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Full text of "Revue de Gascogne: Bulletin Bimestrial de la Société Historique de Gascogne"

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REVUE 



GASCOGNE 



BULLKTIN MKN8UEJL, 



SOCIETE HISTORIQUE DE GASCOGNE 



Tome XXXV. 



AUCH 



IMPRIMERIE ET LlTHOQRAPH^E G, FOIX, RUE 8ALGUEftl£ 



1894 





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REVUE 



DE 



GASCOGNE 



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REVUE 



DE 



GASCOGNE 



BULLETIN MKNSUEL 



SOCIETE HISTORIQUE DE GASCOGNE 



TOJIE XXXV. 



AUCH 

IMPRIMERIE ET LITHOQRAPHIE G. TOIX, RUE BAL6UERIE 
1894 



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Harvard College Library 
SEP 29 1913 

Pi p f. A. 0. Ou oli dgo 

7" ,(t> ,'£iH4*tML^c*^'^ 



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LES ORIGINES 



DE 



L'IMPRIMERIE A AUCH 



I 

LE BREVIAIRE DE 1533 ET SON IMPRIMEUR. — PREUVES DE l'eXISTENCE d'UN 
P;,US ANCIEN BREVIAIRE. — LES PEREGRINATIONS DU PREMIER IMPRIMEUR 
D*AUCH. - SES ANTECEDENTS. 



Le br6viaire de la cath6drale d'Auch de 1533 est le 
premier livre qui ait 6t6 imprini6 en cette ville. II est 
mentioiin6 dans YHistoire de Vimprimerie a Auch, par 
Prosper Laforgue [Revue de Gascogne, tome iii, p. 262). 
D'un autre c6t6, M. L6once Couture, le savant directeur 
de la Revue de Gascogne, en a fait le sujet d'un article 
dans son Esquisse dune liistoire litUralre de la Gas- 
cofjne pendant la Renaissance, 6tude ins6r6e dans le 
Bulletin du Comite dliistoire et d'archdologie de la pro- 
vince d'Auc/i (Auch, 1861, tome ii, p. 57 et suiv.). II 
terminait en disant que les bibliophiles « feraient bien 
de s'occuper un peu de Claude Garnier. » 

Personne n'a encore r6pondu k cet appel fait il y a 
plus de trente ans. Nous aliens aujourd'hui essayer de 
combler cette lacune en retra^ant ce que nous avons pu 
recueillir de la vie et des oeuvres de cet habile imprimeur, 
qui a exerc6 son art en plusieurs endroits et dont le nom 
m6rite d'etre tir6 d'un injuste oubli. Avant de parler de 



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— 6 — 

la personne du typographe, disons quelques mots de notre 
br6viaire et d'un autre qui Ta pr6c6d6. 

La premiere mention que Ton trouve du br6viaire de 
1533 se rencontre dans le catalogue de Baluze. (Biblio- 
theca Balusiana, ii, n"* 9524), oil il est simplement indi- 
qu6 sous la designation de BiTviariwn Auxitamim; 
Auxis, 1533; in-S"*, gothique (sans nom d'imprimeur). Le 
seul exemplaire que Ton connaisse aujourd'hui de ce 
livre est conserve a la Biblioth^que de la ville d'Auch, 
od il est inventori6 sous le n^ 300. Dans une vieille 
reliure du xvi^ sifecle, il porte a Tint^rieur de la couver- 
ture Tex-libris d'Augustin Daignan du Sendat, chanoine, 
vicaire-g6n6ral et oflBcial d'Auch, parent de Tauteur de 
melanges manuscrits sur I'histoire de la region bien connus 
des travailleurs. Nous ne savons oil est pass6 Texemplaire 
de Baluze, et nous ignoronsce qullestdevenu. Ce biblio- 
phile mettait au commencement de tons ses livres son 
nom et son lieu de naissance ainsi : « Stepha/tus Baliulas 
Tutelensis », particularity qui ne se retrouve pas dans 
Texemplaire de Daignan du Sendat. 

Nous aliens donner une description bibliographique du 
volume plus exacte et plus complete que celles qui en 
ont 6t6 dress6es jusqu'ici. 

Le titre est imprim6 en rouge, sauf la premiere ligne 
en noir que nous reproduisons ci-dessous en lettres majus- 
cules. En voici la transcription d6gag6e des abr6viations, 
pour en rendre la lecture plus facile : . 

Breviarium Metropolitaneum ad usum insignia ecclesie bente 
Marie Auxis, Novissime impressum fussu ac aucioritate Receren- 
dissimi in Christo patris et dominie domini Francisci de Claro- 
monte miseraiione divina sancte Romane ecclesie cardinalis, epis- 
copi Tusculani, legaii Avinionensis et archiepiscopi Auxitaniy 
recognitum integritatique restitutum, ab omnibus pvesbi/teris totius 
diocesis tenendum ac observari preceptum et monitum. Et per ce- 
nerabile (sic) Auxitanensem capitulum, solerti ingenio, summaque 



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- 7 — 

opera vigilantissime castigatum et correcium, nocis officiis aucium 
et decoratum etfolUs suis uhi oporiet et adnoiatum et quoiatum. 

Apr^s ce libell6, on voit les armes de Tarchevfique, 
surmont6es du chapeau de cardinal, grav6es sur bois et 
tiroes en noir; au-dessous ce distique en son honneur : 

Salve cardinen fulgens Francisce tiara 
CkJus purpureum fulget in orbe caput, 

Vient ensuite le Calendrier suivi des pieces liminaires 
qui forment ensemble avec le titre 12 ff. en 2 cahiers, le 
premier dispos6 en quatevnion, par 4 ff . doubles, avec le 
signe -J*, comme signature au bas, et le second en duev- 
inoii, c'est-a-dire par 2 ff., avec le m6me signe redou- 
ble -f* -f*. Le roijistrc qui indique le nombre de cahiers 
ayec leur disposition, est plac6 au redo du 12® feuil- 
let^ Au verso on voit une gravure de TAnnonciation, 
suivie de vers latins. 

Le texte proprement dit du br6viairc commence au 
haut du feuillet suivant, portant au bas la signature a, 
par cet intitule imprim6 en rouge : 

Incipit Breviarium secundum usum ecclesie metropolitane Auxis, 

Le livre est divise en quatre parties. La premiere con- 
sacr6e aux offices des dimanches (Domuu'cale) se compose 
de cxliiij ff. chiffr6s; la seconde qui comprend le psautier 
(Psffltrrii//)i) a Ixxxvij ff. chiffr6s; la troisi6me contient 
le Sfuictoralr ou Lectionnaire en cxlvii ff., plus un feuil- 

(I) \'oici ce rogisire nocessairc pour le collalionnemciit. iu bri'viaire complet. 
Les passages que nous avoiis mis en italiqaas soiit imprimes eu rouge : 

Reijltitrani totlu.H Brcfiiarij 
Et prlmo Kalcmiatiani sin s/f/natum cum rcpulU sequontibus ■[-■{-. 
"Dominitxilo sir. sif/natum. a b c d e f g h i k 1 ra n o 
p q r s. Psnltrrlum sic sirjiiatam A B C- D E F' 
(1 H J K L. Sanrtorulo sic signatum aa bb cc dd 
eo tl ^'^ hh ii kk U mm nn oo pp qq rr ss 
Commune sic signatum A B C D E. Omnes sunt 
quatemi preter ss qui est quaternus et C qui est duernus. 



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— 8 - 

let dont le verso est blanc et au recto duquel on voit la 
m6ine gravure de TAnnonciation que celle plac6e au 
commencement, ensemble 148 fl. Enfln, la quatrifeme et 
dernifere par tie, le Commun des Saints [Commune Sanc- 
torum), n'aque xxxiiij ff. chiffr6s. Le xxv^ f. qui man- 
quait a 6t6 recopi6 en manuscrit au commencement du 
XVII® ou a la fin du xvi® si^cle. On trouve ensuite 2 flf. 
non chiffr6s (ensemble 36 ff. pour cette partie). Ces deux 
derniers feuillets contiennent un avis ou avertissement 
du Chapitre d'Auch aux pr6tres du diocese sur les chan- 
gements et ameliorations apport6es dans Tarrangement 
et la redaction de ce nouveau br6viaire, qui a 6t6 ordonn6 
et corrig6 avec un soin minutieux [ad amussim retjala' 
turn et castiyatum), S'il y est rest6 des f antes, est-il dit, 
11 faut s'en prendre aux compositeurs typographes qui se 
trompent facilement [calcographorum etiam delinquendi 
facilitatem animadvertite) et dont la main a bien vite 
commis des erreurs, malgr6 une surveillance d'Argus 
(quorum manus etiam si Argus adessetj in errorem cito 
labuntur^). 



(1) Nous ne croyons pouvoir mieux faire que de donner ici un extrait de ce 
xnorceau interessani : 

VenerabUis Auwitani capituli ad sacerdotes deoota admonitlo. 

Admonet nos divinus psaltes, sacratissimi sacerdotes, quod Deo sapienter 
psallamus non sola scilicet nude verba ore proferentes, sed et piam eorum in- 
telligentiam ac sensum mente in Deum excitata meditantes, quam plane non 
tantum ad psalmodiam et sacram psalmofum decantationem acconnpodandam 
putamus, verum etiam et ad omnem que Deo rite exhibetur laudationem ac 

orationem 

Id sane solicito revolventes animo, zelo 

officii divlni succensi (ut metropolitaneum decet capitulum) breviarium nostrum 
Auxitanum duximus reformandum, et in melius regulandum quod plane erat 
confusum (ut rari admodum qui in divinis persolvendis officiis quin aut non 
trepidarent atque hesitarent invenircntur). Porro huic gravi morbo tam late 
grassanti et totam pene occupanti Auxitanam diocesim pro viribus occurrere 
mederique rati sumus. Ceterura Breviarium ad amussim castigatum et regula- 
tum a superfluis elimatum a supressis elucidaium novisque offlciis insignitum et 
decoratum, id profuturum cunctis sacerdotibus conducibileque fore arbitrati 
sumus si in lucem ederetur profereturque in publicum. Illud igitur, o dcvoti sji- 
cerdotes, hylari vultu exporrecta^iue fronte accipite. Si tamen quod noncredimus 
(ni [allamur) in seusu, dictione syllabave aliquid repreheusione diguum compe- 



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— 9 — 

L'achev6 d'imprimer se lit au dernier feuillet recto. II 
estainsi con^u: 

Absolutum est hoc insigne ecclesie Auxitane Breviarium novo 
typo excu88um de mandato Domini Beverendissimi ac permissu 
venerabilium canonicorum in lucem emissunij mendis quibus sea- 
iebat elimatuniy nocis regulis regulatum et declaratum novisque 
officiis videlicet sanctorum Gabrielis, Joachim et Joseph insigni- 
tum et decoratum. Auxis novissime impressum industria Claudii 
Garnier chalcotypi. Anno Domini trigesimo tertio supra mille- 
simum quingentesimum. Die vero pridie Kalendas Maias, 

Au-dessous, on voit une petite vignette sur bois de la 
Vierge tenant dans ses bras Tenlant J6sus. Le verso de 
ce feuillet final est enti^rement blanc. L'ensemble du 
volume se compose de 424 ff . imprim6s en rouge et noir, 
caracteres gothiques, 36 lignes par page pleine, avec de 
petites figures sur bois dans le texte. 

On remarquera dans la souscription finale les mots : 
NOVO TYPO ExcussuM qui s'appliquent, selon nous, 'a la 
nouvelle fonte de caract6res avec lesquels le br6viaire a 
6t6 imprim6 par Claude Garnier qui, dans son amour- 
propre de typographe, avait int6r6t a vanter le labeur de 
longue haleine quil venait de mener a bonne fin. 

Un liturgiste distingu6, M. rabb6 Cazauran, est d'un 
avis different. Voici ce qull dit dans son travail sur la 
Liturgie du diocdse d'Auch;A\ichj 1861, page 7 : 

« On a cru longtemps, on croit peut-^tre encore, que le br^viaire 
d'Auch public en 1533 et dont on voit un exemplaire dans la Biblio- 
theque munieipale d'Auch, 6tait le premier de notre diocese sorti des 
presses de rimprimerie. C'est une erreur. La mention k la fin du vo- 



ritis, non eis ascribite in vitium qui huic noTissime recognitioni ordinationique 
operam dederunt, sed humanis ingeniis condonate quorum proprium est errare. 
Nam solius Dei et non hominura perfecta sunt opera. Calcographorum etiam delin- 
quendi facilitatem animadvertite, quorum manus eiiamsi (Argus adesset) in erro- 
rem cilo labuntur. Hoc solum rogatos vos volumus, ut diligenti studio singulis 
diebus laudes Deo persolvere conemini,potiusquam calchotypis et hujus Breviarii 
ordinatoribus detrahere imaginemini. Valete lelices. 



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— 10 — 

lume indique formellemeiit que le livre est une nouvelle ^ition : Novo 
TYPO excussuniy etc... D*ailleui*s, Mgr de Montillet ne laisse subsister 
aucun doute k net ^gard lorsque parlant dans soa ordonnance du 5 
noverabre 1752 (en t^te du br^viaire d'Auch) d'offices propres k la pro- 
vince d'Auch, cel^br^s dans Tancienne liturgie, il invoque rautorite 
d'ouvrages plus anciens. > 

Nous avons eu la curiosity de rechercher le texte invo- 
qu6, dont M. rabb6 Cazauran n'a donn6 qu'un extrait 
traduit librement en fran^ais : « comme on le voit, dit-il. 
par les antiques br6viaires de notre 6glise dont il nous 
reste divers exemplaires (ainsi que de Tancien Missel) du 
QuiNzifiME etdu seizifeme siecles int6gralement imprim6s.» 
Void maintenant le passage en question, dans son int6- 
grit6 : 

Jam dudum, fratres carissimi, Brcviarium Metropolilanae nostra3 
totique huic dioeccsi proprium exoptabatis quod resliUUo Ecclesiae 
noslrse antiquo usu in persolvendis llorariis precibus adhiberelur... 
Officia propria Sanctorum hujus provinciae multis retro seculis in ea 
recoli solitorum uti liquet exanliquis Ecclesiae nostra Bre via ri is quorum 
varia nobis supersunt (sicut et veleris Missal is) exemplaria decimo 

QUfNTO ET SEXTO DECIMO SECULIS DE INTEGRO TYPIS MANDATA (1). 

« II y eut done plusieurs Editions du br^viaire gothique d'Auch, 
ajoute M. Tabb^ Cazauran, soit au quinzi6me, soit an seizi^me siccle, 
et Ton se trompe lorsqu'on ecrit que ce livre liturgique ne parut qu'en 
1533. La publication faite a cette dale fut une simple reimpression. » 

Nous sommes parfaitement d'accord sur ce point; mais 
cela ne contredit pas notre opinion, que la phrase novo 
TYPO iMPREssuM signitte que le livre a 6t6 imprime avee 
des types nouvellemcnt fondus. Aux yeux de quiconque 
est au courant des formules usit6es dans Tancienne typo- 
graphie, Tinterpr^tation de notre honorable contradictcur 

(1) Brcclarium Ausritannm illuslrissimi ao roverendissimi in Christo Patris 
D. D. Joannis Francisci de Montillet, archiepiscopi Auxitani, Noveiupopulaniic 
ct lUriusque Na.arr<T priinatis, jossu ei aiictoritato ac venerabilis cjusdcni 
Kcclesiiu capiluli conseusu editurii. ParlsUs, J.-B. Garnt<*r et P.Alex.lc Pricnr, 
1753. Ia-12, pag. 3-4. 



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— 11 — 
pourra paraitre subtile. Si Ton eilt voulu prater a ces 
mots le sens qu'il leur a donn6, rimprimeur eUt mis de 
NOVO ou NOviTER iMPREssuM, comme on en a de nombreux 
exemples a cette 6poque, et n'eiit pas ajout6 le mot 
CARACTERE qui pr6cise davantage. L'existence d'un plus 
ancien br6viaire est simplement constat6e et ce fait a lui 
seul est d'une importance capitale. 

On connait deux Editions du Missel d'Auch imprim6es 
au XV* sifecle, qui font toutes deux partie de la biblioth^que 
du Grand S6minaire d'Auch. La plus ancienne, achev6e 
d'imprimer le 14 avril 1491 (1492, nouv. style) aux frais 
de noble Hugues Du Cos ou De Cos (cle Cossio), mar- 
chand de Toulouse, a 6t6 d6crite par le docteur Desbar- 
reaux-Bernard, dans YImprinierio a Toulouse au xv® 
sii^de (Toulouse, 1868, pag. 116-117) *; Tautre dat6e de 
1495 a 6t6 imprim^e a Pavie en Italie* par Francesco 

(1) Nous en reproduisons le co/oyo/io/i imprime en rouge, que nous avons 
relevd sur Toriginal. Les barres indiquent Tendroit oii finissent les lignes: 
Liber Miasalis ad usum erclesie b meiropoUtane beate marie au b atis. ductu 
et impensa nobiUs ci'^ u ri Hugonis de cossio, mercatoris d Tholosani. 
Impressus a ad lawlem dei eiusdemgue inte n merate cirginis marie felici 
sy= I dere explicit. Anno domini. Af, u cccc xcj, r^w cero xiiiJ.mensiH aprilia, 

(2) Comme cette Edition n'est pas signalee dans la Bibliographla Uturgica de 
M. Veale, nous en donnons la description bibliographique : 

Le litre imprimd en rouge est en une seule ligne i la premiere page : 

Missale secundum ecclesiam auxitanam 

Au-dessous, la marque de I'imprimeur tirc^e en rouge. Kile diff^ro de celle 
donn^e dans le recueil de P. Kristeller {Die Italienischen Buchdruckcr-Ufid 
Vertegcrieichea-y Strassburg. 1893, in-fol., n" 130). ~ A la ftn, au verso du der- 
nier feuillet, le titre d'impression et le nom du typographe sont en rouge 
et en une seule ligne : Papie, per Franci^cum Girardengum. Au-dessous la 
date : m. cccc. xc v. — Le volume se compose de 8 ft. non cbifi[r<^'S au com- 
mencement pour le titre et le calendrier, de cc xin ff. chiilres, et d'une autre 
partie oomprenant xiu ff. chiff. et 3 fif. non chiffres pour la table. Un feuillet de 
table nous a paru manquer. Nous n'avons pu verifier sur un autre exemplairo 
qui est a la Biblioth^que de la ville de Tarbes. Le format est in-4", gothique ^ 
2 colon nes, impression en rouge et noir. 

On a pr^tendu que ce Missel etait imprime i\ Pavie, petite locality de Tancien 
Armagnac, k 4 kilometres d'Auch. Nous n'aurons pas de peine ii d^montrer qu'il 
aete exdcui&k Pavle,ville de Tltalie, voisine de Venise, ou Francesco Girardengo 
6tail ^tabli imprimeur et y exer^a de 1480 k 1498 (Voy. Si no Comi; Tipogra/ia 
Paoese; Pavia, 1807, page 123). 

Cette Edition du Missel d'Auch est rest^'e absolument inconnue des bibliogra- 
phes. On ue doit pas s'^touuer outre mesure de voir le Missel d*un diocese 



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— 12 — 

Girardengo. Mais on ne connait aucun exemplaire du 
br6viaire du xv® si6cle, dont Texistence a 6t6 of flciellement 
constat6e,ainsi qu'on Ta vu,au sifecle dernier par Monsei- 
gneur de Montillet. 

Nous aliens produire au d6bat un document qui nous 
flxera sur la date du premier br6viaire d'Auch aujour- 
d'hui disparu et nous fera connaitre exactement le nombre 
d'exemplaires auquel il fut tir6. Par acte pass6 a Bordeaux 
devant M® Du Bois [de Bosco), notaire, le 7 juin 1487, 
Michel Svierler, libraire [vendedor de libres), declare 
avoir exp6di6 a Auch T^dition tir6e k 700 exemplaires 
d'un br6viaire qu'il venait de faire imprimer a Poitiers. 
Citons, suivant notre habitude, le texte original de Tins- 
trument notari6 relatif a cette impression : 

« .... Maistre Micheau a dit et confess^ qu'il avoit baiU6 et pai^ k 

Maistres Estienne Sauveteau et Guillaume (1) imprimeurs k 

Poiciiers, la somrae de cent francs tournois, ainsi qu'il appert par 
cedules et quictances fetes k causa de ung certain march6 fait entre 
lesdits imprimeur et Micheau par le nombre et quantity de sept centz 
BREviAiREs DE l'ordre d'Aux alnsi que dudit pacte et march^ entre 
eulx fait, appert par instrument regeu par main de notaire ainsi qu'il 
dit... » 

Le libraire bordelais avait a rendre compte a Nolot de 
Guiton son commanditaire d'une somme de a huyt vings 
francs bordelois » que ce dernier lui avait avanc6s. II dit 
avoir d6pens6 le reste de Fargent en f rais de voyages et 
de transport et s'engage a le rembourser sur la vente des 
exemplaires dont le b6n6fice sera partag6 par moiti6. 

« Et le demourant de la dite somme de huyt vings francs, le dit Maistre 
Micheu a dit et confess^ quil avoit despendu et miz k la poursuite et 



de Gasoogne, imprim4 en Italie. Nous pouvons citer d*autres livres do lilurgie 
fraa^se iraprimes avant celui-ci. h Venise, noram(^ment le Breviaire de 
I'abbaye de Cluny, en 1478; celui de Bourges, en 1481; le Missel de Nantes, en 
1482, etc. 
(1) Ce nom est rest^ en blanc dans I'original. 



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— 13 - 

diligence pour avoir et recouvrer lesdits breviaires et les menner et 
conduire k Aux. De lesquelles sommes dessus dicles ledit Maistre 
Micheau S vierler d'Oriiie veul et se consent que du premier argent qui 
adviendraetsortiradesdits breviaires ledit Maistre Nolotde Guiton ou 
son commis, soyt premi^rement payd et satisfaict bien et entierement 
et puisse prendre Targent des dits breviaires entro (1) au paiement de 
cette somme. Et au inoyen du dit argent et sommes sus dictes ainsi 
par le dit Maistre Nolot bailie, ledit Maistre Micbeau a accuilly, as- 
socie el accompaigne led. Maistre Nolot de Guiton en la moitii du 
gaing qui se fera et adviendra desdils sept centz breviaires du dit 
ordre d'Aux, sans aucune difficult^. » (Archives de la Gironde, Mi- 
nutes du noiaire de BoscOy cote 170-171) (2). 

D*aprfes ces donn6es, le Br6viaire d'Auch su8-mentionn6 
a dd 6tre impriin6 d6s 1486 et termin6 dans les prenaiers 
mois de. 1487 au plus tard. 

Dans les premieres ann6es du xvi® si6cle, peut-6tre 
mfemeavant, un pr6bendier d'Auch 6taitcharg6de vendre 
des exemplaires du Br6viaire, pour le compte d'un libraire 
de Toulouse. C'6tait probablement le solde de Timpression 
de Poitiers acquis par ce dernier de Nolot de Guiton ou 
de ses ayant-droit. 

Nous devons itrextrfeme obligeance de M. lechanoine 
de Carsalade du Pont, secretaire de rarchev6ch6 d'Auch, 
communication d'une pi6ce qui vient h Tappui de ce que 
nous venons d'avancer. II s'agit d'une reconnaissance de 
dette en faveur du libraire de Tarquiis^ dat^e du 18 avril 
1520 (v. style). Vital Cahuzac, pr6tre et pr6bendier de 
r^glise m6tropolitaine de Sainte-Marie d'Auch, meurt, 
laissant tons ses biens k son fr6re Jean Cahuzac, habitant 
de Roquelaure. Celui-ci, en sa qualit6 d'h6ritier, reconnait 
devoir « Hieronymo de TurquiiSy librario Tholose, » la 



(1) Entro, jusque, mot gascon. 

(2) Pour le texte entier de cette pi^ce, voir Ern. Gaullieur; VImprimerie d 
Bordeauw en 1486, Bordeaux, 1869, page 37, et J. Delpit, Originea de VImpri- 
merie en Guyenne; Bordeaux, 1869, pag. 100-101. 



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— 14 — 

somme de 29 livres et quinze sous tournois dfls on fin de 
compte, par ledit feu Vital son f r6re : 

a Quia dicius de Turquiis iradiderat predicto domino Vitali 
Cahuzaco, dum vioehat in humanis, certam guantitatem lihrorum 
videlicet Breviarioram^ Missalium ei Maiutinarum ordinis auxiiani 
pro vendendo et ex finali computo, » (Minutes de Jean Labedan, 
notaire a Saiut-Sauvy, prfes d'Auch, etude de M^ Barallh^). 

L'existence d'une et peut-6tre de deux Editions du br6- 
viaire d'Auch ant^rieures a celle de 1533 est done bien 
6tablie. D'apr6s une conversation que nous avons eue 
avec M. rabb6 Cazauran, nous n'avons pas renonc6 a 
Fespoir de les retrouver t6t ou tard. 

Revenons maintenant a notre imprimeur. 

Claude Gamier n'6tait pas un enfant du pays. C'6tait 
un nomade qui arrival t de Bazas, oti 11 avait 6t6 appel6 
par r6v6que Foucauld de Bonneval pour imprimer le br6- 
viaire de son dioc6se. Le seul exemplaire connu du br6- 
viaire de Bazas imprim6 par Garnier se trouve a la Bi- 
bliotheque de Bordeaux sous le n^ 31,715. C'est un petit 
in-8^ de 452 if., imprim6 en rouge et noir, a 2 colonnes, 
caract^res gothiques. Le titre est dispos6 comme celui 
du br6viaire d'Auch, avec les armes du pr61at sous le 
patronage duquel il fut ex6cut6. Le nom de rimprimeur 
et le lieu de Timpression sont indiqu6s dans les derni6res 
lignes du colophon ou libell6 final : 

Impressi'm industria et opera MAGiSTRj Claudii Garnerii calco- 
CRAPHi Vasati, anno ah Incarnatione domini millesimo ccccc : xxx, 
die cero xc mensis Januarii. 

Cette date d'ach^vement au 15 Janvier 1530 (vieux 
style), correspond a Janvier 1531 (nouveau style). 

Les chanoines de Bazas profit6rent de la presence de 
Claude Garnier pour lui faire imprimer un vieux manus- 
crit de la vie ou 16gende de saint Jean-Baptiste, patron 



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^ 15 - 

de la cath^drale, qui se conservait alors dans la biblio- 
theque du Chapitre. L'un d'eux, Jean Dibarola, qui 6tait 
en m6me temps conseiller au parlement de Bordeaux, fut 
charg6 par ses collogues de revoir le texte et de Tanno- 
ter. Le titre que nous transcrivons, moins les abr6via- 
tions, est imprim6 en rouge. 

Opus quod Baptisia Salvatorls nitncupaiur in suum ordinem et 
debitam fomiam redactuniy suadentibus dominia canonicis et capi- 
tulo insiffnis ecclesie Basatensis, cam rubricis acjideli emendatione 
tam marginali cdlecjationum (juotailone et aliorum nuper acces- 
sione per/ecium, 

Au-dessous, on voit une petite vignette en noir du 
Christ crucifix avec les deux saintes femmes au pied de 
la croix et ces deux lignes 6galement en noir : 

Impressum Vasati, per Claudium Garn^ier, anno Domini 
M. ccccc. XXX. 

Ce titre, qui fait un trfes bel effet, est encastr6 dans une 
bordure histori6e grav6e sur bois en forme de portique, 
avec colonnes de cariatides soutenues par des enfants 
nus. Dans le soubassement un chiflfre entrelac6 form6 des 
lettres C. G., initiates de Claude Gamier, retenu par 
des lacs ou noeuds d'amour, est plac6 au milieu d'une 
targe ou 6cu. 

La vie de saint Jean-Baptiste imprim6e sur v61in est 
un fort beau livre, d6cor6 de lettres orn6es sur fond cri- 
bl6. C'est un chef-d*oeuvre d'impression. Le seul exem- 
plaire que Ton en connaisse est dans un merveilleux 
6tat de conservation, sous une ancienne couverture de 
parchemin. II a successivement fait partie des biblio- 
thfeques de Ballesdens et de Le Tellier, archev6que de 
Reims. On le conserve actuellement a la Bibliothfeque 
Sainte-Genevi6ve, a Paris, sous la cote OE, 290 ^ 

Le volume se compose de 12 cahiers avec signatures 



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- le — 

de A it M inclus, disposes en duernions, par 2. C'est un 
petit in-4^, gothique, a longues lignes, au nombre de 31 
par page pleine. La preface du chanoine Jean Dibarola 
plac6e imm6diatement aprds le titre 6tant dat6e de la 
veille des calendes de f6vrier (31 Janvier), Timpression 
de la vie de saint Jean-Baptiste n'a pu 6tre commenc6e 
qu'apr6s celle du br6viaire et a dti 6tre termin6e avant le 
25 mars 1530 (1531, nouveau style) K Claude Gamier 
quitta Bazas peu de temps aprfes et se rendit ensuite k 
Auch, oil il devait 6tre install^ dfes 1532, comme le dit 
M. Prosper Laforgue {Hist, de Vimprimerie a Auch; 
Auch, 1862, page 3.). 

Avant de venir exercer son art h Bazas, Claude Gar- 
nier 6tait d6jitconnu du haut clerg6 du Midi. Leonard de 
la Rov6re, 6v6que d'Agen, lui avait confl6 Timpression 
de son br6viaire qui fut achev6 en 1526. Ce livre raris- 
sime, dont on ne connait plus aujourd'hui qu'un seul exem- 
plaire qu'on peut voir &. la Biblioth6que de la ville d'Agen, 
fut imprim6 k Limoges. C'est en cette ville que Garnier 
avait d6but6. Nous aliens rappeler brifevement ses ant6- 
c6dents. 

En 1520, il 6tait associ6 avee Martin Berton, que nous 
croyons 6tre Tun des flls ou le neveu de Jean Berton, le 
proto-typographe de Limoges. lis impriment ensemble le 
br6viaire de Saint-Martial en un volume petit in-8^, 
gothique k 2 colonnes, aux frais de Tabbaye du m6me 
nom*. 

En 1522, il imprime seul, cette fois, un Coustumier 
du Poitou, petit in-8**, gothique, pour Pierre Gachon, 
dit Mirebeau, libraire k Poitiers. En 1523, il execute un 



(1) L'ann^ commengait uniformSment dans le Midi au 25 mars, selon le 
calcul aquitanique. 

(2) Voir Leymarie, le Limotiain hiatoriquo; Limoges, 1838, tome i", page 70; 
PoYBT, Essai de bibliographie limousine; Limoges, 1862, page 26, et le Biblio- 
phile limouain, liTraison de f^vrier 1893, pages 36-37. 



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- 17 — 

Missel de Saintes, in-4® gothique k 2 colonnes, pour le 
compte d'Enguilbert de Marnef et de Jacques Bouchet, 
imprimeurs-libraires k Poitiers. La m6me anii6e, il ter- 
mine un br6viaire d'Angoul6me qu'il tire k 800 exem- 
plaires \ pour le compte d'Andr6 Chauvin, ancien impri- 
meur k Angoul6me. L'6dition fut partag6e entre un autre 
confrere de Limoges, Richard de la Nouailhe, suivant 
contrat du 4 d6cembre 1523, par devant M* Jehan P6ni- 
caud rain6, notaire audit Limoges. 

En 1524, il imprime pour de Marnef la syntaxe latine 
de Despaut6re, petit in-4^ gothique a 2 colonnes. Le 11 
Janvier 1524 (1525, nouveau style), ilmet au jour encore 
pour le compte des 6diteurs de Poitiers, Enguilbert de 
Marnef et Jacques Bouchet, un Missel de Poitiers, in-4® 
gothique. Un peu plus de six semaine8apr6s,aux Calendes 
de mars 1524 (l®'^ mars 1525, nouv. style), il achevait un 
magnifique Missel de T^glise d'Angoulfeme, le plus beau 
livre peut-6tre qui soit sorti de ses presses. L'impression 
en avait 6t6 commenc6e d6s 1523, ainsi que le constate 
Facte cit6 plus haut pour le br6viaire.L'6dition du Missel 
d'Angoul6me fut tir6e k 400 exemplaires pour le compte 
de Chauvin, 6diteur du br6viaire du mfeme diocfese, et 
partag6e encore avec le libraire limousin Richard de la 
Nouailhe. Le br6viaire d'Agen, dont nous avons parl6 
plus haut, vient ensuite avec la date de 1526, donn6e par 
le Gallia Christiana. 

En 1528, Gamier public le recueil des sermons d'un 
p^re dominicain : Opus moralitatum patris Jacohi de 
Lusanna, ordinis Sancti Dominiciy in-8** gothique. Le 
titre est entour6 d'une bordure grav6e sur bois, avec le 
chifEre de Claude Garnier, dans le bas, comme dans la 



(1) Voir le texte de oe contrat dans Texcellent trayai] que vient de publier 
M. Louis Guibert sur Lea premiers imprimeurs de Limoges; Limoges, 1893| 
pag. 25-27. 

Tome XXXV. — Janvier 1894. 2 



1 



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- 18 - 

Ifeg^Bde d8 sAint Jeari, ddl6e dfe feazas, 1530 (v. df\e). 
Pen dd tferiips ap^^6s, il fait paraitre uh nianuel de m6di- 
tatibns d^Votes : Ordinurmm devoidram meditatiohum, 
compost d*extrjaits de livres pieiix; petit iii-8% gothique. 
li ^ indique I'Adresse de son atelier k Limoges, auprfes de 
Saint-Martial, eti face db i'^glise, designation qiii corres- 
pGhd tt soit ttti bas de M rue du Clocher actuelle, soit a 
reiitr6e de la rtle t^ont-H6risson, w suivatit M. Louis 
Guibert*. II quitte ensuite Limoges pour aller a Bazas, 
t)Uis k AucH. Tel fut sbn itin^raire. 

Dans le t)l:^ochain chapitre nbiis 6tudierons les Heures 
gfdthiquiss k Tus^e d'Auch, nous suivrons les traces de 
Cladde ferariiier, et noils continui^rons en rappelant les 
ildniis de ceux qui siiccessivement etablirent des presses 
flans k vieille liietropole duscitaine, apt*6s le depart de 
ftbtl^ fjremiet ty{)Dgraplie. 

A. CLAUDIN. 



NOTES DIVERSES 



CCCXIV. Etat civU et • cuniotdum vitao > du F. MongaiUard 

Oil ih*Bnvoie de nos archives, m'dcflt le R. P. C. Sommfervogelj le6 
notes suivantes sur Thistorien gascon Mongaillard : 

« h6 i Aubifet le 29 avril 1561. Entr6 au noviciat le I" Janvier 1584. l\ 
pklfeftiA tin ati la gramraaire, un aii la philosophie; fit fees voeux de profte 
le 20 avril 1607, fut quatre ans procureur de province, neuf ans procureur 
de maisons, six ans ministre, deux ans recteur, trois ans secretaire du pro- 
vincial-, cinq ans prMicatienr; il mourut h Toulouse, le iO mars 1626. » 

Cela d6tmit compl^tement certaines donnees des P6res de Backer, no- 
tamment eh ce qui regarde le s6jour en 1580 h Auch. Du reste, Sotwol 
avait dl9j& id^Tl^tati^ que Thistorien Mongaillard mourut en 1626, apr^s 
quarante-deux ans de compagnie . T. de L. 

— Plusieurs de ces dates *et autres precisions se trouvent d6jk dans 
Tarticle du venerable cur6 d'Aubiet sur leP, A, Mongaillard et safamille 
(R. de G. 1890, xxxi, 289); je pourrai donner moi-meme quelque jour un 
l^er supplement h ces donnees biographiques. — L. C. 

(1) Lea premiers imprimears de Limoges; Limoges, 1893, page 19. 



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CHRONIQUES LANDAISES 



LA FRONDE 



(164t8-16S3) O 



II 

Le regiment de Ncwailles. — De graves 6v6nement8 
se pass^rent alors k Paris. Bless6e de Tattitude arro- 
gante du prince de Cond6, la r^gente le fit arr6ter avec . 
son frfere le prince de Conti et son beau-frfit* le due de 
Longueville (18 Janvier 1650). Les vieux frondeurs ap- 
plaudirent d'abord k cet acte d'autorit6 centre leur vain- 
queur; mais le remnant coadjut6ur sut r6veiller.leur haine 
centre le cardinal et r6ussit k ainener la fusion entre la 
Fronde parlementaire et celle des princes. La reine ne se 
laissa pas 6branler par cette coalition et tint hardiment 
tfete k Forage, tandis que la princesse de Cond6 essayait 
de soulever la province en favour de son mari. La Cour 
fut done oblig6e de fortifier les garnisons, ce qui amena 
des conflits, car le due d'Epernon mandait k Mazarin : 

Ceux de Dax ayant cy-devant refus6 la moiti6 de ma compagnie de 
gendarmes que j*y avois envoife, et le Roy ayant treuv6 bon que pour 
chastier ceste d^soWissance j'y envoiasse d'autres trouppes en vertu 
des ordres que Sa Majesty m'adressa pour cet eflEet, je iSs advancer le 
raiment de Navailles auquel qilelques s6ditieux firent fehner fes flortes 
au commencement; mais luy ont 6t6 ouvertes du depuis et j'en ai faict 
desloger ce regiment pour faire cognoistre que le Roy ne demande quiB 

(•) Voir la livraisou de septembre-octobre 1^93, page 385. 



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— so- 
cle ToWissance, oe qui sera de trfes-bon exemple k lout le reste du gou- 
vernemem dont 1^ principalles villes avoient desjasur cerefus conceu 
Tesp^rance qu'il ne falloit qu'en faire autant pour se raettre a couvert 
du logement des trouppes (8 avril) (1). 

La le^on fut en eflfet bien rude pour tout le pays, et 
le chroniqueur chalossais exhale ainsi sa plainte : 

Au mois d'avril 1650 le regiment de Navailles passa h Montaut et 
en plusieurs paroisses de Chalosse, et alia demeurer k Dax et aux en- 
virons dans le siege de Dax un espace de 20 jours et firent de grands 
domages : ceux de Mpntaut furent contrains de quitter la paroisse (2). 

Le regiment comptait trente compagnies formant 
1,200 hommes. Sa presence avait r6duit les dacquois k 
emprunter k Bayonne 30,000 livres *; k force de d-mar- 
ches, ils obtinrent « le deslogement » de dix compagnies 
qui, par ordre de d'Epernon, furent dispers6es dans les 
bourgs et villages des environs *. Plus tard, lorsque Dax 
vqiilut demander aux paroisses du Marensin et du pays 
Ae Born, comprises dans son gouvernement, le rembour- 
sement d'une partie des d6penses que la ville avait dA 
faire « durant dix-sept jours » (16695 livres, plus 600 
livres de frais), cette reclamation fut la source de nom- 
breux proc6s. 

La princesse de Cond^ d Bordeauoc. — Les circons- 
tances devenant de plus en plus graves, le due d'Epernon 
dut songer k prendre des mesures 6nergiques pour 'main- 
tenir la tranquillity dans la province qui lui 6tait confine; 
mais les conventions du trait6 de Bordeaux le mettaient 
dans un grand embarras en Tobligeant a tenir ses sol- 
dats 61oign68 de cette ville, qui demeurait ainsi expos6e 
k toutes les entreprises de ses adversaires. II ne voulait 

(1) Arch, nat., K. K. 1218, ^ 257. 

(2) Laborde-P^bou6, op. cit. (Armorial des Landea, ui, p. 462). 

(3) Arch, de Bayonne, E. E. 91, n* 65. 

(4) Arch, de Dax, B. B. 3, f 20 V et ^ 24. 



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— 21 — 

leur oflfrir aucun pr6texte de reprendre les armes. « Ce- 
» pendant, 6crivait-il a Mazarin, Madame la princesse 
» et son filz nous viennent faire la guerre. Nous ne pou- 
» vons pas nous passer d'envoyer et de mettre des trou- 
» pes dans TAlbret et dans le Bordelois et le Bazadois, 
)) oti il fauldra pr6venir et dissiper leurs assemblies et 
)) les suivre » (17 mai) K L'un de leurs partisans, Saint-Si- 
mon, gouverneur de Blaye, avait harangu6 les habitants 
et les jurats de cette ville, leur annongant que dans peu 
de jours la princesse de Cond6 et le due d'Enghien de- 
vaient arriver parmi eux; « leur diet de plus que le Roy 
» d'Espagne luy avoit envoi6 offrir quatre cens mil escus 
» et que TEspagnol qui Ten avoit averty Tavoit aussy 
)) asseur6 que Ton armoit dix grands gallons k Saint- 
» S6bastien, sur lesquels devoient monter sept mil hom- 
» mes pour venir en Guienne » (24 mai) *. Au mois de 
juin 1650, la princesse de Cond6 se pr6sentait en eflfet k 
Bordeaux pour placer sa cause sous la protection du par- 
lement de cette ville. 

Les nouvelles arrivferent que MM. de Bouillon et de La Rochefou- 
cault avoient faict entrer dans Bourdeaux Madame la princess^ et 
M. le due (3), que le cardinal avoit laiss^ entre les mains de Madame 
sa m6re au lieu de le faire nourrir aupr^ du roi, comme Servien (4) le 
lui avoit conseill6. Ce parlement dont le plus sage et le plus vieux en 
ce temps \h jouoit gaiment tout son bien en un soir sans faire tort k sa 
reputation, cut deux spectacles en une m6me annfe extraordinaires. 
II vit un prince et une princesse du sang, k genoux au bureau, lui 
demandant justice, et il fut assez fou, si I'on pent parler ainsi d*une 
compagnie en corps, pour faire apporter sur le m^me bureau une hos- 
tie consacr^ que des soldals des troupes de M. d'Epernon avoient 
laiss^ lomber d'un ciboire qui avoit ^le vol6. Le parlement de Bour- 
deaux ne fut pas fAche de ce que le peu pie eut donn6 entrte ^ M. le 



(1) Arch, nat, K. K. 1218. f» 260. 

(2) Arch. nat. K. K. 1J518, ^ 272. 

(3) Le due d'Enghien, fils du prince de Cond^. 

(4) Servien ^tait un des secretaires d'Etat avec Uonne, Le Tellier et Mazarm. 



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— 22 — 

^p^ : m^ \\ g^rpU^ pourtant b^ucoup plus de uiesure qull n'apparte- 
T^Q\\ a^\k cjim^t e^ h Y\i\kmeur oii il ^oit contre M. d'Epernon. II or- 
donnaque Ms^c^arae la princesse, M. le due, MM. de Bouillon etde La 
Rochefoucault auroient la liberty de demeurer dans Bordeaux, k con- 
dition qu'ils donneroient leur parole de ne rien entreprendre contre le 
service da roi et que cependant la requite de Madame la princesse 
^DQU eoYpyte k §. M. et que triis-humhles remontrances lui seroient 
|ait^ sue la 4^^tioa de MM. les princes (1!. 

Hesitation du Parlement. — Le parlement avait done 
6vit6 d'embrasser ouvertement la cause des r6volt6s, mais 
en accueillant leur requite il s'6tait engag6 dans une voie 
bien p6rilleuse; toutefois, on pouvait peut-6tre encore le 
retenir dans le devoir. 

Le president de Gourgues (2), qui dtoit un des principaux du corps 
et qui eut souhait^ que Ton eul 6vit6 les extremities, d^p^ha un cour- 
rier k Senneterre qui dtoit son ami, avec une lettre de treize pages, de 
chiffres, par laquelle il lui mandoit que son parlement n'^toit pas si 
emport6 que si le roi vouloit r^voquer M. d'Epernon il ne demeur^t 
c(ans I^ fidelity, qu'il Ipi en donnoit sa parole; que ce qu'il avoit fait 
jusques 1^ n'6toit qu'a cette intention; mais que si Ton differoit il ne 
r^pondoit plus de la compagnie et beaucoup moins du peuple, qui m^- 
nagd ^t appuyi comme il T^toit par le parti de MM. les Princes, sc 
rendroit m^me dans peu maitre du Parlement (3). 

Ce ne fut pas de la part de ce magistral une vaine 
promesse, car il ne d6pendit pas de lui que ses' collogues 
demeurassent fiddles a leur souverain. 

La populace ayant entrepris de les faire opiner de force pour Tunion 
avec les princes, il arma les jurats qui la firent retirer du palais k 
coups de mousquets... Celte r&islante du parlement de Bordeaux que 
tout le monde presque a traits de simul^e, m*a 6l^ confirm^ pour veri- 
table et m^mepour sincere par M. de Bouillon, qui m'a dit plusieurs 
fois depuis, que si la Coar n'eut point pouss^ les choses. Ton eut eu 
bien de la peine k \es porter k rextr6mit6. Ce qui est certain c'est que 



(1) Mint, du cardinal do Retz, 1. 1, p. 327. 

(2) Seigneur de Saint-Julien de Gabarret. 
(3> ^4m. d(A, ^f'4ina\ d^ ReU, 1. 1, p. 3^. 



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V- 33 rr- 

I'on croii ou que Ton voulqt croire k }a Cour que to^t ce qv^e faf^t ^ 
parlement n'^toit que grimace (1). 

Sous une telle impression, lareine ne voulut pas ailtenr 
dre parler de concessions et, malgr6 les remolitrance^ 
qui lui furent1adress6es sur Teflfet de ce voyage, il fut 
d6cid6 qu'a son retour de Compi^gne, ot il 6tait alops, 1^ 
roi se rendrait en Guyenne* De plus, « quand Monsieur 
s'offrit d'aller lui-m6me travailler k raccotnodement, 
pourvu qu*on lui donnAt parole de r6voquer M. d'Eper^r 
non, on lui dit, pour r6ponse, qu'il 6toit de Thonneup du 
roi de le maintenir dans son gouvernement • ». 

Recrutement — Tout espoir de conciliation 6tant 
perdu, la princesse de Cond6 chercha k se procurer des 
alliances dans les Landes. EUe essay a vainement de 
gagner a sa cause le comte de Gramont, qui se trouvait 
alors en B6arn, et son flls le comte de Toulongeon, gou- 
verneur de Bayonne. Saint- Agoulin, 6missaire de la prin- 
cesse, vint trouver ce dernier k Bidache, sans r6ussir h, 
6branler sa fid61it6; car Toulongeon lui fit r6pondre 
(( qu'il n'y avoit salut ni pour elle ni pour les princes 
)) que dans la soumission au roi et a ses ministres • ». II 
refusa done de laisser passer en Espagne celui de leurs 
partisans que les Frondeurs envoyaient en ce pavs pour 
s'informer du succfes des n6gociations quils y avaient 
entreprises. Gramont ne se montra pas moins inflexible. 
II r^pondit qu'il d6plorait le malheur de la princessef il 
voudrait bien la servir, ainsi que le prince son mari, 
qu'il aimait, s'il Tosait dire, avec toute la tencjresse de 
son coeur; mais il avait les mains li6es, 6tant domesr- 
tique du roi et ayant la principale garde de sapersojine. 
Comme son flls, il eut done soin d'emp6cher toute com-r 

(1) Mem. du cardinal de RcU, 1. 1, p. 328. 

(2) Id. 

(3) M6m. de Lenet, avocat, secretaire de Cond^, p. 295. 



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« ^4 — 

munication entre TEspagne et les Frondeurs *. Ceux-ci 
n'en continuferent pas moins k n6gocier avec les Espa- 
gnols^ grftce a la connivence d'un Portugais, nomm6 
Othon Sabaria, qui avait une correspondance secrete 
avec les ministres de son pays et, par ce moyen, faisait 
passer tous les paquets des r6volt6s. 

D6?ue dans ses esp6rances, la princesse voulut du 
moins utiliser les services des seigneurs qui s'6taient 
montr6s plus dociles k son appel. EUe donna done com- 
mission au baron de Belhade de lever, sur les tailles de 
Tartas, une compagnie de fusiliers « pour garder sa mai- 
)) son qui est assez bonne » *. EUe en envoy a une autre 
au baron de Roquetaillade, prfes de Bazas, pour organiser 
une compagnie de gendarmes sous le nom d'Albret et 
un regiment d'infanterie. Le baron de Marsan, seigneur 
de Roquefort, re§ut aussi de Targent, quelques patentes 
et quelques assignations pour former un regiment de 
quatre compagnies de cavalerie. Ces auxiliaires n'6taient 
gufere en puissance de faire pencher la balance en faveur 
des rebelles; mais « on se sert en semblables affaires de 
toutes sortes de personnes, moins avec intention d'en 
fortifier un parti que pour empfecher qu'ils ne passent 
dans celui qui est oppos6, particuli6rement quand ils ont 
des chateaux k la faveur desquels on pent faire quelques 
lev6es de troupes ou d'argent sur leplat pays ' ». 

Complot de Dax. — Dax 6tait toujours, apr^s Bayonne, 
la ville la plus importante de notre region; a ce titre, 
elle ne pouvait manquer d'exciter les convoitises des 
Frondeurs. Le marquis de Poyanne, qui gouvernait cette 
place, administrait avec trop de fermet6 pour n'avoir pas 
autour de lui de nombreux ennemis; un avocat du roi, 

(1) M6m. d€ Lenet, p. 302. 
{%) M6m, de Lenet, p. 303. 
(8) Id. 



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— 25 — 

M. Compaigne, se faisait remarquer parmi les plus ar- 
dents. D'accord avec le vicomte d'Horte, Armand d'As- 
premont, et mettant k profit. Tabsence du gouverneur, 
qui avait 6t6 appel6 h Paris, Compaigne forma le projet 
de s'emparer de la ville et du chateau pour les livrer aux 
rebelles *. II crut bient6t avoir trouv6 une occasion favo- 
rable. 

Le 7 juillet, on sut {k Bordeaux) qu'il y avait une grande sedition k 
Dax au sujet d'an gentilhomme, nomm6 Hanix, fort aira6 dans la ville 
et que Sainl-P6 (2) avoit mis en prison, parcequ'il avoit fait unappel, 
et que le peuple, par KafiFection qu'il lui portoit, autant que par la haine 
qu'il avoit conlre Poyanne et contre tout ce qui 6toit dans sa d^pen- 
dance, Tavoit tir6 de prison k main armte ct ensuite fofci ceux qui 
^loient dans la eitadelle de remettre dans la ville tout le canon et toutes 
les munitions (3). 

Les intrigants se mirent aussit6t en course pour tirer 
profit des circonstances^ et Pierre Lenet dit dans ses 
M6moires : 

Un nomm6 Garros vint me proposer encore de surprendre Dax par 
le moyen d'un conseiller de ce lieu-1^, qui ^toit ennemi mortel de 
Poyanne qui en etoit le gouverneur. Les dues lui dirent la m6me chose 
qu'ils avoienl dite au sujet d'Aiguillon. Tons ces faiseurs de proposi- 
tions commencent en faisant parade de leur z^le au service de ceux 
auxquels ils s'adressent et finissent en Icur demandant quelque chose 
qui leur est propre (4). 

Quoique le n6gociateur parut un peu suspect, on ne 
pouvait cependant n6gliger une occasion qui semblaij; favo- 
rable pour s'emparer d'une ville si importante. La prin- 
cesse de Cond6 se hata done d'6crire aux consuls de Dax, 
a plusieurs gentilshommes des environs, k Harrix lui- 

(1) Arch, nat., K. K. 1,218, ^• 355 et 446. (Lettre de Poyanne, baron de La- 
miusansau due d'Epemon. Dax, !•' juillet 1650). 

(2) Charles d'Antin, sieur de Saint-P^ et du Hon, en Albret, lieutenant pour le 
roi au gouvemement de Dax et Saint-Sever, qui rempla^t Poyanne pendant 
son absence. 

(3) M6m. de Lenet, p. 310. 

(4) M6m. de Lenet, p. 307-308. 



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^ 26 — 

mSine, pour les mettre dans ses int6r6ts. EUe oflrit d'en:- 
voyer des troupes pour prater main-forte aux consuls et 
engagea les seigneurs qui lui 6taient d6vou6s h se jeter 
dans la place pour s*en rendre maitres. 

Le 8, elle terivit au baron *** qui lui avoit oflfert ses services qu'il 
ne pouvoit lui en rendre un plus grand que de fomenter ceUe affaire; 
et sur ce qu'un conseiller, d^put6 dupr^sidial, vint me Irouver pour me 
dire que sa compagnie s'emploieroit volontiers pour faire declarer cette 
ville-lk pour les princes, si Ton vouloit lui promettre que lorsqu'on 
feroit la paix on leur feroit rendre la juridiction de Tartas, qui en avoit 
^t6 distraite pour la domier k celui de N6rac, quand on le cr6a, la prin- 
cesse, ^quije le pr6sentai, apr^s lui avoir fait beaucoup d'amiti^, le 
reuvoya avec une lettre au pr^sidial, par laquelle elle les assura de 
s'employer en temps et lieu pour cela, ce qu'ellc feroit d'autant plus 
volontiers qn'en leur faisant plaisir elle d^sobligeroit les habitans de 
N^rac qui avoient regu les troupes du due d'Epernon et refuse les 
siennes (1). 

D^couverte du complot. — Tout semblait marcher au 
gr6 des conspirateurs lorsque le complot fut d6couvert. 
Le vicomte d'Horte, qui en demeuraitT^me, 6tait en rela- 
tions constantes avec laprincessede Cond6 et recevait ses 
6missaires. Tous n'eurent pas sa discretion : un nomm6 
Desgrands, garde du due d'Enghien, charg6 d'une lettre 
du vicomte pour la princesse, communiqua h. Jean de 
Biaudos, marquis de Cast6ja, le plan des conjures; il lui 
fit part du danger que courait la place convoit6e, et des 
esp6rances de d'Aspremont : a car les M" d'Acqs lui ont 
donn6 parolle asseur6e de lui rendre le chateau en main 
pour en faire a sa disposition *. » Jean de Biaudos eut 
soin d'avertir Poyanne et Tentreprise 6choua grdce a la 
fermet6 du gouverneur, d6j&, revenu a son poste. Comme 
toujours, la colfere des frondeurs retomba sur le malheu- 
reux comparse cause de leur insucc^s. Lenet, pr6venu 

(1) Mim. de Lenet, p. 310. 

(2) Arcb. nat., K. K. 1,218, f 435. 



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— 27 — 

par un expr6s que le vicomte d'Horte lui avait exp6di6, 
se fit rex6cuteurde leur vengeance. « J'envoyai en mfeme 
temps ce garde nomm6 Desgrands, qui se trouva pour 
lors en mon logis, prisonnier au cMteau de Habi » (10 
aoM) *. Les habitants de Dax, revenus k de meilleurs sen- 
timents, et redoutant sans doute les repr6sailles que 
Poyanne ne manquerait pas d'exercer, jur^rent de de- 
meurer unis, a car la guerre civile est le plus grand des 
maux et le plus dangereux en une r6publique^ » Le due 
d'Epernon vint les visiter pour les confirmer dans ces 
bonnes dispositions. lis pr6t6rent serment entre ses mains 
et d61ib6r6rent sur les moyens a prendre pour mettre la 
ville a Tabri de toute attaquede la part des rebelles ^ On 
r6solut de faire le guet la nuit, de moudre du bl6 d'avance 
en cas de si6ge, de r6parer les fortifications et de trans- 
porter des canons du chMeau sur les remparts. Apr6s 
avoir ramen6 les Dacquois dans la bonne voie, d'Epernon 
envoya des felicitations aux Bayonnais pour leurs mar- 
ques de fld61it6 a la cause royale *. 

Le roi en Guyenne, — La Cour, r6solue d'en finir avec 
la rebellion, s'6tait enfin mise en marche. 

Le roi partit pour son voyage de Guienne dang les premiers jours de 
juillet, et M. le cardinal Mazarin eut la satisfaction d'apprendre un 
peu devant son depart que le bruit de ce voyage avoit produit par 
avance tout ce que Ton lui en avoit pr6dit : que le parlement de Bor- 
deaux avoit accord^ Tunion avec MM. les princes et qu'il avoit d6pul6 
vers le parlement de Paris; que ce depute (5), qui s etoit trouv6 tout 
porl6 k Paris, avoit ordre de ne voir ni le roi, ni les minisires; que 
MM. de la Force et Saint-Simon ^toient sur le point de se declarer (ils 
ne persist^rent pas) et que toute la province 6toit prete k se soulever. La 
consternation du cardinal fut extreme (6). 

(1) M6m. deLenct, p. 336. 

(2) Arch. nat. K. K. 1,218, f* 446. 
{Z) Arch, de Dax, B. B. 3. 

(4) Arch, de Bayonne, E. E. 91. n» 59. 

(5) C*4tait Voisin. conseiJler au Parlement. 

(6) Af^m. du card, de ReU, t. i, p. 330, 



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— 28 - 

Les provisions malheureuses du malin coadjuteur fu- 
rent loin de se r6aliser de tout point : La Force demeura 
dans rinaction et le gouverneur de Blaye, Saint-Simon, 
vint k la Cour aussitdt que le roi se fut rapproch6 de la 
place quilui 6tait confi6e. D6sson arriv6e k Libourne, le 
monarque somma le parlement de Bordeaux d'envoyer 
des d6put6s pour recevoir ses ordres. Au lieu d'ob6ir k 
cette injonction, les factieux, qui songeaient d se r6pu- 
bliquer^, port6rent un arr6t disant que le « cardinal 
Mazarin ne serait pas re§u dans la ville. » Le conflit ne 
pouvait plus 6tre vid6 que par les armes; la soumission 
de la Bourgogne et de la Normandie n'avait 6t6 « qu'un 
)) passage, tandis que I'invasion de la Guienne fut une 
)) v6ritable conqufete » *. Pour laisser libre champ a ses 
g6n6raux, le jeune roi se retira chez le due d'Epernon, k 
Cadillac, et c'est la qu'il regut les hommages des villes 
de la province. Dax lui envoya une deputation compos6e 
de MM. de Borda, maire, de Josses, sous-maire, de Sa- 
phore, syndic '; Tartas d616gua aupr^s de lui MM. de 
Chambre, lieutenant g6n6ral, de M6rignac et du Camp, 
avocat du roi (15 aoM 1650) *. 

Armements divers. — Toutes les troupes dispers6es 
dans les Landes furent aussit6t appel6es pour rejoindre 
au camp 6tabli devant Bordeaux celles que commandait 
le mar6chal de la Meilleraye. Quoiqu'on dtit encore 
fournir de grandes sommes pour leur entretien, ce depart 
fut une d61ivrance pour nos malheureuses populations. 
Les villes et les bourgs 6taient a chaque instant grev6s 
de nouvelles impositions et r6duits k recourir a des em- 
prunts ruineux pour payer leur part de « regalement, » 



(1) M4m, da P, Berthod, collect. Petitot, vol. xlviii. 

(2) Capeflgue, Richelieu, Mazarin et la Fronde, t. ii, p. 268. 

(3) Arch, de Dax, B. B. 3. 

(4) Arch, de Tartas, B. B. 3, ^ 62. 



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— 29 — 

ou bien obtenir r61oignement des garnisons qui leur 
6taient impos6es*. En mfeme temps que Ton concen trait 
les troupes de terre, on fit appel au concours de nos 
marins. Capbreton eut ordre d'armer dix pinasses et de 
les envoyer contre les r6volt6s « avec les soldats et les 
mariniers » (30 juillet). Maubecq, sieur de Peillicq, avait 
6t6 nomm6 g6n6ral des pinasses, et Pierre de Caulongue 
commandait « Tadmyral. » Une patache portait « le 



(1) Le Gomple suivant, pris dans les archives de Saint-Justin (fonds Duclerc, 
n^ 5) et que nous transcrivous dans toute sa naivete, nous donnera une id^e des 
d^penses qu'entixiinaient pour les plus humbles villes ces mouveraents continuels 
de troupes. Mais si nous demeurons ^mus des souffrances que nos p^res eurent 
& endurer de ce chef, un regard jete sur la colonne des sommes par eux allou6es 
nous montrera combien ils s'eniendaient ^ d^fendre leurs interets et k r^uire 
les notes qui leur semblaient exagerees. Nous sommes loin de la servility des 
soci^tes moder.nes;aujourd'hui tout courbesans reclamations devant les exigences 
arbitraires d'uu pouvoir c^ntralisateur. 

« RoUe des despands et autres charges aportees au s' Leglizcno" royal du Freixo 
(Le Fr^clie, commune de Villeneuve de-Marsan),par six soldats de la C' du s' de 
Rabastenx, capitaine au raiment d'Anjou, durant I'espace qu'ilz ont demeur^ 
k son logis h. compter du 24 juillet qu'ils y entrairentet n'en sont sortis et quitt^ 
son d* logis jusques au neufi^me aoust 1650, etduquel rolle de frais il estdemand^ 
Talouement k messieure les jurats et ceux du oonseil dud* Freixo afftn de luy 
faire raison allonge et despars sur toule lad. communaut6 pour 6tre pave aud. 
Leglize. 

AUoue 30' Les six soldats lui ont mang6 deux pains noirs 2' 

Allou^ 5' 12* Plus ung carti4 de lart du poidz d'environ 12' 

Allou6 2' Pius troix pintes de gresse 3' 12* 

Allou4 2' 19* Huict pas (paircs) de volaille 5' 

N6ant Plus d'environ ung sac de febe de la Rouge avecq d*au- 

tres soldatz qui estoient log^s aud. lieu 8' 

Allou^ 14' Plus lui beurent environ diz cruches de vin 18' 

Allou^ 2* Plus deux pugn^res de sel 4' 

Allou6 5' Faict brusl6 environ trois.... de chandelle de rousine — 12' 

N^ant Luy rompeu veselle de terre environ quatorze solz. .... 14' 

N6ant 'Plus deux berres 4' 

Allou6 20* Luy mang^ d'oignons d'environ dix coroles 2' 

Allou^ 20* Luy faict brusler environ ung charet de bois 1' 10' 

Allou^ 3' Plus lui ont emport(S deux linceulz de lin autres destoupe IT 

Alloud 10' Plus deux servaittes de*lin 1' 4' 

AUoue 9' Et ausquelz susd. soldatz il feust countraint peyer leurs 
ustancilles... i raison de deux solz six demiers par 

cha[culn d'iceux 12' 15- 

AUou^ 6' Plus tantles susd. six soldatz de lad.compaine que plusieurs 
d'autres d'icelles du susd. regiment danjou qui vien- 
dreint loger aud. lieu par deux autres fois soit en allant 
au pays de hault que revenues pour aler a Bourdeaux 
luy avoict faict mang6 a leurs chevalz du segle environ 
trois mesures valant au prix de 3' 13' 8' 12' » 



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— 30 — 

grand canon, » et il y avait en tout six pieces d'artille- 
rie \ On voit que cMte escadre n'avait rien de Men for- 
midable; elle rendit cependant des services assez impor- 
tants pour lui m6riter les compliments du roiV Le comte 
de Toulongeon donna ordre aux jurats de Bayonne de lui 
envoyer « les deux piesses de canon de Dax qui sont & 
Bayonne » (2 aodt) '; car la cour avait mand6 aux Dac- 
quois d'exp6dier Fartillerie dont ils disposaient et les 
jurats assuraient Mazarin qu'ils avaient pri6 le lieute- 
nant du roi, Saint-P6, de n'en point retarder le trans- 
port et quils avaient fait arrfeter tons les bateaux n6ces- 
saires pour cela *. 
{A suivre.) J.-J.-C. TAUZIN, 

Curi^ de Saint-Justin de Marsan. 



QUESTION 

289. Brant6ine est-U n6 en Oascogne ? 

Je croyais que le c61ebre chroniqueur 6tait incontestablement p6rigour- 
din; mais un homme bien informe, qui appartient i la faoiille de notre 
tr6s et parfois trop gaulois Plutarque, est fort tent6 de voir en lui un 
enfant de la Gascogne. Void ce que je lis dans une Notice sur Pierre de 
BourdeillCj abbe et seigneur de Brantosnie (sic), par le marquis de Bour- 
deille, raembre do plusiours soci6t6s savantes (2* edition, revue, corrig^e et 
augmentcc, Troyes, 1893, p. 9) : « No, peut-^tre en Perigord (5) ou etait le 
berceau de sa famille, peut-^tre et, suivant nous, tr^s probablement en 
Navarre, oil sa grand'mere, Louise de Daillon, douairiere de Vivonne, 
6tait dame d*honneur, et st m^re dame de corps de la reine Marguerite; ce 
qui est certain, du moins, c'est que Brantosme passa sa jeunesse k la cour 
de Navarre, et ne revint en France qu'apr6s la mort de la reine, en 1549. » 
Trouverait-on k Pau ou ailleurs quelque document qui conflrmerait 
ou inflrmerait siirement I'opinion exprimde par rarrl6re-petit-neveu de 
« Reverend P6re en Dieu messyr Pitrre de Bourdeille, abb6 de Bran - 
tosme, » comme il est nomm6 dans le testament de sa m6re (du 26 mai 
1557)? T. DE L. 

(1) Arch, de Bayonne, E. E. 56, n« 18, 19, 22, 24, 27.— B. B. 24, f 147, 157. 

(2) Arch, de Bayonne, EE 91, n* 78. 

(3) Arch, de Bayonne, EE 91, n» 68. 

(4) Arch, nation., KK 1218. f» 446. 

(5) C*est, remarque le noble biographe, I'opinion de M^rimee (Vie de Bran- 
tdme. Edition Janet, 1858, t. i, p. 6). On pent ajouter que c'est I'opinion d'ii peu 
pr^s tout le monde, et notamment celle du dernier et excellent 6diteur des 
CEuores compUten de Pierre de Bourdeille, M. Ludovic Lalanne. 



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LES £CRIVAINS GASCONS DE L'ORDRE DES CAPUCINS 



BiBUOTHECA FRATRtIM MINORUM CAPUCCINORUM prOVinciarUIU OcCITANIiB et 

AguiTANiiE, auctore P. Apollinare a Valentia Segalaunorum ejusdem 
ordinis. Nimes, Gercais-Bedot, 1894. In-f de [iv]-176 pp. a 2 col. 

On croit trop commun6inent que I'ordre des Capucins n'a gufere 
brill6 que par le zele 6vang6lique et par la saintet6 et qu'il n'a presque 
rien de commun avec la litt^rature, m^me religieuse. C'est une grande 
erreur. Quoique vou6 surtout aux oeuvres apostoliques et particuli^re- 
meut k la pr^dicarion populaire, cette humble braiiche de Tordre de 
saint Frangois a fait bonne figure dans les Etudes sacr6es d^ ses ori- 
gines; c'est m^me pnkjisement k T^poque h^roique ou les Capucins de 
nos bonnes villes se d^vouaient constamment aqx besognes les plus 
rudes et en particulier au service des pestiter^s, qu'ils comptferent en 
grand nombre des pr6dicateurs, des controversistes, des ex^gfetes de 
marque; et si la science fut moins cultivte parmi eux au cours du der- 
nier sitele, on Ty vit, vers le milieu de cette p^riode de decadence rela- 
tive, refleurir et prosp^rer, surtout par Tinfluence des savants cx6g^tes 
et orientalistes du convent de Paris et du plus gout6 des ^xjrivains asc6- 
tiques de Tordre, notre c^lfebre P. Ambix)ise de Lombez. 

Les families religieuses ont eu g6n6ralement le pieux et louable 
souci de consacrer des bibliographies aussi completes que possible a 
leurs ^rivains. Tons les 6rudits connaissent la Bibliothfeque de la Com- 
pagnie de J6sus, de Sotwel et Alegambe (d<^pass6s de nos jours par les 
PP. de Backer et le P. Sommervogel), et celle des Scripiores ordinis 
Prcedicaiorum de Qu6tif et Echard. C'est k ces sources abondantes, et 
k d'autres plus ou moins semblables, que nous aliens piliser, quand il 
nous prend envie de retroiiver le nom et les titres des religieux nos 
compatriotes qui se firent jadis honneur par leurs talents, ou du moins 
exerc^rent bien ou mal le p6rilleux metier d'auteur. 

II y a longtemps, par exemple, que je m'^tais pr^occup^, pour ma 
part, de dresser, entre autres catalogues litt^raires, la liste des Capu- 
cins gascons 6crivains, et qu'^ cet effet j'avais d6pouill6, sans y trou- 
ver tous les secours que j'attendais, la bibliographic spfeiale de Tordre: 
Bihliotheca scriptorum ordinis Minorum S. Francisci Capucci- 
norum (Venet. 1747, in-f*'). Mais quoi d'6tonnantt Tauteur ou plutdt 
les deuxauteurs, Tun ayant public un premier essai en 1691, Tautre 



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^- 32 — 

Tayant compl^t^ de son mieux, 6taient des italiens : frfere Denis de 
G^nes, fr. Bernard de Bologne, pouvaient-ils de si loin se mettre au 
courant des moindres opuscules publi6s chez nous? Encore faut-il re- 
connaitre, k leur 61oge, que sur plusieui's de nos Capucins gascons 
6crivains nous savons aujourd'hui mftme tout juste ce qu'ils nous en 
ont appris. 

Voici pourtant un travail qui depasse de beaucoup leur m6ritoire 
recueil bibliographique. Non seulement ie P. ApolUnaire de Valence 
a eu soin de mettre k jour la s6rie inaugurte par ses deux confreres 
italiens ■— et ce n'6tait pas peu de chose, par le temps de publicity d^ 
bordante oil nous vivons — mais encore ses recherches se sont port^es 
tout de nouveau sur les vieux noms et les vieux li vres, ei il est aU6 les 
chasser en tout pays, les d^terreir dans toutes les biblioth^ues, sans 
^pargner ni correspondances, ni veilles, ni voyages. II a mis, de plus, 
dans ses descriptions bibliographiques, au lieu de cette exactitude som- 
maire qui suffisait k ses devanciers et qu'ils n'avaient m6me pas tou- 
jours, la minutie des plus exigeants bibliophiles d'aujourd'hui, rele- 
vant avec scrupule tons les details typographiques et, le cas 6ch6ant, 
prenant note des accessoires et citant les textes qui int^ressent Fhistoire 
de Tauteur ou de Tordre. 

Son ouvrage doit embrasser peu k peu, province par province, tout 
le domaine de Tordre, autant dire presque tout Tunivers. Je n'en con- 
nais jusqu'^ ce jour que le fascicule concernant la province de Naples 
et celui dont on a vu le tilre en t^le de cet article et qui r^unit les deux 
anciennes provinces de Languedoc et de Guyenne. II se divise en trois 
parties : 1** BibUoth^que historique : indication de ce qui a 6t6 publi6 
sur rhistoire des deux provinces, de leurs convents, de leurs hommes 
illustres; 2*> Bibliographie des ecrivains capucins de ces deux pro- 
vinces, ranges par ordre alphab^tique; 3^ Biblioth^que sp^ciale : rap- 
pel des titres d'ouvrages, ranges cette fois par ordre de matiferes. Sui- 
vent des . appendices fort int^ressants sur quelques sujets curieux 
d'histoire et de biographic (1). — Jetons un rapide coup d'oeil sur la 
premiere partie, pour nous en tenir ensuite k la seconde et y prendre 
Tessentiel d'une notice d'ensemble sur les 6crivains capucins de la 
Gascogne. 

On sait que les Capucins, qui ne p^n^trerent en France qu'k partir 

(1) Signalons au moins, parmi les morceaux les plus curieux, des notices 
trfes foiiill6es sur deux apostats : le conventionnel Chabot et le po^te Venance 
Dougados; et k notre point de vue provincial, une relation de la mission pr^h6e 
k Tarbes en 1682 par le P. Honors de Cannes et trois autres capucins. 



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^ 33 - 

de 1575, y multipliferent bientdt leurs 6tablissements, grftce k la popu- 
larity de bon aloi que conquirent partoutleur zfele charitable et leur fer- 
veur. lis sont k Agen en 1600 (1), k Bordeaux en 1601. Pour nous en 
tenir k la Gascogne et au B&irn, la fondation du couvent de Gimont 
est de 1604; oelui d'Auch date de 1607. Les Capucins s'6tablirent 
ensuite k Condom en 1611, k Bazas et^ Saint-Girons en 1613, k Dax 
en 1614, k Bayonne et k Nogaro en 1615, k MWoux (Ast6, prfes Ba- 
gn^res-de-Bigorre)en 1616, k Saint-Sever et k Pau en 1620, k Orthez 
en 1621, k Oloron en 1623, k Lectoure en 1627 (2), k N^rac en 1640, 
k Grenade-sur-FAdour en 1642. k Navarrenx en 1656, k Tarbes en 
1661, k Lombez en 1667, k Maul6on-de-Soule en 1669^ k Eauze en 
1692, k Garlin en 1596, k Castillon^ en 1724; a Vic-Fezensac, date 
inconnue du P. ApoUinaire, mais c'est 1737, oomme on Ta vu demi^re- 
ment icimtoie (3). 

Les travaux historiques jusqu'ici consacrts S(Ht k la provinoe d'Aqui- 
taine(4), soit k ses divers convents, sont en petit nombre et d'habitude 
assez minces. 11 y aurait pourtant un grand int^r^t d'Mification et 
m6me d'instruction historique dans le r6cit exact et d4taill6 des fonda- 
tions et des 4v6nements principaux de la vie religieuse deces commu- 
naut^s surtout k leurs d6buts. Je cite, k titre d'exemple, un court 
passage extrait d'un petit m^moire mutii.6 sur les Capucins d'Auch,que 
j'ai 6ik heureux de communiquer au P. ApoUinaire, et qui est publi* 
pour la premiere fois dans ce fascicule (p. 12-14) : 

« En Tannic de 1653, la ville et le voisinage estant frappfe depeste, 
MM. les consuls vindrent prier le V. P. Polycarpe de Saint-Sever, 
gardien [d'Auch], de leur donner des religieux pour assister lea pesti- 
fer^s. Ledict P^re assembla la famille, et leur ayant represent* la 
necessity pressante,ils s'oflfrirent d'abord tons, et puis chacun d'eux en 
particulier le vindrent trou ver dans sa chambre, affin que le sort tombast 
surun chascun.Pour lors,le V. P. gardien, de Tavis du V. P. Frangois 
de Bourdeaux, lecteur en philosophic, choisit les W. PP. Pladde de 



(1) Nous retrouverons bient6t cette fondation en rendant compte du bel ou- 
vrage de M. Ph. Lauzun sur les CouoenU ctAgen, dont le second volume vieat 
de paraitre. 

(2) Sur cette fondation, voir un article de M. E. Camoreyt dans la Reoue de 
Gasc. de 1884 (t. xxv, p. 226). 

(3) Rcouo do Gasc. de novembre dernier (xxxiv, 498). 

(4) La principale source est le Recueil chronologigue... du F. Gabriel de 
Saint-Nazaire, manuscrit des Archives de la Haute-Garonne, cit6 et utilise par 
M. C. Douais dans son int^ressante notice sur le P. Polycarpe de Marciac(R, 
de G., xxv, 489). 

Tome XXXV. 3 



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— 34 — 

Villefranche et Joachim d'Arsac..., lesquels... s'allerent exposer et 
servifent avec grand exemple et Edification, tant las blessfe que ceux 
qui estoient en santE; mais leurs services ne furent pas longs, puis- 
qu'ils furent frappEs tons deux, et moururent fort religieusement quel- 
ques jours Tun aprfes Tautre, et furent enterr^s sous la Porte-Neuve 
prfes le couvent des Cordeliers, ou assisterent deux de nos religieux et 
deux PP. Cordeliers, qui chanterent un Libera me Domine, accom- 
pagnfe de MM. de Falaga et Arsac, consuls, et de quelques autres 
babitans qui ne ies abandonnerent jamais, tandis que les religieux es- 
toient au convent dans leurz exercices ordinaires des messes, psalmodie 
et oraison mentale, ou lesdicts sieurs consuls fournissoient a leurs ne- 
cessitEs temporelles, assist^s de MM. les religieux de S. Benoist de 
Pessan, qui ne se lassereat jamais de nous departir de leurs biens, par 
une attache particuliere qu'ils ont en tout pour nostre convent en par- 
ticulier et pour tout Tordre en general... » 

La s6rie de nos icrivains de Tordre des Capucins ne peut mieux 
s'ouvrir que par le nom du v6n6rable Leonard de Trapes, archev^que 
d'Auch. C'est la tradition constante des Auscitains que cet austere 
pr61at, non content de favoriser de tout son pouvoir ses religieux voi- 
sins de Tautre c6tE de Teau, se rendait souvent cbez eux, qu'il sortait 
m6mQ alors pour Echapper aux regards par Tescalier souterrain 4es 
jardins de Tarchev^hE, et qu'enfin il fit profession de leur r^le. Le 
P. Apollinaire constate qu'il est rest6 quelque doute sur ce dernier point 
parmi le clergE d'Auch; mais il repousse aisEmenl ce doute par le 
t^moignage exprfes du mtoe petit m^moire que je viens de citer et d'a- 
prfes lequel le V. Leonard, apr^ avoir consacr6 la chapelle des Capu- 
cins d'Aucb sous rinvocation de saint Anloine de Padoue, le 12 octo- 
bre 1617, « y prit Thabit en secret et y fit profession entre les mains du 
V. P. Leonard de Limoges, gardien du convent, aprfes en avoir obtenu 
la licence de Sa Saintet6. II venoit par temps, ajoute le m6me auteur, 
au r6fectoire dire la coulpecomme un simple religieux, portant I'habit, 
corde, sandale. Parfois, les huit jours entiers il se retiroit en une petite 
chambrette qu'il fit bastir entre la sacristie et le courroir de la chapelle 
respondante sur le maistre autel... » — Le P. Apollinaire ne connait 
pas d'autre production litt^raire du saint archev^que-capucin que ses 
remarquables D^creis synodaux, imprimis en 1624 en latin et en 
frangais (1). Mais il nous r^vMe, d'aprfes un manuscrit de la collection 

(1) Une l^^re inexactitude s'est giiss^e dans la description bibliographique 
de C6S importants statuts : texte et traduction y sent sur la m6me page (k 2 colon- 
nes), et non sur les pages oppos^es. 



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^ 35 — 

Peiresc, k la Bibliothfeque Inguimbert de Carpentras, une cotirte el 
vigoureuse r^ponse qu'il opposa, le 7 mai 1626, au nom de Tassembl^e 
gen^rale du clerg6 qu'il pr&idait, aux pretentions de certains parle- 
mentaires et qui vaut bien le plus Eloquent discours. 

A cette p^riode de leur histoire que j'appelais tout k Theure h^ro'i- 
que, et qui remplit et d^passe la premiere moiti6 du dix-septi6me 
si^e, les Capucins frangais et particuliferement les Capucins gascons, 
tout en se d6vouant par 6tat aux plus rudes travaux et surtout au mar- 
tyre per pestem (1), trouvaient le temps de disputer savamment avec 
les ministres protestants et d'enrichir la litt^rature eccl6siastique. — 
Parmi les controversistes, nommons le P. Pascal de Tarbes, mort 
en odeur de saintet^, k 85 ans, k Montauban (1663 ou 1664), apr6s 
avoir 6t6, dans sa jeunesse, le roi des ^tudiants bigourdans k TUniver- 
sit6 de Toulouse et, dans sa carrifere religieuse, Toracle et le module de 
ses confreres. A son s^jour k Saint-Antonin (il fut depuis gardien du 
couvent de Caz^res en 1630, de celui de Condom en 1632...) se rap- 
porte la Conference de Saint-Antonin entre Pierre Oilier^ pasteur 
de Montauban, et Pascal^ gardien des Capucins (Montauban, 1624, 
in-8«). 

II laut placer beaucoup plus haut un controversistequi a eu soin de 
nous transmettre lui-m6me le souvenir de ses luttes avec les calvi- 
nistes, etqui d'ailleurs avait, en ce temps de fortes Etudes, peu d'^aux 
dans la science sacr6e : Daniel de Saint-Sever (2), k la fois lecteur 
de thtelogie et gardien k Agen de 1607 k 1610, gardien de Montpel- 
lier, oil il fut appel6 en 1612 pour y enseigner Th^breu, gardien de 
Condom en 1616, puis provincial (1617) et chargd par le Souverain- 
Pontife des missions du B6arn, puis successivement gardien des con- 
vents de Cabors, de Dax, de Bayonne, de Montauban, mort dans un 
naufrage sur la Garonne, le 14 mai 1630, aprfes avoir assist6 tons ses 
compagnons d'infortune. Le premier monument de son thle et de sa 
science est le volume intitule : La Christomachie combattuCj oA sont 
contenus les actes de la conference faicte d Lectoure entre,.. [lui] et 

(1) J'ai cit6 tout k Theure le d^vouement des Capucins d'Auch pendant la 
peste de 1653; M. Douais nous araoont6 en 1884 (toe. clt.) celui du P. Polycarpe 
de Marciac k Bordeaux en 1605; M. E. Camoreyt a rappei6 aussi celui des Capu- 
cins de Lectoure en 1653. L'histpire de Tordre est pleine de ces exemples pen- 
dant plus d'un demi-si^cle. 

(2) Son nom de famille 4tait Campet. On salt qu'en entrant dans Tordre, les 
Capucins quittent leur nom de famille, et m^me leur nom de bapt^me, pour 
prendre un nom de saint qu'on fait suivre de celui du lieu d'origine. Aussi le 
nom s^culier de la plupart des ^cnyains de son ordre a-t-il ^chapp6 aux recher* 
(dies du P. Apollinaire. 



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— 36 — 

Savojfdf ministre de la dicie mllCy touchant la descente de Jesus- 
Chriat aux enfers... (Lyon, Pillehotle/1611, in-8<> de 560 pp.) (1). II 
devait y avoir une seconde partie, qui probablement n'a jamais paru; 
mais le livre, malgr^ la surcharge d'^rudition qui ^tait alors de mode, 
ripoiid bien k la reputation que le docte capucin s'acquit k Lectoure, 
oil Tun des plus savants ministres protestants du temps, Bernard de 
Sonis (2), le d^lara « un jeune homme des plus versus dans les Ian- 
gues et dans la thtelogie qu'il eut encore vus ». — Une autre contro- 
verse publique, qui ne lui fit gu^re moins d'honneur, eut lieu a Pau en 
Janvier 1620 entre lui et le savant mauvesinois Paul Charles (3), pas- 
teur et professeur de thtologie k Orthez. II en publia ^alement les 
Actes (Tolose, R. Colomiez, 1620, in-S*^ de 476 pp. chiffrfes et an- 
nexes) (4). 

(1) Le P. ApoUinaire a d^ciit ce livre d'aprfes mon exemplalre, qui est d^fec- 
tueux ^ la fin. Mais j'ai eu sous la main, d^s 1857, un exemplaire bien complet, 
alert propri^td de M. Malus, aujourd'hui d4pos6, je crois, k la Bibliothfeque com- 
munale de Lectoure. C'est avec ce volume que je r^digeai la premiere partie 
d'une modeste ^tudc intitul^e : Deux controoerses retlgiouses d Lectoure au 
commencement du XVII" si^cle (Reoued'Aquitaine, t. n,p. 240).— A la suite de 
I'exemplaire eu question est relive une plaquette tr^s int^ressante, relative ^ la 
conference du P. Daniel avec le ministre Savois. Je donne ici le titre decet 
opuscule que Je P. ApoUinaire n*a pas connu : Recrimination auay faussetds 
et impostures de la response du ministre de Lectoure, 42 pp. in-8» dat^es « de 
N^rac, 20 avril 1610, » et sign^es Andrd de la Croias, unprotestant conA^ertipar 
le P. Daniel. 

(2) Sur la biographie et la bibliographic de Bern, do Sonis, voir Michel 
Nicolas, Hist, de I' Acad, protestante de Montauban. Parmi les ouvrages de cet 
^criyain, M. Nicolas a cite mais n*a pu d^crire, faute de Tavoir vu, le suivant 
que j'ai sous les yeux : Response a la declaration de lean de Sponde touchant 
les causes et raisons de sapretendue conoersion. Par M. Bernard Sonis, pas- 
teur de I'Eglise de Letoure. A la Rochelle, par Hietosme Haultin, 15%, in-8 de 
680 pp. — Dedicace(p. 3-7) a A Madame soeur unique du roy », sign^e Bernard 
de Sonis. 

(3) Sur Paul Charles, je ne puis que renvoyer au m^me ouvrage de feu 
M. Michel Nicolas, dont je ne cite pas la p., faute deTavoir actuellement sous 
la main. 

(4) Le P. ApoUinaire d^crit tr^s bien ce vol., mais je crois devoir indiquer 
avec quelque detail les pieces satiriques ou laudatives plac^es ^ la fin, qu'il n'a 
signaiees qu'en gros : Deux morceaux latins en prose et une epigramme en 
4 distiques centre le mddecin Gassion, sign^e « Cloche a S. Sever »; stances 
fran^ses centre le m^me, par Z. de Cloche; une pi6ce en vers phaleuques et 
deux epigr. latinos, sign^es « Petrus Largede San Seueranus »; deux epigr. lat., 
toujeurs sur le m^me siijet, de I. Marreins; stances au H. P. Daniel sur la dispute, 
signees a Sebastien de Pague, doct. et advocat au Pari, de Thoulouse »; epigr. 
grecque,epigr. latine, distique fran^ais, quatrain frauQ. et sonnet centre Gassion, 
de « Lafite religieux bened. 9; stances... 6n/aoear de Charles (ironiquem.), 
signees Cloche, sieur de la Hitte; quatre epigrammes latinos, deux quatrains 
frangais, treis epigrammes grecques et un sennet de S. de Pague; un ana- 
gramme avec deux dist. latins, sign^s F. £.; un sennet et un quatrain fr. de 
P, S. Scribe; un sennet de S. de Pague; une epigr. latine et une en grec par 



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— 87 — 

J'ai sous les yeux ces deux gros bouquins, ou s'italent une connais- 
sancedestexteset unevigueurd*argumentation bienfeites poureflfrayer 
leslecteursdenotresitele. Mais je ne connais que par le P.ApolUnaire 
(qui lui-m6me se r6f6re k Bernard de Bologne) une lettre latine i Yiv^ 
que de Carpentras sur une conference publique faite k Nimes (Aven., 
1625, in-8«). Les Annales de Tordre citent encore un travail bien plus 
considerable du savant P. Daniel : des commentaires sur Ezfehiel, 
qui.restferent manuscrits, faute d'argent pour en procurer Timpression. 

La science des saintes Eoritures et de la langue h^braique ne p^rit 
pas avecluicheznosCapucins.Le P. C6lestin de Mont-de-Marsan, 
sucoessivement professeur de philosophic k Bfeiers (1620-1623) et de 
thtelogie k Bordeaux (1623-1628), maltre des novices k Toulouse (1629- 
1633), gardi;en k Villefranche (1632-1635) et k Condom (1633-1638), 
mort k Bordeaux en 1650, s'est fait un nom dans Tex^gtee par sa 
Clavis Daoid sive Arcana Scripturce aacrce (Lugd., 1639, in-f®), 
repertoire fort savant et fort bien ordonndde tout ce qui conoeme Tdru- 
dition biblique (1). Le P. Apollinaire n'a pu renconlrer jusqu'iciaiicun 
des six autres ouvrages de ce docte et pieux Capucin,non pasmftme 
son Cursus theologicus (en 2 vol. in-fol.), ou 6tait d^montre Taccord 
de saint Thomas et de saint Bona venture, II n'a pu en citer que le titre 
d'apr6s les bibliographes de Tordre, ses pr6d6cesseurs (2). 

Ces grands travaux et ces gros volumes,qui d^concertent notre 16gfe- 
ret6, ne concernaient pas toujours la pure th6ologie. Ainsi I'histoire 
religieuse n'a pas a d6daigner la belle Deacriptio chorographica om-^ 
nium provinciarum et conventuum religionis capuccinorum (in-4® 
oblong),publi6 k Rome en 1643,avecderemarquablesgravures,et dont 
les auteurs, le P. Bernard de Bordeaux et le P. Maxime de Guerchin, 
furent aid6s par notre compatriote le P. Louis de Montreal. A oette 
epoque, malgr6 le z^le apostolique qui pou^sait au loin nos Capucins 
missionnaires, ils avaient toujours souci de leurs annales et de This- 

P. Sabatier; des stances au P. Daniel, de D. S. Laflte, religieui b6n6diotin; 
deux poesies latines adress^es au meme, par R. Cloche, et un anagranune avec 
deux quatrains sign 6s F. E. centre Paul Charle [Parle cheoal], — Tout cela 
est loin d'etre bon, mais indique pourtant, dans un milieu provincial, une culture 
litt^raire bien remarquable. 

(1) On me permettra de dire ici que le savant professeur d'Ecriture salnte 
dont rinstitut catholique de Toulouse ddplore la perte r^cente, Tabb^ Jacques 
Thomas, h qui j'avais eu le plaisir de communiquer mon exemplaire de la Cla- 
ols Dacid, ^prouvait une vraie admiration pour T^rudition orientale et sp^cia- 
lement thalmudique et rabbinique de cetouvrage trop oubli6. 

(2) Comme il n*y a pas de date indiqu^e dans Bern . de Bologne pour le 
Cursus theologicus, je me demande si ces deux volumes n*auraient pas €t€ seu- 
lement pr6par<§s pour Timpression, sans avoir ^t6 public. 



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— 38 — 

toire de chaeon de leurs oouvents : t&noin ce brave P. B^nigne ou 
Bening de Condom qui, suocessivement gardien du couvent d'Auch et 
de celui de M6doux, a laiss6 sur le premier quelques notes prMeuses 
et sur les miracles de N.-D. de MMoux un registre int^ressant; deux 
vraies reliques qui sont aujourd'hni entre mes mains (1). 

Dans le dernier tiers du dix-septifeme sitele, c'est surtout la predica- 
tion qui absorbe Tactivit^ des meilleurs sujets de I'ordre; alors, par 
exemple, Tun des plus f^nds orateurs capucins, le P . Augustin de 
Narbonne,6vaDg6lisa avecsucc6s les nouveaux convertis de LaBastide 
d'Armagnac (2). Voici cependant des capucins gascons de cette 6poque 
qui nous ont laiss6 d'autres travaux de littirature sacrte : Anselme de 
Larrazet, gardien et professeur dans plusieurs convents, mort k Foix 
vers la fin de 1684, auteur d'un grand trait6 de la vie spirituelle en 
forme de dialogue (la Deoote Olympie, Tolose, J. Pech, 1682, 2 vol. 
in^®; mais le P. Apollinaire n'a pu voir que le premier); — F^licien 
de Mirande : Exercice spiriiuel pour toutes les actions de lajournAe^ 
propre aux novices Capucins (1690, vol. ktrouver!); — Franqois 
de Maul^on (de Soule), grand linguiste, et inventeur d'un systfeme 
d^orthographe universelle par un seul caracUre, c'est-k-dire d'un 
syst^me typograpbique aujourd'hui inconnu, auteur de quatre opuscules 
frangais d'instruction chr6tienne et de pi6t6, dont le P. Apollinaire 
n'a pu donner que les titres. — 11 seraitbien plus int^ressant de retrou- 
ver Touvrage f ran^ais sur les enqu^tes centre les sorciers et sorci^res, 
public par ordre du premier president du Parlement de Navarre par le 
P. Anselme d'Oloron, en 1673, et dont on ne connatt pas un seul 
exemplaire. 

II faut placer au-dessus de ces auteurs d'occasion le P. Calixte de 
Saint-Sever, qui sembla h^riter des gouts studieux du P. Daniel son 
compatriote. Mais ce f ut la predication et I'enseignement de la th^ologie 
qui eurent ses preferences et I'absorbferent tout entier. II mourut 
en prechant le careme en 1672 k Vic-Fezensac, laissant apr^s lui, 
comme souvenir de son enseignement theologique, trois in-f^ sous le 
titre de Pastor apostolicus sive theologia pastoralis (Lugd., Ph. 
Bordes, 1658) et deux traites moins volumineux : De prceceptis Decor- 
logi et EcclesicBy Depeccatis septem mortalibus (ibid. 1669). 

(1) J*ai cit^, presque au d^but de cet article, deux fragments du m^.moire sur 
le couvent d'Auch. Quant aux notices sur M6doux, j'en ai parl^ dans la R. de 
Gasc. de 1887 (t. xxmii, p. 471;, en rendant compte d'une monograpbie de 
M. I'abb^ Tb4as. 

(2) Voir la dddicace de J^sus-Christ dans VEucharistie (Toulouse, 1689). 
Cf. R. de G.. 1880, xxi, 167-8. 



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— 39 — 

L'activit61itt6raire et religieuse de Tordre dimmuesensiblementdans 
la premiere moitid du dix-huiti6me sitele. On cite seulement comme 
dcrivainsde oette^poque parmi nos compatriotes : Iren^ie du Brouilh, 
mort saintement k Bordeaux en 1740, auteur d'une Dissertation (k 
retrouver) oil il prouvait que la sainte communion ne devait pas ^tre 
refuse aux condamnfe k mort; — Antoine de Laguian, mort plus 
qu'octoginaire k Marmande en 1731, auteur d'un livrede devotion dont 
on ne connait m^me pa& le titre, — et celui qui nous a transmis les 
noms de ces deux saints religieux, le P. Louis de Miradoux, 6crivain 
in6dit et pourlant plus heureux, puisque son Abr6g6 de I'histoire de 
la province des Capucins d'Aquiiaine recueilli Van 1745^ subsists 
en bon lieu, chez M. Osmin Massias, k Longueyille» pr6s Marmande; 
malheureusement cet essai, dont le P. Apollinaire a pris une copie pour 
la Biblioth^ue des Capucins de Paris, est bien maigre, soit dans la 
partie historique proprement dite, soit dans les biographies. 

Nous voici arriv6 au plus connu, au seul populaire des toivains 
capucins de notre pays. Le nom du P. Ambroise de Lombez rappelle 
aux personnes pieuses les legons les plus solides, les plus sens^ et 
les plus rassurantes pour les 6preuves de la vie spirituelle. Le doux et 
sage auteur des deux trait^s dela Paix ini^rieure {17b7) et de la Joie 
de Vdme chr^tienne (1779) a 6t6 assur^ment un des grands bienfaiteurs 
des &mes k la fin du dernier si6cle et encore dans celui-ci; il a temp6r6 
la rigueur, Taust^rit^ attristante qui de Ticole du Port-Royal s'6tait 
plus ou moins insinute dans presque toutes les regions de la piit6 
frangaise; il a &i& pour nous le Doctor consolatorius que fut Gerson 
pour d'autres temps non moins 6prouv6s. Pour connaltre k fond 
Tesprit el les tendances de son saint ordre dont il fut Tinterprfete le plus 
autoris6, il faut surtout lire ses Lettres spirituelles (1766), ou il dit leur 
fait aux divers pr6jug6s de son sifecle en mati^re de pi^ti et mfeme de 
doctrine. Mais je n^insiste pas, precis^ment. parce qu'il y aurait trop k 
dire; que^ d'ailleurs, le P. de Lombez a itA prfeent6 aux lecteurs de la 
Revue par M. Jules Frayssinet avec son charme ordinaire (1), etqu'on 
leur a recommandd Tddition complete de ses (Euvres donn6e par le 
P. Frangois de B6n^jac, avec une 6tude pr6liminaire approfondie (2), 

(1) Voir Reoua de Gasc, de 1882 (xxiii, 539). 

(2) Malgr6 le soin tout particulier apport4 h Tart, du P. Ambroise par sou 
savant confrere, je constate qu'il n*a pas vu les deux premieres Editions de la 
Paiw inUrleurCy que je possMe Tune et Tautre et dont voici la description : — 
« Traits de la paix interieure en quatre parties. Par le P. Ambroise de Lombez, 
capucin, ancien lectcur de th^ologie. Paris, CI. H^rissant fils, 1757 ». In-12 de 
4 ft. 11. non cbiflr^s : titre, ^pitre d^dicatoirea^ la Reine» (2 pp.), preface (4 pp.); 



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— 40 — 

8a Viey qui miriterait peut-^tre d'Atre reprise k nouveaux frais, d'toe 
au moins compl^t6e sur plusieurs points, a ^i pourtant relrac6e, non 
sans mirite ni sans difant. par le P. Leonard d'Auch (Toulouse, 
Desclassan, 1782), dont le P. ApoUinaire n'a pu retrouver ni le nom 
civil (il me sembleque leP. FranQoisdeB6n6jacmeradit dans le temps), 
niunouvragequi pr6c6da de plusieurs ana6es la Viedu B. P. AmbroUe 
deLombeZf savoir la R6gle du troisidme ordre de saint Francois 
(Paris, Lottin, 1769, in-12). 

Au P. Ambroise se rattache aussi Philippe de Madiran, simple 
frfere lai, qui 6criyit sur oe maitre de la vie intirieure une notice 
encore inidite (1) etipublia ou laissa publier pour son propre compte 
le Triomphe de la grdce dans une dme qui Vat/ant perdue la 
recouvre dans la retraiie, ou histoire de soeur Pdagie, . . par M. I'abb^ 
J. D. C. (Jean Dousseau, clerc, neveu et homonyme du veritable 
auteur), Montauban, V. Teuli^res, 1786, in-12. La doctrine de celivre 
est bien d'un disciple du P. Ambroise, mais qui n'a pas h6rit6 du 
gout litt^raire de son maitre, t^moin cette recetie spirituelle,,, pourse 
preserver despieges de Satan : « Prenez quatre livres d'humilit4,que 
vous infuserez dans trois livres de mortification; deux livres de soli- 
tude et autant de silence, que vous distillerez avec quintessence de 
patience et de m6pris de vous-m6me, y joignant une decoction de 
conformity i la volenti de Dieu, et quatre livres de douceur d'esprit, 
que vous puiserez dans votre fonds (?); k quoi vous ajouterez une 
bouteille de diligence, > etc. etc. (p. 173) (2). 

— et 505 pp. cbifEr^es, plus 4 fl. contenant la suite des approbations, le privily 
et 2 pp. d'errata fort remplies. Cette Edition, quoique moins (Stendue que les 
suivantes. compte plus dechapitres,laplupart tres courts : la V* partie a 11 chap, 
au lieu de 8; la 2% 8 au lieu de 7; la 3«. 19 au lieu de 14. — « Traits... seoonde 
Edition, revue, corrig^e et augment^eparTauteuret mise dans un meilleur ordre. 
Paris, CI. H^rissantflls, 1758. » In-12 de 4 ff. 11. (comme k la 1" M., sauf unAcer- 
tUaem, sur cette 2« M. k la fln du dernier verso) et 451 pp. chifih'des, plus 4 pp. 
non ch. pour le restant des approbations, la table et un errata de 4 lignes. — Le 
P. ApoUinaire rapporte des plaintes relatives aux contrefaQons de ce livre. J'en 
ai une, presque en tout semblable k la vraie 2* (Edition que je viens de ddcrire, 
sauf qu'elle est moins bien imprimde (probablement k Toulouse) et qu'elle ne 
pr^sente ni Verrata final, ni, h. la suite de VAoertissement, la signature manus- 
crite « fr. Louis de Poix. » 

(1) M. I'abb^ Th^as a parl^ dans sa monographie de N.-D. de M6douw (p. 
147-148) de cette notice, dont le P. ApoUinaire ne ditrien; il nous apprend qu'elle 
existe encore chez un des membres de la famille de Tauteur, M. Daries, cur6 
d'Artagnan. 

(2) Ces m^taphores bizarres 6iaient regard^es par les mauvais plaisants 
comme caraot^ristiques de la litt6rature des capucins. Voyez, k Tappui, une 
charge burlesque, invent^e ou recueillie par le b^n^dictin Donj Jacques Boyer 
(cit^ pzx M. T. de L., Reoue de Gasc, de 1887, t. xxvui, p. 237). U n'y a gu6re de 



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— 41 — 

Le mauvais gout est malheureusement peu compensi par la soliditi 
de la doctrine dans les ceuvres d'un auteur capucin qui ^rivit davan- 
tage et fit plus de bruit, le P. Fiddle de Pau, dont les ouvrages d'apolo- 
g^tique, le Chretien par le sentiment {1764, i vol. in-12), Ze Philosophe 
ditht/rambique (1765), Caraci^res ou religion de ce sidcle (Bordeaux, 
1768) et I* Homme enrichidu tr^sorde la v^rit^ (1778,2 v.), off rent plus de 
declamations que d'arguments solides. Quant k son Oraison funebre 
du Dauphin (1766), elle eut un succ^s de fou lire dont on trouve le 
t^moignage dans les recueils du temps et qui obligea de la supprimer, 
ce qui ne I'emp^ha pas d'avoir quatre ^itious au lieu d'une ! — II 
serait d'ailleurs fort injuste de juger par cet excentrique la predication 
des capucins du temps. Le grand orateur sacr^ de nos provinces etait 
alors le P. Cl^iment d'Ascain, plusieurs fois provincial d'Aquitaine, 
mort en 1781 apres avoir prftch^ ime cinquantaine d'anndes avec un 
succte sans d6faillance. « On Tavait vainement press6, dit un de ses 
contemporains, de publier ses sermons : on ne put jamais fl6chir sa 
modestie. » 

La p^riode r6volutionnaire, qui porta la desolation dans tons les 
cloltres, nous fournit un seul nom d'ecrivain : frfere Joseph de 
LAHiTTE-ToupiifeRE, qui continua ses Iravaux de missionnaire pen- 
dant les plus mauvais jours et desservit deux ou Irois paroisses des 
Basses-Pyrenees sous le nom de Jean Sempe. II avait fait imprimer k 
Auch, dbs le 26 octobre 1791, une Lettre,.. sur plusieurs points 
de dogme et de discipline; ses publications posterieures, faites & Les- 
car et k Pau, interessent directement Thistoire religieuse de la revo- 
lution dans cette conlree, histoire que nous laisserons retracer par les 
consciencieux redacteurs des Etudes du diocese de Bayonne. 

Je ne suivrai pas au-del^ de ce terme douloureux le travail du P. Apol- 
linaire, qui ne fournit d'ailleurs aucun nom d'ecrivain gascon p<5ur la 
periode contemporaine. Je ne m'elendrai pas non plus sur les m6rites de 
cet ouvrage capital. 11 offre des lacunes nombreuses mais pour la plupart 
inevitables (1), soit dans la bibliographic, soit dans la biographic; il n'en 

doate que le « P. Abacuc de Lombez * et ses ^tranges m6tapbores ne soient une 
pure fiction. Apr^s cela, si le gout des pointes a dur^ peut-dtre plus longtemps 
qu'ailleurs cbez les orateurs capucins, cela pourrait tenir ^ leur aitachement aux 
anciens auteurs de leur ordre; c'est, en tout cas, unelouable fid^lit6 k leurs tra- 
ditions domestiques qui les a prdserv^s k peu pres completement, dans les deux 
derniers siecles, de nouveaut^s religieuses funestes ou suspectes. 

(1) Parmi celles qui seraient aisles h combler, je signalerai Tabsence des 
Recueils de cantiques frangais et palois, publics par les capucins, pour leurs 
missions, dans diflerents diocej^es du Midi. On trouvera les tilres de deux dans 



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— 42 — 

r^unit pas moins sous une forme tr6s m^thodique une masse ^orme 
de renseignements rares, presque toujours trfes dispersfe et malaisfe 
k atteindre. Les descriptions bibliographiques en sont parfaites et les 
notices k la fois substantielles et 6l6gantes, sauf quelques incorrections 
faciles k corriger (1). C'est aux chercheurs de province, en s'aidant 
des secours que leur fournissent les recherches du savant religieux, de 
lui procurer k leur tour les notions <iui lui ont 6chapp6 sur T^tat civil 
et sur la vie religieuse desterivains capucins de leur pays,et avant tout 
les livres de ces raodestes auteurs sur lesquels il n'a pu encore mettre 
la main, mais qui peuvent, un jourou Tautre, se renoontrer dans quel- 
que vieille biblioth^ue et m6me dans les lots de rebut des bouquinistes 
et des chifiEonniers. 

Leonce couture. 



Origifie de TAsile de dbiI de la cath^drale d'Auch 

A propos de la r&ente et int4ressante communication de M. Tabbi 
de Carsalade sur un asile de nuit k la cath6drale d'Auch en 1444 (tome 
XXXIV, p. 470), nous croyons devoir citer quelques faits qui permet- 
tent, pensons-nous, de consiater Torigine de cet asile. 

Vers le milieu du xi® sifecle, et k r6poque de saint Austinde (1050- 
1068), vivait dans le diocese d'Auch un noble et puissant chevalier, 
G6raud, seigneur de Tlsle-d'Arbeissan (plus connue aujourd'hui sous 
le nom de risle-de-No6). II avait 6pous4 Aziuelle de Lomagne, fille 
d'Othon de Lomagne et propre ni^ce de Bernard Tumapaler, comte 
d'Armagnac (2). On le retrouve en 1060 signant, en presence de saint 
Austinde, une charte relative au monast^re de Pessan(3). II mourut 

VAppendice bibliographique de VEssai sur VhistoLrc lUUrairo des patois du 
mldi do la France au XVIII' sldcle, par le D' Noulet (Paris, Maisonneuve, 
1877, in-8»), nn. 302 et 309; et j'en ai rencoiitr6 d*autres. 

(1) Celles qui peuvent offrir de vrais inconv^nients concernent les denomi- 
nations g6ographiques. Le savant religieux traduit Tarbespar Aquce tarbellicas, 
qui est le nom de Dax (p. 99; A la p. 45, il a cent Doo? sous la forme fran^aise); 
Tarbes est Tarba, dontl'adjectif est tarbensis. 11 est vrai qu*au xvi« si6cle, plu- 
sieurs latinistes, entre autres le toulousain Pierre Bunel, ont fait cette confu- 
sion, mais leur erreur est ind^niable. — A la p. 81, Tauteur s'^tonne de Tadjectif 
mausolensis employ^ par Bern, de Bolognepour « de Maul^on; » il fallait sans 
doute Mauleosolensis; c'est le titre d'origine qu*a joint k son nom en t^te de 
son Homere Jean de Sponde, de Maul(^on de Soule. (En tete de Tabr^g^ de 
Baronius par Henri de Sponde, «^v6que de Pamiers, frere du pr^c^dent, il est 
qualifl6 Mauleonenscs.) 

(2) Cartul. jns. de Saint-Mont, x,de Correntiano. 

(3) Chron. de dom Brug^les, Preuves de la 2" p. p. 38. 



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— 43 — 

peu de temps aprte; car Azinelle de Lomagne ^pousa dans la suite, en 
2es Qi 368 noces, Bernard, seigneur de Fourc&s en Condomois, son 
cousin; puis G^raud II, fils de Bernard Tumapaler et oomte d'Arma- 
^ac (1070-1090 environ), son autre cousin (1). Quelque temps avant 
sa mort, il avait 6tabli une fondation pieuse destine k fournir les frais 
de rhuile qui bruiait, durant toute la nuit^ dans une lampe ^lairant le 
dortoir des chanoines d'Auch. Le fait est attest^ par une cbarte du 
2* cartulaire Wane d'Auch, rMigte sous TarcbevAque Hispan de Massas 
(1245-1261), laquelle rappelle la donation ancienne de G6raud d'Ar- 
beissan et loue sa m^moire. Voici ce texte qui est in^it : 

Cum Geraldua de Arbeiasano, miles y bone memorie,,,^ coniulerit 
Vsolidos morlanorum annuatim super decimam ecclesie de Bicnau 
(Vicnau, annexe de Miramont, canton de Mirande, prfes I'lsle-d'Ar- 
beissan ou de Noi) Capitulo Axixitano presenti eijuturo ad hoc ut 
semper arderet de node lampas in dormiiorio canonicorum auxita- 
norum, tandem verd post elapsum multorum annorum, etc... Factum 
est hoc domino Ispano archiepiscopo auxitano (2). 

Or, la maison et le.cloltre des cbanoines d'Auch, dont les premiers 
fondements avaient 6t6 jetfe par le prM6cesseur de saint Austinde, 
Tarchev^que Raymond Coppa, furent continues et menis k bon terme 
sous r^piscopat du saint pontile et par ses soins. Le dortoir des 
chanoines, avec la lampe de G6raud d'Arbeissan, date done du temps 
de saint Austinde, c'est-i-dire de la fondation m6me. 

Ce dortoir est mentionn^ de nouveau dans un acte des environs de 
Tan 1200, rappelant les ravages qu'avait causfe k Auch, dans les 
maisons archi^piscoj^les et canoniales,le comte d' Armagnac Bernard IV 
(1160-1180). II y est dit que les gens d'armes du terrible comte enle- 
vferent du dortoir et de Tinfirmerie des chanoines vingtHjuatre lils. 

Plus tard, et peu k peu, les cbanoines abandonnferent leur dortoir et 
pr61ud^rent k leur s&ularisetion en se logeant plus commod6ment dans 
des chambres ou des cellules particuliferes. Le vieux dortoir devint 
sans doute alors un lieu d'hospitalit^ pour les pelerins et les passants 
pauvres, d'aprfes le document rappel6 par M. I'abb^ de Carsalade. 

A- BREUILS. 



(1) Cartul. de Saint-Mont. 

(2) 2* cartul. blanc, aux Archives depart, du Gers. 

(3) Monlezun, HisU de la Gasc, t. vi, p. 408. 



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SOIREES ARCHEOLOGIQUES 

AUX ARCHIVES d6pARTEMENTALES 



Suite de la Seance du 4 Septembre 1893 



Int^rieur d*un chateau gascon au xni« si^cle 

M. de Carsalade fait ensuile la communication suivante : 
Les quelques chateaux gascons du xui® si6cle qui ont r6sist6 au 
temps et k la main des hommes, nous apparaissent aujourd'hui comme 
des forteresses n'ayant eu d'autre destination que celle d'abriter une 
garnison. L'id6e qu'une famille ait pu vivre dans ces murs, s'y perp6- 
tuer, y ressentir ces sentiments qui s'appellent ramour,le d6vouement, 
la paternity, Taffection filiale, na!t avec peine dans Tesprit du touriste 
moderne. Ces cMteaux sont g^n^ralement construits sur un plan 
rectangulaire, ayant une tour k deux de leurs angles. L'acc^s en est 
difficile, l6s ouvertures rares, 6troites et mal perc^s laissent p6n6trer 
un jour douteux, les divisions int^rieures peu nombreuses se rMuisent 
souvent k une grande salle, oil le personnel du chateau, maltres et 
valets, vit en comroun. Dans ce temps ou la condition militaire 6tait 
celle du possesseur de fief,ou Ton vivait pour ainsi dire k main arm^, 
beaucoup plus aux champs quechez soi,legentilhomme ne connaissait 
gufere ce que Ton appela plus tard le confort de la vie. Tout 6tait 
simple, austere, autour de lui; rint6rieur de son habitation ne difif^rait 
gu6re de celui de la maison de son vassal, fut-il m6me un haut et 
puissant seigneur.Le document que je vais (*iter nous en est une preuve. 
Odon de Franx, seigneur de Castelnau-d'Arbieu, coseigneur de 
Biv^, de Cadelhan, de Sdran, de Miramont, de Gavarret, de Tlsle- 
de-Lomagne, etc., mourut en 1289, laissant la tutelle de ses six 
enfants, Arbieu, Odon, Guillaume, Arnaud, Aymeric et Aynard, ^un 
des plus grands seigneurs d'Armagnac, Aymeric, baron de Montes- 
quieu. Le 3 juin 1289, le baron, apres avoir fait le signe de la croix, 
precede k Tinvenlaire des biens de ses pupilles.Le mobilier du chateau 
est trfes simple : Sept tables, deux bancs, six arches, deux coffres, deux 
tr^pieds, un blutoir, trois tamis, trois muids, quatre chaudiferes, trois 
chaudrons, dix-huit tkjuelles, douze assiettes, cinq bouteilles, deux 



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— 45 — 

bassines, quatre couettes, sept coussins, neuf draps de lils, cinq couver- 
lures, trois nappes. 

Voici maintenant les hamais de guerre : Un chapeau de fer, trois 
pourpoints, un haubert, trois boucliers, six arbal^tes, deux paires de 
bousses de cheval, six courroies d'arbal^tes, cent carreaux^ une 6p6e. 
Nous laissons de c6t6 la basse-cour, la cave. 

Si Ton rapproche de ce mobilier si simple, je dirai m6me si paysan, la 
longue Enumeration des seigneuries, des fiefs, des redevances ftedales 
qui termine Tinventaire des biens du gentilhomme d^funt, on reste 
Etonn6 de tant de simplicity k c6t(^ d'une si grande richesse. 

In nomine Domini nostri Jhesus Christi. Cum, ob doli maculam 
evitandam, omnisqiie fraudis suspicionem tollendam et ne bona mino- 
rum, elapsu temporis, depereant, idcirco tutores et curatores de bonis 
et rebus eorum inventarium sive repertorium facere teneantur secundum 
legilimas sanctiones. Ideo, in Dei nomine, dominus Aymericus de 
Montesquivo, miles, tutor Arbiy, Hodonis, Guillelmi, Arnardi, Aymerici 
et Aymardi, filiorum quondam Hodonis de Franx, domicelli, facto a 
sua propria manu signo venerabilis sancte crucis, infra, tempus legiti- 
mum de bonis et rebus dictorum filiorum repertorium sive inventarium 
facere procuravit in hunc modum : 

In primis, prenominatus dominus tutor manifestavit se invenisse in 
bonis dictorum filiorum domini Hodonis quondam decern conquas fru- 
menti, quinque conquas de milio... 

Item, septem tonellos sive dolios, sine vino. 

Item, quingentos solidos tolosanos, in quibus dominus Guillelmus 
Arnardus de Labatud, canonicus in ecclesia Auxitana, dictis pupillis 
solvere tenebitur, pro quodam equo qui fuerat dicti Hodonis de Fran- 
quiis quondam; quem equum dictus canonicus vendiderat, ut ibi dictum 
fuit. 

Item, duodecim inter porcos et sues. 

Item, septem pulvinaria, quatuor culcitras, novem linteamina, tres 
banoas, quinque flaciatos, duos bancos. 

Item, unum capellum de ferro. 

Item, tres perpuntos, unas camberias et unas cuseyras, de quibus 
perpuntis impignoraverat unum Guillelmus de Montealto, nuncius 
domine vicecomitisse Fezensaguelli. 

Item, unum ausberg, quod Guillelmus de Duroforte dictis pupillis 
ex causa mutui resiituere tenebatur, ut ibi dictum fuit. 

Item, manifestavit dictus dominus tutor se invenisse in bonis dic- 
torum pupillorum tres clipeos sive scutos, sex arcos balistos. 



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— 48 — 

Item, tres oves, tres agnos, decern capras. 

Item, duodecim inter gallinas et galinatos. 

Item, quatuor calderias et tres payros et unam cosam. 

Item, sex areas et duas caysas. 

Item, X et viii scutellas et xii inter discos et grasaletos. 

Item^ duos tripodes. 

Item, duo paria cubertarum equi de panno. 

Item, duo cocenallos et unas molas. 

Item, sex corigias balistarum et c. cayretz. 

Item, unam graziliam, septem tabulas, duo ponderia seu saumata 
lini et unam petram lane et unum agracerium, tres cedasos, unumbaru- 
tellum, tres mayts, unam patellam de crupo, duos portaderios, duos 
barillos, v bocellos, unam ensem, tres mappas, vii anceres. 

Preterea, prenominatus dominus tutor recognovit se invenisse in 
bonis dictorum filiorum Hodonis, apud Castrum novum de Narbiu, 
quamdam aulam de lapide et partem quam habebant in diclo castro et 
in pertinenciis ejus. 

Item, duas vineas, quarum unam esse asseruit in terratorio dicti 
castri, inter vineam Geraldi de Sanctio et vineam Garsie de Elisone et 
carrieras publicas; et aliam inter vineam Ramundi de Rangerds et 
vineam Ramundi de Petra. 

Item, medietatem unius prati, quod est inter campum Amardi de 
Bruhemonte et oarreria publica, quod pratum habebant per indiviso 
cum domina Albapar (1). 

Item, XXX* solidos quos habebant dicti pupilli de feodis apud dictum 
Castrum, vel in eis pertinenciis. 

Item, medietatem terre culte et inculte quam habent per indiviso 
cum dicta domina Albapar; que terra est in loco vocato terra del Bos, 
que terra est inter terram dicte domine et pratum dictorum pupillorum 
et carreria publica et terram Amardi de Bruhemonte. 

Item, quamdam peciam terre que est ad locum appellatum « a las 
fontas » inter terram Amardi Elisonis et terram deu Calyesa et fratnim 
suorum. 

Item, CL conquas Lactorenses de agrariis in terratorio dicti castri. 

Item, ad locum qui appellatur Dirt6, sexta parte de agrariis et de 
decima ex una parte et ex alia parte quartum, una cum domina 
Albapar. 

Item, apud Sanctmn Clarum, medietatem in terris, et de feodis xv 

(1) Albapar de Franx de Labatut, dame en pftrtle de Castelnau-d'Axbieu, avait 
^pous6 Gaiin de Montaut, seigneur de Gramont. 



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— 47 - 

solidos morlanos; dixit tatnen dictus tutor quod hoc de dicto Sancto 
Clario erat impignoratum monasterio et fratribus de Figareda (1). 

Item, ad locum de Comaolla, cl solidos morlanos de feodis et xl 
conquas bladi, ad mensuram Altivillaris; dixit tamen dictus tutor 
quod hoc erat impignoratum domine Aysie, sorori quondam dicti 
Hodonis. 

Item, apud castrum de Viveriis (2), duos mayzonados hominum 
questalium et feoda et decimas; dixit tamen quod nesciebat quot. Dixit 
insuper dictus tutor quod hoc et alios reditus quod habebant sen habere 
debebant dicti pupilli apud Cadelhanum, erat impignoratum monas- 
terio de Figareda, 

Item, dixit se invenisse in bonis predictis duos solidos et dimidium, 
quod habebant de serviciis sen de feodis dicti pupilli, apud Malum- 
viciuum et quosdam agrarios. Dixit insuper quod dominus Hodo hos 
impignoraverat magistro Petro Tarii. 

Item, dixit se invenisse in bonis predictis quod dicti pupilli habe- 
bant apud castrum de Labana, in reditibus, unam oonquam bladi et 
quosdam agrarios et nemora et terras cultas et incultas. 

Item, apud Seranum, unam conquam bladi de agrariis et plures 
terras. 

Item, apud Miromontem, unam conquam Auxitanam de agrariis. 

Item, apud Gavarretum, annuatim, unam comestionem in domo de 
Carsia? 

Item, apud castrum de Miradors, duos solidos et dimidium. 

Item, apud Insulam de Lomenha,quatuorde serviciis quolibet anno. 

Item, ad locum appellatum de Franx, duas conquas de blado. 

Item, quartam partem in molendino de Labalere. 

Dixit se etiam invenisse dictus tutor in bonis predictis unum instru- 
mentum de vhicl solidos morlanos, quos dominus Hodo de Montealto 
debet dicto Hodoni vel ejus ordinio, quam cartam scripserat Guillel- 
mus de Canoas. 

Item, quoddam instrumentum donatipnis et solutionis factum per 

dominum notarium Altivillaris, in quo instrumento continebatur 

quod Guiraudus de Espieto solverat Hodoni de Franquiis et Aynardo 
fratri suo, totam illam ...., quod possidebat in terratorio sancti Mi- 
chaelisde Cast... 

Post quod predictus tutor protestatus fuit quod quocies tocies magis 

(1) J'lgnore la position g^ographique de ce monast^re. Je ne connais aucun 
lieu en Lomagne portant ce nom. 

(2) Biv^. 



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-^ 48 — 

de rebus dictorum pupillorum ad noticiam suam pervenerit ilia omnia 
et singula palam manifestabit et inventarium fieri curabit. Quibus ita 
peractis, discretus vir dominus niagister Durandus de Bauro, judex 
Fezensaguelli, presenti inventario signum suum posuit, pariter et as- 
seasum et legitimam aministracionem dicto domino tutori concessit. 

Actum fuit hoc tercia die mensis junii. regnante Philippo francorum 
rege et Hugono episcopo Tholosano, anno incarnationis Domini m<^ go** 
Lxxx° nono, etc. 

(Archives de M. le marquis de Galard-Magnas, chateau de Magnas, 
Gers.) 

La liste des communications 6tant termin6e, la Soci6t6 s'ajourne au 
2 octobre, date de sa prochaine reunion. 

IX 
Stance du 2 Octobre 1893 



Pr^sideiice de M. le PRl^FET DU GERS 



Presents : MM. Balas, Cocharaux, Colonieu, Daudoux, Bellas, 
Despaux, Dorbe, Lagarde, Lozes, a. Lozes, Nazaries, D** Sama- 
LENs, et DE Carsalade, Secretaire. 

La stance est ouverte k 8 heures li2 aux Archives d^partementales. 
Un plat • de la suite de Palissy • 

M. le Pr^fet dit que M. Delias lui a montr^ dernierement un plat 
trouv6 par lui au chateau d'Arcamont, en le priant d'en faire Tobjet 
d'une communication k la prochaine reunion de la Socidt6. 

« Je vais done, si vous le voulez, dit M. le Pr^fet, tacher de vous 
faire une description aussi exacte que possible.de sa deration qui 
nous fournira des renseignements utiles sur son origine probable et 
sur I'usage auquel il 6tait destine. 

» Ce plat est en terre cuite verniss^e; le fond est colore en brun 
violet 16g^rement marbr6, les dessins en relief sont bleu, jaune et 
blanc. Nous avons dans cette coloration une premiere indication pour 
croire qiie nous ne sommes pas en presence d'un Palissy; en effet, le 
vert est la (iouleur dominante dans les oeuvre^ de Palissy. 

9 Examinez main tenant son ornementation : vous voyez au centre 
un lion ayant une ^p6e entre ses pattes de devant; il est de couleur 
bleu sur fond ^galement d'azur; il Emerge d'un medallion festonne de 
couleur brune comme le fond du plat. Ce sont sans doute des armoi- 
ries. Autour de ce lion Ton remarque trois m^daillons ronds, au centre 
desquels se trouvent des quartiers de lune, et, dans Tint^rieur du crois- 



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— 49 — 

sant, on distingue parfaitement une figure humaine. Ces trois mWail- 
lons sont siparis par des niches, dans lesquelles on distingue des per- 
sonnages nus assez mal dessin^s et qui sont probablement des saints; 
ces niches reposent sur des rosaces ou fleurs k sept feuilles. 

» La bordure du plat, qui est festonnte, est d'une ornementation 
encore plus riche; elle a vingt-quatre festons, douze grands et douze 
petits. Dans les douze grands se d^tachent douze figures blanches 
entourfes d'aurfoles alternativement bleues ou jaunes et enchiss^ 
dans un m6daillon de forme ovale et de couleur brune : ce sont peut- 
6tre les figures des douze ap6tres. Les douze petits festons, qui s6pa- 
rent les grands, sont formfe par des rosaces ayant un pen la forme de 
limaQon et au-dessus se trouve Une ornemeniation assez difficile k 
distinguer, mais qui ressemble k des fleurs ou k des fruits surmontfe 
de flammes. Nous trouvons dans les details de cette ornementation 
une nouvelle indication pour ne pas attribuer notre plat k Palissy. II 
paralt en effet 6tabli que Palissy a surtout reproduit des reptiles, des 
coquillages, des poissons, et que c'est k tort que de nombreux plats k 
personnages lui ont &i& attribufe. Nous devons, je crois, classer le 
plat de M. Delias dans ce qu'on appelle la suite de Palissy ^ vers la 
fin du XVI® sifecle ou le commencement du xvii®. Sa coloration, ou le 
bran violet domine et ou figurent exclusivement le jaune, le bleu et le 
blanc, paralt indiquer une origine m6ridionale, peut-fttre espagnole. 
Son ornementation indique qu'il ^tait destine k Tusage d'une ^lise, 
ou encore d'une chapelle de chateau; dans ce cas, le lion tenant une 
6pee, repr^senterait les armoiries d'un ch4telain, peut-^tre de la famille 
d'Arcamont^ dans les armes de laquelle on voit figurer un lion. > 

M. le Pr^fet fail ensuite passer sous les yeux des membres de la 
Sociit6 deux grands plats d'^tain de T^poque de Louis XIV, qui ont 
appartenu k la famille d'Arcamont et ou se trouvent les armoiries de 
cette famille. 

La famille d*Aroamont et ses aroliiyet 

M. deCarsaladedit que la famille du Chicd'Arcamont,dontle dernier 
repr^nlant vient de mourir, s'est implantte dans ce domaine au xv« 
si^le par une alliance avec la maison de La Fitte, une des plus anoien- 
nes d'Acmagnac. 

Sa seigneurie s'6tendait sur Arcamont, Roquaing, la Roque-Fimar- 
con, Aumensan, Gaudoux,|Saint-Martin-Vinagre, la Batut fes-Pujos, 
le Trens, le Longard^ partie de Roquelaure; ils 6taient, en outre, 
barons de Torrebren, etc. 

