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Full text of "Recueil de voyages et de mémoires"

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RECUEIL 



DE 



VOYAGES ET DE MÉMOIRES, 



RECUEIL 

DE 

VOYAGES ET DE MÉMOIRES. 

PUBLIE 

PAR LA SOCIÉTÉ DE GÉOGRAPHIE. 

V 

TOME DEUXIËMEi 



^u.i'iEy:?)^ 



DE LIMPRIMERIE D'ÉVERAT, «DE DU CiDRAH, »• 16. 
UDCCCXXV. 



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RELATION DE GHANAT «. 



vt 



DES COUTUMES DE SES HABITANS, 

TRADUITE LITTÉRALEMENT DE L'ARABE, 



PAR M. AMED^E JAUBERT. 



(jTHANAT est le nerni qu^ils donnent à leurs rois. Le nom du pays 
ou de la ville est Okaz (2) , et le nom de leur roi est aujourd'hui , 
en Tannée 60, Muteiamemn (3). Il commença à régner en 
Tannëe 55. Le nom du roi précédent était Lassf (4). Il les gou- 
verna jusqu'à Page de 85 ans. Il était loué à cause de sa conduite ; 
il était ami de la justice, et il estimait les Musulmans. Il devint 
aveugle sur la fin de sa vie ; mais on cacha cette circonstance 
aux habitans de ses états, et on leur fit accroire (qu'il y voyait ). 
Lorsqu'on plaçait quelque chose devant lui , il disait : « Ceci est 
» bon , ceci est mauvais. » Ses vizirs dissimulaient cela au peu- 
ple , et donnaient un sens détourné aux paroles du roi , en sorte 



^ * 4^ ^ 



(i) Le jirécieuz fragment de ma- écrit, dans ce fragment, OôWou ù\£^ 
nuscril qui contient cette relation , a ^„ ^^ ^^ ;• ^^ ^„ Ghanah. 
été envoyé à la Société de Géographie 
par M.* J. Graberg de Hemso, consul- (a) ;l^1. 

général de Suède à Tripoli d^ Afrique. ^ , 

Contrairement à Torthographe suivie (3) {jir^^^m 

par les géographes arabes , le nom de 
la ville et du pays est constamment 

n. I. 



(4)^. 



(2) 

que la foule ne se doutait de rien ( Littéralement ne compre-' 
nait pas ). 

Ce Lassy était oncle de TenkamemnÇi) , et il régna ; car diaprés 
la coutume et la religion ( Liitér. la secle ) de ces peuples, la 
royauté n^appartient jamais qu^au fils de la sœur du roi , parce 
qu^en aucun cas il ne peut s^élever de doute sur la légitimité d^une 
telle origine » tandis qu'ail peut en exister sur celle de la naissance 
d^un fils et sur la réalité de la parenté. Ce Tenkamenin est ua 
prince très-puissant , très-redoutable , et possédant de vastes états» 

La ville de Ghanat se compose de deux villes; Tune d^elles 
est celle qu^habitent les Musulmans , qui est très-grande ; il y 
existe 1 2 mosquées , où les habitans se rassemblent A ces mos- 
quées sont attachés des imams et des crieurs ; il y a aussi de sa- 
vans docteurs. 

Auprès de la ville , il y a des puits d^eau dqjice , dont on fait 
usage pour boire et pour arroser les plantes potagères. 

La ville royale est située à six milles de la précédente , et se 
nomme Alghabet (2). Les habitations entre Tune et Tautre de 
ces villes sont trcs-nombreuscs ; elles sont construites en pierres 
et en bois d'acacia (3). 

Le roi possède un palais et des édifices voûtés; ces édifices 
sont tout entourés de murs. Dans la ville royale , il y a une mos- 
quée où tous les Musulmans peuvent aller faire leurs prière». Cette 
mosquée est située auprès du lieu où le roi tient ses conseils. Près 
de la ville sont des édifices voûtés et des souterrains , où demeur 
rent des enchanteurs qui se livrent à la magie et à Texercice 
de leur culte. C'est dans ces souterrains que sont leurs idoles (4)^ 

(i) ^^^VCj* C'est sans doute le mâme (3) En arabe ixJj't. 

qae le précédent 'j^lil:.) (4) Le mot ^^i , employédao» 



(a) vJUj W I Ce mot signifie en arabe «« passage , ne paraît gnères snscep- 
un lieu bas, enfoncé, et quelquefois ^ble d'être anlrement interprété. 



même une forêt. 



(3) 

et les tombeaux de leurs rois ; il y a des gardes , et personne ne 
peut y entrer ni savoir ce qui s^y passe. Là sont aussi les prisons 
royales. Lorsque quelqu^un y est renferme , personne n^en a plus 
de nouvelles. 

Les interprètes du roi sont des Musulmans, ainsi que Tintendant 
de ses finances et la plupart de ses vizirs. Aucun des coreligion- 
naires du roi ne porte l'espèce de vêtement nomme fnukhaXat 
( cousu ) , si ce n^est le roi lui-même et son successeur , qui est 
son neveu (i). Tout le reste du peuple porte des habits de coton 
et de soie , chacun selon ses facultés. Tout le monde se coupe la 
barbe. Les femmes se rasent la tête. Le roi porte des ornemens 
de femme au cou et au bras , ainsi qu'une espèce de bonnet doré 
et brodé en coton très-fin. Il donne audience aux peuples pour 
redresser les torts et les oppressions , assis sur une coubbé ou 
édifice voûté , autour duquel sont dix chevaux caparaçonnés 
d'or. Derrière lui , sont dix esclaves qui portent des boucliers 
et des épées également enrichis d'or. A sa droite , sont les iils 
des princes du pays, portant sur la tête des dorures , et vêtus à 
la légère. Le gouverneur de la ville se tient assis par terre de- 
vant le roi ; et autour de lui , sont les vizirs assis de même. De- 
vant la porte de la coubhëf sont des chiens connus et distingués , 
qui ne quittent presque jamais le lieu qu'habite le roi , qui veillent 
à sa garde , et qui portent à leur cou des ornemens d'or ef d'ar- 
gent > ou de riches colliers. Les peuples sont appelés en présence 
du roi, au moyen d'un tambour qu'on nomme daby(ji)^ et qui 
est formé d'un long morceau de bois. Lorsque quelqu'une d'en- 
tre les personnes ilu bas peuple qui professent la même religion 
que le roi , se présente devant lui , elle se met à genoux et répand 
de la poussière sur sa tête. C'est leur manière de le saluer. 

Quant aux Musulmans, lorsqulls veulent saluer le prince, 
ils le font en frappant ( en applaudissant ) des deux mains. 

(i.) Lia, le fils de sa sœur. (2) ^\ 



(4) 

La religion de ces peuples est le znagisme et Tadoration des 
idoles. 

Lorsque le prince meurt , on lui élère une grande coupole en 
bois de platane , qu'on place dans le lieu de sa sépulture ; on met 
ensuite ses yéteméns sur un trône peu couvert de meubles. On in- 
troduit ( le corps ) sous cette coupole , et on y dépose les ornc- 
mens , les armes , les vases et ustensiles du roi , comme s'il devait 
manger et boire , et même des alimens et des boissons. On y in- 
troduit aussi un homme d'entre ceux qui lui apprêtaient ses ali- 
mens et ses boissons. On ferme sur lui la porte de la coubbéy au- 
dessus de laquelle on dépose plusieurs objets. Alors le peuple 
se rassemble et jette de la terre sur cette ^oz/dd^, ensorte qu'elle de- 
làent comme une montagne. On l'entoure ensuite d'un fossé y de 
telle façon qu'il n'est possible de parvenir à ce tumulus que 
par un seul endroit* 

Ces peuples immolent des victimes à leurs morts , et leur cont- 
sacrentdu feu couvert (i). 

Le roi perçoit à l'entrée de chaque charge de sel , un dinar 
d'or y et à la sortie, deux dinars ; sur chaque charge de cuivre (2) 
cin(i mitscals , et sur les autres marchandises dix mitscals. 

L'or de la meilleure qualité qui existe dans le pays, se trouve dans 
la ville de Ghaïarowa (3) , laquelle est éloignée de la ville royale 
de 18 journées de chemin. Le pays est peuplé de tribus de noirs, 
et les habitations sont très-rapprochées. Dans toutes les mines 
du pays, lorsqu'on trouve des lingots d'or natif, le roi en prend la 
meilleure part , et on ne distribue au peuple que les petites par- 
celles ; si ce n'était cela , l'abondance de Tor en avilirait le prix (4)- 



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(i) Il y a dans le texte ^^^ qui (3) lr|^*« 

signifie locus in quo smelitur seroatur- ^.^ ,, . . , . 

^ , . (4) 11 y a ICI quelqu erreur de cor- 

piste : le sens da passage ne paraît pa&^ 
(2) On lit ici /^U au lieu de (j^W^. suffisamment clair. 



(5) 

Les lingots pèsent depuis une once jusqu*à une livre. On rap* 
porte qu'il y en a qui ressemblent à de très-grosses pierres. 

La distance entre la ville de Ghaiorowa et le Nil est de 1 2 milles. 
Il y a beaucoup de Musulmans. 

Ghanai est un pays très-malsain pour tout autre que Thabitant 
indigène ; celui qui y arrive ne peut guère manquer d^étre malade 
à cause du grand nombre de champs semés. La mortalité des 
étrangers y a lieu vers l'époque des moissons. 

La distance de Ghanai à Ghaïarowa^ et à la -ville de Sarrighan- 
di{i) , est de 4 journées. Les habitans de Samghandi^ sont 
les plus habiles d'entre les noirs à lancer des flèches. De là à une 
ville nommée Ta^at (2), on compte 2 journées. L'espèce d'ar- 
bre la plus commune à Tacai , est celle qu'on nomme Ada^- 
mart (3) ; c'est un arbre qui ressemble à l'^raA:(4), excepté qu'il 
porte un fruit ( gros) comme une pastèque ; dans l'intérieur de 
ce fruit , il y a quelque chose qui ressemble au sucre , qu'on 
boit y et qui est acide et doux. Cette substance est utile aux per- 
sonnes qui ont la fièvre. 

De là au canal du Nil , qu'on appelle Zoghara (5) , on compte 
une journée de route. Les chameaux traversent le fleuve à gué y 
et les hommes ne le passent que sur des canots. 

De là on va vers un pays nommé Ou *ntil (&) , qui est très- 
grand et très-célèbre. Il n'est point habité par des Musulmans ; 



(0 






(3) opSl 

(4) >jSU\ sorte d*arbre épineux , 
dont Castel donne, d'après Avicenne, 
la description suivante : Estmalo pum- 
cœ forma similis, etppoomit in valhàus 
montibusque Higiazœ , regionis Arabiœ , 

jfructu racemoso , dceris magniùidihie sin- 



guHs bacds , quœ primîim virides et aus- 
terœ , deinde rubeni, et mitions ac siccœ 
post nigrescimL Radiées ejus et rami^ ex- 
tremitate cortice nudaid adfiicandos den- 
tés adhibeniur pulgato admodùm usu r 
(Castel, Lezic. Ueptaglott , tom. i , 
pag. 227. ) 



^ ^ / 



(5) tjU) 

(6) ^/ 



(6) 
cependant les habîtans du pays reçoiTent les Musulmans , et 
vont à leur rencontre hors du chemin lorsque ceux-ci viennent 
chez eux. Il y a des éléphans (i) et des giraffes dans ce pays. 

De Ountil à GhdiarocQa (2). Si le roi de Ghanat réunis^ 

sait toutes ^& troupes , le nombre s^en monterait à 200,000 hom- 
mes , dont plus de; 4o,ooo lanciers. 

Les chevaux de Ghanat sont très-courts de taille. Les habitans 
de ce pays en possèdent d^excellens , qu^ils ne mettent au vert 
que deux fois dans Tannée , savoir : une fois lorsque les bords 
du Nil sont humectes par la rosée ; Tautre fois , lorsque cette 
humidité se fait ressentir sur le Mazlz (3). 

A Toccident de GJiaiarowa , sur le Nil , est la ville de IovT'^ 
ma (4). A lourmaj on trouve de petites chèvres. Lorsqu'elles 
mettent bas , on égorge les mâles , et on ne garde que les fe-* 
melles. Il y a dans ce. pays un arbre , avec le bois duquel on 
frotte C€S chèvres : elles conçoivent par la vertu de ce bois, 
et cela sans l'intervention d'aucun mâle. Ce fait est notoire che» 
ces peuples et incontestable ; il est rapporté par des auteurs mu- 
sulmans dignes de foi. 

C'est de Bersa (5) qu'on amène les nègres barbares , connus 
sous le nom de Bem-JNa 'mrat (6). Ils font le commerce de l'or 
dans le pays situé vis-à-vis d'eux sur le bord du Nil. C'est un 
grand état, dont l'étendue est de plus de huit journées de marche , 
et dont le roi se nomme Daoua (7). Ils combattent avec des flè- 
ches. Derrière eux ( c'est-à-dire au-delà ) est un pays qui s'appelle 

(i) Je pense que ^\ est ici pour (4) ^jfr 

JLjJÎ. On lit , en cfFet , dans le manus- ,r^ ^ ^ « • r » -* 

cr'ît i'EdrUi, que possède la BiWiolbè- C^) o^V? «« ^j". ^^^? ^ ï^^^^ 

que du Roi, arlide Ghanah,J^\ji>^, ««"i ^^^"^ ^^ P*8- »*» ^\ ^8, 

^.y J ^' ^ éUphans et des gi- 34 et 35.) 

raffes marchent devant lui (^le noL) ^gx ^\J^ jj, 

(a) La distance manque. 



C3);?jr" 



(7) J^- 



, 

^ 



(7) 
Melek 9 ( i) et dont le roi est connu sous le nom de Musulmam (2). 
Il fut ainsi nommé par le motif suivant : le pays souffrait d^an- 
née en année de la disette. Les habitans demandaient au Ciel 
de Teau , et sacrifiaient des bœufs pour en obtenir ; cependant 
la sécheresse continuait de plus en plus , ainsi que la famine et la 
misère. Il y avait auprès du roi un hôte d^entre les musulmans , 
qui lisait ]e Coran , et qui connaissait les traditions. Le roi ex- 
posa à cethéte le sujet de son affliction. Celui-ci lui répondit : O 
roi, situ veux croire en Dieu tout-puissant et tout glorieux , pro- 
fesser son unité, avoir foi dans Tapostolat de Mahomet (sur qui 
soit le salut) et observer toutes les lois de Pislamisme ; certes tu 
pourras espérer d^étre délivré de ce qui f afflige : la miséricorde 
divine s^étaidra sur tout ton peuple ; et tes ennemis , ainsi que 
tes adversaires te porteront envie à cause de cela. 

Le Musulman ne goûta aucun repos > jusqu^à ce que le roi eût 
embrassé Fislami^me : il purifia ses intentions par la piété , il 
lui lut des passages du livre de Dieu , les plus faciles à compren- 
dre ; il lui apprit relativement au farz et au sunnet , tout ce 
que son ignorance ne lui avait pas permis de concevoir , ensuite 
il lui fit faire les ablutions légales dans la nuit du vendredi, le 
revêtit d^habits de coton qu^il avait, et le conduisit sur un ter- 
tre élevé. Là le Musulman se mit en devoir de faire ses prières , 
et le roi , qui était à sa droite , Timita. Ils prièrent tous deux du*- 
rant la nuit , ainsi qu^il plût à Dieu , le Musulman priant , et le roi 
répondant Amen. Enfin , le point du jour ne parut pas sans que , 
jV.n atteste Dieu même , tout ce peuple ne fût dans Tabondance 
d^eau. Alors le roi ordonna qu'on brisât les idoles, et qu'on 
éloignât du pays Tarbre (3). Sa foi prospéra , ainsi que celle de 
ses neveux et de ses proches, et les habitans du pays qui étaient 
polythéistes , nommèrent par cette raison leur roi Musulmam. 

(i) \JlS3J, (3) C^est sans doute celui dont il a 

( "\ '\lLli ^^^ question ci-dessus, pag. 6. 



(8) 

Parmi les pays dépendans de Ghanaty il y en a un qu'on ap<^ 
pelle Samat (i) , dont les habitans sont désignés sous le nom 
d'el Boukmou (2). Entre ce pays et Ghanat , la distance est de 
quatre journées. Ces peuples vont tout nuds , excepté que les 
femmes cachent leurs parties honteuses arec des courroies de 
cuir tressées ; ils laissent croître les poils de ces parties , et se 
rasent ceux de la tête (3}. 

Les Boukmou sont adroits à lancer des flèches , et ils en cm* 
ploient d'einpoisonnées. lufi fils aîné, chez eux, hérite de toute 
la fortune du père. 

A Fouest de la ville de Ghanat « est la ville d^Anbarah (4) * 
dont le roi s^appelle larim (5) ; celui-ci est en état d'hostilités 
avec le roi de Ghanat. A neuf journées ^Anbarah , est la ville 
de Koughah CG). Entre cette ville et Ghanat^ il y a quinze 
journées de marche* Les habilans sont musulmans ; mais 
autour d'eux sont des polythéistes* Les objets du plus sûr dé- 
bit sont le sel , le cuivre , les coquillages bivalves et Feuphorbe. 
Ces deux derniers articles sont les plus estimés. Il y a des 
mines d'or , et ce sopt les plus abondantiss de tPut le pays des 

noirs. 

Là se trouve aussi la ville Ebeken (7), dont le roi se nomme 
Taimaï^ fils de Basawah (8). On dit qu'il professe le maho« 
métisme secrètement. 

Il y a, dans le pays de Ghanat j une peuplade qu on appelle Man^ 
mihin (g) , de la race des guerriers qui furent envoyés à Ghanat 



C ^ I ^ 



(0 w^U. 

(3) Ici se trouye une anecdote qui 
ne paraît pas susceptible d^étre mise 
$ous les yeux du lecteur. 

(4) »,0l 



(5) pV- 


(6) i»jr. 


nyj'Â 







X9) 
par le$ Ommiades^ dans les premiers tempe du mahomélisme. 
Cette peuplade professe la même religion q^e les habitans de 
Ghanat^ à eda près qu^elle ne s^aUie pas ^vec les noirs; elle 
est de couleur blandie et de bonne miw. 

Il y a aussi un peuple cojpuqu sous le fiom dW Masan (i). 

Dans le pays de Ghdnai , on jug^ les Siffaires par le moyen 
«de Teau. Toîci en quoi la chose consiste : lorsqu^oo réclame 
4le quelqu^un le prix du sang , 4e biens ou d^autre chose , on 
prend une espèce de bois qui contint des principes de chaleur et 
d'amertume ; on verse dessus une certaine quantité d'eau qu'on 
fait boire au défendeur. S'il Tavale ou la fait parvenir dans son 
ventre, on juge qu'il ne doit rien; si non, la demande est consi- 
dérée comme juste et fondée. 

Parmi les raretés qui existent dans lé pays des noirs, il faut 
compter un arbre de tige élevée et mince qu'on appelle Tbi/r- 
za (2) ; il croft dans le sable , et porte un fruit qui se gonfle et 
grossit beaucoup. Dans l'intérieur de ce fruit lest un lainage blanc 
dont on fabrique 4es étoffes et des vêtemens. Le feu n'a aucune 
prise sur les étoffes tissées av^ ce lainage , quelle que soit Ja du- 
rée du temps qu'on l'expose à son ardeur. Le 4^teur Abdul- 
Melik rapporte que les princes de cette contrée né portent pas 
d'autres habits que ceux qui sont faits de cette étOtffe. 

Il y a, dans la vallée de Iksr'u (3), une pierre :qu'on ap- 
pelle en langue berbère Tamatghasta (4) , qui s'écrase sous la 
main , ets'assouj^t au point de>prendre la consistance du lin (5). 
On en fabrique les choses dont on a besoin , et particulièrement 
des liens incombustibles pour les animaux. On en >a fabriqué des 



y • 



fi) ^IwUt. Précis de la Géographie universelle, 

. • ., tom. IV, p, 584). HarUnann, Edcîsu 

^ ■ii'^" • Africa^ pag. laî, i3a, i45 ël suîv. 
(3) ViHe srîtuëe à s» joura^ de \f^ » . .1 r» 

Tftfilet , dans le r oyaunoe de Maroc 

(Recherches sur F Afrique ,pag- .167; (6) JcJis ^^ ao Ueu de ^^U^« 



( lo) 

vétemens pour les princes du pays de Sedfebnas (^i). Un particn-' 
lier m^a assuré avoir tu un marchand qui en avait apporté à 
FerdeKnd (2) , prince de DJelaleka (3). Il lui dit que c'était une 
serviette qui avait appartenu h Tun des apôtres , et que le feu 
n^ pouvait rien. II le lui fit voir manifestement. Ferdelmd ac- 
corda de la considération à cet homme , lui donna quelque chose 
de ses richesses , en échange de cette rareté ^ et Tenvoya à TEmpe- 
reur (/itf. au maître) de Cônstantinople , afin qu'il la plaçât dans 
la plus grande de ses églises. 

FIN DE LA KELATIOM DB GHAKAT. 



APPENDICE. 

Pour que le lecteur puisse comparer entre eux les récits des 
géographes arabes , relativement à Ghanah , nous croyons devoir 
joindre ici : i^ un extrait du Manuscrit de la Bibliothèque du 
Roi , connu sous le nom de Geographia Nubiensis , publié ea 
arabe , à Rome , en 1592 et en latin, à Paris , en 1619 ; 2* un ex- 
trait d*Ebn-El-Wardi , dont M. de Guignes a fait connaître Tou- 
vragc géographique dans le II* volume des Notices et Extrûts des 
Manuscrits de la Bibliothèque du Roi. 

I. Description du pays de Ghanah ^ extraite du G^graplu Nubien^ 

Ghanali se compose de deux villes situées sur les deux rives 
d'un fleuve d'eau douce. Ce pays est lé plus considérable de tout le 



"*' x^ 



(1) ^ULar*^. ëclaîrcissemenf importans pour rintel- 

k . llgence de ce fragment , prépose de 

^^^ J^' lire ici Ferdinand, rei de GaUce, Cette 



(3) CUi)^. H. de Sacy, à qui leçon nous parait excellente et notts: 
nous sommes redevables de plusieurs Tadoptons. 



(II)' 

Soudan , tant sons le rapport de sa population que sous celui de 
rimportance de son commerce. Il s'y rend des marchands de tous 
les pays qui Tentourent, et des contrées occidentales les plus éloi« 
gnées. Les habitans sont musulmans , et le roi est , à ce qu'on dit, 
de la race de Saleh , fils d'Abdallah , fils de Hassan , fils de Hus- 
séin , fils à^^jTy fils d*Abou-Taleb. Ce roi fait faire Tinyocation 
en son nom , quoiqu'il obéisse aux loix du prince des croyans de 
la race des Abbassides. Il possède, sur les bords du Nil, un palais 
dont la construction est très-solide y ainsi que les fortifications. 
Cette demeure est ornée de peintures , d'idoles et de fenêtres vi- 
trées ; elle fiit bâtie en l'année 5i ô de l'hégire (i 1 16 de J.-C). Son 
royaume et ses domaines touchent au Yangarah , pays connu pat 
l'abondance et la bonne qii^té de l'or qu'il produit Les habitans 
des pays occidentaux les plus éloignés «arent -de science certaine 
et à n*en pouvoir dottter, que ce roi possède un bloc d'or pur du 
poids de trente rotls (i). Ce bloc est une production naturelle , 
créée par le Tout-Puissant , aans avoir été fondue ni travaillée par 
la main des hommes. Il a été percé et attaché au trône du roi f 
et c'est une des raretés qu'on ne trouve nulle part ailleurs que 
chez lui , et que personne autre ne possède. Il s'«n glorifie aux 
yeux des divers princes du Soudan. 

Ce roi, d'après ce qu'on rapporte , est le plus juste des hommes ; 
relativement à sa conduite , i son humanité et à sa justice , on 
dit qu'il a des officiers qui se rendent tous les malins à son pa- 
iais. Chacun de ces officiers porte sur la tête un tambour qu'il 
batfjusqu'aumomentoàil est arrivé à la porte du palais. Lorsque 
tous les officiers sont réunis , le roi monte à cheval y les précède 
et parcourt les divers quartiers de la ville et des environs. Qui- 
conque a quelque plainte à former ou quelque avertissement à 
donner, est appelé auprès du roi et ne sort pas de sa présence sans 
en avoir obtenu justice : ce prince retourne ensuite à son palais,' 

(i) Le rod é^uiTitui k cnTiron i4 ooeeii c'est-à-dire à moins d'un demi-kilo- 
|;rsinme» 



( >a) 
et les officiers se retirent A quatre lieures après midi , lorsque 
la chaleur du jour est tomliée ^ il remonte à cheval , entouré de 
ses gardes « et alors ()érson^0 |ie peut plus Vabordcr. Cette double 
sottie est un Usage connu et un signe notoire de sa justice» Sesha- 
billètnens consistent en étdffes de soie dont il se couvre ^ ou en, 
lia manteau dont il s'eUvi^lQppç* Il porte aussi des pantalons , des 
aïkiliers et de riches ornemens. Il fait mardier devant lui des élé* 
pbans , dqs girafîes ^ aitisi que divers animaux dout les espèces se: 
trouvent dans le Soudan. 

Ces peuples ont , ^ui" , le Nil , des barbes très - solides qui 
sont edtployëes fx>tir la pèche et pour faeiUtec le$ communica- 
tions entre les deux villes. 

Leurs faabiUeinens consistent en msfflitedux, voiles^ et robes, 
chacun selon ses facultés. 

La terre de Ghanah CMifine s^Toccident au pays de Makzarah; 
au levant^' à colui de fi^angarah; ati nord , aux déserts cpntigus^, 
qui existent enixe lé Soudan tt le pays des JBerbersy. et, au midiv 
au pays des infidèles et autres. 

Itinéraire extrait du même ohapùre^de Vouera^ précité. . > 

De Ghanah aux limites de Yangarah , on compte 8 journées. 

De Ghanah à Tirki^ grande ville^ 6 journées , en suivant le Nil.. 

De Tirki à Merasa, 6 journées. 

De Merasa à Sakmarah, 6 marches. 

De Sakmarahà SamghaBdi> ville agréable , située sur Je bord, 
du fleuve, 8 journées. 

De Samghandi à Raghbil ^ située sur le bord du fleuve , 91 
journées. 

De Sakmarah à Raghbil , en se dirigeant vers le sud , 6 jour- 
nées. 

De Raghbil à Ghanara, a Touest, sur le bord du Nil; 11 joui>- 
nées. 



( i3 } 

Et de Ghanara à Ghanah , 1 1 Jourpëes de marche , durant les^ 
quelles Teau est fort rare. 
Tous cts pays dépendeDt da gouvernement de Ghanah. 

II. Description exticute ifEèn-el-Pf^ardi ^ d'après un manuscrit 

communiqué par M. Marcel. 

Ebn-el-Wardî, géographe arabe quî vivait dans le i3* siècle , 
parie d^une ville nommée Ghaïnarah (i) dont le nom ressemble 
à celui de Ghanara mentionné dans Edrisî et même au GhaHa" 
roçvah (2) de notre fragment. « Ghaïnarah^ dit-il^ est une vîUesîluée 
s» sur le bord du Nil , entourée d'un fossé plein dVau et peuplée 
» d^hommes braves et courageux, qui font des irruptions dans 
» le pays à^^Lemlem (3). Ils y enlèvent désenclaves, quMIs ven- 
» dent chez eux. » 

Voici les termes dans lesquels le même géographe s'exprime au 
sujet de Ghanah : a Le pays de Ghanah est situé au nord de ce- 
» lui de Maghrarah (4). La ville est très^grande et porte le même 
» nom que le pays. C'est la plus considérable de tout le pays de» 
» Noirs. On y fait un très-grand commerce, et les marchands y 
» sont fort riches. Elle se compose de deux villes, placées sur les 
» deux rives du Nil. Il y vient de» marchands des autres pays. 
» Toute la terre est couverte d'or : les habitans entretiennent sur 
» le Nil de grandes barques; ils se livrent à l'exploitation de l'or 
» et le travaillent comme de la brique (5). Les marchands de Sed^ 
» jehruis (6) s'y rendent à travers des pays caverneux (7), dans le»- 

(1) t^^ (5) Le sens de ce mot n^est pas par- 

,^^ I I . faitemcnt clair. 

(3) JLJ (6 ;^U^^ 

(4) 1^1;*^ oa plutôt Vt^^iVfaftsaraÂ, (7) Même observation que 

comme Tobserve judlaeusement Hart- sus , note 5. 
manSy Ednsii Afiica^ pageaS, 



( i4) 

» quels , durant douze jours, ils manquent d^eau. Us y portent des 
» figues ; du sel , du cuivre et des coquilles marines. Ilsn^enrap- 
» portent que de For pur. Ce pays est gouTemë par un roi puissant, 
» qui dispose de troupes nombreuses et qui possède de yastes ëtats, 
» gouyemës par des princes qui lui sont subordonnés. Il possède 
» sur le Nil, un palais dans lequel est un bloc d^or gros comme un 
» rocher: ce bloc est une production naturelle; il est percé d^un 
» trou et attaché au trône du roi qui, dit-on , est musulman. » 
On lit dans les extraits de Bakodï, donnés par M. de Guignes ( i ) , 
une courte description de Ghanàh , qui parait-étre le Cano de 
Léon Tafricain. Enfin £bn-A¥as, auteur arftbe dont.M^ Marcel a 
bien voulu nous compiuniqupr Touvrage , dit que « cette ville , 
» située au midi du Maghreb , est contiguë au pays des mines 
» d'or ; que les marchands s'y rassemblait poi»" acheter ce métal , 
» qui y est très - abondant , et que les vétemens de la plupart deç 
» habitans consistent en peaux de tigre. » 

(i) Notices el extraits des Manfiscrits de b Bibliothè^e da Roi, tome \}^ 



( i5) 

RELATIONS INÉDITES 



SB 



LA CYRÉNAIQUE. 

Lies deux firagmens quW va lire ont paru à la Sociëtë dignes d^é- 
tre {Mibliës, àcausedupea de renseignemens qu^ona jusqu^à présent 
sur ia CfrénaSque et ses antiquités. Ce sont des relations faites par 
des témoins oculaires » et qui ajoutent quelque chose aux notions 
qu'a foumin le Toyage de M.PaoIo délia Cella. Enfin Tune d'elles 
est accompagnée de dessins qui , malgré leur imperfection , font 
pressentir Pimportvice des restes de Cyrène , et doivent exciter Je 
zèle des voyageurs, jaloux de faire des découvertes dans une terre 
aussi pleine de souvenirs. La Société est redevable de la commu* 
nication de ces deux pièces à M. Delaporte , un de ses membres, 
aujourdlmi vice-consul de France à Tanger, et qui les a rédigées 
ou traduites à Tripoli de Barbarie , pendant sa résidence dans 
cette ville. Nous les publions sans aucun commentaire. £. J. 

Extrait du Journal d'wte ea>pédition/aàe en 1811 ^^1812, de 

TripoU àDeme^parles déserts y 

Tenu par M. Augustin CxByuxi,Médecin,natif dePise cnToscane, 

Rédigé par M. Delaporte y Vice-Cotisul de France à Tanger. 

39* JouBMES DE Tbipou. — BARCA. 

Nous partîmes & a heures, après le coucher du soleil , et nous fîmes 
une route de trois heures j après lesquelles nous campâmes dans 



( i6 ) 

«ne vaste plaine, éloignée de huit milles de la mer. A la droite 
de notre camp , était une colline au sommet de laquelle est une 
bâtisse ruinée. !NoQs trouvâmes, à trois milles de distance de notre 
camp , un espèce d'étang d^eau douce. Tous les coteaux devant les- 
quels nous avions passé durant cette journée, étaient couronnés de 
ruines d^anciens forts. A quatre milles du point de départ , j'ai 
commencé à fouler les débris d'une très-grande ville ( ce sont ceux 
de Barca, je crois) qui occupent une étendue de cinq à six milles. 
Les restes des murs, longs de plus 200 brasses, ont une épaisseur 
de deux ou trois coudées. On y voit aussi les restes d'un grand 
pavé dont les dalles ont une brasse et demie de largeur. Des 
vestiges de fondations orfnculaires indiquent des tours , ou des 
temples, ou des forteresses. Tout porte à croire qu'il a dû y avoir ici 
une ville immense , où a régné , au dire des Maures, un roi chré-' 
tien. A travers les jointures des pierres , on distingue des souter^ 
rains. Ces débris embrassent toute la plaine , et les collines qui 
fenvelôppent sont surmontées de forts. Les prés qui cmbeliissent 
celte plaine et les fleurs dont ils sont émaillés; offrent le plus 
riche coup d'œil. 

42* JouBHÏE. — BENGHAZY. 

Nous nous sommes mis en route ce matin conjointement avec 
le bey de Benghazy (i). Tenu à )a rencontre du fils du pacha qui 
dirigeait l'expédition , et nous somiBes arrivés à une heure après 
midi à Benghazy. Noua y sommes restés a4 jours. Cette ville , 
située sur une pointe de terre , est un composé de maisons con- 
tîguës , hautes de six à huit brasses , l>âties de petites pierres 
liées avec du mortier. Chaque maison à une grande porte et une 
vaste cour , autour de laquelle sont des chambres , qui serven t 
d'habitation à des familles maures ; le nombre de celles-ci est à 

CO On Beo Gbâzy. 



(17) 
peu près de 7 à 8 mille âmes : ils couchent ensemble (les gens de 
la même famille , s^entend ) sur des tapis ou des nattes étendues 
par terre. Leur nourriture habituelle consiste en zorameïtah , 
poudre d^orge brûlée comme du café , qu^ils pétrissent avec de 
Teau et de Thuile ; ils y ajoutent un peu de riande et des dattes. 
Ils boivent de Feau et beaucoup de lait. 

.La citadelle j^t voisine ^e la mer et défendue par six pièces de 
canon. Le gouverneur , c'est-à-dire le bey, y loge. Le pacha de 
Tripoli lé change tous les deux ou trois ans. 

Ben Ghazy a un port naturel , quoique petit , où les navires sont 
k Fabri de tout vent. On voit y le long des bords de la mer, les 
ruines d'une ancienne ville> que les vagues viennent laver pendant 
les mauvais temps. Lorsqu'elles se sont retirées , les Juifs et les 
Maures fouillent ces ruinas, d'où ils retirent des monnaies et des 
pierres antiques » qui sont parfois de grande valeur , mais dont 
ils méconnaissent le prix. 

Ben Ghazy est située à deux ou trois milles de la mer ^ sur une 
partie de remplacement d'une ville antique, dont les restes sont 
cachés sous les sables. Les habitans en retirent de grandes pierres 
dont ils font de la chaux. La mer dispute aux sables la possession 
des débris de l'ancienne JSer^mce ; auprès, les maures ont bâti une 
petite ville , qui contient à peu près 4000 âmes , c'est-à-dire Ben- 
gaze, qui pendant Vhiver est environné d'eau. Le nord et Touest- 
nord-ouest de la ville regardent la Méditerranée , et l'est-sud-est , 
la campagne. Au sud-ouest est le port, qui 9 neuf palmes d'eau de 
profondeur, et qui met à l'abri des tempêtes lesbàtimens quipeu* 
vent y mouiller. Le château qui ^ comme je l'ai dit , touche au ri- 
vage , est éloigné de 3oo pas delà ville. Les environs de cette der« 
nière sont tous de sable aride , où l'on est parvenu à cultiver des 
oignons , des raves ^ des courges et beaucoup de concombres. Aux 
deux côtés de la ville , croissent quelques dattiers. Le pays inté- 
rieur abonde en bœufs , agneaux , chèvres , poules , chameaux. Il 
s'y trouve du beurre en abondance. Les montagnes et les déserts 
n. 3 



( t8 ) 

sont peuplés d'autruches, dont on apporte à Bcngaze les plumes, 
les peaux et les œufs. La yiande y vaut quarante centimes les 
trois liyres, Toeuf vaut un centime , et un ba^uf l^i francs. 

i32« Journée. — S AFSAF. 

La ville de Safsâf est situëe sur le plateau d'un monticule 
environné de petites collines. Ce monticule se prolonge dans 
Tenace de trois milles et demi. Safsâf a presque deux milles de 
circuit et offre un carré parfait, dans lequel sont les ruines de l'an- 
cienne Sossussa et deux édifices en bon état. Je w^ûs faire la des- 
cription de chaque partie de Safsâf en particulier. 

Couchant. — On voit, dans cette partie, une muraille construite 
sur le roc , dont les pierres , longues de plus de cinq brasses et 
droites , forment des espèces de pilastres* Ces pilastres , distans 
les uns des autres de trois à quatre brasses, sont joints entre eux par 
des murs formés de petites pierres de taille. Au milieu de cet empla- 
cement est un grand mur carré , haut de plus de deux brasses et 
long de vingt pas , formé de grosses pierres carrées. Le sommet 
en est endommagé. De grandes ornières profondément creusées , 
et des creux pleins d'eau indiquent les rues de la ville. A un mille 
plus loin, est une forteresse qui regarde le S.O. 

Nord. — Nous vîmes au nord , un très-beau réservoir d'eau de 
pluie , long de 4oo pas, large de huit; l'eau avait une brasse et 
demie de profondeur. Ce réservoir ou citerne est recouvert par 
une voûte faite de pierres carrées longues d'une brasse et demie, 
sur im des côtés de laquelle on a ménagé des canaux. Le pied 
de cette voûte est percé de petits trous par ou l'eau entre , et son 
sommet , de grandes ouvertures par où on la retire. Ce réservoir 
est dirigé est et ouest. On voit à l'est un édifice en ruine, qui 
parait le reste d'un temple et autour duquel on compte quinze 
tombeaux. Deux longs fossés viennent aboutir aux deux extrémi- 



( 19 ) 
tes de cette citerne et y conduisent les eaux : à deux milles de 
distance , on voit une forteresse. 

Leçant. — Un peu à Técart» on distingue un autre temple ( ou 
église ) qui a treize tombeaux autour de lui. Nous y trouvâmes un 
petit bassin ou bénitier, creusé dans le roc avec assez d'art, qui 
contenait dePeau et divers débris. A la distance de deux milles , on 
compte trois forteresses. 

Midi. — Ce quartier de Safsâf est couvert d'édifices tout-à-fait 
ruinés. Des pierres encore debout , de distance en distance , indi- 
quent les murs de Tancienne ville; on y remarque un très -grand 
temple qui a trente brasses de long ; elle est entourée de trois 
rangs de tombeaux, placés les uns auprès des autres. J'y trouvai 
aussi cinq ou six petits bassins. Deux d'entre eux contenaient de 
l'eau , les autres étaient à sec. Des canaux semblables à ceux qui 
ont déjà été décrits sillonnaient les rues. Au milieu de ce quar- 
tier , il y a quelques ruines , et le reste est un amas de terre et 
de petites pierres. A un mille de là , on remarque deux forts ; et 
sur le penchant de la montagne , à-peu-près à la même distan- 
ce , on aperçoit diverses ruines qui regardent le nord. Du côté 
du levant est un aqueduc creusé dans le roc : il aboutit à un 
édifice qui se trouve dans une vallée. 

Les Maures et les Bédouins qui habitent en ce lieu ont le regard 
plus farouche et plus sombre que les autres Arabes. Ils portent la 
barbe longue d'une palme. Ils se couvrent la tête d'une seule toque 
rouge et n^ont d'autres vétemens qu'une couverture de laine ob- 
longue, étoffe qu'ils nomment hauli^:/^ et que nous nommons 
baracan. Ils ne portent ni chemises ni caleçons. Leurs chaussures 
sont des brodequins mal conditionnés et faits de mauvaises peaux 
qu'ilslacent par devant. Ils ont une manière curieuse de parler, et 
leur langage est plus serré que celui des Tripolitains qui , par fois 
ne les comprennent pas. Les Tripolitains se saluent en se prenant 
la main et se la baisant ; ces Arabes , en se prenant la main et 
penchant leur tête vers l'oreille de ceux qu'ils veulent saluer. 



(20) 

CYRÊNE. 

Après être reste huit jours à Safsâf, j^allai Toir la fameuse ville 
de Cyrène que les gens du pays apellent encore de nos jours 
Gren ou Guerenna (i). Elle est éloignée de Safsâf d'environ huit 
milles au couchant. Une route antique, qu'on reconnaît aux or- 
nières qui subsistent encore , et qui est encaissée entre deux 
petits murs bien conservés en plusieurs endroits , y conduit (2) ; 
cette route est tracée sur le sommet de collines qui se tien- 
nent et forment une espèce de plateau. Un aqueduc règne de 
Safsâf à Cyrène» 11 a douze milles de long et court sur une mu- 
raille qui a trois brasses de haut^ dans les endroits bas , et se cache 
sons terre dans les endroits élevés^ 

J'ai vu à C y rêne de grands édifices , des forteresses abat- 
tues, dès temples presque tout-à-fait détruits, et un nombre 
infini de tombeaux disséminés le long de la route. Aux tem- 
ples sont annexés des édifices souterrains ou l'on entre par des 
couloirs aussi étroits que les portes , et profonds de six brasse». 
Ces souterrains , qui ont, les uns deux brasses^ les autres trois ou 
quatre de profondeur , contiennent quantité de sarcophages 
dont quelques-uns sont d^une grandeur démesurée et encore rer- 
couverts ; et d'autres monumens funèbres formés de grandes 
pierres*; mais sans inscriptions. 

En entrant dans cette superbe cité, le voyageur s^arréte devant 
une espèce de château qui n'est pas entièrement détruit. Il forme 
un carré de 1 5o perches , et il est situé dans une plaine au pied 
d'un coteau couronné par un fort Les* quatre angles de ce château 
sont défendus par quatre bastions ^ qu'unissent entre eux quatre 
courtines très-épaisses , avec six portes arquées et basses. A six . 
brasses de distance , il est environné par un autre mur auquel tiens 



• •» 



(1) Qrennah ^J9. 

(a) Ce n^cst point une route , mais un acquéduc. 



(21) 

tient d^autres bâtisses entièrement ruinées. Ce château et ses ruinefs 
se trout'ent au levant. En continuant de s^ayanccr , on voit , tant à 
droite qu^à gauche du chemin , des maisons et des murs abattus. 
Les dehors de la ville étaient protégés par de grandes forteresses 
éloignées les unes des autres d^un demi mille , et bâties dans la 
plaine et sur des c6teaux. Au milieu de cette enceinte sont deis 
arcs renversés et de grands bâtimens qui ont l'apparence de tours : 
on les voit lorsqu^on s'approche vers la mer, et le long d'une rue 
ou chemin qui va serpentant par la montagne. Cette montagne con- 
tient plus de soixante grandes cavernes creusées dans ses flancs , 
et dont les portails sont soutenus par des colonnes hautes de deux 
brasses et demie environ, et placés les uns auprès des autres. Le long 
de la route, règne constamment Ta^pieduc dont j'ai parlé ci-dessus. 
Les rues de Cyrène sont sillonnées d'ornières (i) ^ sembla- 
bles à celles dont il a été question ci-dessus. Enfin: , après avoir 
marché deux milles , depuis les quatre forteresses jusqu'aux ca- 
vernes , on conmience à s'élever insensiblement entre deux mon- 
tagnes latérales* , et l'on parvient à une fontaine d'eau fraîche 
et excellente , qui provient d'un des souterrains de la montagne. 
Des Maures qui ont voulu pénétrer dans ce souterrain avec des 
lanternes, à cause de Tobscurité qui y règne, m'ont assuré sérieu- 
sement qu'après s'y être enfoncés l'espace d'un miàe, toujours en 
montant, ils ont été arrêtés par une roue que l'eau fait tourner, et 
qu'ils n'ont pu passer outre ; cette roue, disent-ils, est armée, dans 
toute sa circonférence , de lames de couteau qui retiennent les 
gens avides et les empêchent de s'emparer des trésors cachés au 
sommet intérieur de la montagne. C'est aussi pourquoi ils ne vena- 
ient pas permettre à des chrétiens d^entrer dans le souterrain. Si 
je n'avais pas craint le fanatisme des Maures, f y serais allé pour 
reconnaître ce qui a donné lieu a leur récit : mais les habitans du 
Ueusontsiperfides,que je n'ai pu m'y déterminer. Sous le plus 

(i) II faut eate&dre ici des conduits. 



(22) 

léger prétexte , ils se réunissent et accablent ceux qui ne sont pas 
^e leur parti. Ils volèrent devant moi un agneau aux personnes que 
Ton m^avait données pour escorte: une rixe allait avoir lieu et je 
jugeai à propos , pour mettre ma vie à Tabri , d^abandonner cet 
endroit ; cet événement m^empécha de considérer à fond les 
antiquités de Cyrènc et de copier les inscriptions qui s'y trouvent. 
Je recueillis cependant celle qui se trouve sur la fontaine , je con- 
tinuai mon chemin le long du milieu de la montagne , et je ne 
tardai pas à découvrir la mer, à la distance de plus de cinq milles. 
A quatre milles de la fontaine , je commençai à voir des édifices 
taillés dans le massif de la montagne ; ils sont bien travaillés et 
contiennent de grands sépulchres formés de grosses pierres 
longues et carrées. Trois ou quatre d^ entre eux portent des orne- 
mens sur leurs corniches et sur leurs portes. Tous ces monumens 
sont de même style. Ils présentent à leur extérieur trois ou quatre 
portails, placés à côté les uns des autres. Les salles sont soutenues 
de colonnes et sont si basses qu'en y entrant , on touche le plat- 
fond , avec la tête. Le tout est ^ ainsi que nous Pavons observé, 
creusé dans le roc. On voit encore , et principalement dans ces 
chambres , des corridors longs et étroits , ayant des deux côtés 
des espèces de fosses creusées profondément , qui ont chacune 
deux ou trois compartimens ; dans les séparations sont de 
petits murs de pierres étroits. Il est à présumer qu'on y déposait 
les morts ; j'y ai trouvé des jambes humaines, avec la peau des- 
séchée sur les os. Des espèces de chambres dans le goût des pre*- 
mières, faites en forme de citernes et entourées de fossés, commu- 
niquent à d'autres salles. Le long des rues , sont de grands sépul- 
chres qui se terminent à des édifices tout-à-fait détruits ; on en dis- 
tingue surtout six à sept d'une grandeur extraordinaire ; ils sont 
très-élevés. Quelques-uns d'entre eux sont ornés de corniches et les 
pierres qui les recouvrent, d'un seul bloc long de quatorze palmes; 
j'aurais pu découvrir beaucoup d'autres choses intéressantes , si 
je n'avais craint la méchanceté et la perfidie des Arabes, 



(23) 

Je descendis , ensuite, dans la vallée qui se prolonge jusqu'à la 
mer. Chemin faisant , je vis un sWterrain long de cinq à six 
milles , qui aboutit à la mer après avoir passé à travers une col^ 
line que couronne un fort, aujourd'hui détruit. Une voû le formée 
de grandes pierres carrées, qui peut, dans sa largeur, contenir 
trois cavaliers de front , à leur aise , ( s'il faut en croire les Ara- 
bes qui habitent les environs et cultivent cette vallée ) , recouvre 
ce souterrain qui est très-bien conservé. 

Il m'a été rapporté par le bey de Deme , qui les a vus de ses 
propres yeux , qu'entre la colline susdite et le bord de la mer , il 
existe les restes d'une autre ville dans le genre de celle de Cyrène. 
Dans quelques édifices de cette dernière ville , des appartemens 
subsistent encore, dont le contour intérieur est décoré de statues, 
les unes de couleur blanche et les autres noires , et dont le centre 
est occupé par une espèce de bassin delà forme d'une conque. 

i36* Journée. — DERNE- 

Partis à une heure après. le lever du soleil , nous marchâmes 
quatre heures, par le N. et le N.-N.-O., sur des montagnes et dans 
des plaines élevées qui sont jonchées des ruines d'anciens forts et 
de murs antiques ; nous arrivâmes ensuite à Deme ( l'ancienne 
Demis) que les Arabes nomment Dernah (i), où nous restâmes 
trois mois et dix jours ^ c'est-à-dire , jusqu'au i4 septembre. 

Deme et son territoire se trouvent situés, partie dans une plaine 
et partie sur le penchant d'une montagne. La ville se] compose 
de quatre villages très-peu distans les uns des autres. Le terrain 
sur lequel sont construits ces villages a la figure d'un triangle. 
Le sommet du triangle s'appuie vers le N.-N.-O. , à une hau- 
teur surmontée d'un santon , et vers le N.-E. à la mer. Ce lieu est 
renfermé au S.-O. et au S.-E. par des montagnes de roc , sans 
végétation aucune. A l'est et à l'ouest sont les pointes de ces mon* 

(I) Aij^ 



/ 



( H ) 

tagnes <iui commandent tout le territoire dépendant de Deme. Le 
premier des quatre villages est Derne proprement dit; il est ceint 
de murailles, et le bey gouverneur y fait sa résidence ; le second 
se nomme Boumansour (ou Âboumansour), le troisième, Mo«r 
gharah, et le quatrième Zeljiten; les premier, troisième et quatrième 
sont situes dans une plaine, et le second , sur le penchant d^une 
montagne d'où Ton découvre la mer. Les maisons de Deme sont 
entourées de jardins, ombragés par de grandes treilles qui défen-<> 
dent jdes rayons ardens du soleil et qui donnent en abondance des 
raisins noirs et blancs de très-bonne qualité. Ils produisent aussi 
des figues noires et blanches, des abricots en quantité, des 
pommes^ des pêches, des citrons, mais peu d- oranges. Lesj/ardins 
sont tous généralement clos par une haie d^ arbres de nopals ou 
figuiers d^Indc. On y trouve aussi des bananiers, des mûriers qui 
donnent d^es mûres très-grosses, blanches « rouges et noires. Le 
territoire produit du blé, de l'orge et une autre espèce de grain 
nommé bichnahy qui ressemble à la graine de moutarde , que les 
Maures réduisent en farine et dont ils font une sorte de pud- 
ding , nourriture ordinaire des pauvres des villes et celle des 
Arabes. On y recueille du maïs, des oignons , de Tail, du persil , 
des concombres , des courges longues , par fois , de deux ou trois 
brasses , et d^autres légumes potagers. On y trouve des jasmins 
en quantité et des cannes à sucre. On mange les abricots en mai ; 
les raisins, poires, figues et pommes en juillet. C^est en juin nue 
la moisson de blé comnaence. 

Deme n*a pas un bon port : à Test seulement , il y a une petite 
rade; mais les bâtimens n y sont pas à rabri. On n^y peut mouiller 
qu'en été, lorsque les vents d'ouest et ouest-nord-ouest y ré- 
gnent , et purgent Tair des mauvaises exhalaisons. Deme est 
dans une belle position qui serait susceptible de s^amélio|ner si elle 
était habitée par des européens , d^autant plus qu^il descend de la 
montagne un ruisseau de très-bonne eau , qui , se répandant dans 
les jardins de la ville , entretient la végétation. Cette eau , après 



i 



(25) 

avoir serpente cinq ou six milles par la campagne , vient arroser 
le terroir de Deme qui abonde en fruits de toutes les sortes ainsi 
qu^en cire , eh bestiaux et en beurre. Lés maisons sont construites 
sur le modèle de celles de Bengaze , mais elles sont plus propre- 
ment tenues. Chacune déciles a une cour ombragée d^une treille , 
d^où sVlève un palmier qtii sert dé pdrasol à cëox qui Thabitent. 
Les environs de Derne produisent des arbustes de réglisse , de 
romarin ; on y trouve aussi quelque peu de saîige , des concombres 
et des coings* Derne contient, dit-on , de neuf à dix mille faabitans. 

3oo« Journée. — AGIDEBIA. 

Agidebia est une ancienne ville ruinée, située au sud et à 
quatre journées de Bengaze. On y voit seulement quatre bâ- 
tisses debout et en assez bon état; les pierres qui entrent dans leur 
construction et que )^ai mesurées, sont longues de cinq palmes et 
hautes de trois. Au dessotas de ces pierres, j*en ai distingué une 
longue de huit palmes H haute dé quatre; elk est courerte de ca- 
ractères entièrement effacés , à Texeeption de qdelqùes-«ns d'entre 
eux que j'ai copiés (i). Voyez les dessins ( planche III, fîg. i5). 

^ Cette ville est bâtie dans une plaine , â huit milles^ de la mer. 
Elle peut avoir douze milles de circuit. On y voit des citernes 
creusées dans le roc , de grands arcs et d'autres ruines. 

Ce même jour , le bey partit avec l'armée pour aller attaquer 
les Arabes de Syrte ( Syrtis magna ). Il laissa les tentes au lieu où 
elles étaient dressées. Après deux jours de marche , il trouva Ten- 
nemi prêt à le recevoir; mais comntie c'était le mercredi, et que 
d'après les préjugés des Maures tripolitains y le mercredi est un 
jour malheureux , il remit le combat au lendemain» Nous bivoua- 
quâmes dans un bas-fond , où il y avait assez d'eau pour rafraîchir 
nos animaux. 

(i) Ce sont des caractères Arabes KQofi^es. 

II. L 



(a6) 

§ II. 
ExpUcation des dessins d'antiquités de la Çyrénàigue , 

Recaeillis par M. AuG. Ceaveixi. 

PI. I. — SAFSAF, CYRÈNE. 

Fig. I . Edifice carré ^ à Safsaf , ayant six brasses et demie sur 
chaque face , placé au milieu de la partie qui regarde le couchant, 
et qui est jonchée de tronçons de colonnes ; il est fait de grosses 
pierres. 

Fig. i' Moitié d*un réservoir ou citerne, situé au nord de Saf- 
saf et dirigé de Test à T ouest, ayant quatre cents pas de longueur 
et six de largeur (i) ; il est percé dans toute sa longueur, de huit 
trous en regards. 

Fig. i'' Le réservoir, dans toute son étendue ; deux canaux 
y conduisent les eaux ; le long de cette construction est la route 
antique creusée de quatre ornières. 

Fig. 2. Partie ouest de Safsaf. 

Fig. 3. Inscription trouvée sur la route de Safsaf à Gren 
( Cyrène ). J'ai trouvé cette inscription dans un souterrain , où 
je suis entré par un couloir long de quinze brasses , qui contenait 
cinq portes. Chaque porte fermait un couloir de sa propre lar* 
geur, et long de sept brasses. C'est sur une de ces portes que j'ai 
copié l'inscription susdite. Au fond du couloir principal était une 
autre porte très-large et très-basse , à la gauche de laquelle il 
semblait qu'on avait creusé deux petits bassins , l'un au-dessus de 
l'autre ; au fond j'ai vu un dôme bu tombeau, avec une ouver- 
ture au-dessus. * 

(i) La proportion da àessm demanderail : vingt-six de largeur awiiim. 



J, 



CYRENAIQIE 



Vol. uni. 



i: 





j. 



1^1 ■ ■ ■ if^ 



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n.'-ii^.ii- u. 








3 . 



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II 

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1 I I I I inzE 





J*L 



L.M AiaNTZIOXATA 
lEPEITETONTANlPANAN 
ETE KETAIE 




apix:tote.ahx 

rOZlOXTAPETÎ. 

ATTOAAONOIMHOZ 

NAENTIOH 



j.i.'il'ltej^tvkr de Sitfii^af. a.JP/tm de Sa/irof. 3.4. S.Irurcripiiofur et Tontbeau à Carène. . 



r-4V î^//^' r^^''- 



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Sûcie'te d& {r^a^TY^Ate 



CYllE^AI9l K . 



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3 







XMmt d'm^ri* Ut {b-ifmmt» d» M. Orm^Oi . SMtk J^^ 

(fJ^iofi de tj^rem. j.ç. ÛiwrofAr Souirmurur creusêj' dan*r le roc. S-lornSeau etJYerre/HfrùvU <i{v laracùfrAf. 



(^7 ) 

Tout 1^ long de la route , on ne voit que des souterrains sem- 
blables. 

Fig. 4- Inscription existant sur la fontaine de Cyrène. Cette 
inscription est creusée dans le roc , à huit brasses de terre : elle 
ét^t placée au-dessus d^une fontaine dont il ne reste presqu^au- 
cun vestige (i). 

L'eau descend de la montagne par un souterrain, dont on ne 
connaît pas la fin , elle est bonne et fraîche. 

Fig. 5. Tombeau de Cyrène , long de six brasses , et large de 
deux et demie. Il ne s'en est détaché que quatre pierres. Le 
dessus est d'une seule pierre , (jui a quatorze palmes. Il est en gé- 
néral bien conservé. 

J'en ai vu douze autres semblables à celui-ci , mais sans ins- 
cription aucune. * 

PL IL — CYRÈNE. 

Fig. 6. Plan de Cyrène y partie de l'est. 

Fig. 7. Ouvrages souterrains Creusés dans le roc. 

Fig. 8. Décoration d'une porte , à Cyrène. 
Caractères gravés sur une pierre : on voit , au-dessus d'eux , les 
débris d'un tombeau. 

Fig. 9. Ouvrajge sculpté dans une grotte , et d'un travail très- 
fini. Il est précédé d'une salle soutenue de quatre colonnes hautes 
d'environ trois brasses. Les trois collines de Cyrène 5ont travail- 
lées dans le même goût. 



(i) Celte inscription a ét^ copiée par M, Paul Délia Çella 9 iyec que^ues 
différences : L. nAroNrzioirio. 

lEPEITETEONTANIPANAN 
EFErKETAZE. 



C a8 ) 

PI. III. — CYRÈNE, DERNE, AGIDEBIA. 

Fig. io> Ouvrage creusé d^^s une 4çs.coIfinç8 je ^la ville de 
Cyrène* 

Fîg. II. Sur les trois collines, il y environ deux cents tom- 
beaux semblables à ceux-ci. 

Fig. 12. Autre détail copié à Gyrène. 

'iir. i3. Plan de la ville de Deme. 



Fig* i4* Ruines à Agidébia , ville située à plus de la moitié du 
golfe de la Sidre ou Syrte , au levant et à huit milles de la mer 
environ. 

Fig. i5. Caractères arabes Koufiques, trouvés au même lieu , 
sur une muraille qui regarde le sud* 

Fig. i6. Autres détail/» d' Agidébia. 

§ m- 

Relation sucdncié de la Pentapok Ubyque ^ 

Par le révérend Père PAanguE de Moi9TE Cassiako , Préfet apostolique de 
la mission de la sacrée propagande à Tripoli de Barbarie ; 

Traduite de PUûlim par M. Delaporte , Vice-Consul à Tanger. 

GvBiKi gît dans une plaine entrecoupée de collines , formant 
la seconde ligne de TAtlas. Sa circonférence est d'environ douze 
milles. Son terrain est bon quoiqu'il contienne en plusieurs en- 
droits des roches calcaires. Le religieux qui , en avril 1 819, en a vi- 
sité les ruines, ne craint pas de comparer l'étendue de ses précieux 
restes à une autre Rome. Sa vaste circonférence est semée de tem- 
ples détruits , de sépulchres , de statues , de tombes, de piscines, de 



iheiêté ds éfea^ra^Aie 



CYREIVAIQITE . 



Vol. n. PI m. 



\ 



lO. 




D 




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u. 




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tBCÈGÏi^ 



1^ ML^^ 

Zj ^ — 



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lo . Jcttfyfiare taillée da/tj* le roc à Ci^rêne.ii.iQ.7bnil>eaniX.i^3.Thïii de Derne . 
j4'it»'SuinAf à AçùMm. ^S. Jn^roripUon^r Iji>u/î^uej* ontr un mur de la J^Ue . 






1 



l 






colonnes, de chapiteaux ; on y voit de superbes souterrains, de lar^ 
ges rues dont les deux côtés sont ornés de bornes et qui portent 
Femprcinte visible des charriots qui les ont pratiquées.On y remar- 
que entre autres, deux tombeaux de marbre blanc d^une exécution 
admirable et d^une sculpture ei^traprdinairement finie. Celui-U 
n^a certainement pas avancé une erreur , qui a écrit que , dans le 
Champ-de-Mars , la yille et le penchant de la montagne compris, 
situés du côté du nord , on peut compter plus de vingt mille tom- 
beaux. Ils y sont disposés, ainsi que sur les bords des chemins , 
en un tel ordre que le spectateur est frappé vivement à la vue 
de leur nombre , de leur masse et de leur variété. Dans ces im^ 
menses souterrains , sont de vastes chambres d'une grande beauté 
et d'une grande blancheur , qui contiennent des sépulchres. 

La perspective de Gyrène , d'où Ton aperçoit la mer, est sa-« 
perbe; l'air excellent qu'on y respire, le vert-noir des cyprès, les 
végétaux variés et les champs de blé qui embellissent le territoire^ 
les eaux qui y circulent partout en abondance, les oiseaux qui l'anh> 
ment de leur mélodie continuelle , tout force à l'admiration ; tout 
annonce aussi dans les ruines l'art et le savoir des anciens Cyré- 
néens. Mais en même temps qu'on leur paie un tribut d'admiration, 
on ne saurait trop déplorer l'abandon total où se trouve actuelle- 
ment cette belle contrée que l'Arabe, insouciant et grossier, foule 
d'un pied stupide. Enfin l'on gémit de voir que les enfans de l'Eu- 
rope civilisée ne viennent point rébabiter un pays dont les mer- 
veilles sont au-dessus de toutes descriptions. 

APOLLONIA. 

Apollonia , aujourd'hi^i Marsa Sussa , ancien port de Cyrène , 
est située au N. E. de cette ville, à la distance de quatre heures de 
chemin. £Ue a presque un demi-mille de longueur ; elle est dé- 
peuplée , mais garnie, du côté de la terre, de forts carrés. On re- 
marque , dans son enceinte , des colonnes renversées au milieu 



(3o) 

d*un temple détroit , dont elles étaient le soutien et romement ; 
de petits arcs, un piédestal en mauvais état^ unacqueduc avec 
une inscription latine et un grand bassin. Le. côté de la mer est 
tout en ruine. Son port, garanti par des ëcueils, serait bon s^il 
était réparé. Il s'y trouve des souterrains. 

TOLEMETA. 

Tolemeta , Tancienne Ptolémaïs , est proche de la mer el 
sans murailles. Elle a une petite rade. Sa circonférence , à en 
juger par les ruines , serait de plus de trois milles. Elle o£Gre une 
légère saillie du côté de la montagne. Elle renferme de grands 
débris, des colonnes, des mosaïques, un magnifique réservoir 
d'eau , deux mausolées et divers autres édifices : à un mille de dis- 
tance , on distingue une haute tour carrée , située au couchant ; 
elle s'élève au-dessus des souterrains , où on lit des inscriptions , 
et où Ton admire des arcades et des voûtes dont le travail an-* 
nonce la puissance de ceux qui les ont élevés. 

ARSINOÊ, 

Arsinoé, qui existe encore, mais déserte, est aussi proche de la 
mer, sans port ni même une rade ; seulement il y existe deux abris 
pour de petits bâtimens. Elle est enceinte de murs, le côté de la 
mer excepté , et peut avoir deux milles de tour , avec des puits 
d'eau douce. Son enceinte contient des édifices , des temples et 
beaucoup d'autres constructions. Dehors la ville ^ sont des souter- 
rains enrichis d'un grand nombre d'inscriptions grecques. 

BÉRÉNICE. 

Bérénice, aujourd'hui Ben-Ghazy , n'existe plus que dans ses 
fondations ; les habitans les retrouvent en faisant des excavations 
d'où ils tirent les pierres pour la construction de leurs demeures 



( 3i ) 

actaelles. On lit souTent sur ces pierres des inscriptions grecques 
et latines. Tout fait connaître qu'il a existe dans cet endroit une 
ville et un port assez considérable. La plaine de sable , qui a 
vingt-cinq milles détendue, offre une magnifique perspective. 
On prétend qu'au sud de Bérénice , se trouvaient les jardins des 
Hespérides. On voit encore , d'après le témoignage de M. Ros- 
soni (vice-consul anglais de Ben-Ghazy), sur l'emplacement qu'ils 
ont dû embellir, des puits de construction antique où l'on puise 
de bonne eau. 

La Pentapole ou Cyrénaïque est généralement ombragée de 
bois dont les arbres sont si bien disposés que souvent , en s'y pro- 
menant, l'auteur de la relation s'imaginait être dans la plus agréa- 
ble partie de l'Europe (i). , 



(i) Il a en sa possession on grand nombre d^inscriptions qa^û a copiés sur 
les lieux. 



JTai questionné ici (àBen-Ghazy ),• les personnes qui ont parcouru le 
royaume de Barca. Tous se sont accordés à me dire qu'il y existe un grand 
nombre de cités détruites , dont à peine on peut distinguer les vestiges ; mais 
que les villes qui pourraient intéresser un voyageur instruit, sont Tocora (i) 
(Teuchris), Tolometa (Ptolômaïis)^ Tocora, qui est située k une journée d^ici, 
est presque entièrement ruinée. Tolometa, à deux journées de Bengaze et un 
jour de Tocora , conserve encore des restes de son ancienne splendeur. Il reste 
une partie de ses murailles , deux portes ^ trois grandes tours, des temples, 
des construcdons en colonnades, des statues dé marbre, le tout (autant qu'on 
peut se fier au jugement des Arabes) est d'un travail exquis. (Note communi- 
quée il M. Delaporte , par M. Micbel Micheli de Livoume. ) 

(i) On Tœoukanih tSjf. 



>««•• 



(3ai 



juot. i »w* < ^^)^w[»»» n » y * > l «* * ^rt^r>->'>fvlT1^V>~*<^■ ■'%-^Sl- -^-n* ■■*"■■ ■ ■ ■ ■ ■ ■■ >-■ ■- | fc--..-. .^»-- , 



NOTICE 



8IJB VUS 



MESURE GÉOMÉTRIQUE DE LA HAUTEUR, 



AV-DESSUS •£ LA USB, 



DE QUELQUES SOMMITÉS DES ALPES; 



PAR M. COBABCEUF, 



Chef d^escadron au corps royri'Aes Ingénieurs-Géographes (i). 



jjES opérations géodësiques aaxqnèUes j'ai coopère dans la Sa- 
voie, en i8o3 et i8o4 » ^^^ Italie pepdant les années 1806, 1809 
«t 181 1 « m'ont donné les moy;ens de déterminer avec une préci- 
sion suffisante la Jiauteiir, au-dessus du niseaude la nier, de quel- 

<i) Cette noike a ^été s^éêigtt et oommtokUpât à b Société de Géogra- 
pUe, inDgiemps avant la pdjlîcafion de foovrage dn Baron de Welden 9 
sur le Mont-Rosa ; an reste, Taoeord entre les résnhats des imaux des demc 
observateurs laisse peu à désirer quant à la question qui s^est élevée relativement 
à la hauteur respective du Mont-Blanc et dd Mont-Rose. M. Corabœuf place 
le premier à 177"' 7 au-dessus du second, et M. de Welden k 187"' i ; diffé- 
rence entre les résultats, 9"' i(, ou moins d^une quatre cent soixante douzième 
partie de la hauteur totale (e. j.) 



r0l.IT.PLlF. 



fc 



il 



CHAIT^ES DE TRI.\NGLES 

Serrant à la Détermination 

de quelque» Sommités des Alpes 



••> 




EchwUe de 
3 i b 



iO0O9OO' 



6 



8 



a. 



100000 McirM. 



»4Pt40% •"W#4^ ■ 



(33) 

ques sommités remarquables des Âlpes^ telles que le Mont-Blanc, 
le Mont-Rose et le Mont-Yiso. La connaissance de ces résultats , 
et des procédées mis en usage pour les obtenir , pouvant servir à 
rectifier d^anciennes déterminations de ces hauteurs qui font en- 
core autorité , j'expose , dans cette Notice , les données à Taide 
desquelles on peut apprécier l'exactitude de mes mesures. 

TRUNGLES DE LA SAVOIE, 

Une chaîne de triangles du premier ordre, formant le prolon- 
gement oriental de la perpendiculaire de Cassini, à 180,000 toises 
au sud de l'Observatoire royal de Paris , couvrit la superficie en- 
tière de la Savoie : ce travail , que les ingénieurs géographes ne 
purent établir d'abord que sur les données de Cassini , fut rat- 
taché plus tard à la chaîne trigonométrique de la méridienne de 
France^ par ime nouvelle mesure de toute la perpendiculaire, opé- 
ration qui a été exécutée par M. le colonel Brousseaud. Je ne dois 
m'occuper ici que des résultats du premier travail : leur approxi- 
mation est plus que suffisante pour l'objet que je me propose. 

L'instrument dont on a fait usage dans la mesure des angles 
est un cercle répétiteur d'un diamètre de o" 27 (10 pouces ). 

Les angles du premier ordre ont été obtenus par des séries de 
vingt répétitions , et les distances au zénith par dix répétitions. 

Le tableau suivant offre la composition des triangles dont les 
trois angles ont été observés et qui fournissent des bases à la dé- 
termination de quatre sommités sur lesquelles on n'a pas fait de 
station (Voyez aussi la planche IV de ce volume ). 



II. 



(34) 



mm 

80tfM£TS. 



< '■ t 



■ J ' . 



MoDt GhcTYÎn , signal. . 
Mont Colombier , signal. . 
Mont Grenier y signal. . 






■f****^ 



rtfduiU & l^horison 

et 

corriges 



o. 



o. 



60. o8o63 
71. 84715 
68. i3aaa 



Piton des Salèves, signal. . 

Colombier 

Mo^t Chervip 



"*i- 



n t 



LeMôle, signaL • . • 
Piton des Salëyes. 
Mont Chervin* . 



. . . 



• • • 



Genève, abserratoire. 
Piton de&Sal6¥#s. 
Le Mole 



Mont de la Magdds^ine ^ signal. 

MontCbervin 

Grenier 



95. 084 1 a 
53. 47148 

5i. 4444^ 



CÔTES 



opposes 

en 
m^£s. 



iw" 



M. 



48a5i. 01 
53892. 60 
533i2. 61 



91 • 45i5o 
06. 05978 
4^. 4^7 !1 



78. 3!i4!;^ 
91. 566io 
3o. 1097Q 



39068. i3 
37933. 3i 



I j I ' 



^r- 



33951. a8 
a44^i* ^1 



fielleface , signal. 
Mont Chervin. • 
La Magddaine. 



... 



108. 44^' 
44. 16907 
47. 38840 



60. 40758 

80. Q8i3o 

58. 609 1!2 



95660* 3i 
1179a. a5 



538q3. 60 
34768. a5 
36836. 3a 



443 i4* 5i 
36075. 17 



Sommités liées a^c les triangles du i*^ ordre. 

Le glacier du Buet , le Moat-Blanc » raiguille de la Sassière et 
l'aiguille de la Yanoise sont liés au réseau trigonométrique du i*^ 
ordre par de bons triangles , mais dans chacun desquels il y a un 
angle conclu. 

Des stations faites au mont Chervin et au Môle, on a remarqué 
sur la cime du Mont-Blanc une petite tache obscure bien recon- 
naissable qui a servi de point de mire. Le glacier du Buet n^apas 



(âS) 

offert un objet de remarque propre à assurer Pidentité du pointé : 
le rayon visuel a été dirigé sur Textrémité nord du sommet du 
glacier. Les formes bien prononcées des aiguilles de la Sassière 
et de la Yanoise ont rendu facile Texactitude des observations 
faites à la Magdelaine et à la station de Belleface. Le tableau ci- 
après donne la composition de ces quatre triangles. 



X 



s: 



>■<> 



i II 



SE 



daess 



NOxMS 

SOMMETS. 



Glacier du Buet. oondn. 

Le Méh 

Mont Ckervin 



irOMBRE 

dm 

repétilioni. 



O 
10 
16 



ANOLES 

réduits à rhoriton. 

et 

corrigés 

pour le calcul. 



o. 



CÔTÉS 



opposes 

en 
mëtrès. 



I 



Moot Blanc. 
Le Môle. . . 
Mont GbervÛL 



conclu. 



La Sassière. . • cenclu. 
Bdiefâce. . • . . . 
La Magdelaîne. 4 < • 



M A - 1 ^ ^ 



«■i^lii^i.ri«Aé«*4*iil 



La VaHoke. • i c(»ticKi. 
Belleface. . ... . . 

La Magdelaine . . . 



o 
10 
10 



58. 56739 
86. g63a5 
54. 46986 



54. 82546 
56. OtûSi, 
88. 56172 



o 



*ièfc*MU^«fa> 



é 

10 

2 



33951. 98 
41783. 7 
3a'jt8. 4 



33951. 28 
34757. I 

44o34* 3 



67. 705I 

fotJ. 5406 
»©« 754® 



tém^Jtm^^^^mmiàmi^éiS 



8^ 
63. 

47- 



^4ô8 
i6ia 
5890 



44314. 5i 

368ono. 70 
19883. jÔ 



443i4« ^> 

4^335. 5$ 
aaS^Si 73 

mniM mu 11 1 t 






Positions géographiques. 

Les positions géographiqucfÀ d^s soitlfzitts dtô triangles onf été 
calculés avec les donnée^ suivantes : 

Latitude de robsci^atoire de Genève. ... 46* '^ ^"• 

Longitude à Test de Paris 3 ^S 5o. 

Azimuth du Môle sur Thoriaon de Tobsér- 
vâlolf e de Genève (par des observations faites 
en i8p3) et coratpté dunordàTest ii3 44 ^-6 

On a obtenu les résultats mentionnés dans le tal)leau suivant. 



(36) 



NOMS 



des 



SOMM£TS. 



Genève. . .. à robservatoire. 

Le Môle signal. 

Piton de Salëves. . . signal. 
Mont Ghervin. . . signal. 
Mont Colombier. . • signal. 
Mont Grenier. . . signal. 
Mont de la Magdelaîne, signal. 
Belleface signal. 



LATITUDE. 



LONGITUDE 1 



Pest de Paris. 



Glacier du Buct. • • 

Mont Blanc 

Aiguille de la Sassière. • 
Aiguille de la Vanoise. 



460 la' o' 

46 6 a4 

46 5 39 

45 4B 8 

45 Sa 55 

45 Un 5o 

45 2Ô ai 

45 4o 38 



• 



460 i' ao' 
45 49 58 
45 3o 1 5 
45 a4 i5 



ir 



30 


49 3o 


4 


6 44 


3 


47 5o 


4 


4 39 


3 


24 49 


3 


34 55 


4 


I 35 


4 


3o 5o 


4° 


3o' 4»" 


4 


3i aa 


4 


39 3i 


4 


ag la 



Hifférences de niçeau et hauteurs absolues. 

Le calcul des difiérenccs de niveau de tous les sommets du 
réseau trigonométrique , qui ont servi de stations du i'^ et du 2"^ 
ordre , a été effectué par des distances zénithales réciproques , à 
l'aide desquelles on est parvenu à connaître le coefficient local de 
la réfraction dont on a fait usage ensuite dans le calcul des diffé- 
rences de niveau des points conclus. La valeur de ce coefficient 
de la réfraction, par une moyenne entre 21 résultats, a été trouvée 
de 0^0795. 

Les hauteurs absolues ont été rapportées au niveau du lac de 
Genève et au niveau de la mer , d'après les données suivantes de 
M. de Saussure (voyage dans les Alpes) : 

Observatoire de Genève, au-dessus du ni- 
veau du lac i4'« 5 28" 261 

Lac de Genève, au-dessus de la mer. . igS 376 i65 (i) 

Observatoire de Genève, au-dessus de la mer. 4^4 4^6 

Si des observations récentes apportent quelque changement 
dans cette donnée fondamentale de nos hauteurs absolues, il sera 



(i) Voyez cl-dessas. 



(37 ) ■ 

facile de l'appliquer à nos résultats. Gela posé , voici le tableau des 
hauteurs absolues : 



Piton des Salèfves 



KOMâ, 

POIITTS. 



1 



c de G«nèTo. 



Obieiratoira de 
Génère. . . . 



POINTS 

de 
DEPART. 



POIHT8 DB MIKB AU-DESSUS DU LAC. 



HAUTEUR 
des points, 
de départ. 



nirriKBUCE 

de 



Divean. 



Obs'«deG«B^. 



Le MAle. 



Obs'«deG«B^. 
Salèvei. . . . 



Hont Chenrin. 



Saléres. • . ■ 
Le Môle (A). . 



Le Colombier. , 



jsalève*. . . . 



n 
35. 


m. 
53+ 975. 


06 


35. 
loio. 


53 + 1457. 

59+ 48». 


80 

a6 


lOIO. 

1491. 


59+lo9o. 
44+ 549. 


60 
98 



Mont Chenrin 



Le Grenier. . . 



Le Colombier. 
Mont Chervio 



La Xagdelaine. 



Mont Gherrin 
Le Grenier. . 



Bellefaee. . « . 



(Mont Chenrin 
LaMagdclain. 



Le Bnet. . 



• s • 



V 



lcM51ei«obseii 

itlem. s* obs. 

Mont Chervin 



' 



ont Blanc. . . 



Le M61e. . . . 
Mont Chenrin 



La Sasftiére. . . 



La Vanoise. 



Bellefaee. . . 



Bellefaee. . . 



1010. 59+ 63. a8 
3o4l. 3o + 965. 39 



I074. 89+ 49a. 55 
ao4l. 3o+ 473* 75 



9o4l. 3o + 976.>93 
1567. 5o+ 749. 3i 



S041. 3o+ 4i«* 94 
3317. 5a + 143. 49 



m. 



1491. 44 +'«45. 
1491. 44+ i»4o. 

ao4l. So+ 687. 



6 
5 



1491. 44+ «948. 4 
ao4t. 3o + a395. 



1457. -j- 93o. 



3457. + lo3tf. 



divers 

RÉSULTATS. 



m. 
1010. 59 



TBM» 

moyen. 



m. 
35. 53 



1010. 59 



1493. 33 
1493. 8S 



ao4i> 19 
ao4l* 4^ 



«073. 87 
1075. 91 



1 567.-44 
1&67. 55 



a3i8. a3 
33l6. 81 



«454. »4 
3460. oi 



1493. 09 



ao4t. 3o 



1074. 89 



1S67. So 



3317. 53 



3457. 



ai. 

3737. o4 

3731. 94 

3738. 80 



3733. 6 



4439. 84 
4436. 3o 



4438. 7 



3387, 



3487. 



3387. 



3487. 



HAUTEUa DU SOL 



au-dessus 
du lac. 



m. 
(a) 3 8. a6 



1007. 67 



1491. 44 



3o39. 19 



1070. 99 



1&63. 63 



33i3. 65 



3451. 5 



3733. 6 



4438. 7 



3387. 



348;. 



au-dessus 
de la mer. 



m. 
376. 17 



404* 43 



i383. 8'| 



1867. 61 



3415. 36 



1447. 16 



1938. 80 



a688. 8a 



3837. 7 



m. 

3lo8. 8 



4814. a 



3763. 



3863. 



(a) La différence des nombres de cette colonne avec ceux de la colonne précédente , est la hauteur 
respective des signaux ; cette différence est nulle pour les quatre sommités qui terminent ce tableau , 
puisqu^on nW a pas érigé de signaux. 

{b) La différence de niveau du mont Chervin avec le M&le est rapportée au sol ou pied du signal du 
MÀle, parce que lors de l'observalion réciproque faite au mont Chervin, le signal duMôle était renver- 
sé; on a de même rapporté au sol les distances aénithales prises du Môle sur le Buet et le Mont-Alanc. 



Bi 



(M) 

Comparaison aœc les résultats barométriqiàefs de SàMSiitt. 

Le singuliei' accord qui existe entre notre résultat géométrique 
de la hauteur Au Mont-Blanc et la mesure balrométriqùe de cette 
même hauteur par les observaitions deiME. de Saussure , soumises 
à la formule de M. Laplace y tnërite d^étre nkentionn^. Yoici les 
données de M^ de Saussure, que Ton trouve au W 2ooâ du Voya- 
ge dans les Alpes. 



it 



± 



± 



± 



± 



NOMS 

StATIONS. 



MolJrT-BLANa 

dé la cime. . 
sur la cime • . 



à iit.=25™34 
au-dessus dti 
niveau du la ci. 



Chahouni. 

au Prieure, à 
34^=676,316 
au-dessus dik 
laè de Genèvi 



c 



•o 



HACTBUBë DU BABOKËTSE 




corricëes di l'effet 
^e Ta rtiiJciir j^ipr^ 
la méthode dk Deluc 
•f tcIlM qae SaoMure 

les donne dans ^bu 
ouvragé. 



midi. 
1 b. 



. po»c. Kg. 



midi; 
2 h. 



midi. 
^ h. 



Qoii-côrrîgëes. 



T4Î 



16. O. |go 
■ fl t 'B 



. a. 



lOBB 

leoo 



^7 



ID» O. 5 

i6i I. i4 



a7* 3, â656 
271 3. 78 



non corKgfes de 

l'effet de la chaleur 

et tradhitet en 

miérce. 

i — 



mht. . ^ 

O. 434^473 
O. 43^691 



O. 7364^3^ 
O. 7^9416 



T£Mk>ERATUR£ DE L*A1R. 



fftxstta 

de 
Rééamnr. 



d. 

— a. 3 

- I. 3 



a5 3 -M. 

23* ^. TS SSm 



1 600 ' 



+ a'2. 6 
+ a&. i3 



DBomés 

CENTiGBADES. 



G. 



— 2. 875 

— I. 625 



+ 28. 25 
+ 27. 663 



25/ 1 987 o. 6^5744 1+16. 4 
25i 3. q5S6 . o. 6è5672 +20. o 



+ 23. 
+ 25. 



o 
o 



(39) 
Ces ot>9erYatioii$ barométriques, calculées par la formule de 
M. de l4ajj(^Iace , produiacat le» quatre résultat^ $uiyai^: 

iPar les observations cor- ( à midi 4436" 8 
respondantes de Genève, t à 2 h. 44^^ 7 
Parles o^^erv.corrç^pon.f à midi 
de Chamouni. ..... .1 à 2 h. 



Moyenne 



4438 o 
443o o 

4432- 9 



P^otre mes^ure géoxxiélrique donne 4438 1 

qui ne diffère que dç 5" 2 de la mpyenipifi des quatre résultat» 
barométriques ; encore cette différence se réduirait«-eUe à q" 7 ^ si 
Ton adoptait la moyenne des observations faites à midi (44^7'" '4) 
qui sont ordinairement préférables. 

La hauteur barométrique du glacier du Buet, déduite des ob- 
servations de Saussure , conduit à un accord aussi satisfaisant avec 
notre détermination géométrique. 



^^.j-^^j fi 



NOMS 



Glaciev du Buet« • . 



HAUTEURS DU BAROMETRE. 



C0&B1G<B8 
de 

l'effet dû la 
selon Delnc. 



po. 1. 

19. 8.^ 



.•^f^i^^".^ 



I 



ÀYuIly f obtenMtioQ Tût^ / ^ ,^ 

dans le même moment, kl ^n o« «^ 

i58 piedfSm* S^anHle»» I '* * «* 
sot au lac de Oenère. • . 



If on 
CQIlBIQiU* 



poé 1. 



•^■•fli"^"^ 



po* 1. 

^V «-TÎô 



Non 
GoaaioifBS 

et 

tndiMtM 
en mètres. 



•^PVBP^ 



TEftIPËRATUBE M L'Ail. 



DEQRiS 

Stfanmnr. 



m^fm-m 



O. 53^94 



vm^^ 



0.733173 



4* lo. 



nmatmê 



O. 

-f I1L 5 



•f 21. 



+ 26. a5 



Ces observations barométriques donnent , pour la hauteur du 

glacier du Buet au-dessus du lac de Genève 2786 ". 

Nous avons trouvé par notre mesure géométrique. . 2733 



(4o) 

Cette coïncidence donne une idée du degré d^exactitude qu^ 
Ton peut espérer des mesures barométriques dans la détermina^ 
tion de la hauteur des montagnes , quand on possède des obser- 
vations correspondantes, 

TRAVAUX d'iTAUB. 

Le canevas trigonométrique joint à cette Notice montre la 
composition des triangles qui ; prenant leurs bases dans le réseau 
du premier ordre formé dans Fltalie supérieure , ont servi à dé- 
terminer la position géographique et Télévalion au-dessus du ni- 
veau de la' mer, des sommités du Mont Rose , du Mont Iseran , 
de Rochemelon et du mont Yiso. 

Les angles et les distances zénithales proviennent d^ observa- 
tions faites avec un bon cercle répétiteur d^un diamètre de o"' 35 
( 1 3 pouces ) et par un nombre suffisant de répétitions. 

La cime du Mont Rose se divise en trois sommités , dans une 
direction à- peu-près nord et sud: la plus élevée a servi de point 
de mire. 

La forme aiguë du sommet du Mont Yiso laisse peu dMncerti- 
tude dans le pointé. 

On a observé le point le plus culminant du glacier du mont 
Iseran et de Rochemelon. ' 

Dans le tableau suivant des triangles , les distances de Créa au 
Mont Penice et à San-Colombano servant de bstse à des trian- 
gles, sont déduites du calcul des coordonnées de ces sommets 
du premier ordre (Voyez la planche IV de ce volume). 



NOMS 

SOMMETS. 



Mont Rose. 

Superga, 

Gréa. 



• conclu. 



Mont Rose. 
Gréa. • 
Noyare. 



Mont Rose. 

Gréa. 

Vigevano. 



Mont Rose. 
Gréa. . . 
Mont Penioe. 



Mont Rose. 
Gréa. . . . 
San Golombano. 



Mont Yiso. 
Superga. 

Masse'. • 



. conclu. 



Mont Vîso 

Snperga 



Mont yiso* 
Gréa. . . 

Superga. 



Mont Yiso. . 
Mont Penice. 
Gréa. . • 



Mont Iseran. 

Saiuces. 

Superga. 



Roche Melon. , 
Superga. . . 
Masse'. . . . 



(4i) 



NOMBRE 

rëpëtitions. 





6 

déduit. 



o 

4 
8 



o 
de'duit. 
, 8 



» 
déduit, 
déduit. 



déduit 
6 



4 






» 

8 

déduit. 



6 
déduit. 



6 
a 



9 



ANGLES 

réduits 

à 

riiorizon. 



G. 



!l6. 

I. 



33. 
89. 

77- 



41. 

ii4' 

44. 



6Î- 

176. 

t6. 



14. 

4î. 
144. 



a4. 
145. 



3j. 
i3o. 



!l6. 

1 15. 
58. 



i88a 
o858 
7260 



3i. 7760 
59. 1 oa» 
109. 



loaj 
laii 



0100 
0715 
9ï85 



25. 837 1 

145. 4364 

28. 7265 



7801 

2o49 
oi5o 



6968 
3962 
9070 



o43o 
0928 
8642 



14. 9772 

27. n36 
157. 9092 



8357 

46i4 
7029 



CÔTÉS 



opposes 

en 
mètres. 



39801. 28 

98*7 7/>- 

95405. 



47820. 


38 


521 10. 

io36oi. 
98885. 


10 


89399- 

98747- 


66 


94573. 

i5i 102. 
98825. 


6 


28249. 
97483. 
70602, 


3i 


20267. 
55723. 
70062. 


39801. 

70543. 

104846. 


28 



■ 



89399. 66 
1 04946. 

177058. 



iSgo 

D2I0 
2200 



2048 
5785 
2167 



54129. 
62317. 

99484. 



28249. 3i 

6H5o3. 

55937. 



iVoCa. ^On deiigne par angle déduit le résnltat de PobserraUon directe, augmentée ou 
retninchée d'un on de ploaieurs autres angles , pour avoir calui qui entre dans la corn- 
]iositioD du triangU. 



L 



II. 



(40 



Positions Géographiques, 



I 1 I I 

SdlIMETS. 

Mont Rose. . . . 
Mont Vîso. . . . 
Mont Iseran ( glacier ). 
"Roclie Mdon. . . . 



3=S 



y 



LATITUDE. 



450 56' 1' 

44 39 45 

45 3o 48 

45 II 56 



LOCfGlTUDfi 
à 

Test de Paria. 



50 3i' ^1" 

4 45 5 

4 55 46 
4 44 î»3 



Différences de iweau et hauteurs absolues. 



hes chaînes de triangles du premier ordre qui couvrent la haute 
Italie s 'étendent depuis le golfe de Gènes jusqu^à la mer Àdria- 
tique. Les hauteurs absolues des sommets , dont nous nous ser- 
vons ici comme points de départ , sont obtenues par un nivelle- 
ment géodésique effectué à partir du fanal de Gènes ( sommet 
du premier ordre ) dont Pélévation au^lessus du niveau de la mer 
a été déterminée , en i8og , par une mesure géométrique ; ces 
mêmes hauteurs sont parfaitement vérifiées par les nivelleiiiens 
géodésiques opérés à partir des mesures directes , au-dessus de la 
mer, prises à Rimini , Chiaggia et Venise Les différences de ni- 
veau des sommets du premier ordre sont calculées par les distances 
zénithales réciproques : les valeurs de la constante de la réfrac- 
tion , qui en résultent pour le Piémont , produisent une moyenne 
de o, 08 (à très-peu de chose près) dont on a fait usage dans le 
calcul de la hauteur des quatre sommités. 



i 



(43) 

'dessus du mçeau de k 
premier ordfe. 



POINTS 



NOMS 

SOMMETS. 



Madooa di Gréa , signal sur le Paradi$ 

Masse clocher. 

Mont Penicei signal sur la cbapeUe. .... 

Noyare ^ cloclier de San Gaudenzîo. .... 

Saluées, sijgnal snr la yiUa Radicoti; le sol est rap- 
porté à la terrasse du b^yeder 

Superga , lanterne de la coupole . le sol et le pavé de 
r^glbc ; • • • 

San GolombanO; tour ie Casa Somma vi^a. . . 

Vigeyano , tour de la Ville , le sol et le pave' des ar- 
cades de la place 

Rivoli ( château } ,, élévation du cercle répétiteur. • 



de 

mire. 



357. 48 

1470, 36 

236. 63 

43a. 66 

73». Jk 

171. 80 






SOL. 



4ii. 08 

1459, 60 j 
i58. 70 



4a5. 86 

J671. iS 
114. 80 



i63. 65 iw< 4^ 
419. 5o 4i^' ^ 



Le tableau suivant offre tous les résultats obtenus pour la hau- 
teur au-dessus de la mer , du mont Rose et des trois autres mon- 
tagnes. 



tmtaamm 



OH 



NOMS 

ém 
âOJ)|MIT£8. 



POINTS 
DÉPA&T. 



^Êmmmm^a^fmmm 



■■ M l ■ ' 



Miint>Rose 



Madaia di Gréa. 
Novare. . . 
Vigevano. . . 
San Gou>I9lb«^o. 



W P*. >■ 



Mont Viso. 



Superga. 
Mi^sse. . . 
Rivoli. • . 
IMddonadi Craa. 
Moût Penice. 



HAUTEUR 

des 
.points 

de 
départ. 



Différence 
fûveau. 



■n- 



"^^^ 



m. 



m. 



457.03+4179*^^ 

236. 63 + 43q5. 60 

i63. 65 + 44^^' 7' 
171.80 + 4439- a4 



' n 1 1 



m. 



m. 



Glacier du mont Iseran. ' c f ^ ' 

Salaces. 



Roche Melon. 



Superga. . . 
Massé. . . 



738. 14+3097. a3 
357.48 + 3470.03 
419.50 + 34^0. 80 
457. Q'i + 33^9. 5^ 
147 0.36 + 2358.64 



738. 14 + 3306.99 
43;i, 06+3612. 481 



Divers 

résultat?. 



Terme 



m. 



4â3& 22 

4632. 23 1 s^^,. g. 
4646. 36 M^^- * 
4ft3i. o4:' 



3§3o. 5li m, 
384o. 3o> 3836. 

3846. 541 
3.82p. 00 



4045. l3 I . /r 

4o45- 10^""^^' 



738.14+2786.81 

057. 48 + 3170. 5i 



3524. 95 35^6. 
3527. 99 



BBB 



^BSn 






(44) 

Les effets si variables de la réfraction ( que nous devions sup- 
poser constans dans le calcul des différences de niveau) auraient 
dû produire de plus fortes discordances que celles que nous trou-- 
vous entre les divers résultats dWe même hauteur , eu égard à 
réloignement et à la grande élévation des points observés. Mais 
la différence du plus petit au plus grand des quatre résultats du 
mont Rose ne va pas au-delà de 1 5 mètres ; elle tat de 1 7 mètres 
pour les cinq résultats du mont Yiso. La moyenne de ces hauteurs 
ne diffère que de 10 mètres du plus grand résultat. Ces détermi- 
nations géométriques sont donc obtenues avec une approximation 
qui doit paraître suffisante jusqu'à ce que des circonstances puis- 
sent procurer des observations réciproques faites sur ces sommités^ 
si toutefois ces observations sont praticables sur le mont Rose et 
le mont Yiso. 

APPENDICE. 
De la hauteur du lac èe Genèoe au-dessus du niveau de la mer. 

Un nivellement géodésique a été conduit depuis Pile de Noir- 
moutier jusqu'à la frontière du Jura, à Teffet d'obtenir la hauteur 
au-dessus du niveau de la mer de tous les sommets d'une chaîne 
de triangles du premier ordre , formée dans la direction d'une 
perpendiculaire à la méridienne de Dunkerque ; ce nivellement 
comprend , comme station du premier ordre , la sommité de la 
Dole, dont l'élévation au-dessus du lac de Genève, est connue avec 
toute la précision désirable , par la mesure trigonométrique de 
M. Alexandre Roger , capitaine du génie Suisse. ( Les détails de 
cette mesure sont mentionnés dans la Bibliothèque britannique , 
vol. 52, p. 282 et dans le Moniteur universel du 1 4 septembre 1 8 1 2, 
Voy. ci-dessus ). 

La détermination de la hauteur du lac de Genève au-dessus du 



(45) 

nireau de la mer ^ devient la conséquence de ces deux mesures 
géométriques partant de la Dole. 

Le point de départ, pris dans l'île de Noirmoutier, est rapporté 
au niyeau de la mer moyenne, c'est-à-dire entre une haute mer et 
la basse mer correspondante , lequel niveau a été établi par l'ob- 
servation de plusieurs marées. 

Les différences de niveau successives par lesquelles on obtient 
la hauteur absolue des sommets , sont données par plusieurs séries 
de distances zénithales réciproques , observées dans les circons- 
tances les plus favorables de Tatmosphère. 

La station de la Dole, la 54"^* du nivellement provenant de Itle 
de Noirmoutier, a été faite à la même place qu^occupait le signal 
de M. Roger, et notre repère sur cette sommité est absolument le 
sien. 

Le résultat de ce nivellement géodésique donne au sommet de 
la Dole une élévation au-dessus du niveau de V Océan de 1 680"^ 85 

La mesure de M. Alexandre Roger donne à cette 
même sommité une hauteur au-dessus du niveau du 
lac de Genève de i3o4" 9^ 

D'où il résulte que le lac de Genève est élevé au- 
dessus de l'Oceo/i, de SyS" 89 

Dans la détermination de la hauteur du Mont-Blanc ( Yoy. ci- 
dessus), j'ai fait usage, pour l'élévation du lac de Genève, du ré- 
sultat des observations barométriques de Deluc , calculées par la 
formule de Trembley , et que Saussure mentionne de 1 98 toises 
ou 376" 17 ; ce résultat ne diffère du précédent que de 27 à 28 
centimètres. 

Détermination de la hauteur de la Dole au - dessus du ni- 
çeau de la mer^ par un moellement géodésique pariant de 
Strasbourg. 

La hauteur moyenne de la colonne barométrique, à Strasbourg, 
réduite à la température de 12"*, 5 du therm. centigr., conclue de 



/ 



-( 46 ) 

six années d'oheervations faites par M. le professeur Herrenscbnd- 
der j et réduite au niveau du sol , a été trouvée de o", 75114. 

La température moyenne de Strasbourg a été trouvée de 1 1", 6 
du âierm. centigr. 

Au niveau de la mer , la hauteur de la colonne de mercure 
moyenne étant o"", 76439 ^ k 12?, S; 

La température moyenne de l'air y étant de i i**,o5 ; 

On trouve la hauteur du pavé de la cathédrale de Strasbourg , 
au-dessus de la mer , par la formule de TremLley. . 145" 56 

Par la formule eoftfoniM aux ohsenratioiis de Ra^* 
ntond. x4^ 86 

Par une moyenne i45" fi 

Hauteur du sommet de la tour au-dessij^s du pavé. 142" 12 

Hauteur du sommetd^ la ffmde tour de Strasbourg 
au-dessus de la mer 287* BS 

Différence de niveau trigonométrique entre le 
sommet de La tour de Strasbourg et celui du signal 
de la Dole i4oo^ 57 

Signal de la Dole au-dessus de la mer 1688" ^o 

A retranclier pour la hauteur du signal 6" 85 

Sommet de la Dole au-4essus de la npiier (i). . . . i^&i*' 55 

D'^autre part , l'on a mesuré ferigonométri(]uement la hauteur 
du signal de la Dole , sur le lieu d'observation de la tour de 
Genève, que Ton a trouvée de. 1248" 5o 

(i)La rédaction définitive du nireliement géodésique partant de Strasbom^ 
donne i68o"> g. 

Ce résultai, étant parfaitement d'aceord arec le pféeédent ,. donne eiijcore 
une nonvelle preuve. de la confiance qu^on dQÎt avoir daii3 lespbferratliQns ba- 
rométriques bien faites. IL J. 



(47) 
Hauteur de ce lieu d*obseryation au^essus du ni- 

veau du lac de Genève 71" 35 

Signal de la Dole au-dessus du lac. . . . . . . iSig* 85 

A retrancher la hauteur du signal 6" 85 

Sommet de la Dole au-dessus du lac i3i3" 00 



On peut déduire des déterminations précédentes , la hauteur 
du lac de Genèye au-dessus du niveau de la mer , savoir : 

au-dessus de la mer. * . 1681"^ 55 
au-dessus du lac de Genèv. iSiS"* 00 



Sommet de la Dole. 



Hauteur du lac de Genève , au-dessus de la mer. . 368*^ 55 

Ce résultat trop faible est le même que celui qui est attribué à 
M. Pictet dans le Manuel du Voyageur en Suisse par Ebel , savoir 
II 34 pieds ou 368" 37. Çf^oy* Biblioth. Britan., vol. 41 > pag. 3o5 
et suiv. ) (i). 

Mesure trigonoméinque de la hauteur de la Dole au- dessus du 
nweau du lac de Genèçe, par M. Alexandre Roger ^ capitaine du 
génie Suisse. 

Le pays situé entre la montagne de la Dole et le lac de Genève , 
n^a pas d^emplacement propre à la mesure d^une base de dimen- 
sion convenable pour déterminer la distance par un triangle uni- 
que. M. Roger a dû adopter deux points à la rive du lac , distans 
d^ environ 11 000 mètres , et liés Tun à Tautre par une chaîne de 
sept triangles dans lesquels les trois angles ont été observés ; Ter- 
reur de clôture a été respectivement : i/^ 7, 4-'' 3, 4-'^ 6, 12/^ 2, 

(i) Le rédacteur ne dit pas par qui le travaS ci-dessus a été exécuté; mais il 
est évident qu''Q ne peat être question ici que des belles opérations géodésiques 
que les îpgénicnrs géographes françab ont exécutées dans la Suisse j sous la 
direction de. M. le colonel Henry. 



( 48 ) 
1^/' I, ig/' o, 54/' 81 de la division centésimale. Toutes les ob- 
servations angulaires ont ^té faites avec un cercle répétiteur de 
8 centimètres ou 3 pouces de rayon , construit par Bellet. 

La base qui a servi de fondement à la triangulation a été d^en- 
viron 1 5oo mètres : la mesure en a été faite avec toutes les pré* 
cautions d'usage. 

Pour écarter toute possibilité d'erreur, M. Roger a déterminé, 
par une base de 5oo mètres en diagonale , dans un quadrilatère , 
une distance de 11 00 mètres, située à Pextrémité de la triangu* 
lation la plus éloignée de la première base, et mettant en commu- 
nication cette base avec le système de triangles ^ par un triangle 
additionnel , les deux valeurs de cette distance de iioo mètres, 
ont différé de 1 1 centimèt. ou 4 pouces. 

Les deux points situés à la rive du lac et choisis , comme base 
artificielle , pour être liés avec la sommité de la Dole, ont formé, 
avec cette sommité , un triangle dont le plus petit angle était de 
5i grades; chaque angle a été observé trois fois : le triangle a 
fermé à 2'' 7. 

Afin de multiplier les résultats , M. Roger a adopté une troi* 
sième station , pour être liée avec la sommité de la Dole. 

M. Roger a déterminé , par le secours des eaux même du lac , 
au moyen d'observations répétées et en grand accord, la différence 
de niveau des deux points situés à la rive d^ lac (extrémités de la 
grande base) , et celle de T^n de ces points> avec les rochers de 
granit situés près de Genève , ou Schuckburghs avait chpisi sa 
ligne de départ pour le pivellement des hauteurs voisines. 

M. Roger a observé 43 séries de distances au zénith , de 10 à 
20 répétitions chacune ; ne pouvant pas, par défaut de collabo- 
rateur , rendre simultanées les observations réciproques , il a tâ- 
ché de suppléer cette condition en comparant chaque époque d'ob- 
servations faites à la montagne , avec deux éppqijes d'observa- 
tions faites à la plaine , et en considérant , pour chaque groupe 
d'observations, comme résultats simultanés, la moyenne des se- 



(49); 

ries, observées à .la moiitagne:4;'i)mç..p2Ht;t)>(^t laji^Qyenne j4^ j^- 
ries obseirvécs à la plame , d'aDjMre part* > • . j i- . . i . . 
La yaleur défio^tive de la hauoeur de^Ja 9|OD^fin^j^u*%?V'{)s d/i. 
lat > au niveau que Schii$:)dlturgs a cl|oisi sur Jes rodutçirs de gpnit* 
sitkïés près de Genève, s^yoir.à ji.picsd 9 pouces anglajis aot^^lç. 
sommet du (djus ba$, et à 3 pieds^g poiiices soi^ie sommçt du 
plus* élevé « d'aps>ès les 4i verses stations, est coniijae.iL^t ; .^ , 

^ SlaUon Bergerie. . . . . . ., . i3o4 9003 

— ; Commugni. . . . '. . . 1364* 9553 

— Promenton. . . • ' . . . iSoS" 0175 

La différence entre le résultat moyen à Commugni, et le résul- 
tat moyen des deux autres stations , Promenton et Bergerie réu- 
nies , est de trois millimètres et demie. 

M. Roger regarde un milieu entre ces deux valeurs comme le 
résultat le plus sûr , et c^est celui qu^il a adopté , c^est - à - dire 
1 3o4" 957 1 . Si Ton préfécait cependant la moyenne entre les va- 
leurs des trois points de stations fondues ensemble indifférem- 
ment, on aurait i3o4".9577. M. Rogjer a supposé la terre sphé- 
rique et le rayon de 3566197" 5. (f^ojr. le Moniteur universel du 
1 4 septembre i8i2)« 

Memarques sur la mesure de M, Aleooandre Roger. 

L'opération faite par M. Roger offre , en précision , toute la 
garantie désirable : la moyenne entre trois résultats si côncordans, 
donne , pour Télévation du sommet de la Dole au-dessus du ni- 
veau du lac de Genève i3o4" 96 

Cependant cette même élévation , déduite des opé- 
rations géodésiques mentionnées ci-dessus et qui sont 
insérées dans le 4^^ ▼ol. de la Bibl. Brit., serait de. . i3i3* 00 

Différence S" o4 

II. 7 



llfatit qu'a: f lit "qAelqàe^lbcttrtltadç dams cette d^tonniiution 
de iSiS"", en ce qui concerne la ftanteur ée< Igi Sbteau^dMSus da 
l¥éu a^ôftserratiem^ flë^h tà^ de ^Gfenèi^è , pout^ j^dlisre une dif- 
iÉMee'isi f6ffféf'àyeè le résaÏMt de 10. Règer. J'^>ob8ttrvé, de Isi 
là Dàl(r, la £ktance ^Atitfiale du SommM delà tmipS. €K d^ I^ 
Fi^rre de Gehè^'(^la tnèniMe dont $chacld>urghB à Â0nn4^ 1» hinsK 
leur trigonomëtriqtie afil^-^eBsui do lac de Génère)^ mon résultat^: 
pour rélëv^tion de la Dole au-dessus du lac de Gen^Te ^ varie de 
i3o5 à i^oÇ.mèt , la distancé de cette sommité 1i ïa tour S. O. de 
St-Pie^re dç^ Genève ne mutant connue qu^i 2Q met. près ; mais 
il confirmerait , s'il était nécessaire , celui de M. Roger. 



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RÉSULTAT DES QUESTIONS 



Adressées au nommé Mbouia , marabou maure , de TiêùkU , 
à un Nègre de W^kt , ^' raotampagnait. 

KKtlCLE CtfMMtJNIQtJlË PkSL A. I£ làkkàH todtk , 

I 

Commandant pour le Roi, au ScDegal. 



îï tsi de T^ischît , d'oîi îï â ^é Souvent i' Wâlet' , & Ségb , & 
Tombouktou ^ aiix embouchures du Sénégal et de là lîâitib'lé. ËA 
dèniièr lieu , il était parti de TîsKihit pour Ségô , d^ôù'il Ààit venu 
à Cralam , piiis à Sai'nt-LoUiâ. 

Il regarde comme très-facile , même pour un' Européen , de 
parcourir le chemin de Calam h Ségô. Il annonce , comme point 
de départ, Makaniakaré, ylllage voisiii de remplacement de notre 
ancien fort Si- Joseph. Douze ou «iuînssë jours suffiraient pour des 
gens à cheval; avec une caravane d^ânes, on mettrait plus de 
trente jours. J'ai envoyé une copié de cètîtiïiérâiré î Af. dé fieaii- 
flyrt , par Mbottla Idi-^ihéitie , que j'ai dii^posé à ïtiî seVvîr dé g^uide. 

A Texccptiori d*un désert de deux jours , que l^pn trouvé S uh 
jour de marche de Makaniakaré, tout le pays est très-^hahite. Cet 
itinér^âré estt i:'a)ciilé ptyot pasisér aà^i ldng-4ëdiisr tftÉt ipùistUe 



(5a) 

chez les Saracoulets , en se tenant ensuite sur les confins du Ka^^ 
son et du Kaarta. 

On n'a aucune rivière à traverser. 

^Quelques petits lacs provenant des pluies j et plus ou moins 
desséches , se rencontrent ça et là. 

Pas de montagnes très-ëlevées ni de nature à embarrasser la 
marche. 

Les habitans sont hospitaliers pour les voyageurs. Les blancs 
ne seraient pas mal traités; mais s'ils avaient des bagages , ils 
pourraient être retardés , détournés et même rançonnés. 

On doit éviter de porter avec soi de l'eau-de-vie : les Bambaras 
ne respecteraient rien pour en boire ; et une fois qu'ils seraient 
ivres , on pourrait s'attendre à toute espèce de désordre de leur 
part. 

On ne doit pas non plus emporter d'armes ni de poudre : non 
seulement les chefs en sont très-^avides , mais encore la politique 
leur défend souvent d'en laisser passer chez leurs voisins; c'est le 
cas surtout pour les Bambaras de Kaarta et ceux de Ségo, qui ont 
toujours la guerre entre eux. Au surplus , cette observation est 
applicable à tous les voyages dans l'intérieur de l'Afrique. C'est 
faute d'y ^avoir égard que la plupart des voyageurs européens 
échouent ou éprouvent tant de difficultés dans leurs entreprise3- 

J'ai demandé à Mbouia pourquoi il ne conseillerait pas d'aller 
de Galam à Tischit, et de cette ville à Ségo ou Tombouktoa. 
Pour un blanc y m'a-t-il dit, il y aurait trop de pays désert à tra- 
verser ; le chemin ne serait pas si facile : d'ailleurs il vaut mieux 
avoir affaire aux Nègres qu'aux Maures. 

. Tischit paraît être au milieu d'un désert ; les cultures se font 
plus loin : elles sont insuffisantes , et les grains sont apportés de 
l'étranger par le commerce. 

Les grands étangs , qui produisent beaucoup de sel en se dessé- 



(53) 

dbaat, ont pu seuls détenniner, sur ce point , rétablissement d'une 
ville. 



J'ai voulu savoir du nègre .Walet , s^il serait possible et bon de 
passer dans son pays pour aller à Tombouktou , comme Ta pro* 
posé M. Jomard. Le Nègre ne le conseille pas. 

Le pays de Walet appartient à des Maures très-fanatiques pour 
leur religion , redoutant les étrangers , soupçonneux et perfides , 
presque tous marchands : c'est par leurs mains que passent , dans 
l'intérieur de l'Afrique, les objets qui y pénètrent. par le nord. 
Ils ne verraient pas avec indifférence les hommes et les marchan- 
dises d'Europe tenter de s'ouvrir un autre chemin. 

Les détails qui me sont donnés sur Ségo , s'accordent lûen avec 
ceux qui sont déjà connus ; un seul point diffère ; il est majeur. 

Jusqu'à présent , on a paru considérer Ségo comme situé sur 
la rive gaudie du Djoliba : toutes les cartes le placent ainsi. Ce 
serait une grave erreur, suivant les deux individus que j^ai inter- 
rogés séparément , et suivant toutes les autres indications- que je 
me suis procurées.*Cette ville est sur la rive droite. Elle est divisée 
en quatre villes , toutes au bord du fleuve , séparées l'une de 
l'autre par quelques kilomètres et ayant chacune des murailles 
particulières. 

La première , en commençant par l'ouest , se nomme Ségo- 
Koro ( c'est-à-dire vieux ). 

La 2*9 Ségo-Bougo. 

La 3', Ségo-Koura(neuf), 

La 4* * Ségo-Sikoro ( de campagne ). (i) 

Cette dernière est la plus considérable de toutes et la résidence 
du roi. 

■ 

(i) Mongo-Park dit : Sar la rive septentrionale, S^ Korro et Sëgo Boa; 
sor la rire méridionale , Ségo soa Korro et Sego sa Korro. 



(543 

Il tPt^ *MfH ffBt je «Tttb 'pri» )iMnr faire «xpliqiMHr elair c w itii t 
ceux que j^ai interrogés. Avaient-ils descendu en bateau le conratA 
du Djoliba f «fi4)ui. **t- Ayakid^ik SégD i^droite au à ^ûcte ? ^^ 
dioiite.>-^jLorBqu*i]0 faosaientle «alem au bord du Bjnâiba, aTiaioB^ 
ils Ségo à droite ou k gauche ?-^ Adroite. «-* PcmraUer de Ségo* 
^9W ^ rw d^ trai$ autres Sq^o, £iut-il passer le fleuve P-^Non. 
Ils 9^ résumaient ^su disant 2 les quatre Ségo W9t situés ^ur I4 
ri^rt dulteove , du çàl4 dea Nègres et noa du oôté des Maures. 

Ge point ,. assez impoitant , me parait désomiaâs fixé ; du i^ste, 
cette ojAnien rfa rien ^e de conforme à tîc que rapporte MtmgoK 
Park , qui , dans son -premier voyage , se prâenta pour traverser 
iefleom a&i d^aUer mir le ip àe Ségik : nuds A en résulterait 
amp i|uft ee cçlèhm 9(^agcur n^auraiit paa visité Sé§ù^ oe qui es*- 
{4irpl/?f9it d'aiU^WS pow^oi il eu parle sipei^tPOurqvM^ l^ ne 
dîi(i^4fft4|i}^e*vil)^,^pamft et ay^nt^fnamadifiEéreusy^tc. 
MwfiQ^Bark 3^ sera ar£4té À un viUa^ situé en £»ce de la ville 
{viAÇ)pdk.v^et qu^QU a{i{)eUe >S^go-^F v^du> ^ ce nom niiêxoe aura 
pu, çoAtiibuer à iu^i^ira ^^raise qaUl^ait vu ««sur U rive çaucbe, 
Ifl jnf(΀W*e pâM[4ie dç Ségp. 

Les deux voj^geqrs dm^t je tire tes doeumeus m'ont dîédaré 
avoir descendu le Djoliba de Ségo à Djenné en 5 ou^S jours : ils 
s<HitfiènBimt <efl|c&re ipat' cette dermèfv ville est également sur la 
rive droite ; et c^est tr^s-certainement unesecondb nettification à 
faire sur nos cartes : rçctific2^tion qu'ils ont très-^ien indiquée 
quand je les leur ai fait voir. 

Ils représentent le lac de Djenné comme plus voisin de la ville 
qu'on ne le figure ordinairement : suivant eux, ce lac estlcllcr. 
rnoai large (pe<, par endroîto, ofi a |pei0e à voir d'un bord à 
Tautre. 

Du reste , tout ce quUls racontent du fleuve^ de la nature de 
ses riyes et de ses débordçmens » est entièrement coaforme au ré-» 



dt dtt'Sîdi Mafdi4kififaial , rapporté parM. Badii»..€ette eonfor-' 
mité est dftiataiiC plw étoanante et satisânsanCc que mes AeuaC 
t^yâgaiMft*'o«i eertainemnit jamaÎBieirtendufHadMriitt^ 

Je n'ai pas manque Toccasion de lés questionner sur TomBoui- 
tou. Tous deux y ont ^té plusieurs fois Viax sans Fautre ; Je les ai 
interrogés séparément , et ils se sont assez généralement trouvés 
d'accord. Comme ils ne faisaient que répéter ce que nous savons 
déj3i de cette ^ande tmé^v âêstspétmft'iPStn xitn obttflâi^^ë Hda- 
veau , j^'ai cru detioir" m'altadhner à on séùl poin>r: Qiiellé' est ht 
position de Tombouktbtr paf rapport à^ BjdlfiMe? L^dpiniotii dcr 

M sur cette question, n^avait Mteore été confitttéé pav^ 

aiieuti desi .iienfieigKiemem- que je m'étais pi:ocurés; elle arété fer- 
iftelleiBeilt^et posîtivemont cfmtxedîle par mes deux voyageurs: 
d'aprèsileuM déeUratiaMitrà^-comcordantes., quoiqiie recueillies 
isolément , Tombouktoo est situé à aiji milles environnlu bord du 
fleuve , où se trouve le grand village de Kabra , qui sert en quel- 
que sorte de port î la ville. 

C'est à Kabra que s'arrêtent iM^embaroatioiMi que se font les 
chargemens et les déchai^emens. 

Le transport à Tombouktou s^effectue ensuite au moyen 
d'ftnes , ou plus souvent encore sur la tête des Nè^s. Un homme 
fait aisément un voyage le matin et un autre le soir en se repo- 
5ant pendant la chaleur. Il n'est pas rare qu'un homme fasse dans 
sa journée trois et même quatre voyages. Des hauteurs de Kabra 
on aperçoit Tombouktou. 

Je n'ai pas manqué de demander à mes voyageurs s'ils parlent 
bien de Tombouktou la grande ville ? Réponse : Oui. — S'il exis- 
tait dans les environs un autre Tombouktou ?Ilép. Non. — Passe- 
t-il dans la ville ou près de la ville , quelque rivière autre que le 
Djoliba ? Rep. Non , très-positivement. — Le Gambarou ne coule- 
t-il pas près de Tombouktou ? Rép. Non ; mais ils ont entendu 



( 56 ) 

parler d'une rivière de ce nom , comme passant au loin , vers le 
N.-N.-E. ; ils ne Tont pas vue; Le Bourougou , qu'ils rapprochent 
assez de Tombooktou , n'est tiheriyière qne pendant l'a saison des 
débordemens. Il né reste plus tard qu'une suite de petits lacs et 
de marais, qui fournissent d^abondans pâturages , occupes presque 
constamment par des Maures, qui ont des troupeaux très-considë- 
râbles. 

J!ai ceni^^qué que, daçsleur prononcia.tion, mes deux hommes, 
un Maure de Tischilet un Nègre de Walet, disaient très*claire- 
ment Tembouktou et Qon Tomhouktou. On sait que M. Jackson 
a fait la même ob^ervatipp. 

'Mes deux voyageurs n'ont pas hésité à le placer du cAtë des 
Maures , ou comme ils me le disaient , du côte opposé à Ségo et à 
Djenné , ce qui confirme encore Inexactitude de leurs déclarations 
relativement à ces deux villes. 

Des renseignemens qui précédent , on peut conclure que deux 
des principales villes du Djoliba doivent être reportées , sur Ic^ 
cartes , de la rive gauche à la rive .droite. 



( 57) 

NOMENCLATURE tt ITINÉRAIRE de Galam à Ségo . à 
Maroc et à la Mecque, de Saint- Louis à Maroc et de Maroc à 
la Mecqae, 



U^ 



Uiîl^i 



yOjl ^J^ 



De Stûni-Louis à Maroc. 

tSiy Ândr ou St-Louis. 
Jul»\^t Aou&tyl. 



• 

















• * 




Addykfaan ou De- 

kann. 
Djyoua. 

Andjyl ou Porten- 

dick. 
AklylûuKlyl. 

A^ânakoum. 

£1 Mousir on Non- 

zerit* 
AnaotifHd. 

Byr e\ Kâroub. 

A'ârich - Aa^mar. 

Boukon£a. 

Akiât ou Ankelât. 



diti J^ Byr Ahzarân. 

Touf. 






iSj}\ Eyzoujc. 

^Iji^l aJUjI El Sâqyeh cl Ham- 

^raJil^ Ouâdnoun. 

tî l'âsîryt. 

«w^ Sous oXk Suzc. 

Ijti^TÏr^u» Marâkch ou M«roc. 

De Maroc à la Mecque. 



C 4» 



^j.i >u*o Marâkch ou Maroc . 



31 



Dokkâla. 



/g^U3! ElChâouya, 

M / 

J^l Ichla. 
iljJ5i ElRebât. 



O^Toiu'ces 0901$ ont élé corlts en Arabe à St-LonU d«.Ste4gaii , fftr un boimne du pays. 
n. ' 8 



(58) 



_^Ux« Moukoâs. 
,U Fés. 






,^' 



fj^ji Tounous. 
^IfSit El Didjâber 

\^^\ ElKhodrâa'. 




O. .. < 




AJblJbi Atrâbolos ou Tri- 
poli. 

j j JgiXw Zfl El Eskanderyeh ou 

Alexandrie. 

^ L'Egypte , grande 

province qui renferme les villes du 

Caire et de Damiette , et derrière 

celles-ci , la presqu'île des Arabes; à 

l'Orient est Yanbo , dans une île qui 

contient les deux villes sacrées , la 

Mecque et Médine. 






i;.iL;\è=.. 






CT 



De Kalam ou Galam à Maroc. 



•. / 



f^^==> Kalam. 
U* Tâkânt. 




i^^Aji y^ Qasar el Barkah. 



1 % J 



J^^ ElRachyd. 



^A»M» 




Tydjikdja ou Ty- 
.jikja. 
\ El Zâoùât ou Ad- 



C^l^l jouât. 

OJij Oualâta. 

J,j ,^U ^ De Hanâlî 

.blj dân. 

yj^l^jj^ ElA'rousj 
o Ross. 

ll^=>t! Erkyebât, 



<* 1/ 



7^ 



•y^u Ouâdnouu. 



^ 



j* Tiknaï 



• 



Sous OU Suze. 



^ 






^^^ir^^î El Mekharb ou el 

Karb. 
A^j^ Dâr Mamlaketehâ 
^^k ^ Marâkch ou le 
li^-^ chef-lieu de l'em- 
pire de Maroc. 




De Galam à la Mecque. 



y. • 



▲i^Td Kalam. 
,j;.aJLJ Tychit. 



0l3j Oualâta (Oualyâta). 



(59) 



C à/| // 



.)jU& AVâoilân. 



O *m 



dujjj^ Bouzbeyah. 
y^^y^ El Mabrouk. 



ub^^ TymboktououToïn- 
bouctou. 






llï Touât. 



.Ui Fezân. 



9 
• •• 



jfcAoy Tounous. 

â) £1 Eskanderyeh ou 
Alexandrie. 



Itinéraire de Galam à Ségo. 

« 

On compte vingt-huit jours de marche , dans la supposition oà 
Ton conduit des ânes chargés; avec des chameaux, douze jours 
suffiraient ^i). 

Partant de Makaniakaré, près de remplacement de Fancien fort 
Saint-Joseph, à Ghiafné , pays des Saracolets , (désert). 2 jours. 

à Djiarra. . . . . i id. 

à Missèra • . idem. 

à Sanioro idem. 

Pays de Kasso \ y^ Ghiaghé ( capitale des 

Bambaras de Kasso). . idem. 

i Kâsa idem. 

à Ghioka (capitale des Bam- 
baras. de Kaarta}. . . , idem. 
Pays de Kaarta. . . • i ^ Ngniouguera idem. 

à Tafatimo 



(i) Il résulterait, de ce renseignement, que Ségo est plus près de Galam 
qu^on ne le place sur les cartes les plus récentes ; car U serait difficile à des ânes 
chargés de faire environ a3o lieues en 28 jours. Ainsi le Djoliba paraîtrait plus 
rapproché de Galam de près de deux degrés. Ce dernier lieu est lui-même beau- 
coup moins éloigné de S t- Louis qu^on ne pensait ; c^est ce qui est prouvé par les 
dernières observations ; nous pouvons en conclure que le Djoliba et Tombouk- 
ton sont beaucoup plus près de la mer qu^on ne Tavait cru jusqu'ici. £. J. 



(6o> 

à . . . (Désert). . . . i jour- 
à Ghianngouté. .... idem. 
à Fabougou idem. 

Pavs de Kaarta ) ^ "^'^'"''^^ Nghîangîm. . . ùkm. 

Pays de Jkaarta. • • M j _ (Désert). . .idem. 

à Sira Koro idem. 

à Douabara. . . , . , idem. 
à Saka-Bara. « « « . . idem. 
à Bassah- la. . * . . . idem. 

à Sira-Koro û/em. 

2 Koma-Lambo idem. 

à Bamgass idem. 

Paya de Séga . » • . { ^ Korsëra. . . t . . . nfem. 

& Sira^u idem. 

à Garignan idem. 

à Kgniamëxia (i). , « ^ idem. 
à Ségo (2) idem. 

pas de lÎTières à traverser., 

De Ségo à Tombouktou , l^on descend ordinairement le Niger 
sur des embarcations. 

( O'sprès le réol dff Mhoni»,, lit ^ Mahomet , habitant Tischit , nourel- 
lemeat arriré de S^o à Saint-Looia dft SdH^al , après avoir passé par le pays 
de Galam. ). 

Itinéraire du Sénégal à Maroc (3)^ 

De St-Louis à Aouâtyl i jour. 

D'Aouâtyl à Dekann ou Âddykhan i 

(I) Au nord de Bjolîba , «éjour du docteur D, (mii« imUM.Mnvfft/L Do^ 
thard^ de VexpédUion du Major Gra^ )• 

(a) An sod. 

(3) Cet itinéraire est Conmi par des Marabous de la triha des. Manres-Diar- 
Biankoas , qui parcourent ce chemin chaîne année. 



ce*) 

])e Dekann à Bjyoua : • . . :< jours 

De Djyoua à Portendick ou Andjyl 

De Portendiek à Aklyl ou Klyl ...... 

Dft Klyl à A'âiudDCNmi. ......... 

De A^ânakoom & Kooserit on el I^onsir. . . 
De Nouzerit à Anaoufrîd. «..,.,., 

De Anaoufrid à Byr el-Kâroub 

De Byr el-Kâroub & Aa^rich-A^âmar a 

De Aa'rich-A^âmar à Boukoufa i 

De Boukoufa à Aklât ou Ankel^t 3 

De Ankelàt à Byr-Anzaràn 4 

Die Byr-Anzarân à Tpuf, ......... 5 

De Touf à Ëyzouk 3 

De Ëyzouk à el-Sâqych el-Hamrâà* x 

De el-Sàqyeh el-Hamrâa' à Ouâdaowi. «... 4 

De Ou&dnoun à Tâsiryt. ,.,..••*•« a 
De Tâsiryt à Sqze ou Sous. ,«.«.9.^4 

De Suze à M^roc ou M^urâkcb» ....... la 

Total, . . . . . 



5i jours 



Itinàntre de Galam à Maroc. 



ife G^m à T&kl^t ( dëserir). 6 jours 

De Tftkânt à Oualàta lo 

Ici on trouve du blé en abondance , d^excellente eau et 

beaucoup de dattes ; ce pays est habité par les DQwichea 

et les Koutats ; nation paisible de Marabous. 

De Oualâta à Ouâdnoun ( désert ) lo 

De Ouâdnoun à Tikna 

De Tikna à Suze 

De Suze à Karb ou el^Mekharb ^ 

De K.arb à Maroc r 



(&») 

De Galam à Dgazzara. . 3 ou 4 jours. 

Dgazzara est situé dans le pays de Tâgaths, pays de montagnes 
moyennes. Dgazzara pourrait bien. être la même ville que Djarra ; 
Fun et Tautre ne seraient-ils pas le Tgaasza de Léon F Africain ? 

De Dgazzara à Adraal ( désert) lo jours. 

Adraal est un petit pays où se trouvent des villages de Maures. 
D^ Adraal on va à Suz ou Souz , à Tafilad et à Maroc, 

Itinéraire de Galam à la Mecque (;\ 

De Galam à Tychit jours 

De Tychit à OualâU ( désert ) lO 

De Oualâta à AVâouân (Id.) lo 

De AVâouan à Bouzbeyah (Id.) lo 

De Bouzbeyah à el-Mabrouk (i^.). lo 

De el-Mabrouk à Tombouktou {Id) 6 

De Tombouktou à Touât {Id.) 20 

De Touât à Fezzân 4o 

De Fezzân à Alexandrie /^o 



(1) Cette ligne est digne d'attention parce qu'elle conduit ii TombookYlu 
sans passer par Sëgo ni Djenné , route que les voyageurs Africains représentent 
comme facile , et qui n'a encore été essayée par aucun Européen ; c^est le chç- 
min que suivent les nègres qui entreprennent le grand pèlerinage. Ce sont or- 
dinairement des Marabous du Fouta-Toro et du Fouta-Diallon. 



(63) 

RÉPONSE 

AUX QUESTIONS PBOPOSélS PAR LA SOGI^TK U GiOGBAPHIE, 

SUR L'AFRIQUE SEPTENTRIONALE , 



) . 



PA& M. DELAPORTE j 
Vice-Consoi de France à Tanger, empire de Maroc; 



SUIYIC 



DE l'iTIIŒRâIRE du FEZZAN ET DE LA NOMENCLATURE DES VILLES ET VILLAGES 

DE LA RÉGENCE DE TRIPOLI. 



I^R£MIÈR£ QUESTION. 

{f^o^é première série des Qwestions publiées par la Société de Gëograpliie* ) 

Diaprés ce que divers voyageurs Mahométans m'ont rapporté , 
et d'après rimperfeclion des connaissances géographiques que 
possèdent des hommes qui ne considèrent comme une science 
Yéritablé que celle de réciter et citer le Qoran , la chaîne de 
r Atlas se prolongerait depuis le Sous (i) et la province de Ta- 
filet (2) , c'cst-à-dîre depuis l'empire de Maroc , qu'elle domine et 
embrasse , jusqu'aux monts Fossato (3) et Yfren (4) , où com- 
mence la régence de Tripoli de Barbarie , et de là jusqu'au cap 
de Mesurate (S) ou Qasr Ahmed (6) , c'ést-à'-dire à l'extrémité 
ouest du golfe de la Sydre , que borne, suivant toute apparence^ 



I 



(a) 'JlMii (5) i.ipi J.IJ 

(3) J^ J^ (6) ^i^-* 






(6a) 

» - 

De Galam à Dgazzara. . 3 ou 4. jours. 

Dgazzara est situé dans le pays de Tâgaths, pays de montagnes 
moyennes. Dgazzara pourrait bien. être la même ville que Djar^a ; 
Tun et Tautre ne seraient-ils pas le Tgazza de Léon 17 Africain ? 

De Dgazzara à Adraal (désert) 10 jours. 

Adraal est un petit pays où se trouvent des villages de Maures. 
D'Adraal on va à Suz ou Souz , à Tafilad et à Maroc 

Itinéraire de Galam à la Mecque (¥\ 

De Galam à Tychit. * jours 

De Tychit à Oualâto ( désert ) 10 

De Oualâta à AVâouân (Zrf.) .10 

De AVâouan à Bouzbeyah (Id.) 10 

De Bouzbeyah à el-Mabrouk (/</.). • 10 

De el-Mabrouk à Tqmbouktou (/J) 6 

De Tombouktou à Touât {Id.) 20 

De Touât à Fezzân 4o 

De Fezzân à Alexandrie /^o 



(1) Cette ligne est digne d^attention parce qaVUe conduit à Tombonkllu 
sans passer par Ségo ni Djenné , route que les voyageurs Africains représentept 
comme facile , et qui n^a encore été essayée par aucun Européen ; c'^est le che- 
min que suivent les nègres qui entreprennent le grand pèlerinage. Ce sont or- 
dinairement des Marabous du Fouta-Toro et du Fouta-Diallon. 



( 63 ) 

RÉPONSE 

AUX QUESTIONS PBOPOSÉES PAB LA SOClÉTC U GiOGRAPHIE, 

SUR L'AFRIQUE SEPTENTRIONALE , 

! PA& M. DELAPORTE , 

i 

I Yice-Consid de France à Tanger, empire de Maroc; 

DE l'itinéraire du FEZZAN ET DE LA NOMEIÏCLATURE DES VILLES ET VILLAGES 

DE LA RÉGENCE DE TRIPOLI. 



l^REMIERE QUESTION. 

{f^oyé première êéx'ie des QnettÎDBS publiées par la Société de Géographie. ) 

* 

Diaprés ce que divers voyageurs Mahométans m^oht rapporté, 
et d'après Fimperfection des connaissances géographiques que 
possèdent des hommes qui ne considèrent comme une science 
Téritable que celle de réciter et citer' le Qoran, la chaîne de 
TAtlàs se prolongerait depuis le Sous (i) et la province de Ta- 
filet (2) , cV.st-à-dîre depuis l'empire de Maroc , qu'elle domine et 
embrasse , jusqu'aux monts Fossato (3) et Yfren (4) , où com- 
mence la régence de Tripoli de Barbarie , et de là jusqu'au cap 
de Mesurate (S) ou Qasr Ahmed (6) , c'est-à-dire à l'extrémité 
auest du golfe de la Sydre , que borne , suivant toute apparence ^ 






(a) 'JLM^ (5) 'ii^r-^(j-\j 

(3) 1)^ J^ (6) J**i,r^ 






( «6 ) 
penchant , on aperçoit la Méditerranée. [Elle sert de point 
de reconnaissance , en mer , aux bâtiment qui veulent abor- 
der , par l'ouest., à Tripoli de Barbarie , ou à ceux qui veulent 
aller au levant, lorsqu'ils se trouvent affalés sur les côtes de la 
Méditerranée. 

Sa position géographique est au S. O. ou S, S. O. de Tripoli 
dont elle est éloignée de <piatre jours de marche y que Ton fait à 
travers d'une vaste plaine nommée Qotteis (i). On arrive sur le 
mont Ghariân, qui la commande, par une pente difficile et si ra- 
pide qat les cavaliers qui veulent la gravir , sont obligés de des- 
cendre de cheval. 

Le mont Ghariân produitbeaucoup d'oliviers dont l'huile, CKtré^ 
mement forte , flatte le goût des Tripolitains , qui la préfèrent 
à l'huile douce que produisent les oliviers des environs de leur 
pay5, 

Cette montagne est la seule en Afrique qui produise le safran 
qu'on apporte à Tripoli, d'où, aussi bien que l'huile , qui passe 
pour avoir des vertus médicinales , il se répand dans tout le le- 
vant. 

Pendant l'hiver , il y tombe , d'année en année , comme dans la 
capitale^ de la grêle qui fait blanchir la montagne ; mais je n'ai 
point entendu dire qu'il y tombe de la neige. 

Une particularité distinguerait le Ghariân des autres monta- 
gnes de l'Atlas qui l'environnent: les babitatis y vivent sous terre. 
Les habitations y sont creusées dans le roc et reçoivent le jour d'en- 
haut. l)e la surface du sol , on y descend par une pente douce mé- 
nagée à cet effet , et proportionnée à la hauteur de la maison que 
Pon habite, et l'on arrive dans une cour intérieure carrée, autour 
de laquelle sont creuses les appartemcns , conformément à l'ar- 
chitecture ordinaire des Arabes. Les tombeaux occupent la place 
des maisons : ceux qui sont faits de pierres et construits en forme 



(0 j^ ^^ 



(67) 

de parallélogramme renferment ks restes de gew ordinaires; 
les coupoles ou dômes blanchis couvrent les reliques de leurs 
saints. Ils sont répïindus çà et là sur toute la montagne , de ma->- 
nîère que Ton peut dire, avec quelque raison, qu^à Ghariân, les 
morts occupent la place des vivans , et ceux-ci celle des morts. 

Cette montagne , que Ton pourrait appeler ciypiopoUtame ^ 
renferme cent-un villages souterrains ; c^est peut-^tre i cause de 
ces retraites caverneuses , que le Ghariân a reçu des Arabes le 
nom qu'il porte (i), qui, dans leur langue, signifie grottes^ 
cacemes. Sans chercher à étaUir ici un système , ni avancer que 
les Garamantes , qid étaient noirs et habitaient des sables secs à 
ïextrémité du monde , fussent des montagnards , ne semblerait- 
il pas cependant qu'il y a quelque analogie de dénomination entre 
Ghariân et Garamantes P 

La roche de Ghariân semble calcaire ; le bel arc de triomphe 
qui orne la ville Tripoly est , 'dit-on , de marbre de Ghariân ; et 
Ton transporte quelquefois, au marché de cette ville, de la chaux 
qui a été faite dans cette montagne. Ce qui indiquerait qu'elle 
renferme dans son sein , des pierres de différentes duretés. 

!!• QUESTION. Monumens de Tripoli , Leplù , Cyrène. 

La Société désire des dessins des monumens, et àesfcui-simile 
des inscriptions que Ton pouirait se procurer dans l'étendue de 
la régence de Tripoli. 

£n 1 806 , je fis un petit voyage aux ridnes de Lebdah ou Leptis 
magna , dont la relation fut envoyée par moi , â M . le prince de 
Talleyrand , alors Ministre des Affaires Etrangères , et des des- 
sins que j'y avais recueillis , principalement le plan d'un stade 
qui se trouve entre les mains de M. Barbié-du-Bocage , l'un des 
présidens de la Société. Cette relation renferme entr'autres les 



(68) 

inscripticMDis que j^ai tronvëes sur le territoire de cette patrie de 
Septime^Sévère et de Saint-Fulgence. 

Le même Maure dont j'ai parlé ci*dessus , à qui j 'ai montré le 
dessin de la ville de Cyrène, que les Arabes nomment Grenna (i), 
y a reconnu jusqu'à la source d'eau qu'il m'a dit couler avec 

abondance. 

; Quant à la ville grecque dont le voyageur anglais a aperçu 
les ruines , au sud de la Grande-Syrtc^ , ce serait peut-être celle 
que l'on m'a dit exister sous le nom de Nefd (2) ou Nefdz (3) , 
qui semblerait , d'après les indices qui m'ont été fournis , être 
située sur les frontières sablonneuses de là Grande - Syrte , du 
côté de la montagne de Benoulid , c'est-à-dire a l'ouest. Ce 
ne peut être la ville d'Agidebia dont le docteur Ccrvelli a vu les 
ruines : car d'après les dessins et la dénomination y cette ville est 
toute arabe et non grecque. 

ra* QUESTION. Câlcs de la Grande-Syrie. 

Les renseignemens que la Société demande sur les côtes ma-* 
ritimes de la Grande-Syrte , ne peuvent être donnés par moi ; on 
ne pourrait espérer de les obtenir que par des Arabes navigateurs^ 
ou par les gens de la tribu des Aoulad -Soliman qui en occupent 
les solitudes ; mais ces gens , aussi ignorans les uns que les autres, 
sont hors d'état de donner , sur ces lieux , les moindres notions 
physiques et statistiques. Ils ne savent ce que c'est que la longi- 
tude ou la latitude ; et quant aux changemens que lesxôtes de la 
Syrte ont pu subir , ils n'en connaissent d'autres causes que la 
fatalité^ c'est-à-dire Dieu et sa volonté. 

Tout ce dont je puis instruire la Société , c'est que tous les ma- 
rins européens et autres, que les tempêtes et les courans ont jetés 

(i) ïiyl <JjA- (3) ji; îJjXi 

(a) Jij lôx» 



(69) 

dans le golfe attracteur et inhospitalier de la Grande-Syrte, quoi- 
que peu d'accord sur les détails des côtes de ce golfe , rapportent 
unanimement qu'il présente, dans sa vaste conformation, une 
figure semi lunaire , cause pour laquelle, sans doute , il est repré- 
senté , sur les médailles de la Pentapole, sous la forme d^un bœuf 
ou taureau qui menace de ses cornes : ce qui semblerait représen- 
ter à -la-fois, la figure arrondie du golfe, et les mauxqu^i me- 
nacent tous ceux qui ont le malheur d'être jetés suc ses bords. 

Il se trouve , dans renfoncement de ce golfe et à quelque dis^ 
tance^de ses rivages , un banc de sable constamment pernicieux aux 
navigateurs qui n'en connaissent point la position. 

Le golfe de la Syrte est connu par les Musulmans , sous le nom 
de Joun-elrKebrit (i). Sinus siûphurU, c'est-à-dire Baie de sou- 
fre , à cause d'un puits très - profond qui existe dans la partie 
la plus enfoncée de cette vaste baie. Ce puits est exploité par 
des Arabes de Bengaze, de la Syrte ou de l'arrondissement 
malsain de Touargha (2), qui se trouve du côté de celui de Mé- 
surate. Ils en retirent une matière sulfureuse ou boue de sou- 
fre , qui ne sert à d'autre usage qu'à enduire les chameaux afin 
de les guérir de la galle dont ils sont ordinairement atteints. Les* 
hommes qui sont condamnés à travailler à cette exploitation pour 
gagner leur vie , sont hâves , jaunes , et finissent par perdre la 
barbe , les sourcils et autres poils de leurs corps , tant a d'action 
sur eux l'exhalaison du soufre. 

On m'a rapporté que, dans certaine partie des déserts qui ap- 
proche du golfe , on rencontre des endroits où la terre cède sous 
les pas du voyageur qui a le malheur de s'y engager , et que sou- 
vent il en sort des exhalaisons qui ressemblent à une fumée lé- 
gère. 

Le golfe de la Sydre ou Syrte , par terre , a vingt- deux jour- 
nées de chemin de développement , et par mer , seulement trente 



(1) 



" C-» 




I 



(3} Uj\y ^^ 



(. 70 ) 

• 

Hecies à^ptti-^près, 6n cap de M^surate à celui de Bengaze. Le éoc'^ 
tear CervelU, qui a fait ces vingt-deux journëes de chemin, ne 
dit pas avoir vu ni même aperçu de montagnes dans le lointain 
le plus recule , où sa vue ait pu se porter ? ce qui ferait croire 
qu^une mer de sable occuperait cette partie cetitrale de TAfrique, 
où elle formerait un vaste bassin encaissé par les montagnes du 
sud, du nord et deTouest, lequel, ainsi que le pensent plusieurs 
voyageurs et géographes , aurait été, dans des temps très-reculés , 
couvert par un grand lac , dont les eaux se seraient écoulées dans 
la Méditerranée , par les deux Syrtes , et dans TOcéan , par les 
coupures qu'on y remarque de nos jours vers le sud et l'ouest. Ce 
qui Semblerait venir à Tappui de Texistence d'un désert immense et 
non-interrompu qui commencerait là où les montagnes éloignées 
du sud finissent , est la catastrophe malheureuse d'une caravane 
qui , en traversant le vaste désert qu'elle ne connaissait pas bien, 
n*ôy ant pouf guide que des conjectures , s^égara ; et , au lieu d'at- 
teindre les terres de Tripoli , but de son pénible voyage , vint pé- 
rir de soif et de misère , à deux journées à!Augéla , où les os des 
hommes , des chameaux et autres bétes de somme qui la compo- 
saient , blanchis et desséchés par l'ardeur d'un soleil brûlant , fu- 
rent retrouvés par un Arabe , gisant encore auprès des richesses 
que cette malheureuse caravane tr^unait après elle. 

Le Cadi qui se trouvait à Tripoli , lors de mon départ de cette 
ville , m'a dit qu'un malheur semblable avait manqué de lui arri- 
ver , et qu'en traversant le désert pour revenir de Tombouctou , 
où il s^était rendu de Fez , la caravane , qui avoît voulu couper 
le désert en ligne droite , s'y était égarée , et au lieu de venir abou- 
tir à Tripoli , était tombée à vingt-trois journées trop à Test , heu- 
reuse d'avoir pu atteindre Benghazi après avoir toujours été en- 
gagée au milieu des sables. Par là on peut juger de la justesse des 
calculs de ceux qui étaient chargés de diriger la route. 

Je finirai ce troisième paragraphe en informant la Société , que 
dans la partie Est du golfe de la Sydre , à environ deux journées 



(70 
Ouest de Benghazi , existent ies ruines d^une lôlle <iui p»rdt de 
construction grecque, à en }uger par ce que le temps eo a épargné. 
Les Arabes la nomment Karkourah (i). £Ue est située sur le bord 
de la mer et forme un espèce de port. Un capitaine français qui 
y a été jeté par le mauTais temps , y a copié , sur les marches d^un 
puits très-profond , une inscription grecque ; la copie en est per- 
due. 

W* QOXSTION. Ju^^ du 



Il existe des Juifs au Gchariftn , comme dans toutes les régions 
de TAfrique ; mais ils rivalisent d^ignorance et d^ineptie avec 
leurs maîtres qui les tiennent dans la plus profonde abjection et 
la plus honteuse servitude. Je doute fort que ces Hébreux con- 
naissent même leur Pentateuque : il est donc impossible de croire 
que des hommes d'une ignorance aussi grossière possèdent le 
moindre manuscrit. 

V QUEsnoir. f^Ue de Gadamès. 

La Société désirerait des itinéraires qui conduisissent de Ga^ 
damés (2) , par Pouest , à travers le gi*and espace inconnu qui 
est séparé par les parties méridionnales de la régence d^ Alger et 
le pays de Touât (3}. Je ne possède aucun document qui puisse 
satisfaire à cette question. 

Quant à la population de Gadamès , l'ancienne Cydamus , elle 
doit se composer, comme dans les montagnes de T Atlas , de deux 
sortes d'habitans , c'est-à-dire de Chleux ou Berbères, qui ont été 
les premiers maîtres du nord de l'Afrique , et àes Arabes qui les 
ont chassés des plaines où ils se sont fixés à leur place. On doit 
donc parler à Gadamès , comme on le fait dans l'île de Gerbi et 



«♦ > . " 



(0 ij^>» (3) ^\J Oîi, 



(70 
dans tout P Atlas , le Chleux ou Berbère , qui se divise en divers 
idiomes , et TÂrabe, dont les dialectes éprouvent des changemens 
sensibles d^une tribu à une autre. 

vr QUESTION. Ile de Gerbi ou des Lotophages. 

Lors de mon passage de Tunis à Tripoli , il y a vingt-cinq ans , 
je me suis arrête deux jours dans Tîle de Gerbéh (i). Le territoire 
de cette île est le même que celui de Tripoli: il est sabloneux, 
et produit, comme lui, une grande quantité de palmiers. Les ha- 
bitans sont très - industrieux ; Foccupation des femmes est la 
filature de la laine, qu'elles exécutent très -bien. C'est pour ce 
motif qu^ elles laissent croître Fongle de leur pouce gauche , et 
que , quand il est parvenu à une longueur déterminée , elles y pra- 
tiquent un petit trou , au travers duquel elles font passer la laine 
qu'elles filent ; par ce moyen , elles obtiennent un fil égal et ré- 
gulier. 

Pour filer , les femmes et filles de Gerbéh se réunissent autour 

a 

d'un fossé assez profond dont elles occupent les bords ; assises au 
bord de ce fossé , elles y laissent descendre les fils qu'elles tordent 
et que leurs fuseaux entraînent jusqu'à une certaine profondeur ; 
elles les ramènent à elles avec une dextérité inconcevable; roulent 
les fils qu'elles viennent d*obtenir, et recommencent l'opération 
av£c une pareille facilité. Elles filent en se racontant y les unes 
aux autres , des historiettes , et en se raillant entr'elles sur le plus 
ou le moins de perfection* de leur travail. 

Je suis allé voir à Gerbéh un arc de triomphe qui est assez bien 
conservé. Autant que je puis m'en souvenir , il occupe le centre 
de l'île , et il fut construit en l'honneur de l'empereur Antonin et 
de son collègue Yerus , comme celui de Tripoli de Barbarie. 

