevaient à titre de droit de siège une ré- 
tribution deo sols sur ceux qui apprenaient le latin, et 
de 4 sols sur ceux qui se bornaient à savoir lire (1). 
Mais, dès 1484, nous les voyons renoncer à ce droit par 
une transaction survenue entre eux et l'échevinage, 
transaction par laquelle « les dits mayeur et eschevins 
« ont promis et se sont obligés de payer chacun an 
'< aux dits religieux, au doyen et au chapitre alterna- 
« tivement et à chacun en son année la somme de 18 
« livres de rente héréditaire et perpétuelle, à la charge 
« que les dits mayeur et eschevins pourront racheter 
« et rembourser la dite rente lorsqu'ils le trouveront 
« bon, à raison du denier 18, etc. » De plus le chapitre 
et l'abbé de Saint-Sauve se réservaient le droit de faire 
recevoir au collège les novices et les jeunes religieux 
de l'abbaye, les enfants de chœur de la Collégiale 
« sans qu'on pût rien prendre d'eux, et quand il plai- 
« rait de les y envoyer prendre leçon. » Cet acte fut 
confirmé et ratifié par l'Evêque d'Amiens en novembre 
1485 (2). 

Le collège dont il est ici fait mention subsistait 
alors rue de la Chaîne, paroisse St- Valois, dans les 
bâtiments de l'ancien hôpital Notre-Dame qui avait 
été supprimé. Il était tenu par des prêtres séculiers, 
et les professeurs, appelés aussi régents, se recrutaient 
difficilement. Les noms de quelques uns des derniers 
ont été conservés. C'étaient Antoine Bouteiller, prêtre, 
décédé le 18 août 1702; Marc Barré, prêtre égale- 

(1) Baron de Calotine. Dicliounairo du Pas de-Galais. Moutreuil. 

(2) Duval. Notice précitée. 



- 99 — 

ment, confesseur des Sœurs grises, décédé en 1727. 
Celui-ci survécut de quelques années au collège qui 
avait été fermé en 1720 L'année suivante, en 1721, la 
ville ayant racheté le droit de siège et pris la direction 
des grandes et petites écoles (1) s'adressa aux Pères 
Carmes pour combler le vide laissé dans l'enseigne- 
ment. Et, quelques années plus tard, en 1737, les bâ- 
iments inoccupés de l'ancien collège furent attribués 
aux Sœurs de la Providence. Les Carmes n'étaient 
pas à Montreuil de nouveaux venus. En 129i, avant 
leur arrivée, ils avaient tout d'abord promis de sou- 
mettre leurs propriétés présentes et à venir, tant de 
la ville que de la banlieue, aux tailles, droits et juri- 
dictions de la ville. Engtigement onéreux auquel ils 
durent être rappelés quatre ans plus tard par un 
jugement du doijen de la chreslienté. Favorisés par le 
roi Philippe-le-Bel qui leur avait permis d'acheter et 
de bâtir des églises et des maisons à leur usage, 
puis leur avait donné des lettres d'amortissement 
ment pour leur couvent (2), ils s'étaient établis, on 
1294, rue du Pan sur un terrain contigu à l'ancienne 
enceinte de la ville et près de Vostel des Faucilles. De 
nombreuses difficultés les avaient assaillis dès le 
début, avec l'hôpital et avec la ville, au sujet de leur 
cimetière, différend qui se prolongea jusqu'en 1844 
où il prit fin par un accord (3) ; puis de la part des ab- 

(1) Baron de Galonné. Ouvrage précité. 

(2) Collection Moreau, lom. 212, p. 207. (Bibl. nationale.) 

(3) Inventaire des titres de la ville de Montreuil par le comte de 
Maray (187Tj. 



— 100 - 

bayes de Saint-Sauve et de Sainte-Austreberthe à qui 
la fondation d'une nouvelle communauté ne laissait 
pas de causer quelqu'ombrage. Mais les Pères Carmes 
s'étaient assuré la protection de l'échevinage par la 
promesse qu'ils avaient accomplie (1) de tenir école et 
d'enseigner gratuitement le latin, et ilsavaient triom- 
phé de tous les obstacles quand la guerre vint leur 
apporter de nouvelles épreuves. Leur monastère fut 
brûlé lors du siège de 1S37, et l'emplacement de leur 
couvent englobé dans les nouvelles fortifications. 
L'échevinage leur accorda un asile provisoire dans 
une partie des bâtiments abandonnés de Vhospice 
Notre-Dame et prétendit les contraindre à rebâtir sur 
un terrain acheté précédemment par eux à Robert 
Gorguette. Ce fut alors que Jehan de Monchy, sire de 
Montcavrel, leur donna son hôtel de Montreuil avec 
ses dépendances. Un de ses ancêtres, Pierre de Mon- 
chy, l'avait acquis en 1481 (17 juillet). 

Devenus propriétaires de cet immeuble, les Carmes 
l'approprièrent aux besoins de leur communauté, ils 
élevèrent des cloîtres, supprimèrent la ruelle qui « perce 
« dans la petite rue le long des murs du jardin de 
« Sainte Austreberthe » et accolèrent leurs bâtiments 
contre le grand portail de l'église anciennement appe- 
lée de St-Wulphy. Cet édifice avait cessé de servir au 
culte paroissial, et, quelques années plus tard, en 1598 
(17 avril) (2), l'Ëvêque d'Amiens, Geoffroy de la Mar- 

(1) Les Etablissements hospitaliers de Montreuil, par M. Braque- 
hay — Picardie 1881, p. 150. 

(2) Renseignements dus à l'obligeance de M. Braquehay. 



— 101 — 

thonie, le leur abandonnait avec les droits dont l'église 
jouissait. D'après les Bénéfices de l'Eglise d'Amiens en 
1730 (1), la communauté des Carmes se composait 
alors de 20 membres, et leur nombre n'était pas limité. 
Leur revenu était de 338 livres et leurs dépenses ex- 
cédaient leurs recettes. 

Comme nous l'avons vu, ce fut donc à ces religieux 
que, par une délibération des habitants de la ville de 
Montreuil à la date du 9 avril 1721, fut dévolu le soin 
de. suppléer à la disparition du Collège. Depuis long- 
temps, nous l'avons dit, ils enseignaient le latin et la 
rhétorique. Ils durent alors sous l'approbation de l'é- 
vêque et du conseil provincial de l'Ordre, créer un 
cours complet d'humanités divisées en 5 années régu- 
lières, et couronnées par une année de philosophie, 
quand le nombre des élèves ayant terminé la rhéto- 
rique serait suffisant. Le traité conclu entre les reli- 
gieux et la ville à cette occasion est parvenu jusqu'à 
nous, et il est curieux par les détails qu'il renferme. 
D'une part, la ville concédait: 1» 200 livres par an sur 



(1) D'après ce pouillé publié par M. Darsy, de la Société des An- 
tiquaires de Picardie, voici les recettes de ce couvent : 1° Une mai- 
son sise h Montreuil, rue des Carmes, louée 24 livres ; 2» Une autre 
maison, même rue, louée 50 livres ; 3" Une autre maison, rue de la 
Licorne, louée 70 livres ; 4" Rentes sur plusieurs particuliers eu 
quatre parties : 54 livres 10 sols ; 5" Rente sur l'hôtel de-villo de 
Paris : 140 livres.— Total : 338 livres 10 sols.— Charges : 590 Messes 
et 3 obits ; réparations de l'église et du couvent ; entielien de la sa- 
cristie et des ornements ; gages et nourriture des domestiques ; ré- 
parations des maisons. Ces charges ne sont pas portées ni évaluées 
dans la déclaration, mais le bureau diocésain estime qa'elbs excè- 
dent les revenus. 



— 102 — 

les deniers communaux ; 2" les bâtiments de l'ancien 
collège ; 3° le bois nécessaire pour construire dans le 
jardin trois classes, et pour les réparer plus tard, s'il y 
avait lieu. Ces classes furent, en effet, élevées en un 
bâtiment construit partie sur le jardin du couvent, 
partie sur le flégard, et composé de 4 pièces basses et 
d'un dortoir. Auprès était une cour formant le coin de 
la rue de la Licorne, qu'on s'était permis, sans aucun 
droit, prétendait-on, de joindre au collège. De leur 
côté, les Carmes s'engageaient à fournir 3 régents, et 
pour suppléer à rinsuffisance de la rétribution de 200 
livres, on leur permettait de faire payer à chaque éco 
lier, lors de son entrée au collège, 23 sols pour l'entre- 
tiendes balais et la fourniture des chandelles, plus 25 
sols chaque mois, les vacances exceptées, pour chaque 
étudiant, et 35 sols pour les rhétoriciens. Cet arrange- 
ment tout minutieux qu'il fût ne contenta personne et 
il dura peu. La rétribution, trop faible au gré de ceux 
qui la recevaient,, paraissait trop lourde à ceux qui la 
payaient, et la ville se plaignit de ce qu'elle éloignât 
les élèves du dehors. La Révolution vint couper court 
au différend. L'église, occupée une première fois par 
les électeurs en 1789, fut en 1791 désignée comme lo- 
cal pour Télection des membres du district. En cette 
même année 1791, au mois de Septembre, les religieux 
reçurent, par ministère d'huissier, l'ordre de quitter 
leur couvent, sans doute pour refus de serment (1). A 
ce moment, nous trouvons comme supérieur le P. de 



(1) Le Clergé du diocèse d'Arras sous la Révolution, par l'Abbé 
Deramocourt. 



— io:j — 

Baillencourt dit Courcol, le P. Leclercq, procureur, 
les PP. Foursel, Prevot et Lemaire, professeurs, plus 
3 frères. Le P. Prevot, connu sous le nom de P. 
Georges, resta dans la ville, mais le 26 décembre 1792, 
des citoyens de Montpeuil demandèrent et obtinrent 
son éloignement, sous prétexte qu'il remuait et trou- 
blait la population ^1). 

Le 14 Février 1791, on avait fait l'inventaire du 
mobilier des Carmes (2) et mis les scellés sur le cou- 
vent. Ce couvent était limité par la place Ste-Austre- 
berthe, la rue Becquerelle, l'ancienne rue de Toulouse 
qui le séparait de TAbbaye de Ste-Austreberthe, la 
rue du Pan et la rue des Carmes qui le séparait du re- 
fuge de l'abbaye de St-Josse (3). Une ruelle, suppri- 
mée depuis, se trouvait entre l'église et le bâtiment 
principal (4). Le 10 Octobre 1791, il fut transformé en 



(1) id. 

('2) Ce mobilier était fort modeste. L'argenterie consistait en une . 
louche, 6 couverts, 2 cuillers. La bibliothèque contenait 1200 vo- 
lumes sans corps de bibliothèque, ni manuscrits, ni médailles Les 
Carmes avaient une charetteet un tombereau, ce qui fait supposer 
qu'ils avaient une petite culture. (Archives du Pas-de-Calais. Fonds 
de la révolution.) 

(3) Plan, sans index, de Montreuil, dressé en 1812 (Archives du 
Pas-de-Calais, n» 392). 

(4) Inlérieurtment il y avait une cour avec un puits et deux j;ir- 
dins plantés d'un grand nombre d'arbres fruitiers. Sur celle cour 
donnaient les constructions dont une partie renfermait un fournil, 
uue écurie, une brasserie. La maison se composait d'un réfectoire, de 
plusieurs classes^ de 3 dortoirs, de chambres et de cabinets, d'une 
bibliothèque, d'une infirmerie, de deux chambres d'Iiôle, d'une 
cuisine, de cloîtres pour mettre en comnaunication les diverses 
pièces. 



- 404 — 

caserne à l'usage des volontaires nationaux du 2' ba- 
taillon, nouvellement arrivds à Montreuil.Ils y restèrent 
jusqu'au 30 Avril 1792 et y commirent une foule de 
déprédations, volant le plomb du toit, les tuyaux de 
l'orgue, un dessus de confessionnal, etc. En 1801, il 
fut question de vendre le collège ; puis on le donna 
comme revenu à la Légion d'Honneur. En 1803, le 
Conseil municipal le demanda pour y établir une école 
secondaire communale, proposant de louer une mai- 
son jusqu'à l'achèvement des réparations rendues in- 
dispensables par le mauvais état des bâtiments. Le 
préfet donna un avis favorable, soumit le dossier à 
l'approbation du Conseil d'Etat, et le collège s'ouvrit 
avec M. Leullier comme supérieur et MM. Durlin et 
Routier comme professeurs. Son existence ne fut pas 
longue. En 1826, une partie des bâtiments fut affectée 
à la prison, une autre au tribunal et à la gendarmerie. 
L'église devint un magasin d'artillerie et l'on perça à 
travers le jardin la rue Lambin. Quelques portions de 
ce jardin et du cimetière furent vendues pour y élever 
des maisons particulières. Ce qui reste des anciennes 
constructions offre peu d'intérêt, mais l'église est 
presque intacte, et elle ne manque pas de style. 
La nef est la partie qui a lo plus souffert ; le transept 
et l'abside ont conservé leurs voûtes. Cet édifice est 
éclairé par sept fenêtres à meneaux. Autrefois, il y 
avait un clocher, et l'on pénétrait dans l'église par 
une porte à deux battants (1). Sur les murs extérieurs 

(1) Il y avait clans l'église 3 autels, des tableaux, un orgue, un 
grand crucifix de cuivre, 36 chaises. Daos la sacristie on cooservait 



- 105 - 

de l'église, on lit plusieurs noms d'anciens élèves des 
Carmes : Jehan Leroy 1601 (qui appartenait à une des 
familles les plus importantes de la ville), Enlart,etc.('l) 

Les Pères Carmes avaient la franchise des boissons. 
Ils avaient établi un débit pour la vente au détail. La 
maison du concierge du tribunal est leur ancienne can- 
tine, Ce commerce avait bien quelqu'inconvénient On 
sait que les statuts synodaux d'Amiens de 1602 (2) et 
les cahiers des Etats de Picardie, adressés aux Etats 
généraux (3), demandait nt qu'il fût interdit aux prêtres 
d'entrer dans les cabarets et autres lieux publics. 

Les Carmes ne possédaient pas de grands biens. En 
1789, leurs revenus consistaient en quelques terres, 3 
maisons à Montreuil, quelques rentes, dont la plus 
importante était au capital de 1200 livres, une autre 
sur l'abbaye de Ste-Austreberthe, etc. 

A peine l'ancien collège eût-il été supprimé, qu: la 
nécessité de le remplacer se fit sentir. Trois ans après, 
en 1829, la ville obtint de l'Etat l'autorisation d'en ou- 
vrir un dans les bâtiments de l'ancienne abbaye de 
Sainte-Austrcberthe. L'Abbé Delivaulle en fut nommé 
supérieur, et l'établissement prospéra sous sa direction 
pendant un demi-siècle. En 1873 il fut remplacé par 
l'Abbé Macquet (4). 

un ostensoir, un ciboire, 4 calices, 4 chandeliers, une lampe, te tout 
en argent ; 15 chasubles, 8 dalmatiques, 4 chapes. Tous ces objets 
furent portés au District en octobre 1791. (Archives du P.-de-C. 
Fonds de la révolution). 

(1) Notes communiquées par M. Braquehay. 

('2J P. 14. 

(3) Bibliothèque de l'Arsenal. — Manuscrits. N. 332. 

(4) Baron de Galonné. Ouvrage précité. 



- 106 — 

Pour compléter le tableau des établissements d'en- 
seignement secondaire à Montreuil, il faut se gar- 
der d'oublier le petit séminaire, û'û de Sai7it- Val/ois, 
dont la courte existence ne laissa pas de jeter un 
certain éclat. Fondé en 1687 par M. Bermon, curé 
de cette paroisse, il était situé sur la place du même nom 
et jouissait d'une si grande considération, dit M. Duval, 
que, en 1693, Mgr Feydeau de Brou, évoque d'Amiens, 
pour y enseigner la philosophie, y envoya le célèbre 
Claude Gapperonnier qui, plus tard, en 1722, fut nom- 
mé professeur royal de langue grecque à Paris. Des 
lettres patentes du Roi, obtenues par l'Evêque d'A- 
miens, approuvèrent et confirmèrent cet établissement, 
« ensemble l'union des prêtres qui y vivent et vivront 
« dans la suite sous Tentiôre juridiction dudit sei- 
a gneur évêque. » Les lettres furent registrées au par- 
lement par arrêt du 7 Septembre 1702. Le 14 Mai 
1703 on attribua au petit Séminaire : i'' la cure d'Es- 
quincourt^ sous le vocable de St-Martin, à la présenta- 
tion de l'abbé de St-Sauve, avec dîme affermée 120 
livres, affranchie de toutes charges ; 2° la cure parois- 
siale r)e Saint-Jean à l'Abbaye de Ste-Austreberthe; 
3° la cure paroissiale de Saint-Vallois, à la présenta- 
tion de l'abbé de Saint-Sauve, d'un revenu de 400 livres. 
Ces moyens d'existence étaient-ils insuffisants? On l'i- 
gnore. Tout ce qu'on sait, c'est que, en 1720, l'établis- 
sement était fermé* (1). L'emplacement qu'il occupait 

(1) Nous trouvons parmi les professeurs de ce séminaire : Jacques 
Bovery, prêtre, préfet des études, décédé le 8 Mars 1709, Guillaume 
Moral, prêtre, régent, décédé le 13 Juin 1706. 



— 107 — 

est actuellement compris dans le jardin de l'hôtel de 
Longvillers (1). 

Si, après nous être occupés de l'enseignement secon- 
daire, nous cherchons à retrouver les ressources de 
l'enseignement primaire à Montreuil, voici le premier 
document que nous connaissions, et nous croirions en 
diminuer l'intérêt si nous ne lui laissions sa forme 
originale: « Cejourd'huy, le neufvième de Septembre 
« mil six cent quatre vingt six, ensuite la publication 
« qui a été faite le jour d'hyer Dimanche au prône de 
« la messe paroissiale diste et célébrée en cette église, 
K pour faire assemblée de marguilliers tant anciens 
<: que modernes pour délibérer au sujet des écoles 
« pour l'instruction de la jeunesse de la paroisse tant 
(' à lire et escrire que pour les rendre à leur debvoir 
u selon les obligations qu'impose la foy catholique et 
c( romaine, sous la conduite de messieurs les curés de 
« ladite paroisse par les maîtres et maîtresses d'école 
« à ce préposés : Pour à quoi parvenir, l'assemblée 
« aujourd'huy faicte au bureau de la dite église des 
« dits sieurs curés et autres ecclésiastiques de la pa- 
« roisse, ensemble desdits sieurs marguilliers, à 3 
<( heures de relevée, — En laquelle assemblée a été 
u délibéré ce qui suit, le tout pour la gloire de Dieu et 
« le bien public : — Premièrement, a esté reconnu et 
'( accordé à la dite assemblée que Laurens Minitin, dit 
« le parisien (marié à Cécile de la Rue), tiendra escole 
« pour l'instruction des pauvres garçons de la paroisse, 
a a commencer au premier jour d'octobre prochain, 

(1) BaroD de Oalonne. Ouvrago précité. 



— 108 — 

« pour les apprendre à lire et escrire jusqu'à l'âge que 
« les dits curés trouveront propre pour les retirer, 
« desquels le dit Minien aura un soin particulier de 
« les assembler en sa maison les jours ordinaires 
« d'escole à neuf heures du matin jusqu'à onze heures, 
« et aura soin de les conduire à l'église pour entendre 
« la sainte messe deux à deux et dans la modestie 
« requise, luy en teste, et depuis deux jusqu'à quatre 
n heures de relevée, et au surplus quant à l'éducation 
u des dits enfants, rassemblée a laissé le tout à la 
«. prudence et à la discrétion des dits sieurs curés, et 
« comme ledict Minien ne peut faire cet exercice sans 
« quelque honeste rétribution, il a été convenu et ac- 
te cordé par l'assemblée que le provenu du pourchas 
a dans ces présentes, destiné pour les pauvres de la 
.' dite paroisse, sera dorénavant destiné pour ledit 
u maître d'escole, dont la personne qui sera à ce pré- 
.< posée pour en faire la cueillette ainsy qu'elle s'y est 
« ci-devant faicte mestra ledit provenu les festes et 
(c Dimanches dans un tronc qui sera pour cet effet 
« posé dans ladite église. Quoy faisant, il demeurera 
« deschargé de la reddition de compte dudit pourchas. 
« Et comme il s'agit de pourvoir à l'éducation des 
:<. pauvres filles de ladite paroisse, il a été convenu et 
K accordé par ladite assemblée que Marie Brûlé, vefve, 
« a été jugée capable par lesdits curés, et tiendra 
c aussi escole pour les pauvres filles aux jours avant 
c( dit, et aux mêmes heures, clauses et conditions, sauf 
(( et à la réserve qu'au lieu et place dudit pourchas 
a elle aurait ce qui lui a été accordé par ladite assem- 
(t blée, chacun an à commencer du 1"' Octobre pro- 



— 109 — 

;( chain, la somme de 36 livres, laquelle somme sera 
« prise annuellement sur le revenu de la table des 
« pauvres érigée en cette paroisse, qui lui sera payée 
« de trois en trois mois et par advance à ladicte Brûlé 
« de laquelle il tirera quittance qu'il emploiera dans 
« son compte après sa fonction finie. Quant au sur- 
ce plus desdites jeunes filles le tout a été laissé à la dis- 
(( crétion desdits sieurs curés. A été aussi convenu par 
a ladite assemblée que si lesdits Minien et Bruslé et 
a autres à l'avenir, que Dieu ne veuille, venaient à 
« faire quelque chose digne de répréhension, àl'advis 
« desdits sieurs curés ils pourraient être changés et 
a en mettre d'autres à leur place sur la plainte qu'ils 
« en feraient au bureau, par lesdicts sieurs marguil- 
« tiers et paroissiens assemblés. Faict et arrêté les 
« jours, mois et heures que dessus et ont signé : Phi- 
a lippe Esgret et Alexandre du Fay curés de Notre- 
a Dame, Waguet, Desfontaines, A. Desmons, Hevet, 
« Ghabaille, Le Roy, Bermon, Louis Bourrel, Alloy, 
« Anquier, etc., Minien et Bruslé. » 

La paroisse St-Vallois paraît avoir eu aussi des 
écoles. Sur le registre de Catholicité, on voit que, le 1" 
Octobre 4719, fut inhumé dans le cimetière de cette 
paroisse Jean Marmin, maître d'école, âgé de 60 ans, 
lequel, dit l'abbé Faucha tre, rédacteur de l'acte de 
décès, « avait gardé le célibat, et vécu toute sa vie en 
« grande piété et zèle pour élever les enfants. » 

Pour l'enseignement primaire des jeunes filles, il y 
avait également quelques institutrices laïques. Dès 
1440, on constate la présence de béguines qui réunis- 



— 110 - 

saient le soin des malades et celui des enfants. Elles 
disparurent bientôt, et le magistrat les remplaça, en 
14;)9, par des Sœurs du tiers-ordre de St-François, 
appelées Louez-Dieu, sœurettes ou sœurs grises. Celles- 
ci s'occupèreet exclusivement d'éducation. Louis XIV, 
trouvant leur communauté trop nombreuse (1), leur 
défendit en 1702 de recevoir des novices. Bien que 
cette défense ne fût pas exécutée, elles tombèrent bien- 
tôt en décadence. En 1784, il restait à peine dans la 
maison quatre sœurs dont la moins âgée l'était de 76 
ans. Le baron de Torcy, maire à cette époque, proposa 
de donner la maison aux Frères des écoles chrétiennes. 
Le projet fut approuvé par le Roi, mais il rencontra 



(1) Nous voyons dans les Bénéfices lîe l'église d'Amiens en 1730 : 
« Les filles du tiers-ordre de St-François forment une communautii 
« de 37 religieuses. Elle n'est pas assujétie à un nombre limité. Elle 
« possède : une maison, terres à labour et prés situés au village 
« de la Caloiterie près Montreuil, contenant environ 90 mesures af- 
« fermées 200 livres et 2 voitures de foin estimées 20 livres ; rentes 
« en 4 parties sur plusieurs immeubles : 182 livres 10 sols de reve- 
« nu ; pension annuelle accordée par le Roy pour le chauffage, 200 
« livres par an. » (Les Sœurs grises de Montreuil figurent pour cette 
somme parmi les usagers de la Forêt de Crécy, dans l'état arrêté 
au Conseil en 1673) « Rentes sur les aides et gabelles de Doullens, 
« produit 347 livres 6 sols. Rentes sur différents particuliers en G 
« parties, produit 381 livres 13 sols. Total des revenus : 1331 livres, 
« 9 sols, 4 deniers. 

« Charges : Censives en plusieurs parties : 18 1. 8 s. 6 d. Nourri- 
« ture et entretien d'un directeur ou visiteur de l'Ordre et gages 
« d'un clerc lai, 650 I. ; gages des 2 tourières, 60 1. Entretien de la 
« sacristie ; réparations do l'église et des bâtiments conventuels, 
« 53 1. ; au médecin, chirurgien et apothicaire 150 I., au procureur 
« 100 1. Total des charges: 1031 1. 8 s. 6 d. Reste net: 300 1. 
« 10 d. » 



— 111 — 

une vive opposition de la part de Mgr de Machault, 
évêque d'Amiens, dont la juridiction s^étendait alors 
sur Montreuil. La révolution empêcha l'affaire de se 
terminer (1). Le 22 Avril 1791, il n'y avait plus qu'une 
seule religieuse âgée et infirme. C'était la dame de 
Mailly, dite sœur de la Résurrection. Elle déclara vou- 
loir se retirer chez elle, et réclama une pension. Le 
27 Décembre suivant, le directeur du District de- 
manda la vente de ce couvent, situé près de l'église de 
St-Vallois et de l'abbaye de St-Sauve (2). 

Gomme nous l'avons vu plus haut, la ville de Mon- 
treuil avait, en 1737, obtenu l'autorisation d'établir 
des Sœurs de la Providence dans les bâtiments de l'hô- 
pital Notre-Dame demeurés sans emploi par suite de la 
fermeture du collège. L'Hôtel-Dieu auquel ces bâti- 
ments appartenaient reçut quelques avantages en dé- 
dommagement et, le 12 Aoiit 1738,1a maison fut fon- 
dée. Louis Bourdon, procureur du Roy, versa à la 
Communauté de Rouen une somme de 3500 livres pour 
l'entretien d'une sœur qui fut chargée d'instruire gra- 
tuitement les jeunes filles. Une seconde religieuse fut 
bientôt adjointe à la première, et quelques années 
après, une troisième vint compléter la maison. Elles 
eurent jusqu'à 300 élèves. Mais la Révolution vint 
arrêter l'enseignement à Montreuil, comme dans les 
autres villes du Nord. Sous la Terreur, la prison et l'exil 
étaient le partage de ceux qui, parmi le personnel en- 
seignant, se montraient fidèles à leur foi. Ceux qui, par 

(1) Baron de Calonne. Ouvrage déjà cilé. 

(2) Archives du Pas-de-Calais. Fonds déjà cité. 



— 112 — 

de coupables concessions, cherchèrent à conserver 
leurs places, ne furent guère plus heureux. Mal payés, 
abandonnés de leurs élèves, ils durent bientôt renoncer 
à des fonctions qui ne leur fournissaient plus les 
moyens d'existence. Quand la Terreur fut passée, on 
chercha à réorganiser l'instruction. Mais les maîtres 
et l'argent faisaient défaut. La Constitution de l'an III 
disait (art. 6 et suivants) : « Il sera créé des écoles pri- 
« maires pour apprendre à lire, écrire, les éléments du 
« calcul et ceux de la morale. » La République s'en- 
gageait à pourvoir au logement des instituteurs. De 
plus les citoyens avaient le droit d'ouvrir des établis- 
sements particuliers d'Instruction. A Montreuil, l'ad- 
ministration nomma le 23 Avril 1796 deux institu- 
teurs : le citoyen Dupont, homme instruit et moral qui, 
3 ans plus tard, avait un aide et 60 élèves, dont 10 pen- 
sionnaires et 8 à iO élèves gratuits ; et le citoyen Ma- 
gloire Theuzet, habile maître d'écriture. Celui-ci avait 
.30 élèves et manifestait le regret de ce que l'incom- 
modité de son logement ne lui permît pas d'en avoir 
davantage. L'un et l'autre se plaignaient de ne pas rece- 
voir leur indemnité de logement. On nomma le même 
jour deux institutrices, les dames Davillé et Delvallée, 
anciennes sœurs de la Providence de Montreuil. Elles 
enseignaient la lecture, l'écriture et le calcul, mais 
elles percevaient une rétribution et, à cause de cela, 
n'avaient que 40 élèves. 

A ces divers établissements s'ajoutaient bon nombre 
d'écoles particulières. Pour les garçons, le citoyen Lé- 
ger apprenait les langues latine et française, la géomé- 
trie, mais ses leçons étant d'un prix élevé, il n'avait 



— 113 — 

que 14 à 15 élèves. Le citoyen Beugin ajoutait à cet 
enseignement celui de Thistoire. La pension était de 
800 livres (payables en assignats). Il avait 4 à 5 élèves. 
Le citoyen Dufossé enseignait à lire, à écrire, à cal- 
culer, et aussi les grammaires latine et française, à -18 
ou 20 enfants. Le citoyen Ledoux donnait le même 
enseignement à ISélèves.Les citoyens Miroir etBrawly 
avaient ensemble 32 élèves. 

Pour les filles, les citoyennes Roger, Dupont, Allart, 
Audan, Perron, Plet et Valin enseignaient à lire, à 
écrire et parfois à compter, à 13 élèves. La citoyenne 
Poultier avait une instruction plus complète. Elle était 
patentée et tenait un ouvroir où elle enseignait à tri- 
coter, coudre, festonner, broder, resercir^ dessiner, et 
les éléments de géographie. Elle avait 20 élèves, dont 
3 gratuites et 3 pensionnaires à 300 fr. par an. En 
tout, 275 enfants recevaient à cette époque l'instruc- 
tion à Montreuil. 

Nous terminerons ici cette étude, avec la conscience 
d'avoir atteint notre but. C'était de prouver quelle 
sollicitude l'ancienne société apportait à l'instruction 
de la jeunesse, dans ces temps si calomniés,, où avec 
moins de bruit, moins de dépenses que de nos jours, 
mais avec plus d'efforts et de sacrifices, les villes et 
les particuliers s'unissaient pour départir à tous, aux 
pauvres surtout, l'instruction gratuite, 



8 



Deuxième séance du 8 Juin. 



UN MOT SUR LES ECOLES 

Par M. F.-I. DARSY, memhre titulaire résidant de la Société. 



L'histoire, ce scribe infatigable et impartial qui, 
depuis l'origine des sociétés, trace leurs annales sur le 
papyrus, sur le marbre et sur l'airain, nous a médio- 
crement renseignés sur les mœurs du vulgaire. Sa 
tâche immense, cependant, s'étend à tout ; mais, selon 
les temps et les lieux, elle s'exerce tantôt sur une 
chose, tantôt sur une autre. Pendant de longs siècles, 
l'histoire n'a écrit que les noms et les hauts faits des 
conquérants, la marche des peuplades envahissantes, 
les scènes de carnage, de pillage et d'incendie. Elle a 
négligé les détails, surtout en ce qui a trait aux mœurs 
des sociétés et aux usages de la vie intime des familles 
et des individus. 

De notre temps, au contraire, l'histoire se complaît 
dans ces détails de la vie réelle. C'est sur l'instruction 
publique que les circonstances, les idées du moment 
l'ojit dirigée. Elle s'y est portée avec avidité et prin- 
cipalement sur l'instruction élémentaire. Rien de 
mieux ; mais, pour donner plus de relief aux amélio- 



- 116 - 

rations qui se faisaient ou qu'on projetait, des écri- 
vains plus ardents que véridiques ont jeté à tous les 
échos un cri d'anathème sur le passé et proclamé har- 
diment qu'avant la Révolution de 1789 l'instruction 
publique en France était absolument nulle. Cette pro- 
position ne pouvait se soutenir sérieusement, même 
aux yeux de ses auteurs, en présence des faits connus, 
car ils sont encore vivants les glorieux souvenirs de 
nos vingt-deux Universités et surtout de celles de 
Paris et d'Orléans, qui attiraient à elles les écoliers de 
toute l'Europe, et l'on n'a pas oublié non plus les 
grandes écoles et les collèges établis dans la plupart 
des villes, même celles de second ordre. 

Aussi, à peine l'anathème au passé a-t-il retenti que 
de tous les points de la France les protestations sur- 
gissent, les recherches se multiplient et les démentis 
arrivent, fortement appuyés de preuves. Le Languedoc 
et la Bourgogne, le Maine et l'Anjou, la Champagne 
et la Brie, l'Artois, la Flandre, la Normandie ou, pour 
mieux dire, toutes ou presque toutes les provinces 
font entendre leur voix et projettent la lumière la plus 
inattendue. On peut dire que jamais question n'a sus- 
cité, en si peu de temps, plus de publications variées, 
jamais aucune n'a soufflé plus d'ardeur à fouiller sur 
tant de points à la fois les archives en lambeaux des 
paroisses, les minutes des notaires et les papiers ou- 
bliés des anciennes familles. 

Pour notre province, la Picardie, on a démontré 
l'existence d'écoles publiques élémentaires dès le com- 
mencement du IX" siècle, dans le plus grand nombre 



— 117 - 

des paroisses du diocèse d'Amiens, et il en était encore 
ainsi h la fin du xviii». En dehors des preuves écrites 
qui ont été produites, il en est d'autres non moins 
positives qui se tirent par induction et qui sont la con- 
séquence des faits. (1) 

S'il n'y avait pas d'écoles, s'il n'y avait pas de maî- 
tres, qui donc a formé dans chaque village tout ce 
personnel intelligent, au service du seigneur, comme 
au service de la communauté : régisseur, comptable, 
arpenteur, syndic, greffier, etc. Tout ce qui nous est 
resté de leurs modestes travaux et la bonne tenue des 
écritures ne proteste-t-il pas contre leur ignorance ? 

S'il n'y avait pas d'écoles, si des maîtres capables 
n'avaient pas préparé nos écoliers picards^, à quoi bon 
ces bourses fondées pour eux au collège des Gholets (2) 

(1) En 1300 l'évêque d'Amiens, Guillaume de Maçon, recomman- 
dait aux doyens et curés de veiller avec plus de soins que 
jamais sur les écoles publiques. (Bibl. nation, d'après Daire, His- 
toire littéraire, p. 37.) 

(2) Celles ci étaient affectées à de jeunes étudiants nés dans le 
diocèse d'Amiens. En 1792 quatre de ces bourses, qui avaient pour 
titulaires : Jean-François-Firmin Daire, François-Adrien Mellier, 
François-Joseph Henri Gente et Nicolas-Henri Caron, étaient deve- 
nues vacantes. Le Directoire du département de la Sumrae, substi- 
tué révoluiionnairement aux droits et prérogatives du Chapitre 
d'Amiens, procéda à la nomination de nouveaux titulaires, et 
choisit notamment Charles-Florent Formentio, étudiant au collège 
d'Abbeville, pour remplacer J. F. F. Daire. Sur son refus causé par 
des circonstances de famille, le district d'Abbeville désigna le jeune 
Lucini, aussi d'Abbeville. Mais on dut surseoir, en exécution de l.i 
loi du 18 août 1792. — Il m'a paru utile de conserver ces noms. 

(Délibérât, du directoire du déparLein. de la Somme, 3" bureau, 
Registre IV, page 337 ; Reg Vi» p. 17 et 72.) 



— 118 - 

par le chapitre d'Amiens, au collège Le Moine par le 
cardinal lui-même ou par son frère ; au collège de 
Laon à Paris, par le prieur de St-Denis do Poix, Mi- 
chel Roussel, en 1536 ; et aussi la bourse fondée en 
1767 par M" Jean-Baptiste Delarive, chanoine de la 
collégiale de Roye.(l)? Kt quelle est cette nation pi- 
carde étudiant en TUniversité d'Orléans ? (2) Qui donc 
a donné les premiers éléments à ces légions de prêtres. 



(1) Cette fondation fut faite par acte notarié du 12 juin 1767, 
pour le profit du Chapitre, au moyen d'un capital de 15,000 livres 
placé sur le clergé de France et produisant un revenu de 600 livres. 
Cette bourse était donnée soit pour étudier la théologie, le droit ou 
la médecine, soit pour les mathématiques et le génie. Elle ne pou- 
vait être gardée que huit ans par ceux qui étudiaient le droit, les 
mathématiques ou le Génie, dix ans par les étudiants en médecine, 
et douze ans par ceux qui voudraient faire leur licence en théologie. 
Elle serait supprimée d'ailleurs à tous ceux qui négligeraient de 
prendre leurs degrés dans le temps convenable, comme à ceux qui 
manqueraient aux conditions imposées par l'acte de fondation, qui 
étaient de demeurer dans la pension, le collège ou le séminaire 
qui leur aurait été indiqué par le Chapitre, d'envoyer au moins 
tous les ans des certificats d'étude, ainsi que de vie et mœurs, 
signés des supérieurs. 

Le sieur Marie-Mathurin Pierres, étudiant en droit à Paris, jouis- 
sait de cette bourse depuis le 2 juillet 1783, lorsque, au mois 
d'octobre 1792, la municipalité de Roye, sans aucune mission, lui 
donna un successeur. Sur la plainte de l'étudiant, le directoire du 
département, par délibérations des 11 octobre et 29 décembre 1792, 
désaprouva cette nomination, et par une troisième du 10 janvier 
1793 déclara qu'elle était prématurée et ne pouvait détruire l'eflet 
des dispositions de la loi du 18 août précédent. Pierres fut donc le 
dernier titulaire de cette bourse. (Registre VI' du 3» bureau, p. 25, 
180 et 210.) 

(2) Voy. notre Répertoire et Appendice des Histoires locales de la 
Picardie, II, 168, 169, et Bénéfices de l'église d'Amiens, I, 431. . 



— 119 — 

curés, vicaires ou chapelains, tous sortis du peuple 
et le plus souvent des villages et des hameau;:, qui 
plus tard versaient à leur tour rinstruction, en même 
temps que la morale religieuse aux paysans ? Parmi 
les hommes éminents, savants dans toutes lec branches 
des connaissances humaines, théclogiens, magistrats, 
orateurs, postes, qui ont fait la gloire de notvi; patrie, 
combien avaient cette même origine ou sorîai^int de la 
petite bourgeoisie des villes. Où doncavaieat-ils puisé 
l'instruction première, et peut-on croire qu'ils n'aient 
point passé, dès leurs jeunes ans, sous la férule d'un 
magister ou d'un clerc lai ? 

Enfin, s'il n'y avait pas eu d'écoles existantes en 
Picardie, dans toutes ou presque toutes les commu- 
nautés d'habitants, à la fin du xviii' siècle, alors que 
le peuple fut appelé à formuler ses doléances, les 
cahiers de 1789 s'en seraient expliqués. Or, il n'en fut 
rien. Les 400 et quelques cahiers particuliers du bail- 
liage d'Amiens, non plus que le cahier définitif, n'en 
portent aucune trace sensible, à l'exception de deux 
ou trois qui expriment seulement le regret de ne pou- 
voir subvenir à Tentretien d'un instituteur, à cause de 
la pauvreté des rares habitants du village. 

Il faut le croire, car tout le dit, la science des cam- 
pagnards et des ouvriers était au niveau des besoins 
du temps et des lieux ; elle y suffisait amplement, elle 
suffisait aussi et surtout au bonheur de nos pères. J'a- 
jouterai ceci : l'enseignement de la lecture, de la gram- 
maire, du calcul et de l'écriture était accompagné de 
l'instruction religieuse, seule vraie base de toute so- 



— d20 — 

ciété, et d'elle dérivait naturollement Téducation mo- 
rale. 

J'entre dans quelques détails sur la constitution des 
Ecoles. 

De tout temps sans doute la séparation des sexes 
dans l'école fut pratiquée, au moins d'instinct, comme 
elle l'était à l'église. Au xvn* siècle on la trouve pres- 
crite d'une manière formelle : « Toutes les escolles 
pour les garçons seront tenues par des hommes, et les 
escolles pour les filles seront régies par des femmes 
ou des filles, sans que les garçons et les filles puissent 
jamais être receues en mesme escolle, pour quelque 
cause et soubz quelque prétexte et occasion que ce soit,» 
dit l'évêque François Lefebvre de Gaumartin {i\ Son 
successeur François Faure renouvelle cette prescrip- 
tion ; mais, pour le cas où il y aurait impossibilité 
d'en agir ainsi dans certains lieux, il enjoint « aux 
maistres ou maistresses de ranger et séparer si bien 
les sexes qu'il n'y ait point de communication qui 
puisse donner occasion à quelque corruptèle. « (2) 
Faut-il rappeler que, sous son épiscopat, des poursuit's 
furent intentées pour infraction à cette règle et portées 
jusqu'au parlement. 

De tout temps aussi et surtout alors que les écoles 
élémentaires étaient tenues par le vicaire de la pa- 
roisse ou par un chapelain, les enfants des pauvres y 

(1) Lettre relative aux Ecoles du diocèse du 9 mars 1G41. {Actes de 
l'Eglise (T Amiens I, 255.) 

(2) Statuts synodaux (lu 4 octobre 1G62, chap. 1'^, art. 8; Ibid. 
p. 330. 



— 121 — 

étaient admis gratuitement. C'était un principe chré- 
tien (1). Dans les villes^, à Amiens notamment, quand 
les instituteurs laïques se furent multipliés, les curés 
établirent des écoles spéciales de charité. Dans les 
campagnes, des âmes généreuses assurèrent par des 
fondations l'instruction gratuite aux enfants des pau- 
vres, souvent même à tous les enfants de la paroisse. 
Ces fondations furent très nombreuses en Picardie. 
On en a rapporté beaucoup d'exemples. Je vais en 
citer quelques autres. 

A St-Riquier, on lit dans les comptes des argentiers 
qu'en l'année lSo5 sire Nicole Dacquet, prêtre, a reçu 
un écu et demi pour instruire les enfants, et qu'en 
1630 il fut alloué, à titre non de traitement mais de 
gratification de reconnaissance, la somme de vingt 
livres aux maîtres d'école de la ville, pour les récom- 
penser de leurs peines et vacations à l'enseignement 
gratuit des enfants pauvres (2). 

En 1732, damoiselle Marie Wallon, demeurant à 
Abbeville, fonda au profit de l'église St-Vulfran de la 
dite ville une école de charité pour l'instruction de 
trente jeunes garçons de la paroisse (3). 

En cette même année, la gratuité de l'école pour les 
enfants du village de Gannessières fut établie par Eli- 

(1) Le 3" concile de Latran, lemi en 1179, prescrit l'établissenaent 
d'un DQaître dans toutes les cathédrales, pour rinstruction des 
écoliers pauvres : qui scholarcs pauperes gratis docent. (Aoud. Labbe, 
tonj. X, ch. 18, col. 1518 ) 

(2) Kenseignemeiit de M. l'abbé Hénocquo. 

(3) Voy. le texte du titre de cette fondation, pièce justificative A. 



_ 122 - 

sabeth Aimée Harlé, au moyen de la donation qu'elle 
fit à la communauté du village de seize journaux de 
terre. Leur revenu devait être employé à la subsistance 
d'un vicaire pour la paroisse et d'un clerc tenant l'é- 
cole, lequel y recevrait gratuitement les enfants pau- 
vres. 

Par son testament daté du 13 mars 1739, Jean Le- 
bon fit une fondation de 500 livres de rente annuelle, 
afin d'établir une école de charité pour l'instruction 
des pauvres de la paroisse de Groquoison. 

En 1762, M. Robert Dumont, ancien vicaire de 
Nesle, décédé chanoine de Laon, légua une somme de 
2000 livres, qui fut placée sur le clergé de France, 
pour l'instruction des pauvres de la paroisse St-Pierre 
de Nesle (1). 

Les comptes produits à l'intendant de Picardie en • 
1763 par les communes de Beauquesne, Albert, Mi - 
raumont et autres constatent, parmi les dépenses, des 
allocations au magisler pour l'instruction gratuite des 
enfants. L'échevinage de Beauquesne y fait cette ob- 
servation : « La commune n'est tenue par aucun titre 
au paiement de ces dépenses, mais un maître et une 
maîtresse d'école sont trop nécessaires dans un village 
tel que Beauquesne, qui comprend 360 feux, pour ne 
pas continuer leur traitement. » (2) 

(1) Délibération du déparlem. de la Somme du 24 septembre 1791. 
(Reg. IV* du 4» bureaUif 4.) 

(2) Arcli. du départem. de la Somme. Fonds do l'Intendance, C. 
144. — En 1789 on comptait à Beauquesue 440 feux (Arch. cit. Fonds 
du Bailliage, B. 298 ) 



- 123 — 

La séparation des sexes, dans les écoles de can:i- 
pagne notamment, se voit appliquée à Picquigny en 
1688 (1) ; elle prit une grande extension dans le cours 
du xviii' siècle. 

On doit à Mgr Louis-François-Gabriel d'Orléans de 
la Motte, évêque d'Amiens, la fondation pour les 
femmes et les filles de deux écoles gratuites et chari- 
tables tenues par des sœurs de la maison de TEnfant- 
Jésus dite de la Providence, de l'institut du R. P. Ni- 
colas Barré, définiteur de l'ordre des Minimes de 
Rouen ; l'une à St-Mauvis, par acte devant Roignard 
et son collègue, conseillers du Roi, notaires gardes- 
notes à Rouen, le 15 septembre 1746 (2), et l'autre à 
St-Sauflieu le 24 juin 17S2, par acte devant Leseullier 
et Roignard, aussi notaires à Rouen (3). 
, L''exécuteur testamentaire de messire Jean-Baptiste 
Prévost, prêtre, docteur en théologie de la faculté de 
Paris, demeurant à Amiens, en exécution de son tes- 
tament reçu, le 18 août 1751^ par Bernard et son con- 
frère, notaires à Amiens, et sur l'avis de Mgr d'Orléans 
de la Motte, fonda trois écoles de filles : l'une à Ro- 
zières, une autre à Airaines (4) et la dernière à Oise- 

fl) liéperioire et Appendice des histoires locales de la Picardie. II, 180. 

(2) Nous donnerons aux Pièces justificatives (B) la copie de ce 
titre, qu: fournit des indications précises sur ce modo de fondation. 

(3) Arch. départ , carton de pièces non-classées. Il est à remar- 
quer que les teroios de cette fondation sont identiquement les 
mêmes que ceux de la précédente. 

(4) La communauté d'Airaines emprunta de l'Hôtel-Dieu du lieu, 
pour fonder l'école de charité, la somme de 500 livres, rembour- 
sable en vingt années. (Voy. compte de 1763, aux Arch. départem* 
Fonds de l'Inteadance, G. 144.) 



— 124 — 

mont, suivant acte devant Belliard, notaire à Rouen, 
du 13 avril 1756. Il y affecta une rente de 600 livres, 
constituée au profit du testateur sur le clergé de 
France, au capital de douze mille livres (1). 

La ville de St-Valery fut dotée, vers l'année 1720, 
de trois sœurs de la Providence, l'une par fondation 
de M. Duliège ; la seconde par les bienfaits de Mgr 
Fourbin de Janson, archevêque d'Arles, abbé commen- 
dataire de St-Valery, et de (juelques habitants de la 
Ville ; la troisième au moyen d'un subside de cent cin- 
quante livres accordé par l'Intendant de Picardie (2). 

Par contrat passé le 16 avril 1725 devant Lefebure 
et son confrère, notaires à Abbeville, messire Jean de 
Miannay, trésorier de l'église collégiale de St-Vulfran 
d'Abbeville, avait acheté une maison située à la Ferto- 
lès-St- Valéry, auprès de la chapelle de St-Pierre, et 
qui fut mise à l'usage d'école des pauvres filles de la 
Ferté. Elle devait conserver cette destination, suivant 
une déclaration faite parce bienfaiteur par devant no- 
taires en Ponthieu résidants à Abbeville, aux minutes 
de Lebel, en date du 28 du même mois. Pour assurer 
d'autant mieux cet établissement en faveur des pau- 
vres, M^* Antoine de Miannay, chanoine de la même 
(iollégiale et supérieur de l'Hôtel-Dieu de St-Valery, 
lui fit don, pour l'entretien de l'école, d'une rente de 

(1) Voy. Archives départementales. B. 137, Reg. folio 123. 

(2J Compte de la commune de 1763, aux archives départemotit. 
Fonds de l'Intendance, C. 144. — Le maire et les échovins se plai- 
gnent que les garçons restent sans éducation ; tandis que « trois 
frères de la doc'rine chrétienne sufîiraient pour les instruire et 
occasionneraient une dépense annuelle de 600 livres euvirou ». 



— 125 — 

douze livres, par acte sous signatures privées, du i9 
mai 1737. Enfin, M. Jean François de Miannay, 
écuyer, seigneur d'Oiroy, contrôleur ordinaire des 
guerres, demeurant à Abbeville, confirma et ratifia 
pleinement les intentions de ses deux oncles, dont il 
était devenu l'héritier, aux termes d'un acte devant 
Blondain, notaire à St- Valéry, le 14 décembre 1759. 

En 1772, le 13 juillet, par devant Delassaux, notaire 
à Amiens, messire Charles Marié, prêtre, chapelain 
de l'église cathédrale de Notre-Dame d'Amiens, licencié 
en théologie de la faculté de Paris, ancien curé de 
Villers-Bretonneux,fit donation « au profit des pauvres 
jeunes gens de la dite paroisse » de deux cent vingt 
livres de rente, pour être employées, savoir : 200 livres 
« pour la subsistance et l'entretien d'une sœur d'école 
pour l'instruction des pauvres filles du lieu, et 20 
livres au maître d'école de la paroisse, pour l'instruc- 
tion des garçons les plus pauvres. » 

M. Lugle Luglien Edouard de la Villette, écuyer, 
seigneur de la Tour Mory et autres lieux, conseiller du 
Roi, lieutenant criminel honoraire au bailliage de 
Montdidier, veuf de Magdeleine Joseph Cornet de 
Coupel, fonda aussi une école de filles dans la paroisse 
de St-Pierre de cette ville, par son testament du 10 

mai 1773(1). 

Tous ces derniers fondateurs avaient aussi prescrit 
que les maîtresses seraient prises dans l'institut du 
Père Barré (2). 

(1) Voy. le texte de celte fondation, pièce justificative C. 

(2j Voy. Arch. départem. B, 142. Reg. f« 41; B. 155; Reg. f» 20b. 



— 126 — 

Une école de filles avait été établie à Hangest-sur- 
Somme au moyen d'une fondation de 6700 livres qui, 
placées sur le clergé de France, produisaient une rente 
annuelle de -268 livres (1). 

Un document précieux m'est tombé sous la main : 
c'est une ordonnance émanée de l'évAque de Noyon, 
Mgr Charles François de Chateauneuf de Rochebonne, 
et relative à la fondation d'écoles de filles dans 76 pa- 
roisses de son diocèse, parmi lesquelles 53 font partie 
du département de la Somme et par conséquent du 
nouveau diocèse d'Amiens. Le prélat constate d'abord 
qu'il y a « des écoles suffisantes dans toutes les villes 
du diocèse (de Noyon), que toutes les paroisses de la 
campagne ont aussi des maîtres d'école pour l'instruc- 
tion des garçons, » mais que plusieurs en manquent, 
faute de moyens de les faire subsister. Il est désireux, 
ajoute-t-il, d'y pourvoir, mais en même temps d'éviter 
aux habitants l'imposition annuelle de cent livres créée 
à cet effet par la déclaration du Roi du 14 mai 1724. 
C'est pourquoi il ordonne aux marguilliers des fabri- 
ques et aux receveurs du bien des pauvres des 76 pa- 
roisses désignées, de payer à la maîtresse d'école une 
quantité déterminée de blé pour son pain et une somme 
modique d'argent, « pour se procurer un logement et 
quelques douceurs, à la charge d'enseigner gratuite- 
ment les pauvres filles, sans préjudice à un honoraire 
plus grand dans les lieux oii il y a des biens de la com- 
mune. » (2) 

(1) Reg. IVe aux délibérations du 4« bureau du Directoire du 
département, séance du 22 décembre 1791. 

(2) Voir le texte d« cette ordonnance, pièce justificative D. 



— 127 — 

L'Intendant de Soissons, à la date du 15 octobre 
172S, donna la force exécutoire à l'ordonnance épisco- 
pale et enjoignit à ses subdélégués d'y tenir la main. 
Depuis, c'est-à-dire le IS décembre, l'Intendant recon- 
naissant que la rétribution faite par l'Evêque aux maî- 
tresses d'école n'était pas suffisante, ordonna qu'il 
serait payé annuellement des sommes déterminées sur 
les revenus des biens communaux des paroisses dé- 
nommées par lui. 

A la fin du xviii' siècle, l'instruction élémentaire 
excitait toujours la sollicitude du Clergé. On lit sur ce 
sujet des notes intéressantes dans un procès-verbal de 
visite des paroisses de l'archidiaconé d'Amiens, faite 
par M. Sébastien Fidèle de Douay de Baisnes, vicaire 
général, chanoine et archidiacre d'Amiens, en 1782. 
Les voici : 

A Fluy, les enfants sont bien instruits. 

A Méraucourt, il y a une fondation de cent quatre 
vingts livres, faite par les anciens seigneurs pour 
l'école. 

A Montdidier, il y a des frères d'école dans la pa- 
roisse St-Sépulcre. 

A Poix il y a un maître d'école pour la ville : il est 
payé par le prieur de Notre-Dame ; il y a aussi une 
maîtresse qui fait très bien : elle est payée libérale- 
ment par le prince de Poix. 

A Elargies, M. Savoye, vicaire, a introduit des sœurs 
de St-Dominique, au nombre de dix, qui enseignent 
les enfants et soignent les malades. 

A Boves il y a une sœur d'école. 



- 428 — 

A Grandvilliers il y a un couvent de religieuses cor- 
delières : elles instruisent les petites filles. 

A Harbonnières il y a deux sœurs barrettes. 

A Moreuil il y a deux sœurs fondées, dont l'une par 
madame d'Elbeuf ^i). L'une des sœurs fait l'école et 
l'autra soigne les malades de l'hôpital. 

A Oresmaux il y a une sœur barrette fondée, qui 
fait des merveilles. 

A Picquigny il y a une sœur barrette qui fait on ne 
peut pas mieux. 

A Quesnel M"« Lefort a légué 5.000 livres pour éta- 
blir une sœur d'école. 

A Quevauvillers il y a une fondation faite par les 
parents de M. de Gomer, seigneur, pour une école de 
petites filles. 

A Rozières if y a deux sœurs barrettes qui font très 

bien. 

A St-Sauflieu il y a une sœur qui fait du bien. 

A Sarcus il n'y a plus de maîtresse d'école : on n'a 
que 150 livres de rente à lui donner. 

A Vignacourt les sœurs barrettes font des mer- 
veilles. 

On vient de voir qu'anciennement la gratuité était 
réelle et effective pour le pauvre : il ne payait ni pour 
lui ni pour d'autres d'une manière détournée par l'im- 
pôt, puisque les fondations pourvoyaient à tous les 
frais. Que ne les a-t-on donc respectées au profit des 

(1) 11 s'agit probablement de Innocente-Catherine de Rougé qui, 
en 1747, aTail épousé en secondes noces Emmanuel-Maurice do 
Lorraine, prince d'Elbeuf. 



~ 429 — 

communes qui en étaient dotées, et dont le budget se- 
rait aujourd'hui allégé d'autant ! 

L'instruction n'était pas seulement gratuite, elle 
était obligatoire. Cette obligation chez nos pères n'é- 
tait pas sanctionnée par le knout ou par la prison, 
tout esclaves qu'on veuille bien les supposer ; loin de 
là, elle était toute de conscience et sa sanction était 
toute morale : ce qui n'en produisait pas moins d'effet. 
Les philosophes de l'avenir verront là peut-être l'indice 
d'une civilisation quelque peu plus avancée que la 
nôtre, à ce point de vue, du moins. 

Très anciennement il existait de grandes écoles à 
Amiens, Péronne, Abbeville, DouUens (1), Montdidier 
et Roye. Elles furent dans la suite transformées en 
collèges. Mais seuls le collège d'Amiens et celui de Pé- 
ronne ont été l'objet d'études spéciales. 

Le collège d'Amiens fut fondé au milieu du xiii« 
siècle, par Tunion de la grande école qui jadis existait 
sur la paroisse de St-Firmin en Gastillon, avec la mai- 
son dite de St-Nicolas aux pauvres clercs, située à 
l'entrée de la rue des Jacobins. Dans celle-ci étaient 
logés et nourris les écoliers sans fortune, venus des 
campagnes pour s'instruire. Ce collège avait joui d'une 
grande faveur, mais à la fin du xwf siècle il tomba en 
pleine décadence. Pour y remédier, l'évêque, le cha- 
pitre d'Amiens et l'échevinage convinrent d'en confier 

(1) On trouve comme régent des grandes écoles de cette ville en 
1586 mpssire Jehan Regnault, prêtre, dans le registre aux baptêmes 
de la paroisse St-Pierre de Donllens du 19 décembre 1586:— Renseig. 
dû à l'obligeance do M. l'abbé ïb. Lefùvre, membre de la Société. 

9 



~ -130 - 

la direction aux pères de la Compagnie de Jésus ; ce 
qui ne fut réalisé toutefois qu'au commencement du 
siècle suivant, par lettres patentes du roi Henri IV du 
28 février 1604. Les jésuites conservèrent le collège 
jusqu'à leur expulsion du royaume en 1762. La muni- 
cipalité s'occupa alors de reconstituer le personnel en- 
seignant et refusa l'affiliation du collège à l'Université 
de Paris. 

L'instruction fut donnée à tous les écoliers riches ou 
pauvres, gratuitement, jusqu'à la Révolution, grâce 
aux dotations considérables que le collège avait reçues 
tant en rentes qu'en biens fonds, dans le cours des 
siècles. (1) 

La première trace que l'on ait des grandes écoles de 
Péronne ne remonte qu'à l'année 1540. Le collège fut 
fondé par lettres patentes du Roi, datées de Château- 
neuf le 14 juin 1568. Il fut dirigé successivement par 
un chanoine de St-Léger, par les pères de l'Oratoire, 
qui en furent mis en possession en Tannée 1628 (2), 
par les religieux ïrinitaires de Templeux-la-Fosse et, 
après ceux-ci, par des prêtres séculiers. 

Le collège de Montdidier remonte à l'année 1563. 
Sa direction fut confiée aux Bénédictins, de 1654 à 
1687;, et entre temps à des prêtres séculiers. 

A Abbeville, les grandes écoles prirent le titre de 
collège, aussi au milieu du xvi» siècle. Le premier 

(1) Voyez les Écoles et les Collèges du diocèse d'Amiens, dans 
notre Répertoire et Appendice des histoires locales de la Picardie, tome 
II, p. 210 à 312. 

(2) Voy. Notice historique sur le Collège de Péronne, par M. G, Val- 
lois, p. 4 et 7. 



— 131 - 

principal fut Morand de Bailleul et le dernier Fran- 
çois-Georges Delétoile. M. Tabbé Lefebvre a cité par- 
mi les bienfaiteurs de la Chartreuse de St-Honoré de 
Thuison (1), Jean Boullenois, prêtre, chanoine de St- 
Vulfran et principal du collège d'Abbeville (2). 

A quelle époque les grandes écoles de Doullens pri- 
rent-elles le titre de collège ? Celui-ci est cité en 1771. 
Le collège de Corbie paraît dans un titre de 1577. Le 
principal recevait annuellement de la municipalité une 
somme de cent quarante trois livres six sols huit de- 
niers (3). Celui de Roye fut fondé en 1595. 

Je n'ai plus qu'à conclure. Nos pères ont fait ce qui 
était possible pour leur temps. Ne dénigrons pas le 
passé pour exalter le présent. Le mépris de nos an- 
cêtres serait, en quelque sorte, le mépris de nous- 
mêmes. 

Je vous remercie, Messieurs, de m'avoir fait l'hon- 
neur de donner quelques instants d'attention à 
mes notes sur cette si intéressante et si patriotique 
question de l'instruction publique. Au milieu des voix 
autorisées, des voix savantes qui se sont élevées de 
tous les points de la France, ma parole n'est qu'un 
faible murmure assurément, mais un murmure de vé- 
rité et de réhabilitation pour notre bien chère Pi- 
cardie. 

(1) Voy. son ouvrage sur ce monastère, 

(2) Depuis cette lecture, M. Ernest Prarond a publié (1888) une 
étude complète sur les Grandes Écoles et le Collège d'Abbeville. 
La monographie du collège y est conduite jusqu'au temps présent. 

(3) Compte de 1763. Arch. départom. Fonds de l'Intendance, 
G. 144. 



PIECES JUSTIFICATIVES 



Tous les titres de fondations d'£'coie« mériteraient d'être publiés, 
car toutes ces fondations ou presque toutes sont intéressantes par 
quelque côté. Mais il faut se borner. En voici deux ou trois. 



Donation de Dam^ue Wallon 

Pardevant M« Louis-Vulfran Devismes et son confrère, notaires 
royaux apostoliques résidans à Abbeville. 

Fut présente : Damoiselle Marie Wallon, fille majeure, etc., 
demeurant à Abbeville, paroisse de St-Vulfran de la Chaussée. 
Laquelle a déclaré fonder et établir en lad. paroisse une Écolle 
de charité pour l'instruction de Trente jeunes garçons véritable- 
ment pauvres et demeurant dans icelle paroisse, auxquels sera 
doimé un maître soit ecclésiastique ou laïc, selon les différentes 
occurences et pour le mieux, que lad. damoiselle Wallon se 
réserve le droit de nommer pendant sa vie et qui après sa mort 
sera nommé et choisy par le curé de lad. paroisse, conjointement 
avec les sieurs Duchesne et Lesergent de Saucourt, anciens 
mayeurs de cette ville, tant qu'ils vivront... Il ne pourra prendre 
aucun autre écolier qui le paie ou soit en état de paier dans 
aucune autre école. Sera tenu tous les jours d'école de conduire 
les trente pauvres garçons à la messe dans l'église la plus 
commode et de leur faire dire en l'intention de lad. damoiselle 
Wallon, durant sa vie, le psaume Miserere mei, Deus, et après 



- 133 - 

sa mort un Pater, un Ave et le psaume De Profundis, avec 

l'oraison Absolve quœsiimus, Dominé, le tout à voix basse 

comme aussi de leur apprendre à lire et à écrire, et faire le 
catéchisme une fois par semaine pendant toute l'année, sauf les 
jours de congé ordonnés dans les autres écoles, le mois de sep- 
tembre entier que led. maître aura pour vacances. Et ne pourra 
retenir aucun écolier suffisamment capable de lire et écrire, afin 
de faire place à d'autres. Et d'autant que l'administration de lad. 
école compèto naturellement à maître François-Marie Maucham- 
bert, prêtre, curé de lad. paroisse de St-Vulfran, et à ceux qui lui 
succéderont dans la cure dud. St-Vulfran, lad. damoiselle auroit 
prié et requis icelui sieur Mauchambert, à ce présent et com- 
parant, de vouloir bien s'en charger non-seulement quant au 
spirituel, mais aussy quant au temporel.... ce que led. sieur 
Mauchambert ayant consenti et même accepté ... Icelle damoiselle 
a, par ces présentes, donné, cédé, quitté et délaissé en toute 
propriété par donation entrevifs, permanente et irrévocable.. . à 
la susdite École, ce acceptant led. sieur Mauchambert, une maison 
scise en cette ville, rue et vis-à-vis le monastère des religieuses 
de St-François dites sœurs Grises, susd. paroisse de St-Vulfran ; 
dans- laquelle seront instruits lesd. trente pauvres garçons, et leur 
maître logé, sans que pour quelque cause ou prétexte que ce 
soit, lad. maison puisse être divertie à aucun autre usage.... 

Et parce que, pour le soutien de lad. Ecole à perpétuité, i! 
n'est pas moins nécessaire d'assigner au maître qui la tiendra un 
revenu certain et assuré pour aider à sa subsistance, que de lui 
donner une maison propre à se loger et à enseigner ses écoliers, 
ladite damoiselle Wallon a en outre cédé, donné, quitté et 
délaissé à lad. Ecole.... la somme de cent vingt hvres de rente 
annuelle, perpétuelle et non rachetable.... à compter du jour que 
lad. Ecole commencera à se tenir, [payable] par lad. damoiselle 
pendant sa vie.... et après son décès sur ceux de ses biens fonds 



— 134 - 

qu'elle se trouvera avoir chargés par ses dispositions de dernière 
volonté de la prestation de lad. rente et qui seront d'un revenu 
beaucoup plus considérable que le cours annuel d'icelle.... 

En témoin de ce, nous avons mis et aposé le scel royal de lad. 
Sénéchaussée de Ponthieu à ces présentes, qui furent faites et 
passées aud. Abbeville après midy, dans la maison de laditte 
damoiselle Wallon, le 22 février 1732. Et ont signé avec lesdits 
notaires. 

[Arch. dudépartem. Fonds du Bailliage, B. lOS. Reg. f» 109.) 

B. 

Fondation de l'École de filles de St-Mauvis. 

Pardevant les conseillers du Roy, nottaires gardes-nottes à 
Rouen soussignés, fut présent Messire Pierre Bridelle, docteur de 
Sorbonne, chanoine et archidiacre de l'église métropolitaine de 
Rouen, primatial de Normandie, vicaire général et officiai du 
diocèse de Rouen et prieur commendatairedu prioré de Beaulieu, 
demeurant à Rouen, rue de la chaîne, paroisse de St-Aman. 

Lequel, en vertu de la procuration spéciale d'illustrissime et 
révérendissime seigneur, Monseigneur Louis -François-Gabriel 
d'Orléans de La Motte, évêque d'Amiens, passé ensuitte du projet 
des présentes devant DoUé et Dhangest, nottaires royaux et 
apostoliques d'Amiens, le 7 septembre présent mois et an, 

scellé Et pour effectiver le désir de Mondit seigneur de fonder 

une École gratuite et charitable en la paroisse de St-Mauvis, du 
diocèse d'Amiens, pour procurer aux femmes et filles dudit lieu 
les instructions dont elles ont besoin pour apprendre à lire, à écrire 
et être enseignées dans la religion catholique, apostolique et 
romaine; A, ledit sieur Bridelle, audit nom, par ces présentes, 
fondé à perpétuité une école gratuite et charitable en la ditte 
paroisse de St-Mauvis, qui sera tenue par une sœur de la Maison 



- 135 — 

des Ecoles gratuites et charitables de l'enfant Jésus dite de la 
Providence, de l'institut du R.P. Barré, deffiniteur de l'ordre des 
Minimes, établie en la ville de Rouen rue de l'épée, paroisse 
St-Nicolas, unie à l'hôpital général des valides de lad. ville. Et la 
quelle sœur messire Robert Fauvelle, chevalier, seigneur d'Har- 
queville, Fluménil, Monflaine et autres lieux, conseiller du Roy, 
scéant en la grand'Chambre de son Parlement de Normandie et 
messire Jacques -Adrien Lucaa, chevalier, conseiller audit Parle- 
ment et commissaire aux requêtes du palais, demeurant derrière 
les murs St-Ouin et rue de la Seille, paroisse de S'e-Croix, à ce 
présens et intervenans en qualités d'administrateurs de lad, 
maison, s'obligent et obligent Messieurs les subséquens adminis- 
trateurs d'envoyer en laditfe paroisse de St-Mauvis suivant l'usage 
et successivement, étant à la liberté desd, seigneurs administra- 
teurs de changer lad. sœur lorsqu'ils le jugeront à propos, en 
substituant une autre en conformité de l'Institut des dittes sœurs, 
ou en une autre paroisse dud. diocèse qu'on pourra indiquer par 
la suitte, pour y tenir lad. école gratuite et charitable et y ensei- 
gner et instruire à lire et écrire, à prier Dieu aux femmes et 
filles de lad. paroisse ; pour l'établissement de laquelle led. sieur 
Bridelle a présentement payé au.xd. S^s administrateurs, en louis 
d'or, argent, écus d'argent et monnoyé ayant cours, procédant de 
mond. seigneur évêque d'Amiens, comptés et réellement délivrés 
à la vue desd. notfaires. Trois mille livres, dont ils se sont tenus 
contents et bien payés, que mond. seigneur donne à lad, maison 
de la Providence et que lesd. seigneurs administrateurs acceptent 
pour être par eux converti en constitution de rente, ainsi qu'ils 
jugeront à propos. Et en outre led. S^Biidelle oblige mond. sei- 
gneur évêque d'Amiens et ses successeurs évêques de fournir à 
leurs frais et dépens ou de faire fournir un logement, avec les 
Meubles, hnges et ustensiles nécessaires de valeur de quatre 
cents livres pour l'habitation de lad, sœur dans led. logement, 



— 136 - 

lequel sera de valleur de vingt livres ou environs par an, lequel 
mond. seigneur et ses successeurs évêques seront tenus d'entre- 
tenir tant de l'édification que des réparations et même de faire 
reconstruire en cas d'incendie. Et aussi led. sieur Bridelle a obligé 
mond. seigneur évêque de payer et acquitter tous les droits et 
frais des présentes et d'en délivrer une grosse en forme exécu- 
toire, etc. 

Fait et passé à Rouen ès-demeure des parties, l'an mil sept 
cent quarante-six le quinze septembre, après-midy. La minute 
des présentes restée à M^ Roignard l'aisné, nottaire. 

(Archives de la Somme, Fonds du BaiUiage. B. 126 Reg, folio 218.) 



G. 

Testament du sieur de La Villette 

« Je donne et lègue à la fabrique de St-Pierre de Montdidier 
une somme de quatre mille livres, que j'ai placé à constitution 
de rente au denier vingt, pour être lad. somme employée par 
la fabrique à fonder à perpétuité, nourrir et entretenir une sœur 
de Providence pour l'instruction de la jeunesse, etc. laquelle 
sœur de l'institution du Père Barré, minime, ou sœur de St- 
Lazare (1) pour aider la première à visiter et soulager les pauvres 
malades de la paroisse et de la ville et de faire leur bouillon 
nécessaire ; à la charge expresse et condition par lesd. sœurs de 
dire à perpétuité à la fin des écoles (classes) de chaque jour un 
De Profundis, avec l'oraison Absolve, pour le repos des âmes de 
feue Madeleine-Joseph Cornet de Goupel, ma femme, de mes père 

(1) Le sons ici est incomplet : saus doute, il y a une lacune dans le 
registre aux insiuuatious. 



- 137 — 

et mère, de dame Marie-Anne de la Villette, veuve du sieur de 
Halloy, ma sœui", et de la mienne. » 

{Arch. (lu départem. de la Somme, Fonds du Bailliage, B. 104. 
Beg. p' 97 r.) 

D 

Ordonnances sur les Écoles des filles (1) 

Charles-François de Chateauneuf de Rochebonne, par la grâce 
de Dieu, évêque comte de Noyon, pair de France, aux curés et 
aux fidèles de notre diocèse, salut et bénédiction. 

Comme l'instruction de la jeunesse est l'un des. plus importans 
devoirs de la sollicitude pastorale et qu'un des principaux moyens 
de la procurer est d'établir des petites écoles où il en manque et 
de soutenir celles qui sont établies, nous sommes obligé d'em- 
ployer tout ce qui peut contribuer à ce grand œuvre. Nous avons 
des écoles suffisantes dans toutes les villes de notre diocèse ; 
toutes les paroisses de la campagne ont aussi des maîtres d'école 
» pour l'instruction des garçons, auxquels les fabriques et les 
habitans fournissent la subsistance. Le plus grand besoin est 
l'instruction des filles delà campagne, où nous avons établi plu- 
sieurs maîtresses d'école que nous fesons former dans une com- 
munauté de filles de cette ville comme dans un séminaire ; plu- 
sieurs paroisses en manquent encore, pour le défaut de moyens 
de les faire subsister ; Nous désirons cependant d'éviter une 

(1) L'ordonnance de l'évéque de Noyon parait avoir été faite à 
la suite d'un Mémoire sur la nécessité et les moyens de pourvoir à 
rinstruction de la jeunesse et d'empêcher la perversion des nou- 
veaux réunis et des aEciens catholiques du diocèse. Copie de ce 
Mémoire existe, avec l'ordonnance, aux Archives du déparlement 
de la Somme. J'y ai puisé les annotations mises entre guillemets 
au bas des pagts do celle- ci. 



— 438 - 

imposition annuelle de la somme de cent livres sur les habitans 
de chaque paroisse pour la subsistance d'une maîtresse d'école, 
comme le Roy l'a ordonné par sa déclaration du 14 mai 1724, à 
moins que cette imposition ne devienne absolument nécessaire 
dans quelques paroisses. Nous aimons mieux, pour le soulage- 
ment des peuples, essayer de trouver de quoy donner du pain à 
une maîtresse d'école et quelque somme modique, pour se pro- 
curer un logement et quelques douceurs, sur les revenus des 
fabriques et sur la bien des pauvres, où il y en a, cà la charge 
d'enseigner gratuitement les pauvres filles, sans préjudice à un 
honoraire plus grand dans les lieux où il y a des biens de la 
commune. C'est pourquoy nous ordonnons que les marguilliers 
et receveurs du bien des pauvres des paroisses de notre diocèse 
de la Généralité d'Amiens (1), contenues au présent état paye- 
ront chaque année à la maîtresse d'école approuvée de nous, le 
bled et l'argent cy après marqués, en deux termes égaux de la 
Toussaint et de Pâque, à commencer à la Toussaint 1724. 

Paroisses du doyenné de St-Quentin . 

BeIlicoTn(2). Le marguillier de la paroisse de Bellicour payera 
8 setiers de bled, mesure de St-Quentin et dix livres d'argent. 

Joncour. Le marguillier de la paroisse de Joncour payera 4 
setiers de bled, mesure de St-Quenfin,et le receveur du bien des 
pauvres 12 livres d'argent. 

Nota. Afin d'abréger et d'éviUr de trop fréquentes répétitions, 
je me bornerai désormais à rappeler les noms des pa- 

(1) « Il y a dans le diocèse Noyon 350 paroisses et 20 églises suc- 
cursales, dont 145 do. la Généralité de Soissons et 225 de la Géné- 
ralité d'Amiens. » 

(2) « FI y a une maîtresse qui a fait bâtir une petite maison sur 
dix verges de terre et paye environ 4 livres d'imposition. » 



— -139 — 

roisses, en supprimant les chiffres d'attributions faites 
en blé ou en argent tant sur les fabriques que sur le 
receveur du bien des pauvres. 

Brancour (1), Etreillers, Grand Frénoy, Gricour, Homblières, 
Monbrehain, Roupy, Savy. 

Doyenné de Péronne. 

Aleine, Belloy, Béquincourt : « à la maîtresse d'école de Dom- 
pierre, où les enfans de Béquincourt peuvent aller à l'école, 8 
setiers de bled, mesure de Péronne. » 

Bussu (2), Capy, Gléry, Gornbles, Hardécourt-aux-Bois, paroisse 
de Curlu (3), Douïng, Dompierre, Epy (4), Etrée, Flocourt, 
Heudicourt, Liéramont, Longueval, Manencourt, Maricourt, 
Maurepas, Moilins, Ronsoy (5), Sailly, Sorel, Suzanne, Templeux- 
la-Fosse, Templeux-le-Guérard (6), Villers-Faucon . 

(1) li La fabrique de cette grosse paroisse est la plus pauvre du 
diocèse. » 

(2) o II y a une maîtresse d'école qui se loge. Elle paie plus de 
vingt livres d'imposition pour quatre journaux de terre à la sole 
qu'elle a. » 

(3) « La maîtresse d'école est logée. La fabrique continuera de 
lui donner dix setiers de bled d'une fondation faite à cette charge. » 

(4) « Ce village est composé de plus de 200 feux. Il n'y a qu'un 
vicaire ; il est nécessaire d'entretenir l'école pour une maîtresse. » 

(5) (( Ce village est composé de près de 200 feux. Il n'y a eu jus- 
qu'à présent que des vicaires qui n'ont pas pu subsister. Il n'y en 
a point depuis plus d'un an, le presbytère tombe en ruine, il est in- 
habitable et ne peut être réparé ; il est nécessaire de le rebâtira 
neuf pour le mettre entre la cour et le jardin, avec les mômes lo- 
gements qu'il y avait et plus solides, surtout pour les cheminées. 
-- Il est aussi nécessaire de faire un logement pour une maîtresse 
'l'école. » 

(G) « Ce village est composé de près de cent feux. Il est nécessaire 
d'y établir uue bonne maîtresse d'école. » 



— 140 — 

Doyenné d'Athies (1). 

Bernes, Vendelle : hameau de 50 feux des paroisses de Bernes 
et de Jancour (2). 

Cartigny, Hargicour, Hervilly, Holnon, Jancour (3), Monchy- 
Lagache, Mons-en-Chaussée, Uoisel, Vermand, Vraignes, Peuilly 

Doyenné de Curchy. 

Ablincourt, Berny, Brie, Gurchy, Falvy, Fonches, Frênes, 
Licour, Monchi-les-Pots, Morchain, Omicour. 

Doyenné de JSelle. 

Amy, Beuvraines, Ghampien : a II sera construit une maison 
pour la maîtresse d'école, des deniers de la fabrique, sur le 
terrain que le sieur curé offre de donner à cet effet, après que 
l'acte de donation nous en aura été représenté » . 

Grapeauménil, Gonchy-les-Pots : « La maîtresse d'école, recevra 
pour son pain les 8 setiers de bled que l'on avait coutume de 
distribuer un certain jour aux paroissiens, sans distinction de 
riches et de pauvies ». 

Margny-aux-Gerises, Ognoles. 

Doyenné de Ham, 

Beauvoir, Bray, Groix-lès-Matigny, Dury, Germaine, Matigny, 
Ofloy, Sancour. 

(1) « La maîtresse d'école d'Athies est logée à l'Hôtel-Dicu, dont 
elle est chargée, et elle y a son pain avec deux setiers de bled des 
pauvres. » 

(2) « Un tiers est de la paroisse de- Bernes et deux tiers sont de 
celle de Jancour. Il est nécessaire d'y établir une école de filles et 
d'y faire un logement pour la Kiaîuessc. » 

(3) « Cette paroisse est composée d'e iviron 130 familles. ..Il seroit 
nécessaire de faire donner un logement par les habitans è uue maî- 
tresse d'école. » 



— 141 — 

Ce qui sera exécuté jusqu'à ce qu'il y ait d'autres fonds ou 
qu'il y ait été autrement pourvu et ordonné. Et, en cas que dans 
quelques-unes des paroisses contenues au présent état il n'y ait 
pas encore de maîtresse d'école, l'argent avec le prix du bled cy- 
dessus ordonné pour sa subsistance restera entre les mains des 
marguilliers solvables, pour être employé à l'acquisition d'une 
petite maison pour l'Ecole des fllles, sauf à pourvoir en la ma- 
nière cy-dessus ou autrement à l'établissement des maîtresses 
d'école dans les autres paroisses qui en manquent et qui ne 
sont pas comprises au présent état et à augmenter où diminuer 
l'honoraire cy-dessus réglé, suivant les besoins et les moyens 
qui se trouveront. 

Donné à Noyon dans notre palais épiscopal le 28 octobre 1724. 



Monsieur l'évêque de Noyon a rendu son ordonnance le 28 oc- 
tobre 1724 pour établir des maîtresses d'école dans quelques pa- 
roisses de son diocèse ; il a destiné quelques revenus des fabri- 
ques pour subvenir à une partie de leur subsistance, et il a prié 
M. l'Intendant de Soissons d'ordonner que le surplus seroit payé 
sur le produit des revenus des usages des communautés ou de 
leurs biens communaux. Sur quoy M. l'Intendant a rendu son 
ordonnance pour la contribution de chacune de ces paroisses qu'il 
a évaluée entre le tiers et le quart du produit de leurs revenus. 
Cette ordonnance est mise au bas de celle de M. l'évêque de 
Noyon, comme s'en suit : 

Philbert Orry, etc. 

Veu l'ordonnance cy-dessus de M. l'évêque comte de Noyon, 
pair de France, 
Nous enjoignons à nos subdélégués de tenir la main à l'exécu- 



— 142 — 

tion de lad. ordonnance, chacun en ce qui concerne les paroisses 
de leur subdélégation. 

Fait à Noyon le 15 octobre 1125. 

Signé Orry. (1) 

Et depuis : Veu par nous Philbert Orry, etc. la déclaration du 
Roy du 14 mars 1724, par laquelle S. M. a ordonné qu'il seroit 
étably des maîtres et maîtresses d'école dans toutes les paroisses 
où il n'y en a point, et que dans les lieux où il n'y aura pas de 
fonds pour leur subsistance il puisse être imposé cent livres an- 
nuellement pour les maîtresses d'école, et cent cinquante livres 
pour les maîtres d'école ; — l'ordonnance de M. l'évêque comte 
de Noyon, pair de France, du 8 octobre 1724, portant qu'il sera 
payé aux maîtresses d'école des paroisses y énoncées sur les re- 
venus de chaque fabrique une certaine quantité de grains pour 
subvenir à leur subsistance ; — Et attendu que cette rétribution 
n'est pas suffisante et que plusieurs desdites communautez ont 
des revenus de biens communaux sur lesquels il convient d'en 
destiner une partie pour le surplus de la subsistance des maî- 
tresses d'école, au lieu d'une imposition annuelle ordonnée par 
la déclaration du Roy. 

Veu l'état des biens communaux desd. paroisses, 

Nous Intendant et commissaire susdit ordonnons qu'il sera 
payé annuellement sur les revenus des biens communaux des 
paroisses cy-après dénommées aux maîtresses d'école qui y sont 
ou seront établies en exécution de la déclaration du Roy du 14 
may 1724, les sommes par nous réglées et ce à commencer du 



(1) Sur la marge on lit : 

» Nota. L'ordonnance cy contre n'a été donnée, à la [)rière de M 
l'évêque de Noyon, que pour mettre les subdéléguez en état de 
aire exécuter celle de M. de Noyon. » 



— 143 — 

pr janvier 1726, sçavoir : pour les habitants de la paroisse 
d'Apilly 40 livres ; pour les habitants etc. 

Au payement desquelles sommes les sindics et habitans de 
chacune desd. paroisses seront contraints par toutes les voyes 
deues et raisonnables jusqu'à ce qu'autrement par S. M. en ait 
été ordonné. 

Enjoignons à nos subdélégués de Noyon et de Ghauny de tenir 
la main à l'exécution de la présente ordonnance, chacun en ce 
qui concerne les paroisses de la subdélégation. 

Et sera la présente ordonnance lue et publiée à l'issue de la 
messe paroissiale desd. lieux et exécutée, nonobstant opposition 
ou appellation quelconques. 

Fait à Soissons le 15 décembre 1725. 

Signé Orry. 

{Arch. départem. Fonds de Vlntendance : Instruction primaire. C.) 



o^^^J 



SOCIÉTÉ DES ANTIQUAIRES DE PICARDIE 



■; ; 


pp, 


/ î 

/ ; 

/ 1 

/ 1 





B 




^^^??SS3^^ 



MlÉiilk/tiiUiilii} 





Bleu Blanc Plonge Jaune Vert Blanc Rûuge Jaune iJon» 



> 4 -^ bc^ S^c TUXcof^o cam GSi <?p^ 



DALMATIQUE de ThiLaud deNanleuil 
à la Cathédrale de Beaavais 



A. Ensemble V20 

B. Frange du Flanc Vs 

C. înscinplion stir parchemia 



Première séance du 9 Juin. 



ÉTUDE 



SUR 



LA DALMATIQUE DE THIBAULT DE MKTEUIL 

63« ÉVÉQUE DE BEAUVAIS 
('I2S3-^300) 

Par M. l'abbé PIHAN, chanoine, 
Secrétaire général de l'Évêché. 



On a conservé, au Trésor (vieux style) de la Cathé- 
drale de Beauvais, un vêtement épiscopal qui mérite 
à tous égards d'attirer l'attention de l'archéologue. 
C'est la dalmatique de l'évêque Thibault de Nanteuil, 
mort en 1300 et enterré dans la cathédrale sous le 
pavé du sanctuaire. 

Non seulement cette dalmatique est curieuse en 
elle-même, mais, comme elle est datée, elle offre un 
modèle bien précieux pour l'histoire du costume. En 
effet, en dedans et tout en bas, on a cousu sur l'étoffe 
un minuscule bandeau de parchemin portant une ins- 

10 



— 446 — 

cription qui en indique la provenance et l'authenticité. 
On y lit : 

^l)eob. tfc Xlant. cfiam ^px$, 6ebacen. 

Theobaldus de Nantolio quondam Episcopiis Belvacensis 

L'écriture est de la fin du xiif siècle. Le prélat oc- 
cupait le siège épiscopal de notre ville de l'an 1283 à 
1300. 

Cette dalmatique est spécifiée clairement dans V In- 
ventaire des reliques et autres aournemens de P église 
Saint-Pierre de Beauvais, fait au mois de décembre 
1464, sous le n" 242. Voici en quels termes : 

« 242. Item. Tunique et dalmatique de soye vert 
« doublé de soye vermeille que donna Messire Thibault 
(( de Nanteuil, évesque de Beauvais. » (1) 

La Revue de l'art chrétien (2) ne cite que trois dal- 
matiques analogues, qui soient conservées jusqu'à ce 
jour ; la première est à l'hospice de Lisieux, et saint 
Thomas de Gantorbéry s'en serait servi lorsqu'il passa 
dans cette ville ; la deuxième, à Moyenmoutier (Vosges), 
est renfermée dans la châsse de saint Hydulphe, arche- 
vêque de Trêves ; la troisième enfin, et la plus an- 
cienne, est conservée dans la sacristie de St-Ambroise, 
à Milan. Le témoignage authentique de l'archevêque 



(1) G. Desjardins, Hist. de la Cathédrale de Beauvais, p. 184. 

(2) Node Décembre 1860, Traité de la Dalmatique, par M. Ch.de 
Linas, où le savant archéologue consacre quelques lignes (p 653 e* 
654) au vêtement de Thibault de Nanteuil, que M. le chanoine Bar- 
raud eut la complaisance di lui confier, et en donne un croquis. 



— Î47 - 

Héribert (1026) l'attribue à saint Ambroise lui-même 
(347-397). 

Si, comme nous le croyons, le vêtement sacré de 
Thibault de Nanteuil, fort respectable d'ailleurs à 
cause de son antiquité, puisqu'il a près de six siècles 
d'existence, est le seul et unique morceau subsistant 
à l'heure présente de tous les aournemens inventoriés 
en i464, il sera intéressant de lui consacrer une no- 
tice archéologique. 

Nous joignons un dessin, en coupe géométrale, à 
l'explication descriptive que nous essayons de donner, 
dans le premier article de cette étude, sur la matière 
et la forme de la dalmatique de Thibault de Nanteuil 
en particulier. Dans une seconde partie nous exami- 
nerons sommairement le symbolisme et les usages de 
ce costume ecclésiastique, en général. 



I. Matière et Forme. 

1" La matière ou élément principal de ce vêtement 
paraît être une de ces étoffes de soie qu'on tissait en 
Italie et en Provence, où le mûrier était cultivé et où 
des magnaneries étaient établies. C'est une sorte de 
taffetas assez léger et moelleux, appelé jadis ccndal, 
en latin sindon et en grec oc^-^v, avec lequel on façon- 
nait les robes que les hommes aussi bien que les 
femmes portaient alors. Ou bien c'est du sainit [exa- 
mitus) léger et souple, ou encore du 5/y/rt/o?i d'Espagne, 
uni, mince, jadis de couleur verte et maintenant d'un 



— 148 — 

ton vieil or, jaune safran, pâle ou orangé, qui est bien 
éloigné du vert primitif. Mais le vert étant un com- 
posé de bleu que la lumière absorbe et de jaune qui 
ne passe point à l'action du jour, il n'est pas étonnant 
que le jaune seul ait persisté en se fonçant. 

