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Full text of "Origine et formation de la langue française"

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iANGUES iOÉHilES. 



Upsaia Univ. Bibiiotek 



ORIGINE ET FORMATION 



CE LÀ 



LANGUE FRANÇAISE. 



PARIS. IMPRHIERIE DE J.-B. GROS ET DONNAUD, 
RUECASSETTE, 9. 






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ORIGINE ET FORMATION 

DE LA 

LANGUE FRANÇAISE, 

PAR 

A. DE CHEVALLET. 



Verùm animo satis h'ic vestigla parva sagaci 
Sunt, per quae posait cognoscere caetera tutè, 
(Ldcr. lib. I.) 



SECONDE ÉDITION 

OUVRAGE DONT LA PREMIÈRE PARTIE A OBTENU, A L'INSTITUT, 

LE PRIX VOLNEY, EN \ 850 ; 

ET LA SECONDE PARTIE, l'uN DES PRIX GOBERT, EN 1858. 



TOME PREMIER. 




PARIS 

CHEZ^.-B. DUMOULIN, LIBRAIRE, 

QUAI DES AUGUSTINS, \Z. 

CHEZ L'AUTEUR, RUE DE RENNES, 2. 
M DCCC LVIIl. 



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TABLE MÉTHODIQUE. 



p«g. 

Liste des principaux textes cités et des abréviations les plus nécessaires 

à faire connaître m 

Préface Xii 

Corrections à faire dans ce volume xii 

PROLÉGOMÈNES. 

Aperçu historique sur les langues qui ont été parlées successivement 
entre le Rhin et la Loire i 

PREMIÈRE PARTIE. 

ÉLÉMENTS PRIMITIFS DONT s'eST FORMÉE LA LAN&UE FRANÇAISE. 



INTRODUCTION A LA. PREMIERE PARTIE. 

Considérations générales sur la nature, les proportions et la fusion des 
éléments qui constituèrent la langue d'oïl ; moyen d'utiliser ces don- 
nées pour suppléer à l'insuffisance des documents relatifs aux pre- 
mières époques de notre histoire. 41 

CHAPITRE PREMIER. 

ÉLÉMENT LATIN. 

Sect. I. — Observations concernant la marche suivie dans les études 

qui font l'objet de ce chapitre 7T 

Sect. II. — Serments de [Louis le Germanique et des soldats de 

Charles le Chauve, monument du ix' siècle 78 

Texte et traduction de ces serments 85 

Sect. III. — Cantilène en l'honneur de sainte Eulalie, monument du 

x« siècle 86 

Texte et traduction de cette cantilène 88 

Sect. IV. — Lois de Guillaume le Conquérant, monument du xi« siècle. 90 

Texte et traduction de ces lois 96 



vr TABLE. 

Pag. 

Sect. V. — Glossaire étymologique des monuments en langue d'oïl 
antérieurs au xii® siècle, savoir : les Serments de 842, la Cantilène 
en l'honneur de sainte Eulalie et les lois de Guillaume le Conqué- 
rant ' 123 

Sect. VI.— Statistique des mots contenus dans les trois monuments 
antérieurs au xii® siècle, d'après les langues auxquelles ces mots 
doivent leur origine 197 

CHAPITRE II. 

ÉLÉMENT CELTIQUE. 

Sect. I. — Observations concernant la marche suivie dans les re- 
cherches qui font l'objet de ce chapitre 200 

Sect. II. — Recueil des mots de la langue d'oïl qui sont d'origine 
celtique 203 

CHAPITRE III. 

ÉLÉMENT germanique. 

Sect. I. — Observations concernant la marche suivie dans les re- 
cherches qui font l'objet de ce chapitre. ........... 262 

Sect. II. — Recueil des mots de la langue d'oïl qui sont d'origine 
germanique. 266 

Sect. III.— Mots de la langue d'oïl qui se trouvent à la fois dans plu- 
sieurs idiomes germaniques et dans plusieurs idiomes celtiques . . 470 



LISTE 
DES PRINCIPAUX TEXTES CITÉS 

ET DES ABRÉVIATIONS 

LES PLUS NÉCESSAIRES A FAIRE CONNAITRE. 



Acad. — Dictionnaire de l'Académie française, 6« édit.,. Paris, 1835 ; 2 vol. in-4o. 

Adam, drame anglo-normand du xii« siècle, publié par M. Victor Luzarche, Tours, 
1854, in-8o. 

Amyot, Les amours pastorales de Daphnis etChloé. Bouillon, 1T74. 

Ane. — Ancien ou anciennement. 

Ass. de Jér. — Assises de Jérusalem, publiées par M. le comte Beugnot, Paris, 
1843;2 vol. in-fol. 
— Les mêmes, publiées par M. Victor Foucher, Rennes 1839, in-S». 

Basse lat. — (Basse latinité. Les ouvTages auxquels on doit recourir à cet égard 
sont du Gange : Glossarium ad scriptores mediœ et infimœ latinitatis, éd. des Bé- 
nédictins de Saint-Maur, Paris, 1733-1736 ; 6 vol. in-fol. — Nouvelle édition, 
publiée par G.-A.-L. Henschel. Paris, 1840-1850; 7 vol. in-40. — Carpentier: 
Glossarium novumad scriptores medii œvi. Paris, 1766; ^vol. in-fol.) 

BoNivARD, Adevis et devis des lengues, traité de philologie composé en 1563 (pu- 
blié par M. Bordier) , Paris, 1 849, in- 8". 

Branche des royaux lignages, chronique métrique de Guillaume Guiart, insérée 
dans les tomes VII et VIII de la collection des Chroniques nationales françaises, 
publiée par J.-A. Buchon. Paris, 1828 in-8». 

Bret. — Breton (Les ouvrages auxquels on doit recourir pour cet idiome sont : Lé 
Gonidec, dictionnaire breton-français, auquel se trouve jointe la grammaire bre- 
tonne du même auteur, édition de M. Ch. Hersart de La Villemarqué , Saint- 
Brieuc, 1847, in-4°. — Dictionnaire français-breton du même, enrichi d'addi- 
tions et d'un essai sur l'histoire de la langue bretonne, par Ch. Hersart de La 
Villemarqué, Saint-Brieuc, 1847, in-4o. — Troude. Dictionnaire français et 
celto-brcton, Brest, 1843, in-80.) 

Champollion-Figeac. Mélanges de la Collection des documents historiques pu- 
bliée par le Gouvernement, in-4'', Paris. Le tome IV, qui a paru en 1849,. con- 
tient la Passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ et la Vie et Passion de saint 
Léger, en langue d'oc du x« siècle. 

Chans. de Roi. — Chanson de Roland ou de Roncevaux, du xii» siècle, publiée 
pour la première fois par Francisque Michel, Paris, 1837, in-8'. —La même, 
édit. de M. F. Génin, Paris, 1850, in-8°. 

Chansons de Thibault IV, comte de Champagne et de Brie, toi de Navarre,, Reims, 
1851, in-8<>. 



VIII LISTE DES OUVRAGES CITÉS 

Chants historiques français depuis le XII" jusqu'au XVIII» siècle, avec des noti- 
ces et une introduction, par Leroux de Lincy. Paris, 4841, 2 vol. in-12. 

Chastoiement (le) d'un père à son fils, traduction en vers français de l'ouvrage de 
Pierre-Alphonse. Paris, 1824, petit in-S". 

Chevalerie (la) Ogier de Danemarche, par Raimbert de Paris, poëme du XII« siè- 
cle, publié par M. J. Barrois. Paris, 1842, in-4". 

Chevalier (le) au Cygne et Godefroid de Bouillon, poëme historique, publié par le 
le baron de Reiflenberg. Bruxelles, 1846, 2 vol. 

Chroniques anglo-normandes. Recueil d'extraits et d'écrits relatifs à l'histoire de 
Normandie et d'Angleterre pendant les XI« et XII« siècles, publié par Francis- 
que Michel. Rouen, 1836-1840, 3 vol. in-8". 

Chron. de du Guescl. — Chronique de Bertrand du Guesclin, par Cuvelier, trou- 
vère du xiv« siècle, publiée par E. Charrière, Paris, 1839; 2 vol. in-4". 

Chron. de Jord. Fanf. — Chronique de Jordan Fantosme, imprimée à la suite 
de la Chronique des ducs de Normandie, et publiée par Francisque Michel. 

Chron. des ducs de Norm. — Chronique des ducs de Normandie, par Benoît, 
publiée par Francisque Michel, Paris, 1844; 3 vol. in-4". 

CoMMiNEs. Mémoires de Philippe de Commines, faisant partie du Choix des 
chroniques et mémoires sur l'histoire de France, publié par J. A. C. Buchon, 
Paris, 1836, grand in-S». 

Conseil [le) de Pierre de Fontaines, nouvelle édition, publiée d'après un ma- 
nuscrit du xni« siècle, etc., par M. A.-J. Marnier, Paris, 1846, in-8». 

Corn. — Comique ou Cornouaillais, idiome anciennement usité dans la Cor- 
nouailles anglaise. (Recourir pour cet idiome au dictionnaire pubUé par Pryce 
dans son Archceologia Cornu-Britannica, Sherbone, 1790, in-8°, et republié 
d'une manière plus correcte par M. Zeuss dans sa Grammatica Celtica.) 

Coutumes [les) du Beauvoisis, par Philippe de Beaumanoir, jurisconsulte français 
du xiii<= siècle, publié par M., le comte Beugnot, Paris, 1842 ; 2 vol. grand in-S". 

Diplom. cart. — Diplomata, cartse, epistolae, leges, etc., ad res gallo-francicas 
spectantia, nunc nova ratione ordinata ; éd. de M. Pardessus, 1. 1 et II, Paris, 
1843-1849. 

Dolopathos. (Voyez li Romans de Dolopathos.) 

Esp. — Espagnol. 

EsTiEKNE (Henri). Dialogues du langage françois italianisé, Paris, 1579. 

Fables inédites des xu% xni= et xiv sè^c/es, publiées par M. Robert, Paris, 1826; 
2 vol. in-S". 

Fabliaux et contes des poètes françois... publiés par Barbazan; nouvelle édition, 
augmentée et revue sur les manuscrits de la Bibliothèque impériale, par 
M. Méon, Paris, 1808; 4 vol. in-S". 

Fell. Rerum anglicarum scr^ptorum, t. I, Oxonise, 1684, in-fol. 

Flore et Blanceflor, publié Par Immanuel Bekker, Berlin, 1844. — Floire et 
Blancheflor, pubUé par M. Edelestand Du Méril dans la collection Jannet,. 
Paris, 1835, in-12. 

Froissart. Ses Chroniques, éd. de J. A. C. Buchon, Paris 1835; 3 vol. grand 
in-8". 

Gall. — Gallois. (Recourir pour cet idiome à Owen. Bictionary of the welsh 
language explained in english, London, 1793-1803; 2 vol. in-4", seconde édi- 
tion, Dembig, 1832.) 



ET DES ABRÉVIATIONS EMPLOYÉES. ix 

6ARLANDE. Dictionnaire de Jean de Garlande, imprimé à la suite de Paris sout 
Philippe le Bel. (Voir ce dernier ouvrage.) 

Galtier d'Aupais. Le Chevalier à la Corbeille, fabliau du xiii" siècle, publié par 
Francisque Michel, Paris, 1835. 

Gerars de Viane, publié par Immanuel Bekker, dans la préface de der Roman 
von Fierabras, Berlin, 1829. 

Holl. — Hollandais. 

Histoire générale et particulière de Bourgogne, etc., par un religieux bénédictin, 
Dijon, 1739 ; 4 vol. in-fol. preuves. 

Histoire de Cambray et du Cambrésis, par Jean Le Carpentier, 1664 ; 2 vol. 
preuves. 

Irland. — Irlandais. (Les ouvrages auxquels on doit recourir pour cet idiome 
sont : O'Reilly. An irish-english dictionary, Dublin, 1817, in-4° — Mac-Curtin. 

The english-irish dictionary, Paris, 1732, in-8°.) 

Isidore de Séville. Ses œuvres complètes, éd. de Jacques du Breuil, Paris, 
1601, in-fol. 

JoiNviLLe. La vie de saint Louis, par Jehan, sire de Joinville, Paris, 1761, in-fol. 

L. de Guill. — Lois de Guillaume le Conquérant, insérées dans cet ouvrage, 
première partie, p. 94-121. 

Laid'Havelok,faT Geoffroi Gaimar, publié par Francisque Michel, Paris, 1833. 

Lai d'Ignaurès, en vers du xni» siècle, par Renaut, suivi des Lais de Melion et 
du Trot, en vers du xni' siècle ; publié par L. J. N. Monmerqué et Francisque 
Michel, Paris, 1832. 

Lai de Mellon, voy. Lai d'Ignaurès. 

Loi du Trot, voyez Lai d'Ignaurès. 

Lais inédits des xne et xin^ siècles, publiés par Francisque Michel, Paris et Lon- 
dres, 1836, in-8°. 

Lang. d'oc. — Langue d'oc. (Recourir pour cet idiome au Dictionnaire de la 
langue romane de M. Raynouard et au Dictionnaire provençal français ou Dic- 
tionnaire de la langue d'oc ancienne et moderne de S. J. Honnorat, Digne, 
1847, 3 vol. in-i"). 

Lang. d'oïl. — Langue d'oïl. ( Les ouvrages auxquels on doit recourir pour cet 
idiome sont : Rocquefort, Glossaire de la langue romane, Paris, 1808, 2 vol. 
in-8°. Supplément au Glossaire, 1820; 1 vol. in-8°. — Borel, Dictionnaire 
des termes du vieux français, Paris, 1730, in-fol., se trouvant à la suite du 
Dictionnaire de Ménage, édition de Jault. — Carpentier, Glossarium novum ad 
scriptores medii œvi, Paris, 1766; 4 vol. in-fol — Sainte-Palaye. Glossaire des 
termes du vieux français, manuscrit conservé à la Bibliothèque impériale, dé- 
partement des manuscrits, 10557, G.). 

Lésine — La fameuse Compagnie de la Lésine, Paris, 1604; deux tomes en un 
volume petit in-12. 

Livre des métiers. — Règlements sur les arts et métiers de Paris, rédigés au 
xine siècle, et connus sous le nom du Livre des métiers d'Etienne Boileau,, 
publiés par M. Depping, Paris, 1837, in-4°. 

Livre des Rois. — Les quatre livres des Rois traduits en français du xii* siècle, 
publiés par M. Leroux de Lincy, Paris, Imprimerie royale, 1841, in-4''. 

Livre de Job, publié par M. Le Roux de Lincy et imprimé k la suite du Livre 
des Rois, (Voir l'indication de ce dernier ouvrage.) 



X LISTE DES OUVRAGES CITÉS 

Le Livre du roy Modus et de la royne Racio, éd. de M. Elzéar Blaze, Paris-, 

1839, in-8°. 
Li livres de jostice et de plet, public pour la première fois par Rappetti, avec un 

glossaire par P. Chabaille; Paris, 1830, in-i». 
Mar. de France — Poésies de Marie de France, publiées par B. de Roquefort, 

Paris, 1820; 2 vol. in-8°. 
Marot. OEuvres complètes de Clément Marot, publiées chez Repilly, Paris 1824; 

3 vol. in-8°. 
Marcellus Empiriccs. De medicamentis empiricis, etc. inséré dans Medici priti' 

cipes, de Henri Estienne. 
Montaigne. Les Essais, Paris, 1652, in-fol. . 

Mort {la) de Garln de Loherain, poème du xn« siècle, publié par M. Edelestand 

du Méril, Paris, 1846, in-8°. 
NicoT. Dictionnaire français-latin, 1606, in-fol. 
Nouv. rec. de contes. — Nouveau recueil de contes, dits, fabliaux et autres pièces 

inédites des xin=, xiv« et xv« siècles, publié par Achille Jubinal, Paris 1839; 

2 vol. in-8°. 
Nouveau recueil de fabliaux et contes inédits des poètes français des xu, xiii, 

XIV, et xv« siècles, publié par Méon, Paris, 1823; 2 vol. in-8°. 
Otfrid. Traduction des Évangiles en langue tudesque, publiée par Schilter dans 

son Thésaurus antiquitatum teutonicarum, t. II. (Voir Schilter, ci-après.) 
Paris (Paulin). Les Manuscrits français de la Bibliothèque du roi, Paris, Té- 

chner, 1836-1842; 7 vol. in-8°. 
Paris sous Philippe le Bel, d'après des documents originaux, et notamment 

d'après un manuscrit contenant le rôle de la taille imposée sur les habitants 

de Paris en 1292, publié pour la première fois par H. Géraud, Paris, 1837, in-4?. 
Parton. de Blois. — Partonopéus de Blois, publié par M. Crapelet, Paris, 1834; 

2 vol. in-8». 
Pasquier (Est.). Les Recherches de la France, Paris 1611, in-4''. 
Passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ, en langue d'oc du x» siècle, publiée par 

M. Champollion-Figeac dans le tome IV des Mélanges de la Collection des 

documents historiques. 
Prov. — Provençal. 
Rabelais. OEuvres de F.. Rabelais, Paris 1835; chez Ledentu, libraire-éditeur, 

quai des Augustins, n° 31 ; grand in-8°. 
Rom. — Roman. Cette ancienne langue de la France se subdivisait en deux 

idiomes, celui du nord ou langue d'oïl, et celui du midi ou langue d'oc. (Voir 

ces expressions chacune k sa place.) 
Phil. Mocskes. Chronique rimée de Philippe Mouskes, publiée par le baron 

Reiffenberg, Bruxelles, 1836-8. 2 vol. supplément. Bruxelles, 1843. 
Proverbes et Dictons populaires, avec les dits du Mercier et des mardiands, et 

les crieries de Paris aux xiii« et xiv* siècles, publiés par G. A. Crapelet,, 

Paris, 1831, grand in-8<'. 
Reiffenberg. Monuments pour servir à l'histoire des provinces de Namur, de 

Hainaut et de Luxembourg, recueillis et publiés pour la première fois par le 

baron de Reiffenberg, t. I, Bruxelles, 1844, in-4°. — Ce volume comprend : 

^° le Cartulaire de Notre-Dame de Namur (1200-1328); 2" Chartrier de Namur 

(1092-1323); 3" Cartulaires de Hainaut (1071-1347). 



ET DES ABRÉVIATIONS EiMPLOYÉES. xî 

Roman [le) du comte de PoîtierSy en vers du xiii« siècle, publié par Francisque 

Michel, Paris, grand in-8°. 
Romans d'Alixandre {Li) par Lambert li Tors et Alexandre de Bernay, publié par 

M. Michelant, Stuttgart, 1846. 
Romans de Raoul de Cambrai et de Bernîer {Li), publiés par Edw. Le Glay, Paris, 

1840, in-8''. 
Roumans {Li) dou cMstelain de Coucy et de la dame de Fayel, publié par G. A. 

Crapelet, Paris, 1829. 
Roman de Horn, publié par Francisque Michel, Paris, 1837, in-S". 
Roman de la Manekine par Philippe de Rcimes, publié par Francisque Michel, 

Paris, 1840, in-4"'. 
Roman de Mahomet, en vers du xni« siècle par Alexandre Du Pont, et livre de 
la Loi au Sarrazin, en prose du xiv« siècle, par Raymond LuUe, publiés par 
MM. Reinaud et Francisque Michel, Paris, 1831, grand in-8». 
Roman {le) du saint Graal, T^uhWé par Francisque Michel, Bordeaux, 1841, in-8''. 
Roman des sept Sages de Rome, en prose, publié par Le Roux de Lincy, k la 
, suite de l'Essai sur les fables indiennes et sur leur introduction en Europe, 

par A. Loiseleur-Deslongschamps, Paris, 1838, in-S". 
Roman de la Violette ou de Gérard de Nevers, en vers du xni' siècle, par Gibert 

de Montreuil, publié par Francisque Michel, Paris, 1834, in-S". 
Rom. de Berte — Li Romans de Berte aus grans pies, publié par M. Paulin 

Paris, de la Bibliothèque du roi, Paris, 1836, in-12. 
Rom. de Brut. —-Le Roman de Brut, par Wace, publié pour la première fois 

par M. Le Roux de Lincy, Paris, 1836-, 2 vol. in-8''. 
Romans de Garin le Lofierain {Li), publié par M. P. Paris; Paris, 1833-1835, 

2 vol. grand in-12. 
Romans {li) de Bolopathos, publié pow la première fois en entier par MM. Charles 

Brunet et Anatole de Montaiglon, Paris, 1856. 
Roman de la Rose {Le), publié par M. Méon, Paris, 1814; 4 vol. in-S". 
Roman de Rou (Le), par Robert Wace, poëte normand du xu" siècle, publié par 

M. Frédéric Pluquet, Rouen, 1827; 2 vol. in-8<'. 
Le Roman du Renart, publié par M; D. M. Méon, Paris, 1826; 4 vol. in-S". — 
Le Roman du Renart, supplément, variantes et corrections, publié par P. Cha- 
baille, Paris, 1835, in-S». 
Romancero françois, par M. Paulin Paris, de l'Académie des inscriptions et belles- 
lettres, Paris, Téchener, 1833, in-S». 
RoMVART. Notices et extraits de manuscrits inédits des bibliothèques de Venise, 
de Florence et de Rome, relatifs à riiistoire littéraire de la poésie romane du 
moyen âge,fsir M. Adelbert Relier, Mannheimet Paris, 1844, in-8". 
RcTEBEUF. CEuvres complètes de Rutebeuf, trouvère du xhi« siècle, recueillies et 
mises au jour pour la première fois par Achille Jubinal, Paris, 1839 ; 2 vol. in-S". 
Rymer {Thomas). Fœdera, Conventiones, Litterœ, etc., MDCCXLV, in-fol. 
Sainte-Eulal. — Cantilène en l'honneur de sainte Eulaliè, insérée dans cet ou- 
vrage, première partie, p. 86-88. 

Selden. Eadmeri monachi Cantuarensis historiœ in lucemexbïbliotheca Cot- 

toniana emisit Joannes Seldenus, Londres, 1633, in-fol. 
Serm. l. —Serment de Louis le Germanique, inséré dans cet ouvrage, première 
partie, p. 83. 



xii OUVRAGES CITÉS ET ABRÉVIAT. EMPLOYÉES. 

Serm. IL — Serment des soldats de Charles le Chauve, inséré dans cet ouvrage, 

première partie, p. 84. 
Serm. de S. Bern. — Choix de sermons de saint Bernard, publié par M. Le Rouï 

de Lincy et imprimé à la suite du Livre des Rois. (Voir l'indication de ce dernier 

ouvrage.) 
TATiA:i. — HarmoniœEvangeHorum,éàit. Schnieller, Viennse, 1841, in4°, p. 33. 
Th. fr. au moyen âge.— Théâtre français au moyen âge, publié d'après les ma- 
nuscrits de la Bibliothèque du roi, par MM. L.-J.-N. Monmerqué et Francisque 

Michel, Paris, 1839, grand in-8''. 
Trév. — Dictionnaire universel français et latin de Trévoux, Paris, 1771 ; 8 vol. 

in-fol. 
Teistan. — Recueil de ce qui reste des poèmes relatifs à ses aventures, publié 

par Francisque Michel, Londres, 1835 ; 2 vol. petit in-S". 
Tournoiement de l'Antéchrist (le), par Huon deMery. Reims, 1851, in-8°. 
Tud. — Tudesque. (Les ouvrages auxquels on doit recourir pour cet idiome sont 

Graff. Althochdeutscher Sprachschatz der Worterbuch der althochdeutschen 

Sprache, Berlin, 1834-1842; 7 vol. in-4''. — Schilter, Thésaurus antlquitatum 

teutonicarum, cum notis Georg. Sceerzii, Ulmœ, 1727-1728; 3 vol. in-fol. 
Vers sur la mort, parThibauddeMarly, seconde édition, Paris, 1833, grand in-8'. 
Vie de saint Thomas de Conterbury, publiée par Francisque Michel et imprimée 

à la suite de la Chronique des ducs de Normandie. (Voir l'indication de ce 

dernier ouvrage.) 
Vie et Passion de saint Léger, en langue d'oc du x" siècle, publiées par M.Cham- 

pollion-Figeac dans le tome IV des Mélanges de la Collection des documents 

historiques. 
ViLLEHARDouiN. Conquêtc de Constantinople, éd. de M. P. Paris» de l'Académie 

des inscriptions et belles-lettres, Paris, 1838, in-8». 
Villon. OEuvres de maistre François Villon, corrigées et complétées d'après 

plusieurs manuscrits qui n'étaient pas connus, etc., par J. H. R. Prompsault, 

Paris, Téchener, 1832, in-8<'. 
Voy. de Charlem. à Jér. — Roman du Voyage de Charlemagne k Jérusalem, 

publié par M. Francisque Michel, Londres, 1836, in-12. 
WiLKiNs. Leges anglo-saxonicœ ecclesiasticœ et civiles, accedunt leges Edwardi 

latinœ, Guilielmi Conquestoris gallo-normanicœ... éd. David Wilkins, Londini, 

1721, in-fol. 



CORRECTIONS A FAIRE DANS CE VOLUME. 

Page 31 , ligne 9, connaissancr ; lisez connaissance. 
Page 54, ligne 17, supprimez mitaine. 
Page 225, ligne 30, fiançais ; lisez français. 
Page 232, ligne 18, Rutebonf; lisez Rutebeuf. 



PRÉFACE 



Le siècle dernier, adonné à l'étude des spéculations phi- 
losophiques, a presque épuisé les questions de langage 
qui sont du domaine de la logique ; le nôtre, éminemment 
doué de l'esprit d'investigation et de critique, semble s'être 
proposé d'écrire l'histoire particulière des principales lan- 
gues et de les comparer entre elles. Il est difficile d'aller 
plus loin que du Marsais, Condillac et Beauzée dans l'ana- 
lyse philosophique de la parole. Mais on ne saurait en dire 
autant des historiens du langage ; bien qu'on doive leur 
tenir compte des heureuses tentatives qu'ils ont faites de- 
puis un certain nombre d'années, il faut avouer que leur 
tâche n'est point encore suffisamment remplie. 

Pour ne parler ici que de notre langue française, le haut 
degré de culture où elle est parvenue, et la faveur générale 
dont elle jouit en Europe, lui ont justement mérité de de- 
venir l'objet des études rétrospectives de plusieurs savants, 
non-seulement en France, mais encore à l'étranger et sur- 
tout en Allemagne. Malgré ce glorieux privilège, on est 
obligé de reconnaitre qu'il reste encore bien des lacunes 
dans son histoire. C'est une de ces lacunes que je veux es- 
sayer de combler, celle qui doit principalement attirer l'at- 
tention, parce qu'elle se présente la première dans l'ordre 
des temps, et que les recherches nécessaires pour la remplir 
doivent plus particuhèrement être fécondes en résultats 
utiles et intéressants. 

Quelle a été V origine de la langue française, et comment 
sa formation s'est-elle opérée ? Cette question complexe ne 



XIV PRÉFACE. 

saurait être pleinement résolue que par la solution de plu- 
sieurs questions particulières qu'elle renferme. On peut, 
en effet, demander quels furent les divers éléments qui 
entrèrent dans la compositon de notre langue ; quelles fu- 
rent les circonstances historiques qui mirent ces éléments 
en présence ; en quoi, comment et dans quelles proportions 
chacun d'eux concourut à la formation du nouvel idiome ; 
quelles sont les lois qui présidèrent à leur fusion ; quelles 
sont enfin les transformations qu'ils eurent à subir, et par 
suite desquelles ils en vinrent à constituer la langue de nos 
pères. 

Je ne crois pas trop présumer démon sujet en pensant 
qu'un examen satisfaisant de ces différentes questions peut 
présenter un véritable intérêt à tous ceux qui s'occupent de 
l'histoire de la parole, et particulièrement à ces esprits dé- 
sireux de percer l'obscurité des siècles, qui demandent au- 
jourd'hui à l'étude comparée des langues la clarté néces- 
saire pour pénétrer dans la nuit oh se dérobent à nos yeux 
les premières époques de la vie des nations et les premiers 
débuts de la civilisation naissante. 

« Tout peuple peut s'analyser par sa langue, dit avec 
raison un écrivain de nos jours \ Dans une étude appro- 
fondie des divers idiomes, on retrouverait toutes les his- 
toires. Si Buffon a pu dire, le style, c'est l'homme, il est 
vrai d'ajouter : la langue, c'est la nation. Oui, si les con- 
temporains nous avaient laissé ignorer les guerres cruelles, 
les migrations des peuples, les mélanges et les confusions 
de races d'où sont à la fin sorties les nations modernes, les 
philologues découvriraient la trace de ces vicissitudes 
dans les langues qui ont conservé la trace ineffaçable 
de ces inondations et de ces incendies de l'histoire. De 

• Les Ruines morales et intellectuelles , méditations sur la philosophie et 
l'histoire^ par M. A. Nettement; Paris, 1841, in-8°, p. 302. 



PRÉFACE. XV 

même que les naturalistes reconnaissent les catastrophes 
du globe dans les différentes couches de terre, de rochers 
et d'argile ; de même un esprit analytique parviendrait à 
distinguer dans la langue d'un peuple les Tlifférentes cou- 
ches de langues étrangères qui constatent les catastrophes 
des empires. » 

Je ne me bornerai point à déterminer d'une manière 
générale quelles sont ces diverses couches, mais j'exa- 
minerai en détail quels sont les éléments que renferme 
chacune d'elles, c'est-à-dire quels sont les mots que nous 
devons aux Celtes, aux Romains, aux Francs, et quels sont 
les divers ordres d'idées auxquels se rattachent ces diffé- 
rents mots . 

Peut-être ces données, que j'ai tâché de rendre aussi 
complètes que possible, pourront-elles servir à jeter une 
lumière nouvelle sur les mœurs de ces peuples, sur leurs 
usages, sur leurs habitudes, sur leurs occupations, sur 
leur caractère, sur leurs idées dominantes, sur leurs rap- 
ports mutuels, et enfin sur l'influence plus ou moins consi- 
dérable que chacun d'eux a pu exercer sur notre esprit na- 
tional . 

Par suite de l'invasion germanique, la Gaule se trouva 
replongée dans une barbarie peu différente de celle d'oti 
l'avait retirée le génie des Romains; mais cette barbarie ne 
fut heureusement que passagère. Au bout de quelques siè- 
cles, la nation, dissipant les ténèbres qui l'entouraient, en 
sortit jeune^ vigoureuse et régénérée. Si, au moment du ré- 
veil de la société, on observe les modifications qui se sont 
accomplies dans le langage pendant cette période de 
transformation, on y remarque une rénovation complète. 
Le latin, qui était devenu la langue dominante dans les 
Gaules , a laissé pénétrer dans son vocabulaire, dans sa 
grammaire et dans sa prononciation, un certain nombre de 



XVI PRÉFACE. 

termes^ de tournures et de consonnances provenant de l'i- 
diome des Gaulois et de celui des conquérants germani- 
ques. Presque tous les mots, soit latins, soit latinisés, ont 
tellement été altérés et déformés qu'ils se trouvent trans- 
formés en de tout autres mots. Beaucoup d'entre eux ont 
passé à des significations fort éloignées de celles qu'ils 
avaient autrefois. Les procédés dont se servait la gram- 
maire latine pour marquer les genres, les nombres , les 
personnes, les temps, les modes et les divers rapports qui 
existent entre les idées, ont fait place à des procédés tout 
nouveaux et fort différents de ceux qu'employait la langue 
de Virgile et de Cicéron. 

En étudiant avec attention ces divers changements, il 
est facile de se convaincre qu'ils ne sont point le résultat 
du hasard ou d'un aveugle caprice, mais que tous se sont 
accomplis en vertu de certaines lois constantes, et qu'ils 
ont suivi une marche fixe et régulière. La linguistique doit 
rechercher quelles sont ces lois et quelle est cette marche, 
afin d'en déduire des conséquences générales propres à 
nous enseigner comment un idiome quelconque peut exer- 
cer certaines influences sur un autre idiome parlé en même 
temps dans la même contrée; comment et par quelles 
causes une langue peut s'altérer, se corrompre, se décom- 
poser, comment enfin sa décomposition peut donner nais- 
sance à un ou plusieurs idiomes différents. 

Cet ouvrage comprendra deux parties correspondant aux 
deux ordres de faits que je viens de signaler. La première 
partie aura pour objet l'examen des éléments primitifs qui 
entrèrent dans la composition de la langue française ; la 
seconde partie traitera des modifications qu'éprouvèrent 
ces éléments pour arriver à former un nouvel idiome. 



ORIGINE ET FORMATION 



DE L\ 



LANGUE FRANÇAISE. 



PROLÉGOMÈNES. 



APERÇU HISTORIQUE SUR LES LANGUES QUI ONT ÉTÉ PARLÉES 
SUCCESSIVEMENT ENTRE LE RHIN ET LA LOIRE. 

Dans les siècles les plus reculés où les traditions historiques 
puissent nous permettre de remonter, nous trouvons deux 
races distinctes se partageant inégalement la vaste étendue de 
pays comprise entre le Rhin, les Alpes, la Méditerranée, les 
Pyrénées et l'Océan. La première de ces deux races était la 
gauloise, beaucoup plus nombreuse que l'autre et occupant 
presque toute la contrée j la seconde était composée d'Ibères 
qui, sous le nom d'aquitains, habitaient la portion de pays 
comprise entre la Garonne et les Pyrénées. A une époque pos- 
térieure, bien que fort ancienne, d'autres /6è/'e^, appelés Ligu- 
res, sortirent de TEspagne, envahirent la partie méridionale 
du territoire des Gaulois et s'étendirent le long des côtes de 
la Méditerranée, où ils se mêlèrent avec les indigènes; plus 
tard encore (600 avant J.-C), des Grecs, obligés de s'expa- 
trier pour éviter le joug des Perses, partirent de la Phocide et 
1* I 



2 PROLÉGOMÈNES. 

vinrent fonder quelques établissements dans le pays occupé 

parées mêmes Ligures. 

Lorsque César parut dans la Gaule, la population qui l'ha- 
Litait pouvait être considérée comme formant trois peuples 
différents. Entre les Pyrénées et la Garonne étaient les Aqui- 
tains^ comme nous l'avons dit; entre le Rhin au nord, la Seine 
et la Marne au midi, étaient les Belges ; au centre se trouvaient 
les Celtes, dont le pays s'étendait entre les frontières de la Bel- 
gique et celles de l'Aquitaine'. Nous devons toutefois faire 
observer qu'une partie des Belges s'étaient répandus dans la 
Celtique, entre l'embouchure de la Seine et celle de la Loire, 
sur toute la côte de l'Océan à laquelle on donna le nom d'Ar- 
morique*. Dans cette classification ne sont comprises ni les 
colonies grecques, ni la Narbonnaise, qui appartenait déjà 
aux Romains, ni quelques tribus germaniques qui avaient de- 
puis peu franchi le Rhin, et s'étaient établies sur la rive gauche 
de ce fleuve. 

* Gallia est omnis divisa in partes très, quarum unam incolunt BeîgcB, 
aliam Aquitani, tertiam qui ipsorum lingua Celtœ^ nostra Galli appellantur. 
Hi omnes lingua, institutis, Icgibus intcr se differunt. Gallos ab Aquitanis 
Garumna flumen, a Belgis Matrona et Sequana dividit. (César, De bello 
Gallico, lib. I.) 

ci [x.ir,)> Zr), Tpiyrj Zi^pouv , Axoul'Tavoù; xal Bih/sii xaAoûvTîj xat K^Araj. (StrabOD, 

liv. IV; Recueil des historiens de France, t. I, p. 4.) 
Celtarum quae pars Galliœ tertia est. (Tite-Live, liv. V, ch. xxxiv.) 
Temporibus priscis cum laterent hae partes ut barbarae, tripartitae fuisse 
creduntur; in Celtas eosdem Gallos divisae, et Aquitanos et Belgas. (Am- 
mien Marcellin, liv. XV, ch. xxvn; Collect. script, lat. vefer., t. II, p. 427.) 

* Msrà Se tx Xiy6é'/T<x SOvyi , rà iomà hûy&v èsrh êdvin , twv Ttaptaxsuvn&v • Stv 

oùévszoï //.sv els'iv oi vKLi/ic<x>îffavT£î irphi Ksciaapx. (Strabon, liv. IV; Recueil des 
historiens de France, t. I, p. 27.) 

nayswxiavîTrî, dans ce passage de Strabon, paraît être la traduction du 
celtique armorik, adjectif formé de ar, sur, auprès, et de mor, mer. Ce mot 
a donné Armorica, l'Armorique. 

Voir, sur l'origine et les migrations des Armoricains, l'Histoire des Gau- 
lois de M. Amédéc Thierry, éd. 1844, Introd,, p. Ixij. 



PROLÉGOMÈNES. 3 

Les trois peuples avaient chacun un idiome particulier, 
mais avec cette différence que ridiome des Aquitains ressem- 
blaitbeaucoup à celui des Ibères d'Espagne, etnullement à ceux 
qui étaient usités chez les Belges et chez les Celtes, tandis que 
les idiomes de ces deux dernières familles différaient assez 
peu entre eux, et pouvaient être considérés comme des dia- 
lectes de la même langue'. C'est cette langue à laquelle on 
donne généralement le nom de celtique, désignation peu 
exacte, puisqu'elle semble ne s'appliquer qu'à une seule des 
deux familles gauloises. Nous l'adopterons toutefois, attendu 
que l'usage l'a définitivement consacrée. 

Le celtique fut donc la première langue parlée en deçà de la 
Loire, dans cette portion de pays où se forma plus tard la 
langue d'oïl, dont l'un des dialectes, celui de l'Ile-de-France, 
est enfin devenu notre langue française. Nous aurons à exami- 
ner les éléments celtiques qui peuvent se trouver dans la 
langue d'oïl; mais nous n'aurons à nous occuper ni de la 
langue grecque des Phocéens, ni de la langue ibérienne des 
Aquitains. Les uns et les autres étaient trop éloignés des pro- 
vinces du nord, où la langue d'oïl a pris naissance; aussi n'ont- 
ils pu fournir que quelques mots isolés au fonds primitifs de 
notre vocabulaire*. 

* Tôùî /ttèv ÀxoiicT«v9Ù5, TîJ^Wî ifyjAAoy/tifvouî OJ tru •/iw-rry)? fiôvov, àXXx xoA tîï; 
aéficiisi-i , è/j.pîpiis I&/ip7i fiôiXXoj /) TalÛTxiç. — Âtt^wj yyp tlns'iv , ol ÀxouïTKVoi 
Staesjsouert Toû yoAoTtxoû fûiou, xarà tï ràs zûv aa/iiivov xaxaa)tsuài , xal x«t« ti^v 
yXuiTtctv ' èoUudt Si fx&XXov ïëripsiv. — Toùj 8è Xonrovç , yaiaTixvjv //.îv zriv o'piv , 
b/xoyXearrouî S' oj TTavraj, aAA' èvtous fttxpov Trx/saAAecTTOVTaî rcûi yXùrrMi. (StraboD^ 

liv. IV; Recueil des historiens de France, t. I, p. 4 et 20.) 

' Les colonies grecques du midi de la Gaule peuvent nous avoir fourni 
golfe,àiQy.à).-noi\ ardillon, diminutif de «/sotî ; osier, de obû«; bourse, àe 
^\jp<jy. ; colle, de ".àlXoL ; dour, ancienne mesure, palme, de ôûpov ; et quelq^ics 
autres. Ce n'est point que notre vocabulaire primitif ne renferme une quantité 
considérable de mots d'origine grecque, mais ces mots avaient passé de la 
langue de la Grèce dans celle de Rome; ils nous sont arrivés tout latins 



4 PROLÉGOMÈNES. 

Les Gaulois transportèrent le celtique dans les différent» 
pays qu ils soumirent à leur domination, et jusqu'en Asie, 
dans la contrée à laquelle ils donnèrent leur nom. C'est ce 
que nous apprend positivement le témoignage de saint Jé- 



dans les Gaules, et nous pourrions, à la rigueur, les considérer comme de 
provenance latine. Tels sont -/.«pxëo;, carabus, crabe; x»^?'-'» chalare, qui est 
dans Végèce, ccUer les voiles; hÙ7t«^ , myslax, moustache; xopm, chorda, 
corde; ^pv-'/y-fi, aranca, araignée; axopirCoç , scorpius, scorpion; âùvjoi, thyn- 
nus, thon; ptâ^vj, phiala, fiole; xpxmih, crapula, crapule; xpmiov, cranium, 
crâne; xù/sawo:, tyrannus, tyran; ^piyoi, thronus, trône; ^lauphi, thésaurus, 
trésor. 

La plus grande partie des mots grecs admis dans notre ancienne langue 
sont dus à l'introduction du christianisme, qui prit ses premiers développe- 
ments en Orient avant de se répandre dans l'Europe latine. Les propaga- 
teurs de la foi y apportèrent les mots dont ils avaient l'habitude de se servir 
pour exprimer les idées chrétiennes, et les Occidentaux prirent le parti 
d'adopter ces mots, attendu que leurs idiomes n'avaient point de termes 
propres pour rendre ces idées nouvelles. C'est ce que reconnaît saint Gré- 
goire de Nazianze : ÀiA' ob Zu-jxus-joIs Sià azs-jÔTfivx zf^ tik/s' aùroïs yAwTTuîî , xal 

ôvîaKTwv Tisvixv. (S. Grég., Opéra, éd. Paris, 1630, t. I, p. 395.) 

Les monuments en langue d'oïl antérieurs au xii* siècle que nous aurons 
à examiner plus loin renferment douze mots d'origine grecque; sur ces 
douze mots, il en est dix que l'on peut attribuer aux influences religieuses. 
Ces dix mots sont arcevesque, archevêque; blasmet, blâmé, accusé; Christian, 
chrétien; diavle, diable; evesque, évêque; evesqué, évéché; muster, mo- 
nastère, église; paroisse, parole, yglise, église : les deux autres mots sont 
orphanin, orphelin, et spede, épée. Pour l'étymologie de tous ces mots, 
voir le glossaire étymologique qui se trouve ch. I, sect. v. 

Dans la suite, quelques autres mots grecs passèrent dans notre langue au 
moyen des communications que nous eûmes, pendant le moyen âge, avec 
l'empire d'Orient par les croisades, par les voyages et par le commerce; 
mais un nombre de mots bien plus considérable a été emprunté à la langue 
grecque, depuis trois siècles, pour exprimer les progrès qui ont été faits 
dans les arts, dans les sciences et dans l'industrie. 

Quant aux mots que la langue ibéricnne a pu nous fournir, on ne peut 
guère citer avec quelque fondement que Us, savate, truffe, anciennement 
tromperie, moquerie; graal, anciennement vase, plat; gouge, ciseau arrondi 
formant un canal tranchant; gourd, qui s'emploie encore au féminin [mains 
gourdes), et qui a donné engourdir. Le basque, qui est un idiome né de 
l'ancien ibérien, a conservé biz, noir, noirâtre, sombre; zapata, soulier; 



PROLÉGOMÈNES. 5 

rôme, qui visita la Gaule et la Galatie^. Mais le pays dans le- 
quel nous sommes le plus intéressés à constater l'importation 
du celtique par les Gaulois, c'est la Grande-Bretagne. 

Guillaume le Conquérant ne fut point le premier qui, parti 
de nos rivages, alla prendre pied sur la terre à! Albion : bien 
des siècles avant lui, des Gaulois débarquèrent et s'établirent 
dans cette île, ainsi que dans celle d'/m, aujourd'hui F Irlande. 
Aussi voyons-nous dans Strabon que Hipparque n'hésitait 
point à ranger au nombre des Gaulois les habitants de ces con- 

tmfa, moquerie; grazal, vase, écuelle; gubioa, canal, de gubia, courbure; 
qurd, épais, lourd, au figuré qui a l'esprit lourd, borné, qui est stupide. Le 
témoignage de Quintilien prouve que ce dernier mot appartenait à l'ancienne 
langue des Ibères d'Espagne : (( Gurdos, quos pro stolidis accipit vulgus, 
ex Hispania duxisse originem audivi. » {Institutions ^ liv. I, ch. v.) Les 
Espagnols ont encore gordo, signifiant gros, gras, épais, stupide, niais, 
imbécile. Le français gourd avait autrefois l'acception que nous lui avons 
conservée dans mains gourdes, et, do plus, toutes celles de l'espagnol gordo. 
Voyez à cet égard les Études de philologie comparée sur l'argot, par 
M. Francisque Michel, p. 193 et 194. 

Pour compléter la liste des sources auxquelles notre idiome naissant puisa 
les mots de son vocabulaire, je dois dire qu'il en emprunta quelques-uns à 
la langue des Arabes, soitau vni% au ix« et aux" siècle, époque de l'inva- 
sion des Sarrasins dans le midi de la France; soit plutôt au xi% au xn« et 
au xni« siècle, au moyen des rapports établis avec l'Orient pendant tout le 
temps que durèrent les croisades; soit enfin par suite des relations que nous 
eûmes, pendant le moyen âge, avec les Maures établis en Espagne. On peut 
citer parmi ces mots amiral, algèbre, alcôve, alcali, chiffre, chiffon, cra- 
moisi, sirop et quelques autres en petit nombre. Voir à cet égard Invasions 
des Sarrasins en France, par M. Reinaud, Paris, 1836, in-S", p. 307, et 
M. Diez, Grammatik der romanischen Sprachen, t. I, p. 58. M. Pihan est 
loin de faire aussi bon marché de l'influence des idiomes orientaux sur la 
formation de notre vocabulaire. Voir son Glossaire des mots français tirés 
de l'arabe, du persan et du turc. 

* Galatas, excepte sermone graeco, quo omnis Oriens loquitur, propriam 
linguam eamdem pêne habere quam Trcviros; nec referre, si aliquaexinde 
corruperint, cum et Afri phœniciam linguam nonnuUa ex parte mutarint, et 
ipsa latinitas et regionibus quotidie mutetur et tempore. (Saint Jérôme, 
Comm. Epist. ad Galatas, liv. II, Procem.) 



6 PROLÉGOMÈNES, 

trées'. Longtemps après, d'autres Gaulois, appartenant à la 
famille des Belges, envahirent de nouveau l'île d'Albion et en 
occupèrent toute la partie méridionale. César, qui nous a 
transmis ce fait dans ses Commentaires, ajoute que la plupart 
de ces Belges conservèrent dans Tîle de Bretagne les noms 
sous lesquels ils étaient connus dans la Gaule*. Aussi Ptolé- 
mée, dans la description de cette île, nomme-t-il des Belges, 
des Atrébates et même des Parisii'. 

La langue des Gaulois des îles britanniques était peu diffé- 
rente de celle des Gaulois de la mère patrie; Tacite nous le 
dit positivement*, et Pline, ayant à désigner la marne par le 
nom qu'on lui donnait dans Tun et l'autre pays, ne fait pas de 
distinction entre les deux idiomes^. Enfin nous tenons de Cé- 



* oui ixslvoi (^■miapyoï') fiïv ïri Keirûùj \mo)àiJ.€<ivu. (Strabon, liv. II.) 
Gallos vicinum solum (Britannicum) occupasse credibile est; eorum sacra 

deprehendas. (Tacite, Agricolœ vita, c. xi; Collectio scriptorum latinorum 
veterum, t. II, p. 273.) 

Imprimis haec insula Britones solum, a quibus nomen accepit, incolas 
habuit, qui de tractu Armoricam, ut fertur, Britanniam advecti, australes 
sibi partes illius vindicarunt. (Bède, éd. Colon., t. III, p. 2.) 

Voir Prichard, Ethnography of the celtic race. 

* Britanniœ pars interior ab iis incolitur quos natos in insula ipsa me- 
moria proditum dicuntj maritima pars ab iis qui praedae ac belli inferendi 
causa ex Belgio transierant, qui omnes fere iis nominibus civitatum appel- 
lantur quibus orti "ex civitatibus eo pervenerunt, et, bello illato, ibi reman- 
serunt, atque agros colère cœperunt. (César, De beîl. GalL, lib. V, xni.) 

^ Vpbi oU Ttspl fàv tùXiiJ.svov xôAtiov, Xlctpît^ot , xsà rtàhs llsrovapix,.. ETra kzpi- 
Sàerioi xai mXi; N«Axoû«... Xlôàiv Totj //èv Arpeëxtloii xat toïs Kavzioi; bnôxsivTxi 
Pijyvot, xKt mit; Noté/iKyoî, zoii lï Lo^o-j-joii, Beiyat. {J^toUm. Geographia, 
lib. II, c. III.) 

* Britanniam qui mortales initie coluerint, indigenae an advecti, ut inter 
barbares, parum compertum... In universum tamen aestimanti, Gallos vici- 
num solum occupasse credibile est; eorum sacra deprehendas, super stitio- 
num persuasione; sermo haud muUum diversus. (Tacite, Agricolœ vita, 
c. xi; Collect. script, lot. 'ceter..i, II, p. 273.) 

^ Alia est ratio quam Britannia et Gallia invenere alendi eam {terram) 
ipsa; qaod gcnus vocant margain. Spissior ubertas in ea intelligitur; est 



PROLÉGOMÈNES. 7 

sar que les druides gaulois qui désiraient avoir une connais- 
sance plus spéciale du druidisme allaient l'étudier dans l'ile 
de Bretagne, où ils apprenaient par cœuriin grand nombre de 
vers contenant la doctrine des druides bretons '. 

Il ne nous est parvenu aucun monument de Fancien cel- 
tique; riiistoire ne fait pas même mention d'un seul ouvrage 
écrit en cette langue. Les druides étaient les seuls qui eussent 
été capables de le composer; mais la religion leur défendait 
d'écrire quoi que ce fût qui touchât au druidisme^ et le drui- 
disme touchait à tout. Les seuls restes de cette langue qui soient 
arrivés jusqu'à nous consistent en une centaine de mots isolés 
qui nous ontétéconservés par quelques auteurs grecs ou latins'. 

autem quidam terras adeps, ac velut glandia in corporibus, ibi densante se 
pinguidinis nucleo. (Pline, liv. XVII, 4.) 

* Disciplina (druidum) in Britannia reporta, atque inde in Galliam trans- 
lata esse existimatur; et nunc, qui diligentius eam rem cognoscere volunl, 
plerumque illo, discendi causa, proficiscuntur. ( César, Be bello Gallico, 
lib. VI, xni.) 

Magnum ibi numerum versuum ediscere dicuntur (druides). Itaque non- 
nulli annos vicenos in disciplina permanent; neque fas esse existimant ea 
litteris mandare. (César, De bello Gallico, lib. VI, xiv.) 

* Dans ces derniers temps, M. Jacob Grimm a essayé d'établir que l'on 
doit considérer comme celtiques deux formules superstitieuses qui se trou- 
vent dans Marcellus Empiricus, auteur du iv^ siècle, natif de Bordeaux. S'il 
est vrai que ces formules soient effectivement celtiques, elles sont les seules 
phrases de l'ancienne langue de nos pères qui soient parvenues à leurs des 
cendants. Marcellus, dans le passage en question, indique certaines conju- 
rations comme propres à faire sortir de l'œil un corps étranger qui s'y serait 
introduit. Voici ce passage en entier : 

« Digitis quinque manus ejusdem cujus partis oculum sordicula aliqua 
fuerit ingressa, percurrens et pertractans oculum, ter dices : Tetunc resonco 
BREGAN GRESso. Ter dcindo spues, terque faciès. Item ipso oculo clauso qui 
carminatus erit, patientem perfricabis, et ter carmen hoc dices, et loties 
spuens : In mon dercomarcos axatison. Scito remedium hoc in hujusmodi 
casibus esse mirificura. Si arista vcl quœlibet sordicula oculum fuerit in- 
gressa, occluso alio oculo, ipsoque qui dolet patefacto, et digitis mcdicinali 
ac poUice leviter pertracto, ter per singula despuens dices : Os Gorgom's 



8 PROLÉGOMÈNES. 

Heureusement pour nos études, nous ne serons pas réduits 
au faible secours que ce petit nombre de mots pourra nous 
offrir. Le celtique survécut à la conquête des Romains et à 
celle des barbares; nous le retrouvons encore aujourd'hui 
dans notre basse Bretagne, dans le pays de Galles, en Angle- 
terre, dans l'Ecosse et dans l'Irlande. Partout il se trouve ré- 
duit à l'état de patois et plus ou moins altéré par l'introduc- 
tion de beaucoup de mots appartenant aux diverses langues 
qui ont successivement dominé dans ces différents pays; mais 
cette altération n'est point telle que l'on ne puisse retrouver 
dans ces patois la plupart des mots que les auteurs grecs et 
latins nous donnent comme appartenant à la langue des Gau- 
lois. Nous aurons occasion de le prouver, pour quelques-uns 
au moins, dans le chapitre il de cet ouvrage. La persistance 
de ces mots dans le breton, le gallois, l'écossais et l'irlandais» 
est une preuve directe et suffisante que ces idiomes provien- 
nent effectivement du celtique. Et d'ailleurs quel serait le 
peuple ancien dont la langue se serait ainsi perpétuée dans 
ces patois, appartenant tous à la même famille? Depuis l'épo- 
que la plus reculée, ces contrées n'ont été possédées que par 
trois races différentes : d'abord se présentent les Gaulois; 
après eux viennent les Romains, et enfin les conquérants bar- 
bares, sortis des forêts de la Germanie. Mais les patois dont il 

basio.n (Marc. Emp. dans Medici principes de Henri Estienne, p. 278, p.) 

M. Griram divise ainsi les mots qui composent les deux formules : 

à° Tet un cre son co bregan gresso. 

2" Inmon derc omar cos ax atison. 

Ce qui signifie, d'après le savant allemand : 

^o Fuisloi7i de nouSj poussière^ chez les compagnons du mensonge. 

2° Que le globe de l'œil (soit) douXj que la doulure et l'enflure (soient) loin. 

Je laisse à M. Grimm l'honneur et la responsabilité de sa traduction. (Voir 
Abhandlwuj der Berhner Acad., année 4 847, p. 454, et l'opuscule intitulé : 
Vbèr Marcelhis Burdigàlensis, Berlin, 1849.) 



PROLÉGOMÈNES. 9 

s'agit, n'appartenant évidemment ni à la famille des langues 
romanes, ni à la famille des langues germaniques, ne peuvent 
devoir leur origine qu'à la langue parlée de toute antiquité 
par les différentes peuplades gauloises. 

L'irlandais et l'écossais ont beaucoup plus de ressemblance 
entre eux qu'ils n'en ont avec le gallois et le bas breton, tan- 
dis que ces deux derniers sont assez voisins l'un de l'autre, 
Ces conformités et ces différences peuvent être attribuées aux 
influences climatériques et au temps plus ou moins considé- 
rable qui s'est écoulé depuis la séparation des diverses fa- 
milles gauloises qui ont continué à faire usage du celtique. 
M. Amédée Thierry résout la question en admettant que l'ir- 
landais et l'écossais proviennent de l'idiome des Celtes, tandis 
que le bas-breton et le gallois proviendraient de l'idiome des 
Belges. Cette opinion peut être vraie, mais elle ne me paraît 
pas suffisamment appuyée, ni par les données de l'histoire, ni 
par celles de la linguistique. 

Ainsi que l'ont fait Davies, Cambden et autres auteurs, on 
peut comprendre sous la désignation commune de britannique 
le bas-breton, appelé par les Bretons brezonec, et le gallois, ap- 
pelé par les Gallois cymra'ég ; on devra donner le nom de gaé- 
lique a l'irlandais et à l'écossais, nommés ga'èlic dans les pays 
où ils sont parlés. Afin que le lecteur puisse saisir plus facile- 
ment, et pour ainsi dire d'un seul coup d'oeil, cette.classifica- 
tion, je la lui présenterai dans le tableau suivant : 

NÉO-CELTIQUE. 



GAÉLIQUE. BRITANNIQUE. 

IRLANDAIS. ÉCOSSAIS. BAS-BRETON. GALLOIS. 

Je ne discuterai point la question de savoir si l'ancien 



40 PROLÉGOMÈNES, 

idiome des Armoricains s'est perpétué dans la basse Bretagne, 
ou si l'on doit admettre, comme le prétendent certains écri- 
vains, que le bas-breton n'est qu'une altération de la langue 
galloise transportée en Bretagne par les Gallois qui, vers le 
milieu du v* siècle, vinrent s'y réfugier pour échapper à la 
tyrannie des Saxons. Je me range entièrement à l'avis de 
M, Amédée Thierry, qui a établi la première opinion par des 
raisons solides et concluantes ^ A la fin du iv' siècle, le cel- 
tique était usité parmi le peuple dans la plupart des contrées 
de la Gaule ^ au v* il existait encore, au moins à l'état de pa- 
tois, dans les montagnes de l'Auvergne, ainsi que le prouve 
implicitement un passage d(3 Sidoine Apollinaire que j'aurai 
bientôt l'occasion de citer*. Il est plus que probable que, dans 
le même siècle, cette langue devait également être parlée sur 
les côtes reculées de l'Armorique, qui venait de se soustraire à 
la domination romaine. Du reste, quoi qu'il en soit de ces hy- 
pothèses, toujours est-il que, dans un cas comme dans Tautre, 
on doit reconnaître que le bas-breton, aussi bien que le gallois, 
sont des restes encore subsistants de l'ancienne langue des 
Gaulois. 

Le celtique appartenait à cette famille de langues que l'on 
a nommées indo-européennes. Je n'entreprendrai pas de dé~ 
montrer cette proposition, attendu que les détails dans les- 
quels je serais obligé d'entrer m'entraîneraient beaucoup trop 
loin de mon sujet ; je vaé bornerai à renvoyer le lecteur au tra- 
vail tout spécial que nous devons aux recherches intéressantes 
de M. Adolphe Pictet\ 

* Amédée Thierry, Histoire des Gaulois j Introduction. 

* Voir la note 1 de la page 19. 

^ De l'affinité des laiigws celtiques avec le sanscrit, par Adolphe Pictel; 
Paris, 1837, in-S». 



PROLÉGOMÈNES. Ù 

La colonie grecque de Marseille, trop faible pour résister à 
une guerre que son ambition lui avait attirée de la part des 
Ligures, sévit contrainte d'appeler à son secours les Romains, 
ses anciens alliés. Ceux-ci saisirent avidement l'occasion de 
mettre le pied dans la Gaule et s'emparèrent de la partie sud- 
est, à laquelle ils donnèrent le nom de province romaine trans- 
alpine , cent cinquante-quatre ans avant Jésus-Christ. Un 
siècle après, Jules César, envoyé dans cette province pour la 
gouverner en qualité de proconsul, profite d'un prétexte qui 
lui est offert pour attaquer les Gaulois restés indépendants et 
soumet la Gaule entière à la domination romaine, après 
une guerre de dix ans. Alors l'ambitieux César, devenu le 
rival de Pompée, sentit le besoin de se faire des partisans de 
ces mêmes ennemis auxquels sa bravoure et son habileté 
avaient fait éprouver de si nombreux désastres. Il n'épargna 
pour y réussir ni faveurs ni promesses, et, quelques années 
après, on put voir des pères conscrits gaulois déposer leurs 
braies et s'affubler du laticlave pour entrer dans le sénat, ainsi 
que le chantaient les Romains, selon le rapport de Suétone', 
Après la mort de César, l'empereur Auguste fit une nouvelle 
division de la Gaule, lui donna une administration et une or- 
ganisation toutes romaines. 

Dès lors le latin s'introduisit et se répandit insensiblement 
dans les Gaules par l'administration, la justice, les lois, les 
institutions politiques, civiles et militaires, la religion, le com- 
merce, la littérature, le théâtre et tous les autres moyens dont 
Rome savait si habilement se servir pour imposer sa langue 
aux nations, comme elle leur imposait le joug de sa domina- 



' Gallos Cssar in triamphum ducit; idem in curiam. 
Galli brseas deposuerunt, latum clavum sumpserunt. 

(SnétoDC, Jui, Cms; c. ixix, i.) 



<2 PROLÉGOMÈNES, 

tion '. Déjà, du vivant de Cicéron, ainsi qu'il nous l'apprend 
lui-même^ la Gaule était pleine de marchands romains, et il ne 
se faisait pas une affaire que quelque Romain n'y participât*. 
Mais ce qui dut le plus puissamment contribuer a la pro- 
pagation de la langue latine, ce fut le besoin où se trouvèrent 
les Gaulois de recourir au magistrat romain pour obtenir jus- 
tice: car toutes les causes se plaidaient en latin, et une loi 
expresse défendait au préteur de promulguer un décret en 
aucune autre langue qu'en langue latine'. 

Claude , successeur d'Auguste, né à Lyon , élevé dans les 
Gaules, affectionna toujours la province où il avait passé son 
enfance, et c'est à lui que toutes les villes gauloises durent le 
droit de cité, qui rendait leurs citoyens aptes à tous les em- 
plois et à toutes les dignités de l'empire. Ainsi l'ambition, 
l'intérêt, la nécessité des relations journalières avec l'adminis- 
tration romaine, tout porta les Gaulois à se livrer à l'étude de 
la langue latine, surtout avec un protecteur tel que Claude, 
qui n'admettait pas qu'on pût être citoyen romain si l'onigno- 

' Imperiosa uimirum civitas {Roma) non solum jugum,verura etiamlin- 
guam suam domitis genlibus imponere voluit. (Saint Augustin, De civitate 
Bei, lib. XIX, c. vu.) 

* Referta Gallia negotiatorum est, plena civium Romanorum; nemo Gal- 
lorum, sine cive Romano, quidquam negotii gerit. (Cic. Orat. pro Fon- 
teio, \ .) 

* Décréta apretoribus latine interponi debent. (L. Décréta, D., lib. XLII, 
tit. I, De re judicata.) 

Magistratus vero prisci quantopere suam populique Romani majestatem 
retinentes se gesserint, bine cognosci potest, quod, inter caetera obtinendae 
gravitatis indicia, illud quoque magna cum perseverantia custodiebant, ne 
Grœcis unquam nisi latine responsa darent. Quin etiam ipsa linguae volubi- 
litate, qua plurimum valet, excussa, per interprétera loqui cogebant; non 
in urbe tantum nostra, sed etiam in Graecia et Asia; quo scilicet latinœ 
vocis honos per omnes gentes venerabilior diffunderetur. (Valère Maxime, 
liV. H, ch. î.) 



PROLÉGOMÈNES. ^-IS 

mit la langue des Romains*; au point qu'un illustre Grec, 
magistrat dans sa province, s'étant présenté devant lui et ne 
pouvant s'expliquer en latin, non-seulement Claude le fit rayer 
de la liste des magistrats, mais il lui enleva jusqu'à son droit 
de citoyen *. A partir du règne de ce prince, la langue latine 
fit de tels progrès dans les Gaules que, peu d'années après , 
Martial se félicitait d'être lu à Vienne, même par les enfants '. 
Déjà, dès le temps de Strabon, les Gaulois n'étaient plus con- 
sidérés comme des barbares ^ attendu que la plupart d'entre 
eux avaient adopté la langue et la manière de vivre des Ro- 
mains *. 

Bientôt des écoles de grammaire et de rhétorique s'établirent 
de toutes parts. Je dois citer parmi les plus célèbres celles de 
Toulouse, de Bordeaux, d'Autun, de Trêves et de Durocorto- 
rum (Reims). Ces écoles ne tardèrent pas à obtenir une répu- 
tation telle que des empereurs même y envoyèrent étudier 
leurs enfants. Crispe, fils aîné de Constantin, ainsi que Gra- 
tien, firent leurs études à Trêves ; Dalmace et Annibalien, 
petits-fils de Constance Chlore, vinrent suivre un cours d'élo- 
quence à Toulouse. De ces académies latines sortirent des 
écrivains remarquables, dont purent se glorifier à la fois et la 
Gaule qui les avait vus naître, et Rome dont ils enrichirent la 
littérature. Tels furent Cornélius Gallus , Trogue-Pompée , 
Pétrone, Lactance, Ausone , Sidoine Apollinaire et Sulpice- 

* M») Ssë Vùt/ioûoT) stvai rbv [ai xal rriv Iv'ài.liv 9f&v incni/tsvov. . (Dion CassiuS, 
lib. LX, xvn.) 

• Splendidum virum, Graeciaeque provînciaB principera, verum latini ser- 
monis ignarum, non modo albo judicum erasit, sed etiam in peregrinitatem 
redegit. (Suétone, Claude, ch.xvi, 5.) 

* Me legit ibi senior, juvenisque, pueique, 
Et corarn tetrico casia puella \iro. 

(Maniai, liv. VII, éiiig. 87.) 

rÙTTov, xal T^ yAûiTT»!, x«l Toif ^ioti. (Strab., Uv. IV, édit. de Casaubon, p. 186.) 



14 PROLÉGOMÈNES. 

Sévère, auxquels nous pouvons joindre, bien qu'ils soient 
moins connus, Jules Titien, Exupère et Arbore, qui de- 
vinrent précepteurs d'autant de césars. 

Les lieux où un peuple nombreux se réunissait pour assister 
au^ représentations de la scène étaient encore autant d'écoles 
où les Gaulois venaient se familiariser avec la langue et les 
chefs-d'œuvre de la littérature latine. Partout s'élevèrent des 
théâtres, des cirques, des amphithéâtres, dont quelques-uns, a 
moitié détruits, sont encore aujourd'hui l'objet de notre admi- 
ration . 

Enfin l'établissement du christianisme contribua puissam- 
ment à répandre l'usage du latin; la religion naissante l'avait 
adopté comme étant la langue littéraire dominante dans tout 
l'Occident 5 elle y devint l'interprète naturel des nouvelles 
doctrines et un moyen efficace d'assurer leur propagation. 
Aussi l'invasion des barbares n'arrêta pas la diffusion de la 
langue des Romains; ses progrès continuèrent même après la 
chute de leur empire, et Rome chrétienne acheva par les pré- 
dications de la foi ce que Rome païenne avait commencé par 
ses lois, par ses institutions, par la puissante influence de sa 
littérature et de sa civilisation. 

Tels furent les moyens par lesquels la langue latine se ré- 
pandit non-seulement dans l'Italie et dans les Gaules, mais 
encore en Espagne, en Illyrie, dans le nord de l'Afrique, et, 
plus ou moins, dans toutes les provinces de l'empire *. Ce ne 

* Sparsa congregaret imperia, ritusque moUiret, et tôt populorum discordes 
ferasque linguas^ sermonis commercio contraheret ad colloquia, et humani- 
tatem homini daret, breviterque una cunctarum gentium, in toto orbe, pa- 
tria fieret. (Pline le naturaliste, liv. III, ch. 5.) 

Dans cette partie de l'Afrique autrefois occupée par les Carthaginois, le 
latin était devenu d'un usage si général que, vers le iV siècle, une partie 
de la population ne parlait pas d'autre langue, et ne pouvait même plus 
comprendre le punique, son ancienne langue nationale. Aussi voyons-nous 



PROLÉGOMÈNES. 15 

furent donc point quelques troupes romaines qui implantèrent 
le latin dans notre pays, comme certains auteurs se le sont 
imaginé. Nous devons toutefois reconnaître que Tincorpora- 
lion des soldats gaulois dans les légions romaines ne dut pas 
être, à cet effet, une des moins heureuses combinaisons de la 
politique des empereurs. C'est, du reste, par de semblables 
moyens que notre langue française se propage chaque jour de 
plus en plus dans nos provinces méridionales, dans la Bretf^gne 
et dans l'Alsace ; c'est ainsi qu'elle se neutralise même à 
l'étranger, dans la Belgique, dans la Savoie, dans le comté de 
Nice et dans une grande partie de la Suisse. 

Avant la fin du iv* siècle, le latin était, surtout dans les villes, 
la langue usuelle des hautes classes de la société, et des femmes 
elles-mêmes. C'est en latin que saint Hilaire de Poitiers en- 
tretenait correspondance avec Albra , sa fille ; Sulpice-Sévère 
avec Claudia, sa sœur, et Bassule, sa belle-mère; c'est égale- 
ment en lalin que saint Jérôme correspondait avec deux dames 
gauloises, Hédébie et Algasie. Ce même saint Jérôme nous 
donne à entendre que les Gaulois surpassaient les Romains 
eux-même dans leurs propre langue par la fécondité et le 
brillant du style '. 

Le peuple, et particulièrement celui des campagnes, n'eut 
pas d'abord le même intérêt que les classes supérieures à re- 
chercher la connaissance du latin ; il lui était d'ailleurs fort 

que saint Augustin, prêchant aux habitants d'Hippone, fut obligé de leur 
traduire en latin un proverbe punique : 

Proverbium notiim est punimm, quod quidem latine vobis dicam, quia 
punice non omnes nostis ; punimm autem proverbium est antiquum : nura- 
mum quœrit pestilentia, duos ilii da, et ducat se. (S. Aug., sermon 168, 
De verbis aj)ostol.) 

* Ut ubcrtatcm gallici nitorcmque serraonis gravitas romana condiref . 
(Saint Jérôme, epistola XCV, nd Rmt.) 



16 PROLÉGOMÈNES, 

difficile d'apprendre une langue aussi différente de la sienne ; 
pour lui, il n'y avait ni maîtres, ni écoles de grammaire et de 
rhétorique. Ce ne fut que lorsqu'il entendit parler de toute 
part autour de lui la langue de Rome, qu'il s'avisa de la bé- 
gayer, stimulé dans cette entreprise par ce désir vaniteux qui 
pousse toujours les gens des classes inférieures à vouloir 
imiter ceux qu'ils voient au-dessus d'eux; à ce mobile vint s'en 
joindre un autre encore plus puissant, leur intérêt, qui enfin 
se trouvait en jeu, par la nécessité de communiquer journel- 
lement avec les puissants et les riches qui avaient laissé le 
celtique dans un dédaigneux oubli , et ne connaissaient plus 
d'autre langue que celle qui convenait à un citoyen romain. 

Les paysans gaulois firent alors pour le latin ce que font 
aujourd'hui pour le français les paysans de l'Alsace, de la 
Bretagne et ceux de nos provinces méridionales, qui, de jour 
en jour et de plus en plus, s'évertuent à comprendre et à parler 
notre langue littéraire. Tel d'entre eux qui, avec ses égaux, 
ne fait usage que du patois du pays, est très mortifié et se 
montre parfois très piqué, si quelqu'un d'une classe plus éle- 
vée vient à lui adresser la parole en ce même patois 5 c'est en 
effet lui dire tacitement : Je juge à votre air et à vos manières 
que vous ne devez pas comprendre le langage des gens bien 
élevés. 11 m'est arrivé plusieurs fois de faire une demande en 
patois à un paysan, qui, à ma connaissance, parlait habituelle- 
ment cet idiome, et d'obtenir de lui une réponse en français. 
Mon interlocuteur me donnait ainsi à entendre que je m'étais 
mépris sur son compte, et qu'il n'était pas aussi rustre que j'a- 
vais pu nie l'imaginer. Sous le rapport de la vanité, comme 
sous bien d'autres, les hommes se sont toujours beaucoup 
ressemblé , 

Tant ceux du temps passé que du temps d'aujourd'hui. 



PROLÉGOMÈNES. 47 

L'histoire vient à l'appui des inductions tirées de la nature 
des circonstances, Dan3 la seconr-e moitié dun* siècle, saint 
Irénée est forcé d'appi endie le celique pour faire entendre la 
parole évangélique au peuple de Lyon '. Dans le m*, une drui- 
desse, voulant adresser à Alexandre Sévère quelques paroles 
prophétiques, en est réduile à s'e::primer en celtique, au 
risque de voir sa prédiction frapper inutilement les oreilles de 
l'empereur, s'il ne se trouve auprès de lui quelque Gaulois 
pour la lui traduire *. Mais, dès la fin du. iv* siècle, l'homme du 
peuple n'a plus besoin d'iuterprèle, il parle lui-même le latin, 
et ce qu'il en sait lui suffit pour se faire comprendre. On ne 
peut exige»; de lui, ni uu style fort correct, ni une prononcia- 
tion bien pure, car l'usage fut son seul précepteur, et chez lui 
l'attention a continuellement à lulter contre les habitudes de 
sa langue maternelle^. Sulpicc-Sévère, qui écrivait à cette 
époque, introduit dans un de ses dialogues, un homme d'assez 
humble condition, né dans le nord de la Gaule; cet homme, 
interrogé sur les vertus de saint Martin, hésite à parler latin, de 
crainte que son langage rustique ne blesse les oreilles déli* 
cates de ses auditeurs, habitants de l'Aquitaine, pays où la 
langue latine était en usage depuis plus longtemps qu'elle ne 
l'était dans la Ceh'que ni dans la Belgique. Un des interlocu- 
teurs, nommé Posthumianus, impatienté des hésitations du 

* Orationis artem non exquires a nobis qui apud Celtas commoramur, et 
in barbarum sermonera plerumque avocaraur. (Saint Irénée, Proem. lïbri 
adversus hœrcs.) 

' Mulier druias, eunti {Alexandro Severo) exclamavit gallico sermone : 
« Vadas, nec vic'coriam speres, nec militi tuo credas. » (iElius Lampridis , 
Vie d'Alexandre Sévère, ch. lx; Colled. script, lot. veter., i: II, p. 354.) 

* Claudien disait au iv® siècle : « Video enim os romanurn non modo 
ncgligcnliae sed pudori esse Romanis, gramnialicam uti quandam barbaram 
barbarismi et solœcismi pugno et calce propelli.» (Claudien, dans Baluze, 
Miscellanea, t. III, p. 27.) 



18 PROLÉGOMÈNES, 

personnage, s'écrie avec humeur : « Parle-nous celtique ou 
gaulois, pourvu que tu nous parles de Martine » Ce passage 
remarquable nous montre un homme du peuple qui parle le 
latin; mais comme, d'après son propre aveu, il l'estropie à la 
façon des gens de la campagne, Posthumianus est porté à 
penser qu'il s'expliquera plus aisément en se servant du cel- 
tique qu'il juge devoir être sa langue habituelle. 

Le même passage prouve qu'au iv° siècle le celtique était 
encore en usage dans certaines contrées de la Gaule, du moins 
parmi le peuple. Le témoignage de Sulpice-Sévère se trouve 
confirmé par ceux d'Ausone', de Claudien*, et de saint Jé- 
rôme; ce dernier assure avoir trouvé chez les Trévériens à 
peu près la même langue que celle qui était parlée parmi les 
Gaulois établis dans la Galatie*. 

Au v' siècle nous retrouvons encore la vieille langue des 
Gaulois, mais c'est dans les montagnes de l'Auvergne, et, là 
même, elle est abandonnée par la haute classe de la société, et 
réduite à n'être plus qu'un patois populaire. C'est ce qu'on est 
en droit de conclure d'une lettre de Sidoine Apollinaire, 

* Dum cogito me hominem gallum inter Aquitanos verba facturum, ve- 
reor ne offendat vestras nimium urbanas aures sermo rusticior... Tu vero, 
inquit Posthumianus, vel celtice, aut si mavis gallice loquere, dummodo 
jam M^rtinum loquaris. (Sulpice-Sévère, dialogue P"", ch. xxvi, vers la fin.) 
Au V® siècle, Fortunat, évêque de Poitiers, félicitant Bertechram sur le 
mérite de ses poésies latines, lui annonçait que ses vers, jouissant de la fa- 
veur populaire, circuleraient bientôt dans tous les carrefours : 
Per loca, per populos, per compila cuneta videres 
Currere versiculos, plèbe favenle, luos. 

( Venant. Forluniui opéra, p. 89.) 

Salve uibis genius, medico potabilis haustu 
Divona, Cellarum lingua, foos addite divis. 

(AusoDB, De clarit uriibus, H ; Collect. Ptsaur., I. V, 123.) 

* Miraris si voce feras pacaverit Orpheus, 
Cum prônas pecudes gallica verba regant. 

(Ulaudien, rp'jr. lie muiiiui gallicit, id. PancVoucks, t. II, p. 118.) 

» Voir p. G, noté < . 



PROLÉGOMÈNES. , 49 

évêque de Clermont'. Je suis loin de prétendre que le celtique 
eût disparu de toutes les autres contrées de la Gaule, mais je 
pense qu'à cette époque il se trouvait relégué dans les pays 
montagneux ou dans ceux qui étaient éloignés des principaux 
centres de population et des grandes voies de communication 
établies par les Romains. 

Tel était Tétat du langage dans la Gaule, lorsque, de toute 
part, elle fut envahie par les nations germaniques : au midi 
par les Visigoihs, à l'est par les Burgondes ei au nord par les 
Francs. Ces derniers, les seuls dont nous ayons à nous occuper, 
apportèrent une troisième langue dans les provinces situées en 
deçà de la Loire. Celte langue était le tudesque ou téotisque, 
mots dérivés de teut^ feoJ, dénomination collective par laquelle 
se désignaient eux-mêmes tous les peuples de races germa- 
nique. On devrait donc comprendre, sous le nom de tudesque, 
tous les idiomes de la Germanie; mais cette désignation, res- 
treinte par un usage fort ancien, ne s'applique qu'aux idiomes 
des Teuts occidentaux, c'est-à-dire axx francique usité chez les 
Francs, à V allémannique, usité chez les Allemanni et au bavarois. 

Avant de passer le Rhin, les Francs étaient une confédéra- 
tion de diverses tribus occupant le territoire compris entre le 
Weser, le Mein, le Rhin et la mer du Nord. Le francique de- 
vait se composer à cette époque d'autant de dialectes qu'il y 
avait de tribus confédérées; mais, dans la Gaule, tous ces dia- 
lectes paraissent s'être fondus dans trois dialectes principaux, 
usités parmi les conquérants entre le Rhin et la Loire. Au 
nord était le ripuaire, à l'est le neustrien et à Y oXxestY ostrasien. 

Les Ripuaires et les Ostrasiens se trouvaient sur les confins 

* Dans cette lettre, Sidoine félicite Ecdice de ce que, grâce à lui, l'aris- 
tocratie de l'Auvergne se débarrasse enfin delà rudesse du langage celtique : 
« Quod sermonis celtici squamam depositura nobilitas, nunc oratorio stylo, 
nunceiiamcamœnalibusmodisimbuebatur.» (Sid. Apollin.,lib. III, epist.3.) 



20 PROLÉGOMÈNES, 

de la Germanie, dont ils n'étaient séparés que par le Rhin, et 
leur population se grossissait sans cesse de nouvelles bandes 
germaniques qui passaient le fleuve pour venir s'associer à 
leur fortune. Dans l'un et Tautre pays, le latin disparut entiè- 
rement comme langue usuelle, soit que les Gallo-Romains 
eussent été exterminés en grand nombre par les barbares, soit, 
ce qui est plus probable, qu'ils eussent été refoulés par eux 
dans l'ouest et dans le midi. Au latin succéda le tudesque qui, 
diversement modifié, s'est perpétué jusqu'à nos jours dans les 
patois de la rive gauche du Rhin, chez les descendants des Ri 
puaires et des Ostrasiens. 

Il n'en fut pas de même dans la Neustrie, ou du moins dans 
la plus grande partie, celle qui s'étendait de la Scarpe à la 
Loire, et de la Meuse à l'Océan. Les Francs Saliens qui s'éta- 
blirent dans cette contrée étaient les plus éloignés du Rhin, 
et n'uvaient que peu de relations avec les peuples germaniques 
qui habitaient de l'autre côté du fleuve, tandis qu'ils se trou- 
vaient mêlés aux populations gallo-romaines, de beaucoup 
supérieures en nombre, aussi bien qu'en civilisatioc et en cul- 
•ture intellectuelle 4e tout genre. Aussi, quoi qu'il pût en 
;<;où;er à l'orgueil et à l'insouciante rudesse des vainqueurs, 
ils se virent conuîfnts par la force des circonstances à ap- 
prendre la langue deis vaincus dont ils adoptèrent également la 
religion et; ladminisUction. Le poète Fortunat, profitant sans 
ddute du pri^ilc'ge poétique de l'hyperbole, loue Charibert, 
de Paris, de ce qu'il parle le latin mieux que les Romains 
^tx-mêmes, et il s'émerveille de l'éloquence qu'il lui suppose 
dans sa langue matétnelle '. Le même poète attribue égale- 

» Cum sis progeniius clara de gente Sygamber (Skamber), 
Florel ia elojuio lingua laiina tuo ; 
Qualis es in propria docto seimone loquela! 
Qui nos Rcmanos vincis in eloquio. 

n.«, lib. VI, «itm. < ; Hii;w. V™».-. wr>/., r, U, p. 566.; 



PROLÉGOMÈNES. 5< 

ment à Chilpéric une connaissance toute parliculière de la 
langue latine '; mais Grégoire de Tours se montre moins flat- 
teur à son égard. Ce prince avait composé un ouvrage en prose 
sur la Trinité et deux livres de poésie. L'évéque historien 
condamne sa théologie comme hérétique et sa poésie comme 
transgressant toutes les règles de la versification latine. « Ses 
vers, dit-il, ne sauraient se tenir sur leurs pieds-, des syllabes 
brèves il en a fait des longues , et des longues il en a fait des 
brèves *. » 

Si ce roi franc, malgré ses prétentions d'écrivain, ne fut 
point un habile latiniste , on peut se figurer ce que devait être 
le gros de la nation. Les Germains avaient conservé dans les 
Gaules l'amour de la vie indépendante qu'ils menaient en Ger- 
manie; ils se trouvaient mal à l'aise dans l'enceinte des villes 
et préféraient le séjour de la campagne. Ils construisirent à la 
façon germanique, et principalement sur le bord des forêts, des 
espèces de hameaux dont les uns étaient nommés J- ara et les 
autres étaient appelés ham^. Avec de telles habitations et une 

pareille manière de vivre, les Francs se trouvèrent nécessaire- 

- ■ • ♦ ♦ 

* Discernens varias sub nullo mterprate voces , . 

Et generam lingaas unica Wwé^i refert. A 

(Foriunai. lib. IX, Ad CJHI/jerkum leyem; Hiu Franc, icripi , t. II, p. 5Î0.) f 

* Confecitque duos libros, quasi Sedulium meditatus, quorum versiculi 
débiles nuUis pedibus subsistere possunt, in quibus, duip non intelligebat, 
pro longis syllabas brèves posuit, et pro brevibus longas stati^ebat. (Gré- 
goire de Tours, liv. VI, ch. xlvi.) , > 

' De fara nous sont venus les noms j|[e tant de pays appelés laFare dans 
le midi de la France et la Fère dans le nord. De ham nous avons fait le 
diminutif hamel, qui est devenu hameau, ainsi que certains noms propres 
de pays nommés Ham^ Uames, Ilan, Hamel, Hamelet, et bon nombre d'au- 
tres composés de ham et d'un autre mot qui peut bien être un nom propre 
d'homme. Tels sont Grignan, anciennement Greinhaniim; Sérignan (Serinha- . 
num), Taulignan (Taulinhanum). (Voir fara dans du Cange et hameau dans 
le recueil des mots d'origine germanique, ch. ui, sect. u, de cet ou- 
vrage.) 



22 PROLÉGOMÈNES, 

ment dans mi contact journalier et dans des relations habi- 
tuelles avec les campagnards gallo-romains. Ceux-ci furent les 
seuls professeurs de langue qu'eurent tous ces barbares , 
bien moins amoureux d'études laborieuses et de culture intel- 
lectuelle que de pillage, de jeu, de chasse, de bonne chère et de 
débauches de toute sorte. Ils apprirent de pareils maîtres un 
latin mêlé de celtique que, de leur côté, ils altérèrent encore 
davantage par l'introduction d'un grand nombre de mots tu- 
desques. Les habitants des villes, qui se piquaient encore de 
parler le latin avec quelque pureté, dédaignaient ce jargon né 
dans les campagnes, qu'ils désignaient sous le nom de langue 
rustique. 

Cependant les Francs de la Neustrie conservèrent longtemps 
entre eux l'usage du francique dans leur familles, dans les 
camps, dans les armées, dans les assemblées où les vainqueurs 
décidaient du sort des vaincus. Aussi cette langue fut-elle 
parlée non-seulement par Clovis et par ses fils ' , mais encore 
par plusieurs de leurs successeurs. Les passages de Fortunat, 
que j'ai cités plus haut, prouvent que cet idiome était la langue 
maternelle de Çharibert et de Chilpérie '. Ce poète nous ap- 
prend implicitement la même chose touchant Chlotaire I^r, 
père de Chilpérie '. 

Toutefois, le tudesque disparut peu à peu de la Neustrie par 

* Saint Rémi nous apprend par son testament que Clovis lui donna une 
maison avec quelques terres attenantes, et que ce prince nommait cette 
ferme biscofesheim, mot composé de biscof, évêque, et de heim, maison : 
« Quas Ludovicus... Biscofesheim sua lingua vocatas mihi tradidit. » (Du- 
chesne, Histor. Franc, script., t. II, p. 385.) 

* Vo'.r p. 21, notes 1 et 2. 

' Chilpérie potens, si interpres barbarus extet , 
Adjutor fortis, hoc quoque nomen habes. 
Non fuit in vanum sic le vocitare parentes ; 
Ptaesagium hoc totum laudls et omen erat. 

Fortastl. lib. IX, Àd Chilpeiicum regtm ; Hist. Fmnc. urift., t. U, p. 55(^.) 



PROLÉGOMÈNES. 43 

la fusion des Francs avec les Gallo-Romains. Les ténèbres qui 
couvrent l'histoire de cette époque ne me permettent guère de 
préciser le temps où cette fusion s'est opérée ] cependant on 
peut conjecturer avec assez de vraisemblance qu'elle était déjà 
fort avancée dès les commencements du vil' siècle. Elle se 
manifeste dans le siècle suivant par l'antagonisme des Ostra- 
siens et des Neustriens ; les premiers représentaient Télément 
germanique , les seconds représentaient l'élément gallo-ro- 
main \ Les Neustriens eurent d'abord l'avantage dans cette 
lutte ; mais les Ostrasiens , conduits par Charles-Martel , 
l'emportèrent enQn. La Neustrie eut à subir une nouvelle in- 
vasion germanique qui eut pour conséquence , quelques an- 
nées après, l'avènement de la dynastie ostrasienne des Caro- 
lingiens. 

Charlemagne, le héros de la race carolingienne, avait ap- 
pris plusieurs langues étrangères et parlait le latin avec facilité, 
ainsi que le rapporte son historien Eginhard ^ mais le francique 
était sa langue maternelle '. Il eut toujours une prédilection 
toute particulière pour le rude mais énergique idiome de ses 
pères, au point qu'il entreprit de composer lui-même une 
grammaire francique. 11 donna des noms tudesques aux vents 
et aux mois, et voulut qu'on recueillît soigneusement tous les 
chants populaires et toutes les anciennes poésies qui célébraient 
les exploits des guerriers germaniques dans leur langue natio- 
nale*. Le francique fut également la langue usuelle de son fils 

* Voir, à cet égard, la page 29. 

* Vestitu patrio, id est francisco, utebatur... Nec patrio tantum sermone 
contentus, etiam peregrinis linguis ediscendis operam impendit; in quibus 
latinam ita didicit, ut aeque illa ac patria lingua orare esset solitus. (Eginhard, 
Vie de Charlemagne; Recueil des historiens de France, t. V, p. 98, 99.) 

* Eginhard, Vie de Charlemagne; Hecueil des histor. de France, t. V, 
p. 103. 



<^h PROLÉGOMÈNES. 

Louis le Débonnaire, bien qu'il patlât le latin avec autant de 
facilité ^ II ordonna de traduire les I^vangiles en tudesque, et 
c'est probablement à lui que nous devons la version du moine 
Otfrld, qui est parvenue jusqu'à nous. 

Le latin rustique^ ainsi que je l'ai dit, était, dans la Neuslrie, 
l'idiome qui servait aux relations des Gallo-Romains avec les 
Francs; il fut un moyen de rappiochement entre les deux 
races, et devint peu à peu la langue générale de la nation. Son 
extension se trouva favorisée par l'abandon complet où étaient 
tombées les études, et par l'iosouciance des esprits pour les 
chefs-d'œuvre de la langue latine '. Le clergé lui-même con- 

* Latinam veio sicut naturalem aequaliter loqui poterat. (Theganus, De 
gestis Ludovici Pu; Recueil des histor. de France, t. VI, p. 78.) L'auteur 
anonyme qui a écrit la vie de Louis le Débonnaire vient à l'appui de ce 
passage pour prouver que le tadesque était la langue usuelle de ce prince; 
il raconte qu'à son lit de mort l'empereur vit le démon s'approcher de lui, 
et que, voulant le Chasser, il s'écria par deux fois : Huz! huz! ce qui si- 
gnifie en tudesque : Dehors! dehors! 

« Conversa facie in sinistram partem, indignando quodammodo, virtute 
quanta potuit, dixit bis : Hvz! huz! quod significat : Foras! foras! Unde 
patet quia malignum spiritum vidit, cujus societatem nec vivus, nec mo- 
riens habere voluit. » (Vita Lud. Pii, ab anonymo; Recueil des histor. de 
France, t. VI, p. 4 25.) 

' Philosophantem rhetorem intelligunt pauci, loqucn tem ntsù'cum multi. 
(Grégoire de Tours, préface de son histoire.) 

Le style de ce même Gi-égoire de Tours devait être assez rustique, si noua 
en jugeons par son pvopre témoignage : 

« Sed timeo ne cum scribere cœpero, qu^a sum sine litieris rhetoricis et 
arte grammatica, dicat rnibi aliquis : Ausu rustico et idiota, ut quid nomen 
tuum inter scriptores indi aeslimas? Aut opus hoc a peritis accipi putascui 
ingenium artis non suppeditat, nec ulla litterarum scientia subministrat! 
Qui nuUum argumentum utile in litteris habes, qui nomina discernera 
nescis; sepius pro masculinis feminea, pro femineis neutra et pro neutris 
masculina, commutas; qui ipsas quoque praepositiones quas nobilium dicta- 
torum observari sanxit auctoritas, loco debito plerumque non locas; nam 
pro ablativis accusativa, et rursum pro accusativis ablativa ponis. » (Gré^ 
goire de Tours, De glofia confessorum, prœfatio.) 

Malheureusement p'dur nos étudèe, la rusticité première du langage de 



PROLÉGOMÈNES. Î5 

tribua puissamment à le propager •, car beaucoup d'ecclé- 
siastiques ne connaissaient que ce lalin vulgaire, et tous étaient 
obligés de s'en servir pour faire entendre leurs instructions 
au peuple '. Au commencemeat du vil® siècle nous trouvons 
le latin rustique employé à composer des cbants populaires ] il 

Grégoire de Tours ne se retrouve presque plus dans les textes de cet auteur 
imprimés jusqu'à ce jour, parsuîte du soin scrupuleux que les habiles d'au- 
trefois ont pris de gratter et de polir le style du père de notre histoire. 
Toutefois, des recherches nouvelles ont fait découvrir des manuscrits qui 
remontent, dit-on, au vu" siècle, et d'après lesquels M. Bethman prépare 
une édition qui ne peut manquer d'avoir le plus grand intérêt pour la phi- 
lologie. 

* Saint Prosper, qui vivait au milieu du v* siècle, donne à cet égard les 
conseils suivants aux prêtres de son époque : 

« Tam simplex et apertus, etiam miuus latinus, disciplinatus tamen et 
gravit débet esse sermo pontificis, ut ab intelligentia sui nuUos, quamvis 
imperitos, ericlcdat; sed in omnium audientium pectus cum quadam delec- 
tatione descendat. Alia enim est ratio declamatorum, et alia débet esse 
doctorum. 111: elucubratae orationis pompam tot's facundiae viribus concu- 
piscunt, illi rébus inanibus pretiosa verborum indicant omaraenta; isti vera- 
cibus sententiis ornant et commendantverbasimplicia; illi affectant suorum 
sensuum deformitatem tanquam velamine quodam phalerati sermonis 
abscondere; isti eloquiorum sacronim rusticitatem pretiosis sensibus ve- 
nustare. » {De vita contemp., lib. I, cap. xxni.) 

A la fin du vi* siècle, le pape Grégoire le Grand s'excuse ainsi de la bar- 
barie de son style : 

« Unde et ipsam artem loquendi quam magisteria disciplinse exterioris 
insinuant, servare despexi. Nam sicut quoque hujus epistolae ténor enun- 
ciat, non metatismi coUisionem fugio, non barbarismi confusionem devito, 
situs motusque prœpositionum, casusque servare contemno; quia indignum 
vehementer existimo ut verba cœlescis oraculi reslringam-sub regulis Do- 
nati. » (S. Grég. le Gr., Commmtaire''du livre de Job, ÉpUre à Léandre.) 

Au vn* siècle, le moine Baudemond écrit la vie de saint Amand en langue 
'rustique et populaire ; 

« Rusiico ac plebeio sermone, propter exemplum tamen vel imitationem, 
memoriae, conterapta verecundia, tradere curabo. » (Baudemond, Vie de 
saint Amand; Acta sanctor. ordinis S. Benedicti, sœculum secundumj 
p. 711.) 

Les textes primitifs de ces écrits ont été postérieurement remaniés, comme 
l'a été le style de Grégdirê dô Tours. (Voir p. 24, note î.) 



26 PROLÉGOMÈNES, 

nous est même parvenu quelques vers d'une de ces chansons 
qui célébrait la victoire remportée par Chlotaire II sur les 
Saxons. Ce latin était si bien devenu la langue usuelle du 
peuple, que cette chanson volait de bouche en bouche, et que 
les femmes s'en servaient pour exécuter des danses V 

Dans l'origine, le latin rustique ne différait guère du latin 
littéraire que par la violation de quelques règles grammati- 
cales, par quelques vices de prononciation, par le mélange 
d'un certain nombre de mots et de tournures celtiques et tu- 
desques. Mais, par des causes que j'examinerai plus tard, des 
altérations plus profondes et plus radicales décomposèrent 
insensiblement ce latin populaire, au point qu'au vu® siècle il 
put être considéré comme un nouvel idiome, entièrement dis- 
tinct de l'ancienne langue latine à laquelle il devait son ori- 
gine. La nouvelle langue fut appelée romane, parce qu'elle 
était l'idiome propre des vaincus, à qui l'on donnait le nom de 
Romains par opposition aux conquérants issus de la noble 
race des Francs. 

La première mention de la langue romane que l'histoire 
nous ait conservée remonte au milieu du vu® siècle; elle nous 
a été transmise par l'auteur anonyme de la Vie de saint Mum- 

* Ex qua Victoria carmen publicum juxta rusticitatem per omnium pœne 
volitabat ora ita canentium, feminaeque choros inde plaudendo compo- 
nebant : 

De Chlothario est canere, rege Francorum , 

Qui ivit pugnare in gentem Saxonum. 

Quam graviter provenisset missis Saxonum , 

Si non fuisset inclytus Faro de gente Burgundionum. 

Et in fine hujus carminis : 

Quando veniunt missi Saxonum in terram Francorum 
Faro ubi erat princeps , 
Instinclu Dei transeunt per urbem Meldorum , 
Ne interfîciantur a rege Francorum. 

(Bildegar. Vie de saint Fiiron, évéque de Meaux; MobilloD, AcM iane$. ardinii 
S. Bened. imetilutn ii, p. 617.) 



PROLÉGOMÈNES. 27 

molin, qui succéda à saint Éloi comme évêquede Noyon, hon- 
neur qu il dut principalement à la connaissance toute particu- 
lière qu'il avait de la langue romane et de la langue tudesque ^ 
11 était en elTet fort important à cette époque qu'un évéque sût 
parler l'un et l'autre de ces idiomes, afin de pouvoir lui-même 
instruire, dans leur propre langue, les populations appartenant 
aux deux races différentes qui occupaient les Gaules, ainsi que 
le prescrivit formellement plus tard le troisième concile de 
Tours ^. Aussi voyons-nous que plusieurs ministres de la reli- 
gion se rendirent capables de s'acquitter de ce double devoir. 
On peut citer entre autres saint Adalard, abbé de Corbie, qui 
vivait vers la fin du viiie siècle. Gérard, abbé de Sauve-Ma- 
jeure, qui fut son disciple, dit en parlant de lui : « S'il em- 
ployait la langue vulgaire, c'est-à-dire la romane, vous eussiez 
cru qu'il n'en savait pas d'autre ; si c'était le tudesque , son 
discours avait plus d'éclat •, mais dans aucune langue sa parole 
n'était aussi facile que lorsqu'il s'exprimait en latin ^. 

Il nous reste quelques vestiges de la langue romane de la fin 
du Vliie siècle ; on les trouve dans les litanies qui se chantaient 

* Interea vir Dei Eligius, Noviomensis urbis episcopus, post multa parata 
miracula, in pace, plenus dierum, migravit ad Dominum [anno 659). Cujus 
in loco, fama bonorum operum, quia « praevalebat non tantum in teutonica, 
sed etiam in romana lingua, » Lotharii régis ad aures usque perveniente, 
praefatus Mummolinus ad pastoralis regiminis curam subrogatus est epi- 
scopus. {Vita S. Mummolini, dans J. Ghesquier; Acta sanctorum Beîgii 
selecta, t. IV, p. 403.) 

' On lit à la fin du dix-septième canon du concile de Tours : « Easdem 
homilias quisque episcopus aperte transferre studeat in romanam rusticam 
lingnam mit theotiscam, quo facilius cuncti possint intelligere quœ dicuntur.» 
(Labbe, Concilia^ t. IX, p. 354 .) 

^ Qui si vulgari, id est romana lingua, loqueretur, omnium aliarum pu- 
tares inscius (nec mirum, erat denique in omnibus liberaliter educatus), si 
veroteutonica, enitebat perfectius; si latina, in nuUa omnino absolutius. 
{Vie de saint Adalard, par S, Gérard; Acta sanct. ordinis S. Bemdidi, 
sœculo quarto, p. 355.) 



28 PROLÉGOMÈNES, 

à cette époque dans le diocèse de Soissons et qui ont été pu- 
bliées par le savant Mabillon '. Le milieu du siècle suivant nous 
offre le premier monument important de celte langue qui soit 
parvenu jusqu'à nous ; c'est le serment que Louis le Germa- 
nique fit à Charles le Chauve en 842. La langue du xe siècle 
nous est connue par une cantilène en Thonneur de sainte Eu- 
lalie, et celle du xie, par les lois que Guillaume le Conquérant 
donna aux Anglais après avoir soumis leur pays. J'aurai plus 
tard à examiner ces trois premiers monuments de notre an- 
cienne littérature *. Ce n'est qu'a partir du xiie siècle que les 
productions littéraires de la langue romane du nord devinrent 
assez nombreuses et assez considérables. 

Avant de prononcer le serment dont je viens de parler, 
Louis le Germanique et Charles le Chauve haranguèrent leur 
armée, chacun dans l'idiome particulier usité chez son peuple, 

* Après avoir récité les litanies, le chœur invoquait la protection du ciel 
en faveur du pape Adrien I*^ et de l'empereur Charlemagne; à chaque in- 
vocation, le peuple qui se trouvait dans l'église répondait : Tu lo jova, 
aide-le. 
Adriano summo pontifice et universale, papae vita, 
Redemptor mundi, Tu lo juva; 

Sancte Petre, Tu lo juva. 

Karolo excellentissimo et a Deo coronato, magno et pacifico rege Fran- 
corum et Langobardorum, at patricio Romanorum, vita et Victoria, 
Salvator mundi, Tu lo juva; 

Sancte Johannis, Tu lo juva. 

(Mabillon, Analecta vetera, p. 170.) 
' Voir le texte du serment de 842, celui de la cantilène en l'honneur de 
sainte Eulalie et celui des lois de Guillaume le Conquérant, ch. 1, sect, n, 
ni et IV. 

On peut joindre à ces premiers textes de notre langue naissante quelques 
mots et même quelques lambeaux de phrases disséminés dans une homélie 
latine du x* siècle, qui se trouve en manuscrit à la bibliothèque de Valen- 
ciennes, et qui a été publiée par un savant allemand, M. Bethmann, 
Voyage historique dans le nord de la France^ par M. de Coussemaker, dans 
sa traduction française de cet ouvrage, et enfin par M. Génin, à la suite de 
son édition de la chanson de Roland. 



PROLÉGOMÈNES. 29 

Louis en tudesque, et Charles en langue romane '. Voilà donc 
un fi's de Louis le Débonnaire, c'est-k-dire un peiit-fils de 
Charlemagne, obligé de parler la langue des vaincus pour se 
faire entendre de ses sujets. C'est que la position dans laquelle 
il se trouvait était bien différente de celle de son père et de 
son aïeul. Ces deux princes commandant à la Germanie, à la 
Gaule et a l'Italie, résidaient sur les bords du Tihin, au milieu 
des Germains leurs compatriotes auxquels leur maison devait 
son élévation et sa gloire. Ainsi, leur origine, le pays qu'ils 
habitaient, les gens qui les entouraient, tout concourait à ce 
que le tudesque fût la langue usuelle de ces empereurs. Mais 
Charles le Chauve, réduit à la possession de la Neustrie, se 
trouva jeté au milieu de populations qui ne parlaient, qui ne 
comprenaient que le roman, et qui avaient le tudesque en 
aversion ' ; aussi fut-il contraint d'adopter la langue romane, 
la seule qui pût le mettre en rapport avec la nation à laquelle 

* Ante sàcramenta, circumfusam plebem, alter teudisca, alter romana 
lingna alloquuti surit. (Nithard, Eistor., lib. III; dans Duchesne, Eist. 
Franc. scripL, t. II, p. 274.) 

' Cette aversion était telle que la seule différence de langage occasion- 
nait des rixes sanglantes entre les gens de langue romane et ceux de langue 
tudesque. Charles le Simple, petit-fils de Charles le Chauve, s'étant rendu 
sur les bords du Rhin pour avoir une conférence avec Henri l'Oiseleur, des 
jeunes gens qui étaient à la suite des deux princes furent, selon l'habitude 
de ceux des deux pays, tellement choqués de s'entendre parler les uns roman, 
les autres tudesque, qu'ils commencèrent à s'insulter de la manière la plus 
violente, et finirent par fondre les uns sur les autres, l'épée à la main, si 
bien qu'il y en eut plusieurs de tués, et entre autres Erlebald, comte de 
Castricum. 

« Germanorum Gallorumque juvenes linguarum idiomate offensi, ut 
eorum mos est, cum multa aniraositate malediciis sese lacessire cœperunt, 
conseriique gladios cxcrunt, ac se adorsi, lethaliter sauciant. In quo tu- 
mullu, cu^ ad litem sedandam Erlehaldus cornes accederet, a furentibus 
occisus est. » {Richeri historiamm libri quatuor, éd. de M. J. Guadet, t. I, 
p. 48.) 



30 PROLÉGOMÈNES. 

il commandait. A plus forte raison cette langue dût-elle être 

parlée par les rois qui lui succédèrent ^ 

Toutefois le tudesque ne disparut pas complètement de la 
cour; les Carolingiens en perpétuèrent sinon l'usage habituel, 
du moins Tintelligence parmi les principaux officiers de leur 
maison. Tout semblait leur en faire à la fois un devoir et une 
nécessité, les traditions, le souvenir de leur origine, leurs 
mariages fréquents avec des princesses de sang germanique, 
leur résidence habituelle à Laon, ville située dans le voisinage 
des pays allemands de la Lorraine inférieure, et enfin la par- 
ticipation active et continuelle que les princes germaniques 
prirent sous cette dynastie à tous les troubles, à tous les dé- 
mêlés, à toutes les guerres, à tous les traités qui eurent lieu 
dans le royaume. Aussi, ceux qui s'adonnaient au maniement 
des affaires publiques attachaient-ils une grande importance 
à la connaissance du tudesque. Mais, dès le milieu du ix^ siè- 
cle, les personnes qui possédaient pleinement l'usage de cet 
idiome, étaient devenues si rares dans le royaume, que Loup, 
abbé de Perrière, l'un des principaux ministres de Charles le 
Chauve, fut obligé d'envoyer en Allemagne des jeunes gens de 
son monastère, auxquels il jugeait à propos de faire appren- 
dre la langue qui étah la plus nécessaires aux relations poli- 
tiques ^. 

* La différence de langue qui existait entre les Neustriens et les Ostra- 
siens était tellement marquée au ix« siècle, que les premiers étaient appelés 
Francs latins et les seconds Francs teutons. « Ejusdem ArnuUû tempore 
(anno 888) Gallorum populi elegerunt Odonem ducem sibi in regem. Hinc 
divisio facta est inter teutones Francos et latinos Francos. » {Chronique 
anonyme, dans le Recueil des historiens de France, t. VIII, p. 231 .) 

* Filium Guagonis, nepotem meum, vestrumque propinquum, et cum eo 
duos alios pueros nobiles, et quandoque, si Deus vult, nostro monasterio 
SUD servicio profuturos, propter germaniœ linguœ nanciscendam scientiam, 
vestrae sanctitati mittere cupio. (Loup de Ferrière, epist. XII, ad Marcwar- 



PROLÉGOMÈNES. 3f 

On ne sera donc pas étonné de voir que, dans le siècle sui- 
vant, Louis d'Outre-Mer comprenait le tudesque beaucoup 
mieux que le latin. Au synode d'Engelheim, où ce roi et l'em- 
pereur Otlaon 1er se trouvaient réunis, on produisit une lettre 
du pape Agapet, relative aux disputes qui s'étaient élevées 
entre Arlalde, arclievêque de Reims, et Hugues, son compéti- 
teur; comme cette lettre était écrite en langue latine, on fut 
obligé de la traduire en tudesque, afin d'en donner connais- 
sancr aux deux princes '. 

Mais les circonstances qui avaient maintenu l'intelligence 
de l'idiome des Francs dans la maison royale des Carolingiens 
avaient cessé d'exister sous les rois de la troisième race, et 
Huguet-Capet, le premier d'entre eux, bien qu'issu du sang 
germanique', était tout aussi complètement ignorant du lan- 
gage de Cbarlemagne qu'il l'était de celui d'Auguste ^. Les 

dum abbatem^ anno 844; Bec. des histor. de France de dom Bouquet, 
t. VII, p. 488.) 

Dans une lettre écrite postérieurement à celle que je viens de citer, Loup 
de Perrière remercie le même Marcward d'avoir bien voulu faire apprendre 
le tudesque aux jeunes gens qu'il lui avait envoyés : 

« Siquidem intcr alia quae nobis jam plurima praestitistis, linguae vestrae 
pueros nostros fecistis participes, cujus linguae usum hoc tempore perneces- 
sarium nemo, nisi nimis tardus, ignorât. » (Loup de Perrière, epist. LXX; 
dans Duchesne, Histor. Franc, script., t. II, p. 7j64.) 

* Post quarum litterarum recitationem et earum, propter reges, juxta 
teotîscam linguam interpretationem... {Frodoardi Chron., dans le Recueil 
des histor. de France, t. YIII, p. 203.) 

' Le bisaïeul de Hugues Capet, Robert le Port, eut pour père le Germain 
"Witichin, qu'il ne faut pas confondre avec le célèbre chef des Saxons du 
même nom, contemporain de Cbarlemagne. <( Hic {Odo) patrem habuit ex 
equestri ordine Rotbertum, avum vero paternum, Witichinum advenam 
Germanum. » {Richeri historiarum libri quatuor, édit. de M. J. Guadet, 
t. I,p. 46.) 

* Othon II, empereur d'Allemagne, fils d'Othon P'', dont je viens de faire 
mention, invita Hugues Capet, alors duc de France, à une conférence par- 
ticulière. L'empereur parlait le tudesque, qui était sa langue maternelle; il 



32 PROLÉGOMÈNES, 

gens qui l'entouraient n'entendaient pas plus que lui l'idiome 
de la Germanie. Aussi, à partir de crtie c'poque, les princes 
d'Allemagne, qui désiraient entretenir des relal-ons avec la 
cour de Fiance, furent obligés d'avoir recours k des ambassa- 
deurs qui connussent la langue romane *. 

Ainsi que je le démontrerai dans la deuxième partie de cet 
ouvrage, le roman dut principalement sa formation aux alté- 
rations successives que le peuple fit subir à la langue latine. 
Ces altérations, partout les mêmes, quant aux procédés géné- 
raux, durent néanmoins, dès l'origine, différer par certaines 
nuances^ selon le pays où se forma le nouvel idiome. Dans la 
suite, ces différences, accrues et multipliées par le temps, en 
vinrent à se dessiner plus nettement, et à se circonscrire avec 
plus de précision, à la faveur du fractionnement que le système 
féodal fit éprouver à tout le territoire du royaume. 

Si dans le xii®, le xiii® et le xiv® siècle, on eût voulu tenir 
compte de toutes les variétés que présentait la langue d'oil* y 

parlait également le latin, ainsi que le témoigne Richer. Toutefois, il fallut 
qu'Arnulfe, évêque d'Orléans, lui servît d'interprète pour qu'il parvînt à se 
faire entendre du prince français : 

« Otto gloriam sibi parare cupiens, ex industria egit ut omnibus a cubi- 
culo regio emissis... dux {Hugo) etiam solus cam solo cpiscopo (Arnulfo) 
introducereiur; ut rege latiariter loquenle, episcopus latinitaiis interpres 
duci quicquid dicerelur indicaret. » {Richeri historianm libri IV, éd. de 
M.J. Guadet, t. II, p. 102.) 

Thierri, qui fut duc de Lorraine de 984 à 1 026, se servait de Nanter, 
abbé de Saint-Michel, pour ambassadeur auprès du roi de France, parce 
qu'il le savait fort habile à s'énoncer en langue romane : 

« Dux {Lotharingiœ) Theodoricus eum (Nanterum)... ad quoscumque 
regni principes àirigebatlegatum,et maxime ad consobrinum suum, regem 
Francorum, quoniam noverat eum in responsis acutissimum, et linguœ 
gallicœ peritia facundissimum. » {Chron. monast. S. Michaelis;- dans le P. 
Mabillon, Te^era analecta, éd. de i723, p. 391; Bec. des histor. de France, 
t. X, p. 286, note a.) 

' L'idiome roman du nord de la France reçut le nom de langue d'oïl, et 
l'idiome roman du midi celui de langue d'oc. On a émis diverses opinions 



PROLÉGOMÈNES. 33 

selon les divers pays où elle était en usage, on eût pu diviser 
cette langue en autant de dialectes qu'il y avait de bailliages 
dans la France septentrionale'; mais, en ne tenant compte 
que des caractères généraux les plus marqués, on arrivait à 
reconnaître autant de dialectes différents que l'on comptait 
de provinces en deçà de la Loire. Chacune des capitales de 
ces provinces devenait un centre dont l'influence se faisait 
sentir sur tout le pays qui en dépendait, et les habitants delà 
même province se piquaient plus ou moins de modeler leur 
langage sur celui que l'on parlait à la cour du duc ou du 
comte qui les gouvernait. De la sorte, chaque idiome provin- 
cial tendait à une certaine uniformité, et la langue f/'oï/ pouvait 
se diviser en dialecte de la Picardie, de l'Artois, delà Flandre, 
de la Champagne, de la Lorraine, de la Franche-Comté, de la 
Bourgogne, du Nivernais, de l'Orléanais, de la Touraine, de 

sur l'origine de ces deux désignations, ainsi qu'on peut le voir dans les 
Recherches de Pasquier, liv. I, ch. xui; dans Ménage, art. Languedoc, et 
dans du Cange, art. Lingua. Ces deux derniers se déclarent en faveur des 
auteurs qui pensent que la langue d'oïl et la langue d'oc ont été ainsi appe- 
lées de la manière d'énoncer l'affirmation. En efifet, on se servait pour cela 
de oïl dans le Nord et de oc dans le Midi. 

* On lit le passage suivant dans la préface d'un psautier traduit en langue 
romane au xiv« siècle, dont le manuscrit se trouve à la bibliothèque Maza- 
rine, oii il est coté T, 798; cette préface est citée par M. Leroux do Lincy 
dans son introduction du Livre des Rois : 

« Et pour ceu que nulz ne tient en son parleir ne rigle certenne, mesure 
ne raison, est laingue romance si corrompue qu'à poinne li uns entent l'autre, 
et à poinne peut-on trouveir à jour d'ieu persone qui saiche escrire, anteir 
ne prononcieir en une meisme semblant menieire; mais escript, ante et pro- 
nonce li uns en une guise, et li aultre en une aultre. » (Le Livre des Rois, 
introduction, p. xui, et p. lxxiv, note 1 .) 

Il en sera toujours ainsi de tout idiome qui ne possédera point des écri- 
vains d'un mérite supérieur qui puissent faire autorité. Ce que le traducteur 
du psautier dit de la langue d'oil du xiv^ siècle, on peut le dire aujourd'hui 
des nombreuses variétés de patois qui sont nées de la langue d'oc dans nos 
provinces du Midi. 



34 PROLÉGOMÈNES. 

l'Anjou, du Maine, de la haute Bietajjne, de la Normandie et 
de rile-dc-France \ Il est important de remarquer que celui- 
ci était spécialement désigné sous le nom de français, par op- 
position au picard, au normand, au bourguignon, au champe- 
nois, etc. ^. 

Par l'avènement de la maison des ducs de France à la cou- 
ronne des Carolingiens, le dialecte français partagea la for- 
tune de cette maison, et prit de jour en jour une supériorité 
marquée sur les autres dialectes, comme la nouvelle royauté 
ne tarda pas à établir sa suprématie sur tous les feudataires 
du royaume. La cour de France était devenue, pour les sei- 
gneurs du Nord, le modèle et l'école de la galanterie , de la 
courtoisie et des belles manières ; la langue parlée dans la 
maison royale était l'expression naturelle de ces débuts de la 
civilisation et de la politesse. Aussi, dès le xii^ siècle, il n'était 
plus permis à un seigneur normand, picard ou bourguignon, 
de se présenter à la cour de France sans qu'il sût s'exprimer 
enfrajiçaîs *, non plus qu'à un trouvère, désireux de quelque 

* On peut certainement réduire tous ces dialectes à un moins grand nom- 
bre en prenant pour base de la classification des caractères plus généraux. 
M. Fallût n'en admet que trois : le normand, le picard et le bourguignon; 
mais cette division me paraît trop restreinte, et l'auteur me semble, sur ce 
point comme sur plusieurs autres, avoir sacrifié la vérité à des considéra- 
tions purement systématiques, ainsi qu'à un trop grand désir de simplifie a 
tion, (Voir Recherches sur les formes grammaticales de la langue française 
et de ses dialectes au xui« s«ec/e^ par G. Fallot,p. 14, 15, 16 et passim.) 

* Voir la note suivante et p. 35, note 1 . 

^ Nous en trouvons la preuve dans l'accueil peu gracieux qui fut fait au 
tomte Quènes de Béthune par Philippe- Auguste et par toute sa cour. Voici 
comment le fait est raconté par l'un de nos plus judicieux critiques et de nos 
plus habiles philologues, M. F. Guessard, professeur à l'école des chartes : 

« Vers l'an 11 80, il {Quènes de Béthune) vint à la cour de France, où la 
régente, Alix de Champagne, et le jeune prince son fils, qui régna depuis 
sous le nom de Philippe-Auguste, lui exprimèrent le désir d'entendre quel- 
qu'une (le ses chansons. Quènes de Béthune récita donc des vers, très intel- 



PROLÉGOMÈNES. 35 

célébrité, de composer ses ouvrages en un autre dialecte '. A 
partir de celte époque, Tidiome de l'Ile-de-France se propagea 
de plus en plus, à Taide des circonstances qui ne cessèrent de 
lui être favorables, et des moyens puissants que surent em- 
ployer les rois pour fonder Tunité française. Au xiiie siècle, 

ligibles pour ses auditeurs, mais fortement empreints d'un cachet picard. 
Aussi fut-il raillé par les seigneurs de France, repris par la reine et par son 
fils, blâmé par tout le monde, et notamment par une certaine comtesse dont 
le suffrage lui eût été cher, à ce qu'il paraît. C'est lui-même qui nous a 
transmis le souvenir de sa mésaventure dans une chanson où il s'exprime 

ainsi : 

« Mon langage ont blasmé li François 

Et mes chançons, oyant les Champenois, 

Et la contesse «ncoir, dont plus me poise (pèse). l 

La roïne ne fil pas que courtoise, / 

Qui me reprist, elle et ses flex li rois; j 

i' Encoir ne soit ma parole française, 

-^ Si la puet-on bien entendre en français. 
Ne cil ne sont bien appris ne courtois 

j Qui m'ont repris, si j'ai dit mot d'Artois, 

'\^ Car je ne fus pas norriz a Ponloise. » 

{Biblioïkèqiie de l'école deicharlei, 3' tërie, t. It, p, I9t ; Itomancero 
franfait, p. 83 ; Hiil. lillér. delà France, t. XVIII, p. 8i6.) 

* Aymon de Varennes, trouvère du xu* siècle, aima mieux écrire son roman 
de Florimont dans le dialecte de l'Ile-de-France que dans celui de la pro- 
vince qu'il habitait, et où il composa ce poème : 

Il ne fut mie fait en France, 

Mais en la langue des Françoys; "" 

Le fist Aimes en Leonès (Lyonnais). ... 

Aux François veult de tant servir, 

(Car ma langue leur est sauvage,) 

Que j'ay dit en leur language 

Tout au mieux que je ay sceu dire. 
Il est nécessaire de remarquer, pour l'intelligence de ces vers et de ceux 
de la note précédente, qu'autrefois on appelait plus spécialement France, "pays 
de France, la contrée qui fut nommée plus tard Ile-de-France. Nous con- 
servons encore un reste de l'ancienne appellation dans le nom de la ville où 
se trouve la sépulture de nos rois. Saint-Denis-en-Francc {Sanctus Dyoni- 
sius in Francia) fut ainsi désigné pour le distinguer de plusieurs villes ou 
villages du royaume qui portaient également le nom de Saint-Denis. Pour 
un semblable motif, la partie du Vexin qui avait pour capitale Pontoise fut 
nommée Ycxin français, tandis que celle dont la capitale était Gisors fut 
appelée Veodn normand. 
Si Aymon de Yarennes se sert du dialecte français, ce n'est point qu'il 



36 PROLÉGOMÈNES, 

ce fut par l'extension du domaine de la couronne^ au xive par 
Faccroissement de lautorité des Capi^tiens, l'organisation de 
la justi( e royale, celle du parlement de Paris et de la grande 
chancellerie; au xv'', par rétablissement d'une administration 
fiscale, d'une organisation militaire, par plusieurs autres insti- 
/ tutions, ainsi que par la faveur accordée à l'imprimerie nais • 

en fasse plus de cas que de tout autre; il donne, au contraire une préférence 
toute naturelle à celui qu'il est habitué à parler : 
Mieux ains ma lengue que l'altruy. 

Mais il a choisi ce dialecte pour plaire à ceux dont il lui importait de mé- 
riter lc3 suffrages, et ceux-ci n'aimaient que les ouvrages écrits en leur propre 
langue : 

Romans ne histoire ne plait 

Aux Françoys, se ilz ne l'ont fait. 

{Uist. lillér. de la France, t. XV, p. 486-491 ; Ut Mamtcritl fronçait de la Billiolh. du Roi, 
t. III, p. 13 et suiv.; Biblioihétjue de l'école det charlet, 2* série, t. U, p. 195.) 

Les trouvères qui ne connaissaient pas suffisamment le dialecte de l'Ile- 
de-France étaient réduits à composer leurs ouvrages dans le ramage de leur 
province, selon l'expression de Pasquier; mais, dans ce cas, ils jugeaient 
parfois nécessaire de s'excuser de la rudesse et de l'étrangeté de leur lan- 
gage. C'est ce que fait un trouvère natif de Meun, que quelques savants ont 
pris à tort pour Jehan de Meun, continuateur du roman de la Rose. L'au- 
teur s'exprime ainsi dans l'épilogue de sa traduction des Consolations de 
Boèce : 

Adjouste que je i expose 

Tout ce que Boece suppose; 

Si m'cscuse de mon langage 

Rude, maloslru et sauvage ; 

Car nés ne suis pas de Paris, 

Ne si cointes com fu Paris, 

Mais me raporie et me compère 

Au parler que m'aprist ma mère 

A Meun, quant je l'alaitoiel, 

Dont mes parlers ne s'en dessoie ; 

INe n'ay nul parler plus habile 

Que cellui qui keurt a no ville {à notre village). 

'Ç_Les Matiuscritt français de lu Bihliothèiiue du Roi, par M.PuuUa Pari», t. V, p. 45.) 

Un autre trouvère, Richard de Lison, né en Normandie, croit devoir pré- 
venir ses lecteurs : 

Qu'il est Normanz; s'il a mépris, 
Il n'en doit jà estre repris, 
Se il y a de son langage. 

^citation de M. de la Rii«, Biilolredif hanlei, t, \, p. 332.} 



PROLÉGOMÈNES, 37 

saute ; au xvi®, enfin, par des ordonnances formelles prescri- 
vant l'usage exclusif du français dans tous les actes publics ou 
privés, de quelque nature qu'ils pussent être ^ 

Dès lors le français acquit une telle importance et obtint 
une telle prééminence sur les autres dialectes de la langue 
d'oïl, que ceux-ci, réduits à Fétat de patois dédaignés, furent 
relégués dans les campagnes, où ils s'éteignent de nos jours 
dans les derniers rangs de la population, semblables à de fai- 
bles rejetons étouffés par les vigoureuses racines d'un arbre 
puissant qui naquit avec eux au pied du même tronc ^ 

Ce ne fut point seulement dans le Nord que le dialecte de 
rile-de-France étendit sa domination ; dès le Xïii® siècle il 
avait passé la Loire avec les croisés marchant contre les Albi- 
geois. Depuis, la réunion successive des provinces méridio- 
nales à la couronne de France rendit insensiblement l'usage 
du français aussi nécessaire dans ces provinces qu'il l'était 
devenu dans celles du nord, et l'idiome poétique des trouba- 
dours dut se résigner à subir le sort du picard et du bourgui- 
gnon '. 

* Louis XII et François I«' prescrivirent l'usage exclusif du français dans 
les actes publics et les actes privés, par trois ordonnances successives datées 
de i 51 2, 1529 et 1539. 

Ronsard se plaignait, au milieu du xvi« siècle, de ce qu'un auteur ne pou- 
vait espérer de retirer aucun honneur de ses écrits s'ils n'étaient composés 
dans la langue que parlait le roi. La plainte était un peu tardive. « Aujour- 
d'hui, ditr-il, parce que nostre France n'obéit qu'à un seul roy, nous sommes 
contraints, si nous voulons parvenir à quelque honneur, de parler son lan- 
gage, aultrement nostre labeur, tant fustr-il honorable et parfait, seroit 
estimé peu de chose ou peutrestre totalement mesprisé. » {Abrégé de l'Art 
poétique.) 

* C'est ainsi que le castillan a fini par prévaloir en Espagne et le toscan en 
Italie. Chacun de ces deux dialectes est devenu, comme le français, la langue 
dominante du pays, aux dépens des autres dialectes de la contrée, tombés à 
l'état de patois et abandonnés au peuple. 

' Les habitants de nos provinces méridionales conservèrent l'usage habi- 



38 PROLÉGOMÈNES. 

Pendant le cours du moyen âge, la langue française, livrée 
à la merci des caprices de l'usage, n'a que des allures indé- 
cises, qui changent presque de génération en génération. Au 
XVI' siècle elle fait, pour constituer sa grammaire, des tenta- 
tives répétées, qui n'ont pas toutes des résultats heureux; 
elle s'efforce d'enrichir son vocabulaire en recourant tour à 
tour au latin, au grec et à l'italien, auxquels elle fait des em- 
prunts nombreux , mais souvent superflus ou contraires au • 
génie pardcuher de notre idiome. Dans le siècle suivant , le 
français se débarrasse d'une portion peu regrettable de ces 
nouvelles acquisitions, il s'épure, se polit, se régularise; 
l'usage , jusqu'alors incertain, est définitivement fixé par la 
pratique habituelle des gens de goût, par les travaux de 
plusieurs grammairiens , par les décisions de l'Académie 
naissante, mais surtout par les immortels chefs-d'œuvre des 
hommes supérieurs qui s'illustrent dans la littérature , dans 
les arts et dans les sciences. L'Europe, qui depuis plusieurs 
siècles avait su apprécier la beauté de notre idiome *, accueillit 

tuel de la langue d'oc, que le peuple parle encore aujourd'hui; mais à partir 
du xiv« siècle, plusieurs auteurs de ces provinces se servirent préférablement 
de la langue française. C'est en français que Gaston Phœbus, comte de Foix^ 
composa son traité de chasse, à la fin duquel il implore l'indulgence du lec- 
teur pour son ouvrage, attendu, dit-il, qu'il ne possède pas aussi bien le 
français que sa propre langue : 

« Et pour ce qu'il ne puet estre que je n'aye failli ou lessié trop de choses 
qui appartienent à bon veneur par moult de raysons; l'une, je ne suis pas 
si saiges comme il me serait mestiers... et aussi ma lengue n'est si bien 
duite de parler le françois comme mon propre lenguaige, et trop d'autres 
raysons qui seroyent longues pour escrire; pour ce je pri et suppli au très- 
haut, très-honoré et très-puissant seigneur messires Phelippes de France, 

par la grâce de Dieu duc de Bourgoigne qu'il li playse de supplir et 

amender les defautes. » (Gaston Phœbus, le Livre de chasse, ms. Bibl. 
imper, mss. fr. anc, fonds, n° 7098, f 111 v", col. 2, et f" 112 r", col. 1.) 

* Pendant le moyen âge, notre langue partagea dans toute l'Europe la 
glorieuse destinée de nos armes et de notre puissante influence. En Angle- 



PROLÉGOMÈNES. 39 

avec admiration les ouvrages de nos grands écrivains; bientôt 
ils circulèrent de toute part à Fétranger et semèrent dans cha- 
que pays le goût de notre langue et de notre littérature '. 

Antérieurement à celte époque, le français avait déjà pé- 
nétré dans une partie de la Suisse, dans la Savoie, dans le 
comté de Nice, dans la Belgique; dans chacune de ces con. 

terre, le français, transporté par les Normands, fut, jusqu'au milieu du 
XIV® siècle, la langue de la cour, de la noblesse et de toute la haute classe 
de la société; il servait à instruire la jeunesse, à rendre la justice, à admi- 
nistrer les affaires publiques; depuis lors, il n'a cessé d'être cultivé dans ce 
pays. Il se répandit de même dans le royaume des Deux-Siciles et dans la 
Grèce, pendant notre domination dans l'une et l'autre de ces contrées. Des 
princes d'origine française, devenus rois de Hongrie, de Portugal et de Po- 
logne, portèrent également notre langue dans chacun de ces royaumes. (Du 
Cange, Glossaire de la basse latinité, préface, p. xix, xx et xxi.) En Alle- 
magne, les empereurs Frédéric II, Maximilien I", Brunon, archevêque de 
Trêves, et tant d'autres, savaient fort bien le français. {Hist. litt. de la 
France, t. IX, p. 473; Bonivard, Advis et devis des lengues, p. 36.) Des 
auteurs italiens, qui en firent usage dans leurs écrits, lui rendirent le glo- 
rieux témoignage d'être à la fois l'idiome le plus agréable et le plus géné- 
ralement répandu. C'est en français que Martin da Canale traduisit une chro- 
nique latine relative à l'histoire de Venise, « parce que la lengue franceise 
cort parmi le monde, et est la plus delitable à lire et à oïr que nulle autre. » 
Tiraboschi, Storia délia letteratura italiana, t, IV, liv. III, ch. 1 .) Brunetto 
Latini, le maître de Dante, était du même avis : « Se aucun demandoit pour 
quoy cest livre est escript en romans selonc le parler de France, pour ce 
que nous sommes Italiens, je diroie que ce est pour deux raisons, l'une que 
nous sommes en France, l'autre pour ce que la parleure est plus delitable 
et plus commune à tous langages. » {Trésor de Brunetto Latini, ms. Bibliot. 
imper, mss. fr. anc. fonds, n" 7069, f» 12 v°, col. \; P. Paris, Manuscrits 
français, t. IV, p. 356.) 

* Voici ce qu'écrivait, en 1 676, l'auteur de la Défense de la langue fran- 
çaise : 

« Si l'on comptoit tous les François naturels qui entendent la langue 
françoise et tous les étrangers qui l'ont apprise, dont il y a si grand nombre 
dans l'Allemagne, dans l'Angleterre, dans le Danemark, dans la Pologne, 
dans la Suède et dans tous les pays du Nord, je doute s'il ne se trouveroit 
point autant d'hommes sur la terre qui entendissent le françois qu'il s'en 
trouve qui entendent le latin. » (Charpentier, Défense de la langue françoise 
pourVinscriftion de l'arc de triomphe; Paris, 1676, p. 173.) 



40 PROLÉGOMÈNES, 

trées il a fini par remplacer, comme langue littéraire et do- 
minante, les anciens idiomes que l'on y parlait autrefois". 
Enfin il est devenu dans TEurope entière la langue de la di- 
plomatie et l'expression exquise de la politesse dans les rangs 
les plus élevés de la société; en sorte que Rivarol a pu dire, 
non sans quelque raison : « Leibnitz cherchait une langue 
universelle, et nous l'établissions autour de lui '. 

^ Le français était déjà fort répandu dans ces différents pays vers le mi- 
lieu du xvi^ siècle, ainsi qu'on peut l'inférer du témoignage de Scaliger : 
« A Genève, dit-il, de mon temps, celui-là eust payé l'amende qui eust 
parlé françois au sénat, il falloit parler savoyard; comme en Bearn tous 
leurs plaidoyers et leurs actes se font en bearnois, pour monstrer qu'ils 
sont libres et à eux. A Chambery, ils parlent françois et non savoysien. 
L'Italien meprisoit fort autrefois le françois, mais maintenant ils l'appren- 
nent; toutesfois, ils ne sçauroient jamais l'apprendre s'ils ne l'apprennent 
jeunes. On parle plus françois en ces Pays-Bas qu'en Gascogne, mais non 

pas si bien On parle françois jusqu'à six lieues de Bordeaux. » {Scalige- 

riana, édit. de 1666, in-12, p. 193.) — « Genevœ in senatu loquuntur sa- 
baudicè, sed acta omnia publica gallicè fiunt. » [Ibid., p. 1 40.) 

' Rivarol, De l'universalité de la langue française; Berlin, 4784, in-S", 
p. 57. 



PREMIÈRE PARTIE. 

ÉLÉMENTS PRIMITIFS DONT S'EST FORMÉE 
LA LANGUE FRANÇAISE. 



INTRODUCTION A LA PREMIÈRE PARTIE. 

CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES SUR LA NATURE, LES PROPORTIONS ET LA 
FUSION DES ÉLÉMENTS QUI CONSTITUÈRENT LA LANGUE d'OIL ; MOYENS 
d'utiliser ces données POUR SUPPLÉER A l'INSUFFISANGE DES DOCU- 
MENTS RELATIFS AUX PREMIÈRES ÉPOQUES DE NOTRE HISTOIRE. 

Je viens d'établir historiquement que le latin se substitua 
insensiblement à la langue des Gaulois et que, plus tard, il 
prévalut également sur l'idiome national des conquérants 
barbares. Vainqueur ou vaincu, le peuple romain semblait 
être destiné à imposer au monde sa langue, ses idées, ses lois, 
ses usages, ses mœurs, sa civilisation. On doit donc s'attendre 
à ce que le latin fournisse les principaux éléments et, pour 
ainsi dire , la substance propre de Tidiome né après lui 
dans le nord de la Gaule. Cette première donnée tirée de 
l'histoire se trouvera confirmée et complétée par celles plus 
directes et plus précises que la linguistique va bientôt nous 
offrir. Celle-ci nous montrera que le latin constitua le fonds 
principal de la langue d'oïl, bien que le celtique et le tudesque 
ne soient point restés étrangers à la formation du voca])ulaire 
naissant de cette langue. 



42 PREMIÈRE PARTIE. 

Avant d'entrer sur ce sujet dans de plus amples dévelop- 
pements, je crois devoir présenter au lecteur une première 
preuve du fait que je viens de lui signaler, et un premier 
aperçu des résultats auxquels doivent nous conduire des 
recherches ultérieures ; il suffira pour cet effet de lui offrir le 



RESURRECTION DU FILS DE LA VEUVE DE NAÏM. 



TEXTE CELTO-BRETON, 

emprunté au Testamant novez hon Aotrou 
Jezuz-Krist-, traduction de M. Le Gonidec, 
p. 86, col. 1. 



I. Ilôgen pa dùstéé ouc'h dor kêarj 
chétu é tougcd eiinn dm marô, péhini 
a oa màb-pcnn-her d'hé vamm : hag 
houman a oa intanvez; hag eul lôd 
brâz a dûd eûz a géar a oa gant-M. 

n. Ann Aotrou pa wélaz amzhi, 
en doe truez out-hi, hag a lavaraz 
d'ézhima wél két. Hag hén a dôstaaz 
hag a lékéaz hé zourn war ann ar- 
ched. 

m. Ar ré hé dougé a arzaôaz; 
hag é lavaraz : den-iaouank^ mé het 
lavar d'id^ saô. Hang ann dén marô 
a zavaz enn hé goanzez, hag a ze~ 
raouaz komza; ha Jézuz hé rôaz 
d'hé vamm. 

IV. Hôgen ar ré holl a oaénô é 
krogaz spount enn-hô ; hag e veulent 
Doué, ô lavarout : eur profed brâz a 
zô savet enn hon touez, ha Doué a zô 
deûed da icéloud hé holl. 

v. Ar vrûd eûz a gément-sé a ré- 
daz dré ar Judéa holl, ha dré ami 
holl vrô umr-drù. 



TEXTE TUDESQUE, 

emprunté a la traduetion de l'Harmonie 
des Évangiles de Tatian, se trouvant 
dans Ammonii Alexandrini qum et Taliani 
dicitur Uarmonia evsngeliorum , édit. 
Sehmeller, Vienne, 1841, in-4o, p. 33. 

1. SWit tiiiu Çcr t^o nciljîta 43Çijttu t^ero 
aSuïgi, fenu «tliorbancr uuag gitvagan, 
einng fun fmero 3)îuotcr, inti tfiiu uuaê 
uuituua inti mtniqi t^cru Surgi mi^^it 
mit iru. 

2. îl^iamit tfiiu S-rufetin gifat), miUibu 
givuorit ubar fia quab iru : SRI curi »»u; 
ofenîSnti gieng juo, inti tiruorta t^ia 
iata. 

3. Xiiit t6«r tvuogun, gifluontun,- inti 
quab : Sungo iî) quibu tbir, 2lr|lant ! 3nti 
gifaj t^ie tfjav tôt uuae, inti bigonba 
[:t5re^^an; inti ga5 inan finero 3Jîuoter. 



4. (Sificng tijO aile for^fa, inti tn'iW- 
tofotun @ob, fu« quebante : a3itf)iu miti^it 
uuijago acftuont in une, inti 6itt;iu (Scb 
ttuifota iîuea folïci. 

5. Sntt ujgieng tî)o8 uuort in nlle Suï 
bccu fon imo, inti umbi alla ttjia Santfcaf. 



INTRODUCTION. 43 

même morceau écrit en français, en latin, en tudesque et 
dans l'un des quatre idiomes néo-celtiques. J'ai fait choix, 
pour cela, d'un passage du chapitre vu de saint Luc dans le- 
quel l'évangélisle raconte la résurrection du fils de la veuve 
de Naïm. 



RESURRECTION DU FILS DE LA VEUVE DE NAlM. 



TEXTE LATIN, 

traduit sur l'original grec de saint Luc. 



TEXTE FRANÇAIS, 

traduit sur l'original grec de saint Luc. 



I. Quando ille appropinquavit por- 
tée pagi, vidit mortuum portari, fi- 
lium unicum matris quae vidua erat; 
et turba nuraerosa hominum pagi 
erat cum illa. 

II. Dominus illam vidit, ctplenus 
commiseratione pro illa, illi dixit: 
Ne plores. Appropinquavit, et tetigit 
feretrum. 

ni. Et qui illum portabant, resti- 
terunt, et dixit : Juvenis (homo), ego 
tibi illud dico : Surge. Et mortuus 
resedit, et cœpit loqui, et Jésus il- 
lum reddidit suae matri. 

IV. Et omnes fuerunt affecti for- 
midine; et glorificabant Deum , di- 
centes : Certe magnus propheta sur- 
rexit in medio nostrûm, et Deus 
visitavit suum populura. 

V. Et ruraor de co cucurrit in tota 
Judaea, et in tota vicinitate. 



I. Quand il approcha de la porte 
du bouro, il vit qu'on portait un morl, 
fils unique d'une mère qui était 
veuve,etune-.roiip nombreuse d'hom- 
mes du bourg était avec elle. 

II. Le Seigneur * la vit, et, plein 
de commisération pour elle, il lui 
dit : Ne pleure pas. Il approcha et 
toucha la bicrf. 

III. Et ceux qui le portaient s'ar- 
rêtèrent, et il dit : Jeune homme, je 
te le dis : Lève-toi (leva te). Et le 
mort se rassit et se mit à parler *,• 
et Jésus le rendit à sa mère. 

IV. Et tous (toti) furent scisis 
d'i-ffrot; et ils glorifiaient Dieu, di- 
sant : Certes, un grand (grandis) pro- 
phète a surgi au milieu de nous, et 
Dieu a visité son peuple. 

V. Et le bruit en courut dans toute 
la Judée et dans tout le voisinage. 



^ Pour l'origine de seigneur, voir Seignor, dans le glossaire étymolo- 
gique, ch. I, sect, V. ' ■ 

* Pour l'origine de mit et de parler, voir Metirad et Parole, dans le 
glossaire étymologique, ch. i, sect. v. 



44 PREMIÈRE PARTIE. 

On voit qu'en général les mots du texte français sont formés 
de ceux qui leur coi respondent dans le texte latin. Cependant 
l'usage qui change, (jui diversifie et qui réglemente tout en 
fait de langage, n'a pas toujours voulu que toute expression 
française fût formée directement par l'expression latine cor- 
respondante ; beaucoup de nos mots proviennent de primitifs 
latins n'ayant avec leurs dérivés français qu'une certaine ana- 
logie d'idée ou tout autre rapport de signification plus ou 
moins éloigné. Ce cas est assez rare dans le passage de saint 
Luc ; mais toutes les fois qu'il se présente on peut recourir, 
pour avoir la véritable origine du mot, au glossaire étymolo- 
gique des monuments antérieurs au xii® siècle, ch. i, sect. v. 

Sur soixante et onze mots différents dont se compose la 
traduction française du passage de saint Luc, soixante-cinq 
dérivent du latin, cinq du germanique et un seul du celtique. 
Les mots provenant du germanique sont bourg, troupe, bière, 
saisir f effroi, on peut voir leur dérivation dans le recueil des 
mots d'origine germanique, ch. m, sect. ii. Le seul dérivé du 
celtique est le mot bruit, dont la provenance est démontrée 
dans le recueil des mots d'origine celtique, ch. il, sect. il. Si 
au lieu de prendre le latin pour le comparer au français , 
j'eusse choisi l'italien , l'espagnol, le provençal ou tout autre 
idiome néo-latin, le texte fourni par l'une de ces langues au- 
rait présenté avec le texte français à peu près la même res- 
semblance que nous a offerte la traduction latine \ mais si, au 
lieu du breton et du tudesque, j'avais eu recours à deux autres 
idiomes, l'un celtique et l'autre germanique, nous ne les eus- 
sions pas trouvés plus analogues au français que ceux qui 
nous ont servi de terme de comparaison. 

Je dois faire observer que je n'entends point faire d'un texte 
aussi court la base d'une statistique rigoureuse; je ne veux 



INTRODUCTION. 45 

que donner de prime abord un aperçu des rapports qui peu- 
vent exister entre notre langue et les trois idiomes qui con- 
coururent a sa formation. Du reste les chapitres suivants nous 
fourniront à cet égard des résultats qui nous permettront d'éta- 
blir nos appréciations sur des bases beaucoup plus larges. Je 
vais, pour le moment, anticiper sur ces résultats afin de pré- 
senter au lecteur certaines considérations générales qui, do- 
minant les questions de détail, pourront jeter quelque lu- 
mière sur la formation de notre vocabulaire primitif, et sur la 
fusion des trois éléments qui le constituèrent. Ces considé- 
rations m'offriront en même temps l'occasion de faire entre- 
voir les conséquences que l'histoire pourra tirer des données 
fournies par ces recherches. 

Le latin qui fut d'abord parlé dans les Gaules était bien, 
au fond, le même que celui qui se parlait à Rome; il n'en 
différait que par une certaine quantité de mots empruntés au 
celtique et au germanique, ainsi que par un certain nombre 
d'altérations que lui firent subir les gens des classes infé- 
rieures et pariiculièrement les gens de la campagne. Les 
mots celtiques et germaniques qui s'introduisirent dans le 
vocabulaire du latin rustique n'y entrèrent qu'à la condition de 
revêtir la forme latine, et de suivre les lois de dérivation, de 
composition, de formation et de syntaxe auxquelles étaient 
assujettis les mots appartenant en propre au vocabulaire la- 
tin , c'est-à-dire qu'ils durent se latiniser complètement '. Ces 

* Beaucoup de nos dérivés germaniques et celtiques conservent encore 
aujourd'hui des traces de leur incorporation dans la langue latine. C'est 
ainsi que plusieurs substantifs, accommodés aux exigences des formes de la 
troisième déclinaison, reçurent, dans les inflexions des cas obliques, une «, 
qu'ils ont gardée en passant dans la langue d'oïl. 

Germanique : BACHE, lat. baco, nis, fr. bacon ^ anciennement chair de 
porcj BAR, baro, nis, baron; bicce, bicho, nis, bichon; brand, brando, nis, 
brandon; kant, canto, nis, canton; sire, siro, nis, ciron; sporo, sporo, 



46 PREMIÈRE PARTIE, 

vocables d'origine barbare s'assimilèrent si entièrement au 
latin , que la plupart de ceux qui s'en servirent usuellement 
dans le vi^ siècle ne durent pas même se douter qu'il em- 
ployaient des termes étrangers à la langue des anciens Ro- 
mains. A considérer le fait sous ce seul rapport, la transfor- 
mation des mots celtiques et germaniques en mots latins est 
tout à fait analogue à celle qu'ont subie une foule de termes 
étrangers introduits dans notre français moderne. La plupart 
de ces termes , quelle que soit leur origine , grecs , arabes , 
allemands, anglais, italiens, espagnols ou provençaux, se sont 
incorporés et naturalisés dans notre langue de telle façon 

nis, esper on, éperon; TELLE, Mo, nis, félon; flascha, flasco, nis, flacon; 
FANO, fano, nis, fanon; haver, havero, nis, haveron, avoine sauvage, etc. 

Celtique : BAS ou bat, basto, nis, haston, bâton; houc'h, coucho, nis, 
cochon; pikc, pincio, nis, pmson; mult, multo, nis, anciennement Wiu/ton^ 
aujourd'hui mouton, etc. 

Les verbes germaniques, en se latinisant, remplacèrent leurs flexions an, 
en, (m, par les terminaisons latines are, ère ; et la flexion jan par la termi- 
naison ire. Bœtan, bctare, béter, anciennement faire mordre; krachôn, 
craquare, craquer; furbjan, furbire, fourbir; warôn, warare, garare, ga- 
rer; HAPPAN, happare, happer; hasten, hastare, haster, hâter; sazjan, 
saisire, saisir; trinkan, trinquare, trinquer; treffen, treffare, trovare, 
trouver, etc. 

Les verbes celtiques se modifièrent ^'une manière analogue. Kolpa, 
v/colpare, anciennement colper, aujourd'hui couper; germi, germentare, 
guermenter; luska, luscare, loscher,locher; rebecha, rebechare, rabachare, 
rabâcher, etc. 

Des mots germaniques se combinèrent avec des prépositions et autres 
particules latines pour former des composés. La préposition de, jointe à 
SCYRIAN, donna desciriare, deschirer, déchirer; la préposition e ou ex, avec 
FREis, forma efi'reium, effroi; avec krazô:s, ecratiniare, egratiniare, égratù- 
gner; la particule re, avec nûffeln, renuflare, reniflare, renifler; re et 
ad, avec dotten, radotare, radoter, etc. 

Le celtique gob, bouche, forma, avec de, le composé degobilliarc, dego- 
biller; in, joint à tama, couper, donna intamarc, entamer, etc. 

Les diminutifs, les fréquentatifs et autres dérivés furent tous formés 
d'après l'analogie latine, ainsi qu'on pourra s'en convaincre en parcourant 
le recueil des mots dérivés du celtique, ch. n, sect, ii, et celui des dérivés 
du germanique, ch. m, sect. u. 



INTRODUCTION. 47 

qu'il n'est pas donné à tout le monde de reconnaître ces 
intrus, et de distinguer sûrement un mot francisé d'avec un 
mot français. 

Du reste, les mots celtiques et germaniques qui reçurent 
ainsi de la langue latine le droit de naturalisation restèrent 
toujours, dans le vocabulaire rustique, en nombre bien infé- 
rieur à ceux de l'idiome qui les avait adoptés. Si l'on en ju- 
geait par les données que nous fournissent les trois monu- 
ments en langue d'oïl antérieurs au xii® siècle, Télément ger- 
manique ne serait entré que pour un quinzième dans la for- 
mation de notre vocabulaire primitif, et l'élément celtique 
n'y aurait été admis que pour à peu près un quatre-vingt- 
deuxième, tout le reste aurait appartenu à l'élément latin. 
(Voir à cet égard, et pour plus de détails, ch. i, sect. VI.) 

Il est surtout à remarquer que nous devons à des primitifs 
latins tous ces mots qui se présentent à chaque instant dans le 
discours, et qui forment pour ainsi dire la charpente d'une 
langue; tels sont : les pronoms, les adjectifs possessifs, dé- 
monstratifs et numéraux, l'article, les verbes auxiliaires, les 
prépositions, les conjonctions et les principaux adverbes. Un 
idiome quelconque devra toujours reconnaître pour mère la 
langue qui lui aura fourni ces différentes espèces de mots, 
quel que soit, du reste, le nombre des termes empruntés qui 
soient venus grossir son vocabulaire. C'est ainsi que l'anglo- 
saxon doit être considéré comme la véritable langue mère de 
l'anglais moderne, bien qu'aujourd'hui il n'y ait tout au plus 
qu'un tiers des mots anglais qui soient d'origine anglo- 
saxonne, les deux autres tiers étant composés presque entiè- 
rement de mots provenus directement ou indirectement de 
la langue latine '. 

1 Voir, à cet égard, un travail intéressant fait par M. Tommerel, ayant 



m PREMIÈRE PARTIE. 

La langue d'oïl doit encore au latin une infinité de mots 
de toute sorte servant à désigner les idées les plus répandues, 
les êtres les plus connus, les objets les plus usuels et les 
choses les plus nécessaires à la vie; mais il lui doit surtout, 
et à peu près exclusivement, les mots qui ont rapport à quel- 
qu'une des facultés supérieures de Tàme, ceux qui repré- 
sentent les nobles sentiments et les passions généreuses, les 
termes d'art, de science, de littérature, et en général ceux 
qui sont l'expression de la civilisation , de la culture de 
l'esprit, ou qui appartiennent à un ordre quelconque d'idées 
relevées. 

Les dérivés du celtique offrent généralement un contraste 
frappant avec la dernière espèce de mots dont je viens de 
parler; car ces dérivés n'expriment pour la plupart que les 
idées les plus communes, les plus vulgaires, et quelquefois 
même les plus triviales et les plus basses; enfin ce «|bnt les 
mots que l'on trouve le plus ordinairement dans la ppuche 
du peuple. liCS causes d'où résulte ce fait doivent êïi*e attri- 
buées à l'état de patois oiî était tombée la langue des Gaulois, 
ainsi que je l'ai précédemment démontré. Toutes les fois 
qu'un patois se trouve parlé, dans un pays, concurremment 
avec une langue littéraire dominante, si les gens du peuple, 
^ habitués à parler ce patois, essayent de faire usage de la langue 
littéraire, ils mêlent aux mots de cette langue un certain 
nombre de termes usuels, familiers, vulgaires et souvent gros- 
siers, qu'ils empruntent à leur idiome habituel. Comment 
pourrait-il en être autrement? D'un côté, ces mots patois sont 
pour eux de l'usage le plus fréquent, parce qu'ils répondent 
aux nécessités et aux habitudes les plus constantes de leur 

pour titre Recherches sur la fusion du franco-noimiand et de l'anglo-saxon; 
Paris, 4844, in-S". 



INTRODUCTION. 49 

genre.de vie; d'un autre côté, ce sont précisément les ex- 
pressions dont ils connaissent le moins les équivalents dans 
la langue dominante, car ce sont en général celles qu'ils en- 
tendent le moins souvent sortir de la bouche des gens appar- 
tenant aux classes supérieures, qui font un usage habituel de 
cette langue. J'ajouterai, pour compléter mon observation, 
que ces derniers eux-mêmes ignorent assez ordinairement 
quels sont, dans la langue littéraire, les équivalenîs de beau- 
coup de termes communs, populaires, triviaux que les gens 
de toute classe ne se font pas scrupule d'emprunter au patois 
de la localité. Leur ignorance à cet égard provient de ce que 
les mots de cette sorte se rencontrent assez rarement dans 
les auteurs, dont la plupart traitent des sujets relevés; et 
cependant les auteurs sont à peu près les uniques maîtres 
chez lesquels on puisse apprendre la langue littéraire dans des 
contrées où elle est, pour ainsi dire, une langue étrangère. 

Les faits que je viens d'avancer ne seront certainement pas 
contestés par le voyageur observateur qui aura parcouru nos 
diverses provinces, soit celles où le patois, encore en usage, 
se mêle constamment au français, soit celles où le patois, 
ayant disparu comme idiome particulier, a néanmoins laissé 
des preuves manifestes de son existence passée par la per- 
sistance de certains termes qui en proviennent, et qui ont 
été conservés dans le français usité parmi les gens de la 
même province. Quant au lecteur qui n'aurait point eu l'oc- 
casion de s'assurer par ses propres oreilles de l'exactitude 
de mes remarques, il pourrait y suppléer en parcourant 
quelques-uns des ouvrages spéciaux destinés à faire con- 
naître aux provinciaux les expressions vicieuses dont ils se 
servent, et principalement à leur signaler les mots provenant 
du patois dont ils font usage en parlant le français. Parmi ces 



50 PREMIÈRE PARTIE, 

ouvrages, je puis indiquer ici, pour le Languedoc, celui de 
Desgrouais '; pour la basse Provence, celui de M. Gabriéli^; 
pour le Dauphiné et la haute Provence , le recueil de 
M. Rolland^; pour le midi de la France en général, celui 
de Sauger-Préneiif*\ pour le Lyonnais, celui de Molard^\ 
pour la Lorraine et autres provinces du nord-ouest, celui 
de Michel". 

Les mots patois francisés que l'on trouve le plus fréquem- 
ment relevés par ces auteurs ont généralement rapport aux 
occupations, aux habitudes et aux idées du peuple, à ses 
sentiments, à ses penchants, à ses mœurs, à ses divertisse- 
ments, à son genre de nourriture, au mode d'habitation qui 
lui est propre, aux vêtements qui lui sont particuliers dans les 
différentes contrées, aux ustensiles de ménage et autres d'un 
usage commun, à l'agriculture, aux animaux, surtout aux ani- 
maux domestiques, aux bêtes de somme et au bétail; aux dif- 
férentes maladies, et spécialement aux maladies de la peau 
que la malpropreté engendre si communément parmi les gens 
de la basse classe, aux diverses parties du corps humain, par- 
ticulièrement à celles que la décence ne permet pas de laisser 
à découvert, et que souvent elle ne permet pas même de 

* Les Gasconismes corrigés, par Desgrouais, professeur au collège royal; 
Toulouse, 1748, in-S». 

