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Full text of "Messager des sciences historiques, ou, Archives des arts et de la bibliographie de Belgique"

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MESSAGER 

DES SCIENCES HISTORIQUES 



. ou 



ARCHIVES 

DES ARTS ET DE LA BIBLIOGRAPHIE 
DE BELGIQUE 



LISTE DES COLLABORATEURS. 



MM. P. Bergmans, D r en philosophie et lettres, à Gand. 

B-jn J. B. Béthune-de Villers, à Gand. 

P. Claeys, avocat à Gand. 

Emile de Borchgrave, ministre de Belgique, à Constantinople. 

Le P. H. Delehaye, à Louvain. 

C te de Marsy, à Compiègne. 

J. Th. de Raadt, secrétaire et membre fondateur de la Société 
d'archéologie, à Bruxelles. 

Fr. De Potter, homme de lettres, à Gand. 

L. de Villers, conservateur des Archives de l'Etat, à Mons. 

Alph. de Vlaminck, archéologue, à Bruges. 

A. Du Bois, avocat et conseiller communal à Gand. 

J. Felsenhart, docteur en philosophie et lettres, à Bruxelles. 

Ach. Gallet-Miry, à Gand. 

P. Génard, archiviste de la ville d'Anvers. 

M. Heins, avocat à Gand. 

H. Helbig, bibliographe, à Liège. 

H. Hymans, conservateur à la Bibliothèque royale, à Bruxelles. 

Baron Kervyn de Lettenhove, membre de l'Académie de Bel- 
gique, à Bruxelles. 

Le chanoine J. B. Lavaut, secret, et archiv. de l'Evèché, à Gand. 

F. Nève, professeur à l'Université de Louvain. 

J. J. E. Proost, docteur en sciences pol. et adra., à Bruxelles. 

Ch. Rahlenbeek, à Bruxelles. 

Van Bastelaer, président de la Société archéolog. de Gharleroi, 
à Bruxelles. 

D. van de Casteele, archiviste de l'Etat, à Liège. 

R. Van den Berghe, attaché à la Bibliothèque, à Gand. 

V. Vanderhaeghen, archiviste de la ville, à Gand. 

Enw. Van Even, archiviste de la ville de Louvain. 

Van Spilbeeck, D r à Soleilmont, Gilly. 

A. Verhaegen, ingénieur honoraire, archéologue, à Gand. 

P. Voituron, avocat et conseiller communal, à Gand. 



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DES 



SCIENCES HISTORIQUES 



ou 



ARCHIVES 
DES ARTS ET DE LA BIBLIOGRAPHIE 

DE BELGIQUE 

Recueil publié par MM. le Comte de Limburg-Stirum, Sénateur, 
Docteur en droit, etc.; Ferdinand Vanderhaeghen. Bibliothécaire 
de l'Université, etc.; Baron Béthune, archéologue. 

Emile Varenbergh, Conseiller provincial, Membre delà Commission 
de statistique, etc., Secrétaire du Comité, à Gand. 



ANNÉE 1890 



GAND 

IMPRIMERIE ET LITHOGR. EUG. VANDERHAEGHEN 
rue des Champs, 60 

1890. 



I ' .- ï. 



1 — 



NOTICE 

SUR LE 



LOCAL DE LA CONFRÉRIE DE SAINT-GEORGES 

* 

A. O-A.3^13 

DE 1381 A 17901. 

La gilde gantoise de Saint-Georges, la plus 
grande et la plus puissante des confréries d'arba- 
létriers de la Flandre, après avoir fait élever de 
somptueux bâtiments pour ses réunions, ne pou- 
vait se contenter des cibles et de la galerie 
construites en 1440 dans la cour de l'ancienne 
halle. Elle en fit établir de nouvelles plus en rap- 
port avec la richesse de son local. En 1486 on 
posa la première pierre d'une élégante galerie 
destinée à faciliter l'accès des cibles et à mettre 
les tireurs et les assistants à l'abri des flèches. La 
ville intervint dans la dépense : « Item ghegheven 
ten beveelne van scepenen..., dit le compte com- 

1 Suite. Voir Messager des Sciences histor., 4 e livr., 1889, p. 361. 



— 2 — 

mimai de 1486, int legghen van den eersten 
steene van den anlegghene .van der galérien int 
hof van den grooten heere Sente Jooris... » Elle 
fut terminée en 1498 pour le grand tir, land- 
juweel, qui eut lieu en cette année, comme nous 
Fapprend le Memorie boek der stad Ghendt : « 1498. 
Item, up de plaetse van sente Joorishuus tôt den 
Belfroote waren gliestelt up elc ende een doelhuus 
met ender scoonder alleye ghedect met scaelgien 
ende also scoene ghescildert, ende die van Ber- 
ghen sente Winnocx wonnen den upperprys. » 

Les galeries réunissant les cibles faisaient le 
plus bel ornement des lieux de tirs des gildes 
d'arbalétriers. Ces confréries rivalisaient entre 
elles pour la beauté et la magnificence de cette 
partie de leurs locaux. Celles des arbalétriers de 
Gand et de Malines étaient les plus belles. Schayes, 
dans son Histoire de V Architecture en Belgique, a 
donné une description de cette dernière. « Un 
genre d'édifices qui, dit-il, était propre encore 
aux anciennes villes de commune, c'étaient les 
locaux où se réunissait la garde bourgeoise 
connue sous le nom de gilde ou de serment, où 
elle s'exerçait au tir et où elle avait le dépôt de 
ses armes. Ils se composaient généralement d'un 
grand jardin pour le tir et d'un bâtiment servant 
de' lieu de réunion et d'arsenal. Le plus remar- 
quable de ces établissements, avant le milieu 
du XVI e siècle, paraît avoir été celui du Serment 
des arbalétriers de Malines, pour le magnifique 
portique que ce Serment fit construire en 1519 
dans son jardin. Cette galerie, longue de 381 pieds 



— 3 — 

(mesure de Malin es) était portée par 68 colonnes 
en pierre bleue. Au centre s'élevait un élégant 
pavillon carré, percé sur ses quatre faces, de 
grandes fenêtres. On admirait pour la beauté 
du travail, la charpente du toit qui couvrait 
ce pavillon et le portique \ » Et Fauteur cite 
également la galerie de la Confrérie de Saint- 
Georges à Gand. 

Celle-ci surpassait en longueur et sans doute 
aussi en beauté celle de Malines. Elle mesurait 
1 54 pas selon Van Vaernewyck : « hebbende eene 
schoone gallerye van blauwe steenen, lang van 
den eenen steger tôt den anderen 154 schreden, 
en doelen die bynaer de zelve lengde hebben 8 . » 
Sanderus dit qu'elle avait une longueur de 110 pas 
et qu'elle était pavée en pierres bleues. » Domus 
ampla et magnifica sub eodem Caesare, circa quam 
regnorum ejus insignia quoque visuntur, con- 
structa,porticum habet caeruleo lapide stratamad 
passus 110 longam, è regione aedis Praetoriae \ » 
De Busscher, dans sa notice sur la Confrérie de 
Saint-Georges, s'exprime ainsi : « la plaine inté- 
rieure, où étaient construits les berceaux, avait 
450 pieds de longueur. Elle s'étendait jusqu'au 
beffroi, derrière les habitations sises de face sur 
la place de la maison échevinale. Au milieu de la 
cour des exercices avait été bâtie en 1486-1487 
parallèlement aux berceaux et sur toute leur éten- 



1 A. G. B. Schayes, Histoire de l'Architecture en Belgique, t. IV, 
p. 54. 

1 Marc Van Vaernewyck, Historié van Belgie, t. II, p. 219. 
3 Sanderus, Flandrià illustrât a, t. 1. p. 203, 



— 4 — 

due, une élégante galerie '. » La beauté de cette 
galerie était telle que la Confrérie l'invoqua en 
1670 pour obtenir des subsides de la ville, afin de 
réparer les dégâts que la chute d'échafaudages 
placés sur le beffroi y avait occasionnés. Elle 
disait dans sa requête du 19 septembre 1670 : 
« dat het beclaghelick saude wesen dat een soo 
raer stuck staende int midden van de stadt, ende 
wesende eene van de schoonste wercken van de 
seventhien provincien, by faute van secours saude 
commen ter totale ruyne 2 . » Cette considération 
fut d'un tel poids auprès des magistrats de la 
ville, qu'à défaut de ressources pour donner à la 
Confrérie un secours en argent, ils lui accordèrent 
l'exemption d'un homme dans chacune des dix-huit 
compagnies de la garde bourgeoise, afin de se 
procurer par la vente de cette faveur les moyens 
de réparer la galerie, « Schepenen van der Keure 
ghesien het verdragh van myn Ed. heer den 
hoogh balliu deser stede, ende sonderlynghe 
regard nemende op de redenen by requeste ghe- 
allegiert... consenteren dat de supplianten, omme 
daermede te maecken de werken by de selve 
requeste gheconcipieert, sullen moghen te kiesen 
tôt eenen man uyt elcke respective compagnien 
van de borgherlycke wacht deser stede, die allée - 
nelyck exempt sullen wesen van de voors. per- 
soenelyck borgherlycke wacht, ende contributie 



1 Edm. De Busscher, La Confrérie de Saint-Georges, p. 18. 
* Archives de la Confrérie, vol. 1670-1679 f° 3, à la Bibliothèque 
de l'Université. 



— 5 — 

van diere haerlieden leven lanck gheduerende, 
mits van de penninghen danof staende te proce- 
deren doende rekeninghe, bewys ende reliqua '. » 

La galerie, qui avait une longueur de 385 pieds, 
se terminait à chaque extrémité par un escalier. 
Elle reliait les cibles aux abris des tireurs. La 
cour intérieure avait une étendue plus grande ; 
elle dépassait d'environ 65 pieds celle de la galerie. 
Aux deux côtés de l'entrée de celle-"ci, près de la 
maison de la gilde, où se tenaient les tireurs, il 
y avait un mur de quatre pieds de hauteur et de 
huit pieds de largeur, destiné à servir d'appui 
pour les arbalètes. Ces murs ont été détruits à la 
fin du XVII e siècle par les soldats logés dans le 
local, pendant les guerres de cette époque 2 . 

La construction de la Gildehuus, de la Chapelle 
et de la Galerie avait coûté de grosses sommes 
d'argent, que la Confrérie fut pendant longtemps 
hors d'état de payer. Elle obtint de Charles-Quint 
l'autorisation d'établir une loterie dont le produit 
servirait à payer ses dettes. La charte d'octroi du 
13 octobre 1517, porte que « les Roy, Doyens et 
proviseurs de lancienne Confrarie et Grant sere- 
ment de Monseigneur Saint George en notre ville 
de Gand, ... a lonneur de Dieu et Monseigneur 
Saint George, aussi pour la decoracion, subside 
et ayde de noz officiers et gens de loy de la ditte 
ville, ont EdifFé une belle chappelle et maison 



1 Archives de la Confrérie, vol. 1670-1679, f° 3, à la Bibliothèque 
de l'Université. 

2 Archives de la Confrérie de Saint-Georges, vol. 1690-1699, 
i'° 199, à la Bibliothèque de l'Université. 



— 6 — 

auprès et à l'opposite de la maison esche vinale 
d'icelle ville, pour en estre de tant plus tost 
secouru et aydé par les notables et confrères de 
la dicte Confrarie quant besoing serait. Ont aussi 
commencié de faire ediffer une belle et magnifique 
galerye en la Court de la dicte Confrarie, pour 
mieulx hanter le jeu de l'arbalestre, lesquelles 
maison et galerye leur ont cousté excessives 
sommes de deniers \ » 

La mauvaise situation financière de la Confrérie 
à la fin du XVII e siècle et pendant tout le XVIII e , 
l'engagea à tirer parti de la galerie de différentes 
manières. Le 2 octobre 1692 elle la loua à un 
commissaire des armées pour y remiser ses voi- 
tures et ses chariots pendant l'hiver 2 . En 1698 
elle proposa aux échevins de la Keure, pour éviter 
la suppression dont elle était menacée, de faire 
servir la galerie de halle aux toiles et de l'élargir 
à cet effet du double vers la rue des Régnesses 3 . 
En 1737 elle revint à ce projet, qui n'avait point 
été agréé, et elle proposa de nouveau d'établir une 
halle aux toiles dans la Galerie, élargie cette fois 
du côté opposé et reliée par un escalier à la salle 
de la Confrérie de Saint-Michel, où devaient se 
faire le mesurage et le timbrage des pièces de 
toiles apportées au marché. Ce projet ne fut pas 
plus réalisé que le précédent *. Enfin, en 1777, 



1 Chartrier de la Confrérie de Saint -Georges, n° 36 aux archives de 
l'État à Gand. 

2 Archives de la Confrérie, vol. 1690-1699, f° 151, à la Bibliothèque. 

3 Ibid., f'° 196. 

* Ibid., vol. 1737-1739, f° 58. 



- 7 - 

la Confrérie résolut de vendre la galerie en 
divers lots pour la démolir, mais cette résolution 
non plus n'eut pas de suites ' . La galerie ne fut 
démolie qu'en 1798 après la vente du local comme 
bien national. 

Les cibles qui existaient de chaque côté de la 
galerie avaient à peu près la même longueur que 
celle-ci, dit Marc Van Vaernewyck « en doelen die 
bynaer de zelve lengde hebben. » A chaque extré- 
mité se trouvaient des chambres pour abriter les 
tireurs et le but, « op elc ende een doelhuus 2 . » 
Les cibles étaient d'inégale étendue ; celles qui se 
trouvaient à l'est se nommaient les courtes cibles 
{de corte doelen). Elles sont mentionnées avec leurs 
chambres dans divers actes passés entre la Confré- 
rie et les propriétaires des maisons situées rue 
Saint-Jean, rue des Régnesses et rue Haut-port. 
Dans un acte du 21 décembre 1645 au sujet de la 
location par la Confrérie d'une de ces chambres à 
Marc Vanden Kerchove, propriétaire de la maison 
den Grooten Moor, rue Haut-port, il est dit : 
« het doelhuuseken van den zelven guide, staende 
achter den corten doel jeghens het huus van den 
zelven Kerchove 3 . » Et dans un acte du 27 juin 
1736, par lequel la Confrérie donne en bail emphy- 
théotique à M. Pascal -Bois de Vigne, proprié- 
taire de la maison située rue Saint-Jean qui porte 



1 Registre des résolutions de la Confrérie, 1734-1779, f° 158. Aux 
Archives de l'État à Gand. 

* Memorieboek der stad Gent, an 1498. 

3 Archives de la Confrérie, vol. 1483-1649, f° 28 à la Bibliothèque 
de l'Université. 



— 8 — 

aujourd'hui le n° 9, un terrain longeant à l'ouest 
sa maison, on lit : « sekere hunne erfve gheleghen 
omtrent den corten doel al de suyt west cant, ende 
den huyse van den selven Pascal ' . » 

L'une des deux courtes cibles que l'on voit figu- 
rer sur le plan de Sanderus, se nommait den Fyme- 
leere. On trouve cette expression dans un acte 
du 19 mai 1602, par lequel la Confrérie permet 
à Jean Ondermaerck, propriétaire d'une maison 
située rue des Régne sses, de se servir pour ses 
constructions du mur de la maison appartenant à 
la Confrérie dans la rue Saint-Jean et de celui de 
la chambre de la cible derrière cette maison : 
« t versouck van weghe Jan Ondermaerck, heur- 
lieden en mede-proviseerder, proprietaris van den 
huuse ghenaemt het Groen-huys, van te moghen 
metsen ende temmeren in den muere, neffens zyne 
erfve, van thuus van den zelven guide staende in 
Sente- Janstraete,daer nu Jooris Bonnewyn, cnape 
van tvoors. guide, inné es wonende, metgaeders 
een deel van den muere van den doelhuus genaemt 
den fymeleere daer achter staende 2 . » Cette cible 
était aussi désignée sous le nom de vieille cible, 
den auden doel. On la trouve ainsi mentionnée dans 
une résolution de la Confrérie du 5 mai 1743 
concernant la cession à cens de la maison rue 
Saint-Jean habitée par les faiseurs d'arbalètes de 
la Confrérie, à côté de la maison de Pascal-Bois 



1 Registre des résolutions de la Confrérie, de 1734 à 1779, f° 29i', 
aux Archives de l'État, à Gand. 

s Archives de la Confrérie, vol. 1483-1649, f° 14, à la Bibliothèque. 



— 9 - 

de Vigne : « te laeten verceynssen het huys daer 
jeghenwoordigh in woont es Beyens boghespander 
van desen guide ende den kelder met den ghevel 
benevens den ancien doel ende een deel van den 
grondt daer aen gheleghen ' . » 

Les cibles établies à l'ouest de la galerie étaient 
les longues cibles, de langen doelen. Il en est fait 
mention dans un acte du 22 octobre 1617 par 
lequel la Confrérie permet à Jooris de Jonckere, 
propriétaire d'une maison située parade plaetse 
près de la Halle, d'ouvrir une porte dans le mur 
de la Cour Saint-Georges, pour avoir accès à un 
puits ainsi qu'aux longues cibles : « te maken in 
den muer van den guide, eene deure, omme van 
d'erfve van syne huuse an dhalle, te commen ende 
accès te nemen zo totten steenput, als up derfve 
van den voors. guide te weten in de langhen 
doelen 2 . » 

Aux deux extrémités se trouvaient des chambres 
de cibles, doelhuusen-, l'une pour les tireurs près de 
la Gildehuus, l'autre à l'étage de la maison située 
rue Saint-Jean à côté de la nouvelle halle, pour 
abriter la cible ou le but. Cette disposition s'ex- 
plique par la différence de niveau des deux extré- 
mités de la Cour Saint-Georges ; la hoogh-poorte 
étant beaucoup plus élevée que la rue Saint- Jean, 
il avait fallu remblayer le terrain du côté de cette 
dernière rue, et la cible s'est trouvée placée plus 



» Archives de la Confrérie, vol. 1740-1749, f° 25. 
» Archives de la Confrérie, vol. 1483-1649, f° 22, à la Bibliothèque 
de l'Université. 



— 10 — 

haut que le niveau de celle-ci. Le rez-de-chaussée 
de la maison avait par suite l'aspect d'un souter- 
rain ou d'une cave ; le premier étage était occupé 
par la chambre de la longue cible, doelcamer. Un 
état des revenus et des dettes de la Confrérie, de 
l'année 1703, mentionne comme suit la maison 
située à côté de la halle : « Item de vaulte ofte 
kelder commende onder den langhen doel ten voor- 
hoofde in Sente-Jansstraete neffens d'achterpoorte 
van den ghulde, ghebruyckt by Pieter de Noyé \ » 
Sous la doelhuus à l'autre extrémité de la longue 
cible, se trouvait également une cave; elle était 
à l'usage de la maison que la Confrérie possédait 
sur la parade plaetse à côté de la Gildehuus, 
depuis la suppression de la Jeune Confrérie. Elle 
est indiquée de la manière suivante dans un compte 
du maçon Abraham Kempe, concernant des tra- 
vaux exécutés en 1682 dans la maison louée à 
l'avocat Pyn, parade plaetse; « het maeken van 
de vaulte onder den langhen doel 2 . » 

La longue cible fut reconstruite en 1729. La 
Confrérie paya le 13 octobre de cette année au 
maçon Van Merschbrugghe la somme de 4L, 6 s., 
8 g., over het maeken van den langhen doel in de 
hove van den guide 3 . Elle fut refaite une seconde 
fois en 1791, mais alors notablement diminuée. La 
Confrérie avait loué au serrurier Guersouille, qui 
demeurait dans la maison située parade plaetse 



1 Archives de la Confrérie, vol. 1700-1709, f° 59, à la Bibliothèque. 
« Ibid., vol. 1680-1684, f° 107. 
3 Ibid., vol. 1728-1729, f° 135. 



— 11 — 

près de la balance de la ville, le terrain de la 
longue cible, depuis le mur de la cour de la nou- 
velle maison construite en 1751 rue Saint-Jean 
près de la halle, jusqu'à la prison communale, 
pour y élever une baraque ou atelier de serrurerie. 
« Item competeert aen den gilde d'huere van den 
grond daer op is staende eene hauten loge teynde 
den gulden hove jegens den muer van het huys 
van den Gilde ende den gonnen van stadts vange- 
nisse gemaeckt ende ghebruyckt gheweest by den 
slotmaker Pieter Guersouille ende alsnu deszelfs 
weduwe by voorwaerde ingegaen den 26 july 
1772 \ » Le même terrain, d'une largeur de 
76 pieds, fut cédé par bail empliythéotique du 
12 mai 1791 au sculpteur Charles Van Pouckepour 
y construire son atelier de sculpture . En cette année 
la Confrérie fit reconstruire la cible et la doel- 
camer situées à l'ouest de la galerie. La longueur 
de la cible fut diminuée de plus de 150 pieds et 
un nouveau but fut construit près de la maison de 
Ch. Van Poucke, située Parade plaetse Q n° 283, 
aujourd'hui n° 3. L'acte du 12 mai 1791 contient 
la mention suivante qui fait connaître la situation 
de la nouvelle doelcamer « consenteren in het 
maecken van de venster commende boven zyn 
achterpoortjen nevens onze nieuwe doelcamer.» 
La construction de la nouvelle cible et de la 
nouvelle chambre de tir coûta 1990 florins. 
La cour de la Confrérie de Saint-Georges, qui 



1 Archives de la Confrérie, vol. 1775-1786, f° 1, passim, à la 
Bibliothèque. 



- 12 - 

avait une longueur de 450 pieds, se prolongeait 
depuis la grande maison de la Gilde (Gildehuus) 
sur la Hoogh-jworte jusqu'aux deux maisons que 
la Confrérie possédait dans la rue Saint- Jean. 
Entre ces deux maisons se trouvait sa porte de 
derrière, « t'huus ende hof van den Guide van 
Sente Jooris, » dit un acte de 1561, « ten voor- 
hoofde up de Hoochpoorte neffens den jonghen- 
guide van Sente Jooris an deen zijde ende Jan 
Meynkin met zyne consorten an dandere, ende 
uutcommende met andere hende in sente Jans- 
straete ' . » 

La porte de sortie que possédait la Confrérie 
dans la rue Saint- Jean, était l'entrée de son local 
primitif près du beffroi en 1381. On y avait accès 
par plusieurs escaliers intérieurs. L'exhaussement 
du terrain vers la rue Saint-Jean lors de la con- 
struction des cibles et de la galerie, avait nécessité 
l'établissement de ces escaliers. La pente naturelle 
du terrain a été rétablie, au commencement de 
ce siècle, par les acquéreurs de la partie du local 
située au sud; la porte et les escaliers ont été 
remplacés par une porte coclière. 

La porte de derrière de la Confrérie dans la 
rue Saint-Jean se trouvait près du double escalier 
de la nouvelle Halle aux draps, construit en 1427 2 
et démoli en 1716 3 . La proximité de cette porte 
et du double escalier de la Halle, est établie par 



Vry huis vry erve, 1561, bl. 129. 
Comptes de la ville, 1426-1427. 
lbid., 1716. 



— 13 — 

une ordonnance des échevins de la Keure du 
20 juillet 1538, qui défend de déposer des immon- 
dices en cet endroit. « Dat hem niemant en ver- 
voordere eeneghe vuylichede te brenghene ofte 
doen brenghene titsschen der poorte van den hove 
(oan Sente-Jooris) ende den steeghere van den' halle, 
up ghelycke boete ' . » 

De chaque côté de sa porte dans larue Saint- Jean, 
la Confrérie avait une maison : Tune attenant à la 
nouvelle halle et l'autre aboutissant à la maison 
qui a successivement appartenu à Talboem et à 
Jean Pricke, puis à F. Van de Vyvere, à Pascal- 
Bois de Vigne et à Vispoel. C'étaient les anciennes 
maisons de la Confrérie dans la rue Saint- Jean, 
qu'elle avait abandonnées après l'acquisition de 
l'ancienne halle et qu'elle donna dès lors en loca- 
tion. On voit ces maisons sur le plan de Sanderus : 
une grande, derrière les courtes cibles, probable- 
ment l'ancienne Gildehuus, et une petite, derrière 
la longue cible, près de la nouvelle halle. 

En 1602, la grande maison, qui était alors très 
détériorée, fut occupée par le messager, cnape, de 
la Confrérie. C'est ce que dit l'acte du 19 mai de 
cette année, par lequel le serment de la Gilde 
accorde à Jean Ondermaerck, propriétaire d'une 
maison rue de Régnesses, « van te moghen metsen 
ende temmeren in den muere, neffens zyne erfve, 
van thuus van den zelven guide staende in Sente- 
Jansstraete, daer nu Jooris Bonnewyn cnape van 



1 Chartrier de la Confrérie de Saint-Georges, n° 38, aux Archives 
de l'État à Gand. 



— 14 — 

tvoors. guide inné es wonende '. » La Confrérie 
fit restaurer cette maison et y logea son faiseur 
d'arbalètes jusqu'en 1745. Avant le XVII e siècle, 
les faiseurs d'arbalètes de la Confrérie habitaient 
les boutiques d'écrivains publics contruites sous 
la Chapelle et réunies en une seule habitation, 
auprès de laquelle on avait fait en 1582 un atelier 
et une forge, eene werkcamer en eene smesse 2 . 
On fit les mêmes constructions près de la maison 
de la rue Saint- Jean, pour qu'elle pût répondre à 
sa nouvelle destination. 

Nous trouvons des indications sur cette maison 
dans un acte du 8 mars 1728, par lequel la Confré- 
rie vend à M. Pascal-Bois de Vigne une chambrette 
qui en faisait partie. Il y est dit que la Confrérie 
lui vend : « Eerst een caemer van den huyse altydt 
bewoont gheweest by de boghemaeckers van 
t'voorzeyde guide ende noch ieghenwoordigh be- 
woont wordende by desselfs weduwe, commende 
ten oosten jeghens het huys van den voornomden 
heer Passchal ende ten westen jeghens d'erfve ende 
open plaetse van tselve huys, t'voorseyde guide 
competerende, ende in welcke caemer voor daete 
van de supressie van t'zelve guide ende van d'ander 
dry guldens binnen dese voornomde stadt, altydt 
ghestaen hebben de cassen daer inné ghesloten 
ende bewaert wierden de staele boghens van de 
guide broeders, ende voorder attirail tôt het 

1 Archives delà Confrérie, vol. 1483-1649, f° 14, à la Bibliothèque 
de l'Université. 

3 Archives de la Confrérie, livre des résolutions, f° 9, à la Biblio- 
thèque. 



— 15 — 

schieten met de selve boghens noodigh, ende ten 
Tweeden een open erfve van t'voorseyde guide 
ten noorden commende jeghens de voornomde 
caemer, ende ten oosten jeghens den jeghenwoor- 
dighen muer van den voorseyden heer Passclial. . . 
op conditien. . . dat hy heer Passchal t'synen coste 
sal moeten afbreken ende van nieuws opmaecken 
den zymuer van de voornomde hier vooren ghe- 
cedeerde ende vercochte caemer op den auden 
grondt, te beginnen van jeghens het huys ofte 
woonynghe van de voors. boghemaecker, midts- 
gaeders den selven muer van daer alsoo voorts 
stieren te noordewaerts niet alleene soo verre als 
jegenwoordigh is commende het doelhuys, maer 
selfs oock noch thien voeten voorder innewaerts 
ten noorden, soo verre het nieuw te maecken doel- 
huys sal vuytgebracht ende ghemaeckt worden ; . . . 
datd'eerste contractantenophun erfve van t'voorn. 
huys van de boghemaeckers sullen moeten an- 
veirden ende laeten sueren den heusedrup van het 
dack van de voors. ghecedeerde camer, ghelyck sy 
oock het water van het dack van het smeshuys door 
huntedoen maecken tusschen den voorn. nieuwen 
muer by dito heer Passchal te doen maecken ende 
het voors. doelhuys, sullen moeten ontfangen ; . . . 
dat hy heer Passchal sal moghen laeten syncken 
het vautken van het kelderken ten deele com- 
mende onder de voors. ghecedeerde caemer als- 
mede naer advenant oock den vloer van het selve 
keldeken, behaudens t'selve vautken tsynen par- 
ticulieren coste erstellende, ende oock den vloer 
van t'selve kelderken midtsgaeders den vuyt ende 



— 16' — 

inganck alsmecle de trappen van diere zoo van 
binnen als van buyten, ende aile het gonne hy heer 
Passchal . . . saude moghen commen te breken soo 
van daecken als mueren van denvoorseyden huyse 
van de boghemaeckers, sal hy oock moeten erstel- 
len t'synen koste J . » 

Le restant de la petite cour de la maison des 
faiseurs d'arbalètes, fut donné le 27 juin 1736, en 
bail emphythéotique, à Pascal, avec obligation de 
construire à ses frais un nouveau bâtiment pour 
remplacer la chambrette qui lui avait été vendue 
en 1728. L'acte dit : •» Te weten dat het voor- 
noemde gilde aen .den gemelden J r Pascal by 
desen is ghevende in cheynse voor neghenent- 
neghentigh jaeren zekere hunne erfve gheleghen 
ontrent den corten doel al den suyt west cant, 
ende den huyse van den selven Pascal, alsnu be- 
sloten... synde voorts gheconditionneert dat den 
voorn. Pascal... sal moeten doen maeken inghe- 
volghe van de modelle by hem overghegheven 
ende ghesien by de heeren van den ieghenwoor- 
dighen eedt, eene gloriette ofte cabinet, ter 
lynghde van zeven voeten ende breede soo ende 
ghelyck die alsnu bevonden wort tusschen den 
doel ende den muer van den huyse van den selven 
Pascal '. » 

Une résolution de la Confrérie en date du 5 mai 
1743 complète la description de la maison rue 



1 Registre BBB, f° 92*, déposé aux Archives de la ville de Gand. 
5 Registre des résolutions, 1734-1779, f° 29 v , aux Archives de 
l'État à Gand. 



— 17 - 

Saint-Jean occupée par les faiseurs d'arbalètes : 
« weert gheresolveert. . . te laeten verceynssen het 
huys daer jeghenwoordigh in woont es Beyens 
boghespander van desen ghilde ende den kelder 
met den ghevel benevens den auden doel ende 
een deel van den grondt daer aen gheleglien ' . » 
Cette maison était spacieuse ; elle avait une 
façade du côté de la rue Saint-Jean et une autre 
sur la cour Saint -Georges, une cour et des dépen- 
dances, un atelier, une forge et une cave. Pressée 
par le besoin d'argent, la Confrérie la donna en 
location en 1745 au prix de 15 livres de gros. Elle 
loua aussi séparément la cave donnant dans la 
cour. L'acte de location du 1 er mars 1745 à Michel 
De Laet, tailleur, décrit la maison en ces termes : 
« een huys, stede ende erfve het guide compe- 
terende ghestaen ende gheleghen ten voorhoofde 
op de Sente- Jansstraete, aen d'een syde ghehuyst 
Jo r Pascal en ter andere de achterpoorte van de 
concherge, lest ghebruyckt gheweest by A. Beyens 
boghemaecker " 2 . » Enfin, le procès-verbal d'adju- 
dication comme bien national, du 6 germinal 
an V, en donne la description suivante : « Une 
maison située dans la commune de Gand rue 
Saint- Jean, consistant en une boutique, trois places 
en bas, trois en haut, un grenier, une cave et une 
petite cour. La cave vient sous la maison à côté 
appartenant à un particulier. » Elle fut adjugée 
au sieur Jean-Baptiste Paulée, représentant d'une 



1 Archives de la Confrérie, vol. 1740-1749, f° 25, à la Bibliothèque. 
* Ibid., f° 40. 

% 



— 18 - 

société formée à Paris pour l'acquisition de biens 
nationaux. 

L'ornementation de la façade latérale de la nou- 
velle Halle du côté de la cour Saint-Georges a fait 
croire qu'il n'y a pas eu de constructions entre ce 
monument et la porte de derrière de la Confrérie 
dans la rue Saint- Jean. Pour expliquer cette orne- 
mentation, on a supposé qu'une rue contournant 
la Halle depuis la rue Saint-Jean jusqu'à la place 
échevinale avait existé jadis. Mais cette conjec- 
ture est erronée. Aucun document ne mentionne 
de rue en cet endroit, et le plan de Sanderus 
montre qu'il n'y en avait pas. C'est contre la Halle 
que se trouvaient, du côté de la place échevinale, 
l'une des cibles de la Jeune Confrérie de Saint- 
Georges, et, du côté de la rue Saint- Jean, la 
longue cible, langen doel } de l'ancienne Confrérie. 
Enfin, l'ordonnance du 20 juillet 1538, qui défen- 
dait de déposer des immondices entre la porte de 
la Confrérie et l'escalier de la Halle, ne se fût 
point exprimée ainsi, si une rue avait séparé les 
deux bâtiments. 

L'ornementation de la façade latérale de la Halle 
du côté de la Cour Saint-Georges, s'explique par 
l'importance qu'avait au moyen âge le local de la 
Confrérie des arbalétriers. Ce local était décoré 
avec luxe : la maison de la Gilde, la galerie, les 
cibles étaient des constructions somptueuses.il s'y 
donnait des fêtes splendides. Toute la riche bour- 
geoisie faisait partie des quatre confréries mili- 
taires, et celle qui réunissait le plus de membres 
était la Gilde de Saint-Georges. On conçoit donc 



- 19 — 

que la Confrérie ait stipulé ou obtenu de la com- 
mune, que la façade latérale de la halle, donnant 
sur sa cour, reçût quelques ornements. Cela 
explique beaucoup mieux l'ornementation de la 
façade latérale, que l'existence d'une rue ou d'une 
ruelle autour de l'édifice. 

Plusieurs dessins conservés à la Bibliothèque de 
l'Université de Gand, font voir la nouvelle Halle 
aux draps construite en 1427 dans la rue Saint- 
Jean, et la maison attenante. L'un de ces dessins 
reproduit l'aspect de la maison vers 1635. Elle 
avait alors une porte étroite surmontée d'un 
auvent. L'architecture indique une construction 
du XV e siècle. Sa profondeur devait être petite, 
car une baie, depuis longtemps bouchée, dans le 
mur latéral de la Halle, se trouve à six ou sept 
mètres de la façade principale ; cette circonstance 
doit faire supposer que la maison voisine n'avait 
que cette profondeur, à l'époque où l'édifice a été 
construit. 

La maison de la Confrérie, située entre la porte 
de derrière de la Cour Saint-Georges et la nouvelle 
halle aux draps, était composée d'un rez de 
chaussée ayant issue dans la rue Saint- Jean et 
d'un étage où se trouvait la chambre de la longue 
cible. Cette disposition avait fait appliquer au rez- 
de-chaussée, que la Confrérie donnait séparément 
en location, le nom de : huuseken by forme van 
eenen helder. La maison existait de cette manière 
depuis l'établissement de la longue cible, c'est-à- 
dire depuis 1498, date de la construction de la 
galerie et des cibles. On la trouve désignée dans 



— 20 — 

de nombreux reçus de la taxe sur les maisons dite 
huysgheld, et de la redevance pour le pavage des 
rues, savoir : le 17 décembre 1678 : een huus 
ghestaen ofte gheleghen onder den langen doel in 
de Sinte-Jansstraete bewoont by Pieter de Noyé; 
le 22 décembre 1678 : een kelder by het belfroot, 
ghebruykt by Pieter de Noyé; le 25 août 1681 : 
seker huys gheleghen onder de belfroyt ; le 1 er août 
1684 : den kelder onder het hof van Sinte-Jooris 
bewoont by Pieter Noyé ; le 29 juillet 1696 : een 
huys gheleghen by de schermaersschole ' . 

Les états de revenus de la Confrérie de 1703 
et de 1704 portent : de vaulte ofte kelder com- 
mende onder den langhendoel ten voorhoofde in 
Sinte-Jansstraete neffens d'achter-poorte van den 
guide, ghebruykt by Pieter de Noyé 2 . Un acte 
d'emprunt du 15 novembre 1730, stipule que la 
Confrérie donne en hypothèque deux maisons 
situées rue Saint- Jean, outre sa grande maison 
rue Haut-port et celle qui était située à côté sur 
la parade-plaetse. Les deux maisons rue Saint- 
Jean sont désignées comme suit : la première, une 
maison, fonds et héritage situés derrière la grande 
maison de la Confrérie, de front rue Saint- Jean, 
tenant d'un côté le sieur de Pascal et de l'autre 
la porte de derrière de la susdite cour de Saint- 
Georges, occupée par Àrnaut Beyens, faiseur d'ar- 
balètes ; la seconde, « een huys by forme van eenen 



1 Archives de la Confrérie, vol. 1670-79, f 05 96 et 97 ; vol. 1680-84, 
i' os 1 41 et 184 ; vol. 1690-99, f° 160, à la Bibliothèque de l'Université. 
* Ibid., vol. 1700-1709, f° s 59 et 68. 



- 21 — 

kelder staende ten voorhoofde als het voorgaende, 
commende onder den langhen doel van de selve 
hove, an d'een zyde strekende ieghens den huyse 
de schermscholle ende ter andere de voorghemelde 
acliterpoorte,bewoont by P. Steemaere, recreatief- 
meester van desen guide 4 . « Les actes de location 
de cette maison ou souterrain en donnent la 
description suivante : « een huyseken ofte vaut- 
kelder ghestaen ende ghelegen onder den langhen 
doel van t'hof van t'gulde ten voorhoofde vuyt 
commende in Sinte-Jansstraete 2 . Enfin la façade 
au-dessus de la cave est mentionnée dans le devis 
pour la construction d'une chambre de mesurage 
et de timbrage, qui devait faire partie du marché 
aux toiles, dont l'établissement, dans la Cour 
Saint-Georges, avait été projeté en 1737. Il y est 
dit : « Rekeninghe van den nieuwen te maecken 
bauw, om te dienen voor de seghel tafel ende 
meet tafelen», commende teynden de galderye ten 
voorhoofde jeghens het belfort om de saele van 
het gilde van Sinte Michiel met den nieuwen te 
maecken bauw Sinte-Jansstraete te connen dienen 
voor de meet tafelen. Alvoren het breeken van de 
aude cape met het weeren van de tieghelen... het 
breeken van het metsweerk te weten den ghevel te)- 
straete... Item het nieuw maecken van den ghevel 
ter straete beginnende van den opercant van de 
vmite 3 . » 



1 Archives de la Confrérie, vol. 1730-1731, f° 115. 
5 Acte du 2 juillet 1741. Archives de la Confrérie, vol. 1740-49, 
f° 10, à la Bibliothèque. 

3 Devis du 2 octobre 1737. Archives de la Confrérie. 



— 22 — 

La chambre de timbrage et de mesurage des 
toiles ne fut pas construite par suite de l'abandon 
du projet d'établissement d'un marché dans le 
local de la confrérie, mais la doelcamer de la 
longue cible fut remplacée en 1451 par une maison 
bâtie au-dessus du souterrain dans larue Saint-Jean. 
Cette maison, nommée het nieuw hwjs, fut louée 
le 21 novembre 1731 et désignée ainsi dans l'acte 
de location : « het nieuw huys ende erfve gestaen 
ende gelegen in de Sinte-Jansstraete uytcommende 
teynden de gallerye van het hof van desen gilde 1 . » 
Et dans une résolution de la Confrérie en date 
du 10 février 1754, concernant un emprunt de 
G00 livres de gros pour payer les dettes, il est dit : 
« dat de schulden voor het meesten deel resulteren 
door het nieuw huys onlanghx ghemaeckt com- 
mende achter den hove nevensde schermscholle 2 . » 
Enfin, cette nouvelle maison avait une cour entourée 
de murailles, sur l'emplacement delà longue cible. 
Les actes de location, que nous avons cités, d'une 
partie du terrain de la cour Saint-Georges, à Pierre 
Guersouille en 1772 et à Charles Van Poucke en 
1791 indiquent cette cour et ces murailles. Dans 
le compte de la Confrérie du 5 février 1778, nous 
trouvons la mention : « Item competeert aen den 
gilden d'huere van den grond daer op is staende 
een hauten loge teynden den gilden hove jegens 
den muer van het huys van den gilden ende den 



1 Archives de la Confrérie. Registre des résolutions de 1734 à 
1779, f° 103t\ Aux archives de l'État à Gand. 

2 Archives lie la Confrérie, vol. 1754-1759. f° 12, à la Bibliothèque. 



— 23 — 

gonne van stads vangenisse gemaeckt ende ghe- 
bruyckt geweest by den slotmaecker Pieter Guer- 
souille 4 . » Et la résolution prise le 12 mai 1791 
de donner ce même terrain en bail emphythéo- 
tique à Charles Van Poucke, porte : « de erfve van 
aen den muer van den ho f van het acliterhuys van 
den Gilde tôt aen de venster van den huyse ghe- 
bruyckt by sieur Guersouille 2 . » 

La maison avait deux portes : la première, sa 
porte de sortie à la rue, était à l'extrémité de la 
galerie : « liet huys ghebauwt boven den langhen 
doel uytcommende met de voordeure t'eynden de 
galderye 3 ; » la seconde, sa porte de derrière, don- 
nait accès à la cour de la Confrérie et aux cibles. 
C'est ce que nous apprend une résolution du ser- 
ment de la Confrérie, en date du 26 avril 1795, 
au sujet d'un différend qui avait surgi entre Pierre 
Vanden Berghe, aubergiste et concierge de la 
Confrérie, et Pierre de Coninck, locataire de la 
nouvelle maison rue Saint- Jean. « Ten voor- 
noemde daege wierd van wegen d'heer de Paepe 
te kennen gegeven dat Pieter de Coninck bewoon- 
der van den huyse staende t'eynden de doelen 
ingevolghe syn devoir de agter deure leydende naer 
de voors. doelen geslotten hield, ende dat sulks 
van weghen Pieter van den Berghe hem diversche 
mael met menacen wierd aengesyd dat hy de ge- 
seyde deure daegelyks moeste open laeten, wierd 



1 Archives de la Confrérie, vol. 1775-1786, f° 1, passim. à la 
Bibliothèque. 

2 Archives de la Confrérie, aux Archives de l'État à Gand. 

3 Register vry huis vry erve, 1766, bl. 1. 



— 24 — 

geresolveert de selve deure niet alleene den ge- 
heelen dag neemaer oock ende wel naementlyk 
des avonds geslotten te hauden, ende waer toe 
den voornoemden De Coninck tôt dies parti- 
culierelyk ende voor soo veel als nood werd 
gelast l . » 

La maison et la cave situées dans la rue Saint- 
Jean à côté de la Halle, furent vendues en 1798 
comme biens nationaux. Ils sont décrits de la 
manière suivante dans le procès-verbal du 10 ven- 
tôse an V : « Procès verbal d'estimation d'une 
maison et d'un souterrain situés rue Saint- Jean, 
laquelle provient de la ci-devant Confrérie Saint- 
Georges et affermée au citoyen De Coninck : une 
maison en mauvais état, un jardin contenant 
quatre verges, une petite cour, trois places en bas, 
deux places en haut sous le toit qui est couvert 
d'ardoises et un petit grenier dont le toit est 
couvert en tuiles. Le souterrain, loué au citoyen 
Laclus, a trois places et une petite cave 2 . » Il 
furent acquis le 6 germinal an V par la demoiselle 
Marie Impens, religieuse urbaniste. 

Paul Voitueon. 
(A suivre.) 



1 Registre des résolutions de la Confrérie Saint-Georges, de 1779 à 
1795, f° 88», déposé aux Archives de l'État à Gand. 
3 Archives de l'État à Gand. 



25 — 



LE COLLÈGE SAINT-NORBERT 

A ROME 



Pour favoriser les hautes études théologiques 
des religieux de son ordre, Adrien Stalpaerts, 
prélat de l'abbaye de Tongerloo, fonda le collège 
Saint-Norbert à Rome. 

Voici son épitaphe, qui est un juste éloge de 
ses qualités : 

D. 0. M. 

Reverendus D. Hadrianus Stalparts 

Hilvaribecanus hujus coenobii Abbas XXXVI 

Hic situs est. 

Qui ordinis et disciplinée observantissimus 

Religiosorum et tenuioris fortunae studiosorum 

Patronus niunificentissiinus 
Magno suo relicto desiderio 

Decessit VIII Kal. Nov. 

Anno christi CIO.IOC.XXIX. 

Aetatis suae LXVII, Praelaturae XX. 



— 26 — 

Cette fondation eut lieu dans les conditions que 
nous allons raconter. Comme il avait été question, 
en 1612, de donner aux Prémontrés l'église des 
Saints-Pierre et Marcellin, à Rome, l'abbé Stalpaerts 
pouvait en espérer la possession; deux de ses 
religieux, Denis Mudzaerts, curé de Calmpthout 
et Corneille Hanegraef, curé de Broecliem, s'étant 
rendus à Rome, en avril 1625, à l'occasion de 
Tannée jubilaire, il les chargea d'examiner les 
moyens d obtenir cette église, ou du moins, un 
emplacement favorable à l'érection d'un collège 
et, plus tard, le cas échéant, d'un couvent. La 
question devait être décidée selon le résultat des 
informations prises. 

Au mois d'octobre, Mudzaerts retourna à Ton- 
gerloo. 

Hanegraef accomplit sa mission avec un tel suc- 
cès, qu'un an après, la veille de la Toussaint, trois 
étudiants venaient inaugurer le nouveau collège, 
en s'installant clans une maison provisoire, située 
rue Beata Maria del populo. Cosmas Dillen fut 
nommé président du nouvel institut. On changea 
plusieurs fois de domicile, en attendant l'instal- 
lation définitive. 

L'abbé Stalpaerts écrivait, le jour de la Pente- 
côte, 1626 : « mon âge avancé me presse d'arriver 
au succès de l'entreprise. Vu mes infirmités et les 
fatigues de ma charge, je ne puis plus compter 
que sur bien peu d'années, je serais cependant 
heureux que Dieu me permît de vivre assez, pour 
voir le commencement et jouir du progrès de la 
fondation. » Son désir fut accompli. Le collège 



27 



fut établi avant sa mort, quoique remplacement 
définitif ne fût acquis que sous son successeur. 
Il put, en 1626, grâce à des dons généreux, 
fournir à l'œuvre plus de 43,000 florins du Rhin ; 
de même en 1627. il obtint de sa parente Elisabeth 
Stalpaerts, pour trois bourses d'études, 19,000 flo- 
rins, et 5,500 florins pour la fondation de quatre 
messes hebdomadaires, qui devaient être célébrées 
dans la chapelle du collège 1 . 

Le prélat, douze jours avant sa mort, le 11 oc- 
tobre 1629, écrivait à C. Hanegraef, qui avait 
remplacé le président C. Dillen décédé : « J'attends 
avec impatience la nouvelle de votre arrivée à 
Rome, et tous les détails relatifs à la chère fon- 
dation. Je vous recommande tout particulièrement 
la discipline religieuse et la charité fraternelle. 
Mes souffrances m'interdisent d'écrire et de dicter 
longtemps. Je suis pris depuis hier par la fièvre. » 

Le pieux abbé avait le désir de faire participer 
les autres abbayes de la circarie du Brabant, aux 
avantages de l'instruction donnée dans son col- 
lège, soit en y envoyant à leurs frais des étudiants, 
soit en contribuant à la fondation. Il avait même 
été question, au début, d'accomplir l'œuvre collec- 
tivement. Ce projet n'ayant pas réussi, Stalpaerts 
resta seul chargé de cette lourde tâche. 

Quelques prélats cependant, ceux d'Anvers, de 
Grimbergen, Averboden, Berne, Dilighem contri- 



1 Nous ne faisons pas mention de sommes moins importantes, 
mises plus tard, par les prélats de Tongerloo, à la disposition 
du collège. 



— 28 — 

buèrent à l'œuvre, en versant chacun la somme de 
4000 florins. Ils acquirent ainsi le droit de placer 
dans l'institut un de leurs religieux, sauf les deux 
dernières abbayes qui ne jouiraient de ce droit 
qu'alternativement. 

Un seigneur, Jean Honoré van Axel de Seny, 
originaire d'Utrecht, docteur en droit civil, avo- 
cat à Rome, reçut le titre de fondateur du collège, 
pour avoir, par des conseils et autres actes utiles, 
contribué au succès de l'œuvre. Par un acte de 
donation du 27 février 1627, il mettait au service 
de la fondation une somme de 4000 scudi sur la 
banque du Saint-Esprit. Il en assurait encore 
l'avenir par cent luoghi di monte, ou lettres de rente 
de, environ, 100 scudi, sur les monts de piété. Les 
sommes laissées par l'abbé Stalpaerts figuraient 
dans le total des ressources susdites. Van Axel 
légua, de même, tout son mobilier à l'établisse- 
ment. Les clauses stipulées en faveur du nouveau 
collège furent insérées dans l'acte de fondation. 
Cet institut, sous le titre de collège de Saint- 
Norbert, de l'ordre de Prémontré, fut annexé 
sans retour à la circarie du Brabant, et fut mis 
sous la direction immédiate d'un président élu 
par les prélats de la circarie, mais la direction 
générale devait toujours rester au prélat de Ton- 
gerloo. Grâce au pouvoir que lui donnait cette 
dignité, il avait le droit de nommer ou de déposer, 
au besoin, le président, ainsi que le proviseur 
et les autres officiers du collège. Cette autorité fut 
reconnue par tous les prélats de la province, qui 
l'acceptèrent sans conteste, le 12 janvier 1630, et 



— 29 — 

le 19 août 1657. La lettre de donation stipulait : 
qu'au cas où le collège viendrait à être supprimé, 
ses possessions, les sommes placées en rente lui 
appartenant , devraient retourner, d'abord aux 
prélats du Brabant, et h leur défaut, aux parents 
de Van Axel, dont les noms étaient indiqués dans 
l'acte; enfin, en troisième lieu, au Duc de Bra- 
bant, toutefois avec l'obligation contractée par 
chacun de ces héritiers, d'employer toutes ces 
ressources à une autre fondation du même genre. 
Il était de même arrêté qu'une messe anniversaire 
devrait être célébrée pour le repos de l'âme du 
fondateur ' . 

Avec l'autorisation du Pape Urbain VIII, Hane- 
graef, fit, en 1632, l'acquisition d'une maison 
avec jardin. Cette propriété appartenait aux reli- 
gieux de Sainte-Pudentienne, de la réforme de 
Cîteaux. Elle était située 2 via Felice, entre les 
Quatre Fontaines et l'église Sainte-Marie Majeure, 
et leur fut payée 5,500 scudi. Les améliorations 
indispensables que réclamait cette nouvelle pro- 
priété, et l'arrangement d'une chapelle en l'honneur 
de saint Norbert, exigèrent une dépense de 3,200 
scudi (1636). Van Axel, aux derniers jours de sa 
vie, voulut se réfugier dans son cher collège, où 
il expira le 4 juin 1636. Par une clause particu- 
lière, ce vénérable fondateur fut inhumé devant 



1 Miraeus, Diplomata, IV, p. 688. 

2 La maison forme aujourd'hui le coin de la rue des Quatre- 
Fontaines et du Viminal; les pères de Cîteaux avaient acquis la 
propriété des héritiers de Pompei de Angelis, chanoine de Sainte- 
Marie Majeure. 



— 30 — 

le maître-autel, qui avait été consacré la veille, 
jour de la fête de saint Norbert. En 1634, on 
célébra un jubilé en l'honneur du fondateur de 
l'ordre. A cette occasion le collège se distingua 
par des solennités scientifiques et par des thèses 
théologiques soutenues en public. 

Une autre institution, connue sous le nom de 
collège de Prusse, avait été fondée en 1631, par 
Jean de Preuck, chanoine de la cathédrale d'Er- 
melancl, en faveur des étudiants originaires de la 
Prusse royale ou de la Prusse ducale. La réunion 
de ce collège au collège Saint-Norbert, sauva sans 
doute le dernier, lorsque la République française 
du siècle dernier tenta de s'en saisir, comme bien 
national, en vertu du traité de Campo Formio. 
Un vignoble dépendant de cette maison et situé 
hors la porte Pinciana, sur la colline Pariolo, 
avait déjà été vendu, et le commissaire français 
allait prendre possession du collège; mais le pré- 
sident d'alors, Egide de Smet, adressa à Bertolio, 
délégué de la République française auprès de la 
République romaine, une protestation contre cet 
acte de despotisme et d'injustice, au sujet d'une 
fondation particulière, dont les biens devaient 
retourner aux héritiers du fondateur, et qui 
servait de garantie pour le collège de Prusse. 
D'après ces considérants, les séquestres ne furent 
pas maintenus; du moins jusqu'en 1812, le collège 
resta la résidence des présidents qui étaient, en 
même temps, chargés de diriger les affaires de 
Tordre. On ne sait si le vignoble vendu fut restitué. 

Jean Baptiste Sneyers, le dernier président, 



— 31 — 

mourut le 17 août 1812. Après lui, les religieux 
expulsés de l'abbaye et dispersés en divers lieux, 
voyaient chaque jour leurs rangs s'éclaircir, sans 
pouvoir en combler les vides. La chambre aposto- 
lique s'empara alors des bâtiments, et le Saint- 
Siège en devint possesseur pour les céder ensuite 
(1833) aux sœurs de la charité de N. S. du Cal- 
vaire. Lorsqu'après l'occupation de Rome par 
les Piémontais, l'Italie voulut appliquer la loi 
d'incamération à l'ancien Institut Saint-Norbert, 
le gouvernement Belge mit opposition à cette 
prétention, en raison des droits légitimes que, 
soit les parents du fondateur, soit les Prémon- 
trés Belges, soit le pays lui-même, pouvaient 
faire valoir sur la propriété. L'Italie se vit clans la 
nécessité de faire droit à ces justes réclamations. 
Entretemps le ministère conservateur, qui avait 
soulevé cette question, fut remplacé par un mi- 
nistère libéral. 

Le Gouvernement belge, se considérant comme 
successeur du Duc de Brabant, grâce aux clauses 
et conditions stipulées dans l'acte de donation de 
Van Axel, se rendit unique possesseur de l'Institut, 
laissant à la famille du fondateur et aux autres in- 
téressés la latitude de faire reconnaître et défendre 
leurs droits par les tribunaux. 

Du moment que les droits de la famille même 
étaient méconnus, on ne sera pas surpris que 
plusieurs autres conditions inscrites dans l'acte, 
n'aient pas été respectées ; ainsi en arriva-t-il de 
celle qui devait obliger à reverser les capitaux et 
les rentes acquis à l'institut, sur un nouvel établis- 



— 32 — 

sèment du même genre. La totalité de la propriété 
qui avait été estimée 274,000 francs, fut vendue 
170,000 francs. Le contrat de cette vente fut 
passé le 19 avril 1884. La minorité de la Chambre 
était d'avis de différer la conclusion de cette affaire, 
afin d'avoir assez de temps pour en examiner les 
avantages et les inconvénients; mais la majorité 
l'emporta, et l'acte de vente fut ratifié par la 
chambre des représentants, le 17 mai, et par le 
Sénat le 21 du même mois. Tout paraissait ter- 
miné, lorsque les religieuses qui avaient été instal- 
lées dans l'établissement, intentèrent un procès 
aux acheteurs ', et obtinrent gain de cause, non 
seulement en première instance, mais encore 
devant la cour de cassation, qui décida qu'elles 
devaient rester propriétaires de l'immeuble, en 
vertu de la prescription. Le Gouvernement belge 
fut donc obligé de rembourser les sommes reçues, 
avec les intérêts. L'arrêt de la cour de cassation 
fut prononcé en juillet 1887 2 . 

La chapelle du collège est encore aujourd'hui 
dans le même état qu'au temps de l'administration 
du président Meyers (1736-1738). 

Dans la niche du chœur, au-dessus d'un autel 
en marbre, dédié à saint Norbert, se trouve sculp- 
tée l'image du fondateur de l'ordre. Le Saint est 
représenté au moment où il reçoit la robe blanche 
des mains de la sainte Vierge. Deux autres autels 
sont placés contre les murs latéraux de la nef. Le 



1 Ricotti et C ie . 

5 Annales parlementaires , 1883-1884. 



— 33 — 

premier dédié à saint Adrien et à saint Jacques, 
martyrs, se trouve du côté de l'épître; le second, 
du côté de l'évangile, est consacré au B. Herman 
Joseph; ils sont ornés chacun d'un tableau de 
Dominique Pozzi. Le pape Benoît XIII en avait 
fait la consécration, le 7 avril 1728. 

On remarque encore six tableaux représentant 
différentes scènes de la vie de saint Norbert ; deux 
sont placés dans la nef, et quatre dans le chœur. 
Le premier figure la conversion de saint Norbert. 
Dans le second, il reçoit l'habit blanc des mains 
de la sainte Vierge. Dans le troisième, on le voit 
avec le roi Lothaire, accompagnant Innocent II, 
à sa rentrée à Rome. Dans le quatrième, saint 
Augustin lui donne la règle de son ordre. Ces 
quatre toiles ont été peintes par Lambert Krahe 
de Dusseldorf. Les deux derniers tableaux de la 
nef nous mettent sous les yeux, l'un saint Norbert 
prêchant à Anvers; le second, Honorius confir- 
mant l'ordre des Prémontrés; ils sont l'œuvre 
de Joris Nagel de Neurenberg. En dehors de ces 
peintures, les parois de la nef sont ornées de 
médaillons et de piliers en stuc, artistement tra- 
vaillés et imitant le marbre. Toutes les décorations 
et dorures ont été admirablement exécutées sous 
la direction de Barigioni, architecte de la fabrique 
de Saint-Pierre (1740). Au milieu du pavé en 
marbre de l'église, sont dessinées et gravées les 
armoiries du président, N. Meyers : au lion de 
gueules, portant une branche de palmier ' . 

1 Sur le sceau de N. Meyers, le champ est d'azur. 



— 34 — 

II 
Les Présidents du collège Saint-Norbert 

I. Cosmas Dillen, né àBalen, proclamé, en 1619, 
licencié en théologie de l'Université de Louvain, 
nommé, en 1620, curé de Tongerloo, conduisit à 
Rome les premiers étudiants du collège à peine 
fondé, et en fut élu président. Il mourut le 6 août 
1629, à l'âge de 42 ans, et fut enterré dans l'église 
de Beata Maria delV anima. D'après le nécrologe du 
Collège c'était un homme d'une piété remarquable. 

II. Corneille Hanegraef, originaire.de Lommel, 
était curé de Broechem en 1619. C'est lui qui posa 
à Rome les premières fondations de la maison 
d'études et en soigna les intérêts en qualité de 
proviseur, jusqu'à la fin de l'année 1627. Il devint 
président deux ans plus tard, et compléta le nouvel 
institut par l'aménagement de la chapelle de l'ha- 
bitation, et l'acquisition d'une maison. En considé- 
ration de ses éminents services, le pape Urbain VIII 
lui accorda, en 1634, la dignité de protonotaire 
apostolique. Il publia une vie de saint Norbert et 
celle du B. Herman-Joseph. Outre ces ouvrages 
écrits en langue italienne, il laissa en manuscrit, 
diverses notes très importantes sur la fondation 
du collège Saint-Norbert. Sa mort eut lieu dans 
les plus tristes circonstances ; comme il prenait des 
bains dans le Tibre, par ordonnance du médecin, 
il fut entraîné par une vague, le 21 juillet 1636 et 
se noya. On ne retrouva son corps qu'au bout de 



- 35 - 

trois jours, et on l'inhuma dans la chapelle du 
collège. 

III. Jean Coomans de Turnhout, au retour de 
Magdebourg, où ses supérieurs l'avaient envoyé, 
avec d'autres missionnaires, reprendre possession 
de la prévôté de N. D., avait rempli à Tongerloo 
les fonctions de prieur et de proviseur. Il succéda 
à Hanegraef comme président du collège et pro- 
cureur de l'ordre (1636) auprès la cour romaine. 
Le pape Urbain lui donna le titre de docteur en 
théologie. 

Il aurait désiré consacrer ses dernières années 
à la conversion de ses frères de la Saxe électorale 
et de la Marche de Brandebourg, mais il n'en eut 
pas le temps. Pris en Bavière d'une maladie mor- 
telle, il succomba le 8 octobre 1644, à l'âge de 
54 ans, et fut enterré à l'abbaye de Neustift, près 
Freisingen. 

IV. Siard De Smet, de Lippeloo, remplit les 
fonctions de président du collège de 1644 à 1646. 
Il fut honoré du titre de protonotaire apostolique 
et mourut proviseur, à Tongerloo, le 20 avril 1662. 

V. Corneille van Houthem, natif de Tongelre, 
proclamé à Rome, le 25 octobre 1646, docteur en 
théologie, dirigea l'institut Saint-Norbert jusqu'en 
1660. Il fut nommé curé à Hersselt et mourut le 
4 novembre 1663. 

VI. Walter van Hilst, d'Hasselt, fut président 
du collège de 1660 jusqu'en 1666. Devenu prévôt 
du couyent le jardin fermé, à Herenthals, il mourut 
le 2 septembre 1679. 

VII. Eu 1666 jusqu'en 1671, et de 1673 à 1683/ 



— 36 — 

Valère Mundelaers, né à Herenthals, bachelier en 
théologie, présida le collège. 

Nous ignorons le nom de celui qui le remplaça 
pendant les deux années qu'il dut passer à Ton- 
gerloo pour y enseigner la théologie. Ce religieux 
était très érudit, pieux, simple et loyal, il était 
en outre un véritable homme d'affaires. Il renonça 
à sa charge en 1683 pour vivre dans la solitude du 
cloître. Il mourut, le 6 août 1699, à l'âge de 73 ans. 

VIII. Ignace Backx, né à Malines, frère de 
Rombaut Backx, pléban de la cathédrale d'Anvers 
et célèbre par ses écrits, licencié en théologie, fut 
élu président du collège à Rome, en l'année 1683, 
et en remplit les fonctions jusqu'en 1726. Le titre 
honorifique d'abbé de Belchamps lui fut décerné 
en 1697. Les chanoines réguliers de la congréga- 
tion de Windesheim lui confièrent la charge de 
procureur général de leur ordre. 

Le collège ne fit que progresser sous sa direction, 
il y ajouta plusieurs constructions et des embel- 
lissements, et bâtit une maison de campagne hors 
de la ville, dans le vignoble dépendant du collège. 
Il mourut le 3 juillet 1726. 

IX. Norbert Mattens, de Bruxelles, succéda à 
Ignace Backx comme président et fut, en même 
temps, nommé procureur de l'ordre. Quoiqu'il 
n'ait vécu que deux ans et demi après son élection, 
ses brillantes qualités et son zèle avaient été 
féconds en bonnes œuvres. C'était Un homme en 
même temps savant et pieux. L'annaliste de 
l'ordre, C. L. Hugo, abbé d'Etival et évêque de 
Ptolémaïde, annonça son décès, en faisant de lui 



— 37 — 

un juste éloge. Norbert Mattens avait su se conci- 
lier l'estime et l'amitié intime du Pape Benoît XIII, 
qui lui en donna plusieurs fois les preuves les plus 
éclatantes. Il avait obtenu ainsi la confirmation 
du culte de plusieurs bienheureux de l'ordre. Le 
Souverain Pontife, à sa prière, consacra lui-même 
la chapelle du collège, lui décerna le titre d'abbé 
de Fontaine-Saint- André, donna la bénédiction 
abbatiale le 21 mai 1725 et lors de sa dernière 
maladie fit prendre chaque jour de ses nouvelles. 
Mattens expira le dernier jour de 1728. Par les 
ordres du Souverain Pontife, le corps fut exposé 
revêtu des ornements pontificaux et les tentures 
de deuil de la chapelle papale servirent pour la 
cérémonie des obsèques. 

X. Paul T'Kint, d'Alost, devint président et pro- 
cureur général de l'ordre en 1729. Il remplit ces 
fonctions jusqu'en 1736. Plus tard on le nomma 
doyen rural et curé de Notre-Dame à Diest. Il 
mourut le 1 juillet 1749, âgé de 54 ans. 

XI. Il fut remplacé par Nicolas Meyers, natif 
de Maaseyck, qui exerça les fonctions de président 
pendant 42 ans, de 1736 à 1778. Cet humble reli- 
gieux refusa le titre d'abbé de Belchamp, décli- 
nant l'honneur de porter la mitre. Le collège lui 
dut plusieurs embellissements artistiques et beau- 
coup d'améliorations pratiques. Par ses soins, la 
statue de Saint-Norbert, sculptée en marbre par 
Bracci, fut placée dans la basilique de Saint-Pierre, 
et l'image en fut gravée sur cuivre par P. L. Bom- 
belli, à l'occasion de l'année jubilaire (1775). 

XII. Égide de Smet d'Herenthout fut nommé 



— 38 — 

président par le prélat de Tongerloo, le 22 mars 
1779, et élevé, quelques jours plus tard, à la 
dignité de procureur par le Général de l'ordre. 

Il arriva à Rome le 5 mai. Malgré les difficultés 
des temps, il resta à son poste jusqu'à son décès, 
le 2 février 1804, s'acquittant de ses doubles 
fonctions avec un mérite réel, et rendant d'im- 
portants services à l'église des Pays-Bas, comme 
chargé des affaires des diocèses d'Anvers et de 
Malines. 

Waltman Van Lier et Pius Peeters, nés à Anvers, 
furent les deux derniers religieux de Tongerloo 
qui avaient été élèves du collège Saint-Norbert. 
Arrivés à Rome, en 1793, ils en partirent en 1796. 
A leur retour, ils furent emprisonnés à Cologne 
pendant quelque temps par les Français en guerre 
avec l'Autriche. Adrien Heylen, le savant archi- 
viste, inscrit par les républicains sur la liste des 
exilés, fut envoyé à Rome par ses confrères en 
1801. On suppose qu'il avait reçu la mission d'y 
soutenir E. De Smet et de défendre les intérêts de 
l'ordre auprès du Saint-Siège. Le 1 er mai 1802, il 
écrivait aux siens qu'il' était en parfaite santé et 
trois jours après, il n'était plus. 

XIII. Jean Baptiste Sneyers, de Wickevorst, 
fut le dernier des présidents du collège Saint-Nor- 
bert. Novice chez les Jésuites, lors de la suppres- 
sion de la Compagnie de Jésus, admis à Tongerloo, 
il fut, en 1781 , envoyé à Rome, pour y achever ses 
études. Son séjour s'y prolongea jusqu'à l'année 
1784. Il fut tour à tour vicaire à Orp, puis secré- 
taire du prélat, coadjuteur à Nieuwmoer. Lors 



- 39 — 

de la suppression par la République française, il 
était préposé aux Archives. Par une lettre d'Haren, 
datée du 4 août 1804, les régents d'alors le nom- 
mèrent président du collège en même temps que 
chargé d'affaires. Pendant son séjour à Rome il ne 
se lassa pas de prodiguer des secours à tous ses 
confrères, ainsi qu'aux catholiques" des Pays-Bas. 
Il mourut à Rome, le 17 août 1812. 

Nous avons fait connaître plus haut le sort 
que subit le collège Saint-Norbert, après la mort 
de J. B. Sneyers. 

(D'après : De abdij van Tongerloo, geschiedkundige navor- 

' schingen', door Fr. Waltman Van Spilbeeck, Nor- 

bertijner kanunnik-regulier van Tongerloo. Lier, L. 

Taymans-Nezy, 1888, vol. in-8°, 651 blz., met talrijke 

plaatsneden versierd.) 

I. V.'S. 



— 40 



LES 

SEIGNEURIES DU PAYS DE MAL1NES 



KEERBERGEN 

ET 

SES SEIGNEURS 1 . 

Par suite de la mort de son père, Jean IV de 
Cortenbach, chevalier, releva la seigneurie de 
Keerbergen le 9 avril 1524 : 

« Van heeren Janne van Corttenbach, riddere, die opten 
negensten dagh van Apiïl anno XV C XXIIIJ aen den voirsz. 
stadhondere ende mannen van leene, te wetene Rogiere van 
Expoele ende Jacoppen van Asscheijde, ontfangen heeft 
nair dooder handt de heerlijcheijt, hooge, middele ende 
lege, van den dorpe van Keerberge met allen hueren toe- 
behoorten, ende dair vuijt sijne hère vader gestorven es, 
staende bij Rijmenam; onfaen voir 't heergewede thien 
rijders, vz. iij lib. xv st. » (C. n° 17838). 

Dans le registre féodal, établi en 1538, par Jean 
de Diest, nous lisons que le chevalier Jean de Cor- 
tenbach, héritier de son père Ivain, tenait en fief 
en cette année du duc de Brabant, en qualité de 
seigneur de Malines, la seigneurie de Keerbergen, 
valant annuellement environ 200 couronnes. 

1 Suite. Voir Messager des Sciences histor., 4 e liv. 1889, p. 447. 



- 41 - 

Jean IV fut exécuteur testamentaire de son 
parent François de Cortenbach (fils de Jean III et 
de Marguerite de Ghistelles), mort le 3 septembre 
1530 (Heeren v. Helmond, p. 17). Le 19 août 1536, 
il figura, à Bruges, au contrat de mariage de Josse 
de Cortenbach (frère dudit François) avec Catherine 
de Halewijn (ib., p. 18). Il épousa Elisabeth Bauw 
(Bau, Bauws etc.), riche héritière, pour laquelle il 
releva le 31 mars 1513, la seigneurie des villages 
de Vremde, d'Echoven et d'une partie de Mille- 
ghem, 't ho f van Ghinderachter, à Vilvorde, le bien 
de ten Dijcke, à Bouchout, un manoir à Haeren, 
au lieu dit Ganseweijde (B. 349, p. 362), manoir 
nommé, depuis, de hoeve van Cortenbach ou het 
oudt casteel van Cortenbach (E. B.). Le même 
jour Jean fut investi, par la mort de son frère 
Guillaume, du schrijfambacht '. Le 31 du mois 
suivant, il fit, pour sa femme, le relief d'une cour 
censale, décrite de la façon suivante : « eenen 
heerlijcken chijus mit meijer ende laten, die 
kennesse hebben van erven ende onterven van 
den huijsen ende goeden gelegen binnen der 
stat van Lyere, tusschen de binnen ende buijten 
porten, dair men gaet tôt Sinte Gommaers borre, 
weert metten xx en penning van pontghelde — 
jairlix iij ponden paijments ende Lxiij cap- 
puijnen. » Son beau-père, Henri Bau avait relevé 

1 Ce fief fut relevé successivement, le 11 octobre 1549, par Elisa- 
beth Bauws, héritière de son mari Jean de C. ; le 4 novembre 1560, 
par Anne de Berlo, nièce de celle-ci ; le 22 mars 1586 par Guillaume 
de Merode, seigneur de Laere, en qualité d'héritier de sa mère, Aune 
de Berlo, dame de Gossoncourt, veuve dp messire Richard de Merode 
(B. 20 p. 166; 363 p. 134). 



- 42 - 

ce fief important, le 16 mai 1483, comme suc- 
cesseur de son père Walter Bau, qui, lui, l'avait 
reçu, le 12 juin 1467, par achat de Jacques Kerre- 
man. Celui-ci l'avait possédé du chef de sa mère, 
Marie de Ranst (B. 25 p. 124). Le 13 octobre 1513, 
Elisabeth Bauw fut investie de terres et de bois 
à Reeth et de la seigneurie de Vriessele • , à Contich 
(C. 17837). Le 5 octobre 1528, Jean de Cortenbach 
fit un relief pour Agnès de Berchem, fille d'Elisa- 
beth de Lierre, qui était, elle, une fille naturelle de 
Jean de Lierre (B. 25, p. 292). Lors du mariage de 
sa nièce Anne de Berlo avec Richard de Merode, 
seigneur de Gossoncourt, il dota celle-ci de terres 
àDommelen (rel. du 27 mars 1530; B. 352 p. 547). 
Il possédait, en outre, dans cette localité, en com- 
mun avec sa femme, une propriété, comprenant 
une maison, un moulin, des terres et des prairies ; 
elle fut relevée, le 19 avril 1614, par messire 
Guillaume van der Cluijsen (fils de Henri, seigneur 
de Dommelen), pour sa mère Marie van den 
Nijeuwenhuijsen (B. 371 p. 213). 

Jean de Cortenbach et sa femme ne laissèrent 
pas d'enfants. Ils firent leur testament le 22 dé- 
cembre 1537*. Son mari étant mort le 21 août 



1 Vriessele, Vriessel, Vrijsel, etc., ridderlijk hof, avec 40 à 
50 bonniers de terre, avait un mayeur, des tenanciers et des hom- 
mages, ces derniers au nombre de 25. Par suite de la mort d'Elisa- 
beth Bau, veuve de Jean de C, seigneur de Keerbergeu, messire 
Jacques de Rommerswael, seigneur de Batenbroeck (sous Waelhem), 
releva ce fief, le 2 septembre 1560, avec une rente de 16 quarts de 
blé, hypothéquée sur le moulin de Vrijsel (M. II, p. 89). 

' D'après l' Histoire des Environs de Bruxelles, ils testèrent en faveur 
de leur cousine Jeanne d'Enghien, femme de Gaspard van der Noot, 
seigneur de Carloo. Marie d'Enghien, femme de Jacques de Lalaing, 



— 43 — 

1 549, Elisabeth Bauw reçut l'usufruit de quelques- 
uns de ses biens. — Le 27 juillet 1515, elle avait 
été investie d'une rente annuelle de 200 florins, 
hypothéquée sur le manoir d'Opstalle (sous Rijme- 
nam et Bonheijden), appartenant alors à Nicolas 
Oudart, conseiller au conseil de Brabant (M. 2, 
p. 35) '. Elle décéda le 2 septembre 1560 et semble 
avoir été enterrée avec son premier mari, à Ma- 
lines, dans l'église de Notre-Dame-au-delà-de-la- 
Dyle. — Voici l'épitaphe de ces époux : 

« Hier in den hooghen Choor leet begraven — den Edelen 
ende wel gheboeren Heer Heer Jan van — Cortenback, 
Ridder, Heer van Keerberghen, Vremde — Eechoven &c a , 
sterft int Jaer ons heeren XV C XLIX — den xxi augusti. 
Ende vrouwe — Elisabeth Bauw sijn wettighe huijsvrouw — 
vrauwe van Vremde en Eeckhoven. Sij sterf int jaer ons 
heeren XV C LX den tweeden september. » 

La tombe était ornée des huit quartiers res- 
pectifs des époux : 

Cortenbach (les trois bandes) ; 

Amstenraedt (de gueules à la croix gringolée 
d'argent, chargée en cœur d'un écusson d'argent 
à trois tourteaux de gueules. 

Helmont (d'argent à trois pals de gueules) ; 

Stakenborch (d'or à trois anilles d'azur) ; 

SchoefF (d'azur à trois gerbes d'or) ; 

Schoenjans (d'or à trois tours de sable) ; 

van (der)Aa : échiqueté d'or et de gueules; au franc- 
quartier d'argent, chargé d'une merlette de sable; 

et sa sœur Jeanne, relevèrent 't hof van Ginderachter , à Vilvorde, 
le 22 juin 1561 (E. B.). 

1 Voyez J.-ïh. de Raadt, Quelques observations sur Nicolas 
Oudart et son jeton. 



- 44 - 

Erpe (de sable au sautoir componé d'argent et 
de gueules). — 

Bauw (d'azur à la bande d'or, chargée de trois 
croisettes de gueules) ; 

Kerremans (d'or à trois merlettes de sable) ; 

Ranst (d'argent à trois pals de gueules ; au franc- 
quartier de sable chargé d'un lion d'or) ; 

Boxtel (de gu. à deux fasces, ace. de huit merl. 
en orle; le chef. ch. d'une aigle, le tout d'argent) ; 

Edingen (Enghien : d'argent à trois fleurs de 
lis de sable, au pied coupé, au franc-qu. d'Enghien) ; 

Mol (de gu. à cinq losanges d'arg. aboutés et 
posés en croix, cantonné de vingt billettes d'or, 
cinq dans chaque canton) ; 

Oysi (d'argent au croissant de gueules) ; 

Vaernewijck (de sable à trois lions d'argent) \ 

Dans la même église, on voyait encore un autre 
monument (pierre, obit ou cabinet d'armes), por- 
tant ces blasons; 

Cortenbach, Helmont, Schooff (écartelé de 
Schoonjans), van Aa; Bau (écartelé de 3 crois- 
sants, qui est Eechoven), Ranst *, Edinghen alias 
Kestergaete 3 , Oysy. 

Les 16 quartiers qui précèdent sont basés sur les 
filiations représentées aux deux pages suivantes. 

1 Provincie, stad etc. v. Mechelen; B. R., C. G. manuscrit n° 1511, 
p. 250. — Le manuscrit n° 1515, de la même collection, contient 
également, à la page 404, une copie de l'épitaphe et des 16 quartiers. 
Ici, l'écu de Stakenborch est muni d'un franc-quartier, chargé de 
trois coqs, qui est Hennegrave (Rietstap, Armoriai général). 

- Ranst ici : écartelé ; aux 1 er et 4 e , d'argent à trois pals de gueules ; 
aux 2 e et 3 e , de gueules à deux fasces, ace. de huit merlettes en orle, 
le tout d'argent. 

3 Enghien, au franc-quartier d'argent chargé de 3 fleurs de lis de 
sable, au pied coupé (B. R., C. G. 1511, p. 189). 



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Le musée royal d'antiquités et d'armures, à 
Bruxelles, possède une splendide cheminée, pro- 
venant de Jean de Cortenbach et d'Elisabeth 
Bauw; elle est ornée, au milieu des armes de Cor- 
tenbach (avec cimier), entourées d'une guirlande, 
qui est tenue par des génies. Des deux côtés, on 
voit un écusson en losange, parti de . Cortenbach 
et de Bauw (écartelé d'Eechoven). 

Le 9 novembre 15G0, Barbe de Rommerswael 
et son époux, Arnould de Berlo, seigneur de 
Cortenbach, furent investis, par suite de la mort 
d'Elisabeth Bauw, et en vertu de leur contrat de 
mariage, d'une rente hypothéquée sur les terres 
de Jean van Landonck, à Reeth, et de 2 1/2 bon- 
niers de terre dans cette commune (M. 2 p. 92). 
Le 25 juin 1598, messire Antoine van der Gracht, 
seigneur de Schardau, prêta pour Barbe le serment 
du chef de ces deux fiefs. Le 22 mars 1611, elle 
transporta les 2 1/2 bonniers à Jean, Henri, Pierre 
et Alexandre van der Goes (M. 48 p. 166v°). Dans 
l'église de Duffel, il y avait, autrefois, une verrière 
aux armes de Berlo et de Berlo parti de Rom- 
merswael (de gueules à deux épées d'argent, 
emmanchées d'or, posées en sautoir) et portant 
cette inscription : 

« Alart (?) van Berlo Heer van Cortenback, 1616. 
« Barbara van Romerswale vrouwe van Eechoven, Baten- 
broeck, Vremde 1616 » (C. G. 1511). 



Après la mort du chevalier Jean de Cortenbach i 
la seigneurie de Keerbergen échut à son neveu 



— 48 — 

Guillaume de Berlo 1 , fils de Guillaume, seigneur 
de Petit- Axhe, écuyer de Philippe-le-Beau , et de 
Catherine de Cortenbach. Il la releva le 12 no- 
vembre 1549 : 

« Van Joncheer Willem van Berlo, die opten xij en dach 
van novembri anno XV C XLIX nae doode vanwijlen heeren 
Janne van Cortenbach, Riddere, zijnen oom, aen den voersz. 
stadthoudtre ende mannen van leene, te wetene Jan van 
Beeringen ende Meester Henrick Vermeere, ontfaen heeft 
tôt eenen vollen leene 't dorp ende heerlicheijt van Keer- 
berghen, met hooge, middele ende leeghe, met heerlijcke 
chijsen, van meyere ende laten, keuren, brueken, mannen 
van leene, met eenen wintmolen, ghestaen aldaer, onder 
't voersz. dorp, ende allen anderen heurec toebehoirten, 
in aile der vuegen ende manieren, ghelijck de voersz. 
wijlen heere Jan van Cortenbach die in zijnen levene 
te besitten plach; ontfaen voer 't hergeweijde iij lb. xv st. » 
(C. n° 17838). 

Le 2 novembre 1552, Guillaume de Berlo, 
seigneur de Keerbergen, fut investi, par achat de 
Thomas de Plaines, seigneur de La Roche, d'une 
rente hypothéquée sur le château de Koest (B. 357 
p. 280). Il posséda également la seigneurie de 



1 Les Berlo, Berloo, etc., sont une ancienne et puissante famille 
du village de Berloz (au pays de Liège), qu'elle possédait jadis 
comme franc-alleu et où elle avait un château fort (St. Bormans, 
Les seigneuries allodiales de Liège). Au traité de Fexhe, 18 juin 
1316, on rencontre parmi la noblesse, Gerar de Bierloz et Rues 
de Bierloux (Mgr. Namèche, Hist. de la Princip. de Liège). — Dans 
les combats des d'Awans contre les de Waroux, les Berlo furent 
dans le camp de ces derniers (ibid.). 



4!) 

Swijveghem et figure fréquemment, en dernier lieu 
le 22 mars 1556, parmi les hommes de fief du pays 
de Marines (C. 17839). 

Sa femme était Jeanne de Merode, dame de 
Pologne, vicomtesse de Looz etc., qui mourut le 
25 septembre 1552 ' et fut inhumée à Muijsen sous 
une pierre ornée de ses huit quartiers et de cette 
épitaphe : 

« Hier leet begraven Jouffïouwe Jolianna van Merode 
dochter wijlen lieeren Henricx van Merode, heere van 
Voelen, Braive, etc., die welcke wettighe huijsvrouwe was 
van Joncheer Willem van Berlo heere van Keerberghen 
ende Siviveghem ende sterf int jaer ons heeren 1552 den 
25 septeniber diens siele godt ontfermen. » 

Les quartiers sont : 

Merode, van der Aa, Bauw, Hardumont; Mos- 
male, Horyon, Boulant alias Rolle, Fexhe 2 . 

Ceux de son mari, dans la même ordonnance, 
sont : Berlo, Houtain, Duras, Guijgoven; Corten- 
bach, Berlaer, Schoof, van der Aa. 

Nous donnerons aux pages suivantes les deux 
tableaux généalogiques qui sont représentés par 
ces quartiers : 



1 D'après l'ouvrage intitulé : Geschichte der Famille Merode, par 
E. Richardson (pseudonyme du comte E. de Mirbach-Harf) la femme 
de Guillaume de Berlo serait morte en 1572 (I, p. 232). 

* Voyez Prov., stad etc. van Mechelen, II, 407 ; C. G. 1511 p. 170, 
etibid.,1515,p. 414. 



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— 52 — 

De Guillaume de Berlo et de Jeanne de Merode, 
nous connaissons six enfants ; 

1° Guillaume, seigneur de Fologne ' ; 

2" Jean qui suit; 

3° Marie, femme d'Englebert d'Immerseel, vi- 
comte d'Alost, seigneur d'Immerseel, Wommelgem, 
Itegem, ter Hameijden, Meijsse, etc., veuf en 
premières noces de Jossine de Grevenbroeck. dame 
de Loon-op-Zand, Bokhoven, Olmen etc. ; 

4° Elisabeth, qui releva, le 9 novembre 1560, 
en vertu du testament de sa grande-tante, Elisabeth 
Bauw, dame d'Eechoven, la rente susmentionnée 
sur Opstalle. Son oncle, messire Arnould de Berlo, 
époux de Barbe de Rommerswael, prêta le serment 
féodal pour elle (M. 2, p. 91); 

5" Marguerite; 

6 U Charles de Berlo, chanoine. 

Jean de Berlo précité, fut investi, le 15 janvier 
1557, par indivis, pour lui et ses frères (« in bru- 
derlijcken rechte ») de la haute, moyenne et basse 
justice du village de Keerbergen, du moulin à vent 
et de toutes les autres ap- et dépendances. Son 
tuteur, messire Arnould de Berlo se constitua 
homme-servant (besetman) du fief (M. 2, p. 63). Un 
autre tuteur de Jean de Berlo et de ses frères et 
sœurs, messire Guillaume de Merode, seigneur de 
Fologne, est cité dans un acte de 1562 (B. 358, 
p. 358!). 

1 II paraît être ce Guilelmus Berlo, Mecliliniens l s, qui fut immatri- 
culé à l'Université de Louvain en février 1562 (Matricule de Louvain). 



- 53 — 

Le 7 du même mois, Arnould de Berlo avait 
relevé pour Guillaume, Jean de Berlo et leurs sœurs, 
une rente de 300 florins Carolus sur Fologne et 
une autre de 60 florins sur le château de Roest 
(B. 358, p. 90). Le 5 décembre 1590, la rente sur 
Fologne fut portée, au nom d'une des sœurs, 
Elisabeth (B. 364, p. 286). 

Le 18 juillet 1573, Jean de Berlo prêta lui- 
même le serinent de fidélité du chef deKeerbergen. 
Il fut aussi comte d'Hozémont, seigneur de 
Braives, Ciplet, Sclessin etc. Par contrat du 18 
août 1577, il épousa Marie Marguerite d'Argen- 
teau (Arckenteel etc.), fille « de feu noble et vaillant 
seigneur Guillaume d'Argenteau, en son vivant 
comte d'Esseneux , et de noble dame Jehenne 
d'Autel, sa compaigne legittime douaigière d'Esse- 
neux, » fille de Jean, seigneur de Vogelsang, et de 
Jeanne Cottereau. Voici les huit quartiers de la 
femme de Jean de Berlo : 

d'Argenteau, d'Autel, 

de la Malaise, de Cottereau, 

d'Alsteren, de Pallant, 

de Longchamps, de Wideux; 

d'Argenteau porte : d'azur à la croix d'or, chargée 
de 5 coquilles de gueules et accompagnée de vingt 
croisettes recroisetées, au pied fiché, du second. 
Jean de Berlo apporta à son mariage les châteaux 
et seigneuries de Braives et de Ciplet et l'avouerie 
de Moxhe et de Moxheron; Marie Marguerite 
d'Argenteau : le château et seigneurie de Waije- 
nesse (Waijenesse, Wadenesse, etc.), sous Rijmenam 
et Bonheijden, et une rente de 300 florins, hypo- 



— 54 — 

théquée sur la seigneurie de Dongelberg. Moyen- 
nant cette rente, que Jean cTArgenteau, seigneur 
d'Esneux, leur transporta, le 21 octobre 1577, les 
époux renoncèrent à tous leurs droits sur la suc- 
cession des cVArgenteau. Par acte, passé, le 20 août 
de la même année, au château d'Esneux, en pré- 
sence du notaire Carpentary, le frère de Jean, 
Guillaume de Berlo, seigneur de Fologne se porta 
garant pour l'observation des stipulations du con- 
trat de mariage et engagea de ce chef sa seigneurie 
de Fologne. Les témoins de cet acte (qui fut enre- 
gistré à la cour féodale de Brabant, le 21 octobre 
suivant) furent : Florent, seigneur d'Àrgenteau, 
Jean de Berlo, seigneur de Sclessin, Arnould de 
Berlo, seigneur deCortenbach, et Henri d'Eijnatten, 
seigneur de Bolland (B. 361, p. 451) '. 



1 Le 16 uovbr. 1555, Arnould, bâtard de Berlo relève pour 
Jacqueline de Berlo, femme de messire Florent d'Argenteau, par le 
trépas de Marie Cottreaux, mère de celle-ci, une rente féodale 
(B. 357, p. 476). Le 5 février 1557, Jean Cottreau, seigneur de 
Jauche, fit en qualité de tuteur de Jean d'Argenteau, seigneur 
d'Ochain (Ochem), et par achat de la sœur utérine de celui-ci, Jeanne 
d'Autel (van EltereJ et de son mari, Guillaume d'Argenteau, seigneur 
•lEsneux, le relief d'une rente de 100 fl. sur Gaesbeek etc. (B. 358, 
p. 101). Le 23 mai 1571, Jean d'Argenteau, fils de Guillaume, comte 
d'Esneux, releva, par suite de la mort de sa grand'mère, Françoise 
de le Malaise-, dame de Dongelberg, les seigneuries de Dongelberg, 
de Lavoir, avec le château, et un quart de la cour de Jupplieu, à 
Noville-sur-Mehaigne. Jeanne d'Autel, veuve du comte d'Esneux, 
fut investie de l'usufruit de ces biens (B. 361, p. 116). Le 7 juin 
suivant, Jeanne et Anne d'Argenteau, filles de Jean et de Françoise 
de le Malaise, reçurent l'investiture du château et d'un quart de la 
dite cour de Jupplieu (ib. p. 119;. Le 2 mai 1586, Damoiseau Florent 
d'Argenteau, seigneur de Strippiyny, fit le relief de ce fief (B. 363, 
p. 153). 



— 55 — 

Quant à Braives et Ciplet et à l'avouerie cle 
Moxhe et de Moxheron, une tante de Jean de 
Berlo, Marguerite de Merode, les lui avait cédés, 
par donation entre vifs, sous réserve d'usufruit, 
et à condition que, dans le cas où Jean passerait 
de vie à trépas avant la donatrice, sans laisser 
d'hoirs, ces biens devraient retourner à celle-ci. 
Le 4 février 1577, messire Philippe van der 
Meeren, seigneur de Saventhem, mandataire de 
cette dame, en avait fait investir Jean (B. 361, 
p. 411). 

Le 11 juillet 1584, Jean de Berlo, seigneur de 
Fologne, vicomte héréditaire de Looz, comte dHozé- 
mont , seigneur de Keerbergen, releva par suite 
du décès de son frère Guillaume, la seigneurie 
de Fologne, le hameau de ten Winckel, avec des 
hommages (près deLummen),lacour de tenanciers 
(laethof) de Zoelrebroeck, et le bien dit het Hel- 
montsbroeck, à Oisterwijk (B. 363, p. 47); le 1 er dé- 
cembre suivant, il reçut quatre autres fiefs 
(B. 364, p. 23). 



Avant de continuer l'histoire de Keerbergen et 
de ses seigneurs, il nous semble opportun d'es- 
quisser à grands traits celle de "Wayenesse. Ainsi 
qu'on l'a vu, cette belle propriété avait été appor- 
tée à Jean de Berlo par sa femme, Marie Mar- 
guerite d'Argenteau. 

Elle consistait en un château et diverses terres 
et avait un mayeur, des tenanciers, des hommes 
de fief, des cens, pontpenninghen, keuren, etc. Le 



— 56 — 

premier propriétaire de Wayenesse que nous 
ayons rencontré, est Jean van der Snnnen. Il le 
transporta, le 11 septembre 1516, à Marguerite 
de Wideux, dame dudit lieux (Widue, Widoe, 
Giridoe etc.), veuve du chevalier Jean Cottreau 
(Coutereau, Cotereau, Couireel etc.). Après la mort 
de cette dame, sa fille, Marie Coutereau, en fit 
le relief, le 5 juin 1518. Elle épousa Arnould 
de Berlo, avoué de Sclessin et d'Ougrée, seigneur 
d'Ongnies, comte d'Hozémont, bourgmestre de 
Liège, etc., dont elle eut, entre autres, une fille, 
Jacqueline, qui releva Wayenesse, le 22 avril 1556. 
Son époux, messire Florent d'Argenteau, prêta le 
serment de fidélité pour elle. La terre passa, 
ensuite, par succession, à Jean de Berlo, seigneur 
de Sclessin, frère de Jacqueline, et qui en fut 
investi le 15 janvier 1557. En vertu du testament 
de ce dernier, Jeanne d'Autel, dame d'Esneux, 
veuve de Guillaume d'Argenteau, et sa fille Marie 
Marguerite firent le relief de la propriété. Par le 
mariage de cette demoiselle, la seigneurie rentra 
dans la famille de Berlo i . 



Jean de Berlo et Marie Marguerite d'Argen- 
teau testèrent deux fois : le 15 juin 1599 devant 
le notaire Lapide, à Liège, et, le 2 avril 1608, 
devant maître Antoine van Etten (M. 6, p. 61). 
Le 9 mars 1604, il firent un codicille (ibid. 8, p. 3). 
Ils léguèrent à noble seigneur Charles de Berlo. 

i C. 17838 et 17839; M. 2, p. 16, 62 et 112. 



- 57 - 

seigneur de Wuestwezel, à sa femme, Agathe de 
Merode, et à un des fils de ceux-ci, à l'aîné ou à un 
des puînés, suivant la décision des parents : 1° la 
seigneuriede Keerbergen-Bollo, avec haute, moyenne 
et basse justice; 2° la cour censale, dite la censé 
de Helmond, sous la seigneurie de Moll; 3° deux 
rentes, respectivement de 6 florins à charge des 
héritiers de Philippe le Clerq, de Keerbergen, et 
de 60 florins sur la seigneurie de Roost ; 4° la cour 
censale de Waijenesse, avec les bois, dont une partie 
appartenait aux seigneurs de Duffel et de Melroy ; 
5° la grande et la petite maison, dite la maison de 
Cortenbach, au marché aux grains, à Malines, 
avec une part dans le tonlieu de cette ville, dont 
l'autre part était perçue par la famille de Merode 
de Duffel ; 6° une rente de 100 peters, due par la 
corporation des brasseurs , de Malines ; 7° un sixième 
des dîmes de Duffel, avec des hommages, apparte- 
nant aux testateurs par indivis avec les seigneurs 
de Duffel et de Melroy; 8° une rente de quatre 
quarts de toassend (froment; flam. weit; allem. 
Weizen). Ce legs fut fait à condition d'assigner 
une rente de 6 florins pour la fondation d'une 
messe chantée aux anniversaires de la mort des 
testateurs et pour la distribution d'un quart de 
wassend aux pauvres qui assisteraient à cette 
messe. Il est stipulé, ensuite, que, au cas où Charles 
de Berlo ne laisserait pas de fils légitime, les biens 
devraient échoir à Jean, seigneur de Berlo, fils de 
Jean et d'Anne de Blitterswijck, et à défaut d'hoirs 
de celui-ci, au fils cadet de la maison de Berlo, 
c'est-à-dire au cadet de la branche possédant la 



— 58 - 

terre de Berlo. — Dans le codicille, Jean de Berlo 
exprima le désir formel que tous les biens précités 
passassent à son filleul Jean, fils aîné du seigneur 
de Wuestwezel et d'Agathe de Merode, et, si Jean 
venait à mourir sans hoir, aux autres fils de ceux-ci 
(M. 8, p. 197). 

Après le décès de son époux, Marie Marguerite 
d'Argenteau, comtesse-douairière d'Hozémont, fit 
relever, le 26 novembre 1605, l'usufruit de la 
seigneurie de Keerbergen (M. 3, p. 76). Elle fut 
investie, en outre, de l'usufruit de Fologne, ten 
Winckel, Helmondsbroeck, Braives, Ciplet et du 
bien dit Lamendonck, à Schijndel (rel. du 2 sept. 
1605, respectivement du 29 octobre 1608) (M. 3, 
p. 76). 

Le testament des époux donna lieu à de longs 
procès. Les biens furent revendiqués, entre autres, 
parles seigneurs de Grasen 1 et de Mailly, du chef 
de leurs femmes. Par suite d'une sentence du 
conseil souverain de Brabant, du 4 décembre 1608, 
François Laurenz, accompagné de Marc de Wijse, 
prêtre et licencié en droit, agent de la comtesse 
d'Hozémont, releva de nouveau pour cette dame la 
seigneurie de Keerbergen <■< voor de geheele tocht 
ende douarie van aile recht ende actie als haer 
gelaten ende competerende es wt crachte van den 
testament van voorsz. saliger haren man » (M. 3, 
p. 76v°). Le 27 octobre 1616, Marie d'Argenteau, 
dame de Fologne, Keerbergen, etc., fit constituer 

1 Probablement Henri de Berlo, époux de Jeanne d'Oyenbrugge 
de Duras, dame de Grasen. 



— 59 — 

audit de Wijse, par messire Simon van Royen, 
drossard de Keerbergen, une rente de 25 florins 
sur Wayenesse, et le 10 juin 1617, une autre de 
15 florins (M, 5, p. 34 et 47). Le 19 juillet 1619,' 
messire Jean de Trouy fit le relief de Keerbergen 
« ende dat tôt behoeve van den genen die bij den 
testamente van wijlen heer Jan van Berlo oft 
anders bij scheijdinge ende deijlinge bevonden sal 
wordden gerecht te sijne. » Lambert de Boije, 
âgé de 17 ans, « laqueij van de vrouw douagiere 
van Hozimont » fut constitué, homme-mortuaire 
(M. 5, p. 75v°). 

Marie Marguerite d'Argenteau testa le dernier 
jour de février 1629 et semble être morte peu de 
temps après (B. 373, p. 966). 

Ce fut du temps de Jean de Berlo que l'arche- 
vêque de Marines, alors le cardinal de Granvelle, 
dota la chapelle des Saints Antoine et Barbe , à 
Keerbergen, de fonts baptismaux. L'acte y relatif 
fut donné à Bruxelles, le 16 octobre 1570. Pendant 
les guerres de la fin du siècle, Keerbergen eut 
fréquemment à souffrir d'invasions de troupes 
et semble même avoir été le théâtre de combats 
sanglants. L'église, placée à environ une demi- 
lieue de la localité, fut particulièrement éprouvée. 
Pillée par la soldatesque, elle fut transformée en 
retranchement par le capitaine Mol (1598). Le 
culte divin se célébrait alors dans la chapelle 
située au milieu du village, mais elle était abso- 
lument insuffisante pour contenir les fidèles, et 
on était forcé de faire les- enterrements dans les 
communes voisines. En 1607, il ne restait plus 



60 — 



de l'église que quelques ruines qui étaient occu- 
pées par les troupes { , 



En vertu du testament de Jean de Berlo, messire 
Charles de Berlo, comte d'Hozémont, avoué de 
Sclessin et d'Ougrée (descendant à la troisième 
génération de Guillaume de Berlo et de Catherine 
de Cortenbach), réclama l'investiture de Keer- 
bergen. Il reçut celle-ci le 4 septembre 1629 et 
transporta ce fief, le même jour, à son fils aîné, 
Florent, pour qui il prêta le serinent d'usage 
(M. 6, p. 60v° et p. 61). 

Charles de Berlo, ancien chanoine tréfoncier de 
la cathédrale de Liège (reçu le 23 septembre 1585), 
avait hérité de son grand-oncle, le chanoine Charles 
van der Meeren, la seigneurie de Wuestwezel 2 
(r. du 28 mai 1596). Il la vendit, devant les éche- 
vins d'Anvers, à Guillaume Adrien de Hornes, 
seigneur-banneret de Kessel, qui en fit le relief 
le 7 octobre 1611 (B. 109, p. 152). Le 8 mars 
1600, Charles de Berlo, seigneur de Wuestwezel et 
Westdoorne, engagea à Jean van Geistlingen, de 
Maeseijck, moyennant 1428 florins, monnaie de 
Brabant « sijnre landen und weijden under die 
justifie van Born, Obbich ende andre justifie 



1 Rapports du doyen des années 1598 et 1607. Anal, pourserv. à 
Vhist. ecclés. de la Belg., X, 313, 315). 

2 Au sujet de Wuestwezel, il eut à soutenir un procès contre 
Guillaume van der Meeren, seigneur de Saventhem (Procès 765- 
1426). Pour la partie plus moderne de l'histoire de Wuestwezel, 
consultez notre Notice historique sur Broechem et ses seigneurs. 



— 61 — 

daerumbtrent gelegen. » En outre, sa femme, 
Agathe de Merode, assigna en garantie tous ses 
biens (Publications de la Société hist. et arch. de 
Limbourg, XX). 

Son parent Antoine d'Argenteau, comte d'Es- 
neux, seigneur de Dongelberg, Lavoir, etc. (fils de 
Jean et de Gertrude van der Graclit, chanoinesse 
de Moustier, qui était fille d'Antoine, seigneur 
de Schardau, etc., et de Gertrude de Berlo), lui 
disputa le château de Waijenesse. Il en obtint une 
investiture, le 1 er septembre 1629, en qualité d'hé- 
ritier de s^, tante Marie Marguerite d'Argenteau. 
Mais, comme on le verra plus tard, Waijenesse 
resta à Charles de Berlo, qui le transmit à ses 
héritiers (M. 6, p. 60). 

Après avoir renoncé à sa prébende, Charles de 
Berlo avait épousé Agathe de Mérode, qui mourut 
le 10 août 1641 '. Ils eurent huit enfants : 

1° Jean, filleul de Jean de Berlo, comte d'Hozé- 
mont, qui lui destinait la seigneurie de Keerbergen 
et d'autres biens (voyez ci-dessus) ; f jeune, avant 
le 27 août 1629; 

2° Florent, qui suit ; 

3° Ernest, qui suivra après son frère; 

4° Béatrice, chanoinesse de Munsterbilsen, 
femme d'Hippolyte de Naldi; 

5° Madeleine, chanoinesse de Nivelles; 

6° Charles, t 

7» Ferdinand, I raorts J eunes ; 



» Cette date résulte de l'acte du 12 octobr. 1G41 (M. 8, p. 3). 



- 62 — 

« 

8° Arnould, lieutenant-colonel au service de 
l'empereur. 

Florent de Berlo, seigneur de Keerbergen, 
Bollo, etc., par transport de son père (4 sep- 
tembre 1629), paraît avoir eu pour parrain son 
oncle Florent de Merode, marquis de Deynze, 
baron de Duffel, etc. Il devint colonel au service 
de l'empereur, membre du corps équestre du 
pays de Liège et du comté de Looz (admis le 
1 er décembre 1639). 

Le 7 septembre 1630, il constitua, en qualité 
de mandataire de son père, moyennant un capital 
de 1600 florins, aux dames du couvent de Tabor, 
à Malines, une rente de 100 florins, en leur enga- 
geant la seigneurie de Keerbergen, l'hôtel de 
Cortenbach, à Malines, et les biens et seigneuries 
de son père au pays de Liège ' (M. 6, p. 47). Le 
29 juillet 1632, il constitua une autre rente de 
200 florins, en faveur de Jean deMoor, apothicaire 
à Malines, et à sa femme, Marie van der Strepen, 
de qui il avait reçu la somme de 3200 florins. 
Cette rente fut hypothéquée sur Keerbergen et 
Bollo (M. 6, p. 97 et 105). L'acte y relatif qualifie 
Florent de baron de Dougnies (qui est Ongnies), 
seigneur de Keerbergen. 



1 Nicolas van Ghemen, commissaire royal, et sa femme Pétronille 
van Ophem, propriétaires, pour un huitième, de l'hôtel de Corten- 
bach, remboursèrent ce capital le 24 février 1648. La rente fut 
cassée en la cour féodale de Malines, le 24 décembre 1653 (M. 10, 
p. 182). 



— 63 — 

Après le décès de leur père, les enfants de 
Charles de Berlo, seigneur-banneret de Berlo, 
seigneur de Selessin et d'Ongnies, savoir : Florent, 
baron de Selessin, etc., marié à Isabelle Anne de 
Cortenbach, Ernest et Béatrice, assistée de son 
mari, messire Hippolyte de Naldi, procédèrent, le 
28 février 1639, de concert avec leur mère, par- 
devant Pierre Plenevaux, notaire de Liège, au 
partage de la succession paternelle. Ernest eut 
de celle-ci la seigneurie de Keerbergen-Bollo, 
la part du tonlieu de Malines et la rente due par 
la corporation des brasseurs de cette ville, avec 
toutes les charges y rattachées. On stipula que, si 
Ernest venait à mourir sans enfants, tous les 
biens, devraient retourner aux autres enfants, sauf 
l'usufruit pour sa femme (M. 8, p. 197). Maître 
Antoine van der Hoff, homme de fief du pays de 
Malines, releva Keerbergen pour Ernest, le 16 mai 
suivant, en vertu d'une procuration d'Agathe de 
Merode (M. 7, p. 189); il négligea, toutefois, de 
déclarer à la cour féodale que cette seigneurie 
constituait un hdéicommis, oubli qu'Ernest de 
Berlo répara en personne le 12 décembre de la 
même année. La cour enregistra la clause relative 
au fidéicommis de la façon suivante : « et advenant 
que ledit Seigneur vénal aller de vie a trespas sans 
laisser hoirs, la dite seigneurie de Keerberch avec 
ses appendices, appartenances et dépendances 
retourneront à proumet de ses frers et seures ou 
leurs enfans et hoirs legittimes, soit filz et 
filles.... » (M. 7, p. 197). 

Le 16 du même mois, Conrard van Steenwinckel 



— G4 

présenta à la cour féodale un instrument, passé, 
le 10 novembre, au Chasteau de Sclessin en la 
Sale par terre, par-devant le notaire Plenevaux, 
instrument par lequel noble et illustre seigneur 
Florent, baron de Berlo , seigneur de Sclessin, 
Oignies etc. et sa femme, Isabelle Anne de Cor- 
tenbach ' (dame de Cortenbach, fille de Guillaume 
et de Marguerite van der Lippen, dite Hoen, et 
qui, d'après un des manuscrits in-folio du chanoine 
Hellin, aurait vendu Cortenbach au colonel S netter), 
renoncèrent, pour eux et pour leurs hoirs, au profit 
de leur frère et beau-frère respectif, noble géné- 
reux seigneur Ernest, baron de Berloo, seigneur de 
Keerenberch, Bollo, etc., à tons leurs droits sur le 
ndéicommis. En garantie de cette renonciation, ils 
engagèrent la totalité de leurs biens (M. 7, p. 198). 

J. Th. de Raadt. 
(A continuer.) 

' Mariés, à Aix-la-Chapelle, le 23 septbr. 1634. 



— 65 — 



Anciennes Tombes et Épitaphes $ 



DE 



L'HOSPICE DE WENNEMAER 

A GAND 



Sur la place Sainte-Pharaïlde, à Gand, non loin 
de l'antique château des Comtes de Flandre, se 
trouve une vieille maison habitée aujourd'hui en 
partie par un boulanger, en partie par un auber- 
.giste-marchancl de sabots. A côté de celle-ci existe 
encore maintenant une porte grillée, surmontée 
d'une niche vide, occupée jadis par la statue de 
Saint-Laurent. Elle donnait accès à la chapelle 
dédiée au dit Saint, patron de l'hospice de Wenne- 
maer, et de nos jours au Marché aux Poissons. 
Cette maison était connue sous plusieurs déno- 
minations : Het Paradys (le Paradis), désignation 
patronymique de l'hôtel; Wennemaers hospitael, 
du nom de son fondateur; Hospice Saint- Laurent, 
parce que ce Saint en était le patron. De ce coquet 
hospice dont la reconstruction date de la fin du 



— 66 — 

XVI e siècle, il ne subsiste pins que la façade. Il 
subit le sort de la plupart des institutions reli- 
gieuses : les iconoclastes du XVI e siècle détruisirent 
le couvent; les deux tombes de ses fondateurs 
furent seules épargnées. 

Guillaume Wennemaer , haut échevin (hoofd 
sehepen) de la Keure de Gand, de concert avec sa 
noble épouse Marguerite de Brune, et suivant acte 
passé par devant les échevins, le Mardi après le 
jour de la Magdelaine en Fan 1323, convertit son 
hôtel, le Paradis, en institution de bienfaisance 
pour les pauvres. Ce grand seigneur ne fut pas 
longtemps témoin de l'exécution de cette bonne 
œuvre. Le 5 juillet 1325, il trouva la mort dans 
les rangs des Gantois qu'il commandait, tué par 
Robert de Cassel, au pont de Rekeling, près de 
Deynze. Sa femme prit alors le voile et devint 
supérieure (meesterighe) de l'hospice qu'elle avait 
aidé à fonder. Elle y vécut 27 ans donnant l'exemple 
de la résignation et du dévouement. 

Les Archives de la ville de Gand possèdent fort 
peu de documents de ce couvent : quelques pièces 
de procès, un chirographe de 1354, par lequel 
Hughe Brebaert et sa mère fondent des lits à 
l'hôpital dit Paradys, à Gand; un terrier du 
XVII e siècle et un registre copié de généalogies et 
d'octrois. La présence de ce dernier s'explique 
surtout par le fait que personne ne pouvait être 
nommé gouverneur ou tuteur de cet établissement 
sans être attaché par un lien de sang à la famille 
du fondateur. 

L'administration des Hospices civils conserve 



- 67 — 

dans son dépôt des manuscrits d'une grande im- 
portance. Messieurs le baron de Saint-Génois des 
Mottes et Van Lokeren dans leurs notices sur le 
couvent de Wennemaer, publiées dans le Messager 
des sciences historiques de Belgique, années 1853 
page 64, 1854 page 169 et 1871 page 474, et 
Kervyn de Volkaersbeke, dans son ouvrage inti- 
tulé : Eglises de Gand, tome II, page 367, en ont 
relaté les passages qui offraient le plus d'intérêt. 
Dans un recueil d'épitaphes qui est en notre 
possession, nous trouvons la description des 
tombes mentionnées par les savants auteurs pré- 
cités. Plusieurs inscriptions funéraires dont men- 
tion n'est faite nulle part ailleurs, sont décrites 
dans cet épitaphier. Ces dernières, nous semble-t-il, 
figureront avec intérêt auprès de celles déjà citées 
dans ces autres ouvrages. 

Voor den autaer eenen metaelen sarck (portant comme 
blason : parti à dextre de sinople à 10 billettes d'argent 
posées 4, 3, 2, 1 et à senestre de sable à une tête de jeune 
fille au naturel) : 

« Hier light begraven mevrouw Margriete S'Brune, fon- 
daterigghe, ende gheselnede van mher Willem Wemaere die 
starf int jaer ons heeren 1352 op onsen vrauwen avont 
in 7 bre , welck met haer beede goeden hospitael sichtent 
tamelyck beleet was by haer in den staet van habyte ende 
meesterschip wel XXVIII jaer naer ser Willems doot 
voorseit. » 

Op den selven steen : 

« Wenemars hec fossa Guillelmi continet ossa 
Jura tuens villœ Gandœ pugnans cadit ille 



— 68 — 

Annus M. ter C bis bissenus et I per se 
Migrans a venis kis, idibus in julianis 
Condidit hanc edem pauperibus recreandis. » 

Onder op het sweert van de effigie van mher Willem 
staet : 

« Horrebunt dudum reprobi me cernere nudum. » 

Rontkom den sarck stont : 

« Jo e Margriete S'Brunen uxor Guillelmi obijt a 1352, 
m a 7 bris . » 

Ibidem eenen blauwen sarck : 

« Desen steen is kier gkeleyt om daer onder te begraven 
Jo e Barbara Debins een van de vier susteren kier binnen, 
ende oock andere susteren die kier naermaels in kaer stede 
commen van ket selve gkeslackte, op dat kem lieden gke- 
lieft, ende overleet int jaer 1482. » 

De capelle van Wenemaers kospitael wederomme naer 
de reconciliatie deser stede, van nieux opgkemaeckt synde, 
is by de meesteriggke gkestelt dit naervolgkende epitapkie 
onder twee groote metaele figueren gkestelt in den muer 
van den ckoor : 

« Epitapkum Generosi nobilis Guillelmi a Wedemaere 
kujus domus fundatoris. 
Invida virtuti mors, claris aemula factis, 

Quid merui, cur me, mors violenta, prenait ? 
Non ego, Gorduni sum principis arma secutus, 

Inque rebellantes arma cruenta tuli. 
Nonne reluctantes populos armisque frementes, 

Agressus domini, quid domuisse juvat ? 
Quid juvat Herculeus, me quondam viribus usum, 

Spécula non potui, mors superare tua. 
Ergo pio patriœ jacui inflammatus amore, 



- 69 — 

Vulnere confossus, Casteliane tuo, 
Sed jacuisse nihil : mors omnibus equa propinquat ! 

Turbatur tumulus post tria secla meus. 
Sacrilegi rapiunt, sparguntur busta per agros 

Ossaque ; nunc sparsis ossibus urna vacat. 
Origitur tumulus, surgentis imago sepulchri 

Umbratenus nostri quœ simulachra tenet, 
Origitur tumulus ne vana recédât in auras 

Jama levis, precibus ne mea busta vacent. 
Epitaphium D. et nobilis Domicelloe S'Brunen hujus 

domus fundatricis et magistrœ. 
Hœc ego cœlestis Paradisi nominis œdes 

Delicias generi pauperibusque dedi. 
Quondam etenim in terris paradisi dulce viretum 

iEterni lustrans hoc meditabar opus. 
Hic ego, crudeli deleto morte marito, 

Cincta comas vittis planta novella fui, 
Planta novella fui Paradisi primaque sacrce 

Et domina et famula et fida magistra domus. 
Nil nisi cœlestes spirabam vertice odores, 

Solamen miseris, dux, via, vita, salus, 
Vita opibus, dux consiliis, solamen in arctis, 

Exemploque salus consilioque via ; 
Cumque animum immitis nexosque resolveret artus 

Atropos et vitœ stamina parra ferox, 
Hic sacro condebar humo; rerum impia bustum 

Posteritas rapuit, post tria secla, meum. 
Iamque nihil restât veteris nisi imago sepulchri, 

Quœ memorem, lector, te facit esse mei ! » 



Onder de voorgaende figueren was 't naervolghende : 

« Sépulture van mher Willem Wenemaeredie versleghen 
was van Robrecht van Cassel te Reckelyn den v en july 



— 70 — 

a 1325 ende van mevrouwe S'Brunen syn gheselnede die 
overleet op onsen vrouwen avont iu 7 bre a 1353 ende hebben 
dit Hospitael met beede haerlieder goeden ghefondeert 
ende ghesticht ende mevrouwe noch 28 jaern taemelyck 
beleet in habyte ende meesterigghe naer mher Willems 
doot voorseit. 