La doublure, de couleur détériorée, laisse cependant 
voir la teinte bien rose d'un vermeil passé, qui devait 
être primitivement de nuance écarlate tournant au ton 
pourpre, qu'on obtenait par la teinture en graine (co- 
chenille). 

L'endroit et l'envers sont chacun d'une couleur uni- 
forme. Jamais, du reste, on n'a chamarré la dalma- 
tique des évêques de bouquets de couleurs d'un goût 
singulier, comme on l'a fait pour tant d'autres orne- 
ments d'église. 

Le fil avec lequel ce vêtement est cousu, de meilleur 
teint sans doute, a conservé sa couleur verte, ce qui 
prouve bien qu'originairement la dalmatique était 
verte. 

La soie était la matière employée dans tous les vê- 
tements sacrés ; la laine n'était admissible que parmi 
les religieux des ordres les plus sévères et ne vivant 
que d'aumônes. Les étoffes de lin et de coton étaient 
strictement prohibées, de même que celles de verre 

filé. 

2° La forme de cette dalmatique étendue est celle 
d'une robe cruciforme, ou d'un Tau à large hampe. 
Selon Rhaban Maur, c'est l'image de la croix. (1) 

(1) Delnstit. Clericorum. lib. i, C. 20, « llœc vestis in modum est 
crucis facta, et passionisDomini indicium est. » 



— 149 ~ 

Elle devait être portée par un évêque de forte taille, 
si l'on en juge d'après les dimensions que nous avons 
relevées exactement. Robe talaire par destination elle 
descendait sans doute jusqu'aux talons, selon l'appel- 
lation de poderis ou talaris donnée par Innocent III (1), 
{■t présente une longueur de 1°'45 depuis l'ouverture 
pratiquée à la partie supérieure, pour passer la tête, 
jusqu'au bas de la jupe. 

Les manches sont amples et carrées ; elles mesurent 
dans la largeur près de 34 centimètres sur 35. Leur lon- 
gueur est de 65 centimètres jusqu'au corps du vête- 
ment. Le col est échancré en rond par devant et légère- 
ment fendu de chaque côté ; il pouvait être fermé sur 
les épaules par une agrafe, ou comme aujourd'hui 
encore par deux rubans de soie qu'on noue. 

Par devant et par derrière deux galons (indiqués 
par des points sur notre dessin) se répétaient à l'ori- 
gine. Ils ont disparu de la dalmatique de Thibault de 
Nanteui]^ mai.î la place en est restée bien marquée. Il 
est visible qu'on les a décousus et enlevés, ainsi que la 
bordure, de moitié moins large, entourant l'extrémité 
des parties ouvertes, c'est-à-dire des manches et des 
fentes litérales. Ces deux bandes étroites (2), d'un 



(1) De iiiysterio Missœ, lib. l, G. 55. 

(2) Il y en eut presque toujours deux dans les dalmatiques an- 
ciennes, circonstance exprimée formellomeat aux Actes des saintes 
Perpétue et Félicité (7 mars), où il est dit du Bon Pasteur qui appa- 
rut à la première • distinctam habens tunicam inter duos clavos 
■ pcr médium pectus. » Dom Ruinart, Acta Martyr um,\n-^. Vérone 
1731, p. 32. 

— Sicard, évêque de Crémone (1175;, décrivait ainsi la dalma- 



- 150 — 

galon d'environ 3 centimètres , peut-ôtre enrichi 
d'arabesques ou d'élégantes broderies, tombaient per- 
pendiculairement du côté de la poitrine et du côté du 
dos. Dans tous les monuments antiques on leur donne 
le nom de claves [clavus ou clavi), et le plus souvent 
ils étaient de pourpre. 

Tertullien parle du soin extrême que l'on mettait 
jadis à assortir les nuances de la pourpre de chacun 
des claves. Quelquefois ces bandes étaient d'or et cet 
ornement s'appelait alors aureum clavum, ou du mot 
moitié grec, moitié latin chrysoclavum^ et le vêtement 
tout entier se nommait z;6"5^/5 clavata^ ou Uitus clavatus 
laticlave, pour les sénateurs, selon Ovide et Pline le 
jeune, eiangustus clavus angusticlave, selon l'historien 
Velleius Paterculus, disant de Mécène qu'il se contenta 
toute sa vie du rang inférieur de chevalier : -( Mecœnas 
vixit angusto clavo contentiis r> 

Large à la taille de O^SO, au pied de {""IQ, notre 
dalmatique est un peu plus grande dans le bas, qui est 
cintré et s'élargit de manière à décrire un arc de cercle 
de chaque côté. Mais lorsque le vêtement est porté, la 
poitrine en le relevant et en le bombant un peu fait 
disparaître celte coupe en rond. Il présente alors une 

tique (le son temps : ■ Duas habens liiieas ante et rétro coccineas 
« vel purpureas cuiii xx fimbriis allrinsecus dependenlibus iu ulris- 
« (lue lineis, scilicet relro et ante depositis. Sinistra quoque maaica 
v linibrias habet... dextera nequaquam... Aliquœ dalmatieœ habeiit 
« xwiii Ombrias ante et totidem rétro... Sinistrum quoque latus 
• fiuibrias habet... dextrum vero latus fimbrias non habet... Circa 
t eollum clausa est, ut pectus sit opertum. » 
C'est à peu près la description exacte de notre dalmatique. 



— 451 — 

ampleur de plis telle que la statuaire du xiii® siècle en 
savait reproduire et que l'on n'obtient pas avec nos 
tissus modernes. 

Les. flancs de cette dalmalique s'ouvrent jusqu'à 
9 centimètres de l'aisselle, sur une longueur de 95 cen- 
timètres. Particularité remarquable, un effilé poly- 
chrome, à crête rose, borde le flanc gauche et la manche 
gauche seulement. Ces franges de fils de soie sont de di- 
verses couleurs complémentaires du vert. Pourquoi 
n'en rencontre-t-on pas des deux côtés? Si Ton ne songe 
qu'à la symétrie, cela semblera étrange ; car aussi bien, 
disait particulièrement Honorius d'Autun, la dalma- 
tique n'a pas de frange du côté droit (1). Or, les monu- 
ments s'accordent avec les auteurs pour remarquer cette 
divergence. Ainsi l'on voit, par exemple, dans la basi- 
lique de St-Denis, une belle statue de marbre noir 
provenant de l'abbaye de Maubuisson, qui représente 
Catherine de Courtenay, seconde femme de Charles de 
Valois, morte en 1307 à St-Ouen-sur-Seine. Elle est 
vêtue du b/iaut (2), à la mode des xi% xii^ et xiii* 
siècles, pour les classes supérieures. Ce costume a une 
grande analogie avec Jadalmatique. « li n'est pas très 
« ample et fendu de chaque côté jusqu'aux coudes ; les 
« manches n'atteignent pas les poignets et sont mé- 
« diocrement larges ; l'encolure recouvre entièrement 
a la robe de dessous. » (3) Une manche et une fente 

(1) « In sinistro quoque iatere dalinatica fimbrias solet habere, 
« dcxtrum vcro latus fuubrias caret. » Gemma animœ, Mb. i, G. 2VÎ. 

(2) De bliatU on a l'ail le mot blaouds en patois périgourdin et 
blaude dans le Centre de la France, puis blouse. 

(3) Violet-Loduc: Dict. raisonné du mobilier, t. 3, p. 60. 



— 152 - 



seules, également du côté gauche de la figure, sont 
frangées. Nous allons voir pourquoi cette particularité 
dans son symbolisme. 



II. Symbolisme et Usage de la 
dalmatique. 

1° Symbolisme. — Il ne faut pas oublier que nous 
sommes en plein moyen-âge, par conséquent à une 
époque oii tout était symbolique dans les choses sa- 
crées. Il n'est donc point étonnant qu'on ait affecté un 
sens mystique aux ornements du culte. 

Or, selon l'opinion la plus accréditée, dont s'est fait 
l'écho Guillaume Durand, évêque de Mende en 1290, 
entremêlant d'interprétations mystiques le texte d'Ho- 
norius (1), ce vêtement tout entier a une signification 
cachée. Les manches larges et étendues représentent 
les largesses et la grandeur de la charité spirituelle, 
même envers les ennemis,, et spécialement de la cha- 
rité temporelle recommandée au pontife. Ce serait 
pour de tels motifs que les diacres, préposés autrefois 
à la distribution des aumônes, auraient été revêtus 
également de la dalmatique. 

A ce point de vue, Thibault de Nanteuil méritait de 
porter cet habit significatif, non pas seulement de sa 
haute stature, mais encore de ses grandes libéralités. 



(1) Guillaume Durand, nationale divinorum of'ficioriim. T. 1, liv. 3, 
Gh XI; Edition «Je mdlwiui. 



— 153 — 

Il mettait, en effet, son bonheur à procurer le bien- 
être du peuple confié à sa sollicitude pastorale, s'appli- 
quant à le rendre vertueux et à le soulager par ses 
bienfaits. Possesseur d'une fortune considérable, il en 
consacrait presque tous les revenus au soulagement 
des pauvres, ne réservant pour son usage personnel 
que ce qui lui était nécessaire, comme un vers extrait 
de son épitaphe (1) nous l'assure : 

Largus pauperibus, victiim tantum retinebat. 

La chronique de Nangis l'appelle de même le grand 
nourricier des indigents, magnus nutritor paupe- 
rum (2). 

Les couleurs de la dalmatique pontificale ont varié. 
Il y en eut d'azur, ou bleu de ciel, selon les auteurs 
ascétiques, pour rappeler le mot de Saint Paul : Nostra 
conversatio in cœlisest (3). Celle de Thibault de Nan- 
teuil était verte, symbole de l'espérance chrétienne ; 
de même l'écarlate signifiait la foi aux mérites du sang- 
divin de Jésus-Christ. Les deux claves figuraient 
comme deux ruisseaux de ce sang rédempteur. Le 
blanc évidemment symbolisait l'innocence. 

Par la droite dégarnie de franges on a voulu repré- 
senter le détachement des superfluités du monde, des 
inquiétudes^ des soucis terrestres, qui empêcheraient 

(Ij Elle est rapportée par P.Louvet : Hiat. et Antiq. du Beau vais. is, 
t. II, p. 478. 

(2) Spicilège, Tome ii, p. 602. Cité par Simon : Supplément à l'hist. 
du Beauvaisis, p. 115. 

(3) Epître aux l'hilippiens, m, 20. 



- i54 -- 

d'agir librement dans le chemin de la perfection. Ou 
bien les franges laissées au côté gauche signifieraient 
les sollicitudes laborieuses de la vie active que l'évêque 
doit avoir pour ses sujets. Telle est l'opinion que Bru- 
non d'Asti (1097) et Sicard de Crémone formulent en 
ces termes : « Sinistrum quoque latiis fimhrias habet, 
quia vita activa sollicita est et turbatiir erga plurima ; 
dextrum vero latus non habet, quia vita contemplativa 
optimam elcgit » (l). 

Enfin, le vêtem.eiit a la forme de croix parce qu'on 
le porte à la messe, en souvenir de la Passion. Il n'est 
pas indifférent de rappeler ici qu'en revêtant la dal- 
matique on doit réciter cette invocation : « biclue me, 
Domine, inclnmento salutis et vestimento lœtitiœ et dal- 
matica justitiœ circmnda me semper » (2). Ce texte li- 
turgique fixe clairement la signification mystique du 
costume qui symbolise la joie et le contentement du 
coeur, qui exprime le salut et la justice, c'est-à-dire 
l'assemblage des vertus dont il faut être revêtu, comme 
d'une cuirasse, pour plaire au Seigneur. 

2° Quel usage a-t-on fait de la dalmatique? — F^es 
habits, en général, dont on se servait dans les églises, 
pour le ministère des autels, n'étaient différents des 
habits civils et ecclésiastiques que par la propreté et 
la couleur. 

(1) Apost. litt. Boman. Pontif. T. i, p. 180. V. (reproduit par M. de 
I-inas} llevtie de l'Art chri'lien, loc. cit. 

(2) « Seigneur, couvrez-moi du manteau du salut, du vôtomenl 
de la joie, et enveloppez-moi toujours de la dalmatique de la jus- 
tice. » 



- 155 — 

Fleury (1) remarque que la chasuble elle-même était 
un habit vulgaire du temps de Saint Augustin (354- 
430), que la dalmatiquo était en usage dès le règne de 
l'empereur Valérien (_2S3-260), et que l'étoie était un 
manteau commun même aux femmes. 

Les Romains avaient emprunté la dalmatique aux 
Dalmates ; ils l'adoptèrent comme vêtement de dis- 
tinction dès le II* siècle. L'empereur Commode (180- 
192) la portait. Elle fut d'abord affectée aux hommes 
libres et plus tard réservée aux Sénateurs, comme 
nous l'avons dit plus haut. Elle descendait jusque les 
pieds ; tantôt ses manches ne venaient pas plus bas 
que le coude et tantôt elle n'avait pas de manches. 
Alors on la nommait colobium du mot grec «oAu'o»? coupé. 
Dans un grand nombre de fresques des catacombes ce 
costume est dépeint, 

L'Eglise l'adopta à son tour, selon plusieurs auteurs 
qui traitent des traditions ecclésiastiques avec une 
érudition profonde ('â), avant le pape saint Sylvestre 
qui vivait de 314 à 333. Saint Gyprien, évêque de Gar- 
thage, mort en 238, portait aussi la dalmatique quand 
il alla au martyre, « Exspoliavit se birro et tradidit 
« carnificibus ^ dalmaticam vero tradidit diaconis.^^ i^è) 
Ce costume était très ample et se prolongeait jusqu'aux 

(1) Fleury : Mœurs des premiers chrétiens, in-12. Paris, 1720, p. 41. 
— Cf André : Cours de droit canon, t. m, p. 223. 

(2) André du Saussay : Panoplia episcopalis, 3 vol. in-f, Paris, 
1694. Liv. VI, chap. 3 et 4. — Visconti Pietro : Sposizione di alcune 
untiche iscrizioni cristiane, Romo 1824, in 8°, De apparatii mis. Liv. 
III, ch. 25. 

(3) Paul Diacre : l'anoplia episc. liv. vi, ch 3, p. 374. 



— 156 — 

talons ; il avait de larges manches descendant jusqu'au 
coude seulement. 

Il est certain que la dalmatique était usitée dans 
l'Eglise depuis la plus haute antiquité ; mais c'était 
l'un des ornements réservés au Souverain Pontife 
quand il officiait pontificalement (1). «De bonne heure 
les papes furent dans l'usage de la décerner aux évo- 
ques, comme une distinction et une récompense; ceux- 
ci en faisaient quelquefois la demande au Saint-Siège, 
soit pour eux-mêmes, soit pour leurs diacres dont les 
fonctions étaient des plus importantes dans la primi- 
tive église. C'est ce qui semble, du moins, ressortir 
d'une lettre du papeZacharie (741-752) à Austrobert, 
évêque de Vienne, en Gaule : « Dalmaticam iisibiis 
vestrismisimus, ut quia Ecclesia vestra ah hac Seclc 
doctrinam /idei percepit et moreni habitiis sacerdotalis^ 
ah iila ctiampercipiat decorem honoris. » Ici l'envoi de 
la dalmatique est représenté comme un gage de la 
communion d'une Eglise particulière avec l'Eglise ro- 
maine. C'est pour un motif analogue que saint Gré- 
goire l'accorda à saint Arey,ou Arige, évêque de Gap 
(390-604), et à son archidiacre » (2). 

On voit par là que dans la Gaule, tant que la liturgie 
gallicane fut en vigueur, c'est-à dire jusqu'cà Adrien P"" 
;772-795), la dalmatique n'était concédée que par fa- 
veur. Mais du temps de ce pape, Charlemagne, ayant 

(1) Voir hevue de l'Art chrétien, loc. cit. p. G'28 sqq., la remarquable 
étude de M. Ch. de Linas sur les Tunicelles épiscopales. 

(2) Martigny: Dict. des Antiq. chrétiennes, Paris, Hachette 1877' 
au mot Dalmatique. 



— 157 — 

introduit la liturgie romaine en France, donna des 
dalmatiques à un grand nombre d'églises. 

Les diacres et les sous-diacres s'en servaient pour 
assister le prêtre à l'autel. Celle du sous-diacre s'ap- 
pelait tunique. Elle était plus courte et avait des man- 
ches un peu moins longues que la dalmatique. 

L'usage de la dalmatique fut aussi accordé aux rois 
et aux empereurs, non seulement pour la cérémonie 
de leur couronnement, mais encore quand ils assis- 
taient aux offices des fêtes les plus solennelles. 

Dans la suite des temps, ces vêtements devinrent 
plus ornés pour les diacres et les sous-diacres. On leur 
mit de riches bordures, des orfrois élégamment brodés 
avec des images de saints (1). Le type le plus achevé 
et le plus splendide en ce genre est la dalmatique con- 
servée à St-Pierre de Rome, sous la déaomination de 
chape de Léon III, et décrite en détail par M. Didron 
dans les Annales archéologiques (t. I, p. 132). 

Pendant que la dalmatique accordée aux diacres 
s'embellissait ainsi, les évêques, au contraire, conser- 
vèrent la coutume de la porter sous la chasuble à la 
messe pontificale. Elle est toutefois moins longue, 
sans angusticlaves, sans effilés, et fendue latéralement. 
Telle est la différence, de nos jours, entre les tunicelles 

(1) La cathédrale de Beauvais en possède deux, de velours rouge, 
semé de florions, dont les orfrois présentent de saints personnages 
placés sous des édicules à coquilles. Ces ornements ne remonten} 
pas au delà du xviie siècle. — L'église St-Etienne en a également 
deux, non moins remarquables, de l'époque de Louis XIV, en ve- 
lours rouge, brodées d'or en couchure et de soie au passé, d'un 
dessin assez gracieux, dans la manière du Bérain. 



— 158 — 

épiscopales (2) et la dalmatique de Thibault de Nan- 
teuil. Elles ne sont pas doublées comme celle-ci ; mais 
l'étofïe de gros de Naples est également unie et la 
couleur en est prescrite pour chaque solennité. 

Ajoutons, en terminant, qu'afîn de mieux conserver 
la Dalmatique de Thibault de Naiiteuil nous avons dé- 
posé au Musée diocésain, dans TEvêché, ce reste cu- 
rieux des ornements d'un évêque de Beauvais à la fin 
du xiif siècle. 



(2) G. Durand : Rationale divin. Offic, Lib. ni. II donne les raisons 
qui ont fait adopter la double tunique par les Evêques, « De tunieâ. 
— In vête: i testamento erant due funice, videlicet bissina et iacynlhina, 
et hodie etiam quidam pontifices duabtis utuntur, ad notandum qtiod 
proprium eorum est habere scientiam duorum testa'»entorum, ut sciant 
de thesauro Domini proferre nova et vetera, sive ut ne ostendant diaconos 
t sacerdotes. » — « De Dalmatica. — Episcopus simul utilur dalmatica 
et tunicella et omnium ornamentis, lU osfeiulat se perfecte omnes habere 
ordines tanquam qui eos aliis in fer t. » 



«^^^'^''''^^^^^3^'^''^^^ 



Deuxième séance du 9 Juin. 



ENGVERRAiND DE MONSTRELET 

HISTORIEN & PRÉVÔT 

de Cambrai. 



DE SA NAISSANCE DE SES ARMOIRIES — DE SA STATUE 

Par M. Victor DELATTRE. 



Messieurs, 

S'il est un sujet digne des sympathies d'un audi- 
toire aussi distingué que la réunion des savants devant 
lesquels M. le Président du Congrès me fait l'honneur 
de me donner la parole, c'est assurément celui qui a 
pour objet de vous entretenir d'un chroniqueur né 
dans notre noble contrée, et qui, témoin pacifique des 
luttes sanglantes de la fin du xiv* siècle et du com- 
mencement du XV*, joua un rôle important par les 
écrits qu'il a laissés. 

Cependant, j'ai hâte de vous le dire, Messieurs, loin 
de moi la prétention de vous apporter des documents 



— 160 - 

bien nouveaux sur notre grand chroniqueur Eiiguer- 
rand de Monstrelet, dont on s'est déjà passablement 
occupé, mais sur la vie privée de qui l'on connaît bien 
peu de chose encore. 

Il y a une vingtaine d'années, j'ai été heureux de 
vous communiquer la découverte que je venais de 
faire, dans des manuscrits de mon cabinet, de certains 
passages concernant des propriétés ayant appartenu à 
cet homme remarquable et à sa femme Jehanne de 
Galhuon. 

Dans d'autres documents, je vous montrais les vieux 
époux se faisant donation mutuelle et réciproque de 
leurs biens. 

J'aurais désiré grouper aujourd'hui, en quelques 
pages, les faits éparpillés un peu partout ; mais le 
temps m'a manqué pour exécuter ce projet. En atten- 
dant qu'il s'accomplisse, permettez-moi de vous dire 
deux mots sur une question quelque peu discutée et 
qui vient de recevoir, je l'espère, sa solution. 

I 

DE SA NAISSANCE 

Il existe aux Archives du Nord, un précieux ma- 
nuscrit longtemps égaré, et qui fixait ^'éjà, en 1793. 
l'attention du Comité d'Instruction publique de la Con- 
vention Nationale, chargé de faire opérer le classe- 
ment des Archives et des Bibliothèques, lors de la 
suppression des églises, dus maisons religieuses et de 
la vente des biens des émigrés. 



— 161 — 

Une correspondance très active, entre le Comité et 
la Municipalité de Cambrai, réclamait avec instance 
les mémoriaux de l'abbaye de Saint-Aubert, qui jouis- 
saient, depuis longtemps déjà, d'une réputation jus- 
tement méritée, à cause des grands faits historiques 
qui y sont relatés. Cet important manuscrit ne fut re- 
trouvé que bien longtemps après, par les soins et la 
constante sollicitude du savant docteur Le Glay, l'émi- 
nent archiviste du Nord. 

Les mémoriaux de Saint-Aubert, rédigés par les 
abbés du célèbre monastère, contiennent quelques 
citations concernant Monstrelet, et principalement 
une courte notice biographique de notre historien, 
écrite à sa louange par son ami, Tabbé Jean Le 
Robert. 

Un bibliophile du siècle dernier, vraiment digne de 
ce nom, le malheureux abbé Tranchant (1), vénérable 
chapelain de la métropole, aussi savant qu'érudit, ne 
laissait échapper aucune occasion de consigner dans 
les volumes de sa bibliothèque personnelle des notes 
concernant leurs auteurs ; c'est ainsi qu'il transcrivit 
de sa main, sur l'édition in-folio de 1572, des OEuvres 
d'Enguerrand de Monstrelet, données par Pierre 
Lhuillier et Chaudière, imprimeurs-libraires de l'Uni- 
versité de Paris, la notice nécrologique de notre chro- 
niqueur, d'après les mémoriaux de Saint-Aubert, 
c'est à-dire à la source même. 



(1) Il fat guillotiné à Cambrai, sous la Terreur, comme coupable 
d'avoir conservé chez lui des écrits faratiques. C'était de la sorte 
qu'on désignait alors do précieux documents sur l'hisloirô locale. 

11 



". 462 — 

Lorsque la Société d'Emulation do Cambrai publia, 
le 14 février 1807, première année de ses mémoires. 
le programme des questions mises au concours^ elle 
demanda un précis historique sur Enguerrand de 
Monstrelet. Un excellent travail lui fut soumis, et le 
rapport favorable de la Commission lui fit voter la ré- 
compense promise. 

Comme tous ceux qui font l'éloge de notre chroni- 
queur, M. Dumersan, l'auteur du mémoire couronné, 
publia l'extrait de Jean Le Robert, mais il puisa dans 
la dernière édition de la Bibliothèque française de Ri- 
goley de Juvigny, et sa citation fut incomplète. 

Le rapporteur, M. Maximilien Farez, magistrat 
très instruit, ne manqua pas d'en faire la remarque, 
et reproduisit le texte original, copié par l'abbé Tran- 
chant, sur le volume dont je viens de parler, et qui 
fait aujourd'hui partie de mon cabinet (1). Le rétablis- 
sement du texte fut le point de départ d'une in- 
cessante dissertation, tant sur le lieu de naissance de 
Monstrelet, que sur son état-civil. 

Je vous demanderai la permission. Messieurs, de 
faire comme tout le monde, et de vous lire ce texte 
qui causa tant d'émoi parmi tous les biographes 'de 
notre Enguerrand, sans avoir réussi à les mettre d'ac- 
cord jusqu'ici : 

« Le XX" jour de jullet XIIILCLIII honourable 
w homs et nobles Engberans de Monstrelet, escuiers, 

(1) Ce volume porte l'ex libris de l'ahbé Tranchant M. Farez s'est 
trompé en pensant (jue la mention relative à Monstrelet était de 
l'abbé Mutte ; mais ce n'est là qu'un détail de peu d'importance. 



— 1^3 — 

» prevost de Gambray et baillis de Walaincourt, tré- 
» passa et eslisy (élut) se sépulture as Gordelois en 
» Gambray, et fu là porté en ung portatoire envelopez 
» d'une natte, vestus en habit de Gordelois ; le visage 
» au nud et y heult VI flambeaux et IIII chirons de 
» III quartes chascun, autour de le bière, où il y avoit 
» ung linceul estendu... ung habit de Gordelois. Et 
» heult l'office de le trésorie le quart de le dicte chire 
)> et le curez de chéens le quart des offrandes ; et 
» n'y eult nient (pas) de drap (1). Et fut 7iez de bas et 
» fut ung biens honnestes homs et paisibles, et chro- 
» niqua de son temps des gherres de France, d'Artois, 
» de Picardie et d'Engleterre et de Flandre, de ceux 
» de Gand contre Mons. le duc Phle : ettresp;issa XV 
» ou XVI' jour avant que le pays (paix) fust faicte, en 
» la fin de juillet, l'an XIIIII. G. LUI. Loez en soit Dieu 
)) et bénis u 

Gette phrase : il fut nez de bas, ne vous a pas échap- 
pée. Messieurs, c'est le point litigieux sur lequel s'exer- 
cera longtemps encore la sagacité de plus d'un érudit. 

Les uns prétendent y trouver cette signification, que 
la naissance de Monstrelet est entachée d'illégiti- 
mité (2) et de plus qu'il naquit de basse extraction ; 
les autres, au contraire, avancent, avec une légèreté 
incroyable, que ces mots ne peuvent être que le ré- 
sultat d'une erreur de copiste ; qu'il faut lire: ?ié de 

(1) C'est-à-dire qu'il no fut rien payé à oeux qui portèren des 
draps de deuil. 

(2) Voir l'cxceile-ile dissertation de M. Farcz dans le tome II des 
mémoires de la Société d'Emulation, année 1808. 



— 164 - 

Bus^ et rôclament en conséquence notre chroniqueur 
pour leur concitoyen, né à Bus en Artois. 

Avec l'autorité d'un homme qui sait ce qu'il vaut, 
le regretté M. Eugène Bouly de Lesdain, historien de 
Cambrai, s'élève avec beaucoup de force contre cette 
singulière assertion et en fait bonne et sévère justice. 

Rien n'était cependant plus facile, aux auteurs pré- 
cités, que de s'assurer de la vérité. C'est ce que nous 
venons de faire, en priant notre honoré confrère de la 
Commission historique du Nord, M. Finot, l'obligeant 
archiviste du Département, de vouloir bien nous édi- 
fier à cet égard. 

La réponse ne s'est pas fait attendre : « Je m'em- 
» presse, dit-il, dans sa lettre du 1'' courant, de vous 
» informer que je viens de m'assurerque le mémorial 
» de Saint- Au bert porte bien, à la courte notice né- 
» crologique consacrée à Monstrelet, les mots : nez 
n de bas, et non, 7iez de Bus. » 

Il n'y a, Messieurs, qu'une manière d'écrire sérieu- 
sement l'histoire, c'est de le faire pièces en main. 

Voilà donc qui est concluant, quant à l'orthographe, 
mais la question n'en reste pas moins tout entière à 
résoudre ; car il ne suffit pas d'un mot aussi peu com- 
préhensible que celui-là, pour faire croire qu'un 
homme qui se déclare lui-même issu de noble géné- 
ration, reconnu comme tel par ses contemporains et 
jouissant d'une si grande notoriété qu'il pût être 
pourvu de l'emploi le plus élevé dans la magistrature 
d'une cité impériale aussi importante que l'était Cam- 
brai, et n'être issu, au dire de commentateurs fantai- 



— 165 - 

sistes, que d'une basse et infime extraction. Gela ne 
pouvait se soutenir plus longtemps et devait tomber 
devant les preuves irrécusables que nous fournissent 
les armoiries de notre personnage. 

D'autres auteurs enfin, vont jusqu'à vouloir le faire 
naître à Cambrai même, témoin le portrait que voici, 
qui en porte la mention, et que j'ai l'honneur de vous 
soumettre. 

II 

DE SES ARMOIRIES 




D'or, au sautoir de vair, à l'étoile en chef 
pour brisure. 



— 166 — 

Heureusement que la scitmco héraldique a ses lois 
et ses règlements immuables, interdisant aux hérauts 
d'armes, chargés d'en faire l'application, d'y déroger 
sous les peinos 1rs plus sévères. 

Parmi ces lois, la position des pièces nobles est in- 
diquée d'avance ; c'est ainsi, chacun le sait, que l'aîné 
de la famille porte les armes pleines de sa maison, et 
que les autres enfants sont obligés d'y ajouter des 
brisures, le plus souvent "au chef de l'écu, suivant 
l'étendue de la famille. 

« Pourtant, ajoute Wulson de la Golombièrt-, cela 

» n'est pas absolument nécessaire ; car si elles con- 

» viennent mieux ailleurs, on est libre de le faire, 

» pourvu que toujours elles soient posées, ou meuvent 

» du côté dextre : car celles qui sont sur le côté sénestre 

»> de l'écu, ou qui en meuvent, sont les brisures des bâ- 

» tards, comme les barres, les traverses, et les figures 

» d'animaux tournées et posées sur le flanc sénestre 

» du chef (1). » 

Voilà certes une explication des plus catégoriques, 
et qui vient admirablement militer en faveur de la 
cause de notre chroniqueur, pour trancher définitive- 
ment et jusqu'à preuve contraire, le point le plus dé- 
licat dans la biographie d'un homme de la valeur de 
Monstrelet, sous le rapport de son état-civil. 

Nous avons retrouvé deux armoiries diff'érentes, 
mais avant d'en parler, rappelons, si vous le permet- 
tez, Messieurs, qu'en tête du diplôme de notre Société 

(1) Wulson de la Golombière, — la Science héroïque, page 7"J. 



— 167 — 

des Antiquaires de Picardie, dont le dessin fait hon- 
neur à M. Duthoit, vous avez voulu représenter les 
armes du Comté de Ponthieu, au-dessous desquelles, 
avec beaucoup d'à-propos, vous rappelez le nom de 
Monstrelet,, comme pour indiquer que la terre et sei- 
gneurie de notre historien est située au pays do 
Ponthieu. 

Heureux possesseur de l'un des trois rarissimes 
exemplaires retrouvés, de la première édition de V His- 
toire de Cambrai, que Jean Le Carpentier édita dans 
le format grand in-folio, intitulé : Tableau de l'ancienne 
Noblesse du pays de Cambrésis ; je constatai avec 
plaisir que, parmi les planches armoriées, gravées 
pour cet ouvrage, notre historiographe, ainsi qu'il se 
plaisait à en prendre le titre, avait fait figurer au mi- 
lieu de celles des anciens écuyers, les armes de Mons- 
trelet. Le court article qu'il lui consacre et dans lequel 
il cite des noms qu'on ne retrouve plus dans l'édition 
en trois volumes in-4% mérite d'être reproduit à titre 
de renseignement. Voici ce qu'il dit : 

« Monstrelet : famille (doit sorte Enguerrand de 
Alonstrelet, fameux historien et Prévost de Cambray) 
alliée avec celle de Vilers, Biaucourt, Tiestart ou Tiestu, 
Petit, Beaiilaincourt, Walbuon, Wancqiietin, etc. » 

Quant aux armoiries, Le Carpentier se contente d'in 
donner le dessin, sans en faire la description; tandis 
que, procédant en sens inverse, dans l'édition iu-4° 
qu'il donna plus tard, il ne produisit plus les planches 
armoriées, mais il décrivit le détail des blasons. Celui 
de Monstrelet est indiqué : D'or au sautoir de vair. 



— 168 - 

Le bel ouvrage de M. Demay, Inventaire des Sceaux 
de la Flandre, publie sous le ri° 5286, t. ii, p. 48, le 
sceau de Monstrelet en qualilù de bailli de la seigneu- 
rie de Walincourt en Cambrésis. Ce sceau, dont la lé- 
gende est détruite, est apposé au bas d'un acte de 
fondat'on de messes, par Jean de Noyers, en date du 
14 mai 1449, dont voici l'analyse émanant des Ar- 
chives du Nord, et que vous pourriez, Messieurs, an- 
nexer à ce travail,, si vous le jugiez convenable. M. 
Demay le décrit ainsi : « Ecu au sautoir de vair, can- 
tonné dune étoile e?i chef. » On comprend que la cou- 
leur des émaux ne soit pas indiquée ; en sphragistique 
il est très rare de rencontrer d'anciens graveurs qui 
se soient astreints à suivre les règles tracées par les 
hérauts d'armes en pareille matière. Il est même pro- 
bable que l'usage n'en fut adopté que longtemps après 
notre chroniqueur. 

L'historien Le Garpentier et M. Demay se complè- 
tent l'un par l'autre; celui-ci en nous indiquant une 
étoile en chef pour brisure, ce qui nous fait voir que 
notre Enguerrand n'était pas l'aîné de sa famille ; 
celui-là, en nous permettant de colorier son blason. 

Un fait héraldique très important ressort donc des 
documents que nous venons de produire : c'est que 
désormais il est acquis à l'histoire que Monstrelet 
était véritablement de noble et légitime extraction ; 
que ses armoiries en font foi, mettant ainsi à néant les 
commentaires que des écrivains, même sérieux, s'a- 
musaient à broder autour d'un mot inintelligible ; et 
que c'est avec raison que les éditeurs do l'Université 



— 169 - 

de Paris ont pu placer en tête de leur ouvrage : « Chro- 
niques d' Enguerrand de Monstrclet Gentil - Homme 
jadis demeurant à Cambray en Cambrésis. » 

III 

DE SON MONUMENT 

Les arls libéraux se sont chargés de nous trans- 
mettre les traits de celui qui tient avec honneur un 
rang distingué parmi les historiens de France ; de 
celui qui fut le continuateur de Froissard et le pré- 
curseur de Philippe de Commines. 

Le musée de Cambrai possède un bon portrait de 
Monstrelet, que la gravure a reproduit pour des ou- 
vrages illustrés ; et le Magasi?i Pittoresque (1) publia un 
portrait en pied d'après un manuscrit de la biblio- 
thèque de Goibert. 

Mais c'est surtout par la statuaire que le souvenir 
de Monstrelet est redevenu vivace parmi nous. 

L'édilité Gambrésienne, qui ne cesse d'encourager 
les beaux-arts et de protéger le génie de ses enfants, 
inaugurait en 1878, sur l'un des plus beaux emplace- 
ments de nos jardins publics, la statue colossale du 
plus célèbre de ses chroniqueurs. 

Un enfant de Cambrai, l'un des meilleurs élèves de 
la classe de dessin à l'Ecole des Frères, où il reçut les 
premiers principes de plastique (2), ce qu'il se plaît à 

(1) Tome '^9, année 18G1. 

(2) Dans la jeunesse de M- ("ailier, l'Ecole communale de dessin 
n'avait pas encore ourverl son cours de plastique. 



— 170 - 

rappeler en toutes circonstances, parce qu'il lui doit sa 
vocation d'artiste; puis lauréat de l'Ecole communale 
de dessin, était arrivé par son talent, après des diffi- 
cultés inouïes, mais non insurmontables pour celui 
que le feu des beaux-arts enflamme, était arrivé, dis- 
je, à se faire admirer au Salon, et à remporter de 
brillants succès. 

Abandonnant de bonne heure les modèles trop res- 
treints pour l'ampleur de sa féconde imagination, il 
lui faut de grandes choses et il va chercher ses sujets 
parmi les personnages héroïques de son pays natal, 
et Joseph Garlier, tournant ses regards vers Enguer- 
rand de Monstrelet, en fit du premier coup un véri- 
table chef-d'œuvre. Vous pouvez en juger; Messieurs, 
par la photographie que j'ai l'honneur de mettre sous 
vos yeux. 

A l'élégance du dessin, à la pureté des formes, à ia 
finesse de l'exécution, Garlier voulut ajouter une en- 
tente parfaite du costume de l'époque. Ne dirait-on 
pas qu'il s'inspira du passage môme des chroniques 
de Monstrelet, où il est question des modes exagérées 
du xv" siècle ? 

Il y en a pour tout le monde, à commencer par les 
dames et les damoiselles, les petites gens, les varlets, 
les escuyers et les grands seigneurs. 

Permettez-moi à ce sujet une disgression de cir- 
constance, pour une citation tout opportune : 

u En ceste année aussi délaissèrent les dames et 
» damoiselles les queues à porter à leurs robbes : et 
» en ce lieu meirent bordures à leurs robbes de gris 



— 471 — 

» de lestices, de martres, de veloux et d'autres choses 
» si larges, eôme d'un veloux de hault ou plus : et si 
» meirent sur leurs testes bourrelet à manière de 
» bonnet rond qui s'amenuisoit par dessus de la hau- 
» teur de demie aulne ou de trois quartiers de long 
» tels y avoit : et aucunes les portoient moindre, et 
)> déliez couvrechiefs par dessus, pendans par derrière 
» jusques à terre, les aucuns et les autres (1) : et 
>) prindrent aussi à porter leurs ceintures de soye plus 
)i larges beaucoup, qu'elles n'avoient accoustumé : et 
» les ferrures plus somptueuses assez, et coliers d'or 
» à leurs cols autrement et pluscointement beaucoup 
» qu'elles n'avoient accoustumé et de diverses façons. 

» En ce lems aussi les hommes se prindrent à ves- 
» tir plus court qu'ils n'eurent oncques fait : tellement 
)) que on le veoit vestir ainsi comme des singes qui 
;> estoit chose très mal honneste : et si faisoient les 
» manches fendre de leurs robbes et de leurs pour- 
» points, pour monstrer leurs chemises déliées, larges 
» et blanches : portoient aussi leurs cheveux si longs, 
» qu'ils leur empeschoient leurs visages, mesmement 
» leurs yeux : et sur leurs testes portoient bonnets de 
» drap hauts et longs d'un quartier ou plus (2). 

» Portoient aussi comme tous indilïéremment 



(1) Une statuette d'albâtre de notre cabinet porte l'une de ces 
coiffures, si longue, qu'on fut obligé de la retenir à la taille par 
une ceinture, ce qui ne l'enipèche pas de retomber encore jusqu'à 
terre. 

(2) Ces bonnets, m'écrit M. Cartier, étaient une sorte de cagoule 
que l'on mettait par les mauvais temps et que l'on roulait autour 
de la tète après l'avoir tordue comme les turbans. 



— 172 — 

» chaînes d'or, moult somptueuses, chevaliers et es- 

» cuyers ; les varlets mesmes pourpoint de soye, de 

» satin et de veloux. Et presque tous, espéciallement 

» es cours des Princes, portoient poulaines à leurs 

» souUiers, d'un quartier de lôg, voire plus tels tels 

» y avoit ; portoient aussi à leurs pourpoints gros 

» mahoitres à leurs épaules, pour monstrer qu'il fus- 

» sent larges par les épaules, qui sont choses moult 

» vaines, et par adventure fort haineuses à Dieu. Et 

» qui estoithuyt (aujourd'hui) court vestu, il estoit le 

M lendemain long vestu jusques à terre. Et si estoit 

» cette manière si commune, n'y avoit si petit compa- 

:> gnon qui ne se voulsist vestir à la mode des grans 

» et des riches, fut long, fut court, non regardans ou 

» coust ne à la despense, ne s'il appartenoit à leur 

» estât. » 

Mais j'ai hâte de quitter cette tribune, oîi je crains, 
Messieurs, d'avoir abusé de votre bienveillance. 

La citation que je viens d'avoir Thonneur de vous 
faire, était pour vous démontrer la valeur artistique de 
l'œuvre, dont notre cité est bien en droit de s'enor- 
gueillir. 

Un mot, en finissant, vous peindra l'artiste qui l'a 
menée à bonne fin. 

C'était en 1879, Joseph Garlier venait de remporter 
la médaille du Salon, A titre de récompense commu- 
nale, il est d'usage, à Cambrai, de rendre des hon- 
neurs civiques aux artistes qui se sont distingués dans 
les concours. La Municipalité, précédée de ses corps 
de musique, des Sociétés chorales et suivie de la ville 



- 173 — 

tout entière, se rend à la gare, félicite le lauréat, et le 
reconduit en triomphe jusqu'à l'hôtel-de-Ville où lui 
sont offerts les vins d'honneur et où les discours et 
les félicitations recommencent. 

Garlier acclamé, comme il méritait de l'être, vit sa 
voiture se couvrir de fleurs, de bouquets et de cou- 
ronnes ; l'enthousiasme était à son comble. Reconduit 
chez lui^ que fit notre statuaire ? Les premiers mo- 
ments d'émotion passés, il reprend fleurs, bouquets et 
couronnes, remonte en voiture et se fait conduire di- 
rectement au tombeau de son père et de sa mère, et 
leur fait partager dans un pieux hommage, le triom- 
phe de cette journée à jamais mémorable pour lui. 

Comment un homme dont le cœur est si richement 
doté, n'opérerait-il pas des merveilles? L'amour filial 
de Joseph Garlier lui porta bonheur ; il obtint bientôt 
la grande médaille du Salon ; il parcourut l'Italie aux 
frais de l'Etat ; remporta des médailles d'honneur aux 
Expositions internationales d'Amsterdam et d'Anvers. 
Mis désormais hors concours, il se vit naguère encore 
décoré, parle Gouvernement, de l'Ordre de la Légion- 
d'Honneur, comme la plus haute récompense décernée 
au mérite. 

Vous le voyez, Messieurs, le statuaire d'Enguerrand 
de Monstrelet n'a plus rien à envier aux honneurs. Je 
me trompe, il lui manque encore le précieux appui de 
vos suffrages. Permettez-moi de les solliciter en sa 
faveur, persuadé que vous ne me refuserez pas la vive 
satisfaction de lui faire savoir que son beau talent a 
été apprécié par les hommes distingués, réunis en 



— 474 — 



Congrès, pour fêter avec solennité le cinquantenaire 
de la fondation des Antiquaires de Picardie. 



M. l'intendant général Robert, l'éminent auteur de 
la Numismatique de Cambrai, magnifique ouvrage 
qui lui avait ouvert les portes de l'Institut, a bien voulu 
honorer le travail qui précède en le présentant lui- 
même à l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres. 

Ce fut dans la séance du trois septembre 1886, 
qu'il lut son rapport dans lequel il faisait ressortir 
que, même après la grande biographie de Monstrelet, 
par M. Douet d'Arcq^, mes études touchant Torigine 
et la noble lignée de notre chroniqueur, présentaient 
également de l'intérêt pour l'histoire générale. Puis à 
propos de l'ambiguïté d'un passage des Mémoriaux de 
l'abbaye de St-Aubert, relatif à la naissance d'En- 
guerrand, il m'écrivait encore, à la date du 29 août : 
« Ce Jean-Le-Robert était un singulier ami, et vous 
« avez bien fait de faire briller l'écusson de Mons- 
« trelet. w 

L'approbation de M. Robert, qui me valut celle de 
l'Académie, était trop précieuse à recueillir, pour ne 
pas m'engager à la consigner ici, comme le document 
le plus important à l'appui de ma thèse. 

Le trente août, le savant académicien me deman- 
dait : « A-t-on réfuté à Cambrai l'opinion soutenue 
« par divers auteurs et notamment par M. Douet 
« d'Arcq, que le frère d'Enguerrand s'appelait Guilbin 
a de Croix ? » 



— 175 — 

« Je veux, vous le comprenez, pouvoir répondre 
aux objections qui me seront faites. » 

Je lui répondis que le frère d'Enguerrand avait pu 
porter un autre nom, et être cependant de légitime 
extraction. De nos jours encore^ il n'est pas rare que 
les membres d'une même famille, portant les noms de 
terres ou de fiefs différents, ne soient guère connus 
sous leurs noms patronymiques. Les exemples four- 
millent assez pour me dispenser d'en citer aucun. 

On me permettra d'ajouter qu'on a reproché à Mons- 
trelet de s'être fait routier dans sa jeunesse, détrous- 
sant les passants, au point d'avoir été obligé de solli- 
citer des lettres de grâce. 

Mais qui ne sait qu'à cette époque de guerres de 
partisans, tout homme d'armes était routier de droit 
autant que de fait, qu'il avait de bonnes raisons pour 
suspecter ceux qu'il rencontrait de tenir pour la partie 
adverse et croyait reconnaître dans le premier venu un 
ennemi caché sous n'importe quel accoutrement. 

Depuis que M. Robert a fait ce rapport, la mort l'a 
enlevé subitement à l'affection de son ami; que sa 
mémoire reçoive ici le juste tribut de ma reconnais- 
sance et de mes profonds regrets, pour la part de 
l'amitié qu'il n'avait cessé de me témoigner pendant 
plus de quarante ans de relations toujours agréables 
et pleines d'aménité jusqu'à la fin de sa vie. 

V. D. 

Cambrai, Septembre 1888. 



APPENDICE. 



EXTRAIT 

des pièces originales déposées aux Archives du département 

du Nord. 

1449. — 14 Mai. 

Donation faite pardevant Engherran de Monstrelet, bailli de 
Walaincourt, Jean seigneur de Longsart, Michel de GauUery, 
Gilles de GauUery, Adam Gordelois et Pierre le Séneschal, 
hommes de fief par Jean de Noyers, écuyer, et Jeanne Bertine, 
sa femme d' » ung manoir amasé de maison manable, grange, 
marescauchies avec court, gardin, lieu, pourpris et hiretaige 
séans en la ville de St-Vast en Gambrésis en la rue de Beann, au 
boult de ladite ville vers Sollempnes, item onze muyes et sept 
mencaudées de terres ahennables ou environ séans en pluiseurs 
pièces oudit terroir » au profit de l'église et abbaye de St-Aubert 
à condition de faire célébrer tous les ans des messes et obits pour 
le repos de leurs âmes et de celles « des autres femmes Irespas- 
sées que ledit Jehan de Noyers avait eu et aussi des âmes de 
deffunctz Robert de Noyers et demoiselle Yde de Saint Vast en 
son vivant sa femme, père et mère dudit Jehan de Noyers et 
autres ses prédicesseurs. » 

Fonds de l'Abbaye de St-Aubert, original en parchemin, scellé 
de plusieurs sceaux. 



Deuxième séance du 9 Juin. 



PROVERBES & DICTONS PICARDS 

Par M. A. DUBOIS. 



> » i 



Messieurs, 

En essayant de répondre à la 9' question du pro- 
gramme sur les proverbes et dictons picards, je n'ai 
pas la prétention de vous offrir un travail entièrement 
complet ; le champ en est tellement vaste que chaque 
jour amène de nouvelles découvertes. 

Les proverbes picards, quoiqa'exprimés parfois sur 
le ton de la plaisanterie, renferment généralement un 
très grand sens ; ils sont l'expression du sentiment 
populaire et ils énoncent souvent de grandes vérités. 

Quoi de plus charmant que celui-ci : 

Y grCo in qquo oésieu da ch'bo 

Qui dit : Comm^ tu foès, o t' fro. (*) 

Ma mère le citait bien souvent, quand on parlait de 

(') L'orthographe des mots picards adoptée dans ce travail par 
l'auteur lui est toute personnelle {Note de la Commission d'impres- 
sion) 

42 



- 178 — 

quelqu'un qui avait fait de la peine à autrui, ou d'en- 
fants qui ne respectaient pas leurs parents. 

Quant aux dictons, il est difficile de faire connaître 
leur origine; ils sont presque toujours l'écho d'une ri- 
valité de village à village, ou se disent de la disposition 
du pays, du caractère ou des allures de ses habitants. 

Pour accomplir mon travail j'ai dû collationner les 
documents que je possède avec les proverbes et dictons 
déjà cités par notre très regretté collègue, M. l'abbé 
Corblet, dans son Glossaire picard. Parfois je ne suis 
pas d'accord avec lui sur la manière d'écrire le picard, 
non plus que sur l'interprétation des proverbes. 

Notre patois est aussi difficile à parler qu'à écrire 
et à comprendre ; chaque contrée a sa façon de pro- 
noncer ; la même idée se rend quelquefois de plusieurs 
manières différentes. 

Je vous en citerai deux exemples : 1° le mot oui ; 
d'aucuns disent tout bonnement oui ; d'autres, ouin ; 
dans certains villages on forme une espèce de grogne- 
ment en prononçant on ; ailleurs on dit sié. 

2» Le moi petit SQ d^\iqquo^ qquou ; et à Abbeville 
on dit piot; à Amiens on dit cKqquo, Vqquotte, et à 
Abbeville chu piot et chotpiotte. 

Il serait à désirer que les personnes qui s'occupent 
du patois picard voulussent bien adresser à la Société 
des Antiqu.'iires les dictons et proverbes, écrits comme 
ils sont prononcés dans la partie de la Picardie dont 
ils s'occupent, afin que l'on puisse, en les réunissant, 
faire un travail d'ensemble. 

J'aborde maintenant mon sujet, que je me suis 
efforcé de rendre le moins aride que possible. 



— 179 - 

Vous n'avez pas bien soigné vos filles, elles se sont 
émancipées, il est bien temps de les retenir ! 

Pour fermer ch' poulailler ch'est s'y prind'.^ in peu tard 
D'atind' eq'chés poulets soient mingés par ché r'nard. 

Il té à Cambrai, il o r^chu ch'keu d'martieu. 
Se dit d'un homme qui a la tête légère. 

On dit d'un autre qui n'a plus de quoi payer ses 
créanciers: 

Il estm'mié à ro feuV ed'co. 

Ne vous fâchez pas si l'on ne vous montre pas bonne 

mine: 

Suivant chès gins 

foé chè présins. 

Madame, si vous avez à corriger votre enfant, ne le 
frappez pas sur le dos, ni sur la tête, il y a un autre 
endroit moins dangereux : 

Su ch'qqu y gn'o point d'aminde. 

Quand il pleut en même temps qu'il fait soleil, on 
dit: 

CKest Vdiahe qui s''bo avoue es'fanmc. 

Quand une maison ou une chose quelconque est dé- 
fectueuse, mais de belle apparence : 

Ch'eat ch'catieu d'Boves, 
BeV monte, peu d'cose. 



— 180 - 

Un incapable, mais courageux, veut opérer un tra- 
vail qui lui occasionne beaucoup de mal : 

Ch'est Jean d'Amiens, 

Y s'tue et y n'avanche de rien. 

Si VOUS passez du temps. et que votre travail soit 
long à finir, on vous console de cette façon : 

Cho vairo, Vqqueued'no co all'est bien v'nue. 

Y prin ses hos pour ses keuches. 
C'est quelqu'un qui se trompe. 

Vivons bien, a mourrons gras. 
Mangeons bien, menons bonne vie, 

O m' dit M' vous acouter., fn'in sus lasse; 
No qquien y n' n\'.st mort d'acouter. 

n'apprind point à un vieux singe à foèr dos grimaces. 
C'est-à-dire que l'âge lui a donné de l'expérience. 

Ch^est du lait bouli pour ech'co. 
C'est une chose que l'on fera inutilement. 

Que Vbon Dieu f bénin'' tesgambes in heut, tu n' perdras point 
tes kei'ches. 

Quand on fait un conte pour rire. 
Arrête, tu nous ennuies : 

Téti, témi, te rogamus des prongneux. 



— i81 — 
Si tu n'' es point contin'. d'Un voésin r'cuV tin pignon, 

G'est-à-dire que si vous n'êtes pas content, il faut 
vous contenter. 

Pu in beudet est carqué, pn y vo vite. 

C'est bien clair, il désire être débarrassé plus vite 
de sa charge, 

Am' loq' mouillée n'peut point ressuer. 

Celui qui n'a pas d'argent ne peut obliger personne, 
ou bien un homme vicieux ne peut donner de bons 
conseils. 

Compoxeu d'armenos. 
Un tatillon. 

Vdirons acK Boiteu qui march' droè. 
A celui qui vient de faire une histoire impossible. 

Bain fruit provient d'boène s'minche. 

Tel père, tel fils. 

y vo tout droè ach' dizieu 
Corn' elle bête decK dimeux. 

Ou bien : Y vo tout droè ach' qquène. 

Se dit d'une personne naïve. 

Set com' in co d'moé ; 

Ou: Set com' ed Vennuize ; 

Il est gras corri in chint d'cleus. 

Un homme maigre. 



— 182 — 
Y gno pu d'prieux q'd'abbés. 

Il y a plus de gens qui demandent qu'il n'y en a 
d'accueillis. 

Ch'esl ain' $oiris pour ech'co. 

Une fille qui se laisse courtiser par un jeune 
homme. 

Il pu grands zius q'grand' panche. 

C'est-à-dire qu'il en prend plus dans son assiette 
qu'il n'en peut manger ; ou qu'il veut faire un plus 
grand commerce qu'il n'a de capitaux. 

Miu veut long bi q'court blanc. 

C'est-à-dire que l'on ne doit pas dépenser son argent 
tout d'un coup. 

Si l'carême dure il ans, t'éro bien fini pour Pâques. 
Une personne longue à travailler. 

C liés poves poëy sans épi Iqqueue d'no qquien, iront toujours 
par derrière. 

C'est-à-dire que les gens de la campagne sont tou- 
jours les derniers à profiter des avantages. 

Tiens, vous êtes propriétaire de cette pièce de terre? 

• CKest à Diu et à mi. 
Fagot bien rincontré bourrée. 

Un incapable ou un laid qui épouse sa pareille. 



— 483 — 

y r'sanne à chèsjueux d'violon, 
Y ii'est jamoè da s'moèzon. 

Celui qui n'est jamais chez lui. 

CKti qui cherch' épi qui trouve ti'perd point ses pangnes. 

On vous a prévenu de ne point vous adresser à cette 
personne qui pouvait vous tromper. 

Je r'sarC acK crucifix d' Saint-Gervais, fsu déiargintè. 

C'est-à-dire je n'ai pas Tscu. 

Aveuc des rois plein ses mains o n'sait point d'quel atout y 
peut r'tourner. 

Quand on a delà fortune on n'est pas sûr de la con- 
server, ou quand on a un procès, avec les meilleures 
raisons du monde, on n'est pas sûr de le gagner 

Il des crtgnons da a'tête. 
C'est-à-dire qu'il a du tourment. 

Boèson Vmain qui nous buque. 
Rendons le bien pour le mal. 

Cho n'quéro jiointda Voreille d'in viea ou d'w co. 

C'est une conversation entendue et dont on promet 
de faire son profit. 

Y pleut, y feut foèr'' comm' à Paris, l'iaisser qquere. 
Etre satisfait de ce qui arrive. 



— 484 — 
Qqiiolte lÀuie abot grand vint 

Un individu orgueilleux peut être renversé par la 
moindre adversité. 

L'mariage convertiroè in leu 
G'est-à-dire que le mariage peut rendre raisonnable. 

Lmort d'in qquien ch'est Vvie d'in leu. 

Un héritage qui vient à propos à celui qui le man- 
gera. 

Quand o quitt" ech' marécho y feut poyer chès viux fers. 

Si vous quittez un fournisseur, vous devez lui payer 
les vieilles dettes. 

Quand y s'y met, ch'n'est point pour des prônes. 

C'est-à-dire que cet homme fait de la besogne quand 
il le veut bien. 

y n^sait pu si cWest du lard ou du cochon. 
Il ne sait plus de quel côté entendre. 

CKest demain fête 

Chés singes sont à leu fernête, 

Dit une personne qui passe devant la maison d'une 
autre qu'elle n'aime pas et qu'elle aperçoit à sa fe- 
nêtre. 

On se sert du proverbe suivant en jouant aux cartes : 

Ch'est écrit sous Ipanch' decW lapin. 

Ch'ti qui gagn' au qininch'mint perd à lu fin 



— 185 — 

A quoi Ton répond : 

CKest écrit sous s'panche 
Y n'est g' d'avoèr Vavanche. 

CK'n'est qu'in laissant roupiller ch'matou qu'a né r'chut point 
d'keu dégriffés. 

C'est en laissant les gens tranquilles qu'on ne s'ex- 
pose point à des riposles. 

Ch'ti qui s^trondeV à Pombe ne r'chut point d'eau d soleil; 
Ou : Ch'ti qui nHouche point ach' fu n'grille point ses ongues. 

Celui qui ne s'expose pas au danger n'en est pas 
atteint. 

Ch'qWaim' eW méquaingne 
S'minge sept foès V Vesmaingyie. 

Ce que la femme aime,, le mari en mange souvent. 

Pourquoi me regardez-vous ainsi ? 

In qquien r'baie bien in évêq' assis su sin qqu. 

Tout ch'qui guerlotte da s'chervelle nsort point à mitan cuit. 
C'est-à-dire qu'il a bien composé son affaire. 

Tandis qu'o Vnez chès leus par leuz' oreilles, s'couez-les. 

Profitez toujours d'une occasion quand elle se pré- 
sente. 

Quand quo no point d'ail y feut deusser d'ognon 
Quand on n'a pas de viande, on mange du beurre 



- 186 — 

OU du fromage ; ou au figuré, quand on n'a pas ce 
qu'on aime, il faut aimer ce qu'on a. 

Pour désigner un ménage où la femme est maî- 
tresse : 

In fiu qui file, ain' fanme qui claque, 
Ch'est in ménage sans cotron ni casaque. 

S'n'echmise est pu près q'sin cotron. 
Un enfant est plus proche qu'un neveu ou une nièce. 

Povr ête boin soldat, y feu avoèr elV forch' d'in q'vo, chès 
gambes d'in cerf, eW pasienche d'in chameau, Vcourage dHn 
éléphant et l'panche d'ain' puche. 

Chaq' grain d'blé o s'paille; 

Les meilleures choses ont leur mauvais côté. 

Quand quelqu'un a l'esprit dérangé on dit : 
Il mis des œufs d'cahouen da s'n'om'lette. 

Aveuc marchand quiétaV y gno rien à perde, 

Car en vendant à un marchand, on peut aller lui 
acheter pour la valeur due. 

Y foè pu d'fien qui n'o dlilière. 
Il fait plus de dépenses qu'il n'a de ressources. 

In bâton bien triné 

Vau miu qu'ain' carue mal attlée. 



— 187 - 

Il vaut mieux demander l'aumône avec fruit que de 
cultiver médiocrement un petit coin de terre. 

SHl avoè deV paille, y froè du boin finmier. 
S'il avait de l'argent, il ferait de bonnes affaires. 

Quand on dit du mal d'une femme, le mari doit 
prendre sa défense : 

Qui teke lin, toke Vente. 

Une femme dispute avec son mari, laissez-les faire: 
Quand V fricot d'in' eute brûle, y feut tlai$scr brûler. 

In car qui ivoigne, ain' fanme qui glaine font koèr du q'min. 

Un chariot qui crie de vétusté, et une femme qui 
glane font du trajet. 

Celui qui n'a pas le courage de travailler pour gagner 
sa vie n'a pas de cœur, on dit alors : 

Du qqueur, chVi qui n'no point y nin meurt. 

A un jeune homme qui mange l'héritage de ses pa- 
rents : 

Tout cKque Vvaq' alV donne ech' xneu l'boèt. 

Ain" quenne fêlée vo pu longtemps à ieu qu'ain" neuve. 

C'est-à-dire que celui qui est d'une santé délicate 
vit plus longtemps qu'un autre. 



- 188 — 

La femme est absente du logis, le premier jour tout 
est bien en place, mais le deuxième et le troisième, le 
mari qui a tout dérangé finit par ne plus rien trouver; 

Ain' moèson sans fanme, 
Ch'est in corps sans anYrn. 

Un paysan regarde son voisin la bouche ouverte, 
l'autre lui dit : 

T'acoiite ez'avaingnes eVver 

Quand Vsoleil luit, tout le mond' o eau. 
Quand le commerce va, tout le monde y gagne. 

A l'adresse du bavard : 
Ch'n'est -point ch'ti qui parV el plus que pus d'esprit. 

Quand f dis bonjour au matin ch'est pour jusqu'au veûpe. 
J'ai donné ma parole, je ne la retirerai pas. 

Quand quelqu'un dit le mot « qu'importe » on lui 
répond : 

Y veut miu imbrasser ain' fanm' qu'ain porte. 

Si oz allez souvint ach'bo, o sWez mingé par ech'leu. 
Si vous vous exposez au danger, mal vous arrivera. 

Une image du commerce : 

Qquer vindeu el méchant poyeu sonl bientôt d'accord- 



— 189 — 
Pain ter, bo vert, pore à l'ognon, rogne moèson. 

Le pain tendre et le porc à l'oignon se mangent de 
grand appétit et on en mange beaucoup ; le bois vert 
brûle mal ; tout ceci cause double dépense et ruine la 
maison. 

Qquos infants, qquotes paingnes, 
Grands infants, grandes paingnes. 

Les petits enfants n'ont guère que des bobos qui 
tourmentent les parents, mais qui passent, tandis que 
quand les enfants sont grands, ils ne tournent pas tou- 
jours bien, ou ne réussissent pas dans leurs affaires, 
ce qui occasionne de grandes peines. 

Cacheux, pêqueux, tindeux, 
Ch'est troès minteux. 

Effectivement avec eux, il y a toujours des histoires 
impossibles. 

A un enfant qui ne dit point la vérité : 
Il mintif sin nez y loche. 

Ne parlez pas tant en prenant votre repas : 

Berbis qui foé mai 
Perd ain' gueulèe. 



A ceux qui ne se marient pas : 

Vie d'garchon, 
Vie d'])olis8on 



— 190 — 

Quand un homme est en ribofte il est content : 

Il est seu, 
Y voit l'bon Diu par in treu. 

Tout duch'min o vo loin. 
C'est le chi va piano va sano des Italiens. 

Votre intention est de faire construire une maison ; 
— Vous devriez bien établir telle chose, telle chose, 
puis telle autre encore : 

M'don'rez-vous d'Vargint. 

Chès conseilleux 

N'sont point chès poyeux. 

Un homme à qui on demande de l'argent et qui n'en 
a pas répond : 

Jtf'w escarcelle ch'est Vauberge du diabe. 

Cet homme qui fait certaines dépenses doit être 
riche. On fait la réponse dérisoire : 

Oui, sin voésin o deux vaques. 
L'intelligence n'est pas son fait : 

Yn'inlind ni à y. ni à dia. 

Un homme qui assiste au second mariage de son 

père : 

Y minge lei os dé s mère. 



— 191 — 

Tu ne veux pas croire les bons avis que l'on te 
donne : 

L'premièr' mouq' qui fptquero, cho aVo in taon. 

Y n'feut point apprêter l'caniche avant que cK vieu soè v^nu. 

Le similaire dit : Il ne faut pas vendre la peau de 
l'ours avant de l'avoir tué. 

Quel mauvais enfant I II a tous les vices : 

Y r'sanne à sin père. 
In' henn'ton n'inginde point in crignon. 

Et comme similaire : 

O n' peut point tirer (Vfringne d'in so à carbon. 

Pour désigner quelqu'un qui n'est point malin : 
y n'est point keuze si chés guernouilV n'ont point d'qqueue. 

Quelqu'un qui fait bonne vie et qui engraisse : 
Y n' vient point gros à lèquer ches murailles. 

Il est donc bien riche ce jeune homme qui vit si 
larg(}ment : 

Chè Vfiu d'in sirugien d'village, sin pèr' saingnoèt Vterr' à 
keu d'pioche 

Dans les circonstances de la vie, ne racontez jamais 
vos affaires à personne, surtout en politique ne faites 
jamais connaître votre opinion : 

N'foètes jamoè vir eV couleur ed'vo casaque. 



— 192 — 
Y n'mourro point da V écaille feute dHn keu d'bec, 
Se dit de celui qui a réponse à tout. 

Un homme est aux prises avec un voisin, ou avec 
un débiteur récalcitrant et, sans le prévenir, il l'at- 
taque de suite devant le juge : 

Y n'prin point Vtemps d'aboyer pour morde. 
Y s'noéroè da sin crachat, 

Se dit d'une personne qui n'a pas de chance et qui 
ne réussit en rien. 

Une comparaison que l'on applique à des déposi- 
taires de deniers : 

On n' manie point d'hure sans avoèr les pattes grasses. 

A q^vau baillé on' ravise point cK'lico ; 

Quand on vous fait un cadeau, vous devez être sa- 
tisfait et ne pas le regarder de trop près. 

Un individu cherche toute sorte de détours afin de 
prolonger une affaire : 

Point tant d'contes, 
Y n'feut point tant d'osMs pour foère in quartron. 

La comparaison du riche au pauvre : 

Y veut miu ète porquez qporcheu. 



— 193 — 

Cet homaie est près de faire de mauvaises affaires, 
mais il est industrieux et énergique : 

Tout ch'qui loche w' qquè point. 

Soit pour affirmer que l'on a mangé quelque chose 
de bon, soit pour tourner en dérision un mets qui n'a 
pas plu : 

Chè si bain quHn qquien n'in don'roé point à s'mère. 

Pères et mères, ne soyez pas trop durs pour vos en- 
fants, vous pourriez vous en repentir : 

Y veut miu laisser chès infants morveux qu'edleuz arracher 
l'nez. 

Quand on se trompe en désignant une chose : 
Yprin du cornu pour du rambou. 

Quelqu'un est maladroit et veut faire une chose dif- 
ficile, on lui dit ; 

Tu Vfros quand chès glaingnes éront des dints. 
Ou : Quand chès crapauds éront des pleumes. 

Un homme qui raconte souvent la môme chose : 
Ch'est in r'bateu d'vielles garbéès. 

Quelqu'un a déjà été trompé, on ne l'y reprendra 
plus : 

n'attrap' point in co deux foèa al' mêmeplache. 

13 



— i94 — 
Conseil aux pères de famille : 

Songnez vos glaingnes. 

Un komme qui n'est paâ scrupuleux : 
Tout foet fraingne à iin meulin. 

Dans une maison où on est bien reçu : 

Oz y trouv' boèn' maingne^ boen fu, boène tabe ; 
Ou : Ché l'moèson du bon Diu, tout l'monde y peut. 

Pour une maison mal tenue : 

n'y r^connaitroit point Vbon Diu d'ses apôtes ; 
Ou : Ain' vaque n'y r'connaitroit point sin vieu. 

Je fais un travail pour Paul, ce travail au dire de 
tous est parfait, mais Paul qui ne m'aime pas le trouve 
très mal fait : 

Y veu miu plair' eq'bien foère. 

On raconte que telle personne a commis tel méfait, 
qu'une autre a trompé : 

Q'voulez vous, Vmond' est bochu quand y s'boisse. 

Je dois une petite somme à quelqu'un et je lui pro- 
mets qu'il en aura une plus forte s'il veut attendre : 

Non, nan, donnez m'elîè tout d'suite, 
Veut miu fnir que d'courir. 



— 195 - 

Quand on rencontre souvent les deux mêmes per- 
sonnes ensemble : 

Vlo saint Antoéne aveucq sin porcheu. 



Pour dégoûter une demoiselle du célibat on lui dit : 

Vielle fille, 
Vielle guenilÙ^ 

Quelqu'un qui fait des affaires avec de rarger*4, pour 
lequel il paie des intérêts : 

Y norit sin porcheu pour ez leutes. 



A quelqu'un qui ne dit pas la vérité : 

Ch'est des conV ed Robert mon onque. 

Vous a\c2 bien tort de vous tourmenter si votre 
enfant vomit le lait qu'il vient de prendre : 

Bien démaquant, 
Bien v'nant. 

Il prin ses gambes à 9in co; 
Ou : Il prin Jacques Déloge pour sin procureu, 

Se dit d'un homme qui se sauve après avoir fait 
quelque chose de mal. 

Après la conversation d'un menteur : 
Croè cho, pi boè dd'iau. 



- 196 ~ 

11 est des gens dans ce monde qui sont habitués à 
dire : Si si... .,; on leur répond : 

Aveuc si épi quasi, o mettroet Paris da ain' bouteille. 

In cœur falli o du mo. 

Voyez les saltimbanques et les faiseurs de tours, com- 
bien ils ont de mal en une heure. 

Quelqu'un qui reçoit du monde, ou qui marie un 

enfant : 

Il est da ses verdés queuches. 

Quand l'angélus sonne, on dit : 

Midi, midaille, 

ëh'ti qu'o des soupes 

Y ri' in taille, 

Ch'ti qui n'no point s'in pass\ 

Dépêche-toi, fais vite ma course. L'autre répond : 
Chès dépêches il ont tè pindua ; 

probablement en souvenir d'envoyés qui portant des 
dépêches ont été branchés. 

Il est bieu comm' Filisse, 
Oui il est d'neuche. 

Celui-ci dit des choses qui n'ont pas le sens commun, 
il parle à tort et à travers : 

Tu parles comm^ saint Paul, aveuc et'' bouqu" ouverte. 



— 197 - 
Un homme qui engraisse outre mesure : 

Il am^ panche comm'' in vieu d'vallée. 

Le mariage est exprimé comme suit : 

L'Confrairie d'Saint José, 
Deux têtes da Vmême bonnet, 

Ou bien : Su Vmêm' oriller. 

A quelqu'un qui éprouve des malheurs successifs : 
Quand l'diabe est su chèa glaingnes y n'ies froèt point ponde. 

Miu veut aller acK meulin qu'ach* médecin. 

La farine coûte bien moins cher que les visites du 
médecin. 

Le proverbe suivant se dit aussi en français : 
Malan comni' gribouille y sujette da yèu peur d'êV mouillé. 

Les jeunes mariés s'entendent ordinairement très 

bien ; les nouveaux domestiques font très bien leur 

service : 

Cho vo bien, cKramon il est neu. 

Tu gagnes un peu d'argent en ce moment, ne le dé- 
pense pas si vite car ;, 

San'nté [sandej gagnt^ n'dure point toujours. 

De quelqu'un qui prend des grands airs : 

Il estnobe comm' les 4 quartiers d'in qquien. 



- 498 — 
D'un plaideur on dit: 

Il baillé s'vaque pour avoèr es' qqueue. 

D'un gourmand qui, dînant en ville, mange beau- 
coup, on dit : 

Y n'no prin plein s'panche, 
Et pi plein s'mancJte. 

A un individu qui raconte mai une chose qu'il n'a 
p«s comprise : 

Il intindu atn' vaque hurler, i nsait point da quclV étabe. 

Ou bien : Mal intindeu, 

Mal er'porteu. 

Y n (eut quain keu, 
Pour tuer cWleu ; 

Un individu qui a commis des méfaits et qui n'a 
jamais été pris pourra bien l'ôtre un jour. 

Y gno point d'si p'qquo pot qui n'trouv sin couvert ; 

C'est-à-dire que fille grande ou petite, pauvre ou 
rich(3, trouve à se marier. 

Leus qquiens n'caclitc point insann\ 

C'est-à-dire qu'ils ne sont point de la même condi- 
tion, ou qu'ils ne sont jamais du raéme avis. 

Un mauvais payeur cherche à emprunter de nouveau 
à quelqu'un qui, le connaissant, lui répond : 

J'sais bien ain' canchon, mais clCcouplet lo n'est point d'dains. 



— 199 — 

Ou bien: ConV tain cont' à Saint-Pierre, y t'donnero pour 
boère. 

Les proverbes suivants démontrent la supériorité 
que le mari doit conserver dans le ménage : 

Quand ch'co y Vo canté, l'glaingne doé s'taire. 

Ou : y n'f^ut point qu'chés glaingnes y cant'ent plus heut 
qu'ech co. 

Une femme est-elle de mauvaise humeur, les voi- 
sines se disent entr'elles : 

AU' mis s'calipctte ed'travers. 



DICTONS PICARDS 



Ahheville. — Blous d'Abbeville, par rapport à la manufac- 
ture de draps bleus. 

Gins d'Ab'ville, 
Têtes d'anguille. 

Ailly-le-Haut-Clocher. — Heut comm' ech' cloquer d'Ailly. 
Airaines. — Ch'est l'Antéchrist d'Airaines. 

Chès r'frignès d'Airaines. 
Albert. — Chès Barbouillés d'Inque (1). 
Allery. — Chès fous. 
Allonville. — Cli'est comm' chès cloques d'Allonville, quand 

l'aine s'in vo, l'aut' a r' vient. 
Amiens. — Trait' aux siens. 
Amiénois. — Mingeux d'noix. 
Angivillers. — Chès dindons d'Angivillers. 
Appilly. — Chès èzons d'Appilly. 
Argicourt. — Ches hurons d'Argicourt. 
Artois. — Artésiens, boyeux rouges. 

Artésiens, têt' de qquiens. 
Athies. — Athies la d'zolée. 

Chès qquiens d' Athies. 

(1) Encre était le nom de la ville d'Albert avant la mort de 
CoDciûi. 



— 201 — 

Aumâtre. — Chès Badriès d'Aumâtre. 
Avelesge. — Chès mignons d'Avelesge. 
Bailleul-le-See. — Chès péqueux d'ienne. 
Bapaume. — Chès vieux d'Bapaume. 

Ch'est Tmod' ed Bapaume, ch'est l'pu sal' qui foèt 

l'cuisine. 
Beauvais. — Chès rougeots d'Beauvais. 

Gins d'Beauvais, avant d'casser vos œufs, taillez 

vos mouillettes. 

Belleuse. - Chès long' halaingne ed' Belleuse. 
Bergicourt. — Chès mingeux d'iait prin d'Bergicourt, 
Sans oublier ceux d'Guizancourt. 

Berny, — Entre Vaux et Berny 

Sont les trésors du roi Henry, 

Bertangles. — Chès Carimaros (1) d'Bertangles. 
Béthune. — Ain caroche (2) ed'Béthune. 
Billancourt. — Chès cos d'Billancourt. 
Bougainville. -~ Chès boyaux rouges. 
Boulogne -sur- Mer. — Chès saucissons d'Çoulone. 
Bovelles. — Veux-tu r' chiner ? 
J'm'atins q'non. 

C'est-à-dire que l'on suppose que Ton a mangé et 
qu'on aura le bon esprit de refuser. 

Boves. — Ch'catieu d'Bov', 

Bel' mont' peu d'cose. 
Brassy. — Chès bonnets gris d'Brassy. 
Brie, — Chès cochons d'Brie. 
Camon. — Ch'est comm' chès fill' ed'Camon, 
Leu q'mises pass'te leu cotrons 

(1) Bohémiens, sorciers. 

(2) Voiture à un cheval : bête une. 



— 202 — 

Y r'sanne à ch'cuié d'Camon, 

Y d'mand' et y répond. 

Air fêt' ed CaFnon, 

Chès sétiers n'ont pu d'fonds. 

Canaples. — Canaples belle église. 
Candas. — Chès ahuris de Cando. 
Cardonnette . — Malhonnête qquo village, méchantes gins, 

grand' marmite, rien d'dins. 
Cléry. — Chès mingeux d'blé vert ed Cléry. 
Citerne. — Chès grosses galoclias ed'Citerne. 
Coisy. -■■ Coési salo, 

Lav' tin gat'lo, 
Condé-Folie. — Condé-Folie pour el' maq'rie. 
Contre. — Chès plaideux d'Conte. 
Conty. — Inlre Conte et Conty o voit toujours poisiïtîuris. 

Chès péqueux d'écréviches ed'Conty. 
Corhie. ~ Corbie bien sonné, Amiens bien canté. 
Crépy. — Chès cochons d'Crépy. 
Croix. — Chès lurons d'Croix. 

Croix, flans frois. 

Domart-en-Ponthieu. — Chès bourgeois mâtinés d'Domart- 

in-Pontiu. 

Triste séjour et pauvre liu. 
Dromesnil. — Chès ahuiis d'Dromesnil. 

Chès cornillols d'Dromesnil. 
Epagne. — Chès \ indeux d'esprit d'Epagne. 
Epeliy, — Ch'est comm' chès coqs d'Epy, deux pour in. 
Eplcbsier, — Chès longs mintoiis d'Eplessier. 
Equennes. — Chès porteux d'suplis d'Equennes. 
Eragny-sur-Epte. — Chès endiablés d'Eragny. 
Eramecourl. — Chès agaches d'Eramecourt. 
Esscrtaux. — Chès pies dékeux d'Essertaux. 



- 203 — 

Estrées-Ves-Crécy . — Chès ahuris d'Estrées. 
Estrejiist. — Ch'est comui' ech berger d'Estrejust. 
J 'liens m'in rin. 

L'Etoile, — L'Etoile pour la gloère. 

Famechon. — Chès péqueux d'pisson d'Famechon. 

Flesselles. ~ Chès beudets d'Flesselles. 

Fleiiry. — Chès glorieux d'Fleury. 

Fluy. — Chès raffineux d'Fluy. 

Fontaine-sur -Somme. — Chès clabeus d'Fontaingne. 

Fransart. — Chès beudets d'Fransart. 

Frémontiers, — Chès mal aux pieds dTrémontiers. 

Grattepanche. — Chès mahouros. 

Guyencourt — Chès panches bleuses. 

Guillaucourt. — Chès boyeux rouges. 

Hallencourt. — Chès f'teus d'bons d'Hallencourt. 

Chès courts talons d'Hallencourt. 
Ham . — L'foère à chés bel' femmes et à chés laid'vaques . 

Chès sots d'Hain. 
Hmiyest-sur-Somme. — Chès bordaliers d'Hangtist. 
Harly. — Ch'est du bien hypothéqué sur chés brouillards 

d'Harly. 

Ilérïssart. — Ches en r'tard. 

Lanches. — Ches bouins infants d'Lanches. 

Laon. — Chès glorieux d'Laon. 

La Warde- Manger. Chès buveux d'ieu battue del' 

Warde. 
Le Bosquel. — Chès creux. 

Chès mingeux d'oseille. 

Chès qquiennes caquetières du Boquet. 

Lesçlantiers. — Chès bizets d'Léglantier. 

Long. — Chès bàtailleux d'Long. 

Longpré-les- Amiens. - Y sonn' mâtine à Long pré. 



- 204 — 

Lucheux. — Gueux et glorieux. 
Marcelcave. — Chès patès à poirions. 
Matigny. — Chès Candrilliers d'Matigny. 

Chès grand' gueules ed' Matigny pour toutmaqui. 
Méricourt. •— Ch' poiys à puches. 
Le Mesge. — Chès inchindrès du Mesge. 
MoUgneux. — Chès étourgneux d'Moligneux. 

Moligneux flan queu. 
Molliens-Vidame. — Chès blanqués guettes. 
Mons. — Chés cloqu' ed Mons. 
Montagne-Fayel. — Chès blanqueroutiers. 
Montdidier. — Chès prom'neux d'Montdidier. 

Chès gourmets d'Montdidier. 
Montigny. — Chès jongleux d'Montigny. 
Montonvillers. — Chès moutons d'Montonvillers. 
Morcourt. — Chès qquiens. 
Moreuil. — Chès moniquins d'Moreuil. 
Moyenneville. — Moyenne ville, moyenne gins, 
Grand pot au fu, rien d'dins. 

Filles à marier, 
Rien à leu bailler. 

Naours. — Chès grands pieds d'Naours. 
Nesle. — Nesle la noble. 
Noyon. — Chès friands d'Noyon. 
Omiécourt. — Chès omelettes d'Omiécourt. 
Oresmaux, -«■ Chès têtes tondues d'Orémieux. 
Péronne. — Chès ivrogn' ed Péronne. 

Picard têt' caude. 
Poix. — Jamais Créquy n'a été saoul de Poix. 

Chès mingeux d'macrieux d'poué. 
Pont — Entre Pont épi Querriu y ggno point d'quoi mette 

sain qqu. 



- 205 — 

Pont-Ste-Maxence. - Les soupiers de Pont-Ste-Maxence. 
Le Ques7ioy-sous-Airaines. — Chôs beudets. 

Chès percos du Quesnoy. 
Quiry-le-Sec. — Chès francs mutins d'Quiry. 
Quivières. — L'un foè l'aute, 

Ch'est comm' chès fromages de ch'curé d'Qui- 
vières. 

Ravenel. — Chès plots pies d'BaveneL 

Revelles. — Chès grosses têt' d'Revelles. 

Ribemont. — A Ribemont, peu d'honnêtes gins, bienkeu 

d'fripons. 
Riencourt. — Chès sans bonnets. 
Rocquencourt. — Rocquencourt ivrogne. 
Roye. — Chès glorieux d'Roye, ventr' ed'son, habit d'soie. 
Ruhempré. — Chès culs brûlés. 
Rue. — Chès haubans d'Rue. 
Rumigny. ~~ Ghès innocins d'Rumigny. 
Sailly-Lorette. — Chès agaches. 
Sailly-le-Sec — Chès longs bonnets. 
Sains. — Ez'zennetons. 

Saint-Quentin. — Chès beyeux d'Saint-Quentin. 
^aint-Romain. — Chès mingeux d'boudin d'St-Romain. 
Saint-Sauflieu. — Chès décatourneux d'ernue d'Sain- 

Sauyu. 

Ghès raoux. 
Saleux. — Chès glorieux paillards ed'Saleu. 
SelincouH, — Chès boyeux rouges d'Selincourt. 
Sentis. — Chès chétifs d'Senlis. 

Chès besaciers d'Senlis. 
Sentelie, — Chès qquo roux d'Sentlie. 
Soissons. — La Ribaudie d'Soissons. 
Suzennevilte. — Chès imbourbés d'Suzenneville. 



— 206 — 

TJiérouanne. — Chès égarés d'Thérouanne. 

Thézy. — Chès Français. 

Tilloy. — Chès mingeux d'iard gane ed Tilloy, sans oublier 

ceux d'Lœuilly. 
Velennes. — Chès mingeux d'alise ed Velennes. 
Verherie. — Chès sautriaux d'Verbrie. 
Vermand. — Chès larrons d'Vermand. 
Vers, — Chès imbleyeux d'Vers. 
Vignacourt. — Chès contrebindiers d'Vignacourt. 

n'o qu'à aller à Vignacourt pour trouver in feux 

témoin. 
Villers-Bretonneux . — Chès panchs' à quatr' coins. 
Vironchaux. — Chès ahuris d'Vironchaux. 
Warloy-Bnillon . — Warloy-Baillon, boen poiys sans raison. 

Warloy, boen poiys, mauvaise loi. 
Warlus. — Chès mingeux d'ientillons. 
Wiencourt. — Chès ganes. 
y. — Flan cuit. 

Chès Capuchins d'Y. 
Yseux. — Yseux pouilleux. 

Je termine, Messieurs, j"ai pu ennuyer quelques 
auditeurs, mais j'espère avoir fait plaisir à d'autres. 

n'est point louis d'or, a n'plait point à tout rmonde. 



Deuxième Séance du 9 Juin. 



PE0¥1EB1S lOEMâMDS 

Par M. Emile TRAVERS. 



-^A/VAA^ 



Mesdames, 
Messieurs, 

Au commencement de cette séance, j'avais demandé 
au bureau du Congrès de prendre la parole sur les 
proverbes et les dictons populaires, non point de la 
Picardie, mais du pays voisin, ma province de Nor- 
mandie. Tout à l'heure j'étais décidé à y renoncer et à 

Imiter de Conrart le silence prudent. 

Que puis-je ajouter, en effet, à la savante et spiri- 
tuelle communication que vous venez d'applaudir? 
Mais votre honorable Président me rappelle que je suis 
inscrit à l'ordre du jour. Je n'ai plus qu'à réclamer 
votre indulgence et à m'exécuter. Si je sais que le 
Picard se ravise, je me rappelle aussi que le Normand 
a son dit et son dédit. . 



- 208 - 

J'ai eu l'honneur, il y a quelques années, de com- 
muniquer à la Société des Antiquaires de Normandie 
des notes sur quelques dictons populaires relatifs à la 
Normandie, puis de faire, l'hiver dernier à l'Associa" 
tion scientifique et littéraire de Caen une conférence 
sur cette branche de ce que l'on appelle le Folc-lore, 
J'ose espérer que mes recherches vous offriront quelque 
intérêt. 

De nos jours, Messieurs, on recueille avec soin les 
poésies, les contes, les proverbes, les devinettes popu- 
laires, qui rappellent les lointaines traditions des âges 
les plus reculés. On a raison. Ces dictons, ces prover- 
bes, ces manières de parler triviales, comme les ap- 
pellaient, au xvi^ et xvif siècles, les Oudin, les Fleury 
deBellingen, les Moisant de Brieux,qui les réunissaient, 
les commentaient, cherchaient à les expliquer et fai- 
saient ainsi du Folc-lore sans le savoir, ces impressions, 
ces phrases qui se retrouvent dans la bouche de tous 
les peuples, sont le reflet des croyances primitives, des 
tendances morales et philosophiques du genre humain. 
Aussi trouve-t-on à peu près partout les mêmes pro- 
verbes, avec de simples variantes, dues au milieu oii 
ils sont en usage. Il est donc souvent impossible de 
déterminer le lieu d'origine de tel ou tel dicton. 

Je n'aurais pas le temps de vous citer tous les pro- 
verbes dont on se sert dans ma province, ni même 
ceux qui paraissent y avoir pris naissance. Je me bor- 
nerai donc à vous dire quelques mots de dictons nor- 
mands ayant une origine historique et de ceux qui ont 
trait à quelques défauts plus particulièrement repro- 
chés à mes compatriotes. 



— 209 - 

Rivarol prétend que les proverbes sont le fruit de 
l'expérience des peuples et comme le bon sens de tous 
les siècles réduit en formules. On a dit aussi, et on ré- 
pète chaque jour, que les proverbes sont la sagesse des 
nations. M. Ferdinand Denis a même publié un recueil 
de proverbes intiulé le Brahme voyageur ou la sagesse 
des nations en même temps qu'un Essai sur la Philo- 
sophie de Sancho Pança^ et l'on sait que la philosophie 
de l'écuyer de l'ingénieux chevalier delà Manche con- 
sistait en dictons populaires, pleins de bon sens, de 
naïveté et de malice, qu'il débitait à bouche que veux- 
tu. En dépit des remontrances de son maître, Sancho 
lui rebattait les oreilles d'une interminable série de 
proverbes andalous, castillans, navarrais, galiciens, 
valenciens, et si vous voulez connaître les expressions 
proverbiales dont le peuple espagnol fait encore usage, 
relisez l'immortel chef-d'œuvre de Miguel de Cer- 
vantes. 

Pour moi, je ne pense pas qu'il soit absolument 
exact de dire que les proverbes sont la sagesse des 
nations. 

Parcourez en effet un recueil parémiographique et 
voyez le nombre de dictons qui se contredisent. Si l'un 
dit : Pauvreté n est pas vice, un autre répondra, non 
sans raison : C'est bien pis ! Et tandis qu'un sage 
soutiendra avec La Fontaine que : 

Il ne faut pas juger des gens sur l'apparence, 

On objectera que nos pères voulaleni juger les gens 
sur la mine et que, bien avant Lavater, Gall et autres 

14 



— 210 - 

bâtisseurs de systèmes, ils avaient cherxîbé les rapports 
des passions avec les traits du visage, les lignes de la 
main, la couleur des yeux, de la peau, des cheveux ou 
de la barbe. 