M. Delias rappelle que c'est k la famille d'Arcamont que les Ar- 
Tome XXXV. 4 



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— 50 — 

chives d^partementales doivent les cartulaires du Chapitre d'Auch, 
dfcrits et analyst par M. Parfouru (1). M. Delias fournit ensuite 
sur cette famille et ses curieuses archives les renseignements suivants : 

« Noble Pierre du Chic, seigneur de Boulin, vers 1420, baron de 
Torrebren, avait du bien dans la juridiction de la ville de Montreal; il 
y avait dans cette ville une porte appel6e la porie du Chic, oil Ton 
voit encore, quoique un peu eflPac6es, les annes de la famille de Chic. 

1 Un des derniers seigneurs, Jean-FranQois-Joseph-Claude du 
Chic d'Arcamont, n6 en 1728, cut une lieutenance au regiment Royal- 
Comtois et 6pousa, 6tant veuf, demoiselle Marie-Claire Popon de 
Maucune. 

> Lors de T^tablissement du haras au Rieutort, par arrfet du Con- 
seil du 13 juillet 1758, il fut nomm6 commissaire inspecleur. 

1 II dut k ses relations avec les personnages les plus en renom, k 
son s^jour k Versailles, k la beauty et k Tesprit de sa seconde femme, 
une situation exceptionnelle que revile toute une correspondance in- 
time, sauv6e r^mment de la destruction et de Toubli. 

1 Cette correspondance, qui jette un jour tout nouveau sur la haute 
soci^t^ du rfegne de Louis XV, sera publi6e en son temps. EUe est si- 
gn6e des Maurepas, des d'Argenson, du due de la Valli^re et, ce qui 
int^resse particuliferement notre conti*^, des 6v6ques de Condom, de 
Lectoure, de Lombez, de Mgr de Montillet, archev6que d'Auch, et de 
dames appartenant k la plus haute noblesse du pays, h6tes habituels 
des chateaux de Cassagne et de Maz^res. 

» En venant k la Cour, en 1764, le seigneur d'Arcamont prit le 
titre de marquis; il n'avait jusqu'i ce moment-Ik que le titre d'teuyer 
commissaire inspecleur des haras; mais personne ne lui contesta son 
litre, ainsi que Tatteste une correspondance avec les premiers person- 
nages de la Cour. 

> Le marquis d'Arcamont dut i son brevet de franc-ma^n de ne pas 
fetre inqui^ti lors de la Revolution; il adressa un m^moire sur sa vie 
politique, dress6 en conformity de Tarrfet^ du reprisentant du peuple 
Dartigoeyte, du 14 germinal an ii, et regut un oertificat de civisme. 

> II put done conserver tons ses papiers domestiques, les archives et 
les registres de la communaut^ d'Arcamont, tons les comptes oonsu- 
laires et des archives du Chapitre d'Auch que son frfere, chanoine, syn- 
dic de la cathWrale, lui avait confi^s (2). 

(1) Annuaire da Gera, ann^e 1879, 3* partie, et Arch, depart. G, n»' 13, 14 et 
15. Le Cartulaire qui figure sous le n« 16 n'ayait pas Ai6 emport^ d'Auch. 

(2) Dom Brug^es, Chroniques ecoUaiastiqueB du dioe^ d'Auoh, p. 4.et 5. 



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— 51 — 

» Les papiers d'Arcamont, dit en lerminantM. Delias, oomprennent 
de nombreux documents sur les revenus de Sainte-Marie avant la 
Revolution; ils pennettront de faire Thislorique des anciens canoni- 
cats et benefices de notre-^lise oatbMrale. » 

Un oartulaire retrouv^ : « Le Tieux lAvre yert > du Ohapitre d'Auoh 

M. de Carsalade du Pont fait sous ce titre la oommunication sui- 
vante: 

« M. Delias vient de vous rappeler que les cartulaires du Chapitre 
d'Auch, remis au chanoine d'Arcamont par la famille de Montes- 
quiou-Fezensac, avaient 6x6 restitufe au d^partement pM Th^ritier du 
cbanoine. Malbeureusement, cette restitution ne fut pas complete. II a 
fallu la mort du dernier repr^ntant de cette maison pour faire tomber 
entre mes mains les feuilles ^parses d'un de ces cartulaires, feuilles 
v6n6rables que n*ont respectfes ni rbumidili des greniers, ni la dent 
des rats, ni les mains de Tbomme — edacior homo, Ce cartukuxe 
etait intact quand il fut confix par le Cbapitre & la famille de Montes- 
quieu, et par elle remis au cbanoine d'Arcamont. II y a prte d'un 

sifecle de cela, etdepuis voyez plut6t : le carlulaire, icrit sur papier 

in-folioj renfermait au moins 217 pages. La demise porte ce num^ro 
et elle se termine parunacte dont la conclusion manque. Or je n'en ai 
retrouv^ que cinquante-cinq, et dans quel ^tat I T^criture ^tait telle- 
ment efiPac^, que ces pages paraissaient n'avoir pas 6\& Writes. II a 
fallu user de la teinture de noix de galle pour leur rendre la vie. EUes 
embrassent une p^riode decent ans, de 1384 & 1484. 

» Ce cartulaire portait dans les archives du chapitre le nom de 
Vieux Livre vert, sans doute parce qu'il 6tait reconvert d'une basane 
verte. Ce nom m'a it6 r6v616 par la G4n^alogie de la Maison de 
Montesquiou-Fezensac, public par ChMn^ en 1784. Le savant g6- 
nfelogiste a emprunt^ k ce cartulaire deux actes qu'il reproduit dans 
les preuves de son travail, avec cette mention : « Original du cactur- 
laire en papier in-folio de l%lise m^tropolitaine d'Aucb, intitule : 
Vieux Livre vert, cot^n** 111. » Ces deux actes se retrouvant dans 
les feuilles que j'ai sauvto, il n'y a aucun doute sur le nom du cadu- 
laire auquel elles appartenaient. 

» Les premieres feuilles, qui sont 4galement les premieres du car- 
tulaire (la pagination suit sans interruption de 1 ^ 16)^ renfarment 
I'acte des fondations faites, dans la cath^draled'Auch, par noble Mau- 
-rin^ Biran, sdgneur <le Puys^r etde Roquefort. Ce gi»iilhomme 



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— 52 — 

fut UD personnage famepx en son temps. II ^tait oonseiller du comte 
d'Armagnac, c'est-i-dire son chargi d'affaires. Son nom revient dans 
tons les actes publics pass^ par la maison d'Annagnac durant la der- 
nifere moiti6 du xiv« sitele. II y est appel6 t Maurin die Biran alias de 
Bemardias. » C'^tait un bourgeois d'Auch enrichi par les lib^ralit^ de 
ses maitres et Texercice des charges publiques. Le comte d^Armagnac 
lui donna, en 1367, la terre de Puysigur (canton de Fleurance); il 
acquit lui-m6me Roquefort et Casteljaloux et des fiefs dans la ville 
d*Aucb. C'est de lui que descendent oes Biran-Gohas qui ont fait si 
giande figure dans les guerres du xvi* et du xvii* sitele.. Devenus 
bauts et puissants seigneurs, ces Biran-Gohas eurent, au sitele der- 
nier, la pretention de descendre des comtes d'Annagnac, et en prirent 
le noxix. Je ne sais si Maurin de Biran ^tait du sang du comte^ son 
maitre, mais il est sur que dans la plupart des actes que j'ai vus, il est 
qualifie de c bourgeois de la cit^ d'Auch. » 

» Je reviens au cartulaire. En 1384, Maurin de Biran avait perdu 
son fils Jean et Tavait fait ensevelir dans la cathMrale d'Auch. II 
Youlut avoir une sepulture sp^ciale, dans un emplacement honorable 
pour son fils et pour sa famille k perp^tuit^. II fit don au Chapitre de 
la somme 6norme de 500 florins d'or, et les chanoines en retour lui 
accordferentle droit de sepulture dans lachapellede Saint- Jean. Maurin 
y fonda trois obits perp6tuels. Tons les jours, trois chapelains devaient 
c^l^brertrois messes dans cette chapelle, pour les vivants, pour les 
morts eten I'honneur de la Sainte-Croix. II fonda, en outre, une messe 
matutinale qui devait ^tre cil^br^ tous les jours, au grand autel de 
Notre-Dame^ et exigea qu'elle fut sonn^ « d bande » et pendant le 
temps d'un Ave Maria, pour que le peuple put s'y rendre. II ajouta k 
ses fondations trois nouveaux obits : un pour son pfere et sa m^re, 
ensevelis dans T^lise des Cordeliers d'Auch^ un pour lui et un'pour 
les membres d^oddte de sa famille. Chacune de ces fondations fut 
fortement rentte. Tous ces details sont renferm^ dans les pre^i&res 
feuilles de notre cartulaire. 

» Le document qui suit celui-d est imprim^ dans la G^nialogie de 
la maison de Montesquiou. C'est le droit de sepulture accord^ dans 
I'int^eur de la cathMrale k Arzieu, baron de Montesquieu. Le nomde 
la chapelle concMfe au baron n'est pas indiqu6 dans Facte. C'est dans 
cette chapelle, qui s'appela la Chapelle de Moniesguiou, que fut poste 
en 1487 la premiere pierre de la cath6drale actuelle. (Voyez Hist, de 
Gascognsy t. vi, p. 434.) 

» Viennent k la suite des oontrats d'inftodadon de terre, de consti- 



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— 63 — 

tution de rentes, de donations. En 1386, le 26 d^cembre, Fortaner de 
Marestaing, seigneur de Lagarde, fiis du seigneur d'Esparsac, fonde 
un obit pour le repos de I'&me de son pfere. Le seigneur de Lomagne- 
Fimarcon fait Element des donations au Chapitre, etc. Citons encore 
une bulie de 1453 r^glant un diff^rend entre le Chapitre et rArchev6que 
au sujet de la nomination des chanoines, des transactions avec les habi- 
tants de risle-d'Arbeichan et de Barran,des proete-verbaux de nomi- 
nations de chanoines, et enfin la prise de possession de rarchevftch^ 
d'Auch, par Philippe de Savoie en 1484. 

> J'ai remis ces pr&ieux fragments du Vieux Livre vert aux 
Archives d^partementales, pour completer la sirie si importante de nos 
cartulaires. Qu*il est regrettable que ce prteieux document ait 6t^ainsi 
mutil4 ! Le temps est, dit-on, un grand destruct^ur, mais combien plus 
le sont les hommes ! Tempus edax, edaeior homo. 

Ck>mmunloation8 diTerses 

M. Despaux montre k la Soci^t^ un amorQoir du xvi^ sitele en ivoire 
et qui a du appartenir & quelque chasseur ou gueriier gascon. C'est un 
r^pient en forme de gourde aplatie et k goulot trfes 6troit; les deux 
parties plates sont tr^ finement sculpt^, Tune pr^nte une chasseau 
sanglier; sur I'autre un m^daillon avec le portrait de Francois I®'' et 
les armes accol6es de France et de Navarre. 

Ce fait porterait^ croire, dit M.de Carsalade,que Tobjet en question 
est du xvii« siecle et post6rieur i la reunion de la Navarre i la 
France (1621.) 

Viennent ensuite les communicatious suivantes : de M. le Pr6fet, 
sur une pierre irfes curieuse conserv6e k Duran et sur la police des cime- 
ti6res avant 1789; de M. Despaux, sur une plaque de ceinturon qui 
parait avoir 6t6 une parure m^rovingienne; de M. Delias, sur un plan 
de Fancien S4n6chal d'Auch; de M. Daudoux, sur des vues photogra- 
phiques prises dans les valines d'Aure et du Louron; de M. de Carsa- 
lade, sur les peintures murales de T^lise de Gouaux-en-Aure. 

La Soci^t^ s'ajourne au 6 novembre date de sa prochaine reunion. 



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ddanoe du 6 Novembre 1893 



PrSmidLGixce de M. le General GRILLON 
Direotexxr d.\a G^nle aia Minist^re do la Qiaerro 



Pr^ents : MM. Cabrol, Calcat, de Carsaladb, Chavet, Colo- 
HiEux, Daudoux, Bellas, Des^^aux, Journet, Joseph Lacomme, 
Herman Lacomme, Lagarde, Lozes, Albert Lozes, M6tivier, Que- 
Nioux, D'' Samalens et Tierny, secretaire. 

Exourslon A Montaut et au Rieutort 

M. Adrien Lavergne, vice-pr6sident. de la Soci6t6 historique de 
Gascogne, s'excuse de ne pouvoirassister k la reunion et communique 
le compte-rendu suivant dont il est donn6 lecture : 

€ Messieurs, 

» Le jeudi 8 juin, par une joum6e claire et chaude, nous avons 
accompli noire excursion k Montaut et au Rieutort. 

» Sortis d'Auch par la route d'Agen, nous avons laiss6k notre droite 
Le Seillan, qui fut la propri6t6 du c616bre intendant d'Etigny, et k notre 
gauche le manoir du Coulourmi. 

» Le Couloum6est Tun des plus curieux deces petils chateaux b&tis 
au XVI® et au xvii® siMes par les riches bourgeois ou nobles citoyens 
d'Auch autour de leur ville. Cette int^ressante construction se compose 
de deux corps de logis en 6querre, formant les deux c6t6s d'une cour. 
La facade du couchant est munie k ses encoignures de tours rondes a 
Text^rieur et carries k rint^rieur. Une belle tour carree eommande 
rentrte au levant; elle est couronn^e de consoles qui portent d'une 
fagon trfes pittoresque les bords de la toiture au-deUi de Taplomb des 



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— 55 — 

murs. Les fenfetres sont h menaux verlicaux ou croisds; des trous ont 
6t/& ^tablis daas les murs pour se d^fendre avec des armes k feu. Deux 
portes dans la cour sont dignes d'etre remarqufes : Tune seulement 
parce que dans ses pieds-droits on peul voir un chapiteau romain en 
marbre blanc, i'autre a cause de son ornementation. Celle-ci s'ouvre 
entre deux belles eolonnes qui supportent un entablement orn6 d'un 
masque grima^nt et surmont^ d*un fronton- II reste encore une partie 
des foss& qui entouraient ce manoir et qui contribuaient i le prot^er 
contie un coup de main. Ce petit cMteau appartenait avant la Revo- 
lution k la famine de Labarthe du Couloum^ [Voir, sur Tancienne 
maison qu'elle habitait k Auch et sur les droits honorifiques dont elle 
jouissait k Toccasion de la procession de Saint-Orens le jour de la F6te- 
Dieu, Dom BrugMes, p. 338; P. Lafiforgud, Hist, de la ville d'Auch, 
11, p. 158; Can^to, Le PrieuH de Saini-OrenSy p. 137]. 

» Plus loin, La Bordeneuve^ propri^t^ de la famille d'Aignan du 
Sendat [Dom Brug^es, p. 373], nous pr&ente dans des jardins et des 
bosquets une oonstruction carr^e, couronn6e de balustrades. 

> En face de La Bordeneuve, nous avons traverse TAr^on et quitt6 
la route nationale pour prendre le chemin de Montaut, situ6 sur Tune 
des plus hautes collines qui dominent la rive droite du Gers. La mon- 
tde est longue et rude. Perches sur les omnibus, les excursionnistes se 
montraient k gauche Preignan, ou Ton a dteouvert des mosaiques 
romaines; k droite, la hauteur ou fut, dit-on, le temple d'Apollon ou 
Moni Neroeva; et plus pr6s de nous le chateau de Malartic. En 1748, 
la terre noble de Malartic fut 6rig6e en comt6 de Tournemire en faveur 
de Pierre^Joseph-Hector de Tournemire, ancien capitaine de dragons, 
d'une famille venue d'Auvergne [Archives du GerSy C. 433). 

> Nous voici k Montaut. Nous sommes tout d'abord frapp^s par 
Tensemble que forment le chateau, T^lise et le prieur6, situfe au levant 
du village, sur un emplacement plus 61ev6, d^fendus par une enceinte 
de murailles dans laquelle on p6n6trait par une porte ogivale placte 
sous une tour carrte qui conserve la rainure dans laquelle montait et 
descendait la herse. 

» L'^glise est romane et Mtie sur un plan basilical. Elle a trois nefs^ 
point de transept, une seule toiture la recouvre; ^ la nef principale 
correspond un sanctuaire form6 par unetravte de choeur et une abside; 
k chacune des nefs lat^rales une absidiole; abside et . absidioles sont 
voutfes en cul de four. Les nefs ont quatre trav^es s6par6es par des 
piliers. Sur une base cylindrique comme eux s'dl^vent ces piliers ac- 
cost6s de quatre pilastres rectangulaires qui supportent les doubleaux 



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— 56 — 

et les arcatures et qui font oommuniquer les nefs. Tous ces arcs sent 
en tiers point. Leurs sommiers reposent sur une bande saiilante de 
piwre qui pr^senle la forme d'un tailloir biseaut6. Les voutes sont k 
croisdes d'ogives sans clef. Les nervures sont prismatiques et naissent 
tant6t entre les sommiers des arcs, tant6t sur la bande biseaut^, tant6t 
sur de petits culots coniques. II semble que Tarchitecte ait employ^ la 
crois^e d'ogive sans bien connaltre ce proc6d6 nouveau pour la cons- 
truction des voutes et qu'il ait t&tonnA. 

» La porte s'ouvre au midi sous trois archivoltes k plein cintre et k 
vive arfete, supporttes par des pieds droits de mfeme sorte. Les fenfetres 
sont petites et 6troites; Tune d'elles, placie dans le mur septentrional de 
Tabsidiole du nord, est dispos6e de fagon k projeter lalumi^re sur TauteL 

» A Text^rieur on remarque autour de Tabside les restes d'une s6rie 
d'arcalures reposant sur des corbeaux qui devaient supporter la corni- 
che de la toiture. MM. Benouville et Lauzun ont signal^ une arcature 
de cette esp^ k I'abside de Fiaran. C'est la seule ornementation de 
Montaut ou il nous a 6ii> impossible de trouver la moindre trace de 
sculpture. 

» Deux tourelles plactes aux deux cAt^s de la facade occidentale 
permettent de monter sur les voutes, ou Ton pouvait se difendre en cas 
d'attaque; les murs goutterots ont conserve leurs merlons. 

» L'eglise possMe deux tables d'autel romanes en marbre; elles sont 
rectangulaire^ et forment comme des plateaux; la partie centrale l^re- 
ment approfondie est encadrte d'une moulure qu'entoure une bande 
large et plate. 

» Je ne saurais passer sous silence le clocher roman construit par 
notre collfegue M. Francou sur la trav6e occidentale de la maltresse 
nef . Cette blanche construction signale au loin T^glise et le village de 
Montaut. 

» M. Tabbi Canito a dfcrit le monument dont je viens de parler 
dans la Reoue de Gascogne, xi (1870), p. 533. On retrouvera cette 
etude dans les Eglises romanes de la Gascogne du m6me archto- 
logue, p. 71 . 

> Aprfes la visite de son 6glise, M. le cure de Montaut a eu la bontd 
de nous oflfrir, dans Tancien prieurd qui lui sert de presbytfere, une 
collation qui a 6i6 fort appr^cife paries excursionnistes unpen fatigues 
par la grande chaleur. 

» Nous nous somraes rendus ensuite au chateau, dont le propri^taire, 
M. le baron de Rouilhan, descendant direct des derniers barons de 
Montaut nous a fort gracieusement fait les honneurs. 



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— 57 — 

» Le donjon, quoique bien inf^eur k celui de Bassoues, nous a 
paru Tun des plus importants du Gers. II a, en eSet, de plus ^mples 
proportions que la plupart des tours de nos ch&teaux 6troits comme des 
puits. Carr6 comme il est d'usage en Gascogne [je ne connais dans 
notre d^partement que celui de Castelnau-sur-rAuvignon qui soit 
rond], il se compose : d'une basse fosse qui constitue le rez-de-chaussdei 
d*un premier 6tage voutd^d'un second ^tageet d*une plateforme cr^nelte 
d'ou la vue s'itend de tons c6t6s sur un trfes vaste horizon. Trois meur- 
triferes, qui mesurent k Text^rieur 0,10 c. de large et 0,30 c. de long, 
telairent cette tour. L^entrte estau deuxi&me ^tage; c'est aussi k partir 
du deuxifeme 6tage qu'a 4t^ m^nag^ dans I'^paisseur du mur un trfes 
curieux escalier, dont le couloir pr&sente k sa partie sup^rieure une 
s^ne de retraites correspondant aux saillies des marches; mais Tarchi- 
tecte,soit pour rWuire le plus possible le passage,soit qu'il ait considiri 
les liteaux comme susceptibles de rupture sous le poids de la magon- 
nerie, a dispose les pierres de taille en angle, afin de porter le poids 
surlesc6t^. 

» Une cour voisine de T^glise conserve encore des arcatures ogi vales 
et un puits contemporain des plus anciennes constructions. Par une 
ouverture qu'on aper^oit k une certaine hauteur au nord de T^glise, on 
pouvait du cMteau p^n^trer au-dessus des voutes oil tout 6tait dispose 
pour la defense. M. le baron de Rooilhan nous a montrd une trte belle 
chemin6e en pierre, de la Renaissance. 

» A la salle k manger nous attendait un th^ auquel nous avons tous 
fait honneur, et M. le chanoine de Carsalade s'est fait Tinterprfete de 
tous en t^moignant & M. le baron de Rouillan notre reconnaissance 
pour son gracieux accueil. 

» M. Bonassies, maire de Montaut et avocat au barreau d'Auch, 
dont la science, Texp^rienceet le talent sont justement estim^s, a voulu 
nousrecevoir chez lui, et notre visited Montaut s'est terming au bruit 
joyeux des detonations du champagne. 

> Chacun prit place de nouveau dans les voitures. Descendus leste- 
menl dans la plaine, nous pumes apercevoir k travers les peupliers le 
donjon isol6 de Tancien chateau d'Arcamont, qui a ^t^ reconstruit un 
peu plus loin, et nous arrivAmes au Bieuiorty le ch&teau de plaisance 
des dues de Roquelaure. Jusqu'ici la campagne brul^ par le soleil ne 
nous avait montr6 que de pauvres rteoltes, des terres 6puis4es par de 
longs jours de s63heresse. Nous ^tions dans une oasis fraiche et verte et 
nos yeux fatigu^ se reposaient agr^ablement sur i'herbe des prairies, 
le feuillage et les fleurs. 



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— 58 — 

» Nous avons admiri la belle et grandiose ordonnanoe des bAti- 
ments, des avenues, des promenades, des bosquets, des pr6s et d^ 
eaux. L'entr6e prinoipale est une magnifique porte percte dans les 
b&timents du couchant du c6t* de Roquelaure. Elle donne entree dans 
une grande et belle cour carr6e. A I'ouest, au nord et au midi sontdes 
d6cbarges,des 4curie8,des caves vouties avec ouverturesen penetration 
dans les voiites, comme au chateau de Beaumont en Condomois, 
(construction de Tarchitecte auscitain Pierre Souflfron, au commence- 
ment du xvii* sifecle). 

» Le bfttiment d'habitation tient tout le c6te oriental de la oour, celui 
qui fait face k la grande porte. C'est un b&timentsans etage,fort ample, 
fort correct, remarquable par les ^normes modillons en pierre de taille 
qui siipportent la toiture. 

» Cependant le soleil descendait rapidement k Thorizon, la belle 
verdure commen^ait k prendre des teintes plus sombres;il a fallu nous 
arracher aux cbarmes de ces lieux embellis par les arcbitectes et les 
jardiniers paysagistes du grand sifecle, et nous avons repris la route 
poudreuse. Quand nous sommes arrives k Aucb il etait nuit. » 

La comddie bourgeoise & Fleurance 

M. de Carsalade du Pont fait la communication suivante : 

<c Se divertir, c'est se d^tourner de soi, s*en d^prendre, en sortir; et 
pour en bien sortir, il faut se transporter dans autrui, se mettre k la 
place d'un autre, prendre son masque, jouer son r61e. Yoilk pourquoi 
le plus vif des divertissements est la com^die ou Ton est acteur. » 
M. Taineouvre par cette reflexion le chapitre de son etude sur Tancien 
regime, dans lequel il a peint avec des couleurs si vraies cette society 
de la fin du xviii® sifecle emportee vers Tabime par une force irresis- 
tible et y courant au milieu de ffetes et de plaisirs sans cesse renouveies. 
La passion de jouir avait remplace chez elle les soucis virils et fait 
naltre ce gout exagere pour le theatre que furent impuissants k satis- 
faire les acteurs gages, et qui fit passer la comedie du the&tre officiel 
dans les maisons particuliferes. 

La comedie de societe devint alors le grand divertissement. On la 
jouait chez les princes, chez les grands seigneurs, dans les chateaux 
de province, chez les magistrats, voire mfeme dans les convents; la 
maison bourgeoise elle-mfeme, qui jusque-lk avait paru fetre le dernier 
asile des moeurs austferes, lui ouvrit largement ses portes. Ce fut un 
entralnemeut general, la comedie k domicile. 

A Auch, le theatre etait en permanence chez M. Tlntendant. Les 



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— 59 — 

rAles^taient tenns par le grave magistrat et les personnes dela soci^td. 
On a vu, dans la lettre adresste par Madame de Fitte k la marquise 
d'Aicamont^ que les salons du palais de Tintendance s'emplissaient 
chaque soir d'acteurs et de spectateurs. Le president d'Orbessan avail 
install^, k grand frais, un th^fttre dans son chAteau d'Orbessan et y 
faisait jouer par la sociit^ des environs les tragedies de Voltaire et les 
comMies grivoises de Colli. II me souvient d'avoir lu, dans les Mtooi- 
res manuscrits du chevalier d'Antras, des details curieux sur la com^ 
die bourgeoise k Mirande. Le th6&tre 6tait dress6 chez la marquise de 
Vandomois; les dames et les jeunes messieurs de la ville s'itudiaient 
chez elle k jouer les personnages tragiques, sous la direction du che- 
valier, dont le talent scinique itait remarquable. 

II semble que les graves ivtoements de 93 auraient du iteindreoette 
passion de oom6die, ou du moins en diminuer Tardeur. Ce fut tout le 
oontraire. On ne joua jamais tantla comddie que sous la Terreur. Les 
Brutus et les Sc^vola parad^rent sur tons les th^tres et jusque dans 
les assemblies publiques. M. Binitrix a citi, dans une de ses itudes 
sur la Revolution dans le Gers, un arriti de Dartigoeyte qui enjoi- 
gnait aux filles d'aristocrates, sous peine de mort, de tenir des r6les 
dans les comidies que Ton jouait k Auch pour amuser le peuple. 

II est surprenant qu'au milieu de cet entralnement giniral la ville de 
Fleuranceait attendu la fin de Tan xi pour se donner le plaisir de la 
comidie bourgeoise. L'occasion lui ^vaitmanqui, comma on va le voir. 
Ce fut le passage d'une troupe de comidiens qui rivila aux Messieurs 
de la ville leurs aptitudes sciniques; pour leurs dibuts, ils s'essayferent 
k la tragidie et jouirent Mahomet, de Voltaire. Mais laissons la parole 
au directeur de la troupe, M. Antoine de Percin; il a tenu pre^que 
jour par jour le Journal de la ComMefleuraniine. Ce curieux docu- 
ment occupe plusieurs pages de son livre de raison (1) : 

€ Le passage de quelques comidiens qui jou^rent trois ou quatre 
fois dans la salle du conseil de la commune, donna lieu k ce que nos 
jeunes gens se dicidirent k jouer mime une tragidie. Mahomet, de 
Voltaire, fut la piice que Ton mit k Titude et qui, vers la fin de Tan 

(1) Ce liyre de raison fait partie des archives de famille de Mme I^zian, de 
Fleurance. Outre le journal d'Antoine de Percin, il renferme encore une volu- 
mineuse et pr^cieuse histoire de la maison de Percin, 6crite par M. Gr^goire de 
Percin p^e, avec documents ^ Tappui. On y voit rorigine|commune des Per- 
cin, marquis de Mongaillard, des seigneurs de Lauret, etc., et des Percin de 
Fleurance. Je piie Mme L^zian, qui a eu la bont6 de me communiquer ce pr6- 
cieux manuscrit, de me permettre de lui offnr ici Tliommage public de ma re- 
ppnuaissance. 



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— 60 — 

onze, fut ex^t^ par MM. Dulong d'Astafort, DutaxU, Dubosc, 
Poydebat, Denjoy le cadet, de Fleurancse. Le Me de Palmyre fut 
rempli par la femme d'un acteur qui se trouvait alors ici depuis quel- 
que temps. 

» Le l*** mai dfcida nos Messieurs k remonter sur les planches; et 
comme la salle de la commune n'Stait pas assez grande, ils rfeolurent 
de s'itablir dans le grenier de Mom6jan et le firent embellir d*une de- 
coration en toile peinte repr^entant le Capitole et extent^ par Patris, 
artiste de Fleuranoe. G'est \k que fut donn6e la tragic de la Mort de 
C^ar. M. Dulong d'Astafort jouait Brutus et Percin remplissait le 
r61e d'Antoine; Pouydebat, celui de Cassius; Dubosc, celui de C&ar; 
Cimber ^tait jou6 par le cadet Denjoy; Dfcimus, par Laffitte Talni, et 
Lucius (?), par L6b6 TalnA. Dolabella fut confi6 k Denjoy le dernier. 

» Cette pi6ce, dont la representation eut lieu le 5 messidor an xn; 
eut assez de succ6s. EUe fut suivie de Janot ou les bailus payent 
Vamendey com6die dans laquelle M. Sentex joua le r6le de Janot; Du- 
long d'Astafort celui de Ragot, etc. Mme S6nat remplit le r6le de 
Mme Ragot et Mile Dulong celui de Suzeite. L^ex^cution de cette 
pi^ riussit, et Ton se retira content des efiEorts de ces artistes. 

• Rien n'exalte comme le succfes et les encouragements que Ton 
regoit : aussi, au sortir du grenier ou Ton venait de jouer, il fut dteid^ 
qu'il 6tait impossible d*ex6cuter 1^-dedans comme il faut une pitee de 
theatre. Cela fut bien prouv6 dans un superbe ambigu que donna alors 
k quelques amateurs M. Denjoy le p^re. Pouydebat, le lendemain,^ 
rassembla quelques amis et leur fit sentir la necessity d*avoir une salle 
de spectacle pour se r6cr6er quelques soirs d'une mani^re agr6able. 
Ses observations furent gout6es. On proposa de suite plusieurs en- 
droits, mais chacun ofiErait trop d'inconvtoients. 

» Enfin, M. Percin proposa la chapelle de ThApital. On s'y rendit 
sur le champ, el il fut reconnu qu'en joignant k la chapelle la sacris- 
tie avec la chambre qui se trouvait sur le haut, on aurait un local 
assez commode pour r^tablissement qu'on voulait faire. M. Percin fut 
charge de s'arranger avec Carbonau, le tuilier, qui avait afferme ce 
local, de faire lever le plan et de rex6cuter ensuite le plus t6t possible, 
avec Tagrement des administrateurs de Thospice. 

I M. Percin remplit Tattente de ses camarades impatients, car dans 
un mois, a compter du jour ou Ton fut visiter ce local, le theatre que 
Ton voit aujourd'hui fut execute dans son entier par Dilas, cbarpen- 
tier; Rigal, peintre d'Astafort, allongea la decoration du palais qui se 
trouvait trop courte. C'est sur ce the&tre que le 23 thermidor an xii, on 



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— 61 — 

donna la tragMie de Brutus. Cette pifece fut exicutte d'une manifere 
avantageuse; chaque r61e fut beaucoup mieux rempli que Ton ne s'y 
attendait. Beaucoup d'^trangers vinrent ce jour-l&, qui se trouvait 
^ire aussi la f^te locale, et Ton vit qu'ils se retir^rent trfes contents. 
M. Dulong jouait Titus, Poydebat Brutus, etc. Madame S6nat eut la 
complaisance de jouer le rAle de TuUie. Cette pifece fut suivie du 
Iksespoir de Jocrisse, comWie qui fut 6galement oouverte d'applau- 
dissements. M. Sentex joua le premier r61e. M. LebS y joua aussi; et 
]h encore Mademoiselle Laval la cadette voulut bicn prendre un r61e 
avec Madame Dulong. 

« Depuis. le 23 vend^miaire de Fan xiii, Ton joua Vlndigent^ 
drame. M. Cortade, de Bordeaux, qui se trouvait alors k Fleurance, 
prit le r61e de Petit-Maltre. Les autres furent remplis par les amateurs 
qui avaient paru, k Texception de celui de I'lntendant que mon beau- 
fr^re Carr^re avait occupy. Cette pi^ r^ussit mieux que les amateurs 
ne Tesp^raient. Dans les repetitions on se d^fiait de Tuco; cependant, 
sans effort ni etude, on fut tr^ content. Cette pi^ eut pour suite 
VIntendant com^dien malgr^ lui, C'est \k oil M. Denjoy Taine etonna 
tout le monde; il remplit tout le r61e de travestissement d'une manifere 
la plus agreable; mais celui de pemiquier-gargon fut execute comme 
11 ne Ta peut-^tre jamais ete sur les meilleurs theatres. La salle etait 
dans Tenthousiasme. Ce fut un coup de maltre; Timpression qu'il fit 
fut etonnante. > 

A partir de ce moment, les representations se succfedent presque 
sans interruption; reian est donne, I'entralnement est general. Les 
dames, qui jusque-1^ s'etaient tenues k recaxt ou n'avaient accepte que 
timidement de paraitre sur la sc6ne, montent sur les planches et don- 
nent la replique aux messieurs avec un entrain, une grftce, un naturel 
qui soul^vent les applaudissements. 

BientAt, le sucote grandissant, il fallut creer une sodete d'action- 
naires pour Texploitation du the&tre. Citons le journal du directeur : 

c( Le soin que M. Percin se donna pour Texeeution des projets de 
ses amis, Factivite qu*il y mit lui merita la direction de leurs affaires. 
En consequence, la caisse des recettes lui fut remise et Ton s'en rap- 
porta encore a lui pour les embellissements de la salle, dont les frais 
cependant durent 6tre proportionnes aux recouvrements et cela pour 
ne pas augmenter le prix des actions qu'il fallut faire pour le contrat 
du the&tre. II y eut vingt actionnaires, dont Fun a avance 1,500 livres 
au denier dix, pendant trois ans, epoque qu'il devra toe rembourse. Ce 
monsieur est J.-M. Garac. » 



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- 62 — 

Cette soci6t6 assurait Tavenir financier du thMtre. Nos acleurs, sti- 
muli par le gout de plus en plus prononc6 des Fleurantins pour la 
com^die, enivres d'ailleurs par le succ^s, se donn^ent sans mesure k 
leur vocation nouvelle. Ce fut alors dans cette petite ville de Gascogne 
comme une fi^vre th^trale que renouvelaient chaque jour T^tude et la 
r6p6tition des r^les, les preoccupations avant la lev6e du rideau, Teni- 
vrement du succfes aprfes, les louanges ou les critiques d'un public qui 
ne se composait pas seulement des habitants de la ville mais de ceux 
qu'attirait des citds voisines la reputation des artistes; et que dire encore 
des costumes et des travestissements, question capitale pour des acteurs 
provinciaux obliges de s'habiller tant6t en dieux, en vertus, en abstrac- 
tions mythologiques,en grands seigneurs, en turcs, en polonais d'op6ra, 
et, pareils k ces figures qui oment les frontispices des livres, tant6t en 
costume depaysans, de magisters, demarchands forains, de soubreltes, 
de laiti^res, de rosi^res, etc. A Venise, le camaval durait six mois; k 
Fleurance, sous une autre forme, il durait toute rann^e. 

Voici le repertoire des pi^s jouees par nos acteurs Fleurantins : 
rEiourdij de Molifere, Ricco, I'Avocat Patelirty Genevieve de Bra- 
bantj le Sourd ou VAuherge pleiney le Soldat prussien^ Crispin 
rival de son maitre, VOrphelin anglais, VAuberge de Calais, le 
Mariage du Capucin, le D^sespoir de Jocrisse, M, de Pourceaw 
gnaCj la File de campagne, la Mori de C^sar, Janot ou les battas 
pay entr amende, Mahomet , Brutus, V Indigent, VIntendant com^dien 
malgr^ lui, le Barbier de Seville, M. de Crac, les Pr^cieuses ridi- 
cules, Robert chef de brigands, le Retour impr^ou, le M^decin 
malgr^ lui, le L^gataire universel, Athalie. 

Les acteurs habituels etaient : MM. Dulong, Dutaut, Dubosc, de 
Percin, Denjoy Talne, Denjoy le cadet, Sentex, Pouydebat, Carr^re- 
Lagarrifere, L^be, Castad^re, Cortade, Margoet, Lafitte, Laborde; et 
Mesdames de Percin, Dulong, Laval ralnfe, Laval la cadette, Brebat, 
Pouydebat, Senat. 

Voici quelques extraits du journal deM.de Percin : 

« Le 9 flor&il an xin, on donna une representation de Genevieve de 
Brabant, tragedie, dans laquelle M. Dubosc fut tr6s applaudi; il avait 
le r6le de Syfrey. M. Dutaut jouait dans celui de Gaulo, duquel il se 
tira fort bien. Madame Senat eut la bonte de se charger du r6le de 
Genevifeve. Elle le remplit beaucoup mieux que ne permettait de Tes- 
perer retat dans lequel ^lle se trouvait alors. 

» Cette pifecefut suiviedu Sourd ou raubergepleine. J amaisGomiiie 
n'avait plu comme le fit alors celle-l&. Mademoiselle Laval fut trte 



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applaudie, Elle montre toujours de nouveaux progrfes dans Temploi de 
soubrette. Mesdames Dulong et Brebat parurent plus ais^s etavecplus 
d'avantage que dans les pr^dentes repr^^sentations. La difficult^ d'a- 
voir une quatrifeme dame forga Madame Percin k jouer le Maitre d'au- 
berge. La journ^e fut termin^e par un bal. 

> Le 23 thermidor an xni^ jour de la f6le de sainl Laurent, fut jou6e 
la pifece de Mahomet , tragMie. M. Dulong avait le r6le de Mahomet; 
les aulres r6les 6taient remplis par Pouydebat, Denjoyle cadet, Dubosc 
et Lafitte. Cette pifece eut beaucoup de succ^ et fut bien applaudie. La 
personne qui plut d'a vantage fut Mademoiselle Laval, qui voulut bien 
se charger du r61e de Palmire. Accoutum6 a la voir dans les sou- 
brettes, le public fut agr^blement surpris en la voyant dans ce nouvel 
emploiy duquel elle se tira beaucoup mieux qu'on aurait du s'y attendre. 
J'ajoute qu*elle fit plus de sensation sur la sc^ne que pas un de nos 
amateurs. Jamais f^te locale ne fut plus brillante par le concours 
d'^trangers qui s'y rendirent et par le bal qui suivit le spectacle. Pour 
seconde pifeoe on donna VAvocat Paieliriy dont on fut tr^s content.^ 

» Le mardi-gras 1796, Ton a jou^ PourceaugnaCy avec beaucoup 
d'avantagepour les amateurs. M. Sent ex remplit le r61e du gentilhomme 
limousin. Sbrigani fut jou6 par M. Percin; les mMecins par L6b6 et 
Margoet; le premier apothicaire, par Tuco-Cortade; Laborde 6tait 
Eraste, et Cortade le cadet s'^tait charg6 du r61e de Suisse. Les paysans 
furent remplis ^n travestissement, par MM. Denjoy et Cortade cadet. 
Mile Brebat joua Julie, et Mile Dulong, N6rine. Cette pi^ fut 
pr6cid6e d'une reprise de La F^te de Campagne, pr6sent^ par 
M. Denjoy, qui fit k son ordinaire le plus grand plaisir. 

» La douzi6me representation eut lieu le 1®** juin 1806. On s'est rendu 
au d&ir de quelques dames de la ville et Ton a,i cet effet, jou6 Athalie. 
Cette pifece a eu plus de auccte qu'on ne devait s'y attendre; chacun 
fut accompli dans son rdle. La sc^ne ^tait orn6e d'un choeur compost 
des jeunes demoiselles de la ville. Au milieu de toutes, celle qui int6- 
ressa le plus fut Mme Pouydebat, qui 6tonna tout le monde par la 
manifere sup^rieure dont elle d^bita et rendit le r61e de Josabeth. Sou 
mari avait celui du grand pr^tre. Mme S6nat remplit le r6le d'Atbalie; 
Percin celui de Baal (Mathan); le cadet Denjoy celui d'Abner, et 
Lafitte TaSn^, celui de confident. 

» On donnapourlatreizi^merepr&entation,lejourdela saint Laurent 
1806, le Barbier de Simile. Mme S6nat s'acquitta avec beaucoup 
d'intelligence du r61e de Rosine. Bartholo fut jou6 avec sucote par 
M. Cortade^de Bordeaux, qui se trouvant k Fleurance dans ce moment 



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— 64 - 

remplaga M. Sentex, qui tomba malade neuf jours avant la repr&en- 
tation de cette pi^. Le r61e du comte fut rempli par M. Carrfere le 
cadet: ilfut tr^ gout6. M. Den joy Tain^ fut applaudi beaucoup dans 
le r61e de Figaro, qu'il remplit parfaitement bien. M. Basant joua 
Bazile. 

» Cette pi^ce fut suivie d'une reprise de VAuberge de Calais, dans 
laquelle M. Denjoy I'aln^ brilla on ne pent plus. 

» La quinzi^me repr^ntation a eu lieu le dimanche gras de cette 
annde 1808, On a donn6 Robert chef de Brigands^ commie, et le 
Reiour impr^u, de Regnard. M. Dulong, d'Astafort, joua avec beau- 
coup d'avantage le r61e de Robert et fut dans plus d'un endroit sup^ 
rieur k ce qu'il s'6tait montr^ jusqu'ici. Cette pifece, dans laquelle 
Mme S^nat d^ploya beaucoup de sensibility dans le r61e de Sophie^ 
eut plus de succfes qu'on ne Tesp^rait d'abord, parce que T^loignement 
de Tacteur principal ne permit que de faire trois repetitions. 

» Le Reiour impr^u fut jou^ superieurement. Jamais pifece n'a iti 
mieux ex&utfe. Mme Percin, qui d^buta ce jour-1^ dans le r61e de 
Lisette, channa toute Tassemblee par son aisance et sa franche galte. 
M. Percin avait le r61e de L&indre. 

» Le mardi gras suivant, M. Denjoy et Mile Dulong charmferent 
tons les spectateurs. Tun dans le r61e de Sganarelle, I'autre dans celui 
de Martine du M^decin malgr6 luu Mme Percin eut Temploi de la 
nourrice. II faut rapporter ici une anecdote qui prouve que cette 
agr6able debutante ne s'intimide ni ne se d^concerte pas trop ais^ment. 
Pendant que c'est k elle k parler,et n'entendantpas le mot du souffleur, 
elle s'adresse directement k lui pour le demander et Tayant entendu, 
elle bailie ce dialogue avec tant de grftceet degalte,qu'elleest applaudie 
par la salle tout enti&re. > 

Le journal de M. de Percin s*arr6te au 14 aout 1808. 

Couvent des Ckurdeliers d'Auoh 

M. Delias, poursuivant ses recherches sur les communautis et oon- 
fr^ries d'Auch avant la R6yolution, est amen^ k s'occuper des Corde- 
liers. 

€ C'est de 1255 que date T^tablissement dans notre ville de € ces 
> chevaliers de la pauvret6 que saint Francois d' Assise avait envoy& 
» de toute part chercher tournois spirituels pour y vaincre les Ames en 
» champ clos. » 

» Hispan de Massas pourvut k leur 6tablissement, que G^raud V, 
oomte d^Armagnac, rendit dSfinitif^ en leur donnant^ k cette fin^ une 



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— 65 - 

petite propri^t^ confrontant aux fosses de la ville, prfes de la Porte- 
Neuve. 

» Une bulle du pape Alexandre IV confirme, en 1259, la donation 
faile aux Cordeliers par les consuls et la communaut6 d'Auch de Tem- 
placement de leur convent et de leur ^^lise. 

» Le couvent prospera rapidement et T^glise et le cloitre recueil- 
lirent les cendres des personnes les plus riches de la ville, ainsi que 
r^tablissaient le mausol^e en pierre dans T^glise, du c6t6 de T^pltre, 
de R6gine de Goth, femme de Jean I®'', comte d*Armagnac et de Ro- 
dez, et des plaques de marbre aujoiird'hui disparues (1). 

» La maison conventuelle, T^lise, une chapelle, des cloUres, des 
jardins occupaient, en 1790, Tespace compris entre la place d'Armes, 
la rue de Flntendance, la Halle aux grains actuelle, la rue Saint- 
Fmn^ois et le Foirail. 

» A la Revolution, le couvent comptait, avec le P. Alexis Dascot, 
provincial, 8 religieux et 3 fr6res proffes (2). 

> Par suitedelamain-mise par la Nationsur les biens immeubles des 
Cordeliers, une partie des bAtiments furent vendus k des particuliers, 
savoir : la chapelle, au citoyen Segrestan, par acte administratif du 26 
prairial an iv (14 juin 1796); une maison, k Augustin Druilhet, le 25 
mars 1791; une maison, au citoyen Dansos, par acte administratif du 
l*"- fevrier 1793. 

» Dterann^l792, le couvent proprement dit, T^lise et leurs d6pen- 
dances furent affect^es au d^partement de la Guerre, suivant arr^t6 de 
TAdministration centrale. lis servirent k Tadministration militaire de 
magasins de subsistances en tout genre et d'atelier d'armes qui occu- 
pait trente ouvriers. 

» Cette affectation fut confirm^ par arrftt^ de TAdministration cen- 
trale du d^partement du Gers, du 23 prairial an iv (11 juin 1796). 

fl) Manuscrits d'Aignan, pieces justiflcatives, vol. 86, pages 1429 & 1445. 

A. Lavergne, Compte-rendu des excursions de la Soci4t4 frangaiso d'ar^ 
chdologie dans lo Gers, in-8% p. 31. Auch, Foix, imp., 1883. 

(2) Journal VAppel au Peuple du 15 juilletl882. — Labiblioth^que du couvent 
des Cordeliers comprenait, lors de la mainmise de la Nation, en 1791, 800 volu- 
mes et la bibliotheque particuUere de I'abb^ d'Aignan du Sendat, mort en 1764, 
qui la lui avail l^gu^e par testament avec ses manuscrits celebres, si importants 
pour rhisioire locale el le diocese (V. B6n6lrix, le Vandalisme r6oolutionnaire 
dans le Gers.) 

Ces manuscrits el les livres transport's, en 1791, au collie d'Auoh, font 
aujourd'bui partie de la biblioth^ue de la ville install6e dans Tancienne dglise 
des Carmelites. 

Tome XXXV. 5 



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— 66 — 

» Le g^nie militaire en cMa, cependant une partie au d^partement du 
Gers, en 1820, pour le casernement de la gendarmerie. La cession en 
fut consentie, aprte une resistance de plusieurs ann^, h la charge 
par rAdministration civile de supporter k concurrence d'une somme de 
6,000 fr. les frais relatifs au d^placement que devait subir la manu- 
tention des vivres et de faire Tabandon pour le service des lits mili- 
taires d'une partie des dcuries de la Prefecture (1). 

» Les travaux de construction de la caserne de gendarmerie s'^levferent 
au cbiflEre de 34,900 fr. et furent dirigds par Tarchitecte Lodoyer, de 
1820 k 1828. 

» Le cloltre ne f ut d6moH qu'en 1843; on construisit alors, sur son 
emplacement, une chaussde pavde en revers pour ^carter les eaux plu- 
viales et preserver les ^curies de Thumidite. 

» Les debris gothiques du clottre provenant de sa demolition, laisses 
dans la cour de la gendarmerie, furent abandonnes k la merci de tout 
le monde et se trouvent ainsi disperses (2). 

» Les degres du porche de reglise ont ete supprimes et le vandalishie 
revolutionnaireoucontemporainn'ontepargneque lelambris, les murs 
exterieurs de I'eglise et la sallecapitulaire. Le maltre-autel, la chapcUe 
de Saint-Crepin, trois autres chapelles avec leurs retables, le grand 
choeur, la chaire, Tantique lutrin, les statues des quatre evangeiistes, 
les mausoiees, les plaques de marbre, les reliquaires, les omements, 
tout a disparu, et ce passe religieux se trouve aujourd'hui remplace par 
les fourgons de notre armee. 

» L'eglise des Cordeliers d'Auch a cependant sonhistoire. On y ffeta, 
le 9 juin 1731, la canonisation des bienheureux Jacques de la Marche 
et Frangois Solan, religieux de TOrdre de Saint- Frangois. Les fetes 
dur6rent huit jours. 

» II existe une relation de cette ceremonie, in-4° de 10 pages, im- 
primee k Toulouse chez la veuve Renault, 1731. 

€ Cette relation donne des details circonstanciesdes ffctes et de Tome- 
mentation de reglise des Cordeliers : 

« Les assortiments du maltre-autel consistaient en six grands chan- 
» deliers d'argent, avec leurs derges et un crucifix en mftme met^l. Le 



(1) Lettre du ministre de la guerre au pr^fet du Gers, du 29 f^vrier 1820 (Arch, 
depart.). 

(2) A. Lavergne. Ewcursions de la SocUU /ran^ise d*arch4ologie dans le 
Gera en 1881 (Auch, Foix, impr.), pages 30, 31. — Une partie de ce cloitre a 6te 
reconstituee dans une des salles du mus^e de la Soci^te historique de Gascogne. 



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— 67 — 

» devant de Tautel, avec les credences, 6tait k fond d^argent, en relief 
» d'or, le lout accompagn6 de plusieurs reliquaires et de tableaux de 
» prix. » 

« Le chapitre de la m^tropole ouvrit ensuite son tr6sor et offrit ses 
» plus riches ornements, ses vases sacr^s et son argenterie la plus pr6- 
» cieuse. La sacristie du convent se trouva tout k coup enrichie de 
» plus de quarante mille livres d'ornements d'aulel ou de choeur, tivis 

> des trois fameuses chapelles de feu M. le cardinal de la Tr6mouille, 

> de M. de Trapes, et deM. de Vic, archev^ques d'Auch; ensemble de 

> Tornement noir glac6 d'argent relev6 en bosse d'or (deux 6cussons 
» de France k chaque pi^), donn6 par feue la reine-m^re k M. de la 

> Molhe-d'Houdancourt; de six batons de chantre, dedeux encensoirs 

> avec leurs navettes, dedeux grands calices et delamaltressecroix, le 
# tout en argent, mais plus riche par la main de Touvrier que par la 
» matifere. » 

> Une ordonnance du grand s6ndchal (1), du 12 mars 1789, d&igna 
r^lise des Cordeliers pour la tenue de TAssemblte des trois Etats fixte 
au 20 mars de la m^me ann6e. 

> C'est 6galement dans cette 6glisequefutpr6t6, le 22 Janvier 1791, 
le serment civique (2). > 

M. Tierny dit qn'k la s^rie des destinations successives qu'a cues le 
convent des Cordeliers, il faut ajouter que le Conseil g6n6ral a dfcidi 
d'y installer les Archives d^partementales. Ce sera une excellente 
mesure; le convent des Cordeliers renferme, en effet, d'importants ves- 
tiges de son passe religieux, I'ancienne salle capitulaire notanmient, 
avec ses belles voutes du xiv« sitele et ses peintures murales (celles-ci 
n'ont pas ^t4 sans souftrir de la transformation de la salle en magasin 
k fourrages). Sur un des c6t6s de la cour, on voit encore les arcatures 
416gantes du cloitre; ces restes arch6ologiques, qu*on pouvait croire 
vou6s k I'oubli et k la destruction, m6riteraient d'Mre mis en lumifere 
par une restauration intelligente. lis seront du moins soustraits k toutes 
les causes de deterioration qui les menagaient. 

La devotion ik saint Martin en Qa8cog:ne 
M, Despaux met sous les yeux des membres presents k la reunion 

. (1) Ordonnance du grand s^ndchal d'Auch (k Auch, chez J.-P. Duprat, impri- 
meur du roi), in-folio. 
(2) Monlteur du 25 Janvier 1791, n« 25. 



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— 68 — 

une trfes ancienne statue en bois representant saint Martin et dont il 
fait donau musde de la Soci(ite historique de Gascogne; cette statue a 
6t6 trouv^e k Antras et provient de l*^lise de ce lieu. 

M. Despaux rappelle k ce sujet que saint Martin, dont le culte fut 
toujours si r^pandu dans le nord de la Gaule, dut 6tre k T^poque 
gallo-romaine un des saints les plus populaires de la Gascogne. La 
premiere ^lise d'Auch, situ6e sur les bords du Gers, k Tendroit oii est 
le moulin qui porte encore son nom, lui 6tait d6di^; on pourrait citer, 
outre r^glise d' Antras, une foule d'autres 6glises dans le dioc^e. 

M. de Carsalade fait observer que cette devotion ne s'explique pas 
seulement par le souvenir profond qu'on gardaen Gaule de cette grande 
figure d'ap6tre^ si propre k frapper Timagination des foules, mais que 
le nom m^me du saint fut pour quelque chose dans sa popularity. 
Martinua est en eflfet un d6riv6 de MarSy et d'aprfes la pratique 
constante des premiers ^p6tres du ehristianisme, des ^lises d^i^s k 
notre saint (qui est du reste le patron des guerriers) durent souvent 
prendre la place de temples 6rig6s autrefois au Dieu de la guerre. 

L'ordre du jour 6tant 6puis6, M. de Carsalade, au nom de toute la 
Soci6t6 adresse ses felicitations k M. le g^n^ral Grillon, appeli k remplir 
au ministfere de la guerre le poste ^lev^ de directeur du g6nie. 

€ M. le g6n6ral Grillon, dit-il, a 6t4 un des premiers, avec M. le 
Pr^fet du Gers, k r^pondre k I'appel que nous avons adress6, il y a un 
an,^ tons ceux qu'int^resse Thistoire de notre pass6.Cehaut patronage 
a 6t6 pour beaucoup dans le succfes de nos Soirees arch^ologiquea 
auxquelles, de son c6t6, M. L6once Couture a donni dans la Revue 
de Gascogne une hospitality si large et si empress^. 

> Non content d'etre des plus exacts k nos stances, M. le gtoiral 
Grillon a tenu k prendre part k nos excursions archtologiques et il 
s'est montr6 \k ce qu'il est toujours, bon, aimable, accueillant, oubliant 
qu'il nous 6tait sup^rieur et par la position et par le talent et se m^lant 
k nous avec une simplicity charmante. Ces souvenirs sont inoubliables 
et le g6n6ral restera parmi nous comme le vrai modfele du parfait 
archtologue et du sympathique.confr^re. * 

M. le g6n6ral Grillon remercie M. de Carsalade de ses felicitations; 
il ne m6rite pas, dit-il, les 61oges qui viennent de lui 6tre donnas pour 
son exactitude aux stances et aux excursions de la Society qui ont 
toujours 6t6 pleines d'int&*t. En adressant lui-mfeme ses adieux aux. 
membres de la Soci6t6, il dit que de loin comme de prte il suivra leurs 



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travaux et aussi leurs excursions, auxquelles il prendra part dans la 
mesure du possible. 

I-a Soci6t6 s'ajourne au 4 d^cembre. 



XI 
Stance du 4 D^oembre 1893 



Pr^sidenee de M. le PR^FST DU GBRS 



Presents : MM. Ballas, Calcat, de Carsalade du Pont, 
Chavet, Cocharaux, DartigueSj Daudoux, Bellas, Lacoste, 
J. Lacomme, Lagarde, Le Bret, Lozes, Albert Lozes, Mi&tivier, 
D"* Samalens et Tierny, s6cr6taire. 

Faience trouT6e A Arcamont 

M. le Pr6fet met sous les yeux des membres de la Soci^t^ un 16gu- 
mier en faience d6cor6e provenant du cMteau d'Arcamont. C'est une 
tr^s belle pifece de collection dont la date n'est pas douteuse; sa forme 
nous montre,en efIet,qu'eUe est absolument du style Louis XV.Quant 
k Torigine, elle est plus difficile k determiner; d'abord est-K*^ un produit 
de Marseille ou de Strasbourg? Les couleurs et les motifs de d6coration 
sont presque identiques h Marseille et k Strasbourg; c'est au toucher 
seulement qu'on pent les diff^rencier, le Marseille ayant habituellement 
plus de relief. 

M. de Carsalade fait remarquer que sur le l^umier en question 
figurent des papillons et que c'est un motif de decoration qui a 6\i trfes 
souvent employ^ k Marseille. 

M. le Pr6fet dit que c'est surtout le coloris qui doit nous guider pour 



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— 70 — 

la determination d'origine; or, dans la pitee en question, le rouge est 
moins intense que dans les produits de Marseille et de Strasbourg; 
aussi en la rapprochant d'autres pieces dont Torigine est certaine, il 
croit que le 16gumier provenant de la famille d'Arcamont faisait partie 
d'un service sorti des fabriques d'Aprey, lesquelles ont joui d'une 
grande vogue au xviii« si6cle. 

M. de Cai'salade dit que Fexistence dans la famille d'Arcamont d'un 
service de table d'une provenance 6trang^re k notre pays n'est pas pour 
nous surprendre; la marquise d'Arcamont, bien que d'origine dauphi- 
noise, 6tait avant tout parisienne et tr6s m616e k la vie de la cour de 
Louis XV; c'est d'elle ^videmmentque provenait le service dont M. le 
Pr^fet possMe une 6pave. 



La Noblesse etla S^n^chauss^e d'Auoh aux Assemblies dlectorales de 1789 

M. Blade, indiquait jadis rint^r^t qui s'attacherait k la publication 
des catalogues officiels dela noblesse de nos contrtes en 1789; en m^me 
temps M. L6once Couture recommandait de signaler les proc^-ver- 
baux et les cahiers manuscrits ou imprimis de toutes les senechauss^es 
comprises dans Tintendance d'Auch (1). 

Ce sont, en eflfet, des documents de premier ordre qu'il est int^res- 
sant de faire connaltre. L'appel de nos savants compatriotes a ^t^ 
entendu en ce qui concerne la senechauss6e d'Auch, dit M. Delias, et 
il rappelle k ce sujet les travaux de M. de Bastard d'Estang, AmMfe 
Tarbouriech et autres. 

II n'en reste pas moins de regrettables lacunes k combler; par 
exemple on ne poss^dait jusqu'aujourd'hui aucune liste des nobles de 
la senechaussfe d'Auch. Mais, si Iesd6p6ts publics (archives nationales 
et d6partementales) n'ont pas ce document, il n'en est pas de m6me 
des archives privies. C'est ainsi que M. Delias donne lectui^e des 
noms des geniilshommes de la s^n^chauss^e d'Auch presents a 
V Assemble des ^tats du 20 mars 1789. Cette liste ofire tons les 
caractferes voulus d'authenticil6, puisqu'elle est 6crite de la main du 
marquis d'Arcamont qui faisait lui-m6me partie de TAssemblde. II y 
avait 161 membres presents qui dtaient eux-m6mes porteurs de 87 
procurations (2). 

(1) Reoue de Gascogne, 1864, pp. 481 et suiv. 

(2) Cette liste serJi publi^e dans VAnnuaire du Gars de 1894, 3« partie. 



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— 71 — 

La noblesse 61ut M. de Lupp* pour son repr&entant aux Etats- 
G^n^raux et elle r6suma ensuite les diflf^rents points qui devaient 6tre 
pr^sentfe k la discussion des Etats. Ce Cahier des doUancea de la 
noblesse (1) r^unie en assemhUe pr^aratoire ^tonnerait par lahar- 
diesse des r6formes demand^s, si Ton ne savait que presque partout 
les gentilshommes furent les promoteurs du mouvemenl del789:il 
contient en r&um6 les riformes que la noblesse formula ensuite difini- 
tivement dans les Cahiersde la noblesse ei des s^n^chauss^es d*Auch 
et de Leeioure, publics par M. de Bastard d'Estang. 



La TiUe d'Auoh en 1575 



M. de Carsalade du Pont fait la communication suivante : 

Lorsque Catherine de M6dicis vint k Auch, en 1578, pour son 
enlrevue avec son gendre, le roi de Navarre, elle fut suivie par la fleur 
de la noblesse de France. Parmi les gentilshommes de sa suite se 
trouvait le due de Bouillon. J'ai 6t6 curieux de rechercher dans les 
M6moires du duo Timpression que lui avait produite notre capitale de 
Gascogne. « Auch, dit-il, est une petite villo presque peuplde de prfe- 
tres. » — J'avoue que mon amour-propre se trouva bless^ decette qua- 
lification Aq petite ville doun&k Tantique Augusta Auscorum, k la 
capitale de la Novempopulanie. 

Je me souvins alors que notre compatriote Belleforest avait pu- 
blic, en 1575, trois ans avant que notre ville n'eiit Thonneur de re- 
cevoir M. le ducde Bouillon, un gros ouvrage intitule : Cosmogra- 
phie universellej dans lequel il donnait une vue cavali^re de la ville 
d'Auch. 

Je pris le gros volume^ et il me fut h^las I trop facile de me con- 
vaincre que le due avait raison. Notre bonne ville, qui s'^tale aujour- 
d'hui si largement sur le coteau et dans la plaine, enserr6e alors dans 
ses remparts de pierre, 6tait en efiEet une petite ville. Mais quelle petite 
ville ! et que j*en connais de grandes, voire m6me Sedan, ou M. le due 
entretenait garnison, qui eussent voulu lui ressembler ! 11 y avait un 
archev^ue dans un magnifique palais, un chapitre m6tropolitain com- 
post de vingt chanoines et parmi eux le cil^bre historien Catel, des 

(1) C'est un cahier de 10 feuillets, sans nom d'imphmeur. 



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- 72 — 

pr^bendiers k leur suite, tous gens de bien, des moines de tous les 
ordres, B^n^iclins, Dominicains, Franciscaias, un collie celfebre k 
cent lieues k la ronde, un corps de ville que M. de Monluc prisait tr6s 
fort, un s6n6chal, des magistrals qui savaient leur droit comme pas 
un, une cath^ale sans rivale avec dix ^lises suffragantes, enfin une 
petite ville qui subit bien des assauts et ne fut jamais prise, Auch la 
la pucelle, la bonne ville du roi de Navarre ! 

La Cosmographie de Belleforest est un ouvrage rare, connu de 
pen de gens. On ne le rencontre "gufere que dans les grandes biblio- 
thfeques publiques, et encore (1)... Jesuis persuade qu'en vulgarisant la 
vue de la ville d'Auch qu'il renferme, je fais une ceuvre utile et patrio- 
tique. Voici cette vue avec le commentaire de Belleforest, moins bref 
et moins d^daigneux que celui du due de Bouillon : 

a L'Armaignac est de grande estendue, ayant en soy et de belles 
» cit6s, entre lesquelles est Aucbs, appel^ Auguste, Novempopulanie et 
» colonic des Ausciens, laquelle estant poste sur le Gers'est bastie sur 
» une rochevivede difficile accez, sinon du cost^ qu'on va a Vic Fasen- 
» sac, et est sa figure vague du cost6 nomm6 la Treille; mais au bault 
» qui fait le corps de la cit6, elle est trfes bien peuplee et remplie, ainsi 
» que vous en pourra faire foy le present pourtraict, duquel nous a ac- 
» comodez le sieur de Tlsle, gentilhomme natif de la dti d'Auchs, et 
» affectionn6 grandement k sa ville, et gloire de sa patrie, comme il a 
» aussi du coustumier d'Auch et de sa police y observ^e. 

» En ceste ville vous voiez I'Esglise de Sainte Marie, estim6e entre 
» les plus beaux et magnifiques temples de TEurope, veu la superbe de 
» sa structure, les marbres et antiquailles y dress6es, etla grandeur de 
» r^difice : auquel a pr6sidd jadis St-Orens, au nom duquel est fond6 
» un beau et riche prieur6 de moynes de St-Benoist qui depend de 
» Clugny. 

» J'ose dire que TEsglise cath^drale d'Auchs est la mieux ser- 

» vie de tant qu'il y en a en Aquitaine, y ayant si grand nombre de 
» chanoines, prebendiers, chapellains,chantres et choristes; qu'ilsem- 
» ble que ceux-cy seuls suffisent pour emplir une esglise (2) et tous 

(1) Les gravures renferm^^es dans la Cosmographie ne contribuent pas pen ^ 
rendre cet ouvrage de plus en plus rare. Les marchands d'estampes en out dotniit 
et en d^truisent chaqne jour nombre d'exemplaires pour en vendre au detail, et 
fort Cher, les gravures. 

(2) Cette remarque semble j ustifler Taf firmation dn due de Bouillon, ^savoir 
que Auch est une ville « presque peupl6e de pr6tres. » 



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— 73 — 

> aiant revenus suffisants pour vivre... Les autres esglises d'Auchs 

> peuvent par vous estre k plein consid^rtesau plant, comme aussiles 

> portes et les Edifices plus rares qui sont en icelle cit6 fidelle au Roy, 
» et laquelle s'est conserv6e durant les troubles par la sage conduite 
» des citoiens, quoique Tennemi ait voltig6 i Tentour des finages 
» d'icelle. » 



Un m6decin du XVI* sidole, ^ean Rizot, oculi8te» de Toumeooupe 

Communication de M. Tierny : 

« En vous pr^sentant Jean Rizot comme une c6l6brit6 m6dicale du 
XVI® si6cle, je craindrais d'etre accus6d'exag6ration; admettons, si vous 
le voulez, qu'il s'agit d'une c616bril6 locale, r^gionale, disons gasconney 
k condition de ne pas prendre le mot dans son sens figur6. R6duite k 
ces termes^ ma proposition vous paraitra sans doute acceptable. Jugez- 
en d'ailleurs par la fagon dont parlent de Rizot ses contemporains, 
les magistrals du S6n6clial de Lectoure, gens trfes graves assur6- 
ment : 

€ II n'est, disent-ils, personne plus utile en la province; il a pour 
» gu^rir les yeux des Iraitements souverains, t^moin M. Sonis, 
» homme de lettres (1), dont il a sauv6 la vue. Celte reputation bien 
» 6lablie Tamfene k faire de frequents voyages pour aller au loin soi- 
» gner les malades. » 

€ Mais, sans doute a cause de ses occupations nombreuses, Jean 
Rizot avait oublU de payer les deniers royaux et municipaux (nous 
dirions aujourd'hui ses impositions). C'etait bien dangereux, surtout k 
une dpoque ou les cr^anciers usaient couramment du droit redoutable 
de la contrainle par corps. Aussi, un jour qu'il 6tait venu a Lectoure, 
Francis Bilhferes, marchand et fermier des deniers royaux, le fit-il jeter 
en prison comme un vulgaire debiteur. 

» Aussit6t, grand 6moi dans la ville; que va-t-on devenir si un 
homme si utile k ses concitoyens est k la merci du premier cr6ancier 



(1^ Dans le document ici analyst on alaiss^ en blanc le prdnom de M. Sonis. 
II s'agit sans doute de Bernard, pasteurprotestant que sesouvrages peuvent faire 
qualifier homme de lettres et dont le plus rare est la Reponse a la declaration 
do Jean de Sponde. II avait im frere, Jean, qui etait medecin. (Renseignement 
foumi par M. Ad. Lavergne). 



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— 74 - 

venu? S'il demeure prisonnier, queldfeastre « pour les pauvres mala- 
» des; ils peuvent tomber au grand inconvenient de leurs yeux k faulte 
» de secours et de prompte m6decine ! » 

» Jean Rizot avait adress6 k la cour une requite tendant k son ^lar- 
gissement, on y fit droit; et pour parer aux incertitudes deravenir,on 
se hdta de lui donner une sauvegarde du roi. C'^tait faire de lui un pri- 
vil^ie, c'6tait le soustraire k la juridiction des justices ordinaires; plus 
de prison preventive, plus de prison pour dettes, on lui assurait, comme 
on disait alors, la complete r^gence de sa personne. 

» Void d'ailleurs le jugement rendu k cet eflfet par la cour du sini- 
chal d'Annagnac : 

• Du second jour de septembre 1591, pardevant M. Labarthe, iieu- 
» tenant particulier, acistans Cane^ Lescuraing, Garros, Lavenier et 
» Boudet, assesseurs. 

» Par Marcilly aussi conseiller, a est6 rappourte le proc6s d'entre 
» M® Jean Rizot, m^decin occuliste, suppliant et demandeur en cassa- 
» tion d'euiprisonement et autres fais contenus en sa requeste, d'une 

> part, Frangois Bill)6res marchant de la presante ville de Lectoure 
» deffandeur d'aultre, cloz en droict, les pieces veues, 

» Ledict Marcilly, par plusieurs raisons de droict, a diet led. Rizot 
» estre personne tr^s privilegi6e et non subjecte k estre arrestee ouem- 

> prisonnte pour aulcuns deniers royaulx ou municipaulx deubz par 
» la communaulte du lieu oii il seroict habitant, d'aultant qu'il est 
» notoire qu'il n'y a personne en ceste province plus necessaire et utille 
» que ted. Rizot, qui est en reputation d'estre souverain medecin occu- 
» liste et estre fort expert en la guerison des yeulx; k raison de quoy il 
» est appelie souvent en divers lieux, principallement en la presante 
» ville lorsqu'il se trouve quelcun qui soicljj'en danger de perdre la 
» veue, ce que le de£Fandeur mesmene peult ignoreretd'ailheursordi- 
» nerement et presque chasque jour, du lieu de Tournecouppe d'oii est 
» led. Rizot, viennent plusieurs personnes riches et bien soulvables, 
» ausquelles se pourroict et peult encore led. deflfandeur mieulx adresser 
» qu'aud. Rizot, lequel sy demeure prisonier, beau coup de pouvres 
» malades peuvent tomber en grand inconveniant de leurs yeulx k 
» faulte de secours et prompte medecine. 

» A raison de quoy et pour la conservation de I'utillite pnblicque et 
» coustume de tout temps observ^e en lad. ville, entherinant lad. 
w recqueste, casseroict Temprisonement dont en icelle, concederoict 
» aud. Rizot plainement la rejeance desa personne, en mectant icelluy, 

> conmie medecin susdict, en la protection et sauvegarde du Roy et 



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— 75 — 

» nostre, luy permectroict aller, venir et sesjourner par toute la presente 
» seneschauc^, en la quality susdicle et pour rutillil^ publieque, en 
» toute liberty, de sa personne; faisant inhibition et deflfence k toutes 
B personnes, de quelle quallil^ et condition qu'elles soient, arrester ou 
» faive arrester cy apr^sled. Rizot vacquantice dessus,sans prejudice 
» des deniers royaufx et aud. Bilh^res et aultres de leurs actions k 
» poursuivre contre qui appartiendra et sans despens de la presente 
I instance. 
> Cane, de Tadvis dud. Marcilly, sauf que diroict que la quality dud. 

> Rizot debvroict estre par ung prealable veriffi6e. 

» Lescuraing a diet n'estre pas besoing de veriffier par ung prte- 
» lable la quallite dud. Rizot k cause de la notori6t6 d'icelluy et pour 
» ce que led. Rizot avoict esii expressement appel^ ces jours demiere- 

> ment passes en la presante ville pour medicamanter les yeux de 
» M^ (un blanc) Sonis, homme de lettres, et qui peut servir beaulcoup 
^ k\a republique k Fadvenir et par plusieurs aultres raisons de Tad- 
» vis dud. Marcilly rappourteur. 

» Garros, Levenier et Boudet, de Tadvis dud. Marcilly, comme 
» aussi led. sieur Labarthe et Ta conclud et arrest^ avec la plus grand 
» opfrinion. 

» Taux6 le rapport ung escu sol (1). » 

» II faut bien avouer pourtant que celui que Ton considirait alors 
k Lectoure comme un bienfaiteur de Thumanitfi nous est k peu prfes 
inconnu. En dehors de ce qui nous est Tiv6l& par le proc^ que je vous 
signale, nous ignorons tout de lui : T^poque de sa naissance, la date 
de sa mort, ses travaux, sa famille, son lieu de naissance (sans doute 
Tournecoupe); ses grades, ses dipl6mes; en avait-il? Je seraia port6 k 
croire que non; je remarque en efifet que dans le procte pr6cit6, un des 
conseillers hasarde timidement qu'il serait peut-6tre bon de verifier la 
quality de m6decin du demandeur. Les autres aussit6t de se r6crier . 
quelle raison d'aller demander k cet habile homme en vertu de quel 
droit et k quel titre il gu6rit ses malades ! 

» Je suis tent6 de supposer d'ailleurs qu'il ne se contentait pas de 
m^icamenter les yeux et qu'il dut pratiquer surtout la m^decine op^ 
ratoire. Notez que nous sommes k la fin du xvi« sitele, c'est-^-dire k 
une ^poque oil la science chirurgicale a fait un pas immense gr&ce aux 
travaux d'Ambroise Par6, qui lui non plus n'avait pas ^es grades ou 

(1) Arch. d^p. du Gers, B. 22, f« 131, v. 



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— 76 — 

du moins ne les eut que fort tard parce qu'il ignorait le latin, non erai 
dignus intrare in dodo corpore. 

> On pent, je crois (sans aller trop loin dans le champ de Thypo- 
th^>se), supposer que Jean Rizot f ut lui-m6me un 61feve de Par6. Cette 
opinion vous paraltra plus probable si vous vous rappelez qu'avant de 
devenir chirurgien ordinaire du roi Henri 11, Ambroise Par6 fut atta- 
chi au service du roi de Navarre, Antoine de Bourbon^ qu'il le suivil 
dans ses expeditions et fut done appel6 k r^sider souvent en Gascogne. 
Or il signalait partout son passage, moins peut-^tre par ses operations 
que par ses enseignements. II n'6tait pas seulement chirurgien habile, 
mais avant tout professeur; c'6tait un maltre^ un docteur, dans le sens 
rigoureux dii mot. 

• » Quoi qu'il en soit, eifeve ou non de Par^, Jean Rizot me semble 
avoir 6t6 dans son pays et dans son temps un illustre (inconnu aujour- 
d'hui, h6las I) et qui m6ritait Thonneur de vous fetre signal^. » 



La culture de la vigne dans le Fezensaguet au ZV* si^ole 



M.de Carsaladedu Pont cite certains articles des comptes de manage 
de Charles d'Armagnac, vicomte de Fezensaguet (1), desquels il lui 
semble, dit-il,qu'on pent d^duire quelques renseignements sur lafagon 
dont on cultivait la vigne dans le Fezensaguet au xv® si^le. Ces 
comptes embrassent une p^riode de dix ans, de 1460 k 1470. Chaque 
annte^ au mois de mars, on y lit la mention suivante : 

« Item. Per mandament de Mossenhor, son stadas obradas las binhas 
de Maubessin, de poda, fosse, eysermenta, parbaioa, payssera, plega, 
bia, payssetz, lias, com apar per him rogle, monta vi scutz v ardi<z. 

* Item.Plusfocobradalabinhade Brunhenxde Mossenhor,de poda, 
eysermenta, fosse, parboioa, plega, lias, paysetz, bia, despensa de 
conpanage dels homes qui an obrada la dita binha, aysi com apar per 
hun rogle, que monta la soma de xiii scutz xiii sos iiii arditz. 
• » Item. Plus fon obradas las binhas de Mossenhor, de Toget, poda, 
eysermenta, fosse, parbaioa, plega, lias, paysetz, bia et conpanage per 
las personas qui an feytas las ditas obras, monta v scutz. » 

D'aprfes ces textes, le travail de la vigne consistait dans la taille 

(1) Arch. d^p. des Basses-Pyr6n6es, E. n"... 



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— 77 — 

{poda)y la mise des sarments en fagots {eysermenia)^ le d&jhaussage 
(fo8se)y r^bourgeonnement (parbaioa), la plantation des 6chalas 
(paysera)y\e raltachementdes sarments aux^halas (plega)y\e rechaus- 
sage (6ia),puis vient la d^pense des liens et des echalas {lias^paysets), 

Les mois payseruy pleguy lias, pay sets, indiquent que les vignesdu 
vicomte de Fezensaguet 6tait des vignes d hautainsj genre de culture 
abandonn6 depuis bien longtemps, mais auquel on parait vouloir 
revenir comme plus favorable k la vitality de la vigne et plus productif . 
L'^bourgeonnement 6tait 6galement abandonn^, mais les viticulteurs 
modernes en ont reconnu Futility et I'on recommence k le mettre en 
pratique. Tant il est vrai qu'en fait de culture, les vieilles formules 
sont souvent les meilleures et que nos p^res en savaient autant sinon 
plus que nous pour faire rendre k la terre tout ce qu'elle etait suscep- 
tible dedonner. Je dois ajouter que les vignobles du vicomte de Fezen- 
saguet ne produisaient que du vin rouge. II est souvent fait mention 
de vin blanc dans ces comptes de manage, ma^s c'est toujours pour en 
indiquer Tachat fait k Lectoure, k Beaumont, k Saint-Clar, etc. 

M. Lacoste ajoute que des termes de Tacte cit6 par M. de Carsalade, il 
r^ulte tr6s clairement que la taille longue 6tait alors usit^e dans les 
environs de Mauvezin; on ne s'expliquerait pas autrement les termes 
paysera, plega, liaSy paysets. Or, c'est 1^ un fait qu'il importe de 
remarquer. La taille longue, usit6e encore aujourd'hui dans certains 
cantons du sud et du sud-ouest de notre d^partement, avait disparu 
depuis longtemps dans les environs de Mauvezin; en Temployant de 
nouveau aujourd'hui, on ne ferait done que revenir k unproc6d6 autre- 
fois usit6. 

L'ordre du jour 6tant 6puis6, la Soci^t^ fixe au 8 Janvier la date de 
de sa prochaine reunion. 



QUESTIONS ET RfiPONSES 



290. Sur quelques points de I'histoire litt^raire du patois dans le 
d6partement du Oers. 

RipONSE (Voyez la Question et une premiere R^ponnet au tome prdo^dent, p. 527 et 528). 

L'auteur du De Profundis gascon, « M. Cotis, archiprestre de Miranda », 
que le P . AmUha a fait connaitre, n*est autre que M* Pierre Cotis ou de 
Cotis, recteur et archipr^tre de T^lise paroissiale N.-D. de Mirande. II 



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— 78 — 

figure avec ces demiers titres dans on acte du 22 octobre 1645 (1 ). Le Pouill6 
du dioc^ d*Auch, dress6 en 1672 par Mgr de la Mothe-Houdancourt, 
nous apprend (2) qu*il 6tait encore k cette epoque cur6 de Mirande, et qu'il 
avait 72 ans. II etait done n6 avec le si^cle lui-m6me» en 1600. 

II appartenait k une famille des plus honorables de Mirande. Un acte da 
3 aoAt 1602 nomme Bernard Cotis, « bourgeois de Mirande », lequel avait 
6pou86 une jeune fille d'une des meilleures maisons de Vic-Fezensac, de- 
moiselle FranQoise de Relongue, qui fit son testament k Mirande, le 6 f^vrier 
1603 (3). Ce sent sans doute les parents de notre cure-po^te. On trouve 
aussi : le 4 octobre 1644, Charles Cotis, docteur en droit et>vocat au Par- 
lement de Toulouse, « juge de la ville de Mirande »; le 9 novembre 1645, 
Bertrand Cotis, avocat au pr^sidial de Toulouse. II faut voir en eux pro- 
bablement les fr^ree de I'archipr^tre. (Minutes de Capdan et Falgoux, en 
r^tude Gouzenne, k Mirande;. 

Quant aui livres patois public « k Tinstigation du, cardinal de Poli- 
gnac, » je n'en ai pas trouv6 trace authentique et siire, malgr6 de nom- 
breuses recherches en plusieurs de uos vieilles maisons rurales. Cependant, 
dans le cours de cette enqu^te, j'ai pu mettre la main sur un recueil de 
a Cantiques spirituels pour les Missions a V usage des Rdodrends Pdres 
Missionnaires Capucins de laproeince de Guienne^ augments dans cette 

demise Edition de quuntite de cantiques nouveaux tant FranQais 

que Gascons. A Condom, chez Pierre Jacques Larroire, itnprimeur- 
libraire, 1751, » On y trouve seulement quatre cantiques patois. Mais 
si la a quantity » faisait un peu d6faut — ce qui prouve qu*il ne faut pas 

(1) A cette date, M« Pierre Cotis regut, dans T^glise meme de Mirande, de la 
part de M* Jean Dufourc, conseiller du Roi et premier 61u de T^leciion d'Arma- 
gnac, habitant de Mirande, une sommation formelle d'avoir k publier imm^ 
diatement les bans du prochain mariage de M« Pierre Seissan, docteur en droit 
et avocat au Parlement de Toulouse, habitant Mirande, avec demoiselle Anne 
Dufourc de Loran (•), fille de i'^lu susdit. Mais Tarchipr^lre refusa d'obtempdrer 
k la sommation. Sur quo! notre 61u courut aussit6t au pied de la chaire de 
r^lise dans laquelle M« Jean Ferris, vicaire de Mirande, 6tait en train de pr6- 
cher, et interpella le pr^dicateur pour qu*il proc^d^t k cette publication k Tins- 
tant m^me, lui tendant en meme temps le papier ou les bans ^taient Merits. Ii 
^houa ^galement dans cette nouvelle tentative. Nous ignorons d'ailleurs quelle 
hit la suite de I'affaire. 

(2) Archives de Tarchev^ch^ d'Auoh. 

(3j EUe ^tait sceur de Charles de Relongue, juge de Fezensac. Leur p^e, 
Francois de Relongue, docteur en droit, est mentionn^ dans le testament d'un 
m^decin protestant de Vic-Fezensac du 6 septembre 1571, qui est bien une 
piece des plus curieuses que je connaisse et que je publierai peut-^tre ici pro- 
chainement. Francois et tons les siens ^taient catholiques. 

(*) Lioran, anoien flef noble, pr^s Mirande, qai appartenait en 1602 k Jean Abadie, mar- 
chand de Mirande, et 6tait depois passd entre les mains des Dofoorc. II est aojoord'hoi la 
propri^td de M. Alphonse Mieussens, anoien offioier de marine et anoien maire de Mirande. 
Ces Dnfoorc dtaient une anoienne famille mirandaLse qui oomptait alors de nombreox mem- 
bres, marohands, hommes de loi, militaires, pr6tres et apothioaires. 



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— 79 — 

toujours accepter de confiance les annonces de la converture — la quality 
en fut des plus prisees. Les contemporains transmirent ces cantiques a 
leurs successeurs, lesquels n'eurent garde de ne pas les transraettre aussi k 
leurs onfants. Et je connais ea Armagnac des personnes pas tr6s dg^es, 
Dieu merci, qui chantent encore tr^ volontiers quelques couplets de Tun 
de ces cantiques : 

Debpei que nostre premid pajre 
Pequeo per un bonsai fatal (1), etc. 

Certains de ces chants, fran^ais ou patois, sont dits Mre sur Tair de : 

« O peccadou miserable », cantique qui nous parait ^tre de facture assez 

r^cente aussi. Si maintenant on se rappelle que le cardinal de Polignac 

mourut le 20 novembre 1741, ne serait-ce point \ky en partie du moins, 

les cantiques gaseous public, non pas peut-^tre « k son instigation », 

comme le dit Abadie, ni pour son diocese, mais du moins k son 6poque et 

pour un dioc^ tout voisin? 

A. BREUILS. 

— Dans un livre de comptes de B^tharram (Arch, des B.-P., E. 912) 
il est question d'un proo^ entre la communaute et M. de Tlsle sur la 
possession de la cure de Lestelle. M. Cotis fut choisi comme arbitre par 
B6tharram et le fameux P^re Cloche, futur g^n^ral des Dominicains, par 
M. de risla Voici ces deux extraits : 

Novembre 1650. 

« Plus estant al^ avec Monsieur Cotis et Monsieur de Labastide, sur 
Tarbitrage que nous avions fait avec Monsieur de Flsle qui avoit pris le 
R. Pere Cloche et Monsieur le juge Tisnes, et nous mond. sieur de Cotis 
et Monsieur de Salefranque. D6pendismes dans quatre jours cheval et 
valet de Monsieur Cotis vingt et cinq livres six sols. » FoL 19, r\ 

7 novembre.— « Plus estant al6 avec Monsieur de Cottis et Monsieur de 
Labastide k Pan sur les arbitres que nous prismes avec Monsieur de Tlsle 
qui print le R. Pere Cloche et Monsieur le juge Tisnes, et nous led. sieur 
de Cottis, archyprestre de Mirando et Monsieur de Salefranque. Dans 
quatre jours nous despandismes avec le cheval et valet dud. sieur de Cotis 
vingt et cinq livres six sous. » FoL 21, r\ 

« Plus pour avoir envoye k Tholose mon nepveu I'aysn^ par Tordre de 
mond. sieur de Cotis et de la communaute, afln de consulter sur les ordo- 
nences de mond . seigneur [de Lescar] et sur Tordre que nous devons pren- 
dre sur Funion de la cure de Lestele de laquele led. sieur de Lisle auroit 
eu titre, taut pour le voyage que pour la consulte qui en fut faicte par 
quatre advocats je fournis trente livres, 30 1. » 

(1) Ces vers n*en sont pas moins languedociens, et non gascons. — L. C. 



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— 80 — 

« Plus envoy6 mond. nepveu k Mirando pour porter letre et parler k 
Monsieur Cotis archyprestre, 4 1. » Fol. 21 y v\ 

Ces comptes sont sign6s par M. Bequel^ Tun des premiers chapelains de 

Betharram. Labastide, le po6te bien connu (1), figure assez souvent dans 

oe proofs, soumis inutilement d'ailleurs k Tarbitrage du P . Cloche et de 

M. de Cotis. 

V. DUBARAT. 



291. Sur doux bons mots du mar^ohal do Gramont. 

Tout le monde sait — surtout en Gascogne — que le marechal de Gra- 
mont fut un des hommes les plus spirituels de la oour de Louis XIV. 
Plusieurs de ses jolis mots sont c^lebres; mais ne lui en a-t-on pas attribue 
quelques-uns qui ne sont pas authentiques ? C'est le cas ou jamais de rap- 
peler qu'on ne pr^te qu'aux riches. J'ai souvent lu que le grand roi se 
plaignant, un jour, devant le marechal de Gramont, d'avoir soixante ans, 
le fin courtisan s'empressa de r^pondre : Ah I Sircy qui est-ce qui n*a pas 
soixante ans f Quel est le garant de cette vive saillie ? N'aurait-on pas con- 
fondu la riposte susdite avec oette autre riposte qui lui ressemble tant et 
qui aurait 6t6 faite au m^me roi se plaignant de n'avoir plus de dents : 
Ah I Sire, qui done a des dents a notre dge f Les deux anecdotes sont 
soeurs, soeurs jumelles, et probablement aucune des deux ne m^rite con- 
fiance. 

Si j'enl6ve k notre brillant compatriote un mot qui ne doit pas dtre de 
lui, je vais, en revanche, citer un mot qui semble bien lui appartenir et 
qui est beaucoup moins connu que Tautre. D'apr^s une tradition de fa- 
mille, Louis XIV ayant rencontre le^ marechal de Gramont dans la grande 
cour du palais de Versailles, par un jour de bise glaciale, Fhonora d*un 
assez long entretien et tout a coup, lui montrant I'admirable monument, 
s'^ria : « Quand on pense qu'it y aoait Id de simples moulins d vent / — 
Sire, » r^pondit le marechal, dont la tete d6couverte subissait, comme di- 
saient les romantiques de 1830, ks dpres baisers de la bise, « les moulins 
n*y sont plus y il est vrai, mais le vent y est diantrement restL » Le roi 
se mit k rire et il invita le marechal k se couvrir. L'historiette m'a 6t6 
racont6e k Versailles m^me, dans une des allies du plus beau de tons les 
pares, par un causeur charmant, feu M. le marquis Du Prat, lequel avait 
6pous6 une demoiselle de Gramont 

Je demande si quelque contemporain de Louis XIV nous a conserve le 
souvenir des deux bons mots que je viens de rapporter. , 

t. DE L. 
(1) Voir Reoue de Gascogne, t. in, p. 102; iv, 611; x, 110. 



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CHATEAUX GASCONS 

DB LA FIN DU XIIP SIlfilOIiB (•) 



LE CHATEAU DE LA &ARDERE 

I 

Des quelques chateaux gascons construits a la fin du xiir 
siecle dont nous avons entrepris de retracer ici Thistoire, le 
chateau de La Gardere est certainement celui qui, par son 
etal acluel, fait comprendre le mieux IMdee premiere qui a 
preside a son elevation. 

Rien, en effet, depuis six cents ans, n'est venu detruire, ni 
m6me modifier, ses dispositions primitives. Aucunemain bar- 
bare, si ce n'esirinevilable maindu temps, nes'est appesantie 
surleslignes si correcleset si hardies de ses courtines. Aucune 
fantaisie de ses seigneurs, aucun caprice de ses chatelaines, 
n'a cherche, comme a Massencfime ou au Tauzia, k eventrer 
ses murailles vierges pour ajourer ses tristessalles, ni seule- 
ment a y adosser une tourelle, dont Tescalier put conduire 
plus commodement aux etages superieurs. Tel ii fut construit, 
en 4280, par les moines de Condom, sur Tordre du comte 
d'Armagnac, tel il est demeure jusqu'a nos jours. 

Cesl done une bonne fortune pour nous que de pouvoir le 
presenter ainsi a nos lecteurs, dans les deux heliogravures 
que nous donnons a Tappui de notre texte, aussi imposant, 
aussi pittoresque, qu'al'heure ou ilsurgit tout a coup en vue 
des imperieuxbesoins de la defense nationale. 

Car pour lui, plus encore qiie pour ses voisins, nul doute 

(•; Voir la livraison de septembre-octobre 1893, page 404. 

Tome XXXV. — F6vrier 1894. 6 



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— 85 — 

sur r^poque de son origine; plus de controverse possible sur 
le but qui lui a ete assigne par ses conslructeurs. Ainsi qu'on 
ie verra'par le tres impoiianl document qui relatera lous les 
details defsa fondation et que nous donnerons in exlemo, le 
chateau de LaGardere est date. Et Tepoque qui le vit s'ele- 
ver, comme aussi la nationalite de son genereux bienfalteur, 
viennenten lous points conflrmer, arguments irrefu tables, la 
these que nous ne ccssons de soutenir ici au sujet de la crea- 
tion et du mode d'emploi de ces interessanles forteresses 
gasconnes. 

Si done par ses proportions, relalivcment restreintes, le 
ch&teau de La Gardere semble, au premier abord, presenter 
moins d'interet que les deux chateaux precedents, il ofTre 
neanmoins, au poini de vue archeologique, celteparticularile 
remarquable que, parsonetat de conservation, il permetde 
saisir sur le vif le but que s'etait propose son architecle, en 
meme temps qu'il nous laisse voir les dispositions prises par 
lui, aussi bien pour Pattaque que pour la defense. 

En cette ruineimposante, quorienn'est venu modifier, se 
reveledans louteson originalitect sa veritable grandeur le genie 
gascondu xm'siecle, qui snlsiintelligemment mettre a profit 
les defenses nalu relies, et, avec les procedes les moins com - 
pliques, les rendre le plus souvent imprenables. 

Rien de plus simple, en effet, que le chateau de La Gar- 
dere. Un parallclogramme, a pen pres regulier, de vingt-huit 
metres de long sur dix et douze de large. Pour defense, dcs 
murs de 4 m. 50 d'epaisseur; deux tours carrees, non plus 
opposees diagoAalement comme a Massenc6me etau Tauzia, 
mais elevees a chaque coin de la fagade nord; enfin, a Tangle 
sud-est, une petite echauguette en porle-a-faux, dont il ne 
reste plus que Felegant encorbellement. Pas d'enceinte exte- 
rieure, pas de barbacane, pas meme le moindre foss6. Sa 
hauteur constitue son principal moyen defensif. 



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P.B(mouvi]Ie;dcI. 



CHATEAU DE LA GARDERE 



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- 83 — 

Sis sur un des points ciilminants de la rive droile de TOsse 
(198 metres au-dessus da niveau de la mer), le chateau de 
La Gardere domine toute la contree. Au nord et au nord-ouest, 
en eCfet, il commande celte vallee jusqu'au-dela du village de 
Cassagne, ainsi que la vallee plus petite qui se deroule a ses 
pieds. Au nord-est, il se relie avec les tours de Massencdme, 
qui, de ce cOte, lui ferment Thorizon. A peine une echappee 
de vue s'ouvre-t-elie dans la direction dWmpeils, de Seridoset 
de la vallee de la Baise. A Test et au sud, il est domine par 
deux coteaux un peu plus eleves que lui. Au sud-ouest, en 
revanche, elaTouest, le regard s'etend a perte de vuejus- 
qu'aux villages de Caslillon-de-Batz, de Lannepax, deNou- 
lens, et meme jusqu'ala ville d'Eauze, donton voit a Thorizon 
se profiler la fleche du clocher. 

Le r61e du chateau de La Gardere est done d'avoir a surveil- 
ler le pays ducdte du nord-ouest et du nord, c'esta-dire du 
c6te anglais. Poste admirable d'observation, ilpermet, comme 
le Guardes et Massencdme, aux sentinelles qui montent la 
garde sur ses chemins de ronde, de fouiller en tous sens les 
pli& et les replis du terrain. Ses tours sent des tours de garde, 
comme leur nom de La Gardere Tindique d'ailleurs suffi- 
samment. 

La siraplicile du plan de ce chateau, ainsi que le delabre- 
ment absolU de son interieur, en rendent la description tech- 
nique des plus faciles. (Voir le n'^ 2 de la Planche 1.) 

A Texterieur, sa fagade orientale, qui mesure vingt-cinq 
metres de long, ne presenle que deux meurtrieres verticales 
Ires etroites et deux autres ovales, aujourd'hui mur6es, ou- 
verles poslerieurement au xni* siecle, et destinees sans doute a 
recevoir des bouches i\ feu de petit calibre. La porte A, prece- 
dee d'une sorte de terrasse B, laquelle pourrail passer pour 
un petit ravelin comme au Tauzia, charge de la d6fendre, 
est dedate posterieure et n'exist'ait certainement pas au mo- 
ment de la construction du chateau, dont le rez-de-chaussee. 



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- 84 - 

hermetiquement clos de ce c6t6, ne recevait le jour que par 
les meurlrieres precitees. 

Tres peu ajoureegalement, le premier etage de celle fagade 
n'est eclaire que par deux arbaletrieres en croix patlee el 
deux autres meurlrieres reclangulaires que I'on a percees 
plus tard. 

Seul est franchemenl6c1aire le deuxieme etage. Bien qu'une 
l)rfeche enorme se soil produile vers le milieu dela fagade, on 
distingue encore, d'abord, ases deux exlremites, deuxouver- 
lures reclangulaires, et a c6l6 de i'une d'elles une meurtriere 
en croix palleeaujourd'hui muree, puis au milieu de la facade, 
correspondant sans doule autrefois avec la grande salle, 
deux fenfires gem inees, dont I'une montre encore sesjolies 
arcatures trilobees, contemporaines des dernieres annees du 
xm* siecle, landis que I'aulre, un peu plus grande, mais 
presque enlierement detruite, n'a conserve que Tun de ses 
pieds droits. 

II ne reste plus qu'un pan de mur du troisieme et dernier 
etage, celui contre lequel est adossee dans Tangle sud-est 
celle gracieuse echauguetle en encorbellement sur trois 
corbeaux, que soutient une assise en porte-a-faux, et qui se 
defend des deux cOles par deux machicoulis. Ces corbeaux 
encore intacls, fort bien appareilles, et qui ne manquent pas 
d'elegance, caracterisentbien egalement Tepoque de lafonda- 
tion du chateau. La perspective que nous donnons ci-jointe 
de celle curieuse facade, nous dispense d'entrer dans de plus 
longs details. (Heliogr. Planche n** 4). 

Hen sera de meme pour la facade sud, visible egalement 
sur la planche n** 1, et dont la longueur ne mesure que dix 
metres Irente. On ne distingue a son rez-de-chaussee aucune 
ouverture; au premier elage seulement une arbaletriere; au 
second une ouverture plus vaste, fortement endommagee et 
dont il est difficile de definir la disposition. 

Plus s6v^re peut-etre encore que celle du levant est 



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— 85 — 

demeuree telle qu'aux premiers jours PimposaDte facade 
occidentale. Ainsi qu'on peut le voir sur notre heliogravure 
(Planche n** 2), une porte cinlree el fort basse, c'est la seule 
ouverture qui, au rez-de-chaussee comme au premier etage, 
ajoure celte sombre muraille. A premiere vue elle sembie 
contemporaine de Tepoque primitive, et elle jurerait ainsi 
avec les dispositions generalement adoptees parlesarchitectes 
du moment, qui etaient de garder hermeliquement clos les 
rez-de-chaussee de tons ces chateaux. Par quoi, d'un autre 
c6te, celte porle aurait-elle 6le protegee ? On ne distingue au- 
dessusd'elle nulle trace de machicoulis ni de defense quel- 
conque. Ne pourrail-on pas admeltre que cette porte aurait 6te 
descendue posterieurementde quelque6tage superieur et ap- 
pliquee la, plus tard, pour les besoins du service ? Quoi quil 
en soil, une seule meurtriere rectangulaire est percee au rez- 
de-chaussee sur cette par tie de chateau; tandisqu'au premier 
etage on en aper^oit quatre, dont trois oblongues^ aujour- 
d'hui en partie murees, et une en croix pattee.Seul le deuxieme 
6tage, dont il ne reste plus qu'un pan de mur a rextremit6 
iii6ridionale, recevait, comme de Tautre c6te, le jour d'une 
jolie fenetre gemineeet trilobee, dont la colonnette m6diane a 
egalementdisparu. 

La facade nor J ne mesure que huit metres de long. Mais 
celte etroite courtine est encastree dans deux tours carrees 
qui la lerminent a ehaque extremite. Chacune presenle des 
dimensions inegales,la lour du nord-esl mesurant vingt-cinq 
centimetres de plus que celle du nord-ouest.Le rez-de-chaussee 
de cette facade est eclaire par deux meurtrieres longues et 
etroites; le premier, par une espece de breche en cul-de-four, 
ouverle posterieurement. Demantele dans la suite.le deuxi&me 
etage n'existe plus de ce cOte. 

Le rez-de-chaussee de ehaque tour est hermeliquement 
ferme de tous cOtes. Au premier etage, la lour nord-esl est 
eclairee par une unique meurtriere en croix, tourn6e vers le 



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— 86 — 

nord. Sur sa face occidentale et faisant le coiq du murdu 
corps de logis, est encore adosse un corbeau de grande dimen- 
sion, destine a supporter plutdt des latrines qu'un machi- 
coulis, aucune porte ne s'ouvrant au-dessous. La tour nord- 
ouest au contraire est percee au premier 6tage d'une arbaie- 
triere sur chacune de ses faces. Actuellement une charpente, 
couverte de briques a crochets, recouvre la tour du levant el 
lui permet de servir de colombier. 

L'interieur du ch&teau de La Gardere contient au rez-de- 
chaussee trois grandes salles D, E et F, a peu pres egales el 
carrees, separees entreelles par deux murs de refend (Plan- 
che 4, n** 2). Le mur M, plus epais que Fautre, supporte sur 
chacun de ses cdtes une rangee de corbeaux destines a rece- 
voir les fermes des planchers superieurs. Chacune de ces 
salles est eclairee a ses divers etages soil par lesarbaletrieres, 
soil par les fenetres geminees que nous avons precedemment 
indiquees. Toute trace d'escalier, en supposant qu'il en 
existat un, a disparu, aussi bien dans le corps de logis prin- 
cipal que dans les deux lours du nord. Les etages superieurs 
n'etaient, la comme ailleurs, desservis primitivement que par 
des trappes et des cchelles mobiles. II en est de m6me des 
planchers, des cheminees, de la toiture et des creneaux qui 
tout autour devaiont denteler le chateau. L'herbe et quelques 
plan tes parasites recouvrent seules tout le sol decetteancienne 
demeure. En revanche, a Textremite superieure du mur de 
refend M, on voit encore, sur le pan de mur reste deboul, la 
base dejPancien chemin de ronde, sur laquelle venait s'amortir 
le comble de la toiture. Une corniche de pierre en indiqne le 
niveau. On doit done en conclure que la partie superieure de 
la facade du levant atteint de nos jours la hauteur primitive 
du chateau. Qiiant aux deux tours, elles etaient plus elevees, 
leur but elant de surveiller aussi loin que possible, du c6te 
du nord, toute la contree. 

A quelques pas, a Fouest du chateau et un peu en contre- 



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— 87 — 

bas, reste, comme au lemps du moyen-Age, enveloppee dans 
une oasis d'ormes et de chines, Thumble chapelle de La Gar- 
dere. Desservie par un pr6lre d'ane des paroisses voisioes, 
elle esl le seul ediflce qui avoisine Tanlique manoir. 

De quelque cOte, a distance, que i'cBil s'arrele sur les ruines 
du chateau de La Gardere, il est melancoliquement impres- 
sionne par celte construction d'un autre temps. Mais c'est 
principalement a Tautomne, sous les rayons fauves du soleil 
couchant, que ses pierres aux tons chauds rev^tent les 
teintes les plus artistiques. Mors principalement se profllent, 
plus pures et plus majestueuses encore, ses grandes lignes 
droites, que rien n'interrompt, dans Tazur immacul6 du beau 
ciel deGascogne, verslequelelles semblents'elancer, dominant 
de toute leur hauteur Timmense horizon qui se deroule k 
leurs pieds, et qui embrasse la presque totalite de Tancien 
comte de Fezensac. 

{A suivre.) Philippe LAUZUN. 

NOTES DIVERSES 

CCCXV. lios ooutumes de la R^ole et I'^vdque OombaucU 

Je lis dans la chronique da Bulletin critique (n« du 15 Janvier, p. 88) 
et je m'empresse de transcrire, pour les lecteurs da la Revue de Gascogne, 
la nouvelle suivanto, qui no saurait les laisser indifierents. — L. C. 

« Dans les Annates de la Faculty des lettres de Bordeaux^ M. Imbart 
de La Tour publie un m6moire intitule : Les Coutumes de la RMe. Ses 
conclusions sont que lesdites coutumes, au lieu d'avoir 6t6 r^dig^es au 
x« siecle, Tont et^deux cents ans plus tard, et que, par suite, dans leur 
forme actuelle el les representent un faux. Fausses aussi sont d^clar^es trois 
lettres ponti Scales (Jaffe. 3803, 3872, 4708); fausses encore les chartes soi- 
disant du x' siecle, attributes k I'eveque de Bazas Gombaud et au due do 
Gascogne Guillaumc Sanche. Ce massacre ne sera pas sans consequences 
pour Thistoire des institutions feodales, qui doit tant k ces fameuses coutu- 
mes, et pour rhistoire ecclesiastique de la Gascogne, qui voit disparaitre, 
avec la charte de Gombaud, un de ses documents les plus importants. » 



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CHRONIQUES LANDAISES 



LA FRONDE 

(164k8-16B3) (•) 



Second sidge de Bordeaux. — Ces armements ne 
purent se faire sans que les frondeurs en fussent pr6venu8. 
« On eut avis qu'on 6quipoit quelques fr6gates h Bayonne, 
k Saint-Jean-de-Luz, a La Rochelle et sur la c6te de 
Poitou^ » Une circonstance particulifere fournit m6me 
aux rebelles des renseignements pr6cis sur ce qui se pas- 
sait parmi nous. « L'on intercepta, dans les Landes, les 
lettres de d'Artagnan, lieutenant au gouverneur de 
Bayonne, qui donnait avis k La Vrillifere, secretaire d'Etat, 
du canon qu'il avoit fait monter sur les pinasses qu'il 
envoyoit k la cour par ses ordres et s'excusoit de ce qu'il 
n'envoyoit ni poudres, ni hommes*. » Si les royalistes 
d6ployaient une telle activity, leurs adversaires 6taient 
loin de demeurer en repos. Le si6ge de Bordeaux se 
poursuivait avec grande opiniMret6 de part et d'autre; la 
princesse de Cond6 et le jeune due d'Enghien travail- 
laient aux remparts, tandis que six mille femmes en 
armes faisaient faction a leur tour et combattaient coura- 
geusement les assaillants. Mais abandonn6e k elle-mfeme, 
la ville devait finir par succomber, et les n6gociations 
avec TEspagne n'amenaient aucun r6sultat. Vatteville, 
charg6 des int6r6ts du parti en ce pays, leurrait les siens 

(•) Voir la liyraisou de Janvier 1894, page 19. 

(1) Mint, de Lenet, p. 329. 

(2) Id., p. 334. 



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— 89 — 

de belles paroles suivies toujours des plus am^res d6cep- 
tions. Enfin, le 6 septembre, les nouvelles semblaient 
meilleures. « Je re^us ce jour-1^, dit Lenet, un paquet de 
Saint-S6bastieii par un valet du baron d'Orte*. » Ces 
lettres, dat6es du 28 aotlt, annouQaient aux assi6g6s que 
Baas, Sillery, Vatteville et Mazerolles partiraient le len- 
domain avec quatre grands vaisseaux et quatre frigates 
cliarg6es d'hommes, de munitions et de vivres. 

Secondepaix de Bordeaux. — Cette promesse si for- 
melle nedevait pas plus se r6aliser que les pr6c6dentes. 
Apr^s tant d'appels r6it6r6s, 

Le parlement et le peuple ne voyant point paroitre le secours d'Es- 
pagne, qui t^moigna en cette occasion beaucoup de foiblesse, oblige 
rent les gens de guerre k capituler, ou pour mieux dire k faire une paix 
plut6t qu'une capitulation, corame vous Tallez voir. Gourville, qui 
alia trouver de la part des assi^g^s la cour quis'^toit avanc^ k Bourg, 
et les deputes du parlement convinrent de ces conditions : que Tam- 
nistie g^nerale seroit accord^e k tous ceux qui avoient pris les armes et 
n^goci^ avec TEspagne, sans exception; que tous les gens de guerre 
seroieut licenci^s k Texception de ceux qu*il plairoit au roi de prendre k 
sa solde; que Madame la princesse et M. le due demeureroient ou en 
Anjou, en Tune de ses maisons, ou k Montron, k son choix, k condi- 
tion que si ellechoisissoit Montron, qui etoit fortifi^, elle n'y pourroit 
pas tenir plus de deux cents hommes de pied et soixante chevaux et 
que M. d'Epernon seroit r^voque de son gouvemement de Guienne et 
un gouverneur mis k sa place (5 octobre.) (2). 

Bordeaux ouvrit alors ses portes a Louis XIV, qui fut 
regu tr6s froidement; le cardinal Mazarin ne voulut point 
entrer dans la ville. Effray6 de la roideur du parlement 
et de Tattitude menagante du peuple, la paix conclue, il 
avait repris entouteh^te le chemin dela capitale, oiiragi- 
tation 6tait extreme et rendait sa presence indispensable; 
car « les coups de canon que Ton tira a Bordeaux avoient 

(1) M^m. de Lenot, p. 372. 

(2) M4m, du card, de Retz, p. 331. 



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— 90 — 

port6 jusqu'^ Paris devant m^me qu'on y mit lefeu*, » 
et le parlement de cette derni^re ville semblait pr6t k 
f aire cause commune aveccelui de Bordeaux; c'estce qui 
avait contraint Mazarin k se montrer si conciliant. Notre 
chroniqueur chalossais resume ainsi les 6v6neraents que 
nous venons de raconter : 

Lesdits Bordelois avoient encore grande guerre avec M. d'Epernon, 
et y mourut plusieurs personne de toute part. Le d^sordre 6toil si grand, 
que le roi Louis XIV^ ^g6 de douze ans, ful conlraint d'aller k Bor- 
deaux en personne, pour faire lapaix, etledit M. d'Epernon ne futpas 
depuis gouvenieur de Guienne (2), 

Quartiers d'hiver. — Conform6ment a la capitulation 
qui venait d'6tre sign6e, les troupes royales furent aussit6t 
dispers6es pour prendre leurs quartiers d'hiver. Ce fut 
Toccasion de nouvelles souffrances pour nos contr6es; 
jusqu'alors 6pargn6es par la guerre, elles furent ruin6es 
par Tentretien des soldats can tonnes parmi nous. Les 
charges des campagnes et des bourgades 6taient d'autant 
plus grandes, que les offlciers et jurats des places les plus 
importantes, comme Dax, Tartas et Mont-de-Marsan, 
avaient trop souvent le triste courage de les d6partir avec 
une partialit6 d6plorable entre les di verses paroisses. Les 
chefs de corps, sur lesquels le pouvoir central se d6char- 
geait du soin de pourvoir a Fentretien de leurs soldats, 
se montraient intraitables et les ofHciers subalternes pla- 
ces sous leurs ordres imitaient leur rigueur. Le regiment 
de la reine, commands par le capitaine du Tilleul, re?ut 
ordre de prendre logement a Tartas (20 octobre)^; et 
comme le pays, complfetement 6puis6 de ressources, n'a- 
vait plus d'argent a fournir, bientdt les soldats « ne peu- 
vent subsister et se portent a plusieurs violences et actions 

(1) Mem. du card, dj Retz, p. 332. 
, (2) l^borde-Pebou^, op. cit. (Arm. des Landes^t in, p. 462.) 
(3) Arch, de Tartas, B. B. 3, !• 64, recto. 



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1 

— »1 — 

extraordinaires ^ » II n'y eut plus de r6pit jusqu'au jour 
oii ce regiment quitta la ville pour finir de prendre ail- 
leurs ses quartiers d'hiver (3 mars 1651); quatre de ses 
compagnies all^rent alors tenir garnison k La Bastide- 
d'Armagnac et deux au Houga*. Autour de Tartas, le 
pays d6vast6 demeurait k moiti6 abandonn6, k tel point 
qu'on dut recourir au roi pour ramener les habitants dans 
les paroisses qui formaient la banlieue de la ville \ II 
fallait songer a se d6fendre contre le retour de pareilles 
calamit6s; aussitoute la noblesse d'Albret fut convoqu6e 
k Tartas, si6ge de cette Election, pour d61ib6rer sur la 
situation*. Mais cette d-marche fut vuede mauvais oeil, 
et la cour, avertie sans doute des plaintes et des r6clama- 
tions que Ton exhalait de toute part, envoya dans le pays 
des troupes en grand nombre pour pr6venir et disperser 
ces assembl6es de factieux qui levaient si haut la t6te\ 
Les populations affol6es s'ing6ni6rent a Eloigner d'elles 
les compagnies qui devaient venir loger dans les villages; 
par des sacrifices p6cuniaires ou des presents en nature 
elles tachaient de gagner k leur cause les hauts fonction- 
naires charges de determiner les divers cantonnements. 

Intervention enfaveur des princes, — Le d6sordre et 
Foppression ne faisaient que grandir, lorsque survinrent 
a Paris et dans le nord de la France des 6v6nements qui 
devaient porter k son comble laconfusion g6n6rale. Depuis 
la paix de Bordeaux (5 octobre 1650), le mar6chal de 
Gramont n6gociait avec le premier president, Mathieu 
Mol6, pour obtenir la liberty des princes. Avecune fatuit6 
bien gasconne, lorsque la cour eut c6d6, le mar6chal osa 

(1) Arch, de Tartas, B. B. 3. ^ 66, verso. 

(2) Arch, de Tartas, B. B. 3, ^ 86-87. 

(3) S. J. B. Gabarra: Les gugrres de la Fronde d Pontonx-sar-V Adour et 
dans les Landes (Rcoue de Gasc, xix, mars et avril 1878). 

(4) Armorial des Landes, ii, p. 164. 

(5) Arch. hist, de la Gironde, ui, p. 424. 



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— 92 — 

revendiquerpour luiseultout le m^ritede Theureuse issue 
decette affaire *;mais tous les historiens sont unanimes 
h dire que dans cette rencontre, Gramont et le president 
furent les jouets des frondeurs, trop int6ress6s k maintenir 
les princes dans leurs rangs pour les livrer k Tinfluence 
des partisans du cardinal, Aussi, dans une lettre anti- 
dat6e de Limours, oH il allait souvent, Gaston d'0rl6ans 
6crivant au cardinal de Retz, « lui faisoit des railleries 
m6me fort plaisantes des n6gociations*quele mar6chal 
de Gramont pr6tendoit avoir avec lui *. » Par son 
adresse, le coadjuteur r6ussit a les rompre et il avoue 
qu'il entra lui aussi « dans la raillerie et de ce jour le 
mar6chal de Gramont et le premier president furent jou6s, 
jusques k celui de la liberty de MM. les princes, d'une 
maniferequi en conscience me faisoit quelquefoispiti6'. w 
II poursuivait du reste le m6me but que ces deux person- 
nages, mais dans rint6r6t de la Fronde. 

Leurddlivrance, — Pourmettre fin aux troubles publics, 
la Cour r6solut de c6der devant les supplications qui lui 
arrivaient de toute part. Les Princes avaient 6t6 trans- 
f6r6s au Havre, dfes le 15 novembre 1650. M. de la Vril- 
lifere, secretaire d'Etat, partit le 11 f6vrieravec touted les 
pieces n6cessaires pour les faire mettre en liberty. Lel3, 
on vit arriver le cardinal Mazarin, sorti de Paris quatre 
ou cinq jours auparavant. II venait d^livrer lui-m6me les 
Princes et tocher de calmer leur col6re. Gramont afflr- 
mait hardiment que « leur abord fut tout plain de civilit6 
et de douceur * (18 f6v.) »; et le correspondant des bay on- 
nais, Dollins, leur mandait que le cardinal « leur bailla 
)) ensuite a disner qui fut bien court*. » Mais les princi- 

(1) Arch. hist, do laGascogne, fasc. i, p. 36-38. 

(2) Af^m. du cardinal do Retz, p. 381. 

(3) Mim, du card, de Retz, p. 383. 

(4) Arch. hist, do la Gascogne, faso. i, p. 38 (Lettre k Poyanne). 

(5) Arch, de Bayonne, E. E. 91, n« 104. 



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-^ 93 — 

paux m6moires du temps rappellent avec quelle hauteur 
et quelle fine raillerie Cond6 r6pondit aux civilit6s du 
Cardinal,qui,au dire de M"** de Montpensier, aurait pouss6 
rhumilit6 « jusqu'^ lui baiser la botte. » Le coadjuteur 
affirme que Mazarin « fit toutes les bassesses imaginables 
Jt M. le Prince qui le traita avec beaucoup de hauteur 
et ne lui fit pas le moindre remerciment de la liberty 
qu'il lui donna apr^s avoir dm6 avec luiV ))Malgr6cet 
accueil peu encourageant les pourparlers continu^rent et 
(( nous fimes si bien, dit Gramont, qu'au boutde deuxou 
trois heures de conferences ils sortirent de la prison sans 
que nous eussions besoin des ordres de la Cour, pour leur 
liberty, qui estoient en chemin et que nous rencontr&mes 
k la premiere couch6e*. » Avant de quitter le Havre, 
Gramont se plut k placer sous les yeux de M. Debat, qui 
avait 6t6 charg6 de la garde des prisonniers, les billets 
nombreux qui leur avaient 6t6 envoy6s « dans des poires 
de bon chr6tien et dans des pierres creuses '. » 

Retour cl Paris. — Une fois encore la Cour avait 6t6 
vaincue et la d61ivrance des Princes fut « suivie pendant 
le voiage d'une acclamation et d'une joie universelle 
des peuples * . » Leurs amis 6taient venus en . grand 
nombre les attendre k Grosm6nil,^quatre lieues du Havre. 
Arriv6s k Paris, ils se rendirent d'abord chez la reine, au 
Palais Royal (16 f6vrier). L'entrevue avec Anne d'Au- 
triche fut froide et de peu de dur6e. « L'on ne parla de 
rien et la conversation fut courte*. » Gaston d'0rl6ans, 
qui s'6tait port6 k la rencontre des Princes jusqu'^ Saint- 
Denis, leur donna ensuite k souper. (( La sant6 du roi fut 
hue avec refrain de : Point de Mazarin I Et le pauvre 

(1) M^m. da cardinal do RaU, p. 416. 

(2) Arch, hist, de la Gascogne, fasc. i, p. 38. (Lettre h. Poyanne, 18 f^vrier). 

(3) Arch, de Bayonne, E. E. 91, n» 106. 

(4) Arch. hist, de la Gascogne, fasc. i, p. 38. 

(5) Arch, de Bayonne, E. E. 91, n» 104. 



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-» 94 — 

mar^chal de Gramont et M. Danville furent forces a 
faire comme les autres *. » Le lendemain les Princes se 
pr6sent6rent au Parlement « oti ils rendirent seulement 
leurs compliments a cette compagnie * » et se conten- 
t^rent de la remercier « du soing qu'elle avoit eu de leur 
procurer la liberty '. » Ces politesses forc^es ne trompaient 
personne et Ton savait que la reconciliation n'6tait qu'ap- 
parente. Au milieu de ce qu'il pr^sentait comme un 
triomphe personnel, Gramont lui-mfeme ne se montrait 
gufere rassur6 sur Tavenir et conflait ainsi ses craintes k 
Poyanne : « Cependant parmi un si grand bonheur, vous 
jugez bien qu'il en pourra naitre beaucoup d'affaires k la 
cour et que dans la diversity des int6r6ts on aura besoin 
de travailler k mettre les choses dans le repos et former 
cette union de laquelle depend entiferement le repos de 
TEstat*. » Les coeurs 6taient trop ulc6r6s pour esp6rer 
que le pass6 serait oubli6! Mazarin s'6tait retir6 dans 
reiectorat de Cologne, laissant le champ libre a ses adver- 
saires et se disposant a profiter des fautes qu'ils ne 
manqueraient pas de commettre. 

Daa^ mis en (^tat de defense, — Les ambitions inas- 
souvies r6clam6rent bient6t leur pleine satisfaction et 
chacun se disposait a recommencer la guerre k Theure 
m6me oil Ton proclamait la pacification du royaume. Les 
Espagnols, alli6s des Frondeurs, faisaient de grar\ds pr6pa- 
ratifs a Saint-S6bastien. Pour demeurer k Tabri de toute 
surprise, Poyanne regut Tordre de mettre Navarrenx et 
Dax sur pied de guerre (26 f6vrier, 6 mars) \ II se plai- 
gnit du mauvais 6tat de ces deux places et r6clama les 

(1) M^m. du cardinal do Retz, p. 417. 

(2) Arch. hist, de la Gascogne, fasc. i, p. 38. 

(3) Arch, de Bayonne, E. E. 91, n* 105. 

(4) Arch. hist, de la Gascogne, fasc. i, p. 38. 

(5) Arch, hist, de la Gascogne^ fasc. i, p. 39-40. (Lettres de Saiut-Luc). 



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.- 95 - 

secours n6cessaires pour y rein6dier. Mais la Cour avait 
des affaires trop urgentes pour s'occuper alors de la 
Gascogne et le marquis de Saint-Luc r^pondit de Sainte- 
Foy aux soUicitations du gouverneur de Dax : a N'ayant 
icy aucun magazin public, je ne puis vous assister en ce 
besoin que des troupes que le Roy m'a laiss6es dans la 
province et vous asseurer que je marcheray en toute 
diligence k votre secours sy vous estes attaqu6*. » Ainsi 
livr6 a lui-m6me, Poyanne appela a Dax « quelques 
gentilshommes voisins habitu6s aux combats, pour aider 
les habitants k conserver la place au service de Sa 
Majest6 *. » Car, disait en plein conseil le syndic de 
Moras, « les mouvements de la province augmentent tous 
les jours et Dax est envi6 et menac6 comme estant un 
poste tr6s avantageux pour les ennemis du Roy et de 
TEstat. )) Chaque quartier (presque chaque rue) fut 
done confi6 a un capitaine experiments et valeureux qui, 
encasd'attaque, 6tait charg6 de veiller a sa conservation. 
Ce plan de d6fense, propos6 par le syndic, fut adopts par 
le gouverneur. Les autres places de la region imit^rent 
ces precautions devenues d'autant plus urgentes qu'une 
conspiration, heureusement d6couverte k temps, venait 
d'etre ourdie par Pedro, Mugnes, Manticla, pour livrer 
Bayonne aux Espagnols'. (Avril 1651). 

Condd, gouverneur de Guyenne. — Le danger pour 
notre pays venait surtout des nouvelles mesures prises 
par la Cour. Celle-ci s'6tait pr6occup6e avant toutd'6loi- 
gner les principaux f rondeurs des Strangers avec lesquels 
ils ne cessaient de conspirei centre la tranquillitS publi- 
que. C'est ainsi que le due de Bouillon, Fr6d6ric Maurice 
de La Tour d'Auvergne, avait dti Schanger avec le roi sa 

(1) Arch, hist, de la Gascogne, fasc. i, p. 40. 

(2) Arch, de Dax, B. B. 3, f* 32. recto. 

(3) Arch, de Bayonne, E. E. 91, n» 123 



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— 96 — . 

principaut6 de Sedan et de Raucourt, trop rapproch6e de 
la fronti^re* des Pays-Bas, contre le duch6 d'Albret et 
la baronnie de Durance (20 mars 1651) *. D68 ce moment, 
Tartas, capitale de TAlbret, devint pour les frondeurs, 
qui de Ih menagaient les autres places landaises, le centre 
de leur action dans la region tout entifere. Toutefois 
Tinfluence du nouveau due ne fut pas aussi grande qu'il 
Tetit souhait6, parce que « la Justice se rend dansTAlbret 
au nom du Roy, Son Altesse n'ayant que la nomination 
des offices; les hommages des vassaux dudit ducli6 se 
rendent k Sa Majest6 *. » 

Mais il est une autre nomination qui devait exercer 
plus d'influence encore sur les destinies de notre pays. 
Le parlement de Bordeaux, ne voulant a aucun prix que 
d'Epernon reprit sesfonctions de gouverneur, obtint dela 
reine que le due cfederait sa province au Prince de Cond6, 
et prendraiten ^change celle de Bourgogne (17mail651) 
(( et ledit M. d'Epernon ne fut pas depnis gouverneur de 
Guienne '. » Cond6 n'avait pas tard6 k se mettre en riva- 
lit6 avec les chefs de la Fronde parlementaire, particu- 
li^rement avec le bouillant coadjuteur qui lui disputait 
le pav6 et refusait de c6der le pas k tout autre que le roi. 
D'autre part, il 6tait loin d'etre rassur6 sur les intentions 
que la Cour nourrissait k son 6gard; craignant done, avec 
quelque raison, d'6tre arr6t6 une seconde fois, il quitta 
Paris pour se retirer k Saint-Maur suivi du prince de 
Conti, de madame de Longueville, de M. de La Roche- 
foucault, de Bouteville etde Bouillon (6 juillet) *. Ce depart 
pr6cipit6 alarma la reine qui, d6s le lendemain, chargea 
Gramont de porter au prince des paroles de paix et de le 
ramener dans la capitale. Le mar6chal 6choua dans cette 

(1) Arch, des Landes, A. 23. 

(2) Afdm. de Lenet, p. 297. 

(3) Laborde-P6bou6, Relation o^ritable (Arm, des Landea, in, p. 462). 

(4) Arch, de Bayonne, B. B. 92, n» 12. 



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— 97 — 

entreprise et d6go<it6 par cet insuccSs, ne voulant pas se 
mettre centre le Prince sous les ordres duquel il avait 
vaillamment combattu k Fribourg (1644) et A Nordlingen 
(1645), il r6solut de rentrer dans ses terres de B6arn. Le 
7 septembre 1651, le roi fut d6clar6 majeur en s6ance du 
Parlement. Rompant ouvertement avec la Cour, Cond6 
refusa d'assister a la c6r6monie et partit pour son gouver- 
nement de Guyenne, o\i allait 6clater une guerre plus 
longue et plus d6sastreuse que la premiere, a Souvenez- 
vous que je tire r6p6e malgr6 moi, dit-il k madame de 
Longueville, sa sceur, et que je serai le dernier k la 
remettre au fourreau. » En arrivant k Bordeaux (22 
septembre) quelques membres du Parlement vinrent lui 
proposer de se d6clarer due de Guyentie; mais effray6 de 
leur audace et craignant que sa cause n'eM k en soufiErir, 
« il les rebuta avec quelque marque de colore*. » 

Mdsaventure de Gramont. — La Cour ne pouvait 
laisser au Prince le temps d'organiser la r6volte. Le 
mar6chal de Gramont regut Tordre de revenir en B6arn. 
(( II devait prendre la poste et se rendre k Bayonne en 
toute diligence, puisque c'6toit la clef du royaume et que 
de la seul d6pendoit le salut de la monarchic et de la ma- 
jest6 royale*. » Comme il approchait de Bordeaux, il faillit 
6treenlev6 par les frondeurs de cette ville, qui voulaient 
le Jeter dans la Garonne. « II s'en plaignit hautement et 
disoit : Cela ne se feroit pas chez les cannibales; je ne 
suis point arm6 centre eux; je vais planter mes choux 
tout doucement'. » II fit alors un d6tour et passa par 
Langon et les petites Landes pour regagner son poste. 
« D6s qu'il y fut arriv6, il rassura toute la fronti^re qui 

(1) M^m. de Lenet, p. 527. 