On remarque à Gerbéh un autre monument qui attriste l'œil 



(73) 
et le cωr : c'est une pyramide en forme de bouteille , de la hau- 
teur d^envîron vingt-cinq à trente pieds , construite des têtes des 
Espagnols qui périrent dans le combat quHls soutinrent , Tan 966 
de rhégire ( i558de J.-G. ), sous la conduite de Médina et André 
Doria , contre les Ottomans dont Pyr-Aly et Gara Mostafa com- 
mandaient Tarmée, et qui eurent 18000 hommes hors de combat. 
Cette pyramide s^élève au milieu des sépultures de leurs vain- 
queurs. 

Les Gerhins parlent deux langues , TArabe et le Ghleux. Ils sont 
mal famés à Tunis et Tripoli ; car si Ton veut désigner un homme 
entaché d^avarice , on dit : c'est un Gerbin ; on flétrit encore de 
cette épithète ceux que 1 on veut traiter de schismatiques , parce 
que les Gerbins sont de la secte d'Aly. 

A la pointe de Pile de Gerbi , à Test , on voit un vieux château 
où je n*ai pu me transporter. Il porte le nom de Menaquès ou 
4e Af^/Mi4jr5(i), dénomination qui se rap]^ochc de celle de Meninx 
que portait antiquement cette île , dont le principal quartier est 
nommé aujourd'hui Médioiuia. 

L^endroit où se tient le jgouvemeur de Tile est à' une petite dis- 
tance du port. Il y a un souq ou marché couvert. Le port de Gerbi, 
qui ne peut contenir que de très-petits bâtimens , est situé au nord 
de nie, qui; au sud , est séparée de la terre ferme ou des sables 
de l'Afrique , par uii petit bras de mer peu profond que Ton peut 
facilement passer à gué , dans le beau temps. 

Caraçane du Fezzan , ou Itinéraire de Tripoli de Bc^barie à 

Morzouq. 

Deux routes conduisent au Fezzan : Tune ; celle du S. S. O. , 
longe la montagne du Ghariân ; Fautre , celle du S. S. E. , passe 
par devant Mésurate. La caravane de Tripoli de Barbarie , qui 

« 
II. 10 



(74) 
se rend à Morzouq , préfère la voie de Mésarate , quoique plus 
longue, parce que celle du Ghariân (i) est souTent infestée des 
hordes Arabes des deux tribus Ben-Soliman (2) et Ben-Oulid (3) 
qui viennent faire paatre leurs troupeaux sur le penchant du mont 
Ghariân. 

1^ Boute du Ghariân. 

Jonrn. facar. 

De Tripoli de Barbarie à Ben-Oulid . 4 '' 

De Ben-Oulid , à travers des montagnes , à Souknah 

qui est un grand arrondissement 6 » 

De Souknah ^ en traversant un désert nommé Beni- 

Yafen (4) ou Serir (5), jusqu^à un village nommé el- 

Mohabib (6) ôày » 

D'el-Mohabib à Traghân (7) n 4à5 

De Traghân à Timil-hind (8) 1 » 

De Timil-hind à Sebaha (g) » 8 

On se repose quatre jours dans Farrondissement de 

Sebaha. 

De Sehaba à Ghodouah (10). ............. 2 » 

De Ghodouah à Morzouq (11) 2 » 



^■■1 



Total 28 

On dit que Ton peut faire cçtte route en dix-huit jours. 



Il Cl <r 

*) u^^-sJi (10) bJ^ 

5) j/Jr- (11) ^)î 



l> 



(75) 
2* Boute par Mésurate. 

De Tripoli de Barbarie à Mésurate.(i) 6 » 

Je remarquerai quUl n*y a ordinairement que quatre 
jours de marche de Tripoli à Mésurate, 

De Mésurate à Ouaddân (2) 8 « 

De Ouaddân à Hoûn (3). i » 

De Hoûn à Saqiah (4) 5 » 

Pendant ces cinq Jours on traverse le désert de Sou- 
dait (5) ou le désert noù' , ainsi nommé à cause des cail- 
loux noirs et siliceux dont il est couvert. On dit, diaprés 
une autre version , que ce désert tire son nom de celui 
d^une montagne qui le domine , et qui , de loin , parait 
noire à cause des plantes ou des arbres qui y croissent 
en abondance. 

De* Saqiah à Sehaha 2 s> 

On remarque à Sebaha des ruines antiques aussi consi* 
dérables que celles qu'on voit à Lebdah (Leptis magna). 

De Sebab» à Ghodouab. a » 

De Ghodouah à Moifzouq 2 



- -i 



Total 26 



Q 



Quok|ue cet itinéraire ait élé dicté par le Caïd ou plutôt par le 
Bey du Fczzan» SidirMbkni, (le même dont M. Ritchie n'a pu par- 
venir à se rendre Tami:), on ne répond cependant pas de son exac- 
titude. 



(i) iLtp^ (4) Â^d Cette sucioii esi dînsî 

^ s^ nommée à cause d^ooe soapce «u fon- 

(2) Jby table oà Pm fient srdésaltérer. 



•• - * 



(3) ,.«»» (S) «^. 



(76) 



NOMENCLATURE des Villes et des Villages de la régence 

de Tripoli^ du couchant au levant. 



Couchant. 



jwJbuL ^^*X« La ville de Tripoli. 
àjJt^i El Menchie'. 
ipj^^ Qerqàrech. 

Zanzbur au Janzour. 



i^i^La^ Syadah. 

^\^\ ElMayah. 

LjJâ)t ElThouibîah. 

^Jjj^i El Zaouîah. 

dJlw.^1 OinrechahahoiiMar- 
' chana. 
tf ii^^ Qammoudah. 

dCLîo Bechtah. 
i)^^, Belouzah. 
àJ^j^\ ElHarchah. 



C^ 



u 



Sormân^ 



J^ls Qaïa. 

hy O^ Faqqas Nourah- 

Jjjî! Ezzil. 

^yy% Zenbarah. 

JLst^v Bou-aVëlah, 

djUaa: Khattabah. 

LLIi Fossato (montagne^; 

SUw dgjj^ Jado (ville). 

Jyjuuj^A^ Qoseir el-iM ( petit 

fort ). 

^j^lLxii Cha'bet el Morad. 



^Lw) Achbarah. 




^ Bouiçâ. 

^jj\ Zouâghah. 

^t^l Zoârah (salines). 

.1^^ Dahmân. 



Jilin el foqié ( d'en 
haut). 

dwJb^ Jilin lautié ( d'en 

bas )• 

J^llpk Gennaoul. 

bJùùS^\ Elklandiah. 

*• 

àaIO^ Elma'laqah. 



t* 




ij^y^ Mez^ourah. 
^l^ysrl Eljemmari. 

C^ Amezzou. 
j^pl Abraq. 

Qasr Benikhlef. 



(77) 
I 




^j Reqraq. 

iLftjl Temezd ou Mezdah 

(viUe). 



\ Amer. 



ijib Tanzaght. 

jUa^Ui Ommasfar. 

AjUj Baqqalah. 

AX^jb Bqiqilah. 

tfi^y«Jyj Tendemirah. 




•• 



jlLa. Jettalo. 
àld^y\ £1 Waraghmiah. 
A^Js^l ElKharibah. 
j,^\ £1 Qasr. 
.\.uJL«\ Amtioûl. 
.Lô^l ElHamrân, 
^..j;!^ j*^l ^Ja^ Qata* el MaLroi 
^j^ o>JaS Qata' Ben-O'oÛE 
jl Anziref. 



A 



UJbl Temzaye. 

^^^j9 Forsato. 

>\ dwj J^ Medinet Akyâou 

(viUe). 
j^yo Tartour. 

Torket. 




•** Taghith. 



• . • 




»• 



Oijj^\ El Jedidiah. 



•• • 



yoJeà Qotros. 
vJLJIja^ QoseîrelS 
s^\^\ El Chiab. 
Stl^ ZaVarah. 



f^U^Ù^ Medinet Nalout. 
^L^i .El Haasaye. 
^\y^\ £1 Ghazzâyah. 
•jj J Awazen. 
jijjtw Sighdar. 
dj] »a^ Harrabah. 



•• 



Lty^' Temenchaye. 
LjuI^ Tamzinah. 

Jl^! ÉlSowâleim 




(7») 

t^^l Joçh el Kehir ( Joch 
le grand), 
^^^ji/^jj^^-^çr') Joch el Soghaïr 

(Joçh le petit}. 
Chekchoukah. 



9 AiVkta 






r 



JuçJl El A'mid. 
A>»>w^o Jg Termissah. 
^lii-t Achfaye. 
^^l*>Ji1 Terdaye. 

ÀjyJi Zentootah. 
v.^^!* Walghath. 
dJLÂc) Za'frànal^. 

»^' Tatrelt. 
Yil Tcîala. 

LûJl» w^aJ»^ Qasr Bikasoem. 





•• 



^Uil El Gheuâm. 
À^ El A'!n3tiah. 



LLij^ iJj-^ El Hoidah (ville). 
A*;liA ElGhârfth. 



j^<jfit<a> Qasdour. 
*ts5«5î ElA'qibah. 

ï^J*5l ElA'zirah. 

A^j«)l ElA'ouinah. 
^^j**»»ix\ Bouhassein. 

^iLuI El Chelfàh 




U^ 



8J. 



<^Uiljl AoulâdA'ly. 

lils^ El iOialaïf. 
iw^:sr* Mejersâi>. 

^jy) £1 Roamîah. 

&^a.) Âhiah. 

•« 

;. *;. ■■■ >! ElMeçFdafc. 
^ ' " ■)'''\ s> KeUah (montagne). 
^1^ JAicha (îdem). 
LS=iJf Tekban (id«m). 
l?Lajî fi6ât(idem>. 
Jj^l El Mezaïq (idem). 
àLs^j) Bouljîteh. (ldem\ 
dSu^o A*mranah^éan) 

j^2/J Ifren (ufem). 
^i<Ma.. Hamouané. 




c; 



A^lp Braharaah. 
^W^ Zerqân. 



> 



JIa)! tl Qala'. 

-^.W! ElBakhaïkh. 

ialsjaj Terfetat. 

djU« Ma'ânah. 



(79) 



c;sr'j 



Ouissîn. 



^1 



• • < 




d^u Taghmah. 
u-^ Ternirait. 
Te2emzâït. 
-u^ Ghariân ( monta- 
gne qui contient 

cent-un rillageâ). 
Sud-Est. 



^j^^Xg. Ghedamés ( Véêk - 

cienne Cydamus ). 
àS=^i»^ Souknab. 




Sjj^ Morzok« Manouk, 
Morzôuk(i). 
•t^ Uîl ^\j^ Pesszân (qui contient 

ii% douze villages '^. 

^^ é>>^ J^ Oueddân ( qui en 

contient quatre), 

'^Jw w'Jw .^ Houn ( qui en con- 
tient trois). 
Hiyj Naffoudah ouNefFd. 



"^Jijv ^éwoulid (montag.). 
ij\is^\ ÊlJeffafah. 

iiytjî Térhôunah. 

]j\jlt, Chabbara. 
^1^3 Qammarah. 

foulages de VEst. 

^jLmi.4 Messellatah. 
. ^J^ Silin. 

ôJL^i ElRamlah. 
àX%%wXm/) Selisla. 

^ Vî«--^ Seîbilmâi». 
jj^l El Rouis. 

LLs^I ElJeninât 



•t 



Abdela'âty. 
l^U Tachechâoût. 
ij*^y Zeliten. 
J^Uî Sahel. 

5jJ Lebdah (£eptis 
Jl Êlkyriah, 



ma-* 






^^Jt) ^V^^ 



(I) Ou Morzonq. Foy. ci-dessus, p. 74^, note ii. 



'(8o) 



«» 



&Jl«S\ El Ghalbah. 

« 

ftpLsr^l ElJebâbrah. 
ÀJu i^=d Kemanah: 




^JlsL Khefoufah. 
j^n^jU Bariozouhi. 
a^]^ Benjeha. 



ôjlj^^.^ Mesrâtah ou Mesu- 

rate. 
d^jj) £1 Daghmah. 

^ Nefd ( ville antique 
sur le bord du dé- 
sert\ 
o^o.MAâk Hassoumah. 



^ 



à^]y Tawarghah. 
UaJLw Sultan. 



-^U^\ Benghazy. 

À^p^l ElRahbah. 

L^l ElGhout. 
Ài^lâkj] Rahamah. 

^j)\ ElMerj. 
àJnJi) Boutrabah. 

\j^^^jjj] El Rouissât. 

ri-k**-4*rjj Bersis ( peut - être 

Bérénice), 




•• 



•y 






LT 



(^Êm^^^Ê^^^ 



*J.l 



Taoukarah ( Teu - 

chris). 
El Taïr el Hamar ou 
Sir el Hamar. 
Haloulah. 

Ben-Nechnech. 



àJj.x)] ElMedinah. 

dJûi.^1 Augelah. 

Jla^ Jalo. 

i^sr^) Jakharah. 




àjji Deniah (Demis). 
àJjj\ ËIBonbah. 
jLi-^JljJ^ Ras el Helal (cap), 






•t 



[J^ 



iloL 









•♦ • 



Tobroq (Tabruc). 

Tolmiatah ( Ptolé 

maïs). 
Khanafes. 

A^nbassah. 

Qrennah (Cyrènc). 
Boujërar. 

£1 Agbah. 
Siwah (Oasis) « 

Saou. 
AngeUnah* 



(8i ) 



>%»»%»»% »»»»%%»»i»»»%»»(%»»%r»**'w<^«*^**^^^**'**********^<^*»<»i*»»»»>*»»*< 



\ 



ITINÉRAIRE 



DE 



CONSTANTINOPLE A LA MECQUE, 

BX3E1IT D£ l'oOTIAOB TVBG IHTlTUli : 

KITAB MENAS3IK EL-HADJ^lv^U-s^^ 

(UYEE.DES PBliRBS ET DES ciaiÊMOIflES KBLATIVKS àXJ til^fJJfAQE), 



D£ EL-HADJ MEHEMVEO EDXB BEK MEHEMMED , DEaYICHE , 



ia3>(i8i6-i7); 



TRADUIT PAR M. BIANCHI. 



AVANT-PROPOS. 

Jj'IniiÉaAiaE saivant a été traduit et extrait dW ouvrage turc intitulé : IGtal 
menassik el-Hadf\ ou livre des prières et des pratiques religieuses qui s^'observent 
durant le pèlerinage de la Mecque. Ce traité , composé , en Tannée de Thégire 
1093 ( ï68a), par un pèlerin musulman nommé Mehemmed Edib ben Mehem-' 
med derWcb, a été imprimé par ordre du govrememeilt Ottoman , en ia3a 




dans les environs du temple 9 Fouvrage de MebemmfBd Edibrenfenne une des- 
cription historique et géographique de tous les lieux situés sur la route que par- 
court la caravane, depuis Constantinople jusqu^à la Mecque. Cette route tra- 
verse en partie FAnatolie et la Caramanie , toute la Syrie , en suivant la rive 
droite de TOronte , FArabie-Pélrée , et le Hedjaz ou rArabie-Déserte. 

II. II 



(8a) 

Notre auteur , pour ce qui concerne la direction des chaînes de montagnes et 
le cours des fleuves et des rivières , n^est pas toujours d^accord avec les géogra- 
phes connus ; ce qu^il dit à cet égard se ressent trop souvent des idées supers- 
titieuses des Musulinans et de leur peu de connaissances actuelles de l'histoire 
et de la géographie. Cependant les distances ont été généralement indiquées avec 
soin. L^auteur entre dans des détails assez étendus suroi grand nombre de dé- 
signations peu connues , et de villes même qu*on chercherait en vain dans nos 
dictionnaires géographiques les plus complets ; il indique souvent la nature do 
sol et du climat ; fait connaître les produits naturels et industriels , le nombre 
des édifices modernes et d'utilité publique , ainsi que le nom de leurs fondateurs 
etrépoque de leur construction , les eaux thermales et leurs propriétés cura- 
tives, les passages dangereux; les abtmes, le cours des torrens, la nature des 
chemins , les curiosités locales et d'autres rensei|(demens encore, que Ton n'ob- 
tient jamais exactement que des écrivains du pays même. Mous regrettons que 
Tauteur n'ait pas indiqué plus souvent Torientation ; c'est là une des lacunes les 
plus graves de cet Itinéraire, 

M. Barbie du Bocage , dont la science et la Société de Géographie déplorent 
la perte récente , a enridii cette traduction de notes savantes propres il faire 
connaître le rapport des désignations modernes avec les noms de la géographie 
ancienne. Ce travail ^ interrompu par la mort de M. Barbie du Bocage , a été 
continué par M. Jomard» Nous avon^ nous-mêmes cru devoir ajouter quelques 
notes explicatives des termes orientaux peu connus de la généralité des lecteurs, 
ainsi que des éclaircissemens que l'obscurité du texte turc rendait indispensables. 
Nous ne nous sommes fait aucun système particulier pour la transcription en 
caractères Européens des noms Arabes , Persans et Turcs; l'orthographe que 
nous avons cru devoir préférer à cet égard , a été , autant que possible , celle de 
Mouradja d'Ohsson. Quant aux noms des différentes désignations géographi- 
ques, nous les avons également exprimés avec les caractères de la langue origi- 
nale. Quelque foûrle texte nous a laissé des doutes sur le sens précis de certains 
passages ; dans ce cas , nous avons prévenu , par des notes particulières , que la 
traduction que nous en donnions était plus ou moins hasardée. 

N'ayant pris, du livre de Mebenuned-Edib , que la partie purement géogra- 
phique et descriptive , nous prévenons les lecteurs que ce travail doit être moins 
considéré comme une traduction littérale que comme un simple extrait de l'ou- 
vrage auquel il appartient. 

« 

Lorsqu'il s'agit de contrées où les voyageurs Européens ignorent le plus sou- 
vent la langue du pays qu'ils parcouri'nt , et où le fanatisme et la cupidité oppo- 
sent des obstacles presque toujours insurmontables à leurs savantes explorations, 
on peut penser que les relations des écrivains du pays , toutes imparfaites qu'el- 
les sont , peuvent encore fournir à la science des données aussi utiles que nou- 
velles. C'est en considérant ce document inédit, sous ce point de vue, que la 
Société de Géographie a pensé qu'il était de nature à i*ù e partie du Reqieil de 
ses Mémoires. 

BlANCBI. 



(83) 



%,^/»«>«i^tt»«.i««>^%%«/» %<i<»%%^%%.%%^i/fcV%^V%>»».^>^%^»/^^^V^^^i 



ITINERAIRE 



DE 



CONSTANTINOPLE A LA MECQUE, 

EXTRAIT BB l'oUFRAGE TURC INTITULÉ : 

KITAB MENASSIK EL-HADJ ^\ v*X-l^ ^\:;^ 

(livre OB5 PAICKES ET DES CÉEÉMOlflBS EILATIVCS kV pAlERIHAGE). 



DEPART DE SCUTARI. 

Li^NTENBANT OU dépositaire du trésor (i) , les officiers de sa 
suite (a) y et les pèlerins musulmans , en partant de Gonstantino- 
ple , etïectoent leur passage à Scutari , en différens corps. Sui- 
vant Toccuirence, ils s^arrétent quelques jours dans cette dernière 
ville , et continuent ensuite leur route par Kartal , dans le voisi- 
nage d^. Mal-tepè aj^JU 



(i) Le sarrè-emini, dont le départ (a) Les saccas-bachîs, soiu -officiers 

a liea tous les ans , le i a de la lune de des janissaires; 
redjeby cinq mois avant la Kte des 
sacrifices. . 



(84) 

Kariai. Kartal est un bourg, situé sur le bord de la mer, à trois heures 

J^j^ de marche de Scutari^ renfermant un grand nombre de maisons 

^3 beur.de Scutari. et de boutiques , deux djamies (i), un khan (caravansérail) et un 

bain public. L'air y est doux , les fruits y sont abondans , mais 
Teau (potable) y est rare. Celle qui coule devant les djamies est 
assez légère. De Kartal à Guegbuzè , on passe successivement 
par le petit village de Pendek s^Xj (2) , par Tendroit appelé 
Tchàïri-Soultân jUJL ^U ( la prairie du Sultan ) , et après 
six heures de marche depuis Scutari , on arrive à Guegbuzè. 

Guegbuzè (3) , nommé originairement Guilk-Iazi ^^jb >jjJK' ( le 

Irait de plume ou V écriture de la plume) ^ est une petite ville (cas- 

è6b. de Scutari. gaba)^ à troîs heures de marche de Kartal, sur le golfe de Nicomé- 

die, bâtie sur le penchant d'une élévation éloignée de deux fersekh 
(parasanges) de la mer (4). 



Gttegbuxè. 




(i) ADciennemenl tous les temples 
musulmans portaient la dénomination 
générale de mesdjid Aac**** ( lieu d'a- 
doration ) , d'où on a fait dériver les 
noms de meschita en italien , et celui 
de mosquée en français. Il s'est depuis 
établi deux distinctions qu'il est essen- 
tiel d'indiquer pour ne plus y revenir 
dans cette traduction. On entend par 

le mot Djaœie ^ V ^'^ temple du pre- 
mier ordre bâti par un sultan ou par 
un grand personnage., et dans lequel 
on prile pour le souverain et on célè- 
bi^e l'oSice public des vendredis et des 
deux'Baïrams ;' tandis qu^ les mesdjids 
ou mosquées ne sont que descbapelies 
secondaires ou succursales dans les- 
quelles on ne peut faire que les prières 
du jour. 

(a) D'Anvilie nomme ce lieu Pan- 
tiki , et il est appelé Pantichium dans 
les historiens de la Byzantine. 



(3) D'Anvilie et d'autres voyageurs 
et géographes désignent cette ville 
sous les noms de Guebizè ou Guevizè. 
D'Anvilie croit que c'est l'ancienne 
Lybissa , mais M. Leake en fait l'an- 
cienne Dacybitza du Bas-Empire. 

(4) Le passage suivant , extrait d'un 
des ouvrages de Hadji-Khalfa, donnera 
une idée générale des mesures géogra- 
phiques anciennes et modernes , em- 
ployées par les Turcs : « Suivant les 
anciens , dit - il , tels que Batlemios 
(Pttflémée ) et ses adhérens , le degré 
terrestre est de ^a fersekhs ^^ (pa- 
rasanges ) V9 , la parasange de 3 mil- 
les J-j* y le mille de 3ooo zira5ftj«> , 
le zira de 32 pouces , et 1« pouce de six 
grains d^orge de moyenne grosseur pla- 
cés, dans le sens de leur épaisseur, 
l'on à côté de l'autre. D'après cette 
estimation, un degré terrestre est aussi 
de 66 milles '/a. La parasange, esti- 



(85) 

Conquise par le sultan Orkhan, cette ville doit à la munificence 
de Tchoban Moustapha pacha , Tun des vizirs du sultan Soliman, 



mëe en ziras, étant de gooo ziras, le de- 
gré terrestre, sur le pied d^ane marche 
modérée , est de trois merhalès m^ 
(journée de marche), le merhalè de 
8 parasanges , la parasange , sur le 
pied d'une marche modérée , se par- 
courant dans une heure de temps, il 
résulte que Tespace qu'on peut fran- 
chir ainsi dans une journée est d'envi- 
ron a4 milles. En mer, quelle que soit, 
à raison des vents, l'incertitude des 
trajets , les marins ont reconnu que 
sur le pied d'une marche modérée on 
ne pouvait pas faire plus dé 60 milles 
par jour. 

» Suivant les modernes ( Mutéa- 

khkherin ^^V2» ), le degré terrestre 
est de 19 parasanges moins un neuviè- 
me , ce qui porte ce même degré à 56 
milles et */i , le mille est de 4ooo zi- 
ras, le zira de a 4 pouces , et le pouce 
de six grains d'orge de moyenne gros- 
seur, placés Tun à c6té de l'autre, dans 
le sens de leur épaisseur. On voit, par 
là, que la différence qui existe entre les 
anciens et les modernes , est de trois 
pour le nombre des parasanges ( qui 
composent le degré ) , et de dix pour 
celui des milles ; mab cette différence 
esi plutôt apparente que réelle , puis- 
que, dans U^ deux indications, le nom- 
bre positif des nulles ne représente 
qu^une seule et même chose ; MMiement 
le zira , selon les anciens , étant de 82 
pouces , et de a4 1 suivant les moder- 
nes, ils diffèrent entre eux, à cet égard, 
de 8 pouces : mab la parasange étant , 

II. 



dans le premier cas , de 9000 ziras , et 
de laooo ziras dans le* second, il ré- 
suite que la quantité de milles, dans 
les deux cas , forme toujours trob pa- 
rasanges, et que les pouces sont, com- 
me dans la première estimation, de six 
grains d'orge de moyenne grosseur. 

» Il y a aussi des différences dans la 
manière d'évaluer les menzib ^^ (sta- 
tions) et les merhalès, suivant la na- 
ture de la niarche ; si cette dernière est 
lente comme celle d^une caravane ou 
d'un corps de troupe, le merhalè est ap- 
pelé muutedil J X»a tempéré^ et le degré 
se compose de trob merhalès: tel se- 
rait, par exemple, l'espace parcouru , 
dans un jour , de Constantinople à 

Biuk-Tchebnedjè te^s^Jf^ (Pon- 
te grande ) ; si le merhalè est un peu 
plus accéléré il est dit mutevesit lwy>y 
moyen^ et se compose des deux tiers du 
degré : tel serait l'espace parcouru , 
par un cavalier allant an pas alongé , 
dans un jour , de Constantinople à Si- 
livri ySj^ « eo&sï , si la marche était 
encore plus prompte et qu'elle se corn» 
posât du degré terrestre entier, le mer* 
halè serait dit d'un degré : tel serait 
l'espace parcouru dans un jour, par 
un voyageur allant de Constantinople 
à Tchiorlu ^j^^ H résulte de là que 
le merhalè peut dtre d'un tiers de de-» 
gré , de deux tiers de degré t et d^on 
degré entier. » 

Hadji-Khalfa, Introd. géographe aux 
guerm marUimes. 

1:» 



(86) 

réléyation d'une djamie , bâtie en pierres , Tëtablissement d'un 
collège (medressë) et la fondation d'un imareth (i). 

La djainie renferme des lampes de jaspe , suspendues à la ma- 
nière des lustres. On y voit un coran écrit en caractèresïakoutis (2). 
Guegbuzè contient en outre d'autres djamies; des marchés nom- 
breux, des boutiques, des bains publics et des carrefours. L'eau y 
est rare et de mauvaise qualité. Ou la tire avec des roues hydrau- 
liques (dolabs). Ghichman-Ibrahim pacha est parvenu , en creu* 
sant des puits, à la réunir sur un point d'où elle se distribue dans 
les bains de la ville. Fazl-UUah pacha et le cheikh £Tias y sont 
enterrés dans des monumens particuliers. Guegbuzè dépend du 
Uça (3) ou gouvernement militaire de Kodja-Ili. 

U existe deux chemins de Guegbuzè au Pas-de-Dil J^ ; l'un 
n'est que d'une demi -heure de marche , mais il est difficile et pier- 
reux. En venant de Guegbuzè et descendant en face par Dil , on 
arrive, dans une demi-heure, à un village nommé Hersek. L espace 
entre Dil et le côté opposé est de cinq milles. Sur le chemin de Dil^ 
on trouve les endroits appelés Tcheurektchi-Oglou-Tchechmèssi 
^^iJL:^Jdj\^^jy^ (la Fontaine de Thcurektchi-Oglou); le Ro- 
cher loumrou , et Touzli-bounar j^^jy ( la Fontaine salée ). 
On passe au côté opposé sur des bateaux et des maonnes (grosses 
barques qui vont à la rame et à la voile). Il ne faut pas trop se 
presser dans ce trajet , de crainte d'accident. On trouve sur le ri- 



(1) Hôtellerie où les enfans des 
écoles et les étadians vont prendre 
leur nourriture. 

(a) Parmi les diverses espèces d'é- 
critures arabes , celle qui porte le nom 
de son inventeur Iakouti est de la plus 
grande dimension : chacune des lettres 
est d'environ un pouce de hauteur. On 
peut juger par là quel doit être le vo- 
lume d'un coran écrit de ce caractère. 
M, Frazer, voyageur anglais, a trouvé 



en i8aa , à Cochoum dans le Khora- 
san , des feuilles d'un semblable coran 
très-remarquable. Voy. the Asiatique 
Journal of London for nooember i8a5 9 
pag. 56a. 

(3) L'empire Oltn-«an est divisé en 
vingt-six «oavememens généraux (èïi- 
lets vJlJM) composés de cent soixante- 
trois provinces ougouvememens mili- 
taires ( livas y ). M. d'Ohssoîï. 



Hertek* 




(87) 

vage en face un vieux khan en ruine. Ce dernier est à trois heures 
et demie de distance de Guegbuzè , sur le golfe de Nicomédie. 

Hersek est un petit bourg compose de la djamie deZareh-Âhmed 
pacha , d^un bain public , de quelques maisons et de boutiques. 
Le sultan Mehemmed , dit le conquérant , s'en empara en Pan-* 
née 862 (i458) (i). Comme ce bourg est situé au milieu des ma- 
rais , on le traverse dans Tespace d'une demi-heure , sur une 
chaussée. Le khan est dû à la munificence du sultan Selim. Ce lieu 
dépend du liva de Codja-Ili. Ici , le Mutesarref , ou commandant 
militaire du liva , est dans Tusage de se mettre à la tête de la ca- 
ravane des pèlerins , et de Tescorter jusqu'à Ak-Chéher. Entre 
Hersek et Iznik, on rencontre un petit village appelé Derbend , 
habité , en grande partie , par des chrétiens. D'Hersek à Derbend 
(le défilé), le chemin est difficile. Deux heures avant d'arriver à 
Iznik, on trouve les eaux appelées Kirk-Guetchit %JUa/ Jyî (3) (les 
quarante gués), et les lieux nommés Murg p^ (l'Oiseau), et Pacha- 
Tchaïri (la Prairie du Pacha). 

Iznik ( Nicée ). Cette ville , qui est à dix heures ie Hersek , fut 
conquise , en l'année 781 (i33i) (4) > par le sultan Orkhan. On 
raconte que son premier constructeur fut Sam fils de Noë. Cette à lob^^ciê Herset 
cité; florissante et célèbre du temps des Empereurs grecs, est 
maintenant en ruine. Sous le règne des Césars, on y rassembla trois 
cent soixante religieux , qui réglèrent les articles de la Foi Ghré* 



Derbend (i). 



IiniL 



(i) L'année julienne on grégorienne 
indiquée sera toujours celle dans la- 
«pielle a commencé l'année turque; 
quant h. la date dont il est question , 
nous pensons ^^'elle doit être anté- 
rieure au moins d^un sieu« 

(a) Ce village , appelé aussi Kiz- 
Derbind, a été observé par M. Brovme 
h 4o« Sa' de latitude. B. du B. 

(3) Kirk-Guetchit ( le Dracon); c'est 



probablement à cause de ses nom- 
breuses sinuosités que les Turcs lui 
donnent le nom des quarante gués* 
Nous remarquerons dans la suite que 
d'Anville donne ce même nom de 
Kirk-Guetchit à la rivière de Koremoz 
qu'il appelle aussi Carasou, 

(4) Iznik a été observée par M. 
Browne à 40» 91' 3o'' de latit 

B* d. B9 



(88) 

tienne (i). Iznik est maintenant une petite ville renfermant des 
djamies , des khans , des bains publics et des marchés. L'air y est 
pesant et mal-sain. Sultan Orkhan y a ëlevë une djamie sur rempla- 
cement d'une des églises, et y a fondé un imareèi. Cette ville con- 
tient en outre le tekiè ( couvent de derviches ) et la mosquée de 
feu Echref-Zadeh , ainsi que la tombe de ce saint , qui est devenue 
un lieu de pèlerinage. On voit aussi dans cette petite ville , les 
tombes des princes Kenduzalb , Charah , Kaïè-Ala-Ëddin-Assoud 
et du mollah Khaïali. Iznik possède dans son voisinage un grand 
lac dont Peau est fort douce et dans lequel on pêche une espèce 
de poisson de la grosseur d^un demi-empan , dont on fait sécher 
une portion que Ton exporte dans les pays voisins. La partie in- 
férieure de ce lac confine au village Meklik (2), et se décharge 
dans la Mer Blanche (la Méditerranée et les mers avec lesquelles 
elle communique directement). 
Lefkè. Lefkè est une petite ville , à onze heures de Iznik ; renfermant 

^iCi) un bain public , un khan , et une mosquée bâtie par Iskender pa- 
iiiheur. deisnik. cha. Elle dépend du liva de sultan Euni (3). Sultan Osman s^en 

empara, en 780 (iSyS). On y trouve de la soie de première qua- 
lité. Les chemins environnans sont difficiles. C'est dans le voisi- 
nage de Lefkè que coule le fleuve Sakariè A^tliL. (4). Ce dernier, 
qui sort des enviro|(is de Séïdi-Gazi^se dirige d'abord directement 
au nord , passe sous un pont au nord d'Eski-Chéher ; là il prend 
le nom de Poursouk- Souï ^.^^Jj-jjj (5), se joint ensuite à d'au- 



(i) L^auteur désigne ici le premier 
concile de Micée , en SaS. 

(a) Ce lieu est désigné sur presque 
toutes les cartes , sous le nom de 
Kemlik. 

(3) L^ancienne Leucse. Ce lîva , qui 
dépend du grand gouvernement ou 
Eïalet d^Anatolie , a pour chef -lieu 
Caradjè-Chéher, et se trouve sous le 
commandement d^un gouverneur géné^ 



rai qui est pacha à deux queues (Mir^- 
miran ). 

(4) Le Sangarius. 

(5) Poursouk sign^^ blaireau; c'est 
aussi le b^»* <i'un vaste désert sablon- 
ueux qu'on trouve au N. de la mer d'A- 
ral et au N.-E. du Sir-Derïa , au N. 
de Bukhara et au N.-O. de Samar- 
cande. 



(89) 

très rivières, coule à Torient de Sugut ; puis , s^ëcartant de nou- 
veau de cette direction , il passe sous les ponts de Khandak et de 
Guivèh f et se jette enfin dans la Mer-Noire. Le Sakariè est un 
grand fleuve. Près de ses bords, on trouve la vallée appelée Tchel- 
teklik-Wadi. Entre Lefkè et Sugut, on rencontre un petit village 
nommé Yezir-khani, contenant quelques maisons > un bain, un yeiir-Uiani(i). 
khan et une mosquée , provenant de la munificence de Kupruli- ;\^y . 
Mehemmed pacha. Le fleuve dont il a été parlé plus haut ; coule 
sous les murs du village. 

A deux milles de Sugut, on remarque un dôme qui couvre le tom- 
beau du guerrier Hertogroul-beg, père de saHautesse le sultan Os- 
man , fondateur de la dynastie Ottomane. A la mort d^Hertogroul 
beg, qui eut lieu en 687 (1288), le sultan Ala-£ddin , de la race 
des Seldjoukides, remit à Osman l'étendard et les queues de che- 
vaux,et lui désigna Sugut et ses environs pour lieu de résidence (2). 

Sugut ( le Saule ) est une petite ville à neuf heures de Lefkè , § ^ 
renfermant des marchés , des carrefours , des bains et des mos- s^JL 
quées. On la nommait, dans Forigine, Sugutdjik o^^ (le iQh.de Lefkè. 
Petit-Saule ) et Sifsaf ^^Jâio ( mot arabe qui a la même signifi- 
cation). Le sultan Amurat I*' s^en empara en 765 (i363). Ce lieu 
est renommé pour ses raisins confits et ses cufters-soudjouks 
( pâte faite avec des amandes et du miel ). C'est dans cette ville 
que Jahïa pacha a fait élever un petit monument. Sur la route 
on voit le cimetière dit des Frères (3). 

£ski-Chéher ( la Vieille-Ville ) (4) f est une petite viUe située _. ^ -.. . , 
dans une vaste plaine , à dix heures de Sugut ; on y fait la prière a r | 
du vendredi dans deux grandes djamies , dont Tune fut bâtie par .^^^ "^su 
Ala-Eddin ; et Tautre par Moustapha pacha. Eski-Chéher ren* 

(i) M. Leakc croit que «'est l'an- (3) Cet endroit est désigné , sur la 

cienne Agriliom. B. du B. carte de M. Lapie , sous le nom de 

(2) Ce lieu est regardé , par Thlsto- Bech-Kardachler ( les cinq frères )• 

riograpbe turcSaad-£ddin, conune le (4) L'ancienne Dorylœum. 

berceau de la monarchie Ottomane. B. du B, 



(9o) 

» 

ferme en outre d^autres temples du second ordre (i) , des mar- 
chés f des khans et des thermes ou bains d^eau chaude naturelle* 
Il s'y trouve un petit puits dont Teau est d'une qualité supérieure. 
Les melons y sont excellens. Par Teffet de la volonté du Très- 
haut , cette ^dlle est souvent arrosée de la pluie. Les khans et les 
marchés sont séparés des autres habitations. Elle dépend du liva 
de sultan Euni. Ce fut en 687 ( 1288 ) , que sultan Ala- Eddin 
concéda et transmit , en vertu d'un diplôme , l'autorité de cette 
ville à sultan Osman. Les tombes vénérées du cheikh Zadè-Bali 
et de Ghahab-Eddin-Chehrwerdi^ y sont devenues des lieux de pè- 
lerinage. La rivière Poursouk coule dans ses environs. Entre cette . 
dernière et la ville, à trois heures de distance, se trouve un village 
appelé Ak-viran j'^^^j' (les ruines blanches). Au sud d'Eski- 
Ghéher est Seïd-Gazi ; au nord, Keuïnik ^jXj^^ et Sugut ; et au 
nord-ouest (2), In-Euni ^jti^j. Les pèlerins s'arrêtent un jour à 
Eski-chéher y payent les journées des muletiers, celles des Yk- 
kams (3), et distribuent des bakhchiches (4)* 
Seïd-Gaxi. Seïd-Gazi (le prince guerrier) (5), à neuf heures de Eski-chéher, 

^jU ju^ est un édifice vaste et considérable , recouvert en plomb, sur une 
à 9 heures de Eski- élévation formant le tombeau du guerrier Battal-Aboul-Hassan- 
Chëher. Abd-OulIah-el-Antaki, situé près de la ville et non loin d'un khan 

bâti sur la grande route.Ge bâtiment fut élevé par la mère du sul- 
tan Ala-Eddin le Seidjpqkide ; elle même y est enterrée. Dans les 
environs, 3e trouvent d'autres fabriques qui servent de tombeaux 
à quelques sei^^ur^ qui étaient fils de Mikhal. On rencontre un 
peu plus loin 9 une dj^niie couverte en plomb , des cellules , un 
piedreissè ( collège ) , des ]ieni^ d'hospitalité pour les voyageurs , 

^]; un b^ p^bUc , mpAUioens de la munificence du sultan Sélîni. 

* 

(f) Po/,l4 note ci-dessus, pag. 84. (4) Don »-ppûsé volontaire , eç- 
(a) J'ai cru devoir rectifier ici quel- P^^ ^® pour-boire réclamé aussi sou- 
ques erreuw d'oriiînUtion trop évi-^ ▼«»* «^ 0"e°* V^'"^ Europe, 
dentés. (5) M. Leake croit que c'est Tan- 

(3) Mercenaires chargés d'attacher ciefine Santabaris. B. du B» 

les bagages et les bétes de charge^ 



(9« ) 

Des derviches Bektachis occupent les cellules et le tombeau. Sur 
un terrein uni de cette ville (i), on trouve de nombreuses sources 
d'eau chaude naturelle , au - dessus desquelles on a construit une 
voûte et un lien pour se deshabiller.il y a deux bains particuliers , 
l'un pour les hommes , et l'autre pour les femmes. A Textrémitë 
des jardins de Eski-chéher, et dans un lieu situé à dix heures de 
distance du territoire de la ville , on voit une autre source d'eau 
chaude naturelle. On recueille , à sa surface » une substance 
grasse qui s'y forme ; et quelquefois on retire une ou deux tasses 
de cette matière, qui ressemble à de l'huile bouillie. Seïd- 
Gazi dépend du liva de sultan -Euni. Entre cette petite ville et 
Khosrew-Pacha , on trouve un village nommé Bardaldi , compo- BardaUi. 
se de quelques maisons , d'un khan et de boutiques. Non loin de Ji^%^ 
ce dernier, existe un endroit appelé Karlapa-Bogazi yCj^y.^j^ 
(le détroit ou la gorge de Karlapa). 

Khosrew-Pacha, à 9 heures de Seïd-Gazi, nommé également Kosrew-Pacht (a). 
leni-Khan, ^U.^, (le Nouveau-^Khan ), est un petit bourg com- \JL\jjjmg^ 
posé de plusieurs khans, de deux djamies, dont l'une est une an- à 6 b. de Seïd-Gan. 
cienne église , d'un bain , de quelques maisons , et de mar- 
chés. On y fabrique de beaux tapis. L'air y est pur. Entre Kho- 
srew-Pacha et Boulavadin , il existe un petit village nommé 
Bîât ol^ (3) composé de quelques maisons , et dont un ruisseau 
arrose les murs. De ce dernier à Boulavadin, on rencontre un 
' passage difficile et dangereux désigné sous le nom de Inler^ t (les 
Cavernes ). 

Boulavadin , à douze heures de Khosrew-Pacha, est une pe- ^^^^^n «). 

(i) Nous voy~« par le mot de Cas- (3) M. Lcakc pense que c'est Tan- ^ p^}^^^ Ko»rew- 

saba^ dont Tameur se set%, noor la cienBeados. B.duB. 

première fois, en désignant la réunion ^^^ D'AnvUle est d'avis que c'est 

de tous CCS édifices, queUe forme une r^eîenne Dmia, mais M. Leake 

petite ville. p^ng^ ^^ ^iç^t l'ancien Polybotum. 

(a) AL Leake croit que c'est Tan- B, ijxB, 
cienne Prymnesia. B. duB. 



(90 

tite ville composée de quelques maisons , de marchés , de bains 
^ publics , de khans et de trois djamies, dont la première porte le 

nom de Sinan Pacha-Djamissi , la seconde celui de Cheikh-Dja* 
missi , et la troisième celui de Hadji-Effendi-Djamissi. On voit 
à Boulavadin un grand pont de 54o pas de longueur , bâti par 
sultan Sélim. Cette jolie petite ville dépend du Liva de Kara- 
Hissar , elle abonde en melons délicieux et autres productions 
recherchées. Des colonnes de pierres élevées sur la route , indi- 
quent les limites des Sandjaks de Konia et de Kutahïa. 
ishaciî. Ishacli , à huit heures de Boulavadin , est une petite ^ille 

^l^s^t sur la grande route, renfermant une djamie, un bain et un khan, 
à 8 h. de Boulavadin. bâtis par le sultan Ala-Eddin , des maisons nombreuses, des vi- 
gnes, des jardins et des eaux courantes. Uair y est pur et les fruits 
abondans. Ishacli dépend da liva de Ak-Chéher ; on y trouve une 
fontaine appelée ïagli-bounar ilC» iêU ( la source huileuse). 
' ^ Z ^ ' Ak-Chéher (la Ville- Blanche) , à huit heures de Ishacli, pe- 
y<ro tite ville composée de marchés, de rues nombreuses , de khans , 

a 8 heur, de Ishacli- • j. . ^ . j • j • j- . 11 ^^ 

de djamies, et entourée de vignes, de jardins et d eaux courantes. 
Les djamies y sont au nombre de trois : celle du sultan Soliman , 
celle du sultan Ala-Eddin, et celle de Hassan-Pacha. Il y existe 
cinq bains publics. L'endroit qui porte le nom de Biiïuk-Tekiè , 
(le Grand-Couvent), offre une promenade incomparable : on y 
voit plusieurs écluses au milieu de vertes prairies, coupées par des 
canaux , d'où sMcoulent des eaux nombreuses. Les derviches du 
couvent, qui sont Mev^levites (2), y suivent les pratiques de leur 
ordre. Le sultan Mehemmed s'empara de cette ville en 817, 
(i4i4)- I^s cendres de Khodjah-nassreddin (3) et celles de plu- 

(i) D'Anville croît que c'est Tan- KoamM sarnommé Molla Hmikîar ,>^ 

tienne Aviochia ail Pîsîdîam, et M- mort à Conïa en 672 (1273-74 )• 

Leake l'ancienne JuU« ou Juliopolb. (3) Nassereddin-Khodjah, person- 

B. du B. nage dont U célébrité est devenue po- 

(a) Le fondateur de cet ordre de pubire chez les Turcs par rorîginalîté 

derviches est Djelal-Eddia-Mewlana de son caractère, de ses bouffonneries 



(93) 

sieurs personnages célèbres y sont déposées. Entre autres tombeaux; 
ceux de Nimet-Oullah , Weli-Ul Nedjil^ani , d'Hakhi Ouran , et 
de Kurd-Emir, sont devenus des lieux de pèlerinage. Un roi qui 
passa par cette yiUe , en remarquant la quantité prodigieuse de 
fleurs blanches qui Tenvironnaient , crut devoir la designer sous 
le nom d^Àk-Chëher, (la ville blanche); dénomination qu^elle a 
conservée depuis. Elle doit à la pureté àe Pair qu^on y respire , 
la possession d'un château que le sultan Amurat y fit construire, 
k>rsquMl se rendait à Bagdad. Ak-Chéher est le chef- lieu même 
du liva de ce nom ; , on trouve dans ses environs un lac très-, 
poissonneux. Entre Ak-Chéher et Ilguin, il existe un petit 
village, composé de quelques maisons, et que Ton appelle Erkad- Erkad-khanî. 
khani. J^^j^ 

Ilguîn , à neuf heureo de Ak-Chéher, est une petite ville qui se liguîn. (i). 
compose de carrefours , de quelques marchés, du khan de Rous- {j^^} 
tem-Pacha , du bain public dit Tchiftè * Hammami , bâti par le^sh.deAk-Ghéher. 
sultan Gaïas-Ëddin, de deux djamies; Tune de feu Moûstapha 
Pacha, et Tautre, qui est une ancienne église, porte le nom de 
Dorgoud-Beg(2). Ilguin dépend du liva de Ak-Chéher. L'air pen- 
dant Tété y est très lourd. A un mille de la ville , on trouve une 
source d'eau chaude naturelle , dont Tefiicacité est de guérir la 
paralysie et la lèpre. A l'entrée d'Ilguin, on voit un grand lac dont 
Peau est très-douce, et dans lequel on pèche diverses sortes de 
poissons. Là se voit aussi la fontaine de l'infortuné Ibrahim Pacha; 
et sur le chemin Cadin-Khani ( le khan de la sultane), ainsi qu'on 
autre petit village composé de quelques maisons , et que Ton 
appelle Arslan-Keuï (le village des Lions). On pense générale- Arslan-Ke^f. 
ment que ce nom lui vient des figures en pierres , de.cet animal , ^S:^ J^j' 

et de ses répartes quelque fois spiri- (i) MM. d'Anville et Leake croient 

tnelles, mais le plus souyent obscènes et que c^est Tancien Philomelinm. 
de mauvais goAt Nassreddin-Kbodjah B.duB* 

naquit à Sivri-Hissar jL«â^ \S^y^ S (^) Officier renommé de la marine ^ 

près d^ Angora . Ottomane, tué à Malte en g6o (iSSa). 

II i3 



(94) 

qa*U y avait de distance en dUtance. On trouve aussi sur cette 

route , deux endroits appelés Balkam'$ouï ' ( feau de Balkam ) » 

et Baliche-Keuprossy ( le pont de Baliche. ) 

iadik{i). r I-adik , à dix: heures d!Ilgum , nomme également Lazekièï- 

>^Si Karman ^ly l^ji ( Lazekîè de Caramanîe ) , lorgan j^jf, , et 

1 10 h. de iiguin. SaM-Ili ^,t^>-Jw , est: ^ne : petite justice, municipale ( cazà U* ) 

composée de ïnarcbéd , 4e bains publics ; de kban& et de djamies. 
L'air j est pesant. Qa ypitdans ce lieu une source dont Tead 
est très-firoidie. !> premier silttiliat (pofte-épée) du sultan Murad 
y a fait construire une fontaine ainsi qu'un khan que Ton nommé 
Dpkouzli. A ' une heute de : distance , dans la montagne , on 
ti«ouv/s ukke autre source appelée Donli-boûniar (la fontaine 
glacée ) ; dont Teau est très-douce. Ladik dépend du liva de 
Koniè et est situé, sur le bord de 'la petite. rivière appelée Zin- 
gui-souï wSr*,:5^=^j* 
Kôniè (a). : Koniè ( Icpnium), à onze heures de Ladik, lieu entouré d'eaux 
è^y courantes , de vignes, de jardins, et d'un endroit appelé Sin-Me^ 

à II heur.de Ladik. '^^'M^i»[;-^/r' (^^ Contentement des désirs ). On trouve dans ce der^ 

nier un joli bain^ prné d'un jet d'eau qui s'élève à une hauteur 
prodigieuse, et au sujet duquel on a composé le distique turci 
suivant: 



^ 



JL»U vJ3 AaK^ JSI Ji, àJLjjyLfjj} 



« Son jet élancé atteint la route éternelle : entre dans le bain de Meram , 
» ô loi qm veux aller en paradis! ». . > 

Koniè est une grande ville renfermant de beaux marchés^ des car- 
refours, des bains publics et desdjamies. Une haqte muraille y a été 

•^ ■• • ■ . .• 

(i) L^ancienne Laodicea Combosta. observé |»ar Niebnhr k 3j^ 5a* de la- 

B.dnB, titqde* < B.duB. 

(a) L'ancien Iconfaun, Koniè a été 



éiévée , et percéede doùae portes , en .619 (1222)^ sema le ri^t 
d' Al9*Ed4in , fils de Ksucobad , fils de Gàias-£ddki , «k ^e KâiV 
Khosrcw le Seldjoukide , et aux frais de KilidfrArsI^n. Cette inu- 
raille est maintenant en ruine. En deçà, est une djamie du susdit 
Ala-Ëddin , où ce prince est entéi^. Kqniè possède en outre six 
bains publics , dont quatre en; dedans de^a muraille , et deux en 
dehors. Cette ville , qui est le chef-Jieu même 'du lira de ce nom, 
fut conquise, dans la ^5^ a^née de Th^gire (7o4)« Originairement 
le siège du gouvernement des anciens Grées, elle retomba, après 
la première conquête , au pouvoir des Césars , fut délivrée de 
nouveau en 681 (1282) (i), par Davoud , fils de Sulcïman-Katou^ 
moiich, et en&i enlevée à Karaman*Oglou en 794 C1392), par 
Uderim-Baïazid (2) , époque où elle ia fait définitivement partie 
de l'empire Ottoman. 

Ce lieu produit des abricots de Pespèce recherchée , appelée 
Fakhr-Eddin (3) , ainsi que la fleur nommée Debbag-*Tchitcheguî, 
(fleur des Corroyeurs), qui sert parti£ulièremei>tàla teinture dek 
cuirs» On visite , à Kouiè , les tombes de plusieurs piersonnages 
célèbres, entre autres celles de Mevrlana-Djelal-Eddin-Rourniv db 
sultan yeled-Cheikh*Kerim-£ddin, de SèM-Burhan^Eddin ^ et de 
Tchelebi-Hassan-Eddin. Un coffré qui se trouve dans labibliothè'» 
que de Sadre-Eddin , et qui renferme le froc de derviche d* Ah* 
dulkadir-Guilani, y est également Tobjet du respect religieux ; mais 
c'est surtout la tombe de Mewlana-Dfelal-Eddin (4) qui inspire 
la plus profonde vénération. En face , et dans un endroit retiré 
les derviches Mevirlevites s'acquittent le vendredi des pratiques 
instituées par leur fondateur. Le tombeau de Mewlana est dû à la 
munificence et à la piété de Guedik- Ahmed-Pacha. Dans le voisi- 

(i) Noos pensons qa*ii y a ici er* (3) Abricot-pèche, JlfdAimyIrmmâ- 

reur et qu'on devrait lire la date de cum majus. 
io65 de J.-C. (4) Fondateur de Tordre dea Der- 

(a) Bajazet I*', snmonuné Ilderim riches Meivleritest F. la note, p. g6. 
rÉcIaîr. 



(96) 

nagé de ce monument, se trouvé uife djaihie à deux minaref^V 

bâtie par sultan Sélim. Mewlana-Djelal-]^ddin*Roumi ; liaqûit' à 

Balkh , vëcut 68 ans, etmourut en Fannée 662 de l'hégire (1264)* 

Les eaux de Konie, qui proviennent d'un montagne voisine, se dis^ 

. tribuent dans la ville, eh passant àtravers 3od conduits. Les diverses 

branches des ruisseaux qui coulent au milieu des vignes' et des jar* 

dins^ forment^ en descendant , un' lac' qui est lui-même entouré de 

montagnes. Les pèlerins s'arrêtent un jour à Koniè , y paient les 

muletiers, et distribuent des bakhchiches. 

i«imi(i). Ismil nommé autrement Kerdè-Belijb»^, à douze heures 

J*<^' de Kôniè , est une très-petite ville située sur la grande route , 

^ lih. de Koniè. renfermant des marchés , des khans et des djamiés. Elle dépend 

du liva de Koniè. Ses habitans font beaucoup d'accueil aux pè- 
lerins de la caravane. La rar€té de Peau provient de ce qu'il n'y 
cri a pas d'autre que celle qu'on retire des puits. On trouve en 
partant de' Koniè , deux chemins ^ l'un est celui d^f smil , et Pau- 
tre celui du Village de Kudji ^?^« Gc»nme le premier est diffi- 
cile , on préfère le plas souvent celui de Kudji en allant à Kara- 

Bounar. 

Les eaux qui se trouvent abondamment répandues sur la route 
d'Isniil ', en rendent le trajet des~ plus fatijgans y cela n'empêche 
pas les Pèlerins dé suivre cette route de préférence. Il existe entre 
Ismil et Ka'ra^Bounar , un endroit connu et pénible à franchir, 
appelé Ilki Bouroun jj^^^.- celîeu est dangereux ëtsablonneux. 

Depuis Koniè jusqu'à Erekli , la route n'offre qu'une plaine. 
C'est dans cette dernière qu'est située Ismil.' Lors dés' inonda- 
tions , la plaine entière est submergée , et si dans le même temps 
le lac de Koniè vient également à se déborder, tout le liva d'Ismil 
ressemble alors à une vaste mer. On assure qu'autrefois la plaine de 
Koniè n'était autre chose que la nier elle*méme. En face d!lsmil 
sont les montagnes appelées Fudul-Baba-Dagleri yjjd^ V^ Jj^ f 

(i) D'Anyilic croit que c'est Fancienne Psibela. B. da B« 



U7) 

( lea montagnes de' Fudool^Baba , qui tirent leur noïn d^un per- 
sonnage fabuleux ) ; elles sont entièrement dépourvues d^arbres 
et offrent à leur sommet un bassin dont Teau ne diminue m 
n^augmente et qui sert à désaltérer les animaux. 

Kara^Bounar ( la source noire ) , à neuf heures d^Ismil , est Kara-Boonar (o « 
une petite ville renfermant des eaux d^une grande pureté , des .Ûl» sJ 
maisons nombreuses , des bains, un' loiareth, et une Djamie en 19 heures d*lsmii. 
pierres à deux minarets, bâtie par suhait*SuleïiQan. Kara-Bou- 
nar était , avant Koniè , la capitale du sultan Ala-Eddin ; elle 
fut conquise en 862 (14^7)9 sous le règne du sultan Mehemined. 
Il s'y fabrique des chaussons dé laine de première qualité. Elle 
possède une petite forteresse , et dépend du liva de Koniè. On 
trouve en partant de Kara-Bounar , à gauche dû chemin et à en- 
viron à trois milles de distance de cette ville , une saline qui 
fournit de* sel tout le canton. Dans les environs à droite de la 
route , est un passage dangereux ajppelé Coum-Boumou ^ i^/jS 
( le promontoire de sable ) (2) ; il s'y U'ouve un réservoir destiné 
aux besoins des voyageurs; À droite de Coum-Boumou , on ren- 
contra un abîmé. , 

Erekli , à douse heures de Kara-Bounar ; son ancien nom est Erekli (3). 
Erekli de Garamanie. On est ici à moitié chemin de la route des ^<^f 
pèlerins (de Constantinople.à Damas). Erekli est une petite ville & » keur. de Kara* 
dans laquelle se trouvent des djamies , des mosquées et vingt- ^°^^' 
deux quartiers. Caraman-Oglou Ibrahim -Beg et Ghehab-Ed- 
dine , y ont fait construire chacun une djamie. Le dernier est 
enterré dans celle qui porte son nom. Cette ville renferme en 
outre plusieurs khans , deux bains publics , des marchés et des 
eaux nombreuses. Celles qui coulent dans ses environs ont une 

(1) M. Leake croit que c'est Tan* lement le nom de Guiden gudmez, 

cîenne Barate (Badoém). B.du B. mots: turcs qui signifient : « celui qui 

(a) M. de Nercîat , qui a parcouru 7 va n>ii revient plus. >* 

ce canton , croit se rappeler que Ten- (3) D'Anville croit que c^est Tanh 

droitdont il est ici question porte éga- cienne Ârchelais ; mais M« Leake 



t 



t 9»^ 

vmiu pëtxsfiantc » «t Ton nel) en œuvrei les pierres qai. en xiBat- 
tent Lesrmuraiilçs qdi-jadb èbtouraieiit la yille ^ ëtàicôit de terre : 
elles ont été «ntièréideDi> reêcixstrahds. Le tenriton^e d^Erekli , 
produit une grande Tarïété :de iryib.- H est recoonu* qa'il y existe 
quatt^i-Tmgt-idi^ espèces^ différentes de poivesl AbouUFêtfa sidtan 
Meheanmed ^ >(*dit- le qpèré^de la Victoire) (i) s^en eihpaitâ en 86a 
it/fSj)* On y: vint ailssi la djamie de KiKdj Arsha, surnommée 
Tancienne djamôè. fOëtte tille dépend du iira de Koniè ; ses eaux 
jaillissent du pibd-^ d'une iinolitagne appelée Erdoust wX^j^.l Dès 
rinstant que ces dernières diminuent à leur source^ie trajet devant 
la ville devient iinpraticable. Dès ië temps du khalife Eùmér-el- 
rouk (2) (Omar)^ ' ErèUi ^fut , du consentement iHaàmt de 
tans / transfonnée en Yafcf ou fondaJdon pieute des deux villes sa^ 
crées, la Mecque et fit éd&le.* On y voit un pont qui porte le nom de 
Tchàvouchb Kenpraissi Les pèlerins s'arrêtent ordinairement un 
jour dans iCeA eùdroit, et y paient les jouniécscdes muletiers , sans 
être toutefois tenus* de Jeur .donner des ' bakbbhiches. 
Olou'Kichia. OIiou-|[ichla ( la grande résidence d'hiver ) y à neuf heures 
^^j' d'Erekli, est un gros village composé d'une djamie ,^ de deux 
à 9 heur. d*Erekii. khaw^ de boutiqiies et d.e fnaisoti9 nombreuses. Il dépend du 

livad'Adaiia. OA reikiarqûe dans Ce lieu le khan de Meheftimed 

pacha , et sur la roul!e liii endroit Appelé Kiafir-Sindi (3) » aitisi 

que la forteresse nommée Guelik, située sur le sotnmet dVne 

montagpae. Cette place. fût prise, en 872 ( 1467— r68) , sous le 

règne du sultah AboùKFeth Mehemmed Khan. > 

TcheaehKiuin Tchefteh^Khau à neiïf heures d'Olou-Kichla» Ce lieu r^fiferme 

jU. è:i^ deux khàos et dépend dû Jiva d' Adana. U existe dans son voisi- 

à 9 heur, de Ouiou- nage Une source d^eau chaude naturelle. Le chemin est pierreux 

et difficile. On trouve ici un endroit escarpé appelé Sandikli 

* 

pense que c^est rancieane AreliaUa.- (a) EUarooq yj^j^^^ celui qui esl 

Erekli a ëlé observé par Niebohr à doué d^nn grand âscemement pour 



37'* 3o! de ktitude. . B« du B, dialingver lé bien du md. 

(i) Mahomet II. (3) Ces mots/qui signifient en tare 



(99) 

^Jiiy jû^ dqnt une rivière arroge les mars. D^ins les entirons , leâ 
défilés des montagnes offrent quelques viU^es d'ioii Ton apporte 
du pain léger et du beurre t frais que l'on yend aux pèlerins* On 
y voit aussi une jolie i^ésidejuce d'été rappelé&Tekirii ou Tanrili- 
ïaïlak ^^f^jfj à laquelle ou nef parvient qu'après avoir passé 
deUx ponts. En pàrjtaht de Tcliefteh-Khan , pour se rendre au 
ïaïlak de Ramazan-Oglou, et en passant les eaux du Kirk-guetdbit 
( les quarante tt^jeis ) 6ur un pont de pierres; ctn arrive à la foh- 
taine dite Gheker--Baunar. ^l^^ i s6.urce: renommée et dent le 
nom indique la douceur de ses eaux qui l^ùllispnt du {Âed d'nne 
montage. A une demi-)onrnée de marche de Tchefteh-Khan , le 
Kirk-guetchit se grossit, paçse sous le pont blanc Akr-Keupru y et< 
va joindre ses eaux à celles de la rivière nommée Karasou >^«^i 
(la rivière noire) (x). C'est après avoir traversé le pont dont nous 
venons de parler, que Ton descend au ïa'îlak de Ramazan-Oglou. 
De Tchefteh-Kban jusqu'à Tchakid^ le pays ne présente qu'une 
suite de montagnes et de forêts. . 

Irfflak de Kamazan - Oglou , à neuf lieues de Tchefteh - Mak jc lUmaian- 
Khan , ' Èe conipose d'un Iduin et des maisons d'été des habi^ Ogiou. 
tans d'Âdana^ qui y séjournent avec leurs familles , mai» c'est vJ^'c)^j 
surtout durant la saison du printems que, ce lieu est agréable et : s^\f. 
fréquenté. L'air y est excellent. Ce làïIak dépend du liva d' A • M **• 4?. "^^""^ft*^- 
dana. A droite du chemin et «ur le sommet de la montagne f se 
trouve la forteresse dé Doulek ^j^ ; et non loin de là, la gorge 



V Infidèle a éié déJoiL^ rappellent prpba-^ 
blement quelque avantage remporté 
dans ce lien sUr les Chrétiens. 

(i) Suivant la carte de D' An- 
ville , la rivière de Kîrk-Guetchit est 
la mtme que celle. appdée Koremoz 
et Carasou, et elle prend sa source 
près de Kaisariè, Tancienne Céaa- 
rée de Cappadoce, pour se jeter 
dans TEuphrate. Cette rivière ne peut 



donc être la même que celle dont il 
est ici question ; néanmoins il est dit 
que cette dernière va joindre ses eaux 
à celles du Kara-sou.Sans doute cette 
rivière de Karansou est encore diffé- 
rente de celle qui passe à Kaisariè 
cette ville devant être éloignée d'envi- 
ron trente lieues de Tchefteh-Khan* 

B. du B. 



Tchaked. 



qui porte le même nom (i). Il existe aussi dans ces montagnes 
plusieurs cavernes, ainsi que des mines d'or, d'argent et de 
cuivre. Divers khans ont 4té bâtis dans les intervalles qui sépa- 
rent ces dernières. On y trouve deux endroits aj^lés 5ultan- 
Khani ^U jUJL et Sari-Achîk Jfit^^U, C'est par ces derniers 
que la caravane passe en hiver pour se rendre à Tchaked , en été 
elle se dirige par Derbend. 

Tchaked est un khan , à orne heures du laftlak de Ramazan 
Ogiou , au pied duquel coule la rivière du même nom. On y voit 
11 h. du laiîiak de dcux autrcs khans , appelés , l'un Tchaou(^-Khani: JU, i.U et 

llamazan-Qglou. . i • , ^ ' {jr^v 

l'autre Kiz-Olouk ^jjyy* L eau de ce dernier est très-froide. Sur 
les sommets des montagnes, on aperçoit les ruines de plusieurs 
châteaux. 

Des villages qui sont dans les environs , on apporte des com- 
mestibles et diverses sortes de fruits, que Ton vend aux pèle- 
rins. Les chemins sont difficiles. On voit encore ici un khan 
bâti par Baïram pacha. Deux routes conduisent de Tchaked à 
Àdana , Tune est appelée Karga-Kesmes^^^-^^i^ ( l'Inaccessible 
aux Corneilles) , et l'autre It-ïelmez jA^Ji^.' ( l'Impraticable aux. 
Chiens ). On ne parvient à Adana qu'après avoir franchi la mon- 
tagne. £n suivant le premier chemin , on évite le trajet de la ri- 
vière de Tchaked ; tandis que par le second^ on la traverse près 
du khan qui porte le même nom pour arriver à Adana; mais 
dans ce cas on se trouve dans la nécessité de passer l'eau plu- 
sieurs fois. 

Adana, appelée originairement Ardena U^.t, à neuf heures de 
Tchaked , chef-lieu'd'un Eïalet (gouvernement-général), demeure 
à 9 h. de Tchaked. Ordinaire d'un pacha à deux queues , possède un château. La cons- 
truction de cette ville, commencée par le khalife Rachid, fut ter- 
minée , après la mort de ce dernier, par son fils Mehemmed. Le 



Adana (a). 



(i) Cette gorge ou Derbend était 
appelé autrefois Ciliciae-Pyla;. 

B. duB. 



(a) L'ancienne Adana. Adana a été 
observée par Niebuhr à 36<> 69' de la - 
titude. B. du B, 



( lOI ) 

fleuve Sihan jWcr' / qui est le KizU-Ermak (i), coule sous ses 
murs. Adâna est une grande justice municipale (cazsLUâ), ren- 
fermant un medressè (collège) et une djamie, bâtie par Piri pacha, 
ainsi que d^autres temples , des bains publics et de beaux marchés, 
Elle est le chef*lieu même du liva de ce nom , et fut conquise, en 
891 (i486), sous le règne du sultan Q|jfazid. On y remarque entre 
autre une jolie djamie , bâtie par Ramazan-Oglou , dont Parchi- 
tecture est décorée de briques émaillées (2). Piri pacha , qui était 
de la famille des Ramazan • Oglou, a rebâti la forteresse et coust 
truit un bain public. L'excessive pesanteur de Pair qu'on respira 
dans cette ville oblige la plupart des habitans à passer Tété dans 
les iaïlaks. On a élevé sur le Sihan un grand pont avec deux en- 
trées, où des receveurs perçoivent un droit imposé aux marchands. 
Des moulins construits avec art garaissent les bords du fleuve. 
I^e Sihan ^\ -jl - ^ ' , qui sort de la montagne de Kormouz 
W^J^ , dans le voisinage de ICaïsariè ^^j^ ( Césarce ) , coule 
d'abord sous les murs de cette ville , et passe ensuite devant Tcha- 
ked ; le , il prend le nom de riçière de Tchaked ^.^^ ^^iU. ; passant 
peu après par Aïas ^Ul , il se mêle aux eaux du Djihan jla^ (3) 
et va se jeter dans la mer de Roum ou la mer Blanche, entre 



(i) Ce Kizîl-Emiak ,. appelé aussi 
Slh^ , et qui est le Saros des anciens 
( VùY* Procope, De Mdif,^ lib. v, cap. 
5 ; Xenohon ; Anabas, lib. i , cap. 4 ; 
Tite-Live, lib. xxxui, cap. 4i* /f «'» 
rien de conunan avec le Kizil-Ërmak 
on Halys qui se jette dans la Mer-Noire 
ou le Pont-Euxin. B. du B. 

(3) M. de Nerciat qui a vu plusieurs 
de ces temples , assure que les couleurs 
dominantes de ces briques émailliées 
sont le bleu lapis , le jaune, le noir^ et 
qu^elles sont souvent chargées delettres 
dont Tarrangement, qu'on peut mo- 

II. 



difier à volonté, forme des inscrip- 
tions. 

(3) On craint qu'il n^y ait ici mé- 
prise parce que le Sihan ne passe pas 
par Aïas du bord de la mer , mais il 
pourrait y avoir un autre Aïas dans les 
terres ; et si le Sihan et le Djihan 
mêlent leurs eaux , ce ne peut^tre 
qu'au-dessus d^ Adana : car à partir de 
cette ville , Us prennent chacun une 
direction contraire pour se jeter à la 
mer. Il est vrai aussi de dire que le 
Pjiban ouPyramus a changé de cours^ 

B. du B. 

14 



( Ï02 ) 

Aïas etT^ersoas. Les pëlerins s^arrétent un jour à Adana , y paient 

les joumée§ des muletiers et distribuent des bakhchiches. 

McMîs (i). Messis, à six heures d^Adana, sur le Djihan, se compose de 

^jr*^ deux forteresses , situées Tune en face de Tautre ; la première est 

à 6 h. de Adana. appelée Kufr-Bîna b^ (Tabrique des Infidèles), et la seconde 

iua-^ Messissè. On a ëlcvé «n pont en pierre sur la rivière qui 
coule entre ces deux forteresses. A Tune des extrémités du pont , 
du côté d^Adana , il existé un collège tombé en ruine. Suivant la 
renommée , ce lieu est celui des sept stations. On voit en face un 
autre fort, airisi qu'une djamie , un khan et les maisons des soldats 
de la garnison. On dit que ce lieu renferme les tombes vénérées 
de cinq prophètes. 

Messis est le chef-lieu même du liva de ce nom. Elle fut con- 
quise en l'année 84 de l'hégire (708). Il existé, dans son voisinage, 
. une montagne àM>eléc'DjéBel-Elnourj^lJ^ (la montagne de la 
lcunJ*rcJ,"^ans laquelle on trouve de belles hyacinthes , diverses 
autres sortes de fleurs et de la mandragore de la plus belle espèce. 
Cette montagne s'étend depuis Messis jusqu'à la mer. Le nom du 
fleuve Djihan J^ob^, prononcé par le peuple se change en celui de 
Djihan-Souïi ^j^^^ifi^ l la Rivière du Monde ). Cette dernière 
prend sa source à Elbestan jlx^t , et se joint ensuite au Sihan 
jUj^- (2). On perçoit également ici un droit sur les marchands. 
Entre Messis et Kourd-Koulak, il existe , sur la droite de la grande- 
route , un vieux château ruiné , appelé Chah - Meran ^1^ »Ul, que 
Ton dit étre^rempli de isprpftna a* ^jw Ton aperçoit de la route. 
Sur w^méme chemin , en entrant dans la vallée, on découvre un 
espace immense dont la vue ne peut atteindre le terme. C'est des 

(i) L*ancîenne MopsuesUâ. et ûc fait point communiquer cette 

B. du B. rivière avec le Djihoun. Tontes deux, 

(a) Ici notre auteur ne s^accorde ^^^ ^ carte , coulent presque parallè- 

nullement avec d'Anville. Ce géogra- lement jusqu'à la mer où elles ont des 

phe place El-Bestan , ou suivant lui embouchures dilEérentes. 
£l-Boustan , aux sources du Seihoun 



^ ( io3 ) 

villages de cette vallée que Ton apporte du lait , du pam et autres 
comestibles , que Ton vend aux pèlerins. Ce chemin offre une 
peïite assez difHcile. Dans le voisinage de ce château et en des- 
cendant une élévation , on arrive dans la vallée appelée Tchokour- 
Ova tfjtjjAa^ ( la Yallée de la Fosse ) ; c^est une vaste plaine > et la 
demeure ordinaire des Turcomans. Ces lieux , du reste assez dan- 
gereux , produisent de bons chevaux et des tapis recherchés (i). 
On prétend que le sage Locman (2), en parcourant les montagnes 
des en nrons , y découvrit un nombre considérable de médica- 
mens précieux. . ' 

Kourd-KouFal (rOreiïle dulioup), à neuf heures de Messis , Kourd-Koulak (3). 
est un grand khan renfermant le lôgement.d'un aga et les mai- Jj^ ^jy 
sons des soldats ou gardiens. Ce lieu dépend du liva de Messis. à 9 h. de Messîs. 
L'air en été y est pesant. On y voit en. outre le khan de Baïram 
pacha. Le chemin est sablonneux. Entré Kourd-Koulak et Païas 
sont ^ tués les lieux . appelés Tiniour-Kapou \^j^ ( l^"- pont de Ta-* 
merlan) (4), Bournaz-^Keuprissi ^^«jjjf vU.jj (la por;e de Thomm^ 
au grand nez), et sur le bo^ti de la mer, Uzir^j» (Esdras), appelé 
autrement Matàkh j^. Timour-Kapou est .une voûte bâtie en 
pierre, sous laquelle on passe. Le chemin qui y conduit est un peu 
boisé et dangereux. On fait également payer ici un droit aux 
marchands. 

Païas , à onze heures de Kourd-Koulak , est une petite [ville ^^*** ^^^^ 



LT' 



•V 



(i) Je pas3e ici une fable des plus dont la conformité arec celles é'Eso- ^ " * ^^"J^' ^« ^^'^"'^ 

absurdes sur le prophète Daniel et pe a fait croire longtemps à Tidentité 

range Gabriel des deux personnages. 

(a) Personnage célèbre chez les (3) L'ancien Tardeqaeia, suivant 

Arabes , et sur la naissance duquel les d'Ânviiie. B. du B. 

historiens . orientaux ne s^accordent ^#v ^ -rv . vr ,% 

g^ . j . -1 ^. • (4) t)u Demir-Kapou ( la porte de 

pas. Un croit cependant ou u était es- - ; , * îi ■ . «r 



■ f.i.- • . . • ï fer), les Âmamcse Pylœ smvant M 

clave JtLthiopien et contemporain de , , -n « -n 

¥\ • j /^ 1 • *. •!. j Leake. B. du B. 

David. Un lui attribue un grand nom- 
bre de sentences et d'apologues qui f ^) D'AnyiUe croit que c'est Tan- 

expriment la plus haute sagesse et tienne Baiae. B.duB. 



' ( ïo4 ) 

située sur le bord de la mer , renfermant des dj amies , des kbani^ 
et défi marchés bâtis en pierres. Au milieu deTun de ces derniers, 
se trouvent deux grands khans, situés Tun en face de Fautre, et à 
l'issue de la rue^ un bain et un château. Uair est ici très-pesant 
Païas abonde en oranges , citrons, grenades » raisins et diverses 
autres espèces de fruits. Des marchés bâtis en pierres, des khans et 
une djamie ont été construits par Sakouli-Mehemmed pacha connu 
sous le nom d^Ibrahim-Khan-Zadeh, Tun des vesirs du sultan Su- 
leïman. Le liva de ce lieu est Messis, qui dépend d^ Alep en Syrie. 
Entre Païas et Beïlan, il existe , sur le bord de la mer un endroit 
appelé Sakal-Toutan, jl^y» JUL^ où Ton voit un château en ruine. 
Le chemin en est difficile et pénible. On trouve sur le som- 
met de la montagne, un autre fort, appelé Merkez^)5^ (le 
centre ) , auquel on n'arrive qu'après avoir passé le défilé de Ba- 
^grafi-^Befî )^,tr>j»^, (i); il y a ici une garde particulière. On voit 
dans ce défilé un joli village appelé Ilik v^^XJb. , où Feau est fort 
rare. Païas possède un laïlak incomparable. Iskenderoun «jmjJjI») 
(Alexandrettc) (2), dans son voisinage , est également située sur 
le bord de la mer. Cette petite ville se compose d'un château , de 
quelques maisons , de boutiques et des habitations des Consuls. 
Le château a été bâti , du temps du khalife Vasik , par Ibn-Abi- 
Davoud. Iskenderoun, qui dépend de la Syçie , est le port de 
la ville d'Alep. 
Beïian (3). Beïlan, à neu f heures de Païas ^ est une ville assez considéra- 

.tJL> ^9 renfermant des khans , des bains publics et des maisons 
àt9 heur, de Païas. nombreuses. L'air y est pur , et Feau très-douce. On trouve dans 

cette ville, qui dépend d'Alep , des kufter-soudjouk renommés , 
du raisiA et diverses sortes de fruits. Le khan a élé bâti par le 
sultan Suleïman, et la djamiê, par sultan Sélim. On perçoit dans 

(i) Ici senties Pylae Cilidœ. B. d. B. (3) Eeïlan a élé observée par Nie- 

(2) L'ancienne Alexandria Cataïs- ^"^^y ^ ^^o 3o de latitude. B. daB, 
son. B. du B. 



( io5 ) . 

telle ville un droit sur les marchands. Les environs offrent de hau- 
tes montagnes et un château appelé Bedri-Gafir^^jjj. 

Karamata-Khan, appelé communément par le peuple, PalamatKaramau-Rhan. 
Khani JU iwil, est un grand khan situé à quatre heures de jU. Ja^tjî 
Baïlan. Ce lieu , malgré la difficulté du chemin, possède un village i 4 h. de Beïlan. 
dans sa dépendance. 

Antakiè (Antioche); à quatre heures de Karamata-Khan. Les Antakiè(i). 
murailles de cette ville ont été élevées à la même époque que iJMi\ 
celles de Messis et de Hamah , par ordre du prince Antakious à 4 h. de Karamau- 
(Atitiochus) , du temps d^Alexandre-le-Grec. On assure , dia- 
prés une tradition populaire > que ce personnage étant tout-à- 
fait privé, durant les nuits, de la jouissance du sommeil, et ayant 
appris des docteurs, que le climat de ce pays disposait à dormir , 
y bâtit la ville de Antakiè , afin d^y jouir de cette faculté qui 
lui manquait. La circonférence de cette ville est de douze milles ; 
ses murailles , qui s^aperçoivent à une grande distance , sont 
percées de sept portes , dont trois donnent sur T Assi ( TOronte ), 
qu'il faut passer pour y pénétrer. Ce lieu abonde en eaux 
douces des plus excellentes. Le fleuve est couvert d'un grand 
nombre de ponts bâtis en pierres, et ses rives garnies de moulins* 
Antakiè est une très - grande justice municipale ( caza ) , renfer- « 
mant plusieurs djamies, des mosquées, des bains publics , des car-^ 
refours et des marchés. Habib-Ul-Nedjar est enterré dans ces 
lieux. Près de sa tombe en est une autre , où Ton prétend que re- 
pose Hazret-Chim'oun ( Saint-Simuu ) (2), et où If^s fidèles vont 
en pèlerinage. On visite également dans une des parties du bain 
qui est près du marché , le lieu où sont déposées les cendres de 
Sacca-Mehemmed-Effendi, Tun des cheikhs d'Ibrahim-Edhem. La 
forteresse embrassant un vaste espace, en partie bois^ et garni de 

(i) Antiochla ad Orontem. Anta* (a) Les Turcs ont en vénération 

kiè a été observée par Miebohr, à plusieurs saints do christianisme. 
36» la' de latitude. B. duB. 



( to6 ) 

broussailles, s^élère à droite età gauche de la montagne dont elle 
couronne la crête. 

Antakiè a été prise dans la i6^ année de Thég. (637). Cette ville 
dépend d'Âlep eq Syrie. On dit. que la montagne appelée Likiam 
^Si, qui est dans lea environs d^ Antakiè, se joint an mont Liban lU^ 
qui est près de Damas, et que le Liban communique lui-même avec 
une autre montagne qui se trouve dansiç voisinage d'un bourg nom- 
mé Eredj. zf' P^^ ^^ 1^ sainte ville de la Mecque.. Le fleuve Assi 
^^U^ se nomme également N«trtOreiitiij!^(X)ïonte) etMagh^ 
lo.ub s^Jju^j^ (le subjugué); le nom d'Assi ^^W (le rel^elle), dontié 
à ce fleuve , lui vient de U i^cessité où l'on s'est trouvé,, pour ali-* 
menter d'eau certains endroits , de la faire monter à l'aide de 
machines préparées à cet effet. L'Assi , qui prend .sa àource dans 
une caverne , au village de Ras ^j ,. entre Hams ^ya^ et Baalbek 
N^tClio , coule d'abord, par l'ouest, dans le lac de Couds yjj^u^.(i)i 
passe sous un pont , dans les directions de Hams et de Hama l^ , 
se jette , par Chigour v^ (2), dans le lac d'Ifamiè J^A^l^t (3\ 
ressort de ce dernier en passant par Derkiouch \)^^\^ et Bjesre- 
Hadid Jj j^^^^mo. ( le Pont de fer \ tourne à l'ouest devant Anta<^ 
kiè et se jette enfin , àSuediè ajjjj^, dans la mer de JRoum ou 
la mer Blanche (la Méditerranée }. L^Assi , réunissant dans son 
cours les rivières de Menia uu^, d'Afnn ^j>,y^j^ ^t de Bagraki 
s^^J^.jV (4) ) devient lui-même un fleuve des plus considérables. 
Plusieurs endroits , comme.nous Tavoxiâ déjà, dit , . sont alimentés 
d*eau à l'aideiU mathiuLs li)diaullqae& On assure que c'est d'An* 



(1) Cèst le m£me qoe d'Anvilie 
nomme Bahr-ul-Kades ou lac saint. 

(a) D'Anvillé écrit Shizar. 

B. du B. 

(3) La ville Soh ce lac tire son nom 
était jadis , sons celui d^Apamée, Tune 
des plus célèbres de ces cantons. C'é- 
^itlà, dit Strabon, que les Seleucides 



avaient établi lairs haras et Fécole 
de. leur cavalerie Le terrain environ^ 
nant abondait en pâturages.et nourisr 
sait jusqu^à trente mille cavales, trois 
cents étalons et cinq cents éléphans. 

(4) D^Anville n'indique exactement 
aucune de ces rivières. 



( 107 ) 

takiè que JésilSHGhrist monta au .ciel. Les pâerlhd s'arrêtent un 

jour dans cette ville > y paient les journées des muletiers et les 

Ykldains. 
Zembakiè , désigné également sous le nomdeNamiè a^U (i) » est ZembaUè. 

k stept heures d'Antakiè. Il n^ a dans ce lieu qu'un khan ; mais les aJU; 

environs offrent beaucoup de villages d'où Ton apporte des vivres i 7 h. d'Antakîè. 

que Ton vend anix pèlerins. Le fleuve Assi coulé également dans 

cetei^roit; qui abonde en olives- et en figues excellentes. 

CSiegour , nommé autrement Chizer j)^, à douze heures de chegour (a). 
Zembakiè ^ . sur T Assi. On y voit un grand ' pont bâti en . ^il 
pierre. Ce- lieu est* une -peéie ville renfermant àtB djandies, désàiah.deZeinba]u( 
khans, des bains publics, des carrefours et des marchés nombreux, 
ainsi qu'un château dans son voisinage. Parmi les djamies de cette 
ville , on remarque celle de Mehemmed » aga , Tun des officiers 
de la maison du sultan , et une seconde ainsi qu'un khan , dus à 
la munificence de Keupruli-Mehemmed pacha. Chegour est en- 
tourée de jardins plantes de nombreux grenadiers, qui produisent 
des fruits excellens. On y trouve en abondance la fleur niloufer 
yji^ (nénuphar, lis d'étang), ainsi que du poisson en grande 
quantités Ce lieu , qui fut jadis la capitale dé Hatem-Taï/ prince 
célèbre par sa générosité , a été enlevé aux Grecs par Aly-Ben- 
Makleh-*Sedidul-Mulk. Cette ville, dont les chemins sont diffi- 
ciles 9 est de la dépendance d'Alep. ' ' ^ 

Medik , à douze heures dé Chegour sur l'Assi , est une très- Medik. 
petite ville , renfermant uhe djamie , un kharl , des maisons nom- o^,^ 
breuses et un château. Elle est dans la dépendance de Hama. Le à lah. de chegour. 
château est situé sur le sommet d'une montagne , au pied de laquelle 
on trouve un khan , et non loin de là, un lac qui abonde en pois- 
sons. Il y a, entre Medik etHaina, deux endroits, dont l'un est une 

(i) Ce lieu- serait- il celui nommé (a) CeUe ville est Tancien Seleuca- 

Hamzié dans la carte des pachaliks Bêlas. B. du B, 

d^Alep et de Bagdad de M. Rousseau? 

B.duB. 



( io8 ) 

station aj^lée Tcskhîr-menzeH ^;^jf^ , et l'autre un château 

nommé jsA» Chedjer ( F Arbre ) (i), situé sur une élévation , au 

bord de T Assi. On passe ici sar un pont qui porte le même nom 

que celui du château. 

Hama (a). Hama , à dix heures de Mcdik , antique cité dont il est question 

l^- dans le livre des Israélites. Son ancien nom , dans les langues 

\\o h. de Médik. grecqucs , était Hamouna U^U.. C'est un pays admirable. lia.plus» 

grande partie de cette ville donne sur FAssi. lia forteresse, qui est 
située dans un endroit agréable et élevé, a été bâtie par Antakious. 
Il existe sur TAssi des machines hydrauliques , appelées Dolaba 
w^jj y et construites avec art (3). La plus célèbre , appelée Dolab- 
Mohammedi , est d une grandeur étonnante. Le mouvement de 
cette mécanique alimente d'eau la plupart des quartiers de la ville^ 
et Tendroit où elles sont toutes situées sert de promenade publique. 



a Contemples la ville de Hama et ses eaux répandues sur divers points ; le 
» fleuve Assi ( le llebelle ) fait tourner de nombreuses machines dont le mouve- 
M ment est soumis i s^s lois, »t 

Hama est une ville magnifique , renfermant des djamies , des 
khans , des bains publics , des carrefours et de superbes marchés 
bâtîs'-efi pierre. C^est ici que la plupart des pèlerins achètent la 
toile qui leur est nécessaire pour faire les ihrams ( manteaux ou 
voiles pénitentiels ) , employés dans le saint pèlerinage. Hama fut 

(i ) Ce lieu est appelé Shizar dans sidence d^Abul-Fed^, célèbre géogra- 

les cartes de d^Anville, de Paultre et phe arabe, prince de Hemath. B. d.B. 

I^pie , et Sbéuer dans celles de Rous- (3) Ce sont les roues hydrauliques 

?*^*Mf B. du B, ^Qnt parle Volncy , et qui , de son 

(2^ L'ancienne Epiphania , appelée temps , avaient jusqu'à trente - deu]( 

jSemalb par les Syriens* C'était la ré* pieds de diamètre. 



( iû9 ) 

conquise dans Tan i4 de Thégire (635) ; elle fait partie de la Syrie. 
Suivant les uns, ce serait-une yille franche (Jii:u^ mustekil), et sui- 
vant d'autres, elle dépendrait de Tripoli. On y trouve du fruit, et 
notamment des abricots excellens. L'air y est pesant. Elle renferme 
entr'autres un grand bain bâti par Essade pacha, et incrusté en mar- 
bre de diverses couleurs. Le vénérable Obeïdè-Ben-el-Djerah (dont 
Dieu a été satisfait), ainsi que Âbou-Elïas-Samarkandi, auteur d'un 
commentaire célèbre , y sont enterrés. On visite également , dans 
le voisinage de ces derniers, la tombede Baïazid^Bestami. Entre 
Hama et Hams , est un village appelé Rastan jl^lj (i) i dont 
on passe le pont. La «eai^vane s'arrête ordinairement un jour 
dans cette station ; elle y paie les muletiers et distribue des bakh- 
chiches. , 

Hams , à dix heures de Hama , appartient à l'une des parties Hams (a). 
les plus intéressantes de la Syrie. Cette ville est ^ selon le Ha- ^ja^^- 
dis , un lieu de bénédiction et l'une des cités du Paradis. Les à lo h. de Hama. 
murs de cette ville , jadis florissante , ayant été élevés par Hams 
fils de Mehr, l'un des Âmalekites, en ont conservé le nom. On 
garde religieusement dans la forteresse , un coran écrit de la 
main même d'Omar , connu sous le nom de Khaled fils de Yelid. 
S'il arrive , chose fort rare , qu'on retire ce livre de l'endroit où 
il est déposé , on assure qu'il tombe alors une pluie aussi abon; 
dante que les eaux du déluge. Aussi est-il prouve et reconnu de 
tout le monde que si dans les temps àfi sécheresse on a recours à 
ce livre , Dieu fait aussitôt cesser la calamité. On boit générale-^ 
meàt à Hams l'eau de l' Assi. A l'ouest de la ville est un lac dans 
lequel on pèche du poisson d'une espèce toute particulière» 
Dans la direction de l'est à l'ouest, se trouve une digue (x^sed) (3) 
de douze cent quatre-vingt-six coudées (pKS zira) de longueur, et 

4 

(i) Rastan est Fancienne Arethusa. (3) Je ne puis garantir ici que Tob- 

B. daB. jet ea question soit précisément une 

(a) L'ancienne Emcssa, patrie d'Hé- àigot ; car le mot W ^ à cette signi- 

liogabaie. B.duB. fication joint aussi celle d'on mqr 

II. i5 



( no ) 

de huit coudëes de largeur , dont on attribue la construction à 
Alexandre. Au milieu de cette dernière s^élevaient deux tours 
formées de quarante pierres. Les habitans de Hams sont renom- 
més pour leur beauté et leur simplicité. Les femmes surtout res- 
semblent à des anges par les grâces et les charmes de leurs ma- 
nières. La ville en elle-même est une grande justice municipale ^ 
renfermant des djamies, des khans , des bains publics, de superbes 
marchés bâtis en pierre ; et des jardins dont la terre est d^une 
grande fertilité. Hams fut conquise en Tan i4 de Thégire (635). 
On a observé qu'il n'y a dans cette ville ni serpens , ni scorpions. 
On dit qu'elle recèle les tombes de trente grands prophètes et 
celles de plusieurs autres personnages célèbres , tels que Amrou » 
fils d'Qmia, la sainte mère des croyans, Umm-Selmè, Tune des 
épouses du prophète y le khalife £umer » fils d'Abdul -Aziz , et le 
cheikkAbouI-Nedjib-£lsehverdi-Djemal-£ddin« Toutes ces tom- 
bes servent de buts de pèlerinages. 
UciKapouii. Iki-Kapouli (les deux portes), nommé autrement Hassiè 
J^ Jot iÀa. (i) , à douze heures de Hams , est un khan dans l'intérieur 
à la fa. de Hams. duqucl demeure l'aga, et qui réunit, dans son voisinage, les mai- 
sons des gardiens ou soldats. Entre Iki-Kapouli et Ncbk s^Xj , il 
existe un château qui porte en même temps les noms de Perei^dj 
^^, de Masgar^^juA* , de Burudj ^^ (les tours), et deKhan-Atch 
jUàejU.. Il n'y a point d'eau courante dans ces lieux. Lors du pas- 
sage de la caravane , la forteresse que nous venons d'indiquer est 
occupée par les soldats de la garnison de Damas afin qu'ils soient 
à portée de protéger et de défendre les pèlerins. On rencontre dans 
les environs un village appelé Karalar^v^ (les noirs). A partir 
de ce dernier jusqu'à Damas , on rencontre , de distance en dis- 
tance , des réservoirs souterrains qui se remplissent des eaux de 
la pluie et qui sont destinés aux besoins des voyageurs. 

d'encaîssemeiit , d^iine chaussée et (i) (7esl ce dernier nom qui est in- 

d^ane écluse. C'est probablement la indiijué par d'Anville et qu'il écrit 
digue Bahr-al-kods eu Lac SainU Hassîa.. 



(m) 

« 

Nebk , à neuf heures d'Iki-Kapouli , est un village dépendant NebL 
de Damas et situé sur le bord d'une rivière ; il renferme une dja- >Jt^ 
mie, un khan et quelques maisons ; on y trouve des poires excel- à 9 h. d^lki-Kaponlu 
lentes deTespèce appelée Bozdigan (poires massues), et de Peau 
douce. 

Katifè (le velours) (i) , à neuf heures de Nebk , est un vil- '^•«■^ 
lage dépendant de Damas, qui renferme la djamie de Fatih-ïemen- ^M^ 
Sinan pacha ( le conquérant de F Yémen ) , un khan et un bain ^ 9 ^«^r. de Nebk. 
public. Ce lieu contient en outre des maisons assez nombreuses 
et de Teau douce. C'est ici que se trouve la sation d'Abdul-Ka- 
dir • Gttîlani. Après avoir passé le lac de Katiiè , on aperçoit 
Damas. 

Dimichk (Damas), surnommé Djennet-^mecham ^KLas^l^a. Dimîciik (a)* 
(odeur de paradis) , à sept lieues de Kati£%. Depuis Scutari jus- \j^^ 
qu'à Damas, (nous avons vu ) qu'il y avait six séjours , otourak Si 7 !>• ^« fi^tà^ 
i^V^^jt , et trente-sept stations ou étapes ; konak j|Uy : cependant 
à raison des pluies , de la boue et des retards occasionnés par Tin- 
constance du temps , la caravane ayant été forcée de s'arrêter 
dans les intervalles des étapes ordinaires , il résulte que le nom-r 
bre de ces dernières est plus considérable que de coutume. Il y a 
de Constantinople à Damas , trois cent trente-trois heures et der 
mie de marche. La caravane , en venant de la capitale , s'arrête , 
la nuit du jour qui précède son arrivée à Damas , dans le village 
appelé Ala-keuï ^^^ , et n'entre dans la ville que le lendemain 
matin. Au retour , elle passe la nuit dans le village de Roumè 4^«., 
et se rend le jour suivant à Katifè. 

fiescripUon de la proçince de Cfiam AL (3) ( la Syrie)p 

Cette contrée porte également les noms de'Arz-Moukaddesè 
ju-Iî*jÉ>jt (la terre sainte ) , de Arz*Kenaan ^l^^j^l (la terre de 

(i) D'Anville nomme ce village (a) Damas ( Damascas % B.daB, 

KteSfa. (3) Le mot de Cham ( la gauche ) 



(iiO 

Canaan ) , et , dans la langue des anciens grecs , Souria \jjj^ ; le 
nom de Cham >li ( la gauche ) lui a été donne par les enfans de 
Canaan , pour indiquer sa position relativement à la Mecque (i). 
Suivant d'autres traditions , ce même nom serait celui de Sam 
A^ , fils de Nouh ^ (Noc) , cjui , dans la langue syriaque , s'é- 
crit pair un sin ^ ponctué i^ae** JL» , et se prononce Cham >li. 

La Syrie est le pays des prophètes ; le centre de réunion des 
êtres les plus purs ; la mine des contrées ; le premier point (kibLè) 
vers lequel led hommes se soient tournés pour faire la prière ; le 
lieu de toute concentration et de tout développement. Il est g/éné- 
ralement prouvé que c^est dans la Syrie , non loin de la sainte 
maison, dans un lieu qui porte aujourd'hui le nom de Khalil-Ur- 
rahmân ( Tami de Dieu ) , ou de Beït-Djiroun , que reposent les 
cendres des saints patriarches Abraham, Isaac et Jacob (que le 
saktt soit sur eux ). 

Les biens de ce monde, au dire d'AbduUah Amrou-hen-el-Assa, 
se divisent en dix portions ; neuf se trouvent dans la Syrie, et la 
dixième est le partage du reste de la terre. Ce fut surtout du temps 
des enfans d'Israël, que la Syrie était des plus florissantes. Cette 
contrée se divisait en douze Etats ïJJaL* saltanet , dont chacun 
avait un chef indépendant. Comme le climat est beau et tempéré, 
la plupart des habitans sont sains et vigoureux. Ce pays est sur^ 
tout remarquable par Tabondancc de ses productions , Vexcel- 
lence de ses comestibles^ Pagrément de ses habitations et la 
beauté de ses produits d'industrie. Presque partout la terre est 
bien cultivée ; sa fertilité est telle qu'elle produit y sur quelques 
points , jusqu'à cent pour un. Les champs , les vertes prairies 
et les pâturages y sont aussi nombreux que renommés. Dieu a 
émaillc les plaines et les montagnes , des fleurs les plus variées , 

désigne également la Syrie et la ville (i; Et par opposition à TTémen 

de Damas ; cependant on se sert de {jt:^, i <{ui signifie la droite ou le pays 

y préférence , pour indiquer cette dcr- ^^ I3 droite. 
' nière, dumotDimichk. 



( is3 ) 

telles que des hyacinthes , des narcisses, des tulipes et des basilics. 
Les fruits y sont également en abondance » particulièrement les 
abricots-péches (i) , les pommes , les poires , les cerises , les pis- 
taches dites de Syrie , ( fistik-rcham ) , celles du pays de Roum , 
( fistik-^roum ) , les bananes , les cannes à sucre , les figues , les 
coings, les pèches , les grenades y les fruits du myrte, les noix» 
les amandes , les mûres , les olives , ks oranges , les citrons , les 
melons et les pastèques. Toutes ces productions s^y trouvent en 
profusion , et sans interruption pendant toute Tannée (2). 

Ainsi que les innombrables tombes des prophètes, la Syrie 
renferme celles d'une infinité de personnages pieux et célèbres , 
de saints recommandables par Tévidence de leurs miracles, 
de dieikhs et de khalifes. On a dit des habitans de la Syrie, quHls 
sont Tuu des glaiçes de Dieu ^ d que c^esi par eiuc qu'il se imige 
de ceux qui osent bêLr^sisier. 

Description de la ville de Damas. 

Damas est la capitale de la province ; cette ville , comparable 
au paradis , est un moUalik ou office de juge de cinq cents aspres, 
et la résidence d*un vizir (pacha à trois queues) (3). Des volumes 
nombreux ont été composés pour décrirelesbeautés et les agrémens 
de cette cité célèbre. La plupart des lieux qu'elle renferme sont 
mentionnés dans les livres sacrés du hadis et du coran. On assure 
qu^elle contient les tombes magmfiquea de rinq cents grands 
prophètes. Le siège de Damas fut commencé sous le khalifat d' A- 
boubecre dit le Juste, dans la i3* année de Thégire (634), ^^ 
conduit par le généralissime Abou-Abidé ( dont Dieu a été sa- 

(i) Malom Armeniacum majos. criptîon de Damas , le voyage dAly- 

(a) CeUe abondance de tontes les Bey , toL m , pag. aaG. 

choses nécessaires aux besoins ou aux (3) Les moUas ou jqges sont obligés 

agrémens de la vie est confirmée par d'acheter leurs o£Bces dont le prix se 

les relalions de presque tous les roya- règle selon l'importance des lieoi. 
geurs modernes. Foyfz , pour la des- 



C"4) 

tisfait). A la mort du khalife , son successeur Eumer ( Omar ) , 
parvenu au khalifat , confirma le susdit général dans les fonctions 
dont il était revêtu , et envoya à son secours Khaled fils de Ye- 
lid , aidé de plusieurs guerriers. La ville , diaprés ce qu^on rap- 
porte , fut prise le quatorze de la lune de redjeb , à la suite d'un 
siège de soixante jours. Ses murs , selon la tradition , ont été 
construits par Demchak j;U*^<> fils de Sam , et percés de sept 
portes, au-dessus de chacune desquelles il avait représenté le sym- 
bole d'une des sept constellations. Il donna à la ville elle-même 
le nom de Dimichk Jfi^3. La porte située à Torient; qui est une 
de celles de la forteresse, était surmontée de la figure du soleil ; la 
seconde dite de Toma , de celle de V énus ; la troisième nommée 
Djembik, de celle delà lune; la quatrième appelée Fèràdis, de celle 
de Mercure ; la cinqui^n^ Djabïà, de celle de Jnpiter ; la sixième , 
dite la petite porte, de celle de Mars (i), et la septième Kisam, de 
celle de Saturne. Dans la suite, le khalife Noureddin-Chehid a ou- 
vert une huitième porte dite Bab-Faradj. Il en existe encore une au- 
tre que Ton appelle Bah eUNasr (la porte de la Victoire). Les mu- 
railles de la ville ont été rebâties en Tan 5oo de Thég. (i io6 \' Les 
forces militaires de Damas consistent en deux mille hommes pour 
la garde de la forteresse ; quatre cents Djèbedjis (soldats armu- 
riers ) , neuf cent quatre-vingt-seize kilidj ( cuirassiers à che- 
val ) (2) , cent vingt-huit ziamets (3) , et huit cents soixante-huit 
timars (4) enregistrés j)u.AQQ£XU£gistrés. La ville renferme beau- 
coup de djamies , de mosquées , de collèges , de cloîtres , de lieux 
de retraite, d'hôpitaux et de bains publics ; le nombre seul de ces 

(i) Les Turcs nomment cette pla- na, quotité appelée kilidj lU , sabre. 

nète ou ce dieu de la fable : le bourreau ,ox n % n f'^ •■•. • 

• (3) Possesseurs de fiefs militaires 

du ciel, filégua djeiiadi ^^^^sjJJii. ^u sîpah, dont le revenu excède Tingt 
(a) Tout possesseur de fiefs, dans mille aspres. M. d^Obsson. 

Tempire Ottoman , est tenu de fournir 

j . • « (4.) Possesseurs de fiefs dont le re- 

un de ces cuirassiers pour chaque som- ^ fy ^ 

ne de trois miUe aspres de son rêve- ^"" ""«"^ "»<»••» ^^ ^'"6' «nJlc aspres. 



( ii5 ) 

derniers excède deux cents. Il y a un couvent de derviches Mevle-* 
vîtes, où ces moines s'acquittent, les jeudis, des pratiques instituées 
par leur fondateur. La plus grande des djamies est celle appelée 
djamie Onmmévïè. Ce temple, qui fut entièrement rebâti à neuf, 
dans le siècle des Ommiades> en l'an g6de Thég. (714) ^t sous le 
califat de Yeli-ud-Din Abdal-Melik , a conservé depuis ce temps, 
le nom qu'il porte aujourd'hui. Il s'appelait originairement l'é- 
glise de louhanna (St- Jean-Baptiste). Cette djamie, lors de sa res- 
tauration, avait reçu de grands embellissemens, mais elle fut for- 
tement endommagée à la suite d'un incendie qui eut lieu en Ifoo 
de l'hég. (1067). Ce temple est situé au milieu de la ville. Lors 
de la conquête de Damas par les Musulmans , ces derniers s'em- 
parèrent, par le droit du glaive , de la moitié de cette djamie , et 
confirmèrent , par capitulation , la jouissance de l'autre moitié 
aux infidèles. Les choses restèrent soixante ans sur ce pied ; mais 
en l'an 86 de l'hég. (705), les habitans (musulmans ) de Damas , 
réunis au khalife Velid,se plaignirent hautement de l'inconvenance 
qu'il y avait pour eux de se trouver réunis dans un même lieu 
avec les adorateurs des idoles (i). Cependant comme on ne 
pouvait , en vertu du traité , expulser les infidèles de la partie du 
temple qu'ils occupaient (2), on s'avisa, pour atteindre ce but, du 
stratagème suivant : Les musulmans s'ameutèrent et menacèrent 
de détruire l'église de Thomas, située hors de la ville, qui avait 
appartenu à un individu de ce nom ; gendre du Ka&ar ( l'empe-» 
reur grec )', et qui n^était point comprise dans la capitulation. Ce 
lieu étant l'objet d'une vénération toute particulière des infidèles, 
ils consentirent à un arrangement à la suite duquel ils abandon- 
nèrent la jouissance de la moitié de la djamie, pour conserver l'é- 

(i) C^est ainsi que les Tares dési- une preuve qu^on pourrait ajouter à 

gnent les Chrétiens, à cause des ta- qeUes qu'on a déjà sur la fidélité et 

bleaux et des statues qui se trouvent Tezactitude religieuse des Turcs à ob- 

dans les églises. server les traités conclus par leurs an- 

(a) Cette circonstance est encore cétres. 



( ii6 ) 

glise susdite. C'est ainsi qae La totalité de ce temple fut enfin 
éolairde de la lumière de la foi de Mahomet ( que la bénédio 
tion^t la paix de IKeu soient sur lui. ) La tombe respectée où est 
déposée la téte^ortunée du vénérable martyr laln'a ( St-Jean fils 
dé Zacharie ) est au milieu de la djamie (i). Ce monument est 
Tobjet d'un^ pèlerinage général. 









« Pour avoir' toodié de noire front éa tombe de ce saint personnage , nous 
» sonunes^devenvftrob)et de la miséricorde divine. » 

La rivière Banias coule dans rinlérieur de la djamie, près de la 
nuirftttte'du sud, où se trouvent des jets d'eau, et des conduits qui 
distribuent les eaux dans les diverses parties du temple. On pense 
que ce dernier subsistera encore quarante ans après que la terre au- 
ra été détruite. On croit aussi que le prophète Khader (Elie) (que 
le salut soit sur lui) y vient chaque jour faire son namaz. Ce temple 
est orné de trois minarets, Tun situé à Touest, appelé Occidental^ 
Fautre à rorient,dit le Minaret-de-Jesus ou le Minaret-Blanc. On 
croit qiie c'est sûr ce dernier que Jésus descendra sur la terre 
(à la fin du monde) ; le troisième, qui se trouve à la partie septen- 
trionale de la muraille «.près .d'une porte , est appelé le Minaret 
de rÉpouse. Soixante-quinze muezzins (chantres) sont attachés au 
temple, douze d'entre eux, aux heures déterminées, entonnent 
en même temps du haut de ces minarets , l'appel canonique à la 
prière ( Ëzan). Les quatre sectes dont se compose la religion ma- 

(i) Celte relique, objet de la véné- une maisonnette en bois ornée de ja- 
ration des Chrétiens et des Musulmans, lousies , de moulures d^omemens , en 
est renfermée , suivant Ali-bey , dans or, et de peintures arabesques. 



( "7) 

liometane (i) ont chacune dans ce temple un mihrab (autel) (2) 
et un imam particuliers. On y voit aussi, dans le sanctuaire et près 
de la chaire, deui: corans écrits delà main des khalifes Osman et Aly ; 
celui d^Osman fut apporté en Tannée 49^ ^^098) de la ville deXe- 
berie i^j^- On assure que cet exemplaire^ que le khalife lisait danis le 
moment où il fut tué, porte encore les marques de son sang. La Ion* 
geur de la djamie est de cinq cent quarante-huit pas de l 'orient à 
Toccident^ et sa largeur , depuis le mihrab jusqu^à la porte, de cent 
cinquante pas. Son vaste portique est orné de trois jets d^eau, et les 
pourtours sont garnis de voûtes , que soutiennent des colonnes de 
marbre. Audes&ous des voûtes ou arcades sont placés des bancs et 
des sophas. Les medressés (collèges) sont en dehors. U y a , dans 
la partie la plus secrète du temple , un puits dont Teau est très- 
douce. A rissue de la porte appelée Chadirvan, vers Torient , 
et du milieu d^un bassin , jaillit, en sortant d^une source , une eau 
qui s'élève à la hauteur d'une lance. Plusieurs portes servent d'en -p 
trée à la djamie; la plus grande de toutes est celle appelée Bab-Dji- 
roun (3). Indépendamment de ce temple, on voit encore , dans le 
quartier de la ville appelé Gueuk-Meïdan ^\^ >^^ (le champ du 
ciel ) , une djamie admirable nommée Seuleimaniè > du nom de 
son fondateur le sultan Soliman. Cet édifice , construit dans le 
goût de la Romélie est orné de deux minarets. Il réunit dans sa 
dépendance un imareth impérial, un medressè et un hôpital. L'enr 
droit où il est situé sert de promenade publique. Damas possède 
un grand nombre d'autres temples du premier ordre , construits 
également dans le goût de la Romelie, les plus rejmarquables sont 

(i) Ces quatre sectes sont celles des jet que d^indiqaer la position géogra- 

îmans Aboa-Hanifé, Malîk , Chafi phique de la Mecque. 
cl Hambal. (3) L'auteur s'étend beaucoup sur 

(a) Le mîhrab consiste en une ca- les noms et la situation de ces portes , 

rite ou espèce de niche haute de six à j'ai cru devoir , dans ce passage con^ 

huit pieds , pratiquée dans le mur , au me dans plusieurs autres, ne pas tra- 

foiid de l'édifice, et qui n'a d'autre ob- duire des détaik superflus. 

P- 16 



1 



( ii8 ) 

la Derviehiè , d^attiiê de Dei^viche pachà , située ptès du palais vi- 
zirial ; la iSinaniè dé Sinan padia, et à la sortie de la ville sur le 
chemin des pèlerins , telle de Cara - Mourad pacha. Noureddin- 
Chahid à fondé à ï^entrée de Damas un timar-khanè ( hôpital des 
fôQs) (i). Parmi les beaux édifices dont cette ville est remplie, on 
remarque surtout le khan d^Essad pacha, ainsi que le bain incom- 
parable qui se trouve dans son voisinage. Les marchés (2) stfht aussi 
magnftques que nombreux ; les principaux sont : Sôk-Elzira, situé 
près du muï* méridional de la djamie des Ommiades ; Sôk-Mourad 
pacha , près le mur occidental; dans le voisinage de la forteresse , Sôk- 
Djidid-Sepah (le marché neuf des Sîpahs),bâti par Chemsi- Ahmed 
pacha; Sôk^Bezoriè (le marché aux toiles); Sôk-Tchakmak (le mar- 
ché des pierres-à-fusils), et Sôk-Saroudjè ( le marché aux selles ). 
Les orfèvres occupent une partie du marché atox étoffes. Ce dernier 
marché. AAi^l-^éme formé du Sôk-Sipahi. Les carrefours sont 
très^multipliés. 11 en est de même des cafés élégans qui servent de 
but de promenade et de rendez-vous aux habitans. Les endroits 
aj^elés Bab-Esselam, JiLJ\ s^\j (la porte du salut), Gueuk-Maïdan 
^tjuuivjt|5^ ( le champ du ciel) , et les jardins situés entre Damas et 
Salahié, ainsi que Taht-el-Kala àjJLii)!vJUs:^* (le bas du château), et les 
lieux de plaisance qui Tentourent , sont remplis de vergers et de 
vignes innombrables. Ces derniers endroits (3) contiennent égale- 
ment des djamies, des mosquées , des medressès , des cloîtres , des 
maisons nombreuses et des khans. Les bains publics y sont alimen- 
tés p^ des eaux limpides et abondantes. Sept rivières coulent dans 
^intérieur de Damas (4^ Cette ville est en outre, rafraîchie par les 



(1) Tous ces hopkaux sont réservés 
aux Mahométans , on n*y reçoit même 
personne sans un ordre du gouverne- 
n^ent, émané diaprés un acte jorîdi- 
que qaî conslaie formellemeni Fétat 
de démence du malhcareuz qu^on reot 
y introduire. M. D^OflSSOir. 



(a) Le mot sék ^j^ , que j'ai cm 
devoir ici traduire par marché j signifie 
diusai place publique ^forum^ fôpoç, ày opi» 

(3) Espèce de faubourgs de Ddmas 
dont nous parlerons plus bas. 

(4) Ces eaux sont les branches de 
deux riviëreSi qui | après s*élre réunies. 



( «»9 ) 

eaux de plusieurs fontaines. Les principales sont Am-Yaraka 
près de Bab-£sselam ; Am-Ali , Aïn-Zehb , Aïn-Loulouï , Aïn- 
Djaloud ; mais la plus célèbre de toutes ces fontaines , est Aïn- 
Zebiè. Il existe (hors de cette ville) un lac (i).qui reçoit rexçédant 
des eaux de la Baradè iS^S et d^autres rivières. On y pèche diverses 
sortes de poisson et particulièrement de Te^èce appelée Balik- 
Emini JL^t ^b. On chasse également sur ses bords, différens 
genres d ^oiseaux. Les rues de Damas sont remplies de bouti- 
ques bien garnies , où Ton prépare des mets délicieux. 

Cette ville a commeacé à être bâtie par les Cananéens. Les par- 
ties intérieures et extérieures de la fortesse recèlent les tombes 
de plusieurs grands personnages , entre autres , celles de Moavïa, 
de Beleni - Habechi, de Abouderda, de Djafer-Teïar, de Habibè, 
la mère des croyans,du khalife Noureddin-Chehîd, de Velid-Ben- 
Abdul-Melik et de Mahmoud-l^lengui. Tous ces monumeno sont , 
pour les fidèles , des lieux de pèlerinage. 

A une heure de Damas , on trouve un bourg très-considérable 
appelé SalaKiè. Ce dernier, situé près de la montagne de Kassioun SakUfè. 
jj^jj^li J^ , renferme des djamies, des mosquées, des bains pw- ^^ 
blics , des carrefours et des rues nombreuses. 

lies jardins qui environnent Damas communiquent directement 
avec ceux de Salaliïè. Au mont Kassioun, qui domine la ville, se 
rattache le souvenir de plusieurs grands prophètes. Ici , à des dis^ 
tances différentes, se retrouvent leurs diverses stations ; là , on 

se divisent ^vanl de pénétrer dans la tance au nord de Damas. Voyez , 

villew La première , appelée BerAdè poar plas de détaUs sur ces eaux , le 

t^Jl (la froide), prend sa source à voyage d'Aiibey, vol. m, pag. aaS. 
Iniîi heures de Damas ; ses eaux , quoi- ^^ ^ ^^ ,^^ ^3^ ^ ^^^ h^„^3 ^^ jj^. 



q«e abwidanAes , sont de mauvaise ^^ . y ^ „^^^^ n^^^^iè ou 
qualité , et ne seraient point potabl.es ^^ ,. »| . . ,. , ^ ^^ 

si elles n'étaient mêlées avec Peau de ^*-*'^'^ ^T ' î^ ^^^ ^^"^^ ^ ^' 

la seconde rivière , appelée Fîchkt , et peut avoir sept à huit lieues de cir-^ 

et qui prend naissance auprès d'un vil- conférence, 
hge de ce nom, à cinq heures de dis- 



( "O ) 

rencontre saccessiTement le tombeau d^un grand personnage, d^un 
cazi-asker ou d^un cheikh. On rapporte que plusieurs événemens 
ont eu lieu dans une caverne qui se trouve au sommet de la monta- 
gne; c^est dans ce lieu qu^a été répandu le sang du martyr Abel (que 
le salutsoit sur lui), qu^Elic est resté caché pendant dix ans, que le 
martyr lahià (Saint- Jean) s'est réfugié avec sa vénérable mère, que 
Issa ^ Jésus) (que le salut soit sur lui) a fait, en commun avec ses apô- 
tres, une prière qui a été entendue de Dieu. Indépendamment de 
cette caverne, il en existe plusieurs autres sur cette montagne, dans 
lesquels les hommes religieux et purs vont offrir à Dieu le tribut de 
leur adoration. II en est une entre autres où Ton prétend que qua- 
rante prophètes sont morts de faim. Trois cent soixante sources, à 
ce qu'on assure , jaillissent des plaines et des montagnes qui envi- 
ronnent le bourg de Salahiè. C'est dans un village près de Damas , 
nommé Ezrè ».;!, que naquit Ibrahim (que le salut soit sur lui), 
et qu'il choisit le lieu où il faisait sa prière pour y fonder une 
mosquée. Ceux qui font leur namaz dans ce même endroit sont 
réputés aussi purs que l'enfant qui vient de naître. En résumé , tant 
à Damas que dans ses environs, il existe un nombre considérable 
de lieux de pèlerinages et de promenades délicieuses. 

C'est ordinairement le 1 5 de la lune de Cherrai que le mir-el-hadj 
pacha , conducteur en chef de la caravane (i), se rend à un endroit 
appelé Mezre'ib wo ij-», précédé de l'étendard sacré et de l'étoffe des- 
tinée au tombeau du prophèle.Son départ s'effectue au bruitdesina- 
trumens de musique et des zcmboureks (petits canons portés sur le 
dos des chameaux). Dans l'espace de trois jours, c'est-à-dire jus- 
qu'au i8 du susdit mois, les pèlerins sortent de Damas et se ras- 
semblent tous à Mezreïb , où ils s'arrêtent quatre ou cinq jours 
^t se dirigent ensuite vers la sainte ville de la Mecque, but sacré de 
leur voyage. L'étendard et la musique arabes font partie de la ca- 
ravane jusqu'à la Mecque; et au retour ^ ces objets se conservent 

(i) Le pacha de Damas. 



( 121 ) 

à Damas jusqu^à Tannëe suivante. Dans cette armëe de pèlerins; 
se trouvent les cadi des deux villes saintes , le suirè-emini et les 
saccas-bachis. Jusqu'au jour où la caravane se met en marche , les 
tentes de s^s divers personnages sont designées par des mâts plan- 
tés devant chacune d'elles , et surmontés d'illuminations particu- 
lières. Une fusée tirée en l'air et trois coups de canon annoncent le 
départ du pacha de son palais , et la marche entière de la cara- 
vane s'effectue au bruit des instrumcns de musique. 

Ahmed-Pacha-Turbessi , ou Coubbct-Ul-Hadj le Tombeau f^i^^^^^^^^^^^^^ 
d'Ahmed pacha , ou la Voûte du Pèlerin. C'est ordinairent jus- ^***'- 

qu'à cet endroit que les habitans de Damas accompagnent les pé- ^S^^^y ^^ *^* 
lerins de la caravane. On trouve, en face de ce lieu, Mesdjid-''"^^"^'**.*^"f^*^' 
Kadem ^j5 jus-^ ; plus loin , sur le chemin , un autre village appelé ^ ^ 
Kisoué »^^, renfermant des arbres et des eaux courantes; et enfin, 
au détour de la route , Akarsa-Sou ^^^^ou-^K Ici , la bonne qualité 
de l'eau la fait rechercher par les habitans de Damds. 

Terkhanè - Khani , appelé également Khan-Keclik\»Xili'. là. et Xcrkhanè - Khani 
Khan - Zulnoun j^l^ j'^ » à cinq heures de Damas. Le pre- ;y, iJULy 
mier des noms donnés à ce lieu lui vient de ce qu'on y prépa- ^ 5 heur, de Damai, 
rait autrefois des terkhanès ( espèce de potages faits avec du 
lait aigre) que l'on distribuait aux pèlerins ; cette fondation 
pieuse , qui était due à Ibn-Hazi ^ est tombée en désuétude , et 
ce lieu n'offre plus maintenant qu'un khan en ruine. On nomme 
aussi cet endroit Kechinè ^XJS. Le chemin îrî est plat quoique 
pierreux. On y voit un lieu appelé Tcl-Firaun jy>/ Jj* ( la colline 
de Hbaraon) , qui présente un vaste désert dont les environs sont 
néanmoins productifs. Il coule devant Tel-Firaun , mie rivière 
sur laquelle on a jeté un pont ; on y trouve un village dans un 
état prospère , fourni d'eau et que Ton appelle Khan-Zit yji^\ X^^ 

Sanèmin , nommé également Dîar .l>,>, Sahraï j:f^ac-o, et H Jj , g^x • 
à douze heures de Terkhanè-Khan. Ce lieu , plus généralement yJuo 

(i) Szanaméin, dans îa carte dç Syria and tht lloly land). J» " KhanL * 

ritin^raire de Burckhardt ( Traçels ia 



-C "a ) 

• 

connu soudle nom de* Turkman-^Kawas-Oglou-Kariessi jUsT^'^ 

^c^Hj^yJ^ij'^^' ^^ ^^^^^ d® Kawas-Oglou le Turkman), dépend 
de Ds^m^ On retire de cet endroit, qui abonde en eau, des pier- 
res QieuJière3; il y a aussi diverses espèces d'oiseaux qu'on prend 
d^^ lè& roseaux et que Ton vend ensuite à Damas. Ici on passe 
SUD u^ pont construit du* temps du. sultan Sélim. Non loin de là 
est une tour appelée également Guebagueb v^V ^^ ^^^^ 'j^* 
où des descendans du susdit Kawas - Oglou se tiennent pour veil- 
ler à \^ garde des pélerinsi Une eau y sur laquelle on a jeté un 
pont , ba^e les murs de la tour. Après avoir quitté cette der- 
nière , on, rencontre un village qui porte les deux noms de Dilé 
4f,^ et de.Khoran-Âbad ^V j!jl>=^' ^^^ rivière considérable baigne 
lesmursde ce village, dontlacaraii^ane traverse le pont. On traverse 
ensuite deu^ s^utres villages nommés Keekin ^jSUS. (le tranchant) 
et Tsb^ijf^ (1^ saleté) , dans Tund^quels se trouve un khan. On 
passe encore ici sur un pont. 
MeKeïb (i). ^ezréîb , à s^pt heures de S^n^min, Ce lieu , qui renferme un 
^^y ^^^^ ^^^^ ^^ ten^ps du sultan $élim , dépend de Damas. Il est re* 
) 7b.drSanèmin. counu que c'cst îci qu'Adam (sur lequel soit le salut) a. semé, 

pour la première fois$ du froment Mezreibfait partie du district 
4'Aurap, et Aiiran e^t le pays du vénérable Eïoup (2), Comme les 
gpns qui habitent ces CQntrée3 sont doués d'une belle figure , on 
pense queChedad (Dieu nous en{>réserve) fit choix de leur race pour 
garnir de houris le paç£^di3 AU^il avait bâti. Une source coule au pied 
de Id forteresse de Mezreïb ; non loin de la source , se trouve un 
1^ qui produit d'excellens poissons. Il est reconnu que le linge 
qui a été lavé à la fontaine susdite , engendre ensuite de la ver- 
mine. 11 se tient à Mezreïb un grand marché où Ton vend di- 
verses sortes de marchandises que Ton apporte de Damas et de 
^ stSf^ environs. On visite près d'ici la tombe du cheikh Esmer-Te- 

(i) Ce lieu est appelé £l-MezaraVb place ici Tancienne Astaroth. J.' 
s^^l)Jt, dans la carte deBurckhardl (a) Ce nom est celui de Job et de 

il est plas éloigné de Damas. On ^ifférens saints. 



( ia3 ) 

kerveri , pour Tentretien de laquelle il exbte particuUèreineiit 
une fondation pieuse (wakf ). En se détournant un peu de la route , 
on trouve un village appelé Kichnè i^JLSj où il y a un grand 
nombre de sources. Les Arabes qui ont leurs demeures dans ces 
cantons , et qu'on appelle Arabulnljebel (Arabes des montagnes), 
ne sont qu^une troupe de rebelles ou de brigands qui s^emparent 
des environs de Damas , dont ils pillent et désolent les campagnes. 
Sur la route et dans la dépendance du district d^Hauran , il y a 
un village appelé Remtè &;>. (i); le canton où il est situé se nom- 
me Ezraat ^^jt (2) : mais le principal village est Remtè. Ce 
canton se nomme également Boutnia iJjy (3). De Remtè à Me-^ 
frek , on trouve deux colonnes en pierre ; et à la droite de ces 
dernières, le village d'Ibadè «^Le (Tadoration). Suivant Toccu- 
rence , les pèlerins s'arrêlcnt quatre ou cinq jours à Mezre*â> , y 
paient les journées des ykkams; distribuent des bachichesi et se di- 
rigent ensuite vers la Mecque. 

Mefraek , appelé également Maaref ^^ et Megreb ,^jàa , à Mefreak (4). 
onze heures de Mezreïb , est sur un terrein uni et dépourvu d^eau. J)^ 
En temps de pluie , il faut ici se tenir sur ses gardes : car il y a de ^ > ^ h- ^c Me«rtfU>; 
nombreux torrens. On y voit un fort dont la garnison est four- 
nie par Mezreïb. Le nom de Mefraek (la séparation ou Tcmbran- 
chement)lui vient de ce qu^au retour de la caravane , la plupart de^ 
pèlerins se séparent dans ce lieu et se rendent, en toute hâte, à Da- 
mas. Le chemin, à cause du torrent, est pierreux et difficile; pour 
peu qu^on craigne d'être surpris par les eaux , on s^arréte àMenè ^. 

Aïn-Zerka ( la fontaine azurée ou limpide ) (5) , à douze Aîn-Zerla. 
heures de Mefreak ; lieu abondamment pourvu d'eau, devant lequel . U.^ ^^ 

à la h. de MefreaL 

(1) El-Rcmtha ^J\, dansBurck- (4) El-Mefrak, dtns Barckhardt; 
hardt* J. cVst à-pea-prè& à cette hauteur qu'est 

(2) Est - ce rizrà de la carte de l'ancienne Bastra , aujoord'hui Bosta, 
D'Anviile ? J. ^ six ou sept lieues rers TEst. J. 

(3) Ce canton est appelé JBâAmîa par (5) D'Anville nomme ce lien sim- 
D'Anville. plement Zerka, et Barckhardt, £1- 



( «a4) 

coule une rivière et se trouve un fort. On dit que la rivière de ce 
^ nom, qui est à Médine, provient de la même source que celle qui 
est ici (i). Cette dernière produit d^excellens poissons. Le terrein 
environnant abonde en roseaux et en arbres de Tespèce appelée 
Zakoum >j9j (a). Aïn-Zerka est situé entre deux montagnes. A partir 
de ce point jusqu^à Balka , le pays forme une vallée où l'on trouve 
une gorge ou défile étroit (bogaz jUjj ), Ce chemin est rempli de 
sinuosités. Ce n^est qu'après avoir surmonté toutes les difficultés de 
cette route que Ton arrive à Belateh ^%. De ce point jusqn*à Bal- 
ka , le chemin est agréable et n'offre pas de boue. On trouve ici un 
kh^n ruinéappelé Khan«Zeït sJ:^\^\sL, Au retour de la caravane, 
des gens qui viennent à sa rencontre , des confins de la Syrie 
jusqu'à ce lieu , apportent des vivres quMls vendent aux pèlerins. 
Balka , nommé également Mechta ysJL^ , Balat L^ et Zir^j , 
est à dÛK-huit heures de marche de Aïn-Zarka. C^est un lieu privé 
à i8h.de AYnZarkai. ^'®*" » quoiqu'il y ait uuc fortcrcssc et un réservoir. D'ici à Ka- 

tranè, on franchit sept passages difficiles (akebè 4J0) (4), et l'on 
trouve quatre défilés ( bogaz jW^ ) « formant la sommité qui do- 
mine la vallée. Il existe dans ces environs , deux villages pourvus 
d'eau , appelés Azrak Jf .;t et Emri sjl/^y d'où l'on tire des cannes 
de roseaux d'une qualité supérieure. Azrak est un château en ruine 
situé à une journée de marche au N.'-E. , et entouré d'eaux et de 
dattiers. Emri est sur le chemin de Doma U^ j , dans la direction de 
l'Ë. Jjts eaux de ce .village^ qui proviennjent d' Aaman jW 1 s*é^ 



Balka (3}. 



2«erka ^j^^' L^ancienne Gerasa , DJe- 

rash est à 7 Ueues «/. à TO.-N.-O. J. 

(i) C^est par suite d^un préjugé 
^-peu-près semblable que les Musul- 
mans de Jérasalem pensent que Feau 
de la fontaine de Nehemie , Tunique 
source qui se troure dans cette ville , 
sort par un miracle de la toute-puis- 
sance dirine , du réceptacle dq puits 
ile Zemr<ein à la Mecque. 



(a) Arbor ir^emalis , eujus fiuetuê 

refenmt capUa dœmonum , et arbor tpi- 

nosa in voile Hierichofréfuens^ ex cuJus 

Jmctu sahUare eUdùtroleum, Menivski. 

(3) El-Belka ^UJt, dans Bure- 

khardt ; à cinq lieues vers TEst de Me- 
daba , l'ancienne Medaku J. 

(4) Jugum mantis, locus êjutj fia 
dijjfidlùu oâicendiùir, MxirnvSKU 



( 125 ) 

<coulent vers Gaur ^y» , après avoir mis en mouvement deux mou-^ 
lins. Balka fait partie du district (a^I^ naliïè) d^Arden ^^j\ (le 
Jourdain). On trouve au midi, une montagne appelée Djebel-Che- 
rah t^jt^y^y qui renferme les habitations des Arabes cultivateurs 
( fellah). Non loin de là , est une autre station nommée Uzir^^, 
où Tonvoitun khan en ruine; et où Ton trouve de Teau du torrent. 
Selon la tradition , ce point est celui jusqu^où a pénétré notre sei- 
gneur et maître le Prophète de Dieu. Ici on quitte Tescorte de 
Aïn-Zarka. 

Katranè , à seize heures de marche de Balka , renferme un fort Kairanè (i). 
et un grand réservoir construits par sultan Soliman. On apporte i>\jjôi 
ici , du village de Chubek , des vivres que Ton vend aux pèlerins. » i6 h. de Balka 
Chubek ^^jt (2) est un village âorissant entouré d^cau courante, 
de vignes , et situé à Touest de la route ; il dépend de Jéru- 
salem en Syrie. Katranè est sur la sommité qui domine la 
vallée. Ces lieu^ présentent plusieurs passages difficiles et des 
trajets aussi pénibles que fatigans. 

A trois heures de marche plus loin , on trouve une gorge de 
montagne dangereuse et infestée d'un grand nombre de voleurs. 
Cet endroit se nomme Djoun-el-Gueregui ^yîtj^ (3). Gue- 
rek sjjj^ est un fort qui a été élevé sur la droite du chemin. 
Du côté de Jérusalem, et à environ trois heures de distance, 
on rencontre une eau courante. 

Tabout-Karoussi , appelé é^alepacnt Hassa \L^ , h onze heures Tabout-Karoussi 

(i) Ei-Katrany, dans la carie de (3) Karak, sar lacarteded'Anville. ^ '" h.dcKairanè. 

Burckhardt, est placé plos loin de Zer- La plupart des désignations indiquées 

ka , et à six lieues vers FË.-S.-E. de par notre auteur , depuis ce point jus- 

Kerek , Tancienne Carax ( Voyez aussi qu^à Tebouk >2J^' ou Assi-Khorma 

la carte de Y Arabie centrale^ par M. £. U^^««U , ne se trouvent pas sur la 

J. M. D. L., pour le reste de la route; carte du géographe français. 
Parb, 1823. J. ^^j ^^ jj^^ ^^ cl-Ahsa , dans 

(a) C'est le même que d'Anville Burckhardt. Vers le S.-O., sontGha- 
nomine Schaubak» 



( 126 ) 

de Katranè. Il y a ici un pont nommé Ledjoun ^^yJj que lés pè- 
lerins traversent quelquefois lorsqu'ils veulent se pourvoir d'eau. 
Ce lieu renferme un fort et un réservoir. On redoute surtout ici 
la violence du torrent; on rapporte qu'une fois, entre autres, une 
grande pluie ayant assailli, dans ce lieu , la caravane des pèlerins, 
les hommes seuls parvinrent à se sauver. Pendant trois heures 
qu'on parcourt cette vallée déserte , on foule presque partout un 
sol pierreux ; mais c'est surtout la sommité qui [offre des lieux 
d'un abord difficile. Comme Jérusalem n'est pas éloignée (i), 
quelques Arabes en apportent des vivres qu'ils vendent aux pèle- 
rins. L'eau est ici fort rare. On quitte dans ces lieux l'escorte de 
Katranè. Cet endroit rappelle l'événement arrivé à Mohammed-- 
el-Hanefi , l'un des fils d'Âli. Non loin de là , se trouve un lieu 
appelé Uzeir-Sultan «UJL jj^, dont le sol est rocailleux et où s'ar- 
rêtent quelques-uns des pèlerins. Ce pays abonde en lièvres. On 
y visite la tombe solitaire où sont déposés les restes du cheikh 
Djelal-Eddin. 

Zahn-EnîM (a). Zahri-Euizè , à dix-huit heures de marche de Tabout-Karoussi f 
tj^j^ se nomme également Zakhirè Hj^^ ; il y existe un fort et un ré*^ 

à 18 h. de Tabout- scrvoir bâtis par Seuleïman pacha. Ici le chemin est difficile et 

plein de sinuosités. La rareté de l'eau > dans ces lieux , oblige quel 
quefois l'escorte de quitter la caravane. On sort de la "vallée par 
un passage rempli de pierres. De ce point ; on apperçoit le châ- 
teau de Chubek ^^j^ ^ les jardins qui l'environnent. On trouve,, 
sur cette route jusqu'à M âan jl»^ , de grosses pierres rondes qui 
ressemblent à des têtes d'hommes , et que l'on appelle Wendii- 
memsoukh fy'^^^]j ( foulées ou défigurées par le torrent). Ce 
trajet est aussi infesté de voleurs. 

rcûdel , Tancienne Arindela , Dhana , lem est à plus de quarante licaes de 

Fancienne Thoana , et Psora , Aujour- ce point. J. 

d'huî Bezeyra. J. (2) Aeneyze , carte de Burckhardt, 

(i) Ceci n'est pas exact : Jérusa- J< 



( "7 ) 

Maan , appelé anciennement Maal J\ju » à douze heures dp ^^^^» C^^- 
marche d'Enizè , se compose de deux forteresses situées Tune en J^ 
face de l'autre, et qui renferment quelques maisons* Ce. lieu flo- ^ *' *"• <^'Enî«è. 
rissant servait autrefois de demeure aux Ommiades, ^wll> kà Jj 
Beni-Oummïè-Taïfessi. On y trouve d'excellentes grenades , des 
coings , des figues , et Ton y cuit du pain léger que Ton vend aux 
pèlerins. Maan dépend du district de Gharah 9\jt (2) ; lequel dis* 
trict est situé dans la province d'Arden , ^J^^j^j^ Arden-Mem- 
leketi(3). On vend ici des citrons, des oranges et des keufter^^oud- 
jouks qu'on apporte de Khalil-Urrahman jWp) JJ^ ( Vami de 
Dieu) (4)- -L'eau abonde à Maan ^ mais elle est de mauvaise qua- 
lité. L'un des deux forts fut bâti sous le règne du sultan Soliman. 
A force de travail , on est parvenu à conduire l'eau dans des fon- 
taines qui sont aux environs. Les chemins qui se trouvent à l'en- 
trée et à la sortie de Maan, étant très-mauvais, on éprouve , surtout 
dans les temps de pluîci beaucoup de peine à les parcourir. Une fois 
qu'on a franchi ces passages difficiles^ on apperçoit, à la droite du 
chemin, sur un t^rein uni, des acacias, arbres que les Arabes appela 
lent muguilan j%u et umm-aïache ^l^ !^t. Ce n'est qu'à partir de 
ce point que l'acacia se trouve sur cette route : au-delà, on le ren- 
contre fréquemment. Peut-être est-ce d'après l'idée qu'ont les Ara* 
bes et les Ykkîams , que Dieu n'avait d'abord créé que cette es-* 
pèce d'arbres , qu'ils ont , pour les premiers qu'ils rencontrent , 
une grande vénération ; ils y attachent des morceaux de toile qui 
leur servent de buts , contre lesquels ils lancent des pierres , 
et accompagnent cet exercice de grandes démonstrations de 

(i) Maan, carte de Barckbafdt; (3) La contrée arrosée par le Jour- 

Tancienne Theman, A deux heures et dain. 

demie à l'O., sont les grandes raines (^j ^e nom a été donné à la ville 

de Petru , la caplule de l'Arabie- Pé- j'Hebron que les Arabes appeUeni 

trée ; ce lieu porte aujourd'hui le nom , , *^ , wi t • 1 1 •» 

4e Oaâdy-Moussa. J. également Kabre-Ibrahun p*!;;!^ 

__ , ,, ^ ( le topnbeau d'Abraham) 

ii) Karak, 1 ancienne Petra. 



C "8 ) 

joie (i). L*acacîa , qui est on arbre épineux et toufiu , croît abon^ 
damment dans le Hedjaz ; il produit un fruit rouge semblable i 
celui de la rose , qui ne se mange pas ; on en vend dans les deux 
villes saintes (2) , comme combustible pour préparer les alimens. 
Tous les ouvrages (de menuiserie) s'y font également en bois d'a- 
cacia. On rapporte que du temps d'Adam (sur lequel soit le salut), 
cet arbre produisait des grenades ; mais que depuis, par une sorte 
de dégénération , il a cessé de porter ces fruits. Les pèlerins s'ar- 
rêtent un jour à Maan y y paient les journées des Ykkiams et dis- 
tribuent des bakhcbiches. 

Zahr-ul-Akèbè (3). Zabr-ul-Akèbè (le dos de la colline), nomme autrement Akèbè- 
^j(j| A Bacbi ^b Ajic^ Abadan jbU, et, par les pèlerins, ChamAkebèssi 

i i3 heur, dt Mâan. ^<^^ C^> ^ treize hcurcs dé marche de Maan. Ce lieu, dénué d'eau 

est situé dans une vallée où Ton quitte l'escorte de Maan. Une partie 
du chemin n*est formé que de silex ou pierres à briquets. On y ren-- 
contre un grand akèbè ou passage difficile ; c'est ce dernier qu'on 
nomme Gham-Akèbè ( ou akèbè de Syrie ). Les pèlerins descen» 
dent ici de leurs montures et continuent une partie de la route à 
pied. Pendant tout le temps qu'ils défilent, le pacha conducteur de 
la caravane, reste assis, couvert d^un parasol^ sur la sommité de la 
coltine, et les saccas-bachis distribuent du sorbet aux pèlerins. Il y 
a, dans ces lieux pierreux etsabloneux , plusieurs réservoirs cons- 
truits par Osman pacha. C'est à Zahr-ul- Akèbè qu'au retour du pa- 
cha, les tchavouches (officiers de la Porte) commencent à prendre^ 
des pékrins, les lettres que ceux-ci veulent envoyer à Constantino- 
pie. La plupart de ces derniers se séparent à Tabout-Karoussi. 



( i) Cet usage, s^îl existe réellemeiit, 
pourrait bien être un reste du culte ou 
plot6t de Fidolâtrie que quelques tri- 
bus Arabes , telles que celles des Ko- 
reïchs^ de Kenanès et de Sallm , por- 
taient à ridole Aluzza , avant rétablis- 
sement du mabométbme. Cette idole 



était un arbre appelé épine d^ÉgypU ou 
acacia ; arbre qui était aussi adoré par 
la tribu de Gatfan. 

(2) La Mecque et Médine. 

(3) Akaba - Essbamie , carte de 
Burckhardt» J* 



i., 



Tchagmian , appelé également TabiKât vJî^UJ»» à quinze heures Tchagmïan (O 
de marche de Zahr-ul-Akèbè , lieu privé d'eau , renfermant un v;)^*?^ 
fort et un réservoir bâtis par Âbdoullah pacha. Le peu d'eau qui ^ *^\^*.??**^'**' 
s'y trouve jaillit du pied de la forteresse ; dans le cas ou cette eau 
vient à manquer , on congédie l'escorte. Les deux* côtés de cette 
route sont bordés par des montagnes de pierres* En face on dé- 
couvre , à perte de vue , un vaste océan de sable dont la surface 
semble agitée par des flots. Telle est la force de l'illusion , que 
ceux qui n'ont pas encore traversé ce désert , croient , à sa vue » 
reconnaître la mer. A partir de cette station jusqu'à Zat-el-Hadj/ 
excepté trois heure& d'un.i:hemin uni, le reste de la route est par- 
tout rocailleux. 

Zat-el-Hadj , nommé également Bar-el-Hadj jp^tit^ (la maison Zat-cl-Hadj (a). 
du pèlerinage ) , Hadjer^ ( la pierre ) , et Ëchmèler Jà^é^L] ( les ^' ^'«^ 
sources ) ; à quatorze heures de Tchagmian. On trouve dans ce ^ ^i^* ^? Tchag- 

iniaD< 

lieu un fort et un réservoir construits du temps du sultan Soli* 
man ; le bassin se remplit par le moyen d*un puits qui est dans le 
fort. Ce lieu produit des dattes sauvages en abondance. La plus 
grande partie des eaux proviennent des sources qu'on voit jaillir 
du sol ; quant aux puits, ils sont la propriété des Arabes de la tribu 
des Beni-Selîm ^JL» JJ. La montagne qui est en face de Zat-el- 
Hadj est appelée Coubbet-el-Hadjerji^! lî (la voûte de pierre). 
Le sol de cette dernière est en partie de pierres siliceuses. 

Kaa-el-Bessit (le champ étenduj, connu aussi sous les noms de Ka*-«l-B««»«- 
Araïd A}\^ , de Mèkhar jlaS> , de Rebibé à^j , de Kazik-Toutmar ^^' ^ 
j^y^Oj^f et de Kaa-el-Saguir ^^1^15," c'est-à-dire la vallée ^^^^^'g;^/^*- 
du petit singe (3). Ce lieu , qui est sur un terrain sablonneux, est à 
treize heures de Zat-el-Hadj. Il est traversé par une élévation 
que les Arabes appellent Cherour j^. C'est ici que la caravane 

(i) El-Medawara «^IjjJI , carte (3) Notre auteur parait îcî s'être 

de Burckhardt. J. mépris sur le sens de ce dernier mot, 

(a) Dzat-el-Hadjy carte de fiurck. qui signifie le petit champ. 



( x3o ) 

fut pillée en 1 170 (lySy). A droite de cette station et dans l'iritc- 
rieur de la montagne, il existe une mosquée et un member (chaire 
de prédicateur). Kaa-el-Bessit ne renferme ni fort, ni réservoir; 
Teau y est apportée de Zat-el-Haldj , par les gens de Tescorte. Le 
chemin est généralement pierreux. 
As$i-Khorma ( i ) . Assi-Khorma ( le palmier rebelle ou sauvage ) , autrement ap- 
Up.^^U pelé Tebouk yjf^^ Ce lieu , qui abonde en dattes sauvages , est à 



à I a heur, de Kaa- douze heurcs de Kaa-el-Bessit. G^est jusqu'à cet endroit, que no«* 

tre prophète a daigné étendre, en personne , le* cours de ;$es expé- 
ditions militaires. Un château et un réservoir y ont été construits 
sous le règne du sultan Soliman ; une source d^eau abondante se 
trouve dans l'intérieur du réservoir. Le château renferme un 
grand figuier, au pied duquel on a creusé un puits. En dehors, on 
trouve d'autres figuiers» des grenadiers et des cognassiers, ainsi 
que du raisin , des mélongènes (2) et des courges. Ce lieu était au- 
tre-fois la résidence des Ashabi-Ikeh. Du temps fortuné de notre 
seigneur le khalife Omar , l'espace compris entre Tebouk et Médine 
était cultivé. On dit que cet endroit renferme une mosquée où no« 
tre prophète fit sa prière, et que le temple a été reconstruit à neuf, 
plus tard, par Omar-Ibn-Abdoul-Aziz. £n face de ce dernier, 
se trouve l'oratoire appelé Tènieï-Midrari^ t. ju*Ljj, où l'on pré- 
tend aussi que le prophète a fait sa prière. Il y a dans ces lieux 
beaucoup de bîtrân (3), de parties boisées, et d'eaux courantes. 
Aux environs , se trouvent les campemens des arabes. Les lieux 
occupés par ces derniers sont bien cultivés et garnis d'arbres frui- 
tiers : il y a même maintenant quelques maisons appartenant â 
des Arabes. Cet endroit était autrefois un bourg. On trouve, 
V non loin de celui-ci , un village nommé Serg i^. Ces lieux dé- 
pendent de la province de Hedjaz , jl^^ C-Jl*^ Memleketi-He-r 

(i) Tebouk selon Burckhardt et les dont on use beaucoup en Orient et 

anciennes cartes. J. même dans le midi de la France. 

(a) Aubergine ou mayenne; fruit (3) J'ignore la signification de ce 

d'une plante infundibuiéc , légume mot. 



( i3t ) 

djaz ; et le Hedjaz comprend la sainte ville de la Mecque ^ Me-* 
dine (la resplendissante) , et TYmamè ^\^^ (i) ; on entend aus- 
si s dit Asmaaï (2), par le mot de Hedjaz, un endroit entouré de 
terreins pierreux; mais le Hedjaz, proprement dit, est la par- 
tie qui est occupée , jusqu^à Médine , par les habitations des 
Beni-Selîm. Cette province est entourée de montagnes. « Ceci , 
dit un jour le prophète , se trouvant sur les hauteurs de la col- 
line de Tebouk, et après avoir fait un signe de main vers la 
Syrie , est le pays de Cham ( la gauche ) ; et cette partie , ajou- 
ta-t-il en montrant le côté où est située Médine , est TYemen. » 
diaprés cette indication, le Hedjaz ferait partie de FYemen; 
Nawawi (3) prétend que Médine ne dépend ni du pays de Cham , 
ni de TYcmen , mais qu^elle est un lieu indépendant situé entre 
les deux : d^autres pensent qu^une moitié de cette ville appartient 
au Hedjaz , et Tautre au pays de Tihamè ^l^*. Enfin , une der- 
nière version ajoute qu^elle fait partie de la province de Ne- 

djid jLar>. 