La définition de Rivarol me semble donc préférable; 
mais j'aimerais mieux encore dire que les proverbes 
sont l'esprit des nations, ou mieux l'esprit de Tout-le- 
monde. Tout-le-monde, cet être impersonnel, celui qui 
à lui seul a plus d'esprit que M. de Voltaire I disait le 
prince de Talleyrand, un faiseur de mots devenus 
proverbes et qui, pour sa part, avait autant d'esprit, 
de malice et d'habileté que Voltaire. 

Tout-le-monde, Messieurs, c'est l'humanité tout 
entière, c'est-à-dire un composé de bonnes et de mau- 
vaises qualités, de vertus et de vices. Et si vous prenez 
les proverbes comme critérium de l'esprit de M. Tout- 
le-monde, vous verrez que dans tous les temps, sous 
tous les climats, à tous les âges, M. Tout-le-Monde est 
enclin à la malignité et à la médisance envers autrui, 
qu'il blasonne volontiers son prochain et que comme 
son prochain c'est lui-même, ses fâcheuses habitudes 
l'amènent à débiter beaucoup de mal sur son propre 
compte. Homo quisque sibi inimicus. 

Étant données ces prédispositions du cœur humain 
et ces tendances de l'esprit de M. Tout-le-Monde, on 
ne peut s'étonner si, en parlant des proverbes relatifs 
à la Normandie, j'ai à citer plus de dictons défavora- 
bles à mes compatriotes que d'apophthegmesélogieux 
à leur adresse. 

Les Normands, soyez-en persuadés, sont les pre- 



- 214 - 

miers à en rire, car ils savent bien que si on leur re- 
proche de nombreux défauts, les citoyens des autres 
provinces de la France et des cinq parties du monde 
ne sont pas plus épargnés qu'eux par la langue enve- 
nimée du prochain. 

Dans les recueils de proverbes compilés depuis la 
xiir jusqu'au xvf siècle on trouve par exemple : 

Li plus ireur en Allemaingne ; 

Les Allemands ont l'entendement es mains, proverbe 
toujours exact ; 

Roux fc'est-à-dire méchant^ sournois) comme un 
Allemand ; 

Aimable (par antiphrase) comme, un Anglais ; 

Loyauté d'Anglais^ bonne terre et mauvaise gent ; 

Ivrogne comme un Anglois ; 

Ivrogne comme un Danois ; 

Li plus truant en Escosce ; 

Li plus traiteurs sont m Gresce, souvenir historique 
des Croisades ; 

Li plus trahistre en Hongrie, autre dicton ayant la 
même origine ; 

Cest trop d'un demy Italien en une maison ; 

Cruel comme un Moscovite ; 

Saoul comme un Polonois ; 

Sale comme un Portugais ; 

Li plus ingignéor (trompeurs) sont en Sarrazie- 
nesme ; 

Enfin ne dit-on pas encore : un Anglais, pour un 
créancier impitoyable ; un Arabe, pour un voleur ; 
un tour de Basque^ pour une supercherie ; un Grec, 



212 - 



pour celui qui corrige la fortune au jeu ; un Jmf\ 
pour un usurier ; etc. 

Tous ces sobriquets que se jettent réciproquement à 
la tête les nations ou les cités voisines ont le plus sou- 
vent leur origine dans de vieilles rancunes que le 
temps n'effacera peut-être jamais. Ce blason popu- 
laire explique souvent l'histoire et en confirme les 
données ; aussi les écrivains les plus sérieux se sont- 
ils livrés à des recherches approfondies sur ces tradi- 
tions orales de faits parfois oubliés. 

En voici un exemple frappant. 

« Les habitants de Myon (en Franche-Comté), 
disait, en 1858, M. Ernest Desjardins, dans le Moni- 
teur universel^ appellent ceux d'Alaise Mendjou, qui 
se prononce ailleurs Menjou et qui signifie dans les 
deux cas Mangeurs. Pourquoi cette appellation de 
mangeurs donnée aux Alaisiens, qui ont moins de 
ressources peut-être que les habitants des communes 
voisines, et qui ne peuvent guère s'empêcher d'être les 
plus sobres de ce canton ? Il faut trouver une origine 
àcette épithète de mangeurs qui n'a aucun sens par 
elle-même... Il ne faut pas oublier, d'autre part, que 
l'on a retrouvé quelquefois l'origine des populations 
dans ces mots injurieux dépourvus de sens apparent 
et qu'on se renvoie de ville en ville, de bourgade en 
bourgade ; comme les Cousiots des Landes, qui ne 
sont autres que les anciens Cocosates ; les Guépins 
d'Orléans, qui sont les Gcjiabini, etc. L'on compren- 
dra alors comment les Man-Dhuib^ Mandubii, dans 
César, ont pu devenir les Me7idou, Mendjou, Menjou 
(mangeurs). » 



— 213 — 

De même, en Normandie, nous trouvons des sobri- 
quets appliqués aux habitants de certaines contrées ou 
de divers villages, sobriquets qui rappellent le nom 
des populations qui les ont occupés dans le principe. 

Le vieil historien caennais, Charles de Bourgue- 
ville, sieur de Bras, disait : « Ceux de ce pays Cau- 
chois s'appellent Caillettes. » Il y a cent ans, les Cau- 
chois étaient encore surnommés Caillots ou Caillettes 
et il existe dans la Seine-Inférieure un village nommé 
Gonfreville la-Caillotte. Caillots et Caillettes sont assu- 
rément l'altération de Caletes, nom de la peuplade 
gauloise qui occupait le pays situé entre la Seine et la 
mer. 

On parle souvent, dans le département de l'Orne, 
àes Allemands d' Almenèches . Ce n'est pas là une sim- 
ple équivoque de mots. Almaniscœ, nom primitif d'Al- 
menèches, veut bien dire l Allemandière ou V Allema- 
nière, la demeure des Allemands ou mieux des Ala- 
mans, comme Allemagne, près Caen. On sait, d'ail- 
leurs, que, dans les derniers temps de l'empire ro- 
main, de nombreuses colonies de Barbares s'établirent 
dans les Gaules. Les Saxons, les Alamans, les Alains^ 
les Sarmates, peut-être même les Perses, ont laissé 
dans la nomenclature topographique des traces indis- 
cutables. 

Assez près des Allemands d'Almenèches, nous 
trouvons les il/«zmer5 (Alains) de Courcy (Calvados). 

Il est encore question des Anglais de Bellesme 
(Orne ) Ici, c'est bien une appellation malveillante. Il 
n'est pas resté à Bellesme de fond de colonie anglaise. 



- 244 - 

mais il est probable que, pendant la guerre de cent 
ans, les habitants de ce bourg se sont montrés trop 
chauds partisans des ennemis de la France. 

Un autre dicton semble, au premier abord, se rap- 
porter à une race étrangère, aux Irlandais. A Bayeux 
quand les habitants des autres quartiers ont épuisé 
toutes les injures envers ceux de Saint-Patrice, ils les 
traitent àUlyberniens. Voici pourquoi. La paroisse 
Saint-Patrice avait pour patron spirituel un évoque de 
Bayeux de ce nom. Pendant l'occupation de la Nor- 
mandie, au XIV« siècle, les Anglais, qui ne connais- 
saient pas cet ancien prélat neustrien, mais qui avaient 
une grande vénération pour un autre saint Patrice, 
patron de l'Irlande, parvinrent à substituer le culte de 
ce dernier au culte de l'évêque de Bayeux, fondateur 
de l'église qui, plus tard, avait été placée sous son vo- 
cable. Le sobriquet infligé aux paroissiens de Saint- 
Patrice est donc à la fois une protestation de l'esprit 
religieux et de l'esprit de nationalité contre la faiblesse 
de compatriotes qui avaient abandonné un saint vé- 
néré dans la contrée, un intercesseur indigène, pour 
un saint inconnu, un intercesseur étranger. 

Quant aux /«/«/5 d'Harcourt (Eure) ce dicton vient- 
il de ce que les habitants de ce village auraient pris 
l'habitude de prêter à gros intérêts ? Ou bien les Juifs 
auraient-ils, au moyen-âge, trouvé protection sur les 
terres des puissants comtes d'Harcourt ? Cette der- 
nière hypothèse me semble la plus vraisemblable. On 
parle encore de la Judée dÈcouché (Orne.) Point de 
doute ici, car un autre blason dit : les Juifs dEcouché, 



— 215 - 

les usuriers i'Écouché, dicton injurieux dont on salue 
les commerçants de cette localité. 

Je suis persuadé, Messieurs, qu'il existe en Picardie 
de semblables expressions proverbiales et qu'il serait 
facile d'en retrouver les origines. C'est un point sur 
lequel je me permets d'appeler les investigations de 
vos compagnies savantes. 

Mes compatriotes sont bien obligés de reconnaître 
— et j'espère, Messieurs, que vous voudrez bien leur 
tenir compte de cet aveu — que leurs ancêtres, les 
pirates du Nord, qui, pendant si longtemps, ravagèrent 
les côtes de l'Occident, méritaient quelque peu les 
épithètes malsonnantes accolées à leur nom par les 
chroniqueurs du moyen-âge. En inscrivant sur les 
marges d'un missel les événements les plus mémo- 
rables de chaque année, les moines du ix^ siècle 
n'avaient que trop souvent à enregistrer les invasions 
de ces fléaux de Dieu — les rois de la mer partageaient 
alors cette appellation avec les hordes d'Attila — in- 
vasions toujours suivies de massacres, d'enlèvements 
de femmes et d'esclaves, d'incendies, de destructions 
d'églises et de monastères. 

Rapacitas Northmaiinorum^ crudelitas Hunnorum, 
ferocitas Francorum^ stultitia Saxoîium, voilà ce que 
l'on lit aux feuillets de garde d'un manuscrit du xi« 
siècle, conservé à la bibliothèque de Rouen, et voilà 
qui est peu flatteur pour les peuples ainsi blasonnés, 

A furore h'ormcmnorum libéra ?ios. Domine ! s'écriait- 
on dans les monastères à la fin- des litanies. Et la 
crainte de la fureur des Normands était bien profonde, 



_ 216 — 

Ja mémoire de leurs sanglants exploits et de leur au- 
dacieuse tentative sur la capitale du royaume de France 
était bien vivace, puisque sept cents ans après le siège 
de Paris cette naïve invocation se répétait encore à 
l'abbaye de Sainte-Geneviève, suivant le témoignage 
d'un auteur du xvii* siècle, Jacques de Charron, dans 
son Histoire de toutes les nations. 

Wace, le fameux trouvère normand, rapporte que, 
de son temps, les Français avaient déjà un certain 
nombre de 7'eproviers, tous assez méchants, à débiter 
sur le compte de nos ancêtres. Il cite, entre autres, 
celui-ci : 

Francheiz dient ke N or mendie 
Ço est la gent de North mendie. 

Plus tard on dira : 

Qui fit Normand, 
Il fit truand. 

Au XVI* siècle, Estienne Pasquier, dans ses Recher- 
cBes de la France^ constatait les mêmes tendances 
malveillantes chez les gens de l'Ile-de-France à l'égard 
des Normands. 

Je prends acte de ces mauvaises dispositions du 
peuple parisien et je ne me courrouce pas si un soi- 
disant docteur de Paris a prétendu dans un petit livre 
de la Bibliothèque bleue, le Catéchisme des Normands, 
que « les œuvres miséricorde » de mes compatriotes 
sont: « trahison^ flatterie, gourmandise, larcin, men- 
songe, envie et imposture. » Notez que ce pamphlet, 
sanglant, mais sans le moindre trait d'esprit, a été 



— 217 — 

souvent réimprimé en Normandie et s'y vend cou- 
ramment. 

Un autre écrivain parisien, l'auteur des Illustres Pro- 
verbes, lequel, par parenthèse, eut bien dû s'appliquer 
à lui-même l'épithète de larron, car son livre n'est 
qu'un plagiat éhonté de Y Étymoiogie ou Explication 
des Proverbes françois, de Fleury de Bellingen, disait 
en parlant de certain personnage : « Il estoit de Gaen 
en France (comme parlent ceux du pays), c'est-à-dire 
franc Normand et vray traiflagoulamen, estant doué 
de toutes les rares qualités que tout le monde attribue 
aux Normands, épiloguces en ce motet désignées par 
les cinq syllabes de traiflagoulamen^ car il estoit 
traistre, flatteur, gourmand, larron et menteur. » 

Telles étaient les brillantes qualités qu'on nous prê- 
tait, vers 1650, à la porte du Louvre. 

En Bretagne c'était encore bien pis ! Si les Nor- 
mands disaient, de leur côté : Les plus sots en Bre- 
tagne^ ou bien : Qui fit Breton, il fit larron, les Bretons 
ne connaissaient que sous le nom de gredins et de 
gueusards les maquignons bas-normands, ceux du Bo- 
cage en particulier, les haricotiers de haridelles, qui 
s'entendaient si bien à parer leur marchandise et à 
faire passer, par des moyens connus d''eux seuls et 
dont le secret ne s'est pas perdu, une rosse pour un 
cheval fringant, trafiquants qui renouvelaient leurs 
fonds de commerce à la foire d'empoigne — inutile 
d'expliquer ce terme, — ce qui ne coûtait qu.'unepeur 
et puis courir. Un de nos méchants voisins trouva 
même moyen d'accumuler en quelques pages contre 



- 218 - 

ma province une série de calomnies encore plus com- 
plète que les précédentes, mais présentée, du moins, 
d'une manière un peu plus spirituelle. 

Voici trois passages du Catéchisme d'un Normand 
qui quitte son pays pour venir s'établir en Bretagne : 

« Demande. Savez-vous quelque chose de l'histoire 
des Normands? 

« Réponse. Oui, je sais qu'autrefois notre province 
portait dans ses armes trois faulx, qui signifiaient qu'il 
se trouve parmi nous trois sortes de personnes, savoir: 
faux témoins, faux sauniers et faux monnayeurs. 

a D. N'y a-t-il pas autre chose de remarquable dans 
l'histoire de votre province ? 

« R. Notre province est si ancienne qu'elle a eu 
l'honneur de donner naissance au treizième apôtre de 
Jésus-Christ. 

<( D. D'où était-il? 

« R. De la Haie-Pesnel. 

« D, Gomment avait-il nom ? 

« R. Judas-Iscariot. Le vendredi saint on chante en 
son honneur cette épître : Il y avait un homme de la 
Haie-Pesnel, capitaine de bandouliers. Il s'en fut dans 
le jardin des Olives, oii il trouva Notre Seigneur J . - G. , 
à qui il dit: « Bonjour, mon doux maître... » 

Plus loin, on lit : 

« D. Qui est celui que l'on doit appeler Normand ? 

(( R. G'est celui qui fait profession d.; s'enrichir à 
droite et à gauche, et de prendre à toutes mains. 

« D. Quel est le signe du Normand ? 

(c R. G'est d'avoir la main au-dessus de la tête^ 
prête à faire un faux serment. 



— 219 — 

^< D. Combien y a-t-il de commandements de cette 
nation ? 
« R. Sept. 
'I D. Dites-les. 
« R. Dieu en vain jurer tu pourras 

Pour affirmer un faux serment. 

Père et mère morts désireras 

Pour avoir leur bien promptement. 

L'argent d'autrui n'épargneras 

Ni son bien aucunement. 

Faux témoignages tu feras 

Et maintiendras adroitement. 

L'œuvre de la main n'oublieras 

Pour attraper incessamment. 

Grand favori tu te feras 

Pour te conserver longuement. 

Le bien d'autrui tu ne rendras 

Mais retiendras à ton escient. » 

Enfin mon pauvre compatriote auquel on demande 
s'il sait son Pater ^ répond : « Seigneur, je ne vous de- 
mande point d'argent ni de biens, mais qu'il vous 
plaise de me mettre oîj il y en a, me préserver de la 
goutte des mains et des pieds, mais que je les aie 
libres, soit pour atteindre en haut, soit pour fouiller 
en bas, et m'enfuir promptement ensuite. » 

Ces passages du Catéchisme dun Normand n'ont 
pas besoin de commentaire. Je me bornerai à rappeler 
que l'on prétend aussi que Judas était originaire de 
Sablé, dans le Maine, 

h'fiffidus Me Judaa Hablionensis erat, 



- 220 — 

Et que s'il est né en Normandie, c'est peut-être 
ailleurs que dans le Gotentin, ainsi que le veut ce cou- 
plet d'une vieille chanson : 

Judas était Normand, tout l8 monde le dit ; 
Entre Caen et Rouen ce malheureux naquit. 
Il vendit son Seigneur pour trente marcs comptants. 
Au diable soient tous les Normands. 

Mais les habitants de la Haie-Pesnel n'y perdent 
rien. Si leur bourg n'est pas la patrie du treizième 
apôtre, elle est celle de l'éternel ennemi du genre 
humain, du Malin, comme l'appelaient nos pères. 

Un autre proverbe dit en effet : 

A la Haie-Paisné 
Où le diable fut né. 

Le compilateur du Catéchisme d'un Normand n'a, 
d'ailleurs, fait que mettre en œuvre certains dictons 
qui sont encore très répandus, tels que : 

U?i Normand n'a plus qu'à mourir de faim quand 
son bras droit se paralyse. 

De Nor?na?îdie, mauvais vent, mauvaises gens. Pro- 
verbe jadis fort en usage à Paris et vrai pour le vent 
d'ouest, toujours pluvieux. 

Gars normand, fille champenoise, 
Dans la ^naison toujours noiae. 

Répondre en Sormaud. 

Faire une réponse de Normand. 

La Fontaine a dit : 

Ne soyez à la cour, si vous voulez y plaire, 

Ni fade adulateur, ni parleur trop sincère, 

Et tâchez quelquefois de ré[iondre en Normand. 



— 221 - 

Le Normand ne dit jamais ni oui, ?ii vère, ni nenni. 

Un Normand a son dit et son dédit. N'oublions pas 
ici que le Picard se ravise et qu'zV vaut mieux se dédire 
que se détruire, comme dit le Normand. 

Les Normands sont comme les Gascons, ils prennent 
partout. 

Garde d'un Gascon ou Normand ; 
L'un hable trop et l'autre ment. 

Roux François, noir Anglois et Normands de toute 
taille, ne fy fie si tu es sage. 

Quatre-vingt-dix neuf pigeons et un Normand font 
cent voleurs. Représaille des Champenois. 

Si le Normand n'exerce la pyratique e?i mer, il 
l'exerce en terre. 

Paris est l'Arabie heureuse des Normands. (Adage du 
xvi" siècle). 

N'est laquais normand ou basque 
Qui soit des pieds ou des mains flasque. 

Les Normands naissent les doigts crochus. 

En Normandie, un père, aussitôt après la naissance 
de ses enfants, les jette au plafond et il les étrangle s'ils 
n'ont pas les mains disposées de manière à s'y retenir 
accrochés. Variante : En Normandie, si l'on jette un 
nouveau-né contre une glace, il trouvera moyen de s'y 
accrocher. 

Les Normands sont nés d'un renard et d'une chatte. 

Enfin on disait et l'on dit encore : C'est un Normand, 
et c'en est assez pour signifier un fourbe, un chicaneur 
ou quelqu'un de trop réservé dans ses réponses. 



— 222 — 

Tout cela n'est que le résumé des mille brocards qui 
depuis dix siècles, se répètent par toute la France sur 
le compte des Normands et que ceux-ci ne se font pas 
faute de se renvoyer de canton à canton. M. Tirard, 
dans ses Études sur le Bocage, a dit fort justement à 
ce propos : « Le défaut de relations des populations 
entre elles les rendit ennemies les unes des autres et 
développa partout un âpre patriotisme de clocher qui 
n'a pas encore disparu. Il en résulta des haines de 
paroisse à paroisse, de village à village même, qui se 
traduisaient par des quolibets, des injures, engendrant 
force querelles, force batteries. Il n'était pas une foire, 
une assemblée, une réunion quelconque sans coups, 
sans têtes cassées, sans côtes rompues. Si l'on ne 
s'était pas cogné, on ne s'était pas amusé, disait-on ». 

Dès le xiif siècle, Messieurs, il était question des 
juréor de Baieux (les Jure ur s de Bayeux) et, depuis, 
vingt localités normandes ont vu adresser à leurs 
habitants l'épithète de faux-témoins. Tels sont les 
parjures de Vouilly (arr. de Bayeux), les témoigneurs 
de Montgaroult et ceux de Survie (arr. d'Argentan), 
les faux-témoins de Bretoncelles (arr, de Mortagne) et 
ceux de Saint-Jean-des-Baisans (arr. de Saint-Lô). 
J'ai souvent entendu dire qu'autrefois les habitants de 
cette dernière paroisse, interrogés sur leur profession, 
répondaient naïvement : « Je témoigne ! » 

Il m'est impossible, je le répète, d'entrer ici dans des 
détails sur tous les dictons de ma province. M. Canel 
les a recueillis dans son Blason populaire de la Nor- 
mandie et en a donné de piquantes explications, assai- 
sonnées de sel gaulois et de malice normande. De son 



— 223 — 

côté M. Georges Garniera commenté avec une érudi- 
tion du meilleur aloi les Origines de quelques coutumes 
anciemies et de plusieurs façons de parler triviales^ de 
Moisant de Brieux. 

J'ai fait et je ferai encore de nombreux emprunts 
à ces deux ouvrages, au premier surtout. 

Je vais maintenant vous dire quelques mots sur les 
proverbes historiques d'origine normande, puis je 
m'occuperai des dictons qui ont trait faux habitudes 
processives de mes compatriotes et à leurs relations 
jadis trop fréquentes avec la potence. 

Je vous parlais tout à l'heure du surnom de fléaux 
de Dieu, donné au Moyen-Age aux premiers Normands. 
Leurs descendants ont été à leur tour qualifiés de : 
Draschiers, Bigots, Bouilleux, Gamachésy Ouyvets. 

Les Normands draschiers, ce sont les buveurs de 
bière et de cervoise — le cidre n'a été connu chez 
nous, grâce aux Basques, que vers le XIP siècle — 
par opposition aux Français buveurs de vin. Ce so- 
briquet était pris en très mauvaise part, puisque 
drasche ou dresche, dans la langue romane, signifiait 
marc de bière et que ce résidu était abandonné aux 
pourceaux. 

Norma?ids Bigots. Les wikings et les compagnons 
de Rollon, devenus seigneurs féodaux, avaient sans 
cesse à la bouche l'exclamation Bt/ Got, par Dieu ! 
De là leur surnom. Comparez celui longtemps donné 
aux Anglais, Godons, tiré de Goddem, Dieu me damne! 

Normands bouilleux ou Normanni pultophagi. Le 
goût des Normands pour la bouillie de sarrasin, leur 



- 224 — 

mets national, devait nécessairement donner naissance 
à des locutions et des proverbes populaires. Le poëte 
latin Ravisius Textor y a fait lui-même allusion lors- 
que, dans une élégie, en énumérant des choses im- 
possibles, il affirme qu'on enlèverait plutôt le beurre 
aux Flamands, les raves aux Auvergnats et la bouillie 
aux Normands, qu'à lui le souvenir d'un ami. 
On dit encore : 

Chapon de Normandie, 

Une croûte de pain dans la bouillie. 

Ce n'est pas un rôti de bien meilleure qualité que le 

Chapon de Gascogne, une croûte de pain frottée d'ail. 

Chaque jour on répète encore dans nos campagnes : 

Yentre de bouillie 

Ne dure qu'une heure et demie. 

Normands gamachés. A la fin du dernier siècle, les 
Parisiens désignaient encore les Normands qui venaient 
aux halles par ce sobriquet, à cause de leurs gamachés, 
grandes guêtres de toile blanche, qui s'attachaient 
avec un ruban et couvraient la jambe depuis la chaus- 
sure jusqu'au dessus du genou. 

Normands houyvets ou ouyvets. C'était, dans le prin- 
cipe, le surnom des Bas-Normands et en particulier 
des Boscains. Plus tard, les Cauchois retendirent à 
tous les Normands de la rive gauche de la Seine. 

Ce sobriquet a une origine analogue à celle de Bigot. 
On pourrait croire que les Normands qui ne disent 
jamais ni oui ni non n'ont à aucune époque abusé de 
l'expression oui-vet, ou oui-vere, qui signifie littérale- 



— 225 - 

ment : Oui vraiment. Ce serait une erreur. Oui-voire 
équivaut au parbleu^ pour par Dieu, au ma foi des 
Normands et des Bretons, à YIndeed des Anglais, etc. 
et, dans le Gotentin, les paysans répètent sans cesse 
cette exclamation : Vère^ dont ils semblent ignorer le 
sens originel. 

Dans une comédie, Le Bateau de la Bouille, le valet 
Grispin a une altercation avec M. de Vire. Il le traite 
de Ouyvet, tandis qu'il se qualifie lui-même de Franc- 
Normand, et il explique pourquoi. 

Crispin. 

Cela ? C'est un Ouyvet. 

M. DE Vire. 

Et vous, n'êtes-vous pas un Ouyvet, je vous prie. 

Grispin. 

Moi ? Non, morbleu ! Je suis franc Normand pour la vie. 

M. DE -Vire. 

Et d'où là franc Normand ? Rouennois ou Cauchois ? 

Crispin. 

Non, morbleu! franc Normand. 

M. DE Vire. 

Normand d'où? 

Crispin. 

Du Roumois. 
M. de Vire. 

Monsieur le franc Normand, eh bien ! sachez de grâce. . » 

Après les sobriquets de la province passons à ceux 
de quelques localités particulières. 

Voici d'abord : Tinchehray , caverne de voleurs. Si 

15 



— 226 - 

la légende répandue dans le département de l'Orne 
était vraie, cette appellation de caverne de voleurs, 
appliquée à la ville de Tinchebray, serait la plus an- 
cienne de toutes celles du blason populaire normand. 
Gésarl aurait écrit : Tandem advenimus Tinchebraïum 
speluncam latronum ! Inutile de faire observer que 
cette phrase ne se trouve pas dans les commentaires 
du conquérant des Gaules ; mais elle n'en a pas moins 
une origine historique et d'une antiquité fort respec- 
table. C'est Henri I«% roi d'Angleterre et duc de Nor- 
mandie, qui, selon Ordéric ^Vital, aurait dit au pape 
Galixte II, dans une conférence tenue à Gisors, en 
il 19 : Tandem Teiierchebraïum, speluncam latronum 
obsedi. Il y a, comme on le voit, une variante dans le 
texte du chroniqueur ; mais voleur ou démon, peu 
importe, et l'épithète n'est pas flatteuse. 

Les guerres civiles, je viens d'en citer un exemple 
caractéristique, et les luttes religieuses laissent tou- 
jours des traces profondes et ineffaçables. 

Dans l'Orne, le souvenir de la Ligue est conservé 
par les dénominations de la Ligue d'Écouché et la 
Ligue de Moulins-la-Marche, dont les habitants s'étaient 
montrés de fervents ligueurs. 

Dans les mêmes parages, on lit encore : 

Vive le Roi 

Et Monsieur de Chamboi. 

C'est un souvenir de la Fronde. Or, comme le mar- 
quis de Chamboi était un des chefs de l'armée du duc 
de Longueville, ce proverbe est l'équivalent de celui 



— 227 — 

dont La Fontaine a fait la morale, fort peu morale, à 
mon sens, d'une de ses fables : 

, Le sage dit selon les temps : 

Vive le Roi ! Vive la Ligue ! 

La révolte des Nu-pieds, en 1639, est rappelée par 
les Va-7iu-pieds de Mantilly et par ceux de Messei, 
près de Domfront. 

Enfin le souvenir des discordes de la Révolution se 
conserve dans les dénominations de : Chouans de 
Bouée (arr. d'Argentan), de Rabodanges et de Saint- 
Jean-des-Bois (arr. de Domfront) ; la petite Vendée de 
Bauquaij (arr. de Vire) ; les Aristocrates des Yveteanx 
(arr. d'Argentan) ; dans ce dicton : Méchant comme 
les choiums de Mesnil-Gondouin (arr. d'Argentan), 
etc. 

Je citerai encore dans la Seine-Inférieure : Cany-le- 
Maiidit et Thio?îville-le- Massacre, allusion à une lutte 
sanglante entre les habitants de ces villages à l'époque 
révolutionnaire. 

De simples émeutes sont l'origine des sobriquets 
suivants : Les Bridons de Goulouvray et les Enfumés 
de Monfréville, souvenir de l'incendie des presbytères 
de ces localités par les paroissiens eux-mêmes ; et les 
Grippe-nodins de Darnetal. En 1630, on déchargeait à 
Rouen un navire dont la cargaison se composait de 
draps anglais. Douze cents ouvriers drapiers l'assail- 
lirent, déchirèrent les draps et les jetèrent à la Seine. 

L'ancien régime et la distinction des castes nous 
ont laissé aussi quelques proverbes. 



- 228 - 

Dans rOrne on parle encore des Esclaves ou des Serfs 
de Médavy, parce que les vassaux de cette seigneurie 
n'avaient pas, dit-on, à se louer du traitement de leurs 
maîtres. 

La petite ville du Sap était habitée par un certain 
nombre de gentilhommes peu fortunés qu'on appelait 
la Eoberie du Sap. 

On répète encore, dans la Seine-Inférieure : Il y a 
eu plutôt un sire de Graville qiiun roi en France^ par 
allusion à l'antiquité de la famille des Malet de Gra- 
ville. 

Dans le Cotentin, on disait : Les bourgeois de Cher- 
bourg sont pairs à barons., parce qu'on croyait que 
Charles le Mauvais, roi de Navarre, avait, en 1366, 
anobli en bloc tous les habitants de cette ville. Il leur 
avait seulement concédé certains privilèges, dont 
jouissaient également les bourgeois de Paris et de 
quelques villes, l'exemption de la taille et de certaines 
charges imposées aux roturiers, le droit de porter 
l'épée, etc. C'est sans doute, en raison de ce prétendu 
anoblissement, que les Cherbourgeois ont parfois 
montré peu d'égards pour les étrangers qu'ils traitent 
de hormins ou d'avolés. 

Dans toutes les provinces, il y avait des dictons sur 
les familles nobles. Je me bornerai à rappeler celui si 
connu en Franche-Comté : 

Riche de Chalon, noble de Vienne, 
Fier de N eu fchatel, preux de Vergy ; 
Et la maison de Beaufremont 
D'où sont sortis les bons barons. 



— 229 — 

De même, en Normandie, nous trouvons, entre 
autres : Le Riche de Nouant, le Superbe de Laigie, le 
Gueux de Courtomer^ etc. 

Les anciennes demeures féodales n'ont pas été non 
plus oubliées dans notre blason populaire. Le château 
de Tancarville, près de Rouen, s'appelait le Fort aux 
Boureaux, et nous avons çà et là, comme dans toutes 
les parties de la France un Château-Ganne, restes de 
traditions peu flatteuses pour leurs anciens possesseurs. 
Dans le pays d'Argentan, on dit : Haut comme la tour 
d'Aubry (à Exmes), et, aux environs de Pont-Aude- 
mer : 

C'eut comme le château d'Annebaut 
Ça restera toujours en défaut, 

Allusion au château d'Appeville-Annebaut, com- 
mencé en 1549, sur un plan trop grandiose, par l'Ami- 
ral Claude d'Annebaut, et resté inachevé. 

Enfin, en Haute-Normandie, pour dépeindre une 
construction remarquable, on dit : C'est un petit Gail- 
lon^ à cause du château bâti par Georges d'Amboise, 
archevêque de Rouen et premier ministre de Louis Xll. 

Voilà des spécimens de nos proverbes historiques. 

Quant à ceux relatifs aux mœurs, ce sont en Nor- 
mandie à peu près les mêmes que partout ailleurs. 

Je ne puis cependant résister à la tentation de vous 
citer deux ou trois dictons assez singuliers dont vous 
excuserez le réalisme. 

Un enfcml naturel s'appelle, en Normandie, un 
poussin de haie. Si vous rencontrez le petiot et si vous 
lui demandez à qui il appartient, l'enfant répondra 



— 230 — 

avec une candeur ingénue : « J'nai pas d'pôre ; ma 
mère m'a gagné d'son bon ménage ». 

L'ivrognerie a donné aussi naissance à nombre de 
dictons, témoin celui-ci : 

Margot Pinton 
Aime mieux pinte que démion. 

Le démio?i, c'est la chopine, et vous comprenez dès 
lors pourquoi Margot préfère la pinte. Nos anciennes 
mesures étaient le poi^ \a pi?îte ou carte, la chopine, le 
petit pot et la demoiselle (ce qu'une demoiselle pouvait 
supporter honnêtement d'eau-de-vie). 

Ah ! c'est que l'on boit ferme au pays du bère gra- 
cieux, du gi'os bèî^e, du bèj^e langueyant, du bère qui 
prêche à s'7i homme, du /. . . bas. Notre boisson nationale , 
le cidre a mille autres épithètes proverbiales, toutes 
bien méritées. Si ce n'était pour rafraîchir nos gosiers, 
pourquoi donc grefferions-nous tant de pommiers? 

On en plante partout, môme dans les cimetières. Il 
y a beau temps qu'un Vau-de-Vire l'a constaté : 

On plante des pommiers es bords 
Des cimetières, près des morts, 
Pour nous remettre en la mémoire 
Que ceux dont là gisent les corps 
Ont aimé comme nous à boire. 

Pommiers, croissant es environs 
Des tombeaux des bons biberons 
Qui ont aimé vostre breuvage, 
Puissions-nous tant que nous vivrons 
Vous voir chargés de bon fruitage. 



— 231 — 

Passons à d'autres défauts que l'on attribue partout 
aux Normands. 

Tout bon et vieux Normand que je suis, je n'oserai 
affirmer devant vous, Messieurs, que mes compatriotes 
ne méritent pas le reproche qu'on leur adresse d'aimer 
trop la chicane. D'ailleurs, leur réputation de plaideurs 
infatigables est passée à l'état de chose jugée et trop 
fortement enracinée dans l'opinion pour qu'il soit 
possible de remonter le courant. Je m'incline devant 
cette sentence, car l'appel me semblerait téméraire. Et 
pourtant le verdict qui a condamné mes compatriotes 
est bien rigoureux et l'on a omis de leur accorder le 
bénéfice des circonstances atténuantes. 

N'est-ce point l'esprit d'ordre, d'économie, d'épargne, 
encore caractéristique de nos campagnes, qui a fait si 
longtemps de la Normandie la terre classique de la 
chicane et p^r suite, comme le veut un vieux dicton, 
le paradis des procureurs ? Quand on a, pendant de 
longues années, énergiquement travaillé, ahané sans 
cesse, pour nous servir d'un mot de terroir, afin de 
gaaigner le champ qu'on laissera à ses fils, n'est-on 
pas poussé à défendre son bien unguibus et rostro 
contre les empiétements d'un voisin? Ce qui nous a 
coûté le plus de peines et de labeurs nous est toujours 
le plus cher. 

Autrefois la Normandie était, de toutes les contrées 
de la France, celle où relativement le paysan était le 
plus libre et le plus heureux. Il y devenait facilement 
propriétaire, ainsi que l'établissent si péremptoire- 
ment ce chef-d'œuvre d'érudition d'un Normand, les 



— 232 — 

Etudes sur la classe agricole et Vétat de r agriculture 
en Normandie au moyen-âge, de M. Léopold Delisle, 
et les remarquables travaux consacrés au même sujet 
par M. Charles de Beaurepaire, archiviste de la Seine- 
Inférieure. Or, un proverbe d'une vérité toute primor- 
diale dit : Qui terre «, guerre a. Il n'y a donc pas lieu 
de s'étonner si le vieux jurisconsulte Jean delà Roche- 
Flavin, dans son livre des Parlements de France, 
classait notre province parmi « les plus contentieuses 
et les plus litigieuses de France ». 

Et puis-je en vouloir aux poètes, aux auteurs dra- 
matiques, aux romanciers, s'ils sont venus chercher 
dans mon pays les types des plaideurs les plus intré- 
pides ? 

C'est Boileau, qui, dans le Lutrin, nous montre les 
Normands assiégeant sans cesse le Palais : 

Entre ces vieux appuis, dont l'affreuse grand'salle 
Soutient l'énorme poids de sa voûte infernale, 
Est un pilier fameux des plaideurs respecté, 
Et toujours des Normands à midi fréquenté. 

C'est Racine, plaçant la scène des Plaideurs dans 
une ville de Basse-Normandie, Oui, M"'^ la comtesse 
de Pimbesche, Orbesche et autres lieux, le plaideur 
Chicaneau et le juge Dandin, sont mes compatriotes, 
grâce à leur immortel créateur et peut-être la fameuse 
enquête sur 

Le foin que peut manger une poule en un jour 

a-t-elle été inspirée par le grand prêchez meu pour 
un nid de pie dont il est question dans V Inventaire de 



- 233 — 

la Muse normande publiée à Rouen, an xvii* siècle, par 
David Ferrand. Ce grand procès fut, paraît-il, plaidé 
en 1629, devant le Parlement de Rouen ; mais les 
petits piars firent défaut aux conclusions des parties et 
les mirent d'accord en prenant la clé des champs. 

Imitant Boileau et Racine, les auteurs comiques et 
les chansonniers ont, à l'envi depuis trois siècles, tra- 
vaillé à nous faire une réputation de chicaneurs en- 
durcis. Ils ne sont pas les seuls. 

Un Normand, le savant et regretté M. Floquet, qui 
a si patiemment fouillé les papiers du greffe de la 
Cour d'appel de Rouen, nous a révélé bien des faits 
curieux sur l'esprit processif de nos pères. Dans les 
liasses poudreuses qui se sont accumulées pendant 
des siècles aux archives du Parlement de Normandie, 
il a saisi sur le vif nos plaideurs acharnés. 

« En ce temps-là, dit-il, (au xvii" siècfe) un vrai et 
bon Normand ne mourait pas sans avoir son petit pro- 
cès au Parlement. Plus tôt, plus tard, il fallait de 
toute nécessité en passer par là; c'était, voyez-vous, 
comme le voyage de la Mecque, oîi tout Musulman 
doit aller une fois dans sa vie. 

« Ah! s'écrie plus loin M. Floquet, qu'il connais- 
sait bien les besoins de son époque, ce bon curé d'A- 
vranches, Maître Jacques de Camprond, qui, en 1S97, 
mit en lumière et dédia au Parlement de Rouen le 
Psautier du juste Plaideur (Psalteriion juste litigan- 
tium), contenant pour chaque jour un cantique de sa 
façon et quatre psaumes arrangés par lui, que l'hon- 
nête plaideur devait réciter exactement pour gagner 



— 234 — 

son procès. Il ne manquait pas, dans ses prônes, d'en 
recommander la lecture à ses paroissiens, et il prêchait 
d'exemple, car il plaidait sans cesse, le bon curé, et 
sans cesse il récitait son Psautier du juste plaideur ; 
ce qui (soit dit sans blasphème) ne l'empêchait pas de 
perdre, ça et là, quelques procès sur la quantité. » 

Maître Jacques de Gamprond n'était pas le seul des 
ecclésiastiques normands à plaider avec acharnement 
et à se mêler à toute heure des contestations de ses 
paroissiens. Le mal était général dans la France en- 
tière. 

Pour faire cesser ces scandales le haut clergé multi- 
pliait les prescriptions. Les évêques d'Avranches, 
Roger d'Aumont, en 1646, et Gabriel-Philippe de Frou- 
lay de Tessé, en 1682, défendirent, sous peine de sus- 
pense ipso facto aux curés de quitter leurs presbytères 
pour s''occup'er à la sollicitation des procès. 

Ces menaces furent inutiles et, quelques années plus 
tard, Pierre-Daniel Huet, dans ses statuts synodaux 
de l'an 1693, essayait en vain d'un autre moyen et 
disait : « Quelque prudent que soit l'ancien statut de 
ce diocèse qui défend aux ecclésiastiques, sous peine 
de suspense, d'entreprendre ou de poursuivre aucun 
procès sans nous en avoir informé.... nous le révo- 
quons toutefois, non que notre intention soit d'autori- 
ser l'esprit de chicane et de contention, qui ne règne 
qae trop parmi les ecclésiastiques de ce diocèse, mais 
aimant moins les retirer de celte malheureuse dispo- 
sition parla terreur de la peine, qu'en leur remettant 
devant les yeux les avis salutaires de St-Paul.... Nous 



— 235 — 

avertissons ceux qui se rendent coupables de ce vice, 
et qui sont notés et diffamés dans ce diocèse par leur 
perverse inclination aux procès, que, s'ils ne s'en cor- 
rigent pas, nous les ferons connaître publiquement 
pour tels qu'ils sont, par les reproches que nous leur 
ferons devant toutes personnes et en toutes rencontres 
afin de les faire regarder avec terreur comme l'oppro- 
bre de leur ordre. » 

Hélas ! Huet, le savant précepteur du Dauphin, de- 
venu évêque d'Avranches^ en édictant ces sages pres- 
criptions, voyait la paille dans l'œil de son clergé ; il 
oubliait la poutre qui l'aveuglait. Ne sait-on pas, en 
effet, quel batailleur incorrigible il était. Ses Mémoires 
et sa volumineuse correspondance sont là pour en té- 
moigner. Des procès, il en a eu toute son existence, 
et il a dépensé un temps incalculable à plaider contre 
ses moines de l'abbaye d'Aunay et de celle de Fonte- 
nay, contre ses voisins, contre ses amis, contre ses 
parents. Il s'est plaint à la vérité de la pluie de pro- 
cès, qui a été, dit-il, Taffliction d'une partie de sa vie. 
Mais, si Daniel Hueta été un érudit profond et un pré- 
lat recommandable par sa piété et la pureté de ses 
mœurs, son amour extrême des contestations n'en 
reste pas moins bien et dûment établi. Et ce n'est 
pas là une réputation usurpée. 

Si tel était l'esprit du clergé, quel était celui des fi- 
dèles ? 

Assurément ce n'est qu'en Normandie que l'on pou- 
vait concevoir l'idée de translater en vers la Coutume, 
comme l'ont fait le trouvère Richard d'Annebaut, au 



— 236 - 

xiii" siècle, et un avocat du siècle dernier, dont, l'œu- 
vre anonyme est restée inédite, sans que le public y 
perde beaucoup. 

Je pourrais citer mille exemples de procès intermi- 
nables à l'issue desquels vainqueurs et vaincus se trou- 
vaient presque toujours ruinés, comme dans la fable. 
Deux me suffiront. 

Voici, d'abord, une querelle de trois cents ans entre 
deux familles nobles des environs de Vire, les La Ri- 
vière et les du Rosel de Saint-Germain, au sujet de droits 
honorifiques dans l'église de Saint-Germain-du-Crioult. 
Outre les amours-propres en jeu, il y avait à trancher 
un point de liturgie, celui de savoir ce qu'on doit en- 
tendre par le côté droit et le côté gauche d'une église, 
et la question est plus délicate à résoudre qu'on ne le 
croirait au premier abord. Je n'ai point à m'en occuper 
ici et je m'en félicite, car je serais très embarrassé 
d'émettre une opinion. De profonds théologiens et do 
savants archéologues ont longuement disserté sur ce 
point, sans l'éclaircir complètement. Adhiic sub judice 
lis est. La justice ne fut pas moins perplexe que moi. 
Elle prit son temps ; il s'écoula plus de deux siècles 
avant que le jugement définitif ne fût rendu. « Ceux 
qui avaient entamé l'affaire, dit M. Gaston Le Hardy, 
étaient en parfait repos bien avant l'issue de cette in- 
terminable procédure. Elle avait tant impatienté les 
parties que ces gentilshommes, trop faciles à tirer i'épée 
avaient eu recours maintes et maintes fois à l'argu- 
ment du duel, et cinq ou six d'entre eux y avaient 
trouvé la mort. » 



— 237 — 

Autre exemple, révélé, il y a quelques années, par 
un membre de la Société des Antiquaires de Norman- 
die, M. le comte Gérard de Gontades. En 1732, se 
terminait un procès relatif au compte de tutelle des 
enfants de messire Jacques-René de Montpinçon, 
baron de Lougé. 11 y avait trente ans que l'on plaidait, 
et c'est quand les frais dépassaient plus dedix fois les 
sommes en litige, que les parties avaient songé à se 
mettre d'accord. Il ne fallut pas moins de six grandes 
journées pour examiner le compte et les pièces du 
dossier. Tout cela pour un reliquat de 883 livres 19 
sous ! 

Après le clergé et la noblesse, passons au tiers-état. 

Selon MM. Galeron, Pluquet, Ganel, Tirard et vingt 
autres, la passion de la chicane a régné et règne 
encore en souveraine dans les campagnes de la Basse- 
Normandie. 

G'est dans les environs de Bayeux que M. Pluquet a 
rencontré les hommes les plus processifs qu'il y ait au 
monde. « Pour une vétille, dit-il, pour la plus légère 
discussion, ils vous menacent du sergent et il faut 
disent-ils, que la gueule du juge en pette. Ges paysans 
simples en apparence, sont familiarisés avec les termes 
les plus ardus de la chicane. Quand ils parlent pro- 
cédure, on croirait entendre un ancien procureur de 
l'ancien régime. 

Ces dispositions d'esprit tendent heureusement à 
disparaître et je ne crois pas que, de nos jours, on 
plaide en Normandie beaucoup plus que dans le reste 
de la France. N'oubliez pas, du reste, Messieurs, que 



~ 238 — 

si le Normand aime encore trop les procès qui se trans- 
mettent de génération en génération, on n»a pas à dé- 
plorer chez lui ces violences contre les personnes, qui, 
ailleurs, n'ont souvent de fin qu'avec l'extinction des 
races rivales. M. Emile de la Bédolliôre, le spirituel 
auteur du Normand, dans les Français peints par eux- 
mêmes, dit judicieusement : a Dans certains pays, on 
s'égorge ; en Normandie, on plaide. On y combat à 
coups d'assignations comme en Italie ^à coups de 
stylet. Le mot vendetta s'y traduit par procès. » Le 
procédé me paraît préférable et je sais. Messieurs, que 
vous êtes du même avis. 

Le Normand ne se fâche plus quand on lui lance ce 
brocard : ISormaiid, fy mangerai plutôt ma dernière 
chemise. Il hausse les épaules et plaide, quand le cœur 
lui en dit. 

Soutenons bien nos droits : sot est celui qui donne, 
C'est ainsi devers Caen que tout Normand raisonne. 
Ce sont là les leçons dont un père Manceau 
Instruit son fils novice au sortir du berceau. 

Ainsi parle Despréaux, et il savait à quoi s'en tenir 
sur la chicane, les chicaneurs, et les frais de justice, 
lui, 

Fils, frère, oncle, cousin, beau-frère de greffier. 

Au temps jadis. Messieurs, lorsqu'une législation 
beaucoup moins douce que la nôtre usait et abusait 
de la potence, les prêtres normands, disait-on, et en 
particulier ceux de Domfront, faisaient payer en même 
temps l'enterrement et le baptême parce que leurs ouailles 



— 239 — 

avaient l'habitude de se faire pendre . Je me hâte de 
vous rappeler qu'on se faisait pendre bien ailleurs 
qu'en Normandie. A Paris, on disait aux gens d'une 
honnêteté suspecte : Vous sere-z un jour capitaine d'une 
grande réputation^ on vous donnera le hausse-col en 
Grève, et il n'y avait guère de jour où les habitués 
de cette fameuse place de Grève chômassent de spec- 
tacle. La corde, ce supplice des roturiers avait même 
été ennoblie par d'éclatantes infortunes. Enguerrand 
de Marigny — un Normand, il est vrai — avait été 

Guindé la hart au col, étranglé court et net, 

au gibet de Montfaucon, comme un vulgaire malfaiteur. 
Le baron de Samblançay, dont l'innocence fut bientôt 
reconnue, n'avait-il pas, lui aussi, été pendu, victime 
de ringratitude de François V^ et de la reine-mère ? 
Et, au siècle dernier, un gentilhomme de grande mai- 
son ne disait-il pas un jour : a Qui est-ce qui n^a pas 
un pendu dans sa famille ? » 

Les Normands se trouvaient donc parfois en honnête 
compagnie quand ils gardaient les moutons à la lune 
et 

Dansaient la sarabande à cinq pieds du pavé, 

Gomme dit Regnaud, au temps où 

Le privilège des Normands 
Etait de mourir hauts et grands. 
Quelqu'un venait à disparaître ? 
Le chien quêtait en l'air son maître. 

Ne vous étonnez donc pas, Messieurs, si jadis, en 
prévision de leur destinée, les Normands naissaient 



- 240 — 

avçc un grain de chènevis dans mie main et un (jland 
dans l'autre. Le chènevis se transformait en chanvre 
et le chanvre devenait corde ; du gland naissait un 
chêne, et du chêne on faisait une potence. 

Et le chanvre s'appelait alors la salade normande ; 
mais on disait aussi dans le niême sens la salade de 
Gascogne, car les habitants des rives de la Garonne ne 
passaient pas non plus pour fort scrupuleux. « Queu 
chienne de salade ! s'écriait un Bas -Normand. Elle a 
étranglé mon père et mon grand'père, sans parler des 
oncles et des cousins. y> 

Et l'on chantait sur l'air de Geneviève de Brabant : 

Or, écoutez, petits et grands, 
Le catéchisme des Normands, 
Peuple connu dans notre France 
Par la chicane et la potence. 
C'est la double inclination 
De cette noble nation. 

Mais, un jour, survint la Révolution qui abolit tant 
de vieux usages et qui, tout en laissant aux coupables, 
Normands ou autres, la liberté de se faire condamner, 
leur imposa l'égalité devant le supplice. On peut bien 
dire encore de quelqu'un, et même d'un de mes com- 
patriotes : « Qu'il aille se faire pendre ! — C'est un 
homme à pendre ! — Il ne vaut pas la corde pour le 
pendre ! ». Il n'y a plus de gibets et, de nos jours, 
quand on veut avoir de la corde de pendu, ce n'est 
plus à Montfaucon, ni au siège de nos anciennes 
hautes-justices, qu'il vous en faut aller chercher. Met- 
tez-vous à la piste des suicidés pour entrer en posses- 



- 241 - 

sion de cet incomparable talisman qui assure la chance 
au jeu. Le meilleur, vous le savez, Messieurs, est la 
corde qui o fait passer de vie a trépas et a lancé dans 
l'éternité les amoureux désespérés. 

Effaçons donc de notre répertoire ce dicton : N'allez 
pas à Domfront, parce qu'à Domfront on pend les gens 
sur la mine^ ni reprocher à des juges de pendre par 
provision, comme à Vire, 7ionobsta7it appel, ainsi que 
se le permirent les magistrats de cette ville, le 20 
janvier 1606, pour un nommé Guillaume Le Goix, de 
la paroisse de Caligny, qu'un puissant complice, le 
sieur de Grux de Bellefontai ne, voulait arracher par la 
violence aux griffes de la justice. Le Parlement de 
Normandie s'émut, non sans raison, de cette singu- 
lière décision et cita à sa barre les juges du bailliage de 
Vire. On leur trouva des circonstances très atténuan- 
tes sans doute, car ils ne furent condamnés qu'à une 
amende et à la suspension pendant une année. 

Malgré la suppression des potences, Domfront res- 
tera éternellement célèbre par ce diction si connu : 

Domfront, ville de malheur; 
Arrivé à midi, pendu à une heure. 

Ge dicton offre plusieurs variantes. L'une d'elles 
ajoute : 

Pas seulement le temps de dîner. 

Gela justifierait cet autre proverbe : 

Qui a fait Normand 
A fait gourmand. 

16 



— 242 - 

11 est difficile de préciser aujourd'hui le fait qui 
donna naissance à ce brocard sur Domfront. L'opinion 
la plus vraisemblable est qu'il date des guerres de re- 
ligion. Toutefois, une variante très répandue semble 
lui assigner une autre origine. C'est : 

Domfront, ville de malheur ; 

Arrivé à midi, pendu à une heure. 
Quoi donc qu'il avait fait ? — Il avait volé un licou. 
— Il n'avait fait qu'ça ? ■ — La vaque était au bout. 

Cette circonstance aggravante excuse la sévérité de 
la sentence. 

Je ne voudrais pas, Messieurs, vous laisser sous ces 
impressions défavorables. Mais l'heure s'écoule et le 
temps me manque pour vous présenter la contre- 
partie de tous ces dictons et pour commenter devant 
vous certains adages très élogieux pour ma bonne et 
chère Normandie. 

Laissez-moi vous assurer cependant que cette pro- 
vince qui a donné à la France des poètes comme Mal- 
herbe, les deux Corneille, Casimir Delavigne, des sa- 
vants comme Fontenelle et La Place, des artistes 
comme Poussin, Jouvenet^ les Restout, des érudits 
comme Huet, le P. Daniel, Bochart et Léopold De- 
lisle, des archéologues comme Gerville, Auguste Le 
Prévost et Arcisse de Caumont, 



J'en passe et des meilleurs. 



Cette province, dis-je, mérite bien toujours son ho- 
norable surnom de Normandie, pays de sapience, qui 
nous permet d'oublier celui àQ pays d'empoigne^ qu'on 



— 243 — 

lui jette si souvent à la face, et que G;ien, la vieille 
cité universitaire, est encore Y Athènes normande. Puis 
vous m'accorderez bien qu'27 y a de bonnes gens par 
tout, comme dit le Nonnand, et qu'après tout, 

Si bonne ncn'oit Normandi<i, 
Saint MicJiel n'y lierait, mie. 

Pardoi) nez-moi. Mesdames, Messieurs, d'avoir abusé 
aussi longtemps de votre bienveillante attention. Mais 
si j'ai demande la parole sur une d^s questions du 
programme de ce Congrès, c'est que je me suis rap- 
pelé ces trois vers du fabliau du Segrestain, de Jean le 
Ghapelaiti : 

Usaigesest en Normandie 
Que, qui hébergiez est, qu'il die 
Fable ou chaiisan lie à son ho, le. 

J'ai voulu me conformer à ce louable usage constaté 
par le vieux poëte normand, et il ne me reste plus 
qu''à vous remercier du fond du cœur du sympathique 
accueil que vous avez daigné me faire. J'en garderai, 
soyez-en persuadés^ un constant et profond souvenir. 



Séance de clôture du 11 Juin. 



ÉTUDE 



SUR LES 



PORTRAITS PICARDS 

Jusqu'à la fin du xviii^ siècle, 
Par M. Henri MACQUEROIV. 



Les xYii® et xviii° siècles sont l'âge d'or de la gra- 
vure française. C'est au commencement du xvii® siècle, 
avec Léonard Gaultier et après une série de tâtonne- 
ments et d'essais plus ou moins infructueux, que la 
gravure commence à trouver la voie dans laquelle 
elle va se développer avec tant de rapidité et pour 
parvenir à une si haute perfection. Nulle part mieux 
qu'en France, elle n'arrivera à réunir, sous le burin 
des artistes du siècle de Louis XIV, toutes les condi- 
tions qui font son charme et sa valeur, c'est-à-dire 
l'habileté du dessin, l'exactitude du coloris, en un 
mot le respect complet de l'œuvre qu'elle fixe sur le 
métal, qu'elle va populariser et parfois même sauver 



~ 246 - 

de l'oubli en répandant en nombre considérable la 
figure d'objets d'arts que le temps ne respectera pas. 
Mellan, Nanteuil, Edelinck, Depoilly, Drevet vont 
porter la gravure à son apogée et, par la perfection de 
leur burin, par l'exactitude de leurs travaux, contri- 
buer puissamment au développement de l'art et du 
goût. Sur les traces de ces illustres maîtres, une 
pléiade d'artistes de valeur continuera les traditions, 
et, deux cents ans après Léonard Gaultier et Thomas 
de Leu, les noms de Cars, de Gochin, de St-Aubin 
et de tant d'autres résonneront encore, à la gloire 
de la gravure française. 

Vous ne vous étonnerez pas, Messieurs, qu'un Ab- 
bevillois vienne encore vous entretenir de gravure ; 
les concitoyens de Mellan, Poilly, Lenfant, Levasseur 
et Beauvarlet vous parleront toujours avec orgueil des 
grands artistes qui font la gloire de leur cité. Nous 
n'avons cependant pas l'intention d'étudier ici parti- 
culièrement l'œuvre de ces artistes dont vous parlait 
hier encore avec tant de compétence M. Emile Deli- 
gnières, l'historien par excellence des graveurs abbe- 
villois. Nous voudrions seulement vous entretenir 
quelques instants des portraits de ceux de nos ancê- 
tres ayant reçu le jour dans cette partie de la Picardie 
formant maintenant le département de la Somme, et 
dont la gravure nous a laissé les traits avec une per- 
fection et une vérité qui apparaissent dans un grand 
nombre des pièces que nous allons avoir l'honneur 
d'examiner devant vous. Nous arrêterons nos recher- 
ches à la fin du xviii* siècle, à cette époque où l'ancien 
monde dispaiaissanl pour en produire un nouveau, la 



— 247 — 



gravure fait aussi place à de nouveaux procédés de re- 
production qui, pour être plus pratiques et plus écono- 
miques, font regretter le temps glorieux où le burin et 
la pointe régnaient en maître dans l'art de la repro- 
duction. 



Nous conservons peu de portraits des personnages 
illustres qui ont vécu avant la fin du xv^ siècle, et en- 
core pour la plupart ceux que nous possédons, faits 
bien après la mort de celui qu'ils représentent, ne 
peuvent-ils être considérés que comme des portraits 
de convention. Tel est principalement le cas de Pierre 
VHermite^ le plus ancien des enfants de la Picardie 
dont nous ayons à parler et qui, dans les nombreux 
portraits que nous possédons de lui, est généralement 
représenté sous son aspect légendaire d'un vieillard 
à longue barbe, revêtu d'un froc de moine, tandis que 
Moncornet nous le montre comme un homme encore 
jeune, soigneusement habillé et ayant endossé la cui- 
rasse du croisé. 

Il faut probablement en dire autant de Jean Le- 
moine^ cardinal, né à Grécyau xiii" siècle, de qui nous 
avons trois portraits anonymes, dont deux cependant, 
mais copiés probablement l'un sur l'autre, le représen- 
tent sous les mômes traits ; dans l'un d'eux, tiré d'une 
vitre qui se trouvait dans la chapelle du collège fondé 
par lui à Paris, il porte à la main un petit édifice 
symbolisant le célèbre établissement d'instruction qui 
a sauvé son nom de l'oubli. Nous possédons encore 
de ces temps reculés les portraits du cardinal Jean 



— 248 — 

Alègrin, né à Abbeville à la fin du xii« siècle, et de 
trois évêques d'Amiens, Jean de la Grange, Jean 
Rolland ci Jean le Jeune. Trois d'entre eux font par- 
tie d'une série de portraits do cardinaux dont l'exac- 
titude est douteuse ; deux cependant méritent plus de 
confiance, car le titre indique sur quels documents an- 
ciens ils ont été gravés ; ce sont celui de Jean de la 
Grange trouvé, dit Fauteur, dans un mémoire ancien qui 
ne marque pas le lieu d'où il a été tiré, et celui de Jean 
Rolland, tiré de la représentation de ce cardinal, qui 
est en marbre sur son tombeau dans la chapelle de 
St-Jean Baptiste, derrière le chœur de la cathédrale 
d'Amiens. Nous avons enfin à retenir de cette époque 
le portrait de Joachim Ronault, seigneur de Ga mâ- 
ches, maréchal de France, mort en 1488, gravé par 
Stuerhelt, et celui de Guillaume II de Gamaches, pre- 
mier grand-veneur de France en 1410, qui a été gravé 
postérieurement par Décaché. 

Au xvi" siècle, nous entrons dans une période où la 
gravure commence à fleurir, et c'est sur les traits de 
quatre médecins célèbres: Sijlvius^Fernel^JeanBauhin 
et Riolan que nous apprécions le talent des artistes 
de cette époque. Nous pouvons maintenant avoir 
confiance dans la fidélité des traits qu'ils représentent, 
car ils sont, ou à peu près, l'œuvre de contemporains. 
Jacques Sylvius [delBoe), né à Amiens on 1478, ouvre 
la série. Son portrait par Léonard Gaultier, dans la 
chronologie collée, et nombre d'autres anonymes nous 
font connaître ce premier des médecins si iiombroux 



— 249 — 

alors sur le sol picard, en même temps que les vers pla- 
cés au bas de la gravure nous vantent les mérites de 
celui qui a barbariempurgat...pharmacacorrexit... » 
Après lui vient Fernel^ médecin du. roi Henri II, l'émule 
d'Ambroise Paré et à qui trois villes se disputent 
l'honneur d'avoir donné le jour. Les 20 portraits que 
nous possédons de lui, depuis celui de la chronologie 
collée jusqu'à ceux gravés par Montcornet et Larmes- 
sin, s'accordent tous pour nous le représenter sous 
une physionomie des plus austères et des moins 
agréables. Fernel n'était pas un homme ordinaire ; 
ses louanges sont chantées à l'envi dans les dystiques 
qui accompagnent ses portraits : 

Ingens Ferneli rov icai Çifisi yi>Ao? uv&'fu, 
Physicus, Orator, Celsus et alter eras. 

Jean Bauhin naquit à Amiens en J511 : fidèle adepte 
du protestantisme naissant, il eut une existence pleine 
de tourments et dut quitter la France pour se reti- 
rer à Bâle où ses deux fils, Jean et Gaspard, s'illustrè- 
rent après lui dans la pratique de la médecine. Les 
trois portraits que nous avons de lui, gravés un au 
burin et deux sur bois, ont été faits certainement pen- 
dant son exil ; au dessous des traits austères du cal- 
viniste, nous lisons ces deux vers qui retracent les 
tribulations de cette vie agitée : 

Gallus eram, Christum tandem confessus et Anglis 
Et Medicus Belgis, et Basilea tuus. 

Enfm Riolan clôt la série de nos médecins illustres 
du XVI* siècle ; nous ne possédons de lui qu'un seul 



— 250 - 

portrait gravé par Halbeeck alors qu'il avait soixante- 
dix ans et inséré dans l'édition de ses œuvres donnée 
par Plantin en 1610 ; mais nous sommes plus heu- 
reux pour son fils, Jean Riolan^ né à Amiens en 1380 
et dont nous avons plusieurs portraits gravés par des 
artistes anonymes, par Rousselet et par Michel Lasne : 
ce dernier surtout est magnifique et d'une vérité d'ex- 
pression remarquable. 

A côté de ces hommes illustres, n'oublions pas le 
savant Jean Valable ou Watteblé, professeur d'hébreu 
au collège royal, né à Gamaches au commencement 
du XYi^ siècle, que Léonard Gaultier a compris dans sa 
chronologie collée et dont la Bibliothèque Nationale 
conserve plusieurs autres portraits de petit format dus 
à des artistes anonymes ; Jeaii des Caiirres, principal 
du collège d'Amiens, né à Moreuil en 1540 et dont un 
artiste également anonyme nous a conservé les traits; 
et la rare gravure de Poilly représentant le révérend 
père Pascal d' Abbeville^ prédicateur capucin. 

Nous arrivons au xvif siècle, à l'époque où la gra- 
vure française sortie des tâtonnements du premier âge 
et en pleine possession d'elle-même arrive, entre les 
mains d'une prodigieuse quantité d'artistes de pre- 
mier ordre, à son complet épanouissement. Nous n'a- 
vons plus de crainte désormais : tous nos compatriotes 
nous sont maintenant connus, et chaque artiste a été 
fier de fixer sur le cuivre les traits de tous ces grands 
hommes qui font la gloire d'un pays ou de ceux qui, 
plus modestes, n'en ont pas moins consacré une vie 



- 251 — 

entière au développement de la science ou à la prati- 
que de toutes les vertus. 

A tout seigneur, tout honneur. Nous commencerons, 
si vous le permettez, par les artistes mêmes à qui nous 
devons tant, Mellan, Lenfant, Depoilly. Claude Mellan, 
né à Abbeville le 23 mai 1598, fut l'élève de Thomas 
de Leu et de Léonard Gaultier ; l'un des premiers, il 
perfectionna l'art auquel il devait consacrer avec tant 
d'éclat une carrière presque séculaire, Mellan a pris 
lui-même le soin de nous conserver ses traits, et vous 
connaissez tous cette charmante figure d'artiste dont 
la physionomie piquante, et pleine de finesse est encore 
rehaussée par le gracieux costume Louis XIII qui 
drape le buste. Plus tard le portrait de Mellan fut 
encore gravé par Edelinck, pour la galerie des hommes 
illustres de Perrault; par Marlié Lépicié pour la suite 
d'Odieuvre et par un artiste anonyme allemand qui l'a 
qualifié, par pure méprise du reste, du titre de Direc- 
teur d'Académie. 

La figure de Jean Lenfant^ l'un de nos meilleurs 
graveurs de portraits, n'est connue que depuis peu par 
une bonne gravure de Langlois que nous avons trou- 
vée à la Bibliothèque nationale, oii elle était encore 
ignorée des amateurs picards. L'épreuve est avant la 
lettre^ et c'est aux soins d'un vieil amateur ou d'un bi- 
bliothécaire prévoyant que nous devons de savoir le 
nom de Thomme qu'elle représente. Au bas de la 
feuille sur laquelle elle est fixée, se trouve cette pré- 
cieuse mention d'une écriture ancienne et probable- 
ment presque contemporaine du graveur : Voilà le 



— 252 — 

portrait de défunt M. Lenfant, graveur. Notre artiste 
est représenté en buste de trois quarts, coiffé à la 
Louis XIV et vêtu d'un manteau relevé pour laisser 
passer le bras gauche qui tient un livre posé sur les 
genoux, le tout dans un ovale équarri ; sur la tablette 
est le nom du graveur Langlois. 

François Depoilly naquit à Abbeville en 1622 et fut 
le chef d'une dynastie de graveurs ; mais aucun de 
ses fils ou de ses neveux ne le dépassa ni même l'égala. 
Gomme Mellan, Depoilly avait voulu graver son por- 
trait, mais la mort ne lui en laissa pas le temps ; il le 
dessina seulement et ce fut Roullet qui entreprit de le 
graver pour en faire présent aux enfants de son ancien 
maître ; lui même mourut avant de l'avoir terminé et 
Pierre Drevet se chargea de l'achever. On reconnaît 
aisément, dit Mariette, son travail dans la perruque 
et dans plusieurs parties de la tête. Cette gravure, à 
laquelle le malheur semblait vouloir s'acharner, est du 
reste magnifique et c'est une des plus belles et des plus 
rares pièces de la série des portraits picards. 

Après avoir payé aux maîtres de la gravure abbe- 
villoise le juste tribut qui leur est dû, nous pouvons 
entreprendre l'étude des portraits de ce grand siècle. 
Nous possédons maintenant les traits de tous les évo- 
ques qui ont occupé le siège de St-Firmin, et nprès 
avoir mentionné le portrait fort ordinaire de Mgr. Le- 
fehvre de Caumartin gravé par Boudon, nous nous 
arrêterons un moment sur ceux de son successeur, 
Mgr. baure. Mgr. François Faure est, de tous nos évo- 
ques, celui dont les traits furent le plus souvent repro- 
duits au cours de son long et brillant épiscopat ; nous 



— 253 — 

possédons de lui un portrait de petit format gravé par 
Noblin, trois autres in-folio dus aux burins deMasson, 
Landry et Humbelot, sept gravés par Lenfant qui sem- 
ble avoir eu une prédilection particulière pour ce pré- 
lat et dont les différents portraits à peu près pareils 
pour la figure, varient surtout dans les ornements du 
cadre, les chiffres ou les armoiries qui ornent les coins 
de l'ovale et dans les dates qui indiquent l'époque 
exacte de chaque planche ; enfin, Picard le Romain a, 
dans une superbe gravure de 16H2, qui ne mesure pas 
moins de 0,506 sur 0,441, reproduit avec un burin 
magnifique la figure du grand évêque. De Mgr. Feydeau 
de Brou, successeur de Mgr. Faure, nous possédons 
trois portraits, un de petite taille gravé par Jollain et 
deux autres de très grand format, différant fort peu 
l'un de l'autre, qui sont l'œuvre de Gantrel et de 
Trouvain. 

A côté de ces évêques, citons trois saintes femmes : 
Gabrielle Foucart, en religion de Jésus Maria, née à 
Abbeville le 15 avril 1568, fondatrice de l'ordre des 
Minimesses en France ; les nombreux portraits que 
nous possédons d'elle ne sont pas tous ressemblants, 
puisque Jollain et Poilly nous la montrent avec une 
figure pleine, tandis qu'une autre gravure du même 
Poilly et celle de Lenfant, la plus rare de toutes, nous 
la représentent sous les traits ascétiques d'une femme 
usée par les jeûnes et les tracas ; Catherine de Vis, née 
à Abbeville en 1579, une des premières religieuses du 
couvent fondé par la précédente, qui a eu son portrait 
gravé par Regnesson en tête de l'histoire de sa vie, pu- 
bliée en 1650 par Simon Martin, et la vénérable mère 



— 254 — 

Charlotte de Sainte-Ursule, bienfaitrice des Révérendes 
Mères Ursulines d'Amiens, dont nous devons le beau 
portrait au burin de Thomassin. 

Rappelons encore dans l'ordre religieux : les trois 
fleurs de lys spirituelles de la ville de Péronne, Fran- 
çoise Reynard, François Oubrcl et Claude Thuet, gra- 
vés dans l'ouvrage de Catherine Levesque ; un autre 
portrait de Claude Thuet, édité par Mariette et d'une 
assez grande rareté ; Claude Frassen^ définiteur gé- 
néral des Capucins, né près de Péronne en 1620, gra- 
vé par Moreau, Sergent et dans la suite de ûesrochers; 
Mathieu Lescoty doyen de Saint-Vulfran d'Abbeville 
en 1655, Louis de Machault, prieur de St-Pierre d'Ab- 
beville, Henri d'Ar gouges, abbé du Mont-Saint-Quen- 
tin en 1677, trois œuvres excellentes de Lenfant ; puis 
encore le Père Nicolas Barré, de l'ordre des Minimes, 
né à Amiens en 1621, représenté pai- Simonneau, sur 
son lit de mort ; Lucas de Muin, général de l'ordre de 
Prémontré, né à Amiens en 1657, qui se trouve dans 
la suite de Desrochers ; Nicolas Cornet^ grand maître 
du collège de Navarre, dont Bossuet prononça l'éloge 
funèbre et qui a son portrait gravé par Devaux ; 
Charles du Chemin, un solitaire de Port-Royal, par 
Gautrot et Mathey et enfin la magnifique gravure de 
Nanteuil qui nous représente François Blanchart, abbé 
de Sainte-Geneviève, né à Amiens en 1606. 

Nous voici arrivés à l'une des plus grandes et des 
plus nobles gloires de notre province, à l'homme extra- 
ordinaire dont nos prédécesseurs ont si bien compris 
le génie quand, il y a cinquante ans, ils plaçaient sous 



- 25B - 

le patronage de Ducange la jeune Société d'Archéologie, 
devenue aujourd'hui la grande et puissante Société 
des Antiquaires de Picardie ; c'est à l'abri du nom de 
ce grand homme que l'amour et l'étude du pays se 
sont développés parmi nous, et à cette préoccupation 
constante que la ville d'Amiens doit le plus beau de 
ses édiflces civils et les monuments qui ornent ses pla- 
ces publiques. Nous avons de Ducange trois portraits : 
un par Giffard, le plus beau de tous, dont il existe deux 
états différents et où le grand homme est représenté 
de face dans un cadre ovale et nous montrant cette 
physionomie puissante et calme caractérisant si bien 
le travailleur infatigable et le grand érudit ; un autre 
gravé par Lubin pour les hommes illustres de Perrault, 
et un dernier dans la suite de Desrochers, très beau 
également, au bas duquel un versificateur doué de plus 
de bonne volonté que de talent a composé un quatrain 
fort élogieux sans doute, mais dont la poésie n'est pas 
à la hauteur du génie qu'elle célèbre, La Bibliothèque 
nationale possède aussi un beau portrait de Claude 
Dufresne du Gange, fils aîné du grand amiénois. 

Ducange était un savant et un érudit ; Voiture fut 
un littérateur et un poëte. Il créa, dit M. Ubicini, la 
finesse et la délicatesse de la langue, affina le style, 
assouplit la phrase. Homme du monde accompli, le 
plus écouté de tous ces fins esprits de l'Hôtel de Ram- 
bouillet, où il brille sans conteste entre la malicieuse 
Angélique d'Angennes et la belle Julie, tel nous appa- 
raît Voiture dans les portraits assez nombreux que 
nous possédons de lui et notamment dans celui gravé 



- 256 — 

par Nanteuil d'après Philippe de Champagne et qui 
se trouve en tête de l'édition de ses œuvres de 1650. 
En le voyant ainsi, le sourire aux lèvres, la perruque 
frisée avec soin, le col posé d'une façon irréprochable, 
le pourpoint richement décoré sans tomber dans un 
luxe ridicule, nous sommes persuadés de la vérité du 
quatrain qui complète la gravure : 

Tel fut le célèbre Voiture, 
L'amour de tous les beaux espris. 
Mais bien mieux qu'en cette peinture 
Tu le verras dans ses écris. 

Et dans un autre, gravé par Desrochers, nous recon- 
naissons aussi la vérité de ces vers qui définissent en 
quelques mots le genre spécial dans lequel brillait 
notre écrivain : 

En prose ainsi qu'en poésie 
D'un style délicat et fin, 
Dans ses écrits Voiture alie 
Le tendre et le galant, le simple et le badin. 

Nous possédons encore quelques autres portraits de 
Voiture, un de Lubin pour les hommes illustres de 
Perrault, un très joli et très fin dû au burin d'Ingouf, 
et plusieurs autres d'une exécution très inférieure qui 
ne sont que de faibles copies des précédents. 

A côté des grands noms que nous venons de citer, 
nous rencontrons un homme qui, dans un genre diffé- 
rent, fut une des gloires de son pays et ressuscita une 
science oubliée depuis des siècles. Nicolas Sanson^ le 
père de la géographie et le chef d'une dynastie de 
géographes, naquit à Abbeville le 20 décembre 1600 ; 



— 257 - 

à peine âgé de seize ans, il dressait une carie de l'an- 
cienne Gaule, supérieure à toutes celles qui existaient 
alors. Nous ne possédons de lui qu'un seul portrait 
ancien, mais gravé par un des maîtres du genre, Ede- 
linck. Le géographe est vu presque de face, le corps 
tourné à gauche, et sur la tablette sont les armoiries 
de sa famille qui occupait depuis longtemps des char- 
ges municipales à Abbeville. En même temps que lui, 
citons Pierre Diwal^ son neveu et son élève, né à Abbe- 
ville en 1619, dont les nombreux ouvrages aujourd'hui 
oubliés, eurent une grande vogue lors de leur publi- 
cation : c'est Langlois à qui nous devons déjà plu- 
sieurs portraits picards et qui nous a transmis les traits 
de Duval dans une belle estampe in-folio, dont il existe 
deux états différents. Enfin, rappelons aussi un troi- 
sième abbevillois qui s'intitulait géographe mais qui, 
d'après son livre du Miroir de l'Univers, devait être 
plutôt un de ces astrologues si nombreux alors, Jean 
de Gaudebout, dont le portrait in-quarto gravé par 
Lenfant est d'une excessive rareté. 

Nous n'aurions garde d'oublier, dans ce siècle de 
Louis XIV si savant mais aussi si belliqueux, les picards 
qui s'illustrèrent sur les champs de bataille. A leur 
tête se fait remarquer l'illustre maréchal de Bon f fiers, 
qui dut à ses victoires de nombreux portraits, mais 
aussi quelques caricatures comme celle où il est repré- 
senté en général de la dragonnade ; puis, Aloph et 
Adrien de Wignacourt, grands-maîtres de l'ordre de 
Malte ; le portrait du premier gravé par de Larmessin 
d'après Michel-Ange de Caravage est surtout remar- 

17 



'"•'l — 258 - 

quable ; Charles de Mnnchy, maréchal d'Eocqidn- 
courty plus brave soldat que bon français, dont 
Boissevin, Nocret, de Brun, Jollain et autres nous 
ont conservé les traits dans de magnifiques com- 
positions ; les portraits gravés par Moncornet de 
Charles de Rambures, Jean de Rambures et François de 
Rambures, tous trois maréchaux de camp des arinées 
du Roi et gouverneurs des villes de Doullens et du 
Grotoy ; et enfin tous ces gentilshommes picards, les 
de Croy, les de Luynes, les de Chauhies, les de Créquy, 
les de Mailly qui versèrent leur sang sur les champs 
de bataille pour Dieu, pour le roi et pour la patrie. 

Nous n'en finirions pas s'il fallait détailler les por- 
traits qui nous restent à examiner des picards illustres 
du xvii^ siècle. Force nous est d'abréger et'de citer 
rapidement : Philippe Hecquet, doyen de la faculté de 
médecine de Paris, né à Abbeville, dont le portrait a 
été gravé par Daullé ; Blasset, l'auteur du Petit Pleu- 
reur et des statues qui décorent la cathédrale d'Amiens, 
gravé par Lenfant ; Samuel Desmarets, pasteur protes- 
tant né à Oisemont en 1599, et les portraits que nous 
avons de lui dont le plus remarquable dû à Matham 
se trouve dans « Effigies et vita3 professorum academiœ 
Groningoe » ; les membres de l'illustre famille des 
Caumartin et notamment Louis de Caumartin^ garde 
des sceaux de France, dont nous possédons un beau 
portrait anonyme ; Manessier de Brasigny, archevêque 
de Lyon, né à Abbeville, gravé par Laisné ; Manessier 
de Guibermaisîiil ou de Maison, religieux augustin, 
dont nous citerons un beau portrait gravé par Wille 
et un autre beaucoup plus petit, mais plus rare ; 



— 259 — 

Manessier de Préville, procureur du roi à Abbe ville, 
par Lenfant, à qui nous devons encore Jacques Gail- 
lard, seigneur r/'Ow?a/re, président au présidial d'Abbe- 
vil]e,el François de la Garde, sieur de Cumont, maïeur 
d'Abbeville ; Jean lîohault, philosophe et physicien, 
ami de Molière, né à Amiens en 1626, qui se trouve 
dans la suite de Desrochers; Philippe Pigné d'Abbe- 
ville, avocat au Parlement, dont le portrait a été gravé 
par Nicolas Pigné en i704, ainsi que l'atteste une men- 
tion mise au bas et qui n'est pas encore entièrement 
expliquée ; et enfin les hommes illustres qui ont rem- 
pli des fonctions publiques en Picardie, comme Ludo- 
vic de Vieiires, gouverneur d'Abbeville, par de His ; 
Louis de Lorraine, duc de Joyeuse et de Ponthieu, 
par Frosne ; Charles de Valois, comte de Ponthieu, 
par Daret ; Louis de Valois, comle de Ponthieu, par 
Mellan et de His ; Pierre Rouille, Libellorum supplicum 
Magister Picardiae Prœfectus, par Landry ; Adrien de 
Beu, président du présidial d'Abbeville, par de His , 
comme les d'Earcourt, les Lesdiguières, les Cossé- 
Brissac, les Cambout de Coislin, qui furent gouverneurs 
de nos villes ou colonels de nos régiments. 

Avec le xviii' siècle, nous arrivons à la décadence 
de l'art de la gravure et nous verrons en même temps 
diminuer et la quantité de nos portraits picards et 
leur valeur artistique. « L'ancienne manière, dit M. le 
vicomte Delaborde, y est toujours sensible, ^ais elle 
commence à s'altérer et ne tardera pas à se voiler de 
plus en plus sous les artifices d'une pratique spirituelle 



— 26U — 

à outrance et d'ane élégance recherchée jusqu'à l'af- 
féterie. » 

Nous possédons cependant encore quelques planches 
de premier mérite et qui ont droit à une sérieuse at- 
tention. En première ligne, il faut citer le superbe por- 
trait de Mgr Sabatier^ évêque d'Amiens, par Jacques- 
François Cars ; le prélat vu de face en camail ayant 
au cou la croix pastorale se détache admirablement du 
cadre ovale qui l'entoure et au bas duquel sont ses ar- 
moiries; peut-être pourrait-on reprocher à la tête d'être 
trop petite pour le reste du corps. Les nombreux por- 
traits de Mgr de la Motte gravés par Hubert, Bradel, 
Vangelisty joignent aussi à une bonne entente de la 
composition un burin soigné et une ressemblance 
maintenue, qui ne varie que dans celui gravé par Bour- 
geois d'Amiens, triplement intéressant au point de vue 
du graveur, de la rareté et des différences de type et 
d'aspect qu'il a avec les autres. Ceux de Mgr de Ma- 
chault qui succéda au long épiscopat de Mgr de la 
Motte ne sont intéressants qu'au point de vue du por- 
trait, mais n'ont aucune valeur artistique. Enfin, pour 
clore la série des évêques d'Amiens dans le cadre que 
nous nous sommes tracé, citons le rare portrait de 
Mgr Desbois de Rochefort, évêque constitutionnel de la 
Somme, gravé alors qu'il n'était encore que curé de 
Saint-André des Arts, oh. sa vertu et sa bonté étaient 
célèbres d'après les vers qui accompagnent la gravure. 

Un autre portrait qui a droit aussi à une mention 
toute spéciale est celui de Claude Capperonnier, né à 
Montdidier le 1" mai 1671, gravé par Lépiciéen 1741, 



- 264 — 

Le savant helléniste est à une fenêtre, vu de face, l'air 
pensif, une main soutenant sa tête et l'autre posée sur 
un livre : en dehors de la fenêtre, se trouvent des li- 
vres et des parchemins parfaitement rendus ; la tête 
très bien éclairée est d'une expression tout à fait re- 
marquable. Citons encore comme gravures nous rap- 
pelant le grand style et la puissance des artistes du 
sièfcle précédent, le portrait de Levasseur, graveur né à 
Abbeville en 1753, buriné par lui-même d'après le ta- 
bleau de Gieuze qui se trouve au musée d'Abbeville ; 
celui gravé par Benoit du célèbre sauveteur Jean Bou- 
sardy garde-pavillon du port de Dieppe né à Ault en 
1733, et celui du dernier des intendants de Picardie, 
François- Marie-Bruno Comte d'Agay, gravé par Ga- 
thelin, au bas duquel se trouve cette phrase élogieuse 
pour l'administrateur : Virtuti, justitiœ^ humanitati^ 
^Civitas Sanqiiiti7iensis offerebat. 1686. 

Le plus illustre des enfants d'Amiens au xviiP siè- 
cle est aussi celui dont nous conservons le plus grand 
nombre de portraits: nous avons nommé Gresset, dont 
un membre regretté de la Société des Autiquaires de 
Picardie nous a laissé la charmante statue qui orne 
la bibliothèque de cette ville. Tous ces portraits ne se 
ressemblent pas complètement : le plus connu qui a 
servi de type à toutes les reproductions modernes et 
probablement le plus authentique a été gravé par St- 
Aubin d'après le tableau de Nattier et reproduit sur 
acier par Sixdeniers. Gresset y est vu presque de face 
dans une tenue soignée et élégante et avec le sourire 
qui ne devait jamais quitter hs traits de cet aimable 
poète. Nous appellerons aus-i voire attention sur un 



- 262 — 

portrait très rare de l'auteur de Vert- Vert, gravé au 
burin par d'Elvaux en 1787, d'après le buste de Ber- 
ruer, dans lequel Gresset est vu de profil à droite, la 
figure calme et même pensive, offrant certaines dis- 
semblances avec le type popularisé depuis. Enfin, dans 
une édition de ses œuvres publiée par VoUand en 1794, 
se trouve une gravure avant toute lettre, qui doit avoir 
la prétention de représenter Gresset, mais oii nous*ne 
pouvons reconnaître aucun des traits qui nous sont 
familiers, nous étonnant de voir notre poëte revêtu du 
long manteau du siècle précédent et coiffé d'une 
énorme perruque à la Louis XIV. 

Un autre picard devenu célèbre et dont les portraits 
sont nombreux est le joyeux Vadé, Tauteur de la Pipe 
cassée et du Catéchisme poissard, né à Ham en 1720. 
Dans les nombreuses pièces qui nous rappellent ses 
traits, nous reconnaissons dans tout son épanouisse- 
ment le style de la fin du xviii* siècle, devenu élégant 
par l'influence des Boucher et des Watteau mais ayant 
perdu l'aspect grave et superbe des œuvres du siècle 
précédent : les portraits de Vadé, généralem.ent non 
signés, sont entourés de compositions maniérées où 
abondent les fleurs, les fruits et les colombes, et accom- 
pagnés de quatrains qui rendent hommage à son ca- 
ractère, comme celui-ci : 

Bon citoyen, ami fidèle, 
Plaisant sans iiel et galant sans fadeur, 
Il n'eut de maître que son cœur ; 
La nature fut son modèle. 



— 263 — 

OU cet autre qui peint parfaitement le genre littéraire 
du personnage : 

Sa muse qui n'était pas fière. 
En se jouant au bord de l'eau, 
Aimait à tracer le tableau 
Des plaisirs de la Grenouillère. 

Nous avons déjà trop abusé de vos instants, Mes- 
sieurs, par cette nomenclature trop sèche qu'impose 
la nature do notre sujet : nous passerons donc rapide- 
ment sur les portraits qui nous restent à examiner et 
qui ne représentent plusguère que des célébrités locales 
et des gravures d'un intérêt secondaire au point de 
vue artistique. Rappelons donc seulement les portraits 
du Père Louis de Poix, religieux capucin, né à Groix- 
rault en 1714 ; de Louis- Guillaume de Cambrai de 
Digny, directeur de l'épargne de S. A. R. à Florence, 
né à Roye le 16 décembre 1793, gravé par Faucci en 
1766; àe Jean Vaquette Fréchencourt de Gribeauval, 
célèbre restaurateur de l'artillerie, gravé à l'eau forte 
par Thiollet ; de Jean-Baptiste Denamps, professeur 
émérite au collège d'Amiens, œuvre de Miger ; du mu- 
sicien Noblet^ né à Abbe ville en 1713, gravé par Elisa- 
beth Pourvoyeur ; de Bosquillon, médecin né à Mont- 
didier en 1744, gravé par Saint- Aubin ; du graveur 
abbeviliois Jacques Aliamet^ dont un très rare exem- 
plaire se trouve à la bibliothèque d'Abbeville ; et enfin 
ceux des trois demoiselles de Mailly-Nesle, qui eurent 
une célébrité toute particulière et dont l'un des por- 
traits celui de la duchesse de Châtcauroux^ gravé par 
Balechou, mérite l'attention. 



— 264 — 

Le xviii^ siècle a créé de nouveaux genres de gravure 
inconnus jusqu'alors, la gravure à la manière noire, 
la gravure au lavis, la gravure en couleur. Du der- 
nier de ces procédés, nous avons une pièce capitale 
qui se trouve à l'Exposition du Cinquantenaire ; c'est 
le portrait, gravé par Janinet, de yji'^^er^m, marchande 
de modes de la reine Marie-Antoinette, née à Abbe- 
ville le 2 juillet 1744. « On ne connaît de ce portrait, 
disent MM. Portalis et Beraldi, que quelques rares 
exemplaires : ils ne portent point le nom du personnage. 
M^'* Bertin est vue presque de face. Cheveux bouclés 
et étages recouverts d'une mousseline formant bonnet. 
Corsage décolleté, les épaules couvertes d'un fichu 
noué sur le devant du corsage. Chef-d'œuvre de gra- 
vure en couleur ; jamais on n'a obtenu plus de fondu 
et plus d'harmonie dans les teintes. Le modelé est aussi 
très remarquable. » Cette pièce aussi belle que rare a 
atteint dans les ventes le prix de 351 fr. 