« Bidt over de zielen. Actum 1589. » 



Neffens bet H. Sacraments huus, in een ovaele plaete, in 
blau steen gbestelt (portant le blason : d'or à 2 merlettes 
de sable perchées sur une branche de sinople marchant de 
senestre à dextre) : 

« Hier vooren light begraven den eersaemen Laureyns 
van Houte f s Joos,onghehuwet,voochtvan desengodtshuuse, 
heeft alhier ghefondeert dry missen ter weke, eeuwelyck 
gheduerende, te weten maendagh wonsdagh ende vrydagh, 
met aile jaeren alsoo langhe als hy leeft beginnende op den 
x en augusti 1550 een sermoen tsiaers ende xxmi aerme- 
lieden elck een wittebroot van vier groote t'stuck en n gr. 
eng., ende elck een pinte wyn, ofte acht groote voor elcke 
pinte, ende t'synen overlyden tselfste te doen t'elcken op 
den dagh van syn jaerghetyde, mitsgaeders dry missen oock 
op den selfsten dagh eeuwelyck ende erfvelyck gheduerende, 
die overleet den 24 X bre 1604. 

« Bidt Godt voor de ziele. » 

Daer vooren eenen blauwen sarck (blason comme le 
précédent) : 

« Sépulture van eersaemen Laureyns Van Haute f * Joos, 
voocht van desen godtshuyse sichtent den jaere 1586 den 
ix eu X bre ende heeft dese capelle doen repareren ende laeten 
wyden van eerwerdighen heer bisschop van Rurmonde heer 
Willem van der Linde, tweeden bisschop van Ghendt op 



— 71 - 

den 25 en february 1588, welcken voocht overleet den 
24 X bre 1604. 

« Bidt voor de ziele. » 

Voor denaultaer blauwen sarck (blason comme ci-dessus) : 

« Sépulture van eersaemen Jo e Cathelyne van Haute 
f ia Martens religieuse van desen godshuuse gheweest 
73 jaeren ende t'selfe geregiert als meesterigghe den tydt 
van xxini jaeren, die overleet den 15 e " july 1588. Bidt voor 
de ziele ende voor de andere religieusen die nu syn, ende 
naer haerlieder commen sullen 1 590. » 

Cette pierre tumulaire est déposée aux ruines 
de l'abbaye de Saint-Bavon. Au milieu, gravées sur 
cuivre, sont représentées en losange, les armoiries 
de la famille van den Haute. Des deux côtés de 
ces dernières figurent, taillées dans la pierre, celles 
de Wennemaere et de Brune. Ce monument funé- 
raire mérite une mention spéciale pour son parfait 
état de conservation. 



Ter syden van den aultaer aenden muer een ander 
viercant steenken (blason mentionné plus haut) : 

« Anno 1587 den xv e mey. Hier light begraven Jo e Cathe- 
lyne van Haute f ia Martens religieuse ende meesterigghe 
gheweest 73 jaeren, die overleet den xv e july 1588. Bidt 
voor de ziele. » 

Dit is de deure van den graeve : 

« Hier syn sesthien provengiersterigghen met dejonck- 
wyfs die de viz moeten bestaen van eenigher syde, sij 
hebben een caemere, een achterlinck taerwe ter weke, ende 



— 72 - 

vier stuyvers ende allé dry maenden acht stuyvers om 

potaige, de vier nonen ofte religieusen lesen liaerlieder 

seven ghetyden met pater nosters ende beloven suyverheyt. 

« Daer pleghen broers te wesen maer syn afghestelt. » 

Ici finissent les citations extraites du manuscrit 
et par conséquent la tâche que je m'étais imposée. 
Les quelques données empruntées à ce recueil 
d'épitaphes sont importantes pour l'histoire de 
l'hospice. 

Aujourd'hui il n'existe plus qu'une seule reli- 
gieuse qui faisait partie du couvent. Expulsée de 
sa retraite elle demeure depuis 1866 dans une 
maison de l'ancien béguinage, à Gand. Elle se 
nomme Thérèse Van den Berghe mais est spéciale- 
ment connue dans son voisinage sous la dénomi- 
nation het begyntje van S tb Lauwereyns capellehe. 

Elle a obtenu l'autorisation ecclésiastique de 
conserver les reliques de Saint-Laurent. On in- 
voque ce dernier pour obtenir la guérison de mala- 
dies de la peau et des yeux. 

Chaque année, le jour de la fête de ce Saint, 
l'abbé Van Loo bénit l'eau dite de Saint-Laurent. 

Robert Schoormax. 



— 73 — 



ARCHIVES GANTOISES 1 . 



VI 



NOTES SUR LES PAPIERS CONSERVÉS DANS LES 
COMBLES DE L'HOTEL DE VILLE. 

Un rapport de David 't Kint, receveur des tra- 
vaux, présenté, le 17 août 1756, aux échevins de 
la Keure " 2 , donne des renseignements précis sur 
l'origine de rimmense tas d'archives conservées 
au grenier de l'hôtel de ville. 

A l'occasion de certaines fêtes d'inauguration, 
et à d'autres moments où l'on s'était trouvé à 
l'étroit, une quantité de papiers et de documents de 
familles, provenant de consignations ou d'autres 
sources, et qui étaient sous la garde des échevins 
des Parchons, avaient été jetés dans deux salles 
des combles, soit en sacs, en paquets et en coffres, 



1 Suite. Voir Messager des Sciences histor., I e livr., 1889, p. 77. 

2 Cette pièce a été classée dans la série 97 bis (histoire des Archives). 
On en trouve une transcription dans le registre des résolutions 
relatives aux travaux de la ville, 1755-70, f° 30. 



- 74 — 



soit pêle-mêle. La toiture étant en mauvais état, 
ces papiers étaient devenus humides; les rats et 
les souris d'autre part y avaient fait beaucoup de 
dégâts. Aussi était-il devenu presque impossible 
de retrouver les pièces dont on pouvait avoir 
besoin, quand David 't Kint proposa de placer 
des casiers dans un vestibule voûté au-dessus du 
salon ' de la trésorerie, ainsi que dans la chambre 
au-dessus du greffe, où l'on placerait aussi un 
escalier de communication entre le premier et le 
second étage. On restaurerait en même temps les 
portes, les fenêtres et le toit. 

Alsoo meuighvuldighe originele pampieren encle docu- 
menter! raeckende différente familien, soo gheconsigneerde 
als andere, oncler het bewelt van mijn edele heeren sche- 
penen van Gedeele deser stadt Ghendt, ten tijde van de 
inauguratie ende anderssints, met sacken, packen ende 
coffers, emmers met open packen, deelen, stucken ende 
brocken gheworpen syn overhoop in twee bovencamers van 
het stadthuys, wanof de solders boven de selve camers syn 
rot ende met deelen open liggende, waerdoor de selve 
papieren ende documenten soodanich syn ghedestrueert, 
gherot ende bedorven, midtsgaders geschonden van de 
ratten ende muysen, waerdoor veroorsaeckt is, ende noch 
voorder staet te worden, groote schaeden ende interesten 
aen het publicq, als oock dat het bynaer onmogelyck is 
daeruyt eenighe noodighe stucx te connen vinden. Om 



' Cette petite salle ornée de peintures murales, et qui avait été 
construite à mi-hauteur du vestibule au premier étage du bâtiment 
qui donne sur le marché au Beurre, a été démolie en 1889 pour 
faciliter les dégagements des bureaux. 



— 75 — 

waerinne te voorsien liebben UEd en te raecle geworden, 
naer visitatie door UEd en commissarissen, te laeten maecken 
locarissen op eenen ghevauteerden ganck boven den salon 
van de tresorie, alsook op de camer boven het comptoir 
van de greffie, midtsgaders van op de selve camer te 
maecken eenen trap om te comen op den voorschreven 
gevauteerden ganck, ende te doen de voordeze noodighe 
reparatie aen de deuren, veynsters, als andersints, aile het 
welck gheretardeert is om de menighvuldighe stadts- 
reparatien ende wercken, ende geenen langheren uuytstel 
verheeschende, versoeckt den onderschreven ontfangher 
van de wercken tôt het voltrecken van aile het gone voor- 
sey t UEd en resolutie ende ordonnance. Desen 1 7 n ougste 1756. 

David 't Kindt. 

Le collège autorisa les travaux proposés : 

Actum int collegie den 17" ougste 1756, préside J r Jan 
Vilain, voorschepen. Ten voornoemden daeghe ghelesen 
synde het voorenstaende expositief, op ailes gheleth, wierdt 
gheresolveert ten effecte als daer by breeder vermelt, te 
authoriseren den ontfangher van de wercken, soo wy den 
selven committeren ende authoriseren by desen conforme 
d'acte ut supra. 

C. Goethals. 

Tout récemment ces archives se trouvaient 
encore dans le vestibule voûté dont il est question 
plus haut, seulement tous les papiers étaient dans 
le plus grand désordre et en partie pourris, 
beaucoup de pièces étant littéralement collées 
au dallage humide; plus une seule liasse n'était 
restée complète. Des. casiers placés en 1756 on 



— 76 — 

ne voyait plus que les traces, très nettes, le long 
des parois. Quand ces rayons ont-ils disparu? 
Les plus anciens employés de l'hôtel de ville n'en 
savent rien. Il est probable qu'on les aura enlevés 
pour les utiliser ailleurs après qu'on eût pris en 
1830 la plupart des caisses pour y mettre des 
munitions '. 

V. Vander Haeghen. 

1 Voir Messager-, 1889, p. 344. 



77 — 



DEUX FONCTIONNAIRES 



DE 



L'ANCIEN RÉGIME 



En 1709, un différend surgit entre le Clerc de 
l'Assemblée des ecclésiastiques et membres de 
Flandre ' et le greffier de cette assemblée, con- 
seiller du roi et premier Pensionnaire de la ville 
de Gand. 

Le Clerc, Josse Goethals, brave et modeste ser- 
viteur, avait succédé dans cette charge à son père. 
C'était lui qui faisait tout le travail matériel des 
Etats : copie des dépêches et résolutions, classe- 
ment et conservation des papiers, des registres, et, 
en général, de tous les documents concernant 
l'assemblée. 

Il jouissait d'un traitement de 1200 florins, 
et recevait, en outre, à titre de gratification, 
quelques petits émoluments. 

Le greffier, Messire Thysebaert, conseiller du roi 

1 C'était là le titre officiel des Etats de Flandre, 



— 78 — 

et premier Pensionnaire de Gand, remplissait les 
fonctions d'actuaire de l'Assemblée lorsque celle-ci 
se tenait à Gand, ce qui était le cas le plus 
ordinaire. 

C'était un gros fonctionnaire jouissant d'un 
revenu considérable et d'une foule d'indemnités. 
— Il voulut néanmoins encore confisquer à son 
profit une pauvre somme de quinze florins que le 
Clerc touchait annuellement pour le collationne- 
ment des comptes. 

Ce fut là l'origine de la querelle. 
Un beau matin, M. le Conseiller pensionnaire 
mit, sans façon, de sa propre main, en regard de 
l'article du compte où émargeaient les quinze flo- 
rins du Clerc « sij in het toecommende het colla- 
(( tioneren en de egaleren deser rekenynghe betaelt 
ce an den Pensionaris en de fsijnen proffijte uit- 
« getrocken. » 

Le procédé était cavalier. Le petit Clerc en 
fut grandement formalisé et osa réclamer ses 
émoluments. 

Le gros Pensionnaire reconduisit sèchement, 
lui disant qu'il était son supérieur et que, comme 
tel, il avait le droit d'enlever ou de donner 
à son commis tels émoluments qu'il jugerait 
convenir. 

Le Clerc insista, mais le Grenier le menaça de 
le mettre à la porte et d'en nommer un autre à 
sa place. . 

C'était là une menace ridicule, car le Clerc 
tenait sa nomination de l'Assemblée et prêtait 
même devant celle-ci un serment au sujet de la 



- 79 — 

garde du secret des délibérations et autres actes 
des Etats '. 

Josse Goethals prit donc son recours auprès des 
Etats. 

L'affaire fut envoyée à la délibération des corps 
principaux composant ces Etats ; ces corps étaient, 
comme on le sait, les clergés et les villes de Gand 
et de Bruges et le quartier du Franc de Bruges. 

Sauf celui de Gand, évidemment inspiré par 
son Pensionnaire, ils décidèrent que le Clerc dé- 
pendait uniquement de l'Assemblée, et qu'il était 
maintenu dans son emploi sa vie durant, avec tous 
les émoluments qui y étaient attachés. 

Certes, ce fut là un succès pour le Clerc, mais 
ce fut aussi pour lui la source de déboires sans 
nombre. 

A partir de ce moment, l'irascible et rapace 
Pensionnaire et lui vécurent comme chien et chat. 

Il ne se passait pas de jour qu'il n'éclatât quelque 
querelle. 

Le Clerc, né malin, avait grand soin de ne pas 
répondre aux injures dont l'accablait journellement 
le Greffier, et se bornait toujours à se retrancher 
strictement, trop strictement même, derrière ses 
droits. C'était d'ailleurs là la seule vengeance qu'il 
pouvait tirer des humiliations qui lui étaient 
infligées. Au Clerc seul, en effet, étaient réservées, 
et la garde, et la libre disposition des papiers et 



1 Le principe de la publicité des actes des pouvoirs publics 
n'existait pas encore ; bien au contraire, comme on le voit, le secret 
était alors de rigueur. 



— 80 — 

archives de l'Assemblée. Lorsque le Pensionnaire 
désirait consulter ces papiers — et le cas devait 
être fréquent, — c'était au Clerc qu'il devait 
s'adresser; or, celui-ci, il faut bien le dire, y 
mettait quelque mauvais vouloir. 

Cette situation ne pouvait évidemment pas 
durer. Un an après, l'orage éclata. 

M. le Conseiller Pensionnaire, oubliant une fois 
de plus que la colère est mauvaise conseillère, 
s'emporta, devant le premier échevin de Gand', 
jusqu'à traiter le Clerc « d'imposteur, valschaert » 
et d'autres aménités de ce genre. Il finit par em- 
poigner le Clerc ... « mîj ghevende » dit celui-ci 
dans sa plainte « eenen stoot met sijne 'vuijst op 
« mijne borst grijpencle mij ten selven tijde vast aen 
« mijnen 'justacorps . . . » 

Bref, le premier échevin dut intervenir pour 
faire lâcher prise au trop bouillant greffier. Après 
le départ de l'échevin, son tempérament querelleur 
reprenant de nouveau le dessus, il dit encore au 
clerc « hadcle ick het niet gelaeten om mijn heer den 
« voorscepene ick soude u eenen fletter hebben 
« gegeven. » 

La peur de voir ce conditionnel se transformer 
en indicatif présent, fit que le Clerc se tint coi, 
mais il se plaignit aux Etats. Ceux-ci firent com- 
paraître devant eux les deux combattants et après 
avoir entendu leurs explications, ils donnèrent de 
nouveau gain de cause au Clerc. 

Le belliqueux Grenier ne sachant plus à quel 

1 Président des Etats de Flandre. 



— 81 - 

saint se vouer, s'adressa au Conseil de Flandre, 
aux fins de lui faire ordonner que le Clerc devait 
lui remettre les clefs du Comptoir et des archives. 

Les Etats, de leur côté, décidèrent immédiate- 
ment que le Clerc pouvait défendre en leur nom, 
Faction qui lui était intentée et qu'il pouvait, à 
cet effet, disposer d'un procureur pensionné par 
la province. 

Nous ne connaissons pas l'issue de ce singulier 
procès, mais, dans le cours des recherches que 
nous avons faites dans ces derniers temps, nous 
avons trouvé que, quelques années plus tard, un 
Thysebaert était premier Pensionnaire du Franc 
de Bruges. Les décou venues dont nous venons de 
faire le narré, ne furent sans doute pas étrangères 
à ce déplacement.. 

Ach. Gallet-Miry. 



— 82 



VARIÉTÉS. 



Les Loteries et les Tombolas d'autrefois. — L'usage 
d'organiser des loteries ou des tombolas au profit d'une 
œuvre de bienfaisance ou d'une œuvre religieuse ne date 
pas d'aujourd'hui. Autrefois les confréries d'armes et les 
corporations de métier recouraient souvent à ce moyen 
pour se procurer les fonds nécessaires à la construction 
d'un hôpital, d'un hospice ou d'une chapelle. 

Il en était d'ailleurs de même des églises paroissiales 
et des associations religieuses qui organisaient des loteries 
pour la construction ou l'ornementation d'édifices du culte. 

Ces loteries ne pouvaient se tenir qu'avec l'autorisation 
du souverain. Il arrivait cependant que des autorités 
locales, telles que des baillis ou des échevins, s'avisaient 
de donner, même à des particuliers, la permission d'or- 
ganiser des loteries ou des tombolas. Une ordonnance de 
la gouvernante des Pays-Bas, Marguerite de Parme, en date 
du 17 juillet 1560, rappela que les loteries ne pouvaient 
être autorisées que par 'le gouvernement et uniquement 
« pour églises, hospitaulx et aultres œuvres pieuses et 
« publicques et que telz octroyz dépendent de l'autorité 
« de sa Majesté.... » 

Une autre ordonnance, rendue le 24 février 1576, punit 
d'une amende de mille reaulx d'or et d'une peine subsi- 
diaire, laissée au bon vouloir du juge, les contrevenants 
aux édits sur les loteries. 



— 83 — 

La construction de la Citadelle, que Charles-Quint fit 
élever en 1540 sur l'emplacement de l'abbaye de Saint- 
Bavon, exigea la démolition de l'église du Saint-Sauveur. 
On éleva une nouvelle église ; c'est celle qui existe encore 
aujourd'hui et dont on « modernisa » la façade en 1810. 

La nouvelle église n'était pas encore achevée en 1560; 
les travaux avançaient même très lentement et la générosité 
des fidèles n'était pas excessive « zoo wel uyt oorzaecke 
« vanden voorledene dieren tyt, luttel devotie als ander- 
« sins. » Afin de permettre d'achever plus rapidement 
l'église, Philippe II, par un décret du 23 octobre 1560, 
autorisa le curé de Saint-Sauveur à ouvrir une loterie 
composée de pièces d'argenterie, de meubles et d'autres 
objets. 

Cette autorisation se trouve transcrite au folio 13 du 
registre DD de la collection connue sous le nom de « de 
« acht en veertig registers » des archives communales. 



Nous n'avons rencontré aucun dossier complet d'une de 
ces loteries. Ce sont toutes pièces détachées qui se trouvent 
aux archives : requêtes, autorisations, listes et estimation 
des prix. Parmi ces pièces, les plus intéressantes sont celles 
qui donnent la description des objets offerts en prix par 
les organisateurs des loteries. La valeur de ces prix était 
fixée par des experts, nommés par les échevins de la Keure 
ou par le grand-bailli. 

Nous donnons ci-dessous deux de ces listes. 

La première ne porte pas de date. D'après l'écriture et 
d'après l'orthographe de la pièce, il doit être question d'une 
loterie organisée à la fin du XVI e ou au commencement du 
XVII e siècle. Les prix, offerts dans cette tombola ou loterie, 
consistaient uniquement en armes. Il y est question, entre 
autres, de rapières de Milan, de rapières et de poignards 



- 84 — 

avec des ciselures en argent, de rapières damasquinées à 
l'anglaise, d'espadons avec des ornements en or, de mous- 
quets et d'hallebardes damasquinés ou avec des ornements 
en or ou dorés. 

Voici la liste de ces prix, telle qu'elle est dressée par les 
experts, probablement des maîtres armuriers, Bogaert et 
Juliaens, qui en fixèrent la valeur : 

Dyt naer volghende is dat wy ghepresen hebben inde 
loterye Lauwerens Bogaert ende Omaer Juliaens. 

Ten eerste vier geschyseleerde Rapière met de poinaert 
tôt xx giddens. 

Item een rapier Mylaens werck verghidt tôt xv guldens. 

Item acht rapieren verselverde met den poinaert al ghe- 
sneden xv gulden stuc. 

Item een rapier ghedamasgeneert tôt x guldens. 

Item een ghedasmageneert op zyn ynghels x guldens. 

Item een rapier op zyn ynghels verzelvert ende vergult 
tôt xij guldens. 

Item een rapier op zyn ynghels ghedamasgeneert tôt 
viij guldens. 

Item een rapier op zyn ynghels verzelvert tôt vj guldens. 

Item ticee rapieren met pistolen tôt xx giddens. 

Item twee slachsweerden vergult albeyde tôt xx guldens. 

Item een albaerde met een vier roer tôt xx guldens. 

Item een schoon vier roer vergult tôt xxxv giddens. 

Item een vier roer tôt viij guldens. 

Item een roer met een snapaen tôt xij giddens. 

Item een vier roer ghebeent tôt xij guldens. 

Item een vier roer tôt viij guldens. 

Item twee roers met plaeten ende de laeden ghebeent tôt 
xvj guldens. 

Item een musschet vergult tôt xxiiiij guldens. 



- 85 - 

Nous possédons également une liste des prix avec leur 
valeur, donnés dans une loterie organisée à la mi-carême 
en 1623. Cette liste est du plus haut intérêt à cause du 
nombre, de la qualité et de la valeur des objets qui y sont 
portés. 

Il y a d'abord une grande quantité de pièces d'argenterie 
telles que des aiguières avec bassins, des gobelets à bière, 
des sonnettes, des plats, des coupes, etc. Nous y trouvons 
une vingtaine de glaces avec cadres en ébène ou avec cadres 
dorés. Plusieurs objets en albâtre figurent aussi sur la liste 
des prix. On y voit enfin des effets d'habillement tels que 
des jupons des Kulclers ', des jarretières, des ceintures, des 
bas, des gants, etc. 

Le prix des lots était à la portée de toutes les bourses. 
Il était fixé à trois gros par lot, ce qui représente à peu 
près quinze centimes de notre monnaie. 

La liste de ces prix a été faite en deux parties, l'une 
comprenant les pièces d'argenterie, la seconde comprenant 
tous les autres objets. 

Dit navolghende zyn de parti/en die als prysen sullen 
gheleyt icorden inde loterye die ghehanden worden sal 
binnen der stede van Qhend desen halfvasten inde jaere 
XVI e dry en twintich by heere ende icet toegelaten ende te 
trecken elck lot ten dry grooten. 

Eerst een silveren lampet met syn becken wegende x l. 
vij oncen ende vyf ingelschen. 

Noch sestien silveren bier croesen wegende tzaemen hondert 
vier oncen ende dry ingelschen. 

Noch een silvere belle met een ketelken onder ende noch 



1 Le kulder ou kolder était un vêtement sans manches, qui res- 
semblait à une dalmatique mais était plus court que celle-ci. Le 
musée communal de Gand possède une superbe dalmatique d'un 
héraut d'armes gantois du XVI e siècle. 



86 



een belle sonder voet ende noch een silveren kelcxken tzaemen 
wegende seventhien oncen ende dry ingelschen. 

Noch achtien silvere schuysen tvegende tzaemen L viij 
oncen seven ingelschen. 

Noch sesthien silvere schcden tvegende hondert eene ende 
tachtich oncen ende thien ingelschen. 

Noch dry vergulde coppen inlants werck tvegende tzaemen 
xxcx oncen dry ingelschen 

Voici la seconde partie de la liste des prix avec l'esti- 
mation faite par un certain J. Vander Speeten : 



Eerst tvoee grooten ebben spiegels 
Noch dry ebben spiegels . . 
Noch vyf vergulde spiegels . 
Noch vier vergulde spiegels . 
Noch vier cleen spiegels . . 
Een groote alabastre casse . 
Neghen cleen alabastre sticx 
Noch vier alabastre sticxkens 
Een percq stick schilderyen 
xxv stacken schilderye . 
Noch vier vrauice rocx . 
viij cleen schilderyen . . 

Ses hulders 

28 paer syde causebanden 
33 paer caussens . . . 

24 Riemen 

24 Riemen van mindere pyys 
1 parysche porte frasen 

100 prenten 

100 paer hantschoenen . 
100 tafelboucxkens . . 



50 guldens. 
36 
30 
12 
4 
24 

13 » 10 st. 
4 

40 
100 

54 

12 

48 
140 

49 » 10 st. 

24 

14 » 8 st. 
5 

30 
25 
12 » 10 st. 



Les organisateurs de ces tombolas ou de ces loteries 
devaient payer une certaine somme à la chambre des 



— 87 — 

pauvres, ghemeenen aermen ou armen caemer. La loterie de 
1623, dont nous venons de nous occuper produisit la somme 
de huit livres, six escalins et huit gros, ainsi que l'indique 
le livre des comptes de cette année du bureau de bien- 
faisance : 

Ontfaen van S r Heynderick Dewintere de somme van 
acht ponden zes schellynghen acht grooten dwelcke hy aen 
den ghemeenen aermen belooft heeft te betaelen alswanneer 
hy vercreghen heeft consent van Mynheeren den hoochbailliu 
ende schepenen vander heure van te moghen voorstellen 
eene loterye in den halfvastenen lestleden. 

Den x en April 1623. 

Nous avons trouvé, dans le livre des comptes de 1628, 
mention d'une loterie dont les organisateurs payèrent la 
somme de vingt-cinq livres au bureau de bienfaisance. 

P. C. 



Banquets des Echevins. — On sait qu'autrefois les 
vingt-six echevins de la ville de Gand se réunissaient sou- 
vent, nous pourrions dire le plus souvent possible, dans des 
banquets qui se donnaient soit à l'hôtel de ville, soit dans 
l'une ou l'autre grande auberge renommée pour sa cuisine 
et pour sa cave. C'était la caisse communale qui pouvait 
payer les frais de la plupart de ces festins. 

Au nombre des plaisirs que les echevins se permettaient, 
toujours avec les finances de la ville, nous devons encore 
citer les représentations qu'ils se faisaient donner par les 
troupes de comédiens, de danseurs de cordes, d'escamoteurs, 
de montreurs de marionnettes, d'acrobates et de saltim- 
banques de toutes sortes qui venaient faire un séjour plus 
ou moins long à Gand. Ces représentations avaient lieu dans 



- 88 — 

la salle de l'hôtel de ville, située au premier étage et 
convertie en dépôt d'armes ou arsenal à la fin du dix-sep- 
tième siècle. De là le nom de « arsenalzaal » que cette salle 
porte encore aujourd'hui. 

Ces dépenses provoquaient parfois des observations de la 
part des commissaires du gouvernement, chargés annuelle- 
ment de vérifier les comptes de la ville. Afin de se justifier 
les échevins répondaient que pour pouvoir, en connaissance 
de cause, donner à ces troupes l'autorisation de jouer à 
Gand il était nécessaire de savoir d'abord quel genre de 
spectacle celles-ci se proposaient d'offrir au public gantois. 
C'est pour ce motif que la première représentation était 
ordinairement donnée en présence des échevins, de leur 
famille et de quelques invités. Rien de plus juste donc, 
disaient-ils, que d'en faire supporter les frais par la caisse 
communale. 

Cela n'était cependant pas de règle absolue. Les échevins 
et le grand bailli accordaient souvent des autorisations 
sans avoir vu, au préalable, les sollicitants à l'œuvre. Ce qui 
n'empêchaient pas nos administrateurs communaux de se 
faire offrir, pendant le séjour des acteurs à Gand, une 
représentation dont la dépense était portée en compte à 
la ville. 

Les deux plaisirs, banquets et représentations, étaient 
parfois réunis. Pendant que les échevins étaient assis 
joyeusement à table, des comédiens donnaient des repré- 
sentations sur une estrade dressée dans la salle de banquet. 

C'est ce qui eut lieu à un banquet que les échevins 
s'offrirent le 3 août 1651 dans une grande hôtellerie, nom- 
mée Saint-Laurent et connue surtout pour ses repas de 
noces : « het bruyloft-huus ghenaempt Sinte Laureyns. » 
Cette hôtellerie était située, croyons-nous, dans la rue aux 
Vaches et avait une issue dans l'avenue de la place d'Armes 
( Vildersstraat). 



— 89 - 

Afin d'empêcher le public gantois d'entrer dans l'hôtellerie 
et afin, surtout, d'éviter que les gamins ne grimpassent sur 
les fenêtres pour voir ce qui se passait à l'intérieur de la 
salle de banquet, huit hallebardiers étaient chargés de 
monter la garde devant le «bruyloft-huus» de Saint Laurent, 
Cette garde se prolongea aussi longtemps que le dîner qui 
commença à deux heures de l'après midi et finit à sept- 
heures du soir. 

Les hallebardiers, estimant que ce service extraordinaire 
méritait une indemnité, adressèrent une requête aux éche- 
vins de la Retire qui, par ordonnance du 4 août 1G51, leur 
accordèrent une gratification, payée naturellement par la 
caisse communale, de une livre et douze escalins de gros. 

Voici le texte de cette requête que rédigea et que présenta 
au collège le procureur Rop : 

A en myne Edele Heeren scepenen. vander Keure, 

Supplierende verthooghen reverentelyck Joos Ronsse, 
Lievien de Costere, Jacques Blancquaert, Gillis Dalleyn, 
Cornelis de Reysere, Pieter de Cockere, Victor Pleviers ende 
Jacques Noenynck hallebardiers deser stede uioe Edele 
heeren goetxcillighe dienaers hoe dat zy lieden gisteren 
3 deser maent by laste van uice Edele hun gheoccupeert 
hebben van de tioee uren naer de noene totten zeven uren, 
in het beivaeren van de deuren ende veynsters van het 
bruylofthuus ghenaempt S lc Laureyns ahcaer de comme- 
dianten voor uice Edele eene commedie vertoocht ende 
gespeelt hebben ende alsoo sy lieden ter dier causen verdient 
hebben eenen gracelicken bylech, zoo ist dat zy hemlieden tôt 
uice Edele keerende. 

Biddende ootmoedelick de selve beliefven hemlieden sup- 
plianten ter causen voorscreven £ accorderai eenen tamelicken 
bylech naer uiçe Edele heeren nobel ende bénigne discretie. 

Rop, procureur. 



- 90 - 

En marge de cette requête des hallebardiers se trouvait 
écrite l'ordonnance de paiement suivante : 

« Schepenen vander Keure hebben de supplianten ter 
« causen by requeste gheroert bygheleyt de somme van een 
« pont twaelf scellynghen gr. ordonneerende de trésorier 
« dheer Loys van Hoochbroeck heere van Axeioalle de selve 
« somme van 1 lïb. 12 se. gr. aen de supplianten te betaelen 
« ende sal de selve hem valideren in uytwysen syner reke- 
« nynghe midis deser ende quittantie. 
« Actum den 4 augusti 1651. 

« VAN HOORN. » 

Voici, d'après le Memorieboek der stad Gent, les noms des 
vingt-six échevins, en fonctions pendant l'exercice 1651- 
1652, qui s'assirent le 3 août 1651 à la table du bruyloft- 
huus de Saint-Laurent : 

Schepenen van der Keure. 

Mher Joos Triest, ruddere, heere van Ruddershove. 
Mher Jan de Grutere, ruddere, heere van Anvijn. 
Joncheer van Scheynghem, heere van Wyneghem. 
Joncheer Denijs van Vaerneicych, heere van Diepenbroeck. 
Dheer Thomas Heylinck, heere van Sprekelen. 
Joncheer Guillaume Massijn, heere van Gossengnee. 
Dheer ende Meester Jan Stalins, docteur in de medecynen. 
Dheer Joos Piers. 
Dheer Justus Billiet. 
Dheer Jacques vander Beke. 
Dheer Jan van Hoorn. 
Mher Franchois Odemaer. 
Dheer Jacques Coornaert. 

Schepenen van Ghedeele. 

Joncheer Jacques le Prévost, dict de Basserode, heere van 
Enghien. 



— 91 - 

Joncheer Jan van Wijchuns, heere van Wijchuus. 

Joncheer Jan Bapt. Délia faille, heere van Barlestein. 

Dheer Antheunis Gillis. 

Dheer ende Meestere Frans vande Vivere, docteur. 

Dheer Paulus Jacques vande Putte. 

Dheer Justus vander Straten. 

Mher Jan van Dale, docteur in de medecynen. 

Dheer Jacques de Poillon. 

Marten van Deynse. 

Pauioels Dhamere. 

Jan van Hauiveghem. 

Philippe de la Bie. 

Ces représentations dramatiques et autres, offertes aux 
échevins et dont les frais étaient supportés par la caisse 
communale, prirent fin en 1674, quand la salle du premier 
étage de l'hôtel de ville appelée de comediante caemere, la 
chambre des acteurs, fut transformée en arsenal d'armes : 
« Arsenal ende Armoirie, dit l'ordonnance du 6 juin 1674, 
« omme daer te legghen ende beicaeren de musquetten, 
« pycken, allebarden ende sulcke andere ivaepenen deser 
« stede competerende . » 

Quant aux banquets, payés par la ville, il n'en fut plus 
question quand le règlement du 6 novembre 1734 supprima 
tous les profits dont les magistrats communaux avaient joui 
jusqu'à cette époque. 



Les Boucles de Souliers sous la première Répu- 
blique. — Lettre inédite. — Depuis plusieurs années 
déjà, l'histoire se refait complètement. On remonte aux 
sources, on fouille les archives publiques et privées, on 
brasse les documents inédits, et l'on projette sur les évène- 



- 92 - 

ments et les hommes une lumière nouvelle et définitive. 
La publication des pièces officielles est loin d'être terminée. 
L'ordre est à peine établi dans les archives gouvernemen- 
tales. Les manuscrits des familles ont peut-être encore 
plus à donner, quoiqu'il ne se passe pas de mois sans 
qu'un membre de quelque illustre maison n'apporte, en un 
volume de mémoires ou de correspondances, des éléments 
nouveaux relativement à des questions encore pendantes. 
Parmi ces œuvres se trouvent de nombreux renseignements 
sur l'époque si complexe de 89. 

C'est à cette même époque, dont beaucoup fêtent cette 
année le centenaire, que se rapporte le document que 
nous publions. Il est intéressant à divers points de vue. Sa 
forme, d'un charme original, nous représente le caractère 
des hommes de ces temps agités. Ses révélations consacrent 
l'histoire d'une journée mémorable, et font remonter plus 
haut qu'on ne le pourrait croire une institution dont la 
justice a eu à s'occuper souvent en ces dernières années. 
Cette lecture est donc pour l'artiste comme pour l'historien. 
Insister davantage serait oublier que l'art et la science, 
loin d'être incompatibles se doivent un mutuel secours, 
et que l'histoire, pour se baser sur des choses mortes, 
n'en est pas moins un tableau auquel on est en droit de 
demander de la vie, du sentiment, C'est de cette manière 
que les Goncourt la comprennent quand ils professent ne 
connaître qu'imparfaitement le siècle dont il ne resterait 
pas un chiffon ou un menu. — De curieux rapproche- 
ments pourront encore s'établir, par la lettre suivante, 
entre la première et la dernière république, et les philo- 
sophes indulgents y trouveront une nouvelle occasion 
de proclamer qu'il n'y a rien de nouveau sous le soleil. 
Toute une époque revit dans ce récit, avec son esprit 
ironique et hautain, sa belle fierté de race et son respect 
des traditions et des hiérarchies. 



— 93 — 

Voici donc, ce qu'écrivait de Paris, le 25 novembre 1789, 
Messire de Hault de Mégoval à son frère, le marquis de 
Hault de Lassus * : 

« .... La ville d'Issoudun aï'ant jugé à propos de se 
« déboucler a adressé dans une petite caisse au député de 
« son baillage toutes les boucles d'argent du pais pour être 
« déposées sur l'autel de la nation; le député a reçu ce 
« tribut en pleine assemblée. Son premier mouvement fut 
« d'imiter ses commétans, de se déboucler aussitôt et de 
« joindre ses boucles aux autres; ensemble et d'un même 
« mouvement toute l'honorable assemblée s'est débouclée, 
« les galleries en ont fait autant et tout le monde est sorti 
« des états en pantoufle. Motion dans les districts, motion 
« au palais Roïal, motion aux halles, motion partout ten- 
« dante à proscrire les boucles d'argent et à adopter des 
« boucles de cuivre qui prenant faveur sous la protection 
« de la nation ont tout d'un coup monté de dix-huit sols à 
« six francs. Cependant il était impossible dans une aussi 
« grande ville que tout le monde fut pourvu en quatre 
« heures et même qu'on seut dans tous les quartiers ce qui 
« s'était passé le soir même aux états. En conséquence il y 
« eut le premier soir c'est à dire hier beaucoup de monde 
« en boucles d'argent ; les filoux patriotes ne l'ont pas voulu 
« souffrir, ils ont débouclé tous ces prétendus aristocrates 
« et par excès de zèle ils n'ont pas même voulu souffrir les 
« boucles d'oreilles des femmes qu'ils ont patriotiquement 
« arrachées avec une partie des oreilles ou elles pendoient 
« pour être portées aux états généraux on vous imaginez 



1 La maison de Hault s'iilustre du roy Hugues Capet et de ce 
Sancy qui donna son nom à l'un des diamants de la couronne. 
Elle compte encore des descendants en France, en Belgique 
et en Amérique. Ses armes sont d'azur à trois pattes de lion 
d'or. — F. V. 



— 94 — 

« bien qu'elles n'ont pas paru. Ces violences viennent 
s d'occasionner un décret qui deftend ces voies de fait 
sans trop les condamner, car il ne faut pas que le zèle se 
refroidisse, et qui déclare qu'en exortant tous les citoïens 
a des sacrifices l'assemblée n'a jamais prétendu obliger 
personne a quitter ses boucles; on dit que ce décret qui 
a ralenti l'ardeur des acheteurs de boucle de cuivre 
donne lieu a un grand procès' intenté a un honorable 
membre accusé d'avoir reçu d'une compagnie de fon- 
deurs une grosse somme pour faire admettre les boucles 
nationalles; dans la vérité c'est que deux heures après 
la scène du député d'Issoudun il a paru un million de 
paires de boucles en cuivre a double chasse et faites sur 
le même modèle. Voila toutes mes nouvelles; on nous 
casse la tête de faux bruits, par exemple on avait annoncé 
une nouvelle révolution pour aujourd'hui et ce matin on 
lit au coin des riïes que la scène sanglante est retardée 
par l'indisposition d'un des principaux acteurs. Depuis 
deux jours nos folliculaires dissent que les poissardes 
sont allées à la rencontre de Mgr le Duc D'Orléans que 
des gens mieux informés soutiennent devoir rester encore 
longtemps à Londres » 



En vérité, n'est-ce pas là un régal de lettres. La façon 
cavalière et doucement dédaigneuse de traiter tout ce qui, 
de quelque façon, a rapport à la république, la charmante 
ironie d'un gentilhomme peu respectueux des patriotes et 
de l'autel de la nation, le ton insinuant et malin dans 
lequel s'exprime ce vaincu d'hier que les ridicules bassesses 
du moment empêchent de croire à la réalité d'un nouveau 
régime, enfin, la belle modération qui règne dans ces lignes 
écrites à une époque de trouble, modération qui oppose 
subtilement des gens « mieux informés » aux journalistes et 
qui parle d'une révolution comme d'un spectacle théâtral? 



— 95 — 

tout cela est aujourd'hui d'autant plus appréciable qu'il est 

devenu plus rare de le trouver. 

A ces divers titres, cette lettre nous a parue digne d'être 

publiée. 

F. Vurgey. 



Au sujet du Château des comtes a Gand. — Une 
partie du Château des comtes ayant été l'objet d'une pro- 
cédure en expropriation d'utilité publique, la Cour d'appel 
de Gand a prononcé le 4 décembre 1889 un arrêt fixant les 
indemnités dues, et dont voici le texte : 

« Attendu que la contestation porte sur le montant de 
l'indemnité due aux appelants par l'Etat belge à raison de 
l'expropriation pour cause d'utilité publique d'une pro- 
priété sise à Gand, au lieu dit : Gravenkasteel, section A, 
n os 364 bis , 362 d , 368 bis c , moitié du n° 368 bis a , ayant une 
contenance de 19 ares 49 centiares suivant le cadastre, mais 
de 18 ares, 88 centiares, 24 millièmes seulement, d'après les 
mesurages faits par les experts ; 

« Attendu que cette propriété comprenant de vastes corps 
de bâtiment ayant servi de filature de coton, une habitation 
de concierge avec bureaux et magasins, deux cours inté- 
rieures et la moitié d'une cour extérieure, fait partie d'un 
enclos de forme circulaire, situé au centre de la ville et sur 
l'emplacement duquel se dressait autrefois le château des 
Comtes de Flandre, dont les historiens et les archéologues 
font remonter l'origine aux temps légendaires de Bau- 
douin-Bras-de-Fer ; 

« Attendu que l'aspect actuel de cet enclos laisse à peine 
soupçonner l'existence des ruines qu'il récèle ; qu'en effet 
le mur extérieur de l'enceinte, avec ses tourelles, ses contre- 
forts et ses créneaux est presque entièrement caché aux 
regards par une suite non interrompue de maisons qui y 



- 96 — 

sont adossées; que les restes du donjon, de la chapelle et 
du mur intérieur de l'enceinte servent d'appui et de fonda- 
tion aux lourdes constructions modernes qui constituent la 
filature des appelants; que le tout est couronné par les 
hautes cheminées de l'usine '. 

« Attendu que la vue de ces bâtiments industriels, qui 
couvrent les vénérables débris du château et qui les 
déshonorent, n'est point faite pour rappeler les luttes, les 
triomphes et les souffrances dont ce lieu a été le théâtre 
dans le cours des siècles ; 

« Attendu que la propriété expropriée n'a donc actuelle- 
ment aucune valeur historique, artistique ou archéologique, 
appréciable en argent ; qu'une telle valeur ne pourra lui 
être acquise que le jour où les ruines du château dégagées, 
à grands frais, des constructions qui les enveloppent, appa- 
raîtront aux yeux de tous, évoquant le souvenir des mœurs 
de nos ancêtres et des événements dont ceux-ci furent les 
acteurs, les témoins ou les victimes ; 

« Attendu que la filature des appelants, assise sur un tertre 
qui présente lui-même de grandes inégalités de niveau, est 
entièrement enclavée entre les propriétés circonvoisines et 
le cours d'eau : la Liève, qui coule à plus de 9 mètres en 
contre-bas de ses fondations; qu'elle n'est accessible que 
par une rampe partant de l'ancienne porte d'entrée du 
château qui appartient à la ville de Gand, ladite rampe 
ayant une longueur de 50 mètres sur 4 m. 50 centimètres 
de hauteur, soit une inclinaison moyenne de 9 centimètres 
par mètre; que les locaux et les installations qui datent de 
1829 et ont cessé d'être en activité depuis l'année 1883, sont 
disposés et distribués d'une façon irrégulière, défectueuse 
et nullement en rapport avec les progrès et les exigences 
actuelles de l'industrie; qu'ils ne sont d'ailleurs suscep- 

1 Comparez la vue cavalière et le plan publiés dans le volume de 
ce recueil de 1837. 



— 97 — 

tibles de recevoir avantageusement aucune destination ou 
appropriation industrielle ou commerciale quelconque; 

« Attendu que cet état des lieux contentieux, dûment 
constaté par l'expertise judiciaire est si manifestement 
incompatible avec l'attribution d'une valeur soit historique, 
soit industrielle, qu'à la date du 22 mai 1885, l'auteur des 
appelants livrait le château des Comtes de Flandres aux 
enchères publiques, suivant un plan de lotissement et 
d'utilisation qui devait entraîner la complète destruction 
et des ruines et de la filature, ainsi que la transformation 
de leur emplacement en un quartier moderne percé de 
plusieurs rues nouvelles ; 

« Attendu que ces diverses considérations concourent à 
démontrer que l'indemnité due par l'Etat ne peut être 
équitablement fixée dans l'espèce que sur le pied de la 
valeur vénale du fonds considéré comme terrain à bâtir, et 
des matériaux à provenir des constructions, sous déduction 
des frais de démolition ; 

« Attendu qu'au cours des négociations engagées entre 
parties antérieurement à l'instance en expropriation, l'État 
belge a offert aux appelants une indemnité globale de 
90,000 francs ; 

« Attendu qu'en regard à tous les éléments l'appréciation 
produits en cause, cette somme, frais de remploi compris, 
apparaît comme juste et satisfactoire ; 

« Quant aux demandes d'indemnités pour frais de la mise 
en vente publique du 22 mai 1885, perte de revenus, indis- 
ponibilité du capital, imminence de l'expropriation, contri- 
butions foncières et taxes communales ; 

« Attendu que ces différents chefs de demande n'ont fait 
l'objet d'aucune justification et qu'ils sont dénués de tout 
fondement ; 

« Par ces motifs : 
« La Cour, ouï en audience publique M. l'avocat général 
de Gamond, statuant sur les appels tant principaux qu'in- 

7 



— 98 - 

rident et écartant toutes conclusions contraires, confirme le 
jugement dont appel, sauf pour ce qui concerne le montant 
de l'indemnité, émendant quant à ce seul point, condamne 
l'État à payer aux appelants la somme de 90,000 francs, 
condamne les appelants aux dépens d'appel. » 



Un autographe de H. Crumpipen. — La révolution 
brabançonne occupe dans les bibliothèques publiques de 
notre pays une place considérable à raison surtout du 
nombre incroyable de pamphlets qu'elle fit naître. Bien 
des détails intéressants à connaître ont disparu de la 
mémoire des hommes. L'historien de cette époque troublée 
et curieuse devra s'efforcer de réunir les divers documents 
épars afin de nous présenter un tableau complet d'une 
époque de notre histoire qui n'a pas encore été appréciée 
comme elle devrait l'être. 

L'auteur de la lettre que nous publions, Henri de Crum- 
pipen, était vice-président du Conseil du gouvernement 
général des Pays-Bas; il fût appelé le 21 août 1791 à la 
présidence du Conseil. La lettre est adressée au chevalier 
Jean François Xavier Diericx, président du Conseil de 
Flandre et conseiller d'Etat de Sa Majesté, Pour com- 
prendre l'intérêt de cette lettre qui date des premières 
heures de la restauration du Gouvernement autrichien en 
Flandre, il faut se rappeler que la révolution braban- 
çonne affirmée par la prise de Turnhout (26 octobre 1 789), 
l'évacuation de Gand (16 novembre 1789), l'abandon de 
Bruxelles (12 déc. 1789) avait pris l'apparence d'un gou- 
vernement régulier, par suite de la réunion à Bruxelles 
des députés de toutes les provinces situées au nord de la 
Meuse. Ceux-ci avaient (11 janvier 1790) proclamé l'indé- 
pendance des États Belgiques réunis. Le 20 février 1790, 
Joseph II mourut. Son frère Léopold II, grand duc de 



— 99 — 

Toscane, fût appelé à lui succéder. Des négociations furent 
habilement poursuivies à Reichenbach et à La Haye par 
ses envoyés avec la Prusse, la Hollande et l'Angleterre, 
pendant que ses généraux s'emparaient en quinze jours 
de toutes les villes qui avaient reconnu le gouvernement 
des Etats généraux. Le 25 novembre 1790, Namur capi- 
tulait; le 30 novembre, les Etats généraux, après avoir 
vainement discuté leur translation à Gand, désespérant du 
succès, se dispersèrent. Le 2 décembre, les États de Brabant 
firent leur soumission. Le 3 décembre, Bruxelles et le 
7 décembre, Gand furent repris. 

Le Gouvernement impérial s'efforça de réorganiser l'ad- 
ministration des provinces tombée dans le plus grand 
désarroi. Le comte Mercy d'Argenteau, le négociateur de 
l'Empereur au congrès de La Haye, fut nommé Ministre 
plénipotentiaire aux Pays-Bas et chargé de l'intérim du 
Gouvernement général de la Belgique. Il ne put entrer en 
fonctions et ne s'installa à Bruxelles que le 6 janvier 1791. 

Entretemps, H. de Crumpipen, l'une des personnalités 
les plus marquantes et l'un des hommes les plus considé- 
rables de l'administration, s'occupa de réunir les diverses 
cours de justice dont les membres, menacés dans leur 
personne et leurs biens par les insurgés, avaient dû prendre 
la fuite. 

Le président du Conseil de Flandre, Jean François 
Diericx, s'était retiré d'abord à Lille, puis à Ypres où habi- 
tait la famille de sa femme. Il y était encore quand H. de 
Crumpipen vint à Gand pour réorganiser l'administration. 
A cette date les membres du Conseil de Flandre étaient 
dispersés ; en effet l'arrêté par lequel le comte Mercy d'Ar- 
genteau réintégra les membres du Congrès dans leurs 
fonctions fut pris le 25 février 1791 '. 

1 Réintégration éphémère puisque le 7 novembre 1792, par suite 
de l'arrivée des troupes françaises, le Gouvernement se retira 



— 100 — 

De Crumpipen, en attendant l'arrivée du Gouverneur 
général prenait les mesures les plus sages et les plus 
énergiques pour reconstituer l'administration et surveiller 
les adversaires du Gouvernement. 

Après la scission survenue entre les partisans de Van 
Eupen, de Vander Noot et ceux de l'avocat Vonck, celui-ci 
ayant été déclaré par le Congrès révolutionnaire, traître à 
la patrie, fut forcé de se réfugier à Lille. Le nouveau 
Gouvernement n'était pas sans inquiétude sur les agis- 
sements du chef du parti démocratique brabançon. La 
lettre suivante en fait foi : 

« Monsieur, 

ce Sa Majesté, aiant trouvé bon de m'emploier provi- 
sionellement ici, j'y suis depuis une couple de jours et 
j'apprens que vous êtes à Ypres; vous connoissés Monsieur, 
l'étendue de mon attachement et de mon ancienne amitié 
et c'est par une suite de ces sentimens que je crois devoir 
vous prévenir que vous fériés bien de vous rendre ici au 
moins pour le teins de l'arrivée de son Ex ce M. le Comte 
de Mersi qui sera tout au commencement de l'année ou 
nous allons entrer, mais avant votre départ j'aurois à vous 
requérir Monsieur, de Vouloir bien remplir où vous êtes un 
objet qui intéresse essentiellement le service de Sa Majesté. 

« Le S 1 ' Vonck avocat devenu célèbre et chef d'un parti 
connu s'est retiré à Lille et le séjour qu'il y fait ne peut pas 
être indifférent pour le Gouvernement G 1 quoique vous aies 
quitté Lille vous êtes sûrement en moyens de savoir ce qui 
s'y passe et connoissant votre zèle et votre fidélité pour la 
cause de Sa M té je dois vous requérir de vouloir bien nous 
procurer sous main les notions que vous pourrés recueillir 

d'abord à Rupelmonde, et puis, à peine rentré à Bruxelles, il 
disparût à la suite de la défaite des Autrichiens à Fleurus 
(26 juin 1794). 



— 101 — 

sur le compte du S 1 ' Vonck. Il nous importerait de savoir ce 
que cet avocat fait maintenant à Lille? quelles sont ses 
liaisons? Ses démarches? ses relations et s'il entretient des 
correspondances secrètes ou suspectes de ce pais ou avec 
des membres de l'assemblée nationale, du Club des Jacobins 
à Paris ou toute autre qui tenderoit à troubler de nouveau 
la tranquillité publique. Je vous aurai en mon particulier 
beaucoup de reconnaissance pour les soins que vous voudrés 
bien vous donner à cet égard et l'objet m'en paroit si 
important que je ne puis trop vous le recommander. 

« J'ai l'honneur d'être avec le plus sincère attachement, 
Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur. 

« H. Cbumpipen. 
« Bruxelles ce 25 X bre 1790. 

« M. Diericx, Cons 1 d'Etat de S. M té . » 

Cette lettre reçue, M. J. F. Diericx rentra à Gand, reprit 
sa place à la tête du Conseil de Flandre et laissa à d'autres 
le soin de renseigner le Gouvernement sur les agissements 
politiques de Vonck. Ce fut le vicomte du Toict, qui s'étant 
glissé dans l'intimité de l'avocat bruxellois, fût l'un des 
affidés que le Gouvernement employa pour surveiller Vonck 
à Lille, jusqu'au moment de sa mort (1 er décembre 1792). 

O DE K. 



Une fille de Ryhove. — M. le baron Kervyn de Letten- 
hove nous a fait l'honneur de nous adresser récemment la 
lettre que nous publions ci-après. M. le professeur Fredericq, 
auquel nous l'avons communiquée, a bien voulu faire les 
recherches nécessaires afin de compléter l'indication qui y 



— 102 — 

est contenue. Nous sommes heureux de pouvoir en faire 
part à nos lecteurs '. 

Monsieur le Directeur, 

Camden, dans son Histoire de la reine Elisabeth, édition 
de 1601, p. 249, rapporte que la comtesse d'Essex avait 
confié des lettres d'amour, dont Elisabeth eut pu s'irriter, 
à une dame belge du nom de Ryhove. 

S'agit-il ici d'une fille du tribun gantois, mariée en 
Angleterre ? Quel fut exactement son rôle dans les intrigues 
qui précédèrent le supplice du comte d'Esssex ? La question 
ne manque pas d'intérêt, et je la signale aux érudites inves- 
tigations de M. Fredericq. 

Recevez, etc. 

Kervyn de Lettenhove. 

Le passage de Camden 2 , auquel M. Kervyn de Letten- 
hove fait allusion, est le suivant : 

« /. Daniel impostor punitur. 

« Ad hanc causam etiam spectat sententia his diebus in 
Caméra Stellata pronunciata ideoque minime reticenda. 

« Essexiumdelitteris adulteratisconquestum fuisse supra 
dixi. Hac de re diligenter inquisitum et deprehensa insignis 
impostura. Comitissa ejusuxor, marito et sibi in hac turbida 
tempestate timens, literulas amatorias quas ab illo accepe- 
rat, in capsulam conjectas fidei Rihoviae mulierculae Bel- 
gicae commisit. 

« Illa domi suae occultavit ; J. Daniel, Rihoviae maritus, 
forte fortuna in eas incidit, perlegit et, cum in iis aliquid 

1 N D. L. R. 

2 Gtjlielmtjs Camden, Rerum Anglicarum et Hibernicarum 
Annales, régnante Elisabetha, ad annum 1601 (éd. de Leide 1639, 
p. 816). L'édition de 1601, dont parle M. Kervyn de Lettenhove, 
ne se trouve pas à la Bibliothèque de l'Université de Gand, 



- 103 — 

inesse observassetquod periculum comiti crearet etReginam 
irritaret, ab artifice in chirographis ementiendis assimilari 
curavit. 

« Deinde pavidae mulieri jam puerperae denuntiavit se 
in inimicorum mariti manus mox traditurum, nisi tria 
millia librarum in praesentiarum numeraret. Illa, ut peri- 
culum vitaret, mille centum septuaginta statim numeravit; 
nec tamen autographa sed ectypa pro tan ta pecunia ab 
imposture accepit, qui magna etiam pecunia pro autogra- 
pbis Essexii adversarios emungere cogitarat. 

« Hac de impostura illein perpetuum carcerem damnatus, 
tribus librarum millibus, quarum duo Essexiae cédèrent, 
mulctatus et auribus in collistrigio afiixis spectaculo expo- 
situs cum hoc programmate : Falsarius et impostor im- 
probas. » 

Pour bien comprendre ce passage de Camden, il faut 
savoir qu'il est question ici du procès du comte d'Essex, le 
fameux favori d'Elisabeth, et se rappeler que le fier et 
brillant gentilhomme avait encouru le ressentiment de la 
vieille reine en épousant la fille de Walsingham et en 
bravant la reine de toute façon. 

Arrêté sur l'ordre de la souveraine, il redoutait surtout 
sa jalousie d'amante. C'est pourquoi la comtesse d'Essex 
avait grand intérêt à cacher les lettres d'amour que son 
mari lui avait écrites, de peur qu'elles ne tombassent entre 
les mains d'Elisabeth. 

Le mari de la dame dépositaire, J. Daniel joua alors un 
rôle infâme. Se rendant coupable du chantage le plus 
odieux, il extorqua plus de mille livres à la pauvre comtesse 
d'Essex et ne lui restitua même pas les pièces qu'elle avait 
eu l'imprudence de confier à sa femme. Ne lui livrant que 
des fac-similés habilement copiés, il garda les originaux dont 
il espérait faire argent une seconde fois auprès des ennemis 



— 104 - 

d'Essex. Mais, traduit devant le tribunal de la Chambre 
étoilée, il y fut condamné à la prison perpétuelle et à une 
amende de trois mille livres, dont les deux tiers au profit de 
la comtesse d'Essex. Camden ajoute qu'il fut de plus 
pilorisé et eut les oreilles clouées au poteau d'infamie pen- 
dant la durée de l'exposition publique. 

Camden le nomme /. Daniel et appelle sa femme Rihovia 
muliercula Belgica, c'est-à-dire : femme originaire des 
Pays-Bas. 

Pour répondre à l'une des questions posées plus haut par 
M. Kervyn de Lettenhove, il suffit de transcrire les pre- 
mières lignes d'un acte passé à Gand devant les échevins 
de la Keure le 7 mai 1610. C'est un arrangement de famille, 
réglant plusieurs successions restées en suspens. Voici le 
préambule de cet acte, tiré des archives communales de 
Gand, Jaerregister, Keure 1609-1610, fol. 120: 

« Compareren in persoone Jo 1 Phls vander Kethulle, 
f s Jo r Franchoys, heere van Ryhove, Volckeghem, etc. ter 
eender zyde; ende Joncvrouwe Jehenne vander Kethulle, 
zuster vanden voorn. Jo 1 ' Phls, w[eduw]e van d'eer : 
Jan Daniel, schiltcnape van Deresbery inden graefschappe 
van Chester binnen tconinckrycke van Inghelant ter 
andere, etc. » 

Le /. Daniel de Camden est évidemment notre Jean 
Daniel, écuyer de Deresbery au comté de Chester, le mari 
de Jeanne de la Kethulle, fille du fameux François, seigneur 
de Ryhove. Il résulte aussi de cet acte que Jean Daniel était 
déjà mort en 1610, Jeanne de la Kethulle y étant qualifiée 
de veuve. 

Cet acte, sur lequel M. Adrien de la Kethulle, juge à 
Gand, a appelé mon attention, tranche donc la première 
question soulevée par M. Kervyn de Lettenhove. Il demande 



- 105 — 

aussi quel fut exactement le rôle de la fille de Ryhove dans 
les intrigues qui précédèrent le supplice du comte d'Essex. 
Ici j'avoue ne pouvoir répondre. Peut-être quelque lecteur 
anglais du Messager, qui aurait fait une étude spéciale du 
règne d'Elisabeth, pourrait-il élucider ce dernier problème. 

Paul Fredericq. 



L'Incendie du château de Beauraing. — D'après les 
chiffres officiels que nous avons recueillis à bonne source, 
le soupçon de malveillance qui avait accueilli la première 
nouvelle de l'incendie du château de Beauraing ne saurait 
avoir aucune espèce de consistance. Le simple exposé qui 
suit suffit du reste à en faire justice ainsi que de certains 
racontars hazardés qui ont pris cours dès la première heure. 

Le château de Beauraing avait été incendié au siècle 
dernier et reconstruit par les soins et sur les données de son 
propriétaire, le duc d'Ossuna, un grand seigneur richissime, 
qui y engouffra une bonne partie de ses trois cents millions. 

Un mot de lui peint l'homme mieux que tout commen- 
taire. Un jour on lui disait que son intendant le volait : 
« Ne voyez-vous pas que ce gueux, entré chez vous sans sou 
ni maille, est aujourdhui scandaleusement riche. Il est plus 
que temps de lui faire rendre gorge. » 

— Moi, plaider pour de l'argent? répartit le duc, les 
d'Ossuna défendent leur honneur; mais leur argent! 
Fi donc! » 

De ce train-là, les plus grosses fortunes arrivent à leur 
fin et quand le duc mourut, il ne restait guère à sa femme 
qu'une pauvre trentaine de millions vinculés par les reven- 
dications et les procès de la famille espagnole. La dernière 
instance est pendante actuellement. 

Pour faire face aux frais considérables de ces procès 



— 106 — 

coûteux, la duchesse d'Ossuna, aujourd'hui princesse de 
Croy, eut recours à l'emprunt et signa de ce chef une obli- 
gation de 2,200,000 fr. au profit d'une Société d'assurances 
sur la vie, la Concordia, de Cologne. En garantie de cet 
emprunt, le château fut affecté d'une première hypothèque 
et le mobilier qu'il contenait, constitué en gage jusqu'à 
concurrence d'une somme de 1 ,950,000 francs au profit de 
la Concordia. 

A la suite d'irrégularités dans le paiements des intérêts, 
une poursuite en expropriation de l'immeuble hypothéqué 
aboutit à la vente faite par le notaire Delporte de Bruxelles 
le 24 octobre dernier ; le créancier hypothécaire se rendit 
acquéreur pour la somme de huit cent cinq mille francs. 

L'acquisition était fort importante déjà! Le château de 
Beauraing, un palais royal, avec ses dépendances magni- 
fiques, son parc superbe et ses mille hectares de terre ! Si 
bien que la valeur marchande des terres aujourd'hui que 
le château a été rasé par le feu, est encore estimée à 
800,000 francs au bas mot. 

Mais, la vente n'ayant porté que sur l'immeuble, sans 
affecter le gage mobilier, et n'ayant diminué la créance que 
du prix d'acquisition, il fut convenu amiablement entre la 
duchesse d'Ossuna et son créancier qu'une vente aurait 
lieu à Cologne par les soins de la maison Lemperts, Héberlé 
et fils, de tout le mobilier donné en gage. 

En exécution de cette convention, des ouvriers emballeurs 
étaient venus ces jours derniers occuper le château. Ils s'y 
trouvaient occupés au moment du sinistre ainsi que le 
gardien, le domestique Louis ; et l'on nous assure que tous 
ont eu la plus grande peine à se sauver des flammes. 

Ils avaient déjà expédié un premier wagon contenant des 
objets précieux qu'on évalue à une centaine de mille francs 
environ. Trois autres wagons étaient prêts à partir avec 
chargement complet. Ils comprenaient entre autres pièces 



— 107 - 

remarquables les quatre Gobelins, présent de Calderon, les 
deux vases de Sèvres donnés au duc d'Ossuna par le czar de 
Russie, Alexandre II, ces deux vases estimés dans le borde- 
reau du gage à 180,000. 

On suppose que les objets ainsi préservés représentent de 
5 à 600,000 francs au moins. 

Mais ce qui n'a pu être mis à l'abri et dont la perte sera 
regrettée par tous les amis de l'art, c'est la galerie de 
tableaux, parmi lesquels on cite deux toiles de Devos, 
estimées 120,000 francs; le portrait en pied de M me la 
duchesse d'Ossuna par feu le peintre anversois Nicaise De 
Keyser; celui du duc d'Ossuna par un peintre espagnol; et 
nombre de curiosités, venant de toutes les Cours de l'Europe, 
parmi lesquelles un buste du vieil empereur d'Allemagne 
Guillaume I er , donné par lui au duc d'Ossuna lors du 
mariage de l'Empereur actuel. 

La collection d'armures valait environ deux cent mille 
francs. On croit qu'une bonne partie doit être au nombre 
des objets emballés et préservés. 

On sait que le duc d'Ossuna a été enterré avec toutes ses 
décorations (il en avait pour 60,000 fr. à peu près) et avec 
tous ses papiers précieux. 

On a même raconté qu'à sa mort, sa veuve avait fait 
murer sa chambre. Rien n'est moins exact. La chambre du 
défunt a été respectée, nul n'y a pénétré, mais le mur dont 
s'agit n'a jamais été qu'une barrière morale inspirée par le 
respect de sa mémoire. Cependant, comme bien des papiers 
avaient une haute valeur historique, une demande du gou- 
vernement belge les revendiquant allait être obéie, quand le 
feu s'est chargé de tout détruire. On citait notamment parmi 
ces pièces la correspondance du duc avec l'ex-impératrice 
des Français qui aurait, assure-t-on, présenté un très vif 
intérêt. 

Enfin, tout est détruit. Du superbe palais il ne reste que 
les quatre murs. 



— 108 — 

Quant aux intérêts en jeu, la situation se règle comme 
suit: la Concordia, créancière de 2,200,000 fr. et aujourd'hui 
propriétaire du gage immobilier (on a prétendu qu'il y 
avait eu revente au profit d'un M. Boschaert d'Anvers, c'est 
inexact) se trouvera créancière du solde dépassant le prix 
de son acquisition et celui de la vente à faire du gage mobi- 
lier qui vient d'échapper au sinistre. Elle aura à faire valoir 
ses droits pour le surplus sur l'indemnité qui sera payée 
pour la perte du gage par les Compagnies d'assurances 
ainsi réparties : l'Escaut et la Securitas d'Anvers ont assuré 
le château pour 500,000 fr., les accessoires pour 36,000. 

Quant au mobilier, il était assuré pour deux millions 
200,000 francs par les Propriétaires Réunis, les Assurances 
Générales et Mathieu. 

Nous avons tenu à donner tous ces chiffres afin d'établir 
nettement la réalité des faits et d'éviter, autant que pos- 
sible, les suppositions erronnées, trop fréquentes en pareille 
circonstance. (Indépendance.) 



— 109 — 



CHRONIQUE. 



Gérard Mercator. — L'infatigable biographe de Gérard Mer- 
cator, M r le docteur J. Van Raemdonck vient de publier, dans les 
Annales du cercle archéologique du pays de Waes, trois nou- 
velles notices consacrées au célèbre géographe rupelmondois : La 
première réduction de la grande carte de Flandre de Mercator 
(gr. in-8°, 4 pp.) ; Découverte des deux premiers exemplaires 
connus de la grande carte d'Europe (1S54) et de la carte des Iles 
Britanniques (1564) de Gérard Mercator (gr. in-8°, 19 pp. et 1 p. 
blanche], et Gérard Mercator rupelmondois et non anversois gr. 
in-8°, 13 pp. et 1 p. blanche). 

En voici, résumées en quelques lignes, les conclusions : I. La 
première réduction connue de la grande carte de Flandre a été 
éditée à Rome, par Michel Tramezini, en 1555, sous le titre de 
Flandriae recens exactaque descriplio, mais sans le nom de Mer- 
cator ; cette réduction a été découverte et signalée par M r Fr. Wieser, 
professeur à l'université d'Innsbruck. — IL Les deux premiers 
exemplaires connus de la grande carte d'Europe (1554) et de celle 
des Iles Britanniques (1564) ont été découverts, en 1889, à la 
bibliothèque de la ville de Breslau, par M 1 ' Alph. Heyer ; il serait à 
désirer qu'on en publiât une reproduction phototypique. — III. C'est 
à tort que M r Wauwermans, président de la Société royale de 
géographie d'Anvers, a fait naître Gérard Mercator à Anvers, dans 
les discours qu'il a prononcés le 12 août 1881 et le 22 mars 1889. 
L'illustre géographe n'a fait, dans la patrie d'Ortelius, qu'un court 
séjour, qui ne suffit pas pour ravir à Rupelmonde une gloire dont 
elle est légitimement fière. 

Il faut savoir gré à M r Van Raemdonck de se consacrer ainsi à 
l'étude de la vie et des travaux de Mercator. Grâce à ses efforts et 
à son zèle, il est permis d'espérer que son œuvre sera un jour menée 
à bonne fin, surtout si les savants et les conservateurs de dépôts 



— 110 — 

publics veulent bien répondre à l'appel qu'il leur adresse et 
rechercher les desiderata qu'il signale dans une liste reproduite à 
la fin de sa seconde brochure. Paul Bergmans. 

Registres des enquêteurs de saint Louis. — Il ne nous est 
parvenu qu'une minime partie des registres où les commissaires 
désignés par saint Louis pour ouvrir des enquêtes sur l'administra- 
tion des officiers royaux, consignaient les plaintes qu'ils recueillaient 
au cours de leur mission: il faut d'autant plus en regretter la 
perte que ces registres fournissent beaucoup de renseignements sur 
les événements publics, le droit féodal, l'administration et l'histoire 
des familles du XIII e siècle. Les procès-verbaux d'enquêtes concer- 
nant la Normandie, le Maine, l'Anjou, la Touraine, le Poitou, la 
Saintonge, l'Artois, le Vermandois et le Languedoc ont été retrouvés 
partiellement à la Bibliothèque et aux Archives nationales à Paris: 
ils seront probablement publiés dans le tome XXIV du Recueil des 
historiens de la France. Des fragments, relatifs à la Picardie, 
viennent d'en être découverts par M r Alfred Richard, archiviste du 
département de la Vienne; ce sont six feuillets qui ont servi à car- 
tonner trois exemplaires de la Chrestomathie grecque, avec lexique 
grec- français, parue à Paris, chez Delalain, en 1823. M r Léopold 
Delisle a signalé cette importante trouvaille à l'Académie des 
inscriptions et belles lettres, dans une notice fort intéressante, 
intitulée : Fragment d'un registre des enquêteurs de saint Louis 
(Paris, Imprimerie nationale. 1890: in-8°, 16 pp.). Depuis, le savant 
administrateur-général de la Bibliothèque nationale a été mis encore 
en possession de deux feuillets du même registre, formant la cou- 
verture d'un quatrième exemplaire de la Chrestomathie de 1823, 
trouvé en Alsace. On peut en conclure, avec lui, que, vers 1823 ou 
1824, un registre des enquêtes de saint Louis a été abandonné à des 
relieurs chargés de cartonner les ouvrages classiques de la maison 
Delalain, et que les librairies ou les bibliothèques pourvues des 
livres qui servaient aux écoliers du temps de la Restauration, ren- 
ferment des volumes couverts de fragments analogues. Il est 
probable qu'il se trouve en Belgique des exemplaires de cette 
Chrestomathie, et nous croyons utile d'appeler sur ce point l'atten- 
tion de nos bibliothécaires et de nos bibliophiles; peut-être l'un 
d'eux aura-t-il la chance de découvrir de nouveaux fragments du 
précieux registre. 



— 111 — 

Signalons, à cette occasion, une autre notice récente de M 1 ' Léopold 
Delisle : le Formulaire de Tréguier et les écoliers bretons des Écoles 
d'Orléans an commencement du XIV siècle (Orléans, H. Herluison, 
1890; in-8°, 26 pp. et 1 f. blanc;. Dans cette curieuse communica- 
tion faite à la Société archéologique et historique de l'Orléanais, 
M 1 ' Delisle analyse un recueil manuscrit de modèles de lettres, 
composé au pays de Tréguier (Côtes-du-Nord) au XIV e siècle, et 
acquis récemment par la Bibliothèque nationale. Il faut noter 
spécialement l'emploi simultané, dans ces lettres, des termes de 
Genabum et de Aurelianis pour désigner la ville d'Orléans ; c'est 
une nouvelle preuve en faveur de l'identification d'Orléans avec 
l'antique Genabum. Paul Bergmans. 

Correspondance du comte de Mercy-Argenteau. — M* Jules 
Flammermont, le savant professeur d'histoire à la Faculté des 
lettres de Lille, a entrepris, avec le concours de l'éminent archiviste 
autrichien, M r le chevalier Alfred d'Arneth, la publication de la 
Correspondance secrète du comte de Mercy-Argenteau avec l'empe- 
reur Joseph II et le prince de Kaunitz, dans la Collection des 
documents inédits relatifs à l'histoire de France, éditée par le gou- 
vernement français. Le premier volume vient de paraître (Paris, 
Imprimerie nationale, 1889 ; in-8°, IV, plus 495 pp. et 1 p. blanche' ; 
il va du 6 décembre 1780 au 27 décembre 1785, et comprend deux 
cent vingt-trois lettres, qui sont, pour la plupart, d'un haut intérêt 
pour l'histoire de Joseph II et de son temps; des notes abondantes 
et substantielles leur donnent un prix tout particulier. Il est bon, 
croyons-nous, de signaler, dès à présent, cet important ouvrage à 
ceux qui s'occupent de travaux historiques sur la fin du XVIII e siècle, 
en attendant que l'apparition du second et dernier volume, qui sera 
accompagné d'une introduction de l'éditeur, permette d'en donner 
un compte-rendu détaillé. Paul Bergmans. 

Les sceaux par Lecoy de la Marche l . — Ce volume est aussi 
intéressant par les figures que par le texte. « Vivant depuis vingt 
cinq ans, dit l'auteur, au milieu du plus riche dépôt du monde, 
celui des Archives nationales de France, attaché plus particulière- 



1 Les sceaux par Lecoy de la Marche, Paris, Quantin, édit. — 
Un vol. format charp. -- Bibl. de l'enseignement des Beaux Arts, 



— 112 — 

ment à la section historique, de laquelle dépend la grande collection 
sigillographique qui fait l'admiration des savants, je n'ai eu pour 
ainsi dire qu'à me baisser pour puiser dans ce trésor sans fond. » 
Les figures qui sont excellentes, ont été exécutées d'après les 
empreintes originales ou les empreintes surmoulées. On a laissé 
autant que possible aux sceaux leurs dimensions naturelles. « Le 
nouveau procédé employé pour ces reproductions, dit l'auteur, 
participant à la l'ois de la photographie, de la gravure, de la 
typographie, achève de leur donner toute la fidélité désirable. Il 
est arrivé à rendre avec une précision mathématique les moindres 
reliefs des empreintes de cire ou de métal et aussi leurs moindres 
défectuosités. » Un grand nombre de ces figures présentent pour 
"nous un intérêt particulier : nous y avons rencontré les sceaux de 
Jeanne, comtesse de Flandre, des villes d'Ypres, de Saint-Omer, de 
Tournai, des poissonniers de Bruges, de Philippe le Hardi, duc de 
Bourgogne, de l'empereur Maximilien, etc. 

« Les sceaux des villes ou des communes, dit M. Lecoy, ne se 
bornent pas à nous restituer la figure de leur mayeur ou de leurs 
échevins. Une autre catégorie tout aussi intéressante et plus nom- 
breuse peut-être, fait revivre à nos yeux les monuments de la cité ou 
son aspect général. C'est là une des sources les plus précieuses pour 
l'archéologie du Moyen-Age, pour l'élude de l'architecture en 
particulier; car, en admettant que ces vues d'ensemble ou de détail 
ne soient pas d'une exactitude minutieuse, ce qui se comprend de 
reste, elles peuvent contenir tel trait, tel ligne, tel effet capables de 
nous donner une explication longtemps cherchée. Et pour combien 
d'édifices ne possédons-nous, de l'ancien état de choses, aucun autre 
vestige que ces petits dessins gravés d'après nature sur le bronze ou 
le cuivre! » M. Lecoy de la Marche aime son sujet; et le fait aimer 
et montre bien de quel secours sont les sceaux pour l'étude de l'his- 
toire, en même temps que leur valeur artistique. 

Van Schoonbeke en het Maagdenhuis van Antwerpen L — 
M. Geudens continue la publication de monographies intéressantes 
sur les établissements hospitaliers d'Anvers. Nous avons parlé déjà 



1 Van Schoonbeke en het Maagdenhuis van Antwerpen, door 
Ed. Geudens, archivaris bij de Burgerlijke Godshuizen, Antwerpen, 
1889. 157 pp. in-8°, avec planches. 



— 113 — 

de son Hôpital de Saint-Julien et les Asiles de nuit à Anvers 
(1888, p. 126) où l'on coupait une phalange du doigt à ceux qui, 
abusant de l'hospitalité offerte, avaient prolongé leur séjour au delà 
de la durée réglementaire et reparaissaient dans la ville après ban- 
nissement de ce chef. Le volume que nous annonçons aujourd'hui 
est enrichi de belles planches et imprimé avec élégance. Il contient 
de curieux -détails sur une institution dont l'origine remonte au 
XVI e siècle, sur son fondateur Van Schoonbeke, et sur les nom- 
breux bienfaiteurs de l'école, où se lit encore de nos jours l'inscription 
suivante : 

« Ex donatione haeredum D. Gilberti de Schoonbeeck, fundo hoc 
« pauperib. huius urbis pro parte legato, Joan Godev. a Grave, 
« Petrus Stevens, Garolus Batkin, Philippus Leroy, Petr. de Haze, 
« Guill. F., Petrus Janss. de Bisthove, huic urbi ab eleemosynis, 
« deconsensu camerse S. Spirit. hune parthenona novo hoc sedificio 
< ampliarunt, annis supra CID 10 CXXXIV, et XXXV. » 

L'inscription entière telle qu'elle est gravée sur la pierre, ne 
contient que des majuscules, ce qui tranche, quant aux particules 
dans les noms propres, des questions parfois bien embarrassantes 
pour les typographes. 

Les recherches faites par M. Geudens dans les archives lui ont 
permis de restituer au peintre Fr. Floris les tableaux conservés dans 
le collection des Hospices civils et attribués à tort à P. Pourbus. 
Dans un inventaire du XVII e siècle ils sont décrits en ces termes : 
« 2 Gontrefaictsels van Franchois Floris geschildert, wesende : Gille- 
« bert van Schoonbeeck ende syn huisvrou Elisabeth Heyndrickx. » 

Quatre siècles de gravure sur bois 1 . — La place que les 
artistes flamands occupent dans cette belle publication est assez 
considérable pour la recommander particulièrement à notre atten- 
tion. Les procédés nouveaux permettent la reproduction dans la 
dernière perfection d'œuvres parfois uniques ou qui n'existent qu'en 
de rares exemplaires, dans quelques grands musées. La série de 
pièces précieuses ainsi reproduites pour reconstituer l'histoire de 
la gravure sur bois comprend, pour ne parler que des artistes 

• 

1 Quatre siècles de gravure sur bois, publié par Georges Hirth 
et Richard Muther. — Munich et Leipsic. Hirth, Libr. édit. — 
Planches in-4° avec texte en français et en allemand. 

8 



— 114 — 

des Pays-Bas, d'excellentes œuvres de Lucas de Leyde, de Pierre 
Brueghel, de Moreelse, de Van Heylen, de Christophe Jegher. Les 
planches de ce dernier d'après Ruhens sont de toute beauté. Une 
fois de plus nous avons lieu d'admirer la grande place qu'occupent 
les artistes des Pays-Bas dans l'histoire de toute branche des Beaux 
Arts avant notre profonde décadence du XVIII e siècle. 

HOBBEMA ET LES PAYSAGISTES DE SON TEMPS EN HOLLANDE 1 . — 

Hobbema est un exemple extraordinaire de l'obscurité profonde 
qui peut envelopper pendant longtemps la vie d'un grand artiste. 
Dans son excellente histoire de la peinture hollandaise (1882) 
H. Havard disait de lui : « Hobbema, méconnu de ses contempo- 
« rains, n'a laissé chez les biographes qu'une très faible trace de son 
« passage sur cette terre, dont il a été pourtant un portraitiste si 
« fidèle. Il faut attendre jusqu'en 1739 pour voir son nom figurer 
« sur les catalogues de vente; en 1768 ses chefs d'œuvre n'étaient 
« guère prisés plus de 200 à 300 florins, et c'a été seulement de nos 
« jours que justice a été rendue à son immense talent. » M. Michel 
consacre à Hobbema et à ses principales œuvres *une notice 
excellente, où il réunit tous les renseignements recueillis sur le 
grand peintre, par les recherches des archivistes de Hollande, 
l'examen des anciens catalogues de ventes, et les très rares 
témoignages d'anciens auteurs hollandais. Nous y rencontrons ce 
détail curieux que Hobbema, marié à Amsterdam en 1668, à l'âge de 
30 ans, à l'époque où son talent est déjà développé, obtient la même 
année l'emploi de jaugeur-juré de la ville pour les liquides de 
provenance étrangère, et que peu de jours après ce mariage qui a 
eu pour témoin J. Van Ruysdael, il comparait devant notaire pour 
y passer un acte dénotant, dans l'administration de la grande cité 
commerciale, des pratiques les plus étranges. Hobbema, par cet 
acte reconnaît que l'emploi qui lui est échu, il le doit à l'interven- 
tion d'une compagne de sa femme , comme elle domestique du 
bourgmestre d'Amsterdam, et en reconnaissance de ce service, il 
s'engage à payer à cette fille, tant qu'il conservera sa place, une 
rente de deux cent cinquante florins par an, à moins que la béné- 
ficiaire, venant aussi à se marier, ne fasse également pourvoir son 
mari d'un emploi quelconque. 

1 Hobbema et les paysagistes de son temps en Hollande, par 
Emile Michel. —Paris, libr. de l'art. 54 pp. in-4° avec 12 gravures. 



— 115 - 

Les Communes françaises a l'époque des Capétiens directs 1 . 
— La question des Commîmes françaises au moyen âge, est une 
de celles qui, en ce siècle, ont le plus vivement intéressé les 
historiens et le public. Elle s'impose maintenant plus que jamais 
à l'attention de quinconque tient à connaître, dans son ensemble, le 
développement des institutions populaires et le passé de notre démo- 
cratie. L'histoire des communes françaises spécialement dans le 
nord, a des rapports trop intimes avec celles des communes fla- 
mandes pour que nous puissions passer sous silence les documents 
qui s'y rattachent. Mais, depuis Augustin Thierry, la science a mar- 
ché; l'érudition contemporaine a complété et renouvelé, en bien des 
points, l'histoire dn mouvement communal. M. Luchaire a pensé 
opportun et utile de mettre le public au courant, et d'exposer dans 
un livre de format commode et dénué de tout appareil érudit, les 
résultats nouveaux obtenus par les savants sur cet important sujet. 
Dans une série de chapitres substantiels, il étudie successivement 
les origines immédiates de la commune urbaine, la formation des 
communes rurales, les chartes communales, l'administration de la 
ville libre, son organisation militaire et financière, les partis poli- 
tiques qui s'y disputent le pouvoir, et enfin ses relations avec la 
féodalité, l'Église et la royauté. Nous espérons que cette synthèse 
sera accueillie, comme elle le mérite, de tous ceux qui, sans avoir 
le loisir de rassembler et de lire les publications des érudits, veulent 
cependant en profiter. 

Divers. — L'administration du Musée-Britannique a été informée 
que lors des dernières fouilles, en Egypte, une importante trouvaille 
a été faite. 

Il s'agit d'un tombeau, que l'on prétend être celui de la reine 
Cléopâtre. Il fut découvert à une profondeur de vingt-cinq pieds, 
dans un appartement de dix pieds de longueur sur deux et demi de 
largeur. 

Le sarcophage était construit en forme de pyramide et orné 
d'élégantes sculptures. 

Le dit sarcophage sera ouvert en présence d'un représentant du 
gouvernement égyptien. 

1 Les Communes françaises, etc., par Achille Luchaire, pro- 
fesseur d'histoire du moyen-âge à la faculté des lettres de Paris. — 
Hachette et C ie , à Paris, 1 vol. in-8°, 299 pp. 



- 116 — 

— La ville d'Athènes va i*ecevoir en don du riche Athénien 
Stéfanowitch un souvenir à la mémoire de lord Byron. 

C'est un groupe, en marbre, qui sera achevé à Paris et entouré de 
ligures allégoriques, le tout d'une valeur de plus de cent mille francs. 

— On expose depuis quelque temps au Palais Rosso, à Gênes, les 
tableaux offerts par la duchesse de Galliera, à sa ville natale. Dans 
cette collection sont compris : une magnifique toile de Rubens, 
représentant : Un Guerrier poursuivi par de mauvais génies; il est 
recueilli dans le royaume de Vénus et de Bacchus et débarrassé de 
son armure par l'amour ; 

Un tableau d'Antoine Van Dyck : Le denier public ; 

De Jean Steen : Une procession d'enfants et Un intérieur de ferme ; 

Un paysage, de Ruysdael, dont Wouwerman peignit les figures; 

Un paysage effet de lune,, par van Aart van der Neer. 

Deux tableaux de Murillo : Saint-François qui reçoit d'un ange 
les règles de son ordre et La Fuite en Egypte ; 

En outre des toiles de Zurbaran, Sassoferrate, Carracci, Guido 
Reni et d'autres peintres de talent. 

— La vente de l'atelier de Jules Dupré qui eut lieu à Paris, le 
30 janvier dernier produisit la somme de deux cent dix mille francs. 

Son Retour à la ferme au soleil couchant, fut acheté par le duc 
d'Aumale, pour 20,000 francs. 

Son Repos de moissonneurs (1842), atteignit le prix de 4,100 francs. 

Les trois arbres, environs de Ghâteauroux, 8000 francs. 

Le soir au bord d'une rivière, 10,400 francs. 

Sous l'ombrage Bois de l'Isle Adam , 10,100 francs ; 

Pleine mer, 5,500 francs. 

Les autres tableaux du maître s'élevèrent à des prix variant de 
deux à treis mille francs. 

Les dessins furent vendus : 

Le Bûcheron de Coussac-Bonneval, 1005 et le Passage du gué, 
1520 francs. 

A la vente de la collection Dupré, le duc d'Aumale obtint au prix 
de 40,000 francs le Concert, de Corot. 

Un autre tableau de Corot : le Crépuscule, fut vendu 8,100 francs ; 

Le portrait de Jamer, par Gericauld 6,000 francs. 

Les toiles de Daumier : la Salle des Pas-Perdus, 1,800 francs: 
l'Avocat plaidant, 1,500 et l'Antiquaire, 1,200 francs; la Plaine, 
étude de Th. Rousseau, 1,400 francs. 



- 117 - 

— Une singulière et très importante découverte vient d'être faite 
à Pompéi. A l'extérieur de la porte Stabiane, dans une couche de 
cendres, on a trouvé le moule de trois cadavres et d'un arbre. 

On sait que ces moules sont des empreintes vides d'objets dont le 
feu a calciné et consumé la substance sans en détruire la forme, 
celle-ci reste accusée avec la plus grande fidélité par les cendres qui, 
l'enveloppent de toutes parts, et si on vient à verser du plâtre 
dans ces boursouflures, on obtient la reproduction exacte de leur 
contenu. 

On a donc usé de ce procédé et on a ainsi obtenu l'empreinte de 
deux cadavres d'hommes et d'un cadavre de femme. Un de ces 
hommes est à genoux, tandis que l'autre est couché sur le dos. Le 
corps de la femme a la tête inclinée en avant, les bras étendus. 

Mais l'empreinte de l'arbre est de beaucoup la plus intéressante. 
Outre l'impression du tronc, celle des feuilles et du fruit est 
demeurée intacte. M. Ruggiero, directeur des fouilles de Pompéi, 
examina attentivement l'arbre et reconnut qu'il appartenait à la 
variété des laurus nobilis, ce végétal produit un fruit rond qui 
mûrit à la fin de l'automne. M. Ruggiero, après avoir étudié la 
forme et la dimension des fruits moulés, déclara qu'ils devaient être 
mûrs lors de l'éruption volcanique. 

Par conséquent, cette découverte prouverait que la célèbre 
catastrophe de Pompéi doit prendre place non, comme on le croyait, 
au mois à' août de l'année 79 du Christ, mais au mois de novembre 
de la même année. 

— On a vendu, dernièrement la partie la plus importante de la 
collection Marquis, des bronzes d'art et d'ameublement. 

Nous signalerons d'abord une magnifique pendule à cadran tour- 
nant, formée d'un vase ovoïde d'ancien céladon fleuri, garni d'une 
riche monture en bronze ciselé et doré, de l'époque Louis XVI, 
vendue 48,100 fr. ; un très beau lustre de Boulle, à huit lumières en 
bronze ciselé et doré de l'époque Louis XIV, 22,000 fr., sur une 
demande de 15,000 fr. ; deux bras appliques du temps de Louis XV 
en bronze ciselé et doré, 7,530 fr. ; une pendule Louis XVI, modèle 
à cage en bronze doré, garni sur la face et sur les côtés de plaques 
en ancienne porcelaine de Sèvres, 8,900 fr. ; une pendule Louis XVI 
formée de deux sphinx en marbre blanc supportant le mouvement 
et reposant sur un socle en marbre bleu turquoise, avec ornements 
en bronze, 11,000 fr. ; un grand cartel Louis XVI en bronze ciselé 



— ns — 

,>nte d'une figurine de _ - nnant de la trompette 
et tenant un médaillon qui représente Henri IV vu île profil, 5,800 Dr. 

— Un curieux manuscrit a été offert, en février dernier, à l'Aoa- 

mçaise, par M le comte de la Ferrière : c'est la seule copie 

ristfl du Livre d€ Dépenses de la reine de Navarre Marguerite 

Ingon - but de François 1- . du mois de septembre 1540 à la 

fin d'août i5-n>. 

L'original de ce manuscrit est conserve dans la bibliothèque du 
marquis de Frotl - «ndant en ligne directe de Jehan de Frotté\ 

la reine Marguerite. 

— Une dentelle historique. Le i oservateur du Musée du chah 

\ _ . a que MM. Asther et Wertheimer lui ont 

prêt-, s remarquable échantillon de dentelle en point de V< 

qui exish tient en Angleterre, et qui, chose curieuse. ; 

robe que Marie- Antoinette a porté le jour de ses n< - 
Le volant de dentelle, en très -sure 4 mètres de 1 i g 

sur Tô centime:-. - rge. Son dessin es - figures, 

. x : s ai - laReii th souronne 

sontconten s ns travail, fait entièrement à la main. 

— 1 fctres autographes, adressées ] rNa] - au célèbre 

- i Volta, viennent d'être retrouvées dans de vieux pa] 

ar une fileuse de s Mandello-Lario. Cette jeune 

aille à la reine qui, 

en retour, lui a fcre un magnifie ssurant 

~ - de lui procurer un appui plus efficace. 

— M. le chanoine Meyers. cure de S.. kl _e. vient de 
faire un don magnifique au - : .e la porte de H 
Bruxelles:. \\ h. cadeau de la coupe en argent et or offerte 
en;-' jour de l'inauguration solennelle d< - serne 
du F ifiteau, à Br Iles, i ar S. M LéopoM 1-. au nom de la 

- le lieutenan -_ 

taire et ce:- or du m se s'ag 

M. M< - k grat exécuté les plans en si 

romain de ce superbe édifice, et la ville de E tenu à lui 

.oignex sa 

e en argent massif, du 

- le 16 kilogr rès d'un mètre de haut. 



— 119 - 

10,000 francs. Le couve: lé de la statue de l'arcl. 

Saiir . jure au haut de la tour delà maison de ville. 

— On a vendu, en il Hôtel Drouot, à P. r la 
somme de 23,000 franc?, quatre sphinx e: -cuite, du t/- 

de Louis XV. 

Ce sont <1 à buste d< -entant, 

dit-on, quatre favorites du : 

— La Ga. le de Londres le soix; 
tableaux moderr. 3e M. Henn Tate de Sireatnam. 

Cette belle colle.. _ Elle 

renferme deux toiles de Tadema, une de ■ -s de 

Gonstaj 

— La Bibliothèque royale de I d'acquérir le | 
ancien livre imprimé qui ei . qui apparl- 

à la collection du professeur F; Hirtb. ueil de 

formules chinoises intitulé : - avec d • 

- de bois qui ont dû être façonnés vers l'an 1310 •'.■ 
La clarté du texte et l'exécution des planci. 
trésors historiques anciens indiquent que l'ouvrage a dû paraître 
à une époque éloigx 

— Le Louvre vient de faire une acquis 

un grand triptyque flamand dont les ; 
conservées, quoique fort anciennes, sont d'u: 
A l'intérieur, comme sur beaucoup d- flamands de la 

ne époque, sont représentés les donateur - 
saint patrons. Sur la Ga -rieure di 

et Eve. 

Quoique l'auteur de cet ouvrage soit inconr. 
ait quelque analogie entre ce chef-d'œuvre et le fameux triptyq 
Van Eyck qui orne l'église Saint-Bavon à Gand. 

— L>a: lartement de Seine et Marne. 
Bocage, Ion vient de découvrir plusieurs habita: 

Dans un atelier où la pierre était taillée l'on trouva des ciseaux. 
des vilebrequins et plusieurs tessons provenant d'objets ce: 
tionnés, ainsi qu'une quantité d'instruments aratoire rue: 

sarcloirs, râteaux, etc., fabriqués en silex 

— On signale dans la Pe. - Milan, que par suite de 
circonstances fortuites l'on a découvert, à Bologne, les ruines c 



- 120 — 

ville étrusque. Deux larges rues rectangulaires partagent la ville 
en quatre parties. Chacune de ces parties est divisée en huit blocs 
à peu près d'égale grandeur : 165 mètres de longueur sur 35 à 
40 mètres de largeur. Les rues principales ont des trottoirs de 
5 mètres de largeur et une voie pour les véhicules, présentant les 
mêmes dimensions. Les fouilles achevées l'on put contempler des 
maisons ayant beaucoup de ressemblance avec les habitations ro- 
maines. L'une de ces demeures, d'une largeur de 35 mètres a un 
impluvium et un vaste portique incrusté de mosaïques. Près de 
l'atrium l'on trouve plusieurs chambres à coucher, ayant une 
superficie de 7 mètres carrés. Le tout est suivi d'un grand espace 
ouvert, probablement le tablinium. 

La ville est construite avec une telle régularité que l'on croit 
avoir devant soi une ancienne colonie construite d'après un plan 
arrêté. 

Ces bâtisses semblent dater de vers le milieu du V e siècle avant 
notre ère. 

— Jusqu'à ce jour l'on n'avait pu découvrir aucune des œuvres du 
peintre Albert Van Ouwater, le contemporain et peut-être l'élève 
de Van Dyck. 

Seul l'ouvrage de Charles Van Mander le fait connaître où il 
décrit de lui deux tableaux : l'Autel Romain, qui orne la grande 
église de Harlem, et la Résurrection de Lazare. Cette dernière 
toile se trouva parmi le butin fait par les Espagnols en 1573, lors 
de la prise de Harlem. Malheureusement Van Mander ne décrit 
qu'une copie où il dépeint Lazare comme une figure admirable, aux 
lignes pures et d'un dessin correct. D'un côté Lazare est entouré 
d'apôtres, de l'autre de gens du peuple. 

La chronique artistique, de Hollande, annonce maintenant que 
l'original de ce tableau fut reconnu par le D r Schneibler dans une 
collection appartenant à une famille de Gènes. 

Le D r Bode, directeur de la revue citée, est d'accord avec le 
D r Schneibler pour avancer avec certitude que c'est bien la Résur- 
rection de Lazare, par Van Ouwater, que l'on a trouvée. 

Lors du rappel du duc d'Albe des Pays-Bas, il vint faire un assez 
long séjour à Gènes et l'on croit qu'il apporta dans cette ville la 
célèbre toile de Van Ouwater. Le tableau est en parfait état de 
conservation, le coloris en est frais et brillant et les lignes d'une 
exquise délicatesse excitent l'admiration des connaisseurs, 




Armoiries de V abbaye d'Aine-, 



— 121 — 



UN DERNIER MOT 

CONCERNANT 

LES ARMOIRIES DE L'ABBAYE D'AINE 



En offrant à la Fédération historique de Bel- 
gique nos nouvelles recherches sur les armoiries 
de l'abbaye d'Aine, nous pensions avoir établi 
notre opinion d'une manière péremptoire; et la 
conclusion adoptée et votée, en faveur de notre 
sentiment, par le bureau du Congrès, semblait 
terminer la controverse * . Nous avions trop pré- 
sumé. Pendant que plusieurs érudits, juges très 
compétents, nous adressaient des félicitations et 
déclaraient être de notre avis, d'autres nous 
faisaient savoir qu'ils n'étaient pas entièrement 
convaincus. Leurs objections ne nous paraissaient 
pas détruire la valeur de nos preuves. Néanmoins 
le désir de corroborer notre thèse, de façon à 
satisfaire les critiques les plus exigeants, nous 
décide à la reprendre. 

Nous ne nous arrêterons pas au document 

* lV*'Ses8ion. Charleroi,' 5 août 1888. 



— 122 — 

fourni par le livre assez rare, intitulé : La reigle 
de Saint-Benoist illustrée de commentaires, par feu 
Damp Matthias Lambert, prieur du renommé 
monastère d'Aine, dédiée à Monseigneur Henry 
de Yelpen 1 ..., abbé dudit monastère. Liège, chez 
Henry Hovius. L'an M.D.XCVI, in-12, 555 pp. 
Sur ce titre, on voit une vignette représentant les 
armoiries : fasce et trois merlettes, surmontées de 
la mitre et posée sur une crosse placée transver- 
salement. Au-dessous, un bistel avec une devise 
un peu détériorée par le mauvais état de l'exem- 
plaire; on y lit : confirma verbum. 

Nous n'insistons pas sur cette preuve : elle est 
identique à celle déduite de la reliure et du titre 
de la Vie du bienlieureux Simon, figurée par Pierre 
Fouet, le paintre de Chastelet-sur-Sambre , Vannée 
du s 1 ' 1621 î . Nous préférons exposer un argument 
décisif. 

Grâce à une communication privée, nous con- 
naissons le sceau officiel de l'abbaye d'Aine en 
1794, époque où les religieux furent expulsés de 
leur monastère. Ce sceau forme un manche ou 
poignée à deux mains, c'est-à-dire à double usage. 
L'instrument est en argent, et offre deux estam- 
pilles ou empreintes différentes. L'une représente 
les armes personnelles de l'abbé Dom Herset 5 : trois 



1 L'abbé Henri Vander Velpen avait pour armes personnelles : 
une croix cantonnée de quatre merlettes et chargée d'un lis en cœur, 

* Documents etc. de la Société arch. de Charleroi, t. XVI, p. 386. 

3 Dom Norbert Herset, né à Verviers, le 1 er octobre 1738, reçut la 
bénédiction abbatiale le 21 novembre 1790, et mourut à Saint-Trond, 
le 15 septembre 1806. 



— 123 — 

quinte feuilles en pal, à dextre ; une licorne grim- 
pante, à Senestre, l'autre (empreinte) figure : une 
fasce avec trois merlettes, sur fond d'azur : armes 
que l'on rencontre sur les divers monuments cités 
antérieurement. 

Est-il besoin de développer les conclusions 
qu'amène nécessairement cette nouvelle décou- 
verte ? Nous ne le pensons pas. Quel pourrait 
bien être ce deuxième cachet employé par l'abbé, 
sinon celui de l'abbaye qu'il administrait ? 

Avec l'intime persuasion que le doute n'est plus 
possible, nous maintenons, sans crainte de nous 
tromper, que l'abbaye d'Aine avait pour armes : 
un écusson à la fasce accompagnée en chef de trois 
merlettes. 

Nous adressons l'expression de notre gratitude 
à Monsieur le Docteur Gérard, de Gozée. C'est lui 
qui nous a procuré la double empreinte du sceau 
dont nous venons de parler, sceau appartenant à 
Monsieur Alfred Riche Pouré de Noirchain. 

I. Van Spilbeeck. 



124 - — 



NOTICE 

SUR LE 



LOCAL DE LA CONFRÉRIE DE SAINT-GEORGES 

DE 1381 A 170e ». 

A l'ouest du local de la grande et souveraine 
Gilde des Arbalétriers se trouvait, de 1440 à 1567, 
la petite cour de Saint-Georges, occupée par la 
jeune confrérie. Cette petite cour longeait la place 
de la maison échevinale derrière les maisonnettes 
d'écrivains publics. Elle y avait deux entrées, l'une 
près du bâtiment de l'ancienne Halle, où la jeune 
confrérie avait sa Gildehuys, et l'autre près du 
Beffroi, où celle-ci possédait une maison. La cible 
était placée près de la tour. C'est ce que nous montre 
un acte du 26 mai 1562, par lequel la jeune Gilde 
permet. à Jean Pieters, propriétaire de la maison 
touchant au Beffroi, de bâtir dans, le mur de la 
cible, et stipule qu'il sera tenu d'ouvrir sa porte 
les jours de tir pour les prix de la Ville, mais qu'il 

1 Suite. Voir Messager des Sciences histor., I e livr., 1890, p. 1. 



- 125 — 

devra la tenir fermée en toute autre circonstance, 
afin que nul ne puisse pénétrer dans le local et 
y causer du dommage. Kenlic zij etc. dat Lievin 

De Peystere, keyser, Pieter Gilliaert, coninc 

vandenjonglie guide van mynen heere den rud- 
dere Sinte- Jooris , binnen desen stede, by ad vise 
van mynheeren coninck, overdeken, deken ende 
proviserers van den ouden ende grooten guide 
van mynen heere den zelven ruddere Sinte-Jooris 
ter eencler syde, ende M r Jan Pieters ter andere, 
kennende ende verclaersende de voorn. eerste 
comparanten gheconsenteert hebbende ende 
consenteren by desen den voorn. M r Jan Pieters 
te moghen vuytbringhen maken ende weercken 
zekeren muer van de egghe van zynen achter- 
ghevele van den huuse daer hy jeghewordelic 
innewoont, ant beaufroit tôt in den muer van den 
doelhuuse staende neffens tselfs M 1 ' Jans huus — 
Ende es ooc ghehouden ten daglie van den 
schietene van den stede prysen zyne dueren open 
te doen stellen ende houdene, glielyc men van 
oudts gheuseert heeft, nemaar indien men anders- 
sins int voors. hof schote zo es hy M r Jan ghe- 
houden de zelve dueren ghesloten te houdene ter 
fine nyemandt hindese noch grief intervenire. 
Ende al ditte ooc zonder by hem M r Jan of zyne 
naercommers eenich recht van proprieteite op, 
an, noch in tvoorseide hof te moghen pretenderen, 
niet meer by possessie dan andersins f . 



1 Chartrier de la confrérie de Saint-Georges, aux archives de 
l'État à Gand. 



— 126 — 

En 1567 la jeune confrérie cessa d'exister; elle 
fut supprimée à la demande de l'ancienne. Par un 
acte du 12 janvier 1567, elle fut réunie à celle-ci, 
avec tous ses biens, créances et profits. « So eyst 
dat commen ende ghecompareert zyn voor myne 
lieeren den bailliu ende scepenen van der kuere 
Franchois de Clerck, coninc, Nicolas Triest, over- 

dekin van den ouden ende grooten guide 

van sente Jooris, ter eender zijde, ende Gillis 
Blanckaert, coninck, Claeys vander Hostijne, 
dekin, enz. notabelen ende ouderlinghen van den 
jonghen guide, ter ander, kennende ende ver- 
claersende die van den voornoemde jonghen 
guide, den voorn. ouden ende grooten guide, by 
desen duechdelic ghecedeert, ghetransporteert 
ende upghedreghen hebbende tvoornoemde jonghe 
guide met aile den goedinghen, baten ende prou- 
fijten daeran clevende ende competerende, dwelcke 
die van den voorseiden ouden guide alzo accep- 
teren l » 

L'ancienne confrérie de Saint-Georges ne fit 
pas servir le local de la jeune confrérie à l'agran- 
dissement du sien ; elle en morcella le terrain et 
le vendit aux propriétaires des maisons situées 
sur la place de la maison échevinale, à charge de 
rentes foncières. Ces ventes eurent lieu de 1567 
à 1610. Elle vendit en 1586, 6 verges et 2 pieds à 
Jean De Rudder, 10 verges et 12 pieds à Laurent 
vander Hostyne et 5 verges à Jean vander Hostyne, 
propriétaire de l'une des deux maisons qui ont 

1 Chartrier de la confrérie de Saint-Georges. Archives de la ville. 



— 127 — 

formé la vaste habitation marquée aujourd'hui 
n° 4 au marché au Beurre. Vers la même époque 
elle vendit à un autre propriétaire d'une maison 
voisine, dix verges et douze pieds de terrain, à la 
condition de boucher la porte d'accès qui se trou- 
vait dans le mur de la confrérie. « Jan vander 
Beke, procureur bij schepenen van ghedeele, heeft 
van de erfve, van den jonghen guide van Sinte- 
Jooris was, den nombre van tien roen erfve ende 
12 voeten; dies wert hij ghehauden te stoppen 
ende toe te metsen de deure, staende in den 

muer l » Toutes les anciennes maisonnettes 

d'écrivains publics, situées sur la parade plaetse, 
furent agrandies à la suite de ces acquisitions de 
terrain et elles devinrent d'importantes habita- 
tions qui furent occupées par des avocats et des 
procureurs, à cause _ du voisinage de la maison 
communale où se traitaient à cette époque la 
plupart des affaires judiciaires. 

En 1569, la confrérie vendit à un voisin quatre 
verges et demie de terrain derrière une maison 
située sur la Place de la maison échevinale près 
du beffroi, à la condition qu'elle pourrait les 
reprendre si plus tard la ville en avait besoin pour 
agrandir le Halle : omme tuutstellen van der halle \ 
Cet agrandissement ne.se fit pas, mais les fon- 
dements furent prolongés jusqu'auprès de la porte 
de la cour de l'ancienne Halle, ce qui semble 
indiquer que la reprise eut lieu. 



1 Archives de la confrérie. Handtbouck van den erfelicken renten, 
den ouden ende grooten guide van Sinte-Jooris toebehoorende, 
s Registre actes et contrats. Keure, 1569-70, f° 108. 



- 128 — 

En 1610, la confrérie vendit à la. ville une 
petite maison en ruines près de la Halle ; cette 
maisonnette avait été jadis l'une des cibles de la 
Jeune Gilde de Saint-Georges, et elle, servait depuis 
la réunion de logement au messager de la première. 

« Den 15 maart 1609 hebben mynen heeren van 
den Eedt an Jooris Bonnewyn, cnape van tselve 
guide, gheconsenteert ende gheaccordeert dat hy 
thuuseken daer Lievin Hemselinc inné ghewoont 
heeft staende . by tbeelfoort, ghebruucken zal tôt 
wedersegs, zonder hiervoor eenigh huere te 
gheven, behauden ende met conditie dat hy ende 
die van zynen huuse thoff behoorelyck gaede 
slaen zal '. » 

De chaque côté de la maisonnette se trouvait 
un terrain endos de murs que la confrérie vendit 
également à la ville. « Zeker vervallen huuseken, 
dit l'acte de. vente de 1610, eertyts gheweestheb- 
bende een van de doelen van tjonghe guide van 
Sinte- Jooris, metter erfve over beede zyden van 
tselve huuseken Kggkende, beghinnende van 
d'érfve van Jan Halsbrech tôt -jeghens de Halle 
deser voorn. stede, emmers gelyck al tselve 
tusschen mueren ghestaen endè gheleghen es " 2 » . 
C'est le terrain sur lequel ont été construits les 
bâtiments de la balance de la ville et de la 
prison communale. Il servait antérieurement de 
passage pour la nouvelle halle, comme l'indique 
un acte de vente de 1537 d'une maison située sur 



1 Archives de la confrérie. Livre des résolutions, i'° 13 v , à la 
Bibliothèque. 

2 Registre des actes et contrats. Keure, 1610-1611, f° 115, 



— 129 — 

la Place de la maison échevinale près du beffroi : 
« Een huuseken up de plaetse tsepenhuuze an 
deen zyde tbeelfroit, ende an dander zyde de 
weduwe van Jan Steel, daer tusschen de poorte 
en de ivegli van der halle strect ' . 

Les murs qui séparaient le local de la grande 
confrérie de Saint-Georges de celui de la .jeune, 
furent conservés après les aliénations de terrains 
dont nous venons de parler. La confrérie en garda 
la propriété. 

La Gildehwjs de la Jeune confrérie fut divisée 
en deux parties ; l'une servit à agrandir la maison 
de la grande confrérie et fut convertie en un 
atelier et une forge pour les faiseurs d'arbalètes 
qui occupèrent les chambres sous la chapelle 
jusqu'en 1610; l'autre fut transformée en une 
maison d'habitation et louée séparément ; c'est la 
maison qui est marquée- aujourd'hui n° 2 au 
Marché au Beurre. Elle fut louée successivement 
jusqu'en 1743 à des procureurs et à des avocats, 
parmi lesquels on trouve le procureur Brant en 
1654, l'avocat Pyn en 1682 et le procureur De 
Rouck en 1719. En 1743 elle devint un cabaret 
tenu par la v e Jean Fleurman ; mais le bail fut 
résilié peu après, sur les pressantes réclamations 
de l'aubergiste-concierge de la confrérie, qui se 
plaignait de la concurrence que lui faisait la 
locataire. Le bail fut repris par le procureur 
Elbo, ancien doyen de la confrérie. 

A l'est, la cour Saint-Georges subit peu de mo- 

1 Weesenboek van 1537, 1° 75. 



— 130 — 

difications de 1469 à 1796. Le local de la confré- 
rie continua d'être borné, de ce côté, par les murs 
des maisons de Groote Moor, de zwarte Moor et 
de Groote Zichele, situées rue Haut-Port, par la 
façade postérieure de l'ancienne maison de Van 
den Eecken en 1450 et du docteur Demanet en 
1780, rue des Régnesses, enfin par les murs de la 
maison de Talboem en 1408 et de Pascal-Bois de 
Vigne en 1728, rue Saint- Jean. L'ancienne allée 
(ganglie) . de la maison de groote Loeve, donnant 
dans la Ryngasse, fut convertie en jardin et louée 
en 1775 à l'habitant de la maison voisine. « Wor- 
dendealhieroockte kennen gegeven,dit le compte 
de la confrérie du 5 février 1778, dat den eedt 
op den neghensten july 1775 heeft verhuert den 
grondt van den gilde liggende achter den huyse 
van den canonick Clément woonende nevens 
den huyse van de vrauw graevinne de Thiennes, 
wesende eenen hof, voor negen achter een volgende 
jaeren ten advenante van een pond vyfthien 
schellingen tjaers » ». C'est sur ce terrain, incor- 
poré à l'habitation formée d'une partie de l'ancien 
atelier de tisserands de Jean Pricke, qu'ont été 
construites les dépendances de la maison qui porte 
aujourd'hui le n° 3 dans la rue des Régnesses. 

En 1782 la confrérie donna en bail emphy- 
théotique pour vingt-neuf ans au docteur G. 
Demanet, propriétaire d'une maison rue des 
Régnesses, un terrain de 441 pieds carrés, situé 

1 Archives de la confrérie, vol. 1775-1786, f° 1 passim. A la 
Bibliothèque de l'Université, 



— 131 — 

derrière sa propriété dans la cour de Saint- 
Georges, pour y élever des constructions, et à la 
comtesse de Thiennes, propriétaire de deux mai- 
sons qui avaient fait partie de la Ciroote Zichele 
dans la même rue, un terrain situé dans l'allée 
(ganghè), d'une superficie de 168 pieds carrés, 
également pour y faire des bâtisses ' . 

De chaque côté de la cour de la confrérie de 
Saint-Georges étaient plantés des tilleuls laissés 
d'abord en liberté, puis conduits en espaliers. 
« Ten 16 maerte 1760 is gheresolveert... van te 
laeten binden de boomen staende tusschen de 
twee doelen, emmers de selve leeden in forme van 
wayers 2 . » Une convention pour l'entretien des 
tilleuls, des espaliers et des chemins entre les 
cibles fut faite avec un des membres de la confré- 
rie en 1765. La résolution du 24 mars de cette 
année porte : « ende is den eedt geconvenieert met 
s r Christoffel de Smet tôt het opleeden, snoyen 
ende onderhouden van geseyde linden in behoor- 
lycke forme te sullen doen en jaerlycx onderhouden 
te synen coste voor de somme van seven guldens 
eens jaerelycx... ende op soodanige wyse gelyck 
hy als waeren confrère van den gilde ende lief- 
hebber van het werck, eere ende deugt daer van 
sal trachten te haelen 5 . » Entre les arbres se 
trouvaient des gloriettes garnies de bancs et de 
tables. Une résolution du serment du 3 juillet 



1 Registre aux résolutions de la confrérie, de 1779 à 1795, 
f O8 20v et 21. 

* Registre aux résolutions de la confrérie, de 1734 à 1779, f° 133. 
3 Ibid,, f° 140*, 



— 132 — 

1735, avait ordonné au proviseur Adrien Speelman 
de placer « in de respective glorietten synde in 
den hove de tafels ende zedtbanke-n aldaer 

noodigh 4 . >> 

Sauf la construction de la nouvelle maison (het 
nieuw hays) rue Saint-Jean, le local de la confrérie 
de Saint-Georges ne subit point de modifications 
importantes pendant les quatre siècles de son 
existence. Tel qu'il avait été constitué à la fin du 
XV e siècle, après les acquisitions de 1381, de 
1435, de 1450, de 1469 et de 1474, nous le retrou- 
vons en 1796, époque de la suppression, définitive 
de la confrérie, par l'application, en notre pays, 
des lois de la révolution française. 

Durant sa première suppression, qui eut lieu 
de 1703 à 1727, son local fut désigné pour servir 
de halle aux draps . 