^ Le Manuel des Provençaux, ou les Provençalismes corrigés, par Ga- 
briel!; Marseille, 1836, in-12. 

^ Dictionnaire des expressions vicieuses et des fautes de prononciation les 
plus communes dans les Hautes et Basses-Alpes, par M. Rolland; Gap, 
1810, in-S". 

* Dictionnaire des locutions vicieuses usitées dans le midi de la France, 
par Sauger-Préneuf; Paris, 1827, in-8°. 

* Le mauvais langage corrigé, par M. Molard, 4^édit. Lyon, 1810, in-12. 
' Dictionnaire des expressions vicieuses usitées dans un grand nombre 

de départements, et notamment dans la ci-devant province de Lorraine, par 
J.-F. Michel; Nancy, 1807, in-8». 



INTRODUCTION. 51 

nommer; enfin aux excréments, soit de l'homme, soit des 
animaux. 

Un fait très digne de remarque, c'est que les mots cel- 
tiques qui passèrent dans le latin rustique, et de celui-ci dans 
la langue d'oïl, appartiennent à peu près exclusivement à ces 
mêmes ordres d'idées, ont trait à de pareils objets et à de 
semblables habitudes. 

Mots d'origine celtique. 

Termes relatifs à l'agriculture, à la terre, à l'état, la nature, 
la configuration et les divers accidents du terrain, aux cours 
d'eau, aux substances minérales et métalliques, aux végétaux; 
mots servant à désigner des arbres, des arbustes, des niantes, 
leurs fruits, leurs fleurs, les parties qui les composent, etc. : 
aluine, anciennement absinthe; arpent, bar, autrefois fange; 
bétolne, bille, pièce de bois; bouleau, bran, anciennement son ; 
brance, sorte de froment; branche, bray, autrefois boue; hroil, 
anciennement taillis; brout et broutille, bruyère; carrière, cep, 
combe, autrefois vallée; coquelicot, drylle, chêne femelle; 
dune, monticule au bord de la mer; fagot, gaule, glai, ancien- 
nement verdure; glane, gloe, autrefois menu bois, menues 
branches; glui,, anciennement javelle; grès, grève, guède, 
plante tinctoriale ; guéret, guirlande, feston de fleurs •,jorroise, 
anciennement sorte de prunelle; larris , autrefois lande; 
marne, mine, motte, noe ou noue, petit cours d'eau ; palet, pan, 
autrefois contrée; peautre, anciennement étam; penne etpen- 
nette, autrefois colline; pioche, plâtre, ratin, anciennement 
fougère; rigole, roc, ruche, samole, plante; soc_, lan, écorce de 
chêne; tasse, anciennement touiîe d'arbres; turet, autrefois 
monticule; verne, arbre nommé aujourd'hui aune. 

Mots servant à désigner des animaux domestiques et autres; 



52 PREMIÈRE PARTIE, 

termes relatifs au bétail, aux troupeaux, aux bêtes de 
somme, aux chevaux, etc. : alouette, brian, anciennempnt 
ciron ; canco//e, autrefois hanneton; claie de \iarc ; clnvelée, 
cochon, coq, dia, mot dont se servent les charretiers pour 
faire déiourner leurs chevaux; escache, mors de cheval; 
e.ycoii^e, anciennement milan ; es courgée, fouet', étalon, freux, 
sorte de corneille; furet, geai, goéland, gourme, gourmette, 
^ourna/, anciennement poisson que nous nommons aujourd'hui 
rouget ; graisset, sorte de grenouille; hobereau, oiseau de proie; 
jars, oie mâle; loche, poisson; mâtin, gros chien ; mouchet, oi- 
seau de proie ; mouton, pinson^ trot, truie, turbot, veltre, an- 
ciennement lévrier. 

Mots relatifs au corps de l'homme et des animaux, à leurs 
membres, aux diverses parties dont ils sont composés, à leurs 
divers états, àleur âgr-, à leurs actions principales, à leurs fonc- 
tions vitales, à leurs sécrétions, à leurs excréments, à leurs 
maladies, à leurs infirmités, à leurs incommodités, etc. : ba- 
chelier, anciennement jeune garçon; baillet, autrefois cheval 
ayant une tache blanche au front; bane, anciennement corne; 
bave, bouse, boyau, braire, breton, autrefois rot, flatuosité qui 
s'échappe par la bouche; cas, mot familier signifiant excré- 
ment; cheminer, clavelée, darne, tranche de poisson; dégohiller, 
échine, escrache, anciennement gale, maladie de la peau ; es- 
craffe, autrefois coquille ; estalles, anciennement tesiicules • 
fou, gale, maladie de la peau : gazouiller, gigot, glaire, ha- 
leine, jambe, jarret, lagagne, anciennement chassie; longe, 
partie du veau et du cerf; y^au^/'e, autrefois gros garçon; rache, 
ancinnemenl gale, maladie de la peau; teigne, maladie de la 
peau; teton, tic, torche, fiente des bétes fauves à demi formée ; 
tripe, valet, autrefois jeune homme ; vit, membre viril. 

Mots relatifs aux bonnes et aux mauvaises qualités de Tes- 



INTRODUCTION. 53 

prit et du corps, aux impressions produites sur l'âme, aux 
sentiments, aux passions, aux penchants, aux goûts, aux habi- 
tudes, aux mœurs, aux divertissements, à la danse, à la musi- 
que, etc. : abrivéj autrefois vif, impétueux ; ar. ogant, atainey 
anciennement querelle; bade^ autrefois discours fiivole, bali- 
verne; barat, anciennement tromperie ; barguigner^ autiefois 
marchander; bourde, anciennement menterie; brusque, ca- 
vole, ancienne sorte de danse; coint ^ anciennement gentil, 
aimable , agréable ; danse , dorloter^ dru , hardi , vif, alerte ; 
ébaubi, e?iganer, anciennement tromper; fringuer, autrefois 
danser; galant, anciennement gaillard; gobe, anciennement 
hâbleur , vantard ; gober, gogue , autrefois plaisanterie, d'où 
goguenard ; gourmand, grignoter, guermenter, anciennement 
se lamenter; hait^ anciennement plaisir, satisfaction; hatir, 
autrefois quereller; hide, anciennement frayeur ; viiste, an- 
ciennement gentil, propret, bien mis; moquerie, morgue, 
orgueil, rabâcher, rabardel, sorte de chant; rogue, rotle, an- 
cien instrument de musique à cordes; sale, sorner, ancien- 
nement railler; souhait, tabut, autrefois tapage, vacarme, que- 
relle; tache, anciennement bonne ou mauvaise qualité; talent, 
autrefois propension de l'esprit; te' Ion , ancienne sorte de 
harpe ; trimer, marcher vite et avec fatigue ; trôler, aller çà et 
là ; trompe et trompette . 

Mots relatifs aux ustensiles, aux vases, aux outils, aux 
instruments, aux armes offensives et défensives, ou à quel- 
ques-unes des parties qui composent ces objets; expressions 
qui ont trait à des choses serv;.nt à des usages domestiques et 
habituels, à certaines occupations et actions manuelles, à des 
métiers, etc. : bahequin, autrefois soufflet pour allumer le feu; 
ballai, baril, bâton, bene!, anciennement chariot; bertauder, 
autrefois tondre ; broche^ charrée, claie, coche, couper, drowne, 



54 PREMIÈRE PARTIE, 

havresac de chaudronnier de campagne; écheveau^ escache, 
mors de cheval ; escourcjée, fouet; gieser, sorte d'ancien jave- 
lot; gùnblet, anciennement vrille; gobelet, goy^ autrefois cou- 
peret; hanouar, anciennement porteur de sel ; hart, autrefois 
Iien;ya/e, anciennement seau, baquet; lancCyinalras^ autrefois 
gros trait d'arbalète; magnan, anciennement chaudronnier; 
mortaise j pairol, autrefois chaudron ; pavois et pavesche, sorte 
d'ancien boucWer ', picotin, ruche, soc, torche, bouchon de paille 
à Tusage des maçons; tréteau , trieule , anciennement poulie. 

Termes relatifs aux vêtements et aux parties qui les com- 
posent, à la manière de s'habiller, aux ajustements, à la pa- 
rure, etc. : bagage^ barrette, bonnet ; bijou, botte, chaussure ; 
bouge et bougette, anciennement bourse; bragard, autrefois 
bien vêtu, élégamment paré; braie, casaque, drille, ancienne- 
ment haillon, guenille, loque ; gone et gonelle, sorte d'ancienne 
casaque; gousset, mwfe, anciennement bien mis, bien vêtu, pro- 
pret; mitaine, saie, sorte d'ancienne casaque; tacon, autrefois 
pièce que l'on met a un soulier; toque, bonnet; trousseau. 

Mots relatifs à l'habitation, à la demeure, k la maison, aux 
parties qui en dépendent ou qui entrent dans sa construction, 
aux voies de communication, etc. : balet, sorte d'ancienne ga- 
lerie couverte ; baraque, brique, cabane, carrière, lieue, plâtre, 
route, rue, solive. 

Mots relatifs à la nourriture , aux aliments , aux bois- 
sons, etc. : boudin, cervoise, anciennement bière; darne, tran- 
che de poisson; crêpe, sorte de pâte frite; gâteau, gigot, gobelet, 
lèche, lie, longe, partie de veau ou de cerf; mègue, ancienne- 
ment petit-lait; tourte, tripe. 

Mots servant à exprimer diverses idées, lesquels n'ont pu 
trouver place dans aucune d^s classifications précédentes : bas, 
profond; brouiller, bruit, chôme), druge, autrefois tapage; en- 



INTRODUCTION. 55 

tamer, galerne, vent du nord-ouest; hâle du soleil ; hardée^ 
anciennement paquet; haret, autrefois bord; /larf, ancienne- 
ment gris; locher, pièce ^ plonger, raie, rang, sorte, suie, tas, 
trou. 

Si nous examinons avec la même attention les mots que 
nous a fournis la langue germanique, nous trouverons qu'un 
bon nombre d'entre eux révèlent des occupations, des liabi- 
tudes, des mœurs et des usages fort (iiffér'nts de ceux qui 
nous ont été révélés par les dérivés celtiques. On s'aperçoit 
qu'il ne s'agit plus de gens relégués dans les derniers rangs de 
la société; les (iermains étaient des barbares, il est vrai, mais 
c'étaient des barbares victorieux, conquérants et dominateurs. 
Avant tout, ces fiers enfants du Nord étaient des hommes de 
guerre, avides de [àllage et de butin. Une partie d'entre eux, 
non cont( nts des excursions qu'ils faisaient chez leurs voisins, 
allaient porter au loin les ravages et la dévastation au moyen 
delà piraterie qu'ils exerçaient, soit sur les côtes" de l'Océan, 
soit le long du rivage des fleuves. Mais, après leur établisse- 
ment dans les Gaules, ce fut pour eux une nécessité de mettre 
un frein à leur rapacité et à leurs brigandages; ils sentirent le 
besoin de s'imposer des lois à euxrmêmes, afin de donner 
quelque garantie d'ordre et de stabiliié à leur nouvelle con- 
quête. Lorsque la guerre cessa d'être pour eux un moyen 
suffisant d'existence et une source abondante de richesses, 
beaucoup d'entre eux furent obligés de s'adonner à l'agricul- 
ture et au soin des troupeaux; mais ce ne fut qu'à regret, car, 
après le maniement des armes, leurs exercices favoris étaient 
les courses à cheval, la chasse et 'a pêche. Les plaisirs qui 
avaient le [dus de charme pour eux étaient h' bonne chère, le 
vin, les femmes et les débauches de toute sorte. Une quantité 
considérable de mots germaniques qu'ils firent passer dans la 



56 PREMIÈRE PARTIE, 

langue latine, el qui sont arrivés jusque dans la nôtre, confir- 
ment à tous cgards les rapports que nous a conserv«3S l'histoire. 
Ces mots sont relatifs à la guerre, à la navigation ', a. la légis- 

* Il est possible que plusieurs de ces termes nous viennent des Francs, 
et particulièrement des Francs Ripuaires, assez adonnés à la navigation; 
mais je suis convaincu que la plus grande partie nous ont élé fournis par 
les pirates normands qui, dans le ix^ et le x^ siècle, s'établirent dans le 
nord-ouest de la Gaule. Les Normands paraissent avoir conservé pendant 
quelque temps l'usage de leur langue nationale, principalement ceux qui, 
habitant le voisinage de l'Océan , pouvaient avec le plus de facilité se livrer 
à la piraterie. Du temps de Guillaume Longue-Épée, le danois, qui n'était 
plus guère parlé à Rouen, était la langue la plus généralement usitée à 
Bayeux. Aussi ce duc voulut-il que son ûU Richard fût élevé dans cette 
dernière ville, afin que le jeune prince pût facilement apprendre la langue de 
ses ancêtres, qui était encore celle d'un grand nombre de ses futurs sujets; il 
pensait d'ailleurs que cette langue pouvait faciliter à son fils les moyens d'en- 
tretenir des rapports d'alliance et d'amitié avec les princes du Danemark. 
Dudon de Saint-Quentin, qui nous a transmis ce fait, met les paroles sui- 
vantes dans la bouche de Guillaume Longue-Épée : « Quoniam quidem Ro- 
thomagensis civitas romana potius quam dacisca utitur eloquentia, et Ba- 
jocaceiisis fruitur frequentius dacisca lingua quam romana; volo igitur ut 
ad Bajocacensia deferatur quantocius mœnia, et ibi volo ut sit, Botho, sub 
tua custodia, et enutriatur et edocetur cum magna diligentia, fervens lo- 
quaàtate dacisca, tamque discens tenaci memoria, ut queat sermocinari 
profusius olim contra Dacigenas. (Dudo S. Quantini, apud du Chesne, 
412, D.) 

Ce passage se trouve confirmé par Benoit de Sainte-Maure, dans la Chro- 
nique des ducs de Normandie ; 

Si a Roem le faz garder 

Et norrir gaires longemeui, 

Il ne saura parlier neient 

Daneis, kar nul ne Vi parole. 

Si voil qu'il selt a tcle escole 

Où l'en le sache endoctriner 

Que as Daneis sache parler. 

Ci ne sevent riens fors romanz ; 

Mais à Baiues eu a tanz 

Qui ne sevent si duiieis non; 

Et pur ceo, sir quens Bolon, 

Voil que vos Taiez ensemble od vos; 

De lui enseigner corius 

Garde e maistrc sciez de lui. 

{Ckiv>t. det ducs Je Sorm., t. !, p. 479 MO.) 

Le moi ilotte, qui nous est recté, était un mot de la langue des Nor 



INTRODUCTION. 57 

lation barbare, à l'agriculture, à réquitation, à la chasse, à la 
pêche, k la bonne chère, aux débauches et au libertinage. 

Nous remarquerons, en outre, beaucoup de termes qui peu- 
vent fournir quelques clartés sur la manière dont les barbares 
étaient habitués à se vêiir et a se nourrir, sur leur genre d'ha- 
bitation, sur leurs meubles et leurs ustensiles, sur leurs délas- 
sements, sur leurs superstitions, sur leur caractère, leurs pen- 
chants, leurs bonnes et leurs mauvaises qualités, leurs défauts 
et leurs vices; beaucoup d'autres expressions ont traitàFhomme 
et aux animaux, à leurs facultés et à leurs fonctions vitales, aux 
végétaux tt aux couleurs ; enfin, un grand nombre de dérivés 
germaniques s'appliquent à des idées de toute espèce qui ne 
se prêtent guère à la classification. On doit particulièrement 
remarquer, parmi ces mots, plusieurs expressions qui, ayant 

mands, ainsi que nous l'apprend l'historien Glaber: «Clam egrediens ad 
praedictam Norraanorum gentem, illis tantummodo primitus adhaesit qui assi- 
due raptui servientes, victum caeteris ministrabantquos etiam illi communiter 
flottam vocant. » (Liv. I, ch. v.) Glaber parie des détachements qui allaient 
piller le pays pour fournir des subsistances à la flotte normande qui rava- 
geait les côtes. — Ce serait une erreur de croire, avec certains auteurs, que 
presque tous nos termes de navigation nous ont été fournis parles Anglais. 
Je ne disconviens pas qu'ils ne nous en aient fourni quelques-uns; mais il 
est à remarquer que la plupart de ces termes existaient déjà dans notre 
langue au xn« et au xni* siècle, ainsi qu'on peut s'en convaincre en par- 
courant nos écrivains de cette époque, dont j'ai reproduit quelques passages 
dans mon recueil des mots dérivés du germanique, aux articles Est, Ralin- 
gue, Esturman, Gurdingue, Hel, Esnesque, etc. On peut encore, à cet égard, 
consulter avec fruit l'Archéologie navale de M. Jal. La marine anglaise 
n'avait pas, avant le xu^ siècle, l'extension qu'elle a prise plus tard, et l'An- 
glais ne pouvait nullement nous imposer ses termes. Je serais, au contraire, 
assez disposé à croire que plusieurs de nos mots relatifs à la navigation ont 
été, comme tant d'autres, importés en Angleterre par les compagnons de 
Guillaume le Conquérant. Enfin on peut observer que beaucoup de ces mots 
se rapprochent bien plus du danois ou du suédois que de l'anglais ou de 
l'anglo-saxon; les primitifs de plusieurs d'entre eux manquent complète- 
ment, .dans ces deux dernières langues, tandis qu'ils se retrouvent dans le? 
deux premières. 



58 PREMIÈRE PARTIE, 

dans le germanique un sens indifférent, "ou même favorable, 
semblent avoir fourni matière à la malignité, à la jalousie et à 
l'esprit de dénigrement des Gallo-Romains. Ces mots, passés 
dans le latin rustique avec une acception défavorable, sont 
arrivés jusqu'à nous, qui les prenons encore en mauvaise part, 
ou les employons par dérision ou par moquerie. 

Mots d'origine germanique. 

Termes relatifs à la guerre, aux combats, aux armes et a leur 
maniement : adouber, armer quelqu'un chevalier; algier^ sorte 
d'ancien javelot; baate, autrefois garde; bagarre, bannière, 
bander un arc; beffroi, ancienne espèce de tour roulante; 
beourd, autrefois choc de lances ; blinde, terme de fortifi- 
cation; berme, bouclier, boulevard, bouzon, anciennement 
gros trait; brand, ancienne sorte de glaive ; brandir, bretecque, 
autrefois palissade; bricole f ancienne machine de guerre; 
fcy'oi^ne, ancienne sorte de cuirasse ; butin, ca/;/er, anciennement 
tailler en pjèces ; car^M0i5, cembel, autrefois combat partiel; 
champ, anciennement guerre ; cible coiffe, autrefois sorte de 
casque; crane^um, ancien instrument servant a banderL s arba- 
lètes; cuire ou cuivre, autrefois carquois; dague, dard, désarroi, 
dolequin, sorte d'ancien poignard ; drille, anciennement soldat 
exercé aux manœuvres; échalgaile, anciennement compagnie de 
gens de guerre chargés de faire le guet; ^/^/ew, escAac, ancienne- 
ment butin; eschive, anciennement donjon; escrime, escarmou- 
che, escarpe, esch é/e,anciennementbataillon; e^/m^ue, autrefois 
fronde; esparre, ancienne sorte de javelot, pique; espringarde, 
ancienne machine de guerr»'; esioc, estor, anciennement com- 
bat, mêlée; estramaçm, fanon, flèche, fin, pierre pour fourbir 
les épées;/our6/r, fuerre, anciennement fourreau d'épée; gain, 
autrefois butin remporté sur les ennemis (voir ce mot dans le 



INTRODUCTION. 59 

recueil des dérivés germaniques, chap. m, sect. ii); gamboison, 
ancienne sorte de pourpoint rembourré servant de cuirasse; 
^we/t/f^anciennement compagnie de gens de guerre -, guiche,cour. 
roie servant à fixer le bouclier au bi as du combattant ; gonfanon, 
autrefois étendard; guerre, guefy guimple, anciennement ban- 
derole, cornette; hallebarde, hampe, hmcère, autrefois poignée 
d'une épée; hanac^, anciennement sorte de poignard; hansart, 
anciennement javelot; hante, autrefois manche d'uneballebarde; 
hardi, anciennement aguerri, brave dans les combats (voir ce 
mot parmi les dérivés germaniques, chap. m, sect.ii); haubert, 
heaume, h It, anciennement gai de d'épée ; héraut, herberge, 
autrefois campement militaire; hère, anciennement armée; Ao- 
guema», anciennement chef, capitaine; javeLt, maréchal, officier 
militaire; pelfre, autrefois butin; rapière j renge, autrefois an- 
neau servant à supporter l'épée; rcse, anciennement expédi- 
tion militaire; ribaud, autrefois soldat d'avant-garde, rundache, 
sorte d'ancien bouclier; route, anciennement compagnie de 
gens de guerre ; sac, pillage complet d'une ville : sahs, ancien- 
nement coutelas; saqueman, autrefois pillard; targe, sorte 
d'ancien bouclier; trêve, wigre, sorte d'ancienne pique. 

Termes relatifs à la navigation, à la marine, à la mer, aux 
fleuves, aux rivières, aux cours d'eau en général, etc. : affalé, 
agrès, amarre, anspect, avarie, bâbord, bac, baie, baille, balast, 
balise, baigue, bateau, bau, baudequin, beaupré, bélandre, bergue, 
berne, bief, autrefois cours d'eau ; bitte, bomerie, bord d'un na- 
vire; bosscman, bouée, bouline, bout employé pour proue; 
bressin, brin, anciennement bord d'une rivière; brise, bru, 
autrefois ruisseau; biœe, anciennement petite barque; cale, 
canot, câpre, chaloupe, cingler, clamp^ coche, crique, crâne, dérive, 
digue, dogre^ drague, drenc, drosse , ébe, écore, écoupe , écoute, 
, élingue, épisser, eschipre, anciennement matelot; emesque, 



60 PREMIÈRE PARTIE. 

espars, esqxiif\ est, estrope, estière, anciennement gouvernail ; 
eslurmariy étambot, étrain^ étrave, falaise, faubert, foc, frégate, 
flaque d'eau, flotte, fret, gréer, gurdingue, anciennement cargue ; 
haler, hamac, haubans, havre, hel, héler, heus , ancien 
navire de transport; hisser, houle, houpée, hulot, hune, lama~ 
neur, last, lège, lest, lof, louvoyer, luzin, mât, merlin, nord, 
ouest, paise, anciennement baie; pilote, pinque, quèche, quille 
de navire; rahans, racage, rade, ragué, ralingue, ras de marée, 
récif t rin, autrefois source; ris, semaque, senauj stangue, sud, 
tarir, tide, anciennement marée; tillac, tolet, touer, tribord, 
vague, varangue,varech,voguer. Plusieurs de ces mots ne sont 
plus employés aujourd'hui; voir pour leur signification le 
recueil des mots d'origine germanique, ch. m, sect. ii. 

Mots relatifs à la législation, à la condition sociale de 
rbomme, à la constitution de la famille, à la justice, aux fonc- 
tions publiques, à l'état politique de la nation, à Tadministra- 
tion, aux monnaies, aux poids et mesures, etc. : alleu, ambas- 
sadeur, arban, autrefois corvée; orramir, anciennement s'en- 
gager à comparaître en justice; fean, èeJeflu, autrefois appa- 
riteur, huissier; bers ou baron, anciennement homme libre et 
de bonne condition; bigre, anciennement garde forestier; 
bru, bruman, autrefois gendre; chopine, deeme, anciennement 
servante; échevin, édel, noble; échiquier, autrefois cour de 
justice où Ton jugeait les affaires relatives au fisc; empan, 
enheudé, terme de coutume [yoir ce mot parmi les dérivés 
germaniques, cbap. m, sect. Il); escalin, ancienne monnaie; 
esclate, autrefois race; essoine , anciennement empêche- 
ment de comparaître en justice; esteu, ancienne mesure de 
capacité; estrique, anciennement bâton que l'on passait sur la 
mesure pour en faire tomber le grain excédant \ J'aide, autre- 
fois droit de vengeance exercé sur la personne d'un meurtrier 



■^INTRODUCTION. 61 

parles parents de sa victime ;/J?r/m, ancienne monnaie ;/erfon, 
anciennement la quatrième partie du marc; fief, frais, dépense 
qu'entraîne la perte d'un procès; /ranc, libre; froiichine, an- 
ciennement servante; gabelle, gage, garant, gazaillCf autrefois 
association; ^rome, anciennement valet; Aanse, autrefois so- 
ciété de marchands; haro, anciennement cri, clameur pour 
appeler au secours en poursuivant un malfaiteur, ou bien 
pour réclamer justice; havée, ancien droit seigneurial; 
hovir, anciennement fermier; leudes, autrefois vassaux; ma- 
cagne , autrefois puissant; mainbour, anciennement tuteur, 
curateur; marc, poids; marcAe, anciennement frontière; mar- 
quis, meutre, nam, anciennement gage donné par le débiteur; 
opdalie, épreuves du jugement de Dieu; pinte, pleige, autieiois 
caution; racaille, rhin, anciennement anneau servant à don- 
ner l'investiture ; riche, outre l'acception qu'il a aujourd'hui, 
ce mot signifiait autrefois puissant; saisir, anciennement 
mettre quelqu'un en possession de quelque chose; scaphion, 
autrefois voleur; sénéchal, utlage, autrefois proscrit. 

Mots relatifs à l'agriculture, au sol, aux. troupeaux, aux 

bêtes de somme, etc. : badille, anciennement hoyau; barde, 

autrefois sorte de bât; beser, se disait autrefois des vaches 

qui, piquées par les mouches, se mettent à courir; blé, bois, 

borne, bracque , anciennement jachère; drageon, épeautre, 

esfowte/, autrefois aiguillon pour piquer les bœufs; haie, j'aide, 

anciennement bercail; yba/c, autrefois troupeau; /oM/rcr^e, 

jrésange, anciennement jeune porc; gain(vo\r ce mot parmi les 

dérivés germaniques, chap, m, sect. ii) ; gaud, anciennement 

forêt; gazon, gerbe, glaise, houe, jardin, javelle, marais, rase, 

autrefois canal, fossé; rouir, saper, anciennement piocher; 

tige, troupeau. 

Termes concernant l'équilation, et expressions relatives au 



62 PREMIÈRE PARTIE, 

cheval : bride, croupe, éperon, eslrac, ancien terme de manège ; 
étamper , étrier, galop, gulledin , cheval hongre ; haguenée, 
housse, maréchal ferrant, rosse, train. 

Termes relatifs a la chasse, à la fauconnerie et àToisellerie; 
mots servant à désigner divers oiseaux, divers gibiers, etc : 
agasse, autrefois pie ; aigrette, sorte de héron ; bauge, lit fan- 
geux du sanglier; berser, anciennement chasser k Tare; biche, 
braquCf sorte de chien ; caille, chamois, chouette, clapier, élan, 
émérillon, épervier, épois , cors pointus des perches du cerf; 
gans, anciennement oie sauvage; garenne, gerfaut, goire, an- 
ciennement sorte d'oiseau de proie; grifau, autrefois oiseaux 
de proie en général; halbran, anciennement jeune canard 
sauvf«ge; harde, troupe de bêtes fauves; hall, autrefois repaire; 
hase, femelle du lièvre; hibou, hulotte, trou de lapin; leurre, 
mésange, moineau, mouette, pimon, trappe, piège; trâle, sorte 
de grive. 

Mots relatifs à la pêche, ou servant à désiguer des poissons, 
des crustacés, des coquillages, etc. : alose, anchois, brème, 
buckjol, anciennement hareng ; carpe, dogre, éperlan, estur- 
geon, flet, hareng, homard, lamproie, plie, welque, autrefois 
sorte de coquillage. 

Mots relatifs à la nourriture, aux aliments, aux boissons, à 
la bonne chère, au plaisir de la table et à celui des femmes, 
aux débauches, au libertinage : bâfrer, bacon, an( iennement 
chair de porc; barnesse, anciennement femme débauchée; 
bière, bordel, brais , autrefois orge préparée pour faire la 
bière; brandevin, hrinde, coup bu à la santé de quelqu'un ; 
chanteau, chinquer, anciennement boire beaucoup; godailler, 
faire une orgie; drèche, orge fermentée pour faire la bière ; 
échanson, flan, fiiche , anciennement quaitier de pcîrc salé; 
gaufre, giest, anciennement levure de bière; godale, autrefois 



INTRODUCTION. 63 

hier e'j goinfre j gom'ne, anciennement prostituée; gruger, gruau, 
^lier, anciennement libertin, débaucbé; hore, autrefois pros- 
tituée; malt, orge préparée pour faire la bière; maquereau ^ 
homme qui fait métier de procurer des femmes; maton, an- 
ciennement caillebotte; mets, mies, autrefois sorte d'hypocras ; 
ramequin, rvjjîen, autrefois débaucbé, libertin ; soupe, trinquer. 
— Voir à l'article des Mots relatifs aux meubles, etc. les noms 
de plusieurs sortes de vases propres à contenir de la boisson. 

Mots relatifs aux vêtements et aux parties qui les compo- 
sent, à rbabillement, à l'équipement, à la parure, aux orne- 
ments, aux bijoux, etc. : bague, bou, espèce d'ancien bracelet; 
houracan, coiffe, cotte, sorte d'ancienne casaque ; écharpe, es- 
tival, sorte d'ancienne botte; étoffe, feutre, froc ^ gamboison, 
espèce d'ancien pourpoint rembourré servant de cuirasse aux 
gens de guerre; gant, guimple, anciennement voile ; guipure, 
haillon, haire, houses, sor e d' nc\en es guêtres; hucque, sorte 
d'ancienne casaque ; huve, ancienne coiffure de femme ; jaque, 
es[)èce d'ancienne CiisaqucàTusage des gens de guerre; loque, 
moufle, sorte de gros gmt; nippes, nusches, anciennement bra- 
celet, etc.', poche, rocket, sorte d'ancien sarrau; rhin, ancien- 
nement anneau; sarreau, tabart, ancienne sorte de casaque ; 
tasque, autrefois poche; tijfer, anciennement coiffer. 

Termes concernant l'habitation, la demeure, la maison et 
les parties qui en dépendent, les villes ou les villages, les 
voies de communication, etc. : borde, anciennement maison 
des champs, métairie; bourg, buron, anciennement sorte de 
cabane; cahute , clinche, autrefois loquet; dalle , dore, ancien- 
nement porte; échoppe, écraine, anciennement sorte de hutte; 
esteil, autrefois poteau; estrée, autrefois chemin; étape ou 
e5/ûfyj/e, anciennement marché public; ^aô/e, autrefois pignon; 
guichet, haie, halle, hameau, hangar, hourd, anciennement claie ; 



64 PREMIÈRE PARTIE. 

hutte, loc, autrefois sorte de fermeture, d'où loquet; salle, seuil, 

stalle, taudis. 

Mots servant à désigner des meubles, des ustensiles, des 
outils, des instruments, des vases ou quelques-unes de leurs 
parties, et enfin diverses choses servant à des usages domes- 
tiques et habituels : alêne, attache, bahuts anciennement sorte 
de coflVe; hanc, lande, bar, ancienne sorte de civière; barde, 
autrefois hache; bardeau, bassin, bière, cercueil; bondon, 
botte, sorte de tonneau; boucle, brequin, brin d'estoc, huée, 
canapsa, cane, anciennement cruche; canif, caque, cercueil, 
chopine, clapet, clinche, anciennement loquet; o'oc, cione, 
machine pour charger les vaisseaux; crosse, dais, dois, autre- 
fois table; échasse, écran, écrou, épolet, bobine de tisserand; 
eschelle, anciennement sonnette; esclisse, autrefois traîneau; 
estachc, anciennement sorte de poteau ; estrique, anciennement 
radoire; estave, autrefois chandelle de cire; es^ew, ancien vase 
servant de mesure pour les liquides; estroie, aiiciennement 
attache; étai, étau, étangiies, grandes tenailles; étuve, fauteuil, 
flacon, guindre, sorte d'ancien rouet; hanap, ancienne sorte 
de vase à boire, coupe; happe, autrefois crampon; hasple, 
sorte d'aïKÙen dévidoir; havet, anciennement crochet; havre- 
sac, hie, hotte, houe, instrument de labourage; housse, huche, 
landier, lajette, caisse :.lisbette, anciennement sorte de petit 
lit; manne, sorte de corbeille ; picher, sorte d'ancienne cruche j 
pinte, poulie, ripe, outil de maçon ^ sahs, anciennement cou- 
teau ; séran, instrument servant à peigner le lin ; tonneau, 
tondre, anciennement mèche, amadou ; torche, touaille, autre- 
fois essuie-mains ; toupin, instrument de cordier. 

Termes relatifs a des délassements, à des divertissements, 
à des amusements, à des jeux, à des exercices corporels, à 
la danse, à la musique, à la poésie, etc. : balle à jouer; brelan. 



INTRODUCTION. 65 

autrefois table à jeu; bricoler, chouler, anciennement jouer à 
divers jeux où l'on lance un corps sphérique ; espringale^ sorte 
d'ancienne danse; gigue^ ancien instrument de musique; 
harpCf loure, sorte d'ancienne musette; luth, quille à jouer; 
Tandon^ autrefois course rapide ; nme, toupie, tumer, ancien- 
nement bondir, danser; werbeler, taire des roulades en chan- 
tant. 

Mots relatifs à des superstitions, à des penchants supersti- 
tieux : bigoty dévot outré et superstitieux; cauchemar (voir 
l'article qui concerne ce mot dans le recueil des mots dérivés 
du germanique, chap. m, sect. ii); garou, gobelin, lutin; helle- 
guin, fantôme fameux au moyen âge; truiller, ensorceler, en- 
chanter. 

Mots relatifs au caractère, aux bonnes et aux mauvaises 
qualités du cœur et de l'esprit, aux bons et aux mauvais pen- 
chants, aux sentiments, aux passions, aux impressions pro- 
duites sur l'àmp, etc. : affres, babil, bald, anciennement gail- 
lard, éveillé, joyeux; helhue, autrefois menterie, tromperie; 
belitre, boisdie, anciennement tromperie; ^rai'^^, ancienne- 
ment ardent; bricon, autrefois scélérat; buisnart, autrefois 
sot; cAe/me, anciennement scélérat; </ru, anciennement ami, 
amant; échars, autrefois avare; effroi, estout, anciennement 
hardi; étourdi, félon, frayeur, gab, anciennement raillerie; 
goinfre, graims, anciennement triste, chagrin ; gredin, guille, 
anciennement tromperie ; guischard ou guichard, ancienne- 
ment rusé; hagard, haïr, haire, autrefois angoisse; hardi, 
hargnieux, hoguineur, anciennement moqueur; honte, houle, 
autrefois maison de prostitution ; lober, anciennement trom- 
per, mentir; morne, triste; narguer, radoter, re'chin, ancien- 
nement chagrin, de mauvaise humeur ; ruffien, anciennement 
libertin, débauché ; safre, autrefois gourmand ; soros, ancien- 



6€ PREMIÈRE PARTIE. 

nement douleur, chagrin; sot, tricher, tule, autrefois sot; vise, 

anciennement prudent, rusé. 

Mots relatifs au corps de Thomme et des animaux, à leurs 
membres, aux parties dont ils sont composés, à leurs divers 
états , à leurs fonctions vitales , à leurs actions principales , 
à leur âge, k leurs qualités et à leurs défauts corporels, à 
leurs maladies, a leurs infirmités, à leurs incommodités, etc.: 
beter, anciennement mordre; blostre, autrefois tumeur; pied 
botj bourre^ bramer, braon, anciennement mollet, fesse; bré- 
chet, os delà poitrine; bréhaigne, anciennement stérile; brus, 
autrefois poitrine ; bue, autrefois buste; clatir^ crampe, cran- 
che, anciennement impotent ; dui>etf éclanche, e'dredon, esca- 
lope, anciennement coquille; esclenche, autrefois gauche; es- 
cors, autrefois sein, giron; étron, flanc, frisque, anciennement 
vigoureux, dispos ; garçon, gamite, autrefois peau de chamois; 
glapir, glèt -, anciennement mucosité ; gorge, goutte, maladie ; 
grimer, gringalet, grommeler, guigner, hanche , happer, has- 
terel , anciennement derrière du cou, nuque; hâi'e , heus , 
autrefois peau d*animal; Ao^er, anciennement sauter; isnel,' 
autrefois prompt, rapide; laid, leste, lippr, anciennement 
grosse lèvre; loucher, lorgner, meschine , anciennement jeune 
fille ; mine, visage ; muffle, nuque, pe'pie, pisser, râler, racher, 
autrefois cracher; randir, anciennement courir vers ; ranc, an- 
ciennement boiteux; reluquer, renifler, roiffe, autrefois croûte 
qui vientsurune plaie ; roupie, ronfler, runer, autrefois murmu- 
rer; scorbut, tâter, trogne, tuer, i^amon, anciennement tumeur. 

Mots servant k désigner des animaux : agasse, anciennement 
pie; aigrette, sorte de héron; alerion, autrefois aiglon; an- 
chois, bardot, petit mulet; belette, bichon, biche, botter el, an- 
ciennement sorte de crapaud ; brème, buckjol, anciennement 
hareng; carpe, chamois, choucas, chouette, ciron, cisemus, au- 



INTRODUCTION. 67 

trefois musaraigne ; crapaud, dogue, élan, émeriUon, épeîche, 
éperpier, esturgeon, Jletj f résang e , anciennement jeune porc; 
furet, gade, autrefois chèvre; gans, anciennement oie sau- 
vage ', goirc, autrefois sorte d'oiseau de proie ; grifau, ancien- 
nement oiseau de proie en général ; halbran, autrefois jeune 
canard sauvage ; hanneton, hareng, héron, hibouj homard, hes- 
toudeau, autrefois poulet : marcassin, mésange, mit, ancienne- 
ment chat ; mite, moineau, mouette, mulot, plie, ran, ancien- 
nement bélier j renne, roguet, petit chien ; taisson, blaireau ; 
tigue, insecte. 

Mots relatifs aux végétaux, servant à désigner des arbres, 
des arbustes, des plantes, leurs fruits, les diverses parties qui 
les composent, etc. : alise, hesi, sorte de poire j blé, bois, cer- 
neau, cosse, creguier, anciennement prunier sauvage ; cresson, 
écale, framboise, gazon, noix gaugue, autrefois noix de Frise ; 
glouteron, grappe, hanebane, haveron, anciennement avoine 
sauvage j hêtre, hovx, laiche, senelle, séue, tige, touffe. 

Mots relatifs aux minéraux, aux métaux, aux substances 
terreuses, h Tétat, la nature, la configuration du terrain : 
hergue, boue, brin, anciennement bord d'une rivière; bru- 
nir, polir un métal; crotte, boue; émail, falaise, fange, 
flatir, aplatir un métal avec le marteau; flin, fourbir, glette, 
anciennement litharge; havre, hogue, anciennement col- 
line ; yefeicAe, autrefois métal fondu coulé dans un moule; 
madré, autrefois sorte de substance précieuse ; marestan, an- 
ciennement pierre de touche; plate, autrefois lame de métal; 
putel, anciennement bourbier; rade, river, tai, anciennement 
boue ; tourbe, terre combustible. 

Mots qui désignent des couleurs ou qui sont relatifs aux 
couleurs : blafard, blanc, blême, bleu, blond, brun, fard, gris, 
sor, anciennement roux-brun. 



68 PREMIÈRE PARTIE. 

Mots pris en mauvaise part ou employés par dérision et 
par moquerie : bouquin ^ chinquer, anciennement godailler; 
hère, un malheureux, un pauvre diable; lande, lippe, ancien- 
nement lèvre grosse et disgracieuse; museau, rapière, rosse; 
ces mois proviennent de primitifs germaniques signifiant : 
petit livre, verser à boire, seigneur, terre en général, lèvre, 
bouche, longue épée, cheval de prix '. 

Mots servant à exprimer diverses idées, lesquels n'ont pu 
trouver place dans aucune des classifications précédentes ; 
ahrander, anciennement prendre feu; ahoquer, autrefois ac- 
crocher; ahuge f anciennement grand, énorme; air, appa- 
rences, extérieur ; aise, ballot, besoin, biais, billet, bise, blet, 
mou; bluette, bord, bouffer^ autrefois souffler; boundel, an- 
ciennement faisceau; bout, bouter, fraise, brander, autrefois 
être en flammes ; brandon, but, canton, causer, chatouiller, choc, 
choisir, chopper, clapoter, clinquant, craquer, croisir, ancien- 
nement briser; déchirer, drinchel, ancien terme de politesse 
dont se servait celui qui faisait raison d'un toast; durfeus, 
autrefois misérable; éblouir, écharde, écotj écraser, écume, 
écurer, égratigner, épier, escharnir, autrefois faire affront ; 
eschevi, autrefois bien conformé ; eschier, anciennement s'é- 
loigner, se séparer; esclier, autrefois fendre, briser; escraper, 
autrefois racler; escriller, anciennement glisser; eslider, an- 
ciennement glisser; espars, autrefois étincelle; espréquer, an- 
ciennement aiguillonner; esproher, asperger; esquille, estai, 
autrefois place, position; ^sf/^Mer^ fustiger ;yaMWer, ancien- 
nement plier; yîn, menu, délié; foule, fourrer, frais, récent; 
frapper, frelater, frélore, anciennement perdu; J-rimas, fron- 
cer, gâcher, gaif, autrefois égaré ; gandir, anciennement s'en- 

* On peut remarquer que, par contre, le latin caballus, rosse, nous a 
donné cheval. 



INTRODUCTION. 69 

fuir ; garder^ garer, garnir, gaspiller, gaucher, autrefois fouler 
les draps; gauchir, glisser , gratter, grincer , gros, guéder, soû- 
ler; guerdon, anciennement récompense; guère, guérir , guer- 
pir, anciennement quitter, abandonner, d'où déguerpir; gui- 
der, guinder, guise, hanter, fréquenter; harangue, haschère, 
autrefois peine, souffrance, punition ; hasle, anciennement 
détestable, hâter, havir, heurter, hober, autrefois se mouvoir; 
hocher, holà ! horion, houspiller, hucher, anciennement appeler 
à haute \o\Ti\jangler, autrefois bavarder; jeAîV, anciennement 
avouer; laid, autrefois tort; laisse, lambeau, lisière, lopin, los, 
anciennement sort; lot, maint, adjectif indéfini; manquer, 
marc, résidu; mat, terne; micmac, moufette, exhalaison mé- 
phitique; mousse, adjectif; nique, navrer, autrefois blesser; 
pincer, piquer, plaque, plat, adjectif; raffler, râper, rijler, ro- 
ber, anciennement voler, dérober; roi, autrefois préparatif, 
ordre ; sacer ou sacher, autrefois tirer ; sclaide, autrefois grêle ; 
scraifi, anciennement effacé ; souiller, tailler, taper, tarier, au- 
trefois provoquer; téhir, accroître; tomber, troquer, trouver, 
vacarme, vilecomme,terme de civilité dont on se servait autre- 
fois pour saluer; wessail, terme de politesse dont se servait 
anciennement celui qui portait un toast. 

Je laisse à l'historien philosophe le soin de tirer les con 
séquences des données que je lui fournis, pour suppléer eu 
plusieurs points au silence des traditions historiques, qui ne 
nous donnent sur les Gaulois et sur les Francs que des notions 
fort vagues et fort incomplètes. Pour moi, je me bornerai à 
une seule observation, qui rentre complètement dans mon 
sujet, et qui confirme un fait déjà établi par les témoignages 
de l'histoire dans les prolégomènes qui précèdent cette intro- 
duction, c'est que les Francs conservèrent pendant longtemps 
l'usage de leur idiome national, mais que, tout en continuant 



7a PREMIÈRE PARTIE, 

à parler entre eux le tudesque, ils se mirent à parler simulta- 
nément la langue latine. Si l'idiome des Francs eût disparu aussi 
promptement que leur religion, ou bien encore si ces barbares 
ne se fussent pas peu à peu habitués à parler la langue des 
Gallo-Romains en même temps qu'ils conservaient la leur, 
on ne pourrait concevoir comment ils nous auraient trans- 
mis, non-seulement un nombre considérable de termes con- 
cernant leurs mœurs et leur genre de vie, mais encore une 
bien plus grande quantité d'expressions que l'on ne saurait 
rattacher à des circonstances passagères et à un ordre de faits 
accidentels : telles sont celles qui sont relatives à Thomme en 
général, considéré moralement et physiquement, aux ani- 
maux et à leurs fonctions vitales, aux végétaux, aux couleurs, 
et une foule d'autres mots qui ne se prêtent point aux clas- 
sifications. Cette assertion se trouvera encore corroborée et 
pleinement justifiée, dans la seconde partie de cet ouvrage, 
par les considérations que j'aurai a présenter touchant l'in- 
fluence exercée par le tudesque sur la prononciation et sur 
certaines tournures de la langue latine, influence dont on 
retrouve encore des marques très manifestes dans notre 
langue française. 

Les mots tudesques qui, par le fait de la conquête et de la 
domination germaniques, se mêlèrent au latin rustique, y 
furent introduits dans des circonstances et dans des con- 
ditions assez analogues a celles qui déterminèrent l'introduc- 
tion d'une grande quantité de termes arabes dans le pehlvi, 
qui donna naissance au persan. C'est encore dans des cir- 
constances et des conditions à peu près pareilles que le franco- 
normand fournit à l'anglo-saxon un si grand nombre d'ex- 
pressions de tout genre, qui se retrouvent dans l'anglais mo- 
derne. Le persan doit a l'arabe les termes rdatifs à la religion, 



INTRODUCTION. '' . 

à la législation, à l'administration et une foule d'autres; 
l'anglais doit au franco-normand plus de la moitié de son 
vocabulaire. 

J'ai précédemment établi que le celtique s'introduisit dans 
le latin de la même façon que les patois de nos provinces s'in- 
troduisent dans le français ; je pourrais présenter un exposé 
de l'effet contraire, c'est-à-dire que je pourrais montrer com- 
ment s'opère l'introduction du français dans nos patois, s'il 
était nécessaire d'expliquer de quelle manière l'idiome des 
dominateurs se mêle à l'idiome de ceux qui subissent la domi- 
nation, et comment le tudesque pénétra dans le latin, l'arabe 
dans le pehlvi, le franco-normand dans l'anglo-saxon. On 
verrait que les termes français relatifs à la législation, à l'ad- 
ministration, à la guerre, a l'industrie, au commerce, aux 
sciences, aux arts, au luxe, aux modes, k la toilette, a l'ameu- 
blement, etc., se sont glissés en grand nombre dans tous nos 
patois; je pourrais même citer plus d'un exemple analogue à 
ceux que j'ai signalés pour les mots germaniques qui passèrent 
dans le latin avec une acception défavorable. Les mots fran- 
çais pris en mauvaise part dans nos patois ne sont certaine- 
ment pas rares, et il est tel de ces idiomes où le nom de Fran- 
çais lui-même est devenu presque une injure *. 

Si le peuple dominateur ne parvient pas toujours à impo- 
ser sa propre langue à la nation qu'il a subjuguée, du moins 
il parvient ordinairement, par l'effet de sa suprématie, à faire 
passer un certain nombre de ses termes dans la langue de la 
nation soumise. Ces termes appartiennent tantôt k un ordre 
d'idées, tantôt k un autre, selon les circonstances dans les- 
quelles se trouvent respectivement les deux peuples; selon 

* En provençal on appelle franciot un beau diseur, un homme à préten- 
tions, un incroyable. 



78 PREMIÈRE PARTIE, 

leurs goûts, leurs mœurs, leurs usages, leurs habitudes; selon 
le développement intellectuel auquel ils sont arrivés; selon 
l'extension qu'ils ont donnée aux arts, aux sciences, à l'indus- 
trie ou à certaines institutions; enfin selon le degré de civi- 
lisation ou de barbarie auquel se trouvent les deux nations qui 
tendent à se fondre pour n'en constituer qu'une seule. 

On pourrait s'étonner de ce que les Gaulois nous ont trans- 
mis beaucoup moins de mots que ne l'ont fait les Francs. Ce 
fait, qui est incontestable, doit être attribué à certaines cir- 
constances particulières dont j'ai fait connaître la plupart 
séparément, mais sur lesquelles il n'est peut-être pas inutile 
de revenir en les présentant dans leur ensemble. 

Ainsi que nous l'avons vu, le latin fut pendant plusieurs 
siècles la langue des dominateurs de la Gaule. Durant cette 
longue période, le celtique fut de plus en plus relégué dans 
les derniers rangs de la société et disparut à peu près avant la 
chute de la puissance romaine. La langue latine était parlée par 
les hommes investis du pouvoir, jouissant des richesses et de 
la considération publique ; la langue des Gaulois n'était qu'un 
patois usité parmi des gens grossiers, réduits à une condition 
sociale inférieure et méprisée. En pareil cas les personnes ap- 
partenant à la classe supérieure repoussent toujours avec un 
certain dédain les termes de l'idiome populaire. Si elles dai- 
gnent parfois se servir de quelques-uns, ce n'est jamais que 
fort sobrement ; elles ne le font guère que pour se mettre à la 
portée des hommes du peuple, et pour en être mieux com- 
prises dans les relations qu'elles peuvent avoir avec eux. Voilà 
ce qui explique à la fois le nombre assez réduit des expres- 
sions que nous a fournies le celtique et la nature des idées 
représentées par ces expressions. 

Lorsque les Francs arrivèrent dans les Gaules, ils y ap- 



INTRODUCTION. 73 

portèrent une nouvelle langue, rude et grossière, il est vrai, 
mais quelle qu^elle fût elle était celle des vainqueurs. Les 
conquérants germaniques avaient hérité de la puissance des 
Romains. Les vaincus pouvaient bien parfois se donner le 
plaisir de critiquer les barbares victorieux, de censurer leurs 
manières et leur genre de vie; mais ils ne pouvaient abolir 
leurs usages; ils étaient au contraire fort souvent obligés de 
s'y soumettre et de s'y conformer. De là vint qu'une foule 
de termes tudesques de toute sorte durent passer naturelle- 
ment dans la langue latine des Gallo-Romains comme étant 
les mots les plus propres à exprimer les idées relatives aux 
institutions, aux mœurs et aux habitudes des hommes du 
Nord. L'ascendant dont ceux-ci jouissaient et le besoin où 
se trouve un peuple asservi de faire la cour à ses maîtres, 
firent même accepter un certain nombre d'expressions dont 
la langue latine avait les équivalents et dont, par conséquent, 
elle pouvait parfaitement se passer. 

On peut encore faire valoir des considérations d'un ordre 
différent pour expliquer le fait qui nous occupe. Pendant les 
siècles 011 le celtique était parlé dans les Gaules en même 
temps que le latin, celui-ci avait atteint son plus haut degré 
de culture et son plus complet développement; il présentait 
un système homogène et régulier, une véritable unité, en 
même temps qu'une certaine fixité. Ces conditions sont celles 
dans lesquelles un idiome offre le plus de résistance à l'action 
exercée sur lui par un autre idiome, et laisse le moins facile- 
ment pénétrer des termes étrangers dans son vocabulaire. Au 
contraire, lorsque le tudesque se trouva en présence de la 
langue latine, celle-ci était arrivée à sa décadence, et ne tarda 
pas a se trouver dans un véritable état de décomposition. Les 
populations ignorantes qui continuaient à s'en servir s'in- 



74 PREMIÈRE PARTIE, 

quiétaient fort peu de lui conserver sa pureté et son intégrité 
par le maintien de l'ancien usage. C'est dans de telles cir- 
constances qu'une langue se dénature le plus prompteraent, 
subit le plus aisément toutes les influences étrangères, et ad- 
met un plus grand nombre d'expressions de tout genre com- 
muniquées par les idiomes qui se trouvent en contact avec 
elle. Ce n'est point dans d'autres conditions, je le répète, 
qu'une quantité considérable de mots français ont pénétré 
dans l'anglo-saxon après la conquête des Normands, a l'épo- 
que où cet idiome se trouvait en pleine dissolution. C'est au 
moment où 1 or est en fusion que se fait l'alliage, et non point 
lorsque le métal a toute sa consistance et toute sa dureté. 

Remarquons enfin que depuis la conquête des Romains 
jusqu'à l'invasion des barbares, ce fut la langue des hautes 
classes qui, de plus en plus, tendit à dominer dans les Gaules. 
Or cette langue ne dut accepter que peu de mots celtiques, 
ainsi que je viens de l'établir. Après l'invasion, au contraire, 
ce fut le latin populaire qui prit le dessus. Ce latin, ai-je dit, 
avait admis un bon nombre de mots germaniques, et il les 
transmit immédiatement aux diverses langues néo-latines 
auxquelles il ne tarda pas à donner naissance. (Voir l'intro- 
duction à la 11^ partie, t. II, p. 20-28 et passim.) Telles sont, si 
je ne me trompe, les véritables raisons de l'infériorité numé- 
rique des dérivés que nous devons au celtique comparés à 
ceux qui nous ont été fournis par le tudesque. 

Je dois faire observer avant de finir cette introduction, que 
les proportions approximatives que j'essayerai d'établir entre 
les dérivés latins, les celtiques et les germaniques, concernent 
uniquement notre ancienne langue, et qu'elles ne sont aucu- 
nement applicables k notre français moderne; car le nombre 
des mots provenus du celtique et du germanique est toujours 



INTRODUCTION. 75 

allé en diminuant, tandis que le nombre des dérivés latins est 
constamment allé en augmentant ^ Ce dernier résultat est dû 
à la culture et à la faveur dont la langue et la littérature la- 
tines n'ont cessé d'être l'objet dans notre pays depuis qu'il est 
sorti des ténèbres de la barbarie dans laquelle il fut quelque 
temps plongé par suite de l'invasion germanique; tandis que 
les idiomes des Gaulois et des Francs sont depuis longtemps 
ensevelis dans le plus profond oubli. Une cause toute spéciale 
a d'ailleurs puissamment contribué à faire tomber en désué- 
tude les dérivés de ces deux derniers idiomes. Il est à remar- 
quer que, dans toutes les langues, les mots persistent en gé- 
néral d'autant plus longtemps qu'ils ont à leur suite une famille 
plus nombreuse de dérivés et de composés auxquels ils ont 
donné naissance. Un mot qui n'est point accompagné d'un 
cortège de cette sorte semble, pour ainsi dire, manquer de 
soutiens et d'appuis suffisants ; il se trouve comme isolé au 
milieu des autres mots de la langue, et il est toujours le plus 
exposé à l'inconstance et aux caprices de l'usage. C'est le cas 
où se sont trouvés beaucoup de dérivés celtiques et germani- 
ques reçus comme des étrangers dans notre vocabulaire, au 
milieu des familles nombreuses de dérivés latins qui se sont 
accrues de siècle en siècle par les emprunts continuels que 
nous avons faits à l'idiome classique de Virgile et de Cicéron, 

^ Afin d'exposer les faits avec toute l'exactitude et toute la fidélité que je 
désire mettre dans ce travail, j'ajouterai que j'ai cru devoir comprendre 
dans la liste des dérivés germaniques certains mots de cette sorte relevés 
dans des ouvrages anciens écrits en langue d'oïl, soit en Angleterre, soit 
dans telle ou telle de nos provinces voisines de l'Allemagne ou des Pays- 
Bas. Or les dialectes usités au moyen âge dans ces différentes contrées 
étaient naturellement ceux qui présentaient le plus de mots d'origine ger- 
manique, et les expressions recueillies dans les ouvrages dont je viens de 
parler peuvent fort bien avoir appartenu exclusivement à l'un ou à l'autre 
de ces dialectes. 



76 PREMIÈRE PARTIE. 

Les termes de législation barbare empruntés à la langue des 
Francs ont dû disparaître avec cette législation et avec le 
système féodal, qui lui devait en partie son origine. Les termes 
de guerre, la plupart fournis par l'idiome des conquérants, 
ont fait place a de nouvelles désignations par suite des pré- 
cieuses modifications et des perfectionnements nombreux 
que Fart de tuer a subis cbez toutes les nations modernes. On 
peut faire de semblables remarques touchant les mots relatifs 
à l'ancienne manière de se vêtir, de se loger, de se meubler, 
de se nourrir, etc. Les dérivés celtiques et germaniques qui 
ont disparu ont été assez généralement remplacés par des ex- 
pressions empruntées de nouveau à la langue latinp qui, dans 
ces derniers siècles, a fourni, en outre, une prodigieuse quan- 
tité de termes de toute sorte pour exprimer les progrès inces- 
sants des idées, des arts, des sciences, de l'industrie, des 
institutions, de tous les éléments dont se compose notre ci- 
vilisation. 



CHAPITRE PREMIER. 
ÉLÉMENT LATIN. 



I. 

OBSERVATIONS CONCERNANT LA MARCHE SUIVIE DANS LES ÉTUDES 
QUI FONT l'objet DE CE CHAPITRE. 

Je tâcherai de donner, dans les deux derniers chapitres de ce 
volume, tous les mots de la langue d'oïI qyi peuvent être d'ori- 
gine celtique ou d'origine germanique; mais on sentira qu'un 
travail semblable sur les mots dérivés de la langue latine ne 
saurait entrer dans les limites resserrées de cet ouvrage. Pour 
indiquer tous nos dérivés latins, il ne faudrait rien moins que 
donner une liste de la très grande majorité des mots qui com- 
posent notre langue. Du reste, ce travail ne serait pas seule- 
ment très long et très fastidieux; il serait encore complètement 
impropre à nous apprendre dans quelles proportions les mots 
latins entrèrent dans le fonds primitif de notre vocabulaire. 
En effet, ainsi que je viens de le faire observer, notre idiome 
s'est accru, depuis quelques siècles, d'un nombre prodigieux 
d'expressions empruntées à sa mère la langue latine, et il n'est 
pas toujours facile de distinguer un mot de l'époque de for- 
mation d'avec un autre mot d'une acquisition plus récente. 
J'ai donc cru devoir me borner à l'examen des trois plus an- 
ciens monum nts en langue d'oïl que j'ai déjà signalés dans 
les prolégomènes. Ces monuments, tous antérieurs au xii» siè- 
cle, sont les Serments de 84^, la Cantilène de sainte Eulalie 
et les Lois de Guillaume le Conquérant. La réduction de tous 



78 PREMIÈRE PARTIE, 

ces textes ayant précédé la première croisade, on est a peu 
près assuré d'avance de ne point y rencontrer rélément 
arabe, qui ne pénétra guère dans notre langue qu'à partir de 
cette époque. 

Les données que l'histoire nous a fournies se trouveront 
pleinement confirmées par ces monuments, dans lesquels nous 
ne remarquerons que des mots provenus du latin, du celtique 
ou du germanique, à part un terme syriaque et quelques termes 
grecs qui furent entraînés dans la circulation de la langue la- 
tine, et que nous pouvons considérer comme latins, eu égard 
à leur provenance immédiate. 

J'accompagnerai chacun de ces textes d'une traduction 
aussi fidèle qu'il me sera possible, de plus, je les ferai suivre 
d'un glossaire étymologique renfermant tous les mots qu'ils 
présentent, et rendant compte de la signification ainsi que de 
l'origine de chacun d'eux. Indépendamment des appréciations 
dont ces textes nous fourniront le sujet, relativement à la pro- 
venance des mots qui les composent, ils nous offriront encore 
des données indispensables pour les études qui doivent faire 
l'objet de la seconde partie de cet ouvrage; enfin ils seront, 
pour le lecteur désireux de connaître nos origines, un échan- 
tillon intéressant et curieux des premiers essais de notre lan- 
gue et de notre littérature. 

II. 

SERMENTS DE LOUIS LE GERMANIQUE ET DES SOLDATS DE 
CHARLES LE CHAUVE, MONUMENT DU IX« SIÈCLE. 

Charles le Chauve et Louis le Germanique, décidés à unir 
leurs forces pour résister à l'ambition de leur frère l'empereur 
Lothaire, s'avancèrent à Strasbourg, suivis l'un et l'autre d'une 
armée considérable. Là ils jurèrent, en présence de leurs 



IX^ SIÈCLE . 

fradrMKWAA. ] no <,.«<( J„,^fe., 
'^A»'U- tn c(a.mno fcc • 



^y^y/ie/i^cIsJ^^/Ja^ ^e Ûia^/e,/.^^, 



'a/u^. 



lia 



utgf Agrément -entier fonfradrekarlo 

Umpoif . ncio nmeulr cui eo rerwnna»- 
itvrpovf. vn nufU a mlm conmt te Ji,„ 
utv^ nuixU u-vo^ . 



CHAP. I, ÉLÉMENT LATIN. SECT. L 79 

troupes, de se prêter une assistance mutuelle, et leurs soldats 
jurèrent, après eux, de refuser tout appui à celui des deux 
rois qui viendrait à trahir son engagement. Louis le Germa- 
nique prononça son serment en langue romane, afin d'être en 
tendu des soldats de Charles le Chauve, et Charles prononça 
le sien en tudesque, afin d'être entendu des soldats de Louis'. 
Quant aux deux armées, chacune se servit de la langue qui 
lui était propre. Les Germains de Louis firent leur serment 
en tudesque, et les Neustriens de Charles firent le leur en 
langue romane. La conférence de Strasbourg eut lieu en 842. 
Le texte des serments, qui nous a été conservé par l'historien 
Nithard, nous offre le plus ancien monument qui existe, non- 
seulement de la langue d'oïl, mais encore de toutes les langues 
néo-latines. 

Plusieurs savants, induits en erreur par les terminaisons en 
a qui se trouvent dans les Serments, ont cru devoir les attri- 
buer à la langue romane du midi de la France^; mais l'his- 
toire, ainsi que la linguistique, protestent également contre 
cette prétention . L'armée de Charles le Chauve était compo- 

* « Sacramenta quae subter notata sunt Ludhwicus romana, Karolus vero 
teudisca lingua, juraverunt; ac sic ante sacramenta circumfusam plebem, 
alter teudisca, aller romana alloquuti sunt.» (Nithard, ms. du Vatican, 
n° 4964, f 43, r»; Rht. Franc, script., dans Duchesne, t. II, p. 274.) 

^ « Entre les difTérents dialectes qu'on désignait alors par ce nom (langue 
romane), et qui, en Gaule, variaient, surtout du sud au nord, il choisi* 
celui qu'on parlait au midi, parce que, dans ces contrées éloignées du 
centre de la domination franke, les plus grands seigneurs ignoraient l'idiome 
des conquérants et employaient celui du peuple. Il n'en était pas de même 
au nord de la Loire, oti il s'écoula encore près d'un siècle avant que le ro- 
man usité dans ce pays, et d'où provient notre langue actuelle, fût élevé au 
rang de langue politique. Lorsque le roi des Gallo-Francs eut cessé de par- 
ler, celui des Teutons, élevant la voix, prononça le serment d'union contre 
Lother, non dans l'idiome des peuples qu'il gouvernait, mais dans celui 
des Gaulois, qui avaient besoin de prendre confiance dans la bonne foi de 
leurs nouveaux alliés. "Voici la formule de ce serment, dont le langage, 



80 PREMIÈRE PARTIE, 

sée de Neustriens parlant la langue d'oïl ; les Méridionaux 
parlant la langue d'oc ne pouvaient s'y trouver qu'en bien pe- 
tit nombre, car le royaume de Bourgogne faisait partie des 
éiats de Lothaire, et FAquitalne était alors gouvernée par 
Pépin, implacable ennemi de Charles et allié contre lui avec 
l'empereur. 

La terminaison en a, ainsi que la terminaison en o, se trouve 
dans la réponse que faisait le peuple à certaines invocations 
des litanies récitées dans les églises du diocèse de Soissons, 
sous le règne de Charlemagne. (Voir, à cet égard, la note i de 
la page 28.) Faudra- t-il en conclure que l'on parlait le pro- 
vençal dans le Soissonnais, vers la fin du vine siècle? Il y était 
parlé de la même manière que dans l'armée neustrienne de . 
Charles le Chauve, au milieu du siècle suivant. 

Ces terminaisons en a et en o sont un caractère général que 
tous les idiomes romans possédaient dans leur première pé- 
riode, et qu'ils devaient tous k leur commune mère, la langue 
latine. Aussi n'a-t-on pas seulement revendiqué les Serments 
en faveur de la Provence,mais encore en faveur de l'Italie. 

pour ne pas être tout à fait barbare, doit être accentué à la manière des 
dialectes méridionaux. . . » (Aug. Thierry, Lettres sur l'histoire de France, 
lettre XI.) 

M. Raynouard prétendait que sous Charles le Chauve on parlait la même 
langue dans la plus grande partie de l'Europe occidentale, et que cette lan- 
gue n'était autre que celle des Serments. Avec cette supposition, il se tire 
plus facilement d'affaire que M. Thierry. Après quelques considérations, il 
ajoute : « La langue des troubadours fut celle qui se rapprocha le plus des 
Serments de 842. » (06s. sur le roman de Rou, p. 4.) M. Raynouard aurait 
été tout à fait dans le vrai s'il eût dit qu'au ix* siècle la langue d'oïl diffé- 
rait extrêmement peu de la langue d'oc, et que celle-ci conserva davantage 
son ancienne forme et son ancien caractère, soit parce qu'elle fut fixée plus 
tôt, soit à cause d'influences climatériques dont je parlerai dans ma seconde 
partie. Aujourd'hui encore, quoique fort altéré, le provençal conserve bien 
mieux que le français les voyelles sonores de leur mère commune, la lan- 
gue latine. 



CHAP. I, ÉLÉMENT LATIN. SECT. IL 81 

Le manuscrit du Vatican auquel j'emprunte mon texte nous en 
fournit lui-même la preuve; on y lit ces mots, tracés à la marge 
par une main du siècle dernier : Giuramento in lingua italïana. 
On aurait pu tout aussi bien adjuger ce monument à l'espagnol 
ou au portugais, et même, si l'on veut s'en tenir au caractère 
qui a principalement fixé l'attention de mes adversaires, c'est- 
à-dire à la présence de telle ou telle voyelle à la fin des mot', 
je pousserai leur raisonnement jusqu'au bout en disant que les 
Serments doivent être attribués à l'italien, à l'espagnol ou au 
portugais avec plus de raison qu'on ne peut les attribuer à la 
langue d'oc; car on y trouve les substantifs masculins Deo, po- 
blo, Karlo, damno, et l'adjectif ma culin nosfro, tous terminés 
en ; mais cette terminaison ne se présente pas plus dans les 
substantifs ni dans les adjectifs masculins de la langue d'oc 
que dans ceux de la langue d'oïl, postérieurement au x^ siècle'; 
tandis que l'italien, l'espagnol et le portugais conservent encore 
aujourd'hui cette désinence dans beaucoup de substantifs et 
d'adjectifs masculins. 

Les divers idiomes néo -latins, tous sortis de la même 
source, mais s'éloignant insensiblement les uns des autres de 
siècle en siècle, en sont venus à présenter des différences assez 
considérables. Mais si l'on remonte le cours des temps, on les 
verra se rapprocher de plus en plus et presque se toucher, si 

* On ne trouve pas même la terminaison en o dans les substantifs ni les 
adjectifs masculins singuliers des plus anciens monuments de la langue d'oc, 
qui sont la Passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ, la Passion de saint 
Léger, publiées par M. Champollion-Figeac, et le Poème sur Boèce, publié 
par M. Raynouard, tandis que dans la Cantilène de sainte Eulalie, qui est 
en langue d'oïl du x* siècle, on retrouve encore Beo constamment écrit 
comme dans les Serments. (Voir ci-après p. 88, vers 3, 6 et 1 0.) La termi- 
naison persista beaucoup plus longtemps dans les pronoms 30, je, ço, ce, 
cela, ainsi que dans le pronom et l'article lo. Ces mots sont écrits ainsi 
dans nos auteurs du xii* et du xni* siècle. 

1* 6 



82 PREMIÈRE PARTIE, 

bien que, s'il nous était possible de les suivre jusqu'à leur ori- 
gine, nous les verrions se confondre dans la langue latine, 
comme des ruisseaux qui ont creusé leurs lits dans diverses di- 
rections se trouvent confondus dans la source commune qui 
leur donna naissance. On ne doit donc pas s'étonner de trou- 
ver aux premières époques de ces idiomes des caractères géné- 
raux qui leur appartiennent à tous. 

Toutefois, je ne veux pas me prévaloir de cette vérité, qui 
est bors de doute, pour réfuter l'opinion des savants que j'es- 
saye de combattre. Si l'on examine attentivement le texte des 
Serments, on se convaincra que plusieurs traits caractéristi- 
ques de la langue d'oïl commencent à s'y montrer fort visible- 
ment. Pour ce qui est, en particulier, des terminaisons dont 
j'ai déjà parlé, on doit remarquer que les lettres finales a,o, e 
s'échangent entre elles. On trouve, en effet, Jradra etfradre, 
Karlo et Karle ; sendra est mis pour sendre, dérivé de senior 
(voirie Glossaire étymologique, cb.i, sect. v) ; suo, se rappor- 
tant au féminin pai^t, devrait être écrit sua ou sue. Ce dernier 
se trouve fréquemment au xii^ siècle j on le voit dans le 
Voyagé de Charlemagne à Jérusalem, v. 88, 363, 669, 810, 
817 ; dans la Chanson de Roland, st. ccxLVii, v. i et passim. 
Ainsi, fl, o, e finals n'avaient déjà plus le son qui leur est pro- 
pre j mais ils devaient avoir un son sourd et indécis qui par- 
ticipait encore quelque peu de leur prononciation primitive. 
Ces voyelles finales, s'assourdissant de plus en plu?, finirent, 
au X* siècle, par s'éttindre dans le son presque insensible de 
notre emuet'. C'est ce qu'on est en droit de conclure en 



* L'a final latin nous est resté dans la, ma, ta, sa, dérivés de illa, mea, 
tua, sua; on le trouve encore à la fin de quelques substantifs féminins dans 
le Livre des Rois. On y lit la causa à la première ligne de la page 37. 
(Voir les observations faites t. II, p. 173 et 174.) 



CHAP. I, ÉLÉMENT LATIN. SEGT. IL 83 

examinant la Cantilène de sainte Eulalie. L'auteur de ce petit 
morceau de poésie, pour faire montre d'érudition, affecte de 
donner la désinence latine a aux substantifs féminins de ses 
deux premiers vers et de son dernier, bien que, dans tout le 
reste de la pièce, il se serve constamment de Te muet, qui était 
déjà devenu un caractère particulier aux terminaisons de la 
langue d'oïl. Ce qui n'était qu'une espèce d'archaïsme or- 
thographique du temps de cet auteur, paraît avoir été 
l'usage le plus ordinaire à l'époque où vivait l'historien Ni- 
thard. 

Observons encore que le pronom personnel accompafgne 
toujours le verbe dont il est le sujet : salvarai-eo^ io . . . pois, 
10 . . . er, il . . . fazet. C'est encore un trait caractéristique de 
la langue d'oïl, qui est obligée d'admettre cet attirail de pro- 
noms pour suppléer à l'insuffisance des inflexions des verbes, 
lesquelles, en général, n'indiquent les pc rsoniies que d'une 
manière fort imparfaite. Mais , la même raison n'existant 
point pour la langue d'oc, l'italien, l'espagnol ni le portugais, 
ces idiomes ne se soumettent pas à celte sujétion, et n'ad- 
mettent le pronom personnel sujet que d'une façon tout 
exceptionnelle. 

Enfin, sans entrer dans des détails qui nous conduiraient 
trop loin, remarquons, en finissant, le mot savir, déjà modifié 
à la façon de la langue d'oïl, qui convertit fort souvent la 
forte p du latin en aspirée i», tandis que, le plus ordinaire- 
ment, les autres idiomes néo-latins conservent le p ou le 
changent en sa douce b. De sapere la langue d'oïl a fait savir, 
saveir, savoir; la langue d'oc, l'espagnol et le portugais, saber; 
l'italien, sapere. C'est d'après la même loi de mutation que du 
latin cabra, lepus, — cris, râpa, sapa, — nis, opéra, ont été 
formés en langue d'oïl chèvre, lièvre, rave, savon, œuvre; 



84 PREMIÈRE PARTIE, 

en langue d'oc cabra j lebre, raha^ saboun, obra ; en ita 
lien capray lèpre, râpa, sapone, opéra; en espagnol cabra, 
liebre, rabano,jabon, obra; en portugais, cabra, lebre, rabanete, 
sabcco, obra. 

On peut dire que tout ce qui est commun à plusieurs 
idiomes néo-latins, dans le texte des Serments, appartient au 
fonds primitif de ces idiomes, c'est-a-dire à la langue latine, 
tandis qu'on doit attribuer au génie propre de la langue d'oïl 
toutes les formes particulières, tous les caractères distinctifs 
et spéciaux qui commencent à s'y dessiner. 

Les Serments de 84^ ont déjà été publiés et traduits bien 
des fois \ plusieurs savants en ont même fait le sujet d'une 
étude spéciale. Mais, malgré ces tentatives répétées, quel- 
ques passages ont été fort mal interprétés, ainsi que le lecteur 
pourra, j'espère, s'en convaincre lui-même, en comparant ma 
traduction aux autres, et en recourant, pour certains éclair- 
cissements, au glossaire étymologique placé à la suite des 
monuments antérieurs au xn* siècle, ch. i, sect. v. 

J'ai fait faire avec grand soin, il y a plusieurs années, un 
fac-similé des Serments, d'après un manuscrit de Niihard 
provenant de la bibloilièque du Vatican, apporté de Rome 
pendant nos guerres de l'Empire et déposé à la Bibliothèque 
nationale. C'est un volume en vélin, petit in-folio, à deux co- 
lonnes, d'une belle écriture du ix' siècle ou du commence- 
ment du xe; il est coté Vatic, n» 1964 Depuis lors ce ma- 
nuscrit est retourné à Rome et doit avoir été réintégré dans la 
bibliothèque du Vatican. Je place ea regard du texte imprimé 
le fac-similé dont je viens de parler. Si on le compare a celui 
que Roquefort a donné dans son glossaire, d'après le même 
manuscrit, on y trouvera quelques légères différences dans la 
forme de certains caractères, qui ont été peu fidèlement re- 



GHAP. l, ÉLÉxMENT LATIN. SEGT. II. 85 

produits dans celui de cet auteur, et que je me suis appliqué 
à faire représenter dans le mien avec toute l'exactitude a 
laquelle ait pu arriver le litliographe. 

I. — SERMENT DE LOUIS LE GERMANIQUE. 



TRADUCTION. 

Pour l'amour de Dieu, et pour no- 
tre commun salut et celui du peuple 
chrétien, dorénavant, autant que 
Dieu me donnera savoir et pouvoir, 
je préserverai mon frère Karle que 
voilà, et par aide et par toute chose, 
ainsi qu'on doit, par devoir, préser- 
ver son frère, pourvu qu'il en fasse 
de même pour moi; et ne prendrai 
jamais avec Ludher aucun accom- 
modement qui, par ma volonté, soit 
au préjudice de mon frère Karle ici 
présent. 

n. — SERMENT DES SOLDATS DE CHARLES LE CHAUVE. 

TRADUCTION. 



Pro Deo amur et pro Christian po- 
blo * et nostro commun salvament, 
d'ist di in ' avant, in quant Deus sa- 
vir et podir me dunat, si salvarai-eo 
cist meon fradre Karlo, et in ad- 
judha, et in cadhuna cosa, si cum 
om per dreit son fradra salvar dist, 
in quid il mi altresi fazet; et ab 
Ludher nul plaid nunquam prindrai 
qui, meon vol, cist meon fradre Karle 
in damno sit. 



TEXTE. 

Si Lodhwigs sagrament quae son 
fradre Karlo jurât ^, conservât, et 
Karlus, meos scndra, de suo part, 
non lo stanit, si io returnar non Tint 
pois *, ne io, ne neuls cui eo retur- 



Si Ludhwig garde le serment qu'il 
jure à son frère Karle, et si Karle, 
mon seigneur, de son côté ne le tient 
pas, si je ne puis le détourner de 
cette violation, ni moi ni aucun que 



* Christian poblo est le complément de salvament j comme Deo est le 
complément de amur. 

* Le copiste avait commencé d'écrire en, ainsi qu'on peut en juger par 
le fac-similé; mais il s'est corrigé pour mettre in. (Voir in, prép. dans le 
glossaire étymologique, sect. v de ce chapitre.) 

' Fradre Karlo est le complément indirect de jurât, comme dans diavle 
servir de la Cantilène de sainte Eulalie, p. 88, v. 4, diavle est le complé- 
ment indirect de servir. Pour la position de ces compléments, voir une re- 
marque à l'article Servir du glossaire étymologique, ch. I, sect. v. 

* Si io returnar non Vint pois, littéralement si je ne puis Ven détourner, 
c'est-à-dire si je puis le détourner de violer son serment, qui lui défend 
d'entreprendre ou de laisser entreprendre quoi que ce soit contre les inté- 
rêts de son frère. (Voir l'article Returnar et l'article Int dans le glossaire 
étymologique, sect, v de ce chapitre.) 



86 PREMIÈRE PARTIE. 

nar int pois, in nuUa ajudha contra je puisse en détourner, nous ne lui 
Lodhuwig nun li vi er *. serons en cela d'aucun aide contre 

Ludhwig. 

ÏII. 



GANTILENE EN L HONNEUR DE SAINTE EULALIE, MONUMENT 
DU X® SIÈCLE. 

La cantilène en l'honneur de sainte Euîalie a été décou- 
verte dans un manuscrit de la bibliotlièque de Valenciennes, 
en 1837, par M. Hoffmann de Fallersleben. Il en fit une trans- 
cription qui a été publiée la même année, avec une traduc- 
tion et des remarques, par M. J.-F. Willems '. La lecture de 
M. Hoffmann de Fallersleben n'est pas exempte de reproche, 
et la traduction de M. Willems contient un certain nombre 
d'erreurs et de contre-sens qui n'ont été corrigés qu'en partie 
dans la seconde édition qu'il nous a donnée en i845. 

Le manuscrit qui renferme ce monument provient de la 
bibliothèque de l'ancienne abbaye de Saint- Amand, d'où il a été 
transporté à la bibliothèque de Valenciennes. C'est un volume 
in-quarto, recouvert en peau de buffle et coté B, 5, i5; il a 
pour titre : In hoc corpore continentur lihri octo Gregorii Na- 
zianzeni episcopi... A la suite des huit livres de Grégoire de 
Nazianze se trouvent plusieurs pièces détachées, et, entre 
autres, la cantilène de sainte Eulalie, qui est au feuillet 14 1 ^ 

M. Willems donne cette cantilène comme appartenant au 

* La traduction littérale est ni je, ni nul que je puis en détourner , en 
nulle aide contre Lodhwig ne l'y serai. (Voir quelques observations à l'ar- 
ticle Est et à l'article Vi, dans le glossaire étymologique, sect. v de ce 
chapitre.) 

^ Elnonensia. Monuments de la langue romane et de la langue tudesque 
du ix« siècle. . . découverts par Hoffmann de Fallersleben, et publiés, avec 
une traduction et des remarques, par J.-F. Willems; Gand, 1837, in-8°. 
Une seconde édition a paru en 4 R45. . 



X? SIECLE. 

1) 

NJT ttu,«~ co]Tg' non Lc>. pou rf-tr ou^cj^ PHH*v-< L«vj>« lie- f>itvp»>*' i^KmA.lV M 4 

^ Lleiif cve/u-ueTT '« Ai«n e-Uhi^crr' • AA,^tx fof D*ni-clrfrie-r" l*^r <?f9|»e-4eiu 
f lA-u er^ifo^t (.«torc-^T<*r^n■cr rtJJM a.»-cl^ to/t^ j. Ile- col|^^-f n" <>.u/-tfc jj 

[ n/iff-tirc afr<*>lcnb cto/ati oLCv«b-L-i. n(-c:r' orc-m ««^vô" po •'-no f ci e^»"»»!- 



CHAP. I, ÉLÉMENT LATIN. SEGT. IIL 87 

ixe siècle ; mais je suis persuadé qu'elle ne remonte pas au delà 
du xe. La langue dans laquelle elle est composée tient le 
milieu entre celle des Serments de 842 et celle des lois de 
Guillaume le Conquérant ; on peut y remarquer les transi- 
tions qui ont conduit de la première à la dernière. Ce texte n'en 
est pas moins, après celui des Serments, le plus précieux qui 
nous soit parvenu pour l'étude des premiers développements 
de notre langue. L'écriture du manuscrit qui nous l'a con- 
servé porte le caractère du x^ siècle. M. Edouard Le Glay, 
paléographe distingué, qui s'est occupé de ce monument, et 
qui a eu, comme moi, l'original entre les mains, m'a con- 
firmé dans cette opinion, en m'assurant qu'il la partage. Du 
reste, afin de mettre le public à même déjuger la question, 
j'ai fait faire avec le plus grand soin \xn fac-similé de la ran- 
tilène, et je le place en regard du texte imprimé. Les lecteurs 
pourront, s'il en est besoin, s'aider dans leur appréciation des 
excellentes remarques faites par les Bénédictins dans le iVioM- 
ueau traité de diplomatique^ t. II, p. 4o4, et par M. de Wailly, 
dans les Eléments de -paléographie^ 1. 1, p. 624 et suivantes. 

Cette pièce de vers, la plus ancienne que nous connaissions || 
en langue d'oïl, ne présente guère que celte espèce de rimes | 
fort imparfaites auxquelles on a donné le nom de rimes par 
assonance; telles sont con^e/Ziers rimant avec «e/, chielt avec 
christien, test avec coist, pagiens avec chiejl cielaxecpreier, etc. 
On peut voir, sur les vers rimes par assonance, un article de 
M. Raynouard inséré dans le Journal des Sat^ants, année i833, 
p. 385. 

Dans les deux premiers vers et dans le dernier, les sub- 
stantifs et les adjectifs féminins sont terminés en a» comme ^ 
en latin. Je ne reviendrai point sur cette dérogation à l'usage, 
dont j'ai déjà indiqué le motif à l'article des Serments de 842, 



88 '"•>■•'" PREMIÈRE PARTIE, 

p. 83 ; quant à toutes les autres observations de détail que 
l'on peut faire sur ce texte, je les réserve pour le glossaire 
étymologique, section v de ce chapitre, et pour la seconde 
partie de l'ouvrage. 

CANTILÈNE EN l'HONNEUR DE SAINTE EULALIE. 



TEXTE. 

1 . Buona pulcella fut Eulalia; 

2. Bel avretcorps,bellezour anima. 

3. Voldrentla veintre li Deo inimi, 

4. Voldrent la faire diavle servir. 

5. Elle n'out eskoltet les mais con- 



TRADUCTION. 

1. Eulalie fut une bonne jeune 
fille; 

2. Elle avait beau corps et plus 
belle âme. 

3. Les ennemis de Dieu voulurent 
triompher d'elle, 

4. Voulurent lui faire servir le 
diable. 

5. Elle n'eût écouté les mauvais 



selliers, conseillers 

6. Qu'elle Deo raneiet chi maent 6. De façon à ce qu'elle reniât 

sus en ciel. Dieu qui habite là-haut dans le 
ciel ', 

7. Ne por or, ned argent, ne para- 7. Ni pour or, ni pour argent, ni 

menz, pour parures; 

8. Pormanatceregielnepreiemen; 8. Parmenace de roi, ni par prière; 

9. Ne ule cose non lapouret omque 9. Et aucune chose ne la put ja- 

pleier, mais faire fléchir, 

iO. La polie, sempre non amast lo 40. La jeune fille, de telle softe 



Deo menestier * ; 

4 1 . E por fut presentede Maxi- 
miien, 

4 2. Chi rex eret a cels dis sovre pa- 
giens. 

43. El li enortet dont lei nonque 
chielt. 



que elle n'aimât pas toujours le ser- 
vice de Dieu; 

1 1 . Aussi fut-elle traduite devant 
Maximien, 

1 2. Qui était roi des païens à cette 
époque {à ces jours), 

13. Il l'exhorte à ce dont elle ne 
se soucie jamais, 



* Pour la tournure et le sens de cette phrase, voyez les observations 
faites à l'article Polle^ dans le glossaire étymologique, sect. v de ce cha- 
pitre. 

' C'est-à-dire : Elle ne se fût laissé persuader de renier Dieu par les 
mauvais conseillers, ni pour or, etc. 



CHAP. I, ÉLÉMENT LATIN. SEGT. IIL 

4 4. Qued elle fuiet lo nom christien. 



89 



i 5. Eli' ent adunet lo suon élément, 

46. Melz sostendreiet les empede- 

mentz, 

47. Qu'elle perdesse sa virginitet *; 

4 8. P or s' furet morte a grand ho- 

nestet. 

49. Enz en 1' fou la getterent cora 

arde tost. 

20. Elle colpes non avret, por o no 

s' coist. 

24 . A czo no s' voldret concreidre li 
rex pagiens ; 

22. Ad une spede li roveret tolir lo 

chief. 

23. La domnizelle celle kose non 

contredist; 

24. Volt lo seule lazsier si ruovet 

Krist. 

25. In figure de colomb volât a ciel, 

26. Tuit oram que por nos degnet 

prcier, 

27. Qued avuisset de nos Christus 

mercit 

28. Post la mort, et a lui nos laist 

venir, 

29. Par souue clementia. 



44. Savoir j qu'elle abandonne le 
nom chrétien (le christianisme) '. 

45. Avant que d'abandonner ses 
principes, 

46. Elle souffrirait plutôt les tor- 
tures, 

47. Elle souffrirait plutôt àe per- 
dre {qu'elle perdit) sa virginité. 

48. Pour cela (pour ses principes) 
elle est morte avec grand honneur. 

49. Ils la jetèrent dans le feu, de 
façon à ce qu'elle brûlât bientôt {quo 
modo ardeat cito). 

20. Elle n'avait pas de faute à se 
reprocher; c'est pourquoi elle ne 
brûla pas. 

21 . Le roi païen ne se voulut fier 
à cela; 

22. Il commanda de lui enlever la 
tête avec une épée. 

23. La demoiselle ne s'opposa 
point à la chose; 

24. Elle veut quitter le monde si 
Christ l'ordonne. 

25. Elle s'envola au ciel sous la 
forme d'une colombe. 

26. Tous nous prions qu'elle dai- 
gne prier pour nous. 

27. Afin que Christ ait pitié de 
nous 

28. Après la mort, et nous laisse 
venir à lui, 

29. Par sa clémence. 



* Sostendreiet a pour premier complément un substantif {les empede- 
mentz), et pour second complément une proposition incidente {qu'elle per- 
desse sa virginitet). Le peuple fait assez souvent usage de pareilles con- 
structions : Je désire autant que vous votre mariage avec ma cousine et que, 
tous deux, vous puissiez être heureux ensemble. Pour l'interprétation du sens 
que présente ce passage, voir Virginitet dans le glossaire étymologique. 

* Nom chrétien se prend encore aujourd'hui pour christianisme dans cer- 
tains cas : Ce sultan fut le plus redoutable ennemi du nom chrétien. 



90 PREMIÈRE PARTIE. 

IV. 

LOIS DE GUILLAUME LE CONQUÉRANT, MONUMENT DU XI^ SIÈCLE. 

Après les Serments et laCantilène de sainte Eulalie, le plus 
ancien texte qui nous soit parvenu £n langue d'oïl est celui 
des Lois de Guillaume le Conquérant, quifurent promulguées, 
en Angleterre, vers l'année 1069^ Ce document est, par son 
ancienneté, un des plus importants et des plus intéressants, 
sous le triple rapport de la linguistique, de l'histoire et de 
l'étude de la jurisprudence du moyen âge; mais il est en même 
temps un de ceux dont l'interprétation est la plus difficile, 
ainsi que le lecteur aura lieu de s'en convaincre ^. Je n'ai rien 
négligé, ni pour me procurer un texte correct, ni pour parve- 
nir à la solution des difficultés de tout genre dont ces lois se 
trouvent hérissées. 

Avant de commencer mon travail, j'ai pensé qu'il m'était 
indispensable d'aller faire des recherches en Angleterre dans 
les bibliothèques et dans les dépôts d'archives, pour tâcher 
de retrouver quelques manuscrits des lois de Guillaume. Ces 
recherches n'ont point eu, à mon grand regret, tout le succès 
que j'eusse désiré. Je n'ai pu me procurer qu'un seul manu- 
scrit : c'est celui qui est connu sous le nom de manuscrit 
Holkhara ; il appartient à M. le comte de Leicester. Malheu- 
reusement ce manuscrit ne contient qu'une partie des lois, 
correspondant aux trente-deux premiers paragraphes de l'édi- 
tion que je publie. En outre, le texte en est visiblement ra- 

* Voir l'Histoire littéraire des Bénédictins, t. VII, p. lx. 

^ « Texte fort ancien, dit Fallot, sujet à de grandes difficultés et digne 
» d'être l'objet d'un travail spécial; ce travail est promis par M. Ray- 
» nouard. » (Rech. sur les formes gramm., p. 465.) La mort n'a pas laissé 
à l'illustre linguiste le temps de tenir cette promesse. Puisse -je ne pas 
trop faire regretter que cette tâche ait été léguée à un autre ! 



GHAP. I, ÉLÉMENT LATIN. SECT. IV. 9< 

jeuni; il ne faut, pour s'en convaincre, que le comparer aux 
éditions publiées dans les deux derniers siècles, d'après des 
manuscrits fort anciens qui sont aujourd'hui perdus ^ Sans 
entrer ici dans des détails qui m'entraîneraient trop loin, je 
ferai observer que certaines notations de l'ancienne pronon- 
ciation, qui se trouvent dans les éditions dont je viens de 
parler, aussi bien que dans les Serments et dans la Cantilène 
de sainte Eulalie, ont presque disparu dans le texte du ma- 
nuscrit Holkham. Ainsi, les notations primitives et étymolo- 
giques al et ol des mots altre^ altresi, altrui, alcun, colper, etc., 
ont été généralement remplacées dans ce manuscrit par les 
notations plus modernes au et ou; le t ouïe d ont été le plus 
souvent retranchés dans les participes passés terminés en et 
ou en ed, tels que dereinet, appeled, nomed^ hlamed, amèn- 
ded, etc. Toutefois, le manuscrit Holkham ne m'a point été 
inutile, car il m'a fourni plusieurs variantes qui m'ont beau- 
coup servi pour le rétablissement du véritable texte. 

Ayant dû renoncer à me servir du seul manuscrit aujour- 
d'hui connu, j'en ai été réduit à choisir parmi les éditions 
précédemment publiées celle d'entre elles qui m'a semblé 
préférable. Ces éditions se trouvent assez nombreuses, mais 
la plupart ne sont que des réimpressions; il n'en est que six 
qui aient été faites sur des manuscrits : ce sont celles de Sel- 
den, de Spelman, de Fell, de Wilkins, de M. Palgrave et de 
la Commission of the public records ^ On ne trouve dans Tou- 

^ Voir, sur ces manuscrits, la préface de Spelman, Concilia orbis Britan- 
nid; celle de Selden, Eadmerij monachi Cantuariensis, historiœ... Ubri VI; 
celle de Vilkins, Leges anglo-saxonicœ ecclesiasticœ et civiles,, et enfin celle 
de TeW, Eistoria Ingiîlphi, dans Rerum anglicarum scriptores, t. L 

* Voici l'indication de ces six éditions et de l'endroit de ces ouvrages où 
se trouvent les lois de Guillaume le Conquérant : 

Eadmeri, monachi Cantuanensis, historiœ novorunij sive sut sœctdi libri 



92 PRExMIÈRE PARTIE, 

vrage de Spelman que cinq paragraphes des lois. M. Palgrave 
et la Commission ofthe public records se sont servis du manu- 
scrit Holkham. Mon choix ne pouvait donc plus porter que 
sur trois de ces éditions; après quelques hésitations, je me 
suis déterminé à suivre le texte de Fell, comme le moins in- 
correct et comme étant celui qui offre les plus nombreux ca- 
ractères d'ancienneté. Quoique ce texte soit le meilleur de 

VI.... in lucem ex bibliotheca Cottoniana emisit Joannes Seldenus ; Londini, 
1623, in-fol., p. 173. 

Concilia orbis Britanici, éd. Henr. Spelman; Lond. 1639, 2 vol. in-fol., 
t. I, p. 624. 

'Rerum angîicarum scriptorum tomus I (éd. J. Fell.); Oxoniae, 1684, in- 
fol., p. 88. 

Leges angîo-saxonicœ ecdesiasticœ et civiles; accedunt leges Edvardi la- 
tinœ, Guilielmi Conquestoris gallo-n'ormanicœ et HenridI latinœ . . . éd. 
David Vilkins; Londini, 1721, in-fol., p. 29. 

The Rise and Progress of the English Commonwealth . . . by Francis 
Palgrave; London, 1832, in-4°, 2 part. Les lois de Guillaume sont dans la 
seconde partie, p. Ixxxviij. 

Ancient Laws and Institutes of England... printed under the direction 
of the commissioners of the public records of the kingdom, 1840, in-fol., 
p. 201. 

Les principales réimpressions de ces lois, faites sur une des éditions pré- 
cédentes, sont : 

'AçX'^iow\>.ia , sive de prisds Anglorum legibus... Guil. Lambardo inter- 
prète; Cantabrigiae, 1644, in-fol., p. 159. 

Collectio Conàliorum exacta studio Philippi Labbei et Gabrielis Cos- 

sartii S. /. Parisiis, 1672, 18 voL in-fol., t. IX, 1024. 

Sancti Anselmi ex Becensi abbate Cantuariensis archiepiscopi opéra; nec- 
non Eadmerij monachi Cantuariensis, historia novorum, et alia opuscula; 
labore et studio D. Gabrielis Gerberon; Lutetise Parisiorum, 1721 , in-fol. 
2* part,, p. 116. 

Anciennes lois des François... par David Hoiiard; Rouen, 1764, 2 vol. 
in-4'', t. II, p. 76. 

The Laws of Villiam the Conqueror, with notes and références ...... by 

Robert Kelham; London, 1779, in-8°. Cet ouvrage se trouve ordinairement 
réuni à un autre du même auteur , intitulé A Dictionary of the norifnan or 
old french language; London, 1779, in-8°. 

Lie Gesetze der Angelsachsen herausgegeben ion D^ Reinhold 

Schemid; Leipzig, 1832, in-8'', p. 174. 



CHAP. I, ÉLÉMENT LATIN. SECT. IV. 93 

tous, il présente encore bien des omissions et bien des incor- 
rections. J'ai dû, pour le rendre intelligible, le compléter et 
le rectifier d'après les variantes qui m'étaient offertes par les 
autres éditions et par le manuscrit Holkham; mais je ne me 
suis jamais permis de faire une seule addition sans la mettre 
entre crochets, ni de faire aucune modification au texte de 
Fell sans écrire en italique les mots modifiés. Du reste, dans 
l'un et dans l'autre cas, j'ai constamment indiqué et motivé 
l'addition ou la correction par une note explicative mise au 
bas de la page 5 en sorte que le lecteur sera toujours à même 
déjuger. 

M. Palgrave a cherché à élever des doutes sur l'authenti- 
cité du texte roman des lois de Guillaume *; et il a été, par 
cela même, entraîné à suspecter en même temps l'incontes- 
table authenticité de l'histoire d'Ingulphe qui donne le texte 
de ces lois en langue romane, qui témoigne formellement 
qu elles furent publiées dans cette même langue, et qui prend 
soin de nous informer des motifs pour lesquels les Normands 
se servirent de leur propre idiome et non point de l'anglo- 
saxon ^. M. Palgrave se fonde sur l'invraisemblance qu'il y 

* Voir F. Palgrave; The Rise and Progress, etc. P^ part., p. 55 et suiv. 
' (S Tantum tune Anglicos abominati sunt {Normanni), ut quantocunque 
merito poUereut, de dignitatibus repellerentur ; et multo minus habiles 
alienigenœ, de quacunque alla natione quae sub cœlo est, exti tissent, gratan- 
ter assumerentur. Ipsum etiam idioma tantum abhorrebantquod Zeges^errœ^ 
statutaqueanglicorwmregumlingua gallica tradarentiir ; et pueris etiam in 
scholis principia litterarum grammatica gallice , ac non anglice, tractaren- 
tur; modus etiam scribendi anglicus omitteretur, et modus gallicus in 
chartis et in libris omnibus admitteren ur. » {Historia Ingulphi j dans Be- 
rum anglicarum scriptores, éd. de J. Fell, t. I, p. 70.) 

Quelques pages plus loin , Ingulphe donne le texte roman des lois de 
Guillaume, en le faisant précéder de cet avertissement : 

« Attuli eadem vice mecum de Londoniis in meum monasterium leges 
a>quissimi régis Edwardi quas dominus meus inclytus rex Wilhelmus au- 



94 PREMIÈRE PARTIE, 

aurait, selon lui, à admettre que, dans le xie siècle, on se soit 
servi de la langue vulgaire pour la rédaction d'une loi ou d'un 
acte public quelconque. Il prétend que le roman n'a été em- 
ployé à cet usage qu à dater du xiiie siècle. Mais les faits sont 
en opposition formelle avec une pareille assertion, A la fin de 
ce même Xi^ siècle, et une trentaine d'années seulement après 
la promulgation des lois du conquérant de l'Angleterre, un 
autre conquérant français, Godefroi de Bouillon, qui se trou- 
vait dans une situation assez analogue à celle du bâtard de 
Normandie, eut, comme lui, recours a notre langue d'oïl pour 
la rédaction des lois qu'il entreprit de donner à son nouveau 
royaume. Ces lois, qui servirent de base aux Assises de Jéru- 
salentf reçurent le nom de Lettres du Saint-Sépulax '. Entre 
1116 et ii3o, Tbomas de Coucy publia les lois et coutumes 
de Vervins^ En fait d'acte public, on peut citer une charte 
de Renauld, comte de Bar et de Mousson, datée de 1 1 18, qui 
est conservée aux Archives de l'empire, section domaniale, 
série T. 201, n** 70 ^ Une autre charte de 1 122, qui se trouve 
dans l'Histoire de Cambrai, par Le Carpentier, tom. II, preu- 
ves, p. 17 ; une autre de 1 135, dans le même ouvrage, tom. II, 
preuves, p. 185 une de ii47 rapportée par Loisel dans ses 

thenticas esse et perpétuas, per totum regnum Angliae inviolabiliter tenen- 
das sub pœnis gravissimis , proclamarat, et suis justiciariis commendarat, 
eodemidiomate quo editœ sunt; ne per ignorantiam contingat, nos vel nos- 
tros aliquando, in nostram grave periculum, contraire, et offendere ausu 
temerario, regiam majestatem, ac in ejus censuras rigidissimas impro- 
vidum pedem ferre contentas {sic, contemptas) sœpius in eisdem, hoc 
modo... » Suit le texte en langue romane. {Historia Ingul-pM, ibid.,p. 88.) 

^ Le recueil des lois désigné sous le nom de Lettres du Saint-Sépulcre, 
ne nous est point parvenu, mais on sait qu'il fut rédigé en langue romane 
et publié en 1099. (Voir l'Histoire littéraire deg Bénédictins, t. VII, p. Ixi.) 

^Eist. litt., i.mi,^. Ixi. 

3 Cette charte a été publiée par M. de "Wailly dans ses Éléments de pa- 
léographie, t. I, p. 159. 



CHAP. I, ÉLÉMENT LATIN. SECT. IV. 95 

Mémoires de Beauvoisis, p. 266 ; une de 1 1 7 1 et une de 1 igS 
publiées par M. de Reiffenberg dans les Monuments pour servir 
à l'histoire des provinces de Namur, de Hainaut et de Luxem- 
bourg. Enfin, trois chartes de 11 33, 1168 et 11 83 sont men- 
tionnées par les Bénédictins dans leur Nouveau Traité de di- 
plomatique, t. IV, p. 619. 

M. Palgrave fait, en outre, plusieurs remarques critiques 
sur le texte même des lois de Guillaume, tel qu'il nous a été 
conservé par l'historien Ingulplie; mais ces remarques sont 
encore moins admissibles que l'opinion qui vient d'être réfu- 
tée; je n'en donnerai qu'un exemple. Le savant anglais pré- 
tend que la copie de ces lois a dû être faite par un Gascon, et 
cela, sans doute, parce qu'on y rencontre fréquemment les 
terminaisons oun, our. Mais, à une époque reculée, ces ter- 
minaisons étaient précisément un caractère particulier au dia- 
lecte normand, ainsi que l'a fort bien remarqué M. Fallot *. 
Oun et our étaient également représentés par un et ur dans ce 
même dialecte, parce que les Normands donnaient sans doute 
à Vu de ces finales un son sourd à peu près semblable à celui 
que nous donnons à ou. 

Quant au texte latin des lois de Guillaume , publié par 
M. Palgrave, d'après un manuscrit de la Bibliothèque har- 
léienne, la moindre attention suffît pour reconnaître que ce 
n'est point le texte original de ces lois, ainsi que le présume 
cet auteur ; non - seulement ce n'est qu'une traduction, mais 
encore c'est une traduction fort infidèle. Le lecteur pourra 
facilement s'en convaincre, pour peu qu'il ait l'habitude de 
comparer le style plus ou moins serré, plus ou moins concis 
d'un original avec celui d'une traduction,nécessairement plus 

* Recherches sur les formes grammaticales de la langue française et de 
ses dialectes^ au xm' siècle, par Gustave Fallot, p. 27 et 30. 



96 PREMIÈRE PARTIE, 

prolixe et plus abondante en circonlocutions •. Enfin, je ».. 
crois pas trop présumer de mon travail en espérant que la 
comparaison de cette traduction avec la mienne fera aperce- 
voir un certain nombre de contre-sens et même de non-sens 
qui existent dans ce texte latin, ainsi que plusieurs omissions 
provenant visiblement de l'embarras où s'est trouvé le tra- 
ducteur pour comprendre les expressions d'une langue qui 
n'était plus celle de l'époque a laquelle il vivait f . 

LOIS DE GUILLAUME LE CONQUÉRANT. 
TEXTE. ' TRADUCTION. 

Ces sount les leis et les custumes Ce sont les lois et les coutumes que 

que le rei Willams grentat a tut le le roi Guillaume assura à tout le 

puple de Engleterre après le conquest peuple d'Angleterre, après la conquê- 

de la terre, iceles mesmes que li reis te du pays, celles-là mêmes que le roi 

Edward sun cosin tint devant lui ^. Edouard, son cousin, maintint avant 

Ço est a saveir : ^ui. 

C'est à savoir : 

* Voir, entre autres, dans le texte latin, la traduction de certaines expres- 
sions romanes qui se trouvent dans l'édition de F€Îl,^ux paragraphes i, iv, 

VII, X, XII, XIII, XVIII, XX, XXIV, XXVII, XXXI, XXXILy-SïXVII , XXXIX, XL, XLI, 
XLIV, XLVI, XLVIII. 

' A cet égard, j'appellerai l'attention du lecteur sur quelques passages de 
la traduction latine répondant, dans le texte roman , aux paragraphes vi, 

VII, X, XIV, XV, XXV, XXXVIII, XXXIX, XLI, XLIII. 

' Voici ce que dit Benoît de Sainte-More sur la manière dont Edouard le 
Confesseur remit en vigueur les anciennes lois anglo-saxonnes et les décrets 
des conciles ; 

Huit ama Deu e saint Iglise, 

E mult fist biens en mainte guise ; 

Ententis fu a povres genz ; 

Les leis e les viez testamenz 

Del ancien accostomance 

Mist en novele remembrance. 

{Chron. des ditot de Nerm., L III, p. S4.) 

Dans ce passage, testament signifie les décrets des conciles, les lois ca- 
noniques. (Voir, à cet égard, le glossaire de du Gange, art. Testamentum.) 
Tenir les leis et les custumes signifie maintenir les lois et les coutumes : 
»« Car le bailly est tenus par son sairement de bonnes coustumes tenir et 



CHAP. I, ÉLÉMENT LATIN. SECT. IV. 



97 



I. 

Pais à saint Yglise *. — De quel 
forfait que home out fait en cel tens, 
e il pout venir a sainte yglise, out pais 
de vie e de membre ; e se alquons 
meist main en celui qui la mère Yglise 
requireit, se ceo fust u evesqué, u 
abbeïe, u yglise de religiun, rendist 
ceo que il i avereitpris, e cent solz de 
forfait; e de mère yglise de paroisse, 
XX solz ; e. de chapele, x solz. 



E qui enfraint la pais le rei en 
Merchenelae ®, cent solz les amen- 
des; altresi de hemfare ^e de aweit 
prepensed. 

II. 

Icez 'plaiz * afierent a la coroune 
le rei. 

Et se alquens, u quens, u provost 
mesfeist as homes de sa baillie, e 



I. 



Immunité de la sainte Église. — 
Quelque crime qu'un homme ait fait 
en ce temps, s'il peut se réfugier en 
sainte église, qu'il ait sûreté pour sa 
vie et pour la conservation de ses 
membres; et si quelqu'un mit la main 
sur celui qui aurait eu recours à notre 
mère l'Église, que ce fût dans une ca- 
thédrale, ou dans une abbaye, ou dans 
une église de communauté,qu'il rende 
ce qu'il y aura pris, et qu'il paye cent 
sous d'amende; si ce fut dans la prin- 
cipale église d'une paroisse, vingt 
sous, et dans une chapelle, dix sous. 

Et qui enfreint la ipaix du roi est 
passible, dans la loi des Merciens, 
de cent sous d'amende; de même 
pour HEMFARE et pour guet-apens. 

II. 

Ces causes appartiennent à la cou- 
ronne royale. 

Et si quelqu'un, ou comte, ou pré- 
vôt, préjudicia aux hommes de sa 



« essaucer, et les maies coustumcs destruire et aviler, por l'ennour de Dieu 
« et por le proufit de la terre, et por le sauvement de s'arme. « (Assises de 
Jérusalem, t. II, p. 23.) 

^ Pour l'expression 'pais a saint Yglise et pour celle de pais le rei, qui se 
trouve plus bas, dans le même paragraphe, voir le glossaire étymologique, 
ch. I, sect. v, art. Pais. 

* Merchenelae, mot anglo-saxon composé de Merma, Mercien, et de lah, 
loi. (Voir, sur la loi des Merciens, le glossaire de du Gange, Lex Mercio- 
rurtij à la suite de l'article Lea?.) 

^ Hemfare, mot anglo-saxon; attaque dirigée contre une maison, agres- 
sion contre les habitants d'une maison. Hemfare est composé de ham, heim, 
hem, maison, demeure, d'où nous avons fait hameau, et de fare, marche, 
agression, expédition, dérivé du verbe faran, aller, s'avancer, marcher 
vers ou contre. Ce mot est expliquécomme il suit dans les lois de Henri I", 
§ 80 : Hamsocna est vel Hamfare si quis prœmeditate ad domum eat uU 
suum hostem esse sdt, et ibi eum invadat. 

* Fell écrit plaiy; c'est une erreur de copiste. Selden et Wilkins pnt 
plaiz, le manuscrit Holkham plait. 

r T 



98 PREMIÈRE Px\RTIE. 

de ço fuist atint delà justice lu roi, juridiction, et que de ce il fût con- 
forfait fust u duble de ce que altre vaincu par la justice du roi, il fût 
fust forfait, puni au double de ce qu'un autre au- 

rait été puni. 

III. III. 

E qui en Danelae ^ fruisse la pais Et dans la loi des Danois, qui en- 

le roi, VII vinz liverez e iiii les freint la faix du roi est passible de 

amendez; e lez forvaiz [le roi] ^ cent quarante-quatre livres d'araen- 

qui afierent al vescunte xl solz de; et pour les cas royaux qui ap- 

en Merchenelae et l solz en partiennent au vicomte, quarante 

Westsexenelae *. E cil frans hoem sous dans la loi des Merciens, et cin- 

qui aveit sac *, e soc", e tol^, e quante sous dans la loi de Westsex. 

* Danelae, mot anglo-saxon composé de Dane, Danois, et de lah, loi. 
(Voir, sur la loi des Danois, le glossaire de du Cange, Lex Banoram, à la 
suite de l'article Lex.) 

* Le texte de Fell ne porte pas le roi, mais ces mots se trouvent dans 
Selden et dans Wilkins. Le manuscrit Holkham a le rei. 

^ Westsexenelae, mot anglo-Saxon composé de lah, loi et de WestSeaxe, 
Saxon de l'Ouest, Saxon habitant la partie occidentale de l'Angleterre 
connue sous le nom de Westsex. (Voir, sur la loi de Westsex, le glossaire 
de du Cange, Lex Westsaxonum, à la suite de l'article Lex.) 

* Sac, mot anglo-saxon qui servait à désigner le droit qu'avait le seigneur 
d'une terre d'évoquer à lui les causes de ses hommes et de les condamner 
à l'amende, s'il y avait lieu. Sac, sace, sache signifiaient proprement chose, 
affaire, cause, procès; en allemand sache. 

' Soc, mot anglo-saxon signifiant proprement poursuite ; il est dérivé de 
sokan, suivre, poursuivre. Le droit de soc, ou soca, soce, soche, était celui 
.qu'avait le seigneur justicier de poursuivre un coupable et de le traduire 
devant son propre tribunal. Soc est secta de hominibus in curia domini, se- 
cundum consuetudinemregni. (Ane. ms. cité dans le glossaire de Spelmann.) 
Soca est quod si aliquis quœrit aliquid in terra sua, etiam furtum ; sua est 
justicia, siinventum an non. (Lois d'Edouard le Confesseur, ch. xxiii.) 

" Toi, privilège dont un seigneur jouissait dans l'étendue de sa terre, et 
qui consistait à être exempt de toute taxe et de tous droits pour le transport, 
l'achat et la vente des marchandises et denrées. Thol, quod nos dicimus 
tolonium, est sciUcet quod habeat libertatem vendendi et emendi in terra 
sua. (Lois d'Edouard le Confesseur, ch. xxiv.) Toll, estre quitte de tur- 
nus; c'est costume de marché. (Formules angl. de Thom. Madox, p. 47.) 
Cette signification n'est pas la primitive, car toll, toi signifia d'abord taxe 
6ur les denrées et les marchandises, en langue d'oïl tonlieu, en basse lati- 
nité tolonium, qui se trouve dans la Vulgate et dans Isidore de Séville. Ces 



CHAP. I, ÉLÉMENT LATIN. SECT. IV. 99 

TEM *, e INFANGENETHEOF*, sc il est in- Et l'homme libre qui a sac, et soc, et 
plaidé eseit mis en forfait en le counté, tol, etiEM, et infangenetheof, s'il 
afiert al forfait a ocs le vescuntc est accusé et mis à l'amende en cour 
XL ORES^ en Denelae, e de altre comtale, il appartient, pour amen- 
home qui ceste franchise wen* ad de, quarante ores au vicomte, dans 
xxxn ORES. De ces xxxii ores, avrat la loi des Danois, et pour tout autre 
le vescunte a oes le roi x ores, e cil * homme qui n'a point cette franchise, 
qui li plait avrat dereined^ vers trente-deux ores. Sur ces trente- 
lui XII ORES, et le seignur en M fiu'' deux ores, le vicomte retiendra dix 



mots me paraissent dériver de tollere, qui donna en basse latinité tolta, en 
langue d'oïl tolte, taxe, impôt, d'où malatolta ou maletolta, maltôte, tribvr- 
tum quod injuste et maie tollitur. Dans la suite, toi se prit, dans un sens 
détourné, pour le privilège qui exemptait de la taxe. 

* Tenij mot anglo-saxon désignant le droit qu'avait un homme libre sur 
tous les enfants qui naissaient de ses serfs sur sa terre. Ces enfants étaient 
appelés serfs natifs ^ en basse latinité nativi ; ils devaient à leur tour don- 
ner naissance à une race malheureuse de serfs qui se perpétuaient au profit 
du même maître. (Voir le paragraphe xxxiii.) On trouve également them_, 
theam, team avec la même signification. Theam est regale privilegiiim quo 
qui fruitur habet villam et propagincm; id est potestatem hahendi natives, 
bondos et villanos in feudo aut manerio suo. (Rastall, art. Theam.) Tem, 
team, theam signifient proprement, en anglo-saxon, progéniture, race ; ils 
sont dérivés de tyman, engendrer, procréer. 

' Infangenetheof ou infangenthef, mots anglo-saxons qui signifiaient le 
droit qu'avait un seigneur de juger et de punir un voleur arrêté sur sa terre, 
lorsque le vol était manifeste, et principalement lorsque le voleur était 
trouvé en possession de l'objet volé. (Voir le paragraphe xxxi.) Un com- 
mentateur anglais interprète ainsi ce mot : Infangentef hoc est, latrones 
capti in dominio, vel in feodo vestro, et de suo latrocinio convidi, in curia 
vestra judicentur. (Will. Thorn, p. 2030.) Infangenetheof est composé de 
in, dans, de fangen, prendre, saisir, et de theof, voleur, en anglais thief. 

^ Ore, mot anglo-saxon ; on appelait ainsi en Angleterre une sorte de 
monnaie qui valait un douzième de la livre sterling. La signification pre- 
mière de ore est celle de bronze, airain ; en allemand erz. 

* Fell, neu; Seld. et Wilk, non; ms. Holk. nen. 
» Fell, til; Seld., Wilk. et ms. Holk. cil. 

' Feil, de remued; Seld. et Wilk. deremied; ms. Holk. derednê. L'origi- 
nal devait porter dereined. Selden et Wilkins ont, au paragraphe xliii, de- 
reinet, et l'on trouve derained dans Fell, au paragraphe xxv, 

' Fell, Seld. et Wilk. fin-, ms. Holk. /Îm. ' ^ 



100 



PREiMIÈRE PARTIE. 



il maindra x ores, Ço est en De- 

NELAE. 



IV. 

Ço 'st la custume en Merchene- 
LAE, se alquens est apeled de larecin 
u de roberie, e seit plevi de venir a 
justice, et il seit fuie dedenz; son 
plege si averad ^ un ^ mois e i jour 
de querle; s'il le pot truver [dedenz 
le terme, si 1' merra a la justice^ e 
s'il ne r pot truver] ^, si jurad sei 
dudzime main que, al ure que il le 
plevi, laroun ne 1' sot, ne per lui ne 
s'en * est fui, ne aveir ne 1' pot. 
Dune rendrad le chatel, e xx solz 
pur la teste, e iv deners al ceper, e 
une " maille pur la besche ^, e xx sok 
al rei. En Westsexenelae cent solz 
al clamur pur la teste e iv liveres al 
rei. E en Danelae le forfait viii livres, 
les XX solz pur lateste, e les vu livres 



ORES pour le roi; celui qui aura sou- 
tenu l'accusation contre le coupable 
aura douze ores, et le seigneur dans 
le fief de qui demeurera le coupable, 
dix ORES. Ceci est dans la loi des 
Danois. 

IV. 

C'est la coutume, dans la loi des 
Merciens, que si quelqu'un appelé 
devant les tribunaux, pour larcin ou 
pour rapine, a donne caution de se 
présenter en justice, et que, dans le 
délai, il se soit enfui, son répondant 
aura un mois et un jour pour le 
chercher; s'il le peut trouver dans 
ce délai, il le mènera à la justice, 
et s'il ne le peut trouver, il jurera, 
lui douzième, que, lorsqu'il le cau- 
tionna, il ne le savait pas voleur, 
que ce n'est point par son moyen 
qu'il s'est soustrait, et qu'il ne peut 
l'avoir; ensuite il rendra le chatel, 
et payera vingt sous pour la tête de 
l'accusé, quatre deniers pour le geô- 
lier, une maille pour le bourreau et 



* Fell, Seld. et Wilk. avéra de ; ms. Holk. averad. 

* Fell et Wilk. iv; Seld. un; ms. Holk. wn. L'orignal devait porter mtt, 
comme le manuscrit Holkham. Les copistes auront pris les quatre jambages 
qui forment les deux lettres de ce mot pour autant de chiffres romains, et 
les auront représentés par un, comme dans Selden; Fell et Wilkins auront 
écrit IV, en se servant de la notation usitée aujourd'hui. La même erreur se 
retrouve, quelques lignes plus bas, dans ce même paragraphe, et nous 
aurons encore occasion de la remarquer page \ 02, notes 5 et 7, et page 1 08, 
note 6. 

' Les mots entre crochets ne sont ni dans Fell, ni dans Selden, ni dans 
Wilkins, mais ils se trouvent dans le manuscrit Holkham. 

* Fell, seu; Seld. seut; Wilk. sent; ms. Holk. sen. 

* Fell, un ; Seld. Wilk. et ms. Holk. une. 

* Pour l'interprétation de ce mot, voir ci-après, sect. v de ce chapitre, le 
glossaire étymologique, art. Besche. 



CHAP. I, ÉLÉMENT LATIN. SECT. IV. <0f 

al rei. E s' il pot decLenz un an e wn* vingt sous pour le roi. Dans la loi 
jurs trover le larun, e amener à la de Westsex, il est dû cent sous au 
justice, si li rendra les vint solz ki 's réclamant pour la tôte du voleur, et 
averad oud, e sin ert faite ^ la justice quatre livres au roi; et dans la loi 
de larun. des Danois l'amende est de huit li- 

vres, dont vingt sous pour la tête et 
sept livres appartenant au roi. Et si 
le répondant peut, dans un an et un 
jour, trouver le voleur et l'amener 
à la justice, celui qui aura eu les 
vingt sous les lui rendra, et il sera 
fait justice du voleur. 

V. V. 

Cil ki prendra larun sanz suite e Si l'on prend un voleur sans que 

cri, que cil enleist a qui il avrad le le volé le poursuive et crie après 

damage fait, et vienge pois après, si lui, et que celui à qui le dommage 

est raisun que il dunge x solz de aura été fait le laisse ainsi échapper, 

HENGwiTE ^, e si 'n * face la justice s'il survient après coup, il est rai- 

a la pnmere" devise; e s'il passe la sonnable qu'il donne dix sous de 

* Fell, IV ; Seld. iiii; Wilk. et ms. Holk. un. Voir une erreur semblable 
relevée dans ce même paragraphe, p. 1 00, note 2. 

* Fell et Seld. fainte ; ms. Holk. feite ; Wilk. faite. 

^ Hengwite, mot anglo-saxon composé de hangian, pendre, et de wite, 
amende. On appelait hengwite ou hangwite l'amende à laquelle était con- 
damné celui qui avait laissé évader un voleur sans tâcher de l'arrêter ou de 
le faire arrêter. Cette amende était ainsi nommée parce qu'elle était censée 
tenir lieu de la peine encourue par le voleur^ qui devait être pendu, d'après 
les anciennes lois anglo-saxonnes. (Voir, au sujet de cette amende, le re- 
cueil des lois anglaises connu sous le nom de Fleta, liv. I, ch. xlvii, § 1 7.) 

Celui qui était volé se devait à lui-même et devait à la société de chercher 
à s'emparer du voleur ou à le faire arrêter, en réclamant secours, en cas de 
besoin, afin qu'on lui prêtât main-forte. Nous crions aujourd'hui au voleur! 
au voleur ! Les Anglo-Normands criaient haro^, haro ! « Au cri de hareu 
» doivent issir tous ceus qui l'oirent, et il se voient meffet où il aet péril de 
» mort ou de larrecin, par quoy le malfeteur doit perdre vie ou membre, 
» il le doit prendre et retenir et crier hareu après lui, outrement seront-ils 
» tenus à amender le au prince. » (Coutumes de Normandie, citées par 
du Cange, art. Haro.) 

* Fell, Seld. et Wilk. fin; ms. Holk. si. L'original devait porter sm, que 
je représente par si 'n, attendu qu'il est pour si on. (Voir, ci-après, l'article 
Sij adv,, dans le glossaire étymologique, sect. v de ce chapitre.) 

' Fell et Seld. primerme; Wilk. et ms. Holk. iirimere. 



102 PREMIÈRE PARTIE. 

devise sans le congé a la justice, si hengwite et que l'on fasse justice à 
est forfait de xl solz, la première audience; et s'il laisse 

passer cette audience sans l'autori- 
sation de la justice, l'amende est de 
quarante sous. 

VI. VI. 

Cil ki aveir escut, u chivalz, u Si l'on retire de fourrière du bé- 
buefs, u vachez, u porcs, u berbiz, tail, soit cheval, bœuf, vache ou 
qe est forfeng * en engleis apeled, brebis , ce qui est appelé forfeng 
cil qi r clamed durad al gros aveir en anglais, celui qui le réclame dou- 
ai provost^ pur Vescussiun^ vin de- nera, pour du gros bétail, huit de- 
ners; [ja tant 'n i ait, meis qu'il i niers au prévôt pour le recouvre- 
out cent almaillc, ne durrad que ment; quelque nombre qu'il y en 
VIII deners] *, e pur un porc un " ait, y eût-il cent têtes de gros bé- 
deners, et pur un* berbiz i dener; c tail, il ne donnera jamais que huit 
isi tresque'' uit; pur chascun un * deniers, et pour un porc un denier, 
deners, ne ja tant 'n i ^ avrad, ne et pour une brebis un denier, et 
durrad que oit deners; edurrawage, ainsi jusqu'à huit pour chacun un 

• Forfeng, mot anglo-saxon; action de prendre, de saisir ; action de ressai- 
sir, de récupérer, de recouvrer ce qu'on a perdu; recouvrement. Forfeng, for- 
fang, forefeng, mots de même signification, sont composés de fore, avant, 
devant, et de fe7ig, fang, action de prendre, dérivé de fengan, fangan, pren- 
dre, saisir. 

^ Fell et Selden, al gros s. al provost aveir; Wilkins, al gross al provost 
aveir. Les textes publiés par les trois auteurs anglais paraissent avoir été 
fournis par des copies qui avaient probablement été faites sur le môme ma- 
nuscrit. Celui-ci devait présenter dans cet endroit une fausse leçon prove- 
nant d'une transposition. Il faut: al gros aveir al provost. L'expression gros 
aveir aussi bien qu'almaille désigne le gros bétail par opposition au petit 
bétail tels que porcs et brebis dont il est question immédiatement après.Voyez 
pour d'autres observations l'article Aveir dans le glossaire étymologique. 

^ Fell, Seld. et Wilk. escussum ; ms. Holk. rescussiun. Le même porte résout, 
au lieu de esmt, que l'on trouve dans le texte de Fell, à la première ligne 
de ce paragraphe. L'original devait avoir escussiun. 

'* Les mots mis entre crochets ne sont point dans Fell, mais ils se trouvent 
dans Selden, dans Wilkins et dans le manuscrit de Holkham. (Voir, ci-après, 
n pour en, dans le glossaire étymologique, sect. v de ce chapitre.) 

» Fell et Wilk. iv; Seld. iiii; ms. Holk. i. (Voir p. 100, note 2.) 

® Pour un berbiz, voir l'art. Berbiz dans le glossaire étymologique. 

'' Fell, isistre que; ms. Holk. issi tresque; Seld. et Wilk. isi tresque. 

« Fell et Wilk. iv; Seld. un; ms. Holk. i. (Voir p. 100, note 2.) 

' Fell, in; Seld., Wilk. et ms. Holk. ni. 



CHAP. l, ÉLÉMENT LATIN. SECT. IV. 103 

denier; et quel que soit le nombre 
qu'il y en ait, il ne donnera jamais 
que huit deniers ; et donnera gage, 
et trouvera répondant, afin que si 
un autre vient ensuite, dans l'inter- 
valle d'un an et un jour, pour de- 
mander le bétail, celui-ci ait recours 
en cour contre celui des mains du- 
quel on l'a retiré. 

VII. 
De même pour bétail égaré et 
autre chose trouvée, : que cela soit 
montré en trois endroits du voisi- 
nage, afin qu'il y ait témoins de la 
chose trouvée; si quelqu'un vient 
ensuite pour réclamer la chose, qu'il 
donne gage et trouve répondants, 
afin que si un autre réclame l'objet 
dans l'intervalle d'un an et un jour, 
il ait recours en cour contre celui 
qui l'aura trouvé. 

VIII. 



e truverad plege, que si alter vein- 
ged a pref, dedenz l'an e un jour, 
pur l'aveir demander, q'il i ait a 
droit en la curt celui de qe il aveit 
escus. 



VII. 

Altersi de aver endirez e de altre 
treveure : seit mustred de treis pars 
del veisined *, que il eit testimonie 
de la troveure; si alquens vienge^ a 
pref pur clamer la jose duist ^ wage 
e troisse pièges, que si alter claimid 
l'aveir dedenz l'an e un jour que ill 
ait a dreit en la curt celui qui l' ave- 
rat troved. 



VIII. 

Si home occit alter, et il seit co- 
nusaunt, e il deive * faire les amen- 
des, durrad de sa mainbote' al sei- 
gnor, pur le franc home x solz, et 
pur le serf xx solz. La were* del 



Si un homme en tue un autre, et 
qu'il reconnaisse le fait, et doive 
payer les amendes, il donnera pour 
sa MAiNBOTE auscigncur, pour l'hom- 
me libre dix sous et pour le serf 



* Pour l'interprétation de veisined, voir ce mot dans le glossaire étymolo- 
gique, sect. V de ce chapitre. 

* Fell, vieuge; ms. Holk. vienged; Seld. et Vf'ûk.vienge. 
' Fell, diust ; ms. Holk. duinst; Seld. et Wilk. duist. 

* Fell, Seld. et Wilk. dénie; ms. Holk. deive. 

' Mainbote ou manbote, comme on lit dans Selden; composition à la- 
quelle était tenu un meurtrier. Il devait payer au seigneur une somme plus 
considérable si l'homme qu'il avait tué était serf que s'il était libre, attendu 
que, dans le premier cas, cet homme était la propriété particulière du sei- 
gneur, et que le préjudice occasionné à celui-ci était plus grand que si l'on 
eût tué un homme libre, sur lequel il n'avait que de simples droits sei- 
gneuriaux. Mainbote, manbote sont composés des mots anglo-saxons man, 
homme, et bote ou bode, compensation, composition, dérivés de bettan, 
compenser, composej". 

* Were, mot anglo-saxon ; amende qu'un meurtrier devait payer aux pa- 



404 PREMIÈRE PARTIE. 

THEiN ' XX livres en Merchenelae, e vingt sous. La were du thain est 

XXV livres en Westsaxenelae [e la de vingt livres dans la loi des Mer- 
WERE del vilain c solz en Mercheke- ciens et de vingt-cicq livres dans la 
LAE e ensement en "Westsaxenelae]'^. loi de Westsex, et la were du vi- 
lain est de cent sous dans la loi des 
Merciens ainsi que dans la loi de 
Westsex. 

IX. IX. 

De la were. — Primerament ren- De la were. — D'abord on paye- 
drat l'um de halsfanc ^, a la vedue ra, pour le halsfanc, à la veuve et 
e as orphanins x sols, et le surplus aux orphelins, dix sous, et, pour le 
les orphanins et les parens dépar- surplus, que les orphelins et les pa- 
tent entr'els. rents partagent entre eux. 

X. X. 

En la were purra il rendre chival Pour la were, il pourra donner 

rents de sa victime. Cette amende était plus considérable pour le meurtre 
d'un homme d'une condition élevée que pour celui d'un homme d'une con- 
dition inférieure, ainsi qu'on peut en juger par les dernières lignes de ce 
paragraphe. Were a été dit par abréviation pour weregeld, veregeld^ en tu- 
desque werigelt; mots composés de ver_, wer, homme, et de geld, gelt, 
prix, HOMiîSis pretium. On trouve avec la même signification en irlandais 
manngialdj en anglo-saxon leodgeld et par abréviation leode ; mots formés 
de mann^ homme, leod, gens, en gothique lauths, homme. (Voyez le Dic- 
tionnaire de Graff, t. 1, p. 931, et comparez les composés que nous venons 
de voir avec manhote, mamboie expliqués dans la note précédente.) Par 
extension, on donna le nom de were à des amendes encourues pour cer- 
tains crimes ou certains délits qui n'avaient rien de commun avec l'homi- 
cide. 

*■ Thein ou thain, thayn, than, thane, seigneur anglo-saxon qui avait 
rang après le comte ; ainsi le titre de thain répondait à peu près à celui de 
baron. (Voir le glossaire de du Gange, art. Thainus, celui de Somner, art. 
Theyen, et Selden, De titulis honor., part, ii, ch. v, §§ 2 et 4.) 

' Les mots entre crochets ne sont point dans Fell, mais on les trouve 
dans Selden, dans Wilkins, et dans le manuscrit Holkham. 

3 Fell, hait sanc ; Seld, et Wilk. hait saine. On doit lire hais fane, mot 
qui signifiait en anglo-saxon une sorte de carcan servant à serrer le cou 
d'un criminel exposé au pilori, et, par extension, la somme que celui-ci 
devait payer pour s'exempter de l'exposition. C'est dans cette dernière ac- 
ception qu'il est pris ici. Halsfanc ou halsfang, healsfang, helfeng, etc. tous 
mots de même signification, sont composés de hais, coti, et de fangan. 



CHAP. I, ÉLÉMENT LATIN. SECT. IV. 



105 



qui ad la cuille pur xx solz, et tor 
pur X solz, et ver^ pur v solz. 



un cheval entier pour vingt sous, un 
taureau 'pour dix sous et un verrat 
pour cinq sous. 



XL 

Si home fait plaie a altre, e il 
deive * otrei faire les amendes, pri- 
marement li rende sun lechefe^; e 
li plaiez jurra^ sur seintz^ que pur 
mes ne l'pot faire, ne pur haur si 
chier ne l'fist. 



XL 

Si un homme fait une blessure à 
un autre, et qu'il doive lui payer les 
amendes, premièrement il lui rendra 
son lechefe; et le blessé jurera sur 
reliques qu'il ne le put faire pour 
moins, et que ce n'est point par ran- 
cune qu'il le fit si cher (c'est-à-dire, 
qu'il ne put se faire guérir pour moins, 
et que ce n'est point par rancune qu'il 
paya si cher pour sa guérison). 



XIL 

De SARBOTE ^ cho est de la dulor. 
— Si la plaie lui vient avis en des- 
cuvert, al polz, tote veie iv deners ; 
c de tg,nz os cum hom trarad de la 
plaie, al os tote veie iv deners ; pois 
acordcment si li mettrad avant ho- 
nours que si il li out fait ço q'il ad 
fait a lui, se son queur li purportast. 



XIL 

De la SARBOTE, c'est-à-dire de la 
douleur. — Si la blessure lui est faite 
au visage, qu'elle soit à découvert, 
ou au pouce, dans chacun de ces cas, 
le coupable payera quatre deniers ; 
et il payera pour autant d'os qu'on 
en tirera de la plaie, à chaque fois, 
pour l'os retiré, quatre deniers; puis 



fangen, saisir. (Voir le glossaire anglo-saxon de Ed. Lye et celui de du 
Cange, art. Ealsfang.) 

* Fell et Seld. iter ; Wilk. afer ; ms. Holk. ver. 
' Fell, Seld. et Wilk. dénie ; ms. Holk. deive. 

' Lechefe, mot anglo-saxon signifiant salaire donné à un médecin pour le 
traitement d'une maladie ,• il est composé de leach, lœce, lece, médecin, et 
de feh, fea, récompense, salaire. 

* Fell, Seld. et Wilk. jurraz; ms. Holk. jurra. 

» Fell, seinte; Seld. et Wilk. seintez; ms. Holk. seinz. Le texte de Fell 
porte saintz, au paragraphe xv. 

Sarbote, mot anglo-saxon ; amende que l'on était obligé de payer à ce- 
lui à qui on avait fait des blessures, en réparation du mal qu'on lui avait 
cause. Sarbote vient de sar, douleur, en anglais sorrow, et de bote, bode, 
compensation, composition, dérivés de bettan, compenser, composer. (Voir 
Mainbote, p. 103, note 5.) 



106 



PREMIÈRE PARTIE. 



e soun conseil li donast, prendreit 
de lui ce qu'il offre a lui. 



XIII. 

Si ço avent * que alquen colpe le 
poin a altre u le pied, si li rendra 
demi were, suluc ceo que il est nez; 
del pochier rendrad la meité de la 
mein ; del dei après le polcier, xv solz, 
de soit engleis, ço est querdeners^ ; 
de lune dei, xvi solz ; del altre qui 
ported l'anel, xvii solz ; del petit dei, 
V solz, delungle, si il colpe, decas- 
cun V solz, de soit engleis ; al ungle 
de petit dei, iv deners. 



XIV. 

Ki altri espouse purgist, si forfait 
la WERE vers sun seignor. 

XV. 

Altresi, quy faus jugement fait 



il lui fera cordialement amende ho- 
norable, lui assurant que s'il lui eût 
fait ce qu'il lui afait, s'il lui proposait 
son affection et qu'il lui donnât con- 
seil, il recevrait de lui ce qu'il lui 
offre (c'est-à-dire : Si les rôles étaient 
intervertis, que B eût fait à C ce que 
C a fait à B, et que B proposât à C 
son affection en lui donnant le con- 
seil d'accepter des réparations, C ao- 
cepterait, dans ce cas, ce que lui- 
même offre à B en ce moment). 

XIII. 

S'il avient que quelqu'un coupe le 
poing ou le pied à un autre, il lui 
payera demi were, selon sa nais- 
sance. Pour le pouce, il payera la 
moitié de ce qu'il eût payé pour la 
main ; pour le doigt après le pouce, 
quinze sous, sous anglais, c'est>-à;- 
dire de quatre deniers ; pour le long 
doigt, seize sous ; pour l'autre qui 
porte l'anneau, dix-sçpt sous ; pour 
le petit doigt, cinq sous ,• quant à 
l'ongle, s'il le coupe, pour chacun, - 
cinq sous, sous anglais; pour l'on- 
gle du petit doigt, quatre deniers. 

XIV. 

Qui abuse de l'épouse d' autrui est 
passible de la were au profit du 
mari. 

XV. 

De même, qui rend un faux juge- 



* Fell, aveut; Seld., Wilk. et ms. Holk. avent. 

* Le texte de Fell porte soit engleis, co est quer bener deners. Le copiste, 
après avoir écrit bener pour dener, s'est corrigé en écrivant le mot tel qu'il 
doit l'être ; mais il a oublié de raturer bener. Selden et Wilkins ont soit 
engleis, ço est quer deners. On lit dans le manuscrit Holkham solz engleis 
que est-apelé quaerdenier. (Voir Querdeners, dans le glossaire étymologique, 
sect, V de ce chapitre.) Pour l'interprétation du commencement de ce para- 
graphe, voir p. 103, note 6. 



CHAP. I, ÉLÉMENT LATIN. SECT. IV. 107 

ment perd sa were, s'il ne peut prou- 
ver, par serment fait sur reliques, 
qu'il ne sut mieux juger. 



perl sa were, si il ne pot prover sor 
saintz que mels ne sot juger. 



XVI. 

Si home apeled altrc de larcin, e 
il seit * francz home, et il ait oud en 
arere * testimoine de lealté, s'en es- 
condirad per plein serment, et altre 
qui blasmed ait * ested per serment 
nomed*, ço est a savoir, quatorze 
homes leals per noun, si il aver les 
pot, si s'en escondirad, sei dudzime 
main"; et si avoir nc's pot, si se dé- 
fende per juise. E li apeleur jurra 
surluijpar® set homes nomes que 
pur haur ne l'fist, ne pur altre chose 
si pur soun dreit noun purchacer. 



XVII. 

E si alcons est apelez de mustcr 
fruisser u de chambre, e il n'eit 
ested blamed en arere, s'en escondie 
per xini ^ leals homes només, sei 



XVI. 

Si un homme en appelle un autre 
en justice pour larcin, et que celui- 
ci soit homme libre et qu'il y ait eu 
précédemment témoignage de loyau- 
té sur son compte, il s'en justifiera 
par le serment simple ; mais un au- 
tre qui a déjà été accusé s'en justi- 
fiera par serment à lui désigné, c'esl^ 
à-dire en se faisant assister de qua- 
torze hommes réputés loyaux, s'il 
peut les avoir, et s'en disculpera en 
jurant lui douzième ; et s'il ne peut 
les avoir, qu'il s'en défende par le 
jugement de Dieu. Et l'accusateur, 
assisté de sept hommes à lui dési- 
gnés, jurera après lui qu'il ne le fit 
pas par haine ni pour autre chose, 
sinon pour poursuivre son droit. 

XVII. 

Et si quelqu'un est appelé en jus- 
tice pour avoir forcé une église ou 
le trésor d'une église, et qu'il n'ait 
point été accusé précédemment, qu'il 



* Fell, Seld. et Wilk. sot; ms. Holk. seit. 

* Fell, ait cauere ; Wilk. ait ondea verre ; Seld. ait ond cavene. La cor- 
rection que j'ai faite se trouve justifiée par ces mots du paragraphe suivant: 
E il n'eit ested blamed en arere.... e s'il ad en arere larcin amended. 

^ Fell, an ; Seld. et Wilk. ait. 

'* Pour l'interprétation de serment nomed^ voir, ci-après, Sagrawen^^ dans 
le glossaire étymologique, sect. v de ce chapitre. 

' Pour l'interprétation de sei dudzime main et de homes només, voir l'ar- 
ticle Nomer, dans le glossaire étymologique, sect. v de ce chapitre. 

* Fell, jur ; Seld. et Wilk. iur; ms. Holk. par. 

' FeU, xiij Seld. et Wilk. xlii; ms. Holk. xiiii. Pour l'interprétation de 
ce passage, voir, ci-après, l'article Nomer, dans le glossaire étymologique, 
sect. V de ce chapitre. 



108 



PREMIÈRE PARTIE. 



dudzime main; et s'il eit^ altre fiée 
ested blamed, s'en escondied a treis 
dubles, ceo a savoir per xlii ^ homes 
leals només, sei trente siste mein, 
e s'il aveir ne's pot, [aut] ^ a la juise 
a treis dublez, si com il deust * a 
treis " dublein serment; et s'il ad 
en arere larcin amended, ait al ewe. 



Li arcevesqe averad de forfaiture 
XL solz enMERCHENELAE, etlui evesqes 
XX solz, e lui quenz xx solz, e le ba- 
roun X solz, et le vilain xl deners. 



XVIII. 

Franc home qi ad aver champester 
trente deners vailaunt, deit doner le 
denerseint Père. Le seignurpur un® 
deners que il donrad,si eruntquites 
ses bordiers, e ses boverz e ses ser- 
janz. Li burgeis qi ad en soun propre 
chatel demi marc vailant, deit doner 



s'en justifie au moyen de quatorze 
hommes loyaux, à lui désignés, en 
jurant lui douzième; et s'il a été 
accusé autrefois, qu'il s'en justifie 
par un nombre triple , à savoir par 
quarante-deux hommes loyaux, à 
lui désignés, en jurant lui trente- 
sixième; et s'il ne peut les avoir, 
qu'il vienne à une épreuve du juge- 
ment de Dieu trois fois plus forte, 
ainsi qu'il dut être tenu au triple 
serment; et s'il a précédemment 
subi une condamnation pour larcin, 
qu'il vienne à l'épreuve de l'eau. 

L'archevêque aura quarante sous 
d'amende pour forfaiture, dans la 
loi des Merciens, et l'évêque vingt 
sous, et le comte vingt sous, et le 
baron dix sous, et le vilain quarante 
deniers. 

XYIII. 

L'homme libre qui a une pro- 
priété rurale valant trente deniers 
doit donner le denier de saint Pierre. 
Pour un denier que donnera le pro- 
priétaire, ses fermiers, ses bouviers 
et ses serviteurs seront exempts. 
L'habitant d'une ville qui a en pro- 



* Fell, ert; Seld. et Wilk, eit; ms. Holk. ait. * 
2 Fell, Seld. et Wilk. xlviii; Holk. xui. 

' Aut n'est pas dans Fell, mais il se trouve dans Spelman, Selden, 
Wilkins et dans le manuscrit Holkham. C'est le même que ait, qui se 
trouve à la dernière ligne de cet alinéa. 

* Fell, Seld. et Wilk. œil doust; Spelm. co il doust. Les copistes n'ont pas 
fait attention àun signe d'abréviation qui, dans l'original,' devait, selon l'or- 
dinaire, se trouver sur l'o de co. Le manuscrit Holkham porte cum il deust. 

" Fell, tris ; Seld., Wilk., Spelm., ms. Holk. treis. 

« Fell et Wilk. iv; Seld., Spelm. et ms. Holk. un. Il faut lire un. La 
traduction latine de la Bibliothèque harléienne, publiée par M. Palgrave, 
porte dans cet endroit pro uno denario. Des erreurs semblables ont été rele- 
vées dans les paragraphes iv et vi. (Voir p. 100, note %, p. 101, note 1 , et 
p. 102, notes Set 7.) 



CHAP. I, ÉLÉMENT LATIN. SECT. IV. 



109 



le dener seint Père. Qui en Dene- 
LA.E francz home est, e il averad 
demi marc en argent vailant de 
aveir champester, si devrad duner le 
dener seint Père. E per le dener que 
le seignur durrad, si erent quites 
ceals qui meinent en soun demainne. 



XIX. 

Ki purgist femme per forze ' for- 
fait ad les membres; ki abate femme 
a terre pur faire lui force, la multe 
al seignur x solz; si la purgist, for- 
fait est de membres ^. 



XX". 

Ki retient le dener seint Père , le 
dener rendra per la justice de seinte 
Eglise, e xxx deners forfait; e si il en 
est plaidé de la justise le rei, le for- 
fait al evesque xxx deners, e al rei 
XL solz. 



XXL 

Si alcuns crieve l'oil a l'altre per 
aventure quel qe seit, si amendrad 
Lxx solz, del solz engleis, e si la 
fumele'* i est remis, si ne rendra 
lui que la meité. 



pre un bien valant un demi-marc 
doit donner le denier de saint Pierre. 
dans la loi des Danois, celui qui 
est homme libre et qui a demi-marc 
d'argent vaillant en propriété rurale 
devra aussi donner le denier de saint 
Pierre ; et, pour le denier que don- 
nera le propriétaire , ceux qui de- 
meurent dans sa propriété seront 
exempts. 

XIX. 

Qui abuse d'une femme par vio- 
lence est passible de mutilation des 
membres. Qui jette une femme par 
terre pour lui faire violence, l'a- 
mende au profit du mari est de dix 
sous; s'il en abuse, il est passible 
de mutilation des membres. 

XX. 

Qui ne paye point le denier de 
saint Pierre sera contraint de payer 
ce denier par la justice de la sainte 
Église, et aura trente deniers d'a- 
mende; et si, pour cela, il est ac- 
tionné par la justice du roi, l'amende 
au profit de l'évoque est de trente 
deniers, et celle au profit du roi de 
quarante sous. 

XXI. 

Si quelqu'un crève l'œil à un au- 
tre, par quelque circonstance que ce 
soit, il lui payera, pour dommages- 
intérêts, soixante et dix sous, sous 
anglais ; et si la prunelle y est restée, 
il ne lui donnera que la moitié. 



* Fell, M purgist femme a per forze. J'ai supprimé a, qui est inutile et 
qui ne se trouve ni dans Selden ni dans Wilkins. 

' Voir un exemple de cette peine dans le glossaire étymologique, ar- 
ticle Cuille. 
^ Ce paragraphe devrait se trouver après le xviii«, auquel il fait suite. 

* Fell et Wilk. purvele; Seld. puniele; vas. Holk. pumele. 



110 



PREMIÈRE PARTIE. 



XXII. 

De relief al cunte que al rei afiert. 
— VIII chivals, selezetenfrenezlesiv, 
e IV halbers, e iv baumes, e iv escuz, 
e IV launces, e iv espés; les al très 
IV chaceurs e palefreiz a feins e a 
chevestres. 



XXIII. 

De relief a barun. — iv chivalz, en- 
selez e enfrenez [les ii] S e ii hal- 
berz , e II baumes , e ii escuz , e 
II launces, e ii espés; e les altres ii, 
un cbasseur e un palefrei, a freins e 
a chevestres. 



XXIV. 

De relief [a] ^ vavasour a soun 
lige signur. — Deit^ estre qui te per 
le chival soun père * tel qu'il aveit a 



XXII. 

Du relief du comte qui revient au 
roi. — Huit cbevaux, dont quatre 
sellés et bridés; quatre bauberts, 
quatre beaumes, quatre boucliers, 
quatre lances et quatre épées : les 
autres quatre chevaux seront che- 
vaux de chasse et palefrois, avec 
frein et licou. 

XXIII. 

Du relief du baron. — Quatre che- 
vaux, dont deux sellés et bridés; 
deux hauberts, deux heaumes, deux 
boucliers, deux lances et deux épées : 
les autres deux chevaux seront un 
cheval de chasse et un palefroi, avec 
frein et licou. 

XXIV. 

Du relief du vavasseur à son sei- 
gneur lige. — Il doit être quitte pour 
le cheval de son père, tel qu'il l'avait 



* Ce que j'ai renfermé entre crochets n'est ni dans Fell, ni dans Selden, 
ni dans Wilkins; mais on le trouve dans le manuscrit Holkbam. 

* Le texte de Fell ne porte pas a^ mais il se trouve dans Selden, dans 
Wilkins et dans le manuscrit Holkham. 

3 Fell, Seld. et Wilk. deite ; ms. Holk. deit. 

* Fell, pethe ; Seld. et Wilk. peipe ; ms. Holk. père. La confusion de let- 
tres que présente ce mot dans les trois premiers textes me porte à croire que 
le manuscrit qui les a fournis médiatement ou immédiatement était écrit en 
caractères anglo-saxons. Ceux de ces caractères qui représentent le th, le p 
et Vr peuvent assez facilement être pris l'un pour l'autre. C'est ce qui est 
arrivé à Montesquieu dans le passage suivant de son Esprit des lois, liv. 
XXX, cb. XVII : «Aussi le glossaire des lois anglaises nous dit-il que ceux 
» que les Saxons appeloient copies furent nommés par les Normands comtes, 
» compagnons, parce qu'ils parlageoient avec le roi les amendes judiciaires.» 
L'auteur avertit, en note, que la glose à laquelle il fait allusion se trouve 
dans Guillaume Lambard. On voit, en effet, cette glose dans l'ouvrage de 
ce savant intitulé 'Apy.aiovojjLîa, swe de prisas Anglorum legibus, dans un 
index placé à la tête du livre, art. Satrapas; mais, au lieu de copies, on y 
lit très distinctement eorles, écrit en caractères anglo-saxons. Montesquieu 



CHAP. I, ÉLÉMENT LATIN. SECT. IV. 



111 



jour^ de sa mort, e per soun hal- 
bert, e per soun haume, e per soun 
escud, e per salaunce, e per s' espé; 
e s'il fust desapereilé, que il ne out ^ 
ne chival ne les armes, per c solz. 
XXV. 
De entercement de vip aveir. — Ki 
r voldrad clamer emblet, e il volge 
doner wage e trover plege a persuir 
soun apel ; dune li stuverad a celui qui 
l'awerad entre meins nomer suon 
guarant, si il l'ad ; e si il ne l'ad, dune 
nomerad soun hewetborh * et ses tes- 
timoines ; e ait les a jur e a terme, s'il 
les ad u s'il les pot aver; e li enterceur 
Vaverat ' en guage, si siste main, e li 
altre le mettrad en la main soun wa- 
ramt u a soun hewetborh; e il ait 
testimoines que il l'achatad al mar- 
chied lu rei, e qu'il ne set soun wa- 
rant ne le plege vif ne mort, ceo ju- 
rad od ses testimoines per plein ser- 
ment ® ; si perdra soun chatel , si il 



au jour de sa mort, et pour son hau- 
bert, son heaume, son bouclier, sa 
lance et son épée; et s'il en fût dé- 
pourAm, qu'il n'eût ni le cheval ni les 
armes, il sera quitte pour cent sous. 
XXV. 
De la revendication du bétail vi- 
vant. — Si celui qui le voudra récla- 
mer comme lui ayant été enlevé veut 
donner gage et trouver répondant 
pour poursuivre son appel, il con- 
viendra alors que celui qui l'aura en- 
tre les mains nomme son garant, s'il 
l'a ; et s'il ne l'a pas, il nommera 
son HEWETBORH et ses témoins; et 
qu'il les ait à jour et à époque fixe, 
s'il les a ou s'il les peut avoir. Le 
réclamant aura le bétail en gage, lui 
sixième, et l'autre le mettra entre les 
mains de son garant ou de son he- 
wetborh. Si le défenseur a des té- 
moins comme quoi il l'acheta au mar- 
ché royal, et qu'il ne sache pas si 



ou son secrétaire a pris l'e pour un c et l'r" pour un p. L'anglo-saxon eorle 
est le même que l'anglais earl, comte. 

* FcWfjaur; ms. Holk. jwr; Seld. et Wûk.jour. 

* Fell et Wilk. ont; ms. Holk. oust; Seld. out. 

^ Fell, enierzdejus; Seld. eivers dems; Wilk. entremeins ; ms. Holk. en- 
tercement de vif. Le copiste ou l'éditeur de la Vie de saint Thomas de Can- 
terbury, p. 502, v. 1 222, a également écrit jus pour vif, ainsi que le prou- 
vent les variantes de cet ouvrage, p. 629, col. 1, v. 1222. 

* Fell, heunel borh. Le même auteur écrit hennel borh dans ce même pa- 
ragraphe. Seld, et Wilk. heuvcllorh; ms. Holk. heimelborch. Le manuscrit 
original devait certainement porter heuuetborh, que je représente par hewet- 
borh. Ce mot signifie, en anglo-saxon, principal répondant, caution princi- 
pale, composé de hewet, hevet,hevod, heafod , heafd, tête, qui, en com- 
position, équivalent à capital, principal, et de borh ou borch, borg, borgh, 
répondant, caution, garant. (Voir le glossaire d'Edouard Lye, celui de Spel- 
man et celui de du Cange, art. Headborow.) 

" Fell, luneral; Seld. et Wilk. liveriad. Il faut lire ï avérât ou l'averad, 
qui sont deux formes du même mot. Le i a été pris pour une l, tomme 
dans le mot qui fait le sujet de la note précédente et dans plusieurs autres. 

• Fell, sercient ; Seld., Wilk. et ms. Holk. serment. 



412 



PREMIERE PARTIE. 



testimoinent que il hewetborh ne 
prist ^; e s'il ne pot aveir guarant 
ne testimoine, si perdrad e pursol- 
drad, e pert sa were vers soun sei- 
gnur; ço est en Merchenelae, e en 
Denelae , e en Westsexenelae . Ne 
vocherad mie * soun ' warant [ de- 
vant] * iceo que seitmis en guage; e 
en Denelae mettrad en iiele [main] ", 
d'issi la que il seit derained. E s'il 
pot prover que ceo soit de sa nur- 
ture per treis partz soun vigned, se 
ilaverad deraignet; kar puisque ser- 
ment li est jugied, ne l'en pot pas 
puis lever per le jugement de En- 
gleterre. 



XXVI. 

De murdre. — Ki Freceis occist, 
e les homes del hundred ® ne l' pren- 



son garant ni son répondant sent 
vifs ou morts, il le jurera avec ses 
témoins par le serment simple; mais 
il perdra son chatel s'ils témoignent 
qu'il ne prit pas de hewetborh ; et 
s'il ne peut avoir garant ni témoins, 
il perdra et payera; et dans ce cas 
il perd sa were, adjugée à son sei- 
gneur. Ceci est dans la loi des Mer- 
ciens, dans la loi des Danois et dans 
la loi de Westsex. Le défendeur n'ap- 
pellera point son garant en témoi- 
gnage jusqu'à ce que le bétail soit 
mis en gage, et, dans la loi des Da- 
nois, on le mettra en bonnes mains, 
jusqu'à ce que le droit soit établi. Si 
le défendeur peut prouver que ce bé- 
tail soit de son nourrissage, par des 
habitants de trois différents endroits 
de son voisinage, il aura établi son 
droit ; car, dès que leur serment a dé- 
cidé en sa faveur, on ne peut plus le 
déposséder par le droit anglais. 