Chrétien et Quenedey^ son associé, avaient inventé 
un appareil mécanique appelé le Physionotrace, qui 
faisait facilement reproduire le profil du modèle que 
Chrétien gravait ensuite au lavis. Nous devons à ce 
procédé les portraits de Lcsueur, célèbre compositeur 
de musique, né au Plessiel près Abbeville le 15 février 
1763 ; du philantrope Parmentier, dont les épreuves 
se rencontrent difficilement; d^e Beauvarlet-Charpeti- 
tier, organiste, né à Abbeville en 1730, dont il existe 
encore un autre portrait gravé par Miger ; et de Jour- 
dain de l'Eloge, né à Amiens en 1728. 

Le xviii" siècle agonise ; la société l'rançuise estpro- 



- 265 — 

fondement remuée par les symptômes avant-coureurs 
de la crise qui va ébranler, puis détruire l'ancien ordre 
de choses ; 1789 arrive et nous n'avons plus à nous 
occuper que des portraits des Députés que la Picardie 
envoie aux Etats-Généraux pour réformer la vieille 
France. Un éditeur, Déjabin, publie la série des por- 
traits gravés au burin des membres de l'Assemblée 
constituante, parmi lesquels nous remarquons Maury, 
les deux Lameth, Delattre, Liénart^ Florimond Leroux^ 
quelques-uns gravés par Voyez d'Abbeville. Un autre 
éditeur, Levachez, publie une autre série gravée à la 
manière noire, mais celle-là incomplète, où nous ne 
pouvons relever que les noms du Comte de Crécy, de 
Diivalde Grandpré, de Maury et de Lameth^ ces deux 
derniers devant au rôle important qu'ils jouent à l'As- 
semblée une infinité d'autres portraits. Un seul con- 
ventionnel de la Somme a eu ses traits reproduits 
dans la gravure : c'est André Dumont, le courageux et 
modéré député d'Abbeville, dont le portrait gravé par 
son compatriote Danzel est excessivement rare. N'ou- 
blions pas enfin en terminant, Hiigou de Basseville, 
né à Abbeville, ambassadeur de la République Fran- 
çaise à Rome, où il périt tragiquement le 21 janvier 
1793, le général Barbou- Descourières, aussi né à Abbe- 
ville, qui se distinguera dans les rangs de l'armée Gallo- 
Batave^ et un simple capitaine de vétérans,, le brave 
Pocquet, de Rue, qui dut au sang-froid et à l'intrépidité 
avec laquelle il calma une émeute de ses soldats l'hon- 
neur de voir ses traits reproduits par la gravure. 

Nous avons teirminé. Messieurs, ce rapide et pour- 



- 266 ■ 

tant trop long exposé des portraits de nos concitoyens 
jusqu'à la fin du xviif siècle. Heureux si nous avons 
pu ne pas trop fatiguer votre bienveillante attention 
et rappeler à votre mémoire quelques-uns des grands 
hommes dont la Picardie doit être fiôre et qui ont 
droit à notre constante étude comme aussi à notre 
respect et à notre admiration. 




Séance de clôture du 11 Juin. 



A 



L'ECOLATRE DE NOYON 

ET LES ÉCOLES DE CETTE VILLE 



.0 



jusqu au milieu du xiif siecle, 
Par m. COUARD-LUYS, 



Les historiens et annalistes deNoyon ne se sont pas 
occupés d'une façon spéciale des origines et des trans- 
formations du collège de cette ville. 

A quelle époque ce collège, qui ne fut pas sans jouir 
de quelque réputation, a-t-il été fondé ? Par qui ? Dans 
quelles conditions ? A cette première question, toute 
naturelle, que se pose l'esprit, il est malaisé de répon- 
dre, si l'on n'a pour s'éclairer que les histoires impri- 
mées jusqu'à ce jour (1). La solution du problème de- 

(1) Ce travail formera le premier chapitre d'une histoire du 
Collège de Noyon que nous préparons actuellement. Depuis le jour 
où il a été lu au Congrès, et nous le publions ici sans y introduire 
aucune modification, M. l'abbé Morel, curé de Chevrières, a fait 
paraître une savante étude, à laquelle nous renvoyons, et qui a 
pour litre ; Les Écoles dans les anciens diocèses de Beauvais, Noyon et 
Sentis. Compiègne, 1887, Tome vu du bulletin de la Société historique. 



— 268 - 

vient plus facile si l'on est à même de consulter le pre- 
mier volume de l'Inventaire des Archives de l'Oise (1) 
et de dépouiller nos précieuses archives, spécialement 
celles de l'Évôché et du Chapitre de Noyon ainsi que le 
fonds de l'Hôpital Saint-Jacques. 

On peut alors établir par des textes précis qu'il 
existe des écoles à Noyon dès le xi* siècle, et à coup 
sûr dès le xii" ; qu'elles sont sous la direction de l'É- 
colâtre, dont les droits et les devoirs sont parfaitement 
définis ; enfin que les écoliers pauvres ont la faculté 
d'acquérir l'instruction aussi bien que les écoliers plus 
fortunés, grâce à la fondation d'hôpitaux créés pour 
les recevoir. 

On suit sans trop de difficulté les transformations 
subies par ces hôpitaux qui, dès le xiv" siècle, se ré- 
duisent à deux, celui de St-Jacques « Hospitale Sanc- 
ti Jacobi >^ , et celui de Robert Le Fèvre, « Hospitale 
magistri Roberti Fabri, » tous deux étant administrés 
par le Chapitre de la cathédrale. 

Et l'on constate, au xvi* siècle, que le collège n'est 
pas autre chose que la réunion de ces hôpitaux et des 
grandes écoles, « magnx scolae, >> réunion effectuée 
antérieurement à l'Ordonnance d'Orléans. 

Préparant depuis plusieurs années une histoire com- 
plète du collège de Noyon, nous nous bornerons à 
produire aujourd'hui les textes qui concernent TÉco - 



(1) Inventaire sommaire des archives de l'Oise. Série G. Tome 
1". 1878. — Voir, entre autres articles, l'analyse du cartulaire du 
Chapitre de Noyon (G. 1984), pages 317-388. 



— 269 - 

lâtrB de Noyon et les écoles de cette ville jusqu'au xiii' 
siècle. 



On donnait, dans les pays du Nord, le nom d'Éco- 
lâtre — scolasticus ou magister — au maître à qui était 
confié l'enseignement dans les écoles épiscopales et 
monastiques. Cette charge était le plus souvent exercée 
par un chanoine, un simple prêtre ou un moine de St- 
Benoît, dit M. Léon Maitre (1), qui ajoute que « pen- 
dant longtemps les écolâtres furent confondus dans la 
foule des autres chanoines sans aucune distinction ni 
prérogative. C'est à la fin du xi® siècle seulement que 
cette charge semble avoir été érigée en office avec 
émoluments spéciaux » (2) ; les fonctions de l'Écolâtre, 
remarque ailleurs le môme érudit, '< étant avant le 
XIII' siècle à peu près les seules oii le talent pût se 
montrer dans tout son éclat, furent toujours recher- 
chées par les hommes remarquables » (3). 

C'est précisément dans les textes de la seconde moi- 
tié du XI* siècle que nous rencontrons pour la pre- 
mière fois la mention d'un Écolâtre. Dans une charte 
de l'évêque Baudouin 1" « inter nos et advocatos » (4), 
datée du 27 mai 1058, figure parmi les témoins appe- 
lés à apposer leur seing Adelardus^ « signum Adelardi 



(1) Léon Maitre. — Les Écoles épiscopales et monastiques de 
l'Occident depuis Gharlemagne jusqu'à Philippe Auguste, page 185. 

(2) mdem, page 1S8. 

(3) Ibidem, page 191. 

(4) Arch. de l'Oise. — Gartulaire du chapitre de Noyon, folio 63. 
(G. 1984). 



— 270 — 

scolastici », qui vient immédiatement après le doyen, 
l'archidiacre, le prévôt et le chantre. Quelques années 
plus tard, en 1064 et 10G6, il figure au même titre 
dans la charte de fondation de l'abbaye de St-Barthé- 
lemydeNoyon, 8 mai 1064 (1), et dans l'acte de trans- 
lation des reliques de St-Éloy, 23 juin 1066 (2). 

Est-il en réalité le plus ancien Écolâtre? Rien ne 
nous permet de l'affirmer, mais on peut le supposer 
sans trop de témérité, en se rappelant que « le xi« 
siècle fut le point de départ d'une véritable renais- 
sance )) (3), que « les premières tentatives d'organisa- 
tion générale remontent seulement à la fin du xf siè- 
cle » (4), et que les évoques qui occupèrent alors le siège 
épiscopal de Noyon étaient Baudouin P'' (1044-1068), 
Ratbod 11(1068-1098), et Baudry, (1098-1113). Du 
premier, Le Vasseur nous apprend qu'il était « excel- 
lent Prédicateur qui alloit et tracassoit souvent par- 
my son peuple avec beaucoup de fruict » (S). Quant 
au second, il était qualifié « ab génère magno, scien- 
tiây piis moribus apj)rime laudahis » (6). Le Vasseur 
consacre tout un chapitre à rendre « tesmoignage de 
la grande doctrine et érudition de Radbode » (7), et 
l'Histoire littéraire de la France, après avoir dit de 

(1; Gallia cliristiana.— Tome x, col. 3G7. 

(2) mAem, col. 385. 

(3) Léon Maître. Opu& cil, p. '299. 

(4) Ibidem. 

(5) Le Vasseur. — Annales de l'église cathédrale de Noyon, page 
764. 

(6) Ibidem, page 778. 
7) Ibidem, page 783. 



— 271 — 

lui qu'il était « vir sane doctissimus » (1), qu'il avait le 
don de la parole, qu'il « préchoit, enseignoit, admi- 
nistroit lui-même les sacrements et la justice w, dresse 
le catalogue de ses écrits. Enfin l'évêque Baudry ne le 
cède en rien à ses devanciers. Élevé « dans la con- 
noissance de la religion et des lettres » (2), les pro- 
grès qu'il y avait faits lui avaient frayé les voies aux 
dignités de chanoine et d'archidiacre dont il fut re- 
vêtu dans Téglise de Noyon, et, en 1098, il était élu 
pour succéder à Ratbod II. « S'il fut pieux, il ne fut 
pas moins sçavant » (3), dit Le Vasseur, et, si le vieil 
annaliste de Noyon se trompe en lui attribuant la pa- 
ternité de plusieurs chroniques dont l'auteur est Bau- 
dry, chantre de la cathédrale de Thérouanne, il n'en 
est pas moins vrai que, comme le remarquent les au- 
teurs de l'Histoire littéraire, « St-Godefroi, évoque 
d'Amiens, avoit une si haute idée du sçavoir de ce 
Prélat, qu il le croïoit Auteur de la Chronique de Cam- 
brai » (4), et le conjurait instamment « de faire la 
même chose en l'honneur du diocèse d'Amiens ». Il 
peut donc se faire que la renaissance des lettres à 
Noyon ait coïncidé avec l'avènement au siège épisco- 
pal de ces prélats éminents^ et que le premier d'entre 
eux ait précisément créé dans ce but à Noyon la 
charge d'Écolâtre qui existait déjà dans des diocèses 
voisins. 



(1) Histoire littéraire de la France. Tome viii, p. 455. 

(2) Ibidem, tome ix, pa£;e 579. 

(3) Le Vasseur. — Opus cit, p. 792. 

(4) Hist. litt. de la France, ix, p. 580. 



— 272 — 

Si Adelardus est le seul Écolâtre que nous ayons à 
citer pour le xi' siècle, nous sommes plus heureux au 
xii% et nous pouvons donner une liste d'Écolâtres un 
peu plus fournie. 

Tout d'abord, dit l'Histoire littéraire, on découvre 
dans les chartes de Baudry « deux scolastiques de l'é- 
glise de Noïon, qui montrent que Baudri fut soigneux 
d'y entretenir les études convenables à des clercs. 
Guarmond remplissoit cette dignité en H02 et Arnoul 
en 1108 » (1). Il est parfaitement exact que « Guar- 
mnndus » a été revêtu de la dignité d'Écolâtre (2) ; 
quant à Arnoul, il n'en est pas de même, et cette 
erreur provient d'une mauvaise interprétation d'un 
texte mal ponctué par Le Vasseur (3). De 1105 en 
effet à 1119 l'unique Écolâtre est Fulrherius, qui figure 
en cette qualité dans une charte « de altari de Nous- 
lus, 1105 » (4); dans une autre « de altari de Athias 
monastcrio Sancti Theodorici concesso », H 05 (5); 
dans une autre relative à l'établissement des chanoines 
réguliers dans l'église de Ham, 1108 ; dans une autre 
« de altari de Sally et de Fregilcurt^ » de 1109 (6), 
dans une autre « de altari de Fins dato monachis 

(1) Ibidem, ix, p. 583. 

(2) Marlène, Amplissima collectio I. 599. « Signiim Guarntiindi 
scolastici ». 

(3) Le Vasseur ponctue à tort une charte de l'évêque Baudry, de 
1108, relative à l'église de Ham, « aichidiacono FuUherio, scolastico 
Arnulfo presbitero » ; il faut lire « Gerardo arcliidiacono, Fidchetio 
scolastico ». Le Vasseur p. 801. 

(4) G. 1984, folio 66 verso, 

(5) G. 19S4, folio 65 verso. 

(6) G. 1984, folios 70 et 71. 



— 273 — 

Sancti Quintini de Monte v, 4H2 (1) ; dans une der- 
nière « de dono dom?ii Calniacensis et Rogeri de Toro- 
ta » 1H9 (2). 

Une regrettable lacune nous oblige à passer brus- 
quement à l'année 11S7. Nous trouvons alors un 
Écolâtre, nommé Robertiis qui figure, en 11S7, dans 
la charte relative à la troisième translation des reliques 
de St-Éloy (3) ; en 1162 dans une « carta de Sanclo 
Bartholomeo >) (4), et, en 1168, dans la « carta super 
co?isuetiidi?'iibus nosiris » (5^. Il ne prend plus dans ces 
différents actes la qualification de Scolasticiis, mais 
celle de Magister scolarum. 

Son successeur porte le nom de Hugues, et s'intitule 
également magister scolarum ; il intervient comme 
témoin dans des actes très nombreux des années 
1173(6),1174(7), 1175(8), 1176(9), U81(10), 1182(11), 
1183 (12). L'un d'eux est une convention passée, en 
1174, entre l'Écolâtre et Nicolas Tison, à qui ledit 
Hugues s'engage à payer une rente annuelle de deux 
muids de blé, pour le bois de Sermaize, qu'il avait 



(1) G. 1984, folios 57 et 58. 

(2) G. 1984, folio 55. 

(3) Gallia christiana. x, col. 385. 

(4) G. 1984, folio 99. 

(5) G. 1984, folios 100 et 101. 

(6) G. 1984, folio 91. 

(7) G. 1984, folio 90. 

(8) G. 1984, folio 108. 

(9) Peigné-Delacourt. — Cartulaire d'Ourscamp, page 174. 

(10) G. 1984, folio 109. 

(11) G. 1984, folio 110. 

(12) G. 1984, folio 113. 

18 



— 274 — 

mis en culture, le paiement de la rente étant garanti 
parle Chapitre, avec cette clause qu'après le décès de 
Nicolas Tison la rente des deux muids de blé revien- 
dra au Chapitre, et sera affectée à un service anniver- 
saire pour ledit Nicolas, pour être distribuée aux cha- 
noines qui y assisteront. 

Ingerrannus gouverne après lui les écoles et se qua- 
lifie tantôt de magister scolarum^ tantôt de Novio- 
mensium scolarwnrector, dans des chartes de 1187 (1), 
1189(2), 1191(3), 1192(4). 

Enfin quand nous arrivons au xiii» siècle, nous rele- 
vons les noms de : 

Dreux ou Driion de Cardoil en 1222 (S). 

Eudes d'Amiens en 1230 (6). 

Thomas en 123... (?) (7). 

Hervée en 1237 (?) (8). 

Simon a de Duaco » ou « Douaco » 1239-1250 (?) (9). 

L'existence de l'Écolâtre étant ainsi régulièrement 
constatée, on doit se demander quels étaient ses devoirs 
et ses droits. 

(1) G. 1984, folios 9iet96. 

(2) Cartulaire d'Ourscamp, page 242. 

(3) Cartulaire d'Ourscamp, page 244. 

(4) G. 1984, folio 118. 

(5) Le Vasseur, page 940. 

(6) G. 1910. — Voir aussi Detnay. Sceau de l'Écolâtre Eudes. 
Inventaire des Sceaux de l'Artois et de la Picardie (n" 1204). 

(7) Le Vasseur, pages 759, 7G0 et 1319. Voir aussi Doiiet d'Arcq. 
Collection des Sceaux de l'Empire, {a" 7671). 

(8) G. 1984. folio 266. Il est question des exécuteurs testamen> 
taires de « magistri Hervei quondam scolastici Noviomensis » 1237. 

(9) G. 1984, folios 25, 368, 372, 373, 374. 



— 275 — 

Le plus ancien document que nous ayons à citer 
dans cet ordre d'idées est la « Carta de dignitate Sco- 
lastici ». Elle n'est pas datée, sans doute, mais comme 
elle émane d'un doyen qui ne peut être autre que 
Hugues de Coucy, lequel figure dans Le Vasseur avec 
les dates de 1187 et 1202 (1), on voit par là môme 
qu'elle remonte à l'extrême fm du xii^ siècle ou aux 
premières années du xm*. Ce document analysé dans 
l'Inventaire sommaire de la série G des Archives de 
rOise mérite d'être reproduit in-extenso. 

« De dignitate Scolastici » (2). 

« Hugo, Noviomensis ecclesie decanus, etcapitulum 
universis quibus pagina presens innotuerit in Domino 
salutem. 

Statuimus in perpetuum ut quicumque magister 
scolarum de cetero instituetur in ecclesia nostra cereos 
puerorum de choro in die Purificationis, denarios pue- 
rorum canonicorum qui proveniunt ex teloniis medii 
martii, duos dimidios pedes de cereis qui ante episco- 
pum tam in Pascha quam in Penthecoste soient deferri 
cum aliis scolarium laborum emolumentis de jure et 
dignitate sui magistratus habebit, eisque solis que 
prediximus contentus erit. 

Si vero aut ipse aut alius pro eo, cujuscumque per- 
sone rogatu vel auctoritate, majus sibi beneficium pro 
magistratu scolarum acquirere in ecclesia nostra 
attemptaverit, ipse magistratus sui personatum ac 

(1) Le Vasseur, page 1319. 

(2) G. 1984, folio 111. 



— 276 — 

benefîcium ante ingressum attemptate acquisitionis in 
manu capituli, nuUo jure pênes eum rémanente, libère 
resignabit. 

Preterea, si forte aliquem aliquando pro se lecturum 
sustinere voluerit^ infra vigiliam Pasche personam 
illam idoneam capitule aut saniori ejus parti compla- 
citam ipsi capitulo eum presentare oportebit, ut digna 
commendetur et indigna repudietur. 

Ipse quoque ex debito adepte dignitatis continuam 
mansionem faciet Noviomi. 

Super omnibus igitur predictis inviolabiliter obser- 
vandis juramentum ecclesie et capitulo prestabit. 

Et sciendum quod a majoribuset sanioribus ecclesie 
nostre vera testificatione cognovimus quia de jure et 
antiqua ecclesie consuetudine nichil ultra quam predi- 
ximus ad jus et personatum pertinet magistratus. 

Si quid autem supra alicui aliquando eum magis- 
tratus honore collatum t'uerit, gratia persone, non 
personatus jure, de mera ac liberali capituli voluntate 
de propriis bonis ecclesie constat induUum et additum 
ad tempus ei fuisse ; unde pro voluntate nostra alii 
minor, alii amplior facta est indulgentia. 

Ne igitur processu temporis nostre gratia liberali- 
tatis ad predicti personatus dignitatem alicujus astutia 
aliquatenus pertrahatur, nos, ecclesie juri precaventes 
in posterum, solido et sollempni autentico prohibemus 
ne aliquid prêter ea que supra annotavimus eum ma- 
gistratus honore alicui de cetero conferatur, unde et 
presentem paginam sigilli nostri munimento sollem- 
niter confirmamus » . 



— 277 ~ 

Quelques années plus tard, en mai 1217, on s'occu- 
pera encore, mais accidentellement, de l'Écolâtre dans 
la « carta de stagio nostro » de l'évêque Etienne de 
Nemours, du doyen Jean et du Chapitre qui, loin de 
rien innover, quant au personnage qui nous intéresse, 
maintient au contraire l'état de choses antérieurement 
établi. Il est dit simplement que les « decamis et ma- 
gister scolarum talemresidentiam facient qualem facere 
consuevenmt » (1). 

Un second règlement, plus détaillé et par consé- 
quent fort curieux, ne tarda pas à définir d'une façon 
plus minutieuse les devoirs de l'Écolâtre. Gomme le 
premier, il n'est pas daté, mais il existait certainement 
quand Simon de Douai fut promu à la charge d'Écolâ- 
tre, et, par suite, est antérieur à 1237. On verra en le 
lisant qu'il n'a d'autre but que de relater ce qui s'était 
fait jusqu'à cette époque pour qu'il en fût de même à 
l'avenir (2). 

a Prout a predecessoribus nostris canonicis est au- 
ditum, et prout a scolasticis nostri temporis uti visum 
est pro pluribus, in hac pagina scripto sunt commen- 
data et sigillatim notata omnia que scolasticus Novio- 
mensis, quicumque pro tempore canonice substitutus, 
ex antiqua consuetudine débet et solet facere, ratione 
scolasterie, tam in ecclesia quam extra. 

Débet siquidem esse diaconus vel presbiter infra 
annum quo fuerit promotus. 



(1) G. 1984, folio 1G4. 

(2) G. 1984, folio 358. 



- 278 - 

Débet in ecclesia continuam residentiam, sicut suc- 
centor illius. 

Débet etiam per se vel per aliuni quociens opus est 
facere brève de legendo sicut succentor de cantando. 

Débet in ecclesia per se vel per alium adimplere 
omnes defectus in legendo tam de die quam de nocte, 
sicut succentor in cantando (1). 

Débet per se vel alium ascultare omnes qui debent 
légère, sicut succentor illos qui debent cantare. 

Débet eciam omnes libros ecclesie servare, emen- 
dare, reparare, si opus est, sed ad sumptus ecclesie, 
sicut succentor libros cantus. 

Débet preterea omnes litteras in capitulo legendas 
légère et omnes litteras facere sub sigillo capituli 
faciendas, tam cartas quam alias, sed scripture ecclesia 
solvit sumptus. 

Débet eciam dictus scolasticus extra ecclesiam sin- 
gulis annis scolis Noviomensibus de rectore sufficienti 
qui Parisius rexerit in artibus, ad annum futurum 
providere, et provisum in dio Gène Domini Capitulo 
post sermonem, presentare, quem sermonem dictus 
scolasticus débet per se vel per alium facere. 

Preterea débet omnes et solos scolares Noviomen- 

(1) On peut rapprocher ce texte de celui-ci ; 

« Si quis in ebdoinada epislolam lecturus vel evaugeUutn vel canlum 
incepturus sive alleluya, vel tractum cantatiirua defecerit, ebdoinailam 
donec intègre perfecerit ilerabit, nec aliud pro vice prima dispen Hum 
sustinebit. Si autem iterum lapsus facrit, pro siiiyiiUs vicibtis singuUs 
diebus sc.r mumwonim bencfîcio privabitnr. Pro defectu similitcr lec- 
tionis tel rcsponsorii sex nummorum senticl dampnum. » — 'arta super 
parHtione vinearum. 117G. — G. 1984, folio 105. 



— 270 — 

sium scolarum adversus omnes justificare, et, si eis 
injurietur, débet prout potest querere ut eis emende- 
tur ad sumptus eorum quos causa tangit. 

Insuper dictas scolastlcus non débet sustinere quod 
aliquis de aliqua Facultate légat vel scolas teneat in 
tota civitate vel in aliqua villa iiifra comitatum Novio- 
mensem nisi de ejus licencia speciali. 

Ita solet esse de scolis cantus in quadragesima vel 
in alio anr.i tempore quando scolares Noviomenses ad 
scolas cantus voluerint se transferre. 

Débet eciam dictus scolastlcus ratione dicte scolas- 
terie habere proprium stallum in choro Noviomensi 
a dextris superius juxta archidiaconum, quod a tem- 
pore cujus non est memoria scolastici nostri temporis 
possederunt, licet antic|uitus in eadem ecclesia scolas- 
tlcus stallum habuerît ad pilarlum dextrum et succen- 
tor ad sinistrum ». 

Si le règlement que nous venons de reproduire était, 
dans la pensée du Chapitre, destiné à prévenir tout 
conflit entre les chanoines et l'Écolâtre, Il ne répondit 
pas absolument aux espérances que l'on avait conçues, 
car Simon de Douai, dont l'un des chapelains nous 
donne une assez fâcheuse idée en le dépeignant comme 
un homme « mobilis et rixosus » (1), après Tavoir 
accepté, quand il s'agissait de se faire nommer, cher- 
cha, quand il le fut, à se soustraire à certains devoirs 
qu'il imposait. Ce Simon de Douai qui avait été cha- 
noine et officiai avant d'être Écoldtre (2), devait avoir 

(1) Voir l'enquête ci-après. 

(2) H. Fonds de l'Hôpital St-Jacques de Noyon. « Magister Symon 
de Douaco, canonicus et officialis Noviomensis ». Janvier 1223. 



— 280 - 

« 

d'assez nombreux appuis ; aussi eut-il gain de cause 
sur quelques points et paraît-il s'être affranchi de plu- 
sieurs obligations qu'il avait à remplir dans la cathé- 
drale : peut-être était-ce pour se consacrer plus parti- 
culièrement à la direction des écoles, hypothèse qui 
expliquerait pourquoi il refusait de suppléer aux offi- 
ces du jour ceux des chanoines et des clercs qui ve- 
naient à manquer. Quoi qu'il en soit, après qu'il eut 
cessé d'être Écolâtre, c'est-à-dire postérieurement à 
1 2o0, car il figure encore en cette qualité dans des actes 
des mois d'avril et mai 12o0 (i), une enquête fut ou- 
verte pour rétablir les choses dans leur état normal, 
et pour empêcher le retour de semblables difficultés. 
Nous croyons encore devoir en donner le texte (2). 

u Inquisitio que Ot super hiis que tenetur facere 
scolaslicus Noviomensis circa servicium Noviomensis 
ecclesie. 

Magister Gerardusde Sancto Mauricio, testisjuratus 
et requisitus, dicit quod scolasticus Noviomensis tene- 
tur facere omnes defectus in legendo tam de die quam 
de nocle sicut succentor in cantando. Requisitus quo- 
modo scit, dicit quod ita audivit semper dici, et ita 
crédit firmiter, et vidit magistrumOdonem, quondam 
scolasticum, facientem defectus de nocte et de die, Eu- 
vanglium et Epistolam, pro defectibus. Et crédit quod 
similiter scolasticus debeat facere defectum pueri in 
legendo ad primam. Dicit quod magister Simon de 
Duaco, quondam scolasticus, antequam esset scolas- 

(1) G. 19S'». folios 37: cl 373. 
(2j G. 19S4, folio 3Ô9. 



- 281 - 

ticus, dicebat scolasticum teneri ad omnes defectus 
supplendos denocte et dédie, Tenebatur eciam légère 
litteras in capitule et dictare litteras et cartas capituli 
et facere sermonem per se vel per alium in die Gène, 
presentare magistrum qui rexerit Parisius ad scolas, 
signare lectiones, emendare libres legendarum, facere 
reparari cum sumptibus ecclesie, ascultare eos qui 
debent légère, continue residere, et omnia alia facere 
que continentur in pagina que sic incipit : Pr'out a 
predecessoribiis nostris etc., et sic fînitur ad sinistrum 
etc.; et quamdam cedulam continentem ista tradidit 
dicto magistro Gerardo idem Symon, antequam esset 
scolasticus, licet postquam factus fuit scolasticus, 
facere recusaverit defectus de die. 

Dominus Gaufridus MauchionSj juratus, dicit quod 
vidit magistrum Odonem de Ambianis facientem defec- 
tum Eu vangelii de die in stola, manipule et supurpellicio 
pluries. Dicit etiam quod ita débet facere scolasticus, 
quicumque sit, sicut audivit dici postquam fuit de cho- 
ro, et ita firmiter crédit, et vidit scolasticum facientem 
sermonem in die Cène et presentantem magistrum 
scolarum. Dicit eciam quod débet dictare litteras capi- 
tuli, et légère litteras in capitule, et facere omnes 
defectus de nocte ; et dicit quod vidit quod magister 
Odo fecit portare librum Euvangeliorum et punctavit 
illum ad domum suam, et crédit quod débet emendare 
libres seu facere emendariad sumptus ecclesie. 

Balduinus Tuevake, capellanus in ecclesia Nevie- 
mensi, testis juratus, dicit quod vidit multeciens 
scolasticum facientem defectus Euvangelii de die et 



— 28-2 — 

omnes defectus in legondo de nocte. Dicit tamen quod 
magister Simon de Duaco, qui erat homo mobilis et 
rixosus, pluries contradixil facere defectum Euvan- 
gelii de die, tamen aliquando fecil ; crédit eciam quod 
tenetur ad alia de quibus magister Gerardus deponit. 
Johames Boskes, capellanus, juratus, dicit quod 
vidit magistrum Herveyum, scolasticum, facientem 
defectum Euvangelii in stola et manipulo, sed nescit 
utrum juste vel injuste, vel qua ratione faciebat. Dicit 
etiam quod non vidit alium scolasticum hoc facientem, 
tamen audivit dici quod scolasticus débet facere omnes 
defectus in legendo, et alia de quibus magister Gerardus 
deponit, preterquam de leclione de prima, et ita crédit 
melius quam contrarium. 

Dominus Petrus Gliopins, canonicus Noviomensis, 
juratus, dicit quod audivit dici quasi semper quod 
scolasticus débet facere omnes defectus de die et de 
nocte in legendo, et facere omnia alia de quibus supe- 
rius fit raentio ; tamen nunquam vidit aliquem scolas- 
ticum quem recelât legentem de die Euvangelium vel 
Epistolam pro defectu. 

Henricus de Buchi, canonicus Noviomensis, juratus, 
dicit quod vidit scolasticum legentem Euvangelium de 
die, sed non recolit quem, et pro defoctu, et audivit 
dici et crédit quod scolasticus tenetur ad omnia supra- 
dicta ». 

Il resterait maintenant à parler des écoles de Noyon 
en elles-mêmes, et à donner sur elles les renseigne- 
ments que nous avons pu recueillir. 

Une lettre de saint Bernard à l'évêque de Noyon, 



— 2S3 — 

Baudoin II de Boulogne, (1148-1167), fait allusion à 
l'école capitulaire et fournit à Le Vasseur l'occasion 
de remarquer que pour lors « l'évesché de Noyon estoit 
une académie où l'on envoyoitles jeunes gens appren- 
dre tout ensemble les lettres et la piété pour les dresser 
à rÉglise » (1). L'Histoire littéraire en conclut égale- 
ment « qu'une école était établie auprès de la cathé- 
drale de Noyon » (2). Cette lettre est ainsi conçue : 

Domino Balduino, Noviomensi Episcopo, frater Ber- 
nardus, GlaraBvallis vocatus abbas, melius quam me- 
ruit. 

Mitto vobis puerum istum praBsentium latorem 
comedere panem vestrum, ut probem de avaritiâ vestrâ 
utrum cum tristitiâ id feceritis. Nolite lugere, nolite 
flere : parvum ventrem habet, paucis contentus erit. 
Gratiamtamen vobis habemus si doctior a vobis quam 
pinguior recesserit. Materies locutionis pro sigillo sit, 
quia ad manum non erat, nam neque Gaufridus 
vester » (3). 

Mais cette école était-elle unique ? L'épiscopat de 
Baudoin II coïncide précisément avec l'époque où Ro- 
bert s'intitulait non plus scolasticus^ mais ?7iagister 
scolarum (4). Et plus tard, dans le second règlement, 
c'est à l'Écolatre qu'il incombera de fournir annuelle- 
ment « scholis Novmnensibus » un régent capable, 
ayant exercé à Paris dans la Faculté des Arts ; de défen- 

(1) Le Vasseur, pagtjs 887 et 888. 

(2) Histoire littéraire de la France xiii, p. 573. 

(3) Le Vasseur, page 887. 

(4) Dates citées plus haut. 



- 284 — 

dre contre tous « omnes et solos scolares Noviomensium 
scolarum »; d'empêcher tout maître de quelque Faculté 
que ce soit de venir, sans son autorisation spéciale, 
ouvrir des écoles « scolas » à Noyon ou en tout autre 
lieu du Comté de Noyon. Nous pensons donc qu'il 
existait alors à Noyon plusieurs écoles, auxquelles se 
rendaient non-seulement les enfants de Noyon, mais 
aussi des écoliers étrangers, attirés, soit par la répu- 
tation des maîtres qui enseignaient, soit par des avan- 
tages matériels avec lesquels il est nécessaire au pauvre 
de compter. 

Or parmi les élèves qui fréquentaient alors les écoles, 
et ce devaient être pour la plupart des clercs, il s'en 
trouvait évidemment beaucoup qui n'auraient pu son- 
ger à participer aux avantages de l'enseignement s'ils 
n'avaient trouvé dans les villes où il se donnait des 
établissements de bienfaisance leur offrant le vivre et 
le couvert. Deux de ces établissements leur étaient ou- 
verts à Noyon, dès les premières années du xii* siècle : 
c'étaientl'HôpitalSaint-Éloy et l'Hôpital Saint-Jacques. 
A défaut de luxe, l'écolier devait y rencontrer le néces- 
saire ; d'ailleurs remarque naïvement Le Vasseur, 
« un enfant destiné aux lettres et à l'Église doit reli- 
gieusement sacrifier à la sobriété, comme cet escolier 
de sainct Bernard, qui avoit petit ventre, ayant jà 
l'usage de l'abstinence par l'exercice du jeusne, où ce 
grand sainct l'avoit stilé, conjurant implicitement 
l'Évesquc de l'entretenir en la mesme practique, ut 
redeat doctior quam pinguior. Estant vray que pinguis 
venter non parit tenuem sensum ; tesmoin Margites le 
Goulu qui ne pouvoit compter jusques à cinq, ny se 



— 285 — 

souvenir de son nom propre. Contre tels gens bondit 
rudement cet Epiphoneure de Satyre : Vivite Iwcones^ 
comedones, vivite vetitres, vrayement ventres, sacs et 
tonneaux qui furent par l'antiquité sobre dénommez 
Bicongii, Tricofigii, Amphorœ » (i). Jamais de pareils 
inconvénients, nous aurons occasion de le montrer 
dans le cours de notre Histoire du Collège de Noyon, 
ne furent à redouter pour les étudiants qui étaient 
reçus dans nos Hôpitaux, auxquels s'applique parfai- 
tement la définition donnée par Quicherat des premiers 
établissements d'instruction. « L'Université de Paris, » 
dit-il, a exista longtemps sans collèges, et, lorsque Ton 
commença à fonder des établissements de ce genre, 
ils ne lurent que de petites maisons de charité oh quel- 
ques écoliers pauvres, d'une même ville, d'un même 
diocèse, d'une même province, trouvaient le gîte et la 
nourriture, jusqu'à ce qu'ils eussent obtenu leurs 
grades » (2). 

Dès 1217 il est fait mention de ces pauvres clercs 
dans une donation de Simon de Saint-Quentin, cha- 
noine de Noyon, au prieuré de Saint-Biaise, dépendant 
de l'abbaye de Saint-Éloy, d'un cens de 4 sous parisis, 
a capiendos in curtilibus Alpadis de Coisello ad portam 
Gamerii, ita quod prior ecclesie predicte Sancti Blasii, 
quicumque pro tempore fuerit^ tenetur pauperibus 
clericis scole Noviomensis ad confraterniiatem suam 
singulis annis in festo Santi Remigii solvere duos solidos 
de predictis quatuor » (3). C'est à peu près l'époque où. 

(1) Le Vasseur, page 888. . 

(2) J. Quicherat. Histoire de Sainte-Barbe. I, p. 1." 

(3) G. 1695. 



— 286 - 

va prendre naissance l'Hôpital Saint-Jacques, car en 
octobre 1221, a Aénor » châtelaine de Coucy et dame 
de Magny, ratifie la vente de deux muids de terre sis au 
terroir de Magny, au champ des Loges « in campo de 
Logis », faite par Herbert de Magny, son vassal, à 
« nove domui hospitalis beau Jacobi in vico Beati Mau- 
ritii Noviomensis {{). Au mois de mai de la même 
année Guy de Thourotte, fils aîné de Jean, châtelain 
de Noyon et de Thourotte, avait déjà légué un demi- 
muid de blé à V « hospitalarie in vico Sancti Mauricii 
Noviomensis (2). Ajoutons que le nouvel hôpital est 
situé « ante templum Beati Mauricii (3) » ou « ab 
opposito ecclesie Sancti Mauricii » (4). 

De nombreux documents conservés aux Archives de 
l'Oise, témoignent de Taccroissement pris par cet éta- 
blissement au xiif siècle. Au mois de juillet 1222, 
Jean, châtelain de Noyon et de Thourotte, lui fait do- 
nation d'une rente de 10 sous parisis (5) ; — au mois 
de janvier 122H, Gautier de Nesle lui vend 2 setiers de 
terre à Magny (6) ; — au mois de juillet 1236, Pierre 
d'Orchies lui abandonne une maison avec ses dépen- 
dances sise à Noyon a inter po?item vadi et solam Sanc- 
ti Martini » (7y ; — au mois de juillet 1252, Barthé- 
lémy Burnel d'Applaincourt, lui vend une pièce de 

(1) G. 1707 bis. 

(2) H. Hôpital Sainl-Jacques de Noyon. 

(3) G. 1707 bis. 

(4) G. 1707 bis. 

(5) H. Hôpital Saint-Jacques. 

(6) Ibidem. 

(7) Ibidem. 



— 287 — 

terre, sise à Applaincourt, au lieudit « Campus Renardi 
ad Fossa}7î )■>{{)] — au mois de juillet 1234, « Helvidis, » 
femme de Robert « de Fonte » d'Applaincourt lui vend 
une vigne sise au lieudit « Montescouve » (2) ; — au 
mois de juillet 1258, Pierre « Thayons, » chapelain de 
Goudun, lui donne une vigneà Gambronne (3) ; — au 
mois de juillet 1264, Jean, abbé de Saint-Éloy, l'un des 
exécuteurs testamentaires de Jean, en son vivant châ- 
telain de Noyon, lui paie une somme de 4 livres pour 
arrérages d'une rente due par le châtelain à l'hôpital (4) ; 
— au mois de mai 1273, Théophanie, femme de Denis 
de Ribécourt, lui vend une pièce de vigne sise à Gam- 
bronne (5) ; — en 1274, Tévêque de Noyon s'engage 
par bail à surcens perpétuel à payer une rente de 6 
muids de blé pour une maison, sise à Orchies, appar- 
tenant à l'Hôpital (6) ; — en 1278 il est vendu à 
l'Hôpital 6 deniers parisis de cens sur une maison sise 
rue Saint-Maurice (7) ; — le 11 juillet 1279, autori- 
sation est donnée à l'Hôpital par Pierre de « Vassen, » 
écuyer, d'acquérir des immeubles dans l'étendue de 
son fief, tant à Noyon que hors Noyon, jusqu'à con- 
currence de 6 livres parisis (8) ; — au mois de septem- 
bre suivant, Simon, châtelain de Ghiry, lui fait dona- 



(1) G. 1698. 

(2) H. Hôpital Saint-Jacques. 

(3) G. 1702. 

(4) H. Hôpital Saint-Jacques. 

(5) G. 1702. 

(6) H. Hôpital Saint-Jacques. 

(7) H. Hôpital Saint-Jacques. 

(8) G. 1697. 



— 288 - 

tion d'une rente d'un setier de blé à prendre à Dive- 
le-Franc (1) ; — au mois de décembre suivant il est 
vendu à l'Hôpital un cens de 12 deniers sur une maison 
ayant appartenu à Isabelle d'Ourscamp (2). 

Ces différents actes sont passés dans l'intérêt des 
c( magistro., fratribus et sororibus seu etiam provisoribus 
dicte domus », et aussi dans celui des a pauperibus 
clericis in dicta domo commorantibus, » 12S8 (3). 
Il est même quelquefois spécifié que les rentes auront 
une destination particulière, par exemple qu'elles ser- 
viront à « emere pisa pmiperibus clericis in dicta domo 
commorantibus inpitanchia distribuenda siveeroganda^y* 
12S8 (4). A la tête de ce « povre hospitau de Saint- 
Jake » (5) est un Pi^ovisor: en 1264, Nicolas, archidiacre 
deNoyon, est ainsi qualifié (6); ou un Magister: cette 
dernière appellation se rencontre plus fréquemment et 
particulièreaient dans les actes de 1273, 1274, 1278, 
1279, 1280, lâ86, 1287 (7). C'est avec son consente- 
ment, « de volwitate et consilio magistri domus hospi- 
talis » (8), que les doyen et chapitre de Noyon, qui ont 
et auront jusqu'au xvn° siècle l'administration du tem- 
porel de l'établissement, passent les actes y relatifs. 
Cette charge est remplie, de 1278 à 1287, par un certain 



(1) G. 1705. — Dive- Le-Franc, C»" de Noyon, C"" de Ville. 

(2) H. Hôpital Saint-Jacques. 

(3) G. 1702. 

(4) Ibidem. 

(5) G. 1702. 

(6) H. Hôpital Saint-Jacques. 

(7) Hôpital Saint-Jacques, pour les années 1280. 1286 et 1287. 
(8; 1274, H. Hôpital Saint-Jacques. 



- 289 — 

Joha?ines, qui est appelé, en 1287, par « Ernous Goke- 
riaus », écuyer, son « bon ami, monseigneur Jehan, 
maistre de l'ospital SaintJake de Noion, prestre » (1). 

Un second établissement de même nature, qui n'eut 
pas sans doute la même importance et qui ne dut pas 
tardera disparaître, était celui de Saint-Éloy, « hospi- 
tale Sancti Eligii y> , Le Vasseur ne parle pas de lui, 
mais son existence ne saurait être mise en doute, puis- 
qu'au mois d'avril 1254 le chapitre de Noyon donne 
aux dijux Hôpitaux de Saint-Jacques et de Saint-Éloy 
de Noyon « hospitali Sancti Jacobi et hospitalt Sancti 
Eligii, » une rente de 2 sous parisis, due par le prieur 
de Beaulieu, n ad opus paupcrum scolarium in dictis 
hospitalibus commorantium » (2). 

Enfin un troisième Hôpital sera créé dans le même 
but pendant la seconde moitié du xiii« siècle, l'Hôpital 
de Robert Le Fèvre « hospitale magistri Roberti Fabri », 
situé en la rue de Puits-en-Puits ; — aujourd'hui rue 
de Grèce, nom qu'elle prit au xvi* siècle, — « aussi 
ancien que ce Chanoine, fondateur d'iceluy, duquel 
trouvant le nom dans la première partie du Catalogue 
de nos Chanoines qui jam diu fuerimt, je n'y trouve 
point la datte » (3). Cet Hôpital était dû à la générosité 
d'un chanoine de la cathédrale, « vir discretus Dominus 
Robertus dictas faber y> , qui l'avait établi dans une 
maison dite de Morican « domum suam de Morican », 
tenue par lui à cens de l'abbaye d'Ourscamp. Une 

(1) H. Hôpital Saint-Jacques. 

(2) G. 1740. 

(3) Le Vasseur, page 911. 

19 



- 290 - 

charte de rOfficial de Noyon du 3 février 1295 (1) fait 
connaître que Robert Le Fèvre légua alors cet immeu- 
ble « pmiperibus clericis sicis hospitalis qiiod ipse fun- 
davit », auxquels il fit d'ailleurs plusieurs autres legs, 
« volens idem Robertus quoddecanus et capitiilum eccle- 
sie Noviomensis de dicto hospitali ordinent et disponant 
et magistrum in eodem instituant videlicet capellanurn 
sue capellanie vei alium virum ydoneum prout viderint 
expedire, et quod dicti clerici in domo de Morican com- 
morentur ». Le donateur avait-il eu à se plaindre de 
l'Écolâtre? Nous l'ignorons, mais il spécifiait « quod 
scolasticus qui pro tempore fuerit in dicto hospitali ali- 
quos clericos sua auctoritate non pojiat seu instituât vel 
de dicto hospitali et pertinenciis ipsius se nullatetius 
intromittat necjus aliquod reclamet in eodem hospitalii). 
L'immeuble dont il s'agit portait, on l'a vu, le nom 
de maison de Morican. D'où lui venait-il? Une charte 
d'Etienne I" de Nemours, datée de 1189, est relativeà 
la donation faite à l'abbaye d'Ourscamp d'une terre 
sise à Sempigny « quam Adam Balande dédit nobis et 
prius Robertus Moricans /ilius ejus )^ (2). Elle permet 
d'établir que « Robertus Moricans » était fils d'Adam 
« de Batlande w et qu'il épousa « Joia^ » dont il eut trois 
enfants a Drogo, Petrus et Basilia. » Un second acte, 
de 1203, intitulé « compositio inter Ursicampi fratres et 
Moricanos » montre que a Drogo et Petrus de Ponte 
Episcopi fratres cognominati fuerunt Moricanni » (3). 

(-1) G. 1695. 

(2) Gartulaire d'Ourscamp, pages 244, 24o. 

(3) Gartulaire d'Ourscamp, page 83. M. Peigné-Delacourt impri- 



— 291 — 

La même année une charte de l'évêque de Noyon nous 
apprend encore que « Drogo cognomento Moricans, ho- 
mo ligiiis noster, Hierosolimam profectiirus » (\), avait 
vendu à l'abbaye d'Ourscamp, 10 muids de bois en la 
forêt de Laigue. Dans un acte de 1206 il est question 
du legs fait à la même abbaye par « dominus Drogo 
Moricans, miles, » (2) et par Marga ou Maria, sa femme, 
du bois « quod nemus Moricaîini dicitur, ^) 1206, et, 
en 1271 , « qiiod nemus Moricamioruyn nimciipatnr y) (3). 
D'où il semble légitime de conclure que Timmeuble 
dont nous nous occupons avait d'abord appartenu à la 
famille de Morican, dont il continua à porter le nom, 
bien qu'il eût été acquis dans le courant du xiii* siècle 
par l'abbaye d'Ourscamp. En 1297 Robert Le Fèvre 
était mort, et l'abbaye d'Ourscamp consentait à amor- 
tir, par acte du 27 février, la maison de Morican, 
« lit dicta domus de Moriken de cetera in manu mortua 
teneretur et ibidem hospitale pro paiiperibus clericis 
haberetur inperpetuum » (4). Trois ans après elle cédait 
par voie d'échange à l'abbaye de St-Éloy de Noyon les 
droits qu'elle avait conservés sur la maison de Morican, 
située « in vico de Pede in Puteo » (5). L'Hôpital prit le 
nom de son fondateur, ce qui ne surprendra pas si 



me à tort « quoi drogo et Petrtis de Ponte, episcopi fratres, qui cogno- 
minaii fuerunt Moricanni ». Il s'agit seulement de Pont l'Evêque, 
commune à 2 kil. et demi de Noyon. 
(2) Ibidem, page 228. 

(2) Ibidem, page 229. 

(3) Ibidem, pages 83 et 226. 

(4) G. 1G95. 

(5) Cartulaire d'Ourscamp, page 46. 



— 29'2 — 

l'on se rappelle « qu'il n'était pas d'usage à Paris que 
les collèges fussent placés sous l'invocation des saints. 
Tous portaient le nom de leur fondateur ou celui du 
pays dont il recevait les boursiers « (1). 

Dans ces conditions l'enseignement pouvait être 
florissant à Noyon dès le xiii" siècle : des titres du xiv« 
siècle fourniront ultérieurement l'occasion de constater 
qu'il attira dans la ville de Noyon une nombreuse popu- 
lation scolaire, avide de s'instruire « m grammatica- 
libus et logicalibus per magistros ibidem propter hoc 
institutoSy quorum nonnuUi ad altos gradus scientie et 
honoris^ temporibus retroactis pervenerunt et cotidie 
perveniunt » (2). 

(1) J. Quicherat. Histoire do Sainte-Barbe. I, page 9. 

(2) 16 février 1425. Charte de l'évêque de Noyon, Raoul de Coucy. 




Séance de clôture du 11 Juin. 



L'IMPRIMERIE ET LA LIBRAIRIE 

A ABBEVILLE 

AYANT 1789 
Par M. Alcius LEDIEU. 

I. Les Imprimeurs 



Messieurs, 

L'un des faits les plus glorieux des annales d'Abbe- 
ville au xv* siècle, c'est l'établissement d'un atelier 
typographique dans cette ville. Les Abbevillois ont 
constamment donné, à toutes les époques, des marques 
de leur esprit de progrès. L'existence d'une imprimerie 
chez eux en 1486 en est une preuve évidente. 

A cette date, l'imprimerie n'était ou n'avait été 
exercée que dans une douzaine de villes de France ; 
elle ne devait l'être à Amiens que vingt-et-un ans plus 
tard. 

C'est en 1470 que l'invention de Gutenberg fait sa 



- 294 — 



première apparition à Paris. L'imprimeur Jean du Pré, 
qui exerçait dans celte ville, fit paraître en 1481 une 
belle édition du missel de Paris. A partir de cette épo- 
que, il imprima un certain nombre d'ouvrages soit 
pour son compte, soit pour le compte de différents 
libraires de la capitale ou delà province. C'est ainsi, 
croyons-nous, qu'en 14P6 il confia à un autre typo- 
graphe les caractères et le matériel nécessaires à l'éta- 
blissement d'une imprimerie assez importante à Abbe- 
ville. 

Dans son Dictionnaire de géographie à l'usage du 
libraire et de l'amateur de livres, M. Deschamps avance 
— sans preuves — que Pierre Gérard était un artisan 
abbevillois ; rien n'est moins certain. Quoi qu'il en 
soit, le nom de ce modeste typographe ne se rencon- 
tre que sur les trois incunables d'Abbeville. 

Quant à Jean du Pré, dit M. Deschamps, il « devait 
être à la fois et libraire et typographe, et, par dessus 
tout, fondeur de caractères ; il entreprenait, sans nul 
doute, pour le compte des municipalités qui aspiraient 
à doter leurs villes de l'art nouveau, l'installation du 
matériel, presses, types, etc., et fournissait jusqu'aux 
typographes. C'est ainsi que nous pouvons expliquer 
son nom figurant sur les premiers livres d'Abbeville ; 
c'est ainsi que nous le voyons à Rouen exécuter les 
Coutumes et s'associer avec Gaillard et Jehan le Bour- 
geois pour la publication d'un important roman de 
chevalerie, le Lancelot du Lac^ en deux vol. in-fol., 
sur l'un desquels chacun des typographes associés 
impose son nom distinct, alors qu'ils sont tous deux 



— 295 - 

exécutés avec le même caractère ; c'est encore à ce 
typographe parisien que les Normands doivent l'im- 
pression de leurs premiers livres de liturgie. » 

Il est parfaitement établi aujourd'hui que l'origine 
de l'imprimerie à Abbeville n'est point antérieure à 
1486. On a pu écrire à une époque où la bibliographie 
n'offrait pas toutes les garanties qu'elle présente 
actuellement que la Somme rurale Aq Jean Boutilliera 
été imprimé'^ à Abbeville en 1459. Devérité, qui donne 
cette date dans son Histoire du comté de Ponlhieu, n'y 
regardait pas de si près ; il semble avoir commis cette 
erreur sur l'indication qui lui en aura été donnée par 
l'un de ses compatriotes, le bibliomane Gollenot. En 
effet, celui-ci, rapporte M. Prarond, déclare qu'il a vu 
une estampe enluminée au dos de laquelle étaient im- 
primés en lettres grises très gothiques ou caractères 
allemands ces mots : Distinchioiis et chapiters de la 
Siomme rurale^ composées par messire Jehan Bou- 
tillier, imprimées par moi Paul Péra.rd à A bbeville, 
MGCGGLVIIIT. 

Outre qu'il défigure le nom de Gérard et lui donne 
un prénom qui n'est pas le sien, Gollenot commet 
d^autres erreurs en parlant d'une édition de la Somme 
rurale donnée en 1482 et en ajoutant qu'il parut à 
Abbeville deux éàxWows Aqs Neuf preux ^ l'une en 1467 
et l'autre en 1469. M. Prarond a relevé ces différentes 
bévues d'un bibliographe trop passionné. Nous ne nous 
arrêterons pas plus longtemps aux affirmations inexac- 
tes de Gollenot ; s'il a pu voir les monuments typogra- 
phiques dont il parle, il est certain qu'il n'en existe 
plus un seul aujourd'hui. 



— 296 — 

Quel fut le premier volume imprimé à Abbeville ? 
On n'est pas d'accord sur ce point ; nous avons de 
fortes probabilités pour penser que ce fut la Somme 
rurale compillée par Jehan Boutillier ; ce livre porte la 
date de 1486 et le nom de Pierre Gérard. On a cru 
pendant longtemps que cette édition était la première 
de l'ouvrage de Boutillier ; c'est une erreur. L'édition 
princeps porte la date de 1479 ; elle fut imprimée à 
Bruges par Golard Mansion. On ne connaît de cette 
édition que cinq ou six exemplaires, dont un à la 
Bibliothèque nationale, acheté 60 fr. en 1806. Un 
amateur de Gand avait payé 700 fr, un autre exem- 
plaire vendu 2.915 fr., sans les frais, en 1858. 

L'édition de 1486 est aussi très rare et très estimée 
des curieux ; elle a été exactement calquée sur celle de 
1479 et contient le même nombre de feuillets tant pour 
les tables que pour le texte. — ^'Un exemplaire auquel 
il manquait dix feuillets de la table n'en fut pas moins 
vendu 665 fr. en 1854. 

^ La Somme rurale de 1486 — comme celle de 1479 
— forme un in-folio, en caractères gothiques à deux 
colonnes de 47 lignes à Ja page avec signatures. Cet 
ouvrage est divisé en deux livres. Le premier contient 
168 feuillets précédés de 10 feuillets de table. Le 
second livre renferme 71 feuillets précédés de 4 feuil- 
lets de table. 

A cette époque, les volumes ne portaient point de 
titre. Le premier feuillet était une page blanche ; ainsi 
en est-il pour la Somme natale. Le second feuillet, qui 
contient le commencement de la table, débute ainsi : 



— 297 - 

[C]j/ commence la table du premi 
er Hure intitule Somme Rural. 

On lit à la fin du volume cette souscription disposée 
en quatre lignes : 

Cy fine la Sotnme rural compillée par 
Jehan Boutillier conseillier du Roy a Pa 
ris. Et imprime en la ville dabheuille p[ar] 
pierres gerard lan mil. cccc. Ixxx et vj. 

L'exemplaire de ce volume que possède la biblio- 
thèque d'Abbeville provient de l'abbaye de Saint- 
Riquier, mais il manque le premier feuillet, et, sur le 
dernier feuillet, déchiré en partie, il n'est resté que le 
commencement des quatre lignes de la souscription. 

Le second ouvrage imprimé à Abbeville est la Cité 
de Dieu de Saint Augustin, traduite en français par 
Raoul de Praesles. Cet ouvrage se compose de deux 
volumes, grand in-folio, en caractères gothiques, à 
deux colonnes, de 47 lignes à la page. 

Le premier volume commence sans titre, par la 
table ; il contient 45 cahiers de signatures ; le pre- 
mier cahier, qui commence par «-m, est de 7 feuillets ; 
les autres en ont 8, et le dernier C, — A la fin, on lit 
cette souscription, ainsi disposée ; 

Cy fine ce présent volume auquel sot 
contenus les dix premiers Hures de tnon 
seigneur saint angustin de la cite de dieu 
fait et imprime en la ville dabheuille par 
iehan du pre et pierre gerard marchans 



— 298 — 

libraires. Et fut acheue le xxnii ioiir de 
nouembre : Lan mil quatre cens quatre 
vingz et six. 

Le second volume se termine par cette souscrip- 
tion : 

Cy fine le second volume contenat les xii, derreniers 
liures de monseigneur sait augustin de la cite de Dieu. 
Imprime en la ville dabbeuille par iehan du pre et pierre 
gerard marchans libraires : Et icelluy acheue le xii, iour 
d'auril lan mil. quatre cens quatre vingtz et six auant 
pasques. 

Ce second tome comprend 42 cahiers contenant 8 
feuillets, excepté le premier cahier qui en a 7 et le 
dernier, 10. 

Les deux volumes de cet ouvrage renferment des 
gravures sur bois dont les sujets sont tirés de l'Ancien 
Testament. 

Un exemplaire de la Cité de Dieu de 1486 a été 
vendu 400 fr. en 1840, mais il atteindrait aujourd'hui 
un prix bien plus élevé. 

En 1487, Pierre Gérard donnait la première édition 
d'un ouvrage connu sous ce titre : Le Triomphe des 
neuf Preux. C'est un volume in-folio à deux colonnes 
de 34 lignes à la page, avec gravures sur bois repré- 
sentant les portraits en pied des neuf preux. Un ex- 
emplaire avec 4 feuillets manuscrits en a été vendu 
595 fr. en 1834, mais ce prix serait aujourd'hui plu- 
sieurs fois couvert. 

On lit à la fin de ce volume : 



- 299 - 

C y fine le Hure intitule le triumphe des neuf preux, 
auquel sont contenus tous les fais et proesses quilz ont 
aciieuez durant leurs vies auec lystoire de hertran de gues- 
clin. Et a este impHme en la ville dabheuille par pierre 
gérard et fmy le pénultième iour de may lan mil 
quatre ces quatre vingtz et sept. 

Suivant la remarque de Brunet, ce volume a été 
imprimé avec les mêmes caractères que le Lancelot 
du Lac de 1488 et que le Tristan sortis des presses de 
Jean du Pré. Ces caractères sont plus petits que ceux 
que cet imprimeur employa dans le livre des Nobles 
malheureux de 1483. 

Les trois ouvrages dont il vient d'être question, 
sont, jusq.u'à ce jour, les seuls monuments connus de 
la typographie abbevilloise au xv* siècle. 

L'imprimerie de Pierre Gérard disparut d'Abbeville 
en 1487. Nous ferons observer qu'il est inexact que 
Pierre Lerouge, de Valence, ait imprimé à Abbevilie, 
en 1497, une édition in-folio avec gravures de VHis- 
toire de la papesse Jeanne. 

Nous avons dit que la Somme rurale et les Neuf 
Preux portent pour seul nom d'imprimeur celui de 
Pierre Gérard, tandis que sur la Cité de Dieu figurent 
les noms de Jehan du Pré et de Pierre Gérard, ce qui 
fait naître l'idée d'une association entre ces deux typo- 
graphes. Se fondant sur cette particularité, on en a 
inféré que la Cité de Dieu est le premier volume im- 
primé à Abbevilie, et qu'à la suite de cette impression 
Jean du Pré abandonna l'établissement à son associé. 

Cette hypothèse paraît plausible ; mais, d'un autre 



— 300 — 

côté, nous ferons observer après Brunetquele second 
volume de la Cité de Dieu est daté du 7 avril avant Pâ- 
ques, c'est-à-dire de la fin de l'année 1486, puisque 
Tannée 1487 commença le 1S avril. D'après cette hy- 
pothèse, le second ouvrage sorti des presses de Gé- 
rard serait la Somme rurale ; or, il n'est pas possible 
d'admettre que ce volume ait été imprimé en huit 
jours ; il ne paraît pas probo,ble qu'il ait été compo- 
sé simultanément avec la Cité de Dieu, car alors il 
porterait le nom des deux associés. Donc, la Somme 
rurale a dû paraître quelques mois avant le premier 
volume de la Cité de Dieu. II n'est peut-être pas témé- 
raire d'indiquer le mois de juillet 1486 comme date 
probable de l'apparition de la Somme rurale. 

En effet, nous savons que le premier volume de la 
Cité de Dieu fut achevé le 24 novembre et le second 
volume, le 7 avril suivant. La composition et l'impres- 
sion de ce dernier exigèrent donc un délai de quatre 
mois et demi ; en admettant une durée égale pour le 
premier volume, celui-ci a dû être commencé vers le 
10 juillet. Il est à peu près certain qu'à cette date avait 
paru la Somme rurale. 

Rien ne fait supposer que du Pré et Gérard aient 
été appelés par Téchevinage d'Abbeville. Mais l'éta- 
blissement de leurs presses dans le refuge de Tabbaye 
du Gard — maison du xiii* siècle qui existe encore — 
semble faire croire qu'ils traitèrent avec les religieux 
dans l'hôtel desquels ils s'installèrent. 

« Gomment disparut l'imprimerie de Pierre Gérard 
et de Jehan Dupré ? à quelle date ? se demande M. 



— 301 - 

Prarond. Les religieux du Gard prirent-ils ombrage 
de la nouvelle invention qui déjà ne se bornait plus à 
reproduire V Histoire des neuf Preux ? Il est difficile 
d'espérer une réponse à ces questions. » 

Pour notre part, nous n'avons aucun document 
nouveau à signaler à cet égard. Mais nous serons plus 
heureux en ce qui concerne les annales typographiques 
abbevilloises à une époque postérieure. En effet, les 
archives municipales d'Abbeville contiennent sur ce 
point différentes informations qui ne manquent pas 
d'intérêt pour le sujet que nous traitons. 

Durant un intervalle de près de deux cents ans, 
Abbeville resta privée d'imprimerie. C'est seulement 
en 1671 que l'art inventé par Gutenberg fait sa réap- 
parition dans la capitale du Pontbieu, 

On trouve dans le registre aux délibérations de l'é- 
chevinage d'Abbeville que, le lundi 19 mai 1671, le 
procureur fiscal fit observer au maïeur et aux éche- 
vins, réunis en séance à l'échevinage, que la popula- 
tion d'Abbeville s'était considérablement accrue sur- 
tout depuis l'établissement de la manufacture royale, 
et que cette ville restait dépourvue d'imprimerie ; il 
fit ressortir que l'échevinage, les officiers des justices 
royales et les particuliers se voyaient dans la néces- 
sité de recourir aux imprimeurs des villes voisines, ce 
qui leur était fort préjudiciable à divers point de vue ; 
d'abord les frais d'impression étaient plus élevés ; en 
outre, les imprimés ne leur étaient pas toujours livrés 
en temps utile. 

Dans la même séance, le procureur fiscal fit con- 



— 302 — 

naître à IV-chevinage que Jean Musnier, maîre libraire 
et imprimeur à Amiens, avait l'intention de trans- 
porter ses presses à Abbeville dans le but d'y instal- 
ler une imprimerie. Les magistrats municipaux déci- 
dèrent sur les conclusions du procureur fiscal, « que 
Sa Majesté sera incessamment suppliée de trouver bon 
que le dit Musnier » fût admis comme maître impri- 
meur à Abbeville. 

L^échevinage fît plus encore : il prit le même jour 
une seconde délibération par laquelle il accorda à 
Musnier une somme annuelle de quatre-vingt-dix 
livres payable pendant trois ans. Cette somme repré- 
sentait le loyer de la maison que Musnier avait prise 
à bail dès le 12 mai précédent. 

Jean Musnier avait d'abord été favorablement ac- 
cueilli à Amiens, oii il exerçait en 1662. La bonne 
exécution de ses travaux lui valut la clientèle de l'é- 
chevinage, « mais Guislain Lebel était pour lui un 
concurrent redoutable, et les faveurs dont ce dernier 
fut comblé, ses nombreux succès, ne portèrent sans 
doute pas moins atteinte à l'amour-propre qu'à la 
clientèle de Musnier et décidèrent vraisemblablement 
celui-ci à aller tenter la fortune à Abbeville. y> 

Musnier se décida d'autant plus facilement à trans- 
porter ses presses à Abbeville que le maïeur, les éche- 
vins et les principaux habitants de cette ville lui firent 
« espérer qu'il y trouverait de l'emploi suffisamment 
pour s'occuper. » C'est sur cette promesse qu'il s'ins- 
talla à Abbeville dans une maison qu'il loua à demoi- 
selle Marie du Murs le 12 juin 1671, moyennant un 



- 303 — 

loyer annuel de quatre-vingt-dix livres. Il habita cette 
maison jusqu'au 12 août 1672. 

En effet, quinze mois après son arrivée à Abbeville, 
Musnier occupait la maison du Boiirdois, appartenant 
à la ville, ainsi qu'on en a la preuve par le compte des 
argentiers de 1672-1673. 

Se fondant sur la libéralité de l'échevinage d'Abbe- 
ville, qui accorda à Musnier une somme annuelle de 
quatre-vingt-dix livres, M. Pouy en infère fort légère- 
ment que ce typographe ne semble pas avoir eu à se 
repentir d'avoir quitté Amiens pour s'établir à Abbe- 
ville. L'auteur du Dictionnaire de géographie à Cusage 
du libraire, s'appuyant sans doute sur la supposition 
de M. Pouy, s'est cru autorisé à affirmer que, « forte- 
ment appuyé par la municipalité », Jean Musnier fit 
fortune à Abbeville. Rien n'est moins exact, ainsi 
qu'on va le voir. 

En tout cas, la clientèle de l'Hôtel-de-Ville ne devait 
lui rapporter que de bien maigres bénéfices, car, après 
avoir compulsé les comptes des argentiers, nous avons 
trouvé qu'en 1672-1673, il fut payé à Jean Musnier 
36 livres pour plusieurs rames de billets et imprimés 
pour servir au logement des gens de guerre ; en 1674- 
1675, il toucha 80 livres 12 sols, et 25 hvres l'année 
suivante. C'est tout ce que lui payèrent les argentiers 
de la ville dans un espace de huit années. 

Deux délibérations de l'échevinage en date des 9 
juillet et 19 septembre 1674 prouvent que Musnier se 
trouvait alors dans une situation de fortune très pré- 
caire. Les magistrats municipaux eurent égard à sa 



- 304 — 

gêne et, le 9 juillet 1674, ils décidèrent en assemblée 
de lui faire la remise du lover de la maison du Bour- 
dois pendant cinq mois. 

Par la délibération du 19 septembre, on voit que 
Jean Musnier se plaint du manque de travail ; il paraît 
disposé à retourner à Amiens parce qu'il ne trouve 
point les moyens de subvenir à l'entretien de sa famille. 
La maison du Bourdois — louée cent livres — était 
pour lui une trop lourde charge ; il se vit contraint de 
résilier son bail. Toutefois, Musnier ne demandait pas 
mieux que de rester à Abbeviile, à la condition que la 
municipalité lui viendrait en aide. 

L'échevinage, considérant qu'il était avantageux de 
conserver l'imprimerie existante, fit droit à la demande 
de Jean Musnier, et décida de lui accorder une somme 
annuelle de trente livres pendant trois ans à partir du 
12 octobre 1674, pour que Musnier continuât à demeu- 
rer à Abbeviile ; celui-ci loua une maison d'un prix 
moins élevé. 

L'insuffisance des travaux qui avait alarmé Musnier 
n'effraya point un imprimeur rouennais. En effet, le 
lundi 15 juillet 1675, l'échevinage était appelé à statuer 
sur une requête présentée par André Dumesnil, maître 
libraire et imprimeur à Rouen, tendant à ce qu'il fût 
autorisé à s'établir à Abbeviile. Les magistrats muni- 
cipaux s'empressèrent d'autant plus à faire droit à 
cette demande que Dumesnil ne sollicitait de la muni- 
cipalité aucun secours, — aucune subvention comme 
on dirait aujourd'hui. 

En conséquence, il fut autorisé à « s'establir en cette 



- 305 — 

ville pour y exercer l'art d'imprimour en y gardant et 
observant les édicts et règlemens sur le faict de l'im- 
primerie à la charge par ledit Dumesnil de tenir bou- 
tique de libraire et non autrement, et d'avoir des livres 
suffisamment pour la commodité des habitans ; à quoy, 
satisfaisant et en cette considération, l'avons exempté 
et l'exemptons de logemens de gens de guerre, de 
guet et de garde. » 

A partir de cette époque^ Abbeville est dotée de 
deux imprimeries. Musnier et Dumesnil exercent con- 
curremment ; l'un habite la maison du Bourdois, 
sit"ée près de l'église Saint-Georges, et l'autre occupe 
d'abord une maison de la rue de la Lingerie, à l'ensei- 
gne de la Bible dor^ puis une autre boutique située sur 
le grand marché, proche la poissonnerie, portant la 
même enseigne. Mais, dix ans plus tard, le premier 
était remplacé par son fils, Nicolas Musnier, qui im- 
primait en 1685 un office à l'usage de l'abbaye de 
Saint-Riquier. Le dernier ouvrage sorti des presses de 
celui-ci est un almanach portant la date de 1692. 

André Dumesnil demeura dès lors seul imprimeur à 
Abbeville, mais les livres qu'il publia sont moins nom- 
breux que ceux qui sortirent des presses de Jean Mus- 
nier. 

André Dumesnil, qui se qualifiait imprimeur du roi 
et imprimeur et libraire ordinaire de la Ville et du 
Collège, mourut le 4 novembre 1731, âgé de quatre- 
vingt-cinq ans, après avoir exercé la profession d'im- 
primeur pendant plus de soixante ans, à Rouen et à 
Abbeville. Sa famille pratiqua cet art dans la capitale 

20 



— 306 — 

de la Normandie depuis l'an 1618 jusqu'au commen- 
cement du XIX* siècle, sans interruption. 

La disparition de l'imprimerie de Musnier attira un 
autre typographe à Abbeville. Guillaume Artous, fils 
d'un imprimeur de Toulouse, arrivait bientôt dans 
notre ville, où il épousait le 19 octobre 1700 Elisabeth, 
fille d'André Dumesnil. Le 3 novembre 1700, il obte- 
nait sentence du maïeur et des échevins lui permet- 
tant d'exercer l'imprimerie concurremment avec son 
beau-père. Cette autorisation accordée, il acquitta le 
droit de bourgeoisie, taxé à soixante sols {Reg. aux 
délibérations). 

Par arrêt du roi de 1704, qui fixait le nombre d'im- 
primeurs dans les principales villes du royaume, une 
seule imprimerie fut maintenue à Abbeville. 

Après la mort de son beau-père, Artous exerça seul 
dans la maison d'André Dumesnil, sur le grand 
marché. Son établissement n'était guère prospère, si 
l'on en juge par le peu d'ouvrages qu'il a imprimés. 
Sa situation de fortune était des plus précaires, aussi 
son outillage laissait-il à désirer; cette circonstance 
devait lui susciter de sérieux embarras. 

Antoine Redé, fils de Jean Redé, libraire à Amiens, 
fut aussi reçu libraire dans la même ville en 1726. 
Dix ans après, le 13 septembre 1736, Antoine Redé, 
était admis à exercer cette profession à Abbeville ; 
quelques mois plus tard, il essayait de se faire recevoir 
imprimeur. 

En effet, le 11 janvier 1737, il fit sommer par minis- 
tère d'huissier toute personne aspirant à exercer la 



— 307 - 

profession d'imprimeur de se trouver Je 15 janvier sui- 
vant par-devant le maïeur, à l'hôtel-de-ville, où il 
devait présenter « ses titres et capacités » à l'exercice 
du métier d'imprimeur. 

A cet effet, Redé, en venant s'établir à Abbeville, 
s'était pourvu du matériel nécessaire à un imprimeur, 
comme nous le voyons par le procès-verbal d'une visite 
faite chez lui et chez la veuve de Guillaume Artous le 
14 avril 1739. Ce procès-verbal avait été rédigé dans 
le but de reconnaître si l'atelier de chacun de ces deux 
typographes renfermait les presses et les caractères 
prescrits par les règlements. Dès l'année 17H6, Redé 
imprimait un volume, et un second ouvrage sortait de 
ses presses quelque temps après. Mais Guillaume 
Artous défendit son privilège et forma opposition à 
l'établissement du typographe amiénois. 

En effet, Artous se présenta à l'échevinage avec l'un 
de ses quatre enfants, François Artous, âgé de trente- 
un ans, et s'opposa à la réception de Redé, qui, selon 
lui, n'avait « aucune capacité ni qualité » pour être 
admis comme imprimeur ; il fit valoir au contraire 
que François Artous ou un autre de ses fils devait être 
reçu de préférence à Redé. 

Artous père, alors âgé, pauvre, infirme et chargé 
d'une nombreuse famille, — il avait eu dix enfants — 
fit observer au maïeur qu'il avait été reçu imprimeur 
par sentence du maire et des échevins du 3 novembre 
1700 contradictoirement avec André Dumesnil, alors 
seul imprimeur à Abbeville ; — que, depuis, il exerça 
toujours son art conformément aux règlemeîits ; — 



— 308 - 

qu'il en instruisit ses enfants ; — qu'il fut maintenu 
par arrêt du Conseil du 4 octobre 1716 ; — et qu'enfin, 
par le décret de 1704, il ne pouvait y avoir qu'un im- 
primeur, et qu'à ce titre seul Redé ne devait point 
être reçu. 

De son côté, Redé prétendit qu'Artous ne s'était pas 
conformé aux articles SI et 53 du règlement de 1723, 
fixant le nombre de presses et de caractères que de- 
vait avoir tout imprimeur ; — que, d'après le même 
règlement, celui qui ne s'y serait pas conformé dans 
un délai de deux années serait tenu de ne plus exercer 
sa profession. Redé s'appuya sur cet état de choses 
pour faire valoir que la place d'imprimeur était, de 
droit, vacante à Abbeville, puisque Guillaume Artous 
n'avait point le nombre de presses ni la quantité de 
caractères prescrits par les règlements. 

Artous répondit que, s'il ne s'était pas conformé aux 
articles 51 et 53 du règlement de 1723 fixant à quatre 
le nombre des presses, c'est qu'il n'y avait point en 
cette ville assez de travail pour les alimenter, attendu 
que sur deux presses dont se composait son impri- 
merie une seule était occupée. 

Redé fit observer que le manque de travail dont se 
plaignait Artous devait être attribué au contraire à 
l'insuffisance et à la défectuosité de son matériel, car 
les particuliers préféraient faire exécuter leurs fac- 
tures et autres imprimés à Amiens ou ailleurs. 

Artous reconnut qu'en eflet son imprimerie avait 
autrefois laissé à désirer, mais que, depuis dix-huit 
mois, il avait fait l'acquisition de deux sortes deçà- 



— 309 ~ 

ractères, du cicéro et du saint-augustin, ce qui lui 
permettait alors d'imprimer tous les ouvrages qui 
pouvaient se rencontrer à Abbeville. 

Antoine Redé fit valoir qu'il avait été agrégé au 
corps des libraires d'Amiens le 6 octobre 1726, comme 
fils de Jean Redé, libraire dans cette ville pendant 
plus de quarante ans ; — qu'il avait été reçu à exercer 
la même profession à Abbeville le 3 septembre 1736 ; 
— qu'il était gendre de Caron-Hubault, imprimeur et 
libraire de l'évêque d'Amiens ; — qu'il était frère de 
Charles Redé, libraire du Conseil, à Amiens ; — qu'il 
avait dirigé l'imprimerie de ce dernier pendant trois 
ans, ainsi qu'en faisait foi le certificat qu'il en avait 
reçu ; — il offrit enfin de faire preuve de capacité sur 
le « fait d'imprimerie », et s'engagea à se soumettre 
aux règlements en vigueur dans le cas où il serait reçu. 

Artous répondit que si Redé avait été admis dans le 
corps des libraires aussi bien à Amiens qu'à Abbeville^ 
c'était contre la disposition des règlements, attendu 
que le postulant n'avait fait aucun apprentissage de 
librairie mais bien plutôt de lingerie, et que le certifi- 
cat que lui avait délivré son frère n'était qu'un certifi- 
cat de complaisance. Artous fit connaître enfin que le 
sieur Redé avait l'habitude d'aller vendre en foire pen- 
dant plus de trois mois chaque année, à Abbeville, à 
Péronne, à Siiint-Quentin, et que, par conséquent, il 
n'avait pu faire l'apprentissage d'imprimeur d'une fa- 
çon sérieuse. 

A la suite des dépositions des deux parties, que 
nous venons de résumer, d'après le procès-verbal ori- 



— 310 — 

ginal déposé aux Archives municipales d'Abbeville 
(FF. 238), le maïeur, chargé par commission du 10 
décembre 1736 de trancher celte affaire, n'osa point 
prendre de conclusions. Il laissa au roi la faculté de 
décider si la place d'André Dumesnil était restée ou 
non vacante. 

Par suite des intrigues de Redé, Artous se vit me- 
nacé de perdre ses moyens d'existence ; il mourut ac-. 
câblé d'amertume le 12 février 1737. 
} '■■, La veuve d'Artous continua d'exercer, avec ses fds, 
l'art de l'imprimerie. Voici, d'après le procès-verbal 
du 14 avril 1739, de quoi se composait son matériel : 

Deux presses, une casse de gros canon, du haut et 
du bas italique, un petit canon romain contenant une 
casse de bas et de haut, une casse de bas et de haut de 
saint-augustin romain, une casse de bas et de haut de 
saint-augustin italique demi-pleine, un cicéro romain 
italique contenant quatre casses à demi-neuves et 
deux passe-partout. [At^ch. mim. FF. 238.) 

Le sieur Redé, présent à cette visite avec le maïeur, 
le procureur fiscal et autres officiers municipaux, de- 
manda que l'imprimerie de la veuve Artous fût fermée, 
mise sous scellés et que défense lui fût faite d'exercer 
jusqu'à ce que le Conseil eût statué. D'après le pro- 
cès-verbal de cette visite, il ressort que la veuve Ar- 
tous ne faisait que des « billets de priage et mortuaires 
et autres ouvrages peu considérables. » 

Le même jour, pareille visite était faite chez Redé 
parle maïeur, le procureur fiscal, le greffier de l'hôtel 
de ville, etc. 



— 311 



L'imprimerie de Redé se composait de six presses, 
et, pour les caractères," de gros canon romain neuf, 
gros canon italique neuf, gros canon romain vieux et 
gros canon italique vieux, petit canon romain neuf 
et petit canon italique neuf, gros parangon romain et 
gros parangon italique neufs, petit parangon romain et 
petit parangon italique neufs, gros romain neuf et 
gros romain italique demi-neuf, saint-augustin romain 
gros œil et petit œil italique neufs, cicéro romain et 
italique gros œil neufs et œil ordinaire demi-neuf, 
petit romain et italique neufs, petit romain et italique 
vieux, non-pareille romain et italique, quatre alpha- 
bets de lettres grises, soixante vignettes et fleurons, 
un très grand nombre de gravures, représentant des 
saints et des armoiries, de grosses lettres en cuivre, 
grosses de fonte et moyennes de fonte de deux sortes, 
vignettes de fonte de toute façon, filets à trois de fonte 
et de cuivre, réglettes de cuivre et de bois, châssis 
in folio, in-4% in-12, quatre-vingts ramettes, soixante 
gallées de toutes grandeurs, trois frisquettes à chaque 
presse, cent cinquante-quatre casses et casseaux et 
une presse hollandaise pour la préparation du papier. 
[Arch. miin. FF. 238.) 

Après la mort de Guillaume Artous, l'un de ses fils, 
Denis-Guillaume Artous (né le; 26 décembre 1701), 
reprit l'instance, mais la solution de cette affaire se fit 
encore longtemps attendre. 

Antoine Redé et Denis Artous furent assignés par 
ministère d'huissier à comparaître le 12 septembre 
n39 devant le maïeur et le greffier de la ville pour 



~ 312 — 

« représenter leurs titres et capacités en présence 
l'un de l'autre. » 

Redé fit connaître qu'il avait fait son apprentissage 
chez la veuve Morgan, à Amiens, après qu'il eut ter- 
miné ses études au collège des Jésuites, où il apprit 
le latin et le grec, « qui sont sciences nécessaires pour 
exercer l'imprimerie « ; — qu'il avait été pendanttrois 
ans directeur de l'imprimerie de son frère ; — qu'en 
1785, sur la sollicitation du maïeur et des échevins 
d'Abbeville, il vint s'installer dans cette ville, où il fut 
reçu libraire^ et, comme tel, exempté de logement de 
gens de guerre ; — que le 10 décembre 1736, il obtint 
arrêt préparatoire pour la place d'imprimeur ; — que 
Guillaume Artous s'opposa à l'entière exécution de cet 
arrêt. 

Peu de temps après !a mort d'Artous, Redé obtint 
une commission pour se conformer à l'article 51 du rè- 
glement du 28 janvier 1723, et se munit en consé- 
quence de six presses et de tous les caractères pres- 
crits par les règlements -~ ce qui fut constaté par le 
procès-verbal du 14 avril 1739. 

Après que Redé eut « représenté ses titres et capa- 
cités », Denis Artous se soumit aux mêmes formalités; 
il fit valoir qu'il était fils du Guillaume Artous, impri- 
meur à Abbeville pendant plus de quarante ans ; ~ 
qu'il était petit-fils d'André Dumesnil, imprimeur à 
Rouen et à Abbeville pendant plus de soixante ans ; — 
que les ancêtres de Dumesnil avaient exercé l'impri- 
merie à Rouen pendant plus de trois cents ans (sic) ; 
— qu'il avait étudié les belles-lettres ; — qu'il avait 



— 313 — 

appris l'art de l'ioiprimerie chez son père et chez 
d'habiles typographes de Paris et de Rouen pendant 
douze ans; — qu'après la niort de son père, en 1737, il 
revint à AbbevilH où il exerça sous le nom de sa mère. 

Le maïeur, par son arrêt du 16 septembre 1739, 
concluait à ce que la place d'imprimeur fût accordée à 
Antoine Redé, dont l'imprimerie était plus complète 
que celle de la veuve de Guillaume Artous ; — que 
son instruction était satisfaisante, suivant un certificat 
du sieur Lemire, prêtre, qui procéda à son examen 
sur M le fait du latin et du grec » ; — qu'il avait im- 
primé en 1736 un livre ayant pour titre : Prières pour 
la confession et la sainte communion et quelques exercices 
de piété avec l'office de la Vierge et que l'on ne remar- 
quait aucun renvoi dans cet ouvrage ; — qu'il avait 
aussi imprimé un Office des morts^ dont l'impression 
lui était confiée pour trois ans, et que cet ouvrage mé- 
ritait les mêmes éloges que le premier. 

Malgré les conclusions du maïeur, Antoine Redé ne 
fut point reçu imprimeur. Par arrêt du Conseil en 
date du 29 octobre 1739, le roi nomma Denis Artous 
imprimeur et libraire à Abbeville. 

Le 3 décembre suivant, Artous présenta une requête 
aux maïeur et aux échevins à l'effet d'être admis à 
prêter serment devant eux. Mais, avant de faire droit 
à cette demande, il y fut sans doute apporté de longs 
retards, puisque le maïeur ordonna qu'une visite serait 
faite au domicile de Denis Artous le 13 septembre 
1740 afin de constater l'état de son imprimerie et re- 
connaître si elle était composée du nombre de presses 



— 314 — 

et des caractères prescrits par Tartleie 51 du règlement 
du 28 février 1723. 

D'après ce procès-verbal, l'imprimerie d'Artous se 
composait de quatre presses et de tous leurs acces- 
soires avec les neuf sortes de caractères obligatoires, 
savoir : le gros canon romain et italique, pesant en- 
semble deux cents livres ; le petit canon romain et 
italique, pesant ensemble cent quarante-deux livres ; 
le gros parangon romain et italique pesant cent sept 
livres ; le petit parangon romain et italique pesant 
cent soixante et onze livres ; le gros romain et l'ita- 
lique pesant cinq cent vingt-trois livres ; le saint- 
augustin romain et italique pesant quatre cent douze 
livres ; le cicéro romain et italique pesant quatre cent 
soixante-dix-sept livres ; le petit romain et le petit ro- 
main italique pesant quatre cent trente-quatre livres ; 
le petit texte romain et italique pesant cent soixante- 
seize livres. 

Artous déclara que ces caractères étaient plus que 
suffisants pour se conformer à l'article 51 du règlement 
de 1723 ; ils étaient entièrement neufs et lui avaient 
été fournis en 1740 par Claude Lamelle fils, fondeur à 
Paris. [Arch. mim. FF. 238.) 

Le 7 décembre 1740, Antoine Redé présenta une 
requête au maïeur et aux échevins tendant à obtenir 
l'autorisation de faire déposer le matériel do son im- 
primerie dans une chambre de l'hôtel de ville jusqu'à 
ce qu'il pût le revendre, ce qui lui fut accordé, sans 
aucune garantie de la part de la ville. 

Mais Redé mit peu d'empressement à faire le dépôt 
qu'il avait sollicité ; aussi, le 28 février 1741, Denis 



— 345 - 

Artous informait le maïeur et les échevins que Redé 
conservait chez lui son matériel d'imprimerie. Il fut 
aussitôt enjoint à Redé, par le procureur fiscal, de 
faire transporter ses presses et tous leurs accessoires 
à l'hôtel de ville dans un délai de huit jours. 

A partir de cette époque, Denis Artous exerça paisi- 
blement sa profession pendant une vingtaine d'années 
sans qu'aucune compétition vînt le troubler. Il prit le 
soin, dès lors, de faire connaître sur les ouvrages sor- 
tis de ses presses qu'il était « seul imprimeur. » Il 
continua d'habiter la maison paternelle, située sur le 
grand marché, puis alla s'établir rue de la pointe. Le 
dernier volume sorti des presses de Denis Artous porte 
la date de 1762. . 

La veuve Alexandre Devérité, libraire, succéda à 
Artous ; le premier volume exécuté chez elle est de 
1764. Son fils, Louis-Alexandre Devérité (1), seconda 
activement sa mère ; il allait donner à sa maison une 
impulsion vigoureuse. A peine âgé de vingt ans, il écri- 
vait une Histoire du comté de Ponthieu et faisait im- 
primer chez lui en 1765 le premier volume de cet 
ouvrage. 

Devérité se trouva plus d'une fois en butte à des 
tracasseries dans le détail desquelles nous n'entrerons 
point ; il suffira de les indiquer. En 1775, il faisait 
paraître un précis de 8 pnges in-4'' pour demander la 
suppression de deux placards qui ne portaient point 
de nom d'imprimeur, mais celui de Liévin Pintiau, 

(1) Né à Abbeville ie 20 novembre 1743, décédé en la môme ville 
le 2'J mai 1818. 



— 346 — 

libraire à Abbeville. Ce dernier présenta aux magis- 
trats municipaux d'Abbeville une requête de 26 pages 
in-4°, à l'effet de faire supprimer le précis de Devérité. 
Celui-ci fit aussitôt paraître une réplique qui fut suivie 
d'un autre mémoire. Nous ne connaissons point l'issue 
du procès intenté à cet effet. 

Devérité était seul imprimeur du roi à Abbeville ; 
il n'oubliait pas de mentionner ce titre sur les publi- 
cations qui sortaient de ses presses. Le 7 janvier 1777,. 
le comte d'Artois, alors comte de Ponthieu, accorda 
aussi une faveur du même genre à Devérité ; il lui fit 
délivrer un brevet par lequel il l'autorisait à prendre 
« le titre de son imprimeur en la ville d'Abbeville, et 
lui permit en conséquence de s'en qualifier dans tous 
actes publics et particuliers. » 

Nous apprenons par un arrêt du Conseil d'État im- 
primé à Amiens chez J.-B. Caron fils, que le 6 juillet 
1780 Devérité fut destitué « de son état d'imprimeur- 
libraire à Abbeville et lui fut fait défense de se mêler 
directement et indirectement du commerce de la 
librairie sous telles peines qu'il appartiendra. » Les 
{)ublications clandestines et pamphlétaires du futur 
conventionnel motivèrent sans doute cet arrêt. Toute- 
fois, la révocation de Devérité fut rapportée, car, en 
)785, on voit figurer son nom sur différents ouvrages, 
et en 1787 il se qualifie a libraire-imprimeur du Roy 
et de Mgr le comte d'Artois. » 

A part V Histoire du comté de Pojithieu et V Essai sur 
l'histoire de Picardie par Devérité, les ouvrages sortis 
des presses lie ce dernier sont ;i6u itnportauts. Mais 
la Révolution va faire de cet imprimeur un conven- 



— 317 — 

tionnel dont l'activité fiévreuse produira de nombreux 
écrits qui serviront à alimenter ses presses. 