Après les troubles qui désolèrent la ville de 
Gand à la fin du XVII e siècle, les échevins deman- 
dèrent à l'autorité royale la suppression des quatre 
confréries militaires, parce que, disaient-ils, elles 
ne rendaient plus aucun service, et, en outre, 
parce que la ville avait besoin de plusieurs locaux 
nouveaux, qu'ils n'avaient pas d'argent pour en 
acheter ou pour en faire construire, et que ceux 
des confréries leur convenaient parfaitement. La 
cour de la confrérie de Saint-Georges, située au 
centre de la ville, fut indiquée comme pouvant 
servir pour la halle aux draps qu'ils étaient tenus 
d'établir. «Dat oock de verthoonders van weghens 

1 Registre aux résolutions de la confrérie, de 1734 à 1779, f° 10 T . 



— 133 — 

syne Majesteyt gheordonneert is eene laekenhalle 
t'erigeren ofte procureren tôt vermeerderynghe 
van de negotie ende manufacture!! van de wolle 
laekenen, daertoe het guldenhof van Sente-Jooris, 
gheleghen int midden van de stadt, ten uytersten 
bequam is, ende by ghebreck van gheldt, door 
de stadt gheen ander en can ghemaeckt nochte 
ghevonden worden. » 

Une ordonnance royale du 3 avril 1703 sup- 
prima, les quatre confréries et ordonna « que la 
maison de la confrérie de Saint-Georges fût 
appropriée à une halle pour les manufactures des 
laines au bénéfice de la fabrique de la ville. » 

La ville n'avait pas la propriété des biens des 
confréries. Si les échevins intervenaient dans les 
actes d'acquisition ou de vente faites par celles-ci, 
ce n'était qu'en leur qualité de tuteurs, « als 
oppervoogliden van het Gilde ende aile andere » 
dit le contrat de vente du 8 mars 1728 *. Par 
l'ordonnance du 3 avril 1703, la propriété de tous 
les biens, meubles et immeubles des confréries, 
fut transférée à la ville, à charge de payer toutes 
leurs dettes et de faire servir leurs locaux aux 
usages déterminés par le souverain. Les magis- 
trats communaux négligèrent cette dernière condi- 
tion en ce qui concerne le local de la confrérie de 
Saint-Georges. Ils n'en firent point une halle, pro- 
bablement pour la même raison qui fit échouer ce 
projet en 1737 : l'opposition des habitants du 
Marché du Vendredi où se tenait le marché aux 

1 Registre BBB, f° 92v. aux archives de la ville, 



— 134 — 

toiles et aux draps ; mais ils résolurent le 27 sep- 
tembre 1717 d'y faire une prison. Cependant cette 
résolution n'eut point de suite non plus, et ils se 
bornèrent à donner en location les maisons de la 
confrérie, à l'exception de la chapelle et de la 
grande salle des réunions, qui furent mises au 
service de la garnison. La cour fut laissée à 
l'abandon pendant vingt-quatre ans. Les proprié- 
taires des maisons voisines profitèrent de cet état 
de choses pour commettre toute espèce d'usurpa- 
tions sur le terrain qui avait appartenu à la 
confrérie. Les uns ouvrirent des fenêtres dans 
leurs maisons, les autres firent couler sur le terrain 
les eaux de leurs toits et leurs eaux ménagères; 
presque tous enfin pratiquèrent dans le mur des 
portes pour avoir accès à l'ancienne plaine des 
exercices de la Gilde. 

Le 12 novembre 1727, un décret du souverain 
rétablit la confrérie de Saint-Georges ; elle rentra 
en possession de tous ses droits et privilèges, ainsi 
que de tous ses meubles et immeubles qui n'avaient 
point été aliénés par la ville. Cet heureux événe- 
ment, elle le dut en grande partie aux démarches 
actives d'un de ses membres qui jouissait d'un 
grand crédit auprès du gouvernement. Ce membre 
était Jean François Pascal-Bois de Vigne, le pro- 
priétaire de l'ancienne maison Talboem dans la 
rue Saint- Jean. Pour le récompenser, la confrérie 
lui vendit le bâtiment et le terrain situés près de 
la Courte cible, par l'acte du 8 mars 1728, dont 
nous avons parlé. Le motif de cette vente est 
relaté dans l'acte même. 



— 135 — 

A peine rétablie, la confrérie se hâta de 
remettre de l'ordre dans ses affaires, et elle 
rencontra tout d'abord les usurpations et les 
empiétements commis par les voisins sur sa 
propriété. Elle leur permit de conserver les 
portes qu'ils avaient ouvertes sans droit et sans 
autorisation de personne, mais à la condition de 
payer un cens irrédimible, comme reconnaissance 
de son droit et de la tolérance qu'elle leur accor- 
dait. Le compte, rendu à. la confrérie par le 
doyen le 15 juillet 1732, nous fait connaître ces 
faits : « Doende alhier te noteren dat den pro- 
cureur Jan De Gevez gheduerende suppressie 
van desen gilde ende sonder consent van de 
weth ofte imant anders, heeft doen maecken 
een achterpoortien commende in den hove van 
desen gilde, waer over hij op den sesthienden 
september 1728 met den dienende eedt, volghens 
resolutie staende ten boucke, gheconveniert is te 
sullen betaelen tôt acht schellinghen grooten 
tsjaers onlosselycken cheyns ' . » Jean De Gevez 
étant resté en défaut de payer le cens convenu 
et de faire faire l'annotation de la convention au 
livre terrier de la Ville, fut condamné, par sen- 
tence des Échevins, rendu en Chambre le 15 jan- 
vier 1731 et confirmé en appel le 14 mars suivant, 
à exécuter la convention, sinon à boucher la porte 
qu'il avait ouverte sans droit ni titre, et à payer 
de ce chef des dommages-intérêts à la confrérie. 



1 Compte rendu à la confrérie de Saint-Georges le 15 juillet 
1732, déposé aux Archives de la ville, 



- 136 — 

« Den heuverdeken, deken ende proviseerders 
van den guide van den Edelen ridder Sente-Jooris, 
onderhauden met den voetboge binnendeze stadt, 
heesschers b'y requeste van den 17 en april 1730, 
ter eender syde, ende Jan de Gevez, procureur 
deser caemer ende vierschaere, verweerdere, ver- 
steken van furnissemente, ter andere. 

« Wysen ende condemneren den verweerdere 
de cheyrise-rente van acht schellinghen grooten 
tsiaers by de voorseyde requeste instel van de 
saecke breeder vermelt ten proffyte van shees- 
scliers guide ingevolge de overeencommynghe 
diesaengaende ghemaeckt, behoorelyck te reali- 
seren ende affecteren op synen huyse daer by 
oock gheroert ende ten landtboucke van de stede 
cheynsen te doen annoteren, midtsgaders danof 
aen dheesschers over te leveren acte in forma, 
ende by gebreke van dien het poortien by hem 
doen maecken in den muer van het voorseyde 
guide ende vuytcommende op den hof te stoppen 
ende den selven muer te stellen in den staet glie- 
lyck hy te vooren is gheweest, ende voorts opte- 
legghen ende te betaelen het verloop van den 
voorseyden cheyns tsedert den eersten January 
1728 tôt de effective van het voorseyde poortien 
ende in al sulcke schaeden ende intresten als het 
voornoemde guide door het maecken van dien 
heeft gheleden ende noch staet te lyden ende in 
de costen van den processe ter tauxatie. » 

De semblables conventions furent faites avec 
quatre autres propriétaires de maisons situées, 
comme celle de Jean de Gevez, sur la Parade 



— 137 — . 

plaatse, et qui avaient profité comme lui de l'état 
d'abandon dans lequel s'était trouvé le local de 
la confrérie de Saint-Georges pour ouvrir des 
portes donnant accès dans la cour de celle-ci. Ce 
sont Adrien van Cotthem, la veuve Antoine 
Hockaert, Adrien Wissaert et l'hôpital Wenemaer. 
Le compte de 1732 contient à leur égard les 
mêmes indications que celles qui concernent Jean 
de Gevez. 

La confrérie avait concédé antérieurement des 
portes d'accès dans son local, mais par simple 
tolérance et avec la faculté pour elle de les boucher 
quand bon lui semblerait. Un acte du 5 février 1552 
nous le montre. Dominique Everaert, propriétaire 
d'une maison, située rue des Régnesses, proba- 
blement celle de Jean Pricke, qui avait une porte 
d'accès dans le local dès 1386 (Een huus ende 
stede... in de Ryngasse, strekende met eenen 
poortkine tote int scutters hof 1 ), demande à la 
confrérie la permission d'ouvrir une autre porte 
près de celle qu'il avait déjà, dans un mur situé 
entre sa maison et l'ancienne cour de Saint- 
Georges dans la rue Saint- Jean, à la moitié de la 
distance qui séparait la chambre de la cible de sa 
première porte. « Ghesien... zeker muer staende 
tusschen denaudenhovevan Sente- Jooris ent'huus 
van meester Dominicus Everaert, ter begheerte 
ende vervolghe van den zelven M ter Dominicus, 
hebbene neffens de aude poorte ende vutganck noch 
een poorte ten halve van de doelhuuse ende aude 

1 Registre des actes et contrats de la Keure, 1386-1387, 54 v . 

10 



— 138 — 

poorte. » La confrérie accorde son consentement à 
la condition que si dans l'avenir elle y trouve 
quelque inconvénient, elle pourra faire boucher la 
porte sans que lui, Dominique Everaert, ou ses 
successeurs puissent s'y opposer. « Soo eyst dat 

Coninck, Dekens ende proviserers gheconsen- 

teert hebben ende consenteeren by desen den 
voernoemde M 1 ' Dom . Everaert een uutganck ofte 
poorte in den voornoemden muer drye voeten wyt 
wesende, met expresse protestatie indien t'voor- 
noemde guide hier naermals eenich ghebrech ofte 
onghebruuck bevonde anden voorseiden uutganck 
ofte poorte, ter beliefte ende begheerte van den 
eedt ofte provisereers tselve bevindende, zullen 
vermueghen den zelven uitganck ofte poorte weder 
omme verbien ende toe doen stoppen zonder dat 
hy Everaert ofte zyne naercommers... beledt ofte 
upstakele zullen in contrarien vermueghen - te 
doen. Waer up tselve gheconsenteert es door den 
voornoemden eedt ende anderssins niet \ » La 
suscription de l'acte porte : Consent van den uut- 
ganck van M r doct. Everaert int hof. 

Cette expression fait voir qu'il ne s'agissait pas 
de concéder un passage à travers le local de la 
Confrérie, mais seulement d'y donner accès. C'est 
celle qui fut toujours employée pour désigner les 
issues ou portes des maisons voisines sur la cour 
de Saint-Georges. Dans les actes passés par la 
confrérie, dans les registres contenant les résolu- 



1 Chartrier de la confrérie de Saint-Georges , n° 43, aux Archives 
tfe l'État à Gand, 



— 139 — 

tions prises par le serment ou par la généralité 
des membres, dans les actes de mutation des 
propriétés riveraines, on ne trouve jamais que la 
mention de portes donnant accès dans la cour de 
la confrérie de Saint-Georges : poortje commende 
in clen hove, uytcommende in V ho f van Sinte-Jooris- 
gulde. On ne rencontre l'indication d'un droit de 
passage que dans lacté du 14 mars 1458 par lequel 
la confrérie vendait à Claes Van der Zickelen la- 
maison de groote Loeve qu'elle avait achetée en 
1450. Il y est stipulé un droit de passage au 
profit de la groote Loeve et de la groote Zichele : 
« voort met tween uutganghen ende inganghen 
in ende deur tselve scutters hof te beeden henden 
uut ende incommende 1 .» Mais il est à supposer 
que ce n'était que le rétablissement d'un passage 
qui avait existé au profit de ces maisons à travers 
la cour de l'ancienne Halle par les deux portes aux 
extrémités de celle-ci, rue Haut-port et place de la 
maison échevinale. Quoi qu'il en soit, le droit de 
passage a disparu par l'acquisition nouvelle qu'a 
faite la confrérie de la maison de groote Loeve et 
son incorporation définitive dans son local. 

La jeune confrérie de Saint-Georges n'accordait 
non plus que par tolérance à ses voisins l'ouverture 
de portes dans leurs propriétés, et seulement 
pour leur donner accès à son local. La contestation 
qu'elle eut avec l'un d'eux et qui fut tranchée par 
une décision des échevins de la Keure du 22 avril 
1474, nous le montre. <c Als van den Cornelis van 

• ' Actes et contrats. Keure, 1458-59, p. 67 l \ 



— 140 — 

den Bossche, dekin van den jonglien guide van 
Sinte- Jooris , dede toghen ende segghen voor 
scepenen van der Kuere in Gliendt, hoe dat 
Denijs vander Saren hadde beghonnen maken een 
achterduere, uutcommende intscutters hof vanden 
zelven guide, jn een huus dat hij nu nieuwelyncx 
heeft ghedaen maken, staende up de plaetse voor 
scepenenhuus van der Kuere, begheerende den 
zelven Denijs bedwonghen thebbene of te latene 
de duere te makene, ghemerct dat tanderen tijden 
glieseyt gheiveest heeft ende gheapjpointeert hij scepe- 
nen voorn 1 dat tzelve guide zoude moghen doen stop>- 
pen ende vermaken aile dueren, uutcommende int 
zelve scutters hof, omme elken van mesvalle ende 
grieve verhoet ende bewaert te zijne, daer toe de 
vorn. Denijs dede verandwoorden dat hij also vêle 
rechts hadde int tzelve hof te commen uut zijnen 
huuse als andere diere inné commen, niet mijn 
was te vreden omme dat zijne verchlieden niet 
stille staen en zouden, te makene de duere ende 
die terstont te stoppene toet ander stont dat 
bescheeden ziin zoude int principale, so wast dat 
scepenen van der Kuere voornoemt, ghehoort 
hebbende de voorn. handelinghe..., appointier- 
den dat de voorn. Denijs zal moghen maken de 
duere, die hij heeft beghonnen maken, ende die 
ghemaect zijnde, dat hij die terstont zal doen 
stoppen ende dat die also bliven zal ghestopt toot 
anderstont dat tusschen hem lieden bescheede zal 
zijn of hij, Denijs, eenich recht heeft eenighe 
duere ofte uutganc int vors. hof thebbene ' .» 

» Actes et contrats. Keure, 1473-1474, f° 107, 



— 141 — 

La stipulation de simple tolérance d'accès au 
local de la grande confrérie, se retrouve dans 
l'acte du 22 octobre 1617, dont nous avons parlé. 
« Hedent hebben coninc, heuverdeken ende pro- 
viseerclers gheconsenteert ende gheaccordeert, 
zo zy doen by dese an Jooris de Jonckere, guide 
broeder van desen guide, te maken in den muer 
vanden zelven guide eenedeure, omme van d'erfve 
van synen huuse an dhalle, te commen ende accès 
te nemen zo totten steenput, als up d'erfve vanden 
voors. guide te weten in de langhen doelen, mits 
by hem Jonckere de zelve deure met al datter 
toebehoort doende maeken ende behoorende 
sluyten tzynen coste, ooc deselve gliesloten hou- 
dende alsmen in de selve doelen zoude moghen 
schieten, up peine zoo verre datter eenich onghe- 
rief af quame dat wesen soudé tsyn pericle ende 
risque, voor welcken voors. uutganc de voorn. 
Jonckere in proffyete vanden selven guide belooft 
tebetaelen de somme van zesthien ponden grooten 
eens... Es voorts expresselick besprocken ende 
gheconditionneert zo verre naermaels den eedt 
vanden selven guide verstonden de voors. deure te 
doen metsen ende den uutganc te benenien, dat zij 
tselve sullen vermoghen te doen doene mits tselve 
gheschieden theuren coste ende hem Jonckere 
alvooren restituerende de voors. zesthien ponden 
grooten \ » 

Les portes dont la confrérie a, par pure tolé- 



* Archives de la confrérie, vol. 1483-1649, f° 22, à la Bibliothèque 
de l'Université. 



— 142 — 

rance, autorisé l'ouverture dans les maisons 
riveraines de son local, n'avaient d'autre but que 
de donner l'accès de celui-ci aux personnes qui 
les habitaient. Elles leur permettaient de venir 
assister aux exercices et aux nombreuses fêtes 
qui s'y donnaient. On sait quelle importance 
avaient autrefois les exercices de tir à l'arbalète, 
à l'arc et à l'arquebuse. Un édit du 6 janvier 1606 
ordonnait à tous les fonctionnaires publics de la 
ville, de se faire inscrire dans l'une des trois 
anciennes confréries militaires. Toute la haute 
bourgeoisie, faisait partie de la confrérie de Saint- 
Georges. Les habitants des maisons voisines en 
étaient membres, et les noms de plusieurs d'entre 
eux se retrouvent sur les listes des dignitaires de 
la société. Dans le local avaient lieu de superbes 
fêtes, tantôt à l'occasion de la proclamation du 
Roi, et alors on festivait pendant trois jours 
consécutifs ; tantôt à celle des concours qui étaient 
offerts aux confréries flamandes et étrangères. La 
splendeur de ces fêtes leur avait mérité le nom 
de landjuioeelen . Elles avaient porté au plus haut 
degré la réputation d'opulence et d'urbanité de 
l'ancienne et souveraine confrérie de Saint-Georges . 
Cette Gilde comptait parmi ses membres presque 
tous nos princes et un grand nombre d'illustres 
personnages. Charles le Téméraire, Maximilien 
d'Autriche, Philippe le Beau, Charles-Quint, Fer- 
dinand d'Autriche , Philippe II , les Archiducs Albert 
et Isabelle, Guillaume le Taciturne, le Comte d'Eg- 
mont, Jacques de Luxembourg, Charles-Alexandre 
de Lorraine et beaucoup d'autres encore vinrent 



— 143 - 

visiter son local, signer ses registres, assister à 
ses fêtes ou prendre part à ses exercices. On 
conçoit donc que des voisins aient demandé l'au- 
torisation d'ouvrir des portes dans leurs maisons, 
afin d'avoir accès au local de la confrérie, d'y 
venir s'exercer au tir ou assister aux fêtes, et 
que pour l'obtenir ils aient consenti à payer une 
redevance annuelle. De son côté, la confrérie 
faisait aisément des concessions aux proprié- 
taires des maisons voisines de son local, soit 
pour les engager à s'inscrire parmi ses membres, 
soit pour obtenir d'eux des dons mortuaires. 
C'est ainsi que nous la voyons, en 1736, consentir 
à ne pas réclamer contre un empiétement sur son 
terrain commis par Pascal-Bois de Vigne, à la 
condition qu'il restât membre de la Gilde et qu'il 
maintînt sa donation mortuaire ' . 

Les habitants des maisons voisines abusèrent 
souvent de l'accès au local qui leur avait été 
accordé. Les uns y faisaient pénétrer des animaux 
domestiques, les autres y envoyaient jouer leurs 
enfants, d'autres encore y faisaient sécher leur 
linge ou y déposaient des ustensiles divers. Bien 
des personnes aussi profitaient de l'absence de 
concierge à la porte de derrière de la confrérie 
dans la rue Saint- Jean, pour s'introduire dans le 
local, s'y reposer sous les arbres ou s'y livrer à des 
jeux. Le concierge était chargé d'empêcher ces 
abus. Tous les actes de location de la conciergerie 



1 Registre aux Résolutions de la confrérie de Saint-Georges, 173-1 
1779 , f° 38, aux archives de l'État à Gand. 



— 144 — 

lui en faisaient un devoir. Dans les autorisations 
d'ouvrir des portes d'accès au local, il était dit 
aussi que les voisins devaient tenir leurs portes 
fermées, afin que nul ne pût pénétrer dans la cour 
et y causer du dommage. Malgré toutes ces sti- 
pulations les abus se commettaient, et la confrérie 
dut recourir au Magistrat pour y mettre un terme. 
Leséchevins, comme tuteurs des confréries, por- 
tèrent, le 20 juillet 1538 ' et le 20 novembre 
1751 2 , des ordonnances qui défendaient aux 
voisins et à toute autre personne de commettre 
les abus signalés, sous peine d'amende et de 
confiscation de leurs effets ou des objets intro- 
duits dans le local. Le 28 mars 1773 la confrérie 
résolut de tenir fermée la porte de la rue Saint- 
Jean, afin que les enfants et les autres personnes ne 
puissent s'introduire dans la cour. «Eodemgafden 
Deken van desen gilde te kennen dat tôt het uyt- 
houden soo van kinderen als andere persoonen 
uyt het hof en doelen van desen gilde het absolut 
conveniert dat de poorte commende naer den 
cant van Sente-Jansstraete salgesloten worden \ » 
Et le locataire de la maison à l'extrémité des 
cibles près de la salle d'escrime (de schermschollé) , 
fut chargé de l'exécution de cette mesure *. 

La confrérie de Saint-Georges cessa d'exister en 
1796. Elle fut supprimée en vertu des lois des 



1 Chartrier de la confrérie de Saint-Georges, n° 38, aux Archives 
de l'État. 

2 Registre aux résolutions de la confrérie de 1734 à 1779, f° 140 v . 

3 Ibid., f° 156v. 

* Idem, de 1779 à 1795. f° 38v. 



- 145 — 

27-28 juillet 1791 et du 24 avril 1793, publiées 
en Belgique. Tous ses biens furent vendus comme 
biens nationaux. Le local où elle tenait ses 
réunions, la cour où elle se livrait aux exercices 
du tir et les maisons qu'elle possédait dans la rue 
Saint- Jean, furent adjugés en divers lots à des 
particuliers. Nous avons vu que le 6 germinal 
an V la maison et le terrain situés rue Saint-Jean 
à côté de la Halle aux draps, loués alors au sieur 
G. De Coninck, ainsi que le souterrain loué au 
sieur Laclus, furent adjugés à la demoiselle Marie 
Impens, religieuse urbaniste, et que le même jour 
la maison située à côté de la précédente et occupée 
par le sieur Vlaminck, fut acquise par le sieur 
Paulée. Ces deux maisons furent vendues comme 
appartenant à la République française et prove- 
nant de la ci-devant confrérie de Saint-Georges. 
Le 21 pluviôse an VI, la République vendit à 
Joseph Vanderlinden et consorts, le restant du 
local de la confrérie, c'est-à-dire la maison située 
rue Haut-port, les écuries et les remises, la 
grande cour et la galerie. Mais les acquéreurs 
n'ayant pas acquitté le prix de leur acquisition 
et notamment la somme payable en numéraire, 
ce dernier lot fut revendu à la folle-enchère le 
3 pluviôse an IX, et adjugé au sieur Luc Van Loo 
qui déclara command Jean-Baptiste VandenBerghe 
et Pierre Dierickx. Peu d'années après la cour 
Saint-Georges fut morcelée et vendue par ces der- 
niers aux propriétaires des maisons voisines. 

Il ne reste aujourd'hui du local de l'ancienne 
et souveraine confrérie de Saint-Georges, dont 



— 146 — 

nous avons décrit l'origine, les développements 
et la fin, que le bâtiment sur la rue Haut-port, où 
se trouvaient la salle des réunions,. la chapelle et 
la conciergerie. A part quelques détails d'orne- 
mentation qui ont disparu, et notamment le bel 
escalier gothique à double rampe par lequel on 
montait à la salle des réunions, ce bâtiment est 
resté tel qu'il était en 1477. 

Paul Voitueon. 



147 



A PROPOS D UN RECENT TRAVAIL 



SUR 



Juste Lipse. 



Dans le tome LXIII du Messager, pp. 133 et 
suiv., a paru une intéressante étude, intitulée 
dans le tiré à part : L'autobiographie de Juste Lipse, 
publiée, avec une traduction française et des notes, 
par PaulBergmans, docteur en philosophie et lettres 
de V Université de Gand. 

L'auteur y formule, dans ses notes, quelques 
critiques à l'adresse de la Bibliographie Lipsienne, 
l'une des monographies de la Bibliotheca Belgica. 

Bien qu'il s'agisse de points assez secondaires, 
nous croyons devoir donner un mot de réponse. 

Nous reproduirons, autant que possible, d'abord 
les passages incriminés, puis les observations de 
M r Bergmans, pour passer ensuite à notre réfu- 
tation. Le lecteur pourra ainsi se rendre exac- 
tement compte de ce qui a été dit départ et d'autre, 
et se prononcer en connaissance de cause. 

1° La note 39 du travail de M r B. est conçue 
comme suit : « Sur le séjour de Lipse à « Iéna, 



— 148 — 

« v. Bibliographie Lipsienne, t. I, pp. IV-VII, 250- 
« 252 et 484-485 ; t. III, 363-367. Les auteurs de 
« la Bibliographie Lipsienne me paraissent avoir 
« négligé de relever une lettre de Juste Lipse à 
« Abraham Ortelius, datée de février 1592, et 
« qui donne des renseignements sur cette période 
« obscure et pleine de controverses, de sa bio- 
ce graphie : 

(Suit la lettre in extenso). 

La portée de cette observation nous échappe 
absolument. Nous avons utilisé, pour ne pas dire 
traduit et incorporé, la lettre en question, préci- 
sément au premier endroit signalé plus haut (t. I, 
pp. IV-VII). Il y a évidemment malentendu; 
inutile d'insister \ 

Dans la description du premier recueil des 
épîtres de Lipse, t. I, pp. 253 et 254, nous disons, 
en analysant les lettres XL et XLV : « D'après 
Eloy {Dictionnaire historique de la médecine, t. II, 
p. 352), « on tâcha en vain d'attirer Victor 
Ghiselin dans V Université de Leyde pour y en- 
c seigner la médecine, et quoiquon lui offrît des 
( appointements considérables pour rengager à s'y 
( rendre, il préféra daller à Berg-Saint-Winoc, 
c près de Dunkerque, où il remplit la charge de 
Médecin pensionné ». Un passage de la même 
c lettre [XL] à Lernutius nous fait croire au 
contraire que Ghiselin a sollicité une place de 
professeur à Leiden, mais que les démarches 

1 Les renseignements empruntés à cette lettre occupent 5 lignes 
de la p. IV, 12 de la p. V, et 7 de la p. VI. 



— 149 — 

faites en sa faveur ont échoué : ...De Giselini re, 
omnia hactenus nequidquam, & nonnihil turbel- 
larum inter Magistralum & Curatores, occasione 
professoris cujusdam admissi Senatu inconsidlo... 
Au surplus, dans la lettre XLV, adressée, en 
date du 1 er décembre 1583, à Ghiselin lui-même, 
Lipse nous semble exposer les difficultés que 
rencontre cette candidature : Fidem tamen 
libero : & scribam ea quae ad causam tuam per- 
tinent, etsi non libenter. * * diem unum Me fuit, 
ego cum Mo de Victore meo, ut debui, amicè & 
fortiter. Nihil peregi. Tricari Me. velle non 
posse, inopiam œrarii caussa?H : & plura tegi- 
menta, quœ huiusmodi mimis nunquam desunt. 
* * item egit, effectu pari, nec aliud, ad extremum 
quant illam de Gallo cantilenam rettulit, & medico 
aidœ... Meam sententiam, contra animi mei sen- 
tentiam non celo : quœ est, Nihil mouere. Suspensa 
enim hîc omnia & suspecta ... » 
M 1 ' B. fait observer à ce sujet 4 : « En 1583, 
Lipse fit des démarches pour faire donner à 
son ami une chaire de médecine à l'université 
de Leyde; mais il ne put y parvenir. H écrit à 
Ghiselin en janvier 1584 : In negotio tuo, mi 
Gizeline, vere & ex animo loquor, torqueor pro 
uno et summo amico non posse hoc me ? Frustra 
enim hactenus omnes molitiones, quamquam et 
Almondium oppugnari jussimus per Grotium, 
aliosque amicos... Il lui promet cependant de 
continuer ses efforts : nec tamen cessamus, aut 

1 P> 332 du Messager; p. 46 du tiré à part, 



— 150 — 

cessabimus; mais il est tellement persuadé de 
leur inutilité, qu'il entreprend de consoler Ghi- 
selin en lui faisant voir que la position de pro- 
fesseur à Leyde n'est pas aussi brillante qu'elle 

( le paraît : nec aurum utique putes esse quod 
splendet. Sunt et nobis nostrœ curœ, et metus : 
graviores fartasse, quo tardiores ». (Burman, 
sylloge, t. I, ep. 117). « Les auteurs de la Biblio- 
graphie Lipjsienne n'ont probablement pas re- 
marqué cette lettre, car elle renverse ce qu'ils 

( disent au sujet de cet incident (t. I, pp. 253- 
254) ». 

o D'après Eloy, on tâcha en vain d'attirer Victor 
Ghiselin dans l'Université de Leyde pour y en- 
seigner la Médecine. Quoiqu'on lui offrit des 
appointements considérables pour l'engager à s'y 
rendre, il préféra daller à Berg-Sainl-Winoc, 
près de Dunkerque, où il remplit la charge de 
Médecin pensionné » . {Dictionnaire historique 
de la médecine, t. II, p. 352). Ajoutons que 
Paquot est de cet avis, et semble mettre le refus 
de Ghiselin sur le compte de sa fidélité à la 
religion catholique (t. II, p. 132). Or une lettre 
de Lipse à Lernutius analysée dans la Biblio- 
graphie Lipsienne (t. I, pp. 253-254) fait croire 
au contraire que Ghiselin a sollicité une place 
de professeur à Leyde, et * que les démarches 
faites en sa faveur ont échoué {Cent. I Miscell., 
ep. 40). Cf. Cent. I Miscell., ep. 45) ». 



1 C'est nous qui soulignons, pour avoir l'occasion de renvoyer 
à notre mais. 



- 151 - 

« La lettre reproduite par Burman, et que j'ai 
« citée plus haut, me paraît prouver seulement 
« que Lipse a fait des démarches en faveur de 
« Ghiselin ; une autre lettre, non citée dans la 
« Bibliographie Lipsienne, va nous montrer que 
« Lipse les a faites spontanément : Giselini nostri 
« negotium, écrit-il à Jean Douza, merito nos 
« exercet. Cogitavi hoc nocte (iitcumque voluntas 
« aliorum sit) retinendum eum,jam volentem, idque 
« vel privatis stipendiis amicorum { . (Décades XTIX 
« ad Douzam II y ep. 5). Le jam volentem indique 
(( clairement que Ghiselin n'a pas accepté immé- 
« diatement la proposition que lui faisaient ses 
« amis, et, à fortiori, qu'il n'a pas demandé lui- 
« même la place dont il s'agit. Il faut remarquer 
« d'ailleurs que les auteurs de la Bibliographie 
« Lipsienne n'ont exprimé leur opinion que sous 
« une forme très réservée ». 

Comment n'a-t-on pas vu que la phrase incri- 
minée doit être mise en rapport avec ce qui pré- 
cède, comme le prouvent les mots au contraire. Le 



1 Nous reproduisons la suite de la lettre, comme étant un élément 
important dans le débat : « Vbi conl'eremus dignius ? Ego à me dare 
annuos possum, arcanè quinquaginta florenos. Spero à Plantino bis 
tantum : qui libens id fecerit, ut opéra eius & consilio interdum 
utatur. Per Hautenum nostrum si de domo prospici illi possit, res 
in vado. Hœc in eventum scribo, si publica nihil expediatur. Quam- 
quam omnino spero aliquid à prœsente Busio nos extorquere posse. 
Intereà non ipse dimittendus. plura coram post reditum tuum, & cum 
ipso Hauteno. Giselino ego nullum hac de re verbum : tecum prius 
volui. Non tamen displiceat, si etiam tu cum eo agas ». Sans date, 
mais évidemment écrite à Leiden. [Justi Lipsii epistolarum {quœ in 
centuriis non extant) décades XHX..., Harderwijk, 1621, 8°. 
p. XVII]. 



— 152 — 

sens est celui-ci : Eloy prétend que Ghiselin refusa 
une chaire et de gros appointements. Voici un 
passage compromettant pour cette assertion, un 
passage qui nous fait croire au contraire que 
Ghiselin a sollicité une place, mais qu'il a subi 
un échec. 

Le verbe a sollicité, sans déterminatif, n'en 
excluait aucun dans notre esprit, et pouvait, 
d'après les nécessités, être complété par les mots : 
avec acharnement, mollement, malgré soi à t instiga- 
tion de ses amis, par V intermédiaire de ses amis, etc. 
Le membre de phrase : mais qu'il a subi un échec, 
fut remplacé par : mais que les démarches faites en 
sa faveur ont échoué, paroles qui nous furent sug- 
gérées par le omnia nequidquam . . . émané d'un 
ami établi à Leiden même. Enfin les mots si 
réservés : Le passage... nous fait croire, tenaient 
compte de la possibilité d'un revirement ultérieur, 
qui aurait amené la situation dépeinte par Eloy. 

Monsieur Bergmans tranchant le lien qui unit 
la phrase d'Eloy à la nôtre, considère celle-ci 
isolément et semble croire que nous y avons établi 
la situation respective de Ghiselin et de ses amis 
dans cette affaire, que nous avons voulu dire : 
Ghiselin conçut l'idée de solliciter une chaire, 
Lipse ne fit pas spontanément ses démarches 
mais à la prière de son ami, Ghiselin enfin de- 
manda lui-même la place. — Telle n'a pas été 
notre intention, et pour trouver tout cela dans 
nos paroles, il faut un effort beaucoup plus consi- 
dérable que pour comprendre ce que nous avons 
voulu dire. Notre but unique était de montrer que 



- 153 — 

le renseignement d'Eloy était suspect. L'examen 
détaillé du cas de Ghiselin ne nous regardait pas 
pour le moment; il devait être réservé pour un 
autre article delà Bibliotheca Belgica : la biographie 
et la bibliographie de Ghiselin même. La preuve, 
c'est que, pour justifier l'opinion qu'on nous prête, 
nous n'avons tiré aucun parti de la lettre XLV, 
beaucoup plus claire et beaucoup plus explicite. 
La preuve encore c'est que nous n'avons pas 
utilisé les lettres signalées par M 1 ' B., lesquelles 
font partie d'un recueil que nous avons constam- 
ment employé dans le cours de notre travail. 

Après ces observations préliminaires examinons 
les arguments invoqués contre nous. D'après 
M 1 ' B. la première lettre qu'il reproduit renver- 
serait ce que nous avons dit. Prenons que nous 
ayons affirmé, sans aucune réserve, mais aussi 
sans aucun commentaire : a Ghiselin a sollicité 
une place à Leiden, mais les démarches faites 
en sa faveur ont échoué ». Supposons même 
pour un instant que nous ayons dit : « Ghiselin 
a demandé lui-même une place, mais... » Par- 
courons la lettre. Lipse y déplore son impuissance 
à faire ce qu'il voudrait pour son ami le plus 
intime. Toutes ses tentatives ont été vaines. Il 
continuera cependant ses efforts, « mais il est 
tellement persuadé de leur inutilité, qu'il entre- 
prend cle consoler Ghiselin en lui faisant voir 
que la position de professeur à Leyde n'est pas 
aussi brillante qu'elle le paraît ». Y a-t-il dans 
tout cela un mot qui démontre que Ghiselin n'a 
pas sollicité lui-même la place, ou que les dé- 

il 



— 154 — 

marches faites en sa faveur ont réussi ? Personne 
n'oserait le soutenir. Mais alors tout ce que nous 
avons avancé, si téméraire que ce soit, reste 
debout et rien n'est renversé. 

On pourrait nous objecter que le terme ren- 
verser dépasse l'idée de M 1 ' B., qui voulait sim- 
plement dire : « Ma lettre me paraît prouver 
seulement que Lipse a fait des démarches en faveur 
de Ghiselin ». Cet argument n'a pas plus de valeur, 
car le peu que prouve cette lettre confirme une 
partie de ce que nous avons prétendu, et ce 
qu'elle ne prouve pas ne saurait être invoqué 
contre nous. 

On pourrait encore nous répondre que les mots 
entre guillemets ne sont pas directement dirigés 
contre nous; qu'ils forment une simple transition 
à la seconde lettre, où M 1 ' B. croit trouver la 
preuve que « Ghiselin n'a pas demandé lui-même 
la place ». Aussi nous n'insistons pas, et nous 
passons à la nouvelle épître. 

« Le jam volentem, dit M. B., indique claire- 
ment que Ghiselin n'a pas accepté immédiatement 
la proposition que lui faisaient ses amis ». Par- 
faitement, mais la conclusion qu'il en tire est 
fausse. Une fois la proposition de Lipse acceptée, 
Ghiselin ne devait pas nécessairement s'abstenir. 
Il pouvait s'associer aux efforts de son patron, 
avec une extrême mollesse ou avec une extrême 
ardeur, d'après son tempérament. Qu'on n'oublie 
pas que Ghiselin était à Leiden à l'époque de la 
rédaction de cette lettre, et que Lipse (évi- 
demment après l'avoir gagné à ses idées) a fait 



— 155 — 

des démarches restées infructueuses, à preuve les 
mots utcunque voluntas aliorum sit, opposés au 
fameux jam volentem. Supposer que Ghiselin, étant 
à Leiden, n'a pas bougé, serait-ce plus admissible 
que de croire qu'il fut présenté comme candidat 
au moins à quelques-uns de ceux dont dépendait 
la nomination ? Il fut certainement en rapport 
avec Jean Dousa, un des trois curateurs de l'Uni- 
versité. Est-ce téméraire de supposer qu'au moins 
en face de celui-là, il s'est conduit en candidat ? 
Mais Douza même n'est-il pas précisément un de 
ce.ux qui ont inventé Ghiselin ? Pour toute réponse 
nous renvoyons à deux lettres de Lipse à Ghiselin, 
écrites après le séjour de celui-ci à Leiden. La 
première, citée partiellement par M r B., dit entre 
autres : In negotio tuo, mi Gizeline, torqueor pro 
uno & summo amico non posse hoc me ? Frustra 
enim hactenus omîtes molitiones, quanquam & Almon- 
dium [curatorem] oppugnari jussimus per Grotium, 
aliosque amicos... Douza noster non dubie vult : sed 
ut status est, sine nervis. Dans la seconde ' on lit : 
De re tua quid etiam nunc scribam ? omnia circa te 
tarda, non solum ipse. Nunquam vidi navem magis 
obhaerentem Dousiano huicvado. Nos conamur remis 
& vêtis, frustra retinet nos una Ma torpédo. 

3° Dans le troisième volume de notre Biblio- 
graphie Lipsienne, article : Aubert Mir^eus, vita... 
Justi Lipsii..., Anvers, 1609, p. 337, nous avons 
émis l'appréciation suivante : « La Vita a pour 
« base l'autobiographie de Lipse adressée sous 

1 Burman, Sylloge, I, p. 152, 



— 156 - 

forme de lettre à Jean Woverius, le jour des 
cal. d'octobre 1600. ...Le Mire a conservé 
autant que possible le texte littéral de la lettre, 
se bornant à introduire de loin en loin quelques 
réflexions de son crû ou des renseignements 
supplémentaires empruntés à la correspondance 
ou aux dédicaces de Lipse. Il en convient du 
reste lui-même à la fin de son travail : Habes, 
mi Lector... En agissant ainsi, il croyait bien 
faire, mais à tort : il ne nous a fourni qu'une 
biographie médiocre, où la critique historique 
fait complètement défaut. F. de Reiffenberg, 
pour la publication de son mémoire couronné, 
a suivi un système analogue. Il a fait sien une 
grande partie du texte de Le Mire, seulement 
à l'encontre de ce dernier, il a dissimulé la 
source ». 

M r B. (Introduction, p. 7) s'énonce au sujet de 
l'autobiographie comme suit : « Les deux auteurs 
(Mirseus et de Reiffenberg) ont suivi pas à pas 
le texte de l'épître, en se bornant à le mettre à 
la troisième personne et à intercaler quelques 
détails supplémentaires ou quelques réflexions. 
Mirseus en convient d'ailleurs lui-même, à la 
fin de son travail : Habes , mi lector. . . De Reiffen- 
berg aussi, quoi qu'en disent les auteurs de 
la Bibliographie Lïpsienne, a cité la source à 
laquelle il puisait » . 
Notre pensée, dans notre dernière phrase, était 
naturellement : « De Reiffenberg a dissimulé la 
source, la provenance du texte qu'il s'est appro- 
prié ». M 1 ' B. a compris comme si nous avions 



— 157 — 

dit : De Reiffenberg n'a pas cité une seule fois la 
Vita de Mirreus, ni dans le cours de la biographie 
ni dans les notes. A notre avis, de Reiffenberg, 
du moment qu'il adoptait le procédé de Mirseus, 
devait faire le même aveu que lui. En ne le faisant 
pas, il commit un plagiat, et c'est ce que nous 
avons voulu faire entendre d'une façon discrète. 
Monsieur Bergmans est moins sévère sur ce cha- 
pitre. Nous craignons bien qu'en nous critiquant, 
il n'ait l'air d'acquitter le coupable. 

Les auteurs de la Bibliotheca Belgica. 



158 



LES 

SEIGNEURIES DU PAYS DE MALINES 



KEERBERGEN 

ET 

SES SEIGNEURS'. 

Le 22 mai 1640, comparurent devant le notaire 
Léonard van Lille, à Bruxelles, illustres, nobles et 
généreuses personnes, Agathe de Merode, veuve de 
Charles de Berlo, comte d'Hozémont, baron de 
Berlo et de Sclessin, seigneur de Wuestwezel, 
Oignies, Haut-Pré, avoué d'Ougrée ; son fils Ernest, 
seigneur de Keerbergen, Bollo etc.; l'oncle de 
celui-ci, Guillaume, baron de Berlo, capitaine au 
service de Sa Majesté et commandant du fort de 
Tolhuijs (à Schelle), d'une part; et Guillelmine du 
Pin, veuve de Guillaume d'Oyenbrugge de Duras, 
chevalier, baron de Meldert etc., et sa fille Anne- 
Marie d'autre part, pour signer un contrat de ma- 
riage entre Ernest de Berlo et Anne Marie d'Oyen- 
brugge de Duras précités. Le futur apporte ses 
seigneuries, la moitié du tonlieu de Malines, la 

1 Suite. Voir Messager des Sciences histor., l re liv. 1890, p. 40. 



— 159 — 

rente due par la corporation des brasseurs de cette 
ville, sa cour censale de Rymenam »; la cour cen- 
sale de Waijenesse; un sixième des dîmes deDuffel 
(appartenant par moitié au baron de Duffel) ; après 
la mort de sa mère, il devra recevoir encore la 
seigneurie d'Oignies, une cour censale et féodale 
avec la rescherve en la Meuse, un moulin, 100 bon- 
niers de terre, 80 bonniers de bois et le dixiesme 
de terrage de Soille avec foule expectation des succes- 
sions apparentes de ses oncles, tant paternels que 
maternels. Tous ces biens, qu'il y ait, ou non, des 
enfants, appartiendront, après la mort d'Ernest, 
en nu-propriété à la future épouse, qui aura im- 
médiatement la libre disposition des apports. 
Guillaume de Berlo promet de laisser à son neveu, 
après sa mort et après celle de sa femme, Susanne 
Marie van Grindertalen, dans le cas où ils n'auront 
pas d'enfants, sa terre de Papenhove 2 . L'apport de 
la fiancée consiste en un capital de dix mille flo- 
rins en espèces, destiné à son installation, et en 
une rente de six mille florins. 

Sa mère lui cède, en outre, sous réserve d'usu- 
fruit, tous ces droits sur la terre souveraine des 
Hayons, Belaux, Dehan et sur la terre et seigneurie 
du Bancq Guillaulme 3 . 



1 Ces trois dernières propriétés appartenaient par indivis à Ernest 
et au baron de Duffel, qui fut alors Florent de Merode. 

2 Cette propriété dite « 't hof van Berlo, » d'une étendue d'en- 
viron 49 bonniers, relevait de la seigneurie de Stein. Plus tard, elle 
appartenait aux jésuites de Rureraonde et, à la fin du dix-huitième 
siècle, au couvent de Susteren (Publ. de la Société Hist. et Archéol. 
de Limbourg, XX). 

3 Ce contrat est daté « Ter Caraere, 22 mai 1640. » 



— 160 — 

L'avocat van den Berghe, gérant dn baron 
Ernest de Berlo, fit enregistrer ce contrat de 
mariage à la cour féodale de Malines, le 4 juil- 
let 1640 (M. 7, p. 207). 

En vertu d'une procuration générale de son 
mari ■ , Marie Anne d'Oyenbrugge de Duras, fit 
relever, le 12 octobre 1641, par suite de la mort 
d'Agathe de Merode (f 10 août), pour elle-même 
et pour son époux, les biens de Keerbergen. Robert 
Foucquier, avocat au grand conseil de Malines, 
prêta le serment. Cet acte fut ratifié par les époux 
le même jour (M. 8, p. 3). 

Ernest de Berlo mourut le 23 janvier 1646. Il 
est dit avoir été tué dans un duel et fut enterré 
dans l'église de DufFel sous un beau monument, 
orné des portraits en haut relief des deux époux. 
On y voit, au pied de la statue du chevalier, un 
lion, le casque, les gantelets et, sommé de la cou- 
ronne dite de baron à l'antique, un écu écartelé : 
au premier, d'or à deux fasces de gueules (Berlo) ; 
au deuxième, fascé d'or et de sinople de six pièces 
(Oyenbrugge) ; au troisième, de sable semé de 
fleurs de lis d'or (Duras); au quatrième, d'or à 
quatre pals de gueules, à la bordure engrêlée 
d'azur (Merode). 

Voici l'épitaphe et les quartiers placés sur cette 
tombe : 

« Ci gist noble et illustre S 1 ' Ernest Baron de Berlo S 1 ' de 
Keremberghe, d'Oigny etc. vivant cap" e d'une coinp nie de 
cuirassiers pour le service de Sa Ma té aagé de 38 ans et 

1 En date du 8 octobre 1641, passée devant le notaire van Lille. 



— 161 - 

decedé le 23 de Janvier 1646. Priez Dieu pour son ame. Et 
noble et illustre Dame Marie Anne Doienbrug de Duras, 
mourut sans hoirs. » 



Quartiers 



(1) de Berlo. 

(2) Cortenbach. 

(3) van der Meere. 

(4) van der Noot. 

(5) Locquenghien. 

(6) Nieuwenhoven. 

(7) van de Graclit. 

(8) de Pamele. 



(9) Merode. 

(10) Bauw. 

(11) de Coustre. 

(12) de Brouchove. 

(13) Cuelen bourg. 

(14) de Brinen. 

(15) de Alkmade. 

(16) de Swieten '. 



Ces 16 quartiers, qui sont ceux de l'époux, 
représentent la filiation suivante : 



1 Voyez C. G., manuscrit N° 1510; J. le Roy, Marchionatus ; 
Aug. van den Eijnde, Inscriptions. (1) écartelé de Berlo et de 
Merode; (2) les bandes ; (3) d'azur, au chef d'arg., chargé de trois 
pals de gu.; (4) d'or à cinq coquilles de sa. posées en croix ; (5) d'her- 
mine au lion de sinople ; (6) d'arg. à la fasce de gu., ace. en chef de 
trois merlettes de sa. rangées en fasce; (7) d'arg. au chevron de gu. 
ace. de trois merlettes de sa.; (8) écartelé ; aux premier et quatrième, 
degu. à l'aigle d'arg.; aux deuxième et troisième, fascé d'or et de gu. 
de six pièces; (9) écartelé de Merode et d'Houffalize : burelé d'az. et 
d'arg., au lion de gu., cour, d'or, broch. sur le tout, acconvp. en chef 
à dextre d'un écus. d'or broche; (10) comme ci-dessus; (11) degu. 
au lion d'or ; (12) d'argent, au chef de gueules chargé d'un lion d'arg., 
couronné d'or ; (13) écart.; au premier et quatrième, d'or à trois rocs 
d'échiquier (zuilen) degu. ; aux deuxième et troisième, d'arg. au lion 
de sa.; (14) la licorne, mais passante; (15) écartelé, dans chaque 
quartier un lion ; Alkmade (d'arg. au lion de sa.) écartelé de Coulster, 
ou bien l'inverse; (16) de gueules à trois violons renversés d'argent 
(Swieten); en cœur un écusson de... à trois chevrons (probablement 
Egmont : chevronné d'or et de gueules, maison à laquelle appartenait 
la mère de Jossine de Swieten). D'Oyenbrugge de Duras porte : écar- 
telé d'Oyenbrugge (qui est : fascé d'or et de sinople) et de Duras. 



— 162 — 



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— 164 - 

Si l'on ne voit pas sur le monument les quar- 
tiers de la dame, c'est que celle-ci n'en possédait 
pas, sa mère Guillelmine du Pin étant de basse 
extraction. Guillaume d'Oyenbrugge de Duras 
(f 25 avril 1625), baron de Meldert, seigneur de 
Vrolinghen, Bombroeck, Roost, des Hayons (près 
de Bouillon), haut-justicier d'un tiers de la ville 
d'Ypres , gouverneur de Bouillon , membre du 
conseil privé et chambellan de Ferdinand de 
Bavière, prince-évêque de Liège, avait épousé, 
après la mort de sa femme, Anne de Corswarem, 
chanoinesse de Maubeuge, la femme de chambre 
de celle-ci, Guillelmine du Pin. C'est de cette 
seconde alliauce qu'est issue la femme d'Ernest de 
Berlo. Elle était petite-fille de Guillaume d'Oyen- 
brugge-Meldert, seigneur de Vrolinghen, Bom- 
broeck etc., gouverneur d'Huy, mayeur régnant 
de Liège, et d'Antoinette van der Gracht '. 

Plus tard, la famille chercha à dissimuler la 
mésalliance avec Guillelmine du Pin, en recourant 
à un moyen usité fréquemment en pareil cas : on 
attribuait aux enfants de celle-ci, dans les généa- 
logies respectives, différentes autres mères. 

Par suite de la mort de son époux, Marie Anne 
d'Oyenbrugge de Duras, fit relever, le 12 mai 1646, 
la seigneurie de Keerbergen, avec ses ap- et dépen- 
dances, par Jérôme del Olmo y Felices 2 , major- 

1 Comparez : A. Wauters, la Belgique ancienne et moderne. 
' 2 Par la mort de celui-ci, Jean Tavertiiers, drossard de Keer- 
bergen, fut inscrit comme homme servant de ce fief, le 13 juillet 



— 165 — 

dôme de l'hospice royal de Malines (M. 8, p. 159). 

Ernest de Berlo avait été mauvais ménager. 
Quoique les époux possédassent de beaux revenus, 
il laissa, après cinq années et demie de mariage, 
sa jeune femme accablée de dettes. 

Marie van der Piet, veuve d'Adrien Bosschaert, 
à laquelle Ernest et sa femme avaient constitué 
une rente de 1 50 florins sur la seigneurie de Keer- 
bergen, avait réclamé en vain les arrérages de 
plusieurs années. Le 2 octobre 1C43, la cour féo- 
dale attribua à cette dame les revenus de Keerber- 
gen jusqu'au moment où elle serait rentrée dans 
son capital, avec les intérêts. La veuve de Guil- 
laume, baron de Berlo, avait prêté aux époux la 
somme de 23,300 florins. Par acte du 26 octobre 
1644, passé devant le notaire Antoine Janssens, 
on lui avait engagé la seigneurie de Keerbergen. 
Cette dette fut amortie aussitôt la mort d'Ernest, 
et le 12 février 1646, la cour décréta la cassation 
de l'hypothèque. Un procès surgi avec l'apothicaire 
de Moor, au sujet de sa rente, fut terminé par un 
accord. Bientôt après, Marie Anne satisfit égale- 
ment Marie van der Piet ' . 

Le 8 février de la même année, elle promit, 
devant le notaire Honoré van den Eijnde, à 
Bruxelles, ainsi qu'à divers autres créanciers de 
les indemniser dans le courant des deux premières 



1669. Le 16 décembre 1688, Marie Anne d'O. de D. fit faire un 
nouveau relief. Le 9 juillet 1695, Egide de Deurne, secrétaire de 
Keerbergen, renouvela le serment de fidélité et le 15 juin 1697 Pierre 
Hullet, drossard de Keerbergen, se constitua, homme servant. 
1 M. 8, f os 52, 127, 160 et 166; M. 10, f» 189. 



— 166 — 

années, et leur engagea en commun sa seigneurie 
de Keerbergen. 

Ces créanciers étaient : 

Jean de Tiras, écuyer, seigneur de Nor- 

derwijk *, réclamant fl. 600 — sols 

Henri le Mire, drapier, réclamant . . . » 1150 — 
Jean van Baigem (sic ! lisez Beughem) ° L , 

marchand de draps de soie, réclamant 
Augustin van Hamme, boucher, » 
Maître Elie de Behault 3 , » 

Nicolas de Haze, marchand de bois, » 
Jean le Roy, agent des héritiers de feu 

maître Sébastien van Leeuw, réclamant 
Sara Languebert, » 

Jacques de Foccant, » 

François Flavier, mercier, » 

Total » 7827 18 

« le tout a raison de louaige de maison, marchan- 
dise, despens de bouche, de bois et façon d'habits 



1 Jean de Tiras avait épousé Marguerite de Busleijden, qui était 
dame de Nordenvijk, par relief du 2 janvier 1623 (M. 5, p. 127). 11 
était capitaine et fut créé chevalier par lettres patentes du roi Phi- 
lippe de Castille, du 5 juillet 1652 (C. G. 639, p. 169). 

2 Le 3 décembre 1653, Jean van Beughem, seigneur d'Ottignies et 
d'Houthem, et Augustin van Hamme, boucher, reconnurent, devant 
le notaire Huart, à Bruxelles, être indemnisés du chef de leurs 
créances. Ils firent casser l'hypothèque sur Keerbergen (M. 10, p. 180). 

3 Elie de Behault semble appartenir à la famille de Behault, de 
Mons, mais jusqu'à présent, on ignore sa filiation. Voyez Aemand de 
Behault, Génèal. de la famille de Behault, et, du même auteur : 
Notice concernant un acte passé le 5 avril 1499 (Ann. du Cercle arch. 
de Mons, t. XIX), notice établissant que David de Behault, homme 
de fief du prévôt de Mons, possédait la noblesse de race au XV» siècle, 



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— 167 — 

livrées et faicts pour ledict feu Illustre Seigneur 
Baron et la dicte Dame sa compaigne constant son 
mariage » (M. 10, p. 59). 

Le 10 février 1651 , la baronne-douairière de Berlo 
constitua à Henri le Mire, receveur de Bruxelles, 
et à sa femme Barbe van Caverson, pour un capi- 
tal de 2800 florins du Rhin qu'elle leur devait 
une rente de 175 florins '. Elle leur assigna en 
garantie Keerbergen et la ferme de Papenhove, 
au pays d'Outremeuse, comprenant alors environ 
60 bonniers de terre. Cette propriété était échue 
à la baronne de Berlo, en vertu de la donation de 
Guillaume de Berlo, oncle de son mari. Elle l'avait 
relevée, le 10 juillet et le 19 décembre 1648, 
devant la cour féodale de la baronnie de Stein 
(M. 11, p. 121). 

Quelques rentes hypothéquées sur Keerbergen, 
savoir au profit de l'avocat Gheens, de Jacques le 
Mire, de messire Antoine Ferdinand de Brouchoven 
et du drossard de Keerbergen, furent remboursées 
en 1663. A cette fin, il avait fallu contracter un 
emprunt de 18000 florins envers les exécuteurs 
testamentaires de feu Jacques Sweerts, somme qui 
fut hypothéquée sur Keerbergen, à raison de 6 7*%> 
taux admis généralement à cette époque (M. 12, 
p. 126 et 133) 2 . 

1 Cet acte ne fut enregistré à la cour féodale de Malines que le 
2 novembre 1658 (M. 11, p. 121). 

2 Le 28 février 1648, la baronne de Berlo vendit, devant le notaire 
Théodore Pietquin, de Bruxelles, à Antoinette de Hosden, douairière 
du chevalier Antoine de Longueval, seigneur de Zetrud,Lumayet<\, 
une censé à Meldert, dite « Herlombaerdenhoff. » Elle signa l'acte y 
relatif : « Marie Ane Doijenbrughe de Duras barone de Berlo de 
Keremberghe. » 



— 168 — 

En dépit de la renonciation de 1639, Florent 
baron de Berlo et de Sclessin, etc. s'était empressé, 
peu de temps après la mort de son frère Ernest, 
de disputer à la veuve de celui-ci la seigneurie de 
Keerbergen, en invoquant les termes du testament 
de Jean de Berlo, comte d'Hozémont, du 15 juin 
1599. Le 15 novembre 1647, il fit présenter à la 
cour féodale de Marines un extrait de ce testament 
et un autre de l'acte de partage du 28 février 1639. 
Une investiture eut lieu et le fils de Florent, 
Guillaume, âgé de 12 ans, fut inscrit comme homme 
mortuaire du fief (M. 8, p. 197 et 201). Le procès 
prit une tournure défavorable pour Florent. La 
sentence de la cour, du 23 mai 1652, en faveur de 
sa belle-sœur, fut confirmée en seconde instance, 
le 8 novembre de l'année suivante (Procès plaides 
devant la cour féod. de Brab. 820-2150). 

Quoique les tentatives faites après la mort de la 
comtesse d'Hozémont, née d'Argenteau, pour 
recouvrer le château de Wayenesse, eussent abouti 
à un échec, la famille d'Argenteau n'avait cessé de 
regretter la perte de cette belle propriété. Aussitôt 
la mort d'Ernest de Berlo, de nouvelles réclama- 
tions surgirent, et cette fois avec plus de succès. 
Les actes que nous avons pu consulter à ce sujet, 
n'établissent pas si la cession eut lieu en vertu d'un 
jugement ou en suite d'un arrangement à l'amiable. 
Toujours est-il que le 18 septembre 1655, Jean 
François d'Argenteau, comte de No ville, vicomte 
de Looz, seigneur de Fologne, Braives, Ciplet, 
Moumal (fils de Florent et d'Anne de Branden- 
bourg, dame de la Grange), et Guillaume, baron 



— 169 — 

d'Argenteau, seigneur de Dongelberg, Lavoir, du 
Ban-de-Sprimont etc. (fils de Jean et de sa seconde 
femme Anne Patton), firent le relief de Waijenesse 
(M. 10, p. 20). Ils ne conservèrent, toutefois, pas 
longtemps ce fief, car, le 27 mars 1659 déjà, il le 
transportèrent à messire Pierre Grijph, pour le 
pupille de celui-ci, messire Jean Baptiste de Bru- 
xelles, vicomte de Dormael, seigneur de Rijmenam 
(M. 11, p. 154'). 

Le 12 janvier 1705, messire Charles de l'Escaille, 
seigneur de Marez, avocat au conseil de Brabant, 
vendit, en qualité de mandataire de Marie Anne 
d'Oyenbrugge de Duras, comtesse deBerlo, devant 
le notaire J. Neeffs, à Malines, à Marie de Gortter 
(ou de Gorter, Gortere etc.), représentée par Fer- 
dinand Hullet, drossard de Keerbergen, les biens 
suivants : 1° la seigneurie de Keerbergen ; 2" la 
cour féodale de Cruijs, « hebbende eenen schoonen 
leenboeck, goedenisse ende erffenisse, grontpro- 
ceduren etc. , » avec droit de tenir un mayeur, 
des hommes de fief, un grenier et un leenvinder 
et comprenant 7 pleins fiefs et 49 menus fiefs 
{smalle leenen), d'une étendue totale de 81 bon- 
niers et 3 Va journaux ; 3° la cour de tenanciers 
{laethof) de Bollo, avec un mayeur, des tenanciers, 
un grenier, poïitpenninghen, goeden ende ontgoeden, 
groyidproceduren, etc., et 4° la cour {laethof) de 
Roosendael, ayant les mêmes prérogatives. 

1 Pour la partie moderne de l'histoire de Waijenesse, on pourra 
consulter notre notice sur la seigneurie de Rijmenam, 



— 170 — 

Le prix total de cette vente était de 18702 florins. 
L'hypothèque de 18000 florins, appartenant aux 
héritiers Sweerts, seule charge grevant les biens, 
fut diminuée par un paiement de 4458 florins 2 sols 
que de l'Escaille préleva sur le prix de vente. 
Comparurent, ensuite, Marie Thérèse Sweerts, 
douairière de messire François de Santander — 
agissant pour elle-même et pour son frère consan- 
guin, mineur, messire Gaspard Alexander Sweerts, 
ainsi qu'en qualité de tutrice de messire Frédéric 
Albert, fils de Frédéric Sweerts et de Madeleine 
de Haeze — Claire Hélène et Susanne Pétronille 
Sweerts, qui déclarèrent que Marie de Gortter, 
veuve Persoons, leur avait remboursé la somme de 
13818 florins 18 sols, représentant le reste de leur 
capital, plus les arrérages. 

Cet acte fut confirmé par Charles de l'Escaille, 
le 4 avril suivant, devant le même notaire, et 
enregistré à la cour féodale le surlendemain. L'in- 
vestiture de la veuve Persoons eut lieu le même 
jour. Ce fut son fils Corneille qui prêta le serment 
de fidélité pour elle (M. 18, p. 199). 

L'acte de vente précité nous renseigne d'une 
façon détaillée les prérogatives et les revenus de 
Keerbergen. Outre la haute, moyenne et basse 
juridiction, le seigneur possédait le droit de nom- 
mer le drossard, le mayeur, le bourgmestre, les 
échevins et autres officiers ; de planter des arbres 
le long des grands chemins et sur les places vagues, 
de chasser, d'avoir des tenderies à perdrix et des 
garennes de lapins, de pêcher dans les limites de 
la juridiction, dans la Dyle, dans le Moelebeek et 



- 171 — 

dans le Raem ; ses privilèges comprenaient les 
amendes criminelles et civiles, la confiscation des 
biens des bâtards ' et des coupables de sortilège, 
les biens vacants ou lagans, aubains, mortemains 
ou à faute d'héritiers, les épaves, la treune des 
mouches à miel (ou découverte d'essaims) ; le droit 
de lever les pontpenninghe , c'est à dire un droit de 

5 °/ sur les prix de vente de tous les biens situés 
dans la juridiction et ne ressortissant pas aux 
cours de tenanciers (laethoven). 

Ses revenus fixes consistaient en blé, œufs, 
chapons, poules et argent; les voici : a) en nature : 
4 quarts de blé, 21 quarts idem, 3 muids d'avoine, 
17 chapons, 153 poules, 18 œufs, 1 jaeghers de 
seigle ; b) en espèces :. 10 florins 1 Va sols ; 30 de- 
niers; 30 escalins; 21 deniers; 24 deniers, mon- 
naie de Louvain ; 42 oude swarten ;' 7 tournoisen ; 
12 '/« oude' groten ; 2 mottoenen, monnaie de Bra- 
bant; l Uà'antwerpensche schilt; 2 florins Guilielmus, 
monnaie de Hollande. Le seigneur avait ensuite 

6 heerlijke keuren et 30 swaere keuren, boven noch 
mer andere gevaleerde keuren, eene van eenen mot- 



1 D'après les lois de l'ancien régime, la succession des bâtards 
était recueillie par le seigneur. Ce droit pouvait, toutefois, se 
racheter, comme tant d'autres droits consacrés par la féodalité. 
Ainsi, par lettres-patentes, .données à Bruxelles, le 11 juillet 1462, 
Philippe de Bourgogne autorisa les époux Gérard van Ymmerseel, 
bâtard de Jean, et Catherine Tschuckers, fille naturelle du prêtre 
Mathieu Tschuckers, bien qu'étant nés « in onwittigenbedde,.... van 
zunderlingen gratien ende oick overmits der sommen van hondert 
vranchrijhsche croonen, » à disposer par testament de tous leurs 
biens, allodiaux et féodaux, actuels et futurs, qui, à la mort desdits 
époux, auraient dû échoir au duc (B. 30, p. 44). 



— 172 — 

toen, eene van eenen peter ende twee iecler van eenen 
hollandschen gidden, uijtgaende op verschijde goe- 
deren. A la kermesse de chaque année, il avait, en 
outre, droit à 21 sols, 1 oort, de la part des fer- 
miers possédant deux chevaux de labour ; les fer- 
miers en ayant d'avantage payaient un supplé- 
ment en conséquence ; la redevance de ceux qui 
labouraient sans chevaux était de 10 sols, 1 oort, 
9 meijten. 

Il existait, dans la seigneurie, une corporation 
ou ambacht nommée het schip- ofte lijntreckers 
ambacht, dont les membres traînaient les bateaux 
montant la Dijle, vers Aerschot, Louvain, etc. 
Tous les membres libres de cette corporation 
devaient au seigneur une redevance annuelle de 

1 florins 10 sols; celle des mortaillables s'élevait à 
12 florins. Le seigneur avait, ensuite, une part 
dans les amendes imposées à certains bateliers. 
Cette part était établie d'après la comptabilité de 
la corporation précitée. Les doyens de celle-ci 
étaient assermentés annuellement, par le drossard 
de Keerbergen. Enfin, le maître de Keerbergen pré- 
levait un quayage, dit amergelt {amer == quai) de 

2 blancken par mille fagots (« half hout, peuters 
ofte reisers; ») par 1000 « Aertschotsche mutsaert 
eenen stooten ; van ieder wisse wishout, de welcke 
van den amer te schepe wordt gedaen ofte geladen, 
eenen halven stuijver » (M. 18, p. 199). 

De ses fiefs du pays de Malines, la comtesse de 
Berlo n'avait plus conservé que le moulin à vent 
dans la grande bruyère de Keerbergen. Suivant 
-un acte du 7 octobre 1709, passé devant le notaire 



— 173 — 

Pierre Hullet, à Malines, ce moulin fut acquis en 
vente publique, moyennant quatre mille deux cent 
florins, plus trois cent quatre-vingt-dix-neuf flo- 
rins pour les surenchères, par Norbert Smekens 
au nom de la veuve Persoons. Le fils de celle-ci, 
Corneille Persoons, en fut investi pour sa mère 
le 11 janvier 1710 (M. 21, p. 41). 

Marie de-Gortter 1 avait épousé successivement 
Antoine Marcelis et Corneille Persoons, qui était 

1 Un Jean Persoens figure comme inan van wapen dans un acte 
du 12 octbr. 1416 (K. & S.). Heer Henric Persoons, probablement un 
ecclésiastique, à Reeth, fut investi, le 22 mars 1472, d'une rente sur 
les biens dé Jean van Berchelaer, frère de Gilles (C. 17837). Un 
Pierre Persoons, releva, le 15 janvier 1531, une rente pour sa femme 
Elisabeth Adriaens et les autres enfants de ses beaux-parents, 
Ambroise Adriaens et Jeanne van den Lare (B. 353, p. 54). A. van 
den Eijnde, dans son Tableau chronol. des êcoutètes etc. de Malines, 
rapporte qu'un Adam de Gortere fut échevin de Malines, en 1398, 
eh 1405 et plus tard, et qu'il y fonda, par testament du 14 novem- 
bre 1411, l'hôpital des SS. Pierre et Paul. D'après le même auteur, 
il aurait été receveur de Malines, en 1406 et aurait porté : d'argent 
à trois chevrons de gueules, brisé en chef d'un lambel de sable. 
Sur un sceau de cet Adam, nous avons, en effet, vu un écu à trois 
chevrons et au lambel, en chef, brochant; cimier: une tête et col 
d'aigle; supports : deux aigles (P., carton IV). 

On rencontre aussi Sompeke, dit de Gortter, ou de Gortter, dit 
Sompeke. Parmi les 8 quartiers sur le tombeau, au couvent des 
Pauvres-Claires à Malines, de Marguerite Scoff, femme de Guillaume 
de Clerc chevalier, s r de Bouvekercke, etc., écoutète de Malines, 
morte le 23 août 1598, on voyait l'écu Sombeck alias Geurttere, aux 
trois chevrons. 

Le tombeau de l'aumônier François de Gortter, f le 7 avril 1729 
et enterré à saint Rombaud, à Malines, porte d'autres armes : un 
chevron accompagnée de trois annelets ; cimier : un oiseau issant 
et essorant. Les de Gortter avaient des biens à Putte. Il y existait 
une seigneurie, dite « 's Gortters » (voyez J. Th. de Raadt, Les 
seigneuries du pays de Malines; Putte, Schrieck et Grootloo et leurs 
seigneurs. 



- 174 - 

décédé le 1.6 mai 1702, et enterré au couvent des 
Récollets, à Malines. 

Le 12 juin 1716, elle transporta, moj^ennant la 
somme de dix-neuf florins, à son fils Corneille et 
à sa femme, Pétronille de Gortter, les seigneuries 
de Keerbergen, Cruys, Bollo, Rosendael et le mou- 
lin de Keerbergen (lequel elle déclare avoir acheté 
de Madame Sancta de Lopez, héritière de la comtesse 
de Berlo). Les époux en firent le relief le même jour 
et constituèrent aussitôt à maître Jacques Gérard 
Knijff ancien bourgmestre et actuellement échevin 
de la ville d'Anvers, et à sa femme, Marie Agnès 
Verbist, une rente à 6 '/« % (sept cent cinquante 
florins), pour une somme de douze mille florins que 
ceux-ci leur avaient avancée. Cette rente paraît 
avoir subsisté jusqu'à l'abolition du système féodal 
(M. 23, f° 25 «). 

De son premier mariage, Marie de Gortter eut 
une fille, Anne Marcel is, femme de George de 
Croes, lequel avait relevé, le 2 mai 1710, la terre 
et manoir de Vijversteijn, sous Bonheijden, pro- 
priété qu'il avait achetée de la succession de mes- 
sire Charles François d'Ittre de Caestre (M. 21, 
p. 12). Ce de Croes eut des revers pécuniaires. Le 



1 Le 19 août 1724, par suite de la mort de Marie Agnès Verbist, 
son mari, créé chevalier sur ces entrefaites, et ses enfants furent 
investis de cette rente; -messire Jacques Gérard Xavier Knijff fut 
constitué homme-mortuaire. 

Après le décès de celui-ci, Jean Corneille Persoons releva la rente 
pour les héritiers (M. 27, p. 256). Le chevalier Jacques Gérard K., 
devenu, vers la fin de sa vie, prêtre et chanoine de la cathédrale 
d'Anvers, la transporta, le 7 mai 1768, aux « conventuaelen van de 
Spaensche Theresen op dén Rogier, » à Anvers (M. 31, p. 220). 



— 175 — 

11 janvier 1724, il prit un arrangement avec ces 
créanciers, devant le notaire Slabbeek, à Malines. 
Michel du Trieu, le principal créancier reprit 
Vijversteijn, en amortissement des quinze mille 
sept cent quarante-huit florins treize sols que de 
Croes lui devait. Après la réalisation de ses meubles 
et immeubles, celui-ci versa aux autres créanciers 
40 °/ des sommes dues, en s'engageant au paiement 
du restant, tôt oetere fortune ghecomen sijnde. De 
concert avec sa femme, il renonça, en outre, en 
faveur de la masse, à la succession de sa belle- 
mère, Marie de Gortter. Du Trieu fit le relief de 
Vijversteijn le 14 février 1728, et, le 29 mai sui- 
vant, l'accord précité de 1724 fut enregistré à la 
cour féodale de Malines (M. 25, p. 519 et 565). 



Corneille Persoons laissa un fils Jean. Corneille, 
qui, le 29 juillet 1752, releva la seigneurie de 
Keerbergen et le moulin à vent de cette commune 
(M. 29, p. 199); il devint également seigneur de 
Cruijs, Bollo et Rosendael. Il possédait à Malines 
la brasserie de Wereld. Il naquit dans cette ville 
et y fut baptisé, dans l'église de Notre-Dame, le 
3 juillet 1704. Il eut deux femmes : 1° Anne Barbe 
van Kiel, née le 4 juillet 1707, .f le 16 juillet 1757, 
fille de Corneille et d'Anne Claire David (fille de 
Jean et de Claire Scheppers), et petite-fille de 
Pierre et de Catherine van Thielen; 2° Marie 
Gertrude Dekens, morte sans postérité. 

De sa première femme, il eut trois enfants : 
1° Joseph Corneille et 2° Jean, nés à Malines, 



— 176 — 

et y baptisés à Notre-Dame, le 19 novembre 1740, 
respectivement le 13 janvier 1742, et qui mou- 
rurent en bas âge; 3° Marie Anne Françoise, bap- 
tisée, dans la même église le 4 mai 1744. 

Le 13 janvier 1764, maître Jean Baptiste Schep- 
pers, fit, en qualité de tuteur de Marie Anne 
Françoise Persoons, le relief de la seigneurie de 
Keerbergen et du moulin à vent et opéra le trans- 
fert, à charge de sa pupille, de la rente de 750 flo- 
rins appartenant à la famille Knijff (M. 31, p. 49). 

L'année suivante, le 11 février, la jeune dame 
de Keerbergen épousa, en l'église Saint-Rombaud 
de sa ville natale, Egide Joseph Antoine de Jongh, 
seigneur de Daelput, licencié en droit et avocat 
au grand conseil de Malines, né à Malines, le 6 et 
y baptisé, en l'église Saint-Pierre, le 30 juillet 1737. 
Il était fils de Jacques Robert François Joseph, 
né le 3 mai 1703, f le 9 février 1763, seigneur de 
Daelput, licencié en droit et greffier de la cour 
féodale de Malines, et d'Anne Marguerite Estricx 
(mariés à Saint-Pierre, à Malines, le 9 février 1735), 
fille d'Egide et de Marguerite de Gortter ; et petit- 
fils de Robert Théodore Junius, alias de Jongh 1 , 



1 Dans un acte du 21 août 1601, il est cité comme : Robertus 
Tkeodorus Junius alias de Jonge (B. 378, p. 42). Il était fils de 
Pierre de Jongh ou Junius, né à Gouda, le 16 juin 1621, seigneur 
de Thielen (près de Turnhout), licencié en médecine ;f à Louvain, 
le 2 décembre 1686, et y enterré en l'église Sainte-Gertrude), et de 
sa première femme Marie Baltus (mariés, à Louvain, église Saint- 
Pierre, en 1652) ; fille de Robert, avocat, et de Marie van de Werve. 
En secondes noces, ledit Pierre avait épousé Marie van Berckel 



— 177 — 

licencié en droit et avocat de Malines, seigneur de 
Thielen (qu'il vendit), et de Pétronille van Kiel, 
veuve de Jean Eggericx. 

Le registre N° 51 de la cour féodale de Malines 
porte, à la première page, cette inscription : 

« Anno Domini 1753 opus hoc a veteri feudorum 
codice renovatum, atque in duos tomos digestum 
fuit sub auspiciis Péril. D. D. Joannis Francisci 
Danielis Josephi Cuijpers, J. U. L., Top. de Rijme- 

nara ' etc. etc locum tenentis... nec non D. 

Jacobi Roberti de Jongh, J. U. L., Top. de Dael- 
put, huius curiae Graphiarii. » 

Outre les armes du lieutenant Cuijpers, autour 
desquelles se trouvent groupées celles des familles 
van der Duijnen, van den Nieuwenhuijsen, van 
der Hofstadt et Hamers, on voit, au bas de la 
page, les armes de Jongh : d'azur à deux croix 
d'or, posées en sautoir, accompagnées, en pointe, 
d'une tête de taureau d'argent, accornée du second, 
posée de face ; cimier : deux plumes d'autruche 
d'azur ; devise : Cruce et labore. 

Le 31 mars 1787, maître de Munck, secrétaire' 
de Eijmenam et notaire, releva Keerbergen avec 
son moulin, en vertu d'une procuration, du 29, de 
messire Egide Joseph Antoine de Jongh, seigneur 



(voyez Ann. de l'Acad. d'Archéol. de Belg. II, p. 431 ; Hellin, 
manuscr. in-f°, C. G , et N° 1437, ibidem). Le contrat de mariage des 
époux de Jongh-Baltus avait été passé le 14 décembre 1652, devant 
le notaire Gilles van der Elst. Le 17 septembre 1655, maître Petrus 
Junius alias de Jonghe, baccalaureorum medicinae decanus et fiscus, 
releva pour sa femme M. Baltus, par suite de la mort de sa belle- 
mère, une partie de la dîme de Thielen (B. 375, p. 189). 

1 Voyez notre notice précitée sur la seigneurie de Rijmenam. 



— 178 — 

de Daelput etc. (il avait reçu des lettres-patentes 
de noblesse, datées du 26 septembre 1777), agissant 
en qualité de père et tuteur de ses deux fils, pro- 
créés avec Marie Anne Françoise Persoons. Celle-ci 
était morte de 10 du même mois. Messire Jean 
Baptiste Antoine de Jongh, l'aîné des deux frères, 
âgé d'environ 22 ans, fut inscrit comme homme- 
mortuaire (M. 36, p. 28). Après la mort de de Munck, 
Pierre Walravens, notaire et huissier du grand 
conseil de Malines, fut nommé homme-servant à la 
place de celui-ci, le 11 août 1792. 



Messire Jean Baptiste Antoine de Jongh, naquit 
à Malines et y fut baptisé, à l'église de Notre-Dame, 
de Hanswijk, le 29 décembre 1765. Il épousa, à 
Bruxelles , à l'église , Sainte-Gudule , le 8 floréal 
an X (le 28 avril 1802), Victoire Louise Helman, 
née en 1776, décédée le 20 janvier 1857, fille de 
François Aurèle Guidon, comte Helman de Ter- 
Meeren, greffier du conseil de Brabant, grand- 
bailli d'Alost, et de Louise Caroline Cruiripipen 
(fille de Jean Henri, conseiller et secrétaire du 
conseil d'État et du conseil de guerre), et petite- 
fille de Philippe Joseph Hubert Helman, baron de 
Ter-Meeren, seigneur du comté de Cantecrode, et 
de Marie Christine van Overstraeten, dame de 
Weldene et de ten Berghe. 

Nous ne connaissons à ces époux qu'une fille : 
Louise Marie, née, à Bruxelles, le 8 septembre 1803. 

Jean Baptiste Antoine de Jongh, fut le dernier 
seigneur de Keerbergen. Il mourut à Rumpst le 
11 juillet 1826. 



— 179 — 

Son frère, Corneille Jacques, baptisé, à Malines, 
à l'église de Notre-Dame de Hanswijk, le 11 sep- 
tembre 1767, devint bourgmestre de Rumpst et 
épousa, à Bruxelles, le 28 juillet 1820, Marguerite 
Catherine Roelants, de Wijnegem, veuve de Charles 
Joseph Josse, née à Seraing, le 9 septembre 1772. 
Il gît à Rumpst. 

J. Th. de Raadt. 
(A suivre.) 



— 180 — 



LA REPRESSION 

DU 

VAGABONDAGE EN FLANDRE 

AU XVI e SIÈCLE 1 . 



Au XVI e siècle le vagabondage avait pris en 
Flandre des proportions inquiétantes. 

Les moyens de répression ne se firent pas 
attendre et furent autrement radicaux que ceux 
que l'on emploie de nos jours. 

Les dépôts de mendicité et les colonies agricoles 
n'étaient d'ailleurs pas encore connus. 

Plusieurs ordonnances royales contenant « ar- 
ticles touchant la prinse et punition des Blîtres, 
Ribaux et vagabons » et aussi sur les « Blîtres, 
paillars, oyseus, et vagabons, » furent publiées. 

L'ordonnance du cinquième jour de novembre 
1501 accorde à tous ceux qu'on appelle « Ribaux, 
coquins ou Truands » un délai de huit jours pour 
quitter le territoire du comté, sous peine d'être 

« Placards de Flandre, Livre l r (p. 1 à 36) Edit. de 1639. 



— 181 — 

« pilorisez l'espace de quatre heures et après batus 
« et fustiguez, et bannis à tousiours. » 

Cette ordonnance resta, paraît-il, à l'état de 
lettre morte, ou peu s'en faut. 

Le vingt-deuxième jour de septembre 1506 
parut une nouvelle ordonnance édictant des peines 
plus sévères. 

Elle constate que le nombre de ceux qui se livrent 
à « la Bliterie et à la Truandise » était devenu 
tellement considérable que « les censiers et labou- 
reurs » ne pouvaient plus trouver assez de bras 
pour faire « leurs labeurs et recueillir les fruits de 
la terre. » 

En conséquence, elle défend, sous peine d'une 
amende de dix livres parisis, aux taverniers, caba- 
retiers ou « hospitaliers » d'héberger les « truans, 
truandes, blitres ou blî tresses », ou de leur bailler 
à boire et à manger. 

Les officiers de justice, eux, qui ne se souciaient 
guère de saisir ces pauvres hères, dont ils ne 
pouvaient tirer aucun profit, sont menacés, par 
l'ordonnance de 1506, d'une amende de vingt livres 
parisis, pour chaque vagabond qu'ils auront laissé 
échapper. 

La peine de la fustigation, déjà édictée par l'or- 
donnance précédente, à charge des « blîtres et 
truands » est maintenue. 

Mais, pour éviter que dans les petites villes et 
au plat pays, on laissât ces « coquins » impunis 
faute de bourreau, les officiers et juges sont auto- 
risés à faire battre et fustiger les truans ou 
truandes par l'un « d'iceux truans. » 



— 182 - 

Le mal ne s'améliora point, au contraire. Un 
placard de l'Empereur du premier jour de Juillet 
1510, édicta de nouvelles mesures contre le vaga- 
bondage qui ne faisait que croître et se développer. 

La profession (?) offrait, semble- t-il, de bien 
grands attraits, car « chascun jour plusieurs com- 
« paignons de mestier (considérant la vie des dicts 
« Blîtres, Truands et vagabonds) se mettent à la 
« dicte Bliterye, habandonnant et delaissans leur 
« dict Mestier. » 

Après avoir confirmé les dispositions publiées 
en 1506, le placard ordonne, que « d'oresnavant 
« les dits Blîtres, Truans et coquins que seront 
« bannis et corrigez auront leurs cheveulx couppez 
« jusques pardessus leurs aureilles : seront publi- 
« quement appelez par nom et surnoms et le lieu 
« et la place dont ils sont natif, etc. » 

Un nouveau placard de 1515 constate encore la 
négligence des officiers de justice et élève l'amende 
à leur appliquer « pour chaque, blître ou truant 
qu'ils ne corrigeront » à « huict Philippus d'or. » 

En 1527, on rappela de nouveau les dispositions 
anciennes; en outre, la peine de la hart fut 
* rendue applicable aux vagabonds qui auraient fait 
quelque menace contre « le pauvre peuple. » 

Le vagabondage se transformait peu à peu en bri- 
gandage et les « blîtres et paillards » , se réunissant 
en bandes, allaient jusqu'à contraindre «les bonnes 
gens de village à leur bailler entretenement. » 

Bien plus : ils faisaient des « pilleries, soulles 
et excès, menaçant de brusler les maisons, etc. » 

Quant aux officiers de justice chargés de la 



• — 183 — 

répression, non seulement ils n'appréhendaient ni 
ne punissaient les « blîtres » et vagabonds, mais ils 
se refusaient, de plus,- à payer l'amende de huit 
Philippus . 

Aussi l'Édit perpétuel de 1540 ' ne les me- 
naça-t-elle plus d'une simple amende, mais de la 
perte de leur office et « inhabilitation » de jamais 
pouvoir avoir ou desservir office quelconque... et 
avec ce d'amende arbitraire, outre les dommages 
et intérêts à payer aux appréhendeurs. 

Ce fut cet édit perpétuel qui interdit à tout 
individu de s'aventurer hors de sa résidence en 
portant « Harquebuse, colleuvrière (couleuvrine) 
« ou autre Baston à feu, à peine de confiscation 
« des dicts Bastons,etdix carolus d'or d'amende. » 
Si le contrevenant ne pouvait payer l'amende, il 
était « mis en prison trois jours, à pain et eaue 
« et après, bastu de verges jusques au sang et 
« pardessus ce, bannis du terroir du Juge qui en 
aura faicte l'appréhension. » 

Il y avait, naturellement, exception pour les 
officiers de l'empereur et de ses vassaux, les 
Echevins, gens de loi, les confréries d'arque- 
buses, etc. 

Ceux qui étaient trouvés en état de vagabon- 
dage armé se voyaient non seulement appliquer 
ces peines, mais, s'ils étaient en outre convaincus 
d'avoir « vescu et mangé sur le Peuple » ils 

1 Nous passons l'ordonnance de 1530, qui se borne, à peu de chose 
près, à rappeler les anciennes dispositions et à ordonner la repu- 
blication annuelle de toutes les ordonnances touchant les Blitres 
et vagabonds. 



— 184 — 

étaient « exécutez par le Feu; » les vagabonds 
non armés et convaincus du même fait étaient 
exécutez par « FEspée. » 

Il était ordonné aux officiers de justice de faire 
usage de la question et de la torture pour en avoir 
la preuve. 

Les vagabonds simples pouvaient également se 
voir appliquer la torture; au préalable, ils de- 
vaient être déclarés oisifs; c'est-à-dire n'ayant 
« aucun revenu, retenu ou service, et non exer- 
ceant Mestiers. » 

Chacun pouvait appréhender les vagabonds en 
quelque lieu que ce fût « privilège ou non pri- 
vilège. » 

Enfin, l'Edit renouvelait aussi la défense aux 
hôteliers, taverniers, ou autres : « de quelque 
« Estât, qualité ou condition qu'ils soient » de 
« recevoir loyer, soutenir, favoriser, ou receler 
« aulcuns desdicts delinquans, leurs complices et 
« adhérences ; » il leur était même ordonné de les 
dénoncer à la Justice, sous peine « de Ban et aultre 
(( correction arbitraire. » 



Tout cela fut insuffisant. Le nombre des fainéants 
et des vagabonds ne diminua pas. 

Alors on essaya de la potence. Tous ceux qui 
vivaient aux dépens du paysan, sans payer, furent 
pendus en vertu de l'ordonnance de 1542. 

Ensuite, le mode d'arrestation fut simplifié. 
Dorénavant, on put blesser les délinquants en les 
arrêtant, et la blessure pouvait même entraîner 
la mort, sans que « Tarrestant » pût être inquiété. 



— 185 — 

Au « son de cloche » un chacun était requis de 
prêter main forte aux officiers de justice pour 
l'arrestation des bandes de vagabonds. 

Enfin, en 1556 ', parut le Placard le plus com- 
plet, et aussi le plus draconien, sur la matière. 

Ce placard conçu en vingt articles, commence 
par confirmer la plupart des dispositions anté- 
rieures. 

Il ordonne ensuite que ceux qui menaceraient 
seulement l'habitant d'incendie, soit formellement, 
soit à mots couverts, seraient eux-mêmes punis 
par le feu. 

Les fainéants, même ceux ne s'adonnant pas à 
la mendicité, devaient être saisis, mis à la torture, 
ou punis arbitrairement pour l'exemple des 
autres (!) {ter exemple van allen andren). S'ils 
• étaient étrangers, ils devaient être bannis à per- 
pétuité. 

Les mendiants étrangers au pays devaient le 
quitter dans la huitaine, à peine de la corde ou 
du bûcher. 

Enfin, aucun mendiant ne pouvait aller par le 
pays sous prétexte de chercher de l'ouvrage; il 
était condamné à rester au lieu de son domicile, 
ainsi que les impotents, les lépreux, et ceux qui 
étaient incapables de gagner leur vie. 

Il faut croire que l'on obtint enfin quelque 
résultat, car le placard de 1556 fut le dernier 
publié sur cet objet, au XVI e siècle. 

Ach. Gallet-Miry. 

1 Ici encore nous omettons un placard : celui de 1554 qui ne fit 
que confirmer les dispositions déjà prises antérieurement, 

13 



— 186 — 



QUELQUES NOTES 



SUR 



L'ANCIEN CALENDRIER FLAMAND 



Jusqu'au XIV e siècle on n'avait fait usage que 
de la langue latine dans les Chartres et autres 
actes officiels. La langue vulgaire se développe 
avec l'efflorescence des communes. C'est ainsi que. 
nous avons pu constater les appellations origi- 
nales des mois exposées dans cet article. Il est à 
présumer que leur origine remonte à la première 
formation de la langue flamande. Remarquons que 
les noms donnés alors aux mois correspondent par- 
faitement à leur caractère atmosphérique ; de 
plus nous présentons une concordance avec les 
mois de la première république française, et cela 
à cause de l'intime ressemblance que nous avons 
constatée entre les noms de ces derniers et presque 
tous les anciens noms flamands : 

Janvier. 

LAUW-MAANt>, employé en 1342, voir Mémorieboek der 
Stad Gent, publié par Vander Meersch. 



— 187 — 

Louw-maand, voir Woordenschat, de L. Meijers, 3 e deel, 
1745; époque du mariage. 

Sneeuw-maand, mois de neige, correspond au quatrième 
mois républicain de Nivôse du 21 Décembre au 19 Janvier; 
traduction du mot Nivôse, voir Kramers Dictionnaire 
Français-Hollandais, 1859. 

Février. 

Spurkelle, employé en 1317, voir de Saint-Génois, chartes 
des Comtes de Flandre. 

Sprokkel-maand, employé en 1340, Mémorieboek. 

Schrikkel-maand, voir Meijers, appelé ainsi du jour 
complémentaire qui vient en ce mois, aux années bisextiles. 

Horninck, voir Meyers, époque à laquelle les cerfs 
perdent leurs cornes également parce que c'est la fin des 
froids; ce mot provient de hooren, ophooren, ophouden. 

Regen-maand, l'avant-coureur du printemps qui sous 
notre climat commence par des pluies; correspond au 
cinquième mois républicain de Pluviôse du 20 janvier au 
18 Février; traduction du mot Pluviôse, voir Kramers. 

Mars. 

Dorre-maand, mois de dessèchement. (Annuaires de 
l'Académie Flamande.) 

Lente-maand, mois du commencement du printemps, 
d'après Meijers, Lentsen, ontlossen, ontsluiten, « omdat de 
lente den winter ontlast en den somer ontsluit. » Voir aussi 
le mot maanden Richelet Groot woordenboeh, de 1764. 

Wind-maand, mois des vents activant le dessèchement, 
d'après Meyers, et Dictionnaire teutonique de Kilian, 
devrait être le mois de Novembre, cependant Kramers 
traduit ce mot par ventôse, qui est évidemment le mois des 
vents ; correspond au sixième mois républicain de Ventôse 
du 19 Février au 20 Mars. 



— 188 



Avril. 



Ooster-maand, d'après Meijers, provient du vieux saxon 
Eoster-monath, mois d'Eoster, divinité à laquelle on offrait 
spécialement des sacrifices pendant ce mois. Charlemagne 
l'a également appelé ainsi, parce que c'est principalement 
pendant ce mois que tombait la fête pascale et depuis lors 
les peuples saxons ont conservé ce nom. 

Gras-maand, voir Kilian, on sème alors le fourrage. 

Spruit-maand , mois de germination; correspond au 
septième mois républicain de Germinal du 21 Mars au 
19 Avril; traduction du mot Germinal, voir Kramers. 

Mai. 

Wonne-maand, appelé ainsi par Charlemagne à cause de 
son agrément. Il est d'origine saxonne, voir dictionnaire 
Kilian, mentionné, et îvoordenschat de Meyer. 

Bloeij-maand, mois de floraison ; voir Richelet au mot 
maanden. 

Bloem-maand, mois des fleurs; voir Kilian; les deux 
appellations correspondent au huitième mois républicain 
de Floréal du 20 Avril au 19 Mai; traduction du mot 
Floréal voir Kramers. 

Juin. 

Bkaak-maand, voir Kilian, mois de Jachères, appelé 
anciennement en Roman Geskerech ou Jiskerech (Juin- 
Août). 

Rooze-maand, voir Meijers, mois d'éclosion des roses. 

Zomer-maand, premier mois de l'été, voir Meijers au mot 
Weide-maand. 

Weide-maand, ou Weede-maand, employé en 1343, voir 
Mémorieboek, mois pendant lequel on met le bétail au 
pâturage, voir Meijers; correspond au neuvième mois repu- 



— 189 — 

blicain de Prairial du 20 Mai au 18 Juin; traduction du 
mot Prairial, voir Kramers. 

Juillet. 

Hooeij-maand, employé en 1344, voir Mémorieboeh, c'est 
le premier mois des moissons pendant lequel on fait les 
foins ; correspond au dixième mois républicain de Messidor 
du 19 Juin au 18 Juillet; pour ce mois le législateur révo- 
lutionnaire s'est sans doute souvenu du vieux mot Roman 
Fénal ou Fénail, mois de la fenaison. Kramers, traduit Mes- 
sidor par Oogst-maand. 

Août. 

Ougst-maand, employé en 1346, voir Mémorieboeh, mois 
pendant lequel on fait la récolte des blés. 

Bauw-maand, annuaires de l'Académie Flamande. 

Warmte-maand, mois des chaleurs; correspond au 
onzième mois républicain de Thermidor du 18 Août au 
16 Septembre; traduction du mot Thermidor; voir Kramers. 

Septembre. 

Eyene-maand, Annuaires de l'Académie Flamande, mois 
de la récolte de l'avoine, en latin avena. 

Spelt-maand, voir Meijers, mois de la récolte de l'épaûtre. 

Gerst -maand, voir Richelet au mot maanden, mois de la 
récolte de l'orge. 

Piet-maand ou Pett-maand, employé en 1348, voir 
Mémorieboeh, mois pendant lequel on restaure les aqueducs 
de ruisseaux. On appelle « Piet » dans certaines régions ces 
troncs d'arbres perforés qui permettent, sous les chemins, 
l'écoulement des eaux. Voir Richelet Woordenboek au mot 
Pit, Pitte ; et également au mot Pit den Hollandschen Fran- 
schen icoordenboeh, de Kramers. 



— 190 — 

HERFST-MAAND,le premier mois de l'Automne, voir Riche- 
let au mot maanden. 

Fruit-maand ou Vrucht-maand, mois de la cueillette 
de la plupart des fruits; correspond au douzième mois 
républicain de Fructidor du 18 Août au 16 Septembre, qui 
était suivi de 5 jours complémentaires, que l'on appelait 
sans culotides. Traduction du mot Fructidor; voir Kramers. 

Octobre. 

Baafmis-maand, mois de Saint-Bavon, 1329, voir Mémorie- 
boek; voir plus loin les dates des jours; le premier Octobre 
est la fête patronale de ce saint; ceci ne se disait sans doute 
que dans les pays dont il était l'apôtre. 

Rozel-maand, voir Kilian, mois du labour après la 
moisson. 

Zaad-maand ou Zaai-maand, mois des semailles avant 
l'hiver, voir Meijers. 

Wijn-maand, voir au mot précédent Meijers, mois des 
vendanges; cette désignation qui aujourd'hui pour le pays 
Flamand peut paraître étrange était alors parfaitement 
justifiée. Déjà en 844 l'Abbaye de Saint-Pierre lez Gand, 
cultivait la vigne sur les coteaux de la vallée de l'Escaut; 
voir Van Lokeren chartes de l'Abbaye de Saint-rPierre 1868, 
1 er vol., p. 16. Cette dernière dénomination correspond au 
premier mois républicain de Vendémiaire du latin Vinde- 
mia, vendanges, du 22 Septembre au 21 Octobre. Traduction 
du mot Vendémiaire; voir Kramers. 

Novembre. 

Loef-maand, Annuaires de l'Académie Flamande, mois 
du semis des navets et pendant lequel on enlève la verdure 
destinée au bétail. 

Hore-maand, mois de boue, vient de Horo ou Héro, boue 



- 191 — 

fumier, voir le glossaire Flamand de l'Inventaire des Archi- 
ves de Bruges. 

Smeer-maand, voir Meijers : « Om dat men in deze maant 
lustigh plagh te smeeren, en teeren. » On nous communique, 
que ce nom pourrait provenir de l'époque des wijk ker- 
missen, ou fêtes de hameaux, alors on pourrait traduire 
smeeren par manger et teeren par digérer. Nous croyons 
que l'on enduisait de graisse et de goudron, les maisons 
alors généralement en bois, pour les préparer aux in- 
tempéries de l'hiver. L'une et l'autre interprétation est 
plausible. 

Jacht-maand, mois de la chasse. 

Slach-maand, mois de boucherie ou d'égorgement du 
bétail ; voir Kilian à ce mot, « mensis jugulatorius : a 
solemni jugulatione pecorum et boviun. Sax. Slacht-maen. » 
Ne serait-ce pas le mois ou les anciens Germains avaient 
l'habitude de faire des sacrifices à Thor; car ces sacrifices 
étaient de vraies boucheries. 

Nevel-maand, mois ou le ciel est couvert de brouillard, 
voir Killian ; correspond au deuxième mois républicain 
de Brumaire du 22 Octobre au 20 Novembre ; traduction 
du mot Brumaire, voir Kramers. 

Décembre. 

Kerst-maand, Annuaires de l'Académie Flamande; mois 
de la Naissance du Christ ou Noël. 

Joel-maand, Annuaires de l'Académie Flamande ; mois 
des divertissements. 

Winter-maand, premier mois de l'hiver, voir Kilian, 
parfois il est pris pour les mois de Novembre et de 
Janvier. 

Vorst-maand, voirRichelet au mot maandcn ; correspond 
au troisième mois républicain de Frimaire ou mois des 
frimas, saison de brouillard froid et épais qui se glace en 



- 192 - 

tombant, saison du grésil ; le mois républicain est du 31 No- 
vembre au 20 Décembre; traduction voir Frimaire dans 
Kramers. 



Il est beaucoup plus rare de voir, dans les Char- 
tres ou actes officiels, les jours désignés par le 
quantième du mois, comme nous en avons la 
coutume, que par des indications indirectes basées 
sur certaines dates déterminées et connues de tous, 
spécialement celle des fêtes religieuses ou des fêtes 
de saints; se rapportant à ces dates, on indiquait 
de combien de jours on en était éloigné dans 
l'avenir ou le passé. 

Nous donnons ici les principales de ces solem- 

nités. 

Janvier. 

1 er Besnijdenis (circoncision), Mémorieboek, 1428. — 
6 Derthien dach (Ephipanie 13 jours après Noël), Mémorie- 
boek, 1428. — 25 Sente Pauwels bekeeringe, dans un calen- 
drier de 1617, déposé aux Archives de l'Etat à Gand. 

Février. 

2 Onservrouwendach ter Lichtmesse, Mémorieboek, 1345. 
• - 22 Sente Pieters avent, Mémorieboek, 1349. — 26 Tooch 
dach (présentation) calendrier de 1617 précité. — Half 
sporkele, mi Février, Mémorieboek, 1300. 

Mars. 

25 Onservrouwen dach, Mémorieboek, 1376. — Halfmeert, 
mi mars, 1314, Mémorieboek. — Goede weke, Mémorieboek, 
1417. Palmzondach, Mémorieboek, 1371. — Witten donder- 
dag, Mémorieboek, 1426; — goeden vrijdage, Mémorieboek 



— 193 — 

1426; — in de pine wouke, semaine sainte, Inventaire des 
archives de la ville d'Ypres, par Diegerick, 1300. — Vasten 
avont, de Saint-Génois, Inventaire des chartes des comtes 
de Flandres; — groote vasten avont, Mémorieboek, 1300 ; — 
half vastenen, 1452, Mémorieboek. — Paesschen, 1436, 
Mémorieboek. Pour vasten avond et groote vasten avond, 
il faut se rappeler qu'anciennement on jeûnait pendant 
l'Avent qui était moins long que le carême. 

Avril. 

Ouijsdagken (Rogations), calendrier de 1617. 

Mai. 

Sinxendach, 1312, Mémorieboek. — Synxenweke, 1420, 
Mémorieboek. — 3 Heilig cruis vindinghe, calendrier de 
1617. — 25 Heiligsakramentsdach, instelling, 1320, Mémo- 
rieboek, employé depuis 1322. 

Juin. 

24 Sente Jans ter geboorenesse, 1308, Mémorieboek, 
— 29 Sente Pieters ende Sente Pauwels, 1300, Inventaire 
d' Ypres. 

Juillet. 

2 Sente Marie visitatie, calendrier de 1617. — 16 Heilich 
sacrament van Mirakele, 1369, Mémorieboek. — 22 Sente 
Marie-Magdalenendach, 1387, Mémorieboek. 

Août. 

Iste Sente Pieter in de banden of in gansche oeste, calen- 
drier 1617. — Sente Clarendach, 1413, Mémorieboek. — 
15 Onser vrouwen dach in halfougst, 1301, Mémorieboek. 

Septembre. 

8 Onservrauwen dach , Mémorieboek, 1436. — 29 Sinte- 
Michiel, Mémorieboek, 1322. 



— 194 — 

Octobre. 

1 er Sente Baéfmisse ou Baefsdaghe, de Saint-Génois, 1310, 
Mémorieboek, 1329. — 18 Sinte Luucxdaghe, 1327, Inven- 
taire d'Ypres. 

Novembre. 

1 er Alderhelegemesse, 1437, Mémorieboek. — Alresinte- 
dach de Saint-Génois, 1352 (Toussaint). — 2 Alderzielen- 
dach, calendrier, 1617,jour des âjnes. 30 Sente Andriesavond 
ou dach, 1329, Mémorieboek, 

Décembre. 

4 Sente Barbelé (Barbe) 1617. — 6 Sent Niclais 1450, 
Mémorieboek (Nicolas). — 22, den cortsten dach, 1300, 
Saint-Génois, très souvent employé. — Kersnaclit 1357. — 
28 Alderkindren dach (jour des innocents), 1338, Mémo- 
rieboek. 

Behourdich, en 1317, premier jour du carême. 

Nieuwendach, le premier en 1326. 

Den anderen-dach, le deuxième, 1349. 



Pour compléter ce qui précède nous avons cru 
intéressant de parler ici des vacances et des con- 
gés du conseil de Flandre. (Voir Annales de l'Aca- 
démie d'Archéologique de Belgique, 3 e série, tome 5, 
4 e livraison, 2 e partie, p. 348). 

Les séances du conseil de Flandre étaient à 
l'origine au nombre de deux par jour d'une durée 
d'environ de 3 heures. En été de 7 à 10 heures du 
matin, en hiver de 8 à 11, et le soir de 2 % à 
5 heures,. 

L'ordonnance de 1522 enjoint au président de 



— 195 — 

se trouver au palais avant ses collègues ; ce règle- 
ment fut longtemps en vigueur, il île contenait 
aucune disposition relative aux vacances, elles 
étaient irrégulières : de l'avis de la majorité de 
ses membres, le conseil s'ajournait ordinairement 
au mois d'août ou de septembre. 

D après le Calendrier de 1617 cité plus haut : 
les grandes vacances commencèrent le 29 juillet 
et finirent le 8 septembre suivant. Les fêtes du 
palais pour cette année furent : le 4 et le 12 jan- 
vier ; le 5, 6 et 7 février à cause du Carnaval ; le 
23 avril Saint-Georges; le 25 juillet; le 14 sep- 
tembre ; le 9 octobre Saint-Denis ; le 2 novembre 
jour des âmes ; le 4 décembre Sainte-Barbe ; le 
14 décembre Saint-Nicaise. 

Le 18 avril 1720, une résolution fut adoptée, 
en vertu de laquelle une réunion extraordinaire 
serait tenue en temps de session, le jeudi à 
5 heures. 

Au milieu du XVIII e siècle un édit du prince 
Charles de Lorraine fixe les heures d'audience, 
supprime les séances du soir et détermine la durée 
des vacances : 

« D'après les instances faites par le conseil, 
pour supprimer les séances de l'après-midi et la 
nouvelle réglementation des vacances. » 

« Les séances du conseil se tiendront dorénavant 
depuis 8 heures jusqu'à midi le matin et une demie 
heure pour l'aller et venue; cette séance de 4 et 
demie heures aura lieu tous les jours ouvrables de 
l'année y compris ceux d'obligation de Messes, à 
la réserve seulement du mardi gras, jour des cen- 



— 196 — 

dres, Octave de la Fête-Dieu, et des lundis qui ne 
suivent pas immédiatement quelqu'une des quatres 
{sic) vacances. Les vacances de Pâques commencent 
le jeudi saint et finissent à Quasimodo ; celles de 
Pentecôte jusqu'à la fête de la Trinité ; celles du 
mois d'août du premier de ce mois à sa fin ; celles 
de Noël enfin depuis cette fête jusqu'au lendemain 
de la Circoncision, sans qu'il puisse y avoir aucune 
vacation plus longue. » 

« Au moyen de cet arrangement viendront à 
cesser toutes les ci-devant fêtes du Palais de 
Justice, de même que les séances du conseil 
pendant les après-midi. » 

Le 24 avril 1766, pour compenser les heures 
de vacances en usage ci-devant, la cour y ajoute 
le jour de la Fête de Saint-Ivon, patron des avo- 
cats, et les lundis du mois d'avril, mai, juin, 
juillet et de septembre, pour autant que ces jours 
ne suivent pas la reprise des travaux. Ce règlement 
resta en vigueur jusqu'en 1789. 

Wernee, de Haerne. 



— 197 



Quelques détails historiques 



SE RAPPORTANT 



A LA BATAILLE DE FLEURUS 

1633. 



Lorsque, au 30 août 1622, Ernest Comte de 
Mansfeld eut essuyé une défaite sanglante près 
de la métairie de Chessau, à Fleurus, l'histoire 
nous apprend qu'il se dirigea, avec les débris de 
ses troupes vers Perwez . 

Partout des paysans armés se levèrent sur son 
passage, pour défendre, en même temps que leurs 
biens, l'accès de leur territoire \ 



1 A cette époque d'ailleurs toute autorité, dont le territoire était 
menacé d'invasion, se tint sur la défensive. Ainsi le constatons nous 
entre autres, par les extraits suivants, tirés des comptes du chapitre 
noble d'Andenne : 

Paie à Jean Elois, le 14 d'Apvril 1621, pour avoir esté à Namur 
porter lettres à monsieur Wittembrouch pour avoir son advis 
touchant les hollandais xii sous. 

A Jan le flament pour avoir porté lettres à Monsieur de Wittem- 
brouck le 2 de Jullet 1621 xii sous. 

A un messager apportant lettres de Namur pour le chapitre. 

x sous, 



— 198 - 

Pendant notre séjour à Namur nous avons ren- 
contré, dans l'ancien protocole du notaire Berthou, 
l'acte suivant, daté du 8 août 1628, où est relaté 

Payé à Ambrose censier de Andenelle pour avoir cliarié vi cordes 
de bois pour le président Pochet v sous. 

A six soldats de la compagnie de Monsieur Grehi at esté donné 
pourboire xxiiisous. 

Item à quatre soldats de la compagnie de Monsieur de Blocquerie 
passant par Andenne viii sous. 

Item, aux soldats du prince de Barbancon qui furent logé en la 
maison Catherine André • . xlviii sous. 

A la femme d'Or pour porter lettres à Seilles les adverssant des 
dessains des hollandais ii sous. 

A sept souldats passant par icy venants de convoyé de Mastrecli 
avec bonne pasporte xxi sous. 

Donné à v soldats de la compagnie de Monsieur de Blocquerie, en 
l'an 1G23, du temps qu'il n'y avait point de mayeur . . . xv sous. 

Donné encore à six soldats de la garnison de Mastrech qui avoient 
faict convoie pour sa majesté xxx sous. 

A un homme qu'apportait nouvelles que les hollandais avaient 
quelque dessain sur Andenne iii sous. 

Paie à un messager de Dalen venant apporter nouvelles des hol- 
landais sur les précédents xxv sous. 

A un messager envoyé à Burdinnes pour ce subiect. . xii sous. 

A Nicolas Goffart, frère du curé de Heure, homme de bonne répu- 
tation", comme il appert par lettres de Monsieur de Brias, nous 
advertissant que les hollandais à trois cents chevaux, entre lesquels 
il y avait un sien frère, avoient pour resolution de venir à Andenne 
dedans trois iours par la profonde voie proche la maison de Gorlier, 
et qu'ils entreraient par la fause porte de Saint-Pierre, laquelle 
gaignée, ils eussent entré en l'église par l'herbier ; et lui at esté paie 
oultre ses dépens viii fi. iiii sous. 

Le xiii e d'Aoust 1622 paie à Dor pour aller à Waignée afin de 
scavoir nouvelles des Manfeld vi sous. 

Le lendemain monsieur de Brus at envoyé messager exprès nous 
advertissant qu'il voulait venir en Condros, paie .' . . xii sous. 

Madame a envoyé D'or avec le dit messager pour scavoir s'il 
approchoit et l'ayant fait attendre afin de scavoir quel chemin 
il prennoit xi sous. 

Paie à la femme D'or qu'avoit esté à Hermal exprès pour scavoir 
nouvelles des hollandais qui avaient passé à , . . x sous. 



— 199 — 

une épisode qui se rattache à cette page historique : 

« Je sousigné notaire apostollicque et impérial admis par 
le conseil provincial à Namur, certifie avoir esté le jour 

Paie à Dor pour aller à Namur viii sous. 

Au mesme que dessus pour aller à Thisnes et à Burdinnes le 
xix août 1622 x ii SO us. 

Le xx d'Aoust donné au laquai de Monsieur de Brias qu'apportait 
nouvelles de , x SOU s. 

Payé à ung messager envoyé par Monsieur le Drossart de Dalem 
nous advertissant que les Hollandais marchaient, affin d'estre sur 
nostre garde. . xxxi sous. 

A plusieurs messagiers ayant esté tant à Namur, Thisnes, Bur- 
dinnes qu'ailleurs pour scavoir nouvelles de Manfelt. iv fl. xv sous. 

Exposita faict par madame Agnès de Lucquenghien, prévoste, en 
l'an 1622 pour la garde 

Donné à Burlen pour achapter balles et mèches . . . . vi fl. 

Item pour avoir faict achapter ung tambour et racommoder le 
vieux . xi fl. viii soins. 

Item pour 18 livres de pouldres à xvi sous la livre et 2 livres de 
mèches à 3 sous la livre, paie 14 fl. 14 s monnoye de Liège, porte 
monnoye de braibant xii fl. 6 sous. 

Paie pour la façon de septs cordes de bois de chesne à vi sous la 
corde, menées à diverses fois 2 fl. 11 sous. 

Pour le chariage desdites septs cordes de bois à xv sous la corde, 

v fl. v sous. 

Item paie pour trois livres de chandelles à sept sols demy la 
la livre xxii sous. 

Donné au chanoine d'Engis soub ung albertus pour achapter 
pouldres et balles. ........... v fl. viii sous. 

Item pour trois livres de chandelles au pris que dessus, xxii sous. 

A Jan le flament pour avoir esté à Namur porter lettres au 
président x sous. 

Audit Flament pour avoir esté à Liège quérir une somme de 
pouldres et cent livres des mèche, paie xxx sous. 

On at paie pour la susdite tonne de pouldres et cent livres de 
mèche quattre vingt et quattre florins xviii sous monnoye de Liège, 
lequel argent a esté print hors du coffre de l'église . . . 

Item pour mener ladite pouldre à la nef marchande paie 12 sous 
liégeois faisant à nostre monnoye x sons. 

Pour le paiement de la nef marchande at esté paie xvi sous 
liégeois faisant ici xiii sous, 



— 200 — 

d'hier, conduit par Thomas Bosman et Henri] Hubotte 
commis de la part des Bailly et Justice de Perwez en 
Brabant, en la maison de Nicolas de Thouars escuier, bailly 

Item at esté payé à luy pour le portage de ladite pouldre. ix sous. 

Paye à Jan le bon Jean pour avoir faict une serrure et deux clefs, 
deux bottons et une palette à lhuis là où on met la pouldre. . . 

xxxv sous. 

Item pour trois cordes de bois menées à diverses fois pour la 
garde y comprins le talliage iii fi. iii sous. 

Le v de Jullet a esté paie pour trois livres de chandelles, 

xxii sous. 

Item pour la casacque du tambourin paie pour sept aulnes de drap 
à xxxi sous l'aulne xi fl. viii s. 

Item pour soixante aulne de passement à ung patar demy l'aulne. 

iiii il. xi sous. 

A pierre Tichon pour la façon dudit casacque . . . xxv sous. 

Pour les agrapes dudit casacque 1 sous. 

Item pour trois aulnes demy de grise toile pour fourrer ledit 
casacque, à vii sous l'aulne xxxivsous. 

Item pour une aulne demye de changeant à xiii sous l'aulne. 

xix sous. 

Paie pour six livres de chandelles à six sous la livre, xxxvi sous. 

Pour trois aulne de crouge suillich pour faire la custode de 
lenseigne .• xxxvi sous. 

Donné a Burlen pour donnera Pierre Fossion et Halison, à bon 
compte sur ce qu'ils ont ouvré aux bailles .... xiiii fi. viii s. 

Paie encore audit Halison et Pierre Fossion pour avoir faict les 
barrières xiv fi. 

A Jean Grégoire pour avoir faict les fosses pour planter les 
barrières xvi sous. 

Au serrurier pour avoir faict les serrures desdites barrières. 

vii fi. iv sous. 



Audit Jan le bon Jean pour avoir mis deux platinnes de fer, une 
à la barrière au prez des dames, l'aultre à la barrière propre la 
maison Philippes de Grosse xx sous. 

Le 29 août 1624 donné à Anthoine Thomas et au petit Anthoine 
pour deux nuicts qu'ils ont faict la garde sur la thour . xxiv sous. 

Item à Henri Michiel et Lambert Sandre pour auoir faict la 
gardes deux nuicts cliascun xxiv sous. 



— 201 — 

do Waseiges, où luy fut fait vision et lecture de plusieurs 
lettres et missives tant du gouverneur d'Emerickque ', que 
de Son Excellence le comte Albert, marquis de Berghe 

Payé à Phillippe Cramillion pour avoir ouvry et fermé les portes 
des encloistres tant du temps qu'on faisait le garde que des Mansfelds. 

ii fl. x sous. 

Le xv de Jullet 1624 paie au jardinier deux tonnes de cervoise, 
données aux manants quand ils'out passé monstre . . . . vii fl. 

Le 20 mars 1624 paie 13 pots de cervoise qu'on at beu à une 
allarme qu'on fist par nuict xvi sous. 

Payé à Jean le bon Jean pour avoir racommodé un musquet qui 
reculait xii sous. 

A Gilles Sacré pour avoir trois fois nettoyé les six mousquets et 

mit une palette, ung verint et gravé dessus S te -Begge 

v fl. xiii sous. 

Payé à Guilleaume Sacré pour avoir nettoyé en l'an 1623 lesdits 
musquets ..'... xlviii sous. 