(2) M6m. du marshal de Gramont (4d. Michaud, 1854, !'• partie), p. 281. 

(3) Tallemant des R^ux, Historiottes (mar^chal de Gramont), t. n, p. 343 
(6d. Momnerqu^, 1834). 

Tome XXXV. 7 



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6to]fi foari dsraDil^e et coDtini la nobiesse du B^sm, ks 
peapies de cette province, les Bayoanois et les Basques 
dans I« M61dt6 quife devoient au Roi; ce qui renversa 
tout k fait les pro jets que M. le Prince avoit concertos 
avec les Espagnols, lesquels ne le pouvant pas secourir 
par tcrre, toute communication leur ayant 6t6 6tte, 
Bssyoime et le B6arn restant fiddles, n'avoienrt plus qw 
lib, vpie de met p«ur venir k Bordeaux, qui en 6toit une 
trtfifc ineertaine et d'lane d6pense ruineuse pour eux*- » 
SM»,atteiidre udl concours aussi pr6caire^ Coad6 prit se» 
dispositions pour dieter ses volont6s et d^cbainef pour* 
IteAgtemips sur notre malbeureux paystoutes les boFreurs 
de la^ guerre civile. 

{A mmre.) J.-J;-C. TAUZIN, 

€ar6 de Saint-Justin de Nfiarsaa. 

NOTES DIVERSES 

CCCXVr. dur le ehiitofglett Biennsifle 

n ittrtdt <)tie nons ne sommea pas assez flers de notve quasi-compatriofa 
Biennaise, d'apj^s ce que declare le D' Chavernac (d'Aix) dans son 6tude 
sur Daciel en Provence (Aix, 1893, p. 28) : « Une centaine d'ann^es avant 
lui [avant Daviel], deux homines^ places au premier rang par uno estime 
genlrale, mais dont le merite a et6 quelque peu neglige par la renomm^, 
Bieimaiae et Roberdeau, avaient fait construire k Paris,^ de lears proprea 
deniers, un amphitheatre anatomique destin6 aux instructions gratuites; 
mais les fonds consacr^ k un si important ouvrage f urent foientdt 6paisM. 
Lf^ l^Q^ms cess^rent et la maligne envie ^rivit sur la porte : 

Amphitheatre a Locier 

PFny feareux que celui de ces raodestes et vaiUants deraneiers, I'amphf * 
th64tre de Daviel ne subit pas le meme sort. » 

Le I>' Chavernac dit en note : « Biennaise, n6 en 1601 k Maz6i^ dans 
le oomt^de Foix, fut un anatomiste distingue. U osa remettreen usage la^ 
suture des tendons que plusieurs chirurgiens de son temps avaient pros- 
cidte et que d'autres ant condamn^ dans ce si^cle, mais qui a ^t6 adopts 
par d'habiles operateurs; il inventa un bistouri k lame cach6e qui a du 
mspirer le lithotome cach6 du f r6re Cosme (2), et qu'on d^signait sous le 
nom d'attrape-lourdaud. Biennaise avait gu6ri d'un an6vrisme au bras, 
survenu k la suite d'une saignee mal ex6cut6e, le c^l^bre Frangois de 
Harlay, alors archeveque de Rouen. » T. de L, 

(1) Mim. du mardchal de Gramont, p. 282. 

(2) Celui-ci est un pur gascon. On sail que Jean Bazeilhac, si connu dans les 
annales de la chirurgie sous son nom de religieux feuillant « fr^re Cosme », 6tait 
n6 en 1703 k Pouy-Astruc (Hautes-Pyr^n^es). — L. C. 



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OBJETS ANTIQUES 

AVEC MARQUES DE FABRIC ANT 

INSCRIPTIONS OU AUTRES SIGNES 

TROUVES A LECTOURE EN 1890> tA91 BT 1893 (*) 



III 

LAMPES EN TERRE CUITE 

La terre de ces lampes, leur forme dans les details et leur fagon 
oflfrent plusieurs differences. Les plus fines, rondes et sans anses, sont 
en terre jaune p^le, presque blanche, mince et pen cuite; si bien qu'on 
aurail peine k croire qu'elles aient jamais pu servir s'il n'^tait rest6 des 
traces de suie, non ^uivoques, k leurs bees. Les cx)uvertes ^taient 
anssi varies de teinte; on trouve le jaune chamois, rouge clair, 
rouge vineux, violet, marron, vert bronz6, etc. 

Parmi les sujets ornant le disque sup^rieur des lampes, toujours 
creus6 en cu vetle et perc6 pour Tintroduction de Fhuile et le passage de 
J'air, nous noterons : 

— Petit g^nie ail^ assis devant une colonne k chapiteau (..). 

— Personnage difforme, nu, dansantsur un crocodile qui^ lagneule 
ouverte, tourne sa t^te vers lui. 

— Mercure, coiff6 du p^tase, en course, la bourse k la main droite^ 
le caducie k la main gauche (..). 

— Petit g6nie ail6 portant sur T^paule un bSlton : un vase k anse 
pass^ k chaque bout (..). — « Eros, porteur d'eau, » signal^ dons 
une vente k Rome en 1884. 

— Lion le pied sur une proie. 

— Grande t6te imberbe, de profil, couronn^e de laurier. 

— Taureau, k gauche (..). 

— Le berger Appulus^ change en Olivier sauvage? 

— Monstre marin, la t6te tournte k gauche, sonnant de la conque; 

(*) Voir la livraison de novembre 1893, page 503. 



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— 100 — 

argile rougeitre, couverte rouge clair. — M6me sujet k Lyon, en argile 
jaune verdAtre, couverte brune. 

— Chien dans la pose des lions heraldiques du moyen age. 

— Dragon aux ailes ^ployfes. 

— Singe ithyphallique, accroupi sur une montagne, jouant de la 
lyre; argile jaune rouge&tre, couverte rougedtre. — M6me sujet i 
Lyon, en terre grise et couverte brune, et k Texposition, k Paris, en 
1881, des fouilles dites d'Utique. 

— Petit g^nie ail6, dans Tattitude de la lutte. 

11 manque la moiti^ du disque k ce dernier et dilicieux petit sujet. 
Parmi les autres, plusieurs, tr^s probablement, dtaient de petites rdpli- 
ques ou des parodies de grandes oeuvres de Tantiquit^; nous citerons 
surtout, parmi ces r^pliques probables, le berger Appulus (Ovide, 
Metamorphoses J xiv, 5), ci-dessus, qui a encore une allure superbe. 
Des fragments moins importants accusent encore ici : un griffon; Jupi * 
ter, avec la foudre; une course de chars dans un cirque; un gladiateur 
casqu^; un gladiateur renvers^; une assez grande t6te de profil k che- 
veux boucles; unetAte de femme, de profil, cheveux an vent, se d^ta- 
chantsur une coquille — du sujet dit < toilette de V^nus »?^ Parmi 
les motifs non histories, notons : couronne de laurier; ^toiles a quatre 
branches, ou k branches plus nombreuses, creus^es en gorge; bordures 
d'oves; etc. 

Les marques sont, k Tordinaire, au-dessous et en creux ou en 
relief; elles sont, dans les deux cas, produites par le moule et non 
par un cachet particulier. Comme dans la suite de la poterie fine & 
couverte rouge lustrfe, de fort belles lampes ou des lampes m^diocres 
n'avaient aucune marque. 

169^ — Fragment d'une lampe, avec restes du sujet qui derail sa 
cuvette sup6rieure; terre tendre, jaune clair, couverte brun verdAtre. 
Au-dessous, sur le disque inferieur, en creux : 

CIV 

LetCres de 3 mill, de kaut. 

C{aiu8) Ju[n](ius) [Drac]{onis) ? — La marque compl6te avait environ 
huit lettres; ce qui en reste est un peu fruste et, peut-^tre, il y avait un 
point apr6s le C, oil Tintervalle est relativement grand. La marque : 
CIVNDRAC, d!ot notre lecture, signal6e dans Tancienne Narbonnaise et 
k HenschiivTin^ (Afrique). 

170 (839,3). — 1. Lampe incomplete d'une partie du bee et du 
dessus; terre orang6 clair, couverte de mfemecouleur avec larges taches 



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— 101 — 

brunes (..). 2. Lampe semblable et incomplfele de la m6me manifere. 
3. Fragment de fond et de parois; mfeme terre et couverte. En creux, 
sous le fond : 

C.OPPI-RES 

Lettrea de 4 mill. 

Ciaius) Oppiius) Resititutus). — La marque, avec points, signal6e k 
Bordeaux, mais incomplete du dernier point et de sa suite; en Afrique, avec 
les points, mais sans TI (?). Commune un pen partout dans le monde 
romain^ mais ordinairement sans les points, semble-t-il. Sur le n* 2, qui est 
an mus6e, la marque est absolument mal venue; sur le n* 3, aussi aumus6e, 
elle est incomplete des quatre premieres lettres, mais ce qui reste est bien 
mieux imprimd que sur les deux antres : le point y parait d6gag6 en relief, 
ne d^passant pas le champ, par une ligne circulaire en creux. Les Oppu, 
paraissent avoir eu une grande exploitation figuline; « ils ont signd des 
briques vers lesann6es 123-125, » dit C. Jullian (I, c). 

171. —1. Lampe incomplete d'une partie du bee et d'une partie 
du dessous. Terre fine jaune orang6 clair, couverte orang6e, tach6 de 
brun : imitant les reflets du feu. Dans la cuvette ou disque sup6rieur, 
un dragon aux ailes ^ploy^es; la t^te k droite avec le dard cordiforme 
tres grand; le corps squammeux; la queue enroulte autour du trou 
par lequel on introduisait Thuile. C'est un exemple des formes h6ral- 
diques du moyen Age d^ji produites par Tantiquit^. 2. Fragment de 
fond. Sur le fond ou disque inf6rieur, en creux, et en relief pour Tap- 
pendice : 

LMAMIG 



Lettrea de 4 mill.; VX, en relief, a 20 mill. 
L(uciu8) M(..dus) Amic{u8). — « Le cognomen Amicus n'est pas trds 
oommun, mais on en a plusieurs exemples, dont quatre ou cinq en 
Afrique et un dans la Narbonnaise » (communication de M. le capitaine 
Esperandieu). Lalampe, presque complete, venantd'unmouledont les deux 
parties 6taient un pen us^es et la couverte 6tant tr6s rugueuse et tachee 
en dessous, ilfaut un estampageen papier d'6tain pour distinguer Tinscrip- 
tion; sur le deuxi^me fragment, Tinscription est plus nette, mais elle est 
incomplete des trois dernieres lettres et de X en relief. 

172 (839,4). — Deux tiers d'un fond en terre, jaune clair, mince et 
tendi»e, couverte rouge orang6. Au centre du disque, en relief : 



M 



Lettre de 9 mill. 

Cette lettre avait k gauche et k droite un omement en forme de G xen- 



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— 102 — 

ver86, Touverture en dehors; il ne reste que celui de gauche au complet. 

173 (839,1). — Lampe ou il ne manque qu'une partie de I'anneau 
qui servait d anse. Terre 6paisse, jaune clair, couverte jaune orang^ 
marbr6 de brun. Sur le disque, en cuveUe, un chiendans la pose des 
lions hiraldiques du moyen ^e. En dessous, en creux : 

MVNTRFPT 

Lettres de 4 mill. 

Mun(atiits) Trept{u8). — Cette marque est bien connue; elle a 6te signa- 
16e, notaminent, k Narbonne eten Alg^rie; elle figurait, a rexposition dite 
des fouilles d'Utique, sur une lampe ou I'on voyait Hercule assis uneeoupe 
k la main; le Corpus de la Narbonnaise donne la variante M VN TREPT, 
k Aix en Provence. Notre exemplaire semble porter R et non N pour troi- 
sitoe lettre, et il porte, s^ement, F au lieu de E pour la sixi^me. Le sujet 
d6corant la lampe oflfre undeuxi^me exemple, ici, des formes h^raldiques 
du moyen fige d6j& modelees dans I'antiquit^. 

174. — Fragment d'une petite lampe. Terre jaune clair, couverte 
de mtoe couleur avec taches brunes. La cuvetle sup6rieure manque; 
k I'anse, de forme ordinaire, est accol6 un croissant de grandes dimen- 
sions, les pointes en dehors. Sous le fond, trfes petit, un rectangle 
creux aux petits c6t6s arrondis duquel se d6tache en relief : 

MYROF 

Lettres de 3 mill. 2/3 

Myrofiecit). — Les lettres sont gr^les, mais bien venues; TO, un pen 
incomplet par le bas; le F, incomplet des deux tiers inf^rieurs de sa haste 
et de sa traverse mddiane. Cette marque est par exception mat^riellement 
semblable k celles de la poterie rouge lustr6e et autres sur amphores, mais 
elle n*a pas, certainement, 6t6 obtenue, comme colles-lk, par un cachet par- 
ticulier qui aurait, ici, ^ras^ le fond sous la pression : un rectangle en 
relief avec les lettres en creux 6tait done dispose dans le moule de la lampe 
et en faisait partie. Une lampe marquee au m^me nom, avec O poinl6 et 
sans le F final, flgurait dans une vente faite k Rome en 1884; une autre 
signal^ & Pompei, avec TO non points et sans F ^ la fin. 

175. — La plus grande partie d'une lampe, sans anse, en terre 
rougeHtre, couverte rouge orang6 (..). Sur le disque sup^rieur en 
cuvette, au- dessus du sujet qui le d^corait : 

N 

Lettre de 6 mill. 

Peut-^tre la marque ou inscription n*est pas complete telle que nous la 
donngns, 11 y a traces tres vagues k gauche d'un I ; si cette derni^re lettre 



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— 105 — 

a exi^ n ^ eHw n l , il y avait IN, sans pirn, k imIiis qttll ii*y 9(tt emU- 
uaation au-dessous du sujet qui maB^oe presque totalement 

176 (839,5). — Fragment de lampe avec partie du fond. Terre 
lendre, jaune clair, converts jaune orangi. En dessous du tend, en 
relief : 

PHOETA-.- 

Lettrea de 6 milL 

Phoeta[spi] . — Caract6re8 k traits larges, les deux premiers et le dernier 
incomplets par le haut. La meme marque, ou du moins des marques au 
meme nom, signalde k Lyon, Aries, Birgelstein, Leiibach, Mayence, 
Nimes, Salzbourg, Yienne, Orange, Vaison, Chamb^ry, Gen^r^, B^ers, 
Narbonne. 

177. — Fragment de fond et de parois. Terre jaune clair, couverte 
jaune orang^ lustr^e. En dessous, au centre du disque inf^rieur, trac6 
h la pointe avant la cuisson ou imprim^ en creux avecun cachet "parti- 
culler : 

V 

Lettre de 5 mill. 

dette lettre, bien conserv6e k droite, n'a plus, k gauche, qu*une petite 
partie inferieure de sa barre; mais on s'est repris pour la marque, k cause 
d'nn d6faut,en tournant un pen, ee qui laisse voir le has fin V du pr^toier 
trfto6 ou empreinte. Signal6e k Lyon. 

178. — Fragmant d'une petite lampe sur pied &\ev& nonivid6, sans 
anse. Terre rouge^tre grossi^re, sans couverte (..). Sur la paroi, vers 
le pied, trace k la pointe avant la cuisson : 



f'A 



Lettres de 8i 6 et 13 mill. 

Fiiglina) A( )? — Malbeureusement, la premie lettre est inoerlidne; 

la cassure k gauche, qui emp^che aussi de savoir si c'6toit bien nrntiale^ 
n'a laiss6 que le bas de la haste et la partie de droite de la traverse sup6- 
rieure; un dclat emp^che de savoir si I'A 6tait barr^ mais cette lettre ter- 
minait certainement la marque et son 6cartement des autres donne k croire 
qu*elle etait seulepour le nom du fabricant. 

179. — Fragment de la partie sup^rieure d'une lampe au disque en 
cuvette uni, mais €ncadj?6 d'une bordures droves. Terre fiwe> jaune 



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- 104 — 

clair, oouverte jaune orang*, lustrde. Vers les bords du disque, tracAa 
la pointe a^jant la cuisson : 

TT 

LettreB de 6 et 4 mill. 

La cassure k gauche emp^he de savoir si nous avons rinscription com- 
plete ou non. Le T n'aurait eu que la moiti6 de gauche de sa traverse; un 
accident sur la terre fraiche, post^rieur au trac6, a coup6 les caract^res tout 
au haut, et il se pourrait qu'au lieu de F, archalque, nous devious enten- 
dre P, archalque, d'abord, ensuite I. Une marque de cette derniere mani^re 
est signal^e k Bordeaux, sur le disque sup6rieur d'une lampe fine orne- 
ment6e d*un lion^ mais en relief et non en creax. 

180 (839,2). — Fragment de fond et de parois. Terre 6paisse jaune 
clair, couverte jaune orang6 avec taches brunes. En creux : 

HRE 

LettreB de 4 mill. 1^2 

Comme ce reste de marque arrive k rextr6mit6 de droite du disque ou 
fond, qui est ordinairement pour le pied, sans que le nom paraisse achevd, 
il esti croirequela marque 6tait unede celles, bien connues, des Chresimi 
avec abr^viations des prenom, gentilice et surnom. On les trouve surtout 
sur la poterie k couverte rouge lustree; du moins nous ne savons de signa- 
16e, sur lampe, que celle CHRESIMI, k Bordeaux, avec ligature de C, 
H et R. 

181. — Lampe, sur pied en relief non 6vid6, incomplete du bee et 
de la plus grande partie de I'anse qui 6tait longueet cylindrique comme 
k certains bougeoirs modernes. Terre rougefttre, non fine, sans orna- 
ments et sans couverte. Sous le pied, iraci k la pointe avant la cuisson : 



X 



Haut. 23 mill. 

Nous avons olass6 apr^s une marque incomplete oe signe bien complet 
le prenant, peut-^tre bien k tort, pour une indication num^rale. Voyez la 
marque suivante. 

182. — Lampe, de 48 millimetres de diam^tre surun pied en relief 
non 6vid6, incomplete de Tanse et d'une petite partie attenante. Terre 
brun clair, non fine, sans ornements et sans couverte. Sous le pied, 
trac6 k la pointe avant la cuisson : 



Xi 



.1 

Hatit. 21 et 15 mill, 

Le X est bien au centre du pied dont il occupe presque tout le diamdtre 



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— 105 — 

par sa hauteur, tout comme sur la lampe pr^cMente qui, au reste, sauf la 
couleur de la terre, oflre les plus grandes analogies de forme et de fabrica- 
tion avec celle-ci; I'l est oblique de droite k gauche et de haut en has et 
coupe X sur le bas li droite. 

183. — Grand fragment de la moiti6 sup6rieure d'un moule de 
lampes communes, unieset allong^, terre rougeAtre. Au revers, trac6 
ou imprimS en creux d'une manifere trfes r^ulifere et trte nette : 



Haut 10 miU. 

Le crochet de ce 1, descend tr^ bas en devenant de plus en plus mince. 
Le m^me signe devait ^tre r^p^t6 sur Tautre moiti^ du moule. 



IV 

TUILES A REBORD 

Les fouiUes de Pradoulin, ont mis au jour d'6normes quantity de 
tuiies k rebord et des briques de diff^rentes formes en diverses natures 
de terre et, par le fait, de diverses provenances sans doute; malgr6 tout 
nous ne sommes pas parvenu k trouver le moindre vestige de ces belles 
marques imprim^ sur tuiies ou briques, communes en Italic, sinon 
ailleurs.Les deux num^ros qui suivent ne concernent que des grafitti, 
presque douteux, trfes pen explicites dans tous les cas. 

184. — Fragment de tuile k rebord en terre dure rouge violac4. Au 
revers^ trac6 avec un bout de bois^semble-t-il^ avant la cuisson : 



B 



Haut. 92 mill, \ larg . des traits, 2 mill. 

La boucle inf^rieure de ce B est du double plus grande que Tautre. Cette 
lettre a ^t^ tracee, Men visiblement^ sens dessus dessous, en commen^nt 
par la grande boucle et continuant par la petite, ensuite par la haste. Avec 
une grande marge a gauche et une assez large a droite vers le bas, cette 
particularity singuli^re indique que, probablement, le signe est complet, 
sauf que la cassure oblique a emport6 une tr^ petite partie, k droite, de la 
boucle sup^rieure. 

185. — Tuile k rebord presque complete, mais bris6e et dont le frag- 
ment 6crit a seul 6t^ recueilU. Terre rougefttre, non trfes dure, fabrica- 



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^ 



— 10ft — 

Hon grossifere. Au-dessus, imprim^ comme avec des pailles bris^ et 
applaties et retouch^ k la poiate avant la cuisson, pour la premifere 
moiti6, ou pour la seconde si on relourne le fragment : 



XX 



Hauteur moj/enne, SO mill,; larg, moyenne des traits, 2 mill. 1^2. 

Ces deux X, normalement 6cart6s, se trouvent chacun dans une petit© 
concavity; si ce n'6tait que Tun d'eux a 6t6, tr^s visiblement, refait k la 
pointe, il y aurait lieu de prendre Tensemble pour un effet de hasard. 

V 
PYRAMIDES TRONQUfiES 

Les pyramides tronqutes sont en terre cuite grossifere, rouge4tre, 
quelquefois blanch^tre, assez peu cuite parfois. On en trouve par- 
tout oil il y a eu des habitations romaines. Leurs dimensions en 
hauteur varient entre 5 et 20 centimetres, les largeurs sont moitii 
moindres;leur plan est presque toujours reclangulaire, c'est-^-dire sur 
carr6 allong^; toutes sont perches, d'une face k la face parall^le, d'un 
trou rond situ^ vers rextr6mit6 sup^rieure. Celles qui sont marquees 
ou sign^s sont assez rares. 

Etudites, sans doute exclusivement dans les muste, sur des Ajhan- 
tillons de choix, aucune des opinions ^mises, k notre connaissance, sur 
leur utility ou usage ne nous parall acceptable, d'aprfesune centaine de 
ces monuments que nous avons pu <^tudier k Lecloure, sur le champ 
m6me des fouilles. 

L'id^ la plus accr^ditte aujourd'hui, qui en fait des poids de 
tisserand pour des metiers verticaux, a centre elle, au minimum, les 
dimensions toujours diverses des pyramides trouvtes sur un m6me 
point; la profonde usure dans tous les sens de bon nombre d'entre 
elles; la non usure du trou, qui est constante etabsolue, mftme sur les 
bords si fragiles. L'id^ qui en faisait des poids pour les lignes ou les 
filets de p^he a centre elle cette non usure des trous et les commen- 
cements de Tusure, par ailleurs, qui 6pargnent le dessous, partie qui, 
dans Thypoth^se, aurait ^t6 la plus sujelte aux frottements et aux 
chocs. Celle, enfin, qui en faisait de v^ritables poids de balance ou des 
surpoids de romaine a centre elle, toujours directement et au minimum, 
les divers dtats de Tusure qui, d^s les premiers, aurait fait rejeler ces 



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— 107 — 

pr^Cendus poids; ensuite le poids rtel des pyramides k I'^tat de nexit ou 
de conservation passable, ne rtpond k rien de connu : nous avons 
trouv6 en grammes, pour diverses, 490, 210, 1,080, 295, 615, 360, 
366 et ainsi de suite, chiflfres, on le voit, n^tivemeat concluante; la 
livre romaine, oomme on salt, 6quivalait k environ 330 grammes. 

Le veritable usage doit 6tre devin^ d'apr^s la nature de la terre cuite 
qui, mouill6e,s'use souvent dans les doigts comme une sorte de savon; 
par la forme en pyramide tronqu^e et les divers itats de Tusure qui 
donnent d'abord : les aretes rampantes arrondies et lisses, surtout vers 
le bas; ensuite cette usure continu^e, vers le bas, jusqu'Ji r^duire le 
gros bout aux dimensions du petit, faisant de la forme pyramidale une 
forme cylindrique; puis le petit bout demeure le plus grand, celui du 
bas, de plus en plus r6duit, est arrondi et la pyramide tronqu6e n'a 
plus, k rinverse, que la forme d'un ^pi de mais; puis encore, le gros 
bout est devenu pointu et la forme g^n^rale conique, en sens inverse; 
enfin, cette pointe et ce c6ne sont us6s et il ne reste qu'une partie mal 
arrondie de la grosseur d*une noix ayant seulement conserv6 le trou 
qui 6tait pr6s du sommet. Pour la non usure de ce trou il faut croire 
qu'il ^tait f^t, en principe, pour suspendre Tobjet k des cbevilles ou k 
des clous, aprte le service, et qu'on n^ligeait toujours ou presque 
toujours de prendre ce soin. Nous tenons de M. L. Audiat qu'il a 
trouvi une de oes pyramides ou 6tait demeurfe pass^ une petite tige 
de fer.; 

La forme pyramidale allongte itait, k n'en pas douter, pour'tenir faci- 
lement Tobjet par le haut, couch^ dans la paume de la main; de la sorte, 
on s'explique clairement les premiers ^tats de Tusure et il devient abso- 
lument Evident qu'il y avait lA, tout simplement, un outil pour frolter, 
soit de la toile, du drap, du cuir, des toisons ou quelque chose d*ana- 
logue, manipul6 journellement ou fr^quemment. 

186. — Pyramide tronqute, de 20 centimetres de baut, k deux 
larges faces, c'est-A-dire sur plan rectangulaire» Sur Tune de ces deux 
faces, trac6 avec une grosse pointe avanl la cuisson : 

Du trou au bas, une ligne verticale mediane qui coupe en 
baut, le milieu de la traverse d'un H, traverse qui d^passe 
les hastes et est plac^e un peu bas, et qui coupe, vers le 
bas. une ligne oblique tracee sur toute la largeur. 

La hauteur totale de cette marque ou signe, qui ressemble assez^ pur le 
baut, a un trident, est de 15 centimetres. Sur le plan sap^riear, presque 
enU^ment ddtruit, reste d'une ligne qui partageaitoe planendiagonale.Ce 



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— 108 — 

dernier signe a 6t6 signal^ ailleurs sor des pyramides tronqnSes. La n6lre 
est a r^tat de neuf aveo oonverte, sauf une cassure k la droite de la partie 
sap6rieure. La terre est rougefttre et la couverte jaune chamois. 

187. — Pyramide tronqu6e,de 17 centimetres dehaut,i deuxlarges 
faces. Sur Tune d'elles, trac^ d'une grosse pointe avant la cuisson : 

Une figure contourn^e ressemblant k un lizard, va en 
dessus, ou, mieux, a un t^tard. 

Un point est au milieu de ce qui semble toe la tete; peut-^tre une barre 
verticale au centre de ce qui iigurerait le corps. Hauteur totale de la figure, 
qui commence pres du trou, 10 centim^treis. 

188. — Pyramide tronqufe, de 15 centimetres de haut, k deux 
larges faces. Sur le plan sup^rieur : 

Une rosace. 

Cette rosacCyde 21 millimetres de diamMre^est composee de huit triangles 
mixtilignes, imprimis en creux, formant en epai^ne, ou relief ne d^passant 
pas le champ, une rouei huitrais, sans jantes. 

189. — 1, Pyramide tronqufe, de 9 centimetres ll2 dehaut, k deux 
larges faces. 2, Pyramide tronqu6e, plus grande, incomplete sur le 
haut. 3, Pyramide tronqu6e, de 10 centimetres li2 de haut, sur plan 
presque carr6. Sur une des larges faces des deux premiers numiros et 
sur le plan sup6rieur du dernier, trac6 avant la cuisson avec une tres 
grosse pointe : 



I 



Le signe, d'une longueur moyenne de 2 centimetres, reesemble k la partie 
superieure de !, sur le n' 2. La terre est rougefttre sur les trois pyramides, 
qui semblent bien etre du m^me fabricant. 

190. — Pyramide tronquee,de 12 centimetres dehaut,k deuxlarges 
faces. Sur Tune de ces faces lrac6 d'nne grosse pointe avaiit la cuisson: 



II 



Ces deux barres, qui out 5 centimetres de long, partent en haut du 
niveau superieur de la circonference du trou; la premiere k peine 
visible, moins le quart infeHeur, qui est encore bien marque, tandis 
que le quart inferieur, seulement, de la seconde se voit k peine: ces rap- 
ports en sens inverse sont simplement produits par le commencement 
d'usure qu*a subi la pyramide, dans son usage ordinaire, Sur le plan 8up6- 



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— 109 — 

rieur : grosse llgne ond^ models k la main, en relief; le m^me signe, en 
relief, se volt, a la mtoe place, sur plusieurs de nos pyramides. Sur leplan 
inf^rieur, en relief: tr^s grosses lignes forraant comme un F, qui aurait sa 
traverse mMiane k gauche. 

191. — Pyramide tronqute, de 10 centimMres de haut. Sur le plan 
inf6rieur, trac6 avec une grosse pointe avant la cuisson : 



IV 



Haut. 32 mill. 



Le Y a son jambage de gauche vertical, le jambage de droite k peine 
marqu^ par une ligne relativement fine. 

192. — Pyramide tronqufejde 16 oenfimfetres de haut, i deux larges 
faces (..). Sur le milieu du plan supArieur : 



Ces points, de 3 millimetres de diam^tre, imprimis en creux, tiennent 
nne surface de 45 millimetres de large sur 20 de haut. 

193. — Pyramide tronqu6e,de 17 centimetres dehaut,{i deuxlarges 
faces. Sur Tune de ces faces, touchant presque au has de la circonf^- 
rence du trou, trac6 avec une grosse pointe avant la cuisson : 



X 



Ce signe a 20 millimetres de large. 

194. — 1, Fragment de pyramide tronqute, de 11 centimfetres de 
haut, k deux larges faces. 2, Fragment de pyramide tronqute de 16 
centimetres dehaut, k deux larges faces. Avant la cuisson, sur une des 
petites faces du n® 1, avec une tres grosse pointe; sur les deux lai^;es 
faces du n° 2, avec une pointe fine : 



X 



Sur ces deux pyramides, incompletes par le haut, le signe a 3 centime- 
tres li2 de haut, sur la premiere, et n'a pas moins de 12 centimetres, aussi 
de haut, sur la seconde, oil il est en double. 

195. — Pyramide tronqu6e, de 9 centimetres de haut, sur plan 



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— 110 - 

I 

carrt. SuT le plan sup^rieur, trao6 avec une poinle fine avant la 



cmsson*: 



X 



Haut. et larg. 28 mill. 

Le signe forme lea diagonales du carr6. II a et6 signale sur plosieuw 
pyramides comme la notre. 

196. — Pyramide tronqufe,de 16 centimetres de haut, k deux larges 
faces (. .). Sur Tune d'elles, trac6 avec une grosse pointe avant la cuisson : 



X^ 



Sur ce signe, plus cursif qu'k Tordinaire, qui a 8 oentim^tifes de hauteur 
totale, I coupe, en la croisant, la parlie de droite, superieure, de X. Le 
trou de la pyramide se trouve au milieu de la fourche superieure form6e 
par le signe. 

197. — Pyramide tronqu6e, de 9 centimetres de haut*. Sur le plan 
sup^rieur, trac^ sur la terre molle en frottant avec une baguette cylin- 
drique, la m6me, probablement, qui avait servi ^ perforer la pyramide : 



X 



Cette marque, qui tend k la forme de X, est assez souvent signal^© ail- 
leurs sur les memes objets. Elle est ici sur une pyramide tronqu6e, tres 
grossi^re, trouv^e i Lectoure meme et|non k Pradoulin, avec une autre sur 
plan parfaitement carr6, bien faite et en une terre plus fine et mieux cuite 
qu'ii Tordinaire. 

VI 
DISQUES EN TERRE CUITE 

Aucun recueil d*antiquit^s, que nous sachions, ne signale rien de 
semblable h nos disques, de 12 millimetres de diam^tre en moyenne, 
en terre rouge^tre non fine. Ces disques ^taient obtenus au moyen 
d'une petite boule de terre molle, presste contre un sujet en inlaille ou 
en relief; ils 6taient ainsi, vraisemblablement, une sorte de bons, des 
reconnaissances 6manfes du possesseur du cachet matrice : sans doute 
oette monnaie romaine, en terre cuite, menlionn^ par Suidas. 



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- Ill - 

198. — Disque unpeu elUptique. Au milieu de Tune des faces, en 
aire 16gferement creuse, se d^tache en relief : 

Mercure coiffe du petase, assis sur un cippe, les jambes 
croisees, le caducee k la main droite, la bourse 4 la main 
gauche. 

Hauteur totale de la figure, 7 millim6tres. Au revers, traces du doigt qui 
a presse la terre. Usure aux parties saillantes, comme sur les monnaies. 

199. — Disque un peu irr^gulier, gered sur les bords, parTefFet de 
la pression opdree avec quelque chose de plat. Un peu sur le c6t6 d'une 
des faces, imprimde en creux : 

Figure nue, k mi-corps, posant sur un objet courbe ind^ter- 
mine : tSte de profll. attitude d'un triompbateur. 

Hauteur totale da sujct, 6 millim^res. 

200. — Deux disques atleignant,run 14 millim^tres,rautre 9 milli- 
metres de diamtoe; maximum et minimum de ce que nous avons 
dans ce genre. Sur le plus grand : 

Empreinte du chaton elliptique d'une bague; le sujet en 
relief est meconnaissable, par suite de gerQures surve- 
nues durant la cuisson. 

Le revers est Men models en bosse avec cdte mediane; un grafltto (?) en 
G majuscule de Tecriture cursive actuelle paralt de ce c6t6. Sur le plus 
petit des deux disques, Tempreinte, sous une couverte jaune orang6, 
forme une demi-sphere creuse; le sujet a preaque enti^rement disparu par 
suite de plusieurs tolats de la terre cuite : on distingue seulemeftt, vevs le9 
bords, comme une sorte de ruban, en relief. 

VII 

INTAILLES SUft PIERRES PINES 

Les intailles sur pienres fines, months presquc toujours sur des 
bagues ou des anneaux en or, n'ont pas d'autre raison d'etre que leur 
usage pour signer ou marquer sur des matiferes pr^par^s moUes, 
comme nous venons de le voir aux terres cuites qui prudent; autre- 
ment, comme ornement de bijoux, on eut grav6 des camtes et non des 
intailles. Ces monuments rentrent done dans notre programme. Les 
demiferes fouilles n'ont donn6 qu'une seule intaille^ les trois autres que 
nous aliens y joindre ont 6t6 trouv6es : une k Pr^ulin m6me,. il y a 



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— 112 — 

une quaranlaine d'ann^s, les deux autres k trois ou quatre kilomfetres 
au loin, mais, par consequent, sur Tanden'territoire de la cit6. 

201. — Agathe-onyx, taill^e en ellipse et montte sur une bague en 
or, d'un poids equivalant k 15 francs : 

Oanymede (?) debout, k gauclie, nu, couronn6, le bras droit 
eleve et tendu en avant, un vase (?) globulaire k la main; 
le bras gauche pendant avec un autre vase (?) k la main, 
plus grand que le premier, mais de mdme forme. 

Haut. 6 millimHres 

L'enfant ou T^ph^be semble oflrir k boire. L'intailie est la moins fine de 
cellos qui nous restent k voir, mais sa monture est remarquable. Elle est 
compos^e de quatre pieces principales : la premiere, en forme deT>oite, est 
pour le chaton et porte Tintaille, les autres consistent en trois fils d'or o6te 
k c6te dont deux s'^panouissent en volutes, soud6es au chaton avec bouton 
lenticulaire 80ud6 k leur centre, apres avoir bord6, en s'y unissant par la 
soudure, le troisiemo oti est enroul6 et soud6 un double fll d'or extr^mement 
fin. Cest ainsi un de ses bijoux antiques dont les omements n'6taient ni 
fondus ni cisel^, comme ils le seraient aujourd'hui, mais soud6s piece k 
pi6ce, ne formant plus qu'un seul corps, selon des proced6s dont Tantiquit^ 
a gard6 le secret. Meme ici, le precede n*a pas compl6tement r^ussi, et on 
voit k Tint^rieur une petite partie ou le double fll d'or, enroul6, s'estfondu. 
A Text^rieur, la decoration, par ce double fi.l'd'or, est un pen Iruste, soit 
que reparation n'ait pas bien r6ussi non plus de ce c6t6, soit que la bague, 
longtemps portee, se trouve us6e. 

202. — Agathe-cornaline rouge, taill^e en ellipse, sans monture (..) : 

Un cbeval, k droite, paissant, la jambe gauche de devant 

fl^chie 

Long., 12 mill.; haut.y 8 Iji 

Cette intaille, d*un tr6s beau travail, a 6t6 trouv^e aussi k Pradoulin, 
mais il y a une quarantaine d'annees. Plusieurs autres intailles semblables, 
aussi sans montures, auraient ete trouv^es depuis au m^melieu; nous ne 
les avons pas vues, mais n'avons pas d'autre raison d'en douter. II faudrait 
en conclure qu'un artiste special des plus habiles 6tait 6tabli k Lectoure 
m^e; le fait n'aurait absolument rien de surprenant, 6tant donn^ la diffu- 
sion de Tart dans les Gaules durant la domination romaine. II y a une par- 
ticularity qui vient appuyer la conjecture, tout en 6tant fort curieuse par 
elle-m6me : le cheval est du type d'une race que Ton voyait naguere encore 
k Lectoure et aux environs (avant les choix exclusifs des ^talons de TEtat) 
et qui 6tait caract6ris6e par un corps un pen gros avec une t^te fine en 
courbe concave, de profll. Nous avons le m6me type sur un petit cheval 
de plomb trouv6 dans nos fouiUes en 1892. 



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— 113 — 

203. — Lapis-lazuli, tailW en ellipse et monti sur une b^igue en 
or, de forme dite chevali^re, d'un poids ^uivalent k 45 francs (..) : 

Un 16vrier k oreilles un peu courtes, un collier au cou; 
semblant jouer avec un oison ou une perdrix qui fuit. 

Long,, 7 mill.; haut., 3 7;5 
Le travail de cette intaillc est beau, surtout en ce qui est du chien, qui 
seulement, bien qu*avec un museau long, a la t^te un peu globuleuse. EUe 
fut trouv6o en 1875, en labourant, au lieu dit Cassaignau ou le Verrier, 
commune de Lectoure. 

204. — Agatft-on}^, taillte en ellipse et mont6e sur une bague ou 
anneau en or, d'un poids Equivalent k 125 francs (..) : 

Un personnage nu, excepts le bas- ventre oti passe une tr6s 
mince draperie,jouant de la lyre, assis, un peu renversd 
en arriere, sur une chaise k haut dossier, les pieds 
poses sur une sorte de tabouret ou marche-pied; devant 
lui, un genou 4 terre, les bras tendus et les mains sup- 
pliantes, un vieillard k barbe longue et ^paisse, vdtu 
d'une robe k plis et coiff6 d'une sorte de tiare en forme de 
cdne tronqu^ avec petit bourrelet ou bords sur le bas. 

La pierre a sur sa face plane 11 millimetres 2/3 de long sur 9 de haut; 
le sujet k 8 millimetres 1/2 de large sur 7 1/2 de haut. Cette tr^s curieuse 
etmagnifique intaille et son 6tonnant6 monture furent trouv^es en 1867, 
en labourant, sur une partie r6cemment d^frich^e de la foret du Ramier, 
autrefois ^r^^ de Par tag Ion, situ^e dans la commune dePauilhac, surun 
point eloign^ de 3 kilometres de Pradoulin. Dans la m^me for^t ou dans ses 
anciennes li mites ont6t6 trouv^s, en outre, des bijoux barbares en or, des 
pieces romaines du m^me metal, des poteries et des bronzes antiques. 
Pour notre intaille, elle a dejk ete publiee dans la Reoue des Soci^Us savan- 
tes (T serie, 1. 1, 1879) d'une maniere non tres exacte quoique avec une gra- 
vure. L'editeur , M. Jules Quicherat, a vu dans le sujet Priam aux pieds d'A- 
chiUe qui joue de la lyre; explication faite pour etonner au premier abord, 
maia ou et comment en trouver une meilleure ? M. Tholin avait era recon- 
naitreApollondan8lecitharedequi,au reste, a les cheveux ramenes enavant 
Gomme par un diademe; mais que faire du second personnage vetu et sou- 
mis a la mode asiatique f Peut-etre en favour du Priam, sans bonnet phry- 
gien, faut-il rapprocher sa coifEure de celle un peu semblable du berger 
Faustulus sur le denier . remain de la famille Pompela. Autrement, 
contrairement k Tidee de M. Quicherat, nous ne savons voir aucune 
trace d'arohalsme dans la gravure de Tintaille qui, merveilleusement, 
donnela masse en fort relief aux endroits necessaires et tons les details des 
figures : les cheveux, la barbe, les yeux, les nez, les benches, etc., avec 
Tome XXXV. 8 



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— 114 — 

beauts, selon les regies de Tart et sans aucune s6cheresso. Et dire que lout 
cela, si r^duit, est grav6 en creux sur une pierretr^ dure! Des details 
(en rondelles, grosses boules, etc.) analogues k ceux des pieds de la chaise 
se retrouvent sur ceux d'un trone de bronze du raus6e de Naples. Lamon- 
ture de la pierre, avec son 6norme barreau cylindrique pour I'anneau, et 
r^norme 6panouissementoti elleest sertie, ach^ve biend'en faire un monu- 
ment tout exceptionnel. 

{A suiore.) Eugene CAMOREYT. 



QUESTIONS ET RfiPONSES 



291*. Combien rapportait r6v6ch6 de Condom? 

L*abbe Le Dieu, dans ses M^moii'es sur Bossuet, afflrme que I'dv^h^ de 
Condom 6tait de plus de 40,000 livres de rente. N'eslHje pas exager^ ? Je 
ne puis me decider k croire que le revenu de ce petit ^vech6 ait jamais et6 
aussi considerable. Je demande k nos chers savants du Condomois s'il ne 
faut pas rabattre quelque chose du gros chiffre avanc6 par le biograplie de 
Bossuet. Je le demande surtout k celui d'entre eux qui, ea 6crivant This- 
toire de sa vieille amie — une amie de toute sa vie ! — la cath^rale de 
Condom, a si consciencieusement pr6par6 toute Thistoire du diocese meme. 

T. DE L. 

On lit dans VHistoire religieuse et monumentale du diocdse d'Agcn de 
Tabbe Barr^re, sous la date de la fondation de r6v^h6 de Condom (1317, 
t. II, p. 94) : « L'^glise de Condom, si longtemps fille aln^e de la notre, 
devint, sous le rapport temporel, plus florissante que sa m6re, si bien qu'on 
avait coutume, dit Labrunie, de lui appliquer ce vers si connu d'Horace 
(od. XIX, 1. 1) : 

O martre pulchra illia pulchriorl » 

On disait commun6ment parmi nous que Condom 6tait le plus riche 
des 6v6ch6sde France, comme Auch un des plus riches archev^h^s. (II 
faut mettre hors decompte les dioceses annexes : celui de Strasbourg avait 
300,000 livres de revenu !) — La France eccldsiastique de 1769 attribue k 
Auch 120,000 1. (Paris en avait 180,000), & Agen 35,000, et i Condom 
60,000 (1). On voit que ce chifEre est sup^rieur k celui de Tabb^ Le Dieu, 
qui 6tonne M. T. de L, — Au reste, revaluation des revenus eocl^siastiques 
sous Tancien regime est particuli^rement delicate, on le salt, a cause du 
nombre et de la variete des charges qui pesaient sur les divers benefices. 
Mais ce n*est Ik qu'une raison de plus d'appeler sur ce sujet des eclaircisse- 
ments topiques et de les demander, avec M. T. de L. , & celui de nos chers 
collaborateurs qui est le mieux prepare et le plus autoris6 sur I'histoire de 
Condom. L. C. 

(•) Ce nombre a 6i6 mis par erreur en 16te de la demi^re Question (n» de Jan- 
vier, p. 80J, qui devait 6lre chiffr^e 290. — A la p. 77 du meme nuraero, ]a 
Quest lonmpotiso cot^e 290 devait porter le chiffre 287. 

(1^ Bayeux y est cot^plus haut que Condom : 70,000 1. 



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LIDIOME GASCON A LA SORBONNE 



De l'INFLUENCE DU DIALECTE GASCON SUR LA LAXOUE FRANQAISE de la fin du 

XV* si^cle k la seconde moiti6 du xvii*. These pr^nt6e k la Faculty des 
lettres de Paris, par Maxime Lanusse, professeur au lyc6e de Grenoble. 
Grenoble, impr, F. Allier. 1893. — 1 vol. in-8* de xvi-470 p. (1) • 

Je regrette de n'avoir pas la date praise du jour ou hit soutenue 
cette thfese. Ce fut assur^ment i»n beau jour pour la Gascogne et pour 
son idiome. Nos compatriotes habitants de Paris — etla colonic est 
nombreuse — en avaient eu vent. J'ignore si le printemps (c'6tait, je 
crois, en avril 1893) les invitait par un clair soleil k prendre le chemin 
de la nouvelle Sorbonne, ou s'ils eurent k braver pour s'y rendre le 
vent et la pluie : lefait est qu'ils fournirent un bon contingent k la foule 
qui se pressait dans la salle de Doctoral r^nunent inaugur6e k la Fa- 
culty des lettres. Un jeune professeur de rUniversit^, larbais d'origine, 
M. Maxime Lanusse, devait, dans cette passe d'armes pacifique — je 
dirais, si Feuphonie le permettait, « pas si pacifique » — soutenir, 
devant la France et les < Francimans, » Thonneur et les droits de la 
langue de Gascogne. Oserai-je ajouter que le docte et vaillant maltre 
6tait quelque pen aussi le reprfeentant de la Revue de Gascogne f Je 
Foserai, parce qu'il a bien voulu m'6crire lui-mtoe peu aprfes son 
triomphe : « Ma Ih^ appartient plus encore k la Revue de Gascogne 
qa'h votre serviteur; sans la Revue, jamais il ne m'eut ii& possible de 
la mener k bien. J'ai d'ailleurs cit6 continuellement ce continuel auxi- 
liaiiede n^^n travail, i Ce dernier point est facile k verifier de visu; 
retranchez du reste la part qu'il convient de faire k la politesse et aux 
bons sentiments de I'auteur, k Fexag^ration m6me desa reconnaissance 
— et j'avoue que cette part est trte considerable — ; il en reste assez 
pour honorer grandement notre modesle publication provinciale. 

J'ai parl6 de triomphe, en eflfet, et je ne m'eu d^is pas. La littdra- 
lure oflScielle 6tait representee \k par huit proiesseurs assembles sinon 
pour battre le r^cipiendaire, au moins pour lui rendre le succ^s aussi 

(1) J'ai oubli4 de dire, dans rarticle qui suit, que ce beau volume est mat6- 
rieUement lr6s bien ^tabli — sauf un certain nombre de negligences typo- 
graphiques — et qu'il est d^di^ k la memoire du tr6s savant et tr6s regrette 
romaoiste Ars^ne Darmesteter et, en m^me temps, k notre tr^ vivant et tr^ 
actil collaborateur, M. Ph. Tamizey de Larroque, vraie providence de tous les 
travailieurs du Midi, sans parler de bien d'autres. 



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— no — 

miritoire que possible. lis n'y ont pas manqui. lis lui ont oppos^, 
paraSt-il, toutes les diflScultfe que pouvaient sugg^rer la science la plus 
ilendue et le gout le plus difficile. On m'assure m^qje, k tort sans 
doute, que tel maltre des plus frangais s'est permis de lui chercher de 
vraies querelles d'allemand. Mais il a eu r^ponse k tout, de fagon k 
oontenter.ses juges les plus s4vferes, sinon k les convaincre; car il a 6t^ 
proclami docteur a l'unanimit6 des suffrages. On doit savoir ce que 
vaut ce detail": que tons les membres du jury universitaire s'accordent 
au fond k laisser passer le candidat au doctorat, apr^ sa soutenance^ 
c'est Tordinaire peut-6tre; mais pour pen que Tun ou Tautre Tait jug6 
faible sur un point de quelque importance, il ne permet point Templo^ 
de cette triomphante formule. 

. Tout va bien qui finit bien et il n'y a pas lieu de s'inqui^ter des diflS- 
cultfe qui ont 6t6 oppos6es au nouveau docteur autrement que pour en 
faire son profit en y prenant la part de yinii qu'elles devaient contenir. 
A mon vif regret, je n'assistais pas k la soutenance, et je n'en ai vu 
d'autre compte-rendu que deux pages d'apparence un peu l^gfere de la 
Revue de Venaeignement du libraire Paul Dupont. Sans faire grand 
fond sur oette fagon de chronique, je lui emprunte quelques-unes des 
critiques *nonc6es k la Sorbonne (J). 

D'abord, M. Lanusse n'aurait pas < trac6 avec assez de rigueur les 
limites g^raphiques des pays ou Ton parle gascon. > — Mais, au con- 
traire, il les a trac6es avec auiant de precision que d'exactitude, d'aprfes 
M. Luchaire (pp. 9 et 10), et je ne puis croire que « tons ses juges » aient 
pu s'accorder k lui faire un reprocheaussipeum^rit^. S'ils ont cru que, 
dans la suite de son travail, il lui est arriv^ de franchir les borpes 
fix^s au d6but, c'est encore avec peu de justice, me paralt-il, quoique 
la parent^ et les ressemblances des parlers du midi pr6tent ais^ment k 
ces confusions; en tout cas, on verra bient^t ce qu'a fait M. Lanusse 
pour s'en pr&erver. — Apr^s cela, que M. Larroumet, qui est querci- 
nois, ce me semble, veuille annexer k la Gascogne les dSpartements du 
Lot et de la Corrfeze, cette erreur de la part d'un esprit si distingu6 n'est 
pas pour nous chagriner, au contraire I mais enfin, c'est une erreur 
en linguistique, comme en gdographie» en ethnographic et en histoire. 

Une faute encore plus essentielle, si M. Lanusse I'avait r6ellement 
commise, ce serait « d'avoir vu partout des gasconismes, » d'avoir 

(1) Quand j'ai r^dig^ cet article, je n'avais pas encore regu le compte-rendu 
que M. A. Thomas a consacr6^ la th^se de M. Lanusse dans les Annates du 
Midi de Janvier 1894 (vi, 94). Je suis tout heureux d'y lire que, selon mes justes 
pr^somptions, « des revues universitaires ont relev^ surtout les objections (laites 
en Sorbonne) en les grossissant, comme il arrive toujours. » 



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— 117 — 

attribui aa parler gascon une foule de mots et de tours qui apparte- 
naient aussi bien au vieux frangais et k ses divers dialecjtes. Cette cri- 
tique consid^rablement restreinte — il est probable qu'eile a 6t6 trfts 
exagirte par le r^dacteur du compte-rendu — 6tait k certains 6gards 
inevitable; nous verrons que M. Lanusse s'estmontri tout particulife- 
rement habile et prudent pour s'en garer. 

Voici une observation qui mirite de nous arrfeter dfes k present un 
peu davantage. Elle ne concerne, il est vrai, que la < composition » 
du livre que je pr^ente aux lecteurs de la Reoue et n'en diminue pas 
la valeur scientifique proprement dite. Mais elle n'est pas non plus 
simplement litt^raire, au sens superficiel du mot : car elle intSresse la 
m^thode, qui tient de si prfes au fond m6me de la doctrine. Elle vient 
d*ailleurs de M. Petit de JuUeville^ qui n'est peut-6tre pas pass6 maltre 
en linguistique gasconne, mais qui certes est bon juge en fait de 
or composition litt^raire. » Or, d'apr^ lui, la thkse de M. Lanusse 
manque d'unit^; elle est formte de trois moreeaux qui ne font pas un 
tout organique, dont cbacun subsiste k part et se suffit : Tinfluenoe du 
gascon sur le fran^ais, qui a foumi le titre de la thfese, est un de ces 
niorceaux; les deux autres sont — une phon^tique gasoonne — et une 
6tude sur les dcrivains frangais de la Gascogne au xvl* sifecle. 

Je suppose que M. Lanusse aura r^pondu en Sorbonue comme il 
Tavait fait d'avance dans cette page excellente de son Avant-propoSy 
que je veux citer tout enti^re, parce qu*elle donne Tid^ la plus juste du 
plan de son travail : 

« Tout d'abord, puisqu'il s'agit de rechercher Tinfluence d'un dia- 
lecte sur la langue frangaise, il nous a paru int^ressant de savoir au 
juste ce qu'on pensait au xvi« sitele des dialectes en g^nSral, de leur 
r6le et de leur importance dans le d^veloppement de la langue fran- 
gaise (1). Nous ^tudierons ensuite le parler gascon en lui-mfeme; car 
pour retrouoer les traces de V influence qu'il a exercie^ n'esi'il pas 
Evident qu'il faut en connaiire les caracUres phoMtiques ei syn- 
taxiquesf 

» Mais cette influence qui, somme toute, n'est autre chose que le 
melange des formes gasconnes et des formes frangaisesdans le langage 
parl6 ou 6critj cette influence n'aurait pu exisier si la langue fran- 

(1) Ce sujet est traits dans le premier ch^tre,qui tient plus de viugt-oinq 
pages et sur lequel je ne reviendrai pas; mais je liens d'autantplus k le signaler 
comme une ^tude tr^s fouill^e ettres judicieuse, comme un fragment important 
et presque entierement neu( de Thistoi^e des doctrines et de la critique gram- 
maticales et litt^rairos en France au \\v si6cle. 



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— 118 — 

gaise n'avaii d'ahord p^n^ir^ en Gascogne, si elle ne s'y ^it peu k 
peu diveloppfe, si les Gascons, enfin, ne Tavaient apprise assez pour 
s'en servir, trop peu cependant pour Temployer toujours avee correc- 
tion; nous sommes ainsi logiquement amen6 k retracer k grands trails 
rhistoire de la langue et de la litt^rature fran^ise en Gascogne : 
histoire int^ressante en soi, et pour nous d'autant plus pr^cieuse qu^elle 
nous fait connattre les auteurs et les ouvrages auxquels est due, pour 
une grandepart, V extension de V influence gasconne. 

% Quelles 6taient enfin ces expressions et ces tournures gasconnes 
que les auteurs gascons, par leurs tents, comme les courlisans et les 
soldats par leurs paroles, r^pandaient et propageaient en si grand 
nombref — D'une manifere g6n6rale, comment les Gascons ont-ils 
modifii la languo franQaisef — La r^ponse k cette question forme le 
point capital et le centre m^me de cette 6tude. 

» D'ou cette triple division : — Livre i. Le parler gascon. — Livre 
n. La langue fran^aise en Gascogne. — Livre in. Le gascon dans 
la langue frangaise. » 

Ce dernier livre formant le « point capital », Tobjet propre de la 
thtee, comme il remplit la plus grande partie du volume (p. 197-447), 
les deux premiers s'y rattachent-ils iutimement comme une preparation 
nteessaire, comme une exposition des donntes mtoes du problfemef 
— Pour la phon6tique, objet du premier livre, on ne pent lenier; qu'on 
relise au besoin les premieres lignes soulign6es dans la citation prte6- 
dente. — Pour Thistoire de la langue et de la littdrature fran^ise en 
Gascogne, objet du second livre, le lien est un peu moins n6cessaire 
a priori; mais en fait, si noire fran^is provincial et nos auteurs 
gascons ont contribu6 efficacement k modifier le fran^is, comme on 
ne peut en douter, cette histoire constitue encore une preparation 
indispensable k la th^se proprement dite. 

S'ensuit-il qu'il ne subsiste rien du reprocbe exprim6 par M. Petit 
de Jullevillef Je ne vais pas jusque-1^, d'autant qu'aprfes avoir moi- 
m6me parcouru les trois livres sans en avoir lu les pr^liminaires, j'ai 
eprouve une impression presque serablable, et qu'il m'est arrive de 
recommander le travail de M. Lanusse comme une triple contribution 
k nos etudes provinciales plut6t que comme un livre tout d'une pi^ 
et d'une venue. Voici peut-etre la solution de cette antinomic : oui, 
sans doute, il fallail, avant d'etablir et de determiner Tinfluence du 
gascon sur le frangais, exposer les lois grammaticales da gascon et les 
caract^res du frangais en Gascogne, mais tout juste dans la mesure de 
leur action positive sur le frangais; et M. Lanusse Ta compris et Ta 



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— 119 — 

dit trfes Wen lui-m6me (par ex., p. 49-50). Mais s'est-il tenu rigouteu- 
sement dans eette mesure ? J'en doute; je ne crois pas mfeme que ce fut 
possible : ear, d'une part, il y a dans le problfeme examine dans sa 
thfese une portion notable de points plus ou moins ind^terminds en 
r6tat actuel de la science; d'autre part, il ne pouvait gufere 6tre intelli- 
gible et utile sans une certaine largeur dans Texposition desfaits gram- 
maticaux et litt6raires plus ou moins adherents k son sujet. 

En somme, la t composition littdraire » de sa thfese eut gagn^ peut- 
toe k une concentration plus ferme de Tensemble et k une redaction 
plus sommaire des pr6Uminaires. Mais cet avantage purement artisti- 
que ne pouvait gufere 6tre obtenu qu'aux depens de la solidity doctri- 
nale et surtout de Tint^r^t et de la clart6. Je ne crois done pas que ce 
d^laut presque n6cessaire soit reprochable; il n'y a vraiment pas de 
faute; ou, s'il y en a une^ elle est moins que v6nielle, et nous Gascons 
surtQut, qui trouverons encore plus de plaisir et de pro§t dans les 
deux premiers livres que dans le troisifeme, nous devons nous, en Kli- 
citer, en savoirgr^iTauteuret la qualifier, dans toute la force du terme, 
d'heureuse faute, felix culpa. 

• # 

Abordons maintenant les trois € morceaux » successifs, qui, tout 
en formant un veritable ensemble, comporteraient et m6riteraient bien 
une triple ^tude analytique et critique, complete et approfondie. Qu'on 
ne s'attende pourtant k rien de pareil. Les limiles imposes k mon 
travail sont trop ^troites ; du reste, je ne pretends pas dispenser, par 
une reduction ra^thodique, d'une dtude k m6me le livre ; cette 6tude 
s'impose k tous les amateurs de linguistique m^ridionale : il doit 
suffire de donner quelque id6e du conlenuetde Tint^r^tdes trois parties 
de la th^se de M. Lanusse, pr6cis6ment pour lui procurer des lecteurs. 

I. Avant lout la phon^tique du gascon. Elle ne se trouve nulle part 
trait^e d'unefagonsatisfaisante; icim^me, elle ne pent 6tre complete, 
vu le but spikiial de I'auteur; mais elle constitue un tout qui se tient k 
nierveille et s'impose par la neltel6 lumineuse des 6nono6s et par le 
choix des exemples. Sur la valeur de ce morceau si pr&ieux pour 
nous, je n'ai qu'un mot a dire : M. A. Thomas, « le mattre de ceux 
qui savent *, en a 6t6 pjeinement satisfait. Ce que nous avons k faire 
maintenant, c'est de Tdtudier, pour connaitre avec une certitude et 
une precision vraiment scientifiques lesorigines de notre parlermater- 
nel, sur lesquelles il se d^bite encore tant de sornettes. 

Je n'ai done garde de r&umer ce qu'il faut lire et relire d'un bout k 



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— 120 — 

Tautre. Je sigaale seulement certains points qui m'ont paru m^riter 
une attention particulifere ou amener quelque observation utile. 

M. Lanusse emprunte k M. Luchaire T^num^ration des sept carac- 
tferes propres qui di£f6rencient le gascon des autres parlers du midi de 
la France. On ne sera pas fftch6 que je les rappelle ici, parce qu'ils 
devraient toujours nous 6tre prfeents : 

1* Absence de r : — vitellum, bet^t ou bed6t (1); 

2' Repugnance pour /: — femina^ hemne; fatay hade; 

3' Repugnance pour r initial : — - rivum, arriu; 

4' Chute de /i entre deux voyelles : -— luna, lue; minarey mia (2); 

5* Changement de II m6dial en r : — capelluy cap^re; ilia, ^re; 

6* Changement de il final en ^: — castell(um)y cast^t; ilium, et; 

7' Changement de I final en u (ou) : — cel(um)y c6u; missaley messau (3). 

M. Lanusse n'a pas voulu d^passer express^ment la doctrine de 
M. Luchaire sur la simple repugnance du gascon pour/; mais il 
incline evidemment vers cette id6e, que tout mot ga«con primilif ignore 
1/ latine, femplac^ chez nous par Taspiration. II ne se laisserait pas 
arr^ter, ai-je besoin de le dire ? par les nombreux mots de notre patois 
actuel oil sonne iy;il sait que les mots emprunt^s ne doivent pas entrer 
en ligne avec les mots derives (4). II r^pond aussi fort bien, et mieux 
peut-^tre qu'on ne Tavait fait encore, k ceu x qui s'appuient su r la graphic 

(1) Ce trait est le seul des sept, oil k peu pr^s, qui soit commun au gascon et 
au languedocien. 

(2) Je citerai rimp^ratif pluriel bietz (au lieu de bienetz ou plut6t beneU,Yenez), 
pour avoir Toccasion de rappeler que c'6tait le cri de guerre attribu^ aux Gas- 
cons. M. Meyer n'a pas accepts cette explication (R. de Case, xiv, 300; Girart 
de RoussUloiiy 83, 84); U me semble toujours qu'elle s'impose, d'autant que Tex- 
pressiongasconneen question dcvaitparaitreabsolumentetrange aux autres m^ri- 
dionaux : on sait ce que veut dire le mot blet. Voyez dans cette th^se m^me le 
termefJwiora«c(p.367),que M. Lanusse, il est vrai, s'abstient d'expliquer k fond. 

(3) On pourrait bienajout^r quelques autres caract^res, aumoinsoe huiti^me: 
nd r^duit k n (comme en Catalan) : bene (vendere), etc. (Voy p. 77). — La 
chute de b apr^s m (p. 86) est ^galement caraot^ristique, mais les exemples n'en 
sont pas aussi nombreux. 

(4) Peut-^tre M. Lanusse n*a-t-il pas ^t4 toujours assez attentif ft mettre ft part 
les mots plus ou moins adventices et d'origine ^trangfere au gascon : c'est le cas, 
pares., des mots escandale, estatuOy ospeciau, cstil^ esca/)wte, entassds ft la 
p. 83. — Un mot que je crois de bonne souche, iou^n {dejuocnem), m'a donn^ 
un moment de peine : il parait avoir d^plac6 I'accent (c^mme si le latin 6tait 
Juo^nem). M. l.anusse fait remarquer fort ft propos (p. 89) que les deux u cons^ 
cutifs (iuuonem) n'ont donn^ qu'un m6me son ou\ mais ce n'est pas tout ft fait 
assez pour expliquer le changement d'accent. Voici, sauf meilleur avis, Texplica- 
tion complete : dans le latin populaire *iuenem (pour iuuenem), ue formant une 
sorte de diphtongue ascendante, Taccent passait de Yu devenu glissant ft la 
voyelle suivante e; par la meme loi que lepeuple accentuait bdttuere pour bat - 
tuere,Jilydlum pour filiolurn (accentu6 sur le secoud 0* 



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— 121 — 

des anciens litres pour dire que h s'est substitu6 tard kf\ il montrepar 
des examples concluants, quoique pr^sent^s aveo une discretion trop 
timide, que l/des mss. gascons peut repr&enter une A aspir6e. Les 
Comptes consulaires de Riscle^ par exemple, portent fala (halle) et 
faui (haut), mots oil i'on n'a certainement jamais prononc6/: n'est-ce 
pas suffisant pour montrer la valeur de/ gasconne, prononcte A? Et 
oette graphie ne me paralt m6me pas Strange, comme k M. Lanusse; 
car enfin les scribes gascons^ ^tant plus ou moins imbus degrammaire, 
c'est-i-dire de latin, terivaient h pour TA latine itymologique, qui ^tait 
devenue muette; et ils ^rivaient/ la forte aspiration gasconne qui r^ 
pondait k l'/ latine : rien neme semble plus logiqueetplus nature! . 

M. Lanusse mbntre encore trts bien la pr6fixation ordinaire de a ou 
ar devant initiate (arram de ram(um), arr6 de re/nj,en notant la perte 
de la voyelle suivante dans certains mots : arnega (renegare), arcebe 
(recipcre), etc. De \k vient, pour le dire en passant, le nom du droit 
d'arciut {recepiuniy droit primitif de t reception » ), dont on a fait en 
frangais archif. Une autre modification nominate assez Strange en 
apparence^qui se rattache k cette r^le et qui n'a pas encore it6 signal6e, 
je crois, c'est celle du nom de Renaud,si cher au moyen 4ge; Renaud 
devient en gascon Arnaud. Ce n'est pas pour rien que Rabelais fait 
jurer son soldat de Saint-Sever deacap de sainct Arnaud », encore bien 
qu'il n'y ait pas de saint Arnaud dans la l^ende gasconne. 

Les remarques se multiplieraient ais^ment, sans sortir de T^tude des 
consonnes ; car on peut observer que les traits caract6ristiques de notre 
idiome appartiennent surtout au « consonantisme », comme parlent les 
linguistes. Le « vocalisme » a beaucoup moins d*importance (1); mais 
I'un et Tautre sont trait^s par Tauteur avec le mftme soin. Le seul 
nnage qui alt^re un pen la nettet6 de cette tbtorie phon6tique, c'est la 
r^uction, n^cessaire ici, mais au fond arbitraire, de toutes les formes 
k un seul type, tandis que le gascon renferme r6ellement plusieurs 
parlers plus ou moins divers malgr^ les traits cx)ramuns.Inconsciemment 
peut-6tre, M. Lanusse a un peu Tair de prendre le tarbais pour norme. 
II reproche, non sans quelque raison, k M. Meyer-Liibke d'avoir 
donn6 comme gascons, sans autre explication, des mots qui semblent 

(1) 11 est bon de noter cependant Ya tonique du suffixe arium, devenu 
i sans pr^flxation de i : operarium devient oubri en Gascogne, tandis que la 
Provence et le Languedoc disent oubrU. 11 est vrai qu'aujourd'hui oubrid a en- 
vahi le Haut-Armagnac ; mais le Bas-Armagnac, la Lande^ le B^arn, disent 
toujours oubrd, qui est dans Garros, le po6te lectourois du xvi' si6cle. Get 
d pour (d est encore une des caract^ristiques qui pourraient s*ajouter k celles de 
Lucbaire« en notant qu'elle rapprocbe le gascon du Catalan et du castillan. 



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— 122 - 

eKcentriques, mais il se contente de noter qu'ils sont « tout k fait 
inconnus k Tarbes » (p. 48). A-t-il remarqu6 que, de ces mots, trois 
au moins, habe (f^.ve), nabe (nouvelle), Ube (l^ve), sont d'excellent 
gascon, tr^s vivant, et mtoe peut-^tre du plus vrai gascon, j'enlends 
celui qui se parle dans toute la parlie occidentale de notre domaine 
provincial du c6t6 de I'Oe^n ? II me semble que ce traitement 
du V latin intervocalique change en 6 (tandis que dans le Feste de 
la Gascogne il devient to) devait entrer de plein droit dans une pho- 
nAtique destin^e k montrer Tinfluence du gascon sur le francais (1). 

II. On pourra multiplier les reraarques de detail sans enlever k ce 
premier livre « phon^tique gasconne », ni sa solidity scientifique ni 
son m^rite d exposition. S'lln'estpas complet, c*est quil ne devait pas 
rfetre, et tel quel il n'en constilue pas moins un programme et un 
module qui ^pargneront aux linguistes gaseous k venir la moiti6 de 
leur besogne et leur faciliteront le reste. 

Disons la m^me chose, ou k peu pr^s, des trois chapitres qui torment 
le deuxi^me livre :Za langue frangaise en Gascogney savoir : I. Le 
frangais en Gascogne jusqu'en 1539 ; II. La Renaissance en Gascogne; 
III. Les auteurs gaseous. — On se rappelle T^-proposdecette ^lude au 
moins aussi litt^raire que grammaticale : I'influence du gascon surle 
francais ne s'exerc^ra pas seulement par Tidiome gascon proprement 
dit, mais surtout par Tadaptation provinciale du frauQais accomplie 
d^]k chez nous, et, de plus, elle dependra pour une large part du succ6s 
des auteurs gascons « en France ». Les dates qui limitent cette ^lude 
s'imposaient d'elles-m^mes, et M. Lanusse a eu soin, d6s sou Acani- 
propoSy de determiner dans le temps aussi bien que dans Tespace les 
borues ualurelles de sou sujet. Le gascon, dit-il tr6s justement, « n'a 
guferepu agirsurlalanguefrauQaiseavantles premieres guerres d'ltalie: 
alors,eneffet, pour la premiere fois, des milliersde Gascons se trouvent 
m^l^s k des milliers de Frangais dans les m^mes armees; d*un autre 
c6i^y la foudation de TAcademie frauQaise nous semble marquer la fin de . 
rinfluence gasconne. A la raortd'Henri IV, cette influence est sans doute 
bien com promise, ellen'estpourtant pasd^truile. Les Gascons ne rfegnent 
plus, mais ils coutinuent de vivre k la cour et d'exercer leurs charges 
comme sous Henri IV; tr^s amoindrie si Ton veut, leur influence 
persists encore. Elle est ddfinitivement condamn^e le jour ou est cons- 

(1) Je dois dire pourtant que ce b intervocalique est signal6 par M. I^nusse, 
mais seulement comme bearnais, et daus deux petites notes, aux pp. 87 
et89. 



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- 123 — 

titu* tin tribunal chargi d'assurer runiti et la puret^ de la langue 
fran^aise et de servir de digue conire le torrent du mauvais usage 
(Vaugelas). » On me pardonnera cette citation, qui justifie le oadre 
chronologique ou Tauteur a dA renfermer ses recherches dans ce 
second livre et dans le suivant. 

II itait bien plus d^licat de resserrer dans la mesure vraiment utile 
['exposition des faits dans les Irois chapitres dont j'ai d6j^ citi les 
sujets. II me semWe que M. Lanusse a ii^ g^n^ralement bien inspire, 
soit dans le choix des faits, soit dans r6tendue relative qu'il 
aocorde k leur exposition; mais ^videmment il ne faut pas toujours 
exigerdes prdcisions absolument arrfet6eset rigoureusement scientiB- 
ques dans une matifere qui n'admet que des appreciations larges, et 
qui, d'ailleurs, n'a pas 6ti encore s^rieusement pr^parte. Ce qui est 
certain, c'est ^ue voil^ dans nos mains trois chapitres de I'histoire 
linguistique et littiraire de la Gascogne, non pas faits et parfaits, mais 
traces avec autant d'habilai6 que de science et i&]k munis d'une pr6- 
cieuse provision de faits caracl6ristiques. 

Cela soit dit avant tout et surtout de la plus neuve de ees trois 
Etudes : « la langue franijaise en Gascogne jusqu'en 1539 », c'est-k- 
dire jusqu'i Tordonnance de Viliers-Cotterets, qui imposa, sinon au 
« pays souverain de B&rn », au moins k la Gascogne proprement dite, 
comme au resfe de la France, Tusage exclusif du fran^ais dans les 
actes officiels. Rien n'est plus curieux que le frangais provincial em- 
ployi chez nous bien avant cette date, d^s le commencement du xiv« 
si^le,dans beaucoupde pi^sadministrativeset decontrats pardevant 
notaires. Les causes historiques de cette infiltration linguistique sont 
trfes heureusement d6m616es par M. Lanusse qui, de plus, en a cberchi 
personnellement la preuve et les exemples, non seulement dans les 
textes imprimis, mais aussi dans quelques d6p6ts d'archives. II n'a pu 
donner une grande 6tendue k cette enqu^te; mais il en a trfes bien indi- 
qu6 les rdsultats g^n^raux; et comme cette mati^re est presque absolu- 
ment neuve, n'ayant 6t6 touchte qu'en passant par tel ou tel travail- 
leur, n'ayant pas m^me fourni, k ma connaissance, un seul article de 
revue, les vingt-cinq excellentes pages (107-131) qu'y a consacrtes 
M. Lanusse nous resteront comme un guide des plus prteieux pour 
des recherches ult6rieures (1). 

(1) Ici surlout, je suis particuli^rement heureui de m'dtre rencontre aveo M. A. 
Thomas, qui d<5clare avoir tir6 « plaisir et profit » de ce chapitre. « Ce n'est 
qu'iine esquisse, ajoute-t-il, mais fort int^ressante. Elle le serait Men plus si 
Tauteur avait pu utiliser tous les mat^riaux qu'il faudraitpour ^rire une 6tude 



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— 124 — 

Les deux autres chapitres du second livre sont moins originaux; Us 
out aussi peut-^tre, je ne dirai pas le d^faut (il n'y a d^faut que \k ou 
manque le n^cessaire), mais Tinconv^nient de ne toucher que quelques 
points d'un sujet aussi vaste qu'int^ressant. Les « auteurs gaseous » 
6numir6s et plus ou moins caract6ris6s par M. Lanusse ne repr&en- 
tent pas assez la production litt^raire du xvi« sifecle dans notre pays 
pour satisfaire noire ardente curiosil6, et en m6me temps plusieurs de 
ces indications sontd'une utility pen ^videntepour le but poursuivi (1). 
Etait-ii m^.me bien n^cessaire^ k cet ^ard^ de s'engager dans une sorte 
de discussion sup Toriginalite d'un de nos pontes, du plus cilfebre de 
tons, il est vrai, de Du Bartas ? Je n*en suis pas absolument sur; mais 
je serais bien f4ch6 que Tauteur n'eut pas c6d6, sur ce point, k Tattrait 
qui le dominait. Seulement, ses idfes sur Du Bartas ayant 6td assez 
vivement combattues, me voili oblig6 d'y insister k mon tour. 

Leonce couture. 
{La Jin auprochain num^ro.) 

LA GASCOGNE DANS UN RECENT CATALOGIE DE LIVRES 



J'extrais du tome iii du splendide autant que savant Catalogue des 
litres composant la hiblioth^que de feu M, le. baron James de 
Rotschild, public par M. Emile Picot (2) (Paris, 1893, grand in-8»),' 
quelques indications d'autant plus dignes d'un bon accueil que Tou- 
vrage est moins accessible : 

2163. Recueil des choses notables, qui ont est^faites d Bayonne, 
d Ventremue du Roy Tres chresiien Charles neufieme de ce nom, 
la Roine sa tres honoree mere, avec la Roine catholique sa sceur. 

complete sur ce sujet pariiculier, qui, k lui seul,poupraitfaire Tobjet d'une thdse. 
Parmi ces mat^riaux, il faut mettre en premiere ligne les nombreuses lettres de 
remission relatives d la Gascogne contenues dens les registres du Tr^sor des 
Charles, pour la plupart r^dig^es en fran^is dans le pays meme. La vaillante 
SocUtd des Archices historiques de la Gascogne ne songera-l-elle pas quelque 
jour k faire un recueil de ces lettres comme sont en train de le faire des socict^s 
voisines pour la Sainlonge et le Poitou? » L'indication vient de trop bon lieu 
pour n*6tre pas prise en consideration tr6s s^rieuse. 

(1) II a pu lui 6chapper ^ et Id quelque d6faillance ou quelque inexaoUtude 
dans ces nombreuses « nominations » et r^f^rences. Ainsi Tauteur du Voyage d 
Jerusalem de Ph. de Vols ins (p. 175), n'est pas ce seigneur lui-m6me, mais son 
compagnon, Jean de Belesta, seigneur de Lupvielle (R. de G., xxmi, 533). 

(2) On sait que M. E. Picot est parmi les bibliographes civils ce qu'est le 
R. P. C. Sommervogel parmi les bibliographes religieux, je veux dire un roi, 
ce qui me permet de crier joyeusement, en ce temps d'Epiphanie, pour Tun 
comme pour Tautre : Vioe le Roi I 



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— 125 — 

A Paris, par Vascozan imprimeur du Roy. 1566. In-8° de 89 fif. non 
chiffrfe. 

L'6dit de pacification permit i Charles IX d'entreprendre une grande 
toum^e en France. Au mois de Janvier 1564, il se mit en route pour 
ce voyage, dont Abel Jouan nous a laiss6 une relation ddtaillie (voy. 
BOtre tome n, n° 2095). Aprfes avoir s6journ6 k Fontainebleau, par- 
couru la Champagne, la Bourgogne, le Lyonnais, la Provence et le 
Languedoc, il arriva k Bayonne le 30 mai 1565. Catherine de M6di- 
cis y avait mtoag6 une entrevue avec sa fille, Elisabeth de Valois, 
reine d'Espagne. Le roi alia au devant de sa soeur jusqu'ii Irun, et la 
ramena k Bayonne, ou eurent lieu des f^tes somptueuses. Comme le 
rapporte Brantdme (6d. Lalanne, vn, 370), la reine-mfere voulait 
prouver aux Strangers que letr&or royal n'6lait pas aussi 6puis4 qu'on 
le disait. On trouve dans notre relation la description d6taill6e de tous 
les costumes portfe par le roi^et les grands personnages de la Cour, le 
rteit de loutes les tetes oflfertes k la rf irie d'Espagne, le texte des vers 
r6cit6s dans les carrousels et les ballets, enfin le dessin des bijoux que 
les chevaliers qui prirent part k ces r^jouissances prfeentferent k leurs 
dames. Ces bijoux se composaient de grands mMaillons all^goriques 
suspendus a des chalnes d'or; ils sont tous ici finement grav6s^ au 
nombre de 18. Les mascarades et cartels ins6r6s dans la relation pour-- 
raient bien 6tre de Ronsard^ quoiqu'ils ne figurent pas dans le recueil 
de ses oeuvres. 

2169. Remonstrances de Monsieur de Monluc d la MaiesU du 
jRot/f sur son gouvemement de Guienne, Ou est contenu une grande 
partie de ses faicts et de plusieurs autres Seigneurs et Capitaines 
de ce Boyaume. Envoys (comme il appert par la lecture d'icelles) un 
peu apres les demiers troubles Ab70. S. L, In-8^dell ff. non chi£fr6s. 

Monluc a reproduit lui-m6me ces Remonstrances dans le livre vii 
de ses Commentaires, M. de Ruble^ le dernier 6diteur de notre histo- 
rien, ne semble pas avoir connu ration que nous venons de dterire; 
il ne cite (t. ni, p. 449) que T^dition donn^e par Michel Jove, k Lyon, 
en 1571^ avec la r6ponse du roi. L'imprimeur lyonnais donne aux 
Remonstrances la date du 25 novembre 1570; elles portent, au ox)n- 
traire, celle du 10 novembre dans une copie qui fait partie du fonds 
Gaigniferes (vol. 2793, fol. 67). Notre Wition anonyme ne donne 
aucune'^date. 

2170. Brief Discours sur la mort de la Boyne de Navarre ^ adve- 
nue d Paris le IX jour dejuin 1572, Pseaulme 116. 15. La mort 



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— 126 ^ 

des debonnaires du Seigneur est en estime envers luy. 1572. S. L. 
In-8<» de 71 pp. 

Les pp. 2 et 3 sont occupies par une 6pltre « A tres haute, et tres 
excellente princesse, madame la princesse de Navarre, » ep!tre dat6e 
de Paris, le28 juin 1572, Le Discours occupe les pp. 4-46; il est suivi 
du testament de la reine, re^u par Jean Gaudicher et Eustace Go- 
guyer, notaires k Paris, le 8 juin 1572 (pp. 47-55). Le reste du vo- 
lume est occupy par deux ^pitapbes en prose latine, sign^ J. L. H.\ 
une^pitaphe en distiques grecs, signte J. A, B, (Jean Antoine de 
Baif?); une6pitaphe en vers latins, sign6e J. A. L. P. Br, un son- 
net de /. -4. D. B. (Jean Antoine de Baif ?); une pi6ce espagnole de 
/. L. H.\ deux ipigrammes latinos de H. D. Tr, un quatrain frauQais 
anonyme; une 6l6gielatined'O.F.; deux sonnets fran^aisde C.B.D. C; 
quatre distiques latins de P. B.; un sonnet italien de M. P. D. A.; 
un double sonnet italien anonyme; une416gie latine de 5. P.; une6pi- 
gramme latine d'O. F. et deux 6l6gies latinos de C. B, Z>. C. (1). 

2185. Harangue /aide et prononcee de la part du Roy Tres^' 
Chrestieriy le 10 iour du moia d'Aoril 1573, par Tres Reverend 
et Illustre Seigneur lean de Monluc (sic), Evesque et conte de Va- 
lenoe et Dye, ConHeiller de Sa Maiest^, etc. [J'abr^e ce titre inter- 
minable, que j'ai d'ailleurs jadis reproduit tout au long ici].. A Paris^ 
Chez Jean Richer .. 1573, in-8° de 69 ff. chiflfr6s. 

. Le v^ du titre est om^ d'un grand teusson aux armes du nouveau 
roi de Pologne. Le dernier f. contient, au r°, le texte du privilege 
accord6 pour trois ans i Jean Richer, le 14 juin 1573. Jean de Mont- 
luc, Mre cadet de Tauteur des Commentaires, fut Tun des diplomates 
les plus habiles du xvi« sitele. Le discours prononc6 par lui k la difete 
de Vareovie, le 10 avril 1573, eut pour r6sultat Flection du due d'Au- 
jou au trAne de Pologne. Montluc avait eu la premifere id6e de la can- 
didature du prince, et, pour la faire r^ussir, il ne craignit pas de tra- 
vestir itrangement la v6rit6. Le passage le plus c^lfebre de sa harangue 
est celui ou il prdtend pouver que le roi et son frfere sont rest& Stran- 
gers au massacre de la Saint-BarthSlemy (pp. 42-48). 

(1) Sous le !!• 2172, M. E. Picot demerit une Mition s^par^e du testament de 
Jeanne d'Albret : Copple du testament de dcfuncte Tres-haute, oertueuse Dame 
et Princesse leane, par la grace de Dleu Royne de Naoarre, dame souoeraine 
de Beam, duchesse d'Albret, etc. Mourir pour oiore. 1572. S. 1. in-8» de 8 flf. 
non chiflrds. A propos de la devise de T^diteur inconnu {Mourir pour oiore), 
M. Picot rappelle une foule de formules semblables employees par des hommes 
distingu^s du xvi" si^ie pour t^moigner de leur foi en l*immortalit4 : il cite 
notamment la devise de notre compatnote Jean de La Jess^ : Vita dellm morU, 



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— 127 — 

2224. Le Fleau de Henry soy disani Roy de Navarre par lequel 
avec vives raisons il est chased de la couronne de France, quHm- 
piemeni et tyranniquement il se vent usurper. Projecit eum Domi- 
nus ne regnet super Israel [avec deux aulres ^pigraphes bibliques]. 
A Paris, chez Guillaume Chaudiere, 1589. Avec permission. In-8° de 
44 pp. et 2 flE. 

Ce factum, fcrit peu de temps aprte Tassassinat de Henri III, est 
un des plus violents qu'ait enfant^s la rage des Ligueurs. Non seule- 
ment Tauteur pr^he I'extermination des huguenots (1), mais il sou- 
tient que le roi de Navarre est un fils adult^rin, et que le cardinal de 
Bourbon (Charles X) est le roi l^time. Le Fleau n'est cit6 ni dans 
la Biblioth^que du P. Lelong, ni dans le Catalogue de la Bihlio- 
thdque nationale. 

2607. Chant funebre sur la mort et trespas de Tres haul et 
Illusire seigneur Messire Sehastien de Luxembourg^ comte de 
Martigues, gouverneur et lieutenant pour Sa Majestd au pats et 
duch6 de Bretaigne, Chevalier de Vordre, et capitaine de cin- 
quante hommes d'armes, A Paris par lean Hulpeau, libraire. 1569. 
Avec privilege. In-8® de 15 ff. non ch. et 1 f. blanc. 

Le Chant funebre comple 509 vers alexandrins (il y a au 5® f. trois 
vers de suite termines par la m6me rime) (2); il est suivi d'un Voeu 
aux cendres et memoirs de tres hault seigneur Sebastien de 
Luxembourg; d'un sonnet de Laurens de Bourg, et d'un sonnet de 
Jac. Ballonfeau, Xaintongeois. L'intitul6 de cette demifere pi^oe nous 
apprend que Tauteur du Chant Junebre est Frangois de Belleforest (3) : 
Sonnet en forme de dialogue sur la mort de monsieur de Marti-- 
gues deplor^epar le seigneur de Belleforest (4). 

Philippe TAMIZEY DE LARROQUE. 

(1) Une ^pigramme du dernier feuillet (in cauda oenenum) d^passe encore en 

sauvage 6nergie la prose de T^nergum^ne : 

Plas one tons les saints dont la feste Dont jadis Malohus il blessa. 

On solennizoit en ce mois, A an jacobin Faddressa 

Sainct Barthelemy j'estimois, Pour tuer le tyran de France. 

Dont le cousteau trancha la teste Craignez done, o ]>erfides rois, 

An chef des traistres hngaenots; De ce coustean la jaste peine, 

Mais Sainct^Pierre, enviant ce los, Car Jesns ne va pins en oroix 

Da couteaa ayant soavenance Pour commander qu'on le rengaine. 

M. Picot decrit plus de cent pieces rares relatives k notre cher Henri IV 
(p. 73-92). Voir surtout les articles 2240, 2241, 2242, 2243, 2257 k 2261. 

(2) Le P^gase de notre compatriote faisait bien d'autres bronchadoa ! 

(3) C'est ce que n'avait pas ignore Guillaume CoUetet. Voir Vies des podtes 
gascons, 1866, p. 59. 

(4) Belleforest ^lait aussi pauvre seigneur que pauvre po^te. CoUetet a eu bien 
raisou de dire (p. 49) que « ceste maison touie ancienne et toute noble qu'elle 
esioit demeura fort incommod^e. » Belleforest, fidde k la tradition, ne mt pas 
moins Incommode, toute sa vie, que ses illustres aleux. M. Picot s'6tait, un peu 
avaui (p. 161, article 2371), occup6 du prosateur en Belleforest, k propos de 
V Innocence de Madame Mario Royne cTEcosse, rappelant que « La Croix du 
Maine a consacr^ k Belleforest un article tr^ d^tailie et tr^s pr6cis. • 



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BIBLIOGRAPHIE 

Carte du B^iarn, de la Bioorre, de l'Armagnac et des pays voisins, 
par Guillaume Delisle, premier g6ographe du Roy, de TAcad^mie royale 
des sciences. Paris, 17l2. (Autographiee par J. Mendousse, aide-archi- 
viste d6partemental k Auch, 1893. —En vente chez I'auteur. Prix : 2 fr.) 

M. Mendousse vient de mettre k la port6e de tout le monde, parune 
nouvelle Wition, une vieille carte de noire sud-ouest qui jouit d une 
reputation m^ritte. 

Au premier abord on se sent quelque peu effray^ par Tabondance 
des indications et des noms inscrits. Si le nouvel 6diteur n'avait tenu 
k reproduire scrupuleusement Touvrage primitif, il aurait pu accentuer 
les divisions pointillfes par des lignes en couleur. L'oeil pourrait ainsi 
mieux saisir T^tendue et la position relatives des diverses circonscrip- 
tions, et se porter plus facilement sur le point qui Tint^resse. 

Le territoire du d^partement du Gers occupe k peu prte le centre de 
cette carte. C'esl d'abord TArmagnac, que Delisle divise a tort en trois 
parties, en er&int un comt6 de Vic-Fezensac complfetement inconnu 
de rhistoire. Malgr6 le vieux gtographe, il faut continuer i diviser ce 
pays en Bas-Armagnac ou Armagnac proprement dit, et Haut-Arma- 
gnac ou Fezensac. Tout;autour se rangent TEuzan, le Gabardan (qui 
appartenait k Tancien archevteh6 d'Auch), le Condomois, le comtd de 
Gaure, la Lomagne, le Fezensaguet, le Bas-Comminges (ou se trouve 
r^v^cM de Lombez), I'Astarac, le Pardiac (qui n'est pas indiqu^ sur 
la carte), le Magnoac (qui faisait encore partie de Tancien dioc^ 
d'Auch), et le pays de Rivifere-Basse. A cela il faut ajouter les d6pen- 
dances de Riviere- Verdun. 

Le pays de Riviere- Verdun, situ6 presque en entier dans le d^parte- 
ment acluel de Tarn-et-Garonne, longe la rive gauche du fleuve, depuis 
quelque peu au-dessus de Grenade jusqu'au-dessous du confluent du 
Tarn. Un grand nombre de petites villes, de communautfe et de lerri- 
toires disperses et enclaves k travers plusieurs contrdes de la Gascogne 
lui appartenaient. 

Ainsi, dans le Gers : Beaumarchez, avec La Caze-Dieu et Marciac; 
— Mi61an et Sainte-Dode; — Monties (que la carte appelle Monac); — 
Mazerettes (prfes Mirande); — Simorre, avec Tachoires; — Gimont, 
avec Aurimont, Escorneboeuf, Giscaro, Maurens, Mongauzy, Monti- 
ron, Polastron et Tirent; — Aurad6 et Endoufielle (ou Delisle a omis 
indication R.V.);— Cologne, avec Solomiac etSarrant;— Urdens(prfes 
Fleurance). 

En dehors du d^partemenlj du Gers, on pourrait dresser une liste 
plus longue et plus importante de ces enclaves bizarres, principalement 
dans le Comminges et j usque dans les gorges les plus recultes des 
Pyr6n6e8. Jen'aiparW que de la r^on que je connais le mieux; mais 
cette carte s'^tend k toutela Gascogne, depuis la Garonne jusqu'k TEs- 
pagne et k rOc&m. Elle int^resseldonc tous les amateurs d'^tudes his- 
oriques dans le sud*ouest. A. Lavergne. 



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LES ORIGINES 



DE 



L'IMPRIMERIE A AUCH 



II 

LES HEURES d'aUCH. — QUEL EN EST L'IMPRIMEUR? — DATE APPROXIMATIVE 
ET LIEU PROBABLE d'IMPRESSION. — RETOUR DE CLAUDE GARNIER A UMOGES. 
— DERNIERS RENSEIGNEMENTS SUR CET IMPRIMEUR. — UN UVRE DE 1597 
FAUSSEMENT DATE d'aUCH . — LES IMPRIMEURS JEAN SAINT - MARTIN , 
ARNAULD DE SAlNT-BONNET ET REN^: LAVOIR^ P. FRANCOIS, FRANgOIS DAURIO, 
JACQUES DESTADENS . — LES DUPRAT. 

La bibliothfeque de la ville d'Auch possfede un petit 
livre d'heures ^Tusage de la cath6drale d'Auch, imprim6 
en lettres gothiques, avec vignettes grav6es sur bois, 
qui provient, comme le Br6viaire, de la bibliothfeque 
du chanoine Daignan du Sendat. Le volume est de format 
trfes petit in-8^ ou plut6t in-lG*'. Le titre manque ainsi 
que les premiers feuillets. Le texte de Texemplaire com- 
mence seulement au milieu du calendrier de mai, par le 
feuillet qui porte au bas de la page la signature A iiij. 
L'intitul6 imprim6 en rouge qu'on lit au bas du 8® feuillet 
verso du cahier G nous renseigne d'une fa^on precise sur 
le nom de r6glise h laquelle il 6tait destin6 : « Incipiunt 
matutine secundum usum et consuetudinem ecclesie 
Metropolitane beate Afane Auxis ». Le livre, tout 
incomplet qu'il est, se compose encore de 390 pages 
d'apr^s la num6rotation manuscrite de Daignan du Sen- 
dat. Outre les trois feuillets de commencement, il y 
manque encore le feuillet CC I du dernier cahier, ainsi 
que le correspondant. L'alin6a final commence par cette 
phrase : « Si hac vadds via; semper dicas Ave Maria », 
Tome XXXV. — Mars 1894. 9 



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— 130 — 

et se termine par la formule Amen, au bas de la page. 
Nous donnons ci-dessous le fac-simil6 de la page cit6e 
plus haut o\i se trouve rintitul6 de ces heures. 

babQifli in ilia bota qttando concepitti od 
minum noftrumiefum cbiifium fiUO tuns 
vt letificed cat meum^t in boia oefunctio 
tiiemeefubuentflsmibitanilncozpoic^ 
tn amma^t no oimirtad me pcrdi ptopter 
nimiapeccatamearfedrubueniad mibi in 
ommbasneafTttanbus meis^amen* 

C Ct mondc neft que vanite 

31 eft Dfcco qui i^atanti 
SeuneiTe fozce t beautc 
; CepafTeplnftoft que levant 
Ibelaa pourquoj? af mes voua tant 

Ibonn Atr ricbeffcs t plaifirs 
2i>ounrvou9£mIt 

Ctnefcaocd quant 
3itm9 vertoaidifTe^ oefir0# 



C^nct^fnof maiiitine frcondiim vAim k 
coiifoctodiiiemecclefie2tt>ctro# ' 
jiol)t9itcbti 2IDiric airl^# 

Dans la notice historique qui pr6c6de le Catalogue des 
Incunables de la Bibliothdqtie d'Auch r6dig6parM. Par- 
fouru, ce livre est signal6 avee raison comme une raret6 
bibliographique de premier ordre. II est ainsi d6crit : 
« Heures anciennes d'Auch (n^302), sans lieu ni date, 
commencement du xvi® si6cle, in-18, de 195 flf.,caract6res 
gothiques. » 

D'apr^s cette description, on pourrait croire que les 
Heures d'Auch sont de T^poque des Simon Vostre, des 
Pigouchet, des Kerver, des Hardouin et autres impri- 
meurs c616bres qui avaient la 8p6cialit6 d'6diterces beaux 
livres d'heures k Tusage des divers diocfeses de France, 
illu8tr6s de bordures histori6es et de gravures de grand 
style, qui ornent les cabinets des curieux. 



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- 131 — 

n n'en est rien. Le volume que nous avons examine, 
ne remonte gufereavant 1540 ou 1550. Lescaract§resque 
nous avons compares sont de la m6me famille que ceux 
qui composent les douze lignes en rouge du titre du br6- 
viaire de 1533, sauf cependant la premiere ligne qui est 
ex6cut6e avec un caract6re beaucoup plus gros. Les 
cahiers /f jusqu'^ Viyinclusivement sont imprimis avec 
des types un peu plus forts, h angles moins arrondis, 
appel6s commun6ment h cette 6poque, lettres de somme, 
comme on pent s'en rendre compte par le fao-8imil6 
suivant : 

titce«C52)tf atomate ^plene fcttp^ 
ttmeJostClltinco^ianwais^ecnii^ 
UcureJMtofo Dt$«iaec5tneOatto« 

B^Si^oitasBicanonicaiei cu Heuos 
Nae«)aecolottl>frpepiatattos 
ite«tB}tqui|^ mepaffujifejai atnojiljer 
mm* ^tjBinn^tfolatia (nmo^t^ 
flgone,an.3l)oiam9» eiojiapti* 
?v3frtcfpttomri6D««ttofljtrtnu 

iw^^^mmdas 

X/litaima a^ 
pedtjer. fftojEt- 
mm annucMt 
laubetiia^e' 
maHiuto^^Qne 
adatiu* ^%in 
pff,an.i»tnfran 




X> 



Nous les avons minutieusement compares lettre par 
lettre et, malgr6 leur 6crasement en quelques endroits, 



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— 132 — 

nous les avons trouv6s semblables comme forme et con- 
tours au caractfere employe dans la dernifere page du 
m6me br6viaire ainsi que dans les premieres lignes du 
titre de VOpas Moralitatum Jacobi de Lusanna, im- 
prim6 en 1528 a Limoges. On remarque dans les Heures 
d'Auch quelques lettres orn6es sur fond noir cribl6, 
notamment une lettre I avec deux oiseaux a droite et a 
gauche (page 11, cahier B i), et une lettre D avec une 
rose dans le fond (page 193, cahier N iiij), Ces lettres tr6s 
caract6ristiques font partie du materiel de Claude Gar- 
nier. La lettre I aux deux oiseaux se retrouve aux folios 
xxiiij verso y jcli et cLiiiide VOpus moralitatum d6j^ cit6, 
et la lettre D, fol. xxxviij du m6me livre. 

II r6sulte de ces confrontations que les Heures 
anciennes d'Auch sont incontestablementunproduit, peu 
ou mal connu jusqu'ici, de Tindustrie de Claude Gamier. 
Le for;nat n'est pas Hn-lS; ce format n'existait pas alors 
et n'q, 6t6 cr66 qu'au xviii* si^cle. La collation des cahiers 
nou? donne la preuve que le livre est de format tr6s petit 
in-8, ou plut6t in-16, la justification typographique 6tant 
moins longue et plus 6troite que celle du br6viaire*. 

Les caractferes sont visiblement fatigu6s. On ne pent 
plus dire comme pour le pr6c6dent que le livre a 6t6 im- 
prim6 avec une fonte neuve (novo typo excussum). Les 
gravures sur bois, ainsi que les lettres tourneures du com- 
mencement des alin6as, t6moignent de tirages ant6rieurs 
et r6p6t6s. La date etj le lieu d'impression se trouvaient 
sans aucun doute mentionn6s, soit sur le titre, soit au 
dernier feuillet, qui sont absents dans Texemplaire de la 
Bibliothfeque d'Auch, le seul connu. 

Ces Heures ont-elles 6t6 imprim6es a Auch comme le 
br6viaire? Nous en doutons. Les cahiers portent a c6t6 

(1) Voici la collation des cahiers : A par 4; B par 3; C ^ Y par 4; AA k CO 
par 4. 



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— 133 — 

des signatures par lettres de Talphabet, le mot aux., 
imprim6 au bas des feuilles pour les distinguer d'Heures 
ad'autres usages qui devaient s'imprimer concurremment 
dans le m6me atelier, aiin d'6viter une confusion dans 
Tassemblage des feuillets. Les br6viaires de fiazas et 
d' Auch ne portent aucun signe ou r(^clame typographique 
de ce genre. Nous en concluons que Gamier n'a pas 
imprim6 ces Heures h. Auch, mais dans une autre ville, 
qui n'est autre que Limoges oil il 6tait retourn6 apr6s 
ses p6r6grination§. 

Les Heures d'A uch sent semblables comme typographie 
h, des livrets de devotion portant le nom de Garnier 
imprimis vers 1550, peut-fetre m6me plus tard, h Limoges 
avec des caractferes de forme gothique et des gravures 
tr6s us6s*. Ces impressions sont : 1^ Les anciennes (sic) et 
oraisons des sainctz et sainctes selon les moys de 
Vann^,e. On les vend a Lymoges, par Claude Gamier;' 
2"^ Extraicts de plusieurs saincts docteurs, etc. Imprim4 
a Lymoges par Claude Garnier; 3^ Meditations sur la 
Passion de NotreSeigneur et voyage et oraisons du 
Mont'de-Calvaire] 4^ La manidre de se conduire d'une 
femme seculiere. Ces pieces petit in-S*" sont reli6es k 
la suite des Heures de Notre-Dame ct Vusage de Lymoges y 
imprim6es h Limoges par Hugues Barbou en 1589. EUes 
font partie d'un recueil de la Bibliothfeque de TArsenal 
(T 2,996), qui nous a 6t6 obligeamment signals par 
M. Paul Bonnefon, biblioth6caire de cet 6tablissement. 

Tout porte a croire que Garnier avait quitt6 Auch, 
lorsque le cardinal Frangois de Clermont-Lodfeve, son 
protecteur, r6signason si^eenl538. S'arr6ta-t-il ensuite 

(1) Pour plus amples details, voir noire article sur Claude Gamier dans le 
BlbUophUo Umotisln (livraison de Janvier 1894). On y Irouvera des fac-simil^s 
de quelques-uns de ces livrets. CeJui de la derniere page des Antientxes ot 
Oraisons est d'uue identitt^ frappante avec lesgros caract^res des Heures d'Auch 
dont nous avons reproduit plus haut une page accompagn^e d'une gravure. 



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— 134 — 

dans quelque autre ville du Midi? Les recherches que 
nous avons faites k ce sujet sont resides infructueuses. 
Nous ne retrouvons sa trace qu'a partir de 1550. A cette 
date (( Claude Granier (sic), imprimeur », tenait del'abbaye 
Saint-Martial, k Limoges, une vigne qu'avait pr6c6dem- 
ment poss6d6e Gilles Berthon *. 

Nous avons ensuite connaissance d'un Missel de Limo- 
ges, imprim6 a Limoges, par Claude Garnier et qui fut 
achev6 le 10 f6vrier 1553 (1554nouveau style)*. Garnier 
ne demeurait plus devant Saint-Martial. Le local oil il 
avait r6install6 son imprimerie et oix il exer§ait la librairie 
6tait situ6 plus haut dans la ville, auprfes de T^glise Saint- 
Michel. Sa demeure est ainsi d6sign6e : « In cedibus 
Claudii Garnier y commorantis prope divum Michaelem. » 

Garnier 6tait en m6me temps relieur. Un 6rudit de 
Limoges, M. Fray-Fournier, auteur M'articles fort remar- 
qu6s dans le Bibliophile Limousin, a d6couvert dans le 
fonds d'ancienne th6ologie, non encore enti^rement 
inventori6, dela Bibliothfeque de Limoges, des volumes sur 
le plat desquels se trouveappos6e la marque de Garnier et 
nous a envoy 6 le frottis de Tun d'eux. 

Le dernier labetir de Claude Garnier qui sbit dat6 est 
un Br6viaire de T^glise de Limoges, de 1555-1557. II 
porte h, la fin la date des Ides d'avril (13 avril) 1555 et 
sur le titre on lit celle del557. Cette difference de nota- 
tion d'ann6e doit consister dans Thabitude que Ton a 
g6n6ralement d'imprimer le titre et la preface d'un livre 
en dernier lieu, aprfes le texte qui forme le corps du 

(1) JFonds de Saint-Martial, aux Archives de la Haute- Vieniie. Voir rexcellent 
travail de M. Louis Guibert intitule : Les premiers imprimeurs de Limoges; 
Limoges, Ducourtieux, 1893, in-8, pages 17 et 20. 

(2) Missale percelebris Lemovicensis ecclesie accuratissime recognitum ac 
permultis missis incertis illuslratus, recenter Lemovicis excussum in offlcina 
Claudii Garnier calcographi. Anno ab incarnatioue Domini millesimo quingen- 
tesimo tertio, die decimamensis februarii, in-8. CM par M. Paul Ducourtieux 
dans sa notice sur les Mcuiuscrits et imprimis do I Exposition de Limoges en 
1886, page 62. 



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— 135 — 

volume. C6sar de Borgognonibus, 6v6que de Limoges, 
6tait alors en Italie. II n'autorisa la mise en vente du 
nouveau br6viaire, dont le texte avait 6t6 revu et modifl6, 
qu'aprfes avoir soumis ces changements k la censure de 
la Sorbonne, ainsi qu'il le dit express^ment dans un avis 
plac6 en t6te du volume. De Ik, de longs et inevitables 
d61ais qui se prolong^rent jusqu'en 1557, date veritable 
de remission du livre indiqu6e sur le titre dudit brtviaire. 
Le br6viaire de Limoges diff6re desautres impressions 
de Gamier. Le titre en rouge et noir, ainsi que la preface 
ou avis pastoral de C6sar de Borgognonibus, sont en lettres 
rondes ou caract6res remains. Le calendrier et le texte du 
br^viaire sont imprimis en caract^res gothiques tout k 
fait us6s. On ne trouve plus dans le volume de grandes 
figures sur bois comme Garnier avait Thabitude d'en 
mettredansses Editions liturgiques. On y voit lar6clame 
Lemovic, au bas des cahiers, comme dans les Heures 
d'Auch et dans le livret de la Manidre de se conduire 
d'une femme seculiere. La marque typographique de 
Garnier n'est plus du tout la m6me. Lorsqu'il avait son 
atelier devant Saint-Martial, il avait mis dans une petite 
vignette Timage de saint Claude, son patron, et celle de 
saint Martin, patron de son associ6 Martin Berton, avec 
son monogramme au-dessous, pour marque. II plaga 
ensuite le m6me chiffre dans une targe o\i6c\i au milieu 
d'un soubassement grav6 sur bois. Dans.le volume de 
1557, on voit, au milieu du titre, deux cigognes qui se 
disputent un os et un poisson dans les airs, au-dessus 
d'une sphere ou globe du monde; k droite et k gauche les 
initiales (C. G.) de Claude Garnier et autour cette devise : 
HoNORAPATREMETMATREM. Eooo. OCX. Cot embl6me des 
deux cigognes, qui a 6t6 adopts vers la m6me 6poque par 
S6bastien Nivelle, imprimeur k Paris, beaucoup plus 
tard par les Cramoisy et ensuite par les Barbou, se retrouve 



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— 136 — 

sur les plats des livres reli6s par Claude Garnieret mar- 
que les derni^res ann6es de son exercice. 

Dans les Heures d'Auch, on trouve le signe de pono- 
tuation de la virgule, qui n'existedansaucune des impres- 
sions ant6rieures de Gamier et qui coincide avec Tappa- 
rition du caractfere remain dans son imprimerie de Limo- 
ges*. De plus, les petites gravures sur bois qu'on y voit 
sont d'un style tout k fait different de celui de ses autres 
livres de liturgie. Le dessin est plus fin, plus souple et 
plus d6gag6. Le style de la Renaissance a remplac6 Tart 
gothique. Ces illustrations, dues a des artistes limousins, 
sont semblables a celles qui ornent les petits trait6s de 
devotion imprimis par Claude Garnier, que nous avons 
signal6s plus haut et qui sont joints aux Heures de 
Limoges parues quelques ann6es aprfes, en 1589, chez 
Hugues Barbou, lequel avait probablement acquis une 
partie du fonds de librairie de Garnier. 

Aprfes le depart de Claude Garnier, Auch fut priv6 
d'imprimeurs pendant tout le reste du xvi® sifecle. En 
1551, Bernard Dupoey 6tait oblig6 de recourir aux presses 
deGuyonBoudeville, imprimeur a Toulouse, pour mettre 
au jour un recueil de vers qu'il avait compos6 sous ce 
titre : De collegio Auscitano Bernardi Podii Lucensis 
carmen ad posteritatem; ejusdem aliquot epigrammata; 
ToLOSiE, in ofjicina Guidonis Boudevilley 1551, petit 
in-8. 

On cite le livre suivant comme ayant 6t6 imprim6 k 
Auch en 1597. On Tattribue k un typographe du nom de 



(1) On sail que la virgule ne fut appliqu^e qu'apr^s la r^forme orthographique 
de Geofroy Tory, et que son usage ne fut adopte que lentement et peu k peu 
dans les imprimeries de province, k mesure que les caract6res roniaius se subs- 
titu^rent aux caract^res gothiqucs. Seuls, les livres liturgiques conserv6rent 
encore longtemps leurs types de forme archaique jusqu'i la fin du xvi« si6cle et 
mSme j usque dans les premieres annees du xvu* siecle, mais on les adapia au 
nouveau syst^me en y introduisant les signes de ponctuation de la virgule et du 
point et virgule. 



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— 137 — 

Scdnt-Martin, dorit on ne connait aucune impression dat6e, 
mais qu'on sait avoir 6t6 consul de la ville en 1646. Nous 
aliens reproduire exactement, avec sa disposition typo- 
graphique, le titre de ce livre dont nous avons en ce 
moment m6me un exemplaire sous les yeux : 

TRAITE 

PA R^ENETIQVE. 

o'est k dire 

EXHORTATOIRE, 

Auquel ae montre par bonnes ot oloes raisona, 
argumens ir\falUhle8, hiatoirea tres certainea et 
remarquablca exomploa, le droit chemin et 
orais moyena de reaister a Veffort du Caatillan^ 
rompre la trace de aea de88ein8,abbaiaaer aon or- 
guell, et ruiner aa puiaaance. 

D^di(^. aux Roys, Princes, Potentats, et 

R^publiques de TEurope, particu- 

lierement au Roy Tres- 

chrestien 

Par un Pelorin Eapagnol, battu du temps et 
peraecutd de la fortune 

Traduict de langue CastiUanne en langue 

Fran^ise. Par I. D. Dralymont 

seigneur de Yarleme 




Imprim6 k Aux. 
M . D . X C V I I . 

Volume in-12, de 12 ff. pr61iminaires non chiffr6s et 
120 fl. chiflr6s. 

Le Pelerin espagnol battu du temps et persecute de la 

fortune n*est autre qu'Antonio Perez, ancien conseiller 

du roi d'Espagne Philippe II, alors attache k la Cour 

d'Henri IV. L'ouvrage, d6di6au roide France, estdat6de 



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— 138 — 

Pau, le I*' octobre 1597. Dralymont, sieur de Yarleme, 
est un nom anagrammatique sous lequel s'est cach6 Jean 
de Montlyard, sieur de Melleray. Suivant Prosper Mar- 
chand, le P.Joseph Texeira^ Portugais, serait le v6ritable 
auteur du livre. 

L'attribution que Ton a faite de ce livre aux presses 
auscitaines est erron6e. 11 n'y avait pas d'imprimeur k 
Auch a ce moment. M. Prosper Lafforgue, dans son Histoire 
de Uimprimerie cl Auch, dit que Timprimeur Jean Saint- 
Martin vint s'6tablir a Auch dans les premieres ann6es du 
dix-septifeme si6cle. Mfeme en admettant cette date qui 
est loin d'etre prouv6e, car on n'a pas de traces certaines 
de cet imprimeur avant 1646, comme nous Tavons dit 
plus haut, Jean Saint-Martin ne pent avoir imprim6 ce 
livre. Le volume que nous avons examin6 attentivement 
ne ressemble ni par les caract6res, ni par les fleurons aux 
impressions de la region. Le livre n'a pas non plus 6t6 
imprim6 a Pau, od depuis longtemps rimprimerie avait 
cess6 d'etre exerc6e. Une seconde Edition porte sur le 
titre : Agen, comme nom de ville. 

Aux et Agen sont des lieux supposes, imagines k plaisir 
pour d6pister les agents de TEspagne etcacher la person- 
nalit6 de Tauteur, « meilleur Frangois qu'Espagnol... 
formel ennemi de toute ligue et faction », dit TEstoile. 
Le Traict6 parmnetique n'a pas davantage 6t6 imprim6 
h Toulouse ou a Bordeaux, od Ton aurait pu s'adresser. 
•Ce livre n'est point sorti de presses m6ridionales. II a 6t6 
imprim6 k Paris, od se trouvait alors le P. Texeira, qui y 
a publi6 ses autres ouvrages avec la collaboration de son 
traducteur attitr6, Jean de Montlyard. 

Apr6s Jean Saint-Martin, Arnauld de Saint-Bonnet, 
originaire de Lyon, vient s'6tablir k Auch. Le 24 Janvier 
1647, Arnauld de Saint-Bonnet, « imprimeur de Tarche- 
vesque d*Auch, » entre en soci6t6 avec Ren6 Lavoir, 



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— 139 - 

imprimeur et graveur, originaire de la F16che. M. Em. 
Foresti6, de Montauban, a retrac6 dans la Revue de 
Gascogne (aiin6e 1891) Thistorique des p6r6grinations de 
ces deux imprimeurs et donn6 une liste des livres sortis 
de leurs presses. Nous ne pouvons mieux faire que d'y 
renvoyer nos lecteurs. Arnauld de Saintr-Bonnet mourut 
entre lee ann6es 1652 et 1655. 

En 1650, on voit, d'aprfes M. P. Lafforgue, un nouvel 
imprimeur du nom de P. Francois, lequel n'imprime 
gu6re que des placards et des arrets du Conseil. 

La veuve de Saint-Bonnet, Marguerite Rivi6re,convole 
en secondes noces avec Francois Daurio, de Toulouse, 
qui continue rimprimerie. M. Lafforgue mentionne divers 
produits des presses de ce dernier, qui ne sont pas sans 
m6rite. II mourut en 1691. 

Marguerite Riviere, veuve Daurio, vendit en 1695 son 
imprimerie a Jacques Destadens, flls d'Ambroise Desta- 
dens, libraire k Bordeaux. Destadens avait achet6 le 
materiel pour le transporter a Bordeaux; « mais comme il 
6tait tr^s ban latiniste et connaissait les caract^res grecs, 
la haute soci6t6 auscitaine et les autorit6s finirent par 
le retenir h Auch. )) (Revue de Gascogne, 1878, article 
deM. rabb6 L6once Couture). II exer^a jusqu'en 1747, 
date de sa mort. 

Enfln les fr6res Duprat, Francois et Jean, s'6tablirent 
k Auch « imprimeurs et ^ libraires, vis-Si-vis le College 
des R6v6rends p6res J6suites. » M. Lafforgue cite d'eux 
un opuscule dat6 de 1707 : « Canticjm ou la Naissance 
de Notre-Seigneur, mis en musique par M. Mousnier, 
qui sera chani4 dans Vdglise m^iropolitaine Sainte- 
Marie d' Auch. » Jean Duprat, demeur6 seijl, publie en 
1714 la « Lettre patente portant confirmation de V^ta- 
blissement de I'hdpital g4n6ral Saint-Augustin d'Auch, 
etc., )) brochure in-12, tr6s bien imprim6e, comme le fait 



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— 140 — 

remarquer M. Lafforgue. II fut la souche d'une famille 
d'imprimeurs qui s'est continu6e avec distinction pendant 
plus d'un si6cle a Auch. 

Lors de la r6glementation definitive de rimprimerie au 
XVIII® si6cle, une seule imprimerie fut maintenue a Auch. 
Ce fut celle d'Etienne Duprat, fils de Jean. D'apr^ les 
rapports de 1764, de Sartines, Etienne Duprat avait 6t6 
re?u maitre en 1742 et poss6dait deux presses. 

Nous nous arrfeterons 1^, renvoyant pour plus de details 
surles Duprat au travail d6]k cit6 deM. Lafforgue. « Les 
Duprat ont 6t6 relativement pour Auch ce que les Didot 
ont 6t6 pour Paris. lis furent contemporains et les Duprat, 
on pent le dire, furent les 6mules des Didot; ils en furent 
aussi les amis. » [Histoire de V imprimerie a Auch, 
page 18.) 

Ajoutons que rimprimerie fond6e dans la ville d'Auch, 
il y a pr6s de deux si6cles, par les Duprat, existe encore 
de nos jours. EUe est continu6e par M. G. Foix, Timpri- 
meur de la Revue de Gascogne, qui tient k honneur de 
perp6tuer les bonnes traditions de Tart typographique 
transmises par ses pr6d6cesseurs : « Honneur oblige. » 

A. CLAUDIN. 



NOTE COMPLfiMENTAIRE 



Notre article 6tait d6ja compos6, lorsque nous avons 
re?u communication d'une note de M. rabb6 Ulysse 
Chevalier, de Romans, adress6e h M. rabb6 Couture, 
directeur de \di Revue de Gascogne. Le Br6viaire d'Auch 
de 1533 6tait connu depuis longtemps de ce savant infa- 
tigable. 



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— 141 — 

11 Ta cit6 'dans son Thesaurus hymnologicus d'aprSs 
un exemplaire qull avait vu autrefois k la BibliothSque 
Saii4e-Genevi6ve, h Paris. 

Sur cette indication, nous avons fait rechercher le 
volume. Nous avons eu la satisfaction de retrouver 
Fexemplaire m6me de la Bibliotheca Baluziana dont 
nousavions trouv6 trace, mais dont nous ignorions le sort 
et qui, d'aprfes notre conjecture, devait exister en outre 
de TeXemplaire du chanoine Daignan du Sendat. 

L'exemplairede la Biblioth^que Sainte-Genevifeve, que 
nous d6clarons maintenant avoir vu et tenu entre nos 
mains, est dans un parfait 6tat de conservation. Au bas 
du titre, se trouve la signature d'Etienne Baluze, de 
Tulle : a StephanuSj BalusiuSj Tutelensis: » 

Le volume 6tait jadis reconvert d'une vieille reliure du 
XVI® si6cle, en veau brun, avec cartouche en forme de 
m6daillon au milieu des filets. La reliure 6tant par trop 
d61abr6e, on Ta fait recouvrir d'un cuir de veau fauve 
moderne, en ayant soin de conserver et d'appliquer a 
rint6rieur de la couverture les anciens m6daillons dor6s; 
on a respect6 scrupuleusement les marges en laissant 
subsister Tancienne tranche dor6e du xvi® sifecle. A la 
marge sup6rieure du titre, on lit la signature d'un ancien 
possesseur : Tartanac, pr, (presbyter?) et au folio ij du 
calendrier, au milieu de la page, entre les lignes, cette 
inscription manuscrite : « Ex libris Sanctce-Genovefce 
Parisiensis, 1752. » Le livre 6tait done en possession 
des G6nov6fains depuis 1752 au moins. II porte aujour- 
d'hui la cote : BE, 842, Reserve, k la Bibliothfeque 
Sainte-Gene vi6 ve . 

L'exemplaire de la Biblioth6que d'Auch avait appar- 
tenu au xvi® si6cle k un nomm6 Loys Dargul, dont le 
nom est 6crit dans le rebord int6rieur du chapeau de 
cardinal au haut de la gravure sur bois du titre. Sa 



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— 142 — 

signature avec paraphe se trouve encore sur les Heures 
d'Auch, au bas du 8® feuille.t ver^so du cahier G, apr^ 
rintitul6 du commencement desMatinesf/Aicyom/i^ matu- 
tine secundum usum et consicetudinem ecclesie Metropo- 
litane beate Marie Auxis.) 

Nous donnons ci-dessous un fac-simil6 du titre du 
Br6viaire d'Auch: 



C© Wiand il^etropoUtaneil 

advfum infienl^rcclefie bt?SU>ar(e %^x%i9.1^o 
uifTime impzcirum/iufTu ac 3uctoatateiReuer2 
diffimi in jcpo pf is et ofli/ Diii/racifci or Claro# 
mSte/miferarione Diuina fcteiRomaneecclerie 
cardtnali0/ €^( iTufculani. Ueoat iaumionen. 
et arcbiept aujeitati.iKecognitum tntegrttativ 
reftitutu. Sb omnib^ p:efbftert0totiua viocp 
(10 tenSdum ac obferuart pxeceptuetmonitum. 
£t per venerabile aujcitanen. capitulQ/ folerti 
ingento/fummaq} opera vigUStilnme cafligatii 
et co2rectu«'noui0 officij0 auctu et oeccnatu/et 
foItj0fut0vbiopo:tetadnotatum t quotatum. 



1 <£ 


•^j^^;7y^x y/j 


^^p 


onL. >^^^ri 


I ^Mj /w/>i H^X 


w^K^ 



Aaiur carOmea fulfiene iFcaiu^fce tiata 
Cufoiaptttpurefinileet ino;tbe caput* 



Souhaitons qu'on retrouve quelque part un exemplaire 
complet des Heures d'Auch imprim6es par Claude Gar- 



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— 143 — 

nier. Cette d6couverte, si elle se realise «n jour, 16vera 
toute incertitude sur le lieu d'impression du livre. 

En attendant nous ne pouvons mieux faire que de repro- 
duire ci-dessous en fac-simil6 la derni^re page du 
Br6viaire, qui atteste d'une manifere authentique la pr6- 
sence du typographe limousin Claude Gamier k Auch, 
en 1533. A. C. 



Caibfolutumed fjocinftQnijeKccIefteUlu 
jCttaneB^ieuianum nouotppo t%m(bim/ 
de manDato tiniiaeuerentrt(riini/a(per« 
ntiirubenerabtUutncanontco^um mUici 
emiflum mimquihu^UstOssAdimBtS 
nout!8(re9uU0 tegulatumdtiedaratum; 
iBoutfq^ ofifict)j0biDel3CamCQ!tO <i5ab;ie« 
lijBf/J|oac^tm/(i3)ofepi| inftgnitumetOes 
co;iatum.3uia0 noutOime tmp;»(Iunvttis 
duftrta clauDtf d^amter diatcotvpUlti* 
noDtliCrtoefimotmio fup^mtueliimfi 
quih9ente(imu.39te tieropM^ie balSDajS 




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LES SEIGNEURS DE FIMARCON 



DB LA 



MAISON DE LOMAGNE (Suite) (1) 



III. — Othon II (1250-1314). 

Ce fut vers 1250 que mourut Othon P"*; son petit-fils 
Othon II lui succ6da. C'6tait un homme remarquable et 
son nom se trouve m616 a un grand nombre des affaires 
importantes de son pays. Quelques-uns lui reprocheront 
peut-6tre son d6vouement a la cause anglaise dans le 
midi dela France; mais il ne faut pas juger du patriotisme 
h cette 6poque recul6e par ce qu'il est de nos jours. Au 
temps oH Othon II r6gnait sur le Fimarcon, les rois d'An- 
gleterre, comme h6ritiers d*E16onore d'Aquitaine et 
d'Henri Plantagenet, second 6poux de cette princesse, 
6taient suzerains 16gitimes de la Gascogne, et le sei- 
gneur de Fimarcon pouvait a juste titre consid6rer 
comme un devoir d'fetre pour eux un vassal fidfele. Dans 
la r6alit6 aucun gentilhomme gascon ne leur fut plus 
d6vou6 que lui. 

Nous ne connaissons pas d'actes d'Othon II avant le 
10 aotit 1260. A cette date on le rencontre faisant, 
avec son 6pouse G6raude de Marmande « la Daurade » et 
Guillaume Astanove, son fils, une donation pieuse aux' 

(1) Voir la livraison de juiUet-aout 1893,ou nous prions nos lecteurs deoorriger 
les errata sulvants : 

P. 324, ligne 6, au lieu de 1080, lisez: 1082. 

P. 324, ligne 32, au lieu de page 150, lisez: oharte 150. 

P. 325, ligne 20, au lieu de Reinaud, lisez : Bernard. 

P. 326, ligne 1, au lieu de I^aage, lisez: Sage. 

P. 333, ligne derni6re,aa lieu de Pierre de Buffi^re, lisez: de Pierre Buffi^e. 

P. 335, supprimez deux phrases depuis : Notons etc. k la ligne 17, jusqu'^ : 
Ce prince... k la ligne 25. 

P. 336, ligne 17, au lieu de Ibalias; lisez : Halias. 



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— 145 — 

Templiers d'Argenteins etkG. B. d'Aspet, leur comman- 
deur : il leur c6dait le fief de LaGardfere ainsi qu'un droit 
de d6paissance sur toutes ses terres K 

Si nous en croyons certains documents mentionn6s 
par les Archives historiqttes de la Gironde, les posses- 
sions seigneuriales d'Othon II s'augment^rent en 1268 du 
cMteau de Lagarde, du quart de Montcrabeau, du quart 
de Sainte-Bazeille, dela moiti6 de Coulogne(Calignac?), 
du cinqui^me de Gazaupouy, de tout Ligardes et de quel- 
ques autres terres. Mais les pieces qui nous apprennent 
ce fait ne sont point originales; ce sont des copies si 
(( fautives » que nous ne savons au juste quelle confiance 
on pent leur accorder*. Cependant Lagarde appartint 

(1) InvenUiire des archives de Lagarde, i. 