XXVI. 

Du meurtre. — Quant à celui qui 
tue un Français, si les hommes de 



* Fell et ms. Holk. enprist; Seld. enpust; "Wilk. empus'd. On doit lire ne 
prist. Les copistes ont plusieurs fois écrit en pour ne; ce même paragraphe 
XXV nous en offre la preuve. En effet, tous les textes, excepté celui de Fell, 
portent en le plege vif, au lieu de ne le plege vif. 

^ Fell et Wilk. une; Seld. et ms. Holk. mie. 

' Après soun on lit seignour dans Fell , Wilkins et Selden ; mais ce mot 
ne se trouve pas dans le manuscrit Holkham. 

* Devant est dans le manuscrit Holkham , mais il n'est ni dans Fell, ni 
dans Selden, ni dans "Wilkins. 

" Fell, mettre en vêle ; Seld. meitre en vêle; Wilk. mettred en vêle. Tous 
ces textes présentent, non-seulement une mauvaise lecture, mais encore une 
omission^ celle du mot main. Le manuscrit Holkham nous fournit la véri- 
table leçon, mettrad en uele main. Pour l'interprétation de ce passage, voir 
ci-après l'article Uwel dans le glossaire eivmologique, section v de ce cha- 
pitre. 

* Hundred. (Voir, sur ce mot, la note 5 de la page il 5.) 



CHAP. I, ÉLÉMENT LATIN. SECT. IV. US 

I'hundred ne le prcnaent et ne l'a- 
mènent à la justice dans les huit 
jours, pour déclarer pourquoi il l'a 
fait, ils payeront pour le meurtre 
quarante-sept marcs. 

XXVII. 

Si un homme veut contester au 
sujet d'un contrat de tenure de terre 
contre son seigneur, il conviendra 
qu'il le fasse par ses pairs de la te- 
nure eux-mêmes, qu'il appellera pour 
témoins, car il ne pourra le faire 
par des étrangers. 

XXVIII. 

Si un homme plaide en cour, en 
la cour de qui que ce soit, excepté 
celle où est la personne du roi, et 
qu'on lui impute d'avoir dit une 
chose qu'il ne veut reconnaître, s'il 
ne peut prouver qu'il ne l'a pas dite 
par deux hommes du plaid dignes 
de foi, témoins oculaires et auricu- 
laires, qu'il retire son dire. 

XXIX. 

Du relief au vilain. — Il donnera 



gcnt et amènent a la justise dedenz 
les oit jours pur mustrer pur qui il 
l'a fait, sin rendront le murdre xlvii 
mars. 

XXVII. 

Si home volt derainer covenantde 
terre vers soun seignor, per se pers 
de la tenure meimes que il apelerad 
a testimoines l'estuverad derainer ; 
kar per estrangesne 1' purrapas de- 
reiner. 

XXVIII. 

Home qui plaide en curt, a qui curt 
que çoseit*, fors la ^ ou le cors le rei 
est, e home li metted sur qu'il ait 
dit chose queilnevoille conustre, se 
il ne pot derainer per ii entendable 
home del plaid, oant^ et veant, que 
il ne l'avrad dit, recovered * sa pa- 
role. 

XXIX. 

De relief a vilain. — Le meillur 



* A qui curt que ço seit, en la cour de qui que ce soit, tournure analogue 
à d'autres que présente le même texte : JEn M fiu il maindra, dans le fief 
de qui il demeurera (§ iv) ; En ki poesté il seit trové, en puissance de qui 
il soit trouvé (§ xlv). Dans les constructions de ce genre on écrivait plus 
habituellement et plus régulièrement cui. Voyez à cet égard t. III, p. 167, 
468 et rapprochez ce que je dis sur cette tournure des observations faites 
sur autrui dans ce même tome III, p. 141 et 142. 

' L'artice la rappelle le substantif curt qui précède. Voyez au sujet de 
cette tournure, t. III, p. 412-415. 

* Fell, plaidant; Seld. et Wilk. pleidant. Il y avait certainement dans 
l'original plaid oant. Le manuscrit Holkham porte plait oans, leçon équi- 
valente. La traduction littérale de ce membre de phrase est : S'il ne peut 
prouver par deux hommes du plaid dignes d'être entendus, entendant (oïant) 
et voyant. 

* Fell porte recovered a, mais cet a n'est point dans le manuscrit Hclk- 
ham. 



fU 



PREMIÈRE PARTIE. 



aveir qu'il avéra, u chival, u buf, u 
vache dourad a soun seignour de re- 
lief; e puis si seront tuz * les vilains 
en franc plege. 

XXX. 

De m chemins, ço est a saveir : 
Wetleingstrete, et Ermingestrete, 
et Fos *. — Ki en alcun de ces che- 



à son seigneur, pourre/it;/, la naeil- 
leure bête qu'il aura, ou cheval, ou 
bœuf, ou vache ; du reste, tous les 
vilains seront en frano^leige. 

XXX. 

De trois chemins, savoir : Wet- 

LEINGSTRETE, ErMINGESTRETE et FoS. 

— Celui qui tue sur quelqu'un de ces 



* Fell, serait cuz; Seld. seront cuz; ms. Holk. sient tuz; Vf i\k. seront 
touz. 

* 'Wetleingstrete, Ermingestrete et Tos étaient trois routes romaines qui 
servaient encore de principale voie de communication lors de la conquête 
des Normands. On en voit aujourd'hui des traces sur divers point de l'An- 
gleterre. Les savants ne sont point d'accord sur la direction précise de ces 
trois chemins. Selon l'opinion des géographes anglais les plus accrédités, 
Wetleingstrete ou Watling-Street allait de Douvres à Chester; Erminges- 
trete ou Ermine-Street allait de Southampton à Saint^David, dans la prin- 
cipauté de Galles; Fos ou Foss-Way traversait toute l'Angleterre, depuis le 
Devonshire, au sud-ouest, jusqu'à l'extrémité nord-est. Cette dernière route 
est mentionnée par le manuscrit du Roman de Brut, qui se trouve à la 
bibliothèque de l'Arsenal, on y lit : 

Foi l'appelent !i palsant (babitants du pays) 
Qui commence en Coteneis 
Et si fenist en Hauteneis. 

(Ml. del'Artenal, 171, B.-L, cité par M. Le Roux de Lincy dnnt le Roman de Brut, 1. 1, p. 1)7, oou ».) 

Le même roman attribue au roi fabuleux Belin toutes ces routes romaines, 
ainsi que les règlements de police concernant la voirie qui sont compris 
sous la désignation de pais le rei, dans ce paragraphe des Lois de Guil- 
aume. 



Belins tint s'onor vivement, 

Et mult se contint sagement 

Par vax, par mares et par mons 
Fist faire cauciès et pons ; 
Bons pons fist faire, chemin baus 
De piere, de sablon, de caus. 
Prime fist faire une caucié 
Qui encor puet estre ensagné, 
Del long de la terre mult grant; 
Fort la firent li païsant. 
Elle commence en Cotenois 
Et si fenist en Catenois; 
Vers Cornuaille commença 
Et dedans Escoce fina. 



Del port de Haustone sor mer 
Fist un chemin chaucié mener 
Jusqu'en Gales a Saint-Davi 
Et la oltre la mer fini. 
De cité en cité ala 
Tant comme li tere dura. 
Den\ cbauciées refist del lé 
Qui le païs ont traversé. 
Quant li rois ot ses chemins fais 
Commanda lors q'eussent pais, 
Tote pais et franchise eussent. 
Et ens en son demaine fussent. 
Et qui la pais enfrainderoit 
Ses demaines forfais seroit. 

I Roman de Brut, t. I, p. ÎSti. 597, Î13.) 



CHAP. I, ÉLÉMENT LATIN. SECT. IV. 



415 



mins occit home qui seit errant per 
le païs^ u asalt, si enfreit la pais le 
rei. 

XXXI. 
Si larecin est troved en qui terre 
que ceo seit *, et le laroun ovesque, 
le seignour de la terre et la famme 
averunt la metted del aveir a la- 
roun, e les chalenjurs ^ lor chatel, se 
il le trovent, e l'altre metted; s'il est 
trové dedenz sache et soche % si 1' 
perdra la femme, et le seignour l'a- 
verad. 

XXXII. 

De STREWARDE *. — De chescon 
des * HiDES del hundred ®, un home 
dedenz la feste seint Michiel e le 
seint Martin. E [li] '^ wardireue si 
avrad xxx hides quites pur son tra- 
vail ; et si * aveir trespassent per iloc 
u il deivent ' waiter, e il ne pussent 



chemins un homme qui voyage dans 
le pays, ou qui l'attaque, enfreint la 
paix du roi. 

XXXI. 

Si un objet dérobé est trouvé en 
la terre de qui que ce soit, et le lar- 
ron avec, le seigneur de la terre et 
la femme du coupable auront la 
moitié de l'avoir du larron, et les 
plaignants leur bien, s'ils le trou- 
vent, et l'autre moitié. Si larron est 
trouvé dans une terre ayant droit de 
SAC et de soc, la femme perdra sa 
part, et le seigneur l'aura. 

XXXII. 

De la STREWARDE. — Il sera four- 
ni un homme par chaque hide de 
I'hundred, depuis la fête de saint Mi- 
chel jusqu'à la Saint-Martin. L'ins- 
pecteur des chemins aura pour sa 
charge la garde de trente hides ; et 
si des bestiaux passent par le lieu où 



' Pour l'interprétation de ce passage, voir p. 4 1 3, note 1 . 

' Fell, chalenuirs; Seld. chaleiurs; Wilk. chalenurs; ms. Holk. chalenjurs. 

' Sache et soche sont les mêmes que sac et soc. (Voir p. 98, notes 4 et 5.) 

* Strewarde, mot anglo-saxon; surveillance exercée sur les routes, po- 
lice de la voirie. Strewarde ou stretward^ streteward, sont composés de 
stret, route, chemin, et de ward., garde, dérivé de wardian, garder. 

» Fell, dis; Seld., Wilk. et ms. Holk. des. 

• On appelait hide ou hyd, en anglo-saxon, une portion de terre cultivée 
et habitée par une ou deux familles; elle répondait à peu près à ce qu'on 
nommait autrefois en France une charruée^ c'estr-à-dire qu'elle contenait 
l'étendue de terrain qu'une charrue peut labourer chaque année. Le hundred 
était une étendue de pays comprenant cent hides ; de là son nom, car, en 
anglo-saxon, hundred signifie proprement cent, centaine. (Voir Hida et 
RundreduSj dans le glossaire de Spelman et dans celui de du Gange,) 

" H ne se trouve ni dans Fell, ni dans Selden, ni dans Wilkins ; mais il 
est dans le manuscrit Holkham. 

" Fell, fi; Seld., Wilk. et ms. Holk. si. 

' Fell, dément; Seld et Wilk. dénient ; ms, Holk. deivent. Cette leçon 
est la dernière que nous fournira le manuscrit Holkham, car il s'arrête à ce 
paragraphe. 



ne 



PKEMIÈUE PARTIE. 



mustrer ne cri, ue force que lour 
fust faite, si rendissent l'aveir. 



XXXIII. 

Cil qui custivent * la terre ne deit 
l'um travailer se de lour droite censé 
noun. Ne * leist a seignurage dépar- 
tir les cultivurs de lur terre pur tant 
cum il pussent le dreit seirvise faire. 



Les naïfs ki départent de lur * 
terre ne deivent * cartre faire, n'on 
juirie ' quere que il ne facent lur 
dreit servise que apend a lour terre. 
Li naïfs qui departet de sa terre dunt 
il est nez e vent a autri terre, nuls 
ne r retenget, ne li ne se chatels, 
enz le facet venir arere a faire soun 
servise tel cum a li apend. Si * les 
seignurages ne facent altri gainurs 
venir a lour terre, la justise le facet. 



les gardes doivent exercer leur sur- 
veillance, et qu'ils ne puissent prou- 
ver ni cris qu'ils aient fait entendre, 
ni violence qui leur fût faite, ils ren- 
dront le bétail. 

XXXIII. 

On ne doit point inquiéter ceux 
qui cultivent la terre, si ce n'est 
pour le payement de leur cens légi- 
time. Il n'est pas permis au pouvoir 
seigneurial d'éloigner les colons de 
leur terre, tant qu'ils peuvent faire 
leur légitime service. 

Les serfs natifs qui abandonnent 
leur terre ne doivent faire aucun 
écrit ni requérir aide dans le but de 
ne pas faire le légitime service qui 
appartient à leur terre. Si un serf 
natif abandonne la terre où il est 
né et vient sur la terre d' autrui, que 
nul ne le retienne, ni lui ni ses biens, 
mais qu'on le fasse retourner pour 
faire le service auquel il est tenu. Si 
ceux auxquels appartient le pouvoir 
seigneurial ne font revenir les colons 
d'autrui dans leur terre, que la jus- 
tice le fasse. 



* Fell, Seld. et Wilk. custinent. On doit lire custivent. 
» Fell, le ; Seld. et Wilk. m. 

' Fell, Seld et "Wilk. departet de sa. Ainsi que je l'ai déjà remarqué, les 
divers manuscrits dont se sont servis ces auteurs paraissent n'avoir été que des 
copies faites elles-mêmes sur une autre copie qui était fautive en certains 
endroits, car les trois textes reproduisent plusieurs fois les mêmes fautes. 
Dans cette phrase le pluriel est indispensable, et l'original devait porter 
départent de lur; mais les regards du copiste se sont portés par mégarde 
quelque mots plus loin, où il a trouvé departet de sa. L'auteur de la copie 
première dont je viens de parler n'est autre peut-être que le copiste employé 
par Ingulphe pour transcrire son histoire. 

* Fell, Seld. et Wilk. devient. Lisez deivent, comme au paragraphe pré- 
cédent. 

" Fell, nauvrie ; Seld. et Wilk. najuirie. 

* Le texte de Fell ne porte que s^ mais on trouve si dans Selden et dans 
Wilkins. 



CHAP. I, ÉLÉiMENT LATIN. SECT. IV. 



M7 



XXXIV. 

Nului ne toille a souu seinoursun 
(Ireit servise pur nul relais que il li ait 
fait en arere. 

XXXV. 

Si famine est jugée a mort u a 
defanun ^ des membres, ki seit en- 
ceintée, ne faced l'um justice des- 
qu'cle seit delivere. 

XXXVI. 

Si home mort senz devise, si de- 
partent * les enfans l'erité entre sei 
per uwel. 

XXXVIÏ. 

Si le père truvet sa file en avul- 
terie en samaisoun, u en la maisoun 
soun gendre, ben li laist ocire la 
avultere. 

XXXVIII. 

Si home enpuissuned altre, seit 
[occis] 3, u permanablement eis- 
silled. 

Jo jettai voz choses de la nef pur 
pour de mort, et de ço ne me poez 
enplaider, kar leist a faire damage a 
altre pur pour de mort, quant per 
ele ne pot eschaper; e si de ço me 
viescez que pur pour de mort ne 1' 
feisse, de ço m'espurjerai *. E les 
choses qui sunt resmises en la nef 
seient départis * en commun, e su- 
lun les chatels. E si alcun jethed les 



XXXIV. 

Que nul ne prive son seigneur de 
son légitime service pour aucune ré- 
mission que celui-ci lui ait faite pré- 
cédemment. 

XXXV. 

Si une femme est condamnée à 
mort ou à la mutilation des mem- 
bres, et qu'elle soit enceinte, que 
l'on ne fasse pas justice jusqu'à ce 
qu'elle soit délivrée. 

XXVI. 

Si un homme meurt sans testa- 
ment, les enfants partagent entre 
eux l'héritage par égale part. 

XXXVII. 

Si le père trouve sa fille en adul- 
tère en sa maison, ou en la maison 
dé son gendre, il lui est bien permis 
de tuer Tadultèfe. 

XXVIII. 

Si un homme en empoisonne un 
autre, qu'il soit mis à mort ou exilé, 
à perpétuité. 

Si je jetais vos effets hors du na- 
vire par crainte de la mort, vous ne 
me pouvez actionner pour cela, car 
il est permis de faire tort à autrui 
par crainte de la mort, quand on ne 
peut échapper par autre moyen ; et, 
si vous m'inquiétez sous prétexte 
que ce n'est pas par crainte de la 
mort que je le fis, je m'en justifie- 
rai. Que les choses qui sont restées 



* Fell, Selden et "Wilkins ont lu defacum pour defaciun, comme ils ont 
lu escussum pour esmssiun, au paragraphe vi. 
' Fell, depertent; Spelm., Seld et Wilk. départent. 
^ Occis n'est pas dans Fell, mais il se trouve dans Selden et dans Wilkins. 

Fell, Seld. et Wilk. mespriorai. U faut lire mespurjerai. 
» Fell, depertiz ; Seld. et Wilk. départis. 



118 



PREiMIÈRE PARTIE. 



chatels fors de la nef senz busun, 
s'il rendet. 



XXXIX. 

Dous sunt perceners de un erithet, 
e est l'un enplaidé senz l'altre, et, 
per sa folie, si pert; ne dit pur ço 
l'altre estre perdant qui présent ne 
fvd^, kar jose jugé entre ens^ ne 
forsjuge pas les altres qui ne sont a 
présent. 

XL. 

Cil qui tenent lur terre a censé, 
soit ' lur dreit relief a tan cum la 
censé est de un an. 

XLI. 

Ententivement se purpensent cil 
qui les jugementz unt a faire que si 
jugent cum si désirent, quand il 
dient : « Dimitte nobis débita nos- 

TRA. » 

E nous defendun que l'un chris- 
tien fors de la terre ne vende, n'en- 
surchetut en paisinime *. Wart l'un 
que l'un l'anme " ne perde que Deu 
rachatat de sa vie. 

Ki tort^ eslevera u faus jugement 
fra, pur curruz, ne pur hange, u pur 
avQir, seit en la forfaiture le rei de 
XL solz, s'il ne pot alejer que plus 



dans le navire soient réparties entre 
tous, selon les effets de chacun. Et 
si quelqu'un jette les effets hors du 
navire sans nécessité, qu'il les paye. 

XXXIX. 

Si deux hommes sont coparta- 
geants d'un héritage, et que l'un soit 
actionné sans l'autre et perde par sa 
faute, celui qui ne comparaît pas ne 
doit point perdre pour cela ; car chose 
jugée pour les uns ne dépossède pas 
les autres qui ne comparaissent pas. 

XL. 

Que le relief de ceux qui tiennent 
leur terre à cens soit d'autant que 
le cens est pour une année. 

XLI. 

Que ceux qui ont à rendre les ju- 
gements s'appliquent soigneusement 
à juger comme ils désirent qu'il soit 
fait pour eux quand ils disent : «Di- 
mitte KOBIS DEBITA NOSTRA. » 

Et nous défendons que l'on vende 
un chrétien hors du pays, et surtout 
en pays infidèle. Que l'on se garde 
de perdre l'âme que Dieu racheta de 
sa vie. 

Qui commettra une prévarication 
ou rendra un faux jugement, par 
ressentiment, ou par haine, ou en 
vue de quelque profit, qu'il soit, pour 



* Fell, Seld. et Wilk. sud. On doit lire fud. 

* Fell, Seld. et Wilk. eus. Lisez ens. Pour l'interprétation de ce passage, 
voir l'article Un, adjec.indéf., dans le glossaire étymologique, sect. vde ce 
chapitre. 

« Fell et Seld. sort; Wilk. seit. 

* Fell, paismune ; Seld. et Wilk. paisumne. Il faut lire paisinime. (Voir 
ce mot dans le glossaire étymologique, sect. v de ce chapitre.) 

' Fell, laume; Seld. et Wilk. lamne. Lisez l'anme. 

* Fell, fozt; Seld. et Wilk. tort. 



CHAP. I, ÉLÉMEiNT LAÏIiN. SECT. IV. H9 



dreil faire ne 1' sout^; si perde sa 
franchise si al rei ne 1' pot reachater 
a soun pleisir ; et s'il est en Denelae, 
seit forfait de sa laxlite *, s'il ala- 
jer ne se pot que il melz faire ne 
soit. E qui droite lei e dreit ^ juge- 
ment refuserad, seit forfait envers 
celi ki dreit ço est a aveir; si ço est 
envers li rei, vi livers; si ço est en- 
vers cunte, XL solz; si ço est en 
HUNDRED, XXX solz; e euvers touz 
içous ki curt unt en Engleterre, ço 
ert al solz engleis. E en Denelae, 
qui dreit jugement refuserad seit en 
la mercie de sa laxlite. E ne face 
hun * pleinte a roi d'ici que l'un li 
seit defaili el hundred u el conté. 



XLII. 

Ne prenge hun nam nul • en conté 
ne defors, d'ici qu'il eit très foiz de- 



forfaiture envers le roi, passible de 
quarante sous d'amende, s'il ne peut 
se justifier en établissant qu'il ne 
sût faire meilleure justice; qu'il per- 
de sa prérogative, s'il ne peut la ra- 
cheter du roi selon son bon plaisir ; 
et s'il est dans la loi des Danois, 
qu'il soit passible de l'amende de sa 
LAXLITE, s'il ne peut se justifier en 
établissant qu'il ne sût mieux faire. 
Et qui refusera de rendre justice 
équitable et équitable jugement, 
qu'il soit passible d'amende au pro- 
fit de qui de droit. Si c'est au profit 
du roi, l'amende sera de six livres ; 
si c'est au profit d'un comte, qua- 
rante sous; si c'est à la cour de 
I'hundred, trente sous. Au profit 
de qui que ce soit qui ait cour 
de justice en Angleterre l'amende 
sera payée en sous anglais. Et dans 
la loi des Danois, qui refusera de 
rendre équitable jugement, que ce 
soit au prix de sa laxlite. Qu'un 
homme n'adresse point sa plainte au 
roi jusqu'à ce qu'on lui ait dénié 
justice à la cour de I'iiundred ou à 
celle du comte. 

XLII. 

Qu'un homme ne s'approprie ajx- 
cun gage à la cour du comte ni au 



* Fell, Seld. et Wilk. sont. Lisez sont, le même que soit, qui est un peu 
plus loin. On trouve sont au § xlviii. Au sujetde ces formes, voir p. 1 24, col. 1 . 

' Laxlite, mot anglo-saxon; infraction de la loi, et, par extension, amende 
ou peine dont était passible celui qui avait enfreint la loi. Laxlite, ordinai- 
rement écrit lahslite, est composé de lah, loi, et de slit, rupture, infraction, 
dérivé de slian, rompre, enfreindre. 

' Fell, Seld. et W^k. dreite. Lisez dreit. Sans doute le féminin dreite, 
qui se trouve deux mots avant, a été cause de l'erreur du copiste. 

* Fell, bun; Seld. et Wilk. bon. On doit lire hun, comme au commence- 
ment du paragraphe suivant. 

* Fell, nam mil; Seld. et Wilk., nammil. Il faut lire nam nul. 



120 



PREMIÈRE PARTIE. 



mandé dreit el hundred u el conté; 
e s'il a la terce liée ne pot dreit aver, 
ait a conté, c le conté l'en asete le 
quart jurn; e se cil i défait de ki il 
se claime, dunt prenge cungé que il 
pusse nam prendre pur le son, luin * 
e pref. 



XLIII. 

Ne nul achat le vaillant de iv de- 
ners ne mort ne vif, sans teste- 
moine ad IV hommes u de burt u de 
vile; e le hum le chalange, e il nen 
ait testemonie, si n'ad nul warant, 
rende l'un al hum soun chatel e le 
forfait eit qui aver le deit; e si testi- 
monie ad, si cum nous einz desimes, 
voest les treis faiz, e a la quart feiz le 
dereinet ^ u il le rende. 



XLIV. 

Nus ne semble pas raisoun que 
l'un face pruvance sur testimonie ki 
conussent ço que entercé est, e que 
nul ne 1' prust devant le terme de 
VI meis après iço que l'aveir fu* 
emblé. 



XLV. 

E cil qui est redté e testemoniet de 
deleauté, e le plait très foiz eschuit, 
e al quart munstrent li sumenour de 



dehors, jusqu'à ce qu'il ait trois fois 
demandé justice à la cour de I'hun- 
DRED ou à celle du comte; et si, à la 
troisième fois, il ne peut avoir jus- 
tice, qu'il aille en cour comtale, et 
que la cour comtale lui assigne le 
quatrième jour; et si celui à qui il 
reclame son dû fait défaut, qu'il ob- 
tienne autorisation de pouvoir s'ap- 
proprier le gage, soit loin, soit près. 

XLIII. 

Que nul n'achète rien d'animé ou 
d'inanimé, valant quatre deniers, 
sans qu'il ait pour témoins quatre 
hommes de la ville ou de la cam- 
pagne; et si l'on l'accuse et qu'il 
n'ait pas de témoins, ou s'il n'a au- 
cun garant, que l'on rende son bien 
à l'homme qui le réclame , et que 
celui-là ait l'amende qui la doit avoir; 
et s'il a des témoins, ainsi que nous 
l'avons dit ci-devant, qu'il les ap- 
pelle trois fois en témoignage, et qu'à 
la quatrième fois il justifie de son 
droit sur la chose, ou qu'il la rende. 

XLIV. 

II ne nous semble pas raisonnable 
que l'on fournisse des preuves supé- 
rieures au témoignage de ceux qui 
connaissent ce qui est revendiqué, 
ni que nul soit admis à prouver son 
droit avant l'expiration d'un délai de 
six mois à dater du jour que l'objet 
a été enlevé. 

XLV. 

Si celui qui est accusé (pour vol) est 
taxé de déloyauté par des témoins, et 
qu'il évite trois fois le plaid, à la qua- 



* Fell, Seld. et Wilk. lum. Lisez luin. 
^ Fell, deremet; Seld. et Wilk. dereinet. 
' Fell, Seld. et Wilk. su. Lisez fu. 



CHAP. I, ÉLÉMENT LATIN. SECT. IV. 



121 



se treis defautes, uncore le mande 
l'un que il plege truse, e vienge a 
dreit; e s'il ne volt, s'ilne vist, l'un 
vif u mort, si pregne l'un quanque 
il ad , e si rende l'un al chalangeur 
Sun chatel, e li sire ait le meité del 
remenant, e le hundred la meité. E 
si nul parent n' ami ceste justise de- 
forcent, seient [forfeit] ^ envers li rei 
de VI livres ; e quergent le larun ; 
nen en ki poesté il seit trové , n'eit 
warant de sa vie, ne per défense, de 
plait n'ait mes recoverer. 



XLVL 

Nuls ne receit hom ultre m nuis, 
si cil ' ne li comand od qui il fust 
ainz ^. 

xLvn. 

Ne nuls ne lait sun hum de li par- 
tir pusque il est reté. 

XLVIIL 

E ki larun encontre, e sanz cri, a 
acient, li leit aler, si l'amend a la 
vailaunce de larun, u s'en espurge 
per plener * lei que il laroun ne 1' 
sout. E qui le cri orat e sursera, la 



Irième que les sergents lui fassent re- 
montrances sur les trois fois qu'il a 
fait défaut, et qu'on le somme encore 
de trouver caution et de venir en jus- 
tice; et s'il ne le veut pas, ou s'il ne 
vit plus , que l'homme soit vif ou 
mort, qu'on lui prenne tout ce qu'il 
a, qu'on rende au plaignant son cha- 
tel , et que le seigneur ait la moitié 
du restant, et I'hundred l'autre moi- 
tié. Et si quelque parent ou ami s'op- 
pose de force à cette justice, qu'il 
soit passible d'une amende de six li- 
vres au profit du roi ; que l'on cher- 
che le larron , et que , en la puis- 
sance de quelque homme qu'il soit 
trouvé, il n'ait personne pour proté- 
ger sa vie, ni pour jamais le sous- 
traire au plaid en prenant sa défense. 

XLVL 

Que nul ne recueille un homme 
pour plus de trois nuits, si celui avec 
lequel il fut précédemment ne le lui 
recommande. 

XLVIL 

Que nul ne laisse partir son homme 
d'auprès de soi, dès qu'il est accusé. 

XLVIIL 

Qui rencontre un voleur, et sciem- 
ment le laisse aller sans cri de haro, 
qu'il répare ce manquement par une 
amende proportionnée à la force du 
voleur, ou qu'il se justifie par le ser- 



* Forfeit n'est pas dans Fell, mais ilse trouve dans Selden et dans Wilkins. 
' Fell, Seld. et "Wilk. til. Lisez cil. Nous avons vu que la même faute se 

trouve, au paragraphe m, dans le texte de Fell, mais non pas dans Selden 
ni dans Wilkins, qui portent tous deux cil dans cet endroit. 

^ Fell, amz; Seld. aniz; Wilk. amy. Lisez ainz. La traduction latine de 
la Bibliothèque harléienne porte : Nisi ille cum quoprius fuit hoc ci man- 
daverit. 

* Fell, plevcr; Seld. et Wilk, plener. 



152 



PREMIÈRE PARTIE. 



sursise li rei amend , u s'en espur- 
get. 



ment juridique simple, en jursmt 
qu'il ne le sut pas voleur; et qui en- 
tendra le cri de haro et négligera de 
prêter secours, qu'il répare par une 
amende le manquement dont il est 
coupable envers le roi, ou qu'il s'en 
justifie. 

XLIX. 

Que chaque maître prenne son ser- 
viteur sous sa responsabilité, afin 
que, si on l'accuse, on ait recours en 
justice à la cour de I'hundred. 

L. 

Et s'il est quelque serviteur qui 
soit accusé dans la cour de I'hun- 
dred, et que quatre hommes le char- 
gent, qu'il se justifie par un serment 
qu'il fera lui douzième ; et s'il s'en- 
fuit pendant l'accusation, que le maî- 
tre paye sa were ; et si l'on accuse 
le maître de ce que c'est par son fait 
qu'il s'est enfui, qu'il s'en disculpe 
par un serment qu'il fera lui sixiè- 
me; s'il ne peut, qu'il paye une 
amende au profit du roi , et que le 
fugitif soit proscrit. 

* Fell, Seld et "Wilk. u. Lisez n, que je représente par 'w, parce qu'il est 
pour en, comme dans le paragraphe vi. 

' Fell et Wilk. nele; Seld. nel. On doit lire un le. Le sens est : si l'on ac- 
cuse un serviteur, il faut qu'à son défaut on puisse avoir recours contre son 
maître, qui doit en répondre. (Voir le paragraphe suivant.) 



XLIX. 

E chascun seniour eit soun ser- 
jant 'n ^ sun plege ; que si un le * 
rete que ait a dreit el hundred. 



Si est ascons qui blamet seit de- 
denz le hundred, e iv hume le re- 
tent, si xii« main s'espurget; e si il 
s'en fuist dedenz la chalange, li sire 
rende sun were; e si l'un chalange le 
seignour que per li s'en seit aie, si 
s'escundie sei vi« main, e s'il ne pot, 
envers li rei l'ament ; e s'il soit 
utlage. 



CHAP. 1, ÉLÉMENT LATIN. SECT. V. 



123 



GLOSSAIRE ETYMOLOGIQUE DES MONUMENTS EN LANGUE D OÏL ANTÉRIEURS 
AU Xn* SIÈCLE, SAVOIR ! LES SERMENTS DE 84'2, LA CANTILÈNE EN 
l'honneur DE SAINTE EULALIE ET LES LOIS DE GUILLAUME LE CON- 
QUÉRANT. 



A, prép. S"Eulal. v. 12, 21, 25; 
L. de Guill. §§ i, ii, etc. Cette pré- 
position dérive tantôt de a^ ah, tan- 
tôt de ad. (Voir t. III, p. 348.) 

A, prép. signifiant avec. L. de 
Guill. §§ xxii,xxiii; S'«Eulal.v.18. 
Ad, item, ibid. v. 22. (Voir Avec, 
t. III, p. 353-361 .) 

Ab, prép. Serm. i, avec, de apud. 
(Voir t. III, p. 354 et 355.) 

Abate, 3* pers. sing. prés de l'ind. 
L. de Guill. § xix. Du verbe abattre, 
formé de ad et de batuere, battre. 

Abbeïe, L. de Guill. § i, abbaye, 
de abbatia, dérivé de dbbas, qui 
vient lui-même du syriaque abba, 
père, en hébreu ab. 

Achat, 3* pers. sing. prés, de l'ind. 
L. de Guill. § xliii. Achatad, 3* pers. 
sing. du passé défini, ibid. xxv. 
Formes du verbe achater, acheter, 
italien accattare, anc. portugais acha- 
tar, anc. espagnol acabdar, dérivés 
de accaptare {ad captare). Ces verbes 
ont une origine analogue à celle de 
l'italien comprare, prov. croumpar, 
acheter, de comparare. Voir Acca- 
ptare dans le glossaire de du Gange. 
Ces mots ont passé de la significa- 
tion générale acquérir à la signifi- 
cation particulière acquérir à prix 
d'argent. 

AciENT, L. de Guill. § xlviu, es- 
cient ; o a/yient, à bon escient, sciem- 
ment, dérivé de ad sdentem. 



AcORDEMENT, adv. L. de Guill. 
§ XII, cordialement, de ad et de cors, 
cor dis. 

Adjudha, Serm. i et ii, aide. Ce 
mot devint ajyde, aide, ajue ou aiue, 
aie : 

Tut abat mort el pied sur l'erbe drue, 
AprÈs li dist: Culvert, mari moiistes, 
De Mahumet ja n'i aurez ajude, 

CChans. de Roland, on, IG.) 

Car de ciel vos est venue li aiue. (Ser- 
mons de saint Bernard, p. 546.) 

En prov. ajuda, en ital. aiuta. 
Tous ces substantifs dérivent du ver- 
be adjuvare. On trouve adju^ws avec 
le sens de aide dans Macrobe, Sa- 
tur. VII, 7. 

Adunet, 3^ pers. sing. prés, du 
subjonctif. Ste Eulal. v. 1 5. Du ver- 
be aduner, adonner, livrer, abandon- 
ner, de ad donare. La forme simple 
duner pour donner est fréquente dans 
les anciens auteurs. (Voir L. de Guil. 
§§ VI, VII, VIII, etc. Chron. des ducs 
de Norm. t. I, p. 370, v. 8312; p. 
247, v. 4749 ; p. 253, v. 4921 , etc. 
Livre des Rois, p. 8 etpassim; Ma- 
rie de France, t. I,p. 504 etpassim.) 
Parduner, autre composé de duner, 
se prenait également dans le sens 
d'abandonner. 

Li reis maudad les Gabaonites, si lur 
dist : Que volez que jo vus face, et par 
que» vus purrai apaier que vus duinsez be- 



124 



PREMIÈRE PARTIE. 



neicbun al Lerilage ÎSoslie Seigneur, e 
pardunei vostre maltalent. (Liire des Rois, 
}). 201.) 

Afiert , 3® pors. sing. prés, de 

l'ind. L. de Giiill. § m. Afierent, 

3° pers. plur. prés, de l'ind. ibid. §§ 

II, III. Du verbe afiere, se rapporter 

à , être relatif à,, appartenir à , de 

afferre ; 

Item, nus ne puet ouvrer ou mestier 
dessus dit se il n'en a fet le service tel 
come il i afiert , et come il est devisé 
dessus. (Livre des métiers, p. 407.) 

AiNZ, L. de Guill. § xlvi, avant. 
Ainz fait office d'adverbe dans cet 
endroit. Dérivé de ante ou de antea. 

Ajuirie, L. de Guill. § xxxni, 
aide, substantif dérivé du verbe ad- 
juvare. (Voir Adjudha.) 

Al, L. de Guill. § iv, etc. pour à 
le et à la. (Voir ces mots.) 

Alcuns, pron. indéf. L. de Guill. 
§ XXI. Alcun , ibid. § xxxviii. Al- 
QUENS, ibid. § II, etc. Alqtjen, ibid. 
§ XIII. Alquons, ibid. § i. Ascons, 
ibid. § L. Aucun, de aliquis unus. 

Dans alcuns, alquons, ascons, la 
première syllabe ne se prononçait ni 
al ni as, mais au, comme nous le pro- 
nonçons aujourd'hui dans aucMn. C'est 
ce que nous apprennent deux anciens 
auteurs anglais cités par M. Génin. 

« Quandocunque hec litera l po- 
« nitur post a, e et o, si aliquod con- 
« sonans post l sequitur, l quasi u 
« débet pronunciari , verbi gratiâ : 
« m' aime , loialment , bel compai- 
« gneoun. » (Texte du manuscrit ] 88 
du collège de la Madeleine d'Oxford 
cité par M. Génin dans son introduc- 
tion à Palsgrave, p. 30, note.) — 
« Aliquando s scribitur et u sona- 
« bitur, ni ascun, sonabitur attCMn.» 
{Idem, ibid. p. 32, note.) 



u Et alefoich escriveretz s en lieu 
« de M, comme ascun et sera sonné 
« aucun.» (Texte du manuscrit 497 1 
du British Muséum, cité ibid. p. 34.) 

Ainsi al et as étaient deux nota- 
tions différentes représentant l'une 
et l'autre le même son au. La pre- 
mière était due à l'étymologie et la 
seconde à un abus provenant de quel- 
que fausse analogie. On aura cru pro- 
bablement pouvoir remplacer Vu par 
un s dans auxnn parce que la consonne 
faisait office de la voyelle dans cer- 
tains mots tels que coShtme, dérivé 
de conSutudinem , que l'on pronon- 
çait coiitume comme nous faisons 
aujourd'hui. « Les costumes enque- 
u rant. » {Dolopathos, p. 182.) 

De même on se servait de ol à la 
place de la notation ou. On lit soit 
pour sout, sut, dans le § xli des lois 
de Guillaume. 

Alejer, Alajek, prés, de l'inf. L. 
de Guill. § xli, se disculper, se pur- 
ger d'une accusation, justifier de son 
innocence selon les prescriptions por- 
tées par la loi. C'était ordinairement 
au moyen d'un serment fait pari' ac- 
busé et confirmé par un certain nom- 
bre de témoins. En basse lat. adle- 
giare, allegiare, composé de od et de 
lex^ legis ; 

Et si Ânglicus bellam notit, Fraucigena 
compellatus adlegiet se in juramento 
contra eum per suos testes, secundum le- 
gem Normannotum. (Lois latines de Guil- 
laume le Conquérant, ch. lxviii.) 

Vel ita se allegiet : nominentur el 14 
et acquirat ex eis uudecim.(Lois de Henri l", 
roi d'Angleterre, ch. lxvi.) 

Ue mort d'homme soit allégé devant 
quiconque justice. (Statut de Richard II, 
an 1387.) 



CHAP. I, ÉLÉMENT Ï.ATIN. SEGT. V. 



125 



Jlejer est déclarer par serment. 
lûmes d'Acs, lit. XI[, art. 3.) 



(Con- 



(Voir, plus loin, Homes només, à 
la suite de l'article Nomer, et, dans 
le glossaire de du Gange, l'article 
Adlegiare.) 

Aler, prés, de l'inf. L. de GuilL, 
§ xvii. Allé, part, passé, iUd. § l. 
Alt, 3* pers. sing. impérat., ibid. 
§§ XVII, xLii,AuT, item,ibid. §xvii. 
De ambulare, employé pour aller dans 
Plaute et dans les auteurs de la basse 
latinité. (Voir du Gange.) On se ser- 
vit longtemps de la forme moins syn- 
copée amblerj que nous avons con- 
servée en parlant d'une certaine allure 
des chevaux, des mulets, etc. Rute- 
beuf dit en parlant de sainte Eli- 
sabeth : 

Jà ne qerroit de la cliapele 
Yssir; j'a ne querroit qu'orer 
Et en oroison demorer. 
Mult murmurent ses charaberieres 
Que jamès ne querroit arriéres 
Venir du moustier, ce lor samble; 
Mes coiement d'cntr'elles s'emble 
Et va Dieu proler en ambiant. 

(Ruiebeuf, t. II, p, 169.) 

Ambulare, par une syncope toute 
différente, a également donné le pro- 
vençal anar^ aller, dans lequel Ym 
s'est changée en n. L'italien et l'es- 
pagnol andar ont la même origine et 
la même signification. Le d est venu 
se joindre à Vn comme dans tendre 
de tener, gendre de gêner, etc. (Voir 
t. II, p. 141.) 

Almaille, L. de Guill. § vi. Ce 
mot se prenait tantôt collectivement 
pour signifier le gros bétail, tantôt 
individuellement pour désigner une 
bête de gros bétail , un bœuf, une 
vache, un cheval, un âne. Volaille, 
de volatilia, et canaille, dérivé de 



canis, ont de même le sens collectif 
et le sens individuel. 

Respundi Samuel : E dunt vienenl ces 
berbiz e Yalmaille dont jo o! la noise. 
[Livre des Rois, p 55.) 

Dixitque Samuel : E quœ est hœc vox gre- 
gum qu(s resonat in auribus meis, et armen- 
torum quam ego audïo, 

E par tut le pople alez, si lur dites 
chaschuns meint cha Valmaille e le multun 
qu'il volt tuer, e sur ceste pierre l'ociez. 
{Livre des Rois, p. 50.) 

Dispergimini in vulgus, e dicite eis, ut 
adducat ad me unusquisque bovem suum et 
arietem, et occidite super istud. 

Almaille vient de animalia, plur. 
de l'adj . animalis, sous-entendu bona, 
comme volaille vient de volatilia, 
plur. de volatilis, sous-entendu pe- 
cora. (Voyez, à cet égard, t. III, 
p. 66, note.) 

Bétail dérive de l'adj. sing. bestia- 
lis, avec lequel on sous-entendait un 
mot signifiant richesse, bien, avoir. 
On trouve en ce sens, dans Ulpien, 
r es animales. (Voir ci-après AiJeer^ 
subst.) 

Le nde animalia s'est changé en l 
dans almaille, comme dans licorne de 
unicomis; orphelin d'orphaninus pour 
orphanus, etc. (Voir t. II, p, 113.) 

Dans les auteurs postérieurs au 
XII* siècle, almaille est généralement 
écrit aumaille, selon l'analogie de 
transformation des mots latins com- 
mençant par al : alter, autre; al- 
TAR, autel, etc. 

Les éditeurs ou les copistes des 
Lois de Guillaume ont lu en deux 
mots al maille, ce qui ne présente 
aucun sens dans cet endroit. 

Alter, adj. indéf. L. de Guill. 
§ VIII, Altre, item,ibid. §§ m, vu, 
XI, etc. Altri, item, ibid. § xiv. 



126 



PKEMIÈRE PARTIE. 



AuTRi, item, ibid. § xxxiii. Otrei, 
item, ibid., § xi. Autre, de alter. 
Souvent homme est sous-entendu; 
on doit alors traduire par un autre, 
l'autre. Altri, autri, otrei, servent 
de complément à un substantif ou de 
complément indirect à un verbe; ils 
signifient d'un autre, de l'autre, à 
un autre, à l'autre. 

Altresi, adv. Serm.i; L. de Guill. 
§§ 1, XV, de même. Ce mot est com- 
posé de alterum et de sic. On trouve 
fréquemment, au xii^ et au xiii* siè- 
cle, l'adverbe analogue altretant, 
autant, de alterum tantum. Plante 
emploie alter avec tantum adverbe : 
Alterum tantum auri, autant d'or. 
(Voyez t. III, p. 293-294.) 

Quant Brennes sa mère entendi, 
Pitié en ot, si la créi. 
S'espée et puis son hiaume osta, 
Et de l'auberc se despoilla. 
Devant sa gent el camp sali, 
Et Belins reûst altresi. 

{Rom. de Brut, t. 1, p. 136.) 

Ot dit a Renier des Grimaus 
Qu'a Calais plus ne sejournast... 
A Jehan Pedogre aulresi... 

{Brandie det roi/aux lignages, I. II, p. 3t9.) 

Amast, 3* pers. sing. du passé du 
subj. S^Eulal. V. 10, du verbe amer, 
aimer, en latin amare. 

Amende, L. de Guill. § i, etc. 
Amende, de ad et de menda. 

Amenderad, 3» pers. sing. fut. 
L. de Guill. § xxi. Amend, 3e pers. 
sing. imp. ibid. § xlvii. Ament, item, 
ibid. § L. Amended, part, passé pas- 
sif, ibid. § XVII. Du verbe amender, 
payer une amende, réparer un tort, 
un dommage, etc., au moyen d'une 
somme d'argent; réparer un dom- 
mage en général, expier un crime, 
une faute; subir une condamnation 



pour un crime, uu délit. Dérivé de 
ad et de menda. 

S'aucuns hom de quinze ans u de plus 
claime aucun laron u mourdreuru reubeur/ 
u met sus laidoeure que il ne puist prou- 
ver, il l'amende par le loy de quinze sols. 
(Cartulaires de HainatU publiés par M. Je 
Reiffenberg, p. 346.) 

Uns qui avoit fet discorde en une vile, 
quant il eu cest crime amande, relorna ar- 
rière en la vile, et se mist en la commune. 
(Livre de Joslice, p. 29.) 

Amener, prés, de l'inf. L. de Guill. 
§ IV. Amènent, 3e pers. plur. prés, 
de l'ind. ibid. § xxvi. De ad et de 
minare, dont les Latins se sont ser- 
vis dans le sens de wener ; <( Nos 
duos asinos minantes, baculis exi- 
gunt. » ( Apulée , Métamorphose , 
liv. III.) Le même verbe se trouve 
avec la même signification dans 
Ausone et dans Paul Diacre, abré- 
viateur de Sextus Pompéius Festus. 

Ami, L. de Guill. § xlv, de arnicas. 

Amur, Serm. i, amour, de amor. 
On trouve ce mot écrit comme dans 
le Serment dans beaucoup d'auteurs 
du xiie et du xiii^ siècle : « Pur 
amur Diu, » pour l'amour de Dieu. 
(Marie de France, 1. 1, p. 240.) 

An, L. de Guill. § iv, an, année, 
de annus. 

Anel, L. de Guill. § xiii, anneau, 
de annelus pour annulus. 

Anima, S'* Eulal. v. 2. Anme, 
L. de Guill. § xli. Ame, du latin 
anima. On trouve aneme et anme, à 
quelques lignes de distance, dans le 
Livre des Rois, p. 100. 

Apel, L. de Guill., § xxv, subst. 
dérivé du verbe appellare. 

Apeled, part, passé pass. L. de 
Guill. § IV. Apelerad, 3" pers. sing. 



CHAP. I, ÉLÉMENT LATIN. SECT. V. 127 



fut. ibid. § xxvii. Du verbe appeler, 
dérivé de appellare. 

Apeleur, L. de Guilll. § xvi, ce- 
lui qui appelle en justice, le deman- 
deur, appelîator. 

Apend, L. de Guill. § xxxiii, du 
verbe apendre, dépendre de, employé 
avec le même sens dans le Livre 
des Rois, p. 19, 332, 377, et dans 
la Chronique des ducs de Norman- 
die 1. 1, p. 47. Dérivé àeappendere. 

Après, prép. L. de Guill. § v,etc. 
De ad prope. 

Arcevesqe, L.'de Guill. § xvn, 
archevêque, de archiepiscopus, dé- 
rivé du grec &^y}tmav.oTioii. 

ARDE,3*pers.sing. prés, du subj. 
S" Eulal. V. 19. Du verbe ardoir, 
brûler; ardere. 

Arere, adv. L. de Guill. §§ xvi, 
xvn, arrière, de ad rétro. L'expres- 
sion adverbiale en arere marque un 
temps qui est derrière nous dans le 
passé; elle signifie précédemment, 
jadis, autrefois. 

Seigneur, il fa ça en arrière 
I. riches rois de granl vaillance, 
Oui son valoir et sa puissance 
Metoit en avoir amasser. 

[Dolopalhos, p. 1S3.) 

Argent, S" Eulal. v, 7, de ar- 
gentum. 

Armes, L. de Guill. § xxiv, de 
arma. 

As, L. de Guill. § ix, etc., pour à 
les. (Voir ces mots.) 

AsALT, 3« pers. sing. prés, de 
l'ind. L. de Guill. § xxx. Du verbe 
assaillir, formé de ad et de salire. 

AscoNS. (Voir Alcuns.) 

Asete, 3' pers. sing. prés, de 
l'ind. L. de Guill. § xlii. Du verbe 
aseter, établir, fixer, assigner; dé- 



rivé de assidere pris activement, 
dont nous avons fait asseoir, qui est 
également actif : (c Jurs asis, » jour 
fixé. {Livre des Rois, p. 2.) «Terme 
asis, » terme fixé. (Ibid. p. 197.) 

Atint, part, passé pass. L. de 
Guill. § II. Convaincu de crime ou 
de délit. De attinctus, participe de 
attingere. En basse latinité attinctus, 
attaintus, atintus se prenaient dans 
la même signification : 

Si dominus feodi negat liaeredibus de- 
funcli saisinam ejnsmodi feudi... et inde 
attinlus fuerit, remaneat in misericordia 
régis. (Roger Hoveden, cité par du Cange 
art. Attaintus.) 

Vidit quemdam hominem ex hominibus, 
S. Pétri qui erat conviclus, id est attains, 
in castello liberari per ecclesiam S. Pétri. 
(Charte de 1212, citée par du Cange, art. 
Attaintus.) 

Se aucuns sires est appelle de son 
homme de défaut de droit, e il est atains, 
il pert l'omage, et pers aussi respons en 
cort. ( Pierre de Fontaines , Conseils , 
ch. XIII.) 

Tels me soloit dire, « Biaus sire, » 
Qui me dit : « Traîtres atains." 
Or ne me prent talent de rire; 
De dolor sui noircis et tains. 

{Théâtre français au mo^en ât/e, p. 209.) 

Ainsi, Pierres , a tort te plains. 
Et je croi bien qu'ele dit voir; 
De tes mauvestiez es atains, 
Ce peut chascuns moult bien veoir. 

(IbiJ., p. 215.) 

Nous disons aujourd'hui atteint 
et convaincu par une sorte de pléo- 
nasme. 

Aut, aille. (Voir l'article Aler.) 
Tant ai esperonné que sul venu au saut. 
Se ne di mon pensé, trestot ce que me vall; 
Ge l'd irai totes voies comment que li plet ou/. 
Qu'assez a gent el monde don gaire ne me 
[chaut. 

(Cha)lie-M»tart, dsm le» œuTre» de Raiabauf, 
t.U,p.*T8.) 



128 



PUEMIÈUE PARTIE. 



Et estroitetnent lui commande 
Qu'ele aut avant, et qu'ele porvoie 
L« bel chemin, la bele voie. 

{Tormiementde PAnléehriit, p. 103.) 

AuTRi. (Voir Alter.) 

Avant, prép. Serm. i. L. de Guill. 
§ xn. De ab ante. (Voir, dans la se- 
conde partie, l'article concernant les 
prépositions, tome III, pages 350- 
353.) 

AvEiR, prés, de l'inf. L. de Guill. 
§§ m, XVI, etc. Avoir. Ad, 3* pers. 
sing. prés, de l'ind., ibid. § m, etc. 
Unt, 3* pers. plur. prés, de l'ind., 
ibid. § XLi, etc. Aveit, 3* pers. sing. 
imp. de l'ind., ibid. §§ m, vi, Avrat, 
3« pers. sing. fut., ibid. § m, etc. 
Averad, item,, ibid. § iv. Avret, 
3" pers. sing. d'une forme perdue 
qui marquait un passé de l'ind. 
S'* Eulal. V. 2, 20. Cette forme était 
dérivée du plus-que-parfait habue- 
ram. Avereit, 3* pers. sing. prés, 
du cond. L. de Guill. § i. Ait, 
3* pers. sing. prés, du subj., ibid. 
§ VI. EiT, item, ibid. §§ vu, xvi, 
XLii, XLiii, etc. AvuissET, 3" pers. 
sing. de l'imp. du subj. mis pour le 
prés, ou fut. S" Eulal. v. 27. OuT, 
3e pers. sing. passé du subj. L. de 
Guill. § i, etc. Ste Eulal. v. 5. Oud, 
part, passé. L. de Guill. §§ iv, xvi. 
Toutes ces formes du même verbe 
sont dérivées de diverses formes du 
verbe habere. (Voir t. III, p. 255-262.) 
AvEiR, subst. masc. L. de Guill. 
§§ VI, XXV, XLi, XLiv. AvER, item, 
ibid. §§vii, XVIII. Ces mots signifient 
tantôt bien, richesse, propriété, l'a- 
voir de quelqu'un en général, comme 
dans les paragraphes xli et lxiv; tan- 
tôt ils désignent en particulier la 
richesse consistant en troupeaux, 



l'avoir en bestiaux, le bétail, comme 
dans les paragraphes vi et vu. Dan. 
le paragraphe xxv, le bétail est dé- 
signé par vif aveir, et dans le para- 
graphe XVIII, la propriété rurale est 
appelée aver champester. En Pro- 
vence, aver signifie encore aujour- 
d'hui bétail, et gros aver, gros bé- 
tail, comme dans paragraphe vi des 
Lois de Guillaume le Conquérant. 
En Normandie, aver se prend pour 
les biens meubles, la fortune mobi- 
lière. 

Ce mot n'est autre que le verbe 
aveir pris substantivement; il vient 
donc de habere. 

AvENT, 3» pers. sing. prés, de l'ind. 
L. de Guill. § xiii. Du verbe ave- 
nir, dérivé de advenire. 

Aventure, L. de Guill. § xxi. 
Substantif dérivé du verbe advenire, 
res quœ adventura est. 

Avultere, L. de Guill. § xxxvii, 
adultère, femme qui viole la foi 
conjugale. De adultéra. 

Avulterie, L. de Guill. §xxxvn, 
adultère, violement de la foi conju- 
gale. De adulterium : 

Jugiez est jà, n'i a que dire, 
Par l'ovraigne del avoUire. 

{Chron. des ducs de Norm., t. II, p. 353,) 

AwEiT, L. de Guill. § i, guet, 
aguet, composé de la préposition la- 
tine ad et du tudesque wahta,%mi. 
(Voir Guet, parmi les mots d'origine 
germanique, ch. m, sect. ii.) 

Aweit prepensed, qui se trouve 
au paragraphe i, est l'équivalent de 
guet-apens, expression altérée de 
guet appensé. (Voyez Prepensed.) 

Ele li a tendu aguez ou en repost ou 
apertement.(C(»fl*«7 de Pierre de Fontaines, 
p. 404.) 



CHAP. I, ÉLÉMENT LATIN. SECT. V. 



<29 



Murdres si est quant aucuns tue ou fat 
tuer autrui en agait apensé. (Beaumanoir, 
Coutumes ùtt. Beauvoisis, I, 412.) 

Baillie, L. de Guill. § ii, pou- 
voir, puissance, domination, admi- 
nistration, juridiction. Ponce Pilate 
dit, en parlant du motif qui l'a porté 
à condamner Jésus-Christ : 

Li Jeu (Juifs), par lur grant envie, 
Enpristrent grant félonie ; 
Je r consenti par veisdie 
Que ne perdisse ma bailtie ; 
Encusé m'eussent en Romanie. 

[Théâtre français au moyen âge, p. IS.) 

Ki tient Kartagene al frère Margalie, 
E Ethiope, une tere maldite, 
La neire gent en ad en sa baillie. 

(Chanton de Roi, c.xli, 5.) 

Baillie est pris dans le sens de 
juridiction, ressort, dans les Assises 
de Jérusalem j t. II, p. 377, et dans 
le sens de garde, à la page 135. Ce 
mot est un dérivé de bailli^ qui vient 
lui-même de bajulus ; celui-ci ne si- 
gnifia d'abord qu'un père nourricier, 
un homme dont une des principales 
fonctions était de porter l'enfant 
confié à ses soins, de bajulare. La 
nourrice était pareillement appelée 
geraria et gerula_, de gerere. « Hic 
incunabula tua fovimus, hic vagien- 
tis infantiae lactantia membra for- 
mavimus, hic civicarum bajulabare 
pondus ulnarum. » (Sidoine Apolli- 
naire, liv. IV, épitre xxi.) «Quam 
necessarius paedagogus, immo etiam 
bajulus, praesertim parvulo inter haec 
gradienti! in manibus , inquit, por- 
tabunt te ; in tuis quidem viis custo- 
dient te et deducent parvulum qua 
potest parvulus ambulare. » (Saint 
Bernard, sermon xii, sur le psaume 
Qui habitat.) 



En langue d'oïl bailli signifiait 
homme qui a soin d'un petit enfant; 
baille, se disait d'une femme, dans 
le même sens; en Languedoc, ce 
mot signifie encore aujourd'hui une 
nourrice, en italien balia. Dans le 
Roman de la Bible, un ange dit à 
saint Joseph qu'il sera le bailli de 
l'enfant Jésus dès qu'il sera né. 
Quand sera nés li enfes tu seras si baillis. 

(lUrmann de Valeneiennes cild par CatsencuTe, «ri. 
Bailli/.) 

Chacun jor plus grosse devint 
Jusc'à jor ke li termes vint 
D'enfanter ceu dont grosse estoit. 
Sa sevré (sucrus), ki s'antremetoit 
De li servir par traïson, 
Ne vot k'ele aiist se li non 
De bailles a l'enfantement. 

{Dolopalhos, iàil. Jannet, p. 333.) 

Par extension, bajulus se prit pour 
le précepteur d'un enfant et particu- 
lièrement pour le gouverneur d'un 
jeune prince : « Juvenibus fidelibus 
filiis vestris maturos ac prudentes 
atque sobrios bajulos singulis cons- 
titutio, qui oderint avaritiam; ut 
eos verbo et exemplo justiciam dili- 
genter diligere doceant. » (Hincmar, 
épitre xi, à Charles le Gros, édit. de 
Sirmond.) « Ne admittantur a vobis 
monilores quos bajulos vulgus ap- 
pellat, ne gloriam vestram inter se 
ipsi partiantur. » ( Loup de Perrière, 
épitre, lxiv.) 

Bajulus, balius, en basse latinité, 
baile, bail, bailli, en français s'em- 
ployèrent aussi pour signifier tuteur, 
curateur, celui qui est chargé de veil- 
ler sur la personne et les biens d'un 
mineur, pour l'administrateur du fief 
d'un pupille, le régent auquel était 
confié les affaires d'un royaume pen- 
dant la minorité d'un roi. « BajuH 



«30 



PREMIÈUE PARTIE. 



respondeanl, si voluerint, pro pupil- 
lis. » (Coutumes de Barcelonne, 
ch. X.) Du Cange, auquel j'emprunte 
l'exemple que je viens de citer, re- 
marque que Baudoin V, comte de 
Flandre, tuteur du roi de France 
Philippe I", et régent du royaume, 
s'intitule dans les actes publics : 
« Philippi Francorum régis ejusque 
regni procurator et bajulus. » (Glos- 
saire, art. Bajulus^ 3.) 

D'après les Assises de Jérusalem 
le bail ou bailli qui avait l'adminis- 
tration du fief d'un mineur ne pou- 
vait avoir la garde de l'enfant de 
peur que celui-ci ne tût pas toujours 
en sûreté entre les mains d'un hom- 
me intéressé. « Le bail n'a point la 
garde de l'enfant qui est seigneur 
de terre, de crainte que la convoi- 
tise lui fit faire la garde du loup; 
mais il doit estre gardé par accord 
du commun de ses hommes. » {As- 
sises de Jérus., ch. clxix; citation 
de du Cange, art. BujiduSj 3.) 

Bailli se prit ensuite dans un sens 
général pour un administrateur. On 
le trouve employé pour désigner l'ad- 
ministrateur d'une province, d'une 
ville, d'une communauté. Les baillis 
royaux furent des magistrats dont 
les attributions ont fort varié depuis 
Je xii* siècle; ils furent principalc- 
meftt des officiers chargés d'admi- 
nistrer la justice au nom du roi. 
(Voyez, à cet égard, le président 
Fauchet, dans ses Antiquités fran- 
çoises, liv. ix, ch. v; Pasquier, dans 
ses Recherches de la France, liv. iv, 
ch. XV ; La Mare, dans son Traité 
de la Police, liv. i, p, 30, et du 
Cange, dans son Glossaire, art. Ba- 
julus.) 



Baroun, L. de Guiil. § xvu. Ba- 
RtN, ibid.j § xxiii. Baron. (Voir 
Bers, parmi les mots d'origine ger- 
manique, ch. III, sect. II.) 

Bel, S'« Eulal. v. 2, beau, de 
bellus. 

Bellezour, S'« Eulal. v. 2, com- 
paratif de bel,, beau, de bellus : 

Eslire i doit la èielleisour 
Et la plus fine et la mellour. 

(Gaulier d'Arrn», Eraclei, t. 2679.) 

Le comparatif qui termine le se- 
cond de ces vers nous est resté sous 
la forme meilleur; mais bellezour, 
bielleisour ont disparu. Le compa- 
ratif correspondant en langue d'oc 
était bellazor : 

E am del mon la bellazor 
Domna e la plus prezada. 

(ïlambaud d'Orange, Mon ckanl.) 

Et j'aime du monde la plus belle dame 
et la plus prisée. 

Bellazor, bellezour proviennent 
du comparatif bellatior dont le po- 
sitif est bellatus, dérivé formé de 
bellus au moyen du suffixe atus. 
(Voyez t. II, p. 343, 344, 393 et 
394.) On trouve le diminutif bella- 
tidus ddins Plante, Casina, acte iv, 
scène iv, dernier vers. Roquefort et 
Lévêque de la Ravalière , dans son 
glossaire de Thibault de Champagne, 
nous donne la forme bêlé, fém. bélée, 
bellée qui paraissent provenir de bel- 
latus, ata, comme ailé provient de 
alatus et lettré de litteratus. ( Pour 
les comparatifs qui consistent en un 
seul mot, voir t. III^ p. i20, 122.) 

Ben, adv. L. de Guill. §xxxvn, 
bien, de bene. 

Berbiz, L. de Guill. §vi, brebis. 
On pourrait penser que ce mot dé- 
signe un mouton, et non pas une 



CHAP. I, ÉLÉMENT LATIN. SECT. V. 



brebis, daus ce paragraphe, car il y 
est employé avec l'adjectif indéfini 
masculin un; et d'ailleurs son pri- 
mitif vervex signifie mouton. Tou- 
tefois , il est probable qu'un copiste 
peu instruit a remplacé le chiffre i, 
qui pouvait se trouver dans le ma- 
nuscrit original, par l'adjectif nu- 
méral un, écrit en toutes lettres. On 
trouve, en efiTct, i berbis dans le 
manuscrit Holkham. Enfin, il est à 
remarquer que dans le Livre des 
Rois berbis est féminin et corres- 
pond au latin ovis, p. 158, 265 et 
ailleurs. On trouve déjà fier 6ea; pour 
vervex, dans Pétrone et dans Vo- 
piscus. 

Besche, L. de Guill. § iv, bêche. 
(Voir celui-ci parmi les mots d'ori- 
gine celtique, ch. ii, sect. ii.) 

Les anciennes lois anglo-saxon- 
nes, comme les lois barbares en gé- 
néral, ne condamnaient le meurtrier 
qu'à de simples amendes, tandis que 
souvent elles punissaient de mort le 
voleur. (Voir les paragraphes viii,ix 
et la fin du paragraphe xlv.) Parmi 
les différentes manières de mettre à 
mort un criminel, une des plus 
anciennes, pratiquée surtout en 
Angleterre, consistait à l'enterrer 
tout vivant. Ce genre de supplice 
était encore usité sous Richard I", 
ainsi que le prouve le passage sui- 
vant, extrait d'une charte de ce prince. 



Qui hominem in navi interfecerit , cum 
morluo ligatusprojiciatur in mare; si au- 
tem eum ad terrain interfecerit , cum 
morluo ligatus in terra infodiatur (Rymer, 
Fœdera, 1. 1, p. 65.) 

Les Assises de Jérusalem con- 
damnent au même supplice ceux 
qui, après avoir tué un homme, au- 
raient enterré le corps dans leur 
maison. 

Et se hom counnt par dit de gens, qu'il 
aient ocis, si comaude la raison c'en dée 
celuy desouterer por counoistre cornent il 
fu mors. Et s'en voit et counuih que ce- 
luy mort ait esté eslranglé ou ocis par 
force... la raison juge que tuit qui furent 
a ce maufaire devcnt estre plantés tous 
vis desous terre, la teste d'aval et les pies 
contre mont, sans autre mal aver. (Ass. de 
Jér. t. II, p. 216.) 

La formule de condamnation dont 
on se servait pour désigner cet atroce 
supplice était sus besche (sur bêche), 
c'est-à-dire sur peine de bêche ^ ou, 
comme nous dirions aujourd'hui, 
sous peine de bêche ^, à cause de 
l'instrument employé pour creuser 
la fosse : 

L'an de grâce 1383, Marote la Fla- 
menge, Mehalot de Gisors... furent banies 
de la terre sus la besche, pour ce que elles 
estoient foies de leurs cors. (Citation de 
Carpentier dans le supplément du glos- 
saire de du Cange, art. Becca.) 

On disait de même sur la kart, 
sus la kart, sous peine du hart, sous 
peine d'être pendu : 



' Li princes fist mander par dedens l'ost Bertrant 
Tous chevaliers anglois , que tost et incontinent 
Hz lassassentHenry etBertran le vaillant. 
Sur paine d'estre hors de trestout leur vaillant, 

(Chronique de du Gueiclin, t. 1, p. 378, Variante!.) 

Et promet par foi et par sairement, et seur paine de soissante mile livres de parlsis 
ke je a nul jour droit ne escheance ne reclamerai. iChartrier de Namur publié par 
M. de Reiffenberg, p. 155.), 



132 



PREMIÈRE PARTIE. 



Et en une fosse a Corbi, 
En refait bien, ce dit la lettre. 
Quarante des plus riches mettre. 
. Aux gardes, sus la hart, commande 
Qne nus homs ne leur baut viande. 

[Branches des rot/aux tii/nages, t, I) p> 137.) 

Qui recelé (recueille) le bani de son 
segneur sor le hart, il désert c'on abate 
sa maison. (Beaumanoir, Coutumes du 
Beauvoisis, I, 42S.) 

On trouve souvent dans Froissart 
défendre sur la hart. 

Une partie des dépouilles du sup- 
plicié appartenait au bourreau et une 
autre partie au geôlier; aussi le pa- 
ragraphe IV fixe, comme une sorte 
d'indemnité, ce que devrait payer à 
l'un et à l'autre celui qui servirait 
de caution à un voleur, dans le cas 
où celui-ci viendrait à se soustraire 
aux rigueurs de la justice : « un de- 
ners al ceper, e une maille pur la 
besche. » Le bourreau est désigné 
indirectement par le nom de l'ins- 
trument dont il se servait pour en- 
fouir le condamné- 

Blasmet, part, passé pass. L. de 
Guill. § L, Blasmed, itenij ibid. 
§§ XVI, XVII. Du verbe blasmer, ac- 
user, dérivé de blas'phemare , qui 
vient lui-même du grec p>,acr;r,!X£w, 
injurier, calomnier, médire. 

BoRDiERS, L. de Guill. § xviii, 
pluriel de hordier, fermier, métayer, 
dérivé de borde, maison des champs, 
ferme. (Voir Borde parmi les mots 
d'origine germanique , chap. m , 
sect. II.) 

BovERZ, L. de Guill. § xviii, plu- 
riel de 6oreî% bouvier dérivé de ftcew/'^ 
qui vient lui-même de bos, bovis. 

BuEFS, L. de Guill. § vi. Buf, 
ibid. § XXIX. Bœuf, de bos, bovis. 

BuoNA, adj. fém. S'«Eulal. v. 1, 



bonne, de bona. Notre ancienne forme 
buona (prononcez bouoiia) s'est con- 
servée en italien et en provençal. 

BuRGEis, L. de Guill. § xviii. Ce 
mot signifia d'abord unhabitant d'un 
bourg, d'une cité, d'une ville, comme 
vilain ne désigna primitivement 
qu'un habitant de la campagne [mlla) . 
(Voir Marie de France, t. I, p. 124, 
408, 498, et, plus loin, l'art. Ville.) 

Au commencement duxiii^ siècle, 
la qualification de bourgeois ne com- 
portait encore aucune idée de privi- 
lège ni de droit. Deux chartes manus- 
crites de cette époque prouvent qu'un 
bourgeois pouvait être serf. L'une 
est une donation du sire de Choiseul 
au sire de Bourbonne, faite en 1 227; 
elle appartient au cabinet des titres 
de la Bibliothèque impériale , dos- 
sier Choiseul. L'autre est une dona- 
tion de 1201 , faite par Adelicie, 
comtesse de Blôis, aux moines du 
Breuil, près de Dreux, auxquels elle 
donne un bourgeois de Chartres. 
Cette pièce se trouve à la Biblio- 
thèque impériale, dans le fonds Ba- 
luze. 

Burgeis est dérivé de bourg. (Voir 
ce dernier parmi les mots d'origine 
germanique, ch. m, sect. ii.) 

BtJRT, L. de Guill. § xliii^ bourg, 
cité, ville. (V. Bourg parmi les mots 
d'origine germanique, ch. m, sect. 

BusuN, L. de Guill. § xxxviii, be- 
soin. (Voir ce dernier parmi les mots 
d'origine germanique, eh. m, sect. 
II.) 

Cadhuna, adj. indéf. fém. Serm. 
I, chacune. Le masculin devait être 
cadhun; en anc. ital. catuno, caduno, 
cadauno; en langue d'oc cadim; dé- 



CHAP. I, ÉLÉMENT LATIN. SEGT. V. 



133 



rivés de qiiot unus. On sait que quot, 
en composition, avait le sens de 
chaque : quotannis, chaque année; 
quotidie , quotidiebus, quotdiebus , 
chaque jour. On trouve quotmensi- 
bus, chaque mois, dans Vitruve, liv. 
X, ch. VIT, et quotcalendis , chaque ■ 
calende, dans le Stichus de Plante, 
act. I, sect. II, V. 3. 

Calangeur, L. de Guill. § xxxi. 
Chalenjurs, ibid. § xlv. Accusa- 
teur, plaignant, de calumniator, faux 
accusateur, calomniateur. 

Cartre, L. de Guill. § xxxiii. Ce 
mot signifiait tout acte public ou 
privé, un écrit, un titre, un contrat, 
un traité, un accord, une conven- 
tion, une donation, un acte de vente, 
de ratification, etc.; il est dérivé 
de charta, papier, parchemin, qui 
vient lui-raâme du grec xàpTYi;, mot 
de même signification. Nous em- 
ployons aujourd'hui papier avec une 
acception analogue à celle que le 
mot charte avait anciennement : « Il 
m'a vendu sa propriété et m'en a 
remis tous les papiers.)) (Acad.) 

Gel, adj. dém. L. de Guill. § i. 
Celle, S'" Eulal. v. 23. Gels, ibid. 
V. 12. Ces, L. de Guill. § m. Ce, 
cette, ces. (Voir, pour l'origine la- 
tine de ces adjectifs, t. III, p. 186, 
193 et 194.) 

Celui, adj. dém. L. de Guill. § i. 
(Voir, pour l'origine latine de cet 
adjectif, t. III, p. 189-192.) 

Censé, L. de Guill. §§ xxxiii et 
XL, cens, redevance que le tenancier 
devait payer au seigneur du fief, ou 
le serf colon au propriétaire de la 
terre . Dérivé de census. 

Cent, adj. num. L. de Guill. § i. 
De centvm. 



Ceper, L. de Guill. § iv, geôlier. 
On disait également cepier, chepier : 

Item, l'abbé est juslichiers de Cor- 
bie, etc., et a en le dite vile ses serjans 
qui prendent et arrestent, et mainent en le 
prison mons. l'abbé les arrestés, iequelle 
est en le vile devant dite, et les warde 
uns siens serjans c'en appelle le chepier 
de l'église, et a mesires li abbés se droi- 
ture de cascune personne arrestée, et ses 
chepiers en a aussy se droiture. (Grand 
cartulaire de Corbie, cité dans le glossaire 
de du Gange, art. Cipparius, sous Cippus.) 

On voit par cette citation que le 
geôlier percevait un droit pour cha- 
que prisonnier. Ce droit était de 
quatre deniers, en Angleterre, sous 
Guillame le Conquérant , ainsi 
qu'on peut en juger par le paragra- 
phe IV des lois de ce prince. 

Ceper dérive de cep; en basse la- 
tinité ceppus, cippus ; en italien cep- 
po; en espagnol cepo. Ces mots dé- 
signaient une sorte d'instrument 
consistant en deux pièces de bois 
disposées de manière qu'en se rap- 
prochant elles serraient les pieds 
du condamné, soit pour le tortu- 
rer, soit pour l'empêcer de s'éva- 
der. Comme on employait cet instru- 
ment pour se rendre maître des pri- 
sonniers mutins ou de ceux qui 
pouvaient faire des tentatives pour 
s'échapper, on en vint à dire mettre 
au cep, pour signifier mettre en pri 
son. Nous disons dans le même sen 
jeter dans les fers. C'est ainsi que 
cep devint synomyme de prison, 
geôle, comme on peut le voir dans 
du Gange, art. Cippus Le dérivé ce- 
per ou cepier signifia celui qui a la 
garde d'un cep, d'une geôle, le geô- 
lier. 

Se li crieurs mesprcnt es choses de leur 



134 



PREMIÈRE PARTIE. 



meslier, le prevost des marchandz le fet 
mètre el cep tant qu'il ait le meffet bien 
espeni. {Livre des Métiers, p. 27.) 

(Pour l'origine de cep, voir ce mot 
parmi ceux qui sont dérivés du cel- 
tique, ch. II, sect. II.) 

Chaceur, L. de Guill. § xxiii. 
Chaceurs, plur. ibid. § xxii. Cheval 
pour la chasse. En basse latinité 
cassa, caca, cacea, chasse, pour 
captio ou captatio, dérivés de cape- 
re, captare. (Voir Ménage, art. 
Chasser.) 

Il sist sor I. grant chaceor. 
Le cor a coi, l'espée çainte 
Dont mainte beste ot atainte. 

[Dûlopalhos, p. 318.) 

Sor son chaceor l'ait levée, 
A son chastel l'en ait portée. 

{lùid., p. 321.) 

Son chaceor forment seraont, 
Et de verge et d'esperon. 

[Parlonopeus de Btoit, t. 686.) 

Chalange, 3« pers. sing." prés, de 
l'ind. L. de Guill. §§ xliii et l. Du 
verbe chalanger, accuser; en basse 
latinité calengare, calumpnizare, ca- 
lumniare, du latin calumniari, accu- 
ser faussement, calomnier : 

Si nus ço ne munslrums devant le jur. 
de felenie purrum estre chalemjiez. [Livre 
des Rois, p. 372.) 

Si tacuerimus , et noluerimus nuntiare 
usque mane, sceleris arguemur. 

Chalange, subst. L. de Guill. § L, 
accusation ', en basse latinité calan- 
gia, callengia, calonia, calumnia, 
dérivé du latin calumnia, fausse ac- 
cusation, calomnie. (Voir l'article 
précédent.) 

En tel meniere que tu t'an puisses aidier 
se l'an meist sor toi aucune chalonge. 
(Livre de Justice, p. 350.) 

Chambre, L. de Guill. § xvii. Ce 



mot désignait la chambre dans la 
quelle on gardait le trésor d'un 
prince, d'une église, d'une commu- 
nauté; de caméra. Le trésorier ou 
gardien de la chambre se nommait 
chambrier , chamarier , camérier. 
(Voir du Cange, Caméra 3 et Came- 
rarius.) 

Champester, L. de Guill. § xviii. 
champêtre, de campester. 

Chapelle, L. de Guill. §i, chapelle. 
Enbasse latinité capsa^capa,cappoel 
leurs diminutifs capsella, capella si- 
gnifiaient une châsse à mettre les 
reliques. Du latin capsa, cofiFre, cas- 
sette. On trouve capsella et capella 
avec cette signification dans le même 
passage d'une lettre des légats du 
siège apostolique comprise parmi les 
lettres du pape Hormisdas : u Hic 
voluerunt capellas argenteas facere 
et dirigere.... singulas autem cap- 
sellas per singulorum apostolorum 
reliquias fieri debere suggerimus. — 
Idem ille apud très et alios très, sua 
manu septima, tune in palatio nos- 
tro super cape/iamdomini Martini, ubi 
reliqua sacramenta pcrcurrunt {sic, 
pour percurant) debeant conjurare. » 
(Formules de Marculfe, liv. I, form. 
38. — Voir du Cange, Capsa et Ca- 
pella. ) Par métonymie, on appela 
capella un petit sanctuaire compris 
dans une église ou dans un palais, 
et destiné à renfermer une châsse 
contenant des reliques. C'est ainsi 
que nous appelons bureau la cham- 
bre ou la maison dans laquelle se 
trouve le bureau d'un employé. La 
châsse qui était conservée dans la 
demeure de nos premiers rois ren- 
fermait les reliques de saint Martin, 
et le moine anonyme de Saint-Gall 



CHAP. I, ÉLÉMENT LATIN. SEGT. V. 



dit formellemeat que la chapelle du 
palais (capeîla) fut ainsi nommée du 
nom de cette châsse (capa) : « De 
pauperibus supradictis quendam op- 
timum dictatorem et scriptorcm in 
capellam suam assumpsit^ quo no- 
mine Francorum reges, propter ca- 
pam sancti Martini quam secum, ob 
sui tuitionem et hostium oppressio- 
nem , jugiter ad bella portabant , 
sancta sua appellare solebant. » {Vie 
de Charlemagne, liv. L) C'est à tort 
que du Gange, art. Capa S. Martini, 
a cru que capa, dans ce passage, dé- 
signait le fameux manteau de saint 
Martin : en comparant cette citation 
avec celle de Marculfe, il est facile 
de juger qu'il s'agit d'une châsse. 

Chascun, adj. ind. L. de Guill. 
§§ VI et XLix. Ghescon, item, ibid. 
§ XXXII. Ghacun, de quisque unus , 
que l'on trouve avec le même sens 
dans les auteurs de bonne latinité, 
bien que unusquisque soit le plus 
usité. 

Chatel, L. de Guill. §§ iv, xviii, 
XXXI, xxxviii, xLiii, XLv, de capitale, 
qui, en basse latinité , signifiait ar- 
gent prêté rapportant intérêt, la 
somme principale d'une dette, que 
Papias définit pecuniœ caput. G'est 
ce que nous appelons encore au- 
jourd'hui le capital. Le mot prin- 
cipal, dont nous nous servons éga- 
lement dans le même sens, rappelle 
la même idée. 

Par extension capitale, ou plutôt 
ses dérivés captale, catallum, catel- 
lum, catelum, en langue d'oïl chap- 
tel, chatel , catel, signifièrent tout 
bien meuble, immeuble ou bestiaux 
donnant un revenu, ensuite bien, 
propriété en général. Chatel est pris 



135 

dans ce dernier sens aux paragra- 
phes xviii, XXXI, XXXVIII et xliii. 

Enfin capitale passa de cette signi- 
fication à une autre tout à fait spé- 
ciale, colle de valeur en argent d'un 
objet volé. D'après la loi des Ri- 
puaires, tit, XVIII, § i, la loi des 
Angles, tit. VII, § vu, la loi Salique 
et autres lois barbares, celui qui 
était convaincu de vol devait payer 
au propriétaire de l'objet volé le prix 
auquel cet objet était évalué. (Voir 
du Gange, Capitale.) G'est dans cette 
acception que chatel est employé aux 
paragraphes iv, xxv et xlv des Lois 
de Guillaume le Conquérant. 

Ghe. (Voir Ezo.) 

Gremins, L. de Guill. § xxx, plu- 
riel de chemin. (Voir Cheminer par- 
mi les mots d'origine celtique, ch. ii, 
sect. II.) 

Ghevestres, L. de Guill. §§ xxn 
et XXIII, pluriel de chevestre, licou, 
de capistrum. 

Ghief, S'" Eulal., v. 22, chef, 
tête, de caput. Le manuscrit porte 
chieefj mais le copiste s'est aperçu 
de la faute qu'il a faite et a mis un 
point sous le second e. On sait que, 
dans les anciens manuscrits, le point 
placé sous une lettre indique la sup- 
pression de cette lettre. 

La forme chief se trouve assez 
fréquemment dans les auteurs du 
XII® siècle. 

David sait al espée Golie ; nient ne tar- 
dad ; de s'espée meisme le chief \i colpad. 
(Livre des Rois, p. 68.) 

El a Jérusalem le chief Goliath portad. 
{Ibid. p. 70.) 

Voir d'autres exemples dans le 
même ouvrage, p. 75, 80, 181 et 
passim. 



136 



PREMIÈRE PARTIE. 



Chielt, 3* pers. sing. prés, de 
l'ind. S*» Eulal. v. 43, du verbe 
unipersonnel chieleir, chaloir : 

De ço qui chelt quant nul n'en respundiet, 
« Deus ! dist li reis, tant me pois esmaer 
Que jo ne fui al estur cumencer! » 

{Chant. Je Roland, tt. clxxiii, t. 37.) 

Chieleir^ il chielt sont des formes 
grêles appartenant au dialecte de la 
Flandre; dans le dialecte de l'Ile- 
de-France, c'était chaloir, il chalt, 
et plus tard il chaut. 

Chaloir répond à l'italien calere, 
à l'espagnol caler, qui se trouve éga- 
lement en langue d'oc, notamment 
dans la Chronique des Albigeois. 
Ces verbes dérivent du latin calere, 
qui, de sa signification propre, être 
chaud, être enflammé, être brûlant, 
est passé à la signification figurée 
être cuisant, en parlant d'un souci; 
être inquiétant, inquiéter, soucier. 

Chier, L. de Guill. § xi, cher, de 
carus. Chier est une forme grêle du 
dialecte de Flandre. (Voir les re- 
marques faites à l'article Chielt, qui 
précède.) 

Chival, L. de Guill. § x. Chivalz, 
plur. ibid. §vi. Cheval, de caftaWus^ 
cheval de peu de prix, rosse. 

Cho, Che. (Voir Ezo.) 

Chose. (Voir Cosa.) 

Christian, Serm. i. Christien, 
S" Eulal. V. U; L. de Guill. 
§ XLi. Chrétien, de christianus, dé- 
rivé de Christus, qui vient lui-même 
du grec xp.'?''^o; , oint. 

Ciel, S'" Eulal. v. 6 et 25, de 
eœlum. 

Cil, démonstratif, L. de Guill. 
§§ m, XLvi. Celui. Pour l'origine 
latine de ce mot, voyez tome III, 
p. <86. 



CiST,adj,dém. Serm. i. PourTori- 
gine latine de cet adjectif, voir t. III, 
p. 186, 193 et 494. 

Clamer, prés, de l'inf. L. de Guill. 
§§ vu, XXV, etc. Clamed, 3® pers. 
sing. prés, de l'ind. ibid. § vi. 
CtAiyiE, item, ibid.%xui. Ce verbe 
signifie tantôt réclamer, comme au 
paragraphe vi; tantôt en appeler en 
justice, porter plainte, se plaindre de. 
Dérivé de clamare. 

S'il avient que un nestorin se clame en 
la cort d'un jacobin, de quelque chose 
qu'il se clame que dette soit, et le nestorin 
qui c'est clamés n'en a jacobins à garens, 
autres garens ne li sont sufûsables, se l'en- 
prest n'en estoit fait en la cort; car le 
nestorin ne peut porter garentie contre le 
jacobin par dreit ne par l'asise de Jéru- 
salem. {Ass. de Jérusalem, t. II, p. 55.) 

Clamùr, L. de Guill. § iv, celui 
qui réclame, le réclamant, de clama- 
tor. Le manuscrit Holkham porte 
clamif, dont le féminin clamive se 
trouve avec la même signification 
dans le Livre des Rois, p. 237. 

Clemeïstia, S'" Eulal. v. 29, clé- 
mence. C'est le latin clementia con- 
servé sans altératton. 

Ço. Voir (Ezo.) 

CoiST, 3* pers. sing. prés, de l'ind. 
S"« Eulal. V. 20, du verbe coire, 
cuire, brûler, de coquere. Le mot 
cuire était souvent employé pour 
brûler, en parlant d'un homme con- 
damné au supplice du feu. On lit en 
tête d'un mystère inédit du xiv« siècle : 

Cy comence un miracle de Nostre- 
Dame et de sainte Bautbeuch, femme 
du roy «Clodoveus, qui pour la rébel- 
lion de ses deux enfans leur flst cuire les 
jambes, dont depuis se revertirent et de- 
vinrent religieux. 



CHAP. I, ÉLÉMENT LATIN. SECT. V 

Clovis dit à l'exécuteur : 



137 



A ces II. si poar leur meffait 
Vueil que d'un fer chaut te déduises 
Si que touz les jarrais leur cuises. 

(Blbl. impér. fonda de CangtS, n" 14, f 187, r», col. «.) 

Que fas-je donc? Sanz plus parler, 
Je vueil qu'il y voit tout nu picz, 
Si que les plantes li cuises 
Et ardez toutes. 

{MIrach de laitit Ignac*, inséra dant le Thé&Crs 
français au moyen âge, p. 373.) 

On peut voir d'autres exemples de 
l'emploi de cette expression avec le 
môme sens dans le Roman de Rou, 
V. 6189; dans les œuvres de Rute- 
beuf, t. II, p. 2, et dans les Chro- 
niques des ducs de Normandie, t. II, 
p. 395, V. 26825. 

Colomb, S'* Eulal. v. 25, colombe, 
pigeon, de columbus, columba. 

CoLPE, Supers, sing. prés, de l'ind. 
L. de Guill. § xiii, du verbe colper, 
couper. (Voir Couper, parmi les mots 
d'origine celtique, ch. ii, sect. ii.) 

CoLPES, S'- Eulal. V. 20, pluriel 
de colpe, coulpe, faute, mlpa. 

Ma culpe est grant, mespecctaiez me debaite. 

{AUam, drame, p. 43.) 

CoM. (Voir Cum.) 

CoMAND, 3* pers. sing. prés, de 
l'ind. L. de Guill. § xlvi, du verbe 
comander, recommander, de com- 
mendare : 

De vous prenrons congié a tant 
Et a Dieu vous commanderons; 
Une autre foiz vous reverrons 

Plus à loisir. . . 
Riens plus ore ne vous diray, 
Mais h Dieu vous commanderay 

Et a sa garde. 

( Théâtre françaii au moyen âge, p. JT9. ) 

Commun , Serm. i. Comun, L. de 



Guill. § xxxviii. Commun, de com- 
munis. 

CoNCREiDRE, prés. de l'inf. S" Eu- 
lalie, V, 21 , fier, confier, de concre- 
dere. Dans ce passage, se concreidre 
signifie se fier. On trouve plus ordi- 
nairement le simple se creire, ainsi 
employé pronominalement : 

Ensorquetot n'est mie né, 
Ne je n'ai ami si privé 
Qui ' je cest ovre conereisse, 
Ke sai home qui la deisse. 

( Chrott. des duce de Iform., t. Il, p. 97.) 

Sa traïsun e sa merveille 
Lor dit, e concreit e conseille 
Eisi cum il a esgardée 
Et purveue et purpensée. 

{llid., t. I, p. 58.) 

Après si est paisivle, car ele nen haban- 
donnet mies en son sen, ainz se croit plus 
el consoil et el jugement d'altruy. {Serm. 
de S. Bern., p. 538.) 

Se ne m'i creusse et Baisse, 
En nul sens ne li envoiasse. 

(Dohpalhoi, p. 47.) 

Pintain apele où moult se croit. 

(Tiom. du Reuart. T. 1430.) 

Les Latins employaient se credere 
dans le même sens : 

Non ideo débet pelage se credere, si quaî 
Audet in exiguo ludere cymba lacu. 

(Ovide, Trisles,Viv. Il, ^iég. 1.) 

Congé, L. de Guill. §§ v et xui, 
congé, permission, autorisation, de 
commeatus, qui, chez les Latins, si- 
gnifiait l'action d'aller, de venir, de 
passer, et, en même temps, permis- 
sion d'aller, passe-port, sauf-conduit, 
congé d'un soldat. Dans la basse la- 
tinité, commeatus et comiatus pri- 
rent un sens plus étendu et signifiè- 
rent permission en général. (Voir ces 
mots dans du Gange.) 



* Qui, à qui, plus ordinairement écrit cui. Voyez, t. III, 167. 



f38 



PREMIÈRE PARTIE. 



Maisties Viigiles sejornait 
Tant com li plot, puis s'aii tornait 
Par le congiet del novel roi. 

{Dolopalhos, p. 383.) 

Li patriarclics ad Karleiuaiue apclei; 
Vostre cungé, si vus plaist me douez. 

( Yogage de Charkmagne à Jiru)., r. 350.) 

CoNQtEST, L. de Guill. dans le 
titre, conquête, substantif dérivé du 
verbe conquirere. 

Conseil, L. de Guill. § xii, de 
consilium. 

Conseillers, S'* Eulal. v. 5, plu- 
riel de conseiller, substantif dérivé 
du verbe consiliare. 

Conservât, 3^ pers. sing. prés, de 
l'ind. Serm. ii, du verbe conserver. 
Sagrament conservar, garder, tenir 
le serment. On trouve dans Cicéron, 
avec le même sens, conservdre jusjur 
randum. (De Offidis, lib. III.) 

Contra, prép. Serm. ii, contre, du 
latin contra. 

CoNTREDisT, 3® pcrs. siug. passé 
défini. S'^ Eulal. v. 23. Du verbe 
contredire, s'opposera, refuser, c'est- 
à-dire contredire une personne au 
sujet de quelque chose qu'elle pro- 
pose, de contradicere : 

Sovignet-te que eeste parolle dist Nostre 
Sires encontre les ypocrytes : Wardeiz, 
dist-il, que vous ne devignez si cum li 
triste ypocrite. Il ne nos contredist mies 
del tôt la tristecc, mais ke celei ki en la 
fazoa est davant les hommes. {Serm. de 
S. Bern., p. 563.) 



La forme de la 3* pers. du passé 
défini contredist (contradixit), est 
analogue à celle de coist (coxit), qui 
se trouve trois vers plus haut, dans 
la cantilène de sainte Eulalie. (Voyez, 
àrégarddecesformes,t. IIl,p.227.) 

CoNusTRE, prés, de l'inf. L. de 
Guill. § XXVII. CONUSAUNT, part. prés. 
ibid. § VIII. CoNussENT, 3® pers. plur. 
prés, de l'ind. ibid. § xliv. Connaî- 
tre, de cognoscere. 

CoROUNE, L. de Guill. § ii, cou- 
ronne, de corona. 

Corps, Sif Eulal. v. 2, corps. Cors, 
L. de Guill. § xxviii, personne. De 
corpus. Le cors le rei, la personne du 
roi. M. Diez, Grammatih der roma- 
nischen Sprachen, t. III, p. S9, cite, 
dans les diverses langues romanes, 
plusieurs exemples où corps est pris 
dans le sens de personne, et d'autres 
exemples où ce mot joint aux adjectifs 
possessifs mon, ton, son remplace les 
pronoms personnels je, tu, il. Je ren- 
verrai le lecteur à cet ouvrage, en 
me bornant à ajouter les exemples 
suivants à ceux donnés par le savant 
allemand : 

Nous trouvasmes dam Piètre, que le coriis 

Dieu * cravent, 
Qui la roynne avoit fait morir faussement. 

(CkroH. de du Ouesclin. t. II, p. ,9.) 

Chieus arbres l'a endroitjvoir, je ne l'ainme 

mie. 

Car le fruit qui fut sus nous a mis en has- 
quie, 



* Corps Dieu, personne de Dieu, équivaut à Dieu, tout simplement. Cette 
expression fournit à nos pères le juron cordieu, que l'on a transformé en 
corbieu, puis en corbleu, de crainte de prononcer un blasphème. De par 
Dieu, mort Dieu, maugré Dieu nous avons fait de même parbleu, morbleu, 
maugrebleu. (Voyez, t. III, p. 375.) Les Italiens disent corpo di Bacco .' 
par Bacchus ! comme nous disions autrefois corps Dieu que l'on a écrit 
cordieu. 



CHAP. I, ÉLÉMliNT LATIN. SECT. V. 139 

aliam causam, etc. » (Capitulaire de 
Willis, chaT^. m.) En allemand soc/ie 
signifie affaire, cause et chose. 

Il est à remarquer que le mol 
effet, corrélatif de cause (causa) , en 
est venu à prendre en français une 
signification très voisine de chose : 
Effets mobiliers. Il a perdu tous ses 
effets. 

CosiN, L. de Guill. dans le titre, 
cousin, en italien cugino, de consan- 
guineus. 

CouNTÉ, L. de Guil. § m. Conté, 
ibid. §§ XLi et XLii . Tribunal du comte, 
cour comtale, dérivé de comte, qui 
vient lui-même de cornes , comitis. 
(Voir dans du Gange Cornes 2,) 

CovENANT, L. de Guill, § xxvii , 
convention^ accord, traité, contrat, 
substantif dérivé du verbe convenire, 
convenir, être d'accord : 



En paine et en labour; li corjss Dieu le mau- 

die : 

(Baudoin de Sebourg, cbap. xT , p. 53.) 

S'esmut od joie e od honor 
Eu servise Nostre Seignor, 
Où il out puis si grant mestier 
Cunc n'i out cors de chevalier 
Nul plus del suen i fust preisiez 
Ne honorez ne essauciez. 

(CAroK. des duct de Nortn., t. III, p. 316.) 

Ysabel, alez un po hors. 
De conseil vueil a ce bon corps 
Un po parler. 

(Ihéâirt français au moyen âge, p. 617.) 

Durant, met le preudome hors. 
II n'a mais garde de ton cors (toi), 
Que vaurroit ore li chelers? 

(Théâtre français au moyen âge, p. 162.) 

Nous disons encore aujourd'hui 
c'est un drôle de corps pour c'est une 
drôle de personne , gardes du corps, 
pour gardes de la personne du roi. 
On trouve dans les Quatre livres des 
Rois : (■ E Banaias le fiz Joïade 
esteit sur la privée maisnée ki gar- 
doiient le cors le roi. » (P. 149.) 

CosA, Serm. i. Cose, S,e Eulal. 
v, 9 et 23. Chose, L. de Guill. §xvi. 
José, ibid. §§ vu et xxxix. Chose, de 
causa , que les Latins prenaient 
quelquefois dans le sens d'affaire; 
le mot cause a souvent le même sens 
dans notre langue : « Velim tibi per- 
suadeas te in hac causa nihil habere 
quod timendum sit, prœter commu- 
nem casum civitatis. » (Cic. Ep. ad 
famil. lib. VI, ep. 21.) 

Causa avait déjà le sens de chose 
en basse latinité ; du Cange en cite 
plusieurs exemples et entre autres 
les suivants : « NuUus ei imperavit 
talem causam facere. » {Lois des 
Lombards, liv. II, titre xxii, §xxn.) 
M Non porcellum, non agnellum, nec 



Si faimes aliance estable 
E covenant ferm e entier 
De nos securre e entr'aidier. 

(Chron.det ducs de Norm., t. 1, p. 393.) 

Ne poent aver nul guarant 

Ne vers seinur, ne vers serjant ; 

Ne lur tienent nul covenant. 

{Rom. de Hou, y. 6103.) 

CrIjL. de Guill. §v, îxxnetXLViii; 
dérivé du verbe cner^ en langue d'oc 
cridar, en italien, gridare, en espa- 
gnol et en portugais gritar. Ces mots 
proviennent du latin quiritare, crier 
au secours. Selon Varron et Nonius, 
quiritare signifia primitivement im- 
plorer par des cris l'assistance des 
Quirites^ c'est-à-dire du peuple ro- 
main. « Quiritare est claraare, trac- 
tum ab iis qui Quirites invocant. » 
(Nonius cité par Calpin et par du 
Cange, art. Quiritare.) « Quiritare 
dicitur qui Quiritium fidem damans 



4i 



PREMIÈRE PARTIE. 



implorât. » Varron,D<; lingua latina, 
liv. V, chap, VII.) On lit dans Cicé- 
ron : « Cum illi misero quiritanti, 
civis romanus sum , responderet ; 
abi nunc, populi fidem implora. » 
{Epistolœ ad famil. lib. X , epist. 

XXXII.) 

Il est à remarquer que quiritare 
se prenait cubasse latinité pour crier 
en parlant du porc : verris quiritare 
{mox est). Voyez du Gange, art, 
Quiritare et art. Baulare. 

CRiEVE,'3*pers. sing.prés.del'ind. 
L. de Guill. § xxi. De criever , ..cre- 
ver; en prov. crebar , en ital. cre- 
pare, en esp. quebrar; du latin cre- 
pare, qui signifie proprement rendre 
un son éclatant, craquer, claquer, et 
au figuré se rompre avec bruit, cre- 
ver. Dans notre langue, craquer et 
claquer sont employés populairement 
avec cette dernière signification. 

CuiLLE, L. de Guill. § x, testi- 
cule : « Il deit aveir copé le vit o 
toutes les coilles, et deit estre chacé 
hors de la terre oiî il a fait celé mal- 
faite un an et unjor.» {Ass. de Jér. 
t. II, p. 92.) « Torel a couilles, » 
taureau entier. {Livire des métiers 
d'Ét. Boileau, p. 317.) De coleus, 
testicule. 

CuLTivuRS, L. de Guill. § xxxiii, 
pluriel de cultivur, cultivateur, colon 
qui était serf de la glèbe. Substan- 
tif dérivé du verbe cultiver, qui a été 
formé de cultus, culture. 

Cum, conj. Serm. i. Com, S'* Eulal. 
v. 19, L. de Guill. § xvii. Comme, 
de façon que, dételle sorte que, que. 
Dérivé de quo modo. 

CuNTE. (Voir Quens.) 

CuRRUZ, L. de Guill. §xu, cour- 
roux, colère, ressentiment, animo- 



sité; ce mot provient de cor, cœur, 
comme animosité vient à'animus. Le 
cœur a été considéré comme le siège 
des passions et des sentiments; aussi 
cor nous a-t-il fourni plusieurs mots 
exprimant divers états et diverses 
qualités de l'âme sensible : courage, 
cordialité, concorde. Les Latins ont 
dit cor tumidum habere, àvoirle cœur 
gros de colère. 

CuRT, L. de Guill. §§ vi et xxviii, 
cour de justice, tribunal, de cors ou 
chors, génit. cortis ou chortis, cour, 
basse-cour. L'habitude où étaient les 
gens de justice de se réunir dans la 
cour du bâtiment où se tenaient leurs 
séances fit donner par extension le 
nom de cour au tribunal lui-même. 
La cour du palais d'un prince servait 
aussi de lieu de réunion aux per- 
sonnes de sa suite, de là le palais fut 
également appelé cour. Nous don- 
nons une extension analogue aux 
mots chambre , cabinet, en disant la 
chambre des députés, la chambre des 
requêtes, etc., le cabinet de Londres, 
de Vienne, de Saint-Pétersbourg. Les 
Turcs sont allés encore bien plus 
loin que nous en fait de semblable 
extension d'idée ; ils ont appelé Porte 
la demeure du sultan^ en considéra- 
tion de la porte sacrée du palais de 
ce prince. Du reste, le mot porte 
pris dans le sens de palais , cour, a 
été fort anciennement et fort géné- 
ralement en usage dans l'Orient. 
Nous trouvons dans la Bible portœ 
m/fen'pour signifier la cour infernale> 
les puissances de Fenfer. <c Tu es 
Petrus, et super banc petram aedifi- 
cabo ecclesiam meam , et portœ in- 
feri non prœvalebuntadversuseam.» 
(Saint Matthieu, chap. xvi, 18.) 



CHAP. I, ÉLÉMENT LATIN. SEGT. V. 



U1 



Cdstivent, 3® pers. plur. prés, de 
l'ind. L. de Guill.§ xxxiii. Du verbe 
ciistiver pour cultiver, VI ayant fait 
place à Ys, comme àansascons pour 
akonSj § l. (Voir p. 1 24, col. 1 .)Verbc 
formé du substantif culius, culture. 

CusTUMES, L. de Guill. dans le 
titre, coutumes, de consuetudo, con- 
suetudinis. L'n a été changée en m, 
comme dans amertume à'amaritu- 
dinem; dans enclume à'incudinem 
pour incudem, en italien incudine et 
ancudine. (Voyez t. II, p. 113, 365 et 
366.) 

Damage, L. de Guill. § v, dom- 
mage , en basse latinité damagium, 
forme allongée dérivée de damnum. 
La forme primitive est damno qui 
suit. 

Damno, Serm. i, dommage, de 
damnum. 

Danelae, mot anglo-saxon. (Voir 
L. de Guillaume, § m, p. 98, note 1 .) 

De^ prép. Serm. i et ii, S'° Eulal. 
v. 25 et 27. L. de Guill. §§ i,n, etc. 
De la préposition latine de. 

Décimes. (Voir Dit.) 

Dedenz, prép. L. de Guill. § l. 
Dedenz, adv. ibid. § iv. Dans^ de- 
dans. Ces mots sont composés de de 
et de denz, dans ; celui-ci est formé 
lui-même de de intus. (Voir t. III, 
p. 362 et 363.) 

Defaciun , L. de Guill. § laxv , 
mutilation , substantif formé du 
verbe défaire ou desfaire, qui signi- 
fie exécuter un condamné, dans le 
Livre des Rois, p. 88. En basse la- 
tinité disfacere, diffacere, composés 
du préfixe dis et de façere. 

Défailli, part, passé. L. de Guill. 
§ XLi. Du verbe défaillir, composé 



de de et de faillir. Dérivé du latin 
fallere. 

Défait. 3® pcrs. sing. prés, de 
l'ind. L. de Guill. § xlii. Du verbe 
défaire, manquer, faire défaut, ne 
pas comparaître. De defacere pour 
deficere, employé avec la même si- 
gnification en basse latinité : «. Nec 
tamen ex defectu facto post visio- 
nem, in hujusmodi querela, absens 
vel deficiens teneatur saisinam amit- 
tere. » (Lois normandes citées par 
du Gange, art. Defectus, 4.) 

Defautes. L. de Guill. § xlv, dé- 
faut, manquement à l'assignation 
donnée; en basse latinité defalta. 
Dérivé du verbe défaillir. {\oirV art. 
Be failli ci-dessus.) 

Défende, 3^ pers. sing. prés, du 
subj. L. de Guill. § xvi. Defendun, 
l^'^pers. plur. prés, de l'ind. ibid. 
§ xli. Du verbe défendre, dérivé de 
defendere. 

Défense, L. de Guill. § xlv, dé- 
fense, protection, de defema pour 
de/ensio que l'on trouve dans Tertul- 
lien, liv. II, Adversus Marc. chap. 

XVIII. 

Deforcent, Supers, plur. prés, de 
l'ind. L. de Guill. § xlv. Du verbe 
deforcer, s'opposer de force. En basse 
latinité disfortiare, disforciare, dif- 
forciare, defordare, composés de dis 
et de fortiare, dérivés de l'adjectif 
fortis. 

Defors, adv. L. de Guill. § xlii, 
dehors, de de foras. 

Degnet, 3® pers. sing. prés, du 
subj. S'« Eutal. V. 26. Du verbe de- 
gner, daigner, dérivé de dignare ou 
dignari. 

Dei, L. de Guill. § xni, doigt, de 
digitus. 



U2 



PREMIÈRE PARTIE. 



Deive, Deiven't (Voir Dit.) 

Del, L. de Guill. § vu, pour de 
le. (Voir ces mots.) 

Deleauté, L. de Guill. § xlv, dé- 
loyauté, substantif formé de l'adjec- 
tif déléal, qui agit contrairement à 
la loi, à sa parole, à son engage- 
ment, déloyal. De de et de legalis, 
formé de lex, legis. 

Delivere, L. de Guill. § xxxv, dé- 
livrée, en parlant d'une femme en- 
ceinte, accouchée. Adjectif dérivé du 
verbe deliberare. On trouve délivre 
pour délivré dans Dolopathos, p. 179 
et 480. 

Demainne. L. de Guill. § xviii^ 
domaine, propriété. Ce mot fut d'a- 
bord adjectif et s'employa pour mar- 
quer la possession d'une chose dont 
on est maître, qui appartient en 
propre. De dominas, maître : 

E Saûl de ses demeines vestemenz fist 
David revestir, le helme lascier e le hal- 
bert vestir. (Livre des Rois, p. 66.) 

Et induit Saul David veslimentis suis, et 
posuit galeam œream super caput ejus, et 
vestivil eum lorica. 

Li reis esteit entré en sa chambre demeine 
Quant le message vint; suSert ot mult 
grant peine. 

( Chron, de Jordan Fanloime^ p. 608.) 

On a passé de l'adjectif au subs- 
tantif, comme deproprms on a formé 
proprietas^ propriété. 

Demander, prés, de l'inf. L. de 
Guill. § VI. Demandé, part, passé 
passif^ ibid. § xlii. De demandare^ 
donner ordre, ordonner, commander. 
Ce verbe a pris un sens bien moins 
impératif en passant dans notre lan- 
gue. Le contraire est arrivé pour le 
verbe rogare, demander, s'informer, 
demander avec prière^ qui fournit à 



la langue à'o\\rover,roiiver,ruov&r, 
signifiant ordonner , commander. 
(Voir ci-après^ Buovet.) Tels sont les 
caprices de l'usage. 

DemIj L. de Guill. § xiii^ de di- 
midius. 

Deners, L. de Guill. §§ iv et v. 
Denier, ibid. § v. Denier, de dena- 
rius. (Pour le dener saint Ferre, le 
denier de saint Pierre, voir le glos- 
saire de du Gange, Denarium S. Pé- 
tri.) 

Départent, 3* pers.plur. del'imp. 
L. de Guill. § ix. Départis, part, 
passé passif, i6î(i.§ xxxviii. Du verbe 
départir, partager, diviser^ de dds- 
partire, qui a le même sens. 

Départir, prés, de l'inf. L. Guill. 
§ xxxiii. Departet, 3^ pers. sing. 
prés, de YinA.ibid. § xxxiii. Dépar- 
tent, 3^ pers. plur. prés, de l'ind. 
ibid. § XXXIII. Ce verbe est pris tan- 
tôt dans le sens actif d'éloigner, 
tantôt dan? le sens neutre pour s'é- 
loigner, partir. Dérivé de departire, 
diviser, séparer, d'où l'on a passé à 
la signification de séparer quelqu'un 
de quelque chose, l'en éloigner, puis 
à la signification de s'éloigner, par- 
tir. Voyez t. III, p. 490, note 2. 

Derainer, prés, de l'inf. L. de 
Guill, §§ xxvii et xxvin. Dereinet, 
3* pers. sing, prés, de l'ind. ibid. 
§ xLiii. Dereined, part, passé passif, 
ibid. § m. Derained, Deraignet, 
item, ibid. § xxv. Établir une accu- 
sation contre quelqu'un par des rai- 
sons et des preuves valables, justi- 
fier du droit que l'on a sur une chose 
contestée, prouver la vérité ou la 
fausseté d'un fait. Se derainer, se 
justifier. En basse latinité disra- 
tionare, dirationare, derationare, 



CHAP. I, ÉLÉMENT LATIN. SEGT. V 



U3 



ont la même signification. Ces verbes 
sont formés du préfixe dis et du subs- 
tantif ratio rationis : 

Ni a un seul qui n'ait jugié 
Que Lanvax a tout desraisnié; 
Délivrez est par lor esgart. 

(Marie de Fronce, 1. 1, p. 34P.) 

Or en aluns devant le rei ; 
Si soiez tult ensamble od mei 
Ge me desrenerai très-bien 
Qu'il ne m'en meskrera de rien. 
Dunt s'en'vunt devant le liun, 
Si li mustrtrent leur resun. 

(BW._t.,n, p. 261.) 

S'il avient que un home se claime en la 
cort d'un autre home, et celai de cui U se 
claime demande jor a la cort, la cort lor 
deit donner a andeus ensemble, ce est 
quinzaine. Ou ee seluy qui se clama ne 
vient à son jor a la cort, et l'autre il vient, 
celuy qui vient a son jor si avéra derainé 
tout ce dont il c'est clamés ; et celuy qui 
ne vient a son jor a perdue sa clamour et 
sa raison par droit. {Ass. de Jérusalem, 
t. II, p. 86.) 

Des, L. de GuiU. § xxxii et pas- 
sim, pour de les. (Voir ces mots.) 

Désapereilé, L. de GuiU. § xxiv, 
non pourvu,dépourvu,qui n'apas tout 
l'appareil, tout l'attirail, tout l'arme- 
ment qu'il devrait avoir. Composé du 
9 préfixe dis et de apparatus, appareil. 

Descuvert, part, passé pass. L. de 
Guill. § XII. Du verhe descuvrir, dé- 
couvrir, de discooperire, qui se trouve 
dans la Vulgate, composé du préfixe 
dis et de cooperire, couvrir. 

Désirent, 3^ pers. plur. prés, de 
l'ind. L. de Guill. § xli. Du verbe 
désirer, de desiderare. 

Desque, conj. L. de Guill. § xxxv, 
jusqu'à ce que. Pour l'origine latine 
de cette conjonction, voir jusque, 
t. m, p. 370. 

Deus, Serm. i. Dec, ibid. et 



S'" Eulal. V. 3 et 10. Deu, L. de 
Guill. § XLI, Dieu, de Deus. 

Devant, prép. L. de Guill. titre. 
Composé de de abante. (Voir t. III, 
p. 352.) 

Devise, L. de Guill. §v, entretien, 
conférence , plaidoirie , audience , 
séance d'une cour de justice. Subs- 
tantif dérivé du verbe deviser, s'en- 
tretenir, parler, discourir, s'expli- 
quer. De dividere, divisum^ diviser, 
détailler. Deviser, c'est proprement , 
détailler ce qui fait le sujet de l'en- 
tretien. Le verbe disputare a deux 
acceptions analogues : au figuré il se 
prend pour discourir^ discuter, et au 
propre il signifie découper, diviser, 
détailler. 

Devise, L. de Guill. § xxxvi. Par- 
tage qu'un testateur fait de ses biens 
entre tous ses héritiers, dernières 
dispositions, testament. En basse la- 
tinité divisia, devisia, employés 
pour divisio. 

S'il avient, par aucune maladie, ou par 
aucun mau , que aucuns hom ou aucune 
feme meurt déconfés, et sans devise faire , 
et celuy home ou celé feme qui est morte 
desconfés , n'a nul parent ni parente en 
toute la terre , mais dehors , la raison 
comande et juge que la seigneurie deit 
prendre tout canque celuy ou celé avet. 
{Assises de Jérus. t. Il, p. 131.) 

Li laisse ce que est escrit ea ma devise, 
por son douaire. (Ibid. t. II, p. 135.) 

Di, Serm. i; Dis, plur. S" Eulal. 
V. 12. Jour ; de dies. On peut voir 
des exemples de ce mot. Livre des 
Rois, p. 438 ; Marie de France, 1. 1, 
p. 200; t. II, p. 434; Chron. des dms 
de Normandie, t. II, p. 1 32, v. 1 9232; 
t. I, p. 162, V. 2292; p. 223, v. 
4037; p. 424, v. 9880; Chron. de 



U4 



PREMIÈRE PARTIE. 



Jord. Fantosme, p. 595; Théâtre 
français au moyen âge, p. 20. 

DuvLE, S" Eulal. V. 4. Diable, 
de diabolus , dérivé lui-même du 
grec 3iix6o).o;, calomniateur. M. Le 
Roux de Lincy et autres éditeurs de 
textes romans n'auraient pas dû 
écrire diaule, mais diavle; le b 
s'étant changé en v, comme dans 
l'italien diavolo. Plusieurs autres 
mots , et particulièrement plusieurs 
adjectifs qui finissent aujourd'hui en 
able^ finissaient en auZe dans certains 
dialectes de la langue d'oïl. 

Dis, adj. num, L. de Guill. § xxxii. 
Dix; de decem. 

Dit, 3« pers. sing. prés, de l'ind. 
L. de Guill. § xxxix; Dist, item, 
Serm. i; Deivent, 3« pers. plur. 
prés, de l'ind. L. de Guill. § xxxiii; 
Deive, 3« pers. sing. prés, du subj. 
ibid. § vni; Deust, 3« pers. sing. 
passé défini, ibid. § xvii. Du verbe 
deveir devoir, dérivé de debere. Au 
sujet de la forme deust, voyez t. III, 
p. 227 et 228. 

Dit, part, passé pass. L. de Guill. 
§xxvm; Dient, 3« pers. plur. prés, 
de l'ind. ibid. § xli; Desimes^ l'^^pers. 
plur. passé défini, ibid. % xliii. Du 
verbe dire, dérivé de dicere. 

DoMNizELLE, S^c Eulal. V. 23. De- 
moiselle, jeune fille de qualité; di- 
minutif formé de domina. 

DoNER, prés, de l'inf. L. de Guill. 
§ xviii; DoNRAD, 3^ pers. sing. fut. 
ibid. § XXIX ; Dourad , item , ibid. 
§ XVII ; Durrad, item, ibid.% vi et 
passim; Dunat, 3^ pers. sing. prés. 
de l'indicat. Serm. i; Dunge, 3® 
pers. sing. prés, du subj. L. de 
Guill. § v; DuiST, item, ibid. § vu. 
Donner, dérivé de donflre. 



Dont. (Voir Bunt.) 

Dous , adj. num. L. de Guill. 
§ xxxix. Deux, de duo. 

Dreit, adj. masc. L. de Guill. 
§ xxxiii. Droite, fémin. ibid. Droit, 
droite; de directus. 

Dreit, subst. Serm. i ; L. de Guill. 
§ XIV ; Droit, ibid. § vi. Droit, ibid. 
Dérivé de directum , employé par 
Cicéron dans la même signification. 
« ^quitatis autem vis est duplex, 
cujus altéra directi, et veri et justi^ 
et, ut dicitur, sequi et boni ratione 
defenditur. » (Cicer. in Part.) Le 
simple rectum était plus usité que le 
composé directum. 

DuBLE, L. de Guill. § ii; Dublein, 
ibid. § XVII. Double; de duplex. Du- 
blein est une forme allongée de 
duble; on trouve deblekin avec le 
même sens dans la Chronique des 
ducs de Normandie, 1. 1, p. M]. On 
voit encore dans le même ouvrage 
en^erm^ entier, t. I, p. 53, et t. III, 
p. 275; premerain, premier, t. I, 
p. 36, 45, 1 24. Il nous est resté de 
ces doubles formes haut et hautain, 
tous deux dérivés à'altus. 

Dudzime, adj. num. ordin. L. de « 
Guill. § IV, XVI. Douzième; de duo- 
decimus. 

DuLOR, L. de Guill. § xii. Dou- 
leur; de dolor. 

Dunat, Dunge, Durrad. (Voir 
Doner.) 

DuNC, conj. L. de Guill. § iv; 
DuNT, item, ibid. % lxii. Donc; de 
<Mnc. (Voyez t. III, p. 392.) 

DuNC, adv. L. de Guill. § xxv. 
Alors, de tun£ (voir des exemples de 
ce mot, avec le même sens, dans 
Marie de France, t. I, p. 332 et dans 



CHAP. I, ÉLÉMENT LATIN. SEGT. V. 



la vie de saint Léger, st. 3, 6, 2*, 
22, etc. 

DuNT, pron. relat. L. de Guill. 
§ XXXIII. Dont, item, S'^Eulal. v.i3. 
Dérivé de de unde. (Voir t. III, p. 
468.) 

E. (Voir Et.) 

Emz (Voir Ent.) 

EissiLLED, part, passé pass. L. de 
Guill. § xxxviii. Du verbe eissiller, 
exiler, dérivé du substantif exsilium 
ou eociliunij exil. 

EiT (Voir l'art. Aveir, verbe.) 

El, Elle, Ell, Els. (Voir II, 
pron.) El, Els, pour en le^ en les. 
(Voir ces mots.) 

Ele, adj.indéf. L. deGuill. §xxxviii. 
Autre, autre chose ; per ele par autre 
chose, par autre moyen. Ele dérive 
du latin alivid. Ce mot est ordinaire- 
ment écrit el au xii^ et au xiii« siècle. 
(Voir un exemple de ce mot ci- 
après, art. 'N pour en.) 

Un grant tumbel vi quant Joab cha 
m'enveiad, e el ne sai. (Livre des Rots, 
p. 189.) 

Yidi tumulum magnum cum mitteret Joab 
sersus tuui; nescio aliud. 

Del vin e de el assez nus eu donastes. 

( Yoy. de Charl. à Jéru$., y. 653.) 

Molt aves ore el à ordir 
Que parlemens ci a tenir. 

{PattoHopeus de Bhis,, t. 8717.^ 

Elément, S'* Eul. v. 1 5. Élément, 
principe ; de elementum. C'est dans 
les anciens auteurs ecclésiastiques 
qu'il faut chercher le sens des ex- 
pressions qui ont trait à la religion. 
Dans les écrits des apôtres et dans 
ceux des premiers Pères de l'Église, 
elementa signifiait les principes fon- 
damentaux des croyances du chré- 
tien, les éléments de la foi chré- 



U5 

tienne. Saint Paul dit aux Hébreux : 

Etenim cum deberelismagistri esse, prop- 
ter tempus, rursum indigetis ut vos docea- 
mini quœ sint elementa exordii sermonum 
Dei ; et facti estis quibus lacté opus sit, 
non solido cibo. (Êpître de saint Paul aux 
Hébreux, ch. v, v. 12-) 

Emblet, L. de Guill. § xxv; Em- 
blé, ibid. § xLiv. Enlevé; participe 
passé du verbe embler dérivé de in- 
volare, en italien involare, en basse 
latinité imhulare. Pour la permuta- 
tion du V en 6, voir t. II, p, 95. 

Rent le ; ge sai bien ke tu l'as ; 
Mauvaisement emblé le m'as. 

{Dolofiolhot, p. 205.) 

Car bien est reson, ce me semble, 
Qu'apercevanz soit bons ki emble; 
Je sais bien ke lerres set fère. 

(«W., p. 193.) 

Empedementz, S'* Eulal. v. 46. 
Plur. de empedement, cep, instru- 
ment de supplice consistant en deux 
pièces de bois disposées de manière 
(ju'en se rapprochant elles serraient 
les pieds du patient que l'on sou- 
mettait à la torture. Dans ce pas- 
sage, empedement se prend, par ex- 
tension, pour torture en général. Ce 
mot dérive de impedimentum em- 
ployé pour compedes; l'un et l'autre 
sont composés àepes,pedis,Qt d'une 
préposition. 

Emplaider, prés, de l'infin. L. de 
Guill. § xxxviii; Emplaidé, part, 
passé pass. ibid. § m; Enplaidé, 
item, ibid. § xxxix. Mettre en cause, 
traduire en justice, poursuivre de- 
vant les tribunaux, accuser. En basse 
latinité implacitare , composé de in 
et de placitare. (Voir Ptoï ci-après.) 

Moines qui ont choses devisées des chose 
l'abé, il, non pas l'abé, devent estre 



10 



l/iG 



PREMIÈRE PARTIE. 



einpledié. {Livre de Justice, p. 19.) — 
Plusors autres puevent esire semons et 
enpledié. (Uid. p. 16.) 

Se tu pledes, ou se tu es enplaidiez. {Le 
Conseil de Pierre de Fontaines, p. 28.) 

En, prép. (Voir In.) En, adv. (Voir 
Int.) 

Enceintée, part, passé. L. de 
Guill. § XXXV. Du verbe enceinter , 
être ou devenir enceinte', concevoir, 
être grosse; de inciens, tis que l'on 
trouve dans Pline et dans Festus 
avec le sens d'enceinte , grosse. Cet 
adjectif latin paraît avoir du rapport 
avec le grec èyxOwv. 

La dame qu'isi mesparla, 
Eo l'an meisme enceinla ; 
De deux enfanz est enceintié. 

{Marie de France, 1. 1, |>. 142.) 

Encontre, 3" pers. sing. prés, de 
l'ind. L. de Guill. § xlviii. Du verbe 
encontrer , rencontrer, formé des 
deux prépositions in et contra. 

Endirez, L. de Guill. § vu. Égaré, 
fourvoyé. Le manuscrit Holkham 
nous offre adirez, qui se trouve plus 
fréquemment dans les auteurs. La 
dernière édition du dictionnaire de 
l'Académie porte encore : « adirer, 
égarer, terme de jurisprudence peu 
usité. » 

A Cis le père Saiil furent adnes adirez. 
{Livre des Rois, p. 29.) 
Perierant autem asinx Cis, patris Saiil. 

Loons tuit, et clerc et prestre, 
La douce mère au roi celestre 
Qui tant par est de doçour plaine, 
Qui nostte frère nos ramaine 
Qui perdaz iert et adirés. 

(OEuTrM de Rulebeuf, t. Il, p. 314.) 

De rechief, quand il avoient vendue ou 
engagié ichele soie que l'en leur avait 
baillé pour labourer et pour filer, et cil 
qui la leur avoit baillée venoit à eus, et 



leur demandoit sa soie, il.s disoient qu'ils 
l'avaient perdue et adirée. {Livre des mé- 
tiers, p. 377.) 

Ce mot vient du verbe aderrare, 
errer , aller ç,à et là sans savoir où 
l'on va. Dans les formes moins usi- 
tées andiret, endirez, Vn est venu se 
placer devant le d par attraction, 
comme dans rendre, de reddere. 
(Voir t. II, p. 142.) 

Enfans, L. de Guill. §xxxvi. Plu- 
riel de enfant, dérivé de infans, in- 
fantis. 

Enfraint, 3® pers. sing. prés, de 
l'ind. L. de Guill. § i; Enfreit, 
item, ibid. § xxx. Du verbe en- 
fraindre , enfreindre, de infringere. 

Enfrenez, L. de Guill. § xxii. 
Plur. de enfrené, qui a un frein dans 
la bouche, bridé; composé de in et 
de frenum. 

Enleist, 3^ pers. sing. prés, de 
l'ind. L. de Guill. § v. Du verbe en- 
leiser, laisser aller, laisser échapper; 
composé de in et de laxare. 

Enortet , 3^ pers. sing. prés, de 
l'ind. S'" Eulal. v. 43. Du verbe 
enorter , exhorter, dérivé de inhor- 
tari. 

Tant li a sa feme enorté. (Fabliaux el 
contes, , t. II, p. 350.) 

Enplaidé. (Voir Emplaider.) 
Enpdissuned, 3« pers. sing. prés, 
de l'ind. L. de Guill. § xxxvm. Du 
verbe empuissuner, empoisonner; 
composé de in et de potio, qui si- 
gnifie proprement breuvage, mais 
qui est pris quelquefois pour un breu- 
vage mortel, un poison. Le peuple 
conserve encore à ce mot le genre de 
son primitif et dit une poison. On 
trouve dans la vie de Caligula, par 
Suétone, Potionatus ab uxore, era- 



CHAP. I, ÉLÉMENT LATIN. SECT. V. 



147 



poisonné par sa femme au moyen 
d'un breuvage. Les Grecs se sont 
également servis de <fxpfj.axo-j pour 
désigner une potion médicinale et un 
poison. Les Italiens disent^ dare il 
boccone, donner le morceau, pour si- 
gnifier empoisonner. 

Foison se trouve fréquemment 
dans nos anciens auteurs pour signi- 
fier une potion médicinale, un breu- 
vage enchanté, un philtre, etc. (Voyez 
t. II, p. 206, note 1 .) 

Trop grief m'est cesle maladie, 
Quant nulz ne truis qui ne me die 
Que n'en puis avoir garison 
Pour mecine ne pour poison. 
Que puisse prendre. 

{Vn miracle de Noire-Dame, iit^rëe daiu le Tbëâtre 
fraoçaii aa mojiD âg«, p. 404.) 

D'un buen mire fisicien 
De gf ant valor e de grant sen 
Oui pris puison ; mais mal es'.a 
Quant une de lui se dessevra. 

(CAroM. des duci de Norm,, t. III, p. 146.) 

Mais se tant vos soduit diables, 
U par boires, u ])iT puisons. 
Que de moi soit demonstrisons 
Alns que soit a ma volenté, 
Bscarni somes et gabé. 

(PafAMOp. de Blois, I. I, p. 143.) 

Ens. Voir. (Un.) 

Enselez, part, passé pass. L. de 
Guill. § xxin, sellé; du verbe ense- 
ler, mettre une selle, seller; com- 
posé du préfixe en et de seller pro- 
venant du substantif selle. Celui-ci 
dérivé de sella, siège. (Voyez à cet 
égard t. II, p. 203.) 

Molt bien fus la nuit ostelez. 
Et li chevaux fu enselez. 

(Tournoiement de FAnleckrisl, p. 181.) 

Ensement, adv. L. de Guill. §yiii. 
Mêmement, pareillement. (Voir des 
exemples de cet adverbe Livre des 



Rois, p. 5, 180 et 433; Chron. des 
ducs de Norm. 1. 1, p. 58.) Dérivé de 
in ipsa mente. (Voyez t. III, p. 284, 
285 et 446.) 

Ensurchetot, adv. L. de Guill. 
§ XLi. Surtout; littéralement, en sur 
ce toiit. (Voir, pour l'origine, chacun 
de ces mots en particulier.) On 
trouve ensurquetut, avec le même 
sens, dans la Chanson de Roland, 
str. xxiii, V. 2. M. Orelli, p. 322, 
mentionne ensurhetut, ensorqmtot, 
ensurquetout. 

Ent, adv. et conj. S'" EulaJ. v. 
45; Emz, L. de Guill. §xLin. Avant, 
avant que, auparavant ; de antea. 

Einz que jo vienge as maistresporz de Sizer, 
L'anme del cors me seit oi départie. 

( Chans. de Roland, édit. Gënin, p. S45.) 

Si 's guierat Hermans, li dux de Trace; 
Einz i murrat que cuardise facet. 

{Ibid., p. 354.) 

Entendable, L.de Guill. § xxviu. 
Qui mérite d'être entendu , qui est 
digne de confiance dans ce qu'il dit, 
digne de foi, adjectif dérivé duverbe 
entendre. En basse latinité intendere 
signifiait plutôt écouter qu'entendre. 
Écouter marque une tension de la 
volonté pour entendre, comme re- 
garder, une tension de la volonté 
pour voir; aussi Ovide a-t-il dit, 
intendere aures ad verba, tendre ses 
oreilles aux paroles, écouter les pa- 
roles; et Justin, intendere oculosad 
vultum, tendre ses yeux vers le vi- 
sage, regarder au visage. 

Ententivement, adv. L. de Guill. 
§xLi. Avec attention, avec applica- 
tion d'esprit, soigneusement. 

Tu m'as servie suvenierement et enten' 
tivemeni, (L. des Rois, p. 357.) 
Sedule in omnibus tninistrasti nobis. 



48 



PREMIÈRE PARTIE. 



On peut voir d'autres exemples de 
l'emploi de cet adverbe dans le même 
ouvrage, p. 92 et 383. Ententive- 
ment est formé de l'adjectif ententif, 
iive^ attentif, tive, dérivé de inten- 
tiviis, forme allongée de intentus, 
qui a la même signification. Enten- 
tivement équivaut hintentiva mente, 
(Voir les adverbes en ment dans le 
t. m, p. 284.) 

Entercé, part, passé pass. L. de 
Guill. § xLiv. Du verbe en^ercer^ con- 
tester la propriété d'une chose à 
quelqu'un , la revendiquer, la récla- 
mer. En basse latinité interdarej in- 
tertiare, dérivés de iyitercedere, s'op- 
poser, former opposition, contester. 
Du Cange donne une toute autre 
origine à intertiare ; mais sa con- 
jecture ne me paraît reposer que 
sur un rapprochement de mots tout 
à fait fortuit. 

Se aucun frepier achate aucun garne- 
ment, quel que il soit , en foire voisine 
séant, c'est a savoir, a Saint-Germain-des- 
Prez, a la Saint-Ladre, au lendit et à la 
Saint-Denis, et li garnemement , quel qu'il 
fust (hors mis le garnement de service de 
sainte iglise), fust eniercÊs e prouvez, H en- 
lercierres r'auroit son garnement, et li fre- 
pier r'auroit son argent, pour tant que il 
peust prouver que il eust acbaté en une des 
foires devant dites. (Livre des méliers 
p. 201.) 

Entercement, L. de Guill. § xxv. 
Revendication, réclamation. (Voir, 
pour l'origine, l'article précédent.) 

Enterceur, L. de Guill. § xxv. 
Celui qui revendiqne, qui réclame, le 
réclamant. En basse latinité , inter- 
ciator. (Voir Entercé.) 

Entre, prép. L. de Guill. § ix. 
De inter. 

Envers, prép. L. de Guill. §§ xli. 



XLv, L. Composé de in et de versus, 
Enz, conj. L. de Guill. § xxxni. 
Mais, au contraire; de antea. 

Eisz, adv. S" Eulal. v. 19. De- 
dans; dérivé de intus. Les mots enz 
en (dedans dans), qui se trouvent 
dans ce passage de S,e Eulal,, of- 
frent un pléonasme qui est très 
fréquent dans nos anciens auteurs. 

Cil sunt muntez ki le message firent, 
Enz en fur mains portent branches d'olive. 

[Chaïu. de Roi., il. vi\, ». 4.) 

E Mahnmel em en un fosset butent. 

{lùid., a. CLXXXIII, T. SI.) 

Ens en la cited. {Livre des Rois^ p. 327.) 
Enz en l'eve. (Il/id. p. 3o4.) 

On peut en voir encore d'autres 
exemples dans la Chronique de Jor- 
dan Fantosme, p. 538, 549, 569, 
595 ; et dans le Livre de Job , 
p. 480. 

Eo, pron. pers. 1"^ pers. sing. 
Serm. i et ii; lo, item^ibid. n; Jd, 
item^ L. de Guill. § xxxvin. Je; de 
ego. (Voyez t. III, p. 155-457.) 

Dans les Serments, on doit lire 
io et non jo ; car la voyelle i est 
changée en la voyelle e lorsque ce 
pronom est précédé d'un mot finis- 
sant en i : salvarai eo, cui eo retur- 
nar; ce changement est naturel 
entre les deux voyelles, et il sert, 
dans ces cas, à empêcher la ren- 
contre des deux i ; il n'aurait pas eu 
lieu si, dès cette époque, bn eût 
prononcé jo, comme on le fit plus 
tard. 

Er, Ert, Erunt. (Voir des re- 
marques sur ces mots à la suite de 
l'article Est.) 

Erité, L. de Guill. § xxxvi; Eri- 
THET, ibid. § XXXIX. Héritage; de 
hœreditm, hœreditatis. 



CHAP. I, ÉLÉMENT LATIN. SECT. V. 149 



Ebbant, pari. prés. L. de Guill. 
§ XXX. Du verbe errer,, voyager; de 
iterare que l'on trouve avec le sens 
de facere iter dans Fortunat, Vie de 
S. Paterne, chap. vi, ainsi que 
dans plusieurs autres auteurs de la 
moyenne et de la basse latinité. On 
a dit eu langue d'oc edrar qui est 
dans la Vie de saint Léger : « 11 
edrat par mala fid. » (St. 19.) Nous 
nommons encore juif errant le juif 
que les traditions populaires nous 
donnent comme devant voyager jus- 
qu'à la fin du monde, en punition 
de ce qu'il empêcha Jésus-Christ de 
se reposer, lorsque, portant sa croix, 
il s'arrêta épuisé de fatigue. Marie 
de France dit, en parlant de plu- 
sieurs chevaliers qui voyageaient 
avec la reine Yseult et lui servaient 
de cortège : 

Les chevaliers qui la menoent, 
Qui ensemble od li erroent, 
Si cumanda tuz arester ; 
Descendre vot et reposer. 

(Maria du Franc*, t. 1, p. 39t ) 

Usque li reis déus errer, 
R aveit la tere a garder. 

{Ibid., p. 403.) 

J« vois par le païs errant , 
El les costumes enquerant. 

{Dolopatiwi, p. 183.) 

On appelait chevaliers errants les 
chevaliers qui voyageaient pour ré- 
parer les torts, pour protéger les 
dames, les faibles, les opprimés, ou, 
seulement, pour chercher aventure. 

Ne savoit 

Le ternie puisqu'il avoit 
Herbergié chevalier errant. 
Qui aventure alast querant. 

[Le Chevalier au Lion k la tuile du Tournoiement 
de PAaléchnsl.f.l^l.) 

EscHAPER, prés, de l'inf. L. de 



Guill. § xxxviii. On trouve ^assez 
souvent escamper pour échapper 
dans nos anciens auteurs, et notam- 
ment dans Villehardouin. En ita- 
lien, scampare. Ces verbes signifient 
proprement se sauver du champ de 
bataille; ils ont été formés de ex 
campo, comme décamper a été fait 
de de campo. 

EscHUiT, 3* pers. sing. prés, de 
l'ind. L. de Guill. § xlv. Du verbe 
eschuir, esquiver, éviter. 

Warde por ce k'il puist eschuir lo pc- 
cfiiet. (Saint Bernard, cité dans Roquefort, 
art. Eschuir.) 

Cnstodiamquidem, ut possit cavere pec- 
catum. 

(Voir Esquiver parmi les mots 
d'origine germanique , chap. m , 
sect. II.) 

EscoNDiRAD, 3^ pers. sing. fut. 
L. de Guill. § xvi; Escondie, 3° pers. 
sing. prés, du subj. ibid. §§ xvii, 
L. Du verbe escondirj disculper, 
justifier, excuser; en basse latinité, 
excondicere, excondire, escondire; 
composés de ex, de cum et de dicere. 
On trouve également exdicere, avec 
le même sens, dans du Cange. La 
signification première de ces verbes 
est celle de dife quelque chose pour 
pallier une faute, pour détruire une 
fausse inculpation, pour réfuter une 
fausse accusation. (Voir ci-après un 
exemple, art. Juise.) 

Se un home se clame d'un autre home 
de couvent qu'il 11 a fait, et il en a deus 
guarens qui li garenlissent ce qu'il li de- 
mande, celui est tenus par dreit de rendre 
li ce qu'il li ot en couvent; et se celuy qui 
se clama n'en a garens , celui de cui il 
c'est clamés s'en deit eseondire de couvent 
par un sairemcnt. {Atsises de lérus. t. If, 
p. 83.) 



150 



PREMIÈKE PARTIE. 



Li chevaliers s'en e-icondit. 
Et dist ke néant n'en savoit. 

{Dolopalhos, p. SI7.) 

Escus, L. de Guill. § xxn. Bou- 
clier, écu; de scutum. 

Escus, part. (Voir Escut.) 

EscussiuN, L. de Guill. § vi. Ré- 
cupération , recouvrement. ( Voir, 
pour l'origine, l'article Escut qui 
suit.) Escussiun, dans le pasage dont 
il s'agit, signifie le recouvrement du 
bétail qui a été mis en fourrière par 
suite des dégâts qu'il faisait dans la 
campagne. 

EsccT, 3« pers. sing. prés, de l'ind. 
L. de Guill. § vi ; Escus, part, passé 
pass. ibid. § vi. Du verbe escarre, 
retirer quelque chose des mains de 
quelqu'un, récupérer, recouvrer. 

Ces ki aled furent a escurre la preiè od 
David. {Livre des Rois, p. 117.) 

David el jur escust la preie, e quanque 
li Amalechite en ourent ported. (Ibid. 
p. 116.; 

Ben le quiderent aver escuz. 
Si corerent fermer les us 
Et els desturber. 

( Vie de S. T/um. de Cant., p. 495.) 

En basse latinité, excutere, excus- 
sare avaient la même signification. 
On trouve dons la bonne latinité 
excutere^oxir arracher quelque chose 
des mains de quelqu'un, retirer avec 
violence. 

Calidumque trientem 
Excutil e manibus. 

(Perte, sat. ti.) 

Au xiii^ siècle on employait plus 
souvent rescurre, rescourre^ rescore, 
d'où le substantif rescoiwse. En basse 
latinité rescutere, rescourre, rescus- 
sa, rescousse. 

EsKOLTET, part, passé, S"* Eulal. 



v. 5. Du verbe eskolter, écouter; de 
auscultare. 

Messe e matines ad li reis escuitet. 

{Cians. de Roland, xi, t. 8.) 

Li emperere s'estut, si VescuUat. 

{lild., «t. CMT,T.7.) 

EsLEVERA, 3« pers. sing. fut. L. 
de Guill. § xLi. Du verbe eslever, 
élever, de elevare , exlevare. Esle- 
ver tort, porter tort. 

EspÉ. (Voir Spede.) 

EspoDSE, L. de Guill. § xiv. 
Épouse, de sponsa. 

EspcRJERAi, 1""«pers. sing. du fut. 
L. de Guill. § xxxviii. Espurge, 3« 
pers. sing. prés, du subj. ibid. § 
XLvin. Espurget, item. ibid. § l. 
Du verbe espurger, purger, purifier. 
S'espurger signifie se purger d'une 
accusation, d'un crime, se justifier, 
se disculper, de expurgare, dont les 
Latins se sont servis dans la même 
acception. 

Li baillis de Boorges feis inquisicion sur 
la vile de Boorges ; il prist les choses à 
deux borgois qu'il trova mal renomez, por 
ce qu'il ne se voudrent espurger droite- ' 
ment. (Livre de Joslice, p. 21.) 

Et s'il i purreit demurer 
Un jur e une nuit entière, 
E par ci revenir arere. 
Tut serreit netz de ses péchiez. 
Et de ses meffaiz espurgiez. 

(Marie de France, t. II, p. 434.) 

Est, 3« pers. sing. prés, de l'ind. 
L. de Guill. § iv ; Sunt, Sont, 3« 
pers. plur. prés, de l'ind. ibid. § 
xxxix; Eret, 3^ pers. sing. imparf. 
de l'ind. S'* Eulal. v. 12; Er, r« 
pers. sing. fut. Serm. ii; Ert, 3« 
pers. sing. fut. L. de Guill. § iv; 
Erum, 3« pers. plur. fut. iUd. § 
XIII ; Fut, 3* pers. sing. passé défini 



CHAP. I, ÉLÉMENT LATIN. SECT. V. 



15J 



de l'ind. S*" Eulal. v. 1,11; FuiST. 
item, L. de Guill. § n; Sit, Supers, 
sing. prés, du subj. Scrm. i; Seit, 
tient, L. de Guill. § m; Fust, 3»pers. 
sing. imparf. du subj. ibid. § i. 
Furet, 3^ pers. sing. passé de l'ind. 
forme que notre langue a perdue, 
S'* Eulal. V. 18. Dérivés de est, 
sxmt, eratj ero, erit, erunt, fuit, sit, 
fuisset,fuerat, qui sont les formes 
correspondantes du verbe esse. (Voir 
l'origine des formes du verbe être 
dans le tome III de cet ouvrage, 
p. 247-255.) 

Le dernier mot du second Ser- 
ment a fort embarrassé les éditeurs, 
les traducteurs et les commentateurs. 
Ils auraient pu être mis sur la voie 
s'ils avaient fait attention que, dans 
le serment correspondant fait en 
langue tudesque, ce dernier mot se 
trouve rendu par wirdhic, mis pour 
toirdhe ic { Ero ego ) ; en allemand 
werde ich. Quant à la forme er, on 
la retrouve encore au xii® siècle, et 
l'on peut en voir un exemple dans la 
Chronique des ducs de Normandie , 
parmi les variantes de cette chroni- 
que tirées d'un manuscrit de la bi'- 
bliothèque de Tours. 
Amis me seiez e aidables. 
El j'os {sic, je vos) fer par tut socurabtes; 
Seum mais un en amor fine, 
Leiaus, durable et enterrine. 

(CAroM. det ducs du Norm., t. 1, p. U9. Pour lu 
variante qu'offre la ceconj v«r<, voir t, Ilf, 
p. 406, col. 3, I. 3.) 

Du reste, er vient régulièrement 
de ero, comme ert, erunt, qui sont 
dans les lois de Guillaume, viennent 
de erit, erunt. 

(Voir Vi pour d'autres éclaircisse- 
ments sur le passage en question.) 

EsTED, part, passé, L. do Guill. 



§ XVI, Seront, 3« pers. plur. fut. 
Formes du verbe être, dérivées de 
stare. (Voir tom. III, p, 445-455.) 

EsTRANGES, L. de Guill. § xxvii. 
Pluriel de estrange, étranger; de ex~ 
traneus. 

EsTUVERAD, L. de Guill. § xxvii. 
Le môme que Stuverad. ( Voir ce 
mot.) 

Et, conj. Serm i, ii ; 9** Eu- 
lal. v. 28; L. de Guill. tÛre; E, 
item, S'« Eulal. v. 11 ; L. de Guill. 
§§ I, II , m, et passim. Et, du la- 
tin et. 

EvESQUE, L. de Guill. § xx, Évé- 
que ; de episcopus, qui lui-même est 
dérivé du grec éutuxoTtoç , qui (veille 
sur, gardien^ inspecteur, évêque. 

EvESQuÉ, L. de Guill. § i. Église 
qui est le siège d'un évêché, cathé- 
drale; de episcopatus , dérivé de 
episcopus. (Voir l'article précédent.) 

EwE, L. de Guill. § xvii. Eau; de 
aqua. On trouve dans nos anciens 
auteurs les formes suivantes déri- 
vées toutes de ce même primitif latin: 
aiqm, aiguë, egue , awç, ave, orne, 
ewe, eve, eawe, eauwe, iawe, iave, 
aau,eau. (Voir ces mots dans le glos- 
saire de Roquefort.) On peut suivre 
la route qu'a parcourue aqfita pour ar- 
river, par des altérations successives, 
à notre substantif français eau. 
Trois de ces anciennes formes nous 
ont laissé, comme souvenir de leur 
passage dans notre langue, des dé- 
rivés qui sont encore actuellement 
en usage. Aiguë nous a donné ai- 
guière ; ÈvE, évier, et auve auvent, 
(Voyez t. II, p. 118.) 

Et si cvesque les eves beneissent, 
Moincnl païen entresqu'al bapiisterir. 

(Chntis. dt notnnd, 5t. rx.Lxiiii.) 



15^2 



PREMIÈRE PARTIE. 



Froide eve et chaude a demandée. 

[Dolopothos, p. 68.) 

Ezo, adject. démonst. masc.sing. 
S'* Eulal. V. 21 ; Iceo, item, L. de 
Guill. § XXV ; Iço, item, ihid. §xliv; 
Geo, item, ihid. §§ i, xxv; Ç,o,item, 
§§ II, xLiv; Cho, item, ibid. § xii; 
Che, item, ihid. § xli; Ce, item , 
idib. § II. Ce, cela. Pour l'origine 
latine de ces adjectifs, voir t. III, 
p. 48^194. 

On doit lire dans S'* Eulalie : « A 
ezo no s'voldret concreidre li rex pa- 
giens. » Le roi païen ne voulut 
point se fier à cela. C'est a tort que 
M. Willeras a lu mzo en un seul 
mot. Les formes aezo, aizo, aisso, 
appartenaient à la langue d'oc, mais 
elles n'étaient point en usage dans 
la langue d'oïl. Ezo n'est autre que 
iço, qui est dans les lois de Guill. 
§ XLiv, et que l'on trouve dans la 
Chanson de Roland, st. ix, v. 4, et 
dans le Livre des Rois, p. 3, 37, 
1 29, i 33 et passim. (Voir plus haut 
l'article Concreidre.) 

Faire, prés, de l'inf. S'* Eulal. v. 
4; L. de Guill. §§ viii, xxxiii; Fist, 
3"^ pers. sing. passé défini de l'ind. 
ihid. § XI ; Fra, 3^ pers. sing, fut. 
ibid. § xLi; Facet, 3^ pers, sing. 
prés, du subj. ibid. § xxxiii; Fazet^ 
item, Serra, i ; Faced, item, L. de 
Guill. § xxxv ; Face, item, ibid. § v; 
Facent, 3" pers. piur. prés, du subj, 
ibid.% xxxiii; Feisse, 1"pers. sing. 
imparf. du subj. ibid. § xxxviii; 
Fait, part, passé passif^ ibid. §§ i, 
v. Dérivés de facere. 

La forme fazet, qui se trouve dans 
le premier Serment, est la même 
que facet, que Ton voit dans les lois 
de Guillaume, § xxxm. Le z était 



fort souvent substitué au c doux, 
prononcé s. Un même paragraphe 
nous offre force et forze avec la 
même signification, lois de Guil- 
laume^ § XIX ; on trouve rezoit pour 
reçoit dans le Livre de Job, p. 449. 

Faus, L. de Guill. §§xv, xli. Faux; 
de falsus. 

Femme, L. de Guill. §| xix, xxxi; 
Feme, ibid. § xxxi ; Famme, ihid. % 
xxxv. Defemina. 

Feste, L. de Guill. |§ xxxii. Fête ; 
de festum. 

Fiée, L. de Guill. §§ xvii^ xui ; 
Foiz, ibid. §§ xlii, xliii ; Feis, ibid. 
§ XLIII. Ces mots ont la même si- 
gnification que veie. (Voir ce der- 
nier.) 

Figure, S'« Eulal. v. 25. De ^- 
gura. 

File, L. de Guill. § xxxvii. Fille ; 
de filia. 

Fiu, L. de Guill. § m. Fief. On 
trouve écrit fiu dans plusieurs en- 
droits de la Chronique des ducs de 
Normandie, et, entre autres, t. 1, 
p. 37. (Voir Fief, parmi les mots 
d'origine germanique , chant m , 
sect. Il,) 

Folie, L. de Guill. § xxxix. Folie, 
sottise, extravagance, action dérai- 
sonnable, faute. (Voir Fou, parmi 
les mots d'origine celtique, ch. ii , 
sect. II.) 

Force. (Voir forze.) 

Forfait, subst. L, de Guill, §§ i, 
IV, XX, XLIII. FoRVAiz, plur. ibid. 
§ m. Ces mots signifiaient crime, 
délit, et, par extension , condamna- 
tion encourue pour un crime ou un 
délit; dans un sens particulier, ils 
se prenaient pour amende pécu- 
niaire. Eu basse latinité : forisfac- 



CHAP. I, ÉLÉMENT LATIN. SEGT. V. 



tumj forifactum, forefactum, ont 
également ces mêmes acceptions. 
Ces mots sont composés de foris^ 
ou foras, et de factum ; le forfait 
est une action qui est faite en dehors 
des lois de la justice, de la morale. 

Forfait^ part, passé, L. de Guill. 
§§ II, XIX, xLi. Du verbe for faire, 
qui signifia d'abord commettre un 
crime, un délit, et ensuite être pas- 
sible d'une peine, d'une amende, 
pour un crime, un délit, être con- 
damné ; dans ce sens, il dérive im- 
médiatement de /'or/'mY, condamna- 
tion, amende. (Voir ce mot à l'arti- 
cle précédent.) En basse latinité, 
forisfacere a également les deux si- 
gnifications. Ce verbe est composé 
de foris ou foras et de facere ; c'est 
faire quelque chose en dehors des 
lois de la justice, de la morale. 

Forfaiture, L. de Guill. §§ xvii , 
xLi. Forfaiture, crime commis par 
un vassal centre son seigneur, pré- 
varication d'un officier public, et 
principalement d'un juge , contre le 
devoir de leurs charges. Ce mot si- 
gnifiait également l'amende à la- 
quelle était condamné celui qui s'était 
rendu coupable de forfaiture; c'est 
le sens qu'il a dans le § xvii. En 
basse latinité, forifactura a ces deux 
mêmes acceptions. (Pour l'origine, 
voir les deux articles précédents.) 

FoRJUGE, 3® pers. sing. prés, de 
l'ind. L. de Guill. § xxxix. Du verbe 
forjuger, dépouiller quelqu'un d'un 
droit, d'une propriété, par sentence 
judiciaire, déposséder. En basse la- 
tinité forisjudicare, forjudicare, dé- 
rivés de foris ou foras et de judi- 
rare; c'est juger qu'une personne 
doit être mise hors de la propriété 



153 

dont elle en possession. ( Voir du 
Cange, Forisj'udicare.) 

A toz (Deus) pramet e si fall don, 
(Kar issi est dreiz e raison), 
Que tuit li bien seront meri, 
E tuit ii mal espanoï ; 
Del bien aura cist son luer, 
Ne l'vout mie Deus forsjugier. 

{Chron. des duct de Norm,, I. II, fi. 359.) 

Povres persones, povre gent, 
Por lor povre conlenement 
iS'esteieint de lui raespreisié, 
Ne à tort mené ne forsjugié. 

{Ibid.t. II, p. 193.) 

Fors, adv. et prép. L. de Guill. 
§§ xxviii, xxxviii. Hors; de foras. 

FoRZE, L. de Guill. § xix. Force, 
ibid. Force, substantif formé de l'ad- 
jectif fort, qui dérive de fortis. 

Fou , S'" Eulal. V. 19. Feu; de fo- 
cus, foyer, âtre. Feitr a dû cette dé- 
rivation à une métonymie du conte- 
nant pour le contenu ; on a pris Ten- 
droit où l'on fait le feu pour le feu 
lui-même. Par une métonymie toute 
contraire , celle du contenu pour le 
contenant, nous nous servons aujour- 
d'hui de feu pour signifier l'endroit 
où l'on fait le feu, le foyer, la che- 
minée. Plaque de feu. Garniture de 
feu. Je cherche un appartement où 
il y ait trois feux. (Voir t. II, p. 
229.) 

Fbadre, Fradra, Serm. i, ii. 
Frère; de frater. fratris. 
- Franc plege. (Voir Plege.) 

Franchise, L. de Guill. §§ iii,xli. 
Franchise, prérogative, privilège. 
Substantif dérivé de l'adjectif franc. 
(Voir celui-ci parmi les mots d'ori- 
gine germanique, chap. m, sect. ii.) 

Frans, L. de Guill. § m. Franc, 
libre. (Voir Franc parmi les mots 



154 



PUEMIÈIIE PARTIE. 



d'origine germanique, ch. m, sec- 
lion II.) 

Freceis, L. de Guill.Sxxvi. Fran- 
çais. Il n'est pas rare de trouver dans 
nos anciens auteurs les formes fra- 
ceis, freœis, dans lesquels l'n a été 
supprimé. On trouve de même en- 
freit, % XXX, tandis qu'on lit cnfraint, 
au paragraphe i. 
Fraceis sunt luz verset, ne se poent tenir. 

( Vog. de Chartem. à Jér., v. S88.) 

Le même mot est écrit deux fois 
franceis quelques vers plus bas. 
Beaucoup de consonnes étaient fai- 
blement prononcées, ou ne l'étaient 
point du tout, lorsqu'elles étaient 
suivies d'autres consonnes d'un or- 
dre différent. 

(Pour l'étymologie de français, 
voir Franc parmi les mots d'origine 
germanique, chap. m, section ii.) 

Freiks, L. de Guill.§§xxH, xxiii. 
Pluriel de frein , dérivé de frenum. 

Fruissier, prés, de l'inf. L. de 
Guill. § XVII. Fruisse, 3" pers. sing. 
prés, de l'ind. ibid. § m. Briser, 
rompre, faire effraction, forcer, en- 
freindre. 

Vas 11 avez tuz ses chastels toluz, 

Od voz caables avez fruiset ses murs, 

Ses citez arses e ses humes vencuz. 

{CAanj. de Roi., si. XTI, 7.) 

Si r fiert en l'elme ki gemmet fut ad or, 
Fruisset l'acer e la teste e les os. 

{Ibid,, «t. CLxriu) 

Ce verbe àénveàefrendere, fren- 
do, fresmm, dont le composé infren- 
dere nous a donné enfreindre. 