Donner à l'horlogier Piette en Octobre 1623 pour avoir démonté 
et racommodé l'horloge iii fl. 

Donner en l'an 1624 à 33 soldats pour rafrechir, ayant bon passe- 
port xviii sous. 

Paye au petit Antoine, le 30 may 1624, pour avoir esté a Bruzelles 
pensant trouver M r de Groesbech, pour solliciter le congé d'obtenir 
sauvegarde de Hollande iii fl. 

Au mois de may 1624 paie à Lambert Sandre pour avoir logé 
trois soldats Italiens -:.... xxv sous. 

Envoyer le 7 de fer 1625 ung saulmont à Monsieur de Witembruch, 
affind'estre exempte des soldats, lequel coûtait . . . . . iii fl. 

Paie à un messagier envoyer le xvi e de décembre 1624 pour 
Monsieur de Wittembruch affm que nous eussions à estre sur nos 
garde x sous. 

A un messagier envoyé le 29 janvier 1625 par ledit monsieur de 
Wittembruch nous advertissant que l'armée s'assembloit [a Bouge. 

vi sous. 

Le 15 de mars 1625 donné à dix soldats pour rafrechir, le chanoine 
Boyettemane avoir leu leurs passeporte xxx sous *. 

1 Otton de Gendt, seigneur de Diede, connu notamment par la 
prise de Wezel (1629). 

* Comptes rendus par la Doyenne du Chapitre noble d'Andenne, des 
années 1621-23, aux Archives de l'État, à Namur, 

14 



— 202 — 

baron dudit Perwez ' et entre autres trois duclit gouverneur 
signées Robert Van Gisfen, la première dattée du xiiii e may, 
la seconde du viii e juin et la iii e du xix° juillet en ce présent 
an xvi e vint huit. Après laquelle lecture ledit sieur Thouars 
at ouvertement confessé/ et de fait la chose est toute congnue 
et manifeste à un chacun/ que c'estoit luy qui conduisoit 
les paysans del son office lorsque le vint neufiesme août 
xvi c vint deux, par ordre du gouverneur de cette ville de 
Namur, il fut rencontré sur la haute chaussée au lieu dit 
la double croix proche Perwez, des troubles 2 de l'armée 
du comte de Mansfeld, immédiatement après la bataille de 
Chessaux lez Flerus. Auquel lieu de la double croix la plus 
grande partie desdits paysans, furent d'abord tuez, et la 
reste/ qui s'étaient retiré deans une grande prairie reclose 
de vuifve haies/ prise à mercy et prisonière et peu après 
relaxée au moien de chascun trois escus d'or qu'ils pro- 
mettaient payer pour ranchons, levans az cette fin les dois 
en forme de serment, et pourquoy ledit Thouars aussy pri- 
sonier se rendoit plege et hostagere pour eulx. Se fait, 
aiant icelluy suivit l'armée deux nuites, saurait finallement 
laissé dévaller de son cheval et se sauver au travers de 
l'armée faisant minne de rechercher son cheval, et aiant 
au surplus icelluy Thouars, bien expressément dénié d'avoir 
supprimé le nom de Henry Guillaume de Williquet bailly 
de Perwez, comme n'aiant cognoissance d'icelluy, moins 
se reclame des Seigneurs de Berghe ses maîtres, mais bien 
qu'estant en croupe du cheval dudit s 1 ' Giffen et recogneu 
dudit conte Mansfelt et se mit en cognoissance d'icelluy de 
ce qu'il avoit esté maistre d'hostel du conte de Berlaymont, 

1 Nous ne possédons aucun renseignement sur cet Albert, marquia 
de Berghe, qui ne figure pas que nous sachions dans les notes 
généalogiques publiées sur la famille de Glymes à laquelle ledit 
Albert paraît appartenir. 

2 Lisez : troupes. 



— 203 - 

gouverneur de Luxembourg ' où ledit conte Mansfelt estoit 
bien cogneu et fréquentait le plus souvent en la maison 
d'icelluy conte. Ayant aussy ledit Thouars confessé (comme 
la vérité est) qu'il est flamen naturel et que au jour dudit 
rencontre, il avoit un beuffe parmenté d'or, le pourpoin de 
beuftin broudé de cantille et les hautes chausses rouges 
semblablement pasmentée et telz que ledit gouverneur 
d'Emerickque veut abusivement depintre. Ledit bailly de 
Perwez attestant en outre, que aians lesdis deux commis 
de Perwez fait tous devoirs d'induire ledit Thouars à faire 
en sorte que lesdis paysans relaxer pryassent auditt gou- 
verneur d'Emerickque les cinc cens escus d'or par luy 
prétenduz, il l'at entièrement refusez, disant ny estre nul- 
lement obligé et en estre quitte par l'eschappatoir qu'il ait 
fait des mains de ses ennemis. En tesmoing de quoy aie 
signé cette audit Namur le v e aoust 1 628. 

Protocole du Notaire Berthou, liasse n° 116, aux 
Archives de l'État à Namur. 

Nous eussions voulu compléter le récit des faits 
se rapportant à la triste aventure guerrière du 
bailli Nicolas de Thouars et en éclaircir divers 
passages obscurs, mais nos recherches à ce sujet 
n'ont point abouti. Toutefois nous avons recueilli 
quelques renseignements utiles touchant Nicolas 
de Thouars Tun des personnages marquants de la 
pièce qui nous occupe. Ainsi trouvons nous, sous 



1 Florent Comte de Berlaymont d'abord chanoine tréfoncier de 
la cathédrale Saint-Lambert à Liège, embrassa ensuite la carrière 
des armes. En 1576 il se rallia, avec les autres membres de sa 
famille, au parti des Etats-généraux, pour s'unir à Don Juan, lorsque 
ce dernier prit le gouvernement général du pays après avoir publié 
VEdit perpétuel. 



— 204 — 

la date du 24 mars 1626, une condamnation volon- 
taire * par laquelle Nicolas de Thouars s'engage 
à solder, endéans les quatre mois, une somme de 
150 florins pour location d'une maison tenue 
naguère par feu Jean de Thouars, son frère, en 
son vivant capitaine au service des Archiducs 
Albert et Isabelle. Cette somme était due à Messire 
Guillaume de Patin, seigneur de Linsmeau, qui, 
à défaut de payement, avait actionné Nicolas de 
Thouars devant le souverain bailliage de Namur. 
Condamné de plus aux frais de l'action judiciaire 
il fut taxé de ce chef, le 1 août 1626, à « 24 florins 
xi s. vi* d. de 40 gros, monnaie de flandre, la 
livre. » 

Si de ce qui précède on peut conclure que Nicolas 
de Thouars était dur à la détente, peut-être fau- 
drait-il arguer de la sentence, résumée ci-après, 
que ses procédés provoquaient j>arfois de grandes 
colères chez ceux qui traitaient affaire avec lui.. 
Toujours voyons nous le conseil provincial rendre, 
le 17 juillet 1627 2 , un jugement, concluant à 
50 florins d'amende, contre son beau-frère Phi- 
lippe d'Avin, écuyer, seigneur de Burdinne, pour 
l'avoir frappé au visage « d'un soufflet à sang 
« coulant et le renversé dudit coup par terre. » 
Le jugement ne mentionne pas la cause de ces 
actes de violence mais il est permis de supposer 
qu'une question d'intérêts communs soulevée à 



1 Registre n° 327, Sentences du souverain bailliage, aux archives 
de l'État, à Namur. 
s Registre précité. 



— 205 — 

propos de l'héritage de Jean de Thouars, cité plus 
haut, n'y fut pas étrangère. 

Abandonnons forcément le bailli Nicolas de 
Thouars pour faire connaître un autre document 
ayant encore rapport à la bataille de Fleurus 
(1622) et dont la teneur suit : 

A Messeigneurs du Conseil de Namur, 

Remonstre humblement Jean Baptiste de Mynetz, escuyr, 
bailly de Viesville, qu'estans certains juifs eschappez des 
troupes de Mansfeld, et tombez es mains de quelques 
soldats de l'armée de Gonsalve qui les vouloient saccager, 
comme les recognoissans pour ennemis, ils furent rescourus 
et sauvez par Gérard Morteauwe, Jean WallerancÇ Josse N., 
Thomas Perpette, Jean et Nicolas Queban, frères, François 
Renotte et Michel Obelet tous mannans de Fleurus. Les- 
quelz ne sachans comme ilz se debvoient gouverner allen- 
droict desdis juifs, ilz s'addressèrent audit rencontrant, le 
priant de les vouloir secourir de son conseil et que pour ce 
regarcf, ilz luy promectoient part égalle à chascun d'eulx 
de tout ce qu'ilz auroient desditz juifs pour leur avoir 
sauvé la vie, comme dit est, laquelle promesse fut par eulx 
faicte au commencement de septembre dernier. Et voyant 
que ceste affaire trainoit à la longue et qu'il y couroit 
des grands frais, n'ayants aulcuns moyens d'y satitfaire 
les susdits Nicolas et Jean Queban, Michel Obelet, Thomas 
Perpète et François Renotte auroient convenu et accordé 
*avec ledit remontrant qu'en les deschargeant de toutes 
fâcheries, poursuytte et despens, et leur donnant, à chascun 
deulx, vingt patagons, ilz cédoient audit remontrant le 
surplus qui poroit provenir desditz juifs, ainsy que par 
l'accord du xiiii e et xvii e d'octobre dernier, signé de leur 
mains et par tesmoins y prêsentz, ici joinct peut apparoir, 
mais estant ledit affaire par la conduicte et partie aux frais 



— 206 — 

duclit remonstrant venu à bon port et yssue, les prénommez 
de Flerus prétendent foustrer ledit remontrant tant de la 
part accordée égallement avec eulx que du fruict et effect 
du prédit accord fait le xiiii e d'octobre dernier, et lever au 
desceu d'icelluy remonstrant tous les derniers consignez 
au pouvoir de Philippe de Ponty seigneur de Fumai, bailly 
dudit Flerus, cause que pour à ce obvier, le remonstrant 
rethire vers vos seigneuries, suppliant le pourveoir de voz 
lettres d'adjournement avec clause d'arrest sur lesditz 
deniers, attendu que la plus part d'iceulx icy dénommez 
sont insolvens et desnué de moyens. Sy ferez, etc. 

(Signé) Habdy, 1622 ». 

Quoique d'un moindre intérêt la pièce repro- 
duite ci-dessus, présente cependant certains points 
de connexité avec la précédente. C'est à ce titre 
que nous la publions, regrettant de ne pouvoir, 
faute de renseignements complémentaires, y ajou- 
ter des explications précises. 

D É VAX DE CASTEELE, 

Conservateur des Archives de l'État, à Liègre. 

7 O 



1 Liasse aux requêtes du Conseil Provincial, année 1622, aux 
Archives de l'P^tat, à Namur. 



— 207 - 



A PROPOS 



DE LA 



Restauration du Château des Comtes 



o«a*)X(î>30- 



Au moment où une Commission, animée d'un 
sentiment digne d'éloges, s'apprête de commun 
accord avec le Gouvernement et l'Administration 
communale de la ville de Gand, à faire restaurer 
l'antique château des Comtes de Flandre, il n'est 
pas sans quelque intérêt de dire un mot de l'ori- 
gine et de l'existence de deux piliers, surmontés 
de statues, placés anciennement à l'entrée de 
l'hôtel de nos princes. 

La Commission a décidé de rétablir ou tout au 
moins d'essayer de remettre l'état des choses tel 
qu'il était en 1280. 

Ces deux monuments, la statue du Prince-Car- 
dinal Ferdinand Albert et celle du roi Philippe IV, 
ne figureront plus dans le projet de restauration, 
puisque l'année de leur construction est de beau- 
coup postérieure à cette date. 

Devant l'ancienne porte d'entrée du château, 
conservée encore de nos jours, on remarquait des 
deux côtés un petit mur d'appui très peu élevé et 



— 208 — 

long d'environ un mètre et demi 1 . En 1635, le 
Prince-Cardinal devait faire sa Joyeuse Entrée en 
notre bonne ville de Gancl. Les habitants organi- 
sèrent à cet effet des fêtes publiques. L'admi- 
nistration du Vieubourg de son côté décréta 
qu'une porte triomphale serait construite devant 
le château ; mais vu le manque de temps (overmits 
de corthede van tyde) ce plan fut abandonné. On 
résolut alors, pour faire honneur à ce haut per- 
sonnage, de placer sur les piliers se trouvant à 
l'entrée du château vis-à-vis de celle du roi 2 (te 
maken personnaigen up de pilaren vande casteele). 
Elles ne furent pas longtemps debout. Les intem- 
péries de l'air, la mauvaise qualité de la pierre, le 
défaut de construction furent autant de causes 
de ruine. En 1770, le collège fut averti par son 
grenier, Bauwens, que ces piliers menaçaient de 
s'effondrer, Après mûre délibération, il fut dé- 
cidé qu'avant de prendre une décision défini- 
tive, le greffier-rapporteur s'informerait si l'entre- 
tien de ces piliers était de la compétence de 
l'administration du Vieubourg 5 . Cette dernière 
question fut tranchée dans la séance du 23 fé- 
vrier 1770. M. Bauwens conclut à l'affirmative, 
s'appuyant sur la résolution de 1635 et sur les 
dépenses faites par le collège pour leur construc- 
tion. A l'appui de son dire, il cite deux extraits 
des comptes des années 1635, constatant les paie- 
ments faits à cette époque à Jacques Cocx et à 



1 Résolutions du Vieubourg , n° 195, f° 1. 
* Id., n° 262, f° 80. 
3 Id., f° 92 v°. • 



— 209 — 

Guillaume Veerman pour la confection et le place- 
ment des deux statues. Il allègue en outre qu'en 
1730 ces piliers avaient déjà été restaurés et que 
les frais occasionnés par ces travaux étaient portés 
en compte à l'administration du Vieubourg. Le 
collège persuadé par ces allégations se décida à 
demander la démolition de ces monuments. L'en- 
tretien leur en incombait, nous venons de le voir; 
néanmoins ils ne pouvaient démolir ces statues 
sans l'autorisation du prince, puisqu'elles étaient 
considérées comme vieux monuments (door dien 
dat het syn oude monumenten). C r est pourquoi le 
Conseil du Vieubourg après avoir entendu la décla- 
ration du maître maçon, Jean B te Simoens, invo- 
quant l'impossibilité de la restauration, prit dans 
sa séance du 2 mars la décision d'en référer à 
Sa Majesté l'Impératrice \ Le pensionnaire van 
Yperseele, et le greffier, furent chargés de rédiger 
la requête que nous reproduisons ci-après : . 

Madame, 

Le magistrat de la châtellenie du Vieubourg de Gand a 
l'honneur de représenter à Votre Majesté qu'à l'occasion de 
l'entrée du Prince Ferdinand, Cardinal infant d'Espagne 
dans la ville de Gand, leurs prédécesseurs ont fait construire 
en 1635 deux piliés ou piédestals devant la grande porte 
du château des Comtes, où le Conseil de Flandres et le 
Vieubourg tiennent leur assemblée sur lesquelles lors ont 
été posés les statues du Roi Philippe quatre et du Prince 
Cardinal susdit; on a eu soin de tems à autre de faire 
réparer ces piédestals, qui à présent menacent journalière- 

1 Résolutions du Vieubourg, n° 262, i'° 95 v°. 



— 210 — 

ment ruine, sans pouvoir être restaurées, étant de tout 
côtés hors de leur centre, comme les déclarent les experts 
à ce assumés, ajoutants en oultre que la chaux et les pierres 
se trouvent presque entièrement consumés et les statues si 
défigurées par les injures de l'air et la mollesse des pierres 
dont ils sont construits qu'il ne leur reste plus la moindre 
ressemblance; le danger éminent de leur ruine et les mal- 
heurs qu'elle pourroit causer, a porté le Conseil en Flandre 
à nous recommander d'y pouvoir, or, comme il n'y a d'autre 
moyen qu'en ôtant les piliés avec leurs représentations, 
qui, quoique directement construits par la châtellenie des 
remonstrants pourroient pas moins être considérés pour des 
anciens monuments publics, nous avons trouvé convenir 
d'y porter le moindre changement sans la connoissance et 
agréation préalable de votre majesté, àquel effet nous pren- 

nons votre très humble recours vers elle 

afin que son bon plaisir soit d'agréer que les remonstrants 
fassent ôter les dits piliers et statues y dressés. 
C'est la grâce, etc. 

C'est en vain que nous avons cherché la réponse 
à cette lettre; mais nous pouvons conclure que 
la démolition en avait été autorisée, vu que dans 
la séance du 6 avril, le collège, après exhibition 
de deux modèles de piliers, faite par M. Van 
Yperseele, décide de charger de cette affaire le 
conseiller de Coninck. Ce dernier s'aboucha avec 
Simoens, maître maçon, pour la reconstruction 
de ces monuments (nopende de plaetse als de 
hooghte te stellen ende t'eynden dies daervan 
rapport doen aen het collegie). 

Des statues, on n'en parle plus. Leur restaura- 
tion étant impossible, elles auront été détruites. 

Robert Schooeman. 



— 211 - 



VARIÉTÉS, 



Origine du marché aux fleurs de la place d'Armes. — 
Un horticulteur gantois, peintre et marchand de 
tableaux. — Un jardinier gantois, nommé Antoine Ver- 
stuyft, se rendit un dimanche matin du mois de juin de 
l'année 1772 au marché aux Oiseaux avec quelques plantes 
et quelques pots de fleurs qu'il exposa en vente. 

Verstuyft avait acheté ces fleurs au jardinier de la 
famille Borluut. Celui-ci jouissait d'une certaine noto- 
riété à Gand où il était généralement connu sous le nom 
familier de Tieste van Borluufs, c'est-à-dire Baptiste de 
chez Borluut. 

Cette première tentative ayant pleinement réussi, Antoine 
Verstuyft, ou plutôt Tontje comme on l'appelait ordinai- 
rement, revint les dimanches suivants, augmentant chaque 
fois l'assortissement des produits horticoles qu'il offrait en 
vente aux promeneurs et aux amateurs. Mais au lieu de 
retourner au marché aux Oiseaux, il se plaça sur le Kouter 
où un simple banc de pierre lui servit à étaler sa mar- 
chandise. 

Verstuyft trouva bientôt de nombreux imitateurs. Plu- 
sieurs jardiniers de la ville et des environs vinrent s'établir 
aussi, tous les dimanches, à la place d'Armes, les uns 
exposant leurs fleurs et leurs plantes sur les bancs ou les 
plaçant simplement à terre, les autres les étalant sur leurs 
charrettes ou sur leurs modestes brouettes. 



— 212 — 

C'est donc de l'année 1772 que date l'origine du marché 
aux fleurs qui se tient le dimanche, pendant la plus grande 
partie de l'année, sur la place d'Armes. 
• Quand on compare les brillantes expositions de fleurs, 
de plantes et d'arbustes qu'il nous est donné, deux fois par 
semaine, d'admirer aujourd'hui à la place d'Armes avec ce 
qu'étaient les simples et primitifs étalages d'autrefois, on 
reste frappé de l'extension considérable que le commerce 
horticole a pris dans la ville de Gand. Au train dont vont 
les choses, la place d'Armes ne suffira bientôt plus à nos 
horticulteurs pour y exposer en vente les produits, si riches 
et si variés, de leurs serres et de leurs jardins. 

Un almanach flamand, qui parut à Gand en 1816 sous le 
titre de « Het verheerlyht Vlàenderen of den vlaemschen 
Hovenier, » publia toute une série d'éphémérides concernant 
l'agriculture et l'horticulture. Il mentionne l'origine du 
marché aux fleurs de la place d'Armes dans les termes 
suivants : 

« Bat Tontje Verstuyft de eerste reys op den Vogelmerkt 
« in Juny stond met een vente van zes potjens Balsaminen, 
« die Tieste van Borluuts hem verhogt hadde, en eenige 
« struykskens kassamven 44 jaren. » 

L'auteur des éphémérides a mis en note : Oorsprong van 
den zondayschen Bloem-merht, origine du marché aux fleurs 
des dimanches. 

Tout l'étalage du jardinier Verstuyft consistait donc en* 
six pots de balsamines et quelques plants de pâquerettes 
doubles. 

Le portrait de Tone Verstuyft, fait au pastel en 1775, se 
trouvait conservé dans une de nos familles d'horticulteurs 
gantois. Lors de la grande exposition quinquennale de 
1888, organisée par la Société royale d'Horticulture et de 



— 213 — 

Botanique de Gand, ce portrait orna les murs de la salle 
de Frascati ', où il faisait pendant au portrait, également 
au pastel, du jardinier Van Cassel un des trente-quatre 
fondateurs de cette puissante association. 

Verstuyft est représenté en costume de travail et appuyé 
sur sa bêche. Au bas du portrait est écrit : « Aen zynen 
« vriend Tone Verstuyft opgedraeghen door Nicolaes 
« Lefeber. — 1 775. » Offert à son ami Tone Verstuyft par 
Nicolas Lefeber. 

. Dans le Wegwyzer de 1775 nous trouvons à la page 114, 
sous la rubrique Schilders, le nom de Lefeber qui demeurait 
alors près du pont de Saint-Gilles. Nicolas Lefeber figura 
pour la première fois en 1 760 sur le registre de la corpo- 
ration des peintres, de Neerynghe van de fynschilders, 
beelthauicers, glaesemaeckers ende andere litten daer onder 
sorterende. 

Un horticulteur gantois du nom de Willem Lefeber 
demeurait en 1740 dans la rue du Repentir, près du couvent 
des Chartreux, omirent de Chartreusen by het Ossenhooft in 
't Beramo, comme nous l'apprend une annonce de la 
Gazette van Gendt par laquelle il fait savoir qu'il tiendra 
une vente publique d'anémones, de renoncules, d'hyacinthes 
et de tulipes. 

Le peintre Nicolas Lefeber était, à n'en pas douter, fils 
de Willem Lefeber et avait comme lui la passion des fleurs, 
qu'il continua de cultiver dans la maison paternelle de la 
rue du Repentir. Cela est certain quand, on considère que 
le pont de Saint-Gilles aboutit à la rue du Repentir et est 
situé, comme celle-ci, à proximité du couvent des Chartreux. 

1 On se rappellera qu'à cette exposition on éleva une construction 
qui représentait l'intérieur de l'estaminet Frascati, à la Coupure, 
où la société fut fondée en 1808. Dans cette salle on plaça sur des 
tables un exemplaire de chacune des plantes qui avaient paru à la 
première exposition, tenue par la société au mois de février 1809, 



— 214 — 

Il s'agit donc dans la Gazette van Ghendt de 1740 et dans 
le Wegivyzer de 1775 d'une seule et même habitation. 

Nicolas Lefeber, voulant rendre hommage à son collègue 
en horticulture Tontje Verstuyft, fit le portrait au pastel 
que nous avons vu à l'exposition de ] 888 et qui n'est pas 
sans mérite. 

Dans le Wegwyzer de 1783 Lefeber figure aussi comme 
marchand de tableaux, koopman in schilderyen, demeurant 
au Meerhem. On sait que le nom de Meerhem est donné 
à un quartier de la ville qui comprend, entre autres, la rue 
du Repentir, la rue des Chartreux et le pont de Saint-Gilles. 

P. C. 



L'Arbre de la liberté a Gand. — Cet arbre était un 
chêne qui fut planté sur le marché du Vendredi, le 26 no- 
vembre 1792 % par quelques paysans qui l'avaient trans- 
porté en ville. Le bonnet jacobin fut posé au sommet par 
les nommés Pierre Ameels et N. Schits, ferblantier. Les 
militaires et la canaille qui se trouvaient à cette solennité 
auguste, dansèrent autour de ce symbole de la liberté 
française ; on peut dire que la joie de cette fête fut partagée 
par des gens parfaitement égaux, avec cette remarque essen- 
tielle que, parmi eux, il n'y avait pas un seul honnête 
homme. Comme on craignit que certaines gens, surtout 
ceux qui avaient quelque chose à perdre et qui réfléchis- 
saient sur les mœurs et les discours des chefs militaires, 



1 Le soir de ce jour, on pilla la maison de l'apothicaire De Bruicker, 
marché aux Herhes. 11 circulait, ce soir, une fausse patrouille très 
nombreuse, composée de Belges et parmi laquelle se trouvait un 
nommé Biscop, fils d'un médecin. Cette patrouille qui ne savait pas 
le mot, et n'avait d'autre but que le désordre, fut désarmée par la 
patrouille des Français, près du Vieux-Bourg. 



— 215 — 

auraient pu appliquer à cet arbre le texte de l'Evangile : 
omnis arbor qui non fert fructum bonum excidetur et in 
ignem mittetur, on jugea à propos d'y poster plusieurs 
sentinelles qui assurèrent plus d'une fois avoir entendu de 
très près le sifflement de balles de fusil. Ce furent ces 
sifflements et quelques mauvais propos qu'on lâchait dans- 
les cabarets qui obligèrent de conserver ces sentinelles 
jusqu'au 21 décembre ; ce jour, le maréchal Ferrand les fit 
retirer en annonçant, dans une proclamation, qu'il étoit 
vraiment honteux d'avoir mis si longtems des gardes pour 
veiller le saint arbre de la Liberté, qu'il se flattoit que tout le 
monde lui auroit porté le plus profond respect, en auto- 
risant chacun d'assassiner impunément tous ceux qui 
auroient tenté de lui porter la moindre atteinte. 

Chevalier J.-F.-X. Diericx. 



La Statue de Charles-Quint. — A peine entrés dans 
la ville de Gand, les Français signalèrent leur saint zèle 
pour la liberté et l'égalité en détruisant toutes les armoiries 
qui se trouvaient dans les églises et sur quelques maisons. 
La statue de Charles-Quint devait subir le même sort, car 
l'égalité devait s'établir avec effet rétroactif. Cependant, la 
populace même, accoutumée de voir cette statue dont elle 
n'avait point sujet de se plaindre, hésitait à le faire et 
paraissait effrayée d'y porter les mains, lorsque, à l'insti- 
gation des héros de la liberté, les nommés Jean Vande 
Vivre, maçon, Tuytens, cordonnier, De Vos et Van de 
Wandel, tailleur, parvinrent à faire tomber la statue de la 
colonne sur laquelle elle se trouvait. Le premier pas fait, 
la libre canaille s'en empara et la traîna par les carrefours 
de la ville, en l'insultant de la manière la plus dégoûtante. 
A ces horreurs succédèrent des indignités d'un autre 



— 216 — 

genre : il fallait détruire la superbe colonne qui servait de 

piédestal. Mais comment ébranler, comment renverser ce 

colosse? Le génie gordun aidé de celui des Jacobins français 

ne pouvait se trouver en disette d'expédients. Le fameux 

aristocrate nommé Vos, charpentier, demeurant au marché 

du Vendredi, vint offrir des instruments et des cordes ; on 

y attela des chevaux, et, en moins d'une demi-heure, on 

parvint à briser un des plus beaux monuments de la Flandre. 

Les fils de Claes Vande Vivre s'emparèrent du plomb qu'ils 

avaient arraché du piédestal et le vendirent à un marchand 

de cuivre qui demeurait au marché du Vendredi, aen het 

Metershais. 

Chevalier J.-F.-X. Diericx. 



Jacob Hessels. — La pièce suivante a été extraite du 
registre intitulé : « Resolutiën van den Hove, 1679-1737, 
fol. 155, » faisant partie des archives de l'ancien Conseil de 
Flandre, aux archives de l'État à Gand. Elle concerne le 
fameux Jacob Hessels, membre du conseil des troubles, plus 
tard Conseiller du Roi à Gand, pendu par les gantois révol- 
tés, à Westrem St-Denis, le 4 octobre 1 578. 

On sait que les restes de cet infortuné furent exhumés 
sept ans après et transportés solennellement en l'église 
Saint-Michel à Gand, où on lui érigea un monument 
funèbre. L'auteur anonyme de l'Elogium martyrium ain- 
plissimi nobilissimique viri Jacobi Hessellii, etc., raconte 
que lors de l'exhumation, le cadavre de Hessels fut trouvé 
en parfait état de conservation; on considéra la chose 
comme un miracle et on alla même jusqu'à réclamer plus 
tard pour lui les honneurs de la béatification. 

Voici la pièce que nous communiquons aux amis de l'his- 
toire, où Ton verra qu'un siècle après il fut réellement 



— 217 — 

encore question de provoquer pour Hessels l'intervention 
du Saint-Siège en vue de sa béatification : 

« Le xxix d'Avril 1678 le seigneur Jacques Félix Coninck, 
conseiller de ce conseil, a déclaré et promis de donner sa 
pinture excellente du dernier jugement pour estre mise et 
colloquée avec ses armes dans la chapelle de cette court, 
aussy tost que feu le conseiller Jacques Van Hessele, 
exécuté par la corde pour la religion seroit béatifié par le 
Saint-Seige. Faict en présence des soubsigniez président, 
conseiller, greniers et notaire du dict conseil, et estoit 
signé : L. Errembault, L. Triest, P. Stauthals, C. Reninghe, 
B. Van Overwaele, A. J. Helias, J. de Vriese ende V. Lijnde. 

Laquelle donation ie soubsigné a accepté au nom du 
conseil. Actum le jour, mois et au susdit et estoit signé 

L. Errembault. 

Hedent den sesden 7 briR 1715 is aen den onderschreven 
ter handt ghestelt uyt het sterfhuys van wijlent den pré- 
sident Errembault de nevensgaende origineele acte van 
gifte mette acceptatie van deselve in den naeme vanden 
hove, dewelcke den onderschreven van syn devoir gheacht 
heeft thove te presenteren omme daervan te disponeren soo 
tselve sal believen t'ordonneeren ende was onderteeckent 

Fiscael. 

Sij gheenregistreert ende het origineel bewaert inde 
fiscaele camer, actum 6 september 1715 ende was onder- 
teeckent. delà Court. 



Ordonnances de Louis de Nevers, comte de Flandre, 

RELATIVES A LA FABRICATION DES DRAPS- On connaît 

l'importance que la fabrication des draps et le commerce 

15 



— 218 — 

de la laine ont eue, au moyen-âge, en Belgique et notam- 
ment dans quelques villes de Flandre; mais les conditions 
du travail sont moins connues; les Keures de nos métiers 
contiennent sur ce point de précieuses indications; en 
attendant qu'on les ait publiées, il ne sera pas sans intérêt 
de faire connaître de quelle manière le souverain y inter- 
venait dans les moments de crise. 

Deux des ordonnances que nous publions sont relatives 
au prix de la main-d'œuvre des ouvriers foulons, au 
XIV e siècle, à Termonde et à Hulst ; elles accordent toutes 
les deux une augmentation de salaire, mais il y est expres- 
sément stipulé que ce n'était que jusqu'à révocation; on 
peut donc considérer ces mesures comme temporaires. 

La draperie fut pendant longtemps l'industrie la plus 
considérable de Termonde ; elle y était, comme le dit une 
ordonnance du duc de Bourgogne, de l'année 1441, la prin- 
cipale ressource de la ville ; mais au XV e siècle cette 
industrie y était à son déclin, ainsi que le constate une 
autre ordonnance de 1427 ; on y attribue cette décadence, 
ainsi que celle du commerce des cervoises de Harlem, aux 
guerres de Hollande et de Zélande, et à la mutation du 
cours des monnaies '. Cette ordonnance du duc avait 
pour but d'autoriser la ville à prendre des mesures pour 
remédier au triste état de ses finances. 

Au XIV e siècle la draperie avait déjà subi une crise; le 
comte de Flandre dit dans son ordonnance, qu'ayant appris 
que les foulons de Termonde étaient dans une situation 
si pénible qu'ils pouvaient à peine suffire à leurs besoins 
par leur salaire, et à se procurer des moyens d'existence 
à cause de la cherté des vivres, il a cru nécessaire de fixer 
le salaire des foulons à raison de 9 escalins par. par pièce 

1 Y. Annales du Cercle archéologique de Termonde, année 1870, 
p. 219 et 234. 



— 219 — 

de drap qu'ils fouleront; mais cette augmentation ne leur 
est accordée que jusqu'à révocation, et sans vouloir retirer 
l'accord conclu avec les drapiers et saufs les privilèges de 
ceux-ci. 

Lettre van den lone vander volrien van Denremonde : 

« Wy Lodewyck, grave van Vlaenderen, van Nevers en van 
Rethelt, doen te wetene... om dat coiïien es t'onser kenessen 
dat onse poort van Denremonde, daer wy nieuwinghe toe 
commen siin als heere, dat de goede liede van der volrien 
van onser voorseide poort so cranken ende cleenen loen 
hadde van den lakenen te vollene, dat sy hem daerup niet 
mochten noch hare leeftocht hebben naer den dieren tiden 
dat nu ziin. Dat wy aensiende de vorseide dinghen ende de 
aermoede van hemlieden, hebben, als hère, ute onser her- 
licheit om weldoen ende ute gratien gheordonneert en 
gheseit, segghen ende ordeneren, dat de volrés vorseid 
zullen hebben van nu voort van elken stryptenlakene te 
vollene nçghen scellinghe par. Vlaendersce munte, ende 
van andren werke in 't avenant, dit ghedurende tôt onsen 
wederoupene dat daerof gheordeneert zal ziin hiernaer, 
naer dat de tyt dan wesen zal. Ende es te verstane, dat wy 
dit aldus te deser tyt gheordeneert ende gheseit hebben 
niet wedersegghende den drapeniers van onser voorseide 
poort ende bi den redenen vorseid emmer niet te breken 
wesende de beseghelte ende acort gemaect voor dese tyt 
tusschen den drapeniers ende der volrien vorseid, ende 
behauden haren anderen bezeghelten ende vriheden die zy 
hebben als verre als sy sculdich syn te hebbene, ende zy 
redenlic zyn. In orconscepen ghegheven den vii dach van 
septembre in 't jaer M.CCC.LVI. 

« Bi min hère in sirten raed daer ghi en waert. 
« (S.) H. Vliederbeke '. » 

1 Cartulaire de Louis de Nevers, p, 109 v°. 



— 220 — 

L'ordonnance du comte relative aux foulons de la ville 
de Hulst fut donnée l'année suivante (1357); elle se fonde 
également sur la cherté des vivres ; elle augmente de 2 gros 
le prix de la main-d'œuvre par pièce de drap teint avec de 
la garance, et elle le fixe à 1 f > gros ; pour les autres draps 
l'augmentation sera à l'avenant. Il y est ajouté que cette 
ordonnance a été prise du consentement de la Loi de la 
ville, qui avait jugé que cette mesure serait avantageuse 
à l'industrie de la draperie. 

« Wy Lodewyc... doen te weten allen lieden, dat wy ute 
specialre gratien, aensiende dat aile dinghen zere verdiert 
zyn, ten nerenster supplicatien van onsen lieden van der 
volrien van Hulste, hebben gheconsenteert ende consen- 
teren bi desen lettre, dat de volres van Hulste vorseid 
voortaen heffen ende nemen zullen van arbeitslone van 
meederode lakene te volne, twee groote meer dan zy ghe- 
daen hebben tote nu toe; dats te wetene, dan zy te voren 
derof nemen xiiii gr. ; dat zy nu hebben zullen van elken 
lakene xvi gr., ende van allen andren lakene ende sticwerke 
in't avenant; dit ghedurende tôt onser wederroupen; ende 
de vorseide gratie hebben wy ghedaen den vors. volres 
emmer bi also dat onser wet van Hulst profitelic dunct om 
d'behout van harer draperie. 

« Ghegheven te Ghent den xi dach van September in't 
jaer LVII ». » 

En 1356 paraît une nouvelle ordonnance du comte sur 
la même matière, elle avait sans doute été portée à la suite 
de revendications injustes de la part des drapiers d'Ypres, 
contre ceux de Roulers ; car le comte déclare que cette der- 
nière ville n'est pas comprise dans le rayon de trois milles 

1 Curt. de Louis de Nevers, p. 113. 



— 221 — 

autour cTYpres clans lequel la fabrication des draps était 
soumise à certaines mesures restrictives,, notamment pour 
la longueur et la largeur des pièces. L'ordonnance du comte 
indique ces restrictions qui étaient mentionnées dans les 
privilèges accordés aux drapiers de cette ville. 

Lettre van dien van Roeselare dat zy niet begrepen ziin 
in de lettre van de draperie van der stede van Ypre. 

« Lodewyc, grave van Vlaenderen, by die gratien Godt 
hertoghe van Brabant, grave van Nevers, van Rethel ende 
heere van Machline, allen den glienen die dese lettren 
zullen zien ende hoeren lesene salut. Als wy by zekeren 
zaken hebben • ghegheven ende ghewilckeurt onser stede 
Ypre in vryheden, dat niemene wonende iof wesende bin 
dryen milen naer onser vorseide stede van Ypre omme- 
gaende, zal moglien drapieren eeneghe lakene langhere dan 
achte ende dartich allen lanc ende neghen vierendeel 
breet, ende eene half autret ; ende aile lakenen die zy maken 
ende drapieren so lanc ofte der ondere bin der vorseide 
dryen milen zullen moeten hebben lysten van vier ende 
twintich draden uit xii rieden, einmer twee dumen breet 
liggliende in den vout ' ; ende dat oec niemene bin den vor- 
seide dryen milen ommegaende sal moghen houden staende 
reeke langhere noch breedere dan vorseit es; en wie dat 
bevonden ware clat hy de contrarie dade, zoude verbeuren 
t'onsen bouf de lakenen ende daertoe vyftich ponden pa- 
risis telker waerf, alsoet de vorseide dinghen met andren 
poincten staen ghescreven claerlick in de letteren die wy 
onser vorseide stede derof ghegheven hebben. Weten aile 
lieden dat onse meeninghe niet es dat in de vorseide 



1 II s'agit sans doute ici de la chambre de la maison qui porto 
encore actuellement eu Westflaudre le nom de volte, et qui est 
placée au dessus de la cave, et ailleurs en Flandre, tout, voûte. 



— 222 — 

dinghen begrepen zy de poort van Roesselare noch derin 
ghehouden, raaer liebben de vorseide poort van Roesselare 
van al tal utegheleyt, staende onghehouden in de vorseide. 
dinghen, als by expresse wel verclaert staet in de lettren van 
der vorseide vryliede. In orsconscepe ghegheven te Brugghe 
den xviii dacli in Laumaent in't jaer LVI (1356 i ). 

Dans un moment où la question du travail occupe une si 
grande place dans les préoccupations du monde industriel, 
il n'est peut-être pas sans intérêt de connaître à quelles 
mesures on recourait jadis en cas de crise. L'intervention du 
souverain en pareilles circonstances ne doit pas nous sur- 
prendre, car l'industrie des villes, grâces aux privilèges 
accordés aux métiers, était fortement protégée. Ce système 
économique, qui était né des circonstances, devait à certains 
moments amener des crises industrielles; celles-ci ont peut- 
être dans maintes circonstances été la cause des troubles 
qui ont désolé la Flandre, notamment au XIV e siècle, et 
ont fini, la guerre aidant, par y ruiner l'industrie. Celle-ci 
se transporta ailleurs, grâces à l'émigration et aux bannis- 
sements qui ont décimé la population. L. St. 



Observation' d'un physicien au sujet de la conserva- 
tion des tableaux sur toile. — M. le professeur de 
l'Université de Gand, G. vander Mensbrugghe, publie, dans 
les Bulletins de V Académie royale de Belgique (XXIV, n° 2) 
une note sur la condensation de la vapeur d'eau dans les 
espaces capillaires. Dans les faits qu'il cite comme preuves 
de l'influence des espaces capillaires sur cette condensation, 
nous relevons les lignes suivantes, dignes de l'attention de 

1 Cart. de Louis de Nevers, p. 109. 



- 223 — 

ceux qui s'intéressent à la conservation des chefs-d'œuvre 
de la peinture : 

« ... Je rappellerai, dit le savant professeur, que les toiles 
peintes se détériorent bien plus sur la face postérieure, 
formée par un tissu offrant mille et mille espaces capil- 
laires, que sur la face peinte et recouverte d'un vernis. La 
théorie indique qu'avant d'exposer des tableaux dans des 
musées, dans des églises, etc., il faudrait prendre des pré- 
cautions qu'on néglige généralement. Pour empêcher 
l'altération très lente, mais continue, que produit l'humidité 
dans le tissu des toiles peintes, il serait extrêmement utile 
de vernir la face postérieure, préalablement séchée, et de 
remplir ainsi tous les petits espaces de la matière textile. 
Si l'on ne peut vernir la face postérieure sans modifier les 
teintes du tableau, il faut au moins recouvrir cette face 
d'un autre tissu rendu imperméable. Je n'hésite pas à 
conclure que cette précaution permettrait de maintenir 
pendant très longtemps les toiles peintes en bon état de 
conservation. — Ce qui confirme complètement, selon moi, 
la justesse de cette conclusion, c'est que parmi les tissus 
qui ont résisté le mieux aux injures du temps, on peut 
citer les minces bandelettes qui entourent la tête des 
momies égyptiennes embaumées, et qui offrent encore de 
la cohésion après que les cadavres exposés à l'air sont 
tombés en poussière. Ces bandelettes sont empreignées, en 
effet, d'une espèce de résine que les anciens Égyptiens 
désignaient sous le nom de commi... » D. 



Vente de porcelaines en 1788. — « Notte l d'une partie 
de très fine Porcelaine de Saxe ou de Dresde, qui se vendra 
publiquement au plus offrant le 29 décembre 1788 et jour 

1 Copie textuelle. 



— 224 — 

suivant dans la maison de M. Lixson, estimateur, rue 
Feronstrêe, près de St-Georges à Liège. On peut venir voir 
les Porcelaines, quatre jours avant, dans la ditte maison. Le 
payement doit se faire d'abord comptant et l'on suivra 
dans la vente les numéros selon leur rang, en commençant 
par n° 1 et finissant par n° 75. » 

N° 1 à 4. — 4 Tasses à chocolat, avec des chiffres, abords 

dorés, adjugés à M. Sauvage fl. 16-10 

N» 5. — Une tabattière ovale avec le portrait d'une Paï- 

sanne-en dedans, adj. à M. Deprez » 12-15 

N»6. — Une autre quarrée avec des païsages en dedans, 

adj. à M. Deprez » 8-10 

N° 7. — Une moyenne jatte à ponche cicelée bleue, adj. 

à M. Deprez » I5rl0 

j^o 8. — Deux figures représentai les Enfans de Jardi- 
niers, adj. à M. Sauvage » 20-00 

N° 9. — Une soupière avec son couvercle et sa soucoupe 

à fleurs en couleurs, bord brun, adj . à M me Lasseuse . •> 16-10 

N° 10. — Une grande tasse à bouillon à bord doré, adj. 
à M. le comte de Videu » 7-00 

N° 11. — Une autre haute avec couvercle idem, adj. à 

M. le chanoine Delchef ...» 8-00 

N° 12 à 15. — 4 Tasses à chocolat, avec des chiffres, à 

bord doré, adj. à M. Sauvage » 24-00 

N° 16. — Une grande jatte à ponche fleurs en couleur 

bord doré, adj. à M. le comte de Videu ..... » 41-00 

N° 17. — Une cuiller à ponche y accordant, idem bord 

doré, adj. à M. le comte de Videu » 8-00 

N° 18. — Un chien bien fine, adj. à M. Lixson pro M r de 

Loets de Trixhe ' » 23-00 

N° 19. — Une grande tasse à bouillon ou à chocolat avec 

couvercle à bord doré dentelle, adj. à M. Leduc apot. » 8-10 

N° 20. — Une autre à bord de guirlande doré avec cou- 
vercle, adj. à M. Leduc apot » 7-00 

1 Woot de Trixhe. 



— 225 — 

N° 21 à 24. — 4 Tasses à chocolat à chiffres avec cou- 
vercles bord doré, adj. à M. Leduc apot fl. 26-00 

N° 25. — Un service complet de table, de 24 assiettes à 
soupe et 72 autres assiettes, 14 plats ronds de diffé- 
rentes grandeurs de n° 1 à 4, 2 grandes et 2 petites 
terrines avec leurs soucoxipes, 4 moyennes et 4 petites 
saladier es, 4 plats ovals pour le rôti, 2 saucières, 2 go- 
dets à beur avec leurs soucoupes, 2 coupe beur et 
6 salières, le tout, ozier nouveau à fleurs naturels en 
couleur et bord doré, adj. à M. Boulanger, prélocuteur » 680-00 

N° 26. — Une déjeuné renfermé dans un écrin consistant 
en un plateau, un pot à thé, un pot à lait, 2 tasses, 
2 cuillers et un sucrier, avec des figures pastorales des 
plus fines, abord dentelle doré, adj. à M. Deprez . » 150-00 

N°27. —Une grande pendule à répétition, avec Cupidon 
et un aigle à coté, Jupiter au dessus et piédestal de 
2 figures, représentantes Vulcain et le Tems, adj. à 

M. Sauvage • » 230-00 

Total de la première page . . fi. 1302-15 

N° 28. — 5 groupes de 2 figures chacune, avec des orne - 
mens de dentelles, représentantes les 5 sens, adj. à 
M. Libert fl. 230-00 

N° 29. — Un service complet à caffé, consistant en un pot 
à caffé, un à thé, avec sa soucoupe et un pot à lait, un 
sucrier, une boite à thé, un godet, 12 tasses à caffé et 
6 tasses à chocolat, avec des peintures fines en cou- 
leurs, représentans différentes chasses, à bord doré 
dentelle, adj. à M. deLoets de Trixhe, tréfoncier . . » 280-00 

N° 30. — Un groupe de 3 figures représentant Annette et 

Lubin, adj. à M. de Loets de Trixhe, tréfoncier. . . » 41-00 

N° 31. — Une grande tabattière quarrée avec un pot à 
bouquets en dedans, adj. à M. Deprez » 5-10 

N° 32. — Une autre petite avec des fruits en dehors, adj . 

à M. le chanoine Delchef » 4-00 

N° 33. — Une grande jatte à ponche, cicelée bleue, adj. 

à M. le bourgmestre de Chestret » 28-00 

N° 34 à 35. — 4 Cuillers à thé » 1-15 

N° 36. — 2 Figures représentans des Enfants de jar- 
diniers, adj. à M. le comte de Videu » 20-00 



- 226 — 

N° 37. — 12 Feuilles moyennes de chêne pour dessert, à 

fleurs en couleurs, bord doré, adj. à M. Boulanger . . fl. 15-10 

N° 38. — 12 autres petites idem, adj. à M. le bourgmestre • 
deChestret » 7-00 

N° 39 à 44. — 6 Tasses à chocolat, avec des chiffres, à 

bord doré, adj. à M. Hotchamps . . . . . . . . » 32-10 

N° 45 à 48. — 4 autres avec couvercles idem, adj. à 

M me Lassence » 31-00 

N° 49. — Une grande tasse à bouillon ou à chocolat avec 
son couvercle, à bord doré en forme de guirlande, adj. 
à M. Sauvage » 11-05 

N° 50. — Une autre idem à bord doré dentelle, adj. à 

M. Sauvage. ...;... » 9-15 

N°51. — Une petite soupière avec son couvercle et sa 
soucoupe avec des feuilles gravées en or et à bord doré, 
adj. à M. Lenaerts » 30-10 

N° 52. — Une grande jatte à ponche lisse bleue, adj. à' 

M.Ae chanoine Delchef » 31-00 

N° 53. — Une ditte moyenne, adj. à M. Delchef capitaine » 15-00 

N° 54. — Une grande tasse à bouillon à bord doré, adj. 

à M. le comte de Videux " 8-10 

N° 55. — Une petite soupière avec son couvercle et sa 
soucoupe à fleurs en couleurs, bord brun, adj. à 
M. Sauvage " 17 " 10 

N° 56 à 58. — 3 Tasses à chocolat, à chiffres, avec cou- 
vercles à bord doré, adj. à M. Sauvage .... . » 16-10 
Total de la deuxième page . . fl. 836-05 

N° 59 à 63. — 5 dites sans couvercles, idem, adj. à 
M. Destrivaux fl. 22-00 

N° 64. —2 Cuillers à thé, adj. à M. deChestret ...» 2-00 

N° 65. — Un complet service à caffé, mêmes pièces que 
sous n° 29, avec des oiseaux Indiens en couleurs, à bord 
doré, adj. à M. Duguet » 165-00 

N° 66. — 12 Feuilles de chêne moyennes pour dessert, à 

fleurs en couleurs, bord doré, adj. à M me Lassence . . » 14-00 

N° 67. — Un complet service à caffé renfermé dans un 
écrin, mêmes pièces que sous n° 29, avec verd mosaïque 
et des païsages en couleurs peinture fine, à bord doré, 
adj. à M. Deprez . «225-00 



— 227 — 

N°68. — 2 Figures représentais desenfans de jardiniers, 
adj. à M. le comte de Videu fl. 20-00 

N° 69. — Une grande jatte à ponche, avec des fleurs na- 
turels en couleurs, à bord doré, adj. à M. Deprez . . » 42-00 

N° 70 à 75. — 6 Tasses à chocolat, avec des chiffres, à 

bord doré, adj. à M me Kempeners ......... 30-10 

Total de la troisième page . ~ fl. 520-10 

Ce que j'atteste J. J. Richard nottaire. 

Première page . . fl. 1302-15 
Deuxième page. . ». 836-05 
Troisième page. . » 520-10 
~~ fl. 2659-10* 

D É VAN DE CASTEELE. 



Rapport sur le projet de restauration de la Halle 
aux draps a Gand, présenté au conseil communal par 
M. Wagener. — « Messieurs, à plusieurs reprises déjà il a 
été question, au sein du conseil, de la restauration de notre 
Halle aux draps, qui date de la première moitié du 15 e siècle, 
dont la façade gothique est aujourd'hui dans un état de 
délabrement lamentable, et qui, lorsqu'elle sera remise en 
état, comptera parmi les monuments les plus intéressants 
de l'architecture civile en Belgique. 

« Un premier crédit de 10,000 francs a été inscrit à cet 
effet au budget de 1889. Un deuxième crédit de même im- 
portance figure au budget de l'année courante. Le moment 
est venu de mettre la main à l'œuvre: Si on ne l'a pas fait 
plus tôt, c'est que la restauration d'un édifice comme la 
Halle aux draps, qui a subi dans la suite des temps des 
modifications considérables, soulève de nombreuses et im- 
portantes questions d'archéologie, qui ne doivent être 
résolues qu'avec maturité. 

1 Protocole du notaire Richard aux archives de l'État à, Liège. 



— 228 — 

« La commission locale des monuments a été chargée par 
le collège d'étudier ces difficiles questions et je considère 
comme un devoir de déclarer ici que cette commission s'est 
acquittée de la tâche qui lui avait été confiée avec un zèle 
et un talent auxquels il serait injuste de ne pas rendre 
hommage. 

« Deux de ses membres, MM. De Waele et Van Assche 
ont, de commun accord, en renonçant généreusement à toute 
rémunération de ce chef, élaboré un projet de restauration 
(plans et devis) qui, après avoir provoqué, au sein de la 
commission locale, une discussion approfondie, a été soumis 
à l'avis de la commission royale des monuments. Celle-ci, 
tout en faisant un éloge mérité du projet, a présenté plu- 
sieurs observations, qui ont donné lieu à un nouvel examen 
et à de nouvelles discussions. 

« Je ne crois pas devoir entrer dans le détail de cette 
laborieuse instruction. Qu'il me suffise de dire que, sur deux 
points notamment, se sont produites d'assez notables diver- 
gences d'opinion. , 

« L'escalier extérieur conduisant au perron doit-il être à 
simple ou à double volée ? La solution de cette question 
dépendait en grande partie du point de savoir s'il fallait 
éclairer par une large fenêtre, donnant sur la rue, la galerie 
voûtée qui longe la demeure de M. Voituron. Si cette 
fenêtre était nécessaire, l'escalier à simple volée s'imposait, 
et c'est cette solution qui fut d'abord adoptée. Mais des 
recherches ultérieures démontrèrent que dans la construc- 
tion primitive la galerie voûtée mentionnée ci-dessus était 
éclairée dans toute sa longueur par des fenêtres latérales. 
Dès lors la large fenêtre prévue dans la façade devenait 
inutile. 

« D'un autre côté, il fut constaté par des fouilles que 
l'escalier conduisant jadis au perron se composait d'une 
double volée. A la suite de ces deux constatations, le doute 



— 229 — 

n'était plus permis, et le double escalier fut admis aussi 
bien par la commission locale que par la commission royale 
des monuments. C'est cet escalier qui figure sur le plan 
soumis à votre approbation. 

« Une deuxième question était celle de savoir si les 
corniches supérieures des tourelles d'angle avaient été sur- 
montées autrefois d'une balustrade à jour. 

« Cette question fut soulevée d'abord par la Commission 
royale des monuments, dont l'attention s'était portée sur la 
grande saillie de ces corniches. 

« Elle émit l'idée que des recherches faites sur la tablette 
supérieure faciliteraient la solution du problème. Ces recher- 
ches eurent lieu, mais n'aboutirent à aucun résultat décisif. 
On plaça alors un simulacre de galerie à jour à la naissance 
des tourelles. 

« La commission locale des monuments fut d'avis qu'il y 
avait lieu d'adopter cette balustrade, tout en réservant la 
question de savoir si elle serait ornée d'arcatures ogivées, 
de rosaces ou de quelque autre décoration, en harmonie 
avec le style de l'édifice. 

« C'est avec ces modifications, concernant l'escalier exté- 
rieur et les. corniches des tourelles d'angle, que le projet 
élaboré par MM. De Waele et Van Assche fut soumis aux 
délibérations de vos commissions des travaux, des beaux- 
arts et des finances, dans leur séance du 30 avril dernier. 

« L'ensemble du projet a reçu l'entière approbation de 
vos commissions réunies. Un seul point a été réservé, à la 
suite d'un assez long échange de vues. C'est celui qui 
concerne la balustrade à placer éventuellement sur les 
corniches des tourelles d'angle. 

« Un membre a combattu énergiquement cette balus- 
trade. 

« En effet, a-t-il dit, quelque légère et peu élevée qu'on 
la fasse, elle détruirait le caractère de simplicité du monu- 



— 230 — 

ment, et ferait disparaître le motif de décoration emprunté 
aux créneaux et aux mâchicoulis que l'architecte de 1424 a 
adopté. Il n'y a rien clans l'ornementation de la façade qui 
appelle des galeries aux tourelles. L'architecte a évidem- 
ment exclu à dessein la richesse de décoration en vogue à 
cette époque, comme contraire à la destination du monu- 
ment. Il a poursuivi la simplicité et l'élégance des lignes. 
Vouloir imiter, dans la restauration, les galeries des tou- 
relles des hôtels de ville de Bruxelles, de Louvain et 
d'Audenarde, ce serait, d'après l'honorable membre, com- 
mettre une faute. • 

« Les galeries de ces tourelles sont en rapport avec 
l'ornementation des façades, elles reproduisent des motifs 
décoratifs existant aux corniches, aux cordons et aux 
fenêtres. Mais nulle part on ne trouve dans la façade de 
notre Halle aux draps des motifs pouvant servir au dessin 
d'une balustrade. 

« D'ailleurs la corniche de ces tourelles n'a pas été faite 
pour recevoir une balustrade. Elle n'est pas pleine, comme 
le serait la plate-forme d'une galerie ; elle est découpée en 
forme de créneaux. L'architecte a voulu donner plus de 
légèreté aux tourelles, en découpant de cette façon la cor- 
niche. Devant chaque pan de l'hexagone des tourelles, il a 
placé un petit avant-corps à moulures, laissant entr'eux un 
espace vide, comme le feraient des mâchicoulis. On ne 
saurait faire une galerie sans remplir ces vides, c'est-à-dire 
sans détruire l'œuvre de l'architecte. 

« On a objecté à l'honorable membre que les corbeaux, 
destinés à recevoir des crochets, qui se trouvent aux arrêtes 
du toit des tourelles ne descendent pas jusqu'au bas, ce qui- 
semble indiquer que la partie inférieure devait être cachée 
par la balustrade d'une galerie. Il a été répondu en sub- 
stance que cette circonstance ne saurait infirmer la preuve 
contraire, qui résulte des ouvertures de la corniche et que 
l'induction que l'on fait est loin d'être certaine. 



— 231 — 

« Une galerie ajourée n'aurait pas caché entièrement le 
bas du toit des tourelles, de sorte que l'existence d'une 
balustrade n'eût pas empêché d'y mettre des crochets. 

« En somme, a dit l'honorable membre, des galeries aux 
tourelles alourdiraient l'aspect général du monument et 
seraient contraires à l'intention de l'architecte, manifestée 
par les ouvertures pratiquées dans les corniches. 

« Vos commissions, tout en applaudissant hautement à 
la restauration projetée, se sont ralliées à l'idée qu'il y avait 
lieu de laisser provisoirement ouverte cette question spéciale, 
en attendant d'autres éléments d'appréciation. 

« Je ne crois pas néanmoins me tromper en affirmant 
que l'impression des membres de vos commissions réunies 
a été généralement peu favorable à la galerie projetée. 

« Le devis estimatif joint au dossier prévoit une dépense 
totale defr. 39,136,01. 

« Le Gouvernement et la Province ayant promis d'inter- 
venir respectivement dans cette dépense pour 9,784 fr. (soit 
un quart de la dépense totale) et 6,000 fr. la somme restant 
à charge de la ville sera de fr. 23,352,01, à répartir sur 
plusieurs exercices. 

« J'ai donc l'honneur de vous proposer, Messieurs, au 
nom de vos commissions réunies, d'approuver le plan et le 
devis de la restauration de la Halle aux draps, tels qu'ils 
vous sont soumis, sauf à se prononcer ultérieurement sur la 
convenance de placer une balustrade sur les corniches supé- 
rieures des tourelles d'angle. 

« Ainsi arrêté par vos commissions des travaux, des 
beaux-arts et des finances, en séance du 30 avril dernier 
(1890). » - 



— 232 I— 



CHRONIQUE. 



La Bataille de Courtrai. — Dans une communication à la 
Commission royale d'histoire, La version flamande et la version 
fî'ançaise de la bataille de Courtrai (Bruxelles, F. Hayez, 1890 ; 
in-8°, 42 pp. et 1 f. bl.), M r Henri Pirenne, professeur d'histoire du 
moyen-âge et d'histoire nationale à l'Université de Gand, étudie les 
différentes traditions qui se sont formées, de bonne heure, sur la 
bataille de Courtrai. Grâce au mémoire de Moke (1851), ainsi qu'à 
la publication de différentes chroniques et des comptes communaux 
de la ville de Bruges, on connaît enfin exactement la journée du 
11 juillet 1302, dont le général Kôhler a récemment esquissé la 
physionomie réelle [Die Entwickelung des Kriegsicesens und der 
Kriegfiihrung in der Ritterzeit, t. II, 1886), mais qui avait été si 
longtemps altérée par la légende. . 

Dès les premières années du XIV e siècle, en effet, on voit se 
former deux versions nettement distinctes : la version flamande 
(dans les Annales Gandenses, probablement rédigées par un frère 
mineur de Gand, le Spieghel Historiael de Louis van Velthem et 
la continuation de la Genealogia comitum Flandriae, écrite au 
monastère de Clairmarais), caractérisée par une tendance à sup- 
primer les conditions désavantageuses dans lesquelles se trouvaient 
les Français et à attribuer la victoire uniquement à l'héroïsme des 
.milices communales, — et la version française (dans les chroniques 
de l'orléanais Guillaume Guiart et de Geoffroy de Paris, et dans le 
Récit anonyme de la guerre entre Philippe le Bel et Guy de Dam- 
pierre, publié, en 1865, par De Smet), qui veut expliquer la défaite 
d'une manière honorable pour les vaincus, soit par la perfidie des 
Flamands, soit par une ruse de De Coninc, soit encore par les deux 
moyens combinés [Récits d'un bourgeois de Yalenciennes). La 



— 233 — 

version française se répandit rapidement en Europe, non seulement 
en Allemagne, où elle fut introduite par Ottokar de Styrie dans sa 
Steirische Reimchronik, et en Italie, où on la retrouve dans 
Ylstoria fiorentina de Villani, mais encore dans les Pays-Bas, où 
on la voit envahir successivement le comté de Hollande Guillaume 
Procurator;, le pays de Liège Hocsem, Jean d'Outremeuse), le comté 
de Hainaut Gilles le Muisisj, et enfin la Flandre elle-même, où elle 
fut adoptée, sous l'influence du parti aristocratique, tant par l'histo- 
riugraphie latine et romane (Istore et chroniques de Flandre, 
Chronique de Berne), que par les chroniqueurs flamands Jean de 
Dixmude). « L'introduction du récit du bourgeois de Yalenciennes 
dans la chronique de Jean de Dixmude consacre le triomphe définitif 
de la version française en Flandre sur la version nationale. Celle-ci, 
désormais, jusqu'à notre siècle, restera ignorée. L'Excellente Gronijke 
et Despars reproduisent tous deux le récit de Jean; Meyer le com- 
bine avec les données de Villani. Depuis, la plupart des modernes 
n'ont guère fait que le répéter. C'est lui que l'on trouve aujourd'hui 
encore dans presque tous les manuels d'histoire nationale; c'est lui 
enfin que la peinture et la gravure flamandes ont popularisé de 
nos jours. » 

Celte succincte analyse aura suffisamment montré l'intérêt que 
présente l'étude de M r Pirenne ; ajoutons qu'elle est faite avec cet 
esprit critique, cette acribie qui caractérisent les travaux du sagace 
auteur de la Constitution de la ville de Binant, et qui le placent 
déjà parmi les meilleurs de nos jeunes historiens nationaux. 

Paul Bergmans. 

Littérature latine et histoire du moyen-age. — Sous ce titre, 
M r Léopold Delisle publie un recueil de petites notes historiques 
destinées à servir de modèles aux correspondants du ministère de 
l'instruction publique et des beaux-arts de France, qui adressent des 
communications au Comité des travaux historiques et scientifiques 
(Paris, Ern. Leroux, 1890; in-8°, 2 ff. non cotés, 116 pp. et 1 pi.). 
Ces correspondants ont pour mission : 1) de répondre aux questions 
posées dans les enquêtes scientifiques ouvertes et encouragées par 
l'administration; 2) de fournir des renseignements et des documents 
pour les publications entreprises aux frais ou sous les auspices du 
ministère ; 3) d'informer le comité de toutes les nouvelles qui mé- 
ritent d'être portées à la connaissance des historiens et des archéo- 

10 



— 234 — 

logues ; 4) de communiquer les trouvailles et les observations qui 
peuvent servir au progrès des sciences historiques ou archéologiques 
et dont le caractère n'est pas exclusivement local 1 . Gomme il est 
impossible de leur donner des règles suffisamment précises sur la 
nature et le mode de leurs communications, M 1 ' Léopold Delisle, 
président de la section d'histoire et de philologie, a réuni une 
cinquantaine d'exemples variés, où il montre comment il convient 
de préparer pour l'impression les documents destinés au comité, en 
en donnant une copie aussi exacte que possible et en les accom- 
pagnant d'un commentaire sobre mais substantiel. Personne mieux 
que lui n'était à même de faire ce guide de l'érudit, et la lecture et 
l'étude de son recueil ne seront pas moins prolitables aux travailleurs 
belges qu'à leurs confrères français pour qui il a été écrit. Le 
volume offre, d'ailleurs, un intérêt historique intrinsèque par la 
nature des pièces qui y sont publiées et dont quelques-unes inté- 
ressent notre histoire, telles que les n os 14 (pp. 29-31 : Éloge de la 
Flandre, par Pierre le Peintre, XII e siècle) et 23 (pp. 50-51 : 

Relation de la bataille de Bowoines). 

Paul Bergmans. 

Le Précepteur de Philippe IL — 11 existe en Italie une coutume 
charmante : au jour des noces, on offre aux jeunes époux quelques 
pages spécialement écrites à cette occasion. Quand l'auteur est un 
savant, c'est une petite monographie qui éclaire un point d'histoire 
ou d'archéologie, ou même un problème scientifique, et l'hommage 
personnel devient ainsi un utile appoint à la science. M r Charles 
Ruelensaeu l'heureuse idée de transplanter chez nous cette habitude, 
et il vient de publier, à l'occasion du mariage d'un de ses collègues 
à la bibliothèque royale de Bruxelles, M 1 ' Louis Paris, Une lettre du 
précepteur de Philippe II (Bruxelles [imp. P. Weissenbruch], 1890; 
in-8°, 23 pp. et 1 p. bl.). Dans cette missive datée de Madrid, le 
21 mars 1541, et dont la bibliothèque royale possède l'original, le 
docteur Juan Martinez Siliceo, qui était chargé de l'éducation lit- 
téraire de Philippe II, écrit à Charles-Quint que le jeune prince fait 
de grands progrès dans l'étude des lettres et qu'il lit la Bible avec 



1 Ce programme devrait être adopté par notre Commission royale 
d'histoire, qui ne pourrait que gagner à étendre ainsi sa sphère 
d'action. 



— 235 — 

une grande application. C'est un document à ajouter à la corres- 
pondance de Siliceo déjà publiée par Modesto Lafuente, dans le 
tome XII de son Histnria gênerai de Espana. 

Paul Bergmans. 

Le prix des tableaux. — A l'hôtel Drouot on a vendu les tableaux 
modernes formant la collection de M. Ch. Bonnemaison-Rascle. Les 
tableaux de Corot se vendent de plus en plus cher. Une petite toile 
mesurant 41 centimètres en hauteur sur 54 centimètres en largeur et 
représentant un effet du matin, sur une demande de 12,000 francs, a 
été poussée à 16,500 francs. Deux autres études de Corot, Paysage, 
effet du soir, 2,600 francs, et Étude de femme, 2,500 francs. Les 
oeuvres de Claude Monet n'atteignent pas encore les enchères élevées 
que les enthousiastes des impressionnistes avaient prédites il y a 
quelques années. La Seine à Yeriheuil, effet du matin et effet de 
neige, qui mesuraient près de 1 mètre en largeur, ont obtenu le 
premier 1,750 francs et le second 1,020 francs. 

Cette vente comprenait également seize œuvres par Jongkind. 
Les tableaux de ce peintre n'ont plus obtenu les prix atteints à la 
vente Bascle, faite il y a quelques années à l'hôtel Drouot. 

Signalons parmi ceux-ci : Canal en Hollande, clair de lune. 
2,150 francs; Canal en Hollande, soleil couchant, 2,150 francs; 
Embouchure de la Meuse à Maassluis, 2,000 francs; Canal à 
Amsterdam, 1,220 francs sur une demande de 2,000 francs; Canal 
en Hollande, clair de lune, 1,900 francs sur une demande de 
2,500 francs; Clair de lune en Hollande, sur une demande de 
4,000 francs est tombé à 1,750 francs; le Pont d'Arcole, soleil 
couchant, 2,500 francs sur une demande de 3,000 francs. Cette vente, 
qui comprenait trente-neuf tableaux, a produit soixante mille francs 
environ. 

L' Angélus de Millet. — Voici l'épilogue de l'affaire du tableau 

de YAngelus. M. Antonin Proust écrit à M. Hebrard, directeur 

du Temps : 

Paris, ce 16 juillet 1889. 
Mon cher Ami, 

Le Temps me fait demander ce matin comment la législature a 
pris fin sans que le projet déposé par le gouvernement pour l'acqui- 
sition de VA)igelus soit venu en discussion ? 

La procédure parlementaire n'a pas permis, parait-il, de mettre ce 



— 236 — 

projet à l'ordre du jour assez tôt pour que le Sénat pût le discuter, 
s'il y avait lieu. 

Le projet a donc été retiré, et Y Angélus appartient aujourd'hui 
à l'Amérique. 

J'accepte le fait sans amertume, mais non sans regret en gardant 
la plus vive gratitude à ceux qui ont tenté avec moi de retenir en 
France le chef-d'œuvre de Millet. 

Nous étions vingt-huit 'Français, Russes et Danois — une triple 
alliance — qui nous étions coalisés pour que V Angélus restât 
au Louvre. 

Nous avons échoué. 

Ce sont ces mêmes Américains qui ont pris récemment l'initiative 
d'honorer Barye par un monument, qui vont honorer Millet dans sa 
plus belle œuvre, dans cette œuvre qui n'est pas seulement une 
peinture admirable, qui est encore l'une des conceptions les plus 
élevées de la pensée française. Ce sont eux qui vont posséder ce 
symbole de notre vieille Europe, où le travail est glorifié sous sa 
forme la plus rude, avec la foi religieuse, et traduite dans sa ferveur 
la plus naïve. 

Quand Y Angélus nous a été adjugé au milieu d'une véritable 
explosion de patriotisme — sur ce point on n'a rien exagéré — les 
Américains sont venus séance tenante nous déclarer qu'ils s'étaient 
arrêtés par égard pour la France ; mais qu'ils demandaient, dans le 
cas où l'État français ne deviendrait pas propriétaire de Y Angélus, 
que la toile leur fût cédée au prix d'adjudication. 

Je leur adresse à nouveau aujourd'hui, au nom de mes amis et au 
mien, l'expression de mes plus vifs remerciements pour cet acte de 
courtoisie, et je les avise que Y Angélus est la propriété de Y American 
Art association. 

Croyez, mon cher ami, à mes sentiments dévoués. 

Antonin Proust. 

Les gravures. — On a vendu vers la fin d'avril, à l'hôtel Drouot, 
une très importante collection d'estampes de l'école française du 
XVIII e siècle imprimées en noir et en couleur. Les trois premières 
vacations ont produit 82,537 francs. 

Signalons parmi les principales enchères : une épreuve de la plus 
grande rareté de la Promenade publique, par Debucourt, estampe 
en couleur aux initiales D. B. et la date 1792 dans le bas de la 



— 237 - 

gravure à droite, adjugée 6,300 francs. La même estampe en noir, 
du même état que la précédente, ayant une très grande marge, 
seule épreuve en cet état connue jusqu'à ce jour, vendue 5,000 francs. 
Parmi les autres estampes par Debucourt : une suite complète de 
52 pièces en couleur reliées en un volume in-4°, 2,450 francs ; deux 
pièces faisant pendant, la Rose-la Main, 1788, épreuves en couleur, 
2,300 francs ; les deux baisers, très belles épreuves en couleur, 
1,750 francs; le Menuet de la mariée, 1786, épreuve de la plus 
grande rareté, ayant toutes lettres, en couleur, 1,410 francs ; pro- 
menade de la galerie du Palais- Royal, 1787, en couleur, 1,100 francs; 
l'Escalade ou les adieux du matin, Heur et malheur ou la Cruche 
cassée, deux pièces faisant pendant, en couleur, 1,280 francs. 

Parmi les autres pièces : Galerie des modes et costumes français, 
ouvrage commencé en 1778, dessinés d'après nature par Leclerc, 
Desrais, Martin, Simonet, Watteau fils et de Saint-Aubin, gravés 
par Dupin, Voysard, Patas, Leroy, Pelicier, Bacquoy et Lebeau. 
Ouvrage en deux parties, auquel il manque six planches dans la 
première et cinquante-deux dans la seconde, et dont une centaine de 
pièces sont remontées et plusieurs sont coloriées, recueil très difficile 
à rencontrer aussi complet, 3,770 francs. Le cabinet des modes et les 
modes nouvelles à Paris, chez Buisson, libraire, 1785. Ce livre, des 
plus intéressant au point de vue des costumes, commence le 15 no- 
vembre 1785 et continue jusqu'au 20 février 1793; il contient trois 
cent cinquante-quatre planches de costumes et est aussi très rare ; 
il a été vendu 2,600 francs. Journal des dames et des modes, par 
P. de Lamesangère, de l'année 1796 à 1838, malgré les planches 
manquantes, très rare à rencontrer, avec une suite de trois mille 
cinq cents planches de costumes, vendu 2,500 francs. 

Le catalogue de cette vente comprenait 1935 numéros. 

Collection d'antiquités. — L'Empereur d'Allemagne, Guil- 
laume II, vient d'acheter à M. Ehlingensberg, sa précieuse collée tien 
d'antiquités trouvées dans des tertres près de Reichenhall et qui 
datent des IV e et V e siècles de notre ère. Elles furent découvertes de 
1885 à 1888 et rangées scientifiquement. Cette collection, la plus 
complète en son genre, sera ajoutée au musée de Berlin. 

Beaux-Arts. — Le musée royal de peinture de Bruxelles vient 
de faire, à la fin d'avril, l'acquisition d'un chef-d'œuvre de tout 
premier ordre: la célèbre toile de Rubens. représentant quatre têtes 



- 238 — 

de nègres, qui fit jadis partie de la collection Demidoff, pour passer 
ensuite dans différentes galeries, et qui séjourna longtemps à Flo- 
rence. On peut affirmer sans crainte que c'est un des plus brillants 
morceaux que nous ait laissé l'illustre maitre anversois. 

L'État a obtenu ce joyau, pour le prix, relativement modique, 
de 80,000 francs. La toile sera bientôt exposée dans la galerie 
ancienne, au palais des Beaux-Arts, rue de la Régence. 

Antérieurement à celle-là, le musée a fait encore quelques acqui- 
sitions : une nature morte, sujet de chasse, de Van Aalst; un 
De Heem, représentant des fruits, des fleurs et des accessoires ; un 
Abraham Mignon, des oiseaux morts et un coq pendu par la patte. 
Ces trois tableaux provenant de la collection Du Bus de Gisegnies. 

Enfin le gouvernement a acquis ces jours-ci, pour le musée 
moderne, un tableau de M. Hens, exposé au Cei'cle artistique et 
représentant une vue du Congo, et, à l'exposition des portraits de 
maitres du siècle, deux toiles de von Lembach, le portrait de 
Mgr. Strossmeyer et celui du chanoine Dollinger. 

Lettre de Marie Stuart. — La plus belle collection particulière 
d'autographes, lettres et manuscrits en Angleterre est probablement 
celle formée par M. Alfred Morrison, possesseur d'une immense 
fortune. La pièce la plus précieuse de cette superbe collection est 
une lettre écrite par Marie Stuart, le matin de son exécution. 
L'infortunée reine d'Ecosse écrit ce jour là trois lettres : une au 
Pape, une au roi de France et une troisième à son oncle le cardinal 
de Guise. 

Sa lettre au Pape est toujours conservée parmi les trésors du 
Vatican; celle adressée au roi de France a été détruite avec d'autres 
papiers de ce monarque, mais celle au cardinal archevêque a été 
gardée dans un monastère à Guise. 

Il y a quelques années, les moines de ce couvent constatèrent avec 
stupeur que la lettre avait disparu de leurs archives. Il était évident 
qu'un voleur s'en était emparé, mais qui était le coupable ? On 
n'avait aucun indice et plus jamais on n'entendit parler de la relique 
perdue. 

Longtemps après, un homme d'assez mauvaise mine vint offrir 
à M. Morrison la précieuse lettre; celui-ci, transporté mais dissi- 
mulant sa joie de pouvoir s'assurer une pièce d'une telle valeur en 
demande le prix. Mille guinées ;25,000 francs) dit l'homme. Je 



— 239 — 

connais la valeur de la lettre et ne la laisserai pas moins. Ce prix 
est exorbitant, fit l'amateur. Jamais je ne donnerai un prix aussi 
extravagant, vous pouvez emporter votre lettre. Ce que l'homme fit. 
Mais après son départ commencèrent les regrets de M. Morrison, 
qui se reprocha de ne pas avoir parlementé pour obtenir le trésor 
à un prix moindre : si un autre collectionneur s'en emparait ! Si, 
par un malheur quelconque la lettre était détruite ! La vie devint 
pour lui un véritable fardeau. Quinze jours plus tard, une femme 
pauvrement vêtue était introduite dans le cabinet de M. Morrison, 
lui disant que son mari l'attendait dans un cab à la porte et que 
s'il n'obtenait pas les 1000 liv. st. il détruirait immédiatement 
la lettre. 

Le collectionneur ne résista pas à cette menace, il signa un chèque 
de 1000 liv. st. et le porta à l'homme en échange de la précieuse 
lettre. Il ne la céderait aujourd'hui pour n'importe quelle somme. 
M. J. S. Dewey, le plus grand marchand d'autographes de Londres, 
à qui on demandait à quel prix il estimait la lettre de Marie Stuart, 
a répondu : On ne peut en déterminer la valeur, pour un collec- 
tionneur, c'est un trésor sans prix. 

Meubles de prix. — Dans une vente qui s'est faite à Paris d'un 
mobilier ancien, deux meubles à hauteur d'appui, du temps de 
Louis XV, en bois laqué bleu, ornés de plaques en porcelaine de 
Sèvres ancienne et pâte tendre, ont été adjugés 115,000 francs. Ces 
meubles, œuvres de l'ébéniste Burb, ont appartenu au ministre de 
la marine, garde des sceaux, le comte de Machault. Une commode 
du temps de Louis XV, en laque de Goromandel, ornée de person- 
nages en couleur sur fond noir, 13,300 francs ; une jardinière en 
ancienne porcelaine de Sèvres, pâte tendre, 4,000 francs. 

Commission pour la publication des anciennes lois et ordon- 
nances. — Traduction des ordonnances. — Nous voyons par le 
procès-verbal de la séance de la commission du 16 juin 1890, inséré 
au Moniteur belge du 9 juillet, que le tome VII des ordonnances 
des Pays-Bas autrichiens dont la publication a été confiée à M. Jules 
Delecourt, est sur le point d'être terminé et s'arrêtera aux ordon- 
nances du mois de décembre 1755. Ce volume contenant quelques 
textes flamands, la commission a été appelée à délibérer au sujet de 
la traduction de ces textes. Il a semblé que la traduction n'était pas 
indispensable, et que l'utilité n'en était pas compensée par les retards 



— 240 — 

que ce travail causerait et par la dépense. Un volume de 200 feuilles, 
coûte pour la traduction seule, 9600 francs. Le procès-verbal porte : 
« La commission, après discussion décide que dorénavant on ne 
publiera plus de traductions à la suite de chaque volume, sauf à 
examiner, à la fin de chaque série s'il sera utile de publier un volume 
consacré exclusivement aux traductions. Les mots flamands qui 
présenteraient des difficultés réelles pourront être expliqués en 
note. » D. 

Copernic et Galilée devant l'Université de Louvain *. — 
Chapitre intéressant de l'histoire du haut enseignement en Bel- 
gique au XVII e siècle. Van Velden avait annoncé qu'à l'occasion des 
exercices commandés par les statuts de la faculté il développerait 
devant ses élèves cette thèse : Indubitable est le système de Copernic 
touchant le mouvement des planètes autour du soleil; et parmi les 
planètes, c'est à bon droit qu'on place la Terre. Défense fut faite 
au jeune professeur de maintenir sa thèse ; des collègues furent 
délégués pour obtenir sa soumission. Il passa outre, fut condamné 
à l'amende, en appela au Conseil de Brabant. Mais le jurisconsulte 
De Decker et le professeur de philosophie Melis travaillèrent à 
Bruxelles à retirer la cause des mains du conseil; le nonce Jules 
Piazza intervint et les efforts réussirent. L'affaire fut retirée des 
mains du conseil de Brabant pour passer complètement sous la 
juridiction de l'Université. Van Velden fit sa soumission, fut absous 
après retractation et réintégré dans ses fonctions. Nous trouvons 
encore dans une thèse soutenue en 1625, devant Van Velden, pré^ 
sidant la séance, l'affirmation du mouvement des planètes autour du 
soleil, mais on affecte de ne plus parler de la terre, cause de tous les 
embarras. Van Velden était âgé de quarante trois ans lorsque, en 
récompense de sa soumission, la faculté des arts le nomma chanoine 
de la cathédrale de Liège. M. Stevart a recueilli la plupart de ces 
faits dans des manuscrits provenant de l'ancienne Université sup- 
primée, et qui furent acquis par l'Etat, pour la bibliothèque royale, 
à la mort de Mgr. De Ram. D. 

1 A. Stevart, Copernic et Galilée devant V Université de Lou- 
vain. — Procès Van Velden. — Verviers. Bibliothèque Gilon,. 
108 pages. 



— 241 — 



LE BOURREAU DE GAND 



Le rôle, réservé au bourreau dans notre an- 
cienne organisation judiciaire, était des plus con- 
sidérables, tant à raison du grand nombre do 
cas dans lesquels son ministère était requis qu'a 
raison de la variété infinie des peines qu'il devait 
appliquer. 

Les juges criminels avaient une grande latitude 
clans la façon de punir les coupables. Le ch< H- de 
la peine ou, pour parler plus exactement -du 
supplice à infliger aux condamnés était dans la 
plupart des cas laissé à l'appréciation et à l'esprit 
inventif des magistrats. Tel juge se bornait à 
condamner l'accusé à mort. Tel autre, au contraire, 
avant d'envoyer le condamné à la potence, au 
billot ou au bûcher ordonnait qu'on lui fît endurer 
toutes sortes de tourments. Le sort du misérable, 
livré à la justice criminelle, dépendait donc en- 
tièrement du caprice ou du bon vouloir des 
magistrats devant lesquels il devait comparaître. 

Les anciennes lois et ordonnances, émanées de 
nos souverains, consacraient toutes cette faculté 
absolue laissée aux échevins dans le choix des 

17 



-. 



— 242 - 

peines et dans la façon de les appliquer. On sait 
qu'à Gand la justice civile et la justice criminelle 
étaient rendues par les magistrats ou conseillers 
communaux qu'on désignait sous le nom d'éche- 
vins de la Keure. 

Dans la charte de confirmation des droits, cou- 
tumes et franchises des Gantois octroyée en 1191 
par la comtesse de Flandre, Mathilde de Portugal, 
veuve de Philippe d'Alsace, nous trouvons déjà 
l'expression : « sicut scabinis rationabile videbitur. » 
L'article premier de l'ordonnance du 28 juin 1483 
sur l'adultère et le blasphème se termine comme 
suit : ce ende wey % t hi meer verioonnen, zulke zwaer- 
« dere pugnitie dan voorseyt es als scepenen redelic 
« dincken sal. » La concession Caroline du 30 avril 
1540 renferme des expressions analogues telles 
que celle de « arbitralycker ghepugnierd worden na 
« heysch van de stieke. » 

Cet usage faisait tellement partie des mœurs 
judiciaires d'autrefois que jusqu'à la fin du siècle 
dernier les expressions de style « up arbitraire 
« correctie, » « up correctie van schepenen, » « als 
n hemlieden redelic dincken sal, » « zulcke andre 
« pugnitie als scepenen dincken zal daertoe die- 
« nende, » etc., se rencontraient habituellement 
dans les actes, ordonnances ou arrêtés, émanant 
de nos magistrats communaux gantois. On insérait 
ces formules jusque dans les simples mesures de 
police, prises en cas d'un grand concours de monde 
dans les rues de la ville, par exemple à l'occasion 
d'une cavalcade, d'une procession, de l'entrée 
d'un prince ou d'un grand personnage. 



— 243 — 

C'est cette extrême latitude, laissée aux juges, 
qui explique la variété des peines appliquées aux 
condamnés avec un raffinement de froide cruauté 
dont on ne se fait plus d'idée aujourd'hui. Ces 
épouvantables spectacles d'êtres humains, torturés 
et martyrisés, ne prirent complètement fin que 
sous le règne de l'empereur Joseph II. 

On comprend que dans ces circonstances et en 
présence du grand nombre de méfaits, punissables 
de la peine de mort, l'office de bourreau était loin 
de constituer une sinécure et que les occasions 
d'exercer ses sinistres fonctions ne lui faisaient 
pas défaut. 

Voici par exemple le récit d'une exécution qui 
eut lieu le 26 janvier 1563 et à laquelle présida 
maître Jean du Mont, bourreau de la ville de Gand, 
assisté de ses aides. Il s'agit de trois voleurs qui 
furent brûlés vifs, après avoir enduré les supplices 
les plus épouvantables. Ces supplices ne sont in- 
scrits dans aucune loi ni dans aucune ordonnance ; 
ils sont uniquement dus à l'imagination « als sce- 
« penen redelic duncken sal, » des juges qui pro- 
noncèrent la sentence et en ordonnèrent l'exé- 
cution. 

Deux des condamnés furent placés sur un gril 
et attachés, dos à dos, avec des chaines à une barre 
en fer. Un feu violent fut allumé sous le gril. 
Au-dessus de la tête des condamnés se trouvait 
fixé un tonneau, percé de trous et dans lequel on 
avait mis de la paille, de la poix et du goudron. 
On mit le feu à ce tonneau de façon à ce que la 
poix et le goudron fondus se déversassent en 



- 244 — 

gouttes brûlantes sur le corps nu des suppliciés. 

Ce n'était pas encore assez. Tout cet appareil 
de torture, c'est-à-dire le gril, la barre de fer et le 
tonneau, était fixé à une espèce de grue. On faisait 
mouvoir cette grue et les deux misérables étaient 
hissés à quelques pieds de hauteur d'où on les 
laissait retomber dans le feu jusqu'à ce qu'ils 
fussent complètement brûlés. 

Le supplice du troisième condamné, pour être 
moins raffiné, n'en fut pas moins terrible. On 
l'attacha à un poteau, entouré de bottes de paille, 
auxquelles on mit le feu. Afin de faire durer les 
souffrances de ce malheureux, la paille était placée 
à quelques pieds du poteau. On comprend faci- 
lement qu'il fallut un temps assez long avant que 
le patient ne succombât à cette épouvantable 
torture. 

Le récit de cette exécution est consigné dans le 
Memorieboek der stad Gent, anno 1563 : 

... ende den xxv j en Lauwe waren de twee ghestelt op 
eenen yzeren rooster aan eenen yzeren staeke met ketenen, 
rugghe tegen rugghe ghebonden, ende onder den voor- 
noeinden roostere was groot vier ghemaeckt ende boven 
haerlieden kooft eene tonne vul stroo, peck ende terre, daer 
inné veel gaten waren daer 't zelve peck duere op huer- 
lieder liji' drupte, ende de voornoemde roostere was met 
eender wippe upghehaelt ende alsoo weder neder ghelaten 
tôt zy levende verberrendt waren, ende de derde was 
levende ghestelt aen eenen staecke ende rontomme hem 
stroo ghestelt vier voeten van hem, ende alsoo levende 
verbrant. 



— 215 — 

Nous pourrions multiplier ces exemples. Nous 
avons uniquement cité celui-ci, que nous avons 
pris au hasard, pour préciser dès le début de cette 
étude le pouvoir discrétionnaire, dont jouissaient 
autrefois les juges criminels dans le choix et dans 
l'application de la peine, et pour montrer égale- 
ment toute l'importance du rôle que jouait le 
bourreau clans l'exécution des condamnés. 

Il ne faut pas croire que c'était pour le simple 
plaisir de voir souffrir leurs semblables que les 
juges appliquaient des peines aussi cruelles. La 
vue des supplices, qu'on faisait endurer aux 
condamnés, devait, dans l'esprit des magistrats 
de cette époque, servir d'exemple et inspirer une 
crainte salutaire, à ceux qui seraient tentés de 
commettre quelque méfait. 

C'était une règle qu'on appliquait — ■ bien sou- 
vent à regret — et dont on ne pouvait pas se 
départir. Marcus van Vaernewijck, dans ses 
Beroerlicken Tyden, exprime l'horreur que lui 
inspire le spectacle continuel des tortures infli- 
gées à ceux qui avaient embrassé les croyances 
nouvelles. Il regrette que la justice soit obligée 
de recourir à des mesures aussi cruelles, mais, 
dit-il, c'est le seul moyen d'extirper l'hérésie. Les 
magistrats, qui condamnaient au dernier supplice 
pour des crimes ordinaires, tels que le vol et le 
meurtre, tenaient le même langage que le chro- " 
niqueur gantois. 

Jusque vers le milieu du quinzième siècle, le 
bourreau portait à Gand le nom de scharpcoc ou 



— 246 — 

simplement Coc. Les comptes de la ville le dési- 
gnent toujours sous cette dénomination. 

Item Pieterkin Philips koc van Artevelde van i zweerde 
ii vrancke Item doe hi doere af sneet xii gr. 
(Comptes de 1382-1383; f° 249 v°.) 

Item ghegheven Pieter Acken coc vander stede van dat 
hy int Pelleryn stelde ende uut slouck ii se. gr. 
(Comptes de 1431-1432 folio 278 v°.) 

Item meester Cornelis de Meersman scarpeoe van dat hy 
vut laste van scepenen viii persoonen te dieverssche waerf- 
ten ghesmeten ende ghegheesselt heeft met roeden vut deser 
stede van elcken v gr. comt iij se. iiij den. gr. 
(Comptes de 1481-1482 folio 81 v°.) 

Plus tard, les actes officiels, tels que les comptes, 
les nominations, les ordonnances, désignèrent le 
bourreau sous les divers noms de Scherprechtere, 
Justicier; criminele Officier, Officier criminel; Offi- 
cier van de hooghe justicie, Officier de la haute 
justice ; Dienere vanden zweerde van der justicie, 
Serviteur du glaive de la justice; Justicier van den 
zweerde, Justicier du glaive; Officier van den 
hooghen ivercke-, Officier des hautes-œuvres, etc. 
On le nommait aussi parfois Hanghman du verbe 
hanghen pendre. 

Le mot Beul, bourreau, ne figure jamais dans 
les pièces officielles. Cette expression était consi- 
dérée comme trop injurieuse pour pouvoir être 
appliquée à un fonctionnaire placé sous la haute 
protection du prince souverain. 



- 247 — 



NOMINATION. - SERMENT. - EXAMEN 

Le bourreau était nommé, à Gand, par les 
échevins de la Keure, à l'intervention du grand- 
bailli. Le plus ancien acte de nomination d'un 
officier de justice que nous ayons rencontré date 
du 3 juin 1542.11 confère ces fonctions à un certain 
Mathieu du Mont, natif des environs de Lille. 

Cet acte, ou plutôt cette convention, est trans- 
crite au Registre B. B. folio 299 de la collection 
dite des quarante-sept registres de nos archives 
communales. A cause de son ancienneté et des 
détails qu'elle renferme, nous croyons devoir 
reproduire cette pièce en entier : 

Contrakt van den Scerprechtere, 

Scepenen van der Kuere, met advise ende by promotien 
van Edelen ende weerden heer, Mer Franchois vander 
Gràcht, hoochbaillin van der voornoemde stede, hebben 
gheconvenieert ende gbecontracteert met meester Mathys 
du Mont, geboren van Wembresy by Ryssele, omuie te 
wezene sceerprechtere ende officier van der hooghen 
weercke, up den sallaris hier naer volghende. Te wetene 
dat by jaerlix hebben ende ontfaen zal van stede weghe in 
pensioene twaelf ponden grooten. 

Item voor tschoonmacken van den messe, alzo dickwille 
als hy hem binnen dezer stede metten selven executie doen 
zal twaelf grooten, ende als hy daermede executie buuten 
doen zal vier grooten. 

Item de zelve sceerprechtere wert ghehouden te leverene 



— 248 — 

in den pynkeldere als yemaent overgheleyt wert de keers- 
sen, daervoren hy hebben zal voor eenen steen keerssen van 
elcken overgheleeden ter examen tien grooten. 

Item zal oocjaerlicx hebben een alfiast turfven vierdeput, 
thulpen synder berrynghe. 

Item zal noch hebben ende behouden zulcke habyten 
ende cleedren als de pacienten an hebben zullen in vier- 
schaeren, ende verwezen werden. 

Ende omme te obvierene ende remedierene de onghe- 
reghelthede, die de voorgaende officiers gheuseert hebben 
ten poortere ende eldere binnen der voornoemde stede int 
exigeeren ende ontfaen van eyeren, freuyt ofte ahderen 
zaken in wat manieren dat zy, ende daeruppe order ende 
pollicie ghestelt te werdene ten ghernstichede vanden ghe- 
meenen inwonenden ende andre van buten ter maert com- 
mende ende voor de redemptie van dien zal jaerlix hebben 
vander stede weghe voor al drye ponden gr. zonder meer. 

Item en boven al tghene voorseit zal hebben van sheeren 
weghe ter causen van zyn exploicten ende executien die hy 
doen zal dezer stede, naer costume ende buten volghende 
dordonnantie ende placcart vander K. Majt. 

Bovendien en zal de zelve sceerprechtere niet vermoghen 
buten der stede te gaene zonder tconsent van myn heeren 
voornomt. 

Up al welcke conditien, bespreken ende gaigen de voor- 
nomde meester Mathys tzelve officie gheaccepteert, ende 
by eede belooft heeft ghetrauwelic texercerene. Volghende 
welcken myn heeren voornomd hem uit officie gheandveert 
hebben ende andveerden, hem by dezen verbiedende den 
voornomde sallaris ofte eenich poiint van dieren texederene 
in eenegher manieren up sceerpelic ghepugniert te zyne 
ende van zynder officie ghepriveert te zyne indient myn- 
heeren beliefde. 

Actum den derden in wedenmaent xv c twee en veertich. 



— 249 — 

A la suite de cette nomination se trouve inscrite 
dans le même registre, le serment que prêta 
l'exécuteur des hautes-œuvres, Maître Mathieu 
du Mont : 

Dat zweerdi officier ende sceerprechtere dezer stede van 
Ghendt te zyne der K. Majt, onsen souverainen heere grave 
van Vlaenderen, heere ende der wet goet ghetrauwelic te 
bedienene ende exercerene, up de gaigen ende sallaris met 
u by scepenen gheconveniert, zonder die texcederene in 
eenegher manieren tsecret van scepenen so wel int examen 
als eldre, daert u kennelic wezen sal te hebene. Ende voorts 
al te doene dat een rechtveerdich officier en scerprechtere 
deser stede schuldich es ende behoort te doene. 

Alzo moet u god lielpen ende al zyn heleghen. 



Déjà en 1513 le bourreau était placé sous la 
protection spéciale du souverain. Des pénalités 
sévères étaient édictées contre ceux qui seraient 
tentés d'injurier ou de molester ce fonctionnaire. 
Un édit, transcrit au registre G., folio 211, et im- 
primé dans le premier volume des Placcards de 
Flandre, fut rendu sur la matière le 6 avril 1513. 
Voici à quelle occasion. 

Le bourreau de Malines, chargé de faire une 
exécution capitale, s'y prit d'une façon si mala- 
droite qu'il dut recommencer à plusieurs reprises 
avant de parvenir à trancher la tête du condamné. 
Cet horrible spectacle souleva l'indignation du 
public qui assistait à l'exécution. Des cris de mort 
retentirent et les spectateurs se saisirent du bour- 
reau qu'ils accablèrent de coups de pierre et de 



— 250 — 

coups de bâton à tel point que, quelques jours 
après, ils succomba à ses blessures. 

C'est pour éviter le renouvellement de ces 
scènes de violence, qui d'ailleurs n'étaient pas 
isolées, que fut rendu le décret de 1513 portant 
en tête dans le registre G. : « Van den hanghman 
« scerprechtere, hoe hem de prime neempt in zyne 
« protectie ende sauvegarde. » 

Nous avons encore rencontré d'autres décrets 
et ordonnances du prince souverain ou des éclie- 
vins dans lesquels, à propos des fonctions du 
bourreau, on rappelait que cet officier de justice 
était placé sous la protection particulière de 
l'autorité. 

Il arrivait bien souvent que les échevins de la 
Heure et le grand-bailli, avant de nommer défini- 
tivement un postulant à la place vacante d'officier 
criminel, le soumettaient à une espèce de stage, qui 
durait parfois plusieurs mois, et lui faisaient passer 
un véritable examen public. Tel fut, notamment 
le cas pour le bourreau Jean Franck, nommé le 
16 novembre 1669 en remplacement de maître 
Jean van Wassembruch, appelé aux fonctions 
d'officier criminel à Anvers. 

Jean Franck, bourreau de Duinkerke, adressa 
une première requête aux échevins de la Keure et 
au grand-bailli le 22 juillet 1669. Il fait valoir, 
pour obtenir cette place, qu'il exerce les fonctions 
d'officier criminel dès son jeune âge et qu'il a 
déjà fait un grand nombre d'exécutions aussi bien 
par la corde et par le glaive que de toute autre 



— 251 — 

façon. . . « van joncoo afgheexerceert synde hebbende 
« ghedaen vêle executien soo metten sweerde, koorde 
« als andersints » 

A l'appui de sa demande il joint à sa requête 
sa nomination de bourreau à Duinkerke lui 
octroyée le 8 mai 1668. Malgré l'habileté avec 
laquelle il avait rempli ses fonctions à Duinkerke 
et malgré les bons renseignements recueillis sur 
son compte, Franck ne fut pas nommé définiti- 
vement. Il fut agréé comme bourreau provisoire 
et soumis à un stage de six mois: 

Au mois de novembre suivant il adressa aux 
échevins de la Keure et au grand-bailli une nou- 
velle requête ainsi conçue : 

Aen myne Eclele Heeren Hoockbailliu ende Scke- 
penen vander Keure der stede van Ghendt. 

Supplierende vertoont met aile respect ende reverentie 
Meester Joannes Franck dat uwe Edelen de goetliey t hebben 
gkekadt van op syne supplicatie ende bede hem suppliant 
an te nemen vc-or sckerpreekter ofte officier crimineel deser 
stede voor den tyt van een kalfjaer by vorme van preuve 
oinme naerket volcommen van de eerste justitie voorderte 
disponeren op syn versouck ten begkinne gkedaen van 
gkeadmitteert te worden als sckerpreekter ad vitam synde 
aen uwe Edele ende een Igkelick kennelick dat den sup- 
pliant keeft volcommen ende ter executie gkeleyt de sen- 
tentie geprononckiert ten last van Jan Lancksweert sonder 
jactantie gkesprocken met soo groote promptitude ende 
abilliteyt als den act saude mogken verkeesscke tôt satis- 
factie soo ky betrauw van uwe Edele de welcke daeruytte 
kebben kunnen jugieren dat inden suppliant concurreren 
de qualiteyten gkerequireert in eenen sckerpreekter. 



— 252 — 

Biddende by dieu dat Uwe Edele believen den suppliant 
t'admiteren als scherprechter ad vïtam oj) de gaisen, prof- 
fyten ende emolumenten daertoe staende ende ghelyck syne 
voorsaeten in offitie hebben ghenoten ende gheproffyteert, 
twelcke doende, etc. 

Ce ne fut qu'au bout de quatre mois, comme on 
le voit par le contenu de sa requête, que se pré- 
senta pour Franck une véritable et sérieuse occa- 
sion de donner au public et aux autorités un 
échantillon de son savoir-faire. 

Un boulanger, nommé Caerel Jan Lancksweert, 
avait assassiné sa femme. Le crime commis, il 
s'était enfui à Liège où on l'arrêta et d'où on le 
reconduisit à Gand. 

Maître Franck soumit d'abord Lancksweert à 
la torture, ce qu'il fit avec tant d'habileté que 
l'assassin se reconnut coupable dès la première 
séance. Le 9 novembre 1660, les échevins de la 
Keure condamnèrent Lancksweert à être traîné sur 
une claie depuis la prison du Sausselet au marché 
aux Grains (remplacée en 1717 par le Pakhuis) 
jusqu'au marché du Vendredi. Le bourreau devait 
l'étendre, les bras et les jambes écartés, sur une 
croix en bois placée sur l'échafaud. Après lui avoir 
brisé les membres avec une barre de fer, Franck 
devait lui couper la gorge. C'est ce que porte la 
sentence : 

Omme aldaer op een schavot u lichaem levendich op een 
dweers hauten cruys gheraebraekt midtsgaeders met een 
scherp snydende mes uwe keele afghesneden te worden 
datter de dood naer volgbt. 



— 253 — 

L'exécution de Lancksweert eut lieu, ainsi que 
cela se pratiquait d'habitude, le jour même du 
prononcé du jugement de condamnation. 

Maître Jean Franck se tira de sa rude et difficile 
besogne à la satisfaction aussi bien du public que 
des échevins de la Keure et du grand-bailli. Il fat 
nommé bourreau de la ville de Gand le jour même 
de la présentation de sa seconde requête, c'est-à- 
dire le 16 novembre 1669. 

L'acte de nomination porte qu'il est appelé aux 
fonctions d'officier criminel aux fins d'exécuter et 
d'accomplir la justice à charge des malfaiteurs, 
« omme te executeren ende volbrynghen de justifie 
« tôt laste van de kwaeddoeners . » 

Cet acte constitue en même temps pour lui un 
diplôme de capacité et un certificat de moralité, 
car les échevins y insèrent la constatation suivante : 

Naer dat sy ghesien hebben de executie by hem ghedaen 
in den persoon van Jan Caerel Lancksweert oock ancler- 
sints gbeinformeert syncle van syne neerstigheyt ende ghe- 
traivwigheyt. 

Ce Jean Franck avait exercé les fonctions de 
bourreau à Courtrai de 1658 à 1668 et à Duin- 
kerke depuis le 8 mai 1668. Il mourut le 3 juin 
1716 après avoir été exécuteur des hautes-œuvres 
pendant près de soixante ans. 



Le bourreau n'avait pas de suppléant, c'est-à- 
dire un aide chargé de le remplacer en cas d'ab- 
sence ou de maladie. Les aides devaient seulement, 



- 254 — 

comme leur nom l'indique, l'assister dans l'accom- 
plissement de ses fonctions. En cas d'empêche- 
ment, c'était un officier criminel d'une autre ville 
qui venait faire à Gand les exécutions capitales et 
autres. Nous avons trouvé dans les comptes com- 
munaux qu'en 1481 le bourreau d'Anvers vint 
exécuter les sentences criminelles en l'absence du 
titulaire Cornelis de Meersman, et qu'en 1506, 
pendant la maladie du bourreau de Gand, Willem 
Hoedeman, ce fut celui de Bruges qui vint le rem- 
placer. Ce Willem Hoedeman eut pour successeur, 
l'année suivante, Wisselt Gheertz. 

Item ghegheven ten beveelne van scepenen meester Chris- 
tiaen dienare vanden zweerde valider justitie van Andwer- , 
pen van diveersche examen ende executien by hem binnen 
deser stede ghedaen inde absencie van meester Cornelis 
dienare van den zweerde van dezer voorseyde stede naer 
tverclaers vander cedulle. Actum viij january anno lxxxi ij 
lib. ij se. viij den. gr. 

(Comptes de la ville, année 1481-1482, f°283.) 

Item betaelt den voornomde meester Jaspaert Tsaep 
scharpeoe van Brugghe als hier ontboden zynde inde ab- 
sentie van Meester Willem Scharp coc cleser stede midts 
zynder cranchede ende impotentien als hier gherecht heb- 
bende eenen Bastiaen Lagache metten zweerde ende mette 
rade midts dat mynen heere de hooch-bailliu boven dese 
somme betaelt heeft tordinaire daer toe staende comt naer 
tinhauden van de cedulle xvi se. iiij den gr. 
(Comptes de la ville, année 1506-1507 f° 71.) 

Le bourreau de Bruges, dont il est ici question 
et qui s'appelait Gaspard Tsaep ou Saerp, fut 
nommé en la même qualité à Gand en 1508. 



— 255 - 

Nous venons de dire que le bourreau n'avait pas 
de suppléant et qu'en cas de nécessité il se faisait 
remplacer par un de ses confrères. Il y a mieux : 
en 1538, le bourreau de Gand, maître Nicolas 
Bertram, fit remplir son office par un magistrat, 
lequel certes ne s'attendait pas le matin, en quit- 
tant son habitation, à remplir pendant la journée 
les fonctions d'exécuter des hautes-œuvres. 

Le 6 juillet 1538 le bourreau venait de décapiter 
un condamné dont le corps devait, après l'exé- 
cution, être placé sur la roue, puis être traîné 
sur une claie et exposé hors la porte du Sas à 
l'endroit usité. L'exécution terminée, des difficul- 
tés, dont nous ignorons le motif, s'élevèrent entre 
le bourreau et le procureur général du conseil de 
Flandre. Maître Bertram, à la suite de ce conflit, 
refusa ses services au procureur général, qui fut 
obligé de placer lui-même, avec l'assistance de 
ses huissiers et de ses messagers, le corps du déca- 
pité sur la roue. Ce fait est relaté dans le Memorie- 
boeck, anno 1538 : 

Den vj en July was by clheeren van den rade onthooft een 
patient ter plaetse ghecostumeert, ende daer viel questie 
tusschen den procureur-generael ende den hangmeester dat 
hy hem ontseyde breeder dienst, so dat de procureur met 
zyne hussiers ende messagiers het lichaem selve up het rat 
rechten moest. 

Il est fort probable qu'avant d'en venir à cette 
extrémité le procureur général se sera adressé à 
quelques assistants pour les engager à placer le 



— 256 — 



corps sur la roue. Le refus de ceux-ci l'aura forcé 
de remplir lui-même cette répugnante besogne. 



Les gens de mauvaise vie, les vagabonds et 
les autres individus de la même espèce étaient 
expulsés de la ville, après avoir été au préalable 
frappés de verges. Dans les localités où il n'y 
avait pas de bourreau ou bien quand celui-ci était 
trop occupé, on choisissait parmi ces coquins 
l'un d'eux qui devait appliquer à ses compagnons 
la peine des verges. Les placcards du 22 septembre 
1506 et du 22 décembre 1515 « toucant les Blitres, 
Paillars, Oyseus et Vagabonds » s'expriment 
comme suit : 

Punition quant le bourreau ne sera à la main. 

Et à cause que sus le plat pays et aussi en plusieurs 
villes privilegees, l'on ne peult souuêt recouurer de Hault- 
justicier sans grans coustz, parquoy lesdicts blitres, coquins, 
truans, et autres semblables ayans mesusé et fourfaict, 
demeurêt impunis : nous voulons et ordonnés que d'ore- 
nauant es Villes et lieux ou n'y aura de Hault-justicier, les 
officiers d'icelluy lieu seront tenuz de faire battre et 
fustiguer de verges, et autremêt corriger lesdicts Blitres, 
Coquins, Truans et leurs consors ayans mesusé, par l'un 
d'eulx que lesdicts officiers clioiserôt, sans pour ceste cause 
faire aulcune depence et différer à faire la dicte correction * 
par faulte dudit Hault-justicier. 

Le placcard ne dit pas ce que le magistrat 
devait faire dans le cas où le « Blitre, Coquin ou 
Truan, » chargé de fustiger ses compagnons, refu- 



— 257 — 

sait de se charger de cette besogne pour laquelle 
il ne recevait aucune rénumération. 

Il existe une croyance populaire d'après laquelle 
les fonctions de bourreau étaient autrefois héré- 
ditaires dans la même famille de telle sorte que le 
fils était obligé, sans pouvoir s'y refuser, de succé- 
der à son père. Cette obligation n'a jamais existé 
du moins à Grand. 

Nous avons vérifié dans les registres des comp- 
tes communaux les noms de tous les bourreaux ■ 
qui ont fonctionné à Gand depuis 1314, date du 
plus ancien de ces registres, jusqu'en 1794. Nous 
n'avons trouvé que deux exemples de bourreaux, 
portant le même nom, qui se sont succédé. 

Mathias du Mont, qui fut en fonctions de 1542 
à 1556, eut pour successeur Jean du Mont. Encore 
ignorons-nous si Jean du Mont était bien le fils 
de Mathias auquel il succéda, -du reste; de son 
plein gré. 

Jean du Mont, qui exerça de 1556 à 1582, est 
parfois désigné dans les comptes communaux sous 
le nom flamand de Jan vanden Berghe. 

Plus tard nous rencontrons Jacques Boitquin, 
qui fut exécuteur des hautes-œuvres de la ville de 
Gand depuis 1717 jusqu'en 1750 et auquel succéda 
Jean Baptiste Boitquin. Celui-ci resta en fonctions 
de 1750 à 1764. 

Il est plus que probable que Jean Baptiste Boit- 
quin était le fils de Jacques. Nous avons lieu de le 
supposer, parce qu'au siècle dernier la famille 
Boitquin a fourni plusieurs bourreaux à la justice 

18 . 



— 258 — 

criminelle. Outre les deux Boitquin, que nous 
venons de citer, il y eut encore un troisième, 
Henri Boitquin, qui fut appelé aux fonctions 
de bourreau de Gand en 1784. 

Cet Henri Boitquin, dans sa requête aux ma- 
gistrats, dit qu'il est fils de Pierre Boitquin exé- 
cuteur des hautes-œuvres à Bruges. Nous avons 
encore rencontré un Frans Boitquin qui fut 
scherprechter de Bruges vers le milieu' du dix- 
huitième siècle. 

Voilà donc cinq bourreaux, portant le nom de 
Boitquin et remplissant ces fonctions à Gand et à 
Bruges au siècle dernier. Il faut supposer que tous 
les membres de cette famille avaient la vocation 
et se destinaient, dès leur jeune âge, à devenir un 
jour exécuteurs des hautes-œuvres. 



Nous avons dit, en commençant, que les fonc- 
tions de maître des hautes-œuvres étaient loin de 
constituer une sinécure. Cela fut surtout vrai 
pendant l'époque agitée des troubles religieux du 
seizième siècle. Les exécutions capitales, pronon- 
cées presque toutes pour crime d'hérésie, « ter 
<c causen der feijte vander ghueserie ou ter causen 
« van heresyen, » se succédaient d'une façon épou- 
vantable. 

Marcus van Vaernewijck, dans le dixième livre 
de ses Beroerlicke Tyden (volume 4, page 281), fait 
l'énumération des échafauds, potences, chaudières, 
fournaises, billots (vleeschblock) placés dans les 
différents quartiers de la ville de Gand. Elle a, 



— 259 — 

dit-il, l'aspect d'un abattoir d êtres humains : 
« zoo dattet scheen, dat die sladt van Ghendt ghe- 
« worden was een slachhuus der menschen. » Ces 
mots, qu'il écrivait au mois d'octobre 1567, se 
justifiaient par les spectacles dont il était jour- 
nellement témoin. Il raconte, entre autres (vo- 
lume 4 pages 302 et ss.) que le 30 mars 1567 
il assista en une matinée à onze exécutions qui 
eurent lieu, par la potence et par le feu, sur la 
place Sainte-Pharaïlde. Sept condamnés, dont cinq 
pour crime d'hérésie, furent pendus; les quatre 
autres, qui étaient des anabaptistes, furent brûlés 
vifs. 

Van Vaernewijck parle avec indignation de l'at- 
titude des soldats espagnols qui entouraient les 
potences et les brasiers et qui lançaient des mor- 
ceaux de bois sur le corps des malheureux patients. 

Ce fut le bourreau Jan du Mont qui fit cette 
série d'exécutions. 

Nous venons de traiter de la nomination du 
bourreau. Voici un cas de destitution d'un bour- 
reau lequel fut en outre condamné à êrte battu de 
verges et banni de la ville de Gand. 

Hans Jonckert, nommé en 1591 aux fonctions 
de maître des hautes-œuvres, n'avait pas une 
conduite exemplaire. Grand amateur du beau sexe, 
coureur de tripots et batailleur, il avait fréquem- 
ment à subir les admonestations du grand-bailli 
et des échevins. Il finit par lasser la patience des 
magistrats qui se décidèrent à le faire comparaître 
devant eux. 



— 260 — 

On reprochait à Jonckert, qui avait- femme et 
enfants, d'entretenir des relations coupables avec 
d'autres femmes dont; quelques-unes étaient éga- 
lement mariées. 

Ses fonctions de bourreau l'appelaient à chaque 
instant dans les prisons. Il en profita pour faire 
évader de la prison de la cour ecclésiastique une 
femme qui y était détenue et. sur laquelle il avait 
jeté son dévolu. 

Enfin il s'introduisit, un jour, de force et l'épée 
à la main dans la maison d'une veuve qu'il accabla 
de mauvais traitements. 

Tels étaient les faits dont il eut à répondre 
devant le tribunal criminel des échevins de la 
Heure. Ceux-ci le condamnèrent, le 11, février 
1594, à être battu publiquement de verges et à 
être banni pendant dix ans de la ville de Gand et 
de la Flandre. Ce jugement, transcit dans le Bouc 
van den Crisme de 1593-1598 (folio 4 r°), relate 
comme suit les faits qui motivèrent la condam- 
nation de Hans Jonckert. 

Omme clieswille dat gliy Hans Jonckert officier criniineel 
deser stede van Ghendt hoe ghy anders ghenaempt ofte 
ghebynaempt zyt Ulieden vervoordert hebt wesende in 
huwelijcke staete met dry diversche vrouwe persoonen soo 
ghehuwde als onghehuwde te nemen vleeselycke conver- 
satie daerby committerende crijni vande adultère ende 
bovendien uut de vanghenesse vanden gheestelycken hof 
met behendigheyt te licbten seker meysse gbenaempt Tanne 
aldaer gbedetineert op pretext van haer te koraen besiene 
daerby committerende vangbenes braecke waermede niet 
te vrede en wesende maer vallende van dien einde int 



— 201 — 

anclere u soo vergeten hebt dat gy by avoncle ende ontyde 
met titgetrockene rapière fortse ende ghewelt ghedaen hebt 
up sekere huys yan eene wedewe alwaer ghy naer lanck 
ruinoer ingelaten synde ghy de selve ghesleghen ende ghe- 
tracteerd hebt dat sy ten laste ter eerde ghevallen is daerby 
committerende publijck ghewelt met wapenen aile welcke 
saken niet lydelick en syn sonder groote ende exemplare 
punitie schepenen vander Keure deser stede van Ghendt 
up ailes ghelet hebbende en namenlyck up uwe confessie 
condempneren u alhier in opene camere ten aensiene van 
eener gelycke met scherpe roeden ghegheesselt te worden 
up u bloot lyff totten bloede bannen u vorts uut deser stede 
ende lande van Ylaenderen ten tyt van thien jaeren up pêne 
vàn hergheesselinghe ende ter eewighen ban van te ruymen 
deser stede binnen sonneschyne ende tlandt van Ylaen- 
deren binnen derden daeghe aldus gheprononcheert den 
xj february 151)4. 