Le cadre que nous nous sommes imposé nous oblige 
à nous arrêter à 1789 ; nous ne franchirons point 
cette date. Notre but sera atteint si nous avons pu 
jeter un jour nouveau sur un point de l'histoire d'Ab- 
beville. 



II. Les Libraires et les Relieurs. 



Il est probable qu'Abbeville, comme beaucoup d'au- 
tres villes, possédait des libraires avant que l'impri- 
merie y fût introduite et après que cet art cessa d'y 
fonctionner. Mais nous n'y avons aucune donnée à cet 
égard ; il nous faut arriver au xvii« siècle pour décou- 
vrir le nom du premier libraire qui se soit rencontré 
dans nos recherches. 

En 1622, Pierre Bâillon, « hbraire demeurant près 
l'église CoUégiate {sic) de St-Wlfran », débitait deux 
petits volumes relatifs à la confrérie de la Charité, 
érigée en l'église de Saint-Georges à Abbeville. L'un 
de ces deux volumes ne porte pas de nom d'impri- 
meur, mais le second fut imprimé à Arras par Guil- 
laume de la Rivière. 

En 1659, Laurens Maurry_, imprimeur à Rouen, 
publiait un Of/ice de Saint-Gilles et les Remarques sur 
les souverains Pontifes de Michel Gorgeu. Ces deux 
ouvrages, quoique imprimés à Rouen, portent le nom 
d'Abbeville comme lieu d'impression. 



— 318 — 

Plus tard, les imprimeurs Musnier, Dumesnil et Ar- 
tous exercèrent en même temps la profession de li- 
braires. 

Jean-Baptiste Petit avait été reçu relieur-doreur par 
la ville en 1716, mais sa nomination fut annulée par 
le roi, attendu que Petit prenait la qualité de libraire. 

Le 13 septembre 1736, Antoine Redé, libraire à 
Amiens depuis 1726, obtint l'autorisation d'exercer 
la même profession à Abbeville. 

Le 14 mai 1739, Denis -Guillaume Artous présenta" 
une requête au maïeur et aux échevins à l'effet d'être 
reçu libraire ; il fit valoir qu'il avait fait l'apprentis- 
sage de cette profession pendant plusieurs années tant 
à Abbeville que dans d'autres villes. Le lendemain 15 
mai, le procureur fiscal lui accordait l'autorisation de- 
mandée. 

Deux mois plus tard, le 14 juillet 1739, Charles Redé, 
libraire à Amiens depuis le 22 décembre 1733, mais 
demeurant alors à Abbeville chez son frère, Antoine 
Redé (1), présenta une requête au maïeur et aux éche- 
vins tendant à être reçu libraire dans cette ville, ce 
qui lui fut accordé par le procureur fiscal. 

Le 7 novembre 1760, le procureur du roi porta 
plainte devant le maïeur et les échevins sur ce que 
quelques libraires, relieurs et revendeurs de la ville 
tenaient des livres contre la religion, l'État et les 
mœurs, « capables de corrompre le cœur et l'esprit 
de ceux qui les lisaient. » Il demandait en conséquence 

(1) Dans cette requête, le lilre d'imprimeur ric'est point donné à 
Antoine Redé ; il est seuleooeat qualifié libraire. 



— 319 — 

qu'une visite fût faite chez les libraires de la ville, 
notamment chez la veuve Devérité. 

Au mois d'avril 1764, nouvelle plainte du procureur 
au sujet de deux brochures dont l'une avait pour 
titre : Les mœurs des ecclésiastiques d'Abbemile, et 
l'autre, Nécessite' d'une ré/orme dans l'administration 
de la justice et dans les lois civiles de la France ; ce 
dernier ouvrage, réimprimé en 1768 avec la moitié du 
nom de l'auteur sur le titre, était de S.-N.-H. Linguet. 

Une visite ordonnée par le maïeur ne fit rien dé- 
couvrir. 

Les libraires et relieurs étaient alors : 

1° V* Alexandre Devérité et son fils, rue St-Gilles ; 

2» Gharles-Firmin François, même rue ; 

3° Louis Voyer, rue des Lingers ; 

4° Denis Artous, imprimeur du roi et de la ville et 
libraire et relieur, rue de la Pointe. (FF. 270.) 

Le 10 août 1770, Jacques-François-Flour Godard, 
bourgeois, ayant appris l'art de relieur chez la veuve 
Devérité et chez d'autres libraires de Rouen et d'ail 
leurs, fut reçu libraire et relieur à Abbeville. 

Liévin Pintiau reçut la même autorisation le 13 dé- 
cembre 1773. 

Un édit du roi du mois d'avril 1777 supprimait les 
communautés d'arts et métiers et en créait de nou- 
velles. G'est pour se conformer à l'article 2 de cet édit 
que le 27 juillet 1779 Jacques Picavet, âgé de 24 ans., 
né à Abbeville, se présenta au greffe de l'hôtel de 
ville et déclara qu'il entendait exercer la profession 
de relieur de livres. [Arch. mun. HBd2.) 

Le 6 novembre 1779 se présentèrent aussi au greffe 



— 320 - 

de l'hôtel de ville, Joseph Beauvais, âgé de 24 ans, 
Jean-Barlhélemy Tissene, âgé de 25 ans, demeurant 
ensemble rue de la Tannerie, Jean-Léonard Verney, 
âgé de 2o ans, demeurant dans la même rue, Barthé- 
lémy Verney, âgé de 29 ans, demeurant rue du Prcer 
Saint-Gilles, natifs tous les quatre du duché d'Aoste en 
Savoie, et Antoine Daussy, âgé de 74 ans, né à Abbe- 
ville, demeurantrue delà Portelette, «lesquels, d'après 
permission à eux accordée par MM. les Officiers de 
police de cette ville, et pour satisfaire à l'article 2 de 
l'édit d'avril 1777, ont déclaré qu'ils entendent faire et 
exercer en cette ville la profession de vendeurs d'alma- 
nachs faisant partie des états libres et permis par 
l'édit d'avril 1777, se soumettant de se conformer aux 
ordonnances et règlements de police venus et à venir, 
dont acte. » [Arch. mun. EH. 92.) 

Il est à remarquer que les quatre premiers mar- 
chands d'almanachs étaient illettrés, puisqu'ils appo- 
sèrent une croix pour tenir lieu de leur signature. 

Devérité fut plusieurs fois inquiété comme impri- 
meur ; il le fut également comme libraire. Ainsi, en 
1783, le procureur du roi lui intenta une action parce 
qu'il avait voulu vendre des livres prohibés. Devérité 
répondit par un précis de 7 pages in-4'. L'auteur de 
ce précis, Sanson, avocat, défendit son client de l'ac- 
cusation portée contre lui. Nous ignorons quelle suite 
eut cette affaire. 



=3^:^=552; ït^^^i^ —^^^^Hâï» 



LA CATHEDRALE D'AMIENS 

CONSIDÉRÉE AU POINT DE VUE DE L'ESTHÉTIQUE 

Par M. le Chanoine VAN DRIVAL. 



Messieurs, 

En me rendant à l'invitation pressante que vous 
avez bien voulu m'adresser, je me suis rappelé tous 
les liens qui nous unissent depuis longtemps et qui 
ont toujours été empreints de la plus confiante sym- 
pathie. Gomment n'aurais-jo point pensé notamment 
à ces relations intimes qui datent de 1874, alors que 
je dirigeais l'Exposition de Lille? Votre admirable dé- 
partement de la Somme, si riche en objets d'art, nous 
avait confié avec une générosité sans exemple tout ce 
que nous avions voulu choisir ; et le Catalogue raisonné 
et illustré de cette Exposition prouve bien que les ob- 
jets venus de la Picardie ont toujours rivalisé avec ceux 
que la Flandre, la Belgique ou TArtois nous avaient 
envoyés, et que souvent il les ont surpassés. Je ne 
parle pas ici en homme qui serait ému au-delà du juste, 
par suite de témoignages nombreux et plus récents 
encore de cettf; sympathie et de cette estime pour lui 

21 



- 322 - 

si honorables^ non, ce que je dis ici je l'ai dit et im- 
primé dans le volume descriptif de cette Exposition, 
et ma parole n'est pas suspecte de parti-pris ni d'ac- 
tualité. Hélas I celui qui fut l'agent si empressé, si 
intelligent, de ces douces relations, notre bon confrère 
et collègue le chanoine Corblet, n'est plus là pour 
entendre ces quelques mots de reconnaissance. La 
mort impitoyable nous l'a enlevé avant le temps. Je 
puis bien dire nous : car j'avais avec lui d'autres liens, 
et souvent il m'a dit que dès l'origine et jusqu'à la 
fin j'avais été dans la Revue de l'art Chréiie)i, son jdIus 
constant collaborateur. Et comment en effet aurait-on 
pu cesser d'avoir des rapports avec un homme aussi 
aimable, aussi bienveillant, aussi perspicace, dès l'ins- 
tant où on les avait commencés ? 

Son œuvre est là pour nous consoler un peu de cette 
perte cruelle, et celte œuvre est considérable, mais 
qui nous rendra sa douce présence et sa solide érudi- 
tion ? L'abbé Corblet est un de ces hommes que l'on 
n'oublie pas. 

Vous me pardonnerez, Messieurs, d'avoir ainsi un 
instant oublié moi-même d'aborder mon sujet, ou 
plutôt vous m'auriez reproché, j'en suis certain, d'avoir 
manqué à une dette de cœur, si je n'avais dit ce que 
je viens de dire brièvement, et que j'espère bien dé- 
velopper ailleurs. 

J'aborde mon sujet, qui est tout à fait amiénois. Je 
vais vous parler de la Cathédrale d'Amiens. 

Rassurez-vous, je n'en recommencerai pas la des- 
cription, chose cent fois faite et bien faite. Je vais la 



- 323 ~ 

considérerau point de vuedel'Esthétique, etj'essaierai 
d'établir, par les principes et par la comparaison avec 
les autres grandes églises, qu'elle réalise plus qu'au- 
cune autre ne Fa jamais fait, les conditions du beau 
absolu, qu'elle est achevée, parfaite, entre toutes, que 
c'est ici le modèle le mieux réussi de l'arebitecture du 
xiii" siècle, la plus belle des architectures. 

Amiens a eu, au xiif siècle, un bonheur inouï. 

Un évêque pieux, zélé, aux larges vues, chercha 
et trouva un architecte, le plus grand des architectes 
du Moyen-Age. Ces hommes dignes l'un de l'autre se 
comprirent et les populations de la Picardie les com- 
prirent : Tévêque expliqua ce qu'il voulait, l'archi- 
tecte dressa des plans devant lesquels pâliront désor- 
mais tous les plans. Le grand Evêque eut un succes- 
seur qui ne changea rien à l'œuvre de son devancier ; 
l'architecte eut deux successeurs qui suivirent et exé- 
cutèrent les plans d'hier; les populations apportèrent 
les ressources nécessaires avec un zèle admirable, et 
cette œuvre, qu'on peut bien appeler l'œuvre des 
œuvres, fut entreprise, commencée, continuée, per- 
fectionnée en 60 ans ! Jamais on ne vit prodige sem- 
blable, et c'est là la raison de cette unité, de cette 
harmonie, de ces règles du beau bien observées, de 
cette merveille, la plus belle église delà Chrétienté. 

On l'a si bien compris, et cela dès le xuf siècle 
même, que vite oai a voulu, çà et là, faire aussi bien, 
faire mieux. 

Mais, qu'il! est difficile de produire on véritable 
chef-d'œuvre' î 



— 324 — 

Que de fois, à cause d'une préoccupation qui absorbe, 
sans qu'il s'en doute, quelques-unes des facultés de 
l'homme de talent, cet artiste se laisse séduire par une 
idée prédominante et néglige des conditions essen- 
tielles ! Ainsi, Cologne a certainement une admirable 
Eglise. Les légendes des bords du Rhin, sont d'ordinaire 
plus spirituelles qu'elles ne l'ont été en donnant pour 
architecte de cet édifice l'ennemi de Dieu et l'adver- 
saire du genre humain, qui serait ainsi devenu tout à 
coup un modèle d'amour de Dieu et de zèle pour la 
Chrétienté, sentiments bien inconnus et bien impos- 
sibles à cette nature fixée dans le mal. Cette légende 
n'est vraiment pas digne de ses sœurs qu'on aime tant 
à entendre dans leurs inimitables récits. La chose 
s'est faite, on le sait aujourd'hui, d'une manière plus 
prosaïque. 

Les lauriers d'Amiens empêchaient alors plus d'un 
architecte de dormir. On voulut faire mieux, comme 
le désire toujours l'humaine jalousie, qui a de la peine 
à avouer le Parfait. 

On voulut à Cologne dépasser Amiens, tout en pre- 
nant d'ailleurs Amiens pour modèle. Si on n'avait pas 
pris Amiens pour modèle, peut-être aurait-on réussi, 
peut-être ? Mais prendre Amiens pour modèle en 
agrandissant les dimensions, c'était faire plus grand 
et voilà tout, ce n'était pas faire plus beau, ni même 
aussi beau, puisque l'harmonie était rompue, puisque 
le pastiche dénaturait l'original. On a fait grand, on a 
fait beau, personne ne songe à le. nier ; mais on a fait 
moins beau qu'Amiens. L'Eglise de Cologne est plus 



— 325 - 

grande, comme elle a voulu l'être, et comme elle l'a 
voulu avec une peràévérance qui a duré des siècles, 
mais la faute originelle est toujours là, et elle n'a pas 
cette harmonie des parties et de l'ensemble, cette unité 
esthétique, ce Mens divinior que l'église jalousée et 
copiée possède à un si haut degré. 

Plus près d'ici, à Beauvais, n'a-t-on pas eu une 
préoccupation analogue : faire plus grand afin de faire 
plus beau? Voici en quels termes un des auteurs (1) 
qui ont écrit sur la Cathédrale d'Amiens a exprimé 
cette pensée : 

« Lorsqu'on pénètre dans l'intérieur de la Cathé- 
drale de Beauvais, on éprouve, non de l'admiration 
comme à Amiens, mais de la stupéfaction, en contem- 
plant un vaisseau qui ne l'emporte sur son rival que 
parce qu'il le dépasse en dimensions de quatre mètres. 
A Beauvais, les fenêtres ne sont que des lancettes dont 

la longueur étonne Tesprit sans le satisfaire De 

toutes parts l'exagération des dimensions et du sys- 
tème pyramidal accuse chez les auteurs de l'œuvre de 
Beauvais Tintention de faire plus grand qu'Amiens, 
faute de pouvoir exécuter rien d'aussi parfait. » 

Je n'ose citer la suite, trop peu agréable pour Beau- 
vais, mais je constats la justesse de cette idée que, dans 
les arts, ce n'est pas le grand qu'il faut chercher, c'est 
le beau, c'est l'harmonie, ce sont les proportions bien 
prises, et je ne veux retenir que cela de cette compa- 
raison qui tend à diminuer par trop la gloire d'une 

(1) M. A, Ooze, Nouv. descript. de la calh. d'Amiens. 1847, p. i9. 



- 326 - 

Eglise qui est inachevée sans doute, mais nonobstant 
bien belle. 

La Cathédrale d'Amiens a certainement produit, dès 
l'origine, un effet immense, une sensation profonde, 
en Allemagne, en France, et peut-être encore plus en 
Angleterre. Que d'églises anglaises on reconnaît im- 
médiatemeiit comme appartenant à la famille amié- 
noise quand on pénètre dans leur intérieur ! West- 
minster notamcftent est frappant sous ce rapport. 

Laissez-moi vous dire ce que je trouve à ce sujet 
dans mes notes d'un premier voyage en Angleterre 
fait il y a longtemps, en 1847. 

« Il m'est impossible. de dire ce que j'éprouvai en 
entrant dans ce lieu ! C'est bien ici une magnifique 
et immense Eglise gothique de la plus pure époque de 
Tart chrétien. Quelle majesté dans cet ensemble si 
complet, quelle unité admirable de pensée et d'exé- 
cution, quelle richesse et quelle simplicité de plan ! 
Qu'elle esthelle^, cette longue suite d'ogives qui fuit de 
chaque côté jusqu'aux deux points parallèles où elles 
se séparent, pour se rapprocher ensuite après avoir 
formé dans leur course le signe auguste de la Ré- 
demption, pour finir par confondre leurs courbes si 
gracieuses, leurs lignes si pures ! Partout au-dessus 
des arcades inférieures règne sans interruption une 
délicieuse galerie, chef-d'œuvre d'harmonie et de 
beauté vraie. Pas d'irrégularité, pas d'hésitation, pas 
de défaut d'ensemble ; une seule pensée a conçu et 
arrêté ce plan, une seule main l'a coulé dans un moule 
unique, avec toutes ses proportions harmonieuses. Une 



— 327 — 

voûte de même style, où l'on peut encore voir des 
restes de peintures, des vitraux, des roses dont on 
peut encore admirer les restes précieux, tout est bien, 
tout est en proportion dans cette grande Eglise, bâtie 
pour une grande religion, pour que tout un peuple 
y vint entendre la parole de Dieu, pour que le candque 
immense des générations rassemblées ne fît pas écla- 
ter l'édifice. Westminster est un chef-d'œuvre, c'est un 
modèle parfait de l'art chrétien... construit dans des 
proportions gigantesques : c'est une grande cathédrale 
du Moyen-âge, bâtie même plutôt dans le style Fran- 
çais C'est ici le Catholicisme dans tout son beau, 

dans sa sublimité, dans son triomphe; ces pierres ra- 
content la foi et la gloire des âges chrétiens. » 

Disons-le toutefois, Westminster n'est pas complet 
comme Amiens. Dans plus d'une partie de son vaste 
ensemble il y a des taches qui détruisent l'harmonie 
et l'unité. La chapelle absidale d'Henry VII est certai- 
nement un chef-d'œuvre, mais d'un autre style que 
celui de l'Eglise. 

Je ne parle pas des singulières appropriations faites 
dans l'intérieur par les Anglicans, qui ont fait une 
petite Eglise dans la grande et ont transformé le reste 
en cimetière ou en musée. Ici comme ailleurs du reste 
ils n'ont rien détruit, et les monuments de cette épo- 
que, comme de plus anciens, sont intacts. 

Ils attestent les relations évidentes avec la France, 
surtout avec la France du Nord. Faut-il dire que l'on 
se copiait toujours ? Non, je ne le crois pas ; mais on 
avait les mômes idées, un même type, que Ton exécu- 



— 328 - 

lait plus ou moins bien; on était certainement de 
la même école, et Robert de Luzarches fut le chef dans 
cette école : il n'est pas étonnant que l'on trouve alors 
une manière de faire uniforme et une ressemblance 
de famille tout à fait frappante. 

Repassons le détroit, et comparons Amiens aux 
autres grandes Eglises de France. 

Si vous le voulez bien, nous allons d'abord à Char- 
tres. 

La cathédrale de Chartres offre un ensembre admi- 
rablement complet. Ses tours sont légendaires : son 
intérieur vous saisit, et le Mens diviiiior s'y fait sentir 
d'une façon étonnante que l'on n'oublie pas. Sa crypte 
est unique. Mais que dire de ses saintes images ? Que 
dire de cette statuaire de ses deux portails latéraux ? 
La beauté grpcque s'y trouve unie à l'idée chrétienne : 
c'est ravissant. Et ses verrières anciennes bien conser- 
vées? Et ses bas-reliefs? Et toute l'histoire de la 
Sainte-Vierge en sculpture ? 

Dans l'Eglise de Chartres tous les arts se sont donné 
rendez-vous. 

On passe de l'architecture à la peinture, à la sculp- 
ture, et on admire toujours, en s'instruisant, en s'édi- 
fiant. C'est une E(jlise dans toute la force du mot ; 
tout vous y parle de Dieu, que vous vous éleviez au 
haut de ce clocher vraiment aérien, que vous vous pro- 
meniez sur ces toits de métal, que vous descendiez dans 
les profondeurs de la crypte, c'est merveilleux. Les 
sept mille figures, sculptées ou peintes, sont à elles 
seules tout un Monde. 



— 320 — 

Il y a de l'ensemble, de l'unité, de l'harmonie, à 
Chartres : rien ne vient rompre les qualités essenliellrs 
de l'Esthétique, du beau. 

Amiens l'emporte cependant par la majesté, par 
l'ampleur, par une perfection mieux accusée dans les 
grandes lignes, àl'intérieur, à l'extérieur même. Char- 
tres serait donc digne selon moi, du second prix, mais 
Amiens mérite toujours le premier. 

Si vous le voulez bien maintenant, nous nous met- 
trons en route pour Bourges. Voyez-vous, du milieu 
des pâturages du Berry, s'élever cette petite montagne ? 
Tous les flancs sont couverts de maisons : mais une 
construction immense les domine et occupe le sommet. 
Quelque rue que vous preniez vous arriverez néces- 
sairement à cette construction dominante, à l'Eglise, 
symbole de l'élévation des choses de Dit3U au-dessus 
des choses de la terre. Nous voici devant le portail 
principal, oîi, comme toujours, nous voyons sculptée 
la scène du jugement dernier. Entrons, pénétrons dans 
la grande nef. 

Il est difficile de nous avancer beaucoup, tant est 
saisissant, extraordinaire même, le spectacle qui s'offre 
à nos yeux. 

Les galeries succèdent aux galeries : il y a place 
pour les fidèles, non-seulement dans la grande nef, 
dans les doubles bas-côtés, dans les chapelles latérales, 
mais encore au-dessus de chacun des bas-côtés, à tous 
les étages, jusqu'aux voûtes de l'édifice. Qu'on se fi- 
gure cette assistance réalisée, un jour de grande fête. 



— 330 - 

Le chœur est habité par l'évêque, le chapitre, le 
clergé; la grande nef, les collatéraux, les chapelles sont 
remplies de fidèles ; les galeries sont également peu- 
plées de fidèles ; alors qu'arrive-t-il ? Les murailles 
ont disparu, et comme tous les vides sont remplis par 
des vitraux ou décorés de saints et de saintes, on ne 
voit plus que les fidèles de la terre mêlés aux saints 
du ciel : l'Eglise matérielle, la figure a disparu : il 
n'y a plus que l'Eglise spirituelle. 

Voilà un symbolisme merveilleux, et ce symjjolisme 
qui devient ainsi une réalité, a certainement été voulu 
par ceux qui ont construit la cathédrale de Bourges, 
qu'on peut bien appeler Mystique au premier chef. 

La forme même favorise cette pensée admirable. 

C'est une Basilique tout d'une venue, (si l'on me 
permet cette expression un peu familière), et qui per- 
met de tout embrasser d'un coup d'oeil. C'est féerique. 
On croirait n'être plus sur la terre. 

Je connais quelqu'un qui, après avoir longuement 
étudié les vitraux de Bourges dafis la vaste publica- 
tion des Pères Martin et Cahier, fut les voir. Il se 
trouva tellement empoigné par ce coup-d'œil et par 
cette pensée à lui alors expliquée, qu'il lui fut impos- 
sible, absolument impossibk; de s'occuper d'autre 
chose que de cette architecture, et quand il quitta 
Bourges après avoir vu et revu cette merveille, il avait 
oublié de voir les vitraux. 

Ce trait, qui est de toute vérité, peint bien la force 
de l'impression que l'on reçoit à un pareil spectacle, et, 
je le répète, il est de toute vérité. 



- 331 - 

J'en étais là de mon travail quand je reçus la visite 
d'un architecte de mes amis, grand admirateur de 
Bourges. Je lui ai lu toutes ces pages. Il est de mon 
avis sur tous les points. Il trouve seulement que j'ai 
été trop loin pour Chartres et il réclame pour Bourges 
le second prix, tout en avouant des négligences de 
construction dans le haut, pas assez d'harmonie entre 
l'extérieur et l'intérieur, tout en adjugeant, c'est bien 
entendu, le premier prix à la cathédrale d'Amiens. 

Avec lui, j'examine Reims, et puis Strasbourg. 

A Reims, le portail nous ravit. Ce monde de statues 
vivantes, ces roses, ces voussures, ces pinacles, ces 
tourelles, ces tours, où l'on ne sait comment expliquer 
les découpures, les dentelles, la situation tout aérienne 
d'un ensemble qui se maintient on ne sait comment, 
tout cela est unique, et l'extérieur de cette magnifique 
cathédrale est réellement charmant. 

Et Strasbourg ! quelle masse énorme ! C'est une 
montagne, et une montagne oui tout est non seulement 
harmonieux et régulier, mais où tous les détails sont 
beaux comme Tensemble, et dans ces détails figurent 
des statues équestres et tous les objets les plus gran- 
dioses. C'est à peu de chose près la hauteur de la plus 
haute des pyramides d'Egypte ; avec la différence 
qu'ici tout est animé, vivant, parlant : ce n'est pas un 
tombeau, c'est un temple au Dieu source de la vie ! 

Quelle merveille que cet octogone s'élevant dans les 
airs, appuyé sur cette tour qui lui sert de base ! Et ce 
quadruple ruban contourné en spirale et servant d'es- 
calier ! Et la flèche ! Mais l'intérieur ne répond pas à 



— 332 ~ 

cet extérieur inimaginable. L'Eglise est petite, relati- 
vement à ce front immense, unique dans toute la 
chrétienté. D'ailleurs elle n'est pas une, et forcément 
la palme reste toujours, et définitivement, à la cathé- 
drale d'Amiens. 

Au reste, la cathédrale d'Amiens ne se distingue pas 
seulement par l'unité, l'harmonie, le bon goût : elle 
aussi à des dimensions très considérables : elle aussi a 
dans ses détails, tout un monde d'objets d'art. Comptez 
el étudiez les statues et les bas-reliefs du grand por- 
tail ; n'oubliez pas la belle vierge du portail St-Hono- 
ré ; allez ensuite faire le tour du chœur et entrez dans 
le chœur pour étudier une à une les stalles ; voilà toute 
une statuaire bien complète, notamment si vous y 
joignez l'ange pleureur. Les vitraux n'y sont plus, mais 
ils peuvent revenir, et pourquoi pas ? 

Bien d'autres monuments, souvent décrits, complè- 
tent cet admirable ensemble. Vous êtes heureux, vous 
qui les avez toujours sous les yeux, et pas n'est be- 
soin que je fasse autre chose que de les mentionner. 

Oui, la cathédrale d'Amiens est la merveille de l'art 
ogival, qui lui-même est l'art religieux par excellence, 
et je vous remercie de tout mon cœur de m'avoir 
donné l'occasion de proclamer ici hautement cette 
vérité. 



Anas, 8 Juin '188G. 



cag^^S"»-' •* -Tbbet 



UN ARTISTE PICARD A L'ETRANGER. 



JEHAN ^;)^AUQUELIN 

TRADUCTEUR, HISTORIEN ET LITTÉRATEUR, 

Mort à Mons en 1452, 
Par M. Ernest MATTHIEU. 



Une des gloires les moins incontestées du duc de 
Bourgogne, Philippe le Bon, ce fut d'avoir encouragé 
d'une manière efficace la culture des arts et des belles- 
lettres. Il avait eu l'habileté de réunir sous son auto- 
rité toutes les provinces belges ; il prit à cœur d'y ré- 
pandre magnifiquement l'amour du beau. Aussi son 
règne compte-t-il comme l'une des plus florissantes 
époques de l'épanouissement artistique et littéraire 
des Pays-Bas. 

Longtemps les noms d'hommes éminents qui flo- 
rîssaient à sa cour restèrent dans l'oubli. Les pa- 
tientes et laborieuses investigations de notre siècle ont 
peu à peu fait revivre le souvenir et les travaux de 



- 334 — 

personnages dont la postérité avait injustement mé- 
connu les talents. Parmi eux, nous signalons tout 
spécialement Jehan Wauquelin : il fut à la fois calli- 
graphe, traducteur, historien et littérateur. 

Son nom est resté inconnu jusqu'en 1840. Les tra- 
vaux de Barrois, de Paulin Paris, du comte de Laborde 
et de Florian Frocheur le révélèrent successivement 
comme un homme d'une haute capacité. Mgr de Ram 
en 1860 (1) et plus récemment M. Félix Brassart, en 
1879 (2) et Paul Meyer en 1884 (3), ont consacré de 
curieuses pages à sa mémoire. Il nous a été donné de 
recueillir quelques renseignements inédits sur cet ar- 
tiste trop longtemps méconnu. 

Nous avons pensé qu'il convenait de profiter de la 
célébration solennelle du jubilé semi-séculaire de la 
fondation de la Société des Antiquaires de Pic;irdie 
pour rendre un légitime hommage à l'homme de ta- 
lent qui mérite une place distinguée parmi les célé- 
brités picar.les. Tel est le but de notre étude biogra- 
phique. 

Jehan Wauquelin était né en Picardie, comme il 
prend soin de le rappeler dans une de ses premières 

(1 ) Chronique des dues de Brabant, par E-iniowl de Dynter , publiée 
d'après le ms. de Corsendourk, avec des notes et l'ancienne traduction 
française de Jehan Wauquelin ; par P.-F.-X. de Ram, recleur ma- 
gnifique de l'Université catholique de Louvain. Publication de la 
commission royale d'histoire de Belgique. Bruxelles. Hayez, 1854- 
1860, 1. 1. 

(2) Dans les Souvenirs de la Flandre wallonne, t. xix. 

(3) Girart de Roiissillon, chanson de geste, publié par Paul Meyer. 
Paris. Champion, 1884. 



— 335 - 

œuvres. Néanmoins il passa la plus grande partie de 
son existence dans la capitale du Hainaut, où il habita 
depuis 1439 jusqu'à sa mort en 14S2. C'est grâce à sa 
propre déclaration que la Picardie peut aujourd'hui le 
revendiquer comme l'une de ses gloires littéraires, 
sinon son long séjour à Mons aurait amené en l'ab- 
sence de renseignement précis, à induire qu'il avait 
vu le jour en cette dernière ville. 

Selon toute vraisemblance, Wauquelin naquit au 
commencement du xv° siècle. On ne connaît rien de 
ses premières années. 

Il habitait encore la Picardie, lorsque, vers 1438, 
il mit en prose un poëme intitulé : Histoire du bon 
roy Alexandre^ par ordre « de très hault, noble et 
puissant seigneur. Monseigneur Jehan de Bourgoigne, 
conte d'Estampes et seigneur de Dourdaing, etc., » 
gouverneur» du noble pays de Picardie, soubzla main 
de mon très redoubté seigneur et puissant prince 
mons' Phellippe, par la grâce de Dieu, duc de Bourgoi- 
gne. » L'auteur ajoute « duquel pays de Picardie je 
suis natif. » 

Le manuscrit de cet ouvrage était autrefois conservé 
à la Bibliothèque de Bourgogne à Bruxelles ; il se 
trouve actuellement à la Bibliothèque nationale à 
Paris (1). Legrand d'Aussy (2) le décrit de la manière 
suivante : « Parmi les manuscrits de la Belgique, dit- 
il, que possède aujourd'hui la Bibliothèque de Paris, il 

(1) Il porte le n» 1419 du catalogue de ms. français. 

(2) Notices et extraits des manuscrits de la Bibliothique du Roi et 
autres bibliothèques, publiés par l'Institut Hoyal de France, t, v. p. 131. 



— 336 - 

en est un de format in-folio, très-beau, enrichi de 
lettres et ornements en couleurs et de superbes mina- 
tures, qui contient une histoire d'Alexandre, divisée 
en deux parties et traduite de rime en prose fran- 
çaise... Le traducteur déclare avoir travaillé par ordre 
de Jean de Bourgogne, comte d'Estampes, seigneur de 
Dourdan. Il ne se nomme point, mais il se dii Picard, 
ayant pour seigneur particalier le gouverneur de cette 
province et pour seigneur général Philippe, duc de 
Bourgogne. » 

C'est cette dernière particularité qui nous engage à 
fixer, vers 1438, l'exécution de ce travail, car comme 
nous allons le voir, Wauquelin avait quitté son pays 
natal dès 1439. L'auteur ne signe pas son œuvre, mais 
il donne le moyen suivant de se faire connaître : « Se 
mon nom leur plaistsavoir, si prengnent la première let- 
tre de la seconde partie du livre, laquelle est un J, en 
deschendant parles lettres capitales jusques à la xviiij% 
qui est un N ; et ainsi le polront savoir. (1) » Les 
initiales des dix-huit premiers chapitres de la seconde 
partie donnent eneHei Johan?ies Vvaugueli?!, soit dix- 
huit lettres. 

On connaît encore deux autres textes de cette œu- 
vre. L'un conservé également à la bibliothèque natio- 
nale de Paris, numéro 7142, provient de Jeanne de 
France, fille de Charles VII, mariée à Jean II, duc de 
Bourbon, le 11 mars 1447 et morte à Moulins, le 4 
mai 1482. L'autre appartient à la bibliothèque ducale 

(1) fo 378 V. et dernier du ms n» 1419. 



— 337 — 

de Gotha et a été possédé par Philippe de Glèves, sei- 
gneur de Ravestain. 

L'œuvre de Wauquelin est un roman dont l'action 
est resserrée dans les limites des anciennes chansons 
de gestes. L'invention ne lui appartient pas, comme 
lui-même prend soin de le déclarer dans le prologue. 

« Je, dit-il, ay mis et fermé mon propos de mettre 
et par escript exposer en langage maternel des nobles 
faiz d'armes, conquestes et emprinses du noble roy 
Alexandre, roy de Macédonne, selon ce que je ay 
trouvé en ung livre dont je ne scoy le nom de l'acteur, 
fors qu'il est intitulé l'Istoyre d'Alixandre. » 

Il n'est pas possible de découvrir si Wauquelin ef- 
fectua d'autres travaux avant de quitter la Picardie. 
Ce que nous savons, c'est que dès l'année 1439, il 
était venu se fixer à Mons. Gomme calligraphe, il exé- 
cuta en 1439 et en 1440, des manuscrits liturgiques 
pour Téglise de Nimy. Les comptes de cette adminis- 
tration renseignent les paiements suivants : 

M A Jehan Waukelin, pour j livre à lui acattet par 
« ledit curet pour ledite église de Nimy contenant vij 
« quayers pour lequel il a esté payet xx sols de chacun 
« quayer et pour le couverture et les clouwans viij 
« sols vj deniers, monte.... viij 1. vj s. vj d, t. (1) ^) 

« A Jehan Waukelin, pour sen sallaire de avoir re- 
« fait, recouvert et remis à point j livre leur on dist 



(1) Compte de Véqlise et des pauvres de Mmy rendu par Denis de 
Froimont, mambour du jotf St-Remy 1439 à oteljour 1440. — 
Archives de l'Etat à Mons. 

22 



— :53e - 

« viespre a estet payet par marchandise 1 s. (i) » 

Lors de son arrivée à Mons, le comté de Hainaut se 
trouvait depuis peu d'années sous la domination de 
Philippe le Bon, duc de Bourgogne. Ce puissant sou- 
verain prit à cœur d'encourager dans la capitale de ce 
comté la culture des arts et des lettres qui était déjà 
en honneur. Les calligraphes qui l'habitaient, la cor- 
poration si florissante des enlumineurs de cette 
ville (2), l'existence du chapitre noble de Sainte- 
Waudru dont les chanoinesses tenaient à honneur de 
favoriser les travaux artistiques et littéraires, (3) 
toutes ces circonstances frappèrent l'attention de Phi- 
lippe-le-Bon et l'engagèrent à confier aux plus habiles 
des artistes montois l'exécution de travaux destinés à 
enrichir sa librairie. C'est ce motif qui amena l'habile 
miniaturiste Jacques Pilavaine, artiste picard, à venir 
s'établir à Mons où il obtint par l'intermédiaire de 
Jehan Wauquelin, son compatriote, d'importantes 
commandes de notre souverain. (4) 

On sait à quel point la passion des beaux manus- 

(1) Compte du tiers de la recette du commun pâturage qu'on dit le 
Morte Haynne^ appartenant à Nimy et Maisslières, du .*' mai 1440 au 
!•«• mai 1441. — Arch. de l'Etat à Mons. 

(2) M. Devillers a mis au jour de précieux renseignements sur 
les enlumineurs de Mons, dans son remarquable ouvrage : Le 
passé artistique de la ville de Mons, 

(3) Le fameux copiste anglais Jean deSalisbury vint h Mons visi- 
ter les chanoinesses de Sainte- Waudru ; il séjourna en cette ville 
le 18 décembre 1209. — Bibliothèque de l'école des chartes, \i" série, 
t. VIII, p. 633. 

(4) M essayer des sciences historiques de Belgique, Gand. 1864, p. 421. 
En 1858, L. Poulet a publié une notice sur ce miniaturiste. 



< 



— 339 — 

erits In dominait ; selon le dire de David Aubert, il 
étaiL « le prince sur tous aultres garny de la plus 
riche et noble librayrie du monde. Si est-il moult en- 
clin et désirant de chascun iour raccroistre, comme 
il fait, pourquoy il a iournellement et en diverses con- 
trées grands clercs, orateurs, translateurs et escrip- 
vains à ses propres gages occupez (1). » 

Philippe-le-Bon rencontra dans Simon Nockart, 
alors clerc du grand bailliage de Hainaut (2), un 
auxiliaire intelligent pour la réalisation de ses projets 
littéraires. Il l'en récompensa en lui accordant le titre 
de conseiller. 

Ce fut lui qui signala à l'attention du duc de Bour- 
gogne, Jehan Wauquelin qui avait déjà alors donné 
des preuves de ses talents. 

Le premier travail, dont ii fut chargé pour compte 
de ce prince, fut la traduction des Annales du Eainaut 
de Jacques de Guyse. C'était un ouvrage considérable, 
car l'œuvre du moine cordelier de Mons ne compre- 
nait pas moins de trois gros volumes in-folio. 

Cette traduction fut commencée en 1446 et exigea 
un labeur de quatre années. En J445, par les ordres 
du duc, une somme de douze livres, fut payée « à Je- 
han Wacquelin (lisez Wauquelin) demourant à Mons, 
en Haynnault, pour don à luy fait, quant yl est venu 
devers Monseigneur, à Lille, pour aucunes affaires 



(1) Dl Lacerna Santander, Mémoire hist. sur la billiothèque dite 
de Bo!!)\jogne, p. ii. 

(2) Il occupa ce poste de 141Ô jusqu'.à sa mort arrivée le 17 sep- 
tembre 1449. 



— :340 - 

touchant la translation de pluseurs hystoires des pays 
de mondit seigneur, pour lui aidier à desfrayer de la- 
dicte ville de Lille. (1) » 

Ce fut sans doute lors de ce voyage que Wauquelin 
fut chargé de la traduction « des Hystores des nobles 
princes de Haynnau, extraicte des livres maistre Jac- 
ques de Ghuise, del ordene des frères mineurs. » 

Il écrivit sa traduction sur papier. La bibliothèque 
de Mons possède le second volume de celle-ci ; il forme 
un beau manuscrit in-folio, relié en veau sur couver- 
tures de bois, d'une belle écriture, très soignée, avec 
titres et lettres en couleur. Sur le feuillet de garde, au 
commencement, on lit la note suivante où le traduc- 
teur se nomme : 

« Le prologue du translateur pour le second volume 
des Annales hystoires des nobles princes de Hayn- 
nault. 

« Geste seconde partie des histoires de Haynnau 
appertient à moy Jehan Thirou, dit Brassot et le fich 
escripre âmes dépens, en l'an mil iiij" 1 (Signé: ) 
Brassot. 

« Touttes les corrections de ce livre ontestet faittes 
de par le main de Jehan Waukelin (2) translateur de 
tous le trois volumes. »> 

A la fin du volume, une note en lettres rouges 

(1) Messager des se. hist. de Belg., 1858, p. 223. 

(2) Le rédacteur du catalogue des ms. de la bibliothèque de 
Mons en transcrivant ces notes a lu erronément Jehan Wandelin 
pour Jehan Waukelin. — Notre manuscrit est repris sous le n» 290 
(ancien 122) de ce catalogue. 



— 341 — 

porte : « Ëxcipit le seconde parties des histoires del 
nobles princes de Haynnault. » On y a ajouté à l'encre 
noire : « Escript en l'an 1448. » 

Les tomes I et III appartiennent à la bibliothèque 
publique de Boulogne-sur-Mer ; leur titre est : Le 
livre des véritables histoires des nobles princes deHenau^ 
extraites de maistre Jacques de Guy se. » (1) 

Cette traduction fut ensuite transcrite dans de splen- 
dides volumes sur parchemin, enluminés de riches 
miniatures. Ils appartiennent actuellement à la bi- 
bliothèque royale de Bruxelles où ils sont conservés 
comme les plus remarquables manuscrits de ce dépôt 
littéraire. Ils furent enlevés de la bibliothèque de 
Bourgogne après la prise de Bruxelles par les armées 
de Louis XV en 1746 et transportés à Paris dans la 
bibliothèque du Roi. La France les restitua le 7 juin 

1770. 

Comme spécimen du style de notre traducteur^ nous 
donnons ici le prologue du premier volume des An- 
nales du Hainaut : 

u Pour che que toute créature de raisonable en- 
tendement désire et appete savoir et oyr choses nou- 
velles pour la récréation et esioyssement de son corage 
et ossy que eus ou record des choses advenues an- 
chiennement et meisment des haultes et nobles 
proesces et emprisez des nobles hommes procréés et 
engenrés des haultes et nobles procréations et ligniés 

(1) C'est le n" 149 du catalogue. Celui-ci appelle notre traducteur 
Jean Wudiu;/. — Voir sur ce ins. les Bulletins de la comm. roy. d'hist. 
(le Uely., l' série, t. v, p. 195. 



- 34'2 — 

tous proedommes ayans Tentendement eslevet en 
honneur quant ilz leilz fais oent recorder, s'en eslievent 
et esmeuvent en plus grant perfection de valeur et de 
proesche. Est-il que à ceste instance moy, non digne, 
povre de sens et meure à l'entendement débille et 
faible de ceste haulte matère mettre à effect, se non 
que il me fuist commandé, comme il est, de par mon 
Irès-redoubté et très-puissant seigneur monseigneur 
Philippe, par la grasce de Dieu, duc de Bourgoigne, 
de Lotringhe, de Braibant et de Lembourc, conte de 
Flandrez, d'Artois, de Bourgoigne, palatin, de Hayn- 
nau, de Hollande^ de Zélande et de Namur, marquis 
de Saint-Empire, seigneur de Frise, de Salins, de 
Malines, me suis déterminés et disposés de mettre, 
exposer et translater, de latin en nostre commun lan- 
gage maternel, le commenchement et venue des no- 
bles princes du dit pays de Haynnau, la généalogie et 
percréation d'iceulx, aucuns de leurs nobles fais et 
emprises, avoec la venue, acroissement ou descrois- 
sement d'iceluy pays et d'aulcuns pays adiacens et 
voisins à iceluy, ensy que je l'ay trouvet et entendu 
sus les volumes, sy avant que il s'estendent, que com- 
pila et assambla jadis vénérable et discrète personne 
maistre en théologie, maistre Jaque de Guise, reli- 
gieux del ordène saint Franchois et du couvent de 
Valencienez. Par laquelle exposition et translacion au 
plaisir de Dieu polra à tous oans et lisans plainement 
apparoir la noble procréation et lignie, et comment 
est descendus mon dit très-redoubté et très-puissant 
seigneur du hauit noble et excellent sang des 



— 343 — 

troyens. (1) Et conséquamment du très-glorieux et 
précieux sang et enf^enrement par les lignies subsé- 
quentes madame sainte Wauldrut, noble princesse, à 
son tampz ducesse de Lorraine ; laquelle Lorraine se 
estendoit^ comme il appert ou contenut de son histore, 
despuis le rivière de l'Escault, selonc le rivière de le 
Hayne, parmy le devant nommé pays de Haynnau, de 
Braibant, de Hazebaing, de Namur, de Liège, de Ar- 
denne et de Moselanne que seulement on dist Lor- 
raine jusqucs à le rivière du Rin incltisement et de 
Meuse. Duquel pays de Haynnau est à présent ré- 
gnant, qui est l'an de l'Incarnation Nostre-Signeur 
Jhésu-Crist mille iiij* quarante six, princes mon dit très- 
redoubtésigneur, de par ma très-redoubtée dame ma- 
dame Margherite de Baivière, jadis fille au très-puis- 
sant duc Aubert de Baivière, sa très-chière mère, que 
Dieux absoille. 

« De laquelle translacion ou exposicion a esté mou- 
vement et cause honnorable et saige homme Symon 
Nockart, à son tampz clerc du bailliuwaige de Hayn- 
nau et conseillier de mon dit très-redoubté signeur, 
pour et au commandement duquel ainchois cestuy 
présent commandement de mon dit très-redoubté 
seigneur, j'en avoie fait aulcune chose imparfai- 
tement. Et pour che ainchois que je descende à la 
déclaracion de la materre, je metteray premièrement 
et exposeray la coUacion et prologue aveuc aulcuns 
argumens et soUucions pour le histore vérifyer pre- 

(1) Jactjuus de Guyse attribue à une émigration de Troyens, 
après la destruction de Troie, la colonisation du Uainaut, 



— 344 — 

mis du devant dis maistre Jaque de Guise au plus 
bref que je polray, que très- bien servira à l'esclarchis- 
sement et entendement de l'œvre proposée ; laquelle 
collacion et prologue, argumens et solucions contie- 
nentxxv capitles. Sy supply bénignement et favora- 
blement à toz ceux qui ceste histore liront ou orront 
lire que s'aulcun langage y est trouvetou en la déduc- 
tion d'icelle œvre imparfait ou non deuement aornet, il 
leur plaise^ par leur débonaireté, corrigier et amen- 
der, non point pour l'amour de moy, mais à l'onneur 
et exaltacion de mon devant dit très redoubté signeur 
et prince^ et à la loenge de Dieu, lequel je requier, en 
mon ayde, pour commenchement, moyen et fin. » 

Ce n'est que dans ces dernières années qu'on a res- 
titué à Jehan Wauquelin.le mérite delà traduction des 
annales de J. de Guyse (1). Des écrivains notamment 
le P. Wadding dans ses scriptores ordini minorum 
(p. 183) l'ont attribué à un certain Jean Lessabo. « Je 
ne connais pas d'écrivain de ce nom, remarque à cette 
occasion Paquot (2), mais peut-être a-t-il voulu dire 
Jacques Lessabé dont j'ai parlé ci-dessus. » 

Comme l'observe judicieusement le baron de Reif- 
fenberg, (3) ce Jacques Lessabé, mort à Tournai le 

(1) A. Pinchart, dans le BuUetin des commissions royales d'art et d'ar- 
chéologie, Il IV, p. 486. Précédemment ce savant avait attribué à 
Simon Nockart éette traduction, Archives des arts, des sciences et des 
lettres. !'• série, 1. 1, p. 105. 

(2) Mémoires pour servir à l'hisl. lift, des Pays-Bas, in-folio, t. i , p. 
389. 

C^) Monuments pour servir à Phist. des prov. de Namiir, de Luxem- 
boury et de Uainaitl. 1. 1, p. lin . 



- 345 — 

l'f juillet 1557, ne peut avoir été l'auteur d'une traduc- 
tion exécutée de 1446 à 1449. L'erreur provient de ce 
que Lessabé a écrit, sous le titre de Eannoniœ urhium 
et nominatiorum locorura, ac cœnobiorum^ adjectis 
aliquot limitaneis^ ex Annalibus Anacephalœosis^ une 
description topographique du Hainaut qui n'est pour 
la majeure partie qu'un abrégé de l'œuvre considérable 
de Jacques de Guyse. 

Nous avons vu par ce qui précède que Wauquelin 
doit être regardé comme le traducteur de cet ouvrage. 
Une preuve indiscutable nous en est encore fournie 
par les comptes du grand bailliage de Hainaut. En 
1447, il est payé « à Josse Hanotiau, pour, le iiij* jour 
de février de ce compte, porter à mons' le duc à Bruges 
pluiseurs grans livres de Cronicques de Haynnau^ 
lesquelx Jehan Waucquelin avoit translatez au comand 
de raondit seigneur le duc, de latin en franchoix. Se 
avoit mandet mondit seigneur que on lui portast. A 
esté payet audit Josse pour x jours qu'il mist oudit 
voyage, parmy v jours que mondit seigneur le duc le 
fîst targier audit Bruges, avant qu'il eust viseté lesdis 
livres pour les faire grosser. A viij sols par' jour, font 
iiij livres (1). « 

Après avoir restitué à notre savant une de ses œuvres 
les plus importantes, celle à laquelle il consacra quatre 
années, faisons connaître ses autres titres littéraires. 

Dans le courant de l'année 1446, Wauquelin fut 
encore chargé de traduire du latin en français une 

(1) Ce compte est conservé aux archives dép. du Nord, à Lille. 
L'extrait ci-dessus a été découvert par M. Brassart. 



— 340 -- 

histoire de Gérard de Roussillon. Philippe le Bon 
aimait à trouver un de ces glorieux ancêtres dans ce 
preux guerrier qui lutta contre le souverain de la 
France sur les limites de la Champagne et de la Bour- 
gogne, et laissa dans ces deux provinces et même en 
Hainaut et en Flandre plusieurs pieuses fondations. 

Aussi le duc s'intéressait tout particulièrement à ce 
travail et il voulut prendre connaissance de la traduc- 
tion de Jean Wauquelin, avant de la faire transcrire 
sur parchemin. Pour déférer à son désir, Josse 
Hanottiau alla lui porter le S mai H47 à Bruj^es plu- 
sieurs cahiers du livre de Gérard de Roussillon (1). 

Ce manuscrit complètement achevé l'année suivante 
fait aujourd'hui partie de la Bibliothèque Nationale de 
Paris (2). Il commence par la rubrique suivante: « Ci- 
après s'ensieut la table des chappitres du livre et de 
ristoire de monseigneur Gérard de Roussillon, trans- 
latés de latin en françois, au commandement de mon 
très redoubté et très puissant seigneur, monseigneur 
Phelippe, parla grâce de Dieu, duc de Bourgogne, de 

(1) « A Josse Hanottiau, pour, le v jour de may, porter, au co- 
mand doudit bailli, ji mous» le duc à Bruges piuiseurs quayers du 
livre Gerart de Roussillon, que moiiùit seigneur le duc avoit (ail 
translater à îiJons de latin en franchoi.x ; car il voUoit voir les ditf= 
(juayers pour le langaige, avant qu'il fuissent en parcemin. A esté 
payet pour vj jours enthiers qu'il mist à ce faire, à viij sols par 
jour, xviij sols. » — Compte du grand bailliage ae Hainaut, rendu 
par Jean de Croy, du 1°^ janvier au 31 décembre 1447 Archives 
dép. du Nord, à Lille - Cité par M. Brassart, loc. cit. p. 143. 

(2) C'est un vol. grand in-4''de 210 feuillets du xvi" siècle, acheté 
du chancelier Seguier, en 1671 N» 722433. Voyez Paulin-Pakis, il/a- 
nuscrits français de la Bibliothèque du Roi à Paris, t. vu, p. 10. 



— 34S7 - 

Lothier, etc. » Cette table de 186 chapitres, formant 
la division complète de l'ouvrage, finit au huitième 
feuillet. Puis viennent les premiers mots du premier 
chapitre ou prologue : u Isidore, ung notable docteur, 
nous dit et enseigne en ses auctorités que du mal d'au- 
trui le sage ne doit ouvrir sa bouche, etc. » 

Au feuillet 210, le dernier du manuscrit de Paris, 
est transcrite « une prose de saint Badilon, par laquelle 
clerement appert que monseigneur Gérart de Rous- 
sillon fonda l'église de Leuse, en laquelle gist le corps 
dudit saint Badilon. » Wauquelin s'occupait en mémo 
temps de la traduction des Annales du Hainaut, do 
Jacques de Guyse; et ce sera sans doute dans l'œuvre 
du chroniqueur montois qu'il aura trouvé l'hymne en 
l'honneur de saint Badilon (1) et aura jugé de la tra- 
duire pour l'ajouter à l'histoire de Gérard de Roussillon. 
Notre écrivain avait son attention appelée par les 
points de contact qu'offraient ses études simultanées, 
car dans le livre qui nous occupe il déclare avoir 
w trouvé sur le pas de l'histoire qui se commence : 
Gerardus Burgundionum dux etc. Ge qui s'ensuit : 
IV Eic cornes in siio dicta comitatu Ncrviensi plures 
ecclesias construxit ut puta ahbatiam de Lutosa, in qiia 
iîistituit abbatem S. Badilonem confessorem ; item 
ecclesiam béate Marie Antogniensis. C'est-à-dire en 
françois... l'abbaye de Leuse et l'église N.-D. d'An- 
toing. » 

Wauquelin a mis en prose le poëme épique intitulé : 

(\)\oyviz\iii3 \naales du Hainaut, t^dition du marquis de Forlia 
d'Urban, l. viii, p. 218, 222. 



— 348 — 

Ystoire de Helayne, mère de Saint-Martin^ évesqxie de 
Tours ^ d'aucuns Empereurs et Roys^ comme de son père^ 
son mary et autres^ etc., écrit au xii' siècle par Alexan* 
dre de Paris ou de Bernay. Il exécuta ce travail en 
1448. Dans son prologue, dédié à Philippe le Bon, 
notre prosateur dit qu'il s'est attaché à a retranchier 
« et à sincoper les prolongacions et mots inutiles qui 
« souvent sont mis et boutez en telles rimes...» Il 
réclame l'indulgence du lecteur, dans ces lignes em- 
preintes d'une grande naïveté : « Mon très-benigne 
seigneur principant et régnant en ce présent an, qui 
est l'an del incarnation nostre seigneur mil cgccxlviii ; 
je Jehan Wauquelin, foible de sens et de très-petite 
capacité pour esmouvoir et inciter les cuers des endor- 
mis à aucune bonne incitacion et promovement, me 
suis déterminé de mettre en prose une hystoire nom- 
mée l'Ystoire de Hélayne, mère de Saint-Martin, 
évesque de Tours, d'aucuns empereurs et roys, comme 
son père, son mary et autres ; avec la destruction et 
conversion de pluiseurs payens et sarrazins, par iceulx 
conquis, convertis et réduis à la saincte foy chrétienne, 
selon le contenu d'un livret rimé à moy délivré, par 
le commandement demondittrès redoubté seigneur... 
Je supplie à tous lisans et oyans ceste présente hys- 
toire, que de leur débonnaire bénignité, leur plaise 
mon ignorance en gré recevoir...» 

La bibliothèque royale de Bruxelles possède encore 
ce manuscrit, l'un des plus beaux de la librairie pri- 
mitive des ducs de Bourgogne ; les caractères calligra- 
phiques, tracés sur vélin;, sont exécutés avec une 
netteté et une précision admirables; ils témoignent du 



— 349 — 

talent de Jehan Wauquelin. L'écriture est en lettres 
cursives gothiques, les initiales alternes et tréflées sont 
rehaussées d'or et d'outremer. Le volume comprend 
175 feuillets de texte précédés d'une table occupant 7 
feuillets. Les miniatures, au nombre de 26, rappellent 
l'école gracieuse des Van Eyck et des Hemling et don- 
nent une très-haute idée du talent artistique des colo- 
ristes qui travaillaient alors pour les ducs de Bour- 
gogne (1). 

La Bibliothèque royale de Bruxelles possède encore 
un autre manuscrit d'une exécution remarquable qui 
porte également le nom de Jean Wauquelin : il est 
intitulé : « Le livre du gouvernement des princes, 
jadis composez par frère Gille de Romme, de l'ordre 
des frères hermites de Saint-Augustin, translaté du 
latin en francoys, au commandement de mon très- 
redoubté seigneur Philippe, par la grâce de Dieu, duc 
de Bourgogne, de Brabant, etc., par Jehan Wauquelin, 
son clercq et serviteur (2). » 

Le prologue commence en ces termes : « Je Jehan 
Wauquelin non digne me sui déterminé, pour son 
bon et haultain volloir et gracieux plaisir accomplir, 
que faire je désire sur toute rien que ce lui vient du 
bénoist Saint-Esperit, de mettre et translater en fran- 
choix le contenu d'un livre intitulé : Le gouverne- 
ment des princes, etc. Et combien que aultrefois ceste 

(1) Ce ms. porte le n" 9967 du catalogue. — Nous l'avons décrit 
d'après une notice de Florian Frocheur, La belle Hélène deConstan- 
tinople ou examen et analyse d'une épopée romane du Xll" siècle, dans 
Messager des sciences hist. de Gand, 1846, pp. 169 et ss. 

(2) Numéro 9043. 



- 350 — 

malère ait este translatée, nientinoins mondii très- 
redoubté seigneur, considérans que à cause de ce que 
Jaditte translation est jà enviellie, si poet par aventure 
estre muée du sens littéral tant par les escripvains 
comme par mauvais entendeurs ; et ossy H fèvres 
œvrent bien tout d'une matère, a volu et volt que ensy 
par moy indigne en soit fait comme dit est, ce que 
faire h son bon et gracieux plaisir je désire. >i 

Ce précieux volume est orné, comme le manuscrit 
du roman delà belle Hélène, d'une miniature où l'au- 
teur présente son livre au prince. L'écrivain est 
agenouillé, la tête découverte devant le duc ; il porte 
une longue robe bleue ; une écharpe noire, flottant 
sur l'épaule gauche, retient son bonnet. On croit y 
trouver le portrait de Wauquelin. Les armes du duc 
de Bourgogne sont dans l'encadrement avec sa devise 
plusieurs fois répétée: Aultre n'aroy tant que viveray. 
Une note volante assigne à ce volume la date de 14.^0. 

L'une des œuvres historiques les plus importantes 
dont on doit la traduction à Jean Wauquelin est la 
C/u'onica nobilissimorum dxicum Lotharmgiœ et Bra- 
bantiœ ac regum Francorum^ due à maître Edmond de 
Dynter, secrétaire du duc de Brabant, C'est un ouvrage 
considérable divisé en six livres et d*une haute valeur 
historique Philippe le Bon lui-même en avait appré- 
cié tout le mérite. Aussi du vivant même de l'auteur, 
il ordonna à Wauquelin de le traduire en français. 

Ce fut pour notre translateur un labeur de plusieui^s 
années, et il dût employer plusieurs volumes à sa 
transcription. Malheureusement les manuscrits de 



— 354 - 

cette traduction furent dans la suite dispersés dans 
des divers dépôts littéraires et souvent catalogués sous 
des titres peu exacts. Il a fallu les patientes investiga- 
tions de Mgr de Ram pour reconstituer intégralement 
l'œuvre de De Dynter, telle que l'avait traduite Jean 
Wauquelin. C'est le seul ouvrage de notre artiste dont 
le texte a, jusqu'à ce jour, été publié intégralement. 

Il nous a semblé superflu de donner ici Fénuméra- 
tion des manuscrits dans lesquels se rencontrent des 
parties plus ou moins considérables de la traduction 
faite par Wauquelin. Nous aimons mieux emprunter 
à son savant éditeur l'appréciation suivante sur la 
valeur littéraire du travail de notre « translateur. » 

a Le traducteur, écrit Mgr de Ram, appartient à 
l'école de Froissart, dont il avait étudié et transcrit les 
œuvres. Son style même rappelle quelquefois la gra- 
cieuse simplicité du vieux langage de l'immortel chro- 
niqueur. Wauquelin mérite, à ce titre, une place dis- 
tinguée parmi les écrivains français qui florissaientau 
quinzième siècle, à la cour de nos ducs de Bourgogne. 
A cette époque, les plus illustres représentants de la 
prose française se trouvaient parmi nous. Bon nombre 
des chroniqueurs du quatorzième et du quinzième 
siècle, dit un écrivain français (1) nous viennent de la 
Flandre. « Ce fut, ajoute-t-il avec quelque secret dépit, 
l'époque de la grande prospérité des villes de Flandre 
et des ducs de Bougogue : les lettres naissent partout 
où une civilisation quelconque les abrite et les nourrit », 

(1) NiSÀRD. Histoire de la littérature française, t. i, p. 89. 



— 35'2 — 

« On remarquera dans la traduction de Wauquelin 
Tabsence d'une orthographe uniforme et régulière ; 
bien des mots y sont écrits de deux ou trois manières 
diverses. L'âge différent des manuscrits employés pour 
compléter la traduction des six livres, explique jusqu'à 
un certain point cette variété qui présente quelquefois 
une bigarrure désagréable. D'ailleurs les variétés ortho- 
graphiques qu'on rencontre souvent à la même page 
et quelquefois à la même ligne, dans tous les anciens 
chroniqueurs français sont, d'après la remarque d'un 
écrivain, comme le bégayement de Tenfant qui hésite 
sur un mot, l'arrache avec peine et le prononce enfin 
avec grâce ; ces vai'iétés sont les restes précieux de la 
formation de la langue même. 

« Gomme Wauquelin, était le contemporain de De 
Dynter, qu'il était attaché en même temps que lui 
à la cour de Philippe-le-Bon et que, par les ordres du 
duc, l'un rédigea la chronique que l'autre fut chargé 
de traduire dans une langue plus usitée, sous la maison 
de Bourgogne, que le latin, il est à présumer que 
Wauquelin eut recours, pour exécuter son travail, 
aux conseils de De Dynter sous les yeux duquel la 
traduction paraît avoir été faite. C'est peut-être à 
cause de ce concours que la traduction, dans son 
ensemble, se distingue par une marche plus régulière, 
par une classification plus rationnelle des chapitres et 
des faits, laquelle ne se remarque pas toujours dans 
le texte latin. Wauquelin était à même de pouvoir se 
servir du manuscrit autographe annoté et complété par 
l'auteur, manuscrit qui peut avoir servi au frère Antoi- 
ne Vlaminœ, pour faire la copie de Gorsendonck. 



— 353 — 

« Si le traducteur, doué d'un incontestable talent 
comme prosateur français, a eu l'avantage de pouvoir 
s'inspirer des conseils de De Dynter, et s'il a même 
mieux coordonné les matériaux recueillis par le chro- 
niqueur latin, il n'en résulte pas que la traduction soit 
toujours d'une parfaite exactitude. Quelquefois Wau- 
quelin abrège et écourte le texte original ; rarement 
il reproduit les diplômes ou les chartes : il se borne à 
une courte analyse ou l'indication en latin des premiers 
mots du document ». L'éditeur signale des erreurs 
même notables de notre traducteur, il conclut néan- 
moins qu' « une quantité d'erreurs de ce genre pour- 
raient être relevées, sans que toutefois ces négligences 
fussent de nature à amoindrir la valeur de la traduc- 
tion, considérée comme monument littéraire et histo- 
rique (1). » 

D'autres ouvrages dus à la plume féconde de Wau- 
quelin restent encore inconnus, comme par exemple, 
Le livre de Brutus et de la grant Bretaigne, écrit en 
langage breton, puis mis en latin par Gaufroy, trans- 
laté en françois par Jehan Wauquelin, dont le titre 
seul est indiqué par M. Barrois dans son curieux 
ouvrage sur les librairies de Bourgogne (1). 

A titre de traducteur et de calligraphe, Wauquelin 
recevait annuellement du duc de Bourgogne un traite- 
ment de 60 livres de 40 gros la livre, ou cent-vingt 
livres tournois payable les premiers jours des mois de 
mai, septembre et de janvier sur la recette générale 

(1) De Ram, ouv, cit., i i, pp. cvi. cviii. 

23 



- 354 — 

de Hainaui. Philippe-le-Bon lui accorda ce traitement 
par lettres patentes scellées de son sceau, datées de 
Bruges le 28 mars 1447 (1446 v. st.) {\). Il le lui con- 
tinuajusqu'à sa mort. 

Le duc de Bourgogne prenait un vif intérêt à l'exé- 
cution des traductions et des manuscrits dont avait été 
chargé notre savant. Aussi celui-ci dut plusieurs fois 
lui communiquer ses ouvrages, il les portait parfois 
lui-m§me ou en chargeait un messager de confiance. 
Wauquehn transcrivit pour Philippe-le-Bon les 
chroniques de Jean Froissart. 

L'exécution de ces nombreuses traductions, la promp- 
titude et le talent avec lesquels elles furent accomplies, 
nous montrent que Wauquelin possédait une connais- 
sance parfaite des langues française et latine. 

Notre savant ne fut pas seulement traducteur habile, 
il possédait en outre le mérite d'être un excellent 
rimeur. Sur le verso du dernier feuillet du manuscrit 
du roman de Gérard de Roussillon, on lit une ballade 
faite par lui, M. Paulin Paris en a publié le premier 
couplet : 

L'an xiiii cens acomplis 
Et XLvii justement 
Fu (fait) en iuings traitiés petis 
Le XVI' jour proprement 
Par le gré et commandement 
Du noble prince de valeur 
Qui nommé est de tout gent 
Philippe de Bourgoigne seigneur. 

(Ij BrassarTj loc. cit., p. 146. 



- 355 — 

Le feuillet 2H, qui contenait la fin de la pièce, a 
été enlevé. Nous ne connaissons donc pas le texte 
complet de 2ette ballade. 

Wauquelin n'avait cessé d'habiter la ville de Mons 
depuis l'année 1439. Au mois d'août 1452, le duc de 
Bourgogne l'avait mandé auprès de lui pendant qu'il 
était occupé à subjuguer les Gantois révoltés. Notre 
traducteur tomba malade pendant ce voyage (1), mais 
il put encore se faire ramener à Mons où il mourut le 
7 septembre suivant (2) Ses funérailles eurent lieu en 
l'église noble de Sainte-Waudru dont le défunt était 
paroissien comme attaché au service du souverain. 

(1) « A maistre Jehan Waucqueîin, clercq, demorans à Mons, a 
esté payet par le bailli, au comn andement de Monseigneur, la 
somme de xl livres, du pris de xl gros, noonnoye de Flandres, la 
livre, pour don fait par luy mondit seigneur audit feu Jehan Wauc- 
queîin, .'i son vivant translateur et escripvains de livres, pour le 
raison de ce que ledit Jehan Waucqueîin avoit esté devers mondit 
seigneur, lui estant en son pays de Flandres allencon.tre de ceux 
de sa ville de Gand, lors rebelles et désobeyssans à luy, auquel lieu 
sourvint maladie audit Jehan Waucqueîin, comme plus à plain 
appert par le mandement de mondit seigneur, chy rendit, portant 
datte le x\\* jour d'octobre l'an mil iiij' liij et aussi [lar quittance de 
la vesve dudit Waucqueîin, congnoissant iedite somme avoir estére- 
ceue pour son dit mari. Et pour ce yey les ditts xl livres de xl gros 
le livre, qui, à monnoie de ce compte, vaieat,.. ni]" liv. » — Compte 
du grand bailliage de Hainaut de 1453, ï" xxix. Arch. du Nord à 
Lille. 

(2) La date exacte de sa mort est indiquée au compte du grand 
bailliage de Hainaut de 1455, f" li v» — Voyez Brassart, loc. cit., 
pp, 148 et 151. Ce savant commet une erreur en disant que Wau- 
quelin mourut en Flandre ; il put regagner Mons où il déc(*da, 
comme cela résulte de l'extrait suivant du compte de la recette des 
draps do mort du chapitre de Sainte-Waudru de Mons, du mois de 
septembre 1452 : 



— 356 — 

Puissent ces pages consacrées à rappeler le souvenir 
d'un artiste picard qui s'illustra en dehors de sa patrie, 
être accueillies avec bienveillance par la Société des 
Antiquaires de Picardie, et contribuer à relever dans 
l'estime de ses concitoyens la mémoire d'un savant 
trop longtemps oublié et méconnu. 

« De Jehan Wauquelin, en son tempz translateur et varlet de 
chambre de monseigneur le duc de Bourgogne, pour otel (un petit 
drap) xl s. » 

— Compte des années 1437 à 1465. Archives de l'Etat à Mons. 



^j^^''*****^ j^^^^^^^^^^ ^^m'MKï^^^ 



Séance publique du 30 Novembre 1886. 



RAPPORT 



SUR LES 



TRAVAUX DE LA SOCIETE 

Par M. GARNIER, Président. 



-3s3«^ 



Messieurs, 

Dans un certain nombre d'académies, la coutume 
veut que le Président rende compte des travaux et des 
actes de la Société pendant sa gestion. 

Chez nous, c'est au Secrétaire-Perpétuel que ce de- 
voir est imposé. Par un sentiment de cordiale sympa- 
thie auquel je suis très sensible, mes collègues m'ont 
investi cette année d'un double honneur. Ils m'ont 
nommé Président et m'ont conservé le titre de Secré- 
taire-Perpétuel auquel j'attache le plus grand prix. Je 
m'efforcerai donc, comme je l'ai fait depuis 1839, de 
prouver à la Compagnie, par mon exactitude et mon 
dévouement à ses intérêts, combien je lui suis recon- 
naissant. Permettez-moi de reprendre dès aujourd'hui 
ces dernières fonctions. 



— 358 — 

Quel que soit celui qui remplit cette tâche, il est 
bon pour une Société, après une année de labeur, de 
se recueillir, de jeter un regard en arrière sur la route 
parcourue, d'en mesurer l'étendue, de se remémorer 
les travaux accomplis, d'en rendre compte à une assem- 
blée d'élite qui veut bien accepter son invitation et de 
laissera son appréciation indulgente le soin d'en juger 
les résultats. 

L'année qui s'écoule a été laborieuse. Nous avons 
voulu fêter le cinquantenaire de la fondation de notre 
Sociéié et savoir si nous étions dignes de nos prédé- 
cesseurs et faire aussi ce qu'ils avaient fait. Nous avons 
donc invité nos collègues et les Sociétés savantes avec 
lesquelles nous sommes en relation à un Congrès 
archéologique et historique, et les amateurs de la pro- 
vince à une Exposition archéologique et artistique ren- 
due possible par l'obligeance de Tadministration mu- 
nicipale à mettre à notre disposition une partie des 
galeries du Musée. 

Ce double appela été entendu. 

Le Congrès dont je n'ai pointa vous résumer les 
séances, puisqu'elles ont été publiques, nous a valu 
d'abondantes et excellentes lectures et des discussions 
pleines d'intérêt sur divers points d'archéologie, d'his- 
toire, de bibliographie et d'art relatifs à notre province. 

Grâce à l'activité et aux relations des membres de 
la Commission et au concours empressé qu'ils ont su 
obtenir, l'Exposition a dépassé tout ce que les plus 
optimistes avaient espéré, et obtenu l'approbation de 
ceux-là même qui ne croyaient point à la réussite de 



^ 359 — 

notre projet. Un seul regret fut exprimé, par les uns 
de n'avoir pu y prendre part, par d'autres que l'Expo- 
sition eût été fermée trop tôt. 

Je dois donc les remerciements les plus sincères à 
mes collègues pour ces heureux résultats, pour l'accord 
constant qui n'a cessé de régner entr'eux dans une 
entreprise qui n'était point sans difficulté. — Je dois 
également remercier les personnes qui ont eu assez de 
confiance en nous pour se dessaisir de trésors dont les 
visiteurs nous ont fait apprécier plus encore la véri- 
table valeur. 

Mais je laisse au Président de la Commission le 
plaisir de vous remettre en mémoire les merveilles 
dont nos vitrines ont été remplies. 

Malgré ces deux grandes œuvres, nos séances ordi- 
naires n'ont point chômé. Les lectures et les commu- 
nications se sont succédé comme de coutume, et le 
nombre, je puis le dire sans partialité, n'a point été 
leur seul mérite. 

Pourquoi faut-il que ces succès aient été troublés 
parles pertes que nous avons éprouvées. La mort, en 
effet, n'a point été très indulgente pour nous, elle a 
frappé des meilleurs. Il me suffira de les nommer, 
leur nom apporte avec lui leur éloge. 

J'ai dit ailleurs les titres à nos regrets de MM. de 
Forceville et Corblet, et leur utile collaboration. Les 
travaux du premier le défendront de l'oubli, ceux du 
second, d'un tout autre ordre, lui assurent également 
un long avenir. 

Parmi les membres associés que nousavons perdus. 



— 360 — 

M. le baron de Gondé se recommande par son histoire 
du château de Montataire; M. Théophile Lejeune, par 
des Mémoires souvent récompensés par les Sociétés de 
la Belgique, pays auquel il appartient. Tous deux ont 
honoré l'histoire par la conscience de leurs recherches 
et leur impartialité. Nous avons appelé dans nos rangs 
des nouveaux membres qui se sont empressés de jus- 
tifier leur candidature, M. Robert de Guyencourt et 
M. Roux. 

Dans son discours de réception, M. Robert de 
Guyencourt, qui depuis longtemps étudie l'histoire lo- 
cale, nous a montré que, dans ses voyages dans les 
diverses contrées de l'Europe et sur les côtes d'Asie, il 
n'avait point oublié la Picardie. Peterwaradin lui a 
rappelé Pierre-l'Hermite ; Gonstantinople, Walon de 
Sarton qui rapporta de cette ville le chef de St-Jean- 
Baptiste, que notre Cathédrale est fière d'offrir à la 
vénération des fidèles ; à Vicence, il pense à un illustre 
picard, le général de Gaulincourt, que l'on fit duc de 
Vicence ; à Lucques, il retrouve dans le Volto santo 
l'image de notre Saint-Sauve ; il lit à Gênes l'épitaphe 
de Joseph de Boufflers, seigneur de Ponches-en-Pon- 
thieu, maréchal de France ; en visitant à Pampelune 
le puits où S. Saturnin baptisa S.Firmin il se souvient 
de ce qu'ont écrit MM. Salmon et l'abbé Gorblet sur le 
premier évêque de notre diocèse. A l'Escurial, ses 
souvenirs sont moins gais, car les peintures à fresque 
lui présentent les victoires de Philippe II d'Espagne 
dans les plaines de St-Quentin en 1557 et la prise 
d'Amiens en 1597. 



- 361 — 

M. l'abbé Crampon, répondant au récipiendaire, ne 
s'étonne point du goût de notre jeune collègue pour 
notre histoire locale. Sa famille, connue depuis plus 
de cinq siècles à Amiens, a fourni de nombreux ma- 
gistrats municipaux, et il rencontre à chaque pas, 
dans l'histoire d'Amiens, comme le montre M. le Pré- 
sident, de beaux et honorables souvenirs.' 

Dans une autre séance, M. R. de Guyencourt pré- 
sente des notices sur le château et l'église de Mailly- 
Raineval, et relève les nombreux blasons qui déco- 
raient ce château, détruit en 188S et qui ne méritait 
point de tomber sous les coups des Vandales. 

Je ne saurais passer sous silence sa notice sur deux 
chanceliers de France, originaires d'Amiens. Firmin 
de Gocquerel, qui paraît en 1340, négocia et obtint la 
réunion de Montpellier à la France. Pierre de Morvil- 
liers fut choisi par Louis XI, entr'autres missions 
délicates, pour aller, suivant l'expression du roi lui- 
même, laver la tête au duc de Bourgogne. Notre collègue 
relève les accusations portées contre lui par plusieurs 
historiens et, par des preuves irréfutables, établit sa 
parfaite honorabilité. 

Dans un épitaphier ou manuscrit appartenant à M. 
de Saveuse, il reaiarque une sorte d'inscription qui 
n'a pu être une épitaphe et dont le nom nous échappe, 
où l'on trouve, en quelques lignes concises, un abrégé 
de la vie et des hauts faits de Jean de Rambures, ma- 
réchal de France, gouverneur de DouUens, enterré 
dans l'église des Minimes d'Abbevillc. Il traduit cette 
inscription latine et la commente, ajoutant de nom- 



~ 362 — 

breux détails qui ne pouvaient entrer dans le cadre de 
Tauteur. 

Il est aussi le rapporteur de la commission nommée 
pour répondre à la demande faite par M. le Maire d'une 
liste de Picards dont les noms pourraient être donnés 
aux nouvelles rues d'Amiens. 

Enfin notre collègue fait passer sous nos yeux une 
suite de dessins qu'il a exécutés : d'un bat^-relief de 
l'église d'Hailles dont l'explication exercera la sa- 
gacité des archéologues; d'une borne du xvi* siècle, 
aux armes d'Amiens et des Fauvel, établie dans le 
pré Saint- Jean, au terroir de Longpré ; des bénitiers 
de Gamon et de Longueau qui présentent : le premier, 
le martyre de saint Sébastien, l'autre les armoiries de 
Sachy-Villers. 

Le second récipiendaire, M. Roux, docteur en droit, 
nous avait lu un chapitre très remarqué de l'histoire 
de l'abbaye de Saint-Acheul dont il s'occupe. Il avait 
choisi l'époque d'une transformation qui fut si fatale 
aux abbayes, au point de vue du spirituel et du tempo- 
rel à la fois, la commende, dont il signalait les abus, 
en montrant la nécessité de l'intervention de la justice 
pour en arrêter les déplorables effets. 

Son discours de réception a pour objet l'expédition 
peu connue de Winchelsea. 

Au milieu de la guerre de Cent Ans, le courage de 
la nation surexcité par les maux qui l'accablaient, 
poussait le Régent à transporter, par une expédition 
hardie, le théâtre des hostilités dans la Grande-Bre- 
tagne. A la saite de pourparli rs avec le Danemark, 



— 363 - 

qui n'aboutirent point, les Picards et les Normands 
reprennent ce projet de leur initiative privée, et, bien 
que le malheureux combat de Favril ait diminué con- 
sidérablement les forces de ces derniers, l'organisation 
de l'entreprise s'achève sous la direction de Jean de 
Neuville. 

Le 14 mars 1300 on met à la voile. Le débarque- 
ment s'effectue sur la côte anglaise, près de Winchel- 
sea. Cette ville est emportée par la petite armée, qui 
la saccage et rayonne dans les environs. Mais sa fai- 
blesse numérique la force bientôt à se rembarquer, 
pour échapper aux levées en masse faites par l'Angle- 
terre affolée ; et, après avoir inutilement cherché à 
s'emparer de Calais trop bien gardé, les Picards et 
leurs alliés rentrent en France. 

Cependant l'effet moral de ce hardi coup de main 
est immense, l'émotion inouïe de nos ennemis le 
constate. 

Ces débuts des nouveaux élus sont, vous le voyez, 
de bon augure. 

M. de Roquemont que l'état de sa santé avait tenu 
pendant quelque temps éloigné de nos séances, nous 
a rendu compte de l'ouvrage du D' Bock sur les reli- 
ques d'Aix-la-Chapelle. Il loue la description des reli- 
quaires de ce magnifique trésor, les curieux détails 
que l'auteur donne sur leur provenance et leurs ins- 
criptions, et lit la magistrale préface que Mgr Lau- 
rent, vicaire apostolique du Luxembourg, a placée en 
tète de ce beau livre. 

Une autre fois il analyse les recherches du D' Floss 



— 364 — 

sur les reliques du Christ et de la Vierge, conservées 
dans les églises et les chapelles de France. 

M. Josse faitremarquer uneomission dans ce travail. 
L'auteur ne parle point des reliques possédées par 
l'abbaye de Gorbie, dont le catalogue a été publié. La 
célébrité de l'abbaye et son antiquité devaient, il lui 
semble, la signaler à l'attention du D' Floss. 

Puisque j'ai abordé cette série de travaux, les rap- 
ports, je dirai un mot de celui de M. Duhamel sur une 
histoire de Gharlemagne, d'après les documents con- 
temporains par M. le chanoine Van Drivai, d'Arras 

A l'aide des Gapitulaires, des diplômes, des œuvres 
d'Eginhard et d'autres, M. Van Drivai établit la natio- 
nalité gauloise de son héros, énumère ses guerres, ses 
assemblées générales, étudie les lettres, les arts et l'ad- 
ministration sous son règne, et donne ainsi, dit M. 
Duhamel, une histoire sérieuse et vraie d'un empe- 
reur qui mérite réellement le nom de Grand. 

Nous devons à M. de Galonné un rapport sur l'ou- 
vrage de M. Pouy : Concini, Maréchal d'Ancre. Sans 
vouloir, dit M. de Galonné, être l'apologiste de celui 
dont Malherbe disait : 

Monstre qui dans la paix fit les maux de la guerre, 
Et dont lorgueil ne connut point de loi, 

M. Pouy se demande si la postérité ne s'est point 
trompée en refusant à sa mémoire la justice qu'elle a 
souvent accordée à de plus coupables. Concini, en 
effet, s'occupait sérieusement des devoirs de sa charge 
et valait mieux que sa réputation. Le rapporteur ne 



- 365 - 

saurait partager cet avis, mais il ne saurait non plus 
refuser à l'auteur d'avoir groupé avec talent un grand 
nombre de documents qui ont tous un intérêt réel 
pour l'histoire de cette époque et tout particulière- 
ment pour la Picardie. 

M. Pouy nous a encore adressé une lettre qu'il avait 
écrite à l'abbé Corblet sur une vierge sculptée, por- 
tant dans ses entrailles l'enfant Jésus qu'on aperçoit 
par une petite ouverture pratiquée dans son ventre, et 
qui diffère tout à fait des vierges formant triptyque 
dont il existe des dessins, et il demande s'il en existe 
de cette dernière forme. 

Je ne saurais répondre à cette question, mais je 
puis signaler aux curieux, dans la collection L'Escalo- 
pier, appartenant aujourd'hui à la Bibliothèque d'A- 
miens, sous le n" 14, sculpture française en bois, du 
xîV siècle, une vierge ouvrante formant triptyque, 
dans le sein de laquelle Dieu le père soutient le bras 
de la croix à laquelle son fils est attaché ; et, sous le 
n° 17, une autre vierge en bois, travail espagnol du 
XVI* siècle, dans le ventre de laquelle est creusée une 
petite niche contenant l'enfant Jésus sculpté en ivoire. 

M. Alcius Ledieu a extrait pour nous de l'inven- 
taire dressé par M. Léopold Delisle des documents for- 
mant les collections du comte de Bastardd'Estang, 
dont la famille de l'auteur des Peintures et Ornements 
des Manuscrits a enrichi la Bibliothèque nationale, la 
suite de ce qui concerne la Picardie. Cette liste de 47 
pièces, dont la première date de 1226 et la dernière de 
1665, a valu nos remerciements au laborieux directeur 
du Cabinet historique de l'Artois et de la Picardie. 



— 366 — 

M. Ledieu n'est pas le seul membre non-résidant 
qui ait payé son tribut. 

M. Siffait de Moncourt, le petit-fils d'un homme qui 
a fait le plus grand honneur à notre compagnie, M. le 
D' Rigollot, nous a donné la description d'un souter- 
rain inconnu du bois de Ribeaucourt, un long corri- 
dor de 25 à 30 mètres, à droite et à gauche duquel 
sont situées une vingtaine de chambres à peu près 
d'égale dimension, qui rappelle le souterrain de Fran- 
queville, décrit par M. Bouthors. M. de Moncourt 
connaît le remarquable travail publié en 1838 dans le 
premier volume de nos mémoires, et il croit avec M. 
Bouthors, malgré quelques constructions formant 
l'entrée de cette crypte et paraissant d'époque anté- 
rieure, qu'il ne faut point en chercher Tusage avant le 
XVI* siècle. 

Notre jeune collègue qui nous avait signalé les restes 
de l'abbaye de Dommarlin, abandonnés à la destruc- 
tion par l'ancien propriétaire de ces ruines, nous in- 
forme avec plaisir que le nouveau leur a donné un 
abri, et qu'il en veut assurer la conservation. 

M. Guerlin, qui assiste assidûment à nos séances, 
n'a point voulu rester un auditeur muet. 11 nous a 
communiqué ses recherches sur Jean-François de la 
Roque, seigneur de Roberval. D'une famille noble du 
Vimeu, Roberval jouissait d'une grande faveur à la 
cour de François P% et avait obtenu des lettres paten- 
tes en date du J5 janvier 1540 et conservées aux ar- 
chives de la Gironde, par lesquelles le roi le nommait 
vice-roi et lieutenant-général du Canada. M. Guerlin 



- 367 — 

donne des détails intéressants et inédits sur les expé- 
ditions de Roberval dans ces contrées alors peu con- 
nues et nous fait espérer qu'il pourra, par de nouvelles 
recherches, compléter la biographie de ce picard quel- 
que peu oublié. 

M. Gappe, de Frévent, a essayé d'établir que St-Lé- 
ger, évoque d'Autun et martyr, avait été, avant sa 
mort, emprisonné à Lucheux, sous la chapelle du 
château. 

Le même membre nous a décrit le monument mé- 
galithique de Béalcourt, un dolmen, dont la table, de 
2"° 50 de long, sur 2™ de large, gît aujourd'hui dans 
un vallon du côté de Heuzecourt. Il indique encore 
dans la commune de Béalcourt, un menhir dressé 
dans le cimetière près de l'église. 

L'époque de la chasse approchant, M. Viellard s'est 
souvenu des contestations fréquemment survenues 
autrefois entre les habitants d'Amiens et les officiers 
de l'état-major et de la garnison au sujet de la chasse. 
11 nous a donc adressé une ordonnance de Louis XV, 
rendue à Versailles le 20 novembre 1773, qui établis- 
sait un cantonnement parfaitement délimité au profit 
du gouverneur et des officiers. 

Enfin un savant, étranger à notre compagnie, M. 
Tauxier, capitaine d'artillerie en retraite, qui s'occupe 
surtout de géographie ancienne et qu'un long séjour 
en Algérie a familiarisé avec la langue arabe, a extrait 
de la géographie d'Edrisi, qui vivait au xii* siècle, ce 
qui avait trait à la Picardie, et dressé peur nous une 
carte de la province d'après Edrisi. 



— 368 — 

M. Josse, frappé de l'intérêt de ce travail dont il 
nous a rendu compte, en a demandé l'impression. 

Je reviens maintenant aux travaux des résidants, 

M, Durand nous a présenté une notice sur les restes 
d'une charmante église du commencement du xiii* 
siècle, que j'avais fait connaître pour la première fois 
en 1838. M. Durand recherche l'origine de cette église 
et retrace les traits principaux de son histoire. A dé- 
faut de textes positifs, l'examen de la structure géné- 
rale, des sculptures, des profils, lui permet d'en 
fixer l'époque. Il fait observer, entre autres détails, un 
procédé ingénieux du maître de l'œuvre, quia su con- 
trebutter les voûtes de la nef sur des contreforts im- 
médiats, et se passer d'étayements presque universel- 
lement usités à cette époque. Des dessins dus au ta- 
lent de M. Joseph Antoine et un plan emprunté à la 
collection Herbault complètent cette notice. 

Le nom que je viens de prononcer m'amène tout 
naturellement à remercier, dans cette réunion solen- 
nelle, M""* Herbault du don qu'elle a bien voulu nous 
faire de la collection de plus de 500 dessins manus- 
crits, plans, vues, élévations, coupes et détails de mo- 
numents appartenant à la Picardie, qu'avait exécutés 
et fait exécuter son mari. 

La Société a voulu que le souvenir de cet acte de 
générosité fût marqué par un signe durable, et elle a 
offert à M"^ Herbault une médaille frappée en son nom , 
comme témoignage de sa reconnaissance. 