Megaxr-el-Kalenderïè ( les cavernes des Kalenders ) , nommés Magaïr-ei-Kaien- 
également Akebeï-Haïder j jud. Uk, Mekabirler^^ljU (les tombes), "*""* ^*^- 
Dar-ul-Meguir^ljb (le dépôt d'eau de pluie), et Burkè aT^ (le *^J^^'^.^ 
réservoir ). Ce lieu est à treize heures de marche de Assi-Khorma. * Khorma!^"*' 
En dépit des noms qu'il porte, il est privé d'eau ; il possède cepen- 
dant un fort et un réservoir construits par Osman pacha. On voit 



( t) La province de Temamé ou Ya- 
mama est aussi appelée Ayad , à cause 
de sa situation oblique relativement à 
l^émen. C'est rYemamè de l'Ouest 
que Niebuhr a eu en vue* 

(a) Cet auteur se nommait aussi 
Abou-Sàïd-Abdul-Melik ben Coraïb. 
On place sa mort dans Tune des années 
ai5, ai6 ou 21 y de Fhégire (SSa). 
Vcy. la Chrestomathie Arabe de M. de 
Sacy, deux, édit* , lom. i , pag. 34* 



(3) D'Herbelot , qui écrit le nom 
de cet auteur î^aouai , dit qu'il était 
natif de Naoua, bourgade du territoire 
de Damas, et qu'il mourut l'an 676 de 
rhég.(ia77), Navt^aivi a beaucoup écrit. 
Voy. ce qu'en dit M. de Sacy dans sa 
Cbrestomatbie Arabe , deux, édil., 
tom. I, pag. 164 et i65. 

(4) El-Akhdhar yas.'ir, carte de 
Burckkardt, J. 



' 



(l32> 

deâ cavernes dans les environs de cette station. Ce sont quelque^ 
fois les gens de Tescorte qui apportent le'peu d^eau qu'on y trou- 
ve. Les montagnes environnantes sont d'une couleur aussi noire 
que le charbon. Trois heures avant d'arriver à Akhizer^^.;aÂ.t , on 
rencontre un défilé où deux attelages peuvent à peine passer. Les 
environs sont confiés à la garde de quelques troupes. Pendant tout 
le temps que les pèlerins défilent dans ces lieux , le* pacha conduc- 
teur de la caravane s'arrête sous un tendelet. Plus loin, entre Ma- 
gaïr^lsU et Haïderjjua., deux autres gorges de montagne s'offrent 
aux voyageurs. Sur ce chemin^ qui est très- étroit , on trouve de 
petites pierres noires et blanches qui ressemblent à des nids d'oi- 
seaux ; le peuple croit généralement que ce sont des pétrifications 
des vers qui se détachèrent du corps du bien-heureux Job. 
Akhixcr Akhizer ou Akhider, nommé également Haïder %a*^, à douze 

^^^( heures de Magaïr. C'est une des stations du prophète, dans laquelle 
1 12 h. de Maffa'V ^^ trouvc unc saintc mosquée. On y voit aussi un château et cinq ré- 
servoirs construits sous le règne dii sultan Soliman. Il y a dans le 
château un grand puits , d'où l'eau , en s'écoulant , va remplir les 
bassins qui sont à l'extérieur. L'eau du puits est très-douce ; quel- 
quefois on en transporte à plusieurs stations plus loin. C'est avec 
cette même eau, dit-on, que le vénérable Job s'est lavé pour se dé- 
barrasser des vers qui couvraient son corps. Ces insectes furent en- 
suite, selon ce qu'on rapporte, réduits en pierres ; on les ramasse en- 
core aujourd'hui p r c c ieaaemen t. Ce lieu est aussi renommé comme 
la station du prophète £lie. La tombe de Haïder-Baba qui est dans le 
château, y est l'objet de pèlerinages religieux. Ifi fort est gardé par 
vingt soldats de la Syrie ; ce sont ces derniers qui remplissent le 
réservoir. Le château a été construit en l'année 938(i53i), par or- 
dre du sultan susdit, et sous la direction de Terban-Ibn-Ferdja, beg 
des Arabes cultivateurs, et gouverneur de la Syrie, afin de l'opposer 
aux Arabes de la tribu des Beni-Lam , qui , s'étant mis en révolte , 
comblaient les puits.On a élevé une tour en face du château.Lcs che- 
mins qui sont ; dans cet endroit , en partie pierreux, unis et ^bloQ-^ 



( i33 ) 

neux; forment un défilé étroit. Ici les saccas-bachis distribuent du 
cherbet aux pèlerins. Uhorizon de cette station est borné , aux qua- 
tre points csordinaux, par des chaînes de montagnes. Les Beni-Lam, 
qui habitent ces cantons , ferment quelquefois les issaes de ces 
défilés. Près d'Akhizer, il existe vn endroit nommé Sekb-Akhi* 
zer ^«.«ud.! wi^ ( le trou d'Akhizer ); Akhizer lui-même est h mi- 
chemin de Damas à la Mecque (i). Trois heures avant d'arriver 
à Burkeï-Muazzèmè ^^^^ îT^ , on trouve un endroit connu sous 
le nom de Kazi-Bagtcbeleri ^J^lj^M { les jardins du juge) ; 
et après avoir entièrement franchi le défilé de Haïder , on arrive 
dans un vaste désert oii Ion aperçoit des montagnes de sable 
blanches comme la neige. 

Burkeï-Muazzemè (le grand réservoir), nommé cgfliementBurkeï-Muawemè. 
Yadii-Essed jy-t *5^ïj ( la vallée du Lion ) , à dîx-^ept heures de ^ ^L. ^i'y 
marche d' Akhizer. C'est un immense réservoir dans lequel on . ^^ <r AUiiier. 
trouve de Teau, lorsque la pluie tombe de manière à gros^r 
le torrent ; ce r^rvoir , qui a trois mille coudées carrées , est 
maintenant en ruine et aurait besoin de réparation. On l'appelait 
autrefois le réservoir de Belkis ^j^ ^ ^ il a été construit en 
Tannée €00 (i2o4) » par Melflc-'Muazzera-Issa , l'un des rois de 
Beni-£ïoub , et a été connu depuis sous le nom qu'il porte au^ 
jourd'hui. Lorsqu'il ne se trouve point d'eau dans ce réservoir , 
l'escorte en apporte d' Akhizer. Ce lieu possède un château. 
En partant de ce dernier , on rencontre une station appelée 
Abou-Djenid ju'*^ y!. Les acacias se trouvent abondamment sur 
cette route. 

Dar-eIr-Haemra, nommé égjaement Magarech-Eazir^^l Ji^Uu, »»'-««-«««»'» M- 

(1) Cette indication n'est point ter est à-pcu-près «oyen entre cera^ ^^lûatiemè.^*'" 

exacte : il y a près de cinquante lieues des deux vHles. J. 

de plus d' Akhizer à la Mecque que de (a) Dar-el-Hamra, itinéraire de 

ce mtme lieu à Damas, à cause du de- Damas à la Mecque, rapporté par 

tour que font les pèlerins en passant Burckhardt. J. 

par Médine : mais le parallèle d' Akhi- 

n. 18 



( m ) 

Akhrèh -jil , Chek-cl-Adjouzj^flc*'!^ , Makperè \^(}e cime-^ 
tière) , Pirindj-Avassi ^m»»jI ^x ( ^* y allée du bronze ) , Dar-ul- 
HadjerjipJljb, et Djeltek-SâUh JU,.i53L- Ce lieu est à dix- 
huit heures de Burkeï-^Muazzemè ; Osman pacha y a fait cons- 
truire un fort j en 1167 ( ^7^4 )* ^^ Pannce suivante , un réser- 
voir. Ici les pëlerins ramassent des pierres propres à faire des 
cachets; le sol de cette station n^est formé que de ces pierres. 
On trouve dans ce lieu, Fendroit qui porte les noms de Djebel-el- 
Taf ^UJI Jja., de Djebd-eUNitak ^UJI J-^ ( la montagne de 
la zone ou de la ceinture) , de Mezhem ^y^àe Senoua t^; mais 
qui est connu plus généralement 9 parmi les Arabes, sous le nom 
de Kutchiuk-Kaïa ^\J y^^J^ (le petit rocher). A partir d'ici , la 
caravane des pèlerins tourne à Torient et, descendant ensuite par 
un endroit sablonneux , elle arrive à la sortie du défilé , dans le 
lieu célèbre par Tapparition miraculeuse du chameau du vénérable 
Salih (i). Ce lieu est à gauche du chemin. Au retour, elle se trouve 
ravoir à sa droite. On franchit ce passage promptement, en faisant 
le plus de bruit possible , et en tirant des coups de pistolets et de 
fusils. On agit ainsi pour empêcher que les chameaux de la cara- 
vane ne soient effrayés ou ne s'abattent en entendant le bruit que 
fait encore , dans ce désert , le chameau du prophète Salih. Telle 
est , au moins , Fidée généralement répandue parmi le peuple , à 
ce sujet. 
Medtfn-Salih (a). Mcdam-Salib , nommé égatement Koraï-SaUb JU Mi, Hadjer 

à 19 h. de Dar-el- (i) La tribu de Thamad étant tom- obtint ce miracle de Diea ; la chamelle 

Hacmra. j^^^ ^^^ Tidolâlrie, le prophète Salih, panil et mit bas un jeune chameau prêt 

dont il est ici question , fut envoyé ^ ^tre sevré. Loin que ce prodige les 

pour la ramener an culte du vrai dieu. persuadât , ils coupèrent les jarrets de 

Ce prophète vivait entre le temps de la chamelle et la tuèrenu Diea, pour 

Hud et celui d^ Abraham. Une parlie les punir de cette impiété, occasionna 

des Themoudites écoutèrent ses re- un tremblement de terre à la suite du- 

montrances ; mais les autres deinan* ^^^1 ils périrent tous, sous les décom- 

dèrent , pour preuve de sa mission , 1''^^^ àe leurs maisons, 
qu^il fit sortir, en leur présence, d'un Pocockj Zamaskhan^ iPHerbeioL 

rocher , une chanoielle pleine. Salih (a) Mcdayn-Szaleh (BurcUu). J. 



( i35 ) 

3^ et Âadal Jtoû, à dix-neuf heures de Dar-el-Haemra, fait partie 
du pays de Themoud^^. L^histoire rapporte que le peuple de The- 
moud fut détruit dans la 879^ année qui suivit le déluge de Noé 
{que le salut soit sur lui). Les constructions des Themoudites, for- 
mées en partie de pierres sculptées, sont maintenant inhabitées (i). 
Ce lieu possède néanmoins un château et un réservoir ; ce dernier 
se remplit de Teau d'un grand puits qui est dans le château. Comme 
cet endroit est près de Khalil-el-Rahman ^J^. JJiaw et de Âala , 
on en apporte des limons doux , des oranges et des dattes de Tes- 
pèce appelée baltchiq-khorma , que Ton vend aux pèlerins. En 
quittant les Akebès , on aperçoit les demeures où séjournaient 
ceux de Salih. Il y a dans ces lieux, un grand nombre de puits , mais 
le prophète a défendu d'en boire Teau ; on voit égaleipent ici une 
petite montagne appelée Coubbet-el-Hadjer^^ t a3 (la voûte de 
pierres), et un autre monticule qu'on nomme Ënan jUI (le gémisse^ 
ment). On retrouve encore ici, sur une élévation , la mosquée qui 
a été creusée dans la pierre par le vénérable Salih. Ces lieux, en un 
mot^ renferment une grande quantité de ruines d'édifices remar- 
quables, restes du peuple deThemoud (2). lies pèlerins s'arrêtent 
un jour dans cette station , y paient les journées des ykkames et 
distribuent des bakhchiches. Quelquefois les pèlerins , en partant 
de Medaïn-Salih , ne passent pas par Âala; mais^suivent la route 
de Sehel-el-Matrân *tjJiJI J.^, d'où ils arrivent ensuite à Zun%- 
f ud-Kal^e ^^^àsii ^y^ (le château d^émçr^ude). 



(i) Ces maisons des Themoudites 
étant d^une grandear ordinaire, on 
s'en sert de preuve pour convaincre 
d^ erreur ceux qoi attribuent à ce peu- 
ple une taille gigantesque. PococK. 

(2) Cette tribu s'était d'abord éu- 
blie dans rYemen ; mais en ayant été 
chassée par Hamyar, fils de Sal)a, 



elle se retira sur le territoire de Hedjr, 
dans le province de Hedjaz. On y voit 
encore , dans les rochers , les habita- 
tions qu'elle s'était creusées et dont 
parle le coran* On y remarque aussi ia 
fente du roc par laquelle sortit la cha- 
melle; cette fente, assure -t- on, a 
soixante coudées d'ouverture. PococK, 



(ï36) 

Aaia (i) Aala (l'élévation), à neaf heures de Medam-Salih, dépend au5»f 

^ do pays de Themôud. C^est un village situé entre deux montagnes ^ 

* 9^»' èinf'^^""^' y ^ d^^ ^^^* courantes, des vignes ^ des vergers ^ des dattiers^ 

dés dti'omiiers , des oranges, des citrons doux, des cédrats , une 
gtrande quantité de pastèques, de concombres et autres productions. 
8ur le chemin, on voit , jtisqu^à Fiarganem , beaucoup d'acacias. 
Uti ch&teau à été construit dans ce lieu , sous le règne du sultan 
Soliman. Non loin de là se trouve une vallée qui porte le nom de 
Muchfek ^Jki^. Il y avait anciennement on autre chemin qui con- 
duisait de Damas à Âala , et qui se trouve à Pouest de la route 
actuelle. Cette route , en partant de Damas , passait par Bosra 
^j^^j Arzak (Jj;) 9 Kar-Akar jl»t/, Kalta axIS, Sebiha àgsi^ y 
Timaïè ajUJ, et Vftdii-Savana ii]y^igd\j (a). Elle est la plus di- 
recte , mais Teau J est rare ; elle se composa de six conaks , et 
chaque conak est de vingt-sept milles. 

Beiar^Ganem (3). Beïar- Gaucm , nommé autrement Tavamir j^^^ , Matrân 
f^J^ r)!A* ^* Khifa-el-Zir ^j)l Ui. , à dix heures d'Aala , possède un 

à 10 heur, de Aala. fort et utt réscrvoir. Cet endroit est situé sur un terrain couvert de 

pierres noires et dures , dans le voisinage d'une vaste plaine et de 
redoutables défilés. Une partie du chemin passe au milieu de forêts, 
de bois de tamariniers , et l'autre à travers d'âpres montagnes. 
Si Teau manque , les gens de Tescorte en apportent. Ce lieu est 
une des stations les plus pénibles de cette route. 

Zuninid'Kaiac(.{)- Zumrud-Kalaè , nommé autrement Chîhab-Ahmer^lw^l^, 
^ ^j^j est à dix heures de Beïar -Ganem ; il y a un château et un réser- 

à ioheur.de Beïar- voir, qui out été réparés entièrement par feu Azcm-Zadè-Me-^ 

hemmed pacha. On trouve dans le voisinage , des deux côtés de 

(i) £l-OUa MjJi , suivant Bure- je n'aurais pu en donner qu'une tra-* 
khardt. J. duction Irop hasardée. 

(a) Les distances de cette partie (3) Biar-el-*Ghanam(Burckh.) J^ 

d'itinéraire sont indiquées d'une ma- (4) Byr-Zemerrod h^jj^ (Burc- 

nière si obscure dans Toriginal^que khardt). J^ 



(t37) 

la route, de Teau quVn distriboe aux pèlerins. Il y a ici un fruit 
appelé betei^ram^tjb^ , de la couleur du chou, à petites feuilles, 
et dont le goût ressemble à celui de Tamande ; on y trouve aussi des 
coloquintes de Fespèce appelée aboudjehel-carpousi, ainsi que de 
Toseille. La forteresse de Zumrud a été bâtie anciennement par 
une princesse , mère d^un des rois Ismaéliens de Perse ; c^est elle 
qui a *fait creuser le puits qui est à Zumrud. Entre Zumrud et 
Ghaab^-Neamè èAjCi\ wa&, on trouve une station appelée Chab- 
ul-Hemr^Vlr«^Li (la vallée rouge), et qui est entourée de mon- 
tagnes d^une terre rougeâtre et pierreuse. 

yaUdèCapoussi.nomméégalemeatChaab-ul-I^eaxAè i^UJIs,,^, VaKdè-Capous«. 
à huit heures de Zumrud , possède un ch&teau et un réservoir cçns- ^-^ ^ 
truits par Osman pacha ; Tun des puits qui est ici , a été creufiié* * ^ ^ ^'""'"*'' 
par la mère du sultan Ahmed T'. Indépeadainment de çelui-ici , il y 
en a plusieurs autres* Les eaux sont de mauvaise qpialité. Ces mots 
OiaaiMd-Nedmè^ signifient la voilés de Vwtruçheé 

Hedô-^Achmasâ (la source du don ou du présent), à douae"*'^'^'^'^^'**^"^ 
heures de Yalidè-Capoossi , possède un diâteau Mti par Seuieï- i^^' ^«^ 
man pacha. Ses eaux proviennest de sources , et 09$ uae yeitu ^ " *Ca*pot2ri!^"^*" 
laxative qu'elles doivent à la présence du séné qfà ts:ç$X dans <:ette 
teire ; car les eaux de toute terre qui produit cette plante aput 
tou)ours pinigatives. La pluput 4es gens que les pèlerins ren.con^ 
tr^At dans ces lieux » sont m^X vêtus ou presque nuds. Il y a ici iun 
diâteau appelé Antaryllo, bâti par Osmam pacha. l4e nom de hfidiè 
( le don , le présent ) , que porte cette station , lui vient de (<e que 
le projdiète , en allant au combat de Khibrè , reçut , en passant 
dans ce lieu , des présens de ses compagnops d Vmes. Une heure 
après avoir quitté Hediiè , on arrive à un endroit nommé Chel^er-p 
Akebessi ^^imJJl , où se trouve une descente lonnant uu dé* 
filé* Des deux côtés de ce chemin, s'élèvent à pic, d^s mcmtagmii^ 

(0 Hedye ( Burckhardt ). X 



( ï38 ) 

qui ressemblent à de hautes murailles. On y voit le rocher du sa-- 
lut, nom qui rappelle la manière miraculeuse dont ces roches 
saluèrent le prophète à son passage dans ces lieux. Ce dernier en^ 
droit sert de station. 
Naklilctcïn(i). Nakhleteïn ( les deux palmiers ) , nommé également Fahleteïn 

^^^JLsi, Sedjouï sJyF" et Istabil JJL^t (l'étable), à seize heures de 




à i6fa.de Hedjfè* Hedïè , sur dcux petits monticules. Ce lieu possède un château et 

Acfamassi. ^ , . , 

un réservoir construits par Osman pacha ; il est borné, aux quatre 
points cardinaux , par des montagnes. 11 y a également ici un ro- 
cher appelé le rocher du salut. Nakhleteïn , qui est aussi nommé 
Istabil-Eucbr ^Ld JJa^t , était jadis un désert. Ce lieu servait de 
demeure à un ancien roi qui passait pour un héros célèbre , et 
qui s^appelait Chahtadè y^l::a>li. Le village quHl habitait, et 
qu^on nommait Vakf-Hassa 1-âa.^^j, était situé sur le sommet 
d^ne haute montagne ; selon la tradition , il y avait autrefois , 
dans cet endroit , un grand château célèbre par la pureté de l^air 
qu^on y respirait. On voit encore remplacement où étaient cons- 
truits ses bains. Les environs sont boisés. Ces lieux sont géné- 
ralement contins sous le nom de llm-Elsaadi ^^jjuJI J^. Cet en- 
droit renferme en outre un puits qui a été creusé par ordre de 
Nusouh fils d'Osman. Les environs offrent des montagnes dont 
la vue étonne et dont lies chçmins sont dangereux à parcourir. Il 
y a, à Nakhleteïn , sept puits dont les eaux sont très-douces; mais 
à partir d'Aala , jusqu^iei, on en éprouve une grande disette: il 
faut avoir soin de s*en pourvoir. On trouve , sur cette route ^^ 
un endroit qui porte les noms de Sitan-Muamer js»^ Jxm et de 
Hadjeristan jlxw^ (lieu pierreux). C'est dans ces environs que 
demeurent les Arabes rebelles. Ces derniers apportent des ci- 
trons acides et doux y quUls vendent aux pèlerins. Cinq heures 
après avoir quitté Nakhleteïn , on trouve une gorge formée pai; 

(0 El-Fahletèïn ^^;JLsA't (Burckhardt). J(. , 



( i39) 

^eux montagnes. Cet endroit , qui sert d^étape , possède un puits 
recouvert où Ton se pourvoit d'eau. 

Vâdi-cl-Koura (la vallée des villages), nommé également vâdi-ei-Koura. 
Yâdi-el^Kareh ^yi\^^\j et Dar-el-Koura j/iîtjtj, à quinze heures tJiJ!^^!^ 
de Nakhletem. Cet endroit, jadis florissant, et qui renfer-ài5h.deNakhieteïn. 
mait un château fort, des bains, une mosquée et des jardins , 
est maintenant en ruine. On rapporte que sur Tautel ( ^jas* ) de 
cette mosquée , où le prophète a fait sa prière , il y avait un os 
suspendu qui lui fit entendre ces mots en arabe : Ne me mange 
pas y car Je suis mort empoisonné. Ce lieu est une vallée située 
entre deux lignes de montagnes , et qui est privée d'eau et de 
toute autre chose. La plaine ou le désert que Ton voit ensuite 
se nomme Atik . ^ \ c'était autrefois la demeure des Arabes 
de la tribu des Benou - Kelb wJS"^ ( ^^^ ^^ ^^ chien ) (i). Les 
excès et la mauvaises conduite de ces hordes ayant été cause de 
leur dispersion , sous le règne du khalife Omar, leur pays fut rui- 
né. Des restes de leurs édifices subsistent cependant encore. On 
voit en outre, ici, un endroit garni de jardins et de fontaines, et qui 
porte le nom de Sakaïéï-Osman jU^ÂjIL.» (la roue hydraulique 
ou le puits d'Osman) et de ||urrèï - Leïli JJ 9^ (la nuit de 
l'épouse ) Vâdi-el-Koura sert de limite au territoire de Médine. 
Au-delà on ne connaît point la peste. 

DJcrf, nommé également Abïar - Hamzè t).^ .U>l (l'arrosoir 
de Hamzè ) , à onze heures de Vâdî el-Koura. Ce lieu possède 
lin château et un puits , monumens de la munificence de Hamzè à 1 1 h. de Vâdi- 
( duquel Dieu a été satisfait); on y trouve en outre des eaux *^^"^''**""- 



D)crC 



(1) En général, les difTérentes tri- 
bus Arabes doivent leurs noms: i* aux 
individus, de Fun comme de l'autre 
sexe , de qui elles descendent ; a* aux 
iieox qu'elles ont primitivement habi- 
tés ; 3«> à quelques circonstances mé- 
morables qui les concernent spéciale- 



ment; 4^ à certains animaux a\|xquels 
elles attachent des idées de force et de 
supériorité ; 5** enfin à divers objets 
ridicules ou méprisables que la supers- 
tition ou le besoin leur ont rendus né- 
cessaires. 

Rousseau, Tableau des trib. arab. 



(i4o) 

abondantes. Il existe , dans le voisinage de Djerf , un village ap- 
pelë Burkè à^y (le réservoir) , ainsi qu'un autre endroit nommé 
Sakaeï-Seuleïman-Ben-Âbd-ul-Melik >jjdjl Ju»^ jUJL a^U^ (la 
roue hydraulique de Soliman, fils d'Abd-ul-Mélik). Comme 
le ruisseau provenant de la source appelée Aïn-Zarka l»j\ ^ qui 
est à Médine passe dans ce village, les habitans le font à tour de 
rAle servir a rirrigation de leurs jardins. Il y a ici un champ ap- 
pelé Zîn ^\ y dont on rapporte que le prophète a particuliè- 
rement recommandé la culture. Djerf étant la limite de Médine , 
les pèlerins doivent, dans ce lieu, se purifier le corps par des ablu* 
tions , revêtir des habits exempts de toute souillure , demander 
pardon à Dieu de leurs péchés , faire de nombreuses prières , et 
s^acheminer en suite vers Pendroit où reposent les cendres du pro- 
phète de Dieu. Ici des habitans et des enfans de Médine viennent 
\ la rencontre des pèlerins, et les accueillent par des acclamations 
et des démonstrations de joie. On trouve , sur la gauche du che- 
min , une montagne appelée Djcbel-Uhud a».I Jwa. (i). Cette der- 
nière est à une parasange de la ville. Le nom de Uhûd , donné à 
cette montagne , lui vient , ou de son isolement de toute autre 
élévation , ou de ce qu'elle appartient au territoire des Or- 
thodoxes ou Unitaires ( Efal-Mewfaad ). C'est ici que s*est livré 
un combat pour T Islamisme , et que plusieurs versets du co- 
ran sont descendus du ciel. On voit , au bas de la montagne , 
la tombe du vénérable Hamzè , oncle du prophète ; cette der- 
nière est entourée de maisons nombreuses et de bancs qu'on 
doit à des fondations pieuses , et où les visitants peuvent , nuit 
et jour, se reposer sans que personne s^y oppose. Cependant 
comiçe ce lieu est à une dasû-heure de la grande route , le trajet 
en est quelque fois dangereux , surtout à Fépoque du pèlerinage ; 
dans ce cas , on profite ^ pour s'y rendre , de la visite qu'y fait 

(i) C'est cette même montagne ipe nom de mont Ohhad , au nord de la 
d^AnTÎUe indique sur sa carte soos le yille. 



( i40 

le pacha conducteur de la caravane. Il existe , dans le voisinage 
du mont Uhud «Xd.t , une autre montagne nommée Djebel- Anîn 
^j^ J^. Les environs recèlent les tombes de plusieurs person- 
nages vénérés. Il y a aussi , sur le chemin du mont Uhud , un en- 
droit qui porte les noms des Asvaf ^1>-»I et Asadif ^.<>^t. 

Médinéï-Munèvrèrè (Médine la resplendissante) (que Dieu Medineî-Muniwèrè 
très-haut la fasse , jusqu^au jour du jugement » briller de sa vive y ^ l;j j^» 
lumière ). Les premiers regards de tout Musulman qui aperçoit à a heures de Dierf. 
Médine , doivent le pénétrer de vénération en lui rappelant toute 
la sainteté de ce lieu. Qu41 songe que c^est ici Fendroit où la meil- 
leure des créatures s'est réfugiée lors de sa fuite ; que c'est dans 
ce même lieu qu^est déposée la cendre du prophète et celle de ses 
deux successeurs , Aboubecre et Omar! (dont Dieu a été satisfait). 

Médine est la cité du prophète ( Mcdinet-el-Rousoul J^J! I^.«x^); 
elle est à deux heures de marche de Djerf. Parmi les quatre- 
vingt-quinze noms qu'elle porte > voici ceux sous lesquels elle est 
plus généralement désignée , savoir : latreb w^îj , Taïbè ^Jo 
( Texcellente ) , Tâbè a^U> , Meskenè i:SLa, Habré y^U , Mah- 
boubè èjj^ ( la bien * aimée ) , Djinè Ca , Merhoumè ^a^ja , 
Mahbourè ^jj^ ( la fortunée) , Arz-Oullahê\)lj<»jl (la terre de 
Dieu), Dar-eUHidjrè <;a&Mjb (la maison de Thégire), Dar-el- 
Islam ^bLVIr\b (la maison de Tislamisme) , Dar-ei-Feth <r^'jb 
( le palais de la victoire ) , Koutb-el-Iman XJ^^^^^ ( Taxe de la 
foi ) , etc., etc. Les prérogatives de cette ville sont cent fois plus 
étendues que celles de Damas (i). Elle est située sur un terrein 
uni , dans le troisième climat , au nord du mont Uhud (2) , et à 
Torient de la montagne de Tebir ^* J^. La plus grande partie 
de son territoire est stérile. On prétend que sa distance de Cons- 
iantinople , suivant le calcul de l'astrolabe , est de mil trois^ent 



(i) La tradoclion de cette phrase plus haat, par raotaur, au inoot Uhad, 

est hasardée. il résulte que ceci est une erreur : ilé^ 

(a) Diaprés la position assignée dîne est au sud de cette montagne, 

n. . 19 



( »42 ) 

(Quatre-vingt-douze milles. Ses murailles , qui furent ëlevëes en 
368 (978)* par Azad-ed-Develet, MoUa-Khosrew et Dilemi , fu- 
rent rebâties plus tard ; on pense que cette ville en était égale- 
ment efntoùréë antérieurement à cette époque. Son château a 
quatre portes : la première se nomme Bab*Cham ( la porte de 
Syrie ) , la seconde , Bab^-Kiblè , nommée également Bab^guir 
( la petite porte ) ^ là troisième , Bab^M isri ( la porte d^Égypte ) , 
et la quatrième, sitttée du cÔte de Baki - Chërif, est appelée 
Beb-Jumaa ( la porté do vendredi ou de la réunion )* L'ancienne 
mos/iuéé du prophète , qui est dans le château, est ornée de cinq 
minarets. Dans PiMeneur de la mosquée , et sur l'emplacement 
m^me de là maison de lu vénérable ÀYchè^ où mourut Mahomet, 
est la tombe fortunée de ce prophète. Non loin de ce foyer de 
lumières célestes , sont ks monumeAs oii reposent les cendres du 
vénérable Abôubecre dit le Juste ^ et d^Omar , celui qui savait par 
excellence distinguer te bien do mal (i). IjCs quatre faces de ces 
tombeaux sont recouvertes d'un voile magnifique et entourées 
d'une balustrade en bronze doré. L'espace entre ces balustrades 
et les monumens , est garni de lampes que des ferraches (2), pré^ 
posés à cet effet , ont soin d'allumer. Le monument de la fille du 
prophète , la belle Fatima , est contigu à celui de son père. Ce 
dernier a quatre portes : la première dite de la pénitence , la se^ 



(i) Une tradition commune prëiend 
qu'Aïbbè vît en songe trois étendards 
plantés dans la cour de la maison , et 
qu'en ayant demandé Texplication à 
Mahomet , il lai dit que ces trois en- 
seignes indiquaient trois tombeaux : le 
sien, celui d'£bu-Bekir et celui d^O- 
mar. L'événement , dit ici Fhistorien 
Ahmed-Effindi, vérifia la prédiction i 
puisqu'en effet , ils furent tcfus trois 
inhumés dans cette enceinte. 

M. n'HossoKi 



(a) Les fonetions serviles de ces 
tooihes sont etckisivement remplies 
pa^ quarante noirs ; ils ont soin des 
lampes et des omemens ; ils frottent » 
nettoient et balaient Tintérieur de la 
chapelle sépulchfale. Cet emploi leuf 
vaut le titre àeferracht$ ( balayeurs ) } 
titre honorable et consacré par la re-- 
ligion même : aussi jouissènt-ils de la 
plus grande considération* 



( i43 ) 

conde appelée Ypukoud , la troisième dite de Fatima, et la qua- 
trième nommée Bab - Tclijid. la mosquée du prophète avait 
d'al)ord été ornée de quatre minarets , par Omar , fils d^ Abdul- 
Aziz ; mais dans la suite , ces parties du temple éprouvèrent 
des changemens. L^un de ces minarets , le plus élevé , a été cons- 
truit par sultan Kattebaï yj\^. 

Il existe ,' entre le tombeau et le member (I^ chaire) , plusieurs 
colonnes dont les noms rappellent les faits, gestes , situations et 
paroles du proqphète , de ses compagnons et de Fatima. La lon^ 
gueur de Tespaoe compris ^ntre le tombeaiu du prophète et la 
chaire, est de ciaquante cckudées. En Tannée 908 (i 5o2) , le sultan 
Murad ayant fait construire une belle chaire en marbre. Tan* 
cienne fut déposée sur le sol. Il y a plusieurs portes pour entrer 
dans le sanctuaire (harem jy^-) du temple : la première est appe- 
lée Bab^Esselâm ( la porte du salut ) , celle-ci est la plus grande de 
la mosquée ; elle est aituée à l'ouest ; on la nomme aussi Bab-*el- 
Khouchou (la porte de Thumilité) et Bab-Mervâna pour indiquer 
le lieu où elle répond; la seconde est la porte de la Miséricorde, 
nommée également Bab-Ate}f:è et Bab-el-Sook (la porte du mar- 
ché ) ; la troisième , Bab-el-Nissa ( la porte des femmes ) , cons- 
truite et destinée aux femmes par le khalife Osman ; on la 
nomme aussi Bab-el-Rebt , du nom d^une fille de Safah appelée 
Rabita , dont la demeure était en face ; cette dernière porte est à 
Torient ; la quatrième , située du côté du Saint-Sépulcre ^ est la 
porte de Gabriel, à Torient. On raconte qu'au combat des Beni- 

Kariza , l'archange , vêtu de se tenait à cette porte. On 

la nomme encore porte d'Osman ou porte du prophète. 

Des gens dignes de foi prétendent que quiconque mange , le 
matin , à Médine , sept jdattes en se tenant entre les deux col- 
lines , sera préservé , durant la journée , de tout malheur. Il 
existe, hors des murs de cette ville , un emplacement appelé Me*- 
nakhè asU*, en partie situé sur un vaste espace , en face de la for- 
teresse , et entre celte dernière et le faubourg : cet emplacement 



/ 



.•* 



(i44) 

renferme un certain nombre de maisons , des mosquées , un bain 
public , des vignes , des jardins et des plantations de palmîéiitSi 
Cest dans ce lieu que logent les pèlerins. La mosquée du prophète 
est située en face de la porte d^Égypte. On a élevé des minarets 
pour indiquer les endroits où se tenaient l'envoyé de Dieu et ses 
compagnons, pendant le combat de Khandak. Il existe maintenant 
une mosquée sur ce même terrein. L'intérieur de la forteresse ren- 
ferme de beaux marchés et un bain construits par £mir-Tchoban> 
Le corps de ce dernier , qui périt en Khorassan par le glaive de la 
trahison, a été rapporté à Médine et est enterré dans le Saint-Sépul- 
chrc. Cet intérieur de la forteresse est un lieu sacré renfermant 
aussi des boutiques, des collèges , et des asiles pour les voyageurs. 
Quelques-unes des maisons ont des jardins ; on en trouve en ou^ 
tre un très-beau appelé Ainiè , près de la porte d'Egypte. Sur la 
place qui est devant la porte de Syrie', on voit le tombeau d'un nom- 
mé Zèki-Eddin-Mehemmed , fils d'ÂbdoulIah , fils de Hassan , fils 
dé Hussein qui était connu sous le nom de Nefs-Zeki et qui mourut 
martyr sous le khalifat de Mansour l' Abasside. Les jardins de notre 
seigneur le khalife Omar sont derrière la mosqtiée du pix)phète , 
près du quartier des potiers. £n face du sépulcre il y a un empla* 
cernent qui contient deux salles, des arbres , un bassin et un sou*^ 
terrain ; cet endroit sert de lieu de repos aux agas desservans du 
monument. On prétend que c'est sur ce terrain qu'étaient autre- 
fois les maisons des Euchcréy-Mubechères (les dix évangélisés) (i)> 
On voit, sous une voûte, dans l'intérieur de la forteresse, le noble 
monument de Malik-Ben-Sinan. A l'issue de la porte d'Egypte, 
sont les nobles mosquées des vénérables Abou-Bekir etOmar.Sui- 

(i) Ce sont les dix premiers apAtres ses leur valurent le titre de Euchêréy^ 

auxquels Mahomet a le plus spéciale- Mubechhrès , qui veut dire les dix évao»- 

ment promis le ciel , le paradis et une gélisés , les seuls que Tislamisme aif 

félicité étemelle supérieure à tout ce béatifiés , avec Fatima et les deux en»- 

que rintelligence humaine pouvait se fans dVVly. 
figurer de plus ravissant^ ces pr ornes- 



( i4S ) 

tant les écritures véridiques, la ville dé Médinè aurait, entré autres 
prérogatives, celle de n^ admettre dans son sein , ni la peste , ni 
Tante-christ ; des anges, préposés à la garde de cette ville, en écar- 
teraient toujours ces deux fléaux. A ces avantages , il faut encore 
ajouter que Pair qu'on respire à Médine est excellent , et qu'elle 
possède des eaux courantes, des palmiers et des champs ense- 
mencés etc. etc. L'eau du ruisseau Aïn-Zarka \ij\ ^^, est surtout 
incomparable. Cette source étant plus basse que le sol de Médine « 
on est obligé de descendre vers ses bords par un escalier, pour y 
puiser l'eau^ 

C*est Mervân qui, par ordre du khalife Moaviè , a établi le 
cours de ce ruisseau. Comme Mervân avait les yeux bleus, on au- 
rait dû appeler cette source la Fontaine de Vhomme aux jei^x 
bleus^ mais néanmoins elle est connue sous le nom de IdiFoniaine 
blette ou azurée. Indépendamment de cette source ^ Médine avait, 
dans ses environs , dix-neuf puits qu'elle devait à la pieuse libé*^ 
ralité du prophète ; il en existe encore aujourd'hui sept , dont un 
poète a renfermé les différens noms dans un couplet arabe. Outre 
ces puits sacrés , Médine en possède un grand nombre d'autres. 

Les fruits du palmier offrent ici une grande variété. Il est re-^ 
connu qu'il y existe quatre-vingt-douze espèces de dattes : les sui- 
vantes appartiennent uniquement au territoire de Médine, savoir: 
les temr-ierni ^^.^> lestemr-soultani JlLL^; lestemr-adjouh 
%ys^ j^^ les temr-halotijU.^, et les temr-sihani^W^^v. Les gre-^ 
nades qu'on trouve ici ne peuvent, pour leur supériorité^ se com- 
parer avec celles d'aucun autre pays. Il y a aussi une grande varié" 
té de légumes et de fruits : les melongènes , les melons , les pastè-^ 
ques, le raisin , les oranges , les citrons , les pèches, les figues, les 
nebiks (i) , et les bananes, y sont en abondaiice. La mosquée du 
prophète a été reconstruite deux fois de son vivant ; la première, 

( i) Ce mot, qui est écrit \1>^ nebk, blement une faute : il devrait s'écrire 
dans Fauteur que )e traduis, est proba- ^^7^ nebek, et signifierait alors, suivant 



( 46) 

lorsqu'il honora Médine de sa présence , et la seconde , lors- 
qu'il revint de Khiber^^. Depuis lui, ce temple a été rebâti, 
augmenté et embelli à différentes époques , par ses successeurs. 
Lorsque Velid , fils d' Abdul - Melik , était khalife en Syrie , et 
qu'Omar , fils d'Abdul-Âziz , se trouvait à Médine , ce dernier 
reçut Tordre de donner plus d'étendue à la ville. Ce fut à cette 
occasion qu'il fit élever les quatre minarets dont il a été fait men- 
tion plus haut ; et dont la hauteur fut, d'après ses ordres , portée à 
soixante archines ^^jt. Plus tard Médine fut aussi augmentée sous 
le khalife Mehdi. Il en est de même des murs de la ville et du 
château , qui ont été plusieurs fois réparés ou renouvelés entiè- 
rement f particulièrement en 44^ (1^4^) « P^^ Mehemmed-Dje- 
vad-Isfahani. Les murailles qui subsistent aujourd'hui ont été 
construites par Mahmoud-Zingui-Akscnkar , d'après l'ordre de 
Noureddin-^hehid , en 558 (ii63); c'est ce que prouve l'inscrip- 
tion arabe suivante , gravée sur une table en bronze , et qui se 
trouve au^essus d'une des portes : 

«r La construction de ceci a été ordonnée par le paayre en Diea , très-haat 
» Mahmoud, fils d« Zenguî-Âksenkar , en Tannée 558* » 

En 75o (i 349)9 Saad ben Zàbit-Djemaz commença à entourer 
la forteresse de fossés ; mais la mort Payant surpris au milieu de 
ses travaux, ils furent achevés par Témir Fazl ben Casem. En 757 
(i356), Kalaoun-Oglou reconstruisit de nouveau la forteresse. En- 
fin, plusieurs parties de celle-ci furent, dans la suite, renouvelées 
par ordre du sultan Soliman. Leshabitans de Médine sont particu- 

'Menmskïijhictusiirborùj^^sedrdic- également le rin que Ton fait avec la 
tœ nempe hii spedes. Ce mot indique moelle du palmier. 



( «4? ) 

lièrement honorés parmi les autres Musalmàns. Lorsque le kha- 
life Mehdi vint à Médine , Timan Malek fut à sa rencontre et 
l'inrita, à son entrée dans la ville , à saluer les habitans ; « Prince 
des Croyans , lui dit-il , vous allez voir devant vous les descen* 
dans des compagnons et des compatriotes du prophète ; il n^y a 
point sur la surface de la terre , de peuple plus digne , par ses 
qualités , d'être honoré qiie celui-ci. » Les prières qu'on adresse 
à Dieu, dans le temple de cette ville, pour Tâme des morts, 
sont beaucoup plus efficaces que celles qu'on fait dans les au- 
tres mosquées. En un mot , nous terminerons en convenant 
que la langue ne pourrait suffire si elle voulait payer convena- 
blement le tribut de louange qui est dû à la mosquée du pro* 
phète , au saint sépulchre et à la ville de Médine elle-même. La 
mosquée dite Kaba-Mesdjidi ^->^**-* 13, est située dans un village 
qui porte le même nom , à une heure de la ville ; cette mosquée, 
dont les fondemens ont été posés par le prophète en personne , a 
été terminée par lui et ses compagnons. On la nomme aussi 
Coubbet-ul-Islam ( la voûte de l'islamisme ). Non loin de là est 
le puits de Khatem (le puits de la bague ) j dont les eaux se sont 
élevées à la voix du prophète. Ces eaux sont d'une excellente qua^ 
Hté. Près du puits, est l'emplacement où étaient les maisons 
d'Aly et d' Aboubecre , et sur lequel il y a maintenant une mos* 
quée. Il est de tradition que le prophète se rendait régulièrement 
une fois par semaine dans cet endroit, tantôt à pied, tantôt à che^ 
val. Le lien réputé le plus saint du village de Kaba est la station 
Khitmè iyj^k^LÀ ; elle est au S.-Ë. de la mosquée. Non loin de 
lÀ est un endroit qui porte le nom de Mesdjidi-Aly J* j«-^ ( la 
mosquée d' Aly )• A l'ouest de Kaba , se trouve une autre mosquée 
appelée Mesdjidi-Ghems ( la mosquée du soleil ). La largeur du 
temple de Médine égale sa longueur ; lespace qu^il occupe est de 
soixante-six ziras. Ce temple a été rebâti plusieurs fois , notam^ 
ment en 555 (ii6o), par Djemal-£ddin-Isfahani , et en y 33 
(x333), par Nassir-Kalaoun. Dans le jardin de Aniè, qui est dans 



à 2 h. de Médine. 



( i48) 

le voisinage , se trouvent une fontaine et un bassin qui ont été 
construits par Chehid-Mehemmed pacha. 

Suivant Toccurrence , les pèlerins s^arrétent quatre ou cinq 
jours à Mcdine , y paient les journées des ykkiams , distribuent 
des bakhchiches » et se rendent ensuite à Âly-Couyoussi. 
a*«(0- Hassa, nommé également Ali-Couyoussi ^cr^^ (le puits 

d'Aly ) , et Zu-el-Khalifè àijUJtji , est à deux heures de Médine. 
Ici ceux d^entre les pèlerins qui suivent le rit de Timan Chaafi , 
pour se conformer à Tusage qui fut , dit-on , pratiqué par le pro* 
pViète y revêtent Tihram ( manteau pénitenticl ). Il y a dans ce vil* 
lage,.de Peau et des jardins. On trouve , en partant de Médine, 
une montagne appelée Muferreh ^yu^ (la réjouissante). Au retour 
( de la Mecque) , lorsqu'on a gravi cette montagne, on découvre 
Médine. Il y a en outre ici deux autres endroits nommés Mu-* 
ferridj ^jk^ et Bid-Enâm >ljt ^ , qui dépendent du pays de Me- 
zinè MjA ^^, dans la vallée d'Aakik (3:Ji&^^tj* Pi*ès de Mezinè , il 
y a une haute montagne appelée Ërrè zA (la scie). Comme cette 
dernière renferme plusieurs fontaines, on y vient puiser de Teau 
des villages environnans. Il existe, dans la vallée d'Aakik, un puits 
appelé Bir <- Omer (puits d'Omar). Les poètes ont composé des 
vers nombreux à la louange d'un château qu'on trouve dans cet 
endroit; la mosquée dite Chedjer^^s*^ (l'arbre), se trouve sur 
le chemin de ce château. Au sud de cette mosquée , on en voit 
une autre appelée Maares fr'j^ % et non loin de cette dernière , 
une montagne qui porte le nom de Selsal JUL0 (2). 
*''"te(3?"" Koubour-Chuhèda (les tombes des martyrs). Ce lieu est situe 
Ijl^ , *i entre deux montagnes, à treize heures de Hassa. Il y a un lac qui 

sert de réservoir à l'eau de la^pluie ; mais il est quelquefois à sec. 
On y trouve aussi un puits appelé Rouha. La tradition veut non- 

(i) Il existe deaz routes de Médine Hassa correspond k Biar-Aly Je jLi 
k la Mecque , celle de TEst et celle de de Titinéraire de Bnrckhardt. J. 
rOuest ; la première est la plus cour- (2) Seisal latum purum arenâ com- 
te, mais la plus difficile et la moins usi- mixtum. 
léc : Tautenr turc va décrire la seconde. (3) Ei-Shohada. ( Bmxkhardt ). J. 



à i3 h. de Hassa. 



( i49 ) 

seulement que celui qui est la gloire du monde (Mahomet) ait 
fait son ablution et sa prière dans ce lieu , mais que soixante pro- 
phètes s^y soient acquittés du même devoir. Il y a aussi, deux au- 
tres endroits appelés , Tun Mêlai J^ ( tristesse ) , et Tautre Mes- 
djid-Chérif ^^jt* j«-^ ( la noble mosquée ) ; le nom du premier 
vient de ce que le roi Teb , en passant par cet endroit , y éprouva 
de la tristesse. Entre Rouha et Mêlai , on trouve les endroits sui- 
yans, savoir : ij" Akhrem >^f , nommé également Harim v^f 2"^ 
une station appelée Berian ^Vt^ 9 et 3^ une vallée ; il y a en outre, 
à Mêlai , une autre vallée nommée Zousurkh fj^^y Koubour- 
Ghuheda sont d^anciennes tombes qui servaient de sépultures aux 
habitans des bords du torrent. I^e nom de martyrs donné à ces 
derniers , leur vient probablement de ce quUls auront péri par la 
violence de ce même torrent : au reste , Dieu sait mieux que per- 
sonne ce qui en est. On trouve ensuite la mosquée dite de la 
Gazelle , où un animal de cette espèce parla au prophète. Non 
loin de là , est Tendroit qui porte les deux noms de Nazie ajjU 
et de Sir jy^, situé dans un lieux marécageux et au fond d^une 
vallée. C'est là , suivant une tradition y que le butin pris sur ceux 
de Bedre , fut partagé. A trente heures de Koubour-<]huhèda , 
avant d'arriver à Bedre , on trouve une vallée et un défilé entre 
deux montagnes ; celles qui existent dans ces lieux sont de la cou- 
leur du charbon. 

♦ 

Djèdidè (la nouvelle), à dix-heureA de Koubour-Chudèda est Dièdlclè(i). 
yn village qui renferme des eaux courantes et des palmiers , et CX» j^ 
dans lequel on trouve des melons , des pastèques , des herbages , ^ i8h.de Koubour- 
des melongènes excellentes , et des hannas en abondance. On ap- " ^ '' 

porte ici du baume que Ton vend |aux pèlerins (2) ; on leur dé- 

(i) Bjedeyde ( Bar€khardt). J. bablemeni ce que nous appelons bau^ 

(a) Les mots employés ici par notre ^dela Mecque. Suivant Aly-Beg , ce 

auteur, dehn-belessan ^^ j»^ , si- baume, quoique produit du territoire 

gnifient aussi de Tonguent; c'est pro- *« c**** ^«» J «erait fort rare, et 

n. 20 



( i5o ) 

bite é^lement des éventails , des paaiers et des tables fabriqués 
sur les lieux avec les feuilles du palmier. Les deux côtés de ce 
vttkge sont dans un état de prospérité , mais le défilé qui y con^ 
duit est dangereux; ce dernier est formé par une longue vallée ,. 
entre deux montagnes. On y est exposé aux attaques des Arabes. 
Il y a près d'ici un eiràroit qui porte également les noms de Al- 
Bjaafer-ben-Abi-Taleb-Amleri 4£A*tf wJ^^ '^^h'*?^ J' (le* sources* 
d'Abi-Taleb de la famille de Djafer),et de Qiuba LL. On trouve 
ensuite dans ce même lieu deux villages appelés Djedideïn^jjj^ 
( les deux Djedtd ), entourés d^acacias ; et plus loin , une station 
nommée Arabéïn ^M- Les trois villages q»i portent les noms 
soivans, savoir : Hamra M^, Safra M^^ et Hassiniiè *■;;„■>» , for- 
ment la vallée appelée Hafer^^ } ces trois villages sont remplis 
de jardins , de plantations de palmiers, et prodnîsent des hannas 
de première qualité. La vallée deHafar,^^ iS^)j Vadi-Hafer, 
renferme les demeures des Al - Zcbaa. Homra t^ est sur la 
gauche de la vallée d'Akik ; on le nomme aussi Homra -ul-£s- 
sed xJir*\j^ (rHomra du lion). On rapporte que c'est dans ce 
lieu que vint le prophète, lorsqu'après le combat d'Uhud, il 
poursuivait les Korcichites. On trouve , en outre , ici , les endroit» 
^jpelés Zat-el-Edjdal Jljo.^otj ou Kenan jl^, leraïn ^^;^., 
et près de Hamra; un village nommé Khakh A6. ; ce lieu servait 
de demeure à Aly , fils de Moussa - Riza , et à Mehemmed, éls- 
de I^afer (que la bénédiclkm de Dieu soit sur eux tous). Obeidè-- 
ben-el-Haretli-ben-Abdel-Motaleb ayant élé rapporté Uessé àust 
combat de Bedre, dans la mosquée qui est à Safra ^^, y mourut 
et y fut enterré. Il y a près de là, deux montagnes appelées Setki» 



Ton ne peut en trouver que lorsque les mais le premier prétend que les MeC- 

Bedoîns des aulnes parties de TArabie quois ne connaissent pas l'arbre qui 

en apportent par hasard. Le nom ara*- le produit; cet ai^e porte le nom 

he que lui donne Ali-beg s'accorde à- de Gtkad. 



peu-près arec celui de noire auteur f 



( i5. ) 

^ et Mahri ^fs^\ le lieu où elles sont est appelé Ilel J!j). On 
rapporte que c'est dans ce dernier endroit que le prophète » de 
retour de TafTaire de Bedre , vint faire sa prière du soir. Il existe, 
non loin de Bedre, un lieu appelé Debet-el-Mustaadjelè a U^'^ ^J ! ï^j), 
qui est la demeure des Arabes de la tribu de Harb. Ces lieux pro* 
dttisent abondamment les choses nécessaires à la vie. 

Bedre -Hanin, à quatorze heures de Djcdidè, est un village Bedre-Hantn (i). 
abondamment pourtu d'eaux courantes , de jardins et de pal-* ^j/r^ i^ 
miers ; on rappelle aussi Bedre-el-Ketal ( Bedre du combat ) i14h.de Djedide. 
JljiiJtjjj , Bedre-el-Oula Jj^^J^ ( la première ) , Bedre^el^ 
Taniè ^\â\^^^ (la seconde), et Bedre-el-Tèlatè dWtj^ (la 
troisième); le nom de cet endroit lui vient d'une personne appelée 
Bedre, qui y creusa un puits: une fontaine existe en face de ce der- 
nier. C'est ici que les caravanes des pèlerins de Syrie et d'Egypte 
se rencontrent : ce lieu , par le souvenir qu'il rappelle , mérite 
d'être parcouru avec une attention particulière. La source qui est ici 
est celle dans laquelle Aly, le jour du combat, lava sa chemise en- 
sanglantée; on rapporte que ce compiignon de Mahomet ayant pré- 
senté et versé de l'eau de cette source sur les mains du prophète, il 
jaillit de ses doigts sacrés autant de jfilets d'eau douce, dont l'armée 
fut abreuvée.'C'est dans l'endroit appelé Galib v^ 0^ victorieux) 
qu'eut lieu le combat de l'Islamisme : cet emplacement est main- 
tenant une plantation de palmiers dans laquelle se trouvent deux 
étangs et une colline de sable de la plus grande blancheur. Il y a 
sur cet emplacement et au milieu des palmiers , une mosquée ap- 
pelée Mesdjid-el-Guemam ^<Ji\^<at^ (la mosquée des nuages ): 
comme il y avait use chaire, on y disait autrefois la prière 
du vendredi. C'est dans ce même lieu que notre seigneur le 
proi^ète venait , à l'ombre des nuages , reqpârer le frais. Dans 
les livres du «Sur , cette mosquée est désignée sous le nom de 



( i) Be^er dans Borckhardt. Cet en- de cinq cenU maisons , avec un t\x\%* 
droit fameux renferme, selon lai, plus seau. J* 



(iS.) 



Mesdjidi - Aarichi J^,jB' *xs5^ ( la mosquée de Tarche ). Il en 
existe encore une autre dans le voisinage de cette dernière et que 
l'on appelle Mesdjidi- Aksi ^^\ jus--*. On trouve ici quatre tribus 
arabes qui portent les noms de Zebid - Taïfèssi ^^^}^ J^j » de 
Karabè wt^î , de Chekèrè tj^ et de Aatik ^Jjfe. On entend quel- 
quefois le bruit du tambour vers les deux monticules qui sont dans 
le voisinage ; on assure que ce bruit est encore celui de la victoire 
du prophète qui se reproduit ; c*est en effet là , suivant la tradi- 
tion, queTapôtrede Dieu attendit les infidèles le jour du combat 
de Bedre. Il y a dans ce village un grand réservoir construit 
par le sultan Gauri, et dans lequel on descend par un escalier. On 
prétend qu'à la journée de Bedre, le prophète avait avec lui trois 
cent dix de ses honorables compagnons d'armes, et que trente-six 
d'entre eux tombèrent martyrs dans ces lieux. L'endroit qui peut 
être considéré comme le port ou l'échelle de Médine^ est à six 
heures d'ici ; ce port s'appelle Deniz-Iambouï ^^.^^ O'anibo de 
mer). On assure que Chuliéda Mjl^ est sur la gauche du chemin. 
On trouve en outre ici un endroit appelé Borak-Djènnet sji^ ^\y 
(le paradis de Borak) (i). 

Kaa-ei-Beiua (a). Kaa-cl-Bczua , nommé autrement Meïmoun-Ovassi ^j^t^S ^^j^ 
LJt pU (la vallée du singe), et Tiarân ^Ijtt, à seize heures de Bedre, est 

\ 16 h. de Bedre- une immcusc valléc sablonneuse dans laquelle il n'y a point d'eau, 
"'"*"' et dont les flots de sable s'agitent comme ceux de la mer. L'eau 
est apportée de Bedre par les gens de l'escorte ; on n'en trouve 
pas dans ces lieux. Cette vallée en renferme elle-même deux au-. 
très très-grandes : la première se nomme Aas jôU et la seconde 
Aavouis -j,^. Il existe également ici un lieu appelé Ziili ^^'ji à 
la droite duquel on découvre Sues-Dcnisi yS^^\j^.y^ (^^ "^^^ ^® 
Suez ou la Mer-Rouge ). 

(i) Borak, jument an corps moitié de Jérusalem an ciel, 
femme et moitié cheval , dont il est ^^^ £] . Kaa seulement pVii)t dans 

parlé dans le coran et sur le dos de la- Burckbardt J* 

quelle Mahomet prétend s'iire élevé 



(i53) 

Kabigue , également connu sous les noms de Raboug p^l. , Rabigue (i). 
de Hedjèfè iiâ^ et de Rabiga-Achmassi ^^aï^) ^'j ( ^^^ sources ^'j 
de Rabigue). L^ancien nom de ce lieu était Fehiaha aiu^, mais ses ^ »7 *>• «'« Kaa-ci- 
prcmiers habitans ayant tous péri à la suite d'un débordement du 
torrent, il fut nommé Hedjèfè. Cet endroit , qui est à dix-sept 
heures de Kaa-el-Berouh Hjj^] pli (2) , forme une yallée sablon-- 
neuse dans le voisinage de la mer de Sues ; ce sable ressemble à 
celui qu'on emploie pour les horloges qu'on appelle sabliers. Ce 
lieu renferme des plantations de palmiers , de Peau et des jardins; 
on y trouve aussi du fourrage , des moutons ^ du poisson , des 
pastèques et une drogue appelée Dem-ul-Âkhouîn ^^>»Vr J (sang 
de dragon) : le chemin est garni de tamariniers. On trouve , à 
Rabigue , de l'eau ; en creusant la terre à la profondeur d'une 
coudée : c'est dans ce joli endroit que les pèlerins de la Syrie se 
couvrent del'Ihram (manteau pénitenciel). On dit qu'Émince , la 
mère de celui qui est l'ami de Dieu, est enterrée dans un lieu nom*^ 
mé Abua t^t , situé à sept pàrasanges, au nord de Hedjèfè. Il y a ici 
deux peuplades, dont l'une porte le nom de MevaTi-Roui et l'autre 
celui de Mevafi-Roumïè ; on y voit aussi un village appelé Mes-^ 
tourè njy^^ « dans lequel on trouve des pastèques à petits pépins, 
et, à raison de sa proximité de la mer de Sues, du poisson frais : 
ces lieux sont très*sablonneux. I^on loin de là ^ à gauche du che- 
min , se trouve un autre village bien entretenu , appelé Târef 
^jVL , qui produit des amandiers et où Ton apporte du beurre^ 
du ïougourt (3) et des légumes que l'on vend aux pèlerins. On 
trouve sur cette route un passage difiBcile qui porte les noms de 
Cheker- Akebessi ^^Jp jXi» , de Souïk . ^^^y^ , de Kadid a> jâ et 



(i) Rabagh (Burckhardt). J. celui des deux qai est inexact ; ik ne 

(a) Ce mot , qui est le nom de la «« trouvent point sur les cartes, 
précédente sUtion , est écrit ici d'une (3) Excellente préparation de lait 

manière qui diffère de la première : il caillé dont on fait une grande consom- 

faut qu'il y ait erreur dans Fun ou dans mation dans le Levant. 
Fautre ; mais je n'ai pu déterminer 



( i54 ) 

de Kharin a^^. Vu la difficile du chemin, les saccas-bachis 
forrt rafraîchir ici les pèlerins en leur distribuant du chetbet. 
Non loin de T Akebè et à droite du chemki se trouve une mos<|aée 
remarquable ^ ou les pélerkis, lorsquHls se couvrent de Pllnram, 
font de nombreuses prières et des actes de soumission religieuse. 
Kadid est un désert de sable pur, dans lequel on ne trouve point 
d^eau ; des pierres plantées dans le sable indiquent la distance 
des milles, et en un mot^ ces lieux sont dangereux et redouta- 
bles aux voyageurs. 

Ouezeidjè . Burkè. Guzeldjc-Burkè ( le joli réservoir), à quinze heures de Rabi- 
^ • J^ gue , village renfermant plusieurs eaux courantes et un étang ; on 

i i5 h. de Rabiguc. ^ ^^^^^ dMsé. des melous et des pastèques. Noti loin de ce village 

il en existe un autre qui sert de demeure aux Arabes Renbid J^j; 

on y voit aussi une mosquée remarquable et un autre hameau 

nommé Kbalis (i), où il y a des eaux excellentes. Kbàlis était jadis 

un village florissant ^ mais on n'y retrouve plus maintenant que 

quelques vestiges \ restes de son ancienne pro^érité ; c'est ici 

qu'est. enterré Maktoul*0 glou-* Ali-Pacha ; il y a également dans 

cet endroit une fontaine , une mosquée , et une source qui porte 

les deux noms de Itch ^j et de Azrak (jjVK aitisi qu'un réservoir. 

Les eaux , comme on voit , ne manquent pae dans ee lieu. 

^" ;^^ Ifan, appelé aussi Mudridj-Ostnan ^Ul^ r i»^> ^ ^^*^ heures de 

^ Gazèldjè-Burkè , est un village entouré de palmieFS. L'eau y .est de 

Burkè. mauvaise qualité : on y voit des ruines nombreuses et un pmts. 

Sebii-Kharab; Setttl-Kharab (la fontaine en rtiîne), nonlmé autrement Tcho- 

v^t^û. l n r khad)i-Sebili X^^^i:à.y^ , à quatorze heures de Ifan, lieu dé- 

à i< heures d'ifan. pourvu d'eau. On trouvc à l'ouest du chemin, un village appelé 

Arouah t^^^ où il y a de l'eau et des jardins. 

(i) Khaiysz , selon Titméraire de çonne que les quatorze heures, comp- 

Burkhardt. J. tëes ici depuis Ifau, dmyenl ôlre ré- 

(2) El-Szafan , selon le même. De doites ; le même itinéraire ne Caiit pas 

là à Wady-Fatmè, il ne compte point mention des deux lieux qui suivent : 

de station intermédiaire , et je sonp- Fauteur turc est donc plus complet» J* 



( i55 ) 

Vadii-Fattina ( la vallée de F^^ûna ) , à six heures de Sebil- ^^^^^'^^^'"^ (^)' 
Kharab , village qui reofemue des eaux vives , des vignes et des ^^ tS^^j 
jardina; on y trouve les drogues médicinales appelées kadi i^^'f ^^****Ïl ^^. ^^^''' 
et.yiiW* madjankour, ainsi que des fruits et des herbages de 
toute espèce ; on en tran^K>rte dUci uxie portion que Ton vend à 
la Mecque et à Djida CW- C'est dans la vallée de Fatima que les 
habitans de la Mecque viennent à la rencontre des pèlerins : la vé- 
nérable Meïînounè, Tune des épouses du Proj^ète, a été eaterrée 
dans un endroit aride de cette route. O9 voit ; en outre., ici , deux 
mosquées remarquables ^pelée$ , 1 une Mesdji-Gbieref .et Tautre 
Mesdjidi-Teniim 

En passait par Eumrei-Cadimè ^^^ \^, on arrive à Eumrèï- 
Djèdèïdè d^.J^ v^ (a) ; ce dernier endroit est à environ une heure 
et demie de la Mecque , d'où on vient exprès pour y faire TEu- 
mrè ; ce lieu est aussi connu sous le nom de Iki-Mil J^^J (les 
deux milles). Vers Tenaïm ^^ et à la droite du Kiblè, il y a une 
mosquée qui est connue soud le nom Mesdjidi-A^icha (la mosquée 
de Aïcha), on la nomme aussi Heldjè. Il existe dansée lieu un 
arbre antique près duquel on ,p^Qse que la respectable Aïcha et 
aon frère furent envoyés par le prophète pour s'acquitter de 
rEumrè. Cette prétendue mosquée d^Aiacha était à .quelque 
distance de la première enceinte de la terre sacrée : elle est 
maintenant détruite. Les habitans sont dans Tusage d^élever ici , 
tantôt sur un point tantôt sur un autre, de fragiles édifices ou 
plutôt des tas de pierres auxquels ils donnent le nom de mosquée 
de Aïcha, c^est ce qui fait croire que ce temple a effectivement exis- 
té dans ces lieux , mais on ne peut pas connaître au juste rempla- 
cement où il se trouvait. Il y a dans cet endroit une ancienne ci-* 
terne qui est alimentée par les eaux de pluie ; c^est de Teau de 
cette citerne que se servent pour leurs ablutions les personnes 
qui font ici leur Eumrè. Quand Sinan-Pacha vint à la Mecque , il 

(i) Wady-Fatme. ( Burckhardt. ) V ancienne et la noweîU Visitation, 
(a) Ces mots signifient en arabe ^ 



( i56) 

trouva , lorsqu'il voulut s'aquitter de l'Eumrè , que cette citerne 
était vide et que les personnes qui desiraient , comme lui, remplir ce 
devoir religieux étaient forcées d'apporter de l'eau de très-loin ; 
ce pacha ayant découvert un ancien puits en ruine , fit retirer la 
terre qui le comblait , et le rétablit dans son état primitif; ayant 
en outre fait construire un aqueduc aboutissant à l'endroit où 
se fait l'Eumrè, il y installa une personne chargée de tirer et de 
distribuer l'eau du puits ; ce dernier est maintenant encore dans 
l'état où il l'a établi et sert aux besoins des passans et des voya- 
geurs. Il est néanmoins certain que lors de la trop grande affluence 
de monde , il y a pénurie d'eau. En quittant Eumréï-Djèdid on 
arrive à un endroit appelé Cheikh-Mahmoud 3j^ jfer' ; voici ce 
qu'on raconte de l'origine de ce nom : Ibrahim-Edhem , après 
avoir abandonné son royaume, s' était retiré dans le voisinage de la 
Mecque et vivait confondu au milieu des pauvres de cette ville ; son 
fils, Chah-MahmDud étant monté sur le trône de Bokhara et ayant 
appris avec certitude que son père était à la Mecque, s'y rendit de 
suite accompagné de sa mère. Dans l'entrevue qui eut lieu à leur 
arrivée , le père serrait tendrement son fils dans ses bras. Tout-àn 
coup Dieu leur inspira cette réflexion : Convient*il de confondre 
ici la tendresse paternelle avec l'amour divin ? Mais il était trop 
tard, déjà l'infortuné Chah -Mahmoud était tombé mort sur 
les genoux de son père : il fut enterré dans ce lieu. Aujourd'hui 
sa tombe est encore couverte d'une coupole , et l'endroit où elle 
se trouve est généralement connu sous te nom de Cheikh - Mah - 
moud. 

A un mille avant d'arriver à la Mecque , on trouve une mosT 
quée qui porte le nom de Zebtouï ^j^j dans laquelle on assure 
que le prophète avait coutume de passer la nuit toutes les fois 
qu'il venait de Médine , et que le lendemain matin il entrait à la 
Mecque après avoir fait son namaz. Les habitans de la Mecque 
donnent aussi à ce lieu le nom de Beïn-cl-Hadjouteïn ^^j=H' c^- 
Les pèlerins , en partant de Cheikh-Mahmoud, entrent à la Mec- 



( «57 ) 



Tcharchoussi ^^.U. >ll (la rue de Syrie), près du petit 
( Sôk-Saguir jam ^Jj-» ), et les autres en pénétrant par la 



que par différens points ; les uns en passant en face de Cham- 

marché 
la colline 
de Safa ^io. 

Mekkeï-Mukerremè ( la Mecque vénérée ) , à six heures de Mekkeï-Muker- 
Vâdi-Fatima. D'après l'estimation que nous avons faite , il y a , J. 

depuis Damas en Syrie jusqu'à la Mecque , quatre cent quatre- ^ 
vingt-dix heures de marche. Deux chemins conduisent de Ifan à ^Fatfma. 
la Mecque , l'un par Elborka ^ji\ et Mera-Elzehran ^'j^^l Ij^, et 
l'autre par Vâdi - Meran j'j/'iJ^I^C la vallée de Meran ). Cette 
Tille est située dans le troisième des sept climats; sa longitude est 
de 70* (i), et sa latitude de 20" 4o^ Voici entre autres les divers 
noms qu'elle porte : Mekkè-Beguè ^ aSC» (la Mecque proprement 
dite), Beldet-el-Êmîn ^^^ïjlI (la ville de la sûreté), Kariet L»î 
( le bourg) , Umm-ul-Koura ^y^\V^ (la mère des villages), Bel- 
det «jlL (la ville), Erouz j^j^e, Umm-Kirsi ^^J^'X Farân j^i, 

Mukaddèsè iu-jJu (la sanctifiée), Kâdis ^^IS, Kariet - el - Neml 
JVJtiw^ (le bourg de la fourmi), Hatima a^W, Vâdi ^^tj (la val- 
lée ) , Herem >p. ( la ville sacrée ) , Aerche ^JL^ ( l'arche ) , Berrè 
«y , Selah J^ ( celle d'où résultent le bien et la paix ) , Taïibet 
lit ( la bonne), Muad y^ (le lieu où Ton doit retourner), Beesè 
kJj , Nachè aiU , Firouz-Abadi yj^jjj^ ( la demeure de la vic- 
toire et de la félicité). Le nombre des noms donnés à la Mecque est 
tellement considérable, qu'on en a composé un petit recueil. Celui 
de Umm - el - Koura, donné à l'emplacement qu'elle occupe , lui 
vient de ce que ce lieu 9 été habité le premier de tous ceux de la 
terre. Le nom de la sainte kaaba est dû à la forme carrée de ce 
monument. La ville de la Mecque est située dans la longueur d'une 



(1) Il est superflu de relever rerreur d^ns ceue ville, en i8o3, est de 87^ 54' 

grare commise ici par notre auteur : Ifi'* £• du méridien de Paris , et sa 

nous nous bornerons à remarquer que latitude de ai^ 28' 17'' N. 
la longitude de la Mecque , relevée 

«• 21 



( i58ï 

TaUi^e qui rentoure presqu^entièremeiit, et sur remplacement de 
tombeaux connus «ous le nom de Mebdeï-Mualat i^^t ju^. Cette 
ville se prolonge , du côté de D)idè dLew , jusqu^à Fendroit appelé 
Ghebikè èSLt , et au sud jusques vers un lieu célèbre par la nais- 
sance du vénérable Hamza. Sa laideur s'étend depuis le penchant 
de la montagne qui porte les noms de Djezii ^^ et de Kikâan 
jWii , jusqu'à plus de la moitié de celle qu'on appelé Abi-Kabis 

Quant à la sainte Kaaba , elle se trouve au milieu même de la 
ville ; son élévation au-dessus du sol est de vingt-sept coudées 
( sirMS ) 9 mesure de la Mecque ; sa longueur , à partir de la 
pierre noire jusqu'à l'angle de l'Irak, est de vingt-quatre ziraas; 
le monument présente le même nombre de ziraas depub l'angle 
de Syrie jusqu'à Tsuigle de l'Iémana ; sa longueur , de l'angle 
de la pierre noire à l'angle de l'Iémana, est de vingt-trois ziraas 
un empan ; la même largeur existe de l'angle de Syrie à celui de 
l'Irak; l'épaisseur de la muraille de la maison sacrée est de deux 
ziraas ; la hauteur de la porte de la kaaba est de six ziraas onze 
pouces , et sa longueur , de trois ziraas dix^huit pouces : cette 
porte est située dans le mur oriental. L'élévation de cette noble 
porte , au-dessus du sol , est de quatre ziraas et trois pouces. A 
l'entrée du temple , au côté occidental de la muraille , il y a un 
espace noir et blanc dont la largeur et la longueur sont de douze 
ziraas , et qui est entouré d'une bordure , large elle - même de 
trois pouces. On prétend que cette place est celle où le prophète 
avait coutume d'appuyer sa tête. L'intérieur du temple renferme 
deux colonnes sacrées : le canal de miséricorde ou la gouttière 
d'or est placé vers le milieu du toit, entre l'angle de Syrie et celui 
de l'Irak ; le Muhézem sacrée c'est-à-dire l'espace compris entre 
la porte de la kaaba et la pierre noire , a quatorze ziraas de lar- 
geur ; cet espace est situé vers le mur (S. E. ) du temi^e. Dans 
les temps d'ignorance de l'Arabie ( chez les Arabes païens) , on 
invoquait dans ce lieu la justice divine ; tout tyran ou parjure 



( «59 ) 

contre lequel on implorait la vengeance du ciel était aussitôt 
atteint d*un châtiment éclatant. (Test encore ao^urdliai un lies 
saint , où les prières qu^on adresse à Dieu sont favorablement 
accueillies. 

Le temple s'ouvre à diverses époques de Tumée ^ savoir : a» 
commencement de Mouharrem, pendant le jour de T Achoora (r>, 
depuis le matin jusqu'à midi ; le 20 du même mois , pour balaya 
le temple ( jour ou Ton ouvre également la station d'Ibrahim ) ; 
la Caaba est aussi ouverte le jour du Mevloud (2); le premier 
vendredi du mois de Redjeb , la nuit de Mirai^ (3) , vers te mi^ 
lieu du mois de Ghaaban; le premier vendredi à& Ramaxan, la ma* 
tinée de la nuit du Kadre et le dix-sept du mois de zilkaadè, épo*- 
que à laquelle on lave et on parfume encore le temple ; le vingt- 
^atre du même mois , on enlève l'étoffe qui couvre la Caaba , 
et au retour des pèlerins de Musdelifè on la revêt d'une nouvelle 
couverture , le jour même de la deuxième fête des sacrifices (4)- 
Dorant cette journée, le temple est ouvert jusqu'àmidi. La pierre 
sacrée est k deux ziraas et dix-sept pouces d'élévation do sol , sa 
largeur ostensible est d'un empan et quatre pouces ; eUe est à ei^ 
viron la distance d'une tête d'homme de la porte et de l'an^ 
oriental de la Caaba. La porte du temple, dite Mesdoud (fermée), 
est située en face la porte ordinaire , entre Tangle de l'Imani et 
celui de Syrie. Entre la porte fermée et l'angle de l'Imani , en 
face du Multezem , se trouve Tendroit appelé MussàlaS-Adem 
( l'oratoire d'Adam ) : sa largeur est de quatre ziraas ; la partie 
appelée Heudjr ou Hatim est un mur qui a la formé d*ua demi*- 
cercle ou d'un arc et qui est situé à l'occident, entre le» angles d'I- 
rak et de Syrie; la hauteur de ce mur est de deux ziraas : il est re* 

(i) Les dix premiers joors du mois (3) L^ascension de Mfthomet. 

de Moaharrem. ^^^ C^^^ fgj^ ^^j ^^1^ ^^ i„ 

(a) AnnÎTersaire de la naissance da Turcs appellent le petit Béïran. 
prophète. 



( i6o ) 

vêtu de marbre de diverses couleurs. Selon la tradition , les tombes 
de Hadjir et d^Ismaïl seraient dans le Hatim. G^est sur le terrain 
où est le sanctuaire, qu'Ismaïl, suivant la même tradition, faisait 
paître ses moutons : ces animaux n^en dépassaient jamais les limi- 
tes. Ueau de la gouttière de miséricorde communique à cette par- 
tie; diaprés les paroles mêmes du prophète, la totalité du Hatim ou 
Heudjir n'aurait pas toujoursfait partie du temple;long-temps avant 
la mission de celui qui est la gloire du monde (Mahomet), les Co- 
reïchites ayant manqué de fonds légitimes,pour la reconstruction 
de la Kaaba , laissèrent le Hatim en dehors ; ce ne fut que plus 
tard, lorsque Abdul-Melek,fils de Mcrvan, étant khalife de Syrie 
et qu'Ad'allah , fils de Zebir , se trouva à la Mecque , pendant 
une nouvelle réédification de la Gaaba, que le Hatim y fut annexé 
et qu'on perça la porte appelée aujourd'hui Bab-Mesdoud. De son 
vivant , le prophète avait montré à la vénérable Fatima sa fille , 
la portion du Hatim restée en dehors et^ qui devait plus tard faire 
partie du temple. La pierre ronde et de couiçut.yerte qui est au- 
dessous de la gouttière d'or, est, dit-on, venue du paradis. Cette 
dernière, qui est également appelée pierre d* Isn^îçiU % e3t arrosée 
par l'eau qui s'écoule de la gouttière d'or. Le mv^::du Heudjr , 
dont la forme est celle d'un arc , a quarante ziraas de circuit. En 
comprenant ce dernier dans l'espace occupé par la Caaba, on 
trouve une circonférence totale de cent-vingt * ziraas et douze 
pouces. A l'orient du mur delà Kaaba, entre la porte noble (Bab- 
Cherif) et l'angle de l'Irak, est située une fosse appelée la station . 
de Gabriel ; on assure que c'est dans ce lieu, que l'archange s'ac- 
quitta des cinq prières canoniques avec le roi des prophètes, et 
que long-temps avant, le vénérable Ibrahim avait pétri dans cette 
fosse le ciment qui servit à construire la Caaba ; la longueur de 
cette cavité est de huit kariches (i) sept pouces ; suivant le calcul 
de , sa longueur serait de trois ziraas et demi, sa largeur de 

(i) Kariche (^^> mesure d^environ hait pouces de longueur. 



( »6i ) 

deux ziraas et demi ^ et sa profondeur d'un demi ziraas. La station 
d'Ibrahim est du côte du mur oriental de la Kaaba, en face de la 
porte noble. Cette station qui est entourée d'une balustrade en 
bronze surmontée d'une couverture en plomb est de forme carrée, 
avec des ornemeiis dans la partie supérieure : son élévation du^ 
sol est de vingt pouces. 

Au nord de la station d'Ibrahim et en face de la Kaabay 6e trouve 
le Member ou tribune du prédicateur, dont la porte est à environ 
trois ziraas de distance; cette tribune est construite en pierres de 
marbre : l'espace qui sépare lajpiert*e noî)re de la station d'Ibrahim 
est de vingt-sept ziraas ; cet espace , à ce qu'on assure , renferme 
les tombes de quatre-vingt-dix-neuf prophètes célèbres , parmi 
lesquels se trouvent Houd, Saleh et Ismaïl. . :// 

A partir de cette dernière, en face du Member et près du puits, 
de Zemzem, à la partie opposée de la Kaaba, se trouve l'ancienne 
porte dite Bal>es-Sélam ( la porte du salut ) ; celle-ci est sim- 
plement une porte construite avec une pierre d'une substance qui 
ressemble au marbre ; elle forme partie de la cour ou de l'entrée 
principale du temple quoique les parties environnantes soient 
ouvertes. C'est près de cette porte qu'est déposé l'escalier de la 
Caaba dont on se sert au besoin pour s'introduire dans l'inté- 
rieur. 

Le noble puits de Zemzem est au-dessous de la station des Chaâ- 
fîtes ; ce puits a soixante-sept ziraas de profondeur et quatre de 
diamètre : on prétend que l'eau du fond est le produit de trois 
sources différentes. Sa distance de la Sainte-Kaaba est de trente- 
trois ziraas , et celle qui le sépare de la station d'Ibrahim est de 
vingt et un ziraas. L'eau du Zemzem possède entre autres pro- 
priétés celles de rafraîchir des ardeurs brûlantes du corps; de 
mettre un terme , lorsqu'on en boit, aux angoisses de la faim , 
et de guérir de toutes les maladies. C'est le plus noble de tous les 
puits et l'un des objets les plus dignes de la vénération des fidèles; 



*> 



( i60 

on lui a donne dlfférens noms en arabe, dans la langue de anciens 
grecs ( lonanïan ) , le mot Zemzem signifie arrête^tai. 

Ibrahim ayant amené son fils Ismaïl et Had jir ( Âgar ) , sur le 
territoire de la Mecque , crut devoir les abandonner ; la vénérable 
Hadjir , pressée par la soif , chercha inutilement une source d'eau 
en parcourant Tespace situé entre Safa et Merva. Cette étendue 
de terrain est de cent soixante ziraas de longueur. Selon une 
première tradition , Pange Gabriel lui ayant apparu , aurait , en 
touchant le sol du bout de son aile , fait jaillir la source dont il 
s'agit ; suivant une seconde tradition , ce serait Ismaïl qui y après 
avoir frappé la terre du pied, aurait fait couler cette même source. 
Dans Tun ou dans l'autre cas , la vénérable Hadjir s'arrêta en 
prononçant le mot de Zemzem j et entoura c^tte source d'un 
inur die sable* 

Il existe , autour de la kaaba ^ quatre autres^ stations : la pre- 
^lière , située à IJorient , est celle des Chafites ; Içi seconde , en*» 
face de la Icaaba , ^U'-dessus du puits de Zemzem , celle des Ma-. 
lekites ; la troisième^ à l'ocpident , sur le côté de la kaaba , celle 
d' Ahmed-Hambali ; et la quatrième* vers le C(5té d' Abi -> Kabis ^. 
en face de la pierre noire , entre 1^ midi et l'orient , celle deS' 
Hanefites. Cette dernière station se compose aujourd'hui d^uii 
édifice carré à deux étages , et dont le plus .élevé est destiné aux 
Muezzins (i). Ces stations se trouvent placées derrière la partie 
appelée Métaf , lieu où se font les tournées religieuses. Au-desr 
sous du puits de Zemzem , sont placées l'une à côté de l'autre , 
deux coupoles appelées Couhhéï'Ferassein et Caubbet-SakieUul^ 
Abbas ; la dernière renferme un bassin dont l'eau provient par 
un canal du puits de Zemzem ; et qui sert à désaltérer les visitans. 
La longueurdu temple , depuis la porte Ësselam jusqu'à la porte 
d'Aamra , est de quatre cents ziraas, et sa largeur, depuis la porte 
Essafa jusqu'à la porte Nedvè , de trois cent quatre ziraas. Le 

(i) Les chantres. 



L 



nombre des portes situées aux quatre murs qui forment T enceinte 
du temple est de dix-neuf (i). Le mur oriental est percé de quatre 
portes qui sont : Bab-£sselam , autrement appelée Bab-Beni-^hi- 
beh y garnie de trois arcs (2) ; Bab-en-Nebi , autrement appelée 
Bab-Djenaïz, garnie de deux arcs ; Bab-Abbas, nommée aussi Bab- 
Djenaûz , avec trois arcs ; et Bab-Aly , nommée également Bab- 
Beni*Hacbem , avec trois arcs. Le mur méridional est garni de sept 
portes qui sont: Bab-Bazan, deux arcs; Bah-el-Khiiat^ appelée 
autrement Bab-IdjIet-el-Nekhlè, deux arcs; Bab-Essafa, cinq 
arcs ; Bab-Ahïad-el-Saguir , nommée également Mahroum et 
Djiad , avec deux arcs ; Bab-el-^Rahmè , nommée aussi Bab-Med-^ 
jahediè , deux arcs ; Babletimè ou Bab-Medressèï-Chérif-Idjlan, 
deux arcs ; et Bab-Emhani y deux arcs. Le mur occidental a trois 
portes, savoir : Bab-Hazourah , appelée également Bab-el-Veda , 
deux arcs ; Bab-Ibrahim y un arc ; Bab-el-Aamra ou Bab-beni- 
Sehem , un arc. Enfin le mur septentrional est percé de cinq 
portes qui sont : Bab-Amrou-ben^l As ou Bab-Sabrah , un arc ; 
Bab-Idjleh ou Bab-Basfîè, un arc; Bab-ei-Kedouh, un arc ; Bab^ 
Ziadéi-darnen-Nedouh , trois arcs; et Bab-derïè-en-Nedouh ou 
Bab-Medresé , un arc. Le mehkemè ou tribunal communique à 
cette partie septentrionale de la galerie du temple. Le nombre 
total des colonnes de marbre qui soutiennent les arcs de la gale- 
rie , est de quatre cent soixante-deux. Les degrés qui sont aux 
quatre côtés de cette galerie forment trois étages. Autrefois 
les colonnes étaient surmontées d^uu toit en charpente ; mais le 
sultan Selim II fit démolir ce dernier et entreprit , à la place 
de celui-ci , la construction de voûtes en pierres. Ce travail , con- 
tinué sous son règne et terminé , quant aux parties orientales et 
seplentricmales jusqu'à la porte d^Aamra, fut interrompu à la 

(i) Ali-Bey indique ce même nom- (a) Le mot arc a élé employé ici 

bre déportes, mais il diffère beaucoup pour désigner la forme et les ouTcrto* 

de notre auteur dans les différens noms res s^arées de chacune des portes, 
qu^il donne à chacune d'elles. 



I 



( i64 ) 

mort du souverain; mais il fut repris et entièrement acheré p^r 
ordre du sultan Murad à son avènement au trône ottoman. Cette 
construction , commencée en l'année 980 (1572), fut terminée 

en 984 (1576). 

On doit à la munificence du sultan Soliman Télévation , der- 
rière le mutaf , de trente colonnes destinées à soutenir des 
lampes ; deux de ces colonnes sont en marbre et le reste en 
bronze. L^espace entre chaque colonne est rempli par sept graii- 
des lampes , et les colonnes elles-mêmes sont assujéties par des 
cercles de fer. Les quatre côtés de la galerie sont sunpontés pso* 
quatre-vingt-dpuze coupoles. 

Il y a à lar Mecque sept minarets : le premier , près de Bab- 
Aamara, a été élevé par Djafer-Mansour et reconstruit à neuf 
sous le règne du sultan Soliman ; le second , près de Bab-Esse- 
lam , est du ^u khalife Mehdi; le troisième , près de Bab-Aly, est 
du même khalife ; on doit encore à ce khalife le quatrième mina- 
ret , situé à Bab-Hazoura ; le cinquième , près de Bab-Ziadè , a 
été construit par le khalife Muutei^id ; le sixième est situé près 
du Medressè du sultan KaiVBaï; enfin le septième , qui se trouve 
entre Bab-ZTiadé et Bab-Ësselam , a été construit sous le règne du 
sultan Soliman. Cette ville possède deux bains publics ; Tun porte 
le nom Nebi-Hamami ( le bain du prophète), et l'autre celui de 
Amra - Hamami. Elle renferme également plusieurs medressès 
(collèges), des caravansérails et des marchés bien entretenus. 
On y trouve quelques légumes; mais les fruits y sont apportés de 
Taïf et de là vallée de Fatima , lieu où ^o^ en trouve diverses es- 
pèces. Comme la Mecque est entourée de montagnes et de col- 
lines, il faut y voyager à pied. Les chevaux et les chameaux ne 
{sauraient y marcher; trois endroits seulement sont accessibles 
aux chameaux et autres bétes de somme , ces lieux sont : 1* le 
chemin de Messelc âi^y 2^ celui de Chebikè 4JL>.^, et 3® la partie 
appelée Maalât o^. La sainte ville de la Mecque est située au 
milieu du Djeziret ul-Arab w^t }j)j^ (la presqu'île des Arabes), 
et la kaaba occupe le centre de la Mecque. 



( i65 ) 

Tous les enyirons de cette ville ont été sanctifies par la p<*é « 
sence des prophètes, des patriarches et des saints. BWcôté, 
cette contrée est bornée par la Tenre-Sainte ou la .Syrie , centre 
des ençoyés et des prophètes ; du second et du troisième cÀlés , 
par Bagdad et Basra ^ les remparts de la sainteté ^ et du qua- 
Irième, par TYemen, contrée devenue célèbre par plusieurs 
traditions orales du prophète. La longueur de la Mecque, d^une 
part , depuis Haalât jusqu'à la porte dite Bab-Mahabè , est de 
quatre mille deux-cent soixante-dix ziraas ; d^autre part , depuis 
la porte de Mualat jusqu'à celle de Chebikè, en suivant les che- 
mins Medaa et Souïka, on trouve douze cent quatre-vingt- 
cinq ziraas. Le temple est situé entre deux collines. La ville était 
jadis entourée de murailles , mais ces dernières ont été renver- 
sées et ruinées à tel point qu'on n'en retrouve plus aujourd'hui 
le moindre vestige. Indépendamment de cette première muraille» 
il y en avait une seconde sur l'emplacement d'une partie de la- 
quelle se trouve une mosquée ; cette muraille avait été élevée sur 
la montagne appelée Ravaha ^jy On voit encore quelques restes 
de ses ruines. Les collines sacrées que renferme la Mecque soat 
les suivantes : Djebel Abi-Kabis i;^^' J^» Djebel-Hara t^a^J^» 
Djebel-Taurjyj^(i), I>jebel-Tebir}sJ j!o. et Djebel-Khandemè 
A^jJIo. J^. C'est une œuvre méritoire que de visiter le cimetière 
de Mualat , qui est réputé l'un des lieux les plus saints après le 
tombeau du prophète. C'est là que sont déposées les cendres d'un 
grand nombre de saints personnages , de musulmans et de musul- 
manes , entre autres celles de la vénérable Hadidjè , pour laquelle 
le sultan Soliman a fait , durant son règne , élever un beau mo- 
nument en pierre. Là reposent aussi les fils du prophète de Dieu , 
Kasem , Thaïb et Taher , plusieurs de ses compagnons et autres 
personnages célèbres. Le cimetière situé près de la porte de Che^» 

(i) Je présume quMl y a Ici une t^l,^^^ (la montagne de la lumière). 
faute et qa^il Caut lire Djebel-en-Nonr 

n. 32 



( i66) 

bikè , est également un lieu de yisitation méritoire et digne de la 
vénération des fidèles. 

En un mot , vouloir décrire en détail la terre pure et sacrée de 
la Mecque , ce foyer des lumières divines , ce sanctuaire des pro- 
phètes et des saints , serait user en vain sa plume et outrepasser 
les bornes de Part décrire : le lecteur voudra donc bien , en fa- 
veur de ce motif, excuser la brièveté de cette description. La 
plupart des pèlerins arrivés à la Mecque, ne s^arrétent qu'un 
jour dans cette ville et se rendent le lendemain directement à 
Aarafat o^i^» 

Mina. Mina ou Muna , à deux heures de la Mecque , est un endroil 

J^ Renfermant des maisons nombreuses et bien bâties , ainsi que des 

^ a h. de la Mecque, boutiqucs. Le nom de Mina lui vient de ce que ses maisons sont 

toutes situées en face de la Mecque (i). Selon la narration véridi- 
que de Ibn-Abbas, le nom de Mina tire aussi son oiigine de ce que 
Fange Gabriel, en se séparant d'Adam, lui dit ces mots (en arabe) : 
fais-moi une demande , et qu'Adam lui répondit (dans la même 
langue) : accorde- moi le paradis. Les pèlerins reviennent de 
Mina à la Mecque les lo , ii et 12 du mois de Zilhîdjè. Il est 
d^ précepte imitatif (sunnet) de faire une courte station à l'en- 
trée de la Mecque , dans un endroit qui porte les deux noms de 
Ebtah ^} et Mahsab v^^^^^u^âx^ ; cet endroit 1 qui est sur le che- 
min de Mina , près de la Mecque , est très - pierreux. Ce serait 
une chose blâmable, en partant de Mina, que de se faire pré- 
céder de ses effets et de ses bagages pour entrer â la Mecque : 
le khalife Omar a positivement défendu d'agir ainsi et punissait 
sévèrement cette infraction. D'après la narration de Abi-Sebel , 
une personne vit le prophète en songe et implora son interces- 
sion : As-tu accompli le péleriiiage et t'es tu fait raser la tête â 
Mina? lui demanda l'envoyé de Dieu ; sur sa réponse affirmative 
il l'assura qu'il ne devait plus redouter le feu de l'enfer. 

(i) D'après Aly-Bey, Mina est un boarg composé d'une seule rue; mais 



Muzdilifé. 
à a h. de Mina. 



(167) 

Mus&delifè (le rapprochement); à deux heures de Mina. Ce lieu 
est la mosquée d*Adam{que le salut soit sur lui). Cette dernière se 
nomme aussi Muchir*ul-Haram Jjs^^jmLa; c'est « suivant la tradi- 
tion , l'endroit où se réunirent Adam et Eve. Le nom de Muzde- 
lifè peut avoir été donné à ce lieu pour trois motifs différens : ou 
parce que c'est là que Dieu permit à Adam et Eve de l'approcher , 
ou à raison de ce que les hommes s'y rassemblent dans la nuit du 
Zulfet , ou bien encore parce que le père du genre humain et sa 
compagne s'y retrouvèrent après avoir été longtems séparés. Il y a 
une parasange de la Mecque à Mina, une parasange de Mina àMuz- 
delifè 9 et une parasange de Muzdelife à Aarafàt. La parasange est 
de trois milles. Tous les endroits à A|uzdelifè conviennent au séjour 
des pèlerins, excepté Batn-Muhassirj^^,^^^ , qui est à la gauche dii 
chemin. Le nom de Muhassir (i) lui avait été donné pour rappe- 
ler que c'est là que le démon voulut tenter (Abraham), et qu'il 
éprouva le regret de ne pouvoir y réussir. Les pèlerins s'arrêtent 
k Muzdelife le temps convenable et y passent la nuit de la fête. 

Djebel-Aarafât (le mont Arafat), appelé également Djebel-ul- 
Rahmet vju^^lj^ (la montagne de la miséricorde)^ à deux 
heures de Muzdelife. Il est de précepte divin (farz) de séjourner à2h.deMi»dèiifè. 
au mont Arafat, le neuvième jour du mois de Zilhidjè ; le lende- 
main de grand matin , jpur de la fête , il faut faire à Muzdelife la 
station convenable et retourner à Mina. L'origine du mot Aarafât 
( connaissance , savoir ) vient de ce que l'ange Gabriel ayant ins- 
truit, dans ce lieu , Ibrahim de toutes les prières q% autres devoirs 
du pèlerinage , ce pati'iarche répondit à l'archange par ces motç : 
Aaraftu aaraftu (j'ai compris, j'ai compris). La montagne d'A- 
rafat renferme des eaux courantes qui s'écoulent à la Mecque , 
par des conduits souterrains ; le cours ordinaire de l'eau est 
quelquefois interrompu par les dommages qu'éprouvent ces cotyr 



Djebe4-Aaral&U 



elle est si longue qu^ii employa plus 
de vingt minute^ à la parcourir. 



(i) MolestiA affectu^. 



( t68 ) 

duits; mais ils sont faciiemeiit réparés et Peau reprend aussitôt son 
écoulement habituel. On est redevable de ce bienfait au khalife 
Mutevekkel qui le pretnier dépensa , pour cet ol^et , une somme 
de cent mille ducats. Anciennement la princesse Zebidè , épouse 
de Haroun-Errachid , avait aussi fait établir de semblables con« 
duits, pour amener les eaux , de leur source jusqu^à ArafUt ; mais 
le temps ayant endommagé ces conduits , et lès eaux n'arrivaqt 
plus à leur destination , le sultan Soliman les fit entièrement ré- 
parer. Ces travaux ont été également renouvelés depuis Arafat 
jusqu'à la Mecque , par la fille bien-aimée de ce souverain , la 
sultane Mihr-Umah. 

Il y a sur le sommet le plus élevé du mont Arafat , une cou- 
pole appelée la cuisine éCAdam (que le salut soit sur lui). Près 
de là est le lieu où notre seigneur le prophète a fait sa prière. 
Tous les endroits de cette montagne sont réputés saints , excep- 
té Batn-Aarafè ; ce nom est celui d'une vallée située sur la gau- 
che du mont Arafat. C'est là que le démon apparut au pro* 
phète, et c'est pour en préserver les fidèles que l'envoyé de Dieu 
a défendu , à qui que ce soit , de s'arrêter dans cette vallée. Les 
pèlerins passent la nuit de leur arrivée , à Arafat ; le lendemain , 
qui est le jour de l'Arafa, ils s'acquitent en même temps de la 
prière du midi et de celle du soir , dans la mosquée d'Ibrahim. 

Pendant la station d'usage , le cadi de la Mccque^ entonne un 
cantique auquel répondent tous les fidèles. On s'arrête dans ce lieu 
jusqu'au coucher du soleil et l'on se relire ensuite ; dans ce mo- 
ment la musique se fait entendre. Les chameaux se précipitent 
pour partir. Ceux qui sont dans des litières ou des palanquins 
doivent user de précaution , car la foule est considérable. On 
revient ensuite à Muzdelifè et à Mina, après avoir, dans ces 
difïérens lieux , jeté les pierres contre le démon , accompli les 
sacrifices d'usage, fait les tournées prescrites, s'être fait raser 
la tête et débarrassé du manteau péhitentiel. Le troisième jour 
de la fête , on retourne à la Mecque ; durant la nuit de ce jour; 



( »69) 

le pacha de Syrie , conducteur de la caravane , celai* de la 
caravane d'Egypte , le gouverneur de Djiddè , le chérif de la 
Mecque , le sourrè^mini , les saccas-bachis et les autres person- 
nages de distinction , tous réunis à Mina , illuminent leurs tentes 
avec des lampes , les décorent de croissans en transparent , et 
se livrent à de grandes réjouissances auxquelles se joignent le 
bruit du canon f celui de la mousqueterie et des fusées qui s'élè- 
vent de toute part. De leur côté, les soldats Mogrebins répon- 
dent , du haut des montagnes , à ces démonstrations de joie ; par 
des milliers de coups de fusils et des cris qui leur sont particu- 
liers. Il serait impossible de se figurer ailleurs l'effet d'une sem'- 
blable réunion. 

De retour à la Mecque , les pèlerins s'y arrêtent ordinairement 
une huitaine de jours , durant lesquels ils se visitent entre eux et 
font des achats et des ventes. Après avoir encore achevé quelques 
tournées surérogatoires autour du temple , et s'être acquitté d'au- 
tres pratiques méritoires, la foule des pèlerins, qui, des quatre coins 
de la terre, s'était réunie pour visiter la maison sacrée, se disperse 
et. chacun retourne dans sa patrie. Ceux de la caravane de Syrie 
se dirigent vers l'endroit appelé Cheikh -Mahmoud ^^^r, où ils 
s'arrêtent une journée ; les uns prennent ensuite la route ùnpé^ 
fiole tariki-soultani JliJL ^^9 p^r laquelle ils sont venus, et les 
autres celle d'orient pour revenir à Méditie. Suivant l'occurrence^ 
ijfi>s'arrétent quatre ou cinq jours dans cette ville ; y visitent le 
tombeau du prophète , et se rendent ensuite à Damas où ils se 
reposent l'espace d'un mois. De là le surrè-émini et les saccas-' 
bachis reviennent à Gonstantinople. 

« 

La plupart des pèlerins , après être partis de Scutari le 2 S du 
mois de Redjeb , se trouvent être de retour dans cette ville verâ 
le 25 du mois de Rebi-ul-Akher. D'après ce compte, le nombre 
dé jours ^ écoulés depuis leur départ de Gonstantinople jusqu'à 
leur rentrée dans cette capitale, est dé deux^^cent^-soixante. 



( »70 ) 






DESCRIPTION 



DE^ 



RUINES DÉCOUVERTES PRÈS DE PALENQUÈ , 



^UIVIK DB 



KECHERGHES SUR L*ANCIENNE POPULATION DE L'AMÉRIQUE, 



ARTICLE COMMUNIQUÉ PAR M. WARDEN (l). 



§ I. Ruines de Palenquè et des ençirons. 

JLiE i5 mai 1786, sa Majesté le Roi d'Espagne ordonna de faire 
un nouvel examen des Ruines de Palenquè, dans le royaume 
de Guatemala. 

Le capiteine Antonio del Rio , chargé de l'exécution de cet 
ordre par D. José Estacheria , gouverneur et commandant-gé- 
néral de ce royaume, arriva, le 3 mai 1787, à Tendroit où 
étaient situées ces ruines. Il y fut joint par D . José Alonzo de 
Galderon , député du district , qui amena environ une centaine 



(i) Gel article est, en grande partie, 
cirait de Tçuvr âge saiirant , pid>lîé k 
Londrça : Description of ihf ruùis ofan 
anci^t dty discoœred near Palenquè , ii^ 
tke kmgdom of Gua4emala , in Spamsh 
America; transîated Jrom Ûie original 
manuscripi rqtoft of capiain don Antor 



nio dd Rio : fMoçœd hy teatro critico 
afn^icano^ or a critical luoestigaUon 
and researçh info the history of the Ame- 
ricans , iy D'' Paul Félix Cabrera of 
iiie cify of Ne» -Guatemala ; London , 
4"^, 182a, dedîcated to lord HoUandi 
pp. ia8, with plate», 



.Inlifiôàir Je PtUnfujuf da/i.<- la- finniuire i/f (mn^imala . 



( 171 ) 

dlDdiens de. la ville de Tumbala, munis de divers oaiilsi et 
ils commencèrent les travaux le 2 juin : leur première opération 
fut d'abattre et de brûler les arbres qui cachaient les ruines. 

Situation de ces ruines. 

Elles étaient connues sous le nom de Casas de fiedras » ou 
maisons de pierres , et situées à la distance de i5 milles de Pa- 
lenquè , la dernière ville au nord, dans le district de Carmen, 
province de Ciudad Real de Chiapa. A deux lieues d'une chaîne 
de hauteurs qui sépare le royaume de Guatemala du Yucatan, 
coule la petite rivière Micol , qui, courant vers Touest, va joindre 
la grande rivière de Tulija ^ dont les eaux se dirigent du côté de 
la province de Tabasco. 

C'est à partir de la Micol , qu'on commence à monter à ces 
ruines ; et à la distance d^une demi-lieue où cette rivière reçoit 
un petit ruisseau appelé Otolum , on rencontre des monceaux 
de pierres qui rendent le passage très-difficile pendant une au- 
tre demi-lieue. En gagnant la hauteur, on aperçoit 14 bâtimens 
en pierre, dont quelques-unes sont en plus mauvais état que les 
autres, mais où l'on voit encore très - distinctement plusieurs 
chambres. 

Au pied de la plus haute montagne de. la chaîne dont nous 
avons parlé, est une plaine ou surface rectangulaire de 900 pieds 
en largeur, et de i35o en longueur , au centre de laquelle, et 
sur un tertre de 60 pieds de haut, est située la plus grande des 
constructions qu'on ait découverte. Elle est environnée par d'au- 
tres édifices, dont 5 au nord y 4 ^^ midi, i au S. O., et 3 à TEst. 
Des restes d'autres bâtimens s'étendent à l'E et à l'O , le long des 
montagnes et à environ 3 ou 4 lieues de rayon , ce qui peut faire 
supposer que cette ville comprenait une étendue de 7 ou 8 lieues; 
mais sa largeur diminue considérablement et n'est plus que d'une 
demi-lieue au point situé vers la rivière Micol , oii les Ruines se 
terminent. 



( 17* ) 

Le site est très-beau , le climat délicieux et le sol fertile. Les 
sapcies , les 4icqiêacaies , les camoies , le juca ou cassava , le 
planttn et- d^autres fruits sauvages y croissent en grand nombre. 
Les rivières abondent en poissons tels que le moharra , le bobo 
et la tortue. On trouve dans les petits ruissbaux , des crabes et 
de petits coquillages. 

J}es$ription des Muines. 

L'intérieur du grand édifice est d'un style d'architecture qui 
se rapproche du gothique ; sa construction rude et massive 
lui assure une grande durée. On entre du côté de l'est, par un 
portique ou corridor quia 1 08 pieds de long, et par une porte de 
Q de large. Il est supporté par des piliers polis, et de forme rec- 
tangulaire , sans aucuns piédestaux ni bases , au-dessus desquels 
piliers sont quatre pierres quarrées unies , et de plus d'un pied 
d'épaisseur, formant une architrave , avec des espèces de bou- 
cliers en stuc, comme ornemens extérieurs ; ^a) enfin , sur ces 
pierres , est un autre bloc aussi rectangulaire , de 5 pieds de 
long sur. six de large y s' étendant sur deux des piliers. Des médail- 
lons, ou compartimens en stuc , contenant diverses figures de 
même matière, paraissent avoir dû servir de décoration aux 
appartemens , (ât ) ; et Ton présume , d'après des restes de têtes 
qu'on peut encore distinguer, que ces figures étaient les bustes 
d'une suite de rois ou seigneurs de ce pays. Entre les médaillons, 
on a pratiqué une rangée de fenêtres semblables à des niches , 
allant d'une extrémité de la muraille à l'autre. Quelques unes 
sont quarrées; d^autres ont la forme d'une croix grecque ; et 
d'autres encore, qui complètent cette figure , sont quarrées. et 
ont 2 pieds de haut environ; sur 8 pouces de profondeur ( « ). 

(a) L^ouyrage original renvoie ici à me des passages sulvans , marqués de 
des dessins qui ne se trouvent pas ^a même leUre (a\ 
dans Fouvrage anglais. Il en est de mê- 



( 173 ) 

Derrière ce corridor^ est une cour quarrëe , où Ton descend 
par un escalier de 7 degrés. La partie nord est tout-à-^fait en 
ruines; mais on peut encore voir qu'autrefois il y avait un corri- 
dor et une chambre semblables à ceux de la partie Est. Du côté 
Sud, sont quatre petites chambres, qui n'ont qu'une ou deux pcr 
tites fenêtres , aussi semblables à celles déjà décrites. Le côté 
Ouest est pareil en tous points à son parallèle , à l'exception que 
les omemens en stuc qui le décorent sont beaucoup plus gror 
sîers et ridicules. Les figures sont des espèces de masques gros- 
tesqucs, avec une couronne et une longue barbe comme celle 
d'un boitcet an-deganns, deux iuroix grecques {a). 

£n avançant dans la même direction , on trouve une autre 
cour semblable en longueur à celle ci-dessus , mais ayant moins 
de largeur , avec un passage qui l'entoure : elle communiquait 
avec le côté opposé. Dans ce passage sont deux chambres pareil- 
les à celles dont on a parlé, et une galerie intérieure, donnant d^un 
côté sur la cour , et de l 'autre sur la campagne. Dans cette partie 
de l'édifice , on voit encore les restes de quelques piliers , avec 
des relieços (bas-reliefs), représentant, à ce que l'on croit, le sa- 
crifice de quelque malheureux Indien, (a). 

£n retournant du côté du midi , il existe une tour de 48 pieds 
de haut, renfermant une autre tour intérieure, avec des fenêtres 
pour éclairer les degrés qui conduisent à son sommet ( i ). 

Derrière les quatre chambres déjà mentionnées, il y en a deux 
autres de pins grande dimension , assez bien décorées, toutefois 
delon la manière grossière des Indiens , et qui peuvent avoir servi 
d'oratoires. Parmi les omemens, il y a quelques stucs émaillés. 
JLies têtes grecques réprésentent des objets sacrés (a). 

Derrière les oratoires , sont des appartemens qui s'étendent 
du nord au sud) chacun.de 81 pieds de long sur 7 de large. Ils ne 
fcontiennent qu'un seul objet digne de remarque , c'est une pierre 

(i) Voy. la plane. V de ce volume. 

II. ;>3 



( *74) 

de forme elliptique ; son {(lus grand diamètre est d^à-peu*près 
4 pieds j et son plus>petit de 3; cette pierre e$t scellée dans la mu- 
raille, à 3 pieds environ du pare. 

Au'^dessous de cette pierre , est un bloc uni et rectangulaire, de 
plus de 6 pieds de long, sur 3 pieds 4 pouces de large, et 7 pouces 
d -épaisseur, placé sur 4 pieds comme une table , avec une figure 
en bas-relief , qui semble la soutenir. Sur les bords de cette table, 
ainsi que sur plusieurs pierres et stucs , il y a des caractères ou 
symboles, dont la signification est inconnue. 

A Textrémitc du dernier appartement et au niveau du pavé, 
est une ouverture de 6 pieds de long sur plus de 3 pieds de large, 
conduisant, par un escalier, à un passage souterrain , dans lequel 
on découvrit d'autres ouvertures. Il y avait dans cet escalier , et 
à des distances régulières , des paliero ayant chacun une porte. 
A la seconde, on fut obligé d'allumer rdes flambeaux pour conti- 
nuer la descente, qui se termine par une pente très^douce. det 
escalier a un tournant à angles droits , à rextrémité duquel est 
une autre porte communiquant à une chambre de 192 pieds de 
long, et presque aussi large que celles déjà décrites. Il y a en ou- 
tre une autre chambre semblable, éclairée par des fenêtres don- 
nant vue sur un corridor qui fait face au midi, et conduit à Tin- 
térieur de Tédifice. Les seuls objets dignes d'être notés sont quel- 
ques pierres polies, de 7 pieds 1/2 de long sur 3 pieds 9 pouces, 
placées sur quatre soutiens de forme quarrée, en maçonnerie, et 
s'élevant à environ i pied 1/2 du sol. Ces pierres étaient disposés 
en forme d'alcôves, ce qui fit penser qu'elles avaient pu servir 
d'endroit pour reposer. 

Au midi de cet édifice il en existe un autre situé sur une éminence 
d'environ 120 pieds d'élévation, et dont l'architecture est du même 
style. Sa forme est celle d'un parallélogramme ; il est soutenu par 
des piliers quarrés, et a une galerie intérieure ; on y remarque un 
salon de 60 pieds de long sur 10 1/2 de large, avec un fronton 
représentant des figures tenant des enfans dans leurs bras , toutes 



( »75 ) 

de grandeur naturelle. Ces bas-reliefs sont exécutés en stuc, et les 
personnages sont sans tête ( a )• 

Dans rintérieur de la galerie et de chaque côté de la porte 
donnant dans le salon , sont trois pierres de 3 pieds de haut sur 
3 de large, toutes couvertes de figures symboliques en bas- 
reliefs. La galerie et le salon sont pavés en entier. 

En quittant cette construction, et traversant les ruines de plu- 
sieurs autres, ou peut-être des bâtinlens qui formaient les dépen- 
dances du principal édifice , on descend dans une petite vallée , 
on espace décoavert, qui conduit à une maison ayant, comme celle 
fi-dfn'iti^i nnfli gukrift rt nn ■iTtlpTij à la porte duquel est un orne- 
ment en stuc ( a ) dont le style prouve la superstition de ceux 
qui les ont imaginée 

ATËst de cet édifice, on en rencontre trois petits, formant un 
triangle ; chacun d^enx est un bâtiment quarré, de 54 pieds de long 
sur 33 de large , de même construction que les premiers', mais 
ayant stnrle toit des e^ces de tonrelles de 9 pieds de haut^ chargées 
d^omemens etde devises endstùc. Dans Tintérieurdu premier de ces 
bâtimens, et à i^extrémité de la galerie, presque entièrement dé^ 
truite, est mi salon ayant une petite chambre à chaqw^ extrémité, 
et au centre duquel est un oratoire de plus de 9 pieds en quarré, 
présentant, de chaque côté de Feutrée, unejMerre j^cée per- 
pendiculairement , sur laquelle est un bas-relief représentant un 
homme ( a). 

Le devant de l'oratoire est occupé par 3 pierres, qui représen- 
tent des sujets allégoriques. La décoration extérieure est une 
espèce de moulure en petites briques de stuc, chargées de bas^re* 
liefs; le pavé de l'oratoire est très-uni, et a 8 pouces d'épaisseur. 
Après y avoir creusé à la profondeur d'un pied et demi , on trou- 
va un petit vase de vaisselle en terre , d'environ un pied de dia- 
mètre, joint horizontalement, avecdè la chaox,à un autre de même 
forme et grandeur. A un pied plus bas était une pierre de foïme 
circulaire, déplus grande dimension, au«-dessous de laquelle on 



( 176 ) 

découvrit*, dans une cavité cylindrique , une lance armée d'un cail- 
lou, deux petites pyramides coniques , et la figure d'un cœur en 
pierre noirâtre cristallisée, ( qui est commune dans ce pays , et 
connue sous le nom de Challa ) ; de plus , deux petites jarres 
avec des couvercles, contenant de petites pierres et une boule de 
vermillon («). Ges objets furent trouvés au centre de l'ora- 
troire , et on découvrit pareillement de petites jarres dans les 
angles intérieiars près l'entrée (a). 

Les deux autres édifices étaient semblables pour la construc- 
tion 9 et ne variaient que dans les sujets allégoriques représentés 
sur les-bas-reliefs. Le devant du second oratoire consistait en 
trois pierres comme celles ci-dessus; ayant fait une excavation, 
on y trouva les mêmes objets que ceux qu'on avait découverts- 
dans le premier oratoire, il en fut de même du troisième* 

Les bfttimens du nord étant presque totalement détruits^ on n'a 
pu en donner aucune description. 

Dans la direction S. O., on trouve un édifice dont larchitec- 
ture ressemble à celle desprécédens. Il y a un corridor et un salon, 
sans ornemens ni bas-reliefs. 

On a recueilli près de ce bâtiment, et en fouillant dans d'autires 
endroits des ruines, les objets suivans : 

i"" Un vase de terre, contenant quelques petites pièces de chal'- 
la en forme de lancettes, (a) 

2"^ Un autre vase aussi de terre, contenant quelques OBsemens et 
des dents. 

3"" Des parties de cbaux , de mortier et quelques briques 
brûlées. 



1 

Tous ces faits sont extraits du rapport du capitaine Antonio 
del Rio , au gouverneur D. José Estacheria , daté de Palenquè , 
le 24 juin 1787. Il y joint quelques détails sur d'autres bâtimens 
en pierre , situées à 20 lieues S. de la ville de Mérida , entre la 



( *77 ) 

][)aroisse appellée Mona y Ticul et la ville de Npcacab. Il les 
tenait du rëyérend père Thomas de Soza , franciscain du couvent 
de Mérida , et quUl rencontra à Palenquè. Ce moine avait été , 
pendant plusieurs années , collecteur d'aumônes pour la sainte 
Maison de Jérusalem. 

TJiî de ces Edifices , que les naturels appellent Oxmuial , a ré-^ 
sisté aux ravages du temps et est encore assez bien conservé. Il 
est situé sur une éminence de 60 pieds de haut, et a 600 pieds sur 
chaque façade. Les appartemens , le corridor extérieur , \e& pi- 
liers y étaient ornés de figures in medio reUeço y de serpens , de 
lézards, ctc-yen stuc.' On y voit des statues d'hommes avec des 
palmes à la main et dans Tattitude de gens qui dansent en frap- 
pant du tambour ; elles ressemblent en tous points à celles trou- 
vées dans les ruines de Palenquè. 

On rencontre à 8 lieues au N. de Mérida, des débris de mu-* 
raiUes d'autres bâtimens , qui augmentent à mesure qu'on s'a- 
vance vers l'Est. 

On voit aussi dans le voisinage de la rivière Lagartos , pfès d'une 
ville nommée Mani, actuellement sous la jurisdiction des Fran^ 
ciscains , un pilori de forme conique , situé au milieu de la prin- 
cipale place ; et au midi est un palais d'une très-grande antiquité , 
ressemblant à celui de Palenquè. Suivant les traditions, cet édifice 
était occupé , lors de l'arrivée des Espagnols , par un petit prince 
Indien nommé Htulrio , qui le céda aux Franciscains , pendant 
qu'on leur construisait un couvent ; après quoi , il servit d'hôpital 
pendant plusieurs années. Htulrio ne put donner d'autre ren- 
seignement sur ce palais, sinon qu'il avait été habité par ses 
ancêtres. 

y> On doit tirer de là, dit le rapporteur , (pielques lumières sur 
I ^antiquité très-reculée des édifices de Palenquè , ensevelis pen- 
dant tant de siècles sous des forêts impénétrables, inconnus 
à tous les historiens du I^ouveau Monde , et dont pas un seul 
ne fait mention. 



^T9 — -n 



( 178) 

» Suivant le rapport du Franciscain i il y a beaucoup d^autres 
bâtimens semblables sur la route de Mérida à Bacalar , au M. et 
au S*, dont la description est inutile, tant pour éviter la prolixité, 
que parce qae Fidentité des habitans de Yucatan et de Palenquè , 
me semble démontrée par la grande analogie de leurs coutume , 
de leurs édifices, et par la connaissance des arts, dont on découvre 
des traces dans ces monumens que la faulx du temps n^a pas en- 
core totalement renversés. » 

Au commencement du rapport , Del Rio fait observer qu'on 
peut conclure que ce peuple a eu des rapports avec les Romains, 
à cause de la situation des édifices , et d*un aqueduc souterrain en 
pierre , d'une grande solidité , qui passe sous le plus grand 
édifice. 

ce Si Ton examine avec attention , dit-il , les bas-reliefs des 
oratoires, on doit croire que les habitans de ces lieux vivaient 
dans une extrême superstition ; car on retrouve dans leurs allé- 
gories les sujets fabuleux des Phéniciens , des Grecs, des Ro- 
mains ef" d'autres nations reculées. On peut donc en conclure 
naturellement , que quelques individus de ces peuples ont poussé 
leurs conquêtes jusqu'à ce pays , où ils ont pu rester assez long- 
temps pour que des tribus Indiennes soient parvenues à imiter , 
d'une manière rude et grossière , les idées que leurs vainqueurs 
cherchaient à leur inculquer. » 

En se reportant aux avantages du sol et du climat dont on a 
parlé , il ajoute : « Ces circonstances et les travaux qu'il a fallu 
que ces peuples exécutassent pour élever ces monumens sans le 
secours du fer ou d'autres métaux ( qui semblent leur avoir été 
inconnus ), permettent de penser qu'ils menaient une vie plus 
paisible et plus heureuse que celle que donnent les raffinemens 
du luxe dans nos grandes villes. 

Ils pouvaient commercer avec leurs voisins, sans craindre 
les longueurs et les frais des voyages par terre ; car les rivières 
coulant au N. à l'E. et à l'O. , servaient à leurs communications. 



( 179 ) 

La Tulija leur ouvrait la proyince de Tabasco ; la côte de Cata- 
saja et la rivière Chacamal , qui se jette dans le grand Usuma- 
sinta , leur offrait une route courte et commode jusqu^au royaume 
de Yucatan , avec lequel ils faisaient sans doute leur principal 
commerce. » 

<c Combien , dit en terminant le rapporteur , la nation Espa- 
gnole serait glorieuse de posséder ces restes d'uae si précieuse 

antiquité Si le Gouvernement voulait qu^il en fût déposé 

quelques fragmens dans le cabinet royal y la seule dépense serait 
le transport de Cadix à Madrid , car les Indiens se chargeraient 
de les embarquer à bord des gabarres du roi , sur la côte de 
Catasaja , qui n'est qu^à 6 lieues de Palenquè , d'où ils seraient 
aisément convoyés par le lac Jerminos , ou le district de Car- 
men , jusqu'à Vera-Cruz ou Campêche , et de la transportés à 
bord du premier bâtiment de S. M. , faisant voile pour l'Europe.» 



^ 



Domingo Juarros donne , dans sa Description de Guatemala « 
les détails suivants de Palenquè : « Santo Domingo Palenquè , 
dit il , est un village de la province de Tzendales , situé sur la 
frontière des intendances de Ciudad Real et de Yucatan , dans 
une position fort salubre ; il ne renferme toutefois qu'une faible 
population et n'est célèbre que par les ruines d'une ville opu- 
lente qu'on remarque dans son voisinage , et qui a été appelée 
Ciudad del Palenquè, C'était vraisemblablement autrefois la ca-^ 
pitale d'un grand empire dont l'histoire n'est pas parvenue jusqu'à 
nous. Cette métropole^ comme un autre Herculanum , avec cette 
différence qu'elle n'a pas été ensevelie sous les laves d'un autre 
Vésuve , mais cachée aussi y pendant des siècles , au milieu d'un 
immense désert , est restée inconnue jusques vers l'année lySo. 
A cette époque, quelques Espagnols ayant pénétré dans l'affreuse 
solitude qui l'environne , furent tout étonnés de se voir au mi- 
lieu des ruines d'une ville jadis superbe , qui avait six lieues de 
circonférence. I.a solidité de ses édifices , la magnificence de sts 



( i8o ) 

monumens publics n^étaient pas surpasses en importance par 
sa grande étendue ; et des temples , des autels , des divinités , 
des sculptures et des pierres monumentales , attestent sa haute 
antiquité. Les hiéroglyphes , les symboles et les emblèmes 
découverts dans ces temples , ont une ressemblance si frap- 
pante avec ceux des Egyptiens , qu'on serait tenté de croire 
qu'une colonie de cette nation a fondé la ville de Palenquè ou de 
Gulhuacan. Il en est de même de celle de Tulha dont on voit 
encore des vestiges près du village d'Ocosingo dans le même disr 
trict (i). » 

§ IL Exposé des reclierches du docteur Paul-Félix Cabrera sur 

l'histoire des Américains, 

Malgré les ^ombreuses recherches qui ont été faites sur les 
premiers habitans de PAmérique , on n'a pu encore donner une 
explication satisfaisante de leur origine. 

Après avoir approfondi ce sujet , Feyjoo (2) s'exprime ainsi : 
oc Une longue étude et un examen suivi de tant d'opinions diver- 
ses , m'ont convaincu qu'aucune d'elles n'apporte les preuves né- 
cessaires à tout esprit sage, et que plusieurs n'ont même pas le 
mérite de la probabilité. » 

On trouve la même conclusion dans l'ouvrage de Giuseppe 
Antonio Constantini (3). 

Le célèbre écrivain Francisco Xavier Clavigero observe , dans 
le même sens, que l'histoire des peuples primitifs d'Anahuac est 
tellement obscure et environnée de fables, que non-seulement 



(i) Compcndio âe la Historm de la rruda; 1809— 1818; a tom., gr iii-8% 

dudad de Guatemala, escnto por elBr. en six parties. V. part, i, chap. a. 

D. Domingo Juarros ^ presbitero secular (a) Fnpr» fi«i*A) Geronymo Feyjoo. 

de este Arrobispado que comprehende los Teatro criUco^ vol. II, dise, a 5. 

preUminares de dichà Historià; en Guaie- (3) Cartas crilicas , tome H. 



( i8i ) 

cette matière est très-difiicile à traiter , mais encore qu'il est im- 
possible d'arriver à la vërité (i). 

Le docteur Paul-Félix Cabrera , de la ville de Guatemala , a 
pubKë un examen critique de Thistoire de rAmérique y ou » So- 
lution du grand problème historique de Torigine de sa popula- 
tion (2). » Il remarque d'abord que tous ceux qui ont écrit depuis 
le commencement du siècle actuel sur Torigine des Américains , 
peuvent être accusés de négligence, pour avoir passé sous silence 
des Mémoires dont on ne peut contester la véracité : ceux de Tévê- 
que de Chiapa , don Francisco Nunez de La Yega , compris dans 
sa Consi iiu ié on diocésaine y imprimée à Rome , en 1702. 

Parmi les petits ouvrages historiques qui tombèrent entre les 
mains de cet illustre Prélat , il en est un , écrit par Voian , dont il 
parle dans les termes suivans , n" 34 ^ sect. .3o de la préface de sa 
Constitution : 

Yotan est le troisième payen placé dans le calendrier. Il a 
composé un traité historique en langue indienne , dans lequel il 
fait mention nominativement des peuples et des lieux qu'il a vus. 

Antérieurement à notre époque , il a existé une famille de Y o- 
tans à Teopizca. On trouve dans la relation de ce Yotan , qu'il 
est seigneur de Tapanahuasee (3) ; qu^il a vu la grande maison 
( probablement la tour de Babel ) qui fut bâtie par ordre de son 
grand-père Noe , et qui allait de la terre jusqu'au ciel ; que ce fut 
lui que Dieu envoya le premier pour faire le partage des terres 
indiennes ; enfin qu'à l'endroit où il vit la grande maison , chaque 
nation reçut son langage particulier. » 

Il parait, d'après le N' 36, sect. 32 de la même préface, qu'a- 



7 ..' 



(i) Clavigero, tom. I , lib. il. 

(a^ London, in -4°., 18a a. Plu- 
sieurs àit^ rapprochemens qui suivent, 
sont de nature à être contestés ; en pu- 
bliant aujourd'hui les idées du docteur 
Cabrera, sans modifications et sans rc- 

II. 



marques critiques, Tauteurde cet ex- 
trait se réserve de présenter plus tard 
quelques observations sur cet intéres- 
sant sujet. 

(3) Mot qui signifie une sorte de 
tambour. 



( i82 ) 

fin de détruire la superstition (naguaàsme) des naturels, Tévéque 
de Chiapa a anéanti plusieurs ouvrages historiques concernant 
les habitans primitifs. « U y a , dit-il , dans ces documens , beau- 
coup d^autres choses touchant le paganisme de ces anciens habi- 
tans, dont je ne ferai pas mention, si ce n^est quelquefois en 
note , car ils serviraient à les enfoncer encore plus avant dans 
leur idolâtrie. » 

Dans plusieurs endroits de son ouvrage , et plus particulière- 
ment dans sa quinzième Lettre pastorale, ce Prélat donne des dé- 
tails curieux sur la secte des Nagualistes ^ dont la superstition 
avait pris de profondes racines dans son diocèse et était étendue 
dans tout le Mexique. 

Les Naguaiisies propagent leur doctrine par des almanachs où 
sont insérés les noms propres de tous les Naguals , des étoiles , 
des élémens^ d^oiseaux , de bétes , de poissons et de reptiles , avec 
des observations applicables aux mois et aux jours ; afin que dès 
qu'un enfant est né , il soit dédié à ce qui , dans, le calendrier > 
correspond au jour de sa naissance ; cette espèce de consécration, 
précédée d'une cérémonie où les parens donnent leur consente- 
ment exprès , est un pacte implicite entre Tenfant et les Naguals^ 
par lequel le premier doit se donner à ceux-ci. Ils désignent en- 
suite le MUpaj ou le lieu dans lequel il devra se rendre à Tâge de 
sept ans , pour ratifier son engagement en présence des Naguals. 
Alors ils lui font renier Dieu et la Vierge, en les avertissant de ne 
point s'eflFraycr ou de faire le signe de la croix ; Tenfant va en- 
suite embrasser affectueusement le Nagual^ qui, par quelque arti- 
fice diabolique ou autre , prend tout-à-coup un aspect effroyable 
et semble enchaîné à lui. Quoiqu'il présente souvent la figure d'une 
bête féroce , telle que celle d'un lion , d'un tigre , etc. , l'enfant 
est persuadé , par une infernale malice , que ce Nagual est un 
ange envoyé par Dieu pour veiller sur son sort , le protéger, et 
qu'il doit l'invoquer dans toutes les circonstances où il peut avoir 
besoin de secours. 



( i63) 

Suivant une tradition des Indiens , les documens précieux de 
leur histoire furent places par Votan lui - même , comme une 
preuve de leur origine , pour la postérité , dans la Casa-Lobrega 
ou maison des ténèbres , qu^il avait construite d^un souffle (i). 
Il confia la garde de ce dépôt à une femme distinguée et à un cer- 
tain nombre de plébéiens Indiens qui devaient être désignés an- 
nuellement à cet effet. Ses ordres furent respectueusement obser- 
vés , pendant plusieurs siècles , par les habitans de Tacoaloya , 
dans la province de^Soconusco , et jusqu^à l'époque où ces docu- 
mens furent anéantis par l'Evêque , qui en parle en ces termes: 
« Ce trésor consistait en quelques grands vases de terre d'une 
seule pièce , et fermés avec des couvercles de même matière, sur 
lesquels étaient représentées , en pierre , les figures des anciens 
Indiens dont les noms sont dans le calendrier, avec des ChcUchi- 
huiles (2) et d'autres figures superstitieuses. Ils furent tirés d*un 
souterrain, par la dame Indienne elle-même et par les Tapianes ou 
gardes, et remi»pour être brûlés sur la place publique de Huegue- 
tan, lors de la visite qu'il fit dans la province de ce nom, en 1691 . » 

Le capitaine Antonio del Rio , qui a visité les ruines trouvées 
près de Palenquè^ et dont nous avons donné la description, con- 
clut de la position de cette ville , et des figures en stuc qu'il y a 
découvertes, qu'il a existé autrefois des rapports entre les natu- 
rels de ce pays et les Romains. Il est confirmé dansson opinion, par 
la lecture de la copie de la narration hiéroglyphique de Votan, 
qu'il croit avoir été faite aussitôt après la conquête du nouveau 
monde, par les Espagnols. Suivant l'interprétation du docteur 
Cabrera, Votan amena sept familles de Valum-Votan en Améri- 
que , où il fonda une colonie. S'étant détenniné à voyager jus- 
qu'au ciel , pour découvrir ses parens les Culebras , il fit quatre 



s», 



(i) Expression mëtaphoriqae pour (a) Pierre très-dure et d'une cou- 

signifier le court espace de lemps qu'il leur verte» 
mit à la bâtir. 



/ 



( tH) 

voyages à Chmm^ alla en Espagne, et ensuite à Kome : il vît la 
grande maison, bâtie et habitée par Dieu< 

Le docteur Cabrera pense que les figures et idoles , et parti- 
culièrement les hiéroglyphes trouvés dans le temple de Palenquè, 
sont Egyptiens. Une des idoles trouvées dans le temple de cette 
ville , ayant nne espèce de mitre sur la tête et des cornes de 
taureau, est supposée être FOsiris des Egyptiens ; une autre res- 
semble à leur Isis. 

Le docteur pense aussi que, dans des temps très-reculés, il a exis- 
té utie communication maritime entre l'Amérique et r Afrique ; 
que le grand-père de Votan était ZTiV/^/?, originairement de Tripoli 
en Syrie, et le premier qui peupla le Nouveau-Monde; que son 
petit-fils \otan fit quatre voyages dans Tancien continent ; qu'en 
conséquence, les premiers habitaiis de lAmérique arrivèrent de 
Test, s'avancèrent ensuite vers le nord, et vinrent peupler les con- 
trées bornées par le golfe du Mexique et les îles environnantes ; 
mais que cependant, lorsque l'art de la navigation se fut répan- 
du, plusieurs familles ont pu émigter en Aiâérique , et y former 
des colonies. Enfin, pour appuyer son opinion, il fait observer que 
les discours de Motezuma à Cortez, et les adresses de ce prince 
aux caciques, faisaient allusion à l'arrivée et au départ deYotan; 
et se prévalant des remarques de Calmet (i), de Bochart (2) , et 
de Hornius (3) , il conclut que Hercule Tyrien fut un des ancê- 
tres de Yotan; que la Scptamatiiie était l'île d*Atlantis, ou Hispa- 
niola, et Valum-Votan la ville d'Alecta, capitale de cette île, où 
Votan embarqua sa première colonie pour le Nouveau-Monde ; 
que le descendant d* Hercule, auteur delà narration, était letroi- 

(i) Calmet, cap. 10^ v- 17, in Gen. (a) Phaleg. et Canaan. 

verb* Eoœum chiçim;. et in Diction. Bi- ro^ n • • «x j • • l'i. ,r 

bliot verb. Ladmondi Hevœi Josuty et % \ %L 
mult. aliis m loas passim, V* la note 
de la page 187. 



( i85 ) 

« 

sième de ôa race , etflorissait environ 3 ou 4oo ans avant J.-C. ; 
enfin, qu^à son retour sur le vieux continent, il donna aux Ro- 
mains et aux Carthaginois , les premières notions de l'Amenque, 
où ceux-ci envoyèrent une colonie avant la première guerre pu-^ 

nique. 

Parmi les firgures dont le capitaine Del Rio a tiré copie , il y 
en a deux qui, suivant Cabrera, représentent Yotan, sur les deux 
continens : événement historique quMl désirait transmettre à la 
postérité. Dans la première; ce personnage a une figure symbo-' 
lique qui entoure son bras droit, et qui signifie ses voyages dans 
Tancien continent. Le quarré avec un oiseau peint au centre, 
indique Valum-Votan , d'où il commença ses courses. L'oiseau 
figuré dans une direstion opposée au premier, dénote son retour 
à Valum-Votan ; il tient dans sa maîn gauche un sceptre, du haut 
duquel sort le symbole du vent , semblable à celui qui, d'après 
Clavigero ( i ), était représenté par les Américains ; sa main droite 
tient une double bande ; à ses pieds est une divinité, qui semble 
le supplier de la conduire en Amérique, pour y être connue et 
adorée. 

La seconde figure montre Votan de retour en Amérique. La 
divinité, qui était d'abord représentée à ses pieds, est maintenant 
sur un siège couvert d'hiéroglyphes ; Votan lui présente de la 
main droite , un sceptre armé d'un couteau deytzli (2) ; et par là 
il montre que cette divinité est celle à qui le principal culte doit- 
être rendu ; Votan a, dans son turban, l'emblème de l'air , et un 
oiseau ayant le bec tourné dans la direction opposée à sa figure , 
pour signifier son départ d'un hémisphère pour l'autre ; de sa 
main gauche , s'échappent deux bandes, semblables à celles dont 
il est question dans la première figure ; la bande inférieure désigne 
ses descendans sur le vieux continent, et la bande supérieure ses 

( 1) V ol. IL Indiens font leurs couteaux, leurs lan- 

(a) Espèce de caillou noir dont les ces et leurs flèches. 



( i86) 

ancêtres Américains. Les trois cœurs humains montrent que celui 
qui tient les bandes est Yotan et le troisième de sa race , comme 
il le dit lui-même dans sa narration. Pour comprendre ceci plus 
clairement, on doit remarquer que, dans la langue Tzendale, Votan 
signifie cœur. Nunezde la Vega, parlant de ce héros de Tantiquité, 
dit , n*" 34 , sect. 3o : « Ce Votan est très-vénéré par tous les In- 
» diens, qui le considèrent comme le cœur an peuple. » 

Pour confirmer la vérité des voyages de Votan, Cabrera cite les 
différens objets trouvés , savoir : 

i'' Les deux effigies dont on vient de parler , que le capitaine 
del Rio trouva sculptées sur pierre , dans Tun des temples de la 
ville inconnue ; 

2* Plusieurs figures de bacchantes , sculptées sur les murailles ; 
3" Une autre, repré«ô»tant la purification d^une victime placée 
sur la tombe d*Osiris , sur laquelle sont sculptés plusieurs Phalli 
joints ensemble ; 

4^ La figure d^Isis, ayant sur la tête une coiffure semblable à 
celle d^Osiris, et tenant à deux mains un bâton tordu orné de fleurs, 
et au bout duquel est une tête humaine : ce qui est le symbole de 
l'autorité royale dans l'administration de la justice. 
5° La figure de Mercure , tenant un sceptre à la main ; 
G"* Trois têtes humaines couronnées , taillées dans la pierre , 
et trouvées dans le corridor de la grande Casa, 

7° La tour située dans la cour du grand temple , qui était sans 
doute le tombeau des trois Rois Chichemecas, qui ont gouverné 
Amaguemecan. 

Pour expliquer ces mots de Votan : « Je suis Cii&Ara, parce que 
je suis Chiçim^ etc. » Cabrera s'appuie des observations de Calmet, 
dans ses Commentaires de l'Ancien Testament. U suppose , avec 
ce savant auteur , que quelques Hivites ou Hevites , descendans 
de Helth , fils de Canaan , établis sur les bords de la Méditerra- 
née , et connus dans les temps les plus reculés , sous le nom de 
Hwim ou Givim^ furent expulsés de leurs demeures; quelques 



( ts? ) 

années avant que les Hébreux sortissent de TEgypte , par lés 
Caphtorims ou Philistins , venus probablement de l'île de Crète , 
aujourd'hui Candie ; que ceux-ci , pour défendre TÊgypte , leur 
pays natal, et se protéger eux-mêmes, bâtirent quatre villes fortes, 
savoir : Accaron, Azotus, Ascalon et Gaza, d'où ils firent de. 
fréquentes sorties sur les terres canaanites et celles de leurs 
voisins , excepté les Egyptiens , qu'ils respectèrent toujours , 
et qui , dans la suite , portèrent souvent la guerre chez les Hé- 
breux (i). 

Les Hîvites (Givims) , qui habitaient les pays depuis Azzat jus- 
qu'à Gaza ^ en (ureai 4onc chassés par les Caphtorims. D'autres 
s'établirent sur les confins des montagnes d'Eval ; et parmi eux 
étaient les Sichemites et les Gabaonites, qui se soumirent à Jôsué/ 
ou firent alliance avec lui. D'autres, plus éloignés, habitaient les 
environs du mont Hermon , au-delà du Jourdain et à l'est de Ca- 
naan (2). 

Il résulte de cette digression , ajoute Cabrera , que lorsque 
Yotan dit : « Je suis Culebra , parce que je suis Chivim ^ etc., » 
c'est comme s'il disait : « Je suis Hi vite, natif de Tripoli en Syrie, » 
c'est-à-dire, Yalum Chivim, port où je me suis embarqué pour 
aller parcourir l'ancien monde , et appartenant à une nation ren- 
due célèbre pour avoir donné naissance au fameux Cadmus, qui, 
par son courage et ses grandes actions , mérita d'être changé en 
culebra ou serpent . et placé au rang des dieux. Et pour la gloire 
de ma race , j'enseigne son culte aux sept familles de Tzequiles , 
qu'au retour d'un de mes voyages, je trouvai unies avec les 

(I) Calmet, cap. 10 , v. 17, m Gen. snéj cap. 3, v. 4 , et cap. 11, v. 3. 

^erb. Eoiwm chivim , et in dict. BibUoih. Suit, dans ranleor original , une lon- 

9wrb. Cadmondi^ Hetfcu' Josue , et in Dis- g^t digression sur la fable de Cadmus 

serLdeHœbrœor.h£st.prœt.etderegione et Topinion de Calmet relative au 

m qnam Cananei puisi à Josue sese rec^- g^ant Og , vaincu par Moïse , dit-il , 

perunt^ tom. II. vers Tan 1447 arant J.-C 

(a) Deuteron. , cap. a , v. 3. ^ Jo- 



.^ 



( i88) 

sept familles habitant rAmérique , que j^ayais amenées de Valum 
Yotan , et à qui j'avais distribué des terres. 

Si un lecteur difficile , continue le docteur Cabrera , n'était 
pas satisfait de cette interprétation, il devrait bannir toute espèce 
de doute en examinant la médaille de cuivre dont on a trouvé deux 
modèles Y Pun aujourd'hui en possession de don Ramon Ordonez, 
et l'autre qui m'appartenait et que j'ai fait présenter au Roi , le 
2 juin 1794» ^vec deux exemplaires de cet ouvrage (i). Cette 
niédaille est une preuve authentique de la véracité du reste de la 
narration de Yotan , et démontre pleinement que c'est à lui qu'à 
rapport la tradition américaine 9 sur son origine et son expulsion 
du royaume d' Amaguemecan , premier revers qu'il éprouva sur 
le nouveau continent. 

Si on y ajoute ensuite quelques parties du rapport du capitaine 
Del Rio , on pourra expliquer quelques fragmens historiques rap- 
portés par des écrivains du plus grands poids , mais qui sont ce - 
pendant considérés comme apocryphes par des auteurs modernes 
estimés. 

La médaille peut être considérée comme une histoire abrégée 
de la population primitive de cette partie de l'Amérique septen- 
trionale , .et de l'expulsion des Chichimecas du pays d' Amague- 
mecan, dont la capitale était indubitablement la ville Palencienne, 
cherchée en vain jusqu'ici , soit au nord du Me;dque , soit au 
nord de l'Asie. Un des côtés représente sept arbres , qui sont le 
symbole des sept premières familles à qui Yotan distribua des 
terres. L'un d'eux est flétri^ ce qui indique clairement L'extinctio];! 
de la famille qu'il représentait. De la racine de cet arbre , sort 
une tige d'une espèce difiérente , marquant une nouvelle famille, 
qui vient prendre sa place. Le plus grand de ces arbres est un 
Cieha , cotonnier sauvage 9 placé au milieu des autres , et les 
ombrageant de ses rameaux. Son tronc est entouré par un ser- 

{2) Vay. la planche Y de ce volume , fig. 3, 4.* 



( i89 ) 

pent j culebra , qui désigne Phivite , souche de ces sept familles » 
et dans Tune d^elIes , la postérité la plus directe de Cadmus. Cet 
emblème prouve aussi Terreur de Nunez de La Yega, qui a 
appliqué le symbole du Cieba à Ninus ; il constate de plus en 
plus Torigine de Yotan et des sept familles qu 'il conduisit en Amé- 
riquCf ainsi que la signification de Tarbre mort, de Tarbuste sorti 
de ses racines , et de Toiseau au sommet. 

L^autre face de la médaille représente sept autres arbres, et un 
Indien agenouillé , les mains jointes, les yeux baissés et dans une 
attitude suppliante. Cette situation est expliquée par la présence 
de deux crocodiles qui sont à ses côtés , bouche béante , et sem- 
blent vouloir le dévorer. Cet emblènie, à n^en pas douter, fait 
allusion aux sept familles de Tzequiles, que Yotan dit qu'il 
trouva à son retour de Yalum Chivim. Il n^est peut-être pas fa- 
cile d^expliquer comment chaque arbre représente une famille 
particulière ; cependant il est indubitable que la nation Mexi- 
caine avait pris pour devise V Opuntia ou Nopal; et les autres 
symboles peuvent aussi avoir été appliqués à d^autres tribus main- 
tenant inconnues. Un aigle perché sur le Nopal , et tenant en son 
bec un serpent, est une preuve que Yotan avait reconnu dans les 
Tzequiles la même origine que la sienne , et confirme la tra- 
dition mexicaine de son expulsion d^Amaguemecan. 

Clavigero parle de ce royaume et de Tarrivée des Chichimecas 
à Amaguemecan , quHl appelle Anahuac , c^est-à-dire , pays des 
eaux , et dans lequel , suivant ce que racontaient ces Chichimecas, 
plusieurs rois de leur nation avaient régné. 

Torquemada a trouvé dans des histoires^mexicaines , qu^il avait 
existé trois rois d^Xmaguemecan ; et que ce royaume était situé 
dans la province actuelle de Chiapa. 

La coïncidence des relations des écrivains de Tancien conti- 
nent , dont je viens de parler , avec les deux discours de Mote- 
zuma , où il fait entendre que les Mexicains sont venus de TO- 
rient, et avec la narration de Yotan» les événemens rappelés par la 
n. 25 



( igo ) 

médaille , le rapport du capitaine Del Rio , les figures A^Isis et 
d'Osiris trouvées par lui dans le temple de la ville Palencicnne ; 
tout enfin forme une masse de preuves dont il est impossible de 
nier l'évidence, (i) 

Salluste^ dans son Commentaire sur la Guerre de Jugurtfaa, fait 
mention d^une tradition africaine, qui rapporte Tarrivée en Ifu- 
midie d'Hercule Tyrius ou Libyus , avec une armée de Mèdes, 
de Perses et d'Arméniens, qui épousèrent des femmes Libyennes; 
leur langage ayant dégénéré , ils furent appelés par comiptioci 
Mauruici ou Maures. 

Diodore affirme qu'un Hercule navigua tout autour de la terre, 
et bâtit la ville d'Âlecta dans la Septamanie ; cet Hercule Tyrien 
fut peut-être un des ancêtres de Yotan ; la Septamanie est l'tle 
d' Atlantis ou Hîspaniolà , et la ville d'Alecta, Valum Yotan , caiH- 
taie de cette île , d'où Yotan fit partir sa première colonie pour 
l'Amérique, et ou il s'embarqua , lors des voyages qu'il fit sur 
Tancien hémisphère. 

Pour découvrir l'époque où vivait Hercule Tyrien , et où il 
aurait pu fonder la première ville en Amérique, on suppose 3o 
ans par génération. En admettant que Yotan soit le troisième 
de sa race , Hercule aura vécu 90 ans avant lui , ce qui corres- 
pond à-peu-près à l'année 38 1 avant l'ère chrétienne. 

Yotan dit qu'il alla à Rome , et qu'il vit la grande maison 
bâtie par Dieu. On peut alors fixer avec précision (2), l'époque 
de ses voyages sur le vieux continent. 

Suivant les annales de la République Romaine , l'an 464 de la 
fondation de Rome , et 291 avant J. C. , la paix fut faite avec les 
Samnites , après une guerre sanglante qui avait duré huit ans , 
et une alliance fut jurée entre les deux nations. 

En mémoire de cet événement on construisit un temple ma- 
gnifique, dédié à Romulus et Remus, fondateurs de la RépobH- 

(i) F. la noie 2 , pag. 181 , ci-dcs. (2) Idem. 



( 191 ) 

que. Vers ce temps , Rome et Cartfaage étaient en paix pour la 
seconde fois ; la première guerre entre ce» devd rivales avait 
commencé 4^ ^^^ après €ette alliance, et †aprè» Farrifvée de 
Votan. En conséquence 9 cette seconde alliance eut lien Taii 44^ 
de la fondation de la République ^ ou) 3o7 ans avant J. C ; la 
prennère guerre punique éclata Tan de Rome 490 , ou 2&5 avant 
l^ère chrétienne. Il y a peu de doute que le» premiers renseigne* 
mens sur F Amérique , domiés aux Romains et aas Carthaginois , 
le forent par Votan Ini-mémc ; et il est probable qte ces dermers 
ne tardèrent pas à recevoir la confirmation de ce rapport y par ks 
marini^ qm maniaient le vatssean dont parle Diodore y ou bien 
encore que les sept Tzeqoiles trouvés par Votan, à son. retour, 
étaient d^ cette nation. Il n^est pas moin» probable que lar pref«^ 
mière colonie envoyée en Amérique par les Gartl^îhoîs 4 le 
fut antérieurement à la première guerre punique. Cette co^ 
lonie , jointe aux Tasequiles et renforcée par les matelots Cart4ia«- 
ginois qui fuyaient \ûs maSieurs de la guerre , rcDsta en Amérique : 
elle se rendit jpresque aussitôt maîtresse dit pays> en soumettant 
les i»femier8 habitan», et elle ebangeaTasage qu^avaif )iisq;u<alov6 
suivi le peuple primitif, d'être gouverné par deux capitaine» cblMsts 
par les prêtres ^ Tun àans la famille de Votan , Fautre parmi les 
Taeqniles, comme le rapporte Glavigero (i). Afin de conserver 
rharmonie générale , le royaume d'Amaguemecan fot fondé ; 
et les émigrations qu^ firent lé» Carthaginois déterminè- 
rent le décret du Sénat , qui leur ordonnait de revenir , 
sâosi que le rapporte Diodore , et que cela est confiraté pai^ les 
discours de Motezuma à Cortea. On peut croire que la désobéis- 
sance à ce décret , et la consternation quHl fit éprouver, furalt la 
eanse de la ruine d'Amaguemecan , les anciens hs^tans ayant 
profité du premier mouvement de stupeur ^ eneare augmenté par 
la mort du dernier roi Haniacatain> et par le» dissensions qui 

II) Li?. !«'. 