Hans Jonckert dut subir en public la peine des 
verges qu'il avait si souvent appliquée lui-même. 
Les échevins de la Keure s'étaient montrés, nous 
semble-t-il, excessivement indulgents à l'égard de 
l'officier criminel. Si tout autre que Monsieur de 
Gand avait commis une partie seulement des faits 
énumérés dans le jugement de condamnation, on 
n'aurait pas hésité un seul instant à le pendre 
haut et court ou à lui trancher la tête. 

Il eut pour successeur Laureyns Pot, qui ne 
resta que quelques mois en fonctions et fut rem- 
placé à son tour en 1594 par Bauduyn Walspeck. 

Le bourreau, dont le traitement était entiè- 
rement à charge de la ville de Gand qui le nom- 



— 262 — 

mait, devait, outre les jugements des échevins de 
la Keure, exécuter encore les arrêts du conseil de 
Flandre. Nous ne ferons pas de différence, dans 
la suite de cette étude, entre les sentences cri- 
minelles rendues par ces deux cours de justice. 

Prosper Claeys. 
(A suivre.) 



— 263 



ANALECTES BELGIQUES. 



I. 

LES ARCHIVES DE FLANDRE, 

Mémoire inédit de Pn.-J. de Neny. ' 



Le mémoire que nous publions aujourd'hui, fait 
partie des papiers du chevalier Jean-François- 
Xavier Dierickx, qui fut longtemps avocat fiscal 
au Conseil de Flandre '. Il lui fut envoyé, en 
1763, par le comte Patrice-François de Neny, 
chef et président du Conseil privé, avec la lettre 
suivante : 

Brusselles, le 20 juillet 1763. 

Vous recevrez dans ce paquet, Monsieur, une dépêche de 
S. A. R. qui vous informe d'une commission donnée à mon 
fils, relativement aux papiers qui ont composé l'ancien 
Archive de Flandre. Mais, pour que vous soiez instruit de 



1 Ces papiers sont actuellement conservés à la bibliothèque de 
l'Université de Gand {Documents divers). 



— 264 — 

• 

quoi il s'agit, je vous communique confidemment le mé- 
moire ci joint, que mon fils a présenté à Son Excellence, en 
conséquence de l'examen qu'il a été chargé de faire des 
inventaires. Je vous prie de vouloir bien me le renvoier, 
lorsque vous en aurez fait usage, et de me marquer, en 
même tems, quand il vous sera commode que mon fils se 
rende à GancT. Je suppose que l'inspection sommaire qu'il 
doit prendre, ne laissera pas que de l'occuper trois ou 
quatre jours, et j'espère que vous pourrez lui donner un 
commis qui soit en état de l'aider dans ses recherches. Je 
m'en remets néanmoins bien volontiers, et à tous égards, 
à la manière dont vous jugerez à propos de diriger cette 
besogne. 

J'ai l'honneur d'être avec une parfaite considération, 
Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur. 

[Signé) Neny. 

Le chevalier Diericx répondit aussitôt qu'il se 
mettait tout à la disposition du fils du chef-prési- 
dent : « Je tâcherai », dit-il dans sa lettre, datée 
du 23 juillet, « je tâcherai de procurer à monsieur 
votre fils toutes les facilités qui dépendront de 
moi; et, pour l'aider dans ses recherches, je lui 
procurerai aussi un commis capable. Quant au 
tems qui seroit le plus commode pour se rendre 
à Gand, en cas que cette besogne ne presse point, 
je le prierois de la différer jusqu'au mois de sep- 
tembre prochain, parce que nous sommes à la 
veille de nos grandes vacances, que j'avais déjà 
destiné d'emploier en grande partie à des vaca- 
tions hors de la ville. Si, cependant, la besogne 
presse, je remettrai mes affaires à un autre tems, 
pour me trouver en ville pendant que monsieur 



- 265 — 

votre fils y vaquera, le priant de prendre son 
logement chez moi, et d'être persuadé que je serai 
très flatté de lui pouvoir rendre toutes [sic] les 
services qui dépendront de moi, et auxquelles il 
me voudra bien emploier. » Le 29 juillet, Neny 
remercia Diericx de ses offres obligeantes ; il l'in- 
forma que la commission dont son fils avait été 
chargé n'était nullement pressante, et que rien 
ne s'opposait, par conséquent, à ce que son voyage 
fût remis au mois de septembre. 

Les archives dont il s'agit ici, sont celles qui 
sont connues sous le nom d'archives du château 
de Rupelmonde, et dont les débris sont conservés 
aujourd'hui dans le dépôt d'archives de la pro- 
vince de la Flandre Orientale, à Gand. Dans une 
notice historique sur ces archives, Jules de Saint- 
Génois s'exprime ainsi : « De 1717 à 1765, il n'est 
plus fait mention de l'ancienne trésorerie des 
chartes. A cette époque, le comte de Neny, fils 
du comte Patrice de Neny, chef président du 
Conseil privé, fut chargé par l'Impératrice de 
visiter les archives de Rupelmonde et de faire un 
rapport à ce sujet. Malheureusement ce rapport, 
qui doit avoir été fort intéressant, ne se trouve 
pas aux archives générales du royaume '. » Le 



1 Messager des sciences, 1831, p. 219. J. de Saint-Génois ajoute : 
« En 1770, le célèbre jui'isconsulte Pl'effel vint examiner ces titres 
au nom du roi de France, avec le conseiller de Wynants. Ce dernier, 
autorisé par le gouvernement autrichien, délivra à Pfeffel, sous ré- 
cépissé, un grand nombre de pièces réclamées par la France... » 
Nous avons découvert également, parmi les nombreuses pièces 
manuscrites conservées à la bibliothèque de l'Université de Gand 



266 



mémoire préliminaire que nous avons retrouvé 
pourra suppléer, du moins en partie, à ce rapport 
qui paraît perdu. 

Comme on a pu le voir, c'est en 1763, et non 
en 1765, que Philippe-Joseph de Neny fut chargé 



(Documents divers, v° Archives), la lettre suivante adressée au 
Conseil de Flandre, et relative à la mission de Pfeffel : 

L'Impératrice, douairière et reine : 

Très cher, chers et féaux. Sur le compte qui nous a été rendu 
de votre lettre du 4 décembre de l'année dernière, nous vous faisons 
la présente pour vous dire que le comte de Wynants, notre com- 
missaire pour l'exécution de l'article 38 du traité du 16 mai pré- 
cédent, qui doit bientôt se rendre à Gand avec le sieur Pfeffel, 
commissaire du roi très chrétien, y procédera à l'exécution dudit 
traité, en tant qu'il peut être relatif aux papiers du dépôt d'état, 
nommé improprement Archive de Flandre, d'après l'inventaire qui 
en a été formé par nos ordres en 1763. 

Pour ce qui concerne les papiers des autres dépôts qui pourroient 
être dans le cas de devoir être remis à la France, c'est notre inten- 
tion que les deux commissaires y aient accès, à l'intervention de 
notre conseiller fiscal, comme cela s'est pratiqué déjà de la part de 
la France dans les dépôts de Metz et de Nancy. 

Quant aux papiers des dépôts de Lille et de Douay, que la 
France doit nous remettre, cette restitution va se faire incessam- 
ment, d'après les principes arrêtés par le traité du 16 mai de l'année 
dernière. 

Au surplus, nous n'avons vu qu'avec surprise que le Bailli de 
notre chambre légale ait pu avancer, comme il l'a fait par sa décla- 
ration du 9 novembre, jointe à votre lettre, que, par le traité d'Aix- 
la-Chapelle de 1748, qu'il dit être inconnu dans la Flandre, la 
couronne de France nous auroit cédé le village de Watou, tandis 
qu'il ne devoit pas ignorer que cette terre est passée sous notre 
domination en vertu des traités d'Utrecht, de Ratstadt et de Baden. 
Nous lui ferons connoitre nos intentions sur cette erreur, par le 
canal de votre chambre des comptes. A tant, très cher, chers et 
féaux, Dieu vous ait en sa sainte garde. 

De Bruxelles, le 20 janvier 1770; paraphé Ne. v t .Plus bas étoit : 
par ordonnance de Sa Majesté, signé De Reul. 



— 267 — 

de sa mission. Déjà en 17G2, Marie-Thérèse avait 
écrit à la chambre fiscale de Flandre : 

L'Impératrice Reine, 

Cher et féal. Nous désirons que vous nous informiez inces- 
samment : 

1° De l'endroit où se trouvent actuellement les archives 
de Flandre, déposées ci-devant au château de Rupelmonde; 
2° Dans quel état sont ces archives ; si elles sont arran- 
gées en bon ordre, et d'une manière qu'on peut facilement 
trouver les papiers, d'après les indications de l'inventaire ; 
3° Vous Nous envoyerez des copies authentiques des 
commissions de tous les gardes ou trésoriers de ces mêmes 
Archives qui pourront se trouver dans les actes, depuis le 
commencement du règne de l'empereur Charles V. 
. A tant, cher et féal, Dieu vous ait en sa sainte garde. 
Brusselles, le 1 mai 1762. Ne. v*. 

Par ordonnance de Sa Majesté, 
P.Maeia. 

A la suite de cette demande, Diericx avait écrit 
la lettre suivante, que nous publions d'après sa 
minute autographe *, et à laquelle Ph.-J. de Neny 
fait allusion dans son mémoire : 

Messeigneurs, 

Ensuite des ordres de VV. SS. du premier de ce mois, 
j'ai l'honneur de les informer que les archives de Flandre, 
déposées ci-devant au château de Rupelmonde, se trouvent 

1 Sur la marge supérieure, nous lisons cette note curieuse : 

Fait des recherches, 6 heures f. 9.00 

Former cotte [?], 2 heures ........ » 3.00 

Mise au nette grosse 4 feuilles. » 1.10 

Copies autentiques jointes grosses 22 feuilles . » 4.08 

f. 18.08 



-— 268 — 

actuellement au Conseil en Flandre, dans une chambre 
communément ditte la chambre des fiscaux, où ils [sic] 
ont été transportés du nouveau château de Gand, par 
ordre du gouvernement et à la poursuite des conseillers 
fiscaux, en l'an 1715. 

Ces archives y sont très mal arrangées, placées en partie 
dans des tiroires [?] ou lyaittes [sic] de bois, et partie en des 
coffres et liasses. Elles sont confondues ensemble, de sorte 
qu'on ne peut plus facilement trouver les papiers d'après 
les indications de l'inventaire. Je crois même qu'il y a une 
grande partie qui y manque, car j'ai trouvé souvent, en y 
faisant des recherches, que les étiquets [sic] ne contenoient 
plus les pièces spécifiées par l'inventaire que le président de 
Pattin a fait remettre le... [15 avril 1762, au secrétaire du 
Conseil privé, à Bruxelles]. 

Le clerc juré de la greffe du Conseil, Grimberghen, qui y 
est en fonction depuis cinquante ans ou environ, m'a dit 
que, de sa connoissance, les fiscaux y ont souvent fait des 
recherches, et envoyé, par ordres du gouvernement, des 
actes à Bruxelles; ce qui, suivant la tradition, doit également 
[être] arrivé avant son tems; mais comme ils n'ont pas tenu 
note de ce qu'ils en tiroient et qu'ils n'observoient point 
l'exactitude requise pour remettre les autres dans l'ordre de 
l'inventaire, VV. SS. pourront facilement juger de l'état 
dans lequel ces archives se trouvent actuellement l . 

Ces archives y sont placées en fort mauvais ordre, 
confondues et éparpillées ensemble, telles qu'elles se trou- 
voient au nouveau château de Gand, en l'an 1715. J'ai 
observé qu'il y... 2 reste cependant encore plusieurs pièces 
curieuses et intéressantes, non seulement par rapport à leur 
antiquité, mais à cause de la matière dont elles traittent. 



1 Passage biffé sur la minute. 

2 Passage biffé, sans importance. 



— . 209 — 

Je crois même que ce seroit une chose à désirer pour le 
service de S. M. que ces pièces seroient bien arrangées et 
inventoriées par ordre des matières et, nommément, qu'à 
X avenir, elles y seroient conservées 'par un officier en titre, 
tel que V objet par oit requérir '. 

Quant aux commissions des gardes ou trésoriers de ces 
mêmes archives, j'ai parcourra tous les registres des com- 
missions et patentes du Conseil, et je n'y ai trouvé que les 
deux commissions ci-jointes en copies autentiques. 

Parmi quoi, espérant d'avoir satisfait aux ordres de 
W. SS., j'ai l'honneur d'être d'un très profond respect, 

Messieurs, 

De VV. SS. illustrimimes, 
Le très humble et très obéissant serviteur, 
Le conseiller fiscal de S. M. au Conseil de Flandre. 

Gand, ce 13 may 1762. 

Patente de trésorier des chartes de Flandre, du 14 d'aoust 
1532, en faveur de messire Guillaume de Waele, seigneur 
d'Axpoele. fo 77 r °. 

Patente de trésorier des Chartres de Flandre, en faveur 
de messire Louis Errenbault, écuier, seigneur de Dudseele, 
en la place de messire Jean-Baptiste Maes, chevalier de 
l'ordre de Saint- Jacques, dernier possesseur dudit état; 
7 mars 1668. fo 249 r°. 



1 Passage biffé sur la minute. 



— 270 — 



MÉMOIRE SUR LES CHARTRES DE FLANDRE. 

Les Chartres de Flandre ont été déposées et 
gardées pendant longues années au château de 
Rupelmonde, dont il ne reste plus que les ruines. 

Pendant les troubles des Païs-Bas ' , ces Chartres 
furent transportées à Gand et déposées partie 
dans une sale qui étoit audessus de celle où s'as- 
sembloit le chapitre de la cathédrale, et partie 
dans la tour du beffroy. 

En 1594, le roy Philippe II jugea à propos de 
les faire tirer de là, et les fit déposer dans une sale 
qu'on venoit de construire exprès au nouveau 
château de Gand, c'est à dire dans la citadelle. 

Cette opération fut exécutée par Conrad Schetz 
de Grobbendonck, conseiller au Conseil des 
finances 2 , par un conseiller du Conseil de Flandre 
et par un conseiller maître de la Chambre des 
comptes de Lille, à l'intervention de plusieurs 
membres du Magistrat de Gand, tous spécialement 
commis pour cet effect par le gouvernement. Ces 
commissaires eurent ordre de revoir les anciens 
inventaires, de constater Tétat des papiers, d'ano- 
ter ceux qui étoient perdus ou égarés, et ensuite 
de remettre à messire Jehan de Riehardot, conseiller 



1 Voyez les lettres patentes datées de Brusselles, le 30 mars 1594, 
insérées dans l'inventaire [note de Neny]. 

2 Conrad Schets de Grobbendonck était fils du célèbre Gaspard 
Schets de Grobbendonck et de Catherine d'Ursel ; ayant pris le 
nom et les armes d'Ursene ou Ursel, il devint la tige des ducs 
d'Ursel actuels. 



— 271 — 

des Conseils cVétat et privé et président d'Artois, ou 
à son command ', tous les actes qui constituoient 
les Chartres de Flandre, moiennant son reçu au 
bas de l'inventaire. 

Tout cela fut exécuté, et le nouveau dépôt au 
château de Gand subsister [sic] jusqu'en 1678, 
ainsi qu'on le dira ci-après. 

Du reste, les archives de Flandre ont toujours 
été sous la garde d'un trésorier particulier. Voici 
la liste de ceux qui ont rempli cette place depuis 
le commencement du règne de Charles-Quint, pour 
autant qu'on a pu le découvrir par les comptes des 
domaines d'Oostflandre, reposant en la Chambre 
des comptes de Lille et par d'autres actes. 

Guillaume de Waele, chevalier, seigneur d'Ap- 
poel [Axpoele] et de Hansbeke, conseiller au 
Conseil en Flandre ; il fut pourvu de la place de 
trésorier, ou garde-chartres de Flandre, par lettres 
patentes de Charles, prince d'Espaigne, du 10 août 
1515, sur 1-a résignation qu'en auroit faite l'au- 
diencier Philippe Henneton [Haneton] * en mains 



1 Les passages en italique sont ceux qui 9ont soulignés dans 
le texte. 

2 Philippe Haneton avait été nommé trésorier et garde des chartes 
de Flandre en 1506. Voir la notice que M r Emile Varenbergh a 
consacrée à ce personnage dans la Biographie nationale, t. VIII 
(1884-1885), col. 682-684. Voici la liste de ses prédécesseurs, d'après 
la notice de J. de Saint-Génois : Jacques de Libaufosse (1357) ; 
Pierre Blanchet (c. 1387); Thierry Gherbode (1399-1421); Jean 
de la Kéthulle (1433); Georges d'Oostende; Barthélémy Trottin 
(1482-1488) et Philippe Numan (1485-1489). Il est probable que ces 
deux derniers personnages exercèrent quelque temps ensemble la 
fonction de garde des chartes de Flandre, de même que Pierre 
Blanchet et Thierry Gherbode. 



— 272 — 

du seigneur d'Escaubecque, chanselier. Le garde 
des Chartres fut chargé de faire son serment entre 
les mains du même chevalier, qui devoit aussi le 
mettre en possession de son office. Ses gages 
étoient de J? 120 par an. 

Par lettres patentes du 15 septembre de la même 
année, Jean Caulier et Antoine de Monteneije, 
seigneur de Marque, conseillers et maîtres des 
requêtes de l'hôtel, furent commis, avec un auditeur 
et un greffier de la Chambre des comptes, à l'effect 
de recevoir de l'audiencier Henneton les Chartres 
de Flandre avec leurs inventaires et les clés, pour 
remettre ensuite le tout à Guillaume de Waele. 

Charles Boisot, conseiller des Conseils d'état et 
privé, succéda immédiatement à Guillaume de 
Waele. Boisot, qui était à la suite de l'empereur 
Charles V, en Allemagne ', étoit mort à Ratis- 
bonne, en 1546 2 . Viglius d'Aytta, conseiller au 
Conseil privé, lui succéda dans la place de garde 
de Chartres de Flandre, et la conserva étant chef 
et président, et ne s'en démit qu'en 1550, lors 
qu'il demanda et obtient [sic] la place de maître 
des registres de Hollande, vaccante par la mort de 
Vincent Cornelissen, trésorier général des finances. 

Hermès de Wingene [ou Winghe], conseiller au 



1 Analecta belgica, tome I, page 26 [note de Neny]. 

2 Charles Boisot, qui n'est pas cité dans la. Biographie nationale, 
fut nommé membre du grand Conseil, à Malines, le 27 décembre 
1531 ; en 1538, il fut appelé à siéger au Conseil d'état et au Conseil 
privé, où il se distingua de manière à être choisi pour présider le 
Conseil des affaires des Pays-Bas, à Madrid. 11 se trouvait, le 20 sep- 
tembre 1546, au camp de Neubourg, et c'est là qu'il fut attaqué de 
la dyssenterie dont il mourut à Ratisbonne, où il avait été transporté. 



— 273 — 

Conseil privé, lui succéda dans celle de garde des 
chartres de Flandre. 

Par une commission de l'empereur de l'an 1551 ' , 
Philibert de Brusselles, conseiller au Conseil privé, 
fut chargé de se transporter au château de Rupel- 
monde, d'y recevoir de Viglius les chartres, les 
inventaires et les clefs, et de les remettre à Hermès 
de Wingene. 

Celui-ci fut remplacé, en 1574, par le docteur 
Louis Del Rio. 

Gherolff [?] Vanderhaegen lui succéda en 1579. 

Dans les comptes de 1582, on trouve Louis 
Hueriblock, trésorier des chartres de Flandre. 

En 1583, Jean de Richardot, président du 
Conseil d'Artois, qui garda cette place pendant 
qu'il étoit chef et président, et jusques à sa mort 
arrivée en 1609. 

Depuis lors, jusques en 1627, les comptes ne 
présentent aucun paiement de gages au trésorier 
des chartres de Flandre, ce qui fait présumer que 
l'emploi étoit demeuré vaccant. 

Dans les comptes de 1630, on trouve le paie- 
ment des gages de trésorier des chartres de Flandre, 
pour trois années, à Jean-Baptiste Maes, conseiller 
au Conseil des finances, fils du chef et président 
de ce nom, qui avoit été pourvu, en 1627, de lomce 
de trésorier des chartres ; il mourut en 1667. 

Par lettres patentes datées de Brusselles, le 
7 mars 1668, Louis d'Errembault, seigneur de 



1 Le 17 avril 1552, d'après la notice de J. Britz sur Philibert de 
Bruxelles, dans la Biographie nationale, t. III (1872), col. 118. 

19 



— 274 — 

Dudzeele, premier conseiller au grand Conseil, 
fut établi conseiller-trésorier et garde des Chartres 
de Flandre, à la place de Jean-Baptiste Maes, et 
prêta son serment le 10 du même mois, entre les 
mains du chef et président [Charles de] Hovyne. 
Lors de la prise de Gand par les François, en 1678, 
Errembault étoit président du Conseil de Flandre. 
L'inquiétude de son esprit- lui avoit attiré diverses 
affaires désagréables et [il] finit par s'attacher au 
service de Louis XIV, qui le fit président du Conseil 
souverain de Tournay. Il paroit que, depuis lui, 
personne n'a été garde des Chartres en titre ' . 

En 1762, le gouvernement voulant être instruit 
de l'état de ces Chartres, on commença par or- 
donner au président du Conseil de Flandre d'en 
envoier l'inventaire au chef et président ; ce qui fut 
exécuté, moiennant un reçu qui [sic] en donna 
l'un des secrétaires du Conseil privé 2 . 



1 Voir la notice que M r Emile de Borcbgrave a consacrée à ce 
personnage dans la Biographie nationale, t. VI (1S78), col. 6S5-G93. 

2 Voici le procès-verbal de cette remise : 

Op den 2 e " maerte 1762, gedraegen ten huyze van den heere 
président vijf registers van de archiven, te weten eenen geschreven 
op parchemijn, ende vier andere gebonden in leer. • 

Het registre gescbreven op parchemijn, bij ordre van den heere 
président, gebonden in een envelope, is door dessell's ordre, door 
Grimberghe, op den 7 e11 april 1762, gegeven in handen van den 
raedsheer de Geus, om naer Brussel mede te draegen, ende te behan- 
digen in de chancellerie van privëen Raedt, synde de resterende 
boecken wederom ten fiscaele comptoir beweght. 

Copie van récépissé. 

Le soussigné, secrétaire de Sa Majesté en son Conseil privé, 

déclare d'avoir reçu de M r l'avocat au grand Conseil Sporenbourgh, 

l'inventaire des Chartres de Flandres, conservées ci-devant au 

château de Rupclmonde, envoyé audit Conseil privé par M r le vi- 



— 275 — 

Il forme Ain très gros volume en vélin, qui com- 
prend la collection de différens inventaires faits en 
différens tems, à commencer avec celui dressé en 
l'an 1387 [1388, n. st.] par Pierre Blanchet, 
conseiller et maître de requêtes de l'hôtel, et par 
Thierry de Gerbode, secrétaire de Philippe le 
Hardi, duc de Bourgogne, comte de Flandre \ 

On voit par ces inventaires que les papiers qui 
constituoient le dépôt nommé les archives de 
Flandre, formoient un assemblage d'une multitude 
d'actes aussi intéressans que curieux. 

On y trouve, entre autres, tous les traités 
d'alliance, de pais et de commerce des anciens 
comtes de Flandre et des princes des maisons de 
Bourgogne et d'Autriche, ainsi que leurs traités 
de mariage et ceux de leurs enfans, avec les négo- 
ciations y relatives ; 

Le partage des états et la maison d'Autriche 



comte de Patin,, président du Conseil en Flandres, en conséquence 
des ordres de S. M. 

FaitàBrusselles, le 15 d'avril 1762. 

Signé P. Maria. 

1 « Appréciant l'importance de la trésorerie des chartes et l'utilité 
qu'il en pouvait tirer pour le soutien de ses droits, il [Philippe le 
Hardi] nomma, le 30 septembre 1399, Gherbode garde de ses 
archives en Flandre, Artois, Rhételois, Limbourg, Outremeuse et 
Brabant, au traitement de 300 francs d'or, avec la ville de Lille pour 
résidence... Jean sans Peur le confirma dans cette charge, le 9 août 
1405, et Philippe le Bon en 1419. Gherbode a laissé un Mémorial, 
conservé aux Archives de l'État, à Bruxelles, commençant en 1402, 
finissant en 1414, et indiquant les pièces qui, dans cet intervalle, 
furent distraites par lui de la trésorerie des chartes, d'après les 
ordres du duc de Bourgogne ». Biograpliie nationale, t. VII (1880- 
1883), col. 712, v° Thierry Gherbode (notice de M r Emile de Borch- 
grave). 



— 270 — 

entre l'empereur Charles V et de [sic] l'infant 
Ferdinand, son frère, conclu à Brusselles, le 7 fé- 
vrier 1522; 

Les droits de la maison d'Autriche sur le duché 
de Bourgogne; les affaires publiques des pro- 
vinces des Pays-Bas avant qu'elles ne fussent 
unies ; 

La fameuse contestation entre les maisons de 
Dampierre et d'Avesne sur la succession aux 
comptes [comtés] de Flandre, de Hainaut, de Hol- 
lande et de Zeelande ; 

L'incorporation de différentes grandes terres à 
la Flandre, telles que les pais de Terremonde et 
de Waes ; 

La division de la Flandre en impériale et fran- 
çoise ; 

Les contestations relatives à la féodalité de 
cette province envers la France ; 

La féodalité des provinces de Namur envers la 
Plandre ; 

L'achat de la seigneurie de Malines et de la ville 
d'Anvers par les comtes de Flandre ; 

Beaucoup d'actes concernant la Franche-Comté, 
les châtellenies de Lille, Douay et d'Orchies, la 
seigneurie de Tournay, les terres de Mortagne et 
de Saint-Amand, la prévôté de Valenciennes, les 
villes de l'Artois; les limites avec la Zeelande, etc.; 

Les actes concernant la dissolution du mariage 
de Henri VIII, roy d'Angleterre, et de Catherine 
d'Arragon ; 

La fondation et la consistance des dignités et 
bénéfices ecclésiastiques ; 

Plusieurs bulles des papes et, nommément, pour 



— 277 — 

lever des décimes sur le clergé à l'occasion des 
guerres contre les Turcs ; 

Nombre d'actes sur les droits de la puissance 
souveraine relativement aux affaires ecclésias- 
tiques ; 

Les révoltes des villes de Flandre et les traités 
de conciliation; 

Le meurtre de Jean-sans-Peur et la réparation 
qu'en fit Charles VIII, roy de France; 

Les affaires du fameux connétable de Saint-Pol 
et la confiscation de ses biens ; 

Les droits de la jurisdiction des Templiers et la 
donation de quelques-uns de leurs biens aux frères 
de l'hôpital de Saint-Jean (aujourd'hui chevaliers 
de Malte) ; 

En un mot, une multitude de correspondances, 
d'actes, de traités, presque tous en orriginal [sic], 
et qui sont d'une si grande importance que ce 
dépôt étoit vraisemblablement le plus précieux 
qu'il y eût en Europe. 

Ce coup-d'œil général fait apercevoir que le 
dépôt qualifié improprement de Chartres de Flandre 
étoit véritablement un archive d'état ; ce que l'on 
reconnoît encore par le rang et la qualité de 
quelques-uns de ceux qui en ont eu la garde. 

Il conste par les inventaires que ces papiers 
étoient rangés dans différentes armoires, layettes, 
chaisses [caisses] ou coffres, dont la plupart étoient 
distingués par une marque particulière, telle qu'un 
poisson, une boutteille, un peigne, un étrille, etc. 
L'ordre n'étoit ni juste ni méthodique ; car il y a 
telle caisse qui renfermoit un traité, tandis que 
les actes relatifs à la négociation de ce même 



— 278 — 

traité ou sa ratification se trouvoit [sic] dans un 
autre. 

Du reste, les François, possesseurs de Gand 
en 1678, enlevèrent du château une partie des 
archives, et le président Errembault emporta pa- 
reillement, de son côté, divers papiers, tant du 
dépôt du château que des archives du Conseil de 
Flandre. 

Les premiers furent transportés d'abord à la 
Chambre des comptes de Lille, et les autres y 
furent transportés de même dans la suite, à la 
mort du président Errembault. 

Les ministres du roy catholique au Congrès de 
Nimègue, étant informés de ces procédés, ils in- 
sistèrent sur la restitution des papiers et, confor- 
mément à leur demande, il fut stipulé, art. 20 du 
traité de paix conclu dans cette ville en 1678, 
« que tous les papiers, lettres et documens concer- 
« nant les païs, terres et seigneuries qui seront 
« cédées et restituées aux deux rois, seroient four- 
ce nis et délivrés de bonne foy de part et d'autre 
« dans trois mois après que les ratifications du 
« traité auroient été échangées, en quelques lieux 
« que lesdits papiers et documens se puissent 
» trouver, même ceux qui auroient été enlevés de la 
« citadelle de Gand et de la Chambre des comptes 
« de Lille. » 

Cette stipulation fut répétée et renouvellée 
encore dans les mêmes termes, art. 16 du traité 
de Riswick de 1697.' 

Il est apparent qu'on en espéra l'exécution en 
1700; car, dans un acte du 29 mars de cette 
année, par lequel l'électeur de Bavière commit le 



— 279 — 

secrétaire du Conseil privé, Le Roy, à l'effect d'aller 
recevoir les papiers qui dévoient être rendus en 
conséquence du traité de Reswick, il est dit que 
le marquis de Forcy avoit déclaré à l'ambassadeur 
du roy catholique que le roy très chrétien avoit 
déjà donné l'ordre pour que lesdits papiers fassent 
délivrés. Mais il n'en est rien résulté, non plus que 
de la réclamation de ces mêmes papiers que firent 
les commissaires de l'empereur Charles VI aux 
conférences de Lille,- parmi mémoire du 18 jan- 
vier 1717. 

Depuis lors, il n'en a plus été question,' sauf 
que le chef et président en parla, pendant sa mis- 
sion à Paris, en 1752, à feu M. de Sechelle, alors, 
intendant de Lille. 

11 n'y a plus de papiers aujourd'hui au château 
de Gand; ceux qui y étoient demeurés furent 
transportés, en 1715, à la chambre fiscale du 
Conseil de Flandre par les ordres du gouverne- 
ment et à la diligence des conseillers fiscaux. 

Le conseiller fiscal actuel Diericx, de qui on 
tient cette particularité, ajoute dans une lettre du 
13 mai 1762 « que les papiers sont placés en 
« partie dans des layettes et partie dans des 
« coffres, qu'ils sont très mal arrangés et confon- 
« dus ensemble, de sorte qu'on ne peut plus les 
« trouver d'après les indications de l'inventaire; 
« qu'une grande partie des actes spécifiés dans 
« l'inventaire manque; que, dans les liasses éti- 
« quettées, on trouve souvent des papiers qui 
« n'ont rien de commun avec l'annonce de l'éti- 
« quette; que, cependant, il reste encore plusieurs 
« pièces curieuses et intéressantes, non seulement 



— 280 — 

« par rapport à leur antiquité, mais à cause de 
« la matière; et il croit que ce seroit une chose 
« à désirer pour le service de S. M. qu'elles 
« fussent arrangées et inventoriées par ordre des 
« matières. » 

Il résulte de ce tableau que nous ignorons ce qui 
nous reste des débris de l'ancien archive de Flandre, 
que nous ignorons également quelles sont les pièces 
que les François ont enlevées ; que les anciens in- 
ventaires sont devenus totalement inutiles pour 
la recherche des actes; en un mot, que tout est 
dans les ténèbres et dans la confusion. 

Il est probable que les François possèdent les 
actes les plus essentiels, car feu M. Jean Godefroy, 
directeur des archives de la Chambre des comptes 
de Lille, homme d'une [sic] mérite distingué, en a 
publié un grand nombre dans l'édition des Mé- 
moires de Commines faite par ses soins chez 
Coppens, à Brusselles, en 1723 '. 

On croit communément, tant dans les Païs Bas 
qu'en France, que ces actes font partie des archives 
de la Chambre des comptes de Lille; mais c'est un 
[sic] erreur, caries chambres des comptes, dans leur 
principe, n'ont pas été destinées à être le dépôt 
des monumens qui regardent les affaires d'état, 
quoiqu'on y enregistroit les traités de pais, comme 
on les enregistroit aussi au grand Conseil de 
Malines et aux parlemens de France 2 . 



1 V. Ferd. Vander Haeghen, Th.-J.-I. Arnold et R. Vanden 
Berghe, Bibliotheca belgica, C. 202. 

2 Extrait des Mémoires sur l'intendance de Flandre, imprimés à 
Brusselles en 1738, page 35 : « Les titres et registres de la chambre 



— 281 — 

On a vu ci-dessus que c'est par hazard que les 
actes dont il s'agit se trouvent à la Chambre des 
comptes de Lille, sur le môme pied que les archives 
du Conseil d'état des Pais Bas ont été transportés, 
en 1744, à la Chambre des comptes de Brusselles, 
en vertu d'une disposition spéciale du gouverne- 
ment, parce qu'elles se trouvoient dans un mauvais 
emplacement à la fausse porte de Namur, aujour- 
d'hui démoulie [sic]. 

Quoiqu'il en soit, nous n'avons pas renoncé au 
droit de revendiquer les papiers dont il s'agit, 
droit qui appartient incontestablement à S. M., 
en vertu des traités de Nimègue et de Eeswick, 
confirmés par les traités subséquens. 

On pourra le faire valoir lorsqu'on reprendra la 
négociation entamée à Paris, en 1752, sur toutes 
les contestations en général ; mais, en attendant, 
il paroit n'être point indifférent d envoier quel- 
qu'un à Gand, pour jetter un coup d'œil sur les 
papiers de l'ancien archive éparpillés dans la 
chambre fiscale, et examiner s'il en reste d'inter- 
ressans, surtout relativement aux négociations, 
traités d'alliance, de mariage, de paix et de com- 
merce, ainsi qu'aux affaires avec la cour de Rome 
et autres matières d'état. 

Celui que S. A. R. trouvera bon de donner cette 



« des comptes ne sont pas les seuls qui y sont renfermés (dans 
« l'hôtel de la chambre à Lille) on y a mis encore les Chartres du 
« pays, qui sont dans un lieu séparé que l'on nomme, pour ce sujet, 
« \3Ltour des chartres ; il faudroit entrer dans le détail de presque 
« tous les titres qui y sont pour en connoitre l'importance ; il suffit 
« de dire qu'il y a 14 à 15 milles orriginaux [sic] ou copies auten- 
tiques. » [note de Neny]. 



— 282 - 

commission devra, d'après les notions qu'il aura 
prises sur les lieux, s'expliquer nommément sur 
l'importance, le volume et la quantité des actes 
qu'il jugera mériter les attentions du gouverne- 
ment, de même que sur la question s'il convient 
ou pas de les faire transporter à Brusselles, afin 
d'y être inventoriés et gardés, soit dans un dépôt 
séparé sous un trésorier particulier, soit dans le 
dépôt général des archives du Conseil d'état. 

La décision de ce dernier point dépendra de la 
quantité d'actes qui nous reste et de la conve- 
nance qu'il pourroit y avoir à les tenir séparés, 
dans la vue de les réunir un jour, soit avec la 
totalité, ou, du moins, avec une partie de ceux qui 
ont été enlevés par les François. 

Brusselles, le 10 juillet 1763, étoit signé Phi. 
Jo. de Neny. 

Nous n'avons guère de renseignements sur l'au- 
teur de ce mémoire, Philippe- Joseph de Neny, qui 
fut grand bailli et président des Etats de Tournai 
et du Tournaisis et qui se rendit plus tard à Paris. 
Lorsque la révolution française éclata, il ouvrit 
une librairie près du palais de l'Institut, pour 
échapper à la proscription. Il se trouvait encore 
à Paris, en 1807; car nous le voyons assister, le 
8 octobre de cette année, à une réunion d'artistes 
belges présidée par Charles Van Hulthem ' . 

Paul Bekgmans. 
(A continuer.) 

1 V. Annuaire de l'Académie royale de Bruxelles, 1835, p. 89. 



283 



LES 

SEIGNEURIES DU PAYS DE MALINES 



KEERBERGEN 



ET 



SES SEIGNEURS 



^oC-51(Ç>»- 



NOTICE HISTORIQUE SUR LE VILLAGE. 

Au commencement du XII e siècle, il existait, à 
Keerbergen, une chapelle qui relevait du monas- 
tère de Bornhem. L'appauvrissement de cette 
abbaye obligea son abbé Siegfried à supplier 
l'évêque de Cambrai de la soumettre au puissant 
couvent d'Afflighem. Compatissant à la misère 
des religieux de Bornhem (desolationi condolentes), 
l'évêque Burchard annexa leur abbaye à celle 
d'Afflighem, par diplôme de l'année 1120. Il y 
joignit les appendances de Bornhem à Havesledunc 
(de nos jours Xattenhaesdonck, à Hingene) et 

1 Suite. Voir Messager des Sciences histor., 2 me liv. 1S90, p. 158. 



— 284 — 

"Ring en, de même que les chapelles de Keréberga 
et de Rimenham (Rijmenam), avec les alleux et 
autres possessions y rattachés, et les autels de 
Meerbeek et de Beijssem. A l'occasion de cette 
cession, l'évêque abolit la règle de Saint- Augustin 
qui avait été suivie à T3ornhem. Aux termes du 
diplôme, cette abbaye était alors presque réduite 
à néant (fere ad nihilum redacta). 

A la suite d'une requête de la comtesse Clé- 
mence de Flandre, cette cession fut ratifiée par le 
pape Calixte II, frère de cette princesse '. 

L'ancienne église de Keerbergen, qui se trouvait 
près de la Dyle, nous l'avons dit, fut complè- 
tement détruite par le feu, dans les guerres qui 
dévastèrent les Pays-Bas, au commencement du 
XVII e siècle. L'église actuelle provient d'agran- 
dissements successifs de la chapelle consacrée 
aux S. S. Antoine et Barbe, chapelle qui avait 
été dotée de fonts baptismaux en 1570 2 . Le 
chœur date de 1752 et le clocher de 1764. L'édi- 
fice, sans style, dont l'intérieur n'est pas dépourvu 
de charme, a un extérieur des plus insignifiants. 

Du mobilier de l'ancien temple, on n'a retrouvé 
dans les ruines qu'une sonnette portant cette 
inscription : Loft gode van al. Ghegooten in 
't jaer M.D.L.I, et un encensoir en cuivre, de 
forme hexagonale, dont chacune des six faces est 
percée de deux fenêtres et d'un œil-de-bœuf. 

Le 24 septembre 1659, Claude Humbloet coula, 



1 Miraeos, Opéra diplomatica , I, p. 170 et 171. 
s Messager des sciences historiques, 1890, p. 59. Comp. Van 
Gestel, Historia archiepiscopatus mechliniensis . 



— 285 — 

au cimetière de Boort-Meerbeek, trois cloches, 
l'une pour cette dernière paroisse, les deux autres 
pour Keerbergen. Sur la plus grande de celles-ci, 
pesant 497 livres, on lisait : Sancte Michel ora 
pro nobis, in Keerbergen; sur la plus petite, 
d'un poids de 334 livres : Sancte Antoni ora 
pro nobis in Keerbergen. Elles furent bénies le 
26 septembre. 

En 1764, on en commanda une nouvelle, qui est 
la petite cloche actuelle. Elle mesure 0,78 mètre 
de haut et porte : „ Andréa s van den Gheijn me 
fudit Lovanii anno 1764. Son bord est assez 
détérioré ; cela fait supposer qu'on l'a ôtée pendant 
l'invasion des Français, qui, on le sait, se plai- 
saient à détruire toutes les cloches dont ils pou- 
vaient s emparer. Sur la grande cloche, haute de 
0,93 mètre, on lit : Andréas van den Gheijn me 
fudit Lovanii anno 1819. Jacobus Evariste Beke 
Antwerpiensis pastor in Keerbergen. Justin Fr. 

BOUJOZ MEIJER EN PETER. DoROTHÉ AuGUSTINE 

Cammaerts meter. Glm. Verlinden Fabrieck- 
meester. Henri Claes en Jan Van der Roost, 
kerkmeesters. 

Au-dessus du maître-autel, il y a un tableau 
peint par Verreijdt ' en 1843 ; c'est une représen- 
tation des disciples d'Emmaûs, à table avec le 
Christ, sans valeur artistique. Dans la boiserie du 
chœur, on trouve, à droite, sculptée en relief, 
la Justice, et, à gauche, David jouant de la harpe. 

i Et non pas Verzijl, version erronée d'une brochure dont noue 
allons parler plus loin. 



— 286 — 

Le banc de communion en chêne, bien travaillé 
à jour, fut achevé en 1792 : il présente, au milieu, 
T Agneau sur la Croix, et, sur les côtés, deux 
anges. C'est l'œuvre du sculpteur S. van Geel, à 
Malines, qui toucha pour son travail 250 florins 
et 18 sous. 

Les confessionnaux, en chêne, sont surmontés des 
bustes de Madeleine et de Saint-Pierre. La chaire 
de vérité est belle. Deux escaliers y montent. Elle 
est placée sous un dais octogone dont deux anges 
relèvent les draperies. Sur cette chaire, on voit, 
très finement sculpté en haut-relief, Saint- Antoine 
en prières devant un crucifix, et ayant son com- 
pagnon à ses pieds. Elle repose sur un bloc repré- 
sentant une grotte. A l'entrée de celle-ci est couché 
un taureau ; à droite de la grotte se tient l'archange 
Michel, patron de l'église, levant la main vers le 
ciel, et ordonnant à l'évêque de Siponto, placé à 
sa gauche, de bâtir une église. Cette sculpture 
représente l'apparition de Saint-Michel sur le 
montGargano, en Italie, prodige dont le souvenir 
est célébré par l'église le 8 mai. 



Bans une brochure, publiée, en 1861, par J. B. 
van den Bruel, curé de Haecht ', nous avons 



1 Beschrijf der Dorpen van het kanton Haecht, etc. (Louvain, 
chez C. J. Fonteijn). Cette brochure est très rare. Il convient de 
ne s'en servir qu'avec la plus grande circonspection : elle fourmille 
d'inexactitudes dont un grand nombre sont, apparemment, dea 
fautes d'impression. C'est ainsi cpie des époux Catherine de Berlaer 
et Jean de Cortenbach, on a fait Katharina van Rillaer et Joannes 



— 287 — . 

trouvé une liste des curés de Keerbergen. Grâce 
à M. le chanoine Bogaerts, archiviste de l'archi- 
diocèse de Malines, dont l'extrême obligeance ne 
se dément jamais, nous sommes à môme de rec- 
tifier cette liste en plusieurs endroits et de la com- 
pléter par quelques noms et des détails biogra- 
phiques. 

Le premier curé connu de Keerbergen, c'est 
Jean Boels; on le cite en 1467 (ailleurs en 156.). 
Jean Achelpoel y était curé en 1569. Après lui, 
nous trouvons Christophe Schroots, puis Chris- 
tophe Cuppens, qui resta en fonctions jusqu'en 
1597. Il eut pour remplaçant Henri Hoolaerts, ou 
Holartius, curé jusqu'en 1603. De son temps, 
l'église servit de camp retranché aux troupes, et 
il dut faire les offices dans la chapelle. En 1604, 
André Cocx et ensuite un religieux, célestin 
d'Héverlé, nommé Chrétien (van) Eermeghem ou 
Vermeersch, desservirent provisoirement la cure. 
Ce dernier fut nommé curé l'année suivante, mais 
quitta la paroisse en 1606, pour passer à Rijme- 
nam. Son successeur, Henri Lijsbrechts, décéda 
en 1607. On nomma à sa place Émérique van 
Cappelhof ou Capelhovius. En 1637, est signalé 
Symphorien (alias Louis) van der Linden, qui 
paraît avoir été desservant ad intérim jusqu'en 
1641. Guillaume Lanen fut investi de la cure 
l'année suivante; il la conserva jusqu'en 1668, 



Cortenback; Ivain de Cortenbach, est devenu Verwuns van Corten- 
back; le nom du peintre Verreijdt, auteur du tableau du maître- 
autel, est tronqué en Verzeijl; le bameau de Kortewelvaart est 
transformé en ruisseau du nom de Kortenelvaert, et ainsi de suite, 



— 288 — 

année de sa mort. Après lui, Adrien Heijlen prit 
possession de la paroisse et l'administra jusqu'au 
8 janvier 1695. Il décéda en 1722 et fut inhumé 
dans le chœur de l'église. Sa place avait été 
donnée à Florent Couplet, licencié en théologie, 
qui fut nommé en 1700, à Puers, et le 11 octobre 
1707, curé de Sainte-Catherine, à Malines. Sa suc- 
cession à Keerbergen avait été recueillie, en 1701, 
par Pierre Goossens, curé jusqu'à sa mort, qui eut 
lieu le 29 avril 1704. Sa dépouille mortelle fut 
déposée dans le chœur de l'église. 

Les fonctions sacerdotales furent alors exercées 
par Edmond Britsens, natif de Lierre, qui avait 
été, depuis douze années, curé à Holsbeek. Il 
mourut le 13 avril 1716, âgé de 52 ans, et fut 
inhumé dans le chœur. Son successeur, Théodore 
(van) Pioelen, décéda en fonctions le 18 novembre 
1728. L'année suivante fut nommé curé de Keer- 
bergen Pierre Aerts, né en 1693, qui avait été 
pendant trois années, curé à Hauwaert, et pen- 
dant cinq années, curé à Cortenaeken. La mort 
mit un terme à sa carrière le 17 mai 1744. 

Jean Muls fut mis en possession de la cure, peu 
après; il trépassa le 3 mars 1760, à l'âge de 48 ans. 

Les épitaphes de ces deux derniers se voyaient, 
autrefois, au chœur de l'église. 

Jean Chrysostome Deckers, devenu curé en 
1760, décéda le 28 janvier suivant; on conféra sa 
place, en la même année, à Louis de Bisc(h)op, 
qui mourut le 7 avril 1773. Le 24 juin de la même 
année, Jacques Bernard Schepens, natif de Hau- 
tem-Saint-Liévin, devint curé de Keerbergen; il 



— 289 — 

mourut, eu l'exercice de ses fonctions, le 20 dé- 
cembre 1799. 

Au commencement du nouveau siècle, la paroisse 
fut desservie, pendant 18 mois, par J. C. van 
Hamme, qui se retira à Crainhem où il finit ses 
jours. Après lui, Charles Sixte Fransman, né à 
Ninove, remplit les fonctions de curé pendant 
deux ans et douze jours. Il fut nommé successi- 
vement, curé à Dieghem (1803), curé à Lembecq 
(en 1812) et doyen du district de Hal. Il passa de 
vie à trépas le 18 août 1818, âgé de 48 ans. 

Son remplaçant fut Guillaume Beijer, natif de 
Parc, près de Louvain, curé à Helderghem (district 
d'Alost), en 1773, et chanoine de la cathédrale de 
Bruges, en 1791. La mort l'enleva le 28 mai 1806. 
Jean François de Prêter, originaire de Rillaer, 
d'abord vicaire à Aerschot, devint curé à Keer- 
bergen le 2 du mois suivant; il mourut tel le 

10 septembre 1814. A celui-ci succéda, 19 jours 
après, Jean François Neijs, né, en 1766, dans le 
même village que le précédant, depuis 1802 curé 
à Beggijnendijck. La mort l'arracha à ses parois- 
siens de Keerbergen le 18 novembre 1818. 

Sa place fut attribuée à Jacques Evariste Beke ; 
né à Anvers, le 17 février 1791. Ce nouveau curé 
avait déjà été vicaire à Keerbergen et à Diest, 
puis chapelain à Assént. Il fut appelé à la cure 
d'Oeleghem en septembre 1822 et y mourut le 
4 avril 1867. Guillaume Poncelet, né à Diest, le 
13 octobre 1790, vicaire à Sempst, depuis 1813, 
fut nommé curé à Keerbergen le 31 octobre 1822. 

11 prit possession de sa place quatre jours après et 
décéda le 20 mai 1859. 

20 



— 290 — 

Le 24 du mois suivant, Corneille van Horck, né 
à Duffel en 1811, vicaire à Wilsele, depuis le 
14 août 1839, lui succéda et desservit Keerbergen 
jusqu'au 22 août 1872, jour de sa mort. 

Les pierres tombales de ces deux derniers se 
trouvent au cimetière du village. 

Depuis le 21 septembre 1872, les fonctions 
sacerdotales ont été exercées par Victor Jacques 
Verhaegen. Ce curé naquit à Wuestwezel, le 
9 juillet 1824. Sacré prêtre le 20 décembre 1851, 
il devint, successivement, coadjuteur à Kiezeghem 
(1852), vicaire à Lillo (1854) et vicaire à Vorsse- 
laer (1860). 

Keerbergen était compris, autrefois, dans le 
quartier de Hoogstraten. 

Lorsque, en 1521, Charles-Quint fit faire, dans 
le Brabant, une levée de 12000 hommes, pour sa 
guerre contre François I er , le quartier de Hoog- 
straten eut à fournir, au marquisat d'Anvers, 
un contingent de 232 hommes, calculés sur 1624 
foyers . Keerbergen , qui était évalué alors à 
75 foyers, dut donc intervenir, proportionnelle- 
ment pour 10 9 /\o hommes. La part que le village 
eut à payer, à la même époque, dans les contri- 
butions ordinaires {gewoone beden) imputées au 
quartier de Hoogstraten, s'élevait à 310 livres. 

Pour l'évaluation des foyers, on semble s'être 
basé sur un recensement de la fin du siècle précé- 
dent. Dans la première moitié de ce siècle, le 
village avait eu une importance bien plus consi- 
dérable ; il résulte, en effet, d'un recensement fait, 



— 291 — 

en 1435, dans les neuf quartiers du marquisat, 
que Keerbergen représentait, alors, 136 foyers — 
ce que nous estimons à environ 900 habitants — 
et qu'il y avait treize pauvres à charge de la 
commune \ 

Au XVI e siècle, époque tragique par excellence, 
notre village fut terriblement éprouvé par les 
guerres qui ensanglantèrent les Pays-Bas. 

Après avoir assiégé en vain Anvers, le redou- 
table Martin de Rossum, seigneur de Poederoeijen, 
s'était jeté sur Lierre et, là, la garnison lui avait 
fait une réception telle qu'il avait dû renoncer à 
s'emparer de la place. Sa retraite fut désastreuse 
pour la contrée qu'il eut à traverser : la sol- 
datesque répandit l'épouvante sur son passage. Les 
bourgs de Duffel et de Waelhem, avec l'abbaye de 
Roosendael, furent réduits en ruines. Malines fut 
menacé; beaucoup de villages, dont Schrieck, 
Keerbergen et Wespelaer, furent pillés, d'autres 
mis à feu et à sang. 

Le 7 juillet 1578, l'armée des États-Généraux 
établit son camp dans la bruyère entre Lierre et 
Herenthals. De là, pour se procurer des vivres, les 
troupes firent des incursions dans les localités 
voisines, y pillèrent les habitations et détrui- 
sirent les récoltes. Les malheureux campagnards 
se réfugièrent, en grand nombre, avec leur bétail, 
derrière les remparts de Lierre ; la plupart des ani- 

1 Mertens et Tores, Geschiedenis van Antwerpen (1845), t. I, 
pp. 453 et suivantes. 



- 292 — 

maux y moururent faute de fourrage. Le 23 juillet, 
le camp fut transféré à Keerbergen, qui eut parti- 
culièrement à souffrir. A quelques jours de là fut 
livrée la fameuse bataille de Rijmenam, où Tannée 
des États - Généraux l'emporta sur Don Juan 
d'Autriche qui était venu l'attaquer (1 er août) \ 

En 1774 eut lieu à Keerbergen l'exécution de 
l'archer Jean Jacques d'Arbusier, condamné à 
avoir la tête tranchée. Le maître des hautes-œuvres 
de Bruxelles, s'étant fait remplacer par son fils 
dont il avait garanti l'adresse dans cette sinistre 
besogne, l'exécution fut si meurtrière qu'après le 
premier coup manqué, le bourreau improvisé et un 
de ses aides durent venir plusieurs fois à la charge 
pour séparer la tête du corps, ce qui fit frémir tous 

les spectateurs A la suite d'une plainte du dros- 

sard, le Conseil privé présenta, de ce chef, une 
requête au gouverneur général pour que celui-ci 
enjoignît au magistrat de Bruxelles une plus grande 
circonspection dans le choix du bourreau \ 

En 1346 et 1376, les échevins de Keerbergen 
portaient dans leur sceau un écu à trois pals; 
légende : f S... Scabinokum de Keerberghe 5 . 

Il ne nous a, malheureusement, pas été donné 
de rencontrer d'autres sceaux scabinaux de notre 



1 Comp. Van Lom, Beschrijving der Stad Lier, et Anton Berg- 
mann, Geschiedenis der Stad Lier. 

2 Ces détails résultent d'un document. communiqué, par M. Fr. 
De Fotter, dans le Messager des sciences historiques, 1889, p. 475. 

3 Archives de l'église des SS. Michel et Ondule ; chartes, liasses 
342 et 345. 



— 293 — 

village. A l'instar des magistrats de la plupart 
des localités de la région, ceux de Keerbergen 
adoptèrent sans doute, à tour de rôle, les ar- 
moiries des familles qui exercèrent la juridiction 
de l'endroit. 

De nos jours, Keerbergen ne possède pas d'em- 
blèmes héraldiques. Si la commune désirait en 
demander au gouvernement, nous l'engagerions 
à revendiquer ceux qui figurent sur les deux 
sceaux dont nous venons de parler. C'est l'écu des 
Berthout, dits de Berlaer, seigneurs de Helmond, 
et, au témoignage d'un contemporain, le héraut 
d'armes Gelre, les émaux de ces armoiries sont 
gueules sur argent. Pour l'adoption, ou mieux dit, 
la reprise de ces armoiries, il importe peu que 
d'autres communes, telles que Berchem, Niel, etc., 
les aient déjà faites leurs. Il n'y a,' à notre sens, 
aucun inconvénient à ce que plusieurs localités 
portent, sans marques distinctives, les armoiries 
de leurs anciens seigneurs communs '. 



Voici les bourgmestres de Keerbergen depuis 
l'abolition de l'ancien régime : Thijs, Bosmans, 



1 A ce propos, remarquons, toutefois, que les armes de Niel 
doivent leur origine à la famille de Berchem. Dé même que les Ber- 
laer, celle-ci était issue de la maison des Berthout et portait, comme 
ceux-là, les trois pals de gueules sur champ d'argent, tandis que les 
branches de Malines, de Duffel, et d'autres, avaient le champ d'or. 
On peut donc dire que Keerbergen, Niel et Berchem ont obéi, jadis, 
à la même famille. Quant au rattachement des Berchem à la branche 
principale, nous renvoyons nos lecteurs à notre notice intitulée : 
Niel en zijne Heeren (Dietsche Warande, 1889). 



— 294 — 

Boujoz (1819-26); J. Claes (1826-30); J. van Lan- 
gendonck (1830-52); Jos. Cloetens (1852-55); 
P. Coremans (faisant fonctions 1855-58); le doc- 
teur Fr. Michiels (1858-68); P. Coremans (1868- 
70); E. van Langendonck (1870-85); J. Fr. Geens 
(1885-89); J. C. Vervloesem (depuis 1889). 



Le village de Keerbergen appartient, de nos 
jours, au canton de Haecht. Il est situé sur la rive 
droite de laDyle. Son territoire, d'une étendue de 
1841 hectares, est arrosé encore par le ruisseau 
dit Groote beek. Il comprend les hameaux de Keer- 
bergen, Stuivenberg, Kerkeberg, Kassestraat, 
Heidekant, Heide, Loozenhoek, Grootloo, Peer- 
venshoek, Zeept, Papenstraat, Wolvenberg, Kruis 
et Kortewelvaart. 

Il existe, à Keerbergen, une brasserie, installée, 
près de' la Dyle, dans un établissement où il y 
avait eu, jusque dans les derniers temps, une 
meunerie et une huilerie. L'extraction de sable, 
pratiquée, autrefois, sur une grande échelle, y a 
diminué considérablement, depuis qu'on exploite 
en grand les sablières de la Campine. Une autre 
industrie du village, très florissante il y a quelque 
vingt ans, a complètement disparu; nous voulons 
parler de celle des saucisses dites de Boulogne. On 
a abandonné également la fabrication des briques. 

Le commerce de bois à brûler et de bois de 
construction est, à peu près, le seul de la commune. 

La chaussée de Keerbergen à Haecht a été 
construite en 1860 ; celle qui relie le village à Ma- 
lines date de 1868. 



- 295 — 

C'est à Keerbergen qu'on trouve le terrain le 
plus aride de la province de Brabant, mais, à 
côté de parties absolument stériles, on trouve 
des champs très fertiles, surtout le long des cours 
d'eau. Une grande partie du territoire est couverte 
de sapinières. On y voit de nombreuses collines 
sablonneuses où le sapin des dunes pousse vigou- 
reusement. Les principaux produits de l'agricul- 
ture sont les asperges et les pois. Un des plus gros 
propriétaires de l'endroit, feu M. Florimond van 
Langendonck, avait réussi à créer de belles sapi- 
nières dans des terrains autrefois tout à fait in- 
cultes, au moyen d'un engrais spécial, de toute 
première qualité, à ce qu'on nous dit : cet engrais 
se composait, en majeure partie, de cadavres de 
vieux chevaux qu'il achetait en grandes quantités. 

Depuis quelques années, la prospérité publique 
paraît diminuer à Keerbergen, comme dans la 
plupart des communes .qui ne sont pas desservies 
par le chemin de fer ' . 

J. Th. de Raadt. 



1 II nous reste à remercier bien sincèrement, notre honorable 
ami, M. Paul Notelteirs, et MM. les docteurs Thijs, à Bruxelles, et 
Roex, à Keerbergen, des renseignements qu'ils ont bien voulu nous 
donner si obligeamment pour le présent travail. 



296 - 



ADDENDA ET CORRIGENDA. 

1889, p. 87. Egide Berthout (I er ), à la-Barbe, et 
quelques-uns de ses descendants étaient co-sei- 
gneurs de Duffel, Waelhem et Gheel. Dans une 
charte de 1265, le second de ses fils, Ludovicus 
de Berlaer et son cousin Henricus de Duffele se 
qualifient, de milites, dicti Bertholdi, domini de 
Ghela. Les droits de Louis, ou de ses héritiers, sur 
ces trois seigneuries semblent avoir été rachetés 
peu après; elles l'étaient en 1275. ' 

Egide I er , était seigneur de Berlaer. Se nommant 
Gilles Berthaus de Berlar, nobles hom, il donna en 
1227, une dîme à Slijpe as nonains de lordene des 
Cystials dou cloistre deles Waleem (Roosendael), 
establit en Voneur sainte Marie, u ausijai mises mes 
filles a servir Dieu et se très bone eureuse mère. 
Cette donation fut faite del consentement me feme 
et mes fins, et, en vertu d'une autorisation accor- 
dée, en septembre 1226, par noble home Willaume, 
chastelain de Saint-Omer, suzerain d'Egide du chef 
de cette dîme 2 . 

P. 95. Louis Berthout, dit de Berlaer, seigneur 
de ce lieu, de Keerbergen, Grammines, etc., mort 
entre 1268 et 1271, fit son testament en juin 1266. 
Il appert de ce document intéressant qu'outre 



1 Voyez J. Th. de Raadt, Duffel, Gheel en hunne heeren (Kem- 
pisch Muséum, t. I, p. 7-10). 

2 Analectes pour servir à l'histoire ecclésiastique de la Belgique, 
II e série, V, 1888, p. 5. 



— 297 — 

Egide II, Louis et Godefroid, Egide I er , avait 
laissé encore deux autres fils, savoir Walter et 
Jean, et que le testateur avait procréé, avec son 
amie Gine, deux fils naturels, Gossuin et Jean. 
Cette concubine vivait encore au moment du testa- 
ment. Louis II exprime le désir d'être enterré 
dans l'abbaye de Saint-Bernard (à Hemixem) à 
laquelle il lègue, entre autres, son cheval et ses 
armes. 

Pour exécuteurs de ses dernières volontés, il 
désigne Walter Berthout (VI), seigneur de Malines, 
l'abbé et le prieur de Saint-Bernard. Sa femme, 
Sophie (de Gavre), appose son sceau à ce testament. 

Nous ne croyons pas pouvoir mieux faire que 
de publier in extenso cette curieuse pièce, et ce 
d'autant plus que des testaments de cette époque 
reculée sont extrêmement rares. 

La voici : 

In nomine sancte et individue trinitatis, patris et filii et 
spiritus sancti amen. Ego Ludovicus dictus Bertouth adhuc 
sanus et incolumis et mentis mee compos, de consilio pro- 
borum virorum ob remedium anime mee condidi testa- 
mentum meura in hune modum : in primis auto m lego et 
assigno quadraginta libéras lovanenses, recipiendas annua- 
tim de redditibus meis in Gela, Lichterth, Verla, Rethia, 
ad restitutionem eorum que minus iuste acquisivi, volens 
et finaliter statuens, ut hères meus post obitum meum de 
predictis quadraginta liberis nichil percipiat donec pre- 
dicta minus iuste acquisita fuerint fideliter et integraliter 
persoluta. Item lego Gosuino, filio meo, ducentas libéras 
lovanenses, vel viginti libéras annuatim, donec summa dicte 
pecunie eidem Gosuino plenarie fuerit persoluta, ita cum 



— 298 — 

quodsummaducentarum liberaram per receptionem earun- 
dem viginti liberarum non minuatur; item fratri suo 
Johanni sexaginta libéras vel sex libéras annuatim; item 
Gine, matri sue, decem libéras; item Waltero, fratri meo, 
centum libéras, vel decem libéras annuatim; fratri suo 
Johanni quinquaginta libéras, vel quinque libéras annua- 
tim; hiis omnibus est annexa conditio supradicta; item 
fratri meo Godefrido viginti libéras; item nepti mee 
Mabilie ' decem libéras; item Beatrici begine sex libéras; 
item Egido Clavigero, quatuor libéras; Waltero ftlio ma- 
gistri (!) très libéras; Gerardo coco très libéras; pistori 
quadraginta solidos; Clinchamero quadraginta solidos ! 
Clinchamero jnniori xx solidos, tribus convenientibus 
cursoribus cnilibet viginti solidos; item monasterio loci 
Sancti Bernardi equum meum cum armis quia ibidem elegi 
et eligo meam sepulturam; item lego conventui eiusdem 
loci quadraginta solidos annui census recipiendos annuatim 
in parochia de Conthecha, in loco qui dicitur Reeth, pro 
anniversario meo, ibidem anno quolibet faciendo, ut de 
eisdem annuaria pitantia ipsi conventui ministretur. Item 
apud Vallem Rosarum decem libéras; item fratribus mino- 
ribus in Machlinia hospitali domus leporosorum ad men- 
sam Sancti spiritus venerabilibus beginis eiusdem loci 
cuilibet quadraginta solidos; ad fabricant ecclesie beati 
Rumoldi Albis duabus eiusdem ville cuilibet viginti soli- 
dos ; item Augustinis ibidem decem solidos ; Domino Hen- 
rico de Surs decem solidos; item in eadem villa ad paro- 
chiam béate Marie mense sancti spiritus viginti solidos; 
duabus reclusis ibidem cuilibet quinque solidos; item recluse 
iuxta capellam beati Rumoldi decem solidos; recluse béate 
Katherine V solidos; item recluse de Dufflis V solidos; item 



1 Cette Mabilia pourrait bien être une fille de Rasse de Gavre, 
seigneur de Liedekerke, beau-frère du testateur, et qui est dite avoir 
épousé Gérolphe Bette, seigneur de Westacker. 



— 209 - 

apud Neckerspole ad cappellamam quadraginta solidos; 
ita ibidem ad mensam Sancti spiritus quadraginta solidos 
et recluse decem solidos; item apud Rimenam, Kerberga, 
Berzela, Itegem, Berlar, apud Sanctam Mariam in Wavera 
et apud Sanctum Nicliolaum apud q.uamlibet istarum villa- 
rum très libras pauperibus ibidem distribuendas; item apud 
Scelle, Nile, Gela, Rétbie, Verla, Lichterth, Brechthe, 
cuilibet xx solidos simili modo pauperibus distribuendos 
et apud Contliecha, Dufflis, Walem xx solidos similiter; 
item iu Antwerpia predicatoribus bospitali Domui leporo- 
sorum et in curia pauperibus beginis; item ad mensam 
Sancti spiritus cuilibet xx solidos; item in Lijra ad mensam 
sancti spiritus bospitalis beginis cuilibet xx solidos; 
apud Nazareth xl solidos; apud Leliendale xx solidos; item 
lego viginti libéras lovanenses per Abbatem et priorem loci 
sancti Bernardi religiosis in universis locis commorantibus 
prout eis visum fuerit distribuendas. Ego autem predicte 
mee restitutionis, assignationis et distributionis executores 
et distributores constituo virum nobilem Dominum Walte- 
rum Bertbout, Dominum de Machlinia, Abbatem et prio- 
rem loci Sancti Bernardi, ut ipsi et que premissa sunt ad 
honorem dei et anime mee salutem exequantur fideliter 
cum effectu. Et ut omnia et singula prenotata finna per- 
maneant et inconvulsa, ego presens scriptum sigilli mei 
munimine una cum sigillis Domine Sophie, uxoris mee 
W. Berthout, domini mei predicti, et Abbatis loci Sancti 
Bernardi duxi roborandum. Actum Anno Domini M CC° 
sexagesimo sexto, mense junio '. 

Ce document établit donc, entre autres, qu'en 
1266 Reeth était encore un hameau de Contich. 



1 Original sur parchemin ; les sceaux sont tombés ; chartes de l'ab- 
baye de S t -Bernard ; liasse n° 978. 



— 300 — 

P. 96, note 1. Au sujet de Henri Bebbeken, 
dont le sceau porte : S. Henri B'taut...sire dou 
Boskibl, nous avons écrit : « Il est dit avoir été fils 
de Jacques.,. » Cest Butkens qui lui donne pour 
père ce Jacques, qui épousa N. et après fut cha- 
noine et Archidiacre à Tournai/, et mourut en 1275, 
et pour grands-parents Henri Berthout, seigneur 
de Duffel, Gheel, etc., et dame Béatrice. Le savant 
prieur de Saint-Sauveur a versé dans une erreur 
en établissant cette filiation. Depuis l'impression 
de la première partie de notre travail, nous avons 
trouvé un document qui nous permet de rectifier 
cette erreur. Par cette pièce, le seigneur de Ma- 
rines nomme Henricus dictas Bebbeken : primo- 
genitus Henrici, fratris nostri, bone memorie. Or, 
ce seigneur de Marines est Walter VI, surnommé 
le Grand, et son frère Henri est l'ancien châtelain 
de Mons. Le qualificatif de primogenitus, attribué 
à Bebbeken, constitue, à notre avis, la preuve que 
celui-ci était un fils légitime. De quel mariage de 
son père est-il issu ? Il ne semble pas être né de 
Sara,. fille de Henri, châtelain de Mons, et première 
femme connue de Henri Berthout, puisque, dès 
1267, et môme du vivant de ce dernier, nous 
voyons Englebert d'Enghien, en possession de la. 
châtellenie de Mons ' . Peut-être était-il un fils de 

1 Ce détail nous a été' communiqué par M. Ernest Matthieu, le 
savant secrétaire du Cercle archéologique d'Enghien. C'est encore 
M. Matthieu qui nous a fait connaître le nom de la première femme 
de Henri Berthout et du père de cette dame, que Butkens, et d'autres, 
disent erronément fille de Gossuin, châtelain de Mons (Cartul. de 
Vabbaye d'Aine ; n° 348, Archives de l'État, à Mons). Dans un travail 
qu'il prépare sur la châtellenie de Mons, M. Matthieu publiera de 
nombreux détails sur ces personnages. 



— 301 — 

Béatrice de Marbais dont le frère fit avec Walter VI 
un contrat relatif à une alliance de cette Béatrice 
avec Henri Berthout, alors veuf de la dite Sara ? 

P. 98-104. Jean Berthout (I er ) et sa femme Marie 
(de Mortagne) vendirent, en mai 1271, à l'abbaye 
de Saint-Bernard, imam hovam terre silam in paro- 
chia de Gheijle (Gheel), que vocatur hova de Pou- 
derle,et qui avait une étendue de 10 bonniers, ainsi 
qu'un bonnier enclavé dans les biens qui avaient 
appartenu à Daniel de Busche A . 

P. 106. En 1333, des donredaechs naer heeliken 
Paeschen, Béatrice de Boechoud, fille mien eens 
edels mans mijns heeren Jans Berthouts diemen Met 
van Berlaer, céda, de laveu de son mari, Egide, 
seigneur de Boechoud, au chevalier Gérard de Hof- 
stade plusieurs rentes, en l'acquittant d'un cens 
qu'il lui devait de ses biens à Berentrode (à Bon- 
heijden) et de Rijmenam, tenus en fief de Mar- 
guerite de Gueldre (fille aînée du comte Renaud et 
de Sophie Berthout) 2 . 

P. 105-106. Le vendredi après Pâques, 1380, 
Jean de Kuijc, fils du feu chevalier Jean, reconnaît 
avoir reçu de l'abbaye de Saint- Trond une pension 
viagère ; il fait sceller sa déclaration par Jean van 
Berlaer, mijnen oem, et par Gijlijs van Berlaer, 
mijnen neve. Les sceaux de ceux-ci portent chacun 
un écu à trois pals \ 

1 Chartes de l'abbaye de Saint-Bernard, provenant de la vente de 
Craene d'Heijsselaer, n° 10 (Archives générales du royaume). 

2 Copie d'un cartulaire en possession de M, de Bertouch, Veneur 
de la Cour de S. M. le Roi de Danemark, à Malines. 

3 Ch. Piot, Cartulaire de l'abbaye de Saint-Trond, II, p. 90. Les 



— 302 — 

P. 189-195. Jean Berthout II, seigneur de Nec- 
kerspoel, Wavre-Notre-Dame, ter Hameijden (à 
Gestel), etc., adopta une singulière brisure, dont 
la pareille ne se rencontrera peut-être plus : son 
écu, aux trois pals, porte un franc-quartier chargé 
d'un cavalier, galoppant à sénestre, brandissant 
un glaive et armé d'un bouclier, lequel bouclier 
est surchargé d'une croix. Cette croix est l'em- 
blème héraldique de la maison de Mortagne, à 
laquelle appartenait la mère du personnage ' . 

P. 451. A la suite de nos observations sur la 
naissance de Catherine, fille de Jean IV de Berlaer, 
seigneur de Helmond et de Keerbergen, M. Aug. 
Sassen, le savant archiviste de la ville de Helmond, 
a fait, sur la mère de cette dame, Marguerite 
Uijten Veehuijse '\ des recherches dont il a consi- 
gné le résultat dans un article publié dans son 
excellent Jaarboekje voor Noordbrabantsche geschie- 
denis, etc. (II, 1890, à Helmond). Dans une série 
de documents de 1416 à 1420, cette Marguerite 
figure seule, sans époux, et M. Sassen se rallie 
entièrement aux conclusions que nous avons tirées 
des termes du testament de Jean IV. Il est donc 
établi que Catherine a été légitimée au mariage 
de ses parents et que ce mariage a été conclu 



Cuijk scellaient de deux fasces, accompagnées de 8 merlettes, ran- 
gées 3, 2, 3 (et non 3, 3, 2 comme nous l'avons dit par suite d'une 
erreur de plume) . 

1 Ce sceau a été reproduit par Butkens. Le carton II, du fonds de 
la commanderie de Pitzenbourg, en contient plusieurs originaux de 
1296 et 1298. 

3 Veenhuijse, p. 207, est une faute d'impression. 



— 303 — 

postérieurement à la confection du testament. 
M. Sassen, qui fait connaître, de plus, d'intéres- 
sants détails sur la descendance illégitime de Jean 
de Berlaer, nous apprend encore que Hubrecht 
Utenvehuze est nommé, dans un acte de 1427, 
Hubrecht Peterzoon van Lieshout, et que sa fille 
Marguerite figure aussi sous le nom van Boeschot 
gheseijt van Stahenborch. Cette diversité de noms 
s'explique par les différentes propriétés de cette 
famille. Lieshout, Boeschot et Stakenborch portent 
tous : d'or à trois anilles d'azur. 

P. 453. En 1317, Louis de Liere, provisor infir- 
marie debilium beghinarwn extra curtim Machli- 
niensem, transporte à Egide de Barlaer : duas 
caméras dicte infirmarie cnm fundo et attinentiis 
suis, sise dans la Ser Loens strate ' . 

Nobilis et generosus ac honestus vir Egidius de 
Berlaer, major et justiciarius, est cité dans une 
charte de l'abbaye de Saint-Michel, du 7 mars 
1444 2 . 

1890, p. 172-175. Les archives générales du 
royaume possèdent de Corneille Persoons un aveu, 
relatif à ses seigneuries de Keerbergen, Bolloo et 
Roosendael; à cette pièce est annexée une copie 
des lettres-patentes, du 16 février 1718, par les- 
quelles l'empereur Charles autorise Corneille Per- 
soons, père du déclarant, à renouveler le livre 
censal de ces seigneuries et, à cet effet, à se faire 



1 Cartulaire de Saint-Michel, n° 77, f, f° 13, 

2 Ibidem, d, f° 235. 



304 



remettre une déclaration par quiconque lui doit 
des cens. ' 



Voici les noms de famille cités dans le présent 
travail : 



Aa. 


Berckel. 


Brienen. 


Absolons. 


Berckelaer. 


B ri m eu. 


Achclpoel. 


Berghes. 


Bronkhorst. 


Adelijcn. 


Bering(h)en. 


Brouchoven. 


Adriaens. 


Berlaer. 


Broyés. 


Aerts. 


Berlo. 


Bruel. 


Alkmade. 


Berthout. 


Bruggen. 


Alsleren. 


Beugliem. 


Bruxelles. 


Amstenraedt. 


Beyer. 


Busleijden. 


Arbusier. 


Biest. 


Caestre. 


Argenteau. 


Bisc(b)op. 


Calstert. 


Armenlières. 


Blitterswijck. 


Calstren. 


Assche. 


Boestel. 


Cammaerts. 


Assclieijde. 


Boels. 


Cappelhof. 


Asten. 


Boesehot. 


Cartils. 


Autel. 


Bollo. 


Carpentary. 


Auvergne. 


Bonté. 


Caudenberghe 


Avesnes. 


Borelit. 


Caverson. 


Bailleul. 


Boschhuij.sen. 


Claes. 


Ballaer. 


Bosschaert. 


Clercq. 


Baltus. 


Bossche. 


Cleijmans. 


Barbençon. 


Bosmans. 


Clinchamer. 


Barres. 


Botier. 


Cloetens. 


Batenburg. 


Bouchout. 


Clusis. 


Bau(w). 


Boujoz. 


Cluijsen. 


Bcbbeken. 


Bourbon. 


Cocq. " 


Becke. 


Bourgogne. 


Cocx. 


Beersel. 


Boije. 


Coekelberg. 


Behault. 


Brabant. 


Coloma. 


Beke. 


Brandenbourg. 


Coremans. 


BentJieim. 


Bran t. 


Corswarem. 


Berchem. 


Bréda. 


Cortenbach. 



1 C'est ce qu'on appelait des lettres de terrier (Aveux et dénom- 
brements de la cour féodale de Brabant, n° 7011). 



305 



Cotrel. 
Cottreau. 

Couplet. 

Coucy. 

Crainhem. 

Croes. 

Croy. 

Grumpipen. 

Culembourg. 

(kipere. 

Cuppens. 

Cuijçk. 

Cuijpers. 

Dave. 

David. 

Deckers. 

Dekens. 

Diest. 

Dinther. 

Dittersbeke. 

Donck. 

Doncker. 

Dongelbergh. 

Dorae. 

Dreux. 

Duffel. 

Duras. 

Duijnen. 

Ee 

Eechoven. 

Eermeghem. 

Eggericx. 

Egmont. 

Eken. 

Elst. 

Elteren. 

Enghien. 

Erpe. 

Escaille. 

Estor. 

Eslricx. 

Etten. 

Eijcken. 



Eijnatten. 

Eijnde. 

Expoele. 

Felices. 

Fexhe. 

Flandre. 

Flavier. 

Foccant. 

Fosseux. 

Foucquier. 

France. 

Fransman. 

Frederichs. 

Gavre. 

G(h)eel. 

G(h)eens. 

Geistlingen. 

Ghein. 

Ghemen. 

G lien t. 

Ghete. 

Gheijer. 

Ghistelles. 

Gindertalen. 

Goes. 

Goossens. 

Gorl(t)er(e). 

Gracht. 

Grammines. 

Granvelle. 

Grevenbroeck. 

Grimberghe. 

Gruijthuijse. 

Gueldre. 

Guidoe. 

Guines. 

Guijgoven. 

Haecht. 

Ha'e)ze. 

Hainaut. 

Halewijn. 

Halle. 

Halmale, 



H amers. 
Hameijde. 

Hninme. 

Hardumont. 

Heinsberg. 

Helbeke. 

Helman. 

Helmond. 

Helt. 

Hemixem. 

Hennegrave. 

Herlaer. 

Heitoghe. 

Héverlé. 

Hcijlen. 

Hinckaert. 

Hoen. 

Hoir. 

Hol'stadt. 

Hoolaerts. 

Horck. 

Hornes. 

Hoijsscliot. 

Horricke. 

Horyon. 

Hosdcn. 

Hou tain. 

Huait. 

Hullet. 

Humbloet. 

Huijn. 

Immerseel. 

litre. 

Janssens. 

Jauche. 

Jongh. 

Josse. 

Juliers. 

Junius. 

Keerbergen. 

Kecrman. 

Kerreman(s). 

Kerman(s). 



21 



306 — 



Kcrsbeck. 


Merode. 


Ponte. 


Kesterbeke. 


Meroijen. 


Prant. 


Kiel. 


Michiels. 


Pretere. 


Knijll". 


Mierle. 


Pynnock. 


Lalaing. 


Millenberge. 


Quaderebbe. 


Lamberts. 


Mire(lej. 


Raduaerd. 


Lambroeck. 


Mol. 


Randerode. 


Landonck. 


Mims. 


Ranst. 


Lanen. 


Montfort. 


Reijers. 


Langendonck. 


Moor. 


Reijnen. 


Lariguebert. 


Moiïalmé. 


Rhétel. 


Lantwijck. 


Mortagne. 


Rivieren. 


Lapide. 


Moumal 'e . 


Rochefort. 


Laurenz. 


Muls. 


Roelants. 


Le(e). 


Munck. 


Roelen. 


Leefdael. 


Naldi. 


Roley. 


Lceuw. 


Nattines. 


Rommerswael. 


Liedekerke. 


Neeffs. 


Roosc. 


Lierre. 


Neijs. 


Roost. 


Lieshout. 


Nieuwenboven. 


Rossum. 


Ligne. 


Nieuwenhuijsen. 


Rotselaer. 


Lille. 


Noot. 


Rover. 


Linden. 


Oisy. 


Roy(le) 


Linter,. 


Olmen. 


Rijcke. 


Lippen. 


Olmo. 


Rijn. 


Locquenghien. 


Ophem. 


Saint-Géry. 


Longchamps. 


Orléans. 


Saint-Omer. 


Loofenne. 


Os. 


Sallaert('tj. 


Lopez. 


Oudart. 


Santander. 


Lu. 


Overstraeten. 


Scheppers. 


Lijnken. 


Oijenbrugge. 


Schoofff). 


Lijsbrechts. 


Pallant. 


Scolaster. 


Maelstede. 


Pamele. 


Schoonjans. 


Malaise. 


Papenbroeck. 


Schoonvorst. 


Marbais. 


Persoons. 


Schooten. 


Marcelis. 


Piel. 


Schroots. 


Marck. 


Pietershem. 


Scluns. 


Meercn. 


Pietquin. 


Seborg. 


Meerhem. 


Pin. 


Smets. 


Meeuwe. 


Plaines. 


Snoy. 


Megen. 


Plenevaux. 


Sombeck. 


Meldert. 


Poederlé, 


Spierinck. 


Melun, 


Poncelet. 


Spierinck v. Roegen. 



— 307 



Staden. 

Stakenborch. 

Steenhuys. 

Steenwinckel. 

Stokelmans. 

Strepen. 

Sunnen. 

Sweerts. 

Swieten. 

Taije. 

Tliielen. 

Thijs. 

Tilborg. 

Tiras. 

Trieu. 

Trou y. 

Tschuckers. 

Tulle. 



Utenhove. 

Uyien Veehuijse. 

Vaernewijck. 

Veehuijse. 

Verbist. 

Verdun. 

Verhaegen. 

Verlinden. 

Vermeeren. 

Vermeersch. 

Verreijdt. 

Vervloesem. 

Vijanden. 

Vleeschouwer. 

Vriessele. 

Vucht. 

Waghemans. 

Walhain. 



Walraven. 
Wanghe. 

Wavre. 

Wavrin. 

Weilhusen. 

Werve. 

Wideux. 

Wilmaerts. 

Wincester. 

Wissenack. 

Witthem. 

Wijse. 

Ymmerseel. 

York. 

Zevenborn. 

Zubborch. 



— 308 



LA 

TRANSPOSITION DU CLAVIER 



PAR 



JEAN GALLE 

K>26-16Ô5 



-<>0<S*=K>- 



Les instruments à clavier qui, dès le XVP siècle 
avaient acquis en Belgique, et notamment à 
Anvers, une haute renommée, subirent depuis les 
transformations les plus diverses et les plus heu- 
reuses. Bien des perfections restent encore à 
atteindre. Parmi celles-ci nos facteurs modernes 
ont cherché à résoudre le problème de la trans- 
position du clavier, dont on avait fait des essais 
avant eux. C'est ainsi que nous venons de dé- 
couvrir un acte notarié du 18 novembre 1626 
constatant pareille invention. 

En voici la teneur : 

« Pardevant moi notaire soubescrit et les tesmoins embas 
« dénommés comparant honorable S r Jean Galle d'une, et 
« maistre André Séverin maistre organiste d'autre part, ont 
« conceu, fait et arresté le contract suijvant: Scavoir ledit 



— 309 — 

« S 1 ' Galle enseignera audit maistre André la façon de faire 
« orgues positives, régales es\jpinettes et clavis] l , lesquelles 
« par son invention se pourront haulser et abaisser, s'accor- 
« dantes à tout s tons avec une harmonie meilleure qxCà 
« Vordinaire, pouvant commencer UT par tout l'octave, 
« lesquelles ledit maistre André organiste pourrat faire 
« et [vendre] ou débiter par tout le pays de Liège, tant 
« seulement à l'exclusion de tous autres qui en voudroient 
« entreprendre, aux conditions suivantes : 

« Premier que ledit maistre André ne pourrat apprendre 
« ou déceler à personne que ce soit le secret tant de 
« l'accorde ny [de la] façon de rehaussement des tons qui 
« sont de son invention, à peine de le pouvoir rechercher 
« pour [tout] domeage qu'il en pourroit avoir. 

« Second, que ledit maistre André ne pourrat contracter 
« au.... pour faire ou faire faire tels susdits instruments 
« [sans] le congé ou permission dudit Galle ou quelcque 
« commis.... 

« Troisième, que ledit maistre André rendrat ou paierat 
« audit Galle la taxe qu'ils pourront entre eulx s'accorder ; 

« s'il entreprendrait quelcque pièce que ce soit 

« maistre André n'y trouvoit aucun proufit sera tenu de ne 
« point besoigner pour ledit S r Galle. 

« Quattrième, qu'aussy avec la permission dudit S r Galle 
« ou de son commis et pas autrement, le susdit maistre 
« André pourra faire et débiter ou vendre tels dits instru- 
« ments hors le Pays de Liège. 

« Cincquième ledit S 1 ' Galle s'obligerat, comme il s'oblige 
« réciproquement, de ne passer aucune permission à proffit 
« d'autre qu'au susdit maistre André le pouvoir de tra- 
ce vailler, vendre, ny débiter tels instruments de son inven- 



1 Quelques lacunes existent dans cet acte par suite de son mauvais 
état. 



— 310 — 

« tion dans le Pays ou diocèse de Liège ne soit par le consent 
« duditmaistre André; et cas advenant que quelcque estran- 
« ger vende ens ledit Pays de Liège, iceux instruments 
« seront confiscables à leur prolïit. Advenant que ledit 
« maistre André fust défaillant ou contrevenant aux de- 
« vises et conditions susdittes ou partie d'icelles, ledit 
« s r Galle poudrât calenger et confisquer tels Instrumens, 
« ou pourat retirer de maistre André la valeur d'iceux, 
« selon qu'il les avoit vendu sans en ce observer aucunne 
« solemnité de justice, comme en la meilleure forme etc.; 
« tout quoi etc., fait en la maison de moy notaire sous la 
« paroiche Saint Servais, présents illecque honorable Jean 
« de Slyns bourgeois de Liège et Jean Veris tesmoins, le 
« diex huictiemme de Novembre an mil siex cent vinte 
« siex. » 

(Signé) Jean Galle, Jean de Slyns tesmoins ; 
Jean Veris tesmoin, André Séverin '. 

André Severin, qualifié ici d'organiste, est le 
facteur d'orgues, cité par de Becdelièvre . Natif de 
Maastricht, il s'établit à Liège où il décéda Fan 
1673. Il y fut enterré sous les orgues de l'Église 
Saint- Jacques. Ces orgues, ouvrage d'André 
Séverin, passaient pour être les meilleures de 
Liège. 

Jean Galle s'était donc adressé à un facteur 
estimé, mais celui-ci paraît avoir renoncé à l'ex- 
ploitation de l'invention du premier, car sept ans 
plus tard Galle vint à conclure un autre contrat 
avec un nommé Jacques Boesman, sur lequel nous 



1 Reg. 3889. Protocole du notaire Martin Veris — 1603-1639 
aux archives de l'État, à Liège. 



— 311 

n'avons aucun renseignement. Ce contrat, daté du 
3 septembre 1633, offre plus d'intérêt encore que 
le précédent, comme on en jugera par sa lecture. 

« Ce jourd'huy vint troisiesme de septembre, an mil siex 
« cent trente trois, pardevant moy notaire et les tesm oings 
« embas dénommés, comparant honorable Jean Galle d'une, 
« et le S 1 ' Jacque Boesman d'aultre parte, ont conceu, faict 
« et aresté le contract suivant, scavoir : que le sieur Jean 
« Galle enseignera au dit Monsieur Boesman la façon de 
« faire orgues positives, régales, espinettes et clavis, lesquels 
« par son invention se pouront haulser ou abaisser de demi, 
« de un, ou de plusieurs tons avec parfaite harmonye cro- 
« matique, contenant environ le f plus des concordances 
« qu'en la musicque ordinaire; pouvant commencer UT par 
« tout avec les tons et semitons tousjours égaux, et la façon 
« d? agencez lesdits tons au monocorde et aux tuiaux avec 
« bouchons coidants, pour accorder tant à sa nouvelle façon 
« tous les instruments susdit, comme à la façon ordinaire, 
« et de plus la façon de former le clavis universel avec lequel 
« on pourat exercer les trois genres de musicque, scavoir : 
« la diatonicque, la chromaticque et Venarmonicque, en 
« leur extrême perfection. Mais iceluy clavier aura 18 ou 
« 19 touches en un octave, au lieu que V accord ordinaire 
« ne contient que douse touches, mais iceluy a ceste imper- 
« fection qu'on ne le peut hauser ni abaisser, comme pour 
« Vapproprier à touttes sortes de voix, comme la nouvelle 
« invention, et la pratique en sera sans comparaison plus 
« difficile. 

« Lesquels Monsieur Boesman poura faire, vendre et 
« débiter par tout le royaulme de France par l'espace 
« d'autant d'années que s'extendent les privilèges que 
« Galle en pourat obtenir, commençant à compter du jour 
« du contract, et point ailleurs à l'exclusion de tous autres 



— 312 — 

« qu'en voudroient entreprendre, excepté que l'inventeur 
« se réserve à soy la distribution, es mêmes lieux, des sem- 
« blables instrument qui seront faicts par ses domestiques 
« avec les conditions suivantes. 

« 1° que pour chasque jeu d'orgues positives, regales* 
« espinettes ou claviers, esquels Monsieur Bosman appli- 
« quera la susditte invention, sera obligé de payer à 
« l'Inventeur Galle ou ses représentants cinque rixdallers 
« et autant à l 'advenant pour chasque demi jeu sçavoir 
« 2 i rixd. 

« 2° Que si outre les registres des Jeux susdits Monsieur 
« Bosman venast à appliquer autres registres entiers ou 
« demi selon que Galle luy enseignera, afin de causer de la 
« variation es jeux susdits, comme pour les faire sonner 
« 4~5 l ou une quinte plus hault ou plus bas que le fut le 
« jeu avant d'ajouter [la] ditte application, pour chasque tel 
« registre il sera obligé de payer de même à l'advenant des 
« jeux; c'est à dire pour chasque registre entier qui sera en 
« l'instrument il payera 5 rixd. et 2 \ rixd. pour chasque 
« demi registre. 

« 3° Que ledit Monsieur Bosman ne pourat aprendre ou 
« déceler à personne que ce soit le secret de ceste harmonye, 
« soit pour travailler dedans ou dehors sa maison, à peine 
« de pouvoir rechercher pour le dommage et préjudice que 
« l'inventeur en pouroit recepvoir, encor que ce fut pour 
« transporter l'invention en des pais esloignés ne soit par 
« le consentement de Galle ou de ses représentants et 
« commis. 

« 4° Que le dit Monsieur Boesman sera tenu de rendre 
« compte à Galle, touttefois et quant il sera par luy semonce, 
« pour le payement de la taxe entre eux accordée, soit pour 
« instruments nouveaux ou pour avoir racommodé des vieux 
« selon l'invention de l'accord nouveau. 

« 5° Que Monsieur Boesman ne pourat distribuer et 



— 313 — 

« vendre aucun instruments faict à l'accorde nouveau de 
« Galle avant que l'année entier soit écoulée, afin que des 
« autres ne viennent cà descouvrir son secret, et par ce 
« moyen empescher ses privilèges qu'il prétend avoir par 
« tout. 

« 6° Que nul instrument du nouveau accord pourat 
« estre distribué par Monsieur Boesman sans estre marqué 
« par la marque de Galle. 

« 7° Que les six premiers instruments que Monsieur 
« Bosman fera, soit positive, régal ou autre seront vendu 
« à l'Inventeur et point à autres afin que personne n'en 
« puis distribuer au paradvant de l'Inventeur. 

« 8° Que si Monsieur Bosman ne trouvoit du profnt 
« raisonable par ceste invention, sera en liberté de ne 
« point besogner et délaisser entièrement l'Invention que 
« Galle luy aurat suggéré, renonçant audit contracte sans 
« jamais le pouvoir mettre en œuvre ny pour soi, ni pour 
« autre, ni le taire contrefaire ou déguiser par addition du 
« plus ou du moins. 

« 9° L'Inventeur Jean Galle réciproquement, s'oblige de 
« ne passer aulcune permission ni semblable contracte à 
« personne d'autre qu'au susdit Monsieur Boesman de 
« pouvoir travailler, vendre ou débiter tels instruments de 
« son invention dans ledit Royaume de France, ne soit par 
« le consentement dudit Bosman. 

« 10° Cas advenant toutteffois qu'on recognut que Mon- 
« sieur Bosman ne voulust faire travailler ou ne fust bastant 
« pour pouvoir fournir à la grande quantité qu'on en 
« désireroit, alors Galle pourat faire suppléer ce défaut 
« par d'autres, y employant qui bon luy semblera. 

« 11° Que si quelqu'estranger ou autre particulier en 
« voulust vendre dans ledit Royaume, iceux seront confis- 
« qués au profit d'eux deux et selon les taxes ou mulctes 
« des privilèges qu'on aurat pour ce obtenu. 



— 314 — 

« Advenant que Monsieur Bosman fust défaillant ou 
« contrevenant aux devises et conditions susdittes, l'In- 
« venteur ou ses représentants pouront calenger et confis- 
« quer tels Instruments, on poura retirer la valeur d'iceux, 
« selon qu'il les auroit vendu sur tous ses biens, tant 
« meubles qu'immeubles, sans en ce observer aucune solem- 
« nité de justice comme en la meilleure forme etc. Surtout 
« quoi etc. Fait et passé en la maison de moi notaire soubz 
« la paroische Saint Servais en Liège, présents illecque le 
« sieur Charle Boesmans, Georges de Bonselle, tesmoins 
« huchêes et appeliez. » 

(Signé) Jean Galle, Jacque Boesmans, Charle 
Boesmans *. 

Il est à regretter qu'aucune pièce ne nous ren- 
seigne sur la fabrication de l'instrument inventé 
par Jean Galle. Nous ne connaissons rien non plus 
au sujet des résultats obtenus. 

Quant à la personne de l'inventeur nous pensons, 
sauf preuve contraire, qu'il s'agit ici de Galle ou 
Galleit, Gallaeus (Jean) mathématicien qui naquit 
à Liège % dans la seconde moitié du XVI e siècle. 
« Sa famille — lit-on dans la Biographie nationale 
— était d'origine montoise. Il devint architecte 
habile, mais appliqua particulièrement ses con- 
naissances et son expérience aux constructions 
militaires, ce qui lui valut d'être nommé, par 
l'Archiduc Albert, directeur des forteresses de la 
Belgique. 



1 Registre précité, ibidem. 

* La date de sa naissance n'a pu être retrouvée parmi les anciens 
registres paroissiaux de la ville de Liège. Voir pour son mariage la 
note 2 à la fin de présent article. 



— 315 — 

« Il n'en attacha pas moins de prix aux études 
élémentaires. Foppens cite de lui un abrégé de la 
science des nombres... Il s'en trouve une édition 
française dans le fonds Capitaine (Bibliothèque de 
Liège) : Nouveau Epitome d'arithmétique, par I. G. 
Liège... C'est un essai de simplification des calculs 
par lemploi de dix bâtons faisant l'office des dix 
doigts de la main, la plus naturelle de toutes les 
machines à compter. » 

Ces derniers détails révèlent déjà chez Jean 
Galle, un esprit inventif, mis grandement au jour 
par les documents qui précèdent. 

La transposition du clavier étant à justesse 
mathématique, Jean Galle s'y trouvait dans son 
élément. Peut-être lui-même avait-il quelques 
connaissances musicales, ce qu'on pourrait sup- 
poser en rappelant notamment que François 
Galle ', l'un de ces ancêtres — - croyons-nous, — 
fut un compositeur habile. 

Ainsi que la plupart des inventeurs, Jean Galle 
ne fut pas riche, les contrats précités le prouvent, 
mais comme eux il voulut acquérir de la fortune. 
Tout en cherchant à exploiter son instrument 
relatif à la transposition du clavier, il avait solli- 
cité de S. A. S. de Liège une commission de surin- 
tendant des minéraux au pays de Liège. Cette 
commission obtenue, l'inventeur étudia les pro- 
cédés métallurgiques employés jusqu'alors, et 
trouva bientôt moyen de les perfectionner. Au 
moins il crut avoir découvert une nouvelle mé- 

1 Né à Mons vers le milieu du xvi e siècle. 



— 316 — 

thode pour « connaître, tirer, fondre, séparer en 
affinnant les métaux et minéraux les uns arrière 
des autres, d'après ce que nous apprend un contrat 
passé, le 14 août 1628, entre lui et Guillaume de 
Schoefft, son bailleur de fonds et son associé dans 
l'exploitation de l'invention précitée. Ce contrat 
ne nous donne nullement le secret de Jean 
Galle et nous ignorons s'il profita jamais à l'in- 
dustrie. 

Nous en faisons suivre ici le texte : 

« L'an de nativité de nostre Seigneur mil siex cent vingt 
huict, au mois d'aoust le 14 me jour, personnellement sont 
constitués pardevant moy notaire subsigné et des tes- 
moings cy embas dénommés, honorable homme Jean 
Galle et noble homme M r Guilliaume de Schoefft d'autre 
part; lequel S r Jean Galle, en suite de la commission à 
luy donné par S. A. Sére me de Liège, de la surintendance 
des minéraux, scavoir : d'or, argent argenture, alun, 
cuivre, estain, plomb, chalminne, sel et autres extants 
par tout le païs et Eveché de Liège, at contracté comme 
par ceste il contracte par association avec soy, avec 
M r Schoefft susdit aux devises et conditions suivantes : 
retenant ledit S 1 ' Galle le pouvoir de contracter avec 
d'autres à son bon plaisir, cas advenant toutefois que 
pour certaines causes Monsieur Schoeff ne les puis mettre 
en oeuvre ou bien y vacquer, ce que ne pourat faire 
Monsieur Schoeff sans le gré et consentement dudit 
S r Galle; sçavoir que ledit Galle monstrera et apprendrat 
au dit Monsieur Schoeff susdit sa façon secrète et inven- 
tion à cognoistre, tirer, fondre séparer en affinant lesdits 
métaux et minéraux, les uns arrière des autres de façon 
telle qu'on en pourat calculer le profit qu'on en deveroit 
tirer si on les mettoit en œuvre pour les practiquer et 



— 317 — 

« fondre en grand volume ; et d'aultre costé le dit Monsieur 
« Schoeff susdit fournirat à touttes despences, frais et tra- 
ct vailles nécessaires tant à la recherche d'iceux comme à 
« la fabricque des forneaux, huisinnes, ustensiles et ouvriers, 
« et rendrat audit S 1 Galle la moitié parte de tous profits 
« et émolument qu'en proviendront, libres et francs au 
« dessus des susdittes dépences qui seront déduyttes tant 
« de tout ce qu'il besoignerat en cestuy païs de Liège 
« qu'es tous autres païs, et provinces que ce soit, cas 
« advenant qu'on y puisse travailler; de tout quoy, Monsieur 
« Schoeff en tiendra notule et registre pertinent hors 
« duquel ledit Galle puis voir et scavoir tout et quante 
« fois il voudrat le besoigne et profit qu'il en serat fait, 
« pour de ce en recueillir et recevoir son dit contingent; 
« et comme iceluy S r Galle at promis et promet en foy 
« d'homme de bien d'apprendre audit Monsieur Schoeff 
« fidèlement son dit secret et invention, réciproquement 
« Monsieur Schoeff at promis et promet solennellement 
« et en foy d'homme de bien de reveller audit S 1 ' Galle 
« tout ce qu'il discouvrirat des minéraux tant au pais de 
« Liège qu'ailleurs, et de ne point apprendre lesdittes 
« affaires à personne quelque soit qui pouroit porter pré- 
« judice directement ou indirectement audit S 1 ' Galle tant 
« en pays estrangers comme en cestui de Liège, ne soit 
« que par le consentement dudit Galle, cela soit accordé, 
« obligeant ledit Monsieur Schoeff envers ledit S 1 ' Galle 
« pour l'accomplissement des devises et conditions, retenues 
« et promesses sa foy, ensemble tous ses biens meubles et 
« immeubles présents et futures pour à fault du prenais en 
« tout ou en partie se pouvoir à iceux reprendre par un 
« adjour de quinzaine quant aux immeubles, et quant aux 
« meubles par touttes voyes qu'il trouverat convenir, comme 
« réciproquement le S r Jean Galle oblige tous ses biens 
« meubles et immeubles de maintenir le susdit contrat 



— . 318 — 

« comme dessus, et pour le premis renouveler et réalizer 
« pardevant touttes justices où besoing sera, iceux contrac- 
« tans ont constitué, comme ils constituent par cette, tous 
« porteurs de ceste et chacun d'eux in solidum. Et ce 
« contract aurat effect si longtemps que Monsieur Schoeff 
« ou ses héritiers et représentants tireront profit des dittes 
« minières. Surtout quoi etc. Ainsi fait en la maison d'ho- 
« norable Jean de Salme, beau père ' dudit S 1 ' Galle, sous 
« la paroiche Saint Servais, présents illecque Jean Veris et 
« Jean Thonon serviteur audit S 1 ' Galle tesmoins assumés 
« et requis. » 

(Signé) Guillaume de Schoefft, Jean Galle 2 . 

Tel est le Jean Galle dont nous venons com- 
pléter la biographie en mettant au jour des 
documents qui touchent, les deux premiers à l'his- 
toire musicale, le dernier à celle de l'industrie 
liégeoise. 

D É VAN DE CASTEELE. 



1 La date de son mariage nous est inconnue. Marié à Marie de 
Salme, fille de Jean, il en eut : Ferdinand, né le 24 juin 1621 ; Jean, 
né le 24 juin 1624 ; Ernest, né le 17 avril 1629 ; Guillaume, né le 
27 octobre 1631 et François, né le 12 octobre 1633. — (Registres 
paroissiaux de N. D. aux fonts à l'Hôtel de ville de Liège). 

2 Registre .précité, ibidem. 



— 319 



L'ADMINISTRATION PROVINCIALE 

eist f Hi a. nxr id iel e 

Sous les périodes espagnole et autrichienne, 



(Les États de Flandre.) 

La forme sociale et politique dans laquelle un peuple 
peut entrer et rester n'est pas livrée à son arbitraire, 
mais déterminée par son caractère et son passé... 
Si nous parvenons à trouver la nôtre, ce ne sera 
qu'en nous étudiant nous mêmes, et plus nous 
saurons précisément ce que nous sommes, plus nous 
démêlerons sûrement ce qui nous convient.... 

(H. Taine, Les origines de la France contem- 
poraine. L'ancien régime.) 



INTRODUCTION, 

Aperçu sur l'origine et la composition des États de Flandre 
jusqu'à la période espagnole. 

L'origine des États de Flandre est restée jusqu'à 
présent assez obscure. 

Raepsaet ' et Zaman 2 la font remonter à une 



1 Raepsaet, Œuvres complètes, tome II, p. 35 à 51. 

* Zaman, Exposition des trois États du pays de Flandre, p. 18. 



— 320 — 

époque très ancienne, voire jusqu'avant les pre- 
miers temps de l'invasion romaine. 

D'autres historiens, tels que Warnkoenig ' assi- 
gnent à cette origine une date beaucoup plus 
récente. D'après ces derniers, les États n'auraient 
pris naissance qu'au XV e siècle, à la suite des rela- 
tions créées entre les communes par le « Trans- 
port de Flandre 2 . » 

D'autres encore, tels que M. Gilliodts van 
Severen, le savant conservateur des Archives 
de la ville de Bruges, rapportent l'origine des 
États à Y Assemblée des Ëchevins de Flandre, du 
XII e siècle 3 . 

On voit que les opinions émises sur la question 
de l'origine des États de Flandre sont assez 
divergentes. 

Selon nous, la question demeure ouverte, aucun 
de ces auteurs ne nous paraissant avoir justifié, 
d'une façon irréfutable, sa manière de voir. 

Cependant, tout bien examiné, il semble que 
l'on doive pencher plutôt vers l'opinion de ceux 
qui donnent aux États une origine antérieure au 
XV e ou au XIV e siècles. 

On entendait, en effet, par assemblée des États, 



1 Warnkoenig, Histoire de Flandre, traduction de Gheldolf. 

2 Le premier Transport de Flandre ou cadastre fixant la cote à 
payer par chaque communauté, par cent livres, fut dressé, en 1309, 
à la suite du traité d'Athies (juin 1305). On verra que ces Transports 
— il y en eut plusieurs — constituèrent plus tard, les matricules au 
moyen desquelles on pouvait connaître la cote à payer par chaque 
collège, dans les aides ou subsides accordés au Prince. 

3 Gilliodts Van Severen, Inventaire des archives de la ville de 
Bruges. Section I. — Inventaire des Chartes, tome IV, p. 271. 



— 321 — 

la réunion des délégués des trois états de la popu- 
lation : clergé, noblesse et tiers. 

Or. il semble résulter de' divers actes ' que ces 
trois états, donc les États, pourrait-on dire, étaient 
convoqués et se réunissaient déjà bien antérieure- 
ment aux époques précitées. 

Évidemment, ces assemblées anciennes n'étaient 
pas celles des XIV e et XV e siècles. Mais, ce n'est 
pas, semble-t-il, parce que leurs réunions étaient, 
peut-être, moins fréquentes, leurs attributions et 
leur composition un peu différentes, que l'on pour- 
rait soutenir qu'elles ne constituèrent pas l'ori- 
gine du pouvoir provincial en Flandre. 

Dans le cours de ce travail, on trouvera encore 
quelques faits qui militent en faveur de cette thèse. 
Quoi qu'il en soit, nous n'avons pas la prétention 
de trancher cette question qui d'ailleurs ne rentre 
pas dans le cadre de cette étude. 



Si dans l'Assemblée des Échevins de Flandre, on 
ne peut trouver l'origine des États, on peut y 



1 « L'existence des trois états de Flandre paraît remonter au 
« XI e siècle, car Robert le Frison lut admis au Gouvernement en 
« 1071, du consentement des prélats, des nobles et des communes » 
( Defacqz, Ancien droit belgiqne, tome II). 

En 1030, il y eut une assemblée tenue par le comte Baudouin à 
Bergues Saint Winox pour pacifier la Flandre. Cette assemblée était 
composée, selon Oudeglierst, de tous les princes, prélats et>autres 
des Etats (Raepsaet loc. cit. p. 90-91), etc. 

Enfin, il est à remarquer que l'ancien droit germanique donne 
à tous les hommes libres (vrijen) le droit de participer aux délibé- 
rations concernant les affaires publiques. 

22 ■ 



— 322 — 

trouver, du moins, celle de l'élément principal de 
ceux-ci, c'est à dire l'origine des Quatre Membres. 

Ce point a été développé par M. Gilliodts van 
Severen ', et il semble devoir être exposé ici. 

Il faut se rappeler qu'il y avait anciennement 
en Flandre, trois grandes villes 2 , Gand, Bruges et 
Ypres, auxquelles toutes les autres étaient subor- 
données, et que, pour cette raison, on nommait 
les chefs villes. 

Warnkoenig 5 a indiqué l'origine de cette supé- 
riorité : « Comme les villes de création plus 
« récente, dit-il, furent organisées sur le modèle 
« des anciennes dont elles reçurent le droit et les 
« privilèges, il fut statué expressément que les 
« échevins des petites villes, de nouvelle date, 
« devraient prendre conseil, dans tous les cas 
« douteux, non décidés formellement par leur 
« heure, d'une autre ville, comme de leur chief 
« (haer hoofd). L'exercice de ce recours s'appelle 
« dans le français des anciens diplômes, aller à 
« Iiïef(h chef) ou à chief de sens. » 

La prépotence des chefs villes fut d'ailleurs 
consacrée, dans la suite, par d'autres causes encore 
que nous tâcherons d'exposer dans le cours de 
cette étude. 

Or, l'Assemblée des Échevins de Flandre, se 
composait d'échevins de ces trois chefs villes. 

Yoici comment M. Vanden Peereboom (Des cours 

1 Loc. cit. 

2 Et plus anciennement encore, cinq : Gand, Bruges, Ypres, Lille 
et Douai. 

3 Loc. cit., tome II, p. 287. 



— 323 - 

de Justice, p. 25) définit cette institution : « L'As- 
« semblée des Échevins de Flandre paraît avoir 
« été instituée avant tout pour sauvegarder les 
« prérogatives des lois locales, la dignité et la 
« souveraineté des échevins-juges, enfin pour 
« statuer sur les conflits, soit entre les bonnes 
« villes, soit même entre ces cités et le seigneur 
« du pays. » 

Cette assemblée, on le voit, était alors, avant 
tout, une sorte de haute institution judiciaire. 

Le même auteur en arrive à se demander ensuite 
(p. 29) : « Si les Quatre Membres, plus tard les 
« États de Flandre, ne doivent pas leur origine 
« à - l'assemblée des Échevins de Flandre du 
« XII e siècle, et si ce jury ne se transforma pas 
« peu à peu en corps administratif. » 

M. Gilliodts résoud affirmativement cette 
question. 

Et cela est possible, mais il faut cependant ne 
pas perdre de vue qu'à cette époque, les pouvoirs 
administratif et judiciaire étaient dans la plus par- 
faite confusion. 

Quoiqu'il en fût, nous ne pourrions y voir, répé- 
tons-le, que l'origine d'un élément des futurs 
États : les Quatre Membres. 

En tout cas, à partir du commencement du 
XIV e siècle, nous possédons des données plus pré' 
cises, et nous pouvons constater que des assem- 
blées appelées Parlements s'occupaient alors déjà 
très activement de l'administration du pays. 

Ces Parlements se composaient de deux élé- 
ments : le Comte (ou ses conseillers) et les conseils 



— 324 — 

des chefs villes; un troisième élément, celui des 
moindres villes, venait parfois s'y ajouter, mais 
il est certain qu'il n'eut jamais que voix consulta- 
tive dans ces assemblées '. 

Cette composition résulte, à l'évidence, de tous 
les comptes de cette époque. On y emploie l'ex- 
pression « Parlement daer de Raed van Vlaenderen 
was, » seule, ou associée à celle-ci « melten raede 
van de 3 steden van Vlaenderen » ou encore « daer 
de steden van Vlaenderen waren. » 

Les formules « Parlement daer de- Raed van 
Vlaenderen tvas » et « Parlement daer de steden 
van Vlaenderen waren » sont donc synonymes, 
chacune d'elles contenant seulement un des élé- 
ments des Parlements, sans, pour cela, exclure 
l'autre. 

Au surplus, cette manière de voir est absolu- 
ment confirmée par un document irrécusable repris 
par A.'E. Gheldolf ■ et dans lequel il est reconnu 
par Philippe de Tinette et Jean de Namur, le 
8 mai 1305, « Ke de tant de tans qui peust sou- 
venir toutes les besoignes ke li Conte de flandres 
qui par le tans ont estei, touchant communaument 
lestât don pays, li dit Conte les ont traitiet et ordenei 



1 N. De Pauw et J. Vuylsteke, De rekeningen der stacl Gent, tweede 
deel fp. 482 et suiv.). 

Gilliodts, loc. cit., pp. 269-270, 293-294. 
C. d'Ypres, 1336-37. 27 août 1337. 

C. de Gand, 1314 f° 18, 2°; f° 20, 2°;' 1321 f° 78, 2°; 1332 f° 20; 
1330 f» 50, etc. 
Zaman, loc. cit., p. 51. 

2 Histoire administrative et constitutionnelle des villes et châtelle- 
nies d'Ypres, etc., d'après Warnkoenig, p. 445. 



— 325 — 

• 

par les boines villes de li conteit. Et cliouke par l<> 
seigneur et les dites boines villes a estei ordenei, 
gêner aument il convint ke che fuist tenu et wardei 
par toute le conteit... » 

Cette charte donne donc aux Parlements « toutes 
les besoignes touchant communaument Testât dou 
pays » et un mémoire de ceux d'Ypres relaté 
dans une sentence de Philippe le Bon, en date du 
17 juin 1436 ' , exposant les attributions des Parle- 
ments, dit qu'ils avaient « le Gouvernement et 
« Régime tant en consentement d'aides et subven- 
« tions comme en service d'armes et autrement. » 
Ce qui équivaut à dire qu'ils constituaient, en réa- 
lité, les pouvoirs législatif et administratif du pays. 

Légalement, le Comte ne pouvait rien sans 
l'assentiment des Parlements. 

La solution des difficultés qui pouvaient surgir 
entre l'une des villes et les autres, ou entre le 
Comte et l'une des villes, nous est donnée par une 
charte de Philippe de Tinette du 12 avril 1304 : 
« reconnissons que nous avons entendu, entendons et 
créons... selonc lor anchienne coustume, ke se aucuns 
debas sourdoit dou seigneur de flandres contre le 
corps daucunes des chiunc boines villes de flandres. 
C'est a savoir de Gand, de bruges, de ypre, de lylle 
et de doivay, u conte ns, u debas meust dou corps de 
lune des chiunc boines villes a lautre,. — , ke les 
autres quatre boines villes ont, et doivent ami)' de 
droit, le connissanche de celi cause, et le jugement et 
en doit li plaidies iestre demenies et traities, en lune 

1 Zaman, loc. cit., p. 95. 



— 326 — 

des chiunc boines villes devant dites, a le semonse de 
nous u de no liutenant ' . » 

Les Parlements se maintinrent durant tout le 
XIV*' siècle et l'examen des comptes des chefs- 
villes prouve qu'ils eurent des réunions très fré- 
quentes, surtout à dater de l'époque d'Artevelde. 
Ils se réunissaient dans différentes localités; il en 
fut tenu à Gand, Bruges, Ypres, Roulers, Ursel, 
Deynze, Termonde, Eecloo, Maie, Courtrai, etc. \ 

On connaît le grand rôle que remplirent ces 
assemblées où les trois chefs villes, comme on 
vient de le voir, furent absolument prépondérantes. 