FuiST, 3^ pers, sing. prés, de l'ind. 
L. de Guill. § l. Fuiet, 3*= pers. 
sing. prés, du suhj. Ste Eulal. v. 14. 
Fui, part, passé, L. de Guill. § iv. 
Fuie, item, ibid. Du verbe fair, dé- 
rivé de fv{jerc. 



Fut, Fust , Fuist. Furet. (Voir 
Est.) 

Gainurs, L. de "Guill. § xxxiii. 
Pluriel de gainur, colon, cultivateur, 
serf de la glèbe. (Pour l'étymologie, 
voir Gain, Gagner, parmi les mots 
d'origine germanique, ch . in^ sect. n . ) 

Garant, L. de Guill. § xxv. \Va- 
RANT, item, ibid. Garant. Substan- 
tif, formé du verbe garantir. (Voir 
Guérir parmi les mots d'origine ger- 
manique, chap. m, sect. ii.) Dans 
les S XLV des Lois de Guillaume 
warant signifie protecteur, défen- 
seur, celui qui garantit; guarant a 
le môme sens dans les vers suivants : 

Franceis sunt bon, si fcrrunt vassalment ; 
J'acil d'Espaigne n'averunt de mort guarani. 

{ChaHS. de Roland, si. Lxxxiii.) 

Gendre, L. de Guill. § xxxvii; de 
gêner. 

Gettèrent. (Voir Jethed.) 

Grand, S" Eulal. v. 18; de gran- 
dis. 

Grentat, 3^ pers. sing. passé dé- 
fini de l'ind. L. de Guill. titre. Du 
verbe grenier ou granter, garantes, 
garandir, cranter, craanter, crean- 
ter; en basse latinité creantare, cran- 
tare, grantare, formés du part, pré- 
sent credens, entis. Le verbe latin et 
le verbe français signifient égale- 
ment donner créance, confiance, as- 
surance; assurer à quelqu'un le 
maintien, la conservation, la pro- 
priété ou l'exécution de quelque 
chose. 

Nous evesques et dus devant dis devons 
jurer seur sains, on creanteir par nous 
fois (notre foi) ke nous prcnderons preu- 
(lomnies et loiaus. (Chron. de Jan Va>i 
H«7?<, publiée par M. Willems, p. 424.1 
Robert fu en la Sainte Terre. 
U mult so pena de bien fere ; 



CHAP. I, ÉLÉMENT LATIN. SEGT. V. V, 



E, par ceo k'il fu pruz e sage, 
Dex li granla son héritage. 

{Chron. atiglo-normandt, i.J, p. |00.) 

Seignors, uncore vos preiereie.... 
Que vos granteisseis ceste palz ; 
Ne voll que la guerre durt mais. 

( Cknn. de$ duct de Normandie, t. II, p. 305.) 

Gros, L. de Guill. § vi. (Voir Gros 
parmi les mots d'origine germa- 
nique, ch. III, sect. n.) 

Halbert, L. de Guill. § rxiv, Hal- 
BERS, plur. ibid. § xxii. Haubert. 
(Voir celui-ci parmi les mots d'ori- 
gine germanique, ch. m, sect. n.) 

Hange, L. de Guill. § xn. Haine. 
Pour l'étymologie, voir haïr, haine, 
parmi les mots d'origine germa- 
nique, ch. III, sect. II. 

Hange était probablement pro- 
noncé avec le son gn mouillé; nous 
l'écririons aujourd'hui hagne. 
Pieça, dit-il, que commença 
La discorde qui mult dura, 
L'ire mortex et li haange ; 
Comment q'à la parfin en prange 
Encontre nous Bretons, Englois 
De guerroier somes tôt frois. 

(Rom. de Brut., t. II, p. 386.) 

Haume, L. de Guill. § xxiv. Hau- 
MES, plur.itîrf. § XXII. Heaume. (Voir 
Helme parmi les mots d'origine 
germanique, ch. m, sect. ii.) 

Haur, subst. masc. L. de Guill. 
§§ XI, XVI. Haine, rancune. Dérivé du 
verbe haïr. (Voir celui-ci parmi les 
mots d'origine germanique, ch. m, 
sect. II.) 

Seignors, jo fui en l'ost avoec l'empereur; 
Serveie le par feid et par amur ; 
RoUans sis nies me coillit en haur, 
Si me jugat a mort e a dolur. 

{CluiHi. de RM., «t. cciixi».') 

Hemfare, mot anglo-saxon. (Voir 
les Lois de Guillaume, p. 97, § i et 
note 3.) 



HoM, HoN, HoM, signifiant on 
(Voir Ora.) 

Home, L. de Guill. §§ i et n. 
Hoem , ibid. § m. Hom , ibid. 
§ XLVi. Homme; de homo. 

HoNouRS, L. de Guill. § xii. Plur. 
de honour, honneur; dérivé de 
honor. 

HuNDRED, mot anglo-saxon. (Voir 
les Lois de Guillaume, p. 415, 
note 6.) 

IcELLES, adj. démonst. fém. sing. 
L. de Guill., titre. Içous, adj. dém. 
masc. plur. ibid. § xli. (Pour l'ori- 
gine latine de ces adjectifs, voir 
tome III, p. 185-489.) 
IcEO, Iço. (Voir Ezo.) 
IcEZ, adj. démonst. masc. plur. 
L. de Guill. § ii, (Pour l'origine 
de cet adjectif, voir t. III, p. 186- 
190.) 

Ici. (Voir Issi.) 

Il, pron. pers. de la 3«pers. masc. 
sing. sujet, Serm. i; L. de Guill. § i, 
et passim. Ill, item, ibid. § vu. 
El, item, S'* Eulal. v. 13. Lo, item, 
compl. Serm. ii. Lv:,item, L. de Guill. 
§ IV, et passim. Li, item, Serm. ii; 
L. de Guill. §§ xlvi, xlviii, l, et 
passim. Lui, item, ibid. dans le 
titre et passim; S"' Eulal. v. 28. 
Elle, pron. pers. de la 3» pers. fém. 
sing. sujet, S" Eulal. v. 5, 6, 17, etc. 
Ell, item, ibid. v. 1 5. La, item, 
comi^Ubid. v. 3, 4, etc. ; L. de Guill. 
§ XIX. Li, item. S'" Eulal. v. 13, 22. 
Lei, item, ibid. v. 13. Lui, item, 
L.dc Guill. § XIX. Il, pron. pers. de la 
3« pers. plur. sujet, L. de Guill. § xxxii. 
Les, compl. item, ibid. § xvi. Els, 
item, ibid. § ix. Parmi ces pronoms, 
les uns sont sujets, les autres sont 
compléments. De ille, illa, ilhm,illi. 



156 



PREMIÈRE PARTIE. 



illos. (Voir l'arlicle des prenons dans 
le tome III, p. 156 et suivantes. 

Le manuscrit de S'* Eulalie, v. 1 3, 
porte el ; M. Willems a eu tort de 
substituer un i à la place de Ve. 
C'est de cette forme el qu'est venu 
le féminin elle et le pluriel els , qui 
se trouve dans les Lois de Guillaume, 
§ IX. Cet els est devenu exvx, que 
nous avons conservé. Le glossaire 
de Roquefort fait mention de el 
pour n. 

Iloc, adv. L. de Guill. § xxxii. 
Là ; de illm, pour lequel on trouve 
illoc dans les comiques latins. 

In, prép. Serm. i; S'* Eulal. 
v. 25. En, Hem, ibid. v. 6, 19; 
L. de Guill. §§ i, ii, in, xu et pas- 
sim. En, dans; du latin in. 

Le copiste, à qui nous devons le 
manuscrit de Nitard, a écrit partout 
in dans les serments ; seulement il 
est à remarquer que, la première 
fois que cette proposition s'est pré- 
sentée sous sa plume, il a été tenté 
d'écrire en avant; il y a eu même 
de sa part un commencement d'exé- 
cution; mais, s'apercevant sans 
doute que l'original qu'il copiait 
portait in, il a transformé en i son e 
inachevé en le traversant d'un trait 
vertical, ainsi qu'on peut le voir 
dans le fa^ simile. 

Inimi, S'*' Eulal. v. 3. Ennemi; 
de inimicus. 

Int, adv. Serm. u. En, item, 
L. de Guill. §§ iv, l. En, de inde. 
On écrivait souvent ent au xii? siècle. 
(Voir t. III, p. 302.) 
lo. (Voir £o.) 

Isi, adv. L. de Guill. § vr. Ainsi, 
de in sic. 
Ço respunt Guenes: issi seit cum vos plaisi 

[Cfiant. de Rot., xlv, » I, ) 



Issi, adv. L. de Guill. §xxv. la, 
ibid. §§ XLi, XLU. Ici. (Pour l'ori- 
gine latine de cet adverbe, voir t. III^ 
p. 306. 

IsT, adj. démonsl. masc. sing. 
Serm. i. Ce, cet; de iste. (Voir 1. 111, 
p. 185-190.) 

Ja, adv. L. de Guill. § vi. Déjà; 
de jam. 

Jethed, 3« pers. sing. .prés, de 
l'ind. L. de Guill. § xxxviii. Jettai, 
I"'® pers. sing. passé défini, ibid. 
Getterent, 3® pers. plur. passé dé- 
fini, S'* Eulal., v. 1 9. Du verbe je- 
ter; dérivé àù jactare, fréquentatif 
de jacere. 

Jo. (Voir Eo.) 

José, L. de Guill. § vu. Chose. 
(Voir Cosa.) 

Jugement, L. de Guill. §§ xv, xxv. 
Jugement, loi, législation, droit. En 
basse latinité judicium avait les 
mêmes acceptions. (Voir celui-ci 
dans le glossaire de du Cange.) Ju- 
gement est formé du verbe juger , 
dérivé de judicare. Dans le § xxv 
des Lois de Guillaume le jugement 
de Engleterre signifie la législation 
d'Angleterre, le droit anglais, comme 
dans les vers suivants le jugement 
de Rome signifie la législation dé 
Rome, le droit romain : 

Morir doit à tel dehonor 
Qui traist son loial signor, 
Selonc le jugement de Rome. 

(Dolopolhohp. 31.) 

Juger, prés, de l'inf. L. de Guill. 
§ xv; JucENT, 3^ pers. plur. prés, de 
l'ind. ibid. §xli; Jugied, part, passé 
pass.mase. sing. ibid. §xxv; Jugée, 
part, passé pass. fém. sing. ibid. 
§ xxxv. De judicare. 

JuiSE, L. de Guill. §§ xvi, xvir. 



GHAP. I, ÉLÉMENT LATIN. SECT. V. 



loi 



Jugement de Dieu, épreuve à la- 
quelle on soumettait l'accusé, et qui 
avait lieu au moyen du duel, de 
l'eau, du fer rouge, etc. En basse 
latinité juisium, dérivé de judicium. 

Est-il voir de ce qu'il dient de toi, que tu 
l'aies enci ocis sur ton corps défendant ? 
Et celuy respond bien : « Voirs est-il enci 
comme il dient, et encore le dis-ge ; et 
de ce en trais-je Dieu a garant. » La rai- 
son juge et coumande ensl » juger que , 
puisqu'il en traist Dieu a garant, qu'il en 
doit porter le juise; et se il est sauf dou 
juise, si det estre quite, par dreit, de celuy 
murtre, sans mais respondre nient a nuluy 
qui de ce le voisist appeller. Mais c'il n'en 
est quite dou juise, la raison juge qu'il doit 
estre tantost pendus, sans nul délai. Quia 
homo in examine divini judicii positus aut 
liberaluT aut condcmnalur nutu Dei. {Ass, 
de Jérusalem, t. II, p. 217.) 

Dans le voyage de Charlemagne à 
Jérusalem, la reine sa femme laisse 
échapper quelques paroles inconsi- 
dérées, dont elle ne tarde pas à se 
repentir; et, pour prouver qu'elle 
n'a point eu l'intention d'offenser 
l'empereur, elle propose de s'en re- 
mettre au jugement de Dieu en se 
précipitant de la plus haute tour de 
Paris. 

Je m'escundirai jà, se vus le cumandez, 
A jurer serement u juise a porter : 
De la plus haulte tur de Paris la citez 
Me lerrai cuntreval par créance dévaler. 
Que pur vostre hunte ne fud dit ne pensed. 

( Yoy. de Charlem. à Jér., t. 34.) 

Voyez un autre exemple dans Do- 
lopathos, p. 158. Le jugement der- 
nier est appelé le Deu juise dans la 
Chanson de Roland, st. cxxix et le 
jor du juyse , dans Rutebeuf, t. I, 
p. 96. 

Juise à treis duhles, L. de Guill. 
§ xvn. Épreuve du jugement de 



Dieu trois fois plus forte que celle 
à laquelle on soumettait ordinaire- 
ment l'accusé. Si, par exemple, l'é- 
preuve simple consistait à porter un 
fer rouge pesant une livre, l'accusé 
soumis au triple juise devait en por- 
ter un pesant trois livres. (Voir, à 
cet égard, le glossaire de du Gange, 
art. Lada.) 

Jurât, 3® pers. sing. prés, de l'ind. 
Serm. ii; Jurra, 3^ pers. sing. du 
futur; L. de Guill. § xvi. Du verbe 
jurer, dérivé de jurare. 

Karlo jurât, voir ci-après l'article 
Servir. 

JuRN, L. de Guill. § xui; Jur, 
ibid. § iv; Jours, pluriel, ibid. § iv. 
Jour, journée; dérivé de l'adjectif 
diurnum , sous - entendu tempus , 
comme hiver, matin ont été fait do 
hibemum, matutinum (tempus). 
(Pour le changement de d enj, voir 
t. II, p. 97.) 

Justice, L. de Guill. §§ ii, iv, etc. 
De justiàa. 

Kar, conj. L. de Guill. §§ xxv, 
xxvii. Car, àequare. (Voir t. III, 
p. 389.) 

La, Lo, Li, Lui, Lu, Les, art. 
(Voir Le.) 

La, pron. (Voir II, pron.) 

Laist. (Voir Leist.) 

Laist, Lait. (Voir Lazsier.) 

La, adv. L. de Guill. § xxv. (Pour 
l'origine latine, voir t. III, p. 295.) 

Larecin, L. de Guill. §§ iv, xxxi, etc. 
Larcin; de latrocinium. 

Laroun, L. de Guill. §§ iv, xxxi. 
Larun, ibid. §§ iv, v. Larron; de 
latro, latronis. 

Launces, L. de Guill. § xxii. 
Lance. (Voir celui-ci parmi les mots' 
d'origine celtique, ch. u, sect. u.) 



158 



PREMIÈRE PARTIE. 



Lazsier^ prés, (le l'inf. S"-' Eulal. 
V. 24; Laist, 3« pers. sing. prés, de 
l'ind. ibid. v. 28 ; Leit, item, L. de 
Guill: § XLVin; LmY, 3^ pers. sing. du 
près, du subj. iUd. §xlvii. Laisser; 
de laxare, lâcher, relâcher, laisser 
aller. 

Le, art. masc. sing. L. de Guill. 
§§ ut, IV, V, et passim ; Li, item, 
S'« Eulal. V. 21 ; L. de Guill. §§xxv, 
XLV ; Lui, item, ibid. § xvii ; Lo, 
item, S'e Eulal. v. 40, 14, 15, etc. 
Lu, L. de Guill, §§ ii, xxv ; La, art. 
fém. sing. S'" Eulal. v. 10, 23; L. 
de Guill. §§ 1, Ti, IV, v, et passim ; 
LE,item, ibid. §§ m, xxxii, xlv; Li, 
art. plur. S'" Eulal. v. 3 ; L. de 
Guill. § XLV ; Les, S'« Eulal, v. 5 ; 
L. de Guill. §§ i, m, iv, et passim ; 
Dérivés de ille,iUa,illum,illi, illos. 
(Voir, pour plus de détails, le passage 
relatif à l'article, t. III, p. 95-1 01 .) 

Parmi ces différentes formes de 
l'article, on doit remarquer les sui- 
vantes : 

Lui. (Voir un exemple dans le 
Voyage de Charlemagne à Jérusa- 
lem, V. 778.) 

Lu. Exemples de cette forme dans 
la Chronique de Jord. Fantosme, p. 
587, st. cxLvi; dans le Voyage de 
Charlemagne à Jérusalem, v. 235. 

Le, art. fem. Exemples de l'em- 
ploi de cette forme : Marie de Fran- 
ce, t. I, p. 564; Roman de la Vio- 
lette, p. 76; Théâtre français au 
moyen âge, p. 124, 125 et passim; 
Fallût, Recherches, p, 39. 

Le, Lei , Les, pron. (Voir J/ ^ 
pron.) 

Leals, L. de Guill. § xvi. Pluriel 
de îeal, loyal, qui agit conformé- 
ment à la loi, à sa parole, à son en- 



gagement. De legalis, formé de lex, 
legis. 

Lealté, L. de Guill. § xvi. Loyau- 
té, substantif formé de l'adjectif 
leal. (Voir Leals.) 

Lei, L. de Guill. § xli; Leis, plu- 
riel, ibid. dans le titre. Loi, justice, 
droit; de lex. 

Plenerlei, serment que l'on pronon- 
çait en se servant d'une formule 
simple prescrite par la loi. (Voir ci- 
après l'article Plener.) 

Leist, 3« pers. sing. prés, de l'ind. 
L. de Guill. § xxiii. Laist, item, 
ibid.%xsx\\\. Il est permis, il est loi- 
sible ; de licet. 

Leit. (Voir Lazsier.) 

Lever, prés, de l'infin. L. de 
Guill. § xxv. Lever, enlever, de le- 
vare. 

Li, pron. (Voir II, pron.) 

Lige, L. de Guill. § xxiv. L'homme 
lige ou vassal lige était celui qui 
s'était obligé, par serment, d'aider 
et de servir son seigneur envers et 
contre tous. De son côté le seigneur 
jurait de protéger et de défendre 
son vassal contre quiconque entre- 
prendrait de l'attaquer ou de le mo- 
lester, et il était appelé seigneur 
lige, comme ce passage des lois 
de Guillaume nous en fournit un 
exemple. 

Lige vient de ligius adjectif de 
basse latinité, qui avait la même si- 
gnification. Il est probable que le g 
de ligius fut d'abord prononcé dure- 
ment (^itms). Ce mot est formé de 
ligare, dont on fit égalementle subs- 
tantif liga . Celui-ci nous a donné 
ligue, traité par lequel deux ou plu- 
sieurs personnes se lient entre elles 
pour arriver à un but qu'elles se 



CHAP. I, ÉLÉMENT LATIN. SECT. V 



proposent en commun. Le seigueur 
et le vassal liges étaient liés l'un 
envers l'autre par la foi qu'il s'é- 
taient mutuellement jurée. 

Esse tenebatur liomo ligius atque fidelis, 
El tanqnara domino jurande jure ligarl, 

{Ga'iW. le Bntoa, Philippide. Ht. II.) 

Ipsis nnllius fondi ratione ligatus. 

(Uid., Ut. m.; 

L'idée exprimée en latin par Guil- 
laume le Breton est également ren- 
due en français par Guillaume 
Guiart : 

Puis après envolèrent querre 

Le fllz au roi cil d'Engleterre.... 

Qui en celui reaume furent, 

A seigneur lige le reçurent ; 

Par leur foiz a lui se lacierent. 

{Branche des royaux lignages, t. I, p. 314.) 

Du verbe ligare on forma égale- 
ment UGANTiA^ LiGENTiA, en français 
ligance, ligence ; comme de movere 
on fit MOVENTiA^ mouvence , autre 
terme de droit féodal. 

S'il vaint, il aura la ligance 
De tôt le roiaume de France. 

{PartOHOpeus de Bloii, T. 2811.) 

Voyez Guy-Pape, décis. 309; Ni- 
colas Upton, De militan offlcio , 
chap. xviii, et le glossaire de du 
Gange, art. Ligius, ligantia, liga. 

Livre, L. de Guill. § iv,viu; Live- 
RE, ibid. §§ m, iv. Livre, unité moné- 
taire ; de libra, unité de poids chez 
les Romains. Pendant le moyen âge 
, on régla l'unité de monnaie sur l'u- 
nité de poids, de façon qu'un cer- 
tain nombre de sous pesant une li- 
vre formaient la monnaie du compte, 
que l'on appela également livre. 

LouR, adj. poss. de la 3^ pers. 
plur. L. de Guill. § xxxvm; Lur, 
itenij ibid. Lor, itenij, ibid. Leur; de 
illùmm. (Voir t. ÏU, p. 181-184.) 



159 

LouR, pron, pers^ de la 3« pers. 
du plur. L. de Guill. § xxxii. Leurj 
deillorum. (Voir t. III, p. 161.) 

Lui, pron. (Voir II, pron.) 

LuiN, adv. L. de Guill. § xlii. 
Loin," de longe. 

LuNC, L. de Guill. § xiii. Long; 
de longus. 

Maent, 3«pers. sing.prés. dcl'ind. 
S'« Eulal. V. 6. Meinent, 3« pers. 
plur. prés, de l'ind. L. de Guill. § 
XIII. Maindra, 3*= pers. sing. fut. 
ibid.^ m. Du verbe niaemr,mai7ier.. 
meiner, demeurer, de manere. 

Maille, L. de Guill. § iv. An- 
cienne petite monnaie qui valait or- 
dinairement un demi -denier. La 
maille était de forme quadrangu- 
laire, et ressemblait assez à une 
maille de filet, en latin macula; de 
là le nom qui fut donné à cette es- 
pèce de monnaie, selon l'opinion de 
Clérac, de Ménage, de Borel et du 
P. Labbe. 

Main, L. de Guill. §§ i, iv; Mein, 
ibid. § xiii. Mains, pluriel, i6id.§ IV. 
Main, de manus. 

Lorsque la justice déférait le ser- 
ment à un accusé pour quelque cas 
grave, il n'était point admis à jurer 
seul, ce qu'on appelait jurer avec sa 
seule main ; mais il fallait que un 
ou plusieurs hommes vinssent con- 
firmer son serment par un autre ser- 
ment. Ceux-ci juraient tous ensem- 
ble qu'ils étaient convaincus que 
l'accusé était digne de foi et que, 
par conséquent, son témoignage de- 
vait être conforme à la vérité. C'est 
ce qu'on appelait jurer avec sa main 
et une autre main; jurer avec sa 
main troisième, quatrième, cinquiè- 
me, sixième, etc. (Voir les lois de 



160 



Guillaume, §§ iv, xvi, xvii, l; la loi 
des Alemanni, ch. vi; la loi des 
Lombards, liv. II, tit. LV, § ix; les 
lois de Henri I«r, roi d'Angleterre, 
ch. Lxiv, Lxvi, Lxvii; et le glossaire 
de du Gange , articles Juramentum 
et Adramire.) 

Maisoun, L. de Guill. § xxxvii. 
Maison; de mansio, mansionis. 

Mals, S'' Eulal. V. 5. Pluriel de 
mal mauvais, méchant; de malus. 

Manatce, S'« Eulal. v. 8. Menace. 
(Voir des exemples de manace dans 
le Roman de Rou, v. 9306; dans le 
Livre des Rois, p. 290, et dans la 
Ghronique des ducs de Normandie, 
t. I, p. 200; t. III, p. 231 et 277.) 
Ce mot dérive de minatiœ, que l'on 
trouve employé pour wimo? dans plu- 
sieurs passages de Plante, et, entre 
autres, dans Miles gloriosus, act. IV, 
se. II, V. 2. Gicéron s'est servi de 
minatio pour menace, action de me- 
nacer. 

Mande, 3« pers. sing. impér. L. 
de Guill. § xLv. Du verbe mander, 
donner ordre, donner avis, sommer 
quelqu'un de faire quelque chose, de 
mandare. 

Marc, L. de Guill. §xviii; Mars, 
pluriel; ibid. §xxvi. Marc, monnaie 
de compte. Le marc n'était primiti- 
vement qu'un poids de la valeur 
d'une demi-livre; comme on s'en 
servait pour peser l'or et l'argent, 
marc fut employé pour désigner une 
certaine somme égale d'abord à la 
valeur d'une demi-livre de métal- 
mais, dans la suite, la valeur nomi- 
nale du marc, devenu monnaie de 
compte, varia selon les temps et se- 
lon les pays. (Voir ci-dessus l'ar- 



PREMIÈRE PARTIE. 



ticle Livre, ainsi que le glossaire 
de du Gange, article Marca.) 

(Pour l'étymologie, voir Marc, 
poids, parmi les mots d'origine ger- 
manique, ch. III, sect. II.) 

Marchied, L. de Guill. § xxv. 
Marché; de mercatus, place où l'on 
vend, marché. 

Me, pron. pers. de la 3« pers. 
sing. Serm. i; Mi, item, ibid. Me, 
moi, servant de complément indi- 
rect. Me, pour le datif mihi, était 
déjà usité chez les Latins. « Si quid 
me fuerit humanius. -•> (Ennius, 
liv. II.) « Quid fiât me nescio. » 
(Plante, Miles glor. act. II, se. m.) 
On peut voir encore plusieurs autres 
exemples dans cet auteur, entre au- 
tres Merc. act. II, se. ii; Capt. 
act. III, se. iv; Aul. act, IV. se. vi; 
Cure. act. III, se. i. 

Meillur, adj. au comparât. L. de 
Guill. § XXIX. Meilleur; de melior. 

Meis, L. de Guill. §§ iv, xliv. Mois ; 
de mensis. 

Melz, adv. S'" Eulal. v. 1 6. Mieux, 
plutôt; de melius. 

Melz voeill mûrir que huntage me venget. 

{CImns. de Roland, «t. Lxxiiv.) 

Membre, L. de Guill. § i. De 
membmm. Dans ce paragraphe des 
Lois de Guillaume, ainsi que dans 
les citations suivantes, le raoimembre 
a trait à la mutilation, c'est-à-dire 
au supplice par lequel on coupait au 
condamné un ou plusieurs membres. 

Se il avenoit ke personne seculers mef- 
fesit meffait ou il afferist paine de mon ou 
de menbre, li couviers de le court devant 
dite le delivreroit , fuers de la court vint 
pies, au conte ou à siergans pour faire jus- 
tice. (Cartulaires de Hainaut, publiés par 
M. de Reiffenberg, p. 420.) 



CHAP. I, ÉLÉiMENT LATIN. SEGT. V. 



161 



De tous cas de mordre, de rath et Je 
arsin, et de tous autres cas desquels exé- 
cutions de mort ou de membre perdre se 
doit ensivre.... (/iîi., p. 408.) 

Menestier, S" Eulal. v. 4 0. Ser- 
vice; Beo menesf ter, service de Dieu, 
De rninisterium , qui se disait de 
tout travail fait pour servir ou aider 
quelqu'un, office, emploi, service. 
Au XII* et au xm^ siècle. Dm mestier 
s'employait pour désigner le service 
divin, la messe . 

Puis sont aie aj. moustier 
Si oïrent le Diu mestier. 

(Roman de la YiuletU, p. 86, «. 1730.) 

Meos, adj. possess. Serm. ii; 
Meon, iterrij, Serm. i. Mon. Le pre- 
mier est dérivé du nominatif meus, 
et le second de l'accusatif meum. 
(Voir t. TU, p. 173-176.) 

Merchenelae, mot anglo-saxon. 
(Voir les Lois de Guillaume, p. 97, 
1 1 et note 2.) 

Mercit, S'® Eulal. v. 27; Mercie, 
L. de Guill. § xu. De merceSj mer- 
cedis, prix. Le paragraphe des Lois 
de Guillaume que je viens de men- 
tionner porte : « Qui droit jugement 
refuserad, seit en la mercie de sa 
laxlite. » Ce passage nous met sur 
la voie pour découvrir l'origine des 
expressions être à la merci du vain- 
queur , avoir merci du vaincu. Pour 
les conquérants germaniques, être 
à la merci du vainqueur signifiait 
en être réduit à subir la loi du vain- 
queur qui, pour prix du rachat, im- 
posait à son ennemi le payement du 
wergeld ou were, ainsi qu'on lit 
dans les Lois de Guillaume. Avoir 
merci du vaincu, c'était recevoir du 
vaincu le prix de son rachat. Dans 



les siècles suivants, nous retrouvons 
encore des traces de l'origine de ces 
expressions dans le nom des reli- 
gieux qui se consacraient au rachat 
des captifs, et que l'on appelait frères ■ 
de la Merci. 

Mère, L. de Guill. § i. Mère; de 
mater. 

Merra, 3" pers. sing. fut. L. de 
Guill. § IV. Forme syncopée pour 
mènera, du verbe mener, dérivé de 
minare, que les Latins ont employé 
dans la même signification : « Nos 
duos asinos minantes, baculis exi- 
gunt.» {Apulée, Métamorph. liv. IIL) 
Ce verbe se trouve avec la même 
signification dans Ausone et dans 
Paul Diacre, abréviateur de Festus. 
(Voir Ménage, article Mener.) 

Mes, adv. L. de Guill. §xi. Moins; 
de minus. 

Mes, adv. L. de Guill. § xlv. Mes, 
joint à la négation ne, équivaut à 
ne. . . jamais ; il vient de magis. 
(Voir Jamais, t. III, p. 308.) 

Mes, adv. L. de Guill.- § vi. Dans 
cet endroit, mes que signifie bien 
que, encore que, quand même; 
quelquefois le que est sous-entendu, 
comme dans les vers suivants : 

Dune dist Henris : De cest trésor 
Mais 11 denier en fussent d'or, 
Cum le dei-je aveir ne prendre. 
Si je n'en ai o(i jeu despende, 

i^Chron. de» ducs de Norm., t. III, p. 386.) 

En provençal on dit encore mai 
que dans le même sens, et les mots 
mes qu'il i oui cent almaille seraient 
rendus par mai que l'i agessé cent 
grosses bestis. Cet adverbe, en pro- 
vençal comme en ancien français, 
est dérivé de magis. Mes que était 
une expression elliptique équiva- 



r 



11 



462 



PREMIÈRE PARTIE. 



lent à supposa de plus que, ou 
autre semblable. 

Mesfeist, 3^ pers. sing. passé déf. 
L. de Guill. § n. Du verbe mesfaire, 
faire du mal, faire du tort, méfaire ; 
composé du latin facere et du pré- 
fixe mes, dérivé de la langue des 
Francs, ainsi qu'on peut le voir 
dans la liste des mots d'origine 
germanique, ch. m, sect. n. (Voyez 
un exemple de mefaire ci-dessus, 
art. Membre.) 

Mesmes, adj. indéf. plur, L. de 
Guill. dans le titre; Meimes, item, 
ibid. § xxvii. Mêmes. (Pour l'ori- 
gine latine de cet adjectif, voir 
t. III, p. 144.) 

Metted, L. de Guill. § xxxi. Meité, 
ibid. § XIII. Moitié; de medietas. 

Mettrad, 3« pers. sing. du futur; 
L. de Guill. §§ xii et xxv; Mist, 
3® pers. sing. passé déf. ibid. § i ; 
Metted, 3= pers. sing. prés, du sub- 
jonctif, ibid. § xxviii; Mis, part, 
passé passif, ibid. § m. Du verbe 
mettre, dérivé de mittere, que l'on 
trouve avec une signification ana- 
logue dans quelques auteurs des 
derniers siècles de la latinité. Lac- 
tance se sert de mittere dans le sens 
de poser, synonyme de mettre : 
« Per omnes provincias et civitates 
jEcclesiae fundamenta miserunt. » 
(De mortibus perseeutor. II.) Le 
même auteur se sert du verbe po- 
nere dans une autre phrase toute 
semblable : « Discipuli vero per 
provincias dispersi fundamenta JEc- 
clesiae ubique posuerunt. » {Instit. 
liv. IV, ch. XX.) César et Ovide ont 
employé mittere sub pour mettre 
sous, soumettre. 
Mie, subst. formant avec ne une 



locution adverbiale négative. L. de 
Guill. § xxv. Dérivé de mica. (Pour 
l'origine de cette locution et d'autres 
semblables, voir t. III, p. 340- 
342.) 

Mort, subst. S" Eulal. v. 28. 
L. de Guill. § xxiv. Dérivé de mors, 
mortis. 

Mort, 3* pers. sing. prés, de 
l'ind. L. de Guill. § xxxv. Du verbe 
morir, mourir; dérivé de mori, au- 
quel on a ajouté un r final pour ren- 
dre la terminaison analogue à celle 
de tous les verbes de notre seconde 
conjugaison. (Voir ci-après Persuir.) 
Mort, adj. masc. L. de Guill. 
§ xxv. De mortuus. 

Morte, part, passé fém. sing. 
S" Eulal. V. 18. De mortua. 

Dans ce passage de la cantilène, 
mourir est un verbe pronominal : 
s' furet morte est pour se furet 
morte. Plusieurs verbes neutres 
devinrent pronominaux dans notre 
langue; on disait se dormir {Livre 
des Rois, p. 34), se douloir, se ror 
mentevoir, se penser, se cuider, etc. 
Nous disons encore se taire, se la- 
m£iiter, se douter, se rire, s'en aller, 
s'en venir, s'enfuir, etc. Ce même 
verbe mourir a conservé sa forme 
pronominale dans une acception 
particulière : nous disons se mourir 
pour être sur le point de mourir. 
Chacun connaît ces paroles de l'o- 
raison funèbre de la duchesse d'Or- 
léans : « Madame se meurt. Madame 
est morte. » Ce verbe est également 
employé pronominalement en langue 
d'oc et en espagnol. (Voyez t. III, 
p. 490.) 

Qaandios visquet ciel reis Lotbier 
Bien tiouorez fut sancz Lethgicrs. 



CHAP. I, ÉLÉMEiNT LATIN. SECT. V. 



Il se fut mors; damz I fud graiiz, 
Cio controverent baron franc. 

( Vie de saint Léger, atropbo ix.) 

MuLTE, L. de Guill. § xix. Amen- 
de; de multa. 

MuRDRE, L. de Guill. § XXVI. Meur- 
tre. (Voir celui-ci parmi les mots d'o- 
rigine germanique, ch. m, sect. ii.) 

MuSTER, L. de Guill. §§xvn et xxvi. 
Ce mot signifia d'abord un monas- 
tère, puis une église. Les grands 
monastères avaient une église ou- 
verte à tous les fidèles, et ceux-ci, 
donnant à la partie le nom du tout, 
appelèrent moustier l'endroit du 
moustier où ils avaient l'habitude 
d'aller remplir leurs devoirs reli- 
gieux. Ce mot est dérivé de monaste- 
rium, qui vient lui-même du grec 
|jiovaffT:^pt&v, solitude, formé de \lo- 
vadxf,; solitaire, dérivé de (jovdÇw, 
vivre seul, racine [aovo;, seul, qui a 
également donné (jiovaxô;, solitaire, 
moine, monachus. 

MusTRED, part, passé passif, L. de 
Guill. § vu; MusTRENT, 3« pers. plur. 
prés, de l'ind. ibid. § xlv. Du verbe 
mustrerj montrer; de monstrare. 

'N pour on. (Voir l'article Si, adv.) 

'N pour en, L. de Guill. §§ vi et 
XLix. (Voir un exemple ci-après à 
l'article Oram et une observation 
art. Ne. Pour l'origine, voir En, ci- 
dessus.) 

Car mult i a de el a parler ; 
' Mais qui *re voidra saveir la fln , 
Si lise Pline u Augustin. 

(C/iron. dei duci de Nom., t. 1, p. 9.) 

Cette aphérèse de en est plus com- 
mune dans la langue d'oc que dans 
la langue d'oïl. (Voir M. Raynouard, 
Grammaire romane, p. 133.) Ces 
mots du paragraphe vi, tant 'n i ait. 



463 

mes qu'il i ont cent almaille, seraient 
rendus en provençal tant que 'n i 
agué, mai que l'i agesse cent grosses 
bestis. 

La même tournure de phrase se 
retrouve dans le Livre des métiers : 

Ilom de dehors Paris qui vient a Paris 
porter harenc, si doivent du harenc a col 
j. harenc ;■« tant n'en i ara; mais de mains 
d'un cent ne doit noiant. [^Livre des mé- 
tiers., p. 286.) 

Naïf^ L. de Guill. § xxxtii. Natif; 
de nativus. On appela serf naïf ou 
bien serf natif celui qui était né 
serf, qui était attaché à la glèbe pour 
le distinguer de celui qui avait perdu 
sa liberté ou qui l'avait aliénée vo- 
lontairement. (Voir, à cet égard, les 
Lois anglo-normandes de Houard, 
t. II, p. 93.) 

Si pensa ke muez li venoit.... 
Soufrir honte en autre paîs 
Q'en celui dont il iert naïs. 

(DolofM'hut, p. 170.) 

I. moult riche home ot el pals, 
Etcilestoit ces (ses) serf nais. 

(Ibid., p. S49.) 

Nam, L. de Guill. § xlii. Gage 
déposé par le débiteur dans une cour 
de justice ou bien entre les mains 
d'un tiers. (Voir Nam parmi les mots 
d'origine germanique, ch. m, sect. ii.) 

Ne, adv. nég. Serm. n; S'* Eulal. 
V. 5 et 7; L. de Guill. § iv et <pas- 
sim; Ned, S'* Eulal. v. 7; Nen, L. 
de Guill. §§ m , XLiii et xlv. Dérivé 
de nec. 

Dans les §§ xliu et xlvii des Lois 
de Guillaume, ne est est explétif de 
l'adjectif nul. (Voir, à cet égard, 
t. III, p. 145, note.) 

On doit remarquer les formes ned 
et nen employées devant un mot qui 
commence par une voyelle; c'est ne 



464 



PKEMIÈKE PAUTIE. 



auquel on a ajouté un d ou un « 
euphonique. Je ne connais pas d'au- 
tre exemple du premier, mais on 
peut en citer beaucoup du second : 

Il nen ad joie en cest mund, 
Qui nen ot le laustic chanter. 

(Marie de France, t. 1, p. 3iO.) 

Karles l'entant, ne dist nen o ne non- 

(Geran de Viane, r. 1596.) 

Nerij dans les manuscrits, est sou- 
vent pour ne en, et l'on doit alors le 
représenter par ne 'n, ainsi que le 
font les éditeurs des textes romans. 
Mais il leur arrive généralement de 
se servir de cette môme notation 
lorsque nen est pour ne avec un n 
euphonique. C'est avoir mal inter- 
prété le texte. Je trouve mon obser- 
vation confirmée par Falot, p. 533, 
art. En pour ne. 

On ajoutait de même un n eupho- 
nique à si et à aussi, pour en faire 
sin, aussin. (Voir, plus loin, l'ar- 
ticle Si, adverbe.) 

Nef, L. de Guill. § xxxvin. Na- 
vire; de Navis. 

Nen. Voir Ne. 

Nez, part, passé passif, L. de Guill. 
§ xiii. Né; de natus. 

Swittc ceo que il est nez, selon la 
condition dont il est d'après sa nais- 
sance. 

Nom, S" Eulal. v. U; Noun, L. 
de Guill. § XVI. De nomen. 

NoMER, prés, de l'inf. L. de Guill. 
§ XXV ; NoMERAD, 3® pcrs. sing. fut. 
ibid. § xxv; Nomed, part, passé pas- 
sif sing. ibid. § xvi; Només, part, 
passé passif plur. ibid. §§ xvi et xvii. 
De nominare, 

Homes només. Si le serment était 
déféré à une personne pour quelque 
cas grave, il fallait que un ou plusieurs 



hommes vinssent confirmer son ser- 
ment par un autre serment. Tantôt 
ces hommes devaient être choisis 
par celui auquel le serment était dé- 
féré, et alors ils étaient appelés ho- 
mines advocati; tantôt ils devaient 
être désignés par la partie adverse, 
et dans ce cas ils étaient appelés ho- 
mines nominati. Ce sont les homes 
només mentionnés dans les paragra- 
phes XVI et XVII des Lois de Guil- 
laume. 

Et cum XII sacramenlalibus juret, cum 
V nominatis et vu advocatis. (Lex Alaraan- 
norum, tit, LUI.) 

Cum XII nominatis juret et aliis tantis 
advocatis, {Ibid. tit. XXIV.) 

Cum XXIV sacramentalibus nominatis ju- 
ret in altari. (Lex Bajwariorum , tit. VI, 
§ n.) 

On appelait de même terme nomé 
un terme désigné, une époque dé- 
terminée d'avance : 

Se uu home prent une maison en guage 
d'un autre liome on d'une feme por xx. be- 
sans ou por c. besans ou por m. besans , 
jusque à un terme noumé^ par devant la 

cort et puis, quant vient an terme, il 

ne le veut paier {Ass. de Jérusalem, 

t. H, p. 37.) 

Il était ordinairement nécessaire 
de présenter un plus grand nombre 
d'hommes qu'il ne devrait en être 
admis à jurer, parce que la partie 
adverse avait le droit d'en récuser 
plusieurs. Dans une charte de 
Waldemar, roi de Danemarck, de 
4163, rapportée par Resenius dans 
Jusaulimm Canuti II régis, p. 642, 
on lit : « De homicidio autem istud 
statuimus^ ut reus in generali pla- 
cito trahatur in causam, et in se- 
cundo placito actor nominet xv de 
provincia rei, de quibus illi conce- 



CHAP. I, ÉLÉMENT LATIN. SECT. V. 



165 



dihius très excipere . » Dans ce cas, 
l'accusateur devait en nommer 
quinze, sur lesquels l'accusé pouvait 
en récuser trois, ce qui réduisait le 
nombre à douze. Le chapitre lxvi 
des lois de Henri I", roi d'Angle- 
terre, porte : « Vel ita se allegiet : 
nominentur ei xiv et acquirat ex eis 
undecim, » c'est-à-dire que l'accu- 
sateur en nommait quatorze , parmi 
lesquels l'accusé en choisissait onze . 
Dans les paragraphes xvi et xvii des 
Lois de Guillaume, c'est l'accusé 
qui doit présenter quatorze hommes, 
parmi lesquels onze seulement 
doivent être admis à jurer avec lui, 
qui fait le douzième : « s'en escon- 
dirad sei dudzime main. » Sans 
doute c'était l'accusateur qui, dans 
ce cas, avait le droit de récuser 
trois hommes sur les quatorze pré- 
sentés par l'accusé. 

(Voir plus haut l'article Main, et 
dans le glossaire de du Gange l'arti- 
cle Juramentum.) 

Serment nomed. (Voir ci-après 
l'article Sagrament .) 

NoN,adv.nég.Serm. ii; S'^Eulal. 
V. 9, 10, 20, etc. NuN, Serm. ii; 

NouN, L. de Guill. | xvi, etc. No, 

S'« Eulal. V. 20 et 21. Du latin 

non. 
NoNQUE. (Voir Nunquam.) 
Nos, pron. pers. de la Impers. 

plur. Ste Eulal. v. 26 et 28 ; Nous, 

item, L. de Guill. § xli ; Nus, ibid. 

S XLiv. Nous; du latin nos. 

NosTRo, Serm. i. Notre; de 

noster. 

Nuis, L. de Guill. § xlvi. Nuit; de 

nox, noctis. 

Nuls, adj. indéf. masc. sing. L. 

de Guill. § xxxiii ; Nul, item. , ibid. 



§§ XXXIV et XLV, NuLui; item, ibid. 
§ xxxiv; NuLLA, adj. indéf. fém. 
sing. Serm. ii.Nul, nulle; de nullus, 
nulla. 

Dans les paragraphes xxxiv et 
XLV, nul n'est pas employé dans un 
sens négatif, mais, au contraire, il 
l'est dans un sens positif, et signifie 
quelque, quelqu'un. (Voir t. III, 
p. 1 45, note.) Saint Bernard fait un 
fréquent usage de nul dans le môme 
sens. 

Et qui seroit nuls ki osast dire k'ele por 
ceste imperfection ne duist venir a salve- 
teil ? {Choix de serm. p. 544.) 

Nunquam, adv. Serm. i; Nonque, 
S" Eulal. v. 13. Jamais, accompa- 
gné d'une négation; de nunquam. 
M. Hoffmann de Fallersleben n'au- 
rait pas dû lire nonqi dans la 
Cantilène de sainte S'« Eulalie ; le 
q est suivi d'un signe d'abréviation, 
et non pas d'un i. 

NuRTURE, L. de Guill. § xxv. 
Nourriture; substantif formé du 
verbe nourrir , dérivé de nutrire. 

0, adj. dém. sing. Serm. i, 
S'* Eulal. V. 11, 18 et 20. Ce, cela; 
dérivé de hoc : 

Si vent a etau, sel deners l'an. {Coût, 
de Berry, éd. de la Thaumassière, p. 99.) 

S'il ofassct. {Ibid. p. 101.) 

Oant. (Voir Orat). 

OciRE, prés, de l'inf. L. de Guill. 
§ xxxvii; OcciT, part. pass. passif, 
ibid. § XXXVIII ; OcciT, Supers, sing. 
prés, de l'ind. L. de Guill. § viii; 
OcciST, item, ibid. § xxvi. Tuer; de 
occidere. 

Od. préîw L. de Guill. | xlvi. 
Avec. (Pour l'origine latine de cette 
préposition, voir t. lïï, p. 350.) 



466 



PREMIÈHE PARTIE. 



Oes, L. de Guille, § m. Ce mot 
signifiait œuvre, ouvrage, affaire; 
de opus. 

Se li cuers n'est bon par nature , 
Li cors, por nulle créature , 
Ne puet d'armes soffrir grand fès ; 
Car il n'est mis à tel oes fès. 

{Nouveau recueilde contes, t. I, p. 329.) 

La locution adverdiale à oes vient 
du latin ad opus, pour l'affaire de, 
pour le besoin de. En basse lati- 
nité, ad opus passa de cette signi- 
fication à la significatioli voisine 
pour le profit de, au profit de. Ou 
lit dans la loi des Lomb^irds : « De 
debito quod ad nosîrum opus fuerit 
wadiatum. » (Liv. I, tit. II, § xi.) 
« nie terliam partem ad ejm recipiat 
opus, duas vero ad palatium. » {Ibid. 
§ X.) ( Voyez deux autres exemples 
de ad opus employé de la mêïne 
manière, t, III, p. 477, note 2.) 

Ad oes, à oes em^ent le même sens 
en langue d'oïl : 

Vers Engletere passal-il la mer salse, 

Ad oes seint Père en cunquist le chevage. 

(Cliaiuoa de Roi, it. zxiii, v. 7.) 

Meillors vassals de vos unkes ne vi , 
Si lunguement tuz tcns m'avez servit, 
A oes Carlon si granz pais cunquist. 

( I>iid. st. cxxxTiii, T. 7.) 

Engleterre à son oez coveit 
K'il en fust rei, s'eslre poeit. 

{Rom. de Roii, t. II, p. 394.) 

On peut voir d'autres exemples 
de cette expression dîins le Livre des 
Rois, p. 2, 54, 55, 437 , et dans la 
Chronique des ducs de Normandie, 
t. I, p. 429, 494; t. III, p. 285, 
note, col. 1. 

La signification primitive de a oes 
{ad opus) se généralisa au point que 
cette locution en vint à représenter 



le rapport exprimé par notre prépo- 
sition pour : 

Fai a mun oes tut premièrement un tur- 
tellet de celé farine , si le me porte , e 
puis fras a tun oes e al oes tun fiz. {Livre 
des Rois, p. 311.) 

Mihi primum fae de ipsa farinula suhcine- 
ricinm panem parvulum, et a/fer ad me; tibi 
aulem el fdio luo faciès poslea. 

E l'um asist une chaere al oes la dame, 
a dextre del rei. {Ibid. p 229.) 

Posilusqne est thronus malri régis, quœ 
sedit ad dexteram ejus. 

Un ancien grammairien prescrit 
d'écrire œps au lieu de oes, afin de 
se rapprocher davantage du latin 
opus. « Item pro majori parte scri- 
betis gallicum secundum quod scri- 
bitur in latinis , ut computum , 
compte; septem, sept; pilebenda, 
prebendre (sic); opus, œps, etc. 
(Extrait du manuscrit 488 du col- 
lège de la Madeleine d'Oxford, repro- 
duit par M. Génin, dans son intro- 
duction à la grammaire de Palsgrave, 
p. 32, note, col. 2). 

On disait ops en langue d'oc : 
« Relener algun a sos ops. » (Fau- 
riel. Histoire de la poésie proven- 
çale, t. III, p, 305.) En italien MOf)o; 
en valaque op; en ancien espagnol 
huovos. 

Offre, 3* pcrs. sing. prés, de 
l'ind. L. de Guill. § xii. Du verbe 
offrir, dérivé de offerre. 

OïL, L. de Guill. § xxi. Œil; de 
oculus. 

0\i, adj. num. L. de Guill. §§ vi 
et xxvi ; UiT, item, ibid. § vi. Huit; 
de oc^o. 

Om, pron. indéf. Serm. i; Dm, 
item, L. de Guill. §§ ixetxu; Hom, 
item, ibid. § xii; Un, item, ibid. 
§§ XII et xLiii ; Hun, item, ibid. 



CHAP. I, ÉLÉiMENT LATIN. SECT. V. 



§ xLii. On, dérivé de homo. Ces 
mots sont de véritables substantifs; 
si je les désigne sous le nom de pro- 
noms indéfinis, ce n'est que pour 
me conformera l'usage reçu. Voir à 
cet égard t. III, p. 153, note 2. 

Omque, adv. S'* Eulal. v. 9. Ja- 
mais; de unquam. C'est à tort que 
M. Hoffmann de Fallersleben a lu 
omqi; il a pris pour un i le signe 
d'abréviation qui se trouve après 
le q. 

Le jor fui-ge molt non-sachaDt 
Que j'amai onques vostre bien. 

{Floin et Bluncefior, édit. du Méril, p. 140. ) 

Dolans suis kant je la vi onkes. 

(Uolopalhos, p. 373.) 

Dime (loner ne me vint onches à gré- 

(Ai/um, dratae, édit Luurche, p. 45.) 

Or, S" Eulal. v. 7 De aurum. 

Oram, l'f'pers. plur. prés, de l'ind. 
S'* Eulal. V. 26, Du verbe orer , 
prier, dérivé de orare: 

Cum ad oret, si se drecet en estant, 
Seignat sun chef de la vertut poisant. 

{Chana. rie Roland, tl. ccxxr, y. l.) 

Le pronom sujet nos est sous- 
entendu devant oram. Cette ellipse 
est assez fréquente avec les pre- 
mières personnes plurielles des ver- 
bes ; leurs terminaisons, plus carac- 
térisées que celles des autres per- 
sonnes, indiquaient suffisamment la 
forme : 

Or si te faimes asaveir. 

(Citron, det duct de Norm., 1. 1, p. 367.) 

Ne (rairion 'a un acort, 

Si 'n serrion destruil ei mort, 

N'ottnoM prince ne rhadel. 

{lùU.. t. I, p. 36S.) 

Orat, 3* pers. sing. fut. L. de 
Guill. § XLViii; Oant, part, prés. L. 
de Guill. § XXVI II, Du verbe oer, on, 



<67 

ouïr, entendre; dérivés du latin au- 
dire. 

Mais en la nuit sivant de celé meismes 
sépulture, omit le costoz, comenzat ses es- 
pirs a crieir : ge ard, ge ard. (Dial. de 
S. Grég. cité par M. Orell , Grommaiik , 
1"éilit., p. 178.) 

Sequenti autem nocte ex eadem sepuUuro, 
audienle custode, ejus spiritus cœpit cla- 
mare .- ardeo., ardeo. 

Orphanins, L. de Guill. § ix. Plu- 
riel de orphanin,, orphelin ; de or~ 
phanius pour orphanus, qui est lui- 
même dérivé du grec opçavàî. 

Os. (Voir 0.) 

Os, L. de Guill. § xii. De ossum. 

Otrei. (Voir Alter.) 

Ou, adv. L. de Guill. § xxviii. De 
ubi. 

OuD, OuT. (Voir Aveir, verbe.) 

OvESQUE, L. de Guill. § xxxi. Dans 
cet endroit, ovesque fait l'office d'ad- 
verbe; il signifie avec, préposition 
que nous employons aussi quelque- 
fois comme adverbe. (Voir t. III, p. 
351-361. 

Pagiens, S'« Eulal, v, 12 et 21. 
Pluriel de pagien, païen ; de paga- 
nus. 

Pais, L. de Guill. § xxx. Pays; 
àe'pagus. 

Pais, L. de Guill, §§ i, ni et xxx. 
Paix, tranquillité, sûreté; de pax. 

Pais a sainte Yglise, en basse la- 
tinité pax sanctœ Ecclesiœ. On en- 
tendait primitivement par ces mots 
la sûreté qu'offrait l'Église aux cou- 
pables qui venaient chercher un re- 
fuge au pied des autels; ensuite pax 
Ecclesiœ se prit pour l'immunité , le 
privilège accordé par les rois à l'É- 
glise de donner asile aux criminels 
poursuivis par la justice. 

La pais le rei, la paix du roi, était 



169 



PREMIÈRE PARTIE. 



proprement la siÀreté, la tranquillité 
qui résultaient de la protection exer- 
cée par l'autorité royale; ensuite on 
prit l'effet pour la cause, et la paix 
du roiint la protection du roi elle- 
même, la sauvegarde royale, les 
lois, les règlements qui maintenaient 
l'ordre et la tranquillité. Les An- 
glais disent encore aujourd'hui the 
king's peace , pour signifier l'ordre 
public. ( Voir du Gange, Fax régis, 
à la suite de l'article Fax.) 

Paisiisime, L. deGuill. § xli. Pays 
habité par les infidèles ; dérivé de 
paganus, païen. On désignait, au 
moyen âge, sous le nom de païens 
tous les peuples qui n'étaient pas 
chrétiens^ et particulièrement les 
musulmans. 

Se ilavient que un averou une bestesoii 
à aucun home emblée, et celui aver est 
porté, ou la beste menée en terre de Sara- 
zius la raison juge et coumande a ju- 
ger enci que celuy qui a perdue la besteou 
l'aveir n'i a puis nui dreit en l'aver, ne en 
la beste, puisque la chose & estée mené en 
paînime. (Ass. de Jérùs. t. II, p. 161.) 

Palefrei, L. deGuill. §xxiii; 
Palefreis, plur. ibid. § xxii. Pale- 
froi, cheval de main : 

II y a chevaux de plusieurs manières, a 
ce que li uns sont destrier grant pour le 
combat; li autre sont palefroi pour che- 
vaucher S l'aise de son cors; li autre sont 
roucis pour sommes porter. (Bruneto La- 
tini, Thesaur. I'» part. ch. clv.) 

Gnnz palefraiz, coranz destreiz, 
Ghasçurz bonz et bon somerz. 

(Vie de s. Thom. de Cimt. p. 466.1 

En basse latinité paraveredus^pa- 
rafredus, parefredus , palefredus. 
Chez les Romains, veredus était un 
cheval de poste, et Ton appelait ve- 
redarii les courriers, les estafettes 



qui se servaient de chevaux de poste. 
Les chevaux que l'on devait livrer 
aux premiers courriers qui allaient 
passer étaient toujours harnachés et 
prêts à partir, ainsi que le remarque 
un ancien glossaire latin cité par 
du Gange, à l'article Veredarii , qui 
fait suite à Veredi : 

Veredarii... qui festinanter in equis cur- 
runt , non descendunt de equo antequam 
libérant responsa sua ; habent in capite 
pinnas, ut inde intelligatur fe»tiaatio iti- 
neris ; dalur semper iis equus paratus, nec 
mandacant, nisi super equo, antequam per- 
fecerunt. 

D'où l'on peut conclure que para- 
veredus n'est qu'une syncope de pa- 
ratus veredus. 

Paramenz, S'« Eulal. v. 7. Pluriel 
de parament , parure , ornement : 
substantif formé du verbe parer, qui 
dérive de parare, préparer, disposer, 
ajuster. Il est à remarquer qu'en 
français ajuster, ajustement ont éga- 
lement passé à la signification d'or- 
ner, orneinent. 

Parceners, L. de Guill. § xxxix. 
Pluriel àeparcener, participant, co- 
partageant. 

Ne nul de ce dont il est parsonier, ne 
serf ne peut porter garentie en la haute 
court. {Ass. de Jérusal. t. I, p. 114.) 
De ma perte estes parçonier 
Et del gaaing, quant je l'conquier. 

[liom. de Brut, t. II, p. 133.) 

Cil qui done est parçoner de la tricherie. 
{Livre de Jostice, p. 109.) 

Ele ne soit pas parçonière do péchié. 
[Ibid. p. 203.) 

Le peuple a retenu le féminin 
parçonière, qui se trouve dans la 
dernière de ces citations, et il s'en 
sert pour signifier celle qui parti- 
cipe au même sort, associée, corn- 



CHAP. I, ÉLÉMENT LATIN. SECT. V. 



<69 



pagne . Parçonier, parçoner, parce- 
ner a été formé de parçon, portion, 
dérivé du verbe partiri, partager. 

Mes chiers oncles doit avoir et tenir 

pour parçon de terre la ville de Dour- 

leis. (Cartulaires de Uainaut publiés par 
M. de Reiffenberg, p. 363.) 

Et s'avonsconquestezdes avoirs et desdons, 
Onques n'en fu de vous demandée parçons. 

{Chron. de du Guesclin. t. I, p. 381.) 

Parent, L. de G. § xlv ; Parens, 
plur. ibid. § ix. De parens, paren- 
tis. Les Latins ne se servirent d'a- 
bord de ce mot que pour désigner 
un parent en ligne directe, celui 
dont on tire son origine, père, mère, 
aïeul, bisaïeul, etc. ; mais, pendant 
le Bas-Empire, parens prit par ex- 
tension la signification plus géné- 
rale qu'a conservée le français pa- 
rent, l'italien parente et l'espagnol 
patiente. (Voir t. III, p. 212.) 

Paroisse, L.deGuill.§i. En basse 
latinité parœcia, parochia, dérivés 
du grec vrapotx'.a, demeure voisine, 
qui vient lui-même de r.apo'.xéw, 
être voisin, demeurer dans le voisi- 
nage. Les premiers chrétiens, pour 
soustraire aux yeux des païens la 
célébration des mystères de leur re- 
ligion , avaient coutume de tenir 
leurs assemblées ou églises dans des 
lieux écartés, voisins des villes qu'ils 
habitaient : 'H èxx/iricrta :?; Tcaçoixoûca 
£v S^ûpvr). (Eusèbe, IV, chap. xvii.) 
"Ev.xXYjfftcf Se 1^ TîapO'.y.ovav) FopTÛvav. 
{Id. liv. IV, ch. XXIII.) 'H 'Exx>r,cîa 
toù 0eoO :?i Tiapotxoùffa Ptôfiriv. (S.Clém . 
Ep. aux Corinth.) 

(Voir, pour plus de détails, le 
Glossarium med. grœcit. de du 
Gange, art. Tlapoixia.) 

Parole, L. de Guill. §xxvin. En 



italien et en provençal parola, en 
portugais palavra, en espagnol pa- 
labra; dérivés de parabola, para- 
bole, discours parabolique, qui, dans 
la basse latinité, se prit pour dis- 
cours en général et pour parole : 
« Assumpta parabola sua, respondit 
episcopus (Hesso scoliasticus) : Non 
dicam ïi\a.s parabolas quas vos dixe- 
ritis ad me, et mandaveritis mihi, 
ut celem cas. » (Charte rapportée 
dans l'Histoire des comtes de Bar- 
celone^ par Diego, liv. II, ch. L.)De 
parabola on forma parabolare, dis- 
courir^ dont nous fîmes d'abord pa- 
roler, et ensuite parler : « Ki de la 
naissance de Crist parolent. » (S. 
Bern. p. 548.) 
Pargrant sa.\e\T parolet li uns al altre. 

{Chans. de Roland, U. XXTU.) 

Parabola est dérivé du grec îrapa- 
êoX^, comparaison, allégorie. (Voir 
t. II, p. 21 3 et du Gange, art, Para- 
bola. 

Part, Serm. ii; Pars, L. de Guill. 
§ VII, De pars, partis. 

Partir, prés, de l'inf. L.de Guill. 
§ XLVii. Dans nos anciens auteurs, 
ce verbe est ordinairement employé 
pronominalement : se partir; il est 
dérivé de partire, séparer, diviser. 
Se partir signifia d'abord se séparer 
de quelqu'un ou de quelque chose, 
s'en éloigner, puis s'éloigner d'un 
lieu, partir. Ce verbe, comme plu- 
sieurs autres, a passé de l'état pro- 
nominal se partira l'état neutre par- 
tir. (Voir t. III, p. 400.) 

Pas, substantif formant avec ne 
une locution adverbiale négative. 
L. de_Guill.§xxv. Dérivé àcpassus. 
(Voir\lII,p. 337et342). 

Passe, 3* pers. sing. pré?, de 



470 



PIIEMIÊRE PARTIE. 



l'ind. L. de Guill. § v. Du verbe 
passer, formé du substantif pas, 
dérivé de passus. 

Fer, prép. Serm. i; L. de Guill. 
§ IV elpassim; Par, S'^Eulal. v. 29; 
L. de Guill. § xvi. Par; du latin per. 

Père, L. de Guill. §§ xxiv et 
xxvii. Bepater. 

Permanablement^ adv. L. de 
Guill. I xxxviii. A perpétuité, pour 
toujours; formé de l'adjectif per- 
manable, dérivé du verbe perma- 
nere. 

Pers, L. de Guill. § xxvii. Pairs^ 
égaux. Les pers de la temre étaient 
les vassaux d'un même suzerain. De 
pares. {Voir, à cet égard, les Assises 
de Jérusalem, 1. 1, p. 290.) 

Persuir, prés, de l'inf, L. de 
Guill. § XXV. Poursuivre; depersequi. 
Le simple était suir, formé par syn- 
cope de seçm", auquel on ajouta un r 
final pour rendre la terminaison 
analogue à celle de tous les autres 
verbes de notre seconde conjugai- 
son. Suir donnaswire, par la simple 
addition d'un e muet. (Voir suire, 
nuire dans Roquefort.) Enfin, suire 
se changea en suivre, par l'introduc- 
tion d'un V devant le r. (Voir t. II, 
p. 440.) 

Pert , 3® pers. sing. prés, de 
l'ind. L. de Guill. §§ xv, xxxix; 
Perde, 3* pers. sing. prés, du subj. 
ibid. § XLi; Perdesse, 3* pers. sing. 
imparf. du subj. Ste Eulal. v, 17; 
Perdant, part. prés, actif; L. de 
Guill. § XXXIX. Du verbe perdre, dé- 
rivé de perdere. 

Petit, L. de Guill. § xiii. De 
petiletus, diminutif barbare de pe- 
iilus, mince, menu, petit, qui se 
trouve dans Plaute; en ancien ita- 



lien petitto, pitteto. C'est ainsi que, 
du diminutif flagelletum, formé de 
flagellum, nous avons fait, par syn- 
cope, notre mot fouet. Il est à re- 
marquer qu'un certain nombre de 
mots latins, ayant déjà une termi- 
naison de diminutif en llus ou en 
llum, reçurent, par surcroît, eu 
basse latinité, la terminaison etus : 
agnelluSj agnelletus, agnelet; an- 
nellus, annelletus, annelet; cere- 
hellum, cercbelletum, cervelet ; cas- 
tellum, castelletum, châtelet, etc. 
(Voir t. II, p. 407). De petit notre 
ancienne langue fit petitet, dimi- 
nutif élevé à la troisième puissance. 

Pied, L. de Guill. § xiii. De pes, 
pedis. 

Plaid, Serm. i. Accord, accomo- 
dement^ transaction; en basse la 
tinité, placitum du verbe placere; 
accommodement qui se fait avec 
l'assentiment des deux parties con- 
tractantes, quod placet consentien- 
iibus. On disait .prendre plaid, 
comme nous disons prendre un ar- 
rangement. 

Adonc s'en torna H dus a son pavillon, 
et ii baron avec lui pour plait prendre, et 
troverent Ii messages en allés. (Villehar- 
douin, édit. de M. P. Paris, xlviii.) 

Plaid. (Voir Plait.) 

Plaidé, part, passé pass. L. de 
Guill. § xx; Plaide, 3^ pers. sing. 
prés, deïind.ibid. § xxvni. Du verbe 
plaider ; en basse latinité, placitare, 
formé du latin placitum. (Voir 
Plait.) 

Plaie, L. de Guill. § xi De plaga. 

Plaiez, part, passé pass. L. de 
Guill. § XI. Du verbe plaier faire 
une plaie, blesser. (Voir des exem- 
ples de ce verbe dans la Chronique 



CHAP. I, ÉLÉMENT LATIN. SEGT. V. 



des ducs de Normandie^ t. l, p. 53, 
64, 110, 167, et la Chronique de 
Jordan Fantosme, p. 579.) Plaier 
est formé de plaie, dérivé de plaga. 

Plainte, L. de Guill. § xu. 
Substantif formé du verbe plaindrey 
dérivé de pJangere. 

Plaît, L. de Guill. §§ m, xlv; 
Plaid, ibid. § xxviii; Plaiz, plu- 
riel, ibid. § II. Procès, accusation, 
cause, audience^ plaid. En latin, 
placitwm signifiait un décret, un 
arrêt, une ordonnance, une sentence ; 
« quod senatui, aut principi, aut ju- 
dicibus placuit. » En basse latinité, 
plaàtum ne signifia plus la décision 
d'une cause, mais l'assemblée des 
juges auxquels la décision était ré- 
servée, le temps et le lieu où se te- 
nait cette assemblée, etc. De là le 
verbe placitare, défendre son droit 
en justice, plaider. 

Plege, L. de Guill. §§ iv, vu. 
Caution, répondant; signifie aussi 
l'obligation contractée par celui qui 
se porte caution, la responsabilité 
du répondant, comme au § xlix. 
(Voir pleige parmi les mots d'ori- 
gine germanique, ch. m, sect. ii.) 

On appelait franc-pleige (§ xxix) 
l'association de dix hommes qui ré- 
pondaient les uns pour les autres, et 
se portaient mutuellement caution 
pour la réparation des délits que 
chacun d'eux pourrait commettre. 
(Voir du Cange, Francum plegium, 
sous l'article Plegium. 

Pleier, S'« Eulal. v. 9. Ployer, 
fléchir, faire fléèhir; de plicare. 

Plein, L. de Guill. §§ xvi, xxv. 
Uni, plain, simple; de p/anws. (Pour 
l'expression plem serment _, voir Sa- 
grament.) 



Pleisir, L. de Guill. § xli. Bon 
plaisir, volonté, décision. Substantif 
formé du verbe placere. Le c est de- 
venu s comme dans loisir de licere , 
dans raisin de racemus, etc. (Voir 
l'art, Vlait. 

Plener, L. de Guill. § xlviii. Uni, 
plain, simple; forme allongée do 
plain, plen, plein, dérivés deplanus. 
(Voir plein un peu plus haut.) Plener 
lei, simple prescription de la loi. 
Cette prescription consistait dans le 
serment juridique simple {plein ser- 
ment) dont il est question dans les 
paragraphes xvi et xxv. (Voir cit- 
après l'article Sagrament.)\)\i Cango 
n'est point d'accord avec lui-même 
dans ce qu'il dit à ce sujet. (Voir 
dans son Glossaire Lex sacramentu- 
lis et Lexplenaria à la suite de l'a;- 
ticle Lex; de plus Planum juramen- 
tum et Sacramentum fractum, l'un 
et l'autre sous l'article Juramentum; 
enfin, voir particulièrement l'article 
Lada.) 

Plevi, part, passé passif; L. de 
Guill. § IV. Du verbe plevir, se por- 
ter pleige ou caution pour une per- 
sonne, être son répondant, la cau- 
tionner. On disait aussi plegir, pié- 
ger, pleiger, tous dérivés de pleige. 
(Voir ce dernier parmi les mots d'o- 
rigine germanique, ch. m, sect. ii.) 

Plus, adv. L. de Guill. § xli. Du 
latin plus. 

PoBLO, Serm. i; Puple, L. de 
Guill. titre. Peuple, de populus. Le 
peuple, à Rome, disait poplus, par 
une syncope semblable à celle qui a 
eu lieu dans la langue d'oïl. Prœsi- 
dium popli. (Plante, Cas. act. III, 
se. II. ) Auritum poplum. ( Idem, 
Asin. prol. v. 4. ) On trouve éga- 



172 



PREMIÈRE PARTIE. 



lement pophis sur la colone rostrale 
de Duilius, le plus ancien monument 
romain. (Voir Gruter, 404, n" i.) 
Enfin cette syncope et le change- 
ment du p en b, comme dans poblo, 
existaient déjà dans le nom propre 
Publicola, pour lequel on trouve Po- 
blicola et Poplicola. 

PocHiER, L. de Guill.§xni. Pouce; 
de pollex, polKcis. 

PoDiR, prés, de l'inf. Serm. i; 
Pois, 3^ pers. sing. prés, de l'ind. 
ibid. II ; Pot, item; L. de Guill.§§ 

IV, XVI ; PoEz, 2* pers. plur. prés, de 
rind. i6id. § xxxvui; Pout, Supers, 
sing. passé défini, ibid. § i ; Pourex, 
3e pers. sing. d'une forme de passé 
que nous n'avons plus; il était dé- 
rivé du latin potiieram ; S" Eulal . 

V. 9. L'infinitif podir, pouvoir; l'i- 
talien potere_, l'espagnol poder, le 
provençal pouder, paraissent dérivés 
de potere, qui a dû être employé 
pour potesse j, comme fuere pour 
fuisse. (Voir t. III, p. 245.) Quant 
à la forme potesse pour passe, elle 
était conservée chez le peuple; on la 
trouve dans Plaute et dans Térence. 
C'est cette forme qui a fourni potes^ 
potest,pQtuit, etc. L'homélie sur Jo- 
uas nous offre en langue d'oïl le pas- 
sé défini podist. 

Un edre (lierre) sore sen clieve quant 
umbre li fesist e repauser se podist. {Frag- 
ment de Valenciennes a la suite de la Chan- 
son de Roland, cdit. Gécin, p. 468, 1. 21.) 

PoESTÉ, L, de Guill. § xlv. Pou- 
voir, puissance ; de poteslas, atis. 

Se aucuns se consint à eslecciun fête 
de soi par poesté de cleis, se eslection 
doit estre quassée. {Livre de Jostice , 
p. 46.) 

PoiN, L. de Guill. § xiii. Poing; 
de pugmis. 



Pois, adv. L. de Guill. § v ; Puis, 
item, ibid. § xxv; Pus, item, ibid. 
§ XLVii. Puis, ensuite; àeppst. 

POLLE, S" Eulal. V, 10. Jeune 
fille; de puella, dont le diminutif 
barbare puekella nous donna pul- 
celle, pucelle. (Voir ci-après p . 1 74, 
art. Pulcella.) C'est ainsi que domina 
nous a fourni dame et dominicella 
demoiselle. 

Bêles dames, simples, bonnestes, 
IN'alcz mie suiant les testes 
Comme les musardps et foies. 
Dedenz vos ostiex coies estes, 
Privées as bons et demestes; 
Nesambiéspas ces pôles voles [frivoles) 
Qui vont bruiant par ces caroles. 

[Nouveau recueildt coniet, dits, etc., publié par H. Ju- 
binal, t. I, p. 391 392.) 

La cantilène de sainte Eulalie 
porte : 

Ne ule cose non la pouret omqne pleier 
Lapo/?e,semprenonamastloDeomenestier. 

On doit remarquer, dans ce pas- 
sage, que le complément du verbe 
pleier, après avoir été énoncé une 
première fois par le pronom la, est 
encore exprimé une seconde fois par 
le substantif polie. Cette construc- 
tion négligée et désordonnée est 
d'accord avec plusieurs autres que 
nous offre ce même texte. On s'a- 
perçoit aisément que l'auteur se sert 
d'une langue qui en est encore à 
ses premiers essais et qu'il s'in- 
quiète assez peu de la netteté, de la 
précision et de la correction de son 
style. Du reste, le peuple fait encore 
aujourd'hui fréquemment usage de 
pareilles tournures, et nos meilleurs 
écrivains ne se font pas scrupule de 
s'en servir quelquefois pour donner 
de la clarté à l'expression de leur 



CHAP. I, ÉLÉMENT 

pensée; les vers suivants de Molière 
nous en fournissent la preuve : 

L'une de son galant, en adroite Temelle, 
Fait fausse confidence a son époux Qdèle , 
Qui dort en sûreté sur un pareil appas, 
El le plaint , ce galant , des soins qu'il ne 
[prend pas. 

[l.' Ecole dtsftmmes, acte l.ic. 1.) 

Dans ces vers, le double complé- 
ment donné au verbe 'plaindre n'a 
rien de choquant; c'est un heureux 
effet de style et non point une incor- 
rection; mais on ne peut en dire au- 
tant de beaucoup de passages de nos 
anciens auteurs, tels que le sui- 
vant. 

Un houme vient en la court, et se claime 

de un autre houme qui l'ait naffré et 

puis avient que il en meurt de selle naffre, 
{Assises de Jérusalem, édit. de M. Foueher, 
p. 710.) 

On doit encore observer, dans le 
passage qui nous occupe, la suppres- 
sion de la conjonction que ; la cons- 
truction pleine serait : « Non lapou- 
ret omque pleier que sempre non 
amast lo Deo menestier. » L'ellipse 
de que est assez fréquente en pareil 
cas dans les plus anciens monuments 
de notre langue; en voici des exem- 
ples : 

Quant l'empereres vait querrc son nevold... 
Pitet en ad, ne poet muer n'en plurt. 

{Cnans. de Roland, >t. cciiO 

Goardez de noz no turnez le curage. 

flbid. »l. Li.) 

Ses maris voit la folour entreprise ; 
Pour voir, cuida la dame morte gise 
Lès son ami 

(L* Ront (le Uocy, Clumu hitloriijutt, I. 1, p. 99.) 

Garde plus ne ii faces mal. 

(Chron. de» duci de Nont., I. II, p. 353.) 

PoLZ, L. de Guill. § xn. Pouce; 
de pollex. 



LATIN. SEGT. V. 173 

Porc, L. ae Guill. § vi ; Porcs, 
plur. ibid. De porcus. 

PoRTED, 3^per.sing.prés. de l'ind. 
L. de Guill. §xin. Du verbe |3or(er, 
dérivé de portare. 

PosT, prép. S'»EulaI. v. 28. Après; 
du latin post. 

Pour, L.de Guill. § xxxviii. Peur; 
de pavor. 

Pref, adv. L. de Guill. §§ vi, vu, 
XLii. Près; a pref j, après. Dérivé de 
prope, qui donna d'abord prop^ men- 
tionné dans le glossaire de Roque- 
fort ; puis prof, proef, pref, et enfin 
prés. 

L'arcevesque est amiable. 

En sa parole mult eslabie 

E prof et loin. 

{Vie de S. Thom. d» CmI., p.48T.) 

De Patras fu née, 
Nobl'» et riches d'antiquité ; 
Mes puis est la chose empeiré. 
Et ben proef laie amenusé. 

fit livres de saint Niehotay, M, de M. Monmerqu» 
p. 303.) 

Preiemen, S" Eulal. v. 8. Prière. 
Substantif formé du verbe joner, dé- 
rivé de precari. 

Preier, prés, de l'inf. S" Eulal. 
V. 26. Prier; de precari. 

Prendre, prés, de l'inf.L. de Guill. 
§XLii; Prengent; .3«pers.plur. prés, 
de l'ind. ibid. § xxvi; Prindrai, 
l'^pers. sing. fut. Serm. i; Prist, 
3* pers. sing. passé défini, L. de 
Guill. § XXV ; Prendreit, 3« pers. 
sing. prés, du cond. ibid. § xn; 
Prenge, Supers, sing. prés, dusubj. 
ibid. § XLii; Pris, part, passé passif, 
ibid. § I. Dérivé de prehendere. 

Prepensed, part, passé passif. L. 
de Guill. § 1. Du verbe prépenser, 
penser à l'avance, préméditer; com- 
posé du préfixe pré marquant l'anté- 



474 



PREMIÈRE PARTIE. 



riorité, et de penser formé, de pen- 
sarCj peser^ examiner, considérer; 
employé pour penser dans la basse la- 
tinité par Grégoire le Grand, par 
Ives de Chartres, etc. (Voir du 
Gange, Pensare.) 

Aweit prepensed (Voir plus haut 
l'article Aweit.) 

Présent, L. de Guill. § xxxix. De 
prœscns , prœsentis. 

Presentede, part, passé passif, 
S"" Eulal. V. 1 1 . Du verbe présenter. 

Il y a dans cet endroit le sens de 
présenter quelqu'un malgré lui, ame- 
ner en présence de, traduire devant; 
dérivé de prœsentare. 

Car se dit l'Escripture et la lei : « Tous 
» ceaus qui ociront l'ennemi de Dieu, » (ce 
sont les maufaitors) « si sont amis de Dieu.» 
Mais nul home par sa anctorilé ne deitocire 
l'omecide, ni le traiteur, ni l'erege , ni le 
larron, mais le det présenter a la justise; 
et la justise est puis tenue de celuy juger 
et deffaire, segon son maufait. (Ass. de 
J^ras. t.II, p. 210.) 

Primerament, adv. L. de Guill. 
§ IX. Premièrement. Cet adverbe est 
formé de l'adjectif primer"^ dérivé de 
primarius. (Voir l'article suivant.) 

Primere, L. de Guill. § v. Fémi- 
nin de pnmer^ premier; dérivé de 
primarius. 

Pro, prép. Serm. i; PoR, S'« Eulal. 
v. 7, 8, 20, 26; Plr, L. de Guill. 
§§iv,xxxvin,XLi. Pour; du latin pro. 

Propre, L. de Guill. § xviii. De 
propriuSj propre, qui appartient à, 
qui est particulier à. 

Prover, prés, de l'infin. L. de 
Guill. §§ XV, XXV ; Prust, 3^ pers. 
sing.prés. dusubj. iUd.^xuv. Prou- 
ver; de probare. 

Provost, L. de Guill. § ii. Prévôt, 
àeprœpositus. 



Pruvence, L. de Guill. § xuv. 
Preuve. Substantif formé du verbe 
pruver, prouver; dérivé àeprohare. 

Puisque, conj. L. de Guill. § xxv. 
Après que, dès que; de postquam. 

PuLCELLA , S'* Eulal . V. 1 . Jeune 
fille, pucelle; en italien pulcelîa; en 
langue d'oc pulceïla, pueella. On di- 
sait pulcéle, au xn« siècle, en langue 
d'oïl. 

E uns laruncels furent eissnd de Syrie, et 
pris eurent en terre de Israël une putcele 
petite, et celé esleit chamberiere la femme 
Naaman. Geste pulcele parlad a sa dame, si 
li dist. . . . {Livre des Rois, p. 361.) 

Porro de Syria egressi fuerant lalrunculi, 
et captivant duxerant de terra Israël puel- 
lam parvulam quœ erat in obsequio uxoris 
Naaman ; qum ait ad dominam suant. . . . 

(Voir d'autres exemples de ce mot 
dans le même ouvrage, p. 162 et 
163.) 

Pulcelîa, pulcéle dérivent de puel- 
cella, diminutif barbare de puella, 
qui est lui-même un diminutif de 
puer. (Pour ces diminutifs de dimi- 
nutifs, voir plus haut l'article Petit, 
et t. II, p. 407.) La terminaison cel- 
la, ajoutée à un primitif, forma de 
même juvencella, jouvencelle, de 
juvenis ; parcella , parcelle , de 
pars, etc. 

PuRCHASSER, prés. de l'inf. L. de 
Guill. § XVI. Au propre, ce verbe était 
un terme de chasse qui signifiait 
poursuivre un gibier avec ardeur et 
opiniâtreté jusqu'à ce qu'on l'eût 
pris ou qu'on l'eût tué; au figuré, 
poursuivre quelque avantage avec 
ténacité jusqu'à ce qu'on l'eût obte- 
nu. Dérivé de pro et de captore. (Voir 
sur cette dérivation l'article Chaceur, 
qui se trouve ci-dessus.) 



CHAP. I, ÉLÉMENT LATIN. SECT. V. 



Ore pri-jeo seinie Agace, 
Ke en ceste vie nos purrhaee 
De nos peclipz rémission. 

(yi* tU Mainte Agathe dans les Happons à M. le ministre 

de l'Instruction pulditiue, p. 261.) 

PuRGiST, 3® pers. sing. prés, de 
l'ind. L. de Guill. §§ xiv, xix. Du 
verbe purgir, purgesir, abuser d'une 
femme; purgir per for ze, violer. 
Li mostiers alumeint, li austels abateient, 
Li palzans tuieient, li famés porgeseient. 

(K'im. de Hou, v. 4938.) 

Porgiessent li dames joste lor maris. 

Ciy,J. r. 1813.) 

Li gaians me lisl ci reniaindre, 
Por sa luxure en moi refiaindre; 
Par force m'a ci retenue, 
Et par force m'a porjeue, 

(Rom. de Biut,\. II, p. 150.) 

Purgir, purgesir signifiait ordi- 
nairement se coucher tout de son 
long. Ces verbes sont composés de 
pro et de jacere. Celui-ci a fourni à 
notre ancienne langue le simple 
gésir, dont quelques formes nous 
sont restées : il git, nous gisons, 
vous gisez, ils gisent, je gisais, 
gisant, etc. Outre le composé pur- 
gesir, on en trouve encore d'autres, 
tels que : agesir ou ajesir, accou- 
cher; de ad jacere ; maugesir, être 
mal couché; de maie jacere: re- 
GESiR^ se coucher de nouveau ; de 
re jacere. (Voir des exemples de ces 
verbes dans M. Orelli, 2* édit. 
p. 286.) 

Purgesir passa du sens neutre^ se 
coucher tout de son long, au sens actif 
coucher une personne tout de son 
long; il finit enfin par ne plus s'em- 
ployer que dans une acceptation peu 
honnête, en parlant des femmes. Plu- 
sieurs verbes neutres latins ont passé, 
en français, avec le sens actif dans 
des conditions semblables; c'estainsi 



que cubare nous a donné couver. 
Nous avons même un certain nombre 
de verbes, qui ont à la fois le sens 
neutre et le sens actif, tels que 
monter, descendre, entrer, sortir, etc. 

PURNELLE, L. de Guill. § XXI. 

Prunelle de l'œil, pupille. De pru- 
nella, diminutif barbare de prunum, 
prune. Au moyen âge, prunella et 
prunellum signifiaient une prune 
sauvage, que nous nommons encore 
prunelle; de plus, prunella se disait 
pour la prunelle de l'œil, à cause 
de sa ressemblance avec une petite 
prune sauvage. (Voir le glossaire de 
du Cange, Prunellum et Prunella.) 

(Pour la transposition de lettres 
qu'offre le mot purnele, voir t. II, 
p. 420.) 

PuRPENSENT, 3« pers. plur. impér. 
L. de Guill. § xli. Du verbe pur- 
penser, réfléchir, penser, se préoc- 
cuper, s'appliquer. Composé de pro 
et de pensare, peser, examiner, con- 
sidérer; employé dans la basse la- 
tinité pour penser. (Voir Prepensed, 
ci-dessus.) ■ 

Quant 11 quens Gènes se fut ben purpenset , 
Par grant sa ver cumencel a parler. 

(.Chans, de Roland, st. xxxii, T. t.) 

PuRPORTAST, 3« pers. sing. imp. 
du subj. L.de Guill. § xii. Du verbe 
purporter , apporter , présenter , 
offrir, proposer; dérivé de pro et de 
portare. 

PuRSOLDRAD, 3* pers. sing. fut. 
L. de Guill. § xxv. Du verbe pur- 
solder, solder, payer; dérivé de pro 
et de solidare, soldare, en basse 
latinité donner un salaire, une solde^ 
de solidus, soldus, sou. (Voir ci- 
après l'article Soit.) 

QuANQfE.pron. indof. L. de Guill. 



-ne 



PREMIÈRE PARTIE. 



§ XLV. Tout ce que, tout autant 
que; àe quantumcunque. 

Quant, conj. L. de Guil. §§ xxxviii, 
XLi. Quand, lorsque; de quando. 

Quant, adv. Serm. i. Autant que, 
aussi nombreux que ; de quantum. 

Quart, adject. numér. ordinal. L. 
de Guill. § XLii. Quatrième; de 
qvartus. 

Quatorze, adj. numér. L. de 
Guill. § XVI. De quartodecim. 

Quatre^ adj. numér. L. de Guill. 
§ IV. De quatuor. 

QuED, conj. Ste Eulal. v. 14, 27; 
Que, item, ibid. v. 6, 26; L. de 
Guill. §§ V, VI, VII, xviii, L, etc. 
Que , afin que ; de quod. Dans 
Ste Eulal. qued conserve le d étymo- 
logique lorsqu'il est devant une 
voyelle. On voit de même, dans les 
Serments, quid, qui n'est autre que 
le pronom neutre latin quid. 

Quel, adj. indéf. L. de Guill. § i. 
Dequalis. 

QuENS, L. de Guill, § ii ; Cunte, 
ibid, §§ xxii, XLi. Comte. De cornas, 
comitis. (Voir tome III^ p. 20.) 

QUERDENERS, L. de Guill. § xiii. ■" 
Pièce de monnaie valant quatre de- 
niers; composé de quatuor et de 
denarii. En France, cette monnaie 
était généralement appelée quart. 
(Voir ce mot dans Roquefort, et 
quartarius, quatrenus, dans le glos- 
saire de don Carpentier.) L'ancienne 
traduction latine des lois de Guil- 
laume, publiée par M. Palgrave, 
porte en cet endroit: solidum an- 
glicum quatuor denarii consti- 
tuunt. 

QuERE, prés, de l'inf. L. de Guill. 
§ XXXIII ; QuER, item, ibid., g iv ; 
QuERGENT, 3' pers. plur. de l'im- 



pérat. ibid. § xlv. Quérir, chercher, 
rechercher; de quœrere. 

QuEUR, L. de Guill. § xii. Cœur; 
de cor. 

Qm, pron. relat. Serm. i ; L. de 
Guill. §§ i, m, X, etc. Qi, item, 
ibid. §§ VI, xvm ; Ki, item, ibid. 
|i§ m, iv^ etc. ; Cui, item, Serm. ii ; 
Chi, item. S" Eulal. v. 6, 42; Quid, 
item, Serm. i; Qu^, item, Serm. n ; 
Que, L. de Guill. §§ vi, xxii,xxxiii; 
Qe, item, ibid. § vi. Qui, que; dé- 
rivés de qui, quœ, quod, quid, quem, 
quam. (Voir tome III, p. 162-168.) 

Parmi ces formes, on doit remar- 
quer dans Stc Eulal. chi, qui est 
propre au dialecte de Flandre et de 
Picardie; dans les lois de Guil- 
laume, que mis pour qui sujet, au 
§ VI et ailleurs. (Voir à cet égard, 
et pour plusieurs autres observa- 
tions touchant ces pronoms, l'ou- 
vrage de M. Fallot, p. 312 et sui- 
vantes.) 

On peut encore remarquer le 
pronom relatif régime qui est écrit 
quœ dans le second serment; la 
même orthographe se retrouve dans 
la Vie de saint Léger : 

Ne |iol inlrer en la ciutat, 
Defors la flst sifrir gran miel. 
Et sanct Lethgier mul en fud trist 
Po ciel tiel miel qucs defors vid. 

( Vil! <le saiul Léger, st. xxit.) 

Les copistes des deux manus- 
crits, au lieu d'écrire que par un 
e simple, l'ont écrit par un e à 
cédille qui représente un œ. C'est 
une irrégularité que l'on trouve 
souvent dans les anciens textes, 
ainsi que le fait remarquer M. de 
Wailly dans ses Éléments de paJéo- 
graphie, t. I, p. 514. 



CIIAP. I, ÉLÉMENT LATIN. SEGT. V. 



n? 



Qdite, L. de Guill. §§ x\in, 
xxxii. Daus le premier de ces para- 
graphes , quite signifie affranchi 
d'un droit, exempt j dans le second, 
sûr, assuré, rendu sûr. 

Quite vient de quietïis. Dans le 
premier sens estre quite, c'est être 
laissé tranquille par celui envers qui 
on a quelque obligation, ne pas être 
inquiété par lui. 

• Li talemelicr qui sont hau- 
banier sont quites du tonlieu {sorte 
de droit) des pors qu'il achètent et 
de ceus qu'il revendent^ por tant 
qu'il aient une fois mangié de leur 
bren {son), et si sont quites li tale- 
melicr du tonlieu de tout le blé qu'il 
achètent por leur cuire, et du pain 
qui vendent, fors que trois demies 
de pain que chascun talemelier no- 
viax et viez doit chascune semaine 
au Roy de tonlieu. » {Livre des 
métiers, p. 6.) 

Vos clain quite vostre tréa 
Qne chascun an m'avez déu ; 
A toz jors quites en seroiz, 
Que jamès Jors ne l'paierois. 

[Dolofalhot, p. 39.) 

Dans le second sens, estre quite, 
en parlant d'un pays, c'est être 
tranquille, n'être pas troublé par 
les désordres, par les entreprises 
contre les personnes, contre la pro- 
priété, contre la sûreté générale. 

Kar Deus, par sa sainte doçur, 

Nos gardera pais e honor 

E nos tendra le règne {royaume) quite, 

Non pas par la nostre mérite, 

HaU par sa miseration. 

(Chrm.detductdaliorm.l.WXtf. lOT.) 

RxisuN, L. de Guill. § v; Rai- 
souN, ihid. § XLiv. Raison; de ra- 
tio, rationis. 

Raneiet, 3« pers. sing. prés, du 



subj. Ste Eulal. v. 6. Du verbe 
ramier, renier; dérivé de re et de 
negare. 

Reaciiater, prés, de l'inf. L. de 
Guill. § XLi; Rachatat, 3* pers. 
sing. passé défini, ihid. § xu. Ra- 
cheter ; verbe composé du préfixe re 
et de achater. (Voir, pour l'origine, 
l'article Achat.) 

Receit, 3^ pers. sing, de l'im- 
pérat. L. de Guill. § xlvi. Du verbe 
recevoir, dérivé de recipere. 

Recovered, 3® pers. sing. de 
l'impérat. L. de Guill. § xxviii. Du 
verbe recoverer, recouvrer, repren- 
dre, retirer; de recuperare. (Voir 
l'article suivant.) Recoverer sa par 
rôle, retirer sa parole, son dire, sa 
prétention, ce que l'on soutient. 

Recoverer, L. de Guill. § xlv. 
Celui qui donne refuge, celui qui 
soustrait quelqu'un au danger qui 
le menace. 

Cui fortune serreit averse, 
Laide, e oscure, e pale, e perse, 
Conforz li fust, e recovrers, 
Amis verais, Uns e entiers 

{C*ro». des duc$ de Norm. t. I, p. 331.) 

Ce substantif dérive du verbe 
recuperare, qui, en latin, signifiait 
recouvrer, ravoir, recevoir quelque 
chose dont on était privé, mais que 
l'on avait eu précédemment; en 
basse latinité, recuperare prit le 
sens de recevoir quelqu'un chez soi, 
lui donner asile, lui offrir un refuge; 
se recuperare signifiait se réfugier, 
se soustraire au danger. (Voir du 
Cange, Recuperare, 7.) 

Refuserad, 3* pers. sing. fut. L. 
de Guill. § XLi. Du verbe refuser, 
en italien ripitare ; dérivés de re- 
future, qui, en latin, signifiait re- 

11 



m 



PREMIÈRE PARTIE. 



jeter, repousser, soit par des paroles, 
soit par des actes. Dans la basse 
latinité, refutare passa de cette ac- 
ception générale à l'acception parti- 
culière de rejeter une offre ou une 
demande, refuser. (Voir le glossaire 
de du Cange, article Refutare.) 

Régies, S'» Eulal. v. 8, Royal; 
de regalis. Manatce regiel, menace 
royale, menace de roi. 

Relais, L. de Guill. § xxxiv. Re- 
mission, indulgence dont on use en- 
vers une personne en se relâchant du 
droit que l'on a sur quelque chose 
qu'elle doit. En basse latinité re- 
laxatio, dérivé du verbe relaxare. 
(Voir l'un et l'autre dans du Cange.) 

Relief, L. de Guill. §§ xxii, xxiii, 
XXIV, XXIX. Relief, terme de jurispru- 
dence féodale. Par la mort du tenan- 
cier ou du feudataire, la terre tenue 
en censive ou en fief était censée re- 
tomber entre les mains du seigneur 
suzerain, et il fallait que l'héritier 
du défunt la relevât, en payant le 
droit de relief. (Voir dans le glos- 
saire de du Cange , Relevare et Re- 
levium.) 

Relief signifie tantôt le fait même 
par lequel on relève un fief après la 
mort de celui qui le possédait, tantôt 
le droit que l'héritier du tenancier 
ou du feudataire décédé devait au 
seigneur qui lui donnait une nou- 
velle investiture. 

Uns dameiseaos , uns genz mescbins, 
Blois, freis et colorez le vis. 
S'est humlement a genoilz mis 
Devant le duc et si ii dit : 
» Beau sire, entendez un petit. 
Mis pères est morz, ce m'est damages; 
Mais teus cnm est mes eritages, 
Relief de vos prt, cri merciz, 
Qut vestaz en seie e saisiz. 



Je vos aport an petit trésor, 
Une mult riche juste d'or 
Requiz e esmerez e fins , 
Qui assez vaut mars d'esterlins ; 
S'a en l'ovre de bones perres 
Qui assez sunt vaillanz e cberes. » 

[Chron, du duel de iVarm. I. II, p. 51T.) 

Juste, que l'on trouve dans cette 
citation, signifie une sorte de vase 
destiné à contenir des liquides, une 
urne. Le fait, raconté dans ce pas- 
sage de Benoît de Sainte-More, est 
également rapporté par Wace^ dans 
le roman de Rou. 

Es-vous illeac on damoisel. 
Une juste sous son mantel, 
Mort est son père nouvelment. 
Relever volt son tenement. 
Sa juste esteit mult bonne e ehere, 
Tut esteit d'or noblement faite, 
Cil qui la tint , l'a avant traite, 
A présent au duc la tendi. . . . 

[Rom. de Rou, U I, p. 375.) 

Religion, L. de Guill. § i. Com- 
munauté religieuse; de religiOf re- 
ligionis. 

A cens des maisons besoignoses, 
As religions sofiraitoses 
Enveiez voz dons e voz biens; 
Qu'eissi serreiz veirs crestiens. 

(CAnM. dei due$ de Horm. t. III, p. 381.) 

Nous disons encore, dans un sens 
fort voisin : mettre une fille en reli' 
gion; entrer en religion. 

Remenant, L. de Guill. § xlv. 
Reste, restant. Substantif formé du 
verbe remener, rester, demeurer, de 
remanere. La Fontaine dit le demeu- 
rant des rafs^'pour le reste des rats. 
(Liv. II, fable ii.) 

Desquex ij sols vj den. H mestres des mo- 
lins a vj deuiers pour s'amende, et Ii cha- 
pitres le remanant. [Livre des Métiers, p. 
19.) 



CHAP. I, ÉLÉMENT LATIN. SECT. V, 479 



REMIS) part, passé pass. L. de 
Guill.§xxi; Remises, t^ew^ fém.plur. 
ibid. § XXXVIII. Resté , demeuré , de 
remans'us, participe de remanere. 

Ne nos est remis qairs es mains 
Del angoisse de traire as reins {rames). 

{Chrcm. dt$ duet da Korm. t. l, p. 54.) 

Rendre, prés, de l'inf. L. de 
Guill. § x; Rendrad, 3« pers. sing. 
fut. ibid. % IV ; Rendra, item, ibid. 
% XIII ; Rendrunt, 3« pers. plur. du 
fut. ibid. § XXVI ; Rendist, 3» pers. 
sing. passé défini, ibid. § i ; Ren- 
DET, 3^ pers. sing. prés, du subj. 
lôzd. § xxxviii ; Rende, item, ibid. 
gxLiii; Rendissent, 3« pers. plur. 
imparf. du subj. ibid. § xxxii. Dé- 
rivé de reddere. 

Requireit, 3« pers. sing. du passé 
défini de l'ind. L. de Guill. § i. Du 
verbe requirir, avoir recours, re- 
courir à, requérir l'assistance de; 
dérivé de requirere. 

Rete, 3« pers. sing. prés, de l'ind. 
L. de Guill. §XLix; Retent, 3" pers. 
plur. prés, de l'ind. ibid. § l; Reté, 
part, passé pass. ibid. §§ xlv, xlvii. 
Du verbe reter, traduire quelqu'un 
en justice pour demander droit contre 
lui, accuser, incriminer; en langue 
d'oc et en ancien espagnol reptar, en 
espagnol actuel retar, en portugais 
reptar et retar. Tous ces mots dé- 
rivent de reputare, qui était employé 
en basse latinité pour imputare, im- 
puter, inculper, incriminer, accuser. 
M. Diez en cite les exemples suivants 
dans son Lexique, p. 286 : « Si quis 
alteri reputaverit quod scutumsuum 
jactasset. » (Loi salique, tit. xxx.) 
« Quia nulli de ista causa volet re- 
putare. » {Capitidmre de Charles le 



Chauve, dans Baluze, t. II, p. M .) 
« Contra quod sacramentum si qui- 
libet fecisse reputatus fuerit. {Ibid. 
p. 179.) 

Riens ne li dei, n'nnc ne li fis 
Chose dunt j'a seie retes. 

(CAro». defduct dt Nom. t. III, p< IM.) 

Cil puent bien de fl savoir.... 
Que ge 's ferai encore pendre 
Qui la referont de folie. 

(ïïi»«>i,t.!, p. 19T.) 

J'otroie que je soie de tralson retes 
Se li princes ne c'est en fuiant retour- 
[nez. 

[Chronique de du Ciuiclin, 1. 1, p. 398.) 

Retient, 3« pers. sing. prés, de 
l'ind. L. de Guill. § xx; Retenget, 
3* pers. sing. prés, du subj. ibid. § 
xxxiii. du verbe retenir; dérivé de 
retinere. 

Returnar, prés, de l'inf. Serm. ii. 
Détourner ; du préfixe re et de toma- 
re, tourner. Dans les composés latins 
re se trouve généralement employé 
avec deux sens différents : 1 •> avec le 
sens de rursus, de nouveau; reficere, 
faire de nouveau, refaire ; relegere, 
lire de nouveau, relire, etc. 2° avec 
le sens rétro, en arrière, en sens 
contraire d'une direction précédente: 
refluere, fluer en arrière, fluer dans 
une autre direction, refluer; repeir 
1ère, pousser en arrière, repousser; 
renudare, mettre à nu en retirant les 
habits, dépouiller; retexere, retirer 
les fils d'un tissu, désourdir; rete- 
gere, retirer ce qui sert à couvrir, dé- 
couvrir, etc. C'est à ce dernier sens 
qu'appartient le re de returnar, tour- 
ner dans une direction contraire, 
détourner. Dans le serment tudes- 
que, le verbe correspondant est tr • 
winden, composé de ir o\xer, préfixe 



<80 



PREMIÈRE PARTIE. 



qui marque éloignement, et winden, 
tourner. 

Rex, s» Eulal. V. 12, 21 ; Rei. L. 
de Guill. §§ I, II, etc. Roi, ibid. §§ 
II, III. Roi; du latin rex. 

RoBERiE, L. de Guill. § iv. Vol fait 
avec violence, rapine, pillage. Subs- 
tantif formé du verbe rober. (Voir ce 
dernier parmi les mots d'origine 
germanique, ch. m, sect. ii.) 

RuovET, 3* pers. sing. prés, de 
l'ind. S'* Eulal. v, 24; Roveret, 3" 
pers. sing. d'une forme du passé que 
nous avons perdue. S'* Eulal. v. 22. 
Du verbe roverj ordonner, comman- 
der; dérivé de rogare demander. 
(Pour la différence de signification 
que présente le verbe latin et le 
verbe roman, voir la remarque faite 
précédemment, à l'article Deman- 
der.) 

Et il al roi le remanda. 
Qui tous a pendre les rouva. 

{Chrott. d* Ph.ifoulket,t. II.p. 617.) 

Souvent voveryTOuver, ruever, est 
employé pour demander, comme son 
primitif rogare : 

Vers ramirail regardé ont; 
Boinemeiit li ruevent congé. 

{Floirt et Blaneeflar, Alit. du Mëril, p. ISO.) 

Les rogations se nommaient au- 
trefois les rovaisons; voir la Chanson 
des Sajcons, t. I, p. 109. 

La forme roveret est la 3* per- 
sonne d'un passé que notre langue 
ne possède plus; il était formé du 
plus-que-parfait latin rogaram , as, 
atj pour rogaveram, as, at. L'espa- 
gnol et le portugais ont conservé une 
forme correspondante. 

Sagrament. Serm.ii; L. de Guill. 
§§ XVI et XXV. Serment ; de sacra- 
tnentum. On trouve encore sagre- 



ment ^ en 1 275, dans une confirma- 
tion des coutumes de la Perouse , 
par Roger de Broce : 

Il doit jurer sure sainct que il et li sen 
li ont portés dis ans, ou plus, sans beance 
de droit, et doet en être crut par son sa- 
grement. (Coutumes locales deBerry et celles 
de Lorris, par la Thaumassière, p. 97.) 

Désagrément on fit sarement,]}\iï5 
serement. (Voir ces mots dans le 
glossaire de Roquefort.) 

Plein serment, L. de Guill. §§ xvi 
et XXV ; Serment nomed, ibid. § xvi. 
On appelait plein serment, en basse 
latinité, planum saeramentum, le 
serment qui, étant déféré par le juge, 
se faisait d'après une formule sim- 
ple et sommaire prescrite par la loi; 
le serment nomed, qui lui est oppo- 
sé dans le paragraphe xvi, était un 
serment plus explicite, dont la for- 
mule était probablement désignée 
par le juge, qui se conformait pour 
cela à certains usages reçus. (Voir 
Homes només à l'article Nom^r ; voir, 
de plus, du Gange, Juramentum. 

Saint, L. de Guill. § i; Saintz, 
masc. plur. ibid. §§ xi et xv; Sainte, 
fém. sing. ibid. § i. De sandus. 

Saintz, dans les paragraphes xi et 
XV, signifie reliques des saints. 

On aporta les sains pour eulz faire jurer. 

Cil qui out droit s'alla a genouillons geler; 

Tan tost qu'il vit les sains il prist liaut a 
parier, 

El dlst: Seigneurs, je jure par les sains qui 
sont ci, 

Et partrestouz les autres de quoy Dieu est 
servi, 

Que eest mauves glouton , qui ci est, m'a 
tray, 

Et forfaite la dame a qui je sni mari... 

Lors l'autre chevalier dist haut en son lan- 
gage : 



CHAP. I, ÉLÉMENT LATIN. SEGT. V. 



181 



Seigneurs, or entendez pour Dieu, pranz et 

peliz; 
Je jure sur les sains qu'avez en preeenlmis 
Et sus tretouz les sains qui sont en paradis, 
Onques de \ilanie la dame ne requis, 
Ancois me requeroit et menu et souvent. 

(Noueeau recueil de contet,%. I, p. 12 et 13.) 

Je vi un chevalier qui avoit non mon 
seigneur Gyeffroy de Rançon. ... et avoit 
Juré sur sains que il ne seroit jamez roin- 
gnez en guise de chevalier, mes porteroit 
grève , aussi comme les femmes fcsoient , 
jusques a tant que il se verroit vengié du 
conte de la Marche. (Joinville, p. 23.) 

Le mot corps est ordinairement 
sous-entendu avec saints ; on le 
trouve néanmoins exprimé dans 
l'exemple suivant : 

A Biex, ceu souloient dire, 
Fist assembler un grant concile; 
Tous les corps saint 2 fist demander. 
Et en un lieu touz assembler, 
Toute une cuve en fist emplir. 

(Rom de Rou.) 

Cet exemple est cité dans du Cange, 
art. Juramenti ad sanctorum reli- 
quias, qui fait suite à l'article Jura- 
mentum. (Voir, en cet endroit , les 
remarques du célèbre lexicographe, 
ainsi que son article Sanda, n° %) 

Salvament, Serm. i . Salut; subs- 
tantif dérivé du verbe salvare, sau- 
ver. 

E ceo que duleement manjoent 
Hustre que del saint sacrement 
Par quei l'om vent a salvement. 
C'est le veir cors de Jesu-Crist. 

(CAron. dêi ducs de Norm. t. 1, p. 137.) 

Salvar, prés, de l'inf. Serm. i;. 
Salvarai, 4"pers. du fut. ibid. Sau- 
ver, préserver; de salvare. 

Sanz, prép. L. de Guill. § v; Senz 
item, ibid. § xxxvi. Sans; de sine. 

Savir, prés, de l'inf. Serm. i ; Sa- 
VEiR, item, L. de Guill. dans le titre; 



Savoir, item, ibid. § xvt; Set, 3* 
pers. sing.prés.del'ind. ibid.^xw; 
Sot, 3« pers. sing. passé déf. ibid. 
§§ IV et XV ; SouT, item, ibid. § xli; 
SoLT, item, ibid. Savoir; de sapere, 
'dont les Romains ont fait usage dans 
le sens de sentir, avoir le sentiment 
de, comprendre, connaître. Pour 
passer de ce sens à celui que nous 
donnons aujourd'hui à savoir, nous 
n'avons eu qu'à prendre l'antécédent 
pour le conséquent. Cicéron, dana 
son premier livre de la Divination, 
cite ces mots d'un ancien auteur : 
« Qui sibi semitam non sapiunt, 
alteri monstrant viam. » On lit dans 
Plante : 

Désiste; recte ego rem meam sapio, Cal- 
lipho. 

(Plinle, Pseudolut, acte 1, icéo* t.) 

Se , pron. réfléchi , L. de Guill. 
§xvi; Si, item, ibid. § xli; Sei, 
item, ibid. xli; S' pour se, S^Eulal. 
v. 4 8, 20 et 21 . Du latin se. 

Seignor, L. de Guill. § viu et xiv; 
Seignur, ibid. §§ m et xviii; Sei- 
GNOUR, ibid. § xxv; Sendra, Serm. 
II ; Sire, L. de Guill. §§ xlv et l. 
Seigneur, maître, propriétaire. Dans 
le paragraphe xiv, seignor signifie 
mari ; c'est une signification que ce 
mot a fort souvent dans notre an- 
cienne langue. La Vulgate emploie 
fréquemment dominus dans le même 
sens. 

La dame haitée s'en parti, la chère puis 
ne li chaï ; od sun seignur, le matin, Deu 
aiirat, puis a sa maisun returnad. (.Livré 
des Rois, p. 4.) 

Mainte dame essaie 
E cerche la maneie 
De soun seignour sovent. 

{livre dei proterbet françait, i-ul.li.: p,r M. La Roux da 
1 Lincj, t. Il, [i. 3«0, col. l.) 



182 



PREMIÈRE PARTIE. 



Seignor dérive de senior, plus âgé, 
plus vieux. Les conquérants germa- 
niques traduisirent en latin l'idée 
"enfermée dans leur mot alderman, 
homme plus âgé; ils nommaient ainsi 
un homme revêtu de quelque charge, 
de quelque pouvoir, de quelque di- 
gnité, parce que, dans le principe, 
les charges, et surtout celle déjuge, 
étaient chez eux le partage des vieil- 
lards les plus âgés dans chaque tri- 
bu. Cette étymologie de senior, sei- 
gneur, est formellement rapportée 
dans un passage des lois d'Edouard 
le Confesseur , qui n'a point été re- 
marqué jusqu'ici : a Et sicut modo 
vocantur greoe qui super alios prae- 
fecturas habent, ita apud Angles gal- 
dormen (sic, aldormen) quasi senio- 
res, nonproptersenectutem, cumqui- 
dem adolescentes essent, sed propter 
sapientiam ; et similiter olim apud 
Britones , temporibus Romanorum , 
in regno isto Britanniae vocabantur 
senafores qui postealemporibusSaxo- 
num, ut prœdictum est, vocabantur 
aldermani. » (Lois d'Édouardle Con- 
fesseur, dans les Coutumes anglo- 
normandes de Houard, 1. 1, p. 175.) 

Vrètre dérive d'un comparatif grec 
ayant la même signification que le 
comparatif latin auquel seigneur doit 
son origine, n/sî^eûrspo,-, le plus vieux, 
et, par extension, respectable par son 
âge, signifia dès les premiers siècles 
de l'Église un vieillard que les chré- 
tiens se donnaientpour chef spirituel, 
puis un interprète de la foi, un mi- 
nistre du culte. Ce mot devint en 
latin presbyter, en français présure, 
prêtre. 

Le mot clieikh , qui veut dire un 
chef de tribu chez les Arabes, signifie 



aussi un vieillard dans leur langue. 

Sendra vient de senior, dans le- 
quel on a introduit un d entre le n 
et le r. La même lettre a été intro- 
duite dans TENDRE de tener; cendre 
de ùiniSj ceneris; gendre de gêner; 
VENDREDI de Veneris dies ; moindre 
de minor; joindre, plus jeune (voir 
le glossaire de Roquefort) , de ju- 
nior, etc. (Voyez t. II, p. 4 41 et 1 42.) 

L'a qui termine sendra représente 
un son sourd , comme dans fradra, 
mis dans le Serment i pour fradre. 
Sendra, sendre, ou, sans le d inter- 
calé, senre, donnèrent postérieure- 
ment, par syncope, notre mot sire. 

Seinurage, L. de Guill. § xxxiii. 
Pouvoir seigneurial , puissance sei- 
gneuriale, droits du seigneur; ce mot 
se prend assez souvent pour celui ou 
celle à qui appartenait le pouvoir sei- 
gneurial, le seigneur ou la dame 
d'une terre. Seignurage a été formé 
de seignur. (Voir pour l'origine de ce 
dernier l'article Seignor qui précède.) 

Dame, fait-U, ce vos puet moult grever 
Que vos flés en vostre signorage. 

(Le Roux A» Liocy, Chann hUlortques, t. I, p. S9.) 

Et $e ce qa'il auront retenu dou laron 
vaut plus que le damage, si deit estre don 
seignorage. (Assises de Jérus, t. II, p. 1 86.) 

Et tuit iquil home et equelles femes qui 
lor aver meterint, necomanderanl a laPae- 
rose par paez ne par gerre que li sires ait 
à eaus, neob lotsegnorage, ne lo perdrant, 
que san et quitte l'enporterant. (Coutumes 
de la Perouse insérées dans les Nouvelles 
coutumes locales de Berry, commentées par 
LaThaumassière, p. 98.) 

Selez, part, passé passif, L. de 
Guill. § XXII. Du verbe seller, dérivé 
du substantif sella, siège. (Voyez 
t. II, p. 203.) 

Semble, 3* pers. sing. prés, de 



CHAP. I, ÉLÉMENT LATIN. SECT. V. <83 

Dans les premiers temps de notre 
langue, le complément indirect cor- 
respondant au datif latin se plaçait 
assez souvent devant le verbe, sans 
préposition. On trouve dans les 
Serments : « Si Ludwigs sagra- 
ment que son fradre Karlo jurât, 
conservât; » Si Louis garde le ser- 
ment qu'il jure à son frère Karle; 
et dans le Livre des Rois : « La 
firent venir pur le rei servir, n 
(P. 220.) (Voyez t. III, p. 483.) 

Servise, L. de Guill. §§ xxxiii 
et xxxiv; Service, ibid. § xxxiii. 
Service. Dans le paragraphe xxxiv, 
servise signifie obligation du vassal 
envers son suzerain; il est fréquem- 
ment pris en ce sens dans les As- 
sises de Jérusalem. Dérivé de ser- 
vitium. 

Set, adj. num. L. de Guill. 
§ XVI. Sept; de septem. 

Seule, S'« Eulal. v. 24. Le monde 
d'ici-bas, le séjour terrestre; de 
sœculum, siècle. Nous disons en- 
core aujourd'hui, dans un sens rap- 
proché, en style ascétique, se retirer 
du siècle, demeurer dans le siècle, 
vivre selon les maximes du siècle. 
Nous appelons séculiers les hommes 
qui vivent dans le monde, par op- 
position à ceux qui ont embrassé 
la vie religieuse. 

(Voir le glossaire de Roquefort, 
art. Siècle.) 

Dans le Purgatoire de saint Pa- 
trice, siècle est très souvent employé 
pour le monde d'ici-bas, par oppo- 
sition à l'autre monde, celui dans 
lequel vont les âmes lorsqu'elles se 
sont séparées du corps. 

Seint Gregoires testimonle, 
Qui parole de celé vie, 



l'ind. L. de Guill. § xliv. Du verbe 
sembler, dérivé de simulare. (Pour 
l'introduction du 6 entre m et l, voir 
t. II, p. 439.) 

Sempre, S'« Eulal. v. 10. Tou- 
jours; de semper. 

Jo vos otri quanque m'avez ci quis ; 
Cuntre Franceis sempres irczferir. 

(Chatii. d» Rot. it. ccxxxi, ▼. l.) 

Sendra. (Voir Seignw.) 

Serf L. de Guill. § viii. De «cr- 
vus. 

Serjant, L. de Guill. § xlix; 
Serjanz, plur. iUd. § xviii. Servi- 
teur; de servims, servientis, par la 
substitution de la consonne j à la 
voyelle t cette substitution, t. II, 
(Voir, pour 416.) 

Dans le Livre des Rois, Giezi, 
serviteur d'Elisée, est tantôt appelé 
servant, tantôt serjant : 

Si apelad Giezi sun servant. (P. 356.) 
Dune apelad Helyseu Giezi sun serjant. 
(P. 359.) 

Serment. (VoirSagmmen*.) 
Servir, prés, de l'inf. S'« Eulal. 
V. 4. De servire. Dans les mots 
diavle servir, le substantif diavle 
représente un complément indirect. 
On disait autrefois servir à quel- 
qu'un, en latin servire dicui. On 
trouve servir al diable, servir au 
diable, pour servir le diable. 
Rogier d'Estuleville en lud le cunestable, 
Ki unkes n'ama traïsun ne servir al diable. 

(Chron. de Jordan FaïUome, p. 650.) 

Mais ore vus haitez, e seiez forz cham- 
piuns, Philistiim, que vus ne servez as He- 
breus, si cume il unt tervis a vus. {Livre 
des Rots, p. 15.) 

Confortamini et estote viri, Philistiim, 
lerviatis Hebrœis ^ sicut et illi tervierunt 
vobii. 



184 



PREMIÈRE PARTIE. 



Que cil qui de cest siècle vunt 
E en l'espurgatoire sunt. 
Qu'il sunt alegcs par iceus 
Qui almosne c bien funt pur eus. 

(Marie d« France, t. II, p. 467.) 

Si cum 11 chaitif en turment 
Sunt travaillé plus longemeut 
Pur les granz péchiez ke ils firent 
Tant cum il el siècle vesquirent, 
Si sunt li autre meins peneit 
Qui meijjs firent d'iniquiteit. 

(/*»■</. p. 179.) 

La forme seule que nous trou- 
vons dans Sainte Eulalie est cons- 
tamment employée par saint Ber- 
nard, tantôt pour signifier siècle, 
tantôt pour signifier monde : 

Ke nos mansuetume et humilitelt apre- 
gnens à Nostre Signor Jhesu-Crist à cuy est 
Lonors et gloire ens seules (siècles) des 
seules. Amen. (Serm, de S. Bern. p. 560.) 

Car molt est griés chose d'eschevir l'abys- 
me des vices et les fossés des criminals pé- 
chiez entre les ondes de cest seule (monde), 
nomeyement or en ces tens ie li malices est 
si enforciez. {Ibid, p. 567,) 

L'auteur de la cantilène sur sainte 
Eulalie dit lazsier lo seule, laisser 
le siècle, pour signifier mourir ; on 
disait dans le même sens aller du 
siècle et venir du siècle. 

Et quant tu serras del siècle aled, beaus 
sire reis, si cunreid n'en prens, jo e Salo- 
mun tes flz serrums chaitifs e descunseil- 
lez. {Livre des Ruis, p. 223.) 

Erilque cum dormierit dominus meus rex 
cum patrilms suis, erimus ego et plius meus 
Salomon peccatores. 

Grâces rent a son Creator 

Quant ele a si bien son ator. 

Dont disl la dame : « Biaus douz père, 

Toi pri que ta bontez me père ; 

XL et IX ans t'ai servi, 

A toi ai mon cors aservi. 

Fai de ta fille ton voloir, 

îles que ne t'en dnie» doloir; 



Du siècle voudroie venir. 
Et voudroie a toi parvenir. 

(Rutebœnr, t. II. p. 143.) 

Si. (Voir Se.) 

Si, conj. Serm. n; S'» Eulal. 
V. 24; L. de GuiU. § xxxii; Se, 
item, ihid. §§ i et xn. Si; du la- 
tin si. 

Si, adv. Serm. i; L. de GuiU. 
§§ IV et xu; SiN, item, ibid. §§ iv 
et XXVI. Ainsi. Cet adverbe est sou- 
vent explétif; il dérive du latin sic. 

On doit remarquer la forijae sin, 
dans laquelle le n est euphonique, 
le mot suivant commençant par une 
voyelle : sin ert. Ce cas est assez 
fréquent. Quelquefois le n devient 
une lettre parasite, qui se met même 
devant une consonne : 

Or prenget 11 rei Hugnn de plum quatre 

sûmes, 
Sin facet en calderes tûtes ensemble fundre. 

( Vogage de Charlemagne à Jérut., v. 567.) 

Il en était de même de l'adverbe 
aussi, que l'on trouve écrit aussin, 
et de l'adverhe ne, pour lequel on 
trouve nen. (Voir, ci-dessus, l'ar- 
ticle Ne, et le tome III, p. 326, 
note . ) 

Le plus souvent, sin que l'on 
trouve dans les manuscrits est pour 
si en, et doit être représenté, dans 
les éditions imprimées, par si 'n ; 
mais, dans le paragraphe v, si 'n 
est pour si on. 

L'élision de l'o dans on précédé 
d'une voyelle se trouve très fré- 
quemment dans le manuscrit de 
Froissart, conservé à la bibliothèque 
de Valencicnnes. J'en trouve les 
exemples suivants dans l'édition des 
Chroniques de cet historien publiée 
par M. Buchon. 



CHAP. I, ÉLÉMENT LATIN. SECT. V. 



* Puis se disna chascun de ce qu'il put 
avoir, puis sonna V» les trompettes et monta 
'« à cheval, (Froiss. t. III. p. 478.) 

Me laira 'n de soif mourir ? 

(Froiss. I. m, p. «8.) 

A la parole s'accorda *«, 
Et le desjun là destoursa 'n. 

flilem, ibidem.) 

SiSTE, adj. num. ordin. L. de 
Guill. § xvii. Sixième; àesextus. 
SiT, Seit, Sont. (Voir Est.) 
SoLT, L. de Guill. § xni; Solz, 
plur. ihid. § I. Sou; de solidus ou 
soldus, sorte de pièce de monnaie 
servant d'unité monétaire. (Voir 
Lampridius^ dans la Vie d'Alexan- 
dre Sévère.) 

SoN^ adj.poss. masc. sing. Serm. i 
et ii; Suo.N, item, S'^ Eulal. v. 15; 
Sun, item, L. de Guill. dans le 
titre; Soun, item, ihid. §§ xii et 
XXIV ; Sa, adj. poss. fém. sing. 
S'" Eulal. V. 17; L. de Guill. §§ n 
et XLi; Suo, item, Serm. ii; Souue, 
item, S" Eulal. v. 29; Ses, adj. 
poss. plur. L. de Guill. § xviii ; 
Se, item, ihid. §§ xxxiii et xlv. Dé- 
rivés de suus, sua, suum, suos, suas. 
(Voir t. III, p. 17 et 175.) 

Sostendreiet, 3* pers. sing. prés. 
du cond. S'* Eulal. v. 16. Du verbe 
sostenir, soutenir, supporter, en- 
durer; de sustinere. 

SovRE,prép.S'« Eulal. v. 12; Soit, 
item; L. de Guill. § xv; Sur, item, 
ihid. § XVI. Sur; en ital. sovra, en 
esp. sobre, en prov. suhré. Dérivés 
de super. 

Spede, Ste Eulal. v.22; Espé, L. 
de Guill. § XXIV. Épée; de spatha, 
qui était un glaive long et tranchant 
des deux côtés. (Voir le glossaire 
de du Gange.) Spatha vient lui- 
môme du grec cTiâOTi, désignant 



185 

toutes sortes d'objets et d'instruments 
allongés dont les bords sont minces 
et aigus, tels que des espèces d'écail- 
lés longues qui servent d'enveloppe 
à la fleur du palmier; les os des 
côtes; un instrument de tisserand 
propre à serrer les fils du tissus ; une 
spatule, instrument de pharmacien 
et de chirurgien; enfin une épée 
longue et tranchante des deux 
côtés. 

Ménage, à l'article Épée, prétend 
que spatha était un mot celtique; 
mais les preuves qu'il en donne et 
les citations sur lesquelles il s'ap- 
puie sont loin d'être concluantes. 

'St mis pour est par aphérèse, L. 
de Guill. § IV. On lit à la tète d'une 
traduction de la Bible dont le ma- 
nuscrit se trouve à la Bibliothèque 
impériale: « Ço'sfli livres ki primes 
fut nomé. » (Voir, plus haut, l'arti- 
cle Est.) 

Mais a la chambre failli ont ; 

La (chambre) Blanceflor laissent à destre, 

En l'autre entrent qui ^st à senestre. 

{Floire et Blanceflor, ëdit. du Méril, p. 8S.) 

Stanit, 3= pers. sing. prés, de 
l'ind. Serm. n. Du verbe stanir, te- 
nir; dérivé de extenere, dont Ve 
initial a été retranché, comme, il 
l'est ordinairement en italien. On 
trouve dans le glossaire de, du 
Gange le verbe stentari, passif de 
stoitare, fréquentatif de stenere pour 
extenere. De même, extraneus four- 
nit à la basse latinité straneus, stra- 
niiis; à l'italien straniere; à notre 
ancien français strange. (Voir ce 
mot dans Roquefort.) On pourrait 
citer bien d'autres exemples ana- 
logues. 

Le passé défini du verbe stanir sq 



<86 



PREMIÈRE PARTIE. 



retrouve dans la Vio de saint Lé- 
ger, publiée par M. ChampoUion- 
Figeac : 

Didun l'ebisque de Peilieus 

Lui l'comandat ciel reis Lotbiers. . . 

li lo reciut, bien lo nourit, 

Cio fud loDX tiemps ob se lo tting. 

{ Vit de S . Léi/er, tU IT M T.) 

C'est ainsi qu'il faut lire, et non 
pas los ting, comme a fait M. Cham- 
poUion. Los représenterait un plu- 
riel, et il ne s'agit que de saint 
Léger. * 

On trouve le présent stene, en 
ancien italien, dans Poeti del primo 
secolo, t. l, p. 152. Salvini a tort de 
croire que ce soit une aphérèse de 
réstiene; ce mot dérive de extenere, 
comme ses analogues en langue 
d'oïl, et en langue d'oc. 

Stuvçrad, 3« pers. sing. fut. L. 
de Guill. § xxv; Estuverad, item, 
ibid. § xxvii. Du verbe uniperson- 
nel stuveVj estuver, estuer, qui, à la 
troisième personne singulière du 
présent de l'indicatif, fait stiuoet, 
estuvet, estuet, il convient, il sied, 
il est convenable, il est séant, il est 
nécessaire, il faut : 

Or m'estuvrat issi suffrir, 
Lassel quant jeo ne puis mûrir. 

(Morie 4e Franee, t. I, p. 338.}] 

Cl venez pur vus espurgier 
De vos pecliiez e alegier ; 
Barnilment Vestuet cuntenir 
Ou ici Vestuvrat périr. 

{Uem, t. II, p. 440.] 

Vostre cunget, bael sire, si vus plaist, me 
donet; 

En Franee k mon realme m'en estut retur- 
ner. 

( Voyag» dà Ckartemagna à Jim . t. 116.) 

Nous trouvons dans la dernière 
des citations qui précèdent la forme 



estut. Cette forme qui signifiait il 
faut, il convient, il importe , il est 
nécessaire, signifiait également il se 
tint debout, il fut debout; c'était la 
3« personne d'un passé défini. Ce 
mot employé dans ce dernier sens se 
rattache évidemment au latin stare. 
On peut seulement observer que cette 
3« personne n'a point été tirée de la 
3* personne latine correspondante , 
stetit ; elle a été formée irrégulière- 
ment, par une fausse analogie, d'après 
le mode de dérivation de nos passés 
définis, provenus des parfaits latins 
en ui, uis, uit : \AL-uit, val-ut; par- 
uitj par-M^ (Voyez t. III, p. 275.) 

Saiil estul en mi le pople, e sur els tuz 
plus balt parut dei espalde en amant. 
(Livre des Rois, p. 36.) 

Sletit (Saiil) in medio populi, et altiorifuit 
universo populo ab humero et sursum. 
Li emperere s'estut, si l'escultat. 

{Chant, ta Roland, (t. clit.) 

Devant le rel la s'estut Guenelun. 

(Ibid. It. CCLXXIT.) 

Ce passé défini estut, employé 
comme verbe unipersonnel, en vint à 
signifier il fut séant , il fut conve- 
nable, il fut nécessaire, il importa, 
il fallut. 

Par mer folia longement ; 
Maint graut péril, maint grant tourment 
Et maint travail li estut traire ; 
Après lonc tans vint en Ytaire. 

(AaiR. dt Brut, t. 1, p. t.) 

Qui qu'en mangast, Ybers l'estut laistler. 

[Rom. dt RamU dt Cambrai, p. 76.) 

En espagnol et en portugais estar, 
employé également comme verbe 
unipersonnel , a un sens analogue à 
celui que je viens de signaler dans 
le verbe français. De la signification 
être debout qu'avait le latin stare , 



CHAP. I, ÉLÉMENT LATIN. SECT. V. 



187 



on a passé à la signification être 
séant, être convenable, puis à celle 
d'être important, être nécessaire. En 
latin même on trouve illuid melius 
stat, cela est plus séant, plus conve- 
nable. 

La forme estut, qui était primitive- 
ment un passé défini, ainsi que je 
viens de l'établir, fut employée pour 
marquer le présent, comme dans le 
passage du Voyage de Charlemagne 
que j'ai cité ci-dessus. Peut-être 
a-t-on pris un temps pour un autre, 
peu1>-être aussi a-t-on passé du par- 
fait au présent, par une métonymie 
de l'antécédent pour le conséquent, 
ainsi qu'il arrive fréquemment dans 
toutes les langues et particulière- 
ment dans la nôtre. (Voir à cet égard 
t. III, p. 277, et 444, note 2; t. II, 
p. 240.) Quoi qu'il en soit, après que 
estut fut devenu une 3* personne du 
présent de l'indicatif, on partit de 
cette forme pour fabriquer par ana- 
logie un présent de l'infinitif estuer, 
estuoir , T^nis estuver, esfwroîV, par 
l'intcrcalation d'un v, comme dans 
•pleuvoir, de pluere. Cet infinitif une 
fois composé donna naissance à une 
nouvelle 3® personne du présent de 
l'indicatif estuet^ estuvet, et aux 
autres troisièmes personnes des dif- 
férents temps de ce verbe uniperson- 
nel : imparfait, estuoit, estuvoit; 
futur, estuvera; conditionnel, estu- 
veroit, etc. 

Suite, L. de Guill. § v. Substan- 
tif formé du verbe suivre, dérivé de 
sequi. (Voir, plus haut, l'article Per- 
suir.) 

SuLUN, adv. L. de Guill. § xxxviii; 
SuLUC, item, ibid. § xiii. Selon; de 
secundum. (Voir t. III, p. 382.) 



SuMENOUR, L. de Guill. § xlv. 
Huissier, sergent; de suhmonitor, 
celui qui donne des avertissements; 
formé du verbe submonere. La fonc- 
tion de ces officiers de justice con- 
sistait à sommer {submonere) les par- 
ties à comparaître devant le tribu- 
nal. Le titre à'huissier était autrefois 
réservé à ceux de ces officiers qui 
étaient attachés au parlement ; ceux 
des cours inférieures , qui souvent 
usurpaient ce titre, ne devaient por- 
ter que celui de sergent. (Voir Semo- 
neor, avec cette même signification, 
dans les Assises de Jérusalem , t. I, 
p. 338.) 

Surplus, L. de Guill. § ix. Subs- 
tantif composé de la préposition sur 
et de l'adverbe p/ws, dérivés de super 
et de j)lus. 

Sursera, 3* pers. sing. fut. L. de 
Guill. § XLVui. Du verbe surseoir, 
s'abstenir de , omettre, négliger de 
faire. En basse latinité, supersedere 
avait le mêm<î sens ; mais dans la 
bonne latinité, ce verbe ne signifia 
que surseoir, retarder de faire une 
chose. (Voir l'article suivant.) 

Sursise, L. de Guill. § xlviii. Omis- 
sion, manquement de celui qui s'abs- 
tient ou qui néglige de faire ce qu'il 
devrait; en basse latinité supersisa, 
sursisa. (Voir ces mots dans du 
Gange, à la suite de Supersedere.) 
Le substantif sursise est formé du 
verbe surseoir, dont l'origine est in- 
diquée à l'article précédent. 

Sus, adv. S'e Eulal. v. 6. Au- 
dessus, en haut; du latin sus, susum, 
qui se trouvent dans les auteurs 
pour sursum. (Voir t. III, p. 385.) 

Tant, adv. L. de Guill. § vi. De 
tantum. 



188 



PREMIÈRE PARTIE. 



Tanz, adj. indéf. L. de Guill. § xn. 
Quelque nombreux que; dérivé de 
tantus, qui d'une idée de grandeur 
comparative a passé à une idée de 
quantité. (Comparez quanz qui se 
trouve t. III, p. 150.) 

Tel, adj. indéf. L. de Guill. § xxiv. 
De talis. 

Tenent, 3° pers. plur. prés, de 
l'ind. L. de Guill. § xl; Tint, 3« pers. 
sing. passé déf. ibid. dans le titre. 
Du verbe tenir, dérivé de tenere. 

Tens, L. de Guill. § i. Temps; de 
tempus. 

Tendre, L. de Guill. § xxvii. 
Mouvance d'un fief. Les terres d'une 
tenure étaient toutes celles qui dé- 
pendaient d'un même fief, celles que 
tous les vassaiix tenaient à foi et 
hommage du seigneur suzerain du 
fief. Tenure est formé du verbe 
tenir, dérivé de tenere. 

Terme, L. de Guill. §§ iv et xxv. 
De terminus. 

Terre, L. de Guill. titre et§ xxxm. 
De terra. 

Teste, L. de Guill. § iv. Tête; de 
testa, qui signifiait proprement têt 
de pot, tesson, et, par extension, 
beaucoup d'objets convexes d'un 
côté et concaves de l'autre, comme 
l'est un tesson ; il se prenait pour 
coque, coquille, écaille, castagnette, 
carapace de tortue , crâne. Je ne 
donnerai des exemples que de cette 
dernière signification : 

Abjecta in triviis inhumati glabra jacebat 
T«s/ahominis,nadamiaiu cute calvitium. 

(AusoDe, épigr, xvii.) 

Vel in capite testa apareat. . . (Lex Baj- 
wariorum, tit. III, ch. 1 , § 3. 

Plus tard on prit la partie pour le 
tout, et testa ne signifia plus seule- 



ment le crâne, mais la tête elle- 
même. (Voir Testa dans le glossaire 
de du Gange.) En espagnol et en 
portugais, testa ne signifie propre- 
ment que le haut de la tête, la par- 
tie antérieure du crâne, le front; 
pour désigner la tête entière, la 
première de ces langues se sert de 
caheza, et la seconde de cabeça, tous 
deux dérivés de caput. L'italien se 
sert indifféremment de testa et de 
capo, pour signifier tête. 

Testimonie, L. de Guill. §§ vu, 
XLiii et XLiv; Testemonie, Teste- 
moine, ibid. % XLiii; Testimoine, 
ibid. § XVI ; Testimoines, plur. ibid. 
§§ xxv et xxvii. Ces mots sont tous 
dérivés de testimonium; ils signi- 
fient tantôt témoignage, déclaration 
des témoins, preuve qui résulte de 
cette déclaration, tantôt un témoin 
lui-même, comme aux paragraphes 
xxv, xxvu et XLiv . 

Testimonient, 3® pers. plur. prés, 
de l'ind. L. de Guill. § xxv ; Teste- 
MONiET, part, passé passif, ibid. 
§ XLV. Du verbe testimonier , t«s- 
temonier, témoigner, formé du sub- 
stantif testimoine , qui se trouve à 
l'article précédent. 

Tierce, adj. num. ordinal, L. de 
Guill. § XLii. Troisième; de tertius. 

ToLiR. prés, de l'inf. S'« Eulal. 
V. 22; ToiLLE, 3^ pers. sing. impér. 
L. de Guill. § xxxiv. Enlever; de 
tollere. 

ToR, L. de Guill. § x. Taureau ; 
de taurus . 

A la guise dou tor qui s'est combattuz, \ 
cui sa fierté double quant il a esté défoulez 
et gitiez dou fouc (troupeau) des vaches par 
les autres tors. (Chron. de Saint-Denis, dms 
le Recueil des historiens de France, t. XII, 
p. 160.) . 



CHAP. I, ÉLÉMENT LATIN. SECT. V. 



Seinglier, bugle, asne salvaige, 
Tors, dragons et serpant volage... 
Me venoient trop a l'ancontre. 

(Dolopal/ios, p. Î96.) 

Tort, L. de Guill. § xli. En basse 
latinité, tortum. De même que di- 
rectum_, le droit, a été formé de 
l'adjectif directus, droit, qui est en 
ligne droite, de même tortum, son 
opposé, a été fait de l'adjectif tortus, 
tortueux. (Voir, plus haut, l'article 
Droit.) 

TosT, adv. S'^Eulal. v. 19. (Pour 
l'origine latine de cet adverbe, voir 
t. III, p. 321.) 

Trarad, 3* pers. sing. du fut. 
L. de Guill. § xii. Du verbe traer, 
tirer; de trahere. 

Travail, L. de Guill. § xxxii. 
Peine que l'on se donne pour s'ac- 
quitter d'un devoir, pour remplir 
une fonction; travail qui est la con- 
séquence d'une charge, d'un emploi, 
occupation. 

Ce mot a d'abord été employé 
dans un sens que nous lui donnons 
encore lorsque nous nous en ser- 
vons pour désigner un assemblage 
formé de quatre fortes pièces de 
bois, dans lequel on enferme les 
chevaux vicieux, pour gêner leurs 
mouvements pendant qu'on est oc- 
cupé à les ferrer ou à les panser. En 
italien travaglio et en basse latinité 
travallum ont la même significa- 
tion. Ce dernier est pour tràballum, 
formé de trahs. Le français travail 
et l'italien travaglio ont ensuite été 
employés figurément, pour signifier 
ce qui nous cause de la gêne, de 
l'inquiétude, de la souffrance; ils 
ont été pris dans le sens de peine, 
fatigue, souci, chagrin, etc. De 
même, le mot entraves (de in et de 



489 

trabes) ne se disait primitivement 
que de deux morceaux de bois avec 
lesquels on serrait, au moyen d'une 
courroie, les jambes des chevaux 
pour les empêcher de marcher; en- 
suite, cô niot s'est pris au figuré 
dans un sens général pour des em- 
pêchements, des obstacles. Gêne est 
encore un mot dont la signification 
a subi des transformations analo- 
gues, ainsi qu'on peut le voir t. II, 
p. 250 et 231 . Des substantifs gêne, 
entraves, travail, nous avons fait 
les verbes gêner, entraver, travailler. 
Voyez ce dernier à l'article suivant. 
Un messager nommé Brien vient 
annoncer à Henri II, roi d'Angle- 
terre, la prise du roi d'Ecosse avec 
lequel il était en guerre. Brien ex- 
pose au prince qu'il a couru pendant 
quatre jours, presque sans dormir, 
boire ni manger, afin d'être le pre- 
mier à lui apprendre cette bonne 
nouvelle. Henri prend un petit bâ- 
ton, le tend au messager en signe 
d'investiture et lui fait don de dix 
livrées de terre pour son travail, 
c'est-à-dire pour la peine qu'il a 
prise. 

« Ne n'ai guaires dormi quatre jours snnt 
passez, 

Ne mangié ne beu, si suis mult afamez; 

Mes, la vostre merci, gueredun m'en ren- 
dez. » 

Et respundi li reis : « Mar vas en dutercz; 

Si vus veir m'avez dit, riches estes asez... » 

Il ad saisi un bastuncel, a Brien l'ad tendu. 

Dis livrées de sa terre pur le travail qu'ot eu. 

(CAron. de Jordan Faniotme, p. 610 et Cil.) 

Senz fin, sanz merci e sanz paiz, 
Fut-it le jor botez et mis, 
E del tôt, fors de paradis, 
Mortaus, a toz mundains iravaizy 
Seu {sic) repos aveir e sanz paiz. 

[Chnn. du duct dt Korm., t. II. p. SS5.) 



490 



PREMIÈRE PARTIE. 



Dès ore coœencent les enjanz, 
E les Iravais, e les ahani 
Que il firent par félonie 
Al duc Richart de Normendie. 

(Uid, t. 1, p. SIS.) 

Monlt me sanle que cou soit gas 
Que vos dras vendes en détail, 
D'autre mercié avés travail. 

(Flore elBIanceflor, idU. Bekker, t. II Jl) 

Enfin, travail passa du sens gé- 
néral de peine, fatigue au sens par- 
ticulier de peine, fatigue que l'on se 
donne pour arriver à un but, pour 
faire quelque chose^ pour exécuter 
un ouvrage, accomplir un projet, 
remplir un devoir, etc. 

Travailler, prés, de l'inf. L. de 
Guill. § XXXIII. Causer de la peine, 
tourmenter, tracasser, inquiéter, 
vexer. Ce verbe vient du substantif 
travail et sa signification a suivi les 
variations du sens figuré de son 
primitif. (Voyez travail, à l'article 
précédent.) L'acception première de 
travailler est celle que nous offre ce 
mot dans les Lois de Guillaume le 
Conquérant. Les plus anciens monu- 
ments de notre langue nous fournis- 
sent de fréquents exemples de ce 
verbe employé dans cette signifi- 
cation. 

Od tei serrai, e édifierai a tan oes mai- 
sun de lealted, cl cum lis a David ; e Israël 
te liverai ; e le lignage David travaillerai. 
(Livre des Rois, p. 280.) 

Ero tecum, et œdi/icabo tibi domum fule- 
iem, quomodo œdificavi David domum; et 
tradam tibi Israël; c/affligara semen David. 

E tuz ces li furent en angoisse, et ces qui 
furent traveillez pur dette qu'ils durent, e 
ki furent en amertume de lur curage, s'a- 
semblercnt od David, e firent le lur prince. 
{Livre des Rois , p. 85.) 

Et convenerunt ad eum omnes qui erant 
in angustio constitutif et oppressi œre alié- 



na, et amaro anima ; et foetus est eorum 
princeps. 

Agag, maint home as travillii^ 
Maint home ocis et essillié; 
Tu as mainte ame de cors traite 
Et mainte mère triste faite. 

(Rom. de Brut, t. 1, p. ST7.) 

On se servait du verbe pronomi- 
nal se travailler pour se donner de 
la peine, se peiner, s'efforcer : 

Mais li prelait, ce sunt cil ki cns neis, 
dexendent en la meir, et ki eu maintes 
awes se travaillent. (S. Bern. p. 569.) 

Aujourd'hui encore nous em- 
ployons travailler a-vec son ancienne 
signification de tourmenter, causer 
de la peine, de l'inquiétude : la fièvre 
le travaille cruellement ^ le soupçon 
et la jalousie le travaillent. La Fon- 
taine s'est servi de se travailler pour 
s'efforcer avec peine j dans la fable m 
du livre I : 

Elle, qui H'étoit pas grosse en tout comme 

un œuf. 
Envieuse, s'étend, et s'enfle et se travaille 
Pour égaler l'animal en grosseur. 

Enfin le verbe pronominal se tra- 
vailler devint verbe neutre, comme 
firent se partir, se combattre, etc., 
pour lesquels on dit aujourd'hui 
partir, combattre; (Voir t. III, 
p. 490.) mais, en devenant neutre, 
travailler reçut encore une légère 
modification dans sa signification. 
Il ne s'employa plus pour se donner 
de la peine^ s'efforcer en général, 
mais pour se donner de la peine, 
s'efforcer dans le but de faire quel- 
que chose, d'exécuter un ouvrage, 
d'accomplir un projet. 

Treis, adj. num. L. de Guill. 
§ vu; Très, item. ibid.^xuv.TTois, 
du latin très. 



CHAP. I, ÉLÉMENT LATIN. SECT. V. 



Trente, adj. num. L. de Guill. 
§ XVII. De trigenta. 

Trespassent, 3^ pers. plur. prés. 
de l'ind. L. de Guill. § xxxvi. Du 
verbe trespasser, passer outre, tra- 
verser, passer ; dérivé de trans et de 
passus. 

vos, trestuit li trépasses, 
Esgardez-moi et si pansez 
Se nule dolors est si grans 
Qui a la mole soit samblans. 

{Dtlcpaihti, p.40S.) 

Ces vers sont une traduction du 
verset 1 2 du chapitre i des Lamen- 
tations de Jérémie: Vos omnes qui 
transitis per viam, considerate et 
videte si est dolor sicut dolor meitë. 
(Voir au sujet de trépasser, t. II, 
p. 314.) 

Tresqtje, L. de Guill. § vi. Jus- 
que ; dérivé de trans usqae, comme 
presqm dérive de prope quod. (Voir 
Jusque, t. III, p. 370-372. 

Caries li reis, nostrc emperere magne, 
Set anz tuz pleins ad ested en Espaigne, 
Tresqu'en la mer cunquist la tere altaigne. 

{Cha»i. de Roi. it. I.) 

Tresque à forme une locution pré- 
positive signifiant jusqu'à. 

Treveure, L. de Guill. § vii. 
Trouvaille, chose trouvée; substan- 
tif formé du verbe trever, trouver. 
(Pour l'étymologie, voir Trouver 
parmi les mots d'origine germani- 
que, ch. III, sect. II.) 

Trdver, prés, de l'inf. L. de Guill. 
§ rv; Trover, item, ibid. § xxv; 
Truitet^ 3" pers. sing. prés, de 
l'ind. ibid. § xxxvii; Truverat^ 
3« pers. sing. fut. ibid. § vi ; Truse, 
3" pers. sing. prés, du subj. ibid. 
§ XLv; Troise, iterrij ibid. § vu. 
Trouver. (Pour l'étymologie de ce 



491 

verbe, voir Trouver, parmi les mots 
d'origine germanique, ch. m, sect. ii.) 

TuiT, S'» Eulal.v. 26; Tut, L. de 
Guill. dans le titre etpassim; Tote, 
L. de Guill. § xii. Tout, toute ; de 
totus, tota. 

U, conj. L. de Guill. §§ i, ii, etc. 
Ou; de aut. (Voir t. III^p. 399.) 

Uele. (Voir Uwel.) 

Ule, adj. indéf. fém. Ste Eulal. 
v. 9. Le masculin était uîSj aucun; 
de ullus. 

Ultre, prép. L. de Guill. § xlvi. 
Outre ; de ultra. 

Um, Un, pron. indéf. (Voir Om.) 

Un, adj, num. L. de Guill. § iv; 
Une, fém. ibid. § iv. De unus, una. 

Un, adj. indéf. masc. L. de Guill. 
§ xxxix; Une, item, fém. Sie Eulal. 
V. 22; Ens, masc. plur. L. de Guill. 
§ XXXIX. De unus. La forme en, ens 
pour un, uns se trouve plus d'une 
fois dans les anciens manuscrits en 
langue d'oïl. Roquefort ne fait men- 
tion^ dans son glossaire, que du fé- 
minin enne, une ; c'est une omission 
entre mille autres. 

En niefs (neveu) aveit Othes li reis, 
Chevaliers proz, sage e corteis; 
Mnlt par aveit d'armes grant pris. 
Son non ne sai n'escrit ne l'truis. 

(CAron. dei ductde Norm. t. II, p. 108.) 

La traduction latine des lois de 
Guillaume, publiée par M. Palgrave, 
rend la fin du paragraphe xxxix par : 
« Quia res inter alios judicata aliis 
non prejudicat, praesertim sipraesen- 
tes non fuerunt. » 

Uncore, adv. L. de Guill. § xlv. 
Encore; dérivé de hanc horam ; sous- 
entendu ad. En ital. ancora; en 
prov. encara. (Voir t. III, p. 303.) 

Ungle, L.de Guill. § xiii. Ongle; 



<92 



PREiMIÈRE PARTIE. 



de unguicula, diminutif de imguis. 

Ure, L. de Guill. § iv. Heure ; de 
hora. 

Utlage, L. de Guill. § l. Qui est 
.,mis hors la loi^ proscrit. (Voir ce 
mot parmi ceux qui sont d'origine 
germanique, ch. iii^ sect. ii.) 

UwEL, L. de Guill. §xxxvi; Uele, 
fémin. ibid. § xxv. Égal, pareil, 
équitable, impartial, juste ; de œqua- 
lis. On a écrit equal^ egal,ewal, eval, 
ivel, ewelj v,wel, uvel, uveal, par la 
faculté qu'avaient le g, le w etle i; de 
se remplacer mutuellement dans notre 
ancienne langue. JJwel donna, par 
syncope, uel, oel, qui avaient la 
même signification. 

Or demande l'en se aucuns a parenz de 
deus paroiz (de deux côtés), et il conquiert 
mobles et teneures, qu'en sera? Et l'en 
dit que 11 plus près aura tôt ; et s'il sont 
ivel de deux paroiz, iveemenl prendront. 
(Livre de Jostke, p. 237.) 

Ne n'est dons tes pères Deus a cuy tu es 
ewals? (Serm. de S. Bernard, p. 551 .) 

Il prisl la forme del serf, qui en la forme 
de Deu estait uveals al peire. (Ibid. p. 535.) 

Portes larges e halles furent faites de 
quatre partz des murs e quatre cenz aines 
out de hait li uns, e cist murs iiant muntad 
que uels fud al fundement ù li temples le- 
vad. {Livre des Rois, p. 251.) 

Columpnes de cèdre quarante-ciuc riches 
e haltes fist doler, e de lune celé maisun 

a treis ordres lever e ueles furent 

de tules parz; e un porche i fist a colump- 
nes. (Livre des Rois, p. 266 ) 

M. Leroux de Lincy a eu tort 
d'écrire weals au lieu de uveals dans 
le texte de saint Bernard, p. 535, et 
vêles au lieu de ueles dans le livre des 
Rois, p. 266. La syncope uel, uele 
est l'analogue de oel, oele, dont on 
trouve plus d'un exemple. 



Treis parties i asignerent, 
Dunt la primere Asye apelerctit, 
Affrike, Europe. . . 
Ne sont pas oels a estrus, 
Qu'autant tient l'une cum les dous, 
Que Asye prent Son commencement 
Des Midi tresqu'en Orientj 
Entièrement terre e marine. 
En en Septemtrien s'aûne. . . 

(CAroM. detduii de Korm. t. I, p. 10.) 

JJwel, uvel, ivel, uel, etc., ne si- 
gnifient pas seulement égal, mais 
encore équitable, impartial. En latin 
œquus a également les deux accep- 
tions. Etre équitable , impartial , 
c'est être juste d'une manière égale 
pour chacun, tenir la balance égale, 
ne faire acception de personne. C'est 
dans ce sens que Racine a dit en 
parlant de Dieu qu'il juge tous les 
mortels avec d'égales lois. (Esther, 
acte III, se. IV.) 

Droiz est apelez en plnisors menieres 
(sic) : en une manière (sic) que l'en dit que 
droiz est boue chose et ivel, si comme est 
droiz naturel. (Livre de Jostîce, p. 3.) 

c( Mettre l'aveir en uele main, » 
(L. de Guill. § xxv) signifie littérale- 
ment mettre le bétail en main équi- 
table, c'est-à-dire dans les mains 
d'une personne équitable, le mettre 
entre bonnes mains. En basse lati- 
nité œqua mams avait le même sens 
que uele main en langue d'oïl. Une 
charte anglaise de 1301 nous offre 
le passage suivant, dans lequel il est 
question d'un homme servant de 
caution à un autre : « Ita videlicet 
quod nisi illas (marcas) redderet in 
festo Nativitatis S. JohannisB. anno 
supradicto, quod D. Willelmus de 
Betonya cui illa quieta cl amatio cre- 
debatur custodienda in œqua manu, 
dicto Nicholao vel suo certo attornato 



CHAP. I, ÉLÉMENT LATIN. SECT. V. 



m 



iiberaret. » (Madox, Formulare an- 
glicanum^'p.lO.) 

Vaches, L. de Guill. § vi. Pluriel 
de vache^ de vacca. 

Vailaunce, L. de Guill. § xlviii. 
Vigueur, force^robusticité; dérivé du 
latin barbare valentina formé du 
verbe valere. (Voir Valentina dans le 
glossaire de du Gange et Vaiance 
dans celui de Roquefort.) 

Celui qui rencontrait un voleur 
et ne tâchait point de l'arrêter était 
passible d'une amende plus forte, si 
le voleur était faible et peu redoutable^ 
que s'il était robuste et vigoureux, 
attendu qu'il y avait moins de dan- 
ger à tenter de s'emparer de lui dans 
le premier cas que dans le second. 
Tel est le sens du commencement 
du paragraphe xlviii des lois de 
Guillaume. 

Vailaunt, L. de Guill. § xvni; 
Vailant, ibid. Qui vaut, valant. 
Vailiant, ibid. § xliii. La valeur, le 
bien valant, le vaillant. Adjectif et 
substantif formés du verbe valoir, 
dérivé de valere. 

L'eJnpereres les flst herbergier d'une part 
et bien garder, si que puis n'en perdirent 
vaillant un denier de chose qu'il eussent. 
(Villehardouin, édit. de M. Paris, clxvi.) 

Les gens d'église et bourgois de la ville 
ont tout leur vaillant et revenu en Hainaut 
et en Flandres (Ph. de Comines, liv. t, 
chap. XIV.) 

Vavasour, L. de Guill. § xxiv. 
Vavasseur. Les feudataires qu'on 
nommait vavasseurs étaient d'ar- 
rière-vassaux, c'est-à-dire les vas- 
saux des vassaux du roi ou d'un 
autre éeigneur suzerain; en basse 
latinité vavassores; mot syncopé 
formé de deux autres^ vassi vas- 



sorum, vassaux des vassaux. (Voir 
Vassal parmi les mots d'origine 
celtique, ch. n, sect. ii.) 

Vindrent si plus riche chasé, 

Li baron et li vavasor 

E li plus puissant del honor. 

(Chron. des ducs de Norm,, t. \l, p. 165.) 

Veant, part. prés, actif; L. de 
Guill. § xxvm. Un verbe veeir,veoir, 
voir; dérivé àevidere. 

Vedue, L. de Guill. § ix. Veuve; 
de vidua. 

Veie^ L. de Guill. § xii; Fiée, 
ibid. |§ XVII, xLii ; Feiz, Faiz^ ibid. 
§ XLIII ; Foiz, ibid. §§ xlii, xl. Fois. 
Les Espagnols disent dos veces, 
deux fois; très veces, trois fois; 
muchas veces, plusieurs fois, etc. 
Ces mots dérivent de vices, que les 
Latins employaient à peu près dans 
le même sens que nous employons 
le mot fois, c'est-à-dire pour mar- 
quer la succession des faits, le retour 
des choses. (Voir t. III, p. 314 et 
315.) 