(2) Voioi ce que nous lisons au tome xi des Archioea klstorlques du ddpar- 
tement de la Gironde, dans la liste des documents dont la Soci4t6 a ajoum^ 
rimpression : 

A la page 187 : « 1739, mai. Copies collationn^es des actes relatifs k des biens 
nobles situ^s dans les paroisses de Gazaupouy et de Saint-Martin-de-Goeyne, 
juridiction de Moncrabeau en Agenais, en date des 8 mars 1200, 24 aout 
1268, 8 mai 1300, 8 juillet 1634 et 30 novcmbre 1695, d61ivr6es sur la demande de 
noble Andr6 de Saint-Germ6, 6cuyer, seigneur d'Arconques. Ces copies sont 
tenement fautives, quoique authentiques, qu'il a 6t6 impossible d'en publierle 
texte et que nous nous sommes bom6s k en donner I'analyse. Archives d^par- 
tementales C. » 

Uacte du 24 aout 1268 est analyst k la page 138 du m6me volume : « Nooerint 
ttn(oe/'d&... que hautet puissant seigneur Monseigneur Salomon de Lomagne, 
roi de Navarre, sire d'Albret, donne k Monseigneur le prince Marcon de Loma- 
gne, son cousin, pour tous ses droits successifs : le chateau de Lagarde, le quart 
de Montcrabeau, le quart de Sainte«Bazeille,la moiti6 de Coulogne, le cinqui^me 
de Gazaupouy, tout Ligardes, etc., etc.; k commencer par Gueisa, comme il est 
eipliqu6 dans Thommage rendu le 7 mars 1200 par Isaac de Filartigue au roi de 
Navarre. » 

Analyse de I'hommage d'Isaac de Filartigue, k la page 138 : « Notum sit... que 
lo noble Isaac de Filartigua, seignor de Gueysa et d'Astrapouy... ten... nobla- 
ment... de monseignor Abdon, rey de Nabarra, sire d'Albret... la maison noble 
de Gueiza, etc. Archives d^partementales de la Gironde : C. Tr^soriers. » 

Enfin, k la page 139, nous trouvons indiqu^ du 8 mai 1300 un « Hommage et 
d^nombrement fait k monseigneur Marcon de Lomagne, par le noble seigneur^ 
Charles de Filartigue, fils d'lsaao de Filartigue, pour le chateau de Gueyse et la 
tour d'Astrapouy, dependants du chateau de Gazaupouy. » Parmi les articles du 
d^nombrement se trouve celui-ci, fort curieux, que citent les Archives: « Item, 
es a saber, quan lo seignor Marques, per acciden, aura presa moller, la moller 
diu esta renduda el loc de Gasapouy; en accoustiunat et utsage («tc); e Tseignor 
de Gueisa la met dins lo castet de Gasaupouy, et la d^pouiUa et la caualgadura 
de la dita dona es piura de Tostal d'Astrapouy. » 

L'inventaire des archives de Lagarde dress6 en 1760 par M* P^lauque signale 
Tome XXXIV. 10 



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1^ 146 ~ 

#teP6Tffl«it «t Ot!itoto> te *ut lui qM «* tt«i«er ^n xAeMn 
r^guMer <entre ^e vill«ge et celtii de'CteteinAu pcmr relier 
entre elles ses deux principates demettres f6o^ales. ll >en 
Art sans doute <3te m6me de la moiti6 de Calignac et du 
-qpMtrt^dfe Montcrabeau; car nous rencontrons dans la suite 
*ti<i6s fikd'Othon n> 06ra\id Trencal^n, av^ leis titres 
d6 baron ile Montcrabeau et coseiglieur de Calignac. 
Ajoutoas enfln xju'aucun d6s documents post^rieurs que 
nous avons pu consulter ne s'oppose k ce que les flels 
6num6r6s plus haut aieiit appartenn a Othon II. 

^uelques anti6es apr^ (1273), le sire de Fhnarcon fit 
hommage au roi d'Angleterre et Itii fournit acte d'aveu 
eft de wconnatesance pour tout ce quil pos86dait dans le 
pays de Fimarcon. 

II reconnait lui devoir, en retour de tous les fiefs et 
arrifere-fiefs quil tenait de lui, le service de deux 
hommes d'armes et se d6clarait en mfeme temps son 
vassal, pour ses possessions f6odales dans le Fezensa- 
guet*. 

Le roi de France, qui 6tait alors en paix avec Edouard 

Bussi « une coppie informe en papier blauc d^lne donation feite par Salomon de 
• Lomagne, roy de Navarre en faveur de Marcon de Lomagne son cousin germain, 
du 20 aotit 126S, et de deux hommages, I'un du 7 mars 1200 et Tautre du 7 may 
1900. » 

Nous ne pouvons diseuter ces pi^es ici ii fond. Les donn^es historiques nous 
tnanquent pottt cela. On saii oependant qu^aucun Lomagne ne fiit sire d'Albrel 
ni roi de NaTarre et que tes d'Albret n*arriv^rent au tr6ne de Navarre que dans 
les premieres anodes du xvi« si^cle. Le nom de Salomon ne fut jamais port6 par 
UB Lomagne, ni par un d*Albret, ni par aucun roi de Navarre. 

En supposant, et c'est Thypothese la moins t^m^raire, que les deux partis 
oOAtractaotes de 1268aient 6t6 le sire de Fimarcon (Marcon de Loma^e) etle 
sire d'Albret Amanieu VI, dont un copiste ignorant aurait &it un Salomon et un 
roi de Navarre par dessus le marcb^,il resterait encore une difficult^ k cxpKquer : 
/comment le sired'Albret, qui avait des h^ritiers directs, a-t-il pu Mre en faveur 
d'Othon II donation pure et simple des terres nombreuses et importantes ^non- 
e^es plus bautt Sans doute ils ^taient quelque peu parents: Hose d*Albret,s<Bur 
d^Amanieu IV, avait 4pous^ un oocle de Guillaume, premier seigneur de Fimar- 
t^ott. Maiiscela ne sufflt points expliquer la g^n^rosit^ du sire d'Albret.Le cqsisle 
n'atira-t-'il pas transform^ une vente en donation? Nous laissons aux^nidits 
qu'intii^esse Thistoire du (Imarcon ce multiple probi^me k r^sondre. 

(1) Bureau des finances de Bordeaux, rsgistre C> folio 107. Archires du ddpar 
tement d€ hi GitondCi 



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— 147 — 

d'Angleterre, he vit psls d'un mauvais ceil Othon de 
Lomagne accomplir ses devoirs de vassal en vers ce der- 
nier, mais il n'en fut pas de m6me des offlciers de la cou- 
ronne. Ceux-ci voulurent d6pouiller le seigneur de 
Fimarcon de ses droits f6odaux sur La Romieu. La cou- 
ronne de France dut Intervenir centre ses propres oflB- 
ciers, et, le 15 novembre 1278, une ordonnance de Vil- 
lota*, s6n6chal d'Agenais, « enjoignait au bayle de ne 
prendre que les droits qui appartenaient au roy et de ne 
pas inqui6ter Othon de Lomagne dans la perception des 
siens^ » Parmi ces droits se trouvait au moins une par- 
tie du droit de justice. 

En 1258, le seigneur de Fimarcon eut des contestations 
au sujet de ce droit avec Etienne, abb6 de Saint- Victor 
de Marseille *. Ce dernier, pour se d61ivrer de tout embar- 
ras, d6nna, par une charte dat6e du xvi des calendes 
d'octobre 1258, Fentifere seigneurie de La Romieu au 
comte de Poitiers et de Toulouse, Alphonse, frfere du roi 
saint Louis. Afin de mieux combattre les pretentions de 
soli rival dans le present et dans Tavenir, il stipula que 
que les comtes de Toulouse ne pourraient c6der h qui que 
ce soit un droit quelconque sur La Romieu ^ 

Cependant, Tan 1279, le comt6 d'Agenais passait sous 
la domination du roi d'Angleterre. Un trait6 de paix 

(1) Archives du d^partement de la Gironde, liasse B, 285. 

(2) Inventaire des archives de Lagarde, iett. 35, Y. 

(3) Dans son article si int^ressant sur la charte de I^ Romieu (Reoue de Gas- 
cogne, tome xvi, page 201, mai 1875), M. Paul La Plagne-Barns n'a-t-il pas 
confondu Othon 11 de Lomagne-Fimarcon avec le vicomte de Lomagne alors 
regnant qui s'appelait aussi Oddo, Eudes. Odon ou Othon f Les vicomtes de Lo- 
magne paraissent ne s'6tre r6serv6 aucun droit seigneurial sur les terres et sei- 
gneuries du Fimarcon qulls donn^rent en apanage, pas m^me le droit de suze- 
rainet^, puisque nous venous de voir Othon faire directement hommage au roi 
d'Angleterre. La charte de 1258 estconserv^e ^la Biblioth^ue nationale, fonds 
latin, n» 12,772, page 27. 

(4) Prsedictam autem donationem facimus subtalibus conditionibus,quodvos, 
dictus comes et uxor vestra et successores vestri, non possitis ea quse in prsB- 
dicta donatione continentur, in aliamvel in alias personas translerre,sed tantum 
illi qui pro tempore comes Tolosse fuerit prsedicta donatis reservetur. — (Charte 
de 1258). 



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— 148 — 

conclu entre saint Louis et le roi Henri III, Iel2mail259, 
assurait, si la comtesse Jeanne de Toulouse mourait sans 
enfant, le comt6 d'Agen et le Condbmois k la couronne 
britannique. Jeanne 6tait morte en 1272, et cependant 
cette clause n'6tait pas encore ex6cut6e. Enfin, en 1279, 
Philippe le Hardi, d6gageant la parole de son pfere, mit 
au pouvoir du roi d'Angleterre les possessions et les 
droits que lui assuraient les trait6s. 

La part de justice que les rois de France, h^ritiers 
d'Alphonse de Toulouse, avaient en La Romieu fut com- 
prise dans cette cession, comme le prouve une reconnais- 
sance fournie par les consuls devant le s6n6chal d'Age- 
nais pour le roi d'Angleterre, le 15 novembre 1286*. 

Les pretentions de rabb6 de Saint- Victor, interpr6tant 
en 1258 le mot honor de la charte de 1082 par un domaine 
absolu avec tout droit de justice, paraissaient justifl6es 
par les termes mfemes de cette premiere donation *. Etait- 
il survenu dans Tintervalle de Tune k Tautre d'autres 
actes souverains modifiant T^tat des choses? Nous n'a- 
vons pu le d6couvrir; mais il est certain que les consuls 
de La Romieu, le 15 novembre 1286, reconnaissaient au 
sire de Fimarcon des droits de seigneurie dans leur ville 
et ses d6pendances. II a, disaient-ils, medietatem juris- 
dictionis in tribus casibus, scilicet : homicidii, furti et 
sanguinis effusionis. II est 6galement certain que le s6n6- 
chal d' Agenais pour le roi de France, par son ordonnance 
du 15 novembre 1278, reconnaissait k Othon de Loma- 

(1) « Joannes de Capet et Petrus de Tunica alba,consules villsB de Romevo,pro 
se et universiiate dicti loci, recognoscunt quod dictus dominus rex habetet tenet 
in dicta villa de Romevo et pertinentiis ejus jurisdictionem al tarn et ba&sam, 
excepto quod dominus Oddo de Leomania habet ibi medietatem psdagii et 
medietatem jurtsdictionis in tribus casibus, scilicet : homicidii furti et 
sanguinis qff'usionis. (Pancharta, recognitiones feudorum et homagiorum, etc 
facta Edoardo Anglix regi tanquam Aquitanioe duci. 

(2) Charte de La Romieu, traduite par M. L6once Couture sur le texte du 
Cartulaire de Saint- Victor, 6dit. Gu6rard, Reoue de Gaacogne, tomexvi, pages 
216 et SUIT. 




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— 149 — 

gne des droits f6odaux sur La Romieu. Nous verronsplus 
tard cette moiti6 de la justice haute en la mfeine ville et 
ses d^pendances revendiqu6e sans aucune contestation 
par Alemanne de Cazenove en favour de Jean de Loma- 
gne-Fimarcon, son flls mineur. 

A la suite de la cession dont nous venons de parlor, 
Edouard d'Angleterre se fit passer des reconnaissances 
f6odales par la plupart des seigneurs et des villes du 
Condomois et de TAgenais. Othon de Lomagne fut un 
des premiers parmi les seigneurs qui accordSrent ces 
reconnaissances. II y dit tenir du roi d'Angleterre tout 
ce qu'il possMe dans le Fimarcon, avec les fiefs, arri^re- 
flefs et justices. 

Edouard, qui jusqu'a ce jour avait saisi toutes les occa- 
sions de t6moigner au seigneur de Fimarcon son amiti6, 
voulut le combler de nouveaux bienfaits. Durant un 
s6jour qu'il fit a Condom vers cette 6poque, le roi d'An- 
gleterre vint au secours de son ami et fit rentrer dans le 
devoir les vassaux de ce dernier qui disputaient k leur 
suzerain son droit de haute justice sur leurs chateaux*. 
Un peu plus tard, 28 mai 1289, Edouard accordait comme 
nouvelle favour au seigneur de Fimarcon le droit def aire 
lachasse au sanglier dans ses forfets royales de Gascogne. 

Vers cette m6me 6poque, Othon donna la main d'Agnfes 
de Lomagne, sa fiUe, a Pons, fils d'un seigneur borde- 
lais nomm6 Gaucem de Castillon. Dans le contrat de 
mariage, il promit a la jeune princesseune terre pouvant 
donner un revenu de vingt-cinq livres, et les mandataires 
de Pons d6clar6rent avoir rcQu deux mille sols bordelais. 
Or, cette dernifere clause 6tait Active; en 1292, la dot 
d'Agnfes n'6tait pas encore pay6e. EUe fit Fobjet d'une 
transaction pass6e le 5 juillet de cette mfeme ann6e. 
G6raud d'Escatalens, constitu6 procureur d'Othon de 

(1) Br^quigny, tome xv, page 89. 



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— 150 — 

Lomftgue et de si^ deux fik Bernard et G^raud Trenca- 
16on, pour le r^glement de cette affaire, mit en leur nom 
8^ signature au bas d'un acte pass6 en pr6sence de 
M« Pierre Gombaud, notaire. Othon II y abandonnait h 
sa fllle,pourpaiement de sa dot, tous les droits qu'il tenait 
d'iVl^Is de Blanquefort sur le chateau de Tlsle-de-Saint- 
Greorge, en M6doc. Quelle 6tait cette Alals de Blanque- 
fort ? Peut-6tre r6pouse d'Othon I**, dont nous avons 
d6clar6 ne pas savoir le nom. II 6tait de plus sp6cifl6 dans 
rSfCte qu'en cas de d6c6s d'Agn^s de Lomagne, Pons de 
Castillon pouvait jpetenir sur la seigneurie de Flsle-de- 
Sa,int-George les mille livres constitutes k son 6pouse; 
si Pons mourait le premier, sa veuve devait reprendre 
cettie somme sur la m6me seigneurie, et si Agn^s mou- 
rait sans enfants ou ses enfants sans descendants, le tout 
devait revenir k Othon de Lomagne. A ces conditions, 
Agnfes ronon§ait k tous ses droits sur la succession de 
son p6re et de sa m6re. EUe en donna quittance, mais se 
r6serva son oscle ou don de mariage montant a douze 
mille sols bordelais^ 

Peut-6tre trouverions-nous dans ce que nous avons 6crit 
plus haut relativement aux pretentions des vassaux de 
Fimarcon centre les droits de leur suzerain, Texplication 
de la p^nurie d'argent, cause probable du retard d'Othon 
k payer la dot de sa fiUe. Ces flers ch&telains ne s'6taient 
soumis qu'avec peine k la sentence royale qui leur impo- 
sait la suzerainet6 de la maison de Lomagne ^t surtout 
ses droits de justice et de redevance f^odale sur leurs 
chateaux; aussi ne tard6rent-ils pas k contester de 
nouveau le tout, k s'attribuer sur leurs propres vassaux 
un droit de justice qui appartenait au suzerain et a refuser 
les redevances. lis furent d^ailleurs encourages dans leur 

(1) Archioes historiques du d^partemcnt de la Gironde, tome iv, pages 39 i 
42. Archly es de M. le marquis de Verthamon. 



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r^beUio^i par les i^acideate de la guwye entr© 1* Fyouo^ 
et FAngleterre dont nous parleronsplus loin. Leseigneuif 
de ^•'imarcon eut une seconde fois recours au monarqiA^ 
anglais son suzerain, et, comme il avait fait lors de son 
s6jour k Condom, Edouardl" prithautementlesint6r6ts 
de son vassal. Les archives du chateau de Lagarde conser- 
vaient un rescrit dat6 du 2 mars 1303, dans lequel le vo\ 
d'Angleterre restituait k Othon de Lomagne ses titres 
et ses privileges sur les nobles du marquisat et leur 
enjoignait de ne reconnaltre personne autre que lui pour 
leur legitime suzerain. 

L'ann6e suivante, avril 1304, le roi d'Angleterre, 
8p6ciflant dans un nouveau rescrit le sens de celui qu'H 
avait donn6 en 1303, rendait au seigneur de Fimarcon, 
dans toute T^tendue de son marquisaty la justice sur les 
gentilshommes haut justiciers et le droit de ressort sur 
leurs justiciables*. Cela ne sufflt pas encore, et en 1308 
Edouard II, qui venait d'etre couronn6 roi d'Angleterre, 
dut parfaire Foeuvre de son pr6d6cesseur. II envoya des 
lettres patentes au s6n6chal de Gascogne, lui enjoignaixt 
de mettre Othon de Lomagne en possession de la juri- 
diction et du ressort qu'il avstit sur les terres de Berrac, 
Saint-M6zard et autres lieux, en presence des seigneurs 
de ces terres et sans qu'aucun acte d'opposition fut permis 
a cesdemiers*. 

Les rois d'Angleterre avaient d'ailleurs tout int6r6t k 
favoriser les seigneurs gascons, parmi lesquels les 
Fimarcon 6taient au premier rang, et k se les attacher. 
lis avaient besoin de leur stide pour combattre, soit 
les ennemis du dehors, soit m6me leurs propres 
sujets. 

Ainsi, la guerre presque incessante que se faisaient 

fl) Archives du chateau de Lagarde-Fimarcon. 
(2) Ibidem. 



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— 152 — 

Edouard P^ et Philippe-le-Bel et qui avait pour th6atre 
la Guyenne et la Gascogne, ayant 6clat6 de nouveau en 
1294, Edouard 6crivait en ces termes aux gentilshom- 
naes gascons : 

Vous avez appris et vous savez bien le differend qui s'est elevd entre 
le roi de France et Nous, comme ce roi nous a malicieusement tromp6, 
chass6 de notre Gascogne et priv6 de notre bon peuple. C'est pourquoi 
Nous vous requ6rons aussi instamment que possible et Nous vous 
conjurons de Nous aider k reconqu6rir et k d6fendienosterres, comme 
vous et vos anc6tres Tavez fait de tout temps pour Nous et nos pr^^ 
cesseups. Nous esp^rons que vous et les vdtres vous conduirez en cette 
occasion de telle manifere que Nous et les n6tres vous devrons de la 
reconnaissance, comme Nous vous en devons d6j^ pour les services 
que vous Nous avez rendus jusqu'^ ce jour (1). 

Othon II et les seigneurs de Gascogne r6pondirent k 
Fappel du roi d'Angleterre *; mais la fortune des armes 
ne fut pas favorable h ce monarque; et les Fran^ais, sous 
la conduite du comte de Valois, remportferent sur les 
Anglais plusieurs avantages. Cependant Valois, rappel6 
dans le nord, dut y amener une partie de son arm6e, 
Edouard sentit alors se ranimer ses esp6rances.Il6crivit 
une seconde fois aux seigneurs gascons, les exhortant a 
lui demeurer fiddles et a lui prater secours pour venger 
rinjure faite a sa couronne\ II leur ordonnait en mfeme 
temps d'ob6ir au comte de Lancastre quil envoy ait en 
Aquitaine, comme ils Tauraient fait k lui-mfeme. Cette 
fois encore, les armes d'Angleterre ne furent pas heureu- 
ses, et le comte Robert d'Artois qui avait remplac6 le 
comte de Valois a la t^te des arm6es frangaises, remporta 
sur Lancastre une victoire complete*. 

Quelques seigneurs gascons avaient abandonn^ le 



(1) Rymer, tome xix, pars tertia, pages 183 et suivantes. 

(2) Monlezun, HUtoire de la Gascogne^ tome iii, page 65. 

(3) Rymer, pars tertia, page 151. — Monlezun, op. cit. tome ui,page ( 

(4) Monlezun, id., tome m, page 71. 



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— 153 — 

parti d'Edouard dfes les premiers 6checs, d'autres lui 
demeurferent fiddles mfeme aprfes la d6faite du corate de 
Lancastre. Le seigneur de Firaarcon 6tait au nombre de 
ces derniers, qui pay6rent leur fld61il6 de la perte de leurs 
biens. 

Edouard lui 6crivait le 3 mai 1297*. Le roi d' Angle- 
terre avait appris tout ce que les seigneurs gascons 
avaient souffert pour lui et les en remerciait vivement. 
Dans sa reconnaissance il s'empresserait de leur faire 
passer tout ce qui serait en son pouvoir pour les indem- 
niser. 

Une tr^ve conclue en 1297 entre les deux couronnes, 
sous les auspices du pape Boniface VIII, vint suspendre 
les hostilit6s et la paix fut conclue en 1298 *. Ce que nous 
avons dit touchant les rescrits des deux Edouard en favour 
d'Othon tie Lomagne et centre ses vassaux nous prouve 
que cette paix r6int6gra les seigneurs gascons dans la 
possession de leurs domaines. 

Quelques ann6es aprfes, la guerre civile 6clatait en 
Angleterre. Les barons, humili6s deTempireque le gascon 
Gaveston, favori du roi Edouard II, avait pris sur Fesprit 
de ce prince, irrit6s d'ailleurs par les insolences de ce 
ministre, se r6volt6rent. En presence de cette rebellion, 
Edouard se retourna vers les seigneurs de Gascogne. II 
6crivit a un grand nombre d'entre eux, parmi lesquels se 
trouvait le seigneur deFimarcon, unelettredat6e d'York, 
le 6 avril 1312 ', et dans laquelle il ordonnait aux gen- 
tilshommes ses correspondants de se tenir pr6ts a mar- 
cher a sa defense. On ne leur en donna pas le temps. 
Dfes le 13 juin, la t6te de Gaveston * tombait sous la hache 
du bourreau. 

(1) Rymer, tome in, pars tertia. 

(2) Monlezun, tome ni, page 74. 

(3) Monlezun, tome iii, pages 131,132. 

(4) Monlezun, tome m, page 132. 



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avfvit, (I6clar61a guerre ^ TEcosse et paryiftt k la^ c<?nqu6-= 
ri^> m^ elje ne tarda, pas ^ secouer son joug. Ywwu, 
(i«ypi3- plustQvirs comt)ats, Edouarcl s'?^iresse aux sei-- 
gneurs gascons et r6clame leurs 6p6es. II 6crit en in,6??^e 
temps aux villes et aux pours du Bordelais, d§ VAg^ 
ns^is^ du Ba^adais et des Ljandes pour soUic^ter 4es subr- 
si^es*, 

Les cours se r^unirent dans FAgenai^. Fleuranc^ oflEriif 
500. Uvres, La Montjoie 100, La Romievi 200, Frances- 
cas 400, Montreal 300, les autres selon leurs moyen^j 
mais tou^ ces secours ne ramen^rent pas la fortune $ous 
les, drapeaux d'Edouard et FEcosse fut perdue pour lui 
saiji^retour. 

Pour ne pas interrompre le cours de notre r6cit, nous 
avons dft passer sous silence un fait important qui 
eut lieu en 1297 : ce fut Fannexion de la terre de Bla- 
ziert a la seigneurie de Fimarcon. L'histpire de cet 6v6- 
nement va nous forcer k revenir sur nos pas pour en 
presenter les causes au lecteur. 

Vers la fin du xii® sifecle, Blaziert fut donn6 en apanage 
par le vicomte Othon de Lomagne k G6raud Trencal6on, 
le dernier de ses fils. Celui-ci eut quatre enfants : Gaston, 
B6zian ou Vezian, G6raud et Escarronne. Les trois 
frferes portferent ensemble le titre de seigneur de Blaziert, 
et Gaston, Fain6, y joignit celui de seigneur' de Monta- 
gnac qu'il partagea un pen plus tard avec son frSre 
B6zian. Les deux fr^res donn^rent ensemble les coutumes 
de Montagnac. 

Mais il leur survint des difficult6s avec de puissants 
personngaes. Gaston fut accus6 par Edouard P"*, roi 
d'Angleterre, de s'6tre rendu coupable de mal6fljces centre 

(1) Monlezun, tome ui, pages 150 et 152 (notes). 



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li4, Ke oftftsfiquence, \e monarque fu^lws <iwwv0i ordi;© ^ 
Foytaner de Cazenove, s^u6chal de Gaacogne^ de le |air© 
jugej;' par ses pairs. 

En vertu de cet prdre, Ama»ieu, archevfeque d'Auch, 
Q^rs^ud de Monlezun, 6v$que de Lectoure, frfere Amaud* 
abb6 de Bouillas, Gr6raud, comte d'Armagnac, Othoxi, 
seigneur de Fimarcon, et plusieurs autres grands person- 
nages, (?onvoq\i68 parFortaner, se r6unirent dans T^glise 
Sainte-Marie-Madeleine de Pradoulin (Pratolongo), dans 
la, juridiction de Lectoure. 

Cit6 a comparaitre devant cette assembl6e, Gaston 
de Lomagne se reconnut coupable, et le s6n6chal du roi 
d'Angleterre le somma de Uvrer k son maitre la terre et 
le chateau de Blaziert. « Je tiens m,a seigneurie de mes- 
sire Othon de Lomagne, r6pondit Gaston; je ne suis done 
justiciable que de lui; c'est devant lui seul que je dois 
r6pondre des faits qui me sont imputes. » L'assewbl6e 
reconnut et proclama les droits d'Othon, et ce dernier se 
levantasontours'exprimaen ces termes : « Messeigneurs,^ 
on implore ici ma protection de suzerain et yous m,e reoon- 
nai^sez le droit de Taccorder; je la donnersti done; et si 
le sire s6n6chal ou tout autre en son nom tente quelque 
chose centre la personne ou les Wens de Gaston de 
Lomagne, mon vassal, j'en appelle au roi d'Angleterre, 
n^otre commun seigneur, dont je serai toujours le f6al; et 
si monseigneur le roi ne me protege, j'en appelle k la 
poiflte de mon 6p6e. » 

Gaston et ses fr^res pureAt, en consequence, yivre en 
paix dans leurs domaines sous la protection de leur 
suxerain. 

B6zian, le puin6, mourut k une d§tt$ qui nous est incon- 
nu^ et sa part de seigneurie en Blaziert 6chut k G6raud 
de Lomagne, son fils. Ce dernier fut bien loin, tout 
d'abord, de t6moigner au bienfaiteur de sa famille la 



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— 156 — 

reconnaissance quil lui devait. En eflfet, le 3 mars 1296, 
G6raud dut comparaitre au Gueysa, dans la juridiction 
de Gazaupouy , devant son suzerain Othon de Lomagne : 
il 6tait accus6 d'exc^s graves commis par lui ou par ses 
serviteurs centre le seigneur de Fimarcon et centre ses 
gens. G6raud se reconnut coupable et mit& la disposition 
d^Othon sa personne et ses biens. 

En consequence, Tann^e suivante (octobre 1297), par 
acte public et solennel,G6raud se reconnait vassal d'Othon 
de Lomagne et se met en sonentifere d6pendance.De plus, 
dans le cas oft il mourra sans legitime h6ritier, il cMe 
d'une manifere absolue a Othon et h ses descendants la 
seigneurie et le chateau de Blaziert avec tous leurs droits 
et leur juridiction. G6raud motive cette derni^re partie 
de son acte par une reconnaissance tardive et forc6e. 
Othon, dit-il, lui a g6n6reusement donn6 des sommes 
d'argent considerables, des chevaux, des palefrois et 
autres choses pr6cieuses; ilTa d61ivr6 de plusieurs guerres 
avec ses voisins, lui a conserve le chateau de Blaziert, 
a sauv6 sa personne, ses gens, ses biens : en un mot, il 
s'estmontre entoute occasion bon et bienveillant pour lui. 

L'ann6e suivante, le mercredi, jour aprfes Foctave de 
la Purification, Gaston de Blaziert, k son tour, faisait 
entre les mains d'Othon de Lomagne abandon de sa part 
de la seigneurie. G6raud, frfere de Gaston, devait fetre k 
cette 6poque mort sans laisser de post6rit6, car nous ne 
le voyons ni par lui-m6me, ni par ses enfants intervenir 
dans cette transaction. Le roi Philippe-le-Bel, parlettres 
patentes du mois de mars suivant, approuva Taccord 
entre Othon de Lomagne et Gaston de Blaziert et le 
conflrma. Le seigneur de Blaziert c6dait a celui de 
Fimarcon sa part de seigneurie moyennant la somme de 
mille livres*. 

(1) Archives du oh&teau de Lagarde-Fimarcon. 



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— 157 — 

On congoit qu'Othon II, devenu par ses acquisitions et 
par la f aveur du roid' Angleterre, un des plus puissants sei- 
gneurs du midi, ait 6t6 souvent pris pour arbitre ou pour 
t6moin par les seigneurs ses voisins dans les difi6rends 
qui s'61evaient entre eux. C'est ainsi que nous le voyons 
choisi pour arbitre dans le d6m616 survenu entre Bernard 
d'Astarac, IV® du nom, Tarchevfeque d'Auch Amanieu II 
d'Armagnac, les abb6s de Pessan et de Paget et le com- 
mandeur militaire de Foi*. L'archev6que et les abb6sque 
nous venons de citer poss6daient des biens nobles dans 
TAstarac, et le comte Bernard voulait les emp6cher d'en 
jouir. L'archevfeque surtout eut k se plaindre de ses vexa- 
tions. II se d^fendit avec les armes spirituelles et frappa 
Bernard des foudres eccl6siastiques. Le comte s'en 6mut. 
II s'empressa d'accepter une transaction et les parties 
s'en remirent au jugementd'Othon de Lomagne, seigneur 
de Fimarcon, et d'Arnaud Othon de Lomagne, abb6 de 
Condom, oncle de ce dernier; mais Bernard, se voyantprfes 
d'6tre condamn6, n'accepta plbs Tarbitrage et continua 
ses violences. Lamort le surprit au milieu de ces d6m616s. 
Son fils Centule, qui lui succ6da, ne voulut pas Timiter 
dans sa lutte centre TEglise : il reprit les n6gociations et 
accepta Tautorit^ des arbitres qui d6cid6rent comme il 
suit : « Les deux parties se tiendront mutuellement quittes 
des dommages essuy6s. L'archevfeque Ifevera les censures. 
Le commandeur de la Foi abandonnera P^darieux et 
quelques chateaux moins importants h Centule : en 
6change il recevra le chateau de Samazan en toute jus- 
tice, sous la reserve que ce chateau ne pourra jamais 6tre 
distrait de TOrdre. Le comte d'Astarac reconnaitra tenir 
en flef noble de Tarchevfeque tout ce quil poss6de dans le 
terroir des Affiles, et, en signe de vasselage, lui et ses 

(1) P^re Anselme, Les grandz qfflciers de la couronne. 



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— 158 — 

succ6sseurs dohneront k chaque noiivel archev^que une 
paire de gants blancs. Le comte rendra au clerg6 toutes 
les dimes dont il s'est empar6 et lui fera restituer celles 
qu'ont saisies les seigneurs de son comt6. Enfln, pour 
d6dommager Tarchevfeque de tons les d6g&ts support^s 
par le chateau de Lamagufere, il lui paiera 6,000 sols tou- 
lousains. w Get accoi'd fut pass6 dans T^glise de Gimont, 
le 29 novembre 1291 *. 

L'archev6que d'Auch, satisfait de la sentence des deux 
arbitres, leur con'fia Fannie suivante le jugement de ses 
d6m616s avec le seigneur de Pouy-Petit, Hector de Poli- 
gnac. Lepr61atr6clamait une dime eccl6siastique qu'Hec- 
tor prenait, parce que, disait-il, cette dime appartenait h 
ga maison La dime 6tait par sa nature m6me un bien de 
TEglise et Thistoire ne pent justifler Tusurpation qu'eii 
faisaient les seigneurs. Cependant, ne pouvait-il pas y 
avoir quelquefois k Torigine cession de la part des auto- 
rit6s eccl6siastiques pour recompense d'un service rendu, 
cession de telle nature qu'elle constituait un contrat 
irr6ductible sans le consentement des deux parties ? II 
semblerait qu'il en fOt ainsi dans le cas qui nous occupe. 
II ne parait pas, en effet, que rabb6 de Condom, oncle 
du seigneur de Fimarcon et pris avec lui pour arbitre, 
ait jamais failli aux saints devoirs que lui imposait son 
caractfere de pr6tre et de religieux, et pourtant, d'accqrd 
avec Othon de Lomagne, il donna, dans cette circons- 
tance, droit a Hector de Polignac centre Tarchevfeque 
d'Auch. II existait d'ailleurs dans le m6me sens deux 
sentences arbitrales port6es Tune en 1095, et Tautre en 
1192 V 

Quelques ann6e8 plus tard, 1299, nos deux arbitres 

(1) Monlezun, tome in, pages 31 et 32. 

(2) Archiyes de la maison de Polignac de Pouy-Petit. ~ Bulletin du Co- 
mity d'hiatoire et d'arcMologie de la prooince d^Auch, tome iv, 5* liy. 25 juin 
1863. 



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^ 169 ~ 

s'interposaient entre Centule d'Astarac etson fils Bernard 
et emp6chaient une guerre parricide qui allait 6clater 
entre ces deux princes. Centule avait mari6 son fils avec 
Marthe, flUe ain6e de Roger, comte*de Foix, et lui avait 
abandonn6 son comt6, ne se r^servant que Miramont, 
Lab6jan, Saint-Jean et Castillon, avec 20,000 livres tour- 
nois de rente (dimanche avant la Toussaint 1295); mais 
il ne tarda pas h se repentir d'avoir renonc6 k TAstarac : 
sa tendresse, disait-il, Tavait 6gar6. Pensant ne pouvoir 
obtenir de son fils la r6trocession du comt6, il voulut le 
recouvrer les armes k la main. Othon II et rabb6 son 
oncle, appuy6s par plusieurs gentilshommes de Gascogne, 
arrdtferent d6s le commencement cette lutte centre nature. 
Sur leur d6ci8ion, Bernard dut ajouter aux terres d6jJL 
pos86d6es par Centule les chateaux de Castelnau-Barba- 
rens, de Durban^ de Pavie et unenouvelle rente de 2,000 
livres petit tournois. Ainsi fut-il conclu le 12 aoftt 1292 
au chateau de Castelnau-Barbarens. 

Othon II de Lomagne mourut dans Tannic 1317. Son 
fils ain6,GuillaumeAstanove, dut le pr6c6der autombeau, 
mais il Istissstit encore quatre fils : Bernard Trencal6on, 
qui lui succ6da; Bertrand, qui fut chanoine d'Auch et de 
Chartres; Guillaume Trencal6on et G6raud Trencal6on, 
que des actes de 1328 nous montrent en cette ann6e baron 
de Montcrabeau et coseigneur de Calignac. II laissait de 
plus une fiUe, Agnfes de Lomagne, dont nous avons dit 
plus haut le mariage avec Pons de Castillon avec les diffl- 
cult6s qui le suivirent. 

(A suivre.) UAbb6 MAUOtJlfi, 

Cur6 de Caussens. 



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, — 160 — 

LE TESTAMENT DU CARDINAL JEAN DE LA TRfiNOILLE 

• ARCHBVliQUE D'aUCH 



Ce document vient d'etre public dans un magnifique recueil intitule 
Les La Tr^moille pendant cinq sidcles (Nantes, Emile Grimaud, 1892, 
in-4<». Tome second, 1431-1525, p. 153-155). J'en extrais les princi- 
paux passages : 

Ou nom du P6re et du Filz et du benoist Sainct-Esperit. 

S'ensuyt le testament et derniere volonte de tr6s reverend p^reen Dieu 
mens' Jean, cardinal de la Tr6moille, par permission divine, arcevesque 
d'Aux et evesque de Poictiers, faict par le diet tr^ r6verend malade en son 
lict, et ce quant an corps, mais sain de son entendemont, le seizi^me jour 
de juign, mil cinq cens et sept, en la ville de Millan, en la maison de 
honneste femme, dame Darie de Pusterre, vefve de feu noble homme 
Bourgonce Botte, en laquelle maison estoit log6 le dit seigneur, en la forme 
qui s'ensuit. 

Et premi6rement, le diet tr6s reverend, cognoissant qu'il n'est rien si 
certain que la mort, ne si incertain que Theure, voulant vivre et mourir 
en la foi de saincte Eglise, et comme bon et vray catholicque, pr6allable- 
ment« a donn6 son d.me a Dieu, son cr^ateur, et icelle recommandto k la 
glorieuse Vierge Marie et k tous les saincts et sainctes de Paradis. 

Segondement, ledict trte reverend testateur a donn6 son corps k la terre 
et volu estre inhum6 et sepulture en I'dglise des fr^res Mineurs de Sainct- 
Frangois, pr6s le castel dudict Millan, devant Tautel de la chappelle que 
on dit de Saint-Bernardin, ou quel lieu ledit testateur avoit acoustumS de 
ouyr messe. 

Item, le diet tr6s reverend a ordonn6 que le service et solenmit6 de sa 
sepulture et f un^railles soient faitz k la discretion de ses ex^cuteurs, cy 
apr^ nomm^s (1)^ et de deux de mess" ses fr6res, auxquels a donnd la 
superintendence de son diet testament (2). 

Item, le diet testateur a voulu et ordonn6 en g^n^ral et particulier toutes 
ses doibtes et forfaictz estre pr6allablement payez et devant toutes autres 
chouses. 

Item, a voulu et ordonn^ estre distribu^ par mani^re de don et bienlaict 

(1) « Maistre Adam Le Comte, prebtre, chappelain et aulmosnier dudict tr^ 
reverend, et Hugues Le Masie, vicomte de Mortain, serviteurs domesticques 
dudict seigneur. » 

(2) <(Tr^ haulx et tr^ puissans seigneurs, monseigneur Loys de la Tr^oille, 
et mens' Jacques de la Tr^moille, seigneur de Bommiers. » 



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— 161 — 

ktoxxB ses serviteurs, domestiques, oultre lean gaiges ordinaiies et anltres 
doibtes si aucunes lenr sont deuz, k nnq chacun de iceulx, depuis le 
moindre jnsqaes au plus grant, soient prebtres, benefici^ ou non, gentilz- 
hommes et autres serviteurs, de qnelque condition qu*ilz soient, certaine 
quantity et portion des Mens que Dieu luy a donn^, et ce apr^ son trespass 
k la discretion et conscience de ses ex6cuteurs. . . 

[Parmi les t^moins, on remarque] R6verend p6re en Dieu, mens' Claude 
de Tonnerre, evesque de S6es, nepveu dudict tr^ reverend testateur et 
Messire Bartholomy de Gavaston, chanoine de T^ise mMropolitaine 
d'Aux. (Chartrier de Thouars). 

M. le due de La Trtmoille rappelle, dans une notice sur le cardinal 

Jean de La Tr^moille; que c'6tait le second fils de Louis I et de 

Marguerite d'Amboise, qu'il fut d'abord protonolaire du Saint-Sifege^ 

qu'il devint archevftque d'Auch en 1490 malgr6 son'jeune Age et 

6v6que de Poitiers en 1505, qu'il fut nommi cardinal par Jules II le 

4 Janvier 1546, qu'il possMa une foule de b6n^fices, parmi lesquels je 

citerai la moiti6 des revenus de r^vfechi d'Agen (2,500 livres) pendant 

deux anndes avant d'etre pourvu de rarchev6ch6 d*Auch (1). Le noble 

et savant dditeur rappelle encore (p. xiv) qu'en 1514, Louis II de 

La Tremoille^ fr^ du pr^lat; ^tait en proc^ au sujet des biens de 

rarcbev6ch6 d'Auch, centre « trte r6v6rend p6re en Dieu messire 

FranQois de Clermont, archevesque d'Aulx, » successeur du cardinal 

Jean. 

Ph. TAMIZEY de LARROQUE. 



DOCUMENTS INEDITS 

Une lettre d'Henri IV 

J'ai acquis r6cemment dans une vente une lettre de 
Henry IV que je crois in^dite et qui m'aparu assez int6- 
ressante pour 6tre pr6sent6e aux lecteurs de la Reoue de 
Gascogne. 

Le sieur de Maravat dont il y est parl6 est Jean III de 

(1) Ces Dombreux Wn^fices (plus d'une douzadne de grasses abbayes, dont 
line de 3,000 livres, une autre de 2,000, une troisi^me de 1,500, une quatri^me 
de 1,200, une cinqui^me de 800, etc., eta) permirent au cardinal d'avoir dans ses 
Juries jusqu'^ cinquante cheyauz (documents du Chartrier de Thouars). Ces 
50 cheyaux nous m^nent bien loin de I'&ne de N. S. J. C. 

Tome XXXV. 11 



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— 162 — 

Lupp6, seigneur de Maravat, capitaine de 50 hommes 
d'armes, puis mar6chal de camp et d6put6 de la noblesse 
; d'Armagnac et Tlsle-Jourdain aux Etats de 1614. 

j Le marquis de LUPPfi. 

Mons'' de Savaillan, j'ay pourveu le s"" de Maravat des gouveme- 
ment (1) et capitainerie que le feu cap'*^ La Taulfere tenoit, men ayant 
donn^ le pr&ent advis et le[s] mayant demandez. Mon iiiteD[ti]oo et 
resolu[ti]on est quil en jouisse, car je nay acoustum^ de remarquer ce 
que j'ay ordonn^. Sil survient quelque oca[sijon an quoy je vous puisse 
gratiffier je le feray tres volontiers, ainsi que mes esforts le vous feront 
paroistre. Cependant je vous prie de lenir la main a lexecu[ti]on de 
mes mandem. et ordonnan. en estant asseur^ tousiours de ma bonne 
volont^. Surce jeprierayle Maistre (sic) vo[us] tenir,Mons^ de Savail- 
lan, en sa saincte et digne garde. A la Rochelle, le xxv°>« octobre 1586. 

Vtre byen afectioni amy, HENRY. 

Ne varietur, 

Rahastens, com*^ (t) 



BIBLIOGRAPHIE 



La Petite Eguse, essai historique sur le schisme anticonoordataire, 
avec cartes et portraits, par le R. P. J. Emm. B. Drochon, des Angus- 
tins de TAssomption. Paris, maison de la Bonne Presse, 1894. Petit 
in-8' dexv-416 p. Prix : 3 fr. 

Ce livre, fort int^ressant et fort bien fait, vise, sans pr6tendre la 
combler, une lacune grave de noire histoire religieuse conlemporaine. 
II s'agit du schisme produit par les opposants au concordat de 1801, 
schisme aujourd'hui bien aflEaibli, mais qui subsisle pen ou prou en 
Belgique et dans quelques d^partements de Touest et du sud-est de la 
France (2). Ses adherents ont port6 diflE^rents noms suivant les pays. 
En Gascogne, d'ou ils ont disparu depuis une quarantaine d'annfes, 

(1) Ce gouvernement doit 6tre celui du Fezensaguet et de Mauvesin. 

(2) Parmi leslivres^consulter sur le schisme anticoncordataire, je signalerai le 
joman historique de M. Gilbert Aug.-Thierry, le Capitaine Sans-fagon (Paris, 
Arm. Colin, 1890), dont le livre in (p. 131-214) a pour titre : la Petite Egliae, et 
dont les « annexes documentaires » renferment des extraits de correspondances 
officielles sur le m^me sujet. II est bien entendu que je ne garantis en aucune 
ia^n les parties personnelles du r^it, ni les appr^iations de M. Thierry. 



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— 163 — 

on les d&ignait sous celui dHllumin^s. Le travail du R. P. Drochon 
est une oeuvre de recherche historique trfes attentive et de zfele aussi 
charitable qu'6clair6 : il secondera une r^nte lettre de Lton XIII 
adresste k T^v^que de Poitiers dans Tint^rfet de ces pauvres 6gar68% 
Dans une premiferepartie (1801-1814), d'un int6r6t g6n6ral et d'autani 
plus vif que I'auteur a utilise beaucoup de pieces incites, on saisit 
Torigine du schisme, les causes de Topposition au concordat et les 
men^ des chefs du parti jusqu'k la Restauration, qui amena la r^n- 
ciliation avec le Saint-Sifege de presque tous les 6vfeques anticoncor- 
dataires encore vivants. La seconde poursuit les vicissitudes du schisme 
jusqu'a nos jours; elle est encore plus vivante que la premiere, mais 
par malheur, elle n'est complete que pour le Poitou. La troisiime 
comprend des biographies d6tach6es et un Voyage d iravers les dio- 
ceses. II y a 1^ trois pages bien curieuses sur celui d^Agen, ou subsiste 
encore un reste d'illuminisme, et une seule page sur celui d'Auch, 
page insuffisante de I'aveu de Tauteur, qui n'a mftme pas signal^ 
Torigine dela dissidence dans Topposiliondu dernier 6v6que de Lombez, 
retir6 k Londres. Ne lui adressons pas pour cela un reproche qui retom- 
berait sur nous : car il a fait de son mieux pour obtenirles renseigne- 
mentsquilui manquaient. II y a lieu d'esp^rer que les souvenirs encore 
vivants du schisme anticoncordataire dans Tancien diocfese de Lombez 
seront bientbt recueillis par un de nos collaborateurs. Mais le livre du 
P. Drochon n'en i^stera pas moins une source abondante et sure pour 
rensemble de cette histoire. 

Annuaire du PETTT-SiMiNAiRE DE SxiNT-Pi:. 20« ann6e, 1894. Bagndres, 
P^d. In-18 de 150 p. (1 fr. 50; abonnement pour cinq ans, 7 fr.) 

L'abondance des travaux de la Reoue m'oblige k la concision, mais 
je dois declarer que cet Annuaire n'a jamais 6ii ni plus ni mieux 
rempli que cette ann^. L'indication presque s6ohe des parties qui nous 
touchent suffira, du reste, k le d^montrer. — Dans tout ce qui tient k 
la vie des deux institutions de Saint-P6 etd'Argelfes, je me contentede 
signaler une representation en anglais, au Petit-S6minaire, de la 
commie Old Poz de miss Edgeworth. — Dans la nfcrologie, une 
notice ^tendue et fort attachante sur rabb6 Michel Fontan, curd de 
Saint-Jean de Tarbes^ et d'int^ressants details sur Julien Mariote, 
« inventeur du fusil k aiguille », mort k Pau le 17 juin 1892 k I'&ge 
de 69 ans. — Comme contribution au folk-lore regional, il y a d'abord 
quatre formules de prifere en gascon bigorrais (p. 32-33), dont trois 



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- 164 — 

sont rim4es. La seconde € en entrant au cimetifere » ne m'a rien 
rappeli de connu; les autres ont qa. et \k des Univalents plus ou 
moins rapprocMs ; toutes sont bonnes k noter. Je recommande au 
mfeme titre la notice sur « la chasse au Mousqui » (le Mousqu* est 
un poste de chasse appartenant ^12 propri^taires, dont le Petit- 
Siminaire de Saint- P6); il y a li une synonymic importante pour les 
esptees de pigeons dits rouquets (notre d'Astros dit arrouquets] ou 
couloumsy paloiitnes, etc. — Les linguistes seront heureux de trouver 
plus bas la suite de V Etude sur la langue bigorraise, qui constituera 
toute une grammaire de ce patois ; on nous donnecette annte les deux 
chapitres de Tadjectif et du pronom ; il faut louer le soin de la reaction 
et se ttliciter que Tabsence des vrais principes phon^tiques ne se fasse , 
presque plus sentir (1). — Comme histoire, le grand morceau porle le 
titre : • Benac et son prieur6 dependant de Saint-Pi (p. 313-404). > 
L'auteur, M. Tabbi Cazauran, y donne, d'aprte plusieurs sources 
et surtout d'aprfes les archives du s6minaire d'Auch, des details sur 
rillustre fiamille Montaut-Binac, sur la fondation de la ville de Lanne 
en Benaquoia (1377), sur le fief de Saint-Sivi6, etc. On ne lira pas 
avec moins d'int^t de longs details moins graves sur le mobilier du 
chateau baronal d'aprfes un inventaire de 1654. — Les Documents 
historiques (p. 405-455) ont 6t6 foumis, conmie par le passi, par deux 
pal6ographes consomm&, M. Vabhi L. Gu^rard et M. Gaston Balencie. 
L'apport du premier consiste en deux bulles pontificales (Clement V et 
Jean XXII) touchant Tabbi de Saint-P6, et un mandement du roi 
Philippe VI (1332) concernant les dettes contractus par Tabbaye. M. 
Balencie n*a fourni que deux pieces ; mais la premiere a beaucoup 
d'itendue (le parchemin, ddposd aux archives de Saint-P6, est compost 
de quatre peaux), et non moins d'int^r^t, soit historique, soit philolo- 
gique, i cause des parties 6crites en gascon; c'est la confirmation 
(21 juillet 1452) par Tabb^ de Larreule, d6ldgu6 du Pape, d'une tran- 
saction passfe le 21 juillet 1450 entreTabb^ etles religieuxde Saint-P6, 
d'une part, et la ville, de Tautre (p. 452-454). On voit que VAnnuaire 
continue k rendre de vrais services k Thistoire r^gionale : souhaitons- 
iui done une fois de plus vie et succ^s ad multos annos ! 

L. G. 

(1) Je signalerai Temploi du mot atone k contresens On lit, par exemple 
(p. 476): « Lorsque Tadj. est termini au masc. par un e ferm^, cet e ferm^ devient 
atone au f^m. : aymabl4, m.; aymable-a-o, f . » Dans aymable, soit masc. soit 
f^m., la Toyelle a m^diane est seule tonique, les autres sont atones ^ m^me !*« 



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SOIREES ARCHfiOLOGIQUES 

AUX ARCHIVES D^PARTEMENTALES 



I 

Sdanoe du 8 Janvier 1894 



Pr^sidence de M. de CARSALAt>B DU PONT 



Presents : MM. Arr^s-Lapoque, Aurbilhan, Balas pfere, Louis 
Balas, Biard, le Bret, Cabrol, Calcat, Chavet, Cocharaux, 
Daudoux, Bellas, Despaux, Diziain, Journet, Laborie, A.Lacomme, 
Joseph Lacomme, Lacoste, Lapeyri^re, Albert Lozes, Monlaur, 
Quenioux, Samalens, Sansot et Tierny, secretaire. 

La s^nce est ouverte k 8 heures li2 aux Archives dipartementales. 

Un moraliste gasoon : Le Pdre Ambroise de Lombez 
M. Le Bret fait, sous ce titre, une communication fort intAressante 
et fort goutte sur la vie, le caractfere et les oeuvres de ce pieux terivain. 
Malheureusement T^tendue de cette belle 6tude litt^raire et morale 
ne permet pas de Tinsirer dans la Reoue de Gascogne. 

Le donjon de Bassoues 

M. de Carsalade fait la communication suivante : 

Le donjon de Bassoues est un des plus beaux types de Farchitecture 
mililaii*e du xiv« sifecle dans lesud-ouest. On en jugera par la gravure 
que nous donnons. II est rare, eneffet, detrouver des monuments de 
cette importance et de cette 6poque daus un 6lat de conservation aussi 
complet. Le temps et les hommes les ont g^n^ralement ddtruits ou 
d^figurfe. A Bassoues, pas une bi'tehe, pas unepierre dispinte n'ac- 
cusent les ravages du temps; c'est k peine si les gran4es salles vides 
et les tourelles d6coiflf6es de leurs chaperons indiquent que I'arche- 
v6que d'Auch n'habite plus le donjon et que ses archers et ses 
hommes d'armes ny font plus la ronde. On dirait, k le voir ainsi, 
dans sa robe de pierre quasi-neuve, que celui qui Ta b&ti vivait encore 



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— 167 — 

il y a cent ans, et pourtant il y a plus de cinq siteles que son corps 
repose sous les dalles de T^glise de la Chartreuse de ViUeneuve-lfes- 
Avignon. 

Arnaud Aubert, archev6que d'Auch, fut le constructeur du chAteau 
de Bassoues. Ce fait nous est riviU par la notice que consacre k ce 
pr^lat le cartulaire noir du chapitre m^tropolitain^ notice prSoieuse qui 
assigne un hgt certain au donjon; nous la citons en entier. 

« Amaldus Alberti, nepos domini Innocentii pape VI, oriundus 
9 loco de Montibus, prope Pompederium, Lemovicensis diocesis, fuit 

* primo episcopus Agatensis, deinde Carcassonensis, posteafuit trans- 
9 latus ad ecclesiam Auxitanam, videlicet die xvi Januarii, anno a 
9 NativitaleDominimillesimoccc*Lv«,etfuit camerarius domini Pape, 
» et incepit rehedificare ecclesiam metropolitanam Auxitanam et fundavit 

* in eadem decern prebendarids... Item, hedificavitcastnim de Bassoa 

* cum magna turri, et fecit claudere totum locum.Qui obiit xi* die junii, 
9 anno m° ccc° lxxi°, in loco deBorbonio Avinionensis diocesis, et est 

* sepultus in domo Carlusiensium in Villanova, ejusdem diocesis; et 
9 fecit ecclesie Auxitane multa bona. Ejus anima requiescat in pace. 
9 Amen. » 

M. A. Lavergne a sommairement dterit le donjon de Bassoues dans 
son Compte rendu de V excursion de la Soci^U franQaise d'archdolo^ 
gie dans le Gere, en 1883. II a cependant omis de signaler une clef de 
voute de la premiere salle du donjon, d'un trfes beau travail et d'un 
grand intirftt iconographique. Cette clef de voute, dont nous donnerons 
le dessin, represenle un 6v6que, qui nous paralt ^tre Arnaud Aubert lui- 
m^me. II semble, en effet, assez naturel que Tartiste ait voulu fixer 
sur la pierre, dans la salle principale du donjon, les traits du maltre du 
chateau. Cette clef de voute est d'ailleurs la seule qui soit sculptfe. 
Faute de terme de comparaison il est difficile de juger de la ressem- 
blance du portrait, mais tout au moins faut-il croire que I'ext^rieur, 
Vhabitus de T^v^que a 6tA fidelement copi^ par Tartiste. 

Les Jacobins k Auoh (1). 

Communication de M. Delias. 

Les Frferes de Tordre de Saint-Dominique s'^tablirent k Auch, dans 
le pajrsan du Prieur6, vers Tannic 1390. Jean III, comte d'Armagnac, 

(1) AbW Monlezun, Histoire de la Gascogne, tome iv, p. 27. Manuscrits 
d'A%nan, preuoea, pieces justiflcatives, pages 1,419, 1,420, 1,423, 1,428. Dom 
Brugfeles, Chroniques, page 372, 



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— 168 — 

leUr donna un petit enclos qu'il avait acquis d'unefamille de Lapujade, 
k Touest de la rue du Prieur6. Get enclos 6tait limits k Test par cette 
mtoe rue, et au nord, par la place de Saint-Orens. On voit encore, 
s'ouvrant sur I'escalier des Grazes, une porte ogivale, k large baie, qui 
donnait entree au nouveau convent. La maison, rue de TEcole, n® 1, 
insulfisante pour conteuir une communaut^, fut vendue en 1409, k la 
famille de Labarthe du Golom6 qui la conserva jusqu'en 1782. 

Les Dominicains ou Jacobins se fix^rent, alors, k c6t/i du monastfere 
de Saint-Orens dans la rue qui a conserve le nom de Jacobins. Leur 
ancienne 6glise, d^dide k saint Laurent, etait situee hors la cit6. De 
cette ancienne 6glise, il ue subsiste que deux voutes au nord et une 
chapelle au sud; ce sont des constructions de la fin du xiv« sitele (1). 
La fagade et la nef principale furent refaites vers la seconde moiti^ du 
xvn« sifecle, par les soins et sur les dessins d'un frfere de ce convent, 
le Pfere Podensan. 

En 1790, au moment de la mainmise par la Nadon sur le couvent 
des Jacobins, les omements et les vases sacr& 6taient tellement 
modestes que Tinventaire n'en fait pas mention. La biblioth^que 
renfermait environ 400 volumes. 

La petite communaut6 se composait de quatre pr^tres et un fr^re, 
savoir : 

Des pferes, Jean Punero, prieur (45 ans); Louis Bertrand, religieux, 
(71 ans); Jean Gast6ra, religieux, (41 ans); Jean Beylin, religieux, 
129 ans) et le frfere Gayet, professeur, (56 ans). Les revenus du couvent 
s'ilevaient k 1,632 livres (2). 

En f6vrier 1792, le service militaire prit possession du couvent des 

Jacobins. /tU^^ta^^c^ 

D'aprte un 6tat du Conoiotoi r e du 25 octobre 1793, k cette epoque 
r^lise 6tait occup6e par des ouvriers armuriers. 

Le couvent servait d'6curie pour les chevaux du gouvemement. 

L'iglise fut rendue au culte aprfes le 9 thermidor an n (27 juillet 
(1794), en vertu d'un arr^t6 du pr6fet du d^partement du Gers, en 
date du 27 mars 1795, qui la mit en possession, sur leur demande, des 
citoyens Marignan, Noel, Chassard, Debats, Fins, Abadie, Paget, 
Larivifere-Gourg, pour y exercer leur culte, k charge par eux des repa- 
rations, de Tentretien de Teglise et du loyer k payer au service des 
Domaines. 



(1) p. Lafforgue, Hist, de la oille d'Auch, tome 2, p. 222. 

(2) Journal YAppel au Peuple n" 23, du 27 juin 1882 et Arch. d^p. G, 240. 



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ARNAUD AUBERT 

AROHKvtQUB d'auch, 1356-1371 
0>APldbS UNB CLBP DS VOUTS DU DONJON DB BASSOUES (lUdaoUon^a qntrt) , 

Ses Armw, d'aprts une pienre sculpt^e du m^me doiyon ^OOglC 



I 



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— 169 — 

Gette affectation ne fut pas maintenue et les immeubles dependant 
du oouvent des Jacobins fui^nt vendus par voie administrative en trois 
lots, savoir : 

l** Un premier lot, le 13 pluvidse 'an ix (2 f^vrier 1801) : adjudica- 
tion devant le prdfet du Gers, 1** de I'^glise des ci-devant Jacobins, 
comprenant le clocher, les chapelles, la sacristie et tons les vieux bdti- 
ments, en faveur d'Antoine Oustalot, menuisier k Auch, moyennant 
32,100 francs en bons deux tiers, exjgibles en 18 mois; 

29 Un autre lot, comprenant la porte d'entr^e, Tancien parloir, le 
r^fectoire, la cave^ Ffcurie, les chambres au-dessus et la partie de 
jardin correspondante, en faveur de Bernard Dupetit, menuisier k 
Auch, moyennant 32,100 fr.,en bons deux tiers, exigibles en 18 mois; 

3** Un troisi^me lot, comprenant partie de maison et terrasse au 
nord, en faveur de Jean -Leonard Dupetit k Auch, moyennant 35,000 
francs, en bons deux tiers, exigibles en 18 mois. 

Les anciennes Ursulines expuls^es des convents en 1792 se recons- 
tituferent en congregation et s*6tablirent vers 1820 k Tancien convent 
des Jacobins. 

EUes 6taient au nombre de 22 lorsqu'elles s'install^rent le jour de la 
Toussaint de Tannee 1821 dans la partie non d^truite du monast^ 
du Prieur6. 

L'abb^ Fenasse avait 6chang6 celte partie du Prieur6 centre les bftti- 
ments des Jacobins qui devinrent en 1822,1a propri6t6 de M. Ducuron, 
pr^tre. Ce dernier parait avoir fond6 les Missionnaires, qu'il dota. 

L'^tablissement actuel des Jacobins, par suite d*acquisitions succes- 
sives au nom des Missionnaires, appartient k la caisse dioc6saine des 
relraites pour les pr^tres infirmes du d^partement. 

L'^lise des Jacobins d'Auch, devenu bien national, servit de lieu de 
reunion aux promoteurs du mouvementr^volutionnaire. lis avaient, en 
cela, imit6 les Jacobins dont le club, qui avail pour chef effectif Robes- 
pierre, fut preside, dans Tancien convent des Dominicains de la rue 
Saint- Jacques, par le Conventionnel du Gers Maribon-Montaut. 

Les Jacobins d'Auch, d6sign6s sous ce litre dfes 1792 dans deux 
documents officiels(l), s'organisferent en soci6t6 en 1793 : La SocUi6 
des amis de la LiherU ei de VEgaliU, 

lis redigferent un r^glement (2) en t^te duquel se lit leur programme : 

(1) Reoue de Gascogne, tome 34, ann^e 1893, p. 181. Soirees archdologiques 
du Gers, 1893, p. 17. 

(2) Rdglemcnt de la SocUU des Amis de la LiberU et de VEgaliU sdanie d 
Auch. — A Auch, che;5 le citoyen J. P. Duprat, imprimeur r^publicain 1793. 
In.l8, 12 pages, r r v 



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— 170 — 

« Inspirer Thoneur de la tyrannie et Tamour de la libertS;maintemr 
» rindivisibiliti de la Ripublique et la haine du despotisme; d^jouer 
» les cabales des factieux et seconder les efforts des amis de Tordre; 
» instruire le peuple sur ses devoirs, sur Tob^issance aux lois et aux 
9 autorit^s constitutes; le pr^munir contre les manoBuvres des agita- 
» teurs; tels sont ceux des Amis de la Libert^ et de rEgalili, stente k 
» Auch; et c'est sur ces bases qu'elle a fond6 le r^lement suivant : > 
suit le r^lement en neuf articles. 

La Soci4t^ des Amis de la Libert^ et de TEgalit^ eut pour chefs 
Lantrac, Delisle et Constantin; une chanson, c6l6bre k Auch, les dte 
comme « trois meneurs des Jacobins. » 

EUe si^gea sous le r^me de la Terreur prindpalement au th^fttre 
d'Auch et fut pr6sid6e et dirig6e par le repr6senlant du peuple 
Dartigoeyte (1). 

A Toccasion de Tattentat contre ce dernier, le 17 germinal an 2 
(6 avril 1794), elle demanda et obtint la commission extra<Mrdinairede 
Bayonne; elle p^mit ainsi k son president Dartigoeyte, d'organiser 
dans Auch f une boucherie de chair humaine en permettant qu'une 
» commission militaire condamn^t, dans Tespaoe de 48 heures, neu£ 
> citoyens k la peine de mort; elle lui permit enfin, de faire livrer k 
» Texdcuteur le citoyen Delong,de Marciac,sans jugement prtelable. » 
(S&mce de la Convention Nationale du 13 prairial an iii (l*"" iuinl795). 
Moniieur du 17 prairial an ni (5 juin 1795), pages 1,037, 1,038, 
d6nonciation de P6rez, d6put6 du Gers et rapport.) 

Les Jacobins doivent done 6tre confondus k Auch avec la Soci6t6 des 
Amis de la Libert^ et de TEgalit^, plus connue sous le nom de SocUii 
populaire et qui prit le 4 aout 1793, sur la proposition de Lantrac, le 
nom de Soci6i6 moniagnarde ainsi qu'on Pa dit d^j^ (2). 

M AmWte Tarbouriech (3) cite cependant deux adresses des... 
Iructidor an ii (aout 1794) et... vend^miaire an in (octobre 1794) dans 
lesquelles la Soci6t6 a conserve son nom de € Soci6t6 des Amis de la 
Liberte et de TEgalitfi. » 

C'est Element sous ce titre qu'elle est citte dans le Moniieur du 
20 germinal an ii (9 avril 1794) (4). 

Cette socidt6 fut dissoute le 27 Janvier 1795 par le reprfcentant du 
peuple Bouillerot. 

(1) Reoue de Gascogne, ann4e 1863, page 502. — A. Tarbouriech, Bibliogra- 
phie politiquQ du Gers, p. 47. — Fabry, Les Missionnaires de 93, page 84. 

(2) Reoue de Gascogne. Soirees arch^ologiques, 1893, p. 140. 
(8) Blbliographie politique du Gere, p. 47. 

(4) Fabry. Les Missionnaires de 93, p. 155. 



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— 171 — 



Une cBuvre de OervaU Drou^t k retrourer 

M. de Carsalade fait la communication suivante : 

Le groupe des quatre ^vangSlistes et les quatre statues de prophitds 
qui omaient autrefois le jub^ de la cath^rale d'Auch, et que Ton a 
plac6eSy depuis la demolition du juM^ au-dessus de Tautel du grand 
chcaur des chanoines, ne sont pas les seules oeuvres dont grand 
artiste sculpteur ait enrichi la ville d'Auch. Un acte retenu le 12 
septembre 1671^ par M. Dupuy, notaire k Auch, nous apprend qu'il 
sculpta encore, pour la chapelle des Jacobins, une statue de Notre-Dame 
du Rosaire. € Ledit image de la Sainte-Vierge representee assise sur 
» une croupe de nuages, tenant I'image du petit J^sus entre ses bras, 
» en action de presenter un chapelet au peuple. » 

Cette statue avait ete commandee k Drouet par messire Guillaume 
de Lalo, juge-criminel au senechal d'Auch; la mort dece magistral 
survenue peu aprte fut cause que la statue resta entre les mains de 
Drouet, qui ne crut mieux faire que de Toflfrir k la chapelle des Jaco- 
bins d'Auch. Un contrat intervint entre Vartiste et les religieux; ceux-ci 
s'engagferent, en retour de cette donation, k dire quatre messes par an 
k rintention du donateur, sa vie durant, et une messe de Requiem 
aprte sa mori. A noter encore ces deux clauses du contrat : « 1° Et 
» parce que ledit image a este mis en plusieurs pi^es pour le porter 
» plus commodement en ceste ville, de celle de Tholose ou il a este 
> travailie, ledit Drouet promet de rejoindre lesdites pi^s et les mettre 
» ensemble, comme ledit image doit estre sur place, dans deux mois 
» prochains. — 2° Veut aussi ledit Drouet que les armes de Lalo qui 
» sont sculptees en bas-relief au pied dudit image y demeurent. » 

Quel fut le sort pendant la tourmente revolutionnaire de < Timage » 
sculptee par Gervais Drouet t Cetait un marbre : elle n'a done pu etre 
bruiee; elle a disparu de reglise des Jacobins sans que nul ait pu nous 
dire ce qu'elle est devenue. 

Stathm^tique. — Folds insorits de Condom 

M. Calcat donne lecture de la communication suivante envoyee par 
M.' Daignestous, de Gondrin : 

M. Barry avait en 1858 fait appel aux archeologues pour obtenir 
d'eux des renseignements sur les poids de chaque contree. Voici un 
extrait de sa brochure: < Dans le Bordelais, leQuercy, leRouergue, la 



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— 172 — 

» Gasoogne, le B&rn et le Haut-Languedoc, les poids affectent la 

> forme de disques r^uliers plus ou moins 6pais; ils portent k Tavers 

> les armoiries de la ville adossies au revers k eelles du seigneur f^oda 
» dont la ville relevait, 6v6que, abW, comte, roi, et entourfes d'une 

> l^ende latine ou romane qui contient la d^ignation de leur calibre 
» (livra, libra; meia liura; cartarOj carto; coarto; mieg cartaro; 
» oma; mieia onaa), le nom de la ville et la date de leur Amission. » 

En 1884, le regrett^ et savant numismate, M. Taillebois, a fait de 
nombreuses recherches et public une grande quantity de poids. II a 
dterit ceux de Lectoure, Fleurance, d'Auch et de Condom. 

Depuis cette 6poque M. Blanchet, dans son Manuel du numisma- 
iique du Moyen-Age^ 1890, a donni la description d'un grand nombre 
de ces petits monuments. 

Les poids de Condom ne sont pas in^dits. M. Tailleboisa signali 
les series de 1,334, 1,368 et 1,373, qui « semblent, dit-il, indiquer le 
systfeme de Bordeaux, c*est-ir-dire la livre de 490 grammes. » 

Voici ceux de ma collection : 

1 hi. CARTARO. DE. CONDOM, deux cl6s adosstes. 

+ ANNO. DOMINI ,porte de ville flanqu^e de deux tours 

cr6nel6es. — Cartaron ou quart de livre — poids 106 
grammes — mauvaise conservation. 
2 h MEIG : CARTARO : DE : LIVRA, deux cl& adossfes. 

Revers: + ANNO: DOMINI , porte de ville bien 

conserve — demi-quart de livre, poids 74 gram. : 50. Si 

c'^tait un demi-quart de la livre de Bordeaux (490 gr.), il 

ne devrait peser que 61 gr. 25. 
3 h ONSA : DE : LIVRA, porte de ville. 

Revers: -[• DE : CONDOM, deux cles adosstes — once, 

poids 29 gr. 50. 
4 h MEIA : ONSA : DE : LIVRA, m^me type. 

Revers: + DE : CONDOM, mtoe type — demi-once de 

livre, poids 15 gr. trfes bien conserve. 

Comme complement de cc travail, dit M. Calcat, il est int^ressant 
de donner la description du poids de la m^me ville qu'a prdsenti 
M. Tabb^ de Carsalade dans une de nos derni^res stances. II appar- 
tient, ce me semble,i une s^rie in^dite. Son poids estde 254 grammes; 
(l^^re usure). 

D'un c6t6on lit + MEIA DE LIVRA CONDOM — au centre deux 
clefs adosstes. 

Dc Tautre + ANNO DOMINI MCCC XVIII, la partie m6diane 
de cette derniere 16gende presque eflEacfe. 



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— 173 — 

Dans le champ. Ce ne serait pas une porte de ville, croyons-nous, 
mais bien un pont k trois arches £[anqu6 aux extr^mites d'une tour 
cr6nel6e. Ces arches sont d'in^ale hauteur et grandeur;celle du milieu 
est la plus haute et la troisi^me k gauche est la plus large. 

La partiedu pont libre entre les deux tours est surmontde d'un 
parapet. A premiere vue il semblait que le pont lui-mtoe 6tait crineW. 
II n'en est rien, c*est un parapet form6 de piliers qu'une voute k plein 
cintre r^unit. 

Sur le sceau auxarmes de Condom, plus recent, reproduit ci-apr6s, 
onretrouvelepontfortifi6quif]guredans le poids que je viensde d^rire. 




La Soci6t6 fixe au 12 f^vrier la date de sa prochaine reunion. 



NOTES DIVERSES 



CGCXV. Cours de litt^rature ^trangrdre & llnstitut oatholique de Toulouse 

Professeur : M. L6once Couture. — Mansoniy poHe et tfUoricien drama- 
tique; le romantisme au thddtre. — F6vrier-mars, le mardi k quatre 
heares et demie. 

Dans les conferences de Tan dernier, la monographic de Manzoni consi- 
d6r6 comme le moteur principal de la Renaissance litt6raire de Tltalie an 
dix-neuvidme siMe est loin d'avoir 6t6 achev6e. Aprds Thomme et le 



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— 174 — 

Chretien, le po^te lyriqne seal a pu ^tre ^tadi^. Restent le po^ dTamatlqae. 
le romancier, I'apologiste, le critique lltt^raire. Les conferences de cette 
ann6e se bemeront k « Manzoni po^te et th^oricien dramatique. » 

Cette 6tude s'oavrira naturellement par le tableau du th^tre serieux en 
Italic et en France au d6but de ce si^le. Suivra I'analyse des deux trage- 
dies de Manzoni, Adelghis et le comte de Carmaynole^ oil le professeur 
essaierade montrer la part de Tinnovation et celle de la tradition dans la 
composition et dans le style, et surtout de faire ressortir les sentiments 
humains, patriotiques et religieux qui sent, ici encore, la yraie marque et 
le triomphe du po^te milanais. 

Avec encore plusde soin et d'insistance, il analysera et discutera la lettre 
de Manzoni k Chaiivet sur les uniUSy qui constitue un des manifestes les 
plus ceiebres du romantisme dramatique et qui, d'elle-mSme, se rapproche 
^*un autre manifeste plus bruyant, la pr6face de Cromwell. 

Comme conclusion, le professeur t&chera de d6mMer, en les s^parant 
des elements faux et caducs, les conquetes legitimes et durables de cette 
revolution dramatique qui promettait tant et qui est si loin d'avoir tenu 
ses promesses. 



QUESTIONS ET RfiPONSES 

44. Sur un quatrain ImproTise par Jeanne d*Albret 

R^pONSB. Voyex la Question, t. xii, 1871, p. 190. 

A ma question sur ce quatrain, posee depuis si longtemps, notre compa- 
triote M. de Ruble repond aussi bien qu'il avait repondu. Tan dernier, k 
ma question sur Anne de Cambefort et le roi de Navarre, Voici ce que je 
lis dans un remarquable recneil intitule : Mdmoires et poSsies de Jeanne 
cPAlbret publics par le baron de Ruble (Paris, 1893, grand in-S", p. 139- 
141): 

« Le 21 mai 1566, Jeanne d'Albret visita Timprimerie de Henri Estienne. 
Le grand artiste re^ut comme elle le meritait sa noble visiteuse et, pendant 
qu'elle oonsiderait curieusement le fonctionnement des presses, lui proposa 
de composer sous ses yeux une piece k son choiz. Au8sit6t la reine de 
Navarre improvisa le quatrain suivant : 

Art singulier, d'ioj tax dernlen ans 
Representex tux enfans de ma raoe 
Que j'aj sm-vy des oraignana Dien la trace, 
Afln qa'ilf soyent lea mesmea pas sniTantx. 

a Pendant que les ouvriers alignaient les lettres et les mots, Henri 
Estienneecrivait le sonnet suivant que Ton composa^ la suite du quatrain. .. » 



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— 175 — 

[Je ne reproduls pas le sonnet, d'abord parce qu'il n'est pas merveilleax, 
ensuito parce qu'il tiendrait trep de. place dans un recueil ou la place 
manque de plus en plus^tant les exoellents coUaborateurs abondent,surtout 
les coUaborateurs auscitains groupesautour du moins endormi des chanol- 
nes, enfln parce que je voudrais qu'on le cherchAt dans I'^l^gant volume oil 
M. de Ruble a rSuni tant de curieux documents et de curleuses notes.] 

« Les deux petits po^mes, qui f urent le r^sultat de cette joute liit^raire, 
furent imprim^ en placards et probablement distribu^s aux seigneurs de 
la suite de la princesse. Ces placards sont fort rares. Nous n*en avons vu 
qu'un exemplaire, actuellement conserve dans un recueil factice de la 
collection Dupuy (vol. 843, f . 143). Le Laboureur les a reproduits, sans en 
indiquer la provenance, dans les Mdmoires de Castelnau, 1731, 1. 1, p. 858. 

» De nos jours un [ici une 6pith^te que je supprime parce qu'elle n'est 
pas m^rit^e et que je supplie M. de Ruble de garder pour lui, car il la 
m6rite, lui. autant que qui que ce soit] critique, M. T. de L., a pos6 la 
question de Tauthenticit^ de ces vers (Reoue de Gascogne, avril 1871, p. 
190). Nous lui signalons le placard de Henri Estienne comme un certiflcat 
d'authenticit6 indiscutable. » 

Sans doute, r6pondrai-je k mon aimable confrere, les vers de Jeann^ 
d'Albret et de Henri Estienne ont 6t6 incontestablement imprimis en mai 
1566 et sont parlaitementauthentiques. Mais n*avaient-ils pas 6t& lesuns et 
les autres pr6par6s un peu k I'avance et, en ce cas, ne suis-je pas autoris6 
il garder mon doute en ce qui regarde V improvisation f Jeme persuade que 
tout 6tait concerts, au point de vue po^tique^ entre la future visiteuse de 
Tatelier du grand imprimeur et ce grand imprimeur lui-mtoe,comme tout 
est concerts, au point de vue oratoire, entre Tacad^micien qui va 6tre regu 
et Facad^micien qui va le recevoir. T. de L. 



291. Oombien rapportait P^vdch^ de Ck>ndom? 
IUponsbs. Voir la Question au nnmdro pr6o6d6nt, page 114. 

II existe dans les archives de M. H. de Moncade^ au chateau de Malliac, 
pr^ Condom, un manuscrit intitule « Pouill^ g^n6ral des B^n^fices da 
dioc6ze de Ck)ndom ». Ce Pouill6 n'est pas dat6. Mais T^criture etquelques 
details d'orthographe nous paraissent le faire remonter a la premiere moiti6 
du xvin* si^cle. 

En regard de chaque b^n^fice^ sur trois colonnes distinctes, sont raen- 
tionn^ : 1* le revenu de ce b^n^flce; 2* les charges ou impositions dont ce 
revenu est affect6; 3* la proportion du revenu aux impositions. 

Voici maintenant les donn6es de ce Pouill6 sur les revenus de I'EvAch^ 
de Condom : 

Revenu Impositions 

Ey6ch6 62,000 livres 8,509 1. 16 s. II d. PrAs du 7- 

On remarquera la difference entre les 40,000 1. du temps deBossuet vers 
1670 et les 62,000 I. du xviii* si6cle. Cette difference s'explique, non pas 
par Taugmentation des biens de I'^veche, mais uniquement par la variation 
du pouvoir de Targent et Tabondance du numeraire plus grande au xvm' 
si^cle qu'au xvd*. 



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- 176 — 

II faut aussi se souvenir que le dioc^ de Condom s'^tendait principa- 
lement en deux des plus fertiles plaines de France, les plaines de la 
Garonne et de son affluent la Balse. C'est ce qui fait comprendre que la 
dime ^piscopale, source principale de cerevenu,produi8lt un total si elev6, 

A. BREUILS. 

— Le directeur de la Reoue a dit admirablement que I'doaluation des 
revenus eccUsiastiques sous I'ancien regime est particulidment ddlicate d 
cause du nombre et de la tiarUU des charges qui pesaient sur les dicers 
h^nifices', sans compter que ces charges ont pu ne pas ^tre les memos k 
toutes les 6poques. Je ne puis done fournir des 6claircissement8 Men precis. 

Lorsque Marre voulut faire reb&tir son ^lise cath6drale, il offrit d'y 
consacrer la 3* partie des revenus de son 6v^hS et il fit homologuer sa 
promesse par le Parlement de Bordeaux Dans la requite qu'il adressa k 
ce sujet au Parlement, laquelle a 6t^ public par la Recue de Gascogne 
(tome xni, p. 293), Jean Marre nous dit « qu'il a compt6 la recepte de son 
dit evesch^ montant par chascun an k la somme de six mille licres tour^ 
nois. » (II ne parle pas des charges). 

Je donnerai moi-mSme le texte de cette requete dans mon ^tude sur 
Saint-Pierre, d'od j'extrais aujourd'hui ma note au sujet de ce revenu de 
six mille licres tournois, 

« Par une progression croissante r^ultant de la d^pr^iation de Targent 
et peut-^tre aussi de la plus-value des dimes, ce revenu de r6vech6 de 
Condom, qui 6tait de 6,000 livres tournois d'apr^ Marre, en 1507, se trou- 
vait Mre en 1598 de 8,707 ^us petits, 9 sous, 9 deniers et 502 sacs avoine 
(Larcher, archives com. de Condom). II ^tait 6valu6 un pen plus tard(1612) 
par les consuls de Condom k 45,000 livres, mais il est Evident qu*ils exag6- 
raient (cette Evaluation se trouve dans leur mSmoire de procedure centre 
Mgr Duchemin). 11 Etait ports k 34,254 fr., 505 sacs avoine, 6 sacs et 18 
oartaux de bl6, 256 paires de chapons, 10 paires de perdrix, 28 paires de 
palombes et une douzaine de serviettes, dans un 6tat dresse en 1658 (archives 
communales); il s'Elevait k 70,000 fr. suivant un tableau manuscrit des 
dioceses du rojaume au dernier siScle etatteignait d'apr^s Testimation Ute 
par Larcber en 1774 (Archives communales) le chiflre enorme de 134,(XX) 
livres. Ce chiffre devait Etre encore plus 61ev6 en 1790. » 

J'ajoute : Naturellement les charges, qui 6taient assez considerables, n'^ 
talent pas deduites de ces Evaluations . 

Entre autres charges, TEvEque de Condom payait en 1646 pour les « d6ci- 
mes tant ordinaires qu'extraordinaires » la somme de 3,664 francs 6 sous, 
4 deniers (savoir 2,658 fr. 3 sous, 10 deniers pour « Tancien despartement » 
et 1,006 fr. 2 sous, 6 deniers pour Textraordinaire) plus 4,000 livres pour 
le tiers du don fait k Sa MajestE. 

Ces mEmes charges paraissent exister en 1680 (Arch. cons.). L'Ev^ue 
en avait d'ailleurs d'autres. II payait en 1650 715 livres pour les prEdica- 
teurs et pour certains curEs n'ayant pas « la congrue » (Manuscrit Larcher, 
Archives dEpartemontales). Les communaut6s religieuses recevaient 6gale- 
ment des secours annuels. En 1648, les C^pucins de (Ik>ndom recevaient 
36 1.; pareille somme Etait donnEe aux trois autres convents d'hommes de 
Condom. (Compte du revenu de TEvtehE de Condom en 1648. Archives 
oommonales.) J. GARD^IRE. 



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CHATEAUX DES GOMTES D'ARMA&NiC 

DANS QUBLQITBS VIIXBS DB lAUR GOBCnfe 



On a lu ici m6me avec le plus vif mt6r6t une longue 
lettre deB.de GrossoUes au c616bre comte Bernard VII, 
en 1402*. Une des notes dont le savant 6diteur, M. E. 
Cabi6, a enrichi cette publication concerne Fantique 
chateau comtal de Vic. Un suppl6ment d'informations 
sur ce cMteau sera peut-6tre bien accueilli. Du mfeme 
coup, nous dirons quelques mots de certains autres cha- 
teaux peu connus, ou m6me inconnus tout k fait, que les 
comtes d'Armagnac pos86daient dans les lieux de Jegun, 
Ordan, Eauze, Nogaro, Estang, Riscle et Castelnau- 
d'Auzan. 

I. Chateau comtal de Vic-Fezensac. — L'existence 
de ce cMteau au moyen ftge 6tait d6j^ connue. On apprend 
par le texte de M. Cabi6 qu'il poss6dait des tours et que 
Tune d'elles 6tait, en 1402, toute neuve et m6me inache- 
v6e. EUe s'61evait k c6t6 d'autres tours plus anciennes et 
d6j^ mena§ant ruine et remplagait sans doute une tour 
ant6rieure, que son 6tat de v6tust6 avait fait disparaitre. 
Ainsi, d6s 1402, des travaux de restauration avaient en 
partie remis sur pied le vieux ch^eau de Vic^ Nous ne 
tarderonspasSi voir que, peu d'ann6es apr^s, ces travaux, 
continues avec soin, Tavaient k peu pr6s enti6rement 
renouvel6. 

II occupait au midi de la ville et k 3 ou 400 metres des 

(1) Voir le n* de septembre-octobre 1893, page 434. 

Tome XXXV. — Avril 1894. 12 



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— 178 — 

foss6s et remparts remplacement m6me de la caserne 
actuelle de gendarmerie, sur la route de Bassoues. Un 
modeste ruisseau, dit de la Hoan-Grossey coulait tout 
auprfes, et divers petits chemins ou carrerotz y condui- 
saient. Le lieu d'ailleurs 6tait plein d'ombre et de frd- 
cheur. Entour6 de nombreux jardins qui appartenaient k 
divers habitants de la ville, il se cachait dans les arbres 
au pied des hauteurs que couroilnaient le convent et la 
tour des Cordeliers. Des vignes, des champs, des prairies 
Fencadraient de tons c6t6s. Et la porte de la ville qui 
en 6tait la plus voisine avait pris de ce chef le nom de 
Porte du Chateau^, 

Le textedu 11 f6vrier 1482, que nous venons de citer 
en note, en nous parlant du Castet Nau de Vic, nous 
r6v61e que le vieux castel avait 6t6 restaur^ assez bien et 
reprenaitalorsun air dejeunesse.Mais de ces reparations 
pjus ou moins importantesle temps eut aussi raison. Vers 
le milieu du xvii® si^cle la tour s'efEondra, et, nulle main 
ne Tayant relev6e, bientdt les mines s'accumul6rent. 
Battues des vents et des pluies, les pier res pen k peu 
s'eflEritaient et allaient joncher le sol environnant. 

Quand, en 1760, les Capucins voulurent b&tir k Vic un 
de leurs convents, il s'adressferent k Tlntendant et lui 
demandferent de leur c6der, pour les constructions qu'ils 
projetaient, toutes les pierres du vieux chateau qui 
seraient jug6es propres k ce but. Voici le portrait qu'ils 

(1) Nous analysons ici siinplemeut les actes in^dits des notaires ancieus de 
Vic auxquels nous avons emprunt^ les traits de notre description. 16 octobre 
1669, vente d'une pi^ce de terre sise dans la juridiction de Vic, appelee au 
Camp deu Castet, confrontant avec chemin public, les fosses de ladite ville, et 
ruisseau dit de la Houn-Grosse (Laffargue, notaire, chez M« Dupuy, notaire k 
Vic). — 26 dccembre 1483, Fortaner de Cassagne, marchand de Vic, reoonnail 
tenir en fief de Bertrand de Rouede, marchand de Vic, scilicet quoddam suum 
caaale scitum intus oillam Vice et prope portam castri confr. cum casali G€tr^ 
sia do Mollendino ex una, cum casali Garsia de Soto cos alia, et cum carre- 
roto publico (Ponsan, notaire de Vic, chez M« Auxion, notaire k Vic). — 11 
f^yrier 1482, acte mentionnant unam pessam oinee rubee scitam in pertinen- 
tiis Vici loco dicto au Castet Nau, (Id., ibid.) 



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— 179 — 

tracent de TMat oA 6tait alors r6duite Faatlque fartcK 
resse : 

Ce ch&teau, disaient-ils, avoh ^t^ baty par les comtes (f Annagna(^ 
et actuellement il appartient au Roy qui les repr^nte. II est situ4 k 
detix ou trois cents toises de la ville de Vic et il paroit avoir 6h& d^moly 
jusques k une oertaine hauteur. Depuis plus de cent ans, qu'il a ibi 
d^couvert, les murailles se sont toutes d^grad^s, et sucoessivement ce 
qui en resie de bon s'Acroulera (1). 

La demande fut agr66e et les pierres du chftteau all6- 
rent former les nouveaux murs des Capucins. II faut croire 
qu'il en restait beaucoup, car les constructions aux- 
quelles elles servirent ont une assez grande 6tendue; elles 
longent encore la place de la Bascule et un petit chemin 
parallfele h rentr6e de la route d'Eauze. Toutes ces pier- 
res sont de moyen appareiL 

Ajoutons que la tour neuve du ch&teau n'^tait pas au 
XV* si^cle la seule prison qui se trouvftt k Vic. On y 
voyait aussi la prison consulaire ou municipale, situ6e 
prfes d'une des plus vieilles portes de la ville. Le fait 
nous est attest6 par un acte du 24 juin 1491 rappelant 
que Bertrandus de Villas, pro certis criminibus sibi 
tmpositiSy detentus fait in carceribus Vici, in portali 
antique dicte ville prope domum Fortaneri de Fraxino. 
(Reg. de Ponsan, d6j^ cit6.) 

II. Chateau comtal de Jegun. — Bernard IV, comte 
d'Armagnac (1160-1180), durant une lutte des plus vives 
qu'il engagea centre TarchevSque d'Auch, G6raudde La- 
barthe, se saisit de T^glise et du cimetifere de Jegun, ainsi 
que de plusieurs autres biens eccl6siastiques, et, avec le 
fruit de ses rapines, construisit dans le cimetifere, k c6t6 
de r6glise, le ch&teau de Jegun. De la m6mB manifere et 
grAce k des ressources de semblable provenance, il y 

a) Arok. d^park 4« Oet«, C reg. loL 148. 



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— 180 — 

61eva une tour que le document contemporain par lequel 
le souvenir de ces faits nous a 6t6 transmis appelle « la 
tour de Jegun » turris de J eg an *. 

Ce chateau servit parfois, comme celui de Vic, de pri- 
son, comtale. Et, comme a Vic encore, les consuls de 
Jegun eurent aussi leur prison distincte dans une des 
tours des remparts appel6e « la tour de Thomas , » et 
dont la cl6 leur 6tait toujours fldfelement remise. Voici, ^ 
ce sujet, un acte in6dit oil Ton voit quelles formalit6s il 
fallait subir pour obtenir livraison momentan6e de cette 
fameuse cl6 : 

Eodem anno (1484) et die xi* Martii personaliter constitutus Domi- 
nicus de Castro, bajulus Jeguni, coram Johanne Molieri, Petro de 
Melhand, JobaAne Daubas et Johanne de Lespieto, consulibus died 
loci, supplicavit eisdem ut sibiclavemcujusdam tilrris vocdtam la tor 
de Thoqias, in qua prisotiarii et malefactores detineri consueverunt, 
accommodarent et sibi tradere vellent per manun:^, quum expresse ilia, 
causis particularibus, indigeret. Qui quidem consules ibidem dixerunt 
super hoc habuisse deliberationem consilii majoris partis habitatorum 
dicti loci in quo appunctalund et deliberatum fuerat de ilia sibi tradenda, 
obqUe illild ibidem eidem bajulo tradidei^unt. Testes G"^»*« Coxian, 
Gmua (Je Campo, Johannes de Podio et plures alii Jeguni habita- 
tores(2). , . 

II ne reste d'ailleursplus vestige ^ Jegiin ni du cMteau 
ni m6me de a la tour de Thomas. » 

III. Chateau comtal d'Ordan. — Ordan, dans Tan- 
cienne barofinie de ce ilom, dbnt les comtes d'Armagnac 
s'emparferent vers la fin du xiv® siScle, ne doit pas 6tre 
confondu avec La Roque-Ordan, siriiple seigiieurie toute 
voisine. Ce petit bburg poss6dait dahs son enceinte liii 
chateau qui, vers le milieu du xvi® si6cle, 6tait d6j^ bien 
d6chu de' sa primitive splendeur. Un acte du 19 mai 1567 

(I) Gall. Christ, et Monlezun, t, vi, p. 407 et 408. 

{2) Reg. de Jean de Porte, notaire de Jegun, chez M* Auxion, k Vio. 



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— ISl — 

lui donne simplement le nom de <( maison appel6e aii 
Castet. )) II confrontait avec deux raaisbhs voisines 6t 
detixrues*. ' • - : 

■ ■ ' ' ..• : • • » ' . 

ly. Chateau comtal d'Eauzb.— Au midi.de la ville 

d'Eauze,et non loin des foss6s sur rempHcement desquels 
s'6tend aujourd'hui la place de Saint-C6rat, s^61evaitjadis 
le chateau comtal d'Eauze. II 6tait assisdaus celui des 
quartiers de. la ville qu'ou appelait le quartier ou parsan 
de la Porte du Lac. Comme k Yic et a. Jegi^ii, d.eB tours 
dominaient ses 6paisses murailles, Un. petit ^uissea^u ou 
^owr^t^e passait aussi dans son yoisinage, et divers jar- 
dins Tentouraient. - , ... 

Lapreuve de ces faits nous est fonrnie par les te:!fite8 
suivants que nous analyserons sommairement ,: , 

21 mars 1521, Isabelte de la Forest; d-Eauz^, achate quoddam 
frustum hortiaite casalis scitum infra Elisonam et iu' portalide 
Lacu loco vocato au casau de la tor deu Castet totum acl longum de 
muralha dicte ville usque ad carrerotum publicum jConfroriians cum 
muralha dicte ville ^ cum casali.., et cum horto Joannis de...(2); 
— V^ Janvier 1573, acte mentionnaht une maison'de la ville d'Eauze 
sise au portail du Lac et coiifrontaiit < aVec diemin tirantide la maison 
de Jean de Beiloc k la gorgua deu Castet (3). ,» ' ' ; 

II ne reste plus rien actuellejnent de Tantiqiie dhateaii 
d'Eauze. . , 

V. Chateau gomtal de Nogaro. — Les textes les plus 
anciens que nous connaissions concernant le cMteau 
comtal de Nogaro remontent seulement au xv® sifecle. Le 
13 f6vrier 1454, on trouve Vidalon de Laflorgue, « ch&te- 
lain de Nogaro », c'est-a-^ire gouverneur du chateau de 
Nogaro *. Dans les Comptes de Riscle, le 18 d^cembre 

(1) Reg. de Francois Vergne, notaire de Vic. chez M« Dupuy, k Vic. 

(2) Reg. de Jean Ricali, n'« royal d'Eauze, chez M* Lahire, notaire. ^ Eauze* 

(3) Reg,de Etienne Ricali, n" royal d'Eauze, chez M« Lahire, notaire, k Eauze. 

(4) Armorial des Landes^ par M. le baron de Cauna, 1. 1, p. 104. 



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^ IBS — 
1474; figure a la casteia de Nogaro n/ le efafttelam 4e 
Nogaro^ EBfin, on a un adte pass6 le 20 f6vrie^ 14ffi 
« dans le chateau de Nogaro »; Hugues de Blay, marchand 
de Toulouse, receveur d'Armagnac pour le sire d'Albret, 
y 6tait alors d6tenu prisonnier a la requfete de M® Denis 
Andr6, tr6sorier g6n6ral ^ 

Certaines deliberations municipales de Nogaro au xvii* 
si6cle nous apprennent la position exacte de ce chateau. 
II 6tait situ6 au midi de la ville/ comme tons les autres, 
entre cette partie des anciens foss6s qu'on appelle encore 
le Foss6-Neuf ou Barat-NaUy et une place publique 
qu'on d6signe tantdt sous le nom de « Darr6 au Hour » 
tantdt sous celui de « a VEspitau. » L^, en eflet, se trou- 
vaient autrefois le four banal et rh6pital. Ce dernier 
6tablissement y est mfeme rest6 jusque vers 1837, 6poque 
oil il fut annex6 k la Maison des Soeurs de Nevers qui 
Tadministrent encore. 

Rappelons maintenant les deliberations qui prouvent 
la chose. 

l^e registre le plus ancien des jurades nogaroliennes, 
qui va de 1631 a 1635, contient une decision muni- 
cipale ordonnant que Tecole de la ville se tiendrait 
desormais « dans la maison construite sur Templacement 
de Tancien chateau. » Peu aprds, les consuls et jurats 
arreterent que « les mines de la tour du chateau » seraient 
vendues aux Capucins et que Targent provenant de cette 
vente serait employe k la reparation de la maison d'ecole 
(( batie en partie dans ladite tour. » Enfln, par le3*r^s- 
tre, qui va de 1640 a 1651, nous apprenons que Thdpital 
Saint-Jacques, situe dans la grande rue presque en face 
de reglise coliegiale de Nogaro, fut alors transporte en 
la maison d'ecole c sise pr^s des fosses dans Tancien 

(1) CompUs de Riaele, 1. 1, p. 190. 

(2) Archives du cb&teau de La Plagne^ dossier Nogaro. 



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— 183 - 

oh&teau » etr6ciproquement. Ainsi F^coleclevintl'hdpital 
et rh6pitair6cole*. 

Observons aussi que le chateau 6tait muni, comme tous 
les autres, d'une tour tout au moins. Quelques ruines 
6parses sur son ancien emplacement parmi les jardins 
attestent que les constructions 6taient en briques larges 
at 6paisses. II existe des documents du xv® sifecle consta- 
tant le m6me fait pour les remparts. Ce qui s'explique 
tr6s bien par T^loignement des carridres de pierre. 

VI. Chateau comtal d'Estang. —Dans la charteuv 
du cartulaire de Saint-Mont, intitul6e carta SegtUni de 
Asian, est cit6 le castrum de Astan. Cette charte est 
d'un lundi du mois de juillet sous le r6gne de Philippe I, 
Guillaume, comte de Poitiers, 6tant due de Gascogne, 
Guillaume de Montaut, archev6que d'Auch, et G6raud, 
fils de Bernard Tumapaler, comte d'Armagnac. EUe 
remonte par consequent h la seconde moiti6 du xi* si6cle. 

Pendant la Guerre de Cent ans, ce chateau, ainsi que 
tous les autres tenant lieu de citadelle dans les villes, eut 
un gouverneur. D'apr6s un acte du mois de juin 1432, 
noble Jean de Ferragut, chevalier, seigneur du Cos, prfes 
Vic-Fezensac, 6tait « chatelain d'Estang*. » 



(1) APDbives de Nogaro, B. B. — L'^cole se fait encore aujourdliui dans la 
m^me maison ou elle fut 6tablie au xvii« siMe et ou se trouvait auparavant 
Vhdpital. Get h6pital, de fondation trfes ancienne, remontait aux engines meme 
de la ville,c'estrii-dire k la fin du xi« si^cle. En 1566, comme il tombait en ruines, 
la ville I'avait fait reslaurer et y avait notamment 6tabli une petite chapelle 
d^di^e au patron de I'hdpital, saint Jac^ques. (Cartulaire de rh6pital de Nogaro 
aux archives de Nogaro). On remarque encore — ou du moins on remarquait 
autrefois, helas! c'est-^-dire en notre jeune temps, — dans la maison d'^cole de 
Nogaro, quelques pans de vieux murs en brique au fond de certain recoin ou 
plus d'un amateur de I'dcole buissonni^re d6vora jadis tant bien que mal ses lar- 
raes et son pain sec. 11 est, croyons-nous, question actuellement dc transporter 
ailleurs T^cole. Esp^rons cependant que ce vieux toit hospitalier, ou s'abrit6rent 
pendant des sidles et des si^cles tant de generations de pauvres, de p^lerins et 
d'enfants, et qui lut toujours le bien de la ville, sera sauvegard^ et continuera k 
rester la propriety des « bonnes geiis » de Nogaro. 

(2) X..., notaire de Vio, chez M* Auxion, notaire h Vic. 



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— 184 — 

Nou8 ignorons en quel endroit pr6cis de la viUe 6tait 
situ6 le chftteau. 

VII. Chateau comtal de Riscle. — Ce chateau est 
mentionn6 dans une charte de 1319. Navarre, seigneur 
de Corneillan (canton de Riscle), y renditalors hommage 
au comte d'Armagnac pour sa terre de Corneillan *. Les 
Comptes de Riscle relatent aussi quelques faits relatifs 
k cet 6diflce au xv® sifecle. II dressait sa masse imposante 
au midi de la ville, sur un plateau 61ev6 couronnant des 
pentes abruptes, et formait, avec son enceinte sp6ciale, un 
barry ou quartier s6par6. Son emplacement est aujour- 
d'hui occup6 par la caserne de gendarmerie. 

VIII. Chateau comtal de Castelnau-d'Auzan. — Le 
nom m6me de cette localit6 nous r6v61e qu'un chateau y 
fut construit k r6poque oil naquirent tons nos Castelnau 
du Midi, c'est-ii-dire au xi* ou xn* sifecle, comme nous le 
dirons tout k Theure*. 

Les comtes d'Armagnac recueillirent aux xn® et xin® 
si^cles, dans la succession des comtes de Fezensac et des 
vicomtes de B6arn, le pays ou archidiacon6 d'Auzan. 
Castelnau entra alors dans leurs domaines, mais n'y 
demeura pas longtemps. lis le c6dferent a quelques-uns 
de leurs chevaliers sous Tobligation de Thommage f6odal 
accoutum6. D6s la fin du xiv® si6cle, la Maison de Lupp6 
et celle de Castillon poss6daient la seigneurie de Castel- 
nau-d'Auzan *. 

(1) Monlezun, t. ui, p. 484. 

(2) Dans une r^cente brochure que M. TabW Cazauran a publi^e sur CasUU 
naurd'Awtan et N,-D, de PlHque, Auch, 1893, le savant auteur croit que Cas- 
telnau « naquit k la vie l6odale vers le xiv* si6cle. « Et 11 base uniquement son 
opinion sur ce que la peiite cit^, « avec sa place k cloitre (enbans et cornUres), 
porte tous les caract^res des villes neuves du Moy en-Age », c*est-^-dire proba- 
blement du xiv* si6cle. Mais ces enbans et cor nitres sont fort loin de consti- 
tuer, k eux seuls, une date certaine de londation; on les retrouve en effet dans 
bon nombre de villes bien ant^rieures au xiv* siMe. 

(3) La Chesnaye des Bois, Pans, 1868, t. xii, art. de Lup4, et Monlezun, t. lu, 
p. 488. 



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— 185 — 

Durant la Guerre de Cent Ans, en 1412, le ch&teau et 
la ville 6taient au pouvoir d'une garnison anglaise sous 
le commandement d'Arnaud de Baylenx, seigneur de 
Poyanne (Landes). Celui-ci 6tait d'ailleurs, parait-il, 
d'humeur assez accommodante et entretenait des rela- 
tions de bon voisinage avec Montr6al, rille armagna- 
geoise, ainsi que nous Tapprennent les Comptes in6dits 
des consuls de Montreal. 

Au XVI® sifecle, le chateau et la seigneurie de Castelnau 
appartenaient aux Pardailhan-Panjas. II furent ensuitQ 
et tour h tour la propri6t6 des Maisons de Souillac, de 
Maniban et de Gilet de La Caze. Ces derniers s'y main- 
tinrent jusqu'Ji laR6volution. Lech&teau existait encore 
k cette derni^re 6poque, ainsi qull est constat6 en quel- 
ques actes des environs de 1780 que nous avons pu voir 
nagu6re*. II n'en reste plus vestige aujourd'hui. 

Si maintenant nous recherchons k quelle 6poque furent 
construits ces chateaux, 11 faut, pensons-nous, les faire 
remonter k r6poque romane, c'est-k-dire aux xi® et xii* 
sifecles. La chose est certaine pour Estang, Castelnau- 
d'Auzan et Jegun et quasi-certaine pour Nogaro. Car, en 
ce qui touche cette derni^re locality, il y a une charte de 
Saint-Mont et une autre du cartulaire noir d'AuchMe la 
fin du XI® si^cle constatant I'existence des portes, remparts 
et foss6s de la ville. On ne saurait gudre douter que le 
chateau, faisantpartie importante de Tensemble des forti- 
flcjations, n'ait 6t6 aussi construit durant la m6me p6riode. 
Les villes de Vic, d'Eauze et de Riscle datant aussi de 
r6poque romane, leurs chateaux furent tr6s probablement 

(1) Papiers de M. S. Duces de Lartigue, au chateau de La Mothe-Gondrin. 

(2) Of. dans led. cartulaire noir un actc de donation ^ T^glise de Nogaro d'une 
terre voisine situ^e « in cirvuitu barad » et, dans celui de Saint-Mont, viii, 
carta de Nogariolo, vers 1096 ou 1100, le passage de cette charte rappelant les 
marchandises mises en vente k Nogaro pour les foires if\/ra et ewtra omnium 
portarum. 



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— 186 — 

61ev6s ou en m^e temps que ces viUes elles-i]ft6Dieou peu 
apr6s. Ordan, qui 6tait d6ja le centre d'une baronnie pui^^ 
sante, doit avoir construit alors aussi son chateau 
comtal. 

Du reste, il est certain que ce fut principalement au 
XI® si^cle et dans le si6cle suivant que les vieux chateaux 
f6odaux en pierre ou en brique couvrirent notre vieux sol 
de Gascogne et remplac6rent partout les antiques maisons 
f6odales en bois *. Divers documents contemporains, en 
particulier la Coutume de Bigorre *, nous font assister k 
la construction de ces castra du xi® si6cle. On y voit 
que nul chevalier ne pouvait 6difier un chateau neu/en 
pierrasans ragr6ment du comte suzerain; autrement, il 
s'exposait a ce que celui-ci fit d6molir le nouveau bAti- 
ment. Plusieurs chartes de cette 6poque mentionnent : le 
castrum de Corneillan ' en Armagnac, ceux de Fourcfes *, 
de Moncrabeau et de Buzet* en Agenais, ceux de Bas- 
soues * et de Marambat ^ en Fezensac, et celui de Lourdes 
en Bigorre *. Une charte de 1165 signale 6galement le 
ch&teau de Juliac en Betbez6, pr6s La Bastide d'Arma- 
gnac (Landes), et nous apprend qull avait 6t6 construit 
par Fortaner, seigneur de Mauvezin (Landes), en Tannic 
1040 •. On salt d'ailleurs que plusieurs de ces chateaux 
neu/s devinrentle noyau de villes ou bourgadesnouvelles, 
qui naquirent k Tombre de leurs murs. C'est h eux que 



(1) CI. Hiat. do Langucdoc, M. Privat, t. vii, p. 140. 

(2) Cf. MarcA, HUt. de B6arn, p. 813. 

(3) Cartul. de Saint-Mont, xxxin. 

(4) Ibidem... xiii. 

(5) Cartul. de Condom, passim, 

(6) Chroniques eccUs. d'Auch, Pr. de la f p., cartul. de Pessan. 

(7) Cartul. de Saint-Mont, xiv. 

(8) Chr, de la cille et da chateau de Lourdes, Tarbes, 1872, p. 51. 

(9) Archives de la Tour de Londres, actes de Westminster- .\bbaye, ad annum 
1165. Nous deyons la connaissance de ce fait^ M. Maurice Romieu, au chliteau 
de Juliac, qui citera le texte lui-meme dans Thistoire trfes int^ressante de la 
vicomt6 de Juliac qu'il a pr^par^e et ^ laquelle nous souhaitons vivement de 
voir bient6t le jour. 



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— 187 — 

doivent leur origine tous les lieux d6nomm68 Castetnau 
ou CastelnaUj si nombreux eu Gascogne. 

Tout done Concorde pour 6tablir sans conteste les 
conclusions pr6o6dente8, savoir que les chMeaux des 
TiUes pr6cit6e8 furent construits it peu pr6s en m6me 
temps qu'ellas, c'est-i-dire au xi® ou xii® si6cle. 

A. BREUILS. 



QUESTIONS ET RfiPONSES 



29S* LiO liTre de prices de Oaston Phdbus 

On lit dans le Bulletin bibliograpkique de la livraison du 1" f^vrier 
1894 de la Reoue des Deux-MondeSy r6dig6, dit-on, par le nouveau directeur 
du c616bre recueil, M. F. Bruneti^re, les lignes suirantes qui ont fort piqu6 
ma curiosity: « Livre de prices, par Gaston Ph^bus, comtede Foix,t385, 
pabli6 par M. L. de La Bri^re. 1 vol. ia-8'. Ernest Kolb.—- Le manuscrit 
de ces oraisons qu'^crivit il y a cinq cents ans le comte Gaston de Foix,au 
soir d'une vie fort accidentee, a 6t6 r^emment d^ouvert. Ecrits en un 
vieux langage qu'a tr6s discr^tement amende M. de La Bri^re pour la 
compiodit^ du lecteur moderne, ces appels du pecheur k la misericorde 
divine offriront, dans leur naivete d'antan et dans leur grice 6mue, un 
pr^ieux r6gal aux lettr^s et aux croyants. » Je voudrais bien savoir si 
I'authenticitd du Liore deprUres est incontestable. Je demanderais encore 
oti a 6t^ trouv^ le manuscrit. A Thistoire de la d^oouverte, pourrait-on 
joindre Thistoire du manuscrit m^me ? Enfln, k c6t^ de Tappr^iation faite 
par un des quarante du pieux livret de Gaston Phebus, je d^sirerais voir 
Vappr^ciation d'un critique dont tout lemonde ici a d^]k donn^ le nom. 

T. DE L. 

— Je ne connais pas encore la publication de M. L. de La Bri^re; je 
ferai remarquer seulement que les devotes oraisons de Gaston Phebus ont 
M6 public en m^me temps ou k peu pr^ par un savant pr^tre bdarnais, 
du clerg6 de Paris^ M. fabb^ de Madaune, dans les Etudes de MM. Duba- 
rat et Haristoy, et aussi, je crois, en brochure tir^e k part. — L. C. 



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OBJETS ANTIQUES 

AVEC MARQUES DE PABRICANT 

INSCRIPTIONS OU AUTRES SIGNES 

TROUVES A LECTOURE EN 1890, 1891 BT 1893 C) 



VIII 
VERRE 



Les fragments de verre trouvfe k Pradoulin spnt innombrables; ils 
proviennent de vases communs, plus ou moins grossiers ou plus ou 
moins fins, et de vases plus rares d'un travail beaucoup plus d^licat. Les 
vari4t& de Tun et deTautre genre sontde couleur blanche, jaune d'am- 
bre, jaune citron, jaune fonc6 avec taches blanches imitant I'onyx, 
vert clair et vert fonc6, bleu clair et bleu lapis fonc6, etc. Le verre 
Wane a des ^chantillons nombreux tr^s fins et excessivement minces, 
d'autres d^cor^s de globules int^rieurs ou de fines ^raillures superfi- 
cielles ou encore de tilets ou ornements tallies k la meule, etc. Les vases 
c6teles soufflfe dans un moule dtaient trfes nombreux; des flacons gros- 
siers avaient en relief des ornements gtom^triques; des ^bantillons 
plus fins, en verre bleu clair et vert clair, offrent en relief des filets 
minces en^mail blanc opaque, etc., etc. Des anses de vases fins ont 
fourni : une t^te de verre bleu en ronde bosse couronn^ de pampres; 
la moiti6 sup6rieure du corps d'un oiseau, en ronde bosse, de couleur 
bleue, ddcor6e de filets d'6mail blanc, avec le m^me 6mail pour les yeux; 
un lion, en bas-relief, sur une anse, de verre jaune^ en forme de 
disque. La texture, e'est le mot, la plus remarquable des autres vases 
fins consistait : 1° sur un vase c6tel6, en une sorte de nougat opaque 
compost de perles tordues, vertes, bleues, blanches et jaunes; 2« sur 
une coupe, en forme d'ellipse, de rubans, composes de fils tordus de. 
diverses eouleurs^ tiss^ en se croisant comme des lisi^res d'^toflfe, 
les bords dujjvase composes d'une corde de fils de couleur tor- 
dus; 3® dans une p^te bleu rompu ou vieux bleu, une sorte de nou- 
gat, formant dans T^paisseur et k la surface des fleurs jaunes ciselto 

(•) Voir la livraison de f^vrier 1894, page 99. 



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— 189 — 

ressemblant k des tulipes, des fleurs blanches au coeur jaune cisel^, 
des fleurs rouges, des raisins jaunes, des feuilles vertes, le tout avec 
des contours trfes purs ou 16g6rement estomp6s; k Tint^rieur, sur une 
^paisseur de 1 ou 2 millimetres, tous ces motifs etaient brouill6s ou 
tordus de mani^re k former une jaspure de toutes leurs coaleurs; le 
vase, ainsi omement^, parait avoir eu d'assez grandes dimensions. — 
Aucun de ces fchantillons ne porte la marque du fabricant et nous 
n'auribns pas eu k en parler sans le fragment qui suit. 

205 — ' Petit, fragment d'un vase en verre, couleur d'ambre clair 
(..). Au-dessus et k gauche de T^paule droite d'un gladiateur, en 
relief, arm6 d'un glaive— incomplet de la t^te, des pieds et du bras gau- 
che, qui ne pouyait 6tre que lev6 — , en creux : 

...RM( ).... 

Lettres d'environ i milU 

C'est un fragment du nom du gladiateur; ce nom ^tait inscrit partie k 
gauche de sa t^te et partie k droite. II pent manquer^ sealement, une ou 
deux lettres avant R; cette le^re est incomplete de sa haste; M un peu 
incomplet en haut. Plusieurs vases de verre avec gladiateurs ont6t6 signa- 
les en divers lieux, ils sont tous k peu pr^s pareils. Sur oelui qui figure aux 
pages 363 et364de VEpigraphie romaine du Poitou et de laSaintonge, par 
M. le capitaine Esp^randieu, le gladiateur, dont la pose correspond k celle 
du notre, a un casque k cimier, le bras gauche lev6, son bouclier k ses 
pieds; mais son nom est PRVDElS, et ce nom est inscrit au-dessus de sa 
t^te et au-dessus d'un demi-oordon torique; aucune partie du nom des autres 
— lis sont huiten tout — ne correspond non plus k notre fragment. Les 
similitudes sont autrement f rappantes : en outre de la pose, les dimensions 
sont les meme8;le demi-cordon torique, qui se r6pete sous les pieds des gla- 
diateurs, existe ici sur une petite longueur; enfin la couleur du verre est la 
m^me. Nofre vase avait ete souffle dans un moule, aussi la figure s'est 
reproduite en creux ^Tinterieur. 



IX 
BRONZES 

Inddpendamment des monnaies, dont au reste nous allons nous 
occuper incidemment, les objets en bronze decouverts k Pradoulin sont 
tr^ nombreux; Tusage de la plupart d'entre eux est pour nous 6nigma- 
tique. Un petit nombre porte des marques de fabricant ou autres signes. 



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— 190 — 

1° MONNAIES AVEC CONTREMARQUES 

Les monnaies de bronze, troiivfes ici en tr6s grand nombre, ne 
peuvent renlrer dans notre programme, mais il nous a sembl6 qu'il n'en 
4tait pas de m^me pour celles qui portent des contremarques. 

Ces contremarques, mat6riellement analogues aux marques ordi- 
naires de poller, semblent ne figurer, gte^ralement, que sur des pieces 
anciennes. Pour leur ^xjonomie ou raison d'etre, nous serious port6 k 
croire qu'elles donnaient aux pieces qui en ^taient frappfeg une valeur 
fictive plus ou moins 61ev6e. 

206. — Moyen bronze d'Emporiae. A Tayers, t^le de Pallas, k 
droite, dans un fort gr^netis k larges intervalles; collier fait d'un 
gr6netis semblable. Sur le casque, dans un cercle : 

Un dauphin dans un grdnetis. 

DiamHre, 8 mill. 

Au devant du cou, dans un rectangle : 

DD 

Lettrea de 3 mill, 
Diecreto) d(ecurionum), — Cette contremarque se trouve assez comma- 
ndment sur des pi^s di verses. La notre, fraste au re vers, a 6t^ trouv6e k 
Lectoure meme et non k Pradoulin (I). 

207. — Moyen bronze d'Auguste. A Tavers, t6te d'Auguste, k drwle; 
CAESAR... en legende, de haut en bas (.. ). Au devant du cou, dans 
un cercle : 

Lettres de S et 9 mill. 
La premiere lettre a sa traverse sup^rieure outrepass6e k gauche; 1© 
jambage de gauche de V part, 11^, de Tangle InfMeur formd par la traveffte 
mMiane de F; les deux points de la fin sent peut^tre les rested d'tme hMIe 
unie & y . La pi^, qui 6tait f ruste, venait de Pradoulin, mais de fouiiles 
ant^rieures aux notres. 

208. — Moyen bronze d'Augusle. Au revers, Taulel de Lyon, 

(1) L'emplacement actual dela villeet unepartie attenante, plus considerable, 
avaient 6t6 habitus avant I'^dification du camp avec muraiUes dont nous avons 
parl6 dans une note du commencement de ce recueil, et avant r^diflcation de la 
ville dans la plaine. Les monnaies recaeillies sur cet emplacement primitif 
viennent ie conftrmer : en plus de ceUe dont U est question id, elles comprafr- 
nent la pi^ce des Sotiates ^ la louve, denier r^publicain de la famille Hosidia, 
bronzes de la colonie de Nimes, denier d'Auguste; ensuite on saute k Maxi- 
mien, Magnence, les Constantins, etc. 



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— 191 — 

ROMETAVG, en exergue. Entre les deux victoires, au-dessus de 
Tautel, dans une ellipse : 

TIB.C 

LeUres de 4 mill, /?? H da 3 1i2. 

Tib(erius) C{aesar). — II y a de graads rapports de composition et 
identity de forme du B de cette contremarque, avec la marque d'amphore 
n' 13; le point est rond. La pi6ce et la contremarque sent assez frustes, mais 
la contremarque est, n^anmoins, bien visible encore telle que nous la 
dterivons; elle est d'aiUeurs dej& connue. 

209. — Bronze de Trajan, au-dessous de la moyenne. A Tavers, 
tfttede Trajan, i droite, avec la couronne radi^e; IMPCAESNER... 
en l^ende(..). Au-devant du cou, dans un rectangle en hauteur: 

Un rameau de laurier. 

Haut. 5 mill. 

Ce rameau est compos6 de la tige, bouletee en haut, et de deux feuilles k 
gauche et deux autres a droite . La piece est assez f ruste; au revers le S C 
se trouve dans une couronne au dehors de laquelle est une l^gende. 

2° ObJETS avec marque du BRONZIER 

G6n6ralement les marques des bronziers sent mat^riellement analo- 
gues k celles des potiers et mieux, par la nature du poingon, aux 
conlremarques mon^taires. 

210. — Fibule d'une seule pi^ : 6pingle, ressort k boudin, corps 
ou devant. Ce devant courbe, en avant, renfld sur sa largeur et 
c6tel6 (..). Sur une petite lame rapportie k la partie moyenne du devant 
et relournte en dessous : 

IRAC 

Lettres de 3 mill, et dc 2 mill. 1(2 

Ces lettrea en relief , de forme allongee et un peu cursive, sent entre des 
lignes parall^lee aussi en relief. Deux de ces lignes ont^ laiss^ des traces sur 
le haut, presque enti^rement d6truit par des eclats de Toxide, trois autres 
sent encore bien visibles sur le has : Tinferieure sert de cordon k six perles, 
la moyenne s'interrompt au droit de ces perles, la superieure est de forme 
ordinaire. Toutes les lettres paraissent avoir eu la ligne inferieure du haut 
pour limite commune, tandis que sur le has la premiere lettre descend 
jusqu'k la ligne interrompue, la seconde seulement jusqu'^ la ligne 
eontinae qui eet au-dessus, la troisi^me au mSme niveau que la premiere 
et la quatri^me au mdme niveau que la seconde. 11 y avait evidemment 
dam tout cela parti-pris pour une decoration, k roccasion de la marque qui 
oocupe eflectivement une place souvent omement^ sur les flbulee. II ne 



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— 192 — 

reste que le quart inf^rieur de la premiere lettre, la seoonde a peida la 
patine k gauche sur son angle sup^rieur, la troisi^me complete, la quatri^me 
a perdu sa patine excepts sur son tiers inf^rieur. Le recueil des marques 
de bronziers de M. R. Mowat ne donne que la marque DRACCl VS.F^qui 
ait quelques rapports avec la n6tre; mais ici il n'y avait pas probablement, 
d'aprte le reste inf^rieur de haste, un D pour initiale; c'^tait un I, selon 
toute apparenoe. 

211. — Fragment courbe, k facettes, qui, probablement, faisait 
partie d'une ansa de vase. Sur un c6t6, frappi profondiment avec un 
poin^n rectangulaire ou les lettres 6taient graves en creux, mais sans 
6tre encadrfes, ni en haut ni en bas, par les grands c6t6s du rectangle: 

VKO 

Lettres de 2 mill. 1/S. 

Le K est form6 de la barre verticale ordinaire ou haste et de deux lignes 
parallMes, perpendiculalres k cette haste et la joignant vers le milieu de la 
hauteur. C'est ainsi la forme d'un K des plus anciennes Inscriptions 
latines, d'apr^s le tome I du Corpus de Berlin. L'O est incomplet k 
droite par suite de la cassure et de la perte d*un deuxieme fragment qu^ 
portait la fin de cette curieuse marque. Cedeuxitoe fragment, non retrouv6 
parmi une infinite de debris recueillis^ avait cinq ou six lettres, si nos 
\ souvenirs sont exacts. 

3^ Instruments de pesage 

212. — Fragment du fl&iu cylindrique d'une balance avec Tanneau 
qui servait^ r^unir les cbaines de Tun des plateaux. En creux: 

)IoIoIoIoIoIo 

Ces divisions tiennent toute la longueur qui est de 17 centimetres ii2, 
de la cassure au dernier O, qui touche k la partie aplatie ou est pass6 
Tanneau de reunion des chalnes; le diam^tre est de 5 millimetres. Une 
balance, complete, avec la moitiedu fieau cylindrique portant des divisions 
analogues, a ^te trouv^e k Pompei;on pent la voir flgnr^e dans le Diction- 
naire de Rich et mieux dans le Magasin Pittoresque (1840, p. 72). Ces 
sortes de balances portaient, du c6te gradue du fieau, un poids curseur, 
comme les romaines proprement dites, qui servait k trouver les surplus de 
poids sans qu'on eiit besoin, comme aujourd'hui, de charger le plateau 
d'une foule de poids divisionnaires. Nous ne pouvons comprendre, au 
juste, la valeur des divisions de notre fragment; encore moins Tinegalitd 
de ces divisions : les deux premieres, en partant de la gauche, mesureiit 
25 millimetres li2 chacune; la troisieme, 261i2; la quatrieme, 341i2; la 
cinquieme, 28 li2; enfin les O, qui sembleraient devoir etre juste au nuliea 
des grandes divisions, ne s'y trouvent pas exaotement. 



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— 193 - 

213. — Fragment du fl&tu prismatique, en losange^ d'une tr^ 
petite romaine, avec le bouton conique qui le tenninait du c6t6 oppose 
aux anneaux et au crochet. Sur Tune des faces, en creux : 

I I I I I •!( 

§ur la face oppos6e, aus^i en creux : 

IIIIK-III( 

Haut. 2 mill. 112, 

Le bouton est k gauche; 11 forme la fin des divisions pour le petit poids, 
tandis que la derni^re ligne des divisions pour le grand poids se trouve 
61oign6e de5 millimetres dece bouton. Les divisions respeotives, pour Tun 
et Tautre poids, ne sent pas ^uidistantes, autant qu'on pent en juger en 
Tetat actuel du fl^au, tordu et fau8s6; on trouve d'abord, en miUlm^res, en 
partant de la gauche : 16, 171i2, 17, I81i2, 161i2; en second lieu; 101i2, 
11 li2. 10 li2, 10, 12, 11 li2, 11 li2. Cee irr6gularit6s ne s'observent pas sur 
les romaines modernes et nous ne savons pas au juste ce qu'il faut en 
penser. Quoi qu'il en soit^ les divisons pour le petit poids sent subdivisto 
en six chacune, ce qui permet de coniprendre que Tunit^ qu'elles repr^* 
sentent est un quart d'once : Sicilicusy et les subdivisions, des tiers de 
drachme ou scrupules; d'oti il suit que pour le grand poids les subdivisions 
repr^ntent des huiti^mes d'once ou drachmes. Le K, suivi d'un point 
plus gros que les autres, est ^videmment pour Caput, dont il est la sigle 
d*apres d'autres monuments; il s'^nsuit, en s'aidant de la compandson 
avec les romaines modernes et avec la romaine antique figure au Diction- 
naire deRich et au Magasin Pittoresque (L c), joignant les petites dimen- 
sions certaines de la n6tre, que son fI6au n'est incomplet k droite que d'une 
deegrandes divisions pour le petit poids et qu'ainsi,jusqu'au point marqu6 
K(aput), elle 6tait r6gl6e pour peser un quart de livre : Quadrans, ou trois 
onces, divis^es en 12 sicilicus, subdivis^ en drachmes et en scrupules. Le 
poids curseur glissait ici sur les aretes k angle aigu, resultant de la coupe 
en losange, et n'6tait pas arr6t6 par des coches au droit des divisions, 
comme sur les romaines modernes. II n'estpeut-4tre pas tout k fait hors de 
propos de noter ici que, de nos jours encore, les ouvriers surbcrfsmarquent 
d'un K la limite commune de ce qui doit 6tre conserve et de ce qui doit Atre 
retranch6 par la scie. Que ce ftlt \k une tradition antique, ce ne serait gu^re 
plus extraordinaire que la tradition qui nous a conserve la romaine, d'un 
mtomisme si particulier. 

214 (841). — Poids en forme d'un court cylindre trfes renfl6 (..). 
Sur une des deux faces planes, grav6 ou frapp^ en creux : 

BI 

Lettrea de 5 mill. 

Sur Toriginal, B n*est formd que par un faible abattement, k rint^cLeuTy 
Tome XXXV. 13 



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— 194 — 

des quatre angles de droite fonn^ par un rectangle en hantenr divis^ en 
deux parties ^les par une horizon tale : c'est ainsi, suivant une remarque 
de M. A. Allmer, c un th^ta carr^ barre k moiti6 plutot qu'un B. » Le 
bronze p^se actuellement 13 grammes 50 centigrammes; son alteration par 
Toxide a d(l lui enlever quelques centigrammes. L'once romaine ^uival^it 
k 27 grammes 27 centigrammes environ; c'est done le poids d'une demi- 
once : semunciay que nous avons ici; mais que signifient les signes dont 11 
e6tmarqu6? Nous trouvons figure dans les Annotations de Blaise de 
Vigeoere sur Tite-Live (col. 1503, 1504, 1505; Mit. de 1617) huit poids 
remains de bronze ou de pierre aiyant tous la meme forme que le n6tre : la 
livre est marqu^ L, la demi-livre S, le quintal P-C (poHcU> centum), les 
30 livres XXX, les 10 livres X. Toutes ces marques et leurs syst^mes sent 
bien faciles k oomprendre; dans la m^me suite, un autre syst^me marque de 
quatre points, dispose en carr^, un poids de quatre livres, et des subdivi- 
sions de la livre autres que la demie : S(emis),ne portent point de marque. 
C'est dans les Inscriptions romaines de Bordeaux (i, p. 597) que Ton 
trouve une de ces subdivisions frapp^d'une marque dem^me syst^mequ^ 
la n6tre, tr^s ^videmment; mais sans 6claircir pour nous le vMtable sena 
de Tune et de Tautre : le poids de Bordeaux est une once, du poids faible da 
26 grammes, marqu6e V-X, sur le cercle sup^rieur, comme toujours; la 
premiere sigle s'expliquerait bien par Vincia), mais que faire alors de X f 
comme Fa bienremarqu^ M. C. Jullian. Ici, pareiUem^at, il ne serait pat 
impossible d'admettre que le premier signe est pour S(emuncia)t mais que 
faire alors de I^ qui, d'ailleurs» est si 6ioign6 du X de Bordeaux^ si lei 
deux signes sont des chiif res ? 

4^ Bagues ou Anneaux 

215. — Anneau avec un cachet rectangulaire de 30 millimfetres de 
large sur 16 de haut. Sur ce rectangle ou cachet, en creux ; 



AYIT 



LetCres de 10 mill. 