M. Pinsard est toujours Tun des membres les plus 
actifs de la Commission des recherches. Se fait-il une 



— 369 — 

fouille, creuse-t-on une fondation, il y court, note la 
nature du terrain, en prend le profil. S'y rencontre-t- 
il quelques débris antiques, il en donne les dessins. 
Ainsi a-t-il fait pour la rue des Majots et le Lycée de 
filles. 

Cette rue des Majots lui fait penser que les premières 
habitations d'Amiens avaient quelque rapport avec les 
cranages de l'Irlande et de l'Ecosse^ et que des établis- 
sements plus anciens ont précédé ceux qui furent édi- 
fiés sur les îlots qui ont fait donner à notre ville le 
nom de Petite Venise. 

Les rares spécimens de nos maisons de bois, qui 
bientôt auront toutes disparu, ont attiré son atten- 
tion. Il a dessiné la façade de celle de la rue des Poi- 
rées et en a produit la restitution. 

M. Dubois qui connaît si bien son vieil Amiens, a 
fait observer que là où M. Pinsard avait vu un fleuron 
fruste sur un des écussons de cette façade, il fallait 
voir deux lettres R et P, initiales des noms de Fran- 
çois Riolan et de Louise Picquet sa femme, qui vi- 
vaient en 1560, avaient fait bâtir cette maison et l'a- 
vaient habitée. 

Il en existait une autre place Vogel, que notre collè- 
gue a également dessinée, et dont il a fait remarquer 
le système de charpente fort en usage au xvi* et au xvn* 
siècle, et l'assemblage habile et ingénieux des pièces 
q'ue, dans notre hâte fiévreuse et notre soif du bon 
marché, on a remplacé par des boulons et des clous. 

11 a dessiné en grandeur naturelle 1rs silex taillés et 

24 



- 370 — 

les pointes de flèches que M. Vincbon, d'Ennemain, 
avait recueillis dans ses environs. 

Je dois porter encore à son actif un dessin do l'é- 
cusson armorié d'un puits de la maison de M. Greton 
Sainte-Marie, rue de l'Aventure, portant la dale de 
1594, et un autre d'un linteau de porte ou de fenêtre 
de la même maison, aux armes du duc d'Aumale, gou- 
verneur d'Amiens pendant la Ligue. 

Il n'a point oublié une borne en grès qui limitait, 
pense-t-il, la justice du chapitre et celle de Camon. 
Cette borne porte les deux lettres G et H et la date 
de 1609. Ge serait alors à tort que la colonne en mar- 
bre placée dans le jardin du Musée aurait été prise 
pour la limite de cette juridiction. 

M. Dubois n'est point de cet avis et se propose de 
nous fournir les preuves de son opinion. 

Gitons encore de M. Pinsard un beau dessin, au cin- 
quième, d'un carrelage en carreaux émaillés, présen- 
tant une vingtaine de sujets différents et découvert 
près de Morisel. M. Janvier, qui a signalé cette trou- 
vaille, a obtenu du propriétaire qu'il déblayât le ter- 
rain, et l'on a trouvé à O^ôO au-dessous du sol, un 
pavage de 5°" 25 de long sur 5"" 55 de large, offrant les 
caractères d'un travail du xii* au xni« siècle. Quelle 
était la destination de ce monument ? L'histoire est 
muette sur ce point. M. Janvier, dont nous connais- 
sons la patience et la sagacité, ne désespère point 
d'arriver à la solution du problème. 

Enfin notre collègue nous a parlé des marques des 
tailleurs de pierres, et nous a montré deux planches 



- 371 - 

contenant celles qu'il a relevées sur les parois de la 
vieille l'église Notre-Dame d'Airaines et sur les murailles 
du château de Goucy. Ces marques ne sont point, sui- 
vant lui, pour servir à l'appareillage, mais pour faire 
reconnaître la part de chacun dus ouvriers dans le 
travail appelé carreaudage, qui se payait aux pièces 
et à tant le cent. 

Les richesses archéologiques de notre sol sont nom- 
breuses, vous le savez, et les fouilles que l'on y pra- 
tique fournissent de tous côtés des objets que nous 
recueillons, autant qu'il nous est possible. C'est là le 
plus facile. L'argent et l'attention y suffisent. Mai?, 
quand il s'agit d'expliquer l'usage de certains ins- 
truments, les difficultés commencent, des discussions 
s'engagent, et les hypothèses les plus hardies, les con- 
ceptions les plus ingénieuses, disons aussi les plus 
originales, abondent. Et quand on n'a point assisté 
aux trouvailles et que des objets tout nouveaux, de. 
formes différentes de ceux que l'on est accoutumé de 
voir, se rencontrent, le doute se présente et l'on arrive 
bientôt à supposer l'introduction de ces nouveautés 
dans la fouille, ce qui n'est du reste point une nou- 
veauté. C'est ce qui est arrivé pour les trouvailles de 
Marchélepot et de Ve'^mand. Plusieurs de nous ont 
pris part aux discussions qui eurent lieu à ce sujet, 
assauts pleins de charm.e, qui, malgré la vivacité des 
débats^ car chacun croit à la solidité de son interpré- 
tation, à la validité de son assertion, sont toujours 
demeurés courtois. C'est que nos études ne sont point 
de celles qui divisent, mais plutôt qui unissent, car 



, - 372 - 

nous avons tous le même but, ]a même volonté de 
l'atteindre ou du moins d'y aider. 

Mais si nous cherchons à conserver ce que les 
siècles passés nous ont laissé de leur architecture et 
de leur industrie, que d'obstacles ne rencontrons-nous 
pas? Les actes de vandalisme que le développement de 
l'instruction semblerait avoir dû écarter, ne se renou- 
vellent-ils pas chaque jour ? 

J'en ai cité deux exemples déjà, M. Poujol de Fré- 
chencourt nous en signalait un autre. L'ancien baptis- 
tère de Ghilly, qu'on a cru devoir remplacer par un 
autre d'un goût moderne, sert de support à une tonne 
en zinc destinée à recevoir les eaux pluviales. M. Du- 
hamel en a noté plusieurs aussi mal traités dans le 
canton de Nesle. 

Faudrait-il demander qu'on les remît en place, la 
chose serait difficile, impossible même trop souvent. 
Pourrait-on empêcher ce vandalisme ? Nous le pen- 
sons. 

On s'est occupé de cette question dans notre con- 
grès et surtout de la conservation des monuments et 
des objets religieux, et de nombreux faits de dilapida- 
tion ont montré la nécessité de mesures qui mettraient 
ordre à cet état de choses. 

La Société française d'archéologie, en présence des 
instructions du Ministère et des prescriptions des Evo- 
ques si mal observées, ne craignit point de demander 
qu'une loi sévère intervint. Ces vœux des archéologues 
et des amis des arts seront-ils écoutés ? Il serait temps, 
car les pertes sont énormes, et des trésors inapprécia- 
bles sont déjà perdus pour nous. 



— 373 — 

Je voudrais pouvoir mettre sous vos yeux tous les 
travaux de mes collègues, mais je m''aperçois que^ 
dans l'énumération sommaire que j'en ai faite, j'ai dû 
abuser de votre patience. 

J'aurais aussi voulu pouvoir vous dire en terminant, 
que nous sommes en possession du legs que nous 
devons à la générosité de M. Victor de Beauvillé, mais 
les pièces sont encore au Conseil d'Etat qui procède 
toujours, vous le savez, avec une sage lenteur, et nous 
attendons qu'il rende son arrêt. 

Puissé-je avoir montré que la Société est restée 
fidèle à sa loi fondamentale, qu'elle n'a point cessé 
d'être active et laborieuse et qu'elle a conservé, après 
cinquante années, les conditions de vitalité et de succès 
qu'elle avait reçues de ses fondateurs. 




Séance publique du 17 Juillet 1887. 

DISCOURS 

DE M. ANTOINE, PRÉSIDENT. 



Messieurs, 

La Société des Antiquaires de Picardie a pour devise 
les deux mots Nosce patriam ; or, pour satisfaire au 
devoir imposé par cette devise, il faut, nécessairement, 
s'occuper de nombreux travaux, puiser à des sources 
absolument différentes, mais concourant toutes au 
même but, celui de connaître et de faire connaître 
l'histoire vraie de notre pays. 

Cette variété dans les recherches fait naître, chez nos 
jeunes collègues, des aptitudes diverses, et quand l'âge 
mûr arrive, ils choisissent leur chemin, guidés par 
leurs études préférées. 

Les uns consacrent tous leurs loisirs h l'examen des 
médailles, monnaies, etc.; les autres déchiffrent les 
vieux parchemins, les manuscrits ; d'autres cherchent 
dans des fouilles habilement dirigées des pierres, des 
statues, des ornements, des ustensiles, dont l'usage 
très ancien permet d'expliquer la vie, les habitudes, les 
mœurs de nos prédécesseurs. 



— 376 - 

Une autre catégorie enlin s'attache à la recherche 
des monuments élevés sous la direction d'artistes, 
maîtres de l'œuvre, plus ou moins habiles, dont les 
travaux sont toujours utiles à consulter, quand il 
s'agit de retrouver les jalons qui doivent servir à 
refaire l'histoire d'une ville, d'une province, ou même 
d'une nation tout entière. 

Un double intérêt s'attache à ces recherches ; c'est 
d'y trouver la part prise par certains personnages dont 
les libéralités ont contribué à leur édification.. 

Il y a là, Messieurs, une source d'investigations à 
peu près inépuisable, et toujours extrêmement inté- 
ressante. 

Pour ceux qui, comme moi, arrivent tard, le travail 
est rendu difficile et ardu par les études antérieure- 
ment faites par des collègues éminents, ne reculant 
devant aucune difficulté, devant aucun travail, animés 
en un mot d'un feu sacré pour produire des docu- 
ments intéressants. 

Cet embarras, je l'avoue, je l'ai ressenti bien vive- 
ment depuis quelque temps, et je vous demande la 
permission de vous le faire comprendre en quelques 
mots, car je neveux pas fatiguer votre attention, et 
j'ai besoin de toute votre indulgence. 

Par goût, par profession, je m'occupe d'architecture, 
et j'ai toujours attaché une grande importance à faire 
estimer et honorer la profession d'architecte. 

J'ai suivi avec un grand intérêt les travaux qui ont 
été exécutés par mes prédécesseurs, et j'ai, pour les 



— 377 — 

monuments qui se trouvent sur le sol de notre Picar- 
die, une grande et bien sincère admiration. 

Il est entendu ici que je ne parle que des monuments 
qui en valent la peine, et dont la structure a un véri- - 
table intérêt historique. 

Dans ce but, j'ai eu l'honneur de faire à la Société 
des Antiquaires, en 1863 et en 1883, des propositions 
tendant à appeler l'attention de l'Administration hos- 
pitalière d'Amiens sur la nécessité de conserver à nos 
successeurs, les deux façades Est et Sud de l'hospice 
connu sous le nom d'Hôlel-Dieu. 

Ces constructions en effet, élevées au xvi» siècle, 
sont fort intéressantes, et leur état d'entretien laisse 
tellement à désirer que l'on peut redouter leur dispa- 
rition dans un temps plus ou moins éloigné. 

J'étais persuadé, comme je le suis encore aujour- 
d'hui, que ces restes d'architecture du moyen-âge 
étaient dus, non pas pour la totalité, mais au moins 
pour une forte partie, à la générosité d'un homme 
dont la vie et la fortune ont été consacrées à la création 
de monuments plus intéressants les uns que les autres. 

Je veux parler d'Adrien de Hénencourt, seigneur 
du dit lieu, docteur en droit, licencié ès-lois d'Amiens, 
archidiacre de Noyon, chanoine de l'église St-Nicolas 
et de l'éghse St-Firmin, doyen et chanoine d'Amiens, 
prévôt de l'Église Cathédrale, et dont les libéralités 
furent telles que les auteurs qui se sont occupés de 
retracer son portrait, sa vie, s'exprimaient ainsi qu'il 
suit en parlant des peintures murales de la cathédrale 
d'Amiens ornant la chapelle des Sibylles, découvertes 



— 378 — 

et expliquées par MM. Jourdain et Duval, chanoines 
d'Amiens, membres titulaires résidants de la Société : 

« Le caractère des dessins qui nous occupent », di- 
sent nos collègues, « se rapporte bien à l'époque de 
« notre histoire d'Amiens, où. le vénérable et opulent 
« doyen de Hénencourtjalonnait de monuments pieux 
« et charitables la route d'Amiens à Jérusalem ». 

J'ai voulu, Messieurs, rechercher quelle part avait 
prise Adrien de Hétiencourt à la construction des bâ- 
timents de l'Hôtel-Dieu, et j'ai pu trouver, dans les 
publications antérieurement faites par la Société des 
Antiquaires de Picardie, divers documents que je vous 
demande la permission d'analyser devant vous, et qui 
ont pour eux toutes les garanties de véracité, car ils 
proviennent des sources les plus authentiques. 

Le testament d'Adrien de Hénencourt, daté du i8 
juillet 1527, déposé aux Archives du département de 
la Somme, m'a permis de constater une grande quan- 
tité de donations importantes faites aux diverses 
églises d'Amiens, à l'église N.-D. de Noyon, à l'Hôtel- 
Dicii, à plusieurs maisons conventuelles, à ses neveux 
« Maistre Adrien de Hénencourt dit Lameth, Maistre 
'< Gyprien son frère, Maistre Christophe, autre ne- 
ce veu ». 

Il laissait à Messire Claude de Lameth, son neveu^ 
toute sa terre de Beaurepaire, avec tous les surcens et 
rentes qu'il avait acquis. 

Aussi, à son neveu Messire Anthoine de Lameth, 
le fief de Maubeuge, le fief aussi d(! Valicourt avec toutes 
les rentes, maisons, surcens qu'il avaità Orimeux etle 



- 379 - 

Plessier, avec toutes les terres qu'il avait à St-Just, 
etc.; 

Il léguait à son neveu Thinnet-Biolette la terre de 
Gipilly avec toutes ses dépendances etc., et fondait, 
dans les termes suivants, h l'Hôtel-Dien : 

u Un obit solennel le 17" jour de novembre qui est 
c( le jour de ma nativité, pour lequel obit ils doivent 
« avoir chacun an la somme de quarante solz, c'est à 
« sçavoir ledit jour vingt solz pour augmenter la pi- 
(c tance des pauvres de la salle. Dix solz aux religieux 
« et chapellains, et dix solz aux religieuses pour leur 
a récréer ensemble, etc. » 

Lesquelles sommes devaient être payées par son 
héritier ou légataire universel, << sur les cens que j'ai 
" en la ville d'Amyens que j'estime valoir cinquante 
« ou soixante livres. » 

Suivent des donations à son neveu M" Nicolas d'A- 
boval, chanoine de St-Quentin, puis àAnthoineson 
frère, puis au frèra Anthoine de Rubempré ; enfin, le 
testament s'exprime ainsi qu'il suit concernant sa 
maison d'habitation : 

« Je donne à mon nepveu Jacques et à son fils 
• t Maistre Adrien ma maison et jardin séant à Amiens 
« en la rue que Ton dit Gloriette avec tous les cens que 
« j'ai avant la ville d'Amyens que j'estime valoir cin- 
■< quante à soixante livres de rentes, pour être incor- 
« porez et unis avec la dite maison et jardin, et que 
w la dite maison et jardin soit à toujours et à jamais 
« appelée la maison d'Hénencoùrt et que toujours celui 



— 380 — 

« qui sera seigneur de Hénencourt s'il est de mon 
« lignage ait la dite maison et jardin. » 

Je ne veux pas, Messieurs, abuser de votre attention 
en donnant ici le texte complet du testament dont 
il s'agit ; mais il m'a paru utile et intéressant de vous 
faire connaître quelques unes des principales libéra- 
lités d'Adrien de Hénencourt. 

Il ressort des Archives des Hospices, d'après un 
renseignement que je dois à l'extrême obligeance de 
M. Boudon fils, qu'en novembre 1517, des sommes 
importantes ont été données par le doyen de la Cathé- 
drale d'Amiens pour la construction d'un réfectoire 
pour les Religieux et Religieuses ; et que des marchés 
furent passés avec Jehan Sauvage, charpentier d'A- 
miens, et Jehan Bocquegnyes, aussi charpentier, pour 
l'exécution de l'édifice ordonné par lui. 

Le réfectoire des religieuses devait être établi en 
bas; et au-dessus se trouverait un comble pour faire 
le réfectoire des Prêtres ; < avœuc dessus la chapelle 
« faire ung dortoir pour les dits prestres, et en bas 
« faire un escriptoire et le cabinet du maître comme 
« il plaira au raaistre du dit Hôtel. 

« Dont pour ledit marchiet doit avoir ledit Sauvage 
« pour les dits ouvrages la somme de soixante-dix 
u livres tournois, ou mieulx s'y plait au dit S' Doyen 
« d'Amiens, à sa discrétion. » 

Le premier lundi de carême de cette même année 
1518, on fit un traité avec François Daniel, hucher, 
pour les planchers et fenêtres de cette construction. 

Le compte relatif aux dépenses de l'Hôtel-Dieu, 



— 381 — 

années 1530-4531, rendu par frère Jehan Foulon, 
maistre et administrateur dudit Hôtel-Dieu, donne, au 
chapitre des recettes, 9* grosse, l'article suivant : 
« Au mois d'octobre a esté reçue la somme de 20 1. 
« 4 s y compris le don fait des dittes 20 1. par feu 
« Mons' Maistre Adrien de Hénencourt en son vivant 
« doien d'Amyens. » ' 

En présence de donations semblables, faites en fa- 
veur del'Hôtel-Dieu^ il est absolument logique de sup- 
poser, de dire même, que le donateur qui s'intéressait 
d'une façon toute particulière à l'amélioration des 
bâtiments de l'Hôtel-Dieu, au bien être des religieux 
et religieuses, et à celui des malades, n'est pas resté 
étranger à l'établissement des constructions qui font 
l'angle des rues St-Leu et Taillefer. 

Notre magnifique Cathédrale d'Amiens contient 
aussi des témoignages précieux à plus d'un titre, de 
la générosité du chanoine Adrien de Hénencourt. 

C'est à lui qu'est due la clôture méridionale du 
choeur, comprenant l'histoire de St-Firmin, le tom- 
beau de Ferry de Beauvoir, 64« évêque d'Amiens, 
oncle du donateur, transporté à ses frais de Montreuil 
à Amiens en l'année 1489, et placé dans le soubasse- 
ment de la première travée ; puis le tombeau d'Adrien 
de Hénencourt lui-même, placé dans le soubassement 
de la deuxième travée, inhumé mi plus près de l'his- 
toire de l'Invention de St-Firmin. 

Cette deuxième partie était en œuvre pendant 
qu'Adrien faisait son remarquable testament en 1527. 



Ces deux monuments décrits dan*s les Mémoires de 
la Société des Antiquaires dé Picardie, 4'* série, tome 
III, par M. Rigollot, en 4840; par M. Tabbé Roze. 
dans une petite brochure intitulée Visite à la Cathé- 
drale d'Amiens, et dans une Description de la cathédrale 
d'Amiens par Rivoire, sont d'un grand intérêt; l'on 
remarque dans celui de l'évêque Ferry de Beauvoir 
des peintures murales fort belles, représentant les 
douzes apôtres tenant des phylactères sur lesquels 
sont écrits les versets du Credo. 

A cette époque vivait Pierre Palette, renommé pour 
peindre, avec beaucoup d'art, les figures et les vête- 
ments des statues en pierre existant dans les églises. 

Son habileté le fit choisir en 1332, par l'exécuteur 
du testament d'Adrien de Hénencourt « pour estoffer 
« l'histoire de l'invention de Saint-Firmin ainsi que 
« le gisant ou la représentation du défunt que l'on 
« voit sous cette histoire. y> 

Il fit aussi les écussons, armoiries, qui servirent à 
ses funérailles, et que le sculpteur de l'histoire en 
question n'a pas manqué de suspendre au haut du mo- 
nument, comme il était d'ailleurs d'usage de le faire 
au XVI* siècle. 

Dans le tome IV, page 132, de la Revue littéraire et 
scientifique La Picardie, M. Dusével, membre de la 
Société, observe ce qui suit : 

« Nous ignorons toutefois si ce fut Pierre Palette 
qui peignit les autres bas-reliefs que l'on voit le long 
(^^Jla clôture adroite du chœur de la cathédr^^le. » 



— 383 — 

Adrien de Hénencourt contribua de ses deniers à la 
création et à l'établissement des magnifiques stalles 
de la cathédrale. Ce chef-d'œuvre de menuiserie, 
d'après les documents publiés par MM. Jourdain et 
Duval, et par M. l'abbé Roze, fut commencé en 1508, 
et fini en 1522. 

Exécuté aux frais du chapitre et d'Adrien de Hé- 
nencourt, par Alexandre Huet, Arnault Boulin, Jean 
Trupin, et Antoine Avernier, il coûta en tout 9488 li- 
vres, 11 sols, 3 deniers, ce qui représente une somme 
d'environ 330.000 fr. de notre monnaie. 

Le principal ouvrier, Jean Trupin, gagnait par jour, 
avec son apprenti, 7 sous. 

C'est aussi à la générosité du vénérable doyen et 
chanoine d'Amiens que l'on doit les peintures mu- 
rales de la chapelle St-Eloy dite des Sibylles, dont il a 
été parlé tout à l'heure, et qui sert de passage de 
l'intérieur de la Cathédrale au cloître du Macabé. 

Au côté droit de l'autel, les peintures sont pres- 
qu'entièrement détruites par l'injure du temps et des 
hommes ; l'image d'Adrien de Hénencourt est seule 
un peu moins maltraitée : on reconnaît le célèbre cha- 
noine à ses armes, à sa devise favorite Toile moras, en- 
core visible en plusieurs endroits de la muraille et en 
particulier sur le prie-Dieu devant lequel il est à ge- 
noux en sa qualité, certainement, de donateur de la 
décoration de cette chapelle, et de fondateur des cha- 
pellenies de St-Êloi et de St-Domice dont il est ques- 
tion dans son testament. 

Telles sont, Messieurs, les principales libéralités de 



— 384 — 

l'homme dont j'ai voulu, au moyen d'extraits puisés 
aux sources les plus authentiques, vous retracer suc- 
cinctement l'histoire. 

La Société des Antiquaires, consultée par M. le 
Maire d'Amiens, en i885_, pour lui présenter les noms 
des personnages qui pourraient être choisis pour dé- 
signer les nouvelles rues de la cité, a répondu par 
l'organe de notre collègue M. de Guyencourt, inter- 
prète fidèle d'une commission spéciale nommée dans 
le sein de la Société, en citant un certain nombre de 
personnages célèbres,, parmi lesquels figurait Adrien 
de Hénencourt, doyen du chapitre de la Cathédrale 
d'Amiens, ami éclairé des beaux-arts ; M. le rappor- 
teur, après avoir rappelé les principales donations que 
je viens d'avoir l'honneur d'énumérer, ajoute qu'il 
contribua à la reconstruction du clocher même du 
monument, et fut l'un des plus généreux bienfaiteurs 
de l'Hôtel-Dieu de notre ville. 

Je m'arrête, Messieurs, en vous demandant de vou- 
loir bien excuser la longueur de ce travail, dont le but 
a été de faire ressortir, aussi exactement que possible, 
au moyen de renseignements recueillis dans divers 
ouvrages publiés pour la plupart par des membres de 
notre Société, la générosité de l'homme éminent et 
vénérable qui remplit la haute dignité de doyen de la 
Cathédrale d'Amiens de 1495 à 1530, époque à laquelle 
il fut enterré près de son oncle maternel. 

L'épitaphe suivante, dont je donne la traduction 
libre, avait été placée sur son tombeau (Voir descrip- 
tion de la Cathédrale d'A miens, par Rivoire, page 165): 



— 385 -^ 

« Vieillards, hommes, jeunes filles, confondez vos 
« larmes : votre ami, Adrien de Hénencourt n'est 
« plus. Doyen de cette église, père du peuple, ami 
" de la ville, la religion lui confia le soin d'un de ses 
« plus beaux temples. 

« Après s'être toujours préparé à la mort, il a fini 
« par la subir, mais pour vivre d'une vie nouvelle. La 
« vertu s'enorgueillit d'une pareille mort, » 

Je pense, Messieurs, que la ville qui a eu l'honneur 
de compter parmi ses bienfaiteurs un homme tel que 
Adrien de Hénencourt doit, par tous les moyens en 
son pouvoir, chercher à perpétuer sa mémoire. 

J'espère que ce vœu sera exaucé, et je profite de 
ma situation tout exceptionnelle de Président de la 
Société des Antiquaires de Picardie pour appeler de 
nouveau l'attention de l'administration des Hospices 
sur la conservation, par une restauration intelligente, 
qui en résumé ne serait pas très coûteuse, des cons- 
tructions dont Adrien de Hénencourt a été, sinon le 
créateur, au moins l'un des généreux donateurs. 



«^*#==ï5=^ft ^^ - S»" ''^J^ 



25 



Séance publique du 17 Juillet 1887. 



RAPPORT 



SUR LES 



t f 



TRAVAUX DE LA SOCIETE 

Pendant l'année 1886-1887 

Par M. J. GARNIER, Secrétaire-Perpétuel. 

— ^ssêi 

Un de mes collègues, voyant ma table couverte de 
petites feuilles de papier, me disait : Que composez- 
vous donc ? ~ Rien. Ce sont des notes sur les lectures 
faites dans nos séances ; je prépare mon rapport annuel 
sur les travaux de la Société. — Mais cela ne doit 
plus être un travail pour vous ; depuis si longtemps 
que vous accomplissez cette tâche, vous en avez l'ha- 
bitude. — L'habitude, c'est bientôt dit. Chaque oiseau, 
quand le printemps revient, fait son nid, toujours de 
la même manière, il n'y ajoute, n'y retranche, n'y 
change rien. Croyez-vous qu'il en soit ainsi pour moi, 
assurément non. Les sujets traités sont différents, sans 
rapports entr'eux ; les éléments ne sont jamais les 



- 388 — 

mêmes. Il les faut donc étudier séparément et l'analyse 
ou plutôt ce que j'en veux dire est plus ou moins diffi- 
cile à trouver. Une seule chose est d'habitude pour 
moi, et je ne veux point la changer, c'est l'exactitude 
et l'impartialité, exactitude et impartialité qui consis- 
tent à citer toutes les lectures et les communications 
faites, à en dire un mot, mais sans critique, ni blâme, 
ni éloge. Je ne me suis jamais cru le droit de juger 
dans mes rapports les œuvres de mes collègues. Ma 
tâche alors est devenue plus facile peut-être, mais non 
moins laborieuse. Cependant si des applaudissements 
ont éclaté à la suite d'une lecture, si le public a bien 
accueilli l'ouvrage imprimé, si une récompense a été 
obtenue, je crois pouvoir le rappeler, et mon impassi- 
bilité ne va pas jusqu'à ne point mentionner des succès 
qui sont aussi ceux de la Société et dont elle est fière. 
Si j'ai tant parlé de moi, veuillez m'excuser, car je 
n'en parlerai plus ; je n'ai guère été, je l'avoue, qu'un 
auditeur et un peu la mouche du coche. 

Quand j'ai remis la présidence à mon successeur, je 
lui souhaitais d'être plus heureux que je ne l'avais été 
et de n'avoir point de deuil à conduire. Hélas ! la mort 
impitoyable a fait cette année encore des vides dans 
nos rangs. Nous avons perdu M. Le Tellier qui, pen- 
dant 25 ans, avait partagé nos travaux; M. l'abbé Le- 
temple qui s'y éiait réellement associé depuis 4 ans, 
et M. V.ellard que la maladie empêcha d'accomplir ses 
promusses. 

M. de Guyencourt a raconté la vie si active, si labo- 
rieuse et si pleine de dévouement de M. Le Tellier ; il 



— 389 — 

nous a montré le dessinateur habile, correct, intelli- 
gent, le professeur bienveillant et consciencieux qui 
savait de ses élèves se faire des amis, et cité les plus 
remarquables de ses tableaux. 

M. Antoine, en disant un dernier adieu à M. Tabbé 
Letemple, a rappelé ses travaux et les qualités du 
cœur et de l'esprit de notre sympathique collègue. 

La Société ne me pardonnerait point, si je ne disais 
les regrets que lui fît éprouver la mort de M. Dufour. 
Bien qu'il i ût quitté la compagnie depuis longtemps, 
notre ancien président avait marqué son passage par- 
mi nous d'une manière si distinguée, son œuvre par- 
lait si haut, comme l'a si bien dit notre vice-président 
M. Duhamel, que la Société ne faisait qu'accomplir un 
devoir de justice et de reconnaissance en manifestant 
ses regrets. 

Si la mort nous a privés de quelques collègues, 
nous en avons admis de nouveaux, et je dois leur sou- 
haiter la bienvenue. Tous peut-être, ou plutôt nous le 
savons, tous n'apporteront point un contingent à nos 
travaux, mais par leur modeste cotisation ils augmen- 
teront nos ressources financières qui sont un élément 
nécessaire, je dirai même indispensable à notre exis- 
tence. L'argent, en effet, assure la régularité des pu- 
blications, et permet d'exécuter des fouilles que nous 
voudrions entreprendre plus souvent, bien qu'elles ne 
rapportent point toujours ce qu'on en attendait ou ce 
qu'elles coûtent. 

Ce n'aurait point été le cas des fouilles de La Bois- 
sière près Montdidier, dont M. l'abbé Villerelle nous 
a rendu compte. 



— 390 — 

Ce cimetière mérovingien, dont l'existence avait été 
révélée il y a quelques années, est situé sur le versant 
oriental d'une petite vallée sèche de la commune. Les 
fouilles ont été pratiquées pendant les mois de novem- 
bre et de décembre i886, par M. Lelorrain, l'habile 
explorateur de Marchélepot et de Vermand. Une cen- 
taine de fosses ont été ouvertes ; presque toutes con- 
tenaient un mobilier funéraire. La céramique a fourni 
la plus large part: des plats grands et petits, avec des 
ossements de volailles, des cruchons, des coupes, des 
vases de formes et de tailles diverses en terre noire ou 
rouge^ dont quelques-uns accusaient chez le potier gal- 
lo-romain autant d'habileté que de goût. 

Les vases de verre sont assez nombreux, peu intacts 
et plusieurs remarquables par leur forme et leur élé- 
gance. Les bronzes n'ont point fait défaut : on a trouvé 
des boucles, des agrafes, des bracelets, des épingles à 
cheveux, voire même une aiguille à coudre. Un grand 
plat de bronze est surtout curieux parce qu'il a été brisé 
et raccommodé, et que la pièce maintenue par des rivets 
peut être donnée comme un spécimen de l'art de la 
chaudronnerie à cette époque. Des haches, des cou- 
teaux, des forces en fer, des colliers, des boucles d'o- 
reilles, des verroteries et une cinquantaine de mé- 
dailles, dont la plus ancienne est de Sabine (ii' siècle] 
et la plus moderne d'Arcadius (m" sièclà) complètent 
cette collection dans laquelle il faut citer une petite 
cruche portant sur la panse les cinq lettres régulière- 
ment espacées du mot H E P L E. Ce vase appartenait 
sans doute à un propriétaire qui n'aimait point à le 
voir vide. 



- 391 - 

M, Pinsard qui a visité les lieux el examiné les trou- 
vailles a fait des réserves sur la nature, le nom et la 
destination attribués par l'abbé Villerelle à certaines 
poteries, et il a regretté qu'elles ne vinssent point en- 
richir nos collections. 

C'est à cette même époque qu'appartiennent les 
puits funéraires que M.Pouy signalaità notre attention. 
Le nom indique assez la disposition de ces fosses, au 
fond desquelles on trouve des couches de charbon, des 
silex polis et non polis, des objets antiques divers. M. 
Pouy a rappelé que M. Traullé, d'Abbeville, avait le 
premier étudié ces sortes de sépultures, dont M. Pin- 
sard a exploré quelques-unes à St-Maurice, mais sans 
grand succès. Il ne doute pas cependant, comme M. 
Pouy, que ces explorations soient fructueuses. Mais 
là encore le temps et l'argent ont fait défaut, et la 
bonne volonté de Tarchéologue n'est pas suffisante 
pour de telles entreprises. 

Pour M. Rendu, le fort de Tronquoy, commune de 
Frétoy, canton de Maignelay (Oise), serait, par sa forme 
et la nature de ses défenses, un fort gaulois approprié 
à leurs besoins par les Romains. Ce monument d'art 
militaire a la forme d'un carré à peu près régulier, 
défendu par des fossés encore bien conservés. Au 
moyen-âge il portiiit un donjon qui fut rasé en 147S et 
dont les débris dispersés ont servi à des constructions 
dans le village. 

Je n'ai point à parler des fouilles de Bray-sur-Somme, 
car à peine entreprises elles étaient interrompues. M. 



- 392 - 

Josse, l'historien de Bray, n'y signale qu'un sarcophage 
en pierre, remarquable par le peu d'épaisseur de ses 
parois. 

Nous devons à M Gappe la description de l'église 
de Béalcourt, arrondissement de Doullens, construite 
dans le cimetière, à 200 mètres des habitations et plus 
connue sous le nom de Mons-Béalcourt, à cause du vil- 
lage de Mons détruit par les guerres du xyi" siècle. Le 
chœur daterait du xii* siècle, la nef serait du xvii", 
bâtie sur des fondations du xif , Le portail a été re- 
construit en 1705. Une chapelle dite de Notre-Dame 
de Mons renferme une statuette de vierge dont on ne 
saurait fixer l'origine ancienne; elle est l'occasion d'un 
pèlerinage très fréquenté. 

Mais laissons ces monuments et passons à d'autres 
études. 

M. Poujol de Fréchencourt en parcourant, à la Bi- 
bliothèque de TArsenal, le recueil manuscrit de M. 
Du Gange, n" 5258, y trouve la mention d'un texte 
d'évangile en parchemin, avec des enluminures à 
l'antique, appartenant à l'église de St-Remy d'Amiens. 
Au bas de l'un des feuillets, parmi ces enluminures, 
on voit d'un côté une herse d'argent, de l'autre un 
écusson d'or à 3 merlettes de sable à la bordure en- 
grelée de gueule. Sa couverture en bois recouvert d'ar- 
gent portait en écriture gothique et des deux côtés : 
Noble homme et saige Mgr Philippe de Mormller, sei- 
gneur de Clary, co?îseiller du roi nostre sire et premier 
Président en son Parleme?it donna cet évangélial à 
t église St' Rémi ^ Amiens, l'an de grâce mil ccccxwi. Ce 



— 393 - 

manuscrit a donc pour nous un triple intérêt : sa valeur 
intrinsèque, d'abord, puis il appartenait à l'une de nos 
églises, il avait été donné par un de nos plus illustres^ 
concitoyens. Qu'e&t-il devenu ? Il n'est point perdu, 
assurément. Trop de caractères le feront reconnaître. 

On a remarqué à notre dernière Exposition une ma- 
gnifique tapisberie, n» 769, représentant l'entrée de 
St-Firmin à Amiens. M. l'abbé Edouard Jourdain, l'un 
des savants auteurs de la description de nos stalles, 
l'avait découverte autrefois dans l'hôtel de la Pomme 
de Pin, rue de Metz ; il l'avait achetée et en avait fait 
don à la cathédrale ; il la croyait provenir de St-Firmin- 
en-Caslillon. M. Guerlin a trouvé aux Archives du dé- 
partement la véritable origine de cette tapisserie 
donnée en 1612 à l'église de St-Firmin-à-la-Porte 
par Grégoire Cordelle, receveur des décimes et mar- 
guillier de la paroisse. Les deux écussons de la bordure 
ne sauraient laisser aucun doute. L'un porte d'azur, à 
deux lions affrontés tenant dans leurs pattes une cor- 
delière d'argent, qui sont les armes parlantes de Cor- 
delle. L'autre porte d'argent, à la fasce d'azur chargée 
de trois merlettes de sable, qui sont celles de Françoise 
de Bailly, femme du donateur. 

Ne quittons point l'héraldique, car nous avons une 
communication de M. Guerlin relative à une espèce 
d'armoiries peu étudiées et connues sous le nom de 
chiffres marchands. Six de ces écussons étaient sculp- 
tés aux extrémités en saillie des poutres d'une mais m 
de la rue des Rinchevaux ; sur l'indication de notre 
collègue nous en avons fait l'acquisition. Sur l'un de 



- 394 — 

ces écussons, M. Guerlin reconnaît aux lettres N. B. la 
marque de Nicolas Barbe, qui donna en 1655 et 1656 à 
•la cathédrale les deux bénitiers en naarbre de Rome 
sur lesquels il avait fait inscrire : 

J'adore J.-G. du culte de latrie. 
J'honore Sainte Barbe et me donne à Marie. 

Ce Nicolas Barbe était maître du Puy en 1656 et 
avait pris pour devise : 

Du jardin clos rubarbe salutaire. 

L'année dernière, M. R. de Guyencourt nous avait 
lu une notice sur deux chanceliers de France nés à 
Amiens, Firmin Cocquerel et Philippe de Morvilliers, 
mais il n'avait rien dit de la statue de ce dernier dont 
parle Gorrozet. Qu'est-elle devenue? M. Durand nous 
l'a fait connaître. Analysant un article de M. Gourajod 
pubhé dans la Gazette archéologique, il a montré 
qu'il était désormais établi par des preuves irrécusables 
que la magnifique statue, apportée au Louvre du musée 
de Versailles où elle figurait sous le nom de Renaud 
de Dormans, n'était autre que celle de Philippe de 
Morvilliers. 

M. Pouyémet quelques doutes sur cette attribution; 
cette statue pourrait être, dit-il, celle de Pierre de Mor- 
villiers et il lui paraîtrait nécessaire qu'on fît connaître 
où est actuellement la statue de Renaud de Dormans 
avant de la déposséder du monument qui le représen- 
tait à Versailles. M. Pouy ajoute à sa note la dcscrip- 



- 395 ' 

tion des armes fort connues des Morvilliers et termine 
en disant que cette famille s'est fondue dans celle des 
Lannoy. 

M. de Guyencourt relève cette erreur. La famille de 
Morvilliers ne s'est point fondue dans celle des Lannoy ; 
elle s'est divisée en deux branches, celle des Lhuillier 
et celle des Clabaut. 

Je reviens à M. Guerlin pour sa notice sur Jehan de 
Syreuilh. Pages et après lui le P. Daire ont cité ce 
gentilhomme comme ayant pris part au siège d'A- 
miens. D'après Pages, !e Roi l'avait gratifié d'un bre- 
vet d'une charge de Conseiller au parlement de Bor- 
deaux, la première qui viendrait à vaquer. M. Guerlin 
a voulu être plus exactement renseigné. L'archiviste 
de Bordeaux auquel il s'était adressé, lui a répo-ndu 
qu'aucun document ne confirmait l'assertion de Pages. 
Plus heureux auprès de l'archiviste de Lot-et-Garonne, 
il en a reçu la copie de trois pièces intéressantes. Ci- 
tons un brevet du 15 février 1607, signé Henri, qui 
retient Syreuilh en qualité de capitaine appointé de 
son infanterie^ « pour avoir commandé une compagnie 
du régiment de Picardie et s'être porté à toutes sortes 
d'occasions et de périls, particulièrement au siège et en la 
ville d'Amiens. Citons aussi un testament du 12 sep- 
tembre 1616. Par cet acte, ce gentilhomme qui n'était 
point bourguignon, comme le P. Daire l'avance, « ins- 
titue àon héritière universelle noble Mariede Syreuilh^ 
dame de Belcastel et Siorac, et veut être enterré dans 
l'église de Siorac où il avait fondé une chapelle le 1 i 
novembre 1618. 



— 396 — 

Les rapports sont devenus cette année plus nom- 
breux qu'ils ne l'avaient été depuis longtemps. C'est 
un excellent usage que nous verrions avec plaisir se 
continuer. Ces rapports montreraient à nos correspon- 
dants et aux sociétés dont nous recevons les mémoires, 
que leurs envois ne passent pas inaperçus, et les au- 
teurs en feraient profiter ceux de nous qui n'ont point 
eu le temps de les lire. 

• 

M.R. de Guyencourt nous a entretenus de la repro- 
duction en /«c «zmz'/e d'un manuscrit: la jouste de 
Tourncnj l'an lo30, dont M.V. Bouton, propriétaire du 
manuscrit original, nous a offert un exemplaire. Plu- 
sieurs amiénois prirent part à ce tournoi; leurs noms 
y sont inscrits et leurs armes y figurent, quelquefois 
même avec des variantes. M. de Guyencourt constate 
la similitude absolue de l'écriture et des dessins de ce 
manuscrit avec ceux d'un épitaphier de Flandre dont 
il est possesseur et qui fut écrit au xvi' siècle par trois 
membres d'une famille de Flandre du nom de Van 
Revel. Celui de M. Bouton qui provient de la vente 
Steenhuyse avait appartenu aux familles de Beaufort 
et de Castro, et, selon Pages, au duc d'Ascott. N'y au- 
rait-il point quelque parenté entre ces beaux livres? 
La question mériterait d'être étudiée. 

Nous devons à M. Durand ui\ compte-rendu du 
tome II des Mélanges d'archéologie et d'histoire de 
Jules Quicberat, publiés par M. llobert de Lasteyrie, et 
qui contiennent un fragment d'un cours inédit d'ar- 



- 397 - 

chéologie dont le maître préparait la publication. M. 
Durand insiste tout particulièrement sur un chapitre 
de ce mémoire intitulé : De l'ogive et de l'architecture 
dite ogivale, dans lequel l'auteur expose la conséquence 
fâcheuse pour l'archéologie du moyen-âge de la mé- 
prise qui a prévalu depuis le commencement de notre 
siècle sur le véritable sens du mot ogive, ainsi que 
l'inexactitude de la qualification d'ogivale donnée à 
l'architecture qui prit naissance dans l'Ile-de-France 
à la fin du xii" siècle et qui régna en Europe jusqu'au 

XVI". 

M. Duhamel a présenté un rapport sur l'ouvrage 
intitulé : Une révolte à Péronne, publié par un de nos 
collègues, M Alfred Danicourt. Pour tous ceux qui ont 
à cœur la sincérité de nos annales, dit M. Duhamel, 
pour ceux qui veulent respecter dans l'histoire la vé- 
rité complète, c'est une satisfaction de trouver sur un 
point obscur ou mal défini des documents positifs qui 
établissent l'exactitude des faits. 

Or, à propos des événements qui se sont passés à 
Péronne sous le gouvernement du maréchal d'Ancre, 
les historiens jusqu'ici n'ont pu se mettre d'accord. 
Selon leurs passions ou leurs intérêts, les uns blâment 
et les autres approuvent. S'ils défendent la Cour, ils 
critiquent durement le Tumulte de Péronne; s'ils sont 
dévoués au prince de Gondé et au duc de Longueville, 
ils trouvent naturelle et justifiée la résistance opposée 
aux projets de Goncini. 

M. Danicourt apporte sur cette intéressante ques- 



— 398 — 

tion trois documents d'une excessive rareté. Il les a 
fait suivre d'extraits nombreux et inédits des Registres 
de rÉchevinage de Péronne et des comptes des Mises 
et Dépenses des Argentiers de la même ville, de 1610 à 
1616. On peut apprécier maintenant, avec une lumière 
parluite, la marche des événements. 

Après avoir fait ressortir le mérite du travail de M. 
Danicourt, M. Duhamel a étudié les relations de Gon- 
cini et de Léonora Galigaï avec Marie de Médicis et 
Henri IV. Il nous a montré Concini et sa femme comme 
les agents de la faction espagnole, faisant au roi une 
guerre sourde, vivant d'intrigues et de bassesses, fo- 
mentant la division dans le ménage royal et poussant 
Marie de Médicis aux résolutions les plus outrageantes 
pour Henri IV. Après s'être emparés de l'esprit étroit 
et acariâtre de la Reine, Concini et Léonora avaient 
ourdi en Espagne des intrigues dont le roi fut averti 
par le baron de Vaucelas, son ambassadeur, intrigues 
dans lesquelles on tramait le renversement de toute 
l'œuvre politique du gouvernement français et dans 
lesquelles Concini spéculait sur la mort prochaine de 
Henri IV. Aussi, lorsque le poignard d'un fanatique 
trancha les jours du monarque, lorsque d'odieuses ma- 
nœuvres amenèrent la régence de nom de Marie de Mé- 
dicis, ce fut en réalité dans les mains de Concini que 
le pouvoir tomba. L'aventurier sans génie et sans bra- 
voure qui n'avait jamais paru sur un champ de bataille, 
osa même se parer du titre de Maréchal de France. 

M. Duhamel nous a entretenu, dans une autre 



— 399 - 

séance, du nouveau volume que notre laborieux col- 
lègue, M. Darsy, a fait paraître récemment sous le titre 
de : Les Doléances du peuple et les Victimes. Souvenirs 
de la Révolution. Plusieurs journaux ayant reproduit 
en tout ou en partie le rapport que nous avait lu M. 
Duhamel, je me bornerai à en faire mention, en cons- 
tatant le rapide et légitime succès de l'ouvrage de M . 
Darsy. 

En 1885, M. Ed. de Barthélémy publiait un manus- 
crit de la Bibliothèque nationale, fonds français, n» 
9913, sous le titre de : Mémoires de ce qui est advenu de 
tan 1557 à l'an 1590, par Jean de la Fosse, curé de la 
double paroisse de St-Barthélemy et de St-Leu et St- 
Gilles à Paris. Ce curé ligueur était d'Amiens où son 
père, qui exerçait la profession d'avocat, mourut le 10 
juillet 1572, « fort pleuré, dit le fils, à cause de sa pru- 
dhommerie et de son bon conseil. » C'est ce titre d'amié- 
nois qui lui a valu Tattention de M. Guerlin. Il nous a 
cité de nombreux passages de ce journal relatifs à notre 
ville et à la Picardie, passages qui rendent, à son avis, 
incontestable la valeur de Jean de la Fosse comme 
historien et lui méritent de n'être point oublié dans 
son pays. 

Je termine ici ce qui concerne les rapports et les 
comptes-rendus auxquels, vous le voyez, nous pouvons 
attacher un grand prix. 

Il est un autre genre de lecture qui n'est point non 
plus à négliger, les traductions. 

C'est à ce genre qu'appartient la légende de S. Fursy, 



— 400 — 

que M. de Roquemont a extraite du recueil de Hun- 
gary, Licht iind schatters (lumière et ombre), et qu'il a 
traduite pour nous. 

St Fursy, ami de St Guan qui était resté en Irlande, 
était passé en France et s'était fixé à Péronne dont il 
devint le patron. Un jour que St Guan assistait à une 
réunion de prières qu'il avait fondée, une cloche tra- 
versa l'air en sonnant au-dessus de la tête des associés 
qui demandèrent d'oii venait ce mystère. G'est St 
Fursy, répondit St Guan, qui ne pouvant venir en 
personne a voulu, par l'envoi de cette cloche, se joindra 
en esprit à notre réunion. 

Les œuvres personnelles ont été peu nombreuses. 
M. Roux, à l'aide de titres, d'extraits des registres du 
trésor des chartes et de plusieurs chroniques, a essayé 
d'établir qu'Augustin Thierry s'était trompé dans l'ap- 
préciation qu'il a faite des sentiments des Amiénois 
envers Charles le Mauvais et sur leur conduite à l'égard 
du Dauphin pendant les troubles de 1307 à 1378 ; qu'ils 
n'étaient point aussi partisans du roi de Navarre qu'il 
l'avance, que la population fit bien fête à Gharles le 
Mauvais, mais qu'elle agissait avec la conviction que 
ce prince était un des soutiens du Roi ; qu'elle le mon- 
tra bien d'ailleurs en repoussant énergiquement ses 
attaques contre la ville. 

M. Janvier ne partage point l'opinion de M. Roux. 
Le corps de ville était partisan du roi de Navarre, et 
les poursuites exercées contre le Maire et les Échevins 
en sont, pour lui, la preuve évidente. 

M. Roux a répondu qu'il admettait cette preuve, 



- 401 - 

qu'il reconnaissait la justesse de l'observation en ce 
qui concerne quelques notables, mais qu'on ne saurait 
nier que le peuple resta toujours fidèle au Roi et au 
Dauphin. 

M. de Galonné s'est occupé d'une époque beaucoup 
plus moderne. Il nous a donné lecture d'un chapitre 
concernant l'élection et l'administration de l'Assem- 
blée dite des Notables, créée par ordonnance du mois 
d'août 1764. Cette assemblée qui administrait la ville 
avec trois pouvoirs dont les attributions étaient claire- 
ment déterminées, ne dura cependant que sept années. 

M. de Galonné a terminé par le récit d'un fait peu 
connu, malgré l'intérêt qu'il présente. A l'occasion de 
la naissance du duc de Bourgogne en 1752, l'Échevi- 
nage dota 30 jeunes filles qui furent solennellement 
mariées en présence de ce que la ville comptait de no- 
tabilités. Nous n'avons point à entrer dans le détail 
des fêtes qui eurent lieu, les curieux les trouveront 
dans les registres de l'Echevinage. 

J'allais oublier, et je me le serais vivement reproché, 
l'envoi par M. l'abbé Roze de la copie du Gartulaire du 
Ghapitre de l'église d'Amiens qui l'a occupé pendant 
plusieurs années. 11 demandait que la Gommission 
d'impression l'examinât et en proposât, s'il y avait 
lieu, à la Société la publication dans ses Mémoires. 
La Gommission convaincue de l'intérêt de ce travail et 
de l'utilité qu'il y avait de mettre à la disposition des 
hommes d'étude une collection de documents si pré- 
cieux pour l'histoire locale, n'a point fait attendre un 

26 



- 402 



avis favorable. Mais, comme il convient de donner un 
recueil dans lequel on puisse avoir toute confiance, 
elle a décidé que la collation de cette copie serait faite 
avec le plus grand soin et que V imprimatur ne serait 
donné qu'après cette révision. 

J'ai enfin terminé cette longue énumération de nos 
travaux que j'aurais voulu faire plus courte. Elle vous 
montrera, à défaut d'autres qualités, j'en ai la con- 
fiance, que la Société n'a rien perdu de son activité. 
Puissiez-vous ajouter qu'elle n'a rien perdu de la sym- 
pathie que vous voulez bien lui accorder. 






c^^s»-.'^ «»i-na»- 



Séance publique annuelle du Dimanche 
29 Juillet 1888. 



DISCOURS 

DE M. L_El_EU, PRÉSIDENT. 



Mesdames, Messieurs, 

Il est d''usage, et c'est en même temps un article de 
son règlement, que la Société des Antiquaires de Pi- 
cardie, chaque année, dans une séance exceptionnelle, 
invite le public à entendre le résumé de ses travaux, 
les rapports sur les concours qu'elle a provoqués, la 
proclamation du nom de ses lauréats, et une lecture 
du genre de celles qui occupent ses séances ordinaires. 

C'est là une tradition aussi utile que rationnelle, à 
laquelle elle n'a jamais manqué depuis sa fondation 
qui remonte à plus de cinquante ans. 

La Société travaillant pour le public, collectionnant 
pour le public, écrivant ses ouvrages pour l'instruc- 
tion générale et désirant faire connaître à tous cette 
Picardie qui est l'objet spécial de ses recherches, n'est- 
il pas naturel que de temps à autre, et au moins tous 
les ans, elle vienne dire à tous comment elle a rempli 
le programme qu'elle s'est imposé, quelles sont les 



_ 404 — 

découvertes nouvelles qui ont été faites dans le vaste 
champ qu'elle explore, quels sont les ouvrages qu'elle 
a publiés et ceux dont elle a facilité ou inspiré la pu- 
blication ? 

En initiant ainsi le public aux progrès accomplis dans 
le cercle de ses études si multiples et si variées, en lui 
indiquant de nouveaux ouvrages ou de nouveaux ob- 
jets qui pourront servir à son instruction, elle croit 
avec raison accomplir une œuvre d'incontestable uti- 
lité, une œuvre éminemment patriotique. 

Messieurs, parmi ces initiateurs qui vous rendaient 
si habilement compte des travaux de notre Société 
dans ces réunions annuelles, les habitués de cette so- 
lennité ne retrouveront plus celui qu'ils avaient tou- 
jours vu aux premiers rangs faire en qualité de Se- 
crétaire-Perpétuel son rapport sur les travaux de 
l'année. Je veux parler de M. Garnier, notre savant et 
regretté collègue, que la mort nous a enlevé le 3 avril 
dernier. 

Pendant 50 ans M. Garnier a, comme membre de 
la Société, assisté à ces réunions. Pendant 48 ans il y 
a pris une part spécialement active comme Secrétaire- 
Perpétuel. 

Voici comment il commençait son rapport annuel 
dans la Séance générale du 28 novembre 1880 ; c'était 
son 41» rapport : 

(c Le 12 juillet 1840, disait-il, j'étais appelé, pour 
la première fois, à rendre compte, en séance publique, 
des travaux de la Société, qui comptait alors quatre 
années d'existence. Depuis lors je n'ai cessé de m'ac- 



- 405 — 

quitter de cette tâche avec toute l'exactitude dont je 
suis capable et la stricte impartialité dont je me suis 
fait un devoir. » 

Cette tâche, Messieurs, il l'a continuée jusqu'en 1887, 
toujours avec la même exactitude, la même impartia- 
lité, et j'ajouterai, ce qu'il ne pouvait dire, avec la 
même sûreté de jugement et de goût, avec la même 
solidité de science et de bon sens, la même hauteur 
d'intelligence et de vues, et la même précision de pen- 
sées et de p iroles. 

Bien que M. Duhamel;, le digne successeur de M. 
Garnier dans les fonctions de Secrétaire-Perpétuel, 
doive tout à l'heure, dans son rapport annuel, expri- 
mer nos bentiments unanimes sur la perte de notre 
éminent collègue, il me semble, Messieurs, que je 
manquerais à mon devoir de président, si, aujour- 
d'hui, de mon côté, dans cette séance solennelle, je ne 
témoignais pas de nouveau tous nos regrets pour une 
perte si grande, si je ne disais pas combien douloureu- 
sement nous avons tous été frappés par la mort de ce 
collègue vénéré qui avait rendu tant et de si longs ser- 
vices à notre Société, et si avec le tribut de regrets 
qu'il mérite, je ne lui payais aussile tribut d'éloges au- 
quel il a tant de droit. 

C'est principalement comme membre de notre So- 
ciété que j'ai à envisager ici et à apprécier M, Garnier. 

Je laisse donc de côté le Conservateur de la Biblio- 
thèque communale qui pendant quarante ans s'est 
dévoué à ses utiles fonctions et a publié un catalogue 
complet qui est une œuvre considérable de méthode 
et d'érudition. 



— ^06 — 

Je laisse de côté le membre de l'Académie d'Amiens 
qui, pendant cinquante ans enrichit de ses notices les 
volumes publiés par cette savante Société ; je laisse de 
côté également le Mathématicien et le Professeur, 
ainsi que le Naturaliste distingué qui fut Président de 
la Société d'Horticulture, fondateur et Président de la 
Société Linnéenne du Nord de la France dont les 
bulletins sont remplis de ses travaux et de ses rapports 
si appréciés. 

Ces différentes Sociétés ont d'ailleurs déjà rendu 
hommage à la science et au zèle de celui dont la col- 
laboration leur avait été si utile. 

Membre de la Société des Antiquaires de Picardie 
depuis 1838, M. Garnier, avec sa facilité d'intelligence 
et d'application, étudia toutes les branches de l'ar- 
chéologie avec une égale ardeur. Son activité s'étendit 
à tous les genres de recherches. Rien ne resta étran- 
ger à ce travailleur infatigable. C'était avec le même 
zèle qu'il s'occupait de numismatique, de beaux-arts, 
de monuments, de fouilles, de manuscrits, d'archives, 
de géographie, d'histoire. Il a écrit, à l'occasion, sur 
tous les sujets et avec une égale compétence. 

Dans ses rapports on ne le trouve indifférent à rien; 
il analyse avec autant de complaisance un travail sur 
les médailles ou sur les poteries, une description de 
tombes anciennes, de collections de silex ou d'armes 
mérovingiennes, une histoire d'intérêt local, un-poëme 
du moyen-âge, une dissertation sur les églises et les 
abbayes, sur les voies romaines ou les châteaux-forts. 
Il sait que chacune de ces études apporte son contin- 



— 407 — 

gent très appréciable et très important pour éclairer 
l'histoire et la connaissance du passé. Gela lui suffit. 
— C'est par cette curiosité scientifique toujours en 
éveil qu'il acquit une érudition réellement encyclopé- 
dique et universelle. Il pouvait donner ses utiles con- 
seils et ses précieux renseignements à tous et sur 
toute chose. G'( st ce qu'ont éprouvé tant de personnes 
qui ont eu à le consulter sur les matières les plus di- 
verses. 

Un des grands mérites de M. Garnier était que son 
intelligence et son ferme jugement ne le laissaient 
jamais s'égarer dans les hypothèses hasardeuses ni 
dans les systèmes préconçus. G'est là, Messieurs, une 
des principales causes d'erreurs dont les archéologues 
ne sauraient trop se défier dans leurs investigations 
du passé. M. Garnier le savait bien. 

L'imagination est, à coup sûr, une excellente fa- 
culté, capable de rendre de réels services, même dans 
les sciences, mais c'est à la condition que ses données 
seront toujours contrôlées par une raison inflexible qui 
ne les acceptera que dûment appuyées sur des preuves 
irréfragables. 

M. Garnier s'est trouvé mainte fois en présence de 
ces hypothèses exagérées que les auteurs présentaient 
comme faits authentiques et acquis à la science. Il 
pouvait quelquefois laisser ceux-ci dans leur douce 
erreur, mais il n'avait garde d'adopter leur système, 
et il savait toujours distinguer le point précis où s'ar- 
rêtait la certitude et où commençait la part exclusive 
de l'imagination. J'insiste sur cette qualité, parce 



— 408 — 

qu'elle est essentielle et de premier ordre dans nos 
travaux. 

Lui-même, dans les récits dont il assumait la res- 
ponsabilité, ne se laissait jamais guider que par son 
inaltérable bon sens. Il préférait souvent une précision 
rigoureuse, avec le risque de paraître un peu froide, 
mais exposant nettement le vrai, à une phrase plus 
ornée qui aurait moins bien rendu toute sa pensée. Il 
voulait en tout la vérité, la lumière, pour arriver à la 
conviction. Esprit essentiellement méthodique et ma- 
thématique, il a exercé une salutaire influence non 
seulement par ses travaux, ses notices, ses écrits, mais 
par ses conseils et ses renseignements dans les dis- 
cussions auxquelles il s'est trouvé mêlé et où il a pris 
une part souvent très considérable. Sa science si vaste, 
sans cesse agrandie par un travail de tous les jours, 
lui a permis de nous rendre d'inappréciables services, 
dont la Société ne saurait lui être trop reconnais- 
sante. 

Il me serait impossible de donner ici la nomencla- 
ture de tous ses travaux et d'indiquer tous les sujets 
qu'il a plus ou moins longuement traités ; mon dis- 
cours ne peut pas être un catalogue. 

Mais j'espère bien qu'un membre de la Société des 
Antiquaires racontera cette vie laborieuse de savant, 
si longue et si bien remplie, et rappellera, avec les 
détails nécessaires, ces nombreuses publications qui 
se trouvent éparses dans les bulletins ou les mémoires 
des sociétés auxquelles il appartenait. 

Qu'il me suffise de citer ici l'Introduction à l'His- 



- 409 - 

toire de la Picardie de Dom Grenier, œuvre aussi im- 
portante qu'utile, qu'il a éditée en collaboration avec 
M. Ch. Dufour, un de ses collègues les plus distingués, 
membre de la Société dès 1837; 

— Son Dictionnaire topographique et géographique 
du département de la Somme, œuvre de patientes re- 
cherches et de grande érudition. 

Je ne puis oublier son active et incessante corres- 
pondance avec les Membres non-résidants, avec les 
correspondants de la Société des Antiquaires dont il 
était, par ses fonctions de Secrétaire-Perpétuel, comme 
le vrai et principal représentant au dehors. 

Cette correspondance, si remplie souvent de conseils 
et de renseignements précieux, en lui donnant à lui- 
même une grande notoriété, a puissamment contribué 
au succès et à la haute réputation de la Société, même 
au-delà des limites de la France. 

Je ne puis oublier surtout ses 48 rapports annuels 
qui formeraient seuls un ouvrage considérable et qui 
renferment, si l'on y ajoute les rapports des trois pre- 
mières années, de 1837, 1838 et 1839, dus à M. Bou- 
thors^ son prédécesseur, l'histoire complète des tra- 
vaux et des actes de notre Société. 

Ainsi M. Garnier qui a laissé l'histoire manuscrite 
de l'Académie d'Amiens, se trouve avoir composé 
aussi celle de la aociété des Antiquaires. 

On rencontre en effet dans ces rapports très substan- 
tiels non seulement l'indication et l'analyse des no- 
tices, des travaux présentés et des ouvrages composés 
par les membres de la Société et publiés dans ses mé- 



— 410 - 

moires et ses bulletins, mais les comptes-rendus des 
ouvrages non moins nombreux et peut-êlre plus volu- 
mineux encore que des membres de la Société ont 
publiés directement et à leurs frais. 

On y trouve aussi d'excellents articles nécrologiques 
sur les membres qui depuis plus de quarante ans ont 
disparu tour à tour, avec une appréciation non moins 
impartiale qu'intelligente de leurs mérites et de leurs 
œuvres principales. 

Vous devez comprendre maintenant, Mesdames, 
Messieurs, pourquoi nous avons tant de raisons de re- 
gretter M. Garnier, ce savant infatigable, cet excellent 
collègue, cet homme de bien et de devoir, tout dévoué 
à la science, comme il l'était à notre Société, 

J'ai cru et vous croirez comme moi, qu'après tant 
de services dont nous lui sommes redevables, après 
une carrière si dignement parcourue, il avait bien droit 
à cet éloge spécial donné en séance publique. S'il ne 
nous a pas été accordé de proclamer aujourd'hui, de- 
vant lui, ainsi que nous l'espérions au débutdel'annôe, 
en l'honneur de son cinquantenaire, l'hommage de 
notre affectueux respect et de notre reconnaissance, 
qu'il nous reste du moins la consolation de dire devant 
vous que sa mémoire nous sera toujours chère et 
qu'il laisse un grand souvenir et une trace glorieuse 
dans nos annales. 

— Messieurs, en relisant, il y a peu de temps, les 
rapports annuels de M. Garnier, afin de m'en faire 
une idée plus précise et comme une vue d'ensemble, 
j'ai parcouru par cela même toute l'histoire de la So- 
ciété des Antiquaires. 



— 441 — 

J'fii été frappé, pourquoi ne l'avouerai-je pas, de k 
quantité d'études diverses et de travaux de tous genres 
qui passaient devant mes yeux, et qui témoignent de 
sa persistante activité. Je les connaissais à peu près ; 
mais dans cette revue rapide, leur nombre m'a paru 
plus grand que jamais et a dépassé toutes mes appré- 
ciations. 

Depuis SO ans la Société a publié plus de SO gros 
volumes de mémoires et de bulletins. Dans leur exa- 
men, je ne me contentais pas de lire les rapports 
annuels que je voulais revoir, je relisais dans ces vo- 
lumes les articles divers qui par leur titre et leur sujet 
attiraient plus spécialement mon attention et réveil- 
laient ma curiosité et mes souvenirs. Je les relisais 
avec un intérêt croissant. La variété des sujets ajoutait 
au charme. 

Je ne pouvais m'empêcher d'admirer ces recherches, 
ces travaux de toute sorte, de vrais trésors d'érudi- 
tion, qui gagneraient beaucoup, ou plutôt, qui feraient 
profiter beaucoup à être plus connus. 

J'estimais que la Société des Antiquaires qui avait 
ainsi tant donné et tant produit avait bien mérité de 
la science et que la Picardie, qu'elle avait déjà si bien 
étudiée sous tant d'aspects divers, pouvait lui avoir 
quelque reconnaissance pour l'avoir ainsi dévoilée à 
elle-même. Ces sentiments que j'éprouvais alors, mon 
ambition serait de pouvoir vous les communiquer au- 
jourd'hui. 

Permettez-moi, Mesdames, Messieurs, d'abuser en- 
core quelques instants de votre patience. Je n'ai pas le 



— 412 — 

dessein de vous faire l'histoire de notre Société. M. 
Garnier, il y a 2 ans, dans son discours d'ouverture 
du congrès, a traité ce sujet. Il a fait l'historique très 
exact de l'origine de la Société, de son extension, de 
ses progrès, de son organisation et de ses principaux 
actes. Ce que je voudrais, ce serait vous indiquer 
les nombreux sujets d'études dont s'est occupée la So- 
ciété des Antiquaires et de vous faire connaître ses 
travaux les plus importants et ses œuvres les plus re- 
marquables. Le courant des idées précédentes m'a- 
mène naturellement à ce sujet. Pourquoi hésiterai-je 
à le parcourir rapidement avec vous? Il est bon d'ail- 
leurs et utile pour notre Société qu'elle fasse quelque- 
fois un retour sur elle-même afm de se comparer à 
son passé et de s'assurer qu'elle marche toujours dans 
la voie de ses devanciers, dans la bonne voie. Il est 
bon aussi qu'elle s'affirme de temps en temps et que 
sans morgue comme sans orgueil elle sache se 
rendre justice, surtout dans la personne de ses mem- 
bres qui ont bien mérité, et qui ne sont plus. 

MessieurSs la science de l'archéologie est très vaste et 
très complexe. Tout ce qu'ont fait les hommes dans 
les arts, dans les lettres, dans la vie ordinaire, tout ce 
qu'ils ont laissé comme témoignage de leur passage 
sur la terre, est de son domaine. 

EUe doit s'occuper des Beaux-Arts : en effet l'archi- 
tecture lui est nécessaire pour reconnaître les diffé- 
rents styles de chaque peuple et de chaque époque, 
car elle étudie tous les monuments, môme les plus 
humbles, au point de vue historique. La sculpture ne 



— 413 — 

lui est pas moins utile ; elle doit savoir distinguer et 
apprécier les statues, les bas-reliefs, les ornements de 
tous les temps, de tous les genres et ordres divers. 
La peinture et la gravure lui appartiennent essentiel- 
lement, comme art et comme histoire, par les choses 
qu'elles représentent et par la manière dont elles les 
représentent. 

Les mosaïques, les vases de toutes espèces, ceux en 
terre cuite des époques les plus anciennes, quelquefois 
si élégants, ceux en matière précieuse, en sardoine, 
en cristal, en or, en argent, objets communs ou objets 
de luxe, sont hautement appréciés comme des spéci- 
mens de l'art, travaillés souvent avec un goût exquis, 
suivant les civilisations dont ils font ressortir vivement 
l'éclat et le caractère, civilisations longtemps incon- 
nues et oubliées, qu'ils ont révélées quelquefois. 

Tous les instruments inventés et employés par 
l'homme depuis les époques les -plus reculées jus- 
qu'à nos jours, sont recherchés et étudiés par Tar- 
chéologie comme indices très curieux de l'état des 
différentes sociétés, depuis le silex qui a servi d'arme 
ou de couteau dans les temps préhistoriques jusqu'aux 
armes et aux instruments perfectionnés de l'époque 
moderne, l'archéologue doit savoir classer ces objets, 
assigner leur date, indiquer leur emploi, et en déduire 
toutes les conclusions historiques relatives aux mœurs 
et aux coutumes. 

Les médailles et les monnaies qui constituent la Nu- 
mismatique forment une des branches les plus impor- 
tantes de Tarchéologie par leurs rapports très étroits 



— ^44 - 

avec l'histoire et la chronologie qu'ils éclairent et con- 
firment, comme avec le dessin, la gravure et les pro- 
grès de la civilisation. 

Enfin les monuments écrits sont surtout utilisés 
pour les grands travaux historiques. 

Ce sont en effet les plus explicites, les plus consul- 
tés et de beaucoup les plus indispensables pour l'étude 
de l'histoire et de l'antiquité. Ils sont de diverses sor- 
tes. Il y a les monuments en pierre ou en granit cou- 
verts d'inscriptions comme en Egypte et en Perse, il y 
a aussi les marbres gravés, les pierres tombales, etc. 
Puis viennent les parchemins, les papiers, les manus- 
crits, les chartes et toutes les pièces que renferment 
les archives soit publiques soit particulières. 

La Société des Antiquaires de Picardie a-t elle mis 
en œuvre tous ces objets d'information, çiu moins pour 
ce qui concerne la province ? 

Les a-t-elle recherchés, recueillis, collectionnés et 
employés au profit de la science ? 

Messieurs, vous trouverez la réponse dans les mé- 
moires qu'elle a publiés et dans le Musée monumen- 
\f^\ qu''elle a édifié en 1860 et qui est un des plus 
beaux ornements de cette ville. 

Visitez et examinez de près ses collections d'objets 
d'art, les œuvres de sculpture, de peinture, de gravure 
qui décorent ses galeries, la Mosaïque superbe qui a 
été trouvée dans le sol même de la ville d'Amiens^, 
attestant le luxe des grandes maisons, il y a plus de 
quinze siècles, sous la domination romaine; les pote- 
ries et les vases nombreux de toutes les époques qui 



— 415 - 

ont été recueillis dans la province. Examinez en détail 
ces riches collections de silex, d'armes et d'instru- 
ments en bronze, en fer, en acier, que la Picardie a 
fournis, et qui sont comme les épaves de toutes les 
civilisations qui ont fleuri tour à tour sur son sol dès 
les temps les plus anciens, muets témoins qui ont joué 
leur rôle dans les âges disparus. 

Indiquerai-je encore tous ces nombreux objets 
usuels d'autrefois, en pierre, en fer, en plomb qui 
prouvent combien les usages étaient différents des 
nôtres, et qui font comme revivre les plus lointaines 
époques ? 

Vous n'oublierez pas ces tombes, ces pierres tom- 
bales des différents siècles, ni tous ces objets artiste- 
ment et richement travaillés qui ont appartenu au 
culte et qui aujourd'hui encore figurent parmi les 
choses les plus instructives, les plus belles et les plus 
précieuses du Musée. 

Enfin vous pourrez étudier toutes ces monnaies an- 
ciennes et ces médailles qui remplissent de nombreuses 
vitrines et que vous trouverez classées d'après l'ordre 
chronologique et selon leurs divers caractères. 

Ces quantités d'objets que la Société des Anti- 
quaires a collectionnés ont été pour elle autant de 
sujets de discussions, de recherches et d'éclaircisse- 
ments soit au point de vue de l'art, soit au point de 
vue historique selon les endroits où ils ont été trouvés, 
et les âges auxquels ils appartiennent. 

Ces renseignements aussi intéressants qu'instruc- 
tifs sont consignés dans les bulletins et les mémoires 
que je vous ai déjà mentionnés. 



— 416 - 

Mais tout cela, Messieurs ne représente qu'une faible 
partie des travaux de la Société. Elle n'a pas oublié, 
elle n'oublie pas qu'elle doit étudier toute la Picardie, 
qu'elle doit la connaître et la faire connaître sous tous 
les rapports, qu'elle doit préparer, continuer, com- 
pléter son histoire sous tous ses aspects et dans tous 
ses détails. 

Elle étudie donc l'histoire de ses monuments, comme 
celle de ses institutions, l'histoire de ses villes, sans 
né"gliger celle même de ses bourgades et de ses vil- 
lages. 

Pour atteindre ce but, elle doit interroger tous les 
documents possibles, s'appuyer sur les histoires déjà 
parues, sur les manuscrits qu'elle recherche et qu'elle 
peut encore trouver, sur toutes les pièces qui se ren- 
contrent dans les archives de la nation, des départe- 
ments, des villes. OEuvre colossale, infinie, illimitée, 
faite déjà en grande partie, mais à laquelle les recher- 
ches apporteront toujours d'anciens éléments qui mo- 
difieront ou compléteront les résultats, à laquelle les 
années elles-mêmes apporteront toujours dans leur 
marche successive des éléments nouveaux. 

Mais que de monuments et d'édifices déjà étudiés et 
décrits de main de maître, depuis cette magnifique 
basilique d'Amiens l'un des monuments les plus ache- 
vés de Tart au xiii* siècle jusqu'aux églises de village 
qui par leur date et leur style ont pu appeler l'attention 
et devenir un objet d'examen ; depuis le beffroi des 
cités jusqu'aux ruines des châteaux forts et des anti- 
ques abbayes. Que dis-je? L'archéologie a pu souvent 



— 417 — 

faire connaître les monuments qui ont entièrement 
disparu ; elle les a fait connaître dans leur emplace- 
ment, dans les détails parfois très complets de leur 
construction, dans le rôle qu'ils ont joué et l'influence 
qu'ils ont exercée. Que d'endroits en effet où croissent 
lesmoissons actuellement qui ont été des places impor- 
tantes autrefois ! Et dans les villes elles-mêmes, que de 
changements avec les époques diverses ! C'est ainsi que 
sur cette place de l'Hôtel-de- Ville d'Amiens avec les 
siècles tout s'est transformé. Il y a cent ans s'élevait 
encore une grande église au milieu de cet emplace- 
ment, l'église paroissiale de St-Firmin-en-Gastillon, 
édiflée dès le xii« siècle. Et précédemment au même 
endroit se dressaient les épaisses et hautes murailles 
de l'ancien château d'Amiens, bâti aux premiers temps 
de la domination romaine, agrandi par les empereurs, 
et devenu Tune des plus redoutables forteresses de 
l'empire dans la Gaule, Sa masse imposante qui alors 
dominait la ville s'étendait depuis la Maie-Maison jus- 
qu'à la rue au Lin d'un côté et jusqu'à la rue des 
Vergeaux de l'autre. Cette citadelle romaine appartint 
aux rois francs, puis aux comtes d'Amiens dès le 
ix" siècle. C'est ici, sous ses murailles que com- 
battirent pour l'établissement de la commune les 
bourgeois d'Amiens soutenus par leur évêque et par 
le roi de France. Le château défendu par le châtelain, 
le lieutenant du comte Enguerrand, soutint un long 
siège et de sar.glants assauts II succomba et fut rasé. 
C'est alors que sur ses ruines fut érigée l'église St-Fir- 
min, ainsi que le beffroi, ce monument nouveau de la 

liberté communale. 

27 



- 418 - 

Vous voyez par cet exemple que je choisis sous vos 
yeux, comment rarchéologie peut revivifier le passé, 
Grâce à ses travaux, l'ancien Amiens a pu être ainsi 
reconstruit à ses différents âges. Son histoire, déjà 
faite plusieurs fois, se complète de plus en plus par 
l'étude attentive des archives départementales et com- 
munales ; de cette étude sont sortis d'excellents ou- 
vrages qui font honneur à la Société et dont il a été 
plus d'une fois question, avec des éloges mérités, dans 
les rapports annuels d'une date récente. Ces rapports 
consultés pourraient vous dire combien d'œuvres 
remarquables ont été publiées sur l'histoire de notre 
province par les membres titulaires ou correspondants 
de la Société des Antiquaires. Il me serait impossible 
de mentionner ici tout ce qui mériterait de l'être. La 
liste serait par trop longue, je n'indiquerai que les 
œuvres ayant un caractère d'histoire générale et dont 
les auteurs déjà anciens méritent que leur nom soit 
rappelé à vos souvenirs. 

Ces réserves faites, il y a lieu de citer les Coutumes 
locales du Bailliage d'Amiens, très volumineuse publi- 
cation par M. Bouthors, un des membres fondateurs 
de la Société et son premier secrétaire perpétuel, à qui 
l'on doit aussi un très bon travail sur les cryptes et 
souterrains-refuges de Picardie, publié en 1838 ; 

L'essai historique sur les arts du dessin en Picardie, 
depuis l'époque Romaine jusqu'au xvi* siècle, par le 
docteur Rigollot, un des membres fondateurs et le pre- 
mier président do la Société ; 

L'histoire d'Amiens^ de M. Dusevel, dont la 2* édition 



— 419 - 

date de 1848. M. Dusevel a publié aussi une descrip- 
tion historique et pittoresque du département delà 
Somme ainsi qu'une grande quantité de notices rela- 
tives à la province ; 

L'hagiographie de la Picardie, de l'abbé Gorblet, en 
5 volumes in-S", et ses 3 volumes de mélanges archéo- 
logiques tous remplis des détails les plus ingénieux et 
les plus savants ; 

L'histoire des Intendants d^ Amiens, par M. Boyer de 
Ste-Suzanne, ancien secrétaire général de la Préfec- 
ture, qui a été membre titulaire de la Société, en 1 858 ; 

Lhistoire de Montdidier, et de son arrondissement, 
par M. de Beauvillé, membre non résidant depuis 
1845, un des généreux bienfaiteurs de notre Société 
comme de la ville d'Amiens ; 

Lhistoire de Doullens, par M. Delgove, ouvrage vo- 
lumineux publié déjà depuis longtemps dans nos mé- 
moires ; 

L'histoire de Péronne et de son arrondissement, par 
M. l'abbé de Cagny qui depuis plus de 50 ans fait par- 
tie de la Société des Antiquaires, qui est un ouvrier 
de la première heure et qui me permettra en consé- 
quence de traiter comme un ancien, en proclamant 
son nom,, celui dont la Société a voulu récompenser 
la longue et laborieuse carrière par le titre exception- 
nel de Président d'honneur. 

Ajouterai-je qu'Abbeville et son arrondissement ont 
leur histoire avec des monographies de toutes les com- 
munes, que la ville de Boulogne-sur-Merqui fait aussi 
partie de la Picardie a également son histoire très 



- 420 — 

complète ; qu'enfin nous avons deux histoires abrégées 
de la Picardie, l'une publiée par un des meilleurs et 
des plus féconds travailleurs de la Société, l'autre 
présentée à son appréciation et récompensée dans ses 
concours. 

A côté de ces travaux d'histoire générale, il y a de 
nombreuses histoires de villes moins importantes, de 
bourgs, d'abbayes, de personnages célèbres, et des re- 
cueils de documents dignes de la science des bénédic- 
tins. Je m'arrête. Aussi bien l'exposé que je viens de 
vous tracer doit vous montrer suffisamment quelle 
somme d'efforts et de travail a été dépensée pour attein- 
dre un pareil résultat dont l'importance et l'utilité 
sont indiscutables. 

C'est vous dire, Mesdames, Messieurs, que la Société 
des Antiquaires de Picardie, qui peut présenter déjà 
tant d'œuvres et de publications hautement appréciées, 
comprend combien l'oblige un passé dont elle peut 
être fière ; qu'elle se doit à elle-même de continuer 
ces traditions si honorables et qu'elle n'y faillira 
pas, heureuse de travailler pour le bien général et l'ex- 
pansion de la science et du vrai. 



=^1^=55:3^:^^1^ tîÊ^ssiï^ 



Séance publique du 29 Juillet 1888. 



RAPPORT 



SUR LES 



TRAVAUX DE L'ANNEE 

Par M. DUHAMEL-DECÉJEAN, 

SECRÉTAIRE - PERPÉTUEL. 



Mesdames, Messieurs, 

Il appartient au Secrétaire-Perpétuel de notre So- 
ciété de présenter le compte-rendu des travaux accom- 
plis depuis la dernière séance publique, de faire con- 
naître les membres nouveaux que notre Compagnie 
s'est associés et ceux qu'elle a perdus. 

Pourrais-je aujourd'hui ne pas commencer par cette 
troisième partie de ma tâche ? 

N'est-il pas vrai qu'au début de cette réunion, vos 
regards ont cherché dans nos rangs, à cette même 
place où je viens m'asseoir pour la première fois, le 
collègue vénéré qui l'occupait depuis quarante-huit 



— 422 - 

années avec une si grande autorité et une si haute 
distinction. 

Le 17 juillet 1887, il y a un an, M. Garnier, tou- 
jours aussi actif, l'intelligence toujours alerte et bril- 
lante, vous lisait son rapport annuel. Ce devait être 
le dernier. 

Entré dans la Société en 1838, dès le lendemain de 
la fondation, M. Garnier avait été nommé Secrétaire- 
Perpétuel le 13 décembre 1839 ; et depuis cette date 
lointaine — presque un demi-siècle — il remplissait 
les lourdes et multiples fonctions de sa charge avec 
une assiduité sans égale, un talent supérieur et un dé- 
vouement absolu. 

Nous nous préparions à célébrer, le U avril dernier, 
le cinquantième anniversaire de la réception de M. 
Garnier. Mais la fêle que nous avions projetée se 
changeait en un deuil. La mort nous avait devancés. 
Le 3 avril, notre Secrétaire-Perpétuel disparaissait 
du milieu de nous ; il était enlevé à nos travaux^, à 
notre estime, à notre vénération, et, pour dire mieux 
encore, à notre unanime affection. 

La maladie, en attaquant ses forces, n'avait rien 
abattu de son énergie morale, et elle avait respecté jus- 
qu'au bout la lucidité de son esprit. Il continuait, sur 
son lit de douleurs, de travailler et d'écrire, s'occu- 
pant jusqu'à son dernier jour des publications de 
notre Société. Nous conserverons pieusement dans nos 
Archives les dernières lignes qu'a tracées pour noussa 
main défaillante, et qui sont le témoignage suprême 
de son zèle. 



— 423 - 

Ce n'est point dans un rapport comme celui-ci 
qu'il est possible d'esquisser, même à grands traits, 
la biographie de M. Garnier. Les bornes qui me 
sont assignées ne sauraient d'ailleurs renfermer tout 
ce qu'il importe de dire sur l'existence si remplie 
de celui que nous avons perdu, sur l'œuvre considé- 
rable qu'il a laissée et qui touche à des branches nom- 
breuses des connaissances humaines; non seulement 
M, Garnier cultivait brillamment l'histoire, l'archéolo- 
gie et la littérature, mais il s'était distingué dans les 
sciences mathématiques, dans l'histoire naturelle et 
dans la botanique ; des sociétés diverses le réclament 
chacune avec des titres bien fondés ; il a vraiment 
accompli dans sa vie l'œuvre de plusieurs vies. 

Sur sa tombe, notre président, ainsi que les repré- 
sentants de la Municipalité, de l'Académie d'Amiens, 
de la Société Linnéenne, et le Conservateur de la 
Bibliothèque communale, a rappelé en termes émus 
les qualités éminentes et les savants travaux de 
M. Garnier. 

Le devoir de reconnaissance et de justice qui in- 
combe à la Société des Antiquaires d'écrire la biogra- 
phie complète de son regretté Secrétaire-Perpétuel 
sera accompli bientôt par la plume habile et autorisée 
de M. Charles Salmon, qui retracera Texistence tout 
entière de l'homme de bien, de Thomme érudit et de 
l'homme de cœur que nous avons perdu. 

Mais notre Société, éprouvée déjà si douloureuse- 
ment, a eu encore à supporter d'autres deuils. 



— 424 — 

Nous avons appris la mort de M. l'abbé Decorde, 
curé de Notre-Dame d'Aliermont et ancien curé de 
Bures au diocèse de Rouen. Cet honoré collègue ap- 
partenait à notre Société depuis le 7 mai 1851 ; il 
faisait en outre partie de l'Académie de Caen, de la 
Société des Antiquaires de Normandie, et de plusieurs 
autres Sociétés françaises et étrangères. 

Ses ouvrages nombreux figurent dans notre biblio- 
thèque ; entr'autres ses Etudes, avec plans et gra- 
vures, sur les Cant07is de Neufchâtel, de Blangy, de 
Londinières^ de Forges-les-Eaux et de Gournay-en- 
Bray ; le Dictionnaire du Patois du Pays de Bray, qui 
renferme plus de 3.000 mots, avec d'intéressantes re- 
marques philologiques ; le Dictionnaire du culte catho- 
lique, V Histoire de Bures-en-Bray , et encore un très 
curieux ouvrage sur La Croix ou le Dernier jour du 
Christ, plein de recherches sur l'histoire et l'archéolo- 
gie du crucifiement de Notre-Seigneur. 

Nous avons eu la douleur de voir disparaître depuis 
peu, quatre autres de nos correspondants : M. Jules 
Desnoyers, membre de l'Institut, qui faisait partie de 
notre Société depuis 22 ans ; 

M. Edmond Borély, autrefois professeur d'histoire, 
au Havre ; 

M. Louis Paris, qui nous appartenait depuis le mois 
d'août 1842, et qui fut archiviste à Reims, puis con- 
servateur de la Bibliothèque d'Epernay ; 

M. Auguste Terninck, de Bois-Bernard, membre 
érudit et laborieux de la Commission des Antiquités 
du Pas-de-Calais, l'un des contemporains de la fonda- 



- 425 - 

tion de notre Société puisqu'il y était inscrit depuis 
1838. 

Parmi nos membres honoraires, nous avons perdu 
M. Fleury, recteur honoraire de l'Académie de Douai ; 
et parmi nos membres titulaires non-résidants, M. 
Gosselin, propriétaire à Marieux, qui fut toujours dé- 
voué à notre Compagnie et lui accorda pendant 25 
ans son généreux concours. 

Nos regrets se sont ravivés par la mort imprévue de 
M. Alfred Danicourt, ancien avoué et ancien maire de 
Péronne, enlevé dans îa force de l'âge et la maturité 
de l'intelligence aux études archéologiques qu'il cul- 
tivait avec une haute compétence et auxquelles il con- 
sacrait généreusement les ressources de sa grande 
fortune. C'est au retour d'un voyage d'exploration en 
Espagne, au Maroc et en Algérie, voyage dont les fa- 
tigues n'ont peut-être pas été étrangères à sa fin pré- 
maturée, que M. Alfred Danicourt a été frappé tout à 
coup, et arraché en quelques heures à sa famille et à 
ses amis. 

Les publications de premier ordre, par lesquelles 
notre collègue s'était fait remarquer du monde savant, 
contribueront non moins que le Musée qu'il a fondé, 
les riches collections qu''il a léguées et les fondations 
importantes qu'il a faites dans la ville de Péronne, à 
préserver de l'oubli son nom justement honoré. 

Pour réparer ces vides très sensibles, nous avons 
inscrit sur la liste des membres non-résidants M. 
Georges Boudon, licencié en droit; M. Carbon, oapi- 



- 426 — 

taine au 97' de ligne ; M. Picou, de St-Denis ; et M. 
Louis Ricouart, membre de TAcadémie d'Arras, qui 
tous nous ont donné des preuves de l'intérêt qu'ils 
prennent à l'histoire et à l'archéologie de notre pro- 
vince. 

Pour succéder à M. l'abbé Letemple et à M. Mas- 
senot, nous avons appelé à nous, comme membres 
résidants, M. Robert Guerlin et M. le comte Adrien 
de Louvencourt, déjà connus tous deux par des publi- 
cations sérieuses, et sur l'active collaboration de qui 
nous pouvons compter. 

En terminant la partie de ce rapport qui concerne 
le personnel de la Société, je dois vous faire part d'une 
manifestation, toute de respect et d'affectueuse con- 
fraternité, dont a été Tobjet l'un de nos doyens d'âge. 

11 y avait, le 25 novembre dernier, 50 ans écoulés 
depuis le jour où M. le chanoine De Cagny fut reçu 
dans la Société d'Archéologie du département de la 
Somme. 

Le fait fut signalé dans la séance du 13 décembre, 
en même temps qu'on énumérait les principales pu- 
blications de notre savant collègue, depuis l'ouvrage 
intitulé Isabelle de Nesle, qui parût en 1836 et dont le 
succès n'est pas épuisé, jusqu'à V Histoire de f Arron- 
dissement de Péro?i?ie, qui a eu deux éditions et dont 
le complément en un volume in-8" a été récemment 
imprimé. La proposition fut faite de décerner à M- De 
Cagny le titre de président honoraire de la Société des 
Antiquaires de Pica.rdie. 