4 



( 192 ) 

s^èleyèrent entre ses deux fils pour la succession. Ce fait , auquel 
Clavigero et Torquemada font allusion, est appuyé par les tradi- 
tions des Mexicains et des Toltecas sur Amaguemecan , et confirmé 
par la posture suppliante de Tlndien entre les deux crocodiles, tel 
qu^il est représenté sur la médaille; document suffisant en lui- 
même pour transmettre à la postérité un événement si mémorable. 

On peut donc fixer Tépoque de la destruction d* Amagueme- 
can , et conséquemment du voyage des Toltecas ou Chichimecas, 
diaprés les dates suivantes , qui peuvent être considérées comme 
certaines (i). 

Yotan arriva à Rome, Pan 291 avant J. C. Les guerres puni« 
ques eurent lieu en 265, 219 et i5o, aussi avant J. C. Enfin la 
destruction de Carthage date de Fan 147 avant notre ère. 

Il en résulte que Tépoque de la chute d* Amaguemecan est 
celle où Tannée mexicaine, appelée caillou^ correspondit à Tan- 
née 181 avant J. G.; car si on y ajoute les 90 ans, temps fixé 
pour la durée d' Amaguemecan , on aura 271. La conclusion est 
donc que la date de la Colonie est de 20 ans après Tarrivée de 
Yotan, ou de 6 ans avant la première guerre punique. Le décret 
rendu par le Sénat Carthaginois , paraît avoir été promulgué 38 
ans après le commencement de la deuxième guerre punique , 
3i avant la fin de la troisième , et 34 avant la destruction de Car- 
thage. Les guerres continuelles soutenues par elle , contre les 
Romains et les Numides , ne lui permirent pas de châtier la déso- 
béissance de ses sujets d^Amérique. 

Revenant à Thistoire de Votan et des sept familles Tzequiles, 
qu'il trouva unies aux sept autres qu'il avait amenées d'Hispaniola, 
et dans lesquelles il reconnut l'origine Culebra, je suis porté à 
croire, dit le docteur, que ces premières familles étaient Cartha- 
ginoises. Cette opinion est appuyée par Tautorité de Huet, évéque 
d' Avranches , dans ses Démonstrations Eçangéllques , par Alexis 

(i) Voir la note a, pag. 181. 



( 193) 

Yanegas, dans son ouyragc sur la Variation des Uores, et plusieurs 
autres écrivains, qui supposent que cette colonie était Tyrienne , 
conséquemment Hivite. 

Je crois donc , conclut enfin le docteur Cabrera , avoir établi 
Torigine, sinon de tous les Américains, au moins de tous ceux 
qui habitaient les pays bornés par le golfe du Mexique et les 
îles environnantes. D'autres familles ont pu avoir été conduites 
sur d'autres points de T Amérique , et y avoir formé des établisse- 
mens ; les nombreux dialectes connus dans le nouveau monde , 
les religions^ les coutumes superstitieuses, qui attestent une ori- 
gine étrangère, semblent appuyer cette supposition. 



Cabrera dit dans un supplément , qu'après avoir terminé son 
ouvrage , le hasard lui fit tomber entre les mains un savant écrit 
( intitulé Tardes Americanas ou les soirées américaines ) , com- 
posé par Don Francisco José Granados y Galvez , évéque de So- 
nora , et publié à Mexico en 1778 , et dans lequel se trouve le 
passage suivant : « Outre les sept cavernes d'où les Chichemecas 
sont sortis pour peupler le Nord ou la terre d'Amaguemecan , il 
y a des îles qu'ils placent à l'Est , sur leurs cartes , les confon- 
dant avec celles des Tultecas qui sont situées à l'Ouest; toutefois 
les cartes de ces derniers ne représentent pas des pays , mais des 
familles.» Ces renseignemens précieux et concluans, dit Cabrera^ 
que je n'ai obtenus qu'après avoir terminé mes recherches, m'ont 
décidé à amender le titre de cet essai que je voulais d'abord appeler 
nouçeUe ientaiiçe pour résoudre le grand problème historique de la 
population Américamey et que je nomme maintenant: Solution 
du grand problème , en invitant le lecteur à ne pas attribuer ce 
changement à une confiance outrée dans mon habileté. 



('94) 



NOTICE 



SVK LA 



GÉNÉRALE I>ES PASCHALIKS 

DB BAGHDADv ORFA ET HHALEB , ET SUR LE PLAN D'HHALEB 

DE M. BOUSSEAU , 

Ci-deyant Consul-Général de France A Baghdad , aujoard^hni Chargé d'aflfaires 

de S. M. près le Bey de Tripoli de Barbarie. 



Jyi. Rx>i7SSEAU ayant offert à la Société de Géographie, la 
première feuille d^une carte des Paschaliks de Baghdad , Orfa et 
Hhaleb, dressée par lui, pendant son séjour dans le Levant, la 
Commission Centrale arrêta que cette Carte serait publiée dans 
le Recueil des Mémoires ; telle que routeur la présentait , avec 
une analyse, pri^e à faire connaître les bases sur lesquelles elle 
est appuyée. On. décida que tous les noms des lieux seraient 
imprimés à la suite, de l'analyse , en caractères arabes et en ca<- 
ractères français , conformément à la carte de M. Rousseau. 
Cet exemple était d'autant plus nécessaire à donner qjiie la plu- 
part des noms rapportés par les voyageurs ,. ou traduits dans leur 
propre langue., sont ordinairement défigurés ou altérés t au point 
d'en^cher de reconnaître un même lieu dans deux écrivains 
différens. Si cette marche était adoptée généralement par les 
voyageurs , on ne serait plus arrêté par la différence qui existe 
souvent entre la prononciation vulgaire et la prononciation véri- 
table des noms d^un pays ; les caractères de la langue serviraient 



de type pour la manière de les écrire et de les énoncer , et on pré* 
YÎendrait aônsi beaucoup de fMsses interprétations. 

Personne mieux <p^ M. Rousseau , «qui a fait ime étude appro- 
f (MMlie des langues de l'Orient , n'était en •état de remplir les isi* 
tentions de la Société , surtout à Fégard d'un pays qu'il alial^té 
pendant tant d'années , et qu'il a parcouru en tous sens ; dont 
rhistoire , écrite par les auteurs nalîoRaux , lui est famîËère , et 
aTec les babitans duquel il a entretenu des ra^orts continuds ^ 
secondé par ie gouvernement local. Aussi a-t-il pu iaire entrer 
dans son travail , des notions qui échappent ordinairement aux 
voyageurs ; par e xemp le ^ tout jcb qui regarde les cours d'^eau , 
les chemins et les directioiw suivies par le commerce , cocufloôs* 
sauce indispensable au négociant , soit pour diriger ses expédi- 
tions 9 soit pour savoir où il doit former des établissemens. 

La Carte de M. Rousseau nous montre la position et la situation 
presque habituelle de toutes ees hordes (i) qui , continuellement 
en rébellion contre leur souverain , et mên^ en guerre entre 
elles , ne reconnaissent que rautoriié du plus fort , et ne paient 
tribut qu'aux pachas puissans qui savent les tenir dans leur dé- 
pendance. Utile pour rhistoire des temps actuels , ce travail ne 
Test pas moins pour celle des temps anciens. L'auteur s'est atta- 
ché à reproduire sur son dessin les ruines des villes , les débris 
d'aquéducs , les restes de ces belles chaussées et des monumens 
élevés par les divers peuples qui se sont succédé dans ces régions. 
Il a pris soin d'indiquer les sources minérales et les puits où 
viennent se rafraîchir les caravanes. 

Malgré toute son utilité et tout son intérêt , cet ouvrage pourra 
bien n'offrir aux astronomes et aux savans , qu'un travail impar- 
fait y puisqu'il n'est point assujéti aux règles de la géographie 

( i) Depuis que M. Honssean a adres- tous les noms des diverses tribus ara- 
sé à la Société de Géographie , sa bes qui habitent nne grande partie des 
Carte , il lui a fait remettre également contrées de TAsie occidentale. 
utT tableau très-intéressant contenant 



(196) 

mathëmatique ; et il y a, sans doute y loin de cette esquisse k une 
carte dressée par un géographe de profession. La Société , en 
la publiant, ne la regarde que comme la réunion de plusieurs ma- 
tériaux qu^on peut mettre . en œuvre ^ parce qu^ils sont le résul-« 
tat d^un travail fait sur les lieux ; une main habile en profitera > 
et il lui sera facile de rectifier les erreurs qui peuvent s'y trou- 
ver. Il serait à désirer qu'un gr^nd nombre de membres et de 
correspondans fissent les mêmes efforts que M. Rousseau , et 
apportassent à son exemple , le fruit de leurs travaux. - 

L'échelle de la Carte de M. Rousseau est formée de la mesure 
pensane connue sous le nom à^farsokh on/arsingh. Le farsakh 
employé par M. Rousseau est composé de quatre milles. Nous 
nous sonmies abstenus d'ajouter , sur l'original , aucune échelle 
comparative ; mais , autant pour rectifier la configuration des 
côtes de la Syrie et même le cours des rivières de l'intérieur, que 
pour pouvoir donner des échelles correspondantes aux mesures 
en usage dans le pays , nous avons tracé , dans un petit tables^i 
particulier, une Carte de l'ensemble du pays, appuyée sur les 
relèvements faits par M. le capitaine Gauttier et par plusieurs 
voyageurs dont les observations ont été consignées dans la con- 
naissance des temps. 

La Carte de M. Rousseau est le résultat de douze années de 
voyages en Syrie , dans la Mésopotamie et dans les deux Iraks. 
Il aurait désiré l'accompagner de la relation de ses diverses 
courses; mais il a été contraint de se borner à rendre un compte 
succinct de la composition de cette feuille. Voici son exposé : 

« J'ai pris , dit il , pour base fondamentale de ma Carte , celle 
de p'Anville (i), en y faisant toutefois les corrections dont elle 

(i) Carte de TEaphrate et du Tigre, et des officiers français qui ont suivi 

publiée en. 1779, en une feuille. Il le général Gardanne en Perse, du 

^ùt été à désirer que M, Rousseau colonel Boutin, de Seetzen et antres 

eût sous les yeux les travaux plus ré- voyageurs; il eût pu les comparer avec 

cens de Niébubr , Panitre et Lapie, le travail de D'Anville, qui , aussi bon 



(^97) 

était susceptible relativement au cours de TEuphrate, auquel 
ce géographe assigne un trop grand nombre de sinuosités. 

j> Je n'ai eu'besoin que de recourir aux itinéraires de mes di- 
verses excursions dans le territoire de Hhaleb *, pour marquer les 
principaux endroits du Paschalik dont cette ville est le chef-lieu. 

» Pockocke m'a fourni quelques positions importantes ; et je 
me suis aidé de Thistorien arabe Ibn-Schohné (i), pour com- 
pléter , autant que possible , cette partie de mon travail. Je ne 
dirai rien des départemens d'Ânttaqié et Aintab (2) , parce 
qu'ils sont censés compris dans le même Paschalik. 

» Je dois à un Grec attaché au vice - consulat de France , à 
Latqié (3), les détails topographiques concernant la petite contrée 
maritime qui renferme cette ville , et à un négociant turc d'Orfa (4) 



qu^il pouvait Tétre dans le temps Ojili il 
a été fait I ne se trouve plus aujour- 
d'hui au niveau des connaissances ac- 
quises sur ce pap. Mais M. Rous- 
seau , .éloigné de TEurope | ne pou- 
vait connattre ces divers ouvrages. 

(i) Ibn-Schohné ou Ebn-Schohné 
est le surnom de Mouhhibb-Eddin- 
Aboul-Walid- Mobhamed , auteur en 
grande réputation parmi les Musul- 
mans ; le plus célèbre de ses ouvrages 
est intitulé : Bahoudhan el-manadher 
fi ilm d^aa^dil ouel oçHtkhir. C'est une 
histoire des Arabes , écrite en forme 
d'annales , depuis la 1'* année de l'hé- 
gire jusqu'à la 806". Ebn-Schohné 
mourut l'an de l'heg. 883 (1^78 J.-C). 
BMoA. Orient, de d'HerbeloU 

(a) Le département d'Aiptab 9 que 
M. Rousseau n'a pu visiter à loisir , 
présente quelques vides 9 qu'il pense 
qu'op pourrait remplir 1 en se procu- 
rant les papiers de l'infortunç colonel 

II» 



Boutin , officier du génie 9 qui explora 
cette partie du Paschalik d'Hhaleb, en 
i8i4 et i8i5, et qui fut assassiné en 
Syrie t par les Arabes. 

(3) Cette ville est plus connue en 
Europe sous le nom de Lattaquié , 
ancienne Laodicée. 

(4) Le Paschalik d'Orfa s'étend jus- 
qu'au Khabour ; ses limites orientales 
figureront par conséquent dans la a*^ 
feuîUe. Le Paschalik de Baghdad sera 
plus riche ea détails topographiques. 
Les bords de l'Euphrate et du Tigre 
surtout sont couverts de peuplades sé« 
dentaires et agricoles, presque iiicon- 
nues jusqu'à ce jour. 

* Nota. En emsavant le système de 
transcription des mot9 orientawjp suù^i par 
i*auteur, dans ce Mémoire et dans la 
carte qui y est annexée , la Société de 
Géop^hien'enÉend pas adopter ce mode 
fli tai4$ autre^ d'une manière exclustoe, 

a6 



( «98 ) 

les noms de la plupart des villages (i) et des peuples agricoles qui 
bordent ou avoisinent le Belikh et le Djullab , deux rivières re- 
marquables^ dont les voyageurs n*ont presque point parlé. 

» D^autres notions obtenues de ce même Turc , homme in- 
telligent et vëridîque , qui avait parcouru en tous sens le Diar 
Madhar, m'ont mis en ëtat de décrire avec quelque exactitude 
le cours de l'Euphrate , depuis Il-Biré ou Birédjik jusqu'à Déir , 
les distances relatives des places riveraines de ce fleuve ayant 
été ultérieurement déterminées d'après mes propres observations, 
consignées dans un Itinéraire particulier de Hà à Hhaleb , que 
je me réserve de communiquer plus tard à la Société de Géo- 
graphie. 

» C'est dans le cours d'un dernier voyage, exécuté en 1818, à 
travers le Schamié ou désert de Syrie^ que j'ai pu indiquer sur ma 
Carte , la boussole et la montre à la main , les chaînes de mon- 
tagnes , les ravins , les puits , les sources d'eaux minérales , les 
campemens d'Arabes, les bourgades habitées, et en général tous 
les lieux de quelque apparence de cette partie du désert , si peu 
connue des voyageurs anciens et modernes. 

» Quant au plan de Hhaleb , il fut primitivement tracé ( en 
181 1 ); sous ma direction, par un jeune homme attaché au con* 
sulat , que j'occupais alors dans cette ville ; mais ce n'était qu'une 
simple ébauche très - défectueuse , qui avait besoin de rectifica- 
tions et de développemens. En retournant sur les lieux, en 1818, 
je m'occupai moi-même de ce travail , auquel je crois avoir donné 
toute la précision désirable ; et c'est dans cette confiance que je 
le présente aujourd'hui y après avoir eu soin de le réduire à moi- 
tié , pour qu'il pût être gravé au bas de la Carte . » 

Telle est l'analyse succincte que M. Rousseau nous a fait par- 
venir; malgré tout ce qu'elle laisse à désirer , nous pensons que 

(i) Quelques-uns de ces villages Bédouins , le second connu seulement 
portent deux noms, Fun arabe, Tau- des Kurdes : ils sont indifféremment 
tre turc; le premier usilé parmi les employés. 



( IS9 ) 

sa Carte fournira aux voyageurs et aux savans le moyen d'acqué- 
rir des connaissances positives , et qu'elle pourra les mener à de 
nouvelles découvertes (i). 

Nous avons dit plus haut que , pour donner un ensemble du 
pays que représente la Carte de M. Rousseau , et pour rectifier 
le gisement des lieux , nous avons cru devoir tracer , dans un 
petit cadre séparé , une Carte générale donnant les principaux 
lieux dont la position est assurée. La côte est appuyée sur les 
observations astronomiques de M. le Capitaine Gauttier , et 
tracée d'après divers matériaux, particulièrement d'après la Carte 
de MM. Paultre et Lapie. Le golfe de Scanderoun , la partie la 
moins connue , a été dessinée d'après MM. Lapie et Leake ; seu- 
lement on a restreint la profondeur du golfe à la latitude de 
36^ 53' 3o". Les Itinéraires et Cartes cités dans cette Notice ont 
servi de guides, et l'on a tiré parti des renseignemens particu- 
liers donnés par M. Caussin de Perceval et par M. Vidal , drog- 
man de France à Baghdad. 

Nous avons ajouté , dans ce cadre , des échelles qui donnent les 
mesures connues dans le pays , et qui sont puisées en partie dans 



(i) Avec le secours des Itinéraires 
originaux qui ont servi de base au tra- 
yail de M. Rousseau, et des matériaux 
dont nous allons donner la liste , il ne 
serait pas difficile de composer une 
carte satisfaisante des contrées dont il 
s^agit En première ligne , on doit pla- 
cer les observations et les relèvements 
faits en 1817, par le capitaine Gaut- 
tier (capitaine de vaisseau , comman- 
dant alors la gabarre la Cheorettt ) , et 
ceux du capitaine anglais Beaufort. 
Ensuite il faudrait mettre à profit TI- 
tinéraSre des pèlerins musulmans de 
Constantinople à la Mecque , traduit 
par M. Bianchi; ritid éraire de Cons- 



tantinople k Baghdad, par M. le colonel 
Trezel ; la Route de Hhaleb à Téhé- 
ran, par M. Trulhier, officier du génie; 
ritinéraire de Constantinople à An- 
tioche, par M. Kînneir; Tltinéralre 
de Hhaleb à Constantinople , par 
Bruce; les ouvrages de Niebuhr, de 
Rossel; ceux de M. Corancez et de 
Seetzen ; les Observations du colonel 
Boutin ; les Cartes de MM. Lapie , 
Paultre , Brué , etc. ; le grand Atlas 
géographique d^Egypte et de Syrie , 
dressé par M. le colonel Jacotin ; enfin 
divers Itinéraires pdbHés et connus 
aujourd'hui, mais qui ont du manquer 
k Tanteur* 



( 20O ) 

Touvrage de D^Anville sur les mesures itinéraires. Nous y avons 
ajouté celle du farsakh ou farsingh, diaprés Hhadji Khalfa , géo- 
graphe turc. Yoici rénumération et la valeur de ces mesures : 

Suivant Hadji Klialfa , on compte 22 farsakhs /s dans le degré 
terrestre (i); chaque farsakh renferme 3 milles arabes. Il y a 
deux espèces de milles : le mille ancien de 3ooo deras (coudées) 
anciens , ce dera ou coudée a 82 pouces ; le mille moderne est 
de 4000 deras modernes , ce dera de 24 pouces ; le pouce arabe 9 
tant ancien que moderne , est égal à Tespace que couvrent six 
grains d^orge de moyenne grosseur , placés dans leur épaisseur , 
Tun à côté de Tautre. 

Suivant D'Anville , le mille arabique est de 67 au degré envi- 
ron ( 56 '/3 ) ; Tagadj , lieue de Turquie , est de 22 'A au degré ; 
le degré est de 57,012 toises ou 111118'°, 6685, ou 11 myriamè* 
très plus iii8"',6685. La lieue maritime, composée de 3 milles, 
est de 20 au degré (2). 

On trouvera ci -après une liste alphabétique , en caractères 
arabes, avec la prononciation et la signification, de tous les noms 
des lieux marqués sur la carte. Quelques développemens ont été 
renvoyés en notes. Cette liste est précédée de deux tableaux dus 
à M. Caussin de Perceval. Dans le premier , M. Caussin indique 
les lettres adoptées par M. Rousseau pour représenter les carac- 
tères arabes dont le son n^a point d^analogue en français ; le se- 
cond, donne la série des termes géographiques , avec leur pronon-» 
ciation et leur traduction , pour servir à expliquer les noms des 
positions à côté desquelles ils se trouvent* 

Le plan de Hhaleb , ajouté à cette Carte , offre l'état de cette 
ville; avant la terrible catastrophe du mois d'août 1822 , qui Ta 
détruite presque en entier. On y a marqué remplacement des 
principaux édifices. La dimension du plan ne permettant pas d'é- 

(i) Là farsakh équivaut ainsi à mat le tableau des points de la côte de Sy- 

lieue de 2$ au degré et */8 en sus. rie et quelques-uns de Ttle de Chypre 

(3) Nous croyons devoir joindre ici et de la partie occidentale de FAsie- 



( 201 ) 

crire les noms auprès des objets qu^ils désignent , on les a places 
avec des renvois , dans un tableau à côté. 

Il eût été à désirer que M. Rousseau joignit à Tenvoi de ce plan 



Mineare, délerminés par M. Gaultier, 
et à la suite, d'antres pris dans la Con- 
naissance des temps pour Tannée i8a 7. 
Les points qui ont la marque à , ont 
été déterminés par des triangles , parce 



que le bâtiment n*a pas pu se placer 
N. et S. , pour la détermination de la 
longitude, ou E. et O., pour celle de la 
latitude. 



i 






=91 



NOMS DES LIEUX. 



Gap St.-Âodré (lie de Gbjrpre). 

Tarsous ( yille ) à la Marine. . 

Gap MalO; pointe S.-O. • • • • 

Gap Kenzir ou Bas-el-Khansir 
(Syrie). ......•••• 

Gap Fossidi 

Lattaquiè ou Ladqiè (yille ). . . 

Garia ouGibili ou Djebele (yille). 

La Marca ou Markab ( yille ). , 

Tortoze ( ile et yille) le milieu. 

Tripoly (yille ), maison du Gon- 
sul français , située à-peu- 
près au centre de la yille , au 
nord du château 

Gap Madone 

Gap Barout 

Séiîde ( ville ) 

Sour ou Tancienne Tyr (yille). 

Gap Blanc 

St.-Jean d'Acre ( yille ) 

Gap Garmel. • • . . 

Ruines ae Gésarée. • 

Jafia ( yiUe ). . . 



LATITODBS N. 



35. 4i* 

36. 4^>. 
36. 119. 

36. 16. 
35. 5a. 
35. 3o. 

35. FQ. 

35. 09. 
34« 5o. 



4o. 
3o. 

4î>. 

00. 
10. 
3o. 
45. 
00. 
a5. 



• . 



• • • • 



34. a6. 
34. 19. 

33. 49* 
33. 34. 
33. 17. 
33. o5. 
32. 54* 
32. 5i. 
3i. 32. 
3a. o3. 



aa. 
3o. 
45. 
o5. 
00. 
10. 
35. 
10. 
a5. 

25. 



dctertuinée» 
par 



E. et O. 
^ 

A 

^ 

A 
E.etO. 
E.etO. 



a terre. 
A 
A 
A 
A 
A 
A 
A 
A 

EetO. 



LONorruoB» E. 



32. 17. TO. 

32. 2D. 3o. 

33. oa. 55. 

33. 29. i5. 
33. 3o. 4^* 

33. 27. 4o- 

<3«J. 03» ÔOa 

33. 36. 10. 
33. 3i. 35. 



33. 3i. 
33. 22. 
33. 07. 
33. o3. 
32. 54. 
32. 47- 
32. 4^. 
32. 39. 
32. 34. 

32. 25. 



i3. 
10. 
45. 

25. 
20. 

i5. 
o5. 
20. 
3o. 
55. 



dvtermiuéet 
pnr 



N.etS. 
A 
A 

N.etS. 
A 
A 

A 
A 

N. et S. 



a terre. 
N.etS. 

N.etS. 
A 
A 

N.etS. 
A 

N.etS. 

A 

N.etS. 



d'âpres la CONNAISSAirCE DES TEMPS POUR 1827. 



Alexandretle. . 
Alep OU Hhaleb. . 

Jérusalem 

Diarbekir.. . . . . 

Baghdad 



• . 



• « 



. ! 36. 35. 
. : 36. II. 

3i. 47- 
37. 54. 
33. 19. 



25. 


N. 


N. 


47. 


N. 


00. 


N. 


40. 


N. 



34* 5o. 00. 

33. 35. 00. 

33. 00. 00. 

37. 33. 3o. 

42. 04. 3o. 



E. 
E. 
E. 
E. 
E. 



■» 



•^m 



( 202 ) 

une description complète et détaillée de cette capitale de la Syrie ; 
son savoir et sa longue résidence dans le pays lui en donnaient 
les moyens plus qu^à tout autre. Déjà, dans les mines de Forient , 
publiées à Vienne par M. le baron de Hammer (i), il a donné 
une esquisse qu'il lui eût été facile de compléter. Pour remplir 
cette lacunç nous avons cherché à réunir aux notés envoyées 
par M. Rousseau quelques documens recueillis dans les écrits des 
Anciens et des Modernes et dans ceux de M. Rousseau lui-même. 
Russel a donné de cette ville une description généralement esti- 
mée. Il y a joint un plan gravé sur les dessins de Niebuhr. La 
première édition de cet ouvrage a été publiée en anglais à 
Londres en 17S6, 2 vol. in-4**. Une seconde parut en 1797. Il en 
existe une traduction allemande en 2 vol. in-8* (Gottingue 1797), 
mais ce voyage n^a jamais été traduit en français. 

En comparant le plan de ISiebuhr avec celui de M. Rousseau 
on trouve quelques dissemblances. Le premier donne une idée 
générale de la configuration du terrein (2) de Hhaleb, tandis que 
M. Rousseau ne trace dans Tintérieur que les rues et remplace- 
ment d^un grand nombre d^difices sans indiquer les accidens du 
sol dans cette partie. Cependant ce dernier plan est beaucoup 
plus riche que- Tautre , et une personne qui résiderait sur les 
lieux pourrait , en prenant pour base ces deux dessins , nous en 
donner un troisième dont Texactitude laisserait peu à désirer. Il 
serait bon aussi d^étendre les recherches à quelques lieues aux 
environs. 

L^ouvrage de Russel , avons nous dit , n'a jamais été traduit en 
français ; mais le Journal des Voyages , dans son 48' cahier (3) « 
en a donné un extrait fort intéressant. On a même ajouté quel- 
ques notes de M. Caussin de Pcrceval, qui naguère résidait encore 
dans cette contrée. INous avons dû faire usage de tous ces mate- 

(i) Mines de rorlent. (3) Journal des Voyages , année 

(a) Voy. Russel. ^^aa, lom xvi. 



( 2o3 ) 

riaux ; mais le plan primitif qui nous était en quelque sorte tracé 
par le dessin et les notes de M. Rousseau nous a obligé à nous ren- 
fermer dans des bornes très-étroites. Nous n^avons donc fait que 
présenter Fénumération des objets qu^indique le plan de la yillé 
de Hhaleb, publié par la Société , y ajoutant , le plus souvent quHl 
nous a été possible, leur explication (i). 



(i) Il convient de citer ici les per- 
sonnes qui ont contribué à l'exécu- 
tion de cet utile travail. La gravure a 
été confiée au burin de M, Michel , 
membre de la Société de Géogra- 
phie, et dont le talent est depuis long- 
temps connu. MM. Jaubert , Cirbied , 
Blanchi et Caussin de Perceval fîls, 
également membres de la Société, qui 
ont aussi parcouru les pays de TO- 
rienty nous ont aidé de leurs lumières. 



M. Caussin , qui a long-temps résidé 
à Hhaleb, a surveillé avec nous la gra- 
vure , que Téloignement de M. Rous- 
seau ne lui permettait pas de soivre ; il 
nous a aussi donné un grand nombre 
de détaib insérés dans la description 
de la ville. £nfin MM. Jomard , La- 
pie , Jacotin , de Rossel , Walckenaer 
et Barbie du Bocage , ont bien voulu 
examiner les diverses parties de ce 
travail. 



(204) 

TABLEAU des Lettres adoptées par M, Rousseau pour repre-^ 
senter les caractères arabes qui n 'ont point de correspondons 
en français. 



aspiration très -forte. 

jota espagnol ou ch allemand. 

c'est le ch français. 

5 prononcée fortement et avec emphase . 

d id. 

t id. 

d id. 

articulation gutturale. 

r fortement grasseyé. 

k guttural. 

c'est notre ou français. 

REMARQUE. 

Le monosyllabe il, qui se rencontre fréquemment dans la 
composition des mots arabes , est l'article ; il serait plus exact 
d'écrire el. Il faut aussi observer que la lettre / de l'article se 
retranche , dans la prononciation , lorsque le mot auquel l'article 
est joint commence par une des lettres arabes correspondant en 
français, à t, dJ, d, z^ r^ Sj chj /, n; dans ce cas, on doit re- 
doubler ces lettres en les prononçant ainsi : au lieu de jBa6-i7- 
J^eireb , il faut dire Bab-en-Neireb, 



C 


hh. 


• 

c 


kh. 


« 

u- 


sch. 


c^ 


ss. 


•^ 


dh. 


L 


tt. 


Jb 


dh. 


t 


• 


• 

t 


gh. 




q- 


J 


w. 



( 2o5 ) 



v»»fc%»%^%%^'»%>»^« 



TABLEAU présentant la prononciation et la signification de plusieurs 
termes séoffraphiaues et autres mots inscrits dans la Carte. 



Abou. 


Père. 






Djewza. 


Gémeaux. 


i4çAL. 


Miel. 






Djisr. 


Pont 


Adji^ 


Amer {adji ssou , 


eau 


amère.) 


Djub. 


Puits. 


Kis. 


Source, fontaine 


, œil. 1 


DOUTAN. 


Qui prend ( V. Saqqal. ) 


Afss. 


Noix de galle. 






ËYALET. 


District, province, gouverne- 


KqKK. 


Chauve, inculte. 






FerraYn. 


Fourreurs, (ment). 


ÂHHMAA. 


Rouge. 






Gawour. 


Infidèles. 


A&BAÏN. 


Quarante. 






Ghafar. 


Péage (I). 


ÂRPikLEQ OU Ar~ 


1 






Ghanem. 


Mouton. 


PALEG. 


District. 






Goirrt. 


Verger. 


Assi. 


Rebelle. 






GUMRUK. 


Douane. 


AsiAii ou Abslan. 


Lion. 






Hhadu). 


Fer. 


Allah. 


Dieu. 






Hhammam. 


Bain , source chaude , eau miné- 


ASWAB. 


Noir. 








rale chaude. 


Bab. 


Porte. 






Hharè. 


Rue , quartier- 


Bacb. 


Tête , chef. 




1 


Hharir. 


Soie. 


Baidra. 


Blanche. 






Hhussn. 


Forteresse. 


Baleqlkq. 


Endroit où il y a 


du 


poisson. 


Hhebal. 


Cordes. 


Bàlestan. 


Marché. 






Hhissar. 


Chiteau. 


Bar. 


Saule. 






Ibiy. 


Fils. 


Beft. 


Maison. 






Indjir. 


Figue. 


Besi. 


Les enfants. 






IiœJIRLI. 


Qui abonde en figues» 


Betbekéin. 


Patriarches. 






Kassabi ou 


Ka.s- 


Bewabè. 


( Diminutif de Bab ) 


petite porte. 


SABDJI. 


Tireur d'or. 


Bir. 


Puits. 






Kèbir. 


Grand. 


BOGHAZ. 


Détroit, défilé. 






Kefer. 


ViUage. 


BOHHAIRÈ. 


I^c. 






Kelab. 


Chiens. 


Boïiî. 


Col; 






Kfjjacé. 


Endroit où Ton fait de la chaux. 


BoCTAN etBF.STAN. Jardin. 






Kfuï. 


Village. 


BURGHOL. 


filé concassé. 






Khalil. 


Ami ( on donne aussi ce nom à 


Dagh. 


Montagne. 








Abraham. ) 


Basghe oa Tach 


. Pierre , rocher. 






Khan. 


Caravanseraï, aubei^e, hôtel'^ 


Devé. 


Chameau. 








lerie. 


DiAR. 

Tv A 


Pays. 






(i) On appelle ainsi nn poste où se tiennent des gens chargés 


Djamâ. 


Mosquée. 






de yeiller k la sûreté des chemins , et qui perçoivent sur les 


Djebkt.. 


Montagne. 






▼oyageurs on 


léger droit de passage. 


n. 










27 



( 206 ) 



Khàmdaq. 


Fossé. 


QanaSé. 


Canal. 


Khenzir» 


Cochon, sangUer. 


Qara, 


Noir. 


KOBRA. 


Grande. 


Qassr. 


Château. 


Mk: 


Eam. 


Qassttal. 


Fontaine. 


Mahhvas. 


Endroit où Ton grille le café. 


QlZIL. 


Ronge, 


9Iakam. 


Station. 


QlZLER. 


Les jeunes filles. 


Marestan. 


Hôpital. 


QONAQ. 


Maison , hAtel. 


Massbanè. 


Savonnerie. 


Quoui. 


Puits. 


MÉDinÊ. 


Ville , cité. 


Ras. 


Tête , cap. 


MÉDRÈCÈ. 


CoUége. 


Sandjaq. 


District , province , Gouverne- 


Mehhkèmè. 


Tribunal. 




ment. 


Mellahha. 


Saline. 


Saqqal. 


Barbe {saqgaldouian^ qui prend 


Melhh. 


Sel. 




la barbe, coupe-gorge, défilé). 


Mebdj. 


Prairie. 


Seqaq. 


Rue 


M£SDJID. 


Mosquée. 


SeraL 


Palais , résidence. 


MfA. 


Eaux. 


Serdar. 


Chef, aga de janbsaires. 


MiKÈ. 


Port. 


SOUAÏQA. 


Petit marché. 


MOQATléA. 


Dbtrict. 


SOUQ. 


Marché. 


MUBALLAT. 


Pavé. 


SSAHHÈ. 


Faubourg, quartier. 


MlTRAREK. 


Béni. 


SSOGHRA. 


Petite. 


MUDHIQ. 


Défilé. 


Ssou. 


Rivière , eau , ruisseau. 


NAHHAÇn?. 


Ouvriers en cuivre. 


SUMMAQ. 


Sumac 


Nahhiè. 


District. 


Tagh. 


Pierre. 


Nahr. 


Fleuve. 


TCH AMOUR. 


Boue. 


lÏAKHIjé. 


Endroit où il y a des palmiers. 


TCHAHOURLI. 


Boueux. 


Medjm. 


Etoile. 


Tekkî*. 


Couvent, établissement religieux. 


Olabi. 


Faiseur de bottes. 


Tku.. 


Monticule. 


OuROUMetRouM. Grecs. 


Têpè. 


Colline , monticule. 


Pachauk. 


Gouvernement militaire. 


Umq. 


Vallée. 


Qadhi. 


Cadi , juge. 


Wadï. 


Vallée, eau, ruisseau. 


Qahwé. 


Café. 


Zarqa. 


Bleue. 


Qaissarié. 


Petit khan. 


Zeheb. 


Or. 


Qala. 


Forteresse , château-fort , cita- 
delle. 


Zoqaq. 


K Seqaq. 



( 207 ) 

» 

LISTE ALPHABETIQUE de tous les noms géographiques contenus 
dans la Carte générale des Paschaliks de Baghdad, Orfa et Hhaleb. 



Nota. — T. signifie Tribu (i); A. Arabe; /. Idolâtre; K. Kurde; T. Turkmènes; 

M. Montagne ; JR. Rivière. 



A. 

Abadès (les) , T. A, ou Abbadé 

Abou-Dheboar, M'. 

Abou-Fayadh , M' , ou Aboa'l- 
Fayadh. 

Abou-Gbalghal , R. (Daradax). 
Abou-Horairé. 

Abou-Riacbes (les), T. A. ou 
Abon-Riacb. 

Abou-Taltalf puits. 
Adji-Ssou , R. , 0011 amère. 
Adwans ( les ) , T. A. 
Afrîn, R. 
Agbdja-Qara. 
Agbjamezik. 

Ain-U-Baidha , -R. , fontaine 
blanche. 

Aindjara. 

Ain-il-Baiit ^,j fontaine du Saule. 

Ain-il Djewza , ou Ain-Eldjaaza) 
fontaine des Gémeaux. 

Aïo-il-Khalil , fontaine de l'ami 
ou d* Abraham. 



(i) Les tribus indiquées ici soat toutes sédentaires et agri- 
coles. 












j-j-«Ji^ 



* ■* 









ij^.j 



I 



Ain-il-Mobareké , fontaine béniem 

Ain-Narous. 

Aintab (Dolîcbe). 

Am-2iarqa, R., ou Ain-iz-2brqa, 
fontaine Bleue. 

Ain-il-Zèhèb, R., ou Ain-Ed^ 
Dèbèb , fontaine d'Or. 

Akhterine. 

Alabhs, M*. 

Ala-Ssoo, R. 

Alep , F. Hbaleb. 

AiezandreUe, F. Skenderoun. 

Almali, R. 

Amanus , F. Beylan. ( M^ du). 

Anas. 

Anazés(les) (a). 

ADcienne voie Romaine près de 
Tel-Akberin. 

Aqrâ ( djebel-il-). 

Arabli-bend. 

Arbain, M^, ou I)jebel'el-Ar- 
bain , montagne des Quarante. 

Antigonie , F. Zegbaîb. 



(a) Horde arabe qui se divise en une infinité de tribus ya- 
gabondes , toutes adonnées au brigandage. 



( ao8 ) 



ÎJUil 






Antioche , F. Anttakié. 
Ânttaldé ( Antioche ). 

Anzélé. 

Anz-il-Romé (i). 

Apamée. ( F. Famia ). 
Arbanousch. 

Arbanitti. 

Arménas. 

Arpaleg ou Arpalek. 

Arsous ou Kaaba. 

Arzan. 

Aschèq. 



iU? ^^i-i^t Aslan-Dasche ou Arslan-Tache , 

la Pierre du Uon. 






Assi (il- ) rOronte , R. 
Attallahy don de Dieu. 
{^^-^J-^ Awscbar-Boudjaq ou Oachar. 

B. 




Baballah. 
Bach-Kenf. 




• • 

lolg^ . Badjerwan. 
Baleqleq, R. 
Balès. 

Bamerianlis ( Jes ) , T. K. 
Banias. 

Baraqs ( les ) , T. K. 
Barazis (les) , T. K. 
Barischa. 









(i) Ruinée d'une ancienne ville grecque où Ton trouve de 
TUtes citernes et beaucoup d^inscriptions. 




Ut 



àJ 



\J*^ 





aJÎ (^I^ Baqras-Qalâci , Tancienne Pa- 

grae. 

^jàiJL> Baschlemoun, M^ 

Bayazid-Bostan-Qâla 

iUt;a> Bedhama. 

» 

iJjL^ Behlonlîé. 

Beît'il-Ma j anden aqueduc. 
Bekserîé. 

BekdeschUs ( les ) , T. K. 
I&^ Belâa , R. 
)o% Belatt. 

^Ay^^ Bellèramoun. 

jjj Belikh , R. 

^âJJ Bennîsch. 

^l»^ Ben-Hani. 

ji.^^, Beni-Ghorairs ( les ) , T. A. 

Bcni-Odjaïls ( les ) , T. A. 

>x^x^Jj Beni-^aids ( les ) , T. A. 

ioli^ Berschaia. 

jiyliMj Besatoun. 

^jSjLi\j>^ Betrekein (Nahr-fl-) ^«iav; des 

deux Patriarches^ rancienGE- 
noporas. 

l)ly Bewabbé. 

^ilj Beylan ( mont du ) ; Djebel *el* 
Leqam ou Qezel-Jagb. 

vJ^ Beylan. 

Afri)j Bezaa. 

v*^»^ Bîredjik. 

S^UmJ Bisnada. 

»/^^l Bohbaîre(il), lac poissonneux. 

\J^. Bolgîs. 

j\dy Bogaz, gorge. 

^j^ ,Bozik. 

JfU^ Boudjaq, M». 



( 209 ) 






O 



^JvtaMtf 






ib 



Ub 






Bouz-il-Kbenzlr, M'. 
Burd-il-Re&as. 

c. 

Cassius , M'. F. Aqra. 
Castram-Merghatum , V. Mar- 

qab. 
Catacombes ou rivière de Mlnet- 

Selouqîé. 

Ceilan. 

Chalybon, V. Hbaleb. 
Chalus; T. Quoaiq. 
Cbalcis, F. Qinnesrbi. 
Charrae, /^.Hharran. 

Cbâteata ruinés en partie , an 
midi de Taibe. 

Ciliza , F. KiUîs. 

Citerne près de Gawonr-Horî. 

Colonnes de Jonas sur le golfe 
d^Âlexandrette. 

Cyrrhus , V. Kboros, 

D. 

Dabèq. 

Dadin. 

Dana. ( Imma )• 

Daïzan , R. 

Daphné, V, Doueïr. 

Daradax , R. , V. Abou-Ghal- 
ghal. 

Darkouch. 

Dav^çar ou Qalat-il-Djabar. 

Delouk. 
Demiregli. 

Devé-Boini , col de Chameau^ 

Derbesac ruiné ( Trapezon ). 



'aJj^^ Dersounié. 



jjj » 3 Dervend , M*. 

yoAXiJ^ Diar-Madbar. 

Djabar (Qalat-il-: , V. Djawçar. 

Jj^ùJ^^WS^ I>i^ri-OgbU-ZiarétL 

^Ji^^or^ DjabhscblL 

Jx>it J^ Djebel-U-Ala , M» (i). 

gy'^IJ^ Djebel-il-Aqrâ , M*, mont Cas- 
sius, montagne Chawe. 

^t^lj^ Djebel-il-Kerad , mont des Cur- 

des, 

Lij-MoJJI J^ Djebel-il-Nossairié , M', m(mi 

des NosscCirîsm 

j,^^^]j^ Djebel-il-Qossair , M*. 

^ÇJ ' J^' Djebel-il-Semmaq , M', mont du 

Sumac. 

k-^ I J^ D jebel-il- Waçat , M». 
IL^ Djebelé (Gabala). 
iy»y^\ t ^^ Djebel - Arsous , M*. 

^w^ J^ Djebel - Mouça , M' , moni de 

Moyse. 

« W«^ J^ Djebel - Semin , M' , mont de 

Siméon* 

^^^lap*^JL J^ Djebel-Scheikh Muhhacen , M*. 

^JJ t J^ D jebel-Scbibh M» (2), 

jyf^ Djeboul. 

^.J^ Djebrin. 

Ojîia. Djeftlig. 

J^jjJU?. Djemaldînlis ( les ) , T. K. 

9^.d^ Djemra. 

lAi Lr?* Djerabolos ( Jerabes )• 

{jri.y - {jrij^ DjerJatein , que l'on doit pro- 
noncer Qariatein (3). 



(i) Habité par les Nossaîris. 

fl) Habité par les Kurdes. 

(3; Cest-à-dire , les deux bourgades : elles sont peuplées 



( 2IO ) 



II 









^t^ 









D)isr-il-Hhadid 9 pont^ le oont 
de Fer, 

Djohaié , M^ 

D jottma ( Gindaros ). 

Djoura. 

Djub'il-Gliaiiem(i), puits d'eau 
satunâtre i h puUs des Moutons, 

Djtillab, R. 

Dodasche. 

DoHche , V, Aintab. 

Dolouk-Baba , M^ 

Doueîr ( Daphné )• 

Ebbin. 

Ebzemo. 

Edesse , F. Reha. 
£1-Beglis ( les ) , T. K. 

Ennesch , M^ 

Emgoli, R. 

Epiphanie , V. Hhama. 

Equeidats (les ) , T. A. 

Esrié, raines d'nne ancienne 
yilie grecque (a). 

Eophrate, /^. Il-FeraU 

Europus, r. Nidjm*iUQalat. 



d'Arabes et de Cbrétieos qui cultivent la terre, louent des 
chevAuz aux voyageurs , et leur vendent le sel qu^ils appor- 
tent de Tadmor. 

(i) Station où les caravanes paient ordinairement au 
scheikh des Ânazés, le droit de transit, nommé khoué» 

(i) Plus généralement connue sous le nom de Beit Kofr 
( séjour de TidoUtne )• 



I 





' It^A 



W^l 






tt 



Eyaleu 

Ewadjel. 

Ezaz. 

F. 

Fahbls ( les) , T. A. 
Famia ( Apaxnée ). 

Feddanler. 

Fendeq j MK 

Fontaine chaude, près de Soknè. 

Forteresse ancienne dans la mon- 
tagne de Sahioun (3). 

G. 





Gabala, ^. Djebelé. 


^bjjl^ 


Gawoor-Daghi (4). 


Jj^jjls» 


Gawour-Hori (S). 


J^ 


Ghafar ( péage ). 




Ghani , M'. 


0^ 


Ghazwan. 




Gindarus, K Djounia. 




Golfe de Skenderoun ou Alexan 




drette. 


ÎV! 


• 

Goutè. 


Jj^ 


Gozli. 


^b ^jT 


GoyKk-Dagh , M» (6), 


Lh*/ 


Guermousch , M^ 


j^j¥ 


Guetschgheran. 



(3) Monument remarquable du règne des Grecs. 

(4) Monugne des infidèles , où Ton voit beaucoup de villa- 
ges Arméniens. 

(5) Restes d*une ancienne ville où Pon voit beaucoup d^ins • 
criptions en langue arménienne. 

(6) Grottes habitées parles Kurdes , sur les bords àe PA&si. 



( 2" ) 



_^U 



l*- 



\ 






••• 



« ••I 

«« 



w- 












H. 

Hhader. 

Hafserdjé. 

HhamnatAn , fontaine chande« 

Hhawar. 

Hhazm- il-sser , ruines. 

Hhazzano. 
Hhabablicé. 

Hhacenanlis (les), T. K. 
Hhadidiins (les) » T. A. 

Hhalabié. 
Hhaïlan. 

Hhalaqa , M^ 

Hhaïlé , R. 

Hliaisché-Bendi. 

Hhaleb ou Alep ; ( Chalybon ou 
Berraea). 

Hhama ( Epiphanie ). 

Hhamzié. 

Hhamzi-Agha* 

Hhaqla, ruines d^une ancienne 
ville grecque. 

Hhérem. 

Hhermez , M^ 

Heya-Bendi. 

Hhiar - Béni - el - Qâqâ ou petit 
Qinnesrin. 

Hhuceinié. 

Hhussn-Mesléméy château ruiné* 
Hierapolis, F. Munbedje. 
Horoun. 

Hhozrlé. 



IjjJ 
••• 




»•' 






f 




I. 

Il- Aman. 

Il-Amourié« 

Il-Assi (Oronte) f Il« 

U-Awassem (i). 

U-Bab. 

U-Bara (a). 

Il-Bescheri » M^ 

Il-Biré ou Biredjek (Birtha). 
U-Dahhek, M«. 

Il-Debbié (3). 
Il-Djehar (4). 
Il-Ddonaihhek, M*, 
lelbaba; 

Il-Emourlé. 

Il-Ewebé (5). 

ll-Ferat, l'Euphrate, FL 

Il-Goutè. 

Il-Houtè (6). 

Ibn-Ali , m. 

Ibrahim-Khalil , W. 

Idleb. 

Ishin. 

Issus, V. Payas. 

Indjirli. 

Ismaélls (les) , T. I. 

Il-Kawm (7). 



(1) Ancien nom du territoire d^Alep. 
(a) Ruines d'une ancienne yille grecque. 

(3) Bésenroir taillé dans le roc, 

(4) Puits d'eau amère. 

(5) Puits d'eau amère. 

(6) Restes d'un ancien cirque* 
(7] Source d'eau minérale. 



«« 



( 212 ) 

1 Kheder. 

l-Khedher(i). 
1-Matkh ( marécage. ). 

l~Meudëiné (a). 

1-Mudjaibëré , M*. 

l-Munschar , M^ 

1-Omman. 

l-Qarê. 

1-Rissafa (3). 
I-Sabkh ( lac de sel }. 

-Schâra, M*. 
Schamié ou désert de Syrie (4)- 

1-Serîé. 
1-Teffahh. 

I-Omquié (5); 
1-Umq (6). 

1-Waschié. 

1-Zawr (7)« 

mma, V, Dana« 

renopolls eu Salamine , F, Sa- 
lemie. 

Issus , V. Payas. 



(i) Puits d'^eau amère. 

(2) Ruines d^cine ancieime TÎlle. 

(3) Ruiné ; les Arabes du bord de TEupbrate j ont une 
teinturerie. 

(4) La partie du désert dans les enyirons de Ttaibe et de 
Qessour-il-Akawain, présente des traces évidentes d^une 
'ancienne population ; on 7 trouve par fois le sol revêtu d^nne 

substance gélatineuse blanchâtre , croûte végétale assez sin- 
gulière que les Arabes emploient dans leurs teintureries. 

(5) Vallée ou Séleucus Nicanor entretenait 5oo éléphans et 
1000 chameaux. 

(6) Plaine où campent ordinairement les Turkmènes. 

(7) Forêt immense , qui s^étend des deux côtés du ilenve , 
depuis Balès jnsqu^à Gherbat, dans une longueur de 80 lieues* 
Les arbres qui y croissent sont le saule et le genièvre sauva* 
ges , le tamaris et le cbénei 






Jerabe , V. Djerabolos. 

•K. 

Kaaba , V. Arsous. 
i^yo Kafrandjé. 

J.W KalfotL 
^jjo Karzin , R. 

j^\j^ Kebir (Nahr-il-> 
Kefer-Nasser. 

Kefer^Beg. 

Keféré. 

Keftin. 

L}S Kelbié,M^ 

31^! jl. Kerad (Djebel- a-). 

Kerkis. 

Khesrig. 

Khalessa. 
Khandjeghaz. 

Khan (8) Qaramoort. 

Khan~il-Sebel. 

Khan-Scheïkboan. 
Khan-el-Açal. 
Khan-Touman. 
Khan-Scheikh* 

Khenasséréy mines. 
Khonaîs. 
C/'jyj^ Khoros ( Cyrrhus ) (9). 



(8} Khan signifie un caravenaeraiL 

(9} Près de cette ville est un ancien cansJ de commanica- 
tion entre Qnouaiq et le Sadjour, creusé tous le règne d<' 
rémir Argboun, aujourd'hui comblé. 



kJ^J 







J>* 






(2l3) 



jjj^ Khorcz. 
jjJ^ Killis ( Ciliza ). 
Koimal. 
jM — >\ * . y Koménekeschs ( les ) , T. K. 



^Ji/ Kopridjé. 



y ^^lH jjf Kor-Pînar. 
J-^ Kumenel. 
^^ Kurdes ( les ). 

L. 



'^mi 



Lac d'ean douce , près de Sou- 
malar. 

Ladqîe ( Moqattea de ). 
iJi^ Ladqié ou Lattaqîé ( Laodicëe ). 

Laodicée, T. Ladqié. 

LatUqié , V. Ladqié. 

y^U) Lcbbadler. 

^\SUt J^ Leqam ( Djebel-el ) , V. Beylan 

(M«du). 






M. 

Maarrat-Messrin. 
Mad)rahan. 

Maghissa , ruines. 
Maled , ruines. 
MamQudja. 
Martahhwan.' 
Mardjé-Khémis. 

Marqab ( Castmm 91 erghatum . 
Mascho&q(i). 
Meârrat-il-Naman. 
^ Mellahha ou Salines. 



(i)Deux TÎeîJles b&tÎBses qai paraisseDl avoir été dee mo- 
II. 






«• A 



j V o.JU. U t liy. 



O 



UJL-JI 



i 










lâal 



A« 







ai 









Ad^jLi Mellouhhâ. 

Merdj-a-Sulttan. 
Merè ou Defterdar. 
Merkès. 

Mewalis (les) , T. A; 

Merzeban , R. 
Merzé. 

Millis (les),T,K. 

Minet-Selouquié ( ancien port de 
Seleucie )• 

Moalligué (a). 
Mouça-BegUs ( les ) , T. K. 

Mogban-Schahr. 

Moqattea (3). 

Mouça ( Djebel- ) , montagne de 
Mdise. 

Mutibedje ( Hiéropolis ). 

Muhhanunédié. 

Morad Pacba ( pont de )• 

Moschmescban. 

Moslemié. 

Myriandms, sur le golfe d^A- 
lezandrette. 

N. 

Nahi^il-Betrekein 9 R. , ( Ana- 
poras^), fleure des deux Pa- 
triarches. 

Mal-Tcbekan. 

NakhUé. 
Naqib-Khan. 

U Nabbié (4) de Beylan. 



^ 






* M 



(q) Source d'^ean minérale cbaude. 

(3) District. 

(4) District. 



28 









'( 2i4 ) 

Nedoniat , source d^eau san- 
mâtre. 

Nèùns ( les ) , T. A. 

Nelreb. 

Kenirond , M^ 

Newaz. 
Nezeb , M*. 

Nicephorium , F. lUqqa. 
Nossairis , T. I. 



o. 






J^w 



Oenoporas , F. Betrekeîn. 
Oqarébé. 
Jiij I Aar^jî Oqdja-Izzînlis ( les ) , T. K. 

Orfa , F. Reha. 
Okbianloiis(les),T.K. 
Oronte , F. Assî , R. 
Ourdi. 

Ouroum-il-Djawza. 

Ouroum-il-Kobra , la grande* 

O^roum-il-Ssogra , la petite. 



^^jj 



I 






c^^-^k 



J *y 



P. 

Paschalik. 

Pagrse , F. Baqras-Qalâci. 

Palmyre, F. Tadmor. 

Paraparé. 

Payas ( Issus ). 

Puits d^eau amère , près de Anz- 
il-Ronté. 

Pyles Syriennes , F. Saqqal- 
Doutau. 



Q 

(j^y^^ Qadmous, M'» 



•• 




l 



i'^n 






ÎJjJt 



u 



i ijH Qalat-il-Mudbiq, château du 
Défilé. 

j^\ Uî Qalat-il-Nedjm ( Europus ). 

jù^\ ÎjJî Qalat-il-Nedjar. 

^US Qanailer. 

Qarabeziqlis (les ) , T. K. 

Qara-Dagb , branche du Tau- 
rus , montagne Noire. 

Qara-Djabar. 

%5cSl|^ «^ Qara-Mirakhor. 

l9jV;S^l^ Qaramourt ( Khan ). 

y^ ij Qara-Ssou , R. , eau noire. 

L^\i i^ Qara-Beyaz, M* , noir ei blanc. 

yji^„y Qàrialeîn , F. Djeriatein. 

ww^ Qassab. 

jJtJ& Qaschmar, M^ 

Ji^j^\j^ Qassr- (i) il-Werdan (a). 

Qassr-il-Dewa (3). 
Qedamecès C les ) , T. I • 

L^L^^^ûJ Qessonr-il-Akhawain (4) , la 

châteaux des deux frères, 

M;^ Qezcl-Dagh ( M« de ) , T. Bey- 
lan ( W du ). 

^0-5*^ 4)^ Qezel-Doridje. 

^jé^ Qinnessrin ruiné ( Chalcis ) , 
Ssawba. 

^^ iuâ9 Qissé-Qoui , puits. 

^M ^^^ Qizler-Qalâci , ruines d^un an- 
cien château , forteresse des 
jeunes files. 

^y Qîzîqs ( les ) , T. K. 



(i) Château. 

(a) Roines «Tun ancien château. 

(3) Voûte immense sculptée dans le roc. 

(4) Châteanx Arabes en partie ruinés , que quelques ^oya- 
geurs ont pris pour les restes d*une ancftenne TÎUe dunt il» 
parlent sous le nom d*Il-Hair. Entre ces deux châteaux, passe 
un ancien aqueduc en partie dégradé , qui semble j porter les 
eaux d^une source minérale appelée U-Kawm; cet aqueduc 
Ta rejoindre enanite d'autres ruines de châteaux plus a^mtdi. 



J^J> 



•• • I .• *• 



( 2i5 

Qîzil-Khan 9 le caranvanserail 
Bauge. 

Qlzîl-Hhissar , le château Rouge. 

Qornet-Zebad , M*. 

Qorqaniâu 

Qossair ( Djebel-il- ). 
Qouaîq , R. , ( Chaliis) (i). 
Qoul eu Tabariz. 

R. 



) 



«>!; 



• M* 

éJÔ 






A9, 



Radjeq. 

Rafiqa. 

Raqqat-il-Wacetl. 

Raqqa ( Nicephorum ). 

jij^\ ^^j Ras-il-Khenzir , cap du Cochtm. 

Rawendan miné. 
Reba ou Oifa ( Edesse )• 
Rebab. 

Reqâ. 
Rbosus. 
« Ribba, 

Ribhanlis ( les ) , T, T. 
Rom^Qalâ ( Zeugma ). 
Ruines d'une ancienne ville, (a). 
Ruines d^une ancienne ville (3), 
Ruines d'un ancien temple (4)* 






^J 



>Lâ> 



s. 



Sad-Nessari. 



(i) D'après rbîstorien Ibn-iUKbattîb , on présume recon- 
outre les traces de Pancien prolongement du Quoaiq , depuis 
IcsiBirécages ou il se jette » jusqu'au lac n-Bohbaire dai|s TO- 

[a] Sur le bord du lac, D Sabab. 

(3] Dans des marais , su» le bord du grand Blac U ohhaire. 

[\) Sur un Ilot , dans le lac Il-Bobbaire. 









V 






- • 



Sadjour I R* 

Salamié ( Salamine ou Irénopo- 
lis> 

Salines , V. Mellabha. 
Ssabiouo , M*. 

Saffoun , M*. 

Saqqal-Dontan (Pyles Syrien- 
nes), ipd prend la barbe^ défilé. 

Ssandalîé. 

Sandjè (Samien-Singas), R. (5) 

Sandjaq- (6) D'Aintab. 

Saqqatiat, raines. 

Sarmeda. 

Sawoodjaq. 

Sawongli-Ssoa , R. 
Sefiré. 

Ssefeiré , M^ 

SseCssafa. 

SsefSn ( plaine de ) (7), 

Seffin* 

Seftoon , M*. 

Seleucie , V. Soueidiè. 

Seleucîe ( ancien port de ) , V^ 
Mînet-Selouqié. 

Seleuco-Belus , F". Scbogr. 

Selifanlous ( les ) , T. K. 

Selkhin. 

Selman. 

SelouL 



(5) On voit sur cette rivière les restes d'un pont composé 
d'one seule arcbe , qui avait , dit-on , plus de aoo pas d'ouv 
vertnre. 

(6) Province , gouvernement. 

(7} Où se donnèrent, dans Tintervalle de i lo jours, 90 com- 
bats entre Parmée d'Ali gendre de Mobhammed et celle de 
Moâwié qui Ipi disputait l'empire du Uudifat , armées fortes 
l'une de goooo bouames , l'autre de lauooo. 11 j pjêritdea ileuj. 
côtés plus de 70000 Musulmans. 










• M 



' (216) 

M 

Mj\^j^^\^ Serai de Murcel-Oghli , chef des 

Turkmènes. 

v^1«^ Seraqèb. 
Z-V^ Serondje, mines. 

Seroudje (i). 
f*^j^ Serbin. 
^^Y^Aj^ Sermin. 

oj^ Serssat , château ruiné. 
Sétscben ( les ) , T. A. 

'1 Skendércvan ' ( Alexandrette )• ' 

Skendéroun ( golfe de ). 
'! Skender>Beg«. 

Skoubin. 

d^U^p 1 sw-i,,., » M r Sthaeib-U-Rissafa , rarin. 



cjjy 



A^ 




^^Jfjt Scbarqibendi. 

sSj^ Schawîs ( les ) , T. A. 
>^ Scheiih-Ainer. 
xf^\ -fT* Scheikh-Bekir. 

jli UA^ Scheikhanlous ( les ) , T. K. 
Scheîk-Bérékat. 



xj^ -^T* Scheîkh-Faradj. 
J^ -^ Scheîkh-Nedjar. 

sm^-^* <T* Scheikh-Youcef, 

Scheizer. 
AJiji* Scherbié. 

^"^jL Scherqanlous ( les ) , T. K. 
^Ui, Scheqqaquîs ( les ) , T. K. 
j^ Schoghr ( Seleuco-Belus )• 
jA^ *w^*i Schoghub*Schahr (2). 
>JU^ Schubeil,Mt. 

Singas , V. Sandjé. 

(1) Territoire habité ptrles Baraïs T, K. , irè8-pui»»«ii«, 
et adonnés aux trayanz de la terre, 
(a) Restes d'une ancienne yiUe. 



4. 



cj!p^ 



Sokfané (3). 
Ssoran. 



âj jjj*.» Soueidie ou Seleucie. 






c)V^j- 



' Il 



* V!* 



Soumattar (4). 

Sourie. 

Ssour. 

Soussian. 

hJS ^UaL» Sulttan - Tdpé , monticule du 

Sullatim 

Syrie (désert de), F. li-Scha- 
miè. 

T. 

Tabariz , F. Qoul, 
J^^ Tadmor ( Paimyre ). 

lîlw* Teâna. 

Tektek , M». 
t^IJi* Tel-(5)Aadâ. 
^j^tjy Tel-Akberin. 
jtjôji* Tel-Aran. 

î)ftt Ji* Tcl-Aza. 
ot JjO jy Tel-Baghdad^ 
J^V J^* Tel-Baschcr. 

î;:::''Ji' Tel-fl-Biré. 

s^Jui* Tédef. . 

jUxfti* Téftenaz. 

/^ Ji* Tel-Gbunaim. 

iUû. Ji* Tel-Hhamlé. 

J-^UJi* Tel-Hhassel. 

^^_j^^ Ji* Tel-Mouça. 

*^ ji* Tel Scheghaib. 



• « 



(S) Toute la partie du désert an nord de Sokhûé est coayeite 
de soude, que les habitans de cette bourgade exportctt à 
Hhaleb , Damas , Hhoms et Hbama. 

(4) Buines d'une ancienne TiUe» 

(5) Monticule. 



(217 ) 















•• * nn* 









»« 



CJ^^^-I* 



Tet-Smnmeo. 
Tcnict-il-Ttaîr. 
Ténouin. 
Teoum. 

Tèreb. 

Terela, 

Territoire de Rabbanié. 

Tcharmelik. 

Tscbamourli , boueux, 

Tcbat. 

Tcbemkanlis (les) , T. K. 

Tchîn-Poulat. 

Tbsîn. 
Toraschan. 
Tourouiis(les)T.K. 
Torounali. 

Tormubendi. 

Tourmantn. 
Trapezon F. Derbesak. 

Tiaibé. 

Ttagbat. 

Turkhan. 

u. 



^t Umq(a)(i). 






(i) Plaine où campent ordinairement les Turkmènes. 



w. 

Wadi-(a) el-Roudje, vaUée. 
Wadi-il-Batnan , vaille. 
Wadi-il-Qandil , vaUée. 

Wadi-il-MaUahha , yaUéede sel. 
Wadî-îl-Mîah , rayin. 
Wahbscbi. 

Jjij Wonldés(les) T.A. 

Y. 

Aap*jU Yaremdjé. 
^jt\j^ YaschoatyMt. 

i Yeogttdje. 



Zeidiès(les) T.A. 

Zéghaib (Ântigonie). 
Zeugma K, Rom-Qala. 

Zooeiq M^ 
Zeytounié. 









4 • 



(3) VaUée. 



(2i8) 



■>».'V»'»/%i>/V*'^^ i ^* ** **^™*^**** *****""'*" *** *"™™^"n^'^f^'>'^'^'^'%^'>^'>^-%-^'^-»-fc^^ i i-fc-%>^^^'X'fc'Vlffc^*fc'^%'^>'%'l > '^'»'fcl 



DESCRIPTION 



DE 



LA VILLE DE HHALEB. 



XJk ville d'Alep, Hhalep et mieux Hhaleb, fut encore appelée 
Berraea, du grec Bspoij (i). C^était le nom d'une ville de Macé- 
doine, que les princes Grecs se plurent à lui donner en commémo- 
ration de leur patrie. Plusieurs auteurs attribuent sa fondation 
à Sélcucus I'', surnommé Nicanor (2) , et Cedrenus ajoute que 
ce prince fit émigrer des Hébreux dans cette ville et dans plusieurs 
autres pour habiter avec les Grecs (3). Cependant , il est certain 
qu'elle existait bien avant lui. Les Syriens rappelaient comme les 
Arabes la nomment encore aujourd'hui Hhaleb. De ce mot , les 
anciens Géographes ont fait Chalybon (XaXvQuy) (4). Quant 
aux écrivains orientaux (5) , ils rattachent Torigine de Hhaleb 
à plusieurs événemens différens , mais ils s'accordent tous sur 
sa haute antiquité. « Suivant Ibn-Schohné ^ cette ville fut fondée 



(i) Bcposx et Bspota, suivant Stra- 
bon (lib. XVI, p. ySi); Béppoix^ suivant 
Ptolémée. Les médailles portent Bs- 
poeaiuv ( Holstenius dans Etienne de 
Byz.) ; les habitans étaient appelés 
quelquefois, par les indigènes, Bioociat 
et Bsposvcnç (Etienne de Byz.;. 

(a) Chron. d'Eus. 

(3) Cedrenus, p. 166. 

(4) Strabon fait mention du terri- 
toire de ceUe ville. Liv. xv, p. 735. 



(5) Hhaleb est la patrie de plu- 
sieurs personnages célèbres chez les 
Ottomans , entre autres d'Ibn-Sched- 
dad, de Ibn-Schohné et dlbn-eU 
Addim, trois historiens estimés qui 
ont donné de cette ville des descrip- 
tions intéressantes et curieuses ( pros- 
pect, de FEncycIopéd. Orient, de M. 
Rousseau }. Cétait aussi la patrie de 
de Basianus, excellent orateur (Étien, 
de Byz.). 



( 219 ) 

par Hkaleb-Ibn-û'-Mehr^ descendant de Hham (Sem), fils de 
Nouhh (Noé) , de la tribu des Amaleka (Âmalëcites) , lequel lui 
a donné son nom. Les Sabëens rappelèrent Babough (i). 

La tradition la plus ordinaire, surtout chez le peuple, rapporte 
Torigine du nom de Hhaleb à une circonstance particulière des 
voyages d* Abraham , qui , dit-on , en allant dans la terre de Gha- 
naan , vint se reposer sur le monticule où est situé aujourd'hui le 
château. Ce prophète descendait, suivant les uns, tous les jours, 
suivant d'autres , le vendredi seulement, pour distribuer le lait de 
ses troupeaux aux pauvres de la contrée. Ceux-ci, afin d'avoir part 
à ses bienfaits • s'empressaient d'accourir au lieu et à l'heure indi- 
qués , se demandant si Abraham avait trait, Ibrahim -hhakb; ce 
dernier mot resta pour désigner l'endroit où se faisait cette dis^ 
tribution. 

Hhaleb est souvent appelée par les auteurs nationaux IlSchah- 
ba (la cendrée ou blanchâtre); dénomination qu'aucune rai- 
son physique ne paraît justifier aux yeux de M. Rousseau , et il 
est porté à la croire une pure altération de celui de Ssauba (2), 
sous lequel l'Ecriture-Sainte en fait mention , et que les Juifs 
modernes lui ont conservé. Son opinion diffère ici de celle de 
plusieurs auteurs et voyageurs : selon eux , la couleur blanchâtre 
des pierres dont ses édifices sont construits, couleur que la beauté 
du climat conserve sans altération; la multitude de ses dômes, 
couverts d'un enduit de ohaux , donne à cette ville un aspect qui 
a pu motiver l'épithète de blanchâtre ou cendrée. « De quelque 
» côté que l'on arrive à Hhaleb, dit M. de Volney (p. 48, vol. II), 
» la foule de sts minarets et de ses dômes blanchâtres flatte l'œil 
» fatigué de l'aspect brun et monotone de la plaine. »> 

Hhaleb resta long-temps au pouvoir des Sabéens, et fut souvent 
un sujet de querelles entre les empereurs grecs et les rois de Perse 



(i) Prospect, de FEiicyc. Orient. (a) Prosp. de TEncyc. OrienU 

de M. Rousseaa. 



( 220 ) ^ 

qui s^en disputèrent la possession. £n 636 ou 637 ^ au septième 
siècle de notre ère , sous le règne d^Héraclius , empereur de 
Constantinople , elle fut enlevée par les Arabes ; et plus tard , 
sous le khalife M othaded , les sultans hhamdaniens y fixèrent 
leur séjour. Au temps de ces princes , en 964 (35i de Phég.),^ 
les Grecs » sous la conduite de Phocas Nicephore (i), le même 
qui devint empereur , reparurent pour tâcher de s^en rendre 
maitres de nouveau , mais le château , que défendait Chabda* 
nas , leur résista , et après leur départ les sultans cherchèrent à 
réparer les dommages qu'avait éprouvés la ville. La dynastie 
hhamdanienne la conserva jusqu'en 998 de J. - G. Depuis , elle 
passa successivement sous la domination des Seldjoukiens ou 
Seldjoucides , des Atabeks, des Fattemites , des Ayoubites, des 
Tatars, qui , sous les ordres de Holakou , vinrent en 658 de l'hé- 
gire (1260 environ) fondre sur elle ^ la prirent d'assaut , et lui firent 
éprouver toutes les horreurs de la guerre. Elle tomba ensuite au 
pouvoir des Mamelucks. En i4oo ou 1^02 (8o3 de l'hég. environ) 
Tamerlan vint de nouveau la ravager de fond en comble, et enfin, 
en 1 517 (922 de l'hég.), les Ottomans , sous le règne de Sélim P"", 
s'en emparèrent ; ils en sont restés possesseurs jusqu'à présent ; 
et plusieurs de leurs princes se sont plu à réparer les désastres 
qu'elle avait soufferts. 

Lorsque les Ottomans se rendirent maîtres d'Hhaleb, ils firent, 
de tout le pays qui l'avoisine^ un paschalik ou gouvernement qu'ils 
divisèrent en sept sandgiaks ou livas (2) : Hhaleb , Adanah, Balis ^ 
Biredjek » Azir, Kéllis et Maarreh ; mais , dans la suite , plusieurs 
de ces districts furent érigés en gouvememens particuliers.» Ada* 
nah devint chef-lieu d'un paschalik; Maarreh et Biredjek. formè- 
rent des provinces indépendantes d'Hhaleb ; et Azir et Kellis fu- 
rent changés en apanage (3). Ainsi le paschalik d'Hhaleb , autres 



(i) Gedrenus, tom.ii,pag.64a-645. (3) Djihan Muma. 

Zonaras, tom. u, pag, 197. (3) Idem, 



^ 



( a21 ) 

fois très-cicndu se trouve aujourd'hui resserre dans des limites 
fort étroites, et ne compte plus sous sa dépendance que 25o à 3oo 
bourgs et villages (i) , dans la plupart desquels la population est 
accablée par la misère et ruinée par les avanies qu'elle éprouve 
de temps en temps. 

Ptolémée (2) fait de Berraea et de Chalybon , deux villes diffé- 
férentes du quatrième climat II place la première dans la Cyr- 
restique, sous le 71* degré de longitude et le 36' de latitude, et 
la seconde dans la Chalybonite, par 71* '/a de longitude et SS"" 
de latitude ; mais D'Anville (3) regarde ces deux nomis comme 
appartenant à la même ville , et Cellarius (4) pense qu'il faut cor- 
riger le texte de Ptolémée , qui met entre Bcrraea et Antioche , 
un degré entier de latitude. Les Arabes donnent à Hhaleb 35"" 
25' de latitude N. et 69'' 3o' de longitude. 

La ville de Hhaleb doit être considérée comme une des cités les 
plus importantes de la Turquie , et comme Tentrepôt-général de 
tout le commerce de la Méditerranée avec l'Asie centrale. 
Alexandrette ou Scanderoun (5) qui donna son nom à un golfe 
encore peu connu aujourd'hui sous le rapport hydrographique et 
géographique, et Lattaqié ou aJ^^U! Ladqié (6) (l'ancienne Lao- 
dicée, sur la côte de Syrie ), en sont, pour ainsi dire, les deux ports. 
L'une en est éloignée tout au plus de 25 lieues; l'autre de 4o à 45 



(i) Prosp. de r£ncyc. Orient. Voy. 
la Carte et la Liste alphabétique des 
noms géographiques. 

(2) Ptolémée, lîv. V, ch. xv , Asiae, 
t. IV. 

(3) D'Anville, Géog. Ane, t. II, 
pag. iSg. 

(4) Cellar., Geog. Ant., t. II, pi. i3o. 

(5) Alexandrette est on simple lia- 
mean sans niurailles ; on y voit peu de 
maisons et beaucoup de tombeaux. 

II. 



C^étaii, avant le passage du cap de 
Bonne - Espérance , le débouché de 
t>utes les marchandises de l'Inde pour 
FËurope. A Tarriréedes bâtimens, on 
expédiait , dit-on, à Hhaleb, des pi- 
geons , qui , six heures après leur dé- 
part , descendaient dans cette ville et 
annonçaient la nouvelle. L'air est très- 
mal-sain à Alexandrette , à cause des 
marais qui Tentonrent. 

(6) Lattaqié , Fancienne Laodicée , 
a un port sur la Méditerranée ; elle 

^9 



( 2H2 ) 

heures on lieues. Les communications entre ces divers points sont 
si difficiles et les routes si peu sftres , à cause des tribus nomades 
dont on redoute le yagabondage et les attaques , que pour faire 
ce trajet Pou est oblige de voyager par caravanes. 

Le sol des environs de Hhaleb est d^une nature crayeuse; la marne 
y domine dans quelques endroits ; souvent incgal , il est par fois 
semé de rochers ; et le tuf se rencontre en général à peu de profon- 
deur ; néanmoins il y a d^excellentes terres , et le pays , riche et 
fertile , serait susceptible de le devenir davantage s'il était égale- 
ment bien cultivé partout. Il produit beaucoup de coton , sésame , 
melons d^eau, concombres j millet, pistaches, abricots, pommes, 
figues, feuilles de mûrier, tabac, olives et légumes» Du côté de 
Killis, habité par les Kurdes, sont des plaines immenses très-ferti- 
les, où rherbe croit et fr'élève à une hauteur considérable. Sur le 
bord deTOronte, versle pont de Fer Djisr^UHhadid ^ et près 
d'Antioche , on voit d'excellens pâturages où les Turkmènes font 
paître leurs nombreux troupeaux. La plaine qui s'étend devant 
Rihba, tfu sud-est de Hhaleb, est couverte de villages, tels que Idleb, 
Bennisch, MearatMessrin,- etc., habités par des paysans cultivateurs. 

Strabon , en parlant du goût des rois de Perse pour le luxe y 
donne une idée de Texcellcnce des vignobles de Hhaleb. « Ces 
î» jirinces, dit-il, faisaient venir de la ville d^Assus en Solide le 
» froment destiné à leur nourriture , et ne faisaient usage que du 
» vin chalyhonien de Syrie , et de Peau du fleuve Eulœus , qui 
» passe pour être la plus Légère (i) ». Le vin de Hhaleb même n^est 
point renommé maintenant ; cependant , il est vrai de dire que l'on 
en boit d'assez bon dans cette ville, mais il est fait avec des raisins 
que les Chrétiens et les Juifs font venir d'Antioche et de Aintab. 

fut fondée par Seleucus Nicanor, sous puUtion actuelle est de 4 ^ 5,ooo âmes, 

le nom de Laodicée, sa mère. On voit ^'^^^ 1^ résidence de plusieurs consuls 

encore quelques débris de son ancienne européens. 

splendeur, particulièrement les restes (i) Strabon, liv. xv, pag. 785 {Voy* 

d un arc de triomphe superbe. Sa po- la traduc. franc.) 



(323) 

Le Qouaiq ou Ghalus des anciens , dont il est fait mention dans 
la retraite des dii mille (i), descend des montagnes d'Aintab , et 
se dirige à travers une vallëe , parfois encaissée , et le plus sou^ 
vent , surtout aux approches de la ville ^ ornée de riantes prome*T 
nades, où les habitans peuvent aller respirer un air pur et frais 
au milieu de jardins et de vergers dans lesquels on cultive les 
plantes et les fruits nécessaires à la consommation. Après avoir 
longé le côté occidental de la ville , le Qouaiq court vecs le midi 
et se perd au-dessous de Qinnesrin , dans un terreili d^une . na* 
ture spongieuse , qui absorbe ses eaux et forme le vaste marais de 
Ghawar ou £1-Matkh. C'est là qu41 disparaît entîèrenient. Cepen- 
dant , suivant Ibn-il-Khattib » ce ruisseau semUerait avoir eu un 
écoulement dans l'Oronte^ et M< Rousseau a marqué sur sa 
Carte (2) les traces pr^umées de ce prolongement jusques d^uns 
le lac d' Apamée , que traverse 1 - Assi ou Oronte (3), 

On conçoit facilement là déperdition des eaux du Qouaiq , 
quand on sait qu'il est tari souvent dans son cours pat le graaid 
nombre de saignées que nécessite la culture des jardins qui le bor* 
dent. Aussi Y se trouve -t- il fréquemment à sec en élé (4)« Afin 



(i) Xénophon. — Le Chalas, dit 
Xénophon dans PEipéditioo de Cy- 
ms > est un fleuve large d^un pkthre 
( xoo pieds ) , et rempli de grands 
poissons qae les Syriens regardent 
comme des Dieux et auzquek on n^o- 
serait faire aucun mal. (Expéd.deCyr., 
liv. I, chap. 4)* 

(3) Voyez la Carte. 

(3) « L^Oronte prend sa source en 
» Cœlesyrie, se cache sous terre, puis 
» se montre de nouveau, traverse le 
» territoire d^Apamëe, arrose celui 
» d'Antioche , et , après avoir coulé 
w près de la ville , se rend à la mer 



» au-dessous de Séleude. Ce fleuve , 

» appelé Oronte de celui qui y cons- 

» tmisit un pont, porta d^abord le 

» nom .de Typhon ; et, selon la fable , 

» c^est en cet endroit qu^arrivèrent 

» les aventures de Typhon et des Ari- 

» mes. On dit que Typhon, frappé de 

» la foudre, s'enfuit cherchant un 

» refuge. Ce dragon sillonna profon- 

» dément la terre dans sa fuite , et fit 

» jaillir la source du fleuve auquel il 

» laissa son nom. » (Strabon, liv. xvi, 
pag. i5o-i5i ; pcy. la traduct. franc.) 

(4) Russel. 



( m4) 

d'éviter cet incoavénientf on ayait établi, sous le règne de rémir 
Arghoun , un canal de communication entre les sources du Sad- 
jour et le Qouaiq. Ce canal , aujourd'hui comblé , est tracé sur la 
carte de M. Rousseau. Du temps de Khourschid-Pacha , pendant 
le séjour de M. Gaussin de Perceval à Hhaleb en 1819, on avait 
eu le projet de le rouvrir , et les travaux avaient même été com* 
mencés lorsque la crainte de l'inondation des jardins de Hhaleb , 
pendant Thiver, et surtout les représentations et l'argent des ha- 
bitans d'Ainlab (i) qui supplièrent le pacha de ne point les priver 
des eaux du Sadjour , firent abandonner cette entreprise. 

La ville de Hhaleb , assise sur sept collines nommées collective- 
ment I)febel^bem''il-Qaqa (2) , dans une vaste plaine , où com- 
mence le désert, s'ai^rçoit d^une assez grande distance. A me- 
sure qu'on approché , le terrein semble plus fertile et mieux cul- 
tivé; au milieu des jardins ou enclos dont nous avons parlé, et 
dont quelques-uns sont plantés en vignes, s'élèvent parfois des 
restes de monumens de l'antiquité et du temps de la domination 
des Arabes, et beaucoup de fabriques modernes terminées en 
dames , parmi lesquelles on distingue , sur un monticule au nord, 
le monastère ou tekkiè de^o^t ^ ScheOîhrobourBekr^ autrefois 
sépulture des pachas , aujourd'hui palais du gouverneur. 

Les jardins situés à l'ouest de la ville (3) sont presque tous ar« 
rosés par les eaux du Qouaiq , que les propriétaires riverains élè-* 
vent au moyen de machines hydrauliques , et qu'ils se distribuent 
avec ordre , pour que chacun puisse en profiter. Voici les noms 
des principaux ; ils sont tous marqués sur le plan de M. Rous^ 
seau: ^jW^t ^U.^ Bestan ilr-Bihham ^ Ut^l^lj^ju^ Bestan 

(i) Il suit de ces représentations dre le Sadjour et non le Qouaiq, 

des habîtans de Aintab , que la po- comme Findique la carte de M. Rousr 

sition de cette rille serait réelle- seau. 

ment plus près du Sadjour que du (2) Prosp. de l'Encyc. OricnU 

Qouaiq , et qu'une partie des sour- ^y^ Voycz le plan, 
ces qui Tenvironnent, iraient join- 



( 225 ) 

IhnMm^Agha , ^^^t ^^Ix-^ Beslan il-Hhedjaùy^ *9^j«JI , <^ f 
Bestiui U-Ouaïdjè^ .li)) jUm^ Besian H-Qabbar, ^^c^ j^^ 
Besian Scheikh-Ttaha , ^v?^' J^ JBestan û-Adjami, L* * 



^»*irt 



du^^l Djunaïnei il - KéUacè ^ j^a^^S jUmu Bestan il^Qaîssarj 
yj^\ jlx«^ Bestan U-Barbar^ \Sj^)^ Kor''Mes$ri,j,^\± Schah- 
bender , jjujjJI^^IIl^ Djunainei U-NassredinnU ^ s^^\ ^\x^^ 
Bestan U-Kelab , ^^Uiîl ..%li»u Bestan û^Keitab; entre ces deux 
derniers est le pont de w'UiJt^^^.iû. Z>/ûr il-Kettab. 

Au nord , mais non indiqués sur le plan , sont les jardins iJL^ 
Bebyiè et ^;>^V^ Bayadin y promenades recherchées des Euro- 
péens. Également au nord de la ville , paimi les jardins voisins du 
village de Bab- Allah , on remarque celui de Redjeb- Pacha 
lib woj j^^ àtaé à Touest du village et à Test d'une grande place 
nommée le Méîdan4l'Akhdarj.^id.'^^\xJi\ (la place verte) , sur 
laquelle se trouve une fontaine adossée au mur du jardin et dont 
les eaux sont fournies par le canal ou aqueduc qui vient de m^ 
Hhaïlany village à deux lieues deHhaleb et dont le nom, suivant 
les Chrétiens' du pays, n'est autre que celui de Timpératrice Hé- 
lène (i). Le trop plein des eaux de cette fontaine s'écoule dans 
le Qouaiq. 

Bien que le Qouaiq baigne , en quelque façon , les murs 
de la ville/on fait cependant peu d^usage de ses eaux comme bois- 
son ; et les habitans préfèrent celles que l'on amène de HhaYlan , 
à travers des canaux , tantôt de niveau avec le sol , tantôt souter- 

< 

rains. Ce canal , ancien aqueduc , ajl::» Qanaïè (2) , reçoit les 
eaux de deux sources (3) situées près du village , les conduit , sur 

(i) Dans la Syrie, et particulière* Voyage aa Levant, dans les années 

ment dans la Terre-Sainte, il n^y a i8i6eti8i7,parAmb.FinninDidotO 

presque pas une seule ruine, un seul _ i-w ^ «t. ^ 

f-.T* "^ , , V, ., (a) Voyez la carte. On attribue éga- 

édifice, quelque moderne qu il soit, \^' x h^ia^. u ^^«.t^^#;n«^^ 

, , «yyi I'- 9.. • lement a neiene la construction de 

dont la pieté de nos religieux n attri- ^ .. 

, / - . » c . Ti^iA cet aqueduc, 
bne la fondation à Sainte -nélene, 

mère de Constantin. ( Voy. Notes d^un (3) Ces eaux viennent d^une source 



( 226 ) 

une ligne parallèle à la rivière , à travers «i)t w^Ij Bob^AlkA et 
les jardins où elles servent quelquefois à Tarrosement , suit une 
colline ^.d^t ii-Kesmè sous laquelle sont creusés plusieurs sou^ 
terrains, et vient ensuite aboutir à toutes les fontaines, à tou& 
les bains et aux principales maisons de la ville qu'il alimente de 
ses e^ux. Ce canal , fort ancien , a été restauré plusieurs fois et 
presqu*entièrement refait en 6i5 de Fhégire (1218 de J.-G. ), 
par Melek ed-IHiaber , fils de Saladin. 

Quoique situé au milieu d'une plaine , le terrein sur lequel sont 
bâtis Hhaleb et ses faubourgs offre cependant des ondulations et 
un grand nombre de petites collines qui s'étendent tout autour 
de cette ville ; plusieurs recouvrent de vastes souterrains et des 
cavernes dont quelques-unes sont occupées par des fabriques de 
cordes , et portent le nom de H-Mughàïr. Au nord est le f ^' Sfi^ 
Djebel il-Adhain , petit monticule qui sépare l'habitation actuelle 
du pacha dti reste de la ville , et où l'on trouve beaucoup de pétri- 
fications et de grand^à masses de roches. Au bord du Qonaiq, est 
lé^l J-o. Djebel il-Nuhr (i) ( monticule de la rivière), sur le 
le plateau duquel les cavaliers vont s'exercer au djerid. Dans 
l'intérieur des murs, sont le ^^ti«iî Oalât-il-Scher^^ entre 
les portes >UJt w^U Bab il-^Maqam et ^jij*^^^ Bob Qùinas-- 
fin; Jif}\ UrAkabé^ entre les portes à:^\ v'I^ Biib U-Djunaïne 
et a/IL) w'U Bab Anttaqiè. Au midi, en se rapprochant de la 
porte de la prison , on arrive au ^^ DjeUoun. Les hauteurs dé 



particulière , on leur aUribue commu- 
nément l'incommodité d'un bouton 
dartrcux qui défigure a&sez souvent les 
habitans. Cette maladie , appelée dans 
le pays, en turc , HhaUb^tchobani (ul- 
cère de Hhaleb ) ou , en arabe , habbet- 
esséné (ulcère d'un an) , attaque pres- 
que toujours , au moins une fob en sa 
vie , et le plus souvent au yisage , celui 



qui fixe sa résidence à Hhaleb, ou dans 
ses environs. C'est une espèce d'abcès 
qui dure à-peu<-prè8 un an, et laisse une 
cicatrice que le temps ne peut effacer. 
(i) Dans le Djikan-Numa, il est dit 
que la ville de Hhaleb possède un hip- 
podrome dans lequel on s'exerce à la 
course du cheval. L'hippodrome était 
près du château. 



•/T 



( 227 ) 

BahhsUa et de «La. Djubaïlè sont d«n$ le nord ; mais la 
principale de toutes ces collines est celle qui , situëe au centre 
de la ville , domine de tous côtés ; c'est là que s'élèvent les restes 
du' château ou citadelle à9^\ iUQalâ^ appelé KaSbar ^ dont la 
construction fut terminée , selon Kiattib-Tchelebi (1)1 auteur du 
Djihan-Numa, em 690.de Thégire (1291 de J.-C.)« £1^ 35i de 
lliégire ( 964 de J.- C. ) , ce château avait déjà résisté aux Grecs ^ 
qui cherchèrent alors » mais en vain , à le reprendre sur les sul- 
tans Hamdaniens qui le leur, avaient enlevé. Chabdamas, qui s'y 
était retiré , les contraignit à en lever le siège (2). C'est probable- 
ment de sa réparation, que l'auteur turc veut parler. On arrive à 
cette citadelle par un pont incliné, soutenu par sept arches, et dé- 
fendu par une double porte , dite ajJU)) w»V ^^ îl-Qalâ , que l'on 
ferme chaque soir , au coucher du soleil. Les piles du pont sont 
appuyées dans un fossé , ^'«N^t ilrkhandaq , aujourd'hui pres- 
qu'entièrement planté d'arbres , et qui entoure cette partie cen- 
trale, fortifiée par un mur semblable à ceux de la ville,. et égale- 
ment flanqué de tours. Au nord et au sud de la citadelle , soQt 
deux redoutes avancées, construites sur le penchant du monticule 
qu'elle couronne , et dans l'intérieur , quelques mauvais canons. 
Une garnison considérable est chargée 4e veiller à sa sûreté , et 
les soldats , avec leur famille , se partagent entr'eux les maisons 
qu'elle renferme et qui forment un quartier séparé , sous le nom 
de UrQalâ: c'est encore dans cette citadelle que sont détenus les 
prisonniers d'état. On y voit une vaste et profonde citerne , 
r^^UI ilrSsatUnuxi^ un lieu de dévotion^ Station de Saint-Geor- 
ges (3) , qui n'est point tracé sur le plan , et sur le sommet de la 
hauteur, une mosquée ^iJifiJI^U Djamé il-Qalâ ^ dans laquelle 
on montre encore la place où Abraham s'asseyait , dit-on ^ pour 
traire ses brebis. 



(1) Djîhan-Nama. (3) Djihan-Moma. 

(a) Fb/. Cedrenus , Zonaras. * 



( m8 ) 

En dehors du fosse , près du pont , sont : la salpëtrière iA%i\ 
ii-meUakha, et la poudrière , Aiûj^jyl baroud-khanè.^ 

Le pacha ne rëside point dans la citadelle. D habitait autrefois 
un palais ou serai dont la vaste étendue et la magnificence at- 
tiraient Fattention ; ce palais est détruit aujourd'hui : on en voit 
encore remplacement au pied de la citadelle, dans le quartier 
il-Médinè (la cité). A peu de distance au nord , est la maison de 
Tagha des janissaires jl,>^ljjl;î qonaq iUserdary et plus loin , le 
s^sl>^ ^^^ klian qortbeg, caserne des troupes Albanaises au 
service du pacha. Les janissaires , qui , à proprement parler , ne 
sont pas attachés au service du pacha , forment la milice du pays ; 
ils sont distribués dans cinq faubourgs , comme pour défendre 
Taccès de la ville, et arrêter les incursions des tribus nomades 
du désert. Les faubourgs qui leur sont affectés sont : au nord-est, 
^^ Banqouça , où se trouve le Qahhwet il-Agha , grand café 
dans lequel s'assemblent ordinairement les janissaires ; ^y Qpr^ 
leqy qui conduit à la plaine du même nom ; à Test, ^jyi\ ^-^^ ^j^ 
Hharet Bab il-Neïreb, .jXUI wU î,U Hharet Bab il-Melek; 
^Uft3ts^lj îjU. Hharet Bab U-^Maqurn est au midi, sur l'empla- 
cement des fossés et au sortir de la porte Bah il'Maqam. C'est 
près de ce quartier, au-dehors de la ville également, et dans les 
fossés, à la porte ^,^^^ w^b Bah-Qinnassrm^cpLdi été construite 
la prison publique , ^r^l il-Hhabs. 

Le qadhi , dont la charge était , suivant Kiattib-Tchelebi , de 
cinq cens aspres , est nommé par le qnàhi-l-esker d' Anatolie ; il 
réunit entre ses mains tout le pouvoir judiciaire ; son premier 
tribunal , dit Mehhkemet il-Kebirè ( le grand tribunal , palais de 
justice) , est dans l'intérieur de la ville , au quartier àXi}^ Houaïnè^ 
près d'une petite mosquée appelée Ucs^l «^W Djamé il-Mekh- 
Ar^m^/ ( chapelle du qadhi). Il prononce en dernier ressort sur les 
affaires civiles. De lui relèvent encore quatre ou cinq autres tribu- 
naux, et outre cette salle dans laquelle il donne audience, il en existe 
une seconde où son ficaire juge quelquefois les affaires conten- 



^ 



( 229 ) 

lieuses; ce lieu , appelé ^LJi a^Cs^ Mehhkemei il-Ssabbaghin , 
est plus rapproché de la citadelle. 

' Les receveurs des impositions , s^^\jx^ mohaceb^ envoyés de 
Constantinople par la Sublime Porte (i), ont leur habitation dans 
le quartier ysJJ jlJI U-Medinè , où réside la plus grande partie des 
autorités ; cette demeure porte le nom de ..%^UU) Ifj^ Qaissa^ 
riet U-SsaUamyiè. G^est encore dans le même quartier qu^est éta- 
blie la douane %iJ^^\ ^\à khan û-Gumruk , au-dessus de laquelle 
est la maison du consul d'Angleterre. L'hôtel du consulat de 
France, appelé jUs^t jU. khan U-Hhahal, est à peu de distance 
et plus rapproché de la grande mosquée. 

. D'apr^ DcTczin (2}, Hhaleb aurait eu jusqu'à 600,000 habitans, 
dont ia,ooo schérifs et i3;OOo janissaires (en y comprenant les 
femmes et les enfans, le nombre de ceux-ci s'élèverait à 4^,000) . Se- 
lon G. Brown (3), cette ville comptait en 1 797 , 280,000 habitans en- 
viron ; dont 12,000 Grecs, 6,000 Arméniens, 4*000 Syriens, 4*^0 
Maronites, 5,ooo Juifs, auxquels il faut ajouter 9,000 janissaires 
(total, avec fenmies et enfans, 44y^<^o) ^^ ' 20,000 Turcs pour les ba- 
zars et les khans. Le Dictionnaire de Géographie universelle éva- 
lue la population, avant la catastrophe qui détruisit Hhaleb en 1 822 , 
et qui ensevelit sous ses ruines plusieurs milliers d'individus, à 
23o,ooo habitans dont 3o,ooo chrétiens et 5,ooo juifs; le reste 
musulmans ; mais M. Rousseau , dans son prospectus de l'Ency- 
clopédie orientale, la réduit à i5o,ooo individus, (4) formant. 



( i) L^qulvalent de ceUe expression ( rirt rai; :^vj9acc ) da palais , s'est maiii^ 

se retrouve dans Xénophon et loi sert à tenu ; ks grands se rendaient tons les 

indiquer le palais da roi de Perse. Les jours aoi portes («ttc toc Oupa^) ( Hist. 

enfans des Perses qui tenaient le pre- de Cyr., liv. viix , chap. i*0* 
mier rang dans Télat , recevaient leur f^\ Yz^^tu 

éducation aux portes du palais du roi 

(cv rat; 6x9t).s&>ff9voaeç\ (£xp. deCyr., ^ ' 

liv, I , diap. 9 )« Cet usage , dit Xéno- (4) C'est aussi Popinion de M. Caus- 

phon , d'élever les enfans aux porUs sin de Perceval. 

U. 3o 



( a3o ) 

dit-il, un mâange de toutes les sectesde la Turquie. lues muau)^ 
mans y sont divises en deux classes ou <plutàt fa€itioii9« ; celle des 
janissaires, iF^/i/f^cftam, ei-celle des ^ntA^in^ (>i), émirs lou des- 
cendans du prophète , partis irréconciliables^ dont la turiiulcACe 
et les prétentions ont souvent troublé là tranquillité loode. Les 
premiers ont commandé en mattres^ absolus pendant plnsieun» 
années et maintenu les seconds dans Tavilissemeiit et la misè^ 
re (2). 

Hhaleb,^ renfermée dans Tenceinte de ses murs , a plus d'une 
lieue de circuit : en y ajoutant les faubourgs, la circonférence est 
de deux lieues et demie. Olivier lui donne six milles ; Russel sept* 
M, Caussin pense qu'on peut la réduire à cinq. On y comple,sui- 
vaijit la Géographie turque (3), 74 quartiers (4) ou faubourgs avec 
i4sOpo maisons (5). Ces quartiers ou faubourgs ont chacun leur 
nojn, et sont habités par des populations différentes qui ne sau- 
raient aller s'établir , sans beaucoup de peine, dans des lieux -autres 
que ceux qui sont réservés à leur nation. Les rues sont pavées et 
plus propres que dans la plupart des villes de Turquie; un «grand 
nombre ont dçs trottoirs. On y voit plusieurs belles places , des 
marchés, des bazars, des khans et autres édifices , dont la solidîté 
et Tarchitecture fixent l'attention. Les maisons , géûéralement^er^ 
minées par une terrasse , sont toutes bâties en pierres , ce qui a 
rendu encoiire plus désastreux le tremblement de terre de 1822-. 



(i) Ils ont pour chef le Nakib-d-- 

(a) Prosp. de rEficydep. Orient» Il 
y a environ 10 ans qae le pacha Djalal- 
EddînTcbapanrOgloa a déUnitàHhft- 
\A la pniflfance des jai^UsaifeSf en 
faisant décapiter les principaux chefs 
et dispersant le reste. 

(3) Djihan-Nmna. 

(4) La carte de M, Rousseau ne 



nous en désigne que soixante-huit(f^o^, 
la carte et Tindication des renvois ) ; 
mais d^ns son Prosp. de TEncycOr., 
le même auteur dit que Hbaleb ren^ 
ferme dix grands faubourgs et soixan- 
te quartiers (Fo/. Prosp. de rEnc.Or.) 
Russel en indique quelques-uns s^- 
lemc^t ( Y. Russel , plan de Niebuhr). 

(5) Quelques personnes font mon<- 
ter le nombre des maisonsl 4^^ooo. 



(23l ) 

La ville intérieure est partagée , sûr le'plisin de M. Bouâseau, 
en Tingt-<inq quattiérs appelés , en arabe , ijU. hharet ou ackln* 
ssahhé. On y pénétrait, suivant tes uns, par neuf <portes> suivant 
d^autres, par dix (i). Un mur'(2) en pierres, protégé, die dis* 
tance en distance >^ar dés tôùrs aiijourd^iuien nline, réunissait 
toutes ces portes ; et Un large fossé , {I4diandiaq , que Tdn remr 
plissait d^eau , mais actuellement en partie comblé let planté 'd^ar- 
bres pour la promenade , en défendait l^ccès. A peine apper- 
çoit-on encore qudq[iiestratres de ce^ossé près de Bab-Qinnassrin. 
Des neuf portes qui existent encore , trois s^ont à Touest, deux au 
sud y deux à Test et deux au nord. IVesque toutes conduisent à un 
¥iUage-Ga ciidroit donteU» empruntent le nom. 

Portes de la viUe. 

j^]k^\j Babil-Nûssr (la porte de la Victoire), ai[q)eléè par 
les Européens de Saint-Georges , parce que , près d^^Ue, est une 
des stations consacrées à ce saint; il y brale cbntblàeHement une 
lampe et c'est un Uéu de dévotion pour to^s les liabitaùs. Elle 
était désigciée primitivement sous le nom de porte des Juifs ; mais 
lorsque Melek ed-Daher, fils de Saladin, )a reconstruisit, il en fit 
un arc de triomphe en i^oniaeur ûq là Victoire. 

^^) wl> JBab iUFaradjj située à Touest, a peu dHmportance 
par sa construction. Au-dehors est une pierre qui, dit-<Kti, recou- 
vre la tombe d'un prophète pour lequel les Mahométans , les 
Chrétiens et les Juifs ont la plus grande vénération ; presque tous 
vont la visiter et la plupart y déposent des ex voto. 

(I) M. Rousseau, dans son Prosp. ç^^ Darvieux attribue la construc- 

de PEncyc Orient, , ne fait mention ^j^^ ^^ ^^ ^^^ ^„ ^^^^j^^ ^^3 ^^^^ 

que de sept, HÉais Éon p\ûn ea marque r:iÛon8, aux MiAbeloittS^ «ans le temps 
neuf. Dameux en a connu dix; la où Hhaleb eut à souffrir des irruptions 
dixième, dit-il, a été murée lorsque desTatars. 
j'allai m^établir dans cette ville. Voy. 
aussi le Dict de Bauârandn 



( a3a ) 
V,'.-J i t^b Bob û-Djunamé. On doit sa construction à Melek ed- 

»• • • • ^ 

Daher. Elle fut ensuite bouchée, et puis ouyerte de nouveau sous 
le règne de son petit-fils , Melek el - Nassr. Elle reçut d'abord le 
nom de Bob Pharadis; ensuite celui de JSab eUAbara; aujourd'hui 
les Hhalebins l'appellent BabUrDjunainéon Bab U-Djénin (porte 
des jardins), et les Européens Porte sombre , à cause de l'obscu- 
ritë du passage. 

jJlLtwb Bab Antiaqie. On sort par cette porte pour se 
rendre à Antioche. Devant est un petit pont sur lequel on passe 
le Qouaiq. Elle fut détruite en 962, puis relevée; enfin, sous 
Melek él-Nassr , elle fut de nouveau détruite et relevée (i). 

ij>j^ wV) Bab Qmnassrin , actuellement en ruine , prend son 
nom d'un village au midi de Hhaleb , sur le bord du Qouaiq , et 
b&ti sur l'emplacement même de l'ancienne Ghalcis ; elle est aussi 
appellée Porte de la Prison , à cause du voisinage de cet édifice. 
Sa construction primitive remonte au dixième siècle ; on l'attri* 
bue à Seifed-Dauleh ben Hamdan. En 1244 9 ^l^e fut reconstruite 
par Melek el-Niassr, arrière petit-fils de Saladin. 

>lAJrwV> Bab il-Mcufam , apfielée aussi Porte de Damas. On 
y lisait deux inscriptions avec le nom de Beroë. Cette porte , 
commencée par le fils de Salàdin , fîit terminée par son petit«-fils 
Melek el-Âzir, comme elle conduit an JUcufam^ ou station 
d'Abraham , elle en prend le nom. 

s^j^\ i^li Bab il-Neïreb ou Neïram , à l'orient , a pris le nom 
d'un village auquel elle conduit 

^VTw^I; Bab Hr-Ahhmar ( Porte-Rouge ) , est à peu de dis- 
tance de la précédente. 

Vient ensuite jjjis^tw^lj BcA il-Hhadid (Porte de Fer), ou 
Bab Banqouça , qui conduit au faubourg du même nom. 

i) En ia44* 



( a33 ) 
Quartiers de Vintérieur. 

uJiii]t U'Qalâj la citadelle, dont nous avons déjà parlé , est 
au centre. 

4bjjt U'Medmé^ c'est-à-dire la Cité, occupe par les Euro- 
péens (i) et par les Musulmans i renferme une grande quantité 
de mosquées , entre autres celle que Ton peut regarder comme 
une espèce de cathédrale. Il a beaucoup de khans et d'édi- 
fices publics ; les premières autorités y résident , et Ton y voit 
quelques belles maisons de particuliers , sous le nom de jfUj qo- 
naq : celles-ci appartiennent aux ayans ou notables. Les Chré- 
tiens Européens y ont aussi des couvens et des églises. Ce quar- 
tier et celui de la citadelle sont les deux plus importans de Hhaleb : 
les autres renferment peu de monumens qui méritent l'attention , 
excepté des mosquées , des lieux de dévotion , quelques qonaqs et 
séraïs (2) ou palais presque ruinés. 

Dans le C^\ U^Zubaînè existait un ancien serai qui a changé 
de destination , et où sont établies maintenant des fabriques. 

aXjmis; Bahhsita , situé entre la porte Saint-Georges et Bab el- 
Faradj , est entièrement habité par les Juifs , qui y ont construit 
une grande quantité de maisons pour la plupart appuiées sur les 
restes des murs de la ville ; ils y ont aussi une synagogue dite 
3^) L/r^ ^^^ U-Yahaud , que l'on croit avoir été une ancienne 
église ; un café principal qui prend le nom du quartier, ^z^,^^ i^ 
QahlwetrBahhsiia, et un bain dit :^ ) A^ Hhammam ilrYahoud. 

Dans le JjuJI w^ PJ^ ilrSedellè , est un puits extrêmement 
profond qui passe pour enchanté. Dans le s^ l^t il-Feraferè soBt 
les casernes des Albanais du pacha ; et dans le iljUa. Djeabenè^ 
les rentes du Seraïet-OsmanrPacha ( ancien seraï ). 

(i) Ceui-ci sont en générai domi- (a) Il y a cinq sérAïs on palais dans 

oliés dans les khans , espèce d^hAlel- la vîile d'Hhaleb ; presque tons sont 

leries regardées comme des asiles in- minés. Trois sont désignés dansleplan, 
violabies. Vay. Prosp. de TEncyc. Or. 



( 234 ) 

Il suffira dHndiquer les «noms d€S antres : 

^viîîa^W'lp fVara Djamé il- Kebir ^ èhya Souaïqa^ i^\x^ 
Hamdaniè, à:^\^ Houaïnè^ A^ Djubailè^ sur une hauteur près 
des murs de la ville , entre la porte de Fer et celle de Saint- 
Georges; a^Ij Bayadha^ l^Sxj^ Musiedamiè^ ^^ iX^ Stharet 
U'Melhhf j^^' îj^ Hharet U-Bestan, A^iUt u^SsaîahMè, .aJjJI 
ilr-Aqahè , sur un monticule du même nom , entre les portes Bab- 
Djunainè et Bab-Âiittaqiè ; ^a^\ il-Djelloun^ sur la colline de ce 
nom ;.AjJlA)t vJUs^ TahhttU^Qala^ près d^une petite élévation, à Pest 
de la forteresse j aXJI il-Suffiè , ^^! US (^lai U-Schérif^ sur 
une hauteur, au sud , entre les portes de Qinnassrin et il-Ma* 
qam ;. i^.lsX^ SsaJihet Bezzèy 4^^) il-Qassilè^ et Jb^^jJt nf- 
Dédeïlè^ k T ouest duquel est un cimetière chrétien qui occupe 
une très-grande surface. 

Faubourgs. 

Les faubourgs situés au-»dehors des tnurs iDût beaucoup plus 
d 'étendue que les quartiers de l'intérieur ; on y trouve également 
plusieurs monumens et établissemens ; la population y est divisée 
aussi par nations. Cinq sont habités par les Chrétiens , et 
dans Tun d^eux; jy?^j{^ ij^ Hharet AbouAdjour^ est xm vaste 
enclos ,^^1 ^y^ Hhawsch il-Kébir^ réservé à un gr^md nombre 
de familles pauvres. Cinq sont occupés par les janissaires. Un au^ 
tre, appelé ^.iXlJt wU î^U Hharet Bab U^Melek^ près la porte 
du même nom , renferme , dans un endroit particulier , .^JUaiJ ) 
il-Aqiliè , les huttes des Arabes. Â Test , entre les portes dites 
Bab U-Neïreb et Bab il-Ahhmar , est un très-grand emplace- 
ment aujourd'hui en friche ; jadis couvert d'habitations que les 
incendies ont consumées. C'est là que se trouvent la boucherie , 
j)^\ il-maslakhy et de vastes enclos où Ton fait parquer les bes- 
tiaux. Les faubourgs situés de ce côté sont en général peuples de 
Turcomans , de Kurdes et d'Arabes , qui tous se livrent à Fagri- 
culture. Au- dehors sont les tentes et les cabanies des O^^ Qor" 



( 235 ) 

6a<s,espècfi de BoMmiens que l'on rencontre souvent autour des 
▼ille» turques. Les autres faubourgs sont habité» par 4es Musul- 
mans $• Toici leurs t noms et ceux des portes qui les ferment. Ces 
partes,) au nombre de vingt-six^ diaprés Jq plan de M. Rousseau , 
sont-appelées besçabbè (petite porte),, par opposition au mot 
bob qiù désigne les . portes de Tenceinte de la Tille , et dont le 
preniez n.- est qu!un diminutif. 

INoms \des faubourgs^ 



jyiîjU Hhùreta-Zebbal, ^s^^^^.HhatBt Cissà, eUS^U 
Wàtret jâbdk , çj^^t». S^U. Hharet Hossrumç ces quatre faubourgs 
sont compris sous la dénomination générale de iUTçfamayat; ./wU ( 
U-Ssalibè, jy?^y\ îjla. Hharet Abùu-^AdJaur, 9j\ys^\ U-Mhiizzazè ^ 
mJLMiJ\ ij\A Hharet U-Schascha, tXf^^Ul-DJudaidè; ces cinq fau- 
bourgs sont habités par les Chrétiens de toutes les sectes ; c^est 
dansledemier^qife les Européens vont chercher le vin et la viande 
nécessaires à leur cousonmiation ; laLoJt ^]jL, Seqcuj U-Mubaïïait^ 
^t^l 5jU Hharet UKerad, >wjAdt ilTednU\ J\]^V ^^ Seqmj 
U-Berram^ ^j^ Jiwi QassttiU -- Hharamé^ {j^y^j^ Schar-^ 

j^t\A\%j\s^i Hhtaret ii'Aschour^,^\J\ Abnadji, j^\. Aghior, 
b^lwt^* Turah U^Ghoraba, J^J^^j^ Hharet il-Bisch ^ î.U 
'^^ ^ Hharet Scheikh Yapragh, ^Jâ) jjliL. Seqaq H-Ttaonl; ce 
faubourg , situé au-dessous de la^oUine sur laquelle est élevé celui 
de Scheîkh'Yapragh ^ a été , ainsi que ce dernier , ppesqu'entiè^ 
meilt détruit pendant le^siége dé 1819; >JL^) UrMvrsaHè^ ^^^, 
Btsmqùuça , ^)y Qa^^ ! ces deus; derniers attendent , au nord, 
jusqii^à la plaine de Qarleq ^ et sont occupés par des yenytscharis 
ou janissaires ; Banqouça offre ménae un très-grand développe- 
ment ; c^était ie point où se réunissaient autrefois lesmécontens 
et se formaient les révo l te s ; on y voit le marché aux* farines , 
^^AflB^t jU Khan iUltakhm^ et 4es khanaJourua^é tdute<sprte 



( 236 ) 

de marchandises; .^Jb^Jt il-Mutaliè , y^^Ut U^Ssalehkiè , ^é^jLi\ 
U'Baqradjh >J>UJI ilr'Muschattiè,Jy:3 Tatarler, njX>;J Qaramr' 
heq, jU;3 5.W Hharet Qaraman^ ^j^VTwv»^ Djub U-Ahhmedi^ 
w»^! wV t^ Hharet Bah U-Neïreb, siCUt w^i S^U ff^oiv^ 
£a6 ûrMelekj tous deux habités par les janissaires ; ^Uii)) H-Qa- 
nanir , ^W-^l il-Sakhnè , ^ISJ! ^^U 5.W Hharet Bab il-Maqam , 
habité par des janissaires, ^^1 U-Kellùcèy est placé aa milieu des 
jardins, sur le bord du Qouaiq, à Tun des angles méridionaux de 
la ville dont il ne se trouve séparé que par un très-petit espace ; il 
prend son nom de la grande quantité de fours à chaux qui y sont 
établis; ^XLj\ il''Musc?uiréqè^ à Fôuest du Qonaiq et peuplé 
par les Turcs de la dernière classe , communique avec Hhaleb 
par un pont. Il possédait autrefois une verrerie qui tirait du vil- 
lage de Armènaz le sal>le nécessaire k sa fabrication. 

» 

Noms des portes des faubourgs. 

s^^,^\h\j} Be(vabbetU-Qassab^jJoj&'L\y Bevoahbet Arabhir ^ 
^^sjt^yr* ^bî BewahbetSchrwerdi, J»^! î^t^ Bewahbet U-Mw^et- 
ta , >jj^ v!^* ^!^ Bewabbet Yaqoub Beg y Js^t l^t^j Bewabbet il^ 
Khall, ^iWiijI^ Bea>abbetil^jillaf,J^x^L\y^ Bea>abbet Seïd 
AU , «jj^liJt l^y Beçpobbet il-Sçhaboura , ^1;^. J.L^ L!^ Becpob-- 
bet Qasstal Hharand ^jy^MA^ Becoahbet Aghior , ^j^i^lAy^ 
Beçpobbet Scheikh Yapragh , ^^ u^ iLt^ Bewabbet ScheAh 
Arabij Jy^ILt^j Beopabbet il^Bassal^ ^\ys)\lAy Bewàbbet iV*- 
HhazaUè, jly"*^!^ Bewabbet Qarleq , s^)K}\h]j} Bewabbet i/- 
Kelab,JLJ\ ^IS ï^iy^ Bewablet QadUiUAsker, ^iXUt wli Bab 
il-- Melek , ù\a. Ltj» Betvabbet B£miana , .^^t l)\j> Bewabbet il- 
PVaitiè, fj^j:fjiù\ Ijty Bewabbet U-Ferdecps^ jAàJS "iAy BecoabbH il- 
MughaSÈTjjyJ) îi\y Becvabbet USour, ^^tj li I;)^ Bewabbet Qnb- 
bet-fP"! et-amoud , y^\ ijly Bewabbetd^Nahr. 



( a37 ) 
Bains , cafés y fontaines , etc. 

Les bains (i), les fontaines et les cafës sont des «tablissemens 
fie première nécessite pour les Musulmans : aussi le nombre en 
est-il fort grand dans Hhaleb comme dans toutes les autres villes 
de rOrient ; et cbacun d^eux prend souvent le nom soit du quar* 
tier où il se trouve , soit de Fendroit le plus remarquable près du^ 
quel il est situé (2). Avec Tesquisse que présente M. Rousseau , on 
pourra ajouter beaucoup de renseignemens aux notions données, 
ou plutôt faire^ sous ce rapport , un travail plus complet. Les fon^ 
taines, puits, citemeÉ^ étangs et canaux sont également nom* 
breux ; mais nous n^en connaissons que trè^peu. On compte, dît- 
on , plus de deux cents fontaines , et le plan de M. Rousseau ne 
nous en indique que quatre : jUJUI JJmS Qassttal il^Sulttanj 
jJLj JJmâ Qassttal Beschir, ^^\^\ J \\^% Qassttahel'Hharami^ 
v^^ Jii<<â» Qassttal AU Beg^ Les citernes ou réservoirs souter- 
rains , ffjJic^ sahridjy doivent aussi être considérables, à cause de 
la difficulté de se pourvoir d^eau pendant Tété. I^ous avons parlé 
plus haut de Faqucduc aji^IS Qanaïè^àe la citerne 9pl>Ui ilSsat^ 
toura dans la citadelle, du puits ù^Ji\ w^ Djub USedeUè dans 
le quartier auquel il donne son nom. Outre ces fontaines et con- 
duits, il y a encore, au nord-est des faubourgs , un grand étang qui 
sert d^abreuvoir aux bestiaux , et qu'on nomme j^j^^S U-Bjornè. Il 
ne sera pas non plus hors de propos de mentionner ici le canaf 
souterrain qui ramasse toutes les immondices de la ville, et 
se voit , au-dehors des murs , à P ouest , dans un endroit où il est 
à ciel ouvert, et que Pon nomme wlJifi)t U-Qolaà. 



(i) Le nombre des bains est de cin- uns des bains, À^ hhammamy et des 
quante. ro/.Prosp. deTEncyc Or. ^^^ J^ ^aluvei. 

(2) On a tracé sur le plan quelques- 

II. 3i 



( 238) 
Mosquées et JÉgUses. 

On sait combien les Musulmans sont tolérans pour Tcxerdce 
extérieur des autres religions que la leur, quoiqu'ils accablent 
souvent du plus grand mépris ceux qui les professent; et Ton 
est étonné de ce contraste frappant, lorsqu'on voit le nombre des^ 
temples chrétiens et juifs répandus dans toutes les cités de leur 
empire. Les Chrétiens ont à Hhaleb deux patriarches , Tun Grec, 
l'autre Arménien, et deux évéques, le premier Jacobite , le second 
Maronite; ils possèdent au moins neuf églises dont nous connais- 
sons remplacement. Les Catholiques et les^hismatiques, soit Ma- 
ronites, soit Grecs, soit Syriens ou Arméniens, en ont cinq; toutes 
dans le même faubourg , au nord-ouest de la yitte. Les Européens 
en comptent quatre , chacune avec son couvent, savoir : l'église et le 
couvent des Carmes, dans le >jt^^! %U- Khan il-Gumruk; l'église 
et le couvent des religieux Franciscains de la Terre Mainte , dans 
le '.Aj t Xl £jHm û^Schibèni; l'église et le couvent des Capu- 
cins^ dans le .^^.;^^l jU. Khaa il-Qcissabiè ou Abrak; et enfin 
l'église et le couvent des Lazaristes, dans le /J^UJt jU. Khan 
HrMenadèquè. Depuis 1807, il y a eu quelques réformes dans ces 
couvens; mais elles ne tiennent nullement à l'influence musulmane. 
Les Chrétiens , aussi bien que les Turcs et les Juifs , fréquentent 
plusieurs lieux de dévotion qu'on appelle stations , pour lesquels 
ils partagent le même respect : ces lieux sont , les deux stations 
d'Abraham , l'une dans le château, l'autre dans la ville; 
les deux stations de Saint-Georges y l'une est aussi dans le châ- 
teau , l'autre à la porte de ce nom. En outre, on assure qu'il en 
existe encore deux autres, savoir : à la porte ^^Iw^U Bab 
û'Faradj (i) ou Bab U-Yahoudj et au bord d'un bassin du col- 
lège de Hhaleçvi (2)^ En cet endroit est, dit-on, une pierre creusée 

(i) Djîhan-iNumaL. (2) Fdem. 



( 239 ) 

* 

* tn forme de berceau , et Ton ajoute que les Fraacs lui perlent 
une si grande Tenération , qu^ils ont cherché plusieurs fois à Ta- 
cheter ; mais on n^a jamais voulu la leur livrer , même à prix 
d^argent .• 

Quant aux mosquées, lieux de dévotion , oratoires , séminaires 
ou couvens, tekkiè^ collèges » bibliothèques, hôpitaux musulmans, 
ils sont en grand nombre ; on compte phis de cent mosquées 
de première classe , dites j^^U. djamé , et plus de cinquante ora- 
toires. M. Rousseau nous fait connaître vingt-sept de ces lieux. 
La première et la principale de toutes les mosquées est b^ &<• W 
Djamé Zàharié; c^est la plus révérée des Turcs ; et quoiqu'elle soit 
tout près du quartier des Européens , Papproche leur en est inter- 
dite. Nous avons parlé de jjJIa)) «>W Djamé iUQala que renferme 
la citadelle. Les autres, dont les noms suivent, sont moins impor- 
tantes: iJjjJI A>»la^ Djamé U-AdBè ^ ainsi appelée du nom de celui 
qui la fit bâtir ; .^yçi\^\^ Djam,é UrBehramiè^ construite par 
le pacha Befuvm; ^^j^\^\i^ Djamé ilrRhesreiviè^ vieille mos- 
quée ; >JLjyJ)!) jL^lâ. Djamé et-EsmaSlè , dont le minaret fut élevé , 
en pairtie, dit- on, sur les dessins dW Européen; ^jj^ ^^ 
Djamé il-^Roumi; jUiJI ^^ Djamé il-Qiqan , vieille mosquée 
dans sa façade de laquelle est une pierre talismanique ; ,^ji* fu^A 
Djamé Schérif ; >s^SWt/t-^ Djamé U-Mehhkemèi ^ chapelle du 
qadhi; ^-*^^^Wa^W JÛjamé Hhttdfi-Mouça ; llU tUia^U. 
Djamé Osman-Pacha ^ vieille mosquée; 4uÂJtfl^W Djame il- 
Sstfiè s mosquée abandonnée ; ^^1 wU a^U. Djamé Bab U-Fa-- 
radj; ><\,^\ û-Hhalawiky ancienne église convertie en mosquée ; 
on la regarde comme Touvrage de Sainte-Hélène (i ), mère de Cons- 
tantin. C'est un des beaux monumens de Hhaleb. Au nord de la ville 
et des faubourgs, sur lé penchant de la colline Djebel-U-Adham^ 
où commence la plaine de Qqrleq , était jadis la mosquée de 
Scheikh-Yopragh ^ qui , située au milieu du faubourg, lui donna 

(i) Voy. U note de la page aaS. 



( a4o ) 

son nom ; c^était, plus anciennement, un couvent grec. £n 
i8ig et 1820, cette mosquée devint, lorsque Hhourschid pacha 
fit le siège de Hhaleb, le centre des opérations des Albanais contre 
la ville , et elle fut convertie en redoute avec un poste militaire ; 
elle a beaucoup souffert, ainsi que les quartiers environnans. De- 
puis, cet édifice a servi de caserne. Viennent ensuite les mosquées 
de seconde classe , dites Mesdjids , et les oratoires. Nous avons 
déjà indiqué quelques-uns de ces derniers dont les Turcs permet-* 
tent Taccès aux autres nations ; nous y ajouterons : jS\^ i>^ 
Scheikh-Djakir ; yS^j^j^ ^y Turbei-Sckriçperdi , tombeau d'un 
fameux magicien situé sur remplacement des fossés, au nord* 
ouest de la ville; ft)i)t«x^^>^ iSc^iXrA-u^6Ja//aA, chapelle sépul- 
chrale d'un Santon; s^Lt^^^Lss:-^] ^^^.^\^ Qadhi il-'HhadJai. 

On compte à Hhaleb dix à douze collèges, médrècétj destinés 
à renseignement; deux bibliothèques publiques, celles de Tche-r 
lebi'Effendy et à^Osmaniè; quinze fondations religieuses , plu- 
sieurs séminaires ou couvens, tekkiè, et deux hôpitaux^ marestan, 
Tun pour les hommes et l'autre pour les femmes. Parmi les sémi- 
naires et couvens , nous citerons le grand séminaire de Dervisr 
ches, dit ^U.Y^ Mewla-Khanè, situé au- dehors des murailles 
de la ville , à la porte Djunainè , près du Qouaiq ; c'est un grand 
et vaste édifice où l'on suit la secte de Djelal-Eddin , surnommé 
MoUa-Hunkiar, mortàConia, en672de l'hégire (1273 de J.-C), 
fondateur de l'ordre des Dcrvisches Mec^Ieçis. Le petit séminaire 
de Dervischcs, Tekkiè^ également près de la rivière, à la porte 
d'Antioche ; Bab Anitaqiè; et un autre tekkièj couvent de moines 
Turcs , dans le faubourg de Hharet Bab U^Melek, De tous les 
collèges ou medrècel Iw. jw» , le seul dont nous connaissions bien 
l'emplacement, est ^^\ L-jX. Médi^ècei ii-Tchelebi. C'est le prin- 
cipal collège public; il l'enferme une belle et grande bibliothèque^ 
et se trouve dans le quartier il-Médinè. Nous avons parlé plus haat 
de ^^\ il'Hhalewi; mais nous ne saurions dire où il est placé 
h moins que ce ne soit près de la mosquée 4J.*Wt U-Hhalawiè^ 



( 2.41 ) 

Établissemens d'industrie et de commerce. 

Le commerce de Hhaleb a toujours été trèsr-important ; c^est, 
dit le Djihan-Numa^ ce qui avait fait donner à cette ville le nom 
de Petites-Indes ; mais les immenses fabriques et manufactures 
font sa principale richesse. Elle a , par sa situation , le précieux 
avantage d^étre Tentrepôt général des manufactures de la Perse, 
de riiide et de la Turquie. Son commerce (i) eut pu recevoir 
une extcnsioi} d^autant plus grande , que , outre les quatre ca^- 
ravanes qui partent chaque année , à quatre époques diffé- 
rentes , pour les principales villes de TÂsie , des caravanes de 
Perse s Y rendent deux fois Tan , et apportent des soies , des 
mousselines , des laines rousses , des laines de chevreaux , de la 
rhubarbe , des drogueries , des pierres précieuses, et beaucoup 
d^autres productions étrangères , qu^on échange contre celles du 
pays , ou que Ton tire de TËurope » de TAfrique , de TAmé- 
rique » et de plusieurs contrées de TAsie pour lesquelles on fait 
également des retours : tels sont les noix de galle, Tindigo, la 
cochenille, qui servent aux teintures; le café, le sucre, les drogue- 
ries, les draps, toiles, laines, soies, etc. (2), et une grande quan- 
tité d^objets de leur fabrication. Les troubles de perse avaient 
fait changer momentanément la direction du commerce; mais 
aujourd'hui on espère que la tranquillité ramènera Fabondance 
dans une ville qui a tant besoin de réparer ses désastres. 

Pour ses fabrications, Hhaleb tire une grande partie des 



( i) Son commerce aciael, malgré son 
étendue, n'est pourtant rien, diaprés le 
rapport de M. Rousseau , en compa- 
raison de celui qui se faisait du temps 
des sultans Hhamdaniens ; car, suivant 
la remarque d'un géographe Arabe, 
Hhaleb passait alors ^our la foire gé- 
nérale de tous les trafics du monde, et 



la quantité de marchandise^ diverses 
qui s'y vendaient en un seul jour, 
pouvait à-peine , dans Tintervalle de 
trois mois , trouver un débouché facile 
à Damas ou au grand Kaire. ( Prosp. 
de TEncyclop. Orient.) 

(2) Le total des importations de la 
France s'élevait à a 'A millions envi- 



(244 ) 

matières premières du Diarbekir, de la Perse, de T Arabie, de 
la Natolie , de TEgypte , de la Syrie et même de TEurope ; aussi 
envoie-t-elle des caravanes dans toute TAsie. Parmi les objets 
qu'elle fabrique , sont , en première ligne, les ëto£res(t) de soie, 
de satin , bourres , étoffes brochées en or et en argent , des bro- 
deries , des toiles blanches ou autres , des cotons , des ëtoffeS de 
soie et coton , des schalls ou tissus de laine dans le genre de nos 
mërinos , mais beaucoup plus moelleux ; des schalls appelés Ker- 
mansous , à cause de leur ressemblance avec ceux de la province 
de Kerman; des indiennes, des étoffes de fil d*or , des nattes, 
des feutres , des tapis , des pipes et ouvrages d'orfèvrerie et de 
bijouterie. 

On y compte , suivant le Dictionnaire de Géographie Univer- 
selle et le prospectus de l'Encyclopédie Orientale (2) , douze 
mille métiers de tout genre , cent fabriques d'or , de fil d'or et 
de clinquant , cent teintureries , cent moulins de toute espèce ; 
trente-un khans ou karavan-séraïs , sept savonneries et une tanne- 
rie; il faut y ajouter la corderie , placée au sud de la ville , l'an- 
cienne verrerie ; dans le faubourg de Muscharéqé , un grand 
nombre de fours à chaux adossés aux murailles, dans la partie 
méridionale et dans le faubourg qui, de là, a pris ie nom de Keh^ 
lacé , et une fabrique de cordes à boyaux située à peu de distance 
de la ville. Le plan de M. Rousseau ne présente pas toutes ces fa* 
briques et ces entrepôts de marchandises ; mais il fait connaître 
l'emplacement d'un assez grand nombre. Tels sont parmi les fa- 
briques et les manufactures : 

j^\^\ ^jU. Khan iUP^ézir ; ^j^ ^\ \ij^ Çaissariei-Ebri-Mirou ; 

ron, balancés par des retours d'une P'j*^* ^H^ ^^ égale à % de l'aune de 
valeur égale. France. 

(1) La mesure dont on fait usage (a) Voy. aussi Russel et le Journal 

pour Tannage , est appelée /iic par nos des Voyages, 
négocians provençaux , en arabe cUrâ 



(a43) 

9^U »U Khan Hhadji'Mouçà^ où Ton trouve deg manu- 
^ctures d'indiennes ; JJuJI vJt^lS Qaat-il-Sseqah Heu ou Ton fait 
passer les étoffes de soie à la calandre ; ./^-^^JUI \j^ QaissarieU 
îl-S^kUkiè^ lieu où Ton prépare la soie pour les fabriques d'étof- 
fes; ,^^'^l^À.^ KerMumet'Aladja^ fabriques d'étoffes de soie 
brochées en or; liUJ-j^l^lijl^ SeraXet - Ismael - Pacha ^ an- 
cien séraï où sont établies maintenant diverses fabriques; îjUy 
./w y ^^^l Kerkhaneir'il''Qassabdjiè ^ fabriques de fils d'or; lilà^ 
^b^j Kerkhanet - Roubass , fabriques où l'on tire l'or ; ^oLaûai 
Masshagha^ les teintureries; ./JL^ Massbanèy les savonneries; 
AèljjJt il-Debbagha^ la tannerie , située sur le Qouaiq , avec un 
jardin appelé Bestan-il-Debbagha : tout près , au nord , est un 
pont qui conduit à la porte d'Ântioche ;^.UJI H-Mughaïr, fabri- 
que de cordes établie dans une ancienne caverne ; Aa^^t ilnMel- 
lahha, la salpétrière; ^U :>iylj Baroud-Khanè^ la poudrière. 

Les entrepôts, marchés, halles, bazars voûtés où les marchan- 
dises sont à l'abri des incendies , ne nous sont pas tous connus : 
on compte quarante-cinq grands bazars. Yoici la liste de ceux in- 
diqués par M.*Rousseau : 

ObjoT^t il'Djudaïdè, halle aux grains; >>iûJtjU. Khan-it 
HherUta^ entrepôt particulier de grains ; ^^^-œJJ| jU, Khan^û- 
Ttahhin , entrepôt des farines ; >^JaiL. Saqaitiè, bazar où se ven- 
dent le pain, la viande et les herbages; ^j^^ j^ KhanDar- 
kouray entrepôt général des comestibles ; jUJt jU. Khan-U-Bas- 
sal^ entrepôt des oignons et autres légumes; ^UJI ^l) ^\à, Khanr 
Bab-il'Maqam^ on y vend des denrées; w^-j^I jlsi. Khan U-Zebibj 
entrepôt des raisins et autres fruits secs; ^rJJ^l ^^ Kfian-U-Debs ^ 
entrepôt des sirops de raisin ; >ôlJJ) il-Lebbanè^ marché aux lai- 
tages ; ^\ jU. Khan-il-Lebèn y entrepôt des laitages ; ^jû^af^l i7- 
MahhmasSf lieu où l'on grille et pile le café ; s^lojJI jû. Khan- 
UrZdi , entrepôt des huiles ; Jjî)! ^U Khan U-Ghanem^ on y vend 
les moutons que les Arabes importent du désert; jj^.^tj^ 




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( ^44 ) 

KkanrUrSsabaun^ entrepôt des savons; ^ji^\ ^U. Khan4Uj1ffss , 
entrepôt général des noix de galle; ^^^\ Balesian^ marche 
aux bardes , friperie ; ^siS\ ^U. Khan-^U^Kettan y on y vend les 
meilleures toiles; ^y^\ jU. KhanrUrSsovf y entrepôt de laines; 
>wâii)l jUk Khanrùr-Qassàbiè ou Abrak, entrepôt général des 
soies; les capucins y ont leur couvent et leur église; ^l^t ^j^ 
'QcUssarœt'-û'Hhakkakin ^ où sont les boutiques des orfèvres et 
des tireurs d^or. 



J. - G. Babbii£ du Bocage. 



. • 



^9 



% f 9t%iwm%^%^m av%i»%ri%/ti»%>%^>%^^^^^%^^«»^»^»^^Xi%^*^^»^^* 



TABLE DES ARTICLES. 



m 



Pages. 

Relation de Ghanat et des coutumes de ses babîtans, traduite de l^arabe 

par M. Jaubebt i 

— Appendice. — Descriptions extraites du Géograpbe Nubien et d*£bn-el- 

Wardi 10 

Relations inédites de la Cyrénaïque. § i*' Extrait du Journal d^une ex- 
pédition de Tripoli à Deme , tenu par M. Augustin Cervelu de 
Pise, rédigé par M. De Lâporte, Vice-Consul de France à Tanger i5 
-.- § a. Explication des dessins de la Çyrénaïqne a6 

— § 3. Relation succincte de la Pentapole Libyque, par le R. P. Pacifique 

DE Monte-Cassiano, traduit de l'Italien , par M. De Laporte. . . 28 
Notice sur une mesure géométrique de la hauteur de quelques sommités des 

Alpes par M. Corabœuf 32 

— Appendice De la hauteur du lac de Genève, de la hauteur de la Dole, etc. 44 
RÉSULTAT des questions adressées au nommé Mbouia^ Marabou maure. 

Article communiqué par M. le baron Roger 5i 

— Uméraires du Sénégal à Sego 9 à Maroc et à la Mecque, par le même. . . 5 7 
Réponse aux questions de la Société de Géographie sur TAfirique septen- 
trionale, par M, De Laporte 63 

— Nomenclature de la régence de Tripoli 76 

Itinéraire de Gonstantinople à la Mecque, extrait et traduit de Fou- 
rrage turc, Livre des prières, de Méhémet Edib, par M. Rianchi. 8 1 

Description des ruines de Palenquè, dans la province de Guatemala, suivie 
de recherches sur l'ancienne population de l'Amérique. Article com- 
muniqué par M. Warden 1 70 

Notice sur la Carte des pachaliks de Bagdad , Orfa et Alep, et sur le plan 
d'Alep , par M« Rousseau, chargé d'affaires de S. M. près le bey de 
Tripoli de Barbarie. Article de M. J. G. Barbie du Bocage 194 

*- Tableau présentant la prononciation et la signification de plusieurs 

termes Géographiques et autres inscrits sur la Carte. ao5 

— liste des lieux compris sur la Carte 207 

-r Description de la ville d'Alep ai8 



# 



r 



( a46 ) 

PLANCHES. 

Antiquités de la Cyréoaûfqne ^0$ j^ u ^ m 

Chaînes de triangles servant à la détermination de quelques som- 
mités des Alpes iv. 

Antiquités de Palenquè , dans la province de Guatemala v- 

Carte d^une portion de la Syrie , de la Mésopotamie et de la Ba- 
bylonie , contenant les trois pachaliks d^Alep , d^Orfa et 
de Bagdad vi. 



jéverat, iBprhMtnr , nie dlti Cftdran ft« i6. 



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RECUEIL 

DE 

VOYAGES ET DE MÉMOIRES, 

PUBLIÉ 

PAR LA SOCIÉTÉ DE GÉOGRAPHIE. 
TOME DEUXIÈME. 

SECONDE PARTIE. 



iBp. d'KTIKlT, nia in Cuinn, N« i6. 



{-Al ) 
\ EXTRAIT 

DE LA TRADUCTION FAITE PAR M. LE BARON DE NERCIAT, 

d'un 



MEMOIRE 



DE M. DE HAMMER , 



SUR LA PERSE, 



POUR CE QUI CONCERNE SEULEMENT LA PARTIE GEOGRAPHIQUE. 



CHAPITRE X (0. 

Le Qèrman. 

Cette contrée , qui confine au nord avec le Sistan et le Qouhi»- 
tan , que le golfe Persique baigne au sud , que le Mékran et 
le Béloudjistan pressent à Vesi^ comme le Farsistan et le Laristan 
la bornent dans Y ouest ^ n^a pas été plus visitée que le Khorassan 
par les voyageurs précités, à Texception toutefois de Pottinger, 
qui la traversa dans le trajet qu'il fit du Mékran dans le Farsistan. 
Il en a été question dans les Annales de littérature, tome lY, 

(i) M. le baron de Nerciat ayant qo^un Extrait serait publié dans le Rt^ 

présenté la traduction d^un Mémoire cuaV des Mémoires^ et qne cet Extrait 

très-étenda sur la Perse par M. de serait composé des cbapitres relatifs à 

Hammer, laquelle traduction a obtenu la géographie des parties méridionales 

le suffrage de la Société, il a été arrêté de la Perse. 

II. 32 



( 248 ) 

page I02. L'auteur de l'article y renvoie , en ajoutant que , pour 
offrir un ensemble complet dans son travail , il n'a pas négligé 
xle s'appuyer de documens puisés aux sources orientales. La partie 
méridionale du Qèrman porte le nom de Moughistan , qui veut 
dire le pays des Palmiers ; et celui-ci confine justement dans l'est 
avec le Béloudjistan, considéré comme un district du Mékran , 
et à l'ouest avec le Laristan , que l'on regarde comme une dé- 
pendance du Farsistan. 

Montagnes. * 

Cette contrée est très-montagneuse. La principale chaîne sé- 
parant le Nourmanchèhr du Laristan , se réunit aux montagnes du 
Farsistan par les 29"^ 4^' ^^ latitude septentrionale , et les 54"* de 
longitude E (i). Ce mont porte le nom de Kafès. Dans sa partie 
septentrionale gisent les pays de Djirouftj de Boudan, de 
Qquhistan et di Aboughanim. Dans l'est sont le pays d'Ahvaz et 
le désert ; dans l'ouest , le Soudjan et le Béloudjistan. La rési- 
dence d'été des habitansde la capitale est dans les vallons du mont 
Bazer. Cette montagne , aussi belle que celle de Kafès , renferme 
des mines d'argent et de fer. Elle produit aussi du cuivre, de l'or, 
de l'alun, des pierres inflammables et des bois incombustibtes (2). 
L'acier de Kerman jouit d'une haute réputation. A partir de 
Djirouft, une chaîne de montagnes, de deux journées d'étendue, 
se prolonge dans la direction de la mer. Cette chaîne se nomme 
Déruai(3). Le traducteur persan de Cazvini mentionne, d'après le 
livre intitulé Tohfet iUGaraib ^ une montagne du Kerman, 
nommée Djebel ous-siçer^ la montagne des figures, parce que 
ses pierres offrent, dans leurs fractures ou daus leurs coupures, 
des formes humaines (4), et une autre montagne dont la pierre 
peut servir de combustible (5). 



(i ^ Voyage de Pollîngcr. 

(2) Bakouî, not. II, pag. 4S2. 

(3) Djihan-]Noaaiâ, pag. aSg. 



(5) Djiban-Nouma, pag. 359. 



( 49 ) 

Fleuees. 

Le fleuve Zérahrouz jaillit près du village Benakaxi. Il cesse 
auprès de celui de Direnq, après avoir fait beaucoup de sinuosités 
durant le cours d^une cinquantaine de parasanges , et avoir servi 
à rirrrigation des campagnes du Qerman; il se perd en majeure 
partie dans les sables (i). 

Le fleuve Zémirû prend sa source sur la frontière de Dji- 
rouft« On ]e nomme aussi Divroud , la rivière du Diable (2). 

Le fleuve Déruai imt^ Hendjan. C^est un torrent très-impé- 
tueux qui met une vingtaine de moulins en activité. G^est le jUtcp» 
de M arinus , le ^pc^ de Ptolomée , le Daras de Pline , et le fleuve 
que Mannert et Vincent regardent à tort comme le Darabin (le 
Cyros) de quelques anciens. On ne peut se permettre de contre- 
dire de pareils Géographes que sur des documens bien authenti- 
ques. On les puise dans les sources de la Géographie des Orien- 
taux. Le Dora de Marinus, le Dara de Ptolomée, et le Daras de 
Pline, sont placés par eux dans la Karamanie, à Test du Bagrades^ 
qui sert de limite entre cette province et la Perse : cette assertion est 
d^autant plus plausible , que le nom de Derîa, que lui donne le D jihan 
Nouma, offre une identité parfaite (3). Le Bagrades, dont Mari- 
nus et Ptolomée font une frontière, est bien nommé Darabin sur 
les Cartes de Wahl et de plusieurs autres ; mais les Géographes 
orientaux ne le reconnaissent pas sous cette dénomination. Us 
rappellent Zidégan , ou simplement Dégan. En traitant de la 
province du Fars , on entrera dans de plus grands détails à ce 
sujet. 

Le fleuve que Ton voit marqué sur les Cartes sous la dénomi- 
nation de Nèhr-Ibrahim, est TAnamis de Ptolomée (4); et le Ko- 

(,) 'Aijaîboul-MaUoukat ^^^ ^he Travcls of Nearcho», by 

(2) Manusc 433 de la Bibliot Roy. W. Yinceiit , pag. 994. 

(3) Djiban-Noama, pag. aSg. 



( 25o ) 

rios de ce géographe (le Salsos de Pline) (i), que les Cartes ap- 
pellent Chourèroud^ paraît être le même que le Zérahrouz 
d'Ahmed de Thous. C'est aux voyageurs qui parcourront à Ta- 
yenir ce climat , à constater l'identité présumée du Zérahrouz et 
du Chourèroud ou Korios, et celle du Divroud et du Nehr-Ibra* 
him ou Anamis; sinon, qu'ils nous montrent notre erreur. 

lieux. 

Suivant le Djihan^Nouma, la capitale du Qcrman est la ville de 
Qoupochir on Berdichir.TSM^ est par les gS** de long, et les 29 /» de 
lat. Ardechir la fit construire. Qouchtasb l'orna d'un Pyrée. Le 
Khalife Omar-ben-Abdoul'Aziz y fit bâtir une mosquée , et celle 
nommée de Tébriz, fut construite par Touran-Chah, de la dynastie 
des Seldjouqs. Le roi Chah Chédjâ-Kermaïr, l'un des Séfis et Nimet- 
OuUah-Véli y ont leur sépulture (2). Pottinger donne à la capi- 
tale le nom de la province elle-même ; c'est donc par erreur 
que la ville de Zirdjan porte aussi le nom de Qerman sur la carte 
de Wahl.Zirdjan est située sous le 92Meg. 'Adelong.etle29«deg. •/» 
de lat.f à deux journées ouest de Djirouft. Pottinger place la ville 
deQermansousle56^ deg.G'delong. etle2o®deg.56'delat. nord.Il 
y compte 3o,ooo habitans (3), parmi lesquels un petit nombre de 
Guèbres, et point de Juifs ni d'Arméniens. Les productions in- 
dustrielles qui donnent de la célébrité à Qerman sont ses chais , 



(i) JUfm, pag. 34.a. Quoique riden- 
tité da son ne suffise pas pour déter- 
miner des décisions en matière de 
géographie, Tétymologie doit néan- 
moins être d'un grand poids lorsqu'elle 
9*accorde avec des données locales. 
Ainsi le mot de Korias est sans doute 
une altération du mot chour qui veut 
dire saumdlre, salé. La signification 
de ce mot persan nous montre que le 



Salsus de Pline est le même que le 
Korios , on le fleuve salé de Ptoléraée. 
Mannerty dont le vol. II parut en 
môme temps que Touvrage de Vincent, 
ne put profiter de ces lumineuses con- 
ceptions, fruits de savantes recherches ; 
et Vincent, dans cette occasion, lui 
est toujours préférable» 

(a) Djihan-Nouma, pag. a56. 

(3) Poitinger^s Travels. 



ses carabines et ses tapis de feotre. Les laines de ses troupeaux 
indigènes , le poil de ses chèvres , ses dattes , ses figues , sont les 
productions naturelles de son terroir qui la rendent le plus re- 
commandable, en y ajoutant laiTulie (i), dont les dames se servent 
pour rendre plus remarquable encore la douceur de leurs beaux 
yeux. 

Djùraufi est, suivant leDjihan-Nouma, placé sousla même longi- 
tude et sous la même latitude que Gouçachir{pl). Selon Bakoui, cette 
ville est située sous le g8' deg. 5' de long, et le 27* deg. 3o^ de lat. (3). 
Elle s'appelle aussi ChèhrA-Dérasfi. L'air y est chaud. Son terri- 
toire produit beaucoup d'oranges. Les orangers y fleurissent et 
poussent la maturité de leur fruit au point convenable , bien que 
les montagnes des environs soient couvertes de neige. Le Divroud 
passe auprès d'elle (/f). 

TermachiTj sous le g3* deg. de longitude et le 3i' deg. de lati- 
tude, à une journée ouest de Bam, sur la lisière du désert. Elle 
fut construite par Ardechir-ben-Babeq (5). 

Bam (6), une ville importante 9 ayant trois mosquées. 

Khabzj située sous le gS*" deg. de long, et le 3 1' deg. de lat. entre 
Qerman et Sistan^ sur la lisière du désert. Des montagnes qui 
la longent à l'ouest, découle une rivière qui arrose sts jardins. Il 
ne pleut jamais sur son territoire (7). 

Sirdjan^ 92"" */» de longit. 29'' ■/» de latit. à 2 stations ouest de 
Djirouft , grande ville ^ a une forte citadelle bâtie du temps d' A- 
roun-er-Rachid. Elle avait huit portes. 

Sipendj^ sur la frontière du Sistan. Elle fut bâtie par Amrou- 
Lcïç. On l'appelle aussi Kantara^i-Qerman , le pont de Qerman, 

(i) Djihan-Nouma, pag, a56. (5) jbfd.^ pag. aS;. 

(^) ^*'^- (6) The oriental Geography of Ibn- 

(3) Notices des Mannsc da Roi, i-Haukal, by S. N. Ouseley, pag. i4a. 
tom. II, pag. 433- ^^^ Djihan-Noama, pag. aS;. 

(4) Djihan*Noiima, pag* a56« 



(252) 

quoiqu'il n^y existe point de pont Cette expression est donc pu* 
rement allégorique (i). 

Sirendy à 29 parasanges de Zirdjan (2). 

Demzidan est une mine, d^ où Ton exploite de For, de Targent, 
du cuivre , du sel ammoniac et de la tutie (3). 

Baft^ Bafed jjb , à une journée au sud de Qermanj c*est-à~ 
dire de Goupachir (4) et non pas de Zirdjan, laquelle est située 
sur la route de Qerman ou Gowachirj comme Tindiquent les iti- 
néraires de Dupré et la carte que Lapie dressa sur leurs indica* 
tîons (5). 