Veintre, prés, de l'inf. S'° Eulal. 
v. 3. Vaincre. Veintre potir veincre 
se trouve très fréquemment employé 
dans les auteurs du xii« siècle. 

A veintre tnz iceus lui duinst force et vigur 
Ki sunt encontre lui pur lui tolir s'onur. 

( Chron, de Jord, Fantasme, p. 580.) 

Mes il ad Danne-Deu requiz 
Que veintre puise ces enemiz. 

( Vie de S. Thom. de Canl., p. 479.) 

Pur orgoillos veintre e esmaier, 
E pur prozdomes tenir e cuuseiller, 
E pur gluton veintre e esmaier. 
En nule tere n'ad meillor chevaler. 

(C/Mitt. i^ Roland, •!. CLXI, T. II.) 

On peut voir d'autres exemples 
dans ce même ouvrage, st. xcn , v. 
21, et st. LVi, v. 11 ; dans le ÏAvre 



I* 



19 



494 



PREMIÈRE PARTIE. 



des Rois, p. 13 ; dans les Chroniques 
anglo-normandes, t. I, p. 71 ; dans 
la Chronique des ducs de Normandie, 
t. I, p. 97,231,294; t. II, p. 539 
et passim. 

De viNCERE on fit veintre, comme 
de FLACCERE flétrir, de carcer, char- 
trCj de PASCERE, paistre, paître , de 
CRESCERE, croistrej croître. 

Veisined, L. de Guill. § vu ; Vis- 
NED, ibid. § XXV. En basse latinité 
vicinetum, visnetum, vicinitas, voi- 
sinage. Substantifs formés de l'ad- 
jectif vicinus. Dans les coutumes 
anglo-normandes , ces mots se pre- 
naient pour la réunion de tous les 
voisins compris dans une certaine cir- 
conscription, et pour cette circons- 
cription elle-même. Ces voisins sont 
appelés tesmoins voisinaux dans les 
coutumes de Tours et dans celles de 
Loudun. Le témoignage des hommes 
du voisinage était invoqué dans cer- 
taines affaires douteuses où ils pou- 
vaient avoir connaissance de la vé- 
rité. Dans ce cas, les juges devaient 
prononcer leur sentence d'après leur 
verdict (veredictum). (Voir, dans le 
glossaire de du Cange, Vicinetum à 
la suite de l'article Vidnus, 

Yenir, prés, de l'inf . S'* Eulal. v. 
28; L. de Guill. §§ i, iv; Vent, 3« 
pers. sing. prés, de l'ind. ibid. 
§ xxxiii; Veinged, 3^ pers. sing. prés. 
du subj. ibid. § vi; Yienge, item, 
ibid. % V. Dérivés de venire. 

Ver,L. de Guill. § x. Verrat, porc 
entier; de verres. 

Nnle beste qui n'est sur année ne doit 
néant de tonlieu, soit pourcel, ver ou truie. 
(Livre des mêliers, p. 317.) 

Dans la Chanson de Roland, ver 



signifie un porc sauvage, un san- 
glier. 

El destre bras H mors un vers si mais ; 
De vers Ardene vit venir un ieupart... 
La destre oreille al premer ver trenchat, 
Ireement se cumbat al lepart. 

{chant, de Roland, st. lti.) 

Vers, prép. L. de Guill. §§ m, 
XIV. De versus. 

Vescunte, L. de Guill. § m. Vi- 
comte , en basse latinité vicecomes, 
vicecomitis. Dans l'origine, le vi- 
comte était celui qui, en l'absence 
du comte, tenait sa place et remplis- 
sait ses fonctions; qui vive comitis 
fungebatur. 

Vi , adv. Serm. ii. Y; en italien, 
ivi, vij de ibi. Il est à remarquer que 
ubi a subi, dans les deux langues 
néo-latines^ des transformations ana- 
logues à celles de ibi ; italien ove ; 
langue d'oïl ii, où. 

On doit lire : « Si io retumar non 
Vint pois, ne io ne neuls cuieo re- 
tumar int pois, in nulla adjudha 
contra Lodhuwig nun li vi et. » Dans 
cette phrase, l'adverbe vi joue un 
rôle analogue à l'adverbe int; l'un 
et l'autre se rapportent au même 
substantif sous-entendu, et, dès que 
l'un des deux adverbes était exprimé, 
l'autre devait l'être également. La 
traduction littérale est : 

« Si je ne puis Yen {de ce dessein) 
détourner , ni moi ni aucun que je 
puis en (de ce dessein) détourner, ne 
Yy {en ce dessein) serai en aucune 
aide contre Ludhwig. » 

Au lieu de vi on pourrait lire iv; 
mais cette dernière forme ne serait 
point conforme au génie de notre 
prononciation, car le français n'a pas 
de mot terminé en v. De ibi on for- 



CHAP. !, ÉLÉJVCENT LATIN. SECT. V. 



495 



ma vi par aphérèse, comme de il- 

LUM, ILLAM, ILLOS, ILLI, ILLORUM, On 

fit lo et ÏCj la, les, li et lui, leur; de 
ORYSA, m; de adamas, adamantis, 
diamant, etc. En langue d'oc, en an- 
cien espagnol et en ancien portugais, 
on trouve la forme M, dont l'aspirée 
initiale semble rappeler une autre 
aspirée, unt) primitif. (Voir M. Diez, 
Grammatik der Romanischen spra- 
chen, t. II, p. 387, et M.Raynouard, 
Grammaire comparée des langues de 
l'Europe latine, p. 341.) Je revien- 
drai avec plus de détails sur l'origine 
de ce mot dans le tome III, p. 323 
et 324. 

Vie, L. de Guill. § i, xli. De vita. 

ViESCEz, 2^ pers. plur. prés, de 
l'ind. L. de Guill. § xxxviii. Du verbe 
viescer , inquiéter, poursuivre en 
justice; de vexare. 

Vif, L. de Guill. § xxv. De vivus. 

Vilain, L. de Guill. § viii. En 
basse latinité vilanus, formé de 
villa, comme rusticus, rustre, de 
rus, et pagensis, paysan, de pagus. 
On appela d'abord villani, les co- 
lons, les cultivateurs, et l'on appli- 
qua ensuite la même dénomination 
à tous les gens qui étaient de con- 
dition inférieure, à tous les rotu- 
riers. (Voir t. II, p. 235.) 

Ville, L. de Guill. § xliii. Habi- 
tation à la campagne, réunion de 
maisons ordinairement peu considé- 
rable, et qui n'était pas entourée 
d'un mur d'enceinte, hameau, vil- 
lage; de villa. 

Bergier de ville champestre 

Pestre 
Ses aignoiax menot, 

Et n'ot 
Fors un sien chienet en destre. 

(Pattourdle ini^ré» dsDi le Tbâitre frantaii on mofOD 
âge, p. 3g, roi. 1.) 



En fuie tournent sanz atente 
Vers les autres viles champestres, 
Et guerpissent huis et fenestres. 

{Branches des royaux lignages, t. II, p. 335). 

Les beschecleux ou fevres de Truancourt, 
qui est une autre ville des religieux de 
Beaulieu en Argonne. (Arcli. de l'Empire^ 
Trésor des chartes, reg. 115, charte 142.) 

Par Rie une ville passent, 
Al temske li soleil levout; 
Hubert de Rie ert a sa porte 
Entre li mostier e sa mote; 
Willame vit desaturné 
E sun cheval tuit lassé. 

illom. de Rou., v. 8895.) 

Ville est opposé à burt (bourg) 
dans le paragraphe xliii. La ville 
n'était qu'un hameau, un village 
dépourvu de tout moyen de défense. 
Le bourg était une réunion de mai- 
sons généralement plus considérable 
que la ville ; il était défendu par un 
château ou un mur d'enceinte, et, le 
plus souvent, par l'un et par l'autre. 
(Voir ci-dessus l'article Burgeis, 
ainsi que Bourg, parmi les mots 
d'origine germanique, ch. m, sect. ii.) 
La fable X de Marie de France a 
pour titre : De deus suris, l'une 
bourgoise et l'altre vileine (t. II, 
p. 90). C'est la fable intitulée dans 
Romulus : Mu^ urbanus et rustims. 
La Fontaine a traduit : Le rat de 
ville et le rat des champs. 

A Ceresie funda maison 
Et mustier de religion ; 
Moignes i posa et abé. 
Bures e villes lur a doné. 

{Rom. de Rou, T. 7536.) 

Tant ont le pays paralé 
Qu'en un tertre sont aresté; 
En som ont un castelet fet, 
Onques n*i ot eu recet, 
Ne borcy ne vile, ne maison. 

(Roman de Brtit., t. I, p. W.) 



496 



PREMIÈRE PARTIE. 



On appela également tille l'en- 
semble des villages ou hameaux qui 
se groupaient autour de la cité, et 
qui en formaient ce que nous appe- 
lons aujourd'hui les faubourgs. La 
cité était la partie centrale dans la- 
quelle se trouvait la métropole. Phi- 
lippe de Comines dit en parlant d' Ar- 
ras : « Car^ lors y avait murailles et 
fossez entre \3i.ville et la. cité, et por- 
tes fermans contre la dicte cité, et 
maintenant est a l'opposite, car la 
dté ferme contre la \ille. » (Liv. V, 
ch. XV.). Ces faubourgs, augmen- 
tant continuellement d'étendue et 
d'importance, resserrèrent la cité de 
tous les côtés et finirent par l'étouf- 
fer entre les murailles qui gênaient 
son développement. Alors l'acces- 
soire étant devenu le principal, on 
appela ville l'ensemble formé par la 
ville proprement dite et par la dté. 
Tel est l'historique des acceptions 
que revêtit successivement un mot 
auquel nous donnons aujourd'hui 
une signification si difi'érente de celle 
de son primitif. Le mot boulevard a 
également passé d'un sens à un autre 
d'une manière à peu près semblable. 
(Voyez ce mot parmi ceux qui sont 
d'origine germanique, chap. m, 
sect. II.) 

Vint, adj. num.L. deGuill. § ivj 
ViNz, item, ibid. § m. Vingt; de 
vigenti. 

ViRGiNiTET, S'* Eulal. V. 17. Vir- 
ginité; de virginitas, virginitatis. 

Ce passage de la cantilène doit 
s'interpréter ainsi : « Plutôt que 
d'abandonner sa foi, Eulalie préfére- 
rait endurer les tortures, et même 
perdre sa virginité. » L'auteur fait 
ici allusion à l'abominable coutume 



de faire déflorer par le bourreau les 
vierges chrétiennes avant de leur 
faire subir le martyre. Les exemples 
de pareils attentats n'étaient que 
trop fréquents ; sainte Agnès, sainte 
Théodore et bien d'autres aimèrent 
mieux perdre leur virginité que de 
renoncer au christianisme. Sainte 
Eulalie en eût sans doute fait autant 
si on l'eût mise à pareille épreuve. 

Vis, L. de Guill. § XII. Visage; de 
visus,v\ie. Le visage est la partie du 
corps humain qui s'offre principale- 
ment à notre vue, celle qui se mon- 
tre à découvert. C'est ainsi que nous 
appelons vue la partie d'un paysage 
sur lequel nos regards peuvent s'é- 
tendre. 

ViST, 3^ pers. sing. prés, de l'ind. 
L. de Guill. § xlv. Du verbe vivre , 
dérivé de vivere. 

VocHERAD, 3® pers. sing. fut. L. de 
Guill. § XXV. Du verbe vocher, appe- 
ler en justice^ en témoignage, assi- 
gner; de vocare. 

VoEST, 3* pers. sing. de l'impér. 
L. de Guill. § xliii. Du verbe voer, 
appeler en justice, en témoignage, 
citer devant les tribunaux, assigner; 
de vocare. 

Qui euffre a prover par garenz, et il les 
voe où reiaume ou ri est, il a quinze jors 
de respit. (Asî. de JéruSi 1. 1, p. 123.) 

Vol, Serm. i. Volonté, vouloir. 
Substantif formé du verbe voleir, 
voloir, vouloir, dérivé de vola. 

VoLAT, Supers, sing. prés. de l'ind. 
S" Eulal. V. 25. Du verbe voler, dé- 
rivé de volare. 

Volt, 3* pers. sing. prés, de l'ind. 
S'« Eulal. V. 24. L. de Guill. §§xxvn^ 
XLv; VoLDRAD, 3' pers. sing. fut. 
ibid. § XXV ; Voldret^ 3* pers, sing. 



CHAP. I, ÉLÉMENT LATIN. SECT. VL 



d'un temps passé aujourd'hui inusi- 
té, S'* Eulal. V. 21 ; Voldrent, 3« 
pers. plur. du même temps, ibid. 
V. 3, 4; VoiLLE, 3* pers. sing. du 
présent du subj. L. deGuill. § xxviu; 
VoLGE, item, ibid. § xxv. Du verbe 
voleir, valoir, vouloir, dérivé de 
volo. 

Vos, adj. poss. delà 2* pers. plur. 
L. de Guill. § xxxviii. (Voir, pour 
l'origine latine de cet adjectif, le 
tome III, p. 181-184.) 

Wage, L. de Guill. §§ vi, vii, etc. 
Gage. (Voir celui-ci parmi les mots 
d'origine germanique , chap. m , 
sect. II.) 

W^AiTER, prés, de l'inf. L. de Guill. 
§ XXXII. Guetter. (Voir Guet, parmi 
les mots d'origine germanique, ch. 
m, sect. II.) 

Warant. (Vmr Garant ci-dessus.) 

Ward, S" pers. sing. prés, du 
subj. L. de Guill. § xli. Du verbe 
warder garder, se garder de. (Voir 
Garder parmi les mots d'origine 
germanique, ch. m, sect. ii.) 

Wardireue, L. de Guill. § xxxii. 
Officier auquel était confiée l'inspec- 
tion des chemins et des hommes 



<97 

chargés de veiller à ce que les trou- 
peaux n'allassent pas ravager la 
campagne. Il devait y avoir un garde 
pour chaque hide, et un wardireue 
ou inspecteur pour trente /izdes. L'an- 
cienne traduction latine des Lois de 
Guillaume, publiée par M. Palgrave, 
rend ce mot par prepositus msto- 
dum ; elle donne pour titre à ce pa- 
ragraphe ; De viarum custodibus. 
Wardireue est composé du verbe 
warder j garder, et de reue, chemin, 
route. (Pourl'étymologie de warder, 
voir garder parmi les mots d'origine 
germanique, ch. m, sect. xi; et pour 
l'étymologie de reue, voir rue, et 
route parmi les mots d'origine cel- 
tique, ch. 11, sect. II.) 

"Were, mot anglo-saxon. Voir les 
Lois de Guillaume, p. 403, note 6.) 

Westsexenalae, mot anglo-saxon. 
(Voir les Lois de Guillaume, p. 98, 
note 3.) 

Yglise, L. de Guill. § i. Église; 
de ecdesia, qui a été fait du grec 
ixytlf\aia, assemblée, réunion des fi- 
dèles, église; dérivé de ixxaXIw, 
appeler à , convoquer. 



VL 

STATISTIQUE DES MOTS CONTENUS DANS LES TROIS MONUMENTS ANTÉRIEURS 
AU XII* SIÈCLE, d'après LES LANGUES AUXQUELLES CES MOTS DOIVENT 
LEUR ORIGINE. 

Les trois monuments en langue d'oïl antérieurs au iii« siècle 
renfermant 671 mots, en ayant égard au nombreuses répéti- 
tions qui s'y trouvent, et en ne comptant que pour un cliacun 
des mots qui se représentent plusieurs fois. Sur ces 671 mots, 
619 proviennent du latin, 7 du celtique et 32 du germanique. 
En outre, il s'en trouve 12 d'origine grecque et un d'origine 



498 PREMIÈRE PARTIE, 

syriaque; mais ces 1 3 mots pourraient, à la rigueur, être con- 
sidérés comme de provenance latine ; car ils ne nous sont venus 
directement ni de la Grèce ni de la Syrie ; ce n'est qu'en 
passant par Rome qu'ils sont arrivés dans le latin rustique de 
la Gaule, et de là dans la langue d'oïh 

Les dérivés celtiques sont : besche^ ceper (geôlier), chemhiy 
cotper (coupev) , folie, launce^ (lance) et reue (route), qui entre 
dans la composition de wardireue, garde préposé à la surveil- 
lance des routes. 

Les dérivés germaniques sont : aweit (aguet), baron, burgeis 
(habitant d'un bourg), burt (bourg), besun (besoin), esckuir 
Cesquiver),yzM (fmi), franc, franchise, freceis (français), gainur 
(cultivateur), garant, gros, haur^ francune), haubert, hange 
(haine), haume (heaume), marc, mes, particule inséparable 
entrant dans le composé mes faire, murdre (meurtre), nam (gage) 
piège (caution), plévir (cautionner), roberie (vol), treveure 
(chose trouvée), ^ruver (trouver)?, utlage (proscrit), l'avasseur, 
wage (gage), waiter (guetter), warder (garder). 

Les mots d'origine grecque sont : arcevesqe (archevêque) 
blasmet {hlàmé, accusé), Christian (chrétien), diavle (diable), 
evesgue (évêque), evesqué (évêché), muster (monastère, église), 
orphanin (orphelin), paroisse, parole, spède {épée),yglise (église). 

Le mot d'origine syriaque est abbeie (abbaye). 

Si l'on en juge d'après ces textes, les mots dérivés du ger- 
manique ne formaient qu'un quinzième de notre langue dans 
la première période de son développement, et les dérivés du 
celtique n'y figuraient que pour à peu près un quatre-vingt- 
deuxième ; le reste était de provenance latine. Il est bien en- 
tendu que je ne donne ces calculs que sous toute réserve, et 
comme une simple approximation. Pour établir des propor- 
tions exactes entre les mots provenus de chacune des trois 



CHAP. I, ÉLÉMENT LATIN. SECT. VL 199 

langues qui ont formé notre vocabulaire primitif, il ne fau- 
drait rien moins que posséder ce vocabulaire en entier, et 
avoir une connaissance complète de celui des Latins, de celui 
des Celtes et de celui des Germains ; il faudrait enfin pouvoir 
rapporter d'une manière certaine à l'une de ces trois sour- 
ces chacun des mots que possédait notre idiome à l'époque de 
ses débuts. 

Parmi les trente-deux mots d'origine germanique qui se 
trouvent dans les monuments antérieurs au xiV siècle, plu- 
sieurs ont des primitifs qui leur sont communs, plusieurs 
même dérivent les uns des autres ; ce sont les mots suivants : 
i'^ waiter, aweit ; 2° burt^ burgeis; Z^ franc, franchise^ freceis ; 
4° hauVj hange; 5° piège yplevir; 6° truver, treveure. En ne pre- 
nant que les mots provenus d'un primitif particulier différent 
detoutautre primitif dont dérive un mot quelconque de la mê- 
me catégorie, et en ne comptant que pour un les divers mots 
auxquels on doit assigner un primitif commun, les trente-deux 
dérivés germaniques se trouveront, par cela seul, réduits au 
nombre de vingt-cinq. Maintenant, si l'on compare ce nombre 
à celui de la liste des dérivés celtiques, dont chacun a un 
primitif particulier différent, on trouvera que ces derniers 
sont relativement aux premiers dans une proportion qui est à 
peu près d'un tiers et demi. Ces données sont presque les 
mêmes que celles qui sont fournies par les deux chapitres sui- 
vants. En effet, les mots français racine dont l'origine est cons- 
tatée dans ces deux chapitres sont au nombre de 1 1 10 ; sur ce 
nombre 832 proviennent du germanique, 241 proviennent du 
celtique, et 37, se trouvant à la fois dans plusieurs idiomes 
germaniques et dans plusieurs idiomes celtiques, peuvent, par 
cette considération, être attribués ou à la langue des Francs 
ou à celle des Gaulois. 



SOO PREMIÈRE PARTIE. 

CHAPITRE II. 

ÉLÉMENT CELTIQUE. 



OBSERVATIONS CONCERNANT LA MARCHE SUIVIE DANS LES RECHERCHES 
QUI FONT l'objet DE CE CHAPITRE. 

Les ouvrages publiés dans le siècle dernier par Pézeron , 
Bullet, le Brigaut et autres celiomanes^ ont été l'objet d'une 
juste défiance de la part des savants leurs contemporains, et 
sont encore aujourd'hui la cause d'un certain discrédit dans 
lequel sont tombées les études celtiques. Parmi les innom- 
brables erreurs dont fourmillent ces ouvrages, une des plus 
fréquentes consiste à donner pour celtique un mot prove- 
nant d'une autre langue , introduit dans un des patois celti- 
ques, comme il s'en introduit un grand nombre dans tous les 
patois. 

Pour éviter de tomber daps la même erreur, je n'ai admis 
comme ayant appartenu à la langue des Gaulois, que les mots 
donnés pour tels par un auteur ancien, et ceux qui, ne se trou- 
yant ni dans le latin, ni dans trois idiomes germaniques, ont 
été conservés au moins dans deux idiomesnéo-reltiques. Bien 
plus, presque tous les mots que je donnerai comme dérivçs 
du celtique se trouvèrent à la fois dans le gallois, le breton 
l'écossaiset l'irlandais. Faute d'avoir recours à un pareil moyen 
de contrôle, on courrait risque de prendre pour celtiques des 
mçts défigurés, fournis anciennement aux idiomes néo-celti- 
ques, soit par le lalin, soit par les langues germaniques, ou bien 



CHAP. I, ÉLÉMENT CELTIQUE SECT. 1. 304 
encore des mots postérieurement communiqués à ces idiomes 
par l'anglais ou par îe français. 

Je suis fort loin de croire que je sois parvenu à donner tous 
les mots d'origine celtique contenus dans notre langue ; Je suis 
même convaincu que plusieurs ont écliappé a toutes mes re- 
cherches. En effet, les auteurs anciens ne nous ont guère con- 
servé qu'une centaine de mots de la langue des Gaulois, parmi 
lesquels une vingtaine sont restés dans la langue d'oïl *. D'un 
autre côté, il s'en faut bien que tous les termes de l'ancien 
celtique aient passé dans les idiomes modernes auxquels il a 
donné naissance, ou même que l'on puisse retrouver des traces 
suffisantes de chacun de ces termes dans les vocabulaires de 
ces idiomes. Toutefois, en observant scrupuleusement les pré- 
cautions délicates exigées par la nature du travail, peut-être 
ai-je réussi à donner à peu près tous les mots auxquel une 
critique rigoureuse puisse assigner une origine celtique ; du 
moins, n'ai- je rien oublié pour arriver à ce résultat; et le cha- 
pitre que l'on va lire est le fruit de fort longues études et de 
fort laborieuses recherches. 

L'orthographe est extrêmement variable dans chacun des 
idiomes néo-celtiques ; chaque auteur veut trancher de l'in- 
dépendant, et se crée, pour son usage, un système orthogra- 
phique qui lui est propre ; c'est, d'ailleurs, ce qui arrive cons- 

* Il est vrai que, sur une centaine de mots celtiques mentionnés comme 
tels par les auteurs anciens, une vingtaine se retrouvent en langue d'oïl; 
mais il ne faudrait pas conclure de ce fait qu'un cinquième de la langue 
des Gaulois soit resté dans la nôtre. Les auteurs latins se sont principale- 
ment attachés à faire connaître les mots celtiques qui avaient passé dans 
leur langue; ces mots, étant à la fois latins et celtiques, avaient une double 
chance d'être conservés en langue d'oïl. Ajoutez que la plupart des termes 
celtiques donnés par les auteurs anciens sont relatifs à des produits de 
liotre sol ou à des usages qui étaient propres aux Gaulois, dont plusieurs 
furent transrais à leurs descendants. 



202 PREMIÈRE PARTIE, 

tamment dans toutes les langues qui ne possèdent point 
quelques écrivains de mérite dont elles reconnaissent l'auto- 
rité. Cette diversité dans la manière d'écrire un même mot 
est une difficulté ajoutée à tant d'autres, qui rendent si épi- 
neuse l'étude de ces sortes de langues. Bien que j'aie mis à 
contribution un bon nombre d'auteurs, je me suis néanmoins 
conformé à l'orthographe d'un seul pour chaque idiome. Ces 
auteurs sont, pour le breton, Le Gonidec, Dictionnaire breton, 
édition de M. de la Villemarqué; pour le gallois, W, Owen, 
Dictionarj of ihe welsh language explained in english; pour 
l'écossais, Armstrong, Gaelîc dictionary; pour l'irlandais, Ed. 
O Reilly, An irish english dictionarj. Si parfois je me suis servi 
de quelque terme qui ne se trouve point dans l'un de ces dic- 
tionnaires, j'ai toujours fait connaître la source à laquelle j'ai 
cru devoir l'emprunter ', 

Les indications que je viens de fournir au lecteur lui seront 
indispensables s'il est désireux de vérifier les expressions que 
je donne conrnie appartenant à tel ou tel idiome néo-celtique. 

Le breton, le gallois, l'irlandais et l'écossais sont les idio- 
mes celtiques auxquels j'ai eu principalement recours, comme 

' * Le Gonidec a exclu de son dictionnaire plusieurs mots donnés par 
d'autres lexicographes bretons, parce que ces mots se rapprochent assez des 
termes français correspondants pour qu'on puisse supposer qu'ils ont été 
empruntés à la langue française. Ces exclusions sont généralement heu- 
reuses à quelques rares exceptions près, que j'aurai occasion de faire con- 
naître. J'avertis dès maintenant qu'il s'agit de certains mots qui ne parais- 
sent dérivés d'aucune langue européenne, et qui se retrouvent dans tous 
les autres idiomes néo-celtiques. Dans ce cas, l'existence de ces mots dans 
le français, loin d'être un motif pour les croire étrangers au celtique, est, 
au contraire, une raison de plus pour supposer qu'ils ont appartenu à l'an- 
cienne langue que nos pères ont primitivement parlée dans la Gaule. M. de 
la Villemarqué, dans son excellente édition du dictionnaire de Le Gonidec^ 
à laquelle je me suis conformé, a eu soin de restituer au breton la plupart 
des mots dont il est question. 



CHAP, II, ÉLÉMENT CELTIQUE. SECT. IL 203 
étant ceux qui pouvaient me fournir le plus grand nombre de 
données utiles pour mes recherches. Toutefois je n'ai point 
négligé de mettre à contribution un autre idiome de la même 
famille qui me présentait également des ressources précieuses 
bien qu'elles fussent beaucoup plus restreintes. Cet idiome est le 
cornouaillais ou cornî'^ue qui était autrefois parlé en Angleterre 
dans le comté de Cornouailles, et qui a fini par s'éteindre vers 
la fin du siècle dernier. La plupart des mots que j'ai donnés 
comme appartenant à l'ancien dialecte de Cornouailles sont 
empruntés à un vieux dictionnaire cornouaillais imprimé pour 
la première fois en 1 790 par William Pryce, dans son Archœo- 
logia Cornu-Britannica. Il vient d'être publié de nouveau, et 
d'une manière beaucoup plus satisfaisante, par M. Zeuss dans 
sa Grammatica celtica. Le manuscrit qui renferme ce diction- 
naire se trouve à Londres dans le British Muséum, où il fait 
partie de la Bibliothèque Cottonnienne. C'est un in-4° vélin 
coté Vespasien A. Certains auteurs l'ont donné comme étant 
du ixe ou du x^ siècle, mais il n'est réellement que de la fin 
du XII*, ainsi que l'établit M. de la Villemarqué dans ses 
Notices des principaux manuscrits des anciens Bretons, p. 19-21. 



IL 

RECUEIL DES MOTS DE LA LANGUE d'OIL QUI SONT d'ORIGINE CELTIQUE. 



ÀBRivÈ, anc. impétueux, vif, 
prompt, rapide, preste; italien, 
espagnol, portugais, brio, vigueur, 
vivacité, prestesse; en langue d'oc, 
briu. 

La lance el poin au gonfanon. 
Sur le cheval bauzan Gascon 

Fort e isnel e aaisié 

Toz abriveZf lance baissée, 
Lor vait uu chevalier ocire. 

[CkroH. Jet duc» d» Kormandie, t, I, p. *10.) 



Si cum il vindrent abrivez^ 
Si lor laissent chevaux aler. 

(/AiJ.t. II, p. 448.) 

— Ecoss. 1° brigh, vigueur, éner- 
gie, vivacité; 2" hrisg, vif, impé- 
tueux, prompt; irland. 4° brîg , 
2° brise; gall. ôrysgf, vif, impé- 
tueux. 

Alouette, diminutif de l'ancien 
mot aloe, alom , qui avaient la 
môme signification. 



204 



PREMI-ÈRE PARTIE. 



Quant Valoe prist à chanter 
Se commencèrent a armer. 

(Chnn. dei duc» de Nom., 1. 1, p. 935.) 

Vostre esprevier sunt trop plus donte (sic) 
Que vous n'iestes, c'est veriteiz ; 
Car teil i a, quant le geteiz, 
Seur le poing aporte Valoe. 

[Ruiebeuf, t. I, p. 115.) 

Aloe, aloue, viennent de aîauda, 
qui signifiait alouette en celtique, 
d'après le témoignage de Pline et 
de Suétone. César, ayant levé, à 
ses frais, une légion dans la Gaule 
transalpine, lui donna d'abord le 
nom latin de galerita, alouette, au- 
quel il substitua ensuite celui d'a- 
lauda, désignant le même oiseau 
dans la langue des Gaulois qui com- 
posaient cette légion : « Ab illo ga- 
ierita appellata quondam, postea, 
gallico vocabulo, etiam legioni no- 
men dederat alaudœ. » (Pline, 
liv. II, ch. cccLxxi.) « Qua fiducia, 
ad legiones quas a Republica acce- 
perat, alias privato sumptu addidit. 
Unam etiam ex Transalpinis con- 
scriptam, vocabulo quoque gallico 
Allauda enim appellabatur), quam 
disciplina, cultuque romano institu- 
tam et ornatam, postea universam 
civitate donavit. » (Suétone, Vie de 
César.) On lit dans Marcellus Em- 
piricus, ch. xxix : <( Avis galerita 
quae gallice alauda dicitur; » et 
dans Grégoire de Tours, liv. IV : 
« Avis corydalus, quam alaudam 
vocamus. 

— Bret. alc'houedez, alc'houeder, 
alouette; l'article al paraît avoir été 
introduit dans ces mots aussi bien 
que dans alauda, car on trouve en 
breton c'houedez, c'houeder, avec la 
même signification. Gall. uçedyz : 
le c'h en breton et le ç en gallois 



représentent une h fortement as- 
pirée . 

Aluine, anc. absinthe. (Voir Tré^ 
voux, Monet, Borel, etc.) 

On lit dans le Traité de Re hortensi 
de Charles Estienne : « Absinthium, 
vulgus vocat de l' aluine ; alias ap- 
pellatur du fort, propter insignem 
amaritudinem. Quidam tamen no- 
men latinum imitantes vocant de 
l'absinse. » (P. 55.) Le mot fort, 
désignant de l'absinthe, s'est con- 
servé dans le midi de la France; on 
dit fou£rt en provençal. 

Si est-il expédient adoucir la dureté du 
lenguage et dissimuler l'austérité d'icelluy, 
corne quant l'on veut guérir un enfant des 
verz, lui donnant pour ce une médecine d'a- 
luine, et l'attrempe-on avec du succre pour 
les garder de sentir l'amertume de Valuine. 
(Bonivard, Advis et devis des lengues, pu- 
blié par M. Bordier. Paris, 1849, in-8", 
p, 43.) 

Ce mot est d'origine celtique, 
ainsi que le prouve le passage sui- 
vant de Dioscoride : 'H ôè xeXxtx;^ 
vâpSo; yz^^àzai [asv êv loî; xatà Aiyu- 
p(av "AXtiectiv, èitixtopîtoç <î)vo(ia<7fi.évYi 
àXioÛYY'»' (Dioscoride, éd. de 4598, 
liv. I, ch. VII, p. 9.) 

— Bret. kuelen, huzelen, uzelen, 
absinthe. Dans àXtoûyvta, aluine, 
l'article al a dû être ajouté. (Voir 
Alouette à l'article précédent.) 

Arpent. D'après un passage de 
Columelle, ce mot paraît nous être 
venu de la langue des Gaulois : 
« Galli candetum appellant in areis 
urbanis spatium c pedum; in agre- 
stibus autem pedum cl, quod ara- 
tores candeium nominant, semiju- 
gerum quoque aripenem vocant. » 
(Colum. liv. V, ch. i.) 

Atib, aaitib, hatir, aatib, aàs^ 



CHAP. II, ÉLÉMENT CELTIQUE. SECT. IL 



tiR, etc., anc. invectiver, injurier, 
quereller. Atine, ataine, etc., que- 
relle, dispute, discorde, animosité. 
Ataimr, atahiner, atiner, quereller, 
disputer, obséder, irriter, agacer, 
provoquer; d'où ostiner, qui s'est 
conservé parmi le peuple avec la 
même signification. Ataîneux, que- 
relleur, disputeur, chicaneur. 

Où iez Rollans, boins chevaliers hardis, 
Ke de bataille et d'estor m'aaitis. 

(Rdm. de Cerars de Yiane, y, 513). 

Lequel Berart dist a icellui Chauvet qae 
s'il le haloit^ que il Ini donroit un boutfeau 
ou buffe (soufflet). Pour celle cause, en eulz 
haussant l'un l'autre de leur pouoir, et eu 
desmentant l'un l'autre... (Lettres de ré- 
mission de 1404, citées dans le glossaire de 
Carpentier, art. Atia.) 

Aucuns des dis de Mons aastîrent de pa- 
roles ceux de Villers. (Lettres de rémission 
de 1401, citées ibid.) 

Lequel Colin a esté tout le temps de sa 
vie bomme plaideur et altaïneux, (Lettres 
de rémission de 1370, citées ibid.) 

Eisi dura ceste olaïne 
Une grant espace e un termine 
Entre les frères et le rei ; 
Mainte bataille e maint turnei 
Tindrent ensemble plusors feiz. 

{ChrOH, det duc» de Norm., t. Ijp. lOS.) 

Dès ciel jor sorst l'a/aîne, 
La malevoillance e la haïne, 
Ce vos sai bien ci ameinteivre, 
Dunt li covient mort 'a receivre. 

{liid., 1. 1, p. 453.) 

— Ecoss. aifhis, quereller, in- 
vectiver, gourmander, réprimander, 
reprocher; irland. aithisim, invecti- 
ver, injurier, outrager; bret. atàhin, 
querelle, dispute, noise, chicane; 
atahinein, quereller, chercher noise, 
chicaner, irriter, agacer, provo- 
quer. 

BxBEQum, anc. soufflet pour al- 



lumer le feu. (Roquefort.) Ce mot 
signifiait aussi un coup donné sur 
la joue avec le plat de la main, ce 
que nous appelons de même un 
soufflet. (Voir le glossaire de Car- 
pentier, art. Buffa.) Le provençal 
nomme bouffet un soufflet pour al- 
lumer le feu; en vieux français 
buffe, buffet, et en espagnol bofe- 
tada, signifient un soufflet donné 
sur la joue. (Voyez Bouffer ci-après 
parmi les mots d'origine germa- 
nique, ch. III, sect.ii.) Les jongleurs, 
les bouffons enflaient leurs joues 
comme un soufflet plein d'air au 
moment où on les souffletait pour 
l'amusement du public, afin que le 
coup fît plus de bruit et moins de 
mal ; de là le nom que l'on donnait 
à ce coup. (Voir, à cet égard, Ter- 
tulianus, de pallio, p. 298.) Les 
enfants s'amusent encore à faire 
entre eux ce que faisaient les his- 
trions. — Bret. begin, megin, souf- 
flet pour allumer le feu; gall. me- 
gin, item; irland. builg, item, 
écoss. builg, builgean 

Begin dont on fait babequin a é- 
prouvé une sorte de redoublement de 
sa première syllabe, comme il arrive 
quelquefois; c'est ainsi que àenym- 
phœa nous avons fait nénuphar. 

Bachelier. La première significa- 
tion de ce mot fut celle de jeune gar- 
çon, jeune homme, adolescent; d'où 
bachelerie, dans le sens de jeunesse, 
adolescence. 

Respnndiient li bacheler. (Livre des Roity 
p. 282.) 

Et dixerunt ei juvenes. 

E tint sei al cunseil as bacheler», si lar 
dlst. [Ibid. p 283.) 

Et locutus est eît tecundum eonsilium ju- 
venum, dicens. 



206 



PREMIÈRE PARTIE. 



Respnudi SaQI : Ne te poz pas a lui co- 
pier, kar tu es vadiez, e il est un merveil- 
lus bers de sa bachelerie, {Ibid. p. 63.) 

Et ait Saulad David : Non vales resiatere 
Philisthœo isti, nec pugnare adversus eum, 
quia puer es, hic autem vir bellator est ab 
adolescentiï sua. 

L'aive douèrent maintenant 
Li bachelier et H serjant. 

[Flohe et Blaneeflor, ëdit. dé M. da Méril. p. 195.) 

Ensembr od éls xv, mille de Francs 
De bachelers que Caries cleimet enfans. 

{Ckans. de Roland, (t. ceux.) 

Bachelier se prit dans la suite 
pour un jeune genlilhomme qui a 
fait ses premières armes, enfin on lui 
donna la signification qu'il conserve 
encore aujourd'hui, c'est-à-dire qu'on 
l'employa pour désigner celui qui 
a fait ses premières études, qui a pris 
le premier grade dans une faculté afin 
de parvenir au doctorat. De bachelier 
on fit le latin barbare baccalaureuSy 
mot fabriqué de telle façon qu'on 
semble avoir eu l'intention d'expri- 
mer l'idée d'un lauréat couronné de 
baies de laurier, bacea laurea. 

Dedans avoit bonne chevalerie qui la 
gardoient et defendoient ( la ville de 
Rennes) : premièrement le vicomte de Ro- 
han, le sire de Laval, messire Charles de 
Dynant et plusieurs autres bons chevaliers 
et écuyers. Et y estoit adoncques un jeune 
bachelier qui s'appeloit messire Bertran du 
Guesclin, qui depuis fut moult renommé au 
Toyaume de France... et se combattit, le 
siège tenant par devant Rennes, à un che- 
valier d'Angleterre. (Froissart, 1. 1, p. 369, 
col. 1/ 
Mais il furent armé a loi de bacheler. 

{Chron. de du Guesclin, t. Il, p. 234.) 

On disait anciennement béchot, 
bésot, pour petit garçon; béchotte, 
besotte, basselle, baiselle, bachelette, 
etc. pour petite fille ; bageasse, ba- 
jassej baasse, baesse pour servante. 



(Voir le glossaire de Roquefort et 
son supplément.) On dit encore au- 
jourd'hui, en Picardie, baichof, et en 
Franche-Comté pa?:cAa/î, pour petit 
garçon; en Dauphiné, patc/io^ signi- 
fie à la fois petit et petit garçon. 
Pos es escueles lavoit, 
Lk où ordoier les savoit, 
Com se de l'ostel fu bajasse. 

(Rutcbeaf, t, II. p. 213.) 

Tant vont cerchant bonne aventure 
Qu'il n'ont baesse ne sergant (serviteur). 

{liid.. t. 1, p. 2Î8.; 

Il n'i a mais fors baisseletes, 
Enfans et garchonnaille 

{Théâtre fraa fais au mogeu ô^c, p. 93.) 

Ben qu'il eust, et rendu le hanap à la 
bachelette gentille, feit une lourde excla- 
mation. (Rabelais, Pantagruel, I. iv, chap. 
ti, p. 269.) 

Gall. beçan,byçan, petit; ftaçgen, 
garçon, jeune homme; baçgenyn,^Q~ 
tit garçon; écoss. bearj, heagan,^Q- 
tit; irland. beag^, beagan, item; bret. 
bihanJtem.On trouve bachan, bichan 
avec la même signification, dans le 
dictionnaire cornouaillais du XIP siè- 
cle, publié par Pryce et par M. Zeuss. 
Bade, anc. baliverne, sottise, pro- 
pos frivole et niais (Roquefort), Ba- 
daud et Badiner, sont des mots 
de la même famille. — Bret. bada, 
agir ou parler comme un sot, un fou, 
un étourdi ; bader^ badaouer, niais, 
sot, badaud; écoss. baothj baothair, 
item; irland. badhghaire, item. 

Bagues, Bagage. Bagues se disait 
autrefois pour hardes, marchandises, 
meubles, et, en général, pour tous 
les effets que l'on pouvait emporter,; 
il avait enfin un sens analogue à 
notre mot bagage, qui en est dérivé. 
Ce temps pendant, le seigneur de Quie- 
vrain, quel comniand que le duc lai oU fair, 



CHAP. II, ÉLÉMENT 

se parlist de la cour du duc, le plus secrè- 
tement qu'il peut , lui deuxiesme, et felt 
emporter ses mcillenTS bagues. (Mémoires 
de Jacques du Clercq, publiées par M. Bu- 
chon, liv. V, chap. xx, t. III, p. 383.) 

Ecoss. ôag, trousse, paquet de bar- 
des, faix, fardeau; gall. bac, baich; 
bret. béac'h. 

Baillet. On appelait, ainsi autre- 
fois, selon Nicot, un cheval ayant 
une tache blanche au front. Aujour- 
d'hui baillet ne se dit que d'un 
cheval dont le poil est roux, tirant 
sur le blanc. Nous nommons bal- 
zanewae tache blanche qui se trouve 
aux pieds de certains chevaux; un 
cheval balzan est celui qui est 
marqué de ces taches. 

Bret. bal {l mouillée), tache blan- 
che au front des animaux, soit che- 
val, bœuf, chèvre, chien ou autres ; 
il se dit également de l'animal mar- 
qué de cette tache. Irland. bail, tache, 
marque; écoss. bail, item; balladh, 
tacheté. 

Balai, en basse lat. baleium. Les 
anciens balais se faisaient générale- 
ment en genêt, comme cela se pra- 
tique encore dans beaucoup de nos 
provinces; de là le nom de l'arbuste 
servit à désigner le 6a/mlui-mêmc. Il 
en est encore ainsi en anglais : broom 
signiÛQ genêt et balai. En provençal, 
ginest est également employé dans 
les deux significations. Dans notre 
ancienne langue, le genêt se nom- 
mait balanier. (Voir ce mot dans le 
glossaire de Roquefort.) 

Le mot baleys parait être pris pour 
un brin de genêt dans le passage sui- 
vant de Matthieu Paris, sur l'an 1 252 : 
« Ferens in manu virgamquam vul- 
gariter baleys appellamus. » 



CELTIQUE SECT. IL 207 

— Irland. ballan, genêt et balai; 
écoss. bealmdh,item; gall. banal 
item; bret. balan, genêt; balaen, 
balai. 

Balet, Balay, Balé, anc. galerie 
couverte par un toit en saillie ap- 
puyé contre un bâtiment. En basse 
latinité, baletum, 

Vindrent deux chappellains dessoubz le 
balet ou galerie de l'église de Saint-Martin 
de Coussay. (Lettres de rémission de 1454, 
citées dans le glossaire de Carpentier, art. 
Baletum.) 

Lequel sac porteront tous deux ensemble 
sur le ballet Ae la maison qui est sur la rue. 
(Lettres de rémission de 1459, citées ibid.') 

— Bret. baled, toit en saillie pour 
garantir de la pluic^ auvent; baleg, 
saillie; gall. balawg, toit ou autre 
construction en saillie, avant-toit, 
auvent; 6a?^ saillie. 

Bane, anc. corne; en provençal 
bana. (Voir le glossaire do Roquefort, 
article Bane$,. — Gall. ban, corne; 
écoss. beann, item ; irland. beann, 
item. 

Bar, anc. fange, limon^ vase. (Ro- 
quefort.) — Écoss. eabar, fange, boue, 
vase, limon; irland. eabar, item. .,j 

Baraque, enesp. barraca. — Écoss. 
barrachad, maisonnette , cabane , 
hutte, baraque; irland. barrachad. 

Barat, anc. tromperie, perfidie, 
trahison, fraude, ruse; barater, 
tromper, frauder; barateur, trom- 
peur, imposteur. (Voir Nicot, Tré- 
voux et Roquefort.) 

Seignour, cis siècles ne vaut rien ; 
Plain est de barat et d'engien 
Por quoi preudon ne l'doit amer; 
La {;ent sont lelon comme chien. 

(Nouu. ree. dtt contes, 1. 1, p. 283.) 

Hon puet bien reigneir une pièce 
Par faucetei avant c'on chiece. 



208 



PREMIÈRE PARTIE. 



Et plus qui plus seit de barat; 
Mais il convient qu'il se barat 
Li-mcismes, que qu'il i mete; 
Ne jamais n'uns ne s'entremêle 
De bareteir que il ne sache 
Que baraz li rendra la vache. 

(Ruteb«uf, t. I, p. 3^7.) 

Feme, s'ele fait mal, fait bien que faire 
doit, 

Ouar se feme fait mal, et ele l'aperçoit. 

Elle guile, et barnle^ et engingue et déçoit... 

Trop set feme d'engin, àebaral et de lobe; 

Home qui la velt croire guile, barate et 
lobe, 

Et petit et petit le barate et desrobe 

Et demande deniers, et puis demande robe. 

(Chaitit-Musart, à U «uiie des oeurret de Rulebcui^ 
t. II, p. 231.) 

Vos créez un mentéor, 

I. larron, i. barretéor, 

Por sa grant barbe l^e il porte. 

[Dolopalkot, ëd!t. Jannet, p. SSS.) 

— Bret. barad, perfidie, trompe- 
rie, trahison; écoss. brath, item; 
irland . brath^ item; gall. bradj item ; 
bradu, décevoir, tromper, trahir; 
bradwr, trompeur, traître. 

Barguigner, signifiait autrefois 
marchander; il signifie aujourd'hui 
hésiter, avoir de la peine à se déter- 
miner, particulièrement quand il s'a- 
git d'un achat, d'un accord, d'une 
afi'aire. Marchander s'emploie éga- 
lement dans le même sens. En ital. 
bargagnare; en portugais et en langue 
d'oc barganhar signifient marchan- 
der, traiter, négocier. 

D'un vassal vus recunte ci 

Ki un ceval aveit nurrî... 

Par vingt souz, ce dit, le dunra. 

Un sien veisin le bargeigna^ 

Haiz n'en vraut mie tant duner. 

(Marie de Franc*, t. II, p. 308.) 

Estagiers de Paris puent barguinier et 
aehater blé on marchié de Paris por leur 
mengier en la présence des talmeliers bau- 
baniers, {Livre des métiers, p. 17.) 



— Écoss. baragan, marché, traité, 
accord; bret, barhaha, marchander. 

Baril, Barrique et Baratte, es- 
pèce de long baril dans lequel on bat 
le beurre, sont tous des mots de même 
origine. Dans les capitulaires de 
Charlemagne de villis suis, le mot 
barriclus se trouve employé pour une 
sorte de vaisseau de bois garni de 
cercles en fer. (Voir la bibliothèque 
de l'École des Chartes, année 1853, 
p. 547.)— Bret. 6ara2^ baquet, caque, 
baril, mais plus particulièrement ba- 
ratte, vaisseau à battre le beurre; 
gall. barils caque, baril, barrique; 
écoss. baraill, bairill; irland. bai- 
rile. 

Barrette, Birrette, Berret ou 
Béret, mots qui désignent diffé- 
rentes sortes de bonnets. (Voir le 
dictionnaire de l'Académie et celui 
de Trévoux.) En basse latinité, bir- 
retum, espèce de bonnet; en prov. 
baretta; en ancien espagnol, barrete; 
en ital. berretta. — Écoss. bairead, 
bioraide, bonnet, chapeau, casque; 
irland, bairead^ item. 

Bas. — Gall. bas, bas, profond; 
basu, abaisser; irland. bass, profond 
(Mac-Curtin) ; bret. baz. Dans ce 
dernier idiome la signification de baz 
a été altérée au point que ce mot ne 
représente plus aujourd'hui que l'idée 
de peu profond. Ce fait ne paraîtra 
pas étonnant à ceux qui ont observé 
comment le pouvoir despotique de 
l'usage fait passer les mots d'accep- 
tion en acception, au point de les 
conduire quelquefois, par une suite 
d'évolutions, à une signification fort 
éloignée de celle qu'ils avaient pri- 
mitivement. (Voyez à cet égard t. II, 
chap. II, sect. v.) 



CHAP. II, ÉLÉMENT CELTIQUE. SEGT. IL 209 



L'adjectif bas, qui fait le sujet de 
cet article, est lui-même une preuve 
de la variation que l'usage peut faire 
éprouver aux mots, car cet adjectif 
signifie tantôt qui a beaucoup de 
profondeur, et tantôt qui a peu 
d'élévation : ce puits est bas, cette 
cave est basse; un plafond bas, une 
maison basse. En latin altvs signi- 
fiait haut, élevé, ou bien bas, pro- 
fond. 

On trouve bassiis traduit par cras- 
sus, pinguis dans le glossaire d'Isi- 
dore de Séville, Papias l'interprète, 
par mrtus, humilis. Ainsi ce mot de- 
vait avoir plusieurs acceptions et 
entre autres celle de gros et court, 
courtaud, trapu, bas de taille. Nous 
appelons basset un chien qui offre 
une pareille manière d'être. Bassus 
paraît avoir appartenu au latin rus- 
tique, qui a dû l'emprunter au cel- 
tique en modifiant diversement la si- 
gnification du primitif. 

Dans ma première édition j'ai don- 
né bâtard comme un composé formé 
de deux mots celtiques bas, bas et 
tœrz, extraction; mais après un exa- 
men plus attentif, je trouve que cette 
origine n'est pas admissible . Il est 
plus probable que bâtard , autrefois 
bastard, bastart, est un dérivé de bas 
auquel on a joint le suffixe ard, art; 
c'est ainsi que de mâle on a fait ma- 
lart, mâle du canard sauvage, de ju- 
ment jiimart, animal né d'une ju- 
ment et d'un âne. (Voyez t. II , p. 
357-359.) Bastard, bastart sont pour 
bassard, bassart dans lesquels on a 
intercalé un t après le s, comme 
dans l'ancien verbe blastenger , for- 
mé de blasmer dont il avait la signi- 
fication, cl dans la locution este-le- 



vos (ecce illum vobis), qui signifiait 
en langue d'oïl le voilà. (Voir pour 
cette locution le tome III, p. 388.) 

Bâtard signifie proprement un en- 
fant qui, sous le rapport de la nais- 
sance est considéré comme étant au- 
dessous de l'enfant légitime, ou bien 
comme étant de basse extraction, 
pourrai tron dire, si cette expression 
n'était consacrée pour rendre une 
autre idée. On trouve dans nos anciens 
auteurs enfant de bas, fils de bas , 
fille de bas, pour enfant naturel, fils 
naturel, fille naturelle. 

D'ot li rois gaires de santé ; 
Et si vesqui plus de vu. ans, 
Et ot assenés ses enfans 
De bas, dont un. avoit encor. 
Si leur dona de son trésor. 

{Chron, de Ph. iioutkes , ëdit. da SI. d« R«iffeBb*r(, 
1. 1, p. 447.) 

Mais il reprist, a grant proière, 

Fille le conte Godefroit 

De Louvaing, W moult bêle estoit... 

Mais 11 rois n'en out nul enfant ; 

Çou pesa lui, mois non pour quant 

Si ot de bas li rois vi, fins 

Et VII fllles auques gentius ; 

De frankes femes palsans 

Ot li rois Henris ces enfans. 

{Uid., 1. 11, p, 3*4.) 

Et s'eut de bas i. fil 

Ki moult ot haut cuer et gentil. 

{lèid., t. 1, p. 69.) 

Fille le roi Henri de bas, 
Juliane fa apielée. 

(liid.. t. ll.p. S31.) 

Pourquoy il le avoit appelle /^/ta» de bas, 
qui estoit a dire bastart et ûlz de putain. 
(Lettres de remission de 1375 citées dans le 
gloss. de Carpentier, art. Bastardus. 

Bauderon de la Viesville, fils de bas de 
feu le seigneur de la Viesville. {Lettres de 
1400 citées ibid.) 

On disait venir de bas pour être né 
d'une femme non mariée, être !c 



M 



Î40 



PREMIÈRE PARTIE. 



fruit d'un commerce criminel, être 
enfant naturel. 

De la partie de Phelippe de Nohaut , 
femme de Jehan du Jat.... nous a esté ex- 
posé.... que comme elle feust venue de bas 
et ne feu3t née en loyal mariage,.... et que 

«le présent, elle a plusieurs. enfTans il 

nous pleust iceulx enffans femeaulx et de 

sexe féminin habiliter et a iceulx faire 

pareille grâce que nous avons (faite) à elle. 
{Charte de 1402 citée iMd.,itl. Yenire de 
Basso.) 

Bat. Vieux mot qui signifie queue 
de poisson, et que les marchands de 
marée emploient encore dans cer- 
taines phrases : lepoissonest mesuré 
entre œil etBxr. (Académie.) — Écoss. 
bod, queue; irland. bod, item. 

Baton. — Irland. bat, bâta, bâ- 
ton ; bret. baz; écoss. bat. 

Bave. — Bret. babouz, bave, or- 
dure, saleté; babouza, baver; gall. 
baw, ordure, saleté. 

Bec. Suétone nous apprend qu'An- 
tonius Primus, général de Vespasien, 
né à Toulouse, avait reçu, dans son 
enfance, de ses compatriotes, le sur- 
nom de becco, qui, selon cet histo- 
rien, signifiait bec de coq. « Cui To- 
los3Ê nato cognonem in pueritia Becco 
fuerat; id valet gallinacei rostrum.» 
(Suét. Vie de Vitelîius.)— Bret. beh, 
beg, bec; écoss. beic; gall. pig; ir- 
land. bec. 

Bêche. En basse latinité, becca. — 
Bret. 6ac% bêche; irland. bac; gall. 
bac. 

Beloce, Belloce, anc. sorte de 
prune sauvage, espèce de prunelle. 
On trouve en basse latinité boluca 
dans une vie de saint Colomban 
écrite auvni* siècle par Jonas, moine 
de Bobbio. chap. xix : « Vel pomo- 



rum parvulorum quae eremus illa fe- 
rebat, quae vulgo bolucas appellant.» 

Père, se prune ne ieloce, 
Poire, pommes, frères ne nois 
Truis en alant aval ce boys, 
J'en mengeray. 

{Ua miracU dt Noilre-Dame , daos la Tli^âtra fraDftU 
au imajeo Âge, p. S8G.) 

Pesches, raisins ou alliettes. 
Nèfles entées ou framboises, 
Belloces d'Avesnes, jorroises. 
Ou des meures franches ayés. 

(Roman dt la Rote, ii. de ITSS, 1. 1, p. S88.) 

— Irland. 1" buîos, prune; 2» bu- 
lislair, prune sauvage, prunelle. 
Écoss. \° bulas, bulos; 2° bulais- 
tear. 

Benel, Bennel, Beneau, anc. 
chariot, tombereau. 

Maistre Sausien Le Len et le messager de 
Pierre de La Lune.... furent amenés moult 
honteusement et desbonnestement en un 
bennel da Louvre en la cour dupalais.i.. 
et après furent ramenés au Louvre sur le 
dict bennel^ comme dessus. (Monstrelet, 
liv. I, chap. XXVI.) 

Bennel, benel, sont des diminu- 
tifs du celtique ben. Nous trouvons 
ce mot, avec la forme latine benna, 
dans Festus, qui le donne comme 
appartenant à la langue des Gau- 
lois. « Benna, lingua gallica, genus 
vehiculi appellatur, unde vocantur 
combennones, in eadem benna se- 
dentes. » 

Gall. ben, char, chariot; irland. 
fen; écoss. feun. 

Bertauder, Bertouder, Bretau- 
DER, anc. tondre, couper, châtrer. 
L'Académie admet encore brétauder, 
avec la signification de tondre in- 
également^ couper les oreilles à un 
cheval. Bertaad signifiait châtré. 
(Voir ce mot dans Trévoux.) 



CHAP. n, ÉLÉMENT CELTIQUE. SECT. H. 214 



Moines devint, ch'en est la soume ; 
Par H conseil du bon preudoume, 
Pour le siècle plus eslongier, 
Berlatider Cst et rooigner 
Sen chief c'avoit blonl et poli. 

[Faùliaux et conte), éd. Je 1808, ». J, p. 355.) 

Mors est Gérard et toz scsparanteiz. 
Et tu serais tondus et berloxidiez. 

{Gtrarsde Viane,éd. Bekker, T. 154.) 

On trouve brétauder, pour signi- 
fier couper court, tondre, dans ma- 
dame de Sévigné; mais elle paraît 
ne s'en être servie que comme d'un 
vieux mot qu'elle se permet d'em- 
ployer en plaisantant. 

La Martin l'avait brétaiidée par plaisir 
comme un patron de mode excessive; elle 
avait donc tous les cheveux coupés sur la 
tête, et frisés naturellement par cent pa- 
pillotes, qui la font souffrir toute la nuit; 
cela fait une petite tête de chou ronde sans 
que rien accompagne les côtés. (Lettre de 
M»» de Sévignc a M"" de Grignan, du 18 
mars 1671.) 

— Écoss. 4° beanta, béante, qui 
a les cheveux coupés court, tondu; 
2° bearr, couper, écourter, tondre, 
dérivé de 3" bearr, court; irland. 
4<* bearr ad, 2° bearr aim, 3° bearr; 
bret. berraat, accourcir, raccourcir; 
rogner: berradur, raccourcissement, 
action de raccourcir; berr, court; 
gall. byr, court; byrâu, raccourcir, 
rogner. On trouve ber, signifiant 
court, dans le dictionnaire cor- 
nouaillais du XII* siècle publié par 
Pryce et par M. Zeuss. 

Bétoine, plante que les Gaulois 
nommaient vettonica, selon le rap- 
port de Pline : « Vettonica dicitur 
in Gallia, in Italia serratula. » (Liv. 
XXV, cli. VIII.) 

On trouve bétoine et vétoine dans 
nos anciens auteurs : 



Remède por la dolor de chief. — Raez si 
le peil de la teste, puis si prenez de vé- 
toine plein pot, si quassiez o le vin, et puis 
si;en oingnez la teste o le jus austresi chaut 
eome 11 porra souffrir, et si li mêlez l'em- 
plastre sur le chief en une coiffe linge des- 
sus , et si lessiez estre treis jors. (JIs de 
M. D., côte M, no 9, f» 117 r", cité par Ro- 
quefort, gloss. ari.Yétoine.) 

— Bret. bentonih, bétoine; écoss. 
lus bheathaig, item ; lus, qui entre 
dans cette expression, signifie herbe ; 
irland. lus mhic bethaig, bétoine, , 
littéralement herbe de pure bétoine. 

Bijou. Ce mot dérive d'un'primi- 
tif celtique signifiant anneau ; c'est 
par extension qu'il a été pris dans 
le sens de joyau en général. Le mot 
bague , anneau, prend également 
quelquefois une signification géné- 
rale analogue à celle de bijou. 
L'Académie autorise cette acception 
étendue, et donne pour exemple : 
« Les bagues et joyaux de cette 
femme ont été estimés cinquante 
mille francs. Allouer tant à une 
veuve pour ses bagues et joyaux. » 

— Bret. \° bizou, bézou, bézeu, 
anneau, bague; 2° biz, doigt, pri- 
mitif des précédents. Gall. 1° byson; 
2" bys. On trouve bisou, anneau, et 
bis, doigt, dans le dictionnaire cor- 
nouaillais du XII* siècle, publié par 
M. Zeuss. 

Bille, pièce de bois de toute la 
grosseur de l'arbre, séparée du tronc 
par deux traits de scie (Acad.) ; Bil- 
lot, gros tronçon de bois cylindri- 
que ou taillé carrément (ibid.). — 
Irland. bille, tronc d'arbre, gros 
tronçon de bois, bille, billot ; bret. 
bill, pill; gall. pill. 

Botte, en basse latinité bota, botta. 
que l'on trouve souvent et fort an- 



212 



PREMIÈRE PARTIE. 



ciennement^ pour signifier diverses 
sortes de chaussures, et particulière- 
ment des chaussures profondes. 
(Voir le glossaire de du Gange, art. 
Bota.) — Brel. botez, chaussure en 
général; botaoui, boutaoui, chaus- 
ser. Gall. botas, botasen, chaus- 
sure^ botte. Écoss. bot, boit, item, 
Irland. botis, botain. botin, butais, 
item. 
Bouge, Bougette, anc. bourse. 

Vous voulez vuider les gibecières d'au- 
truy pour remplir vos bouges. {IV» Matinée 
du seigneur de Cholières.) 

De mettre nostre argent en bouge 
Ou autrement en la bougette, 
Mieulxvault rafreschir la gorgette 
De ce qui est donné pour nous. 

(Àpoeali/pte tainti Jcr.\n Zebedie, «te, ^dit. da 1541, 
ia-fol. fauilUti. r«ct. ca\.H.) 

Et baillent, quant ik sont sur champs. 
Leur bougette a l'hostesse à garder, 
Et dient qu'il y a cent francz, 
Où il n'y a pas uug denier. 

(L«i DroUt nouveaux r!a Coquillari, <dit. daCoattclicr, 
p. 50) 

Le mot bouge fut transporté de 
France en Angleterre par les Nor- 
mands, d'où il nous est revenu sous 
la forme budget, diminutif quelque 
peu dérisoire que l'on croirait avoir 
été employé par euphémisme. Tous 
ces mots sont dérivés de bulga, 
bourse, petit sac de cuir, primitif ap- 
partenant à la langue celtique, dnsi 
qufC nous l'apprend Festus : <( Bulgas 
Galli sacculos scorteos appellant. » 
Ce primitif, diversement modifié^ se 
retrouve dans tous les idiomes néo- 
celtiques. — Gall. bolgan, bourse; 
bret. boulgan et boulgeden (Rostre- 
nen) ; écoss. bolg, builg ; irland. bolg. 

Bouleau. Selon Plino, le bouleau 
était un arbre particulier è la Gaule, 



« Gaudet frigidis sorbus, et magis 
etiam betulla. Gallica hœc arbori, 
mirabili candore atque tenuitale ter- 
ribilis magistratuum virgis , eadem 
circulis flexilis, item corbium costis. 
Bitumen ex ea Galliae excoquunt. » 
(Liv. XVI, ch. XVIII.) 

On a dit autrefois bez et betule 
pour bouleau. (Voir les deux dans le 
glossaire de Roquefort.) Betulus et 
betule sont des dérivés du primitif 
celtique, formés au moyen de suf- 
fixes propres aux diminutifs. (Voir 
t. II, p. 388.) —Irland. beith, bou- 
leau; écoss, beithj beithe; bret. bé- 
zô, béô, béeù,; corn, bezo, bes: gall. 
bedw. 

Bourde signifiait autrefois trom- 
perie^ menterie, plaisanterie, raille- 
rie, moquerie, facétie, malice, farce, 
sornettes. Ce mot est encore au- 
jourd'hui employé populairement 
pour un mensonge, uii faux pré- 
texte, une défaite. On dit bourder, 
pour se moquer, dire des mensonges, 
des sornettes. 

Warnet, as-tn le raison 
Ole de cest païsant, 
Et comment il nous va disant 
Ses bourdes dont il nous abuffe T 

{Théâtre franf ait au moyen âge, p. 89.) 

Douce geni:, es croniques de Romme soitt 

trouvées 
Les paroles qui sont ci de par moi contées; 
Mais I rommans en est cù en est ajoustées 
Granz bourdes qui n'i doivent pas estre re- 
cordées. 

{Nouveau reeueitde eonut, l. I, p. lit.) 

Sages fu li bourjois et moult bien empariez; 
Quant il ot bien beu, bourdes disoit assez. 

{Chrott. de du Gueteli». I. 1. p. 53.) 

Ha ! respondi messire Hue de Cavrelée 
qui fut courroucé de celle parole , que tu 



CHAP. II, ÉLÉMENT CELTIQUE. SECT. II. 213 



es bien taillé de bien fareer une belle 
lourde; or sais-je bien que tu as menti. 
(Chron. de Froissart, liv. lî, ch, cxu.) 

Bret, bourd, tromperie, ruse, ma- 
lice, facétie, farce; écoss. burdan, 
plaisanterie, raillerie, malice, mo- 
querie, sarcasme, lardon; irland. 
burdan^ item. 

Bouse. Bret. beùzel, bouzel, bou- 
iil, bouse de vache ; gall. biswail, 
excrément des animaux et particu- 
lièrement bouso de vache; écoss. 
buachar, item; irland. buacar item. 

Boyau, Boudin. Ces mots ont la 
raême origine. Boyau se disait an- 
ciennement baudan, baoudan, bouel, 
boel. (Voyez, à cet égard, le glos- 
saire de Roquefort.) Basse lat. 60- 
tellus, botulus, bodelluSj boyau; en 
ital. bvdello, en languedocien bxidel. 
On appelait autrefois, en français, 
béditle le cordon ombilical, et bu~ 
dine, boudiné le nombril. 

Le suppliant frappa sa bisague ou ventre 
d'icellui prestre, entre l'aine et la budine. 
(Lettres de rémission de 1475, citées dans 
le glossaire de Carpenliet, &n. Bodellus.) 

Or verrai au moustrer devant 
De la gorgete en avalant ; 
Et premiers au pis camuset,.... 
Bouline avant et rains vautiés. 

{TUâlre franfaii au moyen âge, p. 960.) 

On trouve dans Martial botulus et 
botellus, pour boudin, liv. V, épigr. 
79, et liv. XVI, épigr. 72 ; mais Au- 
lu-Gelle nous apprend, liv. XVI, ch. 
VII, que ce mot était étranger à la 
langue latine. Comme il se trouve 
dans les divers idiomes néo-celti- 
ques, pour signifier à la fois boyau 
et boudin, je ne doute pas qu'il ne 
fût un des mots empruntés par les 
Romains à la langue des Gaulois. 



Bret. bouzellen, boyau, intestin; ir- 
land. putog, intestin, boyau, bou- 
din; boideal, boudin; gall. foten, 
boyau, boudin; écoss. putag, puta- 
gan, boudin. C'est de là que les An- 
glais ont tiré leur pudding^ boudin. 
Bragard et Brave signifiaient 
tous deux autrefois bien vêtu, élé- 
gamment habillé, paré magnifique- 
ment. (Voir Bragard dans Nicot, 
Trévoux, Borel et Le Duchat.) 

Chacun est roy en sa maison,.... 

Chacun fait le bragard. 

Et chacun n'a pas un potart. 

{Tréior des lenienees, eité par SI. Le Roux de Lincy dao* 
le LiTredcf proverbes fraaçait, t. 11, p. 197.] 

Rencontrant par les rues quelques mi- 
gnons bragars et mieulx en poinct , sans 
d'yeeuh estre aulcunement offensé , par 
guayeté de cueur leur donnoyt grandz coups 
de poing en face. (Rabelais, Penlagruel, liv. 
IV, chap. XVI, p. 231.) 

Brave était encore en usage au 
xvii° siècle dans le sens que je viens 
de lui assigner. On le trouve em- 
ployé de la sorte dans La Fontaine, 
dans M""® de Sévigné, dans Pascal 
et dans d'autres écrivains de cette 
époque. 

Richardcommence:«Ehra,Bartholomée... 
T'ai-je jamais refusé nulle chose, 
Soit pour ton jeu, soit pour tes vêtements? 
En étoit-il quelqu'une de plus brave ? > 

(La Fontaine, L» calendrier dei vieillards, ooate.) 

Etre brave n'est pas trop vain : c'est 
montrer qu'un grand nombre de gens tra- 
vaillent pour soi; c'est montrer par ses che- 
veux qu'on a un valet de chambre, un par- 
fumeur, etc.; par son rabat, le fil et le pas- 
sement. (Pensées de Pascal,!'^ part., an. 
vin, pensée xiii.) 

L'Académie donne encore brave 
dans cette acception, en avertissant 
qu'il est familier, et braverie dans 
le sens de magnificence en habits. 



su 



PREMIÈRE PARTIE. 



Brave a pris dans la suite des signi- 
fications tout à fait différentes, et 
qui ne sont pas les mêmes selon 
que cet adjectif est placé, avant ou 
après certains substantifs j les ad- 
jectifs gentil, galant, se trouvent 
exactement dans le même cas. 

— Bret. braVj beau, agréable; 
braga, se parer de beaux habits; 
bragecr, celui qui aime à se parer. 
Ecoss. breagh, briagh, hraw, beau, 
agréable, orné, splendide ; breaghad, 
beauté, parure, ornement, splen- 
deur. Irland. breag, beau, gentil, 
orné, paré; breaghachd, agrément, 
parure ; breagfiaichim, parer, orner. 

Braie, vêtement qui fut long- 
temps en usage chez nos pères; 
nous avons conservé le diminutif 
de brayette. 

Rices dras ot Partonopeus, 
Et li rois de France antretels. 
Ne vos quier or faire devise 
Ne de braies ne de cemise, 
Ne de braiels, ne de lasnieres. 

{Partenopêut dt Blois, t. II, p. !90j. 

Por estanchier faire ma plaie, 
Copai lou tivuel de ma Iraie 
Et ma chemise an delranchai. 

{Dolopolhoi, éiix. Jaanet, p. 408.) 

On dit brague, pour braie, dans 
plusieurs de nos départements de 
l'Ouest, où ce vêtement est encore 
en usage parmi les gens de la cam- 
pagne. D'après le témoignage de 
plusieurs auteurs anciens, bracm 
ou bracha était une espèce de haut- 
de-chausse en usage chez les Gau- 
lois. Il en est fait mention dans la 
Vie d'Alexandre Sévère, par Lara- 
pridius, dans celle d'Aurélien, par 
Vopiscus, et dans Ammien Mar- 
ceUi», liv. XVI, où il appelle les 



soldats gaulois braccati. Diodore 
de Sicile dit en parlant des habi- 
tants de la Gaule : XpwvTat Se àva£u- 
pCfftv S; èxeïvot Ppaxaç zaXoyfftv. Sué- 
tone, dans le chapitre lxxx de la 
Vie de Jules César, rapporte les 
vers suivants faits contre ce dicta- 
teur : 

Galles Ca^sar in triumphum ducit; 

Idem in cariam. 
Gain Iraccas deposuerunt, latum 

Ciavum sumpserunt. 

Le même terme se retrouve dans 
tous les idiomes néo-celtiques. — 
Bret. ômgfcz^ braie; corn, bryccans; 
gall. brethyn; irland. bristighe; 
écoss. brigis, briogais, briogan. 

Braire, Brailler. Autrefois brais 
ou braiz signifiait cri, clameur, et 
braire, crier, criailler, se lamenter ; 
il en était de même, en basse lati- 
nité du verbe braiare. 

ÂI assembler del hurteiz, 

I eut noises (bruits), e braiz, e criz. 

[Chron. dst ducs de Korm., 1. 1, p. 30». ) 

II ne set tant crier ne braire, 
Soi debatre, ne soit detraire, 
K'el en voelle merci avoir 
Seul tant qu'elle puisce veoir. 

(Jlariede France, t. I, p. 93S.) 

Emprès ont le Hombre passé 
Et le plain païs tout gasté ; 
N'i avoit fors la vilenaille 
Qui n'avoit qure de bataille ; 
Et li ullage les ocient, 
Et li chaitif braient et crient. 

{Rom. de^ Brut, t. I, p. 188.) 

— Irland. breas, cri, clameur; 
feragam^, crier, brailler; bret. breùgi. 
crier et braire; gall. bragal, crier, 
vociférer, brailler; écoss. bragainn, 
item. 

Bran, Bren, signifiaient autrefois 



GHAP. II, ÉLÉMENT CELTIQUE. SECT. H. 2<5 



son, résidu qui reste sur le tamis 
après que la farine est passée. L'A- 
cadémie donne encore bran^ pour 
désigner la partie la plus grossière 
du son, et bran de scie, pour signi- 
fier la poudre qui tombe du bois 
lorsqu'on le scie. En provençal, bren 
a conservé la signification de son. 

Li talemelier qui sont baubanier soot 
quites du tonlieu des pors qu'il aclietent et 
de ceus qu'il revendent, por tant qu'il aient 
une fois mangié de leur bren. (Livre des 
métiers^ p. 6.) 

Dites vos patenostres pour chascan boulen* 

gier, 
Pour ce qu'ils nous ont fait pain de iren à 
mengier. 

[Nouv. rêe. de eoutei, 1. 1, p. 945.) 

Par métaphore, on a dit Iran, 
bren, pour la matière fécale de 
l'homme, les résidus de la digestion; 
d'où l'adjectif bréneux, qui figure 
dans le dictionnaire de l'Académie. 
Mousse pour le guet, bran pour les sergens. 

{Àduge$ et prmerhet de Solon de Yoge, p»r I*BatrOpoU- 
tain (Jaban L«boa], Parii, ia-tfi, 1" partie, feuil- 
let D, ij, Terio.) 

Tonnez, dyables, pedez, rottez, fiantez ; 
bren, pour la vague. Elle ha, par la vertus 
Dieu, failly k m'empourter. (Rabelais, Pan- 
tagruel, liv. IV, ctiap. XX, p. 236.) 

— Ecoss. bran, son; bret. bren; 
gall. bran; irland. bran; com. 
bren. 

Brance, anc. sorte de beau fro- 
ment. (Voir Borel, Roquefort, et 
particulièrement Teissier dans son 
Nouveau Cours complet d'agricul- 
ture, t. Il, p. 484.) Selon Pline, 
les Gaulois appelaient brancîs une 
très-belle espèce de froment nommé 
sandalum par les Romains : « Gal- 
liae quoque suum genus farris de- 



dere, quod illic brancem vocant, 
apud nos sandalum, nitidissimi 
grani. » (Pline, liv. XVIII, ch. vu.) 

On désigne en breton sous le 
nom de brazed, une sorte de blé 
dont le grain est très gros; ce mot 
est composé de braz, gros, et ed, 
blé. Je n'assurerai pas toutefois que 
le brazeà des Bretons soit le même 
que le brancis mentionné par Pline. 

Branche. — Bret. brank, branche 
d'arbre^ dérivé de bar, barr, qui ont 
la même signification; gall. bar, 
item; écoss. barrach; irland. bar- 
raeh. 

Bray, anc. boue, fange, limon, 
vase; en basse latinité, braium. 
Brayeiix, plein de boue, de vase, de 
limon. Bray entre dans la composi- 
tion de beaucoup de noms de lieux, 
Mibray, Vibray, Follembray. Le pays 
de Bray est une contrée fangeuse de 
la Normandie. 

Sur ce que nous disions ke nous pooions 
et devions faire fauquer l'erbe, et holdra- 
gier et retraire le bray de l'yau de Somme. 
(Titre de 1268, cité dans le glossaire de du 
Cange, art. Braium.) 

L'empereur vient par la Coustelerie, 
Jusqu'au carfour nommé la Vannerie, 
Où fut jadis la planche de Mybray, 
Tel nom portoit pour la vague et le bray 
Getté de Seine en une creuse tranche. 

(nenëMacëiCité iiiVf.) 

Il passa parmi la ville, où il y avoit caves 
et sources moult brayeuses. (Monstrelet, 
ch, CCI.) 

L'auteur anonyme des Miracles de 
saint Bernard dit en parlant du châ- 
teau de Bray-sur-Seine : « Castrum 
Braium, quod lutum interpretatur.» 
On trouve dans les Formules de 
Marculfe, qui passent pour être du 
VII* siècle : *« Braivm. gaUice lu- 



246 



PREMIÈRE PARTIE. 



tura. » {Recueil des historiens de 
France, t. III, p. 430.) 

Écoss. brogh, boue, fange, or- 
dure; irland, brogh, broghaighil , 
item; bret.pn^ terre glaise, argile; 
gall. priz, item; corn. bry,pry, item. 

Breton, Bretun, anc. rot, flatuo- 
sité provenant de l'estomac, et s'é- 
chappant avec bruit par la bouche. 

Et si vus avez ernctatiuns et bretuns 
Egre, ce est par l'encheisun 
Et signe ke l'eslomach avez 
Freit, saciez de veritez. 
La mescine de ceo ke devez receivre 
Est ke devez chaade eve beivre. 

(X«< Eiueignemenli d'Ariitote, cuit dam laglosMirtd* 
Raquafort, irt. Brtiimer.) 

— Écoss. bruchd, rot^ action de 
roter; irland. bruchd; bret. breû- 
geûd. 

Brian, Brien, Brion, anc. petit 
ver, ciron. (Roquefort.) Bret. preon, 
prenv, ver, ciron; gall. pryvyn. 

Brique. Ménage suppose que l'on 
a dû dire en latin brica, dans le sens 
de brique, parce qu'il trouve dans 
Sidoine Apollinaire imbricare, cou- 
vrir de faîtières, et dans Pline, im- 
Iricatm, disposé en forme de faî- 
tière ou de gouttière; mais ces deux 
mots n'ont rien de commun avec 
brique : ils dérivent de imbrex, icis, 
faîtière, tuile creuse, gouttière, qui 
vient lui-même de imber, pluie. — 
Bret. briken, brique, de pri, terre 
glaise, argile ; gall. priz, item ; corn. 
bry, pry, item; irland. brice, bric, 
brique; écoss. brice, item. 

Broche. Autrefois broM, broque, 
broche, etc., servaient à désigner 
beaucoup d'objets en bois ou en fer 
terminés en pointe, tels que pieu , 
perche, bâton pointu, broche, dard. 



cheville, fausset, cannelle, clou, ai- 
guille, ardillon, etc. En basse lati- 
nité, brocca avait les mêmes signi- 
fications. (Voir les glossaires de Ro- 
quefort et de du Gange.) Broche et 
les diminutifs brochette, broquette, 
conservent encore une partie de ces 
diverses acceptions. En espagnol 
broca signifie petit clou. Sous le rap- 
port de la prononciation, comme 
sous le rapport de la signification, 
ces mots se rapprochent plus d'un 
primitif celtique que du latin veru. — 
Ecoss. bior, signifiant divers objets 
qui se terminent en pointe, broche, 
clavette, cheville^ clou, broquette , 
poinçon, aiguille, aiguillon, épine, 
épingle, etc.; island. bior; gall,, ber, 
lance, pique, broche; bret. 6er, 
broche. 

Brosse , Broce , Brousse , signi- 
fiaient autrefois broussailles, vergçg, 
menu bois, buisson. 

Et de savoir TOlés de son cstre, 
Qui n'est ne souple ne terreus, 
Fain demore en un champ perreus 
Où ne croist blé, buisson ne broce. 

[Roman dt la Rote, T. 10186.) 

Brosse nous est resté pour indi- 
quer un ustensile propre à nettoyer 
les habits, les. meubles, etc. Les 
brosses se font aujourd'hui le plus 
ordinairement en crin, en soies de 
cochon ou de sanglier; mais on les 
faisait autrefois avec de menus brins 
de bois, de jonc, de bruyère, etc. Le 
mot vergette, qui a la même signi- 
fication, a été formé de verge, pour 
la même raison. Brousses nous a 
donné la forme allongée brous- 
sailles . 

Les dérivés broil , breuil, breul, 



CHAP. II, ÉLÉMENT CELTIQUE. SECT. II. 217 

Bruit, Bruire, etc.— Brel. brûd, 
bruit, tumulte ; gall. broth, brwth ; 
écoss. bnddhinn; irland. bruidhean, 
braidhadh. 

Brusque. — Irland. brise, prompt, 
vif, impétueux , brusque; écoss. 
brisg, item ; gall. brysg, item. 

Bruyère, en languedocien, brug- 
hiera ; en provençal brus^ brudgio. 
Cette plante se nomme bruc, brug 
en Lombardie, partie de l'Italie oc- 
cupée autrefois par les Gaulois ci- 
salpins, (Voir Jules Scaliger, Contra 
Cardanum, xxxvi.) 

— Bret. bruk, brug, brugen, 
bruyère; écoss. fraoch; irland. 
fraoch ; gall. grug, bruyère ; brwg, 
broussailles. 

Bugise , Buigne , BouNiE , anc. 
tumeur, abcès, apostème. On ap- 
pelle encore aujourd'hui bugne à 
Lyon une sorte de pâte frite qui est 
assez gonflée; cette circonstance l'a 
fait comparer à une enflure, à une 
tumeur, et lui a valu le nom qu'on 
lui donne. Buigne peut également 
être le primitif de beignet, pâte frite 
que l'on nomme dans certaines pro- 
vinces, buignet, bignet et que l'on 
appelle bigne dans le Gapençais.' 

Duquel cop de baston Jehan Marchant fa 
un peu blecié sans sanc ; mais se leva seu- 
lement en la place dudit cop une enflure 
et buigne. (Lettres de rémission de 1393, ci- 
tées dans le glossaire de Carpentier, art. 
Buba.) 

La dite Colete.... donna si grand coup sur 
l'ueil.... que a pou que elle ne lui creva, 
et pour ce lui flst une grant buyne ou boce 
sur le dit œil. (Lettres de rémission de 
1378, citées dans le glossaire de Carpen- 
tier, art. Buba.) 

— Bret. funez (n mouillé), tu- 
meur, abcès, apostème, furoncle; 



bfoi, signifiaient anciennement hal- 
lier, fourré, taillis, bois. 

Cil passèrent une montaigne. 

Et puis un broil lès une plaigne; 

Les herberges virent de l'ost, 

Et il vinrent assès tost. 

[Rom. dt Brut, t. Il, p. 163.) 

Une gent pucele ad truvée 
Dedenz li bois, prez de l'orée ; 
Bien ert vestue et bien chauciée. 
Bien afublée e bien liée. 

A li vint, si l'a saluée 

Demanda-li ki ele esteit, 
En cel broil suie ke faseit. 

{Rom. de Rou, t. I, p. 191.) 

A envis prend nus nul oiselet au broi 
Qu'il ne le mehaint, ou ocie, ou afole. 

{Châtiions dt Thibault de Champagne, p. 68.) 

En basse lat. brolium, lieu com- 
planté d'arbres, bois, parc; enprov. 
brueil , item ; brouas , hallier , 
broussailles. 

— Bret. broust, hallier, buisson 
épais , broussailles ; gall. "prijs , 
prysg, hallier, bois taillis; écoss. 
preas, item; irland . preos, buisson, 
hallier, arbuste, etc. 

Brouille, Brouiller. — Bret. 
brelîa, mettre en confusion, en dé- 
sordre, brouiller; écoss. broilich, 
broilead, confusion, désordre, tu- 
multe, querelle, brouille, brouil- 
lerie; irland. broileadh, broile- 
adhadhj item. 

Brout , Broutille , Bourgeois . 
Brouter, sont tous de la môme fa- 
mille . JBrouf, dit l'Académie, pousse 
des jeunes taillis au printemps : 
« Les cerfs aiment le brout, vont au 
brout. » 

On disait autrefois broustet brov^- 
ter.-" Bret. 1" brous, ienne pousse, 
jet des végétaux, brout; 2" brousta, 
brouter. Irland. 4° bras; 2° bru- 
sam. Écoss. brus, , brouter. 



SIS 



PREMIÈRE PARTIE. 



gall. pwnga, item, de pwng, amas, 
congestion. 

Cabane, Cabine^ Cabinet, sont 
de la même famille. En basse lati- 
nité^ capana^ capanna, hutte, cabane. 
— Irland. ca, maison; caban, mai- 
sonnette, hutte, cabane. Gall. cab, 
chaumière, chalet; caban, hutte, 
cabane. Écoss. caban, item. Bret. 
caban, item, suivant Rostrenen. 
Corn, caban, item. 

CANCOiLE,anc. hanneton. (Roque- 
fort.) On dit encore dans plusieurs 
de nos départements de l'Est cran- 
coile, crancoire, cacoire j cocoire, 
cocoine. La signification étymolo- 
gique de ces mots est scarabée de 
bois, d'arbre. — Bret, cran, bois, 
forêt (voir le dict. de Le Gonidec, 
édition de M. de la Yillemarqué) ; 
c'hoiiil, coléoptère, scarabée, cscar- 
bot; hann.'ton; gall. çwil, cwilen, 
scarabée, escarbot; écoss. et irland. 
crann, arbre. 

Carole, anc. danse exécutée en 
rond, branle, ronde; Caroler , 
danser en rond, faire un branle, une 
ronde. En italien, on dit, dans le 
même sens, pour le premier caroîa, et 
pour le second, carolare. (Voir le 
le dictionnaire d'Oudin.) 

Ayant agrandi la ronde corolle, com- 
mencèrent à dire force branles autour du 
bouquet. (Le Printemps d'Yver,éà. de1î)82, 

p. 192.) 

Un jor firent Troyen feste 

A la maniera de lor geste ; 

Caroles faisoientet geus... 

[Rom. dt Brui, t. t, p. 59.) 

Très que n'avoie que douse ans 
Estoie forment goulousans 
De veoir danses et carolles, 
D'oïr ménestrels et parolles 
Qui s'apertiennent a déduit. 

(Po4ii«> d* Froitiart, à la suit» d* sea CbronlquM, éi. 



—Gall. coroli, danser en rond, 
faire un branle, une ronde; dérivé 
de cor, rond, cercle. Bret. koroll, 
danse; horolli, danser; kerl, rond, 
cercle. Écoss. cearcall, item, irland. 
cearcall, item. 

Carrière. Les Latins disaient lor 
pidicina et lapicidina, pour une car- 
rière, un lieu d'où l'on extrait des 
pierres; ces mots étaient formés de 
lapis. Dans notre ancienne langue 
pierriére, pierrier, perriêre.périère, 
signifiaient également une carrière. 
(Voir ces mots dans le glossaire de 
Roquefort et dans son supplément.) 

— Écoss. carr, carragh, carraig, 
pierre, roc, rocher; irland. caratcc; 
gall. careg; bret. harrek. 

Cas, mot familier pour excrément, 
ordure : « Il a fait son cas au pied 
du mur. » (Académie.) Caca, excré- 
ment, ordure. Terme dont se servent 
ordinairement les nourrices, les bon- 
nes, etc., en parlant de l'ordure des 
enfants. (Académie.) On dit égale- 
ment caca, avec la même significa- 
tion, en espagnol et en provençal. 

— Écoss. cac, excrément, fiente; 
irland. cac, item; gall. caç, item; 
bret. kac'h, item, kakac'h, ordure. 
Le ç en gallois et le c'h en breton 
ont une prononciation gutturale très 
forte, semblable à celle du ch alle- 
mand. Les mots que je viens de 
mentionner dans les divers idiomes 
celtiques, sont de la même famille 
que le verbe latin cacare; mais il est 
à remarquer que la langue latine 
n'a pas le substantif que l'on re- 
trouve dans le celtique, dans les deux 
idiomes parlés en France et dans 
celui que parlent en Espagne les des- 
cendants des Celtibériens. 



GHAP. II, ÉLÉMENT 

Casaque, — Écoss. casag, vête- 
ment long, habit qui vient jusqu'aux 
pieds, casaque ; dérivé de cas, pied, 
jambe ; les Latins appelaient de 
même vestis talaris, un vêtement 
qui descendait jusqu'aux talons. Ir- 
land. casog , casaque ; cas, pied. 
Gall. 0065, jambe. 

Cep de vigne; Cépée, touffe de 
plusieurs tiges de bois qui sortent de 
la même souche (Acad.); Cépeoun, 
anc. billot de bois (Roquefort); 
Ceps ou Cep se disaient autrefois de 
deux pièces de bois disposées de ma- 
nière qu'en se rapprochant elles 
serraient les pieds du condamné, 
soit pour le torturer, soit pour l'em- 
pêcher de s'évader. En basse latin. 
CB'pipus cippus; en ital. ceppo; en 
esp. cepo. On lit dans le Diction- 
naire de Jean de Garlande : « Cip- 
pus est quilibet truncus, et speciali- 
ter tnmcus ille quo crura latronum 
coarctantur; gallice, cep. » (Jean de 
Garl., dans Paris som Philippe le 
Bel, p. 600.) 

— Ecoss. ceap^ tronc, souche, cep; 
grosse pièce de bois, madrier, ceps 
que l'on mettait aux pieds des cri- 
minels. Irland. ceap^ tronc, souche, 
cep; ceapan, tronc, tronçon d'arbre, 
pièce de bois , madrier. Gall. cyf, 
cippyl, tige, tronc, souche, cep. 
Bret. kef, item, de plus, ceps, ins- 
trument destiné à serrer les pieds 
des criminels. 

Cervoise, nom que l'on donnait 
autrefois à la bière. 

Nus cervoisiers ne puet ne ne doit faire 
cervoise fors de yaue et de grain, c'est a 
savoir, d'orge, de mestuel et de dragie. 
{livrt des métiers, p. 89,) 



CELTIQUE. SECT. IL 2t9 

Vostre aiol Robert de Faleise 
Soleil mult bien brader cerveise. 

{Citron, des duct deNorm. t. Ut, p.«*.) 

Cervoise est d'origine celtique, 
ainsi qu'on est en droit de le sup- 
poser, d'après le passage suivant de 
Pline : « Et frugum quidem hsec 
sunt in usu medico ; ex iisdem fiunt 
et potus ; zythum in iEgypto^ cœlia 
et ceria in Hispania,cervism etplura 
gênera in Gallia. » (Pline, liv. XXU, 
ch. XXV.) On lit dans le livre des 
Gestes de Jules Africain, p. 299 : 
nivoyfft yoùv ÇûBov AIyûtîtioi, y.â[jLov 
Ilatove;, KeXtoI pepêriaïav, ctxepav Ba- 
êuXwviot. Du Cange fait observer avec 
raison qu'il faut lire xspêYiaïav au 
lieu de pepSyitrîav. 

Gall. ewryv, civrw, bière, cer- 
voise ; bret. koref, kiifr. On trouve 
coref et coraf pour bière, cervoise 
dans le dictionnaire Cornouaillais 
du XII» siècle, publié par M. Zeuss. 

Charrée, cendres qui servent à 
faire la lessive. — Bret. koered^ 
kouered, charrée. Écoss. 1° sguradh, 
ce qui sert à nettoyer, à lessiver ; 
2° sgur, nettoyer, lessiver. Irland. 
^° sguradh; 2° suguraim. 

Cheminer, Chemin. — Bret. 
kamm, pas, marche, démarche, ac- 
tion de cheminer. Gall. cam, pas, 
marche, trace; caman, chemin. 
Écoss. cmm, pas, marche, trace; 
ceum, ceumnaich, sentier, chemin. 
Irland. ceim, pas, marche, trace ; 
ceimnighim , marcher, cheminer, 
faire trace. 

Chemise : en basse latinité, ca- 
misia, qui signifia d'abord une es- 
pèce de tunique ou de sarrau de 
toile, une sorte de blouse, que por- 
taient les soldats sous le Bas-Em- 



S20 



PREMIÈRE PARTm. 



pire; ce mot appartenait ù la langue 
vulgaire, ainsi que nous l'apprend 
saint Jérôme; et, comme nous le 
retrouvons dans les divers idiomes 
néo-celtiques, il est fort probable que 
les Romains avaient emprunté aux 
Gaulois ce vêtement militaire comme 
ils leur avaient emprunté le sagum. 
(Voyez ci-après l'art. Saie, a Yolo 
pro legentis facilitate abuti sermone 
vulgato. Soient militantes habere 
lineas quas camisias vocant, sic 
aptas membris et adstrictas corpo- 
ribuSj ut expediti sint, vel ad cur- 
sum, vel ad praelia. » (S. Jérôme, 
épître à Fabiola.) 

Chamise est employé pour tunique 
dans la Passion de N. S. Jésus- 
Cbrist, monument en langue d'oc du 
X" siècle, publié par M. Champol- 
Uon-Figeac. 

Cum el perveng a Golgota, 
Davan la porta de la ciptat, 
Duuc lor gurpit soe chamise 
Chi sens custure fo faltice. 

(Stropha lxtii.) 

Fortunat, évoque de Poitiers, 
mort en 609^ a écrit une vie de 
sainte Radegonde, oii l'on trouve le 
passage suivant, dans lequel camisa 
paraît employé pour signifier une 
sorte de vêtement de femme, une 
espèce de robe : « Regina, sermone 
ut loquar barbaro, scafionem, cami- 
sas, manicas, cofeas, cuncta aurea 
sancto tradidit altari. » Chemise doit 
avoir à peu près le même sens dans 
ces vers du roman de Dolopathos : 

Trop fu apertement vestue 

D'une chemise estroit cousue ; 

En braz et par les pans fu lée, 

Déliée, blanche et ridée ; 

Pelice ot legiere et sanz manche. 

[Dolopolkoi, p. IM.) 



Chemise n'est pas le seul dérivé 
français de camisia; celui-ci se 
syncopant nous donna également 
chainse, qui signifiait autrefois une 
sorte de légère mantille à l'usage 
des femmes, « Teristra dicuntur 
gallice chainse, quaedam vestis mu- 
lieris de lino. » {Dictionnaire de 
Jean de Garlande, dans Paris sous 
Philippe le Bel, p. 595.) — « Te- 
RiSTRUM, une manière de vestement 
de femme qu'on dit chainse. » (An- 
cien glossaire latin français cité par 
Du Gange, art. Theristrum.) 

Et Rogier s'amie apèle, 
Si l'a par le chainse prise. 

{^Théâtre français au moyen âg», p. 3T, col. I.) 

On dit en espagnol, en portugais 
et en provençal camisa pour che- 
mise, en italien camiscia, camicia. 
— Ane. écoss. etanc. irland. cai- 
mis, genit. caimse, sarrau, chemise; 
gall. camse, long vêtement, robe; 
bret. hamps, aube, vêtement de prê- 
tre ; ce mot a reçu un p intercalaire ; 
voyez à cet égard t. II, p. 139. 

Ghômer, cesser de travailler, faute 
d'avoir de l'ouvrage ; fêter un jour 
en cessant, en s' abstenant de tra- 
vailler. — Bret. choum, s'arrêter, 
cesser, rester, demeurer. Écoss. 
1 cum, arrêter; 2° cum ort, s'arrêter, 
cesser, rester; ort signifie au-dessus. 
Irland. \° cuînaim; 2° cumaim ort. 
Claie, autrefois claie, cleie; en 
basse latinité cleta, cleda, clida, 
cleida, cleia; en languedocien, cleda. 
— Bret. kloued, claie, ouvrage 
d'osier à claire-voie, servant à fer- 
mer l'entrée d'un champ , d'un 
parc, etc., barrière, herse; gall. 
clwyd, claie d'osier; corn, cluid, 
cluity item; écoss. cleath, item; 



CHAP. Il, ÉLÉMENT CELTIQUE. SECT. H. 224 



diathj deith, herse; irland. death, 
claie ; diath, herse. 

Clavelée^ Claveau^ espèce de 
teigne contagieuse qui attaque les 
moutons. — Gall. davar, teigne, 
gale, lèpre, clavelée; écoss. doimh, 
item; irland. daim, item. Les la- 
biales du gallois, et surtout le v, se 
changent fréquemment en mh ou m 
en écossais et en irlandais. Le bre- 
ton n'a conservé que l'adjectif Uan- 
Xiuz, malade, maladif. On trouve 
dafhorec, lépreux, daf, malade, et 
davet, maladie, dans le Dictionnaire 
cornouaillais du xii« siècle, publié 
par M. Zeuss. 

Coche, Cochon. Bret. /low'/i, porc, 
cochon; gall. hoç; écoss. mhuc; ir- 
land. rucht. L'écossais et l'irlandais 
n'ont pas de mots commençant par 
h; ils remplacent ordinairement, 
par une consonne aspirée ou par un 
r,r/i initial du breton et du gallois. 
On trouve hoc, avec la même signi- 
fication, dans le Dictionnaire cor- 
nouaillais du xu^ siècle, publié par 
Pryce et par M. Zeuss. 

Coche, entaillure; on dit égale- 
ment hodie. — Bret . coch , coche 
(Le Pelletier); écoss. sgoch, item; 
sgoch, inciser, entailler, fendre; 
gall. cosi, item; irland. sgothog, 
coupure, entaillure. 

COINT, CoiNTE, CUINTE, aUC. 

agréable, gentil, aimable, joli, gra- 
cieux. 

Chës Ysal de Bethléem tï nn des fiz li 
bien set chanter, fort est e bateillerurs, e 
cuintei de paroles, e bels. (Livre des Roi», 
p. 60.) 

Or manderai m'amiete 
Qui est eointe et jolietf . 

[TU44n fnmçais au «iityca iyi, p. 59, eol S.) 



Ja ponr che ne veus amerai; 

Bergeronnete sui. 

Mais j'ai ami 

Bel et eointe et gai. 

{Ibid., p. 106.) 

— Bret. koant, gentil, agréable, 
joli; écoss. cuanta, caoin, item; ir- 
land. cuanna, caoin, item. 

Combe, anc. vallée environnée de 
montagnes de tous les côtés, grotte, 
caverne. Basse latinité, cuma, coma, 
cumba, comba, vallée. 
Tant vont contre le tertre et la graat combe 

autaigue 
Qu'il virent l'ost des Saisne et la lor grant 
compaigne. 

{Chanlon det Saxons, t. 1, p. 191.) 

Por chevauchier le bruel de Selve longue, 
Si descendirent lès une basse combe. 

(Roman d» Gariti, cité par da Caogi, art. Cumia, 9.) 

Li reis li çainst l'espée fort et dure ; 
D'or fu li pons et toute la hondure, 
E fa forgié en une combe oscure. 

(Rom, de Raoul de Cambrai, p, 19.) 

— Bret. kombant, koumbant, val- 
lée, vallon, dérivé de kao, keô, keû, 
cavité, creux, grotte, caverne; gall. 
cwm, cavité, vallée, vallon profond 
entouré de hautes montagnes; go- 
bant, petit vallon, cavité, dérivé de 
cw, cavité, creux; irland. cumar, val- 
lée ; cuas, enfoncement, cavité, creux,, 
trou; écoss. cuas, cuasan, item. 

Coq. Suétone rapporte, dans la 
Vie de Vitellius, que Primus, géné- 
ral de cet empereur, était nommé 
dans son enfance Becco par les Tou- 
lousains, ses compatriotes, et que 
ce mot signifiait bec de coq. (Voir la 
citation textuelle de cet historien à 
l'article Bec.) Probablement becco 
n'est que la forme latine de èeccoc, 
et ce mot est composé des deux 
mots bec et coc, qui ont été con- 
servés en français. 



m 



PREMIÈRE PARTIE. 



— Bret. Imk, coq ; ce monosyl- 
labe doit être le résultat d'une syn- 
cope éprouvée par un ancien primi- 
tif celtique dont nous ne pouvons 
connaître exactement la forme, mais 
qui devait avoir plusieurs syllabes, 
si l'on en juge par les mots corres- 
pondants dans les quatre autres 
idiomes néo-celtiques, Ecoss. coi- 
leachf coq; gall. ceiliawg, item; ir- 
land. coileach, item. On trouve che- 
lioc pour coq dans le Dictionnaire 
cornouaillais du xii^ siècle, publié 
par M. Zeuss. 

Coquelicot. Ce mot est d'origine 
celtique, ainsi qu'on peut en juger 
par le passage suivant de Marcellus 
Empiricus. 

Fastidium stomachi relevât papaver sil< 
veslre, quod gallice calocaionos dicitur, Iri- 
tum et ex lacté caprino potui datum. (Mar- 
cellus Empiricus, De remedns empirids, 
dans Medici principes ^ éd. de Henri Es- 
tienne, p. 331, H.) 

Calocaionos, dont on fait coqueli- 
cot, a éprouvé une sorte de redou- 
blement de sa première syllabe, 
comme il arrive quelquefois. C'est 
ainsi que le nom d'une autre plante, 
appelée par les Latins nymphœa, est 
devenu en français nénuphar. On 
trouve en irlandais codlainean, pa- 
vot, et en écossais codalian, item. 
(Armstrong, dans son English-Gaelic 
dictionary , art. Poppy.) Mais je 
n'oserais garantir que ces mots pro- 
vinssent de la même source que ce- 
lui qui nous a été conservé par Mar- 
cellus Empiricus : d'abord, parce 
qu'ils en diffèrent considérablement, 
et, en outre, parce qu'ils paraissent 
dérivés de codai, codai, qui signi- 
fient sommeil, le premier en écos- 



sais et le second en irlandais. Les 
Espagnols appellent de même le pa- 
vot dormidera, adormidera, et les 
Portugais dotmideiras. 

Couper, Copeau, etc. On disait 
autrefois colper, qui est devenu cou- 
per par la transformation ordinaire 
à'ol en ou. (Voir t. ii, p. 163-165.) 

Si ço avent que alquen colpe le poin a 
alire u le pied, si li rendra demi were, su- 
luc ceo que il est nez .. del ungle si il colpe, 
de cascun v solz, de soit engleis. (Lois de 
Guill. § xui, ci-dessus, p. 104.) 

Hieu lur cscrist de rechief, e (o out al 
brief : si vus mes humes estes, c obéir me 
vulez, les chiefs as fiz vostre seignur col- 
pez — Cume le brief Hieu vint à ces de Sa- 
marie, erranment colperent les chiefs as 
seisante fiz le rei. [Livre des Rois, p. 380.) 

Rescripsit autcm eis liiteras secundo, di- 
eens : Si met estis, et oheditis mihi, tollite 
capita filiorum domini veslri.... Cumque ve" 
nissent litlerœ ad eoi, tulerunt filios régis 
et occiderunt septuaginla viros. 

— Bret. kolpa, couper, verbe qui 
est hors d'usage, mais que l'on re- 
trouve dans le composé diskolpa, dé- 
couper, fendre, tailler. Irland. 1» 
sgealpaim, couper, fendre, tailler; 2<» 
sgea/padft, copeau. Écoss. ]" sgealb; 
2° sgeolb, sgolb, scolb. Gall. colp, 
ysgolp, copeau. 

Crêpe, sorte de pâte frite; en prov. 
crespéou. — Bret. hrampoez, crêpe, 
galette peu épaisse, pâte mince éten- 
due sur une plaque de fer et mise 
sur le feu; gall. crammwyth, item. 

Danse. Ce mot existe dans les di- 
vers idiomes néo-germaniques, mais 
on ne le trouve dans aucun des 
anciens. Dans les traductions an- 
glo-Scixonnes de la Bible, l'idée 
de danser est constamment rendue 
par des mots qui n'ont rien de com- 



CHAP. II, ÉLÉMENT CELTIQUE. SECT. H. 223 



mun avec celui qui lait le sujet de 
cet article; aussi ne peut-on guère 
douter que ce mot n'ait été fourni 
aux idiomes germaniques actuels par 
quelque langue moderne, et proba- 
blement par le français. Je crois 
que l'on doit attribuer à danse, 
danser, une origine celtique, avec 
d'autant plus de raison que carole, 
sorte de danse, et fringuer, danser, 
nous ont également été fournis par 
la langue des Gaulois . (Voir ces mots 
à leurs places.) 

~Breton : 1 « dans, danse ; 2° dan- 
sa, danser . Écoss. 1 ° dannsa, damsa ; 
2" danns, damhs. Irland. \'*damhas, 
damhsa; 2° damhsaighm. Gall. I" 
dawnz ; 2" dawnsio (Davies) . 

Darne, tranche d'un poisson, com- 
me le saumon, l'alose, etc. (Acadé- 
mie) — Gall. \°dam, morceau, frag- 
ment, tranche, portion, partie ; 2° 
damiaw, couper par morceaux, par 
tranches, diviser, partager. Bret. 4" 
dam ; ^''damaoui. Écoss. tearb, di- 
viser, partager. 

Dartre. — Bret. darvoéden, dar- 
vouéden, dervoéden, dartre ; gall . 
tarzwraintj taroden, dartre, dérivés 
de torz, éruption; écoss. dortadh, é- 
ruption. Dans le français dartre, il 
a été ajouté un r après le t comme 
dans martre de martes, dans pupi^ 
tre de pulpitum, etc. (Voir à cet é- 
gard tome ii, p. i 42. 

Dégobiller, vomir le vin et les 
aliments qu'on a pris avec excès . 
(Acad.) Ce verbe est composé de la 
préposition latine de et d'un mot 
celtique signifiant bouche . Le terme 
populaire dégueuier, également ad- 
mis par l'Académie, est complète- 
ment analogue à dégobiller, et pour 



la signification et pour la composi- 
tion. 

— Gall. go6, bouche; irland. gobf 
bouche, bec; écoss. goi, bec. (Voir 
Goôer ci-après.) 

Dehait. (Voir ci-après l'article 
Hait.) 

DiA. Mot dont les charretiers 88 
servent pour faire aller leurs chevaux 
à gauche, selon l'Académie; adroite, 
selon Trévoux. La contradiction ap- 
parente qui résulte du témoignage de 
ces deux autorités provient de ce que 
à droite et à gauche sont des expres- 
sions relatives; elles sont tout à 
fait dépendantes de la position que 
l'homme occupe au moment où il 
commande au cheval. L'Académie 
suppose que le charretier se tient du 
côté gauche du cheval, comme c'est 
l'ordinaire ; tandis que Trévoux sup- 
pose qu'il est placé vis-à-vis la tête 
de l'animal, ce qui a lieu lorsqu'on 
lui saisit les guides pour lui faire 
franchir un obstacle ou un mauvais 
pas. 

— Bret. dia, diaz, dihaz, dicha, 
déha, mots employés par les charre- 
tiers pour faire détourner leurs che- 
vauX;, correspondant au français dia. 
(Voir à cet égard Le Gonidec et Le 
Pelletier.) Ces mots sont dérivés de 
diou, dihou, déou, déhou, droit, qui 
est à droite (dexter). Gall. dèou, 
item. Écoss. et Irland. deas, item. 

Les mots celtiques qui étaient 
exclusivement à l'usage du peuple, 
tels que dia, sont précisément ceux 
qui ont passé en plus grand nombre 
dans notre langue, ainsi que je l'ai 
établi dans l'introduction, pag. 48 
et suivantes. Par une particularité 
assez remarquable, lepoëte Claudien 



224 



PREMIÈRE PARTIE. 



nous a transmis que les muletiers 
gaulois avaient dans leur langue un 
mot pour faire aller leurs mules à 
gauche et un autre mot pour les faire 
aller à droite. Il est possible que ce 
dernier ne fût autre que dm, qui est 
resté en breton aussi bien qu'en fran- 
çais. 

DE Hl'LABDS GALLICIS. 

AspicemorigerasRhodanitorrentisalamnas 

Imperio nexat, imperioque vagas, 
Dissona quam varios flectant ad mnrmura 
cursus. 
Et certas adeant, voce régente, viag. 
QuamTis qusque sibi nuUis discurrat ba- 
benis, 
Et pateant diiro libéra colla jugo; 

Ceu contrista tamen servit, patiensque la- 
borum 
Barbaricos docili concipit aure sonos. 
Absentjs longinqua valent prxcepta magis- 
tri, 
Frenorumque vicem lingua virilis agit. 
Haec procul angustat 'sparsas, spargitque 
coactas, 
Hxc sistit rapldas, Ytxc properare facit. 
Lxva jubet? l»vo deducunt limite gressum. 

Mutavii strepitum? dexteriora petunt. 
Nec vinclis famulse, nec Ubertate fercces, 

Exut» laqueis, sub ditione tamen; 
Consensuque pares, et fulvispellibus irtœ, 
Esseda concordes multisonora trahunt. 
Miraris, si voce feras pacaverit Orpheus, 
Qunm prônas peeudes gallica verba re- 
gant. 

(Clauditn, H, Panckouoke, t. II, p. 418.) 

Dorloter. — Bret, dorlota, cares- 
ser, flatter, cajoler, dorloter ; dérivé 
de dorlài, dorlô, caresser avec la main 
comme on fait aux petits enfants; ce 
mot paraît formé de dom, main. 
Gall. dorlota f caresser, amignoter, 
dorloter, choyer ; duim, main fer- 
mée, poing ; irland. et écoss. dom, 
item; corn, dom, dum. 



Drille signifiait autrefois lam- 
beau d'étoffe^ haillon, guenille, lo- 
que, chiffon. Ce mot est encore usi- 
té dans les manufactures de pa- 
pier. 

Drillei sont vieux linges a faire du pa- 
pier. (Arrestdu conseil du 18 janvier 1729, 
cité dans le glossaire manuscrit de Sainte- 
Palaye, art. Drille.) 

—Gall. dry W^ lambeau, pièce, mor- 
ceau ; drylliaw, mettre en lambeaux, 
mettre en pièces. Bret. trul {l mouil- 
lé), lambeau d'étoffe, chiffon, loque, 
haillon, guenille. 

Drouine, espèce de havre-sac que 
les chaudronniers de campagne por- 
tent derrière le dos, et dans lequel 
ils mettent leurs outils (Trévoux.) — 
Bret. drouin, havre-sac des chau- 
dronniers, drouine, dérivé de l'inu- 
sité dren, dos, que l'on retrouve 
dans le composé adren, par derrière, 
derrière. la dosj écoss. druim, dos; 
irland. druim, item;, gall. trum, 
item. 

Dru. Mot fort ordinaire à Paris 
pour dire brave, courageux, hardi, 
alerte, entreprenant. C'est un dru, 
c'est-à-dire un bon drôle, un gail- 
lard, un éveillé. ( Trévoux. ) Selon 
l'Académie, ce mot signifie gaillard, 
vif, gai. 

Bru a toutes ces significations 
dans nos anciens auteurs ; de plus, 
on le trouve employé pour fort, ro- 
buste, gras, bien portant, en bon état. 

De reporter lui te convient 

Que nous sommes tciuz sains et drux 

En un bon point; et ne dy plus. 

{TUiat frauçai» ai. moj/t» ige, p. 387.) 

De che me souvient il sans plus 
Que me dist qu'estoie trop dru»; 



CHAP. II, ÉLÉMENT CELTIQUE. SECT. IL 525 

Mais se je me desiruissoie, nom et n'eurent pas besoin de re- 

Ou aucun mal je me fesoie, courir au grec «pu;, ainsi que Pline 

Félon me devroit-on clamer. ^^^^^ ^^,^^^ ^^^^^ p^ j^ f^j^.^^ ^^ 

doit seulement remarquer que le mot 
grec est de la même famille que ce- 
lui qui devait également signifier 
chêne dans l'ancienne langue cel- 
tique. « Nihil habent druides [ila. 
suos Galliae appellant magos) visco, 
et arbore in qua gignatur, si modo 
sit robur, sacratius. Jam per se ro- 
borum cligunt lucos, nec ulla sacra 
sine ea fronde conficiunt; ut inde 
appellatiquoque interpretationc grœ- 
ca possint druides videri. » (Pline, 
liv. XV, vers la fin.) 

Dune, monticule de sable qui se 
trouve au bord de la mer ; Dunette, 
partie la plus élevée de l'arrière d'un 
vaisseau. Ces mots dérivent du cel- 
tique dun, qui signifiait une émi- 
nence, une colline, ainsi que nous 
l'apprend Clitophon dans im Traité 
attribué à Plutarque. Voici le pas- 
sage : 

Auprès deTArarOa Sa&ne) estnneémi- 
nence qui s'aitpelait Lougdounon, et qui re- 
çut ce nom pour le motif que je vais rap* 
porter. Momoros et Atepomaros, qui avaient 
été détrônés par Séséronéos , entreprirent^ 
d'après la réponse d'un oracle,de bâtir une 
ville sur cette éminence. Ils en avaient déjà 
jeté les fondements, lorsqu'une multitude 
de corbeaux dirigèrent leur vol de ce côté 
et vinrent couvrir les arbres d'alentour. 
Momoros, versé dans la science des augures, 
donna a la ville le nom de Lougdounon, at' 
tendu que, dans leur langue, ils (les Gau- 
lois) appellent le corbeau lougon et une 
éminence dounen. 

Voici le texte de la dernière 
phrase : 

AoÛYOv Tfàp t^ erç>ûv 2iaXeXT(j> tôv 
x6paKa xaXoûfft, Soùvov 6è tôv iÇéj^ovta. 
(Plutarque, llepl noToi(i(3v, vi.) 



(GalotviUe, le Piltrinage de humaine lignée, cit^ dani 
le glouairt de Carpentier, art. Druda.) 

Icellui Thierry fery le dit Simonnet de 
la dite esse droit sur le dru de la joe assez 
près de la temple. (Lettres de rémission de 
1407, citées tiirf.) 

Adonc etoit le royaume de France gras, 
plein et dru, et les gens riches et puissans 
de grand avoir, ni on n'y savoit parler de 
nulle guerre. (Froissart, liv. I, cb. lx, éd. 
Bucbon, 1. 1, p. 55, col. 1 .) 

— Gall. drud, hardi, brave, cou- 
rageux ; écoss, treun , fort, vigou- 
reux, robuste, gaillard, brave; Ir- 
lande trearii treun, item.', bret. drut, 
gras. 

Druge, anc. bruit, tapage, vacar- 
me, tumulte^ clameur. 

Sarrazins comme chiens glatissent; 
Leur granz cris, leur horrible druge. 
Semble le meschief du déluge. 
Que Dlex ait l'a représenté. 

(Branche dei royaux lignages, t, IT, p. 38.) 

Druge de veel ne dure pas tuz jours. 

(Lt Roax da Llaey, Livre det proverbet fiançait, 
t. II. p. 389.). 

Bret. troui, bruit, tapage^ vacar- 
me ; gall . trwst, item ; écoss . tor- 
ran ; irland. toran. 

Drylle^ chêne femelle. Quelques- 
uns ne prennent ce mot que pour 
le gland de cet arbre. (Trévoux.) — 
Bret. dérô. derv, chêne; gall. derw 
(prononcez derou) ; écoss. dair ; ir- 
land. dair, chêne; dairghe, gland. 
Corn, dar, dero, deru, chêne. S'il 
est vrai que les druides dussent leur 
nom au chêne, qu'ils honoraient 
d'une manière toute particulière, les 
Gaulois trouvèrent dans leur propre 
leuigue le mot qui servit à former ce 



j* 



Î26 



PREMIÈRE PARTIE. 



Celte ville, ainsi que le lecteur l'a 
déjà pensé, n'est autre que le Lug- 
dunum des Romains, devenu notre 
Lyon ; elle fut d'abord bâtie le long 
de la rive droite de la Saône, sur 
les hauteurs qui avoisinent Pierre- 
Scise. 

Dun s'est conservé dans la termi- 
naison de plusieurs autres de nos 
villes. Verdun (Virodunum), Chà- 
tcavdun (Castellodunum), Issoudun 
(Exelodunum), etc. 

— Gall. irland. et écoss. dun, din, 
élévation de terre^ colline, tertre; 
bret. tun, tunyen^ item ; corn^ dun. 

Ebaubi, Ebahi. On disait ancien- 
nement baîf pour signifier, étonné, 
surpris, stupéfait,, consterné, effrayé. 

Ne s'en trait nus arlere ; 

NI sisnt estraier ne baïf; 
Par sus les morz passent H vif. 

{Chrott, des duo de Pfarm., I, I, p. 268.) 

Li tornois est maltalentis, 
N'i a mrstior vasaus bais, 

[PailoaOjteut de BloU, t. Il, p. 131.) 

Bret. àbafij étourdir, surprendre, 
ébahir, de aôa/", étourdi, étonné, stu- 
péfait, stupide, timide, qui provient 
suivant Le Pelletier de a marquant 
extension dans les mots composés, 
et de bav, bao, stupeur, stupidité, 
timidité; gall. bw stupeur, conster- 
nation, crainte, épouvante, 

ÉcHEVEAu. On a dit autrefois es- 
taigne, eschagne^ eschief; celui-ci a 
donné les diminutifs esc/iereiffe, esche- 
vel; ce dernier est devenu écheveau. 

Le suppliant a prins et emblé es ysles de 
Suresnes et de Puteaux... certaines eS' 
taignes de 01... trois eschevaulx ou escai- 
gnes de ûle, qui povoit valoir huit franrs 
ou environ. (Lettres de rémission de 1409, 
citées dans le glossaire de Carpenticr, art. 
Eschaota.) ' 

Le soppliaui print six ou huit eachiefs de 



fil blanc. (Lettres de rémission de 1S94, 
citées ibid.) 

La suppliant prins... trois escliez defil- 
let. (Le' très de réiBi.ssion de 1397, citées 
tbid.) 

Deux etchevettei de fli. (Lettres de ré- 
mission de 1401, ti\ée%ibid.) 

— Écoss. sgein, sgeinne^ éche- 
veau ; irland. sgaine ; gall. cengyl 
(prononcez hengil). 

Échine. — Bret. hein, dos, échine, 
sommet d'une chaîne de montagnes; 
gall. cefn, item. On trouve cheirty 
avec la même signification, dans le 
dictionnaire cornouaillais du xii* 
siècle, publié par M. Zeuss. L'e ini- 
tial du mot français a été ajouté, 
comme^ans écorce de cortex, icis; 
ÉCLAIR de clarus (ignis). Voyez à cet 
égard t. ii, p. 424. 

Emganer, anc. tromper, duper, at- 
traper, abuser; en ital. ingannare; 
en languedoc, enganar. Ces mots 
sont composés de la préposition la- 
tine in et d'un primitif celtique qui 
signifiait fourbe, perfide. C'est ce 
même primitif qui servit à former le 
nom propre de Ganes, Ganelon, ce 
traître fameux dans nos romans de 
chevalerie qui livral'arrière-gardede 
Charlemagne à Marsille, roi des Sar- 
rasins d'Espagne, et qui fut cause 
de la défaite de Roncevaux. Nos 
anciens poètes faisaient assez souvent 
un nom propre d'un nom commun 
dont la signification pouvait servir 
à caractériser le personnage ainsi 
désigné. Cet usage a persisté presque 
jusqu'à nos jours parmi nos auteurs 
de comédie. 

Abés, tu as toi engané 
Qui bâtons as droit et plané 
S'ausi toi ne dreches et planes. 

(AoiHaii dt Ckarité, t\. cxit, cit^ par Roqntfort, 
t?t. Enjaifr.) 



CHAP. n, ÉLÉMENT CELTIQUE. SECT. H. 227 



Maidîan monte tôt haitië, 
Qui le vallet a anganné. 

{Floir* et Blance/lor, édit. du Méril, p. 



156.) 



Vous estes plus traistres que Ganei. 

[Farce de Paiheli», cttëe par Borel, art. Ganet.) 

Avoec les faus et les félons 
Qui sont parent as gantions. 

{LeiDittdet Philosophes, cilës dans la ChroniqM 
de< ducs de Narmandie, t. III, p. 34, «n note). 

Ganelon est souvent employé dans 
nos anciens auteurs comme nom 
commun pour désigner un traître, 
ainsi que dans le dernier exemple ; 
soit qu'il ait d'abord été nom com- 
mun avant de devenir nom propre, 
ou que de nom propre il soit devenu 
nom commun^ ainsi que tartufe se 
dit pour un faux dévot, et mentor 
pour un sage gouverneur. 

— Bret. ganaz, fourbe, perfide, 
traître. Écoss. 1°garîgmrf^ tromperie, 
perfidie, duplicité, fausseté; 2° gan- 
gaideach, faux, fûurbe,perfide, trom- 
peur. Irland. \°gangaid ; 2° gangai- 
deach. Gall. 1" gau; t° gau. 

Entamer. Tous les étymologistes 
font dériver ce mot du grec; mais 
notre ancienne langue n'a guère em- 
prunté de termes usuels à la langue 
grecque, ainsi que je l'ai remar- 
qué ailleurs. (Voir p. 3, note 2). Je 
préfère donc attribuer entamer au 
celtique, le même primitif se trou- 
vant à la fois dans tous les idio- 
mes néo-celtiques aussi bien que 
dans la langue grecque, sans doute 
à cause de la parenté qui existait 
entre l'ancienne langue des Grecs et 
celle des Gaulois. En dans entamer 
est la préposition latine in, qui est 
venue se joindre au primitif celti- 
que. 
— Bret. 4» tama, couper, enta- 



mer; 2" tamm, morceau, fragment, 
Gall. \° tameidiaw; Ttam, iama. 
Écoss. 1° teum; 2° teuma_, teum. Ir- 
laiid. teuman, couper, trancher, 
entamer. 

EscACHE, mors de cheval, diffé- 
rant du canon en ce que le canon est 
rond et Vescache est ovale. (Acadé- 
mie.) — Bret. gweslien, frein, mors, 
escache, dérivé de gwasli, pression, 
compression; gall.. gwâsg, item. 

ESCOUFLE, ESCOFLE. ÉCOUFLE, aUC. 

milau, oiseau de proie. 

Uns escuffle jut en sun lit, 
Malades fu si cum il dit. 
Un gais ot sun ni près de lui 
A cui ot fait suvent anui. 
Li escofles se purpensa 
Que sa mère i envoira, 
Si le fera requeire pardun. 
Et que pur lui face orisuu. 

(Uarle de Ffance, fable ttxXTii, D'un eicoujtei ê 
dou jais, t. II, p. 358.) 

— Bret. skoul, milan, écoufle. On 
trouve scQul, avec la même signifi- 
cation, dans le dictionnaire cor- 
nouaillais du xii« siècle, publié par 
Pryce et par M. Zeuss. Gall. ysgavael, 
proie; ysgavaelu, ravir une proie. 
Le mot breton et le mot cornouail- 
lais devaient avoir anciennement un 
/"ou un V, si l'on en juge parle gal- 
lois ysgavael, ysgavaelu, dérivés pro- 
bablement de l'ancien primitif cel- 
tique qui a du signifier milan. 

EscouRGÉE, anc. fouet. Ce mot 
est encore dans la dernière édition 
du Dictionnaire de l'Académie, qui 
le donne comme vieux. On dit en 
italien scoreggiata, et en espagnol 
zurriago. 

S'ensuit la teneur d'une prière qu'ilz (lei 
flagellans) disoient en chantant, quant ilt 
se batoient, de leurs escourgées. {Le Roux 



528 



PREMIÈRE PARTIE. 



de Lincy, Chmts historiques^ 1. 1, p. 237.) 
Toz nuz les battent i'etcorgiies. 

{Dohpathot, ëdlt. JTaoDet, p. 31.) 

— Bret. 1» skourjez, fouet; 
2" skourjesa j fouetter. Ecoss. 
4° sgiurs , sgiursadh; 2° sgiurs. 
Irland. sciursa, fouet. 

EscRACHE; anc. gale^ rogne. 

Toi fierge Nostre-Seignor de la plaie de 
Egipte, et la partie de ton cors dont les es- 
trounts sont portez, à escrache et a mangue 
issent que tu ne poes estre garis. (Bible, 
Deutéronome, ch. xxTlii, vers. 27 ; citation 
de Roquefort, art. Escrache.) 

Percutiai te Dominus ulcère Egypti^ et 
partem corporis per quant stercora egeruri' 
tur, scabie quoque et prurijfine} ita ut cura' 
ri nequeas, 

— Écoss. sgrafh, gale; irland. 
sgreab; gall. craç (Owen), crach 
(Davies); bret. râch, 

EscRAFFE, anc. coquille de noix, 
d'amende, etc. En patois messin, 
crafaï} en provençal, crouvéou. 
Vos despandeiz et senz raison 
Vostre tens et vostre saison. 
Et le vostre et l'autrui en tasche; 
Le noiel (amande) laissiez por Veseraffe 
Et paradix pour vainne gloire. 

(CEuTrM d* Ralebcuf. t.1, p. 115.) 

— Écoss. sgrath, peau, écorce, 
écale, coque, coquille; gall. cragen, 
item; bret. hrogen, coquille. 

EsTALLES, anc. testicules. (Voir 
Étalon qui suit.) 

Étalon. On disait autrefois esta- 
lotij estalîon, et on appelait estaîles 
les organes qui distinguent un che- 
val entier d'un cheval hongre, les 
testicules. Voir le glossaire de Ro- 
quefort, qui cite l'exemple suivant 
tiré du Roman de la Rose : 

Ainz qu'ils muirent , puissent-ils perdre 
Et l'aumosniere (bourse) et les estalles, 



Dont ils ont signe d'estre malles, 
Perte leur vienne des pcndens 
A quoy l'aumosniere est pendens. 

{Roman de la Rote, âl6 par Roqntfori, art. EtiatUi ) 

— Gall. ystaîw, productif, fer- 
tile, générateur; ystalwyn. cheval 
entier destiné à couvrir les juments, 
étalon; écoss. stal, staîan, item; 
irland. stal, item. 

Fagot. — Gall. fagod, fagot, 
faisceau; bret. fagod; irland. fa- 
goid ; écoss. fagaid. 

Fol, Fou, etc. Fol signifiait autre- 
fois sot, imbécile, déraisonnable. Dé 
là l'expression de vierges folles qui, 
dans le style biblique, est opposé à 
vierges sages. Saint Bernard appelle 
les premières vierges sottes. (Voyez 
le Choix de ses sermons, p. 564.) 

Merci te cri que mis sires 11 reis ne Se 
curuzt vers cest felun Nabal, kar, snlune 
Sun nnm, fols est.... e folie est ensemble- 
ment od lui. (Livre des Rois, p. 99.) 

Ne ponat, oro, dominus meus rex cor suum 
super virum istum iniquum Nabal; quoniam 
secundum nomen suutrty stultus est, et stul- 
\H\iest cum eo. 

L'on ne doit pas fol ne musart apeler k 
nul jugemant, ne ^ donner conseil. (Livre 
de Jostlce^ p. 8.) 

En basse latinité, follus avait la 
même signification, et du Gange 
fait observer que deux chroniques 
différentes donnent cette qualificar 
tion à Charles le Simple. On trouve 
dans la Vie de Saint Grégoire, par 
Jean Diacre : « At ille, more gallico, 
sanctum senem increpans follem, 
ab eo virga leviter percussus est. » 
(Vie de saint Grégoire, liv. IV, 
ch. xcvi,) 

— Bret. foll, sot, imbécile, dé- 
raisonnable; gall. fôl; écoss. bhoil 
{bh aspiré), boile ; irland. boile. On 



CHAP. II, ÉLÉMENT CELTIQUE. SECT. IL t«9 



trouve fol avec la même significa- 
tion dans le Dictionnaire cornouail- 
lais du xii° siècle, publié par 
M. Zeuss. 

Fbeux, sorte de corneille que l'on 
nomme également grolîe. — Bret. 
fraô, frâv, corneille, groUe^ freux ; 
gall. ydvran,item, ; yd, qui est joint 
à vran, est une particule qui s'a- 
joute au commencement de plusieurs 
mots. 

Fringuer, danser, sautiller en 
dansant. Il est vieux. Il se dit en- 
core quelquefois des chevaux frin- 
gants : « Ce cheval fringue conti- 
nuellement. » (Acad.) 

Fringant,, qui est fort alerte, fort 
éveillé, fort vif, et dont la vivacité 
se manifeste par des mouvements 
rapides et fréquents. (Ibid.) 

— Bret. fringa, sauter, gamba- 
der, danser, fringuer; écoss. ring, 
rinc, danser; irland. rincim, item; 
gall. frengig, prompt, vif, alerte. 

Furet, en basse lat. furo, que 
l'on trouve dans Isidore de Séville. 
liv. XII, ch. II, et furectus, employé 
par l'empereur Frédéric II dans son 
traité De Venatione, liv. I, ch. i. 

— Gall. 4" fured, furet; 2» fur, 
fin, rusé, subtil, primitif de fured. 
Bret. I» fured; %° fur. Ecoss. fea- 
raid, furet. Irland. f,read, item. 

Galant. La signification de ga- 
lant, galans, galan, était autrefois 
assez rapprochée de celle que nous 
donnons à gaillard, qui paraît être 
de la même famille. De plus, ga- 
lant se prenait particulièrement 
pour brave, courageux. L'anglais 
gallant a conservé cette acception, 
bien qu'il s'emploie également dans 
toutes celles que nous attribuons 



aujourd'hui au français galant. Au 
milieu du xvu» siècle, La Fontaine 
employait encore galant dans son 
ancienne signification : 

Certain renard gascon, d'autres disent nor- 
mand; 
Mourant presque de faim, vit, au haut d'une 
treille. 
Des raisins mûrs apparemment. 
Et couverts d'une peau vermeille 
Le galant en eût fait volontiers un repas. 

(La Fontsinek livra III. fable si.) 

— Gall. gall. force, vigueur, 
puissance; galawnt, brave, coura- 
geux, vaillant, hardi. Irland, gall. 
bravoure, valeur, courage, galach, 
brave, courageux. Bret. gallovd, for- 
ce, puissance. 

Gale, maladie de la peau.— Bret. 
gâi, gaie^ éruption cutanée conta- 
gieuse; gall. gàl, éruption en gé- 
néral. 

Galerne, 'vent entre le nord et 
l'ouest, nord-ouest : « Un vent de 
galerne. La galerne donne de ce cô- 
té. » (Acad.) Ce mot se trouve dans 
nos plus anciens auteurs. 
Si galerne ist de mer, bise ne altre vent 
Ki ferent al paleis devers occident, 
Il le funt turner e menut e suvent. 

( Yoy. de Charlem. à Jér., t. 354.) 

-- Bret. gwalam, nord -ouest; 
avel gwalam, vent du nord-ouest, 
galerne; gall. gorlewin, nord- 
ouest. 

Gâteau, autrefois gasteau, gastel; 
en basse lat. gastellum, vastellum. 
— Bret. gwastel, gâteau, tourte; 
écoss. geatair; irland. geataire; 
gall. gwer. 

Gaule. — Gall. gwial, gwiail, 
gwialen, gaule, verge, baguette, 
houssine; bret. gwalen, gwialen; 
écoss. giolc, giolag; irland. giolc. 



230 



PREiMIÈRE PARTIE. 



giolcach. On trouve guaylen avec la 
même signification daus le diction- 
naire cornouaillais du xu* siècle, pu- 
blié par M. Zeuss. 

Gazouiller, Gazouillement. — 
Bret. geii. ged, murmure agréable, 
gazouillement des oiseaux; geiza, 
gazouiller. Gall. gyth, murmure; 
gythu, murmurer. 

Geai, oiseau; en basse lat. gaiuS', 
en prov. gaîet. — Bret. gegin, ke- 
gin, geai; écoss. cathagj item; ir- 
land. cudhog, item; gall. cegid {pro- 
noncez keguid)_, pic, pivert. 

GiESER, anc, javelot, pique^ lance; 
mot formé de gèse, giése, en basse 
latinité gf,sa, gisamnij gysamm. 
Mil Sarrazins i descfindent a piet, 
E à cheval suiit xl. millers; 
Men escienire, ne 's osent aproismer; 
Il lor lancent e lances, e espiez, 
E wigres, e darz, e museras, c agiez, e 
gieser. 

{Chans. de Roi., CLII.) 

Gesum, gessum, était une espèce 
do javelot, de pique ou de lance, dont 
l'usage était particulier aux Gaulois, 
ainsi que nous l'apprend Servius: 
« Pilum proprie est hasta romana, 
nt gessa Gallorum, sarissœ Macedo- 
num. » (Commentaire du livre viii 
de l'Enéide.) 

— Écoss. geis_, javelot, pique, 
lance; gall. gwaew, item. 

Gigot. La signification étymolo- 
gique de ce mot est celle de charnu ; 
c'est ainsi que nous disons le gras de 
la jambe, en parlant de l'endroit de 
jambe qui a le plus de chair.— Bret. 
i" kigék, charnu; 2° Mg ou Uk, 
chair, primitif de Mgek. Gall. 1 ° ci- 
gaicg; 2° cig (prononcez higaoug ,. 
kig. ) On trouve kig , pour chair , 
dans le dictionnaire cornouaillais du 



xii* siècle, publié par Pryce et par 
M. Zeuss. 

Gimblet, Ginblet, Guinblet, ane. 
vrille, foret. 

Un guinbelet ou foret a percer vins. 
(Lettres de rémission de 141 2, citées dans 
le glossaire de Carpentier, art. Vigilia.) 

— Bret. gwimelet (prononcez goui- 
melet), vrille, foret; irland. gime- 
leid; écoss. gimleid. Ce mot a été 
oublié par Armstrong dans son dic- 
tionnaire gaélique -anglais; mais il 
se trouve dans son dictionnaire an- 
glais-gaélique. 

Dans gimblet, un b intercalaire 
s'est introduit entre le w et le / , 
comme dans trembler,sembkr, hum- 
ble, formés de tremulare, similare, 
humilis, etc. (Voir t. II, p. 139.) 

Glai, Glay, anc. verdure. (Voir 
le glossaire de Roquefort, art. Glay.) 
Lasse ! fait-ele en souspirant, 

De duel morrai. 
Robins ne m'aime de néant. 
Or maudirai 
Le tans de mai, 
Et maudirai 
Et foille et flor et glai. 

{Thiàtre fmnpiii au moyen âge, p. 43, c*l. >{) 

— Bret. /["glàz, vert; 2° glazvez, 
verdure, herbes et feuilles d'arbres 
vertes. Gall. I» glas; 'i° glesin , 
gleswg. Écoss. 4° glas; 2» glaise. 
Irland. 1 «" glas; 2° glasghord. 

Glaire. Bret. glaouren, glaire, 
mucosité, bave, humeur visqueuse; 
gall. glyvoer, bave. 

Glane, Glaner. (Voyez Glui.) 

Gloe, anc. menu bois, menues 
branches d'arbre dont on fait des 
fagots, broutilles. 

Item, de la gloe, des fagoz, de bnsche 
de fesseau, d'escanle et de late... (Livre 
des méliers de Paris, p. 424.) 

C'est i'ordeaance des marcbaans de baeb« 



CHAP. II, ÉLÉMENT CELTIQUE. SECT. IL 23< 



(bois k brûler) : li marchaant de bnche de 
Paris, puis que la bûche de molle, de cos- 
tere ou de gloe sera mise en leur meson ou 
en leur tas, ils porront conter ou fere con- 
ter par leur meniée la bûche de gloe jus- 
qu'à deml-cenl , et la bûche de costerez 
jusques a un quarteron, et ceie de mole 
moler ou fere moler jusques à m moles. 
{Livre des métiers de Paris, p. 424, note 4.) 

— Écoss. giolc, giolag, menu brin 
de bois, verge, gaule, baguette; ir- 
land. giolc, giolcach; gall. gwial, 
gwiail, gwialen; bret. gwalen^gwia- 
len. 

Glui, Glane. On nommait autre- 
fois glui, glu, gleu, gluion, une 
poignée de paille , de blé scié , une 
javelle, une botte de plantes légu- 
mineuses; glui, pris dans un sens 
restreint, signifiait paille, chaume; 
il se dit encore aujourd'hui du 
chaume dont on couvre les tois. On 
l'appelle glu en Champagne, gleu en 
Normandie, et cluis en Dauphiné. 
On nommait gluion un lien fait avec 
une poignée de paille tordue, que 
l'on employait pour lier les gerbes , 
ce qui s'appelait gluier. 

Glane ^ glaine, gléne , glénon, de 
même origine que glui^ signifiaient 
également une poignée de blé scié, 
une javelle^ une botte de plantes 
légumineuses. Dans la suite, ces 
mots se prirent plus particulière- 
ment pour une poignée de blé scié 
que l'on ramasse dans le champ 
après que les gerbes sont liées. 
Glane a conservé cette signification. 
Glaner, glencr, faire des glanes ou 
des glénes, ramasser des poignées 
du blé qui a été laissé par les mois- 
sonneurs. (Voir, dans le glossaire de 
du Gange, glana, glena, gelima, ge- 
lina.) 



Un fesseau de chaume, autrement ap- 
pelé glui. (Lettres de rémission de 1394, 
citées dans le glossaire de Carpentier, art. 
Gluen.) 

Le suppliant print furtivement aux champs 
neuf gluys ou jarbes de seigle. (Lettres de 
rémission de 140o, ciices dans le glossaire 
de Carpentier, art. Gluen.) 

Jehan Boistel porta aux champs un glu- 
yon de feurre pour d'icellui lyer le blé que 
ses gens soyoient. (Lettres de rémission de 
1457, citées ibid.) 

Pierre Hermart ayant envolé Jehan Her- 
mart son filz et Gillon sa fille gluier iu'gluy 
aux champs.... (Lettres de rémission de 
de 1371, citées ibid.) 

Un gluy de fèves où il y avoit environ an 
boisseau de fèves. (Lettres de rémission 
de 1385, citées ibid.) 

Sire, c'est par voz coupes certes que foibles 

sui, 

Quar'je ne goust d'avaine se n'este à autrui; 

N'onques, mon escient, en vostre ostel ne 

gui, 

Qu'eusse jor et nuit de vece c'un seul glui. 

{Du plail Renan de Dammarlin contre Yairoti, ton 
roiicta.daat U Nouveau rccutil dei «oulei, dili, «te, 
t. II, p. 21.) 

Item a Perrenet marchant... 
Luy laisse trois gluyons de feurre, 
Pour eslendre dessus la terre, 
A faire l'amoureux mestier. 

(Villon, Grand Tttlament.) 

Ainsi que le suppliant batoit un pou it 
glaines ou gerbes de blé. (Lettres de ré- 
mission de 1427, citées dans le glossaire de 
Carpentier, art. Glana.) 

Icelle Mabille avoit emblé et fait ses 
glennes en temps d'aoust. (Lettres de ré- 
mission de 1377, citées ibid.) 

En hayne de ce que les jumens et poulins 
avoient mengié deux glenons de ses pois, 
(Lettres de rémission de 1406, citées ibid.) 

— Écoss. \° glac^glacan, poignée, 
botte, javelle; 2° glac, paume de la 
main; celui-ci est le primitif des 
deux précédents. \ " glacoin; 2' gla£. 



S33 



PREMIÈRE PARTIE. 



Gall. cloig, botte de chaume dont on 
se sert pour couvrir les toits. 

Gobe, anc. hâbleur, beau parleur, 
fanfaron, vantard, vaniteux, vain, 
glorieux, orgueilleux. 

Mors est celé qui riens ne lait ; 
Tout prent la mort et tout atrape. 
Tex la porte sous sa chape 
Qui le cuide avoir moult sain; 
Tex la porte dedens son sein, 
Qui moult est Gers, cointe et gobe. 

il (Cautier da Coiaii, IW. I, cb. xxviii.) 

Loons tuit la doce dame... 
En enfer n'a maufé si gobe. 
Tant soit veluz, grant ne patez, 
Dès qu'il la voit ne soit matez. 

( Comment Theophitut vint à péniune», k ta idIm <]•( 
duTru ds RuttboDf, t. II, p. 315.) 

Tieux a vestue bêle robe. 
Qui le cuer n'a mie si gobe^ 
Ni si soupris de vaine gloire, 
Gom tieux afuble chape noire. 

{tild., p. 3Î1.) 

- Ècoss A" gobach,gobair, grand 
parleur, hâbleur, vantard, fanfaron; 
â° gob. bec, et, au figuré, babil, ca- 
quet, primitif des précédents. Iriand. 
i° gobach, ^o gob. 

GOB, GOREB, GOBELET. NoUS di- 
sions autrefois tout de gob pour 
tout d'une bouchée, tout d'un trait. 
De là l'expression familière cela va 
tout de go que nous avons conser- 
vée en pariant d'une chose exécutée 
sans obstacle, sans difficulté, qui 
passe, pour ainsi dire, comme un 
morceau avalé sans être mâché. 

Uneboure qui là estoit.leprint et l'avaU 
tout de gob. [La nouvelle Fabrique des ex- 
cellents traits de vérité, etc., par Ph. d'AI- 
çripe, édit.Jannet, p. 5!9,) 

11 l'aval la tout de gob, sans mascher. 
{Ibid, p. 142.) 

— Iriand. gob, bouche, bec ; gall. 



gob, bouche, gM)p, bec; écoss. gob, 
bec; bret. gob, kob, vase à boire, 
tasse, coupe, verre, gobelet. Nous 
avons dit autrefois gobel, gobeau 
pour gobelet, tous ces mots sont des 
dérivés dont le primitif subsiste 
dans le breton gob et dans le proven- 
çal gô anciennement gob qui adonné 
goubaou; l'un et l'autre signifient 
gobelet. 

Le duc de Moscovie detoit anciennemenl 
ceste reverance aux Tartares.... qu'il.... 
leur presentoit un soJeait de laitde jument. 
(Montaigne, Essais, lit. I, chap. xLvni.) 

Gober a été fait de gob, bouche, 
comme l'anglais to mcnith et l'ita- 
lien ingollare, mots ayant à peu 
près la même signification que le 
verbe français, ont été formés, l'un 
de mouth, bouche ; l'autre de gola, 
gueule. 

Goéland, oiseau de mer; c'est 
une sorte de grosse mouette. Bufi'on 
dit qu'on l'appelle gros miaulard 
sur les côtes de Normandie et de 
Picardie; il ajoute qu'au printemps 
cet oiseau a un cri que l'on peut 
représenter par quieute on pieute, 
tantôt bref et répété précipitam- 
ment, tantôt traîné sur la finale eu^e, 
avec des intervalles marqués, comme 
ceux qui séparent les soupirs d'une 
personne affligée. (Voir Buffon, His- 
toire naturelle des oiseaux, art. 
Goéland.) 

— Bret. gwélan (prononcez goué- 
Zaw), gouëland, dérivé de gwela, 
pleurer ; gall. gwylan, goëland ; 
écoss. aoileann, faoileann; iriand. 
faoileann. On trouve guilan, avec 
la même signification, dans le dic- 
tionnaire cornouaillais du xii» siècle, 
publié par Pryce et par M. Zeuss. 



CHAP. II, ÉLÉMENT CELTIQUE. SECT. IL 233 



GoGUE, Goguette, Goguenette, 
Goguenard. Gogue est un ancien 
mot qui signifiait plaisanterie, rail- 
lerie, d'où sont dérivés les diminu- 
rifs goguenette et goguettej dont le 
dernier nous est resté, ainsi que go- 
guenard, railleur, plaisant, et les 
termes populaires gogueîu, plaisant, 
farceur; gouayer, plaisanter, railler. 

A^ l'approchier que François firent 
Du lieu où leur ennemis virent, 
N'ot gieu, ne ris, Teste ne gogue. 

[Branche det royaux lignaget, t. Il, p. 365.) 

Icelui Guillaume lui dist par goguet: 
)>ele sueur, vous ne seriez pas cligne de tenir 
terre se les diz pijons cuisiez en l'eau. 
(Lettres Je rémission de 4361, citées dans 
le glosi. de Carpentier. art. Gobelinua. 

Ce colonel goguelu 
Est de renom trop goula. 

(Lucitin travesti, f, 19.) 

— Bret. gôgé, plaisanterie, rail- 
lerie, satire; gall. gogan; irland. 
sgeig ; écoss. sgeig, sgeige. 

Gone, Gonne, diminutifs Gonelle, 
GuNELLE, Gunèle, auc. longue robe 
à l'usage des hommes et des fem- 
mes, casaque. 

Laissa le siècle por devenir prud'bom. 
Et prist la gonne et le noir chaperon. 

{RomttH dt Guillaume au Court Nez, \ti\6 par du 
Ctoge, art. Guima.^ 

En vous auroit bêle personne, 
S'aviés vestuë la gonne. 

{Roman du Renard, cité par du Caoge, art, Gunna). 

Encor ai-je soz ma gonele 
Tel rien qui vos ert bone et bêle. 
Un hauberjon fort et legier 
Que vos porra avoir mestier. 

( Tristan, t. I, p. 50.) 

La meschine fud vestue de une gunele qui 
li bastid al talun; e si soleient a cel cun- 
temple cstre vcsiues pulceles ki furent filles 
de rci. Li serjanr mist fors la meschine, e 



après li clost l'us. E ele deseirad sa gunele 
et jetad puldre sui sun chief. {Livre des 
Rois, p. 164.) 

Quœ induta erat talari tuniea ; hnjusce- 
modi etiam filiœ régis virgines vestibus ule- 
bantur. Ejecit itaque eam minister illius fo- 
ras, clausitque fores post eam. Quœ asper- 
gens cinerem capiti sua , scissa talari tu- 
niea... 

En basse latinité gonna, gwia, et 
en langue d'oc gonela, gonella, 
avaient la môme signification. De 
gonelle viennent probablement sou- 
quenenille et guenille. Les noms des 
vêtements qui ne sont plus en usage 
se prennent assez souvent dans un 
mauvais sens ; c'est ce qui est arrivé 
au mot houppelande, qui désignait 
autrefois un riche surtout garni de 
broderies et de fourrures précieuses. 
(Voir des exemples de ce mot dans 
le Théâtre français au moyen âge, 
p. 371, dans Froissart, t. I, p. 371, 
col. 2, et dans l'Histoire de Bretagne, 
de Lobineau, t. II, p. 827.) 

— Écoss. gun, robe, habit long, 
casaque; gall. gwn,item; irland. 
gunn, gunnad. 

Gourmand. — Irland. gioraman, 
gourmand, goulu, glouton; écoss. 
gioraman, item, employé comme sub- 
stantif ; gioramhach, item, adjectif; 
àegiorr, se rassasier, se gorger. 
Gall. gormodi, être i^empli, être gor- 
gé, être rassasié. 

Gourme, humeur qui survient aux 
jeunes chevaux et dont la suppura- 
tion se fait par les naseaux, et par des 
glandes qui sont situées entre les 
deux os de la ganache. 

— Bret. groumm, grom, gourme 
des chevaux; gor, apostume, abcès, 
furoncle. Gall. gor, humeur sécrétée, 
pus, sanic; gori, suppurer; goirean. 



234 



PREMIÈRE PARTIE. 



pustule, apostume. Êcoss, gor, pus, 
sanie; giwVmn^ pustule. Irland. gfiu- 
rin, garan, item. 

Gourmette. La terminaison de ce 
mot est celle d'un diminutif. — Bret. 
gromm , gourmette , de kromm , 
krowmm, courbe, courbé, fléchi^ ar- 
qué, pai'ce que la gourmette, accro- 
chée aux deux côtés du mors, forme 
une courbe au-dessous de la ganache 
du cheval. La même considération a 
fait donner en anglais le nom de curb 
à la gourmette. Gall. crom, crwm, 
courbe , courbé , fléchi , arqué , qui 
entoure; ccoss. crom, cromadh, item,', 
irland. crow^ item. 

GouRNAL, nom que l'on donnait 
anciennement au poisson que nous 
appelons rouget ; ce nom lui est resté 
dans certaines provinces. 

La charretée de goumaus doit^ de cous- 
tiime, vu s. et xv den. de congié et de ba- 
gage, et chascune soume n den. La charre- 
tée de merlans doit, de coustume, un s. et 
XVI den. de congié et de halage. (Livre des 
métiers de Paris, p. 273.) 

— Écoss. guimead, rouget, gour- 
nal; irland. guimead; gall. 'pen-ger- 
nyn, composé de pen_, tête, et de 
gernyiij aujourd'hui inusité. Ce mot, 
d'après ceux qui s'en rapprochent le 
plus, a dû signifier qui a la consis- 
tance de la corne , dur comme de la 
corne. La dureté de la tête de ce pois- 
son est, en effet, un de ses caractères 
les plus remarquables. 

Gousset, petite bourse ou petite 
poche qu'on attache à présent en de- 
dans de la ceinture de la culotte, et 
qu'on mettait autrefois sous l'ais- 
selle. (Trévoux.) C'est de cet usage 
que vient l'expression sentir le gous- 
set, pour signifier sentir la mauvaise 



odeur communiquée au gousset par- 
la transpiration du creux de l'aisselle, 

— Ecoss. guiseid, petite poche, 
gousset; irland. guisead; gall. cwyr 
sed. 

GoY, Goé, Goue, Gouyer, anc. 
sorte de gros couteau, couperet, 
serpe; diminutif gouet, espèce de 
petit couteau. 

Le suppliant feri nn conp d'an goy^ au- 
trement appelle vougesse, de quoy l'en ar- 
rache les buissons, d« la louppe qui est 
devers le dos d'icellui goy, sur le front da 
dit Jehan. (Lettres de rémission de 1456, 
citées dans le glossaire de Carpentier, art. 
Goia.) 

Ung goé ou serpe que le suppliant tenoit 
en sa main de quoy il tailloit les vignes. 
(Lettres de rémission de 1409, cUèesibid.) 

Icellui Mathé print ung gouyer , et en 
frappa le dit Pissoul deuxcops sur la leste. 
(^Lettres de rémission de 1444, citées il/id.) 

Icellui Jehan.... a roingné de toutes 
icelles tasses de chascune un pou d'argent 
à un hostil appelle gouet. (Lettres de ré- 
mission de 1382, citées ibid.) 

— Écoss. sgian, couteau; $geath, 
sgeith, sgud, couper, tailler, inciser; 
irland. sgian, couteau ; gall. ysgien, 
item, ysgwther, action de couper, de 
tailler, d'inciser; bret. skeja, couper, 
inciser, tailler. 

Graisset , « espèce de 'grenouille 
qui vit sur terre et dans les buissons, 
qui est verte, et porte les yeux avan- 
cés en guise de cornes; elle tient du 
crapaud et a du venin. » (Trévoux, 
art. Graisset.) « Le plus dangereux 
crapaud est celui qu'on appelle cra- 
paud verdicr, ou graisset, ou raine 
verte (ranaviridis) ; en latin, bufo.n 
{Ibid. art. Crapaud.) 

Graisset est pour glasset, c'est un 
dérivé ayant la forme d'un dimiautit 



CHAP. II, ÉLÉMENT CELTIQUE. SECT. IL 235 



-— Gall. glâs_, vert; bret. glaz; ir- 
Land. et écoss. glas. 

Grés, pierre dure et grise , qui se 
fend et se réduit en poudre aisément. 
(Trévoux.) On disait autrefois grae, 
groe, groi, pour roc, rocher. Grdsa 
reçu un s paragogique. 
Berte gisl sur la terre qui est dure com groe. 
Il u'ot si bêle dame jusques à le Dinoe. 

{Beru aua gram pies, p. 49.) 

— Bret. krag, pierre dure, grès; 
gall. careg, pierre, roc, rocher; écoss. 
craig, item ; irland. caraicc, item. 

Grève, Gravier; en prov. grava, 
gros sable , gravier; en basse lat. 
gravia, gravarium, gravaria, grève, 
gravier. — Bret. graé, hraè, rivage, 
grève; grouan, gravier, gros sable 
du rivage; gall. gro, grodir, gros 
sable, gravier; écoss. garbhan, gair- 
bheal, item; irland. gairbhcal, item. 

Grignoter. La terminaison de ce 
verbe est celle d'un fréquentatif. — 
Bret. krina (n mouillé), ronger, cor- 
roder, couper avec les dents à fré- 
quentes reprises^ grignoter; irland. 
ùreinim, item ; écoss. creim, item. 

Le substantif grignon paraît avoir 
la même origine. 

GuÈDE, autrefois guesde, plante 
qui sert à teindre en bleu foncé; elle 
est plus connue aujourd'hui sous le 
nom de pastel. En espagnol et en 
portugais glasto, en basse latinité 
guasdium , guesdium. Les Grecs et 
les Latins la nommaient isatis. 

Quiconques veult estre tainluriersa Pa'is 
de guesde et de toutes autres coleurs dcs- 
queles l'en taintdras, estre le puet franche- 
çjent. {Livre des métiers, p. 135.) 

Guesde, guéde, viennent du cel- 
tique, ainsi qu'on peut le conclure 
du passage suivant de Pline le na- 
turaliste : « Siinile plantagini gia*- 



tum in Gallia vocatur ; que Britan- 
norum conjuges nurusque toto cor- 
pore oblitœ, quibusdam in sacris nu- 
dae incedunt ; jEthiopum colores imi- 
tantes, glasto infectores caeruleum 
colorcm pannis inducunt, (Liv. XXII, 
ch. 1.) 