Elles interviennent alors, nous venons de le 
dire, dans toutes les affaires de politique intérieure 
ou extérieure du pays et c'est à cette époque que 
l'on voit conclure des conventions et des traités 
avec les souverains étrangers, au nom « des bon- 
ce nés gens des villes, des châtellenies et territoires 
« de tout le commun pays de Flandre 5 . » 

Dans ce siècle de souveraineté des communes, 
la représentation du clergé et de la noblesse a 
donc subi une véritable interruption. 

En consultant les comptes, on ne trouve, en 
effet, qu'une seule trace de l'intervention de la 
noblesse et une du clergé, dans ces assemblées, 
et, encore, était-ce pour délibérer sur des ma- 



1 Waenkoenig, Yprcs, loc. cit., p. 442. 

2 Cf. comptes de l'époque dans l'Inventaire cité de Gilliodts. 
Cf. également de Pauw et Vuylsteke, loc. cit. Cependant, à partir 
de l'année 1362, les Parlements se tinrent surtout à Gand et sem- 
blèrent vouloir se fixer dans cette ville (Gilliodts). 

3 Gilliodts, loc. cit., p. 288, 289. 



— 327 — 

tières qui intéressaient tout spécialement » ces 
deux ordres. 

C'est vers cette époque, c'est-à-dire vers la fin 
du XIV' siècle, qu'un quatrième élément vient se 
placer à côté des trois chefs-villes : le Franc de 
Bruges composé exclusivement de nobles et d'ecclé- 
siastiques " 2 . 

Il est assez difficile de fixer, d'une façon exacte, 
la date de l'adjonction du Franc de Bruges aux 
trois autres chefs collèges de Flandre. 

Oudegherst 3 reporte la date de l'accession du 
Franc à l'année 1348, en laquelle fut conclu à 
Bruges, par Louis de Maie, un traité dans lequel 
il est fait mention du Franc comme quatrième chef 
collège. 

Zaman* fixe cette date seulement à l'année 1405. 

Enfin, l'Inventaire de M. Gilliodts mentionne 
une série d'actes dans lesquels on voit le Franc 
intervenir à titre égal et à côté des trois chefs 
villes. Tous ces actes ont été passés de 1350 à 1365 
et de 1378 à 1387. Cependant, d'après le même 
auteur, ce ne fut qu'en l'année 1392 que le Franc 
obtint son admission définitive '\ 

Cette élévation du Franc au rang de quatrième 
chef collège de Flandre souleva de Imposition de 



1 Voir compte Gand de 1316 1° 47, 2°; et celui de 1323-24 
f° 69, 2°. 

2 Gilliodts, loc. cit., p. 302. 

3 Id.,id., p. 295. 

* Loc. cit., p. 70. 

5 Gilliodts, loc. cit., p. 314. 



— 328 — 

la part des trois grandes villes qui, jusque là, 
avaient été seules en possession du pouvoir. Ceux 
de Bruges surtout protestèrent vivement contre 
cette intrusion du Franc, et le Duc deBoureroarne — 
qui d'ailleurs favorisait cette ancienne châtellenie 
noble, dans laquelle il voyait un contre-poids à la 
puissance de l'élément communal — rendit, le 
17 août 1411, une sentence par laquelle les fran- 
chostes étaient confirmés dans la possession de 
leur prérogative ' . 

Le 11 février 1436, nouvelle sentence portant 
confirmation de celle de 1411 et rendue en suite 
des réclamations de ceux d'Ypres ". 

Jusqu'à l'époque de l'admission du Franc en 
qualité de quatrième chef collège, il n'est pas 
question des Quatre Membres, ni même de Membres 
de Flandre (Leden van Vlaenderen). 

A la fin du XIV e siècle, les comptes portent 
encore « de ghedeputeerden van Gendt, Brugge, 
Ypere, en de van den Vrijen, » et l'expression 
« de vier leden » ne paraît pas même encore 
être née. 

C'est dans le compte du Franc de 1399-1400 
qu'on la rencontre pour la première fois 3 . 

Ce sont d'ailleurs, à n'en pas douter, les quatre 
chefs collèges qui ont commencé' à se qualifier 
eux-mêmes de Quatre Membres de Flandre, car ce 



1 Gilliodts, loc. cit., p. 316 (Arch. État à Bruges, Roodenbouc, 
f° 107, n° 2). 

2 Gilliodts, loc. cit., p. 316. 

3 Id., id., loc. cit., p. 315. 



— 329 - 

n'est que bien plus tard qu'on trouve cette expres- 
sion dans les actes du pouvoir central. — Aiusi, 
pour ne citer qu'un exemple, tandis que le compte 
de Bruges de 1408-1409 ' porte : « Den xij c " dach 
« van september lier Aernoud Reyphin ende Victor 
« Van Leffxnghe , ghesend te Gliend omme met 
« gaders den anderen drien leden van den lande 
« etc., » la charte du 20 juillet 1408, par laquelle 
le duc Jean de Bourgogne nomme des députés 
pour reviser le Transport ou cadastre de Flandre ' 2 , 
ne fait pas emploi de cette expression et porte 
encore, connue antérieurement : « les députez de 
« par nos bonnes villes Gand, Bruges, Ypre et de 
« nostre ter rouer du Franc etc. » 

En tout cas, à partir de cette époque, on em- 
ploie couramment, dans tous les comptes, l'expres- 
sions : les Quatre Membres. On peut donc dire que 
cette dénomination est née au commencement du 
XV e siècle \ 

M. Gilliodts van Severen observe que, pour 
ainsi dire, dès l'époque de l'érection du Franc 
comme quatrième Membre, il n'est plus question 
de Parlements, mais d'assemblées des Quatre 
Membres de Flandre. 

Observons aussi que cette érection correspond 
à peu près avec l'avènement des ducs de Bour- 
gogne; on peut y voir, de la part de ceux-ci, 
une tendance à aristocratiser les assemblées du 
XIV e siècle et à porter ainsi un dernier coup à la 

i Gilliodts, loc. cit., p. 34. 

2 Voir ce document Gilliodts, loc. cit., p. 20 à 22. 

3 Cf. Zaman, loc. cit. 



— 330 — 

puissance des communes qui était alors à son 
déclin '. 

Et, en effet, l'introduction des éléments exclu- 
sivement nobles et ecclésiastiques du Franc dut 
altérer le caractère profondément démocratique 
de l'institution. 

M. Gilliodts expose cette transformation 2 en 
ces termes : « L'ancienne châtellenie (du Franc), 
« dit-il, leur donnait (aux ducs) une base d'op- 
« position contre les principes de la démocratie 
« des communes. Cette réforme constitutionnelle 
« altéra profondément le caractère national,* les 
« mœurs et jusqu'à la langue du peuple en éprou- 
« vèrent l'atteinte. 

« Sous cette pression croissante », ajoute M. 
Gilliodts, « les États composés désormais des 
« Quatre Membres s'organisèrent et se parta- 
« gèrent en trois ordres : le clergé, la noblesse 
« et le tiers. » 

En ce qui nous concerne, nous croyons plutôt 
que les Quatre Membres faisaient partie intégrante 
des Etats et y représentaient le tiers. 

On trouve, en effet, dès lors, alternativement 
mentionnés dans les libellés des comptes du 
XV e siècle, les Quatre Membres seuls ou les Quatre 
Membres avec le Clergé et la Noblesse. 

Voici, à titre d'exemples, quelques extraits des 
comptes de Bruges 3 . C. 1414-15, f" 63, n° 1. Ben 

1 Au sujet de la politique des ducs de Bourgogne, voir, entre 
autres, Kebvyn, Hist. de Flandre, III, p. 192, et P. Fredericq, Essai 
sur le rôle politique et social des ducs de Bourgogne dans les Pays-Bas. 

2 Loc. cit., p. 315. 

3 Gilliodts, loc. cit., p. 327 à 329. 



331 — 

andren dach van september Janne Dreling ghesendt 
ter Sluus metgaders den ghedeputeerden van den 
andren drien leden van den lande van Vlaendren 
teenre dachuaert . 

F 63, n° 5. Item es te wetene aïs de ghedepu- 
teerde van den drien staten van den lande van 
Vlaendren gheweist hadden voor Atrecht, ter dach- 
naerd van den Coninc onsen souverainen heere 
ende onsen geduchten heere van Guyenne daulphin 
van Vyanois zinen zone, daer den paeys van dies 
de coninc voorseit mest paeijt gheweist hadde up onsen 
gheduchten heere ende prinche, gesloten ivas, etc. 

F° 64, n° 3. « Den xxvij stp " dach van september 
Janne Bortoen (etc.), ghesend te Ghend an onsen ghe- 
duchten heere ende prinche die de ghedeputeerde van 
den viere leden van den lande van Vlaendren om- 
boden hadde bi hem te commene, aldaer deselue 
onse gheduchte heere ende prinche dede verversschen 
ende versouken te hebbene van zinen voorseiden 
lande de subventie van C m guldine penninghe zilvre 
munte van Vlaendren 

C. 1415, f° 64, n° 4. Den xvj ston dach van sep- 
tember Jacob Breydel, Joos De Muntere etc ghesendt 
te Ghend teenre dachvaerd van den viere leden van 
Vlaendren, dienende omme oner een te draghene 
ende te taxeerne up tghemeene land, de costen bi den 
drien staten te wetene prelaten, edele ende 
viere leden ghedaen in den name van den ghe- 
meenen lande jnt tstic van den traittiete van paeyse, 
van dat onse gheduchte heere ende prinche gheweist 
hadde \ etc. » 

1 Voir encore comptes même année, f° 67 n° 2, 69 v n° 4 et compte 
de. 1413, 63 v n° 4 (Gilliodts, loc. cit., p. 264). Dans ce dernier, il est 



— 332 - 

Ces extraits montrent, semble-t-il, que les 
Quatre Membres étaient seuls convoqués lorsqu'il 
s'agissait de questions d'administration courante, 
spécialement de questions financières, et que le 
clergé et la noblesse n'intervenaient surtout que 
dans les grandes circonstances, comme par exemple, 
lorsqu'il s'agissait de résoudre des questions de 
haute politique, et notamment celles concernant la 
politique extérieure. 

Dès lors, les Quatre Membres étaient naturelle- 
ment assez souvent convoqués, tandis que le cas 
devait être, au contraire, assez rare pour les deux 
autres états. 

En tout cas, nous croyons que, sous les ducs 
de Bourgogne, les états ecclésiastique et noble 
avaient repris leur place à l'assemblée des États, 
en admettant que, sous le règne des communes, 
ils eussent dû momentanément l'abandonner. 

Le système des trois états, avec intervention 
limitée de deux de ces états, le cjergé et la noblesse, 
se maintint pendant tout le règne des ducs de 
Bourgogne. 

Il sera intéressant, pensons-nous, de reproduire 
ici, comme preuves à l'appui, quelques documents 
très caractéristiques ' . 

Voici, par exemple, une lettre écrite par le Chan- 
celier de Flandre, au nom du duc de Bourgogne, 

fait mention des trois états et il ne s'agissait cependant que d'un 
subside à accorder au Prince. 

1 Ces documents ont déjà été publiés par M. Gachard dans sa 
Collection de documents inédits, mais ils nous paraissent indispen- 
sables pour compléter cette introduction. 



— 333 — 

an Magistrat d'Ypres, et portant convocation à 

une Assemblée des Quatre Membres qui devait se 

tenir à Bruges, le 18 Novembre 1467. 

« De par le Duc de Bourgoingne, etc. Très 
chiers et bien amez, affin de mettre bon ordre et 

c remède à ce que nos ordonnances faictes sur le 
fait de nos monnoyes soient entretenues et gar- 
dées, comme le voulons et désirons, nous avons 

( ordonné aulcuns de par nous pour estre en 
nostre ville de Bruges le xviij jour de ce présent 

( mois, pour communiquier avecq vous et les 
aidtres membres de nostre pays de Flandres 

( touchant cette matière, et y mettre bonne et 
ferme provision. Sy vous mandons expressé- 
ment que, aux jour et lieu dessusdits, vous 
envoyez et ordonnez aulcuns vos députez à tout 

c povoir souffissant pour conclure et arrester ce 

< que sera advisé pour le bien de la dite matere, 
et gardez que n'y faictes faulte, comment qu'il 
soit. Très chiers et bien amez, le Saint esperit 

( soit garde de vous, Escript le viij jour de 
novembre iiij lxvij. 

• « De Molesmes. » 

Voici encore la suscription d'une lettre adressée 
aux Quatre Membres et concernant également les 
monnaies et le service des fiefvés : A nos très chiers 
et bien amez les bourgmaistres, eschevins et 
conseil de nos villes de Gand, Bruges. Yppre, et 
terroir du Franc, .représentant les quatre mem- 
bres de nostre pays de Flandres - . 

1 Gachard, Collect. de documents inédits,}). 172. 



— 334 — 

Le chancelier des ducs de Bourgogne corres- 
pondait parfois personnellement avec les Etats ou 
les Quatre Membres, et les appelait alors « mes 
« très chiers seigneurs et especiaulx amis les 
« les députez des Quatre Membres du pays de 
« Flandres \ 

Le 19 décembre 1467, le Duc convoqua les Quatre 
Membres à « Tenremonde « (Termonde) » « pour 
« oyr aulcunes remonstrances et requestes que 
« voulons faire à nostre dit pays, et avons inten- 
« cion d'estre eu nostre personne au dit Tenre- 
« monde etc. » On comprend que le noble Duc 
se soit dérangé lorsqu'on apprend qu'il demanda 
aux Quatre Membres une aide d'un million de 
ridders de 48 gros pièce, à payer en neuf ans. 

La réponse des Quatre Membres, de tout point 
favorable à cette demande, fut portée à la connais- 
sance du Duc, le 20 février 1468, dans des termes 
où l'obséquiosité descend jusqu'à la platitude : 
« Notre très redoubté seigneur et prince, nous 
« nous recommandons à vostre très liaulte no- 
ce blesse et très bénigne grâce tant et sy très 
« humblement comme plus povons ; et vous plaise 
« savoir nostre très redoubté seigneur et prince 

« que etc ce que vous nostre tre redoubté 

« seigneur et prince, signifions par ces présentes, 
« en vous suppliant en toute humilité qu'il nous 
« plaise de vostre très bénigne grâce etc. » Le 
reste est à l'avenant 2 . 

Il est vrai de dire que Charles le Téméraire le 

1 Gachard, Collect. de documents inédits, p. 174. 
3 Gachard, loc. cit., p. 194. 



— 335 — 

prenait de très haut avec les Etats et, comme 
c'était un prince très paissant, on jugea sans doute 
qu'il eût été dangereux de lui résister. 

On peut voir encore, dans les documents ' ci- 
après, le manque d'égards, pour ne rien dire de 
plus, avec lequel Charles le Téméraire traitait ses 
« très chiers et bien amez » des Etats. 

En 1470, les Quatre Membres s'avisèrent de faire 
quelques remontrances au Duc au sujet d'une aide 
de 120,000 écus qu'il avait demandée à tous ses 
pays. 

La réponse du Téméraire ne se fit pas attendre. 
Elle fut donnée — dit la relation — « après une 
brieve retraicte du Duc » à M tre Jean Sersanders, 
pensionnaire de G and, qui, en cette qualité, avait 
porté la parole au nom des Quatre Membres. On 
y trouve des violences de langage comme celles-ci : 
« Vous faictes ceste demande par soubtivité et 
« malice... et avez vous (vous avez) testes fla- 
« mengues si grosses et si dures... et veul bien 
« que vous le sachiez, je pourverrez bien à vos 

« testes et entre vous, Flamengs, avecq vous 

« dures testes, avez tous jours comtempné ou 
« hay vostre prince, car, quant ilz n'estoient 
« point bien puissant, vous les comptempnastes, 
« et, quand ilz éstoient puissans et que vous ne 

« leur povoyés rien faire vous les haystes 

« car ce seroit comme du pot et du voyre : 
« comment que le voyre se heurte o pot, tondis 
« se rompt etc 2 . » 

1 Gachard, toc. cit., p. Iô4i 

2 Gachard, toc. cit. (p. 219 et suiv.). 



— 336 — 

De peur sans doute que le « pot » ne rompît le 
« voyre, » les Quatre Membres s'empressèrent 
d'accorder l'aide demandée. 

Peu d'années après, en 1475, le Duc fit assem- 
bler les trois États à Bruges, et leur tint un 
long discours pour se plaindre de l'abandon dans 
lequel ces trois États l'avaient laissé au siège 
de Neuss '. Après avoir exposé tous ses griefs 
contre les Etats, le Duc conclut : « ...Puisque ses 
dits subgectz avoient mis en nonchaloir estre 
gouverné soubz lui comme enffans soubz père, 
c au moyen de quoy ils pourroient estre exhere- 
dez, comme le filz des biens de son père pour 
ses démérites, ils seroient gouvernez et vive- 
roient doresenavant soubz lui comme subgectz 
soubz leur seigneur, au plaisir (de Dieu?) son 
c créateur de qui, et non d'autruy, il tient sa 
dite seigneurie, et demourerait prince tant que 
x à Dieu plaira, maigre la barbe de tous ceulx à 
qui il en desplairoit, dont il ne faisoit point de 
( doubte, car Dieu lui en avoit bien donné la 
puissance et la manière et ne conseilloit point de 
l'expérimenter. » 

Il finit par exhorter chacun des ordres à part ; 
premièrement aux prelatz, il leur commanda, 
en nom d'eulx et pour les autres prelatz absens, 
que doresenavant il obéissent diligemment, et 
sans dissimulacions quelconques, à ses lettres, 
mandemens et ordonnances, sur paine de perdre 
et confisquier envers lui tout leur temporel » et 

1 Gachakd, loc. cit. (p. 249 et suiv.). 



— 337 — 

parlant aux nobles, « il leur commanda aussi faire 
pareillement, sur leurs testes et sur peine de 
c confisquier de tout ce qu'ilz tenoient de lui, et 
de tous leurs biens meubles et immeubles et de 
leurs héritiers, pour iceulx estre appliquiez à 
son demaine; et parlant aux Députez du troi- 
sième estât, dist par telle façon : Et vous men- 
geurs des bonnes villes, faictes pareillement 
quant à l'obéissance de mes commandemens, 
< lettres et ordonnances, et qui seront expédiez 
par mon chancellier, sur vos testes, et sur con- 
( fiscacion de tous voz biens, ensemble tous voz 
previleges, drois, franchises, libertez, costumes 
et usaiges. » 

Ce ne furent pas les trois États qui répondirent 
à cette semonce, mais les Députés des Quatre Mem- 
bres « pour et au nom du pays de Flandres sur ce 
que depuis nagaires il vous a plu (au Duc) pro- 
poser et déclarer aux députez des trois estas de 
:< vostre dit pays, etc. » 

La noblesse et le clergé se désintéressaient donc 
même des affaires sur lesquelles ils étaient appelés 
à se prononcer. 

On a déjà vu, qu'en matière d'aides et de sub- 
sides, ces deux ordres n'étaient pas convoqués; 
ils ne participaient d'ailleurs pas dans le payement. 
Le passage suivant de la réponse susvisée des 
Quatre Membres confirme encore, qu'en cette 
matière, ceux-ci représentaient seuls le pays de 
Flandre : « Or est ainsi que feu de très noble 
« mémoire, monseigneur le duc Philippe, vostre 
« père, et tous voz autres très nobles progeni- 

•23 



— 338 — 

« teurs, ont délaissée le dit pays en la franchise 
« et liberté telle, que ilz ne fissent oncqnes, par 
« rigueur, ne execucion, ne autrement, les sub- 
« gectz de vostre dit payer aucune somme de 
a deniers ne autre charge, sans consentement 
a préalable des Quatre Membres de vostre dit pays 
« pour et au nom des manans et hàbitans dicelui 
« pays, etc. » 

Et comme, ainsi qu'on vient de le voir, par les 
documents ci-dessus reproduits, les deux premiers 
ordres, clergé et noblesse, se désintéressaient de 
la plupart des autres matières qu'on leur soumet- 
tait, et s'en déchargeaient volontiers sur les Quatre 
Membres ' , on peut en conclure que ceux-ci con- 
stituèrent, en fait, sous les ducs de Bourgogne, à 
eux seuls, les États de Flandre. 

Lorsque, par suite de l'alliance de Marie de 
Bourgogne avec Maximilien d'Autriche, le Comté 
de Flandre devint, pour ainsi dire, une simple 
province, les questions politiques ne furent plus 
guère soumises aux États. Ceux-ci descendirent, 
dès lors, peu à peu, au rang d'États provinciaux 2 . 

Le clergé et la noblesse se désintéressèrent na- 
turellement de plus en plus des affaires. Ils n'y 
avaient d'ailleurs aucun intérêt, le principal pou- 
voir des États consistant dans l'octroi des aides et 



* Voir encore à ce propos : Oachard : Loc. cit., p. 254 (note). Les 
trois états étaient assemblés àGand, par ordre du Duc, et « ils char- 
« gèrent les Quatre Membres d'en conférer avec les commis du Duc 
« et d'y résoudre. » 

2 On sait que la première assemblée des Etats Généraux, dans 
notre pays, date de l'époque des Ducs de Bourgogne. 



— 339 — 

subsides au souverain, dans le payement desquels 
le clergé et la noblesse n'intervenaient pas. 

Les Quatre Membres conservèrent donc la pré- 
rogative de représenter les Etats de Flandre 
jusque sous le régime espagnol, c'est-à-dire jusqu'à 
la fin du règne de Charles V. 

Ce fut vers cette époque qu'ils durent partager 
le pouvoir provincial avec le clergé — on verra 
ci-après dans quelles circonstances — et ce fut 
ainsi que naquit « l'Assemblée des Députés des Ecclé- 
siastiques et Membres de Flandres, » laquelle se 
maintint pendant toute la période espagnole, et 
durant la période autrichienne, jusqu'en l'année 
1754. — En cette dernière année, l'institution 
subit une nouvelle transformation et devint 
« V Assemblée de la province de Flandres » ou 
encore « l'Assemblée des Ecclésiastiques, Villes, 
Pays, châtellenies . Métiers et Districts du Pays et 
Comté de Flandres. » 

C'est l'organisation de ces institutions que 
nous nous sommes proposé d'exposer d'une façon 
quelque peu détaillée. 

Ach. Gallet-Miry. 

(A suivre.) 



340 — 



VARIETES, 



Chanteurs publics au XVI e siècle. — Parmi les chan- 
teurs publics qui, pendant la seconde moitié du XVI e siècle, 
exercèrent leur art sur les places publiques de la ville de 
Gand le plus célèbre est, sans contredit, le poète et drama- 
turge Jean Onghena. Son répertoire se composait princi- 
palement de chansons politiques, dirigées contre l'Espagne 
et contre l'inquisition. Tous les chroniqueurs de cette 
époque parlent de ce personnage qui jouissait d'une grande 
notoriété à Gand. 

Durant le cours de sa carrière de poète et de chanson- 
nier populaire, ' il fut plusieurs fois avisé par les échevins 
qu'il eût à se montrer plus circonspect dans le choix de ses 
couplets. Dans le Criminele Boeck de 1 564 nous trouvons 
relaté un avertissement de ce genre, rédigé comme suit : 

« Den 16 november 1564 es by schepene interdictie ghe- 
« daen meester Johan Onghenae meer eenighe refereynen of 
« liedekens te maecken ofte by ander ghemaeckt te zegghene 
« ofte uitteghevene in eenighe verselschappe oft andersins 
« die eenighe onstichticheyt ofte scandcd maecke saude 
« tippene arbitraire. » 

Jean Onghena, qui avait adopté les idées de la réforme, 
fut arrêté à Anvers au mois de mai 1567. Le 30 juin on le 
transporta à Gand et le 2 août 1567 il fut pendu à une 



— 341 - 

des potences dressées devant la prison du Sausselet au 
marché aux Grains. 

Le Memorieboeck der stad Ghent de l'année 1 567 dit : 

« Den lesten Juny was Jan Onghena met vier officiers 
« ende vier hallebardiers van A ntwerpen binnen deser stede 
« ghebrocht, ende den >j nt Ougste was hy up den Coorenaert 
« ghehanghen. » 

Dans le Dagboek des frères Van Campene, publié par 
M. F. De Potter, cette exécution est racontée dans les 
ternies suivants : 

« Ougstmaend. — Den II e " smorgens voor de noenent es 
« ande galghe ofte potente staende upden Coornaert ghe- 
« hangen de voornoemde M'' Jan die in zijnen tijdt heeft 
« gheiveest een fray componist inde Vlaemsche Rhetorijke 
« dichtende menich reféreyn bemindt van edele ende on- 
« edele omme syne sonderlinghe gratie van refereynen ende 
« ghenouchte die hy hadde inde zelve; hy heeft hier voort/jts 
« ghemaect een reféreyn van aile de eloosters deser stede, 
« voaghende by manière van huwelicke de monijeken metten 
« nonnen ofte religieusen.... » 

Jan Vanclevivere en parle également dans sa Chronijcke 
van Ghendt ainsi que pater de Jonghe dans ses Gendsche 
Geschiedenissen. 

Marcus van Vaernewijck, dans le septième livre de ses 
Beroerlijcke Tijden cite un certain Liévin vander Venne, 
messager et facteur de la chambre de rhétorique gantoise 
Maria feeren. Ce vander Venne fut arrêté le 6 mars 1567, 
sur le marché du Vendredi, pour avoir chanté des couplets 
et débité des pièces allégoriques dirigés contre la religion 
et le clergé catholiques : « ...zechioorden ende cluchten, en 
« bysonder van eenen rhetoryckelicken droom, die hy plach 
« onder tvolch te zegghen in taveeme, icelchen droom meester 



— 342 — 

« Jan Onghena ghemaect hadde, ludende schimpich ofte 
« spottichjeghen die geestelicheyi ende dierghelijcke.... » 

L'auteur de ces farces et de ce songe, ainsi que le dit 
van Vaernewijck, était encore Jan Onghena. 



Dans le Crimineele Boeck de 150(3-1 567 il est fait mention 
au folio 37 de deux chanteurs de rue qui furent bannis de 
la ville de Gand pour avoir fait entendre sur le marché aux 
Grains des couplets inconvenants : 

« Franc, vanden Broucke van Nieukercke en de Jan vander 
« Donckt f s Jans gheboren van Keyghem by Dixmude beede 
« zanghers zyn den 15 augustus 1566 uutgheseyt uut dese 
« stede ende den schependom van dicn den tijd van eene 
« jaere upde geesselynghe ter causen van diversche schan- 
« daleuse liedekens by hemlieden hedent upden coorenaert 
« ghesonghen. » 

L'instruction de cette affaire ne prit pas beaucoup de 
temps. Il résulte des ternies de la sentence que vander 
Donckt et vanden Broucke furent condamnés au banisse- 
ment le jour même où on les arrêta, tandis qu'ils chantaient 
en public quelques schandaleuse liedekens de leur réper- 
toire. S'ils s'avisaient de rentrer à Gand avant d'avoir 
purgé leur condamnation, la peine des verges devait leur 
être appliquée. 

Il arrivait fréquemment que les échevins de la Keure, 
usant d'indulgence, se bornaient à admonester les délin- 
quants, en les engageant à ne plus recommencer sous peine 
d'être bannis et punis arbitrairement selon les circon- 
stances. 

Dans le registre criminel de 1581-1583 se trouve trans- 
crit, au folio 29 v°, l'acte d'accusation dressé contre un 



— 343 — 

certain Hector de Clercq, de Wervicq, chanteur de profes- 
sion, hem occuperende int synghen van liedehens : 

« Accusatie 

« Hector de Clerck van Werveyck hem occuperende int 
« synghen van liedeckens verclaert niet nieer te misdoene int 
« singhen van gunnen, hem confesant heeft biddende om 
« gracia. Ghevraegt, seght niet te toeten ivie hem de liede- 
« kens ghegheven heeft luydende een nieu Uedeken opde 
« wyse : och edele maecht van Ghendt erbaer etc. 
« hendt naederhandt dat hy deselve heeft doen prenten endc 
« dat hy selve de tioee clauselen byghevoucht heeft te weten 
« het eene beghinnende NU CAN elc ZIEN voor ooghe en het 
« andere naervolghende elc iieeft nu wel zijn BURSE 
« GHEVULT. » 

Il est probable que les couplets, chantés par Hector 
de Clercq, n'avaient rien de subversif, car il fut relâché 
après qu'il eut promis de ne plus débiter ses couplets en 
public à moins d'en avoir obtenu l'autorisation des échevins. 
Cette décision des échevins de la Keure est inscrite en 
marge de l'acte d'accusation. 

« Gheslaect up verbant dat hy niet meer liedehens zinghen 
« zal ten zy met exprès consent heere ende xoet up arbitraire 
« correctie mits betaelende zyne vangeniscosten. 
« Actum den xv januari 1582. » 

Une décision analogue se rencontre dans le registre 
criminel de 1588-1501 au folio 18 v°. Il s'agit d'un individu, 
nommé Jan de Duutschere, qui fut également reLâché de 
la prison : 

« Schepenen slaechen van vanghenisse Jan de Duutschere 
« midts hem binnen dese stede draeghende in aile stillicheyt 



344 — 

« ende stellen zulcken orcler in zyn huis dat men aldaer 
« gheene verboden liedehens ofte andere refereynen ontstich- 
« tent de passanten uppene indien te contraren geschiede 
« van uute stadt ghebannen te zyn ende arbitrairlich ghe- 
« corrigeert te ivorden naer bevindt van den sticke. » 

« Actum desenvij april 1589. » 

Du texte de cette décision il semble résulter que ce Jan 
de Duutschere était un cabaretier ou un boutiquier et que 
c'était dans son établissement, dont les portes ou les fenêtres 
étaient ouvertes, que l'on chantait ces Liedehens ou ces 
Refereynen qui blessaient les oreilles des passants. Les 
échevins ajoutent que si pareils faits se renouvellent il sera 
banni de la ville et puni arbitrairement selon la gravité des 
circonstances. 



Beaucoup de ces Liedehens et Refereynen ont été, 
comme cela se fait encore aujourd'hui, imprimés sur des 
feuilles volantes qu'on ornait parfois d'une vignette sur 
bois. Les chansons d'Hector de Clerck et celles de Jan 
Onghena ont été imprimées, ainsi qu'il résulte des textes 
que nous venons de citer. 

A notre connaissance aucun exemplaire de ces couplets 

n'est parvenu jusqu'à nous. 

P. C. 



PÉNALITÉ CURIEUSE POUR FRAUDE INDUSTRIELLE. — Tel 

est le titre d'un rapport adressé, le 20 juillet 1809, au préfet 
du département de l'Escaut, d'Houdetot, par Norbert Cor- 
nelissen qui était à cette époque chef de bureau h l'hôtel de 
ville. Il avait la police administrative dans ses attributions. 
Voici ce rapport qui est transcrit dans un registre déposé 



- 343 

aux archives communales el renfermant plusieurs docu- 
ments du même genre. 

« Parmi les pièces de toile envoyées au marché de Grand, 
«" on en a découvert une qui était l'ouvrage d'un fourbe 
« consommé. En la mesurant du côté où il est d'usage de 
« la mesurer, c'est-à-dire par dessus, elle avait cinq mètres 
« de plus que lorsqu'on la mesurait par dessous. Une 
« fourberie aussi déloyale et faite pour discréditer notre 
« marché devait être punie sévèrement. Aussi au lieu de la 
« suspendre à la tourelle du marché conformément aux 
« anciens règlements remis en vigueur, M. l'adjoint Ver- 
ce heggen, chargé de la police des marchés, de l'avis de la 
« commission des marchands de toile a fait élever au 
« milieu de la place une perche de 50 pieds.de haut, Après 
« avoir été lacérée et déchiquetée publiquement, la pièce, 
« qui est de la longueur d'environ 100 mètres, a été hissée 
« de manière que la moitié en resta étalée aux pieds et 
« la fraude put être appréciée de tous les marchands 
« et tisserands. 

« Elle sera exposée ainsi pendant trois vendredis et 
« ensuite confisquée au profit d'un hospice. Un écriteau 
« indique la nature de la fraude et celle de la peine ainsi 
« que le nom du tisserand et celui de sa commune. » 

Le marché aux toiles, qui se tenait autrefois, chaque 
semaine, au marché du Vendredi, était un des plus im- 
portants du pays. Toutes les toiles, présentées en vente, 
devaient être soumises à la vérification des mesureurs jurés 
de la ville. Après constatation de la largeur de la pièce de 
toile par les mesureurs, d'autres employés nommés Zege- 
laers y apposaient une marque aux armes de la ville. La 
couleur et la dimension de cette marque variait d'après 
la largeur de la pièce. Le vendeur payait un liard pour 
chaque mesurage. 



— 346 - 

Cette double opération du mesurage de la pièce de toile 
et de l'apposition du sceau de la ville se faisait sur deux 
longues tables placées devant les maisons touchant à la 
tourelle. 

Cinq lignes de banquettes en bois, d'un demi-pied de 
hauteur à peu près, étaient rangées sur toute la longueur 
du marché du Vendredi. Les paysans, les facteurs et les 
tisserands, de Zandslieden, Kutsers ende Wevers,$e tenaient 
devant ces banquettes sur lesquelles étaient exposées les 
pièces de toile présentées en vente. Ces pièces devaient 
être placées perpendiculairement et de façon à ce que la 
marque, apposée par les Zegelaers, fut bien visible. 

Quand une pièce de toile était vendue, vendeur et ache- 
teur se rendaient dans la grande salle du Lakenmetershuis 
où l'on en mesurait la longueur. Trois espèces d'employés 
procédaient à cette opération : les Trekhers qui étiraient et 
étendaient la pièce de toile, les Meters qui la mesuraient et 
les Opbinders qui la remettaient en rouleau. 

Le Meter recevait deux, trois ou quatre liards suivant la 
longueur de la pièce, le Trekher et le Opbinder en rece- 
vaient chacun deux. 

En cas de fraude, c'est-à-dire si le marchand essayait de 
faire passer sa pièce de toile comme étant d'une qualité 
supérieure à celle qu'elle avait réellement ou si la partie 
intérieure était fabriquée avec du fil de moindre qualité 
que la partie extérieure ou bien encore si' la largeur était 
moindre à l'intérieur de la pièce qu'aux extrémités (c'est la 
fraude dont parle N. Cornelissen), dans tous ces cas la pièce 
était confisquée au profit des pauvres. 

Le corps du délit était de plus, pendant deux jours de 
marché consécutifs, pendu à la tourelle du marché du 
vendredi avec une inscription mentionnant le nom et le 
domicile du vendeur : « met ordonnantie, dit l'article 
« XLIII du règlement sur les toiles du 12 mai 1 786, v an het 



— 347 — 

« zelve ttcee volgende Merkt-Dagen uyt te hangen aen het 
« Torreken op den Vrydag-Merkt met inscriptie van den 
« Naem ende Woonplaetse van den Verkooper. » 

Cette exposition publique était, à n'en pas douter, une 
peine beaucoup plus efficace que la confiscation de la pièce 
de toile trouvée en défaut. 

Tous les anciens règlements locaux sur les ventes et sur 
les marchés furent abolis lors de l'annexion de notre pays 
à la France à la fin du siècle dernier. On maintint cepen- 
dant l'usage de pendre à la tourelle du marché du Vendredi 
les pièces de toile auxquelles le vendeur avait attribué 
frauduleusement une largeur ou une qualité qu'elles 
n'avaient pas. 

C'est cet usage que Norbert Cornelissen rappelle dans 
son rapport au préfet d'Houdetot du 20 juillet 1809. Seule- 
ment, dans le cas cité par ce rapport, la pièce de toile au 
lieu d'être attachée à la tourelle fut lacérée et pendue à 
une perche de cinquante pieds de hauteur. 

P. C. 



Note sur un manuscrit des Archives du chapitre de 
Pise. — Les Archives Capitulaires de Pise ne sont pas 
publiques, mais elles sont très accessibles. En ce qui me 
concerne, grâce à la bienveillance du comte Clémente Lupi, 
le savant archiviste de l'Archivio di Stato de Pise, j'y ai été 
récemment admis sans difficultés. Je terminais les recherches 
spéciales qui m'avaient attiré dans ces archives, lorsque le 
vénérable chanoine-archiviste me mit entre les mains un 
manuscrit sur lequel il appela mon attention. 

C'est un petit in-4° recouvert d'une reliure du XV e siècle 
en cuir gaufré. Il est en parchemin et comporte 31 feuillets 
d'une très belle écriture de la fin du XIV e siècle, avec 
lettres ornées. 



— 348 — 

Dans le haut du feuillet P on lit ce titre en rouge : 
Ordinarium tenendum in capella. Le manuscrit en effet 
contient le règlement d'une chapelle. Mais cette chapelle 
n'a rien à voir avec la Primatiale de Pise, comme on l'a cru 
longtemps à Pise, puisqu'il s'agit, à n'en pouvoir douter, 
de la chapelle de Philippe-le-Hardi, duc de Bourgogne et 
comte de Flandre. 

L 1 'Ordinarium occupe les 26 premiers feuillets du manus- 
crit; il est en latin. En 27 a , de la même main que ce qui 
précède, on lit : c'est V ordenance que mons. le duc de Bour- 
goingne veult que soit tenue en sa chapelle. Premièrement 
. que le service dyvin soit bien h'onnorablement fais par 
chappelains, clers et sommelliers de sa chapelle etc. Cette 
Ordenance est tout entière écrite en français. Elle est 
beaucoup plus courte que Vordinarium, mais elle est aussi 
beaucoup plus intéressante; car tandis que Vordinarium 
règle tout' ce qui concerne les messes et offices, Yordenance 
s'occupe des chapelains, fixe leur nombre, détermine leurs 
gages etc. Uordenance se termine ainsi sur le feuillet 30 a : 

Item doit li sires touz les jours dire ses heures à Vusage 
des seigneurs de France, et avoir de ses reliques sur son 
siège, et estre tous jours à genoulz à son service apoyez sur 
son siège. 

Item se doit li sires confesser à toutes les grans festes de 
l'an et à les Nostre-Dames, et recevoir le corps Jhesu-Crist. 

Item montent les gaiges et la pencion pour les chapelains 
et clers vj mille et vj c frans pour Vannée de quatre-vins- 
et xvj. 

En 30 1 ' recommence un ordinarium en latin qui débute 
ainsi : Sabbato in Adventu Domini, vespere et missa 
ordinata cum ceteris aliis sabbatis et dominicis de Adventu. 
Ce second ordinarium est très abrégé puisqu'il n'occupe 
que les feuillets, 30 et 31 derniers du manuscrit. 

Le temps dont je disposais à Pise ne m'a pas permis de 



— 349 — 

prendre sur le manuscrit- dont je viens de parler des notes 
bien longues. Mais je crois en avoir pris assez pour avoir le 
droit de signaler un manuscrit que vraisemblablement peu 
d'érudits doivent s'attendre à rencontrer dans les archives 
capitulaires de Pise. Comment ces ordonnances pour la 
chapelle de Philippe-le-Hardi sont-elles aujourd'hui dans 
ces archives? Pour répondre à cette question je ne puis 
qu'émettre une hypothèse. On jugera de sa vraisemblance. 
En 1409 un concile fut tenu à Pise et le pape y vint. Or, 
dans cette même année, le pape concéda au duc de Bour- 
gogne Jean-Sans-Peur toute une série de privilèges. Les 
bulles qu'il donna alors sont conservées aujourd'hui aux 
archives de la Côte-d'Qr à Dijon (B. 11G18). Est-il interdit 
de supposer que Jean-Sans-Peur, à l'appui de la demande 
introduite auprès du Saint-Père pour obtenir les privilèges 
en question, lui a fait remettre, entre autres pièces, un 
exemplaire du règlement de sa chapelle, règlement qui 
attestait la piété des ducs de Bourgogne et leur souci des 
choses de la religion ? En admettant cette hypothèse on 
s'explique naturellement la présence dans les Archives 
capitulaires de Pise du très curieux petit manuscrit qui fait 
l'objet de cette note. Il y sera resté (peut-être avec d'autres 
documents) après la clôture du concile de Pise et le départ 

du Souverain Pontife. 

Armand d'Herbomez. 



Le baron Jean- Charles- Antoine de Saint-Génois. - 
Dans une étude sur l'immunité parlementaire sous l'ancien 
régime {Belgique judiciaire, 1890, n°21) M. le comte Oswald 
de Kerchove raconte la singulière aventure du baron 
J.-Ch.-A. de Saint-Génois qui, habitant Gand, y fut sur 
l'ordre des échevins, colloque comme aliéné au couvent 
des frères Cellites, puis, après quatre ans de détention et, 



— 350 — 

dit-on, de traitements les pins durs et les plus inhumains, 
s'échappa en février 1768, pour aller à Mons siéger comme 
membre de la noblesse aux États du Hainaut, convoqués à 
cette date. A la nouvelle de l'évasion, son curateur Goethals 
obtint du magistrat de Gand, un jugement ordonnant l'ar- 
restation, et, du Conseil du Hainaut, des lettres d'attache 
ou de pareatis, pour l'exécution dans le Hainaut. De Saint- 
Génois fut en conséquence saisi à Mons et ramené chez les 
Cellites. Mais le duc d'Arenberg, lieutenant-gouverneur et 
grand-bailli du Hainaut, dénonça l'arrestation à la dépu- 
tation des États, qui s'en émut et adressa au gouverneur- 
général Charles de Lorraine ses plaintes « de la violence 
pratiquée sur de Saint-Génois contre la sûreté et privilège 
des États. » On contestait d'ailleurs que les mesures de 
rigueur prises contre de Saint-Génois fussent justifiées par 
son état mental. Pendant les travaux législatifs et autres — 
c'est la représentation de la députation des États qui nous 
l'apprend — « de Saint-Génois opina sur les subsides et 
« assista à toutes les délibérations avec tout l'esprit et le 
« jugement possible. Il était d'un caractère doux et d'une 
« conversation intéressante, d'une vertu constatée par sa 
« régularité à tous les offices de l'Église, vérité que les 
« députés de la noblesse peuvent affirmer pour en avoir été 
« les témoins pendant quatre jours... » Ce n'est pas de nos 
jours seulement qu'on rencontre les appréciations les plus 
contradictoires sur l'état mental des personnes : pour que 
la ressemblance des temps fût complète, il eût fallu le 
témoignage de médecins de Mons attestant que le baron de 
Saint-Génois était parfaitement sain d'esprit, et celui de 
médecins de Gand, le déclarant complètement fou. Mais il 
ne paraît pas que, dans son court séjour à Mons, le baron 
ait eu de rapports avec la faculté. « Quelle confusion, 
« disaient les députés dans leur requête à Charles de 
« Lorraine, quelle confusion pour un corps d'État, d'être 



— 351 — 

« témoin d'une telle violence à l'égard d'un de ses mem- 
« bres, dont ils connaissent l'exacte probité et le jugement 
« solide! Un pareil procédé n'est-il pas contraire au droit 
« des gens, aux privilèges et constitution de tous les États 
« policés ? » 

L'affaire fut communiquée au Conseil privé, qui demanda 
des renseignements aux échevins de la Keure de Gand et au 
Conseil du Hainaut, reçut de longs mémoires, — les éche- 
vins y reprochaient à de Saint-Génois ses prodigalités — 
instruisit toute l'affaire, et émit l'avis que ceux qui sont 
convoqués à l'assemblée des Etats d'une province, jouissent 
du bénéfice de sauf-conduit ou de l'immunité d'arrêt, parce 
qu'ils y sont convoqués pour choses concernant le bien public 
et par les ordres de l'autorité supérieure; qu'en vertu du 
privilège du sauf-conduit on aurait dû laisser au baron de 
Saint-Génois, après la dissolution de l'assemblée, un temps 
moral pour rentrer à Gand, et que c'était au Conseil du 
Hainaut à faire sentir aux députés du magistrat de Gand 
qui sollicitaient des lettres d'attache, l'obstacle tiré de la 
circonstance relative à l'assemblée générale des États. 

Les principales pièces relatives à ce singulier conflit et 
que M. de Kerchove a résumées, sont conservées dans les 
archives du Conseil privé, si riches en précieux documents. 

D. 



DU CALCUL DE CERTAINS DELAIS, EN LANGUE FLAMANDE. — 

Les Flamands ont eu anciennement, dans l'indication de 
courts délais, une supériorité sur les Français et Wallons, 
une précision plus mathématique, que l'influence des habi- 
tudes et de la langue française leur fait perdre, et dont il 
est intéressant de relever les traces dans les anciens actes. 
En France le mot de quinzaine correspond à l'idée de 
deux semaines, quoique semaine vienne de sept, et que 



- 352 — 

quinze ne soit pas exactement le double de sept. L'on a 
possédé, dans l'ancienne langue, le mot plus exact de qua- 
torzaine, mais il s'est complètement perdu. « On a appelé 
« qûatorzaine en fait de criées, porte un ancien diction- 
ce naire de jurisprudence, les publications de biens saisis 
« réellement, lesquelles on est obligé de faire par quatre 
« dimanches, de qûatorzaine en qûatorzaine... » Aujouiv 
d'hui l'on dirait moins exactement, pour exprimer la même 
idée : de quinzaine en quinzaine, en comptant chaque fois, 
pour trouver quinze jours, le jour qui est le point de départ 
du délai, et celui où le délai expire, c'est-à-dire dans le cas 
prévu, pour trouver quinze, trois dimanches, outre douze 
jours de semaines autres que les dimanches. Il semble qu'en 
deux quinzaines on doive avoir trente jours. Or, l'on en a 
que vingt-huit, ou tout au plus, vingt-neuf si l'on commet 
encore l'erreur de comprendre dans le-calcul du délai le 
clies a quo. On trouve la même erreur chez les Français 
dans l'emploi du mot huitaine. « Cette cause est remise à 
huitaine» se dit communément pour signifier qu'elle est 
remise d'une semaine ; devant les tribunaux deux remises à 
huitaine équivalent à une remise à quinzaine; elles con- 
duisent au même jour, quoique quinze ne soit pas plus le 
double de huit que de sept. 

Les dictionnaires français-allemands traduisent quinzaine 
par zeit von 14 Tagen, durée de quatorze jours, et ce qui est 
communément appelé quinze jours en langue française, est 
quatorze en flamand. Qu'une affaire soit « remise à quin- 
zaine » par un tribunal en Flandre cela se traduit entre 
flamands par veertien dagen uitstel. Les pénalités mêmes 
que le tribunal, dans la délibération entre magistrats, fixe 
à quinze jours de prison, se réduisent immanquablement a 
quatorze jours, veertien dagen gevang, si le président pro- 
nonce la condamnation en langue flamande. 

Que les Flamands aient conservé dans leur langue des 



— 353 — 

traces d'un calcul plus exact des délais que les Français, 
cela ne doit pas nous étonner. Dans les plus anciens monu- 
ments du droit flamand, les courts délais sont fixés de 
manière à éliminer tout danger d'erreur, toute obscurité : 
l'on indique le nombre de nuits qui sépareront l'un fait de 
l'autre. La coutume de Gand, homologuée en 1563, pour ne 
citer qu'un des monuments les moins anciens, porte encore 
trace de ce mode de calculer les délais, à l'article 19 de la 
rubrique XXIV : ...van den vierden ghenachte, à partir de 
la quatrième nuit, ou nuitée. On trouve dans het Gends 
Charter- Boekje du chevalier Diericx, en note de la page 38, 
une charte de 1366, où nous lisons : ...Ende van désen voor- 
seiden coepe... waren ghedaen drie xvettelyke sondaegsche 
ghebode van XI III nachten te XI III nachten... ce qui se 
dirait aujourd'hui en langage moderne par ces mots : « Et 
de l'achat qui précède furent faites trois publications 
légales, trois dimanches, de quinzaine en quinzaine. » Le 
Flamand du moyen-âge se traduit mot à mot par « ...trois 
publications de dimanches, de quatorze nuits en quatorze 
nuits » ce qui fixait le délai sans incertitude aucune. 

De même, dans la loi Salique, dans celle des Ripuaires, 
dans les Capitulaires de Charlemagne, les courts délais sont 
calculés par nuits : Prima mannitio super noctes VII 
secunda super XI V, tertiu super XXI (Capit. Lib. VI, c. 21 2). 
Voilà l'équivalent de nos remises à huitaine, à quinzaine, à 
trois semaines. On lit dans la Lex A lamannorum tit. XXX VI : 
Ipsum placitum fiât de sabbato in sabbatum, aut quale die 
cornes aut centenarius vohœrit, a septem in septem noctes. 
Au même texte, il est parlé de quatorze nuits pour le délai 
double. Les barbares n'ont jamais vu dans quinze le double 
soit de sept, soit de huit, ils n'ont jamais pris quinzaine 
pour deux semaines ou deux huitaines. C'est une supé- 
riorité que nous leur devons reconnaître, et elle date de 
bien loin. Leur mode de fixation des délais n'est qu'une 

24 



— 354 

suite de la coutume déjà observée chez les Germains par 
Tacite, de Moribus Germanorum cap. XI : Née dierum 
numerum ut nos, sed nnctium imputant : ils ne comptent 
pas comme nous par jours, mais par le nombre de nuits. 
De même les sourds-muets entre'enx, dans leur langue par 
signes, pour indiquer qu'une chose se fera dans un certain 
nombre de jours, font le signe qui indique la nuit ou le 
sommeil, et élèvent ensuite autant de doigts qu'il faut 
dormir de fois; si pour une remise à huitaine on leur mon- 
trait huit doigts, on les tromperait de vingt-quatre heures. 
Et les jeunes pensionnaires, à l'approche des vacances, 
décomptent par nuits la durée de temps qui les sépare du 
jour où ils recouvreront la liberté. Il y aurait à vérifier si 

les sauvages ne comptent pas de même. 

D. 



Une lettre de Marie de Bourgogne, au Parlement 
de Malines. — Lorsque Charles le Téméraire fut tombé à 
Nancy (5 janvier 1477), sa femme et sa fille restèrent long- 
temps sans avoir de ses nouvelles. Le 15, elles ignoraient 
encore l'issue fatale de l'expédition de Lorraine. Cela res- 
sort des lettres qu'elles envoyèrent ce jour-là aux « gens 
des comptes » à Malines, pour les engager à « entendre et 
vacquer a lentretenement de la dicte Chambre et y faire 
les audicions des comptes des receveurs particuliers et 
toutes autres choses, etc. » Par post-scriptum, elles priaient 
le président de la chambre des comptes de se rendre 
auprès d'elles à Gand avant la fin du mois. Cette lettre a été 
retrouvée aux archives du département du Nord et publiée 
par Le Glay, dans ses Analectes historiques (1838), p. 161. 

Marguerite d'York et Marie de Bourgogne envoyèrent le 
même jour une lettre identique aux gens du Parlement de 
Malines, pour les engager à « entendre et vacquer a lad- 



— 355 — 

ministration et entretenement de Injustice souveraine « et 
le premier président reçut une invitation semblable à celle 
que recevait le président de la Chambre des comptes. 

Les deux lettres auront été dictées en môme temps, car 
leur orthographe présente de nombreuses différences. La 
comparaison des deux pièces nous a aussi permis de fixer le 
texte de la première phrase des deux lettres, dont Le Glay 
n'avait pu lire les derniers' mots '. 

Le post-scriptum est d'une autre main que la lettre. Les 
deux princesses ont signé elles-mêmes. 

Cette lettre se trouve actuellement avec d'autres lettres 
adressées au Grand Conseil des ducs de Bourgogne, au Par- 
lement de Malines, au Grand Conseil de Malines, aux ducs, 
aux chanceliers, etc., dans le premier registre de la Cor- 
respondance du Grand Conseil de Malines (f° 1 l bis ), aux 
Archives Générales du Royaume à Bruxelles. 

J. Feederichs. 

« De par la duchesse et Marie de Bourgoigne, 
« Très chiers et bien amez. Vous savez assez la dure 
« fortune naguaires advenue a Monseigneur, dont sommes 
« en si grand regret et desplaisance que plus ne pourrions, 
« comme raison est et bien estre devons. Et combien que 
« par plusieurs nouvelles, que avons de divers costez, nous 
« entendons et espérons que grâces a Dieu il est en vie 
« et sancte et qu'il est plus apparant qu'il est hors des 
« mains de ses ennemis en lieu seur que autrement, dont 
« nous rendons louanges a Dieu, lui supplians de tout 
« nostre coeur que ainsi puisse estre. Touteffbis pour ce 
« que a cause de l'incertaineté du lieu ou est sa très noble 
« personne, dont espérons brief estre acertences, aucuns 



1 Le Glay avait lu : « que plus ne pourrions comme raison est et 
que bien estre de nous (sic) ». 11 faut lire : <• que plus ne pourrions. 
comme raison est, et que liien estre devons. » 



— "356 — 

murmures se pourroient ensuir, il nous a semble estre 
nécessaire d'entretenir la justice entre les pays et subjets 
bien et doulcement et ainsi que l'on a accoustume par 
cydevant. Et pour ce estre prenons devers vous et vous 
prions et requérons que vueillies entendre et vacquer 
songneusement a l'administration et entretenement de 
la justice souveraine, ainsi que avez fait jusques a ores, 
enquoy faisant nous sommes certaines que ly ferez très 
grant service, car le plus grant désir qu'il ait c'est d'entre- 
tenir sa court de parlement en vigueur. A quoy aussi de 
nostre part nous tiendrons la main de nostre povoir et en 
tous evenemens. Sy vous y vueillies employer, comme en 
vous avons la parfaite fiance. Très chiers et bien amez, 
nostre seigneur soit garde de vous. 
« Escript à Gand le xv me de janvier. 
« Très chiers et bien amez. Nous desirons que vous, pre- 
« mier président de la court de parlement, venez devers 
« nous en ceste ville de Gand et que y soiez endedans le 
« derrenier jour de ce mois en délaissant le second presi- 
« dent et les autres dudit parlement besoignes es affaires 
« d'icelui jusques a vostre retour. 

« Margarete, Marie. » 

La suscription porte : A nos très chiers et bien amez les 
gens tenans la court de parlement de Monseigneur à 
Malines '. 



Albert, comte de Berg, marquis de Berg-op-Zoom. — 
Dans sa notice fort intéressante, intitulée : Quelques détails 



1 La table des matières placée à la fin .du registre d'où est extrait 
cette lettre porte, à tort, que cette lettre fut adressée au Grand 
Conseil. Cette institution, qui est essentiellement différente du Par- 
lement, est continuellement confondue avec ce dernier par le plus 
grand nombre de nos historiens. 



— 357 — 

historiques se rapportant à la bataille de Fleurus •', M. D. 
Van de Casteele dit (p. 202, note 1), à propos de Son 
Excellence le comte Albert, marquis de Berghe, baron de 
. Perioez : Nous ne possédons aucun renseignement sur cet 
Albert, marquis de Berghe, qui ne figure pas que nous 
sachions dans" les notes généalogiques publiées sur la famille 
de Glymes à laquelle ledit A Ibert parait appartenir. 

Je suis heureux de pouvoir renseigner M. Van de Casteele. 
Le marquis Albert n'était pas un Glimes. Il appartenait à 
la maison de Polanen qui avait remplacé son nom patrony- 
mique par celui de sa terre de Behg Çs Heerenberg), une 
des quatre antiques seigneuries à bannière du comté de 
Zutphen, érigée en comté, en faveur d'Oswald de Polanen, 
par l'empereur Frédéric III, en vertu de lettres-patentes 
données à Aix-la-Chapelle, le 10 avril 1486 2 . 

Les Polanen, comtes de Berg — dont les possessions 
passèrent plus tard aux princes de Hohenzollern — por- 
taient les armes des anciens sires de Berg, telles qu'on les 
trouve peintes dans le précieux Wapenboeck de Gelre 
(XIV e siècle), savoir : d'argent au lion de gueules, couronné, 
armé et lampassê d'or; à la bordure de sable, chargée de 
onze besantsd'or; casque couronné; cimier : un vol 3 . 

L'église de Hunsel (Limbourg hollandais) possède dans 
son trésor un calice, en argent doré, sur lequel -on voit le 
jeune Albert de Berg, en prières, accompagné d'un Père 
Jésuite. L'inscription de cette pièce d'orfèvrerie nous fait 



1 Messager des sciences historiques, 1890, p. 197-206. 

2 Chinel, Regesta des rômischen Kaisers Friedrich III. 

3 Bibliothèque royale, à Bruxelles, section des manuscrits 
n os 15652-6. Le lion peint par Gelée n'est toutefois pas lampassê. 
Quant au cimier, le Wapenboeck le représente, non colorié, c'est-à- 
dire, d'argent; des armoriaux plus modernes le blasonneut d'or. 
Gelre aurait-il négligé de colorier le vol? Ailleurs, nous avons 
démontré quelques oublis analogues de notre roi d'armes. 



— 358 — 

connaître les parents du personnage : Donum iLL mi comitis 
Frederici van den Bergh et Franciscae de Ra ve- 
nelles conjugum, Alberto — meritissimo filio, ob 
sanitatem restitutam ' . 

En 1626, Albert épousa sa cousine Marie Elisabeth, tille 
du comte Herman de Berg et de Marie Mencie de Witthem, 
qui, elle, était une des trois filles de Jean de Witthem, 
baron de Bautersem, grand veneur de Brabant, et de 
Marguerite de Merode, l'opulente héritière des maisons de 
Merocle et de Glimes-Berghes(-op-Zoom). 

Dans un acte du 23 août 1641, il est qualifié de comte de 
de Berg, baron de Boxmeer, seigneur de Bijlant, Haeps, 
Dixmude, et capitaine des hallebardiers de Son Altesse à 
Bruxelles 2 . 

Après la mort de sa femme '1632), la succession de cette 
dame lui fut disputée par Ernestine de Witthem, tante de 
celle ci et femme de Claude François de Cusance, baron de 
Bel voir. Le procès pendait encore en 1640, mais, peu de 
temps après, le marquisat' de Berg-op-Zoom fut cédé par 
Ernestine au comte Albert, et celui-ci en reçut l'investiture 
le 23 août 1641 3 . Cette cession avait eu pour cause un 
projet d'union entre Albert et la fille de son adversaire, 
Madeleine de Cusance, union qui fut conclue le 17 du 
mois suivant. 

Plusieurs enfants en naquirent. 

J'ignore la date de la mort d'Albert de Berg. Toujours 
est-il qu'elle arriva entre le 12 juillet 1656, jour où il testa, 



1 Ladite église a acheté ce calice au commencement de notre 
siècle. Inutile d'ajouter que l'inscription de cette pièce ne constitue 
pas la seule preuve de la filiation du comte Albert. 

- Cour féodale de Brabant, reg. n" 148, f° 16G (Archives générales 
du royaume). La baronnie de Perwez provenait de la succession des 
Merode. 

3 Ibidem, f° 166. 



-- 350 - 

et le 10 février 1657, jour où sa veuve Madeleine, comtesse 
régente de Berg, marquise de Berg-op-Zoom, fit opérer un 
relief pour le second de ses fils, Oswald Albert François 1 . 
Celui-ci devint comte de Berg, marquis de Berg-op-Zoom, 
comte de Walhain, etc. Il fut le dernier hoir mâle de sa 
maison. 

Dans ma notice sur les seigneuries de Duffel et Gheel 2 , je 
ferai connaître plus de détails sur les faits et les person- 
nages que je viens de citer. 

J. Th. de Raadt. 



Registre crcviinel de Douai (1581-1584). ■- Parmi les 
manuscrits de la collection Diericx, que M ine la C 1, 
douairière de Kercliove de Dentergliem a offerts récem- 
ment à la bibliothèque de l'Université de Gand, se trouve 
un registre, qui présente un certain intérêt pour notre 
histoire de la fin du XVI e siècle. C'est le Criminelen bouck 
van Dovay (1581-1584). 

On sait que, le 16 décembre 1579, le conseil de Flandre, 
qui siégeait à Gand, fut obligé de se transporter à Douai 
par suite de la domination Calviniste qui s'était établie 
dans cette première ville; il n'y revint que le 20 décembre 
1584. Ce sont les interrogatoires faits par les membres du 
conseil de Flandre, lors de sa résidence à Douai, qui nous 
ont été conservés par le « criminelen bouck van Dovay. » 
Le registre, dont les premiers feuillets ont été malheu- 
reusement fort endommagés, servira sans aucun doute à 
faire connaître un nombre assez grand de détails sur cette 
période intéressante, qui suivit la paix de religion d'Anvers 
(1579). Nous y trouvons entre autres quelques renseigue- 

1 Cour féodale de Brabant, reg. 11° 375, i'° 217. 

2 Cette notice est en voie de publication dans le Kempisch Muséum 
(chez J. Splichal, à ïurnhout). 



— 360 — 

ments sur des cas de personnes soupçonnées d'avoir pro- 
noncé des paroles malveillantes à l'égard du culte catholique 
et d'avoir essayé de soustraire des fidèles à la religion 
catholique romaine. On lit par exemple au folio 29 r . qu'un 
certain Antheunis de Zayere a été accusé « ghehouden 
hehbende eeneghe hereticque of séditieuse proposten, oock 
ghesocht of ghepoocht yemant te diverteren van dezelve 
catholique religie of ghesocht yemant te meslieden '», 

H. Y AN DER LlNDEX. 



Interrogatoires au sujet de propos hérétiques, 1 583. 
— Un registre criminel (1581-84) du Conseil de Flandre 
siégeant à Douai, récemment offert à la bibliothèque de 
l'Université de Gand, par madame la comtesse de Kerchove 
de Denterghem, ne contient aucune condamnation à mort. 
Mais on y trouve des interrogatoires à charge des person- 
nages suivants accusés d'avoir tenu des propos contraires à 
la religion : Antheunis de Zaeyere, fils de Jean, âgé de 
53 ans, Jean Stalin, âgé de 44 ans, tous deux habitant 
Bourbourg, Jean de Cupere, âgé de 33 ans, receveur de la 
châtellenie de Bourbourg, et Franchoys van der Woestynen 
dit Braxken. 

L'odyssée de ce dernier ne manque pas d'intérêt. Sa femme 
Jacquemyne Gillekens, était veuve de Michel de Millandre. 
Celui-ci habitait Kieseghem quand il fut appelé à Aude- 
naerde après la prise de cette ville par Blommaert (1572) 
pour y faire des mèches (lonten). Appréhendé quelque 
temps après à Ostende, il fut brûlé vif. Franc, van der 
Woestynen avait recherché en mariage la veuve et l'avait 
épousée à Wesel. Les nouveaux époux habitèrent cette 

' Cf. ff. 4, 4v., 23, 30, 31, 46, 102. 



— 861 — 

localité pendant deux ans; on les trouve ensuite à Fles- 
singue et à Middelbourg. Après la pacification de Grand, 
ils revinrent à Audenaerde, où ils séjournèrent jusqu'à la 
soumission de cette dernière ville au prince de Parme 
(8 juillet 1582). 

Ayant alors subi un emprisonnement de sept mois, parce 
qu'il ne pouvait payer sa quote, F. van der Woestynen alla 
se fixer à Tournai avec sa femme, en mai 1583. Ils s'étaient 
en ce moment réconciliés avec l'église et confessés au curé 
de Painele qui les avait mariés, tout en ajournant à la 
Pentecôte l'administration du Saint-Sacrement de l'autel. 

L'abjuration de van der Woestynen était-elle sincère? 
Toujours est-il que sur ces entrefaites il fut arrêté à 
Tournai. Furieux, il blessa l'huissier du conseil de Flandre, 
Servaes Tinctoris, chargé de le conduire avec des soldats à 
Douai, parce que, disait-il, « il se veoit trompé et que ledict 
blessé au lieu de le mener parler à sa femme le menoit 
ailleurs et au. bout de sa vie ». 

Interrogé à Douai au sujet de certains propos contre la 
religion qui lui étaient attribués, il nia avoir mal parlé 
du Saint-Sacrement ou de la religion catholique en général ; 
il avoua cependant qu'ayant été emprisonné pendant sept 
mois à Audenaerde avec des partisans de la nouvelle reli- 
gion, un mot ou deux contre la foi avait pu lui échapper : 

« De voornoemde Franchois ghevraecht upt I e article van 
de voors. ampliatie, ontkent eeneghe propoosten oft blam- 
matie ghehouden thebbene jeghens de heleghe sacramenten 
oft andersins jeghens de catholicque religie, dat hem nu 
eenichsins ghediencken zoude, anders' of breedere dat hy 
te vooren verclaert heeft, hoewel alzo hy in vanghenesse 
tAudenarde gheleghen heeft zevene maenden lanck, zowel 
met eeneghe van de nieuwe religie als andere, dat wel 
mochte gheschiet zyn dat hy altemets een woorclt of twee 
uuyt lichtveerdigheyt zoude ghesproken hebben metten 



— 362 — 

ândere jeghens de catholicque religie, zonder dat hem 
eeniclisins gliedieiict van wat propost of jeghens wat poinct 
van tgheloofve dat tselve zoude gheweest hebben. Blyfvende 
in de selve denegatie nietjeghenstaende hein by de procu- 
reur gênerai annegheseyt wierdt ter contrarien te blyckene 
tzynen laste » . 

Il dut reconnaître qu'il avait parlé quelquefois en faveur 
des gueux : 

« Niet wetende ooc of hy zoude gheargueert hebben voor 
de zyde van de ghuesen, ten waere altemet uuyt lichtver- 
dicheyt, meenende aldaer vry te zyne ende niet te inoghen 
messeghen ». 

Il avait remis l'un de ses livres au curé de Pamele : 

« Ghevraecht voorts of hy gheene verboden boucken 
onder hem ghehadt en heeft tzindert de reductie van de 
voors. stede van Aaidenaerde, seght onder hem ghehadt 
thebbene een cleen bouxken int vlaemsche, inlioudende de 
evangelien ende epistelen van den jaere, twelcke hy den 
pastere van Pamele overgaf, dies by hem ghelast zyndë in 
den tyt dat hy hem prepareerde totte reconciliatie metter 
heylegher keerçke, de welcke behouden heeft onder hem 
tzelve bouxken zonder hem dien wederomme te gheven, 
sulx hy ghevanghen ooc zeght van hem niet gheheescht 
thebbene, ende ooc niet te wetene waer tvoorseide bouxken 
gheprent was, hem nochtans denckende dat achter stondt : 
cum gratia et privilegio, niet wetende by wien ». 

Très compromettante fut sa réponse au sujet d'un psautier 
contenant un catéchisme de la nouvelle religion qu'il avait 
gardé en sa possession : 

« Ghevraecht voorts of hy gheen andere verboden 
bouxken ghehadt en heeft tzindert der voorseide reductie, 
kendt noch ghehadt thebbene een spalmebouxken (sic) met 



— 363 - 

oon glieluwe parcheynen convertorie of dexsele, daerinne 
ooc, zoot liem dyenct, begrepen was een catéchisme up do 

nieuwe religie mette noten van de voysen, onde dat liy den 
voornoemden bouck ghehouden heeft ende laest ghelaten 
heeft tzynen huuse te Doornycke, alst hy ghevanghen 
wierdt, kennende tvoorseide boucxken (hem ghetoocht 
synde) tzelve te wesene by hem inneghehouden ; ende dat 
' hy tzelve den voors. pasteur niet overghegheven noch ghe- 
toocht en heeft, nietjeghenstaende hy hem ghelast hadde 
aile zyne boucken over te gheven, omme altemet wat inné 
te lesen, zo hy altemet ghedaen heeft, maer niet vêle tsindert 
de voorseide reductie. Twelcke hy seght hem leet te zyne. 
Endetgheenevoorschreven den ghevanghen ghelesenzynde, 
heeft hier by ghepersisteert ende desen onderteeckent : 

by my Feanch. van dee Wostynen. 

Cet interrogatoire eut lieu le 27 juin 1583. Deux jours 
plus tard, le prisonnier fut trouvé mort dans sa cellule. 
Une enquête qui eut lieu immédiatement prouva qu'il 
s'était suicidé par strangulation. Il avait dit à un cabaretier 
qui lui avait apporté à boire « qu'il y avoit mauvaises 
« nouvelles pour luy et qu'on lui ramentenoit des choses 
« passées plus de vingt ans et qu'il doubtoit qu'on luy 
« feroit coupper le point et par apprez mourir ». 

La déposition du geôlier porte qu' « il ne s'est jammais 
« appercheu que ledict Franchois fust aulcunement débile 
« d'esprit, ayant au contraire trouvé tousiours de bon 
« propos, ayant entre autres choses déclaré au dit déposant 
« que si falloit qu'il enduroit la mort, requerroit d'avoir 
« quelque bon confesseur fiameng pour mourir catholi- 
« quement et aultrement qu'il n'avoit vescu ». 

Chose curieuse, les zélés magistrats continuèrent à s'in- 
former des opinions du défunt. Le 6 juillet ils cherchèrent 
à obtenir des aveux de la veuve, qui nia énergiquement les 



— 364 — 

propos hérétiques attribués à son mari ; elle déclara de plus 

qu'elle ne savait ni lire ni écrire. 

Vient enfin un assez long interrogatoire relatif à un 

hochepot contenant de la viande de veau, des prunes et 

des raisins secs (hutsepot van calfvleesch met pruimen ende 

rozynen) et que la dite femme avait servi à son mari par 

mégarde un samedi, jour maigre, peu avant de s'embarquer 

pour Tournai. Elle ne put dire si celui-ci en avait mangé ; 

en tout cas le curé de Melden, qui était présent, ne s'était 

pas montré scandalisé; le hochepot, prêt depuis le lundi, 

devait être emporté sur le bateau, et elle l'avait servi parce 

qu'il était sur le point de se gâter. 

V. V. H. 



Sentence capitale rendue contre un hérétique en 
1582. - - On sait qu'il n'y eut qu'un petit nombre de per- 
sonnes condamnées à mort pour hérésie pendant les années 
1578-1584. Les recueils protestants ne renseignent même 
aucun nom pour l'année 1582. La sentence capitale contre 
Jehan de Lattére que nous reproduisons ici est donc restée 
inconnue : 

« Veu le procès criminel faict par j ustice allencontre de 
Jehan de Lattere, prisonier cy présent, chergé et convaincu 
d'avoir en contrevenant à sa promesse et protestation de 
vivere et morir comme fils de S te Eglise, faicte à ce siège le 
XXIX e de janvier LXII, tenu plussieurs propos scandaleux 
tant contre les personnes ecclésiasticques que contre la 
messe et S* Sacrament de l'Eucharistie, contendu de séduire 
et attirer plussieurs personnes à tenir de la religion nou- 
velle, et à ces fins présenté livres qu'il disoit venir d'Angle- 
terre, ensemble tenu plussieurs aultres propos de mauvaise 
édification, signament contre la personne de Sa Majesté, et 
d'avoir tasché durant son emprisonnement envoyer lettres 



— 305 — 

aux rebelles tenans party contraire à Sadite Majesté, 
homme séditieux et perturbateur du repos publicque, le 
tout directement contre la pacification de Gand, traicté 
d'Arras et repos publicque. Les informations préparatoires, 
interrogatoires, confession et dénégations dudict prisonnier, 
récolemens et confrontations des tesmoings contre luy oys, 
la conclusion contre luy prinse par le soubzbailli et celle 
en droict, messieurs, maieur et eschevins de ceste ville de 
Saint Orner eu sur ce conseil et advis, ont, pour lesdits cas 
et aultres aparans par ledict procès, condempné et con- 
dempnent le dict prisonnier au dernier supplice par la 
corde, déclarans ses biens confisquez là où il appartiendra, 
sur lesquels se prendront les mises et fraiz de justice. Pro- 
nunchié en jugement le vendredy dernier d'aoust XV 
quatre vingtz et deux ». 

En marge : « Ceste sentence a esté confirmé par le conseil 
d'Arthois sur appel qu'en avoit interjecté le condemné. » 

Plus bas : « Sy gheregistreert. Actum XXIIII de septemb* 
XV C LXX1I' ». 

V. V. H. 



Une lettre de Conscience a P.- A. Lentz. — Au cours 
de recherches que j'avais entreprises pour rédiger une 
notice biographique sur l'historien Pierre-Albert Lentz, 
qui fut professeur à l'Université de Gand, de 1837 à 1872, 
M 1 ' Albert Lentz, son fils, a bien voulu me communiquer 
une lettre écrite en français par Henri Conscience à l'auteur 



1 Le texte de ce document se trouve en copie dans un recueil de 
pièces relatives au conseil de Flandre conservé aux archives de la 
ville de Gand (série 5, n° 2). 



— 3GG — 

de Jacques Van Artevelde, en lui envoyant un exemplaire 
de son roman historique du même titre : 

Anvers, ce ' Mars 1849. 

Monsieur P.- A. Lentz, professeur ordinaire à 
V Université de Gand. 

Monsieur le Professeur, 

Veuillez agréer un exemplaire, sur fort papier, de mon 
ouvrage Jacob Van Artevelde, comme un faible témoignage 
de ma reconnaissance de votre accueil si affable et si 
généreux. 

Vous verrez à la page xxi de la préface, que j'ai reconnu 
publiquement la dette que votre obligeance m'a fait con- 
tracter envers vous 2 ; et vous pouvez apprécier combien 

1 Date laissée en blanc. 

2 Voici ce passage : 

« Het ware licht voor Artevelde's tydvak, de echte wreker der 
nagedachtenis des Gentschen Burgers, is de heer Lenz, prol'essor 
by de Hoogeschool te Gent, die de herstelling van Artevelde's roem- 
ryke nagedachtenis, om zoo te zeggen, tôt doel van zijn leven ver- 
kozen heeft. 

« Op de Archieven ten Stadshuize van Gent berusten _ de oorspron- 
kelyke Gemeenterekeningen van Artevelde's leeftyd. Deze stukken, 
ofschoon niet volledig, schynen aen de waekzaemheid der ver- 
volgers van Artevelde's roem ontsnapt te zyn. 

« Daer de Gentscbe Burger, als Opperbooldman, eene jaerwedde 
van de stad genoot en men hem reiskosten betaelde zoo baest by 
buiten den omvang der Gemeente iets te verrigten had, staen zyne 
daden, bewegingen, zendingen en ontvangene bevelen, byna dag 
voor dag, in deze kostbare oorkonden aengeteekend. Men meldt, 
waer hy ging, met wien by reisde, welken last bem was opgelegd 
en wat by uitvoerde. Daerin vindt men, even nauwkeurig, elke 
verandering in het Bestuer der Gemeente aengeduid. 

« Voor deze getuigenis, zoo belangloos, zoo onwetend zelfs, door 
de stadsontvangers neergesebreven, alleenlyk om de uitgaven te 
bewyzen, moeten aile valscbbeden en lasterlyke aentygingen der 
verleide g^scbiedscbryvers ondenloen. 

v De heer Lenz heeft niet al leen deze rekeningen allen doorwroet 



— 367 — 

'ai tenu à ne pas m'écarter de vos opinions, en sachant 
que votre esquisse des six premiers mois de l'administration 
d'Artevelde • m'a permis de citer votre nom au moins qua- 
rante fois, cà l'appui de ce que j'avance dans le cours de 
mon ouvrage. 

J'ose espérer, Monsieur, que vous jugerez ce travail avec 
indulgence et que, si par ignorance je m'étais, dans les 
détails, écarté de la vérité historique, telle que vous seul 
êtes à même de la connaître, vous aurez la bonté de vous, 
souvenir que l'on doit accorder quelque tolérance au poëte 
et au romancier. 



en tôt in het diepste vergeleken; maer hy heeft daerenboven nog, 
tôt de verdediging der dierbare nagedachtenis des helds, een wapen- 
huis van eenige duizende bewysstukken met groote kosten en moeite 
verzameld. Hij is in de archieven van Parys en Ryssel het spoor der 
waerheid over Artevelde gaen opzoeken ; en wacht slechts eene 
gelegenbeid, om in Engeland de laetste bouwstoffen te vinden voor 
het voltrekken der schitterende eerezuil, die hy den grootsten 
vlaemschen Burger opregten vvil. 

« Zyn aenzienlyk werk zal volgens aenkondiging, omtrent 
1500 bladzyden groot zyn; en, dewyl het slechts over een beperkt 
tydvak handelen moet, kan men zich daerby een gedacht van de 
uitgebreidheid des onderzoeks en de menigvuldigheid der bewyzen 
vormen. Slechts na de uitgaef van dit werk, zal Artevelde's nage- 
dachtenis gewroken zijn. 

« De heer Lenz heeft den schryver dezes met uitnemende gul- 
hartigheid onthaeld, en zich, als een edelmoedig vaderlandsvriend, 
verblyd dat nog anderen tôt de herstelling van zyn lievelingsbeeld 
wilden werkzaein zyn. Hy heeft ons, vêle uren lang, de uitzigten 
uit zyne opzoekingen gevolgd, medegedeeld ; ons te regt gewezen 
waer wy dwaelden, en, door zyne diepe kennis van het onderwerp, 
onze overtuiging gevestigd, waer zy nog op onzekere gronden 
wankelde. 

« De heer Lenz ontvange daer voor on zen innigsten dank ! » 

Hendrik Conscience, Jacob Van Artevelde (Antwerpen, J.-E. 
Buschmann, 1849), t. I, pp. XXI-XXI1. 

1 P.- A. Lenz, Jacques Van Artevelde. Histoire des six premiers 
mois de son administration, Gancl, C. AnnootBraeckman, s. d. 
(1837) ; in-8". Extrait des Nouvelles archives historiques, philoso- 
phiques et littéraires, t. I, pp. 2G1-310. 



— 3G8 — 

Puisse l'effort consciencieux que j'ai fait pour contribuer 
à l'illustration de votre héros m'être un nouveau titre à 
votre estime et à votre amitié. 

Votre serviteur très reconnaissant et très dévoué, 
Conscience. 

L'exemplaire dont il s'agit porte la dédicacé suivante : 

Betoys van byzondere hoogachting en erkentenis voor ge- 

notene diensten tôt den opstel dezes icerks, den heere 

P r Lenz door den schryver aengeboden. Antwerpen, den 

17 Meert 1849. Conscience. 

Paul Bergmans. 



309 — 



CHRONIQUE. 



Beaux Arts. — Le prix des tableaux. — On a vendu, le 14 mai 

« 

1890, à la galerie de la rue de Sèze à Paris la collection de tableaux 
modernes appartenant à M. de Porto. 

Cette adjudication a produit 300,510 francs. Le tableau le plus 
important, 1814, par Meissonier, sur une demande de 125,000 francs 
et sur une mise à prix de 30,000 francs par enchères de 5,000 francs, 
est rapidement arrivé à 131,000 francs. 

Ce tableau est une répétition avec variante du 1814 appartenant à 
M. Delahante et qu'on a vu à l'Exposition universelle. Le tableau do 
M. Delahante est de beaucoup supérieur à celui vendu le. 14 mai, et 
comme fini et comme importance. 

Signalons parmi les autres enchères le Hallebardier, par Meis- 
sonier, demande 30,000 francs, vendu 29,000 francs. 

Coutances, étdde par Corot, demande 6,000 fr., adjugé 6,(300 francs. 

Après l'Orage, par le même, 6,700 francs sur une appréciation 
de 7,000 francs. • 

Bords de l'Oise, étude par Daubigny, demande 10,000 francs, 
payé 9,500 francs. 

L'Ile des Amours, par Diaz, 17,500 francs sur une demande 
de 20,000 francs. 

Ophélie, par le même, vendu 4,400 francs, sur une appréciation 
de 7,000 francs. 

Paysage, étude par Jules Dupré, 4,100 francs sur une demande 
de 3,000 francs. 

L'Enlèvement, du même, 7,500 francs. 

Charles Jacque, Berger et son troupeau, 5,000 francs sur une 
demande de 4,500 francs. 

Th. Rousseau, Les Marais, démandé 18,000 francs, adjugé 

16,200 francs. 

25 



— 370 — 

Pêcheur levant ses filets, par le même, 27,400 francs sur une 
demande de 25,000 francs. 
La Confidence, par Roybet, demandé 8,000 fr., vendu 6,800 francs. 
Ziem, La Douane, 6,000 fr., sur une appréciation de 4,500 francs. 

— Le département de la sculpture du Louvre, au Musée moderne, 
vient de s'enrichir d'une très intéressante pièce du XVI rne siècle. 
C'est une statue de la Vierge que l'on s'accorde à attribuer à Germain 
Pilon. Elle provient du château d'Ecouen et avait été déposée en 1815 
en même temps que douze médaillons en marbre représentant des 
figures d'apôtres, dans l'église Notre-Dame de Versailles, par le 
comte de Pradel, alors ministre de la maison du roi. 

Ce chef-d'œuvre était resté jusqu'à ces derniers temps dans une 
chapelle de cette église, connu seulement de quelques amateurs et 
des fidèles qui lui avaient voué un culte particulier. 

Le Ministre de l'Instruction publique et des Beaux-Arts vient 
d'ordonner son transfert au Louvre : il a décidé en même temps 
qu'un moulage de cette statue serait accordé à titre de compensation 
au conseil de fabrique de Notre-Dame de Versailles, ainsi qu'une 
des meilleures œuvres de Demesmay, le sculpteur mort récemment : 
La Vierge et l'Enfant Jésus. 

Ce groupe était depuis de longues années relégué dans un atelier 
du dépôt des marbres. 

— En grattant l'épais badigeon qui recouvrait les murs de l'an- 
cienne église de Damme près de Bruges, on a découvert des pein- 
tures à la détrempe. 

Voici ce qui résulte du rapport de M. Naert, architecte, inspecteur 
provincial à la Commission des Monuments : 

Sous certaines fenêtres des chapelles latérales de l'église de 
Damme règne une suite d'arcatures en plein cintre. 

En grattant le badigeonnage d'une de ces parties on a mis à nu 
des restants de fresques très détériorées. 

Sous une arcade, on voit un Evêque: sous la seconde, un Pape, 
sous la troisième un personnage qu'on suppose être saint Norbert ; 
sous les trois ou quatre arcs suivants, se remarque saint Martin à 
cheval coupant son manteau. 

Le crépis de la partie inférieure du mur étant enlevé depuis long- 
temps, il ne reste plus que les bustes des personnages. L'église de 
Damme ayant été agrandie au XIV me siècle, ces peintures datent 
probablement de cette époque. 



— 371 - 

On suppose que l'église a été polychromée entièrement. On fera 
des recherches pour retrouver ce qui pourrait en exister encore. 

— Des fouilles importantes faites ces jours-ci à Saint-Cénery-le- 
Géret, dans l'Orne, sur l'emplacement des tours du vieux château, 
ont amené la découverte d'une chapelle souterraine, composée de 
plusieurs caveaux, où l'on a trouvé une trentaine de squelettes, un 
monceau de têtes coupées, des poteries, des pierres sculptées et un 
assez grand nombre de pièces de monnaie à l'effigie de Charles V et 
de Charles VII. Ces fouilles se poursuivent avec activité, car on a 
reconnu que la chapelle mise à jour avait plusieurs étages. 

— Une découverte intéressante vient d'être faite dans la rivière 
du Cher, à Valette (Loir-et-Cher). Il s'agit d'une barque faite d'un 
seul morceau, ayant 6 mètres de longueur sur 70 centimètres de 
largeur. Cette barque, dont l'origine préhistorique n'est pas dou- 
teuse, a été creusée dans un chêne avec un outil tranchant dont on 
aperçoit encore les traces. Les deux extrémités, taillées en biseau, 
sont relevées ; le fond, consolidé par deux contreforts réservés dans 
la masse, est perforé de trois trous hermétiquement bouchés au 
moyen de chevilles en bois. 

— Les fouilles que, sur les indications très précises de M. Doppler, 
archiviste de la ville, on vient de faire dans l'église de Saint-Servais, 
à Maastricht, sont couronnées d'un plein succès. 

On vient de déterrer le sarcophage de l'évêque Saint-Monulphe, le 
fondateur et l'architecte de notre antique collégiale, mort vers l'an 
599 et enterré au milieu de l'église. 

Le sarcophage, en pierre de sable, mesurant 2 m 07 de long, m 67 de 
hauteur m 74 de large à la tête, et m 53 de haut sur m 42 de large 
aux pieds, est d'une conservation parfaite. L'épaisseur des parois 
toutefois, n'est que de sept centimètres. 

A la base, il est de cinq centimètres plus court qu'à la partie 
supérieure; cette différence réside dans l'inclinaison de la paroi infé- 
rieure, la paroi supérieure de même que les parois latérales étant 
verticales. 

Les côtés de la tête et des pieds du sarcophage sont ornés de zig- 
zags et de figures méandriques d'un dessin tellement barbare et 
rudimentaire, qu'à eux seuls ils donneraient une preuve irrécusable 
de la haute antiquité du monument. 

Seul le couvercle, haut de m 40 à sa partie supérieure, convexe et 



— 372 — 

évidé, est brisé en différents morceaux, dont la moitié a été retrouvée 
en place et pourra être rajustée et restaurée. 

Quoique le lieu de la sépulture primitive de Saint-Monulphe fût 
de tout temps connu, de même que le transfert de ses reliques dans 
l'autel de la crypte en l'an 1039, l'honneur revient à l'infatigable 
chercheur M. Doppler, d'avoir indiqué avec une entière certitude, 
que, d'après les actes capitulaires de 1622 et 1628, lors de l'exhuma- 
tion des reliques et de la démolition de l'autel, le sarcophage avait 
été enterré et devait se trouver sous la grande pierre commémora- 
tive au milieu de l'église. 

C'est là que nous venons de mettre au jour le vénérable monument, 
qui dans la grande niche à côté de l'autel de la crypte trouvera sa 
place définitive, mieux appropriée à son caractère éminement sacré 
et à sa haute valeur archéologique. 

Une inscription lapidaire mentionnera les déplacements successifs. 

Un second cercueil vient d'être découvert à côté de celui de 
l'Évêque Saint-Monulphe. -Il n'y a aucun doute, que ce soit celui de 
son successeur sur le siège épiscopal de Maestricht, Saint-Gontulphe, 
qui, selon la tradition historique, fut enterré à côté de son prédé- 
cesseur, et dont la fête patronale se célèbre le même jour de l'année. 

(Courrier de la Meuse.) 

— Herman Kestner, petit-fils de Werther's Lotte, vient de mourir, 
à Hanovre, à l'âge de 80 ans. Archéologue et cultivant lui-même les 
Beaux-Arts, il fit don, en 1884, à la ville de Hanovre des antiquités 
romaines et italiennes qu'il avait héritées de son oncle, ministre- 
résident de Hanovre à Rome. 

Il ajouta un capital pour l'entretien de la précieuse collection. 

Ces objets d'art réunis au cabinet Euleman forment le Kestner- 
museum. 

Herman Kestner avait reçu le titre honorifique de bourgeois de 
sa ville natale et jusqu'à la fin de sa vie il s'occupa de ses études 
favorites sur les antiquités. Son costume et ses allures lui donnaient 
l'extérieur d'un homme de l'ancien temps. 

— La famille de Rothschild a fait acheter à Petersboroug la 
fameuse horloge historique fabriquée par Louis XYI. Cette horloge, 
que les propriétaires de Milton-Hall, dans Northamptonshire» 
s'étaient transmis de génération en génération a été adjugée aux 
Rothschild pour la bagatelle de 30,000 livres sterling, soit 840,000 fr. 

Cette pendule historique, qui a 14 pieds de hauteur, avait été 
offerte jadis en cadeau de noces à la comtesse Fitzwilliam. 



373 — 

La diplomatie française et la succession-' d'Espagne, par 
A. Legrelle 1 . —On sait que la succession au trône d'Espagne a 

donné lieu à de nombreux démêlés, dont l'histoire occupe une longue 
période d'années, féconde en péripéties de la plus haute portée. 

C'est sur cette question si importante, qualifiée par Mignet : 
l'événement le plus considérable dans le siècle le plus célèbre, que 
M. Legrelle se propose d'écrire quatre volumes dont nous donnons 
à l'avance le canevas. Le premier est tout entier consacré au 
premier dés trois traités de partage, celui que Louis XIV conclut 
avec l'Autriche en 1668, ainsi qu'au progrès de la mésintelligence 
fatale qui le rendit caduc de très bonne heure. Le second volume 
traitera du second tyaité de partage, le premier de ceux que la 
France signa avec l'Angleterre et la Hollande, le 11 octobre 169s, et 
s'étendra jusqu'à la catastrophe imprévue qui en empêcha l'exécu- 
tion. Un troisième volume correspondra au troisième traité de 
partage, celui du 25 mars 1700, concerté entre les trois mêmes puis- 
sances et annulé en fait, d'abord par le testament de Charles II, pris, 
par l'acceptation de ce testament au nom du duc d'Anjou. Dans un 
dernier tome intitulé « solution » on verra les négociations qui 
nouèrent et dénomVent la coalition de 1701, pour aboutir aux traités 
d'Utrecht, de Radstadt et de Bade, base de l'équilibre européen 
pendant une grande partie du XVIII e siècle. 

Nous avons le premier volume sous les yeux. L'auteur dans son 
introduction nous donne la bibliographie raisonnée des sources et 
des ouvrages qui traitent de la succession d'Espagne. Il en entré- 
prend ensuite l'histoire diplomatique, 'racontant dans les détails, 
l'origne du conflit, le non-paiement de la dot de la femme d e 
Louis XIV, qui devait annuler la renonciation de celle-ci à tous ses 
droits. La naissance d'un héritier au roi d'Espagne paraissat devoir 
changer ces dispositions, mais, dit l'auteur « la question de la succes- 
sion d'Espagne naquit au moment même où la naissance de l'en fan I, 
Carlos semblait précisément en prévenir l'éclosion, et ce fut avec 
lui qu'elle rentre de plain pied dans l'histoire, pour n'en sortir, pour 
son malheur, que fort longtemps après lui. » Louis XIV se trouve 



1 La diplomatie française et la succession d'Espagne, t. I ; Le 
premier traité de partage (1659-1697), par A. Legrelle, docteur 
ès-lettres. Gand, imprimerie de Dullé-Plus; Paris, librairie Cotillon. 
18S8. 



— 374 - 

vers les Pays-Bas, vers l'Autriche, vers n'importe qui; l'Espagne 
refuse d'annuler la renonciation, le roi de France s'entend avec la 
Hollande, et règle avec elle un traité de partage des Pays-Bas, qui 
effraie sa partenaire. Nous entrons alors dans une nouvelle phase, et 
la question de l'hérédité des Pays-Bas se sépare donc de la succession 
d'Espagne. Philippe IV mort, Louis XIV conclut le fameux traité de 
partage avec l'Autriche et s'empare de la Flandre, que le traité 
d'Aix-la-Chapelle lui conserve. 

M. Legrelle passe après cela aux suites du traité de partage et à la 
guerre avec la Hollande qui eut pour conséquence la paix de 
Nimègue. Nous assistons ensuite aux critiques relatives à l'éléva- 
tion et au mariage de l'électeur de Bavière»; puis vient la ligne 
d'Augsbourg contre la France, la guerre qui s'en suivit, la nouvelle 
renonciation de Louis XIV, et la paix de Ryswyck. 

M. Legrelle suit pas à pas le travail de la diplomatie, cite et repro- 
duit de nombreux documents dans le cours de son ouvrage, et 
entr'autres instruments imprimés dans l'Appendice, nous trouvons 
le traité de partage avec l'Autriche, rédigé en latin, qui pour nous 
a le plus d'intérêt. 

La mine qu'exploite M. Legrelle est féconde, et il traite son 

sujet en homme qui le possède ; nous lui souhaitons de mener à bien 

sa vaste entreprise. 

Emile V. 

Académie royale de Belgique. — Concours pour 1891. — 
Première question. — « Quelle a été en Flandre, avant l'avènement 
de Guy de Dampierre, l'influence politique des grandes villes, et de 
quelle manière s'est-elle exercée ? » 

Deuxième question. — « Faire l'histoire de la littérature française 
en Belgique, de 1815 à 1830. » 

Troisième question. — « Quel est l'effet des impôts de consom- 
mation sur la valeur vénale des produits imposés? En d'autres 
termes, dans quelle mesure ce genre d'impôts pèse-t-il sur le consom- 
mateur? 

« Exposer et discuter, à l'aide de documents statistiques, les 
résultats des expériences récemment faites à cet égard en divers 
pays, et plus spécialement en Belgique. » 

Quatrième question. — « On demande une étude critique sur les 
Vies de saints de l'époque carlovingienne, depuis Pépin le Bref 
jusqu'à la fin du X e siècle. 



— 375 — 

L'auteur ne s'attachera qu'aux Vies présentant un intérêt histo- 
rique. » 

Cinquième question. — « Faire, d'après les résultats de la gram- 
maire comparée, une étude sur le redoublement dans les thèmes 
verbaux et nominaux du grec et du latin. » 

Sixième question. — « On demande une étude sur les divers 
systèmes pénitentiaires modernes considérés au point de vue de la 
théorie pénale et des résultats obtenus. » 

Septième question. — « On demande une étude sur les mystiques 
des anciens Pays-Bas (y compris la principauté de Liège), avant la 
réforme religieuse du XVI e siècle : leur- propagande, leurs œuvres, 
leur influence sociale et politique. » 

Les concurrents accorderont une attention toute particulière à 
Jean Ruysbroeck. 

Mille francs pour la septième question et huit cents francs pour 
chacune des autres questions. 

Les mémoires en français, en flamand ou en latin devront être 
adressés, avant le 1 er février 1891, à M. J. Liagre, au Palais des 
Académies. 

Concours pour 1892. — Première question. — « Apprécier d'une 
façon critique et scientifique l'influence exercée par la littérature 
française sur les poètes néerlandais des XIII et XIV siècles. » 

Deuxième question. — « Étude sur les humouristes et les pamphlé- 
taires en langue française en Belgique, de 1800 à 1848. » 

Troisième question. — « Étudier au point de vue historique et au 
point de vue dogmatique, la nature et les effets des traités de garantie, 
et spécialement des traités qui ont pour objet la garantie, par un ou 
plusieurs États, du territoire, de l'indépendance, de la neutralité d'un 
autre État. s> 

Quatrième question. — « Montrer comment l'Espagne, par sa diplo- 
matie et par ses armées, a combattu la politique de la France aux 
Pays-Bas, de 1635 à 1700. » 

Cinquième question. — « Exposer, d'après l'ensemble des textes, 
quelle était la position des comtes dans le royaume franc, depuis Glovis 
jusqu'au traité de Verdun ; établir leurs rapports avec le roi, avec le 
clergé et avec la population germanique et gallo-romane. » 

Sixième question. — « Faire l'histoire et la statistique des caisses 
d'épargne en Belgique. Exposer leurs diverses opérations et les résul- 
tats obtenus, surtout au point de vue de la classe ouvrière. » 



— 370 — 

Mille francs, pour la troisième et la sizième question, et six cents 
francs pour chacune des quatre autres questions. 

Les mémoires devront être adressés, avant le 1 er février 1892, à 
M. J. Liagre, secrétaire perpétuel, au palais des Académies. 

Prix Teirlinck. — « Faire l'histoire de la prose néerlandaise avant 
Marnix de Sainte- Aldegonde. » Prix : mille francs. — Le terme expi- 
rera le l or février 1891. 

Prix De Keyn. — La Classe des lettres rappelle que la « première 
période du sixième concours annuel » pour les prix Joseph De Keyn 
sera close le 31 décembre 1890. 

' Cette période, consacrée à l'enseignement du premier degré, com- 
prend les ouvrages d'instruction, ou d'éducation primaire. 

Prix de Stassart. — « Notice » consacrée à la vie et aux travaux 
de « Lambert Lombard, » peintre et architecte à Liège (1506-1566). 
Prix : mille francs. — Le délai expirera le 1 er février 1892. 

Grand prix de Stassart. — « Faire l'histoire du conseil privé aux 
Pays-Bas, à partir de son origine jusqu'en 1794 ; examiner les attri- 
butions de ce corps, ses prérogatives et sa compétence en matière 
politique, d'administration et dejustice. » Prix : trois mille francs. — 
Le délai expirera le 1 er f éviter 1894. 

Prix de Saint-Génois. — Mémoire en flamand sur : « Caractériser 
l'influence exercée par la Pléiade française sur les poètes néerlandais 
du XVI e et du XVII e siècle. » Prix : mille francs. — Le délai expirera 
le 1er février 1897. 

Prix de Littérature flamande dit Antoon Bergmann. — « His- 
toire, en néerlandais, d'une ville ou d'une commune de la province 
de Brabant (arrondissement de Nivelles excepté) et comptant au 
moins « cinq mille » habitants. Pz"ix : mille francs. — Délai: 1 er fé- 
vrier 1897. 

Prix Castiau. — La quatrième période du prix sera close le 
31 décembre 1892. 

« Sur les moyens d'améliorer la condition morale, intellectuelle et 
physique des classes pauvres. » Prix : mille francs. — Délai : 31 dé- 
cembre 1892. 



377 — 



Le Psautier de Guy de Dampierre, 



XIII e SIECLE 



Le psautier classé sous le n° 10607, à la Biblio- 
thèque de Bourgogne, provient de l'ancienne mai- 
son des Jésuites à Anvers, ainsi que cela résulte 
d'une indication manuscrite faite sur le premier 
folio ' . 

Ce psautier 2 contient 244 folios. L'écriture 
gothique est très mignonne d'aspect et fort régu- 
lière. Il est regrettable qu'un relieur maladroit de 
la fin du XVI e siècle ait jugé à propos de rogner ce 
manuscrit au point d'empiéter sur plusieurs mar- 
ges, qui se distinguent par leur décoration pitto- 
resque. Le manuscrit conserve encore plusieurs 
morceaux de crêpe syrien 3 qui ont servi de gardes 
aux enluminures. 



* Domus prof. S. J. Antv. 

* Par testament du 15 avril 1299. Archives départementales du 
Nord, Fonds de la chambre des comptes de Lille : B 433, n° 4181. 
Guy remet ses joyaux entre les mains de ses exécuteurs testamen- 
taires. Mais il y a lieu de remarquer qu'il n'est pas fait mention 
de manuscrits. 

3 Je connais plusieurs exemples de l'emploi du crêpe comme 
garde. Le Glossaire de Gay mentionne p. 494 un exemple curieux 

2Q 



— 378 — 

A quelle époque remonte cet intéressant chef- 
d'œuvre ? 

Les auteurs du catalogue des manuscrits de la 
Bibliothèque royale lui assignent le deuxième tiers 
du XIII e siècle. Mais les constatations que j'ai 
été amené à faire, ne me permettent pas d'adopter 
ce classement. Il faut donner à ce manuscrit une 
date plus récente, ainsi que le lecteur pourra bien- 
tôt s'en convaincre. 

Les éléments fournis par la paléographie sont 
insuffisants pour arriver à la détermination de 
l'époque où il a été fait, tandis que le costume 
civil, les motifs architectoniques trahissent la 
seconde moitié du XIII e siècle; la pièce de ren- 
fort aux genoux qu'on remarque dans le costume 
de plusieurs guerriers annonce un progrès dans 
l'armement, lequel recevra plus tard un accroisse- 
ment typique par l'adjonction de l'ailette. Mais il 
n'y a là toutefois aucun indice qui date le manus- 
crit d'une façon précise. 

Par bonheur, les écus armoriés qui rehaussent 
les enluminures, fournissent des renseignements 
précis, tant sur le manuscrit en lui-même, que 
sur son ancien propriétaire l . 

Les extrémités de la miniature du folio 7 v° sont 
occupées par des médaillons circulaires inscri- 

de crêpe polychrome appartenant à la bible de Théodulfe, conservée 
au Puy ; le fragment de feu M. le chanoine Van Drivai reproduit 
dans l'ouvrage précité et qui est daté du XIII e siècle se présente 
avec le même aspect que celui du psautier de Guy de Dampierre. 

J'avais déjà signalé, dans une communication faite le 16 juin 1888, 
le nom du propriétaire du manuscrit. 

» Voir Annales de la Société d'Archéologie de Bruxelles, t. II, p. 74, 



— 379 — 

vant des écus armoriés appartenant à la famille 
comtale de Flandre. Étant donné que le manus- 
crit remonte certainement à la seconde moitié du 
XIII e siècle, il n'a pu appartenir qu'à Guy de 
Dampierre, comme on pourra s'en rendre compte 
par les armoiries ci-dessous décrites : 

1 . de Flandre plein d'or au lion de sable ; 

2. de Flandre brisé d'un lambel de gueules; 

3 . de Flandre brisé d'un bâton de gueules ; 

4. de Flandre brisé d'une bordure engrêlée de 
gueules ; 

Puis au folio 8 verso : de Flandre couronné de 
gueules en signe de brisure. 

L'écu n° 1 appartient à Guy, comte de Flandre; 
l'écu n° 2 à Robert de Béthune, son fils aîné; l'écu 
n° 3 à Guillaume, frère de Robert; l'écu n° 4 à 
Baudoin frère de Robert et de Guillaume; l'écu 
n° 1 du folio 8 à Jean de Namur, frère des princes 
ci-dessus mentionnés. 

Au folio 84 verso, on retrouve les armes de Guy 
entre celles de ses deux fils Robert et Guillaume. 

Comme on le peut voir, l'enlumineur a observé 
rigoureusement l'ordre des naissances dans le pla- 
cement des armoiries. Cette scrupuleuse exacti- 
tude permet de supposer que le livre a été fait sur 
commande, car aucun détail n'a été omis. 

La concordance des armoiries du psautier avec 
celles des sceaux des personnages précités est par- 
faite. 

On m'objectera peut-être que cette concordance 
ne pourrait être qu'apparente puisque les anciens 
sceaux n'indiquent pas les émaux. Une telle coïn- 



— 380 — 

cidence, il faut en convenir, serait tout au moins 
étrange. 

M. Van Malderghem ' a étudié un rôle d'armes 
de la fin du XIII e siècle, renfermant des éléments 
qui dissipent les doutes qu'on serait tenté d'élever 
sur cette question. 

Le manuscrit est postérieur à 1280, car il ne 
contient pas les armoiries de la comtesse Mar- 
guerite qui y auraient certainement figuré, et 
antérieur à 1298, date de l'avènement de Jean de 
Dampierre à la couronne comtale de Namur. A 
cette occasion, il surbaissa ses armes d'un bâton 
de gueules. 

Un autre événement historique ne permet peut- 
être pas de faire remonter la confection du manus- 
crit antérieurement à la date de 1297. En effet, 
cette année fut marquée par la canonisation de 
Louis IX par le pape Boniface VIII. Or l'omission 
du nom du saint roi de France dans le calendrier 
me semblerait au moins surprenante. 

En effet, ce calendrier appartient au Nord de la 
France actuelle, et peut être à la contrée de Saint- 
Omer, car on y retrouve le nom de divers saints 
locaux, tels que : Saint-Berthin, Saint-Vinocq et 
naturellement Saint-Omer. 

D'autre part saint Louis n'était pas inconnu 
dans cette contrée. En effet, il était venu en pèle- 
rinage au sanctuaire de N.-Dame des Miracles à 

1 M. Van Malderghem fera bientôt connaître ce précieux docu- 
ment ; je saisis l'occasion de remercier le savant héraldiste pour 
les renseignements qu'il m'a fournis. J'ai reçu également d'utiles 
données de MM. les comtes Th. de Limburg Stirum et M. Maurin 
de Nahuys, je les prie d'agréer l'expression sincère de ma gratitude, 



— 381 — 

Saint-Omer, ainsi que le rappelle une inscription 
moderne de la cathédrale de cette cité ' . L'enlumi- 
neur, selon toute vraisemblance, ne devait pas 
être bien éloigné du manuscripteur clerc ou laïque. 
Or cet ingénieux artiste paraît très bien connaître 
les ordres mendiants. Dans son illustration si variée 
je rencontre un trait charmant de la légende du 
patriarche d'Assise : saint François prêchant à 
des cigognes. Étant donné que Louis IX apparte- 
nait au Tiers- Ordre franciscain, nul doute que le 
copiste se fut dispensé d'inscrire le nom du pieux 
monarque dans le calendrier. Plus loin, on peut 
voir une prieure dominicaine. 

Si l'enlumineur a représenté fidèlement les cos- 
tumes militaires, il a dû le faire antérieurement 
à l'apparition de l'ailette 2 . Car on ne voit aucune 

1 La tradition d'une visite de saint Louis au sanctuaire de Notre- 
Dame des Miracles est très vivace, mais on ignore sur quel fait 
précis, elle s'appuie. On lit cependant dans un manuel de dévotion 
pour le pèlerinage, le passage suivant : L'on est heureux d'avoir 
retrouvé la preuve écrite que Louis IX vint avec sa pieuse Mère, la 
Reine Blanche, vénérer Notre-Dame des Miracles de Saint-Omer en 
1231 et que le saint roi y retourna à deux époques ultérieures. » 

Les documents, les pièces écrites font défaut. Il est à remarquer 
cependant que le soubassement du portail intérieur du transept sud 
de la cathédrale est décoré d'un semis de lis et de tours, et cette 
circonstance est de l'avis de feu M. L. Deschamps de Pas pour 
beaucoup dans la tradition qui vient d'être mentionnée. 

Un doyen de la cathédrale Saint-Omer a fait placer de nos jours 
dans le portail précité une inscription rappelant la visite de la Reine 
Blanche et de saint Louis. 

2 Les ailettes figurent dès 1280 sur le sceau de Jean I er de Brabant. 
Voir Costumes militaires belges, par Van Vinckeroy. 

D'après De May, Le costume au moyen-âge d'après les sceaux , 
p. 127, l'ailette paraît pour la première fois sur le sceau de Pierre 
de Chambly en 1294, et se répète sur ceux d'Othon, comte d'Artois, 
en 1302, etc. 



. — 382 — 

trace de cette pièce de renfort dans la représen- 
tation de plusieurs chevaliers. L'ailette ne semble 
pas antérieure aux vingt dernières années du 
XIII e siècle. Je m'empresse d'ajouter qu'on aurait 
tort d'attacher trop d'importance à ce fait. En 
effet, les artistes n'ont pas toujours été d'une 
rigueur extrême dans la représentation du cos- 
tume. Outre que plusieurs copiaient leurs prédé- 
cesseurs, d'autres se sont répétés sans tenir compte 
des progrès de l'armement chez leurs contem- 
porains. 

Mais les données fournies par l'histoire de l'hé- 
raldique permettent de fixer, à quelques années 
près, l'exécution du psautier. 

Il remonte au laps de temps compris entre les 
années 1280, date de la mort de Marguerite de 
Constantinople, et 1298, époque de l'avènement 
de Jean de Dampierre, comme comte de Namur. 

L'enlumineur du psautier est inconnu; mais 
n'est-on pas en droit de le considérer comme appar- 
tenant à cette pléiade d'artistes du Nord de la 
France, qui unissaient déjà l'humour des Fla- 
mands, au style, cet apanage du génie français? 

Du reste le calendrier permet de supposer que 
le manuscrit a vu le jour dans nos contrées, ou 
dans les pays limitrophes qui faisaient naguère 
partie de la Belgique. Je relève dans les litanies 
et le calendrier, les noms des saints suivants : 
Lambert, Christophe, Quentin, Nicaise, Biaise, 
Amand, Nicolas, Remtj, Germain, Vaast, Vinnocq, 
Berlin, etc. 



— 383 



II 

Avant d'aborder la description du manuscrit, 
il y a lieu d'observer qu'il ne constitue pas un livre 
d'heures, mais un psautier proprement dit auquel 
a été joint le Magnificat, le Nunc demittis le sym- 
bole de Saint-Athanase : quicumque vult salvns esse 
ante omnia opus est ut teneat catholicam fidem et 
enfin les litanies des saints. 

Les miniatures ayant trait à la vie de J.-C. sont 
placées au commencement du livre en manière 
d'album pieux. Elles ne pouvaient être dissémi- 
nées, car elles ne commentaient pas le texte, 
tandis que dans un livre d'heures, les « histoires » 
qui retracent la vie de J.-C. ou des saints, se 
trouvent en face de la prière ou de l'office qui leur 
est propre. 

Dans la plupart des psautiers et des autres 
livres liturgiques, la miniature est un écho du 
texte; dans le présent manuscrit, je trouve seule- 
ment deux reproductions de sujets traditionnels : 
le fol muni de son inséparable marotte en regard 
du psaume, commençant par les mots : Insipiens 
dixit in corde suo non est Deus. Une lettrine nous 
montre, au psaume débutant par les mots Cantate 
Domino canticum novum, des prêtres revêtus de 
chapes et chantant. 

Le Calendrier. — Les illustrations des calen- 
driers des livres d'heures constituent un des objets 
les plus intéressants que le moyen- âge nous ait 



— 384 — 

légués. Elles apparaissent tout d'abord, sous leur 
forme fort laconique : un ou deux personnages 
dans un médaillon ou sous une arcature à fond 
d'or. Plus tard ce modeste décor sera abandonné 
pour faire place à une ébauche de paysage; la 
perspective à peine pressentie, s'accuse timide- 
ment, puis s'affirme avec un certain éclat. Le 
XIV e siècle s'est à peine écoulé que des artistes 
tels que Pol de Limbourg et ses frères créeront 
des paysages se recommandant par des qualités 
les plus sérieuses. 

Mais il sera réservé aux artistes de Gand et de 
Bruges et en particulier aux Horenbout et aux 
Bening de multiplier avec une fécondité qui dé- 
concerte des sujets de genre pris sur le vif. 

Janvier. — Un homme tourne le dos à l'âtre égayé par 
un feu des plus vifs. Il emplit une coupe sans pied; en 
dehors de la pièce, un tonneau est placé sur un chantier. 
Voilà une image très nette de bien-être matériel. C'est bien 
le dos au feu et le ventre à table qui caractérise le penchant 
intime de l'homme pour ses aises... et les satisfactions des 
sens. 

Février. — Une femme tenant un cierge debout devant 
un prie Dieu. Allusion à la fête de la Chandeleur. 

Mars. — Un homme émonde un arbre. 

Avril. — Un homme tient des fleurs dans chaque main. 
Plus tard cette simple indication sera remplacée par une 
scène favorite à l'art médiéviste. Un damoiseau et une 
damoiselle seront en train de faire la cueillette des pre- 
mières fleurs tout en devisant; sur d'autres miniatures, on 
les voit, les fleurs en main, former un couple charmant. 

Mai. — Voici le chasseur sur un cheval gris pommelé ; 



- 385 - 

plus loin ses deux chiens l'un blanc, l'autre rouge ver- 
millon. Il agite ses gants dans la direction d'un faucon qui 
fond sur une spatule. 

Juin. — Un bûcheron portant un fagot. La hache est 
encore au pied du tronc, l'arbre conserve un rameau. 

Juillet. — Un homme fauche l'herbe à l'aide de la grande 
faux encore en usage de nos jours. 

Août. — Un moissonneur se sert de la faucille pour cou- 
per des épis de seigle qui dépassent de beaucoup sa stature. 

Septembre. — Un semeur. 

Octobre. — Un homme foule le raisin dans une cuve, 
tandis qu'un vigneron cueille des grappes qui se trouvent 
suspendues au-dessus de la tête de son compagnon de 
travail. 

Novembre. — Un homme monté sur un chêne abat des 
glands qui sitôt tombés sont mangés par deux porcs. Un 
porcher, un gros bâton à la main s'apprête à lancer celui-ci 
dans les branches de l'arbre. 

Décembre. — Un homme abat avec une cognée un porc 
couché devant lui. 

Toutes les miniatures à pleine page se pré- 
sentent entourées d'un cadre orné de feuillages, 
aux quatre extrémités duquel sont placés des 
médaillons, posés en saillie, et contenant un écu 
armorié. 

Une arcature simple ou double reposant sur des 
colonnettes couronne chaque scène ; de petites 
tours, des édicules peints en vert, en vermillon, etc. , 
s'appuient sur les rampants du gable. 

Toutes les miniatures à pleine page sont peintes 
sur lamelle d'or ; le champ de quelques-unes d'entre- 
elles est agrémenté d'un losange ou d'un quadrillé 
très légèrement traités. 



- 386 — 

1. L' Annonciation. — Une colonne supportant une 
double arcature sépare l'ange de la Vierge. Celui-ci à 
gauche, debout, tient un philactère vide ; Marie également 
debout fait un geste d'étonnement. Le saint Esprit sous la 
forme d'une colombe plane au-dessus de sa tête. 

2. La Nativité. — La Vierge est représentée assise dans 
son lit, tenant l'enfant Jésus sur ses genoux. Saint Joseph, 
un vieillard à barbe blanche, coiffé du chapeau pointu tradi- 
tionnel, sommeille appuyé sur son bâton. Un ange se dirige 
vers la Vierge. Dans le fond, au dessus de la crèche vide, 
posée sur un mur peu élevé se trouvent le bœuf et l'âne; 
une courtine relevée est attachée sur le côté. 

3. Naissance du Christ annoncé aux 'pasteurs. — Un ange 
nimbé, tenant un philactère vide, s'adresse à un berger 
assis et s'appuyant sur son bâton ; en face, se trouve un 
autre pasteur, monté sur des échasses très basses et retenus 
aux jambes par des lanières; il tient une cornemuse dont il 
se dispose à jouer. 

Entre les deux personnages est assis un chien de berger, 
d'un dessin correct, mais... peint en vermillon. A l'avant- 
plan défile le troupeau composé d'un bélier, de moutons, 
de chèvres. L'enlumineur, comme on pourra le voir à la 
planche ci-jointe, n'a pas tenu compte de la taille des divers 
animaux, tandis qu'il en a très bien observé le caractère. 