Jadis les ports de Bender-Abbassi » de Gomron , et File d^Or- 
mouz dépendaient du Qerman, puisquHls formaient son littoral 
méridional. Mais aujourd'hui, suivant Dupré, qui visita ce port , 
Bender-Abbassi est gouverné par un Arabe , qui administre au 
nom de Pimam de Mascat (6). Elle est retombée dans Tétat de mi- 
sère dont Abbas-le-Grand Tavait fait sortir. Le commerce qui s'y 
faisait a passé à Bouchèhr. Comme pendant Tété Fatmosphère y 
est de la plus pernicieuse insalubrité , le Gouverneur passe cette 
saison à Minab (que Fon nomme aussi Mxnno et Minaç), Cette 
partie du territoire , détachée de la Perse et annexée aux états de 
Flmam de Mascat , s'étend le long de la mer depuis Minab jus- 
qu'à Kiamis , où Fon trouve une mine de soufre à 10 parasanges 
ouest de Bender-Abbassi. Fetb-Aly-Chah céda ce district, il y a une 
douzaine d'années , à l'Imam de Mascat , pour une redevance an- 
nuelle de 70,000 toumans (7) payable au gouverneur de Chiraz, 
et le soufre seul de la mine de Kiamis fournit à l'acquit de cette 



(1) Djihan-Nouma , pag. aSy. néraîre de Torg à Qermaii , où l'on 

(2) Ibid. Oaseley , pag, i4a , ^oît qae Zirdjan est située à 44 para- 

sanges de Qerman, c'est-à-dire de 

(3) Bakoni, dans les Extraits des Gouvacbin 

aianusc da Roi, tom. II, pag. 436. (g) Dupré , Voyage en Perse, tom. 

(4) Djihan-NooHia, pag. aS;. I , pag. 390. 

(5 Dupré , tom. II , pag. 489, Itî- (7) Idem , idem , tom. I , pag. 4oo. 



( 253 ) 

somme. L^île d^Ormouz (Tancienne Oriana ou Ogyris), et celle 
de Kichmich (l'Oractades ancien5), appartiennent à Tlmam de 
Mascat, qui semble alors être un tributaire du roi de Perse. 
Bender-Abbassi est également connu sous le nom Gomron ou 
Goumroun ; la ville de Minab , THarmosia des anciens, est située 
sous le 56' deg. 1 2' de longitude ouest, et le 1 7' deg. 18' de latitude 
^nord (i). Elle est bâtie sur un coteau. Elle est divisée en forte- 
resses haute , du milieu , et basse. Le petitfleuve qui s^échappe à 
l'est du coteau (2), et dont le journal de C. Grant ne fait pas men- 
tion , est le Nèhr Ibrahim ou PAnamis d^Ammien. La capitale 
Néris , dont parle Chardin , et quMl place à dix journées dans les 
terres (3), est la Niris d'Ouseley. 

CHAPITRE XI. 

Le Fars. 

a 

Le Fars ou le Farsistan est la plus belle province de la couronne 
de Tempire Persan. Cette contrée , que la nature favorise et que la 
culture enrichit encore > est la mère patrie des anciens Perses, en 
remontant aux sources de Thistoire grecque, c^est-à-dire jus- 
qu'à Cyrus. Elle fut toujours Tobjet de Tattention spéciale des 
voyageurs ; et malgré les nombreuses descriptions que nous en 
avons déjà , elle doit continuer de fixer les regards de ceux 
qui la visiteront encore , à cause d'une infinité de belles 
vallées qui n'ont pas encore été explorées ; enfin , tant de mo- 
numens qui n'ont pas été suffisamment décrits , inspirent le 
plus vif intérêt qui puisse stimuler l'activité et la curiosité 
des observateurs. Comme la région au sud -ouest du Fars; 
c'est-à-dire le I^ristan, est regardée comme étant de sa 

CO Mftcdonald - Kianeir f Voyag. (3) Voyage de Chardin, tom. X., 

pag. aoi. pag. 284 et 338. 

(a) Ilid. 



♦,» 



(254) 

dépendance, il en résulte que le Fars ou Farsistan a pour confins 
au septentrion Tlrak Persique ( la Médie ) , à Test le Qèrman ( la 
Karamanic); au sud le Dechtistan, ou désert formé par la côte 
arabique du golfe Persique, et à Touest le Khouzistan (la Susiane). 
La division la plus naturelle qui puisse lui convenir, est le Fars 
supérieur ou du nord, et Tinférieur ou du sud. Le premier se 
nomme Serdsir^ cVst-à-dire la région froide; Tautre Guermesir^ 
c^est-à-dire la région chaude. La ligne qui sépare ces deux portions 
est tirée de Tembouchurc du 7a6 (Orontes), sur la frontière du 
Khouzistan, par Kazroun, en longeant l'extrémité extérieure du 
Laristan, de manière que cette contrée et le Dechtistan constituent 
la majeure partie du Guermesir. Une partie de cette région a été 
mentionnée en traitant du sol de Qèrman(yoy. Bender-Abbassi) ; 
les trois autres ports que nos voyageurs ont visités sur cette côte 
maritime, sont JBender Kourik (Congoun) , Bender Bouchèhr ou 
Abouchibr, et Bender Rig (i). Nous reviendrons sur ces ports, 
en faisant Ténumération des villes les plus remarquables, et nous 
allons, comme à Fordinaîre, tourner notre attention sur la struc- 
ture naturelle du pays, et passer en revue ses montagnes, ses 
défilés , ses plaines , ses fleuves , ses lacs et ses fontaines. 

Montagnes. 

La montagne de D&âk , à deux parasanges de Chiraz. Elle 
approvisionne de neige cette capitale (2). 



(i) Rousseau , dans sa Notice his- 
torique sur la Perse, pag. 6a, et Du- 
pré, dans son Voyage en Perse, pag. 
aSa, nous présentent cette portion de 
territoire désignée sous le nom de 
DechtisUm ou de Benderat^ comme une 
province particulière, et annexent le 
Laristan au Fars. Macdonald-Kinneir 
et Malte-Brun altribuenl cette portion 
de côte au Fars , et regardent le La- 



ristan ( ne le composant que de Lar el 
de Bender-Abbassi ) comme une pro- 
vince à part Les géographes orientaux 
comprennent dans le Guermesir, le 
Dechtistan et le Laristan, c^est-à- 
dire la partie méridionale du Fars qui 
ne se constitue, en majeure partie, que 
du Dechtistan et du Laristan. 
(a) Djihan-Nouma, pag. 274- 



( !»55 ) . 

La montagne de Nagant (i) : c- est la même montagne que 
quelques voyageurs modernes nomment la montagne de Bahmei^ 
à l'est dlstahat (Persépolis). £lle contient les sépulcres des rois ; 
c^est pour cela que Diodore (2) la nomme royale. 

Heeren (3) et Hoeck (4) ont, mal à propos» pensé que la mon» 
tagne royale de Diodore était la double montagne (iv r& S'ivaS ipsi) 
de Ctésias ; .mais nos sources les distinguent d^une manière pré- 
cise ; si bien que le mont Royal est le Naghant ( le Kalunet ou 
Rahmed des voyageurs modernes), qui s^élève dans Test, immé- 
diatement derrière les ruines de Persépolis , et contient les deux 
grands tombeaux des rois ; tandis que la double montagne n^est 
point ici , mais est celle que Ton remarque à deux heures de dis- 
tance dans le nord , et dont les monumens et les tombeaux sont 
décrits par les voyageurs sous le nom de Naikh-t-B,oustem^ puis- 
que le géographe persan la nomme Gerçtiè , ou bien Douta , qui 
veut dire le double (Skkjoç^ (5). Ghviiè est sans doute 'une 
altération du mot mogol Gèrwëi^ qui signifie montagne. Ainsi 
Gérwh4r-rnalan (dans Hamdoul-lah) est la même montagne qui 
se montre auprès des défilés , sous le nom de Kouiou^Malles ; il 
en est encore une autre, Gériçè4'Houchènq (6). 

Le mont Darahdjerd : une montagne renfermant des mines de 
sels de diverses couleurs (7). 



(1) Manusc. de la Bibliot. Imp. et 
I\oy. de Vienne , 4^3. 

(a) Diod., sic. IL 

(3) Ideen uber die Politik, den 
Verkehr nnd den Handel der vor- 
nehmsten staaten der alten Welt. 
Erst. Theil. , § aGS. 

(() Veteris Mediœ et Persiœ Mo- 
onmenta, pag. ly. 

(5) ^ji'U5^^A?y!^>V.5/?r^ 

II. 



N^ 433 « Le mont Gervi'iè^ qae Ton 
nomme particulièrement Douta , le 
double,oJliQéïkhosroY périt (on mieux, 
fut sur le poitit de périr). » Cette der- 
nière circonstance est d^antant plus 
remarquable qa^elle cdûicide avec la 
relation de Ctésias qui marque qnVn 
ce lien tombèrent et périrent les pa- 
rens de Darius. 

(6) Ouseley, tom. I , pag. 3 16 , du 
Noiuhatoul-Kouloub. 

(7) Djiban-Nouma, pag. 974* 

33 



! 



;Le'IIMttt Mûwhim: Il renfênue une grotte teliattiâiriqdc^ au 
'Min de binette filtre 'Une source merveilleuse > qui ne dispense 
MiU onde qii^en proportion du nombre de ceux qui la visitent , 
ne fussent-ils qiie deux, oufussent-ilsplusieurs milliers de pemon^ 

Le mont Bar^n, d^où découle cette résine précieuse , que les 
Tersalis appellent MoumiQ , et qui guérit les fractures avec une 
célérité miraciileuse (2). 

l)ans la partie méridionale^ les monticules sont à environ vingts 
quatre lieues des côtes. La plaine s^aplanit auprès de Benderrîg, 
et à quelques lieues A Test de Bjénab (suivant la carte de Kinneir 
Gaunavay^ une chaîne de ces monticules se dirige sur la mer, et 
sépare Tun de l'autre les districts de Liraçl et de HéradeveL Cet 
éperon de montagne, qui n'est pas fort élevé, et n'a guère que 
sept à huit lieues de largeur, se nomme Qouhibeng. Au revers de 
ces monticules s'étend la plaine de Liravi , dans laquelle les mon- 
tagnes s'écartent de nouveau d'une vingtaine de lieues de la côte , 
et courent l'espace de dix-huit à dix-neuf milles anglais , en for- 
mant un demi-cercle dans le voisinage de Bender - Dilem , où 
elles prennent le nom de Zéitoun, d'une ville ainsi appelée, et 
qui n'est pas fort éloignée de JBabahan. Alors les montagnes se 
replient vers le nord ; et près du port de Machour^ elles s'écar- 
tent du littoral d'environ trente milles, et viennent aboutir 
auprès de CJiouster , sous le 82' deg. de longitude et le 49' de 
latitude (3). 

Le niont Chapaur, qui n'est pas moins remarquable par les 
seulptùres dont Morier, Johnson et Ouseley nous ont donné les 

(i) 'Adjaib-oal-Mahlookat de Kaz- Mwmia^ et dans le Djihan-Noama , 

vini, et le iiianuscrit de cet ouvrage pag. a68« 

de laB. J. et R., IV, pag. 433. ^3^ Macdonald Kînneir's Gcogra- 

(a)'Adjaîb ool-Mahloukat d'Ahmed phkai Memoir, p. 56. 
de Thous, dans ses Mélanges , article 



( a57 ) 

descrâptiona et le» dessixui» q|tie par les rocbers ^h» éfhH^ùwt et 
le Nakdiri-Roo8ten (i). 

Le rocher de Firouzabad , qui est décoré de sculpiixres. ifn 
Ottseley nous dit avoûr été desaioées. par le najpr d^ Arc^jr (^)« 

Le mont Tchartcheq. et le mont BaUchtaun y tous deux apprèa 
de Forg. Le presaiep renfiçime une belle cascade (3)<- 

Le mont Mahmouz et le motA, XHirahd^ sur la. roqte dc Otur99( 
à Yessd, et celui de Kondarbalouchi^ auprès de Dara];>dj,erd (4)- 

Le mont Benna ^ dans le Laristan , doot Kjempfer a décrit le 
béasoard et le baume (5). 

Le mont Qcmbasi^ également dans le Laristan et contenant 
beaucoup de sources cbaudes. 

Les monts Ramdjerd et Chesper , dans la plaine 9 auprès de 
Persépolis (6). 

Les défiles , en persan , portent les noms de Tauj y ^1 signifiée 
étroit^ de poid (pont) Td'où ^uA«<) ou Koutd. Les plus remar- 
quables sont situés sur la route de Bouchehr à Chiras^ 

Koutel Mallou; il est dans la prenûère montagne que Toq rencon- 
tre deBouchehr à Chiraz. lie sol, qui s'étend du rivagje jusqu'au pHd 
des monts , paraît avoir été recouvert autrefois par Feau de. la 
mer (7). Morier marque ce défilé sur sa carte Katui-^-mouiNa* 
I^ous autres Français , pour être compris des Persans » nous de- 
vons prononcerQoii^/-i-mou^/a. Dans le Nouzhet^ul-Kouloub, 
ce défilé porte le nom de G&wè^i-maliin (c'est le Xxijmx^ àe 
Diodore ). 

(i) Morier , i*^ journal , p. 87-91 , (5) Kœmpfer, fasc II, rdatio* U. 

et a« journal , p. ij-So. çgj Bj^j^j^^ ^ ^^0^4 joamcy f 9H^ 

(a) Ousel. Trar., t, I, p a86; Notes- 84 - 85. 

(3) Dupré, tooL I, p. 36a-363. (7) Ooseley's Traveb, t^I, p afia ; 

(4) Idm^ tom. I, ^êg. 354- il donne Téiymologie de Jïç/* 



( 258 ) 

lenq-i'Toutqân , lé dëfilé des Turcs ; il est immëdiatemeni 
devant Chahpour; c^est une vallée étroite du mont Koutel (on 
Qhùhrî^t) (i). 

QGutUeli-dohier^ le défilé de la Fille^ immédiatement à la sortie 
de Kazroun , lorsqu^on se rend à Ghiraz (2). 

Qpuhtelri-pirèzen , le défilé de la Vieille-Femme , ^'ient après le 
précédent , sur la route de Ghiraz {3). 

Tenq-i'aUah'i'eqber, le défilé où l 'on glorifie Dieu ! et non point 
AUèkber^ comme il est marqué sur la carte de Morier. Ce défile 
est au nord de Ghiraz ^ lorsqu^on y vient d^Ispahan. Le coup-d^œil 
ravissant que présente Ghiraz , lorsqu^on Taperçoit au débouché 
de ce défilé , plonge le voyageur musulman dans une extase si 
puissante qu'ilne peut s^empécher de s^écricr : Allah èqber! Dieu 
est le plus grand d^s êtres! et c^est à ce pieux sentiment que ce pas- 
sage doit le nom quUl porte (4)« 

TenqH'Sa-adi 9 le défilé de Saadi^ au-dessus du tombeau de 
ce poète philosophe. 

OpahrieUîrerzendjan ^ le défilé d'Ërzendjan , sur la route de. 
Ghiraz à Qerman (5). 

Le défilé de Mauran , sur la frontière du Fars et du Qerman , 
à Test de la viUe de Babeq ; c^est un passage très-difficile à fran- 
chir (6). 

Le défilé de Baft , entre deux montagnes longues de quatre 
parasanges , auprès de Yézou (7). 

(i) Oaseley, 1 1, p. a 70 ; Morier's. la carte de WaU , la prolongation des, 
first journey, p. 84* montagnes de Bahtuari en Laristan> 

(a) Uem, id.^ p,3o2; idem^ iU,p. gS. «c nomme Damavend, et elle sert de 

(3) Uem, id., p. 3o3; idem, id., p. 94. '''•°"^*"^ ^°^^^ ^^'^^ ^' '^ ^^ '• ^* ^^ 

,#N 11X • 1 iî . n mont qui forme la frontière daLarîs- 

(4) Moners first loarney, p. 1065 , ,.. - t^ 

ïi i- /iLT • » X tan se nomme Direftoo. Nous ne con- 

Hafîz (Morier's). "^ . , . 

naissons aucune source orientale cpu 

(5) PotUnger^s Travcls. . ^^^-^^ ^^^^ l^^ ^^^^ Estoa-Ask et 

(6) Idem. Andgira , ainsi que le défilé de Bûche- 

(7) Djîhan-Nouma , pag. 267. Sur- ner , que Ton trouve mentionnés dans- 



( 2Sg ) 

Lé défiU Ae Zouhrab j auprès de Kàla-Ufifid (le Gbâteau- 
Blanc ) ; c^est la Porta persica des géographes anciens (i). 

Les défilés de Tenq-eh-mahmoui et Tenqihourrem , tous deux 
sur le chemin de Ghiraz à Fessa (2)* 

Le défilé de Tenq-i-Dalan , sur le chemin de Bender-Abbassi à 
Lar (3), 

Plaines. 

Si la Perse ne peut vanter la beauté de ses montagnes dénuées 
de végétation , c'est à juste titre qu'elle se glorifie de la fertilité 
de ses vastes plaines ; la province de Fars contient à elle seule 
un plus grand nombre de plaines renommées que tout le reste de 
Tempire. Les plaines d'Ërivan , de ISaktchivan , de Berdaa et de 
Moughan, en Arménie; celles de Khoï, de Tebriz, d^Ebhèr et 
d^Oudjau; dans TAzerbaïdjan ; celles de Soultaniè, de Koum , de 
Kachan , de Bouroudjerd, de Bilassan(4), dans Flrak; celle de 
Ràïghan , dans le Khorassan , trouvent toutes leurs rivales dans 
cette heureuse contrée ; mais aucune d'elles ne peut se comparer à 
la plaine de Châab*béçan, dont la beauté Ta fait considérer comme 
Tun des quatre paradis terrestres. Les trois autres sont : la plaine 
de Damas, celle de Samarcande et celle d*Obolla, près de Basra, 
qui toutes doivent la richesse de leur végétation à la profusion 
de leurs eaux salutaires. 

I^a plaine de Chàab-bévan , située à deux heures de la ville de 
IS^oubendjan j tire son nom de Bévan, fils d'Iran. Elle n^a que 
trois parasanges de largeur. Elle présente une suite non-inter- 



Thérenot , lir. m, chap. vni, sur la 
roate de Chirazà Kazrwmj ne semblent 
être que des dénominations différentes 
de celles que les voyageurs modernes 
ont données à ces mêmes localités^ 

(i) Macdonald Kînneir, pag. 74* 
(3) Dupré, tom. I, pag. 34^9 et la 
carte de Lapie> pag. 344« 



(3) Tayernier, tom. V, pag.aa; 
Dopré, tom. I, pag. 4271 et Chardin, 
tom. IX, pag. a44- 

(4) La plaine de Uamouchoft « que 
Ton place près d^Hamadan, ne doix pas 
6tre confondue avec celle de Mouni' 
chinan , village dans les environs de 
Bausra* Bakoai ,- pag. 459* 



( a6o ) 

rottpQe de^ jardins et de vei^^rsv dont TexceUence a été chaînée 
dans lerf vers immortels du poète Monténebèi {i). Mal^é sa célé- 
brité , éHe i^*a pal» encore été Tisitée i ni même mentionliée par 
un seul voyageur européen ; et cela par la seule iiaiis<^n qu^elle ne 
se trouve pais sur 1^ route d'Isj^ahan à Qiiraz , mais- qu'elle reste 
sur la droite. Les autres plaines , célèbres par leur beauté autant 
que par la fécondité de \eM sol, et que Ton appelle aussi 
Mergzar, c'est^-dire prairies (Mourg^r) , sont les suivantes. 

La plaine de Kocbq-i-zerd ( du Pavillon-Jaune ) ; elle a dix 
parasanges en longueur, cinq en largeur ; couverte de village^ ; 
elle est arrosée par des sources nombreuses. 

La plaine d^Ërzen ; elle a deux parasanges de long sur une para- 
sange de largeur. B'un côté « le lac d'Erzen la borde ; sûr son 
autre bord régnent des forêts infestées de bêles féroces (2). 

lia plains d^Ercïiengan, entre Gouoar et Cbiraz; elle a cinq pa- 
rasanges de long et trois de large ; une rivière la traverse , et les, 
bois qui Tentourent servent de repaire aux lions (3). 

La plaine de Dèchtroun , de sept parasanges de long sur cinq 
de large, au-dessus de la plaine de Kochq-i-Zerd ; c'est sur cette 
plaine que s'élève le caravanséraï de Bobat que Salahoud-din fit 
construire , et le pont nommé Pùuli-Cheh-riari (4)« 

La plaine de Zindan; elle a dix parasanges carrées. Au prin- 
temps, un petit lac se forme dans son centre ; mais la chaleur ne 
tarde pas à le dessécher. Cette plaine rivalise de charmes et de 
fécondité avec celle de Bevan, dans l'opinion de quelques-uns. 

La plaine de Fali ; elle a trois parasanges de longueur et une de 
largeur. C'est un endroit charmant, que longe une rivière ; mais 
les pâturages dont il est couvert ne donnent que des herbes per- 

(i) Djihan-Nouioa , p 271*^^ tAn,I, p.3o49 etMorier^s joumej, 

(a) Djihan-Nouiiia , pag. ayi , et ^^^ ^*^' 
JSamdoullah-Cazrini par OiiMle]r> (4) Djihaii-NoaBit, pag. aja. 



imitnxs Mvwt Vite : lefi besti^uf peuvent tAutefoijs s*y npi^ir 
rhiver sans danger (i). 

La plaine de Katan 9 dans le voisinage de Meckh^d-p-Ma^H- 
&déîman^ le tombeau de la mère de Sulé'iman. 

La plaine de Kàm'-i''Firouzroud , sur les bords du Kour , est 
une belle vallëe , mais dangereuse par ses lions (2). 

La plaine de JNerguis , dans le voisinage de Karzoun et de 
Khan-Azad^ a trois parasaQges de long sur deux de large. Elle 
est entièrement marécagei^se (3). 

La belle plaine deChiraz, arrosée par la rivière de Rougnabad, 
immortalisée dans les odes de Hafiz (4). 

La plaine de Merdacht, près dlstahar. Elle renferme lesjruines 
de Persépolis (5). 

La plaine de Chahpoqr » qui n'est pas moins célèbre que celle 
de Persépolis par les sculptures des rochers qui la bornent (6). 

La plaine de Liravi » sur la côte méridionale à Test de Djénab 
(Gounava) (7). 

La plaine de BaC(> à quatre parasanges de Yéad : elle est enfermée 
de hautes montagnes ^ arrosée par une rivière et couverte de char- 
mantes maisons de plaisance; wr ses rives, dont Tmie jouit d'une 
température fraîche , tandis que celle de Tautre est chaude (8). 

La, plaine de Tadçan^ non loin à^Djéroun, qui,, suivant Char- 
din , est un des endroits les plus délicieux de la Perse , situé au 
bout d'une plaine qui s'étend une demi-lieue en longueur , et qui 
e$t toute couverte de jardina; un fleuve rapide la parcourt d'un 
bout à l'autre, dans un lit fort oifoncé (9). 

(1) Idem» ((3) Morief , Johnson, Duprd daqs 

(a) Idem» ^ la description des ruines ; Mprier ^t 

(^) Id^; Macdon.-Kînn.) p. 53- Ouselcy, description de Chahpour. 

(4) Djîhan-Nouma, pôg. 373; Ha- (7) Macdon. Kinn, Memoir, p. 56. 
fiz , 8° gazeliçn. ^8) Djihan-^ouma, p. 267. 

(5) Idrni^ idem, * (9) Çhar^ui» tppi^ IX^ p. agi ; Ta- 



( 262 ) 

La plaine de Khichi , immédiatement au - dessus d' Abou-^ 
chèhr (i). 

La plaine de Madaçan , auprès de Darabdjerd; elle a dix para- 
sauges de longueur (2). 

Lacs. 

Le lac salé de Bahiegan que Ton nomme aussi JBafurè-i- 
Amrou, dans le^ district d^Islahar; la ville de Niris est sur ses 
bords ; il a vingt parasanges de tour. D^un côté il est à douze pa- 
rasanges de Chiraz , de Pautre bord il se dirige vers Qerman : 
c^est dans ce lac que se décharge le Gyrus ou le JBendimir (3). 

Le'lac de Dechtri-Mrzen^ dans le district de Chahpour; il a dix 
parasanges de tour. Ses eaux sont douces; parfois il se dessèche (4); 
dans le même district est encore un lac salé , dans le voisinage 
de Karùn ou Karzoun (5). 

Le lac de Dènatchè (la petite mer), également nommé ilfoii- 
routchùu^ est à trois parasanges de Chiraz ; il est le réceptacle 
des eaux des environs , et a douze parasanges de circuit suivant le 
géographe persan (6). 

Le lac de Gckiar est celui que Ton a déjà cité en parlant de la 
belle plaine de Zindan; il se dessèche dans la saison chaude , 
il a à peine une parasange de circuit et jamais davantage (7). 

Sources et Fontaines. 

La source de Dilem , dans un district de ce nom , auprès de 
Chiraz , très-froide en été, très-chaude pendant Thiver (8). 

▼emier , lom. V, p aa ; Broge , toin^ (4) Idem. 

V, p. 143. (5) Idem. 

(1) Ooseley^tom. I,p. a6i;Morier's (6) Chardin, tom. IX, pag. i85, 

first journey, p. 8i. et le Manusc* 433; 

(3) Dapré , tom. I , p. 36o. (7) Djihan-Nouma, pag. 272. 

(3) Djihan-Noiima, pag. 374* (8) Adjaib oui Malookat de Kasrinû 



( a63 ) 

La source de Zëmirem ( Semiramis ) , auprès ^an lira de ce 
nom , entre Ispahan et Chiraz ; c^est la célèbre fontaine des oi- 
seaux destructeurs des sauterelles. Le traducteur persau de Kaz- 
vini parle comme témoin oculaire de lefTet que son onde produi- 
sit pendant la plaie des sauterelles qui désola Cazvin, en TaïkGoy 
de l'hégire , 1 210 de J^-C. (i). ^ 

La fontaine du village d^ Abdourrhman , dans le Fars , qui , à 
sec presque toute Tannée, n'a de l'eau qu'à une certaine époque, 
justement celle oii les terres ont le plus besoin d'être arrosées 
pour développer le germe de leur fécondité (2). 

La fontaine Hindouz , dans le Fars ; elle est située entre deux 
montagnes ; elle est en ébullition permanente; et la vapeur quMle 
exhale est si suffocante, que les oiseaux qui passent au-dessus de 
ses ondes y tombent brûlés (3). 

Les sources chaudes Abi Khourkher, Abi JBad^ Abi Khouar et 
Abi Djénarou auprès du Gouh^-baz , montagne du Laristan, et 
dont Kempfer a donné la description (4)« 

Fleuçes. 

Le plus grand des fleuves de la Perse est le Qour ou le Gyrus ; 
le nom de ce fleuve est identique avec le Qoùr ou le Cyrus de la 
Perse septentrionale (5), mais pour le distinguer de celui-ci, il 
porte encore le nom de Bend-i-Emir ( la digue du Prince )• Le 
Bend-i-£mir prend sa source dans les montagnes de Kélar. Il aug- 



(x) ïâtm^ article des Fontaines. 

(a) Adjaib ooi Makioakat de Kaz- 
▼ini , article des Fontaines. 

(3) Idem, 

(4) Kempferi Âmœnitatnm exolîca- 

m 

rum, fasc. IL, toI. ix,pag. 4i8 etseq. 

(5) Quoique ^ar le nom de Qour , 
on ne puisse entendre que le Cyrus , 

n. 



ici anssi bien que pour le nord , les 
riens grecs nomment Araxas le fleuve 
qui passe devant Persëpolis (tandis 
que c'est le Qour, ou le Bend-i-Ëmir); 
et ils nomment Cyrus le fleuve qui 
baignait les murs de Pasargada. Nous 
démontrerons plus bas ce qu'il faut eu 
penser. 

34 



(a64) 

meote Bes oii^ du tribut du Chaâb-Biçan^ du Mabin > et de plu- 
aiéiii»autrf«t petites rivièrefi torrentueuses ; il arrose le district de 
Kam^Mt^ la plaine de Merdécht , et se jette dans le lac de Bab- 
tegâa (ty^ au^-dessus de son embouchure, il reçoit les eaux du 
Çhé0ur^ qui tire sa source d^une fontaine chaude à trois milles 
anglais du village de Gaçian, et coule au pied des villages de 
K^men et de Ziv^nd (2). Ces trois villages sont situés en ligne di- 
recte paraUèlement au chemin de Chiraz à Ispahan et Gazian ^ 
qui esta S^i milles anglais d'Ispahan. Le nom de Bcnd-i-Emir, que 
porte ce fleuve, lui vient de plusieurs digues, qui empêchent ses 
eauK d^flToir un écoulement trop prompt : Tune se nomme Bendi 
FahrLstan f auprès de Ramdjerd; elle fut construite par TËta* 
beq Fahrw>ud-Dovlet-I)jouli, de la maison des Seldjouk. La se* 
conde se nomme Bend-i-Azad-oud-Doolet^ qui fut construite par 
k grand prince.de ce nom, de la race de Bouvai (3). La troi- 
sième digut se nonune Bendv-Kassar; elle fut restaurée par TEta- 
beq qui construisit la première (4)* L^asserti<Hi de Kempfer (p. 3oo) 
et de Chardin (tom. 9 , p. 228) , que le Bend-i-£mir se jette dans 
le golfe Persique , est aussi erronée que le rapport de Figueroa 
(i4i-i4^) ^"^ prétend que cette rivière coule versQerman, où il 
se décharge dans le sein des mers. Morier nous démontre qu'il 
se dirige vers Korbal (5). 

lie fleuve que Macdonald Kinneir nomme Ahamir^ porte des 
noms divers dans plusieurs autres Voyageurs; et dans les Sources 
<^ientales^ on le nomme Roud-i-Zipend , du nom d'un village 
auprès duquel il passe ; sur la carte de Wahl , il figure sous la dé- 
nomination de Ab^i'Khurrem , et dans les Sources orientales il 
porte le nom de Feraçan (Firavan) Kervan. Le Féravan, dit le 

(i) Bjihan-Noiima , p. 374- ouvrage à Tamerlan (Timour). 

(a) lHaedoaald Kinneir, p. S9. (4) Djihan-]Numa, pag. 274 

(3) Morier, first joumey» p. «4 , (5) Morier, first j^omey, p. laS» 

tombe dans Terreur en aurîbuant cet 



(265) 

Djikan-Nouma, prend da source auprès de Férairaft^ dans le dis- 
tnctdeDjoTain, passe auprès d'Istahar (Pers^olis), et tu-dessous 
du pont de Khorassan^ te jette dans le fleuve Nitiz (i). Ctloi-Hâf 
comme Wahl Ta très^-bien fait reconnaître y est le Medus des an- 
ciens, et non point le Çyrus, comme le prétend M« Grotefottd &uss 
les snpplémens de la 3* édition de Heeren; car lé Cyras eonlah 
auprès de Pasargada et dans la Perse creuse.Cetiè méprise o«i cette 
confofiiôn provient de Tasscrtion tout-à^-fait insovitenable en géo- 
gra[diie, qu^il faitt chercher la Perse creuse dans la vallée de 
Maurghah^ et Pasargade et le tombeau de Cyrus, dans le sein de 
cette vallée. Pasargade était dans la partie orientale de la P^f se , 
au sudrest de Persépolis , puisqu^ Alexandre , dans son expédition , 
arriva d^abord à Persépolis , en se dirigeant dans Fest , et que ce 
ne fbt qu^ensuite qu'il parvint à Pasargade. Mais la vallée de 
Mourghab est dans le nord de Persépolis , et directement sur la 
route qui y conduit en venant de Touest, de sorte que si Pasar- 
gade pouvait avoir été dans la vallée de Mourghab , il eût fallu 
qu^ Alexandre touchât à Pasargade avant d^arriver à Persépolis. 
Strabon dit plus bas , de la manière la plus précise , que Pasar- 
gade avait été située sur le Cyrus , ou VAgradatos , que Pline 
nomme Sùiogagus {quo Pasargadas septirnodie naçigatur)^ et 
qui se jette dans le golfe Persique; par conséquent, ce n^est pas 
au nord de Persépolis quMl faut chercher la Perse creuse et Pa- 
sargade, mais bien dans le sud. 

Le fleuve DJaroun prend sa source aux environs de Darab , 
coule vers Karzi, et se perd dans la vallée située à dix para- 
sanges au N. O. de Djaroun (2). 

Le fleuve Karagadj prend sa source dans la moûtagiie deKobil 
et se perd dans la vallée de Kafr (3). 

(i) Djihan- Nomna, p. 374. L'au- «'»» •« ^«*« ^^ Strabon qui tombe 

leur est ici dans Terreur : car le fleure ^**^ l'Arases (BaideaRar)^ 

qui passe an-près d Istabar n^esl autre (a) Dupré, tom. I, pa^. 456; 

que le Zivendj le Chamir, YAb-i-Khour- (3) ftU^ ^jtotti. lî, p t%. 



( a66 ) 

Le fleuve Je Kafr tire son nom d^un village ainsi appelé, entre 
Chiraz et Pjaroun; on passe cette rivière auprès de KhanÉizenfîan, 
sur la rffute de Chiraz à Bender-Bouchehr (i) 

Le fleuve Khiêht^ autrement nomme le Chahpour , est indubi- 
tablement le Noucha/Qer des Géographes orientaux et le Bochainr 
de ThévenoL II trouve son embouchure au-dessus de Abouchèhr, 
après avoir recueilli les eaux du Zirra (2). 

Le Zirra prend sa source au village de Gérré^ coule xersDaïoun^ 
passe i Délaki et Bergoï , et se jette dans le Chahpour à Darou- 
ghai (3). 

Pour présenter sous leurs anciens noms ces fleuves qui se dé- 
chargent dans le golfe Persique, nous allons faire le tableau de 
ceux dont parlent Néarque , Ptolémée , Marcien et Pline , entre 
le Korîos (ou Kour, ou Kor, ou Chourroud) et VArosis ( le 
Tab ). 



BÉIRQUE. 



Hyporéb. 

Areon. 

Sitacns. 

Padargos. 

Granis. 

Rhogona. 

Brizona. 

Arosis. 



FTOIiiMÉE. 

Kariiis* 
Atapus. 
Dara. 
Bagrada. 



MABOEN. 

Eorius. 
Kalrapos. 
Dora. 
Bagrada. 



PUNE. 

SaLsos. 

Daras. 
Hypcris. 

Sitiogagus. 



Bhogomanis. Rhogomania. . • • • 
Brisoana* Brisomna. « • • « 

Oroalii. Oratios. Oroalîs. 



(1) Idem , tom. I, pag. 456 ; et tom. (3) Morier , Oaseley , Diifaan 

II, pag. 18. Nonma. 

(a) Dapréi tom. II, pag. 18. 



( a67 ) 

Il faut d^abord remarquer ici que Marcien et Ptcl^mëe , qui 
s^avançaient de la Susiane vers le Fars , placent le Rhogomanis 
et le Brisomanis, qui semblent être le Rhagona et le Brizona de 
Néarque , après le promontoire de laoke ( Âbouchèhr ) , tandis 
que Néarque , qui pourtant marchait dans la direction opposée , 
puisqu^il s^avançait du Fars vers la Susiane y les cite sur un point 
entièrement oppose; c^est-à-dire à F ouest et non pas à Test du 
promontoire de Taoke. D'Ânville (i), Vincent (2) et Mannert 
avaient déjà reconnu cette erreur de Ptolémce et préféré la rela- 
tion de Néarque, digne en tout de la plus entière croyance. En 
second lieu , Vincent (3) a remarqué que le fleuve qu^Arrien ne 
nomme pas auprès de Gogana ( Gimkun, Kounkoun) est le Ba^ 
grada de Ptolémce et de Marcien , et le Nabon de notre carte. 
Uon crut que ce fleuve notait pas nommé, parce qu^on interpré- 
tait ces mots du texte : OpfJLt^oirtai it Trpoç vyrcûpsifjy, par : Ils retoW" 
fièrent au pied de la montagne (4) ^ mais comme Pline cite ici le 
fleuve Hyperis , et qu'il ne fait point mention de Bagrada , nous 
pensons qu^/()79or^i5 est un nom propre, voire même V Hyperis de 
Pline. Troisièmement , VAréon et le Padargos^ au rapport de 
Méarque, ne sont que des torrens temporaires, qu^il ne faut pas, 
par conséquent, chercher sur nos cartes. Il résulte de ces remar- 
ques, eu égard aux sources et aux embouchures des fleuves du 
Fars , qu^on les reconnaîtra sous les dénominations du tableau 
de Tautre part, en partant de Qerman pour la Susiane. 



(1) Car il ny a pas d'apparence (3) Vincent, Voyage orNearchua, 

qu'une position dans Ptolémée soit pag.374* 

préférable au rapport que fait un na- ^#v ^> « .. 

. ^ « ,., , • (4) Classe adramum montis eoHoeaia 

▼igatenr de ce qu il a reconnu par lui-* ^:y. . _. ^,. . ^,. , 

_^A , %. «f, j i'a j Histoire indienne dAmen, édil. de 

même, sur les lieux. Mém. de FAcad., « ^ . , ^ . 

tom. XXX , pag. i65. Schmieder, pag. aoo. On sait que cette 

'' édition est très-estimable À cause de 

(a) Ptolomy bas misplaced ît , and ^es savantes recherches en géogra- 

Dot Arrian. Vinc. , Voyage of Near- phîe. 
chus, pag. 374* 







(a68) 




• 


GÉOGRAPHES OAIEin'* 


ARRIEN. 


PTOliMÉE. , 


MARCIEN. 


PLIINE» 


Kanr 0» CIkouiToad. 




Kariva. 


Eorhis. 


Sabos. 


Daibbia au Dékan. 




Dara. 


DDra. 


Datas. 


NalMVB. 


Hyporeii. 


iSagrada* 


Bagrada. 


Hyperi^ 


Silarégan. 


Sitacag. 






SUîogagas(i) 


Nidiaver ou Khickt. 


Granis. 








BanAerrig eu Khaobidak. 


Rhogona. 


Rhogomanis. 


Rhogomanîs. 




Ab-i*Chîrin. 


Brizona. 


firisoana. 


Brisomna. 




Tab. 


Arosis. 


Oroatis. 


Oratios. 


OroatU. 



Le Dwroud^ ou le fleuve du Diable , prend sa source sur la 
frontière de Qerman , met en mouyement une vingtaine de mou- 
lins, et se décharge dans la mer. Ce fleuve e»t peut-être le même 
que le Diçroud , nommé par le géographe persan , du nom 
d^ Abi'Zémîh. Peut-être aussi ne Test-ce pas. En général , nos 
cartes présentes ne s^accordent pas encore autant qu^on le sou- 
haiterait avec les Sources orientales, relativement aux fleuves qui 
portent au golfe Persique le tribut de leurs ondes ; avec les rivières 
intérieures, le défaut d'accord est encore plus grande parce que plu- 
sieurs voyageursieur ont donné desnoms tout-à-faitdifférens. C^est 
ainsi que Chardin prit le Kor , quUl traversa (2) ( en se rendant 
à Bender-Âbbassi) sur un pont d^une demi-lieue de loqg, à 
Caureston^ pour le Bendri'Emû\ Ce qui peut ici Pavoir induit en 
erreur , est autant Tidentité du nom ( car le Bend-i-Emir se 
nomme aus^ Kor ou JfiCour), qu^une digue qui barre également le 
cours de celui-ci.Mais ceKor-Aa n^est pointdutoutle Bend*i-Elmir 



( i) Le Cyrus ou VAgmdaias de Sira- 
bon et le VatrachiUs d^Amm. Marcel- 
lin qui nomme ( chap. cxxiu, pag. 16) 
le Rhogoroanisy le Brisoana et le Ba- 
grada. 



(2) C* est le (lea^eBeadeniIr, venant 
de la province de Perse, pour aller 
se perdre proche do port de Conguc 
(Kimk). Chardin, tom. IX, p. ta3. 



( Vyiraa^es)^ c'est le K^nos de Ptolémée et d'Arrien^ le Sals0s 
db Pline , le Roud^-i-Chour ou le fieuye saumâtre de la c%rte de 
Wahl y et dont Diipré fait mention sous le nom de Kor , auprèa 
de Latitwny lorsque ce voyageur donne son itinéraire de Beoder-* 
Abbassi à I^ar (i), et qu'il annonce qu'il entre dans la mer» entre 
Kiamir et Kunk. Gomm6 cette rivière sert de frontière entre le 
Qerman et la province de Lar , il en a déjà été question daps le 
chapitre de Qerman. 

Le second fleuve que Dupre traversa sur la route de Bendjsr- 
Abbassi à Lar , et imméditement devant Lar , comme il avait 
traversé l'autre un peu en avant de Bender-Abbassi , se nomme 
Kalaton dans son Itinéraire , et se décbarge dans la mer auprès 
de Bender-Nachilon Nahl : comme Bender-Nachl est en face de 
l'île de Bouchab , et non fort éloigné de l'ancienne Ziraf , ce 
fleuve ne peut pas être un autre que celui qui , sur les cartes, se 
débouche en face de l'île de Bouchab , auprès de Nachelon, et 
que tous appellent Darabin. Mais les géographes orientaux ne 
nomment ni Kilatou, ni Darabin , le fleuve qui a son embouchure 
auprès de Ziraf. Il l'appellent Zidégan , ou Hékan. 

lie fleuve Kalébioun , sur la route de Darah à Forg. On le 
traverse trois fois dans la plaine de Madavan. 

Le fleuve Rjudbal^ qui prend sa source à douze parasanges de 
Darab, dans la montagne de Chah Abbas, auprès de Niriz, et 
traverse la ville de Darab. C'est celui que le Djihan-Nouma 
appelle Nieiz , et qui , suivant ce texte , jaillit dans le district 
à'ArdjaUy baigne les vallées de Djîghan^ de Djour et à^Ardechir^ 
avant de se jeter dans la mer. Sur la carte de Lapîe pour le 
Voyage de Dupré , le fleuve qui traverse Darab vient de Niriz, et, 
se dirigeant vers le sud-ouest, il parcourt effectivement le district 
de FirouZ'Abady c'est-à-dire les vallées de Djour ^\ d'Ardechir^ 

(i) A utie demirUeue (de Lati- avons loogëe la veille de notre amr^e 
toim ), coale la rivière Kor^ que nous à Jaroun, Dupré, tom. I, p. 4^^* 



( 270 ) 

et se débouche dans la mer sous le nom de ^tarègan. Si cette 
assertion est réelle , on ne peut plus conserver le moindre ddute 
qu'il ne faut point chercher ailleurs qu^à Darabjerd la célèbre cité 
de Pasargade, en ce que, suivant Strabon, Pasargade était sur le 
C^rus owY Agradates, et, suivant Pline, sur le Siiiogagus, « 9110 
» Pasargadas sepiimo die naçigaiur (i). » 

Le Zitarégan^ comme d'AnvîUe (2) et Vincent (3) Font dé- 
montré, n'est pas autre que le Silacos d'Arrien ; et dans peu de 
noms de lieux, rétymologie de l'ancien terme s'est aussi bien 
conservée que dans Sitacos^ Stttogogus et Sitarigan. On peut dé- 
montrer d'une manière très-satisfaisante , pourquoi le fleuve qui 
passait à Pasargade s'appelle Cyrus dans Strabon. Le Zitarégan 
arrose le district de Firouz^Abad et reçoit dans son lit la rivière 
qui passe devant la cité décorée de ce nom (4). Mais le vieux nom 
de la ville et du district de FirouznAbad esïDJour^ une altération 
évidente de Cyropolis. Par-là il devient évident que le Sitacos 
d'Arrîen , le Sitagogus de Pline (5), et sur lequel , selon lui , on 
parvenait à Pasargade le septième jour de navigation , est le même 
que le Cyrus ou l' Agradates, qui,* au rapport de Strabon, coulait 
devant Pasargade (6), et le même encore que le Zitarégan , qui, 
suivant le texte du Djihan-Nouriia , reçoit la rivière de FirouZ" 
Abad\ et encore, suivant la carte de Lapie, le même que le 
Niriz, qui passe par Darab (^Pasargade). Le fleuve Souïan de 
Figueroa , et ce qu'on en dit , coïncide bien avec le cours du 



(i) Il faat se bien garder de croire phiqnes sur le golfe Persique. Hëm. 

que PoUfazAo ( Dupré, tom. I, p. 34o, de TAcad., tom. XXX, p. 58; 

et tom. II, p.68), c'est-à^ire le fleure ^3^ ^he Voyage of Nearchus, bv 

de Yéssa , soit celui de Pasargade ; ce Vincent, pag. 356. 
fleuve :Fîgaroa, pag. io5) se décbaiige 

bien dans le Soùiana , mais il ne passe (4) Djîhan-Nouma , p. 274. 

point auprès de Fezza (Fessa) : mais (5) Pline, tom. YI, p. aS. 

auprès de Chiraz. ^g^ Sxr^hon, tom. LIX, cb. m , § 6. 
(a) D^AnviUe, Recbercbesgéogra- 



( ^71 ) 

ZHarègan ; « la rivière de Sujan ( Souïan ) , qui vient de bien loin, 
» et qui entre dans le golfe de Perse, vis-â--vis Tîle de Bahraïn. » 
( L) Ambassade de don Garcias de Silva Figueroa , traduite par 
Viqueford , p. 95.) 

Le fleuve Karzi ( Karzin ) 9 qui prend sa source dans les en- 
virons de Darabdjerd , et se perd dans la vallëe de Karri , le 
Djihan-Nouma l'appelle Abi^Méqan (i). 

Le fleuve Déqan du Djihan-îtouma (2) et du géographe per* 

san (3) , prend sa source dans le Fars , au mont Chad^Aférin , 

arrose les districts de Roustori-Chah , les campagnes de Djérner" 

gan , Koumar et Karzin, et tombe dans le golfe Persique , entre 

Këdjirem et Ziraf , après un cours de cinquante-cinq parasanges. 

C^est du village Déqan, ou Zidegan qu'il tire son nom. Ce fleuve 

ne peut être que celui qui est nommé Nabon sur les cartes, et qui, 

sur celle de Lapie , a son embouchure auprès de Bender Assdou, 

Le fleuve de Firou2&*Abad ( probablement le Phirstùnus de 

Pline , prend sa source dans le mont Haznat , arrose les districts 

de Firouz-Ahad , tombe dans le Zitarégan , qui le porte dans la 

mer, après un cours de douze parasanges (4)« Dans Wahl, il se 

nomme Roudhané'irZinan ; Franklin le nomme Zinoun. 

Le fleuve iV/c^per (le Granis d' Arrien), sort du montNichaver, 
arrose le district de ce nom , et se jette dans la mer après un cours 
de dix-neuf parasanges. 

Le fleuve Chirin*(le JBrisana d'Arrien), sort du mont Dinar y 
et se jette dans la mer (4), auprès de Djétiah {Gunaça, sur les 
cartes anglaises) ; il est considérable. Ce n'est qu'avec difficulté 
qu^on le traverse à cheval. Il n'a que neuf parasanges de cours (5)é 
Le fleuve Hara vient du mont Khounkan^ s'unit au Chirin, et 
entre dans la mer; après un] cours de onze parasanges (6). 

(0 Djîhan-Nouma, p. a65. (4) Djihan-Nouma, p. 2^l^ 

(a) Uem, p. ay^. Thérenot , ch. m, (5) yj^. 

et vm , le nomme Bauschiunr. ^g) Manuscrit , No 433, 
(3) Djihan-Nooma , p. 374* 

n. 35 



( ^72 ) 

La riidère Dauhid se jette dans le Chahpoury après que celai-ci 
a parcouru un espace de dix parasanges avant d'avoir atteint la 
"siUe de ce noja (Chahponr ) (i). 

Le fleuve Khandanj qui sort du mont Badjerm , tombe dans 
1^ Ghahpoar iq^nès ua cours de huit parasanges (2}. 

Le fleuve Zerdèsarose le district de Firouz-Abad (c'est sans 
doute celui que le Djihan-Nouma nomme FirouznAlHxd), par- 
court un espace de huit parasanges (3). 

.Le fleuve Toi, du géographe persan, doit-étre le même 
.que lé Ghirin du Djihan - Nouma , puisque , comme lui , il 
prend sa source au mont Dinar 1 et a son embouchure auprès de 
Djénab (4). 

Le fleuve Méhriz , auprès de Yèzd (5) ; celui de Déhaia , non 
loin de cette ville , dans la vallëe de Tafi (6) ; celui de Fazza 
{Poxdi-F4izm) {^) \ tz\\i\ àt Kochladel - Fazer ou ZehartPqni 
prend sa source au mont de SIdzzar ? et qui passe auprès de 
Défid.y sous un pont de trois arches (8), et celui qui longe 
la route de Mayin et Imamzade (9). 

Iles. 

Les îles du golfe Persique appartiennent, d'après leur situa- 
tion, à la côte du Fars, à cette portion de celte province que 
Ton nomme le Dechtistan ou le Germesir ; et comme Morier et 
Ouseley, qui arrivèrent en Perse par mer , ont abordé quelques- 

(i) Manuscrit, N^433. (Silacus) comme le Rhogomanès. 

(a) Idem. (5) Dupré, tom. II , p. 97. 

f^) ^*'"- (6) Idem, lom. II , p. 9a. 

(4) Bem. Ce Tas est le Brîzana , ^ r . r 0/ ^^i- 

lA • 1 JL 1 Di. : (7) i«fin, lom. I, p. 340-466, t II, 

qa'Arnen place après le ii^^o/si5, qui cq » r -r f . , 

est la rivière de Benderriq. Wahl P 6' • 

commet des erreurs en regardant le {S) Idem, tom«I^pag« 3o4* 

Nouchaçer ou Bouchaçir ( le Granis ) ^^^ Johnson, chap. vu. 

comme le Brùuma i et le Zitarégan ' 



Ca73) 

unes d^elles , et en ont fait Thistoire , aussi-bien que celle des pi* 
rates Djéçûssims qui s'en sont emparés , nous allons en citer quel- 
ques-unes des principales , sous leurs noms actuels , et sous les 
dénominations que leur donnent les écrivains de l'antiquité. ' 

Ormouz, ou Hormous, rA/?/*oÇe<a d'Arrîen , rA/yt»$» de Pto- 
lémée, et V KpfjLot^iaci de Marcien. Comme cette île, ainsi que 
sir W. Ouseley l'a trouvé dans les sources orientales , s^appelaii 
autrefois Djaroun on' Garoiin\ elle est probablement là Tvpptv}j 
de Strabon , où le F^ parla faute du copiste, aura prisr la forme 
d'un T ; de même que l'inverse paraît avoir eu lieu dans le mot 
TaQpi^de Ptolémée, au lieu de TâfC^/f (Tebriz) (i). 

Laredj ou Laregy TOrgana de Néarque. Vincent d'abord la 
confondit avec Ormouz. Iol critique de Heyne l'éclaira sur ^on 
erreur» et plus tard, il changea d'opinion à cet égard (2). 

Kichm, VOaracte d'Arrien. On y voit ie tombeau, du roi 
Èrythras ou Yobocht^, nom qui paraît s'être conservé à^ œlai 
Broct^ ou Zroct. On la nomme aussi en persaa JD/izirè^i-JXraz ^ 
en arabe Djizirèt-TcwUei (l'île longue) (3). 

Kéich^ ou KéîSy la Cataera deNéarque. Elle fut jadis consacrée 
à Hermès et à Aphrodite ; Ouseley en fait l'histoire d'après les 
sources orientales (4)- 

Angar, Bouchaab et Tomb (l'Ile des Tombeaux) sont compris, 
dans Arrien , sous la dénomination générale de AAAif innaoç (5). 

PoUor est XioKùjpoc et Indaraçi Kezxv^poç. 

Après l'examen de la structure de la province du Fars sous le, 
rapport du sol et des eaux , nous allons examiner les races de ses 
habitans , ses productions , ses monumens et ses divisions terri-» 
toriales , conmie nous les trouvons consignés dans les sources 
orieatales. 

(0 Oodeley, tom. I, pa^^. i55. Le (3) Onsdey, tom. i, p. 16*. 
DjUian * Nouina lai donne aussi les (4) Idem. • '- 

noms de J^aroun et de Zaroun, p. 257. f 5) Vînccût, et d'après Itlî, Schmie- 

(a) Pnseley, tom. I, p. 16a, 4er, dans ses Notes sur Arrien^ 



(274 ) 

Races au Tribus. 

Ibn-i-Haukal (i) et le Djihan-Nouma (2) donnent une liste des 
tribus qui habitent le Fars, et se nomment 2km; sous cette déno- 
mination sont comprises la tribu de Djiloimè (ou Mihan); la tribu 
à'AhmednIhn-ouUJéiçj qui s'appelle aussi Zérnihan ; la tribu d'^A- 
med^Ibni'Salah y qui s'appelle aussi Barihan; la tribu ^Ah- 
med^ben-Houssein , autrement dite Karma ; la tribu ^Ardechir^ 

Productions. 

L'excellence de ses dattes , de ses riz , de ses raisins et de ses 
roses est connue par maintes relations anciennes, surtout par celle 
de Koempfer. Le Djîhan-Nouma vante les savons , les vins doux , 
les huiles , les figues , et les toiles de bain A'Ardjan ; le chanvre, 
les poissons , les dattes et les toiles de bain de Mahroiuan. Les 



(i) The oriental Geographyof Ibn- 
i-Haukal, p. 82. 

(2) Pag. a6a. Ce paragraphe est tiré 
da DjihM-Nouma , parce que la tra- 
duction d'Ibn-i-Haukal| par Ooseley, 
parait tout embrouillée en cet endroit ; 
il nomme la première tribu Heilomch 
ou Senujan \ au lieu de DjUoune on M/- 
han; ensuite il prétend que la tribu de 
Kara et celle ^Ardechir ne sont qu'une 
même race. C'est dans la race de Kara 
qu'il faudrait peut - être chercher les 
Germains ( Ta^o/zy., ^J^) d'Hérodote, 
qu'il comptait au noinbre des tribus du 
Fars. Dans la précieuse nomenclature 
que Rousseau nous a donnée des tri- 
bus nomades ( Vof. Notice histor. 



sur la Perse , pag. 54, et Dupré , ch. 
Lxu), on omet non-seulement de citer 
les races que nous venons de nom- 
mer, mais plusieurs autres encore qui 
sont plusieurs fois mentionnées dans 
des histoires Persanes modernes , 
comme , par exemple , les tribus tur- 
comanes Teqèh^ Eitr^ ^ Yémout et 
Géneilan dont parle Morier ( second 
journcy , pag. 378) , les plaçant dans 
le Gourgan ( Hyrcania) , et dont il est 
question dans l'histoire de Nadir-Chah 
de Mahdij dans le 6* livre, chap. lU et 
xui. On passe sous silence les tribus 
Arabes de Cael et Taimn , citées dans 
la même histoire , liv. III , chap. Ti ; 
les trib.tts Turcomanes JemraU et Za- 



(275) 

tapis et les rideaux d'étoffe de Darabdjerdj les tapis et les toiles 
de Djérem , les étoffes de soie et les rideaux, les toiles, les roses 
et les duçeis de Chiraz^ Teau de rose de Firouzabad^ le riz 
d'Istahar, la moiimie et le sel de diverses couleurs de Darabdjerd ; 
la magnésie , les mines d'acier et les armes de Niriz^ les étoffes 
et les habillemens de Bézza , les cotonnades , les soieries et les 
brocards de Yezd, les fleurs, les fruits et les parfums de Ghahpour , 
enfin les perles et les coquilles du golfe Persique (i). II faut y 
ajouter les fabriques de cristal et de verre , et les ouvrages de 
marqueterie de Chiraz, dont les voyageurs modernes ont parlé 
avec éloge (2) , les armes de Chiraz , fabriquées dans dix-sept 
manufactures , les melons , les tabacs , les bézoards et le baume 
nommé Koudret-i-Berma , que Ton tire du mont Benna , dans le 
Lar, auprès de Bender-Abbassi (3). 



Dm'sion. 



Nous avons déjà parlé de sa division naturelle , en partie sep-* 
tentrionale ou froide , nommée Serdsif ou bien Serhad^ et partie 
méridionale ou chaude , nommée Déchtistan ou bien Germsir ; 
mais sa division politique est , de temps immémorial , composée 



âour (liv. I, chap. xviii); la tribu 
septentrionale Oar ( liv. VI , ch. v et 
XI), sans parler de tribus Âfganes qoe 
Pon a également omises. Les tribus 
qa'Hérodote place dans le Fars sont 
celles, des Pasargades^ dont la plus no- 
ble branche est celle àtsAchamenides; 
les Ariéates et les Perses , les Mandes 
et les Mazes^ les Dropiques et les Za- 
gartes , les Dahers et les Mordes , les 
Pantholes et les Deruses , les Germains. 
De ces douze races , on en retrouve 
encore quelques-unes étymologique- 



ment : Achamenides se retrouve dans 
>*ae* Adjem; les Ariéates àains ja^J^I 

Ardéchir* les Daher dans le mot ^U*m»J 
Dahistan; les Mordes dans ^ Merd; 

les Germains dans ^^^ Kamiane on 

^t»p Kermane; les Zagartes dans jâL» 
Salgar; les Morales dans jj^ Mero. 

(i) Djihan-Nouma, p. 378. 

(a) Dupré , tom. II, p. 10, et Mo- 
rier, first joumey, p. a3i. 

(3) Kœmpf.Amoenit.exot.,fasc.II. 



(276) 

de cinq cercles, que Ton nomme Qourè (i). Le qourè dlstahar , 
c'est-à-dire le cercle de Persëpolis ; le qourè de Darabdjèrd , 
à Test du précédent ; le qourè de Kobad , à V ouest du qqurè de 
Persëpolis , qui est situé au milieu de ces deux cercles mentionnés. 
Ces trois cercles composent la partie supérieure du Fars. La partie 
inférieure se compose du cercle de Chahpour^ immédiatement 
au sud du cercle de Kobad et du cercle à^Ardechir^ qui confine 
au nord avec le cercle à^Istahar^ à Touest avec celui de Chahpour, 
et à Test avec le pays de Lar. £n ajoutant le Laristan aux cinq 
cercles susnommés , on aura Tensemble géographique de cette pro- 
vince , et Ton pourra se faire une idée de son importance politique. 

Ruines d'anciens monumens du Farsistan, 

Hoeck nous a présenté de la manière la plus claire ; dans un 
exposé concis, tout ce qu'on avait rapporté sur les ruines de 
Persépolis. Il admet Thypothèse de Eeeren , qui a regardé ct% 
édifices comme des monumens sépulcraux. Deux considérations 
nous empêchent néanmoins d'y donner notre adhésion, La pre- 
mière est qu'il aurait fallu , pour les admettre comme tombeaux, 
que les sépulcres des rois n'eussent été qu'à Persépolis , ce qui 
n'était pas du tout le cas , puisque ceux-^ci n'étaient pas seulement 
dans la montagne royale de Rahmet et dans la montagne à 
double cime , noinmée Aktépé et Douta ; mais encore à Ecba- 
tane (2) et à Arbelles , où ils furent dévastés par Caracalla. 
La seconde considération qui nous fait rejeter l'hypothèse de 
Heeren , est que la procession solennelle de toutes les nations 
de l'empire avec les productions du territoire , qui , dès l'époque 
de la fondation de la monarchie persanne, avait lieu tous les ans 

(i) Djihan-^Nouma , p. a6a. pag* i3i) ; et les rochers de Gendjnamè^ 

(2) Olivier fait mention de ces mo- V^^^ ^^ Hamadan, {idem^ p. ia6) con- 

nomens sépulcraux. Kinneir en vit finnent ce que Josèphe dit des tombes 

d'autres àt Sahana [ Voy. son Voyage, royales près d'Ecbatane. 



( ^77 ) 

à la fête du JNoçrouz , et dont Pusage s'est perpétué jusqu'à nos 
jours par les députations que les gouremeurs de provinces sont 
obligés d'expédier à la cour du grand Roi, avec des présens com- 
posés , en grande partie , des productions du sol et de l'industrie 
propres ^ chaque contrée , n'a point de rapport à la mort ni aux 
funérailles , mais rappelle le souvenir d'une institution que les 
souverains avaient établie lorsqu'ils étaient parvenus au comble 
de la puissance. En conséquence, Herder^ qui voyait dans ces bas- 
reliefs la représentation d'institutions politiques de Djemdfid et 
de cérémonies usitées à la cour de ce grand Roi , nous semble 
avoir été plus heureux dans ses alertions que Heeren , ce que 
nous confirmeront probablement quelque jour les inscriptions 
cunéiformes que nos savans ne sont pas encore parvenus à déchif- 
frer. Il est bien à regretter qu*aucun des voyageurs modernes qui 
ont exploré ces lieux n*ait pris la peine de copier quelqu'une de 
cesinscriptionsetde nous la communiquer, afin de nous donner de 
nouveaux matériaux à déchiffrer, ou pour nous fournir les moyens 
de nous confirmer dans les essais que nous avons déjà tentés. 
Parla comparaison des trois inscriptions cunéiformes que l'on 
trouve dans Niebuhr et Lebruyn, on demeure convaincu qu'il 
faut peu compter sur celles du dernier. L'inscription qui règne 
autour de toutes les fenêtres, dune manière uniforme^ et que 
Chardin et Kœmpfer ont rapportée , manque d'identité dans le 
travail de ces deux voyageurs ; et Morier, qui y lors de son se- 
cond voyage , ne se contenta pas de mettre à découvert le côté 
représentant les processions solennelles ^ dont les dessins de 
Chardin , de Niebhur et de Lebruyn nous avaient donné connais- 
sance , mais découvrit même la moitié de la grande inscription 
publiée par ce dernier, n'a communiqué ni dessins ni inscriptions. 
Les ruines du château d^Isiahar. Morier les visita et n'y trouva 
point de sculptures (i). 

CO Morier , second journey, p, 84- 



( :^78 ) 

A mi-chemin de Tchîhlminar ( les Quarante Colonnes , mats 
dont seize seulement sont debout ) , Ton trouve les sculptures de 
Nakch-i-Red/eb , dans le style de celles de Nakcf^i-Roustem , 
c^est-à-dirc de Tëpoque des Sassanides. Le dessin de Morier (i) 
prouve en faveur de Texactitude de celui de Niebuhr (2) , Gha- 
pour (Sapor) y est représenté dans toute la majesté de sa cour. 

Nakh'i'Rousiem ; Morier et Ouseley (3) ont décrit avec dé- 
tail les sculptures du mont 2>oiito(que Kœmpfer,dans sa Relation, 
pag. 3o6, nomme Achtopah^ c'est-à-dire Aktépe). Elles représen- 
tent, d'une part, la victoire de Sapor sur l'empereur romain Valë- 
rien; et d'une autre part, le partage de la couronne entre Àrdé- 
chir et Chapour, que le premier avait associé à l'empire. Parmi 
les quatre tombeaux du mont Douta de Ctésias, qu'Heeren et 
Hoeck ont confondu avec le mont royal de Diodore , se fait re- 
marquer le sépulcre de Darius Hydaspe. L'inscription cunéiforme 
de quinze lignes , dont p^rle Chardin, tom. IX, pag. i23, n'a pas 
encore été copiée. 

Zindan-i'Djemchid ; la prison de Djemchid. C'est ainsi qae 
l'on nomme les grottes du hallage de Hadji-Âbad , au pied de la 
montagne de Nakchi^-Roustcm, à l'orifice de la ravine escarpée de 
Djihan-i-Zevend , d'où s'élance le fleuve Polbar (qu'on nomme 
aussi jPVrôar, Féraçan^KhourreTn-Abad^tMedus)\ on y voit trois 
inscriptions en pèhlevi , dont Morier ne relate qu^une , et selon 
l'apparence avec moins d'exactitude que celle que Hoeck se com- 
I^aît à louer dans ce voyageur (4). 

lie rocher nommé Nakarahane-i-Djèrnchid^ la salle de musi- 
que de Djemchid, auprès du village de Bend-ï-Émir, ainsi nommé 
à cause de la fameuse digue d'Azadouddovlet , n'est remarquable 
que par sa structure (5). Il ne faut point confondre ce rocher 

(i) Idem, first journey, p. 84. (4) Hoeck, p. 16. Vu- accuratissimus 

(a) Niebuhr, tom. II y p. laS. Morîerus, 

(3) Morier, first journey , p. 126. (5) Morier, second journey, p. ^^ 

Oascley, p. . . . 



( 279 ) 

aTcc rédifice carré et blanchâtre , auprès de Nakch-i-Roustem , 
que Kaempfer (pag. 824) nomme aussi Nakara-Hanè , et que 
Morier considère comme un pyrée (i). 

A un mille anglais de Nakchi-Roustem, au pied de la montagne, 
et dans la direction de Test , on remarque des aqueducs taillés 
dans le roc, et qui n^ont pas été achevés, dont le plus considé- 
rable a 67 pieds de longueur, 2 de largeur et 1 5 de hauteur (2). 
Personne avant Morier ne les avait décrits. C^est aussi IhI qui , le 
premier, fit la remarque de plusieurs aqueducs au-dessus du sol , 
qui avaient été taillés dans la roche vive , derrière les rnines de 
Persépolis (3). II ne put point pénétrer dans les souterrains décrits 
par Chardin (4); mais il explora avec soin la montagne de Persé- 
polis , et découvrit quelques ruines de Tédifice nommé Harem-ir 
Djemchid , le harem de Djemchid , que Ton appelle aussi Tiûitr- 
i'iaousy le trône du Paon (5). 

Immédiatement à Textrémité de la croupe duNakch-i-Roustem, 
là ou cette montagne se dirige vers Test , sMlèvent deux tours 
que Kœmpfer seul a décrites (6) ; il les appelle Seng-i^Sulcyman, 
pierre de Salomon. On y voit aussi deux colonnes, dont Tune est sur 
lahauteur. Morier ne fait pas mention des deux tours quelK^aempfer 
regarde comme des constructions modernes ; mais il parle des 
colonnes situées à Fendroit où la chaîne se détourne vers Test , 
et de la terrasse de 24 toises qui règne à la sommité du rocher. 
•—Des six bas-reliefs qui décorent les sculptures de Nakch-i-Ru&- 
tém , Morier n'en a donné qàe quatre d'une manière exacte ; il n'a 
pas publié le deuxième, qui se compose de neuf personnages, ni le 
quatrième, qui représente le triomphe de Sapor sur l'empereur Yalé- 
rien. Le dernier de ces bas-reliefs, dessiné par Niebuhr, est le plus 
intéressant de tous, à xause de la grande inscription en peUevi, 



(i) Morier , first jonraey, p. ia8. 
(a) Idem^ second joarney, p. 78* 
(3) Idem^ first journey, p. i35« 



(4) Morier, second joumey, p. 77. 

(5) Idem, ibid,, p. 7g. 

(6) Ksmpfer , p. 3o8. 

36 



( a^o ) 

dpfffr is^fjQlffifrqi)^ TillHStre voyageur n'a pu rekv^r qyie la 
^9Rh^^ T^^^ffh' çi)^>On (i). Si^. W. Owelçy a r^^vq les- mscripr 
lions sassanides du second sépulçi^e que repiÇerme k rocher» etdes^ 
qjwWflft -FffbWPÇI n'^v?iit fvt que pai;ler. 

IL'édifice sib|fi è^dnq Uaues anglaises au sud^est de Ghîras , et 
n<tainé Mesjiil^i'jiyJad^rirSukjman , temple de la mère de* Sala- 
mfMf^y a d^ii été diéci^i; p^ur Chardin (2), Théveupt (3)» K^oipfâc 
ebTïiâl^ukr, Trioisj lieues anglaises plus loin., Ton trouve encore 
d^aulre^eulptures: de ^époque de Chapour. Le nieiUear conduc* 
leur poun y arrivai! est de i^emontec une ri vière qui prend sa source 
à^wie QenMiiie detoise&de ces. monuroens c^ coule dans la diree- 
tioQ^d^ ChÎDajB (4)« 9rès du coteau sur lequel s.^élèvent lea ruines 
perjsépolitaines» de» Mepdîîd-i-^Mader-^i-Suleyman; août deux 
grandes ,table&dHnsci;iptious en caractères pehlevi, qpe Toutra^e 
du temps a rendus presque indéchiffrables» et un toml>eau taiUé 
d^ï^alerocC^). 

]!^çl]^liedri-Afad(»r<*i-Stileyman (6) , ^ c^estrà-dîre le tombeau de 
lanp^ère de SalQmpn, dans le Mourghab* que l^riei:-9.et,.d!apràs- 
li4> Grotefend , on^ pris à. tqrt ppui! Pasargade qui étaj^t dans^ 
Test de laprovince de Parsii^, pjréieiite un petit édifice fond^ sur. 
sept degrés, que Morier et Grotefend: consid^èrent comme le 
toiRbeau de ÇyrMS, tandis que Hoeck veut que ce spjit une sépulture 
sasswide (7). Morier, dans son second Voyage (8) i fait mention 
d^ujp pils^tre. (asse% rapproché de ce monument , mais, .toutefois , 
isp^édesautrespilastriss qui^Mlèventilbins la plaine), qui estcou*»^ 
▼e^t des sculptures le^plus remarquables : le burin y a. tracé dans 
le style le plus pur , une figure que Ton prends ^t pour un préjtre 

(i) Niebtthr , tom. II, p. lag. (fi) Hôeckne fait point de dîstinclîott 

(a) Chardin, tom. YIII, p. i85. de ces deux monumens. 

(3) ThéTcnot. (7) Hoeck, p. 6», 

(4) Morier, second joumey, p. 66. ^^j ^^.^^^ ^^^^ .^^^^ ^ g^ 

(5) Idem. 



égyptien I à sa tiftra ( tfarl&tilâca triplex ) otttét idè V^i^» «t ttë 
cornes de bœuf, comme on FobseiVe fic^qulsitiiikëbt dkùs les ifaffr- 
nHHiMS de rÉgy^te. Cette figure a^u^si ^uattie ailes dt^'dtëtiûjhi. 
Le tùmbeiau dôtit il est question , qu( %'4^Vt teb tôtmt pytiiihidafe 
sur sept degrés, jette une grande lumière sur son origikfè: tbttt 
porte à croire qu'il fût construit àu teinpsde Oattb^e, ^iài^ des 
ardnteefes égyptiens ; mais tditimfe les Sculjttcires dé ices pilastres 
divers sont ^^galemeM accompagnées de daf&ctètts Cunéiformes , 
eUcé dénotdkift , dasfs TarcliiteMûre persëpùKtââne , itti mâailge dû 
style égyptien et du style de la BactHane (t). 

Les raines de Ghapour dont les sculptures éternisent le Itiam- 
phe de Sapor sur Tempcreur Yalérien y ont été visitées et dé<:i4tes 
par Motàer (a) et Ouseley (3). Après eux Johnsob eut le xoétne 
avantage (4)* E^cs sont taillées sur les rochers, tant sar Tune que 
siur Tailtlne rive du fleuve Ghapour « et les détails des coertumes et 
des armes des divers personnages sont du pins hant intérêt et 
digjues de Tattentidn la plus soutenue. Dans «ne d«s grvttes ^t 
une statue dont Johnson et Otïseley ^nnent nne représentation 
fort peu semblable. G^était à Ghaponlr que s^élevait le fameux 9]^-^ 
rée nommé Ga^ich ou du taurcTau. A cinq parasanges de cet en- 
droit sont les ruines de Chah-Behram dont Ksmpfer a fait men- 
tion, et qu^aucun auta'e voyageur n^a fait connaître après hA (5). 
De même, il n^y a que lui et CSifardin (6) qui fassent mention d'une 
tour carrée nommée la tour du Diable blanc , taillée dans la 
montagne, à deux journées de Persépolis, sur la route de Souza 
(Suée). Les rochers de Tengsendjah^ à seize parasanges de 'Chiraz, 

t 
(i) Les FeateigDeaictis les plus té- nt peut rêconnattre le caractère de ces 
cens sur ce moiHinieBt noms vieimeol sculptures^ 

JeJosephBarU«.to-j»n,p.,o8. ^^.^«totftb , 4. b^^j^., 

Unluogoamoaoduna Chiesola. ^-r^ > -r 

(a) Mttf i«r* iteoiA itmaVf, p. So. C*) K««»pfer , f, 365. 

(1) Ooseley's Travtls, 1. 1, p. ftSo. (^ CharAhi, t fit, ëitt. rAtehrtr- 
Mais les planches sont si noiires qti'oo éaitt. 



( 282 ) 

sc^t^ussi très-remarqoables parleur structure dans le défile qu'ils 
forment sur la route de Souza (i). 

Ifaratdjerd. L'on remarque de magnifiques sculptures à une 
demi-lieue hors de la ville. Ouseley est le premier qui les ait co- 
piées (2). 

Firouz-Âbad. On remarque dans ce lieu une colonne de pierre 
de cent cinquante pieds de hauteur sur vingt de circonférence : 
elle s'élève au pied des restes d'un édifice quadrangulaire : sur la 
rive opposée sont les ruines du Pyrée célèbre. A sept lieues an- 
glaises de Firou2-Àbad , sur la route de Chiraz , deux sculptures 
représentent f dans des dimensions colossales , deuxjpersonnages 
à cheval (3). >v ^ 

Après cette revue des ruines des anciens monumens du J^r5 
(ou du Pars ^ comme cette province est toujours nommée dans le 
poème intitulé Chahnamé , qui est l'histoire la plus croyable dont 
se glorifié la littérature orientale) , nous mettrons sous les yeux 
du lecteur les noms des Pyrées les plus célèbres, en tirant nos 
documens, non-seulement du Chehnstani qui guida Hyde dans le 
tableau qu'il nous a donné (Voy. son livre : De Beligione oeierum 
, p. i53) et auquel S. "W. Ouseley renvoie également 



(i) Ksmpfer, p. 36. 

(a) Ouseley, tom. I , pag. a63, et 
tonuII,pag. ... 

(3) Macdonald Kinneir, GeograpL 
M emoir, p. 68. C^est une q[uestioii im- 
portante à résoudre pour Texploratenr 
des antiquités persanes, de savoir si, 
dans les monumens , les ruines ou les 
sculptures , on a jamais trouvé le lype 
ixkPeneus des Grecs; car quoique ce 
personnage ait la plus grande analogie* 
avec Wàwas , comme ÛL le conseiller 
aulique Creuser le démontre jusqu'il 



l'évidence, dans la deuxième édition de 
sa Symbolique , ce n'est pourtant pas 
le m£me individu , puisque Perseus , 
considéré comme Berzin tjfjji, c'est- 
i-dire fondateur du culte du feu , est 
fort antérieur à Zoroastre* C'est d'a- 
près lol^e toute institution nationale 
a été caractérisée du nom de Benm 
penéeane : de là ce vers si souvent ré- 
pété dans le Chahnamé : 

. 9 Armé-«. d'une lance perséeâne et d^a 
» casqne pertéen. » 



(a83) 

dans le 2* chapitre de sa relation, mais encore du LXII' chapitre 
nomme j'^' "^Jà les Temples du feu, du livre : les prairies do- 
rées de la plume de Mèsoudi^ et surtout du Chahnamé. 

Pyr&s ou Temples du Feu. 

Fëridoun bâtit le premier un temple du Feu à Tous: c^est celui 
qui est nommé Keraker (dans le Bouchaira et le Sistan) ^ et que 
Behmen , fils d'Isfcndiar Tache va. Il en construisit un autre à El- 
chiqer valran (1) dans lequel on adora des idoles dont Nouchirvan le 
purgea. Kéïkosrov construisit, entre le Fars etTIrak (Chapour), ce- 
lui de Ghsidjè Aarsr^ ou Ghsùè am^. Celui qui construisit le pyrée 
nommé Djerdjis , à Koumis , auprès ou diaprés ChehrisUmirHa^ 
rir j est inconnu. 

Le pyrée Gèdjender tJJ^ fut bâti par Snavouch, et celui 
d*Ardjan ( ou à*Erdjan ) , dans le Fars , fut élevé sur la fin du 
règne de Lorasb. 

Suivant les autorités indiquées, tous ces temples du Feu sont 
antérieurs à Zoroastre ; Zerdoucht ne fut que le réformateur ou 
le restaurateur du culie ignéen qui avait été consacré par Houchenq^ 
dont les sectateurs furent nommés Mèh'Abad:^J\ ^; Djemchid 
lui avait substitué le culte du soleil et de la lune : Zoroastre le ré- 
tablit. Avant ce législateur, ce culte pur n'était pas Tadoration effec- 
tive du feu ; c'était le déisme , et la flamme de naphte liquide qui 
s^élançait du sein de la terre pour briller sur Fautel , marquait sim-* 
plement le point vers lequel il fallait se tourner dans Taccomplisse- 
ment de la prière ; on en trouve la preuve dans le Chahnamé , 
lorsqu'il rend compte de l'arrivée de Kèïqavous et de Keïhos- 
rov au pyrée S Azèrahadjan , c'est-à-dire l'Azerbidjan ( àTe- 
briz ). (2) 

(0 ^^yij^^^t Peut-être que ce (a) y^yM Bourhan-i-Kati impri- 

mot est celui de MeBoudi^^^ c'est-à- mé, pag, 43. 
dire Mourghab (Djih.*Nouin«,p. 279). 



(a84) 

• 



« ib dem ourtr e n t toprès ffenac Pespace d^me senaiae IPdleK pas croire 
• qv^ib fiMMot des adoiateartiafeoTU flamme ii*étail là ^^ 
^ iipç)e« Ae« lamiBs resipliffaieiit les yeux de cQox qui dtaient venvis fûre kim 
9 dévotioss. 9 

Ces autres vers confirment ce fait en attribuant à Djemdiid 
Tinstitution de Tadoration du Soleil : 

« Il adorait le Soleil. Djemchid était tombé dans cette îosigne erreur. » 

m 

Les pyrées antérieurs à Zerdoucht avaient plusieurs noms , 
suivant la planète à laquelle Tautel du feu se trouvait consacré. 
Le plus renommé de ces sept feux, qui sont cités dans les diction- 
naires pensinQJBoisrhanri'Kati et Ferhenq-î-Chou-Ouri, était celui 
d^ Azer-Crouchtasb , dont le nom se répète fréquemment , même 
presqu^à chaque instant, dans le poème de Ferdousi. Gouchtasb 
rétablit le pyrée qui existait à Balkh. Sous le règne de ce prince, 
Zoroastre construisit ceux de Nichapour et de Féza, et transporta 
le feu sacré du Hhaçaarezm Aj)y^ dans le pyrée de Barabdjird, 
qui, dans le Chehristani, porte le nom à^ Azer^Hhèrè %j^ j^\ , et 
dans Mèsoudi, celui ^ Axer-Nihr j^ j^ (j). Il était en réputation 
de la plus grande sainteté. Les Guèbres, craignant que les Musul- 
mans ne vinssent éteindre le feu sacré qui brûlait sur son autel , 
le transportèrent au pyrée de Fesa ou Féza, et à celui de Beiza^ 

(i) Il ne faut pas le confondre avec celui du Fièvre de Peu, ^j^^^^ ^ {ji}' 



( 285 ) 

qui ae nommak Merban (i). tJne inscription en pehleti portait 
que la coBsrtraction de ee temple avait coûté trente mille pièces 
d'or, 

Siri^aiit le Vexte du Ferheruf^ir-Djihangiri^ qui a servi de base an 
Bourhcm-i'Kati j Hyde donne cette liste des divers pyrëes : 

Le pyrée de lèzdy au mont Elbourz ; 

Gelm à^Ouraumièj nommé Bir»kheh-i,^ J^, le brillant ; 

Celui de Zourouchq , près de Hérat ; 
Celui de Beii-Ahdan^ à Zanaa ; 
Celui dé Beit-JSjauzan , à Fergana. 

M èsoudi cite ceux-ci : 

Lepyrée d^Istahar, aujourd'hui Mesdjid-i-Mader-i-Suleyman; 
c'est-à-dire le temple de la mère de Salomon , qui fut construit 
par Haumaï , fille de Behmen ; 

Celui de Chapour » bâti par Dara ; 

Celui de Djour (Firou^-Abad) , érigé par Ardechir , Babeq et 
Toubal Jl;^9 l'un des plus beaux monumens de la Perse , et <pie 
les Musulmans renversèrent ; 

Le py^ée de Mof-innar ^\ «U (Teau de feu) , d'où, seloa Mè* 
sondi , partirent les trois mages pour la Palestine afin de porter 
des présens à l'enfant delà crèche ; 

Celui de Barid ^U, élevé par Ardechir ; 

Celui de SoulmA^ , en Irak, construit par Bouran » fille de 
Khosrov-Perviz. 

Le Djihan^Nouma fait mention des pyrées de Kazrùun (a)^ de 
BaOch (a) et Kerban (4), de ceux à'Aniastan{S)yàe Mabin(6)^ 
de Fïhar (7), érigés tous les trois par Behmen , fils d'Isfendiar , 



(1) Bakoni « Notieti des Mimic., (4) I^Bifttf-'Nodinâ ; p;9g(i. 

(a) Djiban-Nonnu , pag. 976. (6) likm , ièitL 

(3) Idem y p« ag8. (7) Umn^ pi^'Sog.* 



( 286 ) 

ainsi que ceux à^Istahar, de celui déji cité de ZoureÊêchq (i), et 
de celui de KéMchir (2). Cette dënominatioii , suivant les locali- 
tés , doit être distinguée de celle qui est consacrée pour la dîvi* 
sion des sept feux qu 'Hyde nous a donnés ^^^px^^ 1^ nomencla- 
ture ainsi conçqe du Ferhenq-i^Djihangiri : 

Azer-i-Mihr^ .M , le feu du Soleil ; 

Azer-i-Nouch (Jtfj^^ 9 1^ ^^^ des sources de naphte 00 terrestre; 
Azer-i-Berzin (^j/jj'^K le feu de la foudre (Jupiter); 
Azer-i-Behram ^t^ j^^tf le feu de Mars ou métallique (Mars) ; 
Azer-i-Harin ou Hourdad , le feu des arbres et des plantes ; 
Azer-i-Aïin ^.tj<^t , le feu des yases ou de cuisine ; 
Azer-i*Goùchtasb , le feu des étoiles (Vénus). 

Le culte du feu des astres existait long-temps avant Zoroastre. 
Ce législateur institua le culte du feu du Soleil et de la foudre , 
comme on le voit dans ce vers de Ferdousi : 



» Il fattfitaâ le premier le feu da Soleil et de la foadre. » 

Il rétablit aussi le culte du Soleil dans le pyrée de Balkh. Chacun 
de ces sept temples était consacré à une planète^ comme Phistoire 
sacrée des Indiens le confirme également, Hyde, d'après le Bou- 
rhan-i-Kati , dit : « Ils construisirent sept temples en Fhonneur 
des sept planètes. » Il parait qu'ils regardaient le Soleil comme 
une des sept planètes. 

Le culte de Vénus et de son feu était fort antérieur à celui du 
Soleil ou de Mithras , qui ne dut son institution qu'à Zerdoucht , 
et dont on doit le distinguer , parce qu'il était tout différent. Le 
Chabnamé , qui est le seul livre qui puisse bien guider dans 
l'intelligence des écrits zends jjj, distingue, à diverses reprises, 
Anafud d<e MUhra , le génie du Soleil ; et le culte du feu des 

(i) Djihan-Noama , p.a56w (a) Idem. 



(207) 

Anaitis , bien loin de n^étre pas Persan , est phitÀt le plus ancien 
culte national des Perses, antérieur au culte de Mithra. Peut- 
être que l'on trouvera quelque jour jusqu^à quel point on se trompe 
en présumant Tanalogie de Mihr avec Mithra , de Berzin avec 
Persée ; de Nouch avec Dionise , et de Gouchtasb avec TÂnaitis 
des Grecs. 

Retournons à la topographie. 

Le Cercle d'jérdechir. 

Chiraz^ que Macdonald Kanneir place sous le 52* 44* de lon- 
gitude £. et le 29* 36* de latitude N. (i) ; que les tables persanes 
placent sous le 78^ i5' de longitude et 29*^ 36* de latitude (2), 
que Bakouji (3) met sous le 88"" 5* de longitude et 29"* 36' de 
latitude » que le Djihan-Nouma (4) place sous le 88"* 00* de lon- 
gitude, et 29'' 3o' de latitude, et enfin que Trezel (5) place sous la 
latitude de 29* 33* 7** , n*est pas seulement la capitale du cercle 
d*Ârdechir , mais encore celle de tout le Fars. 

Elle est la - résidence d*un Chal^adé qui la gouverne ; Houseïn- 
Aly-Mirza est son nom. Ses murailles sont coupées de six portes; 
dans son centre est une citadelle nommée j4rk : c*est un carré de 

« 

80 toises sur chaque côté (6) ; les édifices les plus remarquables 
qu'elle renferme aujourd'hui furent construits sous les auspices de 
Kérim-Khan le Curde, qui gouverna la Perse sous le simple titre 
de YéqiL La mosquée du Yéqil, le bazar du Yéqil, le jardin du 
Yéqil , le bain du Yéqil sont , entre une trentaine de mosquées , 
les édifices les plus dignes de Fattention des voyageurs. Sur une 
élévation au nord de la ville , à la distance d'environ une lieue 
anglaise , se présente un château moderne nqmmé Taht-i-Kadjar 



(5) Dupré, tom. II, p. a. 



(i) Macdonald Kinncir's geogrsp. (^j Dijhan-Nouma, p. 39a. 
emoir , pag. 60. 

(a) Dupré, tom* II, p. a. 

(3) Notice des maniucriu , p. 44». ^^ Macdonald Kùmeir , p. 6a. 

n. 37 



(m) 

(le tc^ne 4e Kaii^r)i auquel le roi aeteet, issu de cette tribo , qfn 
Ta Ait eoiMliltkis 9^ a attaché le souvenir de sa dynastie ; il ne se 
campwe qw d^une grande saUe décorée de peintures. C'est ce chà< 
teAtt éi ptelsance que Jh)bm<Mfi nommer l-ukhti-KouJJèru ^ d'aprèa 
U tXMitttaise pro&oÉtcttticn des Anglais. Le j^ardin dia Véqil porte 
aujourd'hui le nom de Djikan-Nouma ( spectacle de l'univers) ; 
les appartemens du palais, enclavés dans ce magnifique jardin, 
sont ornés des marbres les plus beaux de Tébriz et des émaux les 
plus riches (i). De ses fenêtres, Chiraz offre le coup-d'œil le plus 
enchanteur. Morier en a tiré plusieurs vues ; au milieu du jardin 
est un pavillon nommé Qovlah'i-Firenqi ^ on en a déjà vu de sem- 
blables à Tehran etli Tébriz. 

A deux lieues anglaises au N. £. de Chiraz , dans un canton 
stérile , on révère le tombeau de Saadi , que Kérim-Khan avait 
couvert d^un édifice de haute apparence y qui est déjà à moitié 
délabré. La fontaine de Saadi, qui contient des poissons sacrés , 
rappelle le cuhe dont on honorait anciennement les poissons 
dans rOrient. Au sommet du coteau que Ton appelle la monta- 
gne de Saadi, sont les ruines du château nommé Kala-i-Bender, 
et au revers qui regarde Chiraz, l'on remarque une fontaine d^une 
profondeur étonnante, que Chardin et d'autres voyageurs n'ont 
pas omis de faire connaître. 

Au pied de ce coteau est le charmant jardin désigné du noitl 
de DUqoucha , c'est-à-dire épanouissant les cœurs , qui est affer- 
mé^ comme, tous les autres jardins de la couronne, à des jardiniers 
qui vendent les fleurs et les fruits que leur travail y fait naître (2). 
A droite, sur la route d'Ispahan, sont les ruines du charmant fau- 
bourg de Mousalla dont Hafiz chanta les délices dans ses odes. 
Le tombeau de cet illustre poète est non loin de ce monument ; 
la mosquée de Mir-Hamza, surmontée d'une coupole en émail 



(i) Morier, firsl journey, p. 106, se- (a) Morictf , second joaroey, p« 63. 

cond jowDey, p. 63 ; Di^é, U II, p* 5. 



C 289 ) 

bleu , enjolive ce canton. Johnson a lev^ <ies copies des por-t 
traits de Saadi et de Hafïz , d^âprès les taftyleaux ^ui se trou^wftt 
dans une salle du palais annexé au jardin de Dfihan^Nouma. Ils 
sont tous denx en costume de ^er?icke; Hafiz tient un goundio 
et une ts^se de derviche; Saadi une c^yrbeillede fleurs et une masse 
d^arme (Tchakan). D^autres lieux de pèlerinage tels ^juC' celui ^e 
HêJÏ-'Tèn^ les sept corps, celui de T<;i^KU-7^^n, les quarante corps, 
possèdent de magnifiques jardins sur le chemin qui conduit à ia 
gorge qu'on est oblige 4e franchir pour jouir de Tadmiroble pi^vs* 
pective de la vallëe ^AUnt-Ekher (i) ; -ensuite vient le sépulcre 
de Mir - Aly , fils de Hamzè , le descendant du septième imam 
Mourza. Chiraz possède sept collèges ; les plus en réputation sont 
celui de Vlmam-KcuUkhan^ celui de Hachem, père du premier 
vizir Ibrahim; celui de Mbuchtéhidei celui du Véqîl, qui n'a pas 
été achevé (2). On voit à Chiraz sejrt carapansérûSs, celui de Krff- 
sérîè V construit parlmam-Koulitiian , est le mieux tenu; le» au* 
très portent les noms de Dèbbègan ( des tanneurs ') , DàXègan ( des 
teinturiers) , Inéhtûan ( des Indous). CShiraredt^encore célèbre 
par ses coursiers ^ ses ar mes, ^ses cristaux, aea émaux , ses gravure! 
sur pierres dures en cachets, ses vases , ses vins, ses confiseurs, 
ses tabacs , etc. , etc. , etc. Les cyprès de Chiraz sont ausrà renom* 
mes que les platanes d^Ispahan. 

Chiraz porte les beaux noms de IDar-eU-Ibn JjJI «b , le temple 
de la science et de Bourc^-oul^Hivlia , la'bourgade des Saints* La 
vieille mosquée ne fut pas construite sous le khaHfat d^ Aly , ainsi 
que le dit Morier (car Chiraz doit «on origine à Hédfué^ ; ce fut 
Amrou^n^Léïç ijm la 'fit bàfîr ; deinc autres mosquées, d^^ràs 
leurs inscriptions, sont des monumens4e k piété et SâaddimÊ- 
i-Zengij à-qm Saàdi avait dédié son 'Guliétftn , et de2angpr. On 
remarque encore à Chiraz les sépultuncfi^^iie M < »lianuueKi , ^Skide 

(i) Johnssn,chap. v; Morier, iSrsl (a) Morier ,'ftrst'Joiinïey, «p. 16s. 

jourDey, psg. xo4* 



( 290) 

Timan Mousa , du grammairien Zibouïe , de Cheikh-Abdallah-^ 
Hafif et de Cheikh-Kouz-i-Djihan (i). 

Parmi les belles promenades des environs de Chiraz, il faut 
compter celle de KhaJdJan^ sur la route qui conduit à la montagne 
de Dérak et à la source purgative d! AbH-^Djachi , à dix parasan- 
ges de distance (2). 

Les trente-deux villages de la dépendance de Ghiraz sont ré- 
partis en deux districts nommés Karabag et Tchoubazar (ou Sou- 
bazar) (5). Ghiraz a pour population 10,000 familles Persanes ; 3o 
familles Arméniennes et 4oo familles Juives. Le;s revenus du gou- 
vernement, par les fabriques de cristaux , de soieries et de tissus de 
laine, s^élèventde i3o à i5o mille toumans. Il y a 17 manufactures 
de sabres; les lames de Ghiraz sont très-fameuses^ surtout celles que 
Ton nomme Kara-Khorasan^ d^une couleur noirâtre; Tacier vient 
en disque, de Lahor et non pas duKhorasan, à ce qu^assure Dupré. 
Il y a aussi des manufactures de poudre : le salpêtre qui sert à la 
confectionner vient du Lar. Les exploitations de son commerce 
consistent principalement en tabac , en cristaux , en lames , en 
pipes , en soieries , en poteries , en chevaux , en vins , etc. 

La totalité du revenu de Ghiraz est au moins de 400,000 tou- 

n^ans (4)- 

L'on a déjà parlé de Tantiquité des ruines de Pédifice nommé 
Mesd)id ( et non pas Mèchhèdrd-Mader-irSuleyTnan ) , situées au 
S. E. de Ghiraz. A trois lieues anglaises au nord de Ghiraz, est un 
canton tout en beaux pâturages , nommé HaUai-Pùuchan, lieu ou 
Ton revêt les habits d'honneur : toutes les fois que le roi envoie 
un costume d'honneur au gouverneur de Ghiraz, celui-ci , fât-il 
prince du sang , est obligé d'aller au-devant jusqu'à cet endroit ; 
là il s'en revêt ; c'est également un Badjgdh , lieu d'octroi ou 
de douane, où des employés, nommés rahdaran^ mot à mot pos- 

(i) Djaian-Nooma, p. a63. (3) Dupré, tom. II, p. 8. 

(a) Idem. (4) /dem, tom, II, p. i4« 



\ 



( 29X ) 

sesseurs du chemin, les yëritables commis de nos barrières, 
prélèvent la taxe. Un carayanséraï en ruine , le petit ruisseau de 
Rouknabad, chanté par Hafiz, sont dans ce canton (i). 

Zèrgàn , à cinq parasanges de Chiraz ; suivant la boussole , elle 
est par le 24^^ N. O. du pic , toujours couvert de neige , de Chèch- 
pèr , qui est célèbre par ses sources nombreuses (2). La plupart 
des muletiers qui vont dans le sud de la province sont de Zergan : 
elle a environ 3oo maisons. 

Ardegan , non loin du mont Ghèchpèr , est une bourgade de 
la même importance (3)« 

Le village de Bendi-Emir où se trouvent la fameuse digue et un 
pont sur r Araxes (4) % qui conduit aux villages de Zéttaun , de 
Kenart- D/Krgas et de Ziçend (5). 

Les voyageurs ài^enir auront à déterminer la position inconnue 
de la vUle que Bakoui nomme KardfanorHasroç , qfjL Azadrimdr 
Doçlet est supposé avoir bâtie. Il y dirigea un canal et y planta 
un jardin. 

Le Cercle d'Istahar. 

Istahar, sous les SS"" 3o' de longit. et So"" de latit., selon le Djihan- 
Nouma (6) , et 88"* 3o^ de long, et 30"" 5^ de latit. suivant Bakoui^ 
ainsi nommée à^lsiahar , fils de Qéwumerç , est l'ancienne Perse- 
polis. Houchènq lui donna plus d^étendue ; Behmen ou Haunuâ 
Tacheva ; trois châteaux au sommet de trois montagnes la proté- 
geaient: ces châteaux portaient les noms d^Istahar ou la citadelle, 
de Chiqestè et de Chigran. La ville, dans une longueur de quatre 
parasanges en comptait dix de circuit ; elle occupait ainsi la plus 
grande partie de la plaine de Merdecht , si prodigieusement cou- 

( i) MoricT, second journey, p. 69. (5) NoUces des Mantisc. et Ext des 
(a) Idem. Mém., p. 434* 

C3) lâem. (6) Djihan-Noiiiiu, p. aGS. 

(4) Djiban-Momnay p. a65t 



( ^9^ ) 

Tërte de débris d^anfiqnites. Istahar fat la citadelle ; et TcJàihlminar 
le palais des quarante colonnes. On a dqàparl^ de ces ruines ; il ne 
faut qu'y a}oater Taquedac , qm, sekm le Bjtfaan^Noonia, y condui- 
sait les eaotx chaudes de la montagne et les grottessouterrainesèont 
Charfin apa:i4é sous le nom de Zindan4'jfbadi^i).iyn a fakneii'^ 
tîon des antiquités nommées Nakchri-Baustem^ JNaknra^Haiiè4- 
Djemchiây Ifarem4'l)jemchid, Zindan-i-D/emchid^ qui sonttlans 
la plaine de Merdecht. Nous n'avons rien à repéter sur les ruines de 
Moargh&b ou Mèiclihèdi-1VIader-i-Saleyman , dans la vallée à^Pùlbar 
ou Zwend (le Médus des anciens) , qui se jette dans le fleure Ben* 
âemir. 11 né faut point confondre ce lieu de Mourgh&b, qm signifie 
Téau des oiseaux, avec la fontaine nommée Ab-i*Mourghftnt[ui a 
le même sens : ce n'est pas ici non plus la fameuse fontaine qui 
est entourée des oiseaux destructeurs de sauterelles , et qu'on 
pe trouve que dans les environs de Zémirem, shué sous les 85^ 4^' 
de longitude et 3o^ 4^^ ^^ latitude ; selon le Djifaaii-Nouma (2), 
les habitans de Zémirem ne boivent que de l'eau de citerne , ^n- 
dis que ceux de Mourghâb boînrent de l'eau de la rivière du 
Zivend ; Kaempfer commet donc une erreur ( page SSy ) sous ce 
rapport. 

Auctme partie du Fars n'a été si minutieusement .décrite par 
les voyageurs , tant anciens que modernes , que le district d^Is- 
tahar , non-seulement à cause des ruines de Persépolis , mais 
aussi parce qu'il est directement sur la route qui conduit d'Is- 
pdian à Chiraz , les deux foyers du conrmnerce. 

Après Mourghâb , les lieux situés sur la rôute soirt le turravan- 
sèvii de Hanri-Kergnn , le caravanséraï de l&hià j Tcholgiâtan., 
Surmè ; Yezdchâst , cpii est une petite A^Ile ou la route la^éride 
que Moricr et Dupré avaient suivie depuis Mourghâb ^ se réunit 

(i) Notices et Eztr. des Manusc, dans le cercle d'Ardechir , ainsi que le 

pag. 488. yillage de Djofarîm, que Petit de La 

(a) Djihaff-Nouma , p. 268. Dans Croix , Hist, de Timour, t. H , p.- loa , 

cet ouyrage , Zémirem est compris nomme Yougim. 



(293) 

à la grande route qui passe par Audjan , celle que Johnson av^ 
tenue. Ce$ deux rontes sont parfaitement tracées sur la carte de 
Ijapîe y avec indication des lieux intercales. 

Sur U toute ordinaire gisent Feth-Abad ( que Johnson 
nomme Cuist^Abad) , Màï-iny qua Johnson confond avec le 
Mayar y qui est entre Yezdehâst et Ispahan , ou plutôt il les 
transpose par négligence. Chardin (i), Kœmpfer (2), et la carte de 
Lapie^ qui nomment cet endroit Maïn, prouvent la confusion. 
Dans le D)iban « Nouma (3) , ce lieu porte le nom de Mabm. 
Dans la montagne, sur la route de Kocfu/èrd, petite viUe au nord 
de laquelle est un village considérable nommé ImamzadèHrIs'' 
maSly du tombeau d^Ismaïl, fils de Mousa-Kasin. Maïn , Maï-in 
ou Mabin , est célèbre par ses grenades* 

Audjan , au centre d^une {daine qui a environ huit lieues an- 
glaises de largeur , sur une longueur de cinquante du N.-O. au 
S.-E. Dans Thistoire de Perse , elle est renommée comme le lieu 
où Bihram-i^Gour se complaisait- le plus à se livrer aux exer- 
cices de la chasse. A douze lieues d^ Audjan , Ton montre un ma- 
rais qui engloutit ce prince avec son dieval dans la poursuite 
d^im onagre quUl chassait. Chardin nomme cet endroit Ohjon; 
Johnson , Oozen. Les deux endroits qui se suivent entre Audjan 
et Yezdehâst sont nommée par Johnson Koashkezerd et Dèhgur- 
dan ; par Lapie, Kochkezior et Dek-'Gwerdoun , mots dans les- 
quels on a peine à reconnaître Kouchgufer et Dih^Gerdan. 

Yejsdehâsij suivant le Djihan-Nouma lezdehor, pittoresquement 
suspendu sur la crête d^un roc, à Textrémité orientale d'une 
vallëe que traverse la plaine du même nom , et dont le sol est co* 
pieusement arrosé (4)- Une reine de la famille des Séfis 7 cons- 
truiait un beau caravanséraï et une mosquée ; on trouve aussi la 
sépulture d un Jmamzadé: elle a deux mille âmes de population. 

(i3 CharjUa, 4oni.lXrP- 43- (3) Djiban-Nooma , p. 267% 

(a ) Kompfer, loin* lY , p» ag3. (4). Morier 9 firsl joame j, p* 1 S2* 



(^94) 

Ses productions sont le coton ^ le riz^dublë magnifique, qui 
fait que Yezdehâst est renommé par la blancheur et Texcellenee 
de son pain. Un proverbe dit que la suprême félicité consiste à 
manger du pain de Yezdehâst , à boire du vin de Chiraz , au- 
près d^une fille de Tezd. Il ne faut pas plus confondre cette 
dernière ville, qui est dans le même district , sur la lisière orien- 
tale du désert , avec Yezdehâst , que les deux lieux entre Ispahan 
et Yezdehâst , nommés Houmécha et Mcuar^ arec ceux de Hoijam 
et de Maïin. Yezdehâst est la forteresse frontière entre le Fars 
et V Irak-Adjémi , c'est-à-dire les gouvememens d'Ispahan et de 
Chiraz ; comme Yezd est la ville frontière sur la marge du dér 
sert , entre le Fars et le Kouhistan. 

Yezd est placée , suivant le Djihan-Iïouma (i), sous les 89'' ùe. 
long et 32"" de latitude. Bakoui la place sous les 89^ 5* de long, et 
32** 5' de latitude (2) ; les tables persanes la mettent sous les 92"* 
i5* de long, et 32'' i5^ de latitude ; et Trézel a fixé sa latitude sous 
les 32^ i4^ Cette cité , d'environ 35 mille âmes , dont 4ooo Guè- 
bres et 24 familles Juives , est située sur la lisière du grand dé- 
sert/ et les confins du Kouhistan. Elle est Tune des plus dignes 
d'être visitée des voyageurs, en raison de la beauté de son site 
et de celle de ses habitans. Ses étoffes sont très-estimées. Du- 
pré(3) et Kinneir sont cependant les seuls voyageurs cités dans ce 
mémoire , qui Paient vue. Le dernier , dans son mémoire géo- 
graphique sur la Perse , lui accorde 20,000 feux, et la regarde 
comme Tentrepôt du commerce de Tlnde et de Bochara avec la 
Perse. Il prétend aussi qu'elle est du ressort de rirak-Âdjemi ; 
en cela il se trompe , car le Djihan-Nouma (4) l'enclave positive- 
ment dans le district nommé Kourè-i-Istahar. Les brocards de 
Yezd et les tapis de feutre de Bast , village qui en est éloigné 
de 8 parasanges 9 sont £e qu'on trouve de mieux dans ce genre 

(1) Djihan-Nouma , p. 267. (3) Dapré, Voy. en Fers., t II, p.gS. 

(a Notice des Manusci p. 4^4* (4) Djihan-Nouma, p. 267. 



( 295 ) 

dans toute retendue de Tempire Persan. Dupré dte , par leurs 
noms , les neu& portes percées dans les murs qui Tentourent (i). 
Elle renferme quatre collèges pour les sciences ^ vingt mosquées, 
dont Tune est remarquable par quatre minarets et des coupoles 
couvertes d'un émail verdâtre. De vingt-quatre caravanséraïs , 
douze sont pour le logement des étrangers , et douze pour en- 
magasiner les marchandises (2). La plus grande partie de ces cara- 
vanséraïs et les bazards, richement pourvus de denrées et de 
produits, appartiennent au gouvernement. Le prince du sang 
Hassan- Aly-Mirza envoie chaque année 40^000 toumans au tré- 
sor de sa Hautesse. Yezd contient plusieurs raffineries de sucre ; 
trente-quatre manufactures d^armes, dont treize ne fabriquent que 
des sabres et des poignards (3). Les étoffes les plus riches qu'on 
y tisse se nomment Zouhdouz et Déraïi (4)« On y fait aussi , com- 
me à Kerman , des châles unis ou de diverses couleurs , à raies 
ou à bouquets. Les fabricans paient annuellement une taxe de 
dix à cinquante toumans outre le droit de timbre. Six fois l'année, 
des caravanes de Hérat y apportent les châles de Cachemir et 
l'acier des Indes , celles de Mechhed , les peaux de mouton de 
Bochara , celles dlspahaii et de Chiraz , des armes d'Europe , 
les cuivres de Russie , et les soies du Guilan , attendu que le sol 
de Yezd donne à peine 2,000 batmens de Cette production (5). 
Le nombre des Guèbres de Yezd, et de ceux qui sont répandus 
dans quinze villages dont Dupré donne tous les noms (6), monte à 
/environ 8,000. Livrés à l'agriculture et au commerce , et s'em- 
ployant comme messagers, ils paientau gouvemementla somme de 
.dix mille toumans par an; ils n'en sont pas moins durement traités 
pour cela. La protection qu'on leur accorde ressemble à une vé- 

(i) Dupré, tom. II, p. 96. (4)Not.et£ztr.desManiisc.,p.4a4« 

(a) Idem. (5) Dupré , tom. II, p. 96. 

(3) Idem. (6) Idem y ibid.^ p. io4« 

n. 38 



(896) 

ii(^le oppression. Leur grand pyrce est délabré ; ils nVnten- 
d^Qt plus la langue zend de leurs livres sacrés , et le persan leur 
çst plus familier que leur ancien idiome ; de même qu^en Turquie , 
ks Grecs modernes sont plus familiers avec le turc qu^avec le 
grec.de Fimcien tems. La relation d^Ouseley contient ^ au 3* cha* 
pitre ,. des détails circonstanciés sur leur religion , av^c des in- 
dications sur les sources d'où il a tiré les docùmens qn'il pres- 
sente. 

Le petit fleuve Mèhrit arrose le territoire peu spacieux , qui est 
susceptible de culture, entre la ville et le désert ; il produit les fi* 
gués les plus succulentes et les raisins et les melons les plus 
délicieux. 

La vallée de Bast est une des promenades les plus ravissantes 
4^ la Perse : elle commence à 4 parasanges de Yezd. le Débala 
jqui Tarrose , la divise en germesir et serdesir, c'est-à-dire, en 
région chaude et en région froide (i). 

Ahcrkouh^ sur la route de Chiraz à Yeed , et sur la fron- 
tière de VIrak. C'est le chef-lieu dun district de quinze villages ^ 
•dont Dupré relate les noms , et qui paient annuellement au fisc , 
une somme de mille toumana et deux milles batmens de bled. 
Son commerce consiste en garance , en poil de chèvre , dont on 
fait des châles de diverses sortes. Après les villages de Chèms- 

Abad et Sifid-jibad^ le chemin d'Abergouh à Yezd traverse 
•déjà une portion du désert, qui n'est qu*un marais salin (2). 

Eosuite viennent les villages de jDhfchir^ Bote ^ Tourounpouch , 
' Chahr-Abad , Feracha ( le Feragué de d'Anville ) , Sinoutch , 

Tqfti, où l'on fait de beaux feutres et de magnifiques toiles de lin 
.que l'on imprime à Olougourd ^ Hassani ^ Babachah ^ Fadi, 

Moubarèqè , Tcham , et Abrichoun (3). Lapie omit de marquer 

ces lieux sur la carte qu'il dressa pour Je voyage de Dupré. . 

(i) Dupré, tom. II, p. ga. (3) Dapré, tom. II , p. 88-94* 

(3) Ideniy i6id.fp,8j. 



( «97 ) 

> » 

Lt Cercle de Kourè-i-Kobad. 

Âpres le cercle que nous venons d^examiiier , et qui est la 
portion de la Perse que les voyageurs ont parcdbr ué , nous al- 
lons traiter d^une région qui nous était entièrement inconnue 
avant la relation de Macdonald Kinneir. Depuis des siècles , au^ 
cun Européen n'avait eu occasion d'explorer cette partie occi- 
dentale du Fars ; du moins , aucune description ne nous en était 
parvenue. Cela tenait moins , sans doute ^ à ce que la route des 
caravanes auxquelles les voyageurs s'associent se prolonge du 
nord au sud , qu'aux périls auxquels les exposait la tribu de 
Mémacena^ qui exerce le brigandage à main armée (i). Cette 
peuplade de voleurs , que Dupré nomme Memessani dans sa no- 
menclature des tribus , sont les Memaeeni dont parle Quinte- 
Curce, comme habitant de l'autre côté de l'Oxus, et qui alors arré- 
tèrent la marche d'Alexandre , .comme aujourd'hui ils attaquent 
les caravanes. Ils habitent - toute la partie orientale du Fars qui 
confine au Loristan et au Kousistan , à partir de Kazroun jus- 
qu'à KaJori-Sifid, chef-lieu du district de Kcbad. Les détaâs 
que Morier donnet dans ses deux ouvrages, sur la férocité de ces 
brigands > ne sont pas faits pour encourager le voyageur à visiter 
les merveilles de la vallée de Chaab^Beçan , que 1 on compare 
au Paradis , et les antiquités de KàlAdSifid. 

fc Les montagnes de Kaumaridje que nous traversâmes , dit- 
3» il, sont infestées d'une race de voleurs nommés Memehr-Sunni; 
n ils vivent dans les plus profondes retraites de leurs vallées 
« sauvages , et pillent l'imprudent voyageur avec une impuni- 
j» té qu'explique assez la nature de leur inabordable canton. 
m Quoiqu'on ait fait diverses tentatives pour leur inspirer de la 
» terreur et les soumettre à Tobéissance , en inflfjgeant les plus 
» cruelles tortures au petit nombre d'entr^eux qui se sont laissé 

(i) Q. Ciirt. dit , lir. vu , memaeeni, valida gem. 



rïTi 






,"- 



( ^98 ) 

» prendre , cet exemple fut toujours perdu ; Famour de l*indé- 
» pendance et du pillage Ta emporté sur la terreur des châti- 
» mens et d^une mort infâme. 

» La structire abrupte de leurs montueux repaires , yrais laby- 
» rinthes pour qui n'en a pas une longue habitude , favorise tel- 
» lement ces bandits , qu'on les a vus parfois fondre sur les voya- 
» geui% et enlever , au milieu des caravanes , des hommes et des 
» mulets charges, lorsqu'ils jugeaient qu'on ne pourrait leur op- 
» poser une grande résistance. 

» Lorsque le général Malcolm traversa leurs montagnes dans 
» sa première mission, ce furent ces brigands qui chargèrent sur 
» leurs mulets les riches présens destinés au roi de Perse. Ils 
» étaient alors si bien fortifiés dans leurs manoirs, que les khans 
» et les gouverneurs des cantons de leur voisinage s'étaient dé- 
» terminés , tant ce fléau était inévitable , à entrer en arrange* 
» ment avec eux pour avoir uqe part dans le butin qu'on ne 
» pouvait les empêcher de faire : à cet effet , ces seigneurs en- 
» tretenaient, dit-on , des agens auprès des Mémèh-Sunnis pour 
» le règlement du partage (i). 

» Leurs principales habitations sont dans les montagnes qui 
» entourent la forteresse de Kaia-'i-Sifid^ château inaccessible 
» qui commande le territoire sur la lisière du Fars. On compte 
» que cette tribu redoutable peut mettre aujourd'hui encore dix à 
» douze mille cavaliers en campagne. Ils ont dans leur tradi- 
» tion, qu'ils sont les descendans de Roustem , le plus célèbre 
» des héros persans, et se glorifient de leur ancienne origine. 
9 Deux de leurs plus anciennes tribus portent en effet les noms 
» de Roustem et de Zal, père de cet illustre guerrier ; et comme 
» les exploits de ces héros sont narrés fort au long dans le 
» Chahnamé , ce peuple en lit les vers avec le plus grand en- 
n thousiasme (2). » 

Malgré les difficultés que présente l'abord de Kala-i-Sifid ^ 

(i) Morier, first joamey. (a) Morier, second journey* 



( 299 ) 

cfaef-lieu de la tribu des Merrttissonni , Pintrépide autant qu'infa- 
tigable Macdonald - Kinneir y a pu pénétrer et nous a donné une 
description de cette inexpugnable forteresse. 

Kala-i*Sifid , nommé également Kala-i^Espid , ZcUd-Abadj 
'etKaloH-Ziady est une forteresse au sommet d'un mont isolé dont 
la base a vingt parasanges de circuit. Ziad , de la maison d*Ou/n- 
mia , y résidait au temps d'Ali , comme gouvem«ur de la Perse. 
Ibni-Nasr-DcTani le restaura sous la dynastie des Seldjouks (x). La 
ville en est à. une parasange. 

Nevbendjan^ et nommé également Nébendganj est situé sous les 
87* 3o' de longitude et 3o' de lat. C'était jadis une vaste cité. L'I- 
tabecq Djauli la fit ressortir de ses ruines. L*air en est chaud , le 
sol fécond. A deux parasanges de cette ville , commence l'admi- 
rable vallée de ChaxihSéçan , l'un des quatre paradis terrestres 
que Montenéby a chantés (2). 

3aiza , que quelques auteurs attribuent au cercle d'Istahar 
parce'qu'elle n'est qu'à une journée de Chiraz , est située sous les 
88^. de longitude et les 3o^ de latitude. Elle tire son nom de la 
l)lancheur des pierres qui composent ses édifices , ce mot équiva- 
lant à celui de Sifid^ qui veut dire blanc en persan (3). Des rai- 
sins d'un poids prodigieux et des pommes d'une grosseur éton- 
2iante forment une*partie de ses productions (4). La plaine de 
Baiza , de dix lieues carrées , est une des plus magnifiques de la 
Perse. On reconnaît qu'elle doit son origine à Gouchtasb. 

Ardjan ou Erdjàm ou Arghan^ sous les 85* 3o' de long, et 3o* 
de lat. (5), selon le Djihan Nouma, et les 86"* 3o* de longitude et 35<* 

(i) Djihan-Nouma, p. 271 ; Char- nous avons dit. Macdon^Kinn. , p. yS. 
din dit, tom. IX , p. 160 : « Ils ap- (a) Djîhan-Nouma, p. 270. Bakoui, 

« pelleDt ce merveilleux ouvrage Co- l^tr. des Manusc., tom. II, p. 44a. 
•> laa Dwe Sefid, le château du Démon o -rw « 

» blanc ; et ils prétendent que c'est là . ^^^ »j'tan-Nouma , p. a66. 
« OÙ s^enferma le géant Rustem ou (4) Bakoui , Not. des Manusc. du 

'» Hercule, après de longs combats. » "*^i » **^™- U j P- 4^9» 
Celle tradition est conforme à ce que (5) Djthan-Nouma, p. ayi. 



( 3oo ) 

3o^ de latitude selon Bakoui (i) , est située sur reltréme fron- 
tière du Fars et du Khouzistan. C^est une grande TÎUe entourée 
de murailles percées de sept portes. Elle a plusieurs mosquées et 
de beaux bazards ; et est célèbre piar ses olives , ses figues > ses 
dattes, ses grenades, et surtout par TexceUence de ses savons. Son 
pont sur le Tah (l-Orontes, Oroates) , est un des chefs-d^œuvn 
de rarchitecturc persane moderne. Il n^est eomposé que d'une 
seule arche de 5o coudées de hauteur sur une longueur de i6o. 
Ses habitans sont presque tous conducteurs de chameaux. Dans 
son voisinage est un fameux couvent nommé Tanbour, et près 
du village de Tarian , est une source profonde dont les eaux font 
tourner un moulin (2). La ville d*Ardjan est nommée dans le 
Djîhan Nouma, Bjebeluè, Sahruè, Berriïè et Bahruè, c'est-à-dire 
de la -montagne , de la plaine , du continent et de la mer, parce 
qu'elle est à la fois sur la montagne et dans la {daine. La dernière 
épithète lui est attribuée , quoiqu'à une journée des côtes. Cette 
expression ^st l'effet d'un amour outré pour l'antithèse , dont on 
trouve souvent des exemples dans les écrivains orientaux. 

Le port d'Ardjan se nomme Mèhromant ou Mi^hrQi£an{\é& 
visages de lune). Ce Ueu est situé sons les Sfi^^de longitude et les 3o^ 
de latitude. L*air en est chaud , malsain ; mais Tactivité de son 
commerce le rend Icpremier port dé la côte de Perse, et le pre- 
mier entrepôt de l'exportation entre le Fars et le Khouzistan (3). 
La relation la plus estimable , sous le raj^ort de la géo^apfaie , 
que nous connaissions sur la route du Khouzistan, est Fitinéraire 
de la marche de Timoor, extrait de l'Histoire de Gherefouddin de 
Yezd. Voici ce qu'il porte : 

» Le quatrième , il traversa la rivière d'Âbargoun (rivière qui 
» sépare le Fars du Khouzistan), le Tab (VOrontes ou l'Oroates), 
» et alla camper à Béhbéhan, Le 5' du même niois , il passa la 

(i) Notice des Manasc, t. II, p. 4aB. (3) Histoire de Timoar par Petit de 

(2) Djihan-Nouma , p. 371* la Croix, tom. II, p. i8$. 



( 3oi ) 

» rivière à^Ahchirin (Brizano) et campa dans la plaine de Lachter. 
» Le 6' il passa à Qedje-Haçasj et campa à la source de la rivière 
i> de Canbidac (le Rhogonis , qui a son embouchureà Benderrig). 
» Le 7*, il campa au village de Joulaka, Le 8% il passa à Baht , 
» traversa la rivière ^Abchoub (la petite rivière de la vallëe 
» de Chaabbépan) ^ et campa à Malémirchal. Le 9% il passa 
» la rivière de Cavedan (le Kfuchi ou le Granicusi\ où il s'informa 
» de la. forteresse de Kalaasefid. De là , il alla loger à Neubend- 
» jan. Le dixième jour, il rangea son armée en bataille, et alla 
n camper au pied de Kalaa-Sefid, qui est une des plus fortes cita- 
» délies de TAsie (i). 

Le district de Darabdjerd. La majeure partie de ce territoire 
porta jadis le nom de Choubankare ,* qui est celui de la famille 
gouvernante. Il comprend la partie orientale du Fars qui, à 
Torient, confine au Kermsoi , et au sud , à la contrée de Lar , 
touche dans Touest au district de Djour (Firouzabad) et à celui 
de Chapour "Djour ^ qui autrefois dépendait du cercle d^Âxdechir; 
il est considéré par quelques-uns comme un district particulier, 
tandis que d'autres en font une dépendance du district de Darab- 
djerd. Nous n'avons eu d'autre raison de préférer cette dernière di- 
vision, que l'intention de placer l'une après Tantrelfisirois antiques 
cités de Darabdjerd, de Farza et de Firouz^Abad^ le chef-lieu de 
Djour. Sir William Ouseley a , dans une excursion particulière , 
recherché et décrit les antiquités de ce pays. Dupré fut à Darabd- 
jerd et à Firouz-Abad ; mais il ne dit pas un mot des ruines et des 
sculptures décrites par Ouseley et que l'Europe connaissait anté- 
rieurement encore par les mémoires deMacdonald-Kinncir, preuve 
nouvelle que des yeux divers voient diversement , et qu'un nou- 
veau voyageur peut encore avoir beaucoup à faire , malgré les 
relations de ses précurseurs. Aussi les meilleurs relations ne dis- 

(i) A trois lieues et demie anglaises » difficile et que Macdonald Kinneir 
de Kalaa. « Scfid est le défilé de £011/- » regarde avec beaucoup de vraisem- 
i> el-Zourabj dont le passage est très- » blance comme les Portas Peracas, •» 



( 3o2 ) 

pensent pas de lire d'autres ouvrages de même nature ; car chaque 
voyageur a considéré le pays et le peuple sous un ^point de vue 
différent, suivant ses lumières ou son goût. Aussi, parmi les ou- 
vrages que nous avons passés en revue, celui de Macdonald-Kin- 
neir intéresse surtout le géographe. Celui d'Ouseley est apprécié 
de Tantiquaire et de Torientalistc ; le marchand et Téconomiste 
se complaira dans le livre de Dupré. Sous le rapport des mœurs 
et des coutumes , celui de Morier méritera une juste préférence. 

Darabdjerd ou Darahgerd^ situé sous les g i"* de long, et 3o'' de 
latitude • selon le Djihan-Nouma (i) et selon Tavernier, d'après 
les tables persanes, sous les 80^ i5' de longitude, et 30"* i5' de 
latitude. Elle est située au milieu d'une plaine : au centre de la 
ville, qui a une parasange de circuit, s'élève une hauteur qui porto 
la citadelle. Les montagnes du voisinage donnent des sels de sept 
couleurs différente^ , du mercure , la meilleure moumie , subs- 
tance de la plus haute efficacité ppur rétablir les os fracturés. 
£Ue est préférée à la moumie des montagnes d' Ardjan et de Lar^ 
d'une qualité bien inférieure. Son territoire porte des citrons ex- 
quis, des prange^ aussi délicieuses, et des pommes de la plus rare 
beauté (2). Dar^bdj^rd fut , dii-on , construite par Behmen , fils 
d'Isfendiar, qui avait aussi bâti la ville de Feza (Fessa ). Elle est à 
1 2parasanges de cette dernière et à quaranterdeux de Chiraz, A une 
demi-lieue de 1^^ ville , sont les magnifiques sculptures dont Ouse- 
ley a fait la description (3) : puisque plus d'un des habitans qui 
accompagnèrent l'illustre voyageur les vit alors pour la première 
fois, il ne faut pas s'étonner si d'autres voyageurs ne les avaient pas 
aperçues, etpar conséquentn'en avaientpas parlé. Nous croyons quç 
Darabdjerd est l'ancienne Parsargada, d'après les autorités suivan- 
tes : la position est déterminée par ce qu'en dit Pline, qui la place ^ 
l'extrémité la plus orientale. Prœtereà habet Persis in extremi^ 

(0 Diihan-Noama, p. 268, (3) Ouseley, pag. i63. 

(a) Macdonald Klnneir, p. yS. 



( 3o3 ) 

firdbus Laùdiceam , ab Antiocho condùam. Inde , àd orientent 
Magi obtinerd Pasargizdas caslelbim. Pasargadc était donc en*- 
core plus dans Test que Laodîcée ; celle-ci , suivant Strabon , sur 
PAraxes, que Hoeck (i) pense être le même que Bend-i-Emir, tan- 
dis que ce sont deux fleuves différens. L^ Arases ou TAgradatos; 
qui parcourt la Perse creuse, se jette dans le lac de Bahtegan. Tje 
fleuve qui passe devant Pasargad^c se jette dans le golfe Persique. 
J^iumen SiUogagus , quo sepUmo die , Pasargadas na^igatur (2). 
Ce fleuve , comme nous Pavons démontré dans le paragraphe qui 
traite des fleuves , n^est que le Sitacus d*Arrien , le Sitarégan des 
géographes orientaux , qui reçoit dans son lit les eaux de la rivière 
qui vient A^Djour (Cyropolis) , et que pour cette raison Ton ap- 
pelle aussi Cyrus. Celui-ci (JP^oyez la Carte de Lapie) , passe de- 
vant Darabdjerd et se rend à la mer. 

Hoeck cite un passage de Marcien qui n^est pas indifférent quand 
il s^agit de prouver la situation sud-est de Pasargade ; c^est celui 
dans lequel il dit que la tribu des Pasargades réside sur la côte 
méridionale du Kerman. Pour se convaincre de Terreur que Ton 
commet en cherchant Pasargade à Mourghab^ il suffit de prendre 
en main Arrien , et da jeter les yeu^ sur la carte. Dans sa marche 
d< Fouest vers Test, Alexandre, en traversant 1^» défilés de 
Sourkhah^ arrive d'abord à Persépolis, puis à Pasargade. Si cette 
dernière ville eût occupé la position de Mourghab, le Macédonien 
(conune Hoeck le remarque très^judicieusement) , aurait évité cet 
inutile détour, et serait passé par Persépolis plutôt que par Pasar- 
gade. Enfin à ces preuves tirées des passages des auteurs , s^en 
joint encore une autre qui est philologique. On la trouve dans 
la dernière moitié du mot de Darabdjerd , que Ion nomme aussi 



(1) Vet. Medûe et Persiœ mom- (a) PHnh», Lvi, nui. 

ineDta, p. 58. 

n. 39 



( 3o4 ) 

Darabqerd. Il y a de Tanalogie entre Qerdei Gada^ et quiconque 
a fait quelque attention à Pusage qu^ ont les Grecs de défigurer les 
mots Qii^taux, comme les Orientaux ont pu estropier les expres- 
sions grecques y ne doutera plus de Tidentité de Qerd et de Gada. 
Qerd est d'ailleurs synonyme de Gède 9 jjT que des gens ont pu 
prononcer Gada et Pasargada a pu être dans .la langue régulière 
tj^j^ Bousenfède ^\c ^inple de FEnfant (i). 

' FesAM^eV on homme aussi à Bésa 89^ de longitude et ag"" de 
latitude (2) , est ia plu^ grande yille du district de Darabdjerd (3); 
elle est à 27 parasanges de» Chiraz ; aussi grande que celle-ci , elle 
était originairement triangulaire et construite en bois : Hédjadj, 
et TEtàbeg Djauly ensuite , ia renouvelèrent. Ce qui prouve que 
cette ville n'a jamais pu être non plus Pasargade , c'est son éloi- 
gnement de Persépolis et Uabsence d'un fleuve considérable 
se rendant dans le golfe Persique* . 

Fïrouzabadj jadis Z)/biir (Cyropolis). Ce fut Azadoud-Dovlet 
du Dilem, qui changea en Firouzabad le nom de Djour (4). Elle 
est célèbre par son eau de rose et les ruines du pyrée que nous 
avons déjà indiquées. 

Méîmend\ à deux journée» à Test de flrouz-Abad , riche en 
blés et en dattes (5). 

Tir est un château à trois parasanges au S. E. de Chiraz : il a 
deux sources (6). 

K.Qpar , petite ville : on voit beaucoup de cerfs dans ses envi- 
rons ; ses amandes et ses grenades sont exquises* Elle fournit à 
Chiras une grande partie de ^j^ denrées (7)* 

( i)Ce n^est ici qu^une siq>position de Aboolfeda. 
M. Hammer. (5) Djihan-Nouma, p. a64. 

(a) Djihaû-Nouma , pag. aôg, et (6) lâtmy p. a64 oa a65. 

Aboulfeda. (^^ j^^ ^ ^ ^^gS , et Dupré , tom. 

(3) Macdonald Kioneir, p. 75. ] ^ pag. 461. 

(4) Djihan-Noumay pag. a649 et 



( 3o5 ) 

Le château de Chèhadet, à quatre parasanges de Firou2-Abad, 
e&t situé sur une haute montagne : il fut construit par les Mé^- 
soudis (i). 

Le château de Haçedan ^ û^ns le voisinage de Fesa (a); 

Le château de Khcwian ou Ga>çian^ sur une montagne d-argilè^ 
et celui à^Abada^ sont , ainsi que les deux prëcédens , regardés 
par l'anteur du Djihan-Kouma comme des citadelles des plus 
fortes du Fars ; mais il n^a pas déterminé leur position. Ce dernier 
est probablement celui que Dupré cite sous le nom SAbada (3). 

Niriz , à 90° de longitude et 29^ de latitude (4) , à cinq journées 
à Test de Chiraz , célèbre par ses manufactures d'acier ( Chardin 
la nomme Néris^ tom. IX pag. 238); elle est considérée comme 
la capitale du Laristan : Ouseley en a fait la description. 

Pèrèq , à 90* 5o' de longitude est 29" 3o* de latitude (5) ; elle est 
entre ISiriz etl)arabdjerd , à trois parasanges de cette dernière ; 
elle a une citadelle et forme frontière vers le Kerman. 

Itch ou Ik^ jadis chef-lieu du district de Choubdnkara ^ est 
située sous les 91^ de longitude et âg"" 3o' de latitude (6) , À troià 
journées de Chiraz ; sousle règne des Seldjouks(7), les AU^Hass€in 
y élevèrent une citadelle : il ne faut pas la confondre avec Sa^ 
iek(S). 

Forg y au S. £. de Darabdjerd » est une forteresse qui renfesme 
2,000 habitans. Dupré (9) la place déjà dans le Laristan : elle a 
des fabriques de toiles bleues* 

Mouzaferèf également nommée Ab-i-Guerm^ en raison de ses 
eaux chaudes , est sur la route de Chiraz à Firouzabad ; Dupré 
la nomme Mounsaferi {10). 

(1) Djihan-Noama, p. 372. (6) Djthan-Nouma , p. 969. 

(2) lâem. (7) Idem. 

(3) Dupré , tom. I, jp. Ifii. (8) Pottinger. 

(4) Djihan-Noamd 9 p. 269. (g) Dupré, tom. I , p. 461. 

(5) Idem, (10) Idem. 



( 3o6 ) 

Karm (Oupré la nomme Karri)^ est située au sud deFirouza- 
bad , sous le& 89"^ 3o' de longitude et les aR"" 3o* de latitude ; elle 
est défendue par un vieux château , sur les bords d^un petit fleuve 
dont Dupré ne donne pas le nom , quoiqu^il parlé de sa source , 
du cabsne de son cours et de sa direction (i) : « rivière , dit-ii; 
» tellement tranquille que le terrain seul nous fit juger qu^elie 
» coulait de droite à gauche » , mais cela ne laisse pas que d^étre 

obscur. 

Le Djihan*Nouma place encore dans le voisinage de Karzin la 
petite ville de Firoiizçerd ^jjjjj^' 

Djaroun est une ville de 4ooo habitans , souvent ruinée par 
des tremblemens de terre* On y vend du lin , du tabac et du fer. 
Elle est au S. E. de Karzin , sur la route de har. Au nord de 
Djaroun, sur le chemin de Mouzafèri, est le village de Mouhak (2), 
ensuite le village de Kirfr (3) avec une petite rivière de ce nom. 
C^est entre ces deux villages que s^étend la plaine de Tadepan^ 
riche en citrons et en oranges et remplie de gazelles. Chardin (4)^ 
Tavernier , Bruin (5) en parlent comme d^une sortie de paradis ; 
Dupré négligea d^en parler , comme Macdonald Kinneir n'avait 
pas non plus été frappé des beautés delà plaine de Chaab-Bivan, 
auprès de Kalâ-i-Sifid ; Chardin parle des Abbas ( sorte de man* 
teaux) de Djaroun et de la montagne à^Ajaudouchd^ qui n'est sans 
doute que la -montagne de Djaroun. 

Benarou, sur la frontière du Laristan , suivant Fassertion des 
voyageurs: c'est son terroir qui produit les meilleurs tabacs, nom- 
més Tembaki; une rivière qui vient des montagnes fertilise son 
sol et celui d'un village plus au nord , nommé DJoukourh 

Madçan y un yiU^e au pied du laoni Daraqouh y qui produit 

(i) Djiban-Nouma , pag^. a65 , et (3) Chardin , t. IX, p. ao4. 

Aboulféda. (4) Tavermcr , V. L. aa. Chard. 

(a) Ghardm , tomu IX , pag. ao4 ; la nomme Dadivan. 

Dupré I tom. I , p. 458. (5) Bruin la nomme Tadurçan. et 



% 

A 



(3o7) 

la moumie , n'est pas plus Tadecan que celui de Taroùn^ dans 
le Laristan; n^est DJaroun: il faut donc se garder de confondre 
ces lieux. 

Le cercle de Chapour a pour limites , au nord, le cercle de 
Kobad\ au sud, la mer, ou pour mieux dire , Tétroite côte qui 
porte le nom général de Déchiisicai] àlouest, il confine au Khou- 
zistan j tandis qu^à Test , il est borné par le cercle de Darabdjerd 
et la petite contrée de Laristan. 

Chapour^ Tancienne capitale de la région, qui fut édifiée par 
Chapour, fils de Yezdedjird, n^offre plus que des ruines, visitées 
et décrites par tous les ^oyageurs qui arriTèrent de Flnde à Bou- 
chéhr^ comme Moriegf Ouseley, Johnson; Dupré ne s^est pas 
plus occupé de ces ruines que des sculptures et des ruines de Fi- 
rouzabad. 

Kazroun^ chef-lieu actuel de la contrée et le plus grand entre- 
pôt de commerce entre la côte et Chiraz , est situé sous le 87^ 3o' 
de longitude et le 29® 3o' de latitude (i) , diaprés Macdonald 
Kinneir. 

Chapour est situé sous les 5i' 4^^ 9 ^ deux journées de la mer, 
dans une plaine toute couverte de citroniers, d'orangers, de pal- 
miers portant espèce de datte particulière , nommée hauUan. Le 
lin et le coton sont aussi de ses productions les plus abondantes , et 
l'on y fabrique beaucoup de toileries : en raison de l'activité de son 
commerce, on la nomme souvent la Damiette de laPerse (DamiaU 
i'AdjenC). Les jasmins , les violettes , les narcisses et les lotos de 
Chapour et de Kazroun sont aussi en réputation que leurs lut- 
teurs (2). Au nord de la vallée de Kazroun, est un lac d'eau salée ; 
à l'extrémité de ladite vallée , à environ seize milles anglais de 
distance , sont les ruines de Chapour , immédiatement dans la 



décrit les grottes sépulcrales des an- (i) Djiban- Nouma , p. 26g. 

ciens mages. Gounigabran est ane cas- (2^ idem , p. a 70. 

cade plus à Test de ce lieu. 



( 3o8 ) 

chatne des montagnes de Test , au bord d^ua petit fleuve du même 
nom , et romantîquement répandues entre de^ ravines et des 
rochers. Ces sculptures des rochers sont dans le genre de celles de 
Nakchi-Roustem, NcAcfd-Redjeb , Darabdjerd et Biî{ i ); elles res- 
semblent aussi à celles que Ton voit à une lieue de Meadjid-i-Ma- 
dèri-nSuleyman : elles sont de Tépoque de Ghapour, fil3 d^Ardechir, 
et rappellent le souvenir de son triomphe sur Tempereur Yalérien 
et sa victoire sur quelque autre prétendant de sa couronne. ISous 
préferons partager Topinion de M. le baron Silvestre de Sacy et 
celle de Morier , (2) qui pensent que ces monumens rappellent Iç 
souvenir de grandes batailles que la c^ironne avait occasion- 
nées, plutdt que de nous ranger à Tavis à%^v W. Ouseley (3), qui 
vc^t qu'elles représentent Tassociation de Ch^pour à Tempire 
avec son père Ardechir ; car tous les caractères représentent 
bien plus l'image de la guerre que des cérémonies de réjouis- 
sance. 

Chéhristan fut une ville considérable dans le voisinage de 
Kazroun , au pied d'un mont , dans une contrée couverte d'oran* 
gers , de citroniers , de figuiers , d'oliviers et de palmiers ; les 
habitans de Kazroun M saccagèrent; Elle avait quatre portes , un 
fleuve entourait ses murailles , sa citadelle se nommait Zeib (4). 
Il ne faut pas confondre ce Chéhristan avec la ville de ce nom , 
capitale du Qpuhistan^ ni avec le bourg de Chéhristan^ qui est 
près d'Isfahan. 

Khandjan n'est qu'une citadelle, dans le cercle de Chapour (5). 

Ahdjan^ également nommé Destri-Bari (la main du créateur), 
est une petite ville dans la montagne et n'a que des sources d'eau;^ 
saumâtres (6). 

Djèreqè ou Guère n'est pas Guieré , au sud de Kazroun ^ 

« 

(i) Ouseley, p. a8a. (4) Djihan-Nouma, p, 370, 

(a) Morier, first journey, p. 38i. (5) Idem, 

(3) Ouseley, p. a86. (6) /drm. 



(3o9) 

sur la route de Bouchehr, mais Sjèrè^ près de Cbiraz^, situé 
de manière à ce que la digue de Bendemir se trouTe entre Chiraz 
et lui (i). 

Koumaridj que Dupré nomme KiemarUch , Ouseley Coma^ 
redjy Morier Khaumaundge ^ tstnsx village au sud de Kaxroun 
et auprès duquel est le château nommé Kalaé^Ferhad (2). 

Hicht , dans Hu^vé^Keueht , dans Morier et Johnson KhiscfU , 
immédiatement râu midi de Koumaridj : là commence Une. plaine 
excellente , arrosée par la rivière de Nickapor ( le Granis ) qui 
vient de Ghapour (3). 

Z>o/aArz' est un village an midi de Khicht^ sur une rivière que 
Morier nomme également Dolaki : cette petite rivière vient de 
Guère et se jette dans lé Chapaur (connu sous les noms de Hicht , 
Granis et Nichaver (4). » 

Bérasdjany (que Dupré nomme Baradjoun^ (5) Morier , uBo-* 
ras/oon(6)f etiohBSonjBoorazgoon) (7), est le chef-lieu d^un dis^ 
trict de ce nom , qui porté un millier d^habitans f dont plusieurs 
sont Juifs et trafiquent en pierreries et en, pierres gtavées; dea 
temp9 antiques. Les tribus errantes^ vendent égalextienl des mé- 
dailles d^or et d'argent (8). Dans le voisinage ^ . est le tombeau 
d'un Imam^adé. 

Sur la route de la eâte à Kaaroun , on rencontre le9 défilés de Qou-- 
telmallou{c^, àeQouteIkoumarid/{io) et de Teng^r-Toiirqim (11), 
et au nord de Kazroun, sur la route de Chiraz , on traverse les dé- 
filés de TengHrBokher {12), de Teng4-DjiUmn{iy) et de Teng^i^ 

(1) Diihan-Nouma , p. 270; (8) Ouseley, lom. I, p. 357, 

(a) Ouseley, p. a66, (9} OuseL, 1. 1, p. 16 ; Morier, first 

(3) Dupré , tom. II, p, 26, joumey; Johnson ; Dupré, 1 1, p. a4, 

(4) Morier, first joomey, p. 78. (10) ^oîir les mimes auteurs. 

(5) Dupré , tom. II, p. a6. (11) Idem. 

(6) Morier, first joumey, p. 78. (12) Idenu 

(7) Johnson , chap. iv. (i3) Idem. 



( 3io ) 

Pirèzen (i). Cette sërie de gorges , par lesquelles on arrive , dès 
rivages de la mer jusqa^au centre du Fars, sont nommés par Dio- 
dore de Sicile Kxi/4.aKsç^ échelles. A la sortie de la gorge nom- 
mée Pirèzen, ou de la Vieille-Femme , on débouche dans la 
plaine nommée Decht-i-erzen^ que Johnson écrit : Dustarojoon^ 
Morier, De^A^-tf-a/yiinetOuseley, Desht-e-Arzhen. Dupré ne Ta 
point nommée , Tnai« avec son lac , c^est une des plus charmantes 
contrées de la Perse (2). A Fcxtrémité septentrionale de cette 
plaine , immédiatement en avant de Chiraz , est un lieu nonmié 
Khanè-i-Zenian^ ainsi appelé d^un petit fruit semblable au raisin 
de Corinthe , que les Persans font entrer dans un grand nombre 
de leurs mets , mais qu^aucun voyageur n'a défini. Dupré écrit ce 
lieu, Khounè-Zimoun^ Johnson, Khonè-Zunjrun ^ Morier, Kho- 
nèh'Zenioun , Ouseley , Kan-e-Zenian : suivant Johnson , on 
trouve dans ces plaines des bancs de coquilles pétrifiées (3). 
Entre le défilé de Piréten et Kazraun , Dupré nomme le village 
de Dih Stardjin (4) ayant environ trois cents familles. Il cite le 
tombeau de Mcm-téza-Aly (5) , qui n'est point , comme Dupré 
le raconte , le monument de ce personnage , mais celui d'an de 
ses descendans. IL «ite le château de Djidoun ; qui donne son 
nom au défilé, et les villages de Chilaft^ Chumare ^ Chelanou 
et Abrou (6). Immédiatement devant la place de Ghiraz, est la 
douane ou Toctroi , nommé Tehinar-Bahdar. 

Dans le Djihan-Nouma , Ton met dans la dépendance du 
Kourè-i-Ghapour JBidahan , situé sous les SS"" 3o' de longitude et 
29*" de latitude (7) , à deux journées de Kazroun , et selon 
Macdonald Kioneir, à Touest de ce lieu (8). BAahan^ chef- 
Ci) Ouseley» tom. I, p. 16; Morier, (4) Dupré, tom. II, p. 18. 
first joumey; Johnson; Dupré, tom. I, ç^\ j^gf^^^ 

P*«- *^- (6) Idem. 

(a) Djihan-Noama , p. 37». (7) Djihan-Nouma , p. aj». 

(3) Johnson , journey, chap. ir. (8) Manoirs, p. 71. . 



(3ii) 

lieu du district montueux de Çouhr-i-GHoca , qui s^étend de la 
vallée de Ram*Ormouz (dans le Khouzistan) , jusque vers Ka- 
zroun. Dans la nomenclature des yilles quHl rapporte. Taremier, 
avance que c'est la même chose que Méhrouian. Il se trompe ; en 
ce que , dans le Djihan-Nouma , ce dernier lieu est placé sous les 
86^ de longitude , et 30"" de latitude , et classé dans le cercle de 
Kobad (i). 

Chilan^ au bord de la mer , présente un château et un village 
couronnant une montagne (2). Suivant le Djihan-Nouma et 
d'autres autorités orientales , les ports de Bender ^ Bicheh et 
Bender-JBouchehr dépendent aussi du cercle de Ghapour. Le pre- 
mier, situé sous les 87^ 3o' de longitude, et 29® 3o' de latitude (3), 
maintenant en ruines , fut fondé par Lohrasb , de la dynastie 
des Kieï; et Ghapour, fils d'Ardechîr, Favait renouvelé. Ou- 
seley donne des détails sur ce port , qui est à Forient de Bou- 
chehr (4). 

Bender-Bouchehr , ou Abouchechr et Boucfur, est par les 55^ 
5o' de longitude, et les 29*^ de latitude (5). à Fextrémité septen- 
trionale de la presqu'île, tandis que Bender-ÏUcher est à la 
partie du sud. L'eau de la mer Feptoure de tous côtés , excepté 
au midi. L'air y est très-chaud, et Feau de mauvaise qualité. Les 
habitans , au nombre de quinze raille , n'ont de moyens de se 
soustraire à l'ardeur de la température , que des cheminées hautes 
et étroites où le vent s'engouffre pour se répandre dans les 
appartemens, et que l'on nomme Badgîr. Les salles souterraines, 
nommées Serdab , sont encore un de leurs préservatifs contre 
Fétouffante chaleur de ce climat. Tout le territoire est un champ 
fertile pour l'antiquaire, en raison de la quantité de médailles, de 
pierres gravées et d'urnes cinéraires des anciens Guèbres, que l'on 

i(i) Dîihan-Nouma , p. 71. (4) Ousdey, tom. I, p. 200. 

(2) Idem (5) Macdonald-Kinneir, p. 69. 

(3) ïdenu 

u. 40 



(3ta) 

Mtire des fouiUea qa^on y fait faire (i). Led montagnes voisines 
que Ton nomme HaJilèy ou Khoumumdj\ offrent aussi des vestiges 
d^aaliqneà conatructiona (st) ; quatre mosquées des Sunnis , trois 
mosquées de Chites /deux bains , deux caravansérails ( Bupré en 
met douce). Iiea bazars isont comme ceux de la Turquie. Morier 
a donné une vue de la ville. Plusieurs familles arméniennes y font 
leur séjour. On trouve dans Johnson, la description d^un baptême 
arménien (5). lie gouverneur de Bouchechr paie chaque année 
12,000 toumans à celui de Gbiraz. Pour caution de ce paiement , 
le frère de ce gouverneur est retenu en otage par S. A. R., dans 
Chiraz, où ce prince fait sa ré^dence (4)« 

CHAPITRE XII. 

Le Lari3tan et le Dechtîstan. 

# 

le district de Lar est Fangle sud-ouest du Fars : à Test, il 
confise immédiatement au Kerman; au nord, il touche au cercle 
de Daràbdjerd ; ^ Touest , le cercle de Chàpour Favoisine , et la 
mer le borne au sud. De la frontière du Kerman à celle du 
Khauzistan^ toute la côte du Laristan porte le nom de Bechtistan, 
c*est-à--dire de pays plat. 

Lar y que le Djihan^Nounia place sous les 91* de longitude , et 
les 29^ de latitude (5), et que Mac-Kinneir place sous les 52^ 4^^ 
de longitude, et les so"" 3o^ de latitude (6), est bâtie au pied de 
collines qui dominent une plaine couverte de palmiers. C^était 
jadis une ville florissante par son commerce ; sts ruines attestent 

(i) Ouseley, tom. I, p. 118. (4) Dupré, tom. II, p. 36. 

(a) lâem^ tom. I , p. ia5. (5) Djlhan-Nonma, p. a58. 

(3) Johnion , chap. II. (6) Macdonald Kinoeir, p. 81. 



' ( 3i3 ) 

son antique splendeur ; sa population se monte à moins de <p^iize 
mille âmes (i), suivant Kinneir qui trouye que DuprëPa sutchaiw 
gée de 3ooo. Le vieux palais du gouverneur et le château sont en 
délabrement ; mais son bazar passe encore pour le plus magnifique 
de toute la Perse. Les objets de son commerce, consistest en 
poteries , capotes de feutre , toiles de chanvre [teintes en bleu , 
Henna et armes à feu , dont Lar a six manufactures. B^autres 
manufactures d^armes sont également établies dans le village de 
Haçaz , à deux parasanges au N. N. O. de Lar. 