C'était la première fois que ce titre exceptionnel 



- 427 - 

était accordé à l'un d'entre nous, mais l'exception était 
si bien justifiée que la proposition fut votée par accla- 
mation et à l'unanimité. 

M. le chanoine De Gagny n'a pas voulu laisser 
croire que sa nouvelle dignité fut pour lui un motif de 
loisir. Il nous a donné une notice biographique sur le 
savant historien et archéologue M. Peigné Delacourt, 
notre ancien collègue, décédé en 1881, qui fut un 
écrivain brillant et hardi, et qui traça dans l'archéolo- 
gie locale, par ses publications savantes, un sillon 
lumineux et fécond. 

M. De Gagny nous a lu également ses nouvelles 
recherches sur le Concile de Nesle. 

On connaît les émouvants épisodes du règne de 
Philippe- Auguste, relatifs à son divorce injuste avec 
Ingelburge, dès le lendemain du mariage contracté à 
Amiens, le 14 août 1193 ; à son union illégitime avec 
Agnès de Méranie, et à l'interdit lancé parle Pape 
Innocent III sur les domaines royaux. 

C'était^ en ce temps-là, une mesure grave que celle 
de l'interdit. 

Toutes les églises étaient fermées ; la vie religieuse, 
si active dans ce xii' siècle, était absolument suspen- 
due ; l'interruption des cérémonies, la privation des 
consolations et des secours spirituels devenaient vrai- 
ment une calamité publique. 

Les cimetières ne s'ouvraient plus, on n'y enterrait 
plus les morts. Et comme il était défendu de les inhu- 
mer dans une terre non-consacrée, les cadavres de- 
meuraient sans sépulture. Bientôt leur aspect était 



~ 428 — 

effrayant, hideux, en môme temps qu'une odeur pu- 
tride remplissait l'air. Les conséquences de l'interdit 
devenaient épouvantables. 

Or, tous les historiens avaient été d'accord jusqu'à 
ces dernières années, pour indiquer la ville de Nesle- 
en-Vermandois comme siège du Concile où fut, au 
bout de huit mois qui durent sembler bien longs, levé 
cet interdit douloureux. Mais une opinion récente 
disait au contraire que le concile n'avait pas été tenu 
à Nesle, et elle le transportait à 50 lieues de là, dans 
une abbaye de St-Léger, au milieu de la forêt d'Ive- 
lines. 

C'est contre cette nouveauté historique que M. De 
Cagny s'est élevé, et il a démontré combien elle est 
peu fondée à retirer à la ville de Nesle l'honneur de 
l'unique concile national, tenu dans notre province. 

C'est à une contradiction à p^u près semblable qu'a 
répondu M. Darsy au sujet de la nationalité de saint 
Thomas Becket, archevêque de Gantorbéry. Dans un 
travail antérieur, notre collègue avait exposé les rai- 
sons qui assurent à la Picardie la gloire d'avoir été 
le lieu d'origine de la famille du saint martyr. Un cha- 
noine de Beauvais, M, l'abbé Renet, ayant attaqué 
d'une façon très vive les conclusions de M. Darsy, 
notre collègue a relevé les critiques qui lui étaient 
adressées avec une grande force de raisonnement, et 
avec cette modération parfaite qui sied toujours aux 
discussions scientifiques. 

Dans une autre circonstance, M. Darsy nous a en- 
tretenu d'un ouvrage important qu'a entrepris le R. 



- 429 — 

P. LouisdeGonzague, de l'Ordre des Préaiontrés, prieur 
du monastère de Storrington, en Angleterre. Cet ou- 
vrage sera l'histoire littéraire et l'histoire diplonaatique 
à la fois de l'Ordre de Prémontré tout entier. Il inté- 
ressera par conséquent la Picardie qui comptait six 
abbaves de cet ordre à la fin du siècle dernier. Pour 
préparer son travail et amasser des matériaux, l'au- 
teur a parcouru trois fois l'Europe entière, s'initiant 
aux idées, interrogeant les hommes, consultant les dé- 
pôts littéraires en rapport avec le but qu'il s'est pro- 
posé. Et, prévoyant les difficultés et les lenteurs, sa- 
chant que la mort pourrait interrompre ses projets, 
il a tracé son plan d'études et l'a livré à la publicité. 
L'analyse de ce plan a été faite pour nous par M. 
Darsy. 

M. Pouy, quoique privé d'assister depuis plusieurs 
années à nos réunions, nous continue néanmoins sa 
collaboration très active. Il nous a envoyé, sur les 
Pèlerinages en Picardie du xiv* au xvi" siècle., un travail 
dans lequel il met en lumière des documents origi- 
naux et signale plusieurs particularités relatives aux 
pèlerinages. 

La facilité avec laquelle, de nos jours, peuvent s'ac- 
complir ces pieux voyages ne doit pas nous faire ou- 
blier combien ils étaient longs et pénibles autrefois, 
par exemple lorsqu'un maïeur d'Amiens, comme Phi- 
lippe de Morvillers en 1457, s'en allait pédestrement 
jusqu'à N.-D. de Liesse, située à plus de 30 lieues de 
sa résidence. 

Le nom de Philippe de Morvillers m'amène natu- 



— 430 — 

rellement à parler d'une autre étude de M. Pouy, sur 
un personnage du même nom de Morvillers, cousin 
germain du maïeur d'Amiens, et qui occupa les hautes 
fonctions de chancelier de France sous Louis XI. Cette 
étude a été analysée l'année dernière dans le rapport 
de M. Garnier, en même temps que les objections pré- 
sentées sur une question généalogique par M. Robert 
de Guyencourt. M. Pouy est revenu de nouveau sur 
le même sujet en indiquant la source où il avait puisé 
ses renseignements primitifs. 

M. de Guyencourt, que je viens de nommer, nous a 
lu une note sur la cathédrale de Bois-le-Duc, en Hol- 
lande, dont un auteur a attribué la construction à 
Robert de Luzarches, le célèbre architecte de la Cathé- 
drale d'Amiens. Mais le monument hollandais, fort 
remarquable d'ailleurs, étant moins ancien de deux 
siècles que notre cathédrale, ne peut évidemment ap- 
partenir à l'œuvre de Robert de Luzarches. C'est un 
point d'histoire qu'il importait de rectifier. 

La Cathédrale d'Amiens me sert de transition pour 
parler des tableaux de N.-D. de Puy, et d'un rapport 
que nous a fait M. de Guyencourt sur un cadre ma' 
gnifique, peint et doré, de style gothique flamboyant 
(xvi* siècle), provenant de la Confrérie du Puy d'A- 
miens, et actuellement placé dans l'église de Rumais- 
nil. 

Nous avions été informés que ce cadre était l'objet 
d'offres d'â<îhat, et une commission s'était rendue aus- 
sitôt à Rumaisnil pour aviser aux mesures à prendre 
afin de coiaserver à ia Picardi<4 cette œuvre d'art qui 



- 431 - 

est en même temps un monument historique. Le rap- 
port dressé par M. de Guyencourt, au nom de la com- 
mission, constate que la vente n'est pas imminente, 
et il décrit minutieusement ies sculptures gracieuses 
et délicates dont le cadre est couvert. Le rapporteur 
qui manie aussi habilement le crayon que la plume, 
avait joint à sa description un dessin fort exact. 

Une autre église du diocèse a voulu, elle aussi, se 
défaire d'objets précieux au point de vue artistique 
qui étaient en sa possession. C'étaient des broderies 
formant la garniture d'une ancienne chape. La So- 
ciété a protesté contre la blâmable tendance qu'ont les 
fabriques rurales à se défaire des objets d'art qui se 
trouvent dans leurs sacristies, mais craignant avec 
raison que ceux-là ne tombassent entre les mains des 
brocanteurs, elle les a achetés et transmis à M. le 
Conservateur du Musée de Picardie. 

Un autre achat, louable de tous points celui-là, a 
été effectué aussi par nous. Il consiste en deux liasses 
de parchemins renfermant des titres de propriété, des 
quittances, des envois de messagers, et autres pièces 
qui datent du xvi« siècle et qui intéressent plusieurs 
localités de l'arrondissement de Montdidier. 

Cet achat a été le premier que la Société ait effectué 
en accompiisbement des intentions de son généreux 
donateur, M. Victor Gauvel de Beauvillé. Il y a deux 
ans, M. Garnier vous annonçait que les formalités 
administratives pour la délivrance du legs fait à laSo- 
'ciété se poursuivaient devant le Conseil d'Etat «qui 
procède toujours — ajoutait M. Garnier — avec une 



- 432 - 

sage lenteur » Je suis heureux de vous dire aujour- 
d'hui que les formalités sont terminées ; nous avons 
été mis en possession du capital légué, qui nous per- 
met, quand l'occasion se présente, d'acheter et de pu- 
blier les manuscrits relatifs à notre province. 

« Un trésor caché est un trésor inutile », disait 
avec raison M. de Beauvillé. Nous continuerons l'œu- 
vre qu'avait entreprise notre éminent et regretté col- 
lègue par la publication de ses Documents inédits^ et 
nous n'omettrons lien pour justifler la confiance qu'il 
nous a témoignée. 

Dans le même ordre d'idées, M. Durand nous a 
apporté trois lettres de notre célèbre Du Gange, adres- 
sées, en 1679, à Maurice David, supérieur d'un mo- 
nastère à Dijon, ancien avocat au Parlement de cette 
ville. 

Ces trois lettres avaient été transmises à notre col- 
lègue par M. H. Omont, sous-bibliothécaire au dépar- 
tement des manuscrits de la Bibliothèque nationale. 
Elles répondent à diverses questions que Maurice Da- 
vid avait posées à Du Gange au sujet de l'histoire de 
Gonstantinople. 

M. Durand s'est occupé aussi de dresser le pro- 
gramme des notices historiques que M. le Préfet de la 
Somme, sur le vœu exprimé par le Gonseil général, 
avait demandées à notre Société pour être insérées 
dans l'annuaire administratif. 

Ge programme a été adopté dès le mois de novem- 
bre 1887. 

Nous devons encore à M. Durand une étude minu- 



— 4^3 - 

tieuse et très scientifique de la vieille églisô de Beau- 
val. Notre collègue a parcouru pas à pas ce vieux mo- 
nument, relevant toutes les circonstances qui ont mo- 
difié sa construction première, et précisant la date des 
remaniements et des additions dont il a été l'objet. 
Dans une discussion pleine de détails, dont l'enchaine- 
ment échappe à l'analyse abrégée que je pourrais 
faire et qu'il faudrait citer tout entiers, l'auteur a re- 
tracé sous nos yeux l'existence de cet édifice religieux, 
destiné peut-être à une démolition prochaine. 

De nombreuses photographies accompagnaient el 
confirmaient la description donnée par M. Durand. 

Sans quitter le domaine de l'archéologie, j'enregistre 
la découverte, à l'Hôtel-Dieu d'Amiens, de deux bas- 
reliefs, ayant fait partie d'une frise sculptée, et dont 
l'un représente une Adoration des Bergers qui n'est 
pas sans mérite. 

M. Pinsard, de qui l'attention est toujours en éveil 
sur les trouvailles artistiques, nous a signalé immé- 
diatement ces bas-reliefs, reui^ontrés, au cours des tra- 
vaux opérés dans l'établissement hospitalier, derrière 
une huche à pain oii ils étaient depuis longtemps 
oubliés. 

M. Pinsard nous a signalé encore des armes an- 
ciennes, qu'on disait provenir du fameux cimetière 
mérovingien de Marchélepot. 

M. Roux nous a parlé de monnaies trouvées à Lu- 
cheux. 

Et M. Guerlin nous a indiqué un cercueil de pierre 
taillé dans un fragment de frise antique, retiré récem- 
ment des terrains de St-Acheul. 

28 



- 434 — 

M, Gueriin nous a préscutô aussi lus empreintes 
de différents sceaux qui ont été découverts au Vieil- 
Hesdin ; et il a appelé notre attention sur une an- 
cienne râpe à tabac en buis sculpté, qui n'est pas 
sans mérite. 

Il s'est empressé de justifier encore l'accueil que 
nous avions fait à sa candidature, en nous lisant la 
première partie de l'importante monographie qu'il con- 
sacre à une église d'Amiens, aujourd'hui disparue, 
St-Firmin à la Pierre. 

M. le G'* de Louvencourt, dans son discours de ré- 
ception, nous a fait pressentir tout le fruit que nous 
devons attendre de sa collaboration. Nous connaissions 
déjà sa remarquable Étude sur les fiefs et seigneuries 
du Comté et de la Sénéchaussée de Ponthieu, publiée 
en 1881 : il nous a fait voir quels travaux intéressants 
sont encore à poursuivre sur la partie Sud-Ouest du 
département, qui semble avoir été jusqu'ici trop né- 
gligée par les historiens. 

M. de Louvencourt nous a rappelé les illustres et 
anciennes familles picardes qui ont habité jadis le 
canton de Molliens-Vidame, les d'Ailly, les Groy, les 
Quiéret, les Saveuse, les Longueval; et, à côté de ces 
grandes maisons, celles plus modestes, mais qui ont eu 
leurs heures de célébrité, comme les Dippre, les 
Gonty, les d'Ardres, les Trudaine et les Pingre. 

Plusieurs monuments religieux de cette région, et 
avant tous l'antique église N.-D. d'Airaines, méritent 
d'être étudiés. L'église de Bougainville abrite la 
sépulture des Saveuse ; l'église d'Oissy, celle des Tru- 



- 435 ~ 

daine; l'église du Ouesrioy, celle des Le Roy de Va- 
langlart ; l'église de Riencourt, celle pnrticulièrement 
curieuse des RieiicourL qui ont également une dalle 
magnifique, épave de quclqu'autre église ruinée, 
que Ton conserve au château de Tailly. 

Nous avons pris acte des promesses énoncées par 
M. de Louvencourt et nous somms s assurés qu'il les 
réalisera. 

Avec M. Janvier, nous continuons d'étudier les 
familles qui ont illustré notre pays ; il s'agit des Gla- 
bault, famille bourgeoise, il est vrai, mais qui eut une 
influence considérable dans la cité amiénoise. M. Jan- 
vier a écrit sur cette maison une sérieuse monogra- 
phie dont il nous a lu le premier chapitre, retraçant 
l'état de la ville d'Amiens à répoquc où les Giabault 
commencèrent à y jouer un rôle important. 

Dans une autre communication, M. Janvier nous 
a rappelé qu'en 1883 M. Darsy avait donné la descrip- 
tion d'un saumon ou lingot de plomb, pesant 150 
livres, trouvé à St-Valery, et sur lequel était gravée une 
inscription latine. Il fut décidé alors qu'on chercherait 
à acquérir cette trouvaille pour en doter le Musée, et 
la Société s'adressa dans ce but à l'un de ses corres- 
pondants. Malheureusement celui-ci mit quelque né- 
gligence dans ses démarches, et M. Janvier nous 
faisait savoir récemment que le saumon avait été 
acheté par le Musée de St-Germain-en-Laye. 

Nous apprendroas par là à ne pas trop compter une 
autre fois sur l'activité et le zèle d'autrui et à traiter 
nos affaires nous-inêmes. 



— 436 — 
La leçon vaut bien un... saumon de plomb. 

J'aborde sans transition un autre sujet. 

Les minutes des notaires sont une source de ren- 
seignements dont la valeur est incontestable. 

L'un de nos collègues, M. Dubois, a dépouillé soi- 
gneusement les anciennes minutes de M* Roussel, 
notaire à Amiens, et il y a trouvé le contrat de ma- 
riage de Quentin Varin,en date du 21 novembre 1607. 
Cet acte intéresse tout spécialement la ville d'Amiens, 
puisque Quentin Varin, peintre célèbre, et maître 
de Nicolas Poussin, eut une fille nommée Madeleine 
qui entra, en 1627, au couvent des Ursulines de notre 
ville et y forma, grâce aux leçons qu'elle avait reçues 
de son père, une véritable école de peinture dont les 
œuvres sont fort appréciées. 

L'acte de naissance de Quentin Varin n'a pas été 
retrouvé jusqu'à présent ; le contrat que M. Dubois a 
eu la bonne fortune de découvrir en possède plus de 
valeur encore. 

Dans l'une des dernières séances auxquelles il a 
assisté, mon vénéré prédécesseur exprimait le vœu de 
voir renaître une ancienne coutume de notre Société, 
imposant tour à tour à chacun de ses membres le de- 
voir de rendre compte des ouvrages qui nous sont 
offerts. 

M. Poujol de Fréchencourt a répondu à ce désir en 
nous donnant l'analyse détaillée de l'Histoire de St- 
Just-en-Ghaussée, par M. le chanoine Pihan, secré- 



— 437 — 

taire de l'évêché de Beauvais. L'auteur, récemment 
admis parmi nos titulaires non-résidants, avait bien 
voulu nous offrir cet intéressant volume, couronné en 
1881 par la Société Académique de l'Oise. 

Nous avons suivi avec M. de Fréchencourt les pa- 
tientes recherches de M. le chanoine Pihan et nous 
avons apprécié le nombre considérable de documents 
qu'il a si habilement mis en œuvre dans les quatorze 
chapitres de son travail. St-Just dépend du départe- 
ment de l'Oise, mais quantité de personnages inscrits 
dans son histoire appartiennent à notre région, 
entr'autres Adrien de Mailly, Glaude-Honoré Lucas, 
les seigneurs de Vermandois, la famille de Lameth 
et l'abbesse Catherine de Mailly, fille du marquis de 
Nesle. 

Il me reste, pour terminer ce rapport que j'ai abré- 
gé autant que possible, quelques mots à ajouter sur 
les travaux de nos membres non-résidants. Ils n'ont 
pas été les moins empressés à répondre aux vœux de 
notre règlement, et à partager nos efforts pourélucider 
et compléter sur tous les points l'histoire de la Picar- 
die. 

Je suivrai dans l'examen de leurs communications 
l'ordre des temps. 

Les plus anciens témoignages de l'habitation hu- 
maine sur le sol de nos contrées sont les silex taillés, 
dont les peuplades primitives, ignorant encore la fonte 
des métaux, se faisaient des outils et des armes. 

C'est au célèbre Boucher de Perthes qu'est due la 
première notion des silex préhistoriques ; le sol picard 



— 438 - 

a été le théâtre primordial de ses découvertes dont la 
renommée depuis quarante ans a fait le tour du 
monde. 

Les chercheurs de silex taillés sont nombreux, et 
nous en comptons beaucoup dans notre Compagnie. 
Nous les avons conviés à examiner une riche collec- 
tion que notre collègue, M. l'abbé Blanchard, a formée 
avec patience depuis longues années, et qu'il avait la 
bonne pensée de nous offrir pour le Musée. 

M. de Boutray, membre de la Commission, nous a 
adressé un premier rapport où il est dit que la collec- 
tion de M. l'abbé Blanchard contient non-seulement 
des silex, mais encore d'autres objets remarquables de 
différentes époques. Le rapporteur nous promet un 
second travail dans lequel seront étudiés en détail les 
outils préhistoriques. 

Sur l'époque gauloise, nous avons reçu une note de 
M. Lefôvre-Marchand, l'un de nos correspondants les 
plus actifs et les plus zélés. Il s'agit d'un grès aux 
larges proportions, placé non loin d'Ablaincourt et de 
Gomiécourt, dans le canton de Chaulnes, et sur lequel 
on remarque une empreinte qu' ressemble grossière- 
ment à un pied humain. 

La tradition locale y reconnaît l'empreinte du pied 
de St Agnan, patron de l'église voisine d'Ablaincourt; 
mais M. Lefèvre, s'appuyant sur diverses citations, 
pense que le nom de St-Agnan a été substitué par le 
Christianisme à celui d'un personnage plus ancien, 
d'origine gauloise, et que l'empreinte de la pierre est 
le signe d'accomplissement d'une sorte de pèlerinage 



- /i39 — 

effectué dans les temps préhistoriques à la butte de 
Gomiécourt. 

Une autre communication de notre collègue se rap- 
porte à une découverte gallo-romaine. 

Les ouvriers d'une briqueterie, située à Ghaulnes, 
rencontrèrent dans leur travail les substructions d'un 
édifice carré en petit appareil cubique, sis à environ 
deux mètres de profondeur et présentant à l'un de ses 
angles des pierres de grand appareil. 

L'intérieur était rempli des débris de la toiture 
effondrée, de tuiles rouges en grand nombre, de 
fragments de vases, et d'autres restes d'époque gallo- 
romaine. 

J'ai rapproché cette découverte de plusieurs autres 
semblables qui ont été faites dans ces derniers temps 
au Montjoie;, près de Breilly ; à la Groix-Rompue, 
près d'Amiens; à Proix, près de Guise ; et qui, toutes, 
avaient des caractères absolument identiques et se 
rapportaient à des caveaux funéraires du temps de 
l'incinération. 

J'ai signalé un caveau du même genre qui a été 
trouvé dans la commune de Marché-Allouarde, en 
septembre 1887, et qui est situé dans un enclos con- 
tigu à l'église, servant actuellement de cimetière. 

M. Lefèvre-Marcliand nous a parlé, dans une autre 
communication, d'une tête de statue, d'un beau carac- 
tère, trouvéeà Ghaulnes ; et il nous a transmisplusieurs 
renseignements sur deux pierres, ornées d'armoiries, 
qui existent à Punchy, canton de Rosières. 

La détermination des familles auxquelles ces ar- 



— AW — 

moiries appartiennent a donné lieu à des recherches 
héraldiques très intéressantes. L'un des écussons pa- 
raît être celui des d'Humières, un autre celui des La- 
meth, mais ils n'ont pas encore d'attribution certaine. 

M. l'abbé Danicourt, curé de Naours, a bien voulu 
nous donner lecture, au mois de février dernier, d'une 
importante notice sur les souterrains de Naours, qu'il 
a rouverts et déblayés, avec le concours de ses parois- 
siens. 

M. Danicourt a minutieusement étudié les excava- 
tions et les nombreux objets que les fouilles dirigées 
par lui y ont fait découvrir. Il a relevé avec soin toutes 
les dates gravées sur les parois, et il les a groupées par 
époques afin d'en rapprocher les événements contem- 
porains. 

II a réuni tous les documents qui peuvent éclairer 
la question très controversée de l'origine des souter- 
rains. 

La Société des Antiquaires a suivi avec intérêt les 
fouilles de Naours, qui sont assurément l'un des tra- 
vaux archéologiques les plus curieux, accomplis pen- 
dant cette année dans notre province. 

Nous rentrons dans le domaine de l'histoire avec 
M. Godefroy Gappe qui a étudié la fondation des foires 
et marchés d'Élincourt. Notre collègue a transcrit 
pour nous la lettre du roi Louis XIII qui accorda, en 
1618, deux foires annuelles et un marché hebdoma- 
daire aux habitants de cette commune. 

Il était bon alors, comme il l'est sans doute encore 
aujourd'hui pour obtenir des faveurs, d'avoir de 



— 441 — 

hautes recommandations. Elles étaient acquises à la 
commune d'Élincourt par les services qu'avait rendus 
au roi le seigneur du lieu, M" Claude du Hamel-Bellen- 
glise, chevalier, sur la famille de qui nous devons à 
M. Gappe des renseignements pleins d'intérêt. 

Cest à l'histoire encore que se rapporte un travail 
de notre laborieux collègue M. Alcius Ledieu. A l'aide 
de documents extraits des Archives d'Abbeville, il a 
composé sur le fameux siège d'Amiens en 1597 une 
notice qui sera publiée prochainement. 

De M. Georges de Lhomel, nous avons une commu- 
nication relative au fief Fleuron, situé à Manchecourt, 
près d'Abbeville, et à ses possesseurs depuis 1427 jus- 
qu'à 1789. 

M. Boudon que nous avions inscrit depuis peu au 
nombre de nos membres titulaires non-résidants, nous 
a offert un travail de longue haleine, fruit de recherches 
patientes, sur les filigranes des papiers des XIV« et 
XV* siècles et de la première moitié du XVI«. 

Les filigranes sont la marque de fabrique des pa- 
piers, ils permettent de déterminer le lieu de leur ori- 
gine, et d'apporter à l'étude de nos manuscrits et de 
nos anciens livres un élément précieux de classement 
et d'authenticité. 

Ils ouvrent encore des aperçus nouveaux sur les re- 
lations commerciales d'autrefois entre diverses régions. 

Le travail de noire collègue est accompagné de près 
de 40 dessins représentant les filigranes dont il est 
parlé dans son étude, que je suis heureux de signaler 
comme une de celles qui ont vivement intéressé la 
Société. 



— 442 — 



Ma mission est terminée. 

J'ai sans doute épuisé toute l'attention que l'assem- 
blée la plus bienveillante puisse accorder à un rapport. 
Y aurait-il témérité de ma part à compter sur l'indul- 
gence de mes auditeurs ? 

Les Secrétaires-Perpétuels ne parlent point parc' 
qu'il leur plaît de parler, mais parce que tel est le de- 
voir de leur charge, et le sujet lui-même de leurs dis- 
cours n'est pas de leur choix. Alors qu'ils voudraient 
abréger, il semble que leurs collègues, par le nombre 
croissant des communications qu'ils présentent, pren- 
nent plaisir à leur augmenter le labeur. 

Sans avoir touché aux discussions qui ont occupé 
une partie de nos séances, je serai heureu.x que ce 
résumé de nos travaux, quoique fort incomplet, vous 
ait prouvé combien la Société des Antiquaires de Pi- 
cardie est restée fidèle à la pensée de ses fondateurs 
et à la glorieuse devise inscrite au fronton de toutes 
ses œuvres : Nosce Palriam ! 

Elle y reste fidèle toujours, malgré les coups dou- 
loureux que la mort frappe dans ses rangs. 

Ah ! sans doute nous pleurons amèrement ceux qui 
nous sont ravis, qui étaient nos soutiens, nos modèles 
et nos chefs; mais, après nous être agenouillés sur leur 
tombe, nous nous relevons bientôt pour continuer la 
route, certains de répondre par cette conduite même à 
la dernière pensée, au dtirnier vœu de ceux qui ne 
sont plus. 

Nosce Patrlam! La devise, quoique voilée d'un 
crêpe, n'en est pas moins éloquente, et son langage 
n'est pas moins pressant. 



- 443 — 

Nous poursuivrons donc avec énergie le labeur quo- 
tidien, l'étude de notre pays ; les hommes passent, 
mais ie pays demeure. Et nous sommes certains de 
trouver toujours, comme nous le trouvons aujour- 
d hui, un auditoire d'élite et des cœurs généreux qui 
comprendront nos efforts et qui sauront les encou- 
rager 




Séance publique du 29 Juillet 1888. 



FRAIS ET MENUES DÉPENSES 

D'UN MAÎTRE DE MAISON 

AU XVIIime SIÈCLE. 



Lecture faite par M. Robert de GUYENGOURT. 



Messieurs, 

Vous avez maintes fois goûté le plaisir qu'on éprouve 
en dépouillant les vieux registres de comptes qui sont 
parvenus jusqu'à nous. En dehors de leur valeur do- 
cumentaire, une pointe d'indiscrétion posthume vient 
aviver Tintérêt qui s'attache à ces feuilles tout à fait 
intimes, et l'indiscrétion est pleine des charmes les 
plus captivants. 

Le recueil que je vais étudier n'est point un de ces 
Livres de raison, si précieux à tant d'égards, et beau- 
coup plus nombreux dans le midi que dans le nord 
de la France. C'est simplement le cahier des dépenses 
d'un riche habitant d'Abbeville, seigneur de plusieurs 



— 44e — 

terres à clocher, et plus tard propriétaire d'un hôtel 
à Amiens. Il embrasse une période de trente ans, de 
1730 à 17fi0. Nous ne remontons pas, vous le voyez, 
à des âges fort lointains, mais cette période est bien 
digne de fixer l'attention pendant quelques instants ; 
elle peut nous initier à la vie domestique d'un bon 
gentilhomme de province, pendant la première moitié 
du xviii« siècle, presque à la veille de la Révolution. 

Dans les pages qui vont suivre, je m'abstiendrai 
souvent de citer les noms de famille. Je pourrais le 
faire sans inconvénient, mais la plupart de ceux qu'il 
m'arriverait de rencontrer, sont encore portés de nos 
jours ; voilà pourquoi je crois devoir les tenir secrets. 

Je suivrai aussi l'ordre des matières telles qu'elles 
sont classées dans le registre, malgré quelques rap- 
prochements parfois assez bizarres, malgré la confu- 
sion qui peut en résulter. 

En sa qualité de gros propriétaire terrien, Monsieur 
était obligé de posséder plusieurs chevaux dans ses 
écuries; c'était même, croyons-nous, une charge qui 
lui agréait assez, car il aimait l'équitation. Pourtant, 
il prisait plus les qualités de ses montures, que leur 
beauté. Ses juments étaient excellentes, mais l'une 
s'appelait «la borgnesse» et l'autre « courte-queue ». 
Albert de Larue, marchand de chevaux à St-Pol en 
Artois, était un homme de confiance. On avait souvent 
recours à lui. En 1739 il vendait pour 283 1. une jument 
« zinne (t) sous poil noir ». Plusieurs autres mar- 

(1) Zain (Ital. Zaino), sans tache. Se dit, en liippologie, d'un che- 



— 447 - 

chands étaient aussi assez fréquemment employés ; on 
allait même se fournir de chevaux jusqu'à Alençon. 
Les curés de campagne qui se livraient beaucoup à 
l'élevage, offraient d'ailleurs une grande ressource. 
Les desservants de Wanel, de Tours, de Buire, de 
Vismes, etc. étaient d'excellents éleveurs. Celui d'Ailly 
livrait en 1743 pour SO 1. « une petite pouliche noire, 
qui venait de sa jument de dîme ». 

Souvent aussi des poulains naissaient à la maison. 
En ce cas, séance tenante, on leur dressait une sorte 
d'état-civil, car je lis à la date du 24 mai 1741 : « née 
une pouliche de ma belle jument de carosse, la dite 
pouliche blanc-nez y>. 

Monsieur n'était point exclusivement occupé de son 
écurie : il recevait aussi de l'argent en dépôt, surtout 
les modestes économies des jeunes gens de ses terres 
qui tombaient (<■ à la milice ». 11 leur envoyait ensuite 
cet argent par petites fractions, selon que l'exigeaient 
les besoins de leur vie de garnison. 11 était encore le 
trésorier de la commune dans sa principale seigneu- 
rie, et se chargeait de solder les dépenses faites pour 
les édifices communaux, église, école, etc. 

Passons, si vous le voulez bien, au chapitre qui 
traite des frais payés pour l'instruction des enfants. 

Garçons et filles eurent pour premier maître à Ab- 
beville M. Denis Golson, qui leur apprit à lire moyen- 
nant 3 1. par mois. Un peu plus tard les filles allèrent 

val dont la robe, quelle qu'en soil la couleur, esl absolument imma- 
culée. Ce mot, en français, n'a pas de forme féminine. On voit qu'il 
n'en est pas de môme en Picard. 



— 448 - 

chez les dames « de la Visitation St-Marie » et les gar- 
çons furent confiés aux bons soins de M. Ouin, maître 
d'école. 

On soldait de ce chef, au professeur, trois livres par 
mois pour deux enfants ; mais en hiver, ceux-ci n'al- 
laient pas en classe, à cause du mauvais temps, et 
pour une somme égale, le sieur Golson venait deux 
fois par jour les instruire à domicile. 

La danse apparaît bientôt. Elle est enseignée par 
M. Levoir, qui reçoit six livres chaque fois qu'il a 
donné vingt leçons aux deux garçons. Ceci dure pen- 
dant deux années jour pour jour, sans aucune modi- 
fication ; enfin les filles sont envoyées chez les Ursu- 
lines d'Amiens, où la pension coûte annuellement 
ISO 1. par tête, et les garçons chez M. Vallart en la 
même ville ; soit quatre livres par mois pour chacun 
d'eux. 

La dernière des filles reste pourtant toujours auprès 
de ses parents, à cause de son jeune âge. On Tenvoie 
d'abord, pour 30 s. par mois, apprendre « la couture » 
chez M"« Mareschal, puis chez M. Lefebvre pour 
apprendre à lire (3 1. par mois). Quand elle est un peu 
plus grande, on la confie aux dames des S'"-Maries, 
d'Amiens, à qui on paie 180 1. par an. Pendant ce 
temps, les plus âgés des garçons sont à Paris, au col- 
lège du Plessis, qui pour trois d'entre eux reçoit 500 1. 
chaque année. Mais il reste encore « un petit dernier w 
à qui M. Kveillard « vient montrer à lire et le latin 
deux fois par jour, moyennant 9 1. par mois ». 

On se décide enfin à avoir un précepteur pour les 



— 449 — 

garçons. Le premier est le sieur Lelies, d'Andain- 
ville , « étudiant en physique aux Jésuites d'A- 
miens », Il se contente de 50 1. par an et demeure 
à la maison. Le choix tombe ensuite sur M. Meurice, 
« rhétoricien du village de Méharicourt-en-Santerre », 
qui veut bien se satisfaire de 100 fr. d'honoraire cha- 
que année. Il est vrai qu'on lui fait de fréquentes 
largesses. Mais après quelques mois Meurice se dé- 
goûte de ce régime. Il est remplacé auprès de ses 
élèves par M. Dallongeville « philosophe logicien » 
aussi de Méharicourt en-Santerre, qui décidément est 
une véritable pépinière de savants. 

Dallongeville recevait SO i. d'honoraires par semes- 
tre, mais on était souvent obligé de lui faire des 
avances, outre de jnombreux petits cadeaux destinés à 
entretenir l'amitié : ainsi on lui offre 3 1, en avril 1747 
lorsqu'il passe sa thèse, et au renouvellement de 
l'année on lui donne régulièrement 12 1. pour ses 
étrennes. 

On avait aussi dépensé 80 1. pour le faire habiller 
en noir lors de son entrée en fonction, sans doute afin 
de le rendre plus respectable, plus imposant, aux yeux 
de ses élèves. 

Après dix ans de professorat, Dallongeville est rem- 
placé par M. Quignart, ecclésiastique de la ville 
d'Amiens. Ce nouveau précepteur est âgé de 21 ans, 
il a fait son séminaire et reçoit 150 1. d'appointements, 
avec la nourriture à la table de famille. Mais bientôt 
M. Quignart est nommé vicaire à St-Jacques et quitte 
ses fonctions pédagogiques. Quittons nous-même ce 

29 



- -;50 - 

sujet et passons au chapitre qui concerne les gages 
des domestiques. 

Le cocher recevait une somme sensiblement équi- 
valente au traitement du précepteur des enfants, su- 
périeure même si l'on considère tous ses petits profits. 
L'un de ces serviteurs étant mort au service de Mon- 
sieur, celui-ci fut chargé de partager la succession 
entre les héritiers du défunt. 

Lesdomestiques étaientpayés assez irrégulièrement. 
Généralement le maître retenait leurs gages, qu'il ac- 
cumulait dans un sac muni d'une étiquette au nom 
du légitime possesseur. Ce sac était remis à son pro- 
priétaire au moment oii il quittait le service. 

Le cocher restait chez ses maîtres pendant de lon- 
gues années. Mais, en dépit de l'antique légende 
des fidèles serviteurs d'autrefois, le ministère du la- 
quais était des plus instables ; fréquemment on le 
changeait, quoiqu'on prît la précaution de le faire ve- 
nir très jeune de son village, pour en faire d'abord, ce 
qu'aujourd'hui nous appellerions un « groom » . Il ne 
recevait que la nourriture et l'entretien pendant sa pé- 
riode d'apprentissage. 

Gomme de nos jours encore, le domestique était 
parfois une cause de trouble pour le ménage de ses 
maîtres, et Madame faisait souvent rentrer à la mai- 
son qui Monsieur venait de mettre à la porte. Du reste 
Monsieur était peu tolérant. Il expulsa un jour Blon- 
din, pour lui avoir mis « le marché à la main. » 
Blondin recouvra sa place peu de temps après, grâce 
à l'influence de Madame ; il gagnait 75 1. par an. 



— 451 — 

Nicolas Letar qui lui succède, doit gagner fiO 1. la 
première année de son service, 66 1. la seconde, et 
75 1. ensuite ; mais il tombe malade, et quoique géné- 
reusement soigné à la maison, il est bientôt obligé 
d'abandonner ses fonctions. — Monsieur s'occupe alors 
activement de faire rentrer la part de succession d'un 
troisième domestique qui vient d'hériter. ~- Gomme au 
cocher, on donne au laquais la veste et l'habit de li- 
vrée, et son maître lui laisse une somme de 100 1. par 
testament. 

La servante reçoit de 80 à 40 1. par an, quelquefois 
un peu plus, car après 1750 ses gages montent à 60 1. 
On est souvent obligé de lui faire des avances pour 
s'acheter du linge. Cependant Louise Macrée reçoit 
d'un seul coup en 1749 près de 900 1. qui représentent 
ses appointements depuis 1723. Elle est devenue vieille 
et infirme et ne peut plus suffire au service delà mai- 
son. On lui donne donc une aide et elle reçoit ses in- 
valides chez ses maîtres qui se contentent de diminuer 
un peu son salaire. Elle vivait encore à leur foyer en 
1764. Monsieur administrait son petit pécule, et la 
porta pour 200 1. sur son testament. 

On mettait les enfants en nourrice, à la campagne. 
Gela revenait à 90 1. par an. La nourrice recevait en 
outre comme cadeau, soit un « tablier de bazin, ^^ 
soit « une cloque (1) ou un picheux (2) de tricot. » 

Gomme nous ne nous piquons point d'être méthb- 

(1) Jupon. 

(2) Sorte de tablier qui enveloppe tout le corps. 



— 452 - 

cliques, nous allons, à l'exemple de Monsieur, relever 
présentement le compte de son barbier. 

Quinze livres d'abonnement annuel, payable à la St- 
Jean, ce n'était pas considérable, car le praticien venait 
très fréquemment raser son client. Les perruques coû- 
taient plus cher: mais aussi comme on les « accomu- 
dait soigneusement ! » En trente ans, trois suffirent 
à Monsieur ; une perruque «. nouée » de 40 1., une 
autre « en bourse » de 14 1. et une troisième « à la 
cavalière » de 35 1. Si Monsieur possédait si peu de 
perruques, c'est évidemment qu'il avait beaucoup.de 
tête. 

Les comptes du maréchal ne donnent que de vagues 
indications. Pourtant on y voit que l'abonnement 
d'un an pour la ferrure de deux chevaux de carrosse, 
valait 24 1. Celle de trois chevaux de labour ne revenait 
qu'à 21 1. pendant un même laps de temps. 

Le chapitre des dépenses pour habits et vêtements 
de toutes sortes, est l'un des plus importants. Sa lon- 
gueur même s'oppose à ce qu'on en fasse l'analyse dé- 
taillée. Nous saurons seulement qu'en fait de galons 
et de broderies, de brandebourgs en or et en argent, 
de boutons en métal plus ou moins précieux et notam- 
ment en touibac (1), de boucles brillantes, de four- 
rures « de rat de castor fin » etc., on ne se refusait 
absolument rien. Les étoffes étaient voyantes, écarlates 
souvent. Le drap « subterfm » venait d'Elbeuf et de 
Louviers, et la ratine de chez MM. de Varobais (2). 

(1) Sorte d'alliage métallique. 
{%) MM. Van Robais. 



— 453 — 

Mais tout cela coûtait « gros, « quoique l'on fît par- 
fois transformer une « roclaure » en « redingotte », 
ou retourner un habit. C'était la principale dépense 
de la maison. 

L'entretien de la cave était relativement plus mo- 
deste, Le vin de Coulange « assez chétif », à 90 1. le 
demi-muid, celui d'Avallon à 150 1. le muid, le Ghas- 
saigne à HO 1. la feuillette, ou encore les produits des 
crus de Joii-^ny, de Beaune et d'Audrezy, formaient le 
fonds^ j'allais dire le fonds de la bibliothèque. 

La sagesse des nations dit : « Quand le vin est tiré, 
il faut le boire. » On se conformait religieusement à 
ce précepte, en le prenant à la lettre. Aussitôt tiré, 
aussitôt bu. En 1730 il restait seulement dix -sept fla- 
cons de vin vieux dans la cave, lorsqu'on en remit 
d'autre en bouteilles. Il était donc nécessaire de le 
commencer a toute de suite, tout présentement ». 

Trente bouteilles de vin de Champagne sont payées 
53 1. 14 s., en 1734. 

Souvent on avait affaire à des marchands forains 
pour s'approvisionner. Une pièce de vin de Cham- 
pagne rouge contenant 24 veltes, est ainsi achetée pour 
66 1. Chez ces fournisseurs on trouvait des vins fins 
de Bourgogne que l'on payait, en moyenne, 225 1. les 
trois rouids. On réglait son compte séance tenante, 
sans quittance, mais par devant témoins. 

C'était en mai ou en octobre que l'on garnissait sa 
cave. Les marchands forains apparaissaient à ces épo- 
ques. Mais parfois. Monsieur envoyait ses chevaux 
jusqu'aux carrières de Gharenton où se trouvait un 



— 454 - 

dépôt de vin d'Auxerre. Quatre muids achetés de cette 
manière, revinrent à 900 1. avec les droits et les frais 
du voyage. 

Le prix du bois de chauffage est extrêmenient va- 
riable ; toutefois, il a une tendance marquée à aug- 
menter. Souvent on s'adresse à des amis pour s'en 
procurer. Mais, s'il y a économie sur le prix, le béné- 
fice n'est pas grand, car le combustible ainsi acquis 
est la plupart du temps de qualité inférieure. 

Quoiqu'il en soit, la corde de « glos (1) » vaut en 
1730, la somme de 26 1. Il en est de même pour le 
hêtre. Celle de « quartiers » est de 28 1. à Abbeville. 

Une a chevallée (2) » de charbon provenant de la 
forêt deBlangy coûte 5 1. et une « mandée (3) » de 
la même substance, prise à la forêt de Grécy se paie 
24 s. Pour 25 s. on a un cent de toUinets, mais vers 
1760 le « fait » de charbon s'achète 3 1. 10 s. et la 
corde de hêtre 37 1. Ces derniers prix sont ceux 
d'Amiens. 

Pour l'éclairage on emploie des chandelles de 6 ou 
8 à la livre. Elles varient de 6 1. 6 d. à 6 1. 3 d. la 
livre. La chandelle de Reims est une chose de luxe. 

Les chevaux mangent du foin récolté dans les ma- 
rais de St-Gilles à Abbeville. Cent bottes de dix livres 
ou environ, valent de 6 à 8 livres suivant les années. 

Puisque nous voici encore une fois revenus aux 
questions hippiques, épuisons cette matière. 

(1) Gloe (Glau dans le Glossaire picard de Corblel), bûche. 

(2) Charge d'un cheval. 

(3) Contenu d'une manne. 



— 455 — 

La paille varie beaucoup dans ses cours. Les cent 
« jarbes (1) » se paient jusqu'à 13 1. en 1732, et 
seulement de 6 à7 1. en 1733. On est souvent fraudé 
soit sur le poids des « jarbées », soit sur leur qualité. 
Jean Devaine en vend « de puantes et toutes cou- 
pées de souris; s'il en donne encore de pareilles, il les 
remportera ! » 

Il serait fastidieux de s'étendre longuement sur la 
valeur de l'avoine à diverses époques, car les cours 
étaient, comme de nos jours, essentiellement variables. 

Les comptes du sellier, du charron et du serrurier 
ne nous donnent que des indications insignifiantes sur 
les réparations exécutées à la berline ou au carrosse 
de Monsieur. Il nous faut arriver maintenant jus- 
qu'aux notes soldées au cuisinier pour trouver encore 
à glaner. Mais, hélas ! Madame sans doute était char- 
gée de consigner en un livre spécial, qui malheu- 
reusement n'est point parvenu jusqu'à nous, les fastes 
de ses fourneaux. Monsieur ne relate dans son regis- 
tre que l'unique confection de nombreux pâtés de ca- 
nards, destinés à être offerts en cadeaux, aux person- 
nages influents dont il voulait obtenir les faveurs. Que 
voulez- vous. Messieurs, les hommes sont toujours 
également corruptibles et de nos jours encore, on 
aime et canards et cadeaux. 

Le pâté de quatre canards valait six livres en 1733. 
Devisme cuisinier à Abbeville se chargeait de leur pré- 
paration. On me saura gré d'avoir rappelé à la posté- 
rité, le nom de cet estimable artiste. 

(1) Jarbe, jarbée, gerbe, gerbée. 



— 456 — 

Il y a fort longtemps que nous n'avons parlé des 
enfants. Depuis lors, ils ont grandi.. Le troisième fils 
est parti avec le cadet pour Versailles et y servira 
dans la compagnie de « MM. les chevaux-légers ». 
Le plus âgé des deux a reçu 750 1., soit 250 pour lui et 
500 pour son jeune frère. Le premier a la gérance des 
fonds du second ; il rendra compte de la dépense à 
son père. C'était une bonne précaution. Etait-il bien 
digne en effet de cette haute marque de confiance ? 
Voilà une question à laquelle on hésite à répondre, 
car en 1751, Monsieur écrit : « Le huit juillet, mon 
fils cadet est sorti de chez moi, pour ne m'avoir pas 
voulu faire les excuses qu'il convenait, et qu'il devait 
me faire, pour une querelle d'Allemant, qu'il m'avait 
faite le 5 du dit mois ; et je lui ai promis de lui faire 
1200 1. de rente par an, partout ou il voudra choisir 
son domicile, hors Paris et Versailles ». Au xviii* siè- 
cle, peut-être n'appelait-on pas encore Paris, la Baby- 
lone moderne, mais en tous cas on le considérait déjà 
comme tel. Versailles était l'antichambre de cet enfer. 
Nous savons aussi maintenant quelle était la pension 
annuelle d'un jeune homme de famille aisée, pendant 
la seconde moitié du siècle dernier. 

Outre ses tracas de famille. Monsieur devait souvent 
soutenir des procès, parcequ'il les aimait sans doute, 
et aussi parceque les lapins de ses bois lui créaient de 
perpétuelles difQcultôs avec ses voisins. Monsieur étant 
assez jaloux de sa chasse, la chicane allait donc grand 
train. Quand l'affaire en valait la peine, il faisait im- 
primer un mémoire à son sujet. Le sieur Godart. 
libraire et imprimeur à Amiens, lui prenait 12 livres 



— 457 — 

pour l'impression de chaque feuille « format grand 
St-Augustin. » 

Nous retombons dans les menues dépenses. Voici 
une cafetière du levant « de quatre tasses » qui vaut 
iO 1. Quelques volumes qui sont : « la vie de Gusman 
d'Alfarache, l'histoire de Charles XII roi de Suède, 
par Voltaire, et le Spectacle de la nature «, représen- 
tent une valeur de 7 1. 10 s. La bibliothèque n'est pas 
une source de ruine. — Six gobelets de cristal achetés 
chez un « Vitrier » de la rue des Trois-Cailloux en 
1731 sont payés 3 1. 6 s., et « neufs paires de boucles 
de tombacq pour les enfants » occasionnentun débours 
de 4 1. 5 s. Une douzaine d'assiettes de Hollande vaut 
3 1. 6 s., et un lot de six vases.,, indispensables coûte 
45 s. 

Monsieur mesure soigneusement 'les dimensions de 
son papier à lettres. Il a « 7 poulces sur cinq. » Il en 
achète régulièrement pendant la foire d'Amiens, 20 
mains de 24 feuilles chacune, ce qui dénote une assez 
vaste correspondance. Pour cette livraison M. Godart 
papetier reçoit la somme de 4 1. 5 s. 

En tête du chapitre suivant, on lit « Grosses dé- 
penses diverses. ^> En effet ici il y a de tout, depuis la 
solde de mille messes dites en accomplissement d'un 
vœu fait pendant « une grosse maladie de Madame », 
jusqu'à l'acquisition d'une glace « de 38 poulces sur 
32, laquelle, avec son chapiteau, revient à 89 1. » 
Chemin faisant, nous trouvons les notes de l'orfèvre 
et du haute-licier. Ce dernier vend ses tapisseries 50 1. 
l'aulne. 



™ 468 — 

Encore une fois nous voici poursuivis par les choses 
équestres. Il s'agit maintenant de l'acquisition d'un 
cheval « payé à M. Adrien Morgan 262 livres, com- 
pris 12 livres pour le vin de son cocher. Le dit cheval 
venant de feu le sieur Dincourt son beau-père, âgé à 
ce qu'on dit de 12 ans ». 

Six vases en faïence ornés de pieds et d'anses et 
destinés à être mis dans le jardin pour y cultiver des 
fleurs^, coûtent 26 1. 4 s.; et trois plats d'argent pesant 
les trois 14 marcs 2 onces, « à 53 1. 10 s. du marc, sans 
façon ni contrôle ; le tout poinçon de Paris et de ha- 
zard, » sont payés 732 1. 

On est abonné « au concert ». — 11 en résulte une 
dépense annuelle de 50 1. — et l'on se rend parfois au 
bal, — à quatre heures et demie de l'après-midi, — ce 
qui entraîne quelques menus frais. Pour le mobilier, 
on s'en procure, en cas de besoin, dans les ventes après 
décès ou l'on profite des bonnes occasions. 

Nous avons bien dit qu'il y a de tout dans ce cha- 
pitre, car voici maintenant la note du pain bénit rendu 
à St-Remy d'Amiens le 31 mai 1739, dimanche du 
St-Sacrement. Tant en gros pain qu'en brioche, il en 
coûta 10 1. 8 s. 6 d. 

Après le pain bénit, le pain de ménage. On a fait 
un marché avec M. Grépin, boulanger rue des Trois- 
Gailloux. Moyennant 17 livres par an, il fournira 
toutes les semaines de 11 à 12 pains de 8 1. chacun. 
Aucune réduction n'est faite sur le prix du forfait 
pour le temps que l'on passe à la campagne, temps 
pendant lequel on s'approvisionne dans le village. En 



— 459 — 

plus, Grépin porte aux frères Capucins une certaine 
quantité de pain que Monsieur leur offre. Cette chari- 
té renouvelée pendant fort longtemps revient annuel- 
lement à 5 1. 

Je pourrais encore vous présenter la note du cordon- 
nier et celle du blanchisseur, mais elles sont assez 
dépourvues d'intérêt; après quoi, Messieurs, il me 
faudrait de toute façon cesser ma nomenclature, faute 
de matière. 

De ce qui précède, il se dégage toutefois un fait, 
c'est que l'existence de notre bon abbevillois était sim- 
ple, mais très large, sans ostentation, mais pleine de 
confortable. Il se préoccupait fort peu de jeter de la 
poudre aux yeux, et recherchait avant tout le bien-être 
de sa famille et le sien. Sans dédaigner d'unir l'agréable 
à l'utile, il savait toujours faire plier la première de- 
vant la seconde de ces qualités rivales. Enfin il était 
pieux, dévoué et bienfaisant, surtout envers ses an- 
ciens serviteurs, et payait ainsi un juste tribut à la 
reconnaissance. 



NOTES 

SUR QUELQUES FILIGRANES DE PAPIERS 

Des XIV' et XV'' siècles 
Et de la première moitié du XVi*. 



Quand on présente à ]a lumière un papier vergé, on 
aperçoit deux systèmes de lignes transparentes, équi- 
distantes entre elles dans chacun d'eux, les unes, dans 
la plus grande largeur du papier, très rapprochées, les 
autres perpendiculaires à celles-ci, laissant entre elles 
un intervalle assez grand. 

Les premières sont les traces des vergeures, fils de 
laiton dont se compose le tissu métallique qui fait le 
fond de la forme ; les secondes, celles des pontuseaux, 
autres fils de laiton disposés de façon à maintenir ré 
gulier l'écartement des vergeures. 

La forme est un châssis de bois, garni de la toile 
métallique dont les différentes parties viennent d'être 
indiquées, et ses dimensions en largeur et en hauteur 
donnent le format du papier. 



— 462 - 

Sur un des côtés de la forme, est soudé en relief, en 
s'appuyant sur un ou plusieurs pontuseaux, un agen- 
cement de fils de laiton qui représente la marque du 
papier et s'appelle filigrane. 

Les traces de ces différentes dispositions, observées 
dans la toile métallique, prennent le nom de vergeu- 
res, pontuseaux et filigranes, selon qu'elles sont pro- 
duites par les fils qui, en composant le fond du châs- 
sis, reçoivent ces dénominations. 

La recherche des filigranes dans les papiers em- 
ployés, pour manuscrits ou imprimés, avant la fin du 
xvf siècle, permet de déterminer le lieu, où les œuvres 
ont été fixées par écriture ou impression, et la date 
approximative de ce fait, en le corroborant par l'étude 
attentive des caractères. 

Ce travail intéressant ne peut être exécuté que pour 
un rayon restreint et ce ne sera qu'après avoir vu pa- 
raître le résultat de nombre de recherches locales, que 
l'on pourra généraliser. 

Le rapprochement des documents produits sera une 
source d'aperçus nouveaux sur les relations commer- 
ciales entre diverses régions. 

Le papier de coton était connu en Italie, aux ix» et 
x« siècles : il venait de l'Orient. 

Plus tard son usage, par suite d'un bon marché re- 
latif, dû peut-être à ce que les rapports commerciaux 
venaient de prendre une intensité prodigieuse, résul- 
tat imprévu, mais utile et durable des croisades, de- 
vint tel, qu'un décret de 1221 , de l'empereur Frédéric IL 
inséré dans les Constitutiones Skiliœ, défendit de faire 



- 463 — 

les instruments publics autrement que sur parche- 
min (1). 

Bartole, en 1340, dans son ouvrage Tractatus de 
iîisigniis et armis , (rub. 8) signale l'abus de contrefaire 
les marques d'autrui et applique ses observations aux 
papetiers et aux filigranes du papier. 

La fabrication avait, en effet, pris pied en Italie et 
l'on reconnaissait Fabriano (2), comme la première 
manufacture en date et en renom. 

Les filigranes de ses produits étaient une croix, une 
arbalète dans un cercle^ qualité supérieure employée, 
surtout, à Rome, l'arc tendu et tnuni d'une flèche (PI. I, 
fîg. \ et 2, PI. II, fig. 1). 

En 1366, la seigneurie de Venise, parle du privilège 
unique d'une fabrique, située dans la Marche trévi- 
sane, qui est renouvelé en 1374. 

Au XVI* siècle, il y avait encore une importante fa- 
brication à Foligno (3), mais, déjà, le papier français 
envahissait le nord de l'Italie. 

Les marques des fabriques italiennes dont on ne dé- 
termine pas la place, mais dont on peut supposer la 
situation, par suite de la constante apparition des fili- 

.1) Janssen. — Essai sur l'origine de la gravure en taille douce, 
etc. suivi de recherches sur l'origine du papier de coton et de lin, 
elc, sur les filigranes des papiers des xiv», xv* et xvi« siècles, etc, 
Paris, 180S, 2 vol. in 8. 

(l) Fabriano, h 60 kilora. S.-O. d'Ancône. 

(3) Foligno, à 32 kilora. S.-E. de Pérouae. — On y fabriquait du 
papier dès 1477 et l'on considère comme un des filigranes employés 
dans ce pays, PEchelle de bois (PI. II. fig. 2). 



~ 464 — 

granes dans les ouvrages imprimés en certaines villes, 
sont les suivantes : 

La Balance que Ton rencontre dans les livres sortis 
des presses de Pérouse, Trévise, Vicence (PI. III, fig. 
1 et 2) ; 

Les Flèches à Bologne, à Rome^ dans les villes sous 
la domination de Venise (PI. IV, fig. \ et 2). 

Les ciseaux ou forces à Florence, à Rome (PI. IV, 
fig. 3) ; une fleur sur trois monticules à Pescia. 

Un gant, une paire de besicles, marque d'une qualité 
supérieure, à Ferrare, Florence, Manloue, Pescia ; 

Un agneau avec la croix (1478) à Parme (PI. V, 
fig. \). 

Jenson, l'imprimeurde Venise, employait du papier 
portant, en filigrane, un Aigle couronné ; en 1476, son 
papier était marqué de la moitié d'u?ie Iwie. 

On rencontrait aussi, dans le nord de l'Italie, la tête 
de taureau (PI. V, fig, 2), surtout dans les possessions 
de terre ferme de Venise. Cette marque était allemande 
et, peut-être, par suite de sa qualité et de sa réputation, 
fût-elle falsifiée dans les pays italiens, ainsi que l'insi- 
nue Janssen. 

L'Allemagne fabriqua le papier presqu'aussitôt que 
l'Italie ; du reste Frédéric II, de la maison de Eohejis- 
tauffen, qui trouvait, vraisemblablement, dans son 
royaume de Sicile, cette industrie prospère, ne devait- 
il pas songer à ia transplanter dans sa chère Souabe? 

Aussi suppose-t-on qu'Augsbourg fut la première 
ville allemande oii l'on se livra à cette fabrication. 

Les marques allemandes les plus célèbres sont : 



— 4U5 - 

La tête de taureau, citéR plus haut comme réputée ; 

Les trois montagnes^ emblème de la Bohême, que 
l'on trouve surmontées d'une croix ou d'une couronne 
et qui sont signalées dans los livres de Vienne, et même 
de Nuremberg (PI. V, fig. 3 et 4) ; 

La cloche ; 

Le chariot oit train de char (PI. VI, fig.l). 

Le taureau. 

Les lettres J. H. S. 

Sur les bords du Rhin, où naquit et se développa si 
rapidement l'imprimerie, la production du papier dut 
trouver un grand encouragement et un large débouché. 

Les filigranes les plus fréquemment retrouvés sont : 

La tête de taureau avec une croix entre les cornes, 
environs de Spire, Strasbourg et Bâle ; 

Im tête de bélier avec cornes torses^ qui se remarque 
uniquement à Bâle et à Strasbourg. 

Il est certain que ces données, fournies par Janssen, 
sont vieilles pour TAllemagne et l'Italie et que des 
publications récentes ont dû élucider ces points 
curieux. 

En France, la question paraît avoir peu attiré l'at- 
tention des chercheurs. 

Lyon fut un des pays où la fabrication du papier se 
développa de prime abord, sollicitée, en cela, par la 
position de la ville qui était le point de jonction du 
commerce fait, par voie de terre, entre les Italiens, ces 
courtiers de l'Orient, et les peuples du Nord, Alle- 
mands, Anglais, Flamands, Français, et par le remar- 
quable essor de l'imprimerie dans ce centre éclairé. 

30 



_ 46b — 

Paris eut probablement, de bonne heure, des pape- 
teries et, dans les provinces, on rencontre aussi des 
traces d'installation d'usines. 

A la fin du xiv* siècle, Essonne était réputée pour 
sa fabrication de papier. 

Une publication de Vallet de Viriville, dans la Ga- 
zette des Beaux- Arts (1860), fournit d'intéressants 
renseignements sur l'initiative prise, par certaines fa- 
milles puissantes du centre de la France, pour favoriser 
cette industrie. 

Les filigranes curieux qui y sont reproduits sont des 
emblèmes ou armes de Jacques Cœur et des de Bastart. 

On voit, fréquemment, dans les livres, les armes de 
Champagne, surmontées d'une Croix à huit pointes^ et 
l'on suppose qu'à Troyes il y eut des papeteries à une 
époque relativement ancienne (PI. VI, fig, 2). 

Les foires de Champagne étaient célèbres. Au 
Moyen-âge et jusque dans les temps modernes, elles 
comptaient au nombre des étapes que faisaient les 
marchands du Nord, quand ils allaient à Lyon ou en 
revenaient faire l'échange de leurs produits. 

Dans la ville de Troyes, les industries se dévelop- 
paient sous le stimulant de ce commerce et de la vue 
de ces objets indispensables que l'on payait cher, et 
que l'on espérait établir à meilleur compte que les 
étrangers. 

Pour notre région, il y a le livre de MM, Midoux et 
Matton (1) qui ont fait des recherches dans les Archives 

(1) Etude sur les filigranes des papiers employés, en France, aux 
xiV et IV* siècles. Paris, 1868, 1 vol. in-8*. 



- 467 — 

départementales de l'Aisne. Les filigranes, reproduits 
dans cet ouvrage, comme provenant de papiers em- 
ployés à Laon, à Soissons, etc., et comparés à ceux, 
trouvés dans les Archives hospitalières d'Amiens, per- 
mettent de tirer la conclusion suivante : c'est que, 
dans les xiv" et xv* siècles, le papier était, dans nos 
pays, article d'importation venant des Pays-Bas. 

Il franchissait la frontière picarde par les différents 
passages, qui servaient au commerce des villes de 
notre province, et, notamment, au Travers on péage de 
Bapaume, par où devaient passer toutes les marchan- 
dises, allant des Flandres dans l'intérieur du royaume, 
et réciproquement. 

Les Pays-Bas étaient donc un centre de production 
de papier, et la fabrication parait y avoir pris un grand 
développement, sous l'impulsion de la maison de Bour- 
gogne dont les initiales, les armes, les emblèmes sont 
reproduits, en filigranes, bien loin dans le xvi« siècle. 
Les marques des fabriques sérieuses se prolongeaient, 
comme titres de recommandation commerciale, long- 
temps après la disparition des protecteurs de ces 
œuvres. 

D'après les données de Samuel Leigh Sotheby (1), 
le papier dont on se servait dans les comptes du trésor 
de Harlem et de la Haye, provenait, dans le xv* siècle, 
de la ville d'Anvers. 



(1) Principia typographica, 3 vol. in f», Londres, 1858. Dans le 3» 
volume, se trouve l'étude sur les filigranes « ouvrage projeté par 
feu Samuel Sotheby et exécuté par son fils Sa^i^ijiel l^ei^l^.Êiot^eby. » 



La plus vieille marque est le Cornet que Ton trouve, 
à la Haye, dès 1370 (1). 

En 1395, après la croisade qui aboutit à la bataille 
de Nicopolis, apparaissent, en filigranes, les armes que 
Jean-Sans-Peur avait prises pour cette expédition : 
d'Artois, c'est-à-dire une fleur de lys unique, au chef 
breteschié, l'écu surmonté d'une croix où sont implan- 
tés les trois clous delà Passion. 

En 1427 ou 1428, la main tenant une clef sq trouve 
dans un compte des archives de Harlem. En 1430, 
c'est la main ouverte avec une étoile au-dessus et l'on 
peut la chercher, en vain, antérieurement. (Pi, VI, 
fig. 3). 

De 1430 à 1480, se produisent diverses modifi- 
cations de ce filigrane, la main simple (2), la mai7i sur- 
montée d'un croissant^ la main surmontée d'une fleur de 
lys (3). 

De 1428 à 1453, on voit, dans les papiers de la Haye, 
la roue de sainte Catherine. Cette roue d'or sur fond 
d'azur était les armes des comtes d'Ostrevent, et il 
semble tout indiqué qu'une papeterie, installée dans 
les limites de cette subdivision du Hainaut, ait pris cet 
emblème pour filigrane. 

Diverses appendices surmontent la pièce principale, 
au lieu qu'elle soit simple, et viennent modifier cette 

(1) Samuel Leigh Sotheby le cite comme filigraDO du papier 
d'une lettre à i'Evêque de Durham, eu 1421, (Archives de la tour 
de Londres). 

(2) Livres do comptes de la Haye 1432. 

(3) Archives de la Haye. 



- 469 - 

première marque. Ainsi, en 1510, dans un warrant, 
signé de Henri VIII (Archives de la tour de Londres), 
cette marque est accompagnée de trois feuilles au- 
dessus et un cœur au-dessous. 

Le P simple^ qui se rencontre dès 1387 et 1393, 
serait un filigrane employé, en Néerlande,en l'honneur 
du duc Philippe le Hardi (1). 

De 1393 à 144S et même plus tard, la marque se 
conservant à cause de saréputation,on voit apparaître, 
à côté, le P avec une fleur de lys, ou une croix, ou une 
fleur au-dessus. 

Un autre filigrane néerlandais qui dura, également, 
longtemps, probablement pour la môme cause, c'est 
la licorne, emblème de Philippe le Bon. (PI. VII, 
fig. 2 (2). 

A partir de 1430, Ton trouve les lettres P et F en- 
trelacées, par suite du mariage du duc avec Ysabelle 
de Portugal (10 janvier 1430). 

En 1435, /'F se rencontre seul et la queue se ter- 
mine par un cœur ou une fleur de lys. (PL VI, fig. 4). 

Jacqueline de Hainaut laissait aussi prendre son 

(1) Koriing, sur l'origine de rimpritnerie, Amsterdam, 1819, cité 
par Samuel Leigh Sotiieby. 

(2) Cette reproduction et celle numéroté 3, PI. VI, proviennent 
des comptes et coiilrerollea de la Vidamie de 1492 à 1506, récem- 
ment acquis par la bibliothèque communale d'Amiens. 

La licorne sa trouve dans le contre raouUe de 1505, — la main 
avec étoile dans le contrerœulie de 150G. 

Nous devons à U.Uené Yion, conservateur de la bibliothèque, dont 
l'obligeance est bien connue de tous !(^s chercheurs, le relevé de 
ces deux liligranes. 



— 470 — 

emblème, un dauphin avec une fleur de lys au dessus, 
pour marque de fabrique. Son mari, Jean deBrabant, 
de la maison de Bourgogne, donnait, pour filigrane, 
ses initiales /. B. avec une fleur de lys couronnée. 

Sotheby lui attribue, aussi, comme emblème que 
prirent les fabricants de papiers, ses sujets, (a tête de 
taureau, mais c'est une erreur, nous l'espérons, car le 
duc eut prêté la main à une contrefaçon, la tête de tau- 
reau étant une marque allemande. 

On attribue à une papeterie de Lille ou des envi- 
rons, la fleur de lys accompagnée d'une rose. 

Dans les comptes de l'Hôtel-Dieu d'Amiens, dont 
le plus ancien ne remonte qu'à la date de i 455-1456, 
Ton retrouve la série des filigranes des Pays-Bas, don- 
née par Sotheby. 

La main simple, la main avec une étoile ou avec un 
trèfle., le P simple, avec une croix, avec un trèfle, avec 
une fleur de lys, i Y avec la croix, la licorne, les armes 
d'A?'tois avec la croix de la Passion, la roue de Sainte- 
Catherine et ses diverses modifications et, vers le xxi" 
siècle, le pot sont les marques rencontrées couram- 
ment. 

Parmi les quelques types retrouvés qui ont le mé- 
rite de la rareté, il y a à signaler la fleur de lys du 
compte de 1455-1456, ainsi que le lion coucha?it dv 
1457-1458, d'un dessin tout original. Ces deux filigra- 
nes ne se voient plus postérieurement. (Pi. VII, fig. \ , 

PI, Vm, fig. 1]. 

TI en est de même du cercle surmoiité d'une croix, 
duP avec croix, marques trouvées dans le compte de 



_ 471 — 

1459-1460 (PI. VII, fig. 3, Pl.VIII, fig. 2).et de la pe- 
tite licorne^ donnée par une feuille unique qui sert de 
couverture au compte de 1526-1527. {Pl.VIII, fig. 3). 

Les papiers sont forts et de belle qualité : mêmes 
observations pour celui de 1467, portant, en filigrane. 
Vécu de France avec l'initiale J au-dessus et celui de 
1480 avec les armes d'Artois (PL IX, fig. 1 et 2), Mais, 
ceux marqués aux roues de Sainte-Catherine (types de 
1495, 1496, 1497, 1519, 1528), ainsi que /e Po^ de 
1528, sont de qualité inférieure (PL IX, fig. 3 et 4, 
PL X, fig. 1, 2 et 5). 

Une marque originale que l'on voit, pendant deux 
ou trois ans, est le massacre de cerf (1528-1529). (PL 
XI, fig. 1). 

11 y a, à la même date, un intéressant filigrane, la 
roue de Sainte -Catherine^ surmontée de deux initiales, 
celles du fabricant peut-être, et de trois marguerites. 
(PLX, fig.3)(l). 

Un papier dont on ne peut pas dénier la provenance, 
c'est celui de 1503-1504, avec le lion naissant de Zé- 
lande^ armé et lampassé (PL X, fig. 4), qui est aussi 
l'emblème de la ville de Middelbourg. 

Enfin, vers 1539-1540, -commence, d'une façon inin- 
terrompue, la série des pots dont il n'a été donné que 
peu de spécimens et flont la variété, pendant près d'un 
demi-siècle, remplirait des planches entières, mar- 
ques d'un papier commun dont le nom et la qualité 



(1) On trouve ce filigrane, en 1514, dans une pièce des Arciiivcs 
Municipales d'Âniiens. 



— 472 — 

se sont conservés jusqu'à nos jours. (PL XI, fig. 2, 3 
et 4). 

Les archives des hospices d'Amiens ne donnent pas, 
pour le XV' siècle, d'indications sur le prix du papier 
employé. 

On lit bien dans le compte de cens que rend « pour 
« l'an commençant le jour Saint-Pierre entrant aoust 
« 1455, ledit jour includ, et finy le jour St-Pierre 
« entrant aoust ensuivant 1456, ledit jour exclud, 
« Messire NicoUe Béduin, prestre, collecteur des cens 
« de rOstel-Dieu et StJehan en Amiens : à lui (Mes- 
« sire Nicolle Béduin) pour ses gaages d'avoir exersé 
« l'office de collecteur des cens dudit hostel-Dieu 
« l'année et temps de cest compte et pour avoir minué 
« et drechié ledit compte, livré pappier et encre à 
« laditte minute, paie comme dessus 103 s. (1). » 

Mais il n'est guère possible de dégager, de cet article, 
rinconnue que l'on désire tirer. Toutefois on peut 
conclure que, dans ce bloc, le papier est représenté 
par une minime quantité, si Ton rapproche cet extrait 
de la mention suivante, inscrite au compte des recettes 
et mises de frère Jehan Erard, aliàs Barbier, prestre, 
maistre et administrateur dudit hostel-Dieu pour 1459- 
1460 (2). 

c< Item en papier, encre et parchemin, pour I an 

(l)Grosse des mises du compte de 1455-1456, Arch. des Hosc» 
d'Amiens, E. 115. 

Le sou tournois valait, à cette époque, environ f«» 2.45 de notre 
monnaie actuelle. 

(Z) Archives des hospices d'Amiens E. 117. 3« grosse des mises. 



— 473 — 

« sans les aultres précédens ans dont n a rien compté 
« [)aiet pour cesti présent . . • . 12 s. » 

Ainsi le religieux qui était à la tête de la commu- 
nauté d'hommes et de femmes, de l'ordre de St-Augus- 
tin^ desservant l'Hôtel -Dieu d'Amiens, n'a, pour dé- 
penses d'une année, en fournitures de bureau, pour 
employer le langage actuel, que 12 sous. On peut en 
conclure, sans être taxé de présomption, que le col- 
lecteur de cens d'Amiens et de la banlieue qui n'avait 
qu'une partie de la gestion des revenus de cette mai- 
son, n'a eu à imputer, sur la somme de 103 sous, que 
3 sous à peine pour cet article et que ses gages ou 
appointements sont représentés environ par 100 sous 
c'est-à-dire 245 fr. de notre monnaie. 

Le compte de 1S28-1S29 est plus explicite. On 
trouve, au chapitre des mises extraordinaires, en mars 
1528 (V. S.), la note suivante : 

« Pour ung livre contenant six mains de pa- 
« pier 6 s. (1 ) 

Frère Jehan Robart fournira encore, en 1529-1530, 
de précieuses indications (2). 

« Aoust 1529. 

« Le premier jour dudict mois pour une main de 
« papier 12 d. 

(1) Archives des hospices d'Amiens, E. 140. Compte de frère 
Jehan Robarl, preslrc, relligieux et procureur dudict Hostel- 
Dieu. 

{',') Archives des Hosp. d'Amiens, E. 141. A cette date la livre 
tournois peut êtr- représentée en monnaie aitueiie par fr. Î8,15, le 
sou par fr. 1,40 et le denier par fr. 0,11. 



— 474 — 

« Octobre 1529. 

« Le xiii' dudict mois paie pour trois mains de 
« papier 2 s. 6 d. 

« Janvier 1529 (V. S.). 

« Le X* dadict mois pour une main de papier iOd. 

n Cedict jour (le 26" même mois) pour ii mains de 
a papier 2 s. 

Ainsi en 1528, 1529, 1530, le prix du papier, em- 
ployé à l'Hôtel-Dieu, qui devait être celui du papier 
ordinaire de cette époque, était de 10 à 12 deniers, la 
main, soit environ fr. 1,15 à fr. 1,40 d'aujourd'hui. 

Ce papier mesure, dans le compte de 1528-1529, en 
hauteur 400""", en largeur 293""", dans le compte de 
1529-1530, 425°'-»x 285 (1). 

Le pot Sainte-Mmne^ qui s'en rapproche actuelle- 
ment le plus, est fabriqué à la cuve et composé exclu- 
sivement de chiffons blancs : ses dimensions sont 
hauteur 395'"'", largeur 310°"'. Au détail, il coûte 0,70 
à 0,80= la main : c'est une diminution de 36 à 40 0/0 
sur les prix de 1528 à 1530 (2). 

Il est facile d'expliquer la valeur actuelle par le per- 

(1) Voir l'appendice pour les dimensions et les poids des divers 
papiers. 

(2) Ce papier provient de l'usine de Sainte-Marie, canton de la 
Ferté-Gaucher (Seine-et-Marne), située à 4 kilom. de Coulommiers, 
sur le Grand-Morln. C'est une sorte invariable, pesant 4 k. 500 la 
rame, soit environ 225 !!;rainiues, la main. 

L'usine de Saintc-M ine appartient à la Société anonyme des pa- 
peteries du Marais et de Sainte-Marie. 

Avant 1789, l'usine du Marais était la propriété de la famille de 
Lagarde qui possédait aussi la papeterie de Courtalin. 



- 475 — 

fectionnement des procédés de fabrication, usités de 
nos jours, même quand il s'agit de papier à la forme, 
et par l'abondance relative^ en faveur de notre époque, 
des chiffons. 

Aux XV* et xvf siècles, l'usage de la toile de lin et 
de chanvre était encore restreint (1), on peut s'en con- 
vaincre par les inventaires d'artisans ou de labou- 
reurs. Le prix du papier s'en ressentait et était élevé : 
ce fait ressortira bien plus nettement si, dans les 
deux comptes du commencement du xvi* siècle qui 
ont donné la valeur de cet objet, on prend, pourpoints 
de comparaison, des salaires d'ouvriers. 

Voyons quelques prix de journées : 

« En aoust 1528. 

« A un nommé Mébayre pour 5 jours. ..5s. 

Cette note étant à la suite d'un compte, fait avec des 
maçons, il est permis de supposer qu'il s'agit d'un 
jeune manouvrier qui les servait. 

« En octobre 1529. 

M Pour trois manouvriers d'avoir servy par 3 jours 
'( lesdicts mâchons 15 s. 

« Pour 4 jours ung quart à deux autres manou- 
<( vriers 14 s. 

« En juing 1530. 

a Le 10" dudict mois paie à une femme pour avoir 

« besongné 3 jour.'' au jardin . 3 s. 

Ainsi un manouvrier, qu'il faut supposer jeune pour 

(t) Il ne peut être ici question de toiles de coton qui étaient tissus 
de luxe importés d'Italie ou d'Oriout. 



— 476 — 

gagner ce salaire, reçoit, au mois d'août, i s. par jour 
ou environ 1 fr. 40 de notre monnaie. 

Aujourd'hui, en pareille saison, au prix de 0,25 c. 
l'heure, il toucherait, pour ses onze à douze heures de 
travail, 2 fr. 73 à 3 fr. 

En octobre, un manouvrier, attaché également aux 
maçons, mais qui devait être un homme fait, obtenait, 
pour sa journée, 20 deniers ou 2 fr. 35, valeur actuelle. 

A notre époque, il travaillerait 9 à 10 heures et, 
comme il n'y a pas de distinction entre ses services et 
ceux d'un aide plus jeune, il serait payé, à raison de 
0,25 c. l'heure, 2 fr. 25 à 2 fr. 50. 

Une femme, employée au jardin, touchait 1 sou par 
jour. On ne trouverait pas, aujourd'hui, en juin, pour 
ces travaux, d'ouvrière à moins de 2 fr. et 2 fr. 25 (i). 

Ainsi, dans le premier tiers du xvf siècle, la main 
de papier couramment employée représentait, pour le 
manouvrier jeune, pour la femme, une journée de tra- 
vail, pour l'aide maçon adulte, une demi-journée. 

De nos jours, la main de Pot Sainte -Marie qui e&t 
relativement un papier de luxe, ne prendrait que le 
tiers ou le quart du salaire de ces mêmes ouvriers, 
aux prix de séries actuels. 

Ces chiffres n'ont pas été choisis pour les besoins de 
la cause ; la simplicité des rapports qu'ils donnaient 

(1) Des renseignements, pris auprès d'tiortillons, nous p rmcttont 
de confirmer ces ciiiffres pour une femme venant travailler quel- 
ques jours. Une personne, ayant une importante culture maraichère 
à la Neuville, nous déclare payer les ouvrières qu'elle emploie, 
toute l'année, à raisou de Ifr. 76 c. par jour, hiver comme été. 



— 477 — 

dans ces comparaisons (salaires de 12 à 20 deniers — 
prix de la main de papier 10 et 12 deniers), les a fait 
préférer à d'autres. Mais, si Ton veut employer, dans 
ces rapprochements, les salaires que gagnaient les ma- 
çons, servis par Méhaire, et ceux que touchent aujour- 
d'hui les ouvriers de ce corps d'état, les résultats ne 
sont pas moins probants. 

Ainsi, en août 1528, on paie : 

« A Colin Pannetier machon pour 5 jours . 14 s. 
« A Pierre Le Moisne aussy machon pour 5 

« jours 10 s. 

« A Jehan Boitel aussy machon pourSjours 12s. 6d. 

Ce sont des journées de 2 sous, 9 d., obole, pite, 
(3 fr. 95), de 2 sous (2 fr. 80), de 2 sous, 6 d. (3 fr. 50). 

Les limites extrêmes des salaires actuels, pour ma- 
çons qui gagnent de fr. 35 àO fr. 43 c. de l'heure, et 
font, en août, 11 à 12 heures, sont ?j fr. 85 et 4 fr., 
4 fr.'75 et 5 fr. 15. 

Au XVI' siècle, un maçon, avec le gain d'un jour, 
pouvait acheter deux à trois mains de papier ; aujour- 
d'hui, l'ouvrier du même état, après avoir tait 11 à 12 
heures, pourrait avoir 5 et 7 mains du papier qui, à 
notre époque, se rapproche le plus de celui de 1530. 



15 août- 15 novembre 1887. 



APPENDICE 



Nous donnons dans le tableau suivant les dimensions 
des papiers, employés dans les comptes de l'Hôtel- 
Dieu, dont nous venons d'indiquer les filigranes les 
plus curieux. 

La main, à cette époque, se composait de 24 feuilles, 
grandeur du format, qui, pliées par le milieu, don- 
naient un cahier de 48 folios. 

































Z 


a» 
**, o ^ 






1-^ 


>-^ 


1-^ 


1.^ 


1-^ 




H^ 1-^ 




1-^ 


h^ 


1-^ 


^ 


>-^ 


1-^ 


2. a g- 




l(^ 


ê 


to 


03 


o« 


LO 


CO 


to to 


tô 


to 


1.^ 


1-^ 


1-^ 


HÀ 


■>^ 


" 5 ^ 




fik 


Cl 


*> 


co 




o 


~J C5 


en 


eo 


CD 


00 


-3 


05 


en 


w S §• 


































!"^ 






o 


O 




o 














o 


O 




O 


t— ( 






c 


O 




o 














O 


o 




c 


*z, 






B 


5 




s 














B 


B 




3 


H 






"C 


-c 




r3_ 














"3 


-3 




-c 


»— 1 

H 


























.r-»- 










CL 


cT 


fO 


D- 


Ci 


2_ 


a- 


^ -, 


a. 


a. 


-^ 


CD 


CD 


CL 


(B 


a 




e 


CR 


a. 


e 


<ït5 


o 


o 


o ~ 


o 


o 


c 


CL 


•Tî 


e 


a. 








2" 


CD 




2 














CD 


fB- 

3 




et 






»• 


O 
CD 




2" 
















CD, 




r. 


a O 






u 


S 




95 














3 


a: 




3 


^ ^ 








Cfi 


















ai 


— • 




co 










en 


y 




en 


1 — >-&• 

en ^ 


1-^ 






4^- 


*N 


^ 


,1^ 


o 




lO 


i« 


& 


to 


to 




1.^ 


O O 


CD 


CD 


00 


05 


en 


en 


en 




9 


00 


■-] 


C5 


rf^ 


O 


00 


eo 05 


O' 


9 


O 


•^ 


CD 


00 


en 
1 


S 




h-^ 


>I^ 


1 


^ 


1 


Ji. 


►l:^ 


K^ tl^ 


K— 


MA. 


»1^ 


H^ 


t-^ 


^ 




"V 




Oi 


o» 


O" 


OT 


en 


y 


O» 


en ^ 


4i- 


*> 


*- 


.;^s 


*- 


*- 


4^ 


H 




oa 


to 


to 


lO 


lO 


to 


>-:> 


o CD 


CD 


CD 


00 


Ôi 


s 


c 


O' 


M 




o 


CE) 


00 


^ 


y 


o 


CO 


*^ ^ 


O 


■"^ 


'^^ 


00 


o 


CD 


C5 




>^ 


•(^ 


•^ 


*> 


4^ 


*> 


*'■ 


*< CO 


>f^ 


4^ 


*- 


*» 


4ï- 


*» 


*- T- 


o 




1-^ 


8 


bc 


^) 


to 


co 


ce 


•-^ 00 


lO 


to 


to 


co 


Siî 


9? 


Sii P 


»( ■"" 




^î' 


o 


^^ 


05 


o 


o 


o 00 


en 


c;! 


o 


o 


o 


o 


9 c 


K? ^ 
































3 r 


?> m 




•s 


î? 


!: 


s 


BS 


Î5 


w 


» « 


s; 


» 


w 


5S 


» 


t 


5 


T) D œ: 




b£ 


to 


to 


to 


lO 


to 


to 


to to 


to 


1.0 


to 


CO 


Si? 


co 


i^ 


« ! 




CO 


00 


s 


00 


o 


-X) 


CD 


CD ^ 


CD 


CD 


CD 


o 




h::^ 




W 


OT 


o 


to 


O 


o 


en 


lO ►^ 


CO 


en 


en 


^ 


O 


O 


3 ■ 




** 


» 


■ï 


» 


* 


« 


^ 


t- w 


^ 


^ 


■" 


^ 


« 


e 


c^î 










LO 

8 




ti 




lO 
00 

to 




t^5 








CO 

to 




S&s 










CP5 




m 

•n 




os 




CTï 












s^s 




f 


f 


ir 


r 


n 


tr 


tr 




f 


r 


r 


r 


tr 


r 


5 






C6 


» 


» 


» 


fD 


»: 


a> 


<x> 


P 


ct> 


f5 
73 


«s 

s 


CD 


H^ 


CD 






•13 


§ 


^ 


r 


^ 


?o 


S 


^ o. 


?3 




o: 


T) 


a: 


C 






C 

5 
o 

s 


a; 

Cfi 

o 

Q. 


c 

's 


o' 
o 

-5 

3 
a 

S 


V. 

c 
B 

o 

3 
CB- 


o 
c 

o. 
et 

w 


S. 

1—' 

(/; 

B 


1° 

simple, le 1 


c 

3 
CD 

a. 

C6 
tn 


3 

Su 
"1 


3 
CD 
w 

CL 

>^ 
2_ 


»: 
C 
X 

p 
3 

CD 


fB 

cd" 

O 

CD 


CD 

o 
ST 


a. 

CB 

2 






a- 


o 




^ 


CL 


5" 


• 


5' 


o_ 




m 


cT 


X 








c" 


CD 
X 

l-H 


• 


HH 


c" 


a> 




o' 


et 


^' 


s: 


CL 


OJ 


, . 


^ 






s 
2 


i2 


-22 


3 
rt> 


O 

et 

5' 




d» 
m de Zélai 


o 
Si- 

fD 
S 


fi: 
< 
(b 
O 

m" 
o 

3. 


«S 
CD 
O 

pT 
O 

o_ 


3 

o 

CD 


s 

— - 

3 

o 

3 

CB- 


2 

35 
CfQ 


35 


1—1 






1-^ 








• 




(PL IX, 
nde (PI 


t-H 

X 


x' 

Cl. 
CB 


a- 

CD 

S" 

s: 


2 
X 

« 

35 


c" 

3 
"D 

O 

1 


^ 




l-H 

O 


















X 35 


35 


fi: 
c/-. 


en 

o' 


O 

x' 




















li^ 




35 




2. 


3 


»^ 


.*— . 






ce 


















CfQ itï> 


CO 


o" 


oc; 
•-s 


*7*^ 


2 




















• 




• "; — 


'T"' 


3 




























^ 




V 


fi: 




^ 


» 


























CD 

B 

o 
o. 
2; 
cT 


3 

o 

CL 

2: 
cT 




35 




























2 




• 
































































^( 


































M 


































«« 


































B> 


































«5 


































u> 


































• 













if^te (le;-. Antiquaires de Picai'die 



NOTES SUR LES FILIGRANES Pi. ï 




•Société des Anli(^'jaires de Rcat-dTe 



NOTES SUR LES FILIGRA-NES 



PI. 



(« 




Société desyktiquaires de Picardie 



NOÏKy SUR LES FILIGRANES Pi, Hl 



Kk;. l 




J 



îocièle des Antiquaires de Rcardie 



NOTES SUR LES FILIGRANES PI. IV 




xnèle des Amiqiiaires de Hcavùie 



NOTKS SIR LES KILKiHANKS 



l'I. V 




Société des ATitiqordres de BcRi'die 



NOTKS SUR LES FILIGRANES PJ. VI 




r,0 



uièle des Antiquaires de ftcar'die 



NOTES SIR LES FILIGRANES PI. VII 




'k^cièin des Âfiliquaires de Picardie 



NOTKS SIR LES FILIGRANES PI. Vil! 




Société des ATitic[aaires de Rcardie 



NOTES SUR LES FILIGRANES PI. fX 




Société des Antiq^uaires de ftcardie 



NOTES SUR LES FILIGRANES PI. X 




Société des Anli([uaires de Picardie 



NOTES SUR LES FILIGRANES PI. XI 




ERRATA 



p. 8. ligne 7, au lieu de (1860), il faut lire (1859") 
P 10, ligne 24, Divers et non Diverses. 



DONS ET LEGS 

FAITS A LA SOCIÉTÉ PAR D'ANCIENS MEMBRES. 



I. M. RigoUot, par codicille du 31 mai 1849, a légué à la So- 

ciété : 1° une plaque d'ivoire représentant le baptême de 
Clovis. — 2» Une figurine en bronze de Silène couché. — 
3» Deux planches de médailles renfermant les monnaies 
d'Amiens et des villes de Picardie. — 4° La collection des 
monnaies de plomb des Évêques des Innocents. 

II. M. Le Prince, par son testament, en date du 4 août 1851, 

a légué : 1° divers objets mobiliers, savoir : une pendule, les 
vases et les flambeaux, ouvrages de son frère. — 2° un meu- 
ble avec les antiquités qui y sont contenues. — 3" une somme 
de 10,000 fr. 

Dans sa séance du 27 juillet 1885, la Société a décidé que 
le produit de cette somme placée en rente sur l'Etat serait 
affecté à la fondation d'un prix annuel à distribuer au nom 
de M. Le Prince. 

Un décret impérial du 17 mars 1856 autorise l'acceptation. 

III. M. Guérard, par son testament du 15 décembre 1858, 
lègue une somme de 2,000 fr. 

Acceptation autorisée par décret impérial du 31 juillet 1857. 