4. IS Adoration des Mages. — H y a ici deux scènes par- 
faitement distinctes, mais le miniaturiste n'a pas commis la 
moindre confusion. Un ange montre à deux Mages, l'étoile 
qui doit les guider. Le troisième Mage, un vieillard chauve 
à barbe grise, le genou en terre, baise le pied de l'enfant 
Jésus qui tient en main un panier dont il vient de lui faire 
don. La Vierge a la tête ceinte d'une couronne ; elle porte 
un robe de drap d'or. C'est une des scènes les mieux inter- 
prétées du Psautier. 

5. Massacre des innocents. — Dans un cadre orné d'une 



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— 387 — 

double arcature trilobée, on voit Hérode couronné, et assis 
sur son trône, le pied sur un escabeau. Un soldat, tient en 
main l'enfant qu'il vient d'arracher à sa mère. Celle-ci dans 
son désespoir, a saisi l'extrémité du glaive, mais le soldat la 
repousse du pied. Derrière lui, un bourreau vient d'embro- 
cher un enfant et en tient un autre dans les plis de son 
vêtement. Une mère prosternée contre terre couvre de ses 
baisers le corps de son nourrisson. 

6. Grand B., appartenant au commencement du psaume. 
Beatus vir qui non abiit in consilio impiorum. 

Dans la première boucle de la lettre est représentée la 
fuite en Egypte. La sainte Vierge qui est nimbée dépose 
un baiser sur l'enfant Jésus. Saint Joseph coiffé du bonnet 
pointu, guide la mère et l'enfant. Dans la boucle d'en-bas, 
J.-C. monté sur un âne fait son entrée à Jérusalem. A la 
porte on voit un homme qui étend sa tunique et on en aper- 
çoit un autre sur un arbre. 

Dans les rinceaux qui se déroulent ornés eux-mêmes de 
ci de là de têtes en guise de nœuds, on est tout étonné 
d'apercevoir un écureuil qui a l'air de s'entretenir avec un 
héraut; plus loin c'est un chien blanc, puis un petit monstre 
à figure humaine coiffé d'une mitre. En bas du folio, le 
peintre a mis en face deux petits bonhommes, la rondache 
au bras, l'épée au poing et prêts à s'élancer l'un contre 
l'autre. 

Folio 43. — A l'endroit débutant par un D. (Dominus 
illuminatio meà), l'enlumineur nous montre un soldat s'ap- 
prêtant à trancher la tête à saint J. -Baptiste, qui est h 
genoux sur le seuil de la prison. Dans l'encadrement pit- 
toresque de cette page apparaissent Hérode... plus bas 
Salomé jouant de la harpe, et enfin sa mère Hérodiade. 

Folio 44. — La flagellation. — Miniature à pleine page. 
J.-O. attaché à la colonne sur laquelle repose la double 
arcature de l'encadrement. Un nègre au sourire cruel et un 



— 388 — 

bourreau au visage blanc le frappent de verges. Le type du 
nègre est particulièrement bien observé. 

Folio 65. — Dans l'intérieur d'un grand D, on aperçoit 
saint Martin sur un cheval gris pommelé, coupant son 
manteau pour le donner à un mendiant. 

Un D. Dixit insipiens (ps. III), est représenté par le 
martyre de saint Pierre, la tête en bas. On y remarque 
également un nègre. 

Folio 83 présente une lettrine fort curieuse qui renferme 
peut-être une allusion plus ou moins directe au texte. Dans 
une lettre quid gloriaris in malicia qui potens es in iniqui- 
tate : Un roi s'entretient avec un monstre ventru, dont le 
corps est peint en vermillon et la tête... en bleu. Serait-ce 
là une allusion au texte précité ? 

Folio 103. — Lettrine. Martyre de saint Laurent. Celui-ci 
est étendu sur le gril. Un feu très vif enveloppe ses mem- 
bres. Deux bourreaux au regard torve s'aidant de deux 
fourches empêchent la victime de se soulever de son lit de 
torture. 

Folio 104. — Grand M. — Notre Seigneur tenant la croix 
de la résurrection apparaît à Marie-Madeleine. Le jardin 
où d'après la tradition la scène s'est passée est indiqué par 
un arbre. 

Folio 128. — Grande miniature. — Notre Seigneur s'ap- 
puyant sur la croix de la résurrection, marchant sur la tête 
du monstre infernal, emmène des limbes, lésâmes des justes. 
On aperçoit dans le nombre Adam et Eve. Deux diables 
peints en couleurs voyantes, armés d'un double croc, se 
tiennent au rez-de-chaussée et à l'étage du castel infernal. 
Cette petite scène est dessinée avec autant de verve que 
d'énergie. 

Dans un grand E initial. Exultate Domino deo adjutore 
nostro. Trois juifs lapident saint Etienne. En dessous on 
aperçoit Saul qui tient les habits des bourreaux. 




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Folio 149. — Grande miniature. — Saint Thomas ù 
genoux tenant un livre, met la main dans le côté de J.-C 
qui tient la croix de la résurrection. 

Cantate Domino canticum novum trois prêtres chantent 
au lutrin ; voir notre planche. 

Folio 175. — Grande miniature. — Ascension sous une 
arcade trilobée, la sainte Vierge au milieu des apôtres. 
Parmi les assistants règne le plus vif émoi, à la vue de J.-C. 
dont le corps disparaît enveloppé par la nue. 

Folio 174. — Lettre D. — Dixit Dominus domino meo. 
Néron fait décapiter saint Paul. 

Beaucoup de psaumes commencent par des let- 
trines de moyenne grandeur qui contiennent des 
têtes d'hommes, de femmes, de guerriers, de saints ; 
et dans un tout autre ordre d'idées des têtes d'ani- 
maux, d'oiseaux, et de monstres fantastiques. Les 
plus petites lettrines n'ont qu'un demi centimètre 
carré. 

Les encadrements sont d'un pittoresque et d'une 
variété vraiment incroyable. D'abord ils n'affectent 
aucune forme régulière, si j'en excepte toutefois 
les miniatures à pleine page. Ils sont le fruit d'une 
imagination fertile, aimant l'imprévu, variant et 
multipliant les lettrines, les exécutant avec un 
humour intarissable et une habileté peu commune. 
Dans ces mille et une bagatelles, si je puis ainsi 
parler, on ne se heurte pas à des redites. La même 
idée apparaîtra vingt fois mais toujours sous un 
aspect nouveau. 

L'enlumineur accroche quelque monstre au corps 
d'une lettrine ; la queue prend des proportions 
considérables, et s'agrémente à son tour de têtes 



— 390 — 

étranges. Parfois les appendices de ces bizarres 
lettrines s'animent d'une vie fantastique. Ici, c'est 
un couple amoureux métamorphosé en monstres. 
Ils n'ont retenu de leur précédent état qu'un frais 
et charmant visage. Là le diable entre en scène, 
brandissant son croc terrible, à la recherche d'une 
victime, quœrens quem devoret! 

Dans les enroulements des lettrines et les marges 
des folios, s'agite tout un inonde, empruntant 
son existence à la légende, aux circonstances de 
la vie journalière, aux aventures de la chasse, 
aux hasards de la guerre et surtout à la fantaisie 
de l'artiste, toujours féconde en invention et en 
caprices. Ce manuscrit nous offre le sincère reflet, 
dans sa forme minuscule et naïve, de la vie et des 
conceptions fabuleuses de la seconde moitié du 
XIII e siècle. 

Joseph Destrée. 
(A suivre.) 



391 — 



LE BOURREAU DE GAND 



II 

APPLICATION DE LA TORTURE 

Le bourreau n'était pas seulement chargé de 
procéder aux exécutions capitales ; c'était encore 
à lui qu'incombait la mission de soumettre les 
accusés à la torture. Aussi, avions-nous raison de 
dire, au début de cette étude, qu'autrefois l'office 
de bourreau était loin de constituer une sinécure. 

L'accusé qui ne voulait pas reconnaître les faits 
mis à sa charge et entraînant la peine capitale, ou 
bien qui refusait de nommer ses complices, devait 
inévitablement subir la question ou la torture. Les 
supplices, que le bourreau lui faisait endurer, se 
renouvelaient plusieurs fois à des jours ou à des 
semaines d'intervalle jusqu'à ce qu'enfin le patient, 
brisé par la douleur et les privations, se reconnût 
coupable d'un crime qu'il n'avait peut-être pas 

1 Suite. Voir Messager des Sciences histor,, 3 e livr., 1890, p. 241, 



— 392 — 

commis. Wielant, dans sa Practijcke Criminele, dit 
à cet égard : 

Want dicwils bevonden es datte de patienten, uijt despa- 
ratien ende uijt pijnen, liever hebbende te sterven dan de 
pijne te verdragene, gekent hebben 't gunt dat zij noeijt 
gedaen en hebben. 

Il est vrai que l'accusé ne pouvait être soumis 
une seconde fois à la torture que si de nouvelles 
présomptions s'élevaient contre lui. Mais il n'y 
avait là aucune garantie sérieuse pour l'accusé 
puisque c'était le juge, chargé de faire appliquer 
la torture, qui décidait en même temps du point 
de savoir s'il y avait de nouvelles présomptions de 
culpabilité. 

C'était encore le pouvoir discrétionnaire du juge 
qui décidait si les faits, mis à charge de l'inculpé, 
rentraient dans la catégorie de ceux pour la 
preuve desquels l'application de la torture était 
requise. Wielant dit à ce sujet : 

Oft de inditien, suspitien oft presumptien suffisant zijn 
oni de banck, licht naectelijk inde discretie ende de con- 
sientie vanden juge, ende is gheen regele noch leeringe 
daerinne gegeven. 

Nous avons déjà vu que le juge criminel avait 
une latitude absolue dans le choix des supplices 
à infliger aux malheureux, condamnés à la peine 
capitale ou à une peine corporelle quelconque. La 
même latitude lui était laissée dans l'application 
de la torture. Ce pouvoir nous paraît d'autant plus 
exorbitant aujourd'hui que bien des faits, tombant 
sous l'application des lois pénales de ce temps, ne 



— 393 — 

sont nullement repréhensibles à nos yeux. Citons 
encore le criminaliste gantois : 

De pijnen ende tormenten worden gedaen met coorden 
ende men vint niet in redite dat rnen se anders doen mach, 
maer, naer de costume, worden zij diverselyck gedaen, niet 
alleenlijck met coorden, maer oock met watere, met azijue, 
met viere ende andersins, ter ordinantie vanden juge,' naer 
de gelegentheijt van den persoone ende qualiteijt van den 
persoone. 

Outre les enfants en dessous de quatorze ans, 
les fous et les femmes enceintes, il y avait encore 
certaines personnes qu'à raison des fonctions dont 
elles étaient revêtues on ne soumettait pas à la 
torture, à moins toutefois qu'il ne s'agît du crime 
de lèse-majesté et de haute trahison. Wielant 
énumère ces personnes dans le chapitre XL de sa 
Practijcke Criminele. 

Les citations, que nous avons empruntées à Phi- 
lippe Wielant, sont extraites des chapitres XXXV, 
XXXVI, XXXVII et XL de l'ouvrage de ce savant 
criminaliste. La Société des bibliophiles flamands 
confia en 1872 à M. Aug. Orts le soin de publier le 
Practijcke Criminele de Wielant. 

Même en cas de flagrant délit, ou quand les faits 
étaient clairement démontrés par les dépositions 
des témoins, on soumettait encore l'accusé à la 
torture, afin d'obtenir son aveu. C'est ce que Josse 
Damhouder écrit au chapitre XXXVIII de son 
Practijcke ende handbouck in criminele zaeken : 

Zy useren in vêle plaetsen in Vlaenderen den patient die 
by oirconde oft andersints duechdelicke venvonnen is, soo 



— 394 — 

dickwylst en soo langhe te pynene ende herpynene, totdat 
hy tstick ghekent heeft. 

Il n'est pas question ici, comme dans Wielant, 
de nouvelles présomptions à apporter pour sou- 
mettre l'accusé plusieurs fois à la torture. 



La torture était infligée au condamné par le 
bourreau, assisté de ses aides, en présence du 
grand-bailli ou de son délégué, d'un ou de plusieurs 
échevins de la Retire et d'un secrétaire. La coutume 
de Gand, à l'article 5 de la rubrique XI, est ainsi 
conçue : 

Als men ter banck gaen ende torture doen wilt, zo ghe- 
schiet 't zelve ten byzyne van den hoochbailliu, onderbailliu 
ende van den collège van scepenen, ten minste zevene, met 
huerlieden pensionarissen ende secretarissen ende zulcke 
dienaers als 't den bailliu belieft. 

Les prescriptions de cet article 5 n'étaient pas 
suivies dans la pratique. Dans la chambre de tor- 
ture, in den Pijnkeldere, se trouvaient ordinaire- 
ment, outre le bourreau et le grand-bailli ou son 
délégué, un échevin de la Heure et un secrétaire. 
Quand la torture était appliquée en exécution d'un 
arrêt du conseil de Flandre, au lieu d'un échevin 
de la Keure, c'était un membre de ce corps judi- 
ciaire qui était présent dans le Pijnkelder. 

Fort peu des procès- verbaux, tenus par les 
secrétaires des échevins de la Keure dans la 



- 395 — 

chambre de torture, sont parvenus jusqu'à nous. 
On en trouve quelques-uns, antérieurs au dix-sep- 
tième siècle, insérés dans le criemboeck en même 
temps que le jugement de condamnation. Ceux, 
qui ont été conservés isolément aux archives com- 
munales, sont en très petit nombre et ne vont 
guère que de 1625 à 1711. A-t-on détruit ou 
déplacé les autres, c'est ce qu'il est impossible 
d'établir. 

Le même fait se produit, d'ailleurs, pour les pro- 
cès-verbaux tenus par les secrétaires du Conseil de 
Flandre. Là aussi les procès-verbaux des interro- 
gatoires des inculpés, soumis à la torture, sont en 
fort petit nombre. 

Ces quelques procès-verbaux nous ont donc été 
de peu de secours pour indiquer les diverses 
variétés de tourments que le bonrreau appliquait 
à Gand aux accusés qu'il devait soumettre à la 
torture . 

Il est presque toujours question dans ces procès- 
verbaux de la question par l'eau, et d'un autre 
supplice consistant à étendre les inculpés sur un 
chevalet, à leur attacher les bras sur le dos et à y 
pendre des poids en fer. 

Voici comment ces tortures sont décrites som- 
mairement dans l'interrogatoire qu'on faisait subir 
à l'accusé. 

Procès-verbal du 15 octobre 1630 : 

Water ghegoten zynde zoo inden mont als op net herte 
persisteert als voren. 

Voor de tweede mael zulck noch gedaen zynde ontkent 
als voren. 



— 396 — 

De derde mael waeter ghegoten zynde ende teecken 
ghedaen liebbende omme te sprecken persisteert als boven. 

Procès-verbal du 30 avril 16G4 : 

De voornomde Adriaen de Jode ontcleedt wesende ende 
glieset up den voornomde drypickele metten ordinairen 
halsbant aanden hais ende syne twee beenen opgliebonden 
aan de twee pickels van den voornomde drypickele oock 
liebbende syne ooglien verblindt met eenen snuytdoeck 
ende een hanghende ghewichte gebonden aen zyne handen 
achter op synen rugghe. 

Dans un procès-verbal du 17 octobre 1630 le 
patient, après la troisième épreuve par l'eau, se 
reconnaît coupable. Mais peu après il retracte 
ses aveux en disant que c'est la douleur qui les lui 
a arrachés « heeft ghekendt door de pyne zonder te 
« weten ivat hy heeft ghekendt. » On le soumet à une 
quatrième application de cet épouvantable sup- 
plice et vaincu de nouveau par la douleur, l'accusé 
se reconnaît une seconde fois coupable. 

Et c'était sur de pareils aveux, à tous moments 
retractés, que dans bien des cas les juges criminels 
se fondaient pour envoyer les accusés au dernier 
supplice. 

Dans le Practijcke ende handbouck in criminele 
zaeken de Josse Damhouder (édition de Louvain, 
1545), se trouve une gravure sur bois représentant 
des patients soumis à la question de l'eau. Ils sont 
liés sur un banc et le bourreau leur verse de la 
main droite de l'eau dans la bouche tandis que de 
la main gauche il leur tient les narines fermées. 

En général on plaçait un linge mouillé sur la 



— 397 — 

figure da patient. Ce linge l'empêchait de respirer 
par les narines et laissait couler l'eau dans la 
bouche. L'eau se remplaçait parfois par de l'huile 
ou du vinaigre. 

On y voit également une gravure représentant 
l'accusé attaché, par les mains et par les pieds, 
à des anneaux fixés dans la muraille et le corps 
suspendu. Il a les jambes, les cuisses, la poitrine 
et la tête entourées de cordes à nœuds que le bour- 
reau tord, au moyen d'un bâton, de façon à les 
faire entrer dans les chairs du patient. Ce supplice 
par la corde à nœuds était connu sous le nom de 
den Patemoster, le chapelet. 



Outre les échevins de la Heure ou les membres 
du conseil de Flandre, le grand-bailli, le secrétaire 
et le bourreau, un médecin assistait également à 
l'application de la torture. Ce médecin était chargé 
de veiller à ce que le bourreau ne mit pas la vie du 
patient en danger. Il devait aussi panser immé- 
diatement les blessures dans le cas où celles-ci 
auraient été de nature à mettre l'accusé en danger 
de mort. Si l'excès de la douleur faisait perdre 
connaissance au patient, que torturait le bourreau, 
le médecin lui administrait un cordial pour le 
remettre. Une fois revenu à lui, le malheureux 
était de nouveau livré au bourreau qui continuait 
sur son corps sa sinistre besogne. 

Quand le patient, le corps gonflé d'eau ou cou- 
vert de blessures, sortait des mains de l'exécuteur 
des hautes-œuvres, il était reconduit en prison. Le 



— 398 — 

médecin, qui avait assisté à l'application de la 
torture, venait soigner l'accusé et le guérir de ses 
blessures ou tout au moins remettre celui-ci sur 
pied de façon qu'il fût en état de supporter une 
seconde fois et plus les atrocités nécessitées par 
l'instruction de la cause. 

Dans les comptes de dépenses de la prison 
du Chastelette (archives communales, portefeuille 
119 bis , n° 1) figurent les états d'honoraires et de 
débours, payés aux médecins-chirurgiens chargés 
de soigner les accusés qui avaient été soumis à 
la torture. Voici, à titre de curiosité, quelques 
articles de l'état présenté par maître Jean d'Hondt 
pour soins donnés, pendant les années 1613, 1614 
et 1615, à des accusés qui avaient passé, dans le 
Pijnkelder, entre les mains d'Abraham Balthazar, 
exécuteur des hautes-œuvres de la ville de G and : 

Specificatie vande gequetste die ic Meester Jan D'hont 
ghecureert hebbe inde vanghenesse van de Chastelette 
deser stede glieduerende den tydt van ontrent twee jaeren 
beghinnende anno 1613 metgaders van aile de medicanien- 
ten by my daertoe ghelevert.- 

Den 25 november 1613 hebbe ic noeh ghemeestert Jan Hans 
van de quetsueren by hem up den pynbanck ghecreghen in 
twaelf diveersche partyen van syn lichaeui ende daertoe 
ghevacheert den tydt van vyf weken metgaders ghelevert 
aile de medicamenten daertoe van noode xxxix se. gr. 

Den 14 der selve maent july 1614 hebbe ghecureert Jan 
de Ruysschere vande quetsuren by hem van ghelycken up 
de pynbanck in thien partyen ghecreghen ende hebbe hem 
ghefrequenteert den tydt van eene maendt ende de bequaeme 
medicamente daertoe ghelevert xxxiiii se. gr. 

Item van de 6 may 1615 voorts den tydt van veerthien 



— 309 — 

daghen gheoccupeert int meesteren ende ghenesen van 
quetsueren by Lieven Bollaert up den pynbanck in vier 
plaetsen gliecreghen ende daertoe gliolevert de bequaeme 
medicamenten xiiii se. gr. 

Item den 22 jnny noch in handen ghehadt ende ghecu- 
reert binnen den tydt van veertien daghen den selve Lieven 
Bollaert vande quetsueren by hem in elf plaetsen up den 
pynbanck gliecreghen ende daertoe ghelevert de noodelycke 
medicamenten xiiii se. gr. 

Ten selve daghehebbeienoch in handen ghehadt Johanne 
Vauquet ende haer ghenesen vande quetsueren by haer up 
de pynbanck in elf plaetsen gliecreghen ende daertoe ghele- 
vert de noodtsaeckelycke medicamenten hope haer teene- 
maele te ghenesen binnen twaelf daghen comt xii se. gr. 

Ces blessures provenaient ordinairement soit 
des coups de verges ou de lanières en cuir, soit de 
la pression du Paternostèr, soit des entailles faites 
dans la chair avec des pinces en fer, soit du collier 
à pointes mis autour du cou. 

Le bourreau, Abraham Balthazar, en fonctions 
à cette époque, n'y allait pas de main morte. Nous 
voyons en effet par les articles du compte, cités 
plus haut, que ces malheureux, sur le corps des- 
quels il s'était livré à son épouvantable besogne, 
devaient souvent recevoir pendant plusieurs 
semaines les soins du médecin-chirurgien. 

Les deux articles de ce compte, relatifs au trai- 
tement d'un certain Liévin Bollaert, nous four- 
nissent l'exemple d'un accusé soumis plusieurs fois 
à la torture. Le 6 mai 1615 il fut confié une pre- 
mière fois aux « bons soins » de maître Abraham 
Balthazar. Quand les blessures furent jugées suffi- 



— 400 — 

samment guéries, il fut soumis le 22 juin suivant 
une seconde fois à la torture. Il reçut alors onze 
blessures pour lesquelles le médecin-chirurgien 
D'Hondt le soigna pendant quinze jours. 

Le praticien D'Hondt n'était pas seulement 
chargé de traiter les accusés, que le bourreau 
Abraham Balthazar avait soumis à la torture, il * 
devait également soigner tous les prisonniers du 
Chastelette, malades et blessés. Dans l'état des 
honoraires et débours, que nous venons de citer, 
se trouve un article qui nous montre de quelle 
façon barbare on traitait les gens, innocents ou 
coupables, qui tombaient entre les mains de la 
justice. 

Il s'agit dans cet article d'un certain Jan 
Symoens, blessé aux pieds et aux mains par les 
cordes dont on l'avait entouré pour le conduire à 
la prison du Chastelette : 

Den 25 november 1613 hebbe icke ghecureert Jan Sy- 
moens, den welcke alsdoen alhier in stede ghebrocht ende 
ghecoort ende ghebonden in vanghenesse vande voor- 
noemde Chastelette gherecommandeert wierdt ende deur 
de groote forse van tbinden vande selve coorden in handen 
ende voeten ghequetst was hebbende daartoe gbevachiert 
den tydt van vyf daghen, ende medecamenten daertoe be- 
hoefvende gelevert, comt v se. gr. 

Dans deux comptes, présentés aux échevins de 
la Keure par le bourreau Jean Franck , nous avons 
rencontré des indications très précieuses sur le 
temps que durait parfois la mise à la torture. 

Un certain Pieter van Hoye fut, en 1711, sou- 



— 401 — 

mis à la question depuis cinq heures de l'après- 
midi jusqu'à quatre heures du matin. Il y eut 
probablement des intervalles, pendant lesquels les 
juges procédaient à l'interrogatoire de van Hoye 
et à la rédaction du procès-verbal. Il est en effet 
impossible qu'une créature humaine eut pu sup- 
porter pendant onze heures consécutives, sans 
succomber, les tourments qu'on faisait endurer 
aux accusés qui étaient « inde torture ghestelt. » 
Voici, pris au hasard, trois articles de ces 
comptes : 

Item clen 26 maerte 1699 inde torture gestelt savonts ten 
negen uren tôt ten een uren den persoon van Helena Maria 
van Hele, compt £ 0-3-4. 

Item den 24 september 1700 inde torture ghestelt tsa- 
vons ten neghen uren ende gheseten tôt smorghens ten vier 
uren den persoon van Jacobus Bruijn, compt £ 0-3-4. 

Item den 9 maerte 1711 Pieter van Hoye inde torture 
ghestelt van savons ten vyf uren tôt smorgens ten vier 
uren, compt £ 0-5-0. 

Les articles, que nous venons de citer, se rap- 
portent à des cas où la torture était appliquée 
pendant la nuit. 

Il y avait à Gand trois endroits, Pijnkelders, où 
l'on soumettait les accusés à la torture : l'hôtel de 
ville, le château des comtes et la prison du Chas- 
telette. 

Au mois de novembre 1631 les membres du 
Conseil privé firent aux échevins des observations 
au sujet de cette chambre de torture de l'hôtel de 
ville. Le Conseil privé demanda au Magistrat de 



— 402 — 

Gancl pourquoi celui-ci ne continuait pas, comme 
par le passé, à se servir de la chambre de torture 
du château des comtes où siégeait le Conseil de 
Flandre. Ces observations furent présentées à l'oc- 
casion de la mise à la torture de Joacliim Pyn, 
poursuivi du chef de trahison. 

Ce Joachim Pyn, qu'on désigne aussi sous le nom 
de Josse Pyn, fut exécuté au marché du Vendredi 
après que le bourreau lui eut coupé le poing. Sa 
tête fut placée sur une tige en fer fixée dans un 
bastion, appelé le Begghijnen Turre, près du Rabot. 
Ce bastion, depuis nommé Joos Pynshoofd, fut 
démoli en 1811. 

Les échevins, par lettre du 10 novembre 1631, 
répondirent que de tous temps la ville de Gand 
avait eu une chambre de torture à la maison com- 
munale. Ils terminent ainsi leur réponse : 

... oultre qu'entendons que noz prédécesseurs en loy de 
tous temps immémoriaulx se sont serviz d'un banc de tor- 
ture en la maison eschevinale de ceste ville en certain lieu 
qui pour le présent encore se nomme la cave de torture 
qu'avons faict accommoder pour y appliquer à la question 
les déliquans ainsy qu'en usent toutes aultres villes et chas- 
tellenies subalternes de ceste province et mesmes tous sei- 
gneurs ayans liaul te justice si comme par exemple en ceste 
ville ceulx du Vieubourg et sainct Pierre ausquels saubz 
correction ne debvons céder ains plustost estre préférez en 
authoritê et faict de justice pour estre magistrat d'une 
cliiefve ville représentant le premier collège des estats de 
ceste province, et comme ne pouvons bonnement com- 
prendre les raisons qui peuvent avoir meu nos devanciers 
de quicter leur ancliien lieu de torture et suivre celuy du 



- 403 — 

dict chasteau parmy tant d'jnconimoditez et distance des 
lieux en temps de pluyc et orage oultre plusieurs aultres 
jnconvéniens que ce changement leur a apporté et à tous 
leurs successeurs et qu'jl n'apperrera qu' jcelluy ait esté 
iutroduict par quelque juste raison de forfaicture ou aultre 
supplions vos s ries qu'en levant l'jnhibition portée au dernier 
membre de ladicte lettre, nous soit consente en tant que 
besoin est d'avoir une place, lieu et banc de torture pour 
y applicquer toute sorte de délinquans qu'à ce par nous 
seront condamnez. Et moyennant ce finissant la présente 
par noz humbles recommandations aux bonnes grâces de 
vos s rie ", prions Dieu. 

Messeigneurs Vous donner en santé longue et heureuse 
vie. De Gand le x e novembre 1631. 
De vos s ries 

Très humbles serviteurs 

Les Eschevins et conseil de la ville de Gand, 

A. Van Luythem. 

La lettre du conseil privé se trouve aux archives 
communales série 102, n° 5, Decreten, Adverten- 
tien et la réponse des échevins série 3 n° 15, 
Geschreven Brieven . 

Où se trouvait le Pijnkelder de l'hôtel de ville? 
La tradition le place dans la cave, située sous la 
salle où se réunissent actuellement les commis- 
sions. On entrait dans cette cave par un réduit 
donnant sur la cour intérieure de l'hôtel de ville. 

Dans ce réduit existe un escalier de douze 
marches aboutissant à un couloir. A l'extrémité 
de ce couloir se trouve, de chaque côté, une petite 
salle voûtée clans laquelle on descend par trois 
marches. On y enfermait probablement les accusés 
avant de les conduire dans le Pijnkelder. 



— 404 - 

Des lieux d'aisance étaient établis dans l'une de 
ces salles; dans l'autre il y avait une cheminée 
avec un gril en fer. Dans cette seconde salle était 
pratiquée une ouverture, munie d'épais barreaux, 
donnant sur le réduit qui servait d'entrée. 

Sur les murs de chacune de ces espèces de salles 
d'attente, les prisonniers avaient gravé des ins- 
criptions et des dessins de toutes sortes dont quel- 
ques-uns se distinguent par leur obscénité. 

Au bout de ce couloir on descend encore sept 
marches et on arrive dans la cave connue sous le 
nom de Pijnkelder. Cette cave a une superficie de 
huit mètres sur quatre. Dans trois des quatre coins 
on voit des élévations en maçonnerie, pouvant 
servir de sièges. Au-dessus de ces espèces de sièges 
on remarque encore dans la muraille les débris 
des anneaux ou des crochets auxquels on fixait les 
liens, servant à attacher les accusés pendant qu'on 
procédait à leur interrogatoire. 

L'expression « de tous temps immémoriaulx, » 
dont les échevins se servent en 1631, vient égale- 
ment confirmer l'opinion que cette cave est le Pijn- 
kelder ou « cave de torture » qui fait l'objet de la 
correspondance que nous avons citée plus haut. 
Cette cave, en effet, appartient à la partie la plus 
ancienne de l'hôtel de ville et est de beaucoup 
antérieure aux constructions qui la surmontent. 

Nous ignorons si le Pijnkelder, de l'hôtel de ville 
fut maintenu. Dans les procès-verbaux on se 
borne à dire actum in den Pijnkelder sans indiquer 
de quelle chambre de torture il est question. 



— 405 — 

Une nouvelle chambre de torture fut construite; 
clans le château des comtes peu après la publica- 
tion de l'ordonnance sur le crime de lèse-majesté 
Voici à quelle occasion. 

Par son ordonnance du 30 avril 1545, l'em- 
pereur Charles-Quint, dans le but d'arriver plus 
promptement et plus facilement à « l'extirpation 
« de la mauldicte secte luthérienne et aultres sem- 
« blables répugnantes à notre saincte foy, » donna 
aux échevins de la ville de Gand « la cognoissance 
« du crime de lèse-majesté divine et procéder 
« contre les transgressions de nos ordonnances 
« publiées pour la conservation de nostre saincte 
« religion. » 

C'est à la suite de cette ordonnance que les 
échevins de la Keure, s'attendant à un surcroît de 
besogne, firent construire aux frais de la ville une 
nouvelle chambre de torture dans le château des 
comtes. 

La manière dont ce local était construit est 
décrite dans le registre k. k. folio 324 ro sous le 
titre de « De manière hoe men den nieuwen pijn- 
« keldere maken zonde in sgravensteen. » La 
chambre de torture avait quatorze pieds carrés. 
Sa hauteur était de vingt pieds. On y arrivait par 
un couloir ou portail de douze pieds de longueur 
et de six pieds de largeur. Il y avait aussi un petit 
réduit dans lequel probablement on enfermait 
l'accusé avant de l'introduire dans le Pijnkelder. 

Au milieu du Pijnkelder se trouvait, sous le banc 
de torture, une rigole en pierre dans laquelle on 
laissait couler l'eau dont on s'était servi pour 



— 406 — 

mettre le patient à la question ou pour enlever le 
sang qui couvrait le parquet. 

Daar moet ooc in clen prjnkelder daar de banck staen sal 
een gote ligghen van witte gotesteenen twee voeten lanc 
ende thende van dien eenen put ghedolven ende ghemetst 
dry voeten diepen ende vier voeten vierkant omme twaeter 
inné te sueren. 

La construction de ce Pijnkelder, qui fut inau- 
gurée par le Scherprechter , maître Mathias du 
Mont, coûta quarante livres de gros. Nous igno- 
rons dans quelle partie du château des comtes il 
était situé. 

Pendant les troubles religieux du seizième 
siècle, il arrivait aussi que des personnes, accusées 
du crime d'hérésie, fussent enfermées à la cita- 
delle que Charles-Quint avait fait construire sur 
l'emplacement de l'abbaye de Saint-Bavon, dé- 
molie par son ordre en 1540. 

Dans cette citadelle il y avait un Pijnkelder 
où l'on soumettait les prisonniers à la question. 
Marcus van Vaernewyck, dans le troisième livre 
de ses Beroerlicke Tijden, rapporte qu'on y emmena 
le 4 septembre 1566 six prisonniers auxquels le 
bourreau de Gand, maître Jean du Mont, fit subir 
la torture. 

Voici comment ce fait est raconté par l'historien 
gantois : 

Up den zelven dach, ooc naar noene was den hoogbaliu 
int nieuw casteel ghereden ende schepenen vander Keure, 



— 407 — 

metghaders de secretarisscn ende den scheerprechter ghyn- 
ghen ooc daar, maar up verscheeden tijden endc bij par- 
tijen,om dat men te min up letton zoude; maar tvolc creech 
de spuere ende quamen hooren ende zien wat daar te doen 
was; want sy presumeerde dat men ter scheerpe exame 
ghijnck ende zeker ghevangenen ter tortuere oft pijne 
brachte, te weten eenige vande voornoemde zesse, die daar 
in ghevanghen gheleet waren. 

Une autre indication, que nous fournissent les 
comptes du bourreau Jean Franck, cités plus haut, 
c'est qu'on appliquait également la torture clans 
le local où siégeait la Cour de la Prévôté, het gees- 
telijk hof. Ce local était situé dans la rue du Bas- 
Escaut. 

Item den 28 february 1711 tanneken de Smet ter torture 
ghestelt van s'avonts ten acht uren tôt smorgens ten twee 
uren gedaen ten geestelycken hove, comt £ 0-5-0. 

Cette tanneken de Smet était, sans doute, pour- 
suivie pour crime de sorcellerie et soumise de ce 
chef à la juridiction de la Cour de la Prévôté. 

Contrairement à Y usage, on a désigné ici l'en- 
droit, gedaen ten geestelijchen hove, où la torture 
fut appliquée. Nous croyons que cette désignation 
a été ajoutée parce que la Prévôté devait rem- 
bourser à la ville de Gand les sommes payées au 
bourreau, mettant à la torture les accusés compa- 
raissant devant ce tribunal ecclésiastique. 

La prison du Sausselet ou Chastelette, dons nous 
avons parlé tantôt, fut construite en 1296 en rem- 
placement d'une autre située rue Haut-Port. Elle 
fut démolie en 1528 et sur son emplacement on 



— 408 — 

construisit une nouvelle prison ayant quatre-vingt 
pieds de largeur sur quarante de profondeur. 

En 1716 la prison du Chastelette, qui était une 
propriété de l'État, fut vendue à la ville de Gand 
pour la somme de neuf mille florins. Le Sansselet 
fut abattu et remplacé par le bâtiment qui s'y 
trouve encore aujourd'hui. C'est dans ce bâtiment, 
nommé Pakhuis, qu'on établit les bureaux pour 
la perception des impôts communaux ' . 

Depuis 171 G la torture fut toujours appliquée* 
dans le Pijnkelder du château des Comtes. Il est 
possible qu'on l'appliqua encore dans une des' 
caves de l'hôtel de ville, mais nous n'avons aucune 
donnée précise à cet égard. 



Malgré la présence du médecin-chirurgien, qui 
devait veiller à ce que l'exécuteur des hautes 
œuvres ne mit pas en danger la vie de l'accusé 
soumis à la torture, il arrivait parfois que des 
patients succombassent aux tourments qu'on leur 
avait fait endurer. 

Le Memorieboek der stad Gendt cite le cas d'un 
individu qui mourut en 1585 des suites de la tor- 
ture. Il s'agit d'un certain Michiel Asaert, accusé 
d'avoir assassiné une femme qui demeurait en face 
de sa maison. Cette femme avait été en réalité 
tuée par le fils de Asaert. 

Michel Asaert fut soumis plusieurs fois à la 
question, ghetortureert , in de poleye gelianghen 

1 Pages d'histoire locale gantoise, — Troisième série. 



— 409 — 

ende ghegeesselt, à tel point qu'il ne ressemblait 
plus à une créature vivante, zoo dat tusschen de 
doot ende hem niet en icas. Cette victime des actes 
de violence, exercés sur son corps par le bour- 
reau Hubert Baens, mourut au château des comtes 
deux jours après avoir subi la torture pour la der- 
nière fois. 

Le véritable assassin, le fils Frans Asaert, fut 
brûlé vif quelques jours plus tard. 

La même année 1585 nous voyons appliquer à 
G and un genre de torture des plus épouvantables 
et qu'on n'avait jamais pratiqué jusque là. On 
empêcha de dormir, pendant huit jours consécu- 
tifs, un individu accusé de complicité de meurtre. 

Maître Hubert Baens, exécuteur des hautes- 
œuvres, lui mit au cou un collier ou carcan avec 
des pointes en fer. Ces pointes entraient dans 
la chair du prisonnier au moindre mouvement et 
l'empêchaient naturellement de se livrer au som- 
meil. Au bout de huit jours de ce supplice intolé- 
rable, ce malheureux, qu'on avait surveillé tout le 
temps, fut relâché. . 

Cet événement dut causer une certaine émotion 
à cette époque, car il est relaté comme suit dans 
le Memorieboek de l'année 1586 : 

Item, in de maendt apiïl 1586 was op de heerlicheyt van 
Nevele verbrant eenen jonghman die in 't jaer 1582 sijn 
eyghen oom vermoort hadde ende corts daernaer was zync 
complice (zoo men zeyde) genaempt Adriaen Ronsse, daer 
omme ter scherper torture ghebrocht, maer en kende niet; 
ende zekeren tijt daer naer wiert hy met eenen yseren hals- 
bant met yseren pinnen die in dcn hais staken, aclit daghen 

28 



— 410 — 

lanck in een camerken achter in de vanghenesse van 
't Gravencasteel daer hy zat, ende stont de voornoemde 
acht daglien lanck zonder slapen; want hy aile nachten 
ende daghen versch volck hadde die hem waecten, ende niet 
en lieten slapen ende op den selven vrijdach naer noene, 
wiert hy liber ende los ontsleghen; insglielijcx is noynt 
ghesien gheweest. 

Quand l'accusé, soumis à la torture, s'évanouis- 
sait ou tout au moins commençait à perdre ses 
forces, on lui faisait prendre un cordial pour le 
ranimer. Ce cordial consistait le plus souvent en 
quelques gorgées de vin chaud. Les magistrats et 
les médecins, qui assistaient aux opérations, pro- 
fitaient de l'occasion pour prendre également un 
verre de vin. Quant au bourreau et à ses aides, ils 
devaient se contenter d'une modeste cruche de 
bière. On servait également un repas à ceux-ci 
quand ils passaient une partie de la journée à 
remplir leurs fonctions dans le Pijnkelder. 

Nous n'avons pas trouvé d'état détaillé de ces 
dépenses pour vin, bière et victuailles dans les 
comptes de la ville de Gand ou dans les pièces 
justificatives du trésorier. Ces dépenses figuraient 
en un seul poste dans les frais de justice. Mais 
nous avons vu un état de débours de cette espèce, 
faits en 1746 par le concierge de l'hôtel-de- ville 
de Bruges où se trouvait la chambre de torture '. 

Cet état est assez curieux, par les détails qu'il 
renferme, pour être donné en entier. Il nous montre 

1 Ce document appartient à la Bibliothèque de la ville et de 
l'Université de Gand, 



— 411 — 

un des aspects cle la vie judiciaire d'autrefois qu'il 
est bon de rappeler. 

Ghelevert bij Jacques Gadeijne coneliiergc van het 
stadthuijs van Brugge by ordre van dheer ende 
meester maerten Willems greffier crimineel der 
selve stadt soo int doen van torture als justitie 
soo volght. 

Alvooren den 21 en maerte 1740 synde torture ghelevert 
een bottel wàrme wyn voor den patient . » 3 » G 

eod. twee bottels bourgogne wyn voor 
den selven heer ende de doctoors. ... » 1 1 » 8 

voor den scherpreghter en s' heerens 
dienaers seven stoopen bier » 4 » 8 

voor heure van bedde en sarge. ... » 10 » 

voor het ontbyt van den patient en 
s' heerens dienaers met leveringe van ses 
cannen bier » 6 » 

voor het middaghs en avontmael van de 
selve met leveringhe van bier » 15 » 10 

den 22 e torture alsvooren een bottel 
warme wyn » 3 » 6 

twee bottels bourgogne wyn voor de doc- 
toors » 11 » 8 

ses stoop bier voor de dienaers. ... » 4 » 

voor bedde en sarge » 4 » 

voor ontbyt van den patient ende sheeren 
dienaers met bier » 4 » 

voor het noen en avontmael van de selve 
met bier » 17 » 4 

24 en int prepareeren vande torture een 
pinte wyn voor den patient en seven stoop 
bier voor de dienaars 0» 5 » 10 

een bottel bourgogne wyn en caffée . . » 7 » 10 



— 412 — 

29 en dito int preparéren vande torture 
een pinte wyn voor den patient en dry 
stoopen bier voor de dienaeren .... » 3 » 2 

eod. dry bottels bourgogne voor myn- 
heer den burgm. Delacoste den heer greffier 
ende doctoors » 17 » 6 

ts e " . . Lb. 6 » 10 » 6 

L'ordonnance de paiement, signée par J. van 
Zuylen van Nyevelt, J. J. Pardo et de Trenicourt, 
porte la date du 28 septembre 1746. 

Ce compte nous apprend que le patient, avant 
d'être soumis à la torture, recevait une pinte de 
vin. Quant aux autorités judiciaires et aux mé- 
decins, ils avaient une préférence marquée pour le 
vin de Bourgogne. 

On voit encore par ce compte que dans la 
chambre de torture il y avait un lit (peclde en sargè) 
sur lequel on faisait reposer le patient quand, 
vaincu par la douleur, ses forces commençaient à 
l'abandonner. C'était également sur ce lit qu'on 
déposait l'accusé quand on suspendait un instant 
les tourments pour lui faire subir un nouvel inter- 
rogatoire. Aussi clans les actes de procédure crimi- 
nelle en France trouve-t-on souvent les expres- 
sions : « Mis sur le matelas, l'accusé réitère son 
aveu,, ou retracte, etc. » 

Le bourreau, dont il est question dans l'état 
présenté par le concierge de l'hôtel de ville de 
Bruges, est ce Frans Boitquin dont nous avons 
parlé au chapitre précédent. 



— 413 — 

Dans le premier fascicule de ses Mélanges sur 
la ville d'Ypres, M. l'archiviste Diegerick donne 
plusieurs extraits du compte de 1606, rensei- 
gnant les sommes payées pour le Bourgogne, 
le Bordeaux,, le vin blanc et la bière anglaise, 
consommés par les échevins durant la mise à la 
torture d'une certaine Prontkgen de Witte, accusée 
du crime de sorcellerie. Voici deux articles de ce 
compte : 

Betaelt Guillaume de Smet, schepene, in remboursement 
van x lb. xviiij s. by hem verschoten, van vier stoopen rooden 
wyn gehaelt ten huze van Jan Robaeis, metsgaders xxvj s. 
van twee ponden castaignen met twee stoopen engels bier 
ghehaelt te P ter Hugues ghedurende t' examen van Prontk- 
gen de Witte xij lb. iiij s. 

• Gherembourseert M ter Roelant Carpentier, greffier ende 
pensionnaris dezer stede, van vier stoopen witten most te 
x 1. vj s. par. den stoop, op zynen namen ghehaelt int Pauw- 
ken, mitgaders vier stoopen rooden wyn ende eenen stoop 
inghels bier in St-Omaers, ten verzoucke van myne heeren 
Yoogbt ende Schepenen, ghedurende t'examineren ende 
bewaren van Prontkgen de Witte gheexecuteert met den 
viere om tcryme van tooverye den 20 mye 1606 xjx lb. xvij s. 

Les échevins yprois, afin d'avoir le gosier sec et 
d'être par conséquent mieux disposés à boire, 
mangeaient quelques livres de marrons pendant les 
opérations de la torture. Voir donner la question 
était donc un passe-temps que les magistrats se 
rendaient le plus agréable possible. 

Quel spectacle terrifiant et digne d'inspirer 
l'imagination du peintre, du dramaturge ou du 



— 414 — 

romancier, que la vue de ce sombre Pijnkelder 
éclairé à la lueur vacillante des chandelles, dans 
lequel échevins, grand-bailli et médecins se rafraî- 
chissaient en buvant de la bière ou dégustaient les 
crus de la Bourgogne et du Bordelais pendant que 
le misérable patient criait et se tordait de dou- 
leur sous la main du Scherprechter entouré de ses 
aides ! 

Le Stoop, dont il est question dans le compte de 
la ville d'Ypres, vaut à peu près deux litres. Les 
échevins consommaient donc, pendant ces deux 
séances, seize litres de vin rouge, huit litres de 
vin blanc (most) et six litres de bière anglaise. La 
livre Parisis valait dix sous ou nonante centimes 
de notre monnaie. 

Aux archives communales de Gand, il existe un 
dossier très volumineux et un registre spécial con- 
cernant le procès bien connu de Mast et Danneels, 
exécutés à Gand le 8 décembre 1763. Ces malfai- 
teurs avaient assassiné, à coups de marteau, un 
certain Daniel van Beveren et sa sœur Anne- 
Cathérine, ainsi que trois sœurs, nommées Van 
Haute. Ces cinq personnes habitaient la rue des 
Tonneliers, située derrière le couvent des Carmes 
chaussés (aujourd'hui musée communal), rue longue 
des Pierres et appelée à cette époque Lieve Vrouwe 
Broedersstraetje . 

Malgré les preuves certaines de culpabilité, les 
échevins de la Kenre ordonnèrent, le 25 novembre, 
de mettre Mast et Danneels à la question, afin d'ap- 
prendre de leur bouche toutes les circonstances du 



— 415 — 

crime. On décida aussi que pour l'application de la 
torture, maître Jean Boitquin, bourreau de Gand, 
serait assisté de son confrère de Bruxelles. 

Un détail qui mérite d'être relevé. Dans la lettre, 
adressée aux autorités communales de Bruxelles, 
les échevins gantois , en sollicitant le concours 
de l'exécuteur des hautes -œuvres brabançon, de- 
mandent que celui-ci soit porteur de ses instru- 
ments pour permettre d'en comparer le poids avec 
celui de ceux employés à Gand. 

.... ende dat hy saude medegebracht liebben aile de usten- 
cielen daertoe noodigh omme te sien of die swaerder waeren 
als de gonne van Ghendt.... 

Les échevins, qui assistèrent à la question, 
étaient présidés par le Voorschepen Vilain XIIII. 
Le conseiller pensionnaire Vander Weerden pro- 
cédait à l'interrogatoire des accusés. 



Mast et Danneels furent introduits le 28 no- 
vembre 1763, à trois heures de l'après-midi, dans 
le Pijnkelder. Quand Danneels vit les instruments 
de torture rangés dans la salle, la peur le saisit et 
il fit immédiatement les aveux les plus complets. 
Il y avait d'ailleurs de quoi être effrayé quand on 
lit le passage suivant du procès-verbal : 

Den verweerdere gheleyt synde in de pynkaemere ahvaer 
het vier ontstoken, den halsband gespannen ende den dry- 
pickel in gereedthey t ghebraecht met de voordere accessoiren 
voor het scherpexamen. 



— 416 — 

Il n'en fut pas de même de Mast. Celui-ci entra 
en ricanant clans le Pijnkelder et s'y livra, en 
attendant la torture, à des plaisanteries lesquelles 
sont: soigneusement rapportées dans le procès- 
verbal. 

Mast persistant à nier, Téchevin-président Vi- 
lain XIIII ordonna à Jean-Baptiste Boitquin de 
commencer son office. Le bourreau de Gand, assisté 
de son confrère de Bruxelles, se saisit de l'accusé, 
le déshabilla et le plaça sur le trépied, drypickel, 
près du feu. Il était alors trois heures et quafcfc-. 
Enfin Boitquin lui mit les cordes à nœuds, pater- 
noster, et les tordit de façon à les faire entrer dans 
les chairs déjà entamées par le feu ardent près 
duquel le patient était placé. 

Quatre minutes avant quatre heures et demie, 
dit le procès-verbal, Mast s'écria : laet my los, laet 
my los, ick zal ailes zeggen; déliez-moi, déliez -moi, 
je dirai tout. Les bourreaux avaient tellement serré 
les cordes à nœuds que le poignet droit de Mast 
était presque arraché. 

La lecture des pièces cle ce dossier, qui renferme 
un des rares procès-verbaux de la torture, est fort 
intéressante et en même temps très instructive. 
Elle nous fournit un tableau complet des mœurs 
judiciaires et de la procédure criminelle de ce 
temps, depuis la découverte de l'assassinat jusqu'à 
l'exécution des coupables par la main du bourreau. 
Le procès-verbal de l'interrogatoire de Mast est 
surtout curieux en ce qu'il donne,- pour ainsi dire 
minute par minute, l'attitude de l'accusé et la 
série graduée des tourments que le bourreau de 




— 417 — 

Gand et celai de Bruxelles lui firent endurer pen- 
dant plus d'une heure. 

Nous parlerons dans un autre ckagitre de l'exé- 
cution de ces deux criminels. « 

Nous laissons de côté les particularités relatives 
à la question, appliquée aux femmes accusées de 
sorcellerie. Ce sujet sortant de notre cadre, nous 
nous bornerons à dire que le bourreau ne soumet- 
tait la victime à la torture qu'après lui avoir versé 
dans la bouche un verre de vin frelaté, destiné à lui 
faire cracher le démon réfugié dans son corps. 

C'est à l'empereur d'Autriche, Joseph II, qu'on 
doit la suppression définitive de la torture. Plu- 
sieurs fois déjà le gouvernement autrichien avait 
essayé de la supprimer ^ou tout au moins d'y 
apporter des adoucissements. 

Une première fois, en 1728, le gouvernement 
de l'empereur Charles VI envoya une circulaire 
aux conseillers fiscaux des conseils de justice pour 
demander leur avis sur l'abolition de la torture. 
En 1765, Charles de Lorraine, gouverneur-général 
des Pays-Bas autrichiens, demanda aux conseils 
de justice s'il ne conviendrait pas de supprimer la 
torture et la marque. Il renouvela sa tentative 
en 1771 et invita de plus le Conseil privé à donner 
son avis sur cette suppression. 

La magistrature tenait à conserver la torture. 
Aussi toutes les réponses furent-elles généralement 
défavorables à la suppression de ce mode de 



— 418 — 

preuve. Le Conseil de Flandre, que Charles de 
Lorraine avait consulté en 1765, 1766, 1777 et 
1778, ou bien laissait les lettres du gouverneur- 
général sans réponse, ou bien leur donnait une 
réponse évasive. 

Joseph II coupa court à ces résistances des 
corps judiciaires. Par l'article LXIII de l'édit du 
3 avril 1787, sur la réorganisation de la justice 
dans les Pays-Bas, l'empereur supprima purement 
et simplement la torture. Cet édit, qui fut imprimé 
à Gand chez Pierre-François de Goesin, est inti- 
tulé : 

Edict van den Keyser ende Koninck, voor de kervor- 
minge van de Justitie binnen de Nederlanden van den 
3 april 1787. 

L'article LXIII est rédigé comme suit : 

Wy hebben afgeschaft in aile de geiïchten van onse voor- 
seyde Nederlandtsche Provincien het gebruyck van de pyn- 
banck ofte torture 1 . 

C'est dans le même édit que Joseph II établit 
les trois degrés de juridiction : première instance, 
appel et révision ou cassation. Il avait institué à 
Gand un tribunal de première instance qui com- 
prenait toutes les communes, sauf deux, faisant 
encore aujourd'hui partie de notre arrondissement 
judiciaire. 

L'édit de 1787, en supprimant la torture, ré- 
duisit fortement les occupations du bourreau. 

1 Bibliographie gantoise F. Vandek Haeghen, vol. IV, p. 256. 



- 419 — 

Maître Jean Hamel, alors en fonctions à Gand, ne 
conserva plus que les exécutions capitales, que 
l'emploi de la guillotine allait bientôt simplifier 
considérablement . 

Aussi les représentants du gouvernement fran- 
çais près des armées du Nord et de Sambre et 
Meuse enfonçaient-ils une porte ouverte quand, 
dans leur proclamation au peuple belge, datée de 
Bruxelles le 27 brumaire an 111(17 décembre 1794), 
ils inscrivaient : 

A rticle premier. — La Torture est abolie. 

Prospee Claeys. 
(A suivre.) 



420 



AXALECTES BELGIQUES'. 



IL 

JEAN-FRANÇOIS DE LOS RIO S, 
Libraire anversois établi à Lyon s . 



Jean-François de Los Rios naquit à Anvers, 
sur la paroisse Saint-Jacques, où il fut tenu sur 
les fonts baptismaux, le 23 janvier 1727. par 
François-Dominique Lievens et Jeanne-Catherine 
Torremans. Il était fils de Paul de Los Rios et de 
Marie-Catherine Lodewvckx . A l'en croire, il des- 
cendait d'une noble famille espagnole qui s'était 

4 Suite. Voir Messager des sciences histor., 3 ? livr.. 1S0O. p. 263. 

2 \ oyez sur ce personuage, outre ses œuvres : J.-M. Quéraed. 
La France littéraire, t. Y'(1S33). p. 302. — Michaud. Biographe 
universelle, t. LXXII (1843), pp. 108-109. — Le bibliophile belge, 
t. H (1S45). pp. 395-300 (article Je Fr. de Reiffenberg). — Hœfee. 
Xoiu-elle biographie générale, t. XXXI (1S62), col. 607: etc. J'ai 
ajouté aux données contenues dans ces sources, les renseignements 
nouveaux qu'il m'a été possible de trouver, tels que les dates 
exactes de l'état-civil de Fr. de Los fiios, la description précise de 
ses œuvres, etc.. ainsi que ceux que m'a obligeamment fournis 
M' Aimé Yingtrinier, bibliothécaire de la grande bibliothèque de la 
ville de Lvon. 



— 421 — 

établie à Anvers pendant que les Pays-Bas se 
trouvaient sous la domination de l'Espagne. Il 
embrassa d'abord la carrière militaire, et servit 
dans le régiment de Los Eios, à la tête duquel 
se trouvait un de ses parents qui était, en même 
temps, gouverneur de la petite ville d'Ath; mais 
il le quitta le lendemain de la bataille de Fonte- 
noy,et se rendit à Paris, où il arriva le 18 mai 1745. 
Il entra comme commis de magasin, c'est à dire 
comme « petit valet de messieurs les commis », 
chez un libraire de la rue Saint-Sévérin, Gabriel 
Valeire : 

Ma chambre à coucher, nous raconte-t-il clans ses Œuvres 
publiées en 1789, était dans le coin d'un grenier au sixième 
étage, où il n'y avait pas plus de jour qu'au fond d'une 
cave, parce que douze rangs de bouquins bouchaient les 
fenêtres depuis plus de 30 ans. Un jour, je proposai à 
M. Valeire que, s'il voulait me donner son agrément, je 
trouverais moyen de placer ses quatre mille bouquins poul- 
ies faire circuler dans le commerce; il me donna plein 
pouvoir de faire ce que je voudrais, et qu'il s'en rapportait 
à tout ce que je ferais à cet objet. La veille de la Pentecôte, 
je disposai trois grandes balles, dans chacune desquelles je 
mis deux cent volumes, que je fis porter la seconde fête sur 
le quai de la Ferraille, prenant avec moi deux petits 
Savoyards. Comme je ne voulais être connu de personne, 
j'endossai une vieille veste et une robe-de-chambre qui me 
tombait jusqu'au gras de jambe, toute en guenilles; mon 
visage machuré d'encre d'imprimerie, et la tête couverte 
d'un vieux morceau de chapeau que mes cheveux passaient 
de tous côtés. Sur les neuf heures du matin, je commençai 
à crier à haute voix : à six sols, à choisir dans la balle, à 
six sols, à six sols. Vers le midi, mon commerce prit une 



— 422 — 

tournure avantageuse, car l'argent me venait de tous côtés. 
A deux heures après-midi, la vieille Jeanneton, cuisinière 
de M. Valeire, m'apporta ma soupe dans une marmite 
de fer que je posai sur une des balles vide : j'invitai mes 
deux petits commis savoyards à dîner avec moi, et nous 
mangeâmes notre soupe avec des cuillers de bois ; parta- 
geant ensuite notre morceau de bouilli entre les trois, nous 
dînâmes aussi bien que chez Mde. Lipine, où l'on payait 
24 sols par repas. A cinq heures du soir, je finis ma troi- 
sième et dernière balle; je payai mes commis, et le produit 
fut de 180 livres. Je continuai ce commerce les fêtes et 
dimanches, jusqu'à la fin du mois de juin, et je vendis, dans 
cet espace de temps, pour 19G4 liv. 

Sur la fin du mois de juillet, M. Valeire père, voulant 
me récompenser des fatigues que j'avais eues en vendant 
ses bouquins sur le quai de la Ferraille, fit appeler son 
tailleur et lui donna un habit noir qui avait été fait en 
1707, pour le jour de ses noces : le tailleur me prit mesure 
et me rendit mon habit le 15 août, jour de l'Assomption de 
la Vierge. La veille, M. Valeire me fit présent d'une per- 
ruque bien étoffée, et je mis le chapeau sous le bras ; chacun 
me regardait et plusieurs me riaient au nez. Le même jour 
après midi, en passant dans la rue du Roule, j'entrai au 
café de l'Étoile et j'en demandai une tasse; le garçon qui 
me servit fit un éclat de rire si fort que son café rejaillit 
sur une table de marbre. Je crois que c'était par rapport 
à ma perruque, qui était en effet ridicule, car elle couvrait 
mes épaules des deux côtés. La galerie quitta les jeux de 
cartes, de dames, etc. et chacun me regardait; l'un me 
demandait si mon grand-père était médecin à Paris, que 
cette grande perruque n'était pas de mon âge; un autre 
s'approchant me demande si j'avais acheté une charge de 
conseiller au parlement d'Angleterre; un troisième vint se 
mettre près de moi et me dit : je crois, mon cher ami, 



— 423 — 

que notre gros Thomas 1 vous a cédé une de ses perruques 
neuves Toutes ces questions me déplaisaient; je me lève 
brusquement, je sors ma filoche, alors garnie de 3 livr. 
17 sols, je paie ma tasse, et je quitte cette société, très 
mécontent d'y être entré. En passant près de la rue de la 
Ferronnerie, je vis, sous une porte cocliére, un homme qui 
vendait plusieurs effets de rencontre; il se trouvait parmi 
quatre perruques à bourse; je lui proposai un échange, et 
nous convînmes que je lui céderais la mienne avec six sols 
de retour, contre la plus belle des quatre. Depuis ce 
temps-là, j'ai toujours observé de me coiffer à la française. 

Après avoir débité les bouquins de son patron 
sur le quai de la Ferraille, Los Rios acheta des 
marionnettes avec un certain Jean-Samuel Caillier, 
de Genève, mais un orage dispersa ses acteurs à 
la première représentation, qui eut lieu au port 
Saint-Paul. Pour surcroît de malheur, le commis- 
saire de police les confisqua, faisant défense à leur 
imprésario de continuer à jouer sans permission 
en règle, sous peine de trois mois de prison au 
Châtelet. Mais donnons lui encore la parole : 

L'on a bien raison de dire que, lorsque l'on est jeune, on 
fait des folies: chacun a ses passions ; les uns aiment les jeux, 
les autres le vin, les autres les femmes, etc. La mienne était 
d'aller aux fêtes des villages ; la danse, le violon, les petites 
comédies et les parades de Nicolet aux boulevards, avaient 
des attraits pour moi ; mais la plus forte était celle des 
chevaux. Dans le même temps, je fis connaissance avec Jean 
Samuel Caillier, de Genève ; il était à peu près de mon âge 



1 Le gros Thomas était connu au Pont-Neuf pour un des plus 
habiles arracheurs de dents de son siècle. [Xote de Los Rios]. 



_ 424 — 

et je l'aimais véritablement; il était gai et farceur. Quelques 
jours après, en passant à la foire SMrermain, mes regards 
s'attachèrent sur une boutique supérieurement bien étalée 
et garnie de toutes sortes de marchandises très riches, parmi 
lesquelles j'aperçus un jeu de marionnettes au nombre de 
dix figures bien habillées, avec des ressorts très bien faits 
qui faisaient mouvoir avec aisance toutes les parties du 
corps à droite et à gauche. Je les marchandai. On m'en 
demanda 60 liv.; j'en offris 48, et j'en restai propriétaire à 
ce prix. Pendant plusieurs semaines, je m'exerçai seul; 
mais le hasard m'ayant fait connaître le sieur Malloit, 
fameux joueur de marionnettes, qui a eu l'honneur de 
représenter plusieurs fois dans le parc de Versailles, il me 
donna douze leçons, pour le prix de 24 liv.; et, bientôt, je fis 
des progrès qui me mirent en état de représenter publique- 
ment. Un dimanche que le temps me parut assez beau pour 
m'éloigner de la rue S'-Sévérin, je fis porter ma petite bou- 
tique au port SVPaul ; Caillier sonnait de la trompette et 
vendait des petits livres de calcul à six sols la pièce, qui ne 
lui coûtaient que 24 s. la douzaine. Après les vêpres, nous 
eûmes plus de six cent spectateurs sans compter les enfants ; 
mais, sur les quatre heures, il survint un ouragan si horrible 
que la poussière aveuglait le public; l'on voyait voltiger 
de côté et d'autre les chapeaux et les coiffes des femmes. 
Ma baraque fut renversée dans la Seine; je tombai par les 
degrés et je me retins à la chaîne; mais je perdis deux de 
mes meilleures marionnettes, qui étaient mon arlequin et 
M. l'abbé, qui furent noyés sans ressource. Caillier se 
blessa un peu en roulant contre des tonneaux ; son chapeau 
fut perdu, son habit taché et sa trompette bossuée. Dans 
ce moment malheureux, le guet vint à nous, nous arrêta, et 
nous conduisit chez M. Danthon, commissaire, rue S'-Paul, 
qui nous interrogea et nous demanda à voir le certificat et 
la permission de M. le lieutenant général de police. Après" 
avoir exposé nos raisons, il nous dit de nous retirer, nous 



— 425 — 

défendit de jouer en public sous peine de trois mois de 
prison au Châtelet. II prit nos noms et notre demeure. Les 
marionnettes furent portées au bureau général de police, 
où elles sont restées plus de quatre mois ; elles ne m'ont été 
rendues que par la protection de M. Dupuis, directeur de 
l'imprimerie royale du Louvre. Je rencontrais souvent, 
dans les rues de Paris, des hommes habillés de noir avec 
un bout de mousseline blanche sur les manches ; je me fis 
expliquer la raison de cette cérémonie; l'on me répondit 
que ces particuliers avaient perdu quelques uns de leurs 
parents ou amis, et que, pour marquer les regrets que leur 
causait cette mort, ils s'habillaient de cette manière. Moi 
qui regrettais toujours la perte de mon arlequin et de mon 
cher abbé, je n'eus rien de plus pressé que de porter mon 
habit noir chez le tailleur pour faire mettre des pleureuses. 
Tour 36 s. je fis acquisition d'une épée à poignée noire de 
rencontre. Le premier dimanche que je portai le grand 
deuil , je rencontrai M. Lamelle, fondeur de caractères 
et M. Vincent, libraire-imprimeur, qui me demandèrent 
quelles étaient les personnes de ma famille que j'avais per- 
dues; je leur répondis, d'un air triste et d'un ton lugubre, 
que c'étaient deux personnes à qui j'étais très attaché. Ils 
me consolèrent le mieux qu'ils purent, et je continuai à 
porter le deuil, pendant six semaines, à l'honneur de 
l'arlequin de mes marionnettes. 

Après sa rencontre avec le guet, Los Rios se le 
tint, sans doute, pour dit, et revint à la boutique 
de la rue Saint-Sévérin. Quoiqu'il en soit, en 1750, 
nous le retrouvons à Rome, où il fait la connais- 
sance d'un bouquiniste établi au bas des degrés 
du Vatican : 

Gabriel Badetto, surnommé Gamba Corta, né à Frescaii. 
en 1690, d'un honnête valet de pied du cardinal Azolini, 

29 



— 420 — 

et d'une discrète sage-femme, était un petit homme aussi 
contrefait que la nature en eût produit jusqu'au moment 
où j'eus le bonheur de le connaître : une bosse qui s'élevait 
sur son épaule gauche, laissait à peine entrevoir le sommet 
de sa tête; il n'en était pas de même de ses jambes, qui, par 
l'énormité de leur longueur, faisaient les deux tiers de sa 
stature, mais dont Tune, beaucoup plus courte que l'autre, 
l'obligeait à porter un talon de bois de la hauteur de six 
pouces. Comme il est d'usage établi entre les gens à talents 
de se visiter les uns les autres, je ne manquai pas, dès le 
lendemain de mon arrivée, de me rendre au bas des degrés, 
où cet homme illustre faisait sa résidence journalière, et là 
je le suppliai très humblement de vouloir bien m'accorder 
sa protection ; il me la promit le plus gracieusement du 
monde et sans me faire valeter, ainsi que cela se pratique 
chez les grands. Il m'occupa tout de suite à l'arrangement 
d'un cabinet de livres anciens dont il était chargé de faire 
la vente, préférablement à des libraires en titre, qui s'y 
seraient moins entendu que lui. Après m'en être acquitté à 
sa satisfaction, il me récompensa généreusement et me 
procura la connaissance d'un de ses amis, qui ne se pro- 
posait pas moins, disait-il, que de faire ma fortune ; et, sur 
la bonne opinion qu'il avait conçue de mon savoir, il voulut 
bien me confier une petite balle contenant des almanachs, 
des petits livres de prières, des cantiques; il y joignait, par 
un excès de confiance dont je me souviendrai éternelle- 
ment, des images enluminées, des chapelets, des rosaires, 
des agnus dei, des médailles bénites et des étuis de bois de 
S te Luce ; la facture générale de cette pacotille se montait 
à 14 liv. 8 s. 6 cl. Ce crédit me fut d'autant plus agréable 
que je venais de faire un long voyage, et que, dans la 
crainte de fatiguer les chevaux de poste, ou de priver 
d'honnêtes gens des places qu'ils auraient pu occuper dans 
les voitures publiques, j'avais fait ce voyage cà pied ; ce qui 



— 427 — 

n'empêcha pas qu'à mon arrivée à Rome, tout mon avoir 
ne fût réduit à 21 s.; encore aurais-je été bien éloigné de 
ce degré d'opulence, si, en passant à Bologne, je n'y eusse 
vendu une paire de boucles d'argent, seul reste de mon 
ancienne splendeur, dont le produit me suffît jusqu'à mon 
arrivée à Rome. Je fut installé et reçu marchand sans 
apprentissage, ni brevet de maîtrise; au moyen de quoi, 
j'eus la liberté d'entrer, non seulement dans lés cafés et 
autres lieux publics, comme corridors, cloîtres, galères, etc. 
mais encore jusque dans l'intérieur des palais des cardi- 
naux, où tout m'était ouvert, excepté les cuisines et les 
salles à manger. Quoi qu'il en soit, ce commerce devint 
fatigant et ennuyeux par l'obligation où j'étais de courir 
les rues comme un chien qui a perdu son maître, et ne 
contribua pas peu à me dégoûter du séjour de Rome, 
quoique j'y eusse vendu, pendant l'espace de sept semaines, 
pour environ 400 liv., dont la moitié était pur bénéfice. 
Déterminé à partir, je vendis mon fonds de magasin à 
un autre marchand colporteur qui s'en accommoda; au 
moyen de quoi je retournai en France, six mois après en 
être parti. 

Son humeur vagabonde ne lui permit pas de 
rester longtemps en France, et c'est alors que 
peuvent se placer les voyages en Angleterre et 
dans les Pays-Bas dont il parle dans ses Œuvres. 
Il admire les larges rues de Londres, leur anima- 
tion, le nombre incroyable de voitures qu'on. y voit 
circuler journellement et qu'il n'évalue pas à moins 
de 60,000 ; il est frappé de la richesse des étalages ' 



1 Tous les étrangers qui viennent à Londres, dit-il, sont singulière- 
ment surpris de voir les richesses étalées sur le devant des boutiques, 
qui sont toutes vitrées, afin que l'air ni la poussière ne puissent les 



— 428 — 

des magasins, ainsi que de la propreté des femmes 
anglaises'; l'église Saint-Paul, à son avis, dépasse 
en beauté celle de Saint-Pierre, à Rome; enfin les 
élégants cottages des environs de Londres lui 
paraissent fort agréables. C'est là que lui arrive 
une plaisante mésaventure, qu'il raconte en ces 
termes : 

Environ a cinq lieues de Londres, il y a un vjllage dont 
les maisons sont bâties dans le goût des bâtiments chinois. 
Elles sont carrées, de 80 pieds environ, et sont percées, 
dans les quatre faces par quantité de croisées, de sorte que, 
s'il pleut, grêle, ou s'il fait quelque mauvais temps d'un 
côté, on le ferme et l'on ouvre de l'autre. La curiosité 
m'excita à m'y rendre. Je partis de Londres le 8 mai avant 
midi; j'avais pour tout équipage une canne à la main; la 
route est belle et fréquentée, mais, sur les deux heures 
après midi, il survint une pluie si abondante, accompagnée 
de tonnerres et d'éclairs, que je ne savais si je devais périr 
ce jour-là. Je vis devant moi un chariot à 4 roues, attelé 

gâter. Il y a des boutiques d'orfèvres qui ont pour six millions de 
marchandises fabriquées. Ce n'est qu'à Londres que l'on se sert de 
tasses et de cafetières en or. Les boucles de souliers et de jarre- 
tières y sont assez communes; on en fait beaucoup usage. Les hor- 
logers tiennent aussi un rang assez distingué. Un seul magasin, près 
la place Carrée, contient pour un million de montres fabriquées. 
Celles entourées de diamants sont souvent du prix de 7 à 8 livres. 
1 Voici le jugement qu'il porte sur les femmes anglaises : 
Les femmes anglaises, sans être jolies, sont bien faites ; elles ont 
la peau très blanche ; mais peu de gorge ; on attribue ce défaut au 
climat du pays et au reflux de la mer; leur habillement est très 
modeste et peu dispendieux, surtout leur coiffure qui ne consiste 
qu'en un chapeau d'étoffe de soie orné d'un simple ruban. Elles ont 
toujours du beau linge fin et bien blanc. Ce que j'ai remarqué, c'est 
que le faste règne dans les appartements, et qu'elles se piquent de 
propreté dans la batterie de cuisine; les carreaux des appartements, 
les lits et autres meubles sont aussi brillants que l'acier poli. 



- 429 - 

de trois chevaux, et chargé de deux grandes et longues 
cages ; ce chariot avait conduit au marché de Londres des 
agneaux et des moutons. Le voiturier me demanda si je 
voulais entrer dans une des cages pour me garantir du 
mauvais temps. J'acceptai la proposition, et je m'étendis 
sur les paquets, provisions etc., dont il était chargé par 
des particuliers de la campagne. La douceur de cette voi- 
ture m'excita à un profond sommeil jusqu'à 6 heures du 
soir. Quelle fut ma surprise de me voir, à mon réveil, 
enfermé dans une cage et remisé à la cour, sous un hangar, 
et de ne voir ni chevaux, ni voiturier; ce dernier était 
déjà parti pour faire emplette de bestiaux dans le voisi- 
nage, et il avait emporté la clef de la cage. Quel embarras 
pour moi ! de me trouver enfermé dans une cage et privé 
de ma liberté dans un pays étranger ! Je fis du bruit contre 
les barreaux avec mon couteau ; une servante vint dans la 
cour, et surprise de voir un être vivant dans la cage, elle 
crut que quelque mouton s'était métamorphosé eh homme. 
Elle sortit en fermant la porte, et, en moins de 4 minutes, 
je vis autour de la cage plus de 20 personnes; c'étaient 
des servantes, des valets d'écurie et des enfants ; chacun 
faisait des éclats de rire; les enfants dansaient de joie de 
me voir; un moment après, vint M. le curé, ou autrement 
le ministre, avec madame son épouse, qui parlait français 
parce qu'elle avait demeuré à Dunkerque. Je lui fis part de 
mon aventure, et, dans le moment, elle donna ordre à son 
valet de couper quatre barreaux, ce qui me procura ma 
liberté ; elle me pria d'entrer chez le notaire, qui était le 
juge du village ; je lui montrai mon portefeuille : il n'y avait 
que des lettres que j'avais reçues à Paris, de plusieurs 
maisons, concernant les affaires de mon commerce de 
librairie ; et il me fit conduire dans une bonne auberge. Le 
lendemain, sur les sept heures du matin, comme je me 
promenais dans le village en fumant une pipe, comme à 
mon ordinaire, quantité d'enfants vinrent autour de moi, 



- 430 — 

criant à haute voix en patois anglais : bon jour, bon jour, 
l'agneau de la cage. Un bourgeois qui se promenait sur sa 
terrasse, ne sachant pourquoi les enfans criaient toujours : 
l'agneau de la cage, me demanda de - quoi il était question. 
Je lui rendis compte du fait ; il se mit à rire et me fit entrer 
chez lui, où il y avait une société très honnête : heureuse- 
ment pour moi qu'il s'y trouva un officier qui avoit fait le 
voyage d'Espagne, et qui connaissait la famille de Los Rios ; 
je fus accueilli dans ce cercle, où je passai la journée. Le 
lendemain 10, un de ces messieurs retournait à Londres 
pour affaires ; il me fit l'honneur de me donner une place 
dans sa voiture, et nous arrivâmes avant l'entrée de la 
comédie. 

Los Rios s'intéresse naturellement à ce qui 
concerne sa profession. Aussi nous décrit-il avec 
soin le cabinet littéraire qu'il a vu à Londres : 

Ce cabinet appartient à Corneille Lyck, et il est composé 
de deux grandes salles : dans la première, on trouve environ 
2000 volumes en romans, voyages et quelques autres livres 
nouveaux; dans la seconde, environ 180 estampes sous verre 
à cadres dorés, au bas desquels il y a une carte avec le prix. 
Les tables sont couvertes des papiers, nouvelles, etc., et 
on y trouve constamment une assemblée de négociants et 
autres personnes qui viennent y lire. Le catalogue des 
livres du cabinet est sur la table; les abonnés peuvent 
demander ceux qu'ils jugent à propos, mais il ne leur est 
pas permis de les sortir du cabinet. L'abonnement est de 
40 liv. par année. 

Laissons lui encore raconter l'aventure qui lui 
arriva dans un café de Londres : 

Après avoir parcouru la ville, l'espace de quatre heures, 
fatigué par le pavé et la multitude de voitures, j'entrai dans 



- 431 - 

un café, où je restai quelques moments en silence. Le garçon 
cafetier vint à moi, et me demanda ce qui pourrait me faire 
plaisir; et, voyant que j'étais étranger, il me demanda de 
quel pays j'étais. Comme le Français n'est pas véritable- 
ment ami de l'Anglais, je me dis Hollandais, parce que 
cette langue m'est assez familière. Dans l'instant, le cercle 
en fut instruit; un jeune homme d'environ 20 ans vint 
s'asseoir auprès de moi, et me dit en hollandais, d'un air 
gracieux : bonjour M. le pays. En moins d'un quart d'heure, 
nous fîmes connaissance ; c'était le fils d'un fameux libraire 
d'Amsterdam, appelé Vander Aa. Pendant deux jours, nous 
parcourûmes la ville, et il m'introduisit dans plusieurs 
maisons honnêtes. 

Los Rios semble avoir résumé ses impressions 
sur l'Angleterre dans les lignes suivantes : 

Ce royaume est le Pérou de l'Europe, le plus beau séjour 
pour ceux qui veulent vivre en liberté. Les Anglais sont 
naturellement très fiers ; ils méprisent la mort comme 
s'ils étaient sans religion. La fortune y distribue ses grâces 
à pleines mains ; les talents et les prix y sont plus communs 
que dans d'autres royaumes. Il ne manque à cette nation 
que de la politesse; elle est jalouse de ses droits ; les lords 
y sont regardés comme des princes; quarante personnes 
de leur état font vivre journellement plus de quatre mille 
ouvriers, surtout pour les équipages; leurs chevaux sont 
superbes, et surpassent ceux de France. Les femmes sont 
assez jolies, et infiniment plus polies et plus honnêtes que 
les hommes. Les Français ne sont pas aimés en Angleterre, 
s'ils ne jouissent de richesses pour faire de la dépense. 

Dans les Pays-Bas, il voit, en passant, l'immense 
volière que le fils d'un riche banquier anver- 
sois, Louis Van Kessel, s'était fait construire près 



- 432 — 

d'Anvers, et qui n'avait pas moins de quatre vingt 
quatre pieds de long, sur dix-neuf de large et 
quarante de haut : 

On a raison de dire que chaque homme a sa passion 
particulière. Le fils de Louis Van Kessel, banquier de la 
ville d'Anvers, fit bâtir dans sa maison de campagne, près 
de la ville, une volière de 84 pieds de longueur sur 19 de 
large et 40 d'hauteur. L'artiste a employé trente-quatre 
milliers de fer, y compris le fil d'archal qui est entre les 
barreaux : en été, on y voit près de deux mille oiseaux de 
différentes espèces; il y a plus de soixante arbres à fruits ; 
deux fontaines d'où découle sans cesse de l'eau très claire ; 
il y a plus de quatre-vingts poules ou volailles de différentes 
espèces, ainsi que des oiseaux étrangers. Les carnassiers 
sont enfermés dans des cages de fer; on leur donne à 
manger de la viande et des oiseaux crevés. Cette volière 
est gouvernée par deux domestiques ; et, lorsque la famille 
Van Kessel est au château, l'après-midi, on ouvre la bar- 
rière ; les dames et autres entrent dans la volière, où ils 
prennent le café. Les étrangers peuvent voir publiquement 
cette volière en entrant au château. 

Plus tard, Los Rios se rend en Hollande; en 
revenant d'Amsterdam, au mois d'août 1776, il est 
nommé membre correspondant d'une Académie de 
belle humeur, siégeant à Berg-op-Zoom, et où 
n'étaient admis que de joyeux compères qui se 
réunissaient pour manger, boire et plaisanter : 

Dans le mois d'août 177G, en venant d'Amsterdam, et 
passant à Berg-op-Zoom pour prendre la voiture d'Anvers, 
je vis au dessus d'une porte ces mots en lettres d'or : 
Académie de belle humeur. J'étais curieux de savoir en 
quoi consistaient ses instituts et son exercice : le hasard 



— 433 - 

me servit très bien, car la personne à laquelle je m'adressai, 

se trouva être un des membres de cette académie, et il 
m'invita à me rendre l'après-midi à leur assemblée, qui 
se tient dans une grande salle éclairée par 12 croisées; 
elle peut contenir au moins quarante personnes. On n'y 
lit ni papiers, ni mémoires ;' on n'y récite aucun discours 
de réception; on n'y reçoit que les confrères .de bonne 
humeur et d'un caractère gai, pour se plaisanter les uns 
et les autres, des diseurs de bons mots, etc. Par leurs 
instituts, il est défendu de parler des affaires de famille, 
et de critiquer son prochain sur sa bonne ou mauvaise 
conduite. L'assemblée de la grande chambre commença 
à quatre heures après midi, et finit à huit. A 6 heures, le 
concierge sonna une petite cloche; alors le chef de l'aca- 
démie sortit de la salle, et tous les confrères après lui ; 
on entra dans un salon orné d'une tapisserie et d'un beau 
plafond peint et vernis, et on trouva une table servie de 
plusieurs plats, savoir : un gros jambon de Mayence, un 
pâté froid, deux plats de poisson salé, des figues, des 
raisins de Calabre, et de la pâtisserie : pendant ce goûter, 
un 'de ces messieurs m'entreprit, et bientôt il eut à son 
secours trois à quatre de ses confrères. On me plaisantait 
très finement ; je leur répondais par quelques petits traits 
de ma façon ; dans le moment, on ordonna de boire à ma 
santé, et on me traita en qualité de confrère correspondant 
de l'académie de Berg-op-Zoom. 

Nota. — Cette académie tient son assemblée tous les 
jeudis de la semaine. Les confrères sont libres de venir 
ou non, il n'y a point d'amende pour celui qui manque; 
l'entrée de chaque confrère, les jours d'assemblée, est de 
deux escalins, qui font 28 sols de France; sur quoi le 
concierge est obligé de fournir le goûter. Suivant leurs 
instituts, le membre doit régaler toute la société, composée 
ordinairement de 40 personnes, le jour anniversaire de sa 



— 434 — 

naissance. Cette journée lui coûte 15 à 1G florins de Hol- 
lande, qui peuvent valoir 33 liv. de France. Ces fêtes 
arrivent souvent, car elles se répètent 3 ou 4 fois par mois. 

On peut attacher à ce voyage, ses observations 
sur les mœurs des Juifs d'Amsterdam, sur la 
banque de cette ville, sur l'imprimerie en Hol- 
lande et sur les curiosités d'Anvers. 

En 1766, celui qu'on a pu appeler à juste titre 
le Guzman d'Alfarache de la librairie vint se fixer 
à Lyon, où il resta jusqu'à 1794, s'adonnant au 
commerce de vieux livres, dont il publia de nom- 
breux catalogues à prix marqués. En 1789, il en 
comptait environ 150, clans une petite note auto- 
biographique qu'il avait rédigée pour le diction- 
naire historique imprimé par les frères Bruyset, 
à Lyon, et dont voici le texte : 

DeLosRios (François), né à Anvers, en 1728, d'une famille 
distinguée d'Espagne, libraire à Lyon. Son principal com- 
merce était celui des vieux livres : il avait un caractère 
gai, toujours content de son état et laborieux ; il ne connais- 
sait point ses ennemis, ou, du moins, il les ignorait. Nous 
avons de lui 150 catalogues de ventes publiques ou autres 
dont il était chargé, avec quelques notes remarquables sur 
les livres rares et souvent des préfaces extravagantes, d'un 
style baroque, qui ont amusé quelques moments les ap- 
prentis philosophes ou les hommes de la petite littérature. 

Les gens de lettres, dit-il ailleurs, 

m'ont honoré jusque présent de leur confiance, et ils 
trouveront chez moi, en tout temps, des livres rares et 
singuliers, dignes d'embellir leurs bibliothèques. Je les ai 



— 435 — 

prévenus que je n'étais ni homme de lettres, ni philosophe, 
ni même français, et que je ne possédais d'autre connais- 
sance que celle d'adorer l'Etre suprême, vivre en bonne 
union avec les hommes, et vendre mes livres un peu plus 
qu'ils ne m'ont coûté. Ils sont convenus du fait, et leur 
complaisance m'a fait pardonner quelques fautes d'ortho- 
graphe, tant dans le passé que pour le présent et l'avenir. 

Nous sommes loin de la biographie Micliaud qui 
fait de notre bouquiniste « l'un des libraires les 
plus érudits de son temps ». 

En septembre 1794, Los Rios vendit son fonds à 
Antoine Lafarge et entra, comme commis, dans la 
maison Périsse. Vers la fin de sa vie, il se retira 
à Marines, où il passa ses dernières années dans un 
état voisin de la misère. Il était devenu totalement 
aveugle depuis trois ou quatre ans, quand il mou- 
rut, le 24 novembre 1820, âgé de quatre vingt 
treize ans et dix mois, laissant son mince patri- 
moine à sa nièce, Marie- Catherine de Los Rios de 
Brun. 

Comme- on a déjà pu s'en apercevoir, François 
de Los Rios était, dans toute la force du terme, 
ce qu'on appelle un original. La bibliothèque qu'il 
s'était formée à sa campagne, n'était composée 
que d'une quarantaine de volumes d'anas, de re- 
cueils de bons mots, qui lui fournissaient, dit-il, 
une source intarissable d'amusement, et devenaient 
par là une espèce d'élixir de gaîté. Son meilleur 
ami était son cheval, à qui il dédia ses Œuvres, 
en lui disant : « Votre sagesse , votre prudence, et 
votre fidélité sont les objets qui m'engagent à 



— 436 — 

vous témoigner ma juste reconnaissance : depuis 
que nous sommes associés dans le commerce, grâce 
au Seigneur , aucune mauvaise affaire n'a été 
contractée, ni accident de banqueroute, ce qui est 
assez rare dans ce siècle. Je vous aime, vous êtes 
mon ami, et je suis le vôtre; agréez donc ce recueil 
où l'on parle de vous; voyez et lisez-le... ». Dans 
la préface même de ce recueil, Los Rios annonce 
que le prospectus en sera lancé, non par le moyen 
des journaux et autres écrits périodiques, mais par 
le moyen d'une montgolfière qui s'élèvera dans les 
airs, et fera tomber sur l'Europe une pluie d'an- 
nonces et d'avis : 

Il n'est plus nécessaire de faire annoncer les livres 
nouveaux par des journaux, ou autres ouvrages périodi- 
ques; l'invention des ballons de M. Montgolfier nous a fait 
connaître leur utilité. Celui que Ton doit construire pour 
mon usage partira au plus tard le 32 du mois passé. Je ne 
doute pas qu'il ne mérite l'attention du public ; je préviens 
qu'en huit minutes il montera 150 toises ; une bombe rem- 
plie d'artifice fera un éclat qui, par son mouvement, sera 
entendu jusqu'au Pérou; et, avant que l'air inflammable 
en soit éteint, ce globe se partagera en deux, et inondera 
une grande partie de l'Europe des avis et des annonces 
de mon recueil. Nous prions les nations étrangères de le 
faire traduire en différentes langues à leur usage, afin 
que personne n'ignore combien de belles bibliothèques 
resteraient imparfaites, si on négligeait d'y joindre le 
recueil de mes productions. 

Aussi n'est-ce pas sans raison qu'en tête de ce 
bizarre volume, où des souvenirs de voyage cou- 
doient des notes sur les imprimeurs célèbres, des 



— 437 — 

anecdotes, des descriptions de tonte espèce, des 
réflexions philosophiques, et jusqu'à des observa- 
tions sur la manière de conserver sa santé, il a 
placé ce laconique avertissement : 

A quelque coin de singularité que je sois marqué, je ne 
saurais m'imaginer qu'il me soit défendu de m'amuser 
quelquefois, et, en même temps, d'amuser les autres, fût- 
ce à mes dépens. C'est ce que je, vais tâcher de faire, et 
pour cet effet, j'entre en matière sans allonger le préambule. 

Los Pàos parle volontiers de sa profession, et on 
sent qu'il l'aime; mais, qnoi qu'en ait dit la Biogra- 
phie universelle, les renseignements qu'il donne sur 
les origines de l'imprimerie et les imprimeurs cé- 
lèbres des Pays-Bas, de France, d'Angleterre et 
d'Italie ne montrent pas qu'il ait été très instruit 
de rhistoire de l'art typographique. Citons, à titre 
de curiosité, sa notice sur quelques imprimeurs 
célèbres : 

Alde, de Venise, était un des plus savants imprimeurs de 
Tltalie, et sa réputation ne mourra jamais; il a mérité, par 
sa douceur et sa bonté envers ses ouvriers, une place distin- 
guée- entre les bienfaiteurs du genre humain. Il a légué, par 
son testament, 500 liv. à chacun de ses ouvriers. 

Frobenius, savant imprimeur de Bâle, était si bon et si 
honnête envers ses ouvriers, que, tous les 3 mois, il leur 
donnait un jour de récréation dans sa maison de campagne : 
on servait un repas dont il faisait lui-même les honneurs. 
Il est certain que, depuis, que l'imprimerie existe, jamais 
libraire en Europe n'a autant travaillé ; car, dans l'espace de 
54 ans, il a fait paraître 340 volumes de différents ouvrages 
in-folio, et près de 700 volumes, tant in-quarto qu'in-8°et 



— 438 - 

iii-12°. Il n'est donc point étonnant si toutes les biblio- 
thèques de France, d'Allemagne, d'Angleterre, et surtout 
chez les moines, sont si inondées de ces livres, et qu'on les 
vende aujourd'hui pour faire des cornets à tabac. 

Martin Ulrique, fameux imprimeur de Paris, sous le 
règne de Louis onze, fit imprimer le Spéculum Rodigi 
Zamoziensis episcopi* . Ce livre est d'une rareté singulière. 
J'en ai vu un exemplaire chez les capucins à Turin, et un 
autre au Vatican, à Rome. 

Robert Etienne, aussi célèbre imprimeur de Paris, mort 
à Lyon en 1520. Les ouvrages sortis de ses presses, en grec 
et en latin, seront toujours recherchés à cause de leur 
beauté et de leur correction fidèle et sans errata; il était 
très instruit et accueilli dans les sociétés des gens de 
lettres. 

Baltazard Munier, libraire de Wittenberg en 1581, fut 
nommé commandant de la ville, et a occupé cette place 
l'espace de 33 ans. Il fut très-regretté de ses concitoyens. 

Nicolas Vandevelde, d'Amsterdam, fut nommé en 1612, 
par les élus, à la charge de premier président des états, 
trésorier de la banque d'Amsterdam, et chef des hôpitaux 
de la même ville. En 1626, milord Kelt épousa sa fille, 
avec douze cent mille livres de France de dot. 

Plantin, libraire-imprimeur d'Anvers en 1571, occupa 
14 ans la place de commandant de la ville. En 1583, il fut 
chargé par la cour d'Espagne de plusieurs négociations 
importantes concernant les Provinces-Unies. 



1 II serait trop long de relever les erreurs qui fourmillent dans 
cette notice de Los Rios. Bornons-nous à faire remarquer qu'il 
s'agit ici du Spéculum vitce humance de Rodriguez ou Sanchez de 
Arevalo, évèque de Zamora, imprimé à Paris, en 1475, par Martin 
Crantz, Ulric Gering et Michel Friburger. 



— 43!) — 

Nicolas Blaisii , libraire-imprimeur de Venise, fut 
nommé par la république, en 1630, ambassadeurs la cour à 
Vienne. Il était bon politique et avait un génie pénétrant. 
Au retour de son ambassade, la république lui fitfrapper 
une médaille d'or au coin de la ville , avec le portrait 
du doge. 

Les frères Verdussen, imprimeurs-libraires d'Anvers, 
ont acquis une réputation très distinguée par la beauté 
de leurs éditions en rouge et noir, et ont été appelés dans 
les charges les plus honorables, comme celles d'échevins, 
trésoriers de la ville, etc. 

Les frères de Tournes, une des plus anciennes et des 
plus illustres familles de Genève : depuis 1320, ils ont été 
honorés, et ont occupé les premières places dans la magis- 
trature de la République. En 1503, Jean de Tournes, l'un 
des frères, vint à Lyon pour y fixer son établissement de 
librairie ; et, en 1507, le premier ouvrage qui sortit de ses 
presses fut les fables d'Esope, latin-français, in-18°, avec 
des petites figures en bois ; ce fut alors que Louis XII fit 
spn entrée à Lyon. Jean de Tournes présenta au prince 
un exemplaire de son livre, et le Prince accorda sa pro- 
tection à lui et à ses descendants. Cette maison célèbre 
a existé plus de deux siècles dans cette ville, faisant tous 
les ans pour plus d'un million d'affaires, tant en Allemagne 
qu'en Italie, Espagne et Portugal. En 1780, ils ont cédé leur 
commerce à MM. Piestre et de Lamollière, leurs élèves, 
qui ont augmenté ce commerce d'une imprimerie que l'on 
peut regarder comme la plus belle de Lyon, ayant 8 presses 
sur la même ligne; la salle est éclairée par quantité de 
croisées. L'on y occupe journellement au moins 40 per- 
sonnes. Le catalogue de leur fonds de librairie est un 
vol. in-8° de près de 600 pages, et contient plus de cinq 
mille articles dont ils possèdent, pour la plupart, un grand 
nombre d'exemplaires. 



— 440 — 

Jean Baskerville, célèbre imprimeur-libraire de Bir- 
mingham, en Angleterre, mort en 1775, âgé de 00 ans. 
Personne avant lui n'avait porté si loin la perfection de 
son art : les éditions sorties de ses presses sont de la 
plus grande beauté, surtout celle de Virgile, in-4°, et de 
l'Arioste, 4 vol. in-S°, dont quelques exemplaires sont tirés 
sur grand papier; ce sont des chef-d'œuvres de typo- 
graphie. Il gravait et fondait lui-même ses caractères- 
il est aussi l'inventeur d'une nouvelle manière de fabri- 
quer le papier, qui ressemble à de l'étoffe de soie ; mais il 
n'a jamais voulu communiquer son secret à personne. Une 
partie de ses caractères sont passés à la Société typogra- 
phique de Kehl, près de Strasbourg, qui s'en est servi à 
donner plusieurs éditions de Voltaire, tant in-8" qu'in-12°, 
dont il a paru jusqu'à présent 51 volumes. Baskerville 
jouissait d'une haute considération ; il a eu l'honneur de 
loger chez lui, pendant 12 jours, monseigneur le duc de 
Cumberland et l'archevêque de Cantorbéry; et, lorsqu'il 
venait à Londres, il lui était défendu de loger autre part 
qu'à la cour. 

Gabriel Martin, libraire de Paris, mort en 1761, avait 
une grande connaissance des livres, et possédait l'art de 
disposer une bibliothèque. Il était en correspondance avec 
les plus célèbres bibliothécaires de l'Europe, et consultait 
sans cesse les gens de lettres. Les amateurs conservent 
les catalogues faits par lui des ventes publiques dont il 
était chargé, et les mettent au rang des bons livres, 
surtout ceux de Collert, de Bulteau, de Boisier, de Dufay, 
de Hoym, de Rothelin, de Brochard, de la comtesse de 
Verne, de Bellanger, de Boze, etc. 

Jacob Martens, un des premiers imprimeurs de Louvain, 
vint, en 1534, s'établir à Anvers, avec la réputation d'un 
homme savant et honnête. Les livres sortis de ses presses 



— 441 — 

ont presque tous eu le sort d'être vendus à la beurrière, 
aussi bien que deux petits volumes de chansons dont il 
était l'auteur, qui ont eu le même sort. On peut comparer 
cet imprimeur et ses ouvrages à ceux sortis de la plume 
du sieur Los Rios, libraire à Lyon. 

Je pourrais encore faire mention d'une infinité d'hom- 
mes célèbres dans l'imprimerie et librairie, tant à Paris 
qu'à Lyon. Cette dernière ville surtout, toujours attentive 
à honorer les talents, en a souvent appelé aux charges 
municipales, aussi bien qu'à l'administration de ses deux 
hôpitaux; tels sont les Rouville, les Cardon, les Vincent, les 
Anisson, les Posuel, les Valfray, les Périsse, les Regnault, 
les Bruyset, etc. 

Sa Bibliographie instructive (1777) est une œuvre 
médiocre, dont les notes sont peu importantes, et 
qui n'a guère d'intérêt que comme document sur 
le prix des livres. La plupart des ouvrages qui y 
sont décrits provenaient de la bibliothèque des 
jésuites de Lyon, dont Los Rios avait fait l'acqui- 
sition en 1768, ainsi que des bibliothèques des 
jésuites de Tournon et de Mâcon et des collections 
des abbés Piole et Gindre. 

Malgré mes recherches, je n'ai pu trouver de 
Los Rios que les deux ouvrages dont il a déjà été 
question, et dont voici la description bibliogra- 
phique exacte : 

I. 

BIBLIOGRAPHIE || INSTRUCTIVE, || OU || NOTICE || De 
quelques Livres rares, Singuliers & || difficiles à trouver, avec 
des Notes || historiques, pour connoître & dij-\\tinguer les diffé- 
rentes Editions, || & leur valeur dans le commerce; || difpofce par 
FRANÇOIS DE LOS-||RIOS, Libraire à Lyon. || 3 liv. broché. || 

30 



— 442 — 

A AVIGNON, || Chez FRANÇOIS SEGUIN, Imprimeur. || A 
LYON, || Chez l'Auteur. || M. DCC. L XXVII. || 

In-8°, XVI pp. pour le titre, l'avertissement et la table des 
auteurs, 207 pp. de texte et 1 p. blanche. Avec un portrait en maniçre 
noire, profil adroite; un cadre ovale contient l'inscription : François 
de Los-Rios, né à Anvers en 1728 [sic], libraire a Lyon depuis 1766 '. 

[Bibl. Université de Gand, Hist., n°928]. 

II. 

ŒUVRES || DE || FRANÇOIS DE LOS-RIOS, || Libraire de 
Lyon. || CONTENANT || Plufieurs defcriptions & obfervations \\ 
fur des objets curieux ou particuliers, aventures, voyages, &c.\\ 
| Fleuron]. 

A LONDRES, || chez MOLINI, Libraire de l'Académie. || 1789. || 

In-12°, IV et VIII pp. pour le titre et la table des matières, 
173 pp. de texte et 1 p. blanche. L'adresse est fausse, selon l'usage 
de l'époque pour les livres de cette nature. Le recueil de Los Rios a 
sans doute été imprimé à Paris ou à Lyon. 

[Bibliothèque royale de Bruxelles, fonds Van Hul- 
them,n° 14413]. 

La France littéraire mentionne encore les deux 
œuvres suivantes de François de Los Rios : 

III. 

Petite bibliothèque amusante, ou recueil de pièces choisies. — 
London, printed for S.Crowder,C.Ware andPayne [Lyon], 1781; 
2 vol. in-16°. 

D'après l'analyse que Breghot du Lut en donne dans ses 
Mélanges biographiques et littéraires (1828), ce recueil contient 
plusieurs pièces reproduites dans les Œuvres. A la fin de la 
seconde partie, se trouve une lettre de l'auteur à M r G. de B., 
où Los-Rios engage ce dernier à inviter l'auteur des Mémoires et 

1 Outre ce portrait, la grande bibliothèque de la ville de Lyon 
possède encoi'e un portrait de Los Rios, sans nom d'auteur, qui n'en 
est, sans doute, qu'une variante : médaillon, avec des livres sur une 
plinthe ; profil à droite ; in-8°. 



— 443 — 

aventures de don Louis de Guevarra, dont il avait paru deux 
volumes, à lui demander, à lui, Los-Rios, d'y ajouter un troisième 
volume. J.-S. Ersch cite de la Petite bibliothèque amusante une 
édition de Lyon, 17GG. 

IV. 

La science de la librairie, à V usage des élèves de cet état. 

Enfin, d'après une note, qui se trouve à la suite 
de la table des matières des Œuvres, mais d'appa- 
rence assez fallacieuse, Los Rios aurait aussi écrit 
les trois pièces suivantes : 

V. 

Arlequin libraire-bouquiniste-brocanteur, tend, achète et par- 
court les bibliothèques des villes et des campagnes, comédie en 

prose et en un acte. 

VI. 

Le Maréchal -ferrant aux prises avec un célèbre médecin, dis- 
pidant une cause de maladies de l'ïiomme et du cheval, comédie 
en un acte. 

Dans cette pièce, Los-Rios mettait sans doute en scène ce maré- 
chal-ferrant de La Guillotière, Pierre Brakman, qui l'avait sauvé, 
en 1774, d'une maladie dont la Faculté n'avait pu venir à bout. 

VII. 

Les fêtes extravagantes des guinguettes aux environs de Lon- 
dres, comédie en un acte. 

C'est par erreur que J.-S. Ersch lui attribue 
plusieurs romans; il s'agit probablement des pro- 
ductions de sa parente, Charlotte-Marie de Los 
Rios, qui fut maîtresse de pension, et écrivit des 
romans à l'usage de la jeunesse '. 

Paul Bergman s. 
(A continuer). 

1 Cf. Biographie nationale, t. V (187G), col. 4G3, v° De Los Rios, 



— 444 — 



L'ADMINISTRATION PROVINCIALE 

ZEIST FLAUDRE 

Sous les périodes espagnole et autrichienne 1 , 



(Les États de Flandre.) 

La forme sociale et politique dans laquelle un peuple 
peut entrer et rester n'est pas livrée à son arbitraire, 
mais déterminée par son caractère et son passé... 
Si nous parvenons à trouver la nôtre, ce ne sera 
qu'en nous étudiant nous mêmes, et plus nous 
saurons précisément ce que nous sommes, plus nous 
démêlerons sûrement ce qui nous convient.... 

(H. Taise. Les origines de la France contem- 
poraine. L'ancien régime.) 



CHAPITRE I. 
LES ÉTATS DE FLANDRE JUSQU'EN 1754. 



TITRE I. 

ÉVOLUTION DE L'ANCIEN POUVOIR PROVINCIAL EN FLANDRE. 

Le pouvoir placé à la tête de chaque province 
des anciens Pays-Bas était, comme on sait, un corps 
représentatif et délibératif, connu, d'une façon 
générale, sous le nom d'États provinciaux 2 . 

1 Suite. — Voir Mess, des Sciences histor., 3 e liv. 1890, p. 319. 
8 La dénomination sous laquelle furent connus les États de 
Flandre a quelque peu varié. 
Jusque vers la fin du XVI e siècde, il n'est question, dans les docu- 



— 445 — 

Nous avons examiné brièvement, les origines 
de cette institution en Flandre, et les transforma- 
tions qu'elle subit jusqu'au commencement du 
régime espagnol. 

En dépit de toutes ces transformations, les États 
de Flandre constituèrent toujours le premier pou- 
voir de la province. Cette vérité résulte déjà de ce 
qui précède et ressortira plus clairement encore de 
ce qui va suivre. 

On a vu quelle était la jouissance des anciens 
Parlements, on les a vu participer à tous les actes 
de la politique intérieure et même à ceux de la 
politique extérieure du pays. 

Sous les ducs de Bourgogne, ou tout au moins 
jusque vers la seconde moitié du XV e siècle, les 



ments publiés que des Quatre Membres et Estais du pays et conté de 
Flandres * . 

En 1599 seulement apparaît la dénomination : les Ecclésiastiques 
et Quatre Membres de Flayidres **. 

Au XVII e siècle on emploie tantôt cette dernière dénomination, 
tantôt celle-ci : les Estats du pays et conté de Flandres, ou encore : 
les Estats de la province de Flandres **'. 

A partir de la fin du XVII e siècle et jusqu'en 1754, le titre de 
cette assemblée ne varia plus et fut le suivant : les Ecclésiastiques et 
Membres de Flandre [de Geestelijcke en de Ledenvan Vlaendren). 

Disons enfin que les pièces de cette dernière époque émanant du 
pouvoir central portaient généralement la suscription passablement 
longue que voici : A très révérends Pères en Dieu, vénérables nobles, 
très chers et bien amez, chers et bien amez, les ecclésiastiques, 
nobles, membres et Députez des villes et chastellenies subalternes du 
Pays et comté de Flandres représentant les Estats d'icelluy Pays ou 
leurs Députez. 

* Archives communales de Gand. Inventaire général Ml, série 91 1. 
** Idem. 
*** Idem. 



446 — 



États, où les Quatre Membres étaient prédomi- 
nants, sont encore en plein exercice de leur puis- 



sance ', 



Ce fut la belle époque des États, mais malheu- 
reusement, elle ne dura guère. On a vu, en effet, 
de quelle rude façon ils furent traités , dans la 
suite, par Charles le Téméraire, et comment ils se 
conduisirent à l'égard de ce prince. 

Loin de nous, la pensée de nier que le seul fait 
d'oser concevoir de la résistance aux ordres du 
puissant duc, ne dénotât encore chez eux le senti- 
ment d'une certaine force; mais, il est évident, 
d'autre part, que la promptitude avec laquelle ils 
s'inclinèrent prouve que leur résistance ne s'ap- 
puyait plus, dès lors, sur des bases bien sérieuses 
et que, de cette époque déjà, date la décadence de 
leur ancien pouvoir. 



1 Le 5 février 1408, les États réunis à Gand, correspondent avec 
les ambassadeurs anglais, à Calais (Gilliodts, loc. cit., p. 38). 

« A cette époque (même auteur, p. 263), les États de Flandre 
« composés des Quatre Membres — Gand, Bruges, Ypres et le 
« Franc — continuaient à tenir leurs séances à Gand, et s'y établis- 
« saient pour ainsi dire en permanence. 

« Peu à peu ils avaient entrepris la direction de toutes les affaires 
« générales intéressant le pays; ils étaient devenus une véritable 
« puissance avec laquelle les ducs devaient compter. 

« Ce n'était plus là un simple corps consultatif appelé à émettre 
« des vœux sans sanction. Ils formaient un corps délibérant, et leurs 
« décisions avaient la force qui s'attache à l'expression régulière et 
>. légale de la volonté du peuple. 

« Les relations extérieures les préoccupaient à un même degré que 
« l'administration intérieure... En un mot, s'il nous est permis 
« d'introduire à cette époque éloignée notre langage moderne, nous 
« dirons qu'ils avaient jeté les premières bases du système représen- 
« tatif. » 



— 447 — 

Notons, du reste, qu'antérieurement aux ducs 
de Bourgogne, la Flandre n'était, à proprement 
parler, pas une province, mais un véritable État, 
dans lequel les Parlements étaient quasi souve- 
rains. Mais, la « provincialisation » — s'il nous est 
permis d'employer ce mot — des petits États, consé- 
quence naturelle de la formation des grands, com- 
mence à l'époque des ducs, et s'achève, en Flandre, 
par la réunion du comté à la couronne d'Autriche. 
Les États du pays devinrent, dès lors, sinon en 
droit, du moins en fait, peu à peu, de simples 
États provinciaux. 

Dans la suite, le pouvoir central s'établit de plus 
en plus solidement et s'appliqua constamment à 
limiter le cercle d'attributions des États, aux 
intérêts économiques de la province. 

De là, le pouvoir provincial. 

On aura remarqué ' que l'on peut distinguer 
deux grandes étapes dans l'évolution du pouvoir 
provincial en Flandre. 

La première comprend une période d'oligarchie 
des grandes villes; elle commence, pour ainsi dire, 
à l'origine de l'institution et se maintient jusqu'en 
1754. 

Sous l'influence des idées de cette époque, et 
aussi par raison politique, une réforme radicale eut 
lieu en cette année : les petites villes et le plat 
pays acquirent une part dans le pouvoir provincial. 

Voici comment ce pouvoir est défini par un 
homme politique du XVIII e siècle, le comte de 

1 Voir l'Introduction. 



— 448 - 

Neny, chef et président du Conseil privé, dans ses 
Mémoires historiques et politiques sur les Pays-Bas 
autrichiens '. 

« Le pouvoir des États, dit-il, doit être borné au 
« droit de consentir aux impositions et à une ad- 
« ministration économique sans juridiction, sans 
« aucune attribution de la puissance publique, car 
« ils ne sont que les représentants du corps des 
« sujets : les tributs qu'ils lèvent sur les peuples 
« sont des fonds appartenant au Souverain, impo- 
« ses en vertu de leur consentement, mais par l'au- 
« torité du Souverain, sans laquelle nulle espèce 
« d'impôt n'est légitime. » 

Telles étaient les idées que l'on avait, vers la fin 
du XVIir siècle, dans les sphères gouvernemen- 
tales, au sujet du pouvoir provincial. 

Cependant, qu'on ne s'y trompe pas, ce pouvoir 
« borné au droit de consentir des impositions » 
avait, dans la pratique, les conséquences les plus 
graves. En effet, le souverain ne pouvait évidem- 
ment gouverner sans argent, et, comme les États 
n'accordaient celui-ci que sous certaines conditions, 
il s'en suivait que le pouvoir des États, quoique 
bien restreint dans les derniers temps, surtout 
comparativement à ce qu'il avait été, constituait 
encore toujours une puissance assez considérable, 
soit pour empêcher, le cas échéant, le Souverain 
de prendre une mesure arbitraire, soit pour lui 
imposer des réformes ou des améliorations dans 
toutes les branches du gouvernement. 

1 Tome II, p. 153. 



- 440 - 
TITRE IL 

COMPOSITION DES ÉTATS. 

Les États se composaient de deux éléments bien 
distincts : l'élément délibératif et l'élément consul- 
tatif. 

Les chefs-villes, et, plus tard, le clergé, consti- 
tuaient le premier; la noblesse, pendant quelques 
temps, et les villes, châtellenies, métiers et districts, 
constituaient le second. 

L'élément délibératif avait ses représentants à 
l'Assemblée de la Députation ' tandis que l'élément 
consultatif n'en avait pas. 



8 1. 



l'élément délibératif. 



Le Clergé. 

D'après Zaman 2 , le clergé ne commença d'en- 
voyer des députés aux États — c'est-à-dire qu'il 
n'y acquit voix délibérative — que dans la seconde 
moitié du XVI e siècle. 

« Vers l'an 1551, dit cet auteur, on accorda un 
« subside considérable ; pour le pouvoir païer on 



1 On verra plus loin ce que fût ce Collège. 

s Loc. cit., p. 89. On fait naturellement abstraction des faits qui se 
sont passés antérieurement à la période espagnole. 



— 450 - 

« mit des accises ou impositions sur plusieurs 
« espèces de consomption et autrement, et on 
« créa des Rentes, lesquels on affecta sur le revenu 
« de ces accises '. Par l'accord de ce subside, les 
« Quatre Membres eurent la collecte et la direction 
« de ces accises, d'où l'Assemblée de leurs Députez 
« devint plus fréquente. Et comme le clergé avait 
« consenti de païer aussi ces impositions 2 il joignit 
« ses Députez à ceux des Quatre Membres, d'où 
« est venu l'Assemblée qu'on appelle celle des 
« Députez des Ecclésiastiques et Membres... « 

Cela dura ainsi, d'après le même auteur, jus- 
qu'en 1576; mais, dit-il, à cette époque, la. reli- 
gion réformée ayant pris le dessus en Flandre, le 
clergé fut exclu des États. Toutefois, les Membres 
daignaient lui reconnaître, de temps à autre", voix 
consultative. 

Telle est la version de Zaman ; il est regrettable 
que, suivant son habitude, cet auteur n'indique 
pas les sources où il a puisé. 

S'il faut en croire un Mémoire rédigé par le 
baron de Thysebaert, premier pensionnaire de la 
ville de Gand, en 1719 3 , les choses ne se seraient 
pas absolument passées ainsi. 

On verra plus loin, la véritable cause de l'éta- 
blissement des impôts dont parle Zaman. 

1 Voir plus loin le véritable motif de l'établissement de ces impôts. 

5 On doit observer ici que les subsides si considérables accordés 
alors devaient servir à subvenir aux frais entraînés parles guerres de 
religion de cette époque, et que le clergé eu consentant à intervenir, 
stipula que son intervention cesserait à partir du rétablissement de 
la paix religieuse. Cela résulte de divers actes d'accord. 

3 Bibliothèque de l'Université de Gand. Collection de documents 
citée. 



— 451 — 

Antérieurement, à rétablissement de ces impôts, 
le clergé n'intervenait pas dans le payement des 
subsides qui se levaient d'après le Transport sur 
lequel le clergé ne figurait pas. 

A partir de Tannée 1543, le Transport ne servit 
plus à la levée du subside. 

Depuis cette époque, jusqu'en 1G31, des impôts 
furent établis à cette fin, et le clergé contribua, 
comme tout le monde du reste, dans le payement 
de ces impôts. Mais on ne songea pas pour cela à 
faire rentrer le clergé aux États ': « le tout s'est 
« présenté et fait, dit l'auteur du Mémoire, de la 
« part et à la réquisition des Quatre Membres, 
« sans qu'il y soit entre venu aucun consentement 
« des Ecclésiastiques (p. 3). » 

Les Ecclésiastiques (comme les nobles) s'en 
plaignirent et demandèrent à n'être soumis à l'im- 
pôt que de « leur préalable aveu et consentement. » 
Leur demande fut rejetée ; tout au plus obtinrent- 
ils que trois Députés de leur ordre pussent assister 
à l'audition des comptes de l'accord fait par les 
Membres de Flandre (décret du 10 février 1551). 

Durant la période des troubles, le clergé paya 
assez volontiers l'impôt pour procurer au gouver- 
nement espagnol les moyens de détruire la réforme 
dans les Pays-Bas. 

Mais, en 1593, les Ecclésiastiques refusèrent 
même de donner l'avis qui leur avait été demandé 
par les Membres sur l'octroi d'un subside. Ils 
prétendirent alors qu'il ne suffisait plus de les 
consulter, mais qu'ils avaient le droit de faire 
partie de l'Assemblée de la Députation, en d'autres 



- 452 -- 

termes, comme nous l'avons déjà vu, d'avoir voix 
délibérative. 

A cette époque cependant, les Quatre Membres 
furent encore autorisés à passer outre à ce refus. 

C'est alors que le clergé « forma un débat contre 
les Quatre Membres » qui fut envoyé le 12 octo- 
bre 1596 au Grand Conseil, lequel décida par 
arrêt du 5 du mois de novembre suivant « qu'en 
« toutes convocations et assemblées qui se feront 
« pour le fait des aj^des et autrement, èsquelles 
« les supplians seront appelles, leur sera donné la 
« place que leur qualité et dignité le requiert, 
« et selon qu'avant les troubles dernières a été 
« observé ' . » 

Ce serait trop s'avancer que de conclure de cet 
arrêt que le clergé avait obtenu gain de cause, car, 
comme nous venons de le dire, nous n'avons trouvé 
avant « les troubles » que le décret du 10 février 
1551 qui n'accorde au clergé que le droit d'assister 
à Y audition des comptes de V accord fait par les 
Membres, ce qui, on en conviendra, est tout autre 
chose que d'obtenir le droit de faire partie de la 
Députation et d'avoir voix délibérative. 