Le village de Guirach, à 3 parasanges O. de Lar, aune fabrique 
de poudre. Cette contrée fut de temps immémorial renommée 
pour ses chameaux. Les anciens nommaient ses habitans lLafûy{kA^ 
ocKOi. Le poil de ces chameaux, surtout employé à faire des 
feutres, est ce que nos marchands appelaient improprement lame 
de eheçron ; il y en avait de trois sortes , de noire , de rousse et de 
grise. 11 pleut rarement dans la contrée de Lar. Une rosée abon** 
dante remplace la pluie , et néanmoins , les hi^itans ne boivent 
que de Teâu de citerne , faute d^eau de source. Chaque maison a 
un Bodguir et un Serdab. On attribue à la mauvaise qualité des 
eaux un petit vers fort incommode qui s'engendre sous la peau , 
et que Pon en extirpe en le roulant autour d'un petit morceau de 
bois. Ce vers est très-commun. 

lierpis^ 91^ de longitude et 3o® de latitude (2), est à deux 
journées au nord-est de Lar ; c^est une petite ville. 

JPùuhcm y 92^ de longitude , 29* de latitude (3) , petite iiiUe« 

Tarent et Jèsreq , la première dans Fouest , la seconde d^is 
Test , sont deux petites villes , toutes deux à Test de Derpis et au 
nord de Pùuhan (4). 

Tèzrèq-Péken , également nommé Pinbùu^ est un endroit situé 
entre Pùuhan^ Tèzrèq et Tarem^ à une journée au sud de 22o- 

(ij Macdonaid Kinneir, p. 83. (3) Djiban-Noamay p. iSg. 

(2) Djihan-Nouma , p. aSg. (i() îâenu 



(3i4) 

maigcoï ^ et an nord de Kephere. RomaEigan est à une journée à 
Test de.Lar ; Kephère est à une journée sud-ouest de Bimend (i). 

Bùnend , go"" 3o' de longitude , 20* de latitude. 

Niiar, ga"" 20' de longitude , So"" de latitude (2). 

Destgoud, gi"" 3o^ de longitude, 29^ de latitude (3)r 

Khor^ 92^ 28* de longitude , aS*" 3o ' de latitude (4). 

Khochenabad (5), presque sous la même longitude et la même 
latitude, ainsi que les montagnes à la frontière du Kerman , entre 
Tèzrèq^ Tarem , Bim, Bjouz, à la frontière du désert. Ensuite les 
châteaux de Merdjan , Kourz , Ner, Maïmoun et Bababeïram (6). 
Los habitans sont Arabes. A Test du Kerman sont les Bëloudjes 
(les Ichthyophages des anciens). Ni Macdonald Kinneir ni aucun 
des voyageurs cités en ce Mémoire , ne font mention de ces lieux. 
Dupré , le seul d^entr'eux qui eût exploré ce paya , n'en parle pas 
non plus. Il détermine pourtant ceux qui se trouvent à Feutrée du 
Quermesir ou Laristan , sur la route de Darabdjerd , immédiatement 
après la plaine de Madevan, qu'arrose la petite rivière deKalébioun. 
et remarque que, sur la Carte de D'Anville, Rostak et Imamzadè, 
sont placés Fun à la place de Fautre (7). Le chemin conduit au 
travers. des montagnes d'Icfaertcheq et de Balitchoun (8).Ters 
Forg et Tiiroun (9) , à une parasange du Fars , est le château de 
Chûh^Behmen (10). Le long de la route coule la rivière salée, 
nommée Chour-roud (le Korios), qui a son embouchure près 
de Kongo (11). Taroun^ entouré de montagnes , a environ trois 
mille habitans , dont dix familles juives. Les ophtalmies y sont 
très-communes. Les villages sont Pahgoun, Kélou, Fargounat^ 

(1) D jihaiHNoiiina , p. 359. (7) Doprë, tom. I, p. 36o. 

(a) Idem. (8) Idem , p. 363. 

(3) Idem. (9) Idem , p. 364* 

(4) Uemm (10) Idem , p. 369. 

(5) Uem. (11) Idem^ ihid. 

(6) Idem. 



( 3i5 ) 

Mehraun-Fine (i) (celui-ci muni d^un mëchant fort, et dans 
une plaine garnie d^une vingtaine de milliers de palmiers ) ; le 
village d'Issin ; ensuite le port de Bender Àbbassi , auquel nous ne 
tarderons pas à revenir. — Entre Bender Âbbassi et Lar, sont : 

Le village de LatUoun , où Ton voit un pont de pierre construit 
sur le Ghour-roud (a) > 

La vallée de Kopristan (3) \ 

Hormoaz'-sefidban , village entouré de murs (4) ; 

Au nord-est de Lar, est le village de 'Niriz (5) ; 

Au nord-ouest de Lar, le village de Biriz^ qui a de nombreuses 
citernes et un très-grand caravansérail , et les villages Cherfi , 
Réhisi et JBenarou , dont la plaine commence le Laristan , de 
sorte que la frontière nord-ouest de cette contrée doit être tracée 
par une ligne tirée de la plaine qui commence après Darahdjerd^ à 
celle de Benarou. 

Nous allons maintenant procéder au périple de la côte du Fars, 

de Fextrémité maritime du Kerman jusqu'à celle du Khouzistan , 

c^est-à-dire de Tembouchure du Minah (l'Anamis) à celle du 
Ta* {rOroaies). 

Mlnab , suivant le Bjihan Nouma , est situé sous les gi"" de lon- 
gitude et les 28"* 3o' de latitude (6) ; et suivant Mac. Kinneir, sous 
les 56** X2' de longitude et les 27® 18' de latitude (7) ; c'est un châ- 
teau- fort construit sur une colline dominant Fembouchure de 
rAnands^ dépendant de Flmam de Mascat , qui paie, à ce sujet, 
une redevance au roi de Perse (1,000 tournons)* 

(i) Dupré, tom. I , p. Sjo. Chardin a fait mention : n^existerait- 

(a) Idem , p. 38a. . îl plus ? Il est évident que le Bendemir 

(3) Idem , p. 4aa. *« Chardin n'est que le Korios , qu'il 

(L\ Id L L regarde comme le Cyrtis , en raison de 

* ^ , sa dénomination de Kor. 

(5) Idem, ibid. ; qoe Chardin nom- 
me (tom. IX, pag. a88) Coorestoun. (^ Djihan-Nouma, p. a58, 

Dnpré ne parle pas du grand pont dont (7) Macdonald Kniieir , p. aoi; 



JBender-'Abbassi j nommé également Gownroim (Harmoziou) 
et dont on a déjà parlé à Tarticle du Kerman, se trouve reproduit 
ici, parce qat^ selon les uns, il appartient an Laristan, tandis que 
d'autres en ont fait une dépendance du Kerman , sans trop dé- 
terminer ce qui concerne cet endroit. Il dépend réellement de 
rimam de Mascat qui paie , chaque année , an roi de Perse , 
une somme de 3|OOo toumans, plus loootoiimaiifi pour les villages 
de son ressort , plus i,ooo toumans pour Jes mines de soufre de 
KianUty plus i ,000 toumans pour Minas , plus i ,000 toumans 
pour les îles à'Ormouzel Kichmich^ en tout 7,000 toumans, que 
cet Iman est obligé de payer au prince gouverneur de Cbiraz. La 
population de Bender-Àbbassi se monte à vingt mille âmes (i). 
Les habitans quittent la ville durant Fêté, pour venir jouir d'une 
température plus fraîche , que leur offrent les villages de Qeriau 
et à^lssin (2). Aujourd'hui cette ville semble être retombée dans 
rétat de ruine dont Chah-Abbas Tavait tirée. Ses exportations 
consistent à présent en noix , pistaches , amandes et prunes 
sèches ( alou-î-bohara ) , qui viennent du Kerman ; en châles 
rayés de jaune et de rouge , venant de Jezd. La douane prélève 
dix pour cent. La mine de soufre de Klamir^ située dans 
la partie ouest de la côte , donne annuellement un rapport de 
yô,ooo toumans. 

Bender-Congo est un port non loin de l'embouchure du Kor 
{Korios). Cette bande de côte se nomme, dans les géographies 
arabes, <S^; ou Sétf-i-Aman. Dans son voisinage, on peut voir 
encore les restes d'une antique forteresse nommée Hasn-i-Ibnri" 
Amarè , qui , du temps d'Aboulfeda , était déjà en ruines (3). 
C'était un repaire de pirates, lorsque Mahomet fonda son empire. 

Cette côte a porté , dans l'ancien temps , le nom de Seïf-oul- 
hdSoT^S^^^ (l'Épée de la mer)] une portion s'appelait Séïf-i^ 

(i) Dupré , tom. I , p. 496. (J) Abaulfedâ. 

(a) Idem , p. 388. 



( 3i7 ) 

Eéitoh^, et Vautre Séïf-i-Ibii4 {S^-i^lbni-Amarè) (i). 

La ville de Haçzri-Siif est situëe , suivant le Djihan-Nouma , 
sous les 87^ 3o' de longitude , et les 29* de latitude (2). 

Zirafj au-dessous de la précédente, était jadis la ville de 
commerce la plus importante de la côte (3). Mac. Klinneir la place 
sous les 98* de longitude et les 27* de latitude ; Bakoui la met sous 
les 88' 5 ' de longitude et le 29'' 5' de latitude (4). 

Tcharreq, au pied d^une haute montagne , en face de File de 
Kenn. 

Nedjirem , au bord de la mer (comme le précédent) , à trois 
parasanges de Zttcff. Suivant le D jihan-Kouma , le fleuve Dégan 
se jette dans la mer auprès d'un village de même nom , que sur 
la plupart des cartes on trouve sous la dénomination de Darahin^ 
et que Dupré nomme Kalatou. À Fouest de Fembouchure de ce 
fleuve est le port des palmiers. Bender-NaKl. 

Le port le plus voisin de cet endroit se nomme Bender-i^Aselou^ 
auprès duquel le fleuve de Nabon-Bagrada a son embouchure. 
L'ancienne limite du Fars et du Kerman était ce fleuve. Mac. 
Kinneir Findique au Déqan , c'est-à-dire à Ziraf. 

Au nord-ouest du précédent , le port le plus voisin esl.Bender^ 
Kimgoun ou Konkon, Entre celui-ci et Bender-Riçhèhr ^ est 
Fembouchure du fleuve Sitaregan (le Sitacus d'Arrien, le 
Sitiogagus de Pline) ^ et qui, sur la Carte de Lapie, coule 

(1) Djihan-Nouma f p a63. L'éty- même lien. Le doute masifinté^p, 1^41 

mologie est douteuse. sur h manière dont il faut écrire le 

(7) Idem. ^^^ flnderabij se trouve éclairci par 

(3) Macdouald Kinneir , p. 82. ^^ Djihan-Nomna , p. 289 , qui l'écrit 

(4) Notic. des Manusc. . tom. Il , ^^W ^'^^' «» °«° P^Jh^ 
p. 44i. Ouseley, tom. I, p. 170-178, HmdmwU , comme le rapporte JHie- 
dbtingue Z(ra/de Tchareç ^ que Mac l>idir. 

Kinneir regarde comme un seul et 



( 3t6 ) 

sans interruption de Nùriz et Darabdjerd ( Pasargade ) jusqu^i 

la mer. 

Bender-Bichehr et Bender-Bouchèhrùnl été mentionnés comme 
des attributions du cercle de Chapour. 

Bender-Bxg , à trente-deux milles anglais , au nord-ouest de 
Bender Bouchekr^ résidence du fameux pirate Mir Maherma , 
dont Niebuhr raconte Pbistoire , n'est aujourd'hui que ilécom- 
bre9 (i). Le petit fleuve de Khanbidqk pu de Big^ qui y a son 
embouchure, est le A>^o7iad'Arrien, etleBogomanis de Ptoloméç 
^t de Marcien. Entre Bender^Big et Bender^Dilem , le port le 
plus Toisin du précédent, se présentent les ruines deDjénabè^ que 
Mac. Kinneir nomme Gunaça (2) ; au-dessus est Fembonçhure 
du fleuve Ab4-Çhip^ , Ip Brisarni d' Arrien , le Brisoana de 
^oloiqéç e^ le Qrisomana de Marcien (3), 

ÇenderrDilem n'est éloigné de Bender^Big que d^ treize para- 
sanges. Proba}>lement que cette villç est le Tquh ou )e Tous 
d'Aboulfeda , qui la place à douze para^anges de distance (4)- 
Le Djihan-^ouma dit également que cettç ville était au bord d'un 
fleuve ; qui ne peut être autre que VAh-i^Gmin. La rivière qui 
vient ensuite est le Tab (TOroates), reconnii comme limite du 
Khouziatan. 

Dans cette région; le Djihan-Nouma place encore ; 

Hir^ ville de mitoyenne grandeur, avec un château fort (5). 

Djéxir; cette cité, d*ulie température extrêmement chaude, 
n'est habitée que par des fabricans d'armes (6). 

Merzdan^ Dazen et Dé^an sont trpis chefs-lieux de districts, très* 
fertiles en blé et en coton (7). 

(1) Mac, Kinneir, p, 71. (i() Abonlfeda; Djih.-Noam., p. ^64t 

(a) /<fem, et Bakooi, Not. des Ma- (5) Djiban-Nouma , p. a64. 

nosc, tom. II, p. 433. (6) Idenu 

(3) Djihan-Nouma , p. 374* (7) Idem. 



I 



I 



( 3«9 ) 

Zhds^ à Textréine frontière du Fars, près du Khouzislan^ et 
qui (comme Tobserve Aboulfeda) est déjà regardé par quel- 
ques-uns comme une dépendance du pays i^Ahçaz (i). Nous 
voici arrivés sur la rive du Tab , fleuve limitant le Fars et le 
Khouzistan. 

CHAPITRE XIII. 

Le KhoQzistan. 

La dernière contrée sud-ouest de la Perse est bornée à Test par 
le Fars, au nord par Vlrak-Adjerni ^ à Touest par le Tigre et 
Tlràk'Arehi , et au sud en partie par le Tigre et en partie par les 
ondes du golfe Persique. 

Elle se divise en trois régions : la supérieure , ou le Loristan; 
celle du centre ou le Khoudstan^ proprement dit, que Ton nomme 
aussi Souzistan; et Pinférieut^e, qui comprend VAhçaz et le district 
des Béwkâah. Ces trois régions correspondent presque entière- 
ment aux divisions de la géographie ancienne, JElymaïs^ Suais 
et XJxiana. 

L'Elymaïs, la contrée qui , au nord, confinait immédiatement 
avec la Perse , vers les défilés de Zagri (VOrontes)^ consistait dans 
les trois provinces de Korbiene {Khourrem-Abad) , Gabîena et 
Messabatia (2). 

Le district de Paraùakènè (Bouroudjerd) et le pays montueux 
des Kosséens , touchaient immédiatement au nord-est de cette 
province ; à Test étaient les cantons des Sagapines et des Sitakenes. 
Hol région centrale était la Suziane , habitée par les Suziens ou 
Kissiens. 

(i) Aboulfeda, tom. I, p.aSB, dei^é- (a) Strabon , xvi , I , p. 17 ; xv, 

dition grecque -arabe d'Alexandrides. III, p. 19. 

Ù. 4< 



( 320 ) 

Suzi3 (Suze) touchait immédiatement à VUada; le Pantigris 
traçait la frontière entre ces deux territoire» (i) , ainsi que VEu^ 
lœus oo Choaspes^ rivière qui passait devant Suze et se jetait dans 
le Pasitigns , et sur laquelle Alexandre desoendit k la rencontre 
de Nëarque , lorsque celui-ci remontait le fleuve (le Pasitigns) 
avec sa flotte (2). De la Suzianc , la route qui conduisait dans la 
^proYince Persîs passait par PUxiane (3). Les habîtans de cette 
région moiitueuse se nommaient CO'peiot "Ov^ioi ) les Auxiens de 
la montagne ; ils touchaient aux Suzîens ou Kissiens , comme les 
Mordes touchaient aux Perses et les Kosséens aux Mèdes (4). Le 
nom persan deX»8â(, Josechius^ n'est que celui deKhouzistan (5). 

Jusqu*ici , les déterminations de Strabon et d^Arrien ne lais- 
sent aucun doute sur les limites anciennes de ces états ; mais nous 
touchons à la plus grande difficulté qui se soit élevée parmi les 
géographes modernes , au sujet du Pasitigris et de VEulœus qui s^ 
décharge , difficulté dont la solution fixera la position de Pa- 
sargade et de Suze. Tout ce qu^ils ont dit jusqu^à présent n^a 
pas suffi pour établir d^une manière satisfaisante si Tancienne 
capitale du pays de Suze doit être cherchée dans l'endroit qae 
Ton nomme aujourdliui Khouz, ou bien dans la localité de 
Choiister. Les plus estimables de la géographie ancienne , tels 
que d'Anville (6), Rennell(7), Vincent (8), Mannert, se sont 
beaucoup étendus sur Fhy drographie du Kouzistan , sans nous 
procurer un résultat incontestable sur cette matière ; ce qu^l 
faut attribuer à Fimperfection des données que leur ont pré- 



Ci) Arrîani Anabasis , t III, p. 17. 

Apoç 9% ex Zoutfoyy xae (fca^oç tov ira^cre- 
ypcv irttTBcpM cfA^àlXtc c ic rm Ou&«>y yn». 

(a) Arriani Hist. Indica, XL, II. 

(3) Strabon, xvi, I, p« 17. n/}oç 

Ttià 9' ici Ttotï rofç fx 2ou7&>y giç TÎjv /xeao- 
yoiov rite Usptrt^oç S^ rÎK Ov^ccc. 

(4) Arrianî, Histlndlca» XL. Zo!>- 

ccocc 9t irpo9«cxoc OTC ffc9cv oc OvÇcoc xa5flê • 



Ktp Map^oc [Atv Utp^cuç irpoffs;(ccç ocxfov* 

(5) Idem , X , p. i^. Ex vfiç Xow5«ç 
aiii xac irora^oç tovtov c^^ov ovo/uu 

(6) Recherches Gëog. sur le golfe 
Persiqae ; Méin. de TAcad. , t XXX. 

(7) The voyage of Nearchus. 

(8) Geogr* of Herodotos. 



( 3ai ) 

sentëes les cartes qu^ils avaient pu se procurer. Macdonald Kauneir, 
le seul des voyageurs modernes, parmi ceux dont il est question 
dans ces pages, qui ait^arcouru la Suziane, est le premier qui nous 
ait donné d'une manière exacte le cours €t les noms actuels des 
rivières de cette contrée ; dans les deux cartes qui accompagnent 
ses Mémoires sur la Perse et son Voyage dans TAsic mineure; ce 
sont aussi ses travaux qui nous encouragent dans Tentreprise que 
nous allons tenter. Cet illustre voyageur, bien qu'il proteste ne 
pas vouloir prononcer entre Vincent et Rennellau sujet des noms 
des rivières et de la position de Suze^ fait pourtant dans sa carte , 
deux rivières bien distinctes de VEulœus et du Choaspes , quoi- 
quMIs n'en fassent qu'une, et que leur identité ait été démontrée jus- 
qu'à l'évidence par d' Anville, Vincent, Mannert et Hoeck qui s'est 
fondé sur leur opinion. En effet, Arrien, Pline et la Bible placent 
Suze au bord de VEulasuSj et Hérodote, Strabou et Quint-Curce 
le mettent sur le Choaspes , et ce que les premiers disent de VEu- 
lœus , les seconds le rapportent du Choaspes , c'est-à-dire que les 
eaux en étaient si légères et si salutaires , que les rois de Perse n'en 
buvaient pas d'autre , même dans leurs voyages , parce qu'ils en 
faisaient porter partout avec eux. 

Si, par ce fait, l'identité des deux rivières d«meure incontes- 
table , l'opinion des géographes n'en reste pas moins partagée 
pour savoir si l'ancien Eulœus ou Choaspes doit être cherché dans 
le Karasou ou bien dans le Karoun d'aujourd'hui , selon que ces 
géographes voudront trouver l'antique Suze ou dans la Khouz 
ou dans la Cbouster moderne , car la première est située sur la 
rive orientale du Kérah ou Karasou , et la seconde sur la rive 
orientale du Karoun^ également nommé Ab-i-Chouster (la 
rwière de Chouster); mais Suze était sur le bord oriental de 
VEulœus et du Choaspes ; il ne s'agit que de déterminer , 
d'une manière certaine, laquelle de* ces deux rivières tstVEu- 
Ubus , autrement dit le Choaspes , pour en même temps , con- 
naître qui de Khouz ou Chouster fut l'ancienne Suze ; d'An- 



( 322 ) 

ville, Yincent et Mannert ont pense qae c^étàil Chousier; Ren- 
nell^ Kinneir(i)f et, diaprés lui, Hoeck, ont penché en faveur 
de Cfèouz (également nommé Chouch). Sans appeler à l'appui de 
notre sentiment, Tautorité incontestable des géographes orien- 
taux, nous nous rangeons à F opinion des premiers, uniquement 
par cette raison que le Karoun ou le Ghouster est le seul dont le 
cours s^étende jusqu^à la mer et rende possible la marche de la 
flotte de Néarque. Le Kérè ou le Karasou n^ayant point son em- 
bouchure sur la côte, ne peut pas être VEuIœus ou le Chaaspes. 
Les partisans du sentiment contraire (Hoeck , au moins) , n'ont 
pas pris en considération cette objection importante ; mais sans 
nous arrêter sur elle ni sur les autres , émises par Yincent , qui 
jettent la plus grande lumière sur Tidentité de Suze avec Ghouster, 
nous nous empressons d'offrir le texte aussi bien que la traduc- 
tion d'un géographe persan qui prouve d'une manière évidente 
quel est le fleuve qu'on doit regarder comme l'Eulœus ou le 
Choaspes et force de reconnaître la position de l'ancienne Suze à 
Chouster et non pas à Zouch (2) ou Chouz , prononcé Khouz. Il 
est extrait d'un précieux manuscrit de la bibliothèque I. et &. , 
sous le n^ 4^^» ^^ ^^ paratt faire partie du Rouzhat-oul-KouIoub 
(la réjouissance des cœurs). 

a L'eau du Tigre, fleuve de Chouster , vient du Kouh-i-Zerde , 
» (de la Montagne jaune) et des monts du grand Xow, et après 
» un cours de trente et quelques parasanges , elle arrive à Chouster. 
n Elle est toujours fraîche et si dissolvante, que sous celte ardente 
» température , les habitans de ce pays mangent les mets les plus 
» lourds à l'estomac , se confiant dans sa vertu digestive , et ils les 
» digèrent (3). » 

(i) Foyez sa Carte. qui a pris à rebours la leUre da mot 

(2) CeUe manière d'écrire n'est le o J-^' ^ ^ 

résolut qae d'an renversement de let- (^) ^JJ VJ Lr^^,^.^r*^ ^^ V<' 

!trcs , par inadvertance de Timprimeur j,^jl J*? j ^J^*^ "^jij^ ^^J 



( 323 ) 

Ici , rcxcellence de Peau de TEuloeus ou du Ghoaspes, rap- 
pelle le motif qui avait déterminé les rois de Perse à la pré- 
férer aux eaux de tout autre fleuve ; et sa propriété qui n'a point 
changé depuis plusieurs milliers d^années, suffirait seule pour 
lever la difficulté , si la composition de son nom oriental Did/lè- 
i^Chousier (le Tigre de CAoïi^to*), n'offrait pas la preuve irré- 
cusable que cette rivière, unie au PcLsitigris^ialXt fleuve que la 
flotte de ISearque remonta , et celui sur lequel Alexandre , en 
partant de Suze , vogua à sa rencontre. Le Pasitlgris (le DjéraJd 
moderne), qui coulait à l'est de VEulœus ou du Choaspes^ se réu- 
nissait avec celui-ci , le Kai^un ou V Ab-i-Chouster de nos jours, 
que Ton nomme même encore Didjlè-i-Chouster, c'est-à-dire le 
Tigre de Chouster^ ce qui ne laisse aucun doute sur l'entière 
identité , puisque le Tigre qui s'unit à TEuphrate , dans le lit du 
Chat-Oul-àreb, porte chez les Orientaux le nom Didjlè. C'est ainsi 
que le Simoïs de la plaine de Troie, porte à son embouchure le 
nom de Mendère^ après avoir reçu les eaux du Scamandre. 

Lorsque nous traiterons de Chousier , nous reviendrons encore 
sur sa position si évidemment déterminée par ce que nous venons 
de dire de VEulœus et du Choaspesj et nous achèverons d'anéantir 
l'opinion de ceux qui refusent de l'admettre coiame l'ancienne 
Suze , en rappelant leur irrécusable identité. Nous allons main- 
tenant, suivant l'usage que nous avons constamment suivi dans 
ce travail , compter les fleuves dans l'ordre de leurs embouchures 
en partant du Fars. 

Le Tab {^Arosis ou Oroatis)^ forme la limite du Fars et du 
Khouzistan. Ses sources se composent de deux rivières qui pren- 
nent naissance dans les environs de Zeitoun , la première , au pied 
de la haute colline de Kamara , la seconde , auprès ^Ardigaun^ 
à douze parasanges dans le N.-O. de Ghiraz. Il passe ^^xArragan 



34) 

et Endian. Au mois de férrier , Mac.Kinneir estima qu'il avait 
en cet endroit 80 toises de largeur , et troaya ses eaux sau- 
m&tres (i). Tous les fleuves qui se jettent dans le golfe Persique 
ont cette qualité saline , & l'exception du Did/le-i-Chousteri d*où 
Ton peut conclure qu'il est le seul qui puisse correspondre à 
VEulœus ou au Choaspes àcs anciens , si renommé par l'excel- 
lence de ses eaux. Suivant le texte an Djihan-Nouma (2), le tflb 
s'élance des montagnes du Loristan , se grossit des eaux du JMos 
{Mossœus)^ sépare le Khxmzisian du Fars^ et.se jette dans la mer, 
auprès du village de Choutour. Le manuscrit du géographe persan 
(sous le n* 433), dit que les montagnes où ce fleuve prend sa 
source, sont celles de Chérmran j|^^ et de Taht >ji^. 

Le Djérahi (le Pasiligris) ^ vient des montagnes qui sont 
immédiatement derrière Bihehan , passe à quelques milles anglais 
de cette ville, par la vallée de Ram-Hormouz ^ en se dirigeant 
sur le vieux Deçrak^ dans le district de Chaab^Cheïkh ^ où les 
Arabes , à l'aide de digues , font entrer ses eaux dans des ca- 
naux qui les répandent sur des terres cultivées ; elles se perdent 
ensuite dans les marécages de Devrak. Le 'Djérahi se divise en 
deux branches principales , dont l'une débouche dans la mer , 
auprès de Goban , et l'autre conflue , auprès de Sahla , avec le 
Karoun^ autrement dit Athi-Chouster^ l'eau, la rivière de Chous- 
ter (3). 

La rivière, le fleuve de Chouster^ nommé Ab-i- Chotister^ THdjU- 
i^Chouster (le Tigre de Chouster), que Kinneir nomme Karaun^ 
et que les anciens appelaient Eulceus et Choaspes j prend sa source 
à Correng ( Khourrem >^ peut-être) à vingt-deux parasanges au 
S.-O. d'Ispahan , au pied du même mont que le Zendroud ; mais 
au revers opposé , de même que son cours est dans une direction 
contraire. Après s'être grossi de plusieurs petits torrens du 

(1) Mac. Kinn., Mém., p. 67. (3) Macd. Kinn., p. 87. 

(3) Djihan-Noama, p. 374* 



( 3^5 ) 

Lorisian , il passe devant ChoBster. Huit parasanges au-dessoui 
de cette ville , près à*un lieu nommé Bendildly il reçoit la rivière 
qui porte le nom à^Ab-^i-Zal, ou DizfmàL^ venant de Fouest^ puis 
continuant son cours jusqu'à Zahla; le Djirahi (Pasitigris), 
vient Fenrichir du tribut de ses ondes. Cest là que ce fleuve se 
divise en deux branches , dont naos, avons vu que Tune se jetait 
dans la mer , auprès de Gobcm , tandis que Tautre , qui porte 
alors le nom de Hafar, coule Fespace de quatorze milles anglais, 
avant de se partager en deux bras, dont Fun , noiamé Bamichir, 
va se réunir à la branche qui tombe dans la mer , près de Ooban ; 
Fautre , nommé le Nèhr-i-Mouchrikane , par xm canal artificiel 
de trois milles de longueur , va se jeter dans le Tigre , qui se 
nonmie Chat-oul-Âreb depuis sa réunion avec FEuphrate (i). 
Cest par la branche du Karouriy ou de F Ab-î-CbousIer qui , se 
séparant auprès de Zabla , va tomber dans la mer à Fouest de 
Goban, que la flotte de Néarque remonta ce fleuve, tandis 
qu'Alexandre le descendait en quittant Suxe. Arrien lui donne, 
à cette embouchure , le nom de TlMm^ypi^f comme le géo- 
graphe persan Fappelle jTmJi^^U > DidjH -- 1 - Chouster y le Tigfe 
de Chousterj^c. à d. de Suzé). Le Pasitigris qu* Alexandre passa 
à Fest de YEulœus, est le Djérahi. Quinte-Curce dit qu'Alexandre 
atteignit ce fleuve le quatrième jour de sa sortie de Suze , ce qui 
se rapporte parfaitement avec la distance qui existe, près Aam- 
Ormouz de FEulœus à Suze (2). Nous allons maintenant re- 
venir au Karounou à V Ab-irChouster ^ et suivre son cours d'après 
Fhistorique du Djihan-Nouma. Ainsi que le géographe persan » 
il place sa source au Kouh-i'&rdj montagne du Loristan. Après 
on cours de trente parasanges , il arrive à Chouster , et plus que 

(1) Mac Kinn., p 87. la même roule qu'Alexandre , passa , 

(a) Rex quartis câstrîs pervenit ad le quatrième jour, près de Ram-Honr- 

Tigrimfluvium; Pasîtigrim meokevo- mouz. fo/. Cherif-Ouddio liv. lY, 

cant ; oritur in montibus Tlxiorum. — chap. xxiv. 

C'est le fleuve que Timour, en faisant 



( 326 ) 

celte de tous les autres fleuves et rivières , son onde est fraîche , 
agréable et dissolvante (i). Chapour arrêta ce fleuve, au-dessus 
de Chouster, à Taide d^une construction nommée Chudourçan 
^tj.SU» , dont Tobjet fut d'obliger ses eaux à entourer Suze. 
Cette bâtisse le divisait en six branches, dont quatre se dirigeaient 
vers l'est (2) , et les deux autres vers l'ouest, pour se réunir de 
nouveau auprès à^Asqér-i-'Mouqerrem. Le géographe persan, à la 
suite du passage que nous avons cité quelques pages plus haut , dit 
expressément que les quatre canaux , coulant à Test de la ville, se 
nommaient Tchehardenq^ les quatre étangs (3). Le géographe turc 
donne pour plus grand éclaircissement , qu'Âzadoud-Dovlét 
(qui éleva la digue de Bend-ï-Emir près de Chiraz) fit creuser 
ce canal de quatre parasanges d'étendue , nommé Hafar^ par 
lequel le fleuve à!Ah\;az^ (car c'est encore un nom du Didjlè-ù- 
Chousier ou àjxKaroun) conlmuniquait avec le Chatoul- Areb ^ 
de manière qu'il se jette , par ce canal , dans le Tigre , et par 
son propre lit , dans la mer (4). Ce fleuve porte aujourd'hui 
des dénominations si diverses , telles que le fleuve à!Atwaz^ 
Ab-i-Chouster y ou le fleuve de Chouster^ Dîdflè'i^ChousUr et 
Karoufiy qu'il ne faut pas s'étonner si , dans rantii|iffité , les uns 
l'ont appelé Eulosus et les auires Choaspes. Si, comme le rapporte 



(1) Djihan-Nonma , pag. aSS. Ut 

(a) Le Djihan-Mouma, en cet en- 
droit , dit : 



c Ayant fait couler quatre braa i Pouest 
» et deux bras à Test. » 

(3) Le fleuve Doudenq (les deux 
étangs ) , que Timour passa à deux 
journées de Suze, sur la route de Chi- 



raz ; est probablement Tun de« bras 
du Tchehardenq ; et Vincent ( p. 4i3 ) 
fait observer que c^est sans doute éga- 
lement le Kàpatras , ainsi que le Kou- 
rou'khan-^endè , qui n^est autre que le 
Djérahi et le Pasiligris de Diodore* 

(4) Les notes d'Istil, traducteur de 
Cheref-Ouddin, manquent de justesse 
quand (p. 1 84) il fait entrer le Dou- 
denq et le fCourou-lhan^er^è dans VA6î- 
zaly et cette rivière (p. 168) débou- 
cher dans la mer , lorsqu elle se rend 
dans le fleuve de Chouster. 



(327) 

Théyenot , il existe près de Chouster une montagne que Ton 
appelle Kovhri-èsh ou Kouasp , qui veut dire la Montagne du 
Cheçaly Tétymologie de Choaspes et Porigine de ce mot deviennent 
authentiques (i), 

L'Ab-UZaly où le fleuve deDiz-Foul prend sa source dans 
les montagnes du grand Loristan , passe devant les lieux nommés 
Djind-ir-Chapour^ Dizfoul et Mouchrikan ^ et après un cours de 
soixante parasanges, il entre dans le lit du Karoun auprès de Ben^ 
dehiL C^esiVHedyphonûe Pline (qui sonne bieri)^ qui tombe dans 
VEulœus. Macd. Kinneir donne les deux sources de VAb-i-Zal: 
Tune part de Choulour-Kouh (montagne du Chameau) » près de 
Bouroudjerd; Fautre sort de la chaîne des monts du Loristan. 
Elles se confondent à trois journées au nord de Diz-Foul (2). 

Le Karasou, Kerkhè ou Kérah^ que Ton appelle aussi la 
rivière de Souz ou de Zouch , Chouz^ parce que Ckouz est sur sa 
rive gauche , comme Chouster est sur la rive gauche du Karoun, 
le Didjléde Chouster. Il résulte de la réunion dWe multitude de 
petits cours d'eau , qui jaillissent dans la province à^Ardilan, 
région àuKourdistan. Il traverse la plaine de Iïamadan;k quatre 
milles anglais au-dessus de cette ville , il reçoit le Kazaçer ; et 
huit parasanges plus bas , il est grossi par la rivière de Gamasou^ 
qui prend naissance auprès de Néhaçend , passe à une distance 
de trois milles anglais > devant Bisoutoun , et s^enfle des eaux 
de Bisoutoun et des petites rivières de Dérénir ( Dinéçer ) et 
^JSerzin, avant de se réunir au Karasou ou Kèreh ou Kèrah. Le 
JKéirasoUj en poursuivant son cours, recueille encore le Koumizr 
koun, à quatre parasanges de Khourrentrobad, prenant une ten- 

(i) Une grande preure de Fiden- roon est celle dont Ponde est la plus 

tité de Karoun avec le fleuve que la volumineuse et la plus navigable, a- 

flotte de Néarque dut remonter, nous près avoir été grossie des eaux de* 

est fournie par Kinneir , quand il dit VAbhal (p. 298 )• 
que, de toutes les rivières du Khouzis- (a) Macdonald Kinneir, p. 96. 

tan qui se jettent dans le Chat, le Ka- 

II. 4^ 



(3a8) 

dance ouest , près de Chouek derant qui il passe ; puis il se dirige 
vers Haçizè et se perd dans le Chalroul^ireb (i).Le Djihan-Nouma 
s'accorde entièrement ayec Kinneir pour les sources du Karasou, 
qu^il place au mont Ervend (l'Oronies) ; il dit qu'il recueille suc* 
cessirement les rivières de Dinéçer^ Goidgou, KhourremrAbad et 
ZHahor; qu'il passe devant HcKàzè; ensuite il le laisse couler réuni 
au Karoun jusqu'au Ht du Ghat-oul-areb (D'après la Carte de Mac. 
Kinneir, serait-ce une faute?). Le géographe persan lui donne 
cent vingt parasanges de cours (2). C'est le Gyndes des anciens , 
que Kinneir a vainement cherché plus dans l'ouest , parce qu'il 
commet l'erreur de regarder le Kerah comme le Chonspes et 
Zouch comme Suze. 

Montagnes. 

Le ZerdkauhoffàKoàkd^Zerd^ où V Ab-i-Chauster et le Zende-^ 
rouef prennent leurs sources dans le Grand-Loristan. 

Le Houbenkauh , dans le Petit-Loristan ^ ou il y a des mines 
de marcassite (3). 

Le Koukri^esp^ ou la montagne du Cheval, près de Chouster^ 
et le Chouiourkouh , ou la montagne du Chameau , près de Bou^ 
roudjerd (4). 

Les trois premiers sont peut-être le Cawbalidus^ le Charbamàs 
et le Casyrus de PHne (5), ou la cha&ie des montagnes de Choatras 
de Ptolémée. 

Dans VAlwaz (le pays des Uasiens)^ que d'un côté le Tab 
sépare du Fars, et de l'autre côté le Karoun ou VAb-i-Chouster 
sépare du Khouzistan proprement dit (la Suziané) ; les lieux les 
plus remarquahlefl sont : 

(0 Macdonald Kinneir, p, 96. (4.) Macdonald Kînncir, p. 96. 

(2) Manuscrits, N» 433. (5) pib., tom. VI, p. 2^. 

(3) Djihan-Nooma , p. a86. 



( 329 ) 

Ah^az j la capitale qui doxme son nom à toute la contrée, située 
sous les 85* de longitude et les 32* de latitude (i). C'était jadis une 
ville considérable ; ce n'est plus aujourd'hui qu'une misérable 
bourgade de six à sept cents feux y qui n'offre plus rien de*remar* 
quable , qne les ruines d'un palais sur la rive du fleuve , celles 
d'un pont, et quelques grottes taillées dans le rocher^ dont les 
habitans ont pu se servir autrefois , soit cmome de sépultures , 
soit comme d'abri contre les excès de la chaleur. — lie pojit eut 
jadis le nom d 'Hindous. Les ruines que Macd. Kinneir prit pour 
celles d^un palais , sont peut-être les vestiges d'une mosquée ma* 
gnifique, qu'Âzadoud-Dovlet avait autrefois consacrée au culte 
du Très-Haut. La physionomie blême des habitans d'Ahvaz indi- 
que l'insalubrité de l'atmosphère , qui , si Ton en veut croire 
Topinion vulgaire , porte à la stupidité , comme celle de Mosoul 
aurait la vertu de rendre prudent , celle d'Ispahan , avare , et 
celle de Hachenuiè^ grossier (2). Ahçaz est à quatre-vingts para- 
sanges d'Ispahan , à quarante-huit milles anglais de Chouster, et 
à une journée à^As^èr-i-Mougerrem. 

Asgèr-i-Mouqerrein , à dix parasanges à Touest d^ Ahçaz , et 
seulement à huit parasanges de Ghouster, est un lieu connu par 
l'excellence de son climat et les petits scorpions qui l'infestent. Le 
canal qui allait de là rivière de Chouster jusqu'à Asqèr-i'lXbu- 
qerrem^ porte le nom de rivière de Mouchrihany dans les géogra- 
phes orientaux (3). En se rendant à Ahçaz y Ton pouvait le des- 
cendre jusqu'à six parasanges au-dessous d'Asqèr-i-Mouqerrem ; 
mais on était obligé de faire le reste de la route par terre. Les 
campagnes qui bordaient les rives de ce canal , étaient les mieux 
cultivées du Khouzistan. Le nom d' Asqèr-i-Mouqerrem lui vient 
de ce que ce fut une armée commandée par un général du nom de 
Mouqerrem , qui l'éleva dans ce lieu. Cette armée avait été 

(i) Djiban-Nouma, p. a85. Tousi. 

(a) Âdjaib oui Mahloukat d'Ahmed (3) Djiban-Komna, p, a8&« 



( 33o ) 

expédiée dans cette contrée par le fameux H^jadj. La soie ^ les 
oranges et la canne à sucre réussissent à merveille dans tout ce 
territoire (i). 

Le Bendekil de Macd. Kinneir^ au confluent du Karoim et de 
VAthirZalj n*est autre que \^Détr4-HazélcU, c^est-à-direle courent, 
ou le temple d*Ezéchielj de Bakoui, que Deguignes estropie en 
écrivant Dir-KharkH^ par la transposition du point de la seconde 
lettre sur la première (2). 

Djébà , à huit parasanges Ôl Asqèr-i-Mouqerrem , est un lieu 
bien arrosé et fertile en dattes (3) et en cannes à sucre/ 

Resiak'OuZ'Zouij c^est-à-dire le marché de Zout, est un district 
d^Ahvaz, à sept parasanges de Ram-Hormouz. L^air y est très- 
chaud (4j. 

Haïzan , Tun des plus fameux cantons de TAhvaz , dont on 
recherche le séjour pendant Tété , à cause de la fraîcheur de sa 
température (5). ** 

Deçrak ou Decrek (et non pas Dorak)^ sous les 85* de longitude 
et les 3o* 3o^ de latitude (6) , suivant le Djihan-Nouma ; sur la 
route que les pèlerins du Kerman et du Fars prennent pour aller 
à la Mecque , à quatre journées à^Asqèr'i'Mouqerrem. Deux 
sources d^eau chaude remplissent de leurs ondes deux vastes ré- 
servoirs. Macd. Kinneir n^en fait pas mention ; mais il parle de 
$ts excellent habbcts (sorte de manteaux). Au reste ^ c^est du 
Deçrak d^aujourd'hui qu'il traite et que Ton nomme, encore 
Félahi. Les ruines du vieux Devrak sont également situées sur le 
Djérahi; mais beaucoup plus haut (7). 

Zamarda est une petite ville au bord du Karoun (Je Didjlè-i- 

(i) Adjaib oui Maloukat. (3) Djlhan-Noama 9 p. 284* 

(a) Bakouî, Nolic. et Extr. des Ma- (4) Jàem. 

nusc. du Roî, lom. II, p. 456. ^j^ (^ ^*^' 

lui parât être vj^ip* ; rien n'est élon- (6) làem* 

nant dans une pareille erreur. (7) Macd. Kinneir^s Mem. , p. 88 



(33i) 

Chouster) , à vingt-cinq milles anglais au-dessous d'^Aiw^z, n'ayant 
que trois cents habitans. 

Zabla est un village abandonné , beaucoup plus bas sur le 
Karaun* Cheikh^Suleiman^ enfermant, par une digue, leHqfar^ 
cet ancien canal qu'avait fait construire Azad-oud-Dovlet , et qui 
allait au Chat-oul-Areb, contraigiiit toutes les eaux de couler vers 
Gouban. Tant que la digue subsista , la contrée de Zabla présenta 
le plus riche aspect ; mais le temps Payant détruite^ les eaux 
reprirent leur ancien cours , et ce territoire en souffrit (i). 

Gouban , au bord de la mer, entre les deux embouchures du 
Djérahi^ dans Test, et d'un des bras du Karoun , à l'ouest. 

Madjour^ sous la longitude de SS"" 3o' et les i(f 3o' de latitude (2), 
entre Deçrak et Endian , ville d'environ sept cents habitans , à 
deux milles anglais de la mer, et quoique dans le désert, passable-, 
ment pourvue d'e^x douces (3). 

Endian, sous les 3"^ de latitude, à vingt milles anglais de Zeïtoun, 
à quarante-huit de JBibahan , à vingt-sept de Deçrak, est une ville 
bâtie sur les rives du Tab (}' Oro€Uis) ; elle a près de deux milles de 
circuit. Sa population est de trois à quatre mille âmes ; elle tra- 
fique principalement avec Basra et JBibahan (4). 

Bibahan et Aradjan , toutes deux , comme Endian , sur le 
bord du Tab, c'est-à-dire sur la frontière du Fars et du Kkau^ 
zistan. Il en a déjà été question à l'occasion du Fars. 

La partie méridionale du pays à!Ahpaz , qui règne le long 
de la côte , se nomme le pays de Chèab-i^ Cheikh (5), et s'é- 
tend depuis le Tab jusqu'à JBendekil , où VAb-i-zal et le Ka^ 
roun ont leur confluent , et jusqu'aux montagnes près de Ram-- 
homtouz , en longeant le Djérahi (6). Les revenus annuels de 

(1) Macd. Kinneir^s Menu, p. go. (4) Macd« Kinneir's Mém., p. 90. 

;' a Djlhan-Noiiiita , p. a85. (5) N^est-oe pas de Cheikh-Chéab? 

(3) Macd. Kinneir^s Mëm., p. gi. (6) Macd. Kinneir^s Mém., p. 81. 



( 332 ) 

ce teiritèite s^âàvent k une somme de cinq leqs de imstres, 

5o,ooo liv. sterL (i) 

Les lieux au nord du Djérahi , sont déjà du ressort de Chouster, 
tels que : 

Bam-HormouZy sous les 86" de longitude et les 3o* 3o' de lati- 
tude (2). Elle fut construite par Hormouz , fils de Chapour ; son 
territoire est ferlile en canne à sucre, en blé et en coton; elle 
est à dix-neuf parasanges d^ Ahvaz. C'est la patrie d'un grand poète 
lyrique , nommé Selman. La mosquée qui décore la grande place 
est r ouvrage de Tillustre Âzad-oud-Dovlet , de la dynastie des 
Dilemites; c'est dans cette ville que le fameux Manès subit le sup- 
plice et que ses sectateurs furent pendus (3). 

Destger^ viUe de F Ahvaz , construite par Hormouz , fils de 
€hapour (4). 

JBasian ou Basan , au bord du Karoun , à deux journées de 
Hasn-i-Mèhdi (5). 

Méharid-i-Koubra et Méharid-i-Sougra (le Grand et le Petit 
Mébarid) , sont deux districts couverts de palmiers qui donnent 
de riches moissons de dattes (6). 

Aïdèd/y dans le district de Ram-Hormouz , est une petite ville 
située dans la montagne ; c'est d' Aïdèdj que l'on apporte la neige 
que l'on consomme à Ahpaz. Les habitans boivent l'eau de la 
rivière de Cheab-i-Snleyman. L'sdr en est mal sain, parce que les 
monts qui s'élèvent au nord, derrière eUe,«mpédient sa Kbre cir- 
culation (7). 

Bosniy sur les bords du Doudjéîl (le Peiil-Tigre) ^ est une ville 

(i) Macd. Kinneir^s Mem., p.gi. (4) Djiban-Nouma, p. a84. 

(a) Djihan-Nouma, p. a84. (5) I^^^- 

(3) Adjaib oui maloukat ( d'Ahmed (6) Idem , a85. 

Toosl). (7) Idem. 



(333 ) 

défendue par une forte citadelle. On y fabrique de bonnes étoffes 
de laine , nommées zouf (i). 

Hasn*i^jMèhdi (a) (la Forteresse de Mèhdi), sous les 84"* 3o^ de 
longitude et les 3o^ 3o* de latitude , & Pembouchure de T Ab-i- 
Chouster^ dans la mer. Ce port et la folieresse qui le protège fu«- 
rent TouTrage do Khalife M^kdi^ dont cette ville porte le nom. 

Cet endroit est éloigné de seize parasangce4ej5oii^-£rÂ^a. C^est 
en ce lieu (Hasn-i-Mehdi ) que se réunissent toutes h^-egux du 
Khouzistan , c^est-à^dire le Karoun et le Djérahi. 

Souk-Erbea (c^est-à-^re ItsQuatreMarchés) est une ville cons* 
truite sur les deux rives du fleuve dans lequel se rassemblent toutes 
les eaux du Khouzistan. Elle a un pont de bois sous lequel les 
navires peuvent passer. La partie nord , construite du côté de 
riraky est mieux bâtie que celle du sud , qui est sur le territoire 
du Fars (3).. 

Môuchrikany sons les 85"* de longitude et les 3i^ de latitude, est 
une ville de moyenne grandeur^ sur le bqrd du fleuve Becht- 
Abad (4). 

Tarareq^ un lieu de moyenne grandeur, riche en cannes à 
sucre (5). 

SenlU y qfd^Ibnr-i'Haoukel nomme 2Saunèeil^,^ à quatre para* 
sanges ôiArdjan. 

Taïb y 84*" de longitude , 33"* de latitude (7) y jadis célèbre par 
les cordons de culottes que Ton 7 faisait (8). Elle possède un talis- 
man contre les scorpions et les serpens (g). 

Chouster , que les Orientaux écrivent généralement Toaster, 
selon le DjihanrNouma /située sous les 86^ 3o' de longitude et les 

(i) Djihan-Nouma, p. a85. (6) Ousel., tr. dlbni-Haukal, p. 78. 

(a) Idem. (7) Bjîhan-Nouma. 

(3) lékmy p. a84. (8) Ibni-Haukal, p. 78. 

(4) Idem. (g) Notices des Manasc. du Roi , 

(5) Idem. tom. II , p. 444* 



," 



(334) 

3i'' de latitude (i); selon JBakom, sous les 84'' 3o^ de longitude et 
3o* de latitude (2} , et selon Kinneir, sous les 84'* ^9* de longitude 
et 32*" de latitude (3) ^ est construite sur une hauteur au pied des 
montagnes de Bakhtiïari. Elle domine le Karoun (ou P Ab-i-Choos- 
ter).,Iia rivière aun pont de quatre-vingts piedsd'éléyation, duhaut 
duquel les habitans prennent le plaisir de se jeter dans Teau. A 
Pouest du fleuve , elle était munie d^une antique muraUle » qui 
maintenant tombe en ruine; sa population passe le nombre de 
quinze mille âmes; elle se compose de Persans et d'Arabes. On y 
fabrique de belles étoffes en laine. Les ruines que Ton trouve 
dans son sein attestent son ancienne magnificence. Celles du 
château sont surtout remarquables ; elles se pi'ësentent à Touest 
du fleuve , sur un coteau entièrement creusé de grottes , qur sei^ 
valent d'abri contre la chaleur, et d'aqueducs souterrains. Non 
loin du château est la fameuse digue nommée Chadowvan , que 
Chapour avait fait construire pour employer une partie des eaux 
à Firrigation des campagnes. Cette digue de vingt pieds de lai|;e 
sur quatre cents pieds de longueur, offre dans son milieu deux 
arches étroites. Le canal artificiel qu'occasionne la digue, décharge 
ses eaux dans la rivière de Diz-Foul (F Ab-i-Zal), à une demi-lieue 
aurdessus de JBende-ICili^^). 

Aux preuves que nous avons données en traitant des fleuves , 



\ 



(i) Djihan-Nouma, p. a8a. 

(a) Motic. et Extr. des Manusc, 
tom. II , p. 43i« 
(3) Mémoîr, p. 97. 

(4.) Ce bras du fleave est le Mou- 
ehrîkaD, comme le prouvera le passage 
dté plu^B bas;; rA^èr-i-Mouqerrem, 
dont Macd. Klnneir nte parle pas , est 
sans doute son Bende-Kil ou du moins 
an endroit non loin de là. Macdonald 
Kinneir (p. 8g) a pour ainsi dire re- 
levé Terreur que d^Herbelot avait com- 



mise en pensant que la digue avait été 
construite pour préserver la ville dWe 
inondation. Nous en relèverons une 
autre commise par Deguignes, qui 
crut que le mot Chadmuvan se lisait 
Chadrwan^ qui signifie une fontaine à 
jet d^eau , et dit : « Il y a ici une fon- 
» taine qui est une merveille de Fart; 
» die vient d^environ un mille de la 
» ville, les pierresvsont liées avec du 
» fer et du plomb. Elle a été bâlie par 
M Sapor. » 



( 335 ) 

pour convaincre de la nécessité de regarder Chcuster comme l'an- 
cienne Suze, qui était située sur le bord de VEtâlosus ou du Choaspes^ 
nous allons en ajouter une autre que nous présente le docteur Vin- 
cent. Il est le premier qui nous assure que des restes de la citadelle de 
Tantique Suze, se remarquent encore dans les ruines d^un château 
qui couronne une colline, tattd4& qu'à Chcuz on ne trouve ni ruines 
de forteresse , ni Tombre d'une colline sur-Uq^elle une forteresse 
aurait pu être élevée. Des autoritéa tirées des auteur» 4>rientaux 
nous mettront à même de réfuter victorieusement les antagomstes 
de l'opinion que nous partageons, et qui se sont fondés, pour penser 
différemment , sur ce que le tombeau de Daniel se trouvait à 
Chcuz. L'objection deviendrait embarrassante si l'on n'apprenait 
pas par Ahmed de Tous , que dans l'origine le tombeau de ce 
prophète était à Touster ( Ghouster) , et que ce n'est qu'à l'occa- 
sion d'une grande famine qui désolait Chauch (Ghouz) , que ce 
monument y fut transféré. Voici la traduction du passage qui 
l'atteste (i) : 

« Touster est une belle ville située au bord du Mouchrikan 

» ( ou Mechrikan )\ dans la région de Khouzistan. Cette rivière 

» est celle sur laquelle Chapour construisit la digue Ghadourvan, 

» au-dessus de la porte de Touster, pour que l'^au ne s'écoulât 

.» pas , car Touster est bâtie sur une hauteur. Il construisit Touster 



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( 336 ) 

» de pierre , de plomb et de colonnes de fer. Le corps do prophète 
» Daniel (que le salut soit sur lui) était à Touster. Une famine 
» affli^ant les habitans de Chouch , ils demandèrent le corps de 
» Daniel (que le salut soit sur lui ) , afin que la famine s*écartftt 
d*eux. Les habitans de Touster envoyèrent ^ Choucky la bière, 
» pour éloigner la famine; ceux de-Chouch cachèrent cette bière 
» dans le fleuve , et leurs vieillards firent serment que le monn- 
w ment n'ioût pas dans la ville. On interrogea les enfans , qui 
» dirent : La bière est à tel endroit. Depuis ce temps on a cou- 
9 tume de croire au témoignage des enfans. La merveille de 
» Touster est la digue de Chadaurçan^ sur la rivière de Mauchri- 
^ kan I et son commerce consiste en étoffes de soie et en riz. » 

Un passage du D)ihan~Nouma confirme ce qui regarde Texis* 
tence de la tombe de Daniel à Chouch : « Le tombeau de Daniel 
» est à l'ouest de la yille. On dit qu^il y est depuis la captivité de 
» Nabuchodonosor. Â Tépoque de la conquête , Ton trouva un 
» sarcophage que les habitans de Sous étaient glorieux d^attribuer 
j» à Daniel. On Texposait dans des temps de disette , et Ton im- 
» plorait son intercession. Âbou-Mousa-el-Echari» passant devant 
» la ville , fit au bord du fleuve un souterrain de pierre et de 
» chaux j y renferma le tombeau et fit passer Peau par dessus ^ 
» en prétextant qu'il ne fallait pas que le corps d'un prophète fût 
» à la merci du peuple (i). » 

Le géographe turc ne dit rien à la vérité de la translation du 
sépulcre de Touster à Chouch ; mais la première citation venant 
d'un auteur beaucoup antérieur à Kazvini , puisqu'il écrivait en 

•Ail «^x:^ ^p-iJl5 «.^iJ-CJ^ l oti'jji.jji ^.' ^/j cr^l' ^j^ 
X^j^Jji^ Jê'^ vA ^Jî^y. Hj^j^JiT'j^ 3^ ^^^ ^j)^ 



(337) 

(ii6o) 1555, mérite la plus entière croyance. Jj^ DjiHan*Nouinft 
répète aussi ce qui a été dît de T^f cellente qualité des eauY d^ 
Chouster, qui faisaient aisément digérer les ip^ts les plus grossiers. 
Et parmi les productions remarquables ^ territoire de cette YÎfie, 
outre le blé et la canne à sucre , il cite unç espèce de fî^ nommi 
pentchengaucht (i) (les cipq doigts)» <|pii répand une bo^ne odeun 
Le Djihan^Nouma place dans )e9 eqvirons dct Chouster quatre 
vallées charmantes pour la chasse : 

i^ La vallée de Rakhfo.h-abad , qui a quin^ paras^nges de loB-f 
jgueur et douze de largeur- 

2'' La vallée de Yarak , qui a vingt paras^ngfs 4^ longueur ^t 
dix de largeur. 

S"" La vallée de Mecbbed-i-QQuf^ , dix para0ajQges de longpi/euir 
et six de largeur. 

4"" ^^ vallée de Djévizè^ dans leis proportions de cejl^e ^e Yarak. 
Dans cette dernière, en raison de la grjande i^aljsur» jies mpissow 
sont mûres dès le mois de mars , et Ton fait en ce temps '|a coupe 
des blés. 

Chouchy qa^on appelle Çhçuz et So^s. ^nnel prétend qmue 
celle-ci est la véritable Suze« Pour raisons » il all^giie d'|d>ord qiie 
<:e nom a plus d^analogie que celfii deChouster ^nac^Çui^^ietle 
tombeau de Daniel semble ensuite, selon lui, trancher abfioiiiment 
Ja question ; mais ces raisons ne peuvent tenir contre CjeJJes ,qfkt 
nous avons déduites de la navigation de ]Né2a*que, en re^ootant 
VEukeusj et de celle d^ Alexandre au-devant de son amiral. Çes4e»x 
expéditions ne pouvaient s'ej^cutcr que sur les hra^ du K vojon , 



(i) Ibn-i-Haukal (traid. d'Ooseley) 
parle du pentchengcuchi comme d^ujoie 
production du soi deChouch et non 
^l^int de Chnmlar^ «t dk ^ne ce fnnl 
est une espèce d^orange et non pas une 
sorte de riz. Ce qui résulte peut-être, 
dans IHme ou Feutre Tersion, d'une 



ponctuation diffërepte : ^^ , àirin^y 

signifie m; Jji^ iouroimdj , sigfij^ 

onfn^e. Du reste, à en juger par Jj| tra- 
duction d^Ouseley, p. 76, it paraîtrait 
qu^à r^ard du tombeau, le géographe 
turc a suivi presque mot^à-^tmot* ce 
qu'en dit le texte dlbn-i-^ij^ikial. 



( 338 ) 

qui débouche dans la mer, et reçoit plus haut le Djerahi , que 
nous avons démontré être le Pasâigris. Le AVraA, ou le Karasou^ 
au bord duquel Choueh est située , eût rendu cet événement tout- 
à-fait impossible. Si pour tirer d^embarras Rennel et Vincent , 
Macd. Kinneir allègue quHl ne faut pas entendre par la rivière de 
Choueh , le Kéràh , qui baigne ses murs , mais VAè-i-Zal^ ou la 
rivière de Diz^otd , qui passe à quelque distance de là ; on peut 
lui r(?pondre : i^ que par la rivière de Suze on ne peut pas en- 
tendre une rivière passant à quelque distance, mais celle qui 
baigne ses murailles, parce que Daniel se tenait aux portes de la 
ville même, sur rC//ai(rEulœus); 2» qu'il n'est point vrai^ comme 
Kinneir Fassure , quUl est incertain si Suze était sur le bord 
oriental ou sur le bord occidental de VEulosus; car venant de 
l'occident , Alexandre dut passer la rivière Eulœus ou Choaspes 
avant d'^aborder Suze , et suivant Hérodote , Aristagoras , dans 
sa Description des Pays , dit qu'il faut traverser le Choaspes pour 
arriver à Suze. Hoeck(i) s'est servi de cette autorité pour démon- 
trer que Suze était sur la rive orientale de l'Eulœus ou du Choaspes; 
mais il commet une erreur , en cherchant à faire passer cette ri- 
vière pour le Kérah ou le Karaaou. 

Selon les Mémoires de Mac. Kinneir (2), les ruines de Choueh 
commencent à sept ou huit milles anglais , à l'ouest de Dirfoul^ 
n'ont pas moins de douze milles de longueur, d'une extrémité à 
l'autre, qui touche à la rive orientale du ^^aA. Elles occupent un 
espace immense entre cette rivière et VAb->2jal^ et consistent , 
comme les ruines de Ctésiphon , Babylone et Koufa , en buttes 
de terre et de décombres remplis d'une grande quantité de débris 
de briques colorées. Les plus considérables de ces buttes sont à la 
distance de deux milles anglais du Kérah^ l'une a cent pieds 
d'élévation et un mille anglais de circuit ; la seconde, moins haute^ 

(i) Veteris Mediœ et Persise Mo- (a) Zirm, pag. gg.. 

nomenta, pag. 94. 



(339) 

a le double de circonférence. Les Arabes qui font des fouilles pour 
découyrir des trésors quHls supposent être ensevelis sous ces mon- 
ceaux , trouvent souvent des grands fràgmens de marbre couverts 
d'hiéroglyphes. Au {ûed de la butte pyramidale que nous avons 
signalée pour être la plus élevée, est le tombeau dit de Daniel ; 
c'est une construction moderne de p«u d'apparence. M. Gordon , 
alors secrétaire d'ambassade de sir W. Ouseley, «t. depuis minis- 
tre d'Angleterre à Vienne, voulut enlever de cet endroit une pierre 
sur laquelle se trouvaient à-la-fois des hiéroglyphes et dés carac- 
tères cunéiformes ; mais comme les habitans, qui considéraient 
cette pierre comme un talisman , la rachetèrent deux mille tou- 
rnant du prince royal qui réside à Chiraz, il fut obligé de la laisser 
et de se contenter de lever le dessin de la sculpture (i). Ce dessin 
est jusqu'à ce jour demeuré dans ses cartons. i 

Mais les cinq écrivains qui veulent que Suze soit Chouch (Rennel, 
Ouseley, Barbie- du-Bocage, Kinneir et Hoeck) ne pourront-ils 
pas demander à leurs cinq adversaires (d^Herbek>t,d^An ville; 
Vincent , Mannert , et l'auteur de cet examen géographique), qui 
soutiennent que Chuuoter fut Suze , ce que représente cette im- 
mense étendue de ruinas? Nous répondrons à cette question par 
une autre qui , pour ainsi dire , en sera là sohii»oiui.jeQù^sont 
» donc les ruines de la grande ville îVEfymaïs , dans laquelle , 
» selon Strabon (2), Josèphe (3) et Zonaras (4) 9 était le grand 
» temple Azara dédié à Vénus et à Diane ( Zaretis , Zouhre , 
» Anaïtis, Anahid)? Où faut-il chercher ces ruines, si ce n'est 



(i) S. W. On«cley^s Travd», tom. 
I , pag. 4ao. Ed racontant d'une ma- 
nière dâaillée la vaine tentative que 
Ton avait faite pour enlever ce monu- 
ment, il avance Topinion que Chouch 
est Pantiqne Snze; et comme Rennel, 
Barbie da Bocage et Kinneir, il en- 
tre en lice contre d'Herbelot^ d'An- 
vUle, Vincent et Mannert , en favem* 



de qui militent les autorités orientales, 
les propriétés et le cours dn fleuve, et 
même le tombeau de I)aniei , pom* 
constater que c'est Chouster qui occu- 
pe remplacement de cette célèbre cité* 

(a) Strabon, XVI, i, i8. 

(3) Josèphe, Antiquit., XII, i3. 

(4) Zonaras , IV, a. 



(34c) 

» dans celks de Cb6uch , Mh ceîatré de la province ElymaSis^ que 
» leileaTede €hofister séparait de la Suziane? » Ëlymais était la 
Capitale de la province de ce iiom , et Suze la capitale de la Sur 
ztane ; €eUe4à était âurla^ rive- omniale du Kérah^ eellë-ciâur le 
bord brieJatal da Karmm, Toutes deax étaient célèbres par leur 
templre d^AteàlLlis ., qiie Ton appelait, dans la première^ de son 
autre nom de Zaretis, ÇTocZccpu^ Ta Ai^apc^). itî'avoir jamais songé 
à la plus^gl^anâe dès villes d^Elymaïs , en examinant les ruines de 
Chùtush 1 et aviUr vxmjIu transporter la capitale de la Suziane au 
centre delà province d^Elymats, sont une négligence et une mk^ 
prise 'qui n- oiit |»s encore eu lieu • dans un examen géograpbî*^ 
<que (i). Mannett doute si Azara ( la ville du lémpie de Zaretis), 
lia capitale dUEl^anaSts , fut la même que Vuisikim Persarum de 
Pline , ou fut 'une ville difiierente .dé celle «pu était au bord de 
VJUéàffhom. y Hédi|ifao«, i|in Se jetait dans VEulœus, est VAh irZal 
de'iiiQS jours^ lariviètte A^Dizfoml^ dans laquelle ville nouë^penr- 
sons reconnaître VAdhjan.'Bersarwfn. Mais si Ton v^ôolait •consi- 
dérer' cettË viljte conuBfe n^ faisant qo'une avec la ville d'Azara 
ou EliymaSfai, retendue 'que RÎTf**^"^-^ " irrtpk nritïï^ctfr>pi&rmAt^ 



: • «t: 



I • 



t 

cber4e arelevec^en passant. ^ati^ erreur 
commîsei par iceux qulr^fu^Ql d^ad^: 
meure qae le culte d'AnaïtU oa de 
Zaretis Tut iin ancien cùUe persan , 
^oiqtie cfeUe divinhé è&tun iêitiple 
dans toutes les principales villes de 
ranlkpie'Perse^ telles que l^me, dy- 
mtfs^ Bàbylonte, Paaargade^ Ar- 

^t enhe pénétra josqu^à rEuphrate. 
« *A tendMii aàl'ôn paxait \tefleu^, 
» paissakntksvaéhes f^i.hAiéêaîrrUcm- 
» sacrées (Plut, in LucullOf KSIV). 
» A son embouchure , sur une tle 
» ( Arriani Aùabasis , YIl , -do), pais- 



o satent des chèvres et des cerfs qni 
» rlui étideaA cofisacDés. Le temple sar 
« rCdiphrate;) nommé .^^o^i^uxxcafuc^ 
» Bvxai;v.,et ceux de KoKo^ao (Isidor. 
I» Siat. Parih. ) , étaient consacrés à 
n VArtémiie persane « c''est-à-dirc 
» Anahid. » cVst de U que ce culte 
se répandit dans TArmémc et' TAsie- 
M!tïeure, oà AruHlb avait ses Aempleâ 
dans les deax Romane (eeUe de G»ppa« 
doce et céUe dâ Pont), à Zéla^^ 
JBiisene , 'comme à Sardes , 4 Aamas 
et à ^Badtm* -^ Pour plus mufkiog M-- 
taîls, 'VoyA^% lliiies:de fOrieat, 
VI, pag. 3IÎÎ0, 



(34i) 

pui0qu'eUe$ couvrent Teapace qui a'^tend du Kerè ( le Gyndea ) 
à r^*-*-Za/ (rHédiphott). 

Dizfoul, à vingt-huit lieues anglaises O. de Chauster^ a presque 
autant de population que cette ville. Son plus bel ofnement est uu 
pont de trente-deux arches de 45o pieds de long sur âo de large 
et 4o de hauteur. Ce pont est tm monument du règne de Ghapour, 
digne de figurer à côté de ceux que ce print» ascait fait construire 
à Ghouster ^ ^ Aradjan. Selon le D}Uian«!Nouaia , cette icille est 
aituée sous les 84* de long, et 3o'' de lat, (i) ; et dans In voisinage 
de Djend^i^Chapour (la ville de Chapour )» autre ville qui lui dut 
sa fondation. DUfoul est pour Dizpaul, le pont du />^» parce 
qu*il est jeté sur VAb - ir-JOU ( U rivière de IJH9» ) ; et c'est de son 
pont évidemment que la ville r^çut son nom moderne. Dans le 
voisinage de cette ville croît un })el arbre nommé s^iMUrakhi 
( Tarbre doré ) ; il ne porte point de fruit , mais il ae couvre au 
printemps^ de fleurs d'un jaune éclatant qui lui firent donner Id 
nom sous lequel nous venons de l'annoncer. 

Djend-i-Chapo)ir , au lieu de KendrirChapour (le bourg 4^ 
Chapour), sous les 65'' 3o' de long, et les 30"" 3o' de latit, (:)), ^ bui^ 
parasanges de ChousUry et à six parasanges de Cfumch ; entre ce^ 
deux villes et entre le ^arou» ( ITulœu^) «Ul^^ô^iV^la/ (l'Hédi- 
phon ). Une atmosphère chaude et mal *- saine et un §çîl infesté 
d'insectes venimeux , n'en font pas un séjour fQrt agréable* 

La partie septentrionale du Khouzistan , ou plutôt une petite 
contrée ^ part qui lui est annexée , comme le lar Test au Ftfrs , 
et le Béloudjistan au Kerman , se nomme l4>risUm. C'est up pays 
montueux qui touche immédiatement au KowdUtan (l'anci^ne 
Médie). Jadis il était le séjour des Kos^^em et deç Prqifqil^^ 
quiens , remplacés par les tribus guerrière^ 4e$ J^Qkhfiaris et dies 
Fa-ilUs. Ce grand district s'étend^ à l'çst, jusqu'au V.d-t4e \oj^., 
et au nord, jusqu'au 44' d. 3o' de latit.; c'est la partie la plus riche 

« * 

(i) Djihan-Noama, pag. 284. (a) Idem. 



(34a) 

€t la plus féconde de Tlrak , en ce que toutes ses vallées sont arro- 
sées par les riyières qui coulent des montagnes. Les pâturages y 
sont multipliés , mais les champs cultivés plus rares, parce que 
les hordes {Iliat) qui Phabitent, véritables nomades, vivent 
presqu'uniquement du produit de leurs troupeaux ; ils sont en- 
core aujourd'hui aussi indiscipUnabies et indépendans que du 
temps d* Alexandre. Ge pays se divise proprement en grand et en 
petit l^mêtàa{ Lour-i'Buzurq ^ Low-i'Quichtuf). Dans le pre- 
mier est Khourrenv-Abad (Tantique Corbiène); cette ville est 
considérée comme la capitale du pays : elle est la résidence de la 
liribu des Fa*illis (ou Fé-illis). Elle est à yS parasanges d^Ispa- 
han et à 32 parasanges de Kermanchah. Entre cette ville et 
Khourrem-Abad , sont les deux grandes plaines de Khaça et 
d'y^/iûfer, où le prince royal, Mouhammed-Aly-Mirza , gouver- 
neur, vient souvent camper avec ses troupes aussi vaillantes que 
nombreuses. Dans le N.-E., sont les villes de Bouroudjerd et de 

• Néhwend^ dont nous avons déjà parlé au chapitre de Plrak , et 
dans la dernière desquelles réside un autre fib du roi de Perse 
(Mouhammed-Tald-Mirza). De Khourremm 4had \ ftauroudjerd^ 
le chemin va ^Oûjdùi:^ en montant , en offrant à gauche la haute 
chaîne du Choutcast4ti9uh , et à droite les sommets du Djairouz et 
de VElçênd (rOrontes). Le district de Bouroudjerd est la résidence 
de la tribu des Lek (i). 
Dans le petit Louristan, le Djihan-Nouma place la ville de Là" 

' réjgâri ; elle est peu spacieuse. Elle a un mauvais air, de Teau dé- 
testable ; mais elle est riche en raisins (2). 

Après avoir parcouru toutes les provinces de Tempire Persan , 
dans Vordre naturel de leurs frontières respectives , nous voici 
parvenus au point d*où nous étions partis, c*est-à-dire sur la fron- 
tière ottomane , aux défilés de Zagri, et à la chaîne de TOrontes. 



(i) Mac4oDald Kinneir*» Memoir.î (2) Djihan-Nouma, p. a8a. 

pag. 139 



( 343 ) 

Coinme cet examen ou cette revue est purement géographique , 
et qu^en comparant les données des voyageurs européens les plus 
modernes avec celles des géographes orientaux les plus anciens , 
nous nous proposions d^oifrir aux voyageurs futurs une carrière 
tout ouverte à de nouvelles recherches et de mettre surtout les 
géographes allemands à même de tracer une carte de Perse plus 
exacte que celles que nous possédons, nous dirons encore quel- 
ques mots sur les cartes qui accompagnent les ouvrages dont nous 
avons eu occasion de parler. Aucune de ces cartes ne correspond 
avec ridée qu'on se plaisait d'en concevoir , eu égard à l'immen- 
sité des matériaux en observations et en itinéraires qui étaient en 
la possession de leurs auteurs. 

La carte de Macdonald-Kinneir , indépendamment de l'éléva- 
tion de son prix (une guinée et demie) , est faite sur une échelle 
immense I et comme il l'a dit lui-même, pour montrer aux 
voyageurs, d'un seul coup-d'œil ,les fleuves, les montagnes et les 
lieux qu^il doit rencontrer sur sa route, et ainsi la lui faciliter. Il 
a fait beaucoup de corrections à ce premier ouvrage , dans la pe- 
tite carte annexée à son Voyage de l'Asie-Mineure ; mais celle- 
ci ne contient que la moitié occidentale de la Perse ; et comme 
dans une seule feuille elle embrasse tout le sol situé entre les 28* 
et 48'' deg. de latit. , et les 27* et 53*^ de longit., elle est aussi res- 
serrée que l'autre était trop spacieuse ; mais néanmoins c'est sans % 
contredit la meilleure carte que nous ayons parmi celles qui em- 
brassent une si vaste étendue de pays dans l'Asie. 

Morier nous a donné des cartes particulières de régions et de dis- 
tricts, d'après la boussole et les mesures itinéraires : sa carte du Ma- 
zenderan de son second Voyage, celle de son Itinéraire jusqu'à£!5- 
ier-Abad, sont de véritables trésors en comparaison des cartes que 
l'on nous avait données jusqu'alors sur ces intéressantes contrées. 
Sa carte à'Amasia à Thehran, celle de Bouchehr à Thchran (de 
son premier Voyage) sont de même infiniment précieuses. La carte 
générale qui est à la tête de ce voyage et qui est de la même éten*» 

II. 44 



(344) 

due que celle que Kinneir donna dans son Voyage dans FAsie- 
Mineure , nous semble moins estimable parce qu^elle se borne au 
tracé des routes ; tout le reste est omis, La partie inférieure de 
cette carte ayant dû être faite diaprés d^anciennes cartes , parce 
que Morier n'a pas visité le Khouzistan , n'aurait pas dû servir 
d'autorité à Hoeck(i). Kinneir, ayant au contraire parcouru cette 
province avec un officier du Génie , nous a donné un système de 
fleuves tout- à -fait différent de ceux qu'avaient arbitrairement 
imaginés d' Anville et Vincent , et qui sont fautifs et tout-à-feit 
dépourvus d'utilité. La carte de Lapie, pour le Voyage de Dupré, 
renferme trop d'espace sur une petite échelle , comme nous l'avi- 
vons remarqué pour la carte générale de Morier. Elle embrasse 
le pays, du 23' deg. au 57'' de long., et va du a6^ au 54' de latit.;de 
manière même que. la Perse occupe le moins de place sur cette 
feuille. Elle n'est à consulter que pour suivre la route de ce voya- 
geur. Une carte , faite d'après les observations que nous venons 
de présenter et sur les documens fournis par les Itinéraires de 
Kinneir , Morier et Dupré , serait donc d'autant plus apprécia- 
ble f en mettant aussi à profit ce que Pottinger a donné sur le 
Kerman et le Khouzistan, que les cartes de Wahl et de Reichard 
fourmillent d'erreurs. 

(i) Veteris Mediœ et PerBias Mooamenta , pag. qS. 



(345) 



^«««M« 



REMARQUES GÉNÉRALES. 



Apres avoir expose la géographie de reiD{Mre persan , en tra- 
çant les frontières de chacune des provinces qui le composent , 
et en faisant mention de la position respective des villes et autres 
endroits les plus remarquables que leurs limites embrassent, nous 
dirons quelques mots sur les habitans de cet empire et leur cul- 
ture , pour qu^on ne nous accuse pas d'avoir gardé le silence sur 
une multitude de faits ëpars dans les ouvrages que nous avons 
analysés et qui constituent une des branches les plus intéressantes 
de la statistique. ]Nous diviserons ce nouveau travail en divers 
chapitres concis qui traiteront du caractère et des mœurs des 
indigènes , de leurs coutumes et de leurs usages , de leur manière 
de vivre , de leur commerce et de leur littérature , d'après les 
auteurs cités dans ce travail. 

I. Caractère des Persans. 

Comme le jugement du censeur est la chose du monde la plus 
importante et la plus délicate , en ce qu^il touche à la dignité 
d^un peuple et à son honneur national , il convient de nous im- 
poser la loi de rapporter fidèlement les faits tels qu^ils sont 
exprimés dans les écrivains que nous avons sous les yeux ; et 
comme , dans Tancien droit romain , aussi bien que dans le droit 
des Musulmans , il faut sept preuves pour former une preuve 
complète , nous allons faire parler ici sept témoignages pour 
nous mettre à Tabri de toute responsabilité. Quatre des dépo- 



( 346 ) 

sans sont Anglais (Morier , Johnson ^ Pottînger et Maikolm), 
et trois sont Français (Dupre, Tancoigne et un anonyme de la 
suite de Fambassade du général Gardanne). Si leur opinion est 
unanimement au préjudice des Persans , sHls les dépeignent sous 
les couleurs les moins favorables , le lecteur jugera de lui-même 
que les Persans modernes forment un parfait contraste avec ceux 
de Tantiquité , que les Grecs regardaient comme des modèles de 
vertu. 

Morier, dans son premier Voyage, s'abstient, sans doute par 
des^ raisons politiques et diplomatiques , de parler du caractère 
des Persans , et les deux voyageurs allemands au service de 
Russie ( Freytag et Kotzbue que nous avons parfois cités dans le 
cours de cet ouvrage) ont la même discrétion. Cependant Morier 
laisse, dans un endroit , échapper, comme en passant, le fond de 
sa pensée , et, dans ce cas , elle est conforme à Topinion des au- 
tres : « Au nombre des scrmens emphatiques qui précèdent ce 
» qu'il va dire , on peut être convaincu d'avance qu'un Persan 
>» va mentir. C'est avec raison que Ton dit que les Persans sont 
» les Français de l'Orient. C'est un peuple bavard, complimen- 
}• teur , de mauvaise foi , mais dont les manières sont vives et 
:* pleines d'agrément (i). » 



(i) Morier, fîrst journey, pag. ^85. 
M. Morier, dans cet endroit, a moins 
voulu peindre le caractère persan que 
nous adresser une injuro^ et M. de 
Hammer a bien plus en vue la satis- 
faction persbnnelle de la répéter que 
de donner une preuve de son impar- 
tialité ingénue dan^ le jugement qu'il 
porte du caractère persan. 

Quoique M. Hammer ait fait pVesque 
toute la traduction de la 19^ lettre du 
Voyage de Tancoigne , je ne la trans- 
crirai point en entier parce que tout 



le monde peut se la procurer. D'ail- 
leurs ce qu'il dit ne me paraît pas 
d'une vérité générale , et je ne trouve 
point de vices qu'on reproche aux 
Persans , dont la majorité de tous les 
peuples du monde puissent ;5e glorifier 
d'ôtre exempts. Les fourbes, les hy- 
pocrites , les fanfarons et les men- 
teurs sont malheureusement de tous 
les pays , quelque degré de civilisation 
qu'on suppose à leurs habiuns. Tel 
a'est point superstitieux qui est impie. 
Ces Persans paraissent ignares à nos 






(347) 

Tancoigne pense d^une autre manière : << Je ne suis pas de ce 
» sentiment, dit-il, dans sa ig* Lettre, tom. I. Toute prévention 
» nationale à part , je ne trouve aucune ressemblance entre uil 
» peuple parvenu au plus haut degré de la civilisation, et dont la 
» supériorité reçoit encore plus d^éclat des calomnies de ses dé- 
)> tracteurs , et une nation plongée dans les ténèbres de Figno* 
» rance et de la superstition. 

» S^il fallait juger un peuple sur une première impression et 
M sur des apparences , les Persans emporteraient , sans contredit; 
» tous les suffrages : leur politesse poussée à l'excès, leurs préve- 
» uances et leurs attentions pour l'étranger, le séduiraient bicn- 
» tôt'; et s'il avait négligé de les étudier, ou qu'il n'eût entretenu 
» avec eux que des relations communes , il ne pourrait en rap- 
» poi-ter chez lui que des préjugés très-favorables. Tel était , 
» Madame , le jugement que nous avions d'abord porté nous- 
» mêmes sur les Persans : nous n'avions encore vu que leur beau 
>» côté. Sans cesser de leur rendre toute la justice qu'ils méritent, 
» et sans méconnaître en eux des qualités qui les distinguent si 
» éminemment des Turcs leurs voisins, j'ajouterai qu'ils sont 
9 spirituels et aimables; qu'ils sont exempts de ce fanatisme bar- 
» bare qui, sous certains rapports , nous inspire un juste éloigne- 
» ment pour les Ottomans; qu'en Perse, un Chrétien , un Mu- 
» sulman, un Juif, un Guèbre , jouissent aujourd'hui d'une pro- 
» tection à-peu-près égale de la part du Gouvernement; que tous, 
9 sans distinction de croyance , se saluent réciproquement du 
» salamoun aleikoum; qu'on ne voit ici aucune distinction avilis- 
» santé dans le costume des différens sectaires , et qu'enfin , il 



yeux parce qu'ils ne sont pas versés dans peuples entendaient leur langage, leurs 

nos connaissances; ils pourraient à sentences seraient plus conformes à 

leur tour porter de nous un jugement l'équité. A. de N.^ 

aussi hasardé. Si ceux qui jugent les 



« 



( 348 ) 

» n^est pas sans exemple que des Chrétiens soient reyétus des 
» titres de khân et de inirza, et parviennent même à des emplois 
». publics et à des dignités. On doit convenir que sous les dehors 
» le3 plus affables et les plus scduisans , les Persans manquent de 
» franchise et de loyauté ; ils sont fourbes , dissimulés , fanfarons 
» et menteurs , et je ne vois rien de français dans ces diverses 
» qualités ; rien qui puisse, en un mot, justifier une comparaison 
» ^rop légèrement ou trop injustement établie. Pour en revenir 
» au mensonge , on serait tenté de croire que ce vice fait partie 
» essentielle de leur éducation. Dans les affaires les plus sérieu- 
» ses ; comme dans le commerce ordinaire de la vie , ils parais- 
» sent avoir Taversion la plus décidée pour la vérité ; et l'étranger 
» qui aurait la bonhomie de les croire sur parole et d'ajouter foi 
» à leurs protestations et à leurs sermens , deviendrait sans s'en 
» apercevoir , le jouet des hommes les plus faux et les plus as- 
» tucieux de la terre. Il faut donc , sous peine de tomber dans le 
» mépris , ne paraître jamais bien convaincu de leurs discours , 
» et savoir conserver avec eux un air très-prononcé de doute et 
» même de supériorité , seul moyen de leur en imposer. Vils et 
» rampans, de leur nature, auprès de ceuxdout ils espèrent tirer 
» quelque avantage, on en obtient alors tout ce qu'on veut. 

» L'hypocrisie religieuse ; l'avidité et l'avarice , sont encore 
M des traits à ajouter à leur caractère. Dans quelques provinces , 
» ils sont lâches, paresseux et peu propres à la guerre. Jan;iais je 
» n'ai vu des hommes plus indifTerens à un affront , plus insen- 
» sibles aux coups : assommez-les sous le bâton , ils n'y prennent 
» pas garde. Ils boxent entre eux comme les Anglais ; cherchent 
» à s'arracher la barbe , et le vaincu se retire en pleurant. 

y* Rendons-leur cependant une nouvelle justice , Madame ; vous 
» me sauriez mauvais gré de ne vous entretenir que de leurs dé- 
» fauts. Les Persans sont pleins d'esprit et d'intelligence ; ils 
^> adoptent avec facilité et sans scrupule de conscience , les usages 



( 349 ) 

» des étrangers qui leur paraissent supérieurs aux leurs ; et 
» sans l^espace immense qui les sépare de TEurope , ils seraient 
» susceptibles d^une prompte civilisation. 

» Cette bonne volonté vous paraîtra très-remarquable chez un 
» peuple qui professe là religion mahométane , et qui est encore 
^» loin d'avoir secoué tous les préjugés. Mais combien il leur reste 
B encore à gagner sous ce rapport! Ces mêmes hommes qui nous 
» comblent de politesses et de prévenances , nous appellent nedjis 
» ou impurs , et se croiraient souillés en mangeant au même 
» plat que m>us; ils évitent notre contact, et par une autre es- 
» pèce d'ignorance et de superstition, ils n'entreprennent aucune 
» affaire , soit avec nous, soit entre eux-mêmes , sans avoir con- 
» suite les astrologues. Vous avez vu, Madame^ par le récit que 
j> je vous ai fait de notre arrivée à Thehran , quel degré de con- 
» fiance ils accordent à cette classe d'hommes, dont le Roi lui- 
» même , sans doute par respect pour les préjugés reçus , semble 
» s'honorer de faire partie (i). Leur profession est cependant 
y* Jiautement censurée par les casuistes musulmans , et condam- 
» née comme en opposition avec les préceptes duKoran, qui en- 
» seigne que le destin est immuable et que tous les événemens 
» heureux et malheureux n'arrivent que par la seule volonté de 
» Dieu. Cependant l'usage l'emporte dans ce cas sur la religion. 
» Jamais les Persans ne commencent un voyage ni une entreprise 
» quelconque , sans consulter un astrologue qui examine les as- 
» très et pèse , avec gravité , toutes les chances du sort , avant de 
» décider si la chose est praticable, etc., etc. » 
Dans le parallèle du caractère des Persans et des Turcs, Tan- 

(i) On aime à croire qu^un prince trologues et ne se mêle lui-même d'as- 
tel que Fethaly-Chak , doaé de toutes trologie, que par des motifs qu^il n*est 
les qualités de Tesprit, et qui passe pas en nous de pouvoir apprécier, 
pour un des hommes les plus instruits C^est peut-êlre chez lui politique plu- 
de son royaume , n'entretient des as- t6t que superstition. N. 



( 35o ) 

coigne semble donner la prëf^rejice aux*premiers. Dupré, comme 
nous allons le voir , pense différemment (i). 

u Le Persan (dit Dupré , après quelques traits plus ou moins 
w piquans) n'a pour lui que le premier coup-d' œil. Il na que 
» rextérieur de la bonté : n'en attendez pas autre chose. Que 
tt vous excitiez ou non sa méfiance , qu'il vous aime ou vous 
»> haïsse , qu'il espère ou qu'il n'espère pas de vous , il cherchera 
» à vous tromper. Il ne tiendra jamais ses promesses , et vous 
y* serez toujours sa dupe. En un mot, le Turc rend service dans 
» le moment et sans rien dire; le Persan parle beaucoup, déclare 
» avec emphase qu'il fera , et ne fait pccsque jamais ce qu'il an- 
» nonce. » 

Plus bas il dit : « Le Persan se distingue du Turc par des idées 
» beaucoup plus libérales , par l'esprit de curiosité et par l'amour 
>» des nouveautés. Tantôt sous la domination des Uzbecks, tantôt 
» sous celle des Turcomans, des Afgans, il a néanmoins persévéré 
» dans son enthousiasme pour les sciences et les arts. Si les rela- 
» tions de ce peuple avec les Européens avaient été suivies , je 
» ne doute pas que les connaissances n'eussent été portées en 
» Perse à un haut degré de perfection. Le Persan aime à s'ins- 
» truire , à interroger les étrangers sur les mœurs et les usages 
>• de leur pays , à les questionner sur les sciences qu'on y cul- 
» tive , sur les arts que l'on y exerce. Il reconnaît en eux cette 
» supériorité de lumières qui le porte à les estimer , quoiqu'ils 
i» soient d'une religion différente de la sienne. Le Turc, au con- 
>» traire, se plaît dans son ignorance; il trouverait au-dessous de 
» lui de recevoir quelqu'instruction des autres peuples qu'il mé- 
» prise tous ; il croit que le Koran renferme tout ce qui doit être 
>» appris. 

» Le Turc est fanatique : le Persan superstitieux sans avoir de 

^i) Dupré , tom. II , pag. 899 et suiv. 



(35i ) 

» religion > et plus tolérant quoique plus attaché aux pratiques 
» minutieuses du culte , etc. , etc. » 

Plus loin il dit : « La vertu militaire des Persans ne les em- 
» pécbe pas d'être indifférens et cruels. Le Turc a une sensibilité 
» qui part du cœur ; il se plaît à soulager son semblable : les ani« 
» maux même éprouvent les effets de sa bienfaisance. Le Persan 
» n'a de sensibilité que dans la tête ; son âme est d'une excessive 
» sécheresse, etc., etc. » 

Plus loin : « Dans les transactions commerciales , le Turc est 
» probe et manque rarement k sa parole. Le Persan trafique de 
» son serment comme d'une denrée. On lit dans Platon (i) et 
» dans Hérodote (2) , que les anciens Perses avaient horreur du 
» mensonge ; qu'il passait même chez eux pour un vice bas et 
» honteux. Que leurs descendans ont dégénéré! Les Persans 
» d'aujourd'hui sont le peuple le plus menteur de la terre ; l'en- 
» fance est accoutumée à dissimuler , à répondre effrontément 
» dès qu'elle est interpellée ou réprimandée , et à se tirer d'em- 
» barras par de faux-fuyans^ etc., etc. 

» Les Persans sont beaucoup plus voluptueux et plus recher- 
» chés dans leurs plaisirs que les Turcs. Ils sont aussi adonnés 
» au vice qui fait honte à la nature humaine. » 

Tancoigne leur a fait le même reproche. ' 

' Les trois auteurs dont je viens de citer des passages, donnent 
une idée du caractère des Persans , sans indiquer la cause de leur 
corruption. A en juger d'après ce qu'ont dit les trois écrivains 
suivans, elle gît, en majeure partie, dans la mauvaise constitution 
de leur gouvernement. 

« La guerre civile, dit Johnson, le plus grand et le plus désas- 
» treux des fléaux de la société politique , couve sous cette mal- 
» heureuse contrée ; on n'y trouve plus de sécurité , ni pour les 
» personnes ni pour les propriétés ; le calme apparent, ou , pour 

(i) Plat, Alcibiad., III. (a) Herodot, lib. I. 

U. 4^ 



( 352 ) 

» mieux dire , le silence de Topinion publique , y est moins l'ex- 
» pression de la satisfaction que celle de la méfiance réciproque des 
» individus; la connaissance intime qu^on a de leur dissimulation 
» inspire l'horreur de ce vice qu'on reconnaît dans les autres; Top- 
» pression s'y fait graduellement sentir de rang en rang ; chacun 
» y est l'esclave de son supérieur et le tyran de son subordonné; 
» et enfin , l'cgoïsme y éteignant tout esprit public, empire la mi- 
» sère devenue son partage : les habitans des cités, réunis ensemble 
» dans leurs enceintes par le sentiment commun de leur infortu- 
» ne, y demeurent en proie sans aucun moyen d'y remédier ou de 
» l'adoucir. Aucun arbre, à plus forte raison aucun bois, n*offre 
» plus son ombre protectrice sur la surface de cette terre incen- 
» diée et changée en affreux désert (i). » 

L'opinion de Malcolm cadre avec celle de Johnson , puisque 
dans son histoire , il déclare que <f la fausseté , le mensonge et la 
i> mauvaise foi attribués aux Persans modernes, ne sont malheu- 
» reusement que trop véritables ; quoiqu'on ne puisse leur refu- 
y> ser de belles qualités sociales, telles que celles d'une éloquence 
» facile , d'un commerce agréable ; de même qu'on ne peut ré- 
» voquer en doute la valeur brillante de leurs tribus guerrières.» 
En résumant son opinion , il dit : « La nation Persane , en gé- 
» néral, forme un beau peuple, rempli d'énergie, d'activité, 
» d'imagination ; un peuple d'une conception rapide et dont les 
» manières sont agréables et même entraînantes. Mais les défauts 
» des Persans l'emportent sur leurs vertus. Sous le régime qui 
» les gouverne , étant contraints ^ dans toutes les circonstances , 
» de recourir à la ruse ou à la violence , ils sont alternativement 
» ou esclaves ou tyrans. » 

Pottinger, en venant des Indes en Perse par le Béloudjistan , 
dit des Persans : « Aimables envers leurs égaux , serviles envers 
» leurs supérieurs, superbes envers leurs subordcmnés, ils sont, 

(i) Johnson^s Trayels, p. i63. 



( 353 ) 

» dans les plus hautes conditions comme dans les classes les plus 
n inférieures , également avares et fripons. I^a fausseté et la 
» perfidie leur paraissent des moyens plausibles pour parvenir 
» à leurs fins. Bref^ la Perse est, pour ainsi dire, le foyer de toute 
« espèce de vexation , de tyrannie , de cruauté , de bassesse , et 
*» d'opprobre. » 

Les personnes de la suite du général Gardanne se sont expri- 
mées d'une manière encore plus forte sur la Perse, ses babitans et 
son gouvernement , en traçant en style lapidaire et eh grand ca- 
ractère romain , dans le château à!Armagana , près de Zengan , 
l'inscription suivante (i) : 

VENIMUS, VIMMUS ET MÂLEDIXIMUS 

PEBSIDI, BEGIQUE, AUL JE^QUE , MAGNATIBUSQUE, 

POPULOQUE. Id. Ap. MDCCGIX. 

Si nous opposons à ces sept témoignages ce que les écrivains 
de l'antiquité pensaient des anciens Persans, à qui ils attribuaient, 
entre autres vertus , le désintéressement , l'amour de la vérité , de 
la justice et de la reconnaissance , nous jugerons que les modernes 
habitans de cet empire sont précisément l'opposé de leurs ancê- 
tres, quoique , comme eux, ils honorent l'agriculture, et, comme 
eux encore, qu'ils soient passionnés pour l'exercice du cheval^ de la 
chasse et de l'arc; mais il est à présumer que les éloges que les 
Grecs, et surtout Xénophon, ont prodigués aux Persans (afin d'en- 
gager les Grecs à les prendre pour modèles), ont été poussés 
plus loin que la vérité ; c'est au moins la conclusion que l'on peut 
tirer de la Cyropédie : le dernier chapitre de cet ouvrage convient 
si bien aux Persans de nos jours, que la nation semble avoir bien 
moins dégénéré de ses prédécesseurs, que ne le soupçonnent les 
voyageurs modernes , confrontant ce qu'ils ont vu de ce peuple 
avec le caractère imaginaire dont on le doue dans la Cyropédie. 

(i) Je ne pense pas qae cette inscription soit d^on Français. A, de N* 



C354) 

Nous modèlerotis notre jugement sur les propres paroles de Xé- 
nophon ; Tôici comme il s'exprime : « Car je déclare que les Persans 
» et leurs voisins sont aujourd'hui moins religieux envers leurs 
yi dieux, moins respectueux envers leurs parens , plus injustes les 
» uns envers les autres et plus lâches à la guerre qu'autrefois. » 

Les Persans d'aujourd'hui prouvent la fidélité du tableau que 
Xénophon avait fait des mœurs des Persans de son temps. 

II. Mœurs et Usages. 

Les mœurs et les usages des Persans forment, d'un bout à l'au- 
tre , le plus beau commentaire de la Cyropédie. 

La comparaison du texte de Xénophon avec les mœurs et les 
usages modernes aurait présenté des rapports plus frappans que 
les extraits de cent passages de divers auteurs dont Morier a en- 
richi son second voyage ; car peu d'entre eux ont trait aux mœurs 
persanes , et leur majeure partie caractérise aussi bien des cou** 
tûmes occidentales que des coutumes de peuples orientaux. 

Morier, dans son premier voyage , trace une intéressante peinr- 
ture des mœurs cérémonieuses et des coutumes pleines d'éti* 
quette des Persans modernes. Les règles de l'étiquette sont obser- 
vées avec une exactitude si minutieuse en Perse, et fixent tellement 
]a démarcation des rangs, jusques dans les prérogatives de la 
classe la plus basse , qu'il n'est permis à personne de s'écarter de 
la ligne qui le circonscrit. Dans l'éducation d'un jeune homme de 
naissance , on a surtout soin de lui enseigner les formes les plus 
élégantes du langage usité dans la haute société. Dès sa plus ten- 
dre enfance , on le met au fait de la manière dont il faut saluer 
et complimenter les gens , chacun selon sa condition ; on lui 
indique la place qu'il lui convient d'occuper dans une assemblée , 
et les personnes sur qui il doit avoir la préséance. Le premier 
ministre ne comparaît devant le roi que comme le plus misé- 
rable des paysans se présente devant le chef de son village ; il 



(355) • 

est ridicule de voir comment le plus grand officier de Tempii'e, si 
imposant dans son divan , n^a plus Pair, en présence de S. H., que 
d'un humble domestique de son palais. Un fils, quelque haute 
dignité que son âge , sa naissance et ses talens lui aient value , ne 
s^assied jamais devant son père. L^héritier présomptif de la cou* 
roime se tient debout comme les autres princes ; seulement il est 
à la tête de leur file. 

Les parens collatéraux du roi , les poètes , lés savans et les 
ambassadeurs sont les seuls personnages qui aient le privilège de 
s'asseoir devant SaHautesse. Ses ministres et les grands dignitaires 
de la couronne ne jouissent jamais de cette faveur. La place 
d'honneur est à la gauche (i). Lorsqu'un inférieur visite une per- 
sonne au-dessus de son rang , il s'assied à quelque distance , ac- 
croupi sur ses talons , et non pas sur le même tapis , à moins 
d'une invitation réitérée. Quand un serviteur parait devant 
son maître , il fait une inclination plus ou moins profonde , et se 
retire à reculons; cérémonie qu'observent aussi les inférieurs vis- 
à-vis des grands. Un inférieur ne demande son kaUan (sa pipe) , 
qu'après que son supérieur a pris le sien. Personne ne peut fumer 
devant le monarque. 

Les grands, en Perse, se lèvent avec le jour* Un homme de cette 
classe fait ordinairement sa prière à haute voix ; puis sort de son 
harem pour entrer dans le bâtiment de l'extérieur, où il donne au- 
dience à ses vassaux et à ses cliens et serviteurs, en prenant du café 
et fumant son kalian. A onze heures , il fait une collation de pain , 
de fromage y d'herbes et de fruits ; il se lave les mains et la barbe, 
il reprend du café et sa pipe , et va au Sélam , c'est-à-dire à l'au- 
dience du roi ; le marchand va vaquer à ses affaires dans le ba- 
zar. A midi , l'on fait la seconde prière (2). En été , l'on dort 

(1) Chezles anciens Persans, c'était (a) Ils font deux autres prières, l'une 
celle du centre; nep^ocç fuv fu^ffatTaroç. à deux heures après midi , Tautre vers 
Plat. Sympos, Liv. I » qiisest« uu les Onze heures du soir. 



( 356 ) 

communément de deux à cinq heures. Au coucher du soleil, a lieu 
la troisième prière suivie du souper. Chez les riches , les soupers 
donnent lieu à de brillantes réunions qui passent quelquefois mi- 
nuit. On y fume,, on y prend du café, du thé à la glace, des fruits, 
des confitures", des mets glacés , des sorbets > et Ton s^ lirre à 
des conversations sur la religion , la poésie , la littérature , et ja- 
mais sur la politique ; quelquefois la danse , la musique et le vin 
viennent augmenter les plaisirs de ces réunions. Us aiment beau- 
coup le vin et Teau-de-^de , et sont passionnés pour l'équitation , 
la chasse (le mail à cheval n^est plus usité) , le djirid, les cour- 
ses , les luttes , les bains chauds , les combats de coqs et ceux de 
béliers. 

m. Habillement. 

Le costume des Persans est entièrement différent de ce quHl 
était au temps de Chardin. Ils aiment les couleurs sombres, dit- 
on : le vert foncé et le brun , dans des nuances diverses , étaient, 
de 1807 à i8og, les couleurs à la mode; mais les modes sont éga- 
lement très-variables chez eux , et les jeunes gens préfèrent les 
couleurs claires et éclatantes. Moins majestueux que les costumes 
des Ottomans , ceux des Persans me paraissent plus commodes 
et plus élégans. 
Us se composent : 

Du zirdjamè a^W^^ , en soie rouge ou bleue ou en étoffe de 
CQton ; c^est une culotte longue et large , soutenue au-dessus des 
hanches par une ceinture de filet plus ou moins coûteuse, qui 
passe dans une large coulisse ; leur pantalon de cheval ressemble 
au chahar A^ des Turcs ; 

De la pirahcn ^\j^^ \ une chemise de soie , de lin ou de coton, 
ne descendant qu^un peu au-dessous de la ceinture de la culotte , 
fendue sur le côté gauche , attachée au cou par deux petits bou- 
jtons de soie qui ont leurs ganses; 

De Yarkaliky ^j\ ou alkalik; tunique de kakmqar (indienne 



( -^57 ) 

peinte, ouatée de coton et piquée), ouverte sur le devant, taillée 
carrément sur la poitrine, et ne descendant pas plus bas que le mol- 
let, brodée d'un liseret d'étoffe de soie bleue ou rouge , attachée 
avec des pattes d'étoffe de soie de la même couleur que le liseret ; 

Du done ^^ , kaba Ui ou ouïemè a^jI ; c'est une longue robe 
serrée sur la taille et allant en entonnoir jusqu'en bas , ne dé- 
passant pas les chevilles ; la coupe en est carrée sur la poitrine ; 
la soie , le coton, le châle de Cachemir, les brocards de Perse et 
de Lyon, sont les étoffes dont ce vêtement se compose; les gens de 
loi et les clercs ne le portent pas carrément coupé sur la poitrine, de 
manière à laisser voir la chemise : il monte jusqu'au cou et se nomme 
baghâlijjd ^Vi ; le done de soie, nommé kakoun^ ne seporte que 
l'hiver, et est , comme ceux de coton , admirablement gauffré ; 

Du balapouch ii»^\i , capote de dessus ; large vêtement de 
drap que l'on met par-dessus tout ; c'est le manteau de ville , il 
est rouge, vert ou de brocard, ou garni de velours ou de fourrure : 
alors on l'appelle tchckai-birouni ; 

De Vouiemé A^jt, vêtement de drap ; 

Du tiqmè à^ , vêtement de drap dont la manche est ouverte 
en-dessous , depuis le coude jusqu'aux aisselles ; habit ou redin- 
gote de cheval ou de campagne ; 

Du katibi ^J»^» vêtement de brocard garni de fourrure sur 
les épaules et sur le dos : c'est le vêtement de cérémonie dont les 
grands se revêtent pour paraître devant le roi ; il correspond aux 
grandes pelisses d'honneur des Turcs, nommées ^Ij^^^ro^er; 

Lorsque leur robe s'ouvre en deux, de la ceinture jusqu'en bas, 
de manière qu'on en rejette les pans à droite et à gauche , on la 
nomme J^\j^ ouzbéqi ou ^y^^ kouchouni^ habit militaire ; 

Du kaurdi'fdmtem ^j:^ S^/'^ espèce de camisole serrée à la 
ceinture et n'allant que jusqu'à moitié cuisse ; 

Du pouchti jiwy ou hamami^X^s^ , pelisse de peau de mouton 
pour aller au bain ; le poil est en dedans , la partie corroyée est 
en dehors ; 



( 358 ) 

Du kemer jjy la ceinture ; 

Du khandjarjs^ , poignard , kard ^J{ , couteau , chemchir 
jKLéJt,, sabre; 

Des icharab w»ij^ ou v'jja^i bas de drap rouge, grandes bottes 
de drap rouge ; 

Des kechf ^^^^, pantoufles de saghri ^j»^, chagrin ; 

Et des ichizmè à^-^ , bottes. 

Ils portent aujourd'hui, pour coëffure , un. bonnet de peau de 
mouton noir en cône , auquel on fait un grand pli en haut , à la 
manière des Kadjars. Les jours de cérémonie, on roule un châle 
autour d*un bonnet à-peu-près semblable. Le châle, plus ramassé 
dans le milieu , donne à cette coeflure la forme d'un baril. 
, Le bachmaklik^ le denier des pantoufles des femmes Turques , 
se trouvait en usage dans le harem des anciens rois de Perse, sous 
le nom de denier des pantoufles , Hérodote , II , 98. 

Dans les anciens auteurs , on mentionne encore : 

Le denier de la ceinture , Anabasis , liv. I , chap. iv; 

Le denier du voile , Plat., in Alcibiad. ; 

Le denier du savon, Plut., Demetrius, XXYII. 

Celui-ci était donné aux maîtresses, les trois autres deniers aux 
femmes en titre. 

Les femmes > dans leur intérieur , ne sont vêtues que d'une 
sîmiile chemise fendue jusqu'au-dessous du nombril , d'une paire 
de larges pantalons de diverses éto£res,comme toile, châle, brocard 
ou soie. Sortent-elles , elles sont couvertes de quatre voiles épais ; 
une pièce de toile immense , souvent quadrillée , quelquefois une 
pièce de soie , les enveloppe de la tête aux pieds : on ne leur voit 
que les yeux. 

Elles se teignent les ongles , les plantes des pieds et les paumes 
des mains , en couleur rougeâtre , par le moyen du herma ; elles 
renforcent la couleur noire de leurs sourcils arquas par le ves- 
mè , et rendent plus brillant le feu dje leurs beaux yeux , en tirant 



( 359 ) 

le surmè sur leurs paupières. Leur aombril est souvent oiiié de 
fleurs dans le genre dVn tatouage. 

IV. Demeures et Edifices* 

^architecture persane est plus élégante et mieux proportion- 
née que Farchitecture des Turcs. Chaque maison a son jardin ou 
des cours garnies d'arbres. Les fenêtres sont en verre colore ; au- 
dessus d'elles est un auvent pour garantir de la chaleur. La porte 
est garnie d'un tapis formant rideau. Le salon de réception est 
orné de peintures. 

On nomme Biroun , la satle publique. 

Enderoun , le harem ou l'appartement des femmes. 

Serider , l'avant-salle ou le vestibule. 

Sqfra , une grande nappe d'indienne souvent ornée d'inscrip- 
tions ; on rétend moitié sur le sol , moitié sur les genoux; elle est 
couverte de petits plateaux chargés de trois ou quatre sortes de pi- 
laf es. Entre plusieurs petits bols pleins de ragoûts, on met de petites 
soucoupes avec des douceurs, etc. , et de grandes jattes avec des sor- 
bets. L'embarras des convives après les repas est assez singulier 
pour être remarqué; ils font vraiment une drôle de figure en atten- 
dant l'eau chaude pour savonner la main qu'ils tiennent allongée en 
avant , et ayant le coude au corps ou appuyé dans la main gauche. 

V. Fétçs. 

IjCS fêtes des Persans sont : 
Le petit Beyram , après le Bamazan; 

Le Kourban-Beyram ^ la fête des sacrifices, au lo de Zilhidjè ; 
Le Noorouz (i) , à l'équinoxe du printemps» instituée par 
Djemchid; 

(i) Quiconque a vu la présentation sentées sur les marbres d^Istahar ne 

des présens à Sa Hautesse , à la fôte sont pas autre chose que la commé- 

du Novrouz , comprend facilement moralion de cette institution, 
que les processions d'individus repré^ A de N. 

II. Ifi 



( 36o ) 

Et VAchoura^ le martyre de Hassan et Houssein , le lo* jour 
du mois de M ouharrem. 
Laplupart des voyageurs ont omis de parlerdes trois fêtes suivantes: 

La fête des roses , Aid-goul; 

La fête des eaux, J^jij^}^ Abrizegan; 

La fêtes des flammes, jl^ji^ 'Aîdinùran. 

Morier mentionne une fête particulière qui ne se célèbre qu^à 
Démavend, Aid-i-KourcU y la fête des Kurdes , cnThonneur delà 
défaite du tyran Zouhaq que Ton prétend enchaîné dans les gouf-* 
fres de Tantique volcan qui domine ce pays. 

YI. Bignités. 

Les dignités et les emplois en honneur parmi les Persans se pré- 
sentent sous les dénominations suivantes : 

Mirza, Désignation ordinaire des scribes et des lettrés quand elle 
précède le nom de Pindividu ; à la fin des noms elle caractérise les 
fils du monarque et les princes du sang de lignée en lignée. 

Khan. Ce titre est ordinairement l'attribut des chefs de tribus 
militaires et des gouverneurs des provinces et des villes. Hammer 
se trompe quand il dit que le titre de Khan n'est pas héréditaire : 
dans beaucoup de familles, il est Fhéritage non- seulement de 
Taîné , mais de plusieurs de ses frères. Cela n'empêche pas que 
le roi n'ennoblisse de ce titre des sujets dont les ancêtres n'en 
étaient pas décorés. Ceux qui font de ces khans des barons et des 
ducs, ont peut-être moins tort que lui, qui en fait des conseillers 
intimes, d'après le mot de jliîs^l "^J^ Moukarreb oui Hahan , 
qui entre dans le diplôme de Mirza Abdoul Houssein Khan. 

Après le Vély-i-'Ahd (l'héritier présomptif de la couronne et les 
princes du sang) , la dignité la plus éminente est celle de premier 
ministre, Sadri-Azem A; t^Juo, qui porte aussi le titre à^rtimad- 
oud'Doçlet sjjj^i] ^Iftjitl, l'appui, le soutien, la confiance de l'em- 
pire, ou bien Montemid-oud-Doçlet sJiJjoJt 



( 36i ) 

VEmin-Gud'DoçJet uJtJj jJt ^^! , est Fintendant de Tempire , le 
ministre du trésor et des finances. 

Le Nizam-oud-Doçlet v^jjJt Uai, l'ordre de Utmpire, est le mi- 
nistre de rintérieur, qui porte quelquefois le titre de Maunchi- 
il'Memalîq sjt^JUJI^^, le grand chancelier de TÉtat. Le Naib-i- 
Mounchi- oui - MemaUq v^UJt JLU w^U est son substitut. Les 
Moustoufi ^y^mA sont les secrëtaifcs d'Etat. 

Le Lechqer-'Nouçis ^yj^ est le secrétaire d'Etat du départe- 
ment de la guerre. 

Is^Dcux^gha-i Défier ji^àd^jjh y l'exécuteur des confiscations. 

Le chef du pouvoir judiciaire et de la religion se nomme Siuir 
^ju0 ou bien Chéûdi-oul-Islain ^^^^r** 

Les grands gouverneurs des provinces , les satrapes d'autrefois, 
ont le titre de Begler-Beg >^^, prince des princes. 

Les commandans dés lieux considérables se nomment Haqim 
Jld^ ( commandant ) ; ceux des lieux de moindre importance , 
Zabit it^U» ( autorité ). 

Les KiUmter jiù^ sont les maires des villes. 

Les Darogha Ai^^^b sont les lieutenans de police des quartiers 
et les maires des villages. 

Les Mauhtésib v^M.«;gp^ sont les commissaires des marchés. 

Le Mir-i-'Ahdas ^Ija.!^ est le chef des patrouilles et des 
rondes nocturnes ( le prince dès accidens ). 

Les Paq-Qar J{ sSS\>t les percepteurs des contributions qui ont 
charge de les prendre du kélanter. 

Les Qetkhouda I j^aH^ sont les maires des villages. 

Parmi les charges de la cour et du harem énumérées par les an- 
ciens voyageurs, tels que Chardin, Tavemier, Thévenot, Kœmpfer, 
le Bruyn, Pietro délia Yalle , on ne cite aujourd'hui que les trois 
suivantes : 

Celle du Nasahtchi-Bachi JX) ^^^ ^\t grand maréchal de la 
cour , correspondant au ^^Vl/^V ^^ Constantinople ; il est en 
même temps l'exécuteur de la justice ; 



( 362 ) 

Celle de VIchiq-Aghasi^Jsi\ sjj^\ ou le grand-maître des cé- 
rémonies, conduisant les gens appelés à Taudience de Sa Hautesse ; 

Et celle du ilfiVima/idar-J?ac&' J^b.ljjU^, le grand-maître 
de Fhospitalilé ; il est chargé de faire les honneurs aux étrangers ; 
c^est le pourvoyeur (aux frais de l'Etat) des ambassadeurs et étran- 
gers. 

Dans les audiences solennelles , le roi est encore entouré de 
différens officiers rangés sous la dénomination de Pichkidmet 
s.jî*j^<s^ (service présent) , ce sont : 

Le Smkhdar, le porte -épée ; 
Le Kalkandary le porte - bouclier ; 
Le Kahçedjiba4:hiy le verse - café ; 
Le Kalioundar^ le porte - pipe; 
Le ]\ûàhrdarj le porte- sceau ; 
Le Tadjdar , le porte ^ couronnée 

A ces fonctionnaires il faut ajouter le porte^parasol, le porte-ta-» 
bouret et le porte-aiguière. 

Les gardes-du-corps se nomment Qechiqdji ^ae^^. 

Cest le ministre des finances qui est chargé de Tapprovision- 
nement, en tout genre , du harem; il a de nombreux magasins 
toujours garnis d'une multitude d^habillemens et de toutes sortes 
d'autres effets, pour les tïélivrer à chaque grossesse , à chaque fête 
de Novrouz , etc. , etc. La suriiitendante du harem est toujours 
une princesse du sang royal , et porte le titre de Banou-i-Harem 
(j^\Sy^, 0^ dame du harem ). 

Les dignitaires du harem , soit hommes, soit femmes , portent 
le nom de Bich-Sifid jui«#^ ,, barbe blanche (i). 

(i) Cet usage, de faire d'une prin- Fée),Roxaxie| ^Lû.jjitottA5iiii(senr« 
cesse du sang une dame du harem, cxîs- M^blc à un esprit ), Monimè , 



tait déjà chez les anciens Persans, Les Mou'mmé (la clémente), éuicnt des 
reines Esther, tfjU^t Asîtaré (étoile), dames du barenu 
Parisatîs, «^jjy^ Périzadé (fiUcdc 



(363) 



VII. Armées. 



On nomme DJtaibaz \\J\^ , les soldats , suivant l'ancienne dis- 
cipline. 

Serbat J^j^ ; les soldats , suivant la nouvelle organisation. 

Zenboureqtchi ^rj^\ » artilleurs montés sur des chameaux. 

Kauchouni - Akaçi ^^1 jj^ ; les troupes à la solde du roi; 
8o>ooo hommes. 

Qechiqdji ^sp^JtS\ gardes-du- corps répandus dans diverses 
résidences royales; 3ooo hommes. 

Ghaulam ^^ ; gardes-du-corps à cheval ne quittant jamais Sa 
Hautesse ; 3ooo hommes. 

LeÀ généraux ont le titre de Khan. 

Les autres officiers portent des noms tirés du nombre des 
troupes qu'ils commandent : 

lLi>,iapxoi Jl\j ^ Blnbachi chef de mille hommes. 

HxaTovrapxoi ^Vb?. luzhachi chef de cent hommes. 

TIeyreicovrapxoi Ji^UîjWj Pendjabachi chef de cinquante hom. 

Asmpxoi ^^'^ Dehbachi chef de dix hommes. 

La solde des officiers est très-inégale. 

La paie la plus haute est de i,ooo toumans, 20,000 francs; le 
simple cavalier reçoit de 25 à 3o toumans : il est obligé de ferrer 
son coursier. 

Leurs armes sont des carabines , des sabres , des pistolets , des 
lances longues en bambou flexible , des boucliers , des javelots et 
des masses d'armes. La cavalerie turcomane porte aussi des arcs 
et des carquois. 

La principale force militaire de Pempire Pelrsan consiste dans 
les tribus guerrières nommées liât; les anciens les appelèrent 
Kourdji ^^jy • Les plus importantes de ces tribus sont celles des 
JBalhtncni ^jLfasi , dans l'Irak et le Loristan ; des Fa^ili^\3, dans 
le Khouzistan, autour de Chouch etChouster; des EfcharXii] (d^où 



(364) 

Ifadirchah ), autour du lac de Méraga; elle se divise en Kascun^ 
lou ^U.*»J et Eredjlou ^j\\ des Kadjar j\s^ (d'où la famille 
régnante), dans le Mazanderan; elle se divise en Ickaribach 
^\j^j\ijselAcheghibach*\j ; etc.Ces tribus, au nombre d'une 
centaine , se divisent par langue Turque , Arabe , Lour et Curde. 

Les revenus du roi se composent ; 

Du Maliai oUU; impôt foncier de la couronne qui se paie , 
partie en argent , partie en nature ; le roi perçoit en nature le 
cinquième du blé , orge , soie , tabac, indigo , etc. , et pour des 
légumes et autres bagatelles , il se fait donner de l'argent ; jadis 
ce n'était que le dixième : le roi actuel a doublé cet imp6t ^ le-« 
quel se lève par des percepteurs qui achètent et revendent ^cette 
commission ; ils ne livrent que la quantité due, mais , pat Routes 
sortes d'extorsions , ils font le plus grand tort au contribuable ; 

Du Sadrj^x^ ; tribut extraordinaire que le pays est obligé dô 
fournir en chevaux , grains , fourrages, moutons, etc. , au passage 
des armées ^ des grands, des officiers , des courriers , des étran- 
gers , etc. ; 

Et du Pichqèch jjiXîLji ; présent que le roi reçoit au Novrouz , 
de chaque seigneur ou gouverneur ; c'est ùh tribut soi - disant vo- 
lontaire , mais qui ne laisse pas que d'être très-onéreux pour le 
Raïa ( rèï'iet ) , parce que les gouverneurs , dans le dessein de 
manifester leur zèle pour le souverain et mériter sa faveur , cher- 
chent à se surpasser les uns les autres ^ dans l'importance du 
présent. 

Par ces impôts , . le paysan est fort obéré; le boutiquier^ .Ijjl^j 
DauqandarVest moins, et le marchand ^ ^^y^ Soçdaquer l'est en-* 
core moins , vu qu'il ne paie que des octrois et des douanes. 

Le sol, en Perse , est héréditaire, «Slj; si le roi le confisque, on 
le nomme zabi-i-cJiah nli k^. Lorsque le roi daigne accorder 
au propriétaire une petite rente sur le bien confisqué , on nomme 
cela moustéemri j^jA:^..^. Les bjens de la couronne se noipfment 
hcdisiè A^W. 



( 365) 

VIL Pïrodaclioiis. 

Le Guilan et le Mazanderan produisent delà soie ; la première 
province , 200,000 batmens , et la seconde , 20,000 batmens. La 
soie du Guilan est plus fine et plus chère que celle de Broussa^ 
mais pas aussi douce ni aussi souple. Le Mazenderan donne la canne 
à sucre. La gomme adragante Tient du Kourdistan. La garance se 
cultive i Yezd. Les laines sont une des plus importantes marchan- 
dises de la Perse : les lUat ou tribus en font les plus riches ta- 
pis, des feutres magnifiques, des tentes et des manteaux dé voyage 
nommé h€ibas. Les dromadaires du pays de Lar fournissent le poil 
de chevron usité dans la chapellerie ; et les chèvres de Kerman y les 
soies les plus belles pour la fabrication des châles de ce pays. 

Entre Hamadan et Ispahan , tombe une manne céleste dont 
on fait des pâtes pectorales estimées et nommées quéz/enquébin 
^j^^* Le semen contra oxk\ assa fetida (que Ton pense être le 
laserpitmrn ou le syiphàan de Dioscoride ) remplit de vastes ma- 
gasins à Bender-Boucfaehr. La Perse fournit en abondance d'au- 
tres gommes précieuses , telles que le galbanum , Voppoponaoc , 
le bdelUum , la sarocoUa ^ le terebinthinum. 

Les chevaux les' plus vigoureux viennent de TÂzerbaïdjan , de 
rirakadjemi et du Fars ; les plus beaux sont de Khorassan , et les 
plus rapides sont turcemans. 

L'indigo vient de Chouster , de Dizfoul , et de Hérat , ainsi que 
du Laristan. Une des meilleures productions de la Perse est une 
sorte de tissu que les Turcs aiment beaucoup. Yezd est célèbre 
par ses riches brocards ; Kachan , par ses étoffes de soie et ses 
cuivres travaillés ; Koum , par sa poterie ; Recht , par ses bures à 
sept brins {hefl tahndz)\ Chiraz, par ses armes et ses cristaux; 
Ispahan , par ses brocards et autres tissus nommés Katrioun; Ni- 
cbapour , par ses turquoises ; Qermanchah , par ses armes , et 
Qerman^ par ses châles. 

Six villes ont un octroi de trois et demi pour cent : Qerman- 



( 366 ) 

chah, Recht, Tcbriz, Isfahan, Ghiraz et Mechhed ; dans les autres, 
on n^exige qu^une taxe insignifiante. Les Tentes et les achats ne 
s^effectuent que rarement au comptant , mais à terme de six 
mois. Le commerce est tombé en Perse aujourd'hui (1807, 1808 
et 1809). Le commerce des soies que la Perse fait avec la Russie, 
est à son avantage , parce que les Russes paient cet] objet en or 
ou en retours qui consistent en draps , faïences , aciers, indigo , 
qui sont d'une bonne défaite pour les Persans. Le commerce de 
la Perse avec les Turcs, dont les Anglais se sont entièrement 
emparés , consiste en adragante , oppoponax , salep , solmiak , 
tuyaux de pipes de cerisier de Chiraz et de Tcharmehallè 
JLae^j^, à cinq journées ouest-sud-ouest d'Ispahan ; en peaux d'a- 
gneaux pour les Calpaks, en iembaqi (tabac de Chiraz) , en schâls 
de Yezd et de Kerman. Les Turcs rendent en échange, leurs cui- 
vres des mines d'Argana , des soieries de Brousse, des lingots en 
barres d'or et d'argent que l'on moniioye en Perse. Les mines de 
plomb de la Perse sont à Baft , sur la route de Chiraz à Ker- 
man ; les mines de fer du Mazenderan ne sont pas exploitées. 
Dans les environs d' Ardebil , il y a une mine de cuivre, A Oriat, 
à cinq journées à l'est de Tebriz, il y a une mine d'argent. Dans 
le Khorassan , il y a des mines d'or , d'argent et de fer (i). Les 
vaisseaux anglais, et arabes qui abordent à Bouchehr et dans les 
autres ports du golfe Persique , apportent des draps de l'Europe , 
la cochenille et l'indigo de Surat, du fer, du plomb, des racines, 
du thé, du riz, des porcelaines de la Chine et du Japon, des mous- 
selines du Bengalç , les étoffes de Guzarat, les bois de Campéche 
et de Fernambouc , du mercure , du gingembre , du papier , de 
rétain, du fil de coton blanc , des étoffes de coton , des toiles 
quadrillées de Cambaye , des toiles de lin imprimées à Ahmed- 
Abad , des bois de construction pour la marine , des peaux tan- 
nées de Maskat et d'Ëlkatif , du café Mokka , les parfums de 

(i) Dupré, tom. II , pag. 3qo. 



(367) 

rose de Firouz-Abad , des dattes^ des chevaux; des grains , tels 
que blé et orge , des gommes et de V izssa fœtida.^ 

La Perse envoie à Hérat et dans le Kandahar, de gros draps, 
des étoffes , des toiles de chanvre et de lin , du sucre , de la soie , 
du cuivre , des fruits secs ; mais cela suffit à peine pour couvrir 
la moitié de l'importation qui consiste en salmiac, saffran , peaux 
de mouton de Boukara , indigo , acier , rhubarbe , garance , lasuli 
et châles. L'acier dont on fait les fameuses lames de Khorassan 
vient de Lahour. Les châles de Kachemir sont faits de laine de 
chèvres qui paissent dans les pâturages du district de Lasse dans 
le Khotten ^^:û., à 3o journées du Tibet; les fabricans de ces tis- 
sus magnifiques travaillent pour un si mince salaire , qu'à peine 
ont-ils de quoi se nourrir : leur prix élevé vient des taxes exces- 
sives dont cet objet est frappé dans les douanes de Pichaver, Ka- 
boul, Tèbes ^-*J et MecUied. 

Point de bonne foi , et la crise dans laquelle la mort du roi 
peut jeter la Perse, doivent rendre les Européens très-circonspects 
dans leurs spéculations avec ce pays (i)« 

VIIl. Littératare. 

Ouseley est le seul des voyageurs que nous avons examinés, qui 
ait le mérite de s'être occupé de littérature persane. Souvent il 
a puisé ses documens dans les auteurs indigènes, et rend ses pages 
aussi intéressantes que curieuses par des citations d'historiens, de 
géographes et de poètes, qui prouvent qu'il avait, plus qu'un autre, 
les connaissances dont un voyageur ne se peut passer. Voici un 
catalogue succinct des ouvrages qu'il a cités : 

Séir oui bilad Uzakarié eUKasçim ^jjy^S \J^'^ ^^^jr* » P^" 
menade à travers les contrées de l'univers, par Zacharie de 
Cazvin ; ouvrage qui traite de la géographie ; 

(O Dapré, tom. II, pag. 38i. 
U. 47 



( 368 ) 

Adjaïb oui mahlouiat K Ahmed el-Tousi^xif^ o^jl^s^l -^,V^ 
*^tUI, les Merveilles de la nature , par Ahmed , de Tous. 

Siçer oui beledan K Ibn-i-Haukal J^^a.^^ jÎjJLttj^ , les Ta-, 
bleaux des villes par Ibn-i-Haukel, traduit par Ouseley. 

Zinet oui medjalis K Medjoud^din Mouhammed eUHousseini 
!^..,^ } \^ I vit v^ JUJ<X:j' le Charme des assemblées, par 

Medjoud-din Mouhammed el-Houssëïni ; ouvrage estimable sur 

rhistoire et la géographie. 

Moudjmel it téçarih ^^tyJIJ^, Histoire universelle qui con- 
tient un morceau merveilleux sur la cour des rois Sassanides , 
d'ares le livre intitulé Qiiab'iSoureUi'Padichan''i-BeniSasscm 

jUL.^ ^U,^lj ^JLT^ v*^- 

Tohfet oul'âlem U AhdaulrLéHf ben Abou-Talèb JUJt "ù^ 
wJlL^t^^^^^JaUljuJ, Présent de l'univers^ par Abdoul-Iiétif , 
fib d^ Abou-Talcb qui mourut dans Tlnde, en i8o5. 

Tcnih-i-f^as-saf ^M^^^jXi) le plus apprécié des ouvrages 
historiques persans , sous le rapport du style , et pour lequel il 
existe on commentaire pour Texplication des passages trop dif- 
ficiles. Ce commentaire fut écrit par un réïss - effendi nommé 
Aboubeqr-Chùvani et achevé par Naïli-Effendi. Cet ouvrage con- 
tient non pas l'histoire de Djengiz-Khan , comme le dit Ouseley^ 
mais celle de ses successeurs depuis Oulakou, jusqu'à Abouzéïd 
(ou Abou-Sa'id)? 

Meilleurs owfrage& historiques de la Perse. 

Nizam it leçarih ii^-&iza«^^l^Y^^I^I >ll;, la série coor- 
donnée des histoires. L'auteur mourut en Tan 619 de Thég. 

Tarih-i-gouzidè UrHamdoullah ùiSx^ t^j^^^^^. Histoire choi- 
sie par Hamdoullah. 

Nouûiat oui kouloub U^Ben Nasr eUMoustoçJi ^ w^^l sJU»)J 



( 369 ) 

^y^)j^y la Joie des cœurs; ouvrage de géographie, par Ben Nasr 
él-Moustoyfi , composé en ySo ( 1329). 

Djami' it tevarikh Ul^vezir Béchid- Ouddin ji.\)^fij\y^\fLJ^^ 
^jJlxJy , Histoire universelle par le visir Rcchid-Ouddin , né 
en 645 (1247), contenant une histoire religieuse et un morceau 
de géographie. 

Tanhh-i-hinai qiti ^jS^^ ^jM , Histoire de la création du 
monde par Abou-Zeïd, contemporain de Yassaf. 

Zoubdet it teçarikh U - Khodja Hqfiz Abr€u k^^ f^j]y^^ ^'^j 
jl^li»!^, la Quintessence des histoires , par Khodja Hafiz Âbrou , 
mort en 834 (i43o). 

Tarikh^'djihan qouchaï-l-Ita ' oui-Moulq Ul-Djooeïm X^ ^.jM 

Jj^.,*jlJ!çAJa&^^ Histoire de la conquête du monde par Ita* 

oul-Moulq el-Djoveini , auteur d^unTii^amton (galerie de peintures) 

dans le genre de celle d^El gaffari, ^UiJt^l^^; morceaux des 

plus estimés dans la littérature orientale. 

Tarikh Maila ' esséidéin K-Abd our lUzzak ben Djelal (Juddin 

^^.^\^^^J>^J))J^^ ^j;,^>^^^^fij^f Histoire, le lever des deux 
astres propices, par Abdour nlzzak, fils de Djelal Ouddin, mort 
en 887 (1482). 

Tankh^i^jihancaraU-Gaffan^j\i^\j\^^^^ Histoire or- 

nant le monde ; histoire persane composée pour Chah-Thamas , 
en 972 (i564). 

Tarikh4'TabanUlrBaVami^j^^jVb^j\i, l'Histoire (tra- 
duite en persan ) de Tabari par Bal'ami. 

yesaiâ UUvezir Nizam oulrMoulq siSU! ^ItJ jj^^U Le^, les Tes- 
tamens politiques ( ou les avis) du vizir Nizam oul-Moulq* 

Tarikh ropzat osse/a U-Mirkhond ^^j^ U^l l^j^^ f^^j^'» '^ ytv-^ 
ger de là pureté, par Mirkhond, continué et achevé par son fils , 
Khondemir, sous le titre de 

TarikhrirhabUhOussiïerliKhondemirj^Sij^jZ^^ His- 



(370) 

tcrisre àe Fami dés mœurs et coatuoies , dans l'histoirt de Cberef 
Ouddin de lezd (traitant de Timour). 

Tànkk^-€ikTn€ira\J\J\^^,j\i^ Histoire embellissant le monde 

( traitant du règne de Chah-Abbas le grand ). 

Tankh4'hechtbéhichtlil-Edrisi ^^j^iU sJUi^ ^JlJ^^j\j, His- 
toire des huit Paradis , par Edrisi. 

Tafikh4-mir€U oui ed^ar Ul-Ijari ^J^ j^jS^t\jA f^j^ ^ Histoire 
du miroir des siècles i par Lâri. 

Histoires particulières des villes de Perse. 

Tarikh-i-Chiraz de Haïbet Oulla et d'Ibni ÂbdouUa Kassar. 

Tarikh-i-Bei d' Abou Mansow Alabi. 

Tarikh'-i'Tabaristan^ par Khodja Ali Erraviati. 

Ihrikh'i'Mazenderan^ par M evlana Ovliïa etMevlana Rouïani. 

Ihrikh-i'DJourd/an , par AU Moufaammed el Edrisi et Abd our 
Riûak Esseîdi. 

Tarikh^-Khorasan , par Abïourdi ^ Haqimi Nichabouri , Abou 
Nasr el-Movrousi, Abbas ben Mousab et Aboul-Hasan es-Selami. 

Tarikh-'i-Kazçin , par Rafi' et Ibni Abdoulla , mort en 4o5 
de rhég. 

Tarikh-i^Qerman^ par Nasr Ouddin, mouffti de Qerman. 

Tarikh'i'Nichabour, par Mouhammed ben Abdoulla Elhakim , 
continuée par Abd oui Gafir ben Ismaïl, jusqu^enTan 5i8 de Thég. 

Tarikh4-Esterabed, par Edrisi. 

TarOihri-Dilem^ par Ishakben Helal. 

Tarikh^'Sous, par Ibrahim Valif Chah. 

Tarikh-i-Balkh , par Mouhammed ben Okcïl et Abou Kassem 
Ali ben Mahmoud Qéabi. 

Tarikh'i-Merp , par El-Zemani ; en 20 vol., Bedrouddin ben 
^Aroun, Medjdouddin Mouhammed et Ibni làkoubi Firouzabadi. 

Tarikhri^HercU, par Abou I^k Ahmed ben Bésari Hafiz, Abou 



( 371 ) 
Nouh Isa Hérévi , Âbou Nasr ben Abdoul Djebbar Kaïssi , Ab- 
dourrahman el-Fahmi et Ahmed el-Djami. 

Tarikh'i'Hamadany par Abou Ghedjâ Mouhammed el-Koraïi; 
continuation de Phistoire dé Chirouïè ben Cherdar, et celles 
d'Abdourrahman, de Bedrelimnabi et de Salih ben Ahmed. 

Tarïkh'i-'Isfahan , par Imam Abinaïm Ahmed Ibni AbdouUa , 
Abou Zaqariâ lahïah ben Abdoulla Wâhhaf , ben Moundeb; 
Imam Omar ben Cheylan et Abou Fazl ben Moubareq il-Hindi , 
la dernière et la plus volumineuse de toutes. 

Ensuite les histoires des Samanides , Safarides , Bouudes , Sel- 
djoucqs, Mouzaférides, Timourides; Soufides, et autres dynasties 
qui régnèrent en Perse. 

Nous terminons ce périple sur la Perse, que nous avons entre- 
pris pour Futilité des voyageurs à venir , par le passage qui ter- 
mine le périple exécuté dans la mer Rouge par Agatharchides : 

/jlsvoç tçopiaç a^iotç Kat éopoxipB^iv t/to^ iwccfJLtv^^f ^o^(XV ét^ouù» â'yfpsveiv 

N. B. — Ce n'est qu'après la terminaison de ce travail, que Fauteur eut con- 
naissance de la Géographie Uniyerselle publiée par M. Ritter; c'est ce retard 
qui est cause que cet estimable ouvrage n'est point cité comme à l'appui de ses 
opinions ou contre elles, cas qui eût été plus rare que le premier. (Il se trompe, 
suivant l'auteur, sur les villes d^Pasargade, de Suze, sur le Chouster, l'Eulœus 
et le Pasitigris , et dans quelques étymologies , telles que ^x^*^ et 



(i) Qai Tero et pariiculaiim rébus inter- Dondx par et sufficiens ; ab hoc se negoiio 
fuerii, et \erbis historia dignis instmctus nonab8tinebit.(^^at/<ArcÀ.Pag. 69, G tfogr. 
fitadiuÀi adliibeat, glori» per laborem ye~ vet, script, G rœci minores, Yol.L) 



(37») 



^V%%(iV%%i%^^<^< ^ V»<^%»^^»^^<i»%»%i^%»%%»%»^ % ^%^%<%^ » ^%i%'<^iV% »%^<%i V»%i<<^»^ 



RECHERCHES 



SUR LES 



ANTIQUITÉS DES ÉTATS-UNIS 

DE L'AMÉRIQUE SEPTENTRIONALE, . 



PAR M. WABDSN. 



INTRODUCTION. 

Avant l'arriTëe des Européens dans la grande vallée de FOhio (i), les habi- 
tans vivaient principalement de la chasse et de la pèche ; d'épaisses forêts déro- 
baient à la vue les monumens d'antiquité américaine , et ce n'est q[u'au fur et à 
mesure de la disparition des arbres qui les recouvraient, qu'on a pu se former une 
idée de leur étendue et de leur destination. C'est là vraisemblablement ce qui a 
empêché quik ne fixassent l'attention de Jontel (a), de Tonti(3), de La Sale et 
du père Louis Hennepin (4)* Ce dernier, lors de son voyage dans le pays arrosé 
par le Mbsissipi et ses affluens, visita plus de deux cents tribus indiennes, et 
bien qu'il parle de leur vénération pour les restes de leurs ancêtres, il ne dit 
rien de l'habitude dans laquelle ils étaient de les ensevelir sous des tertres de 
terre. Il ne dit pas un mot non plus de leurs fortifications. Le docteur Douglas, 
un des premiers hblorlens des colonies anglaises, en Amérique, n'eut pas 
connaissance de ces monumens, car dans ses observations sur les nations abo- 

w 

(i) Le premier élabliasement qm ait été (u) Journal historique du deiiiier TOjage 

formé sur les mières de Vouest , appelé Up^ de la Sale, Paris , i^zS» 

per setUement on tke Ohio, le fat par les (3j Les dernières découyertes dans l'Ame-- 

Anglais, en 1760; et la colonisation du Ken- riqœ Septentrionale de M« de La Sale, etc., 

tncky ne date que de 1780. Imlajr's Wes^ Parb, 1697. 

tern tem'tory't P*g« 66-671 London , in-8*, ^4^ De&cription de k Louisiane, etc., Paris, 

179a* i6a3. 



(373) 

rigènes de ce continent , il prétend qu'on ne pent en siiiirre l^hisloire au-delà 
de la découverte qui en fut faite par Colomb , en i4ga (i). 

Le professeur suédois Kalm est peut-être le premier qax iài parlé des monu- 
m ens de la vallée des États-Unis , dans la relation qu il a publiée de soa voyage 
dans le Canada au mois d^aoAt 1749* Suivant les renseignemensque kû avaient 
fournis des missionnaires jésuites^ qui avaient long-ten^ résidé dans le pays , 
les Indiens, ne connaissant Tusage de Técriture ni d^aucun caractère quelconque, 
ne pouvaient dire si d^autres nations avaient habité TAmérique axrant eux, ou si 
elle avait été visitée par quelque peuple antérieurement à l'arrivée de Colomb. 
Kien n'indiquait non plus que des missionnaires cbréliena fussent jamais venus 
parmi eux. « Les Indiens, dit ce savant voyageur, soat aussi ignorans des prin- 
cipes de Tarchitecture et des travaux manuels , que des scieiicea et de Técriture. 
On cherche vainement dans lem* pays ces villes bien bâties, ces palais, ces 
fortifications artificielles , ces tours et ces colonnes élevées, et les autres monu- 
mens du même genre que Ton rencontre dans Tanclen monde, et dont Torigine 
se perd dans la nuit des temps. Cea sauvages ont pour babitationa de misérables 
huttes d'écorce, exposées de tons c6lés aux intempéries, des sakao& Toutes leurs 
connaissances en maçonnerie se bornent à placer en terre quelques bloes in- 
formes de rocher, qui leur servent de cheminée. L'histoire dupaiys ne remonte 
pas au-delà de sa découverte par les Européens , car tout ce qui s'y est passé 
avant cette époque appartient à proprement parler au domaine de la fable. Toute- 
fois , dans ces derniers temps , ajoute Kalm , on a découvert des vestiges d^asti- 
quités qui feraient croire que l'Amérique septentrionale a d& être autrefois peu- 
plée d'habilans plus versés dans les sciences et plus civilisés que ne rétaicni 
ceux que les Européens y trouvèrent à leur arrivée ; ou. que du moins il y fut 
envoyé, à une époque Inconnue, une expédition militaire par quelque nation 
de l'ancien continent. Cette opinion, continue-t-il, me paratt confirmée 
par le fait suivant : Quelques années avant mon arrivée au Canada, le cheva- 
lier de Beauharnais , alors gouverneur-général , donna à M. de Yérandrlère 
l'ordre de partir avec une expédition qui devait traverser l'Amérique jusqu'à la 
mer du Sud , pour déterminer la distance d'un de ces endroits à l'antre, et s'as- 
surer s'il y aurait quelque avantage pour le Canada , ou la Louisiane, à ouvrir 
une communication avec cet Océan. L'expédition partit à cheval de Montréal , 
et ayant pénétré bien avant dans le pays et dépassé un grand nombre de tribus 
ÎDdiennes , arriva dans une vaste plaine dégarnie de bois ,: mais que recouvraient 
des herbages très- élevés, et quelle mit plusieurs jours à parcourir. On remar- 

(i) Douglas* historjr of North America^ lom. I, sect, 3, Boston, Nouy. Anglet., 1755. 






( 374) 

qoait en dirers endroits la trace dessillons, et tout portait à croire qn^ils 
avaient été autrefois labourés et ensemencés (i). On ignore d^où cela provient, 
car les plantations de maïs, qui se trouvent aux environs des villes et des vil- 
lages indiens, excèdent rarement cinq ou six arpens. Après s^être avancée à 
environ 900 milles françsûs k Fouest de Montréal , Fezpédition arriva dans 
un lieu où jamais Françab ou Européen n'avait pénétré. £lle trouva dans les 
bois et dans une vaste plaine, de grands piliers de pierre se soutenant Tun Tautre. 
Ces piliers étaient formés d'un seul bloc, et paraissaient évidemment avpir été 
élevés par la main des hommes. On découvrit dans d'autres endroits des pierres 
semblables , placées les unes sur les autres , comme pour former une muraille. 
Néanmoins le pays environnant ne renfermait aucune espèce de pierre. On en 
fit l'examen le plus minutieux sans pouvoir découvrir ni caractères ni inscrip- 
tions. Enfin on rencontra une grande pierre semblable k celle des piliers , dans 
laquelle il y en avait une autre plus petite , et sur les deux côtés de laquelle 
étaient tracés des caractères inconnus. Cette dernière pierre , d'un pied français 
environ de longueur, et de quatre à cinq pouces de largeur, fut détachée et portée 
au Canada, d'où elle a été envoyée en France, au ministre, comte de Maure- 
pas ; mais on ne sait pas ce qu'elle est devenue. 

M. Kalm ajoute que des Jésuites, qui examinèrent cette pierre, trouvèrent 
beaucoup d'analogie entre les caractères qui y étaient empreints, et ceux qui, 
dans différents ouvrages sur la Tatarie, portent le nom de caractères ta- 
ions (a). 

Les naturek du pays ne purent donner aux Français de renseignemens 
satisfaisans sur ces colonnes; il ne s'y rattachait même pas une tradition ; tout 
ce qu'ils savaient, c'est que ces pierres avaient été au même endroit de temps 
immémorial Ils apprirent de ces Indiens, et de ceux qui résident encore plus 
k l'ouest, que la mer du Sud n'éuit qu'à quelques journées de là ; qu'ils allaient 
souvent trafiquer avec les Espagnols, sur cette côte, et qu'ils se rendaient aussi 
sur celle de la baie d'Hudson pour commercer avec les Anglais. Quelques-uns 
de ces Indiens vivaient dans des cabanes en t«rre ; les uns étaient couverts de 
fourrures , d'autres allaient entièrement nus, et ils n'avaient , pour la plupart^ 
jamais vu de Français (3). 



* (i) Ce sont des prairies naturelles qui se die er nach dem Nœrdlichen Amenka^ 

trouvent sur plusieurs points des Etats-Unis, etc, , 3 theil , Gotu'ngen, 1764. Traduit en 

et qui présenlent le même aspect que des anglais par Foirer, a vol. in-8«, London 

champs. VoirNotfc A, à la fin de raiiicle. 1772. f^oirpag. a;6-a8i du lom. II. 

(a) Fêter Kalm, Beschreilung der Reise (3) Le but principal de cette expédition ne 



< 37S ) 

Malgré toutes mes recherches, dit Kaliii, ce sont là les seuls restiges d'an- 
tiquité Canadienne qui soient venus à ma connaissance. Dans la continuation 
de mon voyage, en 1756, f aurai occasion de décrire deux autres monumens 
curieux (i). 

Filson , dans son Histoire du Kentucky, a fait connaître les restes de deux 
anciennes fortifications, garnies de fossés et de bastions, qui se trouvent aux 
environs de Lexington. L'une embrasse six acres de terrain et l'autre trois. Ces 
ouvrages sont maintenant couverts d'arbres qui , à en juger par le nombre de 
cercles que présentent leurs troncs, paraissent avoir au moins 160 ans (a). 

Loskiel remarque , dans son Histoire de la mission des frères unis chez les 
Indiens de l'Amérique du nord, publiée en 1788 , que, d'après le témoignage 
authentique des Indiens les plus âgés, leurs guerres étaient jadis plus sanglantes 
«t pl^s longues qu'elles ne le sont de nos jours. On dit même qu'il y en avait 
d'héréditaires. L'on voit encore les ruines de quelques-unes de leurs villes , et 
les tertres qui se trouvent aux environs, prouvent suffisamment qu'elles sont 
l'ouvrage des hommes. Ces tertres étaient creux , et il y avait au sommet une 
ouverture par laquelle les Indiens descendaient leurs femmes et leurs enfans au 
premier bruit de l'approche d'un ennemi ; les hommes, se plaçant ensuite sur les 
côtés, s'y défendaient avec le plus grand courage. Pour cela, ils portaient une 
quantité prodigieuse de pierres et de troncs d'arbres au sommet de ces tertres , 
et les faisaient rouler sur les assaillans. Ces sortes de combats étaient ordi- 
nairement fort meurtriers, et les tués de part et d'autre étaient jetés pèle-méle 
dans un grand trou, et recouverts de terre. Ces tombeaux se voient encore sur 
plusieurs points , et l'on peut juger de leur ancienneté par les gros arbres qui y 
croissent 

Dans ses « Observations sur la Virginie, » publiées en 178a, M. Jefferson 
attira Tattention des sa vans, sur ce sujet, par les détails qu'il fournit sur les abo- 
rigènes de ce pays , et sur l'ouverture d'une tombe située dans le voisinage 
de ses propriétés (3). 

I^s caractères et les figures remarqués sur un bloc de granit, dans le Massa- 
chnsets, et dont M. Sewal, professeur de langues orientales, k Cambridge, 



ftil pas alleint, parce que les Français s'éimi (0 Cette continuation n'a pas ét^ pnbUëc. 

laissé eotrainer dans une gtierre qne se fai- (a) The diseoueiy^ settiements andprc' 

saient alors les peuplades les plus reculées du $ent state oj Kentucky^ p. 33. hoirie cha- 

continent» il en tomba plusieurs au pouvoir de piire des Indiens ou sauvages. 