T(itus) J(ulius) Vai...us) ? — Les lettres sont un pen grftles et de forme 
un pen cursive. Nous donnons Tinscription telle qu'elle se pr^sente sur le 
cachet, mais Tempreinte donne, en relief: TIVa, d'oCi notre lecture, oe 
sceau etant, au reste, analogue k ceux qui dtaient appose sur les amphores 
et sur la poterie k couverte rouge lustr^e. S'il fallait entendre Tinseription 
telle qu'elle se prtoente ^r le cachet, elle eiit donn^ k Tempreinte Ati^us\ 
retrograde; cette interpretation serait done bien moins probable. Seulement 
Thesitation est permise,]es lettres se rencontrant^tre telles querien n'avertit 
de leur veritable sens. L'anneau etait dispose pour etre porte aux doigts 
de la main; 11 va bien, surtout^ k ia deuxitaie phalange de rawnulaire. 



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— 195 — 

216. — Petite bague de la fonne dite chevali^re. Gravte en creux 
sur le chaton : 

line palme 

Longueur IS milUnUtrea 

Souvent ane palme fait partie des marques de potier^ on mSme oonstitne 
une marque k elie seule. Voyez n* 144. 

217. — Anneau ou bague, de la forme dite chetalUre, grosse et 
lourde(..). Sur le chaton, dans un cercle, frapp* ou couW avec la 
bague, en relief : 

p 

X 

Haut. 6 mm. environ Le P coupe H d eon milieu, 

Les traits de ce monogramme du Christ, larges. La bague fut trouv6e> 
vers 1840, dans un sarcophage de plerre d'un grand dmeti^re, situA, It 
Torient et non loin de nos fouilles, entre les voies romaines d*Auch et de 
Toulouse, qui aboutissaient, en angle aigu, au centre de Pradoulin. Dans 
une note de la page 24 de ses Notices hUtoriquea sur la mile de Lectoure, 
F. Cassassoles dit possMer une bague en or» trouv^ au m^me endroit, « sur 
le chaton de laquelle se trouvent les deux lettres X. P., monogramme du 
Christ ». Nous ignorons ce qu'est devenue cette bague en or. Celle de 
bronze est perdue; nous Tavons eue seulement quelque temps entre les 



mains. 



EugAne CAMOREYT. 



NOTES DIVERSES 



CCCXVIII. Les papiers de fomiUe des Polastron 

J'ai aohet^ nagu^re k la vente du brie k brae de Breil, antiquaire k Pan, 
une quantity considerable de parchemins relatifs k la famille de Polastron. 
II y en a depuis le xv* 8i6cle jusqu'au xix*. J'en donne avis k ceux que 
pareille nouvelle pent int^resser : quelque g^n^alogiste pourra y trouver 
des noms et des alliances qu'il ne soup^nne pas; le chroniqueur lui-m6me 
y glanera des notes pour Fhistoire du Gers et en particulier de Lombez. 
Inutile de donner ici un inventaire de plus de 60 pieces. Je les communi- 
querai volontiers aux travailleurs. V. D. 



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L'IDIOME GASCON A LA SORBONNE 



De l'influence du dialects GASCON suR LA LANGUE FRAN^AiSE de la fin da 
XV* si^le k la seoonde moiti^ du xvn', par Maxime Lanusse, professeur 
[au lyc6e Charlemagne]. Paris, Maisonneuve (quai Voltaire, 25). — 
1 vol. in-8* de xvi-470 p. 

{Suite etjin*) 

M. Lanusse a trouv^ chez nos critiques litt^raires ce double juge- 
ment sur Du Bartas passi, ou peu s'en faut, k T^tat d'axiome : « L'au- 
teur de la Semaine est un disciple de Ronsard; il emploie les m6mes 
procM^ poStiques avec exag^ration et abus. » A ce double arr^t, le 
jeune professeur oppose ces deux assertions : Du Bartas se distingue 
absolument de Ronsard par Tinspiration chr^tienne et m^me par la 
thtorie po^tique; il a d'ailleurs dans la langue et le style des quality 
et des d^fauts tout diff^rents. Plusieurs pages sont employees k justifier 
cette opinion; je me contente de les recommander comme fort instruc- 
tives aux lecteurs gascons et, pour abr^r, je me bite d'indiquer, en 
aussi peu de mots que possible, comment elles n'ont pu gagner Tassen- . 
timent absdu des professeurs de Sorbonne, ni m6me satisfaire pleinement 
un critique k demi converti d6ji — c'est de moi que je parle. — 

Des dissidences thtoriques, m6me graves, des differences de g6nie, 
m^me profondes, n'emp^hent pas de classer un terivain parmi les 
disciples d'un maitre qui lui a incalqu6 au moins une partie notable 
de ses procedfe. A son tour, il est vrai, ce disciple pent passer chef 
d'teole par une forte originality personnelleetun hautdegrfi d'influenoe 
propre. 

A mon humble avis, du premier chef, Du Bartas reste c disciple de 
Ronsard » beaucoup plus que M. Lanusse ne voudrait I'avouer; mais 
sur le second, je plaiderais volontiers avec lui la cause de notre vieux 
po6te huguenot. 

M. Faguet a trte bien r&sum^ la revolution po^tique op^r^e ou du 

(•) Voir cidessus, Uvr. de f^vrier, p. 117. — Dans ce premier article, il est 
rest^ quelques fautes d'impression, dont deux me semblent ^ corriger id. P. 121. 
alin^commengaDt par« M. Lanusse... », ligne 2, decant initialed lisez : devant 
une r initiale; — ligne 10, effacez de avant <x cap de Saint- Amaud ». — A la 
p. 120, note (4X demises lignes, j'aurais du remarquer que le ddplacement de 
I'aocent ob^issait dans les deux exemples cites k des lois diHerentes. 



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— 197 — 

moins esssyie par Ronsard en oes trois points (1) : imitation des anciens^ 
plus p6n6trante et plus savante qu'auparavant; — culture des genres 
nobles, au lieu des petits potoes de tradition indigene; — cr^tiond'un 
style et d'une langue poitiques, ilev6s au-dessus de la prose par la 
richesse (au besoin inventive), par Timage, par la force et la majesty, etc. 
Or ce sont \k les caractferes de Du Bartas, il n'y a pas & s'y tromper. 
Tout au plus y a-t-il une nuance importante sur le premier point, les 
pontes de la Pldiade imitant en vrais paiens Tantiquit^ profane, tandis 
que Du Bartas est tout biblique et ennemi prononoS des sujets fabuleux 
ou passionnte. Mais la couleur antique ne subsiste pas moins dans la 
po^sie bartassienne. Je prends au hasard dans un vieux recueil (2) la 
liste des periphrases par lesquelles le soleil est d&sign^ dans les deux 
Semainea. J'en trouve beaucoupqui impliquent des comparaisons 
tir^ plus ou moins heureusement de la r^alit^ : « L'oeil du monde, le 
prince des flambeaux, la charrette flambante du ciel, la lampe du jour, 

Le courrier flamboyant dent la perruque blonde 
Redore ohasqae jour or' Tun, or* Tautre monde; 

le postilion 

... qui jamais ne void fin it sa course; 

... qui d'un flamboyant tour 

Tout ce grand univers postillonne en ud jour. » 

Mais j'en remarque un presque aussi grand nombre qui sont mytho- 
logiques : € Titan chaleureux, fils tire-traits de la belle Latone, flam- 
beau latonien, torche delphique, Ph6bus aux cheveux d'or, ApoUon 
donne-honneurs, etc. » Je sais bien que sous ce jargon mythologique 
ridto et Tesprit sont Chretiens; mais la po^sie n'en garde pas moins la 
marque ind616bile de la P16iade. 

Je n'insiste pas sur les questions de « genres » et de < langue et style 
po^tiques ». Ici, pourvu qu'on ne confonde pas les notes et tendances 
personnelles avec le train g^n^ral de Tart et du metier, il n'y a gu&re 
lieu de disputer s6rieusement. N'y eut-il que cet usage exclusif de 
Talexandrin chez notre po^tegascon, il est jonsardien; carc'est Ronsard 
qui le premier et k Tencontre d'une tradition s6culaire a remis ce grand 
vers en honneur et a terit : < Les alexandrins tiennent la place, en 
notre langue, telle que les vers h^roiquesentre les Grecs et les Latins... 
La composition des alexandrins doit ^tre grave, hautaine et s'il faut 
ainsi parler altiloque, d'autant qu'ils sont plus longs que les autres et 

(1) Selziimo sidcle, etudes UtUraires (Pans, 1S94), p. 229. 

(2) Le grand Dictionnaire des rimes franeolses [renfermant] Us Eplth^tes 
tiris des cpuores de GuilL de Salluste s' du Bartas. Gon^ve, 1624. 



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•^ 198 -^ 

sentiraient la prose s'ils n'^ient compost de mots ^us^ graves el 
r&sonnants. » Cette citation^ que j'empnmte sans fa^n k M. Faguet, 
ne semble-t-^lle pas le programme que Du Bartas aurait tenu k ooeor 
de suivre dans cbaque page de ses < graves et rfeonnants » po^mes t 
Si M* Lanusse j oppose, en faveur de Toriginalit^ de Du Bartas, le 
retour de la Franciade au vieux d6easyllabe 6pique, M. Faguet r6pond 
tr^s bien k cette objection; d'aiUeurs sptoieuse. Et je ne crms pas que, 
tout en att^nuant ce qu'il dit avec bien d'autres de V « exag&^tioii » 
Mcheuse des audaces de Ronsard dans Du Bartas, on puisse la nier 
absolument. L'usage du redoublement, par exemple, reste k son actif, 
comme im progrfes malheureux dans la voie du n^ologisme par provi- 
gnement, ouverte par Ronsard. 

Du Bartas pent done rester inscrit dans Thistoire litt^raire avec ce 
titre de disciple de Ronsard que M. Lanusse voudrait effacer; mais la 
plupart des remarques de ce dernier n'en subsistent pas moins, assu- 
rant au pofete huguenot une vraie originality dans Tinspiration et 
m6me, quoique k un moindre degr^, dans I'art et dans le ton. Au reste, 
cette initiative de renovation po^tique a ii6 constat^ et soigneusement 
6tudi6e depuis longtemps, dans Toeuvre de Du Bartas, par un grave 
toivain qu'on oublie trop de consulter, surtout en mati^re litt^raire. 
Je veux parler de M. Aug. Poirson et de son Histoire du r^gne de 
Henri IV (1856), dont le neuvifeme et dernier livre est consacre lout 
entieraux sciences, lettres et beaux-arts pendant la p6riode de 1589 k 
1610. Lk, Du Bartas est hardiment class6 sous la rubrique « nouvelle 
^le B, par opposition aux deux ^les ant^rieures de Marot et de 
Ronsard. Aucun critique n'a autant fait valoir les hautes parties du 
g6nie de Du Bartas et surtout la portte profond6ment humaine et reli- 
gieuse de ses po^mes et de leur succ6s. Je renvoie k ce travail trop peu 
connu et qui me parait, au point de vue des idtes morales, absolument 
digne d'un historien aussi judicieux dans ses conclusions que cons- 
ciencieux dans ses recherches. Malheureusement le criterium propre- 
ment litt^raire de M. Poirsgn n*avait pas tout k fait la m6me surety 
que son coup d'oeil philosopbique, et par la m6me son magnifique 
61oge de Du Bartas pent avoir plus d'une retouche k subir. 

On n'est d'ailleurs vraiment chef d*^le que par les disciples qu'on 
s'attache, et c'est par le nombre, la valeur, Tactivit^ de ces imitateurs 
et par la durde de leur vogue que ce titre « d'teole » prend place dans 
rhistoire. Or, il faut bien avouer que Timitation de Du Bartas n'a pas 
produit d'oBuvres durables. Si Malherbe, en « biflEant » Ronsard, a 
marqu^avec autant de surety que d'injustice la fin du « ronsardisme^ » 



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— 199 — 

il a du Qidme ooup poresque effaoS la trace de Du Bartaa et de aes disdh 
pies. Toutefois une itude intelligeate et attentive de notre ivolutioii 
poMque au xvi« et au xvii^ sitele doit, nou seulement reconstituer la 
grande 6cole de Ronsard, qui est le vrai point de depart de toute notie 
po&sie classique, mais encore distinguer le groupe des bartassiens, qui 
a eu son action particulifere etoriginale en France et h T^tranger. Cette 
itude spteiale est surtout int6ressante pour les gascons^ parce que I'^le 
de Du Bartas ^ eu naturellement dans notre province une fortune trfes 
marquee et y a comptS m6me, malgr6 la stdrilit^ ordinaire de notre sol 
po^tique^ plusieurs ^h^rents de quelque renom. Le plus en vue de 
tous est Joseph Duchesne, lectourois, mMecin d'Henri IV^ dont le 
Grand miroir du monde (Lyon, 1593) est le v^table compltoient de 
la grande Semaine. M. Lanusse ne I'a pas oubli6^ non plus que Jean 
Gaston, Wamais {(Euvrea poHiquea et chrMe/ineSy Ortbez, 1633); il 
faut leur adjoindre Etienne de Sanguinet, « gentiihomme gascon^ » 
auteur de la Dod^cade de VEvangile (Bergerac, 1614) (1), et un 
neveu de Du Bartas, Jean d'Escorbiac, seigneur de Ba}onnette, auteur 
de la Chrisiiade (Paris, 1613). 

On le voit : si M. Lanusse est all4 « un peu trop avant dans toa 
opinion » favorable k Du Bartas, comme Tavoue un des critiques les 
plus sympathiquea k sa th^ (2), il n'en a pas moins produit au procte 
des fails et des raisons tr6s notables et dont il faut absolument tenir 
compte pour le yrai classement des pontes et des ^les. Et maintenant 
je ne puis comme je le voudrais m'arr^ter sur les belles pages, el tout 
k fait judicieuses non sans nouveaut^, qu'il consacre k Montaigne 
considiri prMs&oient comme terivain gascon (3), et k Monluo, ohes 

(1) Ce lourd po^me, qui ne renferme pas moins de douze chants (Fauteur a 

mieux aim^, non sans raison, le^ appeler <f traictez » ), se distingue par une 

ezag^ration invraisemblable des d^fauts de gout qu'on reproche k Du Bartas, et 

surtout par une f ureur de poldmique anti-cathobque tout k fait 4trang6re h son 

module. Je veux en citer les demiers vers (p. 565-6), qui ne donneront pas 

grande envie de lire les autres : 

Poisqae fay d'un fort ton et d'un penible style —oh/ oail — 

Celebrd un Sftnvenr retemel Evftngilej 

Parfait ma Dodecade et le mienx <ine j'ay pen 

Au Dieu Omnipotent rendu mon divin vcen 

Ez ans de Jesus n6 qu'au calcnl hebralqne 

Le prophete Germain compute en sa chronique 

Milie six cens et cinq, milte six oens et six. 

En moins de deux cens jours (don de celeste gr&ce) 

Ceste oeuvre oonsommant que temps ny mort n'eflaoe, 

Quand elle voudra done vienne i moy oeste mort 

Toute afEreuse qu'elle est et de face et de port. 

(2) M. S. Rocheblave, Reoue internat. de Venaeignemeni, 15 nov. 1893. 

(3) M. Lanusse cite (p. 177) le dicton gascon du chapitre xxv (1. i) des Essais : 
« Bouha prou bouba, mas a remuda lous dits qu'em, » en ajoutani que le sens 
en est « tr^ controversy. » Le sens littoral ne pent gu^re ^tre mis en discussion, 



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— 200 ^ 

lequel il signale surtout les deux traits distinctifs de la race gasconne : 
« rimaginationffeondeet rinsouciance, voulue ou non, des rfeglesetde 
Tart. » Encore id pourtant, j'aurais une reserve k faire, moins pour 
Monluc lui-mfeme que pour sa race : Tesprit pratique, le sens prompt, 
aiguis6, mais au besoin tout aussi r^tehi, me paralt le caractfere le plus 
marqu6 du gascon; quant k Timagination qui brille chez lui, ce n'est 
pas prfcis&nent oelle qui est invention litt^raire, creation poitique, c'est 
celle qui s'appelle, d'une part, verve ou sentiment personnel trfes vif et 
trfes expansif, et de Tautre f^ndit6 de moyens d'action. Et par li, me 
semble-t-il, se trouve r&olue, pour le dire en passant, une demi-contra- 
diction que quelques-uns ont cru trouver dans une rteente leQon tr^s 
remarqu6e de M. Bourciez sur « Tesprit gascon (1). » 

III. En m'6tendant au-deli du n^cessaire, mais non peut-Atre sans 
quelque int^rfet s^rieux, sur des parties relativement accessoires de la 
th^ de M. Lanusse, je me suis condanm^ k glisser l^g^ment sur 
Tessentiel de ce travail, sur le livre troisi^me < le gascon dans la 
langue frangaise. t Au fond, je n'en ai pas grand regret. II faut que les 

puisque Montaigne lui-mdme, qui devait savoir ce qu'il 6criyait, a traduit ainsi : 
« Souffler prou, soulfler; mais ^ remuerles doigts, nous en sommes 1^. » Qu'em 
yeut done dire ici nous sommes et non pas nous aoons. — II y a eu de plus 
discussion, il est vrai, sur la m^taphore qui est Tdme de ce dicton. J'ai cm et 
soutenu, dans le Bulletin de I'lnstitut cathoUque de Toulouse de 1890, qu'il 
fallait entendre probablement : « Souffler sur ses doigts, c'est bon; mais il s'agit 
ensuite de faire oeuyre de ses doigts 1 » C'^tait un contresens. Montaigne lui- 
m6me nous dit que ce proverbe est « tir4 d'une chalemie, » c'est-^-dire que la 
figure qui le constitue est emprunt^e k Tid^e d'un chalumeau. II faut done enten- 
dre : « Souffler est facile; mettre les doigts oil il faut, voil^ la grande affaire I » 
C'est pour n'avoir pas compns d'abord le mot chalemie, et pour ayoir trop tabid 
ensuitesurune interpretation toute faite, que j'ai chopp6 assez lourdement. J'^tais 
depuis longtemps revenu de mon erreur, quand M. rabb6 Dulac, quiaurait pu me 
redresser en vingt lignes, a eu la complaisance vraiment excessive de me faire 
la le^n dans toute une brochure ad hoc : Un dicton gascon dans Montaigne, 
Tarbes, 1891. Prix : 10 fr. Les amateurs qui seraient curieux de la lire doivent 
s'adresser k Tauteur lui-m^me, qui leur fera, je suppose, une notable rMucdon 
sur ce prix fabuleux. 

(1) Cette belle legon d'ouyerture a paru dans \q Bulletin municipal qfflciel de 
la oille de Bordeaux du 16 d^cembre 1893. La formule suivante, d^d^ment 
excessive, se lit ^la fin de la p. 157 : « Chez tons (les ^rivains gascons), ^xidcm- 
ment, Timagination est la quality maitresse, dominante, et elle rompt T^quilibre 
au detriment de la raison... » Chez tons I et nos grands diplomates, Gabriel de 
Gramont, Jean de Monluc, Arnaud d'Ossatt et ce que vous avez dit vous- 
m^me, et si bien, de la perseverance, du savoir-faire et de Youeil de gat de la 
race ? — Sauf ce dissentiment, plut6t de surface que de fond, on me permettra 
de me feiiciter d'avoir, ily a tant6t treize ans (Reoue de Gascogne, xxiii, 297), 
signaie dans le « genie gascon » presque les memes traits que M. Bourciez; mais 
ceux qui reliront mon discours de 1882 apr^s son eiegante et spirituelle le^n 
ne m'acouseront pas d'avoir donne ioi cette indication au profit de mon amour- 
propre. 



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— 201 — 

amatears de oes Etudes prennent directement connaissance de oes deux 
cent cinquaute pages, pleines de faits linguistiques aussi bien olasste 
que solidement expliqu^. Je me contente done d'une analyse som- 
maire, en vue surtout de bien montrer la sagesse, la prudence presque 
excessive de I'auteur dans ses inductions^ en m^me temps que I'heu- 
leuse disposition de ses riches matdriaux. 

Un premier cbapitre, qu'on aurait grand tort de n^gliger, donne sa 
vraie signification k tout ce qui s'appellera dans le reste du livre 
c influence du gascon », et met au point juste, autant que la chose est 
possible, la part respective, si souvent ind6cise, de divers idiomes en 
rapport commun et simultan6 avec notre languenationale.il se resume 
dans les trois points suivants : 

1° L'influence gasconne « introduit dans la langue un certain nombre 
d'expressions ou de toumures, les imes franchement gasconnes, les 
autres gasconnes et m^ridionales; — 2° Elle aide puissamment k la 
fortune de la plupart des mots empnmtds k Titalien ou k Tespagnol; — 
3° Elle ramfene ou contribue k maintenir, au moins pour quelque temps, 
des termes et des tours connus de Tancien fran^ais, mais tomb6s dans 
Toubli ou dMaignfe de la langue du xvi« et du xvii^ sitele. • 

Viennent ensuite les trois chapitres entre lesquels se partagent tons 
les faits qui 6tablissent rinfluence,directe ou indirecte^du gascon sur le 
frangais, dansces trois domaines : prononciation,vocabulaire, syntaxe. 

1. L'influence du gascon sur la prononciation fran^ise est tr^ 
delicate k determiner, d'autant que Thistoire de cette prononciation, 
m6me aprte les beaux travaux de Ch. Thurot, est sur plus d'un point 
obscure et douteuse. Les remarques de M. Lanusse sur la valeur 
compar6e soit des voyelles et des diphtongues, soit des consonnes,dans 
le gascon et dans le fran^ais de Tile de France au commencement des 
temps modemes, sent fort utiles et donnent lieu k des rapprochements 
int^ressants (1). II n'en ressort pas de conclusion g6n6rale bien 6tablie 
sur Tinfluence de notre patois. Le fait le plus notable en oe genre est 

(1) Voici quelques meuues observations, saus portde d'ailleurs pour Ja valeur 
g^ndrale des inductions de M. lanusse. — Sur la distinction des braves et des 
longues (absolument identiques pour les gascons), la liberty po^tique relative 
signal^e chez nos pontes classiques ne doit-eUe pas etre imput^e surtout aux 
Normands ? — A la p. 268, on nous accuse aveo raison de prononcer anguile 
pour anguUle; mais c'est par distraction qu'on nous reproche notre prononcia- 
tion distcle, qui est la bonne. — Ce qui ooncerne rr (p. 271-272) est incomplet. 
Le frangais actuel n'a qu'une meme prononciation pour /• et rr; le gascon en a 
deux (dont aucune n'esi la vraie /• del'lle de France). On pent prouver, je crois, 
par les grammairiens d'autrefois que la prononciation Irangaise s'est modifi^e 
et 8impU/l6e sur ce point. 



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— 9« — 

peut-4tre eelui que I'auteur a placd le dernier dans oe obapitre : < On 
doit expliqner, d'une mani^re p^ndrale, par Tinfluenoe dea Fian^^is du 
Midi, oomme leremarque fort justement M. Crousl^ (Gramm.fHin^.\ 
mais en particulier, ajouterons-nons, par I'influenee des Gascons, la 
tendance de la langue frangaise k faire sonner les consonnes finales 
assourdies dans Xefran^ais du Nord, le veritable frangais, » Notes 
que par ce detail l*influenoe m^ridionale va k I'encontre de la recherche 
du a moindre eflfort » et de la douceur de la prononciation, qui est la 
principale cause des changements en cette matifere. 

2. L'influence sur le vocabulaire est dtablie par un rdevi alphaM- 
tique fort dtendu (p. 277-368) des mots gaseous, ou signal^ oomme 
tels, qui se trouvent dans les auteurs frangais. II y aurait peut-fetre eu 
quelque avantage k s^parer des mots vraiment frauds^, lee mots 
gascons qui figurent dans les textes par pure n^oessit^, comme en 
oertains actes et m^moires de notre pays, ou par barbarisme touIu, 
comme dans le Baron de Fcanesie, Mais, comme chaque article donne 
lieu k un commentaire ou tout est soigneusement discut^, Tinconv^ 
nient n'est pas grave et un vrai profit est toujours assurd au leeteur, 
avec ragr6ment par surcrolt. Car il est difficile de trouver en pareille 
matifere un choix aussi vari^et aussi curieux de citations topique8,avec 
tant d'aisance et de sagesse dans le commentaire. Dans sa conclusion, 
Tauteur n'admet que quatre mots foumis directement au dictionnaire 
frangais par notre parler provincial, savoir : cadei {capdei=oapiiellum), 
dont M. Paul Meyer a d6montr6 Torigine gasconne; oapulei, vAtement 
pyr4n^n dont les lexicographes ont not^ la provenance; goujat et 
gouge, dont j'ai moi-mftme propose Tdtymologie gaudium, cit^ dans 
le Dictionnaire de Littr6(qui, k cette occasion, a feourt* mon petit nom). 
M. Lanusse aurait du ajouter au moins cachalot; il plaide modeste- 
,ment pour Torigine gasconne de ce mot, aux pp. 301-2; mais la phon*- 
tique parle avec une parfaite clart^ : caissaly grosse dent, est provengal 
et languedocien; le gascon, seul des idiomes frangais m^ridionaux, 
remplace tssaprfes unevoyellepar le son chuintant ch(cai880=cacho, 
haissel = hachHy etc.), et dit, en consequence, cachau au lieu de 
caissaL II est vrai que ce chuintement se retrouve en Catalan, ainsi que 
tant d'autres caract&res du gascon; mais on dit en Catalan quichal(l)f 

(1) Je m'aperQois un peu tard qu'au lieu de la forme guickal, indiqu^e par 
lAXMf le Dictionnaire Catalan donne (h Tezclusion de toute autre forme) casoal, 
C'est done le vrai mot, iden tique, sauf la vocalisation r6guli6re de I final, au 
gascon cachau; ce qui diminue un peu, mais ne d^truit pas, je orois, la valeur 
de r^tymologie gasconne que j'ai soutenue dans mon texte. 



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- 908 -^ 

oomme en espagnol quijal ou quyar et en partagais gueixul. C'est 
done viaiment le gascon qui aura nommi le cachalot, « animal arm^ 
de grosses dents ». Et cette induction est fortifi^ parcette remarque de 
M. Lanusse, que c les Gascons du littoral, les Bayonnais surtout, ont 
6i6 de tout temps de hardis et intr^pides marins. » 

Parmi les mots qu'il faut regarder oomme purement patois, quoique 
fourr^ une fois ou autre dans un texte francs, je citerai : 1^ ramelei, 
qui a Youlu dire suooessivement petit rameau, bouquet, fto locale, 
ballet. M. Lanusse m*a renvoy^ Thonneur de cette explication, que 
j'avais fournie dans le temps aux Miteurs de d^Antras, mais que je 
teoais de feu M. le D^ Noulet, je me fais un devoir de le dMarer ici; 
au reste, ce mot est languedocien et non gasoon (on dirait en gascon 
ramerei); — 2*^ esolop est donn6 par Borel pour languedocien, non 
pas pour gascon, puisqu'il attribue le mot k Toulouse; mais il doit 
appartenir aux deux dialectes. L'^tyroologie est prohablement aoceuluSy 
ital. zoccoloy qui pr^te k la m6tath^ ^ioj e$olOf esclop, p.-6. pour 
escloc; — 3** bouasin (rac lat. buccal donni pour gascon par 
Cotgrave, est encore trte U8it6 surtout dans une des parties les plus 
€ gasconnes » de notre province, en Bas-Armagnac; ailleurs on a 
pr6f6r6 r^quivalent moa (moram); mo9 de pafiy boucin de patty mor- 
ceau de pain; ^^ 4^ care ne peut pas 6tre frangaisd'origine : la phon^* 
tique frangaise exige eh^re (faire bonne chfere, c'est-k-dire bonne figure 
k quelqu'un); care est assur^ment meridional, sinon express^ment 
gascon; — 5^ iuppiuy qui n*est plus du frangais correct, est encore trte 
usit^ dans lefrangais de plusieurs provinces, k Lyon par exemple; le 
gascon correspondant est toupin; — 6^ milloquej milloc : ce dernier 
est le nom actuel du mais (concurremment avec turguet) en Arpia- 
gnac et ailleurs; on y reserve le nom de milloque k une esp^ de 
sorgho, trfes voisine du mais par le port, mais qui ne foumit que la 
feuille utilise comme fourrage et des 6pis dont on fait les balais. II est 
possible que cette synonymie ne vaille pas pour tous les lieux; ce que 
je tiens k dire, c'est que millocy dans un texte de 1546, d^ignait sans 
doute le gros millet, non le mais, qui ne devait pas 6tre encore cultiv^ 
chez nous. 

Deux mots qui me paraissent purement latins, saLutVhabitua gascon 
ou frangais que leur donnaient les tabellions et praticiens du vieux 
temps : multa, multer (mulctare); legat {legatum)^ remplac6 par le 
barbarisme leg a (le bon frangais serait laia, de laiaaer), — En revan- 
che, aaturey quoique tr6s employ^ par Henri IV, est purement frangais 
(a &fheure), M. Lanusse a raison de Tassurer; mais il aurait iik noter 



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— 204 — 

que le mot gascon — ou plutfit, je crois, languedoden — biei-^aze 
est encore aujourd'hui, sous la forme franciste m^dase, dans le Diction- 
naire de TAcadtoie. 

3. L'influence du gascon sur la syntaxe fran^aise est poursuivie k 
travers toute la s4rie des parties du discours; etchemin faisant, que de 
gasconismes relev^ dans tel oU tel de nos auteurs fran^ais, particuli^ 
rement dans Montaigne (1)1 Sur Tarticle : « dea grandes mules, » au 
lieu de la simple particule de (remarquez bien qu'aujourd'hui Tusage 
parisien semble se prononcer dans ce sens). — Sur le substantif : 
genre masculindonn6auxmols cuiller, deiie, doty huile^ imager ren^ 
centre, etc. — Sur Tadjectif : le possessif remplaci par I'article (le p^ 
m'a^dit...; la femme est sortie); Tabus du mot autrea dans« nous 
autres, vous autres, » qui me paraissent pourtant de vrais gallicismes, 
mais pouss6s Irop loin chez nous. — Sur le pronom : Tabus du verbe 
pronominal : « je me la garde; » en pour le : € gascon, yen suis et je 
m'cnappelle. » — Sur le verbe: enirer, soriir^pardonner, iomber...y 
devenus transitifs. En revanche, le compl^ent direct des vrais verbes 
transitifs se trouve, dans les auteurs qui ont subi Tinfluence gasoonne, 
surtoul dans Monluc et parfois dans Montaigne, pr6c6d6 de la propo- 
sition d : « II nous trouva, k M. de Salc^e et k moi. » C'estungasco- 
nisme, et aussi bien un bispanisme, si Ton veut. Toutefois, tandis 
qu'en espagnol cette construction est toujours imposOe avec les noms 
de personne, en gascx)n, ^alement restreinte aux noms de personne, elle 
ne s'emploie rOguliferement que dans les tournures pl^nastiques ou 
elliptiques : « L'an tuat, ad et — on Ta tu6, d lui. » J'ai entendu cent 
fois, d^s le collie, des dialogues comme celui-ci : « On vous demande. 
— A qui? — A vous. » Et quand on essale de corriger ces famous de 
parler, on se beurte^ cette objection :-< Si jedis qui? au lieu de A quif 
on me rOpondra ce que je ne demande pas, on m'apprendra qui 
demande et non qui Von demande, » M. A. Thomas a eu raison de 
reprocher k M . Lanusse trop peu de precision au sujet de ce gasconisme; 
mais il faut ajouter k sa dfeharge que, parmi les exemples citOs dans 
sa thfese, quelques-uns d6passent les limites rOguliferes. 

II y aurait bien d'autres remarques k glaner dans ces pages sur les 

(1) Les Etudes sur Montaigne, il faut le dire ici, et il y aurait eu lieu de le 
remarquer d(5j^ dans d'autres parlies du travail de M. Lanusse, lui devront 
beaucoup, parce qu'il a mis k leur vrai point les nombreux « idiotismes » des 
Essais, en y faisant la juste part du gasconisme, k Tencontre d*un livre sp^cial^ 
ou ce point, sans parler de bien d'autres, avait et^ absolument mal traits {Etude 
sur la langue de Montaigne, th^se de doctorat, par Eug. Voizard. Paris, L6op. 
Cerf, 1885.) 



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— 205 — 

toumures franQaises plus ou moins empreintes de gasconisme. II est 
curieux que quelques-unes des plus usit6es parmi nous nese trouvent 
pas m^ine dans les auteurs de notre pays : « Ne dises pas, n'ailles 
pas.,. », par exemple, ont 6t6 cherchfe en vain dans leurs livres par 
noire laborieux et attentif compatriote. II y a trouv6 € s'en faire cent 
pistoles », pour d^penser ou perdre...; € faire k qui... », pour dispuler 
k qui (par exemple, arrivera le premier). A-t-il cherch6 « faire aux cartes, 
faire k la balle, etc. ? » Les deux Monluc lui ont foumi « faire de 
moins », encore si usit6 chez nous. « Faire du honteux », et phrases 
semblables, ont iii employes mtoe par des auteurs Strangers a notre 
pays, sinon i notre influence (l).Celle-ci, du reste, ^ne consid^rer 
que ce qui est rest6 de gascon dans la vraie syntaxe frangaise, est 
presque nulle, et M. Lanusse en convient et ne s'en plaint pas (2). II 
fioit son beau travail en f^Iicitant Malberbe d'avoir a degasconn^ » la 
cour d'Henri IV, se montrant ainsi non moins soucieux de la puret4 de 
notre langue nationale qu'il a 4l6 scrupuleux a relever et k saisir, dans 
leur v^rit^, en dehors de toute exag^ration, les influences directes ou 
indirectes, accidentelles ou durables, du parler gascon sur la pronon- 
ciatioA, le vocabulaire et la construction du frangais. 

L60NCE COUTURE. 

QUESTIONS ET RfiPONSES 



298. Hubert Gharpentier dans le dlocdse d'Auch 

Hubert Gharpentier, restaurateur de B6tharram, se trouve k Graraison, 
dependant alors du diocfese d'Auch, en 1611 et 1617, avec Pierre Geoffrey. 
Pourrait-on me dire s'il possMa auparavant quel^ue b^n^flce dans ce dio- 
c^e? II est k Saint-Sever en 1595; depuis lors, je perds sa trace pendant 
plus de quinze ans. Je soupQonne qu'il aura pas8^ tout ce temps k Bordeaux 
et aussi dans le dioc^e d'Auch: mais impossible de le prouver. 

V. D. 

(1) Ce malheureuz verbe/atre joue bien des tours, non seulement aux Gas- 
cons, mais en general aux m^ridionauz. On connait rhistoire de La Viscl6de, 
secretaire de I'Acad^mie de Marseille, qui sortant un soir de chez Fontenelle, 
criait k la domestique : « Faites-moi lumi^re, je n'y vois pas dans les escaliers. » 
Faire lumUre pour 4clairer, les escaliers pour I'oscalier, sent toujours en 
pleine vigueur chez nous, et plus d'un gascon s'attirerait encore aujourd*hui la 
piquante observation de FonteneUe : « Pardon, monsieur, ma cuisini^re n'entend 
que le fraUQais. » 

(2) Une des toumures entries un peu tard dans la langue frangaise, « il m'a dit 
de faire » au lieu de « que je fisse », est rapport^e par Vaugelas et Manage ^ 
rinfluence gasconne. Je n'y contredis pas; seulement, ces sortes d'attributions et 
la designation m6me de gascon, M. Lanusse le salt mieux que personne, ont 
bien souvent une port^e trop large et trop vague dans les auteurs du xvn* si^le 
et m^me aujourd'hui. 



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LETTRES INtDITES DU CARDINAL D'OSSAT 



Lee onze lettres que'nous avons la bonne fortune de 
publier pour la premiere f ois f eront encore mieux connaitre 
et appr6cier Thabile n6gociateur de Tabsolution d'Henri IV 
k Rome. Ignor6es jusqu'ici et complfetement in6dites S 
elles ne le cfedent ni en importance ni en int6r6t k celles 
qui ont a8sur6 la r6putation du cardinal d'Oseat. 

Celles qui sont adress6e8 au due de Nevers, le premier 
reprfesentant d'Henri IV k Rome, 6clairent d*un jour tout 
k fait nouveau un des principaux 6pisodes des n6gocia- 
tions tent6es pour r6concilier, aprfes la ligue, la France 
royaliste et le Saint-Si6ge. II 6tait admis jusqu'^ pr6sent 
que r6chec du noble diplomate provenait, en grande 
partie, de son d6dain pour les conseils d'Arnaud d'Ossat, 
k qui Henri IV Favait pourtant adres86. Cette opinion 
ne pourra plus se soutenir. 

Quelques lettres de d'Ossat au due de Nevers, signal6e8 
dans les ventes publiques*, avaient sans doute fait soup- 
fonner qu'il avait cependant exists quelques relations 
entre ces deux personnages; mais, ces lettres n'ayant pas 
6t6 publi6es, il 6tait impossible de pr6ciser la nature de 
ces relations. Notre publication permetr aujourd'hui de 
r68oudre cette question. 

La dernifere des lettres que nous publions pr^sente un 
int6r6t tout particulier. EUe est adress6e au chapitre de 

(1) Nous croyons qu'il suffit de rappeler ici que la meilleure Edition das 
lettres de d'Ossat a 6i6 donn^e par Amelot de la Houssaie (Amsterdam, 1708, 
5 vol. in-12), et que M. Tamizey de Larroque a publi6 dans ]a Reoue de GoB^ 
oogne, t. xin, dix-huit lettres in^dites de d'Ossat. 

(2) lyi^r^ M. E. Charavay, il aurait ^t6 veiidu dans oes demi^res ann^es 
deux lettres autogra^hes de d'Ossat au duo de Nivemais, dat^es Tune du SO 
aotit 1595, 1'autre du 17 septembre 1595. V. Polybiblion, ann^ li68, p. M86U4C 



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— 207 — 

Bayeux, dont d'Ossat 6tait 6v6que; il n'y en a aucune 
autre du mfeme genre, ni surtout du m6me ton, dans 
toute sa correspondance. EUe nous r6v61e un des c6t68 
les moins connus de son caractdre; on n'ose pas dire 
qu'elle nous montre l'6v6que dans ses rapports habituels 
avec son clerg6. 

On nous dispensera dinsister plus longtemps'sur des 
lettres extraites en grande partie de la collection des 
papiers du due de Nevers k la Bibliothfeque nationale. 
EUes ne sent en quelque sorte que Tappendice d'un 
ouvrage que nous sommes k la veille de faire paraitre 
sur le Cardinal d'Ossat, sa vie et ses n4gociations d 
Rome. Nous demandons la permission de renvoyer h cet 
ouvrage ceux de nos lecteurs qui d6sireraient d'autres 
renseignements sur les circonstances ou les r6sultats de 
ces lettres. Pour la mfeme raison, nous avons cru pouvoir 
nous dispenser de tout compentaire et nous montrer 
tr^ sobre d'annotations historiques. 

A. DEGERT. 

I 

L«ttrd au duo de Neyers (1) 

Monseigneur, 
Je n'ai receu la lettrequ'il vousplustm'escrire de Bologne (2) qu'hier 
au soir a 2 heures de nuict, et ce matin j'ay rendu le paquet k qui il 
s'adressoit, et par vostre cmlinaire de Lion je vous envoie les deux 
escrits qu'il vous ha plu me demander sur I'estat des villes que vous 
me baillastesy et n'ayant pu encore mettre au net ce qu'il vous plust 
m'en dieter, je vous les enverrai k la premifere commodity. Je vous 
envoye aussi la lettre de Monsieur de Sobolle et en retiens le m6moire 
et la procuration qui I'accompagnoient, pour queTonobtienneau moins 
Tun des deux points qu'on demande. On demande premi^rement, que 

(1) Cette lettre est adress^e k « Monseigneur le duo <!• Nivomois ». EUe M 
trouve en original, Bib. Nat. Mss. F. fr. 3,622. f« 25 et s. 

(2) Le due de Nevers, aprto F^cheo de sa mission, rentrait en France par 
Veni«e.Pour rhistoire de cette mission voir notre ouvrage : Im cardinal 4t09Mti 
p.73ett. 



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— 208 — 

frfere Jehan Humbert, pr^tre k Tabbaye de Saint- Vincent de Metz^ et 
excommuni6 par Tofficial de Verdun k la requests de Monsieur le 
cardinal de Lorraine, qui ha obtenu ladite abbaye en commende, soil 
absous pour pouvoir agir; et secondement, que la cause soit suivie k 
Tofficial de Metz. Quant au dernier point, c'est trop sur que Ton ue 
connoltra point la cause sans ordonner que la partie soit appel6e, et 
pensant que c'est un cardinal, et un cardinal prince et favoris6 en ce 
temps mesmement. Mais on m'ha bien donn6 assurance que Tabso- 
lution ad effectum agendi qu'on appelle, s'obtiendra sans qu*on fasse 
appeler la partie. C'est pourquoi [j'ai veu] la n6cessit6 d'ordonner de 
s^parer ces deux demandes, afin que la premiere ne fust attaqufe k 
I'occasion de la seconde, et de demander pr6alablement et s^par^ment 
lad. absolution, et j'ay donn6 ordre qu'on en dressast la supplication; 
et quand j'en aurai TexpMtion en mains, alors je feray demander lad. 
commission, et cependant vous impartirai lad. absolution, et sera que 
ce pourra estre, pour quand vous serez k Venise. Je ne voy pas grande 
esp6rance d'oblenir lad. commission, tant pour la r&i stance que les 
docteurs dudit seigneur cardinal y feront, que pour aussi (?)nous; comme 
il n'est raisonnable que Monsieur le Cardinal fasse juger son proems 
par les siens serviteurs et cr&itures en la ville command6e par luy et 
ennemis de ceux de Metz, aussi il sera trouv6 trfes raisonnable que 
lad. cause soit traitte en une ville contraire au parti que ledit seigneur 
cardinal tient, combien qu'il y auroit plus de raison qu'elle fust 
trait^e en la ville de Metz, d'autant que Tabbaye dont est question y 
est situte et que ledit seigneur cardinal y est mesmement evesque. 
Si on eust pr^vu par dela ceste difficult^, et qu'on vous eust escrit 
quelle autre ville non suspecte k ajicune des parties on eust trouv6 
bonne, nous Teussions pu demander ici el si possible robtenir,qui est ce 
que j'estime que vous en puissiez escrire audit sieur de Sobolles. Au 
demeurant je n'ai la m6moire si bonne, que je puisse vous donner sur 
cet escrit Tadvis qu'il vous plait m'en demander, dont il me desplait 
grandement. 

Monsieur Olivier Levesque dit qu'il n*ha toucW rien pour ses peines 
concernant le priori de la Charity qu'il ha baill6es au sieur Granet, mais 
il d^sireroit bien que les h^ritiers de feu Monsieur le cardinal de Lor- 
raine le payassent d'environ 60 1. qu'il ha payfes k diverses fois par 
mandement dudit seigneur cardinal. 

Je tiens k grande favour et honneur la declaration qu'il vous plait 
me faire de votre bonne volenti, et j'en suis trte obligi k votre huma- 
nity et bonti, en vous suppliant trte humblement de m'en t&noigner 



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. _ 209 — 

la continuation en m'h^norant de vos commandements auxquels 
j'oMirai toute ma vie de toute ma puissance et afiEection. 

A tant je prie Dieu qu'il vous donne, Monseigaeur, bon voyage et 
une parfaite sant6, trte longue et tr^s heureuse vie. 

De Rome, le lundi 17 Janvier 1594. 

Votre trfes humble et trfes obAissant serviteur. A. d'Ossat. 

Le Mantouan, qui s'estoit offert k vos services, et qui est alW k 
Naples, pourra retourner un de ces jours, et vous demander si vous 
m'avez command* que je lui dise quelque chose k son retour. Je n'ai 
achevi qu'un sommaire.de quelques feuilles qu'il m'alaissfes, les- 
quelles je vous enverrai avec celles qu'il vous aura bailie. 

(A auivre.) 



QUESTIONS ET RfiPONSES 



S94. 8ur deux mots ftttrlbu^s A Salvandy 

Le comte de Salvandy, qui a 6t6 un romancier fort ennuyeax (voir ou 
plutot ne pas voir Don Alonzo)y a ^t6, au oontraire, unoauseur fort spiri- 
t^eL Tout le inonde connaitsonmothistorique, pr^curseur des joum^ de 
Juillet, adres86 au due d'Orltons donnant^ dans les salons du Palais-Royal, 
une f^te magniflque ^u roi de Naples : « Monseigneur, c'est une vraie f^te 
napolitaine : notts dansons sur im tsolcan. » On cite de lui d'autres jolis 
mots^ mais sont-ils autant de lui que la m6taphorique pr^ction de 1830? 
Je viens demander k ses compatriotes ce qu'ils pensent de Fauthenticit* de 
sa vive r^ponse k Charles X et de sa piquante 6pigramme centre Chateau- 
briand. Les voici : 

A Tav^nement du prince de Polignac, le roi ayant diti Salvandy: « Je 
ne reculerai pas d'une semelle, » celui-ci aurait r6ponda : Plaiae d Dieu 
que V. M, ne soil pas obligee de reculer d'une Jronti^re 1 — Chateaubriand 
6tait si amoareux de la solitude^ dans les derni^res ann^es de sa vie, qu'on 
Tavait sumomm6 le Sty lite. Maisoomme il oontinuait&^proaver lebesoin 
d'occuper de lui les cent benches de la renomm^, Salvandy sb serait 
6cri6 : II ne lui /out qu'une cellule,,, sur un thMtre (1). 

T. DE L. 

(1) Le mot a ^16 repris tout r^cemment, dans un des grands joumauz de 
Paris, par un de nos critiques les plus renomm^, et je crois — Dieu me par- 
donne I — que ce critique a oubU6 de citer son auteur. 

Tome XXXV. 14 



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SOIREES ARCHEOLOGIQUES 

AUX ARCHIVES DfiPARTEMENTALES 



II 

Stance du 12 Fdvrier 1894 



Pr^sidonce de M. DB CARSALADB DU PONT 



Presents: MM. Aureillan, Balas p^re, Balas (Louis), Barada, 
BiARD, BousQUET, Branet, Calcat, Cocharaux, Colonieu, Coustau, 
Daudoux, Debats, Bellas, Despaux, DorbE; Journet, Lapeyrere, 
LozES, Lozes (Albert), Nazaries, Solirene et Tierny, secretaire. 

Itindraire de Gldment V en Oasoogne / 

M. de Carsalade du Pont fait la comraunieation suivante : 

Durant les premieres ann^es de son pontiBcat C!6ment V voyagea 
beaucoup. Il off rit k une partie de la France le spectacle extraordinaire 
d'une Papaute nomade, tralnant apr^s elle un long cort^ de cardi- 
naux et de pr^lats, de moines et de clercs, d'officiers de tous ordres et 
d'innombrables serviteurs. La Gascogne eut Thonneur de recevoir sa 
visite, il devait d'ailleurs ce t<^moignage d'afiEection k sa province 
natale(l). 

Les B^nddictins du Mont-Cassin ont public en sept volumes in-folio 
les actes du pontificat de Clement V. Grice h. cette pr^ieuse collection 
de documents^ qui a pour titre : Regestum ClemerUia papce F, ou 

(1) Est-il besoin de rappeler que Bertrand de Goth, d'abord dv^ue de Com- 
minges, puis archeveque de Bordeaux, 61u pape en 1305 sous le nom de 
Clement V, ^tait n6 k ViUandraud dans le diocese de Bazas, et que le dioc^ de 
Bazas appartenait k la province d'Auch ? 



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— 211 — 

peut suivre jour par jour les peregrinations de la Cour pontificale. 11 
m'a paru interessant de dresser^ Taide de ces documents Vltin^raire 
de Clement V en Gascogne, 

Le s^jour d'un pape dans nos contr^es, son passage presque aux 
portes de notre cil6 d' Auch sont des fails uniques dans notre histoire pro- 
vinciale et qui n'ont jamais 6te signal^s. Peut-^tre quelque Aruditaura- 
t-il la pens^e, k la suite de eette communication, de rechercher dans les 
documents contemporains les ^chos de Timpression profonde que dut 
produire sur nos populations gasconnes la vue du premier sou- 
verain du monde, de cette « moiti6 de Dieu », comme I'a appeW le 
pofele. 

CWment V passa la plus grande partie de r'ann^e 1308 k Poitiers. II 
quitia cette ville k la fin du mois d'aout pour venir en Guyenne et en 
Gascogne et de 1^ se rendre k Avignon. II entra en Guyenne le 18 
septembre et y sejourna deux mois, tant6t k Lormont, tant6t k Tabbaye 
de la SauVe-Majeure. 

C'est le 18 novembre qu'il prit la route de la Gascogne. II se rendit 
ce jour-1^ k Villandraud, dans sa terre de famille, au diocese de Bazas, 
et y s6joama jusqu'au 22. II arriva k Bazas le 23 et en repartit le 24 
pour Lavardac. Le 26 il est k GrueriiSy le 27 k Damazan; le 28 il 
revient k Grueriisy le 29 k Lavardac et le lendemain 30 novembre il 

ENTRE A LeCTOURE. 

Son fr^ aln6 Amaud-Garcie de Goth, vicomte de Lomagneet 
d'Auvillars, tenait cour pl^ni^re k Lectoure, capitale de la vicomt^ de 
Lomagne. II y a lout lieu de croire que le Pape fut regu par son frfere 
au chateau vicomtal, et que son s^jour dans celte ville, avec toute la 
Cour pontificale — il avail avec lui sept cardinaux — dut y attirer une 
affluence extraordinaire et donner lieu k de grandes manifestations. 
Malheureusement la plus grande partie des archives de Lectoure ont 
p^ri dans le sac et Tincendie de 1473, et nous devons maudire une fois 
de plus, a notre point de vue provincial, la politique de Louis XI qui, 
en an^ntissanl la maison d'Armagnac^ nous a privds de connaitre les 
particularit^s du s^jour du Pape k Lectoure. 

Clement V quitta Lectoure le 4 d^cembre pour aller prendre gtte au 
prieurA de Sainte-Rose prfes de Miradoux. II revint k Lectoure le 6; y 
s^journa le 7 et rentra k Sainte-Rose le 8, pour y demeurer jusqu'au 
12. II se rendit cejour-1^^ Auvillars, ou il passa deux jours. II Ataitde 
retour k Sainte-Rose le 13 au soir. 

Le Regestam ne foumit aucune indication pour les dates du 14 et 



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— 212 — 

du 15. Le Pape dut quitter Sainte-Rose le 15 pour prendre la route de 
Toulouse. Le 16 au soir il arrive avec sa Cour et sept cardinaux a la 
grange de Vieilaigue (Grenade-sur-Garonne) (1), d^pendante de Tabbaye 
de Grandselve. Le 17 il est k Grandselve; il y s^journe le 18; le 19 
il couche k Amatey le 20 au chateau de Balma, residence des arche- 
v6ques de Toulouse. Le Regeatum ne renferme pas de bulles dat^ 
des 21, 22 et 23. C'est Tun de ces trois jours qu'il fit son entrfe 
solennelle k Toulouse. Notons en passant que les auteurs de VHiaioire 
de Languedoc ont par erreur assign^ k cette entrte la date du 17 [2), 
le Pape arrivait ce jour-1^ k Grandselve. 

C16ment V quitta Toulouse le 8 Janvier pour aller coucher k Muret, 
oil il s'^journa jusqu'au 10. II arriva ce mtoe jour k Carbonne, y 
s^journa le 11, en repartit le 12 pour se rendre k Tabbaye de Bonne- 
font en Comminges ; se rendit le 13 k Saint* Gaudens et de \k k Gom- 
minges, oil il pr^sida, le 16 et le 17, les grandes f^tes de la translation 
des reliques de saint Bertrand. 

II traversa de nouveau Saint-Gaudens le 18, pour aller coucher le 
soir k Tabbaye de Bonnefont, ou il s'^journa jusqu'au 22. II s'arr^ta k 
Cazferes le 23; coucha le soir k Carbonne, en repartit le 25 pour 
Tabbaye de L6zat; se rendit le 26 ^ Tabbaye de Boulbonne, le 27 k 
Gaudies et arriva ce jour m^meau monastfere de Prouilh. II repartit 
de Prouilh le 30 Janvier pour continuer sa route vers Avignon. 

Dans le cours de ces deux mois Clement V avait traverse deux fois 
la province d'Auch ; les diocfeses de Bazas et de Lectoure d'abord, puis 
le diocfese de Comminges. 

La Oom^die bourgeoise & Fleuranoe. — Post-soiiptum 

Communication de M. VabM Lagleise. 

Dans le tr6s int^ressant article de M. Tabbe de Carsalade sur la 
com^die bourgeoise k Fleurance au commencement de ce siMe, on a 
vu le repertoire des differentes pieces joutes par les acteurs fleurantins. 
II en est une parmi celles-ci, tr^ leste, le Mariage du Capucin^ qui 
ne fut donnte qu'aprfes une vive resistance des dames qui composaient 

(1) Lo passage de Clement V k Vieilaigue est attests par une note oontempo- 
raine qui se trouve dans un missel de la grange de Vieilaigue, conserve k la 
Biblloth^que nationale (Mss. lat. 9,444) au folio 108; la voici : « Anno Domini 
M* ccc* vin% sewto decimo die decemhris, dominus Clemens papa V/uit in 
monaster io Grandissiloe et in grangia Veterisaque cum cardinalibus VII ^ 
inibi pernoctaoit. » (Hist, de Languedoc, ddit. Privat, t. x, p. 67.) 

(2) Hist, de Languedoc, ^dit. Privat, t. ix, page 310, note 6. 



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— 213 — 

la sodiiA dramatique, et si on la joua plus tard^ comme en fait foi le 
journal de M. de Percin, ce ne fut assur6ment qu'aveo des corrections 
imposfes par rhonn6tet6. 

Voici une lettre qui nous 6difie complfetement. EUe est adressAe par 
M. de Percin, directeur de la troupe, k M. Denjoy TainA, qui remplis- 
sait d'ordinaire, et avec grand succfes, les premiers rdles : 

« Nos amis me chargentde te dire, mon cher Denjoy, que les dames 
de notre soci6t6 dramatique ne veulent pas absolument entendre parler 
ni de C^phize^ ni du Manage du Capucin; tons nos efforts et notre 
Eloquence n'ont pu vaincre leur ridicule pr^jug^ : il n'y faut plus 
penser. 

> Cependant, comme toute la ville d&ire ardemment te voir avant 
de partir, nous avons fait choix de deux autres pieces qu'il sera trfes 
Bis6 de monter. La premifere, Le sourd ou VAuberge pleine; la 
seconde, M. de Crac dans son castel. On assure que ton caract^re 
promet que tu rempliras parfaitement le r61e de M. de Crac pdre. 
Celte pi6ce est trfes amusante, et nous te prions de t'en occuper. Si 
dans le Sourd tu irouves un rdle k ta fantaisie, mande-nous celui que 
tu desires, et nous te ferons passer la pifece avec celle de Crac. Point 
de rancune, mon cher, centre nos belles. Ta courtoisie saura sacrifier, 
nous Tesp^rons, tout le plaisir que tu te promettais des deux'pitees 
qu'elles n'ont pas agr^ (sic). 

> J'&ris par le m6me courrier au d&xorateur, afin qu'il vienne de 
suite rendre la salle digne de notre aimable d^buttant. Je t'embrasse. 
Percin. » — Sans date. 

J'imagine que M. Denjoy dut se venger de cet 6chec. ChargA des 
in(ermMes et dou6 d'une belle voix^ il chanta dans les entr'actes des 
chansons comiques tout aussi poivrfes, sinon plus, que le Mariage du 
Capuciny et... il fut applaudi, sans doute. 

Nous avons trouvA la collection de divers inlermMes donn^ au 
\hiktve fleurantin ; si quelques-uns sent anodins, le titre du plus grand 
nombre les range dans la cat^orie de la pifece raise k Findex par les 
dames de Fleurance. Voici cette nomenclature : Cataugan perruquier 
gascon, une Habilleuse de troupe, M. et Af°« Denis^ VApologie des 
femmes, le p^re Bonaventure, Point de plaisir sans mariage, les 
Fendeurs, Alexis y Roger-Bontemps^ V Aimable Glyc^re, le Coup 
dumilieuy V Aimable folic ^ le Cordonnier, la Patoise, la Pastou 
rd^iOj etc., etc. Quelques-unes de ces chansons comiques portent Tem- 
preinte du terroir gascon; elles ont 6t6 composes probablement par 
quelque po^te fleurantin qui faisait partie de la troupe. Nous osons 



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— 214 - 

raffirmer pour les pi&ces patoises et pour Point de plaiair sans ma- 
nage, celle-ci composte a roccasion de la noce de M. Pouydebat, 

Nous avons lu dans le journal de M. de Percin, si bien analyst par 
M. de Carsalade, que lal3« representation d\x Barbier de Seville ^ 
donnte le jour de la Saint-Laurent en 1806, fut un triomphe pour M« 
Denjoy, qui remplissait le r61e de Figaro, 

Ce n'6tait pas seulement Fleurance, mais encore Auch, Lectoure, 
Condom, Saint-Clar qui avaient, foumi un nombreux contingent de 
spectateurs k cette pifece, dont le succfes fut tel que ni les cris d'all6- 
gresse des victoires napol^onienes, ni le chant du Te Deum ne purent 
le dominer. Qu'on en juge par la lettre suivante 6crite d'Auch, le soir 
du 15 aout de cette m6me annde 1806 : 

« Rien ne nouveau k vous mander, mon bien cher ami. On craint, 
on esp^re. Quelques personnes, sans doute mal inform^, disent que 
les n^gociations sent rompues. D'autres assurent que la paix a du 
6tre publico aujourd*hui k Paris. Que croire apr^ tant de versions ? 

» Ce qu'il y a de bien certain, c'est que j'ai entendu la plus mau- 
vaise musique qui jamais ait iiXi arrachte k des instruments discords 
pour la faire cadrer avec les sons lamentables de 8 k 10 voix fausses et 
criardes. On chantait devant le Saint-Sacrement, et moi je faisais 
mentalement une pri^re au dieu du silence, pour le supplier de venir 
rassurer mes oreilles d6sol6es. Jamais, non jamais je ne me suis 
trouv6 k pareil charivari. Plus heureux, pendant le sermon, je n'ai 
pas entendu le pr^dicateur. Dis de ma part k Tavocat, qu'il a la voix 
d'un ange, en comparaison de celles qui m'ont si maltrait6 dans la cath6- 
drale d'Auch. Dites-vous aussi qu'il n'est question dans le chef-lieu 
que du Figaro de Fleurance. Tout le monde m'en parle, c'est un 
crescendo public, un chorus universel d'6loges et de felicitations. La 
troupe de Fleurance est illustr6e k jamais, vivent nos camarades ! ! I 

» Votre tout devou6, Castari^de fils. 

» Auch^ 15 aout, 8 h. du soir. 

» P.'S. — Je n'ai entendu parler que de la mauvaise execution du 
Te Deum, et non du talent du compositeur. Ce morceau est de 
Fremery. » 

Tons les documents qui pr^cfedent sont pris dans les vieux papiers 
de feu M. Denjoy aln^, mis k ma disposition par Madame Justin 
Denjoy avec une bienveillance toute particulifere, klaquelle je dois 
I'hommage public de ma reconnaisance. 



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— 215 — 

Inscription tmnolaire trouT6e antra la Rlb^ra at la Oarroa, prda Auoh 

M. M^tivier communique k la Soci4t6 une inscription en marbre 
Wane, trouv6e parM. Omer Labat dans la plaine du Gers, entre le 
moulin de la Rib^re et le Garros. 

Cetle inscription, malheureusement bris6e par la pioche du terras- 
sier, a 6t^ trouv6e k environ 0°* 50 de profondeur, parmides fragments 
de ciment, d'apparence romaine, ayant pu servir de rev6tement ou de 
pavement. Les moreeaux, soud^ ensemble pei^mettent de la reoonstituer 
ainsi (1) : 



L ^ IVLI ►. HELI 
CONIS^-IVLIA^ 
ONESIME >• MA 
RITOxCARIS 
SIMO 



M. M^tivier dit qu'il a it6 frapp^ par le mot Oneaime, ^videnmient 
d'origine gi^ue et nominatif f^minin, partant sumom de Julia; ce 
qui semble imposer la traduction suivante : 

AUX DIEUX MANES 

DE LUCIUS JULIUS HELICON 

JULIA ON^SIME A SON TRES CHER MARI 

M. M^tivier offre cette pierre lumulaire k la Soci6t6. II croit qu'elle 
6tait plutdt incrust^ dans une muraille que dans une sorte de stifle de 
forme taurobolique, constituent un petit monument isol^. L'endroit ou 
elle a 6t^ trouv6e, qui n'est pas tr^ 61oign^ de Taqueduc remain mis k 
jour dans une sabli^re des environs, est assez distant de Tagglom^ra- 
tion de Tancienne ville romaine pour qu*on puisse admettre qu'elle 
avail 6t6 plao6e dans une villa suburbaine, k moins toutefois qu'il ne 
s'agisse d'un debris de demolition transporte, ce qui parait peu pro- 
bable. 

(1) En repixxluisaQt cette inscriptiou on n'a pas tenu compte de la cassure. 



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— 216 — 

Staluettas romalnes en bronie trouv^es dans le Oen 

M . de Garsalade donne lecture de la notice suivante qui lui a M 
adress6e par M. Ph. Lauzun. 

Que de surprises archtologiques nous reserve la reconstitution denos 
pauvres vignobles de TArmagnac I 

Les d^oncements du sol, n^ssit^ par la plantation des vignes 
am^ricaines, et op^rfe i^ouvent jusqu'i une profondeur de 80 centimft- 
tres, amfenent chaque jour, en eflfet, de nouvelles d&ouvertes, qui 
certes seraient rest^ rebelles aux fouilles ordinaires. L'an dernier 
c'^tait un buste en marbre blanc^ grandeur naturelle, d'un C^aar 
romcdn de la bonne ipoque que nous d6couvrions dans notre champ 
du GlAsia, si riche en souvenirs, prfes de Beaucaire (Gers). Aujourd'hui 
c'est une ravissante statuette en bronze, trouv^ de I'autre c6t^ de la 
Baise, au heu de Las Lanes, commune deBezoUes, canton de Valence, 
etle longdu cours de la petite riviere, k I'ombre des majestueuses mines 
de Tantique ch&teau de Pardaillan. 

Gette statuette, de 15 cettim^tres de hauteur, repr^sente une jeune 
femme d'une iligance de formes extrfime, admirablement drapfe k 
Tantique. Les traits du visage offrent une puret4 remarquable. Le nez 
droit, k la grecque; les yeux bien fendus; les joues et le menton un 
pen forts; le front bas comme celui des femmes de Tlonie; les cheveux 
s^parte sur le front, ondul6s en bandeaux ^pais jusqu'aux oreilles et 
retombant en deux grandes boucles de chaque c6t4 du cou. Un premier 
chignon trte bas en r6unit une partie au-dessous de la t^te, tandis que 
la plus grande masse est relev^, droite, sur la nuque, ou elle estnou^ 
et retenue par un large ruban qui forme comme une sorte de tiare 
cylindrique du plus curieux effet. *Un riche diad^me ceint la t6te au- 
dessus du front. 

En revanche, le reste du v6tement est de la plus pure 6poque 
romaine. Une simple tunique en effet, recou vre le corps, admirablement 
mouW, et le bas de la poitrine,ou les deux seins, d'une rigidity marmo- 
r^nne, en soutiennent sen Is les plis onduleux. L'^paule gauche est 
nue. La droite est recouverte par la seule chemise, dont les plis trte 
serr6s viennent dessiner les purs contours de la cuisse et de la jambe 
droite, alors qu'ils retombent, harmonieusement flottants sur le bras 
gauche, jusqu'i la hauteur du genou. Vue de dos, on ne pent s'emp^ 
Cher de comparer Til^nce et la distinction de cette draperie h celle 
de la Polymnie. 



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p, 




/!) /^^ 




FORTUNE TROUVEEaBEZOLLES (Gers) 

( Grandeur Nature j 



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FORTUNE 



( du AAusee de 



Berlin \ 



FORTUNE 
I Trcuvee aAaen ) 



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DEESSE PANTHEE 

Trouvee a S*^*Mere (Oers) Grandeur 0,135"^ 



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— 217 — 

La mam gaache, entr'ouverto, letient encore rcxtrimit* d'un objet 
conique^ qui ne peut 6tre, quoique eass^, qu'une come d'abondaiiee. La 
droite, en partie mutilte, offre une attitude plus ^nigmatique. 

Longtemps, en ppfeence de cette lacune, nous avons WsitA k donner 
k cette statue un attribut quelconque. Sa ressemblance avec une statue 
antique du musfe royal de Berlin, que M. de Clarac a reproduite dans 
son Atlas du mus6e de sculpture antique (planche 455, n® 833), a 
fait disparaltre nos bteitations. Cette statue, dont nous donnons le 
dessin, repr6sente les traits de la Fortune. La d^esse est v^tue d'un 
cbiton retenu par une ceinture et retrouss^; ses ^paules sont recou- 
vertes d'un long pepluniy qui cacbe le derri^re de sa tfete comme ferai 
im voile. Un modius ou calathoa^ symbole de la fertility, lui sert de 
coifiEure; de la main gaucbe elle tient une come d'abondance et de la 
main droite un gouvernail. Cette description, k part quelques details 
du costume, convient parfaitement k la siatue de Bezolles, qui serait 
done une Fortune. 

Si nous pouvions avoir encore quelques doutes sur cette attribution, 
ils seraient lev6s par la ressemblance plus frappante encore de la statue 
de Bezolles avec une statuette, plus petite il est vrai, mais de v^tement 
et de coiflfure absolument identiques, trouv^e il y a longtemps d^j^ dans 
les mines du vieil Agen, mais trfes bien dterite et dessin^e d'abord par 
Beaumesnil, puis pai* Saint- Amans. 

Voici en eflfet, comment Beaumesnil d^crit, k la page vii de son 
manuscrit si pr^ieux sur les antiquit6s d'Agen, et'reproduit k la page 
VI du mtoe cahier, la statuette qu'il avait sous les yeux, en Tannfe 
1773: 

« On d^couvrit ea 1768 un monument singulier, en creusant le putts de 
la manufacture k voiles, ^tablie sur les ruines d'Agennum : 

» C'est une Fortune Panihie, avec le boisseau en corbeille d'Isis sur la 
t^te, qui est couverte d'un voile, tenant de la main droite un timon ou 
gouvernail avec un dauphin, et dela gauche une come d'abondance qu'elle 
appuie sar son 6paule. Elle est rev^tue d*une longue robe pliss^e quj 
descend jusqu'aux pieds et- recouverte d'un ornement terming en pointe 
au-dessus des genoux. » 

La statue de Bezolles pr6sente bien ces trois attribute. Sa coiflfure k 
r^yptienne est semblable a celle de la statuette d'Agen. Comme elle, 
sa main gauche tient la come d'abondance; et rien n'emp^he de 
supposer que de la droite elle soutenait un gouvernail. Enfin, son 
v^tement est identique, sauf le peplum en pointe qu'elle ne porte point. 



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— 218 — 

De tout cela nous pouvons done conclure que la statue de Bezolles est 
bien une statue de La Fortune. 

Trouvte siir sa propri^t^, par M, Cadtet, ce remarquable objet d'art 
a 6t6 donn6 par lui k M. Bi^nes, instituteur k Bezolles, qui le ddtient 
actuellement. Puisse-t-il, ou le garder pr6cieusement, ou en faire 
g^n^reusement don k notre Mus6e arch^ologique d'Auch ! II n'en 
d6parerait pas les vitrines. 

M. Calcatsoumet k la Soci6t^ une autre statuette qui lui appartient, 
trouv6e dans le d^partement du Gers, commune de Sainte-M6re, vers 
la fin de Tann^e 1888. Elle est en bronze aussi avec une belle patine 
verte et mesure 135 millimetres de hauteur. Mais, contrairement k la 
Fortune qui vient d'etre d^crite et qui est debout, celle-ci est assise. 

Elle tient de la main gauche un sceptrje (^.^ut-Atre un autre objet 
qu'il est difficile de determiner parce que Textr^mite sup^rieure en est 
cassee\ de la droite une pat^re eraplie de fruits. Le bras est allongd et 
son mouvement semble indiquer que les fruits sont pr^nt^s pour 
6tre pris ou manges. 

Elle a sur son genou droit un oiseau, qui paralt 6tre une colombe, 
pos^ en profil par rapport k la statue. Les draperies sont bien agencies 
devantet derri^re. Elle est diad^mte; les cheveux s'enroulent d'abord 
autour du diadtoe pour retomber en natte tress6e sur chaque 6puule. 
La figure est majestueuse, le nez ne formant avec le front qu'une ligne 
droite, ce qui accuse une engine grecque. 

M. Calcat voit dans cet ensemble une figure imp^riale. Mais quelle 
est rimp^ratrice ainsi repr^sent^et pourquoi ces divers attributs ? Ila 
soumis le probl^me a M. Feuardent en lui envoyant une photographic, 
et ce numismate aussi savant que complaisant, a ^t^ d'avis que la sta- 
tuette repr^sentaitpeul-^tre Li vie, femme d'Auguste, ou Julie safille sous 
les traits d'une diviuMpanthiie; c'est-^-dire d*uae idole r^unissant les 
attributs deplusieursdivinit^s, savoir: la colombe pourVdnus; la main 
dtendue tenant une pat6re pour Hygie nourrissant un serpent ; Tobjet 
qu'elle tient de la main gauche, torche ou flambeau, pour Vesta ou 
Cdr^s. Du reste M. Feuardentayantmanifest6 le ddsir de voir cette sta- 
tuette, la communication qui lui en sera faite nous permettra d'arriver 
k une attribution definitive. 

Le Chaperon Consulaire 

Communication de M. de Carsalade. 

Le chaperon consulaire n'dtait pas seulemenl un signe distinctif de 
Tautorite municipale, il emporlait gdneralement avec lui des privileges 



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— 219 — 

sp^iaux, juridictionnels. Aussi n'y avait-il dans le principe que ]6s 
consuls des villes hautes justici^res qui eussent le droit de le 
porter. 

II est k remarquer cependant que dans la dernifere moiti6 du xv« sife- 
cle, une foule de villes et de bourgs des terres d'Armagnac deman- 
dftrent etobtinrentrautorisation de porter le chaperon. Citons au hasard, 
Nogaro en 1440, Riscle en 1497, Terraube en 1499, S^rignac en 
Bruilhois en 1503, Aucamville, dans le comt^ de Tlsle, en 1507, etc.. 
II semble qu'& mesure que le pouvoircomtal s'effondrait sous les coups 
que lui portait la royaut^, celui des communes tendit k s'agrandir, 
ou du moins k se donner les apparences de cet agrandissement. Les 
motifs all6gu6s pour obtenir la concession du chaperon f urent en eflFet 
Strangers k cette augmentation des pouvoirs judiciaires. Ce fut plut6t 
la vanity, Tamour du galon jet de la parade et, disons-le aussi, un peu 
de fiert6 bourgeoise^ qui poussferent les communes k donner la ioge k 
leurs consuls. Ces sentiments n'6taient pas avou^s, mais ils se tradui- 
saient dans les querelles sans nombre et toujours mesquines aux- 
quelles donna lieu le port du chaperon et dont les traces se retrou- 
vent dans les deliberations consulaires. Les raisons mises en avant 
etaient d'un ordre sup^rieur, telles par exemple, celles donn6es par 
les consuls de Terraube, le 12 juillet 1499. k leur seigneur Arsieu de 
Galard : « La justice est une chose si noble, si recommandable qu'il 
» importe que ceux qui sont rev^tus du pouvoir judiciaire, soient dis- 
» tingu^^ du commun des hommes par des insignes particuliers et 
» m6me des armes, afin d'inspirer le respect et la crainte (1). » 

Ajoutons aussi, pour 6tre juste, que la vanity des seigneurs se 
trouvaflatt6epar les chaperons de leurs consuls. La vie f6odale etablis- 
sait entreeux des rapports frequents et sou vent solennels. Dans certai- 
nes circx)nstances le seigneur paraissait devant le peupleentour^de ses 
consuls, sur la place publique et k r^glise; la robe rouge et noire de ces 
demiers donnait alors au cortege seigneurial un aspect imposant de 
nature k impressionner la foule. Cette vanity, bien naturelle d'ailleurs, 
se fait jour dans les termes de plusieurs de ces concessions. En 1507, 
Bernard Jourdain de Tlsle, seigneur de Merville, dans le comt6 de 
risle-Jourdain, accorde le chaperon aux consuls de Merville, k condi- 
tion qu'ils ne porteront pas, dans Texercice de leurs fonctions, des cha- 
perons grossiers, des sabots et des garnaches (cappas, galopodia 
fustea et garamachias), mais des habits convenables, des chausses et 

(I) Noulens, Documents sur la maison de Galard, 



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— 220 — 

des souliers [sed habeani vesiem honestam^ galiguam et soiu- 
lares) (1), 

Citons encore la concession faite aux consuls de C6zan en 1577, par 
Jean de Maignaut, et H6rard de Pins, coseigneurs du lieu : « Jusque 
» l^, y est-il dit, les consuls n'avaient que leurs simples cappes de 
» B6am pour lever les tailles; ils poursuyvirent devers les susdits de 
» Maignaut et de Pins qu'ils leur donassent permission de pourter 
> livr^es consulaires, en quoy ils disoient que les dits vilaiges et 
» seigneurs seroyent beaucoup d6cor^. » (2) C'est la seule raison 
qu'ils firent valoir, elle parut sufflsante aux deux coseigneurs pour 
accorder le port du chaperon. 

L'habit convenable, les chausses et les souliers qu'exigeaient le sei- 
gneur de Merville 6tait le moins qu'il put demander aux paysans de 
ses terres pour sauvegarder I'honneur consulaire. C'^tait cependant 
ouvrir la porte auxabus. Cette primitive d^cence d^4n6ra bient6t,dans 
la plus part des localit^s, en un luxe ruineux pour les budgets munici- 
paux. Les draps de laine du pays, le bruneiei le roge ne suffirent plus 
k la vanit6 consulaire, ii lui fallut des draps pr^cieux, de la soie et des 
fourrures. Les registres municipaux sont remplis de recriminations k 
ce sujet, d'ordonnances et de r6formes, et le Parlement de Toulouse dut 
mfeme intervenir pour d^fendre aux consuls de porter « des chaperons 
» et robes fourr6s de satin ou autres estofiFes (3). » 

J'ai dit que primitivemenl le chaperon 4tait Temblfeme de la juridic- 
tion. Les demandes nombreuses de concessions qui se produisirent k 
la fin du xv« si^le et dans la suite ne laiss^rent pas pour ce motif que 
d'^veiller les susceptibilit^s des seigneurs hauts justiciers si jaloux de 
leurs droits. Aussi prirent-ils bien soin d'inscrire dans les chartes de 
concession que les consuls ne s'attribueraient du port du chaperon 
aucun droit de justice ou de preeminence. Toutes les concessions que 
j'ai vues porteni cette restriction, et elle ne paraltra pas inutile si Ton 
veut bien se rappeler Topposition qui deja se manifestait entre la 
noblesse et le tiers, et la tendance du pouvoir royal k favoriser les 
empifetements de ce dernier. 

Cette precaution prise par les seigneurs f ut m^me souvent impuis- 
sante k maintenir les consuls chaperonn^s dans les limites de leurs 
devoirs; temoin ce qui arriva k Cezan Tannee mfeme de la concession 

(1) Cartulaire [de Merville, cit6 par I'abb^ Galabert dans sa Monographic 
(TAucamDille, p. 21. 

(2) Archiveside ;M. le comte Odet de La Hitte, au chateau de La Hitte. 

(3) La Roche- Flavin, Arrets notables du Parlement de Toulouse, p. 68. 



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— 221 — 

du chaperon. Les deux coseigneurs avaient fait les nouveaux consuls 
le jour de la f6te de Noel 1579. Ceux-ci k peine entr^s en fonction 
« charg^rent les livr^ consulaires avec telle arroganse et superbeque 
9 dte lors ils voulurent entreprendre sur la jurisdiction, fayre impost 
9 de deniers, fayre des proclamations en leui-s noms et pass^rent 
» oultre, car M. Jehan JazM6, conseul, ung jour, assist^ des aultres 
» conseuls ses compaignons, avec leurs livrtes sur le col, criant : 
9 Ayde au Roy! empoigna par le colet ledit de Maignaut son seigneur 
» et, avec Tayde des aultres, Tadmena jusques k la prison lui criant : 

> Je te fays prisonnier de par le Boy, mesmes jusques a le ruer de 

> coups de poing (1). > 

Get appel au Roi est k noter. II caract6rise foien cette opposition dont 
je viens de parler et ce mouvement d'toancipation qui travaillait les 
communes et qu'entretenaient presque ouvertement les officiers royaux. 

Le droit de concWer le chaperon n'appartenait pas k tout possesseur 
de fief; ceux-l& seuls qui exergaient dans leurs terres la haute justice 
jouissaient de ce privilege. Le moyen et has justicier ne pouvait en 
user qu'avec Tagr^ment de son suzerain. Cette doctrine avait itA 
confirm^ par plusieurs arrets des Parlements et notamment par un 
arr^t du Parlement de Toulouse, rendu le 12 avril 1603, en faveur du 
baron de Montesquieu, seigneur haut justicier de Monclar, centre 
Francis de Lasseran Massenc6me, seigneur moyen et has, « qui 
9 avait donne ladite permission aux consuls dudit Monclar, sans avoir 
» ^rd k laquelle fut prohiM aux consuls porter ladite livrto sans la 
» permission dudit haut justicier (2). > 

Quelles 6taient la forme et les couleurs de ce v6tement consulaire 
objet de tant d'ambitions et cause de tant de querelles ? Le mot de 
ehcqperon ne doit pas s'entendre au sens qu'on lui donne g6n6ralement 
aujourd'hui; ce n'6tait pas un v6tement de t^te, mais une longue et 
ample chape qui descendait jusqu'aux pieds et enveloppait le person- 
nage comme dans une robe, de \k ce nom de robe donn6 souvent k la 
livr6e consulaire. Peut-^tre dans le principe un veritable chaperon ou 
capuce, attach^ au collet de la chape et ramen^ sur la tftte, servait-il 
de coiffure : c'est assez probable; mais d^jk dte le xvi« sifecle, les consuls 
portaient la toque ou bonnet carr^, ainsi qu'on peut le voir dans les 
gravures du temps. 

La couleur du chaperon 6tait rouge et noire mi-partie. Ces deux 



(1) Archives de M. le comte Odet de La Hitte. 

(2) Arrits notables du Parlement de Toulouse, par La Roche-Flavin, p. 602. 



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— 222 — 

couleurs sont marques dans toutes les concessions faites aans nos 
contr^es. Celle de Terraube en 1499 est m^me trfes explicite, elle 
aifirme que la coutume 6tait en Gascogne, que les chaperons consu- 
laires fussent rouges et noirs : t Capucia bipartita videlicet de bruneto 
et rubeo panni, juxta pairie consueiudinem (1). » Les consuls de 
Riscle achfetent en 1500 « dotze paums de roge e dotze de bruneta per 
far los capayros, anxi que es acostumat (2). » Le bailli de Bruillois, 
dans la concession faite aux consuls de Stognac en 1503, declare que 
les chaperons seront « entaylh^s la moyti6 de drap rouge et Tautre 
moyti^ de brunet(3). > Les consuls de Miradoux, en 1493, reconnais- 
sent devoir k Garcie Foyssin, marchand de Lectoure, la somme de 
14 tens 27 sols tournois, pour achat de draps brun et rouge pour faire 
les chaperons con8ulaires(4). On pourrait multiplier les citation^ ^ 
rinfini. II est certain d'ailleurs que ces couleurs n'^taient pas particu- 
li^res k la Gascogne, elles semblent avoir 6t6 g^n^rales k toute la 
France. Elles avaient du reste au point de vue judiciaire une signifi- 
cation que M. Tierny vanous dire. 

Communication de M. Tierny : 

On vient de voir, par ce qu'a dit M. de Carsalade, les nombreuses 
prerogatives dont jouissaient les consuls de nos villes du Midi. Le plus 
souvent administrateurs de juges, ils portaient dans Texerdoe de leurs 
fonctions un chaperon noir et rouge, 

Le choix de ces couleurs, encore aujourd'hui consid^r^ comme 
I'attribut de la justice dans ce qu'elle a de plus ^lev^ (au grand criminel 
nos juges en sont rev^tus), le choix de ces couleurs, dis-je, 6tait-il 
indifferent? N'y faut-il pas voir plut6t la marque de prerogatives judi- 
ciaires? Cette derni^re opinion me parait plus probable. Toutefois, la 
question que je me pose n'est pas des plus faciles k resoudre; en eftet, 
les consuls ayant le plus souvent droit de justice portaient le chaperon. 
Mais lorsqu'ils n'6taient pas juges pouvaient-ils rev^tirla livreeconsu- 
laire noire et rouge ? Telle est la diflSculte que le sentehal d'Armagnac 
fut appeie k r^soudre en 1594 (5) k propos de la communaute de 
Crastes. 

A Crastes, les deux consuls n'avaient aucune attribution judiciaire 



(1) Noulens, Documents aur la Maison de Galard. 

(2) Comptes conaulairea de Riscle, p. 542. 

(3) Arch, de Pau, E, 286. 

(4) Arch, du Gers, E, 166, p. 39. 

(5) 10 mars. — Arch. d6p. du Gers, B. 23, ^ 321 v». 



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— 223 — 

proprement dite, ils ne poiivaient connaitre que des d^lits de p^.he et 
antres derivant de leur droit de police; la haute et la moyenne justice 
apparlenait au roi comme comte d'Armagnac, la basse justice au sei- 
gneur, M. de Bezolles. Celui-ci pouvait s'emparer d*un malfa^iteur et 
le garddt un jour en prison, apr^s quoi il devait le remettre k Auch 
entre les mains des gens du roi. 

Dans ces conditions^ les consuls de Crastes avaient-ils le droit de 
porter le chaperon conime ils le pr^tendaient? Sur cette question, les 
conseillers du sen6chal furent d'opinion diff^rente. 

D'apr^ Tun d'eux, M. Foyssin, « veu que la livr^ noire el rouge 
» estant proprement pour remarquer la justice, fairoict inhibition et 
» deffence ausd. consulz de pourter aulcune livrte consulaire. » 

Un autre, M. Lucas, « accorderoict le port du chaperon ausd. 
» consulz, mais pour c« qu'ilz n'ont aulcune esp^ de justice, pour 
» marque de ce deffault au lieu de la coUeur rouge seroict d'avis qu'ilz 
» pourtassent la blanche (1). > 

Cependant, la majority se rangea k I'avis du rapporteur, M. Boysset, 
et Ton d6cida que les consuls ds Crastes, bien que n'6tant pas juges, 
auraient le droit de porter le chaperon noir et rouge. Mais cette dteision 
fut eotour^e de telles reticences qu'elle ne fait, suivant moi, que 
confirmer Topinion que j'^raeltais* tout k Pheure. 

D'abord, les gens du roi d6clarent se d^sint^resser de la question; or, 
le roi etant seigneur haut justicier de Crastes, son opposition seule eut 
6t6 recevable. Ensuite on a soin de mander les consuls k la barre du 
tribunal et de leur faire declarer qu'ils n'ont et ne pr^tendent avoir k 
i'avenir aucune juridiction; la concession qu'on leur fait n'entralnera 
pour eux la jouissance d'aucun droit nouveau; le chaperon ne sera pas 
pour eux un insigne, mais seulcment une marque ext^rieure qui les 
distinguera du peuple dans I'exercice de leurs charges et fonctions 
publiques. On fait observer en outre que la lev^ des deniers royaux 
« leur appourte souvent grand hazart et difficult^. » N'est-il pas juste 
de leur donner en Change la petite satisfaction morale qu'ils deman- 
dent t C'est k ce titre aussi qu'on leur accorde d'avoir un banc dans 
r^lise. 

Je note, pour finir, les dispositions suivantes, qui prouvent que 
I'achat des livr6es consulaires 6tait consid6r6 comme une charge assez 
on6reuse pour la conamunaut^ : « Lesd. chaperons serviront quatre 



(1) Dans quelques villes, k Agen, notamment, le chaperon des consuls 4tait 
noir et blanc. 



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— 224 — 

» ann^, i la fin desquelles seront vendues aux enchferes publiques, 
» pour Targent provenant de lad. vante estre employ^ h Tachapt de 

> drap necessaire pour faire aultres nouveaux chaperons; » en cas 
d'insufisance, les consuls devaient pourvoir au complement de cette 
somme au moyen de dons volontaires ou en « prenant sur les esmolu- 
» mens dud. lieu, sy point eny a, sans qu'ilz puissent faire imposition 

> pour raisonde ce, ny poqr salaire de la lev6e des tailhes ny aultres 
» royales impositions. » 

La Socii6t6 fixe au 5 mars la date de sa prochaine reunion. 



NOTES DIVERSES 



CCCXIX. Un oentenaire gasoon 

Notre honors et cher directeur a souvent mentionn6 lei, d'aprte des 
documents anciens, Textrdme long^-vit^ de plusieurs de nos compatriotes. 
A tous ces encourageants exemples d'autrefois, je suis heureux de joindre 
un exemple contemporain, ce qui sera encore plus encourageant pour nous. 
Je lis dans le Soleil du 19 mars cette d6p^he t^legraphique exp6di6e de 
Toulouse : « Au n* 9 de la rue de Nazareth habite un centenaire en parMte 
sant6, M. Druilhet, n6 le 11 juin 1792, h La Sauvetat (Grers). » Souhai- 
tons k ce v^n^rable patriarche, k tous les habitants de Toulouse nte en 
Gascogne — inter quos primus Leontius noster — et k tous les gaseous 
plus ou moins gasconnants r6pandus dans le monde entier (on salt que 
c*est une bonne graine qui prend partout), T&ge de cent dix ans r6volu8, 
sans compter les mois de nourrice (1). 

T. DE L. 

(1) On lit dans la Voiw dupeuple d'Auch du 23 mars : 

« Dans la nuit du 17 au 18 courant, est d^c^d^, dans la commune de Laujuzaa 
(Gers), la dame Paule-Marie Ricau, n^e k Salespisse (Basses -Pyr^n^es), au 
mois d'aout 1789. Elle allait done avoir, dans cinq mois, 105 ans. 

» Cetle plus que centenaire 6tait veuve de Jean Vignau-Sansot, n^, luiaussi, 
k Salespisse, le 30 aotit 1793. Ce dernier est mort k Laujuzan, le 9 avril 1891. Les 
deux 6poux laisaient done k eux dexix, k cette 6poque, 200 ans. 

» Ces deux respectables vieillards ont conserve leurs facult^s jusqu'au der- 
nier moment. 

» La veuve Ricau ^tait seulement devenue un peu sourde depuis environ 
deux ans. Mais elle enfllait une aiguile, cousait et tricotait sans lunettes i'ann^ 
demi^re. » 



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CHATEAUX GASCONS 

DB LA FIN DU XIH« SIECLB (•) 



LE CHATEAU DE LA GARDtlRE 
II 

L'acle le plus ancien, concernant le chateau ou plutdt^avant 
lui^ le lerritoire de La Gardere, acte d'importance capitate, 
est ladonalioQ decelte localite par G6raud V, comte d'Arma- 
gnac, aux moines de Condom, en I'annee 1270. 

II ressort,' ea effet, de la compilation que fit Larcher a 
Condom, au sieple dernier, dans les divers manuscrits des 
archives de cette ville, et parliculierement de ses Extraits des 
Liwes Mane et rouge {I), que dans les premiers jours de 
Tannee 1270, le comte d'Armagnac, Geraud V, maftre de 
toute la partie de Tancien comte de Fezensac comprise entre 
la vallee de TOsse et celle de la Baise, c6da k Tabbe de 
Condom, Auger, ainsi qu'a ses religieux, et cela moyennant 
xn sols morlas annuels, tout le territoire qu'il poss^dait 
« au Heu de La Gard^re, dans la paroisse de Saint- Laurent 
et de Saint-Martin dudit lieu, en Fezensac. » 

Par cet acte solennel il permit audit abbe et k ses succes- 
seurs d'elever en ce lieu, soit une forteresse, soit.m6me une 
bastide, se reservant dans ce cas de Toccuper, si jamais le 
besoin s'en faisait senlir... Nous croyons utile de reproduire 
ici m extenso cet acte fondament^l : 

€ Noverint universi presentes pariter et futuri quod nos Gerardus, 

(•) Voir la livraison de 16vrier 1894, page 83. 

(1) Arobives commuDales de Condom. Manuscrit Larcher, page 145. 

Tome XXXV. — Mai 1894. 15 



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— 226 ^ 

Dei gratia comes Armaniaci et Fezensiaci, damus et concedimus 

donadone perfect^ inter vivos et in veram et puram helemosinam 

religiosis viris Angerio, divina miseratione abbati monasferii Condo- 

miensis, pro se et successoribus suis, etconventui monasterii ejusdem, 

qui pro tempore fuerint, dominiumet jurisdictionemmajoremetminorem, 

altam et bassam, merum et mixtum imperium, et omnia quaBCumque 

nos habemus vel habere debemus et possidemus,et alius nomine nostri, 

et habere et tenere et possidere debeamus in loco et territorio vocato de 

La Guardera, et in tota parrochia Sancti-Laurentii et Sancii-Mar- 

tini de La Guardera cum omnibus pertinenliis suis in Fezensiaco, 

et ipsum abbatem pro se et successoribus suis et monasterio et con-^ 

ventu praedictis in veram ac etiam corporalem possessionem omnium 

praedictorum accipere vel accepisse, retentis tamen nobis xii morlanis 

censualibus tantum annua tim solvendis k praediclo abbate, vel ejus 

nuncio, nobis vel locum nostrum tenenti apud Vicum in feslo beati 

Laurentii, martiris. Quam dQuationem et omnia et singula praadicta 

perfecta ratificamus, laudamus, concedimus et confirmamus pro nobis 

et successoribus nostris.Volumus insuper et concedimus quod praddicti 

abbas et conventus vel eorum successores possent construerey hedi- 

ficare etfacere consiruere muniiionem, fortaliiium\ et alia quoBcum" 

que hcedijicia^ seu baaUdaSy ubicumque eisdem abbati et conventui et 

successoribus suis placuerit in uno loco, vel in pluribus, in dicto loco 

et territorio vocato de La Guardera et in totA parrochid ecdesiae 

Sancti-Laurentii et Sancti-Martini de La Guardera, cum pertinentiis 

suis. Concedentes et promittentes pro nobis et successoribus nosiris, 

dictis abbati et conventui et eorum successoribus per veram legi- 

timam stipulationem, quod omnia et singula praedicta perpetuo ser- 

vabimus et tenebimus et nunquam contra faciemus nee veniemus in 

toto nee in parte per nos nee per alium. Renuntiantes expresse omni 

auxilio et beneficio juris et coosuetudinis per quod contra possemus 

facere seu venire, et quod haec generalis renunciatio valeat perinde ac 

si omnes casus juris et consuetudinis exprimerentur, de quibus 

specialem et expressam oporteret fieri mentionem. Retinentes etiam 

nobis,g'aod si, in loco prcediciOy fiat castrum vel habitatio hominunt, 

quod nos et successores nostri possimus ibi expletam (possessionem) 

habere, si tunc habemus in aliis locis similibus de FezensicLCO, qui 

sunt militum et baronum, subditorum nostrorum. Et haec omnia 

praedicta concedimus, salvo jure in omnibus alieno, et in testimonium 

praedictorum nos Geraldus, comes praedictus, abbati et conventui 

praedictis et eorum successoribus has praesentes patentes litteras conoe- 



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— 227 — 

dimus, sigillo nostro propria sigillatas. Datum apud Cassaneam, die 
luDse ante Epiphaniam, anno Domini mcclxx. > 

Le lerritoire une fois concede, les /noines de Condom, 
pousses sans doute par le comte d'Armagnac, s^empresserent 
de metlre a execution Tordre que ce dernier leur avail trans- 
mis sous forme d'invilation; et, moins de dix ans apres, lis 
elevaient sur le poinl culminant de ce plateau de Lagardere 
la construction fortiflee qui subsisle encore aujourd'hui. Le 
passage suivant du Spicilege de dom Luc d'Achery {Hisloire 
de I'abbaye de Condom) en fail foi: 

i Item, religiosus vir Guillelmus de Neriaco^ dim cellarius hujus 
monasterii, fecit fieri clausuram lapideam molendinorum cum molen- 
dinislapideisinBaysia... Item, duas demos cum magna borda apud 
Marlinum sanctum. Item, inccepit Castrum de Guardera^ in Fezen- 
siaco. Item, instituit anniversarium pro se, et plura alia bona fecit et 
procuravit, etc. (1) » 

Or, ce Guillaume de Nerac, moine de Condom, vivait, 
d'apres le carlulaire de Tabbaye, en 1280. C'est done a celle 
date, et aulour de celte annee, que commenga de s'elever le 
Chilean de La Gardere. 

— Quelles furent ses destinees durant le cours deFoc- 
CDpation anglaise? Seuls peut-6tre pourraient nous ledire 
les documents conserves a la lour de Londres et emportes, 
on le sail, par les anciens conqu6ranls de laGuyenne, a^Pheure 
de leurs revers. Eut-il des sieges a soutenir? Fut-il habile, non 
seulemenl par une garnison, mais par une famille puissante? 
Passa-tril mainteset mainlesfois, encesheures troublees, des 
mains des Armagnacs dans celles des Anglais? Un silence 
absolu s'est fait durant celte longue epoque sur cette myst6- 
rieuse demeure, que, malgre nos plus actives recherches, 
nous n'avons pu rompre. Un seul document nous est restfe 
sur le differend qui s'elevaen i517 entre le chapilre et TabbS 

(1) L. d'Achery, Spicilegmm. (1723, 3 v. in-^), t. i. 



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— 2f 8 — 

de Condom, au sujet de rentifere propriete du fief de Lagar- 
dere, reveodique par cbacune des deux parties, comme etant 
sa propri6l6 particuliere. Ge ne fut qu'apres d^intermioables 
procedures qu'il fuf defiQilivemeat altribue au chapitre de 
TegUse de Condom, au detriment et malgre la col&rede Tabbe* 
Dans saprecieuse compilalion Larcber nous dit, en effet, que: 

€ Le ch&teau et territoire de Lagardfere demeurferent, k partir de 
1317, en la possession directe du cbapitre de Condom, qui, dans la 
suite les affenna et en toucha les revenus, TabW de Condom, devenu 
cette ann6e-l^ le premier 6v^ue du dioc^e nouvellement cr66, ne 
pouvant sur ce domaine exercer aucun droit (1). » 

Eloigne de I'abbaye de plus de seize kilometres, sis sur un 
roc desert que n'egayait nul village voisin, entoure de bois 
sauvages, ne presentant par suite a ses possesseurs aucun 
attrait qui p6t les y atlirer et les y retenir longtemps, le 
ch&teau de La Gardere, en dehors de sa mission militaire, 
etail destine a rester inhabiteet a ne recevoir, par suite, dans 
ses divert amenagements aucune de ces modifications archi- 
tecturales apportees par les exigences ou les modes des siecles 
suivants. 

Les xiv* et xv* siecles se passent sans que nous sachions 
quelles peripetles il eut a subir. Quand nous le retrouvons, 
c'est a la fin du xvi* siecle, el toujours en la possession des 
moines.de Condom. 

Par un premier traite reiatif a la secularisation du chapitre 
de Condom, qui fut passe le4 mars 1546 k Rambouillet entre 
Feveque de Condom, Charles de Pisseleu, el son chapitre, 
reprteente par Bernard de Ferrabouc, prieur clauslral, celui-ci 
cede a TevSque les maison, terres, pr6s, dimes et autres 
droits lui appartenant sur le domaine de Charrin. 

Par un nouveau traits, pass6 cette fois a Condom le 15 
juin 1549, toujours en Ire Tevfique et le chapitre, celui-ci 
cede a Tev^que, en lieu et place du domaine de Charriu, 

(1) Archives communales de Condom, Mss. Lardier. 



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— 229 — 

« locum, domos, terras, nemora, prata, decimas, jurisdic- 
tionem altam et bassam, merum et miitum imperium, et 
omnia alia jura et pertinentias loci et jurisdictionis de La 
Gardela, diocoBsis Auxitanensisetvice-comifatus Fezensacii; » 
ce qu'un arr6t du 21 mai 1556 traduit par la barannie de 
La Gard^e. 

L'ev^que de Condom en jouissail done k celte 6poq.ue; mais 
il dut peu apres la relrocederau chapilre; car c'est ce dernier 
qui la poss^dait loujours, lors des m^morables 6venemenls 
des guerres de religion que nous allons retracer sommaire- 
ment et qui motiverent son alienation definitive. 

— Le terrible lieutenant de Jeanne d'Albrel, Mongonmery, 
venait, en 1569, de ravager toute la Gascogne. L'abbaye de 
Condom, pas plus que les autres monasteres de la region, 
n'avait trouve gr&ce devant lui. On sait les deg&ts et les ruines 
qu'amoncelerent, durantles moisde novembreet de decembre 
de cetle annee, dans les valines de TOsse et de la Baise, les 
troupes huguenotes, et quels sacrifices durent sMmposer les 
habitants de Condom pour sauver leur catbedrale et leurs 
maisous. lis ne purent malbeureusement conserver ni Teglise 
du Pradeau, ni celles des Cordeliers, des Carmes, desClarisses; 
et ce n'esl qu'a force d'argent qu'ils arrachferent le marteau 
aui farouches demolisseurs qui avaient commence sur les 
cloitres deTabbaye leuroeuvredehaineet de devastation (1). 

Les maisons des chanoines ne furent pas epargnees; et 
toules celles qui etaient altenantes soit au clottre, soit a la 
catbedrale, furent pillees, violees et demolies par les Hugue- 
nots. Le document suivant en fait foi. Aussi, quand Torage 
fat passe, quand sur cet amas de ruines les membres du 
chapitre, malgrfeleur pauvrete, eurent resolu de rfeedifier tant 
bien que mal leurs propres habitations, ils durent sMmposer 
de lourds sacrifices et mettre en vente leurs plus lointaines 

(1) Archives commuaales de Condom. Li vre des JuradesA'oir aussi Monlezun, 
Hiatoirc de la Qascogne, etc., etc. 



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— 230 — 

proprietes. Le fief de La Gardere, comme le plus eloigDe, fut 
UD des premiers designes. 

A cet efifet, le chapitre s'adressa au roi> afio qu il lui fut 
permis de Taliener; et le roi lui envoya, presque aussltdt 
apres^ en 1371, les letlres patenles suivantes^ qui donneot 
satisfaction aux chanoines et dont les consideranls r^suroenl 
en m^me temps toute cette afifaire : 

€ Charles, par lagr^x3e de Dieu, roi de France, au s6n6chal d'Agenois 
et de Gascoigne ou son lieutenant k Condom, salut. Les chanoines 
et chapitre de TEglise Catedralle dudit Condom nous ont fait remons- 
trer que, durant les derniers troubles, ceux qui portoient les armes pour 
le fait de la R. P. R. se saisirent par force de la ville dudit Condom, 
ou ils demeurferent plus de Irois mois, pendant lesquels ils auroient 
entierement ruin6 et d6moly les maisons appartenantes audit chapitre, 
qui 6toient au cloltre d'iceluy, oil lesdits chanoines faisoient leur resi- 
dence, pour ^tpe prez de ladite ^lise, afin d'etre plus prez pour fairele 
service divin, en sorte que, k cause desdites ruines, iceux chanoines 
sont k present contraincts loner k grands prix des maisons en la ville 
pour demeurer, d'autant qu'ils n'en ont plus aucune k eux apartenans, 
lesquelles maisons qu'ils tiennent k louage sont loiutaines de ladite 
^glise, tenement que par ce moyen ils n'y peuvent aller de nuil pour 
faire le service divin sans danger de leurs personnes. — A cette cause, 
ils ont avisi faire r6difier lesdites maisons qui ^toient audit cloltre, et 
parceque, k cause des pertes qu'ils ont souffertes durant lesdits troubles 
en leurs benefices et autres biens k eux apartenans, ils n'ont aucun 
moyen de faire la reWification sans vendre le moins utile des biens 
dudit chapitre; au moyen de quoi ils ont fait mettre en cri6e une leur 
maison et lieu appel^ La GarddrCySes appartenances et dependances, 
qui est assis eii la sentehauss6e d'Armaignac, et fort lointaine dudit 
Condom, qui par ce moyen est la moins commode piece d'icelles qui 
appartiennent audit chapitre; ne leur revenant sinon 80 livres toumois 
de rente chacun an, dont ils pourroient tirer environ 8,000 livres pour 
faire lesdites ratifications qui leur porteront plus de commodites et 
leur ^pargneront plus chacun an que ne vaut le revenu du susditjieu; 
laquelle maison et lieu ils n'ont os6 et n'oseront vendre sans nos conge 
et permission, qu'ils nous ont tr^s humblement supli4 et requis leur 
octroyer et sur ce leur pourvoir : 

» Nous, a ces causes, consider^ ce que dit est,d6sirant que les expO' 



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— 231 — 

sans soient accomod&s d'autres logis prez ladite ^lise, afin qu'ils aient 
meilleur moyen de faire le service divin en icelle, leur avons en tant 
qu'a nous est permis, et de notre certaine science, pleine puissance et 
autorit6 royale, permettons vendre icelle maison et lieu de La Gar- 
ddrcy ses appartenances et d^pendances, comme 6tant la moins commode 
piece dudit chapitre, au plus oflfrant et dernier encherisseur, pour les 
deniers qui en proviendront ^tre emploi^s k la r66dification des maisons 
dudit chapitre que ont it& d6molies comme dit est, et non ailleurs, ne 
en autres effets ne k faire k peine de r^pondre par les exposans. Si vous 
mandons, commettons et en joignons par ces pr6sentes, etc. 

9 Dona6 k Fontainebleau, le xvii® jour de juillet, Tandegrftce 1571 
et de noire r^gne le onzieme (1). » 

Les lemps etaienl durs. L'offre resta saos effet. Ce ne fut 
que sept ans apres que les chanoines trouverent enQn ua 
acquereur. Encore est-ce par voie d'echange qu'ils purenl a 
grand'peine se debarrasser de leur domaine de I^a Gardere. 

Le 28 mail578, par devanlM* Bertrand Laflfargue, notaire 
de Condom, le syndic du chapitre de Condom, 

a Cfede audit noble Pierre de LavardaCy seigneur de Lian, la 
maison noble de La Gardere, avec toute sa justice, droits et apparte- 
nances, ainsi que la m^tairie, sans se rien r^server de ladite terre et 
seigneurie, et ledit de Lavardac bailie en centre ^change audit chapitre 
certains biens ruraux situ6s en la juridiction de Gondrin et de Lagraulet, 
limit^s et confront6s ainsi qu'il suit, etc.; — plus la somme de 1,142 
^us,'deux tiers, quatre sols, six deniers, qui furent employes imm^ 
diatement par ledit chapitre au rachat de la grande dime de la clef, du 
molin de Grasiac, et au paiement d'autres dettes et affaires urgentes du 
chapitre (2). » 

La terre et le chateau de La Gardere passerent done, a partir 
de cette epoque, dans les mains du seigneur Pierre de 
Lavardac, qui en resta paisible possesseur jusqu'ason deces. 
Dans les minutes du notariat de Valence, nous voyoas, entre 
aulres actes, qu'a la date du 25 mars 1580 (c noble Alexandre 
de Lasseran, seigneur de Massencdme, accepte un aveu de 

(1) Archives communales de Condom. Manuscrit Larcher, page 220. 

(2) Idem, page 221. 



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deltes de 459 fecus sols, deux tiers, consenti par noble Pierre 
de Lavardac, seigneur de LaGardere, envers messire Francois 
de Cassagnet, chevalier de Tordre du roi, capitaine de 
cinquante lances^ sieur de Saint-Orens^ el senechal du 
fiazadois(l). » 

Celte famille de Lavardac etait originaire de TAslarac. On 
trouve son nom m61e a la plupart des affaires des xv* et xvi* 
siecles. Lorsque le nouveau proprifelaire du chateau de La 
Gardere fut mort, son QlsArnaud de Ijwardac rendit hom- 
mage pour les recentes acquisitions de sa famille, et il passa 
notamment un accord, le 18 mai 1595, avec les consuls du 
lieu de La Gardere et le sieur Jean Laffargue, maitre arpen« 
teur de Francescas, pour la revision du cadastre de la commu- 
naute(2). Mais il euta soutenir un important proces contre 
le chapitre de Condom, qui revendiquait le droit de dime sur 
laterrede La Gardere, que s'elait appropriee injustement son 
pere Pierre de Lavardac a la suite de Techange du 28 mai 
1578, et dont les nouveaux seigneurs avaient joui depuis 
celte epoque. Par suite, le chapitre, revenant sur ce central 
d'echange, en demandail la rescission, prelendant inalienable 
ce droit de dime et considerant les biens ruraux pris en 
echange, comme une charge pluldt que comme un beneQce. 

Une transaction intervint^ |e 18 mars 1609, moyennant 
laquelle « le sieur de Lavardac cede ladite dime sur la terre 
de La Gardere au chapitre de Condom avec la ^mme de 600 
livres pour Tindue jouissance et la restilution des fruits,mais 
demeure neanmoins seul et unique proprlelaire et seigneur 
dudil fief (3). ^ 

Arnaud de Lavardac, seigneur de La Gardere, mourul 
en septembre 1615. Sa succession provoqua divers incidents 
que nous aliens resumer. 



(1) Notariat de Valence. lUg. pour 1580. Marignac, notaire. 

(2) Notarial de Gondrin. R^. pour 1595. Lasserre, notaire. 

(3) Archives communales de Condom. Mss. Larcber. Larti^ue, notaire royal- 



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— 233 — 

Aiissit6t apres sa sepulture, nous dit un acte notarie (1), 
les P^res Antoioe Garsin et Jean Bordes, de laCompagnie de 
Jesus, du college d'Auch, furent envoyes par le R. Pere rec- 
teur, afin de faire connattre aux h6ritiers naturels, qu'ils 
etaienl inslitues h^ritiers du defunt seigneur de La Gardere. 
par disposition testamentaire en date du 9 septembrecourant, 
declarant vouloir accepter rheritage sous benefice dMnventaire. 

Arnaud de Lavardac ne laissait pas d'enfants. Ses h^riliers 
naturels etaient sa soeur Alix de Lavardac, mariee a noble 
Jean-Pierre de Caulet, et ses deux Biles naturelles Charlotte et 
Alix. Ces derniers ayant declare quMIs ne feraient pas d'op- 
position aux reclamations des P^res Jesuites, pourvu toutefois 
que leurs droits fussent respectes, on d6cida de part et d'autre 
de proceder a Pinventaire des biens du d6funt. Ce premier 
acte est signe de noble Pierre de Caulet, noble de Saint-Gresse, 
seigneur de S6ridos, Devic, notaire royal, Jean Axio, apothi- 
caire de Condom, le Pere Carsin, Brusault, cure de Roques et 
de La Gardere, el Lanavic, cure de Bezolles. 

On se milaussitdta ToBUvre, et ce raeme jour 42 septembre 
1615 fut commence Tinventaire des biens du seigneur de 
La Gardere, en presence desdits tfemoins. LMnventaire se 
poursuivant, le 21 septembre du meme mois, le recteur de 
la Compagnie de J^sus du college d'Auch est present et 
appose son nom, Jean Solanet, au bas de Tacte. 

Le domaine de La Gardere se composait a cetle epoque du 
chateau proprement dit avec ses appartenances et depen- 
dances et de phisieurs metairies avoisinantes, dont la plus 
importanle etait celle de Laboiirdette, «d'un labourage, dit 
Tacte, de trois a quatre paires de boeufs. » Noble Jean de 
Caulet, seigneur de Lian, et M* Pierre Bordes, procureur 
juridictionnel de la baronnie dePardaillan, prirent en aCferme 
tons les biens dependants de la succession d'Arnaud de 
Lavardac. 

(1) Nojariat de BezoUes. R^. pour 1615. J. -H. Day rem, notaire. 



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— 234 — 

Notons, parmi les papiers inveDtoiies ce jour-la^ une piece 
assez curiease qui vient conflrmer la possession du domaine 
de La Gardere par les moines de Condom et ainsi decrite : 
« Lm de Vhomaige rendu par les religieux du chapitre de 
Peglm cathedrale de Cmdam, de la salle de La Gardere, ses 
appartenances et dependances, tenues de Charles, due 
d'Alenfon, comte d'Armagnac, du xiui mat de tan i52i, por- 
tant main levee de la saisie qui en avail ite faile, faulte de la 
rendp'e{l). » 

Lss Jesuites du college d'Auch ne resterent pas longtemps 
proprietaires de La Gardere, si tant est quMIs I'aienl possedfee 
quelques instants. lis durent s'enteudre inimediatement avec 
les heritiers naturels d'Arnaud de Lavardac, et, raoyennanl 
des echanges oudes compensations deraeurees ignorees, leur 
abandonner deQnitivement ce domaine. Un an apres Tinven- 
tairedesbiens du dernier seigneur, nous voyons, en effet, que 
le ch&teau de La Gardere se trouve entre les mains d'Alix de 
Lavardac, soeur d'Arnaud, qui, malgre son mari el ses mau- 
vais traitemenls, persiste a ne pas vouloir mettre en venle 
celte terre. 

« Le 3 d&embre 161 Sedans la salle noble de La Gardere, demoiselle 
Allys de Lavardac, femmede noble Jean-Pierre deCaulet, declare que, 
soUicit^e par son mari de vendre les droitz qu'elle possfede sur lamaison, 
terre et seigneurie de La Gardere, soit par le d^ces de son frfere Arnaud 
de Lavardac, soit par suite du d^s de ses p6re et mere, elle se refuse 
a ce faire, et k ceste fin elle va trouver noble de Pustolle, seigneur de 
Fieulx, au chateau de Podenas, son parent, k qui elle maintient son 
dire que la venle ne s'op^rera pas, malgr^ les mauvais traitements de 
son 6poux, M. de Caulet, qui la demande, et qu'elle ne c^dera quk la 
violence (2). « 

Alix de Lavardac dut cependant ceder a son mari, ou tout 
au moins comprendre qu'elle ne pouvail, faule de moyens 

(1> Notarial de BezoUes. Rc^g. pour 1615. Deayrem, notaire. (Notes communi • 
quees par M. Tabbc Hroconat). 
(2) Notarial de Koqucs. Rc^g. pour 1616, fol. 68-69. Deaiyiem, notaire. 



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— S36 — 

sufQsants, garder iotfegralement la succession de son frere, 
ober6e de dettes^ et qui constituait pour elle une charge 
plutdt qu'un avanlage. Le 4" aviil suivant de Tannee 1617, 

« Noble Jean-Pierre de Caulet, ^uyer, sieur de Lian, consid^rant 
comme trfes on^reux Theritage que sa femme Alix de Lavardac est en 
m^me de recueillir d'Arnaud de Lavardac, seigneur de La Gard^re, 
son fr&re, et cela k cause des dettes, legs et charges di verses qui le 
gr^vent; attendu que lui et sa femme n'ont pour payer d'autre moyen 
que celui de vendre..,, donne k Alix de Lavardac, sa femme, plein 
pouvoir d'ali^ner ledit heritage, de telle mani^re et k teUes conditions 
qu'elle voudra..,, ne Tautorisant n^anmoins en aucunefa^n k vendre 
ou obUger la salle de Lian, ni ses d^pendances, que ladite Alix lui a 
apport6e comme garantie de ses biens dotaux, etc. (1) » 

Mademoiselle de Lavardac se resigna, et la lerre de La 
Gardere fut mise en vente quelques jours plus tard. Nean- 
mois, nous devons constaler qu'a cette epoque Tancienne 
forleressedesmoinesde Condom ful momenlanement habilee, 
ou que lout au moins c'esl dans ses vastes salles que furent 
signes les acles imporlants que nous venons* de signaler. 

Celle meme annee 1617, et le 30 octobre, furent conclus, 
dans la salle de La Gardere, les pactes de mariage entre noble 
Blaise de Grisonis> seigneur de Pimbat, homme d'armes de 
la compagnie de monseigneur le marechal de Roquelaure, et 
demoiselle Louise de Lavardac, fille de feu noble Jehan 
Bertrand de Lavardac, quand vivait seigneur d'Ayssieu, et de 
dame Louise de Lavardac. Sa mere lui constitue 1,800 livres 
tournois, et, pour garantie de cette somme, elle lui donne 
immediatement la melairie de Riviere, sise en la juridiction 
de la ville d'Eauze. La fiancee se constitue en meme temps 
les biens pa^ternels qui lui sont echus par le deces de son 
pere (2). 

Ce contrat fut un des derniers que nous trouvons avoir ete 

(1) Notarial de Roques. R^g. p. 1617, folio 24, verso. (Note de M. Vz,hh6 Bro- 
conat). 

(2) Notariat de Beasolles, H^, pour 1617, f» 85, Day rem, not^ure, 



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— 236 — 

sigoes dans la salle de La Garderepar la famille de Lavardac. 

Quatre ans apres, Tan 1621, la terre et seigneurie de La 
Gardere passaient en de nouvelles mains. L'acqa6reur elait 
un homme de robe, nouvellement venu dans la contree, 
proprielaire de Timportant domaine du Busca, sis a quatre 
kilometres a peine ao nord de La Gardfere. II se nommait 
messire Jean de Maniban, chevalier, conseiller du Roi au 
grand Conseil, ancien maftre des requites au parlement de 
Bordeaux, lieutenant-general en la meme senechaussee, et 
depuis sept ans president au Parlement de Toulouse. Mais 
ce personnage, sur lequel nous allons revenir, n'en prit pas 
immedialemenl possession. II dut, par acte du Smai 1621, 
emprunter a un de ses voisins, noble Philippe de Pins, 
seigneur d'Aulagneres, pres Valence, lasommede 3,200 livres 
pour desinleresser Mix de Lavardac; moyennant quoi, ledil 
seigneur de Pins garda, jusqu'au complet remboursement de 
cetle somme, Tentiere possession et jouissance de la terre de 
La Gardere. 

C'est ainsi que nous voyons noble Philippe de Pins,qualiOe 
seigneur de La Gardere, donner quittance, le 24 mars 1627, 
^- par acte passe au ch&teau de La Gardere, en Fezensac, 
diocese d'Aux (1). » 

La meme annee, « noble Philippe de Pins, seigneur de La 
Gardere, estant dans Thostellerie de Bezolles, demaude au 
tuilier de La Gardere qui Fa autorise a couper des arbres 
dans les hois de ladite seigneurie. A quoi ce tuilier repond 
que c'est monsieur de Maniban, seigneur du Busca, ou plut6l 
son homme d'affaires, frere Salles, a qui il a engage la 
tuilerie(2). » 

Enfln, le 18 juin 1629, le meme seigneur accepte un aveu 
de detle, par acte passe au chateau de La Gardere (3). 



(1) Notariat de Valence. R6g. pour 1627, ^ 59. Bartharez, notaire. 

(2) Notarial de Bezolles, P 2. Dea>rera, notaire. 

(3) Notarial de Valence. R6g. pour 1629, f» 247. Bartharez, notaire. 



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— 237 — 

Get elat de choses dura jusqu'a Tannfee suivante 1650, 
epoque a laquelle le seigneur du Busca remboursa a Philippe 
de Pins la somme quMl lui avail pr^lee pour lui faciliter 
Tachat de La Gardere, et ou ladile seigneurie rentra d6flniti- 
vement en'rentiere propri^le de la famille de Maniban. II 
ressort,en eCfel,de Facte notarie suivant,du 28 juin 1630, que, 

« Noble Thomas de Maniban, baron de Larroque, conseiller du 
Roy en sa court du Parlement de Bordeaux, ayant dtelar6 avoir regu 
en apanage de son pfere messire Jean de Maniban, chevalier, conseiller 
du Roy, president en la court du Parlement de Toulouse, la terre, 
seigneurie et ckdieau de La Gardere, sous la condition qu'il rembour- 
serait la somme de 3,200 livres avec les int6r6ts, empruntfe k noble 
Philippe de Pins, seigneur d'Aulagn^res, par acle du 5 mai 1621, et 
en vertu duquel acte, le seigneur de Pius se r^servoit de jouir de ladite 
terre jusqu'au complet remboursement de ladite somme..., ce jour-ci, 
28 juin 1630, noble Thomas de Maniban oflEre de rembourser ladite 
somme avec les int6r6ts, et il somme ledit seigneur de Pins de la 
recevoir. Monsieur de Maniban proteste en m6me temps centre les 
ruynes et deteriorations de toutes sortes qui se trouvent au chateau et 
domaine de La Gardfere(l). » 

Le remboursement fut acceple. Noble Philippe de Pins se 
declara enlierement quilte de toute obligation envers Thomas 
de Maniban, et, de ce fait, it lui abandonna la totalite du 
domaine de La Gardere. 

Le vieux manoir passa done encore en de nouvelles mains. 
Mais, cette fois, ce fut pendant plus d'un siecle et demi qu'il 
demeura la propriete de cette grande famille des Maniban, 
dont rhistoire, si curieuse a tant de litres, merite d'etre ici 
longuement racontee. 

{Asuivre.) Philippe LAUZUN. 

(1) Notarial de Valence. R4g. pour 1603, ^ 155, verso. Bartharez, notaire. 



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UH Episode de la licde er gasgogre 



J1,E 



PILLAGE DII CHATlill DE S^-CHRISTIE 

EN 1890 



L'av6nement de Henri de Navarre au trdne de France 
aurait dti ramener le calme et la tranquillity, que le pays 
r6clamait depuis si longtemps et dont il avait si grand 
besoin. Mais la Ligue ne pouvait voir sans horreur la 
couronnesurlat^te d'un prince huguenot; aussi, laluttese 
ranima-t-elle plus ardente que jamais, et, chose curieuse, 
la noblessegasconne, jusqu'alorsfidfeleala fortune du B6ar- 
nais, sembla changer de parti : beaucoup de nos gentils- 
hommes mirent au dernier moment leur 6p6e au service 
de Mayenne. La paix, que bourgeois et paysans appelaient 
a grands cris, 6tant pour eux le pire des maux, la defec- 
tion leur semblait toute naturelle. lis redoutaient de voir 
disparaitre ce bon temps d^aventures et de pillage, oil 
entre deux escarmouches on mettait k sac villes et cha- 
teaux. Pen leur importait d'6tre aujourd'hui Navarrais, 
demain Guisards ou Ligueurs. Ce qu'il leur fallait, c'6tait, 
apr6s de beaux coups d'6p6e, des gites de bonne prise oil 
ils pouvaient non seulement faire ripaille... et le reste, 
mais aussi garnir leur escarcelle. 

L'histoire est pleine de ces souvenirs. Mais beaucoup 
de faits isol6s, qui ne durent pas 6chapper k Tattention 
des chroniqueurs contemporains, leur parurent sans doute 
avoir si peu d'importance qulls furent laiss6s de c6t6. 

Ainsi, en parcourant le dossier d'un tr6s long et tr6s 



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— 239 — 

curieux proems de succession, des r^cits de braves gens 
cit68 en t6moignage ^ nous ontr6v616 le pillage, tout h fait 
in6dit, d'un opulent chateau, situ6 aux portes d'Auch. La 
Basoche, on le sait, fut toujours prodigue de paperasses; 
pourune fois, rendonsgr&ces a laprolixit6deses plumitifs. 

En 1590, Hercule de L6aumont 6tait seigneur de Sainte- 
Christie et de Mirepoix. II avait pour p6re Philippe de 
L6aumont, issu de cette noble famille qui eut Thonneur 
de compter parmi les siens le fameux capitaine Puygail- 
lard*. Possesseur d'une belle fortune, il s'unit vers 1553 
avec Anne-Olympe de Laval. Veuf et sans enfants, I'es- 
poir de donner un h^ritier k sa race lui fit contractor un 
second mariage avec une noble damoiselle du comt6 
d'Astarac, Germaine de Sariac. 

Cette derni6re joignait a un nom illustre Thonneur 
d'6tre la flUe de Tun des quarante-cinq. Aymeric de 
Sariac, son p6re, 6tait de cette phalange d'61ite oil la 
noblesse de Gascogne avait ses plus illustres et ses plus 
braves repr^sentants. 

L'union du seigneur de Sainte-Christie et de la demoi- 
selle de Sariac ne fut pas plus heureuse que son premier 
mariage. Aussi, sans enfants, accabl6 par Vkge et la 
tristesse, vivait-il solitaire en son chateau de Sainte- 
Christie, au milieu du luxe et du confort que sa fortune 
lui permettait et qui convenaient a un gentilhomme de 
haut lignage. 

(1) Enqueste faicte d'aathorild de la souveraine court du Parlement de Tholose 
pour la partie de damoiselle Germaine de Sariac, dame de Mirapoix, de et surle 
contenu de son articulat par elle contre Manault de Batz, sieur dud. lieu... 
(Arch, depart, du Gers, Fonds des J^suites, anciennement archives de la ville 
d'Auch.) 

(2) Jean de L^umont, seigneur de Puygaillard, baron de Brou et de Mor^, 
capitaine de cinquante hommes d'armes, chevalier de TOrdre, mar^chal de camp 
g^n^ral, charge remplie plus tard par* le grand g^n^ral Turenne, des arrases du 
roi, gouvemeur d'Anjou en 1584, chevalier du Saint-Esprit h la promotion du 
31 d^cembre 1580. II mourut de la peste, le 6 juilletl584, gouvemeur de Cam- 
brai. II ^tait fils de Charles de L^umont, seigneur de Puygaiilard, et d'Anne de 
Nogaret de la Valette. 



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— 240 — 

II semblait reporter son affection sur un fils de sa 
soeur, porteur d'un nom c616bre, Manaud de Batz*, qu'il 
devait faire son h6ritier en lui laissant son chateau de 
Sainte-Christie, tandis que sa veuve avait pour elle la 
seigneurie et terres de Mirepoix. 

En ce temps-Ik, Emmanuel de Savoie *, marquis de 
Villars, lieutenant du roi en Guyenne, et plus tard lieu- 
tenant g6n6ral pour la Ligue en Gascogne, parcourait le 
comt6 d'Armagnac, trainant k sa suite les bandes qui 
jadis avaient guerroy6 pour le B6arnais. 

A ses c6t6s, il avait les capitaines Dossy et Sardac', 
faroiiches partisans, connus et redout6s de tons, et aussi 
le baron de Mondenard *, lieutenant d'Urbain de Saint- 
Gelais*, 6v6que de Comminges, bouillant ligueur que 
la chronique nous repr6sente comme le Turpin de cette 
6poque, beaucoup plus habitu6 k porter la cuirasse et 
r6p6e que la chape et la crosse. 

La discipline ne devait pas 6tre la premiere quality de 
ces soldats. Sou vent « trouppes faisoient d6sordres, » 
disent les vieux documents, le pillage 6tait fort k la mode, 
capitaines et soldats y trouvaient leur profit. 

Au mois de septembre 1590, Villars campait avec du 

(1) Manaud, baron de Batz, fils de Pierre et de Marguerite de L^umont, 
6tait du petit nombre des gentilshommes catholiques d'Armagnac qui surent 
rester fiddles ^la fois k. leur religion et k leur souverain. (Ch. de Batz-Trenquel- 
16on, Henri IV en Gascogne, p. 305.) 

(2) Emmanuel de Savoie, marquis de Villars, comte de Tende, Sommerive, 
etc., <^tait le fils d'Honoratde Savoie, connu sous le nom d'amiral de Villars, 
qui succ^da k Monluc dans le commandement des troupes catholiques. 

(3) Francois de Lacaze, seigneur de Sardac, plus connu sous le nom de capi- 
taine Sardac, ^pousa en 1592 Pauline de Couperose, veuve d'Amaud de Gout, 
capitaine Mont. Nous n'avons aucun renseignement sur le capitaine Dossy. 

(4) Antoine, baron de Mondenard, en Quercy, de son mariage avec Margue- 
rite du Bouzet n'eut qu'une fille, H61ene de Mondenard, marine on 1593 k Jean 
de Bern^de, vicomte de Comeillan, en Armagnac. 

(5) Urbain de Lusignan Saint-Gelais, ^veque de Comminges, se fit remarquer 
k Toulouse par la violence de ses discours centre Henri IV. En 1580, il fut 
envoys par la reine-mere en Portugal. Six ans plus tard, 11 assi^gea dans Saint- 
Bertrand de Conmiinges, le farouche capitaine Suz et I'obligea k quitter la ville 
aprfes un si6ge de quarante-huit jours et k se r61ugier au ch&teau de Mauvezin. 
II mourut en 1613. 