On tarda encore quelques années d'ailleurs avant 
d'admettre les prétentions du clergé, et ce ne fut 
qu'à partir de l'an 1616 2 et après divers arran- 
gements, que cet état acquit définitivement voix 
délibérative et fut régulièrement représenté à 
l'Assemblée de la Députation. 

1 Placards de Flandre, V e livre, p. 335. 

2 Wynants dit 1610 (Mémoires contenant des notions générales de 
tout ce qui concerne le Gouvernement des Pays-Bas, formées en 
1730. Biblioth. de l'Université de Gand, manuscrit n° 142). 



- 453 — 

L'ordre ecclésiastique avait clans l'Assemblée 
une voix collective \ 

Il formait dans chacun des deux diocèses un 
corps composé de l'évêque, des abbés des monas- 
tères et des chapitres de chanoines. Les réunions 
de ces deux corps avaient lieu dans les palais épis- 
copaux et les résolutions s'y prenaient à la plura- 
lité des voix 2 . 

Ils pouvaient envoyer à l'Assemblée de la Dépu- 
tation deux ou trois députés au plus 3 . En fait, ils 
n'en envoyèrent jamais que deux. 

Le clergé tenait le premier rang dans les États l . 

Telle était la loi, mais en fait, ceux de Gand pré- 
tendirent ne pas lui être inférieur et soutinrent 
toujours qu'ils constituaient le premier Membre de 
Flandre, à preuve, disaient-ils, entre autres, que 
les députés de Gand « signent en parallèle avec 
a ceux des ecclésiastiques, le membre de Bruges, 
« sous la signature des ecclésiastiques, et ceux du 
« Franc, sous la signature des députés de Gand 5 . » 

1 Sentence du 5 novembre 1596 et décret du 20 mars 1597 (Plac. 
de Flandre, V e livre, p. 335-336). 

* Archives communales de Gand, Inventaire cité, série91 ; l et 91 2. 
Au XVII e siècle les réunions de tout le clergé de Flandre avaient 
lieu dans le palais de l'évêque de Bruges (Archives État-Gand, 
reg. 567, f° 20). 

3 Décret du 20 mars 1597 cité. 

4 Idem, voir aussi Raepsaet, loc. cit., p. 31. 

8 Archives communales de Gand, Inventaire cité, série 91/9. Voir 
aussi le Mémoire du baron Thysebaert où l'on conteste formellement 
la prééminence du clergé. Voici enfin un extrait d'un document de 
l'année 1594 : « Jehan Douchet, huissier d'armes du grand conseil 
de Sa Majesté, déclare d'avoir fait commandement comme je fais par 
cestes à messires les Echevins de la ville de Gand, comme premier 
membre du pays de Flandres, représentant aussy les aultres trois 
membres des Etats du dit pays de Flandre, etc. » 



— 454 — 

Enfin, la composition de Tordre ecclésiastique 
varia quelque peu , selon les époques. 

Sous Charles Quint, il se composait de cinq 
évêques, trente-deux abbés, six prévôts, cinq 
prieurs, etc. (Wielandt {loc. cit.), en donne la 
nomenclature complète.) 

Au XVII e siècle, Tordre ecclésiastique aux États 
se composait des évêques de Gand et de Bruges, de 
dix^neuf abbés et de quatorze chapitres. 

Dans la première moitié du XVIII e siècle la repré- 
sentation ecclésiastique ne comptait plus que les 
deux évêques de Gand et de Bruges, onze abbés et 
onze chapitres. 

En 1775 ', la composition était la suivante : 
Clergé de Gand, Tévêque, les abbayes de Saint- 
Pierre, d'Eenaeme, Ninove, Tronchiennes , Bau- 
deloo et Waerschoot; les chapitres de Saint-Bavon, 
Sainte-Pharaïlde, Notre Dame de Courtrai, Notre 
Dame de Termonde, Saint-Sauveur (Harlebeke), 
Saint-Martin (Alost) et Saint-Hermès (Renaix). — 
Clergé' de Bruges, Tévêque, les abbayes d'Ouder- 
burgh (Oudenbourg) , Saint- André, des Dunes, 
d'Eeckhaute (Bruges) ; et les chapitres de Saint- 
Donat, Notre Dame, Saint-Sauveur (Bruges) et 
Saint-Pierre (Thourout). 

Antérieurement, il y eut aussi les abbayes de 
Saint- Adrien (Grammont), de Loo, de Saint- Winox 
(Berghes), Saint-Jean du Mont (Ypres); Waestene; 
Zonnebeke, les prévôtés d'Eversham, de Worme- 
zele, et de Watene (Watou), etc. 

1 Mémoire n° 47U (Archives État- Gand). 



— 455 — 



Les Membres. 



La représentation la pins importante était, sans 
contredit, celle des villes on Membres. Elle se com- 
posait des villes de Gand, Bruges et Ypres, ainsi 
que du Franc de Bruges . 

La ville d' Ypres ne fut représentée que jusqu'en 
1678. Après le traité de Nimègue, du 17 septembre 
1678, Ypres fut cédée à la France, et après la 
rétrocession de cette ville à la Maison d'Autriche, 
elle ne fut plus représentée aux États. 

Chacune des chefs-villes ayant une voix décisive, 
leur représentation était prépondérante aux États, 
puisqu'elles disposaient, après 1678, de trois voix 
sur quatre et, auparavant, de quatre voix sur cinq. 
Nous avons déjà montré, d'après Warnkoenig, 
que la cause première de cette prépondérance des 
grandes villes ou chefs-villes sur le plat pays, rési- 
dait dans l'ancienne organisation judiciaire qui 
rendait les communes du plat pays justiciables de 
leur chef-ville. 

Mais, d'autres causes encore assurèrent la pré- 
potence de celles-ci. 

Ces causes peuvent être divisées en trois caté- 
gories principales : militaires , commerciales et 
financières. 

Au point de vue militaire, les chefs-villes avaient, 
selon l'expression de Zaman (loc. cit., p. 78, IX), 
la direction « d'Armes et de Guerre. » Le môme 
auteur donne des considérations très intéressantes 
à ce sujet et publie une a ordonnance sur le fait de 
Guerre pour le Membre de Gand » (p. 78 à 83), 



— 456 — 

La puissance commerciale des Membres, qui fut 
la source de leur puissance financière, était, comme 
on sait, extrêmement considérable. 

Elle puisait son origine dans les Hanses. Les 
chefs-villes furent d'abord affiliées à la Hanse de 
Londres et ensuite à la Hanse teutonique. Cette affi- 
liation les mettaient — on a déjà pu le constater 
— en rapports diplomatiques directs avec les États 
voisins. On sait aussi que la Hanse avait une marine 
marchande et militaire. Ceux de Bruges et du 
Franc en avaient la direction. 

Cette marine était fortement organisée et eut 
des fastes remarquables. 

Ainsi, « en 1422, la Hanse put rassembler 240 na- 
vires et 12,000 hommes pour combattre le roi de 
■Suède, et, un demi siècle après, elle déclara la guerre 
aux Anglais, se saisit de leurs vaisseaux sur toutes 
les mers et fit plusieurs descentes sur leurs côtes ' . » 

On conçoit combien une telle puissance à l'exté- 
rieur devait avoir son contre coup sur la politique 
intérieure du pays. Aussi, avons-nous eu déjà l'oc- 
casion de montrer que les Quatre Membres me- 
nèrent, à un moment donné, pour ainsi dire seuls, 
toutes les affaires politiques du Comté, tant inté- 
rieures qu'extérieures. 

Mais, ces deux premières causes ne doivent 
cependant être envisagées que comme ayant établi, 
à l'origine, la supériorité des Membres. A l'époque 
où nous sommes parvenus, elles ne sont plus qu'un 
souvenir. 

La cause principale, et qui dura pendant pres- 

{ La Belgique actuelle au point de vue commercial, colonial et 
militaire, 2" édition, 1889 (passage extrait de Strada). 



— 457 — 

que tout l'ancien régime, était la grande richesse 
des chefs- villes qui payaient, et de beaucoup, la 
plus forte part contributive dans les subsides. 

On sait déjà que chaque ville, châtellenie, métier, 
pays ou district , contribuait aux subsides pour 
une cote proportionnelle établie par le cadastre ou 
Transport. 

Or, d'après le premier Transport, qui date de 
l'année 1309, les trois chefs-villes Gand, Bruges et 
Ypres, intervenaient dans le subside pour environ 
40 p. c. — H y a lieu de noter, qu'à cette époque, le 
Franc, qui payait, à lui seul, 14 p. c. du subside, 
n'était pas encore le quatrième Membre de Flandre. 

En 1408, on dressa un nouveau Transport, 
« pour ce que depuis le dit viel transport (celui 
« de 1309) ordonne plusieurs des villes et parroces 
« et partie des chastellenies de nostre dit pays 
« deuers les marches de la mer sont tellement 
« apouries et les aucunes du tout noyées et jnun- 
« dees de la diète mer et les autres diminuées, et 
« en voie de desercion tant par le fait dicelle mer, 
« comme par le fait des commotions qui ont este 
« derrenierement en nostre dit pays de Flandres, 
« et autrement en pluiseurs manières, que celles 
« ne pourroient en aucune manière selon le dit 
« viel transport supporter ne paier leur porcion 
« du dit ayde, aincois en seroient du tout désert 
« et mis a destruction etc. ' » 



1 Les députés des Quatre Membres de Flandre qui préparèrent le 
nouveau Transport de 1408 s'assemblèrent à Oudenbourg et reçurent, 
à titre de frais de séjour, une somme équivalant, savoir pour les 
chevaliers ou nobles, à 4 francs par jour, pour les autres, à 3 francs 
par jour (Gilliopts, Invent. cité, p, 20). 

31 



— 458 — 

Les cotes réunies des quatre chefs collèges for- 
maient, d'après ce Transport de Tannée 1408, 
50 p. c. du montant du subside. 

Un troisième cadastre fut dressé en 1517 ' , et un 
quatrième, le dernier de juillet 1631. Celui-ci resta 
en vigueur jusqu'en 1794. 

D'après le Transport de 1631, les chefs collèges, 
réduits de nouveau à trois, à partir de 1678, par 
suite de la cession d'Ypres à la. France, ne payaient 
plus guère qu'un peu au-delà du quart du subside 2 . 

On vient donc de voir que, jusque dans la 



1 Le Transport de 1517 ne put jamais être sérieusement appliqué. 
Un placard du 23 août 1550 en décide la revision. Ce placard constate 
que l'on a dû faire des remises du quart, du tiers, voire de la 
moitié sur le montant des cotes à payer par les collèges d'après le 
Transport de 1517. On verra plus loin (titre IV), pour quelles raisons 
le nouveau Transport ordonné par l'édit de 1550 ne fut dressé 
qu'en 1G31. On devait tenir compte, dit le placard de 1550, notam- 
ment du revenu que chaque ville retirait de l'accise sur le vin et la 
bière, de l'étendue territoriale de la ville, de la valeur locativ'e des 
terrains, de la situation des villes, du nombre des maisons sises dans 
chaque ville, du nombre des moulins, du nombre de personnes 
exerçant les métiers de charron, forgeron, scieur, drapier, tisserand, 
menuisier, etc. (Voir Placards de Flandre, livre III, p. 372 et suiv.). 

2 D'après le Transport de 1631 : 

Le Franc payait 9 livres pour 100 livres. 
Gand » 6 1.14 s. 9 d. pour 100 livres. 

Bruges » 5 1. » » 

Ypres » 2 1. 1 s. 10 '/a d. » 

(Placards de Flandre, livre III, p. 378 et suiv.) 
En 1692, les États accordent un subside de 1,315,000 florins. 
La ville de Gand y contribue en fait pour 88,598-2-6. 
» Bruges » » 65,750-0-0. 

Le pays du Franc » » 118,350-0-0. 

En 1694, accord d'un subside de 400,000 florins. 
La ville de Gand contribue pour 50,389-0-0. 
» Bruges » » 37,370-0-0. 

Le pays du Franc » » 67.190-0-0. 



— 4.7) — 

seconde moitié du XVII e siècle, les Quatre Membres 
payaient à eux seuls la moitié du revenu que le 
Souverain tirait de la Flandre 1 . A partir de cette 
époque, ils paient encore toujours plus du quart de 
ce revenu. 

Cette grande puissance financière fit que les 
princes eurent constamment toutes sortes d'égards 
pour les Membres et laissèrent acquérir à ceux-ci, 
au détriment de la noblesse et des villes subal- 
ternes, une très grande influence. Et ce, d'autant 
plus, que les dispositions de Tétat ecclésiastique 
n'étaient guère favorables au payement des aides 
et subsides. Nous avons déjà vu, en effet, que le 
clergé ne commença à payer sa part que lors des 
guerres de religion qui désolèrent les Pays-Bas au 
XVI e siècle. Après le rétablissement de la paix 
religieuse, il continua (sauf une petite interruption) 
à payer sa cote, mais en ayant toujours soin de 
faire des réserves, portant « qu'il n'était pas impo- 
sable, qu'il devait être exempt de toute charge, 

1 Et comme la Flambe contribuait pour plus du quart dans les 
charges demandées aux Pays-Bas, il s'en suivait que, à un moment 
donné, les quatre chefs collèges fournissaient à eux seuls la huitième 
partie du revenu total des Pays-Bas. 

La Flandre était d'ailleurs la plus belle et la plus riche province 
de l'époque : .... » Aucune des autres provinces dû Pays-Bas encore 
« soumises à l'Auguste Maison d'Autriche ne pouvant être comparée 
« à la partie de la Flandre qu'elle y possède actuellement, ni pour la 
« multiplicité, ni pour la variété, ni pour l'importance des adminis- 
« trations.... La Flandre Orientale laquelle quoique très démembrée 
« forme encore telle qu'elle est la plus belle et la plus riche province 
« des Pays-Bas. » (Rapport sur l'état des administrations de la 
Flandre Orientale, de la Flandre rétrocédée et de Tournai et Tour- 
nesis, rédigé en 1777 par l'auditeur Mcller. — Archives du royaume. 
Inventaire des registres de la Jointe des administrations. Iteg. 144.) 



— 460 — 

mais qu'il consentait cependant, sans toutefois 
vouloir engager l'avenir, à payer sa part dans le 
subside demandé à la province, par pur esprit de 
conciliation et par dévouement au service du 
Prince. » 

Cela n'était guère rassurant pour celui-ci qui ne 
pouvait donc positivement compter que sur les 
Membres. 

Les motifs de la prépondérance des Quatre Mem- 
bres étant exposés, voyons maintenant quelle était 
leur constitution. 

C'était la grande commune ou large conseil qui, 
dans chaque chef- ville, formait le second ordre des 
États de la province. 

La composition de ces larges conseils qui consti- 
tuaient la représentation du « tiers, » variait de 
l'une ville à l'autre. 

A Gand, il était appelé « la Collace » et se com- 
posait, depuis 1540 : 1° des échevins sortis de la 
dernière loi ' ; 2" de quarante-deux notables dési- 
gnés par le Magistrat et tirés en nombre égal des 
sept paroisses 2 . 

A Bruges, il se composait de trois membres : 
1° les anciens bourgmestres; 2° les anciens éche- 
vins et conseillers 3 ; 3° les doyens des métiers, au 

1 11 y avait, comme on sait, à Gand vingt-six échevins (treize de 
la Keure et treize des Parchons). 

1 Concession Caroline de 1540. — Une ordonnance du 26 fé- 
vrier 1759 {Placards de Flandre, livre V, p. 490) décida que doré- 
navant les quarante-deux notables formeraient seuls la Collace. 

3 11 y avait à Bruges un bourgmestre, des échevins et douze éche- 
vins; un bourgmestre de la commune et douze conseillers. 



— 4G1 — 

nombre de trente-quatre, réunis aux six chefs- 
hommes ou capitaines des portes ' . 

A Ypres, ce qu'on appelait la grande commune, 
était formée de six chambres ou collèges. Le pre- 
mier collège était le Magistrat renforcé des treize 
conseillers (raeden van de camere); le deuxième 
était celui des vingt-sept conseillers (raeden seven 
en twintig) ; le troisième, celui des quinze notables 
(notabele poorters) ; le quatrième, celui de la dra- 
perie (cinq membres) ; le cinquième, celui de la 
sayetterie (cinq membres); et le sixième, celui du 
négoce commun (de gemeene neirynghe), composé 
de dix gouverneurs des métiers. 

La généralité du Franc était représentée par 
trois Membres : 1" les nobles et notables dont le 
nombre était indéterminé ; 2° les seigneuries vas- 
sales qui se subdivisaient en seigneuries contri- 
buantes et appendantes ; leur nombre variait éga- 
lement 2 , et 3° les chefs hommes des seigneuries 
de la Keure 5 . Chacun de ces trois Membres avait 
une voix. 

Le Magistrat du Franc émettait un avis sur les 
propositions ; cet avis était communiqué à la Géné- 
ralité qui était convoquée et assemblée par les 
soins du Magistrat 1 . 

1 Précis du régime municipal, par Gachard, p. 56. — Essai sur le 
droit communal, par Giron, p. 35. 

3 En 1775, par exemple, il y avait vingt-quatre seigneuries appen- 
dantes ; il y eut de six à dix seigneuries contribuantes. 

3 Le nombre de paroisses de la Keure s'élevait à 67. 

1 Ce magistrat était composé de quatre bourgmestres renouvelé 
tous les ans, de vingt-huit échevins nommés à vie, de douze pension- 
naires et de deux greffiers {Recueil et sommaire Déduction du gou- 
vernement des Païs-'Bas, etc. Bibliotb. univ. de Gand ; man. n° 425). 



— 462 — 



Chacune des trois chefs-villes et la communauté 
du Franc, envoyait un Député à l'Assemblée de la 
Députation qui représentait les États. 



§2. 



l'élément consultatif. 



Les autres villes, châtellenies, métiers, pays et 
districts, que l'on appelait les « subalternes » fai- 
saient aussi partie des États. Mais le pouvoir de 
ces « subalternes » ou « moindres villes » fut ré- 
duit, du moins jusqu'en 1754, à l'émission d'un 
simple avis sur toutes les demandes ou proposi- 
tions faites par le Gouvernement. Elles ne pou- 
vaient même, conformément à une ordonnance de 
1542, s'entendre pour faire accorder leurs avis, 
tandis que la même ordonnance chargeait les dé- 
putés des Quatre Membres qui siégeaient, comme 
anciennement, en permanence, ou peu s'en fallait, 
de faire « la despeche de la réponse générale ou 
« de dresser l'acte d'accord du subside'. » 

Les « subalternes » réclamèrent, à différentes 
reprises, leur voix délibérative ou décisive aux 
États. La question ne fut tranchée définitivement, 
et en leur faveur, qu'en 1754. Jusque-là, elle ne 
l'avait été que provisoirement, par l'arrêté provi- 
sionnel des archiducs Albert et Isabelle de Tan 1614, 

1 C'est là, semble-t-il, l'origine ou plutôt la reconnaissance offi- 
cielle de l'Assemblée de la Députation ou de la Députation perma- 
nente des États. 



— 4G3 - 

lequel maintenait d'ailleurs le statu quo. — Voici, 
en effet, ce que porte l'article premier de cet 
arrêté : « Premièrement, sur ce que les Députez 
desdits villes et châtellenies subalternes prétendent 
d'avoir voix décisive avec les dits Ecclésiastiques 
et Quatre Membres de nostre pays de Flandres, ou 
bien avec le Membre particulier soubz lequel elles 
ressortissent. Nous entendons que ceux des dits 
Villes et châtellenies subalternes se devront contenter 
quant à présent de donner par escrit leur a ris et 
opinions délibératives sur les jjrojjosilions qui se 
feront aux dits Ecclésiastiques et Quatre Membres » 
et l'article II porte : « Sur lesquelles propositions 
et avis iceux Ecclésiastiques et Quatre Membres 
prendront les résolutions qu'ils trouveront convenir 
à pluralité de voix etc. » 

Zaman (toc. cit., p. 2 A3) qui plaidait la cause des 
subalternes, conclut de ce texte « que générale- 
ment toutes les villes , Pays et chastellenies de 
Flandres qu'on est accoutumé de mander aux 
assemblées pour entendre les propositions, ont 
chacun leur voix délibérative à l'égard des affaires 
de la Province, et des accords des subsides; mais 
que les Ecclésiastiques, les quatre Communautez, 
qu'on appelle les Quatre Membres, peuvent à la 
pluralité des voix entre eux donner la voix déci- 
sive, quand les voix délibératives des villes et 
châtellenies sont également, ou pour la plupart, 
discordantes et non conciliables : vu que sans cela 
il est évident, que l'on n'a point besoin de voix 
décisive. Il est notoire qu'on appelle une voix 
délibérative, lorsqu'on a droit de dire dans une 



— 464 — 

assemblée, dans une délibération ou dans un juge- 
ment, son avis ou opinion, et qu'il y est compté 
parmi les suffrages : et qu'on appelle, au cas susdit, 
une voix décisive sur des voix délibératives, un 
avis ou opinion par lequel on décide, résoud ou 
prononce en dernier ressort sur les avis délibératif s 
contraires ou differens, ou du moins pour 'la plus 
partie. » 

Ces considérations sont très justes, mais elles 
n'enlèvent rien, à notre sens, au caractère de subor- 
dination du plat pays à l'égard des chefs commu- 
nautés. 

Quant à la noblesse, nous avons vu, qu'à l'ori- 
gine, et pour certaines affaires de grande impor- 
tance, les nobles étaient convoqués aux États. 

Nous avons vu aussi qu'ils s'abstinrent généra- 
lement d'user de cette prérogative préférant s'en 
décharger sur les Quatre Membres. 

Les Nobles d'ailleurs, on le sait déjà, ne furent, 
pour ainsi dire, jamais convoqués pour les ques- 
tions de finances et de subsides (lesquelles consti- 
tuaient, comme on le verra, les attributions essen- 
tielles des États), et cette exclusion s'explique tout 
naturellement, si Ton se rappelle que Tordre noble 
étant, à l'origine, exempt des charges et tailles, 
n'avait, à cette époque, aucun intérêt à paraître 
dans ces assemblées. 

Mais, d'autre part, on s'explique tout aussi bien 
les réclamations que les nobles firent valoir plus 
tard, lorsque les souverains commençant à se 
passer de leurs services militaires, ils perdirent 
peu à peu le privilège de l'exemption des autres 



— 465 — 

charges. Zaman (toc. cit., p. 128) rapporte que, déjà 
en 1477, une partie de la noblesse dut payer su 
part dans le subside : n'étaient exempts que" ceux 
d'entre les nobles qui, à cause de leurs fiefs, 
étaient encore astreints au service militaire. Sous 
Charles Quint, on n'employa plus guère dans les 
armées que des mercenaires, et, à partir de cette 
époque, la noblesse, presque toute entière, se trouva 
astreinte à participer au payement des impôts pré- 
levés alors en vue des subsides à accorder au Sou- 
verain par les États. 

Ses intérêts se trouvant ainsi engagés, elle 
commença, dès lors, à demander de pouvoir inter- 
venir dans l'assemblée des États pour les questions 
d'aides ou d'impôts. 

Cette demande était naturelle et légitime, et il y 
fut fait droit, du moins en partie : désormais les 
nobles eurent voix consultative aux États ' . 

Malheureusement pour eux, ils négligèrent 
encore l'exercice de ce droit, déjà si restreint, et 
s'abstinrent, le plus souvent, d'envoyer l'avis qui 
leur était demandé. C'est ainsi que clans maint 
acte d'accord de subside, et, entre autres, dans 
celui du subside consenti en 1594" 2 , il est constaté 
que les Quatre Membres ont demandé l'avis des 



1 Wielandt, parlant des États de Flandre, cite l'ordre noble 
comme « le second estât de Flandres, » « les États de l'Église » 
étant les premiers, mais il n'entre dans aucun détail . On sait qu'il 
écrivait sous la minorité de Charles-Quint {Recueil des Chroniques 
de Flandre, publiées sous la direction de la Commission royale 
d'histoire par J. J. Desmet, tome IV, Bruxelles, Haye/., 1865). 

2 Archives communales de Gand, Inv. cité, série 91/1. 



— 4fi6 — 

nobles et que « trois ou quatre » de ceux-ci seule- 
ment ont répondu. 

Mais, il faut dire aussi que, de leur côté, les 
Quatre Membres négligaient assez souvent de de- 
mander cet avis, à telles enseignes qu'un décret 
du 20 mars 1597 ' dut les rappeler à l'observance 
des « anciennes formes. » 

Malgré cela, on persista dans les anciens erre- 
ments, et nous ne voyons plus que les nobles aient 
été encore consultés en matière d'aides ou d'im- 
pôts, dès les premières années du XVII e siècle. Ils 
introduisirent même de ce chef, en 1628 2 , auprès 
du Grand Conseil, un procès qui, il est vrai, ne 
reçut jamais de solution 5 . 

Néanmoins, il n'est pas absolument exact de 

1 On trouvera plus loin le texte de ce décret, extrêmement impor- 
tant en cette matière. 

2 En 1737, il y eut un essai de rétablissement de la noblesse 
comme troisième ordre des États ; ce rétablissement ne dura pas. Il 
disparut avec le retour du gouvernement autrichien. 

Les nobles furent admis à siéger à l'Assemblée — par délibérations 
des corps principaux — le 23 mai 1787. Ils furent placés à côté du 
clergé. Les quatre délégués de la noblesse furent : le comte Charles 
de Lichtervelde deuxième Béer de Flandre, le marquis Charles de 
Khodes, le comte Emmanuel d'Hane de Leeuwerghem et le vicomte 
Philippe Vilain XIIII. 

Le guidon héréditaire ou le premier Béer de Flandre convoquait 
les nobles pour prendre résolution sur ce qui concernait les inaugu- 
rations. (Voir divers documents déposés à la Bibliothèque de l'Uni- 
versité de Gand, v° Etats de Flandre.) 

3 Wynants l'avait prévu. « Il y a » dit-il « procès pendant au 
Grand Conseil depuis nonante ans ou environs intenté sur le nom 
de la Noblesse contre les Membres, lequel, selon les apparences, 
restera indécis par une raison de politique » (Mémoires contenant 
des notions générales de tout ce qui concerne le Gouvernement 
des Pays Bas formées en 1730. Bibliothèque de l'Université de Gand, 
manuscrit n° 142). 



— 407 — 

dire, comme quelques-uns l'ont fait, que les nobles 
ne faisaient pas partie des États. Il est vrai qu'ils 
ne furent jamais admis aux délibérations et encore 
tenons-nous que la légalité de cette exclusion était 
très contestable, mais ils furent toujours convo- 
qués, comme second ordre des États, dans les 
occasions d'apparat, comme par exemple, à l'inau- 
guration d'un Souverain <. 

Une liste des nobles faisant partie des Etats a 
d'ailleurs toujours existé, et nous croyons intéres- 
sant de reproduire en note" les noms de ceux qui 
figuraient sur la liste servant aux convocations, 
en 1590, ainsi que la liste de ceux qui furent convo- 
qués pour l'inauguration de l'impératrice Marie- 
Thérèse, comme comtesse de Flandre. 

Ach. Galle t-Miby. 
(A suivre.) 



1 .... « A l'égard de la Flandre » dit le conseiller Wynants, je 
« tiens que du passé son État étoit aussi formé de trois classes, 
« plusieurs pièces anciennes en font preuve... quand et comment 
« la Noblesse de Flandres a cessé de concourir comme seconde 
« classe aux États de Flandres n'est pas facile à déterrer... 

« Cependant la Noblesse est convoquée et concoure encore au- 
« jourd'hui à toutes les inaugurations » (Mémoires cités). 

2 Note IV. 



— 468 



VARIETES, 



Les gamins au siècle dernier. — Troubles a l'aca- 
démie eu 1768. — Le peintre gantois Philippe Charles 
Marissal fonda, en 1751, l'académie de peinture, de dessin 
et d'architecture. Les leçons se donnèrent à l'origine dans 
le local de l'ancienne confrérie des arquebusiers de Saint- 
Antoine, situé passage de la Lieve (Lievegang) converti, 
depuis la fin du siècle dernier, en refuge pour les vieilles 
femmes, entretenues par les hospices civils de notre ville. 
L'année suivante, le siège de l'académie fut transféré à 
l'hôtel de ville, dans la salle connue aujourd'hui sous le 
nom de salle du trône. 

En 1756 les cours se donnèrent dans les salles du second 
étage du Pakhuis, au marché aux Grains, où l'académie 
resta jusqu'en l'année 1797. Depuis lors l'académie occupe 
les bâtiments de l'ancien couvent des Augustins,dans les- 
quels était autrefois le collège pour jeunes gens tenu par 
ces religieux. 

Jusqu'en 1797 l'académie de Gand, tout en jouissant de 
certaines faveurs de la part du gouvernement et de la ville, 
était un établissement privé dont les ressources consistaient 
dans les rétributions payées par les membres protecteurs. 

Il paraît que dans les premières années on avait quelque 
peine à maintenir la discipline parmi la jeunesse turbulente 
qui fréquentait les cours. 



— 469 — 

Outre les élèves suivant régulièrement les leçons, il y 
avait ce que nous pourrions nommer des élèves volontaires, 
qui assistaient aux cours en simples spectateurs. Ce Boni 
ces derniers qui se rendirent coupables des actes de gami- 
nerie et de violence, dont le directeur se plaint dans la 
requête qu'il adressa le 1 er décembre 17G8 aux échevins de 
la Keure. 

Le texte de cette requête nous montre que le respect de 
l'autorité et la crainte des punitions étaient choses incon- 
nues chez une bonne partie de la jeunesse gantoise de ce 
temps. C'est un petit tableau de mœurs qui ne manque pas 
d'originalité. 

« A en myne Edele heeren Schepenen vander Keure der 
stadt Qhendt sapplierende verthoont Philip Carel Marissal 
binnen Qhendt als Directeur der Académie van schilder en 
bauivconst opgerecht binnen de selve stadt onder de protectie 
van syne Konincklycke Prins Carel van Loreynen & a mits- 
gaeders die van uwe Edele heeren. 

» Dat nu sedert eenighe avonden de selve académie soo- 
daenigh is gestoort ende geturbeert geiceest door menighvid- 
dighe ongeschoefte jonckheydt ofte om beter te segghen 
straetjongens, de welcke op het pretext van te commen sien 
teeckenen dichicils op de selve académie getolereert ende ver- 
draeghen syn geioeest , maerom hunne petulantien, stooringen 
ende onbeschaemtheden aldaer begaen daer af syn ghehauden 
door eenen persoon ter desen oorsaecke aen de deure gestelt 
ende hunne stautigheyt soo verre laeten gaen dat sy den 
inganck geioeygert synde hun op den voornoemden persoon 
ofte deurwachter alsoock op sommige aendere discipelen der 
voorseyde académie hunne vraeke willende uytieercken de 
selve hebben aengerandt ende geslaegen naer het rcelcke, 
geensins door hunne voorige stautigheyt voldaen synde, 
hebben sy hun geadviseert in troepen naer de selve académie 
tîcee daeghen daernaer synde maendagh gepasseert den 



— 470 — 

acht en tiointigsten der voorleden maent november xoederom 
te heeren met een onbekent insigt, maer den voorseyden 
deurxoachter cddaer niet vindende, den xoelchen uyt vreese 
cddaer niet en heeft duvven blyven, syn sy aile te saement 
turmatim met groot geschreeuw, geiooel ende gedruys onder 
ende boven geloopen, niet beschaemt synde van op menigvid- 
dige plaetsen onbehoorelycke vuyligheden te doen maer oock 
met de selve de muren te behladen ende de trappen te besmeu- 
ren, hun voorders verstaudende 't sy met steenen, stocken 
ofte andere instrumenten de lampen op de selve trappen 
hangende uyt te doen ende af te smytcn, aile het toelcke nu 
verricht synde, hebben sy op de passagie van de trappen een 
eydel vat gestelt waer do or den eersten afkomende gemah- 
helyck (van licht niet voorsien synde) een groot ongeluck 
soude connen gehadt hebben soo het byna gebeurt is. 

» Het toelcke aile de oorsaecke is dat den supliant om 
buyten peryckelen te syn deicelcke door sidcke artlistigheydt 
souden connen veroorsaeckt xoorden sigh gedioongen heeft 
gevonden sedert dien dagh de geivoonelycke avont-lessen te 
interromperen ende syn recours tôt uioe Edele heeren te 
nemen. 

» De selve biddende gedient te xoesen tôt meerdere securi- 
teyt van clese publiecque plaetse ende de persoonen die de 
selve frequenteren Y sy aldaer eenighe stadtssoldaeten van 
ten alf vyf uren te ordonneren ofte op aendere manieren 
daer inné te voorsien soo het aen uice Edelheden sal geraedt- 
sam duncken. 

» f xcelcke doende & a 

» VAN BOTERDAELE proc. » 

On voit, par les termes de cette requête, combien la 
conduite de la jeunesse gantoise était turbulente et gros- 
sière. Les Straetjongens, signalés dans la plainte adressée 
aux échevins de la Heure, maltraitaient le concierge et les 
élèves de l'académie, souillaient les escaliers et les murs du 



- 471 — 

Pahhuis, brisaient les lampes, se livraient enfin à (1rs actes 
de violence et de désordre tellement graves que Marissal fui 
obligé de suspendre les cours et de fermer momentanémenl 
l'établissement dont il avait la direction. 

Ces troubles ne prirent fin que quand l'autorité commu- 
nale eut envoyé sur les lieux une escouade de soldats de la 
ville, chargés de protéger les élèves et les professeurs et 
d'appréhender au corps les perturbateurs. 

Ces soldats, nommés Stadts wackende Mannen, formaient 
une compagnie de septante hommes commandés par un 
capitaine et placés sous la surveillance des deux sergents- 
majors de la ville. Leur uniforme se composait d'un habit et 
d'un gilet de drap gris avec collet et parements noirs, de 
culottes également de drap gris, d'un tricorne noir avec 
galon blanc et d'une paire de guêtres en toile blanche. Us 
étaient armés d'Un fusil et d'un sabre. 

Les Stadts waehende Mannen remplacèrent les compa- 
gnies bourgeoises, supprimées en 1752. P. C. 



Les chanteurs publics sous l'empire. — Nous avons 
montré dernièrement comment, au XVI e siècle, on agissait 
avec les chanteurs publics qui se permettaient d'attaquer, 
dans leur couplets, les autorités civiles et religieuses. Voici 
maintenant à quel régime on les soumit deux siècles et 
demi plus tard. 

Sous le premier empire des chanteurs de rue, dans le 
genre de ceux que nous voyons encore aujourd'hui exercer 
leur profession sur le marché du Vendredi, s'apitoyaient le 
plus souvent dans leurs complaintes sur le malheureux sort 
réservé aux conscrits flamands, forcés de quitter leur pays 
pour aller se battre et mourir loin de leur famille et de leur, 
amis. Ces chansons, dans lesquelles on dépeignait les hor- 



— 472 — 

reurs de la guerre, semblaient à l'autorité impériale Je 
nature à jeter le discrédit sur le gouvernement français. 

Pour mettre un terme à ce qu'on considérait comme une 
dangereuse propagande, le Préfet de l'Escaut, d'Houdetot, 
ordonna aux chanteurs publics du département de déposer 
leurs couplets à la mairie de Gand, où on avait soin de dé- 
truire toutes les chansons flamandes renfermant la moindre 
allusion désobligeante à l'adresse du régime auquel notre 
pays était soumis. 

Les employés du troisième bureau de la mairie, placé sous 
la direction de Norbert Cornelissen, qui étaient chargés d'exa- 
miner ces chansons, avaient trouvé mieux. Ils faisaient de la 
propagande impériale en forçant ces musiciens ambulants 
à chanter des couplets flamands, célébrant le bonheur sans 
pareil de servir dans les régiments français et vouant au 
mépris public le conscrit assez peu soucieux de la gloire 
des armes pour oser déserter les drapeaux ou se soustraire 
au service militaire. 

Cornelissen adressa à ce sujet au préfet un rapport, tran- 
scrit dans le registre d'où nous avons extrait le récit de la 
punition infligée, sous l'empire, aux marchands de toile qui 
trompaient les acheteurs sur la qualité et le métrage des 
pièces vendues. 

Cerapport, qui nous fait connaître une particularité des 
mœurs administratives de cette époque, nous a paru inté- 
ressant à reproduire. Le voici textuellement tel que nous le 
trouvons dans ce registre à la date du 5-6 octobre 1809. 

« Du 5 au 6 octobre 1809. 

» On croirait qu'il n'y a que trois moyens de parler au 
» public : la chaire, le barreau et le théâtre. La police sait 
» d'avance ce qui va se dire au théâtre et elle élague tout 
» ce qui peut paraître dangereux. L'avocat qui dit des 
» choses inconvenantes est rappelé à l'ordre. Quand l'évêque 



— 473 — 

» est dans les principes du gouvernement il peut savoir 
» assez vite ce qui s'y prêche de contraire. 

» On ne songe guère aux chansonniers qui sont très- 
» nombreux dans ce pays et toujours entourés de quan- 
» tités d'oisifs attroupés autour d'un tableau, car on dirait 
» que fidèles aux préceptes d'Horace ces troubadours ambu- 
» lants savent que ce qui frappe les yeux agit mieux sur 
» l'esprit que ce qui ne lui parvient que par les oreilles. 

» Ces chansonniers peuvent être très-dangereux en ce 
» qu'ils chantent quelquefois les malheurs de la guerre, 
» ceux des conscrits et généralement tout ce qui tend à 
» faire voir trop clairement la misère des temps. 

» J'ignore si la police dans d'autres villes est assez scru- 
» pilleuse en examinant les productions de ces chanson- 
» niers, mais ici je les défie de tromper le 3 e bureau de la 
» mairie auquel ils soumettent leurs chansons. A force d'en 
» enlever des paquets entiers, on est parvenu depuis 4 à 
» 5 ans non seulement à rendre nos chansonniers plus cir- 
» conspects, mais même à donner aux chansons une direc- 
» tion telle que le gouvernement ne pourrait en désirer 
» une autre. 

» M. le préfet qui a peut-être lu les chansons n'a peut- 
» être aucune idée des chants guerriers des Tyrtées de la 
» Flandre ; il doit me pardonner, dans un moment de loisir, 
» de lui en mettre un essai sous les yeux : 

CHANSON DE NOS COURAGEUX GARDES NATIONAUX. 

Belle amante reveille-toi 

Le jour paraît 

Je dois partir ; 

Leve-toi bien vite 

Nous devons aller marcher 

Vers les rivages de Neptune 

Et nous deffendre 

Comme Gardes nationaux. 

:■■■ 



— 474 — 

Nous volons avec courage 

Vers les champs de Mars 

Nos gages sont bons 

24 sols du pays 

Nous ne devons avoir soin de rien : 

Et puis encore de la viande et du pain. 

On ne doit nous donner aucun crédit, 

Nous n'avons besoins de rien. 

Nous n'économisons rien pour nos héritiers 

Çà l'hôte ! encore du vin 

Qu'avec notre maîtresse 

Nous soyons encore joyeux ! 

Nous devons avant tout régaler 

Toutes nos maîtresses 

Cela nous fera songer longtemps 

Aux gardes nationaux. 

Que l'ennemi vienne nous attaquer 

Sur les rivages de Neptune 

Cela ne nous ennuyera pas 

Nous sommes des gardes nationaux. 



COMPLAINTE D'UN DÉSERTEUR. 

Amis, écoutez ma complainte 

Ce qui m'est arrivé 

C'est triste pour qui le voit et l'entend 

Comment dans ma jeunesse 

En l'an VIII je tombai dans le sort. 

Par des insinuations perfides 

Je me mis helas o grand Dieu 

A déserter de Bruxelles. 

Quand je vins chez moi 

Mes parents, frères et sœurs et amis 

Ne me voulurent pas accueillir 

Je ne trouvai nulle part de la consolation 

J'errai toute la nuit 

D'ici à là chez mes voisins. 

Mais le matin quand le jour parut 

Tout le monde me ferma la porte. 



- 475 — 

J'allai chez les jeunes filles 

Que j'avais fréquentées ; 

Mais elles ne firent aucune attention à moi 

Lorsqu'elles virent mon uni l'orme 

Toutes dirent, Jeannot tu es déserteur 

Nous devons fuir ta compagnie 

Tu nous causerais des dangers 

Jamais tu ne peux épouser une fille. 

Je devais dormir au milieu des champs 

Personne ne voulait m'héberger 

Songez à ma position 

Lorsque j'ai déserté 

Je m'écriai au milieu de mon chagrin 

Oh Dieu ! Si je pouvais rejoindre mon régiment 

Je ne serais plus malheureux 

Je suis comme un lièvre dans les bois. 

Je suis parti pour Gahd 

Où je me suis rendu aux autorités 

Je fus dirigé sur mon régiment 

Je jouis ici d'une vie plus heureuse 

Jeunes gens je vous le conseille 

Lorsque vous devez porter les armes 

Ne désertez jamais 

La vie d'un déserteur est à plaindre. 

» Qu'on se figure un chansonnier entouré les vendredis 
» et les dimanches successivement de plusieurs centaines 
» d'auditeurs, les plus part gens de la campagne, qu'on se le 
» figure chantant avec une voix de stentor et dans le patois 
» le plus trivial et qu'on juge de l'impression qu'il doit faire, 
» soit en bien, soit en mal est un objet que la police ne doit 
» pas négliger. » 

Plusieurs chansons flamandes, du genre de celles tra- 
duites dans ce rapport, font partie de la collection gantoise 
à la bibliothèque de la ville et de l'université. 

Ces musiciens ambulants parcouraient donc la ville et la 



— 47G — 

campagne célébrant sur tous les tons « le plaisir d'être 
soldat, » ainsi que le chantait encore quinze ans plus tard 
le sous-lieutenant Georges Brown de La Dame blanche. 

Pendant ce temps les femmes des habitants de Gand, 
enrôlés dans la Garde nationale et absents de la ville, 
assiégeaient la mairie pour toucher l'indemnité à laquelle 
elles avaient droit mais qu'on négligeait de leur payer. Cet 
incident fait l'objet du rapport suivant de Norbert Corne- 
lissen, portant la date du 19-20 octobre 1809 et transcrit 
dans le même registre : 

« Ces femmes, mères et épouses, remplissent tous les 
» jours la maison de ville en demandant à grands cris 
» l'indemnité qu'elles doivent avoir du chef de leurs époux, 
» gardes nationaux et cette cohue offre quelque chose de 
» triste et de pénible. Il y a dans tout cela quelque chose 
» d'embrouillé où je n'entends rien. 

» Sous le rapport de l'ordre et de la police, ces rassem- 
» blements tumultueux peuvent devenir dangereux. On 
» paye difficilement ces femmes de raisons. Il leur faut de 
» l'argent et pour venir chercher quelques francs qu'elles 
» ne reçoivent pas elles sont de huit à dix jours sans s'oc- 
» cuper de leur travail. » P. C. 



Commerce de tableaux de maîtres anciens, a Gand, 
au commencement du XVIII e siècle. — François- Jacques 
Vanden Berghe et Gilles Vander Vennet, son cousin, étaient 
associés pour le commerce de tableaux, qu'ils faisaient de 
compte à demi, à Gand, à partir de novembre 1705. C'est ce 
que nous apprennent un compte et diverses autres pièces 
récemment trouvés à l'hôtel-de-ville de Gand, parmi des 
papiers de rebut provenant de liquidations de faillites, de 
successions en déshérence, etc. Ces pièces mériteraient une 



- 477 - 

publication intégrale; nous en prenons quelques extraits 
qui suffiront pour en signaler l'importance. 

« S r Oillis Vander Vennet is vertrocken naer Parys den 
21 9 ber 1 705, met de volgende stucken competerende d'heer 
Frans Jaques Vanden Berghe, soo volght, ende gcdestineert 
ofte aengenoemen in companieby denbovenz .S r Gillis Vander 
Vennet op de pryzen gelyck volght : 

Nous trouvons dans rénumération de ces tableaux un 
portrait de Zabagh, par Van Dyck, et « een stuck van 
Rubens zynde D^orville met syne huysvrouioe » le tout évalué 
cent vingt livres, argent de change. Une chasse aux tigres 
de Van Dyck est évaluée £ 100. Un tableau de Rubens 
« het Vagevierken l » est acquis en échange d'un paysage de 
Berchem, d'un tableau de De Wit et Teniers et d'une troi- 
sième pièce. Nous trouvons dans le même relevé : een stuck 
synde een meideken van den fluioeelen Breughel £ 80, et 
diverses autres pièces de De Neef, de Breughel, de Milet, etc. 

A Van Biesum, à Rotterdam, est vendu au prix de 
1715 florins « een stuck van Rubbens, synde de zalige sielen 2 .» 
— Item een portrait synde eenen geestelyken van Rubbens, 
tôt Antioerpen gecocht, au prix de £ 2-11-5. 

Le 26 mai 1707, envoi est fait à Van Biesum, à Rotter- 
dam, de différents tableaux, la plupart tirés de Paris, 
parmi lesquels : 

2 stucken van Beneditto Castigniole £ 300 

Item een stuck van Albano » 400 

Item ttoee stukken van Salvator Rosa . ...» 40 

Twee Bourdons, Lasarus ende David . . . • » 120 

Dans un compte de débours se trouve une dépense de trois 

livres pour port d'un envoi en France, évalué à quatre cents 

« Max Rooses, dans l'œuvre de Rubens. en cours de publication, 
ne renseigne d'autre Purgatoire de Rubens qu'un grand tableau de la 
cathédrale de Tournai. 

» Comparez Max Rooses, n° 94, t. I, p. 111. 



— 478 - 

livres de change, et d'autres sommes pour ports de caisses 
venues de Paris. 

Dans un compte de recettes de 1709, nous rencontrons 
un genre de diminutif que la langue française ne possède 
point. On y renseigne comme vendu à J. de Saedelaer : een 
cleyn wauvermanneken gecomen van Parys; de plus ver- 
cocht aen eenen franschman van Parys ticee stuxkens, het 
eene van broecler van Wauvermans ende het ander van 
Ostade, Peerdekens, H saemen seven ponden wisselgelt. 

Au même compte , le tableau Vénus et Adonis , de 
Rubens, est renseigné comme vendu à Bruxelles au prix 
de mille florins de change 1 . Un autre tableau de Vénus et 
Adonis, de Lievens, évaluée cent florins de change, figure 
dans une liste de tableaux restés en indivis, ainsi que des 
œuvres de Poelenburg, de Rom haut {een Luitspeelder), de 
Wouvermans, de Feyt, de De Brauwer (n. 74. een Brau- 
werken, fl. 100) et d'autres. 

Dans une liste de tableaux que l'associé Vander Vennet 
emporte à Paris, en 1710, avec évaluation donnée par lui, 
se trouvent une Susanne, de Rubens (fl. 120) 2 ; plusieurs 
Poelenburgh (Loth et ses filles, fl. 200 ; Des nymphes au 
bain, fl. 300) ; un Paul Bri-1 (fl. 500) ; une chasse au faucon, 
de Wouvermans (fi. 900), etc. 

Puis, nous rencontrons un « Mémoire des tableaux 
laissez entre les mains de M. de Laporte appartenant à 
Messieurs Vanden Berghe et Vandervene (sic). » La pièce 
est datée de Paris, 4 octobre 1710 et signée de Laporte 3 . 



1 S'agit-il du tableau qui fait aujourd'hui partie de la collection de 
l'Hermitage à Saint-Pétersbourg, et qui a été gravé par Tassaert, 
lorsqu'il appartenait au comte Cobenzl? (voir Max Rooses, n° 691, 
t. II, p. 176). 

2 Sujet traité souvent par Rubens (voir Max Rooses, n os 131 à 136). 

3 « Charpentier ordinaire des bâtiments 'du Roy » d'après une 
autre pièce. 



— 470 — 

Le n° 1 est « un tableau de Van Dyck, représentant une 
descente de croix, emborduré, f. 8000; » le n° 3 « un por- 
trait du dict, représentant luy mesme avec un soleil, f. 900; » 
le n°4 « un autre du dict, représentant le S r Zabacq, f. 500; » 
len° 6 est « un tableau du Poussin, représentant Bersabé et 
David, f.2000 ; » le n° 9 « une Vierge, de Raphaël, de sa pre- 
mière manière, f. G00. » C'est de ce même tableau, semble- 
t-il, qu'il est dit dans une pièce suivante : « compt van 
Morts'' Beaucamp, eersten dansmeester van den honinck. » 
Le dernier n° de cette liste est « La Magdeleine chez le 
farisien de M. Jouvenet, f. 300. » 

Le 18 novembre 1711 est dressée une liste de tableaux 
achetés et négociés, y est-il dit, par Vander Vennet, à Paris, 
pour l'association, et point encore arrivés (à Gand). Nous y 
trouvons : de noodt Gods van Van Dyck comende van den 
ducd'Aumont, lequel est vendu à Van Biesum, avec une 
sainte Justine de Paul Véronèse, provenant du duc d'Or- 
léans, au prix de 10,000 florins de Hollande. Un portrait de 
Van Dyck, par lui-même « met eene sonneblomme » est 
échangé contre un tableau de Jacques Bassan ; un autre 
portrait par Van Dyck, représentant un bourgmestre jus- 
qu'aux genoux, est évalué fl. 900. Nous y trouvons encore : 
« een stuck van Paido Veronese, de famille van Darius ende 
Trhimphe van Alexander, compt van Mons r Burin (?) in de 
Louvre, fl. 1500. 

Le 19 décembre 1711, Vander Vennet part pour la Hol- 
lande, emportant plusieurs tableaux, parmi lesquels des 
Teniers, un Van Baelen et Breughel, un Gérard Dow ; sans 
indication dans cette liste, de sujets, de dimensions, ni de 
prix. 

Dans une autre liste, reparaissent le portrait de Dorville 
et de sa femme par Rubens, évalué <à f. 1200, le portrait de 
Zabagh, par Van Dyck, à f. 800 ; la chasse aux tigres, de 
Van Dyck, à f. 1500. 



— 4S0 — 

Nous avons enfin une reconnaissance émanée de Van 
Biesum qu'il a « van den heer Vanden Berghe gecogt een 
stuck van A. Van Dyck synde de Grafleging, ende een stuck 
van Paulo Verones, saemen f. 10,000. » 

Le 22 septembre 1714, un sieur Germain écrit de Paris 
que Vander Vennet vient d'y faire un troc d'une douzaine 
de tableaux de conséquence. Us auraient été déjà envoyés 
par bateau « n'estoit que la mort du Roy a causé un peu 
« d'embarras chez monsieur de Gourville où sont les 
« tableaux... et comme Mons. de Gourville vient souvent 
« chez luy avec nombre de gens de qualité, monsieur 
« Tebout n'est pas bien aise que quand le maistre y est, l'on 
« travaille à tout cela... » 

Au revers de cette lettre se lit un « Second Mémoire des 
tableaux que le S r Vandre Vene a acquis à Paris. » Pour cette 
seule fois nous avons, en même temps, le sujet, les dimen- 
sions et des évaluations : « un tableau de Valentin repré- 
sentant la prison de saint Pierre de cinq pieds et clemy de 
long sur quatre et demy de haut, f. 600. Quatre tableaux 
du Gouarchin (sic), représentant les quatre pères de l'église 
de quatre pieds et demy sur trois pieds et demy de haut, 
f. 1600, etc. 

En juillet 1716 Germain écrit à Vanden Berghe pour se 
plaindre de n'avoir pas reçu payement de Vander Vennet, 
et Vanden Berghe annote sur la lettre que le 26 juillet 1716 
il a envoyé deux lettres de change de f . 3000. 

Enfin une vente publique de tableaux et de curiosités a 

lieu à Gand, à la requête de Vanden Berghe, en mai 1727. 

On n'en a malheureusement que les noms des adjudicataires 

et les prix, sans description des tableaux. 

D. 



— 4SI — 

Tableaux de Rubens, évalués a Gand en 1668. 
« Gheestimeert deu iiii en 10 briB 1668 ten sterfhuyze van 
dheer Jacques Stoop de naervolgendè schilderyen : 

1. Rubens : Alvooren de verryssenisse 

van de salighe ff 150 (116-13-4) 

2. Rubens : Den val van onzaelighe 

sielen » 50 (51) 

3. Rubens : Den Hertog van Ferrera 

in wapenen » 50 (20) 

4. Rubens : Den Hertog van Saocen. . » 34 

5. Rubens : Een cleynverrysenishen . » 15 
G. Den Satyr van Van Dyck. ...» 12 

Puis différents tableaux de Brouwer, de Langen Jan, de 
Snaeyers, de Achtschellinck, etc. » 

Les chiffres que nous avons mis entre parenthèses sont 
écrits au-dessus de ceux de l'évaluation, qui sont barr< 
peut-être sont ils les chiffres de vente. 

Le document dont ces lignes sont extraites, provient de 
papiers de rebut de l'hôtel-de-ville, récemment triés ; il a 
été déposé avec d'autres, dont nous parlons plus haut, à la 
Bibliothèque de l'Université. D. 



Monnaies circulant en 1818. — On ne se fait guère, 
de nos jours, une idée des complications de compte et des 
pertes de temps qui devaient résulter, à une époque encore 
peu éloignée de nous, des variétés nombreuses de monnaies 
d'origine diverse, ayant cours en notre pays. Et si l'on 
voulait approximativement connaître en quelle proportion 
les diverses monnaies se rencontraient dans la circulatipn, 
les documents manqueraient pour établir à cet égard un 
jugement quelconque. Il nous est tombé sous la main des 
relevés de caisse hebdomadaires, faits par un percepteur de 



— 482 - 

droits de barrière à Saint-Gilles (Brabant) en 1818. Il nous 
a paru intéressant d'en reproduire deux ci-dessous, par 
le.squels se peut voir en quelle proportion les monnaies 
modernes et les monnaies anciennes concouraient dans les 
payements, et combien, parmi celles-ci, il se trouvait d'es- 
pèces différentes : 

In francs 256-00 

Een louis 23-55 

13 palms 75-40 

ôhalfidem 13-75 

In schellingen 265-50 

In luyckx schellingen 13-44 

Een vierde ducaton 1-57 

Indecims 20-00 

669-21 
22 november 1818. 

In francs 353-00 

12 palms 69-60 

9halfiedem 24-75 

In schellingen 201-75 

3 vierdens ducaton 4-71 

In luyckx schellingen 21-84 

Indecims 12-00 

687-65 
29 november 1818. 

D'après ce relevé, notre percepteur recevait des louis, 
des pièces de cinq francs, de deux francs, d'un franc, d'un 
demi franc, toutes comprises sans doute sous l'expression 
in francs; — des pièces valant fr. 5,60 et qu'il appelle 
palms (couronnes?) — des pièces qu'il appelle halve palms 
et dont deux ne valaient pas un entier puisqu'il les compte 
à fr. 2,75; — des escalins de Brabant, ayant encore une 
valeur de 0,75; — des escalins de Liège de 0,56; — des 



— 483 — 

quarts de ducatons de fr. l,r>7; enfin les décimes et demi- 
décimes de la République qui ont eu cours en France jusqu'à 
l'émission de la monnaie de bronze actuelle. - - Nous nous 
étonnons de ne pas rencontrer dans ces relevés, ni lès pla- 
quettes, anciens liards du pays valant deux centimes, ni la 
pièce d'un centime de la République. — Peu d'années plus 
tard les comptes devaient se compliquer des nouvelles mon- 
naies du royaume des Pays-Bas (voir la loi du 28 sept. 1S1G, 
et le tarif annexé à l'arrêté royal du 8 déc. 1824). 



Bibliothèque des écrivains de la Compagnie deJésis. 
par le P. Carlos Sommervogel. Bruxelles, 1800. In- 1 -, 
vol. I. — Il existe un certain nombre de recueils bibliogra- 
phiques se rapportant aux ordres religieux. Presque tous, 
quoique de mérite différent, fournissent, avec plus ou moins 
d'exactitude, des renseignements utiles. La plupart pré- 
sentent ce défaut capital de donner uniquement en latin, et 
en abrégé, les titres de livres écrits en français, en néerlan- 
dais, en allemand et en d'autres langues. Ce procédé déroute 
l'homme d'étude et l'oblige souvent à faire des recherches 
longues et fastidieuses. 

Les ouvrages de Quétif et Échard, de L. Wadding, de 
Cosme de Villiers, de N. de Tombeur sont d'excellents 
livres et leur réputation est parfaitement justifiée. Les 
publierait-on dans les mêmes conditions aujourd'hui ? 

La bibliographie sérieuse a d'autres exigences au 
XIX e siècle. Il n'est plus permis de modifier l'orthographe 
d'un titre de livre, encore moins de le traduire. Les ren- 
seignements doivent être précis, ne laisser place à aucun 
doute. L'indication du format et du nombre des pages 
contribuent à donner une idée de l'importance du livre 
signalé; on ne peut omettre ces détails. Il est encore néces- 
saire de fournir la liste des diverses éditions d'un ouvrage, 
en déterminant en quoi elles se distinguent/ 



- 484 — 

Quand il s'agit, comme pour les jésuites, d'un nombre 
prodigieux d'écrivains, dont les œuvres ont été imprimées 
dans tous les pays et dans toutes les langues du monde, 
et qui ont traité des sujets embrassant l'universalité des 
connaissances humaines, on comprend aisément combien 
l'exécution d'une bibliographie de cette nature suppose de 
travail opiniâtre et de recherches ardues. Pour oser entre- 
prendre un ouvrage, ayant de telles proportions, il faut 
joindre la persévérance à l'érudition la plus étendue ; il faut, 
en outre, pouvoir compter sur des aides officieux dans toutes 
les localités du globe terrestre. 

Les PP. Aug. et Al. de Backer avaient réalisé, en grande 
partie, le programme de ce monument littéraire. La l re édi- 
tion de leur Bibliothèque des écrivains de la Compagnie de 
Jésus, en 7 vol. in-8°, fit sensation ; aussi fut-elle rapidement 
épuisée. La 2 e édition, en 3 vol. in-folio, très augmentée, 
parut dix ans après. On la considérait, à bon droit, comme 
une œuvre du plus grand mérite, comme une édition défi- 
nitive. 

Cependant un travail aussi vaste devait nécessairement 
présenter quelques lacunes. A qui allait être réservé le soin 
de les combler ? 

Le P. Carlos Sommervogel, qui avait déjà été le principal 
collaborateur des PP. de Backer, entreprit courageusement 
cette tâche, ce labeur ingrat. Tout d'abord, il commença par 
établir la liste des auteurs anonymes et pseudonymes; puis, 
il reprit, un à un, les milliers d'articles de cet immense 
répertoire. Il puisa à de nouvelles sources, fit des recherches 
minutieuses dans les dépôts d'archives, dépouilla les revues 
et les journaux périodiques, les inventaires de toutes les 
bibliothèques publiques et privées, fit des démarches, person- 
nellement ou par correspondance, partout où il y avait 
espoir de trouver la rectification d'une erreur ou quelque 
renseignement inédit, et, après 14 à 15 années de patientes 



— 435 — 

recherches, de travail incessant, il est parvenu, avec ce flair 
de bibliophile qui lui est particulier, à édifier le monument 
bibliographique dont le 1 er volume vient de paraître. Cette 
nouvelle édition dépasse de beaucoup, en méthode, eu ponc- 
tualité, en valeur et en science, l'œuvre des PP. de Backer, 
laquelle était déjà elle-même supérieure à toutes les biblio- 
graphies d'ordres religieux. 

Puisse l'exemple donné par le P. Sommervogel porter 
fruit. A quand de nouvelles éditions, plus conformes à la 
science moderne, desBibliothccae des PP. dominicains, béné- 
dictins, franciscains et augustins ? 

Feed. Vander Haeghen. 



Le récit tragique de l'attentat énorme et exé- 
crable DONT L'IDÉE SEULE FAIT FRÉMIR LES ANGES ET LES 

hommes, commis par trois soldats de la garnison de 
Luxembourg, qui ont fait servir la sainte Eucharistie 
au sacrilège'. — Trois impies, quoique catholiques 
(soldats du régiment du prince Salm Salin, général d'artil- 
lerie) avides d'argent pour fournir au jeu et à la débauche, 
vers la Toussaint de l'an 1748, tinrent assemblée pour 
trouver moyen de conjurer le démon de leur en procurer 
pour cette fin. 

Le premier, plus entendu, mais bien éloigné des voies 
droites, prononça : qu'il falloit pour cet effet se servir d'une 
hostie consacrée. Mais les circonstances sacrilèges dont il 
accompagna le récit qu'il leur fit, ne pouvant qu'inspirer 
de l'horreur à tout le monde, on juge à propos de les sup- 
primer icy. (Il ajouta qu'il avait eu cette cognaissance, 
qu'on peut traiter de mystère infernal et diabolique, d'une 

1 Archives du Grand-Duché de Luxembourg. — Couvent du 
Saint-Esprit. — Chronique. 



— 486 — 

femme.) Les deux antres, animés par ce récit à mettre ce 
moyen en œuvre pour se procurer de l'argent, contestèrent 
ensemble comment ils s'y prendraient pour exécuter leur 
abominable projet. 

L'un offre à conjurer le diable pourvu que l'autre luy 
fournisse la sainte hostie. Celui-cy, l'animant au crime, se 
confesse le dimanche suivant et ayant communié dans 
l'église des RR. PP. Jésuites, met la sainte hostie dans un 
mouchoir et la présente à son compagnon. Celui-cy l'ayant 
reçue, ils s'en vont ensemble le même soir dans un jardin 
écarté pour y faire leurs sortilèges. Celui qui avait la sainte 
hostie l'attache à une arbre avec deux épingles. A ce spec- 
tacle son compagnon frémit d'horreur. L'autre, le voyant 
saisi de crainte, le renvoie pour exécuter librement son 
dessein diabolique. Il prend une troisième épingle et perce 
deux fois la sainte hostie, disant à chaque fois : si tu es le 
vrai Dieu, commande au diable de nous apporter de V argent. 

Mais comme le mal ne produit jamais de bien et qu'on 
ne peut, se promettre les faveurs de Dieu ny ses dons,- 
qu'autant qu'ils contribuent à notre salut et que nous 
sommes disposés à en profiter par nos humbles prières, son 
horrible dessein échoua. Il rappelle donc son compagnon 
disant que, pour cette fois, tout était manqué; il reprend la 
sainte hostie, et l'ayant mise dans une de ses poches, ils 
s'en retournent aux casernes et vont prendre leur repos, si 
cependant on en peut goûter dans un si affreux état. En 
effet celui qui avait la sainte hostie, voulant dormir, il 
s'imaginait voir le Saint-Esprit remplir la chambre, accom- 
pagné d'une troupe innombrable d'anges voltigeant autour 
de luy. De telles pensées et un tel spectacle auraient dû le 
faire rentrer en luy-même, mais un pécheur, une fois 
endurci dans le crime, ne tient plus aucun compte, dit 
l'Ecriture, des saintes inspirations, et rien n'est capable de 
le toucher. 



— 487 — 

Ces impies se rendent donc le lendemain au même 
endroit pour recommencer leur barbare projet; niais le 
premier n'ayant pu réussir le jour précédent, c'est à vous, 
dit-il h son compagnon, à éprouver à présent. Celui-ci 
témoigna la même répugnance que le jour précédent, 
d'hazarder un pareil attentat. Enfin, après quelques délibé- 
rations sur ce qu'ils avaient à faire, ils conclurent que le 
dernier ayant déjà reçu l'hostie en communiant, à la solli- 
citation de l'autre, l'avalerait sur le champ, et la luy pré- 
senta avec l'épingle dont iU'avait attachée. 

Mais comme, selon l'Évangile, rien de si caché qui 
n'éclate enfin, leur propre conscience les accusant, dévoila 
leur crime. Caïn, après son meurtre, errait par les cam- 
pagnes en vagabond incapable de repos; et l'auteur du 
sortilège qui avait percé la sainte hostie, était si agité des 
remords que, transi de frayeur, il déclara son crime à un 
autre soldat qui, par un coup de Providence, aigri contre le 
coupable, le dénonça à un bas-officier, qui en informa ses 
supérieurs. 

M. le baron de Kessel, colonel du régiment, très zélé pour 
la gloire de Dieu, fit mettre tous les dénoncés aux fers. On 
tint conseil de guerre, et après une exacte recherche et de 
longues informations, on parvint à la connaissance de toutes 
les circonstances du crime, et les scélérats furent condamnés 
à mort par un arrêt solemnel. 

Celui qui avait suggéré cet énorme attentat, fut condamné 
à perdre la vie par le glaive et les deux autres par le feu, 
avec cette circonstance qu'on coupa le poing droit à celui 
qui avait percé la sainte hostie. 

On leur annonça sans délai la sentence. Le Dieu des 
miséricordes qui ne souhaite la perte du pécheur, fit assez 
cognaître par l'exemple de ces scélérats, que quelque 
infâme que soit le pécheur il ne doit jamais désespérer de 
ses bontés. Il toucha si fortement les cœurs de ces malheu- 
reux, qu'ils se soumirent de plein gré aune mort si cruelle, 



— 488 — 

après s'y être disposés par une entière confession de toute 
leur vie. Plus l'heure du supplice approchait, plus ils 
s'exhortaient à le subir avec patience. 

Le 16 janvier ils furent conduits au lieu du supplice; 
en passant près de l'église des KR. PP. de la Compagnie de 
Jésus, ils firent respectueusement amende honorable, qu'ils 
renouvelèrent encore avant que d'être exécutes, à haute 
voix, en présence de tous les spectateurs. 

On commença l'exécution par celui qui devait être déca- 
pité. Mais, Dieu le permettant peut-être ainsy pour le faire 
souffrir davantage et pour une plus parfaite pénitence, le 
bourreau manqua son coup. Le patient ne laissa échapper 
aucune plainte : mais, fermant les yeux pour signe de la 
douleur qu'il souffrait, il attendit avec patience le second 
coup qui luy ôta la vie. 

Ensuite on coupa le poing à l'autre, qui ne se plaignit pas 
de ce tourment. Après quoi on les conduisit tous deux sur le 
bûcher où ils furent attachés séparément à des poteaux. 
Mais au grand étonnement de tout le monde il arriva que 
celui à qui on avait coupé le poing, étant mal lié, gémit 
fort longtemps dans les flammes où cependant, sans autre 
plainte, il réclamait son confesseur, et presque à demi brûlé 
il sauta hors des flammes, demandant par grâce d'être 
étranglé, mais inutilement ; il fut de nouveau précipité dans 
les flammes, la tête en bas, où il expira d'abord, en pro- 
nonçant les saints noms de Jésus, Marie et Joseph. 

Fasse le Ciel que la gloire de Dieu soit réparée par le 
supplice des coupables. 

Toute la ville, non contente de cette exécution, pour 
réparer la gloire de Dieu si indignement flétrie, résolut 
d'indiquer une procession des plus lugubre, mais en même 
temps des plus solemnelle, quoiqu'il survînt une grosse 
pluie. 

Cependant Son Excellence le comte de Neipperg, mare- 



— 489 — 

chai des armées de Sa Majesté impériale et royale, gouver- 
neur de cette ville, M. le Président avec le Conseil, les 
Révérendissimes abbés de Saint-Maximin et de Munster 
avec tout le clergé régulier et séculier, M. le comte de 
Chanclos, général d'artillerie, tout l'état-major, toute la 
garnison sous les armes, la noblesse de l'un et dé L'autre 
sexe, le magistrat avec toute la bourgeoisie, les écoliers du 
collège conduits par leurs régens assistèrent à cette pro- 
cession, partie en flambeaux, d'autres portant des cierges, 
tous avec une dévotion sensible. 

Cet acte de religion annoncé la veille et le lendemain par 
le son de toutes les cloches de la ville, commença le 21 jan- 
vier vers les sept heures et demie du matin, dans l'église de 
la Compagnie de Jésus, où tout le monde se rendit. Là se fit 
la première amende honorable par le R. P. recteur en aube 
déliée et portant une corde au col. 

De là on marcha, flambeaux éteints, vers l'endroit de la 
profanation. On récita dans la route les sept psaumes 
pénitentiaux, tous les assistants marquant l'horreur qu'ils 
avaient d'un crime, si noir par leurs larmes et leur silence. 

Le Vénérable étant exposé dans l'endroit de la profana- 
tion, le Révérend abbé de Munster fit amende honorable au 
nom de la ville et de tout le Duché. L'arbre fut déraciné et 
porté par deux prêtres au couvent des Dames du Saint- 
Esprit. 

On planta une croix au même lieu. De là la procession 
continua sa marche au son des trompettes, des tambours, 
des timballes et de toutes les cloches de la ville vers l'église 
des Révérends Pères Récollets où on la termina par une 
grande messe, chantée par le R issime abbé de Saint-Maximin, 
suivie de la bénédiction du Très Saint-Sacrement. 

Ainsi tout la ville de Luxembourg s'est signalée pour 
réparer l'honneur et la gloire du Tout-Puissant (pie des 
scélérats avaient entrepris de flétrir... 

33 



— 490 — 

Notre église n'a jamais été plus magnifiquement et plus 
richement ornée et parée jusques à la voûte, et on n'a 
jamais vu tant de noblesses et de monde qu'en cette occa- 
sion, chacun son flambeau à la main, ce qui donna tant de 
fumée que l'on ne voyait point de vitres. 

On assure que l'arbre si solennellement transporté, a été, 
par ordre des supérieurs ecclésiastiques, réduit en cendres 
et enseveli dans les tombes de notre église *. D. 



Le théatke de Lille. — Dès 1351, on trouve des rhéto- 
riciens établis à Lille, où ils jouent La fieste [fuite] des 
enfans Aymery de Narbonne et le jeu de Sainte-Catherine. 
Des documents épars 2 permettent de reconstituer leur his- 
toire depuis le XIV e siècle jusqu'à la fin du XVI e , époque 
à laquelle ils disparaissent à la suite de plusieurs édits du 
Magistrat. Au XVII e siècle, on connaît plusieurs pièces 
représentées par les élèves du collège des jésuites. Il est à 
souhaiter que quelque érudit lillois combine les documents 
que l'on possède sur ce sujet, et fouille, dans le même sens, 

1 L'usage d'inhumer daus les églises a existé jusque sous Joseph II, 
et était cause d'émanations pestilentielles. Comparez Belgique judi- 
ciaire, 1864, p. 113. 

9 Les Annales et le Bulletin du Comité flamand de France ren- 
ferment de nombreux articles sur les chambres de rhétorique de la 
Flandre française, ainsi que les Archives historiques et littéraires du 
Nord delà France, publiées par A. Le Roy et A. Dinaux. Il importe 
également de consulter les excellents travaux de M r L. Petit de 
Julleville sur l'histoire du théâtre français au moyen-âge. Sur Lille, 
en particulier, voir : De La Fons-Mélicocq, Les ménestrels de Lille 
aux "Xl V e -X VI e siècles (Archives historiques et littéraires du Nord 
de la France, 3 e série, t. V, pp. 57-67) ; — G. Jouvenel, Lettre au 
président Yiglius, touchant les rhétoriques qu'on avait voulu faire 
à Lille, 2 août 1561 (Compte-rendu des séances de la Commission 
royale d'histoire, 3 e série, t. IV, pp. 392-394) ; — sur le théâtre de 
Lille au XVII e siècle : Edm. Vander Straeten, La musique aux Pays- 
Bas, t. III, pp. 116-118; — etc. 



— 491 — 

les archives de Lille ; il y a certainement là matière à une 
monographie d'un sérieux intérêt. M r Léon Lefebvre nous 
paraît tout désigné pour s'acquitter de cette tâche, lui qui 
a déjà publié plusieurs notes sur le théâtre de Lille au 
XVIII e et au XIX*" siècles : Tahna dans le Nord; note sur 
sa famille; Véchauffourée des chasseurs de la Vendée (Lille, 
imp. Lefebvre-Ducrocq, 1888; pet. in-8°, IV-33 pp. et 
3 pp» bl.); Le théâtre de Lille il y a cent ans (Lille, imp. 
Lefebvre-Ducrocq, 1889; pet. in-8°, 4G pp. et 3 pp. bl.); 
Un chapitre de Thistoire du théâtre de Lille (Lille, imp. 
Lefebvre-Ducrocq, 1890 ; pet. in-8°, 94 pp. et 1 f. bl:) ; 
Souvenirs de théâtre d'un Lillois (Lille, imp. Lefebvre- 
Ducrocq, 1890; pet. in-8°, VIII-124 pp. et 2 ff. bl.). Ce 
sont d'utiles contributions, non seulement à l'histoire de 
Lille, mais encore à l'histoire générale de l'art dramatique. 
On y trouve, en effet, des renseignements sur beaucoup d'ar- 
tistes célèbres qui ont passé par la capitale de la Flandre 
française. Ceux qui s'intéressent à l'histoire du théâtre à 
Gand, en particulier, liront avec plaisir des détails curieux 
sur l'exploitation de M me Denarelle, qui dirigea concurrem- 
ment les scènes de Gand et de Lille, à la fin du XVIII e siècle 1 . 

M r Lefebvre a trouvé dans le journal lillois, Les Feuilles 
des Flandres, un avis concernant le théâtre de la confrérie 
Saint-Sébastien ; en voici la reproduction, d'après la-copie 
qu'il a bien voulu m'envoyer : 

« Le Serment de Saint-Sébastien de la ville de Gand, 
dans la Flandre autrichienne, donne avis que le privilège 
de la direction du Théâtre de cette ville, pour la présente 
année 1787, est vacant. On exige de celui qui désirera 

1 V. sur l'incident Pécinadé {Le théâtre de Lille il y a cent ans, 
p. 7), le document tiré de la correspondance du Magistrat de Gand, 
que j'ai publié dans le Guide musical, 1887, n° 37. Le comédien 
Henry, dont j'ai donné, au même endroit, une lettre fort curieuse, 
doit, sans doute, être identifié avec celui qui est mentionné dans le 
même opuscule (p. 19). 



— 492 — 

obtenir cette Direction, qui est très avantageuse, qu'il 
puisse prouver sa capacité pour conduire une Troupe et 
choisir de bons sujets qui réunissent les trois genres : la 
Tragédie, la Comédie et l'Opéra. — On pourra s'adresser 
personnellement ou par lettre à M. le Doyen dudit Serment 
à Gand. Il y a toujours six mois d'abonnement pendant 
l'hiver, qui commencent dès les premiers jours d'octobre. 
Le Directeur, pour cet abonnement qui peut rapporter 
3000 livres de France par mois, est obligé de donner 
12 représentations, qui sont fixées tous les dimanches, 
mardis et jeudis, et il lui est libre de faire représenter tous 
les samedis par abonnement suspendu qui, joint à la recette 
journalière, rapporte au moins tous les mois 4000 livres 
tournois. Ces 7000 livres de recette sont assurées, et c'est 
le moins qu'on puisse la fixer, car il est de fait notoire qu'il 
y a des Directeurs qui ont fait 60,000 livres pendant les 
six mois. » Paul Bergmans. 



Encore les armoiries de l'Abbaye d'Alne. — Dans 
la deuxième livraison du Messager des Sciences historiques l 
M. van Spilbeeck affirme que les armes propres ou locales 
de la ci-devant abbaye d'Alne consistaient en une fasce 
d'argent avec trois merlettes en chef, sur fond d'azur. 
A l'appui de son allégation, il invoque, outre une gravure 
du XVI e siècle et un dessin de 1621, le cachet de Dom 
Norbert Herset, dernier abbé de ce monastère, qui fut, 
on le sait, incendié, en 1794, par les troupes de la Répu- 
blique, sous la conduite d'un soldat de fortune qui portait 
à juste titre le surnom de Charbonnier. 

Nous avons sous la main les éléments nécessaires pour 
confirmer l'allégation de M. Van Spilbeeck. Nous allons 
les faire connaître aux lecteurs du Messager. 

> Année 1890, p. 121. 



- 493 - 

L'ancienne Université de Lonvain possédait un collège 
des humanités appelé le Collège de la Sainte -Trinité 
(actuellement le Collège de MM. les Josephites). Chaque 
année les livres à offrir en prix aux élèves de cet établisse- 
ment étaient donnés par le chef de l'une ou l'autre de nos 
grandes abbayes ou par un haut dignitaire ecclésiastique, 
prévôt de chapitre ou doyen de ville. Le donnateur, qu'on 
qualifiait de Mécène, venait ordinairement présider la 
distribution des prix qui réunissait les membres de l'Uni- 
versité et la bonne compagnie Louvaniste, et qui était 
toujours précédée d'une représentation théâtrale. 

Or, en 1734 le Mécène de Vannée du Collège delà Sainte- 
Trinité, était Dom Barthélémy Louant, abbé d'Aine. 
Les livres à être donnés en prix furent reliés en veau aux 
armes de l'abbaye. 

Nous possédons, dans notre Bibliothèque particulière, 
un de ces volumes. Il porte le titre suivant : Histoire 
de la vie et des miracles de Jésus- Christ, tiré de l'histoire 
de l'ancien et du nouveau Testament par le R. P. D. 
Augustin Calmet, abbé de Saint-Léopold de Nancy. A 
Bruxelles, chez Simon t'Serstevens, imprimeur près les RR. 
PP. Dominicains, 1721, in-12°. 

Sur l'une des feuilles de garde de ce volume se trouve 
l'inscription suivante : 

Ex munificentia Amplissimi ac Reverendissimi Domini 
Bartholomsei Louant, celeberrimi Monasterii de Alna 
Abbatis dignissimi. In minori figura octavo Carolo vander 
Haert, Lovaniensi, in Oymnasio SS. Trinitatis Lovanii, 
hac 30 augusti 1734. 

La reliure porte sur le plat les armes de l'abbaye d'Aine 
frappées en or. L'écusson, de forme ovale, se trouve dans 
un cartouche en style Louis XV, surmonté d'une mitre 
et d'une crosse. C'est une fasce accompagnée en chef de 
trois merlettes. L'inscription porte : Abb. B. M. de At.x j 



— 494 — 

(Abbatia Beatœ Matrice, de Alna). Les émaux ne sont pas 
marqués. 

Entre la feuille de garde et le titre du livre on a collé 
une gravure du XVII e siècle, pliée en quatre. La planche 
a 23 centimètres de hauteur et 25 de largeur. Cette planche 
offre également les armoiries de l'abbaye d'Aine. Dans le 
ciel on voit la Sainte-Trinité : à droite Dieu le père por- 
tant le globe, à gauche Dieu le fils tenant la croix; au 
milieu le Saint-Esprit sous la forme de la colombe. Une 
légende porte : S. Trinitas Benedixit. Les armes d'Aine 
occupent en quelque sorte le centre de la planche. L'écus- 
son se trouve dans un cartouche du XVII e siècle, lequel 
est orné au haut comme au bas d'une tête d'ange ailée. 
Sur la tête d'ange, au haut du cartouche, se trouve une 
église couronnée d'une flèche très élevée. A droite de 
l'écusson on observe saint Landelin, fondateur d'Aine, en 
habit de Bénédictin , tenant la main droite à l'église et 
portant dans la main gauche la crosse abbatiale. A gauche 
on remarque saint Bernard, en habit de l'ordre de Citeaux, 
touchant de la main gauche la susdite église et tenant la 
crosse de la main droite. Une légende explique la présence 
de ces deux saints : Has JEdes S. Landelinus fundavit, — 
S. Bernardus acquisivit. Ces figures ont 10 centimètres 
de hauteur. L'écusson est chargé d'une fasce accompagnée 
en chef de trois merlettes. La devise, qui se trouve au bas 
de l'écusson, est : Mansnete liber aliter. 

La planche est signée : Michel van Lochutn, fecit. Ce 
graveur, élève d'Abraham van Meerel, en 1613, travailla 
à Anvers en 1621. Notre planche fut probablement gravée 
pour servir d'entêté et d'illustration d'un poème en l'hon- 
neur de l'abbé d'Aine. Elle fut exécutée sous la prélature 
de Dom Edmond Jouvent, élu le 23 février 1622, mort en 
octobre 1655. 

Louvain, 28 septembre 1890. 

Ed. Van Even. 



495 — 



CHRONIQUE. 



Tapisseries anciennes.- — M. Soil, avocat à Tournai, a publié dans 
les Bulletins delà Gilde de Saint-Thomas et Saint-Luc (Bull. XXII; 
des notes sur de vieilles tapisseries conservées en Allemagne, à 
Quedlinhurg, Halberstadt, Rostock, Goslar, Brunswick et Ilildes- 
heim. Ces tapisseries de la plus haute ancienneté, car elles appar- 
tiennent au XII et au XIII siècles, sont extrêmement intéressantes. 
La notice est accompagnée de quatre planches et de deux gravures 
dans le texte. Les quatre planches sont : 1° un fragment de tapisserie 
de la cathédrale d'Halberstadt, représentant le Christ enseignant, 
entouré d'archanges et d'apôtres ; 2° un fragment de la tapisserie do 
l'histoire d'Abraham, encore à la cathédrale d'Halberstadt; 3" la 
tapisserie dite du philosophe, à la même église; 4° une tapisserie à 
l'aiguille, devant d'autel, encore à la même église. 

Nous devons également à M. Soil une notice-catalogue du Musée 

de peinture et du Musée archéologique de Tournai, inaugurés tous 

deux le 14 septembre 1890, où les remarques historiques valent au 

moins autant que la nomenclature des objets exposés. 

Emile V. 

Jacob van Ruysdael et les paysagistes de l'école de Harlem ' . 
— M. Michel nous donne, sous ce titre, une suite intéressante à son 
étude consacrée à Hobbema et les paysagistes de son temps en Hol- 
lande (voir plus haut p. 114). < Des documents nouveaux, dit-il, dus 
pour la plupart aux heureuses découvertes faites dans les archives 
par M. A. Bredius, nous ont permis de déterminer la filiation 
jusqu'ici assez embrouillée des membres de la famille Ruysdael, et 

i Emile Michel, Jacob van Ruysdael et les paysagistes de l'école 
de Harlem (avec 21 gravures). (Paris, Librairie de l'Art, petit in- 1 », 
92 pp.) 



— 496 — 

d'établir entre les divers artistes qu'elle a produits-, des distinctions 
qu'il est désormais possible de justifier. En même temps des voyages 
réitérés.entrepris pour visiter la plupart des musées et des collections 
privées de l'Europe, nous ont mis à même de connaître les principales 
œuvres du grand paysagiste ; nous avons pu, grâce à des excursions 
plus fréquentes encore en Hollande, et à des séjours prolongés dans . 
la campagne de Harlem, retrouver quelques-uns des lieux où il a 
travaillé et qui lui ont fourni ses meilleures inspirations. » Les 
premières pages sont consacrées à l'école de Harlem et aux prédé- 
cesseurs de Ruysdael. Parmi ceux-ci, Van Goyen arrête le plus 
longtemps l'auteur, qui décrit admirablement son talent : « Le ciel 
et l'eau lui fournissent de précieuses ressources pour exprimer la 
poésie propre à son pays, celle de l'espace et des jeux de la lumière 
qui en modifient à chaque instant les aspects. D'ordinaire le ciel 
remplit les trois quarts des tableaux de Van Goyen et parfois même 
cette proportion est dépassée. Au-dessous de ces grands ciels où se 
meut la troupe légère des nuages, l'eau des fleuves ou des canaux 
réfléchit leurs formes et leur fait écho... » C'est principalement dans 
les grands cours d'eau qu'excelle Van Goyen et qu'il montre toute 
son originalité ; en ces sortes de sujets il est maître, il n'a point été 
dépassé, et jamais il n'en a été traité en meilleurs termes que par 
M. Michel. 

Jacob Ruysdael naquit à Harlem en 1628 ou 1629, c'est-à-dire 
trois ou quatre ans après la date adoptée jusqu'ici. On a, dans un 
acte du 9 juin 1661, sa propre déclaration au sujet de son âge : il se 
déclarait âgé de 32 ans. Salomon van Ruysdael, que l'on considérait 
autrefois comme son frère aine, était son oncle et passe pour avoir 
été son maître. Ses premiers paysages offrent en général des motifs 
très simples, pris aux environs de Harlem. Dans la maturité de son 
talent, il doit avoir visité la Norwège, dont le peintre Everdingen 
faisait alors connaître la beauté. « Sans vouloir égaler à ses paysages 
hollandais les cascades et les motifs norvégiens de Ruysdael, nous 
trouvons dans ces tableaux, dit M. Michel, une précision de détails, 
une variété et un sentiment poétique qui rendent ces interprétations 
de la nature supérieures à celles qu'Everdingen nous a données. 
Gomment avec sa sincérité si scrupuleuse, le maître aurait-il ainsi 
multiplié les images d'un pays qu'il n'aurait point vu?... Peut-être 
à raison du peu de succès qu'obtenaient près de ses contemporains 
ses premiers ouvrages, se décida-t-il à chercher au milieu d'une 



— 497 - 

nature plus accidentée, des sujets qui auraient plus de chance de 
leur plaire... » Malgré son grand talent, sauf Hobbema, il n'eut. pas 
d'élèves. Ses tableaux n'étaient guère recherchés de son temps. Tel 
d'entr'eux, une Marine qu'il aurait de son vivant cédée pour 15 ou 
20 florins, se vendait, à Amsterdam, 200 florins cent ans après sa 
mort, 4000 francs en 1824, 9000 en 1829 et, mise aux enchères 
aujourd'hui, atteindrait, dit M. Michel, trois fois ce chiffre. J. Ruys- 
dael passa les dernières années de sa vie dans une extrême détresse. 
Les membres de la secte des mennonites"à laquelle il appartenait, le 
firent admettre dans un hospice de sa ville natale en se cotisant pour 
payer sa pension. Il y mourut en 1682. 

Au sujet d'un ouvrage de De Wulf sur les coiti meb de 
Flandre. — Nous lisons dans une pièce qui repose aux archives du 
Conseil de Flandre à Gand, qu'en i769 certain Philippe De Wulf, 
pensionnaire de la ville d'Ostende, disait avoir besoin « de tous les 
« décrets interprétatifs rendus sur les coutumes de Flandres > pour 
les insérer dans un ouvrage qu'il se proposait de publier sous le titre 
de « Concordance et discordance générale sur toutes les coutumes 
« décrétées de la Flandre, avec observations de droit et de pratique. » 
Nulle part nous ne trouvons trace de cet ouvrage, qui n'a point été 
publié. S'il existait en manuscrit dans quelque dépôt public ou 
quelque collection privée, comme il n'est pas impossible, il méri- 
terait peut-être, pour les renseignements ou les documents recueillis, 
l'attention de la Commission chargée de la publication de nos an- 
ciennes coutumes. 

Ce Philippe De Wulf est probablement le même que Jacques 
Philippe De Wulf, auteur de YIndex des cinq livres des Placards 
de Flandre, imprimé à Gand chez Goesin en 1766. D. 

Ventes. — On a vendu récemment à la galerie de la rue de Sèze, la 
collection de tableaux de M. E.May. Cette vente a produit 500,060 fr. 
Il y a eu des enchères extraordinairement élevées. Signalons parmi 
les Corot : Le Pont Saint-A.nge à Rome, mesurant 32 centimètres en 
hauteur sur 45 en largeur, a été poussé à 21,100 francs; La Femme 
du Pêcheur, mesurant 23 centimètres en hauteur sur 35 en largeur, 
adjugé 13,700 francs; La Rochelle, hauteur 26 centimètres, largeur 
39 centimètres, 12,100 francs; Le Cabaret, hauteur 23 centimètres, 
largeur 35 centimètres, vendu 15,700 francs; Dunherque, hauteur 
32 centimètres, largeur 45 centimètres, 6,600 francs; Saint- G cor y? s 

* 



— 498 — 

hauteur 28 centimètres, largeur 40 centimètres, vendu 5,100 francs ; 
Gênes, 700.0 francs ; Le Palais des papes à Avignon, 7,100 francs ; 
La Seine à Rouen, 7,000 francs; Saintry, 12,000 francs; Lac de Ge- 
nève, vendu 10,000 francs ; Port de Bordeaux, 10,100 francs ; 
Environs de Saint Malo, 5,800 francs; Grand Canal à Venise, 
10,200 francs ; L'Entrée du village, 10,500 francs; Marine, 10, 100 fr.; 
Comme on peut le voir par les quelques mesures données tous ces 
tableaux de Corot sont de très petites dimensions. C'est la première 
fois, qu'on voit des œuvres de cette importance de ce maître obtenir 
des prix aussi élevés. 

Des pastels de J. I. Millet se sont également bien vendus. Le 
Vigneron, vendu 17,600 fr. ; Berger et son troupeau, pastel qui 
avait été payé 400 fr., à Millet, a été adjugé 29,600 fr.; La Fin de la 
journée, adjugé 25,000 fr. ; la Plaine, 8,900 fr. ; la Méridienne, 
11,300 fr., ce pastel avait été payé 250 fr., à Millet; Gardeuse d'oies, 
7,350 fr. ; Les défricheurs, 4,400 fr., le Chat,- 4,950 fr. 

Signalons parmi les autres œuvres : l'Absinthe, par Béraud, 
3,150 fr.; La Vieille Route, par Cazin adjugé 5,900 fr.; Effet de lune, 
par le même 5,100 fr. ; L'Étang, par le même, 6,300 fr. ; Théocrite, 
5,900 fr. ; Cabanes : Clair de Lune, 3,200 fr. ; Marais en Hollande, 
3.150 fr. Toutes ces œuvres de Cazin ont dépassé les estimations de 
l'expert. Un petit tableau, par Degas, Leçon au foyer, a été payé 
8000 fr. ; Répétition d'un ballet sur la scène, pastel de Degas a été 
payé 8,400 fr.; Femme à la guitare, par Manet, 3,000 fr. ; Une 
minuscule étude, par Meissonier, mesurant 8 centimètres sur 6, a 
été payée 5,500 fr. Les œuvres de Claude Monet n'obtiennent pas 
encore des enchères bien élevées : La Roche-Guyon, 1,250 fr. ; 
Bateaux en Hollande, 1,500 fr. ; La Seine à Vetheuil, 1,750 fr. ; 
Bateaux de plaisance, 1,880 fr.'; Le Déjeuner, œuvre assez impor- 
tante par Raffaeli, 2,100 fr. 

Cette collection comprenait également quelques tableaux anciens : 

Vue de Venise, par Canalette, 7,000 fr. ; Portrait d'un pasteur 

protestant, par P. de Champaigne, 7,000 fr. ; la Marchande de 

poissons, 11,000 fr. ; Portrait d'homme, par Hans Holbein, 13,000 fr. ; 

Portrait d'un magistrat, par Largillière, 4,300 ; Portrait de Van 

Goyen, 7,200 fr. 

— Le 13 juin 1890 a eu lieu à la galerie Sedelmeyer à Paris, la 
vente aux enchères de la belle collection Prosper Crabbe ; cette 
vente a produit 1,589,900 francs. Voici quelques enchères : 

Tableaux modernes : Delacroix, Chasse au tigre, 76,000 francs ; 



— 499 — 

Corot, Le Matin, 63,000 francs ; le Soir, 60,0^0 francs; Diaz, Les 

Mendiantes, 27,500 francs ; J. Dupré,- La Forêt, 25,000 francs ; 
Fromentin, Une halte de cavaliers, 42,000 francs ; Moissonier, Le 
Guide, 177,000 francs; Le Billet doux, 43,500 francs : Molière lisant, 
35,000 francs ; Millet, Une famille de paysans, 20,500 francs ; La 
plaine de Barbison, 13,600 francs; Stevens, Ophélie, 29,100 francs; 
Fédora, 15,000 francs; Le Masque japonais, 15,000 francs ; Troyon, 
Le Garde-chasse et ses chiens, 40,000 francs; Dipurt i»>nr le 
marché, 65,000 francs; La Vache blanche, 85,000 francs. 

Tableaux anciens : Rembrandt, Portrait d'un amiral, 10(>.r»< '< > 
francs; Frans Hais, Le Joueur de violon, 46,500 francs; Nattier, 
Portrait de M me de Flesselles, 75,000 francs ; Largillière, Bossuet et 
le grand Dauphin, 20,000 francs; Paul Potter, Les Pourceaux, 
32,200 francs ; Rubens, La Sainte Famille, 112,000 francs; Portrait 
de dame, 25,000 francs; Le martyre de Saint-Liévin, 27,500 francs; 
Greuze, Tête déjeune Fille, 17,500 francs ; Guard, La fête de Bucen- 
taure, 16,000 francs, etc. 

— A la vente des tableaux du duc de Somerset, la Ferme, de 
Paul Potter, a été adjugée 6090 livres sterling. 

— Le 8 juillet 1890, plusieurs tableaux de Courbet vendus à 
Bruxelles ont rapporté 40,000 francs. 

La Vague, 15,000 fi\, adjugé à M. Otelet; Un Portrait de Juliette, 
10,000 fr., à M. Vermeulen ; La Roche, 10,000 fr., à M. Yermeulen ; 
La Dormeuse, 5,000 fr., à M. Rolan. 

— Lors de fouilles faites près de la cathédrale de Vérone, pour la 
construction d'un égoùt, on a trouvé une grande statue de Minerve^ 
en marbre blanc, entière et en parfait état de conservation. 



500 



NÉCROLOGIE. 



._.(■<- 



M. Mergaert, artiste-peintre, né à Handzame, est mort à Bruges 
en janvier 1890. Il fit ses premières études à l'école de dessin de 
Roulers, sous la direction de Horrie Deckmyn. Plus tard il remporta 
le prix de Rome et après avoir fait de nombreux voyages se fixa 
définitivement à Bruges. Mergaert excellait à peindre des portraits. 
Sa grande toile, représentant les Martyrs chrétiens au Colysée de 
Rome, qui lui valut tant d'éloges et les félicitations de Gallait, appar- 
tient à l'église de son village natal. 

Noterman (Zacharie), né à Gand, est mort à Paris au mois de jan- 
vier 1890, à l'âge de soixante-dix ans. Ses tableautins qui représen- 
taient le plus souvent des scènes de la vie des animaux,' surtout des 
singes, ou des sujets du genre amusant, ont eu en leur temps une 
grande vogue. 

Capeinick. (Jean), le peintre de fleurs gantois, bien connu, est mort 
à Schaerbeek lez Bruxelles, le 11 février 1890, à l'âge de cinquante- 
deux ans. 

de Haerne (Mgr Désiré), né à Ypres le 4 juillet 1804, d'une ancienne 
famille de l'Artois, est décédé à Bruxelles le 22 mars 1890. Il fit ses 
humanités dans sa ville natale, puis sortit du séminaire de Gand à 
dix-neuf ans, pour devenir successivement professeur aux collèges de 
Gand, de Gourtrai et de Roulers, et vicaire à Moorslede. A l'âge de 
vingt-six ans, il fut député par Roulers au Congrès national, et fut 
ensuite élu repi'ésentant. En 1833, il résigna son mandat, pour 
fonder avec d'autres prêtres, un collège à Gourtrai. En 1844, Courtrai 
l'élut membre de la Chambre des représentants. Il occupa ce poste 
jusqu'à sa mort. Mgr de Haerne était non seulement un politique 
éminent mais un homme de bien; pendant sa longue carrière, il 
s'occupa de toutes les questions d'intérêt intellectuel et matériel, et 



— 501 - 

il se dévoua à l'œuvre de l'instruction des sourds-muets, 11 pai'vin! 
à fonder des asiles pour eux tant en Belgique qu'aux Indes, en Ai 
terre et en Amérique. A part de nombreux écrits de polémique dans 
les journaux conservateurs des premières années qui suivirent la 
Révolution belge de 1830, Mgr de Haerne écrivit plusieurs ouvra 
de linguistique, et fut dans ces dernières années collaborateur actif 
du Messager. Mgr de Haerne était chanoine titulaire de Bruges, 
docteur en théologie, prélat domestique de S. S., grand cordon do 
l'ordre de Léopold, décoré de plusieurs autres ordres. 

Le comte Borluut d'Hoogstraete (Melchior), est décédé à Gand 
le 15 avril 1890. En lui s'éteint une des plus anciennes famill 
noh*e Flandre, dont le nom figure avec éclat dans l'histoire nationale. 
Son ancêtre Jean Borluut commandait le contingent gantois à la 
célèbre bataille des Éperons d'or en 1302. 

Le chanoine Van Weddingen, aumônier de la Cour, philosophe 
et poète, membre de l'Académie royale de Belgique, né à Wetteren, 
est mort à Bruxelles le 7 août 1890, à l'âge de quarante-neuf ans. 

Verlat (Charles), peintre, directeur de l'Académie de Beaux- Arts 
à Anvers, est mort au mois d'octobre, à l'âge de soixante-six ans, 
dans cette ville où il est né. Élève de De Keyser, il cultiva dès 
l'âgé de dix-sept ans tous les genres et eût beaucoup de succès. 
En 1847, il alla à Paris où il resta environ vingt ans. Pendant plusieurs 
années il fut professeur de peinture et directeur de l'Académie de 
Weimar, et dirigea l'Académie d'Anvers depuis sa réorganisation 
en 1885. Citons parmi ses œuvres : Gérard Dow dans l'atelier de 
Rembrant, Godefroide Bouillon à l'assaut de Jérusalem, des Buffles, 
des Renards, Chien et Chat, Un Loup, Une Sainte Famille, Un 
Jour de Deuil, Barabas, Repos de la Sainte Famille. 

ScHELER'Aug.) le D r , professeur à l'Université de Bruxelles, biblio- 
thécaire du comte de Flandre, né le 5 avril 1819 dans le canton de 
Saint-Gall, en Suisse, est mort à Bruxelles à la fin de novembre 1890- 
Il fit ses études en Allemagne, et vint en Belgique vers 1839. C'était 
lin linguiste fort distingué ; il laisse entre autres : Essai linguistique 
sur les éléments germaniques du dictionnaire français ; Diction- 
naire d'étymologie française. Il était membre de l'Académie royale 
de Belgique. 

Ruelens (Ch.),un des conservateurs de la Bibliothèque royale, est 
décédé inopinément au mois de décembre 1890. Né à Molenbeek le 



— 502 — 

22 mai 1820, il était attaché à la bibliothèque depuis le 31 dé- 
cembre 1850 et spécialement chargé des manuscrits. M. Ruelens 
possédait une mémoire extraordinaire ; il parlait et il écrivait 
plusieurs langues. Il était très érudit et très savant, son ouvrage 
Annales Plantiniennes en collaboration avec De Backer en est une 
preuve. Il y a deux ans, il fut chargé d'aller en Angleterre avec 
M. le baron Kervyn de Lettenhove pour y acquérir les fameux 
codices que renfermait la riche et précieuse- bibliothèque de sir 
Philips, bibliophile célèbre mort à Cheltenham. Ce voyage le 
fatigua beaucoup et ébranla sa santé qui depuis ne s'est jamais 
remise. Il avait passé par le journalisme et fut chroniqueur à 
l' Universel en 1860 sous la rédaction en chef du baron de Haulleville ; 
il passa au Courrier de Bruxelles où il publia pendant plusieurs 
années des Menus-propos hebdomadaires sous le pseudonyme de 
Zozime. 

Feue sa femme, Louisa Stappaerts, a publié divers romans élégam- 
ment écrits sous le pneudonyme de Caroline Gravière. 

Dupont (Auguste), pianiste de talent et compositeur, est mort à 
Bruxelles au mois de décembre 1890, à l'âge de soixante-trois ans. 

Robert, artiste peintre, gendre de Madou, est mort à Bruxelles le 
13 décembre 1890; il était né à Trazegnies le 27 février 1817. 
Il peignit avec succès le portrait et l'histoire. Il y a de lui au Musée 
de Bruxelles Charles Quint au monastère de Saint-Just. 

Lambeaux (Jules), jeune peintre de talent, qui avait commencé à 
s"affirmer à l'Exposition universelle de Paris et au dernier Salon de 
Gand, est mort subitement dans son atelier. Il était âgé de trente- 
deux ans. 

Dôllinger (Johan-Jozef-Ignaz), fameux théologien et historien 
allemand, né à Bamberg en 1799, est mort à Munich le 10 janvier 1890. 

L'abbé Ducrost, chanoine d'Autun, professeur de géologie à Lyon, 
connu par ses importants travaux sur les temps préhistoriques, est 
mort au mois de janvier à l'âge de cinquante-six ans. 

Salviati (Antonio), le restaurateur de l'industrie verrière à Venise, 
est mort en cette ville, en février 1890, à l'âge de soixante-quatorze 
ans. D'abord avocat, il s'adonna ensuite au travail du verre, et spé- 
cialement de la mosaïque, genre XVI e et XVII e siècle, et établit une 
verrerie à Murano près de Venise. 



— 503 — 

Deschamps de Pas (Louis-François-Joseph', ingénieur en chef 
honoraire des ponts et chaussées, né à Saint-Omer en 1816, y mourut 
le 1 er mars 1890; membre correspondant de l'Institut et d'un grand 
nombre de commissions scientifiques, il était également secrétaire- 
général de la Société des Antiquaires de la Morinie et a laissé 
travaux assez nombreux sur l'histoire, l'archéologie et la numisma- 
tique, entre autres une histoire de Saint-Omer. 

Ambert (le général Joachim-Marie, baron', né en 1804, mort à 
Paris le 31 mars 1890, s'est fait connaître par de nombreux ouvrages, 
tant sur les sciences historiques que sur l'art militaire. 

Le D r Campbell (Marinus-Andreas-Gerardus', directeur de la 
Bibliothèque royale de la Haye, est mort à l'âge de soixante-et-onze 
ans, au mois d'avril 1890. C'était un bibliophile des plus distingués. 

Robert Henry (Joseph), peintre très distingué, né à Cologne, de 
parents français en 1797, est mort à Paris le 5 mai 1890. Élève de 
Girodet, de Gros et de Vernet, il devint lui-même chef d'école. 11 a 
été directeur de l'École des Beaux-Arts à Paris et de l'Académie de 
France, à Rome. Il y a de ses travaux à Versailles, au Luxem- 
bourg, etc. 

L'Épinois (Henri-Charles-Ernest de Buchère, comte de), écrivain 
français, né à Senots (Oise) en 1831, est mort à Cadenel (Hérault), le 
15 juillet 1S90. Ancien élève de l'École des Chartes, il classa les 
archives de Compiègne et publia de nombreux travaux (v. P'olybi- 
blion, 1890, p. 175). 

Toulmouche (Auguste), peintre de genre, né à Nantes en 1829, est 
mort à Paris le 16 octobre 1890. Ses tableaux sont très appréciés; il 
a plusieurs fois exposé au Salon de Gand. 

Schliemann, le célèbre archéologue, est mort tin décembre 1890, 
à Naples, où il passait pour se rendre en Grèce. Il était né en 1822 
à New-Buckow, dans le Mecklembourg-Schwerin ; il quitta le com- 
merce qu'il avait d'abord exercé et s'engagea, à Hambourg, comme 
mousse à bord d'un bâtiment en partance pour le Venezuela. Ce 
bâtiment échoua sur les côtes de l'île de Texel; Schliemann malade, 
fut recueilli à l'hôpital d'Amsterdam, et entra, après sa guérison, 
dans une grande maison de commerce de celte ville. Tout en 
s'acquittant des devoirs de sa profession, il apprit les langues 
anglaise, française, hollandaise, espagnole, italienne, russe, et fut 



— 504 — 

envoyé comme représentant de sa maison à Saint-Pétersbourg, où il 
fit fortune en peu de temps. 

Ses fonctions l'amenèrent à faire de nombreux voyages en Suède, 
en Danemark, en Italie, en Egypte, en Syrie et en Grèce. Ces 
voyages, et la connaissance qu'il avait acquise de la langue grecque, 
éveillèrent de plus en plus sa curiosité et la tournèrent vers les 
choses de l'antiquité et, en particulier, de l'antiquité grecque. Il 
quitta de nouveau le commerce, cette fois pour se consacrer tout 
entier aux études et aux voyages. Après avoir fait le tour du monde, 
il visita Corfou, Ithaque, la Morée et les côtes de l' Asie-Mineure. Là, 
il voua toute son attention et toutes ses recherches au théâtre des 
luttes des héros d'Homère. 

Ce fut à ses frais, en compagnie de sa femme, une Grecque, et à la 
tète de cent cinquante ouvriers qu'il étudia, de 1870 à 1882, le terrain 
d'Hissarlik et y retrouva les vestiges de six villes superposées. Il 
crut avoir découvert les restes de l'antique Uion dans la seconde de 
ces ruines amoncelées. Il envoya à Berlin les trésors archéologiques 
qu'il y mit au jour; ils y formèrent la section du musée ethnogra- 
phique qui porte actuellement son nom. 

En 1876, il découvrit les restes de l'Acropole de Mycène ; en 1881 
et en 1885, ceux de Tyr. En 1871, il s'était établi à demeure à Athènes. 

Il a décrit ses voyages et ses découvertes dans plusieurs ouvrages 
qui portent les noms des villes et des pays qui ont été l'objet de ses 
recherches et de ses fouilles. 

Il laisse deux enfants, Agamemnon et Clytemnestre 1 . 



1 Voir la biographie de Schliemann dans le Messager 1888, par 
Rahlenbeck. 



— 505 



TABLE DES MATIÈRES, 



ANNEE 1890. 



NOTICES ET DISSERTATIONS. 

Notice sur le local de la Confrérie de Saint-Georges à Gand, de 
1381 à 1796. — Par Paul Voituron 1,124 

Le collège Saint-Norbert à Rome. — Par I. V. S 25 

Les Seigneuries du pays de Malines ; Keerbergen et ses Sei- 
gneurs. — Par J. Th. de Raadt 40,158,283 

Anciennes Tombes et Épitaphes de l'Hospice de Wennemaer 
à Gand. — Tar Robert Schoorman 65 

Archives gantoises. — VI. — Notes sur les papiers conservés 
dans les combles de l'hôtel de ville. — Par V. Vander 
Haeghen 73 

Deux fonctionnaires de l'ancien régime. — Par Gallet-Miry. 77 

Un dernier mot concernant les armoiries de l'abbaye d'Aine. 
— Par I. Van Spilbeeck 121 

A propos d'un récent travail sur Juste Lipse. — Par les 
auteurs de la Bibliotheca Belgica 147 

La répression du vagabondage en Flandre au XVI e siècle. — 
Par Gallet-Miry 180 

Quelques notes sur l'ancien calendrier flamand. — Par Werner 
de Haerne 186 

Quelques détails historiques se rapportant à la bataille de 
Fleurus, 1622. — Par Dés. van de Casteele 197 

A propos de la restauration du château des Comtes. — Par 
Robert Schoorman 207 

Le Bourreau de Gand. — Par Prosper Claeys. . . . 241, 391 



— 506 — 

Analectes belgiques. — Par Paul Bergmans 263,420 

La transposition du clavier par Jean Galle — 1626-1635. — 

Par D. van de (Jasteele 308 

L'administration provinciale en Flandre, sous les périodes 

espagnole et autrichienne. — Par Gallet-Miry . . . 319, 444 
Le Psautier de Guy de Dampierre. — XIII e siècle. — Par 

Joseph Destrée 377 



VARIETES. 

Les Loteries et les Tombolas, d'autrefois. — Par P. C. . . . 82 

Banquets des Echevins. — Par P. C . 87 

Les Boucles de Souliers sous la première République. — Lettre 

inédite. — Par F. Vcrgey 91 

Au sujet du Château des Comtes à Gand 95 

Un autographe de H. Crumpipen. — Par C te de K 98 

Une fille de Ryhove. — Par Paul Fredericq 101 

L'incendie du château de Beauraing. — (Indépendance.) . . 105 
Origine du marché aux fleurs de la place d'Armes. — Un horti- 
culteur gantois, peintre et marchand de tableaux. — Par P. C. 21 1 
L'arbre de la liberté à Gand. — Par chev. J.-F.-X. Diericx. 214 
La statue de Charles -Quint. — Par chev. J.-F.-X. Diericx . 215 

Jacobs Hessels 216 

Ordonnances de Louis de Nevers, comte de Flandre, relatives 

à la fabrication des draps. — Par L. St 217 

Observation d'un physicien au sujet de la conservation des 

tableaux sur toile. — Par 222 

Vente de porcelaines en 1788. — Par Dés. van de Casteele . 223 
Rapport sur le projet de restauration de la Halle aux draps à 

Gand, présenté au conseil communal par M. Wagener . . 227 

Chanteurs publics au XVI siècle. — Par P. C. 340 

Pénalité curieuse pour fraude industrielle. — Par P. C. . . 344 
Note sur un manuscrit des Archives du Chapitre de Pise. — 

Par Armand d'Herbomez 347 

Le baron Jean-Charles-Antoine de Saint-Génois. — Par D. . 349 

Du calcul de certains délais, en langue flamande. — Par D. . 351 

Une lettre de Marie de Bourgogne, au Parlement de Malines. 354 
Albert, comte de Berg, marquis de Berg-op-Zoom. — Par 

J. Th. de Raadt 356 

Registre criminel de Douai (1531-1534). — Par H. van der 

Linden 359 

Interrogatoires au sujet de propos hérétiques, 1583. — Par 

V. V. H. . 360 



— 507 — 

Sentence capitale rendue contre un hérétique en 1582. — Par 

V. V. H 364 

Une lettre de Conscience à P. -A. Lentz. — Par Paul Berg- 

mans 3G5 

Les gamins au siècle dernier. — Troubles à l'académie en 1768. 

— Par P. C . . . . . . .408 

Les chanteurs publics sous l'empire. — Par P. C 471 

Commerce de. tableaux de maîtres anciens, à Gand, au commen- 
cement du XVIII» siècle. — Par D 476 

Tableaux de Rubens, évalués à Gand en 1668. — Par D. . . 481 

Monnaies circulant en 1818. — Par D 481 

Bibliothèque des écrivains de la Compagnie de Jésus, par le 

P. Carlos Sommervogel. — Par F. Vander Haeghen . . . 483 
« Le récit tragique de l'attentat énorme et exécrable dont l'idée 
seul fait frémir les anges et les hommes, commis par trois 
soldats de la garnison de Luxembourg, qui ont fait servir la 

sainte Euchariste au sacrilège. » — Par D 485 

Le théâtre de Lille. — Par Paul Bergmans 490 

Encore les armoiries de l'abbaye d'Aine. — Par Ed. Van Even 492 



CHRONIQUE. 

Gérard Mercator. — Par Paul Bergmans 109 

Registres des enquêteurs de saint Louis . — Par Paul Bergmans 1 10 
Correspondance du comte de Mercy-Argenteau. — Par Paul 

Bergmans • 111 

Les sceaux par Lecoy de la Marche ..111 

Van Schooubeke en h et Maagdenhuis van Anhverpen . . . 112 

Quatre siècles de gravure sur bois 113 

Hobbema et les paysagistes de son temps en Hollande . . . 114 

Les Communes françaises à l'époque des Capétiens directs. . 115 

Divers 115 

La bataille de Courtrai. —Par Paul Bergmans 232 

Littérature latine et histoire du moyen-âge. — Par Paul 

Bergmans 233 

Le précepteur de Philippe IL — Par Paul Bergmans . . . 234 

Le prix des tableaux 235 

L'angelus de Millet 23o 

Les gravures 236 

• Collection d'antiquités 237 

Beaux-Arts -°' 

Lettre de Marie Stuart 238 

Meubles de prix 2 ^9 



— 508 — 

Commission pour la publication des anciennes lois et ordon- 
nances. — Traduction des ordonnances. — Par D. . . . 239 
Copernic et Galilée devant l'Université de Louvain. — Par D. 210 

Beaux-Arts. — Le prix des tableaux 369 

La diplomatie française et la succession d'Espagne, par A. Le- 

grelle. — Par Emile V 373 

Académie royale de Belgique. — Concours pour 1891 . . . 374 

Tapisseries anciennes. — Par Emile V 495 

Jacob van Ruysdael et les paysagistes de l'école de Harlem. — 

Par D 495 

Au sujet d'un ouvrage de De Wulf sur les coutumes de Flandre 497 

Ventes ..." 497 



NECROLOGIE. 

M. Mergaert 500 

Noterman (Zacliarie) . . 500 

Capeinick (Jean) 500 

de Haerne (Mgr Désiré) 500 

Borluut d'Hoogstraete (comte Melchior) 501 

Van Weddingen (chanoine) 501 

Verlat (Charles) 501 

Scheler (Aug.) le D r 501 

Ruelens(Ch.) 501 

Dupont (Auguste) 502 

Robert 502 

Lambeaux (Jules) 502 

Dôllinger (Johan-Jozef-Ignaz) 502 

Ducrost(abbé) 502 

Salviati (Antonio) 502 

Deschamps de Pas (Louis-François-Joseph) 503 

Ambert (le général Joachim-Marie, baron) 503 

Le D r Campbell (Marinus-Andreas-Gerardus) 503 

Robert Henry (Joseph) 503 

L'Épinois (tlenri-Charles-Ernest de Buchère) comte de . . . 503 

Toulmouche (Auguste) 503 

Schliemann 503 

ï*l»nclies. 

Le local de la Confrérie de Saint-Georges à Gand 1 

Armoiries de l'abbaye d'Aine 121 

Le Psautier de Guy de Dampierre. XIII e siècle (2 planches) 386, 389 



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