Tennemi, ei le resie se vit obligé de retour- (3) f^^iV Partiel* Tertres de la Fir^ 

ner au Canada. gime» 

n. 48 



> ( 376 ) 

envoya la description à M. de Gibelin^ en 1 798 9 excitèrent de nouveau la carîo- 
atté des antiquaires (i), 

£n 1768, le capitaine Carrer, lors de son voyage dans l'Amérique septen- 
trionale (a), découvrit sur les bords du Mississîpi , au-dessous du lac Pépin , un 
parapet de forme circulaire et de quatre pieds de haut, qui pouvait avoir un mille 
d^étendue, et couvrir quatre à cinq mille hommes. « Cet ouvrage, dit-il, dont les 
côtés aboutissaient au fleuve , me parut aussi régulier que si Vauban lui-même 
eAt présidé à sa construction. » 

Le célèbre historien de TAmérique, Robertson , a cherché à détruire, par ses 
raisonnemens, Tidée de Texbtence d^un peuple civilisé dans le Nouveau-Monde, 
en soutenant que les nations les plus policées de ce continent n^avaient aucune 
connaissance de plusieurs inventions simples, presque aussi anciennes que la 
société dans les autres parties du globe , et qu'on retrouve dans les premières 
époques de la vie civile. 11 est manifeste , par-là , que les tribus qui origi- 
nairement ont passé en Amérique , sortaient de nations qui doivent avoir été 
aussi barbares que leurs descendans Tétaient quand ils ont été découverts par 
les Européens; car les arts de goût et de luxe peuvent bien décliner et périr 
par les secousses violentes , les révolutions et les désastres auxquels les nations 
sont exposés; mais les arts nécessaires à la vie ne peuvent plus se perdre chez 
un peuple qui les a une fois connus. Ils ne sont sujets à aucune des vicissitudes 
des choses humaines, et la pratique en subsiste aussi long-temps que la race 
même des hommes. Si Fusage du fer avait jamais été connu aux sauvages de 
l'Amérique ou k leurs ancêtres ; s'ils avaient jamais employé une charrue , une 
navette on une forge, Tutilité de ces inventions les aurait conservées, et il est 
impossible qu'elles eussent pu être oubliées ou abandonnées (3). 

<r Pour qu'une nation, dit Voltaire, soit rassemblée en corps de peuple, qu'elle 
soit puissante, aguerrie, savante , il est certain qu il faut un temps prodigieux. 
Voyez l'Amérique ; on n'y comptait que deux royaumes quand elle fut décou- 
verte, et encore, dans ces deux royaumes , on n'avait pas inventé l'art d'écrire. 
Tout le reste de ce vaste continent était partagé, et l'est encore, en petites 
sociétés à qui les arts sont inconnus. Toutes ces peuplades vivent sous des 
huttes; elles se vêtissent de peaux de bêles dans les climats froids, et vont pres- 



(i) /^oircipiaprès la description cL la planche don, 1779* Gavver parcourut le pays des In- 

qui Paccorapagae. diens sur une étendue de près de4|OOoinilles, 

(a) Trauels throu^JhtrmUrior parts «' ▼»»>i* douze nations différentes. 
ofNorth America, in the ytars 1766, 1767 (3) Li?. iv» traduct. française. 

and 1768, by J, Caryer, esq., in-8«, Lon- 



(377) 

que nues dans les tempérés. Les unes se nourrissent de la chasse, les autres de 
racines qu^elles pétrissent : elles n'ont point recherché un autre genre de vie , 
parce qu^on ne désire point ce qu'on ne connaît pas. Leur industrie n'a pu 
aller au-delà de leurs besoins pressans. » (i) 

Les renseignemens fournis par Kalm et par Carrer, fixèrent Taltention du 
professeur James Dunbar. « Le témoignage de ces voyageurs, dit-îl , met hors 
de doute Tezistence d'anciens peuples dont l'histoire ne fait aucune mention. 
On a trouvé sur les bords du Mississipi et sur plusieurs autres points du con- 
tinent, des ouvrages d'une haute antiquité, qui prouvent une connaissance de 
la science militaire que ne sauraient avoir des tribus grossières et sauvages. 
On peut donc en conclure qu'il existe de grands vides dans les annales de bien 
des peuples, et que nous n'avons que des données fort imparfaites sur les vicis- 
situdes des empires et sur celles de l'espèce humaine. » (a) 

Imlay, capitaine de l'armée américaine durant la guerre de l'indépendance, 
et chargé depuis de Farpenlage des terres dans les établîssemeDs de l'Ouest , 
prétend, dans sa description topographique du territoire occidental de l'A- 
mérique du nord, publiée sous la forme de lettres datées de Kenlucky (3) , que 
les monumens de civilisation indienne, décrits par Carver, sont entièrement 
imaginaires. Tout ce qui paraît être Touvrage de l'homme, porte , dit-il, l'em- 
preinte de la baribarie, et toute comparaison entre 'les naturels et les ani- 
maux de l'Amérique , et ceux de l'ancien continent , ne tend qu'à me confirmer 
dans l'opinion de ces gens sensés, qui pensent que l'Amérique a été peuplée 
par des Scythes , qui s'y seraient rendus par le détroit du Kamtschatka. 

Feu le docleur EzraSliles, président du collège de Yale, dans le Connec- 
tient, demanda, en 1786, an docteur Franklin ce qu'il pensait des fortifications 
qu'on venait de découvrir dans le Kentucky , et près des bords du Mnskingum. 
Franklin , sans prétendre préciser quels furent et l'origine et les auteurs de ces 
ouvrages, dit , qu'il pouvait se faire qu'ils aient été construits par Hemando de 
Soto , lors de son expédition en Floride en i54i , et que le plus grand avait pu 
servir de retraite à l'armée espagnole ; et le plus petit, à parquer les porcs pour 
les emptjcher de tomber au pouvoir des Indiens. 

L'hypothèse de cet homme célèbre a été depuis adoptée par un littérateur 



(i) Tome 1er de l'Essai sur les mœurs; In- in die Kin^s Collège and Uniyersity of 

troduct.y p. i3 ; édiiion de P. Dupont, i8a3. Aberdeen; pag. i85 et 186} Xoiu/on , m-8«, 

(a) Estay$ onthe history €>f Mankind ^1^' 

in rude and uncultiuated âges } èjr James (3) Edition de Londret, 'mJS^, lettre if«y 

DunbaVf L* L»D projetsor 0/ philosophy 179a. 



(378) 

dîslingué , M. Noah Webster , qui la fonde sur la relalion de rezpëdition de 
Soto, qui se trouve dans rtiisloire des Florldes de Roberts (i). 

Nous ne nous arrêterons pas ici à examiner cette opinion ; nous ferons sea- 
lement observer que Soto , dans sa marche incertaine et irrégulière, traversa le 
Mississipi vers le 34** io\ et ne pénétra du cité du N. £. que jusqu^à la ehatne 
de montagnes de la Caroline du Sud. Or, comme on trouve des vestiges de ces 
anciennes fortifications jusqu'au lac Erié et dans les parties occidentales de Fétat 
de New-York ; que d'ailleurs Soto ne s^arréta nulle part assez long-temps pour 
élever ces ouvrages, pour la construction desquels il manquait des instrumens 
nécessaires , et qu'enfin les Indiens ne cessèrent de le harceler dorant sa marche, 
îl n'eut ni le temps ni les moyens de construire des retranchemens solides* 

En 1791 , le voyageur et naturaliste Guillaume Bariram fit comiattre les mo- 
numens indiens de la partie méridionale des Etats-Unis , qui se trouvent prin- 
cipalement à Test et à Touest de la Savannah et de rOakmùlgée , dans le 
territoire compris entre ces deux rivières , entre la cAte et les monts Cherokees 
et Apalaches , et enfin , depuis la rivière de Saint- Jean, jusqu'à la pointe de la 
presqu'île de Floride. « Les hauteurs pyramidales, faites de main d'homme, les 
chaussées ou avenues qui conduisent de ces hauteurs aux lacs ou étangs artificieis, 
les terrasses spacieuses et carrées , les obélisques ou piliers de bois^ sont les 
seuls monumens , dit Bartram, qui m'aient paru faire honneur à l'inteUigencc 
et à la magnificence des Indiens. Les hauteurs et les massifs cubiques qui les 
avoisinent, semblent avoir été construits, en partie, pour la décoration et 
l'agrément , en partie, dans quelque autre but d'utilité publique , puisqu'ils sont 
toujours situés de- manière à commander la ville et les pays adjacens. Les 
terrasses carrées paraissent avoir été les fondcmens d'une forteresse ; et peut« 
être les hauteurs pyramidales avaient- elles la double destination de tours pour 
contenir les villes, et d'autels pour les sacrifices. La plate-forme enfoncée était 
probablement destinée aux mêmes usages qu'aujourd'hui chez les Indiens 
modernes, c'est-à-dire, pour y bràler et y torturer les malheureux captifs 
condamnés à mort. Cette plate-forme est toujours entourée d'un ou deux bancs, 
placés l'un au-dessus de l'autre, qui servaient de sièges aux spcctatews de ces 
horribles scènes, et à ceux des jeux , des danses et des foires qui s'y tenaient. 
Depuis la rivière de Saint-Jean jusqu'à la pointe de la presqu'île de la Floride, 
on rencontre de ces hauteurs pyramidales avec de vastes avenues qui conduisent 



(i) p^oiràenx lettres de M. Noah Webster merican Musœum , tom. VI , 1798 , Phîla- 
au docteur Ezra Stiles, écrites de P liiladelphie, delpbte. 
les aa octobre et i5 décembre 1787; daos l'^- 



(379) 

de la ville à un lac, oa ëlang artificiel ; et on ne peat s^empécher d'y reconnatire 
des édifices publics et des monamens de magnificence, destinés à perpétuer le 
pouvoir et la grandeur de la nation quî habitait originairement ce pays. Les 
plus remarquables de ces monumeus , tels que les hauteurs , chaussées et lacs 
artificiels, sont ceux que j^ai rencontrés, continue Bartram, sur le bord 
oriental de la rivière de Saint- Jean , à son entrée dans le lac Georges ; ceux 
de la rive opposée , non loin du petit lac ; un autre en Vîle de Decan , un peu 
au-dessous de Charlotteville; un troisième , dans une belle île, située en dehors 
des caps du lac Georges et près du Mont- Royal ; et enfin , un quatrième très- 
spacieux qui s^élève sur la rive orientale du Musquito , près de* la nouvelle 
Smyme. » A Taensa , et à la vieille ville d^Apalachucla, sur le bord occidental 
de la rivière de ce nom, M. Bartram remarqua d^aotres vestiges de monumens 
étendus , de terrasses à quatre faces , de plates-formes , et presque aussi élevés 
que ceux qui se voient dans les plaines d'Oakmulgée , mais il n^ vit point de 
hauteurs à forme conique. 

Aucun de ces monumens ne porte le moindre indice des arts , des connais- 
sances ou de Tarchilecture des Européens ni d^autres peuples de Tancien monde. 
Ils paraissent appartenir à Tanliquité la plus reculée. Les Cherokees, qui étaient 
mattresdu pays où ils se trouvent, à Tarrivée des Européens , en ont été depuis 
dépossédés par les Muscogulges, et il y a tonte apparence que long-temps avant 
Tinvasion des Cherokees, toute cette région était habitée paf ime seule nation 
ou confédération , vivant sous les mêmes lois et ayant les mêmes mœurs et le 
même langage, mais tellement ancienne que ni les Cherokees, ni les Creeks, ni 
la nation conquise , ne peuvent savoir ce qui a nécessité la construction de ces 
monumens (i). 

Vers la même époque , les antiquités américaines fixèrent Tattention de feu 
le docteur Barloii , de Philadelphie , quî publia une description et un plan de 
celles quî se trouvent sur les bords de TOhio et du Muskingum , dans une bro* 
chure de 1 76 pages inS^. Il fit aussi connaître les tertres qu'on voit près du fort 
Panmure^ sur le Mîssîssipi, et qui sont de différentes grandeurs et déforme 
sphérique, octogone, carrée et oblongue. Le plus grand avait i5o pieds dé 
longueur, sur 100 de largeur et 35 de hauteur perpendiculaire. M. Bbyd, de 
Lancaster, en Pensylvanie, qui a fourni à M. Barton ces détails tirés du journal 



(i) Travels tht\)tigh norih and SfUth II existe anc traduction française de ce Yoya- 

Carolina, Ceorgia, east and west Florida, ge, par M. Benoîst, publiée à Paris, dans Tan 

ihe Cherokee countrjr, etc. , by William vu , el dont nous atons fait u«age« 
Bartram, part iTiy chap^ 6, London, 1792. 



( 38o ) 

de ses voyages, assore qae lorsqu'il visita ces monnmeiis, il croissait à leur 
sommet des arbres de plus de deux pieds de diamètre. 

M» Andrew Ellicot , arpenteur du gouvernement des États-Unis , a décou- 
vert , en i8o3 , plusieurs lertres artificiels en terre qu^on voit dans rétablisse- 
ment de Natchez , lequel , dit- il , a dû être jadis bien peuplé. Ces tertres ou tu- 
muA* sont généralement carrés ou aplatis au sommet, et ce qui ferait croire k 
l'assertion de M. £Hicot, relative à Tancienne population de ce district, c^est 
qu'on y trouve partout des débris de poterie indienne. On en a recueilli des mor- 
ceaux assez bien conservés , et sur lesquels on aperçoit distinctement les figures 
dont elle était ornée ; mais il ne paraît pas que cette poterie ait été vernie (i). 

En i8o3, le révérend J. M. Harris, membre de la Société historique du 
Massachusets, a donné , dans le « Journal de sa tournée dans le territoire situé au 
N. 0. des Monts Alleghany » (a), une description particulière des murailles et 
des tertres de terre , ronds et carrés , qui se trouvent sur le bord oriental du 
Muskingum, à un demi -mille de son confluent avec TObio. M. Harris a aussi 
fourni des renseignemens importans sur les autres ouvrages du même genre, 
épars çà et là dans le pays. 

« I«es grands tertres , dit-il , page 14.7 , et les murailles de terre , découverts 
dans différentes parties du paysdeTouest, ont excilé Tétonnement de tous ceux 
qui les ont visités ou qui en ont entendu parler. Quand, et par qui, et dans quel 
but ont- ils été construits, sont des questions auxquelles les antiquaires Je3 plus 
exercés ont vainemcntcherché à répondre. Les Indiens d'aujourd'hui ne conser- 
vent aucune tradition qui puisse mener à cette découverte. Leur histoire se perd 
dans la nuit des temps. La régularité et Fétendue prodigieuse de ces ouvrages 
sont une preuve certaine qu'ils ont été élevés par un peuple nombreux et versé 
dans Fart des fortifications et de la défense. Les gros arbres qui recouvrent ces 
nionumens, depuis si longtemps abandonnés, et qui ne le cèdent pas.en vétusté 
aux autres arbres des forêts voisines, indiquent assez le laps de temps pendant le- 
quel cette contrée est restée déserte et inculte , et font remonter à la plus hante 
antiquité Torigine de ces vénérables ouvrages qu'on rencontre épars çà etUi sor 
toute la surface du pays. On ne peut parcourir vingt milles dans aucune direc- . 
tîon sans trouver quelque tertre , ou des débris de remparts. «> 

M. Harris remarque , page iSg, que les tertres les plus petits de la grande 



(i) TheJournalof Andrew Ellicot^ laie ritory north-west oftheuiUeghanjr moiin- 

Commissioner y elc, p« i34 » in-4^> Phila* tains, in i8o3, in-S^ , Boston, i8o5; on 7 

delphia , i8o3* voit ua plan de Marietta «t dei ouvrt|;cs qai 

(a) The Journal ofa tourinto the ur- »'j ^ounmu 



C 38t ) 

plaine étaient remplis d'ossemens, irrégalièrement entassés, dans le même état 
de décomposition , et paraissant y avoir été jetés à la suite d^une bataille 
meurtrière. Dans les grands tertres, au contraire, qui avoisinent les yilles for- 
tifiées, les ossemens sont placés d^une manière plus uniforme, et ils ont d& appar- 
tenir à des personnes d^un certain âge et à des enfans. Ils sont aussi plus ou 
moins bien conservés. Parmi ces individus , les uns semblent être morts de 
maladie , les autres ont probablement été tués dans des escarmouches qui se 
sont livrées dans le voisinage, à des intervalles de plusieurs années. 

Feu Tévéque de Virginie, Madison , dit (dans une lettre adressée par lui au 
docteur Barton ) qu^après un examen particulier des ouvrages qui sont dans les 
basses terres et sur' les hauteurs qui avoisinent les rivières Kanhawa, £ik et 
Guyandot, il s^cst convaincu qu^îls n^étaîent pas destinés à servir de fortifi- 
cations : ' 

I** Parce que plusieurs d^ entre .eux o^t un fossé en dedans de Tencelntc , et 
que la terre élevée autour , qu^on suppose être le parapet , n'a pas la hauteur 
nécessaire à un ouvrage de défense , attendu qu'il s'élève rarement à plus de 
trois pieds au-dessus de la plaine. En admettant un quart pour Tafiaissenient, la 
hauteur n'a probablement pas excédé .qpatre ou cinq pieds. Le fossé n'a presque 

» 

jamais plu^ de quatre, pieds de largeur et deux de profondeur, ce qui peut faire 
juger de la hauteur primitive des bancs; . . o, .. . 

2^ Parce que dans la plupart de ces prétendues fortifications, et précisément 
en face de la porte , il y a un tertre d'un facile accès,, de to à ao pieds de ha.nt, 
et qui domine toute cette clôture. Ëlever une fortification ,, et co^slnf|re ensuite 
une citadelle ou tertre, à une distance de 36o ou JlC^ofi^àSf pour donnera 
Tennemi la faculté de dominer sur le forjt , est une cho^e a^si pep, croyable de 
la part d'un Esquimaux que de celle d'un Buonaparte ; ; • . 

■ 

39 Parce que ces fortifications supposées sont ordinairement .situées au pied 
d'une colline , du haut de laquelle on pourrait lancer des millions de pierres , et 
détruire facilement les assiégés ;.,.,.. > , 

4^ Parce que dans celles qui sont éloignées d'une rivière ou d'une .creek, on ne 
trouve pas de traces certaines de T^xisience d'un puits ; 

5o Que les ouvrages sont en trop grand nombre pour qu'on puisse les regarder 
comme des fortifications ; car sur la Kenhawa, dans une étendue de 80 ou 100 
milles, et sur quelques-uns de ses afBuens , on fait rarement un mille sans en 
rencontrer plusieurs ; 

6^ M. Madison fonde sa dernière objection sur l'étendue de ces ouvrages. 
En effet , quelle nation Indienne aurait pu fournir un assez grand nombre 



V 



( 382 ) 

de combattàiDS pour défendre des reiranchemens qui couvraient de 5o à loo 
acres. 

L^auteur conclut que ces tertres sont des sépultures formées par les ossemens 
et les terres qu on y a apportés à différentes époques , et que les terrains enclos 
qui les avoisinent ont été le Heu d'habitation d^une famille, et d^une longue suite 
de descendans (i)/ 

Voici ce que dit le célèbre Volney, dans ses « Edaircissemens sur les sauva- 
ges : » <c La vérité e&t, en résultat, qu^ilsn^ont ni moyens de transmission, ni mo- 
numens, pas même de vestiges d'une antiquité quelconque jusqu^à ce jour» Uon ne 
cite dans toute F Amérique du Nord ( le Mexique excepté) , ni un édifice , ni un 
mur ^1 pierre taillée ou sculptée, qui atteste des arts anciens. Tout se borne à 
des buttes de terre , ou tumuh\ servant de tombeaux à des guerriers , et à des 
lignes de circonoallation qui embrassent depuis un jusqu'à trente arpens de surface. 
J'ai vu, continue-t-il , trois de ces lignes. Tune à Cincinnati, et deux autres 
en Kentucky , sur la routé de ce même lieu à Lexington par Georgetovinn ; ce 
sont tout srmplement des crêtes de fossés , ayant au plus 4 ou 5 pieds 
d'élévation,' et 8 à lo de base ; la forme de leur enceinte est régulière , tantôt 
ovale ,' tantôt ronde , etc., et elle ne donne aucune idée d'art militaire ou autre. 
Lei 'plus grand de ces ouvrages, celui de Moskingom (Muskingum) est, à la 
vérité ,''ta^ré, et a de plus grandes dimensions; mais^ d'après le dessin et la 
description qu'en a donnés M. le docteur Bàrton, dans ses obsenfations d'histoire 
natur^Hé (2) , l'on voit qu'il n'a ni bastions , ni tours , comme on l'avait dit, et 
qu'il a Ad êiré un simple retranchement de défense, tel que Oldmîxon, et ses 
autorités alteâtent que les' sauvages les pratiquaient à l'arrivée des Européens , 
lor'sqil'iU avaient des demeures plus fixes et un équilibre plus égal de forces. Tous 
ces retrancthémens ont eu la même cause, et tous ont pu être faits avec des 
houes et des paniers ; celui de Cincinnati m'a rappelé les buttes du désert de 
Syrie et de sa frontière, mais elles sont infiniment plus fortes, ayant pour objet 
de poser des tours. Il paratt que dans la Tartarie Russe et Chinoise , l'on en 
rencontre beaucoup dont la taille a plus d'analogie (3). » 

M. Brackenridge , dans son Tableau de la Louisiane, publié en 181 7 (4) 9 
fait observer » qu'on ne trouve dans les fortifications du pays de Ponest , aucune 
de ces marques qui caractérisent celles des Européens depuis un temps immémo- 



(1) American philosophicat transac» (3] Volney, Tableau du climat et du sol des 

tions , vol. IV, n« ad- Euts-Unis, tom. II, ait. v, Parif , iiv-4», i8o3. 

(a) Philadelifhia, 1787, in-8«, p. 76. Foy. (4) f^iews ofLouisiana^ tom, I, chap. x, 

pag. 3o. in-ia, BaUlmore. 



( 383 ) 

rial. Elles consistent en de amples enceintes , sans angles ni bastions , qni sont 
rarement entoorëesde fossés ; remplacementen est généralement tel que la con- 
venance Texige on que le terrain le permet. A deux milles au-dessous de Pitts- 
bnrg, sur une espèce de promontoire appelé Rocher de Mac-Kee, qui est pres- 
que inaccessible de trois côtés. Ton voit une fortification qui présente une seule 
ligne du côté de la terre. Ces ouvrages sont quelquefois , il est vrai, tracés avec 
régularité, dans la forme d'un parallélogramme, d'un demi-cercle ou d'un carré, 
mais le plus souvent ils sont irréguliers. » -* « £n remontant le Missouri , je 
remarquai les ruines de plusieurs villages , abandonnés depuis vingt à trente 
ans, et qui ressemblaient, sous tous les rapports, à ceux de TOhio et du Missis- 
sipi. Je trouvai tous les anciens villages Arikaras et Mandans entourés de palis- 
sades ; ces prétendues fortifications, à mon avis, sont les ruines de villes et vil- 
lages palissades, et n'ont pas été élevées pour servir à la défense. » 

Dans ma Description géographique et statistique des Etats-Unis, publiée en, 
1819 , à Edimbourg, et en 1820, à Paris, Ton trouvera aux Indications sulvan- 
tes, dans Tédition française, des détails sur plusieurs monumens d'antiquité amé* 
ricaine (x). 

Ces antiquités , excitant à cette époque l'attention générale , fixèrent aussi 
cell^ de la législature de Massachosets , qui autorisa l'établissement , à Boston , 
de la Société Américaine des Antiquaires. Le but "principal de cette Société est 
de rechercher tout ce qui a rapport aux antiquités naturelles , artificielles ou lit- 
téraires de l'Amérique , sans toutefois dédaigner celles des autres pays ; et de re- 
cueillir et conserver tous les objets de curiosité , et tons les livres qui traitent 
des Etats-Unis. Elle a publié un volume de ses travaux , in 8^, sous le nom 
iiArchœoiogiaAmencanayen i8ao; il renferme des notions sur cet établissement, 
plusieurs communications qui ont été faites à la Société et une description, ac- 
compagnée de planches, de plusieurs tertres anciens et de fortifications du pays 
de l'ouest, qui ont été exécutées, aux frab du Président, par M. Caleb Atwater 
de CircleviUe, dans l'état de l'Ohio. Ce dernier, en sa qualité d'agent de la 



/ 



(i) Tom. III, pag. 574» Description d'un 
ancien fort indien nommé Stonejorty qui se 
trouve dans Tétat de Tennessee, et qni couTre 
on emplacement de trente-denz acres. 

Tom. IV, p. 55. Elévation de terre on ter- 
tres (Orou/k/j:^, et fortifications de Pétat de 
Kentucky* 

Idemf p* 137. Vestiges nombreux deforti&. 
cations anciennes, de levées delerrefem^a/iA- 

^ II. 



ments ) et de tertres , de Tétat de l'Ohio. 
Tom.iy, p* 4 14* Tertres de Tétat dTndiana. 

Idem, pag. 465. Tertres et restes des for*' 
tifications de l'état d'IUinois. 

Idem^ pag. 556. Restes d'une ancienne for* 
tification du territoire de Michigan. 

Idem y pag. 6ia. Restes d'une fortification 
qui prouve une grande connaissance de l'art 
militaire, dans l'état de Musourî. 

49 - 



(384) 

Sociifté dans cti état , « continue ( dit-il , dani sa préface , page 5 ) à recevair , 
par chaque courrier , des échantillons de minéraux ^ des dessins et des descrip-^ 
tions d'ouvrages anciens, el des objets précieux de curiosité natureile ou d*anti^ 
quité du pays, qui abondent sur toute Tétendae de cette grande région secondaire. 
Ce n'estf à proprement parler, qu^un vaste cimetière qui renferme les dépouilles 
des habitans des temps anciens ; Thomme et t^s ouvrages , les ossemens du 
mammoth et d'animaux du tropique, le cassia et autres plantes des climats chauds 
y gisent confondus sous le même soL «Tignore par quel bouleversement ils ont 
été ainsi ensevelis, à moins que ce ne soit par le déluge universel. » 

MM. Yates et Moulton ont donné , dans la première partie du tome I'' de 
leur Histoire de TEtat de Neur^York, publiée en iSa^? un résumé intéressant 
des différentes hypothèses auxquelles l'origine des premiers habitans de TAmé- 
rique ont donné lieu. 

Le grand ouvrage (f)de M. le baron de Humboldt, sur l'Amérique, renferme 
de savantes recherches sur Torigine des peuples de ce continent. « Les crânes, dit- 
il , que renferment les tumuhis des Etats-Unis, offrent un moyen presque sûr 
de reconnaître à quel degré la race d'hommes qui les a élevés diffère de la race 
d'Indiens qui habitent aujourd'hui ces mêmes contrées. M. Milchill croit que 
les squelettes des cavernes de Kentucky et du Tennessee, appartenaient k des 
Malays qui sont venus par l'Océan Pacifique, sur les côtes occidentales de 
l'Amérique, et qui ont été détruits par les ancêtres des Indiens d'aujourd'hui , 
qui étaient de race tartare (mongole.?) » Quant aux tumulus et aux fortifications, 
le même savant suppose, avec M. de Witt Clinton, que ces monumens sont 
Touvrage des peuples Scandinaves qui, depuis le XI' jusqu'au XIV^ siècle, ont 
visité les côtes du Groenlarnd, Terre-Neuve, ou le Yinland, Drogeo et une 
partie du continent de l'Amérique du nord. {Fues des CordiUères, tom. i, pag.85). 
Si cette hypothèse était fondée, les crânes trouvés dans le& tumulus^ et dont 
M. Atwater, à Circleville, possède un si grand nombre, devraient appartenir, 
non à la race américaine, non aux races tatare, mongole et malaye, mais k 
la race vulgairement appelée caucasienne. La gravure de ces crânes , donnée 
dans les Mémoires de la Société de Massachusets , est trop imparfaite pour 
décider une question historique , si digne d'occuper les ostéologues des deux 
continens. Il faut espérer que les savans distingués, dont s^honorent au- 
jourd'hui les Etats-Unis , se hâteront de faire passer en Europe les squelettes 
des tumuhis et ceux des cavernes, pour les comparer entre eux et avec les habitans 



(i) Vofa§e aux régions iquinoxiaUs paitie, i8a5 (voj^. la note (A}>ÀUfin.) 
du nouveau continent, etc. , tom. lU, i'^ 



( 385 ) 

actaels de race indigène , et ayec les individus de race malaye , mongole 
(tatare) et caacasienne, qne renferment les grandes collections de MM. Cu- 
yier, Simmering et Blamenbach. 

«r Une idole, découverte à Natchez, continue M. de Humboldt, a été comparée 
avec raison par M, Malte-Brun , aux images des e^mts célestes que Pallas (i) a 
rencontrées chez les peuples mongols. Si les tribus qui habitaient des villes sur 
les bord« dn Bfississipi , sont sorties de ce même pays d'Aztian , qu'ont habité 
les Totlèqnes, les Chichimèqueset les Aztèques, il faut admettre, du moins, diaprés 
Tinspection de leurs idoles et leurs essais de sculpture , qu^ils étaient beaucoup 
moins avancés dans les arts que les tribus mexicaines qui , sans dévier vers Test , 
ont suivi la grande route des peuples du Nouveau monde, dirigée dn nord au 
sud , des rives du Gila , vers le lac de Nicaragua (a). » 



(i) rox* PalUs' TraTcl», vol. Il, édît. Paliasfound in his trat^els in tke Southern 
angi.; et jirchœologia Americana, pag. ai i . P^^ <if^^ Russimn empire. 
It is exactly such an Idol «s profettor (a) Not« A dn lÎTre ix. 



( 386 ) 



CHAPITRE PREMIER. 

DESCRIPTI0I9 DES PRINCIPAUX MONUMENS SITUÉS DhTHS LE PATS ARROSÉ 

PAR L^OHIO. 

JJepuis le bord méridional du lac Érié, jusqii^au golfe du 
Mexique , et le long du Missouri , jusqu^aux monts Rocky, on 
rencontre des vestiges d^ouvrages considérables et réguliers, qui 
portent l'empreinte d'une antiquité très-reculée , et qui tous sem- 
blent annoncer une origine commune. 

Ces monumens , de formes et de grandeurs différentes , et les 
divers objets d'antiquité découverts jusqu'à ce jour, consistent : 
I* en fortifications ; 2® en tumuU ou tertres ; 3^ en murailles de 
terre parallèles ; 4"* en murailles souterraines de terre et de bri- 
ques , et en objets enfouis à une profondeur considérable ; S*" en 
ouvertures pratiquées dans la terre , appelées /n/ifo ; 6® en rochers 
avec des inscriptions ; 7" en idoles ; 8^ en coquilles d'autres pays, 
et 9** en momies. 

Nous avons consacré une notice à une muraille basaltique sou- 
terraine , qu'on a d'abord cru être l'ouvrage des Indiens , et une 
autre à des médailles et divers objets nouvellement découverts , 
qui sont évidemment d'origine moderne. 

Fortifications. — Les restes de plusieurs de ces fortifications sont 
d'une grande étendue. Celle qui se trouve près de la ville de Chil- 
licothe , dans l'état de l'Ohio , et qui couvre plus de cent acres de 
superficie , a une muraille en terre de 20 pieds d'épaisseur à sa 
base , et de 12 de hauteur , et est entourée de tous côtés , excepté 
de celui de la rivière , d'un fossé ou tranchée , large d'environ 
20 pieds. Quelques-unes des fortifications les plus considérables, 



(387 ) 

situées sur les bords des rivières , sont de forme rectangulaire , 
et ont plus de 700 pieds de longueur sur 600 de largeur. Il y en 
a qui occupent une étendue de plus de 5o acres. D^autres, de 
forme circulaire et placées à quelque distance des rivières , ont 
rarement plus de i5o pieds de diamètre. 

Le fort carré , appelé ville , qu^on voit dans Tétat de TOhio , et 
qui embrasse une superficie de quarante acres , est ceint de mu- 
railles en terre , de 6 à 10 pieds de hauteur et de 25 à 36 pieds 
d^épaisseur à leur base. Une espèce de chemin couvert , aboutis- 
sant à la rivière , a environ 36o pieds de longueur. 

On rencontre , à partir de l'embouchure du Cataragus Creek , 
dans le lac Erié , une ligne de fortifications , qui s'étendent l'es- 
pace de 5o milles vers le sud , et qui ne sont éloignées les unes des 
autres que de quatre à cinq milles. 

Dans la partie occidentale de l'état de New-Tork , l'on voit les 
vestiges d'une ville , défendue par des forts , et dont l'emplace- 
ment paraît avoir été de plus de 5oo acre^. 

L'ancienne fortification , découverte par le capitaine Caryer , 
près du lac Pépin et du Missouri , par 4^** 5o' latitude nord , a 
près d'un mille d'étendue. Elle est de forme circulaire , et la sur- 
face qu'embrassent ses remparts pourrait contenir 5,ooo hommes. 
« Quoique ces ouvrages , dit Carver , aient été déformés par le 
temps , on en distingue néanmoins les angles , qui paraissent avoir 
été construits suivant les règles de Tari militaire , et avec autant 
de régularité que si Vaubaii lui-même en eût tracé le plan. « 

Tous les ouvrages de ce genre , qui se trouvent au nord-ouest 
de l'Ohîo , offrent des parapets plus élevés , des fossés plus pro- 
fonds , et d'autres indices qui prouvent quelque connaissance de 
l'art militaire. Des personnes versées dans cet art , les considè- 
rent comme de véritables places de guerre. Toutefois, parmi ces 
ouvrages , il en est qui paraissent n'avoir été élevés ni pour l'at- 
taque ni pour la défense /à en juger par leur étendue , par la sté- 
rilité du sol voisin , et le manque d'eau aux environs. 



( 388 ) 

11 est à remarquer que les portes ou eajtrées de ces ouvrages , 
comme celles des pyramides du Mexique, sont toutes pratiquées 
du côté du levant. 

llumuli y tertres ou élévations en terre et en pierre. 

Ces tertres , qui diffèrent entre eux par la hauteur et la lar- 
geur , sont généralement de dimensions plus considérables dans 
la partie méridionale des États-Unis. 

Vers le nord , ils ont de lo à 12 pieds de diamètre à leur base, 
et de 4 à S pieds de hauteur* Au sud , ils ont une élévation de 80 
à 90 pieds , et couvrent une surface de plusieurs arpens. 

Sur la Cahokia (sur les bords de laquelle on remarque les 
emplacemens de deux villes, à 5o milles de distance Fune de Tau- 
tre), il existe, presque vis-à-vis de Saint-Louis, des tumuli^ 
dont Tun a 2,400 pieds de circonférence à sa base ^ et 100 pieds 
de hauteur, (i) 

La terre , qui a servi à construire ces sortes d^ouvrages , a été. 
évidemment tirée de la plaine voisine. 

Les tuniuli en pierres , qui se trouvent sur plusieurs points , 
ressemblent aux tumulicn terre, mais sont moins grands.. Ils sont 
de forme conique , et composés de petites pierres , qui ne laissent 
apercevoir aucune trace des moyens employés pour leur cons- 
truction. 

« Ces ouvrages , dit M. Brackenridge , dans son Tableau de 
la Louisiane , se rencontrent , ainsi que les fortifications, au con- 
fluent de toutes les rivières , et le long du Mississipi, dans les po- 
sitions les plus favorables à remplacement des villes, et dans les 
terrains les plus fertiles. Le nombre en excède peut-être 3,ooo, et 
les plus petits n^ont pas moins de 20 pieds de hauteur sur 100 
pieds de diamètre à leur base. » 

Depuis quelques années, on a ouvert plusieurs de ces tertres^ et 

(i) Ce tumubis a la même dîmén- d^Egypte. Héro^., lib. II , cap. i3S. 
sion que la pyramide d^Asychis, roi (Po^, la noie (B) à la fin.) 



( 389 > 

on y a iFOuvé une quantité de squelettes qui, pour la plupart , 
ne ressemblent point à ceux des Indiens d'aujourd^hui. Ceux--€i 
sont en général grands , minces et bien faits. Les autres, au con- 
traire , paraissent avoir été petits et trapus. Leur taille excède ra- 
rement cinq pieds, anglais ; on en a trouvé néanmoins qui en 
avaient sixT Ils avaient le front bas , la figure large et mal faite , 
les yeux grands , le menton large et les jambes courtes et grosses. 

Dans rétat d'Indiana, il y a beaucoup de tertres qui n'ont que 
deux ou trois pieds d'élévation ; les arbres qui y croissent , étant 
très-petits^ indiquent que leur origine ne remonte pas à plus d'un 
siècle. 'Les ossemens qu'ils renferment sont capables de soutenir 
leur propre poids et d'être transportés d'un lieu à un autre , tan- 
dis que ceux des grands tertres se décomposent si facilement, 
qu'au moindre contact ils tombent en poussière. 

On a aussi découvert , sur les bords du Noyer-Creek , affluent 
du Mississipi , et sur ceux du BufTalo-Creek et de la rivière des 
Osages, des ouvrages en pierres qui diffèrent des anciennes forti- 
fications et des tertres, et attestent une civilisation plus avancée 
de la part des peuples qui les ont construits, que celle des Indiens 
qui ont exécuté «es derniers. 

On vient de découvrir, sur les bords du Merrimack, un ancien 
cimetière dont les tombeaux n^ont guère plus de cinquante pouces 
de longueur ; ce qui avait d'abord fait croire que le pays environ- 
nant avait été jadis habité par une race de pygmées. Toutefois , 
après bien des conjectures à ce sujet , on est parvenu à expliquer 
ce phénomène : on a trouvé un squelette bien conservé , qui avait 
les os des jambes repliés contre les cuisses. 

L'évéque Madison pense que les Indiens étant dans l'ha- 
bitude de célébrer tous les ans, avec solennité , les funérailles de 
leurs compatriotes , de réunir dans un seul lieu les ossemens de 
leurs morts , et de renfermer , avec les corps, les objets les plus 
précieux qui ont appartenu aux défunts > ce fait doit suffisam- 



( 390 ) , 

ment expliquer la découverte de ces tombeaux et des tertres du 
voisinage (i). 

On a trouvé^ dans plusieurs de ces tertres, des urnes qui renfer- 
maient les cendres des morts. Il parait hors de doute que les 
corps étaient brûlés avant d'être placés sous ces iumuli. Les char- 
bons trouvés au centre et à la base , et les empreintes du feu quHl 
est facile de remarquer sur les pierres qu'ils contiennent, semble- 
raient du moins le prouver. 

On a invariablement rencontré , dans tous ces tertres et aux 
environs , des débris de poterie. Ceux qu'on a recueillis vers le 
nord et sur les bords du lac Erié, sont en général grossiers et mal 
faits ;, tandis que les fragmens qu'on extrait de ces tombeaux , le 
long de rOhio , sont bien travaillés et bien polis. On doit obser- 
ver que les Indiens se servaient de la même espèce de poterie , 
à l'arrivée des Européens ; et Filson (2) , un des premiers écrî* 
vains qui aient fait connaître les fortifications des environs de 
Lexington , a eu tort de dire qu'on y a déterré, en labourant, des 
fragmens de poterie travaillée d'une manière dont les Indiens 
n'avaient aucune connaissance. 

Les premiers colons européens trouvèrent, chez les Indiens de 
tout ce pays , du sud au nord , des vases faits d'une terre argileuse 
qui renfermait quelquefois du quartz. 

L'Escarbot s'exprime ainsi : « Au pays de labeur, comme des Ar- 
mouchiquois, et plus outre infiniment , les hoDunes font de la po- 
terie de terre en façon de bonnets de nuit , dans quoi ils font cuire 
leurs viandes, chair, poissons, fèves, blé, courges, etc* (3). » 

On a aussi trouvé , dans presque tous les tumuti^ des haches (4) 

(i) American pMosophical transac- (3 La Nouvelle France, édition de 

Uons ofPhUadelphia , vol. VI. .gog , Paris, liv. m, chap, 1 7. 

(a) Dans son ouvrage intitule : Bis- 

cofferyseHlemêni, etc., o/Kentucky, on ii) Semblables k celles que les 

Découvertes, établissemens et état ac- Indiens emploient encore anjourd^hoi 

tnelduKentacky, pag.g7 etg&. ^^x usages domestiques on comme 



( 390 

et des pilons en pierre , des coquilles , des lames de mica qui ont 
dû servir de miroirs , du minerai de fer , des morceaux d^ocre 
rouge et de horne-blende ou amphibole , des pyrites qu^on a pris 
pour des boulets de canon , des testacées et des vases de terre. 

A Marietta , on a découvert , dans des tertres^ un tuyau de cui-^ 
vre , plusieurs plaques de même métal recouvertes d^une plaque 
d^argcnt , et quelques petites pièces d'argent. On a retiré, d'un de 
ceux de Circleville , une plaque de fer oxidé , et de celui du fort 
de Portsmouth, dans l'état de l'Ohio , une quantité de fer, d'outils 
et de fusils que les Français y avaient probablement enfouis après 
la perte du fort Duquesne. 

On trouva à Stone-Fort , un sabre qui diffère , dit-on , par la 
forme ; de toutes les armes de cette espèce dont on se soit servi 
depuis l'arrivée des Européens. 

Les tertres situés près de Cincinnati renfermaient des chapelets 
dont les grains étaient passés dans un fil de lin. Dans d'autres , 
on a découvert des omemens de cuivre , des pointes de même 
métal pour armer les flèches, des médailles aussi en cuivre et des 
plaques d'argent bien conservées. 

Les petits chaudrons de cuivre ^ déterrés près du lac £rié , y 
ont été évidemment laissés par des Français ou d'autres Européens. 

On a prétendu avoir vu des omemens en or, dans quelques tu- 
muli; mais cette assertion ne s'est pas confirmée. 

On a trouvé, à Marietta, des têtes de pipes en cuivre inal battu; 
à Chillicothe, dans un tertre en pierre, un bracelet de même 
métal (i) , des dards pour armer les flèches , aussi en cuivre , de 
cinq à six pouces de longueur, et des médailles rondes du même 
métal, qui avaient plusieurs pouces de diamètre, étaient très- 
minces et en assez mauvais état. 

Il est probable que ces objets en métal ont été cachés dans ces 

armes défensives. Le tomahtuvk amé- semblant à Panneau d^une chaine or- 

ricain sert aussi de pipe à fumer. dinaire , et dont les deux extrémités 

(i) C'est un ornement grossier, res- étaient passées Tune dans Tautre. 
II. 5o 



1 



( 392 ) 

tertres par les Européens ou par les Indiens qui les avaient ob* 
tenus d^eux ; .car il n'existe nulle part d'indice que les naturels de 
TAmérique Septentrionale se soient jamais servis d'ustensiles en 
fer, et encore moins en cuivre ou en airain , avant Farrivée des 
Européens (i). 

Il est vrai que les Indiens d'aujourd'hui savent travailler le cuivre; 
mais ils se servent à cet effet de marteaux et d'autres instrumens 
de fer, qu'ils se sont procurés des Européens. Ceux qui habitent 
les bords de la rivière Ontonagan du lac supérieur, montrèrent 
au voyageur Henry un bloc de cuivre de vingt livres pesant, dont 
ils faisaient des cuillers et des bracelets (2). Les Indiens des bords 
de riUinois y ont aussi trouvé des masses détachées de ce métal , 
qu'ils emploient aux mêmes usages (3). 

Les seules fortifications ou tertres , qui se trouvent à Test de la 
chaîne des montagnes AUeghany , sont situés sur les bords du 
Chenango, dans l'état de New- York; mais plus au nord-est, il 
existe un monument remarquable qui mérite de fixer l'attention. 
C'est une élévation de cinquante pieds de hauteur perpendiculaire, 
et de six cents de circonférence, qui est située au milieu d'une 
vaste plaine , à en^nron neuf cent soixante-huit pieds de la rive 
occidentale du Kennebeck , et à trente-cinq 'milles au-dessus de 
Tembouchure de cette rivière. Elle se compose d'un mélange de 
pierres , de terre et de sable , et elle est en partie couverte de 
broussailles. Le sommet présente une surface plate , d'environ 
vingt pieds de diamètre , pavée de grandes dalles polies, sembla^ 
blés, pour la couleur et la dureté, à celles qu'on rencontre sur le 
bord de la rivière. On infère de ce qu'il n'y a pas de pierres dans 
le voisinage immédiat de ce monument , qu'il a été construit de 
main d'homme (4)« 

(i) Bntish empire in America, sec. (3) Foy, la Note (G), à la fin. 

édît, lom.I, pag.aa, loiwfo», 1741. (^) Collections 0/ Ae Massachusetts 

' (2) Henry' s lYaoelSy pag. igS , Neah^^ historical Society, for the year lygS f 

KoM, 1809. Boston, pag. io4< 



(393) 

Fortifications de Vétat de Neçf^'^York. 

On voit, dans le district de Pompey, comté d'Onondaga, 
dans la partie la plus élevée de Pétat , les restes d^une grande 
ville, qui a dû occuper une superficie de cinq cents acres. Du côte 
de Test , il existe une descente perpendiculaire d^environ cent pieds 
dans un ravin , au fond duquel coule un ruisseau , et du côté sep* 
tentrional , il y en a un autre semblable. A un mille à Test , se 
trouve un cimetière qui comprend trois ou quatre acres , et à l'ex- 
trémité occidentale il y en a un autre. Trois vieux forts circulaires, 
qui s'élèvent à huit milles de distance les uns des autres , forment 
un triangle qui embrasse la ville. L'un est situé à un mille au sud 
du village de Jamesville , et les deux autres au nord-est et au sud- 
est de Pompey. Un frêne {fraœinus amertcana , li. ) , qui croissait 
dans une de ces fortifications , ayant été abattu , on reconnut par 
le nombre de ses cercles concentriques , quUl devait avoir qusrtre- 
vingt-treize ans ; et un pin blanc ( pinus strobus , L. ) de huit pieds 
et demi de circonférence , sortant d'un amas de cendres^ qui -avait 
été autrefois le site d'une vaste maison, paraissait avoir au -moins 
cent trente ans. 

Dans le district de Gamillus , au même comté , à quatre milles 
de la rivière de Seneca , à trente du lac Ontario , et à dix-huit de 
Salina , l'on remarque deux anciens forts y sur les terres du juge 
Monro. L'un , situé sur une haute colline , occupe une surface 
d'environ trois acres , et est entouré d'un fossé. La forme eil est 
elliptique ; et il a «ine porte du côté de l'est et une autre de celui 
de l'ouest , qui conduit à une^ource^ à soixante pieds du fort. Le 
fossé en était profond, et le mur oriental avait dix pieds de haut. 
Au centre se trouvait une grosse pierre de forme irrégulière , 
que deux hommes pouvaient à peine lever. M. Monro dit qu^'elle 
offrait des caractères inconnus parfaitement dessinés; mais lors- 
que M. Clinton visita l'endroit, cette pierre avait disparu. L'on 
voyait sur un des murs le tronc d'un chêne noir, qui devait avoir 



\ 
I 






(394) 

une centaine d^années. Le second fort, de moitié moins étendu , 
est construit sur un terrain moins élevé , à un demi-mille de dis- 
tance. On a trouvé , dans ces deux forts , de nombreux fragmens 
de briques , de poteries et de testacées fossiles. 

Un autre fort subsiste encore au centre du village d'Oxford, 
qui est bâti sur les rives deChenango. Il s'élève à Fextrémité sud- 
ouest d'une petite éminence qui borde la rivière Tespace dé trois 
cents pieds. Ce fort occupait environ trois quarts d'arpent , et 
s'étendait en ligne droite le long de la rivière dont les bords étaient 
presque perpendiculaires en cet endroit. Il avait cette forme : 




FOSSÉ. 






"^ 



RIYIÉRC. 

Au nord et au sud , aux endroits indiqués comme les portes , 
il y avait deux espaces d'environ dix pieds chaque , où la terre 
n'avait pas été ouverte et qui devaient servir d'entrées. La ligne 
courbe représente un fossé régulièrement creusé, et quoique l'em- 
placement qu'occupe le fort fût , à l'époque de la formation des 
premiers , aussi couvert d'arbres que le reste de la forêt voisine , 
on pouvait cependant distinguer facilement la direction des ou- 
vrages ; la hauteur, du fond du fossé au haut du mur, était presque 
partout de quatre pieds. On y abattit un pin de cinquante à soixante 
pieds d'élévation , et après (ju'on l'eut coupé en deux , on compta 
cent quatre-vingt-quinze cercles concentriques , outre plusieurs 
qu'il fut impossible d'énumérer, à cause de la pourriture du tronc. 
Cet arbre pouvait avoir de trois cents à quatre cents ans : ce qu'il 
y a de certain , c'est qu'il en avait plus de deux cents. On ren« 
contre , dans l'enceinte de ce fort , de nombreux fragmens de 
poterie grossièrement ornés. 

Les fortifications les plus orientales de cette contrée sont à dix- 
huif milles est de Manlius-Square , à l'exception toutefois de celles 



V 



( 395 ) 

d^ Oxford , dont nous avons déjà parle. On en a rencontré, au 
nord, jusqu'à Sandy-Creek, à i4 milles de Sacket'-Harbour. Près 
de ce dernier , il y en a une qui couvre une surface de cinquante 
acres, et renferme beaucoup de débris de poterie. Du côté de 
Touest les fortifications sont en grand nombre. Il y en a une très- 
étendue , à Onondaga , une autre à Scipio , deux à Aubum , trois 
près de Ganandaigua, et plusieurs entre les lacs Seneca et Cayuga. 

On a reconnu dans le district de Ridgway, comté de Genesée , 
remplacement de plusieurs anciens forts et cimetières. Un de ces 
derniers , découvert en 1 8 1 7 , renferme des ossemens d'une lon- 
gueur et d'une grosseur plus qu'ordinaires. Le tronc d'un châtai- 
gnier de quatre pieds de diamètre , et dont la cime et les branches 
étaient tombées en poussière de vétusté, y gisait à la Surface du sol. 
Les ossemens étaient placés péle-méle , et il est probable qu'ils y 
avaient été jetés à la suite d une bataille. Dans le voisinage , s'éle- 
vait un fort , au milieu d'un marais , qui était probablement cou- 
vert d'eau à l'époque de sa coiistruction (i). 

La plupart des anciennes fortifications situées à l'ouest de la 
rivière de Genesée, ont été décrites par feu le révérend Samuel 
Kirkland, durant sa mission, dans ce pays, en 1 788. Un de ces forts 
s^élevait dans un terrain bas, non loin d'un village indien, maintenant 
abandonné , et près de la jonction d'une crique ( probablement 
l 'AUen's Creek) avec la Genesée, à huit milles au nord de l'ancien 
village indien de Kanawageas , et à cinq milles nord de la source 
magique (2). Il couvrait environ six acres. Le fossé , qui l'entou- 
rait de trois côtés, avait huit pieds de largeur, et dans quelques 
endroits , six pieds de profondeur. Du quatrième côté , où il était 

(i) Ces détails sont extraits d^un ex- . ofihe Uierary and phUosaphical Society 

cellent Mémoire sur les antiquités des of New-York^ 1825. 

parties occidentales de l'état de New- (2) Ainsi appelée à cause d'une tra- 

York, par le gouverneur De WiU Clin- dilion indienne qui y fixe la résidence 

ton, LL. D, Le Mémoire se trouve dans d'un malin esprit, 
le tome II, i^^ partie, des Transactions 



(396) 

défendu par un parapet élevé , il communiquait avec un ruisseau 
par un chemin couvert ; on y voyait encore les traces de six portes. 
Plusieurs des arbres, qui ont pris racine sur le parapet et dans le 
fossé , paraissaient avoir au-delà de deux c^ents ans. 

A environ un demi-mille au midi de ce fort , M. Kirkland en 
a vu un autre , de moindre dimension , construit sur un terrain 
plus élevé , mais avec un fossé plus profond. 

Ce missionnaire décrit ensuite deux autres villes fortifiées , con- 
tenant , Tune huit acres , Tautre (juatre , situées à six milles d^un 
lieu appelé Joaika , ou Racoon , sur la rivière de Tanawande , à 
environ vingt-six milles de Kanawangeas. Cet emplacement était 
appelé , par les Senecas , Tegataineaaghjve , ce qui signifie : ville 
avec un fort à chaque extrémité. Le fossé du plus petit avait en- 
viron cinq à six pieds de profondeur , et près d'un tiers de la cir- 
conférence était défendu par un haut parapet et un petit ruisseau. 
Non loin du fort septentrional , il y avait une tombe exhaussée 
d'environ six pieds au-dessus du sol , ayant de vingt à trente pieds 
de diamètre , et renfermant beaucoup d'ossemens humains. 

M. Kirkland a vu encore les restes d'une ancienne ville fortifiée, 
sur les bords du Tanawande -Creek, et celles d'une autre, sur 
un affluent de la rivière Delaware. 

A en juger par la grosseur et la vieillesse des arbres qui crois- 
saient sur les parapets et dans les fossés , il pense que ces ou- 
vrages pouvaient avoir un millier d'années (i). 

On trouve de pareilles fortifications dont quelques-unes occu- 
pent une étendue de cinq acres , au sud du lac Erié , depuis le 
Cataraugus-Creekf jusqu'à la frontière de Pensylvanie, dans une 
distance de cinquante milles ; quelques - unes sont éloignées de 
deux à quatre milles l'une de l'autre ; d'autres seulement d'un 
demi-mille. 



(i) History qf the State o/Nem^York, part i, m-8% Netp^Yorkj i8a4- 
by MM. Yates and Mouiton , vol. I , 



(397) 
Anciennes fort^cations dans la Pensylpotne Occidentale. 

Ces fortifications , situëes à quatre milles de Mead ville, sont, en 
grande partie, sur la côte orientale du French-Creek. Les moins 
étendues couvrent un demi-acre ; les plus grandes, six ou sept; les 
autres sont d'une grandeur intermédiaire. Une d'elles s'élève sur 
une hauteur, à un mille environ de la rivière. II y en a deux autres 
moins considérables, sur la rive occidentale du French-Creck , à 
un demi - mille de distance ; elles consistent en une chaussée en 
terre, qui n'a maintenant que deux pieds de haut et trois ou qua- 
tre de large ; et qui a dû évidemment avoir un fossé extérieur. 

Près de ces ouvrages , du côté oriental de la rivière , il existait 
un tumulus qui a pu avoir huit pieds de haut (i). 

Monumens situés sur les bords de la Graçe-Creekj en T^irginie. 

Ces monumens se trouvent dans une petite plaine de deux 
milles carrés , appelée Graçe-^Creelt^Flat , à un quart de mille de 
rOhîo, entre ses deux affluens, la petite Grave-Creek et la grande 
Grave-Creek. 

Le grand tombeau (^Big-Graçe)^ ainsi qu'il est appelé, s^élève 
à égale distance de ces deux cours d'eau ; il a environ neuf cents 
pieds de circonférence à sa base , quatre-vingt-dix de hauteur et 
quarante-cinq pieds de diamètre au sommet. Le centre en est 
creusé en forme d'amphithéâtre , et le rebord a de sept à huit 
pieds d'épaisseur. M. Tomlinson , propriétaire du terrain sur le- 
quel il est situé, y a fait pratiquer une ouverture, et on y a trouvé 
plusieurs milliers de squelettes humains (2). On voit croître, sur 
le faîte, un chêne blanc de trois pieds de diamètre, et sur le côté, 
un autre plus grand encore. 

(i) Archœoîogia Americana^ p. 3og. a donné nne description dans une let- 

Antiqmties and curiosities ofc^siemPen- tre du 3^ mai 18 19, qui a été insérée 

sfhania^ hy the Reç. Timothy Alden. dans V Archœoîogia Americana^ p. 186 ; 

(a) Le révérend doct. Doddrîdgc , i^ ** *^«c raison que le respect « que 

du comté de Brooke , en Virginie , en M. Tomlinson montre pour ces monu- 



( 398 ) 

On rencontré , dans la même plaine ^ plusieurs petits tertres , 
dans Tun desquels on a trouvé ^ il y a environ vingt-cinq ans, 
soixante grains de cuivre couverts de vert-de-gris , dont dix ont 
été envoyés au musée de Philadelphie ; ils étaient de grosseurs iné- 
gales, et étaient faits d^un fil de cuivre pur, auquel il semblerait 
qu'on avait donné la forme qu^ils avaient à Taide du marteau. 

Selon M. Harris , la ville de Tomlinson occupe une partie de 
remplacement d'un des forts carrés. On y trouve neuf tertres dans 
Tespace dHm mille ; le plus remarquable a douze pieds d'éléva- 
tion et est environné d'un fossé et d'un parapet de cinq pieds de 
haut. En creusant les fondations d'une écurie , près d'un de ces 
tertres, on a trouvé divers outils curieux en pierre, une espèce de 
pilon , des grains de cuivre de forme ovale , etc. Un autre tertre , 
situé dans le jardin du colonel Briggs, sous lequel il a fait creuser 
une glacière, renfermait une quantité considérable d'ossemens hu- 
mains, des outils en pierre et une espèce de cachet ovale également 
en pierre, d'environ deux pouces de longueur, portant une figure 
en relief semblable à un point d'admiration, et entourée d'un dou- 
ble rebord aussi en relief. Cette pierre remarquable, qui ressemble, 
dit-on , à celle dont les Mexicains marquaient leurs chevaux , se 
trouve dans le cabinet de curiosités de M, Turell , à Boston. 

Observations de M, Jefferson sur un tertre qui se trouçe sur ses 

propriétés. 



c( Comme j'avais une de ces tombes dans mon voisinage, dit 
M. Jefferson , je voulus vérifier moi-même celle des opinions qui 
serait conforme à la vérité. Je me déterminai à la découvrir 
tout entière , et à l'examiner à fond. Cette tombe était située sur 
les terres basses de la Rivannah, à environ deux milles au-des- 

mens d'antiquité, lui fait le plus grand remplacement de ces villes auraient 

honneur.Sileshabitansde Chîllicothe été religieusement conservés comme 

et de Circleville en eussent agi de mé- des reliques sacrées d*une antiquité 

me , les tertres qui s^étevaient sur reculée et inconnue. » 



(399) 

SUS du principal affluent de cette rivière; et vis-à-vis d^une 
colline où il y avait eu un village indien. Elle ëtait de forme sphé- 
roïdale , avait environ quarante pieds de diamètre à sa base; et 
sa hauteur, ordinairement de douze pieds, avait été réduite à sept 
et demi depuis une douzaine d'années par le remuement des terres 
qu'opère la culture. Avant ce changement , elle était couverte 
d'arbres d'un pied de diamètre , et aulour de la base était une 
excavation de cinq pieds de profondeur sur autant de largeur , 
d'où avait été prise la terre dont le monticule était formé. Ayant 
enlevé la terre sur la surface en différens endroits , M. Jefferson 
trouva des amas d'os humains , à la profondeur de six pouces à 
trois pieds, tous confondus dans tous les sens. Il fil faire ensuite 
une coupure perpendiculaire jusqu'au niveau du sol environnant 
pour en examiner la structure intérieure. Toutes les apparences 
nous conduisent , dit-il , à penser que c'était le lieu où Ton ras- 
semblait et déposait les ossemens des cadavres enterrés ailleurs ; 
que les premiers ont été déposés sur la surface du terrain , recou- 
Terts d'abord de quelques pierres , et ensuite de terre : qu'une se- 
conde couche d'ossemens a été déposée de même , et qu'après un 
temps quelconque on l'a recouverte, comme la première, depierres 
et de terre , plus ou moins, en proportion de la quantité des os , 
et ainsi de suite. 

Cette opinion est fondée sur les circonstances suivantes : i^ la 
quantité d'ossemens qui s'y trouvent réunis ; 2^ la confusion et le 
désordre qui existent dans la manière dont ils sont placés ; 3"" leur 
distribution en différentes couches ; 4^ leur défaut de toute cor- 
respondance ou niveau , dans une même couche , de l'extrémité 
à l'autre de l'amas ; 5"" l'état différent d'altération ou de conserva- 
tion , entre les lits inférieurs et supérieurs , circonstance qui indi^ 
que des inhumations faites à des époques différentes; 6° l'existence 
d'os d'enfans parmi les autres. Quoi qu'il en soit de l'occasion à 
laquelle ces monumens ont été élevés , ils sont fort connus des 
Indiens; car un parti traversant le pays , il y a environ trente ans , 
II. 5i 



( 4oo ) 

vint droit à celui dont je parle , au travers des bois , sans instruc- 
tion et sans recherche ; et , y ayant passé quelques heures en don- 
nant des signes de douleur, regagna la grande route qu^il avait 
quittée à douze millesde là pour remplir celte espèce de devoir (i). 

Anciennes fortifications de ]Se(»ark , comté de Licking , état de 
VOhio{ Voyez la planche T^ll^ jointe à ce volume ^f g. i ). 

A est un fort de forme octogone, occupant une étendue de qua- 
rante acres, et dont les murailles ont dix pieds de haut. On y en- 
tre par huit ouvertures, ou passages d'environ quinze pieds de 
large , devant chacun desquels est un petit tertre en terre , dont 
la hauteur et l'épaisseur égalent celles des murs extérieurs (^Voyez 

m, m, m ). Ces petits monticules sont d'environ quatre pieds 

plus larges que les passages , et aussi perpendiculaires que des ou- 
vrages en terre peuvent l'être. Ils furent probablement destinés à 
la défense des portes, vis-à-vis desquelles ils étaient placés. L'en- 
droit, d'où l'on a tiré la terre nécessaire à la construction des 
murailles, a été évidemment comblé, car on n'a pu le découvrir. 

B est un fort de forme ronde , contenant vingt-deux acres, com- 
muniquant au fort A par deux murailles parallèles en terre, ayant 
à-peu-près les mêmes dimensions que celles du fort A. La construc- 
tion c?, au sud-ouest, est une tour bâtie, moitié en terre, et moitié 
en pierre. Si les arbres élevés des forêts environnantes ne mas- 
quaient pas la vue , elle s'étendrait à toute la plaine environnante. 

C est un fort de forme ronde, contenant environ vingt-six 
acres , entouré d'une muraille derrière laquelle se trouve un fossé 
profond , et qui a encore de vingt-cinq à trente pieds de haut. On 
l'a vu à moitié plein d'eau, principalement vers la partie E. 
Les murailles parallèles en terre, c, c, c...... , ont généralement 

de cinq à six rods , ou de quatre-vingt-deux et demi à quatre- 

(^i) Notes on Virginia^ on Observations turels ou aborigènes. Paris, in-S** , 
sur la Virginie; article : Habitans na- 1786. 



(4oi ) 

vingt -dix- neuf pieds de large , sur quatre ou cinq pieds dVpais- 
seur. D est un fort carré qui couvre vingt acres , et dont les murs 
sont semblables à ceux du fort A. £ est un étang de cent cin- 
quante à deux cents acres. On y récolta , il y a quelques années , 
du maïs dans un endroit où il a maintenant dix pieds d^eau , et où 
elle tend encore à s'élever. Les eaux de cet étang couvrent quel- 
quefois les murailles de C et les murs parallèles de sa partie sep- 
tentrionale. F , F , F , est un terrain d^alluvion , formé par les 
eaux de la petite rivière du Racoon et Paffluent méridional du 
Licking , lorsqu'elles baignaient le pied de la colline , G , G , G, 
ce qui est d'autant plus probable , qu'on voit encore des passages 
pratiqués sur les côtés de la colline par où l'on pouvait monter 
vers A , 6 , Â, et en descendre. 

G ; G f G est l'ancien lit des ruisseaux j qui s'en sont creusé 
un plus profond que celui qu'ils avaient , lorsqu'ils baignaient le 
pied de la colline. Ces travaux se trouvent sur un plateau élevé de 
quarante à cinquante pieds au-dessus du terrain F , F ; F , et 
qui est parfaitement uni et très-fertile. On peut voir les passages 
par lesquels les constructeurs de ces ouvrages entraient dans 
leurs champs 1,1,1, qui étaient probablement cultivés. Les 
tours a^a^a étaient placées aux extrémités des murs paral- 
lèles et de manière à dominer le plus possible sur la plaine ; elles 
étaient entourées d'une muraille circulaire , haute maintenant de 
quatre à cinq pieds. On peut juger de l'importance de ces ouvra- 
ges par la place qu'ils occupent. 

c , d, sont deux murailles parallèles , qui communiquaient pro- 
bablement à d'autres ouvrages éloignés de deux à trois milles. 

Une hauteur^ située près de Newark , parait avoir été le lieu de 
sépulture des habitans ; mais le peu d'étendue de ces cimetières 
ferait croire qu'ils n'ont pas dû séjourner longrtemps dans cet 
endroit (i). 

( i) Archaologia Americana , p. ia6- i3o« 



(4o2) 

Ancienfori construit en pierre dans lecomtédePerry^ état deVOhio. 

Il est situé aa sud des grandes fortifications , sur le licking , 
et à quatre ou cinq milles au nord-ouest de Sommerset. Voir le 
plan , planche y II , fig. 2. 

A est le plan de Touvrage. M. est un môle en pierre situé près 
du centre. Il est circulaire , a la forme d^un pain de sucre , et de 
douze à quinze pieds d^élévation. Une petite pierre circulaire m 
se trouve dans la muraille d^enceinte. R est un rocher large et 
élevé y placé vis-à-vis une ouverture qui sert d'entrée. Celle-ci est 
pratiquée entre deux autres rochers qui tiennent à la muraille et 
ont de sept à dix pieds d'épaisseur. Ces rocs présentent à Texte- 
rieur une hauteur perpendiculaire de dix pieds ; mais , du côté 
de Tintérieur, ils s'abaissent en pente , après s'être avancés d'en- 
viron cent cinquante pieds de longueur, et finissent par se perdre 
dans la terre. Il y a une porte G , comme l'indique le plan. 

S est un petit ouvrage d'un demi-acre d'étendue , entouré de 
murailles en terre , hautes seulement de quelques pieds. 

Cette grande fortification en pierre couvre plus de quarante 
acres. Les murs se composent de quartiers informes de rochers, 
sur lesquels on ne découvre nulle part de traces laissées par des 
instrumens de fer. Les pierres en sont disposées fort irrégulière- 
ment , et si l'on en construisait une muraille régulière, elle aurait 
de sept à sept pieds et demi de haut , et de quatre à cinq d'épaisseur. 

Cet ouvrage ne paraît pas avoir été fait pour servir à l'attaque 
ou à la défense ; situé sur un sol élevé , stérile et manquant d'eau^ 
il semblerait plutôt avoir été destiné à un lieu de rassemblement, 
où l'on se réunissait pour célébrer quelques solennités (i). 

Anciennes fortifications ^ à Marietla (2), état de VOhio. 
Ces ouvrages sont situés dans une plaine élevée à l 'est, au-des- 

(i) Archaalogia Americana^ p. i3i. (a) Ce nom est une abréviation de 



( 4o3 ) 

SUS du bord actuel du Muskingum ^ et environ à un demi-mille de 
sa jonction avec TOhio. Us se composent de murailles et de ter- 
tres en terre , presque perpendiculaires et de forme carrée ou 
circulaire. 

Le fort carré , le plus grand , appelé la Ville , renferme ({ua- 
rante acres, et est entouré de murailles en terre de six à dix pieds 
de haut , et de vingt-cinq à trente-six pieds dMpaisseur, à la base. 
Sur chaque face , il y a trois ouvertures à distance égale Tune de 
Fautre ; ce qui fait en tout douze portes , dont celles du milieu 
sont les plus larges ; la principale parait avoir été celle qui se trouve 
du côté du Muskingum. Entre ce fort et la rivière , il existe un 
chemin couvert formé de deux murailles parallèles , distantes , vers 
le centre , de deux cent trente-un pieds Tune de Fautre. Dans 
rintérieur, les murailles en ont vingt-*un de haut , dans la partie 
la plus élevée , sur quarante-deux dMpaisseur à leur base ; mais à 
Textérieur, elles n'ont que cinq pieds de haut. Ce chemin couvert 
a environ trois cent soixante pieds de ]ong , et mène , par une 
pente douce, aux bas terrains. Il est probable quMl allait autrefois 
jusqu'à la rivière. Ses murs commencent à soixante pieds des rem- 
parts du fort, et augmentent en hauteur à mesure qu'ils approchent 
de la rivière. Leur sommet ressemble à un chemin plat et ferré. 

Dans les murailles du fort, à la partie nord-ouest, est un carré 
oblong, de cent quatre-vingt-huit pieds de long sur cent trente- 
deux de large , et haut de neuf. Le sommet en est uni et les côtés 
presque perpendiculaires. Au centre , de chaque côté , sont prati- 
qués des degrés réguliers et d'environ six pieds de large. Près de 
la partie méridionale , se trouve une autre élévation semblable , 
de cent cinquante pieds sur cent vingt , et haute de huit pieds ; à 
l'endroit où l'on monte au côté droit de la muraille , il y a un 



Marie-Antoinette , rinfortonëe Reine lève an confinent dn Muskingum et de 
de France. Les premiers établissemens TObio, par laL N. 39a5\ et par long. 
y furent formés en 1788. La rille s'é- 6« 16* , O. de Philadelphie. 



( 4o4 ) 

I>assage large de dix pieds ^ qui en a vingt au centre , et quis^ëlève 
ensuite graduellement jusqu'au sommet. A la partie sud-est, il 
existe une troisième élévation carrée , de cent huit pieds sur cin- 
quante-quatre , avec des degrés aux extrémités ; mais elle n'est 
pas si haute ni si bien construite que les deux autres. 

Un peu au sud-ouest du centre du fort , Ton voit un tertre cir- 
culaire d'environ trente pieds de diamètre , et haut de cinq pieds, 
et non loin de là , quatre petites excavations à égale distance et 
vis-à-vis l'une de l'autre. 

A l'angle sud-ouest du fort est un parapet semi-circulaire , 
couronné par une élévation qui défend l'entrée dans les murs ; et 
au sud , l'on remarque un petit fort qui occupe une superficie de 
vingt acres, avec une porte au centre , de chaque côté et aux an- 
gles. Ces portes sont chacune défendues par des tertres circulaires. 

En dehors de ce petit fort , il y a un monticule en forme de 
pain de sucre. La base en est ronde , et il a cent quinze pieds de 
diamètre et trente pieds de hauteur perpendiculaire. Il est entouré 
d'un fossé de quatre pieds de profondeur sur quinze de largeur, 
défendu par un parapet haut de quatre pieds , avec un passage , 
du côté du fort , large de vingt pieds. 

Il existe plusieurs autres murailles , tertres et excavations 
moins considérables , qui se trouvent indiqués sur les planches. 

Il est à propos de remarquer, à l'égard de ces ouvrages , comme 
pour ceux du Licking , que la terre qui a servi à les construire a 
dû être apportée de la plaine voisine (i). 

Objets trouvés dans un lumulus , à Marietta , en juin 1819. 

I® Trois plaques bombées, de forme circulaire, pour servir 
d'ornement au fourreau d'une épée ou à un bouclier ; elles sont de 

(1) HamVTour. M. Schaltai a donné Araugh ûw staieso/Necp-Yorkj étcetc, 
une description détaillée de ces ou- en 1807 et 1808^ i vol., lettre i3*« 
yraiges^YoyçiTnwdsonaninland voyage New- York, i8iO, 



(4o5) 

cuivre et recouvertes d*une plaque épaisse d'argent. On a trouvé 
dans Tune d'elles , entre deux plaques , quelques petites pièces de 
cuivre. Le cuivre est presque entièrement décomposé : l'argent 
est assez bien conservé et devient brillant en le frottant. Deux de 
ces plaques sont entières ; mais la troisième était tellement dété- 
riorée qu'elle tombait presque en poussière. 

2^ Une plaque d'argent , qui paraît avoir formé la partie supé« 
rieure d'un fourreau , de six pouces de long , de deux de large , 
et pesant une once ; 3"* deux ou trois fragmens d'un tuyau de cui- 
vre ; 4** une pièce de cuivre pesant trois onces , à une extrémité 
de laquelle il y a une rainure. La forme en est ronde, elle a deux 
pouces et demi de* long, un pouce de diamètre au centre , et un 
demi à chaque extrémité. Elle consiste en plusieurs petits mor- 
ceaux de cuivre joints ensemble , entre lesquels on a trouvé quel- 
ques petites pièces d'argent ; 5^ des têtes de pipes en cuivre mal 
battu ; 6® un morceau d'ocre rouge et de minerai de fer. 

Autres objets trouçés dans un tertre , sur le petit Muskingum , 

non loin de Marietta. 

V Quelques pièces de cuivre, qui paraissent avoir formé le 
devant d'un casque , lequel a pu avoir huit pouces de long sur qua- 
tre de large et est en mauvais état ; les plaques sont très-minces ; 
2* un ornement en cuivre , semblable à ceux qu'on a trouvés à Ma- 
rietta ; 3^ plusieurs pièces de poterie bien conservées, composées de 
silex et d'argile; elles sont encore solides, quoique exposées 
depuis plusieurs années, sur le sol , au froid et à la pluie. On a 
trouvé plusieurs morceaux de poteries le long de la rivière, mais 
elles sont faites avec de la terre argileuse et de coquilles , et ont 
peu de solidité. 

Près du tertre du Muskingum , on a découvert un objet assez 
curieux ; c'est un morceau de marbre de forme ronde, d'environ 
trois pouces de diamètre , et qui est bien fini et très-poli. 



( 4o6 ) 

Anciennes fortifications de CirclevUle , état de VOhio. 

Elles sont situées non loin de la jonction du ruisseau THargus , 
avec la rivière de Lower-Sandusky. Ces fortifications consistcpit 
en deux forts , dont Tun est rond, Tautre carré. Le premier est 
entouré de deux murailles , séparées par un fossé profond ; il a 
69 pieds de diamètre, d^un côté à Tautre de la muraille extérieure 
circulaire. Le deuxième , qui est ceint d^une muraille sans fossé, 
à 55 rods ou 907 1/2 pieds carrés , mesuré de la même manièx*e» 

Avant rétablissement de la ville de Circleville , les murs du 
fort circulaire avaient 20 pieds de hauteur \ en y comprenant celle 
du fossé. La muraille intérieure était d^argile', prise sans doute 
dans la partie septentrionale du fort , où le terrain est plus creux 
qu^ailleurs. La muraille extérieure a été construite de la terre 
enlevée du fossé qui sépare les deux murailles; le terrain est un 
sol d^allqvion formé de cailloux et de sable , à plus de 5o pieds 
de profondeur. L'extérieur des murailles est maintenant de 5 à 6 
pieds de haut. Dans Tintérieur, le fossé n*a plus guère que i5 
pieds. Ces ouvrages ne tarderont pas à disparaître. Les murailles 
du fort carré ont à présent environ 10 pieds de haut ; on y avait 
pratiqué huit ouvertures, dont une seule donne entrée dans le fort 
circulaire , et devant chacune desquelles se trouve un tertre haut 
d'à-peu-près 4 pieds, d'environ 40 pieds de diamètre à la base» 
et large de 20 au sommet , qui servait à la défense des portes. 
Dans cette fortification , qui formait un carré parfait , les portes 
et les tours étaient à égale distance Tune de Tautre. Les tertres 
étaient rangés sur une ligne droite , exactement parallèle à la 
muraille. Ils sont désignés par m^m^ m^my /ti , m. La ligne 
noire représente le fossé , et cp , (p , les murailles. 

D {voy. la planche viii, fig. 2) était un ancien monticule de 
terre très^remarquable , à la partie orientale duquel il y avait une 
dalle semi-circulaire, et placée presque en face de Tcntrée du fort. 
Il a entièrement disparu ; mais on remarque encore quelques traces 



(4o7) 

de la dalle, malgré les ravages du temps et des hommes. Ces 
murs étaient aussi perpendiculaires que des ouvrages en terre 
peuvent l'être. 

B est un fort carré, touchant au fort circulaire , et dans 
lequel on entrait par sept portes ; il est entouré d^une muraille 
d'environ lo pieds de haut. La ville de Circle ville occupe à 
présent tout l'emplacement du fort circulaire , et la moitié de celui 
du fort carré. Le reste de ces fortifications aura disparu dans 
quelques années. Ces travaux présentaient un aspect aussi régulier 
que les forts d'Oswego , de Stanwix , etc. , etc. , élevés par les 
Français, en 1755 ; et les gens les plus versés dans l'art militaire, 
les ont considérés comme de véritables places de guerre ( i ). 

Anciennes fortifications sur le principal affluent de la petite riçière 

de Paint y état de V Ohio. 

Les plus proches sont à onze milles > environ, de la ville de 
Chillicothe , et les plus éloignées, à quinze milles à l'ouest ( voy. 
la planche IX, fig. i). 

B est une fortification qui a un grand nombre de portes 
de 8 à 20 pieds de largeur. Les murailles ont à présent 10 pieds 
de haut , et sont composées , comme toutes les autres dont on a 
déjà parlé, de terre tirée des environs. La partie carrée de 
cet ouvrage a huit portes ; ^t^ côtés ont soixante-six rods , ou 
1089 pi^^d^ ^^ longueur, et présentent une superficie de plus de 
sty acres. On y entre par trois portes qui communiquent avec une 
quatrième plus grande que les autres ; une de ces portes est pra- 
tiquée entre deux murailles parallèles d'environ 4 pieds de haut. 
Un petit ruisseau qui coule au sud-oiiest de la partie la plus 
étendue de ces fortifications, en traverse les murs , et va se perdre 
dans les terres en cp, 5. On croit que c'est un ouvrage de l'art ; il a 
i5 pieds de profondeur, et 89 de largeur à sa surface. On voit 

(j) Archœdogia Americana^ p. i4i-i4S. 

II. 52 



r 408 ) 

encore deux élévations, Tune en dedans, Tautre en dehors de 
Fourrage m , m. La dernière est actuellement haute de 20 pieds. 

Les fortifications A sont toutes liées ensemble ( le plan indique 
la superficie de chacune); la partie carrée paraît avoir la même 
étendue qiie la partie carrée K II n^y a pas de monticule dans Tinté* 
rieur ; mais il en existe unhaut^ d^à-peu*près 10 pieds, à loorods ou 
i65o pieds à Fouest. La partie irrégulière de la plus grande for- 
tification occupe une étendue de 77 acres. Les murailles renferment 
8 portes , outre les deux du carré déjà décrit La largeur de ces 
portes varie de un à six rods , ou 99 pieds. 

L'on remarque un autre ouvrage au nord-ouest , qui commu- 
nique par une porte à celui-ci , et qui a soixante poles^ ou neuf 
cent quatre-vingt-dix pieds de diamètre. Au milieu est encore un 
emplacement circulaire de six rods ^ ou quatre-vingt-dix-neuf 
pieds de diamètre , et dont les murailles ont environ quatre pieds 
de haut. Il s'y trouve trois anciens puits w^i^^ ^ , dont un en 
dedans, et un autre en dehors de la muraille. Dans la partie 
irrégulière du grand ouvrage, sont deux élévations de forme 
elliptique. La plus étendue est placée non loin du centre , elle a 
vingt-cinq pieds de hauteur sur vingt rods^ ou trois cent trente 
pieds dans sa plus grande longueur , et dix dans sa plus petite ; sa 
superficie est d'environ cent cinquante-neuf rocKs, ou deux mille six 
cent vingt-trois et demi pieds carrés. Cet ouvrage est construit en 
pierres informes, qui doivent avoir été tirées du lit de la rivière, 
ou des flancs de . la colline voisine. On y rencontre beaucoup 
d'ossemens humains ; ce qui a fait croire à quelques personnes , 
qu'on y sacrifiait autrefois des victimes humaines. L'autre élé- 
vation elliptique a deux étages : l'un a huit pieds de haut et l'autre 
quinze ; le sommet en est uni. 

L'on remarque encore un ouvrage en forme de demi-lune , en 
touré de pierres, et auprès duquel s'élève un tertre très-remarqua* 
ble, haut de cinq pieds, de trente pieds de diamètre, et entièrement 
composé d'ocre rouge , dont on peut se servir dans la peinture. 



(4o9) 

Les puits 9 dont on a déjà parlé , sont trè^-larges à l'ouverture. 
Un d'eux a six rods, ou quatre-ringt^dix-neuf pieds , et Tautre, 
quatre , ou soixante^six pieds. Le premier a maintenant quinze 
pieds de profondeur, et Tautre six ; ils ont de Peau. 

L'ouTrage le plus important , C, couronne une colline d'envi- 
ron trois cents pieds de haut, et presque perpendiculaire en quel* 
ques endroits. Les murailles en sont de pierres informes , et 
construites sur la pente de la colline, qui est arrondie, excepté en 
D, où eUe est unie. Il y avait originairement deux portes qui ou- 
vraient sur les seuls chemins qui fussent praticables. A la porte 
du nord se trouve un amas de pierres assez considérable pour 
qu'on puisse en construire deux grosses tours rondes. De ces der- 
nières à la petite rivière est un chemin^ qui paraît naturel ; mais 
qui est peut-être un ouvrage de l'arL Les pierres sont maintenant 
éparses de tous côtés (i). 

Autres ouprages près de Chillicothe. 

L'on voit encore des fortifications plus considérables sur l'af- 
fluent septentrional de Paint Greek , à environ cinq milles et 
demi de Chillicothe ( voyez planche XII , fig. 2 ). 

La plus étendue couvre près de cent dix acres. Au nord ** est 
et à l'ouest est une muraille entourée d'une tranchée ou fossé. 
Cette muraille , en terre , a généralement douze pieds de haut. 
Le fossé est large d'environ vingt pieds; et la muraille a la même 
épaisseur à sa base. Il n'y a pas de fossé du côté de la rivière. 

Les petites fortifications, situées à l'est, ont seize acres d'é- 
tendue , et les murailles ressemblent à celles de Paint Creek , ex- 
cepté qu'elles n'ont pas de fossé. 

L'ouvrage circulaire le plus étendu , avec une muraille et un 
fossé comme les ouvrages ei-dessus, est im enclos sacré^ contenant 
six tertres qui ont servi de cimetières. 

(i) Archœoiogia Americana^ p. i45-i5i. 



(4io) 

Un tertre t à Cbillicothe, qui a été détruit, avait environ 
soixante pieds de diamètre à sa base , et quinze de hauteur per- 
pendiculaire. Il était composé de sable , et contenait une grande 
quantité d^ossemens humains. 

Ces immenses travaux y et le grand nombre d'ossemens trouvés 
dans les cimetières, prouvent qu^une nombreuse population a dû 
demeurer dans cet endroit 

On a trouvé dans un de ces tertres une espèce de creuset d'ar- 
gile I qui supporte le même degré de feu que ceux dont on se sert 
pour le verre ; et une autre pièce du même genre , qui a la forme 
d'une coquille. Le premier est maintenant dans la possession de 
M. S. Williams y de Ghillicothe. 

Anciennes fortifications à PorstmoiUhy état de VOhio. 

Du côté du Kentucky , vis-à-vis Tembouchure du Scioto , est un 
fort très-étendu , avec une grande élévation en terre à Tangle ex- 
térieur de la partie du sud-ouest, et des murailles parallèles en terre, 
représentées par ;0| /9, p^ p^ ( Voirla planche IX y fig. i ) . Celles de Test 
ont une porte qui conduit jusqu'au bord de la rivière. Elles sont 
séparées Tune de l'autre d'environ dix rads , ou cent soixante-cinq 
pieds , et ont maintenant de quatre à six pieds de hauteur. Elles 
communiquent par une porte avec le fort. Deux petits ruisseaux, qui 
passent à travers ces murailles , s'y sont déjà creusé des lits de 
dix à vingt pieds de profondeur, depuis que ces ouvrages ont été 
abandonnés ; ce qui peut faire juger de leur ancienneté. 

Le fort est indiqué par la lettre F; il forme presque un carré 
avec cinq portes, et ses murailles en terre ont à présent de qua« 
torze à vingt pieds de haut. 

En face de la porte , située à l'angle nord-ouest de ce fort , sont 
deux murailles parallèles en terre qui vont ens'affaissant graduel- 
lement jusqu'à rOhio. Cette rivière semble avoir changé de lit 
depuis que les murailles ont été construites, m est une grande élé- 
vation à l'angle sud-ouest extérieur du fort qui , attendu sa trop 



\ 



(4i« ) 

grande étendue , ne parait pas avoir servi de lieu de sépulture. 
Elle est haute au moins de Tingt pieds, et peut couvrir un acre. 

On a trouvé dans Fintérieur du fort une grande quantité de 
fer, d'outils, de barils, de fusils qui y avaient été probablement 
cachés par les Français , quand ils évacuèrent le fort Duquesne. 

De Tautre côté, en commençant par les bas terrains, près de 
la rivière du Scioto ; qui semble avoir un peu dévié de son cours 
depuis que ces ouvrages ont été construits , sont deux murailles 
parallèles en terre , semblables à celles qui se trouvent de Tautre 
côté de rOhio. 

Les figures i , 2 , 3 représentent trois cimetières de forme cir- 
culaire , élevés d^environ six pieds au-dessus du niveau de la 
plaine, et qui occupent à peu près un acre. Non loin de là, au 
point 4, est une autre élévation qui a maintenant plus de vingt pieds 
de haut et un acre d'étendue. Il en existe une troisième près m qui 
est haute de vingt-cinq pieds, et qui paraît avoir servi à la sépul- 
ture de ceux qui ont construit ces ouvrages. Elle est entourée d'un 
fossé profond de six pieds , et il y a un trou au centre. Voyez au 
point c. L'on y voit deux puits (p, cp, qui ont encore dix à douze 
pieds de profondeur, d est une muraille en terre. 

Deux murailles parallèles en terre , hautes de six à dix pieds et 
d'une longueur de deux milles, se détachent de ces ouvrages et 
vont se perdre dans les bas terrains près de la rivière (i). 

Anciennes fortifications sur la riçière du Petit-Miami. 

Elles sont situées à quatre milles environ au-dessus du confluent 
de Todds' Fork et à trente nord - est de Cincinnati, dans Pétat de 
rOhio. Elles s'élèvent dans une plaine unie , à environ deux cent 
trente-six pieds au-dessus du niveau de la rivière, entre deux af- 
fluens dont les bords sont très-escarpés ; la plaine s'étend, à Test , 
le long de la route , l'espace d'un demi-mille. Ces fortifications 

( I ) Archaofogia Americana , p. 1 5 1 - 1 55. 



(4ia) 

sont bordées^ au nord et au sud , de précipices qui commencent 
presque au pied des muraflles , et la route longe les deux autres 
côtés. La hauteur intérieure des murailles* , qui varie suivant les 
inégalités du terrain y est généralement de huit à dix pieds ; mais 
celles qui dominent la plaine en ont dix-«neuf et demi sur plus de 
qusitrt paies y où soixante-'douze pieds d^épaisseur à leur base. 

A environ trois cents pieds à Test de la porte ^ où passe la route, 
sont deux tertres de dix pieds huit pouces de haut, séparés par 
le diemin qui les partage à égale distance. De ces tertres* s^ en- 
tendent plusieurs ravins du nord au sud. Au nord*est, il y a dans 
la plaine deux chemins' B , larges d'environ un pôle , ou seize pieds 
et demi ; chacun est élevé de trois pieds. Us sont presque paral- 
lèles, ont un quart de mille de longueur, et aboutissent à un petit 
monticule. Près de Textrémité sud-ouest de la fortification, on 
voit trois chemins circulaires A , de trente à quarante pôles ^ ou de 
quatre cent quatre-^ vingt -quinte à six cent soixante pieds de 
longueur, cretisés dans le précipice entre la muraille et la rivière. 
Cette muraille est en terre. 

Cette fortification a cinquante-huit ouvertures. Plusieurs ont 
été évidemment formées par Veau qui , s'étant amassée dans Tinté- 
rieur, s'est ensuite fraîyé un passage à travers les murailles. Dans 
d'autres endroits , il est possible que les murs n'aient jamais été 
achevés. Dans l'intérieur de ces fortifications se trouvent des es- 
pèces de bassins circulaires de plusieurs pieds de profondeur, qui 
ont vraisemblablement servi d'habitations souterraines (i). 

Ouçrages à Cincinnati. 

Les ouvrages qui se trouvaient anciennement dans la plaine où 
s'élève maintenant la ville de Cincinnati , consistaient en quatre 

(i) Voir Drakes picture ofGncirinati voy. aussi la planche XI, fig. i, repré- 

and aie Miami Country , i voL in-ia , sentant d^autres fortifications, élcTées 

Cincinnati , i8i5. Archaologia Ameri- sur les bords de la mime rivière, et son 

cana^ p. i56-i63. Voy. la planche X ; explication. 



(4i3) 

tertres ou pyramides. I^a plus grande se trouve à 1^ ouest , à la disr 
tancé^de quinze cents, pieds. La hauteur en est de vingt-sept pieds { 
le général Wayne Ta. diminuée^ en 1794» d'environ huit pieds 
pour y établir un poste. Elle forme une ellipse régulière » dont les 
diamètres sont dans la proportion d^ un à deux ; sa base a quatre 
cent quarante pieds de circonférence^ Le terrain , à cent ou cent 
vingt pieds à Tentour, est plus bas que dans It reste de la plaine , 
et les couches de bonne terre y oint mpins de profondeur ; Cfs qui 
provient de ce qu'on Ta enlevée pour les constructions. Daflis lie^ 
fouilles qu'on y a faites , on a trouvé des morceaux de bois ppurti, 
quelques ossemens humains, une corne de cerf et une pièce de po- 
terie contenant des coquilles de moules. A cinq cents pieds de cette 
pyramide , il s'en élève une autre d^environ neuf pieds de haut, de 
forme circulaire et presque plate au sommet. On a fouillé au cen- 
tre de sa base , et le résultat de cette recherche a été la découverte 
d'ossemens et de quelques chapelets^ dont les grains étaient enfi- 
lés dans un fil de lin. Le troisième tertre est haut de huit pieds , 
long de cent vingt et large de six ; il est de forme ovale , et ses 
diamètres sont dans la direction des points cardinaux. On Ta jNres- 
que détruit pour construire les murs de la ville (i). 

Objets troiwés dans les anciennes fortifications qui occupaient l' en- 
droit oii est maintenant située la ville de Cincinnati. 

i"" Des pièces de jaspe , de cristal de roche , de granit et autres 
pierres, cylindriques à leurs extrémités, et élevées au milieu, avec 
une rainure en formç d'anneau à un des bouts ; 2° un morceau de 
charbon de terre compacte, de forme circulaire^ avec une large ou- 
verture au centre et une rainure assez profonde. Il y a un certain 
nombre de petits trous sur quatre lignes , à égale distance , et qui 
vont de la circonférence au centre ; 3* une autre petite pièce de 
même forme, avec huit lignes de perforations; elle est de terre 

(i) Drakes* picture ofGncînnaii, 



( 44 ) 

argileuse , mais polie : 4^ un os orné de sculptures qu^on suppose 
hiéroglyphiques ; S"" la tête et le bec sculptés d'un oiseau de proie , 
peut - être d'un aigle ; &" un morceau de mine de plomb ( galène 
pareille à celle trouvée dans les autres cimetières); 7^ du talc ou 
du mica, comme on en a découvert dans les autres tertres ; S"" une 
petite pièce de cuivre en feuilles avec deux trous ; 9'' une pièce du 
même métal, plus large et oblongue avec des rainures en lon- 
gueur. Ces divers objets sont décrits dans les quatrième et cin- 
quième volumes des Transactions philosophiques américaines de 
Philadelphia par le gouverneur Sargent et le juge Turner. Feu le 
professeur Barton suppose qu'ils ont servi, partie pour ornement; 
partie pour des cérémonies superstitieuses L'auteur dit encore 
avoir trouvé dans les tertres , des chapelets ou des fragmens 
de petits cylindres creusés , apparemment d'os ou de coquillages ; 
les dents d'un animal Carnivore, probablement d'un ours; 
plusieurs testaccs univalves^ appartenant au genre buccinum^ 
ou buccin , taillés en forme d'ustensiles et presque décomposés ; 
plusieurs morceaux de cuivre ; enfin des ossemens humains. Le 
nombre des squelettes renfermés dans ces tertres n'était que de 
vingt ou trente (i). 

Tertre, à OrclepOle. 

Il est de forme circulaire, il a dix pieds de hauteur et plusieurs 
rods (de seize pieds et demi) de diamètre à sa base. Le som- 
met en est uni et a environ trente pieds de diamètre. Du côté 
de l'est se trouve un espace pavé , de forme semi*circulaire , 
ayant six rods (ou quatre-vingt-dix-neuf pieds) d'étendue, et 
composé de cailloux de la même espèce que ceux qui forment 
le lit de rivière de Scioto , d'où ils ont été probablement 

(i) Voyez American Philosophical Indian iumulus ai Cindnnaù'j and nom 
Transactions^ voLV, n» g, Philadelphia; deposited in ihe muséum of^ American 
Remarks on certain articles found in an philofophical Society by Gorge Tumer^ 



/ 



(4iS) 

tires. Du c6té de Test y il y avait un chemin pour monter au som- 
met 9 dont on voit encore les vestiges. Non loin de ce iunmhis ^ 
du côté du midi , est un fosse de six pieds de profondeur, où 
Ton a trouvé un grand nombre d^ossemens, appartenant tous à 
des hommes d^un âge mûr ^ tandis qu^un tertre voisin renferme 
les squelettes d individus de tout âge. 

Ce iumulus a été détruit , ainsi que plusieurs autres d^une 
grande dimension , qui se trouvaient sur les hautes collines voi- 
sines de la Scioto. 

A environ quarante rods , ou six cent soixante pieds au sud- 
ouest de ce Iumulus , il y en a un autre de plus de soixante-dix 
pieds de haut , situé sur une éminence qui paraît être un ouvrage 
de Fart : on croit que c^est un cimetière. Il contient un nombre 
considérable de squelettes humains de tout âge. et de tout sexe. 
Ou y a trouvé des couteaux et des haches en pierre , ainsi que 
plusieurs omemens , où Ton avait fait des trous , sans doute pour 
y passer des cordons qui servaient à les porter. 

Au midi et près de ce tumuluSy était un fossé semi-circulaire , 
qui pouvait avoir six pieds de profondeur, et était rempli drosse- 
mens humains. 

On a découvert, dans un autre tertre , un instrument presque 
semblable au tranchet dont se servent les cordonniers. 

Objets irouçés dans un tertre , près de GrcleçiUe. 

Ces objets consistent dans les articles suivans : i"* Deux squelettes 
humains, placés au niveau du sol ; 2® une grande quantité de poin- 
tes propres à armer des flèches ; 3^ la poignée d'une petite épée ou 
d'un grand couteau , faite en corne de cerf. Près de Fendroit où 
s'emboîtait la lame, on a vu un petit anneau en argent, assez bien 
conservé. On remarquait sur le manche la place du trou où 
la lame était adaptée, mais 00 n'a trouvé d'autre trace du 
métal qu* un peu de fer oxidé ; 4^ du charbon et des cendres de 
bois, en grande quantité ; les corps ont dû être jetés dans un vaste 
n. 53 



( 4i6 ) 

brasier ; nilaiis lés os n'ohf été qa^à deiài consumés. L'un des Sque- 
lettes était placé un peu au midi du'cëiifre du tumubiSj l'autre à 
environ vîngt'pieds au nord. 5^ Unie pièce de mica ou talc laminaire, 
d'environ trois pieds de longueur , d'un pied et demi de largeur, 
et d'un pouce et demi d'épaisseur ; 6® une plaque de fer oiddé. 

Le manche d'épée ou de couteau a été envoyé au musée de 
M.Peal , à 'Philadelphie. 

antiquités à Piqua ^ état de lOhio. 

Piqua, petite ville située sur le bord occidental du Miami, parait 
avoir été autrefois le siège d'une nombreuse population. La rivière 
y porte les bateaux à quelques milles au-dessus, pendant ta moitié 
de l'année. Cette ville forme un demi-cercle, et ses rues, étant 
rectilignes et parallèles à la corde de Tare, viennent toutes abou- 
tir à la rivière. Il y existe encore des restes d'anciens ouvrages in- 
diens, qui ont dû être fort étendus. Us sont composés, pour la 
plupart, de parapets circulaires, dont la hauteur varie actuelle- 
ment de trois à six pieds ; mais ils otit été évidemment beaucoup 
plus élevés. On en a trouvé un grand nombre dans le voisinage de 
la ville, et plusieurs dans la ville elle-même. 

On a remarqué particulièrement un de ces ouvrages de forme 
elliptique , et cinq autres de forme circulaire , dont deux sont à 
l'est de la rivière et les autres à l'ouest. La terre qui a servi à les 
élever a été tirée , à ce qu'on croit , de l'intérieur, où il y a un 
fossé qui a dû être assez profond. Les parapets peuvent avoir eu 
trois ou quatre pieds de largeur, mais leur affaissement les fait 
paraître beaucoup plus larges. 

L'une de ces fortifications A (i) est située à environ un quart de 
mille au sud-ouest de la ville , et un demi-mille à l'ouest du 
Miami. Elle semble avoir été la plus importante , et le point cen- 
tral autour duquel les autres étaient disposées. Elle est de forme 

(i)f'o/. pl.XlI, fig.â. 



(4»7) 

circulaire , et son diamètre «3t d^QQiriroû œnt cinquante pieds. 
On y a pratiqué une porte de huit ii dix piedfi.de largeur, qui fait 
face à la rivière. Immédiatement.au^-dessus de cet ouvrage, au sud- 
sud-est, est une autre petite. fortification a, qui .communique 
avec la première et dont le parapet est beaucoup plus élevé ; son 
diamètre est d'environ quarante-trois pieds, et elle n'a ni pcNrte, ni 
issue quelconque. On a pensé que cet ouvrage était destiné hi servir 
de poste d'observation; cependant il paraît plus probable qu'il 
était réservé comme un dernier refuge, à peu près comme l'est 
une citadelle dans nos places fortes modernes. 

En avançant plus au sud , à environ sept cent soii^nte pas de ce 
premier ouvrage , on trouve une autre fortification B , qui , 
comme la première , est située en partie dans un champ labouré, 
mais à laquelle aboutit un chemin de traverse. Le parapet de ce 
fort n'est pas si élevé que celui du précédent ; mais sa largeur est 
plus considérable, ayant environ deux cent vingt-cinq .pieds de dia- 
mètre. Il y existe . une issue située à peu près vis-à-vis celle du 
fort A , et tout-à-fait semblable* 

Prenant toujours ce premier ouvrage A comme point central , 
on en trouve à l'est un autre circulaire C , distant du pre- 
mier de sept cent cinquante pieds, et du second de, cinq cent 
quarante. Ses parapets sont plus hauts que ceux des deux autres, 
et son diamètre a environ cent cinquante pieds. Il y a aussi une 
porte visr-à-vis celle du fort A. Entre le second et le troisième 
forts B et C , et près du bord de la rivière , l'on voit les restes 
d'une espèce de canal a?, qui communiquait probablement avec 
le troisième fort. Ces restes consistent en un fossé creusé à fleur 
d'eau ; la terre ayant été enlevée du côté le plus rapproché de la 
rivière , la largeur, entre les deux parapets , est plus grande en cet 
endroit qu'à une distance plus éloignée de l'eau. Les ruines de cet 
ouvrage sont très-peu de chose : le chemin qui longe la rivière 
passe à travers , le parapet en a été nivelé et le fossé comblé. 
La plus grande de ces fortifications D est de forme elliptique. 



( 4«8 ) 

Le petit diamètre est de quatre-vingt-trois, etTautrede deul 
cent quatre-vingt-quinze pieds. Elle est située à six cents pieds 
au nord du premier fort A. On n*y remarque aucune trace de 
porte. Cet ouvrage est presque entièrement détruit , et son pa* 
rapet ne sMlève pas à plus d^un pied au-dessus du niveau du sol. 

En traversant le Miami , on trouve un autre fort E dans un 
très -bon état de conservation, sur le sommet d^une colline escar- 
pée , de cent pieds dMiévation. Il a cent vingt-trois pieds de dia- 
mètre. Par sa position , il dominait sur tous les environs ; mais 
malheureusement la montagne , en s^'écroulant , a emporté un tiers 
des ouvrages. On n'y voit à présent qu'une seule porte , d'environ 
six à huit pieds de large , placée à l'est. Cette pièce est couverte 
d*arbres très-grands. On a remarqué , entre autres , sur le rem- 
part, un tronc d'arbre dans un état de décomposition complète ; 
on pouvait y compter, cependant, jusqu'à deux cent cinquante 
cercles concentriques ; ce qui ferait supposer qu'il pouvait avoir 
cinq cents années. On y a vu des arbres d'une très-grande dimen- 
sion , qui avaient crû sur les troncs d'autres plus gros encore. 

A environ cinquante rods , ou huit cent vingt-cinq pieds , au 
nord-nord-ouest de cet ouvrage, il y en a un autre plus vaste et de 
forme circulaire, avec deux portes, l'une à l'est et l'autre à l'ouest. 
On voit aussi, sur la route qui conduit au fort Sainte-Marie, les 
restes d'un ancien fort, qui consistent en pierres, provenant sans 
doute de la destruction d'une muraille élevée, dit-on^ par les In- 
diens. Ils sont situés à environ trois milles à l'ouest de Piqua, sur un 
morne élevé d'à peu près trente pieds au-dessus du niveau de la 
rivière. Cette muraille , que quelques personnes pensent avoir été 
destinée à la défense, a été complètement renversée, mais les pierres 
qui gisent sur le sol, en indiquent suffisamment la direction ; elle 
formait une ellipse, dont les axes avaient, l'un, quinze cents et l'au- 
tre neuf cents pieds. Cet ouvrage, suivant le colonel Johnston, a 
dû occuper une surface de dix-sept acres. L'axe le plus long s'étend 
de l'est à l'ouest, et la distance du point le plus proche de l'ellipse a 



( 4ï9 ) 

été estimée environ deux mille pieds. Au sud-est elle aboutit à un 
fort en terre, de forme circulaire, semblable à ceux qu'on a déjà 
décrits, et ayant environ cent huit pieds de diamètre. Les pierres 
dont cette muraille était composée sont de forme sphéroïdale ; elles 
sont, pour la plupart, granitiques^ il y en a très-peu de calcaires ; 
elles ressemblent à tous égards à celles qu^on trouve éparsesàla sur- 
face du sol, particulièrement sur les bords de la rivière ; elles for- 
ment maintenant un pavé mal joint et inégal, autour de Tellipse, 
qui, en quelques endroits, n'est pas tout-à -fait régulière, probable- 
ment à cause de la configuration du terrain. Dans plusieurs parties, 
et principalement à F ouest , il y a des portes ou intervalles dans 
la muraille , qui ont généralement de six à huit pieds de large. 
JDerrière ces portes et dans l'intérieur , étaient des amas de pierres, 
placés de manière qu'un seul pût protéger deux portes. L'opi- 
nion générale est que cette muraille a été élevée pour la défense ; 
cependant sa position , son peu de hauteur et de solidité , le 
manque d'eau et le nombre de portes, feraient croire que ce lieu 
était plutôt destiné à des cérémonies religieuses. 

Sur la route de Piqua à cette muraille, il y avait un très-grand 
tertre, qui a été nivelé, en partie, dans la confection du chemin. 
A environ un demi-mille sud de Piqua , est un ancien cimetière, 
situé dans un terrain uni et élevé d'environ vingtpieds au-dessus du 
niveau de l'eau. La surface en est couverte de fragmens de roches 
calcaires , placés horizontalement. Il parait que les corps étaient 
déposés sur ces rochers et couverts ensuite d'autres pierres, dont 
quelques-unes étaient très-larges. Il s'est forme par-dessus le tout 
une couche légère de terre qui produit quelque verdure. On a ou- 
vert plusieurs tombeaux, dans lesquels on n'a trouvé que des osse- 
mens décomposés. Ils étaient en très-mauvais état, jaunes, caver- 
neux et sans ordre (i). 



(i) Eacpedition to ihe sources ofSê-Pe- p. 55 ; PhUaddphia, i8a4< 
ters mer , by major Lfmg , chap. II , 



( 4ao ) 

CHAPITRE XII. 

, , . DE3CRIF{I0N DES AirriQUITÉS SITUEES DANSDIVEES ÉTATS. 



Monumens de Vétat de Tennessee. 

Dans Tangle nord-ouest du comté de Franklin , au confluent de 
deux des branches les plus méridionales du Duck, on voit les 
ruines d*un vieux fort indien , nommé Sione-Fort^ qui couvre une 
étendue de trente-deux acres. Entre ces cours d^eau, qui ont 
quinze pieds de chute , il existe un mur de seize à vingt pieds 
d'épaisseur à sa base , et de trois à quatre au sommet , le long 
duquel se trouve un fossé de seize à vingt pieds de largeur. Il 
y a, à Textrémité septentrionale de ce fort, deux colonnes de forme 
conique en pierre , dont la base a dix ou douze pieds de diamè- 
tre , et qui ont chacune six pieds de hauteur. A la distance d'un 
demi-mille environ au nord et au nord-ouest, Ton rencontre deux 
tertre3 t dont Fun a cent pieds de longueur et vingt-cinq de hau- 
teur sur vingt de largeur , et Pautre soixante pieds de longueur et 
vingt de hauteur sur dix -huit de largeur. On voit croître sur les 
murs , comme sur les tertres, des arbres aussi grands que ceux des 
forêts voisines. On a découvert récemment dans un de ces tertres 
un sabre de deux pieds de long, qui diffère par la forme de toutes 
les armes de cette espèce dont on se soit servi depuis Tarrivée des 
Européens. Des débris de vaisselle et plusieurs briques entières de 
neuf pouces carrés et de trois pouces d'épaisseur ont été trouvés 
au. même lieu (i). 

Antiquités à Louisçille , sur les bords de tOhio , état de Keniucki. 
On a trouvé aux environs de Louisville des haches et des 

(i) LeUre adressée par M. Dennison au doctear Nîtchilif 



( 4^1 ) 

pilons en pierre , des pointes de flèches en cailloux, des coquiHes 
brisées, dés restes de cheminées, des frâigmens d^osseméns hn* 
mains, du charbon de terre calciné, etc. Deux de ces premiers ins- 
trumens ohtéte découverts à quelques milles au*dessuâ dé la ville, 
à la profondeur de quarante pieds , près d'un âtre dans lequel 
on voyait encore des tràces'de feu et deux morceaux de bois for- 
manf évidënlmcnt îes extrémités d'une bûche consumée par le 
milieu. Toute la plaine est un soi d*alluvi6n. 

Il y a quelques années, on a trouvé une hache de fer d^une ma-* 
nière fort singulière. En abattant un arbre très-grand, dont les 
racines s'étendaient à trente ou quarante pieds de rayon), pour 
la construction d'une muraille qui devait communiquer aux fon- 
dations d'un grand moulin, à Shippîng-Port, on découvrit à quel- 
€jues pieds de profondeur, et au centre du tronc de l'arbre qui avait 
six pieds de diamètre , la hache en question , qui était de fer 
battu et l'ecôurbée d'un côté pour s'adapter au manche. 

On a trouvé un grand nombre d'instrumens de ce genre sur di- 
vers points; mais on n'a jamais eu soin de noter les circonstances 
qui pourraient donner une idée de leur antiquité. Cette hache avait 
été évidemment placée dans cet endroit avant la naissance de l'ar- 
bre; car, d'après sa'position, on n'aurait pu l'y mettre après que cet 
arbre eut pris racine. Il devait avoir plus de deux cents ans. 

Un peu au-dessus de Clarksville, non loin de la rivière , est la 
place d'une cabane indienne (AVigwam), couverte par de la terre 
d'alluvion , à six pieds de profondeur. Au milieu des cheminées 
et des décombres, on a trouvé une grande quantité d'ossemens 
humains décomposés. 

On a découvert aussi , dans la partie occidentale , des murailles 
en briques et en pierres. 

Tertres de Véiai de Vlndiana. 

Il existe beaucoup de tertres depuis la rivière Blanche jusqu'à la 
Wabash. Autour du fort Harrison, ils sont très-nombreux et de 



( 4=ï2 ) 

toutes les grandeurs , et ils ont été évidemment formes à des epo-- 
ques très-ëloignées. Sur les plus grands , qui ont de dix à trente 
pieds de hauteur, on yoit croître des arbres aussi ëlcvës que ceux 
des forêts voisines. Les tertres les moins considérables n^ont que 
deux à quatre pieds d^élévatiôn au-dessus de la surface du sol , et 
les arbres qui y croissent, étant très-petits, indiquent que leur ori- 
gine ne remonte pas à plus d^un siècle. Les os qu^ils renfe Aient 
sont susceptibles de soutenir leur propre poids et d'être transportés, 
tandis que ceux qu^on trouve dans les grands tertres se décompo- 
sent si aisément , qu'au moindre contact, ils tombent en poussière. 
M. Brown rapporte quesur les bords de la Rivière Blanche il exami* 
na la structure intérieure de quinze à vingt tertres élevés de dix à 
quinze pieds, et qu'il n'y trouva que quatre corps seulement. Quel- 
ques-uns n'en contenaient pas, mais d'autres en renfermaient peut- 
être cent. On voit encore sur la Rivière Blanche les vestiges de ca- 
banes indiennes , et les emplacemens ou leurs habitans cultivaient 
le maïs. 

Fortifications de V état de Kentuchi. 

On voit sur un terrain élevé, non loin des sources de l'Hikmans- 
Creek et de Lexington, les restes d'une ancienne ville qui* a quatre 
mille huit cenls pieds de circuit , et occupe une étendue de cinq à 
six cents arpcns. Sa forme est celle d'un polygone irrégulier , à 
sept côtés inégaux : 

Le côté occidental a 36o pieds de longueur. 

. sud-ouest 7S0 

sud ySo 

est-sud-est. ..•'•• 660 

• est - nord - est i ,080 

* nord-est 600 

nord -ouest 600 

4*800 pieds de longueur. 

La hauteur et la largeur du mur et du fossé qui entourent cette 

ville , sont très-inégales : le premier ayant de huit à seize pieds de 



( 4^3 ) 

haut et le fossé de deux à quatre. Le mur parait avoir été cons- 
truit avec la terre tirée du fossé. Du côté du nord-est , on remar- 
que une grande ouverture, ou porte d'entrée. Il n'existe ni tertre 
ni puits dans Tenceinte ni aux environs. Toute la surface, y com- 
pris les remparts et le fossé, est couverte d'arbres de haute futaie ; 
si Ton en excepte , toutefois , un champ situé dans la partie nord- 
ouest , qui est semé de blé. 

L'on a découvert plusieurs monumens curieux , à six milles en- 
viron nord-nord-est de la ville de Lexington , sur la rive méridio- 
nale de la North-EIk-Horn-Creek , presque vis-à-vis du confluent 
de l'Opossum-Run. 

Le premier est un enclos circulaire , de six cents pieds de cir- 
conférence, qu'embrasse un parapet de vingt pieds de largeur sur 
deux de hauteur , bordé intérieurement d'un fossé peu profond. 
Au centre , se trouve un emplacement carré et uni , ayant soixante- 
dix pieds de long sur chacune de ses faces qui sont tournées vers 
les quatre points cardinaux. Une ouverture ou entrée , pratiquée 
du côté du nord , conduit à cet emplacement qui s'élève d'environ 
trois pieds au-dessus du fossé. 

A la distance de deux cent cinquante pieds au nord - est de ce 
monument , il y a un tertre de forme circulaire et convexe , qui a 
cent soixante - quinze pieds de circuit et près de quatre pieds de 
hauteur, et est entouré d^un petit fossé. 

Au nord de ce dernier et à environ deux cent cinquante pieds , 
l'on voit un autre monument remarquable , de forme presque co- 
nique , et revêtu d'un parapet de cent pieds de longueur sur cinq 
de hauteur au-dessus du fossé intérieur. Une plate-forme irrégo* 
lière le fait communiquer au nord avec trois tertres d'environ 
ciaquante pieds de circonférence sur deux de hauteur. Prèa de 
ces derniers , il s'en trouve deux autres plus étendus dont l'un , 
de forme ronde et convexe, a deux pieds d'élévation, et est en- 
touré d'un fossé circulaire de deux cent cinquante pieds de déve- 
loppement ; l'autre , qui lui ressemble en tous points , est situé au 
n. 54 



( 4H ) 

milieu àCm cbany <]e blé » et eommuniquç ppr Mi^ lomgufi chai»- 
sée à rcxtrémité pricntale du.parapcU9o 9ppellû cw. (ku% tartres 
SunkenrMoundsy de ce qu'il? sont placë& ^uHle«AV& d« i4v«M du 
fossé (jui les entoure. 

U^ autre monument, ayant la forme d'un carré ^long ^ et re^ 
vêtu d^un. parapet de quatre cent quarante pieds de circonféravce, 
communique avec les précédens. L^emplacement central est uoi ^ 
et compte exactement la moitié de Tétçadue du parapet, ayant 
soixante pieds de longueur sur cinquante de largeur. 

Uu tertre sans fossé, situé à roue3t du premiermonumeiit^ a cîn<| 
pieds de hauteur sur cent quatre-vingt-dix de circonférence. 

A la distance d'un demi- mille de ces ouvrages, sur le bord 
oriental du ruisseau de Russell, s'élève un tertre eo pierre ( Stone-- 
M(nmJ)j qui a dix pieds de haut du c^té du nord, eteeatsoîxaiilcs 
quinze de circuit ; il est formé de pierres entassées les unes sur les 
autres et recouvertes actuellement d'une ^ère couche de terre* 

A Pouest de ce même ruisseau « Toa voyait naguère un autre 
tertre plus petite également en pierre, et qui renfermait des ossa- 
mens humains. 

M. Rafinesque, à qui Ton doit la description de ces.mooumens, 
pense qu'ils ont dû servir à des usages religieux et funèbres » et 
qu'ils ont été élevés par l'ancienne etpopukuae nation d^s AUe- 
ghawians (i). 

Antiquités de Vétai de Loidsiana. 

El y en m plusieurs , particulièrement à Baton-Rouge , à oent 
qnrante môl^ au-dessus de la Nouvelle-Orléans, latitude 3o^ 36*, 
et siTT ie Manrchak. 

M «esiste wi «graiid tertre semblable , quant À la f onne , à celui 

{xy W^mUmRimw^ v^A^ vol. a., boianiqye fsl d^hisioire natarcUe ^ka 

for wuiy i8ao; and n^ i., vol. 3, /or collégp dt TjfaQS3dKaQie„ à M. Ç^kh 

Augusi i8ao , Ltxirtgton, Voir les let- Ativaidr f de CircUviU^. 
très Ût llf Kt^inesquen pro'fessear de 



(4aS) 

àé kl Ctfittkia , «tt tioAflWétat dbà iritiftréti Ôtatthttbh , ôttaclhiUâ 
««TeMb#. U fc«t efilôut^ d« dit ttu dou^ âiitt«s})liià petite (t). 

« 

Antiquités du territoire d'tAricansas. 

M. Savage a dcfcouvcrt, près de la rivière de Saint- ÏYatiçôik, les 
ruines d^unc ville forlifiëé, d^une grande ëtenâue, et les débris d* une 
citadelle , construite de briques et de ciment Des arbrQ0 d\>ne 
grosseur prodigieuse avaient pris racine -sur ce6 «Mitaillds ; tm Bi* 
sure que tjuekjues-uns avaient au moios trois ^jeAts «lasw 

Tertres àe Vétaï itïuinois. 

Basé Téepam dé vingt tiiiUos iai«iMdèMM«tt^ti»â«imufi4e KlÉkMI^ 
kiao^ on en conpte cent cinquante ; ite sont génilrâtlettnâftt <lé Ik 
Hiéme forme) mais de dimekisîonë diffëreM«8. Oii retic^ntté HtMrï 
beaucoup de tertres dans la partie «âpi^léè AmerkùH SùÛëm. Ld 
groupe le pfl«ii considéi^e e»t À ^n^tk-M tMiil tfnlleè 4)lMiéMtir8 de 
Saîat-Xibaîs^ Oa en trouve ^1m de quarante de fottneë et de émieM** 
sionB différentes^ dém «m rayMi de cfiAft^ à ^im^ «KiillM. Le ^{ilM 

grand, appelé Monks' Moimd, parce qu'il a<é«é l«bëjô61*éè (fMlc^ 
moines de Tordre de la Trappe, a la forme d'un parallélogramme , 
qui s**étend cluiiord au suâ. Sa circonféreùce ^ ^ la base, est df^eq- 
viron deux mille quatre cents pieds, et sahauteur de quatre-vibg^ix 
pieds. Les autres tertres sont moins considérables et ^pars^iiet 
là dans la plaine. On a trouvé aux environs des caillotni , deA dé- 
bris de poterie , et beaucoup d'ossemens humains. 

On remarque encore le moniJoliet (i) y situé sur le bord oc4îî- 
dental de la rivière des Plaines ; qui a environ mille à mille deux 

Tj) Accdùfà of'à jùvùhièy \tp Vie f^d- dii major 1.6bg Siaéni qi^il iii HÏte-^ 

Mta y fy JVtO. Dunbar and doctor ment couvert dWbastes , de baissons 

IttaUery i6o4« et ^e vignes qu^ils ne parent déiènni- 

(a) Fièa^s of Lauistianàj fy ff» Xt, ner ses dimensions. Èscpéditian, cbiip. 



Srackefiriàge, esy., p. 17a, Baltimore y III , vol. i> Philaddidiia , iSaâ. 
«817. Les naturalistes de Texpéditioi» 



(4a6) 

cents., pieds de long , et de six à neuf cents pieds de Largeur. Sa 
forme est celle d un prisme ; vu de, la rivière , il paraît presque 
carrée. C'est évidemment un ouvrage de Fart. On dit qu'il a pris 
ce nom de Joliet-, du Canadien Jolîet, qui l'observa le premier, 
en 1773 (i). 

Tertres , sur la riçière de Fox. 

On trouve un grand nombre de tertres sur la rivière de Fox , 
affluent de l'Illinois , appelée , par les Indiens , Pishiako. On en 
a compté jusqu'à vingt-sept , disposés avec assez de régularité. 
La hauteur en varie de un à quatre pieds et demi ; la largeur, 
de quinze à vingt-cinq; mais celle-ci n'estpas proportionnée à leur 
largeur, qui excède rarement six à huit pieds. Us sont placés à des 
distances inégales, dont le terme moyen est d'environ soixante 
pied^ ; le plus grand nombre s'élèvent sur le penchant d'une col- 
line , et d'autres dans la plaine. 

Leur forme paraît avoir été ovale j et la légère dépression du 
sol , qu'on observe quelquefois des deux côtés de ces tertres , 
semble prouver qu'ils ont été construits avec de la terre prise dans 
leur voisinage immédiat (2). 

Restes dPune ancierme fortification du territoire du JNord-OuesL 

• 
Dans une plaine , à quelques milles au-dessous du lac Pépin 

( latitude 43* 5o'), on voit les restes d'une ancienne fortification. 

Bien qu'elle fût couverte d'arbres lorsque le voyageur Carver la 

visita , il n'en reconnut pas moins un ouvrage de forme circulaire, 

avec des remparts qui s'étendaient jusqu'à la rivière. Les murs 

ont environ quatre pieds de haut , près d'un mille d'étendue , et 

peuvent mettre à couvert cinq mille hommes. Quoique ces ou- 

(i) A goutter of the states of lUmois ters' rivtr^ etc., under the command of 

and Missouri , fy L C. Beek , p. 43 , major Long , by W. Keating , vol. i , 

Albany, i8a3: p. 176, Phiiadelphia^ i8a4. 

(a) Expédition to the source of StrPe- 



(4^7 ) 

vrages , dit le même voyageur, aient été déformés par le temps , 
on en remarquait les angles, qui paraissaient construits selon les 
règles de Fart militaire, et aussi régulièrement que si Yauban en 
eût tracé le plan. Les vestiges des fossés n'étaient plus visibles ; 
mais je pense , dit-il , qu^en examinant avec plus d'attention , on 
se convaincrait qu'il en a existé un. Il n'y avait aucune éminence 
de terre à Tentour de ces fortifications , où Ton ne voyait que 
quelques chênes isolés. Enfin , on pouvait conclure de l'épaisseur 
de la couche de terre qui recouvrait ces ouvrages , qu'ils étaient 
de la plus haute antiquité. 

Dans une plaine stérile , sur les bords de la rivière Huron, à 
trente milles de Détroit et dix-huit de Saint-Clair, se trouvent 
une infinité de petits tertres , qui renferment des ossemens hu- 
mains d'une grandeur remarquable. En creusant une cave pour 
l'établissement des missionnaires, on en retira de quoi. remplir 
seize paniers. 

Sur le bord oriental de cette même rivière , on trouve une for- 
teresse avec des murs en terre semblables à ceux de l'Indiana et 
de rOhio. Ou en voit une autre à trois milles un quart au-dessus 
de Détroit, qui comprend une étendue de plusieurs acres de terre, 
au milieu d'un grand marais, avec un bastion de trois ou quati^e 
pieds de haut (i). 

On voit encore des vestiges très-nombreux d'ouvrages indiens, 
sur l'Ouisconsin , près le petit cap aux Grès , dans le territoire 
nord-ouest. Les hauteurs qui bordent cette rivière, à quatre milles 
environ au-dessus de son embouchure, sont couvertes de tertres, 
de parapets , etc. , qui sont disposés sans ordre et sans aucun plan 
régulier. Parmi ces ouvrages , on remarquait une espèce de pa- 
rapet, long d'environ deux cent cinquante-cinq pieds, avec une 
ouverture au milieu , de douze pieds de largeur : ce parapet avait 
environ quatre pieds d'élévation. Les tertres avoisinans étaient 

(i) Carver's Traçels, 3' édit. p. 56 , Sy et 58. 



tfi»*MiiA>l«éx , «t ktiifcdt gfiftértJtfltifefit 6iz à Wt fUà» 4e Ikwt 
««rtilill à «ittMè «A diâth^tft! (t). 

f 

AfOiquités de Fétat de Mksùurk 

V'ùïi Vëfiià'ri)uè plusieurs tertres et retrkncliemens dans le p^jrs 
Afrâ $lôUk , et siir lés bonis du Saint-t^ierre , de la rivière Jaune i 
èù Missouri , dé l^Ôsage et cïe la ï^ate ; et à six miiies4 Touettde 
âàlnttibuïs, il existe une valt^e , « nommëe la Vallée des Os » » 
(jùi ë&t remplie d^èsscmens dliommes et d^animaux. 

Les restes d^une fortification,, qui prouve quelque connais- 
èahcé âé l^àrt militaire , se voient non loin de File du Bonhomme^ 
p^ès â^iin détour que iait le Missouri , dont les bords sont unis en 
cet endroit. Un amas de terre db trois mille huit cent cinquante- 
huit )[>ièds dé longueur, de soixante-quinze de largeur à la base , 
et de huit dé hauteur, s^étcnd entre deux points de la rivière. Un 
autre , de six pieds de hauteur, va depuis Textrémité de celle-ci 
jusqu^À la distance de trois mille trois cents pieds. 

Il existe lin grand nombre de tertres dans le voisinage de la Nou- 
tëlIë-Mâdrid. Le plus remarqual>lc, situé sur le bord d'un lac , a 
ijùàtantë pieds déhautedr, mille deux cents de circonférence^ et est 
é'ritôûiré d^un toss^ de dix pieds de largeur et de cinq de profondeur. 

AncienhBs foriifkaiUms siêt h Hôy^'Q^êi^. 

Le ^oyer-Creek est un ruisseau qui coule dans la direction de 
l^est, hi travet*sle comté de Pike, et va se jeter dans le Mississipi àdeux 
milles au-dessous de la rivièrede Sait. Il est principalement remar- 
quable à cause des ouvrages qu'on voit sur ses bords à environ delà 
milles sud^ouest de la ville de Louisiana ; ils sont en pierres et domi- 
nent tout le pays. On en trouve de semblables sur les bords du Buf- 
ifaloe-Ci^eek et de la rivière d'Osage, qui diffèrent des andetinos 
villes, des fortifications et des tertres dont pous avons déjà parlé. 

( i) Kxpédiifon du major Long^ p . a 3g. 



(4^9) 

jéffïimrM feit croire qu'Us mmK Poimrage dSme peuplade 
ph» eWitteëe que celles qui ont é\&fé ees ppemières construcliona. 
On peut en juger par le plan (i). La figure i représente là partie 
sud-ouest , A , B , G > D ; les murailles sent de dix - huit pouces 
d^épaisscur, la construction a cinquante - six pieds de longueur et 
YÎngt-deux de largeur ; ce sont des jrierres informes , qui parais- 
ae0t avoir élë régulièrement rangées-Qnoiquetrès-endommagéés,' 
ces Biorailles ont leur forme encore distincte. B est tine chambre 
de trois pieds de largeur, qui était prohabiement voûlëè , ainsi 
qu^on le voit par Tare qui subsiste encore à roureriure ; celui-ci 
e«t représenté par la fig* 3 1 ^t ne f*élère pas à plus de cinq pieds 
au-dessus du sol ; mais, comme il est tombé en raines , il est im^r 
possiblç de préciser sa hauteur» F est wie chamJk^re large dç qya^e 
pieds et demi , avec les rester d'une vpAtç «çinbl^bliç. Q e^ unie 
chambre de douze pieds de large, k VnlH^iié ^e laqqellft on YAÎt 
les rester d'un fourneau. H e^t unç grmdç $/»Up îivjiç dpm ppftes, 
I et K ; elle est encombrée de brouç^Ue^ fit de peiit3 <M^txrçs- Ia^ 
murailles ont à présent de deux à cinq pieds de haut. On voit dans 
Tintérieur quelques ^ttinres qui ont deux pieds de diamètre. 

La figure a est un petit ouvrage situé à environ quatre-vingts 
rm/s, treize cent vingt pieds, à Test du premier. A et C sont deux 
chambrer sans communication avec B, qui est une chambre jH-es- 
que ronde avec une porte ou entrée. Les murailles ressemblent à 
celles de U fig- i- On a reinarqué en outre dernièrement, dans le 
passage G , fig. i , beaucoup d'ossemens b^Miaws. 

L'on trpuye aux environs de Saint -» Louis lui grsmd nombre de 
Tumuli et (l'autres ouvrages faits par lea Indîeflé4|ui iont habité ce 
pays il y 2^ plusieurs siècles ; il exîMe juaqu'l. viof^l-flept tumuli au 
nord et à une petite distance de oette vîiUe , q|ii sont Àt forme et 
de grandeurs différentes et rangés ^ur une ligne usât du nord au 
sud. Leur forme ordinaire est un carré olbjbppg i At Âfo sont ;^us 
sur le bord .de la rivière. Le tableau ci-d^$PY^ , ^^é^ indique la 

(i) Vay. fimche XllI, fig. i el 3. 



(43o) 

forme , la grandeur et la position relatives, résulte de Texamen 
qui en a été fait récemment avec le plus grand soin et tonte Fexac- 
titude que pouvaient permettre leurs limites, actuellement indéfi- 
nies ; et les taillis épais qui recouvrent leur surface. 

Il paraît probable que ces élévations de terre ont été des cime- 
tières ou des lieux de rassemblement pour la célébration de cérémo- 
nies religieuses. Nous ne pouvons concevoir à quoi elles eussent pu 
servir dansla guerre, à moins que ce ne soitpour observer lesmouve- 
mens et l'approche dePennemi ; mais, dans ce cas, un seul tertre au- 
raitsuffi, etonauraitprobablementchoisiun endroitplus favorable. 

On ne voit aux environs de ces ouvrages aucune trace de fossé 
ni d'élévation de terre. 

Ce qui est appelé base dans le tableau suivant, n*est réellen^ent 
que la longueur d'une ligne traversant le sommet du tertre de 
Textrémité de la base de chaque côté. 

Les numéros se rapportent au plan qu'on en fait. Les hauteurs 
sont estimées, à l'exception de deux, 

N*' I et 2. Un carré, avec un chemin creux, qui va en se rétrécis-; 

sant vers le sommet, ou en d^autres termes 9 un carré 

ouvert par derrière. 

Base. 5o pieds, 

Hauteur 5 

Distance N. du bastion espagnol. . . 25g 

N* 3. Carré oblong. 

Base longitudinale 114 

Base transversale 5o 

Longueur au sommet. 80 

Hauteur perpendiculaire 4 

Distance N. du N"" 2 ii5 

N*" 4- Carré oblong. 

Base longitudinale 84 

Longueur au sommet 4^ 



( 43i ) 

N^ 4* Hauteur perpendiculaire. . t : . . 4 pieds. 
Pistance N. sSi 

Les N^* 2 , 3 et 4 sont éloignés chacun de 33 pas du second 
bord de la rivière. 

N® 5, Carré oblong. 

Base longitudinale. ....... 8i pieds. 

Longueur au sommet. 35 

Hauteur perpendiculaire. ..... 4 

Distance O . . • . i55 

'N'' 6. Sa forme diffère de celle des autres ; on Tappelle 
Falting. garden (jardin tombant), et il comprend 
trois étages, tous d^une égale longueur et de la forme 
d^un parallélogramine. L^étage supérieur, comme les 
cinq tertres suivans , est borné à l'E. par l'extrémité 
du second bord de la rivière. Le deuxième et le troi- 
t sième étage sont sur le penchant de ce bord, et com- 
muniquent ensemble et ayec le premier , par une des- 
cente rapide et oblique. 

Base longitudinale ii4 pieds. 

Longueur au sommet. ...... 88 

Base transversale du premier étage. . 3o 

Hauteur. . • . . S 

Descente jusqu^au deuxième étage. . . 34 

Surface transversale. ....... 5i 

descente jusqu'au troisième étage. . . 3o 

Surface transversale . . 87 

Descente jusqu'au terrain naturel. . . 19 

N^ 7 . Comme les trois suivans, il est de forme conique. 

Distance N 95 pieds. 

Base. *...,,...... 83 

Sommet 34 

Hauteur 4 'A 

n. 55 



/ 



. ( 432 ) 

N^ 8. Distance N w . . 94 pieds. 

Base 98 

Sommet. .......... 3i 

Hauteur 5 

N** 9. Distance N 70 

Base. . . ' • . • . . ii4 

Sommet. . . . ^ 56 

Haute.ur. . . . : 16 - 

N^ 10. Distance N. . . . «^ • • ^ . . • 74 

Base 91 

Sommet 34 

Hauteur 8 ou 10 

N"" II. Presque carré et le sommet très-étendu ( on a élevé une 

iliaison en brique, à Pangle S.-O.); le côté de TË. 
parait semblable aux autres tertres. 

Distance 1 58 pieds. 

Base 179 

Sommet 107 

Hauteur du côté de VO 5 

— du côté du S II 

— du côté de i'E. • . . • • i5ou20 

M*" 12. Presque carré un peuauN.-^O. du N^ 7, et distant de 

ce tertre de*. ......... 3o pieds. 

Base. 129 

Sommet. 5o 

Hauteur 10 

N* i3. Parallélogramme placé transversalement à Tégard du 
groupe* 

Distance 3o pieds. 

Distance du N' 5, à PO. du N* 10. . . 35o 

Base longitudinale 214 

Sommet i34 



(433) 

Base transversale. . . . • v : • • i88 pieds. 

Sommet* • . . : g^ 

Hauteur isl 

N^ i4- Tertre de forme convexe. 

Distance à TO : . . 55 

Base .•••«... 95 

Hauteur 5 ou 6 

N* i5. Ainsi que les trois suivans, plus ou moins carrés. 

Distance N.-0 117 pieds. 

Base. • • 70 

Hauteur. ••.....••. 4 

N« 16. Dbtance N. 10 E io3 

Base 124 

N* 17. Distance N. 78 

Base 82 

N« 18. Distance N.-N.-E 118 

Base. • • 77 

Ces tertres, depuis le !N* 14 jusqu'au N"* 18 inclusivement, dé- 
crivent une espèce de courbe à rextrémité de laquelle sont deux 
tertres plus étendus , N"^ i3 et 19. 

N*" 19. Un grand tertre de forme quadrangcdaire , placé trans- 
versalement y et formant , avec le N* 1 3 , un aligne- 
ment presque parallèle à la principale série ( du N* 2 
au N* 11). 

Distance N.-N.-O. du N"" i3 484 pieds. 

— E.-N.-E.duN- 18 70 

Base • 187 

Sommet. • 68 

Hauteur 23 

N"" 20. Petit burroa^ ou tumubis d^à-peu-près deux fieds de 
haut , et dont la base est plus grande en proportion ; 
ayant de 1 5 à 20 pieds. 



« 



• 



(434) 

N"" 21. ,Semblable au précédent; même hauteur O. du N*" i6. 
Base \ ...... . 25 pieds. 

N"" 22. Quadrangulaire. 

Distance O. du N° 1 8. . .. .• ... * 3ig 
Base. ............ 73 

N"" 23. Tertre d'une régularité remarquable ; mais attendu 1 e- 
paisseur des broussailles ^ on n'a pu se convaincre s'il 
était l'ouvrage de l'art, quoique sa correspondance 
avec le N^ 25 le fasse supposer. 

N"* 24. Paraît être d'une forme irregulière, de 10 à 12 pieds 
de haut y et de i45 pieds à sa base. 

N"" 25. Distance N. 10 E. ii4 pieds. En suivant, à i32 pieds , 
on arrive à une élévation sur son éloignement, com- 
me pour le N* 24 ; cette élévation est numérotée 26. 

N^ 26. Sa base est de 89 pieds et sa hauteur de 10 ou 12. 

N** 27. Ce tertre est le plus grand; il est de forme ovale alon- 
gée et a un grand degré pratiqué du côté de l'E. 

Distance N* du N"* 26 i463 pieds. 

Base longitudinale 319 

Sommet i36 

Base transversale i58 

Sommet. ' . . 11 

Degré transversal. ....... 79 

Hauteur 34 

A la distance d'un mille à l'ouest , on prétend qu'il existe un 
autre grand tertre. 

Les tombeaux indiens sont extrêmement nombreux aux envi- 
rons de Saint-Louis ; mais il n'en existe aucun dans le voisinage 
immédiat de la ville : ils sont en plus grsLnde quantité sur les col- 
lines voisines du Merameg, et au nord du Missouri. Le 12 juin > 
M. Say , M. Peale et une autre personne descendirent le Missis- 



(435) 

sipi j dans une petite barque , jusqu^à Tembouchure du Merameg, 
et remontèrent cette dernière rivière l'espace d'environ quinze 
milles , jusqu'à un endroit qui renferme une foule dje tombeaux 
qui avaient déjà été explorés ; on a prétendu qu'ils renfermaient 
les ossemens d'une race d'hommes au-dessous de la taille ordi- 
naire. On trouve plusieurs de ces tombeaux près des bords du 
Merameg. Ils ne s'élèvent pas au-dessus du sol ; mais on les dé- 
couvre par les pierres verticales qui les entourent et qui ressor- 
tent un peu à une des extrémités. Après qu'on a enlevé la terre 
et les pierres plates et horizontales qui les recouvrent , on voit 
que les côtés sont bien construits au moyen de pierres longues et 
unies qui sont verticalement adaptées les unes aux autres par cha- 
que extrémité, comme pour former une muraille. Ces tombeaux 
ont ordinairement de trois à quatre pieds de longueur , et quel- 
quefois six. Les os qu'ils renfermaient paraissaient y avoir été 
disséqués , comme c'est encore la coutume chez quelques tribus 
indiennes. 

Dans la première tombe ouverte par M. Say , il trouva un pot 
de terre et le squelette d'un enfant ; le second contenait les restes 
d'un homme d'un âge mûr, d'une taille ordinaire , laissé dans sa 
grandeur naturelle et dont les os étaient confondu» et la plupart 
brisés. Un habitant leur dit qu'il avait été découvert plusieurs 
monumens semblables sur le sommet des montagnes voisines. On 
a extrait de l'un de ces tombeaux , deux pièces de poterie , dont 
l'une avait presque la forme d'une bouteille à rhum ; mais on n'y 
vit aucun ossement. Après avoir passé une nuit en cet endroit , 
les voyageurs remontèrent la rivière; jusqu'à la ville de lilliput, 
qui a reçu ce nom depuis qu'on y a trouvé des tombes renfermant 
une race de prétendus pygmées. Elles ont la même apparence que 
ceUes qui ont été déjà décrites. Le hasard ayant fait découvrir la 
tête d'un vieillard sans dents , on en inféra qu'il existait dans le 
voisinage une race d'hommes sans dents et qui avaient les mâchoi- 
res comme celles des tortues. Nos voyageurs, s'étantconvaincuspar 



( 436 ) 

eux-mêmes que tous les ossemcus trouvés étaient de grandeur 
ordinaire , revinrent à Saint*Louis. . 

Ces tombeaux contiennent évidemment les restes d^uu peuple 
plus moderne que celui qui a élevé les tertres. 

«c NouH ouvrîmes , continue M. Long , cinq tombeaux sur le 
sommet Cun de ces grands tertres situés près de Sainte-Louis , et 
nous n'y trouvâmes qu^une seule dent d'une espèce de rat et les 
c^tes et les vertèbres d'un serpent de moyenne grandeur assez 
bien conservées ; mais nous ne pûmes nous assurer si ce reptile y 
avait été enseveli par les nature , ou s'il y était accidentellement 
mort après s'y être introduit par un trou« Dans le premier cas , 
ce devrait être une espèce de crotaJus ; car on sait que beaucoup 
d'Indiens ont encore de la vénération pour cette espèce de ser» 
pent. Cette découverte rend probable l'opinion que les Améri- 
cains offraient un culte aux serpens à sonnettes , et qu'ils les en- 
terraient religieusement après leur mort , comme les Égyptiens 
enterraient leurs ibis (i). » 

Les ca{utaines Lewis et Clarke, lors de leur expédition à l'Océan 
Pacifique , en x8o4 1 x&>6 et 1806 , remarquèrent, en remontant 
le Missouri, plusieurs tertres et fortifications , dont l'une , dans 
l'ile de la Bonne*Femme , è 976 milles du Mississipi. 



(i) Account of an easpeditian fiom theeotnmanâ 

PiUsàurgh io Ae Bocfy manUams^ per^ p. 69 et soi? 

formed in Ae years 1819-ao, vnàer /^Ma, i8a3. 



( 437 ) 

CHAPITRE m. 

DESCRlPTIOm DE DlTEftS MOlftUEnS QV^O» OBSEHVB DAKS LES iTAT$*l3NlS. 

Muraâks parallèles en pierre. 

Il existe beaucoup d^ouvrages de ce genre dans différentes par- 
ties du pays, particulièrement le long de rOhio (i), duScioto, de 
la Kenhawa, et du Big-Sandy. Ils sont toujours de forme oblon- 
gue ou circulaire, et placés à une certaine distance des tertres avec 
lesquels Us n^ont aucune communication* Les murailles circulaires, 
qui se trouvent généralement dans le voisinage immédiat de ces 
derniers , sont construites en terre* Elles ont de 1 5 à 3o pieds de 
largeur , et quelques pieds seulement d^élévation au - dessus de la 
surface du sol.Le centre en est la partie la plus haute, et des deux 
côtés, elles s^abaissent par une pente insensible. On suppose que ces 
ouvrages étaient destinés à la célébration des jeux. 

Il y a, près de Piketon, sur le Scioto (2), à neuf milles au-dessus 
de Chillicothe , deux murailles parallèles qui peuvent avoir vingt 
pieds de haut. Le chemin qui conduit delà rivière à Portsmoqth, 
passe au travers de ces murailles ; elles conduisaient à trois tertres 
assez élevés, situés sûr une colline. 

Ouçertures souterraines appelées puits. 

Sur les bords du Licking, à quelques millesau-dessous deNewrka, 
il existe plus d*un millier de ces ouvertures, dont^quelques-unes ont 
encore de vingt à trente pieds de profondeur, sur trois de largeur. 
Un particulier s^est presque ruiné en faisant faire des fouilles dans 
ces cavités et aux environs, pour y chercher des métaux précieux : 
il n'y trouva que des cristaux de roche , du quarz agate grossier 
(homstone)^ pour armer les flèches et les lances, et un peu de fer, 
de plomb et de soufre. M. Atwater, qui les a fait connaître dans 

(i) Vùy. pi. XII, fig. 4. (2) Ihid. fig. S. 



( 438 ) 

VArchœologia Americana^ pag. i3i, pense que les Indiens ont 
creusé ces trous pour en tirer ces objets d^utilîté et de parure ; 
mais il est plus probable quHls leur ont servi d^habitation. 

Il ne faut pas confondre ces puits avec de grandes cayités ap- 
pelées sinkholesj qui se trouvent dans tout ce pays ; ces dernières, 
de la forme de cônes creux , ont de 90 à 600 pieds de diamètre 
à la surface du sol. Elles sont si profondes que la dme des grands 
arbres qui y croissent , est à peine visible. On entend générale- 
ment le bruit d^un ruisseau qui coule au fond , et dans quelques- 
unes on Faperçoit même à découvert. 

Monument curieux qui a fait croire à quelques auteurs que les 

Phéniciens ont visité V Amérique. 

Ce monument hiéroglyphique appelé Wriling Rock ou Dighton 
Rocky est un bloc de gneiss ou de granit secondaire, situé à Test de 
Fcmbouchure delà rivière Taunton, dansFétat deMassachusetts(i ). 
Sa largeur, à la surface du sol^ est de dix à douze pieds environ, à 
la marée basse ; mais lorsqu'elle est haute , son sommet se trouve 
recouvert de deux à trois pieds d'eau. On a me^ré la base du côté 
principal, qui présente une surface de x i pieds 7 pouces, sur 5 pieds 
I pouce de hauteur; et son plan a une inclinaison d^environ 60 de- 
grés. Les deux autres côtés correspondent avec le principal et for- 
ment une espèce de pyramide* La surface en est polie, d'une cou- 
leur pourpre au sommet , moins foncée au milieu, et verdâtre à sa 
base. L'intérieur est d'un gris clair. La peinture à Thuile qui en a été 
faite par M. Kendall, donne une idée plus exacte des caractères qui 
y sont tracés, qu'aucune description ne pourrait le faire. Ces carac- 
tères ne sont que des traits, et paraissaient, pour la plupart, avoir 
été sculptés avec un instrument de la forme d 'un segment de cylin- 
dre. La profondeur des lignes, d^ns la partie basse, n'es^cède nulle 
part un tiers de pouce, et leur largeur varie d'un demi-pouce à un 
pouce. La fijgure placée au sommet , et presqu'au centre de l'ins- 

(0 y^y* pi- XII> fig- '• 



V. 



(439) 

cription , semble avoir un caractère particulier et est plus forte- 
ment tracée ; mais il est difficile de découvrir , dans ces étranges 
figures triangulaires, des têtes huniaines, des caractères phéniciens 
ou des preuves de Torigine des peuples de TAmérique. 

M. Mathieu , écrivain français , avance sans aucune preuve que 
les caractères hiéroglyphiques, empreints sur le rocher de Dighton , 
furent exécutés par les Atlantides, vers Fan du monde 1902 ; il 
dit que In , fils dlndios , roi d'Atlantide , est nommé , dans Tins- 
cription, comme chef de Texpédition qui alla en Amérique pour 
y former un traité de commerce ; que ce même In devint le père 
d'une famille distinguée en Chine, et vivait du temps de Yao^ en 
Tannée 2296 , c'est:-à-dire quarante-huit ans après la submersion 
de Pile Atlantis, ou 1800 avant Tcre chrétienne. M. Mathieu ajoute 
que ces caractères sont les mêmes que ceux qui sont employés 
dans le système numérique des Chinois, ressemblant à celui qui était 
en usage chez les Romains, qui prétendaient Tavoir reçu des Pelas* 
gienS; lesquels eux-mêmes en étaient redevables à Atlantis. 

Ce rocher fut examiné , dans le courant de Tannée dernière , 
par les auteurs d'un ouvrage récent (i)., qui pensent que Tins- 
cription est d'origine phénicienne ; que quelques-unes des let- 
tres sont très-frappantes , notamment celles qui ressemblent 
aux lettres et aux figures P, W. X , 7 , 9 , à un triangle et à un 
trident. Il y en a aussi d'autres qui ont quelque analogie avec les 
lettres A, M, Q^ et plusieurs images figurées. Au bas de l'inscrip- 
tion est un oiseau , ancien symbole de la navigation, ayant la tête 
tournée en haut ; cette partie ne fut point observée par les au- 
teurs, parce qu'elle était alors couverte de limon ; mais elle l'a 
été par l'honorable M. Francis Baylies qui les accompagnait , et 
p^r le docteur Baylies qui l'a indiquée dans le dessin qu'il a fait de 
l'inscription (2). 

(i History ofthe staie ofNeof-York^ Mémoires de rAcadëmie des Arts et 

by MM. Yates and Mouflon^ p. 86. des Sciences de Caïqbridge, publié en 

(a) Dans le a* vol., i'^ partie des 1793, il y a une description de ce ro- 

II. 56 



.C44o) 

Autres Inscriptions gradées sur les rochers. 