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— 241 — 

canon k Montaut, o\l il avait 6tabli son quartier g6n6ral. 
C'est Ik qu'il recevait ses visites, entre autres celle de 
Messieurs du Chapitre de Sainte-Marie d'Auch *. 

Mondenard, Sardac et Dossy s'6tablirent k Sainte- 
Christie, le dimanche 6 septembre 1590. Les troupes se 
logferent jusque dans T^glise^ et bient6t Sainte-Christie 
fut trait6e en ville conquise par ces gens de sac et de 
corde. (( Coqs, dindes, polhailles, vins, » passent de chez 
rhabitant chezlessoldats; les livres brftlent dans Tenclos 
du village, et le linge sert k renouveler la garde-robe des 
gens de guerre. 

Tout en jetant des regards de convoitise vers le chft- 
teau, les chefs h6sitaient cependant encore. La tentation 
finitpar devenir trop forte. On savait que le seigneur 
6tait riche, que les habitants du village avaient trans- 
port6 au chateau le meilleur de leur avoir. II n'en fallait 
pas tant pour faire oublier la parole donn6e. 

Le mardi 8 septembre, Mondenard, aprfes avoir caus6 
quelques instants avec Sainte-Christie sous le o rebe- 
lin* )) du chMeau, y laissa p6n6trer quelques gens de 
guerre, qui s'empar6rent du malheureux L6aumont et 
Tenfermferent pendant trois jours dans une chambre du 
ch§,teau, dont ils emport6rent les clefs. Avec lui se trou- 
vaient son cousin, le seigneur de Labrifife, et Dominique 
Chaubeyre, pr6tre, recteur de r6glise de Montlezun, en 
Pardiac, vicaire deMirepoix'; c'est ce dernier qui va nous 
raconter la sc6ne du pillage. 

(1) Deposition d'Edme Bolepin, pr^tre, pr^bendier de Sainte-Marie d'Auch. 

(2) Le rebelin ou ravelin du cMteau, c'est-^-dire les fosses. 

(3) Dominique Chaubeyre, au d^but de sa deposition, explique sa presence k 
Sainte-Cbristie : « A la feste de Monsieur St Jehan Baptiste, de Tann^e 1590, 
dit-il, M« Pierre Ferris, pr^tre, alors recteur de Mirapoix, Tarreta vicaire pour 
servir I'^glise dud. lieu de Mirapoii ung an entier, auquel lieu, d'accord qu'ils 
feurent, s'achemina, et servit le temps porte par leurs conventions, pendant 
lequel et k Toccasion des guerres civilles, les trouppes de ceulx de la pr^tendue 
r^formee religion, faisoient d^sordres aux environs dud. Mirapoix, il se retirait 
le soir dans le cbasteau de Saincte Christie. » 

Tome XXXV. 16 



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— 242 — 

De laquelje chambre advant, il qui deppose, et led. feusieurde 
Saincte Christie et Labriflfe entendoyeat commeron forgoit les coflres, 
cabinets de la maisoD, et des fenestrcs advant voyoient comme les sol- 
darts s'en portoient lits, meubles, les ungs sur lecol, lesautressur 
des chevaulx, dans les sacs, et en emportoient enlre aultres choses, 
tout le linge de Flandre qui estoit dans lad. maison enferm^ dans trois 
coffres, quelques guarnitures de lit de soye, ung eguiere et ung gou- 
biau d'argent, qu*ils prindrent dans le chay oiion avait men6 le deppo- 
sant pour en montrer le bon vin. Non content dud. pilhaige rangonne- 
n^rent led. sieur en lui en admenant sept ou huict polains qu'il avoit 
retir^ de ses m6tairies, ou ung chevaulx d'Espaigne qu'il estimoit mil 
ou quinzecens escuts, soixante ou quatre vingts motons, sept ou huict 
porceaulx gras, de maniere qu'il n'a jamais veu un pareil et semblable 
desordre (1)... 

(( Gouaire, Briuat, » disait le malheureux seigneur h 
un des habitants de Mirepoix, venu pour le voir, « en 
quin estat aqaiesta gent me tenguent^ (sic). 

Quelques soldarts charges de toilles et linsuls des plus d61i6s qu'on 
eust veu longtemps auparavant, s'en firent coupper chemises, les autres 
porterent vendre leur part en Aux. D'aultres aussy sortoient du chas- 
teau charges de beau linge de table parmi lequel en y avoit de 
Flandre (3)... Un honneste homme desd. trouppes avoit pli^ un garnie- 
ment de lit, desoye, le plus beau et Temporta (4)... 

Et le s** de Mondanard, entre autres choses, avoit faict remplir deux 
coiSEres bahutz pour les en emporter, qu'il laissa neanmoins k la priere 
des sieurs du Laur (5) et de Navarron (6). Mais le reste fut enleve par 
les gens de guerre, jusqu'au drageoir de la dame (de Saincte Christie) 
qu'il vit entre les mains du capitaine Sardac (7)... 

(1) Deposition de Dominique Chaubeyre. 

(2) Deposition de Bertrand Peralo, dit Privat, tisseur de lin, natif et habitant 
dulieude Mirepoix. 

<3) Deposition de Edme Bolepin, pr^tre prebendier de Teglise Sainte -Marie 
d'Auch. C'est sans doute ce pavilion de lit tani regrette de Sainte-Christie, au 
dire d'un autre t^moin, Jehan Pom^s de Gavarret. 

(4) Id., ibid. 

(5) Jacques de Lau ou du Lau, seigneur et baron du Lau, etaii fils de Carbon 
de Lau et de Fran^ise de Gondrin, capitaine de cinquante hommes d'armes, 
chevalier des ordres du roi. Apres I'abjuration d'Henri I V il quitta le parti de la 
Ligue, et, dit du Pleix, il fut un des seigneurs gascons « qui se rang^rent au 
devoir et par leur reduction apport^reut un grand repos k la Gascogne. » 

(6) Oger de Sariac, seigneur de Navarron, connu sous le nom de capitaine 
Navarron, etait proche parent de la dame de Sainte-Christie. 11 6tait lieutenant 
d'une compagnie de cinquante hommes d'armes des Ordonnances. 

(7) Deposition de Bertrand Lanusse, pretre recteur, de Nolenx, au diocese 
d'Aux (auj. Noulens, canton d'Eauze). « 11 fust pryepar mademoiseUe de Sariac> 
damede Mirapoix, de donner un coup d'esperon jusques k Saincte -Christie, ce 
qu'U fist. » 



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— 2 13 — 

En somme, c'estoit une misere et n'y laisserent aucune sortede meu- 
bles qui vallust un escu par maniere de dire; et a depuis entendu dire 
de la propre bouche dudit seigneur, qu'on Tavoit enlierement ruyn6. 
Lesd. trouppes ne luy avoyent pas Iaiss6 une serviette pour essuyer 
ses mains, et s'en estoient prinz jusqu'k ses livres, et craignoit de se 
voir en necessity en raison de ce (1). 

Non content d'avoir pill6 le cMteau, Mondenard exi- 
gea encore une rangon du seigneur de Sainte-Christie. Ce 
dernier n'ayant plus un sou vaillant et enti^rement ruin6, 
dut avoir recours a un ami. II s'adressa au seigneur de 
Puys6gur, Joseph de Chastenet *^ qui lui pr6ta une fois 
cent doubles ducats, valant « trois cenz trois escutz ung 
tiers. )) Ce fut insuflBsant; les rentiers exig^rent davan- 
tage, et Puys6gur dut encore envoyer par un de ses 
serviteurs cent cinquante 6cus, ce qui porta la rangon k 
pr6s de cinq cents 6cus'. 

Ce qui 6tonnera, c'est que parmi ces pillards il y en eut 
un qui s'indigna du proc6d6 de ses compagnons. C'est du 
moins ce que nous apprend Blaise Meilhan, marchand de 
laine, habitant de Sainte-Christie: « M. de Paulo*, 
homme d'armes, qui estoit log6 a la maison du recteur, 
o\i le depposant estoit present, diet k celui qui pourtoit 
lad. rangonqu'il n'envouloit poinct, et n'enavoict affaire, 
car on faisoit ung grand tort et lasche tour aud. sieur (de 
Sainte-Christie), feignansestresesamys et leruynant. » 

(1) Deposition de Jehan Pomes, de Gavarret. 

(2) Joseph de Castenefc ou Chastenet, seigneur de Puys6gur, en Fezensac, flls 
de Nicolas et de G<5raude de Foissin. II eut dix-sept enfants de son union avec 
une jeune fille de la maison de Pins, parmi lesquels le c616bre Jacques de 
Chastenet, auteur des M^moirea. 

(3) Selon Dominique Chaubeyre, la rangon fut de dix-huit cents 4cus. 

(4) Nous n'avons aucun renseignement precis sur ce M. de Paulo. II appar- 
tenait sans doute ^ la maison toulousaine de Paulo, « seigneurs de Grandval, 
Lataurie, la Salvetat, Escalquens, Rouix, Gratentour, depuis vicomtes de Cal- 
mon, divises en deux branches par les enfans d'Estienne de Paulo, capitoui en 
1512, » dont utf petit-fils fut grand-maitre de Malte. (Lafaille, TraiU de la 
noblesse des capltouls, p. 156, 157.) 

MobIuc {Commentaires, livre V) parleaussi d*un M. de Paulo, president au 
parlement de Toulouse, dont la maison « cuyda estre saccag^e » parce qu'un 
^tudianl huguenot s*y 6tait r^f ugie. Le mar^chal dut monter k chevai pour r^ta- 
blir I'ordre. 



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— 244 — 

Ruin6, Sainte-Christie le fut entiferemei\t; « il en avoit 
grand mal de cueur et s'en plaignoit k tons ceux qui 
Talloient veoir^ » Sereleva-t-:il jamais? Cen'est pas pro- 
bable; car lorsque Manaud de Batz, son neveu et h6ritier, 
recueillit son h6ritage, ce fut pour lui une d6ception. II 
se crut fru8tr6 par la dame de Mirepoix et lui intenta ce 
proc6s f ameux qui fut plaid6 devant le Parlement de Tou- 
louse et plus tard devant celui de Grenoble *. C'est k Ten- 
qufete ordonn6e par Messieurs du Parlement que nous 
devons le curieux document dont nous avons cit6 quelques 
passages. On avait charg6 de ce soin Jehan de Mascaras, 
licenci6en droit, magistrat, lieutenant principal du bailli 
royal de la ville de Pavie '. Ce dernier assist6 d'un certain 
Jehan Bris, docteur, recueillit les souvenirs des gens du 
pays, neuf ans aprfes le passage des troupes du marquis 
de Villars. 

Si les bandes de la Ligue se conduisaient ainsi en vers 
les catholiques, qu'6tait-ce done en vers ceux de la reli- 
gion r6form6e? LeB6arnais, en se laissant dire que Paris 
valait bien une messe, disons mieux, en revenant d'un 
coeur loyal k la foi de ses p^res, fit cesser cette lutte fratri- 
cide, que tormina bient6t d^flnitivement la mort de ce roi 
6ph6mfere, le cardinal de Bourbon, qu'on avait essay6 

d'appeler Charles X. 

Ch. PALANQUE. 

(1) Deposition de Bertrand Lanusse. 

(2) Dans le proofs que Germaine de Sariac, veuve et h^ti^re d'Hercule de 
L^umont, sontint contre Manaud de Batz, qui lui disputait rh^ritage, celui-ci 
6voqua le proc^ devant le Parlement de Grenoble, sous pr^texte que Germaine 
de Sariac comptait une foule de parents et allies devant le Parlement de Tou- 
louse. II pr^tendait que Gabriel de Barth^lemy, seigneur de Grammont, presi- 
dent au Parlement de Toulouse, etait parent de M. de Bruy^res, seigneur 
d'Estampes, neveu de Germaine de Sariac. Celle-ci r^pondit k cette allegation 
qu'il s'agitde Bruy^res Chalabre, « qui sont d'autre famiUe et ames que n'est le 
sieur d'Estampes, neveu de ladite Sariac. » 

(3) Ce magistrat eut plus tard I'ambition de prendre rangparmi les pontes latins 
modemes : temoin sa brochure de 30 pages in-4* dedi^e au cardinal de Riche- 
lieu, avec ce titre : loannis de Mascaras, au8cLtani,consiliarii et procurator is 
regli in Electione Armaniaca, Delphinus triumphans, Tolosse, Am. Colo- 
miez. 1640. 



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LETTRES INfiDITES DU CARDINAL D'OSSAT' 

(Suite) 



II 
Au mdme (1) 



II vous plust me commander k voire partement de ceste ville que je 
misse par ^rit comment il me sembleroit que le Roi auroit k se com- 
porter en ce refus que le Pape lui ha fait de toutes choses et en Tindi- 
gnation que Sa M** et tons les princes et seigneurs de son parti en 
concep vront, et que je le vous envoyasse k Venise. Et ja soit que dfes lors 
j'eusse voulu et deu m'en excuser, pour estre chose trop chatouilleuse 
et au dessus de ma capacite, si est-ce que pour une facility de nature 
que j'ai et pour la reverence que je porte k un si grand prince que vous 
estes, je ne m'en feus excus6 sur le champ, et k present il seroit trop 
tard. Mais j'esp^re que quelque indiscretion que je commette en vous 
ob6issant,vous pardonnerez k vous mesme, qui par votre commande- 
ment m'aurez induit k faire une chose k laquelle je ne me f usse jamais 
ing^r* de moi-mesme. 

A la v6rit6 comme Tindignit^ ha est6 ici fort grande, aussi crois-je 
que rindignation ne sera de rien moindre par deli; et qu'on y pourroit 
venir k quelque resolution violente et extreme. Je sens moi-mesme, 
qui ne suis rien, combien je m'en trouve esmeu et irrit6 en mon cueur. 
Mais apr^ que nous nous serons tons bien fort courroucfe, il faudra 
n6antmoins recognoistre que c'est un trfes mauvais conseiller que le 
courroux, en I'ardeur duquel toutes violences et extr6mitfe, pour deshon- 
nestes et dommageables qu'elles soient, semblent licites et permises; et 
des torts regus par autrui on se venge souvent sur soi-mesme. Aussi 
est-ce une brief vefureur que Tire, commeont trfes bien dit les anciens(2). 
C'est pourquoy j'estime qu*il sera bon de donner k cette furieuse pas- 
sion du temps pour se rasseoir et refroidir avant que d'entreprendre ou 
de r6soudre centre la cour de Rome rien qui puisse blesser la conscience 
et rhonneur du Roy et des siens, empirer ses affaires et affaiblir son 

(•) Voir la livraison d'avril 1894, p. 206. 

(1) L'original se Irouve Bibl. Nat. Mss. F. f. 3988-71. L'adresse porta : « Mon- 
^eigneur le due de Niyemols, pair de France, a 

(2) Ira furor breyis est. !Hoe. I Epist., u, 63. 



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— 246 — 

parti, et qui apprestast k rire aux Espagnols et aux autres ennemis de 
Sa M^ et de la France et les accreust et les renfopQast d'autant. 

Non que je craigne comme font ici quelques-uns que pour ceste indi- 
gnit6 le Roy tourneen arrifere, ou chemine de rien plus lentement en 
la voie ou il est entr6 depuis six mois. Ains je suis toutasseur^ que Sa 
M*^ vivra et mourra en la profession qu*il ha faite de la Religion 
catholique, Apostolique et Romaine, et ira loujours de bien en mieux, 
premi^rement et principalement pour ce qu'en Vkge d'environ 40 ans, 
aprfes une longue instruction et meure deliberation, il ha recongneu que 
c'esloit la vraie et la bonne religion et la seule voye de salut; seconde- 
ment et accessoirement pour son honneur et reputation, et pour se 
montrer prince veritable et constant en son serment et en ses promesses, 
et pour ne donner au monde occasion de penser qu'il ait este induict k 
se declarer catholique k ox)ndilion ou sous esperance que le Pape le 
recepvroit incontinent en sa bonne grdccou par craintede ses ennemis, 
ou pour ambition de regner, ou pour quelque leg^rete ou inconstance. 
Et voudra Sa M*^ donner par toutes ses actions un continuel e) 
perpetuel desmenti k ses dits ennemis et k tons ceux qui ont dit et vont 
encore disant qu'il n'est point vrayment converti et qu*il ne durera pas 
mesme en telle fiction et retournera dans peu de temps k faire comme 
auparavant. Et comme toutes choses lournent k bien k ceux qui aiment 
Dieu, j'ay grande esperance que les indignites qn'on vient de faire au 
Roy rendront la conversion de Sa M'^^ plus certaine et asseuree et 
sa Constance et perseverance plus remarquable et memorable : et en fin 
de compte auront servi k la piete et devotion de sa dite M^ de cela 
mesme de quoi servent au vray or la touche, le feu et autres epreuves, 
et adviendra de ceci, comme de tant d'autres que ses ennemis ont 
machine centre lui, que en lui pensant faire grand mal ils lui auront 
fait un grand bien. 

Bien craindrois-je que pour la manifere et indigne traitement qu'on 
lui ha fait et ensemble a tons les catholiques qui le suivent, il pourroit 
se laisser aller k faii-e des declarations et r^glements centre la cour de 
Rome. Et mesme qu'il n*y aura que trop de conseillers, qui seroni 
offenses autant ou plus que Sa M^^ mesme, qui le lui pourront conseil- 
ler. Mais en cela mesme je veux esperer que quand le Roy et les 
Seigneurs de son Conseil y auront bien pense, ils y iront fort retenus 
et y proc^deront avec grand maturite et moderation, regardant non k 
ce que meriteroient les indignites receues, raais plus tost k ce que 
requiert Testat present de France et le bien des affaires du Roy et de 
tout son parti, et destremperont les conseils genereux et magnanimes 



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— 247 — 

avec les utiles etexp&liens, se souvenant que la vraie magnanimity ne 
gist point k faire de grands ressentiments k son propre dommage et 
ruine, mais plus tost k n^gliger et m^priser la faulte d'autrui pour son 
grand bien, honneuret exaltation. 

Ce n'est point que je veuille dire que pour crainte de Rome ni de qui 
que ce soit on doibve laisser de faire. rien de ce qui appartiendra k la 
dignity et autorit^ royale et k Testa blissement de Sa M** ei k Tagran- 
dissement et conforlement de tout son parti : ains aprfes Thonneur de 
Dieu et le bien de la religion catholique, je r^fere le tout au diet esta- 
blissement comme estant aujourd*hui le seul moyen de conserver Testat 
et de remetti-e la France en paix et repos, et estime qu'il faut mesurer 
tons les conseils k cette mesure et les diriger a ceste seule r^le. Et 
c'est aussi ce qui me fait dire lout ce que j'ay dit jusqu'ici, et encore oe 
que je diray cy-aprfes. Par ainsi en ceste mati6re des choses qui pour- 
roient desplaireli Rome, il me sembleroit que le Roy pourroit user de 
ceste distinction et precaution : k s^voir, faire librement et hardiment 
celles qui se trouveroient necessaires ou utiles k son establissement et 
au bien de ses affaires et de son parti sans se soucier k qui elles deplai- 
roient, et au reste ne toucher en sorte du monde k pas una des autres 
qui ne lui porieroient aucune insigne utility. 

Pour exemple je mettrai en premier rang des choses que j'estime se 
debvoir ou se pouvoir faire comme necessaires ou utiles, se dire bien 
et suffisammentabsous paries Evesques deson royaumeetn^ntmoins 
avoir d&ir6 d'abondant, pour plus grande surety de sa conscience, et 
continuer k d&irer absolution du Pape;non seulementcontinuer d'aller 
a la messe, mais aussi communier et se faire sacrer, nommer aux 6ves- 
ch6s et.abbayes et autres benefices dlectifs* suivant les concordats; 
retenir pour le regard du temporel de I'Estat toutes les alliances, consi- 
derations et intelligences que les Roys ses pr6d6cesseurs lui ont laiss^ 
ou qu'il s*est acquis, garder paix avec tons ses sujets qui lui seront 
ob^issauts; se deffendre tr^s bien quand Toccasion en viendroit, non 
seulement des armes du Pape, mais aussi de ses bulles en la faQon que 
oat fait les autres Roys tpfes Chretiens et trfes calholiques, voire les 
moindres princes d'ltalieet vassaux mesmesdu Saint-Sifege, quand les 
Papes leur ont fait la guen*e; et n^nlmoins quant au dernier point en 
laisser juges pour plusieurs bons respects les courts de Parlement 
chascune en son ressort, plus lost qu'en faire lui-mesme publication 
en son nom. 

Au second rang des choses que j'estime ne debvoir estre faictes, je 
mets le reglemcnt quiavoit est^ dresseau temps dupape Gr^goireXlV 



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— 248 — 

toucbant la provision des iveschfe et abbayes, appel k ua Condle 
futur(l); se s^parer de la personne du Pape et cependant se dire uni 
au Saint-Siege; iriger un patriarche,et telles autreschoses qui seroient 
de nul profit au Roy et n^ntmoins de grand scandale et de p^rilleuse 
cons^uence k toute TEglise catbolique et prinses pour attentats de 
prince non bien converti et mesme pour recheutes, dont oultre le 
p6ch4 quant &r&me, s'ensuivroientplusieurs dommages au Royetii 
tout son parti. 

Premi^rement, le Pape et ses successeurs et toute la cour de Rome, 
qui pourra changer par la prospirit^ que Dieu envoyera au Roy, s'en 
rendroient plus durs centre Sa M^ et contre tous ceux de son parti. Et 
non seulement s'obstineroient d'advantage k ne le recognoistre point, 
mais aussi pourroient venir ^ nouvelle dtelaration et excommunication 
contre Sa M** et contre tous les siens. 

Secondement, quoy que le Pape feist ou ne feist point en r^lutions 
violences, ces resolutions violentes que le Rpy feroit contre Sa Saintet^,. 
serviroient au Roi d'Espagne et aux chefs de la Ligue de pr6texte de 
lui continuer la guerre et de s'opposer k Testablissement et k la reco- 
gnoissance de Sa M^; et tiercementcauseroient scrupules et difficultes 
aux villes de la Ligue qui auroient inclination k se ranger au debvoir 
et k recognoistre Sa M^ . 

Quartement, estant le monde compost d'une infinite d'humeurs et de 
complexions d'hommes, il y en pourroit mesme avoir parmi les catho- 
liques royauxqui entreroient en scrupulede conscience et branleroient. 
et les malins se pourroient servir de ceste occasion pour les surprendre 
et desbaucher. 

Quintement, les prince^ et peuples Strangers catholiques qui-favori- 
sent aux affaires du Roy, partie pour quelque inclination qu'ils y ont, 
partie pour craintc et haine de Thespagnol, seroient moins hardis et se 
rendroient plus f roids k se declarer pour Sa M^ et k lui aider, soit 
d'hommes ou d'argent ou de conseil ou d'autres bons offices, comme 
les princes et r^publiques d'ltalie, les princes catholiques d'Allemaigne, 
les cantons catholiques des Suisses et tels autres potenlats catholiques; 
1^ ou,sile Roy et les siens se comportent avec la moderation requise, il 
en recepvra tous les profils et utilit^s contraires aux dommages et 
dangers qui ont est* cott^s cy-dessus, que pour briefvet^ je ne sp^ci- 
fieray point. 

(1) Nous avons expose dans notre ouvrage les diverses mesures de repr^- 
sailles prises par les Farlemeqts de Tours ^\ de Ct^^lons ooQtre l^s Bulles de 
Gr^oire XIV, 



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— 249 — 

Et pour ce!qu'il s'en pourra trouver qui diront que ses prW&esseurs 
Roys out autrefois mis] la main k telles choses sans qu'il leur en soit 
mal prins, je les prieray de considdrer que )e Roy k present regnant 
ne peut faire avec si peu de danger beaucoup de choses que ses pr6d6- 
cesseurs peuvent avoir faites. Car ses pr6d6cesseurs Roys estant et 
ayant toujours estS tellement catholiques qu'il n'y avoit lieu de douter 
de leur religion, ne sembloient s'attaquer k TEglise ou au S*-Si6ge 
plus tost qu'^ la personne du Pape qui les avoit offenses. D'advanlage 
les autres rois qui avoient noise avec les Papes n'avoient leur royaume 
divis^ et mi-parti, ni tant de puissants ennemis hors la France, et 
estoient ja tons establis, r^nant pleinement et paisiblement, sans 
aucune resistance ni contradiction, et pari ant ils oni peu faire seurement 
beaucoup de choses que cestui-cy ne peult faire sans miner les 
affaires de son parti. 

Oui, mais que deviendront tant d'^ veschfe et d'abbayesqui vaquentt 
Qui pourvoyera au salut de tant d'&mes qui se perdent et se perdront k 
faulte de pasteurs? Et puis comment aura-t-on raison du Pape et de 
tant d'indignit6s qu'il ha faites au Roy et k tons les princes et sei- 
gneurs catholiques qui le suivent? Comment lui fera-t-on sentir la 
faulte qu'il ha fedcte t Fault-il que C/Cla demeure ainsi sans qu'il en soit 
fait aucun ressentiment t 

Premiferement, quant aux ^veschis et abbayes vacantes, les Roys de 
Erance depuis Frangois I*'' n'ont point accoustumd d'y faire autre chose 
que d'y nommer, faisant expAdier les brevets aux parties et les lettres 
de nomination du Pape et les lettres d'^conomat pour r6gir, en atten- 
dant les provisions de Rome. Sa M^ n'est aujourd'hui tenue k autre 
chose qu'^ cela et k cboisir des personnes dignes en qui ces charges 
soient bien colloquies. Au reste, si le Pape ne veult faire exp^dier les 
provisions, c'est k lui k en r^pondre devant Dieu; et Sa M^ sera toujours 
excuste, si elle n'ha point plus de soin des 6vesch6s et des abbayes e 
du salut des Ames que le Pape mesme. Bien accord6-je que tout prince 
souverain doibt lenir la main k ce que les choses de la Religion aillent 
comme elles doibvent et que les saints dterets soient gardes et que 
Sa M^ est aussi obligee a ce mesme debvoir en tant que cela pourra 
estre bien prins de lui. Mais au I'este pour les choses pass^es et pour le 
mauvais mesnage en quoi il est avec le Pape, il ha plus d'occasion et 
de besoin de se garder de rien entreprendre sur les choses spirituelles 
et eccl^siastiques qu'un autre prince souverain qui fust jamais, et fera, 
k mon avis, trfes sagement et trfes utilement de s'en mesler le moins 
qu'il pourra^ et en laisser faire les eccl6siastiques entre eux. 



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— 250 — 

Quant k Tautre point, k sgavoiroe que Sa M" fera done et comment 
elleaura raison du Pape et lui fera sentir la faulte qu'il ha faicte, j'ai 
estim^ dfes le commencement de ceste lettre qu'il estoit plus de besoin 
de dire ce qu'il ne debvoit point faire que non pas ce qu'il debvroit 
faire, me semblant qu'il y avoit danger qu'en la cholfere il ne fust 
dispose et conseill6 de prendre des resolutions plus courageuses qu'utiles 
et exp^dientes; mais s'il m'appartenoit de passer encore plus oultre, de 
dire mon advis sur ce que Sa M^ auroit k faire pour avoir raison des 
indignit^s qui lui ont est6 faictes etk tons les siens, je pourrois dire 
qu'il n'est pas ainsi du Pape corame des Princes temporels (1) et que 
tout Roy Chretien et catholique peult et doibt endurer patiemnient de 
lui coinme de notre P6re commun en J6sus-Christ beaucoup de choses 
qu'bn ne souffriroit d'un Prince s^culier, et que Sa M^ particuli^rement, 
qui ne fait que venir a I'Eglise catholique et k 4'obeissance du Sainl- 
Sifege, ne doibt pourchasser autre revenche ni victoire sur N.-S. P^re 
que par la patience et modestie et mesmenient en matifere de penitence 
et d'absolution. Mais en ceste mienne lettre je n'ai voulu et ne veux 
me fonder autrement en devotion ni en religion. II se pr6sentera assez 
d'autres occasions esquelles je pourrai monstrer combien je suis bon 
catholique etdevot,zel6au Saint- Siege,et pense Tavoir assez tesmoignS 
et le tesmoigne tous les jours par mes actions et par la tenue de toute 
ma vie. 

Pour ceste heure je suis content de ne mettre autre chose en consi- 
deration que le seul profit et ulilit6 du Roy et de tout son parti et 
condescens mesme k ce qu'on se revenche jusques k user de ces mots 
(qui ne sonnent gu^re bien en la bouche d*un chr6iien) de venger et de 
vengeance, pourvu que la vengeance que nous prendrons soit licite et 
a notre profit et non k Tadvantage de nos ennemis. Je dis done que 
pour bien nous venger, le Roy et les princes et seigneurs qui lui assis- 
tent doibvenl d'un cost6 monlrer au monde tout le contraire de ce que 
le Pape dit d'eux, et d'autre cost6 employer toutes leurs pens^es et 
toutes leurs forces et moyens a c^ que des refus que le Pape leur ha 
faicts r^uscisse tout le contraire de ce qu'il s'en est propose et qu'il en 
ha esp^re. 

En premier lieu le Pape dit que le Roy n'est point vraiment con verti 
et qu'il n'en monstre aucun signe, etque les c^tholiques qui le suivent 
ne sont point bons catholiques. 

Si on faisoit coutre le Pape quelque resolution violente et scanda- 

(1) D'Ussat exprime la meme idee presque dans les memos terraes dans sa 
leitre au marquis de Pisaiiy : Lett res de d'Ossat^ M, Amelot, i, p. 231. 



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— 251 — 

leuse, ce ne seroit point lui faire sentir la faulte, ains plus tost donner 
4 croire & lui et au monde qu'il auroit bieu diet et bien faict, et justifier 
ses propres actions et donner occasion aux hommes de dire que Dieu 
auroit bien inspire Sa S^* de dire et faire comme elle ha faict. Mais si 
le Roy va toujours en augmentant et prend garde k soi diligemment 
qu'il n'aye en son ^me aucune pensfe, ni en ses propos aucun mot, ni 
en ses faicts aucune action, contenance, ni geste qui ne soit d*un bon 
et parfait catliolique, et si les princes et seigneurs de son conseil en font 
de mesme et s'abstenans de conseils violents et scandalous, lui conseil- 
lent pour le regard des aflEaires de Rome et autres eccl6siastiques toutes 
choses douces et mod^r^s, par ce moyen, oultre les profits qui ont 6t6 
diets tantost, Sa M'* et tons les diets princes et seigneurs auront raison 
du Pape, faisant voir^chascun qu'il a mal parl6 et mal faict en bias- 
mant et rejetant la conversion d'unsi bon Roy, si d^vot et si pers6v6- . 
rant et Tintercession et pri^res tr6s humbles, de si bons princes et 
seigneurs si catholiques et si z616s que mesme quand ils sont si mal et 
si indignement trait^s et qu'on leur donne tant d'occasions de s'aigrir 
et de se despiter, n&mimoins ils se contiennent en leur debvoir et 
s'abstiennent de ce ^ quoi la juste douleur pousseroit beaucoup d'autres 
de nation et de complexion plus patiente et plus froide que n'est ordi- 
nairement celle des Francois. 

En second lieu, le Pape. par lesdits propos, par ses refuset par toutes 
ses rigueurs ha voulu deservir le Roy et tout son parti, et lui oster tout 
credit et autorit^ et le miner de reputation et de force et de moyens,non 
seulement en empeschant que nul de la Ligue ne se rangeast du cost6 
de Sa M^, mais aussi procuranl que les catholiques qui le suivent le 
laissassent et abandonnassent. Le moyen de frustrer le Pape de cette 
sienne esp^rance et de rendre vaine toute ceste sienne procedure n'est 
point de publier des dtelarations et 6dits contre lui et centre la cour de 
Rome (ains cela aideroit plus tost k son intention), mais bien de se 
d^larer et monstrer par bons effets plus devot en vers Dieu et en vers 
le S'-Si6ge que ceux-lk mesme, qui regoipvent toutes faveurs de Sa 
*Sw, et au reste tacher par toutes voies hcites et g^n^reuses non seule- 
ment de conserver ce que Sa M^*^ ha conquis, mais aussi de conquesler 
oe qui lui reste, et estre d'autant plus soigneux de Tun et de Tautre 
qu'il voit d'artifices et forces dresses contre lui.Excitez plus que jamais 
son incomparable valeur et prouesse et sa vigilance et vistesse et les 
temp^rez n^antmoins par sa prudence et son bon conseil dont il usera 
en la conduite de tous ses affaires tant civiles que militaires. Accom- 
paguez aussi, corroborez la generosity et haultesse de ses entreprises 



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— 252 — 

par la temperance et abstinence des volupt&i qui dirobent le temps, 
destournent des affaires, font perdre de belles occasions, diminuent la 
vigueur du corps et la vivacity de I'esprit, donnent mauvais nom, 
causent haine et mespris et bien souvent offrent aux ennemis la com- 
modity et moyen de venir k bout de Tassassinat dfes longtemps projetfi 
et par autres voies en vain recherche et attent^. 

Accompagnez encore la force avec Tart en entretenant et augmentant 
les soupQons et deffiances qui sont parmi les choses de la Ligue et y en 
semant de nouvelles et leur soustrayant ce peu de noblesse qu'ils ont 
de leur cost^, les uns apr^s les autres, et continuant cependant a leur 
offrir tousjours la paix et en g^n^ral k tons et en particulier k chascun, 
pour entre autres fins les descrier avec leurs villes et peuples qui se 
sont laiss^s s6duire par eux et qui en temps de guerre endurent toutes 
. sortes de n6cessit6s; et, pour faire voir de plus en plus auxdictes villes 
et peuples que ce sont lesdicts chefs de la Ligue qui les tiennent en 
guerre et en ndcessit^ et mis^re et que Sa M*^ au contraire, s'estant 
mise en tons les debvoirs du monde envers Dieu et envers les hommes 
ne demande que paix et les mettre tous k leur aise, faire aussi exhorter 
et sommer les dictes villes et peuples tant par lettres que par bommes 
exprfes, gens d'entendement, bien disans et agr&ibles aux communautes 
de recognoislre qu'ils doibvent se ranger k la raison et se d61ivrer de 
calamity et mis^res^ oflrant k celles qui reviendront sans force de les 
exempter de garnisons et de toutes charges extraordinaires impost 
pendant cette guerre et de se contenter d'estre recongneu pour Roy et de 
recepvoir les droicts royaux qu'on payoit au Roy ddfunt avant oes der- 
niers troubles, et de moins encore si faire se peult et si la seuret^ et 
Tentretfenement de TEstat le comporte, promettant encore aux dictes 
villes que celles qui seront les premieres k se ranger k rob^issance du 
Roy seront aussi les mieux trait6es et les mieux recongneues,et sp^a- 
lement privil6gi6es. Aussi penserai-je que la pacification du Royaurae 
par accords particuliers de chacune ville et de chacun seigneur ou de 
peu de villes et de seigneurs k part seroit plus profitable au Roy et de 
moindre prejudice k la couronne que par bon accord g6n6ral de toute la 
Ligue ensemble, pour ce que, entre autres raisons, ce parti Ik en 
demeureroit moins entier et plus descousu et d&uni, et la rteidive et 
le contrepoids en seroit moins k craindre; comme aussi me sembleroit- 
il qu'il ne faudroit pasais^ment rentrer en confidence de paix g6n^ale, 
si Sa M^ n'avoit assurance que Taccord se concluerait en peu de jours 
et jamais en tresve pour ne remettre les villes de la Ligue en esp6- 
rance de paix et hors de necessity, et par ce moyen mesme retarder 



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— 253 — 

d'autant leur reduction et pour ne dormer aux choses de ladite Ligue 
temps et commoditds de faire leur brigue et complots tant dedans que 
dehors le royaume et d'attendre le secours d'Hespagne. 

Et pour ce qu'il reste taut et tant k conqu^rir. qu*il ne seroit possible 
de venir k bout de tout par pointe de lance, de quelque art mesme 
qu'on puisse accompagner la force, il est nteessaire de trouver moyen 
d'en abr^ger le chemin en attirant et faisant venir les peuples k Tob^is- 
sance du Roy de leur bon gr^ et franche volont^ et de leur propre 
mouvement. Ce moyen pourra estre estim6 grossier quand je Taurai 
propose. Aussi d'un bomme grossier et simple ne peuvent sortir que 
choses gi'ossi^res^ oultre que des choses de la voie humaine et qui 
consistent en essays et doivent estre mises en pratique, il ne s'en peult 
ni doibt dire rien de nouveau et inusit6. Et en tout ce que j*ay diet 
jusqu*ici et que je diray cy-apr^s, je n'ay pens^ qu'^ vous obiir et non 
k direKjhoses obscures et myst6rieuses et qui ne feussent trop mieux 
sceues non seulement de vous, Monseigneur, qui exoellez en toutes 
choses d'Estat et de gouvernement comme en toutes autres dignes d'un 
grand prince, mais aussi de toutes person nes m^diocres. Ce moyen 
done que, nonobstant sa simplicity, j'estime de tr6s grande importance 
et quasi seul et unique, pour ne vous le faire plus attendre, est d'estre 
bon Roy envers ceux qui ob6issent desj^, pourvoyant k leur seuret^ et 
conmiodit^, les traitant au mieux que le malheur du temps pourra 
comporter et leur diminuant les calamit6s de la gueri'e en tant qu'il 
sera possible et les rendant en tout et partout de meilleure condition 
que ne sont ceux qui ob^issent aux chefs de la Ligue : et ce par la 
bonne discipline militaire que le Roy fera garder en ses armees autant 
que la nature des guerres civiles en est capable, et par la juste distri- 
bution des charges et offices qu'il fera proportionn^s aux m^rites et k 
la dignity des personnes qu'il estimera debvoir commander (comme il 
appartiendroit k tons magistrats) pour le bien du peuple plus que pour 
leur profit particulier, par la bonne justice qu'il fera rendre k tous ses 
subjels en public et en privi, par Thumanit^ et bont6 dont il usera tant 
envers les nouveaux venus k son ob^issance qu'envers ceux qui sont 
toujours demeur6s en leur debvoir, par le bon ordre et police qu'il fera 
garder en toutes ses villes, par Tabondance des vivres et de toutes 
choses n6cessaires et commodity k la vie humaine qu'il y fera procurer 
et par toutes les autres choses qui pourront rendre ses subjets aises, 
commodes, contents, g6n6reux : tant pource qu'il se doit toujours faire 
ainsi (quand bien un Prince souverain n'auroit aucune resistance k 
son establissement ni rien k conqu^rir, et que c'est la fin pour laquelle 



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- 454 - 

les Roys et tous les magistrals ont est^ institu^s, que aussi afin que 
les peuples des villes de la Ligue sgachent qu'ils seront sous Sa M^* 
non seulement plus justement ei plus l^gilimement, mais aussi plus 
seurementjplus commod^raent et plus heureusement,que quand bien il 
seroit loisibie d'eslire et d'establir un Roy en France a leur plaisir, 
ils n'en sauroient choisir un plus digne ni meilleur que cehii-lk mesme 
que le droict d'ainesse du sang royal et les lois et coustumes du Royaume 
appellent k estre coronn^. 

Les peuples sont ordinairement si amateurs de leur aise et si d^sireux 
de bon traitement, d'ailleurs les Francois sont pour le jourd'hui si las 
de guerre et si mal contents de ceux qui leur ont command^, qu'ils se 
donneront volontiers k celui de qui ils penseront estre mieux trait^, 
quand bien au reste il n'auroit la raeilleure cause; mais ils s'y range- 
ront bien tant plus volontiers quand le droit sera encore de son coste. 

Par tous ces moyens done, les intentions et espefances de cevfs. qui 
ont voulu m^liorer la condition de la Ligue, empirer celle du Roy, 
seront du tout f rustrees et, qui plus est,ils seront eux-mesmes conlraincts 
d accorder k Sa M^^ toui ce qu'elle voudra d'eux et mesme k luy faire 
offrir sous main un jour ce qu'ils viennent de luy refuser si ouverte- 
ment etsi publiquemeni; c^r il doibt tenir pour certain que comme ses 
affaires iront en France, ainsi iront-ils k Rome; et que quand il seroit 
le meilleur catholique du monde jusqu a faire des miracles tous les 
jours et a toule heure, si toutesfois il estoit peu heureux au faict de la 
guerre et de ses conqu^tes, il ne seroit jamais recongneu pour Roy k 
Rome; comme au conlraire,il ne seroit que tolerable catholique, comme 
il doibt aspirer k estre le meilleur de tous, si toutesfois par la force et 
par sa bonne conduile il vient au-dessus de ses affaires en France, on 
lui offrira du cost6 de Rome ce qu'on lui ha si indignement refuse. 

Et ainsi sera-t-il bien veng6 du Pape, des Hespagnols et de toute la 
Ligue et veng^ d'une vengeance licite, chr^tienne et catholique et la 
plus utile et honorable qui puisse estre, 1^ oil Tautre fagon de se venger 
par dtelaration, 6dits et r^lements centre le Pape et centre la cout de 
Rome n'auroit en soy nul de tous ces biens,ains auroit tous les maux 
contraires,et pour cela m^me est d^sir6 et attendu des Hespagnols etde 
leurs adh^rans. 

Ouy, mais c'est une vengeance trop douce quine pique point, et les 
hommes griefvement offensds veulent une vengeance qui poigne bien 
advant. Quand ainsi seroit qu'elle ne seroit trop cuisante, nous serions 
assez r^compens^ par tant d autres biens qu'elle ha et par tant de 
maux et d'inconv^niens que par ce moyen nous ^viterions, oultre la 



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S 



— 255 -• 

consideration du Pape qui nous est a tous P6re commun, encore que 
pour ceste heure il ne nous traite gu6res en enfants, en laquelle j*ay 
deja diet ne vouloir pas entrer. Mais la veril6 est que ceste sorte de 
vengeance n*ha point faulto de poinle; ains commc elle est permise 
contre qui que ce soit,aussi est -elle la plus poignante et la plus doulou- 
reuse qui puisse estre, si celui qui ha fait le tort ha eu mauvaise inten- 
tion et s'il ha tant soit peu de cueur et de sentiment, chascun de nous 
le peult concepvoir en soy mesme, car quel cr^vecueur plus grand nous 
pourroit advenir que de veoir que celui que nous avons pers6cut6, 
descrie, mesprise et vilipend^ comme le dernier de tous les hommes et 
voulu faire pers^uler, descrier, mespriser et vilipender par tout le monde 
et le r^uire en extresme ruine et calamity, ha par cest effort nostre et 
par nostre injure propre accru et redouble son premier soin et vigilance, 
son courage, sa prouesse, sa temperance, sa prudence, sa pi6te et 
devotion, sa justice et ses autres vertuset, nonobstant nostre detraction, 
nos empescheraents et notre persecution ait augmente sa premiere 
reputation et Famour des peuples envers luy et non seulement retenu 
oeux qui luy ja obeissoient, mais aussi partie par doulx moyens, partie 
par force, reduict k soy leur desobeissance et, malgre nous (qu'il avoit 
en toute humilite recorcbes), soit venu au bout de ses affaires et 
reconnu Roy du premier et du plus puissant Royaurae de chrestiente 
et nous ait contraincls nous mesmes k lui presenter ce que nous luy 
avions refuse avec toutes les indignites du monde. Quant ^ moy j'estirae 
qu'il n'y ha rien de plus pesant et oultrant que cela* 

C*est done cette vengeance, de par Dieu, h laquelle il nous fault 
tendre. Quant k ceste autre precipiteuse et furieuse, illicite et impie et 
qui apporte infamie, ruine et desolation k qui en use, et aux ennemis 
honneur et gloire, profict et grandeur, joie et liesse, il ne nous y fault 
pas seulement penser, et je m'asseure dej^ que le Roy prendra ceste-cy 
rassise et sage, pie et sainte, honorable, salulaire et combiee de tout 
plaisir et joye et de tout bonheur, k son plein et entier establissement 
et exaltation et k la confusion et ruine de ses ennemis. Je prie Dieu 
qu'il lui en fasse la gr^ce et k tous les princes et seigneurs de son parti 
de le lui conseiller et la prendre aussi eux-mesmes tous ensemble et 
chascun k part soy, et qu'il vous doint k vous, Monseigneur, en parfaite 
sante tr6s longue et tr^s heureuse vie. 

De Rome, ce 5 fevrier 1594. 

Votre tr6s humble et trfes obeissant serviteur. A. d'Ossat. 

{Aauivre.) A. DEGERT. 



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m fiLOGE DE GASTON IV. CONTE DE FOIX 



M. Henri Courteault vient de publier pour la Soci6l6 de I'Histoire 
de France le tome premier de VHistoire de Gaston IV, comte de 
FoiXy par Guillaume Leseur, Chronique fram^aise in^dite du xv« 
Steele. (Paris, 1893, grand in-8<».) J en extrais quelques lignes sur le 
prince qui en est le h6ros : t Aussy luy sceurent bien dire comme 
c'estoit ung jeune et beau prince, grand et puissant de corps, hault et 
droit, crois6 d'espaules et bien fendu de bras et de jambes, bel en robe, 
plus bel en arme, trfes bel et asseur6 chevaucheur, ayant bonne main, 
bon esperon et bien domptant un cheval, pour estourdy ou rude qu'il 
pent estre; et ne se peurent taire que, arm6 et k cheval, ils luy avoient 
veu manier une grosse lance d'armes et la courir le long d'un gueret 
en s'esbatant et s'essayant avec un tas de jeunes seigneurs et gentils- 
hommes de sa maison, et louoient fort sa puissance et belle fa^n de 
courir et de bien manier son boays, disant qu'en luy avoit un puis- 
sant, bel et adroit gendarme, bon et seilr coureur et fort aysi^ en son 
harnoys; ne taisoint pas aussy son trfes bel et s4igaeurial maintien, 
Tasseuree, fiere et audacieuse contenance qu'il avoit, tenant couraigeux 
et fauls termes k ses ennemis et \k oii faire le devoit (1). ... » (p. 62-63). 

(I) Ce naif lyrisme fournit k T^diteur Toccasion de cette remarque spirituelle 
(Introduction, p. xvii): a Ce n'^tait pas (Guillaume Leseur) un meridional, 
quoique parfois ses 41ans d'enthousiasme le rendraient digne de Tetre. » Du 
reste, ce n'esl pas seulement Leseur qui exalte la « belle estature, force et puis- 
sance » de Gaston : c'est aussi, comme le remarque M. Courteault (note 1, p. 63), 
un autre chroniqueur contemporain, Michel du Bemis (Edition Buchon, Pan- 
theon litteraire, 1841, p. 598). Combien je voudrais que notre ch6re Society des 
Archiyes historiques de Gascogne pubMt, d'apr^s le manuscrit original conserve 
aux archives des Basses- Pyrenees, la trfes interessante Chronique des comte^ 
de FoiWy mise sons le nom de Miguel del Verms ! Buchon avait maX lu le uom du 
chroniqueur : il n'a pas moins mal lu le texte de sa Chronique. Une nouvelle 
edition s'impose, richement annotee. et j'espere que les erudits pourront bient6 
la rapprocher de la chronique de Guillaume Leseur et de celle d'un autre contem- 
porain.Arnaud Esquerrier, tresorier du comte de Foix,si heureusement retrouvee 
par M. E. Pasquier, actif archiviste de I'Arifege, qui va la mettre entre nos 
mains avec tout Tappareil d'erudition qu'on peut attendre de lui. 

[On me permettra d'aj outer ici,— A Tadresse d'un des meilleurs collaborateurs 
de nos oheres Archives, — que la Reoue historique du mois d'avril 1880 expri- 
mait en ces termes un voeu encore inexauce au bout de quatorze ans : « Nous 
Toudrions que M. Cable nous donn&t une edition correcte et annotee de Miquel 
del Verms pour remplacer redition incorrecte de Buchon. » — L. C] 



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— 257 — 

Non content d'avoir donn6 un tel coup de pinceau, Guillaume 
Leseur revient complaisamment sur le portrait physique de son maltre 
(p. 110-111) : « Nostre dit prince, duquel la monstre et representacion 
estoit indiciblement agreable et plaisante aux yeux de ses beneur^s 
subgets et de tous ceux qui le voyoint. Car il estoit grand homme, 
hault et droit, fendu dc bras et de jambes, il avoit seure main, bon 
esperon, et si estoit bon et asseure chevaucheur et le plus beau gen- 
darme que on sceut voir et regarder; et, soubs sa trfes riche salade, 
monsiroit un trte bel, plaisant, jeune et froys visage, joyeux et tout 
amoureux, k ungs beaux yeux voers et rians, ung regard fier et eveill^, 
un sourris voultis (1), ung hault et large front blanc et luysant soubs 
son beau chief, un n^ droit et align6, unes joes vermeilles et sa face 
d'un teint si bien compos6 que oertes, k veoir sa tr^ belle figure ame- 
surement proportionnte, tout oeil humain se delectoit, et le povoit-on 
bien juger assouvy de toultes les beautes que on scauroit ne pourroit 
sou baiter en homme parfait et tout acomply. » 

T. DE L. 



(1) Rappelons, pour quelques-uns seulement de nos lecteurs, que/roys veut 
dire frais, ooers, nuances, varies, et oouUis, arrondi, offrant des courbes gra- 
cieuses. 

(2; L*6diteur met en note : « II nous reste de Gaston IV un portrait qu'on peut 
rapprocher de cette description de Leseur,il nous a 6t6 conserve par Montfaucon 
dans ses Monumens de la monarch ie frangoise (Paris, 1731, in-f% t. in, p. 278, 
plancbe lviu), d'apr^s une miniature d'un manViscrit de Berry. Gaston est 
repr^sent^ en armes, k cheval, T^cu au bras et sur T^cu les armes de Foix et de 
B^am. » 

» Je vais citer une autre note de M. Courteault qui montre Timportance 
des recits de son auteur pour Thistoire de la Gascogne (p. 97) : « Get episode de 
la guerre de Guyenne (premiers mois de 1450),auquel Guillaume Leseur consacre 
tout un chapitre, ne nous est connu que par lui; tous les autres chroniqueurs 
n*en disent rien. Ce chapitre de Leseur est done tr^s pr6cieux, puisqu'il donne 
des details int^ressants et absolument inconnus jusqu'li ce jour sur un Episode 
de la repri.se de la Guyenne sur les Anglais. On ne savait gu^re comment tout 
le pays compris entre le golfe de Gascogne, Bayonne, Dax, le B^arn et la 
Soule, ^taitrentr6 sous Tautorit^ frangaise; G. Leseur nous Tapprend dans ces 
quelques pages. Ajoutons que son r^cit si neuf n'a encore ^t^ utilise par aucun 
historien. » 



Tome XXXV. 17 



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M. AD. MAGEN 



Ph. Tamieey de Larroque. — Adolphe Maobn (1818*1893). Agen^ o* Lomy. 

1894. In-4- de 23 p. 
G. Tholin . — Adolphe Magen. Notes biographiques. Discours prononces 

i Toccasion de ses fun^railles. Auchy impr, L^once Cockaraux. i894. 

In-8* de 33 p. 

Notre excellent collaborateur, M. Tamizey de Larroque, d^ait 
nagu6re les Lettres in^ditea de Ramond: « A Adolphe Magen, — qui 
pendant plus d'un demi-sifecle, — se consacra tout entier ~ k noire 
cher Agenais. » Or, quand j'ai eu le plaisir de parler ici, en d^mbre 
dernier, de cette int6ressante publication, Ad. Magen n'^tait plus et les 
demi^res pages qu'il ait ferites avaient pr6cis6ment ces lettres pour 
objet. II s'est 6teint au comn^encement d'octobreet toutes sortes d'hom- 
mages ont dte rendus k sa m6moire. Les plus int^ressants et les plus 
durables sont sans doute les deux notices dont je Wens de transcrire les 
titres : oelle de M.T.de L,,in86r6ed'aborddanslai?eoae del* Agenais, 
que M. Magen dirigeait depuis Torigine; celle de M. Tholin, destiniei 
servir d'introduction k un ouvrage posthume du savant regrett6 : ie 
Seffistredeajurade^ d'Agen de 1S44 d 1354. Cest surtout en emprun* 
tant quelques traits k ces deux t^moignages, 6galement recommandis 
par I'amour et la pratique des mftmes travaux et par Tintindt^ d'une 
longueet constante amiti^, que je voudrais &mon tour payer un humble 
tribut de bon souvenir k la m^moire d'Ad. Magen. Vou6 presque sans 
reserve k FAgenais^ il n'a fourni, oe me semhle, qu'un seul article k la 
Revue de Gascogne (1); mais peu de savants ont t^moignd en toute 
occasion autant d'int^r^ k cette oeuvre modeste et^ surtout dans les 
moments difficiles, ont su encourager avec autant de cordiality notre 
Sod^t^ historique et son trfes indigne president. 

II ^lait hA it Agen le 19 octobre 1818, d'une famille < que reeom- 
mandaient ses traditions de probity, lafermet^ de ses principes religieux 
et de ses convictions politiques et cette d^licatesse de sentiment d'ou 
derive une courtoisie naturelle (G. T.). > II n'est ni le seul id le pre- 
mier de cette famille qui ait attach^ k son nom des titres litt^raires : 
son cousin Eugene, ancien capitaine de fr^te, a public d'int^ressants 

(1) Tome xin, p. 541. Cast une 6tude sur la nouvelle Edition de D. Vaiss^te, 
8i vaillamment entreprise par un ami d'Ad. Magen, le libraire Ed, Privat. 



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*- 259 — 

travaux gtographiques, et son fr^re aln6 Hippolyte, lanc6 dcJ bonne 
heure dans la politique la plus avanc^e et la plus militante, a produit 
une quantity d'oeuvres historiques et litt^raires qui contraslent par les 
id^es et par la forme avec les travaux du cadet. Celui-ci resta toujours 
fiddle aux traditions religieuses de son foyer et aux lemons de sa mfere; 
ce fut Tun des chagrins de sa laborieuse jeunesse de n'avoir pu arriver 
k temps de Paris pour recevoir le dernier soupir de cette femme excel* 
lente. II 6tudiait alors en pharmacie, aprfes avoir fait'ses classes en bon 
6colier dans sa ville natale. Appliqu^ en toute conscience k ses cours 
professionnels^ou il acquit des connaissances scientifiques qui devaient 
lui assurer une notoridt^ tout k fait hors ligne dans son milieu provin- 
cial, il sut pourtant trouver le temps et les moyens de se faire en bouqui- 
nant im premier fonds de biblioth^ue historique. Passionn^ pour les 
lettres, il osa se presenter chez les (k^rivains les plus renomm^ d'alors, 
Chateaubriand, Aug. Thierry, Charles Nodier surtout. Enfin il fr6- 
quenta trfes assidument le cours de Michelet, dont il citait encore de 
m^oire^ ^ la fin de sa vie, des vues originales et des traits saillants. 

Malgr6 sa predilection pour Thistoire, il s'appliqua constamment, 
depuis son retour k Agen comme pendant son s^jour k Paris, k suivre 
le mouvement scientifique et k se perfectionner dans ses Etudes spfciales. 
Des articles publics dans divers recueils (1) en feraient foi an besoin,et 
surtout les nombreux procfes-verbaux qu'il a r^digfe et imprim68, 
comme secretaire g6n6ral de deux Soci^tfe agenaises : le Conseil 
d'hygi^ne publique et le Conseil d'^tude et de vigilance centre le phyl- 
loxera. Pourtant c'est surtout k I'histoire de TAgenais qu'il consacra 
ses veilles et sa plume. Mais ce ne fut gufere qu'aprfes quinze ans de 
preparation qu'il fit son debut serieux dans oes etudes deiicates, en 
publiant avec des annotations critiques les deux preraiferes dissertations 
d'Argenton : les Nitiobriges {18^6); les Litres liiurgiques de V^glise 
d'Agen (1861). La Revue de Chscogne en parladte lors (2)et telle fut 
entre lui et moi Torigine de relations litteraires tr^ affectueuses, qui 
n'ont ete interrompues que par sa mort. 

Ses publications historiques se sont succede depuis sans interruption. 
La plupart sont pen volumineuses, mais toutes ajoutent qudque chose 

(1) La plupart de ses premiers essais furemt poortant litteraires. M. Tholiii 
signale un portrait du Pharmacien, 6cni pendant le s^jour ^ Paris pour le recueil 
des Frangais peintspar euas-mSmes, qui ne Tins^ra pas, quoiqu'il ne fut poini 
pour « d^parer la galerie. » 

(2) Tome iv (1863), p. 380-384. Une r^cente publication d« M. A. Claudia 
m'am^nera, sous peu, k revenir sur un detail de ma critique des Liores littir^i- 
quea d*Agen. 



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~ 260 — 

k la connaissance du pass^ provincial qui captivait si puissamment la 
sympathie et Tactivit^ de rexoellent travailleur. J'en signale quelques- 
unes parmi celles qui m'ont paru particuli^rement neuves ou atla- 
chantes : la Ville d*Agen sous le s^n^chalat de Pierre de Peyro- 
nenc, seigneur de Saint" Chamarand {1588-1591), cuheux mdmoire 
sur la Ligue en province, lu k la Sorbonne en 1865; — Documents sur 
Jules-Cdsar Scaliger et safamille (1872), contribution importante k 
Tune des plus notables biographies litt^raires du seizifeme si^le; 
— Archives municipales d'Agen. Chartes de 1189 d 1S28 (Ville- 
neuve-sur-L'ot, 1876. In-4°), premifere sine, qui, malheureusement, 
n'a pas eu de suite, mais qui renferme les textes les plus anciens et les 
plus importants de I'histoire communale d'Agen; — la Troupe de 
Moli^re d, Agen, d'apr^s un document in^dit (1878), plaquette de 40 
pages que les Moliiristes rangent parmi leurs curiositis provinciales les 
plus fouillies; — Faits d'armes de Geoffroy de Vivant (Agen, Len- 
thiric, 1878), Mition trfes bien priparAe de ces int6ressants m6moires 
du seizi^me si6cle, que M. Magen a sauv^ de Toubli. J'omets une 
foulepresque innombrable de titres alltehants, qu'on pent trouver dans 
la prfeieuse Bibliographic g^n^rale de VAgenais de M. J. Andrieu 
(ii, 97-102; ni, 24); j'appelle surtout Tattention sur les notices 
biographiques et sur les comptes-rendus developp6s, consacr6s en 
si grand nombre aux bommes et aux oeuvres de la r^on par un 
critique qui sut toujours unir sans effort Faccent d'un cobutn chaud et 
d'une large sympathie avec le sentiment tr6s vif du gout et de la 
justice. 

Essaierai-je, k ce propos, de caractiriser Tterivain que nous avons 
perdu? La chose est faite et je ne puis que renvoyer aux deux notices 
qui se compl^tent it merveille, parce que, si NV T. de L. a prodigui 
avec charme les anecdotes caractiristiques, M. G. Tholin a marquiles 
grands traits d'un crayon trfes souple et tr^s ferme. M. Magen s'itait 
formi lui-mftme aux travaux pal^raphiques et archtologiques, et dans 
une ville de province aux ressources limif^s, et encore, pour ainsi 
dire (il ne manquait pas de le declarer k I'occasion), k ses moments 
perdus : son Erudition ne pouvait 6tre absolument sure et compl^; 
mais sa finesse native, sa conscience scrupuleuse, sa parfaite modestie, 
ses instincts et ses habitudes de prudence et de travail persivirant Tout 
presque toujours mis k Tabri de Terreur. Quant k sa fagon de mettre 
en OBuvre les risultats de ses recherches, s'il y avait quelque chose k 
reprendre dan^sa mdthode, c'itait un exc6s de soin et un souci exagdri 
du fini dans la forme. 



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- 261 — 

. . • Une seale qaestion a pa nous diviser, ^rit k ce propos M. T. de L. , 
roais une question d'ordre purement litt^raire. Magen, qui souhaitait plus 
de 8ucc6s k mes travaux qu'i ses propres travaux, me reprochait d'6crire 
trop vite et insistait pour qu'une sage lenteur succMAt d6flnitivement a 
une fougueusepr^ipitation. . . II m'identiflait ^ un train-^lair, et je Tao- 
cusais de ne monter qu'en un train de petite vitesse. II d6olarait que je ne 
lechais pas assez mes oursons, et moi je pr^tendais qu'il tailiaii ses ifs aveo 
la trop minutieuse r^ularit^ des jardins de Versailles. . . CStait un perpd- 
tuel assaut de plaisanteries et de m6taphores et jamais qtierelles n'ont ^i& k 
la fois plus persistantes et plus amicales. 

Ce beau d^faut venait de deux qualilfe bien estimables : la conscience, 
qui itmt aussi delicate chez Tterivain que cbez le professionnel et 
chez rhomme priv6; le gout litt^raire, qu*il avait aussi sdr que pas- 
sionn6. Ce gout ne va pas sans Tamour du beau en tout genre, en 
particulier sans Tamour de Tart. M. Magen fut noramfi par acclama- 
tion president de la Soci^t4 du Mus^ d'Agen, d^ la fondation, et il a 
contribu6 plus que personne, h travers des pAripities souvent difficiles 
et p^nibles, k enrichir et a organiser cetle collection, « qui honore aujour- 
d'hui sa ville natale. » 

Sans avoir beaucoup voyage, M. Magen dtait unconnaisseuren peinture 
et en estampes. Tout ce qui etait beau, original le sMuisait; il ne pouvait 
supporter en rien le laid et le mediocre. II souffrait r^ellement de feuilleter 
un livre mal imprim6; il ne Tadmetlait que forc6 et contraint, k prendre 
place sur les rayons de sa biblioth^ue parmi tant d'autres qu'il proposait 
comme modMeauxediteurs assez avis^ pour soUiciter ses oonseils. (G. Th.) 

Son action absolument pr^pond^rante dans toutes les Soci^tte de sa 
ville natale marque k la fois la valeur du savant et celle de Thomme. 
Je n'ai pas encore nomm^ la plus importanie de toutes, la Soci^tA 
d'agriculture, sciences et arts d*Agen, dont il fut secretaire perp^tuel 
depuis 1857 jusqu'^ sa mort. Cette compagnie public chaque ann^e un 
recueil important et JHStement estim^, pr^s duquel s'est plac^ depuis 
longues ann6es un periodique semi-mensuel, la Revue de VAgenaia, 
Or, M. Magen 6tait TAme, et pour parler plus nettement, le directeur, 
le correcteur et Tarbitre de ces deux publications. Je n'ose pas dire, 
quoique j'eu^se peut-^tre quelque raison personnelle d*y insister, ce que 
suppose de Constance et de d^vouement une double tAche de cet ordre. 

Lui seul avait le choix des memoires on des articles k insurer dans le 
Recueil et dans la Recue. 11 n'eliminait qw'k bon escient; il retouchait un 
bon nombre de travaux destines k Mre publies. Nul — je tiens de lui ce 
detail — ne s'est jamais plaint d'une revision aussi intelligente qu'amicale, 
un seal excepts qui de cinquante corrections proposees ne vouluten admettre 
ancune. Mais aussi c*etait un po^te... (G. ThO 

Et n^anmoins cest peut-6tre en revoyant des vers qu'il faisait 



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~ 2e2 — 

le mieux appr^er la surety de son gout et la souplesse de son 
esprit. Mais s'il imposa si pleinement et si constamment son autorit^ 
litt^raire, il faut Taltribuer, autant qu*^ T^tendue de son savoir et k la 
droiture de son jugement, k ses rares qualit^s morales : modestie, 
abnegation, cordiality, courtoisie irr^prochable unie k la simplicity et k 
la franchise. On ne rfeistait pas k ces dons heureux, que je crois lire 
encore dans Texcellent portrait que M. Tholin a joint k sa notice. Ses 
deux biographes ont racont6 Tun et Tautre (T. de L., 4; G. Th., 11) 
leur premifere entrevue avec celui qui devint tout de suite leur collabo- 
rateur et leur ami. Je pourrais dire k mon tour combien je me senlis 
gagn6 la pr^miferefois qu'il me reQut chez lui, parmi ses livres et ses 
papiers trop iucompl^tement sauv^s d'une funeste inondation. Plus sa 
parole 6tait modeste, plus son charme agissait; ses compliments polis 
d^passaient assur^ment la justice rigoureuse, mais des restrictions 
dquitables s*y joignaient avec un surcroitd'int6r6taffectueux; le biblio- 
phile passionn6 se trahissait en me montrant quelques perles de son 
tr^sor, et la g^n^rosit^ de Thomme en m'obligeant k eraporter, comme 
souvenir, un petit livre rare que j'avais jusqu'alors inutilement cherche. 
Je ne veux pas insister aprfes deux t^moins plus comp^tents et mieux 
places que moi. Mais, quoique je dispose de bien peu d'espace, je tieDS 
k donner ici un sonnet ou Ad.Magen mesemble avoir mis le meilleur, 
je ne dis pas de son talent^ mais de son kme : 

Danse macabre 

Jeunes ou vieux, ayons tou jours en la pens^ 
Qu'un spectre have et nu, sans pourpre ni paillon, 
La mort, cette danseuse dpre et jamais lass6e, 
Du bal universel m6ne le cotillon. 

Elle pousse sans bruit Theureuse flanc6e 
Et le vieillard morose au m6me tourbillon; 
On la volt tour k tour, froldement empress^e, 
Arracher Tun du trone et Tautre du siUon. 

Que m'importent k moi tes faciles victoires, 

O mort? quand nous ferons, k deux, les noces noires, 

Cet hymen inf^cond de deux coeurs sans ampur, 

Presse-moi sur ton sein une heure, une seconde, 
Moins encor, je m'en ris. Fuyant ta nuit immonde, 
Mon ame s'en ira, plus rapide, au grand jour. 

« 11 appartient aux &mes fortes, dit tr^s bien 1^-dessus M. Georges 

Tholin, k ceux dont la conscience est droite et dont la vie est pure, de 

r6p6ter avec les livres saints : mors I ubi est stimulus tuusf mors! 

ubi est victoria tua f » 

UoNCE COUTURE, 



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SOIREES ARCHEOLOGIQUES 

AUX ARCHIVES d6PARTEMENTALES 



III 

Stance du 5 Mars 1894 



Pr^sidexice de M. de CARSALADG DU PONT 



Presents: MM. Arb^s-Lapoque, Aureilhan, Balas, Barada, 
BiARD^ Branet, Cabrol, Calcat, Cocharaux, Golonibu, Daudoqx, 
Bellas, Despaux, Francou, de Fretard d'Ecoyeux, Lacomme^ 
Lagarde, Larroux, Lozes, Albert Lozbs, P^rj^, Joseph Sansot, 
Sentoux et TiERNY, secretaire. 

Lea Consuls d'Auoh et Monseigneur de Montillet 

M. Delias rappelle qu'il a entretenu d^jk la Soci^ des difficult^s qui 
surgirent entre Mgr de Montillet et M. d'Etigny. De son c6ti, 
M. Lagarde a retract toutes les perip^ties de la lutte de TArchev^ue 
contre le Pr^idial d'Auch. II s'agit aujourd'hui des d^^lte qu'eut le 
belliqueux prAlat avec les consuls de sa ville 6piscopale. 

Mgr de Montillet pr^tendait que, d'aprfes la charle de Tannie 1301 (1), 
rarchev^que d'Auch et le roi comme comte d'Armagnac avaient le 
droit de se faire repr^senter par un procureur dans les assemble 
communales, k titre de seigneurs en par^e. Quand il prit possession 
de son si^e, il rdclama le droit de nommer et confirmer les offioiers 
municipaux k Auch. 

11 voulut obliger les consuls k pr^r^ k ravenir, entre les mains du 
juge temporel de Tarchev^ch^, le serment aocoulumi pour le service 
de la justice. 

II demanda dans un mimoire imprim6 : 1<> que le procureur juridio- 
tionnel de Tarchev^ch^ continu^t k exercer les fonctions de ministfere 
public dans les proc^urescriminelles contre les justiciablesde Tarche- 

(1) Monlezun, Histoire de la Gascogne, t. in, p. 86. — P. LAflorgue, Hiatoirt 
de la oille d'Auoh, 1. 1, p. 303. — Arch. d^p. du Gers, s^e C. 12. 



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— 264 — 

v6ch6; 2^ que dans le nombre des conseillers politiques il y eut toajours 
un oflScier de la justice de rarchevfich^, avec voix d^liWrative: 3<» que 
les consuls et conseillers politiques de la ville d'Auch fussent pris, en 
nombre ^gal^ dans les parsans du roi et de rarchev^ue. 

C'est en vain qu'on lui objecta que depuis plus de 400 ans que les 
coutumes d'Auch avaient 6ti publics, Tarchev^ue n'avait jamais fait 
un seul acte de possession relatif an droit de nomination ou confirma- 
tion dont il s'agit; 

Que notamment son pr^dcesseur, le cardinal de Polignac, nommi 
archev^ue d'Auch en 1725, n'avait pris possession de son si^ que 
par procureur, n'dtait jamais venu k Auch, et ne s'dtait en rien immisce 
dans les afiFaires de la conmiune; 

Que la ville d'Auch ayant acquis, moyennant finance ethomme 
vivant et mourant, la mairie et autres offices municipaux, en conse- 
quence d'un arr^t du conseil du 10 novembre 1750, rendu pour les 
villesd*Auch et de Pau, il dtait Evident que la ville d'Auch, inddpen- 
damment de ses titres particuliers, avait incontestablement acquis le 
droit de nommer ses officiers, a Texclusion des seigneurs, k qui ce droit 
6tait devenu Stranger. Le roi, en effet, par la cr^tion des charges muni- 
cipales et par leur reunion aux communautds, avait donnd aux villes 
le droit d'dlire elles-m6mes les officiers qui leur conviendraient pour 
faire les fonctions des offices par eux acquis, comme porte Tarticle 12 
de rarr6t du conseil du 29 d^mbre 1733 (1). 

Tout en contestant k Mgr de Montillet son droit de s'immiscer dans 
les affaires de la citd, les consuls continu^rent, cependant, k prater 
sermentlors de leur entree en fonctions entre les mains de Tarchev^ue 
dans son palais archidpiscopal. 

Le registre des insinuations ecclesiastiques donne le detail du cdr6- 
monial et la formule du serment : 1° le 23 juillet 1745, pour le serment 
de Jean-Joseph-Thomas Serein, nomm6 k Toffice de maire ancien et 
triennal de la ville d'Auch; 2^* le 16 f6vrier 1746, pour le serment du 
sieur Degages, consul ou ^hevin. 

Mgr de Montillet produisit, pendant le proc6s avec les consuls, ses 
titres au greffe de la grand'chambre et obtint arr^t le 2 Janvier 1766, 
confirmant ses droits. De plus il se fit oclroyer le 17 deoembre 17C9 des 
lettres patentes, interprdtatives de T^it de mai 1765 (2). 

(1) Archives d^partementales du Gers, sdrie C 12, fol. 134, 135 et 139. 

(2) Voici le texte de ces lettres patentes du roi Louis XV : 
Art. 1". — Le maire de la ville d'Auch sera notnm^ k ralternative par nous 

etpar le sieur archeveque d'Auch... 
1 Art, 2. — Le brevet de aominatiou du maire, soit que oette nomination soil 



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-• 265 -- 

Le diff^cend entre les consuls d'Auch et Mgr de Montillet ne se ter- 
mina pas ainsi. 

La municipality avail soumis k Tautorit^ judiciaire son opposition 
aux pretentions de i'archev^ue. 

Un arr^t du conseil du l*** mai 1762 condamna contradictoirement 
certaines pretentions de Mgr de Montillet; mais celui-ci obtint un arr6t 
de la cour, sur pied de requ6te, le 27 Janvier 1766^ qui lui accorda tout 
ce qu'il voulut. 

On attaquacetarrfet par la voiede Topposition; la surprise fut bient6t 
reconnue, et par un second arr^t du 30 mai 1766, la cour renvoya 
I'opposition en jugement et ordonna qu'il serait sursis k rexteution de 
celui du 2 Janvier 1766. 

Apr^s une nouvelle s^rie de procedures, Mgr de Montillet ne put 
obtenir de faire enregistrer les letlres patentes du 19 d^cembre 1769, 
et malgre ses instances aupr^s du minislre, M. de Courteille, il dut, 
en definitive, renoncer k ses pretentions et ne plus s*immisoer dans les 
affaires de la commune d'Auch (1). 

M. de Carsalade fait observer que les nombreuses difficultes qu'eut 

faite par nous ou par le sieur archev^que d'Auch, sera enregistrd au grefle de 
la juridiction royale et k celui de la justice de Tarcheveque; etle maire, avant 
d'entrer en exercice, pr^tera le serment entre les mains de Tune et de Tautre 
juridiction. 

Art. 3. — Les echevins, apr^s avoir pret^ senneni entre les mains du maire, 
conform^ment aux dispositions de r(§dit du mois de mai 1765, le preteront aussi 
entre les mains du sieur archev^que, et en son absence entre les mains du pre- 
mier offlcier de sa justice. 

Art. 4. — Le receveur ou tr^sorior de la \'iUe, apr^s avoir fait recevoir par le 
lieutenant-g^n^ral de la s6n6chauss6e, la caution qu'il est oblige de donner, 
sera tenu de ^re enregistrer I'acte de reception au greffe de la juridiction epis^ 
Gopale. 

Art. 5. — Les contestations qui pourront naitre au sujet des bieus patrimo- 
niaux et communaux de la viile seront port^es, comme par le pass^, devant le 
juge dans le ressort duquel les biens qui feroient Tobjet de la contestation seront 
situ6s, et Tinstruction des affaires criminelles qui seront jugt^es par les maires 
et Echevins, pour les cas arrives dans le quartier du sieur archeveque, se fera 
dans la forme accoutum^e. (D'apr^s un placard qui est maintenant entre les 
mains de M. Adrien Lavergne.) 

(1) La formality du serment avait 4t6 supprim^e et abolie par arr^t du conseil 
d'Etat du roi, en date du 16 juin 1759, dont voici le preambule : 

« Le roi 6tant en son conseil a ordonn^ et ordonne que les 6dits des mois de 
mai 1702, decern bre 1706 et novembre 1733, ensemble les arrets des 9 mai 1747 
et 10 novembre 1750, seront ex6cut6s selon leur forme et teneur; en consequence, 
sans aooir ^gard d la transaction do ISOI.passee entre le eomte d'Armagnac, 
et les habitans de la ollle d'Auch, et sans s'arr6ter a Tarret du conseil du 10 
Janvier 1750, aux chefs qui sont contraires auxdiis <^'dits et arrets, et sans pareil- 
lement avoir egard h ladite deliberation du 27 decembre 1757 ni ^ Tarret du 
parlement de Toulouse du 19 Janvier 1758 qui I'a horaologuee : 

» Ordonne Sa Majesty, que conformement a I'article XIV dudit edit du mois 



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— 266 — 

Mgr de Montillet durant son long 6pisoopat, venaient de oe que beau- 
coup de ses pr^^sseurs n'avaient pas r6sid6. Le cardinal de Poli- 
gnac, son prdd^cesseur imm^diat, n'^tait mtoe jamais venu k Auch; 
ambassadeur de France prfes du Saint Si^e, il profita de son s6jour k 
Rome pour s'occuper de fouilles arch^ologiques. II fit, dit-on, d6toumer 
le cours du Tibre afin de fouiller le lit du fleuve; ses trouvailles figu- 
rent avec honneur au mus6e de Rome. Mais on comprend que son 
absence d'Auch ait pu ^tre la cause de nombreux abi s; du moins son 
successeur eut lieu de le supposer; il put croire qu'on avait profit^ 
de cette longue absence pour empi^ter sur les droits de TEglise; de Ik, 
sans doute, ses proems avec le presidial, avec Tintendant et avec les 
consuls. 

Dom Brugfdles Jugd par ses contemporains 

M. Delias ajoute qull lui a paru interessant de signaler en terminant 
Topinion des consuls sur les Chroniques d'Auch de Dom Brugfeles. 
L'archev^que s^^tait appuy^ pour justifier ses pretentions sur Tautorit^ 
de ce chroniqueur; on verra que Topinion des consuls ne diff^re pas 
de celle qui est g^n^ralement admise aujourd'hui, ce qui ne diminue 
pas la haute valeur documentaire de cet ouvrage : 

« Les exposants n'entendent pas sans doute donner par lit, au livre 
que Ton vient de citer, une authenticity qu'il ne m6rite pas, Tinexacti- 
tude qui y r^gne et les erreurs dont il est rempli, lui ont acquis depuis 
longtemps le m^pris et Toubli; mais, enfin, les agens du sieur adver- 
saire all^guant k tout propos un ancien pareage sans le justifier et qu'ils 
n'onl sans doute puis^que dans ce mauvais livre, il doit 6tre loisible 
aux exposans d'en prendre tel avantage que de droit (1). » 

Un compUce de Louis XI — Antoine de Toumemire. (Erection de la terre 
de Malartic en oomt^.) 

Communication de M. de Carsalade du Pont : 

Le petit village de Malartic, pr6s Auch, possfede un gros chateau 
b^ti en pierre de taille, flanqu6 de quatre tours surmont6es de toits k la 
frangaise, avec ouvertures a croisillons, meurtri^res et moucbarabis. 
Bien qu'il soit habit(5 par des fermiers qui ont am6nag6 les alentours 

de d^cembre 1706, les consuls de la ville d'Auch, apr^ leur Election, pr^teront 
le serraent entre les mains du maire seulement. Fait, Sa Majesty, defense au 
dit archeveque d'Auch d'exiger le serment desdits consuls et k ses officiers de 
les recevoir, nonobstant tons usages et possessions, transactions et autres actes 
contraires... » (V. Recueil des 4dUs, ni.) 
(1) M^moire pour les consuls d'Auch oontre Mgr de Montillet. 



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— 267 — 

pour les besoins d'une exploitation agricole, oe cMfeau n'en conserve 
pas moins Taspect imposant de ces demeures confortables on vivaient 
aux sidles passes les gentilshommes. Les details m6me de rarchi tec- 
tare, r^paisseur des murailles, Tampleur de la maison, accusent un 
^tat social considerable et Ton devine k premiere vue que les anciens 
propri^taires de oe manoir n'6taient pas des gens ordinaires. Les pre- 
miers seigneurs de Malartic appartenaient k cette puissante famille de 
Massas qui a donn6 k T^glise d'Auch Tarchev^que Hispan de Massas 
et de nombroux dignitaires eccl^iastiques, chanoines, abb6s et prieurs. 
Les comtes d'Armagnac prirent dans cette famille des s^ntehaux de 
leur comt6 et de nombreux officiers de leur couronne. 

A la famille de Massas succ6derent, par alliance, dans le ox)urant 
du XVI® si6cle, des cadets de la maison ducale de Montaut- 
Navailles, qui figurferent avec honueur, dans les camps et k la cour, k 
c6i6 de leurs ain6s. 

Au xvni® si6cle, Malartic subit une transformation, qui me fut r6v61te 
pour la premiere fois par la carte de Cassini. Je ne fus pas peu surpris, 
en cherchant la position g^ographique de ce village, de le trouver 
inscrit sur la carte sous le nom de Tournemire. Que voulait dire ce 
nbm qui apparaissait tout d'un coup usurpant la place de celui de 
Malartic? Poser la question, c'6(ait chercher k la r^soudre. La passion 
de voir et de savoir a quelquefois des chances heureuses; je dois un 
cierge au bon g6ographe Cassini qui m'afait retrouverune pageoubli^ 
de noire histoire et qui a mis sur mon chemin ce personnage que j'ai 
appel6 dans mon titre : Un Complice de Louis XL 

Ce complice de Louis XI ^tait un gentilhomme auvergnat. II rem- 
plit un des principaux r61es dans le terrible drame qui se joua^ Lectoure 
k la fin du xv* sitele et dont le d(^nouement fut Tassassinat du comte 
d'Armagnac au mois de mars 1473. II se nommait Antoine de Tour- 
nemire, seigneur de La Roque-Vieille, et remplissait pr^s de Louis XI 
les fonctions de pannetier et de chambellan. 

L'invasion de TArmagnac par les troupes royales Tamena dans nos 
contr^ et ceux d'entre mes lecteurs qui ont feuillel^ les Compies 
consulaires de la viile de Riscle, auront pu voir quel z^le impitoyable 
il d^ploya centre nos malheureux compatrioles. Pendant que Tarmte 
royale assi^eait Lectoure, Tournemire parcourut le plat pays, rangonna 
les habitants, brula les chateaux des seigneurs fideles k leur comte, 
pilla les communaut^s : il ny cut pas jusqu'au mobilierdes ^glises, 
calices et encensoirs d argent, quine devinrent sa proie. 11 avait inspire 
une telle terreur aux habitants de nos oontrtes <]ue les consuls de Riscle 



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— 268 — 

ne le d^ignent dans leurs registres qu'en termes m^prisants c k> 
Tornamira ». 

Aprfes le meurtre de Jean V, Tournemire regut, comme tons les 
autres complices, une part des biens d'Armagnac. Louis XI lui donna 
des terres aux environs d'Auch. Cette liWralit^ fut pour lui une occasion 
nouvelle de tyrannic; et cette fois, c'est aux consuls d'Auch qu'il s'en 
prit. Ceux-ci ayant k dresser le r61e de la taxe en 1473, imposferent 
quelques terres roturi^res appartenant k Tournemire. C'^tait bien os6 
de leur part. Le gentilhomme en appela au s^ntehal d'Armagnac qui 
le d6bouta de sa plainte, puis k Tofficial d'Auch qui refusa de s^vir, ei 
enfin au l^at du Pape k Avignon qui, mal inform^, excommunia les 
consuls et les habitants de la ville. Nos ^iles, forts de la justice de 
leur cause, ne se tinrent pas pour baltus; ils en appelferent au Parle- 
ment de Toulouse, qui cassa la sentence du L^t et condamna Tour- 
nemire kfaire absoudre les habitants d'Auch dans le d61ai d'un mois (1). 
II quitta notre pays k la suite dece jugement et fut se fixer a Toulouse, 
oil Tappelait d'ailleurs le mariage qu'il avaifccontractd avec la fiUe d'un 
gentilhomme de ce pays, Catherine de Pagfese. 

Deux si^cles plus tard, un descendant d'Antoine de Tournemire fut 
ramen^ par un mariage aux environs d'Auch. Les vieilles querelles 
6taient oublites, Thistoire en 6tait ensevelie sous la poussifere v^n^rable 
des archives. Henri de Tournemire 6pousa, en 1707, Marie-Josephe de 
Montaut-Saint-Sivier, fille de Frangois-Auguste de Montaut-Saint- 
Sivier, seigneur de Malartic et de Roquetaillade, et de Jeanne-Marthe 
de Tersac-Montberaut. La fiancee apportait en dot la terre de Malartic. 

De cette union naquit un fils, Pierre-Joseph-Hector de Tournemire, 
seigneur de Malartic. C'est lui qui fut Tauteur du changement dont 
j'ai parl6 en commen^ant. II obtint en mai 1765 T^rection de la terre 
de Malartic en comt6, sous le nom de Tournemire. Les lettres d'6rec- 
tion, conserves aux archives d^partementales du Gers, sont pleines 
d'int^r^t; elles relatent les services rendus a la couronne par la maison 
de Tournemire, et en particulier, mais a un point de vue different du 
n6tre, par le t Complice de Louis XL » Voici ces lettres ; 

« Louis, par la gr^ce de Dieu, etc. Notre cher et bien aim6 Pierre- 
Joseph-Hector de Tournemire, ancien capitaine de dragons, nous a fail 
exposer que la maison de Tournemire a tenu en Auvergne un rang 
distingu6 d^s le xi® siecle, comme d'anciens cartulaires et VEtat de la 
France en font mention; qu'Antoine de Tournemire 6tablit une branche 

(1) Archives de la vtille d'Auch, 



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— 269 — 

de sa maison en Languedoc, ou il 6pousa, en 1468, Catherine de 
Pag&e, d'une des plus anciennes maisons de cette province; qu'il fiit 
cbambellan et pannelierdes rois Charles VII, Louis XI et Charles VIII; 
qu'il fut 6lu premier eapitoul de Toulouse en 1472, temps auquel les 
plus anciennes maisons se faisoient honneurde cette magistrature; que 
ses enfants le furent aussi; et que Henri de Tournemire, son peiit-fils, 
commandoit au si^gede Montauban les troupes que la ville de Toulouse 
fournit au roi Louis XIII, auquel il rendit hommage de douze terres; 
que ses descendants ont toujours servi dans les armte; que sous 
Louis XIV, Henri de Tournemire fut mar^chal de camp, gouvemeur 
de la ville et duch6 de R^gio, en Italic, et que Pierre, son Mre, fut 
brigadier inspecteur d'infanterie et gouvemeur de Queyras en Dau- 
phin6; qu'ils eurent cinq neveux tu6s au service, tons les cinq enfants 
de Francois de Tournemire, major d'infanterie, qui, outre ces cinq 
enfants, eut encore un fils, Henri de Tournemire, mort chez lui de ses 
blessures, apr^s 30 ans de service; que Texposant^ fils unique de 
Henri, a lui-m^me servi jjendant dixanntes, et que des deux enfants 
qu'il avoit, raln6, enseigne de nos vaisseaux, est mort sur meril y a 
quelques mois, et le cadet, aprfes avoir 6t6 officier de cavalerie et avoir 
6t6 r6form6 k la derniere paix, sert actuellement en quality de garde 
marine; que Texposant possMe en toute propri6t6 la terre et seigneurie 
de Malartic, mouvante et relevante de Nous k cause de notre comt6 
d'Armagnac; que cette terre, situte prfes de la ville d'Auch, est du 
revenu d'environ cinq d six mille livres; qu'elle a un gros chftteau et 
un trte grand nombred'habitants; et que Texposant y possMe la justice 
haute, moyenne et basse. 

» Sur quoi ledit sieur de Tournemire nous a trfes humblement fait 
supplier d'^riger sa dite terre de Malartic en comt^ sous le nom de 
Tournemire et de lui accorder nos lettres sur ce n^cessaires. 

» A ces causes, etc. (Suit la formule d*6rection de la terre de Malartic 
en comt^ sous le nom de Tournemire.) Donn6 k Versailles au mois de 
mai de Tan de gr&ce 1765, de notre rfegne le cinquantifeme (1). » 

Ohartes du monast^re de Pessan (Xm* sldole) 

Communication de M. Despaux: 

A quelques kilomfetres d'Auch, sur la route de Castelnau-Barbarens, 
se trouve txhs gracieusement assis au flanc d'un coteau, le pittoresque 
Tillage de Pessan. 

(1) Arch, du Gers, C. 432, p. 401. 



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— 270 — 

Le voyageur qui le contoume^ en voyant la portb de ville si bien 
conserv6e {k iaquelle il ne manque que le pont-levis), les fossds etles 
remparts de defense qui existent encore en partie, se ireporte malgr^ lui 
k cette 6poque du moyen ^e, ou les petits bourgs isol6s. si souvent 
envabis par les bordes ^trang^res,ou attaquds par de puissants voisins, 
n'avaient d'autre cspoir de salut que dans la solidity de leurs murailles 
et le courage de leurs peu nombreux habitants. 

Les ruelles sont resserr^es dans un etroit espace et bien des maisons 
ont conserve leur physionomie d'autrefois, surtout dans la partie lat^rale 
au foss^ du midi. 

Get ensemble de maisons, en g^n^ral peu importantes, estcouronn^ 
par une ^glise fort ancieune, mais dont les reparations successives ont 
denature le caractfere primitif . 

Les ouvertures de la fa^de orientale, avec leurs dentelures si fines, 
appartiennent sans doute au xiv« si^cle; la fagade septentrionale paralt 
plus ancienne; des restes d'anciennes constructions et m&ne des traces 
d'incendie y sont encore visibles. 

Au midi etkTouest, adoss^ k T^glise, setrouvaitl'abbaye des Bto^ 
dictins, fondle au commencement du rx« si^le (en 817). Elle 6tail 
placfe avec son ^^lise sous le vocable de Tarchange saint Michel. 
D6truit pendant lesguerres des Sarrazins etdes Normands, le monas- 
t^re de Pessan fut r^fabli par Arnaud-Guillaume, comte d'Astarac, et 
Forton, abb6 de Simorre^ k la fin du x« sitele (en 988). 

Les documents bistoriques concernant le monasl^re de Pessan sont 
aujourd'hui peu nombreux et pourtant Tin ventaire dress6 par les offi- 
ciersmunicipaux de Pessan le 30 novembre 1790(1), nous montre que 
les archives du monast^re 6taient alors tr^s riches; on y mentionne des 
litres qui remontent au xn« sitele. Get inventaire est malheureusement 
par trop sommaire.Le hasard m'a fait dteouvrir derniferement, dans les 
papiers de M. d'Arcamont, une pi^e du xviu® sitele intitule : Titres 
concernant la dime de Pessan et contenant Tanalyse d'actes du xni*, 
du XVI® et du xvin® si^le. Gette analyse fut faite en 1783, comme pifece 
k produire pour le chapitre de Pessan lors du proems avec la commu- 
naut6 au sujet des dimes. 

Je me bornerai k copier telle qu'elle nous a 4t6 donnie Tanalyse des 
acles du xin® si^le : 

< S'ensuit un litre sans datte en parchemin qui contient les limites 



(1) Publi6 par M. Tabb^ Paul Gabent, cur6 de Pessan. Reoue de Gascogne, 
xxxiv, 1893, p. 171. 



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— 271 — 

des dixmes, agriers k prendre en Roquetaillade et k Saint-Jean-Debats 
sur les terres cultiv6es, sur les hermes, sur les lerres redoubles, et sur 
les pr6s, partant du ruisseau de Mont6gul k la Rousagnet, aux Garias 
et aux plans de Martres. 

» Mois de may. Sentence arbitrale de Tofficial d'Auch de 1258, qui 
d^lare que la dixme et agriers du plan de Martres, de La Rochepet 
seront k TAbb^ et maison de Pessan, de mtoe qu'ils jouiront en en tiers 
les dixmes et agriers et touts les droits qui sont dans le territoire de 
Bats; lequel territoire va vers le midi jusques k la fondri^re qui est 
appellee t la Comme de Raymond » et de cette fondrifere terminant le 
territoire de Mont^gut d'un cost6 et de Tautre celui de Saint-Michel 
de Pessan, et semblablement termine ledit plan de Martres et La 
Rochepet par le sommet de la Serre vers Torient et va jusques k un 
pain de sucre qui est entre ledit plan de Martres et le plan de Garias; 
et de I^, descendant vers Torient, va de m^me entre ledit territoire de 
Garias et ledit territoire de La Rochepet jusques au ruisseau de TArou- 
sagnet. Et ledit official d^ide que les dixmes, agriers et tons les droits 
de tout le territoire de Bats et du plan de Martres, de La Rochepet qui 
est enclave entre lesdits limites doivenl eslre jouis et possM^s paisi- 
blement sans aucune contradiction, et que les "chevaliers (1) ou leurs 
successeurs ne fairont aucune querelle, moyennant la somme de cent 
sols morlas pour lesdits Olivier et Arnaud, laquelle somme lesdits 
chevaliers avouent avoir regeu . 

» Au mois de septembre 1258. Donation par Pelegrin Guiscarol, 
damoiseau, et dame Longue, femme de Guilhem de Montpezat, et 
Gaillarde sa soeur et dame Asste leur mfere, de la terre de Bats avec 
tous les honneurs, droits, censives, oublies, allodiaux, agriers, servi- 
tudes, moyennant le prix de cent sols morlas qui furent pay6s par le 
seigneur abb6 de Pessan. 

» Au mois de septembre 1258. Declaration faitte par Bernard d'Au- 
bian, fils d'Ispan d'Aubian, qui prouve que toute la dixme du territoire 
du- champ de Saint-Pierre appartenoit au monastferede Saint-Michel; 
de m6me il reconnoit que dans Gaussan et dans la terre que poss^dent 
le seigneur Arnaud, fils de Guilhem de Panassac, chevalier, et le sei- 
gneur de la Fitte et Pierre de la Fitte, damoiseaux, et Aisieu de Mont- 
pesat et Bernard son fr6re, damoiseaux, toute la dixme appartient k 
Pessan; il reconnoit que toute la dixme du plan de Martres et de La 

(1) On a reproduit ici I'analyse telle qu'elle a 6t6 donn^e par le moine de 
Pessan; la sentence arbitrale a ii6 rendue entre Tabbaye. d'unepart, et les che- 
valiers Olivier et Arnaud, mentionn^s plus bas. 



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— 272 — 

Rochepety k raison de i'^lise de Saint- Jean de Bats, appartient au 
monast^re de Pessan. 

» V aoust 1260. Reconnaissance faitte par Guilhaume de Mont- 
pesat, par laquelleil reconnoit que toutes les terres culles, hemies, 
dixmes et les teremerids (t) et les agriers de l'6glise et territoire de 
Bals et d'Albaian, de La Rochepet, du plan de Martres appartiennent 
k Saint-Michel de Pessan, et que du terns pass6 il les a pris et les a fait 
apporter dans la maison de Pessan, et dans laquellerecoraioissanoe 
tous les laboureurs, qui sont aupr^ d'line trent^ne, reconnoissent la 
vMt6 ei ne reconnoissent d'autre seigneur. 

^ 13 septembre 1265. Declaration que fait Hugues et Guilhaume, 
fils de son frfere (1) Bernard de la Fitte, damoiseaux, comme les dixmes 
et 6glises de Saint-Marlin d'Auriac, pres le village ou chateau de la 
Fitte, ont &ii donn^es. il nV a m^moired'home, par ses prM^cesseurs. 

» 1258. Donation faite par dame Longue, femme de Guilhaume de 
Montpesat et par Gaillarde sa soeur et par Assin leur mfere, de tout ce 
qu'elles ont dans la terre de Bats, avec tous les agriers, honneurs, 
allodiaux. 

» Avril 1223, de la lune le 26. Donnation faitte par Bernard de 
Montaut du terroir deXasserre, avec touts ses droits sur la terre de 
Lasserre. > 

Aroh6ologie oisteroienne 

,A propos des details arch6ologiques signal^s par M. Despaux, M. de 
Carsalade rappelle que l%lise de Pessan, comme celle de Simorre, est 
une ^lise cistercienne; Timportance de I'^cole cistercienne au moyen 
kge a 6te admirablement mise en lumi^ dans un ouvrage r^nt (2); 
ces moines constructeurs portferent par loute TEurope au moyen llge 
le renom des architectes frangais. Leurs ^lises pr6sentent partout les 
m6mes dispositions et la m6me architecture; telles on les a vues en 
Espagne ou en Italic, telles on les retrouve en Danemarck ou en Nor- 
v^e; il| est done important de signaler les deux seuls exemples que 
nous ayons dans le Gers de ce genre de constructions. 

La Society fixe au 2 avril la date de sa prochaine reunion. 



(1) C'est-ftrdire frfere de Hugues. 

(2) Camille Enlart^ r Architecture gothique en Italic {Reoue arch6ologiqua^ 
1893.) 



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CHRONIQUES LANDAISES 



LA FRONDE 



III 

Condd en Guyenne. — Le mar6chal de Gramont avait 
quitt6 la Cour au moment des plus graves complications, 
et sa presence en Guyenne ne devait pas suflBre h, main- 
tenir la paix dans la province. L'orage qui la mena§ait 
depuis si longtemps allaitenfin 6clater sur elle, sans que 
rien pftt 6chapper k la devastation. Le nouveau gouver- 
neur, Cond6, 6tait d6ja installs parmi nous. Pourgagner 
les gens k sa cause, il avait promis d'avance de prendre 
« un soin tout particulier de soulager son gouvernement 
» lorsqu'on donnera les quartiers d'hy ver aux trouppes * 
)) (3 septembre). » NuUe promesse ne pouvait le rendre 
plus populaire; aussi son apparition parmi nous fut-elle 
con8id6r6e comme un bienfait pour la province 6pui86ede 
ressources; mais les illusions furent vite dissip6es : « tout 
» le monde d6siroit la venue de Monsieur le Prince, 
» croyant 6tre k la fin de la guerre, mais ce fut bien le 
» contraire, car Mohsieur le Prince se fit payer les 
)) tallies par force et envoya grand nombre de cavaliers 
» en Chalosse... Le commandant de Monseigneur le 
)) Prince se tenoit a Tartas, et le receveur des tallies, et 
» quand on manquoit de porter les tallies k Tartas, 11 
» envoy oit les cavaliers par les paroisses. La ville de 

(•) Voir la livraisou de £4vrier 1894, page 88. 

(1) A/-c/(. hiaton do la Gaaoogno, fosc. i, p. 45, lettre it Poyanne. 

Tome XXXV. - Juin 1894. 18 



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— S74 — 

)) Tartas se tenoient tous pour le Prince*. » Celui-ci 
avait d6jar6ussifi placer k Mont-de-Marsan eta Grenade 
des garnisons qui lui 6taient d6vou6es; de plus, les villes 
et cominunaut6s d'Albret s'6taieiit empress6es de lui 
prodiguer les marq^ues de leur respect et de leur d^vou- 
ment. Dax et Saint-Sever d616guerent aussi auprfes de 
lui des d6put6s « pour donner les assurances des bons 
)) desseina du corps de ville et du peuple *; » mais en 
m^me temps ces deux cit6s avaient soin de « protester 
)) de leur fid61it6 au service du Roy ^. » 

Poyanne pr(}pare la d&fense da pays. — Ce dernier 
point n'6tait pas ce qui pouvait le mieux sourire a Cond^; 
car par leur importance ces deux places devaient avant 
toutes les autres tenter son ambition et, si leurs habitants 
montraient des dispositions si peu favorables a ses pro- 
jets, il savait par experience combien 6tait in6branlable 
la fid61it6 du gouverneur charg6 de veiller sur elles. D6ja, 
eneffet, pour pr6venir les mauvaises intentions du Prince, 
le marquis de Poyanne s'6tait pr6occup6 de completer 
Tarmement et Tapprovisionnement de la ville de Dax. II 
avait done r6clam6 a Bayonne les deux pieces de canon 
et les deux cents boulets qu'il avait dil y envoyer pr6c6- 
demment par ordre du roi (17 aoilt) *. Chacun se tenait 
en 6veil et Gramont 6crivait de Bidache aux bayonnais : 
(( Voici un temps ' oti il ne faut pas s'endormir et 0(1 il 
)) faut user a bon escient de toutes les precautions qui 
)) seront possibles, a moins que Ton se veuille perdre 
» (5 octobre) *. » Aussi Poyanne re§ut-il commission de 
lever un regiment de douze compagnies (100 hommes 



(1) Laborde Peboue, Relation cirltable... {Arm, doa Landos, iii, p. 463. 

(2) Arch, de Dax, B. B. 3. f« 60. 

(3) Arch, de Saint-Sever, B. B. 2, f<» 270. 

(4) Arch, de Bayonne, E. E. 92, n" 19. 

(5) Arch, de Bayonne, E. E. 92, n' 27. 



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— 275 — 

par compagnie) et im regiment de cavalerie 16g6re, afln 
de pourvoir k la conservation de Dax et de garantir les 
terres de son gouvernement « des violences et pilleries 
)) des troupes de M. le Prince. » II luifut allou6 en m6me 
temps quatre mille livres « pour remonter le canon de 
)) Dacqz. » (24 novembre)*. 

Deiuridme rapture. — Tous ces pr6paratifs engagfe- 
rent Cond6 a redoubler lui-mfeme d*activit6. En sa 
quality de gouverneur de Guyenne, d6s le mois d'octo- 
bre, il avait port6 une ordonnance par laquelle il d6fen- 
dait aux coUecteurs des tallies de remet'tre h. Tavenir le 
produit de ces impositions autrement que par son ordre 
et a d'autres personnes que celles qui seraient d6sign6es 
par lui-m6me, sous peine d'etre contraints a payer une 
seconde fois. Guyonnet, membre influent du Parlement 
de Bordeaux et tout d6vou6 k la cause du Prince, avait 
6t6 nomm6 intendant, et a ce titre prenait des mesures 
pour f aire rentrerles arr6rages des impdts. Comme avant 
tout il fallait de Targent, les cavaliers recommencferent 
leurs terribles incursions a travers la province et r.6re 
des grands d^sastres f ut rouverte pour nos malheureuses 
populations. 

tt Les diets cabaliers de Monseigneur le Prince arrivferent& Doazit 
en decembre 1G51... demeurant deux jours et firent de grands dom- 
mages, ct entr'autrcs allcrent de nuit voler la maison d'Espaunicjmais 
M. de Doazit de tout son pouvoir ^pargna fort Doazit, car autrement il 
s'y en fut fait beaucoup plus de maux... et y furent retourn^s s'il n'eut 
6t6 M. de Doazit, lequel travailla fort pour Doazit. M. de Justes, 
arehipr^lre de Doazit,fit tirer un monitoire, disant que les dits cavaliers 
Tavoient pris argent, papiers et linge et un cheval et autres meubles. 
Les dits cavaliers demeurant longtemps sur le pays fesant de grands 
ravages (2). > 

En m6me temps, ^ Tappel du prince de Cond6, Marsin, 

(1) Arch, hist, tie la Gascognc, fasc. i, p. 49. (Lettre deM.de la Vrillifere). 
^2) Labordo Pebou^, Relation oirltablo.., (Arm. des Landcs, t. in, p. 463.) 



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— 276 — 

qui commandait pour le roi en Catalogue, repassa les 
Pyr6u6es sans attendre les ordres de la R6gente qui, 
pour le maintenir fiddle, lui envoyait les lettres de Vice- 
Roi^ II se jeta dans le Languedoc avec Balton, Lussan, 
Mont-Pouillan, La Marcousse, et ce qu'il put d6baucher 
des troupes plac6es sous son commandement. Cette defec- 
tion fit perdre la Catalogne h la France, au moment oil 
le prince de Conti et M"*® de Longueville arrivaient a 
Bordeaux avec le due de Nemours et od tous ces m^con- 
tents se d6terminaient k recommencer la lutte. Les pre- 
miers soldats que leur amena Marsin furent d'abord 
lanc6s sur la Garonne et la Dordogne, oil ils combattirent 
avec de grandes alternatives de succ6s et de revers. La 
Cour, sans se laisser d6concerter par cette nouvelle lev6e 
de boucliers, r6sistait 6nergiquement aux r6volt^. 
Turbine, rentr6 dans le devoir, avait pris dans le nord la 
dir/5ction des troupes royales et le cardinal Mazarin, 
r^venu de Cologne, oil il s'6tait retir6 pendant quelque 
temps, lui conduisait plusieurs regiments de renfort. 

Saint-Sever demeure Jiddle. — Avant de reprendre les 
hostilit6s, Anne d'Autriche fit declarer rebelles tous ceux 
qui adhfereraient k la Fronde et le roi envoya (24 et 29 
d6cembre) k ses procureurs de Dax, Saint-Sever, Mont- 
de-Marsan et Tartas le commandement de faire enregis- 
tverk leurs sieges respectifs les declaration^ port6es a tant 
)) contre M. le Prince que contre le Parlement, ville de 
» Bordeaux et autres qui se sont unies a elles*. » Ainsi 
la guerre 6tait d6clar6e. Tandis que Tartas, Mont-de- 
Marsan et Grenade accueillaient dans leurs murs les 
garnisons des frondeurs *, Saint-Sever r6sista k toutes 

(t) Mim. du card, de Rets, t. ii, p. 84-86. 

(2) Arch, hisU de la Gascogne, fasc. i, p. 54 (Lettre de La Vrillifere k Poyanne, 
19 janv. 1652). 

(3) Laborde-P^bou^, Relation veritable.., (Arm. dea Landes, t. in, p. 464). 



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— «77 — 

les sollicitations des rebelles. Pour essayer de gagner k 
sa cause les jurats de cette ville, le prince de Conti, 
fr6re de Cond6, leur 6crivait d'Agen que c'6tait avec 
beaucoup de peine qu'il avait appris « la mauvaise conduite 
» de ses gens de guerre a leur 6gard. » lis avaient agi 
au m6pris de ses ordres et de ceux de son fr6re; car tous 
les deux n'avaient pour objet que « le soulagement des 
)) peuples et la protection du gouvernement centre les 
)) entreprises tiraniques du cardinal Mazarin et de ses 
)) partisans. » II compte done tou jours sur leurs bons 
sentiments et il va leur « envoier rabb6 de Ci^ssac 
)) pour s'en assurer et pour leur communiquer en mfeme 
» temps un escript qui coiltient les propositions d'acco- 
» modement faites kM.de Poyanne afln de donner du 
)) calme au pays. » (3 Janvier 1652)*. Malgr6 des pro- 
messes si s6duisantes, les jurats refusferent d'entrer dans 
le mouvement soulev6 centre Mazarin et ils r6pondirent 
au prince de Conti quils 6taient d6sol6s de ne pouvoir 
donner pleine satisfaction a ses d6sirs. 

Essai de conference. — Sans attendre plus longtemps, 
le marquis de Poyanne se mit en campagne pour r6primer 
les exc6s des frondeurs. II attaqua les gens du Prince h. 
Arengosse, leur tua dix hommes et emfeiena cinquante 
prisonniers k Dax : « ce f ut bien cause de plusieurs maux 
» par depuis en Chalose*. » (5 Janvier). Les frondeurs ne 
furent d6courag6s ni par ce premier 6chec, ni par le 
refus que venaient de leur adresser les jurats de Saint- 
Sever, lis d6put6rent un « bourgeois de Mont-de-Marsan », 
nomm6 de TArtigue, pour annoncer aux Saint-S6verins 
que le repr6sentant du prince de Conti venait d'arriver : 
c'6tait rabb6 de Cosnac. Cet 6missaire avait ordre de 
rappeler imm6diatement de la Chalosse les troupes du 

(1) Arch, de Saint-Sever, BB. 1. 

(2) Laborde P6bou4, relation oiritable.., {Arm* dea Landes) t. in, p, 464. 



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— 278 — 

prince de C!oiid6, si le marquis de Poyanne retirait les 
siennes. II demandait done k ce sujet une conference a 
laquelle Mont-de-,Marsan et Tartas enverraient leurs 
d6put6s. Les populations 6taient trop . accabl6es par les 
mis6res de la guerre pour qu'une pareille proposition ne 
fdt pas accueillie avec reconnaissance. Le conseiller Dupin, 
de Saint-Sever, se rendit aussitdt auprfes du gouverneur 
de Dax, pour le supplier d*accorder cette conference qui 
devait decider de la pacification du pays. Poyanne, mieux 
au courant que tout autre de ce qui se passait, ne voulait 
pas se laisser amuser par ces n6gociations et songeait 
plut6t k combattre. Aussi, malgr6 Tintervention de r6- 
v6que de Dax [Jacques Desdaux, de Mugron], que Ton 
avait pri6 de vouloir bien s'employer en cette circons- 
tance et intervenir auprfes du gouverneur, la conference 
n'eut pas lieu, ou du moins, si elle se r6unit, n'aboutit a 
aucun r6sultat et les hostilit6s furent continu6es avec 
une nouvelle ardeur. 

Poyanne fortijie Saint-Sever. — A la suite de son 
succ6s d'Arengosse, Poyanne fut* autoris6 k donner un 
emploi dans ses troupes aux prisonniers qu'il avait faits 
dans cette premiere rencontre, ou bien a en user a leur 
6gard comme il jugerait prudent. Pour faire face au 
peril qui mena^ait alors son gouvernement, il re?ut aussi 
le pouvoir de lever, comme il le demandait, trois nou- 
velles compagnies de cavalerie et une d'infanterie, s'il 
pouvait trouver les fonds necessaires k leur entretien* 
(19 Janvier). Les forces lui parurent insufiisarites pour 
defendre la Chalosse, il dut y ajouter douze compagnies 
d'infanterie et trois de cavalerie*. En m^me temps il 
re^ut ordre de traiter comme des rebelles tous les parti- 
sans de M. le Prince et, ainsi qu'il 6tait porte dans la 

(1) Arch, hist, cle la Gascogne, fasc. i, p. 54. (Lcttre de La VrilUfere). 

(2) Arch. hist, do la Gascogne, fasc. i, p. 55. 



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— ^"9 — . 
declaration du 8 octobre 1651, de faire loger les troupes 
chez eux, pour soulager les serviteurs de Sa Majest6, 
« tout autant qu'il sera possible, pour faire voir le soing 
)) que Ton veut prendre de ceux qui sont dans leur 
)) deb voir et obliger les autres a s'y mettre ^ » Dte lors, les 
pr6paratifs militaires furent pouss6s activement. Ren6 
du Plessis, comte de Jarz6, que Mazarin avait chass6 de 
la Cour, commandait k Mont-de-Marsan au nom du 
prince de Cond6., et inspirait de vivos inquietudes k tons 
les voisins de cette ville. Pour se mettre a Tabri des entre- 
prises de ce chef, Saint-Sever envoya demander des 
secours au mar6chal de Gramont et a Poyanne *. On vit 
aussitdt accourir dans la ville menac6e une compagnie de 
gendarmes de Monseigneur le due d'Epernon, conduite 
par le vicomte de Poudenx, puis six compagnies d'infan- 
terie du regiment de Poyanne, commandoes par le mar- 
quis de Saint-Luc. On construisit une barriere k laporte 
de Ponticqz; les autres portes d'une place si importante 
furent Ogalement fortifi6es et mur6es. On 6tablit « des 
magasins de poudre, plomb, mesches, )> et des d6p6ts 
d'armes; en un mot on n'oublia rien pour assurer la 
defense de la ville et la conservation du chateau. 

Echec de Poyanne. — Les garnisons 6tablies par les 
frondeurs dansquelques'cites landaises continuaientleurs 
excursions et par leurs pillages[achevaient de ruiner les 
populations. « Le 19 de fevrier les cavaliers de Tartas 
)) alloienta Singresse et firent plusieurs ravages etm6me 
)) aux metayers de M. de Poyanne et porterent tout a 
)) Tartas \ » Pour mettre fin &,ces entreprises, le gouver- 
neur de Dax songeait a frapper un coup d'edat. II avait 
donne rendez-vous a ses troupes k Saint-Sever, pour le 

(1) Arch. hist, de la Gascojne, fasc. i, p. 55. 

(2) Arch, dc Saint-Sever, BB. 3. 

(3) Laborde-P6boud, Relation oiritablo,., (Arm, des Laadcs, t. iii, p. 464). 



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— 280 — 

mardi 20,f6vrier et il apparut lui-mfeme au milieu d'elles 
au jour flx6. Malgr^ ses protestations de fld61it6 au roi, 
depuis longtemps Mont-de-Marsan 6tait suspect. Afln de 
mieux connaitre ses sentiments, Poyanne se pr6senta 
devant cette place, le mercredi 21 f6vrier; il avait amen6 
avec lui 300 chevaux, deux mille hommes * appuy6s par 
quatre pieces de canon, et demandait k 6tre re?u dans la 
ville avec son escorte. Sous Tinspiration de Joseph de 
Prugues, lieutenant particulier au si6ge de Mont-de- 
Marsan et ardent partisan de Cond6 ", les montois refu- 
sferent d'acc6der k cette demande. lis essay6rent d'abord 
de d6tourner Poyanne de son projet, lui repr6sentant 
« qu'il n'y avoit rien qui Fobligeasta venir k main arra6e 
» centre nous, disaient-ils, d'autantque nos actions avoient 
)) tousiours est6 conformes au service du Roy et nos 
)) volontez ne respiroient que Tobeyssance pour Sa 
» Majesty et pour monseigneur le Prince. » lis persis- 
t6rent k lui interdire Taccfes de la place, alors m6me quil 
(( fit ofifre de n'entrer dans la ville que comme amy et 
» avec sa maison seulement. » Bien plus, dans une 
seconde assembl^e des habitants, convoqu6s par le maire 
et les jurats, « il fut conclu d'une commune voix qu'on ne 
)) pouvoit, ny devoit, ny vouloit luy donner entr6e en 
» aucune fa^on *. » Poyanne n'6tait pas homme a se retirer 
sur une simple menace. II voulutdonc tenter Tassautdu 
faubourg du Port, mais il vit ses troupes repouss6es par 
Iesassi6g6s. A dix heures du soir,son lieutenant-colonel, 

(1) C'est le cbiffredonn6 par la Relation do la di/aite do Varmicdu marguif 
de Saint-Luc aoec la looia du sidge de la oille do Mondemarsan, Jowrte la 
coppixi imprimde d Bourdeaux (\PsLris, chpz Jean Brunei, rue Sainte-Anne» 
1652, 8 p. Bayonne, bibi. A. Dc^troyat). D*apr^s une autre plaquette (R6eit ciri- 
table de cc qui a'est paasd au Mont-d^-Maraan contre lea trouppca du marquis 
de Poyanne, Jean Brunei, 1652), le chef royaliste n'avait que 800 hommes. 

(2) Pour le punir de son intervention, le marquis de Saint-Luc d^fendit plus 
tard aux consuls de la ville de I'^tablir comme maire de la cit^ (21 novembre 
1682). Arch. hist, do la Gascoync, fasc. i, p. 104. 

(3) RicU veritable de ce qui a'ostpc^sai au Mont-de-Maraan.,., p. 4. 



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— 281 — 

Daniel de Bourbon, seigneur de RoUie et de Pontenx, 
fut tu6 en visitant les bless6s et en faisant une recon- 
naissance de la place ^ Poyanne, douloureusement aflEect6 
de cette perte", s'61oigna le lendemain (jeudi 22 f6vrier), 
laissant sur le terrain a quantit6 des assi6geants tu6s* et 
» les canons pris. » II se contenta d'exiger qu'une d6pu- 
tation de la ville vint « pour luy rendre quelques civi- 
)) litez * )) et ce t6moignage de respect lui fut accord^ sans 
plus de difflcult6s. En apprenant que Mont-de-Marsan 
6tait menac6, Cond6 avait donn6 ordre au sieur de Maze- 
roUes de venir au secours de la ville avec les regiments 
de Bordeaux et de Lusignan; mais quand ce capitaine se 
pr6sentale si6ge 6tait d6jii lev6 •. Du reste, cet 6v6nement 
avait profond6ment 6mu les populations, et les commu- 
naut6s qui se trouvaient aux environs de Mont-de-Marsan 
envoyaient des messagers pour se tenir au courant des 
nouvelles •. 

Sidge de Miradoux. — Cet 6chec, un peu humiliant 
pour Tamour-propre de Poyanne, n'6tait pas le plus 
sensible de ceux qui 6taient r6serv6s aux troupes royales. 
Ce m6me jour (jeudi 22 f^vrier), le prince de Cond6 avait 
mis en d6route, a Miradoux, pr6s de Lectoure, « trois 
)) mil hommes de pied, leur cavalerie en tout faible et 
» mal arm6e', » que commandait le marquis d'Epinay 
de Saint-Luc. Ce fut une surprise que le capitaine malheu- 

(1) Laborde-P6bou6, Relation c4ritable,,, {Arm. des Landes, p. 464). 

(t) Daniel de Bourbon 6tait fils de Marie de Castehiau et petit-fils de Jacques 
de Castelnau; il dtait par consequent cousin-germain de la marquise de Poyanne, 
Jeanne-Marie de Castelnau, flUe d'Antonin et aussi petite-iille de Jacques de 
Castelnau. 

(3) D'aprfes certains, Poyanne eut 25 ou 30 hommes tu4s; un autre cbroniqueur 
dit 4 & 500 tu^s et autant de blesses; mais ces demiers chiffres sont ^videmment 
exag^r^s, car Tarm^e royaliste aurait M an^antie. 

(4) R6cU o^ritable de ve quis'est paesd au Mont-de-Marsan.,, y p. 7. 

(5) Relation de la d^alte de VarnUe da marquis de Saint-Luc,,,, p. 8. 
(Bayonne, bibl. A. D^troyat.) 

(6) Arch, de ViUeneuve-de-Marsan, CC. 9, n« 1. 

(7) Relation de la d^faite,,,, p. 7. D'autres diseatcinq & six mille hommes. 



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reux voulut expliquer en s'excusant sur son manque de 
cavalerie (25 f6vrier)^ Du reste, une d6route dans 
laquelle il n'y a pas eu quarante « hommes tu6s » • ne 
f ut pas aussi complfete que les f rondeurs voulaient le faire 
supposer. Ceux-ci pr6tendaient avoir poursuivi « les 
)) f uyards jusqu'a Lectoure, oil Ton ne pense pas qu'il en 
» soit arriv6, aiant est6 tous presque tuez ou faits pri- 
)) sonniers ^ » Quelque profond que fCit le d6sastre, il ne 
tarda pas a 6tre r6par6, a la suite d*une faute commise 
par le prince de Cond6. Au lieu de profiter du d6sarroi de 
ses adversaires, ceg6n6ral immobilisa ses troupes devant 
la miserable bicoque de Miradoux, a oil le sieur de Marin, 
» mareschal de camp, ce qui reste des offlciers et des 
» soldats du regiment de Champagne et de Lorraine 
» sont enferm6s *, » et il entreprit d'en faire le si^e. Le 
27 f6vrier, la br^che 6tait praticable et les frondeurs se 
pr6cipit6rent a Tassaut. Mais ((.au moment de p6n6trer 
dans la place, un spectacle et une barri6re inattendus les 
arr6tent : un second foss6,fournaise ardente, s'ouvresous 
leurs pieds. Celle des maisons adoss(ies a la muraille, a 
travers laquelle le canon avait ouvert un passage, s'6tant 
(^croul6e dans ses caves avec ses boiseries et ses char- 
pentes, les assi6g6s y avaient misle feu. Pendant que les 
assaillants sont obliges de suspendre Tassaut, les assi(3g6s 
construisirent en arrierede nouvelles defenses*. » Cond6 
ne so d6couragea pas; il fit pousser les travaux avec plus 
de vigueur, et la ville, r6duite a rextr6mit6, craignant 
de tomber entre les mains des soldats qui 6taient des 
(( forsenats do rage et avides de sang *, » promit de faire 

(1) Arcli. di Minist{;re do la guerre, vol. cxxxuu f' 217. 

(2) Arcli. Naft.. K\. 1219, 1' 231 (Lettre de Tracy a Mazariu, 16 mars). 

(3) Rf'latlon do la dejaito..., p. 7. 

(4) Id., ibid. 

(5) Cpmte de Cosnac, Souconirs du rdgne de Louis XIV, t. i, p. 410. 

(6) Arch, de Miradoux, Hcg. paioissiaux. (Arch. hist, do la Gascogne^ fasc. 
I, p. 60.; 



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oflfrir chaque ann6e, par chacun de ses quatre consuls, 
•un cierge Wane du poids de quatre livres, le jour de la 
f6te de saint Joseph (19 mars), si par Tintercession de ce 
bienheureux patriarche elle obtenait sa d61ivrance. Ce 
vceu fut exauc6, et le 6 mars Cond6 dut se retirer devant 
le conxte d'Harcourt* qui arrivait a la t^te de dix mille 
hommes. Le nouveau chef des troupes royales pouvait, 
en poursuivant activement le prince, le contraindre a 
mettre bas les armes et terminer ainsi la guerre civile; 
mais il semble qu'il ait eu a coeur de manager cet adver- 
saire, car il permit a son arm6e de se disperser pour piller 
les campagnes, et alors qu'il lui suflHsait de quatre heures 
de marche k travers le territoire de Miradoux pour se 
rendre a Astaflort oil Cond6 s'6tait retir6, il mit huit jours 
k gagner cette place. A son arriv^e, le Prince n'y 6tait 
plus; d6courag6 par les6checs qu'il venait de subir, apr6s 
avoir 6tabli ses troupes en silret6 derrifere la Garoftne, il 
avait quitt6 la Guyenne pour se rendre k Paris oil Tappe- 
laient les int6r6ts de sa cause. 

Combat de Poyale. — En s'61oignant de notre pays, 
Cond6 avait laiss6 le commtindement sup6rieur des 
rebelles a son fr6re le prince de Conti, qui avait sous ses 
ordres Marsin comme capitaine. C'est parmi nous que 
la guerre allait maintenant exercer ses ravages. Appre- 
nant la d6faite de Saint-Luc a Miradoux, sans attendre 
les ordres qui ne pouvaient manquer de lui parvenir plus 
tard, Poyanne avait r6uni tout ce qu'il avait alors de 
soldats sous la main et s'6tait mis en route pour rejoindre 
le comte d'Harcourt (24 f^vrier). L'un des lieutenants de 
Cond6, nomm6 Darricau, sortit aussit6t de Grenade, et 

(I) II avait acheUi la vicomt^ de Marsan,Tursan etOabardan le 16 mars 1643; 
mais le roi s'etait reserve « les justices et domaines des villes et lieux dela 
» baronnie de Ferquie, Saint-Justin, Cazeres, le Vigneau, Pimbo, Villeneuve, 
» le Frdche, Aire, le Mas-d'Aire, » c6d6s, nousl'avonsdit, ii d'autres acqu^reurs, 
(Voir Hoom de Gasoognc, septembre 1893, p. 387.) 



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— 284 — 

vint k sa rencontre pour lui barrer le passage. « Le 2 mars 
» 1652, une compagnie de cabaliers de monseigneur le 
» Prince arrivSrent a Doazit^ » Les deux troupes se 
heurtferent k Tombre du vieux donjon de Poyal6 (Saint- 
Aubin, canton de Mugron); Darricaufut battu « et undes 
)) plus grands de monseigneur le Prince y demeura mort 
» sur la place, devant le chateau de Puyoll6, et les gens 
)) de monseigneur le Prince s'en retournferent droit a 
» Grenade, du lieu d'oil ils 6taient venus, et en passant 
» dinferent a Doazit. » Les habitants de ce village comp- 
tferent a Darricau « 700 livres, sur la promesse qu'il leur 
» fit de n'y retourner plus, et le lendemain ils passferent 
» le cavalier mort par Doazit et le port6rent k Grenade. » 
Ce petit succes eut pour r6sultat de d6gager la route et permit 
k Poyanne d'arriver aupr6s du comte d'Harcourt qu'il re- 
joignitaux environs d'Astaffort" dans les premiers jours de 
mars; nous le trouvons k Gondrin, le 22 du m6me mois \ 

Les frondeurs quittent les Landes. — D.61ivr6s du 
prince de Cond6, que nous avons vu s'61oigner de la 
Guyenne, les deux chefs royalistes se dirigftrent vers les 
Landes, oil les heureux d6buts de la campagne avaient 
mis le d6sarroi parmi^ les^frondeurs. Cette nouvelle jeta 
la consternation parmi les populations, effray6es k la 
pens6e des d6penses qu'allaient entrainer pour elles le 
logement et Tentretien de tons ces gens de guerre. Les 
jurats de Villeneuve envoy6rent un messager a M. de 
Poyanne, revenu k Dax, afln de soUiciter une lettre de 
protection pour le comte d'Harcourt et d'obtenir ainsi 
d'etre exempt6s de la presence de ses troupes. lis slnfor- 
maient en m^me temps si les cavaliers du comte 6taient 
d6ja install6s a Gaube (19 mars) *. A Tapproche de ces 

(1) Laborde-P^boui', Relation o^ritable,., (Arm. des Landes, iii, p. 464). 

(2) Cosnac, Souoenirs du rdg/us de Louis xiv, 1. 1, p. 416. 

(3) Arch, de Villeneuve-de-Marsan, C. C. 9, n* 2. 

(4) Arch, de Villeneuve-de-Marsan, C. C. 9, n« 3. 



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- 285 — 

forces imposantes, les frondeurs eurent h&te de se disper- 
ser. Tartas, qui avait 6t6 une des premieres places 
landaises a se declarer pour eux, c6dant k la crainte 
qu'inspiraient les royalistes, fit une soumission qui ne 
devait pas 6tre de longue dur6e, car nous retrouverons 
bientdt cette ville en pleine r6 volte. Poyanne prit sa 
revanche de r6qhec qu'il avait subi le mois de f6vrier 
pr6c6dent devant Mont-de-Marsan : les partisans de 
Cond6.durent abandonner cette position importante etle 
comte de Vaillac S Iieutenant-g6n6ral du comte d'Har- 
court, en prit possession. Les habitants s'engagferent a 
demeurer fiddles au roi*; aussi d'Harcourt pria Poyanne 
de leur envoyer les prisonniers qu'il leur avait faits, au 
moment oil leurs d6put6s n6gociaient avec lui '. En ce 
moment done la cause royaliste triomphait partout dans 
les Landes, d'od les frondeurs avaient disparu complfete- 
ment pour se grouper sur la rive droite de la Garonne. 
(( Sur la fin de mars 1652, ledits cavaliers de M. le Prince 
)) se retirferent tons vers Bordeaux, k cause que M. le 
)) comte d'Harcourt qui 6toitpour le roi et fort puissant, 
)) arriva sur le pays; lesdits cavaliers de M. le Prince se 
)) retirferent *. » lis ne devaient pas tarder k revenir. 