Glastum dérive d'un primitif cel- 
tique qui signifie bleu. — Gall. glas, 
bleu, vert} bret. glâz; écoss. et ir- 
land. glas. 

GuÉRET. — Gall. gweryd (pronon- 
cez gouerid), terre labourée, guéret, 
selon Davies ; il signifie surface du 
terrain, selon Ow^en, qui donne gwe- 
rydre dans le sens de terre labourée, 
terre cultivée; bret. avrek, guéret, 
terre labourée qui n'est pas encore 
ensemencée; écoss. et irland. grian, 
terre,terrain.On trouvegwere^^ signi- 
fiant terre, terrain, dans le diction- 
naire cornouaillais du xii^ siècle, 
publié par Pryceet par M. Zeuss. 

GuERMENTER, anc. sc lamenter, se 
répandre en plaintes, en sanglots et 
en cris. 

II se guermente de l'infortune de son 
amy. 

{Veiclarcissement de la langue fmnçayse, par PaîsgrnTB' 
édit. Gcnin, p. 453, col. 2). 

— Bret.l" garm, cri; 2° garmi, 
crier, criailler. Gall. 1° garm; T gar- 
miaw. Écoss. et irland. 1° gairm; 
2° gairim. 

Guirlande. — Gall. 4" gwyrlen, 
guirlande, feston de fleurs; 2° gwyr, 
courbe, courbé, fléchi, primitif de 
gwyrlen, Bret. 1 » garlantez ; 2° goar, 
givar. Ecoss. car, courbe, courbé, 
fléchi. Irland. car, courbure, flexion, 
tour, détour. 

Hait, Het, anc. plaisir, agrément, 
satisfaction, gré, joie, réjouissance, 
allégresse, bonne disposition dô 



PREMIÈRE PARTIE. 



l'esprit ou du corps, gaillardise, 
courage. D'où haiter, haitier, faire 
plaisir, plaire, réjouir, encourager, 
conforter, se réjouir, se conforter, 
ranimer son courage; déhait, déhet, 
déplaisir, contrariété, chagrin, mau- 
vaise disposition de l'esprit ou du 
corps, indisposition, maladie; dé- 
haiter, contrister, déconforter, dé- 
courager. Il nous est resté le com- 
posé souhait, désip; suggéré par 
quelque idée qui plaît à l'imagina- 
tion. I 

Et came l'arche vinrèn l'ost, H poples 
Peu duna un merveUlifs cri , que tute la 
terre rebundi, Li Philisîen oïrentces cris 

et distrent N'en our^at^pas tel hait ea 

l'ORt, ne hier, ne avant-hier. 1çt nos guar- 
derad encuutre ces halz Deus ? Ço sunt les 
Deus ki flaelerent et tuèrent ces d'Egypte 
el désert. Mais orez vus hailez, e seiez forr 
champiuns, Philistiim, que vous ne servez 
as Hebreus si cume il unt servi k vus. 
{Livre des Rois, p, 15.) 

Cumque venisset arca fœderis Domini in 
castra, vociferalus est omnis Israël elamore 
grandi, et personuit terra. Et audierunt 
Philislhiim vocem clamoris, dixeruntque..:. 
Non enim fuit tanta exultatio heri et nu- 
diustertius : vœ nobis ! Quis nos salvabit de 
manu Deorum sublimium istorum ? Hi sunt 
DU qui percusserunt JEgyptum omni plaga 
in deserto. Confortamini, et estote viri, 
Philisthiim , ne serviatis Hebrœis sicut et 
illi servierunt vobis. 

Or quit qu'à mult mal aise sunt 
Cil de la tor desus ; d'amont 
N'en devaient, n'a eus ne vait 
Nus qui lor dunt confort ne hait. 

(Chron, det duct de Norm., t. III, p. 35.) 

Pour qui lonc temps eut mal dehait 
Tout celui jour fu en bon hait. 

[Roman du Chatulain da Couci/, y, 9417.) 

Di a Joab qu'il ne se dehaite pas, kar di- 
verses sont les aventures de bataille, e ore 
ehiet ciste ore li allrcs; yor co li di qu'il 



haile ses cumpalgauns. {Livre des fioù^ 
p. 157.) 

Iriez fa trop li reis de France 
Des antres laide meschaance ; 
For le deshet, por le contraire, 
N'i vout longe demore faire. 

{Chron. det dues de Karin., t. Itl, p. 18.) 

Depuis qu'ele ot de vous la nouvele es- 

coutée. 
Ne fa one puis haitiée ne soir ne matinée. 

[Romande Bene ont jram piii, f. III.) 

Bien sot au roi aler entor* 
A guise de losangeor. 
Un jor trova le roi hailii^ 
Si la a consel afaitié. 

(Rom. de Brui,t. I, p. 3S3. t. 7007.) 

— Bret. hetj plaisir, agrément, 
chose qui cause de la joie, mouve- 
ment de la volonté vers ce qui nous 
plaît, désir, souhait; heta, faire plai- 
sir, plaire, rendre joyeux, désirer, 
souhaiter. Écoss. 4° aiteas, joie, 
gaieté, réjouissance ; 2° ait, joyeux, 
gai, réjoui. Irland. 1" aiteas; 2» m- 
theasach. 

Hale, état de l'air qui, échauffé 
par le soleil, fait impression sur le 
teint en le rendant brun et rou- 
geâtre, sur les herbes à la campagne 
en les flétrissant, etc. Haler, brunir 
le teint en parlant du soleil ou de 
l'air chaud. Eàle, avant d'avoir la 
signification que je viens d'indi- 
quer, se prenait pour la lumière et 
la chaleur provenant des rayons so- 
laires arrivant directement; c'est ce 
que nous appelons aujourd'hui soleil, 
par opposition à ombre ; « Otez- 
vous de mon soleil; éloignez-vous 
du soleil, et mettez-vous à l'ombre.» 
On a passé de cette signification à 
la signification actuelle en prenant 
la cause pour l'effet. 

Mult a famé le cuer muable... 
Or est sauvage, or est privée, 



CHAP. II, ÉLÉMENT CELTIQUE. SECT. IL 237 



Dr vent piis, et or veut niellée, 
Or ne dit mot, et or repalle; 
Or veut l'onbre, or veut le halle , 
Or veut repoi, or veut labor. 

{Nouveau recueil de conlet, t. II, p. 171- 1T3.) 

Cler fa le jour, greveus le halle. 
Et fiers H huz,près d'Aubemalle 
Où les deux os s'entre-requierent. 

{Branche det royaux lignages, t. I, p. 108.) 

Poi pensent k pluie n'a halle. 

lattd. p. 111.) 

— Gall. 1 ' haul, soleil; g» heulaw, 
exposer au soleil. Bret. 4» heol; 
t" heolia. 

Haleine. — Bret. \''halan, alan, 
respiration, haleine, souffle ; 2° ha- 
lana_, alana, respirer. Gall. \ » alanez; 
2* alanu. Écoss. anail, respiration, 
haleine. Irland. anal, item. Ces deux 
derniers idiomes se rapprochent plus 
du latin anhelitus que le français, le 
breton et le gallois. 

Hanouar, Henouar, Hannouart, 
anc. porteur de sel du grenier à sel 
de Paris. (Voir Roquefort, art. Han- 
nouarts.) 

L'an de grâce mil deus cenz quatre-vinz 
*t treize fut regardé par sire Jehan Popin, 
prevost des marcheans, Thomas de Saint- 
Benoust, Est. Barbète, Adam Paon et Guill. 
Pizdoe, echevins, que qnant aucun des 
henouars seront chêne en vellesse, ou sera 
(sic) si malade qui ne pourra son pain ga- 
tgner, que cil qui sera si vieulx ou si ma- 
lade, come il est dessus dit, porra mestre 
en lieu de li personne soufflsant, et Ma le 
service tant come le henouart vivra seule- 
ment ; et le henouart mort, cil qui aura esté 
Por li ne porra plus fere le service, ainçois 
les prevost et echevius i metront tel come 
H leur plera. {Livre des métiers de Paris^ 
Ordonnance de mesureurs et porteurs de 
Kl, p. 3B6.> 

— Bret. 10 haîennour, hatenner, 
c'îwalenner, marchand de sel, sau- 



nier; 2° halen, c'hoaîen, sel. GalL 
4° halenwr (prononcez halenour); 
2° halen. On trouve haloinor, pour 
marchand de sel, et haloin, pour 
sel, dans le Dictionnaire cornouail- 
lais du XII® siècle, publié par 
M. Zeuss. 

Hardée, anc. paquet, trousse, 
trousseau, faix, fardeau, charge; 
Hardes, effets divers, propres à 
l'habillement que Ton met et que 
l'on peut mettre en paquet, en 
trousseau; en latin sarcinœ, de sar- 
cina. 

Iceulx signifians ont prins six hardées de 
lin. (Lettres de rémission de 1369. citées 
dans le glossaire de Carpeutier, art. Har- 
deia.) 

Le suppliant vend! vint hardées de foings 
à Pierre le Queux. (Lettres de rémission de 
1394 citées i^jU) 

— Bret. horden, paquet, faix, 
fardeau, charge; écoss. eireadh , 
item; irland. eireadh ^ item. 

Tous ces mots paraissent dériver 
d'un primitif celtique signifiant lien, 
attache. (Voir ci-après l'art. Eart.) 

Haret, anc. bord, extrémité. Un 
traducteur de la Bible dit, en par- 
lant d'un vêtement que l'on doit 
faire pour le grand-prêtre Aaron : 

11 avéra deux haretz en l'une et l'autre 
costiere des hautesces qu'il revignent tut 
en un. (Exode, ch. xxviii, vers. 7 ; cita- 
tion de Roquefort, art. Haretz.) 

Duas oras junctas hnbebit in utroque lae- 
tere summitatum, ut in unum redeat. 

— Bret. harz, harzou, borne, li- 
mite, extrémité, bord, lisière; écoss. 
eirthir^ extrémité, bord, bordure, 
lisière; gall, ardai, extrémité d'un 
pays, limites, frontière. 

Harnais, Harnois. On appelait 
ancieanement harnois l'armure com- 



m 



t'REMIÈRE PARTIE. 



plète d'un homme d'armes. Ce mot 
est encore usité dans quelques fa- 
çons de parler figurcer. . « Endosser 
le hamois, » embrasser la profes- 
sion des armes. « Blanchir sous le 
hamois, » vieillir dans la profession 
des armes. Hamois, ou plutôt har- 
nais, se dit aujourd'hui de tout l'é- 
quipage d'un cheval de selle ; il se 
prend plus particulièrement pour le 
poitrail, le collier et tout le reste 
de ce qui sert à atteler des chevaux 
de carrosse ou de charrette. En 
basse latinité, hamascha, herna- 
sium, hamois ; en italien, amese ; 
en espagnol, âmes. Les idiomes 
germaniques ont des mots sem- 
blables qu'ils ont empruntés à la 
basse latinité ou bien au français : 
anc. allem. et allem. moderne, har- 
nisch; island. hamesMa; dan. har- 
nisk; suéd. hamesk', holl. ham.ass; 
angl. ham.ess. 

Nous avons dit autrefois hamas, 
qui devait être pour hamasCj si l'on 
en juge par les dérivés hamascher, 
harnacher, par le mot de basse lati- 
nité hamascha, par l'ancien alle- 
mand hamisch, etc. 

Les diverses pièces qui compo- 
saient l'armure des gens de guerre 
étaient généralement en fer; de là 
l'origine du mot hamois. — Bret. 
1° houamach, nom collectif s' appli- 
quant à tout ouvrage de fer, quin- 
caillerie; dérivé de 2° houam, fer; 
on disait anciennement haiarn. 
Gall. 1" haiamaez; 2° haiarn. Ir- 
land. iarann, fer; écoss. iamaichj 
item. 

Les idiomes germaniques ont des 
mots assez analogues à ceux que 
nous venons de voir pour signifier 



fer; on peut voir ces mots ci-après 
à l'article Landier. Mais les idiomes 
celtiques nous offrent des formes 
beaucoup plus rapprochées de celles 
de hamascha, hamas, hamois. 

Hart. — Bret. ari^ ère, lien, at- 
tache^ ligature; ariein, erea, lier, 
attacher. On trouve dans les anciens 
auteurs heren, au lieu de ariein, 
ainsi que le remarque Le Pelletier. 
Écoss. ar, lien, attache; irland. ar, 
item, 
(Voir, ci-dessus, l'article Hardée.) 
HiDE, anc. frayeur, effroi, terreur, 
épouvante, horreur; d'où hideux, 
qui signifiait autrefois effroyable, 
épouvantable, affreux, terrible, hor- 
rible. L'anglais hideous a conservé 
cette signification. 

Quant Ferrant vit Flandres perdne 
Par la guerre qu'il ot meue. 
Dont les François souvent lassa, 
En Angleterre repassa. 
Car du roi de France ot grant hide ; 
Au roi Jouhan requist aïde. 

{Branche det roijaux lignages, t. I, p. S50.) 

Seigneurs, puisque ci morte gist 
crius la regars, plus ay grant hide)^ 
Faites que vous aiez aïde, 
Et que l'emportez la derrière, 
Et li pourveez une bière. 

{Tbéilre françaii du moyen [âge, p. 570.) 

Mes la nuit est tainte et oscnre, 
S'en a grant hide et grant poor. 

[Comment Theophilut vint à penîtance, i la laiU 
dei Œuvrét de Rutélt>euf, U II, p. S8I.] 

A son boQteilIer commanda 
Qu'ai galant le cief trençast... 
Merveilles fu la teste grant 
Et hideuse de eel jaiant; 
Eu ai, dist Artus, paor ; 
Aine mais n'ol de galant forcer. 
Fors de Riton tant solement. 

{Rom. de Bmt, i. II, p. IW.) 



CHAP. II, ÉLÉMENT CELTIQUE. SECT. II. ^39 

sais ou en irlandais. A cet égard, 
le grec suit assez généralement la 
même loi que le breton et le galloiSj 
tandis que le latin est plus analogue 
à l'écossais et à l'irlandais. — Brct. 
gall. halen, sel; grec &lk{halx); 
irland. salan; écoss. salann ; lat. 
sal. Bret. heol, soleil ; gall. haul; 
grec^ iiXioi; (/ié?îOs); écoss. so/; ir- 
land. sole ; lat. sol. 
Hoche. (Voir Coche.) 
Jale, Jallaie, Galoie, Gallon, 
anc. seau, baquet servant de mesure 
pour les liquides. L'action de mesu- 
rer ou le mesuragc avec la jale se 
nommait jalage ; on donnait égale- 
ment ce nom au droit revenant au 
seigneur pour chaque mesure de 
vin que l'on vendait en détail. Dans 
la suite, une certaine mesure adop- 
tée pour le jalage fut appelée jalge 
ou jauge ; ce dernier nous est resté, 
ainsi que ses dérivés jauger, jaitgewr, 
jaugeage. 



Jtfonlt fu leur penitance hideuse a regarder: 
m cuirs de buef a fait l'apostolle aporter; 
A chascun en donne un pour lui enveloper; 
Dedenz les fist-on queudre et bien esiroit 
serrer. 

(tt DU du Due/, dans le Nouviau recueil Je eonlei, 
àUi, etc., 1. 1, p. 58.) 

— Bret. 4» heûz, eûz, effroi, 
frayeur, épouvante, terreur, horreur; 
2° heûzuz, eûzuz, effroyable, épou- 
vantable, terrible, horrible. Ecoss. 
\* uadh; uadhach. Irland. 1* itadh, 
uath; 2* uadhbhacach. Le gallois 
n'a conservé que hvdwg, épouvan- 
tail. 

Hobereau, oiseau de proie; c'est 
une espèce de petit faucon. Hobe- 
reau est un dérivé de hobe, liobel, 
mots qui servaient autrefois à dési- 
gner cet oiseau. Nous employons 
hobereau au figuré pour signifier un 
jeune gentilhomme sans fortune; en 
espagnol tagarote se prend égale- 
ment pour un petit faucon et pour 
un pauvre gentilhomme. (Voyez ce 
mot dans Covarruvias.) 

Si devez savoir qu'il est huit espèces d'oi- 
seaux de quoy homme se puet déduire. Et 
sont quatre de quoy on vole , qui volent à 
tour, et quatre qui volentde poing et pren- 
nent de randon. Ceux qui volent a tour 
taault sont le faucon, le lasnier, le sacre et 
le hobe; et ceulx qui volent de poing, et 
prennent de randon sont : l'otoir, le ger- 
faut, l'espervicr et l'esmerillon. {Livre du 
roi ilûdus, etc. éd. d'Elz. Blaze, f» 76 v».) 

Femme est ostour per preie atteindre, 
Femme est espervcr per haut voler. 
Femme est hobel per haut mounlcr. 

{Nouii*aii rtcutiliU coniei, dili, etc., , t. I, p. 331.) 

— Gall. hebog, faucon; écoss. 
seobag, seabag; irland, seabhac. Les 
mots gallois et bretons qui ont un h 
initial ont fort souvent un s en éeos- 



Si a li cuens le cambage , c'est de cas- 
cune cambe , à cascune fié c'on y brasse, 
Uois jales de cervoise. (Rentes du comté 
de Namur de 1265, citation empruntée au 
glossaire de Carpentier, arl. Jalea.) 

Celui qui les (lies) va querre et les prent 
ou nom du dit boutcillier, il convient qu'il 
apporte ou celier son sac et sa jalle. (Re- 
gistre de la cour des comptes de Paris, cité 
ibid. art. Jalla.) 

Je vous donrai du meillor \ia 
Qui soit ceens, une galoie. 
Par couvant que vengié en soie. 

(Fabliau, cité itid., art. Calo.) 

Ung çallon, qui sont deux potz, de cistre. 
(Lettres de rémission de 1450, citées aifi.) 

Le droit que il (l'évêque de Laon) dc- 
mandoit et se disoit avoir par point de 
chartre ou tonlieu, ou rouage, ou jailaige... 
(Charte de 1331, citée ibid. art. Jalagium.) 

En tout le baillage d'Orléans n'y a que 



éio 



iPREMIÈRE PARTIE. 



vme jauge d'estallon de fûts (de bois), à 
mettre vin; et contient le pocuson douze 
jnllayes , et chacunes jallayes seize pintes 
de la grande mesure de la ville d'Orléans. 
{Cousttttnier gênerai, 1. 1, p. 977.) 

— Écoss. sgal, baquet, seau; 
irland. sgala, bol, grande tasse, 
écuelle. 

Jambe, Jambon, Gambade, Gam- 
bader, INGAMBE, etc. Nous avous 
dit anciennement gam6e pour jambe; 
italien gamba, provençal camba; 

Li destrers est e curanz e aates, 
Piez ad copiez e les garnies ad plates. 

iCha»$. de Roland, n, cxiii,} 

— Écoss. gamban, jambe; irland. 
gamburij, item. 

Jarret, autrefois garret; en ita- 
lien garretto. Ces mots sont des déri- 
vés formés au moyen des suffixes et 
etto. 

A tcas i fist les poinK trenchcr 
E des goules les denz saeher; 
Des garezèa i eut de quiz. 

{Ckrou. det ducs de Norm., t. II, p. 105.) 

— Bret. gâr,gfarr, jambe ;jan7e/, 
jarret. Gall. gâr, jambe et jarret. 
Irland. car a, jambe. 

Au même primitif parait se rat- 
tacher garrot, partie du corps du 
cheval qui se trouve au-dessus des 
jambes de devant. 

Jars, oie mâle. Bret. garz, oie 
mâle, jars; écoss. ganra, ganradh, 
item; irland. ganra, item. 

Jauge, Jauger. (Voir Jale.) 

Jorroise, anc. sorte de prunelle; 
jùrrasier, prunellier. 

Pesches, raisins ou alliettes, 
^efles entées ou framboises, 
Belloces d'Avesnes,;"orrow«, 
Ou des meures franches ayés. 

(Romon de h Rote, éi. de 1735, t. I, p. S88]. 



Pierre Lengloys de une serpe «Tolt copct 
ou jardin du dit exposant pluseurs arbres, 
c'est assavoir nauerdiers (noisetiers) ou 
jorrasiers. (Lettres dt rémission de 1396, 
citées dans le glossaire de Carpentier, art. 
Jarrossia.) 

— Bret, irin. hirin, primellc, 
fruit de l'épine noire; gall. emn; 
écoss. aime ; irland. aime. 

Lagaigne. anc. chassie, humeur 
qui sort des yeux. (Roquefort.) — 
Gall. llygadgoçni, chassie, dérivé 
de llygad, œil; bret. lagad, item. 
On trouve lagat pour œil dans le 
dictionnaire comouaillais du xii® 
siècle, publié par Pryce et par M. 
Zeuss. 

Lance. Diodore de Sicile dit en 
parlant des Gaulois : (( Ils lancent 
des piques qu'ils appellent lanœs , 
dont le fer est long d'ime coudée. » 
npo6àXXovTai 6è >6yx*î S; âxeïvot 
AAFKIAS xaXoûfft, nri/uaia; t<5> (x^ôxe' 
Toû ai^çoM. ( Diod. liv. V, 30.) Le 
mot lance se trouve dans les plus 
anciens monuments de notre langue. 
(Voyez une citation de la chanson de 
Roland, p. 230, col. 1 .) 

Diodore vivait sous Auguste; Var- 
ron, plus ancien que lui, avait dit, 
selon Aulu-Gelle {Nuits attiques,x\, 
30), que lancea n'était pas latin, 
mais hispanique. Sur quoiCasaubon, 
dans ses notes surStrabon, reproche 
à Varron d'avoir enlevé ce mot aux 
Gaulois pour le donner aux Espa- 
gnols : « Vocem lancea, Varro, Gai- 
lis inique adimens, Hispanis tri- 
buit. » Mais Casaubon n'a pas fait 
attention qu'une partie de l'Espagne 
était habitée par les Celtibères, par- 
lant , sinon le celtique , du moins 
une langue dans laquelle avaient dû 



CHAP. II, ÉLÉMENT CELTIQUE. SEGT. IL 



m 



s'introduire beaucoup de mots cel- 
tiques. Les Espagnols appellent eH- 
core aujourd'hui une lance lanza. 

Bret. lans, lance; écoss. latin , 
item; irland. larig, item; gall. llain, 
long morceau de bois, tige, rejeton, 
bouture. 

Larris, anc. lande, bruyère, terre 
inculte ; en basse latinité , larri- 
cium. 

Quar je li donral si beau don qu'il porra 
dormir en prez, en rivières, en forez, en 
larris, en montaignes, en valées, en bos- 
chaiges d'une part et d'autre. (C< comence 
Cerberie, inséré dans les œuvres de Rute- 
bcuf, t. I, p. 472.) 

François costoiant mainte selve, 
Se vont logier soaz Monz-en-Pelve, 
Tout au long d'an larriz sauvage 
Plain de fossez, près de boscage. 

{Branche det royaux lignages, I. 1, p. 431.) 

— Écoss. lâr, terre, terrain, sol; 
irland. lar, item; gall. llawr (pro- 
noncez laour), item; bret. leur, ter- 
rain, sol, aire. 

Il est à remarquer que Ife mot cel- 
tique signifiant terre a passé dans 
notre langue avec un sens défavora- 
ble, tout Comme le mot tudesque de 
même signification, qui nous a don- 
né lande. (Voir ce dernier mot par- 
mi ceux qui sont d'origine germani- 
nique, daDs le chapitre suivant, 
sect. II.) 

Lèche, tranche fort mince de 
quelque chose qui se mange. Ce mot 
n'est plus guère en usage aujour- 
d'hui, bien que l'Académie le donne 
encore dans sa dernière édition; 
mais on le trouve assez souvent dans 
nos anciens auteurs. On dit lesca 
dans la Provence et le Languedoc , 
léissa dans le Gapençais. 



Une cruche seul astre prise 
Où l'aumosne de vin est mise, 
D'une lesche d« pain singnie. 

(De Cuenay, & la suite des oeuvres de Rutebeu * 
t. H,p. 439;) 

— Écoss, slis , sliseag, tranché, 
morceau; irland. slis, sliseog; gall. 
yslaiv. 

LiART, anc. gris, gris-brun, gris 
pommelé. Un indigne chevalier, ne 
pouvant triompher de la vertu de 
Flourence, la suspend à un arbre 
par ses cheveux. Un bon châtelain 
vint à passer : 

La pucelle vit pendre, si s'en vint celle part. 
Moult en ot grant merveille, mais forment 

li fu tart 
Qu'elle fust despendue. De son cheval liart 
Descend!; lors Flourence li fist i douz re- 
gard. 

(Le Dit de Flourence tie Romme, dam le Nouveau 
reeueU de contes, dits, etc, t. I,p. 104.) 

Et qui morele ne tenroit, 
Tôt le cours a morel venroit , 
Voire a fauvel ou a liart. 
Si corn sa volonté li art... 
Et ce que ge di de morele, 
Et de fauvel et de fauvele, 
Et de liart et de morel, 
Di-ge de vache et de torefi 
Et de berbiz et de mouton; 

{lioman dt la Rote, t. 14513.) 

— Écoss. liath, gris; irland. 
liath ; gall. llwyd, liai ; bret. loiiet 
/oued. Dans le français liart, le r est 
venu se placer devant le t, comme 
dans Tartare,nom propre d'un peu- 
ple qui se nomme Tatar dans sa 
propre langue. (Voir t. II, p. 4 42.) 

Lie, en basse latinité liix. Jean dô 
Garlande dit, au chapitre xxi de son 
Hortulanus, espèce de vocabulaire 
des mots vulgaires employés dans 
la Grande-Bretagne : « Alii (dicunt) 
liam, id est fœces vini calcinati , » 

— Bret. li, lie, léit, vase, boue. 



r 



ie 



âi2 



PREMIÈRE PARTIE. 



limon j gall. llaid, vase, limon; 
écoss. et irland. làthach, item, 

Lieue, de leuca, mot d'origine 
celtique adopté par les Romains, et 
tellement naturalisé dans leur lan- 
gue, qu'on le retrouve aujourd'hui 
dans toute l'Europe latine. En ital. 
et en prov. lega, en esp. legua^ en 
port, legoa. 

La mesure itinéraire des Romains 
était le mille et celle des Gaulois 
était la lieue : « In Nilo flumine , 
sivs in ripis ejus, soient naves funi- 
bus trahere; certa habentes spatia 
quae appellant funiculos, ut labori 
defessorum recentia trahentium col- 
la succédant. Nec mirum si una- 
quaeque gens certa viarum spatia 
suis appellct nominibus, cum et La- 
tini mille passus, et Galli leucas et 
Persae parasangas, et rastas univer- 
sa Germania; atque in singulis no- 
minibus diversa mensura sit. » (S. 
Jérôme, Commentaire sw Joël, ch. 
m.) Ce témoignage se trouve confir- 
mé par Hesychius : AeuYï), ixétpov 
xi YttXàTixov, Isidore de Séville dit 
dans ses Origines, ch. xvi : « Men- 
suras viarum milliaria dicimus, 
Graeci stadia. Galli leucas. » D'au- 
tres témoignages analogues se trou- 
vent dans Ammien Marcellin, liv. 
xv; Jornandès, ch. xvi et lx; Yves 
de Chartres et autres auteurs. 

— Écoss. leig, lieue ; irland. leige, 
leagik, item; bret. leô, lev, grande 
lieue de pays ; leoih , petite lieue. 

Loche, sorte de poisson. — Bret. 
lontek, loche. (Le Gonidec.) Le Pel- 
letier écrit lonch, lonchic; dérivés de 
lontek , vorace , qui vient lui-même 
de lonka, avaler, dévorer. Gall. lyn- 
qu, item. 



LocHER^ branler, être prêt de tom- 
ber. Il ne se dit que d'un fer de che- 
val. (Acad.) Autrefois locher, locier 
signifiait en général branler, re- 
muer; il se prenait dans le sens 
neutre et dans le sens actif. Dans ce 
dernier sens , il signifiait ébranler, 

Sor le fucrre noviau bâta 
Se sont andui entrebatu, 
Cil adenz e celé souvine. 
Li vilaitts vit tout le couvine 
Qui du lincael est acouvers, 
Quar il tenoit ses iei ouvers ; 
Si veoit bien l'estrain hocler, 
Et vit le chapelain locier. 

{Nouveau retutUde contes, t. I, p. 3I& ) 

Li minieur pas ne souffleillent, 
Un chat bon et fort appareillent. 
Tant euvrent desouz et tant cavent, 
C'une grant part du mur destravent; 
Endementieres qu'il les lochent. 
Le conte et ses Flamanz aprochent. 

(Branche dei rot/aux Hgnagei, t. 1, p, 49.) 

De belif li estoit laciés 

Li hiaume, qai el chief li loehe. 

{Tournoiement de l'Antéchrist, p. 3S.) 

— Bret. Iriska, branler, remuer; 
écoss. luaisg; gall. Ihvygaw; irland. 
luasgaim. 

Longe, partie du veau ou du cerf 
qui est entre l'épaule et la queue^ et 
à laquelleest attaché le rognon. C'est 
la moitié des reins de ces animaux. 
En basse latinité longia f longua se 
disaient des reins de plusieurs ani- 
maux qui se mangent. (Voir ces mots 
dans du Cange.) 

— Bret. lonec'h, lounec'h, rognon, 
reins, longe; gall. llwyn; écoss. et 
irland. liuiin. 

Magnan, Maagnan, Maignan, Mai- 
GNiEN,etc. anc. chaudronnier. Dans 
le Jura, on appelle encore magninun 
chaudronnier ambulant. 



CHAP. II, ÉLÉMENT 

Nns mangnant, ne autres, soit dedenz la 
vile, soit dehors, ne puet nule des euvres 
apartenans au mestier des potiés d'estain 
vendre aval la vile, ne eu son ostel, se 
l'œuvre n'est de bon aloiement et de loial, 
et se il le feit, ildoit perdre l'euvre. {Livre 
des Métiers, p. 40.) 

A tant olreut un maingnien 
Qui son mestier aloit criant; 
Et la pucele maintenant 
Vint a l'uis, lo meignien apele 
Qui portoit une viez paele. 

(MÉOir, Fabliaux et contt$, I..I plifTI .) 

— Bret. mahouner, chaudronnier, 
<îelui qui fait ou qui vend des usten- 
siles de cuisine en cuivre ou en airain; 
ce mot, ainsi que le français magnan, 
dérive probablement d'un ancien pri- 
mitif celtique maha, umaha, signi- 
fiant cuivre, airain, qui n'existe plus 
en breton, mais dont on retrouve dep 
traces dans les deux idiomes gaé- 
liques, Écoss. h* umha, cuivre, ai- 
rain; 2* umhadan, chaudronnier; 
iriand. 1° umha; 2» umhaire. 

Marne ^ autrefois marie; en pro- 
vençal marra, en basse latinité mar- 
gila, mar/a. Du celtique marga^ioni 
se servaient avec la même significa- 
tion les habitants des Gaules et de 
la Grande-Bretagne : « Alia est ra- 
tio quam Britannia et Gallia invenere 
alendi eam (terram) ipsa; quodge- 
nus vocant margam. Spissior uber- 
tas in ea intelligitur ; est autem qui- 
dam terrée adeps, ac velut glandia in 
corporibus, ibi densante se pingui- 
tudinis nucleo. » (Pline, liv. xvii, 
4.) Dans un autre passage^ le même 
auteur dit en parlant des Bretons : 
* Tertium genus lerrae candidae glis- 
cftromargfftm vocant.» (Liv. xvii, 8.) 

Cluverius , dans sa Germania an- 
tiqm, liv. I, ch. vin, remarque que 



CELTIQUE. SEGT. IL 243 

dans plusieurs anciens manuscrits 
de Pline, qu'il a vus à la bibliothèque 
de Londres, au lieu de marga, il y a 
constamment maria. 

— Bret. marg, marne. Ce mot a 
été omis dans la première édition du 
dictionnaire de Le Gonidec , mais il 
est mentionné dans celle qu'a pu- 
bliée M. de la Villemarqué et dans 
d'autres dictionnaires bretons. Le 
P. Rostrenen donne marg et mari. 
Écoss. maria. Gall. mari. Iriand. 
maria. 

Le l du primitif margila, maria 
s'est changé en n dans marne comme 
dans nivel, niveau de libella et dans 
quenouille, autrefois conoille, de co- 
lucula diminutif de colus, employé 
en basse latinité. (Voir t. II, p. 111.) 
Matin, gros chien de garde ; au- 
trefois mastin. 

De granz perres lance âl tnattin. 
Li pastoreaus le chen menace. 
Et li quens ducement renbra«e. 

{Chron. dei'duci de Iform. t. U, p. 455.) 

— Bret. mastin, gros chien de 
garde, mâtin; iriand. masdidh, ma- 
dadh; écoss. madadh, mada. 

Matras, Materas, Matrasse, Ma- 
telas, anc. gros trait d'arbalète; en 
basse latinité matarus; en langue 
d'oc matras, materoun. 

S'ai miseratles, et bons materas fexr (Li 
Moinage Renouart, eité par M. F. Michel 
dans son glossaire de la Chanson de Ro- 
land, art. Museraz.) 

Le suppliant benda une «rbilestc... et 
tira une materasse. (Titre de 1478, cité 
dans le glossaire de Carpenlier, «rt. lf«- 
tarus.) 

(Voir un autre exemple de ce mot, 
ainsi qu'une remarque, à l'article 
Bouzon, parmi les dérivés germa- 
niques, ch, III, sect. H.) 



m 



PREMIÈRE PARTIE. 



Borel définit ainsi le matras : 
« C'est une sorte de dard ancien, 
ayant grosse teste, qui ne perçoit 
pas, mais meurtrissoit, fait à la 
façon des fioles que les chimistes 
appelent aussi matras, qui ont le 
fond tout rond et le col fort long. » 
{Dict. du vietix français, art. Mor- 
iras.) Le P. Daniel en donne une 
description toute semblable dans 
son Histoire de la milice française, 
t. I, p. 441.) 

Matras est un mot d'origine cel- 
tique. Strabon dit en parlant des 
armes des Gaulois : Kai [j.aTepl; uâX- 
Tou xi eT8o;. César, De belîo Gal- 
lico, liv. I : « Nonnulli {Galli) in- 
tcr caros rotasque mataras ac tra- 
gulas subjiciebant, nostrosque vul- 
nerabant. « L'auteur anonyme de la 
Rhétorique destinée à Herennius, 
liv. IV : « Ut si quis Macedonas ap- 
pellarit hoc modo : non tam cito 
sarissae Graecia potitœ sunt; aut 
idem Gallos significans dicat : nec 
tam facile ex Italia materis transal- 
pina depulsa est. » 

Avant qu'on fît usage de l'arba- 
lète , on lançait des matras avec la 
main; c'étaient alors des espèces de 
piques ou de javelots. Matras est 
probablement de la même famille 
que le gallois m^thred, celui qui 
lance, jaculator; c'est ainsi que le 
latin jaculum provient de jacere. 

Mègue, Maigue, anc. petit-lait. 
(Voir Trévoux, Roquefort, Bo- 
rel etc.) 

Empedoeles disoit jadis que, qoaind on 
est travaillé de qaelque sorte de passion 
d'esprit, le sang se trouble, et que de la 
viennent les larmes, comme le megue du 
laiet. (Maladie d'amour, p. 101; citation 



empruntéeauglossalre manuscrit de Safftte- 
Palaye, art. Megue.) 

— Écoss. meag, mewgf^ petit-lait ; 
irland. m^iig, meadhg; gall. maiz. 

Mine. — Écoss. wem, meinn, 
meun, minerai, veine métallique, 
filon, mine, minière; gall. mvm, 
item; irland. mian, mianach, item; 
bret. mengleuz, meugle, mine, car- 
rière, lieu d'où l'on extrait des mé- 
taux ou des pierres. 

MiSTE, anc. joli, gentil, bien mis, 
propret. 

L'avois tu fait tant bon, tant beau, tant 

miste. 
Pour de son sang taindre les dards poinctus 
Des Turcs maudits... 

(Marol, complainta i.) 

— Bret. mistr, gentil, recherché 
dans sa mise, propret, Island. maise, 
grâce, gentillesse, parure; maiseach, 
joli, gentil, agréable, élégant. Écoss. 
maiseach, item. 

Moquer, Moquerie. — Gall. 
1° moc, moquerie, raillerie; 2° mo- 
dav), se moquer, railler. Éeoss. 
\°magad; Tmagh. Irland. magadh, 
moquerie, raillerie, plaisanterie. Ces 
mots sont provenus de la môme 
source primitive que le grec \i.(ay.^v, 
se moquer ; mais ils n'en dérivent 
pas, non plus que le mot français . 
Voyez ce que j'ai dit au sujet du fort 
petit nombre de mots que la langue 
grecque a fournis à notre ancien vo- 
cabulaire^ p. 3, note 2, et p. 255- 
256. 

Morgue, contenance sérieuse qui 
annonce de l'orgueil, de la hauteur, 
de la fierté.^ Écoss. 1 ° moireas, hau- 
teur, fierté, orgueil, morgue; 2" mor, 
grand magnanime, magnifique, ma- 
jestueux, noble, primitif de maireas. 



CHAP. ir, ÉLÉMENT CELTIQUE. SECT. IL 245 



Gall. 4° mawrvalc; 2° mawr. Bret. 
meur, grand, majestueux, magni- 
fique; meurded, grandeur; m&ardeZy 
majesté. Irland. ifmr, grand, etc.; 
moireis, grandeur; monighadh, ma- 
gnificence; moraigeantachdjmagna.- 
nimité. (Pour le g épenthétique de 
morgue, voir t. II, p. 142.) 

Mortaise. — Gall. mortais, mor- 
taise; irland. mortis,moirtis,itein; 
écoss. moirteis, item. 

Motte, butte, éminence isolée 
faite de main d'homme ou par la 
nature. (Acad.) En langue d'oc, 
monta. Ces mots paraissent plutôt 
dériver d'un primitif celtique que du 
latin mx)n&. t- Écoss. mota, mont, 
montagne; irland. mota, item» 

MoucHET , Émouchet. Trévx)ux 
donne les deux, mais l'Académie ne 
donne que le dernier. Ces mots dé- 
signent un oiseau de proie assez 
semblable à l'épervier, mais plus pe- 
tit. Nous avons dit anciennement 
mousquetj mouschet ; en langue d'oc 
m^squet; en italien moscardo. 

.... L'aloe (l'alouette) 

Fuit le mousket et l'eprevier... 

Et tout il petit oisillon 

Le houbet u l'esmerillon 

Fuient.... 

(Ph. Hoiuket, Mit. Raiffenbsre, t. I, p. 384.) 

Adont véissiez-vous faucons 
Et ostoirs et esmerillons, 
Et moult grant planté de mouschés^ 
Voler après les oiselés. 

\2(Floirt et Blanct/Ior, ëdil. de H. du Méril, p. 110.) 

— Écoss. musg, muisg, musgait, 
mouchet ou émouchet; irland. WMsg^ 
musgaid, item; bret. moiichel, item. 
(Le Pelletier.) 

Mouton, autrefois multon, mul- 
tun j en basse latinité multo. 

Adonias fist un grand sacreiise de mul- 



luns e de gras veels. {Livre des Rois, p. 221 .) 
Immolatis ergo Adonias arietibus et vi- 

iulis... 
L'um sacriflout un buef e un multun, 

(Ibid, p. 141.) 
Jmmolabat bovem et arietem. 

— Écoss. mult, mouton; gall; 
mollt; irland. molt; bret. maout. 
On trouve molt pour mouton dans le 
Dictionnaire cornouaillais du xu* siè- 
cle, publié par Pryce, dans son Ar- 
chœologia Cornu - Britannica. 

Les Gallo-Romains, ayant à lati- 
niser mult, en firent multo, nis, dont 
l'accusatif multonem a formé mul- 
ton, mouton. (Voir, à cet égard, 1. 1, 
p. 45, note 1, et t. III, p. 42 et 15.) 

NoE, Noue, petit cours d'eau, p&- 
tit canal, ruisseau, source. Ces mots 
sont encore usités en Normandie; 
dans l'arrondissement de Vire, on 
appelle la source de la Sienne, noe 
de Sienne. (Voir du Méril, Diction- 
naire du patois normand.) On dit 
une prairie de noe, de nom, ou^ par 
abréviation, une noe, noue pour une 
prairie traversée par un ou plusieurs 
petits cours d'eau qui lui communi- 
quent de l'humidité. On disait eUv 
basse latinité noda, nqta, noa, noia, 
aveo la même signification. (Voyez 
le glossaire de du Cange.) C'est ainsi 
que l'allemand bruch désigne un 
terrain inondé, un marécage, tandis 
que son primitif tudesque bruoh, 
brôca, signifiait un petit cours d'eau, 
un ruisseau. 

L'Académie, dans la dernière édi- 
tion de son dictionnaire, donne en- 
core noîie qu'elle définit, terre grasse 
et humide , qui est ,une espèce de 
pré servant à la pâture des bestiaux. 
Elle remarque que ce mot signifie, 
en outre, une tuile creuso destinée à 



246 



PREMIÈRE PARTIE. 



l'écoulement des eaux. La Noe, la 
Noue, sont des noms propres de lo- 
calités devenus des noms propres 
d'homme. 

Vnenoe contenant journée a deux bommes 
faucheurs de pré; laquelle noe est joignant 
à la rivière d'Arve. (Testament de 1382 cité 
par Ménage, Preuve» deThistoire de Sablé, 
p. .sgo.) 

Une noe eontenant vi)'* percbes, Iiqnele 
sied au-dessus de la Planche Morin. (Trésor 
des Chartes, Alençok, n* 28, carton J. 
226, citation de M. DeVisle, Eludes sur l'état 
de l'agriculture en Normandie au moyen 
âge, p. 278, note.) 

— Bret. naoz, petit cours d'eau, 
ruisseau, canal; gall. nant, item. 

Orgueil. (Voir Rogue.) 

Pairol, anc. chaudron; Pairole, 
chaudière. En basse latinité parola, 
pairola. 

D'une charge de pairols et pairoles. 
(Traduction française d'un inventaire de 
1218 écrit en latin; citation tirée du 
glossaire de Carpentior, art. Pairola.) 

— Bret. per, bassin de cuivre, 
chaudron, chaudière; gall. pair, 
item. 

Palet. Ce mot a la forme d'un 
diminutif. — Bret. pal, pierre plate 
et ronde qui sert à jouer, palet ; 
gall. pâl, corps plat en général. 

Pan, anc. contrée, canton , pro- 
vince. 

Se Mahnmet me voelt esîre guarant, 

De tute Espaigne aquiterai les pans 

Dès porz d'Espaigne entresqu'à Durestant, 

iCiums. U Roland, tt, Lxrii.) 

Le grant orgoill se ja puez malir, 
Je vos durrai un pan de mun païs. 
Dès Cherianl entrcsqu'en Val-Marchis. 

(t/iid- «t. ecxxxi.) 

— Bret.pan, canton, contrée, pays; 
éeoss. et irland. fonn, terre, pays. 



Pautre, anc. gros garçon, pay- 
san, lourdaud, nigaud. Voir ce mot 
dans le Dictionnaire du Jargon (Pa- 
ris, 1 680, in-l 2), et dans les Etudes 
de philologie comparée sur l'argot, 
de M. Francisque Michel, p. 308, 
col. 2. De pautre on fit pautraille, 
populace, lie du peuple, canaille, 
comme de prêtre on a [dMprètr aille. 
(Voyez pautraille dans le dictioa- 
naire de Cotgrave.) 

Vousestes, fais-je, du lignage 

D'icy entour plus à louer. 

— Mais je puisse Dieu avouer 
S'il n'est attrait d'une peautraille, 
La plus rebelle villenaille 

Qui soit, ce croy-je, en ce royaane. 

(ba Furte lU Paihelin, ^dit. de 1763, f. W.) 

Ouvrez cesie porte, peautraille. 

{Mitlen d» la ruurrtciiim d» tf. S. JesMcriH, 
Piirii, Aatolne Veiard, in-fol, fcuiUet l, recto, 
col. 10 

Plus me deplaist celle hnhe peaultraille.... 
Que ne faict pas le taillon ne la taille. 

[OEtvretJaJean Muret, édit. de Coudiilier, p. SiT.) 

— Bret. paotr, garçon ; irland. et 
écoss. poth, item. 

Pavois, Pavais, Pavesche, etc. ,. 
anc. sorte de grand bouclier; en 
ital. palvese, pavese. 

Si vint le dessus dit messire Roger à 
soixante lances et à cent pavois, et le 
senechal de Rouergue à autant, et messire 
Hugues de Froideviile autant ou plus; sise 
trouvèrent bien ces gcni d'armes, qnand ils 
furent tous assemblés, environ quatre cents 
lances et bien mille portant pavois que 
gros varlets. (Froissart, liv. III, ch. xxin, 
t. II, p. 440, col. 1.) 

Lors chascun, armé de ce qu'il devoit 
prent sa pavesche en sa main senestre. 
(Roman du Petit Jehan de Saintré, cité par 
Roquefort, art. Pavait.) 

— Gall. parvaes, bouclier. Ce 
mot signifie proprement ce qui sert 
à parer, à préserver, à garantir 



CHAP. II, ÉLÉMENT CELTIQUE. SECT. IL 247 

On trouve peu, tète, sommité, dans 
le Dictionnaire cornouaillais du 
xu® siècle, publié par M. Zeuss. 

Apenninus, Apennin, paraît avoir 
été formé du même primitif auquel 
on a joint l'article an, ar ou a/, et 
le suffixe latin inus. 

Pic, Pioche. — Bret. pik, pic, 
pigel, pic, pioche, houe; écoss. pic; 
irland. piocoid ; gall. pigwr, dérivé 
àe pig, pointe, bec, crochet. 

Picotin. Le suffixe ot et le suf- 
fixe m, qui forment des diminutifs, 
paraissent être entrés l'un et l'autre 
dans la composition de ce mot. 
(Voyez t. II, p. 393 et 407.) 

— Gall. pêg, mesure de capacité 
contenant huit boisseaux; écoss. et 
irland. peic, mesure équivalant au 
quart du boisseau, picotin. 

Pièce. En basse latinité, pessa, 
pessia,peciajpetia, petium; en pro- 
vençal, pessa. — Écoss. pios^piosa, 
fragment, morceau, pièce; irland. 
piosa; gall. peth; \iXQi.pez,pec'h. 

Pinson. L'académie écrit ainsi ce 
nom d'oiseau; mais plusieurs lexico- 
graphes écrivent pwçon ; ce qui est 
plus conforme à l'étymologie : en 
basse latinité, pincio;. en italien, 
pimione. — Gall. pim signifiant à 
la fois gai, joyeux et pinson. Cette 
double signification du mot est 
d'accord, on ne peut mieux avec 
notre expression proverbiale gai 
comme pinson. ^vç,X.pint, pinson. 

Plâtre. Caseneuve et plusieurs 
autres étymologistes , ne sachant 
quelle origine donner à ce mot, l'ont 
dérivé, en désespoir de cause, du 
mot grec niâcroeiv, former, façon- 
ner, attendu, disent-ils, que « le 
plâtre sert à faire des moulages. >i 



est dérivé de parv, ce qui est entre 
deux, ce qui s'interpose. ^xeX. pavez, 
grand bouclier, pavois. 

Peautre, Piautre, anc. étain. 
Villon dit en parlant de sa maîtresse ; 

Abusé m'a, et faicl entendre, 
Tousjours d'ung que c'estoit ung autre ; 
De farine, que c'estoit cendre ; 
D'un mortier, un chapeau de feautre ; 
De viel mâchefer, que fust peautre. 

(Villon, Grand Teitameat.) 

Nuls ne doit faire courroies d'estain, 
t'est assavoir cloer ne ferrer ne de plonc 
ne ie piautre ne de coquilles de poisson ne 
de bois, a Paris ne ailleurs. (Livre des 
métiers, p. 238, notel.) 

— Écoss. peodar, étain; irland. 
peodar; gall. ffeutur. Ce dernier mot 
n'est point dans Owen; mais il se 
trouve dans Richard's english-welsh 
Dictionary. 

Penne, anc. partie supérieure, 
cîme, sommité, sommet, hauteur, 
éminence, colline; en basse latinité 
pena, penna ; en italien, penna. De 
penne on fit le diminutif pennette, 
qui signifiait une petite colline. 

Si a un ruiste colp féru 

En le penne de son escu. 

Si qu'il en trence et fer et quir. 

(Parunoptui d* Bloii, T. 31t3.) 

Une pesquerie a tous haruas qu'il 
avoient heritablement en l'eaue qu'on dit 
de Bousencourt, depuis le penne du Cheri- 
sier jusqu'à la cauchie de Sailly-Leaurech. 
(Charte de 1332, citée dans le glossaire de 
Carpentier, art. Penna i.) 

Affin qne l'eaue qui passe a la ditle^^en- 
nette puisse deschendre en la ville. (Charte 
de 1511, citée il/id.) 

— Bret. pcnn, tête, sommité, 
extrémité. Gall. pen, item; ban, 
éminence, montagne. Irland. beau, 
item; écoss. beinne, beann, item. 



248 PREMIÈUE PARTIE. 

Le fait est vrai^ mais ce n'est point 
là son usage le plus commun ni le 
plus ancien, celui qui, par consé- 
quent, a pu lui donner son nom. En 
outre, piastre se trouve fort ancien- 
nement dans notre langue ; il paraît 
appartenir à ce vocabulaire primitif 
qui a fort peu emprunté de mots 
usuels à la langue grecque. (Voir 
p. 255-256 et la note 2 de la p. 3.) 
Se uns plantriers envoioit piastre pour 

mètre en œuvre chies ancun hom, li maçon 
qui œuvre a celui a cui en envoil le piastre 
doit prendre garde par son serement que 

la mesure dcl piastre soit bone et lolax ; 

et se il en est en soupeçon de la mesure, 

11 doit le piastre mesurer, ou faire mesu- 
rer devant lui. {Livre des métiers, p. 109.) 
Enfin il est à remarquer que ce 

mot se retrouve dans tous les dia- 
lectes néo-celtiques, ainsi que dans 

les deux langues auxquelles le cel- 
tique a fourni le plus de mots, le 

français et l'anglais; ce dernier a 

pîaister, plaster; tandis que les 

langues néo-latines méridionales, 

qui ont emprunté beaucoup moins 

de mots au celtique, ont toutes des 

dérivés de grjpsum pour désigner le 

plâtre. Prov. gip, ital. gesso, esp. 

yeso^ port, gesso. 
— Gall. plastyr, plâtre, dérivé 

de plast, enduit; écoss. plasdair, 

plâtre; irland. plasda, plasdach, 

item ; bret. plastr, item. Ce mot a 

été omis à tort dans la première 

édition du Dictionnaire de Le Go- 

nidec; mais il se trouve dans celle 

qu'a publiée M. de la Villemarqué, 

ainsi que dans Le Pelletier, dans 

Troude et dans Rostrenen. Les Bre- 
tons n'ont d'ailleurs pas d'autre mot 

pour signifier plâtre, car pri-ras, 

(font la signification est la plus rap- 



prochée, ne désigne qu'un mélange 
de sable et de chaux, ce que nous 
appelons du mortier. 

Plonger, enfoncer quelque chose 
dans un liquide. — Gall. plwng, 
action de plonger quelque chose, 
immersion; ivla.nd. pluinnseach, item 
(O'Brien) ; bret. plunia^ pluia, plon- 
ger; écoss. pluinnse, action de plon- 
ger, immersion; pluinns, plonger. 
Armstrong a oublié ce verbe dans 
son Dictionnaire anglais-gaélique; 
mais on le trouve dans son Diction- 
naire gaélique-anglais. 

Rabâcher, Rabâchage. On disait, 
au xiii* siècle, rabâche pour répéti- 
tion, redite, rabâchage. 

Car il est de veillier trop las, 
Et demain le ramenras chi 
Quant UD peu il ara dormi ; 
Aussi ne fait-il fors rabâches. 

(Théâtre frunf ail au moyen âge, p. 73.) 

r— Écoss. rabhanach, celui qui ré- 
pète sans cesse les mêmes choses, 
rabâcheur ; rabhanachd, répétition 
ennuyeuse des mêmes avis, des mê-. 
mes paroles, rabâchage ; dérivés de 
rabfMcharij avis, avertissement, cen- 
sure^ réprimande, rabâchage. Irland. 
rabhan, avertissement, réprimande, 
rabâchage. Gall. rhab, reproche, ré- 
primande; rhabu, réprimander, re- 
procher. Bret. rebech, reproche ; re- 
bechttj reprocher. 

Rabardel, anc. Sorte de chant 
composé de plusieurs couplets à la 
fin desquels on chantait en chœur le 
même refrain. Ce chant servait d'ac- 
compagnement à une sorte de danse; 
rabardel s'employait pour signifier 
cette danse elle-même. 



Quant les tables ostées furent, 
Cil jongleor en pics esturent ; 



CHAP. II, ÉLÉMENT 

S'ont vieles et harpes prises ; 
Chançons, lais, sons, vers et reprises , 
El de geste chanté nous ont. 
Li chevalier Antéchrist font 
Le rabardel, par grant déduit. 

(Tounoitmnt dt fAniechriu , édit. de Roi»». 
1851 p. 15.) 

•Après le vin s'entr'acointerenl 
Li uns a l'autre, et encerchierent 
Qui seit faire le beguinaige, 
L'ermite, le pèlerin aige, 
Le provencel, le rabardel^ 
Berenglier ot le chapel, 
Ou aucuns gieus pour esgaier. 

(£e< tounoii de Chauvenci, ▼. U3|.] 

Rabardel est coïnposé du mol 
barde et des préfixes latins re et ad, 
servant à marquer la réitération, idée 
qui se rapportait à la répétition du 
refrain revenant après chaque cou- 
plet. On sait que, chez les Celtes, les 
bardes étaient des poëtes qui chan- 
taient leurs propres vers, 

El(TÎ 5à ïtap' aÙTOtç (KéXTot;) xal 
TtoiTjxai |;.E>,wv oO; pâpSou; ôvojjLaîouo-.v 
o5toi 8è \ifc' ôpY(xvù)v -rat; Xijpaiç ôjiot'wv 
oO; i«.èv û[Jivoy(Ttv, où; 8è pXa<i?r,iioû(ri. 
(Diodore de Sicile, liv. V, ch. xxxi), 
BocpSot (iàv û(i.vriTal xai îtotriTaî. (Stra- 
bon, liv, IV.) 

Bardi quidem fortia virorum illustrium 
facta heroicis romposita versibus cumdul- 
cibus lyrse modulis cantitarunt. (Âmmien 
Marcellin, liv. XV, ch. ix.) 

Bardus gallice cantor appellatur qui vi- 
rorum fortium laudes canit. (Festus, art. 
Bardus.) 

— Écoss. bard, poëte ; irland. bard, 
item; gall. bar z, item; bret. barz, 
bars, poëte, chanteur, joueur d'ins- 
trument, ménestrel, celui qui fait 
métier de chanter publiquement et 
de déclamer des vers. On trouve 
harth signifiant jongleur dans le 



CELTIQUE. SECT. H. 249 

dictionnaire cornouailles du xii" siè- 
cle, publié par M. Zeuss. 

Rache, anc. gale^ teigne ; encore 
usité en Franche-Comté. D'où ra- 
dieux, radions, rachat, galeux, tei- 
gneux. 

PoRRiGo, teigne ; rache, roigne. (Ancien 
glossaire latin-français cité par du Gange, 
att. Porriyium.) 

Et por ce qu'il le tiengne en pais, 
Li raOïous consent le pugnais (punais). 
Et li pugnais bien lo rachat. 
Certes trop i a de barat : 
Li rachai, le punais molt bien, 
Ne se desconfortent de rien. 
Pour ce que l'uns et l'autre put. 

Bible Guiot, T. 2604, citée dai» le g'o»»'»'''» <*• 
Roquefort, art. Rachout.) 

— Bret. 1° rach, teigne, gale; 
2° rac'ha, ôter la peau, peler, écor- 
cher. Écoss. 1" sgrath; 2° sgrath. 
Irland. sgreab, gale, teigne. Gall. 
crac (Owcn), crach, (Davies), item. 
Le ç dans Ow^en et le ch dans Da- 
vies représentent également une 
gutturale très forte semblable au j 
des Espagnols et au ch des Alle- 
mands. 

Raie, Rigole. On disait autre- 
fois règs pour sillon, raie, ligne. 
(Voir le glossaire de Roquefort.) 
Mie signifie encore aujourd'hui l'ou- 
verture longitudinale que l'on fait 
sur la terre en labourant; l'Acadé- 
mie donne pour exemple : « Dans ce 
pays, les laboureurs font les raies 
fort creuses. » En basse latinité, 
1» riga, sillon, raie, ligne; 2° rigo- 
la, rigole. En provençal, 4° rega; 
T rigola. En italien, riga, raie, 
ligne ; rigagno, rigole. En espagnol, 
regata, reguara, rigole. 

— Gall. rhig, raie creuse rai- 
nure; r/MiCO^ sillon, tranchée, rigole, 



250 



PREMIÈRE PARTIE. 



iosséj rhiglif faire des raies, creu- 
ser des sillons, des tranches^ des 
fossés, des rigoles. Bret. regfo^ creu- 
ser des sillons, faire des rigoles. 

Rang. — Bret. renk, reiz, suite, 
série, file, rang, rangée; gall.r/iewg, 
rhenc ; écoss. ranc, rang; irlandais, 
ranc. 

Ratin ou Ratis, vieux mot qui 
signifiait de la fougère, filix. (Tré- 
voux.) Ratin, ratis, sont d'origine, 
celtique, ainsi que le prouve le pas- 
sage suivant de Marcellus Empiri- 
cus : 

Herb» pteridis (id est fliiealsa, quœ ratis 
gallice diciiur, quseque in fago ssepe nasci» 
tur), radiées tunsae in potione jejuno dan- 
tur cum vino coxarum doloribus laborauti. 
(Marcellus Empiricus, dans Medici principes 
do U. Estienne, cb- xxv, 354, D.) 

— Bret. raden, fougère; gall. 
rhedyn; irland.ratf/»ne^ raithneach; 
écoss. raineajch. On trouve reden 
avec la même signification dans le 
dictionnaire cornouailles du xii® siè- 
cle, publié par M. Zeuss. 

Rigole. (Voir Raie.) 

Roc, Roche. — Bret. toc'h, roc, 
roche, rocher ; écoss. roc, irland. 
roc, rocas, roais. 

RoGUE, Arrogant, Orgueil. Ces 
trois mots ont la même origine. Le 
second est composé au moyen de la 
préposition latine ad ; dans le troi- 
sième il y a eu transposition du r, 
comme dans pour de pro, troubler 
de turbulare, etc. On dit en italien 
rigoglio pour orgueil. 

— Bret. rok, rog, fier, rogue, ar- 
rogant. Écoss. \° rvucas, fierté, or- 
gueil, arrogance; 2° rmasach, fier, 
arrogant. Irland. 1" rucas, rocas; 
2° rucasach. 



RoTTE, Rote, anc. sorte d'instru 
ment de musique à cordes fort sem- 
blable à celui que nous appelona 
aujourd'hui vielle. 

De tos estruments sot mestrie. 
Et de diverse canterie ; 
Et moult sot de lais et de note ; 
De viele (violon) sot et de rote, 
De lire et de saterion , 
De barpe sot et de choron, 
De gigbe sot, de simpbonie, 
Si savoit asses d'armonie. 

{Rom, de Brut, t. 1, p. 119.) 

Tôt adès li faites olr 
Harpes, et violes, et rôles. 
Sonnez et lais, cbauçons et notes. 

{Doloptithot, ëdil. Janoet, p. 135.) 

L&rotte n'était autre que la c/trof- 
ta mentionnée par Fortunat comme 
un instrument particulier aux Bre- 
tons. 
Romanusque lyra plaudat tibi , barbarus. 

harpa, 
Gracus acbitUaea, chrotta britanna canat,. 

(Fortaaat.liT.VII, 8.) 

Écoss. cruit, espèce d'ancien ins- 
trument de musique à six cordes ; 
plus tard, ce mot a servi à désigner 
toutes sortes d'instruments à cordes, 
tels que la lyre, la harpe, la vielle, 
le violon; irland. cruit, item; gall. 
crwth, item, dérivé de crw, rond, 
arrondi ; bret. hrenn, rond. 

Route. — Écoss. rod, trace, sen- 
tier tracé, chemin; bret. rouden, 
trace ligne tracée ; irland. rodh, rot, 
chemin en général, route; gall. rhew, 
chemin pavé, route, rue. 

Il est à remarquer que la langue 
des Gaulois nous a également four- 
ni. Ziewe, mesure itinéraire. 

Nous ne connaissons pas précisé- 
la forme qu'avait le primitif celtique 
d'où provient le mot route, mais ce 



CHAP. II, ÉLÉMENT CELTIQUE. SECT. IL 2&I 



n'est point une raison pour dériver 
ce mot du latin ruptus, rupta, ainsi 
que l'ont fait plusieurs auteurs. On 
a également eu tort de le rapprocher 
du substantif pluriel brisées. Celui- 
ci est un terme de chasse que l'on 
doit à une pratique toute particulière 
employée par les veneurs. (Voyez à 
cet égard le tome ii, p. 492.) 

Ruche. Dans notre ancienne langue 
rusque, et en basse latinité rusca, 
signifiaient à la fois écorce d'arbre 
et ruche. (Voir les glossaires de du 
Cange et de Roquefort.) 

En espagnol corcho est l'écorce du 
liège, et carcha une ruche. Dans 
plusieurs contrées de TEurope, les 
ruches sont faites d'un seul ou plu- 
sieurs morceaux d'écorce. Cet usage 
est fort ancien, et il était pratiqué 
par les Romains, ainsi que nous 
l'apprend Virgile : 

tpsa autem, seu cortiàbus tibi sata ca- 
valis , 
Seu lento fuerint alvearia vimine lexa, 
Angàstos habeaut aditus. 

(Céorg. li». IV.) 

En Languedoc, la ruche d'écorce 
se nomme rusque, ainsi que le té- 
moigne Borel dans ses Antiquités 
gauloises, p. 545 en Provence et en 
Dauphiné, on l'appelle brusc, brus. 
En provençal desruskar signifie en- 
lever l'écorce d'un arbre. 

— Bret. rusken signifiant à la fois 
écorce et ruche; écoss. rusg, écorce; 
gall. rhisg, item j irland. rusg, item. 
On trouve ruse, pour écorce, dans 
le dictionnaire cornouaillais du xii* 
siècle publié par Pryce et par M. 
Zeuss. 

Rue, Reue, signifiaient autrefois 
rue et route, chemin, comme le 
ktin via et l'allemand strasse. 



Et c'il aveneit que aucuns hom ou aucune 
feme faisct faire aucun envaiil sur son mur, 
et celuy envaut entret el chemin plus don. 
tiers de la rue , la raison juge qu'il fait 
tort, au seignor de la terre de prendre son 
chemin ; et si deit estre, pour celui tort , 
abatu tout celuy envant, si que mais n'i 
deit riens aver hors de son mur. Et ce est 
raison, car puis que H rois ou le seignour 
li soeffre à aver sur son chemin le tiers de 
la rue, et celuy ne se tient por paie, aius 
fait tort au roi et li prent son chemin, si 
det tout perdre. {Assises de Jérusalem^ 
t. Il, p. 197.) 

L'officier chargé de la police de» 
chemins^ que nous nommons au- 
jourd'hui voyer, s'appelait ancienne- 
ment ruyer, royer, roier, dans plu- 
sieurs endroits de la Belgique et du 
nord de la France. Il est désigné 
sous le nom de wardireue (garde- 
rue ) dans les Lois de Guillaume le 
Conquérant. (Voir ci-dessus, p. 115 
et 197.) 

De strewarde. — De chascon des hides 
del hundred un home de denz la fesle scint 
Michiel et le seint Martin. E li wardireue 
si avrard xxx bides quites pur sou travail. 
(L. de Gain. § xnu.) 

On trouve en basse latinité ruata, 
rua, et en langue d'oc ruda signi- 
fiant rue. Celui-ci n'est qu'une syn- 
cope de route ; il a été formé comme 
son homonyme rue^ plante, dérivé de 
ruta, comme roue fait de rota, etc. 
(Pour l'origine route, voir ce mot 
un peu plus haut.) 

Saie, espèce d'ancienne casaque à 
l'usage des gens de guerre ; plus tard 
on appela saie une sorte de pour- 
point à longues basques. (Voir Tré- 
voux.) De saie on forma les diminu- 
tifs sayon et sayette . 
Bref le villain ne s'en voulut aller 
Pour si petit, mais encore il me happe 



253 



PREMIÈRE PARTIE. 



Saye et honnet, chausses, pourpoinct et 
cappe ; 
De mes habits en effect il pilla 
Tous les plus beaux ; et pois s'en habilla 
Si justement, qu'à le veoir ainsi estre, 
Vous l'eussiez prins, en plain Jour, pour 
son maistre. 

(Marat, EpiilTt au ny, pour atoir e$li diroU.) 

Bien que le sagumini le vêtement 
ordinaire des soldats romains, il pa- 
raît qu'ils en avaient emprunté l'u- 
sage et le nom aux Gaulois, proba- 
blement à l'époque des premières 
guerres qu'ils eurent à soutenir con- 
tre eux. Pline et Diodore de Sicile 
nous apprennent que c'était un vête- 
ment propre aux Gaulois. Varron et 
Isidore de Séville témoignent for- 
mellement que le mot était celti- 
que : « In his (verbis) multa pere- 
grina, ut sagum, rem, gallica. » 
(Varron, De linguâ latinà, liv. iv.) 
« Sagum, gallicum nomen est; dic- 
tum autem sagum quadrum, eo 
quod apud eos primum quadratum, 
vel quadruplex erat. » (Isidore, Ori- 
gines, liv. XIX, ch. XXIV.) 

— En bret. sae signifie un habit 
long, une casaque, une robe; anc. 
island. sai, item. (Zeuss, Gramma- 
tica celtica, t. I, p. 37.) En écoss. 
sge, sgath, sgiath, se dit de tout ce 
qui sert à couvrir. 

Sale. — Écoss. salach, malpro- 
pre, souillé, sale; de sal, ordure, 
boue; gall. salw, malpropre, sale; 
irland. salach, item. 

Samole, plante dont la fleur est en 
rosette, d'une seule pièce et divisée 
en plusieurs segments. ( Trévoux. ) 
Pline nous apprend que les Gaulois 
appelaient cette herbe samolum ; ils 
s'en servaient contre les maladies 
des ports et des bœufs, et la faisaient 



cueillir de la main gauche par de*, 
gens qui devaient être à jeun. Celui 
qui la cueillait ue devait pas la re- 
garder. Voici le texte du passage de. 
Pline dont il est question : 

lidem (druid» Gallorum) samolum her- 
bam nominavere nascentem in humidis ; 
et banc sinistra manu legi a jejunis contra 
morbos suum boumque ; nec respicere le- 
gentem. (Pline, liv. XXIV, ch. n.) 

Soc; en basse latinité soccus. — 
Bret. souc'h^ soc'h, soc; gall. swç; 
écoss. soc; irland. soc. On trouve 
soch, signifiant soc, dans le diction- 
naire cornouaillais du xii« siècle, 
publié par Pryce et par M. Zeuss. 

Solive, pièce de charpente qui 
porte le plancher. — Bret. sol, so- 
live, poutre; écoss. sait; irland. 
sait. 

SoRNER, anc. railler, se moquer, 
badiner, plaisanter, dire des plai- 
santeries, des bouffonneries, des ba- 
livernes; d'où le substantif ^omerte, 
qui nous est resté. 

En la rue de la Licorne, 
L'un me hue, l'autre me sorne. 

(,l*i ruei de Paris, A la iDiig da Parii lout Phi- 
lippe le Bel, p. 57).] 

Dites, je vous pry, sans sorner. 
Par amour, faites-moi venir 
Maistre Pierre. 

{la Farce de maislre Pierre Patheti» , iàit. et 
1763, p. 48.) 

On rit, on raille, on sorne, on dit.... 

(le Biaton det armet et des Dames, parmi le» poi!- 
•ieide CoquiUart, édil.de Coutlelier, p. 134.) 

Sorner.... c'estet c« que vous ae pouvez 
exprimer qu'en trois, dire une sornette, ou 
dire des sornettes. (Henri Estienne, DiO' 
logues du nouveau langage français italio' 
nizé, p. 135.) 

— Écoss. sorchain, raillerie, cri- 
tique, satire; irland. sorchainead , 
item. 

Le n qui est dans sorner ne se 



CHAP. II, ÉLÉMENT CELTIQUE. SECT. IL 2S3 



trouvait probablement pas dans l'an- 
cien primitif celtique; il a dû être 
attiré par le r comme dans toumelle 
^onr tourelle. (Voir t. II, p. 386, 
note 3.) 

Sorte. — Écoss. sort, sorte, es- 
pèce, genre; irland. sort; bret. sort, 
seurt. 

Souhait. (Voir Hait.) 

Suie. On dit en languedocien sw- 
gia, et en provençal sugio, pronon- 
cés sudjia, sudjio. — Irland. suth- 
che, suth, suie; écoss. suithe. Le 
breton a huzel, huzil, signifiant suie. 
J'ai déjà fait observer que beaucoup 
de mots commençant par un s en ir- 
landais et en écossais, commencent 
par un h en breton; ainsi huzel, 
huzil sont les équivalents de suzel, 
suzil: (Voyez ci-dessus l'art. Hobe- 
reau, p. 239.) 

Tabut, anc. bruit, tapage, tumul- 
te, vacarme , tintamare , querelle , 
dispute; d'où tabuter, tabusterj3i.ÏTe 
du tapage, faire du bruit, frapper. 

Il n'y a pas long-temps que je rencontray 
l'un des plus savans hommes de France, 
entre ceux de non médiocre fortune, estu- 
diant au coin d'une salle qu'on luy avoit 
rembarré de tapisserie, et autour de luy un 
tatut de ses valets pleins de licence. Il me 
dit, et Seneque quasi autant de soy, qu'il 
faisoit son proflt de ce tinta'marre; comme 
si, battu de ce bruit, il se ramenast et re- 
serrast plus en soy pour la contemplation. 
(Montaigne, liv. III, ch. xiii, p. 806.) 

Fouquet faisait toutes les corvées ; entre 
lesquelles l'une estoit qu'il ouvroit quasi 
toujours la porte quant on tabutoit. {Contes 
et joyeux devis de Bonav. des Perrierif 
nouv. xii.) 

Lucifer, terrible serpent, 
Ryez, ronflez et (abusiez, 
Abbatei boys et clicquettez. 

l(t« eluquittiu litre det Acltt det A):ôtTtt, fouilUt 
CT, recto, col. 1.) 



— Bret. tàbut, bruit, tapage, va- 
carme, querelle, dispute; écoss. fa- 
baid; irland. tabaid. 

Tache, Tèche, Tèce, etc. anc. ces 
mots signifiaient une qualité, bonne 
ou mauvaise, acquise par l'habitude, 
par l'éducation; ensuite ils se pri- 
rent pour une qualité non acquise , 
pour une inclination naturelle vers 
le bien ou vers le mal, pour une 
bonne disposition ou un vice; on 
s'en servait même en parlant des 
animaux. 

Ingebor (femme de Philippe-Auguste)^ 
belle et bonne et sainte dame et religieuse, 
et garnie de moult bonnes taches. (His- 
toire de France manuscrite citée par du 
Cange, k la fin de l'article Tasca 2.) 

Li povres hom doit tant aprendre et savoir, 
Et tant de bonnes teches et tenir et avoir 
Que il en puist aquerre et honor et avoir. 

{Nouveau recueil de conut, u 11, p. 159.) 

Se vous estes a us armes corageus et hardis. 
Gardez par maies teches ne perdez votre 

pris; 
Soiez cortois et sages, leaus et bien apris ; 
Si que vous ne soiez vilainement repris. 
Cuidiez-vous estre sires por un poi de 

proece î 
Puisque il u'a en vous aucune bonne 
teehe , 
Droiz est que vos bons pris faille tost et 

remece; 
Uoniz soit bardemeuz où il n'a gentillece. 

(liid., p. 155.) 

Au mangier estoit droiz serjenz, 
Apres mangier estoit compains 
De toutes boues teches plains, 
Pers aus barons, aus povres peires. 
Et aus moieus compains et frères ; 
Bons eu conseil et bien meurs, 
Aux armes vistes et seurs, 
Si qu'en tout l'ost n'avoir son peir. 

(Rutebeuf, t. I, p, «3-44.) 

Eissi de trestot sun poeir 
Falseit bien et teneit justice, 
Senz mal, senz teche e senz malice« 

î (CArod. det duct de Korm., t. l.p^ 4T7.) 



$»4 



PREMIÈRE PARTIE. 



Ensuite tèche^ tache, se prirent 
dans un sens restreint pour signifier 
un défaut physique dans l'homme 
ou dans les animaux, une défectuo- 
sité, une altération dans un objet, et 
particulièrement une altération par- 
tielle dans la couleur, une macula- 
turc. 

Autels fois avîenl que i hourae prent 
Teme, et «elle femme devient puis mezelle 
(lépreuse), ou chiet de mauvais mal trop 
laidement, ou li put trop durement la 
bouche et le nés ; ou pisse toutes les 
nuits au lit, si que elle gaste toutes les 
dras.... selle qui avéra la tache qui dit est 
•dessus soit rendue en religion, et le mari 
peut puis prendre autre femme.,.. Ce... une 
femc se part de son baron par aucunes 
des lâches avant dites, la raizon coumande 
^ue son mari est tenus de donner autant a 
Tabaie, quant elle se rendra, corne elle li 
aportt en son mariage. (.Assise de Jéru- 
salem, édit. de M. Victor roucher, p. 323 
«t 324.) 

A son seignor dist k'il avoit 
El front une lecht vermeille. 

[Dolopatho$, idii. Jannet, p. S16.) 

Il avoyt nne petite guedoufle plaine de 
vieille huyle, et,quandiltrouvoytou femme 
x>u homme qui eust quelque belle robbe, il 
leur en gressoyt et pastoyt tous les plus 
beaulx endroitcz soubz le semblant de les 
toucher... leur mettoyt la main sus le col- 
let, ensemble la maie lâche j demonroyt 
perpétuellement. (Rabelais , Pantagruel , 
iiv. II, ch. XVI, p. 95, col. 1 ) 

Entéchié signifiait qui a contracté 
des habitudes bonnes ou mauvaises, 
qui a été bien ou mal élevé, bien ou 
mal instruit, et, par suite^ qui a 
telle ou telle qualité, tel ou tel vice, 
telle ou telle connaissance. Dans un 
sens restreint, il s'employa pour si- 
gnifier qui a un défaut physique, un 
vice d'organisation^ qui est atteint 
d'une maladie. Nous disons aujour- 



d'hui entiché en parlant d'un fruit 
qui, afi'ecté d'une maie téche, com- 
mence à se gâter. Nous nous servons 
encore de ce mot en parlant d'une 
personne dont l'esprit est vicié par 
de mauvaises opinions, par des doc- 
trines dangereuses, par une hérésie 
condamnable. Il ne faut point con- 
fondre, comme on l'a fait, entiché, 
en usage aujourd'hui, avec euticé, 
entiché, qui signifiaient autrefois in- 
cité, excité, suscité, poussé à. Le 
lecteur trouvera des exemples de ces 
derniers dans la Chronique des ducs 
de Normandie, t. II, p. 194, v, 
21028; p. 218, V. 21795; t. III, p! 
420, V. 35199 ; et dans le Livre des 
Rois,p^ 215. 

Yvrogne, ou entéchié de aucun mauvais 
et vilain nce.{Assises de Jérusalem, ch.cxc, 
citées dans le glossaire de du Gange, a la 
fin de l'article Tasca î.) 

Et fut li plus riches homs qui en son temps 
allast aux armées ou royaulrae de France, 
de plus grand grâce, et de plus grand re- 
nommée d'estre bien entechiez,»\ de bonne 
vie mener. (Le lignage de Coucy, cité ibid.) 

Et si a le plus preude feme, et le plus af- 
faitiéel entéchié de toutesles millors techet 
qui soient. (Roman de Merlin, cité ibid.) 

Il n'est orendroites ou mont 
Nus hom, que por voir le sachier. 
Tant vilains ne mal entechiez. 

(Kouvêau rieueil da conlei, t. II, p. SSO.) 

L'en disoit par tout le palis que uns hé- 
rites vint une foiz a lui entechiez d'une ma- 
nière d'eresie qui lors courolt par toute 
Egypte. (La Vie des saints Pérès, citée dans 
le glossaire de Roquefort, art. Entecié.) 
En Nervie, dont je suis nez, 
A un homme (ceci tenez 
Pour vérité et pour certain) 
Qui est de si grant sainte plaia 
Et si juste, sanz touz péchiez, 
Qu'il n'est grief mal dont entethiez 



CHAP. n, ÉLÉMENT 

Soit homme ou femme, si le volt, 
Que tout gari ne l'eu renvoit; 
Et ce a-il fait a trop de gent, 
Sans prendre salaire n'argent. 

[Théâtre français au moytn âç/e, p. 29T, col. 1.) 

— Brct. tech, habitude^ inclina- 
tion, propension, qualité ou défaut : 
ce mot est pris le plus souvent dans 
un sens favorable; techet , habitué 
à, enclin à, porté à, sujet à. Écoss. 
i" teagaisg, faire prendre des habi- 
tudes, élever, éduquer, instruire; 
2° teagasg, éducation, instruction. 
Irland. 1« teagasgaim ; 2® teagasg. 

Les peuples de race celtique sem- 
blent avoir dit avant Jean-Jacques: 
« L'éducation n'est qu'une longue 
habitude. » 

Tacon, anc. pièce que l'on met à 
un soulier,. à un habit déchiré, etc. 
Taconner, retaconner , mettre des 
pièces, rapetasser, raccommoder. 

Par la rae de l'Arbre-Sec 
Vins tout droit en Coul-de-Bacon; 
La fis-je coudre un tacon 
Eu mon soller qui fu perde. 

(Cm Riu) de Paris, dan« Parit tout Philippe te 
Bel, p. 574, eol. 1. t.*256.) 

Cirurgie la Vilenastre 

Se seoit lez I sanglent astre, 

Qui moult amoit miex les descordes 

Qu'il ne ist les gentiz concordes. 

Boistes portoit et oingnemenz 

Etgranzplentez de ferremenz 

Por sacbier les quarriaus des panées. 

Moult avoit tost retaconnez 

Les ventres qu'il vit baconnez. 

{la Baiaillt dn VU ars,k la luite dos oeuvrea d« 
Rutebeuf.t, II. p. 133.) 

— Bret. takon, pièce, morceau 
qu'on met à un habit déchiré, à un 
bassin percé, etc.; takona, mettre 
des pièces, raccommoder, réparer; 
gall. ta£lu_, réparer, raccommoder ; 
irland. tocht, pièce^ morceau. 



CELTIQUE. SECT. IL 255 

Taleist, signifiait autrefois incli- 
nation de l'esprit, propension, dis- 
position, goût, fantaisie, envie, dé- 
sir, volonté. En basse latinité, ta- 
lentum ; en ital. talento ; en esp. 
talante. 

Se regardon de quoi nous sommes, 
D'estre orgueilleux n'arons talent. 

{Nouveau recueil de contes, t. 1, p. 379,) 

Sire, funt-il, or faites bien ; 
Nos vodriura mult une rien. 
Que vos trestol premerement 
Nos deissiez vostre talent 
E vostre avis e vostre gré. 

{ChroH. des ducs de Norm. t. U. p. 334.) 

Quant il orent or et argent 
Et garnison à lor talent. 
S'ont devisé qu'il le querront. 

(Théâlre franfait au moi/en âyé, p. 545, cbI.',1.) 

Li roisHenris s'en va, s'osta son vestement. 
Et prist I autre abit, de celui n'ot talent; 
A Dieu se commanda a qui li mons apent: 
Sire, dient si homme, avez fait vo talent. 

(Chron.de du Guesclin, t. I, p. 455.) 

Plus tard, talent se prit dans une 
acception dérivée, pour disposition 
naturelle de l'esprit à réussir dans 
certaines choses, aptitude, habileté. 

Soyez plutôt maçon, si c'est vostre talent. 
Ouvrier estimé dans un art nécessaire. 
Qu'écrivain du commun et poëte vulgaire. 

(Boilesu, Art poétique, cfaaot IV.) , 

La nature, fertile en esprits excellents. 
Sait entre les auteurs partager les talent». 

(Boileaa, Artpoétiqu», cbaat I.) 

Guillaume Budé et plusieurs au- 
tres auteurs après lui ont dérivé ta- 
lent du grec IHlta. Du Gange, ar- 
ticle Talentunij fait, au sujet de 
cette étymologie, la remarque sui- 
vante, qui est bien digne de l'il- 
lustre lexicographe : t Ab èôeXwt^; 
vocis etymon accersit Budaeus, quod 
video probari viris doctis. Mihi vera 



1156 



PREMIÈRE PARTIE. 



origines linguarum vulgarium a 
graeca lingua petitse, minus arri- 
dent. » Il fut un temps où nos doc- 
teurs en étymologie allaient cher- 
cher l'origine des mots français dans 
les anciennes langues de la Grèce, 
de la Judée et même de la Perse, 
plutôt que dans les idiomes qui ont 
été successivement parlés par nos 
pères dans le nord de la Gaule. 

— Ecoss. toil, propension, pen- 
chant, inclination naturelle, dispo- 
sition, goût, fantaisie, désir, vo- 
lonté. Irland. toil, item; toileas, 
volonté. Bret. tmr, désir, volonté. 
(Le Pelletier.) Pour former le latin 
barbare talentum, on ajouta au pri- 
mitif celtique la terminaison entum, 
qui était commune à beaucoup de 
substantifs latins. 

Tan, écorce de chêne moulue, 
avec laquelle on prépare le cuir. 
— Bret. tann , chêne ; glasten , 
glazten, chêne vert, mot composé 
de glaz, vert, et de tann, ten, chêne. 
Gall. glasdonen, chêne vert; glas. 
Vert; le second radical, tonen, do- 
nen, qui a dû signifier chêne, n'existe 
plus dans la langue à l'état simple. 
On trouve glastannen, pour chêne 
vert, dans le Dictionnaire cornouail- 
lais du xii^ siècle, publié par Pryce 
€t par M. Zeuss. Ecoss. et irland. 
tuilm, chêne. 

Tas. — Gall. dâs, amas, mon- 
ceau^ tas; bret. tes et dastum; écoss. 
daiss ; irland. dais. 

Tasse, anc. assemblage de plu- 
sieurs arbres, touffes d'arbres ou 
d'arbustes, hallier, fourré. 

Ils alerent tous ensemble jusques à une 
tttfse de bois, nommile boisPatey.(Lettres 



de rémission de 1398, citées dans le glos- 
saire de Carpentier, art. tassia 2.) 

Lesqueit se boutèrent et musserent tous 
ensemble en une tasse de boys. (Lettres de 
rémission de 1409, citées ibid.) 

— Ecoss. dos, touffe d'arbres, 
hallier, fourré; irland. dos, item; 
gall. tîis, tusw, assemblage de plu- 
sieurs choses qui sont ensemble, 
fagot, botte, javelle. 

Teigne, maladie de la peau. — 
Ecoss. teine de, espèce de dartre qui 
s'étend sur la peau et qui la ronge, 
herpe, teigne; cette expression si- 
gnifie littéralement feu de Dieu 
{teine, feu, de, génitif de Bia, Dieu). 
Bret. tin, tari, teigne, tan, feu; ir- 
land. teine, item; gall. tàn, item. 

Telon, anc. harpe, lyre. (Voir 
Trévoux, Borel et Roquefort.) — 
Bret. telen, harpe; telennik, lyre; 
gall. telyn, harpe. On trouve telein, 
signifiant harpe, dans le Diction- 
naire cornouaillais du xii® siècle, 
publié par Pryce et par M. Zeuss. 

Tette, Tetin, Tétine, Teton, 
Teter. — Gall. teth, tethan, ma- 
melle^ teton; bret. tez, tec'h; écoss. 
uth; irland. uth, uité 

Toque, signifiait anciennement 
une sorte de bonnet rond; le dimi- 
nutif toquet désignait un bonnet 
d'enfant; On trouve en basse lati- 
nité toca et toga, pour bonnet. (Voir 
Nicot, Borel, Trévoux, Roquefort 
et du Gange.) — Bret. tok, coif- 
fure en général, chapeau; gall. toc. 

Torche, Torchis. On appelle tor- 
ches, en termes de maçonnerie,, des 
bouchons de paille dont on garnit 
les arrêtes des pierres de taille que 
l'on transporte, afin qu'elles ne s'é- 
cornent pas. On nomme également 
torches, en terme de chasse, les 



CHAP. II, ÉLÉMENT 

fientes des bêles fauves à demi for- 
mées, qui semblent nôtre qu'un 
t>ouclion de foin, d'herbes. Le tor- 
cfij's est un mortier composé de terre 
grasse et de paille ou de foin coupé 
que l'on emploie dans les campa- 
gnes, pour faire quelques grossières 
constructions. (Voir ces mots dans 
les dictionnaires de Trévoux, Boiste 
et autres.) 

— Brct. torchad. bouchon de 
paille, de foin, d'herbes ; gall. tcrch 
(Davies), tore (Owen); écoss. trûs- 
gan. 

Tourte. Ce mot ainsi que ceux 
de tourtei, tour tel ^ tourteau, signi- 
fiait autrefois un pain rond. Tré- 
voux fait observer que tourte est 
encore usité avec cette signification 
dans certaines provinces et la der- 
nière édition du dictionnaire de l'A- 
cadémie donne tourteau comme dé- 
signant une sorte de gâteau. Le 
diminutif iurtellet, que l'on trouve 
dans le Livre des Rois, p. 3H, cor- 
respond au latin panem parvulutn. 
La moyenne et la basse latinité se 
sont servies de torta, que l'on lit 
dans la Vulgate, Exode, ch. xxix, 
23 ; Nombres, ch. m, \, etc. Mé- 
nage cite un passage d'Érotien, dans 
lequel cet auteur dit que les Athé- 
niens appellent tourta, un pain cuit 

sous la cendre, 'Aptàv èYxp&uçîav 

ôv Toùpxav xa).oû<7iv;;mais il est pro- 
bable que ces trois derniers mots 
ont été interpolés postérieurement 
par quelque copiste^ ainsi que le 
pensent Jer. Mercuriâl, liv. Il, ch. v, 
et autres commentateurs. Je suis 
persuadé que torta fut emprunté au 
celtique, attendu que nous le re- 
trouvons avec son ancienne signi- 



GELTIQUE. SECT. II. S'it 

fication dans tous les idiomes néo- 
celtiques. 

— Gall . torth, pain rond ; bret , 
tors, item ; écoss. tort, petit pain ; 
irland. forf, petit pain, gâteau. 

Tréteau, autrefois trestel, tretel ; 
en basse latinité trestellus, tretellus. 

— Gall. trestyl, tréteau, pièce de 
bois ou charpente servant de sup- 
port^ dérivé de trawst, poutre, che- 
vron ; bret. treustel, treu^teul, tré- 
teau, pièce de bois mise en travers 
au-dessus d'une porte ou d'une fe- 
nêtre et servant à soutenir la ma- 
çonnerie, linteau ; treust, trest, pou- 
tre ; écoss. drothta , item ; irland. 
drothla, item. 

Trimer, marcher vite et avec fa- 
tigue : « J'ai ^rimé toute la journée.» 
(Acad.) — Bret. tremen, tremeni, 
fremenout, aller d'un lieu dans un 
autre, passer, traverser ; gall. tram- 
wy, item. 

Tripe. — Gall. tripa, boyau, tripe; 
bret. stripen, item ; irland triopas, 
tripes. 

Trôler, aller çà et là, courir çà 
et là, rôder, rouler. — Gall. troliaw, 
tourner, rouler, rôder, trôler ; brct, 
troi, ttei, item ; écoss. druil, item. 
Tous ces mots ont pour primitif trô 
qui en gallois et en breton signifie 
tour, mouvement circulaire. 

Trompe, Trompette. En basse 
latinité trumpa, trumla, tromba. 

— Écoss. tromp, troimp, truimp, 
trompe, trompette ; irland. tromp, 
trompa, trumpa ; gall. trwmples 
(Davies) ; bret. trompil. 

Trot, Trotter. — Brct. 4° trot, 
trot; 2o trota, trotter; ces mots pa- 
raissent tenir à 3o troet, troad, pied. 
Écoss. 1° trot ; 2° trot, trotail ; 



I* 



1T 



258 



PREMIÈRE PARTIE. 



3» troidh. Gall. trotiaw, trotter ; 
troed, pied. Irland. troidh, item. 

Trou, Trouer. — Gall. 1» trwy, 
ouverture trou; 2° trwyaw, percer^ 
trouer. Bret. 4» toull ; 2"* toulla. 
Ecoss. et irland. toll. trou. 

Trousse, Trousseau. En basse 
latinité trossa, paquet, trousse; en 
provençal troussa. — Écoss. trus, 
paquet^ ballot de bardes, trousse ; 
gall. trws, trwsa,it€m; hrei. trons, 
tronsad, item; irland. truscarijitemy 
dérivé de trusaim. lier, attacher, 
qui vient lui-même de trus, lien, at- 
tache, ceinture. 

Truie. En basse latinité troga, 
troia; en provençal tniéia, truia; 
en italien troia. Ménage et Case- 
neuve dérivent truie de troia, mot 
prétendu latin qu'ils trouvent em- 
ployé avec la môme signification 
dans un opuscule intitulé De proge- 
nie Augusti, attribué à Messala 
Corvinus. Ce livre qui a paru pour 
la première fois en 1 540, est l'ou- 
vrage d'un faussaire, ainsi que l'a 
parfaitement établi G. Barth dans 
ses Adversaria ; son opinion est 
aujourd'hui partagée par tous les 
savants. 11 est probable que le véri- 
table auteur est un Italien connu 
sous le nom de Pomponius Sabiiius 
ou Lœtus, qui vivait à la fin du xv* 
siècle, car on trouve dans son Com- 
mentaire sur l'Enéide, liv. I, la 
même supposition ridicule faite sur 
le même mot, au sujet du même 
passage de Virgile^ cité par le pré- 
tendu Messala : Armaque fiocit troia. 
Pomponius a cru pouvoir faire pas- 
ser un mot italien pour un mot 
latin. 

D'autres ont cherché l'origine de 



truie dans porcus trojanus qui se 
trouve dans Macrobe. 11 suffit de re- 
courir au passage en question pour 
faire justice de cette étymologie. 
Macrobe parle d'un porc rôti que 
l'on servait tout entier sur la table ; 
l'intérieur de ce porc était rempli 
d'autres animaux cuits qui sortaient 
de son ventre au moment où on le 
découpait, comme les compagnons 
d'Ulysse sortirent du ventre du che- 
val dq Troie. Trojanus n'est donc en 
cet endroit qu'une épithète faisant 
allusion à un fait particulier. Voici, 
du reste, les paroles mêmes de Ma- 
crobe : « Porcum trojanum mensis 
inférant, quem illi ideo sic vocabant, 
quasi aliis inclusis animalibus gra- 
vidum, ut ille trojanus equus gravi- 
dus armatis fuit.» (Saturnales, II, 9.) 
Troga, troia, truie, qui désignent 
la femelle d'un cochon, sont le fé- 
minin d'un mot primitif qui s'est 
conservé dans les idiomes néo-cel- 
tiques, pour signifier un cochon 
mâle. 

— Ecoss. tore, porc mâle, pour- 
ceau, verrat; irland. tore; gall. 
twrç; bret. tourc'h. Le r a été trans- 
posé dans troga, troia, truie, comme 
dans trouble de turbidulus, trombe 
de turbo, broder de border, etc. 
(Voir t. II, p. 121.) 

Turbot, poisson. — Gall. torbwt, 
turbot; écoss. turbaid; bret. turbo- 
den, tidboze7i; irland. turbit. 

TuRET, anc. monticule, éminence, 
colline, tertre, butte. La terminai- 
son de ce mot est celle d'un dimi- 
nutif. 

Sa meson que je vous devise 
A-il par son beuba ni assise 



GIIAP. II, ÉLÉMENT CELTIQUE. SECT. IL S'iîi 



Sor I turet enmi la voie, 

Por ce que chascuns miex la voie. 

(Rutflbcaf, f, II. p. 30.) 

— Irland. to)% monticule, émi- 
nence, colline, tertre, butte; écoss. 
ton; bret. torosen, torgen. 

Vassal, Valet, Ces deux mots 
doivent être rapportés au même pri- 
mitif. En basse latinité, vassi signi- 
fia d'abord les gens attachés au ser- 
vice de l'empereur, du roi , d'un 
prince, d'un grand, d'une commu- 
nauté : homines régis, lamines prin- 
dpis, homines conventiis. Ensuite 
vassus, ainsi que son dérivé vassal- 
luSj se prirent pour le possesseur 
d'un fief qui relève d'un seigueur 
suzerain, Vhomme de ce seigneur^ 
ainsi qu'on parlait au moyen âge. 
Vassallus correspond au français 
vassal. Celui-ci s'employait au xii* 
siècle pour signifier un homme de 
guerre, un homme courageux, un 
preux, un brave ; de là vasselage, 
pour valeur, bravoure, prouesse, 
exploit, fait d'armes. 

Prendrai par ço mun pain, e ma ewe e la 
char des bestes li'ai aturned a mes tuntn- 
riers, e durrai as vassals qui jo ne sai !ii 
sunt? [Livre des Rois, p. 97.1 

Tollam ergo panes meos , el oquas vieas 
et carnes pecorum quœ occidi tonsoribus 
Mets, eldabu smsquos nescio undesunl ? 

Cumenl cliairent en bataille li bon vas- 
Ml ? (Ziîrf. p. 123.) 
Quomodo ceciderunt fortes in prœlio ? 

Turpln de Reins quant se sent abalut, 
Deiiiiespiez parmi lecorsferut, 
Isuelement le ber resailit sus, 
Reliant regardet, puis si li est curut, 
R dist un mot : « Ne suis raie vencut ! 
Ja bon vassal nen est vif recreut ! » 

{Cham. dt Roland, tl. cuil.) 



Chinmarc qui ert qnens de Tigcl 
En en la compagne Hoel ; 
Malt estoit de grant vasselage, 
Et des Romains faisoient damage. 

(Rom. dt Bntt, t. II, p. 209. 1 

L'autre dérivé indiqué en tête de 
ret article se présente sous les for- 
mes vasletj, varlet, vallet^ valet. 
Ces mots signifièrent d'abord jeune 
homme, garçon, fils, gentilhomme 
qui n'était point encore armé cheva- 
lier, écuyer; ainsi que jeune homme 
apprenant un métier, apprentis. 
Vuslet a été formé de vassus par le 
même mode de dérivation auquel 
nous devons tonnelet, mantelet, etc., 
provenus de tonne, mante. (Voir 
t. II, p. 407.) Dans varlet, le s de 
vaslet s'est changé en r, comme 
dans tortm, de testudo, et orfraie, 
de ossifraga. 

Oez a quel li dus tendait : 
Dous enfanz de sa femme aveit, 
L'uns ert rasiez, l'autre danzele, 
En tôt le munt n'aveit plus bêle; 
Et s'aveit non Hues Cliapez, 
Ce vos sai bien dire, li vaslez; 
Et la pucelle aveit non Emme. 

{Chron. des diica de Norm. t. II, p. 84.) 

Encor u'avoit la mère son filz reconnén 
Car biau varlel estoit et fort ei parcreu.... 

La raere fu cousue 

Et le varlel après, puis la fille ensement. 

(Nouv. recueil de conles, 1. 1, p. 58.) 

Ce n'ay cure de famé qui se farde 
Ne dt varlel qui se regarde. 

(litre des proverbes françuii, publié par M, Le Roux 
de Liuor, t. II, p. 343.) 

Jean d'Artois, variez du roy nostre sei- 
gneur et bailli de Reims, salut. (Lettres de 
rémission de 1362, citées par Carpeutier, 
article Vallelus.) 

Que aucun barbier ne doit oster ou sous- 
traire a un autre barbier son aprcntis ou 
varlel.^Ordonnances des rois de France, t.V, 
p. 441.) 



2C0 



PREMIÈRE PARTIE. 



Apres li ont femme donée 
Qui de gentilz Romains fu née. 
Trois vallés en ot, le plus grant 
Fist 11 rois apeler Constant. 

{Roman de Brut., t. I, p. 304.) 

Au xrv* siècle, varlet, valet, se 
prenait déjà comme aujourd'hui 
pour domestique. Le grec naï;, le 
latin puer et de nos jours le fran- 
çais garçon ont pareillement passé 
de leur signification propre à celle 
de serviteur. 

Tant fut genglé et parlementé des Ge- 
nevois aux varlets et aux maîtres, que les 
plus grands de l'ost en eurent connois- 
sance, et par especial le sire de Coucy. 
(Frois;sart,liv. IV, ch. xvii, t. III, p. 99.) 

— Gall. gwas , jeune homme, 
garçon, domestique, valet; bret. 
(jwâz, homme, domestique, sujet, 
vassal; écoss. et irland gas, jeune 
homme , garçon , valet d'armée , 
goujat. 

Le gw initial gallois et breton a 
ordinairement pour correspondant 
un g dans les mots français dérivés 
du celtique; mais dans vassal et 
dans valet, c'est un v qui répond au 
gw; il en est de même dans veme, 
breton et gallois, gwem. (Voir Verne 
ci-après, à la colonne suivante.) 

Veltre, Veautre, Vial'tre, anc. 
lévrier; en basse latinité veltragus, 
veltrahus, veltris; en italien veltro. 

Apres iceste, altre avisiura sunjat, 
Qifllen France ert a sa capele ad Ais ; 
El destre braz li morst uns vers (sanglier) 

si mais; 
Devers Ardene vit venir un leuparz, 
Sun cors demenie, mult fièrement asalt. 
IVens de (la) sale (palais) uns vellres avalai 
Que vint a Caries le galops et les salz, 
La désire oreille al premer ver trenchat, 
Ireement secumbat al lepart. 

(t'A/li». d' nolaiid, 6t. ITI.) 



Et nos sons ausi corn li vimtre 
Qui se corabatent por i os ; 
Plus en déissc, mais je n'oz. 

[Rutcbeuf, 1. 1, p., m.) 

On lit dans Hekkehard, connu sous 
le nom de moine de Saint-Gall : « As- 
sumpsit duas caniculas in manu sua 
quas gallica lingua veltres nuncu- 
pant, utilitate sua, vulpes et caeteras 
minores bestiolas facillime capien- 
tcs. » (Hekkehard, liv. I, ch. xxii, 
dans Pertz, Monumenta Germaniœ, 
t. II, p. 739.) 

Veltre est d'origine celtique, ainsi 
que nous l'apprend le passage sui- 
vant du Traité de chasse d'Adrien, 
qui a été longtemps attribué à Xé- 
nophon : 

Al 5è TToSwxeiî xûvs; al Ke)-Ttxal, xa- 
Xoûvxat (j.èv oOéptpaYOi x^ve? qswv^ t^ 

KeXxix^ àizà ttj; wxûxtitoî. (Kuv/iye- 

Tixè; )-6yo;, ch. lU.) 

On lit dans Martial : 

Non sibi, sed domino venaïur verlragus 
acer, 
irissum leporem qui tibi dente ferit. 

(Mart. liT. XIV, épi(;r. ce.) 

Vertragus, oûéptpaYd:, sont formés 
de deux mots celtiques signifiant qui 
a des pieds agiles ; ce sont des com- 
posés analogues au grec wxûtcûu; et 
au latin citipes. Arrien nous avertit 
que ces chiens doivent leur nom à leur 

agilité : ànà irî; o)XUTy]To:. — Is- 

land. traighj troigh, troidh, pied; 
écoss. troidh; bret. troad; gall. 
troed. Bret. hemiz, prompt, agile, 
rapide, impétueux; gall. fres; ir- 
land. et écoss. Irais. 

Verne, Vergne, anc. arbre, nommé 
aujourd'hui aune. (Voir Trévoux, 
vergne, verne.) — Bret. givern, gwer- 
nen^aune; gall. gwem; écoss. feam, 
flieam; irland. fearn. On trouve 



CHAP. II, ÉLÉMENT CELTIQUE. SECT. II. 26< 



gverneu dans le dictionnaire cor- 
nouaillais du xii« siècle, publié par 
Pryce et par M. Zeuss. 
Vit, membre viril. 

Et ce (si) tout ce ne plaist as parens de 
la garce (jeune fille), ou celuy n'a mie tant 
don il puisse faire ce que est devisé desus, 
ou il n'est mie tes hom qui afiere (con- 
vienne) à la garce, ce est qu'il soit pire 
de luy et de mal estraite, le droit et la rai- 
son coumande que celui, qui que il soit, ou 
chevalier ou borgeis, qu'il deit aveir copé 
le vil toutes les coilles, etdeit estre chacé 
hors de la terre ou il a fait cele malfaite 
un an et un jor. {Assises de Jérusalem, 
t. II, p. 92.) 

Je su jouene espouse, siay un baroun. 
Mes trop est-il Oeble en sa mesoun ; 
Ce est la vérité, il ad un vil, 
Trop est-il plyant et trop petit. 

(Nouveau recueil découles, t. U, p. 35.) 

Cbescuns raadles de vous sera circonsiz, 
et vous circuncisere la char de vostre vil... 
Et il circonciza la cbar de lour vH main- 



tenant que a cel jour, come Nostre Seignoar 
le conianda. («îcnèse, ch. yvu; citation de 
M. Orell, Iji^cdit., p. 232.) 

Circumcidelur ex vobis omne masculinuvi* 
et circumcidetis caruem prœpucii veslri...Ei 
circumcidit carnem prœpucii eortm slatim 
in ipsa die, sicut prœceperat ei Deus. 

On a dit autrefois biotte dans la 
même signification. 

« Bêle Mariette, 
Prés de mol te tien. 
Par desoz ta cotte 

Tebottroi del mien » 

Et dit que bien siet 
Dedanz sa hiolle, 

(Tkiilre françaii au moi/en âge, p. 47 et 18.) 

— Bret. piderij biden, et avec l'ar- 
ticle ar-viden, la verge de l'homme 
et des animaux; gall. pidyn, mem- 
bre viril, verge de l'homme seule- 
ment; écoss. bodj génitif buid, item ; 
irland. bod, item. 



262 PKExMIÈRE PARTIE. 

CHAPITRE III. 

ÉLÉMENT GERMANIQUE. 



OBSERVATIONS CONCERNANT LA MARCHE SUIVIE DANS LES RECHERCHE* 
QUI FONT l'objet DE CE CHAPITRE. 

Je procéderai , à l'égard, des mots d'origine gcrn aiii;[ne, 
avec la circonspection dont j'ai usé à l'égard des mois d'ori- 
gine cf'ltiqiie. Je ne donnerai, comme provenant de l'ancienne 
langue djs ( onquéi ants de la Gaule , que des mots existant au 
moins dans trois idiomes gtrmnniques; presque tous se trou- 
veront dans un plus grand iioml)re de ces idiomes; et il en 
est plusieurs que je donnerai dans dix lang'ies différentes. 

Plusieurs motifs m'ont détermné à suivre celte marche, 
malgré la longueur des r; cherclies qu'elle nécessitait , et je 
n'ai pas craint de consacrer plusi(>urs années d'étude à la pré- 
paration de ce seul cliapitre. Il fallail d'à! ord éviter d'attri- 
buer à la langLie des Francs des niots altérés provenant du 
lalin, ou de toute autre langue ancienne ou modt;rne, qui se 
trouvent en b)n nombre dans chacun des idiomes germa- 
niques. C'est recueil où sont tombés ceux des étymologistes 
qui ontr.ipporté à une origine tudesque tous les mots fran- 
çais qu'ils ont pu retrouver dans l'allemand ou dans un autre 
idiome quelconque de la même famille. 

Un autre motif qui m'a engagé a faire porler mes recher- 
ches sur toutes les langues germaniques à la fois, c'est que tel 
mot entièrement f^ltéré dan« presque lou'es ces langues, sous 



CHAP. III, ÉLÉMENT GERMANIQUE. SEGT. I. 863 
le j apport du son, de la forme et do la signilîcation, no se 
trouve avoir conservé quelque chose de son ancien état que 
dans un ou deux idiomrs seulement. Dans la plupart des cas, 
cet indice suffit pour nous remettre sur la trace du mot primitif. 
Enfin j'ai pensé que l'étude comparée des mots dans les di- 
verses langues germaniques devait être propre à nous fournir 
certaines autres données utiles pour nos recherches. Elle peut 
surtout nous faire entrevoir la part qui revient à tel ou tel des 
anciens idiomes septentrionaux sur l'ensemble des emprunts^ 
que nous avons faits à ces différents idiomes. 

Comme les anciennes langues germaniques auxquelles j'ai 
eu recours pour ce travail sont généralement peu connues en 
France, je crois devoir ajouter quelques renseignements à 
ceux que j'ai déjà donnés à la page ig, afin de mettre lelecteur 
à portée d'apprécier l'importance respective qu'il faut donner 
à chacune de ces langues dans la question de provenance des 
mots que le français doit à rétablissement des barbares dans 
la Gaule. 

Le Tudesque que les savauts allemands désignent «ous le 
de allhochdeutsch, ancien haut teutonique, est incontestable- 
ment l'idiome le plus important pour nos recherches. Il était 
la langue parlée dans le nord par les Francs, au sud-est par 
les Bavarois et au sud-ouest par les AUemanni; de là la division 
de cette langue en trois dialectes principaux ; le francique, le 
bavarois et Vallémannique. Le premier de ces dialectes se rap- 
prochait de l'anglo-saxon, du frison, du hollandais et du bas 
allemand ; les deux autres étaient plus voisins de l'allemand 
littéraire actuel et des divers idiomes compris sous le nom de 
haut allemand. Il est à regretter pour nos études que parmi 
les écrits enlangue tudesque parvenus jusqu'à nous, il ne s en 
trouve pas qui soit rédigé en pur dialecte francique. Les 



264 PREMIÈRE PARTIE, 

principaux de ces écrits sont : la traduction du premier livre de 
l'ouvrage d'I idore deSéville contra nequitiam Jud^orum.Lc 
seul mannsci it de cette traduction que l'on connaisse peut 
être n gardé comme appartenant au vii^ siècle ; il se 
iro'ive à la Bibliothèque impériale, fonds Colbert , n» 2326. 
l.a traduction de la règlç de saint Benoist, par Kéron, moine 
de Saim-Gall , qui vivait au commencement du viii^ siècle. 
f M version des Evangiles, par Otfrid, moine de Weissem- 
bourg:, en basse Alsace. Cetteversionestde la première moitié 
du IX* siècle. La paraphrase du Cantique des cantiques j par 
Willeram, du XI9 siède. La traduction de l harmonie des 
évangiles de Tatian. Celte traduction est supposée avoir été 
faiteau xi° siècle; du moins est-il prouvé qu'elle est antérieure 
au xiie. On peut ajouter à ces écrits deux autres traductions, 
Tune des Consolations de Boèce et l'autre de Martius Capella. 
Schiller, et, après lui, M. Graff nous ont donné des glossaires 
de ces monuments et de quelques autres moins importants. 
Si ces glossaires renfrmaint tons les mois qui ont apparie- 
nu à la langue des Francs, ils eussent pu m'épargner bien 
de remt)arras et bien des recherches; mais il s'en faut de beau- 
coup qu'il en soit ainsi. C'est généralement à l'excellent tra- 
vail de M. Graff que j'ai emprunté les mots tudcsques cités 
dans le cours de ce chapitre '. 

Le gothique est l'ancienne langue des Goths. Il ne nous reste 
en cette langue que des fragments assez considérables de la 
traduction de la Bible faite au iv? siècle par Ulfilas , évêque 
d'une colonie de Goths méridionaux établis dans la Mésie. 
Ces fragments comprennent les quatre Évangiles, les Épîtrcs 
de saint Paul presque en entier, une partie Néhémie et d'Es- 

* Graff. Aîthochdeutsdher sprachschatz oder worterhmh der althoch- 
deutschen sprache^ Berlin, 1834 1842; 7 vol. in-4". 



CHAP. m, ÉLÉMENT GERMANIQUE. SECT. I. 265 
drasjondoit y joindre un commentaire sur une partie de 
l'évangile de saint Jean dt'couvert depuis peu de temps. L'ou- 
vrage d'Ulfilas est le plus ancien monument qui nous soit par- 
venu en langue germanique. 

Les Goths du nord de la Germanie, connus squs le nom de 
Scandinaves, parlaient également un idiome gothique. De cet 
idiome provint la langue dont faisaient usage les peuplades 
qui, sous le nom de Normands, envahirent le nord-ouest de 
la France au ix* et au x* siècle. Les plus anciens textes que 
nous ayons conservés en cette langue sont écrits en dialectes 
islandais; ils comprennent les deux codes de la religion 
Scandinave , connus sous la dénomination commune d'£</c/fl. 
L'un est en vers, l'autre est en prose, tous deux furent rédiges 
en Islande, le premier au \i* siècle, et le second au commen- 
cement du Xl|i^. De la langue normanniqne proviennent le. 
norvégien^ Yisla/idais, le suédois et le danois, h'islandais est 
celui de tous qui est resté le plus pi es du type primitif. 

L'ancien saxon était la langue des pleupiades qui occu- 
paient le pays situé entre l'Elbe et le Weser. 

\^' anglo-saxon fut l'idiome parlé en Angleterre par les An- 
gles et par les Saxons conquérants de cette île, jusqu'au mo- 
ment où, se mêlant à la langue d'oïl importée par les Nor- 
mands, il donna naissance à l'anglais actuel. La plus ancienne 
production de la littérature anglo-saxonne date du vu* siècle : 
c'est XHymme sur lacréation du poète Cœdmon. Les ouvrages 
postérieurs qui composent cette littérature sont en trop grand 
pombre pour entreprendre de les énumérer. 

J'ai appelé ancien allemand l'idiome dans lequel ont écrit 
les Minnesingers , dont le premier est Henri de Veldeck ; ce 
poëte brillait à la cour de Thuriqge, sous les empereurs Fré- 
déric !<"■ et Henri VI, vers la fin du xii^ siècle. V ancien aile- 



266 PREMIÈRE PARTIE, 

i^mnc/ na(juit du dialecte allc/nanni(/ue ; il lut insensiblement 
modifié par Pidiome des Saxons, et finit par produire, au 
XVI* siècle V allemand moderne. 

Mon travail ayant pour but de constater quels sont les mois 
que nous devons à l'invasion germanique, j'ai dû nécessaire- 
ment en exclure, autant qu'il m'a été possible, tous les mots 
d'une provenance postérieure, fournis principalement par 
l'anglais et par l'allemand. Toutefois, lorsque j'ai été dans le 
doute si un mot remonte à l'époque de la conquête, ou s'il a 
été introduit ultérieurement dans notre langue, je n'ai pas fait 
difficulté de l'admettre, préférant courir le risque d'en donner 
quelques-uns d'importation moderne, plutôtqued'en omettre 
de ceux auxquels on doit assigner une origine ancienne. 

H. 

RECUEIL DES MOTS DE LA LANGUE d'oÏL QUI SONT d'oRIGINE GERMANIQUE. 

Abandon. (Voir JBandîir, BancZon.) lum, item; island. brenna, item; 

Abrander^ anc. prendre feu, s'en- dan. brœnde, item; suéd. brœna; 

flammer, s'allumer, paraître tout en holl. branden, item; angl. to bum, 

feu, briller, item; allem. brennen, item; et avec 

Li reis, si tost cum Paube abrande la prép. an, anbrennen, prendre feu, 

Comande a sa gent qu'elle s'espande s'enflammer s'allumer. 

Parmi la terre pur rober, . ••[•■.• „ „„• 

, ., , Adouber signifiait anciennement 

li pur les viles alumer. '' ,• /^ 

CcAron. d» ducs de Norm., 1. 1. p. 108.) armcr quclqu'un chevalier. Ce mot 

— Tud. anbrinnan, anbrenmn, doit son origine à une des cérémo- 

prendre feu, s'enflammer, s'allumer, nies qui étaient en usage en pareille 

composé de la préposition an, cor- circonstance ; elle consistait à frap- 

respondant au latin ad, et de brin- per trois coups du plat de l'épée sur • 

non, brennan, brûler; goth. brin- le cou du nouveau chevalier. C'est 

nan, item ; anglo-sax. biman, byr- ce qu'on appelait donner la colée *. On 

1 Colée dérive de col signifiait proprement un coup d'épée frappé sur le 

cou. 

El il ont traites les espées ; 

Si se donnent moult grans colées. 

(Marie de France, 1. 1, p. 576.) 

Au lieu de la colée, on a écrit dans la suite Yacolé, l'iMColée comme l'on 
a écrit l'abée, To/emcWe pour la bée, la lemelle. {Voir tome 11, p. 126). 



CHAP. ni, ÉLÉMENT C.EUMANIQUE. SEGT. II. 267 

Recueil des fabliaux et contes de 
Barbazan, édit. de 1808, t. I, p. 69. 
En tète du volume on voit la repro- 
duction d'une miniature du manus- 
crit original représentant un roi qui 
donne la colée à un nouveau cheva- 
lier en le frappant au côté gauche 
du cou avec le plat de son épée. 

Dans la suite, adouber se prit 
dans le sens d'armer quelqu'un, le 
revêtir de ses armes, l'équiper; et 
l'on a dit s'adouber, pour s'armer 
soi-même, s'équiper. 

Mais Bertran de Guesclins si en est rcvestis, 
Les mors ont dénué et les armeures pris : 
A loi de chevalier s'adouba li rearchiz; 
Chauça les espérons qui sont d'or fin macis, 
El toutes les armeures du chevalier failiz 
Vesti li bers Bertran, que delay nifust mis. 

[C/iron. de du Cuetcli», t. I, p. 31.) 

Enfin, adouber passa de la signi- 
fication d'équiper à celle d'ajuster, 
accommoder, arranger, embellir, 
orner, parer; c'est le sens qu'a con- 
servé l'italien adobare, addobbare, 
et le provençal adoubar. Nous di- 
sons encore adouber, en termes de 
trictrac et de jeu d'échec, pour si- 
gnifier toucher à une pièce pour 
l'arranger, non pour jouer. Le com- 
posé radouber signifie, en terme de 
marine, réparer un bâtiment. 

— Anglo-sax. dubban, frapper quel- 
qu'un du plat de l'épée pour lui con- 



disait en basse latinité adobare dans 
le même sens que nous disions adou- 
ber. Le mot, aussi bien que l'usage 
auquel nous le devons, paraissent 
être l'un et l'autre venus de la Ger- 
manie. Voyez à cet égard ce que dit 
Hickesius dans sa grammaire an- 
glo-saxonne,p. 151.) 

Sire, dit-elle ,pour Deu de Paradis, 
Soit adoubez mes frères Auberis.... 
Raoul Vadoxibe qui estoit ses amis, 
Premiers li chausse ses espérons massis, 
Et puis li a le branc au costel mis, 
En col le pert, si con il ot apris, 
Tien, Auberi, dit Raols li gentis, 
Que dame Dex, qui en la crois fu mis, 
Te doin.st pooir contre tes an( mis. 

[Rom. it Auberi c\ié par du Can{;;e, ort. A(fofmre.) 

Le bon Symon a fait Pépins appareiller, 
Et lui et sesdeus lilschascun fait chevalier. 
Mautiau de fin drap d'or fait a chascuu 

bailler, 
Bien séant a leur gré, si corn a souhaidier 
Pe Symon fist li rois son mestre conseiller. 
Dux >'aymes leur ala les espérons chaucier, 
Et li bons rois Pépins leur ceint les brans 

d'acier, 
La colàe leur donne, pals les ala bai- 

sier (1) 

Après ce que Symonsfu ainsi adoubés. 
Et que li rois li ol donné grans hérités. 
Se sont tout li baron parti de Florimés. 

(Rom.deBerte, p. 174 et 177.) 

On trouvera des détails sur la ma- 
nière d'adouber dans VOrdene de 
chevalerie. On peut les lire dans le 



* Après que de la colèe on eut fait l'accolée, on forma de celui-ci le dé- 
rivé accolade que l'on prit pour signifier une embrassade fraternelle donnée 
au nouveau chevalier par celui qui l'armait. La signification de ce mot est 
due à ce que l'on embrassait le récipendiaire après lui avoir donnée la colée, 
ainsi qu'on le voit dans ce passage du Roman de Berte. Nous avons con- 
servé l'expression accolade en la prenant dans un sens plus général qu'elle 
n'avait primitivement. ' 



268 



PREMIÈRE PARTIE. 



férer un ordre de chevalerie mili- 
taire; anc. island. dubba, item; 
angl. to duh, item. On a joint au 
primitif germanique le préfixe ad 
pour former addobbare, adouber. 

Affale, terme de marine. C'est 
le commandement aux gens de mer 
pour faire baisser quelques manœu- 
vres. Déprime. On l'emploie en- 
core pour abaisser les itagucs, les 
cargues des basses voiles, afin que 
la toile tombe plus facilement. Af- 
faler se dit, en général, pour abais- 
ser. (Trévoux.) 

— Holl. afhalen, tirer en bas, 
abaisser, composé de 1° af, suffixe 
qui répond au de des Latins ; et de 
Thalen,haalen,Wv&v, attirer. Island, 
1»a/, %° liala. Dan. 1° af, ?» haie; 
suéd. 1» af, 2° hdla. AUcra. 1» ab, 
2° holen. Angl. \° of, 2° to haie. 

Affres, Affreux. Ces deux mois 
sont composés du préfixe latin ad 
et d'un substantif germanique qui 
signifie frayeur. — Tud. forhta, 
frayeur, efi'roi; anglo-sax. ferht, 
fyrht, forht; angl. fright; dan. 
frygt; suéd. fmchtan; allem. furcht; 
holl. vreeze. 

Agasse, anc. pie ; en provençal 
mjassa; en italien gazza. 

Agasse se trouve encore dans 
La Fontaine : 

L'agasse eut peur; mais l'aigle, ayant fort 

bien dîué, 
La rassure et lui dit: Allons de compagnie. 

L'homme d'Horace, 

Disant le bien, le mal , a travers champs, 

n'eût su 
Ce qu'en fait de babil y savoit notre agasse. 

(Lifr« XII, fable xt.) 

— Tud. agaza, agahtra, pie; 
bas-allem. aglaster; allem. àlster, 



elster; holl. aakster, aaxtcr, cxier; 
suéd. skata; dan. skade. 

Agrès. (Voyez Gréer.) 

Ahoquer. (Voyez Hoc.) 

Ahuge, Ahoge^ anc. grand, haut, 
élevé, énorme. Le Livre des B.ois dit 
en parlant de Goliath : 

Le halme ont lacié, e vestud le balberc, 
od les chalces de fer, e l'escu de aralm al 
col ki le cuverit les espaldes; li halbercs 
pesad cinc milles sicles, e le fer de sa lance 
sis cenz, e la hanste fud grosse e nhuge 
cume le subie as leissures. {Livre des Rois, 
p, 62.) 

Un sengler a chasclé le jor 
Grant e ahoge e quartenor. 

{Chro». det dues de Kormamiit, 1. 1, p. 459.) 

Ahoge est composé du préfixe a, 
qui, dans les anciens idiomes ger- 
maniques, marque assez souvent 
l'extension, et d'un adjectif qui si- 
gnifie haut, grand, élevé. 

— Tud. hoch, hoh, élevé, grand ; 
go th. haug, haush; anglo-sax. heag, 
heah; island. har; anc. allem. houg, 
hoiich; aMeva.hoch; snéà.hœg; dan. 
hœy; holl. hoog; di.r\g\.huge,high. 

Aigrette, sorte de petit héron. 
, (Voir Trévoux.) En italien aghirone, 
arghirone ; en langue d'oc aîgron. 

On disait autrefois un panache 
d'aigrette, pour un panache fait 
avec certaines plumes blanches de 
cet oiseau. Par extension, nous em- 
ployons aujourd'hui aigrette pour 
désigner diverses sortes de pa- 
naches . 

Je suis sur le poinctde vous recouvrer un 
cheval qui va l'enlrepas, le plus beau que 
vous visles jamais et le meilleur, force pa- 
naches d'esgrette. {R'eeueil des lettres de 
Henri iF, publié par M. Berger de Xivrey, 
t. II, p. 216.) 

— Tud. heigir, heigcro, hcigro. 



CHAP. III, ÉLÉMENT GERMANIQUE. SECT. II. 269 

(Voir d'autres exemples de l'em- 
ploi de ce mot dans le même ou- 
vrage, t. I, p. 13; Roman de Brut, 
t. II, p, 251 ; Poésies de Marie de 
France, t. II, p. 377.) 

Aire nous est resté sons la forme 
air, manière d'être extérieure, le de- 
hors , l'apparence : nous disons , 
dans ce sens, il a Voir bon, méchant, 
doux, féroce, sale, propre, etc. Le 
latin habitus, dont la significatioh 
primitive était aussi celle de manière 
d'être propre à un individu, sa na- 
ture , son naturel, passa également 
à l'acception de manière d'être ex- 
térieure, l'extérieur, le dehors, et 
même à celle de manière d'être vê- 
tu, le costume, l'habit. 

Ane. allem. art, manière d'être, 
naturel, nature, complexion, carac- 
tère; holi. aart , aard; dan. art; 
suéd. art; allem, art. 

Aise signifiait autrefois facilité, 
commodité, aisance, satisfaction, 
gré, agrément, plaisir. 

Jamais n'aurons tel aise de nos hontes 
vangier. 

[Chuiis. des Saxons, t. I, p. 13.) 

— Goth, azèts, facile, aisé, com- 
mode; azéti, agrément. Anglo-sax. 
eath, facile^ commode; angl. easy, 
item; tud. ôdi, item. 

Alêne, autrefois alesne ; en espa- 
gnol alezna. 

Vers lai a sa corne tornée 
Plus tranchant et plus afilée 
Conques nus hom ne vit rasoir; 
Ce dit l'escripture por voir 
Qu'ainz ne fu faus plus cfmolue 
Ne nule alesne plus aguë. 

(JVoKii. ne. découles, t. Il, p. 116.) 

— Tud. alansa, ala, alêne; anc. 
allem. aelsene; anglo-sax. al, eal; 



hragra, héron, aigrette; anglo-sax. 
hrara ; island. hegre ; dan. hejre ; 
suéd. hœger; angl. hem; hoU. reiger; 
allem. reiger etreiher. Ces deux der- 
nières langues ont supprimé devant 
le r l'aspirée initiale du primitif 
hragra; cette suppression est fré- 
quente parmi les idiomes néo-ger- 
maniques. 

Aire, autrefois le naturel, la na- 
ture propre d'une persofinei, sa ma- 
nière d'être, ses dispositions, son 
caractère, son humeur. On disait 
de mal aire ou de put aire pour de 
mauvais naturel, de bon aire pour 
de mauvais naturel. C'est de cette 
dernière expression que nous vient 
l'adjectif débonnaire. (Voir, à cet 
égard, les judicieuses remarques de 
M. P. Paris^ dans le Bonmncero 
français, p. 22.) 

Unques vilains nul, ne d'eus nez, 
Ne fu grantment de lui privez ; 
Kar, ce li estcit aviaire, 
Toz jorz rctraient vers ['aire 
K vers l'orine (origine), senz mentir, 
Dont a peine poent eissir. 

{ChroH. des ducs Je Nortu., t. II, p. 388.) 

Tuit cil qui conseillé l'aveienl 

E qui en tôt co le mctcient, 

Feus fméchanis) e ruilverz (pervers) e de 

mal aires, 
Furent desfaiz des genitaires, 
R des oilz e des n*s plusors. 

{Uid., p. 398., 

Âhi ! cuivert, malvais hom de put aire. 

(C/ians. de Roi. lix, 3.) 

El gentil hom, chevaler de bon aire, 

{Iliid , CLIIT.) 

rortune est bêle et bone aus bons, et de 
bon aire, 

Mauvese aus mans fesanz, et laide, et de 
put aire. 

[NoKv. rtc. de contes, I. 1, p. 198.) 



270 



PREMIÈRE PARTIE. 



island. air; allem. ahle; angl. aivl; 
hoU. els, elssen. Tous ces mots pa- 
raissent de la même famille que le 
gothique alj signifiant aiguille. 

— Alérion, anc. aiglon. Ce mot 
a la forme d'un diminutif; il est en- 
core usité en terme de blason. Les 
Montmorenci portent d'or à la croix 
(le gueules, cantonnée de seize alé- 
rions d'azur. 

Tant i fui quej'oï venir 
Chevaliers, ce me fu avis... 
Et cil, conie maltalenlis, 
Vint plus tost que uns nierions. 
Fier par semblant corne lions. 

{Touriioiemenlilet'Aniéchrlsl, p. 127 et lîS ) 

Cliiule de dum (duvetj d'alérion 
Envolsé d'un blanc siglaton 
Ot par desus le cordeis 
Qui fu de soie lacéis, 

{Parlonop. de Blois, t. II, p. 181.) 

— Tud. i^adalarOj sorte d'aigle, 
composé de 2" adaly noble, et de 
3°àro, aigle; anc. allem. 1° adeîar, 
adler; %" adel ; 3" ar ; holl . adelaar, 
aigle. Le mot principal dont est 
formé ce composé se trouve dans les 
divers idiomes germaniques. Goth. 
ara, aigle; anc. island. ari; anglo- 
sax. earn ; dan. om; suéd. œrn. 

Algier, algeir, anc. pique, ja- 
velot. 

Li reisMarsilics ad la culur muée, 
De Sun algeir ad la hanste croUée. 

{Chnn$. de Roland, tt. xxxiii.) 

Li reis Marsilics en fud mult esfreed, 
Un algier tint ki d'or fut enpenet, 
Ferir l'en volt se n'en fust desturnet. 

(/iU. ht. xixii.) 

Al par lequel commence algdr, 
nlgier, doit être une notation gra- 
phique équivalant à au auquel cette 
notation est substituée; ainsi ces 



mots se prononçaient sans doute au- 
ger, augier. (Voyez les observations 
présentées ci-dessus p. 1 24, art. Al- 
cuns.) Cette supposition est d'autant 
plus probable que nous trouvons 
agiez au plur. dans le même ouvrage 
qui nous fournit les formes algier, 
algeir. 

Il lor lancent e lances, e espiez, 
Evr'igres,edarz,e museras, efljî(;5,egieser. 

{Chans. de Roland, tU cm.) 

— Tud. \<'azgèr, sorte d'arme de 
trait, javelot, pique, composé de 
2* az, préfixe explétif servant à for- 
mer des composés, et de 3" yêr, ja- 
velot. Anglo-sax. \° atgar, 2° at, 
3° gar. Anc. island. ]°atgeir, Tat, 
3°geir. (Voyez au sujet du préfixe az^ 
a^Grimm, Dewisc/ie grammatik,t, II, 
p. m.) Anc. allemand^ ger, gère, 
javelot, pique. 

Alise. — Anc. allem. œlsche-pyr, 
alise; allem. else-beere; dan. axel- 
bœr. Nous n'avons gardé que le pre- 
mier des deux mots dont se com- 
pose le substantif germanique; le 
second, pjr, heere , hœr , que nous 
avon» rejeté, signifie petit fruit, 
baie. 

Alleu, en basse latinité a Wo<imm. 
Ce mot servit à désigner, après la 
conquête germanique, une portion 
de terre possédée en toute propriété 
par un homme libre, à la différence 
du bénéfice, concédé seulement à vie, 
ou bien pour un temps déterminé. 
En italien allodio, en espagnol alo- 
dio , en langue d'oc alodi. Nous 
avons dit anciennement en langue 
d'oïl aluet, alluet. 

Nostre antecesseur, et nous après iauls 
euissient tenut paisiulenient le ville, le 
tiene de Lcssines et toutes les apierienanccs 



CHAP. III, ÉLÉMENT GERMANIQUE. SEGT. II. 271 

doit remplir un prévôt, lui donne 
le conseil suivant : 



en forterece et defors fortereclie en franch 
alluet. (Cartulaires de Hainaut, publiées 
par M, de Reiffenberg, p. 371.) 

Ce sunt H homme mon signeur de Soten- 
ghien de sen aluet. {Ibid, p. 404.) 

— Tud. aloà, alleu ; composé de 
Ao al, tout et de 2° àd, propre, ap- 
partenant en toute propriété. Anglo- 
sax. <o al, cel, eal ; 2° œth,aith. Is- 
land. \f>all; tood, audr. Suéd. ail, 
tout; odal, patrimoine, héritage, 
domaine ; mot composé, selon Ihre, 
de l'ancien primitif od, propriété, 
et ail, tout. Dan. al, tout ; odel, de 
même signification et de même 
composition que le suédois odal. 

Alose, en espagnol alosa, en ita- 
lien /occta; en basse latinité alau- 
sa qui se trouve déjà dans Ausone. 
Il donne ce nom à un poisson de la 
Moselle. Il est probable qu'il était 
nommé de la sorte parmi les popu- 
lations germaniques qui déjà au iv« 
siècle étaient établies dans une par- 
tie de l'ancienne Belgique ; car on 
retrouve ce mot en tudesque et dans 
d'autres idiomes de la même famille. 

— Tud. alausa, alosa, alose; anc. 
allem. alsem; allem. alose, àlse,else; 
holl.elft; angl. alose. 

Amarre, Amarrer, mots compo- 
sés de la préposition germanique an, 
correspondant au latin ad, et d'un 
verbe qui signifie attacher. 

— Tud. marrian, merran, rete- 
nir, attacher ; go th. marzjan, item ; 
anglo-sax. meanjan, merran, item; 
marel, corde, câble; holl. maaren, 
amarrer. 

Ambassadeur, Au xiii" siècle nos 
pères disaient ambasseur, ambasscor 
qui signifiaient un délégué. Brunetto 
Lattini parlant des devoirs que 



Autres! doiz en ton tens, se meslier est, 
tro\er ambasseor.i, par la volonté dou com- 
mun, qui te facent compaignie jusqu'à ton 
hostel, et qui portent grâces, et saluz, et 
bon tesmoing de toi et de les œuvres au 
comun de ta vile. (Jré.ior de Brunetto La- 
tini , Bibliolh. impériale , suppl. franc, 
ms. 1f'8, fol. 229, recto. — Impr. Livre de 
Justice, p. 3^0.) 

En basse latinité ambascia signi- 
fiait charge qu'une personne donne 
à quelqu'un de faire quelque chose 
pour elle, commission ; d'où ambas- 
ciare, ambassiare, charger quel- 
qu'un d'une affaire, l'envoyer en 
commission, lui confier une mission ; 
ambasciator, ambassiator, celui qui 
est chargé d'une affaire, d'une fonc- 
tion temporaire, un commissaire, un 
député, un délégué. C'est ambassia- 
tor qui donna à notre ancienne lan- 
gue ambasseur comme imperator, 
salvator lui donnèrent empereur, 
sauveur. Quant à la forme actuelle 
ambassadeur, il est probable qu'elle 
nous vient du portugais ou de l'es- 
pagnol. La première de ces langues 
nous offre embaixador et la seconde 
embaxador ou embajador. La sup- 
position que je fais à cet égard n'est 
pas uniquement fondée sur une res- 
semblance de terminaisons, elle est 
encore fondée sur un motif tiré 
d'une circonstance particulière. La 
première fois que je vois apparaître 
ce mot dansla langue avec sa forme 
et sa signification actuelle, c'est dans 
un chapitre de Froissart où il s'agit 
d'ambassadeurs potugais. « Vous sa- 
vez, dit-il, si comme ci-dessus est 
contenu, comment le roi dam Jean 
de Castille avoit assiégé la bonne 



272 



PREMIÈRE PARTIE. 



cité de Lussebonne et le roi Jean de 
Portingal dedans ; lequel roi de fait 
les bonnes villes de Portingal avoient 
couronné pour sa vaillance, car voi- 
re ment estoit^il bâtard; et si avez 
ouï recorder comment cil roi avoit 
envoyé en Angleterre devant le 
duc de Lancastre et le comte de 
Cantebruge qui avoient par mariage 
ses cousines, au secours, ses espe- 
ciaux messagers deux chevaliers, 
messire Jean Ra Digos et messire 
Jean Tête d'Or, et avecqucs eux un 
clerc licencié en droit qui estoit ar- 
chidiacre de Lussebonne. Tant ex- 
ploitèrent ces ambassadeurs ^SiT mer, 
par le bon vent qu'ils eurent, qu'ils 
arrivèrent au havre de H an tonne.... 
Les ambaxadeurs portingalois furent 
contens assez de ces réponses et se 
départirent du duc de Lancastre.... 
Les ambassadeurs de Portingal con- 
cevoientbienlcs paroles du comte...» 
(Froissart, livre III, ch. XVIII, t. II, 
Pi4i5, coL \ et 2.) 

— Tud. ambaht, ci ambahti, char- 
ge, office, emploi, fonction; ambaht, 
ambahtari, qui a une charge, un offi- 
ce , un emploi , ministre , officier ; 
goth. andbahts, item ; anglo-sax, 
ambiht , item; island. ambatt , 
ambot, ilem; allem.amf, charge, 
emploi, office, fonction; holl. ampt, 
item; amptman, officier, employé, 
ministre ; dan. ambt, préposé, pré- 
vôt jsuéd. ambet,item. 

Anchois, en portugais anchova. 
— Holl. antsouwe, anchois; angl. 
anchovy ; dan . antjoser. 

Anspect, terme de marine^ barre 
de bois servant de levier pour re- 
muer des fardeaux. — Holl. hands- 
paak, anspect, composé de hand, 



main, et de spaak, barre. Dan. 
haa'iidspage, haandspœger, anspect; 
haand, main; spar, sparje, barre. 
Angl. hanspike, anspect ; hand, 
main; pike, bâton pointu, pieu. 

Arban, anc. corvée, service gra- 
tuit qui était dû par un tenancier à 
son seigneur; il consistait en un 
travail fait demain d'homme ou bien 
au moyen de chevaux, de bœufs, etc. 

Toul homme tenant servement son héri- 
tage ou raorlaillablement, doit faire par 
chacune semaine a son seigneur le ban et 
Varban, c'ést-ii-dire une corvée à bras du 
mestier qu'il sçait faire; et s'il fait arban 
avec di'ux bœufs, il en vaut deux. (Coa- 
tumex de la Marche, ar». 1 36.) 

Je quite tout arban aux hommes et aux 
femmes de la dite francise, fors que tant je 
retien moncharroy entièrement au besogne 
de mon chastel et de mes maisons de Ves- 
dun, et de vins et de foins tant seulement; 
et je ne les puis forcer à nul arban, ne de 
charroy aller fors la paroche de Vesdun par 
nesun besoin. (.Coutumes de Vesdun en 
Berri, publiées par LaThaumassière dans 
son recueil des Coutumes du Berri.) 

On disait dans le même sens en 
basse latinité heribannum, hereban- 
num, haribannum, aribannum, etc. 
Ces mots signifièrent primitivement 
une proclamation faite pour appeler 
sous les drapeaux tous ceux qui 
étaient tenus au service militaire, ils 
se prirent ensuite pour une redevance 
pécuniaire que l'on payait afin de 
s'exempter de ce service', puis ils 
s'employèrent pour désigner cer- 
taines prestations en argent ou en 
nature, et enfin pour une corvée. 
Voyez du Gange Heribannum. 

— Tud. heriban , proclamation 
faite pour convoquer les gens de 
guerre, mot composé de heri, hari, 
armée et de bann, proclamation, 



CHAP. III, ÉLÉMENT GERMANIQUE SECT. II. 873 



édit, mandement. Anglo-sax. here^ 
kerig, armée; bannan, proclamer. 
Pour les mots correspondants à heri 
et à bann dans les différents idiomes 
germaniques voyez ci-après l'art. 
Auberge et l'art. Ban. 

Arramir, anc. convoquer^ réunir, 
rassembler j assigner quelqu'un à 
comparaître au jour fixé ou dans un 
lieu déterminé pour plaider une 
cause ou pour traiter d'une affaire. 

Qui famé vbudrôit dëcevoir, 
Je li faz bien apercevoir 
Qu'avant decevroit i'anemi. 
Le deable, a cbaïQp arami. 

(Kotebeuf, I. I, p. S96.) 

A Everwic vinrent Daneis ; 
tk 's amenierent li Engleis 

Galleve e Gai-Patricius 

Od quanqu'ii porent arramir 
Vindrent les chasteaus assaillir. 

[Chron. det duc$ de Nom., t. III. p. 166.) 

On disait en basse latinité, adra- 
mire, arramire. Ces mots sont com- 
posés du préfixe latin ad et d'un 
verbe germanique. — Tud. râmén^ 
râmjanj diriger vers ; hoU. raamenf 
et avec le préfixe be, beraamen, con- 
voquer des plaideurs pour juger leur 
affaire, fixer un jour, assigner un 
lieuj aUem . anberdumen , item; 
avec les préfixes an et 6e. 

Attache, Attacher, mots com- 
posés de la préposition latine ad et 
d'un élément germanique. En basse 
latinité^ staca se prenait pour un 
pieu ; d'où stacare, lier, attacher à 
un pieu. En espagnol, estaca, pieu ; 
estacar, ficher un pieu en terre pour 
y attacher une bête. En italien, 
stacca signifie un piquet, un clou fi- 
ché dans le mur pour y attacher 
quelque chose, et attaccare, atta- 



cher. Nous disions autrefois fisïacftc 
pour pieu, poteau servant à atta- 
cher. 

A une estache l'unt atachet cil serf. 
Les mains li lient à curreies de cerf. 
Très bien le bâtent a fuz e a jamelz. 

■{Chans. de Roland, tt. cctxxil.) 

— Tud. steccho, sfecho, pieu, pi- 
quet; anglo-sax. staka; island. 
stiaka ; bas allem. stake; dan. 
stage; suéd. stake; hoU. staah} 
angl. stake. 

Auberge. On disait autrefois her- 
berge, qui signifiait d'abord un em- 
placement oii une armée dresse des 
tentes pour s'y loger et où elle fait 
des retranchements, afin de se ga- 
rantir des attaques de l'ennemi, un 
camp, un campement; il se prenait 
également poui* uû logement de sol- 
dats dans un camp, pour une tente, 
une barque. 

Loreseissid li poples de la cited, e vint 
as herberges de ces de Syrie. {Livre de» 
Rois, p. 373.) 

Et egrestus populus diripuit castra SyHa» 

Cume David fud venuz as herierges. {IHd. 
p. 184.) 

Cumque venisset David in castra. 

Cornée unt plusors la retraite; 
N'i out une puis saette traite. 
As herberget se désarmèrent 
Tut maintenant, n'i demorerent. 

(CAroa. dei duct de Korm. t. I, p. 118.} 

Herberger signifiait prendre un 
campement, dresser un camp. 

Dist l'emperere : « Tens est del herberger; 
En Roncesvals est tart del repairer ; 
Noz chevals sunt e las e ennuiez.... 
Li emperere ad prise sa herberge 
Franceis descendent en la tere déserte, 
A lur chevals unt toleites les seles. 

(CAa*<. d* Roland, rt. CHsrii etusimi.) 



48 



S74 



PREMIÈRE PARTIE. 



Par extension , herberge , héber- 
ge, se dirent d'un logement, d'une 
demeure, d'une habitation en géné- 
ral, et herbergerj héberger se prirent 
pour donner un logement, loger 
chez soi. Le dernier nous est resté 
dans le même sens. En basse lati- 
nité les substantifs heriherga, here- 
berga, et les verbes heribergare, fter- 
bergare ont passé par les mêmes si- 
gnifications que les mots français 
correspondants. 

Un esté faites e basties 
Au meins dis et oit abeies 
De moines, e sis de nonains ... 
En icestes saintes herberges 
N'est pas 11 airs laiz ne tenerges; 
Deus des suens rais les enlumine. 

(Chron. det duo de Norm. t. III, p. 289.) 

Enfin héberge en vint à signifier 
une maison o\x l'on est logé en 
payant, une hôtellerie; c'est la 
seule signification qu'ait conservée 
la forme moderne auberge» 

— Tud. heriberga, campement, 
formé de 1 " herij hari, armée, et de 
2° bergan, garantir, protéger, dé- 
fendre. Goth. 4° har; 2° bairgan. 
Anglo-sax. 4' hère, herig, herg; 
2* bergan. Island. 4» her; 2' berga. 
AUem. 4' heer; 2" bergen. Dan. 
4* hœr; 2» vœrge. Suéd. 4° her; 
2» bœrga. HoU. 4" heir; 2° bergen. 

Avarie. Ce nom a d'abord été 
donné à ce que nous nommons au- 
jourd'hui les menues avaries, défi- 
nies ainsi par l'Académie : « Acci- 
dents légers qu'éprouvent le navire 
ou les marchandises à l'entrée ou à 
la sortie des ports, des rivières, 
ainsi que les frais de lamanage, de 
louage, etc. » 

— Allem. haferey, haverey, ava- 



rie, dérivé de hafen, port. Holt. 
4" havery, avarie; 2" haven, port. 
Angl. 4° average; 2" haven. Dan. 
havne-^enge, avarie, composé de 
havn, port, et de "penge, somme, ar- 
gent, frais. 
Baate, anc. garde, gardien. 

Quant les baates de la tor 
Virent les enseignes des lor, 
Saveir l'ont fait ignelement 
Al duc Richart e a sa geut. 

(CAren. dei ducs de Korm., t.l, p. lit.) 

— Tud. bahuotan, behuotan, 6e- 
hoodan, garder, conserver^ composé 
du préfixe ba, be et de huotan, hoo- 
dan, qui ont la même signification ; 
allem. behûten, item; holl. behou-^ 
den et hoeden, item; behouder, beoe- 
der, garde^ gardien. 

Babil, Babiller. — Island. bab^ 
babil, caquet; dan. bable, jaser, ba- 
biller; angl. to babble, item; holl. 
babbeîen; allem. babbeln. 

Bâbord, terme de marine. Ce mot 
signifie étymologiquement, bord de 
derrière. Dans les anciens navires, 
le gouvernail se trouvant attaché au 
tribord d'arrière, le pilote avait le 
bâbord derrière lui. (Voir, sur cette 
position du gouvernail, Ihre, Glos- 
sarium sueco-gothiaim, col. 741 , et 
M. Jal, Archéologie navale, t. I, 
p. 481.) — Allem. backbord, bâ- 
bord; holl. bakboord; suéd. et dan. 
bagbord; island. bakbordi; anglo- 
sax. bacbord. — Suéd. 4° bak, en 
arrière, derrière; 2" bord, bord. Dan. 
<• bag; 2° bord. Angl. 4* back; 
2" board. Tud. 4» bacho; 2° bort, 
borti. Anglo-sax. 4 ' bac, bœc; 2' bord, 
Island. 4* bak; 2° bord. (Voir l'art. 
Bord et l'art. Tribord.) 

Bac, Bachot. Bac signifiait autre- 



CHAP. m, ÉLÉMENT GERMANIQUE. SECT. II. 275 

holl. baecke; bas allem. bolckjtem; 
anc. allera. hache Jtem; allem. mol 
derne bcœhe, laie, femelle d'un porc 
sauvage. L'anglais a hacon, porc 
salé; mais ce mot n'est autre que 
celui de la langue d'oïl importé en 
Angleterre par les Normands. 

Badille, anc. hoyau; ital. badUe, 

item. Ces mots sont des diminutifs : 

Or faut cerpe, or faut faucille. 



fois une espèce de navire qui servait 
aux transports; il ne s'emploie plus 
aujourd'hui que pour désigner une 
sorte de bateau plat destiné à passer 
une rivière à l'aide d'une corde ten- 
due d'une rive à l'autre. 



Nés, sauntines, buces e bas 
Orent à si très-grant plantez 
C'unques ne furent sol nonbrez; 
Armes et vitaille i unt mise. 

{Chron. det duci dt Norm. t. 11, p. 434.) 

— Holl. bah, bac, ponton, bateau 
plat; allem. balte, balise, bouée, 
amarque. Ces mots peuvent être 
rapportés à l'ancien allemand bac. 
bach, qui signifient un grand baquet 
ou tout autre grand vaisseau de 
même sorte; allem. bechen, item. 

Bacon, anc. porc, chair de porc, 
cochon salé, lard, jambon; en basse 
latmité, baco, baconis. Le mot ba- 
con signifie encore aujourd'hui du 
lard dans le patois messin. 

Sire, fait-il, vous avez tort, 
Onquespar toz sainz ne l'toschal; 
Mais c'est deable, bien le sai, 
Qui a fait moine de bacon. 
Se Diex me doint confession. 
Ce fut un bacon que je pris. 

; (H^o, Fabliaux et conlet, I. I, p, 263.) 

Chascuns bacons doit obole de tonlieu ; 
la moitié d'un ^acoM doit obole de tonlieu; 
li quarts de i bacon ne doit rien de tonlieu. 
Se bacon vienent en peneaus en gresse, li 
Hii penau doivent i denier de tonlieu. 
i Livre des tnéliers d'Etienne Boileau , 
p. 319.) 

Diex 1 qui ore eust du baeon 
Te taiien, bien venist a point. 

(T/uàlrifraneaii au moyen âge, p. 108.) 

(Voir ci-après la fin de l'article 
Fliche.) 

— Tud. barc, barch, porc, pour- 
ceau; anglo-sax. bearh, item; anc. 



Et maint autre tille, badille, 
Rouable et pele. 

(te Diiii d„ chose, gui fuillent en ménage, ian, I, 
Noureau reeueil de coDlet, t. H, p. i67.) 

— Tud. spato. houe, boyau; an- 
glo-sax. spad^spadu; island. spadi 
spadei holl. spade; allem. spate, 
spaten; dan. spade; suéd. spada; 
spade; angl. spade. 

Bâfrer, manger avidement et 
avec excès. (Acad.) On disait autre- 
fois brifer dans le même sens. (Voir 
Trévoux.) 

Ohl le bon appétit 1 Tenez, comme il bri/fel 

(Nocl du Fail, Propo, ruiliqui,, clap. xn.) 

Toutefois nous ne laissons pas, 
Trinquans et briffans comme drôles, 
D'y faire un aussi bon repas 
Qu'on puisse faire entre deux pôles. 

(OEuvret de gaint-Amanl. ëdit. de 1661, p. 154.) 

Brifa se dit encore aujourd'hui 
en Languedoc pour désigner certaine 
faim dévorante des vers à soie. ■— 
Ces mots sont composés du préfixe 
germanique be, U, ba, et d'un verbe 
qui signifie dévorer. Tud. frezan, 
manger avidement, dévorer; goth. 
fretan; anglo-sax. frœtan, fretan; 
allem. fressen; dan. fraadse; suéd. 
frœta ; holl. vreeten. 

Bagarre, querelle avecgrand bruit. 
—Tud. bâga, querelle, dispute, com- 
bat; bagên,, se disputer, se querel- 
ler, combattre. Allem, sich balgen, 



276 



PREMIÈRE PARTIE. 



se disputer, se colleter, se battre ; 
balgen, se fâcher, se mettre en co- 
lère. Holl. belgen, se fâcher. 

Bague. En basse latinité, baga et 
bauga se prenaient ponr un anneau 
que l'on portait au bras , un brace- 
let, ou pour un anneau que l'on porte 
au doigt, une bague. — Tud. baug, 
pauga, anneau, bracelet, collier; 
goth. baiig; ancien iû&nd. baugr ; 
anglo-sax. beag; holl. beugel. Tous 
ces mots dérivent d'une racine ger- 
manique signifiant courber, fléchir, 
ployer en rond. — Tud. biiigan, baug- 
jan, ployer, fléchir, courber; anglo- 
sax. bugarij bigan; anc. island. bey- 
gia; allem. beugen, biegen, bôgeln; 
suéd. boya ; holl. buigen ; angl. to 
bow. 

Bahut, Behut, espèce d'ancien 
coffre destiné à renfermer des ha- 
bits, du pain et divers autres objets ; 
en basse latinité, bahvdum. — Tud. 
bahuotan, behuotan, garder, conser- 
ver, mettre en réserve ; composés du 
préfixe ba, be et de huotan, huotjan, 
qui ont la même signification , d'où 
hute, endroit de réserve, endroit où 
l'on garde des provisions. Anglo-sax. 
hedan, garder, conserver. Allem. 
behûten , item ; holl. behouden et 
hoederij item; dan. hytte, item. 

Baille, en terme de marine, est 
ime espèce de cuve ou de baquet fait 
d'un demi-tonneau, qui sert à divers 
usages sur les vaisseaux, et particu- 
lièrement à mettre le breuvage qu'on 
donne aux motelots. (Trévoux.) On 
disait autrefois baallie pour cuve, 
envier. (Voir ce mot dans Roquefort.) 
— Dan. balje, cuve, cuvier, baquet, 
seau, tinette, baille; suéd. bœlja, 
item; bas allem. balje, item; hoU. 



balte f item; anc. sax. ballye, ballje^ 
baquet, seau; angl. pm7, lYem. 

Balast; c'est un amas de cailloux 
et de sable que l'on met à fond de 
cale , afin que le vaisseau , entrant 
dans l'eau par ce poids, demeure en 
assiette. (Trévoux). — Suéd. ballast, 
balast, composé de baat, navire, ba- 
teau, et de last, poids, charge. Angl. 
i ballast, balast ; 2° boat, bateau ; 
3° load, charge. Allem. 4° ballast; 
2° boot ; 3" last. Holl. 1" ballast; 
2° boot; 3" last. Dan. boaà^ bateau; 
last, charge. 

Bald, Bault, Baud, Baut, anc, 
hardi, audacieux, gaillard, dispos, 
éveillé; en italien, balào. Balde- 
MENT, Baudement, hardiment, gail- 
lardement, joyeusement; ital, baX- 
damente. Baldet, Baudé, Baldeur, 
Baldoirie, hardiesse, audace, gail- 
lardise, gaieté; en italien, baldanza. 
De baud on forma bawdir, qui est 
encore en usage en termes de chasse, 
et dont nous avons fait le composé 
ébaudir, 

Li empereres se f»it e balz e liez, 
Coidres a prise e les murs peceiez, 
Od ses radables les turs en aLatied. 

(chant, dt RalanJ, it. Tiii.) 

Ne quiers don ne bas ne haut ; 
Ains veuil qu'el me truit bault. 
Sans guiller et sans faillir. 

{Chaïu. de Thibault de Champagm, p. 31.) 

Hé las ! por qoi fui-je si baut 
Que je onques penssai si haut ! 

(Aouf. ne, de contei, t. 11, p. 363.) 

Lores dist Jonathas à san esquier : Bal- 
dement alam, bien le sachiez que Deus les 
ad à mort livrez. (Livre des Rois, p. 46.) 

E Jéroboam ne deignad faire le cuman" 
dément le rei, kar muntez fud ed baldet e 
en ferté par co que H reis le out fait pur 



CHAP. III, ÉLÉMENT GERMANIQUE. 



SEC T. II. 277 



M prneise maistre reeeTur de tnz les treoz 
ki aleverent del lignage Joseph al oes la 
rei.(/*ii,p.279.) 

Cum decarrat ma force e ma baldur ! 
r^en tarai j'a ki sostienget m'onur. 

{Cham. de Roland, it. ccir.) 

Pais venent tl palais si demeinant grant 
baldorie, 

Franeeis sant al palais, taz fud prest li 
digners, 

Les tabeles farent drecées, e sont alez 
manger. 

( rog. ie CkarUm. i Mr., v. S30.) 