M. Kendall cite (t) , diaprés les manuscrits du docteur Stilèfs et 
d^autres écrivains , plusieurs t'ochers également couverts de ca- 
ractères : 

i^ Dans les communes de Tiverton et de Ratford , état de 
Massachusetts ; 

2* A New-Port , dans TÉtat de Rhode-Island; 

3^ A Scaticook, sur le Housatonic,état de Connecticut; 

4* A Brattleborough , sur le Connecticut, Etat de Vermont; 

5^ Dans une grande chaîne de rochers située au sud-est de 
rOhio, à environ deux milles au-dessous de Tembouchure de la 
rivière appelée Indian ou Kings^-Creek j à cinquante milles au- 
dessous de Pittsburg (i) ; 

6® Sur TAlatamaha , en Géorgie ; 

7** Sur PAlIeghany , à 1 5 milles au-dessous de Chenango, iio 
au-dessous du fort Pitt et 70 au-dessus du lac Erie ; 

8* Sur la rivière Cumberland , près de Tendroit appelé Rock- 
Castlc'Neck . 

Au confluent des rivières d^Elk et de Kanhawa , vers les 38* 2' 
de latitude, on trouve un objet qui peut donner une idée du tra- 
vail des Indiens et de leurs progrès dans la sculpture. C*est un 
rocher de grès très-dur , situé à quatre milles du lieu dont la lati- 
tude vient d'être énoncée , et à deux milles de celui qu'on a im- 
proprement appelé source brûlante. La pente de ce rocher se pro- 



cher , avec une copie âe TinscriptioD, 
par James Wînthrop; et le 5* vol«, pu- 
bliéen 1 80g, contîentun mémoire de 16 
pages, sur cette pierre, par M. Kendall, 
ainsi que le dessin dont on a parlé plus 
haut. Avant la première époque on en 
avait rendu un compte imparfait dans les 
Transactions philosophiques de Londres ; 
et M. Sewal professeur de langues orien- 



tales! Cambridge, dansTéiatdeMatsa- 
chusetts, avait envoyé à IVL deGebelin 
le dessin de ce monument, où ce der- 
nier crut voir descaractères phéniciens» 

(î) Voy. vol. m, chap. 79, Traoek 
through the narthern parts 0/ ihe UnUed 
States^ Nev9-York^ 1809. 

(2) Voy. doctor Barton's Observations 
concêming some remains 0/ antupiày. 



< 44i ) 

longe jusqu^au bord delà riyière^etpréaeBfesune nirfacewiie de 
plus de douze pieds de long et de neiif de large ; le côt^ jde Veft a 
htrit ou neuf pieds d'épaisseur. 

Sur le plan supéneor de ce rocher^ ainsi que sur le côté, on voit les 
contours de plusieurs figures dont quelques-unes sont plus grandes 
que nature. La profondeur des traits peut être d W demirpouce , et 
leur largeur de trois quarts en quelques endroits. Ces figures soi|t : 

1^ Du côte de la ririère , une tortue ; 

2® Un aigle avec les ailes déployées , exécuté ayec beaucoup 
d'expression, particulièrement la tête ; 

3^ Un enfant dont les traits sont très-bien traeésj; 

4^ Plusieurs figures sur une ligne parallèle , notais parmi les- 
quelles on ne peut distinguer que celle d'une femme ; le reste est 
très-embrouille ; 

5^ Sur le côté sont deux figures remarquables : la première est 
celle d'un homme avec les bras étendus» dans l'attitude d'une pei>- 
soniie qui prie ; sa tête se termine en pointe , ou plutôt il semble 
avoir sur la tête quelque chose de forme triangulaire ou conique ; 
l'autre représente une figure semblable, suspendue avec une corde 
par les talons. Cette sculpture rappelle l'histoire d'un missionnaire 
du Canada qui fut traité de cette manière (i); mais il est douteux 
qu'elle fasse allusion à cet événement. 

On voit aussi un dindon mal exécuté et quelques autres figures. 

Il a fallu bien plus de travgil et de patience pour tailler un toc, 
si dur que l'acier peut à peine l'entamer , que pour construire 
des clôtures en terre dans un sol mou et fertile (2). 

Bjochers porlani V empreinte de pieds humains. 

Le rocher sur lequel se trouvent ces empreintes de pieds hu- 
mains, est une' pierre calcaire d'une couleur bleue grisâtre , qui a 

(i) Elle est rapportée par le Père (i) American philos. Transactions^ 

Hennepin.. vol. 6, n^ 26* 



( 442 ') 

été détaché de. la masse qui borde ié Mississipi à Saint-Louis ; 
et qui fait partie de cette chaone de rochers . calcaires sur laquelle 
la ville est bâlie (i). Elle renferme les restes bien conservés d^eo- 
crinites, d'échinites et d'autres fossiles. Ce même rocher a fourni 
les pierres qui ont servi à construire la ville de Saiiit-Louis et les 
ouvrages militaires élevés aux environs , par les Français et les 
Espagnols, il y a plus de soixante ans. 

Ce bloc, qui a sept ou huit pieds de long sur trois ou quatre de 
large, a été séparé du rocher par John Jones, maçon à Saint-Louis, 
et vendu par lui à M. Rappe, de TÉtat dlndiana, qui Ta fait trans- 
porter à sa propriété d^Harmony, sur la rive gauche de la'Wabash. 

On se demande à quelle époque ces empreintes ont été faites. 
Elles ont été vues par les premiers colons, sans qu'on puisse, pour 
cela, trouver de renseignement sur leur origine. Onprétendqu'elles 
datent de la formation du rocher, vu qu'elles ont la même appa- 
rence, c'est-à-dire le même poli. Mais M. H. Benton, de cette ville, 
membre du congrès, des Etats-Unis, prétend que cette pierre est 
un ouvrage de l'art, dont l'origine remonte à celle des tertres et des 
fortifications de la vallée de POhio : il fonde son opinion, i^ sur la 
dureté du rocher ; 2"^ sur ce qu'il n'existe point de sentiers qui y 
conduisent ; ^ sur la difficulté de supposer un changement de 
consistance subit dans le rocher , après avoir reçu ces empreintes. 
On oppose encore l'exécution soignée et surtout très-naturelle des 
pieds, et l'impossibilité de les formerons employer ni fer ni acier. 

L'autre empreinte remarquée sur cette pierre , ressemble à un 
morceau de papier; elle a deux pieds sept pouces de longueur sur 
douze pouces et demi dans sa plus grande largeur (2). 

(i) Des empreintes tout'à-fait sem- chemens nous paraissent digne de fixer 

blables ont été copiées sur les terrasses l'attention. 

destemplesdeThèbesenÉgypte,prin. ç^) Traaeis in ihe middie pariions of 

cipalemen t du vieux temple de Karnak, ^^ Mississipi Valley , by M. Schoolcraft , 

Onen voitaussi de semblablesdans les ( çj,, VIII ) New-York, iSaS. Voy. 

temples de Tlnde, notamment à Nak- planche XIII, fie. 2. 
haur dans le South Bihar. Ces rappro- 



(443) 

Autres Pierres supposées hiéroglyphiques. 

On a aussi découvert, sur divers points des Etats-Unis, des 
pierres plusou moins remarquables; Pune entre autres, gisant dans 
un champ près des tertres de Marietta, qui est plate, unie et percée 
de sept trous. Une autre, trouvée en 1791, sur le bord oriental de la 
Scneca , auprès des anciennes fortifications, avait cinq pieds de 
long sur trois de large et six pouces d'épaisseur. Cette pierre, très- 
unie , était couverte de figures qui semblaient y avoir été sculptées 
à Faide du ciseau, et qu'on a supposées être hiéroglyphiques (i). 

Il a déjà été question d'une pierre couverte d'inscriptions, qui 
a été trouvée à 900 milles O. de Montréal , par une expédition 
que le chevalier de Beauharnais , gouverneur du Canada , avait 
fait partir pour l'Océan Pacifique (2). 

Les j^res Allouez et Dablon , en remontant , en 1672 , la ri- 
vière des Renards, aperçurent , au bord d'un de ses rapides , une 
espèce d'idole grossièrement exécutée, et qui paraissait plutôt un 
de ces caprices de la nature auxquels on croit trouver quelque 
ressemblance avec les ouvrages de Tart. C'était un rocher dont 
le sommet, vu de loin , représentait une tête d'homme ; les sau- 
vages en avaient fait le dieu tutélaire de leur pays. Ils le barbouil- 
laient souvent de toutes sortes de couleurs, et ne passaient jamais 
auprès sans lui offrir du/^/i//i ( tabac ), des flèches ou autres choses 
semblables. Les missionnaires, pour convaincre ces infidèles de 
l'impuissance de leur divinité , la précipitèrent dans le fleuve (3). 

Objets découQerls sous la surface du sol. 

On doit aussi placer au nombre des antiquités de l'Amérique, 
les murailles en pierre, les puits dont les côtés sont revêtus de bri- 
ques, des briques parfaitement exécutées, les charbons, les 
cendres , les tisons, le bois fendu et divers ustensiles et instrumens 

{i)NetV' York magazine^ t. IV, 179a. (3) Charieyoîx, Noavelle«Fraiice, 

(a) Foy. p. 378-74. tom. I, liv. 10, Paris , i744- 



- ( 444 ) 

qÉon a trouvés sous terre, à la profondeur de vingt, trente , et 
même de cinquante pieds. 

Les premiers Suédois qui arrivèrent sur les bords de la Delà- 
ware , trouvèrent, à vingt pieds sous terre , à Pendroit où ils fon- 
dèrent rétablissement de Hcisingburg , un peu au-dessous de rem- 
placement actuel de Salem , plusieurs puits revêtus de murs. En 
creusant de nouveaux puits à quelque distance des premiers , ils 
recueillirent des débris de poterie de terre et des briques entières. 
Selon la tradition indienne, ces puits ont été faits long-temps avant 
l'expédition de Colomb. 

Ce qu'il y a d'étrange , c'est que ces briques , qu'on rencontre 
quelquefois à la surface du sol, en labourant, étaient entièrement 
inconnues aux indigènes de l'Amérique, vers la fin du 1 5* siècle (i). 

Feu le docteur Barton rapporte qu'en 1751 , quelques labou- 
reurs découvrirent, aux environs de la ville de New-York, à en- 
viron huit pieds sous terre , une muraille de pierre de quatre à 
cinq pieds d'épaisseur. 

En 1748, des ouvriers qui travaillaient, près de Wilmington, 
sui: la Christina-Kill, affluent de la Delaware , à élever une re- 
doute , découvrirent , à trois pieds sous terre , de vieux outils en 
fer, des haches , des pelles, etc., qu'on aurait pu croire d'origine 
indienne , si on n'y eût trouvé en même temps une pièce de mon- 
naie suédoise, de l'année i663 : elle portait, d'un côté, les armes 
de la maison de Wasa, avec celte inscription ; Christina , D. G. 
De. Re. SP'E.y ou Christine, par la grâce de Dieu , élue reine de 
Suède, et de l'autre : Moneia nooa regni Suee.^ ou monnaie nou- 
velle du royaume de Suède (2). 

En creusant un puits dans une colline située prèa d'un ruisseau, 
à huit milles de la Delaware, on a trouvé Une quantité assez con- 
sidérable de coquilles d'huîtres et de moules, du jonc et des bran- 
ches d'arbres rompues, à la profondeur de quarante pieds. 

(i) Kalm, vol. i, p. 335. (2) Kalni , vol. i, p. ia4. 



(445) 

Le bois brûle qu^on retire quelquefois de la terre i peut avpir 
ctc noirci par une vapeur minérale souterraine, 

L^argile couleur de brique , qui est un mélange de terre et de 
sable dont le sol se compose en cet endroit , ne pourrait - elle 
pas, lorsqu'elle est durcie, présenter l'apparence de briques. « J'ai 
vu , dit Kalm , de Targil dure que j'ai prise , au premier coup 
d'œil, pour des briques (i). » 

« Pendant le séjour que je fis à Marietta , dit M. Harris , j'exa- 
minai avec soin la nature du sol, partout où des ouvriers étaient 
employés à creuser des caves ; et j'eus plusieurs fois occasion 
de remarquer , à la profondeur de quatre ou cinq pieds , des 
indices d'anciens habitans. J'observai particulièrement un âtre 
en pierres plates bien posées , avec des cendres de houille , de 
charbon, ctc. 

i> À Waterford , dans un endroit où la rivière avait miné ses 
bords, je découvris un autre âtre sous les racines d'un sycomore 
qui avait plus de quatre pieds de diamètre. Le feu avait rougi la 
terre qui recouvrait ces pierres. J'y trouvai du charbon et des os. 
L'accumulation du sol et la crue d'un arbre de cette grandeur 
avaient dû être l'ouvrage de plusieurs siècles (2). » 

M. Todd assure qu'en i8og, en creusant un puits sur le ToddV 
Fork , afQuent de la petite rivière de Miami, on trouva , à une 
profondeur de dix-neuf à vingt pieds, les restes d'un arbre et 
d'une vigne ^ et plus bas, une muraille de pierre régulièrement 
construite. £n creusant quelques pieds plus loin et à côté , on fut 
arrêté par un pavé composé des mêmes matériaux. On ne put 
aller plus loin, à cause du courant. En examinant une des pierres 
de cette muraille , on a trouve que c 'était un fragment de roche 
calcaire et siliceuse , d'une figure oblongue régulière et évidem- 
ment travaillée avec un instrument en fer (3). 



(1) Kalm, tom. I, p«277- 
(a) Harris, p. 161. 



(3) En 1736, en creusant k soi 
d'Oyapoc, dans la Guyane, pour 



( 446 ) 

Idole^ vasey etc. 

On a découvert dans un tumulus , près Nashville , dans le 
Tennesée , une idole représentant un homme nu , dont les bras 
avaient été enlevés , et le nez et le menton mutilés , et qui por- 
tait une espèce de tresse et un gâteau sur sa tête. On a prétendu 
que cette idole ressemblait à celle que le professeur Pallas avait 
recueillie dans le midi de la Russie (i). 

On a aussi trouvé, il y a quelques années, à Natchez , état du 

Mississipi, une autre idole en pierre, de dix-neuf pouces de 

hauteur « et de neuf pouces de largeur, sur sept aux extrémités. 

Elle a été offerte à la Société des Antiquaires par le propriétaire, 

M. James Thompson (2). 

En fouillant près de la rivière de Sandusky , on a trouvé à six 

pieds de profondeur, une pipe travaillée avec beaucoup dç goût, 

on croit que la matière est le véritable talc graphique , dont 

on fait les idoles en Chine. Comnie il n'en existe point dans ce 

ays , on suppose que cet objet a été apporté d'Asie. 

On a trouvé, dans un ancien ouvrage sur le Cany , affluent de 
la rivière Cumberland, une espèce de vase, qui était enfoui à 
environ quatre pieds de profondeur. Le vase est composé de trois 
têtes jointes ensemble par derrière , auprès de leur sommet, au 
moyen d'un col qui s'élève au-dessus de ces têtes d'environ trois 

établir les fondemens dune église, un mât de naTire. Malheareusement 

on (ffonvà , à la profondeur de cinq elle ne fut pas mise en sûreté , et les 

pied$ ,. une petite médaille fort rouil- nègres la bràlèrent, CeUe pièce de 

lée , portant l'image de Saint-Pierre, bois , placée obliquement à la direc- 

et qui avait été exécutée dans les pre- tion du canal que Ton fouillait , le tra- 

miers temps du christianisme. versait entièrement , coupée de cha- 

Au mois de juin 1820 , en fouillant que côté d'après Talignement du talus, 

un canal dans une des habitations du Les deux bouts en sont restés sous 

canal Torcy , on trouva , à la profon- terre. (^//Ttaïuic; Guy an, de i8ai, p. 65. 
deur de huit pieds , uue pièce de bois, (1) Voy. pi. XllI , fig. 5. 

dont la forme , les dimensions , et sur- (a) Archœologia Americana , p. a 1 1 

tout la qualité, prouvaient que c'était etsuiv. 



(44?) 

pouces. Ce col est creux , a six pouces de circonférence à son ou- 
verture , et augmente en largeur en descendant. Ces têtes ont 
toutes la même dimension, c'est-à-dire environ quatre pouces 
depuis leur sommet jusqu'au menton. L'expression des traits qui 
est très'bien conservée, est absolument celle des figures tatares; 
elles ont chacune un caractère distinct : l'une représentant une 
personne âgée, et les deux autres des figures très-jeunes (i). 

La figure la plus vieille peinte en jaune autour des yeux , est 
marquée par une ligne semi-circulaire , de même couleur , qui 
va d'une oreille à l'autre : une autre ligne commence à la partie 
inférieure de l'œil , et s'étend du côté de l'oreille d'environ un 
pouce. 

La seconde représente une personne d'un air grave , mais plus 
jeune que la précédente ; elle est peinte irrégulièrement et de di- 
verses couleurs. Une raie d'un rouge brun entoure chaque œil ; 
une autre , de même couleur , commence au haut d'une oreille , 
passe sous le menton , et va rejoindre la partie supérieure de l'autre. 
Les oreilles sont aussi légèrement peintes avec la même couleur. 

La troisième figure ressemble aux autres, et ofTre de même tous 
les caractères des figures tatares. Le visage entier est légèrement 
empreint d'une couche de vermillon. Il y a, sur chaque joue, une 
marque de la même couleur, mais plus brillante , et de la gran- 
deur d'un quart de dollar. Le menton porte aussi une pareille 
marque. Une circonstance digne d'attention , c'est que , mal- 
gré l'humidité à laquelle ces couleurs ont été exposées, depuis 
plusieurs siècles, elles ont conservé tout leur éclat. Le vase a 
trois cols, chacun d'environ un pouce et demi en longueur. Sa 
matière est une belle argile , d'une couleur un peu foncée , et dur- 
cie par l'action du feu. Les têtes sont creuses , et le vase peut 
contenir une pinte (2). 

(i) Vcyez planche XIII, fignres 8 (2) Archœologia Ammcana ^ p. a38. 

et 9* Voyez la grarure. 

II. 57 



(448) 

On a trouvé , dans un tertre , à quelques milles de Chillicothe , 
une urne presque semblable à celle qui a été décrite par Pea- 
nant , dans son Voyage en Ecosse. Cette première urne avait huit 
pouces de haut et contenait des pointes de flèches , des cendres et 
des ossemens. 

Coquaies marines. 

Il a été découvert , dans une ancienne fortification , à vingt 
milles de Lcxington, dans leKentucky^ neuf coquilles du genre 
murex ou rocher. 

Les naturalistes de Texpédition du major Long ont fourni les 
renseignemens suivans sur ces testacées : « pendant notre séjour à 
Cincinnati, le docteur Drake nous montra, dans son beau cabi- 
net d^histoire naturelle , deux grandes coquilles marines , qui 
avaient été trouvées dans des tumuli indiens , situés dans le 
voisinage. Ces coquilles étaient coupées en long , et il ne restait 
plus de chacune que la moitié. On peut conclure de cette circons- 
tance que les naturels s^en servaient comme de coupes, ou quMls 
les réservaient pour des pratiques superstitieuses , soit qu^ils en 
fissent usage pour des sacrifices, soit qu'ils voulussent faire des 
libations à quelque divinité. Ces objets peuvent aussi , comme le 
cymbium des habitans de l'Archipel , avoir été employés à un 
autre usage , tel que celui du bain. 

Une dé ces coquilles ressemble au cassis corrmius , ou conque. 
Elle a environ neuf pouces un quart de long et sept pouces de 
large. 

L'autre est une coquille du genre Julgur de Monfort, et autant 
que nous pûmes en juger , pareille en tout à celles qu'on trouve à 
présent sur les côtes de la Géorgie et de la Floride orientale , et 
que les naturalistes connaissent sous le nom de fulgur perçersus , 
quoique certainement cet échantillon soit plus grand que ceux 
que nous avons vus récemment , ayant neuf pouces de long et six 
et demi de large. 



(449) 

Les auteurs ne sont pas d^accord sur le pays où se trouve le 
comutus. Suivant Rumphius , c'est à Amboyne , dans la presqu'île 
de Malacca et sur les côtes de l'île. Humphrcys prétend qu'il est 
particulier aux Indes orientales et à la Chine. Linnce croyait 
qu'il se trouvait sur les côtes d'Amérique ; mais Bruguière , auteur 
plus moderne , nous apprend que Linnée a dû être induit en er-« 
reur , et que ce coquillage est originaire de l'Océan Asiatique. 

Le cornutus devient de quelque importance dans la question de 
l'origine des Américains, qu'on fait descendre des peuples de 
l'Asie. Toutes les autorités auxquelles nous avons eu recours, à 
l'exception de Linnée , s'accordent à regarder cette grande es- 
pèce de coquille comme appartenant aux côtes de ce continent , 
ou à celles des îles qui l'avoisinent ; mais comme aucun voyageur 
n^en a découvert sur les côtes de l'Amérique , nous devons croire 
avec Bruguière qu'on n'en trouve que dans TOcéan Asiatique. 

La découverte de ce coquillage dans d'anciens tumidi mài^ns , 
semble prouver qu'il y a eu des rapports entre les faabitans du 
nord de l'Amérique et ceux de l'Asie , et elle nous porte à croire 
qu'il a dû même exister un certain commerce entre eux , particu- 
lièrement avec les îles de l'Atlantique , d'où lefulgur a été ap- 
porté. Mais quoique l'on ne puisse déduire de ce fait isolé la preuve 
convaincante que les ancêtres des Américains actuels sont origi- 
naires de l'Asie, cependant , joint aux autres preuves recueillies 
par divers auteurs , il peut du moins corroborer beaucoup cette 
opinion populaire (i). 

Momies. 

On en a trouvé plusieurs dans des cavernes calcaires du Ken- 
tucky, et particulièrement dans celle du Mammoih , qui a été 
ainsi nommée à cause de sa grande étendue , laquelle est de dix 
milles, et de vingt-cinq milles, si l'on y comprend ses })ranches. 

(t) ExpédiUondu major Long, toL i, chap. III, Phiiaddphia^ iSaS. 



(45o) 

Ces cavernes renferment une quantité prodigieuse de nitre, et 
Ton y a trouvé des momies , à des profondeurs plus ou moins 
considérables y dans des couches de terre saturées de cette subs* 
tance (i). Une de ces momies, qu^on voit dans le cabinet de la 
Société des Antiquaires , a été découverte à dix pieds au-dessous 
du sol ; elle était placée entre de larges pierres , et recouverte 
d^une pierre plate. Elle était accroupie , les genoux repliés sur la 
poitrine ; les bras croisés et les mains passées Tune sur Tautre à la 
hauteur du menton* Ces dernières , ainsi que les doigts , les on- 
gles , les oreilles, les dents, les cheveux, et généralement tous les 
traits, étaient parfaitement conservés. La peau est d une couleur 
un peu jaunâtre. On n^ distingue ni suture , ni incision qui indi- 
que que les viscères en aient été retirés. Elle peut avoir près de 
six pieds de hauteur , mais elle est tellement desséchée qu'elle ne 
pèse guère plus de douze à quatorze livres. On ne remarque sur 
le corps ni bandage , ni substance bitumineuse ou aromatique 
quelconque. L'enveloppe intérieure se compose d'une sorte d'é- 
toffe faite de ficelle double et tordue d'une manière toute parti- 
culière , et de grandes plumes brunes , entrelacées avec beaucoup 
d^art. La seconde enveloppe est de la même étoffe , mais sans 
plumes; la troisième est d^'une peau de daim ras ; et la quatrième et 
dernière , d'une autre peau de daim avec le poil. 

Le savant docteur Mitchill , qui donne la description ci-dessus, 
d'une momie trouvée aux environs de Glasgow, dans le Kentucky, 
s'empare de cette découverte pour prouver que les peuples qui 
ont habité l'Amérique , avant la race actuelle , étaient originaires 
de Malay, et ressemblaient aux naturels des îles de l'Océan Pacifi- 
que et de l'Asie Australe. Il fonde son opinion sur la ressem- 
blance qui existe entre la toile qui servit à envelopper ces mo- 

(i) Si le nitre ou salpêtre ne se les cavernes de la vallée d'Ohio, 

forme qae dans les endroits habités prouveraient qu^il devait y avoir au— 

par les hommes et les animaux, les trefois une grande population* 
amas prodigieux qui se trouvent dans 



( 45i ) 

mies et celle qu'on a rapportée des îles Sandwich et Figi (i) ; 
2* sur celle des manteaux de plumes , affectes au même usage que 
ceux des insulaires de la mer du sud; 3** sur celle des filets , qu'on 
y a également trouvés , lesquels sont travaillés avec art et soli- 
dité ; 4'' sur la ressemblance des mocasons ( chaussures ) , qui sont 
artistement confectionnés avec de Técorce d'arbre , ou des fibres 
de plantes ; 5^ sur l'analogie des morceaux de sculpture antique , 
surtout des figures humaines , qu'on trouve également à Otahiti , 
à la Nouvelle-Zélande et en divers autres endroits ; et 6" sur celle 
des fortifications , ou ouvrages de défense , élevées par ces peu- 
ples y et qui sont moins étendues que les constructions du même 
genre des habitans des îles des Amis (2). 

Verrazani rapporte qu'il jeta l'ancre dans une grande rivière, 
où la marée montait de huit pieds , et qu'étant allé dans son 
bateau jusqu'à un joli lac , d'environ trois lieues de circuit , 
qui se trouvait à une demi-lieue de la mer , les naturels vinrent 
au-devant de lui dans une trentaine de petits canots , et qu'ils 
étaient vêtus de plumes de différentes couleurs (3). 

Murailles souterraines basaltiques. 

Les murailles souterraines nommées murs naturels {natural 
ix^all ) , découve rtes il y a quelques années, dans la Caroline du nord , 
ont été attribuées aux Indiens Tuscaroras , qui habitèrent cette 
partie du pays jusqu'à la fin du dernier siècle, qu'ils furent incor- 
porés aux Oneidas. 

(x) CeUe toile , ou étoffe, est faite cana, p. 3i8-3ai, et les lettres de 

en ficelle double et tordue sans le se- J. Famkam , esq., et de Charles WU- 

cours de la roue ; la chaîne et la trame kins^ esq», dans le mjme ouvrage , 

n'en paraissent pas avoir été faites p. 363-364* 

au métier. (3) The Jint voyage maûe to thi 

(2) Voir, à ce sujet, les observa- coasU of Amenra , etc., in i58S, Hâ- 
tions du docteur MilchiU , dans le i8« 4/^^^., CoUecHon, vol. II, p. a46 , 
vol. du Médical Repository^ de New- L(^on , 1600. 
Tork, et dans V ArcJuxohgia Ameri^ 



( 452 ) 

Ces deux murs se trouyent dans le comté de Rowan , à douze 
milles au nord de Salisbury. L'un a plusieurs centaines de pieds 
de long , sur douze à quatorze de haut et vingt-deux pouces d'é- 
paisseur , et est composé de pierres de forme irrcgulière, d'un à 
douze pouces de longueur , toutes parallèles entre elles , et dans 
une direction horizontale. Ces pierres paraissent contenir du fer. 

L'autre , placé à six ou huit milles de distance , a quarante 
pieds de long sur cinq'de haut et sept d'épaisseur. On les regarde 
tous deux comme des productions de la nature , car les pierres 
qui les composent ont tous les caractères du basalte (i). 

Objets d'origine moderne. — Médailles. 

Feu M» Jehîel Grégory trouva, il y a'quelques années, à l'em- 
bouchure de la rivière de Muskingum , une médaille de plomb , 
ronde et ayant plusieurs pouces de diamètre. D'un côté , était 
écrit le nom français de la rivière, c'est-à-dire : « petite belle riçiè^ 
re » , et sur l'autre le nom de Louis XIV. 

Une autre médaille fut retirée d'un terrain d'alluvion , près de 
Portsmouth, ville située à Tembouchure du Scioto. D'un côté, 
elle représentait un cœur avec une branche de casse qui en sor- 
tait j de l'autre , un temple avec une coupole. Au sommet était un 
croissant avec une étoile au milieu du fronton. 

On a découvert aussi , il y a quelques années , dans le comté 
de TrumbuU , plusieurs pièces anglaises , représentant , d'un côté, 
George II , de l'autre , Caroline. 

A peu près vers le même temps , on trouva une médaille espa- 
gnole , près de l'embouchure du Darby-^Creék , non loin de Cir<- 
deville ; cette médaille , d'après son inscription , paraît avoir été 
donnée par un amiral- espagnol à quelque personne qui faisait par- 
tie de l'expédition deSoto en Floride ^ en x538 (2)* 

(i) Voir ma Description des ÈiaU-- (a) Archaolagia Américana^ p. 116 

l/inû, 1. 1, chap. a, et t. III , p. a55» et 117. 



(453) 

En creusant dernièrement une cave à Fayetteville , sur TEIk, à 
une petite distance d'une ancienne fortification , on a trouvé une 
pièce de monnaie romaine , qui a dû être frappée , comme l'in- 
dique l'inscription , vers l'an i5o de l'ère chrétienne. Elle porte 
d'un cdté : 



Aniomnus Aug. JPùts P. P. JII cos. 
Et de l'autre : 

AUBSUUS CJESÂK AYG. P. m COS. 

(Ântoninus AugolSîèîBPius princep. pontifex , tertiùm consul.) 



H"^.- 



( Âurelîus Caesar Aug. pontifex , tertiùm consul. ) 



^*^*^'*^ ' * »»»---■■■■■'■■■'■'■ ■'■'■■■'■'^■^^^^■^^^■•■^^^»'~^"'«'-»%^-fcx/%/m%^>^m.^i^%«>»^%,'m/%%i^<%%«%<%/%%^%»%im,^^ %««i»«/«««^^ 



CHAPITRE IV. 



REMARQUES ET RECHERCHES SUR LES AIOIQUITÉS AMÉRICAINES. 

Preuçes de V antiquité des tumuli , déduites des arbres cfui croissent 

sur leurs sommets et dans leurs fossés. 

Bans les plataniers (i), les peupliers et autres gros arbres 
qu^on a trouvés dans les tumuli^ les cercles annuels de végétation 
sont très-distincts , et indiquent à peu près Tâge de ces arbres (2). 

(i) Plaianus ocddentalisj onplaiane Fâge des arbres est reçue en justice ; 

d^ocddent. oéanmoins die n^est pas fort exacte , 

(a) Cette manière de déterminer car les semences peuvent être restées 



( 454) 

Lorsqu^on commença rétablissement de Marietta , sur le Mus- 
kingum , les ouvrages qui sMtendaient le long de cette rivière, sur 
un développement considérable, étaient couverts d'arbres de di- 
mensions prodigieuses : il y en avait même encore de très-grands 
sur les murs et les tertres, en 1787 , lors de Fexamen qu'en fit le 
docteur Cutler. On en abattit plusieurs en présence du gouver- 
neur Saint-Clair , et d'autres personnes. Ceux du plus grand dia- 
mètre étaient creux , mais un d'entre eux , qui ne faisait que 
de commencer à se décomposer , comptait quatre cent soixante- 
trois cercles concentriques, et devait avoir au-delà de ce nom- 
bre d'années. D'autres portaient de trois cents à quatre cents 
cercles ; et à la surface du sol on remarquait de vieux troncs pour- 
ris de six à huit pieds de diamètre ; et tout portait à croire qu'il y 
avait eu , antérieurement à la crue d'arbres qui s'y trouvait alors , 
une autre à peu près du même âge. Un bouleau (betula, L.) , qui 
comptait cent trente-six cercles , paraissait avoir pris la place 
d'un autre d'une espèce différente* 9 Si donc nous admettons', dit 
le docteur Cutler ; que les arbre» actuels aient quatre cent cin- 
quante ans , et que les anciens en aient eu autant y il en résulterait 
que ces ouvrages ont été abandonnés depuis neuf cents ans; et en 
supposant qu'ils aient été occupés l'espace de cent ans , leur on* 
gine remonterait au moins à mille ans. » On a trouvé d'autres ar- 
bres sur ces tertres qui pouvaient avoir , terme moyen , trois 
cents ans. 

Près de la Grave-Creek , sur l'Ohio , on voit un tertre indien, 
dont la base a environ trois cents pas de circonférence , et qui 
s'élève , en forme de cône , à la hauteur de trois cents pieds. Il 
est entièrement couvert d'arbres. I^e général Butler mesura un 



quelques années sous terre, sans se àé- se forment plus , et quelques années 
velopper. Durant la décadence des auparavant elles sont si minces , qn^il 
arbres , les couches concentriques ne est difficile de les distinguer. 



(455) 

chêne blanc de onze pieds de diamètre > qui croissait près du* 
sommet, et qu^il supposa avoir au-delà de trois cents ans (i). 

M. Michaux dit que , lorsqu^on découvrit les fortifications de 
Marietta , elles étaient surmontées d'arbres de la même espèce que 
ceux des forêts voisines , dont quelques-uns avaient plus de trois 
pieds de diamètre. Ces arbres ont tous été abattus, et le terrain 
est actuellement presque entièrement cultivé en maïs (2). 

Il y a eu, sur le sommet d'un tertre de quarante pieds de hauteur, 
situé dans les terres basses voisines de la Kenhawa, un grand chêne 
de deux pieds et demi de diamètre , qui fut abattu eu 1790. 

Selon les observations de M. Kirkland , relativement aux ou- 
vrages situés sur le Tanawandè-Greek , et sur un affluent de la 
rivière Delaware , dans l'état de New-York , ces ouvrages pou- 
vaient avoir un millier d'années , à en juger par la grosseur et la 
vieillesse des arbres qui croissaient sur les parapets et dans les 
fossés. 

 Piqua , état de l'Ohio , on a vu le tlronc d'un arbre qui avait 
deux cent cinquante couches concentriques , d'où l'on peut con- 
clure qu'il avait cinq cents ans. 

On voit , dans beaucoup d'endroits de ces monumens , des ar- 
bres aussi grands que ceux des forêts voisines. 

Autres prew^es de V antiquité de ces monumens. 

La retraite des eaux deslacs, et les changemens qui ont eu lieu dans 
le cours de plusieurs rivières, depuis que ces ouvrages ont été con- 
struits , fournissent une autre preuve de leur grande ancienneté. 
Voici ce que pense , à ce sujet , M. de Witt Clinton , gouverneur 
de Fétat de New-York : « Je crois , dit-il , qu'on peut assurer que 
toutes les hypothèses , qui attribuent ces ouvrages aux Européens, 

(i) Extrait du jonrnal manuscrit tom. III, page a^v Boston, i8io« 
d'une personne attachée à Farméc du ^^^ ^^^^^ ^ y^^^^ ^^^ ^^^^^ ^,^ 

général Saint-Clair, en 1 791 , publié j^g^a^y^^ p, ^ pa,Î3 ^ ,8^^ 
dans les Histoncal coiiectfons , etc. , 

H. 58 



(456) 

sont fausses : i^ à cause de la quantité actuelle de ces ouvrages ; 
2* de ]eur antiquité , plusieurs ayant été évidemment construits 
long- temps avant la découverte de l'Amérique ; enfin par leur 
forme qui est entièrement différente des fortifications euro- 
péennes , soit anciennes , soit modernes. 

Il y a, aussi une autre considération qui n^a pas encore été 
avancée , et qui me paraît digne d^ attention et fondée sur une 
base qu^on ne peut aisément renverser. 

Depuis la rivière de Genessée jusqu^à Lewiston , sur le Nia- 
gara , on voit une chaîne ou élévation de terre remarquable , oc 
cupant presque tout cet espace , qui est da» soixante-dix-huit milIeS; 
dans la direction de Test à Touest. 

Sa hauteur moyenne , au-dessus du sol environnant , est en gé- 
néral de trente pieds ; sa largeur varie considérablement, et dans 
quelques endroits ^ elle n'a pas plus de cent vingt pieds. Son élé- 
vation , au-dessus du niveau du lac Ontario , peut être de cent 
soixante pieds , et elle descend graduellement vers ce lac , dont 
elle est éloignée d^environ six à dix milles. Cette chaussée semble 
avoir été créée par la nature pour servir de communication. 

C'est en effet une sorte de grande route naturelle , ayant une 
pente douce de chaque côté et couverte de gravier. Avec des tra- 
vaux peu considérables, on en ferait lameilleureroutedesEtats-Unis. 

Il y a quelque raison de croire que cette élévation remarqua- 
ble fut autrefois la limite du grand lac Ontario. Le gravier dont 
elle est couverte y a été déposé par les eaux , et les pierres indi- 
quent partout , par leur forme , le frottement et le mouvement 
produits par cet élément. Le long des bords de tous les lacs et ri- 
vières de r ouest , on rencontre de petits monticules ou amas de 
gravier d'une forme conique , élevés par les poissons pour dé- 
fendre leurs œufs. On en a trouvé de sentiblables , dans un état à 
ne pas s'y méprendre, au pied de la hauteur en question, du 
côté du lac ; mais on n'en a découvert aucun du côté opposé. 

Toutes les rivières et tous les ruisseaux qui se déchargent dans 



(45?) 

le lac au midi , ont leurs embouchures obstruëes par du sable dans 
un certain endroit , à cause de la violence des vents du nord- 
ouest. Les sources des criques » qui passent à travers cette éléva- 
tion de terre, correspondent exactement avec leur embouchure 
dans les lacs. 

On peut conclure de ces faits quUl y a peut-être un ou deux 
mille ans que le lac Ontario s'est éloigné de ce terrain élevé. La cause 
de la retraite des eaux de ce lac peut être attribuée à Télargisse- 
ment de sa première embouchure , ou au rétrécissement de ses 
eaux ( aidé peut-être par un tremblement de terre ) , qui se se- 
raient frayé un passage jusqu'au Saint-Laurent , comme THud- 
son aux hautes terres ( Highlands ) , et la Mohawk aux petites 
chutes ^itOeFalls). 

Au midi de cette grande élévation , et dans toutes les direc- 
tions de ce côté , on a trouvé des restes nombreux de fortifica- 
tions. Mais au nord y c'est-à-dire du côté du lac , on n'en a pas 
découvert une seule trace , quoique le sol ait été exploré avec soin. 

Prenant maintenant en considération la distance qu'on a dit 
être de soixante-dix-huit milles, ajoutant que le bord du lac devait 
être naturellement la place qu'on aurait choisie pour former des 
habitations , et conséquemment des ouvrages de défense , à cause 
des avantages que présentait cette position sous les rapports do- 
mestiques et militaires; remarquant aussi que, sur le bord mé« 
ridional du lac Érié , ces anciennes fortifications sont très nom- 
breuses , il n'y a pas de doute que ces ouvrages ont été construits 
quand cette élévation formait la limite méridionale du lac Onta- 
rio; et en conséquence leur origine doit remonter à une très- 
haute antiquité (i). » 

Les Indiens modernes Tèô connaissent pas l'usage des tertres. 
Les tombes des Américains, de nos jours, sont généralement des 

(i) Memoir on Ûu antitputies of thestaie qf Neah-York^ hy de WîU Clinton, 



(4«8) 

trous étroits creusés avec des pieux pointus, et qu'ils garnis^ 
sent d'ëcorce et de nattes. Ils y déposent les corps dans une posi- 
tion accroupie , et les recouvrent d'abord de bois et d'écorce et 
ensuite déterre et de pierres. Ils entourent ensuite la fosse de plan^ 
cbes, d'écorce, et de charpentes qui se joignent au sommet et 
présentent la forme d'un cône* 

Hériot dit que les Yirginiens ne creusaient jamais la terre que 
pour faire des fosses qui avaient environ trois pieds de profon- 
deur. 

Le capitaine Smith dit que , pour les enterremens ordinaires , 
les Virginiens creusent un trou profond dans la terre, avec des 
pieux pointus; qu'ils enveloppent le corps de pelleteries et de 
nattes , le placent entre des morceaux de bois , déposent à côté 
de lui ses bijoux , et le recouvrent ensuite de terre. 

Ghamplain , en parlant des cérémonies funéraires des Cana- 
diens , dit que , lorsqu'il en mourait un , ils creusaient un trou 
dans lequel ils jetaient tout ce qu'il possédait , ses chaudières , ses 
pelleteries , ses haches , son arc et ses flèches, ses vétemens , etc., 
qu'ils y descendaient ensuite le corps qu'ils recouvraient de terre 
et de gros morceaux de bois , et qu'ils plantaient après , à l'en- 
droit, im pieu dont ils peignaient le bout en rouge. 

Laudonnière , dans sa Description de la Floride dit que , 
a lorsqu'un roi meurt , on l'enterre avec la plus grande pompe ; 
qu'on dépose dans sa tombe la coupe dans laquelle il avait coutume 
de boire ; qu'on fiche autour une grande quantité de flèches, çt 
que ses sujets pleurent et jeûnent pendant trois jours. Tous les 
rois ses amis en font autant, et coupent la moitié de leur cheve- 
lure, en signe de l'affection qu'ils lui portaient. Pendant six lunes, 
des femmes , nommées à cet effet , déplorent la perte du roi , et 
l'appellent à haute voix, trois fois par jour : le matin, au milieu 
de la journée j et le soir. On renferme dans sa maison tout ce qu'il 
possédait , et on y met le feu , pour que rien de ce qu'il avait ne 
serve après sa mort. Les mêmes cérémonies se pratiquent à l'en- 



( 459 ) 

terrement des prêtres. Leur intention , en ensevelissant avec les 
morts les objets de prix qui leur appartenaient > est de leur pro- 
curer une bonne réception au village des âmes ou des esprits. » 

« Il me parait, dit le père Charlevoix , que les Indiens portent 
sans aucune cérémonie, le corps au lieu de sa sépulture ; du moins, 
n^ai-je rien trouvé sur cela dans aucune relation ; mais quand il 
est dans la fosse , on a soin de le couvrir de telle manière que la 
terre ne le touche point : il y est comme dans une cellule toute 
tapissée de peaux , beaucoup plus riche et mieux ornée qu^une 
cabane. On dresse ensuite un poteau sur la tombe, et on y attache 
tout ce qui peut marquer Festime qu^on faisait du mort. On y met 
quelquefois son portrait , et tout ce qui peut servir à faire con- 
naître aux passans qui il était , et les plus belles actions de sa vie. 
On y porte le matin de nouvelles provisions, et comme les chiens 
et d^autres animaux ne manquent point d^en faire leur profit, on 
veut bien se persuader que c^est Tame du défunt qui est venue y 
prendre son repas. 

» Quand quelqu'un meurt dans le temps de la chasse, on 
expose son corps sur un échafaud fort élevé , et il y demeure jus* 
qu'au départ de la troupe , qpii l'emporte avec elle au village. Il y 
a même des nattons qui en usent ainsi à l'égard de tous les morts , 
et je l'ai vu pratiquer aux Missisaguez du Détroit. Les corps de 
ceux qui meurent en guerre sont brûlés , et leurs cendres rap- 
portées pour être mises dans la sépulture de leurs pères. Ces sé- 
pultures sont , parmi les nations les plus sédentaires, des espèces 
de cimetières près du village. D'autres enterrent leurs morts dans 
les bois au pied d'un arbre , ou les font sécher et les gardent 
dans des caisses jusqu'à la fête des morts (i). » 

Les Indiens d'aujourd'hui croient que l'ame , séparée du corps, 
conserve les mêmes inclinations qu'elle avait auparavant ; c'est 
pourquoi ils enterrent avec les morts tout ce qui était à leur usage. 

(i) Charlevoix, Journal Historique j\ti\xeTiSljU}m, III, Paris, 1744* 



( 46o ) 

« Au lieu que parmi nous , continue Charlevoix^ la dépouille des 
morts enrichit les vivans; chez eux , non- seulement on emporte 
dans le tombeau tout ce qu'on possédait , mais on y reçoit encore 
des présens de ses parens et de ses amis. Aussi , ont-ils été extrê- 
mement scandalisés quand ils ont vu les Français ouvrir les sé- 
pulcres pour en tirer les robes de castor dont on avait vêtu les 
défunts. Les tombeaux sont tellement sacres dans ce pays , que les 
profaner, c'est la plus grande hostilité qu'on puisse commettre 
contre une nation , et la plus grande marque qu'on ne veut plus 
rien ménager avec elle (i). » 

Smith , dans son Histoire des Jerseys , dit que c'était une cou- 
tume chez les Indiens du Jersey occidental , lorsqu'ils enterraient 
leurs morts , de placer dans la tombe les objets dont l'usage était 
familier au défunt , des arcs , des flèches , et quelquefois le iPam- 
pum , comme des gages de leur affection. Quand une personne 
de marque mourait loin du lieu de sa résidence , on y portait sts 
restes pour les y enterrer. Ces Indiens purifiaient et embaumaient 
le corps , lai peignaient la face , l'accompagnaient en procession, 
le plaçaient dans une portière assise , et le recouvraient d'une 
sorte de pyramide. Ils avaient soin de conserver les tombeaux en 
bon état, et allaient souvent les visiter avec un très-grand recueil- 
lement (2). 

Le révérend M. Heckewelder, dans son Histoire des nations 
indiennes, raconte qu'il assista un jour aux funérailles d'une 
personne du plus haut rang (la femme du vaillant chef Delaware 
Shingask)\ qu'on plaça dans la fosse un pieu surmonté de figures 
emblématiques, et tournées vers le soleil levant ; que des femmes la 
comblèrent ensuite et la couvrirent d'écorce et de feuilles sèches; 
et que s' étant après retirées , les hommes l'entourèrent de mor- 
ceaux de bois à hauteur d'appui y pour la garantir des béfes féroces. 

(i) Charlevoîz, Nouvelle-France, XXIV, Paris, i744- 
tom. III, Journal Historique^ lettre (2) SmiOt's Jersey , f. iS;, 



« 

^ 



( 46i ) 

Ce missionnaire ajoute que lorsqu'un Indien meurt à quelque 
distance de chez lui , on a grand soin de recouvrir sa tombe de 
gros morceaux de bois , de crainte que les loups ne déterrent le 
corps pour le dévorer. Lorsque le temps et les circonstances ne 
permettent pas de prendre cette précaution , quand ils sont en 
voyage , par exemple , ils enveloppent le corps dans de Técorce 
d^ai*bre, et le déposent ainsi dans la tombe. S41 en meurt un 
dans un camp de chasse , ils lui font une espèce de bière , ou 
recouvrent le corps de manière que la terre ne le touche pas ; 
après quoi ils entourent la tombe d'un treillage. 

Les guerriers tués dans le combat sont enlevés du champ de 
bataille et enterrés, toutes les fois que cela est possible, pour que 
Tennemi ne leur 6 te pas le crâne , et ignore le nombre des morts. 
Ils déracinent à cet effet un vieux tronc d^ arbre , et creusent au- 
dessous un trou assez profond pour que Tarbre , remis à sa place, 
n^atteigne pas les corps. Afin qu'on ne soupçonne pas le lieu de 
leur sépulture , ils recouvrent la terre nouvellement remuée de 
bois mort , de feuilles , ou de broussailles ; mais s41s n'ont pas le 
temps de les enterrer , ils entassent les cadavres les uns sur les 
autres , entre de gros morceaux de bois , et recouvrent le tout de 
branches mortes et de broussailles. Il ne leur arrive jamais, à moins 
de force majeure, d'abandonner leurs morts sans sépulture (i). 

Les Indiens modernes ne se servent jamais de retranchemens. 

Nous allons tâcher de prouver , par le témoignage d'auteurs di- 
gnes de foi , que les Indiens d'aujourd'hui n'ont jamais recours à 
des retranchemens, pour se défendre, mais seulement à des palissa- 
des. Nous regrettons d'avoir à émettre sur ce point une opinion 
différente de celle de M- de Volney. 

Lorsque Jacques Cartier arriva à Hochelaga (Montréal) en 1 535, 

(i) Transadùms qf ihe historical and losophical sodefy ^ p. 268-977, PhSa'^ 
lUenuy commiUee of Ûie American phi^ deîphia^ 181 g. 



( 462 ) 

cette bourgade composée d'Iroquois et de Hurons , comprenait 
environ cinquante grandes cabanes , entourées de trois clôtures 
de palissades. On y entrait par une seule porte , et le long de la 
première enceinte , il y avait des amas de pierres et de cailloux , 
pour lancer sur Tennemi. 

Samuel Champlain raconte que , se trouvant , le dernier jour 
de juin 1606 , à Pembouchure de la rivière des Iroquois, où des 
Indiens , venus pour leur déclarer la guerre , étaient retran- 
chés , il remarqua que leurs fortifications consistaient en un grand 
nombre de pieux fort rapprochés les uns des autres , garnis dé- 
corée de chêne , et aboutissant d^un côté à la grande rivière du 
Canada , et de Tautre à celle des Illinois. Ces ouvrages, toutefois, 
ne servirent qu^à leur donner le temps de monter dans leurs canots 
qui les attendaient sur le rivage. 

Lescarbot rapporte , dans son Histoire du Canada , que quatre 
cents sauvages partirent d^une ville entourée de palissades , pour 
aller faire la guerre aux Armouchiquois. 

Le père Sagard Théodat , en parlant des Hurons , dit : 
« Quand la guerre est déclarée, on détruit les bourgs, hameaux, 
villes et villages frontières incapables d'arrêter Tennemi ; sinon, 
on les fortifie , et chacun se retire dans les villes et les lieux for- 
tifiés de sa juridiction. Us font porter sur les guérites des pierres 
et de l'eau t pour s'en servir dans Toccasion. » Plusieurs font des 
trous dans lesquels ils enfouissent ce qu^ils ont de meilleur (i). 

Penn , qui a décrit d^une manière si particulière (2) les mœurs 
et les coutumes des Indiens de la Pensylvanie , alors très-bel- 
liqueux , ne fait aucune mention de fortifications. Il dit que 
leurs cabanes étaient faites de nattes et d'écorces d'arbres placées 
sur des perches, à la manière des granges d'Angleterre , et à peu 



{\) Le grand Voyage , du pays des (a) Dans sa Notice sot la Pensylra- 

Hurons, par F. Gabriel Sagard DÎe, lettre du 16 août i683. 
Théodat, p. 208, Paris, i632. 



( 463 ) 

près de la hauteur d'un homme ; et qu^ils se eouchaient sur des 
lits de roseaux et d'herbes desséchées. 

En 1674 » les Indiens Narragansets ayant décidé de chasser 
les Anglais , se fortifièrent auprès dé Uétang de Point-Judith , 
dans un terrain sec , entpuré de cèdres de marais ; leur fort 
était palissade et protégé par une plantation d'arbres de seize 
pieds de largeur, dans laquelle la seule entrée , le long de Teau , 
avait lieu sur une simple planche. Le général Winslow , qui com- 
mandait l'assaut , avait sous ses ordres mille cinq cents hommes, 
dont trois cents du Connecticut et cent cinquante Indiens. Les 
forces ennemies , d'environ quatre mille hommes, opposèrent une 
si vigoureuse résistance , qu'avant de faire une brèche, les Anglais 
perdirent six capitaines et quatre-vingts soldats (i). 

M. de la Salle rencontra, lors de son débarquement sur la route 
du Mexique , en février i685 , pour aller découvrir le Mississipi , 
un camp indien , construit sur une hauteur, et qui consistait en 
une cinquantaine de cabanes, formées de perches ployée^n deux, 
et couvertes de nattes de jonc et de peaux sèches. 

Le 17 janvier 1687, ^ arriva à un autre coteau , sur lequel il y 
avait deux ou trois cents cabanes, bâties de la même manière. Au 
mois de mars suivant , ayant pénétré dans le pays des Cenis , il 
remarqua que leurs cabanes étaient bâties de distance en distance, 
suivant que le terrain adjacent était propre à la culture. Elles étaient 
rondes, construites de même que les premières, et surmontées 
d'un dôme en forme de ruche ou de meule de foin. Quelques-unes 
avaient soixante pieds de diamètre. Ces maisons renfermaient de 
quinze à vingt ménages , ou servaient pour les assemblées publi- 
ques. Lorsque ces Indiens changeaient de demeure, ils avaient cou- 
tume de mettre le feu à leurs cabanes. Les gens de M. de la Salle 



(i) Mathers Magnolia Chnsti Ameri- Hai^en , i8ao, Impr. sar Tédlt. de Loa- 
cana^ liv. VII, p. ^gî, 2 vol., Nea^ dres de 1702. 

u. 59 



(464) 

n'aperçurent , dans tout ce pays , aucun vestige de retranche- 
ment (i). 

« Les palissades , dit le père Lafiteau y n'étant que de bois , et 
les cabanes n'étant que d'écorces , les assiégés ont beau garnir 
leurs remparts de pierres , de poutres et d'eau , ils ont beau être 
attentifs à repousser les assaillans , par une grêle de traits , ceux- 
ci portent chez eux la désolation par des flèches enflammées, dont 
un petit nombre suffit , si le vent les favorise , pour réduire tout 
le village en cendres. Us font leurs approches sans crainte , avec 
des mantelets faits de planches i qu'ils portent devant eux , et à 
la faveur desquels ils vont jusqu'au pied de la palissade « qu'ils 
sapent avec la hache ou avec le feu ; ou bien ils font une contre 
palissade , laquelle leur servant de bouclier et d'échelles , leur 
donne le moyen de franchir les retranchemens ennemis et de s'en 
rendre maîtres. C*est ainsi que j'ai vu , dans une de nos relations , 
que sept cents Iroquois avaient forcé un village de la nation 
appelée du Chat , où il y avait près de deux mille hommes pour 
le défendre , nonobstant une grcle continuelle de coups de fusils> 
qui pleuvaient sur eux de tous les côtés (2). » 

Carver dit « que les Indiens Winnebagoes, qui comptaient 
deux cents guerriers, habitaient une petite île d'environ cinquante 
acres d'étendue , auprès de l'extrémité orientale du lac qui porte 
leur nom ; et que leur ville contenait cinquante maisons , toutes 
solidement construites , et environnées de palissades (3). » 

Le capitaine Smith rapporte que , lorsqu'il relevait la côte de 
la baie de Potomac , les sauvages des environs de la rivière de 
Tockw^ogh le menèrent voir une de leurs villes palissadées. Les 



(i) Joulel, Journal Historique du p. a5a, Paris, I7a4« 

demUr voyage de la Salle, p. 76 , 166 (3) Catver'stra^ihrough ihemUnor 

et ai6; Paris, lyiS. j,aH of N. America, p. 36, fAmàon^ 

(a) Mœurs des sauvages ainéri- >77^« 



cains , par le P. Lafiteau , tome 11 y 



(465) 

murailles en étaient revêtues d'écorces , et il y avait derrière des 
espèces d^ëchafaudages , où les combattans étaient protégés par 
des parapets à hauteur d'appui , garnis également d'écorce. 

Les Canadiens ont des forts semblable^ à ceux des Yirginiens. 
Ils consistent en de vastes enceintes qui sont entourées dWbres , 
disposés en forme de palissades, et où s'élèvent des maisons à deux 
ou trois étages. Les parties inférieure et supérieure de ces derniè- 
res sont occupées par les hommes, lorsqu'ils sont attaqués par un 
ennemi, et au rez-de-chaussée, il y a d'énormes arcs, qu'il faut six 
hommes pour bander, et des flèches pour assommer les assaillans. 
Au haut des maisons, ils ont pratiqué des meurtrières ou des cré- 
neaux, par lesquels ils lancent des pierres et des traits sur l'ennemi. 
Dans la partie du milieu, ils renferment leurs femmes, leur blé et 
leui*s provisions. 

Beverley , un des premiers historiens de la Virginie , dit que 
les fortifications des naturels ne consistent qu'en une seule palis- 
sade de dix à douze pieds de hauteur , dont ils triplcnt'les pieux 
quand ils veulent se mettre tout-à-fait en sûreté. Souvent ils en- 
ferment ainsi toute une ville ; mais d'ordinaire , ce ne sont que 
les maisons de leurs rois et un certain nombre d'autres, qu'ils ju- 
gent suffisantes pour contenir tous les habitans de la bourgade , 
lorsqu'un ennemi les vient attaquer. Ils ne manquent jamais de 
placer , dans ces endroits de sûreté , les objets de leur culte su- 
perstitieux et les restes de leurs princes (i). 

En parlant des mœurs et usages des peuples de l'Amérique sep- 
tentrionale , Dupratz donne la description suivante de leurs forts, 
en temps de guerre. 

a Lorsqu'une nation , dit-il , est trop faible pour soutenir la 
guerre , elle tâche de se faire un fort pour se défendre. La mu- 
raille de ces forts est composée de gros pieux qui sont des corps 



(i) The History of Virginia. (^Beœr- Londres, 172*7.. 
{ley)', liv. 11 J , chap. 3 , ( section i3 , 



( 466 ) 

d'arbres d'une grasse de tour, de cinq à six pieds en terre , et de 
dix en dehors, et appointés par le haut; les joints de ces pieux, 
quoique ronds , sont couverts en dedans d'autres pieux d'un pied 
de diamètre. Cette muraille est garnie, en dehors, de demi-tours 
à quarante pas de distance les unes des autres : ils les font sans 
doute pour empêcher l'escalade. Le pied des pieux est appuyé en 
dedans par une banquette de trois pieds de large , et d'autant de 
haut, laquelle est elle-même appuyée de piquets fortifiés de bran- 
chages verts , pour retenir la terre qui est dans cette banquette. 
La porte de ces forts est toujours du côté de l'eau. Au milieu est 
placé un arbre dont les branches sont coupées à huit ou neuf 
pouces dti corps de l'arbre , pour servir d'échelle. Cet arbre leur 
sert de guérite (i). » 

Le major Robert Rogers, qui parcourut, vers l'an 176$, l'in- 
térieur des pays compris entre les grands lacs et le Mississipi , et 
qui connaissait plusieurs nations et tribus indiennes pour avoir eu 
des relations avec elles, dans la paix comme dans la guerre, n'y 
remarqua aucun vestige de fortifications. « Les Indiens , dit-îl , 
particulièrement ceux du sud , ont soin d'élever des retranche- 
mens, et plusieurs de leurs villes sont bienpalissadées et en état de 
résister à l'attaque d'un ennemi étranger à l'art de la guerre. On 
regardait anciennement les peuples des cinq nations , comme les 
meilleurs architectes du continent , et aujourd'hui ils ne le cèdent 
sous ce rapport qu'aux nations voisines du lac supérieur , et à 
quelques autres qui résident plus à l'ouest. Les cabanes des 
chasseurs indiens ne sont généralement que l'ouvrage d'une demi- 
heure au plus; quelquefois ils errent dans les forêts pendant des 
mois entiers, sans songer à se dresser un abri, étant seulement cou- 
verts d'une peau de bête fauve ou d'une couverture de laine (2). » 



(i) Dapraiz, Hîst. de la Louisiane , rica , by major Robert Rogers^ p. a46 
tom. II, ch. 38, Paris, 1758. et a47 , l/>ndon, 1765. 

(a) ^ concise account of norlh Ame- 



( 467 ) 

w Les villes des Virgîniens , dit Hëriot , sont peu étendues ; il 
ne s'en trouve qu'un très-petit nombre le long des côtes; elles con- 
tiennent rarement plus de dix; di)uze ou vingt maisons, la plus 
considi^rable que nous ayons visitée en renfermait trente. Il en 
est qui sont closes de murs , si Ton peut donner ce nom à des 
pieux garnis d'écqrces d'arbres , ou à d^ longues perches fichées 
perpendiculairement en terre et fort serrées les unes contre les au- 
tres. » 

Laudonnière décrit Tattaque dirigée par Utina , allié des Fran- 
çais , contre Potanou , village clos d arbres. 

Les cabanes ou habitations des Sioux, des Sacs , des Renards , 
des Kansas et des Ricaras , ne sont défendues par aucune espèce 
de retranchemens. Celles des Ricaras sont environnées d une pa- 
lissade en bois de cèdre , mais leurs anciens villages étaient clos 
de murs d'environ quatre pieds de hauteur. On en voit encore les 
vestiges en plusieurs endroits, particulièrement dans une île du 
Missouri y au 44' deg. de latitude. Les anciens villages Mandant 
avaient aussi des murailles semblables. 

Connaissances des Indiens dpns les arts mécaniques. 

A l'arrivée des Européens, les indigènes de l'Amérique n'avaient 
presque aucune connaissance des arts mécaniques. Ils ignoraient 
l'usage An fer ^ bien que ce métal abondât partout dans le pays, et 
que plusieurs de leurs villes et de leurs villages s'élevassent dans les 
endroits où Ton en exploite actuellement des mines. Ils ne con- 
naissaient non plus ni la hache ni la scie; mais ils possédaient 
beaucoup de morceaux de cuiçre et à^ argent , comme on le verra 
ci-après. 

« Les naturels de la Virginie , dit Hériot , n'avaient ni instru- 
mens tranchans , ni armes enfer ou en acier pour nous combat- 
tre , et ne savaient pas même l'art de les fabriquer. Les seules ar- 
mes qu'ils eussent étaient des arcs en noisetier , àesfièches en ro- 
seaux y et des massues en bois , plates et tranchantes , d'environ 



(468) 

trois pie4s de long ; leurs armes défensives consistaient en bou- 
dier^ d'écorce et en une espèce ù! armure ^ faite avec des bâtons 
enlaces et liés enseinble avec du fil. Tous les objets , continue le 
même historien, qu^ils virent entre nos mains, tels que nos ins- 
trumens de mathématique , la boussole , Faiguille aimantée , les 
lunettes d^approche , les verres ardens , l'es horloges sonnantes , 
les fusils , les crochets , les livres et récriture , leur parurent si 
étranges et étaient tellement au-dessus de leur conception , qu'ils 
les croyaient Fouvrage des dieux et non celui des hommes. » 

Les Indiens de la Virginie , qui firent prisonnier le capitaine 
Smith , ayant trouvé un peu de poudre à tirer , la conservèrent 
soigneusement jusqu'au printemps pour la semer ( comme ils 
auraient fait de blé ) , la prenant pour de la graine. 

Rien ne put égaler Fétonnement des Canadiens , à la vue des 
moulins à eau et à vent construits par les Français ; ils passaient 
des journées entières à les considérer , et on eut toutes les peines 
du monde à leur persuader que ce n'étaient pas des esprits qui les 
faisaient tourner. 

Les Indiens étaient généralement dans Fhabitude de frotter un 
morceau de bois sec contre un autre de bois dur, pour en tirer 
du feu. 

Les instrumens suivans étaient à peu près les seuls qu'ils con- 
nussent avant de recevoir les ou tils en fer des Européens. Leurs ha- 
ches en pierre, avaient la forme d'un coin , et un demi-pied de lon- 
gueur. Ils les emiployaient à divers usages , mais surtout à enlever 
Fécorce des arbres , dans la saison où ils perdent leur sève , pour 
les faire périr , lorsqu'ils voulaient former une plantation de 
maïs. Ils se servaient , en guise de couteaux , de morceaux de 
cailloux ou de quartz , de coquilles ou d'os aiguisés. C'était avec 
ces instrumens qu'ils construisaient leurs caitots. Ces derniers 
avaient de trente à quarante pieds de longueur , et se compo- 
saient d'un tronc d'arbre , creusé d'abord à Faide du feu , et éga- 
lisé ensuite avec la hache et le couteau. Les Indiens avaient aussi 



( 469 ) 

des pilons en pierre , d'environ un pied de longaeur , dont ils fai- 
saient usage pour broyer le blé et le maïs dans des troncs d'ar- 
bres creux. Ils fabriquaient des cuillers et des truelles avec le 
bois dur et uni dukalmia à larges feuilles {kalmia latifoUa^ L. ) , 
ce qui a fait donner à cet arbre, par un Anglais, le nom de 
spoonrtree^ arbre à cuillers. Qn n'a encore découvert )ufiqu'ici 
aucun instrument qui ait pu servir de peUe. 

Jj^xxTS flèches étaient très-artîstement travaillées. Ils les ar- 
maient de pointes angulaires de cailloux ou de quartz , de jaspe, 
de marbre dur ou de toute autre pierre pointue , et quelquefois 
même de griffes d'oiseaux et de bêles fauves. Ces dernières leur 
servaient aussi à faire des hameçons; mais leur manière la plus 
habituelle de prendre le poisson était à Taide de longues perches 
pointues du bout. 

Les pois dans lesquels ils faisaient bouillir la viande, étaient 
en pot'Stone ( ialc ) , de couleur verte ou grise. Ils leur don- 
naient une assez jolie forme , et le fond et les côtés avaient sou- 
vent plus d'un pouce d'épaisseur. Ils en fabriquaient aussi d'une 
terre noire , à laquelle ils mêlaient des grains de sable blanc et de 
quartz. Deux trous , pratiqués dans la partie supérieure , ser- 
vaient à recevoir un bâton , à l'aide duquel deux hommes tenaient 
le pot suspendu au-dessus du feu jusqu'à ce que la viande fût 
cuite (i). 

Thomas Hériot dit que les vases de terre de différentes formes 
et grandeur que les femmes indigènes de la Virginie y font , sont 
si minces et si bien travaillés, que les plus habiles potiers, avec 
leur tour et leurs autres outils , ne les feraient pas meilleurs. 

On a trouvé quelques-uns de ces pots en creusant à une 
grande profondeur. Celui qui est conservé à Shawneetown a été 

(i) Kalm , tom. I, p. 345. 



(470) 

pris à 80 pieds au-dessous du sol ; il peut contenir environ 3o à 
4o bouteilles (i). 

Kalm rapporte que le naturaliste Bartram lui montra un pot 
de terre de fabrique indienne , parfaitement exécuté et bien con- 
servé. Il n'y remarqua ni vernis ni couleur quelconque , mais 
Textérieur en était chargé d'ornemens. M. Bartram lui fit voir 
aussi d'autres morceaux de vases brisés dont les Indiens se ser- 
vaient autrefois. Ces derniers étaient faits de terre et de divers 
autres matériaux. Ceux qui provenaient d'Indiens qui auraient 
habité le long des côtes , contenaient des coquillages de limaçons 
et de moules broyés, et ceux qui avaient été trouvés plus au nord» 
se composaient d'un mélange de terre et de crystal réduit en pou- 
dre. On ignore la manière dont ces objets étaient confectionnés; 
mais il est évident qu'ils ne les faisaient pas beaucoup cuire , car 
ils étaient si mous qu'on pouvait les couper avec un couteau. La 
main-d'œuvre en paraissait bonne. Depuis l'arrivée des Euro- 
péens, les Indiens leur ont toujours acheté les pots, les chaudiè- 
res et les autres articles de vaisselle dont ils ont besoin , de sorte 
que cet art s'est entièrement perdu (2). 

Ils n'avaient aucune connaissance du verre. On dit que le chef, 
à qui le Rhode-Island appartenait, vendit cette propriété aux 
Anglais pour une paire de lunettes. 

Ils se servaient de coquillages et particulièrement de ceux du 
clam {venus mercenaria^ L. ) en guise de monnaie^ qu'ils appe- 
laient çf^ampum. Ce fut même la monnaie courante du pays pen- 
dant quelques années , après l'arrivée des Suédois et des Hollan- 
dais sur les bords de la Delaware. Six grains de ces coquilles va- 
laient un siher. 

Leurs maisons étaient généralement de forme circulaire pu 

(i) Wl Schoolcraffs tranfels in ihe cen- York , 18a 5. 
irai portion ofÛieMississipivaliey^ Nea^ (a) Kalm, tom. I, p. aSj. 



(471 ) 

ronde , et avaient de dix à douze pas de circuit* Elles étaient 
construites de charpentes disposées en demi-cercle, sans symétrie, 
séparées les unes des autres et recouvertes de nattes de paille 
assez bien travaillées (i). 

Les Indiens ne connaissaient pas Tart de dompter les animaux 
saiiçages , et de les faire servir à leurs besoins. Le chien était leur 
seul animal domestique. 

Leurs connaissances agricoles se bornaient à la culture du maïs, 
des fèves, des citrouilles, des melons d^eau et du tabac. Ils faisaient 
périr les arbres en enlevant Técorce près de la racine ; lorsqu'ils 
étaient desséchés, ils y mettaient le feu , ainsi qu^aux mauvaises 
herbes et aux broussailles qui se trouvaient à la surface du sol ; 
après quoi ils grattaient la terre avec une espèce de herse 
en bois, et en formaient de petites couches, dans lesquelles ils 
semaient du grain. Ils arrachaient le maïs avec la main , le fai- 
saient sécher au soleil , et creusaient ensuite des trous dans un en- 
droit très-sec y sur le penchant d'un colline, les garnissaient de 
nattes , et y déposaient leurs récoltes. Lorsqu'ils voulaient s'en 
servir , ils broyaient le grain avec des pierres ou des pilons en 
bois , et en tiraient une farine assez grossière. Us la faisaient en- 
suite bouillir , à l'aide de pierres rougies au feu , qu'ils jetaient 
dans de l'eau jusqu'à ce que l'ébuUition eût lieu. 

Quoique la vigne se trouvât partout dans un état sauvage , aux 
États-Unis , les naturels ignoraient l'art de faire le vin. 

Les Irocjuois avaient évidemment adopté les instrumens des 
Européens avant l'expédition dirigée contre eux par le général 
Sullivan, en 1779. La propreté de leurs villages et la culture de 
leurs champs et de leurs vergers firent l'admiration de ses troupes. 
Plusieurs de leurs maisons étaient construites en charpente, et 
leurs champs de blé avaient une étendue considérable. Dans cette 
expédition , on réduisit en cendres quarante de leurs villes , dont 

(i) Hakluyt^ The Relation of the f'ayage of Verrazano^ etc. Dieppe, iSa^, 

n. 60 



(470 

Genesëe , la plus grande, contenait cent vingt-huit maisons ; Von 
détruisit cent soixante mille boisseaux.de leurs grains, et dans un 
seul de leurs vergers , on abattit, dit-on, mille cinq cents arbres 
fiiiitiers (i). 

Les Indiens faisaient une espèce de pain avec la graine du soleil, 
et grillaient la viande et le poisson sur la braise ardente. 

Us fabricjuaient leurs vétemens et leurs couvertures avec des 
peaux de bison , d'ours , de castor , de raton laveur et de daim , 
cousues avec beaucoup d'art. Ils avaient soin que le poil ou la 
fourrure fût tournée dans le même sens, pour les rendre impéné- 
trables à la pluie. Us se servaient, pour raser la peau de ces ani- 
maux , d'une des grandes côtes du daim ou du bison. 

Laudonnière rapporte qu'il a vu sur Te lit du roi Ouade, qui ha- 
bitait sur les bords de la rivière Belle , des couvertures brodées 
et surchargées de devises artistemcnt travaillées , et garnies de 
franges de couleur écarlate. Ce roi fit remplir la pinasse de millet 
et de fèves , et donna pour présent à Laudonnière cinq couver- 
tures en tapisserie. 

Smith dit que plusieurs Yirginiens portaient des manteaux en 
plumes de dindon, si artistement travaillés et si bien cousus > 
qu'on n'apercevait absolument que les plumes. Us étaient aussi 
très-chauds et fort jolis. 

Les Indiens faisaient des vétemens et des couvertures avec des 
plumes d'oiseaux, qu'ils tissaient avec des fils ou une espèce de 
ficelle faite de l'écorce du chanvre sauvage ou de la ronce. Us 
préféraient pour cet usage les plumes de l'oie ou du dindon 
sauvage ( Meleagris syiçestris , V. ). 

Us se servaient des mêmes matériaux pour faire leurs happis , 
ou bandes, à l'aide desquelles ils portaient leurs sacs ou tout autre 
fardeau. 

(i) Heriofs Unçeis throughtiie Canadas y p. 3i6, London, 107. 



( 473 ) 

Laudonnière parle d^une fête appelée Toya^ à laquelle les Fran- 
çais , qui étaient restés au fort Charles , furent invités par le roi 
Audusta , et dans laquelle les Indiens , qui devaient y jouer un 
rôle , avaient le corps peint et orné d^un riche plumage de diffé- 
rentes couleurs. Il remarqua aussi , dans le palais du roi Ouade , 
sur la rivière Belle, des tapisseries en plumes de la hauteur d^une 
pique. 

Dupratz , dans son Histoire de la Louisiane ( chap. XV ) , dit 
que les femmes de ce pays se font des mantes, ou de plumes , ou 
d^écorce de mûrier tissue ; que les manies de plumes se font sur 
un métier semblable à celui sur lequel les perruquiers travaillent 
les cheveux : elles tressent les plumes de la même manière et les 
attachent sur de vieux filets à pécher, ou sur de vieilles mantes 
d^écorce de mûrier ; elles les mettent de la sorte tressées Tune sur 
l'autre , et de deux côtés. 

Pour faire des muantes d*écorce de mûrier^ elles coupent les 
jets ou pousses de cet arbre qui sortent après qu'on les a abattus ; 
et qui ont 4 ^ ^ pieds de haut ; elles en ôtent Técorcj^ et la font 
sécher au soleil ; ensuite elles la battent pour en séparer la graisse 
et la mettent blanchir à la rosée ; enfin elles la filent et çn font 
un tissu croisé. Ces mantes sont très-blanches et très-propres^ » 

Les Indiens Choctaws font des couvertures, dit Adair(i), 
avec des plumes de dindons sauvages, et particulièrement avec 
celles du col et de la poitrine. Ils attachent les plumes par le 
tuyau, avec des fils de chanvre, ou avec de l'écorce de mûrier 
dont ils forment des ficelles suffisamment fines pour en faire une 
espèce de filet. Comme ces plumes sont longues et luisantes , les 
couvertures sont non-seulement très-diaudes, mais fort agréables 
à la vue (2). 



(i) Histoire de la Louisiane, 3 ooL (i) History of the American Indians^ 

j>i-8", Paris, 1758. yj. 423, ««-4**? London^ '775* 



(474) 

Lorsque les indigènes de l'île de Roanoke , sur la côte de Vir- 
ginie, furent visités pour la première fois , en i584t par les capi- 
taines Philip. Amadas et Arthur Barlowe, qui y avaient été envoyés 
par sir Waiter Raleigh , ils faisaient bouillir leur viande dans de 
grands pots de terre blanche , et proprement travaillés. 

Leurs canots étaient faits d'un tronc d'arbre de pin ou de sa- 
pin. Ils ne se servaient d'aucun instrument tranchant pour les 
construire; ceux qu'ils possédaient étaient en petit, nombre , et 
provenaient , ainsi que les capitaines de Raleigh l'apprirent des 
chefs , d'un vaisseau qui avait fait naufrage sur leur côte , vingt 
ans auparavant , et dont l'équipage avait péri (i}. 

Laudonnière s'était d'abord engagé à livrer au capitaine an* 
glais John Hawkins , pour le navire qu'il lui avait fourni , une 
certaine quantité de provisions et l argent qu'il avait recueilli 
dans son voyage; mais il s'y refusa ensuite , de crainte que la vue 
de ce métal ne donnât envie à la reine Elisabeth d'y envoyer une 
colonie , et que la France ne perdît possession du pays. A son re- 
tour en France y ce capitaine , dans sa réponse à l'accusation 
dirigée contre lui , dît que les Indiens avaient offert de le conduire 
aux montagnes d'Appalachy , oii se trouvait le métal rouge qu'ils 
appelaient Sieroa Pira , et dont il avait montré un échantillon à 
Taftineur d'or du capitaine Ribault, qui le déclara de V or parfait. 

Le capitaine Gourgue , à son arrivée en Floride , reçut du roi 
Satourioua, en gage de sa fidélité, deux chaînes en grains d'argent 
qu'il portait au cou. 

Objets en ciiwre, 

« Sous le l^V degré deux tiers de latitude, dit Yerrazano , à 
environ cinquante lieues Est, d'une île triangulaire aussi éten- 
due que celle 'de Rhodes, et à dix lieues de la terre ferme, 
qu'il appela Claudia , en Thonneur de la mère du roi François, 

(i) The Jirst Voyage mode to the kiu)'i ^ yoU 11 , p. 2^& , London ^ i6oo. 
coasls of Ameiica y elc, in i585, Ha- 



(475) 

Yerrazano remarqua , entre les mains deâ habitans de la côte], 
des plaques de ciuçre ouçré ^ métal , dit-il , qu^ils estiment, plus 
que For. Ils parurent se soucier fort peu des objets en fer et 
en acier que nous leur montrâmes. Us s'informèrent seulement 
de la manière de les faire. Us nous adressèrent les mêmes ques- 
tions au sujet de nos Terres qu'ils nous rendirent après les avoir 
considérés en riant. » 

A cent cinquante lieues plus au nord de Yerrajan , vingt-cinq 
de ces gens s'étant rendus à terre, furent assaillis à coups de flèches 
par les naturels , qui s'enfuirent dans les bois. Us avaient pour 
la plupart des grains de cuwre pendus aux oreilles (i), 

La belle sœur du roi Granganimeo se rendit à bord du navire 
des capitaines Amadas et Barlowe , avec sa fille et deux ou trois 
enfans. Elle portait aux oreilles des omemens en perles , qui lui 
descendaient jusqu'à la ceinture. Les autres femmes, d'un rang 
tant soit peu élevé , avaient des pendans d'oreille en cuivre , et 
quelques-uns des enfans du frère du roi et des autres nobles , en 
portaient jusqu'à cinq ou six à chaque oreille. Celui-ci avait sur 
la tête une large plaque en or ou en cuivre ; car , comme ces mé- 
taux étaient bruts , nous ne pûmes en distinguer la difTérence. 
Lorsque Granganimeo venait trafiquer avec nous , ceux de ses 
sujets qui comme lui ne portaient pas de plaques de cuivre 
rouge , n'osaient nous rien vendre. C*était là ce qui distinguait 
les nobles et les gouverneurs de provinces du reste du peuple (2). 

Il paraît certain que les Hollandais, à leur arrivée à New- York, 
remarquèrent des pipes de cuwre entre les mains des Indiens , qui 
leur dirent avoir tiré ce métal du voisinage. En fouillant la mine de 
cuivre de Jersey, on remarqua plusieurs trous pratiqués dans la 



(i) The Relation of John de Verra- (2) Thefirst Voyage mode to the coasts 

zano of the iand discooend hy him In of America^ etc., in i585^ Hakluyi^ 

the name of his majesty VQtitien^ in vol. II, p. iiifi^ London , i6co. 
Dieppe , the ijufy , iSa^y HailuyL 



( 47<J ) 

montagne , et qui avaient CTidemment servi à en extraire le mi- 
nerai. On y découvrit même des outils dont les Indiens avaient 
dû faire usage pour cet objet. 

Peut-être, dit Kalm, les Espagnols, après la découverte du 
Mexique , ont-ils visité cette côte ? Peut-être encore que les an- 
ciens Normands s'y sont rendus avant l'expédition de Co- 
lomb (i). 

On rencontre aussi des trous semblables dans les montagnes de 
la Pcnsylvanie et au-dessous de New-Castle , sur le bord de la 
mer. L'on est toujours sûr de trouver dans leur voisinage des 
morceaux de minerai de cuivre. • , 

o Je trouvai , dit Laudonnière , entre les mains des sauvages 
de la Floride , une grande quantité d'or (2) et d'argent, qu'ils me 
dirent provenir de bâlimens qui s'étaient perdus sur leurs cotes. 
Ils trafiquaient entre eux de ces métaux , et ce qui me fait croire 
que je n'ai pas été induit en erreur à cet égard , c'est que les ha- 
bitans des côtes voisines du cap , où les navires échouent le plus 
communément , possèdent une quantité d'argent plus considéra- 
ble que ceux du nord. Néanmoins ils prétendent qu'il existe, dans 
les monts Appalachy , des mines de cuivre , que je crois plutôt 

d'or. » 

Laudonnièrc rapporte qu'à son second voyage, le fils du Para- 

couin Satourioua lui fit présent d'un coin en argent. Dans un autre 

endroit, il se procura encore cinq ou six livres de ce métal. 



(i) Champlain rapporte qu'il trouva 
jdans un port de la baie Françoise, 
située à troîs ou quatre lieues au N. 
du cap de Poitrincourt , une croix qui 
était fort vieille, toute couverte de 
mousse , et presque toute pourrie. 
Signe évid«;nt , dit- il, qu'autrefois 
il y avait là des Chrétiens. Voyage 
du sieur de Champlain, liv. I , chap. 



16, édition de Paris, i6i3. 

(a) On a trouvé dans les comtés de 
Cabarrus etd'Anson dans la Caroline 
du Nord, des morceaux d'or dont plu- 
sieurs pèsent plus d'une livre. On en a 
déposé fA en 18 10, à la Monnaie des 
Etats-Unis^ i34i onces estimées 
a^fSSg dollars. 



( 477 ) 

Le roi Molloua dit au capitaine Yasseur, que les vassaux du 
grand roi Olata portaient à la poitrine , aux bras , aux cuisses , 
aux jambes et au front, de grandes plaques d'or et d^argent. 

Le capitaine Smith , dans sa Description de la Yirginie , dit 
avoir vu, entre les mains des Tockwogfas, des haches, des couteaux 
et des morceaux de fer (i) et de cuivre qu^ils s'étaient sans doute 
procurés des Européens. 

Selon le même , les Yirgiiiiens se parent de grains de cuivre ', 
ils ont des morceaux de ce métal suspendus à leurs oreilles, 
et ils enterrent, avec leurs rois, les bracelets et les chaînes 
de cuivre qu'ils avaient coutume de porter. 

Lorsque Donnacona était sur le point de s'embarquer pour la 
France , avec le capitaine Cartier , quelques-uns de ses sujets , 
qui arrivaient de la rivière de Saguenay , lui apportèrent trois 
paquets de peaux de castor et de loup-marin , et un grand couteau 
de cuiçre rouge. Ils offrirent en même temps à Cartier une chaîne 
à^ésurgny-y pour laquelle il leur donna en retour dix ou douze 
haches. 

Lescarbot rapporte , dans l'Histoire de Pexpéditîon de Du- 
mont au Canada , qu'il fit voile de Port-Royal pour la mine de 
cuivre qui se trouve dans un rocher élevé , situé entre deux baies. 
Le métal tient à la pierre ; il est pâle et aussi pur que celui qu'on 
appelle cuivre de rosette. 

4 

Cartier , lors de son second voyage , montra aux Indiens de 
Hochelaya ou de Montréal , du cuiçre rouge qu'ils appelaient cai- 
gnetadze dans leur langage, et qu'ils lui dirent venir de Saguenay. 

Lorsqu'il fut de retour à ses vaisseaux, qui se trouvaient à 
Sainte-Croix , Donnacona et d'autres Indiens lui apprirent qu'il 



(i) On a découvert, il y a quelques de fer natif qui est maintenant déposée 
années, sur les bords de la Rivière dans la collection de la société histo- 
llouge dans la Louisiane, une masse rique de New- York. 



( 478) 

y avait , dans le pays de Saguenay , une grande quantité d^or et 
de cuivre rouge , et plusieurs villes peuplées , dont les habitans 
étaient vêtus comme les Français. Cartier jugea , par la route et 
la distance qu^on lui indiqua, que ce pays devait être la Flo- 
ride. 

Donnacona fit présent à Cartier de >îngt-quatre chaînes d'ésur- 
gny. C'était ce qu'il avait de plus précieux , et il Testimait piusqu4> 
Tor ou Fargent. 

Le capitaine Gosnold, lors de son voyage au nord de la Virgi- 
nie , en 1602 9 remarqua entre les mains des Indiens, qui rési- 
daient près de Ttle Elisabeth, une grande quantité de cuivre 
rouge très-foncé , et d'une autre espèce plus pâle. Tous ont des 
chaînes , des pendans d'oreille ou des colliers de ce métal. Ils s^en 
servent aussi pour armer leurs flèches. Leurs chaînes se compo- 
sent de plusieurs morceaux , chacun de la grosseur d'un de nos 
roseaux et de la longueur d'un doigt; ils eu portent dix ou douze 
passés dans une ficelle autour du cou. Leurs colliers, qu'ils 
mettent en bandoulière , consistent en morceaux de même métal, 
mais moins longs, plus fins et plus soigneusement travaillés. Il en 
faut quatre cents pour faire un de ces colliers , qui sont ordinai- 
rement de la largeur de la main. Outre ces objets , ils ont encore 
des vases à boire en cuivre , de la forme d'un crâne , et des pla- 
ques minces de ce métal (i). 

Dans son Tableau des îles et territoires de S. M. en Améri- 
que , publié à Londres, en 1687, ^^^^^ ^^^ ^^ parlant des natu- 
rels de la Virginie , que le trésor de l'empereur Powhaton se com- 
posait de pelleteries , de cuivre , de perles, etc. ; que la reine 
d'Apometica portait un ornement, en forme de diadème, mon- 
té avec une infinité de petits os blancs ; qu'elle avait des grains 
de cuivre aux oreilles , et une chaîne de même métal , qui lui fai- 
sait six fois le tour du cou. 

(i) Purchas' Pilgrims^ vol. IV, llv. 8, chap. II. 



(479) 

Samuel Champlain , dans son voyage au Canada , en i6o3 , re- 
marqua des bracelets de cuivre chez les Algonquins , qui lui di- 
rent les tenir des Iroquois ; ils lui apprirent aussi qu'il exis- 
tait une mine de cuivre très-riche vers le nord. Prévost de Saint- 
Malo , que les Indiens conduisirent à cette mine , dit qu'elle se 
trouve dans une haute montagne qui s'élève au-dessus delà mer; 
et qu'à sa base , à marée basse , on rencontre du métal en assez 
grande quantité. Cette montagne est située un peu au-dessus du 
44* deg., à cinq ou six lieues de la côte méridionale , au fond d'une 
vaste baie , dans laquelle débouchent trois rivières , près de l'île 
Saint-Jean. 

Les Indiens lui donnèrent aussi connaissance d'une mine de 
cuivre qui se trouvait dans un lac d'environ vingt milles de cir- 
cuit , à l'extrémité de la grande baie d'Hété. 

A l'arrivée de quelques colons anglais , dans la Virginie , le 5 
mai i6o6, le Werow^ance de Rappahanna , qui se présenta sur le 
rivage pour les recevoir , portait une plaque de cuivre sur le côté 
de la tête (i). 

Sir Richard Grenvil , dans son Histoire des curiosités du pays 
de Virginie , rapporte , sur l'autorité des naturels de Roaneak , 
qu'il existe, dans la contrée de Çhaums Temoatan , avec laquelle 
les Mangoaks trafiquaient par le canal de la rivière Moratoc, 
un minéral appelé coassador ( c'est le nom qu'ils donnent à tous 
les métaux) , de la couleur de notre cuivre , mais moins dur et 
plus pâle ; qu'ils tiraient ce métal du lit de la rivière , en un en- 
droit où elle était bordée de collines et de rochers ^ au moyen 
d'une peau adaptée autour d'un vase creux ; que lorsqu'ils le fai- 
saient ensuite fondre au feu, il produisait deux tiers du minerai ; 
et que les Mangoaks , qui habitaient à vingt journées de l'endroit 
où il se trouvait, en avaient des plaques dans leurs maisons. Ce 
fait fut confirmé à Grenvil , par plusieurs Indiens, et surtout par 

(i) Purchas Filgrinuf, vol. IV, liv. 9 , cbap. 2. 

IT. 6x 



( 48o ) 

Skiko , fils du roi de Ghawanook , qui avait été prisonnier chez 
les Mangoakâ (i). 

Hériot place au nombre des marchandises de la Virginie les 
plaques de cuivre quMl avait trouvées chez les habitans des deux 
villes y situées à i5o milles de la mer. Ceux-ci lui dirent les tenir 
à\in peuple qui habitait plus au nord , et où Ton recueillait des 
grains de métal qu'il prit pour de Targent. Ce qui me confirma 
dans cette opinion , dit Hériot , c'est qu'à ma première arrivée 
dans le pays , je vis deux morceaux d'argent assez grossièrement 
travaillés , suspendus aux oreilles d'un Wiroan , ou seigneur, qui 
résidait à plus de 80 milles de l'endroit où nous nous trou- 
vions (2). 

Sur la côte méridionale du lac supérieur et sur les bords de 
quelques-uns de ses affiuens , on a trouvé des masses de cuivre si 
pur et si ductile qu'il prend aisément toutes les formes. On en a 
séparé, au moyen d'un ciseau, des morceaux pesant plusieurs li- 
vres. Long-temps avant la découverte de ce métal par les Anglais 
et les Américains , les Indiens avaient usage d'en faire des cui!- * 
1ers et des bracelets. Charlevoix raconte que les grosses pièces 
de ce métal presque tout pur qui se présentèrent à leur vue à la 
retraite des eaux, étaient, pour les naturels, l'objet d'un culte su- 
perstitieux. 

En 1766, le voyageur anglais Henry trouva vers l'endroit où 
l'Ontonago se jette dans le lac supérieur ( lat. 46"" ^2') un bloc de 
cuivre qu'il estima du poids de cinq tonneaux , et dont il sépara 
avec une hache, un morceau d'environ cent livres. Je possède une 
cuiller de ce métal, façonnée seulement avec un marteau, et que je 
dois à l'amitié du docteur Ëustis , autrefois ministre des Ëtats- 



(i) An accouni 0/ Ûte pariiatlaniUs (2) A briefand Érue repart ofihe oav 

of ihe emphyments of ihe English men found iand qf Virginia, of tht commodi- 

Uftin Virginia ^ ly sir Richard G rençily ties there found ^ etc., by Thomas ffc- 

Hakluyi's Voyages^ vol. III, p. a58. rioiy sentant io sir, fValier Raleigh, and 



( 48i ) 

Unis à la Haye. Il est bien démontré que le euître natif se trouve 
dans toute l'étendue du pays , depuis le lae supérieur jusqu^à Fem- 
bouchure de la rivière appelée Mine de cuiçre dans l'Océan 
glacé. Le voyageur Hcame a remarqué que les Esquimaux, et les 
autres Indiens qui habitent les bords de cette rivière , possèdent 
beaucoup de couteaux, de haches, et d'omemens de ce métal. 
Avec du feu et deux pierres ,.ils lui donnent la forme qu'ils veu- 
lent (i). 

Prétendue affinité des kmgues indiennes apec celles de dwers 

peuples. 

Nous avons examiné attentivement les dîfférens vocabulaires 
des Indiens de l'Amérique septentrionale , sans y découvrir 
la moindre analogie avec les langues d'Europe. On y trouve , 
il est vrai, de la conformité entre plusieurs mots^ par rap- 
port au son et même à la signification; mais il est à présumer 
qu'ils y auront été introduits par les premiers missionnaires ou 
navigateurs qui ont visité le pays. 

Penn, dans sa Description des Indiens de la Pensylvanie , dit 
que arma signifie , dans leur langue, mère; issimus , frère ; usque 
oret, très-bon ; it ab , bien vous soit. 

Grotius, dans sa Dissertation sur l'origine des peuples de 
l'Amérique, prétend que les Américains sont descendus des 
Allemands, parce qu'ils ont beaucoup de mots qui finissent en 
/a/1, et que land est un mot allemand; et il conclut, de ce que 
Alaçardes est le nom d*un peuple de l'Amérique , qu'il est d'ori- 
gine lombarde. 

Le père Lafiteau a trouvé chez les Hurons et les Iroquois beau- 
coup de noms dérivés du grec ancien , des mots scythes, et même 



memberofihe colony^ Hakluyfs Voya- fortinHudson^sBayiol^nardiernoftan^ 
ges^ vol. m, p. âGg. ify Samuel Heame^ p. 176 , London^ 

(i) A journey from Prince of Wales 1795. 



» 



( 482 ) 
des termes russes , tels que Orega j nom d^un lac de Moscovic, 
qui signifie eau en iroquois. 

Feu le professeur Barton a publié des Vocabulaires compa- 
ratifs, par lesquels il prétend avoir prouvé que les Américains 
et plusieurs autres nations de T Asie et de TEurope ont une origine 
commune. 

Dans le cours de mes recherches , sur le langage des Améri- 
cains , dit cet auteur, j'ai trouvé des analogies frappantes entre cer- 
tains mots asiatiques , américains et anglais. 

Par exemple : tinder^ mot dérivé du saxon, qui signifie en 
anglais mèche ^ amorce^ ressemble à celui de tendeuj que les 
Delawares emploient pour exprimer le feu. Les Indiens Pampti- 
coghs disent tinda; les Sankikamy Unieywe ^ pour représenter 
la même chose, et les Nanticokes, iind^ qui correspond au verbe 
anglais , kindle , allumer. 

Les Naudowesses , ou Sioux , nomment le feu , paahiah , mot 
qui ressemble assez au mot anglais peat^ tourbe. Le d^^l^eur 
Barton remarque que le langage de cette tribu abonde en mots 
finois. 

Les Miamis appellent une vallée ( en anglais, valley) ivalaich^ 
kach-ki-kai. 

Les Cherokees nomment la pluie kaska , mot qui ressemble à 
cascade. 

Pappooz et Papoos , qui , dans le dialecte des Narragansets et 
des Piankashaws, veulent àirt enfant^ ressemblent au mot fran- 
çais poupée. Les Kottowis de Sibérie se servent du mot poop , et 
les habitans des îles Kouriles, de poompa^ pour signifier un 
enfant. 

Les Delawares appellent dupain,;7a/ie, et un chien, moëcanneu 
ou mekanne. 

Les Senecas appellent une tasse, camstay qui correspond au 
mot anglais canister ou au mot latin canistrum. 



r 



C 483 ) 

Chez les Tuscaroras et les Oneidas, oak^ qui signifie en anglais, 
chêne , yeut dire orme. 

Dans la langue curde , pak signifie feuille ; dans celle des De- 
la wares , ce mot s^exprime par çpunipak , ou wunipachquaU ; dans 
le dialecte mïnsi, par ct^anipachquall ^ et dans celui des Mahican- 
nis; par wauneépockq. 

M. Barton cite une-infinité d'autres exemples , et il conclut que 
ces analogies ne sont dues ni au hasard , ni aux relations qui ont 
existé entre les peuples des deux hëmisphères , depuis la décou- 
verte de l'Amérique (i). ' 

Reland a démontré qu'il existait de l'affinité , quant au son et 
à la signification, entre des mots américains et hébreux, sabins 
et éthiopiens , malais et belges, et même entre le grec et la lan- 
gue africaine en usage près du cap de Bonne-Espérance ; jpar 
exemple kahoUj sede, en grec xâ^S», etboe^ bos, Bhç'. Mais, ajoute- 
t-il, doit-on en conclure que le sabin soit dérivé de l'éthiopien, le 
malais du belge, et l'africain du grec (2) ? 

Pour qu'il y ait conformité entre deux langues, il faut qu'elle 
se trouve entre des mots communs, comme ceux de nombre, de 
soleil, lune, terre, eau, vent, tonnerre, manger, boire, bon, mau- 
vais , les noms de parties du corps et d'animaux, etc. ; car en sup- 
posant que ces mots aient subi un grand changement sous le rap- 
port de la prononciation , il existerait néanmoins assez de res- 



(i) American philosùp/ucal inmsar." 
tionsj vol. VI, art. a8, Phîiadelphiaj 
i8o4* Remarques sur Tétymologie de 
certains mots anglais et de leur affi- 
nité avec d^autres mots de différentes 
langues européennes, asiatiques et 
américaines (indiennes), contenus 
dans une lettre du docteur Barton 
au docteur Beddoes. ^ Uauteur a 



puise la plupart des mots asiatiques et 
autres dans les Vocabularia compa- 
ratwa de Pallas. 

(2) Reland de linguis Americanis ^ 
dissert. XII , § 3. nNec enim suffidi^ ui 
una Ungua ex aliâ orta dicalur^ voces 
çuasdam inier se conoenire ud ipudam 
sihiimaginaU JuerunU n 



(484) 



*• '■•»• 



semblance pour en faire découvrir Torigine. Uabbé Dubos a dit 
avec raison que les langues mères , qui ont été formées par la 
nature» sont plus énergiques que celles qui en sont dérivées (i). 
Cette énergie se remarque principalement dans les langues des 
différentes nations indiennes de TAmérique , lesquelles sont si 
distinctes et si variées, qu^on peut afiirmer sans crainte que la 
population de ce continent ne provient pas d^un seul peuple, mais 
de plusieurs qui sont venus s^ établir à des époques difTérentes. 
Il paraîtrait aussi que les Indiens s^attachent avec le plus grand 
soin à conserver à leurs langues une prononciation correcte : ce 
qui détruirait Tassertion de Reland, « qu^elles éprouvent de 
fréquens changemens (2). » 

« Il paraît très-probable , dit Loskiel , que les langues dela- 
ware et iroquoise, sont principalement parlées dans les par- 
ties connues de T Amérique septentrionale , la terre de Labra- 
dor exceptée , et que toutes les autres sont des dialectes dérivés 
de ces deux langues primitives. Du moins, nos missionnaires, qui 
donnaient une attention particulière à cet objet , n^ont-ils jamais 
rencontré d^idiome qui n'eût aucun rapport avec Tun ou Fautre 
de ces langages (3). » 

« Dans cette étendue de pays , dit Charlevoix , qu'on appelle 
proprement la Nouvelle-France , qui n'a de borne au nord que la 
baie de Hudson , qui n'en a point d'autre à l'est que la mer, les 



( t) Dan^âon Histoire àt là peinture 
et de la poésie. 

(a) « Ai mùenimœ naùones Ameri^ 
c€uia pro noth lîierarum pictas lahMas 
et hUroglyphica retinuerunt; atque ita 
voces ipsœ , non secus ac ipsa saxa et 
lapides ^* iemporis injuriam patiuntur ^ et 
mode m hac modo m aUà literà muta- 
lionem subeuni, » £t il leur applique ce 



que Lucain (Ub* III ) a dit des Egyp- 
tiens : 

Nonduntfitmineas dteiHphU comêutètÊ Mhs 
Ifotfêratf et saxis tmntiàm votucnsquM fnv^um 
Scuiptaque servahani mof^icoê mnùmdia Unguat. 

(3) HisL of ihe mission ofthe uniied 
Brethren among the Indiani 0/ Nor0à 
America , part. I , chap. a , in-8* , 
London , i yg^* 



( 485 ) 

colonies anglabes au sud, la Louisiane au sud-est et les terres 
des Espagnols à l'ouest ; dans toute cette étendue , dis-je , il n'y a 
que trois langues mères, dont toutes les autres sont dérivées. Ces 
langues sont la^ioux, Talgonquine etlafauronne. Mous connais- 
sons peu les peuples qui appartiennent à la première , et personne 
ne sait jusqu'où elle s'étend (i). 

« Non-seulement , dit Lafiteau , les langues américaines n'ont 
point d'analogie avec la langue hébraïque, avec les langues 
orientales , avec la grecque et la latine , ni avec les autres lan- 
gues qui passent pour savantes , mais elles n'en ont pas non plus 
avec les langues vivantes de l'Europe , et les autres qui nous 
sont connues, si l'on en excepte celle des esquimaux, qui approche 
fort , dit-on , de celle des basques. — Toutes les langues des 
-peuples qui habitent l'Amérique septentrionale , si l'on en ex- 
cepte les Sioux et quelques autres qui ne nous sont pas assez 
connus et qui sont au-delà du Mississipi, se rappoi*tent à deux lan- 
gues mères, savoir, l'algonquine et la huronne. Celles^^^i se 
soudivisent en autant de dialectes qu'il y a de nations particulières» 
Quoiqu'il n'y ait guère plus de vrais Algonquins que les Iro- 
quois , la langue algonquine est cependant la plus répandue , et se 
parle par le plus grand nombre des nations, depuis le fleuve Saint- 
Laurent jusqu'au Mississipi. » « La langue huronne était autrefois 
très-étendue ; le Père Brebeuf comptait environ trente mille 
vrais Hurons ; il y avait , outre cela , douze nations sédentaires 
et nombreuse^» qui parlaient leur langue. La plupart de ces na- 
tions ne subsistent plus : les Iroquois les ont détruites. Les cinq 
nations iroquoises possèdent autant de dialectes différens de 
la langue huronne , qui s^éloignent entre eux à peu près autant 
que le français, l'espagnol et l'italien, les uns plus, et les autres 
moins , à raison de leur situation. Les langues huronne et ira- 



(i) Charleiroix, Hîst. de la Nou- ire, în-4% Paris, 1744* 
vclle-France , tom. Ili , onzième Ict- 



\ 



(486) 

quoise n'ont proprement que des verbes qui en composent tout le 
fonds , de sorte que tout se conjugue et que rien ne se décline ; 
mais dans ces verbes, il se trouve un artifice admirable qui sup- 
plée à tout le reste , et c'est cet artifice qui fait toute l'économie 
de ces langues , lesquelles ont leurs beautés comme les nôtres. 
Mais comme il n'y a point de langue parfaite, avec leur régula- 
rité , elles ont aussi leurs irrégularités , qui les rendent difficiles 
et épineuses (i). » 

M. Hériot remarque, dans ses « Observations sur les mœurs et 
les coutumes des Indiens de l'Amérique , » que tous les dialectes 
des naturels de l'Amérique septentrionale, à l'exception de ceux des 
Sioux et de quelques autres qui habitent à l'Q. du Mississipi , ont 
de l'affirâté avec les langues huronne et algonquine , lesquelles sont 
subdivisées en autant de dialectes qu'il y a de nations distinctes. 
Quoiqu'il ne reste aujourd'hui qu'un fort petit nombre d'individus 
de ces tribus que l'usage immodéré des liqueurs fortes , la petite 
vérole et les guerres qu'elles ont à soutenir contre les Iroquois, 
pnt presque anéanties, leurs langues leur ont survécu et sont encore 
d'un usage général. Les cinq nations des Iroquois parlent cinq 
dialectes différens, dérivés du huron, et qui ont entre eux 
aussi peu d'analogie que le français , l'espagnol ^et l'italien. Dans 
le langage huron , tous les mots changent de terminaison, et néan- 
moins il est facile de distinguer les pronoms, les verbes, les subs- 
tantifs, les adjectifs et les adverbes. Les verbes simples ont une 
double conjugaison ; l'une absolue; l'auti^e réciproque. Il n'y a que 
deux genres, le noble et l'ignoble. Quant au^ nombres et aux temps, 
l'on y trouve la même différence qu'en grec. Par exemple, dans le 
récit d'un voyage, on se sert d'expressions différentes, suivant 
qu'il a été exécuté sur terre ou sur mer. L'on répète les verbes 
actifs devant chaque mot qu'ils gouvernent. Le verbe manger 

« 

(i) Lafiteau, de la langue, et des mœurs des sauvages, loin. II , Paris, 
1724. 



( 48? ) 

change suivant la nourri tare dont on veut parler. Le verbe varie 
également selon quMlse rapporte à des objets animés ou inanimés; 
ainsi par exemple, pour dire qu^on a vu un homme , un arbre ou 
une pierre» il faut l'expliquer par des verbes différens ; ou, quand 
une personne se sert d'un objet qui lui appartient, elle ne doit 
pas faire usage de l'expression qu'elle emploierait pour signifier 
la même chose, si elle l'avait emprunté à un autre (i). 

D'après toutes les recherches faites jusqu'aujaurd'hui, soit par 
les missionnaires, soit parles voyageurs, soit par différens auteurs 
sur les langues de l'Amérique du nord, il y en a trois qui sont radi- 
cales ou primitives, sans y comprendre la karalite, ou langue des 
Esquimaux. Ces langues sont : i^* La lenape^ on delacpare; a* l'/ro- 
quoise; 3* \^Jloridtenne. 

La langue des Lenapes est la plus répandue de toutes celles que 
l'on parle à l'est du Mississipi ; elle domine dans les régions du Ca- 
nada et depuis la côte de Labrador, jusqu^au confluent de l'AU 
bany avec la baie de Hudson et jusqu'au Lac des Bois. C'est la 
langue de tous les naturels de ces rastes régions, excepté de ceux 
qui sont d'origine iroquoise et qui sont beaucoup moins nombreux. 
Ceux qui parlent le lenapé, sont : i* les Miamis ou Tccfightcoees ; 
2* les Pùio0patomies ; 3"* les Missisangees ; 4* 1^ Kûkapoasj na- 
tion qui habitait autrefois l'intérieur du pays entre le Mîssissi]^ 
et les grands lacs , et dont il y a encore des restes ; 5* les Shmva^ 
/I05 anciennement établis sur la ri vière Savannah , et maintenant 
associés avec les Oreeks; 6"* les NanUcokes et les Canais , Kiêno* 
was ou KavhfÊ^fHxys et autres qui habitaient jadi$ le Marjiand, 1» 
Virginie ou la Caroline. — La langue des Ahenakis était celle 
des peuplades qui résidaient autrefois dans la nouvelle Ecosse et 
l'état actuel du Maine, savoir : les Ahenakis^ les Micmacs^ les Ca- 
mbas, les OptfiangQs^ les Soccokis^ les Eichernins et les Souri-^ 
quaU. hesAtgonquins^ \e^ Knistetieau» et les Chippem^fs^vWvX 

(i) Hérîot, p 575. 

u. C'i 






(488) 

des dialectes de cette même langue^ qui, selon Carver, est aussi 
estimée parmi les sauvages^ que le grec et le latin le sont eii 
Europe (i). 

La langue iroquoise est celle des six nations du même nom , 
savoir : les TVyandois ou Hurons^ les Naudowessies y les Assird" 
boilsy et autres peuplades qui habitent le pays au-delà du Saint- 
Laurent. 

Sous le nom de langue floridienne, on comprend celle des 
Creeks ou Muskohgees, des Chickesaws, des Choctaws^ des Pas- 
cagoulas^ des CherokeeSy des Senûnoles et d'autres dans les états- 
méridionaux , y compris la Floride. 

M. Duponceau a démontré , dans son intéressante corres- 
pondance avec feu M. Heckewelder, que les langues indiennes d'A- 
mérique sont très-compliquées, mais régulières et philosophiques; 
qu'elles expriment beaucoup d'idées à la fois, par des inflexions, 
des terminaisons et par la formation des mots ; que le type des lan- 
gues qu'il nomme polysyjiihéiique ou sjntaciique , domine depuis 
le Groenland jusqu'au cap Horn ; enfin qu'on ne trouve point de 
langues semblables; parmi celles de l'ancien monde (2). 

Cet estimable auteur a fait connaître , d'après un vocabulaire 
de la langue des Otages , qui lui a été communiqué par le docteur 
Murray,de Louisville, que la langue de ce peuple est un dialecte 
des Iroquois. « Au moyen de ce. vocabulaire , dit-il , nous avons 
acquis la connaissance de l'extension des nations indiennes d'ori- 
gine iroquoise , qui , il y a peu de temps , étaient encore regardées 



(1) Heckewelder observe que c'est (2.) Correspondance en 26 lettres et 

à tort que Carver a appelé cet idiome un vocabulaire des langues des Indiens 

le chippeway; et que le P. Charle- d'Amérique. Voir TninsacUons of ihe 
voix, qui parle aussi de runîversalilé ■ histotical ar^d liierary commiUee of ihe 

de la mâme langue^ commet une er- Amencan phUosophkid socieiy ^ I*' vol., 

reur semblable en attribuant son ori- Philadelphia ^ in-8^, 1819. 
gine aux Algonquins. 



(489) 

comme bornées au voisinage des grands lacs, et qu'on peut assu- 
rer s'étendre même jusqu'aux bords du Missouri (i). » 

Traditions des Indiens coneemarU leur origine. 

Suivant leurs traditions les Indiens sont venus de l'ouest , le 
long du Mississipi , et sont arrivés graduellement jusqu^à l'est. 

Quand on demande aux Indiens de la Caroline d'où leurs pre- 
miers pères tirent leur origine , ils montrent le côté de Touest , et 
disent qu'ils sont venus du lieu où le soleil se couche (2). 

Les Natchez disent qu'avant de se fixer dans le pays , à l'est du 
Mississipi f ils avaient demeuré au S. O. , au-dessus du soleil (3). 

Les Muskohgees ou Creeks, arrivèrent sur les bords du Missis- 
sipi , vers le temps de l'expédition de Soto dans les Floridcs. 
Ils avaient déjà connaissance d'une race d'hommes qui diffé- 
raienf d'eux par la couleur, dont le corps était couvert de poils, 
et qui tenaient dans leurs mains le tonnerre et les éclairs>(4). 

Les Chickesaws informèrent le docteur Barton qu'ils avaient 
d'abord résidé à l'ouest du Mississipi , et qu'ils avaient abandonné 
ce pays sur la foi d'un songe qui leur recommanda d'en chercher 
un autre du côté où le soleil se lève. 

Les six nations l'assurèrent aussi qu'elles étaient venues de 
l'ouest au sud-ouest, etles Mahicamis, que leurs ancêtres avaient 
descendu le grand fleuve ou le Mississipi. 

Roger Williams, qui a fait une étude particulière de ce sujet, 
dit que le S. O., ou Sawania^ est un grand sujet de conversation 
chez les habitans de la Nouvelle Angleterre , et figure dans leurs 
traditions. Ils disent qu'au S. O. se trouvent la cour de leur grand 
dieu , CawtarUoucvii , et les âmes de leurs aïeux qu'ils iront ré- 

(i) Heckevçelder's HisU account , (3) Dupratz, Hist. delà Louisiane, 

suppl.,p. 37. Paris, lySS. 

fa) Lawson's History of CaroUna^ H) New oieœs of ihe origin of tfie tri- 

p. 170, London, 1718. bes and nations of America , p. 47, in- 

80, Phiiadeiphia , 1 798. 



( 490 ) 

joindre après leuir mort ; que leur& maïs et leurs fèves provien- 
nent du champ de leur dieu, Cawtcuitoumt (i)« 

Le révérend George-Henry Loskiel , que sa longue résidence 
parmi les bidiens , et sa mission religieuse mrrenC à même de les 
bien connaître, s^exprime^ainsi sur leur compte : Qu*onnes^attende 
pas, dit-ii , à trouver les arts et les sciences chez ces sauvages ,* ni 
même aucune disposition à les étudier. Non-seulement ils ne savent 
ni lire , ni écrire , mais il est trcs-diflicile de leur en donner même 
une idée. Comme leur histoire repose entièrement sur la tradi- 
tion , il s'ensuit naturellement qu'au Ueu d'une nomenclature 
exacte des faits , oa ne recueille que des fables sur leurs ancêtres 
et leur origine. Par exemple , les Iroquois prétendent que les In- 
diens vécurent autrefois sous terre ; mais qu'ayant appris qu'il 
existait un beau pays au-dessus d'eux , ils quittèrent leurs habita- 
tions souterraines, pour s'établira la surface du sol. Les Dela^ares 
croient que les Américains descendent d'hommes qui habitent le 
ciel ; qu'une femme grosse, ayant été répudiée par son mari, fut 
précipitée sur la terre ,. où elle mit au monde deux jumeaux , et que 
c'est ainsi que l'univers a été peuplé. Les Nanticokes disent que 
sept Indiens se trouvèrent tout à coup assis sur le bord de la mer^ 
sans savoir d'où ils venaient, ni s'ils avaient été créés en cet en- 
droit , ou s'ils arrivaient de quelque pays situé par-delà desmers^ 
et que c'est par eux que le pays a été peuplé. D'autres affirment 
que les premiers Indiens tirent leur origine de la mer. Quelque 
ridicules que soient ces traditions , ajoute Loskiel , elles tendent 
du moins à faire croire que ces peuples sont venus d'un autre 
pays (2). 

Les luéroglyphures. se composent de figures caractéristiques. , 
qu'on trouve plussouvcnt peintes sur lesarbres que taillées dans la 



(i) WlUiami Kty into the laaguage tedBrethren amongtfte ïnêîans of Narth 
of America, America; by George Henry Loskirl ^ 

(a) Hij/017 of the mission ofike uni- cl^ap- H » ^«'^on , 1 794- 



(49» ) 

pierre. Elles sont destinëed à prémamr contre les dai^gers, à indi* 
qoer des lieux de sûreté , à empêcher le voyageur de sVgarer , à 
retracer un événement mémorable , oh à perpétuer le souvenir 
des actions et des hauts fâifis de kurs guerriers , et elles leur sont 
aussi intelligibles que Thistoite Test pour nous. Ils choisissent gé- 
néralement pour cet ol^'ei un grand arbre dans toute sa croissance, 
qui s'élcre au sommet d'une éminence. Ils en ôteût Fécorce d*crn 
côté, grattent le bois jusqu'à ce qu'il soit devenu blanc et uni , et 
y dessinent alors , avec du charbon , les figures qu'ils désirent rc-* 
présenter, et qui peuvent s'y conserter environ une cinquantaine 
d'années (i). 

Il paraît certain que les indigènes de l'Amérique ne plaçaient 
point d'inscriptions sur leurs pierres tumulaires ; on n'en a du 
moins trouvé aucune sur les pierres qui ont été découvertes jusqu'à 
ce jour. Des ouvriers qui creusaient une cave dans le New- Jersey, 
au mois d'avril 1744^ découvrirent une grande pierre, semblable 
^ une pierre tumulaire , qu'ils parvinrent à enlever avec beaucoup 
de peine ; et à quatre pieds au-dessous , ils trouvèrent une quan-' 
tité considérable d'ossem.ens humains et un gâteau de mais. Ce 
dernier était intact , et plusieurs personnes y goûtèrent par curio- 
sité. On en conclut que ce devait être le tombeau d'un individu 
de distinction , attendu que ces sauvages ont coutume d'enterrer, 
avec leurs morts ^ de la viande et d autres choses qu'ils aimaient. 
La pierre avait huit pieds de longueur sur quatre pieds et quelques 
pouces dans sa plus grande largeur , quinze pouces d'épaisseur 
à une extrémité, et douze seulemeAt à l'autre. Cette pierre , qui 
ressemblait à celles qu'on trouve dans le voisinage , ne portait ni 
lettres, ni caractères quelconques (2). 

D'après les savantes recherches du docteur Jarvis, il sem- 
ble prouvé que toutes les nations éparses, depuis la baie d'Hud- 
son jusqu'aux Indes orientales, quoique inconnues les unes aux 

(i)Losklel, chap. II. (2) Kaim's Traoelsj vol. I, p. 109. 



( 492 ) 

autres , et parlant des langages trè&^diflPérens , n'avaient qu'une 
seule et même religion. Ils adoraient le grand être , créateur^ 
conservateur et dispensateur de toutes choses , et assuraient 
qu'il prend plaisir à se communiquer d'une manière divine 
et mystérieuse à certaines âmes choisies ; mais ils ne se permet- 
taient pas de le représenter sous aucune forme. Us reconnaissaient 
aussi des génies tutclaires , auxquels ils rendaient un culte infé- 
rieur , et dont ils faisaient des images. Ils croyaient que Tâme est 
immortelle , et qu'après la mort elle reçoit les récompenses ou 
les châtimens qu'elle a mérités pendant son union avec le corps (i). 

En résumant ce qui vient d^étre dit sur ces anciennes ruines , 
on peut conclure que toute la vallée de l'Ohio , depuis le pays 
des Illinois jusqu'au Mexique , a été habitée par un peuple très- 
différent de tous ceux qui l'occupaient à l'époque de sa décou- 
verte par les colons français du Canada et de la Louisiane. Il 
n'existe pas le moindre vestige de ces travaux sur la côte située 
à l'est de la grande chaîne de montagnes AUeghany. 

Plusieurs de ces ouvrages ont été évidemment construits pour 
servir de défense ; mais il en est d'autres , d'une dimension con- 
sidérable , qui n'ont pu être destinés à cet usage , puisque les ter- 
rasses sont en dehors et le fossé en dedans. Ces constructions se 
trouvent placées près de rivières sujettes à se déborder : les fos- 
sés ont dû être creusés pour réunir les eaux et empêcher que l'in- 
térieur de l'enclos n'en fût inondé. Il est probable que ces .enclos 
étaient un lieu de sûreté , où l'on retirait les femmes ^ les enfans 
et les provisions de tout genre , lorsqu'on craignait d'être attaqué 
par l'ennemi (2). 

Tout ce qui -concerne l'origine , la durée et l'extinction 4^s 

(x) Discourse on the relîgion oftheln- (a) CeUe Idée m^a été suggérée par 

(lion tribes ofnorth America, etc. 9 èy M. RobiDSon, habile ingénieur delà 
(/octorJon^û, New- York, 1820. Virginie, quia lui-même examiné ces 

monumens. 



( 493 ) 

anciens habitans de TOhio et du Mississipi , est enveloppé du 
plus impénétrable mystère. Les seules preuves qui restent de leur 
existence et de leurs progrès dans les arts , sont les tertres , les 
fortifications et quelques objets qu^on y a trouvés. On voit qu-ils 
ont été plus civilisés qu^aucuns des peuples Indiens qui existaient 
lors de la découverte de ce pays par les Européens (i). ^ 

Cette civilisation était cependant peu avancée si on la com- 
pare à celle des anciens habitans de Palenquè. Les ruines qu^on 
vient djs découvrir dans ce dernier pays, prouvent que ses monu- 
mens pouvaient rivaliser avec ceux des plus grandes villes de 
l'Europe. Les plans d^architecture et les dessins des bas reliefs , 
presque tous hiéroglyphiques, ont été tracés par une main très- 
habile , et annoncent que ce peuple était parvenu à un grand dé- 
veloppement des facultés intellectuelles. 

Comme la ligne des fortifications et des tertres se trouve tra* 
cée depuis le Mexique jusqu^aux grands lacs des Etat^Unis, on 
pourrait supposer que les anciens peuples de POhio étaient une 
colonie de Palenquè , placée dans cet espace pour la facilité des 
conquêtes et du commerce. 

Cette question pourrait être résolue , si un naturaliste habile 
prenait la peine d^examiner les crânes des scjuelettes trouvés dans 
les tertres de la vallée de TOhio , et de les comparer aux figures 
palenquiennes , dont la tête pointue et la physionomie différent 
de celles de tous les peuples connus. 

Nous avons déjà hasardé Topinion que ces contrées furent peu- 
plées par d^ hommes venus du nord-ouest , qui trouvèrent la 
vallée du Mexique dqà occupée par d^autres nations , se rendi- 
rent dans celle de TOhio , par un des grands affluens du Missis- 
sipi, en prirent possession, et adoptèrent le système de défense en 
usage dans leur pays natal; mais leurs retranchemens étaient un bien 

(i) On sait que les Choctaws et les bien constmites et s^adonnent à Tagri- 
CherokeeSf actnellement enclavés ao culture, 
milieu des blancs^ ont des cabanes 



(494) 

faible obstacle pour les goerriers Iroquois, Hurons et autres, qui 
leur opposèrent des forts construits en troncs d'arbres , au lùilteu 
des marais , ou sur des chaînes de montagnes ou des hauteurs 
inaccessibles (i). 

Il n'est guère probable que ces peuples aient abandonné leur pa- 
trie, comme autrefois les Golbs et les Vandales, faute de mo]^ens 
de subsistance, attendu que la vallëe de TOhio est la plus fertile des 
Etats-Unis. 

Les habitations de ces peuples ont dû être généralement en 
bois, ou peut-éire habitaient-ils sous des tentes; car autrement 
on trouverait quelques débris de leurs demeures épars çà et }à dans 
le pays. 

On attribue généralement ces ouvrages des bords de TOhio à 
une colonie Galloise qu'on suppose avoir été chassée vers les 
sources du Missouri : mais il ne reste 'aucune trace d'une telle 
peuplade parmi celles qui habitent cette partie de TAmérique. 

Le docteur Cabrera (2) prétend que , dans les temps les plus 
reculés , il a existé une communication entre TAfrique et l'Amé- 
rique ; dont les premiers' habitans vinrent de Tripoli , plusieurs 
siècles avant Tère chrétienne, avancèrent ensuite vers le nord, 
et peuplèrent successivement le pays borné par le golfe du Mexi- 
que et les îles environnantes. Il ajoute que les Carthaginois y en- 
voyèrent une colonie avant la première guerre punique. 

On n'a point fait de découvertes plus étonnantes en Amérique 
que celle des anciens monumens de Palenquè, Cachés pendant 
tant de siècles ds^ns d'épaisses forêts, et totalement inconnus jus^ 
qu'ici aux pbiloso[^es et aux antiquiiires , iU sont dignes de toute 
leur attention. Ils prouvent que ce continent , appelé le a^Uifeau 



(i) Bulletin de la Société de Géogra- bassade française, aux États - Unis. 

phk^ vol. I , pag. a8a , Paris , i8a3. (a) Voir I^CKposë def recherchas da 

Voir à ce sujet rintéressant Mémoire dooteor CaWtra wm • TUstolno des 

de M. Bresson , secrétaire de Tarn- AméricaiBS, ci*dcsf us, page i^o» 



( 49S ) 

monde ^ est peuplé beaucoup plus anciennement qu^on ne le croit, 
puisqu^il renferme dans son sein tant de vestiges d^art , sur les- 
^els la tradition même du pays reste muette , et qui appartien-* 
nent peut-être à une époque plus ancienne que celle où les anna- 
les des peuples de l'Europe commencent à s'appuyer sur des 
preuves historiques. 



n. 



63 



(496) 



fc^^^^^^%»<<^^^ *% ^^%«%^%'^^ %^<^%»»» 



NOTE A. 



Page 384.- On rencontre des tumuli en France 9 en Allemagne ^ mab parti- 
culièrement dans les pays du nord de PEurope. 

L^historîen danois, Olaus Wormius, rapporte que tous ceux qui périssaient 
autrefois dans les combats étaient réunis ensemble dans un monceau qu^onr 
appelait pakaster^ et qu^on les couvrait de terre jusqu^à une hauteur considéra- 
ble. « Nos ancêtres, ajoute-t-il , n^enterraient pas seulement dans des tom^ 
beaux les restes des morts v ils y plaçaient aussi des lances et des armes, de Tor, 
de Targent , et divers autres objets précieux* Ils br&Iaient les corps et recueil— 
laient les cendres dans des urnes , qu^ils mettaient au milieu d'un cercle en— 
touré de grandes pierres , surmontées au sommet d^une autre plus large. Ik re-^ 
couvraient ensuite le tout de terre et de sable , jusqu'à ce qu ils eussent élevé 
une espèce d'éminence qu'ils garnissaient de gazon, ce qui formait un point 
de vue fort agréable (i). » 

On trouve aussi un grand nombre de cestunuiHj ou monticules de terre, de 
forme conique , dans presque toutes les parties de Tempire russe. Le voyageur 
Pallas^ et le professeur anglais Clarke en ont donné la description. 

M. Le Chevalier remarque, dans son ouvrage sur la Troade (lequel est de- 
venu classique), que les monumens, connus sous le nom de tumuli, qu'où 
trouve dans tous les pays , remontent à la plus haute antiquité. Ils ont diCTéren» 
noms , et sont construits de différentes manières , suivant les lieux où ils sont 
situés. Ils renferment des personnages d'une plus ou moins grande importance, 
mais leur destination primitive a toujours été de couvrir et de protéger les cen- 
dres des morts, quoique on les ait quelquefois employés à d'autres usages. 
« Les Grecs les appelaient x^Trjyaese, yvjeoXo^oç, 7>j>o^oc, monceaux de terre. 
Dans certains lienx de la Basse-Egypte, on les appelait iaph, taphiiis^ ^opé; 
et ce dernier nom s'est conservé parmi les Turcs, pour désigner les mêmes 
monumens (a). » 



(i) Olaii WormiiMonum* Dante, lib. nées 1785 et 1786 , par I«-B. Le Chevalier , 
I, p. 4i- 4* pAi'tie» chap. 11 du tome a*. x8oa. 

(a) Voyage de la Troade , £aiit dans les an- 



(497 ) 

11 est k remarquer que plusieurs monts tumulaires des Etats-Unis ressem** 
lient à des monumens du même genre qu^on voit encore en Irlande ; et M. Le 
Chevalier dit qu'ils sont exactement de la même construction que ceux qui se 
trouvent dans la plaine de Troie. 

Boate, dans son Histoire Naturelle de Flrlande , dit qu^il est facile de distin- 
guer les raths ou forts, qu'on rencontre dans cette tle , des cams ou kems^ en ce 
que les premiers sont entourés de fossés ou de retranchemensy et que la plu- 
part sont des éminences naturelles fortifiées par Fart. Il en est de peu d'étendue, 
et d'autres qui occupent de quinze à vingt acres de terrain. Les uns n'ont qu'un 
large fossé, tandis que d'autres en ont deux ou trois, séparés par des retranche- 
mens. Plusieurs de ces forts sont concaves au sommet, pour mettre les com- 
battans à couvert ; et il en est aussi qui se composent d'un monticule qui s'é- 
lève au centre à une hauteur considérable , et qui commande tous les ouvrages 
inférieurs. Ces forts sont si nombreux dans le comté de Down , que dans un es- 
pace de plusieurs milles, on peut se voir et s'appeler de l'un à l'autre (i). 

L'étendue de ces rat?u ou forts , était toujours proportionnée à la puissance 
et à la richesse des chefs. Le c/on, qui demeurait dans le voisinage, allait s'y ré- 
fugier, toutes les fois qu^il était menacé par un ennemi. Les lois Bréhones font 
mention de neuf espèces différentes de raths (a). 

Borlase prétend que les missionnaires envoyés pour convertir les habitans de 
l'Irlande, au lieu d'abolir tout d'un coup les superstitions des druides , jugèrent 
qu'il serait plus prudent de les faire tourner à Tavantage de la religion qu'ils 
étaient venus prêcher 9 et que, voyant la vénération que ces ignorans insulaires 
avaient pour les anciens tombeaux (3) , ils dédièrent ces monumens à des saints 
du christianisme. 

Le docteur Stephenson, président de la Société Littéraire de Belfast, dans un 
essai historique sur la paroisse de Temple-Patrick, au nord de l'Irlande , donne 
des renseignemens très-curieux sur les tumuU de cette contrée, sur leur origine 
et siar leur destination. Quant à la stmcture, il observe qu'ils ont la forme d'un 
cAne tronqué, ayant de quarante à cinquante pieds de hauteur sur un diamètre 
de quarante à soixante-dix au sommet* L'intérieur est formé de sable et de pier- 
res qui pèsent de vingt à trente livres. La surface est recouverte d'une terre 



[i)D* Gérard Boaté's Hittory oflre^ (a) Ledwick*t antiquities of Ireîandf 

and, part III, containing a discourse Dnblin, 1790,^510^ 3. 

eoneemtng the Danùh Mounu, Jbrts (3) Les Anglais les appellent barrows \ 

and towers in Ireîandf hy Thomas Moly^ du mot saxon beorg on furg qm signifie une 



neux , Dnblin , 1755 , page ao8. émineoee* 



(49«) 

prise sur les champs voisins, k laquelle on a donné une épaissear suffisante 
pour qu^il y croisse une herbe très-belle. Ce mélange de sable et de pierre ab- 
sorbe Feaa des pluies , et conserve en même temps , depuis des siècles , une 
belle forme primitive et la jolie verdure dont ils sont recouverts. 

Quelques tumulî , comme celui près de Dromore , ont , à une certaine hau- 
teur, une espèce de terrasse , ce quf, dans Féloignement, leur donne Tapparence 
de deux lumuiî qui auraient été construits Tun sur Tautre. La circonférence de 
ce monument , à sa base , est de six cent trente pieds ; le diamètre , au sonunet , 
soixante, la hauteur, quarante-cinq; la circonférence de celui de Donaghadee 
est de quatre cent quatre-vingts pieds i sa base, au sommet, deux cent dix-neuf, 
la hauteur est de 44 (i)- 

Page 3ji> Prairies. On donne le nom de prairie, à de grandes plaines situées à 
Touest des monts Apalaches, où Ton ne voit point d^ arbres, mais qui sont cou- 
verts de riches pâturages , renfermant particulièrement le roseau ( mîegia ) et la 
prèle ( eçuisetum ) qui croissent à la hauteur d'un homme , et où se nourrissent 
d'innombrables troupeaux de bisons ^ qui ont prompiement disparu après les 
premiers établissemens des Français (a) et des Anglais dans la vallée de TOhio. 
Dans plusieurs parties de ces grandes prairies , le sol est formé d'argile , qui re- 
tient les eaux après les grandes pluies. Les sillons qui ont excité un si grand 
étonnement , ne pourraient- ils pas avoir été tracés par la marche des bisons , 
comme on peut le remarquer en Europe sur les routes fréquentées par les bœufs, 
qui laissent réellement après eux une espèce de sillon f 



NOTE B» 

Page 388. Le roi Asychis , voulant surpasser tous les rois qui avaient régné 
en Egypte avant lui , laissa pour monument une pyramide de brique, avec celte 
inscription gravée sur une pierre : Ne me méprise pas en me comparant aux pyra- 
mides de pierre : je suis autant au-dessus d'elles j que Jupiter est au-dessus des autres 
dieux; car j'ai été bâtie de briques faites du limon tiré du fond du lac, HÉRODOTE, 
trad. par Làrcheiu 



(i) Hittorical essay on the parish and (a) A la première arrivée des Français cet 

congrégation of Temple-Patrick, p. '] and animal éiait si conimun , qu^oa Tappelaît la 
8, Belfast^ iSaS. va c^ des lUlnois. 



C 499 î 
NOTE G. 



Page 39a. Selon les historiens de la Louisiane, Uiberville, pour former un> 
établissement dans le pays des Sioux et prendre possession d^une mine de cuivre 
qu^on y avait découverte , fit partir un détachement de ao hommes sous les 
ordres de Lesnenr , qui ayamt remonté le Mississipi, entra dans la rivière de 
Saint-Pierre, et, après y avoir fait 4o lieues, trouva sur la gauche un afduent 
qu^il nomma la Rwère-FeHâj à cause de la couleur de la terre qui tombe de la 
mine. C'était vers la fin de septembre , et les glaçons Tempéchèrent de remon- 
ter plus d^une lieue. 11 y fit une estacade pour passer Thiver. La chair des bisons 
coupée en pièces et séchée à Pair était la nourriture de ce détachement. Au 
mois d'avril , on visita la mine de cuivre située à la distance de trois quarts 
de lieue, au pied d'une montagne qui parait entièrement composée de ce mi- 
nerai. £n a a jours, on en tira plus de trois, cents quintaux dont 4 milliers furent 
envoyés en France. 



Page 389. En parlant des tombeaux sur les bords du Merrimak, qui n'ont 
guère plus de cinquante pouces de longueur, nous avons dît qu'après bien des 
conjectures à ce sujet 9 on est parvenu à expliquer ce phénomène : on a trouvé 
un squelette bien conservé qui avait les os des jambes repliés contre les cuisses. 
M. le docteur Grayson , médecin dbtingué des États-Unis , actuellement & 
Paris, quia examiné ces tombeaux, avec le docteur Walker, en 1818, m'as- 
sure « qu'ils en ont mesuré un grand nombre , qui n'ont pas plus de vingt-trois 
» ponces de longueur ; d'autres ont vingt-sept pouces , et aucun n'excède 
M quatre pieds deux ou trois pouces. Les dèntÀ bien conservées montrent que 
» ce sont les restes de personnes adultes , dont les squelettes, quoique décom- 
» posés , se trouvent dans leur position natarelle. Le docteur Grayson est con^ 
M vaincu que c'est une race d'êtres diCférens de tous ceux qui existent aujour*- 
» d'hui. Les tombeaux sont situés dans un bois sur la côte méridionale de la 
» rivière Merrimak , à quinze milles de Saint-Louis. On les trouve sur des 
» monceaux de terrain élevés d'environ trois pieds au-dessus de la surface du 
» soK Ils sont formés de pierres plates qui environnent le cadavre , dont la 
» tête est tournée vers l'est Le' terrain est couvert de gros arbres, dont les 
9 racines percent ces tombeaux, et fournissent une preuve de leur anti- 
» quité (i). » 

(1) M. Schoolcraff • vievr of the lead mines of B&issouri , etc., p« 284* NeW'Yerk, 18194 



( 5oo ) 



, . .■-...^.■^-^^.^^■■■^■^■«■^■■•«■■■■■. «a. ■■■■■.■■■. ^ii ■.[■.■ .1 1 ^ ^ > »^^^T^'%%-f>%^ | -t1VmVfcx%t.<,t.<. X 



EXPLICATION 

hes planches relahyes aux recherches sur les antiquités 
des états-unis de l^amérique septentrionale. 

PLANCHE VII. 

Fig. I . Plan d' anciennes fortifications près Necpark, dans le comté 

de Idcktng , état de ÏOhio. 

A. Fort de forme presque octogone , contenant 4o acres. 

B. Fort circulaire joint au premier par deux murailles parallèles; 

et contenant 22 acres. 
G. Fort circulaire entouré d^un fossé, et contenant 26 acres. 

D. Fort carré contenant 20 acres. 

E. Étang contenant plus de i5o acres. 

F. AUuyion formée depuis que les ouvrages ont été abandonnés. 
O. Descente escarpée de 4o pi^s, presque perpendiculaire. 

I9 1. Espaces qu'on suppose avoir été des champs cultîvésé 
c, d. Deux murailles parallèles , mesurées dans Tespace d^un mille 
ou deux seulement ; leur longueur totale est inconnue. 

a. Petits ouvrages de défense. 

b. Passages pour Técoulement de Teau. 

c. Murailles parallèles en terre* 

d. Observatoire, en partie bâti en pierre, de 3o pieds de haut, 
m. Petits tertres pour la défense des portes dans le fort octo- 
gone. 

Fig. 2. Ancien fort en pierre et tertre^ dans le comté de Peny^ 

état de fOhio. 

A. Surface de plus de 4o acres. 
G. Passage. 



( Soi ) 

M. Élëyatîon en pierre. 

R. Rocher grand et élevée vis-à-vis la porte du fart* 

S. Petit ouvrage en terre. 

m. Petit iumuhis en pierre, de forme ronde. 

PLANCHE VIII. 

Fig. I. Anciennes fortifications , situées à Marietta^ dans V état 4e 

rohio. 

a. Parapets. 

b. Excavations. 

c. Tertres de forme conique. 

d. Grand chemin couvert. 

e. Petit chemin couvert. 
/. Etang ou réservoir. 

gy h. Enceintes carrées élevées. 

Fig. a. Anciennes fortifications^ à CircIeçiUe^ dans Téiai 

de rOhio. 

A. Fort de forme ronde. 

B. Fort carré. 

C Grand tertre. 

D. Tertre avec un pavé semi-circulaire. 

E. Tertre de 90 pieds de haut, 
d. Fossé profond. 

m. Tertres en terre. 

w. Deux murailles parallèles en terre. 

PLANCHE IX. 

Fig. I . Anciennes fortifications situées sur le Paint-Oreék , dans 

rétatderOhio. 

• 

A, B. Deux forts avec murailles en terre. 

C. Fort en pierre, situé sur une colline de 3 à 4oo pieds de haut. 



( 502 ) 

D. Fourpeaux au midi du fortC. 

£. Emplacement d^un fort circulaire avec deux puits. 

a^a. Deux ouvrages ëlevës de forme oblongue. 

b,h. Tertre et demi cercle, d^une couleur rouge. 

m. Tertres. 

(P. Puits. 

Tvo. Quatre puits dans le lit du Paint-Greek. 

Nota. Les chiffres désignent les contenances en acres et lo'' 
diacres. 

Fig. 2 • Anciennes fortifications situées à Portsmouth y dans 

l'éftaiderOhio. 

1,2,3. Trois tertres circulaires de a pieds de haut. 

4. Tertre avec un chemin ëleyë pour y mo nter. 

c. Teilre ayant un trou au centre. 

d. Haute muraille ou observatoire. 
/. Fort. 

m. Petits tertres. 

p^p. Murailles parallèles en terre. 

•<p. Puits. 

PLANCHE X. 

Plan d'anciennes fortifications situées sur la ri^ orientale du Pètitr 

Miami^ dans l'état de rOhio. 

A. Trois chaussées ou routes. 

B. Deux chaussées ou routes. 

Ces anciennes fortifications sitaëes à 4 mQles environ aa-dessas du confloent 
da Todd^s fork , età 3o milles nord-est de Cincinnati , dans TËtat de TOhio , 
s^élèvent sur un plan presque horizonlal, à environ aSG pieds anglais au-dessus 
du niveau de la rivière ^ entre deux autres petits cours d^eau dont les bords sont 
fort élevés et escarpés. Les murs .9 construits en terre, sont représentés par 
des lignes couvertes de hadhures , et les portes ou entrées par des espaces en 



( 5o3 ) 

blanc. Une plaine s^ëtend à Test , le long de la grande route de Lebanon à 
Cbillicothe , sur une étendue dW demi-mille. 

Ces fortifications sont entourées de tous côtés, excepté de celui du nord qui 
est traversé par la grande route , par des précipices qui ont presque la forme 
de la muraille. La hauteur de cette dernière varie intérieurement en raison de 
la nature du terrain extérieur; elle est en général de 8 à lo pieds; mais, du 
côté de la plaine , elle se trouve de 19 pieds i/a intérieurement , et , à Texté- 
rieur, de 4 perches i/a ou de 7a pieds. En plusieurs endroits, une partie de 
cette muraille parait avoir fait place à des ravins de ao à 5o pieds , et même 
60 pieds de profondeur , et qui ont dA être formés par des eaux amoncelées 
dans l'intérieur. 

A la distance de 3oo pieds à Test de Tentrée par laquelle passe la grande 
route de TËtat, se trouvent deux tertres de 10 pieds 8 pouces de hauteur, 
entre lesquels a été pratiquée la grande route. De ces tertres partent des ravins , 
qui , se dirigeant au N« et au S. , communiquent de chaque côté avec les pe- 
tites rivières. Au N. £. des tertres , du côté de la plaine, il y a deux routes ou 
chaussées presque parallèles, lesquelles ont environ 16 pieds 1/2 de largeur, 
f;4 de mille de longueur et 3 pieds de hauteur. Elles décrivent à leur extrémité 
un demi-cercle irrégulier autour d'un petit tertre , comme on peut le voir sur 
le plan. 

Près de l'extrémité méridionale de ces fortifications , et du côté du S. O. , 
on remarque trois chaussées circulaires d'environ 660 pieds de longueur. Elles 
ont été pratiquées sur le revers du précipice entre la muraille et la rivière , et 
ont dû probablement servir à entraver la navigation de la rivière. Il n'y existe 
aucun vestige de fortifications en pierres ; seulement on y remarque quelques 
pierres éparses du côté qui avoisine la rivière (i). 

iV. B, Dans l'intérieur de ces fortifications se trouvent des excavations ou es- 
pèces de bassins circulaires de plusieurs pieds de profondeur, qui ont probable- 
ment serri d'habitations souterraines. 



(1) Arpenté en février 1807, parAbîjah tel qu'Use trouve audit département. 
Onealet Joël Wright, département de la «Sr^/ï^ Roberdrau, 

guerre des États-Unis, bureau des ingé- Major des Inçérdoirs topographes. 

nieurs topographes > copie du plan original 



u. 64 



C 5o4 ) 

PLANCHE XI. 

Fig. 1 , 2. Esquisses d anciennes fortifications situées sur les bords 
du Petit-Miami et de ses affluens^ dans ïétai de VOhio. ' 

Fig.Xn a ; à ao milles au -dessus de ce point , et sur les bords de cette rivière, 
se trouve un ouvrage qui occupe une surface de loo acres, et qui est sans doute 
Touvrage représenté dans la pi. X. 

b. Chemin ferré de 25 pieds de ]argciir,sur 3 milles de longueur. 

c. Chemin couvert conduisant à la source. 

d. Bord escarpé et très-élevé. 

e. Bord escarpe de 5o pieds de haut. 

Fig, a. A. Cette fortification est entièrement détachée des autres ouvrages 
militaires, et se trouve sur la fourche orientale ( Elast-Fork)^ à 20 milles en- 
viron de son confluent avec la rivière du Petit-Miami. 

Les remparts des fortifications sont en terre , et ont actuellement de 5 à 10 
pieds de hauteur sur une largeur moyenne de 3o pieds. Il n*y a pas de fossé. 
Sur les parapets croissent des arbres de différentes espèces , lesquels sont de 
dimensions aussi considérables que ceux du pays environnant (1). 

Pedt-Miami. Cette rivière prend sa source à Tangle S. O. du comté de Ma- 
dison, dans TEtat de FOhio , et, après un cours S. O. de plus de 70 milles, 
se jette dans FOhio, à 7 milles au-dessus de la ville de Cincinnati, et à en- 
viron 4-io milles au-dessous de la source de cette rivière à Pittsbourg , dans la 
Pensylvanie. 

On ne trouve rien dans les histoires les plus anciennes du pays , ni dans 
les traditions des Aborigènes, qui permette de hasarder la moindre ^con- 
jecture relativement à Torigine des immenses ouvrages de ce genre que Ton 
rencontre çà et là sur les bords du Petit-Miami et des autres rivières tributaires 
de rOhio et du Mississipi , et dont ce plan est un échantillon. 

Israël Ludiou a en sa possession un boulet de canon en fer , provenant d'un 
de ces ouvrages , et qui pèse 70 livres. 

(i) Département de la guerre des Etats- nal qui se trouve dans ledit bureau. 
Unis , bureau des ingénieurs topographes, le Signé RoBKRDRAU , 

18 juillet iSa3, copie exacte du dessin origi- Major des Ingénieurs topographes. 



( 5o5 ) 

PLANCHE XII. 

Fîg. I- Inscription graçée sur un rocher {riçièrede Taunton)dans 

Pétai de Massachusetts. 

Ce moniiment hiéroglyphique , appelé Writing^Roch , ou Dightan - Roch , 
est un bloc de gneiss ou granit secondaire , situé à Fest de Tembouchure de la 
rivière Taunton , dans Fétat de Massachusetts. 

La base du côté principal présente une étendue de 1 1 pieds 7 pouces , sur 
S pieds I pouce de hauteur. 

Plusieurs personnes croient que ce monument singulier représente une na- 
vigation phénicienne. 

Fig. 2. Anciennes fortifications sur V affluent nord du Paint-- 
Creek^ près Chillicothe^ dans F état de VOhio. 

g. Passages. 

m. Tertres de différentes hauteurs et dimensions. 

(P. Murailles en terre. 

Fig. 3. Antiquités indiennes à Piqua, dans fétat de VOhio. 

À. Enceinte de i5o pieds de diamètre. 

B. 225 id. 

C. i5o id. 

D. 395 pieds le grand diamètre, 83 pieds le petit diamètre. 

E. 123 pieds de diamètre. 

a. 43 pieds de diamètre. 

Fig. 4- Anciens murs parallèles quon suppose cu?oir été ûe»és 

pour des jeux. 

Fig. 5. Anciens ouçrages près Piketon^ sur la Scioto^ dans 

VétatderOhîo. 

Â. Deux murailles parallèles en terre, de 20 pieds de haut, 
m. Tertres. 



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PLANCHE XIII. 

i,2,3« Anciennes fortifications situées sur le JNoyer-Creek^ ajffluent 
du Mississipi ^ dans l'état des Illinois. 4 â lo. Fragmens d* an- 
tiquités, 1 1 . Rocher sculpté. 

Fig. I. 

A B C D. Enceinte dont les murailles ont i8 pouces d^épaisseur , 
56 pieds de longueur et 22 pieds de largeur. Le côté C D est 
tourné au sud-est. 

E, F, G, H, I, K. ( f^oir le Mémoire^ pages 429 et suiçarUes. ) 

Fig. 2. 

Cette construction est située à Test de la première. Les mu- 
railles sont semblables à celles de la fig. i. 

Aj C. Deux chambres sans communication avec la chambre B. 
B. Chambre presque ronde. 

Fig. 3. 

Elévation de la construction , en forme de voûte. 

Fig, 4 à lo. 

{f^oir le Mémoire, pages 146 et suîçantes. ) 

Fig. II. 
Bjocher des bords du Mississipi, portant des empreintes de pieds 
humains. ( P^oir le Mémoire y page 44^0 

EXPLICATION 

DES PLANCHES RELATIVES AUX ANTIQUITES DE PALENQUÈ. 

PLANCHE V. 

Fig. I . Le grand palais de Palenquè est de forme carrée 
avec péristyle tout autour. Il peut avoir trois cents pieds de Ion- 



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gueur, sur environ trente-cînq pieds d'élévation. Les murailles 
ont quatre pieds d'épaisseur. L'intérieur est divisé en plusieurs 
corps de logis , séparés par des cours. Au-dessous de ce palais il 
y a de vastes souterrains dans lesquels on descend par des escaliers. 
Les murailles sont ornées de bas -reliefs sculptés sur pierre et 
revêtus d'un stuc très-fin. Les personnages, représentés dans ces 
bas-reliefs y sont de grandeur colossale. 

Fig, 2. Grande tour carrée en pierre , formée de plusieurs 
étages séparés par des doubles corniches. Cette tour, dont il reste 
encore quatre étages , a soixante et quinze pieds de haut sur trente 
pieds de base. Elle est presque massive. L'escalier, qui conduit au 
sommet , est au centre ; il est éclairé par des fenêtres percées de 
chaque côté à chaque étage. 

Maison carrée, dont les murailles sont excessivement épaisses; 
on y remarque une fenêtre en forme de T. 

^g. 4- Médaille en cuivre travaillée délicatement au burin. Elle 
a deux pouces de diamètre sur trois lignes d'épaisseur. 

On y voit d'un côté un énorme serpent roulé autour d'un arbre 
qui occupe le milieu du champs qui r