IV. En mémoire de M. Ledieu, l'un des fondateurs de la So- 
ciété, et de Madame Marie-Thérèse Joséphine Maret, sa 
veuve, leurs enfants ont, le 25 octobre 1861, conformément 
aux intentions de leur rnère, donné à la Société une somme 

34 



— 482 - 

de 10,000 h', pour, les intérêts de la dite somme placée en 
rente 4 1/2 sur l'Etat, servir à la fondation d'une ou plusieurs 
médailles qui seront décernées annuellement au nom de 
M. Ledieu. 

V. M. Siffait de Moncourt (Aimé-Marie-Jules), membre ti- 
tulaire non-résidant, né à Abbeville, décédé à Bayonne, a, 
par son testament du 15 décembre 1870, légué une somme 
de 100 fr. 

Un arrêté du Préfet de la Somme du 8 mars 1875 a auto- 
risé l'acceptation. 

"VI. Madame veuve Bouthors, née Deslavier, décédée le 12 
avril 1874, en souvenir de son mari, ancien président de la 
Société, a légué, par son testament en date du 7 avril 1869, le 
portrait de son mari et une rente annuelle et perpétuelle sur 
l'Etat de 150 fr. 3 0/0, à la charge par la Société d'entrete- 
tenir la tombe de M. Bouthors et la sienne, au cimetière de la 
Madeleine. 

Un décret du président de la République du 23 mars 1875 
a autorisé l'acceptation. 

VII. M. Mennechet, décédé le 9 juin 1875, a légué à la So- 
ciété une somme de 1,000 fr. 

VIII. M. Victor Cauvel de Beauvillé, par ses testaments et 
codicille olographes des 27. 29 juin et 20 décembre 1883, a 
légué une somme de 20,000 fr. pour être placée au gré de la 
Société et pour les intérêts en être affectés à l'achat de ma- 
nuscrits, plans et dessins oi'iginaux et d'autographes. 

Acceptation autorisée par décret du Président de la Répu- 
blique du 29 mars 1887. 






LÎSTE 

DES MEMBRES RÉSIDANTS DÉCÉDÉS EN EXERCICE. 



,. ^ «- A MM. 

Date nu Décès. 

12 février 1837. Caroii ( Charlos-Alexi.ç-Nicolas ) , né à Amiens , le 

19 décembre 1811. 

16 mai 1839. Cocquerel ( Firmiii-Joseph ) ^ , né à Amiens , le 
9 décembre 1774. 

12 août 1842. licdieu ( Jean-Baptiste-Ali'xandre ), ancien tréso- 
rier, né ù. Amiens, le 26 juillet 1774. 

15 août 1844. Iia-»ei*iiiei* (Jean-François-Gharles-Mathurin), an- 
cien secrétaire annuel, né à Abbeville, le 4janvier 
1791. 

27 juin 1847. «f aii%'iei> ( Louis-Josepli-Henri ) , né à Amiens , le 

20 août 1781. 

Soctob. 1850. Dorbis ( Victor-Tliéopliile-Benoni-Galtat ) , tréso- 
rier de lal^Société, né à Doullens , le 12 décembre 
1803. 

7 mai 1853. i^e Ulerchier (Charles-Gabriel) ^ , ancien prési- 
dent, né à Péronne, le 13 aoijt 1769. 

29 déc. 1854, RigollQt ( Marcel-Jérômc ) ^ , ancien président , 
né à Doullens , le 30 septembre 1786. 

21 juillet 1855. i^e Prince (Pierre- Joseph-Auguste), conservateur 
du Musée , né à Amiens, le 7 mai 1780. 



— 484 — 

15 mai 1856. Bisiioii de la Roque ( Jules - Gabriel ) , ancien 
président, né à Bourseville , c."" d'Ault (Somme), 
le 22 juin 1803. 

20 févr. 1857. Cruerard (François), ancien président, né à 

Amiens , le 29 octobre 1795. 

21 octob. 1859. Hlagdelaiiie (Augustin) ef^ , né à Dôle (Jura), le 6 

décembre 1788. 

9 déc. 1863. De Betz ( Alexandre-Eugène-Gustave, comte) :^, 
ancien président, né au château de Beauchemin, 
commune de Chemin (Jura), le 22 mai 1799. 

6 août 1865. Breuil (Guillain-Josepli- Auguste), ancien prési- 
dent, né à Amiens, le 2 mars 1811. 

26 août 1874. Bazot (Adolphe- Pierre-Marie), ancien président, 
né à Paris, le 22 octobre 1805. 

14 avril 1875. Reiiiliault (Marie-André-Gabriel), ancien secré- 
taire annuel, né à Amiens, le 6 novembre 1817. 

9 juin 1875. Mennecliet (Eugène-Alexandre) egs, né à Saint- 
Quentin (Aisne), le 29 juin 4821. 
nov. 1882. Moyeile ( Marie -Joseph -Honoré -Ernest ) , né à 
Amiens, le 8 avril 1842. 

30 jaûv. 1886. Oe Forcevillc (Gédéon-Adolphe-Casimir), né à 
Saint-Maulvis (Somme), le 28 février 1800. 

6 juin. 1887. Eietemple (l'abbé Charles-François-Augustin), né 

à Ham, le 7 septembre 1814. 
3 avril 1888. Ciarnfer (Jacques- Jean-Baptiste-Adolphe) ^, se- 
crétaire-perpétuel et ancien président, né à Amiens, 
le 28 février 1808. 

7 avril 1889. Hesi»e (Alexandre), ffiî, ancien président, né à 

Amiens, le 6 décembre 1807. 



COMPOSITION 



DE LA 



SOCIETE DES ANTIQUAIRES DE PICARDIE 

AU 15 AVRIL 1889- 



BUREAU 

Président : M. Georges DURAND, archiviste du département. 

Président honoraire : M. l'abbé DE CAGNY, chanoine honor. , ||A. 

Vice Président : M. Charles PINSARD, 

Secrétaire perpétuel : M. F. POUJOL De FRÉCBENCOURT. 

Secrétaire annuel : M. R. de GUYENCOURT. 

Trésorier: M, Alcide DUVETTE. 



MEMBRES TITULAIRES RESIDANTS. 

Dates 
d'admission. MM. 

1843. 11 jauv. DcvAL (l'abbé Antoine-Théophile), chanoine titulaire, vi- 
caire général du diocèse, 9, rue Constantine. 

» Jourdain (l'abbé Edouard), chanoine titulaire, 18, rue des 

Cauetîes. 

1849. 18 avril. Antoine ^, architecte, capiiaine honoraire des sapeurs- 
pompiers, ancien membre du Conseil municipal, 22^ rue 
des Sainies-Maries. 
1) 12 déc. Hecquet de Roquemont ^0.)?^, docteur en droit, président 
honoraire de la Cour d'appel, 4, rue Vivien. 

(8j3. 5 juillet. VioN (Michel), #1., licencié ès-lettres, ancien chef d'insli 
tutiou, membre de l'Académie d'Amiens, 8, rue de l:i 
République. 



— 486 — 

1856. 9 déc. Darsy (Irciiée), licencié en^dioil, ancien notaire, IG, bou- 

levard Beauviiis. 

1857, 12 mai. Salmon (Charles), ^, ancien directeur du Dimanche, ancien 

secrétaire du Comice agricole, à Sainl-Fuscien (Somme). 

1863. U jiiil. DovETTE (Alcidc), baiiquier, 30, rue des Jacobins. 

1861-. 10 janv. PouT (Louis-Eugènc-Ferdinaiîd), anc. commissaire-priseur, 
2, ruo Croix-Saini-Firmin. 

1865 11 avril, Leleu (Maurice-Alexis), ^, Q I., ancien proviseur du 
Lycée, membre de l'Académie d'Amiens, 5, boulevard 
Guyencouri. 

1805. 9 a )ùt. Hénocque (l'abbé Jules), doyen du Chapitre de la cathédrale 
d'Amiens, vicaire général, 7, rue Confilantiuc. 

1869. 9 iiov. Crampon (l'abbé Th. -Joseph-Auguste), chanoine titulaire 
d'Amiens et chanoino honoraire de Perpignan, membre 
de l'Académie d'Amiens, 26, rue Amiral Courbet. 

» Dubois (Alexis-Auguste-Florent), ancien chef de bureau à la 

Mairie, 27, boulevard Du Cange. 

187a. 20 iévr. Janvier (Auguste), |> A., membre de l'Académie d'Amiens, 
73, boulevard du Mail. 

a H juin. Duthoit( Edmond)^, architecte, attaché à la Commission des 
monuments historiques près le Ministère des Beaux-Arts, 
13, rue Duminy. 

1873. 11 l'ovr. De Cagny (l'abbé Paul-Urbain), ^ A., chanoine honoraire, 
prêtre habitué de l'église St-Martin, 40, me Le Merchier. 

» Soyez (Edmond), propriétaire, 22, rue de Noyon. 

1873. 11 mai. De Calonne (le Baron Albéric), licencié en droit, ancien 
membre de l'Académie d'Amiens, 174, rue Laniemieau. 

1877. 9 JHiiV. JossE (Oeclor), prupriclaire, à Saulcourt, par Ilcudicourl 

(Somme). 

1878. 12 mars. PiNSABD (Charles), architecte, 22, rue Saint-Dominique. 

1879. 13 mai. Podjol de Fréchencourt (Fernand), maire de Fréchencourl, 

6, rue Glorietle. 



~ 487 ~ 

1879. Jojuio. OoDiN (Ernesl), conseiller à la Coiir cl'Appe!,9, rue Debray. 

1881. 11 janv. Dchamel-Decéjean (Charles), propriétaire, àNesle (Somme). 

i885. 14 avril. Ddrand (Georges), archiviste du département, 71, rue des 
Jacobins. 

1S85. 15 juin. Du Crocquet de Gutencodrt (Robert), 1, rue Gloriette. 

1886. 13 avril; Rocx (Joseph), avoca', docteur endroit, 27, rue Lamarck. 

1887. 13 déc. Gderlin (Robcri), 23, rue Le Merchier. 

Î888. 13 mars. Lotjvencourt (C'e Adrien de), maire de Seux, conseiller 
d'arrondisscmcni, 35, boulevard du >'ail. 



TITULAIRES NON-RÉSIDANTS. 



MM. 



9 févr. 1886. Antoine (Georges), architecte, à Amiens, 2, rue d'Alger. 

7 août 1883. Antoine (Joseph), élève architecte à l'Ecole des Beaux- 
Arts, 22, rue des Saintes-Mariés, à Anriiens. 

15 juin 1886. Bellard (l'abbé Paul), curé de Méricourt-l'Abbé, par Ri- 
bemont (Somme). 

14 avril 1868. Blanchard (l'abbé), vicaire de Warloy-Baillon (Somme). 
■28 déc. 1836. Boistel (Amédée) juge honoraire, à St-Omer. 

13 déc. 1887. Boudon (Georges), licencié en droit, à Amiens, 11, rue 
Alexandre. 

15 juin. 1885. Gacheleu (l'abbé), professeur à l'Ecole St-Martin, Amiens. 

11 déc. 1883. Gagé (Carlos), avocat, archiviste paléographe, à Paris. 

12 janv. 1886. Cappe (Godefroy), membre de la Commission des Anti- 

quités du Pas-de-Calais, à Frévent (Pas-de-Calais). 
10 jîinv. 18S8. Carbon (Césaire-Emile) ej{$ capitaine au 97» de ligne, à 

Rumilly (Haute-Sovoie). 
10 nov. 1874. Carmichael (William), filateur, à Ailly-sur-Somme 

(Somme). 



- /m - 

y août 1881. CARON(Laurent),avocat, membre de l'Académie d'Amiens, 
à Amiens, 44, rue des Trois-(^ailloux et à Cerisy-Gailly 
(Somme). 
8 déc. 1863. Chartier du Raincy (F. -A. -A), propriétaire, à Cauvigny, 
par Noailles (Oise). 

10 mai 1881. Cosserat (Oscar), ^, négociant, à Amien?, 38, rue de la 
République. 

14 août 186G. D'Ablaincourt (Adolphe), propriétaire, à Ablaincourt. par 

Chaulnes (Somme). 
8 août 1849. D'Acy (Ernest Cadeau), licencié en droit, à Paris, 40, 
boulevard Malesherbes. 

14 mars 1882. Danicourt (l'abbé), curé, à Naeurs, par Villers-Bocage 
(Somme). 

12 août 1810. De Beauvillé (Félix Cauvel) agç, ancien magistrat, ancien 
membre du Conseil général de la Somme et ancien dé- 
puté, à Montdidier, et à Paris, 4, rue Cambacerès. 

8 févr. 1887. De Berny (Pierre), propriétaire, à Ribeaucourt (Somme). 
12 aviil 1881. De BoNNAULT d'Houet (le vicomte Léon), conseiller gé- 
néral, à Abbeville et à Mérélessart, par Hallencourt 
(Somme). 

9 févr. 1886. De Boutray (baron René), à Amiens, 12, rue Gloriette. 

10 mai 1881. De Brandt (le vicomte Charles), à Havernas, par Vigna- 

court (Somme). 

11 août 1871. Debray (Henri), conducteur des Ponts-et-Ghaussées, mem- 

bre de la Société géologique du Nord, à Lille, 11, rue 
Delezenne. 

12 avril 1881. De C.\nettemont (.Octave), membre de la Commission des 

Antiquités du Pas-de-Calais, h Sains-les-Hauteclocques, 
par St-Pol (Pas-de-Calais). 

11 l'évr. 1862. De Cardevacque (Adolphe), 'membre de la Commission 

des Antiquités du Pas-de-Calais et de l'Académie, à 
Arras. 
9 déc. 1862. De CoRBERON (le vicomte), propriétaire, à Troissereux 
(Oise). 

12 déc. 1854. Decrept, Q A, suppléant de juge de pai.v, conseiller 

d'arrondissement, à Puis (Somme). 



- 489 — 

12 mai 1874. De Forgeville (le comte) ^, ancien conseiller général 

de la Somme, àForceville, par Oisemont (Somme). 

10 mai 1881 . De Francqueville (Amédée), docteur en droit, à Remien- 

court (Somme). 
14 déc. 1852. De Frohen (le comte Hibon, duc de Villars-Brancas), pro- 
priétaire, à Paris, 46, rue Jacob. 

13 juill. 1886. Delattre (Victor), receveur municipal, à Cambrai (Nord). 

11 jaav. 1881. De Lhomel (Georges), licencié en droit, à Paris, 52, rue 

Daru, et à Montreuil (Pas-de-Calais). 

12 févr. 1867. Delignières (Emile), avocat, membre de la Société d'E- 

mulation, à Abbeville. 

8 déc. 1863. De Luçay (le comte) ^, ancien maître des requêtes au 

Conseil d'Etat, à St-Agnan (Hou lainville) Oise, et à 
Paris, 90, rue de Yarennes. 

9 nov, 1880. De Mailly-Nesle (le marquis Arnould), prince d'Orange, 

à laRoche-Mailly, commune de Pont-Yallain (Sarthe), 

M. P. (1). 
12 août 1862. De Marsy (le comte Arthur) :^, ancien élève de l'Ecole 

des Chartes, conservateur du Musée, président de la 

Société Française d'Archéologie, à Gompiègne. 
8 août 1865. De Mercey (Napoléon), membre de la Société géologique 

de France, à La Faloise (Somme). 
8 juill. 1879. De Puisieux (Alfred), propriétaire, à Amiens, 11, rue 

Gribeauval. 

8 mars 1887. De Ragnau (Monseigneur Hugues), prélat delà maison de 

Sa Sainteté, référendaire à la signature papale, à 
Moreuil (Somme). 

9 aolit 1864. De Riencourt (le comte Hugues), ancien conseiller gé- 

néral, à Beaucourt-en-Sanlerre, par Moreuil (Si)mme). 

14 avril 1874. De Rougé (le comte Hervé), propriétaire, à Di.teville 

(Haute-Marne). 
8 mars 1887. De Rougé (M^e la comtesse), marquise du Plessis-Cel- 
lière, château de Moreuil (Somme). 

(1) Les iellres M. P. désisnenl les membres aonrésidunts qui, en vertu 
de l'article 45 du r.glement ont désiré s'affraucliir de la cotisation aunuellc 
moyennant une somme de cent quatre-vingts francs, une fois payée. 



- 490 — 

12 déc. 1876. De Sanchez de Baena (le vicomte), membre de plusieurs 

sociétés savantes, à Lisbonne, (Portugal). M. P. 
10 nov. 1847. Deschamps DE Pas ^, ancien ingénieur des Ponts-et- 
Chaussées, correspondant de l'Institut, à St-Omer. 

13 mai 1879, Deschamps (l'abbé Léon), chanoine prébende, secrétaire 

général de l'Evêché, à Amiens, place Notre-Dame, 2. 
IJ mai 1864. De Schoutheete de Tervarent de Munck (le chevalie»), 

conseiller provincial, etc., à St-Nicoias (Belgique). 
8 janv. 1889. De Septenville (le baron Edouard), ancien député, au 

château du Bois-Robin, par Aumale (Seine-Inférieure). 
12 n;ars 1889. De Septenville (Octave), au château de Tronville, par 

Amiens. 
U avril 18G5. Desmaze (Charles) 0. ^. conseiller honoraire à la Cour 

d'appel, à Paris, 29, avenue Trudaine. 

14 avril 1874. Des Varenn! s, propriétaire, à Avelesges, par Airaines 

(Somme). 
10 août 1836. De Thieulloy (Julien), 1, rue du Soleil. 

10 avril 1883, De Thieulloy (le comte Fernand), ancien élève de l'Ecole 

centrale, à Amiens, 20, rue du Loup. 
8 avril 1881. De Valicourt (le comte Léon), iii.spccteur des forêts, à 

Troyes (Aube). 
12 m;irs 1889. De Vienne (Jean), conseiller d'arrondissement, château 
d'Odezy (Aisne), par Ilain (Somme). 

12 août ÎS8i-. De Visme (Armand), avocat, \ Paris, 32, boulevard 

Haussmann. 

11 févr. 1S79. DcWiTASSE (Gaëlan), propriétair-e, à Paris, 3, rue de la 

Planche. 

8 avril 1879. D'Heilly (le marquis Léonce) ^, lieutenanf-colonel, atta- 

ché militaire à l'ainLassade de Fi-ance à. Berne (Suisse). 

13 déc. 1877, D'HiNNiSDAL (le comte), à Tilloloy-l"'s-Roye i^Somme). 

U. P. 

9 déc. 1SS4. DouEUiL(Timoléon),docteuren médecine, à Ilani (Somme). 
11 mars 1879 Dournel (Jules), licencié endroit, à Amiens, 7, rue Péru- 

Lorel,et à Forestmontiers (Somme). 
13 juill, 1880. Du Dois DE Jancigny iSjf, ancien directeur descontributions 
indirectes, ancien titulaire résidant, à Paris,3,r,Vmeuse. 



- 401 ^- 

il mai 1857. Du Fresne DE Bealcourt (le marquis), à Moiainville, par 
Biangy (Calvados), et à Paris, rue de Sèvres. M. P. 

13 nov. 18G0. Du Lac (Jules Perrin), juge honoraire au Tribunal civil, 
membre de la Société historique, à Compiègne (Oise). 
juin 1851 . Du Maisniel de Liercourt (le vicomte Anatole), pro- 
priétaire, à Villemont (Puy-de-Dôme). 

10 avril 1877. Fromentin (l'abbé), curé de Fressin, par Auchy-lès-Hes- 
dfn (Pas-de-Calais). 

10 mai 1881. Gallet (Emile), jugehonoraire au Tribunal civil, à Amiens 

32, rue du Boucaque. 

11 août 1863. GossELiN (l'abbé), curé-doyen de Nouvion (Somme). 

13 juin. 1880. Graire (Auguste), licencié en droit, ancien notaire, à 
Amiens, 5, rue St-Fuscien. 

10 juin 1879. Hareux (l'abbé Paul), vicaire de St-Jacques, à Amiens, 

15^ rue de Cerisy. 
8 juin. 1879. Herbet (Félix), docteur en droit, archiviste paléographe, 
avocat, à Paris, 127, boulevard St-Germain. 

11 mars 1879. Hesse (Henri), ancien procureur de la République, à 

Marconnelles, par Hesdin (Pas-de-Calais). 
1 5 doc. 1858 • HiDÉ (Charles), avocat, membre de la Société académique, 
à Bruyères-sous-Laon (Aisne). 

8 déo. 1885. Hodent (Léopold), agent-voyer cantonal, à Villers-Bocage 

(Somme). 
3 mars 1886. Jumel (Albert), avocat, à Amiens, 16, rue de la Répu- 
blique. 

1:) nov. 1888. Labande (Honoré), élève de l'École des chartes, à Paris, 
13, rue de la Grande-Chaumière. 

1^ juin 1866. Labitte (Auguste) ^, directeur de la maison de] santé, à 
Agnetz, près Clprmont (Oise). 

1.2 juin. 1881. Laurent (l'abbé Joseph), curéde Brimeux (Pas-de-Ca!;iis). 

lu fcvr. 1875. Leblan, géomètre, à Caîx-en-Santerre (Somme). 

9 nov. 1875. Ledieu (Alcius), Q A., conservateur de la Bibliotlicque, 

membre de la Société d'Émulation, à Abbeville. 
10 mai 188) . Ledieu (Léon), ancien banquier, à Amiens, 10, rue Porion. 
13 mars 1883. Ledieu (Maurice), ancien banquier, à Amiens, 81, rue dos 

Jacobins. 



- 492 - 

14 déc. 1858, Lefebvre (rabbé)i curé d'Halinghem (Pas-de Calais), 
il nov. 185G. Lefebvre (Alph.l, directeur de l'Octroi, membre delà 

Société académique, à Boulogne-sur-Mer. 
1i août 1866. Lefèvre-Marchand, ancien maire, à Chaulnes (Somme). 
9 nov. 1869. Lefèvre (1 abbé Théodose), aumônier du Refuge, à Doul- 

lens (Somme). 
13 déc. 1864. Leroy (l'abbé Ghrysostome-Gélestin), curé-doyen, chanoine 

honoraire, â MoUiens-Vidame (Somme). 
10 août 1886. Le Roy (Eugène), chef d'institution secondaire, à Nesle, 

(Somme). 

10 nov. 1885. Lesueur ^l'abbé), curé d'Erondelle, par Pont-Remy 

(Somme). 

9 juin. 1860. Lion (Jules), |> A., conducteur des ponts-et- chaussées, 
inspecteur des promenades, à Paris, 27, rue Biot. 

9 mai 1882. Macqueron (Henri), licencié en droit, membre de la So- 
ciété d'émulation, à Abbeville (Somme). 

11 août 1874 Macquet (Gustave), ancien notaire, à Domart-en-Ponthieu 

(Somme). 

12 mars 1889. Marle (Fabbé), chanoine honoraire, 28. boulevard Thiers, 

Amiens. 
11 nov. 1851. Martin (labbé), curé du Pont-de-Meiz (Somme). 
11 mai 1886. Martinval (l'abbé Jean-Baptiste), curé de Boulogne-la- 

Grasse (Oise). 
7 août 1888. Masson (Jean-Baptiste), licencié en droit, à Amiens, rue 

Victor-Hugo. 

13 févr. 1849. Mazières (Léon), notaire honoraire, membre du Gomité 

archéologique de Noyon, à Noyon (Oise). 
8 juin. 1879. Melin de Vadicourt (Henri), propriétaire, à Occoches, 

par Doullens (Somme). 
13 dec. 1853. Mes-sio (l'abbé), curé-doyen, chanoine-lionoraire, à Sains 
(Somme). 

10 mars 1885. Miannay (l'abbé Eugène), curé de Dommartin, par Buv^s 

(Somme). 
7 août 1888. Milvoy (Amédée), architecte, à Amiens, 105, ruo des 
Trois-Gailloux. 

11 déc. 1883. Mollet (Jules), àRoye (Somme). 



— 493 - 

8 août 18S'2. MOREL (Remy), licencié en droit, ancien chef d'institu- 

tion, àNesle (Somme). 
18 avril 1887. Mouret (l'abbé Emile), curé de Mirvaux, par Villers-Bo- 
eage (Somme). 

11 nov. 1851. Normand (l'abbé), curé de Ste-Segrée, par Poix (Somme). 

9 janv, 1877, Odon (l'abbé Apollinaire), curé de Tilloloy-lès-Roye 

(Somme). 
9 févr. 1886. Percheval (Adrien), licencié endroit, à Amiens, 6, rue 

Lemerchier. 
13 nov. 1866. Picart, ancien percepteur, à Roiglise, par Roye (Somme). 
13 mars 1888. Picou (Gustave), à St-Denis (Seine). M. P. 
15 juin 1886. Pihan (l'abbé Louis), chanoine, secrétaire de l'évêché, à 

Beauvais (Oise). 

13 mai 1877. PoiRÉ (Emile), propriétaire, à Lihons- en- Santerre 

(Somme). 

8 janv. 1884, PoujOL de Fréchencourt (Raoul), attaché à l'administra- 

tion du chemin de fer de l'Ouest, à Paris, 47, rue de 
l'Université. 

9 juin, 1851. Prarond (Ernest), ancien conseiller général, président 

honoraire de la Société d'émulation, ancien maire, à 
Abbeville. 

12 juill, 1881. Le V. P. Prieur de la Chartreuse de N.-D. des Prés, par 

Montreuil-sur-Mer (Pas-de-Calais) . 

14 avril 1863. Quentin (Eugène), imprimeur, à Péronne. 

11 juin 1878, Ramon (Gustave), licencié en droit, à Athies-lès-Arras 
(Pas-de-Calais). 

11 nov, 1879. Rendu (Armand), ancien archiviste de la Somme, à Mai- 

gnelay (Oise) et à Paris, 21, rue du Rocher. 

10 janv. 1888 Ricouart (Louis), membre de l'Académie, adjoint au 

maire de la ville, à Arras, 

12 déc. 1871, RiQuiER, conducteur principal des ponts-et-chaussées, au 

Pont-de-Metz (Somme). 
9 mars 1880. Ris-Paquot, ^, artiste peintre, à Abbeville. 

11 mai 1886, Rousseau (Jacques- Adrien), à Amiens, 24, rue St-Louis. 

13 mars 1844. RozE (l'abbé), chanoine honoraire, curé de Tilloy-lès- 

Conty (Somme). 



- 4ft4 — 

8 mai 1883. SiFFAiT DE MoNCOURT (Henri), peintre, à Paris, 84, rue 
Washington et Moncourt. par Rue (Somme). 

11 juill. 187G, SoREL (Alexandre^ i^, président du Tribunal civil, mem- 

bre de la Société hisloi'ique, à Goinpiègne (Oise). 

8 déc 1885. Thierry (l'abbé), curé de Longpré-los-Gorps-S'iints. 

12 avril 1881. Traullé (l'abbé Jean-Baptiste), curé de Thieulloy-la-Ville, 

par Poix (Somme). 

10 févr. 1863. Vallois (Georges), Jj^, ancien secrétaire général de préfec- 
ture, membre de la Société des Antiquaires du Genlro, 
à Valette, par Villefranche-sur-Cher (Loir-et-Cher). 

M mai 1872. Van Robais (Armand), membre de la Société d'émula- 
tion, à Abbeville (Somme). 

13 janv. 1857. Vast (Jules), membre du Conseil municipal, à Albert. 

9 mars 1880. Villerelle (l'abbé Louis), curé de La Boissière, par 

Montdidier (Somme). 
9 juiu 1885. ViTASSE (l'abbé Henri), chanoine honoraire, missionnaire 
apostolique, vicaire de la cathédrale, à Amiens, 14, rue 
Constantine. 



MEMBRES HONORAlllES. 

MM. 

9 nov. 1886. De Longpérier-Grimoard (le comte), président du Comité 
archéologique de Senlis, correspondant de la Société 
des Antiquaires de France, de la Société héialdique 
d'Italie, à Lagny-le-Sec (Oise). 

9 janv. 1889. Delaherche (Alexandre), correspondant du Ministère de 
l'Instruction Pubhque, ancien titulaire non-résidant, à 
Beauvais (Oise). 

8 mars 1887. Hardouin (Henri) Jjjt, conseiller honoraire à la Cour de 
Douai, ancien titulaire résidant, à Quimper (Finistèro). 



495 — 



MEMBRES CORRESPONDANTS. 

MM. 

10 déc. 1861. Bénard (Louis), secrétaire de la Mairie, à Boulogne-sur- 
Mer. 

10 juin 1862. Bormans (Stanislas), docteur en philosophie et lettres, 

archiviste de l'État de Liège, secrétaire général de 
l'Institut archéologique liégeois, à Liège (Belgique). 
14 déc. 1836. Dancoisne, ancien notaire, à Hénin-Liétard (Pas-de-Calais). 

11 mai 1875. De Chennevières (le marquis Philippe), ^, ancien direc- 

teur des Beaux-Arts, membre de l'Institut, à Paris, 5, 
rue de l'Éperon. 
4 juin. 1845. De Kayser, 9^, peintre, directeur du Musée, à Anvers 
(Belgiquo). 

12 févr. 1851. De ViTTE, ^, correspondant de l'Académie des inscrip- 

tions (Institut de France), à Paris. 

13 nov. 1888, Kershaw (S. W.) F. S. A. bibliothécaire du Lambeth 

Palace, membre de la Société des Antiquaires de 
Londres, au Lambeth Palace (Londres). 
8 mars 1887. Lefebvre (Jules), membre honoraire delà Société d'ému- 
lation d'Abbeville, à Abbeville (Somme). 

12 nov. 1867. Lucas (Charles), ^, architecte, à Paris, 3, boulevard 
Denain. 

12 févr. 1851. Maury (Alfred), G. ^, membre de l'Institut, directeur 
général des Archives nationales, à Paris. 

7 août 1888. Omont (Henri), sous-bibliothécaire au département des 
manuscrits de la Bibliothèque nationale, à Paris. 

11 juin 1872. Revoil (Henri), ^, architecte diocésain, correspondant de 

l'Institut, à Nîmes (Gard) 

12 juin 1844. RoACH Smith, secrétaire honoraire de la Société de nu- 

mismatique et de la Société des Antiquaires de Londres, 
à Strood (Kent). 



LISTE 



DES 



SOCIÉTÉS CORRESPONDANTES 



SOCIÉTÉS FRANÇAISES 

Aisne Société académique des sciences, arts, 

belles-lettres, agriculture et industrie de 
Saint-Quentin. 

— Société archéologique, historique et scien- 

tifique de Soissons. 

— Société académique de Laon. 

— Société historique et archéologique de 

Château-Thierry. 

— Société archéologique de Vervins. 

— Société académique de Ghauny. 

Algérie Société archéologique du département de 

Constantine. 

— Académie d'Hippone, à Bône. 

Allier Société d'émulation du département de 

l'Allier, à Moulins. 

Alpes Maritimes. . Société centrale d'Agriculture, d'Horficul- 

ture et d'Acclimatation de Nice et des 
Alpes-Maritimes, à Nice. 

— Société des lettres, sciences et arts des 

Alpes-Maritimes, à Nice. 

32 



- 498 — 



Ardèche . . . Société des sciences naturelles et histori- 
ques de l'Ardèctie, à Privas. 

— Société d'agriculture, industrie, sciences, 

arts et lettres du dép. de l' Ardèche, à 
Privas. 

Aube Société académique d'agriculture, des 

sciences, arts et belles-lettres du dépar- 
tement de l'Aube, à Troyes. 

Aude Commission archéologique et littéraire de 

Nai^bonne. 
Aveyron ..... Société des lettres, sciences et arts de 

l'Aveyron, à Rodez. 

Basses-Pyrénées. . Société des sciences, lettres et arts, à Pau. 

— Société des sciences et des arts, à Bayonne. 

Belfort Société Belfortaine, à Belfort. 

Bouches du-Rhône. Société de statistique de Marseille. 

— Académie des sciences, belles -lettres et 

arts de Marseille. 

— Académie des sciences, agriculture, arts et 

belles-lettres d'Aix. 

Calvados Académie nationale des sciences, arts et 

belles-lettres de Caen. 

— Société des Antiquaires de Normandie, à 

Caen. 

— Société d'agriculture, sciences, arts et 

belles-lettres de Bayeux. 

— Société d'agriculture, d'industrie, des 

sciences et des arts de l'arrondissement 
de Falaise. 

Charente .... Société archéologique et historique de la 

Charente, à Angoulême. 

Charente-Inférieure. Société linnéenne de la Charente-Infé- 
rieure, à Saint-Jean-d'Angely. 

. Société des archives historiques de la 

Saintonge et de l'Aunis, à Saintes. 



— 499 - 

Cher . Société des Antiquaires du Centre, à 

Bourges. 

— Société historique, littéraire, artistique et 

scientifique du Clier, à Bourges. 
CoriRÈZE .... Société historique et littéraire du Bas- 
Limousin, à Tulle. 

— Société .scientifique, historique et archéo- 

logique de la Corrèze, à Brive, 
Côte-d'Or Académie des sciences, arts et belles- 
lettres de Dijon. 

— Commission des antiquités du département 

de la Côte-d'Or, à Dijon. 

— Société d'histoire et d'archéologie reli- 

gieuse du diocèse de Dijon, à Dijon. 
CôTES-DU-NoRD , . Société d'émulation des Côtes-du-Nord, à 

Saint-Brieuc. 
Credse Société des sciences naturelles et archéo- 
logiques de la Creuse, à Guéret. 
Deux-Sèvres . . Société de statistique, sciences, lettres et 

arts du département des Deux-Sèvres, à 

Niort. 
Dordogî<;e Société historique et archéologique du 

Périgord, à Périgueux. 
DouBS Académie des sciences, belles-lettres et 

arts de Besançon. 

— Société d'émulation du Doubs, à Besançon, 

— Société d'émulation de Montbéliard. 
Drome Société départementale d'archéologie et de 

statistique de la Drôme, à Valence. 

— Comité d'histoire ecclésiastique et d'archéo- 

logie religieuse des diocèses de Valence, 

Gap, Grenoble et Viviers, à Romans. 
Eure Société libre d'agriculture, sciences, arts 

et belles-lettres de l'Eure, à Évreux. 
Eure-et-Loir . . . Société dunoise (Archéologie, Histoire, 

Sciences et Arts), à Chateaudttrt. 



- 500 — 



Finistère Société académique de Brest. 

— Société archéologique du Finistère, à 

Quimper. 

Gard Académie du Gard, à Nîmes. 

Gironde Société archéologique de Bordeaux. 

Haute-Garonne . . Académie des sciences, inscriptions et 

belles-lettres de Toulouse. 

— Société aixhéologique du Midi de la France 

à Toulouse. 

Haute-Loire. . . . Société d'agriculture, sciences, arts et 

commerce du Puy. 

Haute-Marne . . . Société historique et archéologique de 

Langres. 

Haute-Saône. . . . Société d'agriculture, sciences et arts du 

département de la Haute-Saône, à 
Vesoul. 

Haute-Savoie . . . Société florimontane, à Annecy. 

Haute-Vienne . . . Société archéologique et historique du Li- 
mousin, à Limoges. 

Hérault Académie des sciences et lettres de Mont- 
pellier. 

— Société archéologique, scientifique et litté- 

raire de Béziers. 

Ille-et- Vilaine . . Société archéologique du département 

dlUe-et-Vilaine, à Rennes. 

Indre-et-Loire . . Société d'agriculture, sciences, arts et 

belles-lettres du département d'Indre-et- 
Loire, à Tours. 

— Société archéologique de Touraine, à Tours, 
Isère Académie Delphinale, à Grenoble. 

— Société de statistique, des sciences natu- 

relles et des arts industriels du départe- 
ment de l'Isère, à Grenoble. 

Jura Société d'agriculture, sciences et arts de 

Poligny. 

Landes Société de Borda, à Dax. 



- 501 - 



Loiret 



Lot. 



Loir-et-Gher . Société des sciences et lettres de Loir-et- 

Cher, à Blois. 

Loire-Inférieure . Société académique de Nantes et du dépar- 
tement de la Loire-Inférieure, à Nantes. 

— Société archéologique de Nantes et du 

départ, de la Loire-Inférieure, à Nantes. 

. . . Société archéologique et historique de 

l'Orléanais, à Orléans. 

... Société des études littéraires, historiques 

et scientifiques du Lot, à Cahors. 

Maine-et Loire . Académie des sciences et belles-lettres 

d'Angers, 

— Société nationale d'agriculture, sciences 

et arts d'Anger.<?. 

— Société agricole et industrielle d'Angers et 

du départ, de Maine-et-Loire, à Angers. 
Manche Société d'archéologie, de littérature, scien- 
ces et arts d'Avranches. 

— Société nationale académique de Cherbourg. 

— Société d'agriculture, d'archéologie et 

d'histoire naturelle du département de 
la Manche, à St-Lô, 
Marne .... Société d'agriculture, commerce, sciences 

et arts du dép. de la Marne, à Ghâlons. 

— Académie nationale de Reims. 

— Société des sciences et des arts de Vitry-le- 

François. 

Mayenne Société d'archéologie, sciences, arts et bel- 
les-lettres de la Mayenne, à Mayenne. 

Meurtre .... Académie de Stanislas, à Nancy. 

— Société d'archéologie lorraine, à Nancy. 
Meurthe et-Moselle. Société philotechnique, à Pont-à-Mousson. 
Meuse Société philomathique de Verdun. 

— Société des lettres, sciences et arts de Rar- 

le-Duc. 



- 502 ~ 

Morbihan. . , . Sociôté polymathiciue du Morbihan., à 

Vannes. 

Nord Société des sciences, de l'agriculture et des 

arts de Lille. 
— Commission histoiiquedu département du 

Nord, à Lille, 

— Société d'émulation de Cambrai. 

— Société centrale d'agiicuUure, de sciences 

et d'aits séant à Douai. 

— Société Dunkeiquoise pour l'encourage- 

ment des sciences, des lettres et des 
• aits, à Dunkerque. 

— Société d'agriculture, sciences et arts diî 

l'arrondissement de Valenciennes. 

— Comité flamand Je France, à Dunkerque. 

— Société d'émulation de Roubaix. 

Oise ....... Société académique d'archéologie, sciences 

et arts du dép. de l'Oise, à Beauvuis. 

— Société française d'archéologie pour la 

description et la conservation des mo- 
numents historiques, à Compiègne. 

— Société d'agriculture de l'arrondissement 

de Compiègne. 

— Société hisloiique de Compiègne. 

— Comité archéologique et historique de 

Noyon. 

— Comité archéologique de Senlis. 
Pas-de-Calais . . Académie des sciences, lettres et arts 

d'Arras. 

— Commission des antiquités dé|iartempn- 

tales du Pas-dc Calais, à Arras. 

— Société d'agriculture de l'arrondissement 

de Boulogne sur-Mer. 

— Société acadéini(iue de l'arrondis: ement de 

Boulogne-sur-Mer. 



— 503 - 

Pas-de-Calais . . Société des Antiquaires de la Morinie, à 

St-Omer. 
Puy-de-Dôme. . . . Académie des sciences, belles-lettres et 

arts de Glerraont-Ferrand. 
Pyrénées-Orientales Société agricole, scientifique et littéraire 

des Pyrénées-Orientales, à Perpignan. 

Rhône .... Société d'agriculture, histoire naturelle et 

arts utiles de Lyon. 

— Académie des sciences, belles-lettres et 

arts de Lyon. 

— Société littéraire, kistorique et archéolo- 

gique de Lyon. 

— Société académique d'architecture de 

Lyon. 
Saône-et-Loire . . Académie des sciences, belles-lettres et 

agriculture de Mâcon. 
Société d'histoire et d'archéologie de Cha- 
lon-sur-Saône. 

— Société éduenne, à Autun. 

Sarthf, Société historique et archéologique du 

Maine, au Mans. 
-— Société d'agriculture, sciences et arts de 

la Sarthe, au Mans. 

Savoie Société savoisienne d'histoire et d'archéo- 
logie, à Chambéry. 
' — Académie des sciences, belles-lettres et arts 

de Savoie, à Chambéry. 

Seine. . . . . Institut de France (Académie des inscrip- 
tions et belles-lettres), à Paris. 

— Société nationale des Antiquaires do 

France, à Paiis. 

— Société de l'Histoire de France, a Paris. 

— Société française de numismatique et d'ar- 

chéologie, à Paris. 
Société philolechnique, à Paris 



504 - 



Seine 



Seine-et-Marne 
Seine-et-Oise . 



Seine-Inférieure 



Somme 



Société des études historiques (ancien Ins- 
titut historique), à Paris. 
Société de l'Ecole des chartes, à Paris 
Musée Guimet, à Paris, 
Société de l'histoire de Paris et l'Ile de 

France, à Paris. 
Société d'archéologie, sciences, lettres et 

arts du dép. de Seine-et-Marne, à Melun. 
Société des sciences morales, des lettres 

et des arts de Seine-et-Oise, à "Versailles. 
Commission des antiquités et des arts du 

département, à Versailles. 
Société archéologique de Rambouillet. 
Société historique et archéologique de l'ar- 

rond. de Pontoise et dij Vexin, à Pon- 

toise. 
Académie des sciences, belles-lettres et 

arts de Rouen. 
Commission départementale des antiquités 

de la Seine-Inférieure, à Rouen. 
Société libre d'émulation, du commerce et 

de l'industrie de la Seine-Inférieure, à 

Rouen. 
Société haviaise d'études diverses;, au 

Havre. 
Société des sciences et arts agricoles et hor- 
ticoles du Havre. 
Société industrielle d'Elbeuf. 
Académie des sciences, des lettros et des 

arts d'Amiens. 
Société médicale d'Amiens. 
Société industrielle d'Amiens. 
Société linnéenne du Nord de la Franco, <i> 

Amiens. 
Société d'émulation d'Ahbeville, 
Comice agricole d'Abbeville. 



— 505 - 

Tarn Société littéraire et scientifique de Castres. 

Tarn-et-Garonîse . Société historique et archéologique de Tarn- 

et-Garonne, à Montauban. 
Var Académie du Var, à Toulon, 

— Société d'études scientifiques et archéolo- 

logiques de la ville de Draguignan. 

— Société d'agriculture, de commerce et d'in- 

dustrie du département du Var, à Dra- 
guigan. 

Vaucluse ... Académie de Vaucluse, à Avignon. 

Vienne Société des Antiquaires de TOuest. à Poi- 
tiers. 

— Société académique d'agriculture, belles- 

lettres, sciences et arts de Poitiers 

Vosges Société d'émulation du département des 

Vosges, à Epinal. 
Yonne Société des sciences historiques et natu- 
relles de l'Yonne, à Auxerre- 

— Société archéologique de Sens. 



SOCIÉTÉS ÉTRANGÈRES 

ALLEMAGNE. 

AUGSBOURG .... Historischen Verein fur Schwaben und 

Neuburg. 
Bonn Verein fur Alterthurasfreunden in Rliein- 

lande. 
Darmsïadt .... Historischen Verein fur das Giossherzog- 

thum riessen. 
GoTTiNGUE .... Koniglichen Gesellschaft der Wisst^nschaf- 

ten. 

Hanovre Historischen Verein fiir Niedtn'sachsen. 

Iena Verein fur Thuringische Geschirht(^ und 

Alterthumskunde. 



506 — 

Mayence "Verein fur Erforschung der Reinischen 

Geschichte und Alterthùmer in Mainz. 
Munich Koniglichen Bayerischen Akadernie der 

Wissenschaften zu Mûnchen 
Nuremberg. . . . Anzeiger fur Kunde der deutschenVorzeit, 

Organ des Germanischen Muséums. 
Stuttgart .... Wûrtembergische Verein fur Landesges- 

chichte. 
Ulm Verein fur Kunst und Alterthum in Ulm 

und Oberschwaben. 
V\'^iESBADEN . . . Verein fur Nassauische Alterthumskunde 

und Geschichtsforschung. 

ALSACE-LORRAINE. 

Société d'histoire naturelle de Golmar. 

Société pour la conservation des monuments historiques d'Alsace , 

à Strasbourg. 
Académie des sciences, lettres et arts de Metz. 
Société d'archéologie et d'histoire de la Moselle, à Metz. 

ANGLETERRE. 

Society of Antiquaries of London. 

Numismatic Society of London. 

Kent archaeological Society. Cantorbery. 

Historié Society of Lancashire and cheshire. Liverpool. 

AUTRICHE. 

Gratz Historischen Verein fiir Steiermarch 

Vienne Kaiserlichen Akadernie der Wissenschaften. 

— Kaiserlichen und Koniglichen geographis" 

chen Gesellschaft in WiiMi. 

BELGIQUE. 

Académie d'archéologie de Belgique, à Anvers. 

Institut archéologique de la province de Luxembourg, à Arlon 



~ 507 - 

Académie royale des scierxes, des lettres et des beaux-arts de 
• Belgique, à Bruxelles. 
Société royale de Numismatique, à Bruxelles. 
Commissions royales d'art et d'archéologie, à Bruxelles. 
Société archéologique de Charleroy. 
Cercle aichéologique d'Enghien (Hainaut). 
Commission des inscriptions de la Flandre, à Gand. 
Société libre d'émulation pour les lettres, les sciences et les arts, 

à Liège. 
Institut archéologique liégeois, à Liège. 
Société liégeoise de littérature wallonne, à Liège. 
Société de l'Union des artistes, cercle international des btnux- 

arts, à Liège. 
Société littéraire de l'Université CathoHque ;le Louvain. 
Société des sciences, des arts et des lettres du Hainaut, à Mous. 
Cercle archéologique de Mons. 
Société archéologique de Naraur. 
Société archéologique de l'arrondissement de Nivelles 
Cercle archéologique du pays de Waàs, à St-Nicolas. 
Société scientifique et httéiaire du Limbourg, à Tongres. 
Société historique et littéraire de Tournai. 

DANEMARCK. 

Société royale des Antiquaires ilu Nord, à Copenhague 

ESPAGNE. 

Académie royale des sciences, à Madrid. 

HOLLANDE. 

Koninklijke Akaderaie van Wetenschappen te Amsterdam. 
Maatschappij der Nederlaiulsche Le.tterkunde te Leiden. 
Friesch Genoott-chap van Geschied-Oudheid en Taalkuudo te 

Leeuwarden. 
Provinciaai Utrechtsch Genoolàchap vun Kunste en Welenschap- 

pen te Utrecht. 



— 508 — 

ITALIE. 

Reale Instituto Lorabardo di scienze e lettere, in Milano. 
Regia Accademia di scienze, lettere ed arti, in Modena. 
Reale Accademia dei Lincei, in Roraa. 

GRAND-DUCHÉ DE LUXEMBOURG. 

Institut royal grand ducal du Luxembourg (section historique). 

NORVTÈGE. 

Université royale de Ghristiana. 

Videnskabs-Selskabet i Ghristiana. (Société des sciences de Ghris- 
tiana). 

RUSSIE. 

Académie impériale des sciences de St-Pétersbourg, 
Commission impériale d'archéologie, à St-Pétersbourg. 
Société impériale archéologique russe, à St-Pétersbourg. 

SUISSE. 

Historischen Verein des Kantons Bern. 
Société d'histoire et d'archéologie de Genève. 
Société d'histoire de la suisse romande, à Lausanne. 
Société des Antiquaires de Zurich. (Anfiquarischen Gesellschaft 
in Zurich). 

AMÉRIQUE. 

The nuraismatic and antiquarian Society of Montréal (Ganada) 
Academy of natural sciences of Philadelphia. 
American philosophica! Society. Philadelphia. 
Sniithsonian Institution. Washington. 
Authropological Society. 



— 509 — 
REVUES CORRESPONDANTES. 

Messager des sciences historiques et littéraires ou Archives des 
arts et de la bibliographie de Belgique. Publié à Gand. 

Le Dimanche, semaine religieuse du diocèse d'Amiens, publiée 
sous le patronage de l'Evêché par M. l'abbé Vitasse, chanoine 
honoraire, vicaire de Notre-Dame, missionnaire apostolique. 




TABLE GÉNÉRALE DES MATIÈRES 

CONTENUES 

DANS LES DIX VOLUMES DE LA Z^» SÉRIE 

DES 

MÉMOIRES DE LA SOCIÉTÉ DES ANTIQUAIRES DE PICARDIE 

(Tom. XXI à XXX). 



Cette Table se divise en deux parties, comme celle 
des dix volumes composant la 2'"« série. La première 
partie indique les travaux par ordre méthodique ; la 
seconde présente la liste alphabétique des auteurs 
auxquels ils sont dus. 



CHAPITRE I^'. 

INDEX PAR ORDRE DE MATIÈRES. 



I. ~ Composition de la Société et piècess annexes. 

Tom. Pag. 

Composition de la Société au l«' septembre 1868. xxii 607 

Liste des Sociétt^s correspondantes xxii 622 

Composition de la Société au lor octobre 1873. . xxiii r)59 



512 — 



Liste des Sociétés correspondantes. . . , 

— des membres résidants décédés. . . 
Composition de la Société au 31 décembre 1876 
Liste des Sociétés correspondantes. . . . 
Composition de la Société au 31 décembre 1879 
Liste des membres résidants décédés. . 

— des Sociétés correspondantes. . . . 
Composition de la Société au 1er octobre 188<i. 
Liste des membres résidants décédés . . . 

— des Sociétés correspondantes. . . 

— des membres résidants décédés . . . 
Composition de la Société au ler mai 1887 . 
Liste des Sociétés correspondantes .... 

— des membres résidants décédés. . . 
Composition de la Société au 15 avril 1889 . 
Liste des Sociétés correspondantes. . . . 



Tom 


Pag. 


XXIII 


572 


XXV 


649 


XXV 


651 


XXV 


6fil 


XXVI 


529 


XXVI 


530 


XXVI 


543 


XXVII 


623 


XXVII 


635 


XXVII 


637 


XXIX 


591 


XXIX 


593 


XXIX 


605 


XXX 


483 


XXX 


485 


XXX 


497 



II. - Discours prononcés par les Présidents, 

Discours prononcé par M. Bazot, président ; 

Séance publique du 6 juillet 1869: 

Les ateliers monétaires de la ville d'Amiens, xxiii 
Discours prononcé par M. Leleu, président; 

Séance publique du 20 juillet 1873 : 

Des études Archéologiques xxiii 

Discours prononcé par M. Hesse, président ; 

Séance publique du 26 juillet 1874 : 

Les études Historiques xxv 

Discours prononcé par M. Darsy, président ; 

Séance publique du 1*' août 1875 : 

De l'étude de l'histoire locale xxv 

Discours prononcé par M. l'abbé Hénocque, 

président ; 

Séance publique du 19 novembre 1876 : 

Les beaux- arts au temps de Charlemagne. . xxvi 



489 



85 



— 513 - 

Tom. Pag. 

Discours prononcé par M. Janvier présiiient ; 

Séance publique du 26 novembre ISI? : 

Du Vandalisme xxvi 53 

Discours prononcé par M. l'abbé Duval, président; 

Séance publique du !«' décembre 1878 : 

De l'administration du diocèse d'Amiens 

pendant la vacance du siège épiscopal. . . xxvi 495 

Discours prononcé par M. Salmon, président ; 

Séance publique du 30 novembre 1879 : 

L'établissement des Carmélites à Amiens . xxvii 1 

Discours prononcé par M. l'abbé De Cagny, 

président ; 

Séance publique du 28 novembre 1880 : 

Etude sur l'éloquence de la chaire aux xve et 

xvie siècles xxvii 119 

Discours prononcé par M. le B"" de Galonné, 

président ; 

Séance publique du 3 JuilletU881 : 

Une représentation dramatique à Amiens en 

1500 XXVII 587 

Discours prononcé par M. Oudin, président ; 

Séance publique du 2 juillet 1882 : 

L'homme au masque de fer xxviii 1 

Discours prononcé par M. H. Josse, président ; 

Séance publique du 23 juillet 1883 : 

Biographie de M'i« Rallu, fondatrice de 

l'hôpital de Montdidier (1677-1741) . . . xxviii 71 

Discours prononcé par M. Poujol de Fréchen- 

couit, président ; 

Séance publique du 20 juillet 1884 : 

Les Bourgeois d'Amiens xxviii 537 

Discours prononcé par M. l'abbé Crampon, 

président ; 

Séance publique du 19 juillet 1885 : 

Girart de Roussillon ; chanson de geste . . xxix 1 

33 



- 514 — 

Tom. Pag. 

Discours prononcé pnr M. Garnier, président ; 

Séance d'ouverture du Congrès, le 8 juin 

1866: 

Historique de la Société xxx 11 

Discours prononcé par M. Antoine, président ; 

Séance publique du 17 juillet 1887 : 

Adrien de Hénencourt xxx 375 

Discours prononcé par M. Leieu, président ; 

Séance publique du 29 juillet 1889 : 

Éloge de M, Garnier et des travaux de la 

Société xxx 403 



III. — Rapport Eur les Travaux de la Société 

Par MM. J. Garnieu et Duhamel-Decéjean, secrétaires-perpétuels. 

Années 1864-1869 par M. J. Garnier 

— 1869-1872 — 
Année 1873-1874 — 

~ 1874-1875 — 

— 1875-1876 — 
- 1876-1877 — 

— 1877-1878 — 
~ 1879 — 

— 1880 — 
Premier semestre de l'année 1881 par M. J. Garnier 
Année 1881-188-^ par M J. Garnier 

— 1882-1883 — 

— 1883-1884 — 

— 1884-1885 — 

— 1885-1886 — 

— 1886-1887 — 

— 1887-1888 par M. Duhamel-Decéjean. 



XXllI 


27 


XXIU 


511 


XXV 


21 


XXV 


ICI 


XXVI 


19 


XXVI 


67 


XXVI 


509 


XXVII 


51 


XXVII 


137 


XXVII 


611 


XXVIII 


15 


XXVIII 


87 


XXVIII 


551 


XXIX 


27 


xxx 


357 


xxx 


387 


xxx 


421 



IV. — Rapports sur le Concours 

Rapport sur le concours de 1868 — histoire de 



— 515 - 

Tom. Pag 

la ville de Roye. — Prix Le Prince. — Par 

M. Ch. Salraon xxiii 53 

Rapport sur le concours de 1873. — Prix Le 

Prince. — Par M. Janvier xxiii 587 

Rapport sur le concours d'Archéologie 1873. — 

Prix Ledieu. — Par M. l'abbé J. Gorblet . . xxiii 553 

Rapport sur le concours de 1874. — Prix Le 

Prince. — Par M. Janvier xxv 67 

Rapport sur le concours de 1875. —Prix Ledieu. 

— Par M. Janvier xxv 119 

Rapport sur le concours de 1875, — Prix Le 

Prince. — Par M. Pouy xxv 125 

Rapport sur le concours de 1876. — Prix Le 

Prince. — Par M. l'abbé De Cagny .... xxvi 83 

Rapport sur le concours de 1877. — Prix Le 

Prince. — Par M. Darsy xxvi 81 

Rapport sur le concours de topographie (1877). 

par M. H. Josse xxvi 93 

Rapport sur le concours de 1879. — Prix Le 

Prince. — Par M. E. Soyez xxvii 69 

Rapport sur le concours de 1879 — Prix Ledieu 

— Par M. l'abbé De Cagny xxvii 93 

Rapport sur le concours detopographie(1879)— 

Par M. Pinsard xxvii 113 

Rapport sur le concours de 1880. — Prix Ledieu. 

— Par M. Hector Josse xxvii 155 

Rapport sur le concours de 1880. — Prix Le 

Prince. — Par M. Poujol de Fréchencourt. . xxvii 169 

V. - Philologie 

Démocharès, ou une fausse étymologie du raot 

Mouchard, par M. l'abbé J. Gorblet .... xxiii 243 

Un Sermon prêché dans la cathédrale d'Amiens 

vers l'an 1270 par M. l'abbé Crampon . . . xxv 57 



— 51b — 

Tom. Pag, 

Texte du sermon prêché dans la cathédrale 

d'Amiens vers l'an 1270 xxv 651 

GiRART DE RoussiLLON, chanson de gesle. —- 

Discours par M. l'abbé Crampon, président , xxix 1 

Proverbes et dictons picards ; par M. A. Dubois, 

2« séance du congrès, 9 juin 1886 .... xxx 177 

Proverbes normands par M. Emile Traveio, 

2« séance du congrès, 9 juin 1886 .... xxx 207 

VI. — Archéologie celtique et romaine 

Notice sur une découverte d'objets celtiques faite 

à Gaix (canton de Rosière, Somme) en 1865, 

par M. J. Garnier xxii 375 

Notice sur des vases ornés de sujets, une parure 

et des épées en bronze, par M. A. Van Robais xxvi 107 

Notice sur un cachet d'oculiste Romain, par M. 

J. Garnier xxvi 461 

Hermès et Dionysos, notice, pur M. Alf. Dani- 

court , xxviii 257 

VII. — Archéologie mérovingienne et carlovingienne. 

Le Cimetière mérovingien de Noroy. — Fouilles. 
— Rapport par M. Bazot xxii 1 

Essai sur les châteaux royaux, villas royales ou 
palais du fisc des rois mérovingiens et carlo- 
vingiens, par M. C.-P.-H. Martin-Marville . . xxiii 353 

Les Beaux-Arts au temps de Charlemagne, dis- 
cours par M. l'abbé Hénocque, président . . xxvi 1 

VIII. — Archéologie religieuse. 

Les Tombeaux de la cathédrale d'Amiens. — Mo- 
nument de Pierre Burry, par M. J. Garnier , xxii 75 



- 517 — 

Tom. Pag. 

Deux Verrières de la cathédrale d'Amiens, par 

MM. Duval et Jourdain xxii 561 

Les Souvenirs de St-Firmin à Parnplona par 

M. l'abbé J. Corblet xxvi 261 

Eglise de St-Pierre de DouUens (Somme), par 

M, G. Durand xxix 571 

Etude sur la dalmatique de Thibault de Nan- 

teuil, 63« évéque de Beauvais, par M. le cha- 
noine Pihan, 1" séance du congrès. 9juin 1886, XXX 145 
La Cathédrale d'Amiens considérée au point de 

vue (le l'esthétiquo par M. 1*^ chanoine Vnn 

Dri\ tl XXX 321 

IX. — Archéologie civile. 

Des Etudes archéologiques, discours par M. 

Leleu, président . . . xxiii 489 

Un ancien inventaire des titres de Montrenil-sur- 

Mer par M. A. de Marsy ....... xxv 603 

Du Vandalisme, discours par M. A Jinvi^r, 

président xxvi IS 

Notes sur quelques filigranes de papiers des 

xiv^ et XV* siècles et de la première moitié du 

xvi« par M. G. Boudon xxx 4G1 

X. — Numismatique et Sigillographie. 

Inventaire des sceaux offerts à la Société des 

Antiquaires de Picardie, par M. C. Ratel ; 

dressé par M. A Dutilleux xxii 385 

Les Ateliers monétaires de la ville d'Amiens, 

discours par M. Bazot, président xxiii 1 

XI — Géographie et Topographie. 

Dictionnaire topograjjhi(iue du département de 
la Somme (de A à L), par M J. Garnier . . xxi 



— 518 - 

Tom. Pag. 

Suite du même ouvrage (de M à Z) xxrv 

Plan de la vile de Roye, par M. Ch. Gomart . xxii 433 

SENTENCE arbitrale du 1" février 1354-55. — 
Délimitation du comté deNoyelles et de l'exer- 
cice de certains dioifs sur la banlieue de la 
ville du Crotoy, communiqué par M du Bois 
de Jancigny xxviii 167 

XII — Histoire civile 

La Féodalité en Picardie ; fragment d'un cartu- 

laire de Philippe-Auguste, par M. Tailliar. . xxii 437 

Répartition entre les gentilshommes tenant fiefs 

n'obles en Ponthieu, de l'indemnité allouée à 

Messirc André de Bourbon-Rubempré, délégué 

aux Eta's-Généraux de Bliis en 1577 \ par M. 

le Bon de Galonné xxiii 71 

Correspondance inédite de Turenne, avec Mi- 
chel Le Telher et avec Louvois ; par M. Ed. 

de Barthélémy . xxiii 99 

Les Pestes ou contagions à Amiens pendant les 

xv« xvi« et xYn" siècles par M. A, Dubois . . xxiii 313 

Les Etudes historiques, discours par M. lîesse, 

président xxv 5 

La Famine à Amiens, par M. Darsy .... xxv 33 

De l'Etude ds l'histoire locale discours par M. 

Darsy, président xxv 85 

Poix et SOS seigneurs, par M. l'abbé Delgove . xxv 137 

Lamotte-en-Santerre, par M. Ad. de Carde- 

vacque xxvi 127 

L'Exécution d'un arrêt de Parlement au xv« 

siècle, par M. le Qt» de Marsy xxvi 149 

Aide de 5795' 10» 4<i dite aide ordonnée pour le 

passage de la mer. Communication de M. A, 

Dubois xxvi 165 



- 519 - 

Tom. Pag. 

RùLE de trois cents hommes d'armes passés en 

revue à Tournay les 17, 18 et 19juia 1398. — 

Communication de M. le B"» de Galonné . . xxvi 277 

Les Prisons en Picardie. Etude historique sur 

la détention préveiHive et pénale, et sur les 

prisons anciennes, par M. Darsy xxvi 289 

L'Alimentation de la ville d'Amiens au xv* siècle 

par M. le B»" de Galonné xxvi 435 

Histoire de la ville de Bray-sur-Sorame, par M. 

H. Josse xxvii 185 

Une représentation dramatique à Amiens en 

1500 ; discours par M. le B»" de Galonné. . xxvii 587 

L'Homme au masque de fer, discours par M. 

Oudin, président xxviii 

Basoche et Basochiens à Amiens au xvio siècle, 

parM. E. Noyelle xxviii 31 

Le Mariage de Jean Gornet, en 1517 ; par M. 

F. Poujol de Fréchencourt xxviii 143 

La Prise d'Amiens par les Espagnols en 1597, 

extrait du registre manuscrit de la famille 

Gornet, par M. F. Poujol de Fréchencourt . xxviii 153 

Sentence arbitrale du lef février 1354-55. Déli- 
mitation du comté de Noyeîles et de l'exercice 

de ceitains droits sur la banlieue de la ville 

du Grofoy, communiqué par M. Du Bois de 

Jancigny xxviii 107 

Procès-veubal d'information rédigé par Jenti 

de la Vallée, sergent à chevul du GhateU-.t de 

Paris, contre Jean VI comte d'Harcourt, accusé 

de séquestration de personnes et de détourne • 

ment de biens appartenant à la comtesse 

Blanche de Ponthieu sa mère ; communiqué 

par M. Du Bois de J mcigny xxviii 181 

Notice sur la Société ; réponse à la circulaire de 

M. le Ministre de l'inslruction pubUque, du 11 

juillet 1881 ; par M. J. Garnier xxvin 203 



— 520 — 

Tom. 

Recherches sur la nationalité et sur la famille 
de St-Thoraas de Gantorbéry ; par M. Darsy . xxvni 

Jean et Raoul Pocques, seigneurs d'Alinctun 
en Boulonnais (1516-1600) d'après des lettres 
inédites par M. le Bon de Galonné xxvni 

Les Bourgeois d'Amiens, par M. Poujol de 
Fréchencourt, président xxviii 

De quelques usages et traits de mœurs, en Pi- 
cardie, par M. Darsy xxvin 

GiRART de Roussillon, chanson de geste, discours 
par M. l'abbé Grampon, président .... xxix 

Souvenirs du temps passé. Mœurs villageoises 
par M. le B»" de Galonné, xxix 

Histoire des communes rurales du canton de 
DouUens, par M. l'abbé Th. Lefevre. . . . xxix 

Deux années d'invasion espagnole en Picardie, 
(1635-1636) par M. Aie. Ledieu xxix 

Historique de la Société des Antiquaires de 
Picardie. Discours de M. J. Garnier, Première 
séance du congrès, 8 juin 1886 xxx 

Les graveurs d'Abbevilie par Em. Delignières. 
Lecture faite à la première séance du congrès, 
8 juin 1886 xxx 

La mort du duc Gharles d'Orléans (1547) par 
M. Ernest Gharvet, deuxième séance du con- 
grès, 8 juin 1886 xxx 

Copie do la Gharte du roi Philippe IV dit le Bel, 
pour le chevalier Jehan Hibon, par M. le G'» 
de Hibon de Frohen. Deuxième séance du 
congrès, 8 juin 1886 xxx 

Notice sur l'enseignement à Montreuil-sur-Mer 
jusqu'en 1804, par M. le Cie de Haufecloque, 
Deuxième séance du congrès, 8 juin 1886. . xxx 

Un mot sur les écoles, par M. F, I. Darsy. Deu- 
xième séance du congi es, 8 juin 1886 . . . xxx 



l'ag. 
223 

505 

537 

565 

1 

45 

59 

253 

II 

63 
81 



95 

97 
115 



— 521 — 

Tom. Pag. 

Pièges justificatives du précédent travail. . . xxx 18? 

Etude sur les portraits picards, jusqu'à la fin du 
xviii^ siècle par M. H. Macqueron, séance de 
clôture du congrès, 11 juin 1886 xxx 245 

L'Imprimerie et la librairie à Abbeville avant 
1789, par M. Alcius Ledieu, séance de clôture 
du congrès, il juin 1886 xxx 293 

Frais et meuues dépenses d'un maître de mai- 
son au XVIII* siècle par M. R. de Guyencourf , 
séance publique du 29 juillet 1888 . . . xxx 445 

XIII . — Histoire religieuse 

L'abbaye du Gard par M. l'abbé Delgove . , . xxii 117 

Origines Royennes de l'Institut des Filles-de-la- 
Croix, daprès des documents inédits, par M. 
l'abbé J. Gorblet xxii 317 

Actes inédits de St-Lucien, premier évéque de 
Beauvais, publiés par M. Ch. Salmon . . . xxvi 481 

De l'Administration du diocèse d'Amiens pen- 
dant la vacance du siège épiscopal, discours 
par M. l'abbé Duval président xxvi 495 

L'Etablissement des Carmélites à Amiens, dis- 
cours par M. Ch. Salmon, président .... xxvii 1 

Etude sur l'éloquence de la chaire aux xv» et 
xvi« siècles. Discours par M. l'abbé De Cagny, 
président xxvii 119 

Recherches sur la nationalité et sur la famille 
de St-Thomas de Cantorbéry, par M. Darsy . xxviii 523 

Nécrologe de l'église d'Amiens, suivi des distri- 
butions aux fêtes, par M. l'abbé Roze . . . xxviii 265 

L'Ecolatre de Noyon et les écoles de cette ville 
jusqu'au milieu du xme siècle, par M. Goûard- 
Luys, séance de clôture du congrès, 11 juin 
1886 xxx 2ô7 



522 — 



XIV. — Biographie 

M. DucARNE de Blangy, par M. de Roqueniont. xxiii 26i 

Histoire de François Faure, 77» évoque 

d'Amiens, par M. F. Pouy xxv i37 

Voiture et l'hôtel de Rambouillet par M. G. 

Lecocq xxvi S9 

Le Bâtard de Saint-Pol par M A. Janvier . . xxvi 385 

Biographie de Mi'e Rallu fondatrice de l'Hôpital 

de Montdidier 1677-1741, discours par M. H. 

Josse, président xxviii 71 

Varin et sa fille, peintres Picards, par M. Jules- 
Romain Boulenger xxviii 103 

Jean et Raoul Pocques, seigneurs d'Alinctun-i.n- 

Boulonnais, 1516-1600, d'après des lettres 

inédites, par M. le baron de Galonné . . . xxviii 505 

Enguerrand de Monstrelet, historien et })révôt 

de Cambrai, par M. Victor D 'lattro, deuxième 

séance du Congrès, 9 juin 1880 xxx 159 

Un Artiste picard à l'Etranger. — Jehan Wat- 

quelin, traducteur, historien et littérateur, 

par M. Ernest Matthieu xxx 333 

Recherches sur Adrien de Hénencourt, discours 

prononcé par M. Antoine, pré>ident, séance 

du 17 juillet 1887 xxx 375 

Eloge de M. Garnier, discours prononcé par 

M. Leleu, président, séance du 8» juillet 1888. xxx 403 

XV. — Pièces diverse^;. 

Dons et legs faits à la Société xxv 647 

— XXVI 541 

— xxix 589 

— xxx 481 



523 — 



XVI. - Pièces relatives au Congrès historique et 

archéologique ouvert à Ainiens ea 1886. 

Historique da Congrès xxx 1 

Programme du Congrès xxx 3 

Liste des Sociétés représentées au Congrès . . xxx 3 

— des membres du Congrès xxx 4 

Procès-verbal de la séance d'ouverture, le 

8 juin 1886, et discours prononcé par M. Gar- 

nier, président. Hi.s*orique delà Société . . xxx 10 

Deuxième séance du Congrès, 8 juin 1886 . . xxx 19 

Conférence du 9 juin 18-i6 xxx 21 

Première séance du 9 juin l:i86 xxx 21 

Seconde séance du 9 juin 168'5 xxx 25 

Excursion à Nesle et à Ilam, 10 juin 188Ô . . xxx 27 
Banquet du 10 juin 1886 Toasts qui y furent 

prononcés xxx 32 

Séance solennelle de clôture, 11 juin 1886 . xxx 40 



XVIÎ. — Discours pronoacé» par des membre» 
da Congrès invités par la Société. 

Discours de M. flardouin, séance d'ouverture 

du Congrès, 8 juin 1886 xxx 43 

Discours de M. le comte de Marsy, président de 
la Société française d'archéologie, séance d'ou- 
verture du Congrès, 8 juin 1886 xxx 53 

Discours de M. Emile Travers, séance d'ouver- 
ture du Congrès, 8 juin 18.-G xxx 57 



— 524 — 



CHAPITRE II 

INDEX ALPHABÉTIQUE PAR NOMS D'aUTEURS 



^^- Tom Pag. 

H. ANTOINE. Recherches sur Adrien de Hénencourt, dis- 
cours prononcé en séance publique, le 17 

juillet 1887 xxx 375 

ÉD. DE Correspondance inédite de Turcnne avec 

BÂBTHELEiaT. Michel le Tuilier et avec Louvois .... x.xiii 99 

BAZOT. Le Cimetière mérovingien de Noroy, rappoil 

sur les fouilles qui y turent faites . . . xxn 1 
Les ATELiERS'monétaires de la ville d'Anîien.>, 
discours prononcé dans la séance publique 

du 6 juillet 1869 xxiii 1 

G. BOUDON. Notes sur quelques filigranes de papiers des 
xiV« et xve siècles et de la première moitié 

du xvie xxx 461 

j.-R. BOULENGEB. Varin et sa fille, peintres picards .... xxviri 108 
B"" A DE GALONNE. RÉPARTITION entre les gentilshommes tenant 

fief noble en Ponthieu de l'indemnité allouée 
à Messire André de Bourbon-Rubempré dé- 
légué aux Etats-Généraux de Blois en 1577. xxiii 71 
Rôle de trois cents hommes d'armes passés 
en revue à Tournay les 17, 18 et 19 juin 

1398 • xxvi 277 

L'Alimentation de la ville d'Amiens au xv« 

siècle XXVI 4^5 

Une Représentation dramatique à Amiens en 
luGO, discours prononcé en séance publique 

le 3 juillet 1881 x.wii 587 

Jean et Raoul Pocquos, soigneurs d'AUnctun- 
en -Boulonnais (1516-1600), d'après des 

lettres inédites xxviii 505 

Souvenirs du temps pa.ssé. Moeurs villageoises xxix 45 

A DECABDEVACQUE LaM0TTE-EN-SaNTE1;RE XXVI 127 



— 525 — 

MM. Tora. Pag. 

CHARVET (erne^t) La Mort du duc Charles d'Orléans (1547). . xxx 81 
j. CORBLET. Origines royennes de l'Institut des Filles-de- 
la Croix, d'après des documents inédits. . xxii 317 
DEMOCHARÈs,ouune fausse étymologie du mot 

Mouchard xxiii 243 

Rapport sur le concours de 1873. Prix Ledieu xxiii 553 
Les Souvenirs de saint Firmin à Pamplona, xxvi 26i 
couABD-LUTS. L'EcoLATRE de Noyon et les écoles de cette 

ville jusqu'au milieu du xiii» siècle ... xxx 267 
CBAUPOH. Un Sermon prêché dans la cathédrale d'A- 
miens vers l'an 1270 xxv 57 

Texte du sermon xxv 551 

Girart de Roussillon, chanson de Geste, dis- 
cours prononcé en séance publique, le 19 

juillet 1885 xxix 1 

ALF. DANicouRT. Hermès et Dionysos. Notice sur une statuette 

de bronze xxviii 259 

DARST. La Famine à Amiens xxv 33 

De l'Étude de l'Histoire locale, discours pro- 
noncé en séance publique, le l«r août 1875 xxv 85 
Rapport sur le concours de 1877. Prix Le 

Prince xxvi 81 

Les Prisons en Picardie. Etude historique 
sur la détention préventive et pénale et sur 

les prisons anciennes xxvi 289 

Recherches sur la nationalité et sur la fa- 
mille de saint Thomas de Cantorbéry . . xxviii 223 
De Quelques usages et traits de mœurs en 

Picardie xxviii 565 

Un Mot sur les écoles xxx 116 

Pièces justificatives du précédent travail . . xxx 132 
DE CAONT. Rapport sur le concours de 1876. Prix Le 

Prince xxvi 33 

Rapport sur le concours de 1879. Prix Ledieu xxvii 93 
Etude sur l'éloquence de la chaire aux xy" et 



- 526 — 



MM. 

V. DELATTRE. 
DKLGOTE. 

ÉM. DELIGNIÈBE» 
A. DUBOIS. 



DU BOIS 
DE JANCIGNY. 



DUHAMEL- 
DECÉJEAN. 

G. DURAND. 
DUTILLEUX. 

DUVAL. 



J. OARNIEB* 



Tom. Pag 
xvi« siècles, discours prononcé en séance 

publique, le 28 novembre 1880 .... xxvii 119 

Enguebrand (le Monstrelet, historien et pré- 
vôt de Cambrai xxx 159 

L'Abbaye du Gard ... ... xxii 117 

Poix et ses seigneurs . xxv 137 

. Les Graveurs d'Abbeville xxx P5 

Les Pestes ou contagions à Amiens, pendant 
les xv«, xvi* et xvii» siècles xxiii 313 

Aide de 5,795' lO^ 4^, dite aide ordonnée 
pour le passage de la raer xxvi 165 

Proverbes et dictons picards xxx 177 

Sentence arbitrale du l*"" février 1354-55, dé- 
limitation du comté de Noyelles et de l'exer- 
cice de certains droits sur la banlieue de la 
ville du Grotoy. . xxviii 167 

Procès-verbal d'information rédigé par Jean 
de La Vallée, sergent à cheval du châtelet 
de Paris, contre Jean VI, comte d'Harcourt, 
accusé de séquestration de personnes, et de 
détournement de biens appartenant à la 
comtesse Blanche de Ponthieu, sa mère . x.xviii 181 

Rapport sur les travaux de la Société. Année 

1887-1883 xxx 421 

Eglise de Saint-Pierre de DouUens (Somme), xxix 571 

Inventaire des sceaux offerts à la Société des 

Antiquaires de Picardie par M G. Ratel . xxii 385 

Deux Verrières de la cathédrale d'Amiens, 
par MM Duval et Jourdain xxii 561 

De l'Administration du diocèse d'Amiens 
pendant la vacance du siège épiscopal, dis- 
cours prononcé en séance publique, le 1er 
décembre 1878 xxvi 495 

Dictionnaire topographique du département 
de la Somme (de A à L) xxi 

Dictionnaire topographique du département 



- 527 - 

MM. Tora. Pag. 

de la Somme, suite du précédent ouvrage, 
(de M à Z) XXIV 

Les Tombeaux de la cathédrale d'Amiens, Mo- 
nument de Pierre Burry xxii 75 

Notice sur une_ découverte d'objets celtiques 
faite à Caix, canton de Rosières (Somme), 
en 1865 xxii 375 

Rapport sur les travaux de la Société : 

Années 1864-1869 xxiii 27 

— 1869-1872 XXIII 511 

Année 1873-1874 xxv 21 

— 18:4-1875 XXV 101 

— 1875-1876 XXVI 19 

— 1876-1877. ...... XXVI 67 

Notice sui' un cachet d'oculiste romain . . xxvi 461 
Rapport sur les travaux de la Société : 

Année 1877-1878 xxvi 509 

— 1879 xxvii 51 

r- 1880 xxvil 137 

Premier semestre de l'année 1881 . xxvii 611 
Année 1881-1882 xxviii 15 

— 1882-1883 xxviii 87 

Notice sur la Société des Antiquaires de Pi- 
cardie, réponse à la circulaire de M. le Mi- 
nistre de l'Instruction publique, du 11 juil- 
let 1881 XXVIII 203 

Rapport sur les travaux de la Société : 

Année 1883-1884 xxviii 551 

— 1884-1885 XXIX 27 

Discours en ouvrant le Congrès historique et 

archéologique, le 8 juin 1886 xxx 11 

Rapport sur les travaux de la Société : 

Année 1885-1886 xxx 357 

— 188G-1887 xxx 387 

CH. GOMARTa Plan de la ville de Roye xxii 433 



528 



MM. 

R DE GUYENCOURT. 



HARDODIN, 

C*' G. DE 
HAUTECLOCQUE. 

HÉNOCQUE. 



HESSE. 

C^o Qj. HIBON DE 
FROHEN. 

A. JANVIER 



H. J08SE. 



JOURDAIN. 

G. LECOQ. 
ALC. LEDIEU. 



Tom 
Frais et menues dépenses d'un maître de mai- 
son au xviii* siècle, i;éance publique du 29 
juillet 1888 xxx 

Discours prononcé à la séance d'ouverture du 

Congrès de 1886 xxx 

Notice sur l'enseignement à Montreuii-sur- 
Mer jusqu'en 1804 xxx 

Les Beaux-Arts au temps de Gharlemagne, 
discours prononcé en séance publique, le 
19 novembre IS^ô xxvi 

Les Etudes historiques, discours prononcé eu 
séance publique, le 26 juillet 1874 . . . xxv 

Copie de la charte du roi Philippe IV, dit le 
Bel, pour le chevalier Jehan Hibon (1314). xxx 

Rapport sur le concours de 1873, prix Le 
Prince xxiii 

Rapport sur le concours de 1874, prix Le 
Prince xxv 

Rapport^ sur le concours de 1875, prix Le 
Prince xxv 

Du Vandalisme, discours prononcé en séance 

publique, le 26 novembre 1877 .... xxvi 

Le Bâtard de Saint-Pol xxvi 

Rapport sur le concours de topographie (1877) xxvi 
— sur le concours de 1880, prix Ledieu. xxvii 

Histoire de la ville de Bray-sur-Sonime . . xxvii 

Biographie de M'ie Rallu, fondatrice de l'hô- 
pital de Montdidier (1677-1741), discours 
prononcé en séance publique, le 23 juillet 
1883 xxviii 

Deux Verrières de la cathédrale d'Amiens, 
par MM. Duval et Jourdain xxii 

Voiture à l'hôtel de Rambouillet .... xxvi 

Deux Années d'invasion espagnole en Picar- 
die, 1635-1636 XXIX 



529 — 



MM. 

TH. LEFÈVBE. 
LELEU. 



H. MACQUERON. 



DE MARSY. 



C.-P -H. 
■ABTIN-MARVILLE 



E MATTHIEU. 

E. NOYELLE, 
OUDIN. 

PIHAN 

(le chanoine). 

PINSARD. 

F. POUJOL 
DE FBÉCHENCOURT 



Tom. Pag. 
L'Imprimerie et la Librairie à Abbeville . . xxx 293 
Histoire dos communes inrales du canton de 

Doullens xxix 59 

Des Etudes archéologiques, discours pi'ononcé 

en séance publique, le 20 juillet 1873 . . xxiii 489 
Eloge de M. Garnier et des travaux de la So- 
ciété, discours prononcé en séance publique, 

le 29 juillet 1888 xxx 403 

Etude sur les portraits picards jusqu'à la fin 

du xviiie siècle xxx 245 

Un Ancien inventaire des titres de Montreuil- 

sur-Mer xxv 603 

L'Exécution d'un arrêt de Parlement au xve 

siècle XXVI 149 

Discours prononcé à la séance d'inauguration 

du Congrès de 1886 xxx 53 

Essai sur les châteaux royaux, villas royales 

ou palais du fisc des rois mérovingiens et 

carolingiens xxiii 353 

Un Artiste picard à l'étranger, Jehan Wau- 

quolin, traducteur, historien et littérateur. xxx 333 
Basoche et Basochiens à Amiens au xvi^ siècle xxviii 31 
L'Homme au masque de fer, discours prononcé 

en séance publique, le 2 juillet 1882. . . xxviii 1 
Etude sur la dalmatique de Thibault deNan- 

teuil, évêque de Beauvais xxx 145 

Rapport sur le concours de topographie ( 18*79) xxvii 113 
Rapport sur le concours de 1880, prix Le 

Prince xxvii 169 

Le Mariage de Jean Cornet en 1517 . . . xxviii 1 
La Prise d'Amiens par les espagnols en 1597, 

extrait du registre-manuscrit de la famille 

Cornet xxviii 153 

Les Bourgeois d'Amiens, discours prononcé 

en séance publique, le 20 juillet 1884 . . xxviii 537 

34 



MM. 
r. pouT. 



DE ROQUEMONT. 
ROZE. 

CH SAUHOir. 



E. SOYEZ. 



TAILLIAB. 



E. TRAVERS. 



VAV DRIVAL 

(le chaùoine]. 

A. VAN ROBAIS. 



— 530 — 

Tom. Pag 
Rapport sur le concours de IS^S, prix Le 

Prince xxv 12 

Histoire de François Faure, Lxxviie évêque 

d'Amiens xxv 13 

M. DucARNE de Blangy. xxiii 26 

Nécrologe de l'Eglise d'Amiens, suivi des dis- 
tributions aux fêtes xxvili 26 

Rapport sur le concours de 1868, prix Le 

Prince xxili 5 

L'Etablissement des Carmélites à Amiens, 

discours prononcé en séance publique, le 

30 novembre 1879. xxvi 

Actes inédits de Saint-Lucien, premier évêque 

de Beauvais xxvi 48 

Rapport sur le concours de 1879, piix Le 

Prince xxvii 6 

La Féodalité en Picardie, fragment d'un car- 

tulaire de Philippe-Auguste xxii 43 

Discours prononcé à la séance d'inauguration 

du Congrès de 1886 xxx 5 

Proverbes normands xxx 20' 

La Cathédrale d'Amiens considérée au point 

de vue de l'esthétique xxx 32 

Notice sur des vases ornés de sujets, une 

parure et des épées en bronze xxvi 10 



TABLE DES MATIÈRES. 



Pages 

Congrès historique et archéologique ouvert à 

Amiens les 8, 9, 10 et 11 juin 1886 ... 1 

Programme du Congrès 3 

Liste des Sociétés qui ont envoyé des délégués 

au Congrès 3 

Liste des membres du Congrès 4 

Compte-rendu de la séance d'ouverture du 8 
juin 1886 et discours de M. Garnier, Pré- 
sident -10 

Compte-rendu delà deuxième séance du 8 juin 19 

Compte-rendu de la conférence du 9 juin . . 21 

Compte-rendu de la première séance du 9 juin 21 

Comple-rendu de la seconde séance du 9 juin. 25 

Excursion à Nesle et à Hara 27 

Le Banquet 32 

Compte-rendu de la séance solennelle de clôture 40 
Discours de M. Hardouin. — Séance d'ouver- 
ture du 8juin 1886 43 

Discours de M. de Marsy. — Séance d'ouver- 
ture du 8 juin 1886 53 



— 532 — 

Pages. 

Discours de M. Emile Travers. — Séance d'ou- 
verture du 8 juin 1886 57 

Les Graveurs d'Abbeville, par M. Em. Deli- 

gnières, — Séance d'ouverture du 8 juin 1886 65 

La Mort du duc Charles d'Orléans, 1547, par 
M. Ernest Gharvet, — Séance d'ouverture du 
8 juin 1886 81 

Copie de la charte du roi Philippe IV, dit le Bel, 
pour le chevalier Jehan Hibon, Tan 1314, au 
mois d'août. — Séance d'ouverture du 8 juin 
1F86 95 

Notice sur l'enseignement à Montreuil-sur-Mer 
jusqu'en 1804, par le comte G. de Haute- 
clocque. — Deuxième séance du 8 juin 1886. 97 

Un mot sur les écoles, pur M. F.-L Darsy. — 

Deuxième séance du 8 juin 1886 . . U5 

Pièces justificatives du précédent travail . . 132 

Etude sur la dalmatique de Thibault de Nan- 
teuil, Lxni" évoque de Beauvais (1283-1300), 
par M. le chanoine Pihan . — Première 
séance du 9 juin 1886 145 

Enguerrand de Monstrelet, historien et prévôt 
de Cambrai, par M. Victor Delattre. — 
Deuxième séance du 9 juin 1886 .... 159 

Proverbes et dictons Picards, par M. A. Dubois, 

— Deuxième séiince du 9 juin 1886 , . . 177 

Dictons Picards, par M. A. Dubois. — Deuxième 

séance du 9 juin 1886 200 

Proverbes Normands, par M. Emile Travers — 

Deuxième séance du 9 juin 1886 .... 205 



— 533 — 

Pajrcs. 



Etude sur les portraits Picardsjusqu'àlafin du 
XVIII' siècle, par M. Henri Macqueron — 
Séance de clôture du il juin 1886. ... 245 

L'Ecolâtre de Noyon et les écoles de cette ville 
jusqu'au milieu du xiif siècle, par M. Coiiard- 
Luys. — Séance de clôture du 1 \ juin i 886. 265 

L'Imprimerie et la librairie à Abbeville avant 
1789, par M. Alcius Ledieu. — Séance de 
clôture du 11 juin 1886 293 

La cathédrale d'Amiens considérée au point de 
vue de l'esthétique, par M. le chanoine Van 
Drivai 321 

Un artiste picard à l'Étranger, Jean Wauquelin, 
traducteur, historien et littérateur, par M. 
Ernest Matthieu 333 

Rapport sur les travaux de la Société par M. 
Garnier^ Président. — Séance publique du 
30 novembre 1886 357 

Adrien de Hénencourt, discours de M Antoine, 
Président. — Séance publique du 17 juillet 
1887 . 375 

Rapport sur les travaux de la Société pendant 
Tannée 1886-1887, par M. J. Garnier, secré- 
taire-perpétuel. — Séance publique du 17 
juillet 1887 3J7 

Discours de M. Leleu, président — Séance pu- 
blique annuelle du dimanche 29 juillet 1888. 403 

Rapport sur les travaux de l'année, par M. 
Duhamel- Decéjean, secrétaire-perpétuel. — 
Séance publique du 29 juillet 1888 . . . 421 



- 534 - 

Pages. 

Frais et menues dépenses d'un maître de mai- 
son au xviif siècle, lecture faite par M. R. de 
Guyencourt. — Séance publique du 29 juil- 
let 1888 445 

Notes sur quelques filigranes de papiers des 
XIV* et XV" siècles et de la première moitié du 
xvi% par M. G. Boudon 461 

Dons et legs faits à la Société par d'anciens 

membres 481 

Liste des membres résidants décédés en exer- 
cice . 483 

Liste des membres composant la Société au 15 

avril 1889 485 

Liste des Sociétés correspondantes .... 497 

Liste des Revues correspondantes 509 

Table générale des matières contenues dans les 
dix volumes de la 3* série des Mémoires in- 
8» . . 5U 

Table des matières . 531 






Ainiens. — Imp. A. Douillet c; G'^, rue du Logie-du-Koi, 18. 



GETTY CENTER LIBRARY 




3 3125 00697 9146