— Tud. bald, hardi^ gaillard, dis- 
pos; go th. balths ; anglo-sax. bald, 
bcUdice; anc. island. baldr; anc. 
ail. bold ; angl. bold; dan. balstyrig, 
fougueux, turbulent, pétulant; hoU, 
baldadig, item. 

Balise, terme de marine. Marque 
dont on se sert pour assurer la na- 
vigation à l'entrée des ports, à l'em- 
bouchure des rivières, en indiquant 
les endroits où il peut y avoir du pé- 
ril. Ce sont ordinairement des ba- 
rils, des baquets et autres vaisseaux 
semblables attachés par une chaîne 
de fer, dont l'un des bouts est main- 
tenu au fond de l'eau au moyen de 
grosses pierres. Anc. sax. balye^ balje, 
baquet, cuvier, seau^; dan. balje ; 
suéd. bœlja; holl. balte; angl. pail. 

Balle, Ballot, paquet de mar- 
chandises; en basse latinité, bala. 
(Voir du Gange.) Ces mots dérivent 
d'une racine germanique signifiant 
un -corps arrondi en général ( Voir 
Balle à jouer.) — Tud. balla, balle, 
paume, pelotte, corps arrondi ; island. 
bollr, item ; anc. allem. bal, item ; 
allem. bail, item ; ballen, arrondir, 
former en ballot ; ballen , paquet , 
ballot; suéd. bahl, item; hoU. baal. 



item; angl. hule, item; dan. baile, 
item. 

Balle à jouer (Voir Balle, ballot). 
— Tud. balla, balle à jouer, paume; 
island. bôllr ; hoUand. 6a/ ; dan. 
bold; suéd. bœll; angl. bail; anc. 
allem. bal; allem. bail. 

Ban, Bannir, Bannal : 4"» La si- 
gnification primitive de ban était 
celle de proclamation, mandement 
du pouvoir public pour ordonner, 
défendre ou faire connaître quelque 
chose ; il nous est resté en ce sens dans 
ban de vendange ban de mariage. 

Quant l'emperor establit par letrcs oa 
par escriz ou par jugement ou par interlo- 
cutoire, ou ce que il commande par son 
ban, loi est. (Livre de Jostiee, p. 9.) 

Quant bans est criez en commune seae, 
cil qui vienentpor actieson dou ban, paeent 
eslire, tout soieut-ii pou. (Ibid, p. 28.) 

2° Dans une sigification restreinte. 
ban s'appliqua particulièrement à la 
proclamation faite pour convoquer 
les gens de guerre, et, par suite, 
pour désigner les troupes convoquées 
sous les drapeaux. Un héraut d'ar- 
mes est chargé, par un roi d'Afri- 
que, de faire une proclamation pour 
convoquer les gens de guerre; il 
parcourt le pays en criant : 

Oiiès, oiiès, oies, signear, 
Oiè« vo preu et vo honneur. 
Je fïc le ban le roy d'Aufrile; 
Que tôt i Yiegnent, povre e rique. 
Garni de leur armes, par ban. 
De la terre Prestrc-Jehan 
Ne remaigne jusques al Coine. 

{Théâlre franpait au moyn âge, p. 167.) 

A cel ure, li Philistien firent lur ban, 
asemblerent lur gent, apresterent sei a^'ba- 
taille encunire Israël. (Livre des Rois, 
p. 108.) 

3° Ban signifia de plus la juridic- 
tion d'un magistrat, d'un seigneur, 



S78 



PREMIÈRE PARTIE. 



et l'étendue de territoire dans la- 
quelle ils avaient le droit de faire 
leurs proclamations et leurs mande- 
ments; 

4* Enfin, ban s'employa pour le 
prononcé ou la publication d'un ju- 
gement, d'une condamnation, la sen- 
tence d'un juge; dans un sens res- 
treint, il se prit pour la condamna- 
tion à une amende, mais surtout 
pour la condamnation à l'exil; de là 
nous sont venus bannir, bannisse- 
ment. 

Ceux de Gand y envoyèrent douze hommes 
des leurs, desquels Philippe d'Arlevelle fut 
de tous chef, et estoient ceux de Gand 
adonc si bien d'accord que.... ceux qui 
etoient demeurés dans la ville outre sa vo- 
lonté fussent punis par ban et bannis de 
Gand et de la comté de Flaudresa toujours, 
sans nul rappel.. .(Froissart, liv. U, ch. cl 
t. II, p. 199.) 

De bamiirei du préfixe /'or {foras, 
hors;voirt. II.p. 286)onfitle com- 
posé forbannir, forbennir, expulser 
d'un pays, exiler, bannir ; d'où for- 
banni , forbenni et forban, exilé, 
banni; forbannissement, bannisse- 
ment, exil. On disait eu basse lati- 
nité forisbannire, forsbannire ; for- 
bannitus, forbannitio. 

Li baillis de Orliens flst un home' for- 
bannir por cri et por renomée, que il disoit 
que il avoit ocis un home. Et fu semons 
en sa mesou par le commandement le roi 
par l'espace de quarante jors; ne vint, ne 
n'envoia, ne ne contremanda, ctporcefust 
forbenniz, et soffri le forbennissemenl saiiz 
venir avant cinquante anz. (Li>r« de Jus- 
tice, p. 312.) 

Les criminels repoussés par la so- 
ciété et obligés de s'expatrier, trou- 
vaient dans les déprédations et la 
piraterie des moyens d'existence 



conformes à leurs habitudes , aussi 
forban en est-il venu à signifier un 
corsaire. 

Banal s'employait d'abord en par- 
lant des choses à l'usage desquelles 
le seigneur était en possession d'as- 
sujettir ses vassaux dans l'étendua 
de son fief, afin de retirer d'eux cer- 
taines redevances^ certains droits. 
Four banal; moulin banal. (Voir, à 
l'égard de ce mot. Ban, 3°.) Dans la 
suite, banal s'est appliqué figuré- 
ment à ce qui est à la disposition de 
tout le monde, ainsi qu'à tout ce qui 
est commun, vulgaire. 

— Tud. bann, proclamation, édit, 
mandement, AUem. bann, item ; et 
de plus condamnation, anathème, 
bannen, condamner à l'exil, bannir. 
Anglo-sax. bannan, proclamer. Angl. 
ban\ proclamation , annonce. Dan. 
4" fcanrfe, condamnation, sentence, 
censure, anathème, excommunica- 
tion; 2* bande, condamner, auathé- 
matiser, Suéd. 1» bannor;V> banna. 
Holl . ban , censure, condamnation, 
anathème , excommunication ; ban- 
nen, condanmer à l'exil, bannir. 

Banc, Banquet; en basse latinité, 
bancus, banc. — Tud. banch, banc ; 
anglo-sax. benc; dan. bœnk; suéd. 
bœnck'f.h.ol\a.nà. bank; angl. bench; 
allem. bank ; island. beck. 

De. banc nous fîmes le dérivé ban- 
quet, qui signifiait primitivement 
débauche, faite sur les bancs à la 
suite d'un repas et après avoir enle- 
vé les tables. Banquet a donné le 
verbe banqueter, qui passa dans 
l'ancien allemand sous la forme ban- 
ketiren, faire la débauche sur les 
bancs après le repas. (Voir Schiller,, 
p, 83, col. 2.) 



CHAP. III, ÉLÉMENT GERMANIQUE. SEGT. II. 879 

E lairrai les destrers aler a lur banim. 

{ Yoy, de Charl. à Jérut. T. 502.) 

Amours, mon corps trop fort tenez, 



invitatisad epulum multis, hostres fecit 
•edere subsellio, cumque in eo prandium 
elongalum fuisset spatio, ut nox raundum 
obrueret, ablata mensa, ut mos Francorum 
est, un in subselUa sua sicut locati fuerant, 
residebant; polatoque vino multo, in tantum 
crapulati sunt ut pueri eorum madefacli, 
per angulos domus, ubi quisque corruerat, 
obdormirent. (Grégoire de Tours, liv. X, 
ch. XXVII.) 

Les Anglais semblent avoir con- 
servé quelque chose de cette vieille 
habitude germanique. 

Bande, Bander, Bandeau. — Tud. 
hand, hinda, lien, attache, bande; 
goth. ôanii; anglo-sax. 6enc?; allem. 
band', dan. baand; suéd. hoU. et 
angl. band; i si and. hinda. 

Bander un arc. — Anglo-sax. 
bendan, courber, fléchir^ ployer, ban- 
der un arc; island. benda, item; 
tud. wentjan, wantjan; angl. to bend; 
dan, spœnde. 

Bandir^ Bandon, anc. bandir 
était proprement autoriser, permet- 
tre quelque chose par ban, ou pro- 
clamation publique faite au nom de 
l'autorité, comme de laisser paître 
les troupeaux dans certains'pâturages, 
de commencer les vendanges, etc. 
Bandon était le mandement, l'au- 
torisation, la permission accor- 
dée, la liberté, le pouvoir de faire 
une chose ; par extension, il se prit 
pour le pouvoir d'agir à sa volonté; 
ce que nous appelons, en termes de 
palais, le pouvoir discrétionnaire. 

Qaant Charles de Blois sceut que li ducs de 
tenon 

Fut venu de ça mer 

le lon-Boiteux transmist a Resnes, ce 
dit-on, 

(De Pennehort aussi porta cilz le saumon). 

De soidoiers o lui avoit grande foison ; 

Pe U ville garder li donna le bandon. 

{C/irtni^ut i* i» Cme$cliit, l, I, p. U.} 



D'AmlIle ne le puis oster. 
Or l'i ay-je volu donner 
Moi-meisrae tout a son bandon. 

{Théâtre franfait au moyen ijt, p. 134.) 

A bandon signifia à discrétion, à 
volonté. 

Genz estranges d'environ nos 
Nos sunt cruels et haïnos, 
Mult nos funt or espes-sement, 
Hontes et damages sovent ; 
Le nostre prennent à bandon, 
Senz nul autre defension. 

[CAron. de» due) de Normandie, t. I, p. 36T./ 

N'espargnenl vergier ne vignoble, 
Que partout à bandon ne saillent. 

{Tournoiement dé l' Antéchrist, p. 11.) 

Mettre quelque chose à bandon, 
mettre, livrer quelque chose à discré- 
tion, à l'abandon; être à bandon, 
être à discrétion, être à l'abandon. 

Of est fors mis de cest roiaume 

Li bons preudhom 
Qui mist cors et vie ô bandon. 

(Ratebeuf, t. I, p. 80.) 

Qui out la force e le poeir 
Si peut l'autrui prendre e avcir ; 
* Poi le contendent li vilain, 
Kar il ne sunt fi ne certain 
D'aveir nule defension : 
Eissi ert la terre à bandon. 

{Chron. dés ducs dé Normandit, t. lU , p. 11.) 

En ne faisant qu'un seul mot de 
la préposition à et du substantif Tan- 
don, on a formé le mot abandon, 
qui noifs est resté et qui a fourni le 
dérivé abandonner. 

Qui trestout le soen 

A fere tout moun bon 

Mettet à baundoun ; 

Qui trestout me abaundoune, 

Tont œetout, tout me donne, 



S80 



PREMIÈRE PARTIE. 



N'ai cnre de tel donn. 

Qui tout me donne, tout me nie. 

[Lei proverbe» del vilain, à la (aite dn Prmerbet 
françaii publiëi par 11, La Boas de Ligcf, 
t. Il, p. 376.) 

(Voir ci-dessus l'article Ban pour 
l'origine germanique de ces mots. 
Le d est venu s'adjoindre au n, dans 
bandir, bandoUj comme dans tendre, 
gronder, gendre, formés de tener, 
grunnire, gêner; voir d ajouté à la 
suite du n, t. II, p. i 41 . 

Banlieue ; en basse latinité, ban- 
leuca, bannileuca de bannum, éten- 
due de territoire qui était sous la 
juridiction d'un magistrat ou d'un 
seigneur, et de leuca, lieue, parce 
que les banlieues s'étendaient assez 
généralement à une lieue à peu près 
autour du siège de la juridiction. 

C'est par la même raison que les 
Allemands ont désigné la banlieue 
par l'expression bann-meile. (Voir 
ci-dessus Ban 3°.) " 

Bannière, en langue d'oc bandie- 
ra. Nous disions autrefois banne, 
dans le même sens : 

Ainz qu'il partist bernois ne bannes. 

[Branches des royaux liç/tiaget, t. II, p. S74.) 

— Ane. island. baenda, drapeau, 
enseigne, bannière; inà. fana, fdno, 
anglo-sax. fana^fahne ; allem. fafme; 
suéd. fa7ia; dan. fane; hoU. vaan. 
Tous ces mots paraissent tenir au 
gothique bandva, bandvo, signe, in- 
signe, comme le français enseigne 
tient à signum. Ce dernier signifiait 
à la fois signe et drapeau, bannière. 
Plusieurs idiomes germaniques nous 
ont à leur tour emprunté notre mot 
bannière en le modifiant à leur façon: 
allem. banner, panier ; angl. banner. 
holl. banier, etc. 

Bar, ginc. civière renfoncée qu'on 



porte à deux, à quatre, à six hommes, 
qui sert dans les ateliers à transpor- 
ter des pierres, du moellon et autres 
matériaux nécessaifes aux ouvriers. 
On s'en servait aussi autrefois sur 
les ports pour décharger les bateaux 
de bois et autres marchandises; d'où 
vient qu'on appelle aujourd'hui ceux 
qu'on y emploie des bardeurs. (Tré- 
voux.) La sixième édition de l'Aca-^ 
demie n'a point le mot bardeur,ma.i3 
seulement celui de débardeur, qui 
est le seul employé aujourd'hui. 

— Tud. 4<* baran, barên, porter; 
2<* bâra, para, civière, brancard. An- 
glo-sax. \° bœran ; T bœr. AUcm. 
i'^bringen; 2° bahre. UoW. 1" bren- 
gen; 2" 6aar. Dan, l^ôœre; 2" fcoare. 
Suèd. 4° bœra; 2° 6cb^. Aagl. ^^ to 
bear ; 2* béer, barrow. Goth. bairan, 
porter. Island. 6era, item. Basçillem. 
baren, item. 

Barde, anc. hache. 

Li dus Rollan est vaillant chevalier 
Et vassas nobles por ses armes bailler. 
Pluls en est duiz ke maistres charpantiers 
N'est de sa barde ferir et chaploier, 
Kant il veut faire saule ou maison dressier. 

(Rom. de Gerart de Viane, éd. Bekker, t. 1995.) 

— Tud. barta, bart, hache; an- 
glo-jsax. baerd, item; anc. allem. 
barthe, barde, parte, item; island. 
bard, Hem ; holl. baars. (Voir ci- 
après Hallebarde et Pertuisane.) 

Barde, Bardelle, Bardot. Oiv 
appelait autrefois barde, et l'on apr 
pelle aujourd'hui bardelle une sorte 
de bât fait de grosse toile garnie de 
bourre ou de paille, servant pour le 
transport de certains fardeaux qui 
pourraient blesser le dos de la bête 
de somme. 

On dit encore aujourd'hui barda 



CHAP. III, ÉLÉMENT GERMANIQUE. SECT. II. 284 

pelons de môme garçonnière une 
jeune fille qui aime à fréquenter les 
garçons. — Tud. bam, garçon; goth. 
barn, item; anglo-sax. beam. (Voir 
d'autres détails à l'article Bers.) 

Baron. (Voyez Bers.) 

I^rque; en basse latinité, barca. 
— Ane. allem. bark^ barque; island, 
barkr; allem. barhe; hoU. bark; 
suéd. bark; angl. bark. Les barques 
des anciennes peuplades du Nord 
étaient faites avec l'écorce de cer- 
tains arbres, comme les pirogues 
des sauvages ; de là le nom qui leur 
fut donné dans les divers idiomes 
germaniques. — Dan. bark, écorce; 
suéd. barck, item; island. barkr, 
barkur, item; angl. bark, item. 

On trouve dans Hinkmar : « Na- 
vibus magnis quas nostrates bargas 
vocant. » {Annales, dans Pertz, 
Monumenta Germaniœ, t. I, p. 501 .) 

Bassin, Baquet. En basse latinité, 
bacinus, bacchinum; en italien, ba- 
cino. — Ane. allem. bac, bach, 
bekin, bassin, baquet, jatte; allem. 
becken; suéd. bœcken; dan. bekken; 
hoU. bak, bekken. 

Il serait plus conforme à l'éty- 
mologie d'écrire badn que bassin. 
On disait autrefbis en langue d'oïl 
bâchas pour bassin, cuvette, auge. 
(Voir le glossaire de Roquefort.) 

Bateau, autrefois batel; en ita- 
lien, batellOj qui sont des diminu- 
tifs de batus, bateau, en basse la- 
tinité. — Ane. allem. bat, bot, bar- 
que, bateau; anglo-sax. bat, bœt; 
island. bâtr ; allem. boot; dan. 
baad; suéd. baat; holl. boot; angl. 
boat. 

Eau, terme de marine. Les baux 
sont des poutres qui traversent, en 



en provènçaL et barda, bardella en 
italien. 

S'il avientque nn chamelier luie ces cha- 
miaus por vin ou por huile a porter, ou 
por aucune chose autre, et il avient que 
les chamiaus cheent et font aucun damage 
de ce qu'ils portent, ja le chamelier n'en 
doit rien amender de ce damage par dreit. 
Mais c'il avieni que les cordes de la ùarde 
dou chamiau brisent, le dreit comandeque 
le chamelyer deit amender celui damage 
par dreit. (Ass. deJér. t. II, p. 73. 

Un bardot est une bête de bât, un 
petit mulet portant des fardeaux sur 
la barde. En provençal, bardot; en 
italien, bardotto. 

— Tud. baran, porter. Anglo-sax. 
bœran. Island. bera. Dan. bœre. 
Suéd. bœra. Angl. to bear. Pour le 
d épenthé tique de barde, voir t. II, 
p. 442.) 

Bardeau, petit ais employé à cou- 
vrir les maisons et à divers autres 
usages. — Anglo-sax. bord, brœd, 
bret, ais, planche; angl. board; 
holl. berd, bord; tud. bret; suéd. 
brœde, brede; dan. brœde; allem. 
brett. 

Barnesse, anc. femme de mau- 
vaises mœurs, libertine. Une jeune 
dame vient consulter un médecin; 
elle se plaint d'avoir le ventre gros 
et tendu. Le médecin lui répond que 
son mal provient de ce qu'elle s'est 
couchée sur le dos. La dame com- 
prend cette malicieuse insinuation 
et la repousse avec colère : 

Vous en mentes, sire ribaus ; 
Je ne sui mie, tel barnesse. 
Onques pour don ne pour premesse 
Tel mestier faire ne vauc. 

(Théâtn franfuii au nut/tn ige, p. M.) 

Barnesse dérive d'un primitif ger- 
manique signifiant garçon. Nous ap- 



u% 



PREMIÈRE PARTIE. 



largeur, d'un bout à l'autre du na- 
vire, et servent à porter le pont ou 
tillac. — Un bau se nomme en hol- 
landais verdeks-balh., mot composé 
de verdek, pont, tillac, et de balk, 
poutre; nous n'avons pris (^ue ce 
dernier. — Tud, balcho, poutref so- 
live (Tatian, ch. xxix, v. 6); goth. 
balk; island. biœlka, bielka, balkr; 
allem. balke; dan. biœlke; suéd. 
bioelke^ bielke, 

Baudequin, anc. petite nacelle. 
(Voir le supplément du glossaire de 
Roquefort.) 

— Allem. bootchen, diminutif de 
boot, nacelle, bateau; anc. allem. 
bot, bat, item; anglo-sax. lat, item; 
dan. baad; suéd. baat; hoU. boot; 
angl. boat. 

Bauge, lieu fangeux où le sanglier 
se retire, se couche. (Acad.) — Anc, 
allem. botch, fange, boue, bourbe; 
holl. bagger, item; angl. bog, fon-^ 
drière, bourbier. 

Beaupré, terme de marine. C'est 
le mât d'un navire le plus avancé; 
il est sur la proue, fort incliné sur 
l'éperon. — Angl, bow-sprit, beau- 
pré^ composé de bow, l'avant d'un 
navire, la proue, et de sprit, mât. 
Allem. \'' bugspriet, bogspriet,heaM~ 
pré; g^ÔMg, proue; 3" spriet, mât. 
Dan. 1 • bougsprid ; 2° boug; 3» sprid. 
Suéd. 1 " bogsprœtet ; 2» bog ; 3" sprŒh 
tet. 

Bedeau. C'était primitivement un 
appariteur, un huissier, qui, dans 
les cours de justice, était chargé 
d'appeler les causes. 

Tant y a de prevos et bedeaux. 
Et tant baillis viez et nouveaux, 
Ne paons avoir paix une hore. 

(Aom. it lioa., t\ié dam do Ca»8<< ■<'>■ Plo^H»») 



De ce sordent nos achaisoni, 
Tuitquerent noz destiuccions; 
Qui porreit tanz provoz soffrir, 
N'a tanz bailliz en gré servir ; 
N'a tanz forestiers, n'a bedeaus 
Faire n'accomplir lor aveaus? 

(Chro». det duet di Norm. t. II, p. 391.) 

En basse latinité, bedellus; en ita- 
lien, bidella; en langue d'oc, bedel. 
— Anglo-sax. bydel, beadel, crieur 
public^ huissier, sergent; de bieten, 
annoncer, faire savoir. Tud. butil, 
crieur public; allem. bûttel. huis-^ 
sier, sergent; pedell, appariteur, 
massier; dan.joede/, huissier; suéd.. 
pedell; holl. pedel; angl. beadle 

Beffroi. Ce fut d'abord une es- 
pèce de tour roulante en bois, que 
l'on faisait approcher des murs d'une 
ville assiégée, afin que les soldats 
qui se trouvaient renfermés dans 
cette tour pussent, avec sûreté et 
avec facilité, lancer des projectiles 
sur les murailles et dans la ville.. 
Plus tard, on appela beffroi une tour 
située dans l'intérieur d'une ville et 
dans laquelle se trouvait une cloche. 
La sentinelle placée dans la tour de- 
vait sonner l'alarme en cas de be- 
soin. Enfin on nomma beffroi la clo- 
che d'alarme elle-^même. On disait 
autrefois berfroi, helfroi; en basse 
latinité^ berfrediis, 6e//r*edus. (Voir le 
glossaire de du Cange.) 

Berfrois, perieres i fist faire, 
Et sovent ûst lanchier et traire. 
Le berfroi ûst al mur joster, ^ 
Et les perieres fist jeter. 
Cil dedens, qui sunt as creniax, 
Traient sajetes et quariax.... 
Li altre ont feu aparillié. 
Si l'ont sor le berfroi lancié. 

(Rom. de Brut, t. I, p. 16.) 

Perieres fisenl et berfrois 
Si *s asaillirent plusor fois. 



CHAP. III, ÉLÉMENT GERMANIQUE SEGT. II. 283 



Lor engin firent al mur traire. 

(liiil, t. U, p. S43.) 

Vu grant belfroi de bois orent fait char» 
penler, 

Et le firent adont a Resnes amener; 

^usques près des fessez le firent traîner. 

Li belfroiz fust moult hauz quant le firent 
lever, 

Grande plenté de gent y pooit bien entrer. 

(Chrott. de du Guetclin, 1. 1, p. 69-70.^ 

— Ane. allera. berg-fried, berg- 
fxed, bercvrit, tour servant de moyen 
de défense, beffroi {tuitionis propu- 
gnamlum); mots composés deberg, 
protection^ défense^ ou bergen, ga- 
rantir^ protéger, défendre, et de 
fried, fred. frede, paix^ sûreté, sé- 
curité, qui, par extension, a signifié 
lieu de sûreté, asile, retranche- 
ment, rampart , donjon : en y joi- 
gnant le préfixe 6e, l'allemand mo- 
dei^ie en a fait befriedigen, munir 
d'un rempart, entourer d'une en- 
ceinte, fortifier, et befriedigung, en- 
ceinte, fortification. Tud. 4 ° bergan, 
garantir, protéger, défendre; 2° fri- 
du, frida, paix, sûreté, sécurité. 
AUem. \ bergen.', 2° friede, dan. i • 
vœrge; 2» fred, Suéd. 1» bœrga, 2" 
frid. Holl. \ bergen ; 2* vrede. 

Behord, Behourd, Bohord, Bou- 
HOURD, Behordeis, ^uc. signifiaient 
proprement le choc des lances; par 
extension, ils se prirent pour un 
combat simulé où l'on faisait usage 
de la lance, pour une joute, pour un 
tournoi. 

El cil li dis! k'il envoit querre 
Touz les chevaliers de sa terre. 
Et faice une festeaûer, 
El I behordeis crier. 

[Dolopoihot, éd. Jannet, p. SlS.) 

Et nommèrent le jour de lor mouvoir au 
premier behordeis a Diex les amenroit 



(Histoire manuscrite d'une croisade cilé» 
par du Cange, gloss. an, Bohordicum.) 

Tel conroi ne mena Alixandres li rois.... 

Pour faire bataille et bohours et 

lornois. 

(Chron. de du Guetclin, t. I, p. 383.^ 

De behord, behourd, bohourd, on 
fit les verbes behorder, behourder, 
bohourder, jouter avec la lance. 

Tuit li escnier behordoient. 

( Dolopalhoi, ëdil. janaet, p. >88,) 

Bertran, le capitaine, vous fait par moy 
mander.., 

Qu'ens ou marchié venez combalre ei be- 
hourder. 

(Chron. de du Gueselin, 1. 1, p. 87, nota l, col. l.) 

De la cité as cans issirent ; 
As plusiors gius se départirent. 
Li un alereut bohorder 
Et lor isniax cevax prover; 
, Li autre alerent escremir, 
Ou piere jeter, ou salir, 

fRom. de Brut, t. Il, p. IIO.) 

La firent un bouhourt de molt noble fasson; 
Ly uns encontre l'aultre bouhourde de 
randon. 

{Gérard de Viane, en têle du rom, de Fierabrai, 
éd. Bekker.T. 218.) 

— Ane. allem. hehorl, choc de 
lances; behurden, jouter, composé 
du préfixe le et de hurten, choquer, 
heurter. Holl. horten, item. Auglo- 
sax. hyrt., meurtrir en donnant un 
coup, contusionner, blesser. Angl. 
to hurtj item . 

Belanre, terme de marine. Petit 
bâtiment de transport à fond plat, 
dont on se sert principalement sur 
les rivières, sur les caneaux et dans 
les rades. (Acad.) 

— Angl. 4 bylander, bilander, 
belandre, mots composés signifiant 
qui côtoie la terre; 2° by, par, près, 
proche; 3° land, terre. Holl. 4' by- 
lander; T by; 3» Zand. Allem. 4° 



^4 



PREMIÈRE PARTIE. 



bimenlander, de binnm, en dedans, 

et de land, terre. 
Belette; ce mot a la fonne d'un 

diminutif. On disait autrefois bêle. 
Richart enveia par sa terre 
Chevals, e dras, e bêles querre. 

(Rom. d» Rou, t. 1, p. 333.) 

Bêle signifie , dans cette citation , 
une fourrure de peau de belette. 

—Ane. allera, bilch, fouine, be- 
lette; allem. wiesel; dan. wœzel; 
hoW.wezel; angl. weasel. On trouve 
en tudesque bilh,\oiT. 

Bélître , gueux qui mendie par 
fainéantise, homme de néant. (Trév.) 
Anciennement ce mot n'était pas 
pris en mauvaise part, et il ne signi- 
fiait que mandiant. On appelait les 
quatre ordres mendiants les quatre 
ordres de bélistres. 

De toutes manières de moines 

Y en avoit un grant chapitre; 
Prêtres et clercs chantant l'epitre 

Y etoient tous tenus de court, 
Et les quatre ordres de bélistres. 

fia Fonlaim perilleuie, éd'U. de Paris, I5TS, p. 19.) 

— Allem. bettler, gueux , men- 
diant; àan. betler, item; hoU. bee- 
delaar, item; anc. allem. betelode, 
mendicité. Le l a été transposé dans 
bélitre comme dans /ïûfe de fistula. 
(Voyezt. Il, p. 122.) 

Bellue, Belhue, anc. menterie, 
tromperie, fourberie. 

Cil qui famé viaut justicier, 
Chascun jor la puet combrisler, 
Et lendemain r'est tote saine 
Por retouffrir auiretel paine; 
Mes quant famé a fol debonere, 
Et ele a riens de lui afere 
Ele H dist tant de bellues , 
De truffes et de fanfelues. 
Qu'elle li fet a force entendre 
Que le ciel sera demain cendre. 

(KuMbeuf, t. I, p. S95.J 



— Tud. biHugarij mentir, dire des 
faussetés, tromper, composé de liu- 
gan, qui a la même signification, et 
du préfixe bi, équivalant à be. Allem. 
belûgen; simple, iûg en.. HoU. l'ôe- 
liegen, dire des faussetés sur le 
compte de quelqu'un, calomnier; 
2° be, préfixe; S» liegen, mentir. 
Suéd. 1* beliuga; 2° be, 3* liuga. 
Dan. r belyve; 2* 6e;3' lyve. Angl. 
H' to belle, to bely; 2' 6e; 3» lie. 
Goth. liugan, mentir. Anglo-sax. 
leogan. Island. Ijuga. 

Berge. On appelle en terme de 
mer, berges^ ou barges, les grands 
rochers âpres et élevés àpic, comme 
les berges ou barges d'Olonne ; tels 
sont Scylla et Charybde vers Messine. 
Berge, en agriculture, se dit particu- 
lièrement d'une petite élévation de 
terre escarpée. (Trév.) —Tud. berg, 
montagne; goth. bairg ; anglo-sax. 
beorg, byrgs ; island. biarga, biarg ; 
allem. berg ; bas allem. berch ; holl. 
berg; dan. biœrg; suéd.feerg. 

Berme, terme de fortification, 
petit espace laissé entre le pied du 
rempart et le fossé; on l'appelle aussi 
retraite et lisière. (Voyez Trévoux); 
en espagnol berma.— Allem. brame^ 
bord, bordure lisière; holl. brem£'j 
anglais, brim; dan. brœme, brème; 
suéd. 6rœm; island. 6rm; anglo- 
sax. brymme. Lera été transposé 
dans berme comme dans Burarwe 
de Bruentia, dans -gour de -gro, etc. 
(\'oirt. II,p.420.) 

Berke, terme de marine : mettre 
le pavillon en berne, c'est le hisser 
en le tenant roulé^ soit pour donner 
un signal de détresse, soit en signe 
de deuil. — Anc. allem. baren, te- » 
nir quelque chose élevé pour le mon- 



CHAP. III, ÉLÉMENT GERMANIQUE. 6ECT. II. m 



trer; bas allem. 6âren, élever, haus- 
ser, hisser; holl. beuren, item. 

Dans berne le n a été attiré par le 
r qui précède comme dans toumelle 
pour tourelle. (Voir t. II, p. 386, 
note 3.) 

Bers, Baron. Dans les plus an- 
ciens monuments de notre langue, 
bers signifie un homme distingué 
par sa naissance^ par sa haute ex- 
traction, par ses qualités et surtout 
par sa bravoure, utr; aussi se prend- 
il souvent pour un guerrier. Baron 
ou ôarun n'est qu'une autre forme 
du même mot. (Voyez à cet égard, 
t. III, p.2i.) 

Uns bers fu ja en l'antif pople Deu, e out 
num Helcana, fiz fud Jéroboam. {Livre des 
Rois y p. 1.) 

Fuit vir unus de Ramathaimsophim de 
mante Ephraim, et nomen ejus Eicana, filius 
Jeroham. 

Came Samuel vit Saûl, erranmant li dist 
Deu : Cist est li bers dant jo parlai a tei, cist 
iert sires sur mon pople. {Livre des Rois^ 
p. 31.) 

Cumque aspexisset Samuel Saulem, Do- 
minus dixit ei : Ecce vir guem dixeramjtibiy 
iste dominabitur populo meo, 

E Deu out le jur devant dit a Samuel : 
Demain a cest ure te enveierai un barun 
de terre de Benjamin , e si l'enuingdras, 
que ducs seit sur mon pople de Israël. 
{Ibid, p. 30,) 

Dominus autem revelaverat auriculam 
Samuelisante unam diem quant veniretSmil: 
dicens : Hac ipsa hora quœ nunc est, cras 
mittam virum ad te de terra Benjamin et 
unges eum ducem super populum meum Is- 
raël. 

Dune dist Samuel al pople : Veez quel 
barun nostre sire ad eslit. {Ibid. p. 35.) 

Respundi Saûl : Ne te poz pas a lui cu- 
pler, kar tu es vadlez, e il est un merveil- 
lus bers. {Ibid, p. 65 J 

Et ait Saut ad David : Non valea resis- 



tere Philisthœo tsti, nec pugnare ^adversuf 
eum, quia puer es, hic autem vir bellator. 

Morz est li quens que plus ne se demuret; 
Rollans li ber le pluret, si l* duluset : 
Jamais en tere n'orrez plus dolent hume. 

{Chant, de Roi. it. curiil. ) 

Par amistiez, bel sire, la vos duuns 
Que vos aidez de RoUant le barun. 
Qu'en rère-guarde trover le poûsum. 

fibid, st. XLTii.) 

Bers, baron se prenait assez sou* 
vent pour mari dans notre ancienne 
langue. On peut en voir des exemples 
ci-dessus^ p. 261, col. 1, et dans les 
quatre livres des Rois, p. 99 et \ 30. 

Les étymologistes ont beaucoup 
disputé pour savoir d'ovi vient ftarow; 
et ces messieurs ont prodigieusement 
embrouillé la question en confon- 
dant, dans une même signification, 
des mots dont le sens est entière- 
ment différent^ bien qu'ils aient entre 
eux une conformité de son. C'est là 
un fait assez commun dans presque 
toutes les langues, et sans en aller 
chercher un exemple bien loin, le 
mot son, qui vient de se rencontrer 
sous ma plume, nous en est une 
preuve suffisante pour le français. 

Baro ou varo a été employé par 
Cicéron {de Finib. liv. U; de Divi- 
nat. liv. II; Epist. ad Attic.liv.Y, 
épître II ; Epist. ad famil. liv. IX, 
épître dernière), dans le sens de sot, 
stupide, lourdaud. On le trouve, 
avec la même signification, dans 
Perse, satire v, et dans TertuUien, 
de Anima, ch. vi. Jusqu'ici, il faut 
convenir que le mot baro a fort peu 
de ressemblance, pour le sens, avec 
le bers, barun, de la langue d'oïl au 
XII* siècle. 

Comutus, ami et commentateur 



286 



PREMIÈRE partie: 



de Perse, à propos du passage de 
cet auteur que je viens de mention- 
ner, observe que baro ou varo est 
un valet de soldats, un goujat^ dans 
la langue des Gaulois : « Lingua 
Gallorum barones vel varones dicun- 
tur servi militum; qui utique stul- 
tissimi sunt, servi videlicet stulto-* 
rum. » Hirtius Pansa, dans son 
Histoire de la guerre d'Alexandrie, 
liv. II, ch. LUI, emploie le mot baro 
dans un sens qui n'est pas claire- 
ment déterminé, mais qui paraît 
assez analogue à celui que lui attri- 
bue Cornutus. Isidore, dans ses Ori- 
gines, liv. IX, ch. IV, donne à baro 
la signification d'ouvrier ou de ser- 
viteur mercenaire; ce qui s'accorde 
assez bien avec le passage de Cor- 
nutus. Il faut encore avouer que ce 
mot, dans le sens de goujat ou de 
mercenaire, n'est guère plus ana- 
logue à bers, baron, que dans le 
sens de sot, stupide. Quant aux 
deux endroits de saint Augustin où 
l'on a prétendu que baro se trouvait 
employé dans une acception plus 
relevée, les Bénédictins, éditeurs du 
glossaire de du Gange, en ont fait 
bonne justice à l'article Baro. 

Il faut venir jusqu'à la loi sa- 
lique et à Frédégaire pour trouver 
baro et faro dans la signification 
que conserva la langue d'oïl. (Voir, 
pour toutes les citations, du Cange^ 
Baro et Faro.) 

Il était naturel que nous dussions 
ce terme à la langue des vainqueurs, 
qui nous en a fourni tant d'autres 
analogues : marquis, sénéchal, ma- 
réchal, échevin, etc. Quant à la lan- 
gue des Gaulois, dont on a voulu 
le faire venir, elle ne nous a fourni 



ni ne pouvait nous fournir rien de 
semblable. D'ailleurs, cette préten- 
tion ne se trouve aucunement justi- 
fiée par les idiomes néo-celtiques, 
quoi qu'on ait pu écrire à ce sujet; 
tandis que tous les anciens idiomes 
germaniques et plusieurs des idio- 
mes modernes de la même famille 
nous offrent ce mot dans une accep- 
tion tout à fait analogue à celle qu9 
lui donne la langue d'oïl. — Tud. 
1 ° bar, homme né libre, homme de 
bonne extraction, de bonne condi- 
tion, vir ingenuus; 2* bam, enfant, 
fils, garçon. Goth. 4° vair; 2» bam. 
Anglo-sax. 4« beom, ver; %° beam, 
Island. i» ver; 2° byr, bur. Ane. 
allem. bam, fils, garçon. Frison, 
bem, item. Dan. barn, item. Suéd. 
bam, item. Les idiomes modernes 
ont encore conservé d'autres traces 
de la signification primitive de bar, 
var ; je n'en citerai qu'un exemple. 
— Dan. var-ulv, homme-loup^ loup- 
garou; en grec, XuxàvepuTCo;; suéd. 
war-ulf; allem. wàhr-wolf; hoU. 
weer-volf; angl. were-wolf. (Voir 
Gars, Garçon et Garou.) 

Enfin , il est à remarquer qu'il 
nous est resté un bon nombre de 
noms propres d'origine germanique, 
dans lesquels bar, bem, bam, en- 
trent comme éléments étymologi- 
ques. Barald nous a donné Baraut, 
Barot; Berald, Beraud; Berhard, 
Béraxà ; Beringer, Bérangoy; Bar- 
nwin, Barnouin, etc. (Voir^ pour la 
composition de ces mots, le glos- 
saire de Graff et celui de Wachter.) 

Berser, anc. chasser, giboyer. 

De table e d'eschez sout son compagnon 

mater; 
BieDSoat paistre un oisd, e livrer, e porter; 



CHAP. m, ÉLÉMENT GERMANIQUE. SECT. il. 287 



En bois sous cointement et berser, e vener. 

{Rom. de Rou, t. 35II.) 

Le rois, fait il, a fait veer (défendre) 
C'en n'i ait chachier, ne berser. 
Ne adeser (approcher) la venison 
En la forest, se par lui non. 

fRom. dt Brut, t. 1, p. 40.^ 

— Tud. birsjan, chasser, giboyef ; 
allem. birschen , item ; anc. angl. 
berselet, chien de chasse. 

Beser, Bezer, anc. s'effaroucher, 
se dit des vaches qui courent quand 
elles sont piquées des mouches. (Ni- 
cot. Ménage et Trévoux.) 

— Tud. bisjan, bison, s'effarou- 
cher, s'emporter, en parlant des bœufs 
et des vaches piqués par les mouches ; 
anc. allera. bissen, biesen, bischen, 
item; flam. biesen,item; bas allem. 
bissen; ce dernier n'est plus guère 
employé qu'au figuré dans le sens où 
nous disons : Owe/Ze mouche vous pi- 
que ? Tous ces mots sont dérivés de 
hiso,wiso, bise^wurm, qui signifient, 
en bas allem. taon, grosse mouche. 

Bési, nom générique qu'on donne 
à plusieurs espèces de poires , en y 
ajoutant le nom du pays d'où elles 
sont tirées : « Bési d'Héri^ Bési de la 
Motte, Bési Chaumonlel. (Acad. 6® 
édit.) Bési signifie petite poire sau- 
vage dans l'Anjou et dans le Poitou. 
Il est probable que les arbres portant 
les différentes espèces de bésis con- 
nues aujourd'hui proviennent d'au- 
tant d'espèces de poiriers sauvages 
qui ont été améliorés par la culture. 
Il est encore certaines sortes de bé- 
sis qui ont un goût assez sauvage ; 
tel est le bési de Caissoy, dont le 
goût se rapproche de celui des cormes. 
(Voir, à cet égard, la Quintinie, 
Instructions pour les jardins frui- 



tiers et potagers, t. I, part, m, p, 
369.) 

Huet a prétendu que bési vient du 
celtique. Les étymologistes et les 
lexicographes l'ont cru sur parole sans 
se donner la peine de vérifier son as- 
sertion. Je puis certifier, après véri- 
fication , qu'il n'existe rien de sem- 
blable dans les idiomes celtiques. 
Bési dérive d'un mot germanique 
signifiant un petit fruit en général , 
tel que corme, nèfle, olive, baie, 
fraise, mûre, etc. — Goth. basi, petit 
fruit; anCi allera. bese; hoU. bezie, 
beezie ; bas allem. besing. Les au- 
tres idiomes ont un r au lieu d'un s; 
c'est ainsi que les Latins disaient : 
honos ou honor, arbos ou arbor^ pul- 
vis ou pulver, cinis ou ciner, vomis 
ou vomer. Anglo-sax. beria , petit 
fruit en général ; island, ber; allem. 
beere; dan. bœr; suéd, bœr; angl. 
berry. (Voir ci-après l'article Hase 
et l'article Framboise.) 

Besoin. On a fort vainement tenté 
de remonter à l'origine de ce mot, 
en partant de sa signification ac- 
tuelle, et sans s'inquiéter de celle 
qu'il avait dans notre ancienne lan- 
gue. Au xti* siècle, besoin, busuin, 
signifiaient affaire , comme l'italien 
bisogna. 

E par custume matin veneit e estout 
après la porte al chemin, e tuzcez Ici ourent 
alcun busuin a faire vers le rei, bel apelad 
e baisad, e demandad de quel citez et de 
quel lignage il fussent. [Livre des Rois, 
p. 172.) 

Et mane consurgens Absalom, slabat jux- 
ta inlToilum portœ, et omnem virum gui ha- 
bebat negotiumu/ veniretad régis judicium, 
vocabat Absalom ad se, et dicebat : de qua 
dvit te es tu ? 

As-tu nul busuin • faire, que jo parolg* 



288 



pur tel al rel u al cnnestable de la cheva 
terie? {Livre det Rois, p. 357.) 

Num quid habes negotium , et vis ut lo- 
quar régi, sive principi militiœ? 

Nuls ne pout issir ne entrer, 
Si ceo ne fust od un batel. 
Oui busuin eust ù cbastel. 

(Maria da Fraoce, t. I, p. 66.) 

Petit i^ezbesoig véu; 
Ge m'en sui bien apercéu. 

{Ftoin et Blanee/lor, «îdit. du Mérll, p. 155.) 

On disait : «J'ai besoin... comme 
on dit aujourd'hui : J'ai affaire de 
vous, restez; j'ai bien affaire de cet 
homme-là; qu'ai-je affaire de ce 
drôle ? » Le peuple dit encore : « Je 
vais à Fontainetleau où j'ai besoin; » 
c'est-à-dire, oiij'aiaffaire. 

Il est besoin équivaut à l'italien ê 
bisogna; au latin, opus est; au grec, 
Épyov ëcTTi. 

Les cas analogues, dans lesquels 
on employait besoin, revenaient fré- 
quemment dans le discours, et l'es- 
prit, plus frappé du sens total de 
l'expression que de l'acception parti- 
culière du moibesoin, dépouilla bien- 
tôt ce mot de la signification d'affaire^ 
qui seule lui appartenait, pour lui 
attribuer exclusivement celle de né- 
cessité, qui lui était étrangère. 

De besoin on fit besoingne, besoi- 
gne, aujourd'hui besogne qui a hérité 
de l'ancienne acception de son pri- 
mitif. (Voir des exemples de l'emploi 
de besoigne dans le Théâtre français 
au moyen âge, p. 77, 347, et dans 
la Chronique des ducs de Norman- 
die, t. III, p. 61.) 

Anglo-sax. h^bisgmg, affaire, oc- 
cupation; Vbysi, bysig, occupé, af- 
fairé. Angl. <» business; 2» busy. 
HoU. 40 bezigheid, beezigheid ; 
%° bezig, beezig. 



PREMIÈRE PARTIE. 

Beter, anc. mordre, faire mordre, 
combattre à coups de dents en par- 
lant des animaux. 



En luxure a de borbe tant 
C'On doit celui com ors beter 
Qui veaut tel borbe borbeter. 

(b* Uonacho in fumint pericUuuo dint U Chron. 
dei duu de Norasadi*, t. Hl, p. 5». ) 

Lions i betent et grans ours ; 
Grant joie i a de jougleours. 

(Ftoin tt Blanctflor, ëdit. du Ifëril, p. 118.) 

On flt as noces beter ors 

Et vers (sangliers), et k chiens et à vautres. 

(Rotn. de tEicoufJle cite par M. du M^rU du» ta 
«louairè de Floirt tt Btanuflor, art. Beter.) 

— Anglo-sax. bœtan^ mordre; 
tud. bizan; anc. allem. beizen; anc. 
hoU. beeten; hoU. moderne 1 » MYen 
mordre; 2° beet, morceau; allem. 
r beissen, 2° Ussen; dan. >|o bide, 
T bid; suéd. r bita, 2» bit; angl. 
bit, morceau. 

Biais, obliquité, ligne oblique, 
sens oblique; Biseau, extrémité ou 
bord coupé en biais, comme l'est un 
coin à fendre du bois. — Angl. bias, 
pente, obliquité, inclinaison; to bias, 
pencher, incliner, obliquer, biaiser. 
Anc. allem. biss, bissen, beissel, 
coin, ciseau, instrument qui se ter- 
mine en biseau. HoII. beitel, item. 
BiED signifiait proprement et pri- 
mitivement le lit d'une rivière, d'un 
cours d'eau, d'un canal, ce que les 
Allemands appellent flussbett, de 
fiuss, cours d'eau et bett, lit. 

Deus 1 fist miracles, H glorius del cel, 
Que tute la grand ewe fait isir de sun Wcrf, 
Aspandre les camps que tuz les virent ben, 
Entrer en la citez et emplir les celers. 

{ roj/age dt Charlemagne à Jénu. t. mj 

Bief, biès, biez, bial, biet sont 
autant de formes provenues du mômQ 



CHAP. !II, ÉLÉMENT GERMANIQUE. SEGT. II. 289 

délié. Ou disait autrefois biche pour 
signifier une petite chienne. (Voir 
Trévoux, art. Bichon.) 

— Tud. biz, bizo, chien, mots 
que l'on trouve dans les composés 
wolfbiz, wolfbizo, chien-loup, ani- 
mal né d'un chien et d'une louve ; 
en latin , lycisais. Goth. bœtze , 
chienne. Anglo-sax. bicce , bice , 
item. Island. bickja, item. Angl. 
bitch^, item. AUem. betze, petze, 
item . 

Bière, boisson. — Tud. bier^ bior, 
bière, anglo-sax. béer, item, de 
bere, qui signifie orge; island. bior, 
bière; allem. bier,item; angl. béer, 
item ; hoU. bier, item. 

Tacite nous apprend que la bière 
était une boisson fort en usage parmi 
les Germains : « Potui humor ex 
hordeo aut frumento, in quamdam 
similitudinem vini corruptus. » (Ta- 
cite, Germania, XXI 11^; éd. Paris, 
1805, p. 263.) 

Bière, espèce de coffre où l'on 
enferme un corps mort pour le por- 
ter en terre, cercueil. Au xii^ siècle, 
ce mot signifiait de plus une sorte 
de brancard propre à porter un ma- 
lade, une litière, en langue d'oc 
bera. Uter, roi des Bretons, étant 
tombé malade, se fit porter en li- 
tière à la tête de son armée. 



primitif qui nous a donné biecl ; les 
unes sont dues à une modification 
de la désinence du mot, et les autres 
à l'addition d'un suffixe. Le plus 
souvent bied, bief, biès, etc., ne se 
prenaient point pour le lit d'un cours 
d'eau^ mais pour le cours d'eau lui- 
même, pour un ruisseau, un ca- 
nal, etc. Nous employons encore 
bief et biez pour signifier le canal 
d'un moulin. On disait en basse la- 
tinité bedum, biesium, beciiim. Ces 
deux derniers ne sont que le fran- 
çais biês plus ou moins régulière- 
ment latinisé. On dit en Dauphiné 
bial, biau, pour un torrent, et en 
Normandie bieu pour un cours 
d'eau. 

Guencist la reisiie COgier), laist aler le des- 
trier; 
Selonc Cesser est li bers adreciés. 
C'est une vile où il n'a gué ne biés. 

{La chevalerie dC Ogter de Danemarche, t. 1, p. 238,/ 

Sire, ce n'est marliere vlez, 
Ke grant fossez, ne parfont Mezy 
Ains est abisme voirement. 

(Rom. du Renan, t. 111, p. 17.j 

Devers Sebourc s'en va ; pas ne fu desvoiés; 
Car il y savoit bien les terres et les liés. 
Les bois et les rivières, les algues et les ZiîV*. 

(Baudouin de Sebourg, t. 11, p. 93.) 

Des moneies sorst li forfez 
E des chemins, e des foresz... 
De faire biens, murs e fossez. 

(Chron. des duci de Normandie, 1. U, p. 391) 

— Tud. betti, lit; goth. bad; 
anglo-sax. bedd; island. bedr; allem. 
lett; holl. bedde; suéd. bœdd; angl. 
hed. 

Biche; en basse latinité, bicca et 
bissa. — Dan. bikke, biche; suéd. 
bikka; island. bita. 

Bichon, petit chien qui a le nez 
court et le poil long, blanc et fort 



Ne valt mais, ce dist, remanoir, 
Ses barons velt en ost veoir. 
Porter s'a fait, si com em bière, 
A chevax, en une litière; 
Or verra, ce dist, qui l'suira. 
Et qui od lui en ost ira... 
Desdaing lor sambla et vile cose 
Que porte fu por le roi close 
Qui em bière les guerroioit, 
Et em bière em bataille aloit ; 
Mais lor orgoel, je crol, lor nut, 



19 



290 



PREMIÈRE PARTIE. 



£t cil vainquit qui vaincre dut... 
À ses homes dist en riant : 
Mius voel jo en Mère jesir 
Et en longe enfreté langir. 
Que estre sains et en vertu. 
Et estre a de^lionor venqu. 

[Rom. de Brul, t. Il, p. 33, 31 ei 35.) 

les nafrez Cblessés) vont toz quel'om querre, 
Si sVnporte l'om soef en bierre 
À. Rocm porm«dccinier, 
Por garir e por respasser. 

{ChroH. de» duo de Norm., t. Il, p. 343.) 

— Tud. 1° 6aren^ porter; 2° bara, 
civière, brancard, bièr^' Anglo-sax. 
4° bœran; 2" baar_, bœr. AUem, 
4° bringen; 2° bahre. lîoU. 1° bren- 
gen; 2° baar. DanA^bcere; 2° baare. 
Suéd, 1° bœra; 2" bœr. Angl. i" to 
bear; 2° béer. Les Latins ont formé 
de même feretrum de fera. 

Bigot, dévot outré et supersti- 
tieux. (Acad.) 

Les Normands, qui vinrent s'éta- 
blir en France au commencement 
du X* siècle parlèrent, pendant quel- 
que temps, la langue de leur pays. 
(Voir ci-dessus p. 56, note.) Lors- 
qu'ils voulaient affirmer quelque 
chose avec force et donner de l'au- 
torité à leurs paroles, ils les accom- 
pagnaient des mots bi Got, qui si- 
gnifient par Dieu. De là le surnom 
de bigots, que l'on donnait, pendant 
le moyen âge, aux habitants de la 
Normandie, et qu'on a donné dans 
la suite à ceux qui ont sans cesse le 
nom de Dieu dans la bouche. 

Une ancienne chronique, insérée 
par André Duchesne dans sa Col- 
lection des historiens de France, dit 
en parlant de RoUon, premier duc 
de Normandie : 

Hic non est dignatus pedcm Caroli oscu- 
Itri, nisi ad os suum levaret. Camque sui 



comités lllum ammonerent, ut pedem regl» 
in acceplione tanti muneris oscularctur, 
lingua anglica respondit : Ne se bi Got; 
qaod interpretalur : Ne per Deum. Rex 
vero et sui iilum deridentcs, et sermonem 
cjus corrupte referentes, illum vocaverunt 
Bigoth; unde Normanni adliuc Bî^o/fti di- 
cuntur. (Uistoriœ Francorum scriptores ^ 
t. III, p. 359-360.) 

On lit dans le roman de Rou : 

Por la discorde et grant envie 
Ke Franceiz ont vers Normendie, 
Mult ont Franceiz ISormanz laidiz 
E de mefaiz e de mediz. 
Sovent lor dient reproviers 
E claiment bigoz e draschiers; 
Soveat les ont medlé el rei, 
Sovent dient : Sire por kei 
Ne tollez la terre as bigoz ? 
A vos ancessors et as noz 
La tolirent lor ancessor 
Ki par mer vinrent robeor. 

[Ram. de Rcu, y. 9938ctlulT.) 

— Tud. \<' bi, par; 2» Got, Dieu. 
Goth. 4» bi; 2° Guda. Anglo-sax. 
4° bi; 2» God. Allem. \° bey, bei,' 
i^Gott. HoU. 1° by; 2° God. Island. 
God, Gvd, Dieu. Suéd. et dan. Gtid, 
item. 

Bigre, Biguar, anc. terme de cou- 
tume : garde forestier particulière- 
ment chargé du soin de surveiller 
et de recueillir les essaims d'abeilles; 
en basse latinité^ biganis, bigrus, 
ont la même signification. Biguarrie, 
emploi de biguar ou bigre. Bigrerie, 
lieu où l'on tient les ruches. 

Item, avons droit d'avoir et tenir en la 
dite foret ung bigre., lequel peut prendre 
mousches, miel et cire pour le luminaire de 
nostre dite église, mercher (marquer), cou- 
per et abatre les arbres où elles seront, 
sans aucun dangier ne reprinse. (Charte de 
1462, citée dans le glossaire de du Gange, 
art. Bigrus.) 

Item, ai droit de trois ans en trois ans, 
quand on mot les mouches en ladite foret, 



CHAP.III, ÉLÉMENT GERMANIQUE. SECT. II. 291 

hvidle; suéd. hwisla; holland. hie- 
zm. Dans la Suisse allemande on 
dit hi^e, pour vend du nord. 

Bitte, terme de marine; pièce de 
bois longue et carrée destinée à te- 
nir les câbles lorsqu'on mouille les 
ancres ou qu'on amarre le navire. — 
Ane. island. hiti, longue pièce de 
bois, solive, poutre. Angl.iiY^ bite; 
holland. beeting ; dan. bidding. 

Blafard, qui est d'une couleur 
pâle, blême. — AUem. blasse-farbe, 
bleiche-farbe, pâleur; de blass, bleich, 
pâle, blême, et de farbe couleur. 
Tud. 1» bîeih, pâle; 2° farwa, cou- 
leur. Anglo-sax. 4 " Mac, bîœCj blec; 
2°fœrbu. Island. 4° bleik; ^°farvi. 
Dan. 1° bleege; 2» farve. Suéd. 
r blek; V fœrg. HoU. 4° bleek; 
2° verœ. Le d de fcta/ai'd est parago- 
gique comme celui de fard (Voyez 
ce mot ci-après. 

Blanc. — Tud. blanch, blanc; 
anc. allem. blanc; island. blank; 
dan. blank; suéd. blanck; holl. blank, 
allem. blank; angl. blank. 

Blé, Bled ; en basse latinité bla- 
dum, qui signifia d'abord toute sorte 
de céréales encore sur pied. (Voir le 
glossaire de duCange, 1. 1, p. 1190, 
col. 1 .) — Ane* allem. blad, blaed, 
blet, récolte pendante, productions 
de la terre qui sont encore sur pied, 
en herbe, en tuyaux; anglo-sax. bla- 
da, blœda, item. Cette expression 
générique fut restreinte dans la suite, 
et bled désigna spécialement la ré- 
colte la plus importante pour l'hom- 
me, celle qui sert principalement à 
le nourrir. (Voir un cas analogue à 
l'article Fourrage.) L'anc. allemand 
et l'anglo - saxon ont l'un et l'autre 
pour racine un mot qui, dans tous 



d*«nvojer saon bigre avec les ligres du roi, 
lequel doit être juré devant le chastelaiu 
de Breteuil de bien el fidèlement querre 
les abeilles et le miel pour en faire mon 
besoing. (Autre charte de 1479, citée ibid.) 

Et du dit fief d'Auvergny dépend ung 
bostel appelle la bigrerie ou l'hostel aux 
mousches. (Autre charte de 14(53, citée 
ibid.) 

Comme Guillaume Maugier.... nous eust 
fait exposer que eust esté donné aux an- 
cesseurs du dit Guillaume un office de ser- 
genterie fieffé en la forest de Lyons, appelé 
la biguarrye, parmi lequel office il est tenu 
de garder nos pors, querre et garder les 
essains de mouches franches; pour et a 
cause duquel office il est frans de pastu- 
rage, etc. (Charte de 1370, citée dans le 
glossaire de Carpentier, art. Bigarrius.) 

— Tud. bi-wartj gardien des 
abeilles; bia, abeille; wart, garde, 
gardien, de loartén^ garder. Allem. 
bienen-îvàrter^ garde chargé de la ' 
surveillance des abeilles; biene, 
abeille; lodrter , garde, gardien. 
Anglo-sax. 1° 6co^ abeille; 'i°vear- 
dian^ garder. Island. 1° bî; 'i,° tarda. 
Holl. \° bye, bie, bije; 2° bewaaren, 
avec le préfixe be. Angl. 1° bee; 
2° to xoard, to gward. Dan. 1° bie; 
2° ware. Suéd. 1" bit; 2° worda. 

Billet; en basse latinité, billetus. 
Ces mots sont des diminutifs. — 
Anc. allem. bilj un écrit, un livre, 
d'où billage, le livre des lois, code, 
composé de bil^ livre, et de lage, 
loi. Anglo-sax. billa, bill, livret, 
lettre, billet. Angl. bill, petit écrit, 
catalogue, liste, affiche, billet. 

Bise ; en provençal Usa. — Tud. 
Usa, vent du nord, bise; island, 
bytur, item ; anc. allem. Usswind, 
item, mot composé de wind, vent et 
Ussen, siffler; anglo-sax. hvistan, 
tvoisllojn, tYeîn;angl. towhistle;Aa.n. 



292 



PREMIÈRE PARTIE. 



les idiomes germaniques, signifie 
feuille. — Anglo-sax. blœd^ bled, 
feuille; tud. blat; island. blad; 
allem. 6/M^^,*dan. blad; suéd. blad; 
angl. blade, feuille, tuyau, tige 
d'une herbe , d'où corn-bladed, blé 
sur pied, blé en tuyau; holl. blad, 
feuille, de bladeren, productions de 
la terre dont on a la jouissance , 
usufruit. 

Blême, autrefois blesme. — Tud. 
bleih, pâle, blême; anglo-sax. bloc, 
blœc, blec; island. bleik, bleikr; 
allem. bleich ; holl . bleck; dan. 
bleege; suéd. bleh. Il semble que le 
primitif germanique , en passant 
dans le latin rustique, prit la termi- 
naison imus,,qm est commune à 
beaucoup d'adjectifs latins. Une 
transformation toute semblable a eu 
lieu dans plusieurs de nos adjectifs 
numéraux ordinaux. Nous disions 
primitivement: tiers (tertius),^uar/;, 
(quartus), quint (quintus), siste (sex- 
tus) ; nous avons dit ensuite troi- 
sième, quatrième, cinquième, sixiè- 
me, formés par analogie avec scjo- 
tième (septimus), dixième (decimus), 
vingtième (vigcsimus), etc. (Voir t. 
III, p. 135.) On aura dit blecimus , 
dont nous aurons fait blecime, ble- 
sime, puis blesme. et enfin blême. 

Blet , adjectif dont on n'emploie 
guère que fe féminin blette. Il se dit 
des fruits qui sont mous sans être 
gâtés : |)OîVe blette, nèfles blettes. 
— Suéd. ^° blœt, mou, ramolli, 
tendre; 2° blœta, ramollir. Dan. 
4° blœd; 2° blœde. Allem. blôde ne 
s'emploie qu'au figuré, mou, lâche, 
sans cœur, craintif, timide. Holl. 
bloode,item. 

Bleu, en langue d'oc blau.—Tnà. 



blâo, blaw, bleu; anglo-sax. bleo, 
blae; island, blâ,blar; allem. blau; 
dan. blaa ; suéd. blœ; angl. blue; 
holl. blaauw. 

Blinde, terme de guerre . Défense 
faite de bois ou de branches entre- 
lacées et renfermées entre deux 
rangs de pieux. On s'en sert parti- 
culièrement à la tête des tranchées 
que l'on pousse de front vers le gla- 
cis, afin d'empêcher que l'onne soit 
vu des assiégés. 

— Allem. blend, retranchement 
empêchant que l'on ne soit vu, man- 
telet, blinde, de blind, qui ne voit 
pas, aveugle. On a passé de l'idée 
exprimée par blind à celle qui est 
représentée par blend comme nous 
passons du sens propre de sourd à 
certaine acception particulière de cet 
adjectif. Sourd signifie proprement 
qui entend peu ou qui n'entend pas 
du tout; mais il se prend quelque- 
fois pour signifier oîi l'on entend 
peu , qui retentit peu : « une salle 
sourde, une église sourde. » . — Tud. 
blint, aveugle; go th. blinds; anglo- 
sax. blind; island. blindr; dan. suéd. 
et holl. blind. 

Blond. Les Germains et les Gau- 
lois avaient l'habitude de se teindre 
les cheveux d'une couleur rougeâtre 
au moyen d'une sorte de composi- 
tion savonneuse : « Prodest et sapo, 
Gallorum hoc inventum, rutilandis 
capillis ex sevo et cincre. Optimus 
fagino et carpino duobus modis, spis- 
sus ac liquidus; uterque apud Ger- 
manos majori in usu viris quam fœ- 
minis. » (Pline, liv. XXVIII, chap. 
XII.) Il paraît même, d'après le rap- 
port de Martial, que cette mode, peu 



CHAP. III, ÉLÉMENT GERMANIQUE. SECT. IL 293 



gracieuse à nos yeux, fut adoptée 
par quelques Romains. 

Et mutât latias spuma batava comas. 

(Lit. Vlll.épigr. ixxiii.) 

Tacite n'oublie pas , dans le por- 
trait qu'il fait des Germains, de 
mentionner leurs chevelures rougeâ- 
tres : (( Truces et cœrulei oculi, ruti- 
lœ comœ, magna corpora, et tantum 
ad impetum valida. » (JDe moribus 
Germanonim, IV.) 

Dans les siècles qui suivirent l'in- 
vasion, les peuples d'origine germa- 
nique, répandus dans l'empire, con- 
servèrent l'usage de se teindre les 
cheveux ; mais ils en vinrent à pré- 
férer une coloration moins rouge, 
moins éclatantej plus conforme à la 
nature, et tâchèrent d'imiter certai- 
nes jolies nuances blondes propres 
aux enfants du Nord. La beauté de 
ceux-ci était proverbiale au moyen 
âge^ et plus d'un gentilhomme se 
glorifiait d'en avoir conservé le type. 
Un ancien proverbe disait : 
Liplus bel homme en Âlemaigne. 

(LtKoux de Lincy, Le Hure des pnverbet français, 
t. I, p. 186.) 

Un autre : 
Rou (roux) comme un Allemand. 

[lùid.) 

A la fin du xi« siècle, la compo- 
sition au moyen de laquelle on don- 
nait aux cheveux une teinte blonde 
était encore fort employée par les 
dames qui avaient l'inconvénient 
d'être brunes. Saint Anselme, arche- 
vêque de Cantorbéry, le reproche à 
ses contemporaines dans les vers 
suivants, cités par M. Francisque 
Michel dans le Théâtre français au 
moyen âge, p. 58, note. 



Quod natura sibi sapiens dédit, illa refor- 
mat ; 

Quicquid et accepit dedecuisse putat. 
Pungit acu, et fuco liventes reddit ocellos, 

Sic oculorum, inquit, gratia major eril. 
Est etiam teneras aures qui perforet, ut sic 

Aut aurum aut carus pendeat inde lapis. 
Altéra jejunat misère, minuitque cruorem, 

Et prorsus quare palleat , ipsa facit ; 
Nam quse non pallet sibi rustica qusDque vl- 
detur; 

Hicdecet, hiccolor est verusamanlis,alt. 
Hœc quoquediversis sua sordibusinflcitora. 

Sed quare; meiior quairilur arte color. 
Arte supercilium rarescil, rursus et arte 

In minimum mammas colligit ipsa suas. 
Arte quidemvideas nigros fiavescere crines. 

Nititur ipsa suo membra movere loco. 

{^Sancti Ansetmi ex Beccensi abbate Cantuiirientit 
archiepiscojii Opéra, labore et ttudi'o Gubrielit 
Gerberou ; Luietia; Paritioruiu, etc. 1G75, Id- 
fol., p. 197, col. 2.) 

M. Francisque Michel, dans la 
note que je viens de mentionner, 
établit, avec son érudition habituelle, 
que^ pendant le moyen âge, une 
chevelure blonde était l'un des ca- 
ractères les plus indispensables de 
la beauté dans l'un et l'autre sexe. 
Je me bornerai à renvoyer le lecteur 
à la note en question insérée dans le 
Théâtre français au moyen âge, 
p. 58. 

Remarquons en passant que, chez 
les peuples d'origine germanique, 
les femmes avaient encore au xi^ siècle 
l'habitude de se farder le visage. 
C'est ce que témoignent les vers de 
saint Anselme que je vie«s de citer. 
Cette habitude était fort ancienne et 
fort répandue parmi ces peuples ; 
aussi ne devons-nous pas nous éton- 
ner que leur langue nous ait fourni 
le moi fard. (Voyez ce mot ci-après.) 

L'usage de se teindre la chevelure 
finit par disparaître, mais le terme 



S94 



PREMIÈRE PARTIE. 



resta, et il servit à qualifier une cou- 
leur de cheveux analogue à celle que 
l'on obtenait au moyen de la com- 
position colorante. 

En anglo-saxon, bland signifie 
mélange , mixtion , composition ; 
blendaUj mêler, mélanger ,mixtion- 
ner, composer; blonde, mêlé, mâjan- 
gé, composé; 6iom7en, çnduit d'une 
composition^ frotté d'une mixtion co- 
lorante, coloré, teint^ fardé. On trouve 
dans les auteurs anglo-saxons. Mon- 
den-feax, pour désigner un homme 
qui a des cheveux blonds; mais cette 
expression dut certainement s'appli- 
quer primitivement à celui qui avait 
les cheveux teints en blond au moyen 
de la composition colorante en usage. 
Feax signifie chevelure en anglo- 
saxon. On peut voir^ dans le glos- 
saire de Lye et dans son supplément, 
tous les mots que je viens de citer, 
accompagnés des preuves qui justi- 
fient leur interprétation. 

— Tud. blantan, mêler, mélan- 
ger, composer ; island. blanda ; dan. 
blande ; suéd. blanda ; angl. tohlend. 

Blostre, anc. tumeur, pustule, 
empoule. 

Kesiax devint, ce dit la lelre ; 
Li las doIeD2, li \u meffez. 
En pou de tens fu si deffpz 
Qu'il fu trestoz en une blostre;. 
Ne seinbloii pas home, mes mostre. 

(Uéon, Fabliaux, t. Il, p. 81.) 

— Ane. holl. bluyster, tumeur, 
pustule, ampoule; holl. moderne 
bluts; angl. Uister; às.n.bylde. 

Bluette, autrefois belugette. Ce 
sont des diminutifs; en provençal, 
béluga. — Tud. blich, éclat, jet de 
lumière, éclair; blichan, briller, 
étinceler. Allem. blich, lueur rapide. 



éclat, éclair; bliclien, luire, briller, 
Holl. blikken, item; blikzem, éclair. 
Dan, blinken, item; suéd. blag, 
item. 

BoDiNE, terme de marine. On 
nomme ainsi en quelques endroits 
la quille d'un vaisseau, principale- 
ment sur les côtes de Normandie. 
(Trévoux.) Allem. boden, fond, fon- 
dement, base, quille de navire; holl. 
bodem; angl. bottom; dan. bund. 

Bois. En italien, bosco; en basse 
latinité, boscus, d'où nous avons dé- 
rivé bocage, bosquet, bûche, buisson, 
bouquet. Ce dernier se dit en espa- 
gnol ramillete, et en languedocien 
ramelet, qui sont les diminutifs dé- 
rivés de ramus. — Holl. bosch, fo- 
rêt, bois, bocage ; allem. 6msc/i, item; 
dan. 6Ms/f, bois, bocage, hallier, buis- 
son ; suéd . buska,, item ; island . buski, 
hallicr, broussailles; tud. 6msc, reje- 
ton, jeune pousse, arbrisseau, 

BoisiE, BoisDiE, anc. méchanceté, 
trahison, perfidie ; boiser, boisier, 
boisdier, tromper, faire un mauvais 
tour; boiseur, boiseor, boisdeiir, per- 
fide, fourbe, trompeur, félon . 

Bien soITeist assis à salveteit si tu bum- 
lemenl et senz aucune ioisie vels embais- 
sier lo cuer de ton prêtait a ceu ke tu dé- 
sires. [Scrm. de S. Bernard, p. 509.) 

Terne est si artilleuse, ge ne sal que ge die, 
Quar feme par nature est plaine àeboisdie, 
En mal faire et pensser travaille et estudie; 
Nul n'en dira tant bien qu'en la fin n'en 
raesdie. 

{Chatlie-Muiard, pWce de vers pbc^e a lo suite in 
a'arresdeRaleb<!uf, t. Il, p. 481.) 

Fu puis Cuillaumes eissilliez : 
Solom sa mérite fu paiez ; 
E qui "a tel ovre s'essaie, 
Dreiz est teus en resert sa paie., 
Teus la puissent tuit cil aveir 
Qui maupensé e mauvolcir 



CHAP. III, ÉLÉMENT GERMANIQUE. SEGT. II. 295 

bouchon, bonde, bondon, bouchon 
de tonneau; island. spons; allem. 
spund; dan. spunds; suéd. sprund; 
holl. spond, bom; angl. bimg. 

Bord, extrémité d'une surface. — 
Tud. bort, borto, extrémité, bord, 
côté; anglo-sax. island. allem. 
holl. suéd. bord; angl. border; dan. 
bred. 

Bord, terme de marine; mem- 
brure d'un navire; bordage, plan- 
ches qui revêtent d'un bout à l'au- 
tre le corps d'un navire, tant à l'ex- 
térieur qu'à l'intérieur. Bord, em- 
ployé comme terme de marine, se 
trouve dans nos plus anciens au- 
teurs. 



Uiit de boiser à lor seignors, 
Faus, mençongiers el traïtors. 

( Chron. des duci de Norm. t. III, p. M.) 

Mais s'il séust a nul fuer 
Que cil éust vers lui boisié, 
Ne l'eust pas laiens laissié. 

[Flaire et Blancejlor, édil. du Méril, p. 236.) 

Guard que pur nule rien ne vienge boisdeur; 
Messe il aime Henri sou bon seignur, 
Par lui deit endurer peines et dolur. 

{Chron. de Jordan Fanlotme, p. 591.) 

Ert Raol Torte en prant poeir, 
Li hom od plus très-amer fiel 
Qui fustsoz la chape del ciel... 
Parjur e faus e boiseor 
Ësteit des rentes son seignor. 

{CArott. detduct de Norm. t. II, p. 73.) 

De boiser on fit le composé em- 
boiser, tromper quelqu'un en le flat- 
tant, le surprendre par de belles 
paroles, l'enjoler. Cette expression est 
encore en usage parmi le peuple. 

Il ne faut jamais porter des marchan- 
dises chez des gens de qualité. Quand ils 
tiennent un garçon, ils l'emboisent de leur 
caquet, et le remeuent a la porte avec des 
reverances. {Le Marchand duppé, act. I, 
se. III, dans le Théâtre italien de Gberardi, 
t. II, p. 159.) 

— Ane. allem. bos, bose, mé- 
chant, perfide, pervers, scélérat; 
goth^ baud, baut ; anglo-sax bad, 
bœd; island, bowe_, allem. bose ; holl. 
boos, booze; angl. bad. 

BoMERiE, terme de marine. C'est 
le nom que l'on donne à un prêt à 
la grosse aventure qui est assigné 
sur la quille d'un vaisseau. (Voir 
Trévoux, Boiste, etc.) — Allem. bod- 
merei, bomerie, dérivé de boden, 
carène, quille de navire. Holl 4° bo~ 
demerye, bomorie; 2° bodem, carène ; 
angl. \° bottomry; 2° bottom. Dan. 
<» bodmerie ; 2° bimd. 

Bonde, Bondon. — Tud. spunt, 



Li mers enfla, onde levèrent ; 
Wage crurent et reversèrent; 
Nef commentent a perillier, 
Bort et kievilles à froissier. 
Rompent closture et buri froissent. 

{Rom de Brut, t. I, p. 119.) 

Pedrogue fu devers la vile 
Au costé des vessiaux contraires; 
Sa nef, où genz a maintes paires , 
Fu en celé emprise douteuse 
Bort k bort contre l'Orgueilleuse 
Qui fu si très durement grande. 

{Branche des roi/aux lignaget, 1. 11, p. 37S,) 

— Tud. bort, borti, borto, ais, 
planche, madrier, assemblage de 
planches, membrure d'un navire, 
bord, bordage. Angl. board, item. 
Anglo-sax. island. dan. et suéd. 
bord, item. Ane. allem. 4° bort, 
bord, 6re^^ planche, madrier; 2" bord, 
membrure, bord d'un navire. Holl. 
1° bord; 2° boord. Allem. 4o bret; 
2o bord. Goth. baurd, planche. 

Borde, anc. maisonnette, maison 
des champs, métairie, ferme. Bor~ 
del, bordéle, dérivés de borde, si- 
gnifiaient maison chétive et de peu 



296 



PREMIÈRE PARTIE. 



d'apparence^ masure, bicoque, et de 
plus maison de prostitution. 

En celle ille de mer n'ot borde ne maison, 
raiii ne blé, ne farine, ne autre garnison; 
Mes poumeles sauvages y avoit grant foison. 

{Nouveau recueilde contes, t. I, p. 21.) 

Or n'ai ne borde ne maison. 

(Ratebeufi t. I, p. 6.) 

rochet, alez tost, sans eslongne, 
De par le bailli, nostre maislre, 
Une estache drescier et mettre 
Ou viez bordel qui est maison 
Gaste. Or tost, sani arrestoison. 

[Théàlre françait au moyen âge, p. 347-318 ) 

Ke faites-vos, signor roi, ke faites-vos ? 
Aoreiz-vos dons un alaitant enfant en un 
vil bordele et envolcpeit en vils dras? Est 
dons cist enfes Deus ? (Serm. de S, Ber- 
nard^ p. 550.) 

On peut voir d'autres exemples 
de bordel dans la Chronique des 
ducs de Normandie, t. I, p. 495, 
543 ; t. Il, p. 425. 

De borde, métairie, on fit bordier, 
métayer, fermier. 

Franc home qi ad aver champester trente 
deners vailaunt, deit doner le dener seint 
Pcre. Le seignur pur un deners que il 
donrad, si erunt quitcs ses bnrdiers (fer- 
miers), et ses boverz et ses serjanz. (Lois 
de Guillaume le Conquérant, § xvni ; ci- 
dessus, p. 107.) 

— Tud. bWj habitation, maison, 
métairie; buring, métayer, fermier, 
Goth. baurd , maison, métairie. 
Anglo-sax. bùr, bord, bred, item. 
Island. byr. Ane. allem. bord. Ane. 
holl. bord, bcrd. Aujourd'hui le 
dérivé bordel, dans la plupart des 
idiomes néo-germaniques, signifie, 
comme en français, maison de 
prostitution. 

BoRKE, Ou a dit autrefois bodne, 
puis bone, bonne, et enfin bovie 



avec un r intercalaire. On dit en- 
core bouina, bouino, en Provence. 
Dans la basse latinité^ butina, bor- 
duJa, bodina, bodena, bonda, bonna, 
signifiaient tous borne, limite; ils 
étaient dérivés de buta, boto, -nis, 
bodo, -nis, employés pour désigner 
une petite butte, une élévation de 
terre arrondie que l'on faisait sur 
les limites des champs pour servir 
de borne. (Voir du Gange et Roque- 
fort.) 

Kar entor les devisions 
Qui parteient les régions, 
Par les termes, par les devises, 
La ù les bodnes furent mises, 
Avironout maintes fiées 
Od chevaliers et od maisniées. 

(CAren. des ducs de Korm. t. l, p. 375.) 

Tous les allées que je tenoie a Buse- 
gnies, c'est a savoir tous les bos de Buse- 
gniesjusqiies au tieroir de Biekegiiies et 
de la endroit tont contreval dusques au 
tieroir de Vaus, si con ïesboyies suut mises 
entre camp et bos. [Carlulaires de Hainaut 
publiés par M. de Reiffenberg, p. 413.) 

Doit avoir des bos de Vicongoe en tour 
treize cens et vint et un bonnier, petit 
plus un petit mains, si comme les bonnes le 
portent. (Ibid. p. 363.) 

Bone a signifié également but, 
terme. 

En vain fait l'ora la bone œvre, se om la 
lait devant la fin de la vie; car en vain cuert 
ki laisset lo curre anzois ke il venget al 
bone. {Livre de Job, p. 448.) 

— Angl. butt, bout, extrémité, 
but, butte ; bud, bouton, bourgeon, 
corps ayant une forme arrondie; 
bounds, borne, limite. Goth, bauths, 
bout, extrémité; anc. allem. butt, 
item, se disait surtout des extrémi-' 
tés arrondies, comme le bout de la 
mamelle, le bout du nez; allcra. 
butz, item, de plus bouton, bour-< 



CHAP. III, ÉLÉMENT GERMANIQUE. SECT. II. 297 



billon, bourgeon; hoU. bot^ bouton, 
bourgeon. 

BossEMAN, terme de marine, nom 
que l'on donnait autrefois au sous- 
officier de marine ayant le grade 
intermédiaire entre ceux de quartier- 
maître et de contre-maître. (Acad.) 
— Allcm. hootsmann, bosseman, 
composé de hoot^ nacelle, bateau^ et 
de mann, homme. HoU. 4" boots- 
man, bosseman; 2" boot, bateau; 
3° man, homme. Dan. 1° baads- 
mand; 2° baad; 3° mand. Suéd. 
4° baatman; 2° baat; 3°man. Angl. 
boatman, pilote; bout, bateau; man, 
homme. Tud, bot^ bat, nacelle, ba- 
teau; man, homme. 

Bot, adjectif, qui n'est usité .que 
dans l'expression -pied bot. — Holl. 
bot, rabougri, bot, obtus, d'où bo- 
thiel, pied bot; le suédois a con- 
servé le composé trubbot, mousse, 
obtus, rabougri, bot, qui, avec fot, 
pied, forme l'expression trubbot fot, 
pied bot. Allem. butt, obtus, mousse, 
et, au figuré, qui a l'esprit obtus, 
stupide, grossier. 

Bot, Boz^ Botte, Botterel. anc. 
crapaud; en basse latinité, botta. 
(Voir les glossaires de du Gange et 
de Roquefort.) En italien, botta. 
Renart, fait-il, à ton viaire 
Semblés hien bestes de put aire... 
Plein es de venin comme boz. 

(Ram. (lu Renart, t. Il, p. 15î.) 

Et cele (pierre) qui entre les eus 
DuBotoW croist, est plus fine, 
Qu'on seut apeler crapoudiue. 

{Tournoiement Je l'Antéchrist, p. 13.) 

Assez sovent li avenoit, 
Por son pechié, por sa malice, , 
Qu'il vooit emmi son calice 
Un grant crapout lait et hideus... 
Dévotement et par grant cure 
Se confessa de sa malice; 



Ainsi chaça hors do calice 
Confessions le bolerel. 

(Chron. des ducs de Norm. appcad. t. IH, p. 5ïJ 
et 524.) 

— Ane. allem, batte, badde, gre- 
nouille et crapaud; bas àUem. padde, 
batte; island, podda; dan. padde; 
suéd. padda, hoUand. padde , cra- 
paud . 

Boter^ botter, bouter, signifiè- 
rent primitivement heurter, pous- 
ser. 

Cil mismes ki ester vneit, ancor ne lacet- 
il mies la voie , se l'convient-il totevoies 
chaor por ce qu'il ne welt esploitier, car 
cil ki après vont le bottent et trabuchent. 
(^S,erm. de S. Bernard, p. 5G7.) 

Se aucuns ledist aucun apertement, et il 
ne li face sanc, ne chaable, ne peceuie, 
forsdeferiret de boter... (Livre deJostice, 
p. 301.) — Offilius dit que batre est o do- 
lor, et boter sanz dolor. (Ibid., citation do 
Roquefort, art. Bouter.) 

Je di, fortune ne voit goûte. 
Ou en son sens est desvoianz; 
Les uns atret, les autres boute. 

[Ruteheuf, t. 1, p. 88.) 

Ensuite bouter, botter, passèrent 
de la signification de pousser à celle 
de mettre, poser. Le premier des 
exemples suivants est assez propre 
à nous montrer comment s'est opé- 
rée la transition de la première ac- 
ception à la dernière. 

Senz un, senz merci e senz paiz 
Fut-il le jor botez e mis, 
E del tôt, fors de paradis. 

(Chron. des ducs de Norm., t. Il, p. 985.) 

Les denz en la coe li bote. 
Que il li a rompue tote. 

[Roman du Renard, I, H, p. Wt ) 

Endroit le cuer sous la mamiele 
Le trenchant coutiel apointa, 
Desi au manche li bouta 
El cors, illuecques l'a mordrie. 

(Roman de la Yio'.elle, p. I9i.) 



298 



PREMIÈRE PARTIE. 



Nous disons encore en termes de 
marine, bouter au large pour pous- 
ser une embarcation au large. De 
plus, bouter, dans le sens de met- 
tre, entre dans certaines expressions 
que nous avons conservées, telles 
que boute-feu, boute-selle, boute- 
en- train, boute -hors, boute-de- 
hors, etc. Nous avons également 
gardé le composé débouter, employé 
en termes de palais pour signifier 
mettre un plaideur hors de cour en 
le déclarant déchu de sa demande. 
Un rebouteur est celui qui fait mé- 
tier de remettre les membres dislo- 
qués. Le verbe rebouter signifiait 
autrefois remettre, reposer. 
Tôt soavet en estraignant 
L'a reboutée sor l'enfant. 

(Partonoptut de Biais, T. 1275.) 

— Holl. botzen, choquer, heurter, 
pousser; bas allem. botsen. bossen ; 
en Suisse botzen; anc. allem. bôzen; 
tud. bôzjan. 

Botte, Boutte, anc. sorte de ton- 
neau; bout, outre, pot, cantine. En 
basse latinité, butta, tonneau, baril, 
cantine, darac-jeanne ; en espagnol, 
bota, espèce de tonneau; en italien, 
botte, item; en provençal, bouta , 
dame - Jeanne , grosse bouteille. 
Boute nous a donné le diminutif 
bouteille; en basse latinité, èw^i- 
mla. 

Car j'ay ung estomach pavé, creux comme 
la botte sainct Benoist. (Rabelais, liv. I, 
ch. XXXIX, p. 45, col. 2.) 

— Tud. botaha , tonneau; anc. 
allem. butte, botte, bouttich, item ; 
allem. butte, item. An^h-sax. butte , 
bytte, grand vaisseau, grand vase, 
outre; island. bytta , item. Dan. 
boette, item. 



Botte, assemblage de plusieurs 
choses de môme nature liées ensem- 
ble : botte de foin, botte de -paille ; 
autrefois boste, d'où bostellier, bot- 
teleur. En basse latinité, bostillator; 
en patois messin, ftoc/ie, botte; en 
provençal, buissa dé carbé, botte de 
chanvre. 

— Tud. bozo, faisceau, fagot, ja- 
velle, botte; anc. allem. 6oss; allem. 
bïischel; bas allem. botsche; holl. 
bos, bussel; angl. bottel. 

Bou^ Bous, Bus, anc. sorte d'an- 
neau que les guerriers portaient au 
bras, bracelet; en basse latinité, 
boga, bouga, bauga. 

Pris la curune de sua chief et le bou de 

sun braz e aportés les ai a tei mun seignur. 

{Livre des jRo/s^p. 121.) 
El tuli diadema quod erit in capite ejus, 

et irmillim de èrachio illius,et attuli ad tt 

dominum meum hue. 

Ses armilles, qu'om bus apele, 
0(1 odure preciose e bêle 
D'or e de pierres grant e geut, 
Qui valeient maint marc d'argent. 
Laissa en une chaisne penduz. 

{Chron, des ducs Je Normandie, 1. 1, p. 341.) 

— Tud. baug, bouc, anneau, bra- 
celet, collier; goth. baug; island. 
baugr; anglo-sax. beag; holl. beu- 
gel. Tous ces mots dérivent d'une 
racine germanique qui signifie flé- 
chir, courber, ployer, en rond. — 
Tud. biugan; anglo-sax. bugan, bi- 
gan; island. beijgia; allem. beugen, 
biegen; suéd. boya; holl. buigen; 
angl. to boio. 

Boucle, bucle, bock, signifiaient 
la bosse du bouclier ; c'était dans 
Tintérieur de la concavité formée 
par cette bosse que se trouvaient le 
fermoir et les courroies servant à 
bo-.'der le bov/^lier au bras du com- 



CHAP. III, ÉLÉxMENT GERxMANIQUE. SECT. II. 209 



battant. (Voir l'article Bouclier ci- 
après.) En prenant le tout pour la 
partie, on a donné à boucle la signi- 
fication que ce mot conserve encore 
aujourd'hui. 

— Ane. allem. buchel, bosse, et 
en particulier bosse du bouclier; 
holl. bochchel, bogchel, basse en gé- 
néral; dan. bug el, item; suéd. po- 
ckel, item. Allem. buckel, bosse et 
boucle; angl. buckle, boucle. 

Bouclier. Autrefois on disait éga- 
loment boucler, bucler, dérivés de 
boucle, bucle, bocle, bosse du milieu 
du bouclier que les Romains appe- 
laient wmfto. En basse latinité, on se 
servait de bucula, buccula, bomla, 
pour désigner cette bosse, et de bo- 
cle>'ius pour signifier un bouclie. 

Et nonpourcant il (messire Raoul) met 
toute sa forche et sa pr[o]aiche, et rckieit 
monseigneur Robiert molt asprcment, et li 
donne granscos soursonesku, sili'il iifendi 
jusltes en la boucle. (Théâtre français au 
moyen âge, p. 426, col. 2.) 
E Anseis laisset le cheval curre, 
Si vait ferir Turgis de Turteluse 
L'escut li freint desus l'orée bncle 
De sun osberc li derumpit les dubles, 
I)el bon espietel cors limet l'armure. 

[Chani. de Roi. it. xcit.) 

On a dit d'abord escu bucler, escu 
boucler, pour désigner un écu à 
boucle ; puis on a supprimé le subs- 
tantif, et l'épithète seule est restée 
pour signifier cette arme défensive. 

De Charlemagne vos voeiil oir parler : 
Il est mult vieiz! si ad sun tcns uset; 
Men escient, dous cenz ans ad passet ! 
l'ar tantes teres ad sun cors demened ! 
Tanz [colps] ad pris sur sun escut bucler ! 

{Chant, de Roi. «t. xxxix.) 

On peut voir d'autres exemples 
de boucle dans le glossaire de du 



Cange, article Buccula. En basse la- 
tinité, ce mot était le synonyme de 
umbo; mais, dans les auteurs an- 
ciens, il signifiait la visière du 
casque : « Cassidis pars, quœ de- 
missa buccam tegit.» Cette dernière 
opinion est celle des plus savants 
commentateurs, bien qu'elle ne soit 
pas partagée par l'illustre lexico- 
graphe que je viens de nommer. 

— Tud. buhil, éminence, éléva- 
tion, bosse ; buckeler, bouclier. Ane. 
allem. buckel, bosse et en particulier 
bosse du bouclier, umbo,' buckeler, 
bouclier. Holl. 6o(/c/ie/, bosse en gé- 
néral; beukelaar, bouclier. Allem. 
buckel, bosse. Dan. bugcl, item. 
Suéd^ pockel, item. Angl. buckler, 
bouclier. Island. buklari^ item. 

Boue, autrefois boe ; on dit boga 
en Lorabardie. Ces mots sont de la 
même famille que notre terme de 
chasse bauge. Voyez ce dernier ci- 
dessus, p. 282. — Ane. allem. botch, 
boue, bourbe, fange; holl. bagger, 
item; angl. bog , fondrière, bour- 
bier. 

Bouée, terme de marine. Il se dit 
d'un morceau de bois ou de liége^ 
d'un fagot ou d'un baril vide qui 
flotte au-dessus d'une ancre pour 
indiquer l'endroit où elle est mouil- 
lée. (Acad.) — Dan. boy, bouée; 
allem. boje; holl. boei^ boey; angl. 
buoy. 

Bouffer, Bouffée, Bouffi, etc. 
« Bouffer, dit Nicot, est un verbe 
duquel le français n'use guère que 
par métaphore. La propre significa- 
tion est souffler à puissance d'ha- 
leine et à joues enflées ; en laquelle 
le Languedoc l'usurpe ordinaire- 
ment, disant : Ion vent bouffe 



300 



PREMIÈRE PARTIE. 



Ainsi dira le François ta bouffes, 
c'est-à-dire tu te despites ; et tu 
bouffes de courroux et de maltalent; 

TOTUS STOMACHO ATQL'E IRA TURGES. 

Parce que, quand aucun est despité 
ou courroucé, il renfle les joues^ 
comme fait celui qui bouffe et souffle 
quelque chose, laquelle raison de mé- 
taphore est suivie au mot bouffy, 
qui signifie eslevé en tumeur et 
enflé.» 

Le premier des exemples suivants 
nous offre bouffer employé dans le 
sens propre^ celui de souffler ; le se- 
cond nous présente ce mot pris dans 
le sens figuré, celui d'être bouffi de 
colère. 

Li rois l'entent boufe est sospire. 

(Kom. de Trittun, t. 1, p. 92.) 

Le grand écuyer se releva le nez de des- 
sus la table, regarda toute la compagnie 
toujours bouffant, {ilémoires de Saint- 
Simon, année 1707 ; t. V, p. 362.) 

Buffe, buffet signifiaient un coup 
sur la joue, un soufflet. J'ai donné 
ci-dessus p. 203 la raison del' usage 
que l'on faisait de ce mot dans celte 
signification, en voici des exem- 
ples. 

A cez molz se aproschad Sedechlasli flz 
Chanaan a Michée, si li empeinst un buffet. 
(Livre des Rois, p, 337.) 

Accessit autem Sedecias filins Chanaa, et 
percussit Mithœam in maxillam. 

Oué ! donne-Ii une buffe. 

( Thiâlrefmnçais au moyen %«, p. 99. ) 

Ne l'estuet pas penser a irufes, 
Batre la font et boner bufes. 
Quant maistre Corras a li vient, 
Puis que des bu/fes li sovient 
Que Diex reçut, si les reçoit. 

(Rutebeuf, t. Il, p. 198.) 

Il ne nous est resté de la première 



acception de bouffer que le substan- 
tif bouffée; en italien, 6m^o.— H oll. 
puffeti, poffen, souffler; angl. to 
•puff, item; allem. puffen, buffen, 
gonfler en soufflant dedans, être gon- 
flé, être bouffi. 

Boulevard. La signification éty- 
mologique de ce mot est celle d'ou- 
vrage de défense construit avec de 
grosses pièces de bois ; tels étaient, 
en effet, les anciens boulevards. On 
a dit autrefois bollewerque, boulevert, 
boulevart. (Voyez le premier de ces 
mots dans Roquefort.) 

La rivière de Seine estoit entre nous et 
eux ; et commencèrent ceux du roy une 
tranchée a l'endroit de Cliarenton, ou ils 
firent un boulevart de bois et de terre, 
jusquesaubout de nostre ost. iMcmoires de 
Philippe de Commines, liv, I, ch. x, p. 22, 
col. 2.) 

Et a ceste cause furent faits dessus les 
dits murs plusieurs taudis, bouleverts et 
tranchées au long des dits murs- {Livre des 
faits advenus au temps du roy Louis XI, 
par Jean de Troyes, édit. du Panthéon litté- 
raire, p. 254, col. 2.) 

Au moyen âge on éleva des boule- 
vards autour de beaucoup de villes 
pour les défendre contre les attaques 
des ennemis. Les terre-pleins de ces 
boulevards furent complantés d'ar- 
bres, soit pour empêcher le terrain 
de s'ébouler, soit pour procurer une 
promenade ombragée aux habitants 
de la ville. De là vient que ftou/euarci 
se prit dans la suite pour une pro- 
menade extérieure située autour 
d'une ville. On bâtit des maisons le 
long de cette promenade, qui devint 
ainsi une espèce de rue plantée d'ar- 
bres. Enfin on appela boulevard 
toute rue complantée d'arbres, se 
trouvât -elle dans le cœur même 



CHAP. m, ÉLÉMENT GERMANIQUE. SEGT. II. 30f 



d'une ville ; tels sont plusieurs bou- 
levards de Paris, et particulière- 
ment celui de Sébastopol que l'on 
achève en ce moment. 

— Ane. allem. bohle_, holo, tronc, 
poutre , madrier ; werk, ouvrage. 
Dan. ^°bolverk, boulevard j 2° bul, 
tronc ; 3" verk , ouvrage. Suéd. 
4o bolverk ; 2° bohlen; 3° verk. 
Angl. 1° bulwark; t^bohle; ^'work. 
Allem, boUwevk, boulevard; bohle, 
madrier; xcerk, ouvrage. Holl. bol- 
werk, boulevard ; werk, ouvrage. 

Bouline. Cordage dont l'un des 
bouts est fixé vers le milieu de chaque 
côté d'une voile carrée et dont l'autre 
bout s'amarre généralement sur l'un 
des points de l'avant du navire. On 
trouve boeline employé au xii* siècle. 

Estuins ferment et escotes. 
Et font tendre les cordes totes; 
Utages laschejit, très avalent, 
Boelines sachent et baient. 

{Rom. (U Brut, t. II, p. lit.) 

— Dan. i» bougline, bouline; 
2" huQj l'avant, la proue ; 3° Une, 
corde. Angl. ]° bowline; T bow; 
3° Une. Allem. \'' boleine; Tbug, 
3° leine. Holl. 6oe/yw, bouline ; ?(;«, 
corde. Anglo-sax. bow, l'avant, la 
proue; Une, corde. Island. et suéd. 
hog, proue; Una, corde. (Voir l'ar- 
ticle Bout, terme de marine.) 

Boulon, Bouzon, gros trait d'ar- 
balète dont l'extrémité se terminait 
par une tête ; il ressemblait en cela 
au matras. (Voir ce dernier mot 
parmi les mots d'origine celtique, 
eh. n, sect. n, p. 243.) En italien, 
bchone, polza, avaient autrefois la 
même signification; en langue d'oc, 
bosso; en basse latinité, bo1ta,puho. 
Pierre Crescenzi, savant agronome 



italien du xiii» siècle, dans son Opiis 
ruraUmn commodorum , liv. X^ 
ch. xxYiir^ dit en parlant de cette 
sorte de traits : « Puhones dicun- 
tur sagittee balistarum in capitc 
grossae. » La traduction française 
de cet ouvrage, faite au xiv' siècle 
sous le titre de Proiiffits champestres 
et ruraulx_, etc., interprète la défi- 
nition de l'auteur italien par ces 
mots : Materas gros en la teste de 
devant. 

Nous appelons encore aujourd'hui 
boulon une grosse cheville de fer 
munie d'une tête à l'un de ses 
bouts. Son nom lui est venu de ce 
que sa forme était celle de l'espèce 
de trait qui fait le sujet de cet ar- 
ticle. (Voir à l'article Matras, déjà 
cité , une dérivation analogue du 
sens primitif de ce mot.) 

Moult fu quens Turgibus de grant renon. 
Il prist un jor son arc et son boulon. 

{Roman (TAmligier ciié par Roqaefort, art. BouIoh.) 

Si cum aleient ainsi parlant. 
Si unt weu un hum errant, 
Arcpurteit, sajette, bouz-uns. 

(Marie de Fronce, t. Il, p. 3G0.) 

— Tud. bolz, javelot, gros trait; 
anc. island. bolti; anglo-sax. boita; 
angl. boit, trait, javelot^ verrou; 
allem. bolzen, gros trait^ javelot, 
cheville de fer munie d'une tête, 
boulon; holl. pois, sorte de bâton 
ferré, brin d'estoc. 

BouNDEL, anc. faisceau^ fagot. 
(Voir le supplément du glossaire de 
Roquefort.) — Anglo-sax. byndel, 
byndela, faisceau^ fagot, dérivé de 
hyndan, bindan, lier, attacher. Holl. 
1° bondel, biindelja.isceeiu; 2° 6m- 
den, lier. Allem. 1° bund, bundel; 
2° binden. Angl. {° bundle; 2" to 



303 



PREMIÈRE PARTIE. 



tind. Dan. -lo hundt; 2» binde. 
Suéd. 40 bunt; 2° binda. 
Bouquet. (Voir Bois.) 
Bouquin. — Ane. holl. boeckin, 
petit livre, diminutif de boec, livre. 
Holl. moderne, boek, item; tud. 
buoch, buohj item; gotli. ôonos , 
boks, item; anglo-sax. boec, boc; 
island. bok; allem. buch; dan. bog, 
boog; suéd. bok; holl. boeh; angl. 
book. 

Bouquin n'est probablement pas 
bien ancien dans notre langue. Il a 
été forme d'un diminutif germa* 
nique de la même manière que 
mannequin, qui est moderne; anc. 
holl. 1° mannekin, petit homme; 
de 2° mann^ homme, Allem. 1 mann- 
chen; 2° mann. Goth. manna, 
homme; tud. anglo-sax. island. 
angl. mcn, item. 

BouKACAN, sorte de gros camelot; 
en basse latinité, barracanus. — 
Dan. barkan^ bouracan; suéd. bare- 
kan; allem. berkan; angl. barra- 
can ; holl. barkaan. 

Bourg, bourc, burg, bure, bore, 
bor signifièrent d'abord ville défen- 
due par une forteresse, par une ci- 
tadelle, par une enceinte de mu- 
railles, ville forte; bourg s'employa 
ensuite pour une ville en général; 
enfin il prit la signification qu'il 
conserve encore. 

Li bochicr d'Orlions prennent sor chas- 
cune beste six deniers, et mêlent en une 
boele a défendre cels de lor bore contre 
autres genz. {Livre de Joslice, p. 7.) 

Roquefort cite les deux exemples 
suivants dans son glossaire, art. 
Bore : 

Ici sont li quatre livres des Dialogues 
Grégoire, lo papa del tors do Rome, des 



miracles des porcs de Lumbardie. (Titre 
des Dialogues dp saint Crésoiie.) 

El lems alsiinent de cel meisnie prince, 
qiKint Dacius H vcske dcl bure de Moilans, 
demcneis por la cause de la foid, s'en aloi 
al bore de Conslanliuoble, dunkes vint-il 
a Corinthe. {Dial. de S. Grog. liv. IV, 
ch. lu.) 

Ce dernier passage répond à ces 
mots latins : « Ejusdem quoque 
principis tempore, cum DatiusMedio- 
lanensis urbis episcqpus, causa fidei 
exactus, ad Constantinopolitanam 
urfeempergeret, Corinthum devenit.» 
Tud. bxirg, bure, ville défendue 
par une forteresse, ville protégée par 
une enceinte de murailles , ville 
forte; de bergan, défendre, proté- 
ger, garantir. Goth. I" baurgs,\'û\é 
forte; 2° bairgan, défendre. Anglo- 
sax., r burg, burig, byrig, burh; 
2° beorgan, beorgian. Island. 1 " borg; 
2° berga. Allem. burçj, château fort, 
forteresse; bergen, défendre. Dan. 
borg, forteresse; vœrge, défendre. 
Suéd. borg, forteresse; bœrga, dé- 
fendre. Holl burg, forteresse ; 6er- 
gen, défendre. Angl. burg, château 
fort, forteresse, bourg. 

Bourre, poil de plusieurs ani- 
maux, comme bœufs, vaches, chè- 
vres, cerfs, etc. qu'on enlève de des- 
sus leurs peaux quand on les pré- 
pare dans les tanneries. (Trév.) En 
basse latinité, burra. — Anglo-sax. 
byrst, poil; angl. beard, item; allem. 
borste, poil de cochon; dan. boerste , 
item.; suéà. borste, item; holl. 
borstel, item 

Bout, dérivé Bouton; en basse 
latinité, butum. bout.— Anc. allem. 
butt, extrémité, bout ; se disait sur- 
tout des extrémités mousses ou ar- 
rondies, comme le bout de la ma- 



CHAP. III, ÉLÉiMEiNT GERMANIQUE. SEGT. II. 3Ô3 



melle, le bout du nez ; allem. butz, 
item; de plus, bouton^ bourbillon, 
bourgeon; hoU. bot, bouton, bour- 
geon; angl. butt, bout, extrémité, 
but, butte. 

Bout, en terme de marine, se dit 
dans quelques phrases de l'avant, de 
la proue du bâtiment : « Ce bâti- 
ment a le bout à terre ; il court, il 
donne de bout à terre ; cette embar- 
cation nage bout au vent, bout au 
courant, bout à la lama; elle est de 
bout au vent, au courant, etc. Avoir 
vent de bout, avoir vent contraire; 
on écrit aussi debout en un seul 
mot. » (Acad.) Il est vrai que bien 
des marins écrivent debout; mais 
l'Académie n'aurait point dû auto- 
riser cette orthographe vicieuse qui 
provient d'une singulière confusion 
d'idées. C'est déjà par une semblable 
confusion que l'on écrit bout de na- 
vire comme on écrit bout du doigt, 
bout de l'oreille. Le terme de ma- 
rine devrait s'écrire bou ou boiig, 
(Voir ci-dessus l'article Bouline.) 

— Anglo-sax. bow, l'avant, la 
proue ; island. et suéd. bog ; dan. 
bug; angl. bovo ; allem. bug. 

Bkacque, aïic. terre en friche, ja- 
chère ; en basse latinité, bracus. 

Ce faici, issoyenl hors, tousjours confe- 
rens des propous de la lecture, et se des- 
portoyent en bracque , ou es prez , et 
jouoyent a la balle, a la paulme, a la pile 
trigone, gualantement s'exerceans le cors, 
comme ilz avoyeut les âmes auparavant 
exercé. (Rabelais, liv. I, cb. xxui, p. 26, 
col. 2.) 

— HoU. 6ma/iî, adj. et subst. si- 
gnifie à la fois qui est en jachère, 
qui est en friche, et terrain qui est 
en jachère, en friche; allem. brach, 
adj. en friche; broche, subst. terre en 



friche, jachère ; dan. brahîand, item; 
mol composé de brak et de land, 
terre. Dans cette dernière langue, 
brak signifie qui est à l'état naturel, 
qui n'est point travaillé , qui n'est 
point préparé ; il se dit particulière- 
ment dans le sens d'écru en parlant 
du fil, de la toile. 

Braidif, Braidis, anc. ardent^ 
enflammé de désir, de courage, im- 
patient. 

Se un petit se retenissent, 
El 'a lor gcnt se resirainsissent, 
Grans pris et grans los i eussent, 
Et encore garir peussent; 
Mais il furent trop volantif, 
Et de ferir avant braidif. 

(Rom. de Brut, I. 1 1 , p. SOÎ.) 

Et quant il vit qu'il ert seuz. 
As sutns fait prendre lur escuz. 
Puis muntent es chevals braidis. 

(Chron. desduct de Norm., t. I, p. 175.) 

— Holl. branding , ardent , en- 
flammé, au propre et au figuré, dé- 
rivé de branden, être en feu, brûler. 
Dan. i° brœndende,Qxàç.xii; %°brœn- 
de, brûler. Suéd. 4« brinnande ; 2* 
brœna. Tud. brinnan, brcnnan, être: 
en feu, être enflammé, brûler. An- 
glo-sax. Urnan, byrnan, item. Is- 
land. brenna. Allem. brennen. A.ng[. 
to burn. 

Brais, Bray, Brès signifiaient 
autrefois orge préparée pour faire la 
bière; en basse latinité, brasium, 
braseum , bracium, brace. Nous 
avons dit brasse pour bière. (Voir 
Roquefort et du Gange.) Il nous est 
resté brassin, brasser (basse lat. 
brassare, braxare, braciare) , bras- 
serie (basse lat. brasseria, bradaria), 
etc. tous dérivés d'un primitif ger- 
manique et non point da français 



304 



PREMIÈRE PARTIE. 



6ms, comme on l'admet générale- 
jnent. — AUem. 1° brau, et avec le 
préfixe ge, gebràu, gebràiige, bras- 
sin ; 2° brauen, brasser de la bière; 
aoôrawerei, brasserie. HoU. 1 ° brouw- 
sel, gebroict ; 2' bromven ; 3° brou- 
ivery. Tud. briuimn, brasser de la 
bière. Anglo-sax. brivan, briwan, 
item. Angl. to brew , item. Dan. 
brygge, item. Suéd. brigga, item. 
Tous ces mots sont de la même fa- 
mille que le tudesque brio, bri, 
bouillie; anglo-sax. brig, briv,item; 
anc. allem. bri; allem. moderne, 
brei; hoU. brij, bry. 

Braise; en italien, brace, brada-, 
en espagnol, brasa-, en provençal, 
bmza. — -Island. brasa, feu ardent, 
braise, de 5rmna, brûler ; tud. bren- 
nan, brinnan, brûler; goth. brin- 
nan ; anglo-sax. bTjrnan ; allem. 
brennen ; dan. brœiide ; suéd. brœn- 
na; holl. bra^iden; angl. to burn. 

Bramer, « c'est crier énormément. 
Le Languedoc et nations adjacentes 
en usent ordinairement, disant bra- 
mar, qu'ils attribuent proprement 
au braire des asnes, et, par méta- 
phore, à tout cri hautain.» (Nicot.) 
Aujourd'hui, bramer ne se dit plus 
qu'en parlant du cerf. — Tud. bre- 
mariy mugir, rugir. Anglo-sax. bre- 
man, item. Allem. bmmmen, gron- 
der, mugir; brumft, brunft, cri du 
cerf quand il est en rut . Dan . 
brumme, mugir. Suéd. bnmma, 
item. Holl. brommen, item. 

Brand,Braist, Bran, BRANC,anc. 
glaive, épée. 

Jesbidenob... oui ceint un hrant nuef 
{Livre des Rois, p. 203.) 
Jesbidenob... accindus crat ense novo 
Al Iratit d'acer l'cntrenchet V. des laz. 

(Chnns. de Rot., it. ccl.) 



Forz fa li ber, li cos fu granÉ 
Et li branz fu dur? et tranchanZi 
Le hiaume faudi et quassa, 
Bien le feriet assena, 
Dusqu'as espalles le fendi. 

{nom. de Brut, t. U, p. 203.) 

— Anglo-sax. brand, iiranif,glaive, 
épée; island. brandr ; anc. angl. 
brand. Tous ces mots paraissent 
tenir à brant, brand, tison (Voir ci- 
après l'art. Brandon) ; c'est ainsi 
qu'en espagnol tizon, tison, a for- 
mé tizona, épée; on désigna d'a- 
bord par ce mot la fameuse épée du 
Cid, comme chez nous on appela 
Durandal l'épée de Roland et Joy- 
euse celle de Charlemagne. 

BrandeVin, eau-de-vie faite avec 

du vin. Ce mot n'est probablement 

pas fort ancien dans notre langue . 

— Allem. 1" brantwein, brandevin, 

composé de 2° brennen brûler et de 

3» wein, vin. Holl. 1" brandewijn, 

\ 2° branden, S'^wijn.Da.n. \°bromd~ 

evin, %°brœnde, 3° lun. Suéd. 1° 

brœnwin, 2° brœnna, 3° tf in. Angl. 

brandy et unne-bra7idy, hra.Mevin; 

to feitrn; brûler; îDine, vin. 

Brander^ anc. être en feu, être 
en flamme, être en combustioe. Ce 
verbe est de la même famille que 
braidif et brandon. (Voyez le pre- 
mier de ces mots ci-dessus et le se- 
cond ci-après.) 

Tute \i terre brandc; pensez del espleitier: 
Li vielz rei d'Engletcrre aurad des suens 
mestier. 

( Chrott. de Jordan Fanlosme, p. 509.) 

— Holl. branden, être en feu, brû- 
ler, dan. brœnde, item; tud. brin- 
. nan ; anglo-sax. birnan, byrnan ; 
island. brenna ; suéd. brœna ; allem. 
brennen; angl, to burn. 
Brandir, secouer, agiter une épée, 



GHAP. III, ÉLÉMENT GERMANIQUE. SEGT. II. 305 



une lance, etc. comme pour se pré- 
parer à frapper. Ce verbe a donné 
branler, qui est un fréquentatif. En 
provençal, brantar signifie secouer, 
agiter; branduciar, agiter fréquem- 
ment, branler. Brandir a pour pri- 
niitif brand, glaive, qui se trouve ci- 
dessus. De dard on a fait de même 
darder. 

Brandon signifiait autrefois mor- 
ceaudebois enflammé, tison, torche. 
Nous disons encore au figuré : « Les 
brandons de la discorde, les bran- 
dons de la guerre civile.» On appelle 
dans quelques pays dimanche des 
brandons le premier dimanche du 
carême , parce que ce jour - là 
le peuple allumait autrefois des feux, 
dansait alentour et parcourait les 
rues en agitant des tisons allu- 
més . (Voir Trévoux, art. Brandon.) 

Ce fu la table d'or, plus noble ne vit-on, 
Que toute estoit d'or fin sans cuivre et 
sans laiton; , 
Si fu 11 escarboucle assise ens où moilon 
Qui reluisoit par nuit ausi cler qaebTandun. 

(CAroH. de du Gutsclin, t. 1, p. 374.) 

Par nuit obscure a tel clarté, 
Que il n'estuet à nul garçon 
Porter lanterne ne brandon. 

{Floire tt Blanceflor, ëdit. du Mëril, p. 65.) 

— Tud. brant, tison, de brinnan, 
brsnnan, être enflammé, brûler. 
Anglo-sax \ o brand, tison ; 2° bir- 
nan, by r7ian, brûler . Island.i o brand; 
20 brenna. AUem. \obrand; %^bren- 
nen. Dan. < o brand ; 2» bromde . 
Suéd, \o brand; 2° brœna. HoU. 
\obrandhout; %° branden. Angl. 
40 brand; 2° to bum. 

Braon , anc. partie charnue du 
corps de l'homme et des animaux, 
morceau ,de viande propre à être 



rôti ; ce mot se prenait particulière- 
ment pour la partie la plus charnue 
de la jambe et du derrière, le mollet 
et la fesse. En langue d'oc, brazon 
avait la même signification. (Voir 
M . Raynouard, Glossaire des Trou- 
badours, t. II, p. 247.) En basse la- 
tinité, brado signifiait jambon, en 
patois messin, braon, mollet. 

Quant oït que son oncle morroit 
Por venoison que il n'avoit... 
Un braon trança de sa quissc; 
Larder le list et bien rostir, 
A son oncle le flst offrir. 

(Ram. de Brut, t. 1 1, p. 272.) 

Plate banque ronde gambete, 
Gros braon, basse quevillette ; 
Pié vautic, haingre, a peu de cbar. 

{^Li Jut Adun ou de la Feuittie, dam le Thëàtr* 
français au moyen âge, p. 61, col. I.) 

Li cers pas^e outre, et tôt 11 cien 
L'encaucierent après si bien, 
K'entour et environ li viennent, 
As ners et as braons le tiennent ; 
Si l'ont par force a terre mis. 

(iloni. de Rott, cité par Roquefort, art. Braon.) 

— Tud. brât, fcrâfo, partie la plus 
charnue du corps de l'homme ou 
des animaux (lat. pulpa) ; island. 
brâd, item; a.nc. aljem. brado, mol- 
let; angl. breech, fesse. 

Braque, Braconner; en basse lati- 
nité, bracco, chien braque; en ita- 
lien, bracco; en langue d'oc, brac. 
On trouve fréquemment brache, 
brachet, avec la même signification, 
dans nos anciens auteurs : 
Moult amoit bruches et lévriers, 
Etveneors et braconniers.... 
Ses braches et ses loïmiers 
Acouplait por aler chacier. 

{Dohpalhos, ^dit. J(nnet, p. 317.) 

Ses forestiers a fet viser 

U il porreit granz cerf truver ; 

Rfz e saetes flst porter 



r 



20 



306 



PREMIÈRE PARTIE. 



E cliipnz asanl, s'ala berser ; 
As vfineors e as varleîz 
Fitjmener loz ses brachei 
E limiers 

(Rom. de Rmi. t. 1, p. 288.) 

— Tud. Irak, braccho , chien 
braque: allem. brack; holl. brak, 
braak; angl. brach. 

Bréchet, l'os de la poitrine, celui 
auquel aboutissent les côtes par- 
devant; plus parti culièrementrextré- 
mité inférieure de cet os, (Acad.) 
Brus signifiait autrefois poitrine. 
(Voir ce mot ci-après.) 

Qaant ce vint on tour de Chicquanous, 
ilz le festoyarent "a grandz conpz de gante- 
letz, si bien que il resta tout eslourdy et 
ineurtry, ung œil poché on beurre noir, 
huyct costes froissées, le bréchet enfon- 
dré... (Rabelais, Pantagrnel,\\\.l\\ ch.xp., 
p. 227, col. 1.) 

— Tud. 'brust, poitrine; goth. 
brusts; anglo-sax. breost; island. 
briost; allem. brust; dan. bryst; 
suéd. brœst; holl. brost; angl. 
breast. 

Bréhaigne. Il se dit des femelles 
des animaux qui sont stériles. Ainsi, 
on appelle carpe bréhaigne une 
carpe qui n'a ni œufs ni laite. Bré- 
haigne se dit quelquefois substanti- 
vement d'une femme stérile. C'est 
une bréhaigne. (Acad.) 

Bréhaing, bréhaigne, baraigne, 
etc. signifiait autrefois stérile, en 
parlant des femmes, des femelles des 
animaux, de la terre, des arbres, etc. 

Mult par fusl bons H surjurs a ceste cl- 
ted, si cume bien le veis, si pur ço nun que 
pesmes sunt les eves e baraignes les terres. 
{Livre des Rois, p. 3o0.) 

Ecce habitalio civitatis hujus oplima est, 
sicut tu jpse, domine, perspicis : sed aquœ 
pessimœ sunt, et terra sterilis. 



Mull devons estre sonious ke pau ne soit 
de noz biens et ke il ne soient senz discus- 
sion, u ke nos soiens terre brehagne. (Livre 
de Job, p. 447.) 

Enfant ne pooit avoir, 

Et cuidoit bien ke la reïne 
Deust toz jors estre brehigne. 

{Dolopalhoi, id\t. Jannet, p. 39.) 

— Ane. allem. brah, brach, sté- 
rile se disait en général; anglo-sax. 
bar, item; angl. barren, item; allem. 
brach, stérile, inculte ne se dit plus 
que de la terre; holl. braak, item. 

Brelan, Berlan signifiaient au- 
trefois une petite table dont on se ser- 
vait pour jouer, une table àjeu. Au- 
jourd'hui brelan est employé en mau- 
vaise part et sert à désigner un lieu 
où l'on joue à difi"érents jeux de carte. 
On a pris le contenu pour le conte- 
nant^ comme il arrive souvent. Nous 
disons de même le bureau, le comp- 
toir, la banque pour désigner l'en- 
droit où se trouve un meuble du 
même nom. Voyez t. II, p. 228. 

Un berlenc aporte et trois dez. 
De lez le jongleor s'asit 
Tout coiement, et si !i dist : 
Amis, fet-il, veus-tu jouer ? 
Vois, quel berlenc por hazeter; 
Et s'ai trois dez qui sont plenier, 
Tu pues bien a moi gaaignier 
Bons esterlins priveement. 

(Batbaian, Fahlinux, t. 111, p. 986.) 

Ostes, troi dés et un brelenc; 
Vès ichi nosire chambrelenc 
Qui chi se veut solacier. 

{Ihid., t. IV, p. 41.) 

— Ane. allem., 1° bretelin, petite 
table, diminutif de 2° bret, table ; 
allem., 1° bretlein; 2° brett; holl., 
1° bordlein; 2° bord; dan. bret et 
bord, table; tud. bret et bort. 

Brème, poisson ; autrefois brasme. 



CHAP. III, ÉLÉMENT GERMANIQUE. SECT. IL 307 

toit construit en charpente, appuyé 
contre une muraille, et soutenu en 
avant par des piliers, appentis fait 
avec des planches. Brétecque, bré- 
teche, etc., se prirent ensuite pour 
une construction faite avec des ma- 
driers, destinée à mettre les soldats 
à couvert de l'ennemi ; ils s'em- 
ployèrent également pour signifier 
une espèce de tour de bois dont on 
se servait pour attaquer ou pour dé- 
fendre les murs d'une ville ou d'un 
château. En basse latinité, hreta- 
chia, hretechia, bertescha; en ita- 
lien, bertesca ; en espagnol, bretesa. 



brame. — Tud. brahsema, bres- 
semo; brahsina , brème; dan. 
brasme; angl. bream; hoU. breas- 
sem; allem. brachse,brassen; suéd. 
braxen. 

Brequin, anc. outil d'artisan qui 
sert à percer. Le brequin est propre- 
ment la partie du vire-brequin 
qu'on appelle la mèche. (Trévoux.) 
L'Académie n'admet plus aujour- 
d'hui que vilebrequin qu'elle dé- 
finit: Outil d'artisan qui sert à 
trouer, à percer du bois, de la pierre, 
du métal^ par le moyen d'une mèche 
de fer qui a un taillant en spirale et 
qu'on fait entrer en la tournant. 

On voit, par la citation de Tré- 
voux^ que l'on disait anciennement 
vire-brequin pour vilebrequin; virer 
signifiait tourner, et avait trait à la 
manière dont on fait entrer la mè- 
che ou brequin. — Tud. bora, pora, 
vrille, brequin; borjan, borôn, per- 
cer , perforer. Allem. bohreisen, 
mèche du vilebrequin, brequin ; 
bohrer, tarière, vilebrequin ; bohren, 
percer, trouer, forer. Holl. boor, vile- 
brequin; booren, percer, forer. Dan. 
brœkke, item. Suéd. bœra, item. 
Angl. to, bore, item. 

Brequin ne dérive pas directe- 
ment de bora ou boor, mais d'un 
diminutif tel que borekîn, boorkin, 
borechen. (Voyez ci-dessus l'art. 
Bouquin.) 

Bressin, terme de marine, corde 
qui sert à hisser ou à amener une 
vergue ou une voile. — Holl. bras, 
bressin; angl. brace ; allem. bras- 
sen ; island. bras. 

Brétecque, Brétesce, Brétéche, 
Brétesche, etc. anc. Ces mots si- 
gnifièrentprimitivementune sorte de 



Un possesseur d'un héritage, ou de plu- 
sieurs, ne peut faire bretfcqurs, boutures, 
saillies, ni autres clioses sur la rue a l'en- 
droit desdits lieritages, an préjudice de ses 
voisins. (Countiimes de l'eschevinage d'Ar- 
ras, art. 15; citation de du Gange, a la fin 
de l'article Drelnchicf.) 

Treis chasteaus fist faire environ, 
Clos de fosseï od heriçons, 
Od bret esches e od paiiz. 
De granz chaisnes lonz e fentiz. 

{Chron. des ducs de Norm., t. III, p. 91.) 

Il (Rollon) od ses privées maisnées. 
D'armes mult bien apareillées. 
Vint "a Paris entre tanz dis. 
Qu'il r'a hardiement assis. 
Dunt il furent as jorz entiers 
Les assauz fsiz granz e pleniers. 
Mainte œuvre i avint renomée 
Qui ci ne vos ert pas contée. 
Fait i unt puis de granz cloisons, 
Fossez, paliz e heriçons, 
Bretesches e ponz torneiz. 

{CAron. det dues de Norm., 1. 1, p. 950.) 

Li feus esprent si durement, 

E si très merveilleusement. 

Pour les haiz (ais) qui sont toutes sèche», 

Qu'il se flert du baille es breteches; 

Et puis, si con le vent l'aporte. 

Par leanz en chascune porte, 



308 



PREMIÈRE PARTIE. 



En tours, en «aies et en chambres ; 
Du chastel ardent tous les mambres. 

(fimnclie des royaux lirjmiges, t. 1, p. 16*0 

Le jor oevrent, la nuit se gaitent ; 

Bretesces et tor apaieillent, 

Corn li un dorment 11 autre veillent. 

(Rom. dt Biui.i. 11, p. 243.) 

Bréteche est composé de deux 
mots germaniques signifiant toiture 
formée avec des madriers. Cette si- 
gnification est parfaitement d'accord 
avec le sens primitif du mot. Boule- 
vard, autre sorte de fortification^ est 
un composé analogue signifiant éti- 
mologiquement ouvrage fait avec 
des madriers. (Voir ci-dessusp. 300.) 
— Ane. allem. brett-tach, cons- 
truction de bois en forme de toit, 
appentis fait avec des madriers; 
composé de brett, bort^ ais, planche^ 
madrier, et de tach, qui se disait de 
tout ce qui sert à couvrir, à mettre 
à l'abri, couverture, toiture, appen- 
tis, etc. Tud. \° bret, planche, ma- 
drier; 2° tak, dak, couverture, toi- 
ture. Anglo-sax.1° tord; 2° theccene. 
Island. '["bord; %° theki. Allem. 
^°bret; 'i°dach.no\\.\°bord; î" dak. 
Dan. \° bret, bord'jfdœkke.Snéà. 
1» bord; 2° tœck, tœcke. Angl. 
4° board; t" deck, tillac. 

Bricole, Bricole, ancienne ma- 
chine de guerre dont on se servait 
pour lancer des pierres et des traits; 
en basse latinité, bricola. 

En et sur cette tour avoit une bricole qui 
pas n'estoit oiseuse, mais tiroit et jetoit 
carreaux contre les naves des chrétiens; et 
sur chacune des tours de la ville, au lez 
devers la marine, avoit aussi pour défense 
une bricole bien jetant. (Froissart, liv. IV, 
ch. XXV, t. m, p. 83.^ 

— Tuà. sprengjan,spre7ir}an, lan- 



cer de tous côtés, jeter çàet là, ré- 
pandre, asperger; anglo-sax .spren- 
gan; island. spreng m; allem. spren- 
gen; holl. sprengen; suéd. sprœnge; 
dan. sprenge; angl. tosprinkle. 

Bricoler, terme de jeu de paume. 
Faire rebondir la balle obliquement, 
en la lançant contre un des murs 
de la longueur du jeu de paume. En 
espagnol, brincar, sauter, resauter, 
bondir, rebondir.— Tud. springan, 
sauter, bondir, rebondir. Anglo-sax. 
springan,spymgan. Suéd. springa. 
Holl. spmge/t. Allem. i" springen, 
sauter, bondir, rebondir; 2° prallen, 
rebondir obliquement, bricoler. Dan. 
i" springe; 2° prœlle. Angl. \° to 
spring; 2° to bricoU. 

Bricon, anc. scélérat, coquin, fri- 
pon, drôle, vaurien, maraud ; en 
italien briccone. L'auteur anonyme 
de la Vie de saint Thomas de Can- 
torbéry raconte que cet archevêque 
fut massacré par quatre hommes 
qui se présentèrent à lui comme 
messagers de Henri II, roi d'Angle- 
terre. Après avoir fait connaître trois 
des assassins, il dit en parlant du 
quatrième : 

Le quatre fu le Breton 
Qui ad ovré cum bricon 

Par l'Encmi {le diable'}; 
Car de Deu a perdu la beneiçon. 

(Viedesninl Thomas^ à la suite lie la Chron. des 
duci de Kurmandie, t. 111, p. 492.) 

En piez se drecet, si vint devant Carlun, 
Mult fièrement cumencel sa raisun, 
Et dist al rei : Jà mar crerez bricun. 

CChani. de Roland, it. it.) 

— Tud. hrecho, violateur, mot 
servant à former l'expression hûs- 
brecho, celui qui pénètre dans une 
maison par effraction, un pillard, 



CHAP. III, ÉLÉMENT GERMANIQUE. SECT. II. 309 



un voleur; composé de hùs, maison 
et de brecharij briser, faire effrac- 
tion. HoU. breeker, violateur que 
l'on ne trouve plus que dans des 
composés tels que egtbreeker, celui 
qui viole la foi conjugale, un adul- 
tère. Anglo-sax. brica_, malfaiteur, 
scélérat; anc. frison breker un cri- 
minel, un coupable; allem. verbre- 
cher, item, composé au moyen du 
préfixe ver. 

Bride. — Tud. brittil, bride; 
anglo-sax. bridils, bridel, bridl ; 
anc. allem. breidel, briddel; hoU. 
breidel; a,ng\. bridle. 

Brin , anc. bord d'une rivière. 
(Voir ce mot dans le glossaire de 
Roquefort.) 

— Anglo-sax. brymme, bnmme, 
bord en général, et particulière- 
mentbord d'une rivière; island.fen'w, 
bord; dan. brœme, brème; suéd. 
brœm; angl. brim ; allem. brame , 
bprd, bordure, lisière d'un champ, 
Brinde , coup qu'on boit à la 
santé de quelqu'un, et qu'on porte 
à un autre : « Porter des brindes, 
hoïve des brindes à la ronde.» (Acad.) 
Faire un brindes. (Recueil des let- 
tres de Henri IV, publié par M . 
Berger de Xivrey, t. VI, p. 485.) 

— HoU. brcngen, porter une san- 
té : ik breng u, je porte à vous , 
e'est-à-dire je porte votre santé; 
allem. bringen et zubringen, porter 
une santé; ?,uéà. bringa^item ; àa.n. 
bringe, item ; jeg bringer eder eders 
sundhed ; littéralement : Je porte à 
vous votre santé. 

Les Italiens disent far brindisi, 
pour signifier boire à la santé de 
quelqu'un; il peut se faire que notre 
mot brinde vienne de cette expres- 



sion que les Italiens auraient em- 
pruntée des Allemands, selon l'o- 
pinion de Jean de La Case et de Fer- 
rari. 

Brin d'estoc, long bâton ferré à 
l'aide duquel on saute les fossés, les 
ruisseaux, etc. On écrivait autrefois 
en un seul mot brindestoc. (Voir le 
dictionnaire de Borel.) Depuis, une 
étymologie ridicule a fait changer 
l'orthographe de ce mot. Des esprits 
ingénieux, au nombre desquels se 
trouve Le Duchat, ont vu dans un 
briîidestock un brin, un fragment de 
tronc mort appelé autrefois estoc. 

— Allem. spring stock, hnn. d'es- 
toc^ composé de springen, sauter et 
de stock, bâton. HoU. springstok, 
brin d'estoc : springen, sauter ; stok, 
bâton. Tud. 4" springan, sauter; 
2°sfoc/i, bâton. Anglo-sax. >i'>spryn- 
gan; 2° stocce. Suéd. 1° springa; 
2° stok. Dan. 1° springe ; T stok. 
Angl. \° tospring; T stock. 

Brise, terme de marine. Nom 
générique qu'ondonne au vent quand 
il n'est pas très-violent : petite brise, 
jolie brise, bonnebrise. (Acad.) — 
Angl . breeze, brise ; breath, souffle ; 
tobreathe, souffler. Anglo-sax. 4° 
brathe, souffle; 2° 6m^/ian^ souffler; 
Dan. \° blœst; 2° blœse. Suéd. 4° 
blaast; %° blaasa. HoU. 1° geblaas, 
avec le préfixe ge; 1° blaazen. Tud. 
hlasan, souffler ;allem. blasen, item. 
Broigne, Bruine, Brunie, anc. 
cuirasse ; en basse latinité, brunia. 

Ci eut tante grant lance fraite, 
E tante espée oscliée ei traite, 
E tante broine desmailée, 
En sanc arosée et inoilliée, 
De tanz heaumes rompuz les laz , 
E tanz homes envers eplar, 



310 



PRExMIÈRE PARTIE. 



Morz e saugleuz par sus ies bos. 

{Chron. dtt duct de Norm., t. 1, p. 165.) 

La veissiez mainte lance enpuignle 
El milnie broigne qui luistet reflambie. 

ILî moniayes lienoitarl, ms. de la Blblîoibéque 
impériale, n»6985, f 231 6itv', col. 2, t.33, 
cité dans ta Cbronlque des ducs de riormaadie, 
t. 11, p. 529, noie.) 

Il lur a cumandet que aient vestu brunies, 
E capes afublez, e ceintes espées burnies. 

( Voyage de Ckarlemagne à Jérui., r. 635.) 

— Tud. hrunjâ, hnmnâ, cuirasse; 
goth. bruîijô; anglo-sax. byrna; 
anc. allem. hrùne; island. brinja. 

Bru, Briu, anc. ruisseau, petit 
cours d'eau, source. (Roquefort.) — 
Tud, bntoh, brôca^ ruisseau; anglo- 
sax. hrûc; angl, brook. 

Bru, belle-fille. Ce mot signifie 
nouvelle épouse dans le patois du 
pays de Bray. On écrivait autrefois 
brut. 

Une noble dame es contreies de Toscane 
avoit une brut. (Traduciion des Dialogues 
de saint Grégoire, liv. I, ch. x ; citation de 
Roquefort, art. Matrone,) 

On lit dans le texte latin : 

Matrona quœdam nobilis in vicinis parti- 
bus Tusciœ nurum habebat. 

— Tud. et anc. allem. brut, 
épouse; goth. bruth_, item; anc. 
sax. brûd; anglo-sax. bryd; anc. 
island. brùdhr; allem. braut; dan. 
brud; holl. bruid; suéd. brud; angl. 
bride. (Voir l'article suivant.) 

Bruman^ Brumen, nom que don- 
naient autrefois un père ou une mère 
à l'homme qui avait épousé leur 
fille; gendre, beau-fils. (Voir Cot- 
grave, Nicot, Monel, Borel et Ro- 
quefort, ainsi que l'article Bru, qui 
précède.) — Tud. 1' biiit, épouse; 
2» man, homme. Goth. 1° bruth; 
2° manna. Anglo-sax. i° bryd; 



2" man. Anc. island. -1° brùdhr; 
2° man. Allem. I" braut; 2° mann. 
Dan. 1° brud; 2° mand. Suéd. 
1° brud; 2° man. Holl. 4° bruid; 
2° man. Angl. 1° bride; 2° man. 

Brun. — Tud. brîm, brun; is- 
land. brunn , brurn; anglo-sax. 
brun; allem. braun; dan. brunn; 
holl. bruin; suéd. brun; angl. brown. 
(Voir l'article Blond.) 

Brunir, polir; se disait spéciale- 
ment au xii^ siècle en parlant des 
armes. (Voir à la page précédente 
un exemple emprunté au Voyage de 
Charlemagne à Jérusalem.) 

Od mil lances d'acier burniet, 
E od mil espées forbies 
Li offerrai jà mun convei. 

{Chron. des duci de Norm, t. H, p. 317.) 

Anc. allem. briunen, rendre bril- 
lant, polir. Le tudesque brinnan 
avait le sens neutre de briller, être 
brillant, et signifiait proprement être 
en feu, brûler. (Voir Grimm^ t. III, 
p. 446 ) Goth. brinnan ; anglo-sax. 
byrnan; island. brinna; allem. bren- 
nen; suéd. brœnna; dan. brœnde. 
L'anglais a to burn, être en feu, 
brûler ; to burnish signifiant dans le 
sens neutre devenir brillant^ et dans 
le sens actif rendre brillant^ polir, 
brunir. 

Brus, anc. poitrine; en langue 
d'oc, brutz. (Voir ce mot dans le 
glossaire placé à la suite de l'His- 
toire de la croisade contre les Albi- 
geois, publiée par M. Fauriel.) En 
provençal, on dit encore dans quel- 
ques cas bi'us avec la même signifi- 
cation : a un houen brus, il a une 
bonne poitrine. (Voir ci-dessus l'ar- 
ticle Bréchet.) 



CHAP. III, ÉLÉMENT GERMANIQUE SEGT. II. 311 



Lor beaus vis clers e loi- cor jeDZ 

Faiscient manger à mastics 
E à voutours e a corbins 
E a urs granz enchaenez 
Qui mameles, brus e costcz 
Lor derompeient à dolor. 

{Chron. dti dues Je Norm. t. II, p. 421.) 

— Tud, brust, poitrine; goth. 
trusts; anglo-sax. breost ; island. 
briost; anc. frison, brmt, brast, 
briast; dan. bryst; suéd. brœst; 
holl. borst; angl. breast ; allem. 
brust : d'où le composé brustbild, 
représentation d'une personne jus- 
qu'à la ceinture, soit en peinture, 
soit en sculpture, buste. Brustbild 
est formé de brust, poitrine, et bild, 
représentation^ image. 

Bue, Bu, anc. buste, partie supé- 
rieure du corps ; en langue d'oc 
hue. 

Li emperere, s'il se cumbat od mei, 
Desur le bue la teste perdre en deit. 

( Chans. de Roland, >t. ncxurjii.) 

Uncore quid qu'en perderez la teste sur le 

bue. 

( Voy. de Charlem. à Jir., t. 55.) 

Arivargus l'a conseu, 
Li a sevré le chief del bu. 

(Rom. de Brut, t. 1, p. 238.) 

— Anc. holl. bùk, buik, ventre, 
ces mots se prenaient également 
pour toute la partie supérieure du 
corps, pour le buste. Tud, bûh, ven- 
tre; anc. island. bûkr ; anc. allem. 
bûch ; aWem. moderne bauch; holl. 
buik; suéd. buk; dan. bug. 

Busse, Buce, Buissar, sorte d'an- 
cien navire. 

Nés, sauntines, buces e bas 
Orent a si tres-grant plentez 
C'unques ne furent sol nonbrez ; 
Armes e vitaille i unt mise. 

{Chron. det duct de Norin. t. II, p. 4J5.) 



Et avoit retenu et mis en certains port?» 
c'est à savoir, de Marseille3, d'Aiguemortes, 
de Laites, de Narbonne et d'environ Mont- 
pellier, telle quantité de vaisseaux, de nefs, 
de carakes, de hus, de cognes, de buissart, 
de galées et de barjîes, comme pour passer 
et porter soixante mille hommes d'armes et 
leurs pourvenances. (Froissart , liv. I , 
ch. Lii,t. I, p. û5, col. 2.) 

— Anglo-sax . butse, sorte de na- 
vire, mot qui se trouve dans le com- 
posé butse-carlas, gens de l'équi- 
page, marins. Anc. island. hùssa, 
espèce de navire; dan. bojse; holl. 
buyse , buis ; allem. 6ûse ; angl . 
buss. 

BucKJOL, BucKJON, anc. hareng 
fumé, hareng saur. (Voir le glos- 
saire de Roquefort.) Buckjol eibuck- 
jon sont le même mot auquel on a 
donné deux terminaisons différen- 
tes, — Allem. bùcking, bûkling , 
hareng saur; hoW. bukking,bokking; 
dan. buking ; suéd. boking. 

BucHE.(Voir Bois.) 

Buée, lessive; Buer, lessiver, 
anc. En italien^ bucato, lessive; en 
espagnol et en provençal, bugada. 
— Anglo-sax. bùhken, lessiver, anc. 
allem, peûchen; allem. bduchen; 
dan. boege ; suéd. byka; bas-allem. 
bucken; angl. tobuck. 

BuisNART, anc. nigaud^ niais, sot^ 
imbécile. 

Pot buisnart vos poez tenir ; 

Alez-vos, buen home, dormir; 

Si nos laissiez en pais ester, 

N'est uncor pas tens de lever, 

Ne lieus ne cointe ne besoing, 

Ne quant que vos dites n'avom soing. 

[Chron. des duct de Norm. t. 11, p. 26.) 

— Allem, butter narr, stupide, 
lourdaud, grand nigaud, gros imbé- 
cile: 1» huit, stupide, hébété, gros- 



312 



PREMIÈRE PARTIE. 



sier; 2° narr, un sot, un imbé- 
cile. Holl. 1° bot; 2° nar. Dan. 
\° but; 2o nar. Suéd. 1" butt; 
T narr. 

BuRON^ anc. petite maison, ca- 
bane. En Auvergne ce mot signifie 
encore une étab-le aux vaches; en 
Normandie on dit buret pour une 
loge à cochons. 

Sire, dirent-ilz, il vous vault mieux cy 
demonrer que aller plus avant, car nous ne 
vous ferions que travailler; car il n'y a au 
boys ne maison ne buron que nous saichons, 
et nous avons viande à grant planté, si 
tendrons vostre pavillon en ce pré. [Roman 
de Lancelct du Lac, cité dans le glossaire 
manuscrit de Sainte-Palaye, art. Buron.) 

Lors se trouvèrent les deux chevaliers gi- 
sans en la forest soubs un arbre, ne ilz ne 
virent entour d'eulx maison ne buron. (,Ro- 
man de Perceforesl, cité ibid.) 

— Tud. bûr^ maison, habitation; 
go th. baurd; anglo-sax. bûr, bord; 
island. byr ; anc. allcm. bord; anc. 
holl. bord, berd. 

But, Butte. On a dit, en basse 
latinité^ boto et buta^, pour signifier 
une petite butte^ une petite éléva- 
tion de terre arrondie que l'on 
faisait sur les limites des champs 
pour servir de borne . (Voir le glos- 
saire de du Gange.) 

La signification primitive de but 
est celle d'élévation de terre servant 
de point de mire . 

— Angl. butt, bout, extrémité, 
butte, but; bud, bouton, bourgeon, 
corps ayant une forme arrondie; 
bounds, borne, limite. Goth. bauths, 
bout, extrémité; anc. allem. butt, 
item, se disait surtout des extré- 
mités arrondies, comme le bout de 
la mamelle, le bout du nez. Allem. 
bute, item; de plus, bouton^ bour- 



billon, bourgeon. Holl. bot, bouton, 
bourgeon. 

Butin. — Anc. allem. bute, bùten, 
butin, dépouilles enlevées à l'enne- 
mi; island. byti, byte ; dan. bytte; 
suéd. byte;ho\\. buit; allem. beute; 
angl. booty. 

Gahute, Gajute. — Dan. kahyt, 
cabane, chaumière, cahute; suéd. 
kajuyta, kaota, kota; allem. koth, 
kothe ; angl. cot, cottage, ; anglo- 
sax. cote, cyte; island. kot; holl. 
kajuit, cabine d'un navire, cajutte; 
allem. kajùte, item. 

GAiLLE,en italien gwag /ta, en pro- 
vençal cailla, enbasselatinité, <7wa- 
quila, quaquilia, qualea, qualia. 

— Anc. holl. quakele, caille; 
holl. moderne quakkel,item; quaken, 
crier, en parlant de certains oiseaux, 
piauler; allem. quaken, item. angl. 
quail, caiWe; tocackle, caqueter, en 
parlant des poules ; suéd. kakla, 
item. Tous ces mots sont des ono- 
matopées. 

Cale^ terme de marine. Partie la 
plus basse de l'intérieur d'un navire, 
construite sur la quille. — Holl. 
kiel, quille et cale d'un navire ; dan. 
kioel, quille, carène; suéd. kiœl ; 
allem. kiel; angl. keel; anglo-sax. 
cœol, ceol; island. Mal, Mol; tud. 
Mol. 

Galme. — Anc. allem. halm, tran- 
quillité de la mer^ bonace, calme ; 
holl, kalmt, item ; angl. calm, item. 
On trouve dans Scaliger : « Gum 
essem in navi, neque ventus flaret, 
calamum vocant Histri.» {Aristote- 
lis historia de animalibus; p. 217.) 

Gapjapsa, sac de cuir que porte 
sur les épaules un goujat ou un 
pauvre artisan quand il voyage. Ce 



CHAP. III, ÉLÉMENT GERMANIQUE. SEGT. II 

mot est vieux. (Acad.) — AUem 



313 



knapsack, canapsa, sac rétréci dans 
sa partie supérieure, composé de 
knapp, étroit, juste, et de sacÂ^sac. 
HoU. knapzak, canapsa; naim , 
étroit; zak, sac. Angl. knapsack, 
canapsa. Suéd. knap, étroit; sœck, 
sac. Dan. knaptaske, canapsa : com- 
posé de knap,étroit, et fasAe, poche. 
Cane, Canne, Chane, Chaenne, 
signifiaient autrefois une sorte de 
cruche ; d'où nous sont venus les 
dérivés canette et cantine, ainsi que 
canon, mesure pour le vin. En basse 
latinité^ canna, cruche; canneta, 
petite cruche, canette. 

Tant va la canne à l'iau qu'il li convient 
brisier. (Beaudouin de Sebourg cité dans les 
Récréations pbilol. de M. Gérin, p. 178.) 

E chaenes, e frocs, e pliieles, e mor- 
tiers, e encensiers, tut de fin or. (Livre des 
Ruis, p. 257.) 

El liydrias, et fuscinulas, et phialas, et 
mottariola, et turibula, de aura purissimo. 

— Tud. canna, channa, channala, 
pot, cruche; anglo-sax. canna; is- 
land. kanna; allem. kanne; suéd. 
kanna; holl. kan;dm. kande ; angl. 
cann. 

Canif signifiait autrefois un cou- 
teau à lame droite, de même que 
ses diminutifs canivet, canivet, ke- 
nivet, quenivet, cnivet, guenivet 
en basse latinité, knivus, knipulus, 
canipulus. On lit dans le diction- 
naire de Jean de Garlande : « Ar- 
tavus dicitur gallice kenivet, scilli- 
cet cultellus qui tendit in altum.» 
(Jean de Garl. dans Paris sous Phi- 
lippe le Bel, p. 588.) 

Dft vénerie i a oustil. 
Le quenivet et le fuisill, 



Et li tondresetli galet. 

Et moult arme de maint abel. 

{Roman de Partenopex de Bloit, cité dans le gloi- 
saire de noqoefort, art. Tondret.) 

•— Ane. island. knifr, couteau; 
anglo-sax. cnif; allem. kneif; bas- 
allem . knief; dan. kniv ; suéd. knif; 
holl. kniif; angl. knife. 

Canot, sorte de barque. Ce mot 
a la forme d'un diminutif. — Allem. 
kahn, barque, nacelle, canot; holl. 
kaan; suéd. kana; àa.n.kane; angl. 
canoë. 

Canton, avant d'avoir la signifi- 
cation qu'il a aujourd'hui, signifiait 
coin, recoin, encognure, angle. Le 
provençal cantoun, canton, et l'ita- 
lien canto, ont conservé l'ancienne 
acception du mot français. 

On nous avoit asseuré qu'on le vouloit 
tuer par les rues où nous pensions nous 
battre à chaque canton. [Des Cnuronnels 
français, ch. xvii, dans les Œuvres com- 
plètes de Brantôme, édit. du Panthéon lit- 
téraire, 1. 1, p. 684, col. 2.) 

Ces supercheries d'arme>5 sont cent fois 
pires que celles que l'on fait assassinant les 
personnes aux cantons des rues, ou en un 
coing de bois. {Discours sur les duels, ibid. 
p. 722, col, 1 .) 

L'homme. ... se regarde comme égaré 
dans ce canton détourné de la nature. 
Pensées de Pascal publiées par M. V. Cou- 
sin, p. 126.) 

— Tud kant, coin, angle, bord, 
extrémité, contour ; anglo-sax. cant ; 
anc. island. kantr; allem. kante; 
holl. dan. suéd. kant; angl. cantle, 
coin, bord, extrémité, se dit parti- 
culièrement en parlant du pain, a 
cantle of bread, morceau coupé à 
l'une des extrémités d'un pain, chan- 
teau. 

Capler^ Chapler, anc. tailler en 
pièces, sabrer, massacrer; en langue 
d'oc, capuzar, capular. Caple^ Cha- 



314 



PREMIÈRE PARTIE. 



PLE, action de tailler enpièces, mas- 
sacre, carnage. On dit dans les Hau- 
tes-Alpes chaplar, pour couper en 
petits morceaux, hacher. Il nous est 
resté chapeler, chapelure qui se di- 
sent en parlant du pain. 

Quant les lances furent faillies, 

Caplent as espces forbies. 

(Rom. de Brut, t. H, p. 177.) 

Au caple des espées nues 
Fièrent tes cous que tous s'estonnent. 

{Touraoitmeni de l'Aniéc/iri$t, p. 74.) 

Or sont 11 (lui content ensamble 

Venu au chaple des espées, 

Si li en donnent grans clipées. 

L'a puet-on veoirbacUeler 

Qui fait le feu estainceler , 

Tant tiert et chaple a son content. 

[Nouveau recueilde contes, t. I, p. 336.) 

— Holl. kappen, couper, tran- 
cher , hacher , mettre en pièces ; 
allem. kappen; suéd. kappa ; dan. 
kappe. 

Dans capler le / s'est introduit à 
la suite du p comme dans sinople 
de Sinopis. (Voir à cet égard t. II, 
p. 4 40. 

Câpre en terme de marine est le 
nom qu'on donne aux armateurs et 
aux vaisseaux armés en guerre qui 
vont en course. (Trévoux.) — Holl. 
kaper, kaaper, câpre ; ce mot a les 
deux acceptions données par Tré- 
voux, il se prend pour un vaisseau 
armé en guerre et pour un arma- 
teur ; il dérive de kapen, kaapen, 
croiser sur les vaisseaux ennemis 
pour les capturer, être armé en 
course. Suéd. ftapare, armateur, cor- 
saire,pirate ; dan. kaper, item. 

Caque. La forme de ce mot se 
rapproche plus de celle de son cor- 
respondant germanique que du latin 
cadus. — Island. kaggi, tonneau, 



barrique, baril, caque; suéd. kay- 
ge; dan. kagge; angl. cag,kag. 

Carcan. Autrefois ce mot signi- 
fiait un collier de fer, avec lequel 
on attachait par le cou un crimi- 
nel à la potence ; il se prenait éga- 
lement pour un collier en pierreries 
qui ornait le cou des dames. En 
basse latinité, carcannum avait la 
première de ces deux significations: 
A tant le fait mètre en prison, 
Et un carquan ou col fremer. 

(T/iéâtre frattçais au moyen âge, p, 163.) 

Lespatenostres, anneaux, jazerans, car- 
cans, estoyent de fines pierreryes, escar- 
boucles, rubys balays, dyaraans, saphys, 
esmeraugdes, turquoyses, grenatz, agathes, 
berilles , perles et unions d'excellence. 
(Rabelais, liv. I, cb. tvi, p. 62, col. 2.) 

Carcan vient d'un mot germa- 
nique signifiant gorge, comme col- 
lier vient de col. — Tud. querca, 
gorge ; krago, cou . Ane. island. 
qverkj gorge, cou ; anc. allem. kra- 
gen, item ; holl. kraag, le derrière 
du cou, le chignon, de plus, collet, 
col, rabat , fraise . Suéd. krage , 
item ; dan. krave, item ; allem. kra- 
gerij collet, col, rabat; angl. kraw, 
le devant du cou des oiseaux, le ja- 
bot. 

Carpe^ poisson : en basse latinité, 
carpio ; en espagnol^ corpa; en ita- 
lien, carpione. — Tud. charpho^cax- 
pe; holl. karper; dan. /carpe ; suéd. 
karp; angl. carp; allem. karpfen. 

Cauchemar. Les peuples supers- 
titieux de la Germanie croyaient que 
le cauchemar est produit par un gé- 
nie malfaisant, un incube qui^ pen- 
dant le sommeil, vient s'asseoir sur 
la poitrine et la comprime de façon 
à gêner la respiration. Notre mot 
cauchemar est formé du nom donné 



CHAP. III, ÉLÉMENT GERMANIQUE. SEGT. II. 315 



à cet incube dans les idiomes ger- 
maniques et du latin calcare, que 
l'on retrouve dans le provençal cau- 
dar, caouciar, fouler, presser et 
dans le picard cauquer; le patois 
des Hautes-Alpes dit chaouchar, 
pour fouler, presser, et chaoucha- 
vieillaj pour cauchemar; dans le pa- 
tois de l'Isère^ on ait chauchi-vieilli, 
et dans celui du Rhône chauche- 
vieille. M. Champollion-Figeac, dans 
ses Nouvelles recherches sur les pa- 
tois de la France, p. 125, dit que 
les paysans du Grésivaudan attri- 
buentle cauchemar à une t;îez7/e sor- 
cière qui descend de la cheminée 
pour venir tourmenter celui qui dort. 
Dans d'autres patois on dit 'pesant, 
peant; en espagnol pesadilla. Les 
vers suivants nous donnent une idée 
de ce que l'on pensait du cauchemar 
au xu* siècle : 

En partie ont nature humaine 
Etem partie soveraine; 
Incubi demoines ont non ; 
Par cel air ont lor région, 
Et en la terre ont lor repaire. 
Ne puecnt mie grarvt mal faire, 
Ne pueent mis muit nuisir 
Fors (le gaber et d'eschernit ; 
Bien prendent humaine figure, 
Et ce consent bien lor nature; 
Mainte meschine ont porjeue (violée) 
El en tel guise deceue. 

{Rom. de Brut, I. 1, p. 356 et 357.) 

— Anglo-saxon, mara, incube, 
épialte, cauchemar; island. mara; 
bas-allem. mare; dan. et suéd. 
mara; hoU. nagt-merrie; angl. 
night-mare; ces deux derniers si- 
gnifient proprement incubes de la 
nuit, car nagt et night, nuit, ont 
été ajoutés au mot usité à l'état 
simple dans les autres idiomes. 



Causer. — ïud. kàzàn, cosan_, 
chosan, causer, jaser, babiller; 
anglo-sax. cuedan; anc. allem. ke- 
den; allem. kosen; boll. kouten; 
angl. to chat. 

Cembel, anc. combat partiel, es- 
carmouche. (Voir l'article Champ 
ci-après.) Cembel a la forme d'un 
diminutif. 

Sa bataille estoit bone et fors, 
Car ces semblanz et ces effors 
Donoient aux autres hardiesse ; 
Onques home de sa jonesse 
Ne vit n'uns contenir si bel. 
En guait, en eslour, en cembel, 

(Rutebcuf, 1. 1, p. 4t.) 

Entre les prisons e It preie 
Valurent deus cenz mile mars; 
E quant tôt fu destruit e ars, 
Si s'en retornerent si bel, 
N'orent ne sieute ne cembel. 
A Roem fu la départie. 

{Chrcin. det ducs de Norm. t. II, p. 527.) 

— Tud. 1° kamph, kamf, com- 
bat, bataille; 2° camfjan, combattre. 
Anglo-sax. 4° camp; 2° campian. 
Anc. allem. \° kamph; 2" chemfen. 
A\\em.\° kampf; 2° kàmpfen. Dan, 
1° kamp; %°kampe. Suéd. \° kamp; 
2° kœmpa. Holl. 1 " kamp, qu'on ne 
trouve plus qu'en composition; 
2° kampen. 

Cercueil. On disait autrefois sar- 
cueUj, sarkeu, sarcou, sarcu; en 
basse latinité, sarcha. 

Un sarkeu fist apareillier, 
Lez la meisiere del mostier, 
A melre emprès sa mort son cois. 