Cantonnement des troupes royales. — Tel 6tait Tachar- 
nement de ces guerresciviles que, contrairement a Tusage 
6tabli par un consentement unanime et universel, les 
hostilit6s n'avaient pas 6t6 suspendues pendant la saison 
rigoureuse. II f allait done avant tout profiter de ce moment 
de r6pit pour donner aux soldats des cantonnements oil 
ils pourraient se refaire de leurs longues fatigues; et 
comme nos Landes avaient jusqu'alors k peu pr6s 6chapp6 

(1) Jean Paul de Gourdon de Genouillac, comte de VaiUac « un des homines 
» de France les mieux faits et dela meilleure mine,brayeetfortgaIant homme. » 
(A/dm. de Saint-Simon, t. v, p. 294, M. Cli^ruel et Regnier). 

(2) Arch, de Mont-de-Marsan, BB 1. 

(3) Arch. hist, de la Gascogne, fasc. i, p. 78. 

(4) Laborde P4bou6, Relation veritable... {Arm. des Landes, in, p. 464). 



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- 986 — 

aux ravages de la guerre, c'est dans ces contr6es que les 
divers capitaines songeaient k disperser leurs bataillons. 
Le chevalier d'Aubeterre (L6on d'Esparbfes de Lussan), 
dont nous aurons bient6t a conter les exploits, mandait a 
Mazarin : « L'Albret estant un fort bon pays. Ton peut 
» s'en servir a faire toucher quelque chose aux troupes 
)) sur ce qu'on leur a fait esp6rer. Nous marchons demain 
» pour nous poster le plus pr^s des ennemis qu'il nous 
)) sera possible. Je m'asseure quails ne seront pas sans 
» embarras w (10 mars) ^ Apr^s le succfes des royalistes, 
les amis surtout eurent k souffrir de leur presence, car 
pour subvenir k I'entretien de leurs milices on levait de 
tout c6t6 les imp6ts les plus on^reux. Mont-de-Marsan 
composamoyennant 22,000 livres *. La moiti6 des sommes 
pereues de la sorte 6tait tenue en compte pour ce qui restait 
a payer des tailles des ann6es pr6c6dentes; Tautre passait 
pour don gratuit ou pour amende (25 mars)*. Poyanne 
re?ut Tordre de s'61oigner de Tartas, oil le comte d'Har- 
court avait Tintention de placer unegarnison (26 mars) *. 
La plupart des soldats de ce g6n6ral n'avaient pas pris de 
repos depuis quatorze mois. Pour leur faire place, le 
gouverneur de Dax dut done retirer ses troupes des s6n6- 
chauss6es de Saint-Sever et de Tartas, avec d6fense de 
prendre dans ces contr6es « aucune subsistance ny aucun 
» argent pour en sortir % » puisque c'6taient des quar- 
tiers que le roi assignait a Farm^e du comte (26 avril). 
La venue prochaine de ces nouvelles garnisons 6mut les 
populations chalossaises; M. de Doazit vint trouver 
d'Harcourt a Agen, et apr^s dix-neuf jours de n6gocia- 
tions, il entra en composition avec lui pour le siege de 

(1) Arch. nat.. K. K. 1219, f« 242. 

(2) Arch, nat., K. K. 1219, f 264. (Leltre de Pontac h Mazarin). 

(3) Arch. hist, do la Gironcle, t. vi, p. 321. 

(4) Arch. hist, do la Gascognc, fasc. i, p. 77. 

(5) Ardi. hist, do la Gascogno, fasc. i, p. 80. 



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— 5>87 — 

Saint-Sever. II fut convenu que le comte n'y viendrait 
pas avec ses gens, a k condition que ledit siege de Saint- 
)) Sever lui baillera 45 mille livres*. » De son c6t6, le 
duch6 d*Albret otfrit 150,000 livres, pour se soustraire k 
Tobligation de recevoir ces redou tables garnisaires. 

Les troupes de Poyanne. — Au lieu d'ob^ir k Tordre 
qui leur avait 6t6 donn6 et qui leur fut renouvel6 a deux 
reprises dift6rentes (23 avril et 9 mai), les troupes de 
Poyanne s'attarderent a ravager la vicomt6 de JuUiac et 
la Chalosse. La presence de ces pillards jeta Talarme dans 
toutes les petites cit6s du Marsan. A Roquefort, les 
jurats d^fendirent de sortir de la ville avec des armes 
sous peine de 100 francs d'amende, tant ils craignaient 
d'attirer sur euxla vengeance des maraudeurs (21 avril) *. 
lis firent garder les portes par huit escouades de mili- 
ciens, quise succ6daient jour et nuit dans Taccomplisse- 
ment de ce devoir, etla communaut6 nomma quatre 
commandants quifurent responsables de ces troupes. On 
choisit 6galement huit fusiliers charges avec ceux de 
Mont-de-Marsan et de Saint-Justin d'escorter Targent 
que Ton faisait passer au comte d'Harcourt et Ton acheta 
de la poudre en provision des 6v6nements. Le d6sordre 
devint si grand dans toute la region que le comte de 
Vaillac eut mission d'y porter remMe (10 mai)^ Les 
d6put6s des bastilles se r6unirent aussit6t a Villeneuve, 
pour r6diger leurs reclamations (12 mai) *, puis Tassem- 
bl6e g6n6rale se tint a Mont-de-Marsan poiir prater ser- 
mentau roi entre les mains du comte de Vaillac (15 mai) *. 
On fit constater les ravages caus6s par les troupes de 
Poyanne dans les s6n6chauss6es de Saint-Sever et de 

(1) Laborde P6bou6, Relation o6rltablo... {Arm, des Landcs, in, p. 465). 

(2) Arch, de Roquefort, B. B. 2, n« 4. 

(3) Arch. hist, de la Gascogne, faso. i, p. 62. 

(4) Arcb. de Roquefort, B. B. 2, n« 5. 

(5) Arch, de Roquefort, B. B. 2, n" 6. 



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— 288 — 

Tartas, ainsi que dans la vicomt6 de JuUiac, et Ton attira 
h ce capitaine les reproches les plus s6v6res, mais 
les mieux m6rit6s (7 juillet) K Efifray6es de ces devasta- 
tions, les communaut6s ne recul6rent devant aucun sacri- 
fice pour se d61ivrer de la presence des gens de guerre. 
Le comte d'Harcourt, pressant la rentr6e des subsides qui 
lui 6taient promis, fit partir de Saint-Sever et de Tartas 
les commissaires charges de les recueillir; en m6me temps 
il imposait aux jurats des diverses bastilles Tabligation 
de leur fournir une escorte " afln de les mettre k Tabri des 
entreprises des voleurs. Car le tr6sor royal 6tant plus 
que jamais impuissant a solder les troupes, et les popula- 
tions au milieu desquelles les miliciens venaient sojourner 
n'arrivant pas a les satisfaire, ceux-ci demandaient trop 
sou vent au pillage et leur soldo et leur entretien. Tous 
les efforts des communaut6s tendaient done a se preserver 
de la visite de ces hdtes peu commodes; mais les n6ces- 
sit6s du moment obligeaient les chefs de corps a se mon- 
trer insensibles a toutes les soUicitations. Nous avons vu 
les precautions prises par les roquefortais pour mettre 
leur ville k Tabri de toute surprise : pendant le jour, les 
gens de toute quality 6taient astreints^ la garde des portes. 
Ce z61e patriotique ne devait pas sauver cette petitecit6 de 
toute contribution de guerre, car malgr6 les privil^es dont 
lepaysaurait d<l jouir, oufutcontraintdeloger des cavaliers 
dans r^tendue de la juridiction de cette place (2 juin) •. 

Le comte d'Harcourt. — La tranquillit6 relative dont 
jouissaient encore nos contr6es n'allait plus6tre de longue 
dur6e. Poyanne avait re^u Tordre de faire de nouvelles 
lev6es et apr6s avoir laiss6 des garnisons suf fisantes dans 
les places landaises, de les faire partir de Tartas, de 

(1) Arch. hlat. do la Gascogno, fasc. i, p. 91. 

(2) Arch, de Villeneuve-de-Marsan, C. C. 9, n» 3. 

(3) Arch, de Roquefort, B. B. i, n« 4. 



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— 28d — 
Saint-Sever et des environs pour venir loger k Caz^res 
et de la se diriger sur Castex (10 mai)^ A leur approche 
on fit redoubler la garde aux portes des villes (20 juillet), 
Toutefois, en consideration deM.de Poyanne, les jurats 
de Roquefort consentirent k laisser passer ses soldats 
vingt par vingt dans Tint^rieur de leurs murs; mais ils 
eurent soin de rappeler k cette occasion que le Marsan 
6tait exempt du logement des gens de guerre (20 juillet) *. 
Ces nouveaux bataillons allaient rejoindre le comte 
d'Harcourt, qui « commandait les armies du roi en 
» Guyenne et il y avaitles troupes de TEurope les mieux 
)) aguerries '. » EUes faisaient Tadmiration du mar6chal 
de Gramont qui mandait plus tard k Poyanne : « Je n'ay 
» jamays ouy parler d'une affayre si extraordinayre que 
» d'avoir veu quelles arm6es a M. d'Harcourt. w (30 
aoftt) *. On avait esp6r6 qu'avec de pareilles forces ce 
g6n6ral arrfiterait les mouvements des rebelles et main- 
tiendrait les frondeurs loin de la province. On apprit 
done avec 6tonnement que, sans prendre cong6 de per- 
sonne, le comte 6tait parti de Montflanquin, petite ville 
de TAgenais, dans la nuit du 15 au 16 aoftt, pour ne plus 
reparaitre en Guyenne. II fut remplac6 k la t6te de Tarm^e 
par le due de Candalle, fils du due d'Epernon, qui ne 
devait pas garder loiigtemps le commandement. Le depart 
pr6cipit6 du comte d'Harcourt livrait le pays aux entre- 
prises des frondeurs. Le prince de Cond6 donna aussitdt 
le pays de Marsan k ses troupes pour s'y refaire; Roque- 
fort envoya un d6put6 k Bordeaux pour protester contre 
une decision qui violait les privileges (19 aoftt) ^ 
(A suivre.) J.-J.-C. TAUZIN, 

Cur6 de Saint-Justin de Marsan. 

(1) Arch, hist, de la Gascogne, fasc. i, p. 81. 

(2) Arch, de Roquefort, B. B. i, n* 6. 

(3) M4m, du cardinal do Rots, p. 34, (6d. Miohaud-Poujoulat). 

(4) Arch, hist, de la Gascogne, laso. i, p. 98. 

(5) Arch, de Roquefort, B. B. i, n« 8. 

Tome XXXV. 19 



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LES SEIGNEURS DE FIMARCON 



DK LA 



b MAISON DE LOMAGNE {Suite) (•) 



Bernard Trencal6on (1314-1337). 

Bernard Trencal6on de Lomagne dwint seigneur de 
Fimarcon trois ans avant la mort de son pfere, vers Tan 
1314 : les actes publics de cette 6poque nous prouvent, 
en effet, qu'Othon II, tr6s avanc6 en kge, remit entre les 
mains de son fils le gouvernement de la seigneurie. C'est 
Bernard que nous voyons si6ger en quality de seigneur 
de Fimarcon dans Tassembl^e des seigneurs convoqu6s 
par Edouard d' Angleterre pour obtenir des subsides centre 
TEcosse. La date de cette assembl6e n'est pas connue 
bien exactement : elle dut avoir lieu entre 1312 et 1314; 
mais ce qui n'est pas douteux, c'est qu'en cette derniere 
ann6e Bernard rendait hommage au roi d'Angleterre 
comme seigneur de Fimarcon. 

Longtemps avant de succ6der a son pere, dans Tannic 
1291, Bernard Trencal6on avait 6pous6 Mathe d'Arma- 
gnac, fiUe du comte G6raud V et de Mathe de B6arn, 
qui lui apporta en dot les chateaux de Sainte-Christie et 
d'Arblade-le-Comtal avec haute et basse justice et tous 
autres droits ^ Mathe d'Armagnac ne porta jamais le 
titre de dame de Fimarcon; elle mourut vers Tan 1313. 
Othon, le flls unique qu'elle avait donn6 a son 6poux, 
mourut peut-6tre avant sa m^re; au moins disparut-il 
sans laisser de post6rit6. 

(•) Voir la livraisoii de mars 1894, page 144. 

(1) P. Anselme, Grands qfflciers de la couronne, tome ii. — Voir k I'Appett- 
dice du present article les pactes de ce manage. 



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— 291 - 

Peu de temps apr^s, Bernard 6pousait en secondes 
noces Allemanne ou Allemande, fiUe d'Othon de Cazenove, 
seigneur de Montagnac, d'une des plus nobles maisons de 
Gascogne. En 1030, Guillaume de Cazenove, Tun des 
anc6tres de cette dame, 6tait un seigneur marquant du 
Fezensac et Thistoire nous a montr6 son grand-p^re 
Fortaner convoquant au nom du roi d'Angleterre, dont 
il 6tait le s6n6chal, les seigneurs de Gascogne pour juger 
Othon de Blaziert. 

Les premieres ann6es qui suivirent Tav^nement de 
Bernard k la seigneurie de Fimarcon furent marquees 
par deux faits importants. Le premier fut la transfor- 
mation de Tabbaye de Condom en 6v6ch6 en faveur de 
Raymond de Galard, son dernier abb6, transformation 
qui fut accomplie par un bref du Pape Jean XXII en 
date du 13 aoftt 1317. Nous raconterons le second fait 
avec plus de details parce qu'il eut pour th6Atre La 
Romieu, Tune des places les plus importantes du pays. 

Vers Tan 1312, Arnaud d'Aux, issu d'une famille noWe 
de La Romieu, successivement chanoine de Coutances, 
vicaire-g6n6ral de rarchev6que de Bordeaux qui devint 
plus tard le Pape C16ment V, 6v6que de Poitiers, chape- 
lain du Souverain-Pontife, et enfin cardinal-6v6que 
d'Albano, acheta aux consuls et aux habitants de La 
Romieu un terrain s'appuyant aux f oss6s de la ville et la 
partie correspondante de ces foss6s qu'il fit dess6cher 
pour en creuser de nouveaux plus loin. Sur cet empla- 
cement, il batit une belle 6glise k une seule nef , flanqu6e 
de deux magnifiques tours. Tune carr6e, Tautre octogone, 
destin6es k servir, la premiere de clocher, la seconde de 
sacristie. L'6glise et surtout les deux tours comptent 
parmi les beaux monuments d'architecture de notre 
region. Arnaud d'Aux fit encore construire k c6t6 un 
vaste cloitre form6 de fortes murailles presque 6gales en 



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— 2&2 — 

hauteur a celles de T^glise. et, pour son habitation, un 
palais au couchant. 

Le cardinal avait pour but de fonder k La Romieu un 
chapitre coll6gial important et disposait pour cette fonda- 
tion de biens considerables. Pr6s de sa nouvelle 6glise 
6tait un prieur6 de b6n6dictins dependant de Tabbaye 
Saint- Victor de Marseille et f ond6 en 1082 sur un empla- 
cement donn6 par le vicomte Odon de Lomagne : la . 
possession de ce prieur6 et sa reunion a T^glise r6cem- 
ment construite devenaient indispensables au cardinal, 
soit par la proximity des deux 6glises, soit a cause des 
conflits d'int6r6ts qui auraient pu les diviser. II Tacheta 
pour la somme de deux mille florins de Florence. Le 
Pape Jean XXII, par sa bulle du 22d6cembre 1317, auto- 
risa cette vente et pronon§a la secularisation du prieur6 
de Notre-Dame de La Romieu et son union a r^glise 
61ev6e par r6v6que d'Albano. 

Toutes choses 6tant ainsi pr6par6es, Arnaud d'Aux 
data d' Avignon, le 30 juillet 1318, son acte de fondation 
dont voici les dispositions principales : 

Le cardinal fonde dans r^glise Saint-Pierre de La 
Romieu un chapitre coll6gial compose d'un doyen digni- 
taire, d-un sous-doyen, d'un chantre, d'un sacriste, d'un 
ouvrier et de dix-huit chanoines. Tons ces b6n6ftciers 
vivront en commun jusqu'&, ce que, par les secours de la 
divine Providence, les revenus soient suffisants pour les 
faire vivre decemment chacun en particulier du fruit de 
sa prebende, sous le bon plaisir et avec le consentement 
du patron et du doyen. Pour occuper ces benefices, le 
fondateur exige que les sujets soient prStres ou se f assent 
ordonner dans le courant de Tannee. II veut aussi que le 
nombre en puisse etre augmente par les patrons lalques 
ses successeurs, si les richesses du chapitre viennent a 
s'accroitre. Le cardinal donne en dot k son eglise tou^ 



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— 293 — 

ses Mens patrimoniaux meubles et immeubles, n'en r6ser- 
vant qu'une petite partie aux patrons lalques ses succes- 
seurs; de plus, ceux qu'il tient des parents lalques de son 
nom par le puissant secours desquels il est parvenu h 
mettre la derni^re main k son oeuvre. II donne encore h 
cette m^me 6glise tons les biens acquis par lui, de quelque 
nature qu'ils soient et quelque part qu'ils se trouvent 
8itu6s. Arnaud d'Aux joint k tons ces dons le prieur6 de 
Notre-Dame de La Romieu achet6 par lui et s6cularis6 
par le Souverain-Pontife, avec toutes ses appartenances 
et tous ses droits tant spirituels que temporels. Pour 
faciliter le service divin, il pourvoit son 6glise de toutes 
les choses n6cessaires dont il fait une longue Enumera- 
tion : croix d'argent et de vermeil, calicos d'argent et de 
vermeil, grand nombre de reliques contemles dans des 
cMsses d'argent, ornements sacr6s, livres cantoraux, 
cloches, etc. II se r6serve, sa vie durant, les droits de 
patronage et de nomination a tous les b6n6flces de son 
6glise et rend le premier de ces droits reversible aprfes sa 
mort a ses h6ritiers lalques de son nom et a leurs 
descendants. 

Cette fondation f ut conflrm6e par Raymond de Galard, 
premier 6v6que de Condom, le 2 octobre 1318*. 

Mais la mort emp6cha le cardinal d'Aux de r6aliser 
entiferement son projet. Ses h6ritiers modiflferent sa pens6e 
et r6duisirent la fondation k un doyen, dix chanoines et 
douze pr6bend6s. 

Arnaud d'Aux mourut a Avignon le 24ao<!it 1321. Son 
corps, suivant une des clauses de son testament, fut port6 
a La Romieu, oil il fut enseveli. Son tombeau est creus6 
dans la muraille de TEglise, a la droite du maitre-autel, en 
face de la tombede Fort d' Aux, son neveu et son succes- 
seur a Poitiers. Un peu plus bas reposaient Pierre- 

(1) Memolre geneahgique de la maison d'Auas-Leacout^ 1728. 



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— 294 — 

Raymond et Gr6raud d'Aux, sesautres neveux. Ces monu- 
ments furent d6grad6s pendant les guerres de religion. 
Montgommery s'emparade LaRomieu, pillal'^glise, brisa 
les sculptures et les bas-reliefs des tombeaux, d6vasta le 
cloitre, enleva les ornements sacr6s et fit p6rir la plupart 
des pretres dans les flammes. La revolution frauQaise 
acheva Toeuvre des religionnaires. Mais, sous la Restau- 
ration, le marquis de Lally-ToUendal, qui avait donn6 sa 
fiUe en mariage au chef de la branche ain6e de la maison 
d'Aux, fit rebatir les tombeaux qu'il surmonta de leurs 
6cussons. 

Pendant que le plus illustre parmi les filsde ses vassaux 
se distinguait par ces fondations pieuses, le seigneur de 
Fimarcon se pr6occupait du service de son suzerain, non 
sans lui faire subir parfois les eflets de son caractere 
ambitieux et tracassier. Malgr6 les soins d'Edouard et de 
ses ministres, malgr6 les peines qu'ils se donnaient pour 
faire disparaitre les abus et les d6sordres, les coeurs, dans 
la Gascogne, se d6tachaient de plus en plus de TAngle- 
terre. On murmurait centre les vexations tou jours crois- 
santes des of ficiers royaux, qui profitaient de r^loignement 
de la Cour pour pressurer les peuples. A Toccasion de ces 
plaintes devenues g6n6rales, Edouard confia la mission 
de se rendre en Gascogne a Barth61emy de Baltomere et 
a Hugues Spencer, son nouveau favori. lis devaient 
recueillir sous la foi du serment les depositions d'hommes 
graves et non suspects et statuer ensuite avec pleine 
autorite. Leur presence apaisa les murmures pour quelque 
temps. ^ 

Au milieu de ces troubles, Bernard Trencal6on crut le 
moment favorable pour etablir de nouveaux phages sur 
ses terres du Fimarcon; mais les consuls de Condom 
porterent leurs plaintes au roi d'Angleterre. Celui-ci, 
faisant droit a leur requite, donna Tordre aux s6n6chaux 



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de Gascogne et d'Agenais d'abolir les phages 6tablis par 
Bernard sans sa permission. Les lettres royales aK)nt 
dat6esde Shelf ort la treizifeme ann6edu r^ned'Edouard II 
(1320). En void la traduction : 

Edouard, par la gvkce de Dieu roi d'Angleterre, seigneur de THibernie 
et due d'Aquitaine, aux s^ndchaux de Gascogne et d'Agenais, salut. 
Sur les priferes que nous ont adresstes les coie^iUs de jiotre ville de 
Condom, nous vous enjoignons d'abolir les phages et les imp6ts 6tablis 
recemment par Bernard TrencaWon dans sa terre de Fimarcon sans 
avoir oblenu de nous licence de le faire. Procidez juridiquement i celte 
annulation selon le droit et la coutume et dans les formes usitto en 
celle seigneurie. 

Cependant les murmures, un instant apais6s par la 
presence des envoy6s du roi d'Angleterre, ne tardferent 
pas k recommencer. lis prirent une violence exception- 
nelle lorsque Edouard, oblig6de lutter a la fois centre les 
Ecossais et centre la plupart de ses lords, voulut tirer 
de la Gascogne des secours en hommes et en argent (1322). 
Plusieurs gentilshommes de ce pays ref usferent de r6pon- 
dre a Tappel du monarque anglais; mais, au milieu de 
toutes ces defections, le seigneur de Fimarcon demeura 
fidMe a son suzerain. II lui fit un nouvel hommage pour 
la terre de Fimarcon, le chateau de Courrensan, la moiti6 
de la ville de Vic, et reconnut avoir re^u de lui des sub- 
sides pour mettre le chateau de cette place en 6tat de 
defense. Le s6n6clial de Toulouse, d6vou6 aux int6r6ts 
de la France, pour insulter k la fois au monarque anglais 
et a son vassal, attaqua les termes de cet hommage rela- 
tivement h Vic et a Courrensan, qui 6taient en sa juridic- 
tion, fit ciier devant lui Bernard Trencal6on, et, sur son 
refus de comparaitre, le fit arrfeter. Le proc6s s'instruisit, 
et Bernard, condamn6 h une forte amende, fut jet6 dans 
une prison oil il languit durant plusieurs mois. 

Quelque temps aprfes, la guerre 6clatade nouveauentre 
la France et TAngleterre : elle eut pour theatre la Bour- 



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— 396 — 

gogne, mais il y eut aussi quelques combats dans le midi 
de la France. La plupart des seigneurs gascons s'enrdlfe- 
rent sous les drapeaux fran§ais, et Bernard, cette fois, 
ne crut pouvoir mieux faire que de suivre leur exemple. 
Dans le cours de Tann^e 1324, le comte de Valois ayant 
oblig6 le prince Edmond d' Angleterre a capituler dans La 
R6ole, la paix fut aussit6t conclue. 

Trois ans plus tard (1327), Edouafd II, renvers6 du 
tr6ne et jet6 en prison par son 6pouse, Isabelle de France, 
r6volt6e centre lui, futfemplac6 par son flls Edouard III. 
Le premier acte du nouveau roifut d'oflfrir son pardon a 
tous les seigneurs de Gascogne qui avaient port6 les armes 
centre son pfere : il avait besoin d'etre d6gag6 d'embarras 
dans le midi de la France pour apaiser les derniers mou- 
vements de la temp^te qui Tavait port6 au pouvoir. 
Lorsqull y eut r6ussi, il voulut multiplier en Gascogne 
ses partisans. Pierre de Galiciac*, chanoine d'Agen, fut 
charg6d'agiren son nom dans cette province, oix il devait 
circonvenir les seigneurs, leur faire de belles promesses, 
soutenir leur fid61it6 et ranimer leur d6vouement au roi 
d'Angleterre. Mais tous les regards, dans les provinces 
du midi, se portaient sur le nouveau roi de France, qui, 
a peine assis sur le trdne, entrainait sa noblesse vers la 
Flandre et remportait a sa t6te la c616bre victoire de 
Cassel (12 aoM 1328) \ 

Bernard Trencal6on, instruit par ses revers et d'ail- 
leurs avanc6 en age, semble avoir a cette 6poque pens6 
particulierement au salut de son ^me. C'est ainsi que 
nous le voyons, le 8 Janvier 1330, fonder la chapellenie 
appel6e Dujac dans I'^glise d'Abrin'. 

Outre la part qu'il prit aux 6v6nements dans le midi 
de la France, Bernard eut des contestations avec ses voi- 

(1) Collection Br^quigny. — Rymer. 

(2) Monlczun, in, page 495. 

(3) laventaire des archives de Lagarde, RRR, 



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^ 297 — 

sins, soit en son propre nom, soit au nom de sa ni^ce 
Agn6sie de Lomagne, baronne de Montcrabeau et dame 
de Calignac, dont il 6tait le tuteur. Ce fut d'abord des 
int6r6ts de cette derni^re qu'il eut h s'occuper. 

Le pfere d'Agn6sie, G6raud Trencal6on, faisant revivre 
des pretentions plus anciennes, revendiquait la juridic- 
tion sur les paroisses de Saint-Pierre de Vicnau, de 
Saint-Avit de Gauran, Sainte-Ruflne de G61embert, et 
Saint-Saturnin, que les consuls de Condom lui dispu- 
taient. Au nom de sa pupille, Bernard poursuivit cette 
revendication, mais la sentence des arbitres ne fut pas 
en faveur d'Agn6sie. Elle dut renoncer k tout droit sur 
ces paroisses, qui furent d6flnitivement constitutes dans 
la juridiction de Condom*. 

Bernard ne fut pas plus heureux pour lui-m6me qu'il 
ne Favait 6t6 pour sa nifece. D'accord avec Gaillardin de 
La Roque, son vassal, il disputait k Raymond de Galard, 
6v6que de Condom, et k la communaut6 de cette ville, 
les territoires de Saint-Orens, de Saint-Pierre de Bolin, 
de Sainte-Marie de Bordferes et de Saint-Sulpice des 
Camisats. Le 23 f6vrier 1534, le procureur du roi au 
s6n6chal d'Agenais adjugea ces territoires k r6v6que et 
aux consuls de Condom et n'accorda au seigneur de 
Fimarcon et k son vassal que les gages de cinq sols et vingt 
deniers morlans* pour leurs droits sur ces paroisses. 

L'ann^e suivante, une sentence arbitrale mettait fin a 
des contestations 61ev6es pour limites de territoire entre 
Bernard de Fimarcon et le seigneur de Terraube'. 

Le 23 Janvier 1336, un acte de rescission volontaire 
annulait le contrat pass6 entre Jean, fills du comte d'Ar- 
magnac, et Jeanne, premiere fille du seigneur de Fimarcon 

(1) Archives munlcipales de Condom, FF. 25. 

(2) Archives municipales de Condom, FF. 26. 

(3) Inventaire des archives de Lagarde, 35 V. 



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— SOS — 

et d'AUemanne de Cazenove*. Si la rupture de cette belle 
alliance causa quelque tristesse an sire de Fimarcon, le 
14 mars de cette m6me anii6e dut iui apporter une com- 
pensation. En eflet, les archives du chateau de Lagarde 
nous oflrent k cette date un proc^s-verbal des ravenus 
que le roi tirait de la ville et juridiction de La Romieu, 
portant donation faite au seigneur de Fimarcon de quinze 
sols morlans sur la maison de Saint-Aignan *. 

Dans la m6me ann6e, le mercredi avant la f6te de saint 
Pierre, une transaction 6tait pass^e entre Bernard Tren- 
cal6on et le seigneur de Terraube au sujet des juridictions 
et territoires de Terraube, Doazan et Le Mas *. 

Enfln, le 19 juin 1337, intervenait une transaction 
entre Bernard Trencal6on, seigneur de Fimarcon, et les 
habitants du Mas pour raison des droits seigneuriaux. 

La mort de Bernard suivit de pr6s cette derni6re date. 
II laissait de son mariage avec AUemanne de Cazenove un 
fils en bas &ge, Jean de Lomagne, qui Iui succ6da, et trois 
fiUes, Jeanne, Thal6rie et G6raude, dont les alliances 
sont rest6es inconnues. 

(A saivre.) VAhU MAUQUlfi, 

Curd de Caussens. 

APPENDICE 



Paotes de mariage de Bernard Trencal^on de Lomagne, seigneur de 
Fimarcon, aveo Mate d'Armagnac, du Jeudl avant la Nativity de Notre- 
Dame, 1891. (Vidim^) (4). 

Noveiint universi quod nos Petrus de Mirimanda miles, senescallus 
Agenesii et lerre Vasconie domino nostro regi Francorum noviler 
acquisite, vidimus, inspeximus palpavimus et [legere fe-]cimus quoddam 
inslrumentum publicum manu magislri Guilhelmi Bee condara notarii 

(1) Archives du cMteau de lagarde, 33 A. 

(2) Ibideoi, 33 Q. 

(3) Ibidem, 26 N. 

(4) Archives d^partemen tales di? Gers, fonds Fimarcon. 



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Condomiensi^t oonfectum^ ut prima facie apparebat non viciatum, non 
cancellatum nee aliqua parte sua abolitum, [eujus] tenor talis est : 

Conoguda causa sia qu' en Bemart Trenchaleon dauseds, fils del 
noble baron senh'' Nod deLomanha cauoer senhor del Fieumarcon, 
dens lo castet de Maubezin [de Fezenjsaguet personalment establits, en 
presencia del ondrat pay in X»^ senh*" Amanieu per la divinal gracia 
arcebesque d'Aus e de molts autres prelats e baros e cauoers e autras 
personas e de mi notari e dels testimonis dejus nomnadors, fe matri- 
moni per palaura de present ab na Mata d'Armanhac^ seror paternal e 
maternal del noble baron senher en Berna[rd per] la gracia Dieu 
corapte d'Armanhac e de Fezensach, dizens en questa maneyra : Eu 
en Bernard Terncaleon arcebi vos naMata d'Armanhac en niolhermia 
segont la lei romana. E la na Mata dis autresi aqui present en questa 
maneyra : Eu na Mata d'Armanhac recebi vos en B. Trencaleon ea 
mon marit segont la lei romana. E aqui mesis, apres lodit matrimoni 
celebrat e autreiat, lo predit senh** comte, per si e per son heret et per 
son orden e per tos sos successors de si enant perpetualment venidors, 
donet e autreiet e assignet e liuret, de palaura e de diet, ab auctoritat 
d'aquesla present carta, en dot e per nom de dot de la dita na Mata 
sua seror, al dit en B. Trencaleon aqui present e aisso recebent per si 
e per son hered venient e descendent de si e de la dita sa molher, lo 
castet de Santa Chrestia el castet d'Arblada la contau, qui son en lo 
contat d'Armanhac, ab totas lors pertinencias e distredbs e juridiction 
auta e bassa e mer e mix in peri e rendas e drets e doners e senhorias e 
mandaments e leis e gatges e incorrements apertenens e apertenir 
debens aus mesis castets, tot francament e ses tot autre retenement 
d'algun dret e de servilut que no i fe de part senhoria, aissi cum al 
mesis compte, al dia e bora en que aquesta present carta fo requerida e 
autreiada^ apertenian e apertenir deuian en los mesis casteds e en lors 
pertinencias per nom et per causa del comptat d'Armanhac o en antra 
maneyra. E sen establi lo mesis senhor comte de qui enant possedir, 
per nom e en loc del mesis en B. Trencaleon, dels dils castets e de lors 
pertinencias, entro lo mesis en B. Trencaleon o autre per nom de lui 
aiha possecion corporal recebuda dels mesis castets e de lors pertinen- 
cias, de laqual arceber e retenir de si enant lo det licencia e poder e 
franca auctoritat totas begadas quel playra cum de las suas proprias 
causas dotals. E si los dits castets ab lors pertinencias no valiau L 
libras de Morlas cascun an d'arrenda, lo mesis senhor comte promes 
al dit B. complir e assignar, ses tota dilation, en autres Iocs circum- 
vesis e plus probdas als preditz castets, suficens (?) tanta d'arrenda 



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— 30Q — 

annual ab justida autia e bassa e mer e mix inperi que ab Tautra renda 
deus dits castets valha L libras de Morlascascun an d'arrenda. Promes 
autresi lo dit senh. comle que donara al predit B. Trencaleon per nom 
de la dita na Mata sa seror en dot e per nom de dot D libras de Morlas 
per las quals donaderas e paguaderas promes liurar ades al predit en 
B. Trencaleon los castets de Castilhon e de Lupiac e la bastida de 
Belmont, qui son en lo contat de Fesensach, ab tolas lors pertinencias 
e ab tota lor juridiction auta e bassa, adauer e tenir e usar et possedir 
e recebre e culhir per si mesis o per autre o autres per nom de si mesis 
los fruyts els provenimens e las rendas et las eissidas e gausenssas e 
escasensas dels predits castels de qui en dret proveniens continuada- 
mens persebedors e culhidore entro de las D libras de Morlas al dit B. 
Trenchaleon sia satisfeyt. E Ten mes de dret en plenera e pasibla et 
veraiaeentegra quays corporal possecion ab auctoritat de questa present 
carta. E totas aquestas causas preditas e sengles lo predit senh.compte 
fe e donet e liuretet promes far e liurar, present la nobla dona madona 
Mata per la gracia Dieu comtessa d'Armanhac e de Fesensach sa dona 
maire. I.asquals causas totas e sengles de sus ditas contengudas en 
aquesta present carta la predita dona comtessa lausecb e aproet per sie 
per lot son ordenh; e, primerament, certana de feit per si mesissa e ben 
certiorada de son dret per mi notari de jus escriut, son autrei e son 
assentiment donet e autreyet en las preditas causas en renuncia de son 
bon grat, primerament certiorada de son bon dret, a tot dret deus f rutz 
e autre dret, si algun n'auia o auer podia o debia per dot o per layssa 
en antra maneyra en las preditas causas o alguna d'aqueras. Los 
quaus castets de Castilhon e de Lupiac predits e bastida deuandita lo 
dit en B. Trencaleon ab autrei e assentiment del dit senher son pai 
aqui present promes redre e reslituir al dit senh** comte o a son manda- 
ment, dels fruitz e de las rendas e dels provenimens dels dits castets 
feilas despensas etcomptefeit d aqueras leialment. Apres d aisso e aqui 
mesis lo prenomnat en B. Trencaleon, ab auctoritat e expres assenti- 
ment del dit senh'' Nod son pai, promes e autrega per ferma e per 
leial stipulacion a la prenomnada na Mata sa molher aqui present, per 
si e per los sos aisso recebent, redre e restituir la dita dot, si hered no 
auia, a eon hered en cas o en cais en lo qual o en los quals restitucion 
sere de dret fazedora. En aissi empero que las causas no moblas reda e 
restituisca dens I mes apres qu'en sia requcrit,el dit moble dens V ans, 
cascun an C libras de qui enant continuadament contadors. Apres 
d'aisso e aqui mesis lo predit senh'' Nod de Lomanha promes e donet 
per donacion per nossas apres sa mort al dit en B. son filh e a son 



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— 301 — 

hered procreat de si e de leial matrimoni tot quant ha e auer deu en 
Fiumarcon e en Fesensach per succession paternal. Las quals eausas 
totas e sengles contengudas en aquesla present carta lo senh. en B. 
comlepredit eu dit senh** Nod, tant cum cadaun de lor tocara, deuon 
e an promes tenir e complir e gardar et observar ferm c estable per tos 
temps e no venir en contra per lor ui per autra persona en nulh loc ni 
en nulh temps. El dit comte promes e autreia per si e per los sos al 
predit B. Trencaleon ea son ordenh far e portarbona e ferma gurentia 
de si mesis e de totas autras personas homes o femnas, clergues o 
laics, qui en cort o foras cort, en jutjament o foras jutjament, deuant 
senh. maior o loc tenent de senher o deuant judie delegat o subdelegat 
ordenari v^l [sic) extraordenari o deuant qualque autre senher temporal 
esperital o deuant qualque autra persona, demanda o contest o questio 
algun embargament Ten fessan o moguessan en alguna maneyra oen 
algun temps, en obligament de si e de son hered e de son orden e de 
tots SOS bes mobles e no mobles presentze avieders,on que sian, luenh 
pres, per tos Iocs. 

E per tot aysso tenir e gardar e observar ferm e estable per los temps 
e no venir en contra, jura lo predit senh*" comte de son bon grat sobre 
sans Euangelis de Diu tocats corporalment ab sa propria man dextra. 

Actum, requisitum et concessum fuit hoc apud Malum vicinam 
supradictunj die jovis proxima ante festum nativitatis beate Virginis 
Marie mensis septembris presentibus testibus domino Augerio de Tilhelo 
officiali Auxitano, domino Rogerio de Montefalcone, domino Guilhelmo 
Arnaldi de Montaldo canonicis Auxitanis, domino Raymundo Arnaldi 
de Larrama canonico Vasatensi, domino Guilhelmo Arnaldi de Lamota 
archidiacono Gavaldensi in ecclesia Vasatensi, domino Elia Talai- 
raridi vicecomite Leomanie, domino Arnaldo de Marmanda, domino 
Augerio de Podio Bardac, domino Bertrando de Galardo, domino 
Bernardo de Forcesio^ domino Vilale de Filartiga militibus, Arsivo 
de Galardo, Vitale de Filartiga domicellis, et pluribus aliis nobilibus et 
bonis personis et me Guilhelmo Bee canonico (?) et publico notario 
Condomiensi qui ab omnibus prediclis partibus hoc presens negocium 
et factum tangentibus ad hoc et super hoc ex meo officio fui vocatus et 
cum instancia rogatus et de mandato et volunlaleque (sic) assensu 
utriusque partis ad instanciam et requisicionem earumdem parcium 
predicta omnia et singula in publicamformam redegi et de eisdem unius 
ejusdemque substancie (?) duo publica inslrumenta recepi, feciet scripsi 
et signo meosignaviin testimonium premissorum anno domini M. CO. 
nonagesimo primo, regnantibus illustrissimo domino Philippe, rege 



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- 303 - 

Francorum, domino Eduardo rege Anglie duceque Aquitanie, et 
religioso vii;o domino Amaldo Othone abbate Condomii existente. 

In cujus visionis et inspeccionis in (sic) testimonium et ad majorem 
roborem, firmitatem omnium premissorum, nos senescallus predictus, 
sigillum quo utimur in senesealUa nostra predicta, autentice buic 
presenti Vidimus apponi fecimus et appendi. Actum et datum et sub 
sigillo nostro sigillatum fuit hoc apud Condomium IX die mensis 
januarii, anno domini M*' CCC*' XXX p°. 

Facta est collacio cum originali per me Raymundum de la Cassanhola 
notarium Aginnensem. 

Facta est collacio per me Martinum (?) de Benela notarium. 



NOTES DIVERSES 



CCCXX. Un fragment de saroophage Chretien trouv^ 4 Oacarens 

Tous nos lecteurs apprScieront, par les dorniers mots surtoat, Textr^e 
importance de la communication suivante, faite i F Academic des inscrip- 
tions et belles-lettres dans sa seance du 13 avril dernier : 

« M. Le Blant fait une communication sur un monument que, grace k 
I'indication de M. Lavergne, vice-pr6sident de la Soci6te historique de 
Gascogne, il a trouve chez M" Cournet, h Cacarens, arrondissement de 
Condom. C'est une plaque ^paisse de marbre blanc; au revers de cette pi^, 
qui a et^ taill^e, est trac^ au trait une grande croix pattde. Le bas-relief 
qui occupe la face paralt provenir d'un saroophage Chretien. II represente 
Orphee assis, v^tu de la tunique, da manteau^ des anaxyrides, coilt^ da 
pileus phrygien et jouaut de la lyre. Pr^s de lui, devant un palmier, sent 
deux moutons. La partie gauche du sujet manque. 

» On salt, ajoute M. Le Blant, que les premiers Chretiens voyaient dans 
la fable d'Orphee attiraiit k lui les anlmaux une allegoric du Christ appe- 
lant tous les peuples a la foi nouvelle. Les ^rits des P^res et les artistes 
popularisaient cette pens^ corame le prouvent les reproductions qui se 
Irouvent dans les catacombes deRome. Si, comme il est probable, ce frag- 
ment provient d'un saroophage^ ce serait la premiere representation de ce 
sujet que nous aurions en Gaule (1). » 

(1) Journal ojflciel du 15 avril 1894. 



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NOTES BIBLIOGRAPHIOUeS SllR LA LITURGIE D'41'CH 

A LA PIN DU XV SIBOLE 



En regard du ni(5raoire de M. Claudin sur les Origines de 
Vimprimerie a Auch, dont les lecleurs de la Revue de Gascogne ont 
pu nagufere (1) gouter la pr6cieuse Erudition, et bien au-dessous de ce 
beau Iravail, nous croyons devoir placer les notes suivantes, extraites 
de documents tous in^dits, sauf un seul. 

Dans son testament du 21 mai 1482, M« Fortanier du Chemin, 
pr^bendier du chapitre de Saint-Pierre de Vic-Fezensac, ^tablit, en 
faveur de la chapellenie de Coquuty dont il 6tait titulaire, le legs que 
voici : « Item legavii dicte capellanie (de Coquut) unum breviarium 
munitum diversarum scripturarum pro deseroiendo capellano dicte 
capellanie. » Un codicille du m^me jour reproduit le m^me legs dans 
ces termes l^g^rement differents : « Item legavit dictce capellanice 
unum breviarium scriptum diversarum linearum, » 

Pen de temps apr^s^ le 17 aout 1482, M« Guillaume de Aug6, 6ga- 
lement pr^bendier de Vic-Fezensac, institue cet autre legs : « Item 
legavit dno Bertrando de Cotene, presbitero Vici, quemdam librum 
suum nuncupatum specialem Misse quem impignoravit dno Arnaldo 
de Bono pro medio scuio, » 

Ces deux testaments portent encore les mentions suivantes : « Item 
legavit (G. de Aug6) Petro clerico et servitori auo unum psalterium 
pergamini grossum quod habet. » — « Item plus legavit (F. du 
Chemin) dnis canonicis Ecclesice collegiatce B^^ Petri de Vico unum 
psalterium novum quod erat a dno Sancio de Blandino presbitero 
Vici habitatore. » 

Ces divers lextes font au moins presumer que nos livres liturgiques 
imprimfe n'^taient pas encore connus en 1482 : ce qui confirme les 
donn(5es des documents cit6s par M. Claudin, d'apr^s lesquels ces livres 
n'auraient i\& livres k Timpression que vers la fin de 1486 ou le com- 
mencement de 1487. 

En ce qui touche le Specialis Misse, Special ou Propre de la Messe, 
qui 6tait sans doute une r^uction du Missel proprement dit ne conte- 

(1) Reoue de Gaseogne, Janvier 1894, p. 5 et suiv. 



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— 304 ^ 

nant que TOrdinaire de la Messe et peut-6lre le Propre du Temp8y le 
texte ne dit pas qu*il fut manuscrit. Faudrail-il voir dans ce SpecialU 
Misse un premier essai d'impression de Missel? Nous nous con- 
tentons de .poser la question, n'ayant aucune competence pour la 
trancher. 

Quant au Psalterium ou Vesp^ral, il est Evident qu'il faut itablir 
une difference enli'e le psalterium pergamini grossum de M* G. de 
Auge et le psalieruim novum de M*^ P. du Chemin. Le premier etait 
^videmment un manuscrit sur parchemin et d'un assez grand volume. 
Nous poss^dons nous-m6me quelques feuillets in-f<^ d'unlivrede chant 
manuscrit qui appartint jadis au Chapitre de Vic et qui dut, en son 
temps, voisiner de trfes pr^s avec \t psalterium grossum de M®de 
Auge. Mais, sur le second, il nous semble bien que la question se pose 
de savoir s'il etait imprim^ ou non. Car le texte dit : psalterium 
novum, et, par ce dernier qualificatif, note soigneusement Topposition 
avec les psalterium anciens ou vieux. Novum signifie-t-il neufoxi 
nouveauf Si Ton adopte cetle seconde acception, et rien, croyons-nous, 
ne rinterdit, on peut reconnaltre alors dans ce psalterium novum 
une oeuvre de Tart nouveau de Timprimerie. Nous aurions done 
retrouv6 ici des livres auscitains de chant liturgique imprimfe avant 
1482. 

Mais continuous k lire le testament de M*' Fortanier du Chemin : 
« Item plus legavit dictis dominis canonicis Vici Expositiones 
Evangeliorum et alios pios libros quos habet, ut dicti domini cano- 
nici teneantur celebrare unum obitum pro anima sua parentumque 
suorum et omnium Christijidelium defunctorum ac unam missam 
altam cum diacono et subdiacono et officium defunctorum cum 
pulsatione campanarum et aliorum in similibus fieri consuetorum, 
et in die vigilice B^^ Bartholomcei, apostoli. Voluit et ordinavit 
predictus testator, qudd si dicti domini canonici de iis non conten- 
tentur, qudd non habeant libros (1). » 

Quels etaient au juste ces livres, et surtout ces Expositiones 
Evangeliorum, nous Tignorons. Mais, si ce dernier ouvrage est un 
incunable d'avant 1482, le fait serait int^ressant i noter.Ennous mon- 
trant des livres imprimis dans la biblioth^que de notre pr^bendier de 
Vic, il marquerait certainement un des premiers pas de riinprimerie 
dans notre region. 



(1) Tous ces textes sont du reglstre de Ponsan, notaire de Vic-Fezensac, en 
r^tude de M' Auxion, k Vic-Fezensac. 



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— 305 — 

Un point sur iequel les renseignements font ddfaut dans le travailj 
d'ailleurs si complet, de M. A. Claudin, c'est le prix de ces antiqites 
volumes liturgiques, et leur diffusion. Le texte suivant, qui a 6chapp6 
aux investigations du savant bibliophile, nous foumit k cet 6gard des 
renseignements surs. Nous I'empruntons k un compte de la Fabrique 
de r^glise Saint-VincentdeBagnferes-de-Bigorreen 1495 : € Item plus 
compran loa obres (les marguilliers-oarr/crs) de la glUia (Saint- 
Vincent de Bagnires) Van mil \m^ xc vii (1497) ires missals de pape 
en empressura de la orde de Auxs e de Roma, lo hun costan la 
soma de vii escuts petiis (1). > 

Le Missel d'Auch en 1497, trfes pen de temps apr^s sa publication, 
coutait done 7 6cus petits. Or, k cette 6poque, sept tens petits n'itaient 
point une mince affaire. L'teu petit valant 26 sols, celafaisait 212 sols^ 
lesquels multipli^ par 30 (2) et rMuits ensuite en livres ou francs 
donnent 318 francs de notre monnaie. 

Nous apprenons encore par ce document qud le Missel d'Auch s'itait 
Ai\k r6pandu dans le diocese de Tarbes et, probablement aussi, dans 
toute la province. 

Enfin, il est k observer que le Compte pr&iti de Bagnferes-de- 
Bigorre parte de Missels d'Auch imprimfe t en pape ». Rapprochons 
maintenant de oe texte celui dont a parl^ M. TabbA Dubarat dans sa 
belle Introduction du Br^tiaire de Lesear de 1541 et ou est mentionnA 
le Missel de Dax imprim^ avant 1506 sur papier et sur parchemin. Les 
exemplaires de ce dernier ouvrage liturgique tir6s sur parchemin itaient 
beaucoup moins nombreux et beaucoup plus chers que ceux sur papier. 
L'attention que les marguilliers de Bagnferes mettent k mentionner que 
les Missels d'Auch achetfe par eux itaient imprimis sur papier, nous 
parait marquer d'une fa^on certaine qu'il y eut aussi des exemplaires 
de notre missel tir6s sur parchemin, ainsi qu'ii Dax. Mais, jusqu'k ce 
jour, aucun de ces exemplaires n'a 6t6 signal*. 

A. BREUILS. 



(1) Soucenir de la Bigorre, 1885, p. 291. 

(2) On salt, en eflet« que d'apr^ Festunatlon flx^e par M. Luchaire, pour 
r^poque indiqu6e, dans son savant ouvrage Alain-le-Grand, sire d^Albrct 
(Paris, 1877), c'est le multiplicateur 30 que Ton doit adopter afin d'^valuer les 
prix de la fin du xv« si^cle d'apr^s les mdmes prix de nos jours. 



Tome XXXV. 19 



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LETTRES IN£DITES DU CARDINAL D'OSSAT* 

(Suiie) 



III 
An m8me (1) 



MoQseigneur, 
Je receus hier au soir la letlre qull vous pleust m'escrire de la 
Scarpr6e (?) le 28 Janvier et ice matin ay rendu en main propre le petit 
paquet qui Taocompagnait et le seigneur k qui il s'adressoit m'ha dit que 
je retoumasse pour la response sur YAve Maria, ce que je ferai Dieu 
aidant. Et s'il me la bailie, je vous la remettray avec la pr^nte. 
. Je vous envoie en une lettre k part ce qu'il vous pleust me demander(2) 
quand je prins cong^ de vous envotre cabinet le jour que vous partistes 
de ceste ville, ainsi que vous vouliez aller k table pour disner. Je ne 
I'ai pu faire faire en ceste lettre, pour ce que je ne me suis voulu fier 
d'un autre qui eust eu meilleure main, mais ce seroit peu de chose que 
la main, si le contenu valoit quelque chose. Conmie je comprins que 
cet ^rit seroit mis devant vos yeux, je me f usse tr^s bien gardi de 
pr&umer cette chose si vous ne me Teussiez express6ment command^ 
Je n'ai encore pu faire le d^partement des villes et places : je suis bien 
aise que je pourray meltre du bon cost6 Meaux et avant Aix en Provence 
quand le Parlement dtelara Sa Majesty Roy de France par arrest, le 
septifeme jour de Janvier, qui f ut la premiere s&moe aprfes les festes de 
Noel. L'Evesque d'AvignonTha ainsi escritau Papeet vous le pourpez 
avoir entendu d'ailleurs. 

Celui qui sollicite Taffaire, dont M. de SoboUes vous ha escrit, vous 
escrit que s'il n'eust 6t6 aujourd'hui, jour de Chandeleur, comme il 
eust 6t6 sans la feste de sainle Agalhe qui s'y est rencontrfe : je vous 
en eusse pu envoyer Texp^dition ce soir, ce que je ferai la semaine 

(•) Voir la livraison de mai 1894, p. 245. 

(1) Bib. Nat. Mss. F. fr. 3,622, f 47 et s. 

(2) II s'agit ici de la lettre pr^c^dente ou peut-Stre d'un M^moire italien qui 
devait 6tre prdsent^ au Pape par le due de Nevers. Ce m^moire, donl rorigioal 
86 trouve aujourd'hui k la Bib. Nat. Mss. F.fr. 3,989, £• 108 aurait ^t^ r^ig^ par 
d'Ossat; 11 est dat^ de f^vrier 1594. Voir notre ouvrage, p. 92. 



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— 307 — 

prochaine. Quant k rbomologation du contract d'eschange fait pour la 
justice de Saint-Estienne, TexpWitionnairequi Tha autresfois soUicit^e 
appel^ Loirenot est all^ en Lorraine, et je suis aprfes k sgavoir d'un qui 
estoit son substitut,appel6 Frangois Dassimon, k quoi il tint qu'on ne 
la peust obtenir,et aprfes cela voir les moyens delesver rempescheraent 
ou de poursuivre les deniers arri6r6s selon que je trouverai Atre plus 
expedient et je vous en fcriray ce que j'en auray apprins, par toute la 
semaine prochaine, et vous aurez la fagon comme le Pape ha permis k 
M. le cardinal de Gondy de venir k Rome. Et y en ha qui croyent que 
ceux (1) qui arrivferent ici le jour que vous en partites ayent aid6 k 
ceste permission, pour le d^ir qu'ils ont d*attacher ici prte du 
Pape quelque machination touchant les choses de France par le 
moyen dudict Seigneur Cardinal, lequel est trop ami et trop bien zi\i 
au bien du royaume pour se laisser tromper par eux,et trouvera encore 
id quelqu'un qui lui en dira son avis, qui sera en somme qu'il fault 
croire qu'ils ne font rien k bonne fin et qu'il se fault douter de tout ce 
qu'ils font et disent. Je pense ne me tromper point en croyant, comme 
je fais, qu'ils voudroient en apparence ordir une n^ociation d'un 
accord ginfiral en Rome avec une personne qui futconfidente du Roy, 
sous couleur d'escrire quelles formules le Pape debvra demander pour 
la religion catholique et pour les choses de la Ligue, et faire durer ceste 
fraische n^ociation le plus qu'ils pourroient pour plusieurs leurs 
intentions : premiirement pour, sous le manteau et apparence de ceste 
n^gociation, couvrir leurs longs services prfes du Pape et leur vraye 
B^ociation avec Sa Saintet^ et avec les Hespagnols, touchant I'^lection 
de Monsieur de Mayenne et le manage de I'lnfante d'Espaigne avec 
son fils, et les grands secours qu'ils attendent d'ici et de Ik; seoonde- 
ment sous ce bon pourparler de paix k dresser k Rome^ endormir les 
deux partis en France et obtenir sous I'autorit^ du Pape et par la per- 
suasion de la personne confidente du Roy qui vint ici tresve de Sa 
Majeste et puis continuation autant qu'il leur plaira; et empescher les 
villes de leur parti par ceste vaine assurance de paix de s'accomoder 
avec Sa Majeste; tiercement faire cependant tout k leur aise leurs bri- 
gues, entrelenant toujours les ivesques de ceste fraische n^ociation et 
donner temps k la longueur espagnole de se reprendre et de dresser son 
arm6e tout k loisir et i sa mode accoustumte, et cela pour avoir deux 
cordes en Tare, et si enfin les Hespagnols ne vouloient bailler lad. 
infante, ni les villes de la Ligue attendre que I'ambition de leurs chefs 

(1) Le cardinal de Joyeuse et le baron de Senecey. Voir notreouvpage,p. 104. 



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— 308 — 

fust assouvie, en ce eas se servir du feint pourparler d'accord comme 
s'ils n'avoient pas pens6 k autres choses et le continuer et poursuivresi 
bon escient, et pour Tautorit^ de Sa Saintete, qui est partie comme eux, 
faire les conditions de Taccord, aussi longues et larges et grasses qa'ils 
vouldroient et les plus courtes et restives et maigres pour le parti du 
Roy que faire se pourroit. En somme M. de Mayenne, qui ha confirm^ 
tous ces artifices en France, n'y pou vant plus tirer les choses en longueur 
de soy mesme a insist^ et machine icy pour y parvenir par le moyen et 
soubz Tautorite du Pape : sachant combien le Roy et les catholiques 
qui assisteut Sa Ma jeste ont du d^sir de s'accomraoder avec Sa Sainteti. 
Mais je m'asseure que quand il n'y auroit que vous, Monseigneur, et 
vous seul a empescher ces desseins vous ferez aller en fumfe toutes 
cesfaQons defrondeurs et procedures cauteleuses, exhortant Sa Majesty A 
continuer i bon escient la guerre sans aucun tresveet k donner luy-mtoe 
la paix k ses gubjets, qui la vouldront, k conditions raisonnables et bien 
nettes,et adyant que monsieur le cardinal de Gondy arrive k Rome, il 
SQaura, Dieu aidant, ce que dessus et sera en luy d'adviser s'il debvra 
exclurCiCes Messieurs icy dfes les premiers propos qu'ils luy viendront, 
en lejir disant que comme il n'ha nulle charge, aussi il ne s'en veult 
nuHement mesler; ou s'il debvra feindre comme eux et montrer de les 
croire, et cependant faire ce qui sera du debvoir d'un bon Francis. 

A tant je vous supplie tr^s humblement d'excuser ceste mesme 
indiscretion du z^le que j'ay au bien de ma Patrie et au service de mon 
Roy et k ce que vous soyez Addlement averti des intentions de ceux de 
par icy que j'ay obliges parde bonnes conjectures qui seront Irop longues 
k racompter, et prie Dieu qu'il vous doint, Monseigneur, en parfaile 
sante trfes longue et tr6s heureuse vie. 

De Rome, ce 7 f^bvrier 1594. 

Votretr&s humble ettres obeissant serviteur. A. d'Ossat. 



IV 

Au m3me(l) 

Monseigneur, 
Par une autre lettre k part, que je viens de vous faire, vous verrcz 
comme Taffaire dont M. de Sobolles vous avoit escrit est r^ussi. J*esp^re 
sous peu donner advis pour Tautre partie k M, Francois Dassimon 

(1) Bib. Nat. Mss. F. Ir. n« 3,622, ^54 et s. 



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— 309 — 

qui a est6 substitut de monsieur Loirenot, duquel Dassimon je n'ay rien 
pu apprendre de ce que je d^sirois touchant rhomologation du contract 
d'eschange que vous avez fait avec les prieur, religieux et convent de 
Saint- Estienne; k sgavoir i qui il avoit tenu qu'elle n'avoit est6 exp6- 
di^ k la sollicitation dudit Loirenot qui en avoit charge; pensant que 
led. Dassimon s'estoit j& parti d'avec led. aultre moyen et ]e feray du 
mieux qu'il me sera possible. Cependant il vous envoye le dinombre- 
ment des villes et places que je debvois vous envoyer. Au demeurant 
Monsieur le cardinal de Gondy est arriv6 aujourd'huy en ceste ville, 
ecavoir le 22 Janvier^ et est allS baiser les pieds du Pape le 24. II est 
bien loin de se laisser tromper par ceulx dont je vous escrivois par le 
dernier ordinaire, car il en ba aussi mauvaise opinion et s*en deffie 
autant qu'un aultre : quant k moy je me confirme tousjours en ceste 
opinion, que apr6s qu'ils auront tAch6 en vain d'assouvir Tambitionde 
celuy qui les ha envoy^s, si ils voyent qu'il buste mal en France pour 
eux, et qu'il faille parler i bon escient d'accord, corame d6s ceste heure 
ils voudroient commencer d'en parler pour la fin dont je parlois en ma 
demifere lettre, ils s'attendent k traiter ledit accord auprfes du Pape et 
faire demander par Sa Saintel^ ce que en frferes et confreres, de diput^s 
k dipuiis ils n'oseroient ou auroient honte de demander : tant pour 
les conditions que pour \es secrets dudit accord. Mais le pis est que par 
cette interposition du Pape (pour le moyen duquel ils vouldroient 
encore faire entrer en Taccord le Roy d'Espaigne) et par la conclusion 
d'un accord g6n(5ral, ils tendent k deux choses, qui seroient de grand 
prejudice k la couronne et au Roy et a toute ^a maison royale; Tune k 
tenir debout et en son enlier le parti de la Ligue, voire aprfes la paix 
faicte et par ce moyen le royaume divise et mi-parti; Taultre k maintenir 
la personne de monsieur de Mayenne en la bonne grace et en la bonne 
opinion du Pape et du Roy d'Espaignie et lui continuer tousjours les 
intelligences qu'il ha preseutement avec eulx, afin que aussi bien en 
temps de paix comme de guerre il demeure chef du parti et puisse 
interposer la puissance et autorit6 royale et s'y opposer quand bon luy 
semblera, soubs les beaux pr^textes et par les mesmes appuis et faveurs 
qu'on ha pris par cy devant. 

Ainsi luy voudroit-on par mesme moyen conserver entiferes les provi- 
sions qu'il avoit faites pour son exaltation, afin que si par la mort du 
Roy ou par quelque aultre faict, il se pr6sentoit occasion de monter 
plus hault, il n'aye rien perdu et setrouve autant de moyens toutpr^ts 
et pour agir de longue main. C'est pourquoy, Monseigneur^ je propose 
icy plusieurs accords particuliers comme plus expWiens au Roy et ila 



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— 310 — 

couronne et au bien et au repos de tout le Royaulme; et s'il faDoitfaire 
un trait* d*accord g^niral, qu'il le fault faire en France et pas i Rome, 
et qu'il sera meilleur qu'il se fasse par monsieur de Mayenne pardelli, 
sans le Pape ni le Roy d'Espagne. Ce vous saurez trop mieux disoerner 
plus habilement que moy ne sgaurois penser; mais le zfele que j'ay an 
bien public me pousse ainsi souvent k cette indiscretion que votre 
humanity et bont6 excusera. 

Et jeprierai Dieuqu'il vous doint, Monseigneur, en parfaicle sanle 
trfes longue et trfes heureuse vie. 

De Rome, ce 12 fivrier 1594. 

Votre trfes humble et trfes obdissant serviteur. A. d'Ossat. 



Au memo (1) 

Monseigneur, 

Je vous escrivis samedy, 12 jour de ce mois, par la voie de Venise et 
vous envoyai Texp^ition dont Monsieur de Sobolles vous avoit escrit, 
et le dtoombrement des villes qui tiennent en France pour le Roy d'un 
cost6 et pour la Ligue d'un aultre. 

Maintenant, je vous envoye par la voye de Mantoue les deux passe- 
ports que Giacomo Mandolo vous avoit bailies et un troisiesme qu'il me 
layssa quand il partit de ceste ville pour Naples. Je les ay pli6s k part 
et les ay cottfe, le premier de la letlre A, le second de la lettre B et le 
troisifeme de la lettre C. Et i present de ce qu'il vous avoit pleu me 
demander, il ne me resle plus que le contract d'eschange fait avec les 
prieur, religieux et couvent de S.-Estienne de Nevers qui est un affaire 
de plusieurs jours, et comptez que j'y feray tout ce qui sera en ma 
puissance, comme en toute aultre chose qui appartiendra a votre 
service. 

A tant je prie Dieu qu'il vous doint, Monseigneur, en parfaicte santi 
trte longue ettrfes heureuse vie. 

De Rome, ce 16 febvrier 1594. 

Votre trfes humble et trfes ob^issant serviteur. A. d*Ossat. 

(1) Bibl. Nat.. F. Fr., ». 3^22, p 6Q. 



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VI 
Au mdme (1) 

Monseigneur, 

Je receus bier.au soir la leltre qu'il vous pleust m'escrire d'Isco le 
17 de ce mois et vous baise tres humblement les mains de la souve- 
nance et bonne affection dont il vous plait m'honorer sans aultre m^te 
que de vous estre trfes bumble et trfes d6vou6 serviteur que je seray 
toute ma vie. J'ay parl6 ce m^tin au seigneur dont vous me faictes 
mention et luy ay dit ce qu'il vous avoit plu me mander. II s'en est 
tenu fort honor6 et vous en remercie trfes humblement et m'ba faict 
redire par deux fois la date de votre lettre que je tenois en ma main 
quand je luy parlois^ et s'estant enquis dans combien de temps vous 
pourriez arriver vers le Roy, il m'ha dit que s'il luy venoit occasion 
de vous escrire, il m'envoyeroit ses lettres; et que cependant je vous 
escrivisse que vous n'aviez point en Italic ni ailleurs serviteur plus 
bumble ni plus zili qu'il est vostre. Au demeurant, les envoy^s qui sont 
icy pour la Ligue, aprfes avoir vu le cours que les choses de France 
prennent, ont chang6 de ton et supplii le Pape de s'inlerposer pour 
faire une paix. Et Sa Saintete leur ayant demand^ leur dire parescrit^ 
lis le luy ont envoys de la teneur que M. d'Elbfene (2) vous Tenvoye. 

II y ha cela de bon : premiferement qu'ils y disent leur Conjiteor, 
recognoissant certaines choses qu*on n'ha jamais voulu croire k Rome 
quand ceux du cost6 du Roy les y ont dictes, k sgavoir que Ja France 
ne peult plus durer au present estat auquel lesguerres I'ont rWuicteet 
qu'il est ndcessaire de pourvoir &ce quelesd. guerres finissent pour 
ce que nos seditions n'ont servi jusques ici et ne servent encore aujour- 
d'huy que de miner la Reh'gion catholique et TEstat : qu'il n'y ha plus 
moyen de venir k bout du Roy, n'y d'empescher qu'il ne rfegne : quel- 
que efifort que le Pape et le Roy d'Espagne voulussent faire, et que le 
seul moyen de mettre fin ^ nos troubles et k tant de maux et calamity 
c'est la paix. Secondement, leurs fins et intentions d'amuser les villes 
et seigneurs qui se ddclarent mettre du costidu Roy, d'obtenirde grands 

(1) Bibl. Nat. Mss. F. Fr, n» 3622, ^ 169 et s. 

(2) AJexandre d'Elb^ne ou del Bene, gentilbomme fran^ais, issu d'une famille 
d'origine italienne, r^sida quelque temps ^ Rome (1589-1595) comme agent de 
Nevers et s'y employa, de concert avec d'Ossat, k disposer les esprits en laveur 
de Tabsolution. Voir lettre suivante. 



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— 313 — 

tr^TS de Sa Majesty, d'avoir par le moyen du Pape toutes sortes d'ad- 
vantages^ de maintenir puissant aprte la paix ie parti de la Ligue vive 
et active avec toutes ses intelligences avec les Strangers, et telles autres 
y sent insirtes si clairement que Sa Majesl6 et ses bons serviteurs n'au- 
ront point besoin de commentaire pour les entendre. 

Et vous trouverez que je ne me suis point trompi en ce que j'avois 
conjecture de leurs desseins et que Tantidote en avoit ^t^ propose advant 
qu'ils n'eussent diveloppd leurs escrits, car ils ne tinrent led. propos 
an Pape que le 14 de ce mois et le lui impos^rent par escrit le 19. 

A tant je prie Dieu qu*il vous doint^ Monseigneur^^n parfaicte sant6 
trts longue et trfes heureuse vie. 

De Rome, ce 26 mars 1594. * 

Votre trfes humble et trte obeissant serviteur. A. d'Ossat. 

Avant votre dernifere lettre de Mantoue, je vous demandois les cinq 
sols que j'avois payez pour Texp^tion de M. de SoboUes. 



VII 
Au mdme(l) 

Monseigneur, 

La lettre qu'il vous pleust de m'escrire du camp devant Laon, le 
!24juillet, m'batesmoign^deplus en plus rhumanit6etbont6dontvous 
temp6rez votre grandeur. Je recognois en moy n'avoir m6rit6 en sorte 
du monde que un si grand prince feist aucune mention de moy au Roy 
ni k personne de Messieurs de son conseil, et moins qu'il me moyenast 
aucun bien et honneur envers eux. Mais puisque, de votre grace, 
comme je voye par ladicte lettre, il vous hapleu user de ceste surabon- 
dance de bonti, je ne puis sinon que, avec toute humilit6 et gratitude, 
recognoistre celle obligation, et desire quelque bonne occasion de vous 
en rendre tr^ humble service comme sans cela j'y estois desj^ ivhs 
affectionnS et oblige et m'y efforceray do tout mon pouvoir, toute ma vie, 

Le persounage auquel vous me commandiez de bailler le billet cy 
inclus est depuis environ un mois ou six sepmaines alle en Hongrie & 
la guerre centre le Turc, en compagnie du seigneur don Virginio 
Crisino et je n'ay pas estim6 debvoir fier ledict billet k personne pour 
le luyenvoyer, non pas mesme h son frfere,et partant je vous renvoye 

(1) Bib. Nat. Mss. F. fr. »• 3,991, !• 179 et s. 



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— 313 — 

ledict billet. Quant aux occurrences de degSt, le sieur Alexandre d'Elbfene 
qui va et pratique gi et Ik plus que je ne fais, vous en pourra aussi trop 
mieux escrire que moy. Aussi ne sont-ce la pluspart que mauvais 
offices que les Hespagnols font par degk au Roy, choses qu'on ne peult 
empescher et qui n&ntmoins sont rendues vaines par la perseverance 
de Sa Majesty en la religion catholique et en la reduction de ses subjects 
k son ob^issance, dont aprfes Dieu depend tout ce que sa dicte Majestd 
pourroit desirer d'icy et d'ailleurs. 

A tant je prie Dieuqu'il vous doint, Monseigneur^en parfaicte sant6 
trfes longue et trfes heureuse vie. 

De Rome, ce 5 septembre 1594. 

Votre trfes humble et trfes obSissant serviteur. A. d'Ossat. 



Vlll 

Att mdme (1) 

Monseigneur, 
. Le seigneur Virginio della Mentana (2) auquel j'ay faict la response 
qu'il vous avoit pleu me commander dit que Thomme ne veult point 
estre congneu en sorte du monde et che a questo non occorre pensarci. 
Et quant aux advis ils seront mis fes mains de qui il Vous plaira 
ordonner, non par ledict homme, mais par main tierce, qui ne sgaura 
rien du contenu,ni pour qui ce sera. Et quant k luy Virginio, qu'il vous 
ha propose cecy pour le zfele qu'il ha k votre service comme une chose 
de trfes grande importance et une trfes belle occasion qu'il ne fauldroit 
se laisser eschapper des mains et qu'il d^siroit sgavoir advant que 
partir demain si il vous plaira d'y entendre. 

A tant je prie Dieu qu'il vous doint, Monseigneur, le bon soir et en 
parfaicte sant6 trfes longue et trfes heureuse vie. 

Votre trfes humble et trfes ob^issant serviteur. A. d'Ossat. 

28 d^cembre 1594. 

(1) Bib. Nat. Mss. F. fr. n» 3,991, f 196 et s. 
" (2) D'Ossat parle encore de ce personiuige dans une lettre h Villeroy du 28 
f^vrier 1596; k cette ^poque cct Italien servait en France comme g^n^ral de la 
cavalerie ^trang^re. Virginio della Mentana — Amelot ecrit di Lamcntana — 
^tait fils de Latino Orsino, qui avait pass^, dit Amelot, pour un des plus grands 
capitaines de son si^cle. 



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— 314 ~ 

IX 

Att m6me (1) 

Monseigneur, 
Par la letlre qu'il vous pleust m'escrire par le courrier Valerio da 
dernier de febvrier, j'ay veu comme la fa^on dont je m'eslois comporte 
en Taffaire qu'il avoit pleu au Roy me commettre ne vous avoit point 
despleu; ce que je prends d'un si grand et si digne prince i grand 
consolation et honneur et en loue Dieu de tout men coeur, me senlant 
en oultre grandement honor6 et oblige k vostre bontd de la faveur et 
protection qu'il vous plait me d^partir par del^ et priant Dieu qu'il luy 
plaise m'en rend re digne et me donner moyen de vous rendre une 
partie du tr^s humble service que je vous doibs. Nostre Sainl-Pfere ha 
est6 trfes aisede la r&olution que le Roy ha prinse d'envoyer en brief 
monsieur du Perron, et larde beaucoup k tous les siens qu'il ne soit 
icy, et j'ai entendu que monsieur le cardinal Toleto ha diet que lorsque 
vous estiez icy, il vous dist que le melon n'estoit point encore meur, 
mais qu'il est meur k present. J'ay dicti celuy qui me Ta rapport6 que 
j'ay opinion que le melon soit meshuy trop faict et qu'il eust est6 meil- 
leur pour eux qu'ils Teussent prins en sa vraye saison comme vous 
le leur pr&entiez. Quand les lettres que le courrier Val6rio ha portfes 
arriverent icy, nostre diet Sainct-P^re e«Jtoit indispose des goutes, qui 
fust cause que je dis k monsieur le cardinal Aldobrandin ce que j'avois 
en charge. Et aprte que Sa Saintei6 ha est6 garie, j'ay eu audience 
d'Elle(2), le 12 de ce mois, ou, apr^s luy avoir parl6 de la part du 
Roy, je lui baisay les pieds de vostre part, et luy dis que vostre zfeleau 
bien du Sainct-Si^e et de la France estoit si grand qu 'encore que vous 
eussiez ordonn«^au sieur Alexandre d'Elbfene de parler^ Sa Sainctet^, 
toutesfois, sur quelque occasion que vous en aviez eue, en respondant 
k mes lettres, vous m'aviez encores commande k moy de la supplier 
trfes hurablement de vouloir acc616rep la reconciliation du Roy avec 
Elle,autant comme elledesiroil Tadvancement de la Religion et lapaix 
et conservation de la chrestient^. Et sur cb je luy exposay ce qui, avec 
tant de prudence, est deduict en vostre dicte leltre de la faiblesse du 
Roy d'Hespagne; de Teslat auquel sont r^duicts les princes de la Ligue; 
de rimpossibilit6 de faire ce que aulresfois on s'estoit propos6; des 

(1) Bibl Nat. Mss. F. n- 3,992, t> 94 et s. 

(2) D'Ossat fait le r^cit d^taill^ de celte audience dans sa lettre au Hoi du 
14 jtvril 1595. 



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-. 315 — 

maux qui sont adveaug d'avoir retard^ ladicte reconciliation, comme 
vous lui aviez predict, et de ceux qui pourroient encores advenir si Elle 
diff^it d'advantage et k la fin je luy dis que vous suppliye2 Sa 
Saintet^ de prendre le tout en bonne part et en exteution du comman- 
dement qu'il vous avoit faict de lui escrire. Toutes lesquelles choses 
nostre diet Sainct-P6ie escouta fort atteutivement et me respondit qu'il 
se souvenoit que vous luy aviez autresfois escrit et fait dire choses 
semblables, qu'il les avoit bien nottes et faisoit grande estime de votre 
prudence et z6\e, qu'il estoit trfes dispose k faire tout ce qu'il falloit 
faire et en moins de temps que faire se pourroit et que I9 retardement 
estoit venu de l^, depuis le mois de septembre. C'est4out ce qu'il me 
respondit, en quoy j'estirae qu'il fust plus brief qu'il n'eust ii& parce 
qu'il m'avoit ji declare sa bonne volenti en respondant k ce que je luy 
avois diet de la part du Roy. Au demeurant les Hespagnols se sont si 
fort oflfensfe de ce que le personnage du billet est alW en France qu'ils 
out fait saisir le bien que sa femme ha au royaume de Naples. 

A tant je prie Dieu qu'il vous doint, Monseigneur, en parfaicte sant6^ 
trte loDgue et trfes heureuse vie. 

De Rome, ce 15 d'apvril 1595. 

Votre trfes humble et tr^s obiissant serviteur. A. d'Ossat. 

{A suivre.) A. D^IGERT. 



FOLK-LORE ET LITTERATURE GASCONNE 



Almanac PAT0ui:s de l'Ariejo per Tannado 1894, countenen fieiros, courses 
de la luno, tout so que cal per ferire a acountenta las gens de nostre tant 
aimable pays, coumo proberbis, cansous, countes, istorios. farsos, etc. 
Foix, imp. Gadrat. 64 pp. in-16. — Arthur Poydenot. Gascouneries, 
couronnees aux jeux f^libr^ens de Montpellier et k TAcademie de Bor- 
deaux. 2* 6dition, augm. et annot^e. Bordeaux, imp. A, Bellicr, 1891. 
64 pp. pet. in-8*. — Statuts et liste g^n^rale des membres de la Gar- 
bare, Society Amicale des Gascons du Gers k Paris. Ann6e 1893. Auchy 
imp. G. Foix. 1894. — 52 p. in-8\ 

L'almanach patois de Foix, d^ji pr^scnt^ aux lecleurs do la Revue^ 
nous apporte cette annte une provision encore plus riche de litt6rature 
populaire, mais ou le gascon a pourtant une part plus petite que Tan 
dernier. Ce qui, au fond, n'importe pas beaucoup k nos folk-loristes ; 



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— 316 — 

ils savent bien que pro\erbes, contes et chansons ne s'arrfelent pas 
d'ordinaire^ une frontifere gtographique qnelconque, et sont ou devien- 
nent le patrimoine commun des provinces et pays d'une m^me r^on. 
Pourtant, en recommandant toutes les series du nouvel almanach, je 
ne m'arrfeterai gu^re qu'aux pi^s signal6es par le caractfere gascon de 
ridiome. — Le recueil s'ouvre pr6cisement par soixanle-dix ou quatre- 
vingt proverbes, souvent rimfe, recueillis par M. Castet, cur6 d'Uchen- 
tein, dans la valine de Biros, et di]k publife avec preface de M. Pas- 
quier dans le Bulletin de la SocUU ari^geoise de sciences, lettres ei 
arts. Tous ces dictons pr&entent, outre leur int^rfit philologique et 
« d(5mographique », une vraie utility morale pour les lecteurs du petit 
livret populaire; ils sont rangfe sous deux chefs : 1*^ Travail, paresse; 
2° Fortune, ambition. On lit, par exemple, sous le premier : Et mano- 
brOj qu'a part a'ra obro (rouvrier a part k Toeuvre); — Era oubli- 
gatiu, Abant era ^eboutiu; — Et pa dur, Que teng etg housian 
segur (Le pain dur fait la maison sure); — Bau mes proujit que 
glorio; — Bau mes suda Que trembla, etc. Sous le second : Et qu'a 
or Qu'a cor; — Que dejunou ourgulhous Que soupo bergounhous; 

— Et qu'ac bouto tout en ung toupi Qu'ac perd tout en ung mayii; 

— Dus brasses e santatg Que soun era richesso d'era praubetaig;-^ 
Et que canto Soung mau espanio. Ce dernier dicton, sauf la marque 
du dialecte, est identique k celui dont Aubanel fit sa devise d6s la 
publication de son premier recueil : Quau canto Soun mau encanto. 
C'est un exemple entre mille de cette difiFusion des formules populaires 
que j'afRrmais tout k Theure. 

On en Irouverait d'autres preuves dans les 6nigmes (pp. 14-16), 
prises pour la plupartdans le Lauraguais, et appel^ en Ari6ge bisco- 
biscausos (comme en Armagnac cau^e berdiuse-berdause), Ainsi : 
Qu*es acdf qu*es ac6f Soun loungo et bianco, en serbin moun mesire 
me soun desfeito — correspond tr^s exactement k Tenigrae frangaise 
fort r^pandue : « Belle blanche que je suis, En vous servant je me 
detruis. > Le mot est a chandelle ». Je ne puis m'emp^her deciter 
encore, k cause de leur r&ilisme pittoresque et malgr^ leur provenance 
languedocienne, les deux 6nigmes sur les « ciseaux > et la c lampe k 
trois bees » [calhel, en gascon careil) : Tamilho, mamlho, cabilho de 
fer^ soun cinq que la menon, n'an que dous elhs; — Beu soun sang 
e manjo sas tripos, 

Aucune des treize chansons (pp. 17-31) n'appartient k notre dialecte 
gascon; mais plusieurs ont leur equivalent dans notre province : une 
note de I'Ahnanach (p. 30) lefait remarquer pour une sorte de romance 



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— 317 — 

que C^nac-Moncaut avail trouvte en B&m; mais le m6me auteur 
avait entendu en A^tarac VAse de Mariouriy et m^me dans une legon 
meilleure, ce semble, que celle de TAri^ge (p. 21); il est vrai que la 
leQon mirandaise elle-m6me porte des signes 6vidents d'une origine 
languedocienne. 

Parmi les contes, il y en a deux en patois saint gironnais, commu- 
nique par M. TabW Cau-Durban. Le c Petit Turluret t est une ver- 
sion assez curieuse d'un th^rae bien connu : desobjets enchantes donnes 
k un brave gargon qui en perd le b^ndfice par des indiscretions de 
langage. L'autre conle est une de ces l^gendes oil saint Pierre et NotrlJ- 
Seigneur voyagent ensemble, et oil Tap^tre apprend de son maltre 
quelques secrets des voies de la Providence : dans ce rteit, recueilli a 
Castelnau-Durban, le gascon est fortement m616 de formes langue- 
dociennes. 

— C'est encore aux folk-loristes que plaira surtout le petit recueil 
po^tique de M. Arthur Poydenot, intituli6 Gascouneries. Ce titre rap- 
pelle assez oelui du dernier recueil de M. Isidore Salles et les deux 
auteurs sont, je crois, quelque pen cousins. Mais si le pofete de Gosse 
parcourt k peu prfes toutes les cordes de la lyre, le ch4telain de Prous- 
Montgaillard se contente d'ordinaire, comme le fait pressentir ce joli 
mot Gascouneries, de nous offrir les bonnes farces, les piquants traits 
de moeurs, les scenes joyeuses, les figures caract^ristiques du pays de 
Chalosse, dans le patois local, qui n'est pas tout k faitaussi eloign^du 
n6tre que le parler bayonnais. Comme tableaux rustiques, je signalerai 
lou mes mourt (mois mort, d6cembre), las bregnes (vendanges), 
las mud^res (le d6m6nagement k la Saint-Martin), Comme por- 
traits, la GarfouUre ^marchande de gateaux ambulante), lou bH 
mouli^, lou casse-can (celui qui invite pour les noces, et qui lire 
son nom de la caime surmonl6e d'lme pique enrubannte qu'on lui 
offre), lou benazit (le « benoit » ou sacristain), lou bioulounayre, 
lou fraier (le barbier), enfin lou sourci^y que je Irancris, pour 
donncr quelque id6e, k la fois de la po6sie aimable el facile de 
M. Poydenot et de la richesse des donn6es de moeurS locales qu'il 
sail y condenser. 

Bastart d'an mouli6 de Morgans 
E de Daunine la crab^re, 
Dap la sou may touts dus bagans (vagabonds), 
SouTci6 qu*6re et, ere pouso^re ! 

Crouchit, fort bil6n, yuste p6c, 
Mau bestit d'u bielhe chamarre (blouse a capuchoh), 



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^ di8 - 

S'espian de tnibfes, taWy m^ {bdgue), 
Simple d'esprit e de cors charre [maigre); * 

Mks qu'ab^be un mecban poud^ 
A defaut de ta grane science^ 
E lou sort dous souns oelhs cad6 
Se Tabisen chens mesMence ! 

Lou can qu'e h6, lou pore malau, 
La 16yt que's goaste k la coasine; 
Se h6 trop de calou, se plau, 
Qu'6 la faate aa hilb de Daunlne t 

Remedis qu'an loas medecins 
Countre las malausis dou mounde; 
Per bira lou sortf lous m6y fins 
Qu'an biste perdut lou soun counde 1 

Lou Daunin, lou hilh dou mouliS 
Qu'^ basut chens trop de malice; 
Cramp6(l), se moureich k Thospice, 
Qu'aura chance ! . . . Praube sourci6 ! 

Le pofete landais ne se depart gufere de oe rythme modeste ni de ces 
humbles dimensions, si convenables apr6s tout aux tableaux de 
genre qui Tout tent6 et qui sans effort nous s6duisent. II aurait pour- 
tant au besoin d'autres tons que celui de la pochade la mieux enlev^, 
t^moin — j'allais dire sa belle pifece sur lou Nosie Henric, mais elle 
est encore, comme elle devait 6tre, dans la note la plus famili^re — 
citons plut6t ce joli conte, la Yane dou Yan, qui unit k la naivete 
rustique un sincere accent du coeur, et surtout ces boutades de saine 
philosophic pratique: lou Destiny Coentes e plasms j A nouste. 

— Les pontes vivants sont habitues k ddev ici toute la place aux 
morls, k ceux que les 6rudits et les bibliophiles vont d^terrer de loin en 
loin dans la poussifere des bibliolhfeques. Le livret annuel de la Gar- 
bure nous entretient cette ann^e d*un de ces pontes gascons, du plus 
int^ressant de tons peut-^tre et du plus oublie. Je n'ai pas le temps de 
parler de la Garbure elle-m6me et du rang trfes honorable qu'elle tient 
parmi les « t)iners artisliques et litt^pires de Paris (2); » il suffit de 
dire, ce que peu de mes lecteurs ignorent, que cette amicale association 



(1) « Habitant une chambre au loyer, miserable. » J'emprunte, et pour cause, 
cette explication aux notos que M. Poydenot a eu la bonne pens^e d'ajouter k 
la fin de son liyre (p. 53-61) et qui en doublent le prix pour les philologues et les 
folk-loristes. 

(2) Voir, sous ce titre, un livre curieux d'Auguste Lepage (Paris, Frinzine, 
1884); mais la Garbure k peine stabile ue put y flgurer. 



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— 3id - 

est fond^ depuis plus de dix ans etquechaque ann^ nous Fa montr^ 
plus nombreuse et plus florissante. Ce qui nous importe, c est que, uon 
contents de cultiver, malgrt Tdloignement de la petite patrie, le senti- 
ment provincial, nos « garburiers » de Paris s'appliquent k ressusciter 
les vieux t^moins de la langueetde Tinspiration des aieux. II y a deux 
ans, c'^tait Jean Guiraud d'Astros, le chapelain de Saint-Clar de 
Lomagne, Tauteur des Quatre saisons gasconnes, qui obtenait une 
notice bien plus pr&ise et plus d^taillte que ses devanciires, malgr6 
quelques points encore douteux (1). Cette ann6e, c*est le tour du pofele 
plus ancien et « plus oubliA > que j'indiquais lout k Theure, Pierre de 
Garros, leyiourda, II y a bien, bien longtemps — quelque chose, hilasi 
comnie trente-trois ans r^volus — que je publiais sur lui une 6tude en 
dix articles (I) dans un journal dont peu de personnes peut-6tre se sou- 
viennent, le Lectourois. La s6rie de ces articles n'existe sans doute 
nuUe part, except^ pr^is^ment ou elle avait le plus de chances de se 
perdre, chez moi ! II est vrai qu'elle y est parce que Texcellent docteur 
Noulet, k qui je I'avais communiqute depuis toute une g^n^ration, a 
eu la bonne id^ de me la letourner presque k ses demiers moments. 
J'ai done eu le m6rite, si e'en est un, de sonner le premier la cloche 
pour ce mort d^laiss^, et je pourrai bien avoir Timprudente coquetterie 
de r^^iter cet essai de jeunesse k Toccasion que je vais dire dans un 
instant. Mais comme il faudra la corrigeret surtout, malgr^ sa lon- 
gueur, la completer! En 1861 je n'avais presque pas de renseigne- 
ments biographiques sur le pofete lectourois, et je ne connaissais que 
par les biographies sa traduction des Psaumes; les Poesias gasconas 
m'occupferent done presque exclusivement : il est vrai qu'il y avait ]k 
de quoi s'itendre sans trop risquer d'ennuyer les vrais gascons; on ne 
trouverait pas ailleurs que dans les € Eglogues, » qui sont la meilleure 
partie de ce vieux recueil, une peinture plus vivante et plus varite du 
pays gascon dans la p^riode la plus curieuse et la plus troublde du 
seizifeme sitele. 

Le rapport de M. Michelet sur la situation actuelle de la Soci^ 
dont il est tr&orier renferme sur le pofete lectourois une longue et int^ 
ressante ^tude ou, gr&ce k des recherches pers6v6rantes— dont le m^rite 
principal revient, je crois, k notre savant et consciencioux coUabora- 
leur, M. Eugfene Camoreyt, — la biographic positive du fils aln6 de Ber- 

(1) Je voulais dire quelque chose ici — trop tard d^jk — de cet iDt^ressant tra- 
vaU de M. Michelet; mats je ne le retrouve pas sous ma main, et il sera 
rheure d'en parler ew pro/esso quand viendra la f^tepr6par6e k Saint-Clar pour 
rinauguration d'un buste en llionneur du vieux po^te-ca/)eran. 



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I 



— 320 — 

nard de Garros^ marchand lectoupois, del'avocat toulousain, du laurdat 
des jeux-floraux, du huguenot qui f ut avocat-g^niral k la cour souve- 
raine de B&irn, se ddgage enfin de la p^nombre cr6pusculaire des 
notices jusqu'iei publi^es. Toutefois, Tanalyse trfes attentive des oeuvres 
est encore I'attrait principal de ces pages, qyi se ferment sur Tannonee 
d'une prochaine r^ition des Psaumea virats en rhyime gascoun 
(IbQS) ei des Poesias gasconas {lb&7)f accompagnte de la Pasiou- 
rade gascoue (1611) sur la mort d'Henri IV, par Jean de Garros, frfere 
cadet de Pierre. II s'agit de tr&ors litt^raires et philologiques de pre- 
mier ordre pour la Gascogne^ et de curiosity absolument inabordables 
pour les amateurs : il n'existe probablement en France qu'un seal 
exemplaire de chacun des trois ouvrages, et je suppose que peu de 
personnes ont eu, comme M, F. Taillade et moi, la patience d'en 
faire ou d'en obtenir des copies. 

M. Alcfe Durrieux, dont on connalt le zfele pour la langue et la litt6- 
rature de son pays, ra les mettre k notre port^ dans une Edition de 
vrai luxe, sur laquelle je n*ai pas besoin d'insister, puisque le pros- 
pectus en a ^t£ adress4 k tons les abounds de la Revue de Gascogne. 
Tous les bibliophiles gascons voudront souscrire k cette superbe et 
capitale publication. Quelques-uns pourront bien ddsirer une Mition 
plus accessible aux petites bourses. D6jk M. Mari^ton, dans la livraison 
de la Revue fdibr^enne qui a termini Tannie 1893, r6clamait une 
Mition populaire des Psaumes; chez nous, on ferait peut-6tre de pr6te- 
rence une demande pareille pour les Poesies gasconnes, ou du moins 
pour les Eglogas dont j'ai Ak\k signal^ le caract&re si profondiment 
provincial. Mais il s'agit pour Theure d'aider M. Durrieux dans sa 
belle et patriotique entreprise, tout en s'assurant la possession et la 
jouissance du plus pr^ieux monument poitique de notre passi gascon. 
H4tons-nous done de souscrire aux trois volumes qui honoreront si 
hautement notre pays et, en particulier, les presses du successeur des 
Duprat, de Timprimeur de la Revue de Gascogne^ dont le plus savant 
des libraires parisiens saluait demiferement ici lafidilitiauxmeilleures 
traditions de son art. L^once COUTURE. 



L'abondance des mati^res nous oblige k renvoyer k la liyraison prochaine, 
qui sera doable, d'importants articles de bibliog;raphie historique. — Mais nous 
deyons au moins annonoer d^ aujourd'hui la r^cente distribution d'un nouveau 
fascicule des Archiees historiques de la Gaacogno, depuis V>ngtemps attendu 
et qui excitera vivement Tint^r^tdes amis de notre histoire : Audijos.laGabelle 
en Gascogne, documents pubU6s par M. Communay. !'• partie (xv-240 pp. grand 
in-8v Auch, L^once Cocharaux). Prix : 7 francs. 



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CHATEAUX GASCONS 

DJE LA FIN DU XIIP SIBCLB (•) 



III 

LE CHATEAU DU BUSCA 

Les personnages dontnous noussommesoccup6jus(}Q'ici, 
aiissi bien daas celle monographie du cMteau de La Gardere 
que dans les precedenles, appartiennenl tous a la noblesse, 
a la gent d'epee, a qui la France dut pendant des siecles son 
eclat et sa grandeur. Groupes autour de leur glorieux maitre, 
Henri IV, en qui s'incarne le genie de leur race, Thistoire des 
Cadels de Gascogne n'est plus a faire. 

Les hasards de nos recherches nous metlent aujourd'hui 
en presence d'un tout autre type degenlilshommes, ni moins 
fiers, ni moins ruses que les precedents, raais cherchanlleur 
avantage en dehors du melier des armes el ne reculant devant 
aucun scrupule pour alleindre le but propose. Dedaignant la 
vie peu intellectuelle des camps, preferant s'adonner aux choses 
de respril, comprenant surtout que, dans Tencombrement 
de la cour, Theure est passee pour se faire jour au milieu 
des nobles et des liommes de guerre, les Maniban arrivent 
sur la scene au moment ou un avenir glorieux s'ouvre aux 
hommes de loi, et ils n'hesitent pas a se donner tout enliers 
a ia magistrature qui les menera a une extreme puissance et 
aux honneurs les plus eleves. 

Cesl done avec une rare perspicacite qu'ils s'enrdlent dans 
les Parlemenls, sentantbien que Tavenirest a ces puissantes 
compagnies qui peu a peu tendent a se subsliluer a la no- 

(•) Voir la livraison d^ mai 1894, page 225. 

Tome XXXV. — Juillet-Aodt 1894. 21 



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— 322 — 

blesse, et dont la pluparl des membres, par leur origine pres- 
que toujours plebeienne^ leur tenue irr6prochabIe, leur amour 
de r6quit6, attirent a eux Tinteret etla sympalhie de la nalioo. 
Les Maniban font partie integrante^ pendant deux siecles, de 
cette caste nouvelle qu'on nomme les Parlementaires et qui 
constitue une sorte dintermediaire entre la noblesse et la 
bourgeoisie. Soutenus par le peuple, d'ou lis sont sortis et 
qui Yoit d6ja en eux les precurseurs de son avenement aux 
afifaires, ils servent d'arbitres entre lui et les grands seigneurs 
et s'interposent toujours entre ses reclamations et celies de 
de la royaute. Leur prestige, leur faveur augmentenl avec 
leur fortune, et ils deviennent les maitres aussi bien des plus 
beaux domaines que de Topinion publique. 

Aussi revetentjls pendant quatre generations success! ?es, 
et avec la plus hautaine fierte, la robe de magistrate lis sont 
de robe, s*en font gloire, et exigent, sous peine de les deshe- 
riter, que leurs descendants soient de robe. Leurs volontes 
dernieres, comme nous le verrons, sont formelles a cet egard; 
et cet amour de la robe n'est pas une des moindres curio- 
sites que nous reserve leur histoire. lis ont, de pere en 
fils, du sang de magistral dans les veines, comme les Las- 
seran, les Monluc, les Barbazan et les Leberon ont du sang 
de soldat. Et cette difiference de race et d'aptitude se fera 
sentir dans des rivalites, dont les archives de leur famille nous 
ont conserve toutes les peripeties. lis chercheront, en eflfet, 
a amoindrir, autour d'eux, Tinfluence de ces anciens seigneurs, 
leurs voisins, k s'agrandir a leurs depens, et lorsque Tbeure 
de la g^ne et de Texpropriation aura sonne pour toute cette 
noblesse de province aux abois, les Maniban, devenus plus 
riches et plus puissants qu'euxtous, viendront juste a temps 
pour se faire adjuger leurs domaines et leurs litres, et les rem- 
placer a la veille de la Revolution. 

On a dit, avec raison, que duranl les deux derniers siedes, 
la noblesse de robe n'eul d'autre but que de dominer la 



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— 323 — 

noblesse d'fepee el de chercher par I'heredite des charges a 
etabiir avec elle une rivalite que le savoir, la dignite des 
caraclcres el rindependaiice d'esprit Iransformferent bien vile 
en superiorile* Nalie pari celle v6ril6 ne se fait mieux senlir 
que dans ce coin de rArmagoac, ou, pendant deux si6cles> 
en eflfet, ies Maniban ne perdirent aucune occasion de se subs- 
tiluer aux anciens possesseurs des grands fiefs^ apportant 
tontefoisdans leurs relations avec leurs vassaux uneurbanite, 
une philanthropies une politesse nouveUes, auxqueiles cesder- 
niers n'etaient cerles pas habitues. 

Les Maniban sont, avec ies Fieubet, Ies Bertier, Ies 
Resseguier, les Bastard, etc., la gloire et Thonneur du Parle- 
ment de Toulouse, ce second Parlement de France, dont 
Texistence si mouvementee se relie intimement k toutes Ies 
phases de Thistoire du pays. Tout en partageant les passions 
et souvent m6me les prejuges de leur epoque, ils savent sans 
cesse faire prevaloir la verite, et, par la dignity de leurcarac- 
tere comme par Telfevation de leur esprit, ils prennent une 
des places les plus considerables dans lesrangset a la tSle de 
rillustre compagnie. Reunissant toutes les connaissances, 
pourlant si multiples, necessaires a cette epoque a tout bon 
parlementaire, qu'ils soient simples conseillers, ou avocats 
generaux, ou presidents a morlier, voire m6me premiers pre- 
sidents, ils occupent leur siege entoures de la consideration 
publique, et la vigueur comme Tequite de leurs arrets, ainsi 
que leur imparlialile, leur assurent a certains moments diffi- 
ciles une veritable popularite. Hommes d'action et de science, 
fins poliliques, administrateurs int^gres, ne d6daignant pas 
de demander en m^me temps aux belles-lettres de douces et 
fructueuses jouissances, ils mettent au-d?ssus de toutes choses 
leurs devoirs de magistral, et ils laissent a la posterite une 
memoire qu'aucune faiblesse, en ces heures troublees, n'a pu 
ternir. 

Nous allons les prendre k leurs debuts, alors que simples 



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bourgeois de Maoledn, ils ne portent pas encore le nom que 
plus tard ils illustreront. Nous ies accompagnerons ensuite 
dans leur longue carrifere publique, Ies voyant peu a peu 
grandir, se mdler aclivement a tous Ies evenemenls politiques 
et judiciaires^ d'abord de la Guienne, puis du Languedoc, et 
de generation en generation s'61ever au-dessus de leurs colle- 
gues, finissant par occupcr ie plus haut siege du Parlemenl 
de Toulouse. Nous Ies suivrons en m£me temps dans leurs 
afifaires privees, assistant a Taccroissement successif de leur 
fortune territoriale, a leurs riches manages, a la construction 
de leurs grandioses residences et notamment du vaste chateau 
du Busca, qui englobera bientOtdans sa justice la plupart 
des chateaux voisins, comme ceux de Massencdme et de La 
Gardere, Nous Ies verrons enfin, Thiver aux jeux floraux, Tele 
sous leurs beaux ombrages de TArmagnac, se delasser dans 
la culture des lettres et Ies joies de Tesprit de leui's rudes 
labeurs de magistrats. 

L'origine des Maniban est des plus plebeiennes. Sortis du 
village de Mauleon, dans le Bas-Armagnac, leur premier nom 
est La Bassa ou de La Bassa. C'est sous cetle denomination 
que nous Ies Irouvons durant la premiere moitie du xvrsiecle, 
et c'est comme bourgeois etsouvent meme comme marohands 
qu'ilssontdesignes dans Ies actes, assez rares du reste, de 
cetle epoque. 

Le H Janvier 1489, Jean de La Filere, originaire de 
Mauleon, dans la baronnie d'Armagnac, fait vente a discret 
homme Michel de La Bassa, pretre, bachelier in deactis et 
habitant de Mauleon, lequel est represente par son frereCi/iY- 
laume de La Bassa, d'une partie de forge, « cum barquinis, 
incudine, comuta, marlellis elaliis arlificiisnecessariis, pour 
la somme d'un ecu, comptant 18 sols par ecu (1). » 

Lances dans Ies afifaires, on Ies voil au milieu de ce siecle 

(1) Notariat de Nogaro. Chastenet, not. Archives du Grand S^rainaire d'Auch. 



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— 325 — 

inlenler de nombreux proc6s aux petites gens d'Eaaze et de 
Maaleon. C'est d'abord, a la dale da 3 aoAt 154i, un Jean 
de Labassa, « rfi7 de Maniban, » qui instrumente conire un 
certain Bernard Dartigues, marchand dela ville d'Eauze. Puis, 
sepl ans apres, le 43 aoul 4551, le m6me Jean de Labassa, 
dit celle fols « de Maniban, seigneur de Lusson, » se prend 
de querelle avec Antoine Dupuy, marchand d'Eauze. Le juge- 
niage ordonne que iedit La Bassa jurera sur les reliques et 
TauteJ de saint Frix, de Bassoues, « apres quoi il sera oui 
sur la cause (1). » 

Le 6 juin 1558, le 23 mai 1559 et le 18 novembre 1563, 
ce sont trois nouveaux proces devant le senechal d'Armagnac, 
intentespar un PUnre de La Bassa de Maniban, seigneur 
de La Cauzanne, pres Mauleon, centre plusieurs marchands 
de La Bastide d'Armagnac (2). 

Autre proces, le 22 novembre 1561, entre Bone, veuve de 
feu Jean de Maniban, se presentant comme « mere et legi- 
time administreresse desbiens dudit feu Maniban » , el Jeanne 
Peyraube, a propos d'injures echangees enlre elles. 

Enflo, le 3 decembre 1563, nouvelles difficulles survenues 
enlre Jean Romat elRaymond deSainle-Fauste, de Cazaubon, 
tuleurs des herillers de feu Amanieu de Labassa, el Piene 
de 3/aniban, leur oncle, seigneur de La Cauzanne (3). 

Ces quelques indications, pour aussi sommaires qu'elles 
soient, suffisent pour nous reveler Torigine fort modeste des 
Maniban, ainsi que leurs premiers pas sur la route de la fortune. 
« Mane ibam el flebam, miltens semina j» , disaienl d'eux les 
gens de Cazaubon, leur appliquant ainsi ironiquement les 
paroles de TEcrilure. Ce qui ne les empfiche pas de devenir, 
en Ires pen de temps,, successivemenl seigneurs des terres 
de La Cauzanne, de Lusson, loules deux autour de Mau- 

(1) Archives departementales. Registre des iusinuations, 

(2) Idem. 

(3) Idemr 



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— 326 — 

leon, et aussi de celle de Maniban, sitaee a deux kilometres 
au sud de cette petite ville, et dont ils prirent le nom aa lieu 
et place de celui de La Bassa. lis oblinreut mSnie, dit-on^ vers 
cette epoque, sans doute pour quelque service signal^, dout 
rhistoire ne nous a pas conserve le souvenir, des leltres 
d'anoblissement. 

Cast en effet vers 1560 qu'un seigneur de Maniban, Pierre, 
dit Lachesnaye des Bois sans autres indications, eleva consi* 
derablement sa maison, en epousant une noble heritiere du 
Haut-Armagnac, Frangoise de Bousty, dame du Busca et 
d'Ampeils, et qu'il devint ainsi le chef de la famille qui va 
nous occuper. 

Sis entre les viUes de Valeace a Test, de Gondrin a Touest, 
et au nord des deux petits villages de Mouchan et de Cassaigne, 
le domaine tr^s considerable du Busca s'elend sur les plus 
hauts contreforts de la rive droite de TOsse, et il n'est separe 
du ch&teau de MassencOme, a Test, que par deux kilometres 
a peine. Des les commencements du xvi*siecle,nous le voyons 
habite par la famille de Bousty, dont un des membres exerce 
la profession de medecin. 

Le29 mars 1559, « honorable homme,M* Nicolas de Bously, 
seigneur du Busca en la senechaussee d'Armagnac et docleur 
en medecine, achete une piece de terre siluee en la juridiclioa 
de Gondrin, pres de Villeneuve(l). » Le meme, qualiOe tou- 
jours de seigneur du lieu du Busca et d'Ampeils et du tilre 
de docteur en mfedecine, donne le 29 mars 4546 procuration 
a M' Jehan Saregis pour le representer dans Tadministration 
de ses biens et le reglement de ses affaires (2). 

Nicolas de Bousty meurt peu de temps apres et laisse 
deux enfants : Tun, Frangois de Bousty, lui succede comme 
seigneur du Busca et d'Ampeils, et intenle, au lendemain de 

(1) Notarial de Condom. Bourret, not. Note commuuiqu^e par M. Calcat, juge 
au tribunal d'Auch. 

(2) Notarial de Valence. Liard, not. de Masseno6me. Couverture du registre 
pour I'ann^e 1601-1602. 



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— 327 — 

la mort de son pere, le 5 avril 1555^ an long proces devant 
le senechal d'Armagnac contre un certain marchand d'Ay- 
guetinte, Guillaume Bousenx, a qui son pere avait afferme 
de nombreuses terres dans ies dislricts de Pardaillan, Beau- 
caire, Verduzan, Lamazere, Ayguelinte et Caslera-Vivent(l). 
L'aulre, une flUc, Francoise de Boasty, epouSe, vers celte 
annee 1560, le seigneur de Maniban, en a un fils, Jean, et 
devient bienUJt veuve. Nous la voyons, en efifet, des 4574, 
gerer et administrer, avec une rare habilete et une fermete 
peu commune pour une femme, Ies biens de son enfant 
mineuw Jean de itfan»&an dutnaitre vers 1566. 

Jean de Maniban. — Occupant dans la hierarcbie sociale 
de Tepoque un rang plus distingue que la famille bourgeoise 
des Maniban, Ies de Bousty, seigneurs de riches el importants 
domaines,tinrent a honneur, dansleur nouvelle alliance, a ne 
pas deroger; et c'est a leur influence, a leurs relations, a la 
consideration dentils jouissaientdeja que Ies Maniban durent 
leur premiere elevation. On ne saurait trop admirer en meme 
temps avec quel soin jaloux Francoise de Bousty surveilla 
Teducation de son flls mineur, et quel zele intelligent elleap- 
porta dans Tadministration deses biens. Les notariats voisins 
de la lerre du Busca sent pleins de ses actes de gestion, et ils 
nous font voir en elle, non pas, comme on pourrait le croire, 
une altiere et capricieuse ch&telaine, mais une femme supe- 
rieure, imbue de ses devoirs de mere, et compatissant a toutes 
les infortunes de ses vassaux. Qu'on en juge plutdt par les 
actes suivants que nous relevons dans lepele-m^le des minutes 
de cetle epoque, et qui contrastent si vivement avec les faits 
de plus en plus rares, il faut le reconnaitre, d'omnipotence et 
de brutalile seigneuriales. En TanneelSSO, 

« Demoiselle Frangoise de Bousty du Busca, dame de Maniban, 
mue de piti^ et de commiseration de la povrete de Frangoyse Dumail, 

(1) Archives d^partementales du Gers. Beg. des insiuuatioiis. 



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— 328 - 

dont le fils Arnaud Dupoy a m condamn^ k 60 escus sols d'amende 
et 18 escus sols de depens, pour certains delicts commis frauduleuse- 
ment sur les terres dudit seigneur de Maniban..., fait don et abandon 
k ladite Dumail de la maison qu'elle occupe et de diverses pifec^ de 
terres alentour (1). » 

La m^me aiwee 1580, ladite dame de Maniban rcgoit, tant 
pour elle que pour son flls Jean de Maniban, ie sermenl de 
fldelite des consuls de Larroque-Fources, lesquels recon- 
naissent 

€ Que iceluy Jean de Maniban est leur vray, nalurel, foncier et 
direct et en toute espfece de justice, haute, moyenne et basse, qu'k luy 
seul appartient, k cause de ce, la cr&ition du juge bayle, greffiers, 
procureurs et tel autre officier qu'il voudra..., que ses droits pour \t% 
lods et ventes sont le dixi6me denier du prix pour lequel la vente a 6t^ 
faite..., et que les droits de fiefs sont : 2 sols par cartelade de terre pred, 
8 deniers par cartelade de toute autre condition de terre, et 12 deniers 
par place de maison ou place sise dans le barry et enclos d'iceluy, etc. > 

Ladile dame de Maniban, tant en son nom qu'au nom de 
son flls, seigneur de Larroque-Fources, s'engage en echange 

<x A maintenir les susdits habitants de La Roque dans leurs droits 
et libert^s, k les traiter humainement comme il appartient k bons, 
obeyssans et loyaux subjects; k les deffendre de son pouvoir d'oppres- 
sion et ruyne envers et centre tous ceux qui les molesteroient sans 
raison de leurs biens et personnes; k faire administrer bonne justice 
par ses officiers, et leur 6tre fermegarant poUr le regard de la seigneurie 
ftodale envers et centre tous ceux qui voudroient prendre droit de 
seigneurie et juridiciion et domination f^odale et directe, etc. > 

Les acles de charity, accomplis par la dame de Maniban 
dans Telendue des ses domaines du Haul comme du Bas 
Armagnac, ne se complent pas. Elle meritala reconnaissance 
publique et elle acquit, tant pour elle que pour son flls, une 
juste popularite. C'est avec une sage autorite qu'elle admi- 
nislrait ses terres dc Maniban, de La Couzanne, de Larroque- 

(1) Notarwtt de Roqiies. Loy&Codic, not. (}e Vaupillon. Reg. pour Tanu^e 1$80, 
tol 284, 



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— 329 — 

Fources, deGondrin, duBusca, d'Ampeils, de Polignac, etc. (1), 
et que, sur^eillant de Xvhs prte reducation de son fils, ^lle 
lui donnait comme exemple son frere FranQois de Busty, 
conseiller du Roi en son grand conseil, lui inculquait Tamour 
du droil et le preparait a embrasser la carriere de magistrate 
Ses derniersacles de gestion, avantla reddition de ses comptes 
de tutelle, furent, le l*' juillet 1592, le bail en aflfermepour 
Irois ans de la lerre etseigneurie de Larroque-Fources, pour 
la somme de 500 escus sols par an (2), et la donation, de 
concert avec son frere Frangois de Bousty, seigneur du Busca 
et conseiller au grand conseil du Roi, de la somme de 2,000 
6cus sols a sa niece demoiselle FrauQoise de Tarrissan, a 
Toccasion de son manage « dans le chateau nable de Maniban, 
juridiction de Mauleon en Armagnac, avec noble Guillaume 
de Saint-Pe, fils atne du seigneur de Sainl-Pe et de la demoi- 
selle Frise deBalz(3). » 

Le 3 aout 1594, Jean efe iVamfrrm, seigneur de Maniban, 
de Lusson, de Larroque-Fources et aulres lieux, fut re^u 
conseiller au grand conseil du Roi. L'annee suivante, il fut 
nomme lieutenant-general en la senechaussee de Bordeaux (4). 
Jean de Maniban n'avait pas encore trente ans. 

Sa vasle erudition, son extreme prudence dans le regle- 
ment des affaires publiques, el son entier devouement a la 
royaute, lui valurent de bonne heure la confiance de ses 
chefs, tant au Parlement, qu'il semble cependant avoir mo- 
menlanemenl delaiss6 durant les premiers temps, qu'au Se- 
n6chalat ou il joua uu r61e important, et dans Pexercice de 
ses fonclions administralives. Nous en avons pour preuve la 
lettre suivanledumarechald'Ornano, gouverneurdeOuyenne, 
au roi Henri IV : 

« Sire^ j'ay pri6 le sieur de Maniban, lieutenant-gin^ral de cesle 

(1) Voir notariat de Roques. Reg. pour 1574, 1575, 1581, 1582, 1586, etc. 

(2) Voir notariat de Roques. Reg. 1592, fol. 205. 

(3) Arch, d^partementales du Gers. Reg. des iusinuationSt 

(4) Lachesnaye des Bois. Art* Maniban. 



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— 330 — 

ville, qui s'en va k Paris, de rendre cestuy k Votre Majesty et lui fire 

entendre Testat des afiE^res de ses quartiers. II en est si bien instruict 

que j'estimerois fere tort k sa sufiisance et k Taffection qu'il a k son 

service, sy je ne m'en remectois du tout k luy. Je la supplye tr^ hum- 

blement de croire ce qu'il luy en dira et Tavoir pour recommand^ 

afin de Tobliger k continuer la fidelity qu'il doit k Votre Majesty. 

J'ay sceu aujourd'huy qu'il s'est faict une grande assamblie k Biron 

soubz pretexte d'y fere les obsfeques de feu M. de Biron. J'y ay aus- 

sytost depesch^ pour en apprendre les particularitez et quelles gens y 

ont assist^, J'en donneray advis k V. M. par la premiere depesche. 

Elle peult cependant demeurer asseur^e qu'il ne se passera ny fera 

rien de dega au prejudice de son service, que je n'y courre et y porte 

ma vye pour ruyner et dissiper les mauvais desseings de ceulx qui 

auroient la volenti d'estre autres que bons et fidelles subjectz de V. M. 

k laquelle je suis et seray toute ma vye. Sire, vostre tr^ humble, 

trfes ob^issant et fidelle serviteur et subject. 

Alphonse d'Ornano. 
A Bourdeaux, ce xxvi aout 1602. » (1). 

L'annee suivante, le 3 mars 4605, sans doule pour 
recompenser le zele avec lequel le sieur de Manibaa avail 
rempU sa mission, le roi le nomma maitre des requites ordi- 
naires de son hdlel, fonclions quMI exerga conjointemenlavec 
les precedentes. II avail epouse quelques annees auparavant, 
le 6 mai 1595, Jeanne de Ram, fllle de Thomas de Ram, lieu- 
tenant general en la senechaassee de Bordeaux, qui proba- 
blemenl se d6mit alors de sa charge en faveur de son gendre. 

Jean de Maniban demeura dans la capilale de la Guyenne 
jusqu'en 4614, se partageant entre ses diverseset delicates 
fonclions. II ne dedaignait pas neanmoins d'aller chaque 
anneesurveillersesdomainesderArmagnac qu'il agrandissail 
a vue d'oeil. Nous le voyons, en efifet, des Pannee 1600, 
donner en afiferme chaque fois de nouvelles lerres autour de 
la seigneurie du Busca, el nolamment celles de Labit, de 
Lebe, juridiction de Bonas, de Mesples au Castera, de la 

(I) Bibl. nat. Mss. Missions ^trang^res. Vol. 175. Pi^ce commuDiqu^ 
par M. Ph. Tamizey de Larroque aux Archioes historiquea de la Gironde, 
t. XIV, p. 367. 



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— 331 — 

Courtade en Beaucaire^ la taverne, le inazel> le p6age et le 
bayled'Ampeils, denombreux biens en Roz&s, acheter, le 
5 fevrier 1608, pour 600 livres tourDois, la inoiti6 de la 
m6tairie de Mora, sise dans la joridictioD de La Roqae, etc., 
el devenir ainsi un des plus puissants proprietaires fonciers 
du Haut-Armagnac (1). 

A celte epoque, Jean de Maniban dat quitter Bordeaux pour 
aller a Toulouse, ou Pappelait a un poste des plus considera- 
bles la conQance du roi. II etait, en effet, nomm6 president 
au Parlement en remplacement du president Poller de La 
Terrasse, el « en consideration des services, disent ses lettres 
de provision, rendus par son pdre comme ambassadeur en 
Suisse, et pour avoir servi lui-meme a la satisfaction du roi 
dans les affaires d'Etat {%. » Jean de Maniban se demit aus- 
sitdt de toutes les fonctions qu'il remplissait en Guyenne, et 
c'est avec empressemenl qu'il accepla celte nouvelle charge 
que ie premier il illustra et qui, pendant quatre generations, 
allail devenir beredilaire dans sa famille. 

Se consid6rant a juste litre comme un des corps les plus 
importanls du royaume, le Parlement de Toulouse jouissait a 
celte epoqued'une veritable renommee, basee sur Tintfegrite 
desmoeurs de ses magistrals, le souffle de liberie etde palrio- 
tlsme qui regnait dans leurs arrets, leur ardente foi catho- 
lique, et, malgre quelques revolles plut6l apparentes que 
reelles, leur fidelite inebranlable a la cause de laroyaute. 
Autour de ses graves conseillers a la robe rouge, au bonnet a 
mortier, au chaperon fourre d'hermine, se groupait louleune 
legion de magistrals subalternes, procureurs, avocats, gref- 
fiers, huissiers, clercs, officiers minisleriels, qui, avides de 
chicane en m^me temps que d'argent, loujours amoureux de 



(1) Xotariat de Valence. Liard, not. t. Massenc6me. Reg. pour 1597 k 1608. 

(2) Archives du Parlement de Toulouse. Malgre nos plus actives recherches, 
nous n'avons pu d^couvrir quel r61e diplomatique avait jou^ au xvi* si^cle, eu 
Suisse, ce seigneur do Maniban, p^re du nouveau pr^ident. 



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- 332 — 

la forme et fervents disciples du bel esprit, eclairaient par 
leurs travaax la grande compagnie d'un jour tout particulier 
et lui donnait un relief et un eclat qu'on ne retrouve pas 
ailleurs. En ces annfees du commencement du xva* siecle, les 
pariementaires de Toulouse sont profondement imbus des 
devoirs de leur charge, et jamais les mesquines questions de 
preseance ou leur inlerfit particulier, qui cependant les preoc- 
cupkent fort, ne les font devier de la grande voie de Tequite 
et de rhonneur. Entre tons se distingue le president de 
Maniban. Les difflcultes qui surgirent, en 1615, a Toccasion 
du remplacement du premier president Francois de Clary, 
nous le montrent deja, quelques jours seulement apres son 
arrivee a Toulouse, ne transigeant ni avec les principes, ni 
avec sa dignite de magistrate 

Le 9 novembre, en efifet, le premier president de Clai7, 
accable par Tage, se demet de sa charge en faveur de son 
fulur gendre Gilles Le Masuyer, et il presente a la cour, reunie 
en audience solennelle, les lettres de provision qui lui sont 
accordees par le roi. Le president de Paulo, organe du Parle- 
ment, manifeste au nom de la compagnie les regrets qu'elle 
eprouve de son depart; mais il ne pent neanmoins s'emp6- 
cher de lui infliger un blame de ce que, {)our la somme de 
50,000 ecus, il a vendu sa charge au flanc6 de sa fllle. La 
dignile du Parlement est atteinte, et la premiere charge de la 
cour pent, en verlu de ce precedent, devenir la proie de 
n'importe quel acquereur. Frangois de Clary replique qu'il 
acceple d'autant moins cette mercuriale qu'elle est prononcee 
par un homme qui a dejimaintes fois brigue, et par tons les 
moyens, la place qu'il occupe, el il se retire sans vouloir 
conlinuer a assister a Taudience. La sfeance devient tumul- 
lueuse.Les avis sont partages. Les quatre presidents, MM. de 
Paulo, de Caminade, de Berlier et de Maniban, le procureur 
general de Saint-Felix el les deux avocats generaux censu- 
rent energiquement la forme des provisions, exigent que le 



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- -- 333 — 

nouveau premier president fasse rayer la clause relative a son 
mariage, et demandent a la Cour que la deliberation soit 
renvoyee au lendemain. Les conseillers favorables a Le 
Masuyer votent pour la continuation de Taudicnce. Les 
presidents se retirent. La Cour passe outre et va deliberer 
sans eux, quand les trois premiers se ravisent el rentrent en 
seance, Seul le president de Maniban croit de sa dignite de 
perseverer dans son attitude, et il sort du Palais, La majorite 
se prononce en faveur de Le Masuyer, qui, apres avoir fait sa 
profession de foi catholique, est installe defmilivementcomme 
premier president (1). 

Jean de Maniban prit une part active aux principaux 
travaux du Parlement de Toulouse, Son nom reste attache k 
tons les proces retentissants de cette epoque. Imbu de senti- 
ments ullra-calholiques, ii suivit son premier president dans 
la repression quelquefois trop severe des exces du protestan- 
tisme et ii sut faire rentrer dans les limites de leurs altri* 
butions les diflferents corps constilues, notamment la Cour 
des Aides, trop enclins a les depasser. Si nous ne le voyons 
pas sieger aux longues et penibles audiences de la fameuse 
afifaire de Taventurier Vanini, qui passionnaen 1619 si pro- 
fondement la population Toulousaine, nous le trouvons, deux 
ans apres, en pieine guerre religieuse, envoye par ie Parle- 
ment en deputation aupres du due de Mayenne, gouvernenr 
du pays. On sait, en effet, qu'en 1621 leflls du fameux chef 
de la Ligue, apres s'etre empare de Nerac, marcha contre la 
viile rebelle de Montauban pour en faire le siege. Beaucoup 
de villes de Gascogne avaient leve, a son instar, Tetendard 
de la revoUe, notamment les villes de Mauvezin, de Tlsle-en- 
Jourdain et du Mas- Verdun. Le Parlement de Toulouse, dans 
le ressort duquel ces cites se trouvaient, decida qu'il fallait 
envoyer trois de ses magistrats aupres du due pour le prier 

(1) Archives du Parlement de Toulouse. Journal du pere Lombard et du gref- 
flerMalenfant. VoiraussirHwJtofVc du Parlement de Toulouse.j^SLT M.Dubt^dat. 



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— 334 - 

de reduire ces villes a Tobeissance royale. Ce fut le presideot 
Jean de Maniban et les deux conseillers Barlhelemy et Masnau 
qui furent charges d'aller trouver le due. lis le rencontrerent 
prfes de risle-en-Jourdain, et ils rapporterent de leur entrevae 
avec lui Tordre de faire demolir les fortiOcations de cette ville 
et celles du Mas-Verdun. Ce qui fut aussitdt present par 
le Parlement(l). 

Profondement devoue a la cause royale, le Parlement de 
Toulouse alia, a deux reprises differenles, en grand cortege, 
ses presidents en t6te, saluer solennellement le Roi a Tarche- 
veche, lorsque Louis XIII vint se reposer a Toulouse en 1621 
et en 1622 de ses fatigues du siege de Montauban. Tons les 
parlementaires flechirent le genou devant lui et luibaisferent 
la jambe ainsi que le bord de son manteau, et ils protesterent 
hautement de leur fid^lite et de leur obeissance (2). 

C^est 6galement Tepoque ou la Chambre de Tedit, 6tablie 
k Beziers, ne cessait, pour conserver ses priyileges et assurer 
son existence, de rendre bonne et loyale justice et de prodl- 
guer ses flatteries a Richelieu. Bien que la plupart de ses 
membres fussent des magistrats du Parlement de Toulouse^ 
cette compagnie ne la voyait que d'un ceil jaloux et reclamait 
a hauts cris sa suppression. Le president de Maniban y fut 
envoye durant quelque temps; et son nom se retrouve a c6l6 
de ceux de sescollegues de Candiac, deMontcalm et deBertier. 

Jean de Maniban continuaitkadministrersesdomaines de 
TArmagnac avec la m^me habilete qu'avait montr6e sa mere 
Franfoise de Bousty. Des Tannee 1614, il achetait a Francois 
d'Aubijoux, fils de Louis d'Amboise et de Blanche de Levis, 
rimportante baronnie de Gazaubon et d'Auzan pour la somme 
de 86,000 livres (3). Cequi lui suscita dans la suite de nom- 

(1) Archives du Parlement de Toulouse. Cf . Dub^dat, Histoire du Parlement 
de Touloxise, t. ii. 

(2) Idem. 

(3) M. rabb6 B. Ducruc, cur^-doyen de Cazaubon, dans sa monographie des 
baronnies de Cazaubon et d'Auxan (Revue do Gascogne. Tome xxi), s^esX 
6tendu, durant quelques pages, sur Thistoiredes Maniban; mais il n'6tudie cette 



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breuK embarras, les consuls el habitants de ces localites Se 
refusant a lui fournir certaines redevances, sous prfetexte que 
le Roi seul etait le veritable heritier et seigneur desdites 
baronnies. Apres un interminable proces, Jean de Maniban 
resta mattre de ses acquisitions et il conquit meme des ce 
moment^ par sa bonhomie et Fafifabilite de ses manieres, la 
sympathiede sesnouveaux vassaux. 

C'est vers cette epoque qu'ii dut laire rebitlr, pres de 
MaulSon et presque dans son enlier, le chateau: de Maniban^ 
dont it portait le nom, au moins si Ton en juge par les 
caracleres architectoniques du commencement du xvn" sifecle 
que presente cette imposante construction. 

L'annee 1621 est celle ou, comme nous Tavons dit pr6c6- 
demment^ Jean de Maniban acheta egalement^ dans le Haat- 
Armagnac^ aux heriliers du seigneur de Lavardac, la terre 
et le chateau de Lagard^e. Mais il dut momentanement en 
abandonneria jouissance ason voisin noble Philippe de Pins, 
seigneur d'Aulagneres, jusqu'au remboursement integral des 
3,200 livres que ce dernier lui avait pr6tees, dans le but de 
lui faciliter cette operation. Ce ne fut qu'en 1630 que le 
seigneur du Busca s'acquitta deson obligation et que le vieux 
flef du chapitre de Condom entra deflnitivement en sa pos- 
session. Ce fut le fils de Jean de Maniban, Thomas, qui avait 
recu de son pere en apanage la seigneurie de Lagardere, qui 
remboursa celte ann6e-la la delte de son pere (1). Ce dernier 
vivait neanmoins encore a cette epoque, puisque nous trou- 



famillc qu'au point de vue de la gestion desdites baronnies et des droits que ses 
membres pouvaient pr^tendre sur elles. II laisse enti^rement de c6t6 et la vie 
privde des quatre seigneurs de Maniban et le r61e si important qu'ils jou^rent 
durant deux si^clesau Parlementde Toulouse et meme T^num^ration et Tadmi- 
nistration de leurs domaines du Haut-Armagnac, qui nous int^ressent ici tout 
particuli^rement. Le travail, entrepris par nous, restait done k fcdre en son 
entier. Nous n'h^siterons pas neanmoins ^ reproduire les quelques indications 
nouvelles que nous foumissent les pages de M. Tabb^ Ducruc, 6crites unique- 
ment d'apr^s les archives municipales de Cazaubon, sauf k rectifier quelques 
erreiurs qui se sont gliss^es dans sa n^daction. 
(1) Notariat de Valence. Reg. pour 1630, f« 155. Barthar^s, notaire. 