[Rom. de Rou, t. 5961.) 

En blancs sarcous fait mètre les seignurs; 
A seint Romain l'a gisent li baron. 

{chant, de Roland, st. cclxix ) 

A honur la dame unt porté 
El sarcu, posée et musse 
I)e-lès le cors de san ami. 

(Mario de Fruoce, t. 1, p. 31t.) 



316 



PREMIÈRE PARTIE. 



— Tud. sarc, sarch, sarh, cer- 
cueil, sépulcre tombeau; allem. 
sarg ; holl. zark. 

Cerneau. — Tud. kerno, fruit 
renfermé dans une coque, dans un 
noyau, et particulièrement intérieur 
de la noix, amande, cerneau; anglo- 
sax. cimel; island. kiarni dan. 
kierne, kiœrne; suéd. kierna; allem. 
et holl. kern ; angl. kernel. 

Chaloupe. — Dan. sluppe, cha- 
loupe; suéd. slup; holl. sloep; angl. 
sloop ^ shallop. 

Chamois, en italien^ camoscio. — 
Tud. gams^ chamois; anc. sax. 
ghemse, item; anc. allem. gamz; 
allem. gemse, item. 

Champ^ Chanp signifiaient autre- 
fois guerre, bataille, combat, duel ; 
d'où champion, guerrier, combat- 
tant. Celui-ci ne vient donc pas de 
campus, dans le sens de lice desti- 
née aux combats singuliers, mais 
d'un primitif germanique qui signi- 
fie combat, bataille. En basse lati- 
nité, campus signifiait guerre, com- 
bat. (Voir du Cange, et ci-dessus 
l'article Cemhel.) 

Tuit sunt segur deu champ ûner. 
Et de la terre délivrer 
D'icele granz geut desleiée. 

[Chron. desductde Nom. t, 1, p. 270.J 

Ferir levait, niolt se hasta..., 
La teste prant de l'aversier, 
Le grant espié et le destrier; 
Poignant en vint vers la cité, 
Quar molt bien a le champ fine. 

{Floire et Blanceflor, édit. du Méril, p. Ki. ) 

Et li rels Achab se desguisad de ar- 
mure e entrad el chanp, {Livre des Rois, 
p. 338.) ; 

Porro rex Israël mulavit habilum suum, 
et ingressus est bellum. 

Tuz les jurs Saul fud la bataille fort e 
fiere encunlre le» Philistiens e Saûl ; kar 



lleslit par tut les bons champiuns e lu forte 
bachelerie, si 's fit de sa privée maignée. 
{Ibid. p. 52.) 

Erat autem bellum potens adversum Phi- 
listœos omnibus diebus Saul. Nam quem- 
cumque viderai Saul virum fortem et ap^ 
tum ad prœlium, soeiabal eum sibi. 

On lit dans Baldricus de NoyoUj 
liv. I, ch. X ; « Ad singulare certa- 
men quod rustice dicimus campum, 
provocaverunt. » 

— Tud. kamph, kamf, combat, 
bataille; Aam^an^ combattre ; kem- 
phOj, combattant, guerrier, soldat. 
Goth. chempo, item. Anglo-sax. 
^ " camp, combat ; 2° campian, com- 
battre. Anc. allem. 1 ° kamph ; 
go chemfen. Allem. ]° kampf ; 
2° kàmpfen. Dan. 4 » kamp ; 2° kampe. 
Suéd. ]° kamp; 2° kœmpa. Holl. 
i° kamp, que l'on ne trouve plus 
qu'en composition; 2* kampen. 

Chanteau, morceau coupé à l'une 
des extrémités d'un pain. Cantel , 
chantel, chanteau signifiaient autre- 
fois un morceau, un quartier de 
quelque chose. (Voir Roquefort.) Ra- 
belais dit un chanteau de lœ lune 
pour un quartier de la lune. (Panta- 
gruel, prologue du liv. IV, p. 205, 
col. 2, au bas.) Ces mots sont de la 
même famille que canton. (Voyez 
celui-ci p. 313 ) De cantel, chantel, 
on fit le composé escanteller, eschan- 
teller, ôter un morceau, écorner; 
d'où le dimirmiiî escantillon, eschan- 
tillon , échantillon , petit morceau 
que l'on coupe à une étoffe pour ser^ 
vir de montre et faire connaître la 
pièce. 

Si varl ferir Escremiz de Valterne 
L'escut del col li fraint e escantelet. 

(Chani, de Rolland, «t. xcriii.) 



CHAP. III, ÉLÉMENT GERMANIQUE. SEGT. IL 317 



— Angl. cantle, extrémité, bord, 
morceau coupé à l'extrémité de quel- 
que chose et particulièrement d'un 
pain, chanteau; de plus ce mot si- 
gnifie en général morceau, quartier, 
fragment, portion. Anglo-sax. cant, 
extrémité , bord ^ coin , angle ; tud. 
kant; ancien islarfd. kantr ; allem. 
hante ; holl. dan. et suéd. kant. 

Chelme , ScHELME, auc. méchant, 
traître, scélérat^ coquin, fripon. 

11 ks lance bien fort, les appelans cJieltnes 
et poultrons.,(Bouchet, liv. III, p. 42, cité 
dans le glossaire de Sainte-Palaye, art. 
Chelmes.) 

— Allem. schelm, fripon, coquin, 
traître, scélérat; dan. skiœlm; suéd. 
skielm; holl. schelm; ang. skellum. 

Chinquer, anc. verser à boire 
avec profusion, boire beaucoup, go- 
dailler, faire une orgie. (Voir Ro- 
quefort.) En italien, cioncare. Ces 
mots sont dérivés d'un verbe tu- 
desque signifiant verser à boire. 
C'est encore un exemple d'un terme 
germanique que les vaincus prirent 
en mauvaise part. (Voir Eére, Lan- 
de, Lippe, Rosse, Rapièce. 

Voyant qu'elles prenoient si grund plai- 
sir a chiiiquer du vin d'Arbois,... (Mémoites 
de Sully, U IV, p. 195.3 

— Tud. scencan, scenkàn^ verser 
àioire; anglo-sax. scencan; island. 
skencka ; allem. schenken ; dan. 
skiœnke; suéd. skœnka; holl. schen- 
ken. 

Choc, Choquer. — Anglo-sax. 
scacan ; choquer heurter, secouer, 
ébranler; island. skaka; anc. allem. 
schocken; suéd. skaka; holl. 1 » schok, 
choc , 2° schokken, choquer, heur- 
ter.' Angl. 1" shock; 2° to shock. 

Choisir, CoisiR signifiaient ancien- 



nement apercevoir, découvrir, dis- 
cerner , élire avec discernement , 
choisir, en langue d'oc causir. 

Tant ont nagé et tant siglé 

Qu'il ont choisie la cité. 

fChron. des ducs de Norm. t. 1, p. 219.^ 

Par dejoste un jardinet, 
Soz le ru d'une fontaine, 
Choisi en un praëlet 
Pastore qui mult ert saine. 

[Tkéâlre français au moyen âge, p. 34. «ol. 1.) 

Vers la mer nous en allons, 
Encor pau de jour vêlons, 
Quant nous choisîmes ceste nef. 

(Rom. de la Mimckine, t. 5045.) 

— Tud. kiusan, chiusan, aperce- 
voir, distinguer, discerner, consi- 
dérer, examiner, choisir, élire. Goth. 
kausjan, examiner; kiusan, aperce- 
voir, discerner, choisir. Anglo-sax. 
keosan,ceosan, cysan; island. kiosa; 
suéd. kesa; holl. kiezen; angl. to 
chuse, to choose; lûlem.erkiesen , 
avec le préfix er. 

Chopine, diminutif de chope, cope 
ancienne mesure pour les liquides, 
les grains 3t le sel. On trouve en 
basse latinité chopa, cheopina. — 
Tud. koph, vase servant à contenir 
des liquides, cruche. Anc. allem. 
chopha^ schaff, vase, baquet, seau ; 
schoppen, mesure pour les grains et, 
les liquides. Anglo-sax. schopen , 
seau. Suéd. scopa,, item Allem. 
schoppen , chopine ; schopfen, pui- 
ser. Holl. kopj, petite mesure pour 
les liquides, écuelle, tasse. 

Chopper. — Holl. schoppen, heur- 
ter du pied contre quelque chose , 
chopper; allem. schuppen, schupfen, 
heurter, choquer, chopper ; schupp, 
heurt, choc. Tud. sdupan, sduhan, 
frapper, heurter, pousser; anglo- 
sax. sceofan, item. 



318 



PREMIÈRE PARTIE. 



Choucas ou Chucas, « Espèce de 
corneille grise , aux bec et pieds 
rouges. Graculus. Quelques-uns di- 
sent choucas ou chocas et chouca. 
Les choucas vivent de toute sorte de 
grains et de sauterelles , de vers et 

de glands Ils s'apprivoisent 

facilement,, et, lorsqu'ils sont nour- 
ris niais, ils ne quittent jamais leur 
cage. On leur apprend à parler. » 
(Trév.) 

Choucas, chocas, sont des dérivés 
de choe, caxve, kauioe, mots qui ser- 
vaient autrefois à désigner cet oi- 
seau. 

Sa coulorsn'estoitpasen semblance Aechoe, 
Carele ert aussi blanche corne croie (craie) 
qu'on Iioe. 

{Rom. de Derle, p. 50.) 
nOU VILAIN QUI NOURIT U>E CBOE. 

D'un vilein dist ki nurrissfit 
Une kauwe que mult ameit; 
Tant la nuri qu'cle parla. 
Un siens veisins l'a li tua ; 
Cil s'en claima a la Justise... 
De la cawe li demanda 
Qe ce esteit qu'ele canta. 
Et quel parole elediseit. 
Cil li respunt qu'il ne saveit. 

(Marie de France, t. », p. 331, Kt.) 

— Tud. caha, corneille, choucas ; 
anglo-sax. ceo ; hoU. kaa, kauw, 
kaauw ; angl. to kaw, crier comme 
un choucas. 

Chouette, Chevette, Chat-hu- 
ANT. Les deux premiers sont des dé- 
rivés ayant la forme de diminutifs. 
La chouette était autrefois appelée 
cahu, cdhue, chahue et cuece, dans 
différentes provinces. 

Janin Janot, mais quel oysel es-tu ? 
Es-tu pinchon, linot, merle ou cahu ? 

(Vttiix-de- V!ri d'Olivier BiS^etin, M\\. de M. Loui» 
Dubois, p. 168.) 



Si m'aprochai vers le vilain, 

Si vi qu'il ot grosse la teste 

Les sorcieux gratis et le nez plat, 
Nez de cuece et nez de chai. 

(Tournoiement de r Antéchrist, p. 12Î.) 

De calme, chahue on fit les dé- 
rivés cahuant, chahuant, chouant, 
chat-huant. En langue d'oc chauana ; 
en basse latinité, cduanna, cauannus. 
Ce n'est que par une confusion de 
son, et par une fausse et ridicule 
analogie avec un chat qui hue, que 
nous en sommes venus à écrire 
chat-huant. Du Cange, art. Cauanna, 
a déjà fait la même remarque. 

A midy estoile ne luit, cahuant ne sort de 
son n\i>.. 

(Adage* et proverbes in«'rés dans les Récrëalions 
philologiques de M. C^nin, I. Il, p. 23i,) 

Leschouan», annonceurs de mauvaise aven- 
ture, 
Ne s'y viennent percher, mais les rossi- 
gnolets... 

(Ronsard, Eclogue lll.) 

— Anglo-sax. chauch, chat-hu- 
ant , chouette , chevette : allem. 
kauz ; holl. schuivit. 

Chouler, Chéoler, Choler, So- 
LER, anc. jouer à divers jeux dans 
lesquels on lance quelque chose de 
rond^ comme une boule, un ballon, 
une balle, etc. En basse latinité, 
cheolare. Du Cange dans sa disser- 
tation sur le jeu delà chicane dit que 
les paysans de son temps appelaient 
encore choie un jeu dans lequel on 
lance une espèce de ballon avec le 
pied. 



Die\t que jou ai le panche lassée 
De le choule de l'autre fois! 



CHAP. III, ÉLÉMENT GERMANIQUE. SEGT. I[. 3^9 



VARIONS. 

Di, Robin, foy que tu mi dois, 
Choulas-iu ! que Diex le te mire ! 

fLi Cieus de Robin et de Marion, dans le Thcàtrt 
français au moyen àje, p. 108,) 

— AUem. schoîlern, jouer à cer- 
tains jeux dans lesquels on lance 
quelque chose de rond, jouer aux 
noix^ aux galets, etc. HoU. sollen, 
lancer, jeter; angl. to shoot j item. 

Cible. On écrivait autrefois sible. 
— Tud. sciba, disque, rond; allem. 
scheibe_, rond, disque, but, cible; 
dan. sMve; suéd. sUifwa; hoU. 
schijf. Il est probable que du mot 
tudesque sciba on aura formé, en 
basse latinité, le diminutif scibula, 
sibula : d'où sible, cible. 

Cingler. Une fausse et ridicule 
étymologie donnée par Huet a con- 
duit à orthographier ainsi ce verbe; 
on devrait écrire singler, ainsi que 
Ta fait Nicot. On disait autrefois 
sigler, en basse latinité, siglare, 
faire voile. (Voir Roquefort et Du 
Cange.) 

En la mer s'en entra la navie 
De grant ricliesce repienie; 
Tant corurent e tant siglerent 
Qu'el liafne de Seigne entrèrent. 

(Cron. des ducs de Nom. t. I, p. 187.) 

Plus est seur afere 
De nager près de terre 
Ke en haute mer sigler. 

(Traduction des distiques de Calon, dam le Lirre 
des proTcrbei français de M. L* Roui de Liocy, 
t. Il, p. 373,) 

Le texte porte : 

iVaȔ lilus carpere remis 

Tutius est mnlto quùm vélum tendere in 
altum. 
Sigler, faire voile, a été formé 
de sigle qui signifiait anciennement 
voile . 



E un vent devant eus leva, 
Qui luin del hafne les geta, 
Lur verge brusa e fendi, 
Et tut lur sigle desrumpi. 

(Marie de France, t. 1, p. 458.) 

Donne Irieves trois mois sans perte et sans 

damage. 
N'iras mes, par besoin, 'a sigle ne a vage. 

(Roman de Rou, par Vace, cité dan) du Cange, art. 
Si^la.J 

Au xiv« siècle, on disait déjà 
single, pour voile, et singler, pour 
faire voile : <( Lendemain ils se 
desancrèrent et sachèrent leurs sin- 
gles à mont, et se mirent à chemin 
en côtoyant Zélande. » (Chron. de 
Froissart, t. I, p. 13.) 

Dans single, singler le n s'est in- 
troduit devant le g comme dans 
langouste, jongleur, formés de lo- 
custa, joculator. (Voir t. 11^ p. 1 43,) 

— • Tud. 4» segal, voile; 2o segal- 
jan, faire voile, naviguer, cingler. 
Anglo-sax. 4» sœgel, segl; 2° se- 
glian. Island. 1 sigal, segl ; 2o si- 
gla. Allem. io segel; 2" segeln. 
Suéd. 4° segel; 2° segla. Dan. 
1° sejl; 2» sejle. HoU. 4" zeil; 
2° zeilen. Angl. 40 sail; 2° to sail. 

CiRON : en basse latinité, siro, 
sironis. — Ane. allem. sire, siere, 
sur, ciron; Jias allem. sûre; hoU. 
zier. 

CiSEMUs, anc. musaraigne, animal 
sauvage assez semblable à 'une 
souris. 

Ceens n'a buis ne fenestre 

Par où rien nulp s'en alast. 
Se n'estoit oisiau qui volast. 
Ou escureus ou cisemus 
Ou beste ausint petite ou plus. 

(Le Chevalier nu Lion dans Romvarl, pnblië par 
A. Keller, p.551.) 

Tud. sisemiis, zisimûs, musa- 



320 



PREMIÈRE PARTIE. 



raignc; anglo-sax. sisemus, item ; 
allem. zismaas, ziselmaus, item. 

Clamp. C'est un terme de ma- 
rine qui signifie une certaine pièce 
de bois qu'on applique contre un 
mât ou contre une vergue pour les 
fortifier, et empêcher que le bois 
n'éclate. (Trévoux.) 

— Ane. island. klampi, crampon, . 
dérivé de Uemma^ serrer, presser. 
Holl. klamp, morceau de bois ou de 
fer qui tient deux pièces ensemble, 
clamp ^ crampon, patte, dérivé de 
klemmen, serrer, presser, étreindre. 
Dan. \ ° hlampe, crampon , clamp ; 
2° hlemme, serrer, presser. Allem. 
1** klammer; T klemmen. Angl. 
\° clamp; 2° to clap. Tud. klamjmij 
serrer, presser, étreindre, attacher. 
Suéd. klœmma, item. 

Clapet, petite soupape. — Allem. 
klappe, clapet, valvule, languette, 
de kappen, Uappeni, faire du bruit, 
claquer, cliqueter. Holl. 1° klep, 
clapet, etc. ; 2° klappen, claquer, etc. 
Dan. 4° klappe; 2° klappe. Suéd. 
klapp, marteau de porte; klappa, 
frapper^ taper^ faire du bruit, cla- 
quer. Angl. to clap, item. 

Clapier. On appelle, en proven- 
çal, clap et clapier, un gros tas de 
pierres , de quartiers de rochers. 
En basse latinité, claperium signi- 
fiait à la fois un tas de pierres et 
un clapier pour les lapins. (Voir du 
Cange, à la fin de l'article Clape- 
rium.) Le# clapiers furent dans 
l'origine des tas de grosses pierres 
ou des quartiers de fochers disposés 
dans les garennes pour servir de 
retraite aux lapins, ainsi que cela 
se pratique encore. 

— Island. hlaupp, roc, rocher; 



anglo-sax. clif; allem. klippe; holl, 
klip; angl. kliff' ; suéd. klapper, 
caillou, galet. 

Clapoter. — Tud. klaphàn, frap- 
per, taper, faire du bruit, raisonner, 
clapoter; anglo-sax. clappan; is- 
land. klappa; dan. klappe; holl. 
klappen; allem. A;/appen, klappern; 
suéd. klappa; angl. to clap. 

Clapoter est formé du primitif 
germanique et du suffixe ôter, qui 
est propre aux verbes fréquentatifs ; 
de taper, cligner, on a fait de même 
tapoter, clignoter. 

Glatir se dit d'un chien qui fait 
entendre un cri perçant et redoublé 
en poursuivant le gibier. C'est une 
onomatopée qui se retrouve dans les 
idiomes germaniques. — Holl. kla- 
teren, faire un bruit ou un cri per- 
çant, éclatant; allem. klatschen; 
angl. to clatter. 

Cliische, Clenque, Clique, Cli- 
quet, anc. loquet d'une porte. ^Voir 
Trévoux et le supplément du glos- 
saire de Roquefort.) 

On dit encore clanche pour loquet 
dans le patois messin. 

N'on ne puet entrer es osteus 
Sans bruscier u sacier le clenque. 

(Ch'ea du hunteus menesterei , inséré dani lea 
œuvres de Rutebenf, t. ï, p. 341.) 

— Ane. allem. klinken, loquet; 
island. klinka; allem. klinke; holl. 
klink; dan. klinke ; suéd. klinka. 
L'anglais n'a pas le substantif, mais 
il a conservé le verbe to clinch, 
fermer. 

Clinquant, ainsi que Quincaille, 
Quincaillerie, pour lesquels on 
disait autrefois clincaille, clincaille- 
rie (voir Trévoux), paraissent pro- 
venir d'une onomatopée qui se re- 



CHAP. III, ÉLÉMENT GERMANIQUE SECT. II. 321 



trouve dans les idiomes germa- 
niques. — Holl. klinken, rendre un 
son, sonner, tinter; allem. klingen ; 
suéd. klinga; dan. Minge; angl. to 
dink; tud. klingan; island. klingia. 
Coche. Les premiers coches étaient 
une sorte de bateaux servant aux 
transports. 

Se unenef vuide est vendue, li venderres 
doit ij deniers, et li achaterresij deniers de 
tonlieu. Se uns bateaus ou un coches Ab] 
fust est vendu, li venderres doit de chascun 
obole de tonlieu, et li acheterres obole; et 
se bateaus ou li coches est de ij fuz, il doit 
autant de tonlieu corne la nef. {Livre des 
métiers, p. 315.) 

Dans la suite, les coches furent 
des bateaux couverts qui faisaient 
un service régulier et servaient à 
transporter les voyageurs et les mar- 
chandises; enfin on appela coches, 
par extension, de grandes voitures 
qui faisaient, par terre, un service 
semblable à celui que ces bateaux 
faisaient par eau. 

Les diminutifs cochet, cocquet, 
coket, se disaient anciennement d'un 
petit bateau de transport ; en basse 
latinité, cocho, cocha, cocka, cogo, 
kogge, cochetus, avaient la même 
signification. (Voir le glossaire de 
du Cange^ art. Cogo , et celui de 
Roquefort, art. Cochet.) 

Pierre de Dusburg, cité par du 
.Cange, nous apprend que cocka était 
un mot germanique : « Cujusdam 
navis dictae coc^ia teutonice.» {Chron. 
de Prusse, ch. i.) 

— Tud. kocho, koche, sorte de na- 
vire, espèce de barque ou de bateau; 
anc. allem. cocka, kogge, item ; is- 
land. kugger; suéd. kogg; holl. kog, 
kogge; anc. angl. cogge; ce dernier 
est dans Chaucer. 



Coiffe, habillement de tête. An- 
ciennement ce mot signifiait princi- 
palement une sorte de casque ; il se 
prenait fort souvent pour la garni- 
ture intérieure du casque. On di- 
sait en basse latinité aipha, cuphia, 
cufea, coffia. Voici ces mots dans 
du Cange : 

Al trépas traist Gauvins l'espée, 
El chief li a tote anbarrée, 
Jusqu'as espaulles le fendi 

Onques li coiff'es ne l'gari (préserva). 

fRom. de Brut, t. II, p. I69J 

Bien sai luit i morrons el dame-Dieu ser- 
viche; 

Mais moût bien m'i vendrai, se m'espée ne 
brise. 

Jà n'en gariraj. ne coiffe ne haubers. 

(Cesl li jus de taint tfhkalai, injéré dam 1 * 
Th^lre français an moyen âge, p. 174.) 

Boucliers es poings, roifes laciées, 
Et blanches espées sachiées. 
Se vont vistement a l'esbatre 
Entre ceus de Flandres enbatre. 

{Branche det roijaux lignages^ t. Il, p, S3&) 

Grand cop li done en l'heaume agu; 
Jusqu'à la coife la fendu. 

fFloirt et Blanee/hr, ëdit. da Méril, p. 158^ 

— Tud. chuppha, couvre-chef, 
bonnet; island. hufa; suéd. hufwa; 
dan. huve; holl. huif; allem. haube. 
L'aspirée initiale du primitif germa- 
nique a été changé en c, comme dans 
Clovis, Cîothaire, etc. (Voyez t. II, 
p. 407.) 

Cosse, Ecosse, Gousse; en basse 
latinité, cossa. — Anglo-sax. Vscœd, 
scatha, gaine, étui; %°codde, cosse, 
écosse. Angl. \° sheath; 2° cod. 
Allem. 40 scheide; T schote. Dan. 
skede, gaîne, étui. Holl. scheede, 
schede, item. Suéd. skida, gaîne, 
' étui , fourreau , cosse , écosse , 
gousse . 



%\ 



322 



PREMIÈRE PARTIE. 



Cotte, Cote, signifiaient autre- 
fois une sorte de long vêtement^ 
une espèce de tunique, une souque- 
nille, une robe et, en dernier lieu, 
un jupon. Nous n'avons pas encore 
perdu le souvenir des cottes d'armes 
et des cottes de mailles. 
Feme sens et sustance trait d'orne de bon 

aire; 
Cote, sercot et chape, peliçon, robe vaire, 
Garnison al'ostel, deniersas despens faire, 
Jk feme n'i iaira chose qu'el en puis traire. 

(Chattie-Mutari, à la suite an œurret de Rolebeuf, 
I. U, p.483,] 

Se cil qui vont criant la cote et la chape 
par la vile de Paris voelent revenir à ce 
que ils puissent partir aus preudeshomes du 
mestier devant dit, il convient que il leisent 
le crier par la vile la cote et la chape, et 
que il achate tout de nouvel le mestier de- 
vant dit, et que il face le serement en la 
manière desus devisée. (Livre des métiers, 
p. 200.) 

Cotte forma les dérivés cottelle, 
cotillon; le composé surcot, sor- 
cot, etc. En basse latinité, cotta, 
cottus signifiaient tunique, robe, 
souquenille, soutane. 

Guiot a mult bien entendu... 
Il a reposie sa muselé. 
Si secorce sa cotele. 

(Thiilre françaii du moyen âge, p. 35, col. 2.) 

Esgardait l'osle ki avoil 
Le sercot sa famé afubleit. 

(Dolopathot, p. 366.y 

Cote et la chape par covent, 
Clerc i sont engané sovent; 
Cote et sorcot rafeteroie. 

(Ltt Crieries de Parti, par G. de la Villeneuve, in- 
sérée» dant les Proverbes et dictons populaires 
du XIII* et xi»« siècle, publiés par M. Cra- 
pelet, 1831, in-8», p. 140.^ 

— Tud. koza, kozo, surtout fait 
d'une étoffe grossière, casaque, sou- 
quenille, sarrau. Ane. allem. kotze, 
item. Angl. coat, casaque, souque- 



nille, jaquette, jupe, cotillon j dan. 
hittel; suéd. Mortel; allem. kutte, 
kittel. 

Crampe. — Tud. cramiph, kramph, 
crampe, engourdissement, spasme 
suéd . kramp , krampe ; allem . 
krampf; holL kramp; angl. cramp; 
dan. krampe. 

. Cranche. On disait ancienne- 
ment aller cranche^ pour signifier 
marcher avec peine, coiïime un im- 
potent , un estropié^ comme un 
homme aflaibli par la maladie. 

Vos aleiz en estei si joint, 
Et en yver aleiz si cranche; 
Vostre soleir n'ont mestier d'oint, 
Vos faites de vos talons planghes. 

(Rutebeuf, t.I, p. 2H.) 

— Tud. krank, malade, impotent, 
débile ; island . krank , krankur ; 
allem. hoU.suéd.ftmnft; daxi.skran- 
ten. 

Cranequin, anc. On appelait ainsi 
un instrument que les arbalétriers 
portaient à leur ceinture, et avec 
lequel ils bandaient leurs arbalètes. 
Les craneqiiins étaient des crones 
de petite dimension ; aussi leur nom 
n'est-il qu'un diminutif de Crone. 
(Voyez Crone.) — Anc. allem. krane, 
machine à lever et à charger des 
fardeaux, grue, crone; le diminutif 
devait être kranechen, kraneken . 
Anglo-sax. crœn^ grue^ crone ; allem. 
krahn; holl. kraan; dan. krane ; 
suéd. kran; angl. crâne. 

Crapaud. « Le plus dangereux 
crapaud est celui qu'on appelle cra- 
paud verdÂer, ou graisset, ou raine- 
verte (rana viridis) ; en latin, bufo.v 
(Trév. art. Crapaud.) En provençal, 
le crapaud se nomme grapaoud. — 
Dan . groen-^adde, crapaud, compo- 



CHAP. III, ÉLÉMENT GERMANIQUE. SECT. II. 323 



se de groen, vert, et de padde^ qui 
signifie un batracien, grenouille ou 
crapaud^ suéd. grœn-padda, cra- 
paud : de grœn_, vert, et de padda, 
batracien, grenouille ou crapaud; anc. 
allem. ^° gruan, vert; 2" batte, 
ftadrfe, crapaud. Bas allem. \° grôn; 
2° padde. HoU. 4° groen; ^"padde. 
Island. 1° grœn; ^°podda. 

Craquer. Onomatopée que l'on 
retrouve dans les idiomes germani- 
ques. — Tud. chraCj bruit^ craque- 
ment; krachjaUj krachôn, craquer. 
Anglo-sax. kracTi, craquement; 
allem. krachen, craquer ; dan.ftraftAe, 
krage, item; hoU. kraaken; angl. to 
crack. 

Créquier, prunier sauvage. Il est 
resté en termes de blason. (Acad.) 
Son fruit, se nommait crêque. (Voir 
Trévoux.) 

Créquiers sont arbres qui ont poy de 
feuilles et ont foison de picans, et en fait 
on volentiers clôtures. {Office des hérauts 
et jwvr suivons, cité dans le glossaire de du 
Cange, éd. de Henschel, t. VII, art. Cré- 
quier.) 

— Tud, cne/t, petit fruit à noyau, 
tel que prunelle^ cerise, etc. ; dan. 
krikon, prune; anc. allem. krieche 
item; allem. kirsche, cerise; hoU. 
kroosjes, sorte de petites prunes. 

CRESSON^.enital.cr'escione, On ap- 
pelait autrefois cresson orlénois, 
c'est-à-dire cresson d'Orléans, une 
sorte de cresson que l'on cultive 
dans les jardins. Par corruption, le 
peuple nomme aujourd'hui cette 
plante cresson à la noix; et les ha- 
biles^ de se moquer de lui. Selon 
ces messieurs, la seule expression 
admissible est cresson alénois. Mais 
le cresson orlénois n'a pas plus la 



forme d'une alêne que celle d'une 
noix, et le terme usité à la halle 
vaut bien celui dont on se sert à 
l'Académie. 

Menuise vive orrez crier.... 
Puis après cresson de fontaine, 
Cerfueil, porpié tout devenue.... 
Vez-ci bon cresson orlénois. 

ftet Crieries de Paris , par G. de la Villenearcy 
ins^réet dans les Proverbes et dictons popu- 
laires du xiîi' et iiv* siècle, publiés par 
M. Crapelet, 1831, io-S", p. 140.) 

— Tud. kresso, kressa, cresson; 
anglo-sax. kerse, cerse, cœrse; anc. 
allem. kerse, crasse; allem. kresse; 
dan. kœrse; suéd. krassa, krasse; 
holl. kers, kerse; angl. er esses. 

Crique, petit p(^rt naturel. — 
Anglo-sax, crecca, crique; angl. 
creek; holl. kreek. m ' 

Croc, Crochet. — Tud. cracho, 
croc, crochet; island. krôkr; suéd. 
krok; dan. krog; angl. crook; holl. 
krooke. 

Croissir, Croisir, Crussir, anc. 
craquer, faire entendre un bruit, un 
craquement; ces mots s'employaient 
également pour signifier se briser, 
se rompre. On dit en italien cro- 
sciare; en espagnol cruxir et en 
provençal crussir. Voyez l'observa- 
tion faite ci-dessus , p. 140, art. 
Crieve. 

Rollans ferit el perrun de sardonie, 

Cruist H acer, ne briset ne n'esgrunie. 

{^Chans. de Roland, st. CLZtx.) 

L'espée cruist, ne fruisset ne ne brise, 
Contre le ciel amunt est resortie. 

(Ibîd. st. CI.XX.) 

Cil qui furent al assembler 
Virent tant bel escu percier. 
Tant bon hauberc desmailier • 
Tante grosse lance croissir 
Etante aime de cors eissir... 

(Chron. des ducs de Nom. t. 1, p. 383.) 



324 



PREMIÈRE PARTIE. 



Wage crurent et reversèrent; 
Nef commencent a periller, 
Bort et kievilles a froisser.... 
Voile depiccent et mast croissent. 

(Rom de Brut, t. 1 , p. 119.) 

— Go th. kriustan, craquer^ grin- 
cer; holl. gruizen, briser, broyer; 
suéd. krossa; dan. kryste; angl. 
to crush. En Allemand hross est une 
expression populaire signifiant qui se 
brise aisément^ qui est craquant; il 
se dit particulièrement de la croûte 
de pain. 

Crone, machine pour charger et 
décharger les navires, espèce de 
grue. (Voir Trévoux.) — Tud. krane, 
machine à lever des fardeaux^ gf'ie, 
crone; anglo-sax. crten; allem. 
krahn; holl. kraan; dan. krane; 
suéd. kran; angl. crâne. 

Crosse. « Bâton crochu, ou re- 
courbé par le bout, avec lequel les 
enfants jouent et s'échauffent en 
hiver, en poussant et se renvoyant 
une balle, une pierre.... Crosse est 
aussi un bâton pastoral que portent 
les archevêques, les évêques et abbés 
réguliers, ou qu'on porte devant eux 
dans les cérémonies. C'€st un bâton 
d'argent ou d'or, recourbé et ouvragé 
par le haut. » (Trév.) 

Nous disons proverbialement : 
« C'est un homme à crosser » pour 
c'est un homme à bâtonner. 

Croce signifiait autrefois une 
houlette: « Pedum dicitur gallice 
croce. » (Dict. de Jean de Garlande, 
à la suite de Paris sous Philippe le 
Bel p. 605.) 

En basse latinité^ croca, crocia 
signifiaient bâton recourbé par le 
haut, béquille dont se servent les 
estropiés, houlette^ crosse d'évêque. 



— Tud. krucka, bâton recourbé par 
le haut, béquille; anglo-sax. crycce, 
houlette; angl. crookj croc, bâton 
crochu , houlette ; allem. krûcke, 
béquille^ potence ; holl. kruk, item; 
dan. ÂryÂ/ee^ béquille, crosse; suéd. 
krycka, item. 

Crotte, boue formée par la pous- 
sière détrempée par les eaux de la 
pluie, fiente de certains animaux, 
comme brebis, chèvres, lapins, etc. 
— Tud. chot, fiente, excrément, 
crotte; allem. koth, boue, fange, 
fiente d'animal, crotte de brebis, etc., 
flam. krotte, item; holl. keutel, 
crotte d'animal; angl. crottles, item. 
Dans l'anglais crottles, dans le fa- 
mand krotte, ainsi que dans le fran- 
çais crotte, le r est venu se placer 
après le c. (Voir à cet égard, t. II, 
p. 143.) 

Croupe, Croupion : en basse la- 
tinité, cruppa, croupe; crupporms, 
croupion. — Bas allem. krupen, le 
bas des reins, croupe, croupion; 
island. gumpr ; dan. rumpe; suéd. 
gump; angl. rump, le bas des reins, 
croupion; crupper, croupe de cheval. 
Dans certains idiomes le r a dis- 
paru, dans d'autres c'est la palatate 
kon g. 

Couire, Cuire et Cuivre, Cuevre, 
QuEUVRE, avec un v intercalaire, si- 
gnifiant autrefois carquois. 

Dune véissiez banstes drecier, 
Haubers e belmes afaitier, 
Estrieuse seles atorner, 
Cuires emplir, ars encorder. 

fRom. deRou, t. Il, p. 184.) 

Et si avoit pendu encor 

Une arbaleste fait de cor 

Et un cuevre plain de quarriaus. 

(Rom. de Cleomadèi , ciié dam la Cbroaiqu« 
dM dHC( d« Normandie, t. Il, p. 450.) 



CHAP. III, ÉLÉMENT GERMANIQUE. SECT. II. 325 

née à couvrir des terrasses, ou à pa- 
ver des salles, des vestibules , etc. 
Dalle signifie aussi une tranche de 
gros poisson. 

— Tud. deilan, tailjan , diviser, 
partager, trancher; d'où dil, dili, 
dilo, thil, thili, ais, planche, ta- 
blette. Anglo-sax. 1" dœlan, divi- 
ser, etc.; 2° dhil, dhill, planche, ta- 
blette. Island. \° deila; 2° thil, thi- 
lia. EoW. \° deelen; ^^ deel. Dan. 
\'deele; V dœle. Allem. ]°theilen; 
2" diele. Goth. dailjan, partager, 
trancher. Suéd. delà, item. 

Dard : en italien et en espagnol, 
dardo; en base latinité, dardus. — 
Tud, tart, pique, javelot, trait, dard; 
anglo-sax. darath; island, darradr; 
anc. allem. dard; angl. dart; suéd. 
dart, dagne, poignard. 

Déchirer. Ce verbe est composé 
de la proposition de et d'un verbe 
germanique qui est resté à l'état de 
simple dans le provençal esguirar, 
déchirer. — Tud. sceran, skerran, 
déchirer, couper, diviser: anglo-sax. 
scyrian, scearan ,. seœran ; island, 
skera i dan* sM'ere; suéd. shiœva, 
skœra, hoU. scheuren; a.ng\. toshofe, 
diviser, partager. Allem. scharren, 
enlever en raclant. 

Déerne, Déeréne, Déenne, aac. 
fille, servante. (Voir Trévoux, Borel 
et Roquefort.) —Tud. diorna, fille, 
servante,; anglo-sax. thiorna; is- 
land. thema; allem. dime; bas allem, 
deeren; holl. deerne. 

Dérive, terme de marine. Dévia- 
tion de la route d'un navire occa- 
sionnée par la violence du vent, du 
courant ou de la marée qui le pous- 
sent'de côté, et le font avancer obli- 
quement par rapport à la direction 



Et qui se fait vesque clamer. 

Dont trait carriax fors de son queuvre. 

(La Descriision et laplaissanct des religiont, iniér^a 
dans les (£UTre< d« Ruiebeuf, t.I, p. 445.) 

De cuire on fit cuirée , signifiant 
la totalité des traits que peut conte- 
nir un carquois, comme assiettée, si- 
gnifie tout ce que peut contenir une 
assiette. 

Lor darz, lor arz et lor cuirées 
Orent de iez eus apoiées. 

{Roman delà Roie, t. 111. p. 79.) 

— Tud. kochar,, carquois; anglo- 
sax. cocer; island. kogur ; ■ dan. ko- 
ger; a\\em.kôcher;holl.koker; suéd. 
koger; angl. quiver. 

Dague : en basse latinité , daga, 
en italien daga. — Anc. allem. dagge, 
poignard, dague; island. dolgur; 
allem. degen; dan. daggeri; suéd. 
dolk; angl. dag, dagger; holl, de- 
gen, sorte d'épée. 

Dais. Ce mot est orthographié de 
différentes manières dans les auteurs 
du XII* et xin® siècle ; on trouve deis, 
des, dais. On disait dagm en basse 
latinité. (Voir le glossaire de Ro- 
quefort et celui de du Cange.) 

— Tud. dag, dak, tout ce qui 
sert à couvrir , couverture, voile, 
poêle, dais; de decchan, couvrir. 
Anglo-sajc. \°theccenef couverture, 
dais, etc.; 2° theccan, thaccian, cou- 
vrir. Island. \° theki; 2" thœcka. 
Dan. 1° dœkke; 2° dœkke. Suéd. 
\'' tœck, tœcke; 2° tœcka, tackja. 
HoU. dek, couverture, plancher , 
tillac ; dekken , couvrir. Allem. de- 
cke, couverture, plafond ^ plancher, 
tillao, decken, couvrir. Angl . deck. 
tillac. 

Dalle , tablette de pierre ou de 
marbre de peu d'épaisseur, et desti- 



326 



PREMIÈRE PARTIE. 



de la proue. Dériver, aller à la dé- 
rive. 

— Dan. drive , pousser, faire 
avancer, chasser, être poussé par le 
vent, dériver; angl. to drive, item; 
holl. drijven, item; allem, treiben, 
item; suéd. drifwa, pousser en avant, 
chasser; auglo-sax, drifan. item; 
island. drifa, item; tud. triban , 
item , 

1 Digue. On a dit autrefois dique, 

dike pour digue et dikier pour endi- 
guer. 

Moultbien avoient les gaiteset les gardes, 
qui en Gagant se tenoienl, vu approcher 
cette grosse armée ; si supposoient assez 
que c'estoient Anglois; parquoi ils s'es- 
toient ja tous armés et rangés sur les dikes 
et sur le sablon, et mis leurs pennons par 
ordonnance devant eux. (Froissart, liv. I, 
ch, Lxix, p. 62, col. 2) 

Li devant dit ges s'estent dusques en la 
mer et amont vers terre dusques a nos 
dunes, lequel get nous avons tait nouvele- 
raent en partie dikier. (Charte de 1280 in- 
insérée dans le Chartier de Namur, publié 
par M. deReiffenberg, p. 169.) 

— Anglo-sax, die, dike, dice, 
digue, chaussée, jetée; hoW. dyk, 
dijk; dan. dige; angl. dike; allem. 
deich. 

DoGRE, bateau servant à la pêche 
du hareng. —Holl. dogger, bateau 
pêcheur ; angl. duggarar , dogger; 
island. dugga. 

Dogue. — Anglo-sax.doc, chien; 
ang. dog , item ; dan. dogge , gros 
chien, dogue ; holl. dog, item; allem. 
dogge, item; zauche, muge, chienne; 
suéd. tik, item; island. tijk, item; 
tud. zoha, item. 

Dois, Deis, anc. table à manger. 

Mais as fiz Berzellai de Galaad rendras 
grâce e bien, e manjerunt a tuz dis à tun 
iei$, {litre des Rois, p. 228.), 



Sed et filiis Berzellai Calaadilis reddet 
(jratiam, erunlque comedentea in mensa lua. 

Sedignent al deis la reine Jezabel. {Ibid, 
p. 316.) 

Comedunt de mensa Jezabel. 

Les napes fait ester des dois ; 

Tout se lievent, ne mais qu'ans trois. 

{Floire et Dlanceflor, édU. du Méril, p. 61.) 

Mais Fromons fait les dois appareiller; 
Les napes metent serjant et escuier ; 
Gui il plaira des or poura mengier. 

(Gunn le Loherain, t. II, p. 178.) 

On trouve souvent écrit de même 
dois, doigt de digitus. 

— Tud. dise, tisCj table ; island. 
suéd. et dan. disk, item ; holl. dis , 
disch, item; allem. tisch, item; angl. 
desk, pupitre. 

Dolequin, anc. sorte de poignard^ 
espèce de dague. 

Jehan Bernart tira un dollequin qu'il 
avoit, et d'icellui cuida courir sus au sup- 
pliant et l'en ferir. {Lettres de rémission de 
1422 citéesparCarpentier, art, Do/eçaîntis.) 

Icellui Simonnet fery icelle jeune femme 
trois ou quatre cops d'un dolequin qu'il 
avoit. {Lettres de rémission de 1455 citées 
iHd.) 

Jacot Cuerqueville tenant soubz son man- 
tel nn^doltequinhors desa gaeine... [Lettres 
de rémission de 1 457 citées ibid.) 

— Holl. dolckiti, diminutif de 
dolk coutelas , dague , poignard ; 
allem. dolch, item; dan. et suéd. 
dolk. 

Dore, Deur^ anc . porte de mai- 
son. (Voir le glossaire de Roque- 
fort.) — Tud. turi, tor, porte; goth. 
daur ; anglo-sax. dora, dur, duru ; 
island. dyr; dan. dœr, suéd. dœrr ; 
allem. thûr ; bas allem. dore; holl. 
deur; angl. door. 

Drageon, rejeton qui pousse à la 
racine d'un arbre ou d'une plante. 



CHAP. III, ÉLÉMENT GERMANIQUE. SEGT. II. 327 



Ce mot dérive d'un verbe germani- 
que signifiant pousser. C'est ainsi 
que nous nommons pousse les peti- 
tes branches que les arbres poussent 
au printemps. — Goth. draibjan, 
pousser ; anglo-sax. drîfan ; island. 
drifa; tud. treibjan; dan. drive; 
suéd. drifwa; holl. drijven; angl. 
to drive; allem. treiben, pousser, 
croître; trieb, pousse, jet, scion. 

Drague^ instrument fait en pelle 
recourbée, et emmanché d'une lon- 
gue perche^ qui sert à tirer le sable 
des rivières, etc. (Acad.) Draguer, 
tirer le sable du fond d'une rivière . 
— Anglo-sax. dragan, tirer, retirer; 
dràge, instrument recourbé propre 
à saisir un corps et à aider à l'atti- 
rer, croc. Angl. to draxv, tirer, a1>- 
tirer; drag, croc^ drague. Suéd. 
draga, tirer, retirer; dan. drage, 
item; bas allem. treclien;\io\\.trek- 
ken. 

On a dit anciennement holdra- 
guer, holdraguier, à peu près dans 
le même sens que nous disons au- 
jourd'hui draguer. 

Sur ce que nous disions ke nous pooions 
et devions faire fauquer l'iierbe et holdrà- 
gier et retraire le bray de l'yau de Somme. 
(Titre de 1268, cité dans le glossaire de du 
Cange. art. Braium. 

Holdraguer est composé de deux 
primitifs germaniques; l'un est le 
même que celui d'où provient dra- 
guer; l'autre signifie creux, cavité. 
Holdraguer est proprement retirer la 
vase qui se trouve dans les creux du 
lit d'une rivière. — Tud. hol, holi, 
creux, cavité, trou; goth. hul; anglo- 
sax. hool ; island . holur ; allem . 
hôhle; dan. huul, hul; suéd. et 
holl . hol ; angl. hollow. 



Drèche, Drague, marc de l'orge 
qui a été employée pour faire de la 
bière . Les habitants de l'Ile-de- 
France appelaient, par dérision,dms- 
chiers ceux du duché de Normandie^ 
qui étaient grands buveurs de bière. 

Mult ont Franceiz Normanz laidiz 
Et de mefaiz e de mediz ; 
Sovent lor dient reproviers 
E claiment bigoz e draichiers. 

(Rom. de nou, T. 9940.) 

— Tud. drek, résidu, boue, ordu- 
re, excrément, lie, marc ; anglo-sax. 
dhroge; anc. island. dregg; suéd. 
trœck; allem. dreck; dan. drœk ; 
holl. drek, boue; droessem, marc, 
drèche; angl. dreg, lie, marc. 

(Voir une remarque placée à la fin 
de l'article Bière.) 

Dreisc, Dran, ancien terme do 
marine, manœuvre au moyen de 
laquelle on serre le racage des ver- 
gues; c'est ce qu'on nomme aujour- 
d'hui la drosse des vergues. (Voir 
l'Archéologie navale de M. Jal, t. l, 
p. 216.) 

Bruisseiit lur masz, lur governail ; 
Nul d'eus n'endure le travail ; 
N'i a ne veile ne hobenc, 
Utage, n'escote, ne drenc... 

{Chron. des ducs de Norm,, I. 1, p. 154.) 

— Tud. drangôn,dringan, serrer, 
presser ; allem . dràngen ; holl . 
dringen; dan. drive; suéd. dn/wa. 

Drin'cheil, Drinkel, terme de po- 
litesse dont se servait ancienne- 
ment celui qui faisait raison d'un 
toast. Voyez ci - après Trinquer et 
Wessail . 

Drille. « Vieux mot qui signi- 
fiait autrefois soldat, et qu'on em- 
ploie aujourd'hui dans le style fa- 
milier dans différentes acceptions. 



^^^ PREMIÈRE PARTIE 

On dit, par mépris, c'est un pauvre 
drille, un méchant soldat; miles 
ignavus, imhellis, et plus souvent, 
un pauvre malheureux. C'est un 
vieux drille, c'est-à-dire un soldat 
qui a vieilli dans le service, miles 
stremus, et quelquefois un vieux 
libertin. » (Trévoux.) 

Drille signifiait proprement et 
primitivement un soldat exercé aux 
manœuvres. 

Nul de tous ces affiquets 
Dont on pare nos drilles.,.. 

Cela se faisoit-il du temps 
De Jean de Vert ? 



Qu'elle s'amur li ostreiast, 
E par france druerie l'amast, 
Pur ceo k'il est pruz e curleis. 

[Ibid., p. 256.) 



(ChansOD citée dans le Dictionnaire dar^ol de 
M. Fr. Michel, p. 139, col. 1.) 

— Ane. allem. drillen, trillen, 
exercer des soldats, faire faire 
l'exercice; allem. et hoU. drillen, 
item; angl. to drill, item. 

Drosse, terme de marine; câble 
qui sert à divers usages sur les na- 
vires. Il y a la drosse de gouver- 
nail, la drosse de canon. — Dan, 
trosse, corde, câble, drosse; suéd. 
traoss, tross, item; island. tratsa, 
item; angl. to truss, lier, attacher. 

Dru, anc. ami, amant; drue, 
amie, amante; d'où l'on fit druerie, 
amour. 

El vit son dru, et il, sa drue. 

(Flaire et Blanceflor, ëdit. du Méril, p. 88 ) 

Siie, dist l'escuier, vous soiez bien venusJ 
Vos compains voudrai estre, vos amis et vos 
drus. 

(Nouv. recueil de contes. 1. 1^ p. U9.) 

Or puis bien estre vostre amis. 
La dame se raseura, 
Sun chief descuvri, si parla ; 
Le chevalier a respundu, 
E dit qu'elle en fera son dru. 

(Marie de France, t, I, p Hgî \ 

La fllle al rei ama, 
E mainte feiz l'areisuna 



■— Tud. driit, trùt, ami, amant; 
la signification primitive était celle 
de fidèle; on disait dans ce dernier 
sens triuwi, et triuwa signifiait 
fidélité. Allem. traut, aimé, chéri; 
^j-ew, fidèle; treue, fidélité. La dé- 
nomination de fidèle désignant un 
ami, un amant, est digne de la 
constance germanique. Chez nous, 
ce n'est pas seulement le mot (dm) 
qui est passé d'usage depuis plu- 
sieurs siècles. Island. trur, fidèle. 
Anglo-sax. 1° treove, trive, fidèle; 
2» treova, truva, foi, fidélité. Dan. 
I^^ro; r troe. Suéd. 1" et 2" tro. 
Angl. 4° trusty;%'' trustiness. HoU. 
1 • trouio ; 2» trouw, trouwe. 

DuRFEUS, DuRFEUz, auc. mal- 
heureux, misérable, pauvre. Be- 
sogneux. 

Theophilus li desvoiez, 
Li durfeuz, li fauvoiez, 
Congié a pris, si s'en repaire 
Tout coiemenl a son repaire. 

(Comment Theophilus vint à pénitence, k la suit* 
des œuvres de Ralebeuf, t. II, p. 280.) 

Las! fet-il, las! que deviendrai.' 
Las ! quel conseil de moi prendrai ? 
Las! qu'ai pensé ? las ! qu'ai-je fet ?... 
Las ! forvoiez, las ! durfeuz. 
Las! engingnez, las ! deceuz. 
Las! mal bailli, las! redotez, 
Las! sor toz autres meschaianz. 

(IHd., p. 292.) 

— Tud. durftig, pauvre, beso- 
gneux, nécessiteux, indigent, misé- 
rable; durfén, être dans le besoin ; 
dérivés de durft, besoin, nécessité, 
disette. Anglo-sax. thurfende, né- 
cessiteux, indigent; thearfcm, dear- 



CHAP. III, ÉLÉMENT GERMANIQUE. SEGT. II. 329 



fan, être dans le besoin^ dans l'in- 
digence. Goth, tharfan, zYem.Allem. 
dùrfen , darben, item; dùrftig , 
besogneux, pauvre, indigent, mal- 
heureux. Island. thurfi j item; 
suéd. torftig, item; holl. nood- 
druftig , item; dan. nœdtœrftig , 
item. En hollandais, nood, et en 
danois, nozd, qui entrent dans la 

composition des mots cités plus 

haut^ signifient misère. 
Duvet. On a dit autrefoit dum, 

sujet singulier duns. 

Chiute de dum d'alerion 
Envolsé d'un blanc siglaton 
Ot par desusle cordéis 
Qui fu de soie lacéis.... 
Un oreiller ot al chievè* 
De mellor n'orés parler mes j 
Li duns en fu tos de fenis. 
D'un oisel qui moult est soltis. 

{Partnnoptus de Blois, t. Il, p. 181.) 

De dum on fit le diminutif dumet 
que l'on trouve encore dans Rabe- 
lais, liv. I, ch.xui, à la fin: «Vous 

sentez une volupté mirifique^ 

tant par la douceur d'iceluy dumet 
que par la chaleur tempérée de 
l'oyzon. » Quelques lignes plus 
haut il parle à'un oyzon bien dumété ; 
on dit en patois normand deumet ; 
en basse latinité, dumœ avait la 
même signification ; il se trouve dans 
le Traité sur la vénerie de l'empe- 
reur Frédéric II, liv. I^ ch. xlv. 

— lui. dunij duvet; island. dùn; 
dan. duun; suéd. dun; holl, dons; 
angl. down; bas allem. dunen, 
pluriel, les petites plumes . Le n du 
.primitif germanique s'est changé en 
m dans dumet, comme dans amer- 
tume de AMARITUDO, AMARITUDINIS, 

coutume de consuetudo, consuetu- 



DiNis, c/iarme^ arbre de CARPiMjs, etc. 
(Voir t. II, p. 144.) 

Ebe. « Terme de marine qui se 
dit dans quelques provinces. C'est 
le reflux de la mer^ lorsque la mer 
baisse, ou que la mer refoule, ou 
s'en retourne. Il est opposé a,u flot ci 
au montant. On l'appelle autrement 

jusant On dit proverbialement 

en Normandie, tout ce qui vient de 
flot s'en retourne d'ebe, en parlant 
des biens mal acquis et mal assurés. » 
(Trév.) En basse latinité , ebba , 
reflux. 

— Tud. ebba, reflux de la mer ; 
anglo-sax. I^eftèa, reflux; VebUan, 
se retirer, refluer, Allem. 1' ebbe; 
V ebben. Holl. t" eb, ebbe; Tebhen. 
Angl. 4° ebb; V to ebb. Dan. 
1 ° ebbe ; %" ebbe. Suéd. ehb, ebbe, 
reflux. 

Éblouir : en italien, abbagliare, 
formé de la proposition a et de 
bagliore, pour bliore, qui signifie à 
la fois éclat de lumière, éclair et 
éblouissement. Au lieu de la pré- 
position a, le verbe français a pris 
la préposition e, ex; quant à l'autre 
élément qui entre dans la composi- 
tion du mot, il lui est commun avec 
l'italien, et il dérive d'un primitif 
germanique. 

— Tud. blich, éclat, vive lueur, 
jet de lumière, éclair; blichan,hTi\- 
1er, étinceler. Allem. blick, lueur 
rapide, éclat, éclair; blicUn, luire, 
briller. Holl. blikhen, item ; blikzem, 
éclair. Dan. blinken, item; suéd. 
blag, item. 

ÉCALE, ÉCAILLE, autrefois escale, 
escaille. — Tud. scâla, enveloppe, 
écaille, coque, écale; goth. skaljo, 
tégument , enveloppe ; anglo-sax. 



330 



PREMIÈRE PARTIE. 



scala, sceala, scyll, enveloppe, écaille, 
gousse^ écale; island. sto/^ item; 
allem. schale; dan. skal; suéd. skal; 
holl. schille; angl. shell, coquille^ 
écaille, coque, écale, gousse ; seule, 
écaille. 

ÉcHALGAiTE. (Voir Eschafgaite.) 

ÉcHANSON, autrefois eschanson; 
en basse latinité^ schanco^ scanso, 
scantio. — Tud. scencho, échanson, 
dérivé de scenchan, verser à boire. 
Ane. island. V skiencare, échanson; 
2° skencka, verser à boire. Ane. 
allem. ]" sci7iko„ schencho; 2° schen- 
chen. Dan. 1° skiœnk; %<' shiœnke. 
Suéd. 1" skœnkswen; 2" skœnka. 
Holl. 1° schenker; T sclienken. 
Allem. 4° schenk; g-* schenken. 
Anglo-sax. scencan, verser à boire. 

ÉCHARDE, petit éclat qui se dé- 
tache du bois quand on le fend. On 
disait autrefois escharde. En patois 
wallon, ccarder signifie ébréchcr, et 
en patois normand, écharder, déta- 
cher des écailles, écailler. 

— Anglo-sax. sceard, fragment, 
éclat détaché d'un corps dur, tes- 
son^ etc., de scearan, couper, di- 
viser. Angl. 1° shardj éclat de tuile 
ou de pot, tesson ; 2° to share, di- 
viser. Holl. '1 " scherf; 2" scheuren. 
Dan. '[° skaar; 2° skiere. Suéd. 
K°skœrfwa; 2* skiœra, skœra. Tud. 
scartian, scertan, découper. Island. 
skerda,skierda,item. Allem. scharte, 
entaille, brèche. 

ÉCHARPE, ÉcHARPER. On disait 
autrefois escharpe_, escherpe. En 
provençal, escarpa signifie écharpe, 
et escarpii' lacérer, mettre en lam- 
beaux. 

En sonjant, escharpe et bordon 
Prist Rustebues, issi s'esmuet. 

{Ritttbe»f, I. il, p. 35.) 



Lors fait faire commandement. 
Parle bannier (héraut) qui en l'osl crie, 
Que tout homme de sa patrie 
Face tant, comme qu'il la tranche, 
Qu'il soitseignez à' escherpe blanche. 
Pour estre au ferir conneuj, .... 
Meis li ribaut les ont mises 
Faites de leurs propres chemises. 

{Branche Jet roi/aux lignages, t. II, |i. 435 et 436.) 

— Tud. scarbôn, découper, di- 
viser, déchirer, écharper; anglo- 
sax. scearpan, sceorfan, item. Allem. 
1° scharben, scharhen, découper, 
écharper ; 2" schàrpe , schàrfe , 
écharpe. Dan. 1» karve; 2° skiœrfe, 
scherfe. Holl. 1* kerven; %* siarp. 
Angl. \° to carve; t'^ scarf. Suéd. 
1° karfwa; 2° skœrp, skiœrp ^ 
écharpe; skarf, coupon de toile, 
lambeau. 

ÉcHASSE signifia d'abord une 
jambe de bois; il se prenait égale- 
ment pour une béquille, une potence 
à l'usage des estropiés. En basse 
latinité, eschassa avait la même 
signification. Nous appelons aujour- 
d'hui échasses deux long bâtons à 
chacun desquels se trouve une sorte 
d'étrier où l'on met le pied, et qui 
sont comme deux jambes de bois 
servant à marcher dans les marais, 
dans les sables^ etc. 

Or oiez du vilain.... 
S'avoit 1. pié chaucié 
Et l'autre avoit trenchié, 
Si aloit a eschace.... 
Et s'il hurte Veschace , 
Lui ne chaut que il face; 
Mais s'il sou pié hurtast, 
Je cuit qu'il se bleçast. 
S'il marche sus espine, 
Ja mar querra mecine 
Par pointure qu'il face 
De l'espine a eschace. 
S'il marche sus serpent, 
Oe l'envenimement 



CHAP. III, ÉLÉMENT GERMANIQUE. SEGT. II. 331 



Ne li estuet douter. 
Que ne li puet grever. 
S'il marche sus chardon, 
IS'en donroit i. bouton ; 
Et se il la deslace, 
Si puet-il de Vescliace 
S'aillie pesleler. 
Et son poivre souder. 
Et son commin broier... 
Et s'ele est bien ferrée, 
vn. ans a de durée 
[Plus] qu'unssollers n'auroit. 

{Le du de l'Escliacitr, publié par M. Jubinal, Jon- 
gleurs et trouvéreSf p. 159-163.) 

Mais li damoisiax s'en venjait 

Si bien c'uns des piez li tranchait ; 

Or aloit cil a une eschace. 

fOolopathos, p. 249 J 

Aux contrais impotens qui droit lor corps 

ne portent. 
Qu'aient por soustenirou bastonou eschace. 
Dites vos patenostres, que Diex merci lor 
face. 

(Nouveau recueil de coûtes , 1. I, p. 247.) 

Il n'est pas possible de détermi- 
ner exactement quelle était la signi- 
fication de l'ancien primitif tudesque 
qui nous a fourni le mot échasse. 
Je dois seulement constater qu'il est 
resté dans trois idiomes germa- 
niques modernes, dans lesquels il 
désigne cette sorte de chaussure de 
bois garnie d'un fer par dessous qui 
sert à glisser sur la glace, ce que 
appelons un patin. — Holl. schaats, 
patin; dan. skœyte _, item ; angl. 
skate, scate, item. 

ÉCHEviis; en basse latinité, sca- 
binus , scavinus, juge subalterne, 
échevin; en italien, scahino, plus 
usité schiavino. On a dit ancienne- 
ment en langue d'oïl, eskevin, eskie- 
vin, eschevin. 

Porons lever, prendre et paner, selonc la 
loyde la ville, par le jugement de no* es- 
kievins, les loys et amendes de nos droi- 



tures. {Charte de 1290 insérée dans lesCar- 
lulaires de Hainaut publiés par M. deReif- 
fenberg, p. 420.) 

— Tud. scafino, scefino, juge; 
dérivé de scafôn, régler, disposer^ 
arranger, ordonner. Ane. allem. 
schoppen, scheppen, scheffen, juge ; 
schopfen, schaffen, régler, accom- 
moder, régler une affaire, rendre la 
justice. Allem. moderne, schôppe^ 
schôffe, scheffen, échevin; holl. sche- 
pen, item. 

Echiquier; en basse latinité, sca- 
carium_, scaccarium, qui signifiaient 
primitivement le trésor royal. On 
trouve eschekier dans le Livre des 
lioiSj avec la même signification. 

Asiasar seneschal de la maisun lu rei, 
Adoniram fud maistre del eschekier e de 
receivre les treuz. (Livre des Rois, p. 238.) 

Et Ahiasar, prœpositus domtis; et Adoni- 
ram, filius Abda, super iributa. 

Plus tard, le mot échiquier dési- 
gna une cour de justice où l'on ju- 
geait les affaires qui concernaient le 
fisc. 

— Tud. scaz, contribution, im- 
pôt, taxe^ rétribution; la significa- 
tion première de ces mots est celle 
d'argent monnaye, monnaie, pièce 
d'argent; goth. skattj item; anglo- 
sax. sceat, item; allem. schoss, taxe, 
impôt; schatz, trésor; dan. skat^ 
item; suéd. skatt; holl. schat; is- 
land. skattVj tribut, taxe, impôt. 

Échoppe, petite boutique^ ordi- 
nairement en appentis et adossée 
contre une muraille. (Acad.) En 
basse latinité , scopa , schoppa , 
échoppe, boutique. — Tud. schiipha, 
cahutte, échoppe; anglo-sax. sciop, 
skiop, sceoppe; island. skap; dan. 
skab; suéd. skaop , skop ; holL 



332 



PREMIÈRE PARTIE. 



schap. schapraai; allem. schuppen, 
échoppe; angl. shop, boutique. 

EcLANCHE. — Tud. scinca,scinha, 
jambe; scincal, jambon^ cuisse, 
éclanche; anglo-sax. skenc, scène, 
item,', dan. skanke , item; suéd. 
skanka, item; hoU. skink; allem. 
schinken; angl. s^anft, jambe. 

(Pour l'introduction du l dans 
éclanche, voir t. II, p. 443.) 

Éclat, Éclisse. (Voir Esclier.) 

ÉcoPE, EscopE, EscouPE, espèce 
de pelle creuse qui sert à vider l'eau 
entrée dans les bateaux. — Tud. 
scaph, pelle creuse, puisoir; sche- 
phan, scuofan, puiser. Allem. schau- 
fel , pelle; schôpfkelle , puisoir, 
écope; composé de schôpfen, puiser, 
et de kelle, cuiller. HoU. schepper, 
écope; scheppen, schoppen, puiser. 
Suéd. skopa, écope ; skofwel, pelle. 
Dan. skovlj item. 

ÉcoRE, terme de marine et de 
rivière. Côte escarpée à pic : saxum, 
cos, rupes abrupta, ora erecta. 
(Trévoux.) — Tud. scorro, côte 
escarpée^ écore, écueil; anglo-sax. 
score, rivage, côtes; angl. shore, 
item; holl. schorre, item. 

Écot; ital. scotto, écot. En basse 
latinité, scotum, scottum signifiaient 
d'abord taxe, contribution, impôt, 
puis cotisation, écot. Dans notre 
ancienne langue, escot avait égale- 
ment les deux significations. Du 
Cange, art. Scot, nous fournit un 
exemple de la première signification 
tiré d'une charte de l'empereur Phi- 
lippe en faveur des habitants de 
Liège. Il y est dit que les Liégeois 
seront exempts « de serviche, tailhe 
et escot. » 
Voici un autre exemple de ce mot 



pris dans la même acception ; l'au- 
teur dit en parlant du clergé menacé 
dans ses intérêts temporels par les 
nouvelles taxe s que Clément V venait 
de lui imposer : 

Cil qui les dignitez avoient 
Orendroit li plus s'en esmoient. 
Leur esiat tenir convendra, 
Mais ne sai dont ce leur vendra 
Dont estât puissent maintenir. 
Leur despens ne porrontfornir 
ISe finer aussi leurs escos; 
Si metront cotes et surcos 
En gages pour Vescot paier. 

fLa Requetie des frères mineuri $u$ le leplUnu Cli- 
ment le Quint, insérée dant tel cearrei d* 
Rucebeaf, t. 1, p. 448.) 

Dans le passage suivant, écot a la 
signification que nous lui donnons 
encore aujourd'hui. 

LI MOINES. 

Ostes, me ferés-vous dont forche ? 

LI OSTES. 

0!1, se VOUS ne me paies. 

Ll MOINES. 

Bien voi que je sui cunkiés, 
Mais c'est li darraine fois. 
Par mi ehou m'en irai-je anchois 
Qu'il reviegue uoHViaus escas. 

{Théâtre franfaii au mogen %«, p. 89.) 

— Tud. scaz, impôt, taxe^ contri- 
bution, salaire ; goth. skatt ; anglo- 
sax. scot, sceat; anc. frison skot ; 
island. skattr; allem. sc/toss ; dan. 
skat; suéd. skatt; angl. shcot ; holl. 
schot. 

ÉcoDTE^ terme de marine. Cordage 
attaché au coin inférieure d'une voile 
pour servir à la déployer et à la ten- 
dre, de manière qu'elle reçoive l'im- 
pulsion du vent. On trouve escotes, 
avec le même sens, au xii« siècle. 

Estuins ferment et escotes 
Et font tandre les cordes totes. 

{Rom. de Bru\ U II, p. UL) 



CHAP. III, ÉLÉMENT G;ERMANIQUE. SECT. II. 333 

(Voyez un autre exemple à l'article schrauven, percer^ forer, faire un 



Drenc ci-dessus.) 

— Suéd. skot, écoute ; dan. skiœd; 
allem. schote; hoU. schoot; angl. 
sheet. 

ÉCRAINE, ÉCRÈNE, EsCRENNE, aUC. 

hutte recouverte de paille ou de ga- 
zon, dans laquelle les femmes allaient 
passer la veillée pendant l'hiver. En 
hase latinité, screona, screuna, screo, 
maisonnette, hutte, chaumière. (Voir 
Trévoux, ainsi que du Cange^ art. 
Screo.) 

— Tud . schranno, screona, hutte, 
cahane, dérivés de scur, scura, chau- 
mière; anc. allem, schranne, scrua, 
chaumière, maisonnette, schranne, 
boutique, échoppe; allem. schrank, 
dépense, armoire, huffet ; suéd. 
skryn, item. 

Écran. — Tud. skerm, skirm , 
se dit de tout ce qui garantit, pro- 
tège, défend; scirman, garantir, pro- 
téger, défendre ; anc. allem. skerm. 
paravent, écran; allem. schirm,item; 
angl. scfreen , item; hoU. scherm, 
item ; àan. skirm, item; suéd. 
skiœrm, skerm, item. 

Pour les transformations qu'a su- 
bies le primitif skerm devenu escran, 
écran, voyez tome II, e permuté en a, 
p- 63, r transposé p. 4 20, m changé 
en n p . 411. 

Écraser Mot hybride composé de 
la préposition latine e, ea?, et d'un 
élément germanique qui parait avoir 
été importé par les Normands , car 
il est particulier aux langues Scan- 
dinaves. 

— Anc. island . krassa, broyer, 
briser, écraser; suéd. krasa , briser, 
casser, rompre; dan. kryste. 
ÉcRou. — Anc. allem. shruben, 



trou avec un foret, une vrille, serrer 
une vis dans son écrou ; allem. 
hoU. schrauben, visser, faire entrer 
une vis dans son écrou ; holl. 
schroeven, item;dian. skruve, skrue, 
item; suéd. skrufajtem; angl. to 
screw, item; maie screw, vis; female 
screw , trou dans lequel entre la vis, 
écrou. 

Écume, ital. schiuma, esp. etprov. 
esaima , viennent plutôt d'un pri- 
mitif germanique que du latin spw- 
ma , car le français n'offre pas un 
seul exemple du changement dej) en 
c ; ce changement a cependant lieu 
quelquefois entre certaines langues, 
et notamment entre l'islandais et le 
breton. 

— Tud . sciim, écume ; island . 
skuum; anc. allem. schaum ; dan. 
sftww; allem . sc/taum ; bas allem, 
schuum; holl. schuim; angl. scww; 
suéd. skumm. 

ÉcuRER, en provençal escurar. — 
Dan. skure, nettoyer, polir, écurer; 
suéd. skœra; allem. scheuem; holl. 
schuuren; angl . to scour. On trouve 
en gothique, dans Ulphilas, le verbe 
skaurôn, employé dans un sens ana- 
logue, mais au figuré. 
Edel, anc. noble. 

De quoy assez li fit par letre. 
Et par les gens de son ostel, 
Qui lui discil mouit d'un edel... 

(Dom Mariéue, Thetaurus novui anecdoiomm, t. III, 
ool, 1461.) 

— Tud. ad^al, edil, noble, d'ori- 
gine illustre; anglo-sax. œdhel, ed- 
hel; island. ada//; allem. adel,edel; 
holl. edel; suéd. adel; dan. adel, 
œdel, edel. 

On disait encore en langue d'oïl 



334 



PREMIÈRE PARTIE. 



éUn pour signifier noble (Voir Ro- 
quefort) ; en langue d'oc adelenc ; 
en basse latinité adalmgm, edelin- 
gus. Ces mots proviennent d'un pri- 
mitif germanique qui était un déri- 
vé de ceux que je viens de men- 
tionner. Tud. adalinc,ediHng ,noh\c; 
anglo-sax. œdheling, item. Les ter- 
minaisons ing, inc sont des suffi- 
xes. 

Édredon. — Suéd. ]° ejderdun, 
édredon, mot composé de 2° ejder, 
sorte de canard particulier aux pays 
du nord dont les plumes sont fort 
douces, et de 3° dun, duvet, petites 
plumes. Angl. 1 " eider-down, 2° ei- 
der, edder, 3° doivn. AUem. ^°e^- 
derdunen, 2" eidervogel, composé 
au moyen de vogel, oiseau ; 3' du- 
nen. Dan. \°ederdun, 2° ederfugl, 
avec fugl, oiseau; 3° dim. 

Effroi. Ce mot est composé de 
la préposition latine e, ex, et d'un 
élément germanique. — Tud. freis, 
vreese , frayeur, effroi ; anglo-sax. 
ferht, fyrht, feorht, forht; dan. 
frygt ; suéd . fnichtan ; allem . 
furcht; hoU. vreeze. Angl. fright, 
effroi, frayeur ; to fray, effrayer, 
épouvanter. 

Égratigner. (Voyez Graf^er.) 
Égruger. (Voyez Gruger.) 
Élan^ autrefois ellend, espèce de 
cerf. Il est nommé alce par César 
et par Pline, et âXxYi par Pausanias. 
Tous ces mots proviennent des idio- 
mes de la Germanie, pays où se 
trouve cet animal. — Tud. elaho, 
élan ; hoU. eland ; dan. elling ; suéd. 
elg ; angl. elk; anc. allem. elch; 
allem. moderne elenn. 

Élingue, terme de marine. « C'est 
une corde avec un nœud coulant à 



chaque bout, qui sert à entourer les 
fardeaux pour les mettre dedans et 
dehors le vaisseau.» (Trévoux.) On 
disait autrefois eslingue. 

— Angl. sling, signifiant égale- 
ment élingue et fronde à cause de 
la ressemblance que ces deux objets 
ont entre eux ; suéd. sliunga, item ; 
hoU.I °schUnge, fronde; 2° leng, élin- 
gue. Allem. 1° schleuder; 2° schlin- 
ge. Tud. slinga, fronde; anglo-sax. 
slinga, item; island. slunga, slan- 
ga, item ; anc. allem . schlinge , 
item; dan. slynge, item. 

Émail. On disait autrefois esmail; 
en italien, smalto; en basse latinité, 
smaltum. 

Nus ne puet ne ne doit mètre en oevre 
clozd'evoirenedVsmflf/ de quelque manière 
que cesoit;el se il le fet, l'oevre doit estre 
arse, quar l'oevre n'est ne bone ne loial. 
{Livre des métiers, p. 212.) 

— Tud. smah, smehi, substance 
fondue, se dit des métaux, de la 
graisse^ etc. ; smehan, smaljan, 
fondre, liquéfiier; anglo-sax. smel- 
tan, item; island. smelta, item; 
hoU. \°smalt, émail ; 2° smelten , 
fondre . Allem . ^° schmelz ; 2° 
schmelzen. Angl. \° enamel, com- 
posé au moyen de deux préfixes ; 
2" to melt. Dan. ]°smœH-verk (verk, 
signifie ouvrage) ; 2" smelte. Suéd . 
1 " smœït-iverk {werk, ouvrage) 2° 
smœlta. 

Émérillon, autrefois esmérillon ; 
en basse latinité smen7^o ; en ital. 
smeriglio, smeriglione; en espagnol 
esmerejon. 

Tez i a qui aimment faucons, 
Espriviers et esmerillons. 

(NottV. rec. de contes, t. I, p. 154.) 

— Tud . smerle, smirl, émérillon 



CHAP. m, ÉLÉMENT GERMANIQUE. SEGT. IL 335 



allem. schmerl, schmerlein ; dan . 
smer le ; hoW. smeerle ; a.ng\ . mer- 
lin. 

Empan, mesure de longueur qui 
se fait par l'extension de la main, 
depuis le pouce étendu d'un côté 
jusqu'à l'extrémité du petit doigt 
opposé. (Trévoux.) On disait autre- 
fois espan ; en basse latinité, span- 
nus, spanna ; en italien, spanna ; 
en provençal^ pan. 

Nuscordouaniers de Paris ne peut ne ne 
doit fére soulers de bazaiie dedenz la ban- 
Jieue de Paris de plus d'un espan de pié, 
ne de plus d'un espan de haut. {Livre des 
métiers, p. 227.) 

Ets'ot la barbe blanche et bele 
1 espan desouz la mamele. 

{Dolopathos, p. 165.) 

— Anglo-sax. span, spon, sponne, 
empan, dérive de spannan, étendre, 
mesurer avec la main étendue, me- 
surer par empan; tud. spanna, em- 
pan ; spannan, tendre, étendre ; anc. 
allem. k° spana, span, empan; 2° 
spannen, étendre, mesurer avec la 
main étendue. Allem. 1" spanne, 
spann ; 2° spannen. HoU. 1° span ; 
2° spannen. Dan. spand, empan; 
spœnde , tendre , étendre . Suéd . 
spann, empan ; spœnna, tendre, 
étendre. Angl . span, empan; to 
span, mesurer par empan. 

Eis'HEUDÉ, anc. « qui est attaché 
par des heudes, pedicis implicatus. 
Ce mot est un vieux terme de cou- 
tumes. Bêtes enheudées sont des 
bêtes retenues par des heudes qui 
sont des liens qu'elles ont aux pieds 
de devant. » (Trévoux.) Enheudé 
est composé du préfixe en et d'un 
primitif germanique. 

La beste chevaline doit deux deniers, en 



quelque lieu qu'elle soit prise; et si elle 
est enheudêe, et prise en taillis, elle doit 
quatre deniers. {Coustumier général, t. H 
p. 779.) 

— AvLC. allem. umhudeln, attaché 
avec un lien, une bande, un lam- 
beau d'étoffe, composé de la prépo- 
sition um et de hude, hudel, lam- 
beau d'étoffe, chiffon ; dan. hud, 
item ; allem. hudel, item, qui n'est 
plus usité que dans certaines pro- 
vinces. 

Epeautre. autrefois espaulte, es- 
paultre : en basse latinité, spelta ; 
en italien^ spelda, spelta ; en espa- 
gnol, espelta ; en provençal, espéou- 
ta. — Inà. spelta, spelza, épautre; 
anglo-sax. spelt ; allem. spelt, spelz, 
hoU. spelte ; angl. et dan. spelt. 

Dans épautre le r s'est introduit 
à la suite du t comme dans pupitre, 
martre, formés depulpitum^, martes. 
(Voir t. II, p. 142.) 

Épeiche.(( Nom d'un oiseau qu'on 
appelle aussi cul rouge^ ou pic rouge, 
picus ruber major; c'est une espèce 
de pivert ou pic vert.» (Trévoux.) 
On disait autrefois espec, espeiche, 
dans la même signification. (Voir 
ces mots dans le glossaire de Ro- 
quefort.) 

— Tud. speh, speht, specht, pic, 
épeiche; allem, specht; holl. spegt; 
dan. sept ; angl. speight. 

Éperlan. — Allem. spierling, 
éperlan ; holl. spiering, item ; angl. 
sprat, item. L'allemand spierling 
auquel éperlan a le plus de rapport, 
est probablement un diminuitf si- 
gnifiant petit trait, flèche ; ce nom 
aura été donné à ce poisson parce 
qu'il est à la fois très long et très 
mince. Tud. sperilin, petit trait, 



336 



PREMIÈRE PARTIE. 



flèche, diminutif de sper, trait, ja- 
velot, pique. Anglo-sax. spere ; dan. 
spar ; suéd. sparr; angl. spear. 

Éperon, autrefois esperon : en 
basse latinité, spouro ; en italien, 
sperone. Les plus anciens éperons 
n'avaient pas de molette, mais seu- 
lement un aiguillon, une espèce de 
petite broche; de là l'expression bro- 
cher un cheval, pour signifier lui 
donner de l'éperon , l'éperonner . 
(Voir Roquefort, art. Broce.) 

Or broche hom grant cheval des espérons *a 
broche. 

{Nom. rec. décantes, I. 1, p. 197.) 

— Tud. sporo, éperon; de spor- 
nen, frapper^ aiguillonner, piquer. 
Anglo-sax. spora, spura, éperon; 
island. spon , spore, item; hoW. 
spoor ; suéd . spaore, sporre ; dan. 
spore ; allem. sporn , angl. spur. 

Épervier, autrefois espervier : en 
basse latinité, sparvarius; en italien, 
sparviere; en provençal, esparouviou. 
L'épervier fait la chasse aux petits 
oiseaux ; de là le nom qui sert à le 
désigner dans plusieurs langues. Les 
Latins l'appelaient accipiter frin- 
gillarius ; de fringilla, frigilla, pin- 
son. Les idiomes germaniques ont 
formé son nom du mot qui signifie 
moineau dans ces idiomes. C'est 
ainsi qu'en français linotte dérive de 
lin et chardonneret, de chardon. 

— Tud. sperwâri, épervier; sparo, 
moineau. Go th. sparva, item; an- 
glo-sax. speare, sparva, item; is- 
land. spaur^item; dan. spure, item. 
AUem. sperher, épervier; sperling, 
moineau. Suéd. sparfhœk, épervier^ 
expression composée de hmk, faucon, 
et de sparf, moineau . Angl.sparrow- 



hawk, de hawk, faucon, et sparrow, 
moineau. Holl. spenoer^ épervier. 

Épier, Espion : en italien, spiare, 
épier; en espagnol^ espiar. Nous 
disions autrefois espie pour espion; 
la forme actuelle n'est pas fort an- 
cienne dans le français; la langue 
d'oc avait espia dans la même signi- 
fication. 
Jo quid que lireis outen sa cambre s'espie. 

(Voyage de Charlem. à Jérus. v. 65t.) 

Et les noz chevaliers en un brueil sunt 

entré; 
L'a si uni lur espie, ki tut lur a conté. 

( Chron. de Jordan Fanlosmc, p. 600.) 

— Tud. spehôn, spiohon, épier; 
spëha, espion. Anglo-sax. spirian, 
épier; allem. spàhen, spehen; dan. 
spejde; suéd. speja, speija; angl. 
to spy; hoU. hespieden, composé 
au moyen du préfixe 6e. 

Épieu, sorte d'arme à fer plat et 
pointu, dont on se sert ordinaire- 
meni àla chasse du sanglier. (Acad.) 
On disait autrefois espiet, espiez, qui 
désignaient une espèce de pique dont 
on faisait usage dans les combats. 

L'escut li freinst, l'osberc li descumfist, 
Sun grant espiet par mi le corps 11 mist. 

{C/tans. de Roi., st. xciii.) 

E lançad as Escuz (Écossais) treis espiez 

esmuluz ; 
 chascun des espiez ad un mort abatuz. 

fChron. de lord. Fanl. ctiii.) 

En italien, spiedo, spiede, spie- 
done, épieu et broche; en espagnol, 
espetOj espedo, espeton ; en langue 
d'oc espieut ; en basse latinité, spi- 
tum, broche; spietum, pique, épieu, 

— Tud. spioz,speoz, épieu, lance, 
pique, iDroche; anglo-sax. spietu, 
spitu; anc. island. spiot; anc. allem. 
spiez; allem. moderne spiess; dan. 
spid; suéd.sjpe<iÇ;holl. sptes, pique. 



III, ÉLÉMENT GERMANIQUE. SECT. II. 337 



CHAP 

épieu; speet, broche; angl. spit, 
item. ^ 

Épisser, terme de marine, séparer 
les torons de deux bouts de corde et 
et les entrelacer de manière à réunir 
les deux cordes. — HoU. splitsen, 
partager, diviser, séparer^ épisser 
une corde; allem. 1° spleissen_,îen- 
dre^ séparer, diviser; 2° splitzen, 
épisser une corde. Angl. 1° tosplit; 
'S,°tosplice.T\ià. splizan, fendre, di- 
viser, séparer; island. splita^item; 
dan. splitte, item; suéd. split, di- 
vision. 

Épolet^ Époulin, anciennement 
espolet, espoullier. On appelle ainsi 
une sorte de bobine à l'usage des 
tisserands ; elle consiste en un mor- 
ceau de roseau, sur lequel on dévide 
une quantité convenable de trame. 
Vépoulin tourne autour d'une bro- 
chette de fer appelée fuseroUe, et le 
tout ensemble se place dans le mi- 
lieu de la navette. (Voir Trévoux, 
Époulin et FuseroUe.) En italien, 
spola, spuola, navette; en espagnol, 
espolin . 

— Tud. spuolo, bobine, époulin ; 
island. spoZa; anc. allem. spoele ; 
allem, spule; hoU. spoel; dan. 
spole; suéd. spol; angl. spool. 

Épois, terme de vénerie, cors 
pointus qui se trouvent au sommet 
des perches du cerf; on disait autre- 
fois espoîs. — Tud. spiz, pointe, 
corne; anglo-sax. spietu; allem. 
spitze; hoU. spits; dan. spids; 
suéd. spets. 

EscALiN, ancienne pièce de mon- 
naie dont la valeur a varié. Voyez 
le dictionnaire de Trévoux et le 
supplément du glossaire de Roque- 
fort. 



— Tud. scilling, monnaie qui 
fut primitivement en or ; goth. skil- 
liggs ; anglo-sax. scilling ; anc. is- 
land. skillingr; allem. schilling; 
hoU. schelling ; angl. shilling ; dan. 
et suéà. shilling . 

Escalope, anc. coquille de lima- 
çon, d'escargot. 

La limace gete son cors 

De Vescalope toute fors 

Par le biaus tems; mes par la pluie, 

Rentre enz, quant ele li anuie. 

(Rutebeuf, t. II, p. 315.) 

— HoU. schelp, schulp, coquille, 
écaille ; allem. schale, schuppe ; tud. 
scaljScala; dan. et suéd. skal. 

Escarcelle. C'était autrefois une 
grande bourse de cuir garnie d'un 
fermoir de fer. Ce mot ne se dit plus 
aujourd'hui qu'en plaisantant. Les 
italiens ont scarsella, scarsellone, 
de même signification, qui dérive de 
scarso. parcimonieux, comme escar- 
celle dérive de notre ancien mot 
escars, eschars. (Voir Eschars.) 

Voyez cy argent content, combien ? Ce 
disoyt monstrant son esquarcelle plaine de 
nouveauli henricus. (Rabelais, Pantagruel, 
liv. IV, chap. VI, p. 219.) 

La fille du logis, qu'on vous voie ; appro- 
chez : 
Quand la martrons-nous ? quand aurons- 
nous des gendres? 
Bon homme , c'est ce coup qu'il faut, vous 
m'entendez, 
Qu'il faut fouiller "a l'escarcelle. 

(La Fontaine, lirre IV, fable it.) 

Escarmouche : en basse latinité^ 
scaramutia, scarmutia ; en italien^ 
scaramucda, schermugio ; en espa- 
gnol, escaramuza. Ce mot n'est pas 
nouveau dans notre langue; il se 
trouve employé par plusieurs de nos 
anciens auteurs. 



tt 



338 



PREMIÈRE PARTIE. 



Si y eut plusieurs escarmouches et en- 
\ayes devant les barrières; car il y avoit 
aucuns Anglois el Gascons, qui l'a s'estoienl 
retraits ds la déconfiture de Ymet, qui te- 
BOient la ville assez vaillamment, (Frois- 
sarl, liv. II, ch. vm, t. II, p. 6, col. 2.) 

Escarmouche est de la même fa- 
mille que escremir signifiant ancien- 
nement se défendre en combattant, 
combattre ; en italien schermire, 
schermare. Voyez ci-après l'art. 
Escrime. 

— AUem. 4° scharmùtzel, escar- 
mouche; de 2° schirmen, se défen- 
dre en combattant, combattre. HoU. 
1 " scharmutzeling ; 2° schermen. Tud. 
skirman, scirman, se défendre en 
combattant; anc. suéd. skirma , 
item; suéd. moderne skœrmysla^ 
skermisla , escaramoucher. Dan. 
skiermydsel , escarmouche; angl. 
skirmish, item. 

Escarpe^ terme de fortification, 
partie du fossé formant une pente 
roide, qui se trouve au pied du rem- 
part du côté de la place. Ce mot nous 
a donné escarper, escarpé_, escarpe- 
ment. En italien, scarpa, escarpe. 
— Anglo-sax. scearp, scarp, aigu, 
roide^ abrupte, escarpé; anc. island. 
skarp; tud. scarf; angl. skarp; 
hoU. scharp; allem. scharf; dan. 
et suéd. skarp. 

EscHAC, EscHEC, EscHECE, anc. 
butin. 

Mais venqueor e haut e lié 
Sunt a Telercs repaire 
Od tel eschac, od teus gaaini 
Dunt liseignor e li corapainz 
Furent puis lichesa lor vies. 

{Chwn. des ducs de Normandie, t. II. p. 457.) 

Assez i a perdu, petit eschac anmaine. 

{CImhs. des Satons, t. II, p. 6},} 

Ces deYduraée vindrent lur flée en Juda, 



si 'n ocistrenl multz de Juda, et pristrent 

grant prèle, et flrent maint bon eschec. 

{Livre des Rois, p. 3^.) 

Mult grant eschech eu unt si clievaler 

D'or e d'argent e de garnemenz chers. 

(CAans. de Roi. it. vin.) 

— Tud. scâft, proie, butin; island. 
skaak, item; anc. allem. schach, 
item; angl. to sack, faire du butin, 
piller; allem. schàcher, pillard, bri- 
gand, voleur. 

Nous avons conservé sac et sacca- 
ger, qui paraissent appartenir à la 
même famille. Esp. saquear, sacca- 
ger; ital. saccheggiare. 

ESCHARGAITE, EsCHALGAITE , Es- 
CHALWAITE, ESCHIELGUAITE, ÉCHAL- 

GAiTE, Échaugaite: enbasse latinité, 
scaraguayta, eschargaita, eschal- 
gaita, eschaugueta, etc. Tous ces 
mots avaient une même significa- 
tion, et désignaient primitivement 
une compagnie de gens de guerre 
chargés de faire le guet; ce qui s'ap- 
pelait eschargaiter, eschargaitier. 
Dans la suite, échaugaite ou échaw- 
guette signifia une petite tour d'ob- 
servation où se tenaient les gens de 
guerre qui faisaient le guet. C'est 
ainsi que l'expression corps de garde 
a passé du corps de troupe qui 
monte la garde au lieu oià se tien- 
nent ceux qui sont de garde . 

Quar les eschargdlles les voient, 
Qui l'ost eschargaitier dévoient. 

{Roman d^Aubry, cité par du Cange, iirt. Scara- 
guayta.) 

Li reis esteit dedenz sun paveillun, 
Li eschielguaite delez e envirun. 

(C/in>n. des ducs de Norm., t. III, p. S59,] 

Icele noit n'unt unkes escalgaite. 

{Chans. de Roland, st. clxxtiii.^ 

Celle nnit en son ost cbascan eschargaita. 

{Chron. de du Gueselin, t. I, p. 400.) 



CHAP. III, ÉLÉMENT GERMANIQUE. SEGT. II. 339 



— Tud. 1° scara, corps de troupe, 
bataillon^ compagnie de gens de 
guerre; %°wahta, guet, faction, 
Goth. \° scaar; t° waths, vahtus. 
Island. 4° skor , skari; 2° vakt. 
Allem. ]° schaar ; '2,° wacht. Dan. 
1°skare; ^° vagt. suéd. \° skara; 
^°wakt. HoU. schaare, assemblée, 
troupe^ foule; wagt, guet. 

ESCHAKMR, ESCARNIR, EsCHERNIR, 

EsKERNiR, anc. se moquer, railler, 
honnir, outrager, faire affront, cou- 
vrir de honte. En langue d'oc esquer- 
nir, escarnir; en itcdien schernire; en 
espagnol et en portugais escarnir. 

Fist un de ces de Israël a David : As tu 
vea cest merveillus champiun ki ci vient 
pur nus attarier e escharnir. {Livre des 
Rois, p. 64.) 

Et dixit unus quispiam de Israël : Num 
vidistis virum hune qui ascendit ? Ad ex- 
probraudum enim Israël ascendit. 

Ha, Diexl com m'avez escharni, 

Dist li chevaliers, biaus dous sire ! 

Or ne cuidai qu'en nul empire 

Eust tel famé com la moie. 

De grant noient m'esjoïssoie; 

Or voi-je bien , et croi et cuit 

N'est pas tout or quanqu'il reluit. 

(Rutetxiuf, t.I, p. 317.) 

(Voirie même auteur, t. II, p. 72; 
le Roman de Brut, 1. 1 , p. 85; 1. 11^ 
p. 235 et 232; les Chroniques des 
ducs de Normandie^ t. I, p. 281 et 
235; t. II, p. 3 ; le Voyage de Char- 
lemagne à Jérusalem, v. 626, 643.) 

— Tud. scernôn, honnir, insulter, 
se moquer, railler; schernan, cou- 
vrir d'ordure, et au figuré couvrir 
d'infamie, d'opprobe, de honte, faire 
un afiront, outrager, insulter, hon- 
nir; dérivé de schern, ordure, sa- 
leté, vilenie. Anglo-sax, skearn, 
sciern, ordure, saleté ;island, scern, 



item;àa.n. skam, item; suéà. skarn, 
item; ang. to scorn, honnnir, mé- 
priser. 

ESCHARS, ÉCHARS, EsCARS, aUC. 

chiche, avare, parcimonieux : en ita 
lien, scarso; en langue d'oc es- 
cars. 

Nul n'esteil si achaisonos, 

Si morteus ne si envies, 

Ne si avers, ne si eschars ; 

Plus de vaillant de mil mars 

Out trait à sei de Normendie, 

{Chrou. des ducs de Nom. t. II, p. 73). 

Verspovregent n'estiez n'escftarse ne avare. 

(Roman de Berle aux grans pies, p. 133.) 

— HoU, schaars^ avai*^ chiche, 
parcimonieux; allem. karg; dan. 
karrig ; suéd. karrig , karg ; angl. 
scarce, rare, peu abondant, res- 
treint . 

EscHELLE, EscHiLLE, auc. Son- 
nette, clochette; d'où les diminutifs 
eschelette , eschillette , échelette , 
échillette. (Voir Roquefort.) En 
basse latinité, skella, skilla, squilla, 
esquilla; en italien ^ squilla; en 
espagnol, esquila; en langue d'oc, 
esquella. 

Le blanc destrier li a l'en amené 
Que Balan ot par Nayme présenté ; 
François li ont richement atorné ; 
Frein ot ad or richement tresgetté. 
Et li poitrax fu ad or estelé 
Et environ A'escheleltes ouvré. 
Quant li chevax a un petit aie 
L'or retentist et a un son geté. 

(Roman d'AgolanI, ^d.Bekker.p. 163) 

— Tud. scella, skella, sonnette^ 
clochette; de scal , son; scellan, 
sonner. Island. skella, item; allem. 
schallen, item; schelle, sonnette, 
clochette; hoU. schel, item; suéd. 
skœlla, skiœlla, item. 

EscHEvi, anc, bien conformé^ bien 
proportionné, bien fait. 



340 



PRExMIÈRE PARTIE. 



Aisli devant un chevalers [gentilz] 
Frère Gefrei a un duc angevin, 
Heingre ol le cors, e gresle et eschewid. 

[Chuns. de Roland, It. CCLxiix.) 

Aubris fu biaus, eschevis et moles. 

Gros par espaules, gralsles par le baudré. 

{Garin le Loherain, \, \, p. 85.) 

Eschevi provient d'un verbe ger- 
manique signifiant former, confor- 
mer, façonner; c'est ainsi que l'on 
dit en grec êaxeuainisvos de ffxuâÇw 
pour eu Êcrxeua(7[AÉvo; ; en latin com- 
positus pour bene compositus; en 
français, confectionné, motdé, pour 
bien confectionné, bien moulé. — 
Tud. scaijan, former, façonner, 
conformer , confectionner ; goth . 
skapan, item; anc. island. skapa, 
item; angl. to shape, item; suéd, 
skapa, former, créer; dan. skabe, 
item; allem. schaffen, item; hoU. 
scheppen, item. 

ESCHIÈLE , ESCHÈLE , ESKIÉLE , 

ESQUiÉRE, EscHiÈRE, ctc. anc. en 
basse latinité, scara, schera, sca- 
la, etc. (Voir du Gange.) Tous ces 
mots signifiaient un corps de trou- 
pes, une compagnie de gens de 
guerre, un bataillon. En italien, 
schiera; en langue d'oc, esqueira. 
On trouve dans Hinkmar, qui vi- 
vait sous Charles le Chauve : « Bel- 
latorum acies quas vulgari sermone 
scaras vocamus. » (Hinkmar, Opéra, 
t. Il, p. 458.) 

Puis ont fait conroi de lor genl 
Par mil, par soixante, par cent; 
Des plus vaillants des mius aidables 
Ont fait raaistres et connestables 
A chascune eschiele par soi 
Qui 's face tenir en conroi. 

(Rom. de Biul, t. 1, p. 150.) 

Li empeteres repairtt vcirement, 
X. granz eseheles a faites de sa gent. 

(Chani. dt Roland, «I. ccxxx.) 



E ordenerent lur eschieles, pur bataille 
faire encontre cols de Philistiim. {Livre des 
Rois, p. 61.) 

' Et direxerunt aciem ad pugnandum contra 
Vhilistiim. 

— Tud. scara, corps de troupes, 
bataillon; goth. scaar; island. skor, 
skari; anc. allem. scar^sA;ar; allem. 
schar, schaar; dan. skare; suéd. 
skara; hoU. schaare, assemblée, 
troupe, foule. 

Scaar ou scar forma le dérivé 
scadro en basse latinité, corps de 
troupes; d'oii l'italien squadra , 
squadrone, qui nous ont donné 
escadre, escadron. 

EscHiER, anc. séparer, éloigner, 
bannir. (Voir Roquefort.) 

— Tud. sceidan, séparer, écarter, 
éloigner, diviser; goth. skaidan, 
item ; anglo-sax. sceadan ; anc. 
allem. sceiden; island. skipta; hoU. 
scheiden; dan. skifte; suéd. skifta; 
allem. scheiden. 

EscHiPRE, anc, matelot, marinier, 
marin. 

D'altre part est un paien, Valdabrun ; 
Celoi levai le rei Marsiliun, 
Sire est par mer de iiii. c. drodmnnz; 
N'i ad eschipre qui l'cleimt se par loi nun. 

fChans. de Roland, su cxtu.) 

E li reis Yram enveiad ses humes ki es- 
chipres furent bon, e moult sonrenl de mer, 
en cel navirie od les servanz lu rei Salo- 
mun. {Livre des Rois, p. 271 .) 

Misilque Hiram in classe illa servos suas, 
viros nauticos et gnaros maris, cum servis 
Salomonis. 

— Anglo-sax. skipper, marinier, 
marin, matelot; dérivé de skip, 
scip, navire. Tud. 1 ° sceffeher, ma- 
rinier, matelot; 2° scef, skef, na- 
vire. Island. 1° skip; 2° skipari. 
Allem. \° Schiffer; 2" schiff. Angl. 



CHAP. III, ÉLÉMENT G 

i" shifîer; i" shi-p. Holl. schipper, 
nocher, nautonier, batelier; schip, 
navire. Dan. skipper, nocher, etc.; 
skib, navire. Suéd, skeppare, no- 
cher, etc.; skeppj navire. 

EscHivE, anc. tourelle où se te- 
naient les gens de guerre qui fai- 
saient le guet, et d'où l'on pouvait 
observer au loin ; beffroi, donjon, 
échauguelte. En basse latinité, 
eschiffa . 

Mole i firent haute e daojon, 
£ granz eschives d'environ, 
Si bien fermé, si ricliement 
Qu'il n'a regard de nule gent. 

{Chron. des ducs de Norm. 1. IH, p. 103.) 

Quant mis l'orent fors de Veschive, 
Si s'en repairent as osteus. 

(Uid., t. Il, p. I4i.) 

— Tud . scauwôïij scawôn, scouwôn, 
regarder^ considérer, observer, exa- 
miner; anglo-sax. scavian_, sceavîan; 
island. skoda; holl. schouwen; suéd. 
skoda; dan. skue; angl. shew , 
spectacle, apparence ; allem. schau- 
thurm, tour d'observation, donjon, 
beffroi, échauguette; composé de 
thurm, tour, et de schauen, regar- 
der, observer, considérer. 

EscLATE^ EscLAiTE, anc. race, 
lignée, famille, parenté. 

Dunliescomencerent alsimeni a lui (S. Be- 
noit) curre li noble et li religions del bore 
de Rome, et doneir lur filz a lui por norrir 
al toi poissant Sanior;donk6s alsiment de 
bone sperance lur esclates, Eutitius donat 
Maurum, Tertullus li patrices donat Placi- 
dum. (Dialogues de saint Grégoire, liv. II, 
chap. m, cités par Roquefort, art. Es- 
elates. 

Cœpere etiam tune ad eum Romance urbîs 
nobiles et religiosi concurrere, suosque ei 
filifis omnipotenti Dca nutriendot dare. Tune 
quoque bonœ spei suas soboles , Equitius 



ERiMANIQUE. SEGT. II. 341 

Maurum, Tertullus vero palricius Placidum 
tradidit. 

Et mi home séur seront 
Que seignor après moi auront 
De m'esclaite et de mon lignaige. 

{Dolopaikos, p. 115. ] 

— Tud. shlahta, slahta_, race, li- 
gnée, famille; anc. allem. schlacht, 
item; allem. geschlechtjtem, avec 
le préfixe ge ; holl. geslagt, item; 
slag, genre, sorte; island. slekt, 
item; suéd. slag^ item; dan. slags, 
item. 

ESCLENCBE, ESCLENQUE, anC. 

gauche . 

A main, ne sai, droite ou esdenche. 
Au plus vlstement qu'il puet trenche 
Les cordes à quoy l'on le haie. 

(Bmnchei des royaux lignages, t. il, 'p. 189;) ~ 

Ne pernez mais od main esctenche 
De lui seremeni ne fiance. 

(CAroM. des ducs de Norm, t. U, p. S.) 

^'on ne puet entrer ses osteus 
Sans buscier, usacier le cleuque 
Jà de main droite ne à'esclenque. 

{ Ch'etl du honleus menesierel, insërë dan> le> oeutr* 
dsRoiebeuf, t. Il, p. 341.) 

—Tud. slinc, gauche; holl. slinke, 
item ; allem. link, item ; dan. ling. 

EscLiER, anc. fendre, briser^ 
mettre en pièce, faire- voler en 
éclats. EscLiCE, Esclisse, Esclis> 
ÉcLissE, morceau de bois fendu frag- 
ment d'un corps dur brisé, éclaty 
tronçon. 

Hardrez^ uns chvaliers hardiz, 
De Baives nez e norriz, 
Preisiez d'armes e coneuz, 
Sor le destrier, les sauz menuz, 
Vait le duc ferir a bandon 
Parmi l'escu d'or a liun 
Que la lance froissée esclieé 

{Chrm. des ducs de Nom., t. III, p. 64.) 

As-tu espérance en eez de Egypte ki sum- 



342 



PREMIÈRE PARTIE. 



cume bastuns de rosel pescéed sur qui si 
l'um se apuied, tost falsed e depiesced, e 
entrent les escUces en la charn, e percent 
la main. {Livre des Rois, p. 408.) 

An speras in baculo arondineo atque con- 
fracto ^gypto , super quem, si incubuerit 
homo, comminutus ingredielur manum ejus, 
et perforant eam. 

Od lui ert li rois de Galice 
Qui fait de mainte lance esclice. 

(Païunopeus de B/ois, t. Il, p. 77.) 

Ranol le vescoute e sa gent, 
Qui vers lui estrive e content , 
Alerent eissi envaïr 
E si tres-durement fcrir 
Que des glaives as fers bruuiz 
Volèrent pièces et escliz. 

{Chron. des duct de Normandie, I. lU , p. 63.) 

Du verbe esclier vient esdat, éclat, 
partie qui se détache d'un corps dur 
en le fendant ou en le brisant; es- 
quille, petit fragment d'os; édisse, 
terme de boisselier. signifiant un'bois 
de fente qui sert à faire des boisseaux, 
des seaux, des tambours, etc. Il se 
dit aussi, parmi les vanniers, d'un 
osier fendu et plané pour bander le 
moule du panier. 

Tud. scaljarij sceljan, briser, rom- 
pre; s/ùan^ fendre. Anglo-sax skylan, 
slitan, item; island. skilia^ item; 
dan. sMlle; suéd. skilja; allem. 
schlitzen, schleissen; holl. scheelen; 
angl. to slit. 

EscLTSSE, anc, traîneau ; d'où es- 
clissier, transporter sur un traî- 
neau ; esclissage, esclaidage, droit 
qui était dû pour les transports faits 
au moyen des traîneaux . 

Sont tenus tous fermiers dudit esclaidage 
de sougner toutes fortes cordes, charrios, 
esclisses. (Statuts de l'échevinage de Mé- 
zières, citées dans le glossaire de Carpen- 
tier, art. Esclichium.) 

Se aucuns marclians.... vouloient faire 
rouiller leurs vins qui seroient près du ri- 



vage, sans porter, esclissier ou charrier,ils 
doivent pour chacune queue de vin vu den, 
comme s'ils estoient esclissiez. {Id. ibid.) 

— Allem. schlitten, traîneau ; 
island. sledi, item; dan. slœde, 
traîneau; suéd. slœda, item ; holl. 
sleede. Angl. sied, sledge, traîneau; 
de to slide, glisser, faire glisser, 
(Voyez ci-après l'art. Eslider.) 

EscoRS,EscoRT,EscouRT, auc. sein, 
giron. Voyez le glossaire de Ro- 
quefort et son supplément. 

K'aparuit el cors del enfant cny li meire 
virgine nurivet en son nat escors, se li ve- 
riteiz non de la char ke receue estoit? 
(Serm, de saint Bernard, cité par Roque- 
fort, art. Escors.) 

Se délivrait la demoiselle 

De vu. filz et d'une pucelle 

Dedens Vescors sa maie suivre (socrus) 

Qui plus fu desloiax que vuivre. 

{Do/oimlhos, p. 323.) 

Escort dérive d'un primitif ger- 
manique dans lequel un r a été in- 
tercalé. (Voir t. II, p. 140.)— Goth. 
skaut, ventre, sein, giron; island. 
skaut, skot; holl. schoot; allem. 
schoos; dan. skiœd; suéd. skœt, 
skœte . 

EsRAPER, anc. racler, nettoyer en 
raclant. 

A PierotDubus pour escraper des briques. 
(Compte de l'hospital de S. Jean des Trou- 
vés de 1460, cité dans le supplément du 
glossaire de Roquefort, art. Escraper.) 

— Anglo-sax. screopan, racler, 
ratisser; allem. schrapen; holl. 
schraapen; angl. to scrape; suéd. 
skrapa ; dan. skrabe. 

ÉscRiLER, EscRiLLER. anc. glis- 
ser, échapper. 

Kar quant le punt veut passer, 
Del pé comensa escriler 
Et ver l'ewe aval chaï. 

IKotii'. ree, d* conlei, I. II. p. 307,1 



CHAP. III, ÉLÉMENT GERMANIQUE. SECT. IL 343 



— Suéd. scridla, scrilla, glisser^ 
s'échapper, s'écouler ; tud . scritan, 
item; anglo-sax. scridhan, item; 
dan. skrint, glissant. 

Escrime, Escrimer : en italien^ 
schermo, défense ; schermire, scher- 
mare, se défendre, se garder, faire 
des armes, s'escrimer ; scherma, 
exercice des armes, escrime. Dans 
notre ancienne langue, escremir si- 
gnifiait également se défendre en 
combattant, combattre et faire des 
armes, s'escrimer. 

Mais ne sunt mie des coarz, 
Qui durs vassause adurez, 
Qu'ainz lor serunt les chés coupez 
Qu'ils s'en augent cum recreanz. 
Cist escremissent as Normanz 
E as Daneis de leu manière 
Que d'eaus lor i funt mainte bière, 

(CAroM. des duct de Norm. t. II, p. 40.) 

Knls a joer n'a escremir 
Ne se saveit plus bd courir, 
Nemeuz geter al chef senz perte 
Entredeus a la descoverte ; 
D'espervier sout e de faucon 
E d'ostur e de esmerillon. 

[lOid., t. II, p. m.) 

— Tud. scirman,skirman, se cou- 
vrir de son bouclier pour parer les 
coups, se défendre en combattant^ 
se préserver^ se garantir ; dérivé de 
scirm, skirm, bouclier. Ane. allem. 
schirmen, se garantir en combattant^ 
se défendre; anc. suéd. skirma, 
item. Allem . moderne schirmen et 
beschirmerij abriter^ préserver^ ga- 
rantir^ défendre. HoU. schermen, 
faire des armes, s'escrimer. 

EsLiDER^ anc. glisser, passer lé- 
gèrement, effleurer. 

Lequel exposant marcha oultre soubz le 
cop, et ne fu point atteint du fer, mais tant 
seulement du manche par la teste en etli- 



dant. (Lettres de rémission de 1385, citée 
dans le glossaire de Carpentier, art. Eli- 
dere.) 

— Anglo-sax. slidaUj glisser, 
passer légèrement, effleurer, se cou- 
ler, couler; go th. Hdan; angl. to 
slide; anc- holl, slidden. 

EsLiNGUE, anc. fronde; d'où es- 
Ungueur, eslingur, eslingour, fron- 
deur. (Voir Roquefort.) « Fundi- 
BULA^ eslingue. » (Glossaire latiu 
manuscrit cité par Carpentier, art. 
Fundibula.) 

E M eslingur avirunerent lamaistre cited 
e grant partie en destruitrent. (.Livre des 
Rois, p. 354.) 

El circumdaia est civitas a fundibulariis , 
et magna ex parle percussa. 

— Tud. slinga, fronde ; slingari, 
frondeur; de slangj an ^ jeter , lancer; 
anglo-sax. slinga, fronde; island. 
slunga, slanga, item; anc. allem. 
schlinge ; angl. sling ; dan. slynge ; 
suéà. sliunga; holl. slinger; allem. 
schlinge^ corde à nœud coulant, 
lacet . 

ESNEKE, ESNESQUE, ESNECHE, etC. 

anc. sorte de navire, de barque 

Manda de ses genz les raeillors 
Barons, contes et vavassor 
Sa preisée chevalerie, 
Puis fist ajuster gran navie , 
Nefs e esnekes granz, ferrées. 

(Chron. des ducs de Nom. t. Il, p. 40T.) 

En basse latinité, isnechia, isnecia. 
(Voir l'Archéogie navale de M. Jal, 
t. I, p. 437, 438.) 

— Tud. snaga„ sorte de navire, 
espèce de barque ; anc. island. 
sneckja; anc. allem. snicke (voir 
Grimm, Grammatik, t. III, p. 437); 
allem. moderne, schnake ; dan. 



344 



PREMIÈRE PARTIE. 



snekhe; holl. snik, snaw; angl. 
snow. 

ESPARRE, ESPARRER, ESPRAVER, 

anc. épieu, pique, lance. En basse 
latinité, sparro. 

Un esparre longue et pesant 
A trovée lès lui en presant, 
S'an vait, si ferut un gloton. 
Que na li valu un boton. 

iRoman d'Àlixamtns, eité par du Caoga, «ri. 
Sparro.) 

Son espraver a levé contremont, 
Girart en flert parmi le gros del front. 

{Roman dé Girard de Vienne, cilo par du Gange, 
iiid.) 

— Tud. sper, spere, pique, lance, 
épieu; anglo-sax. spoera, spere, item; 
dan. spar, item; suéd. sparr, item; 
angl. spear, item; allem. speer, 
item; holl. spar, sper, perche. 

Espars, Épars, terme de marine : 
longue pièce de sapin servant à faire 
des mâts de chaloupe, des bouts de 
vergue, etc. — Tud. sparro, pièce 
de bois, poutre, solive, chevron; 
island. sperra, itmi; holl. spar, 
sparre, longue pièce de bois, perche, 
chevron^ espars; allem. sparren, so- 
live, chevron; dan. sparre; suéd. 
sparr e. 

Espars, Espart, anc. éclair; Es- 
PARTiR, faire des éclairs, répandre 
une vive clarté, étinceler. (Voir Ro- 
quefort.) 

L'un te mort, l'autre te menjue ; 
L'on te glete, l'autre te rue ; 
Te desrube d'yaue creusée 
Et de tonnerres estonnée, 
Batue de foudre et d'espars. 

(U Martyre dt taint Bacchus, iow'rë dam le Non- 
TMu recueil de conte», p. Î59.) 

Le pals luist et resplendist 
Aussi clerement comme esparz. 

(Brandit des roynHx lignagei, I. U, p, 443.) 



E eus (yeux) me feri les espars 
Des armes où vi luire l'or. 

( Tournoiement de PAniéchrin, p. S3.J 

Plovûir verras et espartir. 

iUid. p. 125.) 

Cil jour fist moult lait temps, car il plut et 
espart. 

{Roman de Berte aux frantpiét, p. 37.) 

Il espartoit forment et durement tonna, 
Et plut menuement, et grésille et vent a. 
(ibid. f. il.) 

— Anglo-sax. spœre, étincelle; 
holl. sprank, sprankie; bas allem. 
spark; angl. spark. 

EspRÉQUER, anc. piquer, aiguil- 
lonner. 

Mehaus li agace et espreke. 

{Rom. du Renard, I. IV, p. 199.) 

Ce mol dérive d'un primitif ger- 
manique auquel on a ajouté le pré- 
fixe es provenu du latin ex. (Voir 
t. II, p. 285.) — Holl. 4° prikken, 
prikkelen , piquer , aiguillonner ; 
2° prik, prikkelj pointe, aiguillon. 
Allem. 4 ° pricken, prickeln ; 2° pric- 
kel. Angl. \° to prick; 2° prick, 
pricle. Dan. prikke, piquer, aiguil- 
lonner; suéd. pricka^ item. 

ESPRINGARDE, ESPINGARDE, EsPRIIS- 

GALE, ancienne machine de guerre, 
servant à jeter des pierres et des 
traits. Après l'invention de la pou- 
dre, le nom de plusieurs machines 
de guerre jusqu'alors en usage pas- 
sèrent aux armes à feu qui les rem- 
placèrent. C'efst ce qui arriva pour 
Varquebuse. De même^ espingard 
servit à désigner une certaine pièce 
d'artillerie pouvant porter une livre 
de balles. On trouve en basse lati- 
nité springarda, springardus, sprin- 
galdus, signifiant espringarde, es- 
pringale : 



CHAP. III, ÉLÉMENT GERMANIQUE. SECT. II. 345 

l'eau dessus, asperger, arroser; anc. 
allein. sprewen ; allem. moderne, 
spritzen; suéd. spruta; dan. sprœite; 
hoU. hesproeyen, avec le préfixe be. 

Esquif. On appelait autrefois 
équier une sorte de navire. Ces 
mots- me paraissent plutôt dériver 
du germanique skif, schiff, skip, que 
du grec axaçi^ ; d'autant que nous 
avons emprunté aux langues du 
Nord la plupart de nos termes de 
marine, ainsi que je l'ai précédem- 
ment remarqué, p. S6 et 59. 

Équiper a la même origine. La 
signification primitive de ce verbe, 
conservée encore aujourd'hui, est 
celle de pourvoir un navire de tout 
ce qui lui est nécessaire. 

— Tud. skifj scef, navire; go th. 
skip, scyp; anglo-sax. skip, scip; 
island. skip; dan. skib ; suéd. skepp; 
allem. schiff; holl. schip, scheep; 
angl. ship. 

Esquille. (Voyez Esclier.) 
Esquiver; en italien, schivare. 

— Tud. sciuhan, skiuhan, être 
saisi de terreur, s'effrayer, s'épou- 
vanter , s'effaroucher , s'enfuir ; 
scihtig, fugitif. Anc. allem. schiech, 
schiehes, épouvanté, effarouché, fu- 
gitif; allem. moderne, scheum, 
avoir peur, s'effrayer, s'effaroucher. 
Angl. to eschew, éviter, esquiver; 
dan. skye; suéd. sky; holl. schuu- 
wen. 

EssoiNE, EssoiGNE. Ccs mots si- 
gnifièrent d'abord empêchement; ils 
se disaient principalement d'un em- 
pêchement qui ne permettait pas de 
comparaître en justice au jour fixé ; 
celui qui se trouvait dans ce cas était 
obligé de se faire excuser auprès des 
juges. En prenant la cause pour 



Quarriaus traient au cliqueter. 
Et font Vespringale geter ; 
Les garroz qui lors de l'a isl 
Lps plus vigaereus esbahit. 

{Brstnehn du royaux lignages, t. II, p. S33.) 

Si fit le dit roi traire toutes ses naves et 
ses vaisseaux par devers les dunes, et bien 
garnir et fournir de bombardes , d'arba- 
letresjd'archers elà'espringales, et de telles 
choses par quoi l'ost des François ne put 
ni n'osât par l'a passer. (Froissart, liv. I, 
ch. cccxvii, p. 265, col. 1.) 

— Tud. sprengjan , sprengan , 
lancer de tous côtés, jeter cà et là, 
répandre, asperger; anglo-sax. spren- 
gan ; island. sprengza; allem. spren- 
gen; holl. sprengen suéd. sprœnge; 
dan. sprenge; angl. to sprinkle. 

^ ESPRINGUER, ESPRINGIER, anC. 

danser en trépignant^ sauter, sau- 
tiller; d'où espringerie, espringale, 
sorte de danse haute. 

Jehan Pierart dansa elespringa "a la fesle 
du dit Montfalon et gaigna le mouton, 
commme le mieulx dansant. (Lettres de 
rémission de 1392, citées dans le glossaire 
de Carpentier, art. Cariolari.) 

Dex veut des deux la concordanche, 
Se li cuers hile, espringe et danse... 
Et à'espringier et de baler, 
Treper, salir, de ce savoii... 
Qui miex aiment vaines paroles, 
Espringeries et caroles. 

[Miracle d* IfoUre-Dame, cité itiJ.J 

— Tud. springan,. sauter; anglo- 
sax. spryngan; suéd. springa; holl. 
springen; dan. springe; angl. to 
spring; allem. springen. 

EspROHER, anc. asperger, ar- 
roser. 

Et li prestres le livre aporte, 

Se li a mis deseur son cbief. 

Puis Vesproha d'eve benoîte. 

(Basbàz&n, Fubtiaux,\. III, p. i08.) 

— Tud. spruejm, faire jaiUir de 



346 



PREMIÈRE PARTIE. 



l'effet, on se servit ensuite à'es- 
soine pour signifier excuse présen- 
tée en justice, et enfin pour excuse 
en général. Essoinier se disait pour 
s'excuser de ne pas comparaître à 
une audience à cause de quelque 
empêchement par lequel on était 
retenu. (Voir dans du Cange Sunnia, 
Essonia, Essonium, Essoniare.) 

Et les juges qui sont estab'.ys as leus de- 
vant noumés, doivent mander au seignor 
de celuy a qui l'on met le larecin sus que 
il, dou jor que il avéra receu leur lettres en 
quinze jors, doit enveer cel liome ou ceaus 
a qui l'on met le larecin sus; et se il ne 
les envée, il doit venir en sa propre per- 
sone, se il n'en a essoigne (empêchement) 
de son cors, dou quel essoigne, s'il a esté 
essoigne, il doit eslre creu par son saire- 
ment. (Ass. de Jér. t. II, p. 376.) 

Plusieurs essoignes sont par lesquiex, ou 
par aucuns desquiex l'en puet essonier le 
jour que on a par devant son seigneur, si 
comme enfermeté de corps; car quiconque 
a maladie par laquelle il est aperte chose 
que il ne puet sans grant grief aller a son 
jour, il puet loiaumcnt essionier chil qui est 
semons par devant son seigneur souverain, 
{Coutume de Beauvoisis, citée par Roque- 
fort, art. Essoigner.) 

Chascon a chère sa moillier, 
S'eritage e son patrimoine; 
Senz grant meschef e senz essoine 
Ne les se laisseront tolir. 

(Chron. des ducs dt Ijorm. t. Il, p. 19.) 

A enveiez ses messagiers 

A la contesse de Peitiers.... 

Que senz délai e senz essoines (excuse) 

Li enveiast sol tresze moines. 

{Ikid. t. Il, p. 462.) 

Hoël oït la grant besoigne, 
N'i quist contredit ne essoigne; 
E si baron et si parent 
S'aparillent isnelement. 

/"Rom. de Brut, t. Il, p. 45.^ 

— Tud. sunnia^ sunna, sunnis. 



empêchement. (Voir Graff, t. VI, 
p. 242, et Grimm, 622, 749.) Island. 
syn, item; dan. sinhe , empêcher, 
retarder, tarder^ verbe actif et neu- 
tre; suéd. sinka, item; anc. allem. 
siiumen, item; allem. saumen, tar- 
der, retarder, s'arrêter, ne s'emploie 
que neutralement. 

Est. Si l'on était tenté de croire 
que est_, ouest, nord, sud, sont des 
mots nouveaux dans notre langue, 
on trouverait la preuve du contraire 
dans le Livre des Rois : 

Alogierent soi en Magmas, al est de Be- 
laven. {Livre des Rois, p. 42.) 

Castrametnti sunt m Machmas, ad orien- 
tem Bethttven. 

De celeparei jesque al entrée del temple 
ki fud devers le hest, out quarante aines, 
e devers le west en out vint aines. {Livre 
des Jlûis, p. 248.) 

Li uns rochiers montout al north , en- 
cuntre Magmas, e li altres al sud, encuntre 
Gabaa. {Ibid, p. 46.) 

Unus scopulus promineni ad aquilonem 
ex adverso Machmas, et aller ad meridiem 
contra Gabaa. 

— Tud. ôst, est; anglo-sax. east, 
eost; island. austr; allem. ost; hoU. 
oost; suéd. œstj, œster; dan. ost; 
angl. east. 

ESTACHE, ESTAC, ESTACE, ESTAQUE, 

anc. signifiaient piquet, pieu, pilier, 
poteau. En basse latinité, staca, 
stacha; en espagnol, estaca. Nous 
avons conservé le dérivé estacade. 

A une eslache l'unt aiachet cil serf, 
Les mains li lient a curreies de cerf. 
Très bien le bâtent a fuz e a jamelz. 

{Cluins. de Roland, st. ccLXXii.) 

Li palets fud vont e desur cloanz, 

E fu fait par cumpas, et seret noblement ; 

Vestaclie del miliu neelé d'argent blanc. 

( Voi/. de Charlem. à Jer., r. 34T.) 



CHAP. III, ÉLÉMENT GERMANIQUE. SECT. IL 347 



Or tost, seigneurs, tost, l'a en my 
Celle place le despoulliez; 
Quant tout nu sera, le vueilliez 
Lier estant à celle estache. 

CUn Miracle de saint Valentin, inséré dam leThédlre 
français au nioyea âge, p. 320.) 

— Tud. steccho, pieu, piquet; 
anglo-sax. staka; island. stiaka; 
bas allem. I" stake, pieu, piquet; 
2* stacketj palissade, estacade. Dan. 
1° stage; ^^ stakkeet. Suéd. V stake; 
2" staketwœrk. HolL 1 o staak ; 2* sta- 
ketsel. Angl, stake; 2" staccado. 
Allem. staken, perche. 

EsTAL, anc. place, poste, position, 
situatic'n, séjour, demeure, siège, 
tribunal, etc. En italien, stallo; en 
basse latinité, stallum , stallus ^ 
staulus. 

Enfer seit mis de cela part, 
Es mansions de l'altre part ; 
E puis le ciel ; e as estais 
Primes, Pilateod cesvassals. 

{Théâtre français au moyen âye, p. II.) 

N'el remua de son estai premier 
Ne que felst une tor de niostier. 

fCh. dOgierdeDanemarche, v. 10037,) 

Li Grieu ne s'osèrent venir ferir en lor 
estai ; et cil ne volrent eslongier les lices. 
( Villehardouin, édi(. Brial, p. 453, C.) 

Quant il oï que morte estoit. 

De son estai où il estoit. 

Chai a la terre pasmez. 

{Floire et Blancejlor, édit. du Jféril, p. 169.) 

Et vit le rei ester al estai real. {Livre 
des Rois, p. 387.) 
Viditregem stantem super Iribanal. 

En basse latinité, stallum ou 
stallus se prenaient dans un sens 
restreint pour la place que chaque 
moine ou chaque chanoine occu- 
pait dans le chœur d'une église, 
une stalle; ce mot était autrefois 
masculin dans notre langue. De 



stallum, place, on fit installare, 
mettre en place, qui nou^ a donné 
installer. 

Estai, employé dans un sens par- 
ticulier, signifiait la place où les 
marchands exposaient en vente leurs 
marchandises sur les marchés pu- 
blics, h' estai était ordinairement 
protégé contre les intempéries de 
l'air par un toit et une clôture en 
charpente, ce qui formait une petite 
baraque qui, par extension, reçut 
également le nom à'estal. Nous 
avons conservé étal pour désigner 
le banc élevé sur lequel on expose 
en vente de la viande de boucherie, 
ainsi que la boutique même où l'on 
vend de la viande. Estai, étal nous 
ont fourni les dérivés étaler, éta- 
lage, etc. 

Nus boutonier ne puet conporter au jour 
de marchié, c'est a savoir, au vendredi et 
au samedi, tant qu'il i ait (jusqu'à ce qu'il y 
ait) estai vuit, et si li estaus vuls n'a mestre 
qui riens n'est mis sus, c'est a savoir, home 
qui le tiegne a cens du roi ou a [louage]; et 
se il conportoit qu'il i eust estai vuist qu'il 
ne fusl a cens ou a louage, li haliers por- 
roient les choses au conporteur mestre k 
estai, et prendre ent son estalage. {Livre 
des métiers, p. 186.) 

— TuâMftal, place^ poste, posi- 
tion, situation, séjour, demeure; 
anglo-sax. stal, stall, stœl; anc. is- 
land. stallr; allem. stelle; suéd. 
stœlle. Angl. stall, place, stalle, 
échoppe, étal. 

EsTAVE, EsTAVEL, EsTAVEU, anc. 
cierge^ bougie, chandelle de cire. 

A nuit iroiz a vos ostex 
cierges e o estavex ; 
Par ces iglises en iroiz 
Nus piez, en langes veillerais 



348 



PREMIÈRE PARTIE. 



El proieroiz Nostre-Seignor 
Qu'il vos tiegne à grant henor. 

( Roman de Partenopet dt Bloit. cité dan> le elnttaire 
niaauacrJtde Sainte-PaUye, apt. Ettaie.) 

A EmcryCommelin.merchier, pour avoir 
livré six estaveux pesant chacun demi qua- 
rignon de chire, pour servir à six povres 
cartriers et cartrieres irespassez .... 9 s. 
(Compte de l'hospital des Charlriers, de 
1525, cité dans le supplément du glos- 
saire de Roquefort, art. Estaveu.) 

Estave dérive d'un primitif ger- 
manique, signifiant bâton. Nous di- 
sons aujourd'hui : « Un bâton de 
cire d'Espagne, un bâton de sucre 
d'orge, etc. » — Tud. stab, bâton; 
anglo-sax. staf, stœf; island. stafr; 
allem. stab; hoU. staf; angl. staff; 
suéd. staf; dan. stav. 

EsTEiL, anc. poteau, pieu. (Voyez 
ce mot dans le glossaire de Roque- 
fort.) — Anglo-sax. stel^ stèle, 
poteau, pilier, tige; holL stijl ^ 
pieu, poteau, pilier; angl. stilt, 
item; allem. steile, terme de ma- 
rine , pilier des bittes ; tud. stil, 
tige; suéd. stjelk, item; dan. stilk, 
item . 

EsTEu, anc. sorte de vase servant 
de mesure pour les liquides ; dimi- 
nutif, estivelot. En basse latinité, 
staupus, stoupus, stopus^ 

Débet habere unusquisque privatus demi 
esteu de morelo. (Anciens statuts des cha- 
noines de Saint-Quentin, cités dans le glos- 
saire de du Cange, art. Slopus, sous Stau- 
pus) 

Un pot de demi lot d'estain, trois eslive- 
los et deus sausserons d'estain. (Livre rouge 
de l'hôtel de ville d'Abbeville, ciié dans le 
glossaire de Carpentier, art. Estiva.) 

— Tud. stouph, stouf, stauf. vase 
destiné à contenir des liquides, urne, 
sceau, etc. Anglo-sax. stoppa, 



stapul; island. staup; suéd. stop, 
vase servant de mesure, pinte ; angl. 
stope; hoU. stoop, mesure de quatre 
pintes; allem. topf, pot; dan. 
stob, vase à boire, grande coupe. 

EsTiÉRE , anc. gouvernail d'un 
navire. 

Par le pié l'eu ad )eté lors, 
Lesundes enporteflt le cors; 
Puisqu'il l'ot lancié en la mer, 
Al estiere vait guverner; 
Tant guverna la neif e tint, 
Le bafne prist, a tere vint. 

(Marie de Franor, t. I, p. 46S.) 

— Tud. stiura, gouvernail; anglo- 
sax. styri; island. stiorn; allem. 
steuer; dan. styre; suéd. styre; 
hoU. stuur; l'anglais n'a pas con- 
servé le substantif, mais il a encore 
le verbe to steer, gouverner. 

EsnQUER, anc. bâtonner, fustiger, 
rosser. 

Deu lur (ud ami 

A ces gentilz paisanz kl furent desguarni, 
Ke li Escot n'i furent lur mortel enemi ; 
Tuz les eussent estikés, ocis e mal bailli. 

(Chron. d*Jord. Fanlottiu, p. 5ÏT.) 

Ce mot provient d'un primitif 
germanique signifiant bâton, comme 
bâtonner, dérivé de bâton, et fusti- 
ger, du latin fustis. — Angl. stick, 
bâton, baguette; allem. stecken; 
bas allem. stikke ; dan. stikke, pe- 
tit bâton, spatule; suéd. sticka , 
item. 

Estival, anc. sorte de botte. En 
basse latinité, stivales; en italien, 
stivale, stivalone. 

Icele nuit que je vos di, 
Tonna et plut et esparti, 
Si ne pot pas 11 rois dormir, 
Ses chambelans fist toz venir 
Devant son lit, et demanda 
Une chape, si l'afubla ; 



GHAP. III, ÉLÉMENT G 

Uns estivaus forrés d'ermine 
Chauça li rois 

(Roma» Ue Perceval , cité par Roquefort, ar». 
Xtlivat.J 

— Tud. stiful, sorte de botte, 
estival; anc. allem. stival; allem. 
stiefel; dan. stoevîe; suéd. stoefwel; 
holl. stevel. 

Estoc, Estocade. Les diverses 
acceptions que Trévoux donne au 
mot estoc sont fort propres à jeter 
du jour sur la véritable origine de 
ce mot. Voici ce qu'il en dit : « Il 
signifie originairement un tronc 
d'arbre, ou une souche morte; c'est 
ainsi qu'on dit en termes d'eaux et 
forêts que les marchands sont tenus 
à faire couper et ravaler près de 
terre toutes les souches et vieux 
estoc ou etoc. Ce mot se dit aussi 
d'un long bâton ferré par un bout. 
Estoc signifie aussi le fer, la pointe 
d'une arme; ainsi on dit : « Frap- 
per à'estoc et de taille; » pucntim et 
cœsim. Estoc était autrefois une 
sorte de grosse épée, nommée aussi 
épée d'armes. C'est la notion qu'en 
donne Olivier de La Marche^ lors- 
qu'il parle des tournois et des joutes 
de son temps. Et cette arme nom- 
mée aussi bâton, qui est la vraie 
signification d'estoc, ne servait que 
pour se battre à pied et pour poin- 
ter et pousser; quand elle était 
tranchante, elle servait aussi pour 
tailler et pour sabrer; de là est ve- 
nue la manière de parler d'estoc et 
de taille, c'est-à-dire de la pointe 
et du tranchant d'une épée. » 

— Tud. stoc, pièce de bois, tronc, 
souche, pieu, bâton; anglo-sax. 
stocce; allem. stock; dan. stok; 
suéd. stock; holl. stok; angl. stock. 



ERMANIQUE. SECT. IL 349 

EsTOMBEL, anc. aiguillon pour 
piquer les bœuls. Ce mot me paraît 
dérivé d'un primitif germanique 
plutôt que du latin stimulus. 

Le suppliant print son baston que l'on 
appelle estombel, duquel il touchoit ses 
beufs. (Lettres de rémission de 1470, citées 
dans le glossaire de Carpentier, art. Esta- 

gua.) 

— Anc. allem. 1°stupfel. aiguil- 
lon, dérivé de 2» stupfen, stopfen, 
siumpfen, piquer, aiguillonner. Tud. 
1° stuph, stoph; 2° stopôn. Allem. 
et holl. stift, pointe, poinçon, ai- 
guiUon. Le m a été introduit dans 
français estombel ainsi que dans 
l'ancien allemand stumpfen. Voir à 
cet égard tome II, p. i 40. 

EsTOR, EsTOUR, EsTUR, auc. as- 
saut, combat, mêlée : en basse la- 
tinité, stormus; en italien, stormo ; 
en langue d'oc estom. 

Saûl lores e li flz Israël el val de Tere- 
binte lindre les eslurs encuntre ces de Phi- 
listiim. {Livre des Rois, p. 63.) 

Saul aulem, et illi, et ovines filii Israël in 
valle Terebinthini pugnabant adversum 
Philislhiim. 

Fieres batailles, fiers esturs. 

Fist dux Reiniers od lui pjusurs . . . 

Chevaliers aveit merveilles 

Ë hardiz e chevaleros; 

Mais unques n'i fist assemblée, 

Estor, bataille, ne mesiée 

Que sur lui n'en tornast le pis. 

[Chron. de» ducs de Norm., (. f, p. 174.) 

— Tud. sturm, combat, assaut; 
anglo-sax. stour, stoure ;. island. 
stur, styr; suéd. storm; angl. storm, 
assaut; allem. sturm, item ; dan. 
storm, item; holl. storm, item. 

EsTouT, anc. hardi, audacieux, 
téméraire ; Estoutie, hardiesse, bra- 



350 



PREMIÈRE PARTIE. 



voure, audace, témérité; Estouïer, 
être hardi, avoir de l'audace, de la 
témérité, oser hardiment braver. 

Bien connois que vous estes mon droil loial 

espous, 
E que j'ai ij. biaux fiux en Boulonnois de 

vous ; 
Mes cel iosengier-la, qui est foux et esious, 
M'avoit souvent requise par moz courtois et 

douz. 

(Nouveau recueil de amifi, t. I, p. lî.) 



Vieil iientgenz Ûeres et estoutes. 
En guerre sages et meures, 
Bien esprouvées et seures. 

^Branche des roi/aux Ugnnget^ 1. 1. p. 371.) 

Caignet, tu te fais moult eslout. 

(Théâtre Jranfais au moyen âge, p. 301.) 

Seigneur, or créés m'esloutie ; 
Prengne chascuns une pugnie 
De ches besans; ja ni parroit. 

{Théâtre franf ait au moyen âge, p. 203.) 

Ta janglerie trop estoute ; 
Comment as-tu osé ce dire 
Devant l'empereur nostre sire ? 

(Uid. p. 281.) 

Avoit un rois en France de moult grant .sei- 

gnorie, 
Qui moult fu fol fi fiers e de grant estoulie; 
Charles Martiaus ot lioni 

(Roman de Berle aus grans pies, p> Z-J 

— Island. sfoZ^, hardi, intrépide, 
audacieux, téméraire ; hoU. stout, 
item ; angl. stout, item ; suéd. stut- 
sa, faire le hardi, le brave, braver; 
allem. stolz, fier, altier^ arrogant. 

EsTRAC, ancien terme de Manège 
qui se disait d'un cheval qui a peu 
de corps, qui est serré des côtes, 
qui est élancé. (Voir Trévoux.) — 
Tud. straCj droit, allongé, élancé ; 
angl o-sax, strac, strec; anc. allem. 
strac, allem. moderne strack; holl. 
strak raide, tendu ; suéd. strœcka, 
allonger étendre; dan. strœkke,item. 



EsTRAMAço^, sorte d'épée à deux 
tranchants qu'on portait autrefois. 
(Acad.) On trouve dans la basse la- 
tinité scramasaxus, pour signifier 
un glaive, un coutelas^ une dague ; 
« Cum cultris validis quos vulgus 
scramasaxos vocant, infectis vene- 
no... utraque ei latera feriunt. » 
(Grégoire de Tours, liv. IV, ch. 
XLvi.) Dans estromaçon le c du pri- 
mitif s'est changé en t avant le r 
comme dans flétrir de flaccere et 
dans chartre de carcer. (Voir t. II, 
p. 404.) 

Scramasaxus est composé de deux 
mots germaniques dont l'un signifie 
couteau, dague et l'autre se défendre 
en combattant. — Tud. \°scirman, 
skirman, se défendre en combattant; 
2° sahs, couteau, coutelas, dague. 
Anc. allem. 4" schirmen; 2° sachs. 
Anc^ suéd. 1° skirma; t° sax. An- 
glo-sax. sax, sœx, seax, couteau, 
dague; island. sax, item.En danois 
sax ne signifie plus que ciseaux. 

EsTRÉE, Etrée, anc. chemin, 
route ; en italien et en espagnol, es- 
trada. De l'un de ces deux idiomes 
nous est venu estrade , qui n'est 
point ancien dans notre langue 
La rivière de Saine vit qui moult est loée. 
Et d'une part et d'autre mainte vigne 

plantée; 
Vit Pontoise, et Poissi, et Meulent, en l'es- 

irée, 
Marli, Montmorenci et Conflansen la prée. 

(Rom. de Berle aus granspiès, p. 3.) 

Li pèlerin qui vont parmi Vestrée, 
Cil sevent bien où lor tombe est posée. 

[Nouveau recueil de contes, DOtei, p. 412.) 

On trouve strae dans la traduction 
des Quatre livres des Rois : 

Jo ces ki me béent decbacerai.... si cume 
la boe de la strae les defulerai. {Livre des 
Rois, p. 209,) 



CHAP. III, ÉLÉMENT GERMANIQUE. SEGT. II. 351 



— Tud. strâza, chemin, route, 
rue; anglo-sax. strœt, stret, item; 
a.]lem. strasse, item ; àaxi. strœde, 
item; suéd. straat, item; angl. 
Street, rue ; holl, straat item. 

EsTRiQUE, anc. bâton que l'on 
passait sur la mesure pour en faire 
tomber le grain excédant, radoire, 
racloire; d'où estriquer , mesurer 
avec Vestrique. (Voir le glossaire de 
Roquefort.) 

Art. XVI, Que nul mesureur ne mesure de 
mesure qui ne soit enseignée du Douisien 
sur dix livres d'amende eteslre banni de la 
ville. Comme aussi que nul u'eslrigue A'es- 
trique qui ne soit enseignée et ait plaine- 
mentsix paulces de tour, sur le fourfait de 
100 s. 

Art. xvii. Que chascun mesureur mette 
le poulce en le moienne de Vestrique, et 
estrique oultre le mesure surpaine de 10 1. 
et perdre son mesurage quarante jours. 
(Ordonnances, statuls et édiisdu marché au 
blé de Douai, du 5 mars 1593; citation de 
Roquefort, supplément au glossaire, art. 
Estrique.) 

— Angl. strikle, radoire, ra- 
cloire; dérivé de to strike, rader 
une mesure de grain. Tud. stri- 
chan, frotter, raser. Allem. 1 ° strei- 
chen, frotter, passer légèrement sur, 
raser; 2" s^reîcMoZz, radoire, ra- 
cloire. Dan. ]° stryge; t'strygholt. 
Suéd. 1 » stryha ; 2° stryktrœd. Holl. 
4" strijken ; 2° strijhstok. Les subs- 
tantifs streichholz, strigholt, stryk- 
trœd, strijkstk, sont composés du 
verbe signifiant frotter, raser, et de 
holz, hoît, trœd, stok, qui signi- 
fient un morceau de bois. 

EsTRoiE, EsTROE, auc. attache, 
cordon, courroie. 

Li mestres du meslier devant dit puet 
prendre et arester toutes estroies, soit de 



cuirien, soit de lange, seur qui il les truisse 
dessi adont que cil seur qui elles seront 
trouvées ait amené son garantisseur , et 
s'il ne puet trover son garantisseur, les 
eslroes demeurent au mestre, ja soit ce que 
les estroes soient mises en chaperon ou en 
autre garnemens. ( Livre des métiers , 
p. 197,) 

— Tud. strie, stricch, attache, 
cordon, courroie ; island. strick, 
item; allem. strick, item ; dan. 
strikke, item ; angl. string , item ; 
holl . strik, lacet, nœud de ruban ; 
suéd . strek, corde . 

EsTROPE, Étrope, terme de ma- 
rine : courroie ou corde qui sou- 
tient et suspend une moufle de pou- 
lie dans le navire ; elle sert aussi à 
bander l'arcasse de la poulie, pour 
empêcher qu'elle n'éclate . (Voir le 
dictionnaire de Trévoux.) 

Holl . strop, corde à nœud cou- 
lant, étrope ; angl. strop, étrope ; 
dan . strop, stroppe, item ; allem . 
strippe, courroie, attache, lien, ti- 
rant ; suéd . strœppa, item ; anglo- 
sax. strop, item. 

Esturgeon : en basse latinité, stu- 
rio, sturgio. — Tud. sturo, estuiv 
geon ; anglo-sax. styria, styriga ; 
dan. stoerje, stoer ; suéd. stœr ; 
holl. steur; allem. sfôr. 

ESTURMAN, EsTRUMANT, EstIRMAN, 

anc. pilote. 

Assez out od lui chevaliers, 
Geutes puceles, e muilliers, 
Esturmans, e marineaus, 
E bachelers cointeset beaus. 

{Ckron. dei ducs de Norm., t. 111, p. 349.^ 

De l'aler s'est aparillés. . . . 
Son estrumant a moult proie, 
Et il li a bien otroié 
Que a cil port l'arivera. 

[Floire el Blaneeflor, l'dil. da M^ril, p. 48.) 



352 



PREMIÈRE PARTIE. 



Estirmans prist et mariniers, 
Par pramesses et par loiers 
En mer les fist al vent empaindre 
Que Arlus ne l'peul ataindre ; 
En Cornuaille l'ont conduit, 
Grant paor a, volentiers fait. 

(Rom. de Brut, t. Il, p. 126.) 

— AUem. steuerman , pilote, 
composé de steuer, gouvernail, et 
de mann, homme. Dan, 1° styr- 
mand, pilote ; 2" styre, stiœre, gou- 
vernail ; 3o mand , homme. Suéd. 
I» styrman; 2° styre ; 3°man. HoU. 
i» stuurman; 2° stuur ; 3° man. 
Bas allem. \°stùrmann; 2o stûr; 
3" mann. Angl . steersman, pilote ; 
to steer, gouverner; ma7i, homme. 
Tud. 1° stiura, gouvernail; 2° man, 
homme. Anglo-sax. 1 ° styri; 2° man. 
Island. 1° stiom, stiori; fii^man. 

Étai, Étayer : en basse latinité^ 
statua signifie un poteau, une co- 
lonne : «In ea habentur pretiosissi- 
mae reliquiae Domini, id est statua 
ad quam fuit ligatus, flagellum inde 
fuit flagellatus.» (Lettre d'un empe- 
reur de Constantinople à Robert, 
comte de Flandre, dans dom Mar- 
tèfte, Anecd. t. I, col. 268.) « Item, 
quod, idem venerabilis adolescens 
ab eisdem Judeis fuerit suspensus 
ad statuam deorsum.» {Acta S. 
Wemheri, t. II, avril, p. 717.) Voir 
du Gange. Statua, 2. 

— Goth. staths, pilier^ poteau, 
étai, étançon; anc. hoU. staede, 
staye, item ; anglo-sax . stuthe, stu- 
thu, item; island. 1° stod, poteau, 
étai ; 2° stydia, étrayer, étançonner. 
Allem. 4° stutze; 2° stutzen. Dan. 
4° et îostcette,stytte. Suéd. h" stod, 
stœd; 2° stodja. Angl. 1° stay ; 2" 
to stay. 

Étambord, Étambort, plus usité 



Etambot, terme de marine : pièce 
de bois élevée sur le bout de la 
quille à l'arrière du navire, servant 
de soutien au château de poupe et 
au gouvernail qui y est attaché. On 
disait autrefois estambord, estam- 
bort. 

Estambord signifie étymologique- 
ment madrier de support. — Dan. 
^o stœven, appui, support; i<>bord, 
madrier planche. Allem. ]« steven; 
i°bord. Angl. 1° stay; 2° board. 
Holl. i» steun; 2° bord. En hollan- 
dais, steven, formé de steun, signi- 
fie à la fois l'étrave et l'étambot, 
c'est-à-dire la charpente qui sert de 
support à l'avant du navire et celle 
qui sert de support à l'arrière. En 
allemand, Vétrave est appelée vor- 
dersteven, c'est-à-dire support an- 
térieur, et l'étamfco^ est nommé hin- 
tersteven, support postérieur. (Voir 
l'article Étrave ci-après.) 

Etamper^ terme de maréchalerie . 
Il ne s'emploie que dans cette phrase, 
étamper un fer de cheval, y faire 
les huit trous. (Acad.) Ge mot pro- 
vient d'un primitif germanique si- 
gnifiant frapper, percer ou faire une 
empreinte en frappant. L'italien a 
stampare percer des trous avec un 
emporte-pièce, empreindre, graver, 
estamper, imprimer; stampa, em- 
preinte, impression, estampe . De ce 
verbe et de ce substantif italiens déri- 
vent les mots français estamper, es- 
tampe qui ne sont pas anciens dans 
notre langue. 

— Allem. stampen, frapper, battre, 
faire un trou, une empreinte en 
frappant; lôcher-stampen, étamper 
un fer de cheval; angl. to stamp, 
frapper, faire une empreinte en frap- 



CHAP. III, ÉLÉMENT GERMANIQUE. SECT. II. 353 

lasser, amonceler. Holl.stope;,am as, 
chantier, entrepôt^ étape ; stapelen, 
amasser, entasser. Angl. staple, en- 
trepôt, étape. Dan. 4° stabel, amas, 
monceau ; 2° stabel-stad, ville qui 
a droit d'entrepôt, étape ; stad qui 
entre dans cette expression signifie 
ville. Suéd. \° stapel ; %° stapel-stad. 
Island. stable, amas, tas, monceau. 

Étau . Ce mot provient d'un pri- 
mitif germanique signifiant ceps , 
instrument de supplice qui consis- 
tait en deux pièces de bois que Ton 
serrait au moyen d'une vis et entre 
lesquelles on pressait les jambes de 
ceux que l'on soumettait à la tor- 
ture. Uétau dont se servent les ser- 
ruriers et autres ouvriers est fort 
semblable à cet instrument. On dit 
en provençal estoc pour étau et en 
patois lorrain estauque. 

— Tud. stoc, stock, ceps, insiru- 
ment de torture; ce mot signifie pro- 
prement pièce de bois, billot, tronc. 
L'ancien allemand stock et le hollan- 
dais stoh ont les deux mêmes si- 
gnifications. L'allemand emploie 
schraubstocJi pour signifier ceps ; ce 
mot est composé de schrauben, pres- 
ser, serrer et de stock, pièce de bois, 
billot. L'anglo-saxon a dans ce der- 
nier sens stoc , stocce; l'islandais 
stockr ; le danois stok et le suédois 
stock. 

Etoffe, autrefois estoffe. 

On disait estofer, estoffer, estofler, 
pour signifier garnir, équiper^ orner, 
parer, et es/o^wre, estoffement, pour 
garniture, équipement, ornement ; 
en base latinité, sito/"/îa, étoffe, sfit/- 
fare, garnir, orner ; stufura, stofu- 
ra, garniture, ornement. (Voir dans 
du Cange ainsi que dans Roquefort, 



pant; hoU. stampen, frapper, piler; 
suéd. stampa; dan. stampe. 

Étangues, espèee de grandes te- 
nailles. (VoirTrévoux.) — Anglo-sax. 
tanga, tange, tang, tenailles, pince; 
island. tông, taung; tud. zanga; hoU. 
tang; allem. zangfe;suéd. taong ; 
dan. tang; angl. tongs. 

Un e initial a été ajouté à étan- 
gues comme à écorce, formés de 
cortexy-ticis et à éclair de clarus 
(ignis). Voir tome II, p. 124. 

Étape, autrefois estape, estaple. 
On appelait ainsi une place publique, 
où les marchands étaient obligés 
d'apporter leurs marchandises pour 
les vendre au peuple : en basse la- 
tinité, stapula. 

Item, tous raarchans ayans vin a Ves- 
lappe (le Paris doivent au dlct prevost , 
chacun pour chacunes charretés de vin, 
xij deniers parisis, el pour le charriot ij 
sols parisis. {Livre des métiers, p. 440.) 

Par extension, étape se prenait 
pour une ville de commerce ; on di- 
sait, « Grand est V étape des blés,» 
nous dirions aujourd'hui entrepôt 
des blés. Enfin, étape se prit pour 
un lieu approvisionné, où. s'arrêtaient 
les troupes qui étaient en marche, 
afin qu'on leur distribuât les vivres 
et les fourrages qui leur étaient né- 
cessaires. 

Stapula, d'où nous avons fait es- 
taple, étape, dérive d'un mot ger- 
manique signifiant amas, tas; c'é- 
tait un lieu où on amassait une 
grande quantité de marchandises, 
comme on le fait dans nos entre- 
pôts. 

— Allem. stapel, amas, tas, mon- 
ceau, chantier, magasin, entrepôt , 
foire, étape ; stapeln, amasser, en- 



r 



23 



354 



PREMIÈRE PARTIE. 



glossaire et supplément, des exem- 
ples de ces mots dans les deux lan- 
gues.) 

Pour vostre grâce accroistre et que vous 
ayez mieux pour vous exto/fer et suivit \es 
armes, je vous retiensa tousjours pour mon 
chevalier "a cinq cents marcs de revenu par 
an. i,Froissart, liv. I, part, ii, cliap. xlvi.i 

— HoU. 1° stof, étoffe; 2" stoffee- 
ren, garnir, parer, orner. Allera. 
h" stoft, étoffe; ^° staffiren. Angl. 
stuff, étoffe. Dan. et snéà. stof, item. 
Tous ces mots paraissent tenir au 
gothique stahs, matière première^ 
élément. 

Étourdi : en basse latinité, stor- 
datus ; en italien stordito. 

— AUem. 1° stutzig et bestùrit, 
étourdi^ abasourdi, comme quel- 
qu'un qui tombe d'un lieu élevé ; 2° 
sturtzen, stùrtzerij tomber du haut, 
se précipiter. C'est ainsi que nous 
disons en français, J'en suis tombé 
de ma hauteur, pour J'en ai été fort 
étonné. Suéd. 1" stœss; 2o stœrta. 
HoU. storten, tomber d'un lieu élevé; 
dan. styrte, item. 

Étrain _, côte de la mer qui est 
plate et sablonneuse. Ce mot est 
principalement usité en Picardie. 
(Voir Trévoux.) On disait autrefois 
estran, estrain, avec la même signi- 
fication. Anglo-sax. strand, rivage, 
côte; island. strônd ; allem. angl. 
hoU. dan. et suéd. strand. 

ÉTRAVE, autrefois estrave, terme 
de marine : assemblage de pièces 
de bois élevées sur le devant de la 
quille. Vétrave sertde supporta l'a- 
vant du navire et forme la proue. 
— HoU. ]o steven, étrave ; 'i°steun, 
appui, support. Angl 1 ° stem ;%° stay. 
AUem. vordersteven, étrave ; com- 



posé de vorder, antérieur, de devant, 
et de steven , support. Dan. fors- 
tœven, étrave ; de fors, devant, et 
stœven, support. Suéd. stœf, étrave, 
dérivé de s to/', pièce de bois, bâton. 
Tuà.stab, item; anglo-sax. stœf, 
staf, item ; island. stafr, item. 

Dans estrave, étrave, le r a été 
ajouté après le t, comme dans mar- 
tre^ de martes; trésor, de thésau- 
rus^ etc. (Voyez tome II, p. 142.) 

Étrier : en basse latinité, strepa, 
streva ; en espagnol et en portuguais, 
es^n'ôo. Nous disions autrefois sMeu, 
et plus anciennement estref, estrief; 
en langue d'oc, estreup. 

Outre s'en passent que ej/re/"u'i perdirent. 

(Oyierde Dantmarche, v. 1798.) 

Estrief, ne siele, ne sosçaingle. 

(PU. Mouskct, cité p»r du Gange, «ri. Strepa.) 

Les anciens étriers ne consistaient 
qu'en une courroie qui s'élargissait 
à l'endroit où le cavalier plaçait le 
pied. On peut s'en convaincre en 
examinant certains sceaux et certai- 
nes médailles du moyen âge, où se 
trouve un homme à cheval. Nous 
appelons aujourd'hui étriviére la 
courroie à laqueUe est suspendu l'é- 
trier. 

— Anglo-sax. strop, courroie, 
attache; allem. strippe^ item; suéd. 
strœpa,item; hoU. strop, courroie, 
attache, corde à nœud coulant, es- 
trope ou étrope; on appelle ainsi, 
en termes de marine, une courroie 
ou une corde à laquelle est suspen- 
due une moufle de poulie. Angl. 
strop, étrope; dan. strop, stroppe, 
item. 

Étron. On disait autrefois esfroraf; 
en basse latinité, struntus, strun- 



CHAP. III, ÉLÉMENT GERMANIQUE. SEGT. II. 305 

le meurtrier; parti formé d'une ou 
de plusieurs familles pour tirer ven- 
geance d'un meurtre : en basse la- 
tinité, faida. 



dius; en italien, sft"onzo; en proven- 
çal, estron. 

Elle est Vestront de vostre mère. 

théâtre français au mot/en âge, p. 100.