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^ 336 -*- 

vons, a la date du 15 fevrier 1630, un acle d'afferme de la 
seigneurie de Maniban « passe pour Monsieur le president 
Jean de Maniban, seigneur et baron dudit lieu de labaronnie 
d'Auzan, Larroque, le Busca, Ampeils, Lagardere et autres 
lieux, dans le chateau noble du Busca, pour la somme de 
16,000 livres (2), » Mais il dut mourir peu de temps apres. 
Son corps fut inhume dans la chapelle du chdteau du Busca. 
Jean de Maniban laissait quatre enfants : !• Thomas, qui 
suit; 2° Gwy,d'abord conseiller-commissaire aux requites da 
Parleraent de Bordeaux, puis president a la Cour des Aides 
de Guyenne en 1633. Nous le voyonscite comme tel en 1643 
devant le Parlement de Bordeaux, qui ordonna meme una 
prise de corps conlrelui, dansles demfilessi nombreux qu'eu- 
renl a celle epoque ces deux compagnies (2). II epousa en 
1634 Marie de Lavie, dont il eul un flls, Alphonse, qui lui 
succeda dans sa charge, el il mourul en 1689; 3* N. de Ram, 
du nom de sa mere Jeanne de Ram; 4'' Frangois Lancelot. 

{Asuivre.) Philippe LAUZUN. 

NOTES DIVERSES 

CCCXXI. Deux oentenaires gasoons de Pan 1740. 

L'article necrologique da Journal de Verdun de mai 4740 se termine 
ainsi (p. 399) : « J'oubliais dans le nombre des personnes mortcs dans nn 
grand &ge la nomm^e Jeanne Faudois, qui a termini sa carri^re a 120 ans 
accomplis, pros de Roquefort de Marsan. » Le cas n'etait pas a ouhlier, ce 
serable. 11 est vrai quo le num6ro precedent du m^me journal (avrll, p. 317) 
avait signale un cas encore plus fort : « Le nonim6 Jean Roger est mort le 
19 de Janvier [1740], dg6 de 129 ans, en la paroisse de Bize, dioc6sede Com- 
minges. » L. C. 

(1) Notarial de Valence. Reg. pour 1630, f" 155. Barthar^s notaire. 

(2) Histoire du Parlement de Bordeaux, par Boscheron des Porlcs. T. i. Dans 
la remarquable plaquette de noire regrell6 ami M. Ad. Magen {La Troupe de 
MolUre a Agon, 1887), nous voyons, ^la page 26, que M. de Maniban, president 
k la Cour des Aides de Bordeaux, qui en cetle annde 1650 si^geail k Agen, dtait 
log6 dans celle ville « au prieur<S de Sainl-Caprais. v 



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CHRONIOUES LANDAISES 



LA FRONDE 



(16-^8-16^3) (•) 



Le Parlement a Dace. — Aprfes avoir organise la 
Fronde dans la capitale de la Guyenne, le parlement de 
Bordeaux en vint bientdt a regretter son oeuvre. Les arti- 
sans, les petits, bourgeois, les gentilshommes obscurs 
rallies a cette cause n'avaient pas tard6 h, prendre la t6te 
du mouvejnent, et, forts de leur nombre, ils parvinrent 
bientdt k opprimer la haute bourgeoisie et les magistrats, 
qui se trouvferent d6bord6s par la populace. Celle-ci se 
r^unissait en armes et en plein vent sous des ormeaux et 
avaitainsi form6 la faction de rOrm6e. Le Parlement, ne 
se sentant pas libre, cessa de se r6unir et commenga de 
conspirer en favour de rautorit6 legitime. Alors, neuf 
presidents et conseillers furent chassis de la ville par 
les s6ditieux, et Poyanne s'empressa de leur oflfrir un asile 
a Dax *. Quatre d'entre eux acceptferent sa proposition et 
se r6fugi6rent aupr^s de T^nergique gouverneur. Connais- 
sant la fid61it6 de la population et la vigueur du chef 
plac6 h sa t6te, la Cour songeait h transferer a Dax le 
Parlement tout entier. Les frondeurs prirent Talarme et 
Cond6 mandait h son fid61e Lenet : « Empeschez surtout 
)) et a quelque prix que ce puisse estre Testablissement 
» de ce Parlement de Dax... car cela nous seroit du plus 

(*) Voir la livraisou de join 1894, page 273, 

(1) D. Devienne, HLst. de Bordeaux^ 1. 1, p. 45 U 

Tome XXXV. 22 



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— 338 — 

)) grand prejudice du monde... II faut pour cet eflet faire 
)) parler M. de Bardes k M. le president Pichon. » 
(22 aoCit 1652. *) Les craintes de M. le Prince ne se r6a- 
lis6rent point, et c'est hors des Landes que le Parlement 
de Bordeaux devait 6tre reconstitu6 : 

De dix ou douze de messieurs qui daspuys six mois estoient k Dacs 
oil d6s loi*s restablisseraent eust pu se faire, 6crivait k Mazarin le 
president La Vie, la mortqui en a enlevedeux, le d^goust de se voir 
inutiles, le d^sir de revoir leurs families, les despenses excessives et le 
chagrin qui en a rebuts d'autres n'en j^avoit laiss6 que Irois, qui sonl 
messieurs de Pomi^s, doyen du Parlement; de Sabanin, grand ebam- 
brier,'etde Monnin, avauc6 dans la grand'chambre. Les revolutions 
de la Fronde, qui de jour en jour continue k s'attaquer k ses premiers 
formatours^ y ont ajoutd M. le president Pichon (30 Janvier 1653) (2). 

Sur Tordre de la Cour, ces quatre magistrats s'6taient 
rendus a Pau pour prendre. le pr6sident La Vie et avec 
lui avaient gagn6 Agen, ofi le Parlement s'6tablit jusqu'i 
la fin des troubles. (28 Janvier 1653.) 

Armements divers. — Chacun prenait ses dispositions 
en provision des hostilit^s prfetes k recommencer. L'as- 
sembl6e des bastilles se tint a Mont-de-Marsan pour 
avieer ala situation (3 sept.) Roquefort envoya une d6pu- 
tation a Poyanne pour obtenir le retrait des troupes 
camp6es dans ses murs (6 octobre) '. Les autres petites 
cites et le Marsan tout entier se recommandferent du 
comte d'Harcourt, leur maitre, de leur fid61it6 au roi, 
de leur exactitude a payer les taxes qui leur 6taient 
impos6es, pour voir respecter leurs privileges et 6tre 
exempt6s du logement de ces terribles garnisaires (9 oc- 
tobre)*. Le due de Noailles, seigneur de Cauna et de 

(1) Mini, do Lonet, p. 563 (4d. Michaud-Poujoulat). 

(2) Arch, nat., KK, 1217. f« 547. 

(3) Arch, de Roquefort, BB. 1, n- 8. 

(4) Arch, hist, de la Gaacogne, fasc. i, p. 99. (Leltrcs de du Plessis Bellierc 
h Poyanne.) 



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— 338 — 

Poyal6, craignant pour ces deux ch&teaux, avait pri6 
Poyanne d'y mettr6 « bonne gamy son... car les aby- 
)) tens ont de quoy la payer. » II lui demandait en m6me 
temps de a comender a ceux que vous metr6s dans mes 
» mesons, qu'ils donnent asystance et myn forte k mes 
)) procureurs, de jouyr de mon by en et qu'ils puissent 
)) f6re la reseste » (12 octobre) *. II ne tarda pas k regret- 
ter cette d6marche; car, apprenant que ceux de Cauna 
6taient si pauvres qu'ils ne pouvaient nourrir aucun 
homme et qu'ainsi toute^ la charge retomberait sur 
Poyal6, Mugron et Lourquen, il demanda qu'on retire 
les troupes pour soulager ces mis6rables (24 octobre) *. 
Mais il 6tait plus facile d'obtenir des garnisons que de 
s'en d6barrasser, et dans une troisi^me missive le due 
fut oblig6 d'insister pour que Cauna fCit gard6 par les 
habitants de ce village. lis s'6taient offerts pour cela, car 
ils redoutaient les soldats de Poyanne qui « y ont fest 
» tant de d6sordre. Pour ceux de Poyal6, ajoutait-il, si 
» la garnison n'est pas ac6s forte, (vous) leur y aumen- 
)) ter6s, car ce sont des gens a quy Tons ne ce pent fier » 
(nov. 1652) \ Ainsi tout se pr6parait pour la lutte, et de 
toute part retentissaient les plaintes des populations 
enti^rement ruin6es. « En novembre 1652, les cavaliers 
)) de M. de Poyanne vinrent en Chalosse et firent de 
)) grands ravages en Chalosse*. » Ce n'6tait pas le seul 
pays qui diit alors g6mir de ces exactions. Rien n'allait 
6chapper a la devastation, car la guerre, qui jusqu'Ji 
present s'6tait faite en dehors de nos f rontiferes, exercera 
d6sormais ses ravages en cent endroits divers. 

Balthcuar. — Marsin, qui avait le commandement 

(1) Arch, hist, tie la Gascogne, fasc. i, p. 100. 

(2) Id., p. 101 et 102. 

(3) Id., p. 105. 

(4) Laborde-P^bou^, Relation oSrltable.., (Arm, dea Landoa, ut, p. 465). 



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des troupes de la Fronde, se disposait en ce moment a 
mettre le si^ge devant Sarlat. Quelques-uns de ses offi- 
ciers 6taient d'avis de concentrer tons leurs efforts dans 
les Landes, afin de s*y 6tablir fortenient*; mais, sansse 
pr6occuper de leur opinion, Marsin divisa les forces dont 
il disposait. La partie destin6e a guerroyer parmi nous 
f ut confine k Tun de ses lieutenants nomm6 Balthazar— 

Si puissant et si cruel que tout le moude le craint; il est allemand et 
non point noble sinon par les armes; il n'a point aucune religion de 
bonne. On dit qull est magicien; il ne parle jamais famili^rement il 
personne, mais parle tou jours delueretde pendre, ilesl grand homrac 
fort farouche el a environ quarante-cinq ans k ce qu'on ma dit. Ledit 
Balthazar ne cesse de faire tous les maux incroyables, car tous les jours 
il fait des prisonniers et de grands ravages lant en la Lande qu'eii 
dega TAdour, et tout le monde le redoutefort... II me serait impossible 
d'terire tous les grands ravages que les gens de Balthazar font tousles 
jours^ car il est le plus cruel qui fut venu en ce pays depuis 80 ans. 
Ses prisonniers disent qu'il vaudrait mieux ^tre en purgatoire (2). 

Le lecteur ne sera sans doute pas Mch6 de connaitre 
le personnage dont le chroniqueur chalossais fait un 
portrait si pen flatt6. II se nommait Jacques de la Croix. 
N6 dans le Palatinat, d'une famille originaire de Bohfeme, 
il 6tait fils de Guches, capitaine des gardes du corps de 
Fr6d6ric V, roi de BohSme et comte palatin du Rhin; 
Guches futtu6 k la bataille de Prague (8 no v. 1630). A 
seize ans, Balthazar servait sous Gustave-Adolphe et il 
6tait pres du due de Weymar a la bataille de Norlindgen 
(1635). Son grand-pere, mar6chal de camp au service de 
la France, avait trouv6 la mort a Ivry, en 1590. II entra 
lui-m6medans les arm6es fran^aises a la paix de Prague 
(1635) et fut d'abord employ6 par le mar6chal Gassion. 
II obtint le grade de colonel et conserva toujours ce titre 
quoiqull parvint plus tard a une position bien sup6rieure. 

(1) Mem. de Choappca, p. 175-177 (^d. Moreau). 

(2) Laborde-P^bou^, Relation cMtable (Arm* dee Landes, iii, p. 465). 



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— 341 — 

Habile capitaine, intr^pide soldat^ prompt k la r^raite^ impitoyable 
dans le siiccte^ il 6ta\i un des types de ces reitres allemands que les 
guerres incessantes du sitele jetaient tour a tour daus cbaque parti. 
Cesgeas-li, quandilg netrouvaieat pas la mort dans rtehauflFour6e> 
se retiraient invariablement les poches pleines et dictaient leurs 
m^moires. C'est ce que devait faire Balthazar. En 1657 il regagna 
Berne et raconta la guerre de Guyenne (1). 

II entre dans les Landes. — Pourr6sister a ce redou- 
table partisan, les troupes royales avaient a leur t6te le 
due de Caridalle, le marquis de Poyanne et le chevalier 
d'Aubeterre, « lequel est assez courageux centre Baltha- 
» zar... On dit qu'il est aussi puissant et davantage que 
)) Balthazar*. » II s'agissait d'abord d'empfecher une 
nouvelle invasion des frondeurs et d'61oigner leurs sol- 
dats de nos fronti^res. Les arm6es royales eurent done 
ordre de se r6unir pour leur barrer le passage. A Tap- 
proche de leurs d6fenseurs, Ips d616gu6s des bastilles 
tinrent leur assembl6e a Mont-de-Marsan et, pour 6chap- 
per aux garnisons, traitferent a raison de 120 livres par 
jour. Ceux de Roquelort se ligu6rent avec les gens de 
Saint-Justin pour se d61ivrer du quartier d'hiver, et avec 
les repr6sentants de Mont-de-Marsan pour obtenir de 
M. de Candalle que le pays tout entier, mais surtout la 
cit6 dont ils d6fendaient les int6r6ts, ne f ussent pas as- 
treints au logement des troupes (5 novembre)'. Le 
moment 6tait peu favorable pour faire bon accueil a 
pareille demande, et ces m6mes d616gu6s eurent bient6t 
a se pr6occuper des faits de guerre dont la region allait 
devenir le theatre (13 d6cembre) *; car, serr6 de prfes par 
le due de Candalle, Balthazar venait de descendre de 
La R6ole sur Bazas (19 d6c.) et arrivait h Roquefort 

(1) J. Bonhomme, Quolques llgnes de I'histoire dc la Fronde dans les Lan- 
des (Reetie de Gascofjne, t. x\\ 1873, p. 240), 

{%) I^bordc-P^bou^, Relation ocritablo.., (Arm. des Landes^ ni, p. 471), 

(3) Arch, de Roquefort, BB. 1, n" 8. 

(4) Id., n« 9. 



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— 342 — 

(21 d6c.), destine k devenir avec Tartas le centre de la 
resistance. Sans faire long s^jour dans cette ville, il s'em- 
para du chateau de Pujo S oii il laissa son lieutenant La 
Serre avec une garnison de soixante fantassins et vint 
coucher a Saint-Maurice (23 d6c.) *. Candalle, qui suivait 
sa trace, parvenait Je m6me jour a Villeneuve, oii il fit 
reposer son arm6e de une heure k neuf heures du soir*. 
Averti par Gaston, Tun de ses offlciers, de Tapproche de 
son adversaire, Balthazar avait cantonn6 sa cavalerie a 
Grenade, oii se trouvaient d6ja cent vingt hommes du 
regiment de Conti. II y pla^a a les regiments de Guitaut, 
» Leran, La Marcousseetquatre compagnies de son r6gi- 
)) ment *. » Ces troupes 6taient entries en ennemies, pil- 
lant et incendiant tout sur leur passage '. Pour les arre- 
ter, le pont de Grenade avait 6t6 rompu et Balthazar f ut 
ainsi emp6ch6 de placer une partie de' sa cavalerie a La 
Riviere*, ce qui allait Texposer k une surprise et amener 
pour lui un premier 6chec. 

Combat de Saint-Maurice. — Les jurats de Mont- 
de-Marsan, bien disposes en sa favour, lui avaient fait 
dire de venir en leur ville. Heureux de cette proposition, 
il se pr6senta k Tentr^e de la nuit (25 d6c.) et regut fort 
bon accueil; mais sa tranquillity devait 6tre vite troubl^e. 

(1) Monlezun {Hist, cle la GasrognCf suppl., p. 505), dit Pujolo, et apr6s lui 
quelques-uns ont cru qu'il s'agissait du chateau de Bt^roy en Julliac (Betbezer). 
qui appartenait k Olivier de PujoU^. Les archives de Villeneuve ne laissent 
aucun doute sur ce point : c*est le chateau de Pujo-le-Plan qui fut alors pour 
quelques jours au pouvoir des frondeurs. 

(2) Balthazar, Hist, do la guerre en Guyennc^ p. 91 (6d. Ch. Barry). 

(3) Arch, de Villeneuve, CC. 9. n« 4. 

(4) Arch.nat., KK. 1219, f» 541-542 (Vivers a Mazarin, 8 Janvier 1653). 

(5) Cf. Dompnier de Sauviac, Chroniques de la cit4 et du diocdse {TAcqs, 
liv. VI. 

(6) « On ne trouve aucune locality de ce nom dans la region ou opcrait alors 
» Balthazar, »^crit M. Ch. Barry (Hist, do la gucrro de Guyenne, p. 92, note 2). 
qui croit devoir lire ici : La Glorieuse. Cost une erreur excusable chez un 4di- 
teur Stranger au pays, mais que nous devons cependant relever. La Rivi6re, 
aujourd'hui r^unle h Saint-Savin (Saint-Savin La Riviere), est pr^is^ment a 
re.\tr<Jmite du pont de Grenade, sur la rive gauche de I'Adour. 



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— ?43 — 

Candalle avait a peine donn6 k ses troupes quelques 
heures de repos k Villeneuve, oti k la pri6re de M. de 
Ravignaa ^ il accorda k cette ville rexemption du loge- 
ment des gens de guerre*. Le lendemain il se rendit 
devant le chateau de Pujo, que La Serre lui rendit sans 
resistance. Poursuivant alors sa course avec toute sa 
cavalerie, il marcha jour et nuit afin de surprendre les 
soldats de Balthazar disperses dans les villages oil ils 
avaient dd camper. II rencontra, en effet, k Saint-Mau- 
rice, les regiments de Guitaut et de Ley ran, qui n'avait 
pas voulu s'enfermer dans Grenade avec les autres, pour 
&tre plus au large dans leurs quartiers. II tomba sur eux 
a rimproviste et les mit en pleine d6route; puis, il conti- 
nuasamarchesur Mont-de-Marsan oil il esp6rait s'empa- 
rer de son adversaire. II « envoya [ordre] auxditzjuratz 
» de retenir Balthazar,, qu'ils laiss6rent [8'6vader]. M. le 
)) due de Candalle arriva k quatre heures aprfts minuit 
» audit Mont-de-Marsan, od, demandant Balthazar, Tons 
» luy dit qu'il avoit pris sa route vers Tartas* » (26 
d6cembre)^ Sans perdre une minute, Candalle se mit a 
sapoursuite, mais, parvenu a Tartas, « il le trouva barri- 
» cad6 a la ville haute. Tons ne m'escript pas avec com- 
)) bien de monde. Les jurats dudit Mont-de-Marsan sont 
)) pris prisonniers et d'autres sont a leur place *. » Can- 
dalle avait done perdu le principal fruit de sa journ6e; 
sa victoire n'en 6tait pas moins importante puisque, pour 
le moment, elle sauvait la ville de Mont-de-Marsan, a oil 
» estoit desja la personne de Balthazar, qui avoit desja 
» une bonne partie des habitans de son cost6^ » Aussi, 

(1) Pour r^compenser M. de Ravignan de son heureuse iatervenlion, la com- 
munaut^ de Villeneuve lui vota 2,000 livres (24 d^c). Arch, de ViUeaeuve, CO. 
9, n" 6. 

(2) Arch, de Villeneuve, CO. 9, n» 4. 

(3) Arch, nat., KK. 1219, t* 541 (Lettrcs de Vivers ii Mazarin, 8 janv. 1653). 

(4) Arch, nat., KK. 1219, ^ 542. 

(5) Arch, hist, de la Gironde, t. viii, p. 434. 



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— 344 — 

dans sa Mtise historique, Loret n'oublia pas de c616brer 
le succ6s du nouveau g6n6ral des troupes royales S et 
d'Aubeterre, appel6 a lui succ6dep quelques jours apres 
ces 6v6iiements, faisait ainsi ressortir aupr^ de Mazarin 
le m6rite de son chef : 

Mgr, je m'asseure que Voslre Eminence aura d6jk apris oomme 
M. de Candale a fait plus de vint lieues de Gascogne pour tomber 
dans les cartiers de Balthasar et la d^faite entifere des regiments de 
Guitaut et de C^ran et une compagnie franche (2). 

Aprfes avoir fait remarquer que cette victoire avait 
sauv6 Mont-de-Marsan, il ajoutait : 

Si ceste ville lui fut demeurde [k Balthazar), nous pouvions dire 
adieu a nos cartiers, driver dumoins k cete contr^e ouM.de Tracy a 
destine 60 cometes de cavalerie et six regiments d'infanterie. Sans 
perdre un moment de temps, M. de Candale avoit suivi les ennemis 
jusqu'i Tartasqui les repceut, sans cela ils ne nous pouvoient eschaper 
ayant plus de seize lieues de retraicte, sur les advis qu'il regut que 
Marsin avait dessein de reprendre Dax (3), 

Premiers ravages de Balthazar. — Balthazar neparait 
pas avoir 6t6 fort trouble par cet 6chec; en tout cas, il fut 
vite remis de son Amotion. « D'abord qu'il fut a Tartas, 
» il alia au Sabla de Dax mettre le feu a la maison de 
)) M. dePoyanneet fit de grands ravages ets'en retourna 
)) a Tartas *. » II faut convenir qu'on ne pouvait plus 
hardiment narguer. un adversaire. En mtoie temps que 
la maison de Poyanne, le colonel avait brtil6 TentrepCt 
de la r6sine, « une grande maison audit lieu du Sablar, 
)) fauxbourg de ladite ville, dans laquelle estoient les 

(1) Peu s'en est IfaUu que Candalle I«e colonel craignant la louche, 
N'ait trouss^ Balthazar en malle, Encor qu*il soit fler et farouche. 
Pour le moins flt-il de grands tas Touma dos au victorieux, 

De ses gens morts pr^ de Tartas. £t jamais on ne piqua mieux. 

(2) Arch, nat., K.K. 1,219, ^ 535. (Lettre dc d'Aubeterre ^ Mazarin^ 1«' Janvier 
1053). 

(3) Arch, nat., K. K. 1,219, f 536. 

(4) Lal^rde-P6l?ou^, Halation c4rCtalfle,„ (Arm, cUfs l^andes, iii, p. 465), 



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— 345 — 

)) poix desdites resines et d'autres marchandises *. » Tout 
f ut d6vor6 par les flammes et plus tard la ville de Dax 
r6clama une indemnity pour la perte qu'elle venait de 
subir*. Poyanne, d6concert6 sans doute par Taudace de 
Balthazar, ri'osa pas sortir de la place dont la garde lui 
6tait confine. Aussi, aprfes Tavoir inutilement attendu 
devant Tartas, Candalle dut rentrer h Mont-de-Marsan, 
pour ne pas demeurer en rase campagne expos6 seul aux 
entreprises desennemis (28 d6cembre) '. Du reste, il avait 
re?u Tordre de se diriger sur la Garonne; mais il arriva 
trop tard pour emp6cher Sarlat de tomber entre les mains 
de Marsin (1*^ Janvier 1653). Balthazar ne le laissa pas 
s'61oigner sans le poursuivre, afin d'essayer de prendre 
sa revanche. II r6ussit a lui enlever quelques fantassins, 
quatre-vingt cavaliers et a s'emparer du chftteau 'de Cauna. 
qui devait, avec Tartas, lui servir de refuge pour entasser 
son butin; poursuivant sa course, il vint audacieusement 
loger en face des troupes royales dans les faubourgs de 
Mont-de-Marsan. Les populations 6taient dans Tan- 
goisse. 

Le commencement de Tannte 1653 est fort k craindre... nous som- 
mes k la grande faim. Encore de plus ce que nous avons n*est pas 
ndtre. L'un d6robe le pain, Fautre la chair, Tautre les choux et d'autres 
les meubles, Tautre le prend d'autorit^; il y 'a tant de voleurs qu'il n'y 
a personne qui n'ose aller au march6, ni n^gocier les aflfaires k cause 
des voleurs et des gens de guerre qui prennent tout (4). 

Royalistes et frondeurs se conduisaient avec une 6gale 
rapacity et leurs exactions 6taient telles que toute s6cu- 
rit6 avait disparu : a Celui qui a quelque chose n'ose pas 
)) demeurer en sa maison qu'avec grande crainte * » et le 

(1) Laborde-P6bou6, Relation o^ritable,.. (Arm, dos Landcs, lu, p. 466). 

(2) Arch, de Dax, C. C. 3. 

(3) Arch, de Dax, B. B. 3, f» 83 v. 

(4) Laborde-P6boud, Relation oeritable... (Arm. des Landes, iii, p. 466). 

(5) Labonle-Pebou6, Relation oeritable.,, (Arm, des Landes^ in, p. 467). 



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— 346 — 

voyageur le plus inoffensif n'6tait pas k Fabri des plus 
d6sagr6ables surprises. 

Le baron de Marsan. — Apr6s avoir fait uned6mons- 
tration inutile aux portes de Mont-de-Marsan, Balhazar 
6tait revenu k Tartas, centre de ses op6ration8. Msdtre 
de Sarlat, Marsin lui envoyait alors une partie de ses 
troupes pour renforcer ses premiers r6giments, et il 
s'agissait de leur faire traverser les Landes pour arriver 
a Tartas. La population de Roquefort 6tait sympathique 
aux frondeurs; mais le seigneur de cette ville, Bertrand 
de Galard, baron de Marsan, qui se trouvait en guerre 
avec les habitants, 6tait suspect aux rebelles. La Cour 
lui avait envoye Pensens pour Tengager a refuser le 
passage aux ennemis du roi; Balthazar pssaya de le gagner 
a sa cause en lui 6crivant la lettre insinuante qui suit : 

Sachant reslimeque leurs Altesses font de voslre personneet de vos 
m^rittes, j'ay creu estre obligA de vous faire ses lignes pour vous dire 
que j'ay appris que Pensens avait exig^ des choses de rostre viUe et 
gouveraement qui m'a un peu surpris, d'autant que je ne puis eroire 
que vous y estant vouUiez escouter en fagon quelconque la moindre 
proposition des ennemis, et que pour cet effet je vous ay envoy^ le 
sieur de Prugues pour y demander de faire passer les trouppes en 
dega que M. de Marsin m*envoy par M. de S. Micaud. Je vous prie 
doncq d'y contribuer de v6s soings. Gardez avecq vous le monde que 
vous jugerez avoir besoing, cavalierie ou infanterie, et me faictes la 
grAce de vous servir de moy et de mes gens come une chose qui vous 
est tr^s enti^rement acquise. Honore moy de vos nouvelles et me 
croyez, monsieur, votre tr^s humble et tres obeyssant servileur, 

Balthazar. 

A Tartas, le 3 Janvier 1653 k minuit. 

Le porleur vous dira comme nous avons deffaict un parti h Mont- 
de -Marsan (1). 

D'Aubeterre. — Ce n'est pas sans raison quele hardi 

(1) Arch, iiat.; Archives du Liu-Marsan. 



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— 347 — 

partisan essayait de rassurer le baron de Marsan sur les 
consequences de sa complaisance k son 6gard, en lui par- 
lant des succfes qu'il pr6tendait avoir obtenus. En quit- 
tant les Landes, le flue de Candalle avait laiss6 au cheva- 
lier d'Aubeterre, charg6 de le remplacer, un renfort de 
quatre regiments de cavalerie, avec lesquels il devait 
d6fendre le Marsan et la Chalosse, tandis que le marquis 
de Poyanne continuerait h prot6ger Dax avec deux regi- 
ments*. D'Aubeterre commenQa par 6tablir h Mont-de- 
Marsan une forte garnison dont il imposa Tentretien aux 
bastilles *. II avait r6solu avec Poyanne de r6unir toutes 
les forces royales pour tomber sur les ennemis s'ils demeu- 
raient disperses; mais Balthazar, pressentant le danger 
qui le mena?ait, groupait aussi ses troupes et avait appel6 
a lui (( mesmes Gaston qui estoit march6 du cost6 de 
)) Dax* » (4 Janvier). Poyanne offrit alors deTattaquer 
avec la garnison de Saint-Sever; pour cela, il demandait 
a son compagnon d'armes de venir se placer entre Tartas 
et Hinx avec les troupes de Mont-de-Marsan. Tout en 
reconnaissant lahardiesse de cetteentreprise,d'Aubeterre 
ne crut pas devoir s'y associer. II ne lui 6tait pas possible 
de d6garnir la ville de Mont-de-Marsan k cause du peu 
de confiance qu'elle lui inspirait; du reste, il ne pouvait 
disposer que de 300 chevaux. II demanda done k Poyanne 
de lui indiquer un autre rendez-vous; il offrait de s'y 
transporter en toute diligence et de suivre pour cela le 
chemin qui lui serait indiqu6 (6 Janvier) *. 

Combat de Saint- Justin. — Balthazar n'6tait pas 
d'humeur a laisser a ses adversaires le loisir de se concerter 



(1) Arch. nat. K. K. 1,219. f 535-536. 

(2) Pour sa part de contribution, Roquefort eut ^ payer une cotlise de 3,000 
livres (3 janv.)- Arch, de Roquefort, B. B. i, n* 9. 

(3) Arch, hist, da la Gascogno, fasc. i, p. 107. (Lettre de d'Aubeterre ^ 
Poyanne. 

(4) Arch, hist, do la Gascognc, ibid. 



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— 348 — 
pour r^craser. II reparut done a Tiinproviste a Magescq, 
a Nerbis, k Montaut. II surprit k Onard les gens de 
Poyanne venus en ce lieu pour Tempfecher de traverser 
TAdour, que les pluies d'hiver avaient gross! et qu'il 
n'6tait pas possible de passer k gu6; il leur tua trois 
hommes et emmena vingt-trois prisonniers (9 Janvier) ^ 
Ce 16ger succ6s fut largement compens6 par la d6faite 
inflig6e deux jours apr^s k ses lieutenants. Les trois regi- 
ments de Leyran, Guitaut et Labatut, d6ja si maltrait6s 
k Grenade, 6taient camp6s k Saint-Justin *. Les royalistes 
vinrent les y surprendre. Suivant le plan arr6t6 par 
Poyanne, la garnison de Saint-Sever fit Tattaque; les 
frondeurs furent taill6s en pifece et on enleva tout ce qui 
6tait au quartier (11 Janvier). « Un commandant de 
)) Balthazar, nomm6 Gaston, y demeura mort sur place, 
» encore y demeura des gens de Balthazar morts et 
)) prisonniers jusqu'au nombre de trois cents \ » Rendu 
furieux par cette double d6faite, le colonel refusa de rien 
faire pour ces trois malheureux regiments et ne voulut 
pas mfeme r6clamer les captifs pour les 6changer *. II so 
pr6occupa seulement de sauvegarder Roquefort, oil il avait 
nomm6 gouverneur le baron de Batz, venu de Bordeaux 
dans les Landes au commencement de Janvier. Celui-<5i 
taxa les habitants a trente-un pains par jour, k partir du 
6 Janvier (14 Janvier) etla jurade emprunta 3,000 livres, 
du grain et autres provisions pour Tentretien des troupes 
qui occupaient la ville^ De retour a Tartas, Balthazar 
poussa une pointe sur Mugron pour piller cette locality 

(1; Laborde P^bou^, Relation c^ritablo... (Arm. des Landes, t. in, p. 468.) 

(2) Quelques auteurs placent le combat k La Bastide; mais Laborde-P6bou6 
dit k Saint-Justin. II est vrai que ce chroniqueur le lait dinger par M. de Can- 
dalle,qui «e/i eat da bon ». 11 est probable que les trois regiments ^taieutrepartis 
entre ces deux petites villes, distantes Tune de I'autre de quatre kilometres 
seulement, 

(3) Laborde-P^bou4, Relation cdritahlo... (Arm. des Landes, i. in, p. 468). 

(4) F. Cosnac. Souoenirs du regne de Louis XiV, t. vi, p. 3L 

(5) Arch, de Roquefort, B. B. 1, n' 11. 



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et faire des prisonniers; a mais ceux de Mugron se d6fen- 
)) dirent et en flrent tomber un tout mort sur la place et 
)) un autre mourut en chemin et le port^rent mort a 
)) Tartas. » (16 Janvier) *. 

Roquefort. — Ainsi les troupes royales demeuraient 
maitresses de la campagne, et les frondeurs, traqu6s de 
toute part, n'occupaient plus k cette heure que Tartas 
et Roquefort. Cette dernifere place n'6tait m6me pas en 
s(iret6, puisque, si les habitants 6taient favorables a la 
Fronde, le baron de Marsan, leur seigneur, que nous 
avons vu vivre en assez mauvais termes avec eux, 6tait 
soup5onn6 de vouloir la livrer aux partisans du roi. Pour 
la conserver, Balthazar y appela en toute hate le reste 
du regiment de Conti, qui campait a Bazas, et Saint- 
Micaut fut charg6 de conduire ce renfort. La ville de 
Roquefort, b&tie au confluent de la Doulouze et de TEs- 
tampon, et prot6g6e par une enceinte perc6e de quatre 
portes fortifi6es, 6tait une des six bastilles urbaines du 
Marsan-Gabardan * et n'6tait guere abordable que du c6t6 
du sud. C'est par la que Saint-Micaut esp6rait p6n6trer 
dans la place; mais arriv6 a Saint-Justin, il se heurta 
centre d'Aubeterre, qui 6tait venu do Saint-Sever avec 
cinq cents chevaux du regiment de Saint-Mesmes et 
rinfanterie de Saint-Luc. II s'^langa aussitdt par Saint- 
Martin-de-Noet et, se d6robant a la poursuite de ses 
adversaires, il put gagner Roquefort. Les portes de cette 
ville lui f urent ferm6es, mais il s'6tablit dans les faubourgs 
(du Puyjorin arEstampon),tandis que les troupes royales, 
qui avaient suivi la rive gauche de la Doulouze, par 
Douzevielle et Sarbazan, prenaient position sous les murs 
de la place au faubourg de Penecadet. La nuit venue, les 

(1) Laborde-P^bou^, Relation o^r liable > {Arm. dea Landes,X, ni, p. 468.) 

(2) Les ciuq autres ^talent Grenade, Caz^res, Villeneuve, Saint-Justin et 
Gabarret. 



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— 350 — 

soldats de d'Aubeterre regagn6rent leurs campements de 
Saint-Justin et de La Bastide. Averti dece qui venait de 
se passer, Balthazar partit la nuit mfeme de Tartas, avec 
Henry de Prugues, son lieutenant, et vingt autres de ses 
gensacheval (17 Janvier). II arriva devant Roquefort a 
neuf heures du matin et malgr6 les efforts du baron de 
Marsan il parvint a sintroduire dans la petite cit6. II 
r6ussit a se rendre maitre du chateau et de T^glise, solide 
6diftce couronn6 de parapets cr6nel6s, qui en font une 
v6ritablecitadelle,etflanqu6 d'un donjon du ix® siecle, qui 
sert de clocher. II fit alors entrer Saint-Micaut avec les 
soldats du regiment de Conti quil amenait k sa suite *. 

Saint' Justin. — Les troupes royales ne tarderent pas 
k reparaitre et vinrent reprendre les positions qu'elles 
occupaient la veille. Alors, pour d6gager la place, Bal- 
thazar, prenant avec lui les vingt chevaux qu'il avait 
amends de Tartas et deux mille hommes de pied, fit une 
6nergique sortie par le pont de Penecadet. Sa tentative 
fut couronn6e d'un plein succ6s et d'Aubeterre, surpris 
par la vigueur decette attaque, se retira sur Villeneuveet 
Saint-Sever, en ayant soin de placer au chateau de Saint- 
Justin trente hommes charges d'occuper les ennemis. Ce 
petit fort, situ6 sur un mamelon isol6 en dehors des 
remparts et surplombant la Doulouze, n'6tait pas du reste 
la seule defense de cette cit6. « Estant d&]k environn6e 
» de trois parts de la Douze qui coule au pied de son 
)) tertre* », une ceinture de solides murailles, coup6es de 
distance en distance de tours octogonales % en faisait une 
place capable d'arrfeter pendant quelques jours les troupes 

(1) Cf . Balthazar, Guerre de Guyenne, p. 359-360. 

(2) Duval, Abr^gd du monde, p. 437 (1641). 

(3) II en reste encore trois, qui contribuent singuli^rement ^ donner k cette 
petite ville cet air pittoresque qui surprend, au premier abord, le voyageur qui la 
visite. 



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- 351 - 

peu nombreuses qui manoeuvraient alors dans cette partie 
du Marsan. « Pour la conservation de ce poste Monsieur 
» le chevalier d'Aubeterre auroit mids une garnison dans 
» leur ville et baill6 le commandement au sieur de Rifau- 
» dau, lieutenant dans le regiment de Saint-Mesmes*. » 
(18 Janvier.) Cette precaution fut inutile, car d6s le lende- 
main, le terrible colonel libre de ses mouvements repre- 
nait Toffensive et sedirigeaitsur Saint-Justin, a laquelle 
)) ville et fort dlcelle auroit est6 atacqu6 et prins par 
)) monsieur Balthazar, les biens meubles des habitans 
» pill6s et leurs personnes mises a rangon, dans laquelle 
» ville monsieur Balthazar auroit laiss6 une forte garnison 
)) tant de cavalerie que dlnfanterie irlandoise *. » Elle ne 
devait pas 6tre plus heureuse que les f oyalistes et comma 
eux allait 6tre bient6t expuls6e d'une place si facilement 
conquise. 

La Bastidc. -^ Maitres de Saint-Justin, les frondeurs 
continuferent leur course et remontant le cours de la 
Doulouze, pousserent jusqu'a La Bastide, oil ilsen trerent 
sans 6prouver la moindre resistance. Balthazar y plaga 
soixante hommes du regiment de Conti et les d6bris de 
ceux de Guitaut et de Leyran, qu'il supposait avides de 
venger leur d6faite. Comme cette ville n'avait pas de 
retranchements, il leur recommanda de se barricader 
dans les rues et surtout dans Teglise qui, par sa masse, 
pouvait tenir lieu de citadelle. II crut alors pouvoir s'61oi- 
gner en toute s6curit6 et regagner Roquefort; mais d6s 
qu'il fut parti, d'Aubeterre se pr6senta devant la place, 
II n'eut pas de peine k forcer les barricades qu'on venait 

(1) Archives des Landcs, H 33. 

(2^ Un capitaine royaliste de SainWusUn, Charles de Batz, sieur de Laubidat, 
fut une des victimes de cette invasion; car plus tard (22 septembre 1657) il faisait 
certifier par ses concitoyens que la maison qu'il « avoit dans ladite ville et qui 
)> appartenoit alors ^ feue damoiselle Rachel de Vacqu^ sa m^re avoit 6%& prise et 
» pill4e par les troupes du colonnel Balthazar. » (D'Hozier, BaU-Trenquel^n), 



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d'6lever a la h&te* et les frondeurs,(( bien qu'ils fussent 
)) dans r6glise, se rendirent trfes-lachement. Aussi Bal- 
)) thazar ne les regretta point, ne lui ayant pas donn6 le 
» temps depuis la minuit jusqu'a neuf heures du matin 
» qu'il se rendit de Roquefort a Labastide avec cavalerie 
)) et infanterie pour les secourir; mais les troupes du roi 
» 6toient d6jgt a Villeneuve et Mont-de-Marsan *. » On 
voit que cette guerre n'6tait qu'une suite de surprises; 
aussi en apprenant la defection de ses soldats, Balthazar, 
qui d6j^ revenait sur ses pas pour leur tendre la main, 
se replia sur Roquefort et se pr6occupa de pourvoir a la 
stiret6 de cette place. II avait d6ja d6pouill6 de ses meu- 
bles, de ses papiers et de tons ses effets le baron de Marsan, 
qui ne se ralliait pas a sa cause '. La presence de ce 
seigneur paraissant encore fetre un danger pour les fron- 
deurs, le prince de Conti Tautorisa a sortir de la ville 
pour se retirer avec sa f emme et sa f amille dans sa maison 
de Saint-Martin-de-Noet * ; mais en mfeme temps, pour 
6viter de le pousser a bout, il d6fendit a ses troupes de rien 
prendre sur les terres qui lui appartenaient (9 f6vrier) '. 
Le baron de Batz fut des ce moment seul maitre de 
Roquefort et, persuad6 du danger qui mena^ait chaque 
jour cette ville, il r6clama des armes pour la mettre en 
6tat de defense*. 

Le Tampoy. — Plein de confiance en son lieutenant, 
Balthazar s'61oigna de cette region et regagna Tartas, 

(1) Le 15 Janvier 1667, il certiflait que le sieur Jean de Batz et le sieur de 
I^ubidat, son frere (qu*il ne faut pas oonfondre avec le baron de Batz, aur 
ordres de Balthazar), « Tavoient accompagnd ^ I'atacque des retranchements de 
» Labastide, ou ils s'etoient cumport^s en gens de coeur. » (D'Hozicr : Batz- 
Trenquel^on.) 

(2) Balthazar, Guerre de Guycnne, p. 360. 

(3) Gdn6alogie manuscrite de la maison du Lin-Marsan. 

(4) Paroisse k cinq kilometres et demi de Roquefort, aujourd'hui commune 
de Saint-Justin de Marsan. 

(5) Arch. nat. Arch, du Lin-Marsan, n* 262. 

(6) Arch, nat., fonds fr., papiers de Lenet, 6713, ^ 89. 



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-353 - 

centre de ses operations, laissant k.ses partisans le soin 
de continuer k ravager le Marsan. Pour mettre fin a 
leurs d6pr6dations, d'Aubeterre, qui avait dft cantonner 
ses troupes k Saint-Sever, Montaut, Mugron et GaujacqS 
c'est-^-dire en pleine Chalosse, donna ordre aux jurats 
et habitants de la juridiction du Fr6che de fournir des 
gens au sieur Gabriel de Brocas, seigneur de Tampoy *, 
pour (( fortifier sa maison et Taduortir » (12 f6vrier) '. 

(1) Laborde-P(?boue, Relation Writable (Arm. dea Landes, ni, p. 470). 

(2) Tampoy, siir les bords du Midou, au quartier de Goussies (Le Fr^che), est 
aujourd'hui une simple ferme, dependant du domaine d'Ognoas et appartenant 
au Grand Seminaire d'Aire. Elle est compos^e de deux corps de logis r^uuis par 
une tour en briques. S'appuyant sur une vaine consonnance de mots, de hardis 
^tymologistes ont fait de Tampoy une maison de Templiers. Cette assertion 
demauderait k 6tre appuy^e de bonnes preuves, car nous voyons Elisabetb de 
Comminges, tulrice de Gaston Phoebus (1343-1349), conc^der k Arnaud Guilhem 
de Labartbe, seigneur de Carder, « donzel, » Ja permission de « far ostau ou 
» salle en la terre de Gard^res et de Tampoy en ladite vicomt^ de Marsan et de 
» enfourlir acquet ostau ou salle et far forteresse segond et par la maneyre que 
» los homis gentius deudit viscomtat de Marsan podin et debin iar ostau ou salle 
» et forteresse. » (Arch, des Landes, E 78.) Telle f ut done Torigine de ce petit 
casteldontlenom devaitplus tard figurer dans rhistoire; car une inscription, main- 
tenant ef!ac6e, a longtemps d^sign6 aux touristes la chambre que Frangois 1** 
occupa dans cette demeure., la veille de son mariage ayec Elisabeth d'Autriche 
(6Tjuillet 1530). A ce sujet, quelques auteurs, peu habitues i\ contrdler les afflr- 
mations de leurs devanciers et trop prompts k les reproduire de conflance, ajou- 
tent que pour facilitor le passage du monarque on jeta sur le Midou un pont 
qui porte encore le nom de «Poun dou Rey ». Nous ferons observer d'abord que 
pour se rend re de Tampoy k Beyries, oil eut lieu la c^r^monie, le roi n'avait 
pas besoin de traverser le Midou, puisque les deux habitations sont situ4es sur 
la rive droite de cette riviere. En second lieu, c'est en 1484 que Lubat d'Aydie, 
seigneur d'Ognoas, obtint de Madeleine de France, tutrice de Catherine de 
Navarre, Tautorisation derebatirlepont situ^ au uord de son manoir, c'est-^-dire 
aupres de Tampoy (Arch, du Grand S^minaire d'Auch, n» 18^), tandis que ie 
Poun dou Rey, situe au bois de Bedat, est k une grande distance de cette maison 
let dans une direction tout oppos^e k Beyries. Un ^rudit contcmporain(M. I'abb^ 
Cazauran, Etudo sur MonguUhem, p. 87) avance que cepont aurait 6te cons- 
truit^a Toccasion du voyage de Charles IX, en 1565. C'est une supposition gra- 
tuile, car I'itineraire suivi par la cour estparfaitementconnu. Entr6 dans les 4tats 
de la reine de Na\arre par Captieux, Roquefort, Mont-de-Marsan, Tartas et 
Bayonne, le roi de France en sortit par Mont-de-Marsan, Caz^res, Nogaro, 
Eauze, Montreal, Condom et N^rac. (Rocueil et dUcours du ooyage de Char- 
les IX.., faict et recueilly par Abel Jouan, Vun des seroiteurs do S. M. 
Paris, pour Jean Bonfons, libraire, en la rue Neuve-Nostre-Dame. A Tenseigne 
S, Nicolas. M.D.Lvi. P. 42.) 11 n'y a done pas la moindre probability que pour 
se rendre de Cazeres (23 juillet) k Nogaro (24 juillel), le cortfege royal ait fait le 
detour qu'exigerait son passage dans la petite bastide de Monguilhem, et par 
suite qu'on ait construit alors le pont dont il s'agit. Ainsi finissent les l^gendes I 

(3) Arch, de Saint-Justin, fonds Duclerc, n" 19. (Attestation pour M. de Brocas, 
seigneur de Tampoy, copie faite le 7 Janvier 1664.) 

Tome XXXV. 23 



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— 354 — 

Gabriel de Brocas avait pour mission de s*opposer aiix 
courses des ennemis du roi dans cette region. Pour y 
parvenir, il r6unit autour de lui des hommes, « les ungs 
» sesamis, les^autressoldoy6s. )) Confiants dans sa valeur, 
les gens de la juridiction du Frfeche conduisirent leurs 
troupeaux dans les foss6s qui environnaient Tampoy, afln 
de les mettre k Tabri des maraudeurs. Or, il advintqu'un 
jour les ennemis, ayant pris une quantity de gros b6tail 
au-delk du Midou, lui firent traverser cette rivifere sur le 
pont d'Ognoas, pour I'amener k leur quartier de Roque- 
fort. Averti de leur passage, Gabriel de Brocas sortit 
avec ses gens, dispersa Tescorte et s'empara de ces trou- 
peaux, qu'il r6unit k ceux des gens du Fr6che dans les 
foss6s de son chAteau. Les frondeurs, furieux de cette 
surprise et de la perte qui en 6tait la suite, revinrent en 
force sous la conduite de Grenier, Tun des lieutenants de 
Balthazar; mais tons leurs efforts furent inutiles. Le sieur 
de Tampoy r6ussit k garder sa capture et rendit ensuite 
k chacun des perdants ce qui lui avait 6t6 enlev6. 

(A suwre.) J.-J.-C. TAUZIN, 

Cur^ de Saint-Justin de Marsan. 

NOiTES DIVERSES 

CCCXXII. Les armoirles d'Arn. Aubert et du pape Innoeent VI. 

Arnaitd Aubert, archev^ue d'Auch (1355-1371), fit graver surunepierre 
du donjon de Bassoues ses armes, dont on a vu le dessin dans notre nu- 
m^ro de mars dernier, vis-i-vis de la page 168: De,.. au lion passant 
de,,, aocc une bandc de. , , au cliej de,,. charge de trots coquillcs dc, ,. 
— Ces memes armoirles, somm^es de la tiare et de deux clefs, ont cte pu- 
bli^es nagu^re par M. de Lahond^s {Bulletin de la Soc, arch^ol, du Midi 
de la Fr,y n' 13, p. 63), qui les arelevees au-dessus d'une ported'escalier, 
dans unecour do rHotel du Midi, jadis college Saint-Martial. Elles rappc- 
laient, a cette place, le pape Innocent VI, oncle de notre archevequc, 
ancien professeur de droit k Toulouse et fondateur de ce college. 

(1) Parmi eeux qui r^pondirent^ cetappel,on signala Jean RenazeiUes, sieur 
d'Aubaignan, Charles de Batz, ^cuyer, sieur de Laubidat, Dufour, ^cuyer, sieur 
de Labadie, Jean L^glize, Pierre Dusan, Jean de Gaube dit de Brisquadleu, 
Jean Dubenque, Jean Glize dit Chinanin et d'autres bourgeois du Frdche. 



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OBJETS ANTIQUES 

AVEC MARQUES DE FABRICANT 

INSCRIPTIONS OU AUTRES SIGNES 

TROUVES A LBCTOURB BN 1890, 1891 BT 189S (*) . 



SUPPLEMENT 

Pendant les derniers mois de TannSe 1892 et les premiers 
de Tannee 1893, Fachevement des fouilles, au chanller prin- 
cipal, a fourni un certain nombre d'objels avec inscriptions 
on marques nouvelles. Nous croyons bien faire eiv ajoutant 
ici celte suite dans laquelle la proportion des marques 
curieuses et rares est plus grande encore que precedemment. 

Pour la comparaison, outre les ouvrages que nous avons 
cit6s en commen^ant, nous avons vu personnellement, en fait 
de publications nouvelles, les tomes iv et v des Inscriptions 
antiques da Musie de Lyon, par MM. Allmer et Dissard, ou 
flgurent bien pres de deux mllle marques flgulines, relevees 
par M. Dissard, et le tome xv de la nouvelle edition de VHis- 
Urire de Languedoc, ou M. Lebegue a insere bon nombre de 
marques trouvees en divers temps dans la moili6 occidentale 
de cette province. > 

Pour les divisions de ce complement nous suivons Tordre 
deja adopte, sauf a intercaler ou aj outer deux ou trois cate- 
gories d'objets ou varietes non encore vues. 

AMPHORES 

218. — Fragment d'une ansa d'amphore de grandeur moyenne. De 
haul en bas dans un rectangle incomplet k gauche et au has : 



MCP 







Lettrea d'enoiron 11 millimetres. 
Lea lottres sonti ncompl^tes deleur moiti6 inf6rieur,eexcept6 la demi^re 

• Voir la livraison de f^vrier 1894, page 99. 



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— 356 — 

qui est complete; la premiere est emp4t^ et incomplete encore k gauche; 
les points, incomplets, 6taient triangulaires, le premier touchant ^ M et i 
C, et le second dans C; P ^tait peut-etre B, la boucle existante se confond 
snr un point avec la circonf6renoe de O. Dans ces marqaes d'amphores, 
aux noms de citoyens romains, il n'y a que le prenom qui n'ofire aucune 
difficuU6 de lecture. \ 

219. — Culot d'amphore du m6me genre etde la mftme terre que 
celui n° 7 (..)• Dans un rectangle, iraprimi horizonlaleraent Tamphore 
^tant pos^ sens dessus dessous : 



lo3 



Lett res de IS et 7 mill. fj2 

Cette marque se trouve an has et entire les jambages d*un tres grand a 
(15 cent, de haut) points comme s'il s'agissait d'un A, fait avec ledoigt quand 
la terre ^tait fraiche. La forme da C, retrograde, est bien nette sror le haut, 
mais vers le has on distingue vaguement upe barre oblique comme poor 
un P, k haste penchee, n'arrivant pas au haut de la boucle : 2) 'On peat 
ainsi lir^ Modiestus), IjSl lecture Comimiinis)^ retrograde, serait moins 
justiflee. Au reste, la forme du D, que nous soupQonnons ici, est donnde, 
presque pareille, tres nettement, par une inscription de Lectoure, mal 
reproduite par les photogravures du capitaine Esp^rartdieu. 

220. — Anse de grandeur moyenne (..), De haut en has, dans un 
rectangle : 



QFC 

Lett res de 71 mill. 



L'initialo bien circulaire; les points ronds; la traverse da milieu de la 
seconde lettre boulet6e et courbde vers le bas k son extremity, le point est 
entre les deux traverses; le C presque carre. Signalee a Sninte-Colombc- 
16s-Viennc. 

221. — Anse de grandeur moyenne (..). De haut en bas, dans un 
rectangle : 

TAArA 

Lettres de 10 mill. 

Lettres k traits larges; points triangulaires. L*avant-derni6re lettro est 
peut-^tre un C, dont la forme la plus ancienne ^tait en angle obtus au lien 
d'etre en courbe. 



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222. — Anse de grandeur moyenne. Dans an carre> mal venu k 
gauche : 



Q 



Haut. 14 mill. 

Ce signe avait a gauche un appendioe comme celui de droite, qui est bou- 
let6 k son exMmit^, il en reste tonte la partie sup^rieure, la seule qui ait 
marqu^; un nceud entre deux k lear naissance. C'^tait ainsi probablement 
rimage d'une couronne. 

Nos marques sur araphore se termlnent par une r6plique du no 1, 
A'l S, plus fluetteetplus pure, mats incomplete de la moitie inttrieure 
demeur^ sur la pause de I'amphore, dont nous n'avons trouv^ que I'anse 
qui a garde, horizontalement au bas, I'autre moitie. 

POTERIE ORISE OU NOIRE 

La poterie grise ou noire a laiss^ peut-£tre plus d^ecbantillons anti- 
ques et du haut moyen-^ge (?) sur le sol de Tancienne Gaule que tous 
las autres genres antiques r^unis. Ant^rieure sans doute k T^poque 
gallo^romaine, sa fabrication se continua pendant cette pdriode et plus 
ou moins longtemps apr^s ? 

Les teintes de cette int^ressante poterie, la vraie et seule poterie gaii- 
loise nationale vraisemblabiement, vont du gris cendr^ au noir; une 
variety plus rare offre la teinte hrun chaudj c'est-Ji-dire brun rou- 
ge&tre. Dans la p4te sont quelquelois de petits cailloux blancs et tou- 
jours des grains de mica blancs et brillants. La duret^ de la terre cuite 
pr^nte plusieurs degr^ jusqu'k celui d'une extreme duret^. L^ 
formes avec panse 6taient les plus communes, avec les autres elles 
diff^raient toutes, ou k peu prfes, de celles de la poterie fine k couverte 
rouge lustr^e. La beaut6 ou la finesse des produits ^galaient parfois ce 
dernier genre sur des vases avec des ornements pimples imprimis en 
creux et ou la couleur de la terre, rouge quelquefois au centre^ ^tait 
accentufe par une belle et fine couverte noire. La decoration la plus 
commune ici, sur les vases les moins fins, consistait en empreintes 
du bout d'un petit roseau ou, sur des anses, en des trous faits avec une 
petite baguette, mais principalement, sur des produits de finesse 
moyenne, en de larges traits hachur&r, m^andreux, etc.^ obtenus en 
lissant tvhs reguli^rement et l^g^rement la terre fralche au moyen de 
rebauchoir. 

La poterie grise ou noire demeure rouge apr^s avoit iti ohauffte k 



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— 958 ^ 

blanc; sa coloration £tait done obtenue principalement, sinon exclusi- 
vement, par une cuisson oporto ou acbev^ au milieu d'une tumie 
plus ou moins noire; et, entre autres, le procM^ affirm^ par Bron- 
gniart {Traits des Aria c^ramiques) : du charbon pulv^ria^ iniro- 
duit dans la pdie, parait impossible. La haute antiquity des vases 
gris, noirs et bruns, obtenus par un m6me proc6d6, s'induit de leur 
pr&ence dans les dolmens et ici, sur le plateau de la ville actuelle de 
Lectoure et de son faubourg, d*un certain nombre d'echantillons qui 
semblent venir de vases fails sans le secours du tour; enfin, pour notre 
r^on, de ce que le vase trouv^ k Laujuzan (Gers), contenant prfes de 
mille deniers d'argent des Sotiates, tons ant^rieurs k la conqu^ 
romaine et caches sans doute au premier moment de la venue des 
Romains, ^tait en ierre grise, participants qu*entre autres soins 
d'exaclitude et de critique ont oubliS de noter tons ceux qui ont fcrit 
sur cette trouvaille. Nous tenons le renseignement de M. H. de Cours, 
propriStaire du fonds oil le tr&or fut dScouvert. 

Nous abr^erons en disant que les marques sur poteries grises ou 
noires, imprimis sur des produils de Tipoque romaine sans doute, 
sont rares un peu partout sur le sol de Tancienne Gaule, et nous n'a- 
vons encore rencontrS ici que deux grafitti faits aprfes la cuisson des 
vases. 

223. — Fond plat d'un vase assez grossier, teinte d'ardoise. Vers 
le centre, en dessous, d'une pointe assez fine : 



BC 



Lettres de 17 mill, 

* La barre de la premiere lettre^ ou des deux premieres car il faut peut- 
^tre entendre I et D 1168, est courbe : la convexity vers Tint^rieur. Un trait 
plus long que la marque n*fst large coupe les deux caract^res vers le haut; 
un second trait, plus court, coupe le premier au bas. Ces deux traits parais- 
sent relativement modernes et sont peut-^tre accidentels. 

224. — Fragments du rebord torique et des parois d*un vase demi- 
fin — un peu plus fonc6 k Texterieur que le pr6c6dent — qui avait 13 
centimetres de diamfelrei Torifice. Ilorizontalement, sur le col vertical 
et se continuant sur la panse^ d'une pointe fine : 



N..RIT 



Lettres de 40 mill. 

II ne reste de la premiere lettre qu*un peu plus de sa moiti6 inf^rieure 



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— 359 — 

de droite sur un fragment qui ne se racoordepas aveo Tanlre, m&is qui en 
^tait ^rt^ k pen prds de la largeur d'une lettre, manqnante, d'aprte one 
progression des traces des doigts da potier k Tint^ieur du vase; il manque 
encore la haste de E; le T a sa traverse tr^s conrte k gaojohe et tr^s allongto 
k droite; apr^s cette lettre la marge n*a pas moins de 5 centimetres, elle 
etait done la derni^re da grafitto qui nous donnait peut-^tre un nom aqui- 
tain. Toute strange que puisseparaltre eette terminaison rit, on la retrouve 
dans un des plus curleux noms d'une des 4^vinit^ de TAquitaine, si on 
le decompose en Herans-CorrU-Seke, qui ainsi est peut-^tre la bonne 
interpretation de ce nom au lieu de nombre d'autres plus ou moins inad- 
missibles, Desdivinites k trois personnes se trouvalent en Aquitaine comme 
dans le reste de la Gaule. 

POTERIE FINE A COUVERTE ROUGE LUSTRl^B 

225. «- Fragment du fond d'un grand plateau omementd k Tinti- 
rieur d'une large circonference, stride perpendiculairement aux deux 
courbes qui la limitent. La forme de ces grands plateaux ddrivait de 
oelle des pat6res ou vice-versa. A la place ordinaire dans un rectangle : 

ANDOCAM 

Lettr€8 de 2 mill, i/2 

Le premier A, non barrd; le second, un pea fruste, semble barrd k la 
mani^re ordinaire; ND, li^s : le troisieme jambage de N sert de baste k D. 
Le nom du potier etait peut-^tre une variante du nom gaulois Andeca^ 
mulos qui semble pourtant n'avoir et6 qu'un nom de divinity (inscription 
de Nevers), d'od un ethnique par derivation toatenaturelle (inscription de 
Rancon, dans le Limousin) ? La marque ANDOCA, signaiee k Poitiers. 

226. — Fragment du fond d'une pat^re. Dans la partie de droite 
d'un rectangle : 

.....OCAM 

LtfUres de 2 mill. 2i3 

II ne reste qu'une faiblo partie de la droite de TO; AM lies : barre hori« 
zontale dans le premier angle de M; Textremite des lettres est bouletee. La 
marque etait, tres probablement^ une variante de la precedente. 

227. — Fragment du fond d'une patfere qui avait 15 centimetres de 
diametre (..). Dans la partie de gauche d'un cartouche rectangulaire 
qui 6tait termine en c o : 

AQV.*.. 

Lettres de 2 mill, 

Aqu[ti\, — Signaiee complete k Bordeaux, aux memos dimensions et 
aussi « dans an cartouche »; de meme^ incomplete de Finitiale, k Martres- 



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. — 360 — 

Tolosaned; aumdme nom et orthographe ^Bordeaux, Poitiers, Vienne. La 
marque AQVITANI^ beauooup plus r^pandue, n'est pas admissible id 
d'aprte la sym^trie. 

228. — 1. Petit fragment d'un fond de patfere. 2. Petit fragment de 
fond. Dans un rectangle aux coins arrondis : 

BOLLI 

Lettrea de 3 mill. ij3 

Lettres aux extr^mit^s boulet^s; O, de m^me forme qu'au n*98;I, 
incomplet de sa moiti6 inf6rieure. 11 ne reste que Tinitiale au n* 2, bien 
reconnaissable, surtout par la petitesse de la boucle sup^rieure; au contraire 
il n'y a aucun rapport de forme avec le fragment du n* 32. La nouvelle 
marque est 1^6rement imprim^e mais tr^s nette et tr^ belle. La variante 
BOIII MAN. EClT, signal^e k Sagonte, aveo inobservation, trte probable- 
ment^ des traverses des L. 

229. — Fragment du fond d'une pat^re qui avait 16 centimfetres de 
diamfetre (..]. Dans un rectangle aux petits c6t& arrondis : 

CLOGOI 

Lettrea de 8 mill. IjS. 

Lettres aux extr6mit6s pointues; L, a deux traverses rapproch^, Tune 
sur Tautre, et plus fines que les autres traits; les O bien circulaires. Nous 
ne connaissons personnellement que des lampes ob. deux fois se trouve 
indiqu6 le gentilice Clodius: C. CLO. SVC, CLO. HELL Pour le cognomen 
qui serait en Coi, id, nous ne connaissons que la marque COI, signal4e a 
Bordeaux, et pas d'exemple pour le completer. 

230. — Fragment du fond d'une pat^re qui avait 16 centimetres de 
diamitre (..). Dans un rectangle : 

GBNER 

Lettres de 3 mill. 

C(o)bn€r(tu8). — Variante, non signalee dans les*ouvrages consultes, 
des n** 42, 43, 44. Cette marque est bien venue et 11 n'y parait point trace 
de O. 

231. — Fond creux d'un petit vase. Dans un rectangle : 

ESVATPI 

Lettrea de 2 mill. 112. 

Les lettres ont leurs extr^mit^ bouletees; le P, avec moitiS sup^rieure 
de boucle. La marque est mal venue vers la gauche et est toute gerc^e; 
n^nmoins toutes les lettres sent certaines, sauf que pour distinguer It 
troisi^e U iaut une forte loupe, Cette lettre, d'aillenrs^ ainsi que la marque 



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— 361 — 

tout enti^pe, confirmees par la variante ESVAT, signals au Mas-d'Age- 
nais. n s'agit d*un nom celtique sans doute. Voyez la marque suivante. 

232. — Moiti^ du fond creux d*un petit vase. Dans la partie do 
gauche d'un rectangle au petit c6t6 en segment de cercle : 

ESV.... 

Lettrea de 2 mill. t/2. 

Lettres d'une nettetS parfaite et k extr^mit^ boulet^; la haste de Tini- 
tiale d^passe un pen le niveau de la traverse sup^rieure. II y a peut-^tre k 
droite les restes d'un point sur le bas et siirement cenx d'une quatri^me 
lettre k jambages obliques qui ne pouvait ^tre qu'un A^ ou un M. On pour- 
rait penser k la marque ESV.MFE, signal6e k Auch, mais elle est trop 
longue et il J aurait eu grand et anormal d^ut de sym^trie sur notre vase 
qui 6tait des plus fins; les lettres et le rectangle ont aussi des differences 
avec la marque pr6cedente; seule celle ESVAT, mentionn^e ci-dessus,. 
coiiviendrait bien ici. Ces trois marques en Esu, ne constituant probable- 
ment que des variantes au nouveau (?) nom celtique EsuatpuSy font penser 
au fameux dieu gaulois Esus, qui, de nos jours, a provoqu6 tant de folles 
imaginations et qui,d'apres les monuments, n'^tait surement qu'un 6bran- 
cheur, plutot qu'un bflcheron, comme Vulcain, avec lequel il est associ6 
sur le ceiebre autel de Paris, etait un forgeron . 

233. — Fragment du fond et des parois d'un bol. Dans un rectangle 
incomplet k droite au petit cdt^ de gauche arrondi : 

ILVM... 

Lettres de 2 mill. Ij2, 

Le cachet fut mal applique sur le vase, qui n'etaitpas bien fin iau centre, 
et ce n*est qu'en dclairant de gauche k droite ou bien de droite k gauche 
que Ton pent dechiffrer ce que nous donnons avec, en plus, I'amorce infe- 
rieure d'une cinqui^me lettre qui ne pouvait guere etre qu'un A; une 
sixieme lettre devait terminer la marque. Nous ne connaissons que celle 
ILIOMA.... signaiee k Sainte-Colombe-ies-Vienne, oil Ton a trouv6 tant 
de monuments figulins, qui se rapproche un peu de la n6tre, qui semble- 
rait neanmoins assez avoir ete un nom aquitain, tandis que Ilioma(rus)y 
ou lUiomaruSy connu d'autre part, semble bien etre un nom celtique. 

234. — Fond avec restes des parois d'un trfes petit bol. Dans un 
rectangle aux coins largement arrondis : 



IND 



Lettres de 1 mill. 2}3. 

Jnd(crcillus)? ^H^Tq}xe leg^rement imprimee et mal venue mais 



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— 362 — 

oertaiuej les lignes d'encadrement en relief touchent presque aux caract^res 
et se prolongent en se coupant jusqu'aux c6t68 du rectangle. La marqne, 
au nom gaulois INDERCILLVSF, signal^e k Lyon et k Orleans. Etant 
donn^ le systdme bien connu, et sur lequel nous avons dej^ plnsieurs fols 
insists, des marques avec le nom complet ou blen de plus en plus abrcge, 
11 n'y a presque pas k douter que nous n'ayons ici one varianto de oette 
marque de Lyon et Orl6ans. 

235. — Fond creux d'un petit vase (..). Dans une ellipse : 

I vcv 

Lettres de 2 mill. 

Jucu{ndu8), — Le premier V est point6 au milieu de son niveau supe- 
rieur^ le troisi^me point est dans le C. Voyez la marque suivante. 

236. — 1 . Fragment du fond et des parois d'un bol des plus grands, 
c'est-k-dire de 12 centimetres de diam^tre environ. 2. Fragment de 
bol (.,). Dans un rectangle aux pelits c6t^s arrondis : 

IVCVN 

Lettres de 2 mill. J/3. 

Jucun(dus). ~ Lettres aux extremites bouletees. Voy. les marques pr6c6- 
dente et suivante. 

237. — Fond creux d'un vase de grandeur moyenne (..). Dans un 
cartouche rectangulaire, termini en c o : 

ivcvNai 

Lettres de SmiU.faibles 

Les deux V sent points au milieu de leur niveau superieur; le D, retro- 
grade. Cette marque et les deux qui pr^cMent sont des variantes de celles 
des n" 63, 64, 65, ci-dessus, variantes non signal^es dans les ouvrages 
consults, excepte la seconde. 

238. — Fond creux d'un petit vase. Dans un rectangle aux coins 
arrondis et aux grands c6tfe renfl^s vers leur milieu : 

laPRon 

Lettres de 3 mill. 1/2, 4 1(2, 2 tjB et 3 J/2 

L(uclus) Apron(iu8). — La premiei*e jambe de A, pose sur la traverse 
de L; les lettres sont k traits larges et k extrdmit6s pointues; les deux 
premieres plus petites que les deux suivantes et de m^me taille que la 
derniere. La marque LAPRON, signalee k Bordeaux, en lettres dgalesde 
3 millimetres et « de forme ancienne »; une troisi^me variante LAPR.O.N, 
gignalee k Auch, Voyez notre n* 25. 



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— 863 — 
289. — Bol k double courbe, presque complet, de 7 centimetres de 
diam^tre (..)• Dans un rectangle aux petits c6t^ arrondis ; 

MACARI 

Leitrea de 2 mill, 

Variante da n* 85, en caract^res p^guliers aux extr6mit6s l^g^rement 
bouletees; MA, Ute : travOTse d'A, dans le troisitoe angle de M. 

840. — Pelit fond creux. Dans un rectangle: 

MARTI 

Letlrei de 3 mill. 
Marti(i). — Variante du n* 90, en caract^res plus r^guliers et plus 
beaux ayant leurs extr6mit6s boulet^s; MA, lies : traverse d*A, dans le 
deuxi^me angle de M ouvert en bas. Au revers^dans lefond de I'^videraent 
du piedi trace avec une grosse pointe apres la cuisson : 



Ce signe a deux centimetres 4e haut; il a dans son angle inf^rieur un signe 
semblable beaucoup plus petit et trac6d*une pointe plus fine. 

241. — Pelit fond creux. Dans une forme de pied humain : 

M®v 

Lettrea de 6,4et5 mill* 
Cette eurieuse marque, qui semble avoir 6te dans une forme de pied 
humain, parait ^tre des plus anciennes. Les traits des lettres sent plut6t 
flns que gros; TO, avait et6 tr6s visiblement fait au compas sur le cachet 
matrice : il a un gros point au centre et ses traits, en ruban d*6gale largeur, 
ne se raccordent pas bien, au bas, comme il arrive presque toujours au 
trace des petites circonf^rences; il se confond sur deux points, k gauche et 
k droite, avec les traits de M et de V. La marque parait nettement telle 
que nous la donnons et d^crivons mais il y avait pcut-^tre un point pour 
A, dans le premier angle de M, od I'outil avec lequel on a use la marque 
semble avoir ete gene vers le bas par un petit trait ou par un point? Cette 
mysterieuse usure des marques, faite toujours gradnellement avec legerete 
sur un certain nombre de vases, se presente en trois etats principaux : 
1' Les lettres et les bords du rectangle sent flnement uses jusqu'a moitie de 
leur relief. 2* Les lettres sent usees, toujours flnement, jusqu'au niveau du 
fond; et sur la premiere, k la gauche, est creusee une petite cuvette repetee 
sur la derniere, k la droite, d'une maniere beaucoup plus accentuee — 6tat 
de la presente marque et de nombre d'autres. 3* Les lettres sont complete- 
ment usees et la cuvette k droite, deji la plus profonde, est devenue un 
trou rond qui perfore presque le vase de part en part. Nous ne voyons que 
dee pratiques religieuses ou superstitieuses pour expli^uer ces singularitea^ 



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1 



— 864 — 

que Ton avait n6glig6 de signaler jusqu'ici de m4me qu'one foole d'aatres 
particularit^s ourieuses. La forme d'un pied humain n'6tait pas trds rare 
p^ur les marques flgulines, c*6tait 14, croyons-nous, le souvenir de ce qui 
a donn6 la premiere id6e de rimprimerie : rempreinteaocidentelle des pieds 
sur la terre glaise. 

242. — Fond creux. Dans un cartouche rectangulaire aux petits 
c6t& en queue d'aronde creuse : 

M... CA 

Lettreade 2 miV. 
M[er]ca(tor)f — La marque et la cartouche avaieitt 6te us6s r6gullere- 
ment; la gouje ou ciseau, au tranchant en eventail comme toujours, avait 
encore servi k creuser deux cuvettes dans le champ du fond. La pioche k 
port6 au centre de la marque lors de la decouverte et un nettoyage a enleve 
toute trace du C, qui 6tait peu courb^. La marque MERCa> signal6e en 
divers lieux ainsi que plusieurs variantes avec I'A, ordinaire. 

243. — Petit fragment de fond. Dans un rectangle un peu irr^ 
gulier : 



TJToOM 



Grandeur de Voriginal 

Nepotcs, — Nous avons grave cette marque retrograde pour donner une 
idee de la forme des lettres sur les marques au nom de Nepos. Variante des 
n" 92 et 93 et la meme^ probablement, dont nous avons parle comme dejii 
signalee k Bordeaux et k Agen. 

244. — Fragment de fond creusi en c6ne. Dans un rectangle aux 
coins arrondis : 

PRIMI 

Lettres de 4 mUUmHres 

Replique, avec vaiiante des dimensions, du n* 103 et en caracteres de 
forme ancienne, presque aussi mal venus que sur ce numero; le P, avec 
moitic sup^rieure de boucle; le R, archalque aussi. 

245. — 1. Fond et partie des parois d'un grand vase qui itait ome- 
ment6(..). 2. Fragment d'un bol k double courbe qui avait 11 centi- 
mfetres de diamfetre. Dans un rectangle aux petits c6t& arrondis : 

QVINT 

Lettres de S mill. tjB. 

Qulnt(us). — Les lettres sontd extremites boulet^. m4me rinitiale qui 
a un point en haut sur sa courbe et un en bas, k la naissance de Tappen- 
dice caudal. Cest une variante deja signalee k Bordeaux des n- 105, 106, 
107. Sur le n* 2, mal fabriqu6 par places, la marque est mal venue ou a 



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— 365 — 

ete alteree avant la cuisson et on n'y distingue que CVINI. M. Allnier 
penso avec nous qu'il devait y avoir QVINT. 

246. — Fragment du fond d'une patere qui avait 13 centimetres de 
diamfetre. Dans un cartouche rectangulaire termini en o o : 

OPRED 

Lcttres cle 2 mill, IjS. 

Ofijicina) Rcd(itl), — L'O, est en ellipse \x grand axe horizontal. Les 
marques REDITI.M et REDITVS, signalees: la premiere k Lyon, Douai, 
Londres, Torgros; la seconde a Bavai. 

247. — Petit fragment d'unfond de patere. Dans un rectangle aux 
l)etits c6les formes de trois minuscules demi-cercles creux et saillants, 
le plus grand au milieu : 

SAL VI 

LetCrcs de 3 mill. 

SalcL — Lettres de forme allongce; la premiere k peine contoum6e; la 
deuxieme sans traverse. La m^me marque signal6e h Bordeaux; au meme 
nom, avec plusieurs variantes, k Lyon, Autun, Murviedro, Tarragone, 
Windisch, Naples, Calatayud, Londres, P^rigueux, Augst, B&le, Vienne. 

248. — Fragment d'un bol k double courbe qui avait environ 
7 centimetres de diam^tre (..). Dans un rectangle : 

SCAP. 

Lettres de 2 mill. 2i3. 

Marque en fort relief et tr^s nette. Le P, i moitid superieure de boucle; 
le point rond. La variante SCAP, signal^o k Poitiers. 

249. — Fond d'un petit bol (..). Dans un rectangle aux coins trfes 
1^6rement arrondis ; 

SCIPl 

Lettrea de 2 mill. 112. 

Le C, sans la courbe du bas; le P, k moiti6 superieure de boucle. Voyez 
la marque suivante. 

[A auivre.) E. CAMOREYT. 



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LA GASCOGNE 

dans rinventaire des Archives dipartemefttales de Bordean 



I 

L'annte 1893 a \u parallre trois volumes de VInventaire sommaire 
des archives du d^pariement de la Gironde: 

Archiees ciciles. S6rie C. Tome n, redig6 par MM. Alexandre Gouget 
et Jean-Auguste Brutails, archivistes du d^partement. Bordeaux, impri- 
merie Gounouilhou^ m-4' de 434 p. 

Archives cioiles. Serie C. Tome iii. Tnventaire du fonds de la chambre 
de commerce de Guienne, r6dig6 par M. J. -A. Brutails, archiviste du 
d^partement. Public aux frais de la chatnbre de commerce de Bordeaux 
(meme vllle, meme imprimerie), in-4* de xLvni-268 p. 

Archives ecclesiastiques. S^rie G. Inventaire des fonds de Varcheodche 
et du chapitre nUtropolitain de Bordeaux y r6dlg6 par M. Gouget, archi- 
viste du d^partement, M. Ducannes-Duval, sous-archiviste, et M. le 
chanoine Allain, archiviste de Tarchev^h^ (m^me ville, m^me impri- 
merie), in-4* de xxxni-596 p. 

Je tiens tout d'abord k saluer Tadmirable activity du successeur de 
M. Gouget : M. Brutails est un travaiUeur hors ligne, et sa direction 
des Archives d^partementales de Bordeaux, d6ji trfes fdconde, promet 
les fruits les plus abondants. Un de ses anciens maitres disait nagu^res 
de lui : « C'est un de nos plus jeunes et de nos meilleurs archivistes. » 
M, Brutails ne se contente pas de beaucoup travailler : il sait aussi 
tr^a bien travailler, comme le prouvent ses belles 6tudes sur le Rous- 
sillon si fort loufes par les juges comp6tents, si brillamment r&om- 
pens^es par Tlnstilut. Son Inventaire du fonds de la chambre de 
commerce de Guienne est une oeuvre excellente qui fait honneur k la 
fois au pal6ographe et au critique. V Introduction est un morceau 
magistral contenant en quelques pages qui sont pleines — que dis-je? 
— qui dibordent de renseignements pen connus, Thistoire des archives 
de la Chambre, Thistoire m6me de la Chambre. et aussi celle du 
commerce et de la navigation k Bordeaux, et qui, k cet egard. forme 
un supplement pi*6cieux aux livres sp6ciaux de Frandsque Michel et 
de Th. Malvezin. 

Non content d'avoir utilise, en cette Introduction, un trfes grand 
nombre de documents in^dits, M. Brutails a reproduit in extenso, k 
la fin du volume (p. 208-268) une soixantaine de pifeces justificatives. 



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— 367 - 

comprises entre les ann^s 1705-1791, parmi lesquplles on remarque t 
Felicitations d LatOy au avjet de sa nomination au Miniature (Jan- 
vier 1720); Proems-verbal de la reception de Vintendant de Toumy 
ei d^Helv^tius par la Chambre (20 septembre 1747); CondoUances d 
Maurepas sur sa disgrdce (10 mai 1749); Ddibdraiion sur les Jui/s 
avignonais (27 aout 1750); Letire de la Chambre d Vabb6 Coyer, 
auteur de la Noblesse commergante (16 juillet 1757); Deside- 
rata de la Chambre de Bayonne en mati^re de tarifs douaniers 
(18 juillet 1761); Protestation de la Chambre de Bordeaux adress^e 
au due de Choiseul contre la cession du Canada (22 d6cembre 1761); 
Avis ddfavorable de la meme Chambre touchant le projet de cons- 
truction d'unpont sur la Garonne [entre la Bastide et le quai de la 
porte Bourgogne] (9 aout 1776); Extrait du testament du ir6sorier 
Beaujonyfaisant connaitre les legs par lui institu^s au profit de la 
Chambre (13 septembre 1786); DMb^ration de la Chambre pour 
qu'il soitfait un portrait de ce bienfaiteur (1^^ mars 1787); Remised 
la Chambre des tableaux signdspar Beavjon (2 juillet 1787); Lettre 
du commissaire ordonnateur, exposant les travaux nicessaires d 
Cordouan (18 dteembre 1787) (1); Lettre de la Chambre de La 
Rochelle, touchant lesmoyens deprot^ger la traite contre les entre- 
prises du roi de Dahomey (4 avril 1788) (2). 

L an dernier, j'ai public ici m^me (juillet-aout, p. 365-371) un 
article intitul6 : La Gascogne dans VJnventaire des Archives de 
Varchev^che de Bordeaux. Je voudrais completer cet article en ajou- 
tant aux indications qui me furent alors foumies par le travail de M.le 
chanoine Allain, les indications que me fournit aujourd'hui le travail 
de MM. Gouget et Ducaunfes-Duval (3). Je complfeterai ensuite ce 
nouvel article par diverses citations tiroes du tome ii de Tlnventaire 
des Archives civiles, de fagon h mettre sous les yeux du lecteur ce qui 
me semblera pouvoir leplus Tint^resserdans le recueil profane, comme 
dans le recueil sacr6. 

De 1645 k 1648. Fondation d'un convent d'Ursulines k Nirac. 

(1) Les documents relatifs ^ mon ancienne heroine, la tour de Cordouan, sont 
innombrables dans les Archives d^partementales de Bordeaux. Voir notamment 
dans le tomeiide Ylnoentairc les pages 126, 142, 143, 188, 200, 206, 211, 231, 262, 
263, 264, 272, 284, 285, 286, 287, 368, 431, 434, etc. On pourrait, k Talde de tant de 
documents, dont plusieurs seraient enti^jrement nouveaux, beaucoup ajouter aux 
recherobes de feu Gaullieur et de son humble devancier. 

(2) C'est de V actuality ou je ne m'y connais pas. 

(3) Dans le volume consacr^ aux Archives eccl^siastiques, la part du docte 
chanoine est celle-ci: xxxiii pages d* Introduction et 215 pages d'lnocntairo. La 
part de ses collaborateurs est de 380 pages. Les trois ^rudits ont rivalisd de zele, 
de soin, d'exactitude et de nettet^. Rappelons que M. le chanoine Allain a donnd 
aux travaux de MM. Brutails, Ducaun^s-Duval et Gouget les 61oges si bien 
m^rit^s par son propre travail. 



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— 368 — 

Etablissement d*un monast^re des religieuses de Notre-Dame k Saint- 
Lizier, diocfese de Couserans. — D6liMration de la Cour du Parlement 
de Bordeaux sur Tentree de Tarchev^que Charles de Gramont le 12 
juillet 1530. Relation do Tentrte du cardinal de Gramont, archev^ue 
de Toulouse, en 1533. — Remontrances du clerg^ de France pronon- 
c6es devant le Roi [Henri III] par r6v6que de Bazas [Arnaud de 
Pontac], le 3 juillet 1579. — 1567. Ordounance de Blaise de Monluc, 
lieutenant-g^ndral pour le roi en Guyenne, en Tabsence du prince de 
Navarre, relative au recouvrement des sommes dues au Roi par le 
clerg^ du diocese de Bordeaux. Remontrances du clerg^ de Bordeaux k 
Blaise de Monluc, portant que Tentr^e du Palais sera d^fendue aux 
membres de la Cour faisant profession de la religion prdtendue r^for- 
m6e; que tous ceux de ladite religion devront payer les frais de la 
pr6sente guerre; que Texercice de ladite religion devra 6fre interdit; que 
le premier president qui a fui en cachetic depuis le 28 septembre sera 
revoqu^; que le capitaine du chateau de Blaye sera remplac6. Lettres de 
Monluc au Roi pour lui transmettre les plaintes du clerg6 et demandcr 
le d^mantellement des places de Bergerac, Mussidan, Sainte-Foy et 
Montauban comme servant de refuges i ceux de la religion p. r. Autres 
lettres de Monluc aux jurats de Bordeaux pour faire loger les gens de 
guerre chez ceux de ladite religion et non chez les catholiques et gens 
d'^glise, avec defense de laisser rentrer dans la ville les conseillers au 
Parlement et autres de la religion p. r. qui en sont sortis et de prendre 
part aux deliberations de la Jurade. Autres lettres de Monluc au Parle- 
ment de Bordeaux, ordonnant que les conseillers de ladite religion nc 
sifegeront plus k la Cour et m6me ne devront plus rentrer dans la ville. 
Requ6te de Tarchev^que et du clerg6 de Bordeaux pour que les conseil- 
lers au Parlement faisant profession de lanouvelle religion et ceux qui 
I'auront ouvertement favoris^e ne puissent plus diliberer dans les 
affaires int^ressantes le service du Roi et la religion oatholique, comme 
etant suspects. — 11 avril 1569. Mandement de Charles, caixiinal de 
Lorraine, Charles, cardinal de Bourbon, et Fabius, ^v^que de Cajazzo, 
nonce du Pape, adress^ ^ I'archev^ue de Bordeaux, Tevfequede Sarlat, 
Loys de La Ferri^re, president au Parlement de Bordeaux, et Jean 
d'Alesme, autrefois conseiller k la Cour, k Teffet de proc^der k la vente 
de 50,000 6cus d'or de rentes du revenu temporel des biens eocl&ias- 

(1) Voir Arnaud clc Pontac. Pieces dicerses rccuoilUcs et publics par celui 
qui 6crit ces lignes (Bordeaux, 1883, petit in-40. J'ai eu le plaisir de retrouver 
dans les deux inventaires plusieurs de mes cieux amis gascons, notamment 
Fi-au^is de Foix-Candalle, ev6que d'Aire, Blaise de Monluc, Scipion Du Pleix. 
Au sujet de ce dernier, j'aurai k grouper dans mon second article, en guise de 
bouquet, une demi-douzaine d'indications curieuses. 



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— 3e& — 

tiques situ^s dans les diocfeses de Bordeaux, Bayonne, Dax, Aire, 
Bazas, Sarlat, Condom, Agen, Pdrigueux. — 1746 et anntes suivantes. 
Proces de Jean de Lafiteau, pr^tre, cur6 de Morlaas, syndic du diocfese 
de Lescar, contre Jacques de Curia, cur6 de Berrenx, depute du clerg6 
de Dax; de Dominique d*Etcheverry, cure de Haxe et syndic du clergi 
de la Navarre-Bayonnaise, centre Duprat, prfitre, syndic du clergi 
d'Oloron; du syndic du chapitre coll^al Saint-Pierre de La Roumieu 
contre le syndic du chapitre du Mas-d'Agenais. — 1651. Enqufetefaite 
par J6r6me de Cahuzac^ lieutenant principal en la ville de Saint-Sever, 
a la requite du clerg6 du diocese d'Auch, concemant les vols et les 
meurlres dont les eccl&iastiques ont eu k souffrir de la part des gens 
de guerre, soit ennemis de TEtat, soit des troupes m6mes du Roi, pen- 
dant les derniers troubles (1); mention du colonel Baltazar. — 1400. 
L'6v6que nomm6 de Conserans, Sicard (de Bourguerol), est autorisi k 
se fairesacrer par Tarchev^quequ'il aura choisi, et Ji f aire entre ses mains 
son serment k TEglise romaine. — 1409. Transcription d'un pouvoir 
donn^ k G. de Lorhit, chanoine de Dax, comte du palais de Latran et 
chapelain imperial, par Wenceslas, roi des Remains et de Bohime, 
pour instituer dans toutes les terres de co prince des tabellions 
et des notaires. — 1419. Nomination par le Pape Martin V, datte de 
Florence, Tan 2® du pontificat, le 7 des ides de mar8,d'Arnaud d'Abadie, 
chanoine d'Oloron^ conseiller de J. comte de Foix (2), k Tabbaye de 
Pimbo {de Pendulo), actuellement vacante par la demission qu'en a* 
du faire,aprfes son Election k r6v^h6 d'Aire, Roger (de Castelbon), qui 
n'avait &t& autoris^ k la conserver que pendant Tann^e qui suivrait sa 
prise de possession dudit 6v6ch6; le nouveau possesseur est autoris6 de 
m6rae k conserver pendant deux ans les autres prebendeset canonicats 
qu'ila k Marmant(?), Orthez, Salies et Oloron.— 1285. Arnaud Odon, 
abbe de Condom, donne k Guillaume III, archev^ue de Bordeaux, la 
moiti6 de T^glise de Caudrot avec ses d^pendances; entre autres condi- 
tions, Tarchev^que devra payer vingt sols de cens; il ne pourra rien 

(1) Recommand^ h notre v^n^r^' coUaborateur, M. I'abbd Tauzin, le savant 
historien de La Fronde dans les Landos. 

(2) Ce chanoine appartient-il k la famille qui, de nos jours, a produit deux si 
intrepides et si c^lebres voyageurs, les fr^res Antoine et Arnaud d'Abbadiel Nul 
d'entre nous n'ignore que Taiu^ des deux fr^res, membre de TAcad^mie des 
Sciences et du Bureau des longitudes, vient de donner ^ Tlnstitut une somme 
considerable pour la londation d'un observatoire dans le d^partement d'oii sa 
famille est originaire. 11 faut honorer en M. Antoine d'Abbadie un grand savant 
et un grand Chretien. Un 6rudit de Bajronne, M. Charles Bernadou, vient de lui 
d^dier une curieuse brochure : Azpoitia. Les/^tes euskarlenncs de septembre 
1893 (Bayonne, ]894, in-8"). Un autre hominage vient d'etre rendu dans la 
Rccue des Pyrenees (dernier fascicule de 1893, p. 621)au g6ndreux fondateur du 
futur observatoire des pays basques, de T^tablissement qui portera glorieusemeiit 
et t jamais le nom di*Abbadla, 

Tome XXXV. 24 



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— 370 — 

aligner des biens donn^, si ce n'est en faveur de I'^Iise de Condom; 
iidevraJises frais en vironner demurs laville de Caudrot;dans les trois 
mois de son av6nement an trflne, chaque archev6que devra renouveler 
les prtsentes conventions, De son c6(6, Tabbaye de Condom nommera 
le chapelain de Caudrot, etc. Le convent de Condom tenait ces posses- 
sions de noble Bernard de Taiirignac, chevalier, qui, voyant en ruines 
ce lieu autrefois couvert d'Wifices royaux, regalibus ruinis insigm- 
turn (1], et conservant encore les rentes de deux ^lises, en avait ^t 
don k ce couvent. — Aribeyre, moine, prieur de Condom, est men- 
tionn^ dans un document de 1299. Paul Dusault, prfetre, grand-chantre 
de r^lise cathWralede Condom, figure comme prieur de Caudrot dans 
un dossier de 1774. — De 1601 k 1614. Extrails des reconnaissances 
en faveur de Francois, cardinal de Sourdis, archev^ue de Bordeaux, 
et de Frangois Descous (aec), chanoine,ehantre de Condom, seigneurs, 
par indivis, de la ville et juridiction de Caudrot. — De 1763 k 1769. 
R^istre terrier des reconnaissances en faveur de Louis-Jacques d'Au- 
dibert de Lussan, archevfeque de Bordeaux, et de Jean Daguilhe, pr^tre, 
grand-chantre de T^lise cath^rale Saint- Pierre de Condom, prieur 
de Caudrot, seigneurs, par indivis, de la ville et juridiction de Cau- 
drot. — De 1527 k 1537. Terre et seigneurie de Coutures, en Baza- 
dais (Lot-el-Garonne). Proc^s-verbal du lieutenant du s^ntehal de 
Bazas, avec sentence, en faveur de Tarchev^ue de Bordeaux, centre 
le roi de Navarre, seigneur de Meillan, pour raison du droit de p^che 
dans la rivifere de Garonne, depuis le milieu du lit de ladite rivifere et 
tout le long da territoire de Coutures (2). Sentences, ajoumements, 
enquAles et procWures diverses, devant le sen6chal de Bazas, relati- 
vement aux diflE^rends entre Tarchev^ue de Bordeaux, seigneur de 
Coutures, et Henry, roi de Navarre, seigneur d'Albret et de Meillan, 
au sujet des graviers, sabliferes et vacants de la Garonne, devant 
Coutures (3). — Ann6e 1357. Enumeration des principales Stapes du 
voyage de Tarchev^que de Bordeaux, Amanieu des Cases, depuis 
Avignon jusqu'a Bazas et au chateau de Roquelaillade : Nimes, Mont- 
pellier, Villefranche-de-Lauraguais, Toulouse, Grenade, Beaumont, 

(1) On pounait, s'il en 6tait besoin, tirer de ce texte un nouvel argument eu 
faveur de Texistence aupr^ de Caudrot {d Casseuil) du Cassinogilum de 
Charlemagne. 

(2) Notons, pour I'ann^e 1537, un bail k ferme du droit de p6che devant Cou- 
tures, k. raison de 50 francs bourdelois et de 18 colacs (alozes). 

(3) Les recettes du p6age et de la terre de Caudrot furent abandonndes pour 
cine ans, de 1456 k 1461, par Tarchev^que de Bordeaux k « Madame la mares- 
cbsule de Xainctrailles, » femme de notre illustre compalriote Pothou. Le redac- 
teur de I'Inoentaire fait observer que le contrat avait ^t^ pass^ k T^poque de la 
conqu6te du pays par les Franks et que c'^tait I^ une imposition de guerre. 



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— 371 — 

Castet, Saint-Clar, Lectoure, N6rac(l), Lavardac et Casteljaloux. — 
1297, 12 juin. Quittance donnte k Benrand des Gots (sic), ^v^ue de 
Conserans. — 1457, 1'*" d^mbre. D6claratioa des vicaires g6n6raux 
en faveur de Berlrand de Bourregie, lequel ayant est^ esleu 6vesque 
de Condom — [r^v^lation d'un nom qui n'a pas &ii inscrit dans la 
liste des dv^ques de Condom par les auteurs du Gallia Christiana] — 
demandait la confirmation de son Election k rarchevdque de Bordeaux. 

— 1526, 1*^^ avril. Gabriel de Gramont, 6v6que de Tarbes, est nommi 
chanoine pr^bend^ (chapitre mdtropolitain de Saint-Andr^) et ensuite 
pourvu de la dignity de doyen. 

Ce doyen obtient, en quality d'dv6que et de conseiller du Roi au 
grand conseil, d'etre dispense de faire sa residence. Henry, roi de 
Navarre, dtant k Bordeaux avec son frfere, fait c616brer, le &1 
juillet 1526, un service pour le prince de Navarre enseveli devatit 
le grand autel de la cathidrale. — 1529. Reception de Charles de 
Gramont, 6v6que d'Aire, en quality de chanoine pr6bend6, — 1539, 
29 septembre. Election de Roger d'Aspremont en quality de doyen 
k la place d'Antoine de Castelnau, 6v^ue de Tarbes, d&Mi. — 
1544, le mercredi, 15 octobre, d 6 heures du matin, au lieu de Sorde, 
diocese de Dax,mourut Charles de Gramont, archev^ue de Bordeaux. 

— 1556. Le chapitre depute, pour le repr6senter auxitats de Condom, 

Tarchidiacre de Blaye et M. du Hart, chanoine. — 1557. Arriv^e k 

Bordeaux du roi de Navarre, lieutenant du roi de France; il est accom- 

pagn6 de Tarchevfeque de Bordeaux et de M. de Candale. II demande 

300 6cus au chapitre pour les armes. — 1568. Il est d6cid6 que Tarchi- 

diacre de M6doc et autres iront faire la rivirence it M. de Monluc, 

lieutenant du Roi, et lui offriront de la part du chapitre une pipe de 

vin vieux et une de vin nouveau. — En 1578, le chapitre alia saluer 

le marshal de Biron et lui offrit une pipe de vin. L'annte suivante, 

les chanoines offrirent au m6me personnage une barrique de vin blanc 

et une de vin clairet. — 1573. Visite de TivAque de Bazas, Arnaud de 

Pontac; il annonce au chapitre qu'il se d^met de sa pr6bende en cour 

de Rome en faveur de quelqu'un de digne. — 1578. Autorisation donn6e 

par le chapitre k M. Francois de Foix,comte de Candale, de Benauges 

et d'Estrac, de se faire sacrer 6v6que d'Aire dans la cath^drale. — 

1579. Le chapitre accorde une sepulture dans la nef de Tiglise au p^re 

de r6v^ue de Condom. — 1229. Sentence arbitrate rendue par Arnaud 

de Pins, 6v^ue de Bazas, Tabb^ de Sainte-Croix et Tabb^ de Saint- 

(l) «c f^ mercredi, veille de Saint-Laurent, arrive h N6rac. Donn^ h un jon- 
gleur par ordre de rarchev^que douze sterlings. » 



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Sauveur de Blaye. — 1662. Requite du chapitre,demandeur en criie et 
interposition du d&ret des biens de noble Pierre de Raymond, ecuyer, 
heritier de Floriraond de Raymond, conseiller du Roi, etc., pour^tre 
colldqu6 k raison des sommes qui lui sont dues. — 1646. Don fait k la 
cbapelle de Notre-Dame de la Nef « par M. Pcrricault, lieutenant 
criminel du presidial de Condom, en action de graces de ce que M. son 
fils, qui estoit pourvu de sa charge, ayant e^t^ affligi d'une paralysie 
de tout le corps, et spfcialement de la langue, prfes de trois mois, a 
recouvrA la sant6 par Tinterc^sion de la Vierge. » — 1759. Arr^t du 
Conseil ordonnant au chapitre de T^glise collegiale d'Auch de restituer 
au sieur Bfezian de Saint- Paul, chanoine,les revenus de son canonicat, 
bien qu'on lui eut interdit Tentrfe du choeur. — 1611. 16 octobre. Le 
chapitre envoie saluer Tarehev^ue d'Auch, Ltonard de Trapes, k son 
anrivee. — 1703. L'archev^que d'Auch se plaint au Roi que Tarche- 
v^ue de Bordeaux voulait exercer la primatie sur la province d'Auch. 
Le marquis de la Vrillifere, secretaire d'Etat, ecrit k ce sujet k Tarehe- 
v6que de Bordeaux, qui communique la lettreau chapitre et lui dcmande 
son avis. 

[A auivre.) Ph. TAMIZEY de LARROQUE. 



PUBLICATIONS HISTORIQUES 



L La seconde partie du « Repertoire » de M. Ulysse Chevalier 

Rdpcrtoirc des sources historiques du moyen-dge^ par Ulysse Chevalier. 
Topobibliographie. V fascicule : A-B. Montbieliard, Paul HoffuianD, 
irapr.-dditeur. ln-4* de 528 colonnes. 

II faut plaindre les travailleurs qui ne connaissent pas le Repertoire 
des sources de M. TabW U. Chevah*er,ou qui, le connaissant, ne Tont 
pas sous la main comme un guide indispensable et k tout moment 
consult^. Un de nos meillleurs arfiis et correspondants, M. Tabbe 
Dubarat, exprimait nagu6re dans ses Etudes historiques du diocese 
de Bayonne, son profond regret de n'avoir pas acquis quand il ai 
^lait temps la premiere partie de ce merveilleux lr6sor d'^rudition 
bibliographique. Pour moi, qui ai M plus avis6, je puis dire qu'il m'a 
ei& fait nagufere des propositions t avantageuses », au nom de certaine 
biblioth^ue officielle, pour Tenlever de ma modeste collection. Mais 
quelle apparence de se priver de lanterne, quand on veut marcher im 
peu surement dans les t6n6bres du passi ! Cela soit dit, au moins, pour 
que les beureux possesseurs du premier Repertoire, el aussi les ama* 
teurs condamn^ k s'en passer, se hdteni de souscrire au second. 



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— 378 - 

Celui-ci comme I'autre sera 6puis^ peut-^tre aussitAt qa'achev^;6ntout 
cas^ il est moins on^reux et plus sage de souscrire d6s la premiere 
heure que de s'exposer k chercher plus tard laborieusement et k sur- 
payer Touvrage complet. 

La premiere partie du Repertoire est achev^ depuis moins de dix 
ans. Elle a pour titre special : Bio-bibliographie e\ ne comprend pas 
moins de 2,846 colonnes d'un texte trfes compact. C'est un inventaire 
alphaWtique de noms propres de personnes, de Tan 1 i Tan 1500, avec 
notices trfes sommaires et indication prfeise des livres,m6moires,disser- 
tations, articles, qui ont iii consacrfes k chaque personnage. 

La geconde partie, dont j'annonce le premier fascicule, a pour butde 
T^pondre k cette question : Quels sont les travaux k consulter, non plus 
sur tel ou tel personnage, mais sur telle localit^^ telle institution, tel 
fait historique ? — Une troisifeme partie sera consacrte plus tard k la 
bibliographieldes oeuvres historiques : manuscrits, Mitions, traductions. 
Sans diminuer la portte de cette dernifere, destinde k prendre sans 
doute un rang trfes 61ev6 dans T^rudition sp6ciale, il me semble que les 
deux premieres garderont une importance et seront d'une utility plus 
g^n^rales. Elles resterontle guide indispensable — je Tai di]k dit — des 
chercheurs dans tout le domaine de Thistoire. Chacune d'elles ne sera 
pas moins n^ssaire que Tautre; car, dans nos recherches de chaque 
jour, avec notre constant souci d'exactitude et de surety, nous n'avons 
pas moins souvent besoin d'etre Mifi6s sur les notices politiques, reli- 
gieuses, litt^raires, relatives k une province, i une localit^^ iune insti- 
tution^ que sur les biographies qui ont pu 6tre consacr^s k tel ou tel 
personnage. 

Je devrais peut-6tte appr&ier Tex^cution dece grand travail. Mais la 
premiere partie a iii d6ji mise k sa place, k une place absolument 
privil6gite, par les meilleurs juges, et elle a surtout gagn6, elle gagn^ 
tons les jours « k Tuser », auprfes de tons les hommes d'^tude. J'era- 
prunte k un prospectus de T^diteur quelques citations caract6ristiques : 

En France, le savant le plus apte a appr^ier un pareil travail, 
M. Lipoid Delisle, pr6dlt, k rapparition du 1" fascicule, qu'il devien- 
drait « an livre classique, auquel les historiens deviant journcllement 
recourir »; 11 le d^clarait naga^re « inappr^iable » et « Fun des duvrages 
le plus fr6(]^uemmeQt consult^s dans nos bibliotb^aes ». Le directeur de 
la Reoue historique, M. G. Monod, voulut bien y reconnaitre d^ I'abord 
le « fruit d'an travail vraiment colossal »; tres utile, 11 faciliterait la t&che 
des ^rudits et leur ^pargnerait an temps pr^ieox.Poar M. Lton Gautier, 
ce fut « le plus ^tonnant. le plus prodigieax travail de blbliographie » 
qull lui eiit « 6t6 ici-bas (I ) donn6 de lire, ou plat6t de consulter. » En 
AUemaffne, VHistorische Zeitschrift de M. de Svbel d6clara, par Torgarie 
de M. Krusch, Touvrage sans pr^c6dent, d'une importance capitale et 
d'ane immense utility, tr^ complet pour les p6riodique8;il approuva mSme 
la disposition materielle da livre pt le syst^me d'abr^viations adopts. En 

(1) Get « ici-bas » est une perle. Les r<^pertoires bien laits sont un avant-gont 
du paradis pour un travailleur chr^tien comme L^n Gautier. Mais le:^ meilleurs , 
sont cribl^s de lacunes et c'est « 1^-haut » qu'il compte trouver enfin des infor^ 
mations completes! -*L. C. • < ... 



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— 374 — 

Angleterre, M. Gustave Masson fat iNsppS d'admiration par la somme de 
travail repr^sent^ par ce volame et son immense Yalear pour I'^tndede 
I'histoire, de la thtologie et de la litt^rature du moyon J^ En italie, k 
bibliotb^caire de Saint-Marc, TabM Valentinelli; en Aatriche, te P. 
Janauschek lui reconnarent un mSrite extraordinaire. Co meriteaett 
officiellement reconnu par notreAcadtoiedes Inscriptions et Belles-litres: 
en lui attribuant le prix Brunet (1888), le president d^clara que le Reper- 
toire rendait « d6s i present de nopbreux et tres appr^ciables services ». 

La seconde partie ne sera pas moins appr^ci^ que la prenai^re. Elle 
^tait encore plus difficile k mener k bien. Car, au dire de Tauteur lui- 
mfeme, t le premier volume n'^tait pas sans pr&Ment », mais cle 
deuxifeme est entiferement original : on n'en retrouvera pas facilement 
deux litres de suite dans une bibliographic quelconque. Son litre, 
Topo-bibiiographiey n'a 6t6 adopts quefaute d'un terme plus compre- 
hensif pour designer tout ce qui n'est pas personnage : il oflfre la 
bibliographic de Tuniversalil^ des sujets sous lesquels pent fttre classee 
alphabetiquement Thistoire mddi^vale dans ses moindres details. Pour 
certains points, il constiluera mfeme la bibliographic de tous les temps... » 

Tant de difficult^ excuserait d'avance bien des imperfections, des 
lacuues, des embarras. M. U. Chevalier ne me laisserait pas direqu'il 
a su les ^viter tous. On peut assurer pourtant que son « information > 
atteint ici encore plus loin que dans son premier travail, et de plus que 
sa m^thode s*est vraiment perfectionn^. 

Sur le premier point, je n'essaie pas de fournir des preuves; il faut 
ouvrir le volume et lire : tolle, lege. Combien de fois ai-je mis le pre- 
mier repertoire aux mains de quelque chercheur, par exemple d'un 
candidal au doctoral te-lettres qui voulait s'^difier avant lout sur la 
« litt^rature » de ses sujets de th^se I Chaque fois j'ai 6t6 t6moin du 
m^me ^bahissement profond et prolong^. Comment un seul homme 
a-t-il pu prendre connaissance de ces millions de publications diverses, 
depuis les plus gros volumes jusqu'aux m^moires perdus dans les 
recueils qu'on ne lit pas, jusqu'aux articles oubli^s dans les revues les 
moins r^pandues de tous les pays du mondc? Et lorsque,pour raonlrer 
comment cette moisson avail pu ^tre cueillie, lite el engrangte par un 
seul travailleur solide et infatigable, je mettaissous les yeux du Iccteur 
la lisle des ouvrages d^pouilles par M. Chevalier, telle qu'on la trouve 
au d6but de son premier volume, je n'atteignais gu^re mon but. Si 
Toeuvre en effet n'^tait pas Ik sous nos yeux et dans nos mains, loujours 
prodigue d'indicalions k propos de toules les questions qu'on lui pose, 
on continuerait de croire qu'un tel programme ne pouvail ^tre rempli 
que par plusieurs generations de bibliographes attenlifs et constants 
jusqu'i rheroisme. 

Quant k la m^lhode, on pouvail se plaiadre de I elendue presque 
immense de tel ou tel article de la Bio-bibliographie, remplissant une 
longue serie de colonnesextr^mement compactes sans la moindre divi- 
sion^ sans autre fil d'Ariane que Tordre alphabeiique des noms d'au- 
teurs : mince secours daus le cas ou le chercheur n'a aucun nom 



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- 375 — 

d'auteur dans la m^moire. Ce n'est pas un reproche adressd au savant 
bibliographe; c*^tait sans doute une n^cessit^ de son sujet et, pour ma 
part, je ne vols pas comment il eut pu s'y d^rober. Dans son second 
recueil; jl en est autrement. Des divisions m^thodiques ont pu 6tre Sta- 
biles dans les articles de quelque Stendue, et la facility des rocherches y 
gagne notablement; on en jugera tout k Theure. 

Car, puisque j'ai sur ma table de travail, depuis plusieurs mois di]k 
— et li-dessus j'adresse k M. Tabbd Chevalier mes meilleurs remer- 
ciements avec mes excuses — le premier fascicule du Repertoire topo- 
bibliographique, et que d'ailleurs je ne puis, ce qui serait le mieux 
assurSment, le faire passer sous les yeux de mes lecteurs, je veux au 
moins en citer ici quelque chose. Ce sera un peu le procMS de Poll- 
chinelle apportant au marchS une tuile commeSchantillon d'une maison 
k vendre; mais, iaute de Tensemble ou de la simple vue d'une page 
quelconque, la seule analyse sommaire de deux ou trois articles don- 
nera quelque idte de la valeur et de I'usage du Repertoire. 

Ouvert au hasard, il m'oflfre (aux cc. 21-22) ; dix noms de lieux, 
tons assez obscurs (Agimont, Agli6, Agneaux, etc.), avec indication 
des travaux qui leur ont ixk consacr6s; Tart. Agnus Deiy avec r^S- 
rence a.une vingtaine de dissertations sur cet objet de devotion; Tart. 
Agriculture, avec indication du m6me nombre de travaux sur les 
classes agricoles au moyen ^e (j'y relfeve le nom de notre confrere 
Ed. ForestiS);de plus, un art. sur les b6r6tiques Agno^tes, plusieurs 
noms de families fSodales, etc., etc. 

Mais apr^ I'Spreuve du hasard, venons-en au choix. Je vais natu- 
rellementi TarticlCilacA (cc. 251-252), que je n'ai garde de copier 
pour ne pas trop dSpasser les justes homes. Je me contenle d'en par- 
courir loutes les divisions : 1® academies (on ne cite que notre Comity, 
devenu SociStS historique de Gascogne, titre que Tauteur eut bien fait 
de noter); 2*^ archfologie : 15 travaux de divers dcrivains, par ordre 
alphab6tique, depuis F. Caneto jusqu'i P. Sentetz,^2P bibliothfeque : 
sept mentions; 4® conciles : une vingtaine deriterences; 5® documents : 
trois mentions; 6*^ histoire ecclesiastique et profane : quinze titres; j'y 
trouve mon nom parmi des noms plus illustres; 7<* imprimerie : Tessai 
de P. Lafforgueenl862; 8^ liturgie : sept ou huit indications. — Et, 
par surcroU, renvoi k Tart. Saini-Orens d'Auch, qui paraltra k son 
rang alphabStique, et mention d'un travail bibliographique de Dav. 
Laing dans un recueil anglais, travail qui doit 6tre fort intSressant pour 
nous, mais que je ne connais pas autrement. 

Les articles Agen^AgenaiSy Aire-sur-V Adour, AquitaineyArma- 
gnacy Bayonney Pays basque, B^arriy Bigorre... ne sont pas moins 
riches. Pour donner une citation textuelle, je m arr^te k trois articles 
des plus courts et qui se suivent ^ la col. 241 dont ils ne font pas la 
dixitoe partie : 

Astajorty arr. d'Agen (Lot-et-Garonne). 



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— 376 — 

Baraoat db Lacazb (C), A-t en Agenais, notice historique et coutomes; 
Paris, 1886, 8% 226 p. Cf. Couturb (L.), dans Reoue de Goscogne (1886), xxvii, 
428-31. 

AstaraCy pays de Gasoogne, oomtd^ x* sidcle. 

Anselme, GirUaL mats. France (1626), ii, 615-70; iii, 381-6. — Art. e4r{f. 
dates (1818). ix, 337-55. Mas-Latrib, Trie, chron. (1889), 1542-3. — Sacaze 
(FranQ.), Observations historiques et critiques sur un acte de proc^ore de la 
fin du xiu* sitele, dans Rec. acad. UgisL Toulouee (1855), iv, 28 (1> 

AaUy arr. Bagntoes-de-Bigorre (Hautes-Pyr^n^es). 

Frossard (Ch. L.), Esquisse de l'6pigraphie d'A8t6, dans Bull, Soc, Ramond 
(1883), xvm, 129-76. 

II faut manier par soi-m6m6 ce gros fascicule ou tout le volume pr^ 
cMent, pour se faire quelque id^ de oe que Tauteur a su faire pour 
resserrer le plus de renseignements dans le plus petit espace possible. 
Ce r^ultat a iH obtenu, sans prejudice de la clart^, au moyen d'un 
systime d'abr^viations et d'ellipses qui pent paraitre compliqu^ au 
premier abord, mais avec lequel on ne tarde pas k se familiariser. 
M. Chevalier a fait tenir ainsi danschaque colonne la valeur mat^elle 
de quatre ou cinq bonnes pages d'un in-8® ordinaire, au grand bin^ce 
de Tacheteur. Cet avantage est surtout notable dans les articles de trte 
grande ^tendue, qui, parfois, auraient du former ce qu'on nommait 
jadisun « juste volume. » Exemple, I'article Angleierre qui, tip6a 
part, de format in-18, avec la composition du R^pertoirOy constitue 
une brochure de 80 pages^ qui en feraient bien 150 ou 200 n'^fait le 
systfeme abrAviatif. que je viens d'indiquer. 

Que Ton n'aille pas croire Ik-dessus, en particulier parmi nos 
confreres gaseous, que les grands articles, ne touchant pas d'ordinaire 
directenient i notre programme provincial, nous sont indiflfirents par 
\k m6me, et que les noms et les faits gaseous, relativement dairsem^s 
dans oes incommensurables colonnes, sont les seuls k nous intiresser. 
Sans doute Touvrage, 4tant k la fois Irfes analytique et absolument 
universel, contient une foule d'arlicles d'un intir^taussi particulier que 
possible; mais, en dehors de la nomenclature provinciale, nous devons 
bien compter aussi sur les innombrables articles, souvent trfes chargfa, 
qui touchent k Thistoire de France, k celle des institutions religieuses, 
civiles, militaires, aux moeurs^ aux arts, aux faits gin^raux, etc. Je 
signale dans ce seul fascicule, enlre cent autres morceaux importanis, 
ceux qui out pour titres : Arch^ologie (198-200), Architecture (201- 
203), Armoiries (219), Arts (232-3), B^nMctins (364-7), Biens 
eccl^iastiques (405), etc., etc. 

II ne me resle qu'i conclure. Le Repertoire n'est pas pour les sim- 
ples amateurs du moyen ^e, mais il s'adresse k tons ceux qui t travail- 
lent » rhistoire de cette p^riode si 6tudi6e, et pourtant si pleine encore 
demystires et d'obscuritis. Et tons sonld'autant plus inl6ress6sksous- 

(1) Notons une lacunc: Cknac-Moncaut, Voyage archdol. et historique dans 
les anciens comt^s d'Astarac et de Pardiac. Paris (Didron) et Miraude, 1856. 8*, 
252 p. 11 est vrai que c'est le plus rare et le moins connu des Voyage archiolo^ 
giguee de Tauteur. 



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— 377 — 

crire immidiatement k la partie iopo-^bibliographiquey que leurs 
d^bours seront rendus presque iasensibles par la n^cessaire lenteur de 
la publication, qui doit se faire en six fascicules sucoessifs (1). Rappe- 
lons que les 4 fascicule du Repertoire bio^bibliographique rempli- 
rent tout Tintervalle de 1876 k 1883, sans compter lesuppl^ment de 1886. 

II. Ouvrages snr TAgenais 

Unc province d tracers les sidcles.Histoire de VAgenaiSypSiT Julea Andrieu. 

Paris, A. Picard; Agen, Ferran fr. 1893. 2 vol. gr. in-S" de x-306 et 

346 p. Prix : 14 fr. 
Les coucents de la mile d'Agen avant 1789, par Philippe Lauzun. T. i, 

Couvents d'hommes. T. n, Couvents de femmes. Agen, Michel et Medan, 

1889, 1893. 2 v. in-8' de 467 et 521 p. 

II n'est pas trop difficile de deviner comment M. Jules Andrieu a 
iti amen6 k se faire I'historien de TAgenais et quels doivent 6tre, soit 
le caractire particulier, soit le m^rite et T utility propres de ce travail 
venu apr^ tant d'autres travaux analogues. L'auteur est bien connu, 
bien apprtei^, j'allais dire bien « cot6 > comme bibliophile. Cette pas- 
sion, ce p^h^ mignon ^tait d^jk mis k son actif d^s 1872, quand il 
habilait encore Paris. Depuis longues ann6e» la vie provinciale n'a fait 
que donner une direction et une activity plus ^troites, mais aussi plus 
rSgl^ et plus utiles,^ cette tendance native. M.J. Andrieu s'est faitle 
bibliographedeTAgenais; avec quelle curiosity universelle, avec quelle 
recherche infatigable, avec quel souci de Texaclitude, les lecteurs de la 
Revue de Gascogne lesavent,surtout slls ont abord^ pareux-mtoes, 
selon ses conseils, les trois gros volumes de la Biblioyraphie de VA^ 
genaia. 

Un j&uile napolitain, k quj je faisais I'^loge de ses confreres, les 
PP. de Backer, leshabiles bibliographes de la Compagnie de J^us, 
me r^pondait avec une aimable ironic : « Personne, en effet^ neconnalt 
plus de litres de livres. » Pour lui, les livres lui semblaient k ^tudier 
autrement qu'au frontispizio, Le fait est que la bibliographic loute nue 
rend de bien grands services, mais aussi qu'un bibliographe intelligent, 
surtout dans les limites d'un sujet plus ou moins restreint, ne pent se 
d^int^resser longtemps des Etudes que ses recherches doivent servir. 
On peut done se figurer que M. Andrieu fut bienl6t aux prises avec le 
« contenu i de ses livres agenais, surtout, naturellement, de ceux qui 
r6vfelent ou ^claircissent peu ou prou le passd de son pays. D'ail- 
leurs, aprfes avoir vu publier tout prfes de lui les derniers annalistes 

(1) Le nouveau volume formera plus de 200 feuilles in-4' & 2colonnes; il sera 
partag6 en six fascicules, mis en souscription au prix de 7 fr. 50 payables, le 
1«' lerme au moment de la souscription, les autres termes h rapparilion de 
chaque fascicule. II sera tir^ cinquanie exemplaires sur papier de flollande, au 
prix de 12 fr. le fascicule, payables, le !•' terme au moment de la souscription, 
les autres termes k Tappantion de chaque fascicule. 

Le prix total sera rMuit ii 35 fr. en papier v^lin teint^, b. 60 fr. en papier do 
Hollande, pour ceux aui se lib^reront nit^graleroent en souscrivant. 

S'adresser ^ M. P. Hoffmaun, & Monlb^Uard. 



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agenais de Tancien regime, les LaWnazie, les Labrunie, les Prochi; 
aprfes avoir inventori^ dans son repertoire les travaux et les disserta- 
tions qui ont renouveW cette histoire depuis une treataine d annfes, il 
devail sentir le besoin d'en laire la synthase et de « meltre au point, > 
comme on dit, les r^sullats acquis de ces innombrables publications oil 
le bon public ne voit gu6re que du bleu, ou les travailleurs sp^-ianx 
eux-m^mes risquent de se perdre. L'enlreprise^tait opportune, ^videm- 
ment; la question est de savoir comment Tauteur Ta con^ue et surtout 
ex6cutte. 

Ses vistes n'ont pas sembl6 trop ambitieuses. Elles sont d'un vul- 
garisateur, non d'un chercheur original. II a voulu, non pas ajouteri 
la science, mais montrer ce que la science a mis au clair dans le 
domaine de Thistoire agenaise depuis les origines, j'entends depuis 
C6sar, jusqu'^ notre siMe exclusivement; le moatrer, dis-je, dans un 
tableau d'ensemble, sans minutie de detail et sans appareil de discus- 
sions critiques. Trois ou quatre cents bonnes pages pouvaiwit y suffire. 
Mais voici qui a doubl6 le chiflfre. Comme souvent un menu faitpeut 
offrir un int^r^t sp^ial, comme la curiosite pent 6lre excitte k propos 
d'une opinion controvers6e, d'un personnage6pisodiqne,d'un synchro- 
nisme d'histoire nationale ou m^me g^nerale, le t ctirieux torivain > a 
cru devoir, presque ^chaquepage, prodiguer en note au « curieuxlec- 
teur » les renseignements accessoires et surtout les references aux 
ouvrages generauxou particuliers. 

Un texte historique suivi etcomplct, maisrapide, propre^ int^resser 
tout esprit un pen cultive; un appareil de renvois fait ponrencourager 
k des etudes ulterieures, ou du moins pour edifier sommairement sur 
la « litierature » de chaque sujet : voil^ done le programme que M. J. 
Andrieu s'est trace. II Ta execute, on pent le dire, avec une grande 
netlele de composition et de style, et son livre merite de servir de 
manuel, de guide ordinaire k ses compatriotes voues aux recherches 
historiques ou simplement amis de leur passe provincial. 

Faut-il pour cela croire que ce manuel est definitift II suflSt de 
songer a ce quechaque jour nous apporte de trouvailles pour n'attendre 
ricn de pareil. Est-il seulement tout k fait et pariout « au courant » de 
retat actuel de la science? Non. sans doute, malgre les efforts vraiment 
meritoires et habituellement heureux de Thistorien. II y a, soil dans 
la partie purement locale d*une histoire de ce genre, soit et encore plus 
dans les parties qui touchent aux evenementsgeneraux et aux institu- 
tions civileset politiques, des conqu^tes dejii faiies,mais encore plusou 
moins disputees, en lout cas peu vulgarisees etrestees pour ainsi dire 
la part priviiegiee des « specialistes. » II esik peu pr^ impossible au 
travailleur le plus consciencieux d'embrasser tout cet « acquis » etde 
ne pas trahir ^a et l^ quelque defaut de competence topique, quelque 
lacune dans Tinformation, quelque habitude arrieree dans le dessin ou 
la couleur de tel fait, de tel ou telle institution du passe. 

A cet egard, la partie la mqinssure de V Histoire de I' Agenais, c'est 



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-.87^ — 

Tantiquiti et le haut moyen ftge. Ainsi, Tipoquo mirovingienne de 
netoahifiloire du sud-ouest a ilk laasste par un document apocryphe 
fameux, la charte d'Alaon. M. J. Andrieu n'ignore pas que cettecharte 
«st aujourd'hui re^t^ par la critique, et que les efforts de son dernier 
d^fenseur, M* de Bourrousse de Laffore, ne Tout pas rdhabilitfe. (Voir 
sa note de la p. 21, note excellente, si ce n'est qu'il ne devait pas citer 
le mdmoire afferent de M. Bladi comme un « r6sum6 du dibat. >) Mais 
d6s lors, 11 ne fallait pas donner place dans son tableau historique 
k Boggis, f rfere de Caribert et « auteur de la maison d'Armagnac, > et 
k d'autres details g^n^logiques, historiques et f^aux qui n'ont de 
fondement que ce faux gigantesque, sorte de cheval de Troie bourr6 de 
noms et details apocryphes. 

Les inexactitudes de ce genre sont assur^ment fort rares dans le 
consciencieux travail de M. Andrieu. On y trouverait peut-6lre plus 
souvent des vues contestables ou incoraplfeles sur les fails g^n^raux. 
Sa caractiristique de la po&ie des troubadours est arri^r^. II nous fait 
bien connaitre les villes neuves du bas moyen ftge et les coutumes 
communales de la m6me 6poque; mais c*est plus par Text^rieur que 
par Tesprit et la vie intimes; aussi a-t-il vise le beau travail de Curie- 
Seimbres sur nos bastides, mais non la critique lout k fait essendelle 
(quoique trop rigoureuse) qu'en a faite M. A. Giry. Ses vues sur le 
droit communal et sur la f6odalil6 auraient 6galement gagn^ qk et Ik 
en exactitude et en nettet6 moyennant T^tude de cerlains travaux 
contemporains, comme Touvrage capital de M. Luchaire sur les Insti- 
tutions cap6tiennes. 

Mais lout cela soil dit sans enlever, m^me k ce premier quart ou 
environ de VHisioire de I'Agenais, sa valeur de r^um6 pr^is, m6tho- 
dique ei facile it lire et k consuller. A proportion que les Iravaux moder- 
nes etsurtoutlooaux qui lui serveutde guide gagnent en nombre, en 
6tendue, en solidilt^, Texposition de M. J. Andrieu devient aussi plus 
sure et plus pleine. Aussi le xvi® sitele, qui occupepr^s d'une moiti6 du 
premier volume et qui d^borde encore notablement sur le second, est-il, 
je crois, la parlie la plus r6ussie de ce long travail, comme il en est la 
plus inl^ressanle par le nombre et le caract^re des fails et par la valeur 
des renseignements. Sans diminuer eu rien le m^rile de Thistorien, il 
faut le f^liciler d'avoir eu pour ceile periode des guides particuli^rement 
siirs^et avant tout les belles recherches de M. G. Tholin sur les guerres 
de religion en Agenais, qui devraient bien paraltrc sous forme de 
volumes. 

Au xvn«, au xviii® sitele, sauf lesderniersreslesdes guerres civiles, 
c'est Tanecdote qui doraine pour ainsi dire, parce la province a presque 
perdu sa vie propre et sa belle part d'initialive. Mais M. J. Andrieu 
excelle k recueillir, k conler et k coordonner ces menus fails, qui ont 
encore leur valeur et leur inl^ret pour Thistoire la plus digne de ce 
nom. 11 faut Element lui lenir grand compte des nglices §ommaires 

(1) Reoue de VAgcnaU de nov.-d^c. 1893, p. 555-562, 



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— 380 — 

d'ecrivains et hommes illuslres qu'il a distributes k la fin de ses divers 
chapitres, des nomenclatures d'6v6ques, de sin6chaux, etc., qu'il a 
soigneusement tenues au courant et mtoae (pour les s6ntehaux) enri- 
chies de quelques prteisions nouvelles; enfin, de Tabondante table 
alpbab6tique qui termine Touvrage et qui en rendra Tusage infiniment 
plus facile et plus fr^quant, autant dire qu'elle en dteuple TutilitA. 

On le voit done, cctte histoire est vraiment recommandable oomme 
tableau g6n6ralement trfes exact et toujours clair et m^thodique des 
6v6nements de TAgenais. C'est ce que Tauteura voulu faire, etil serait 
injuste de lui demander autre chose, par exemple une 6tude suivie de 
r^tat des hommes et des choses de ce pays k chaque sitele. M. Tholin 
a marqu6 ce desideratum avec un grand sentiment de la vie populaire 
•et du sens profond et r6v61ateur des monuments Merits et non Merits 
qde chaque g^n6ration a laiss^ apr^s el]e[l). 11 a bien eu soin de ne pas 
en faire un sujet de reproche k ladresse de son confrere; ce n'en est 
pas moins une sorte d' t invite », pour parler le frauQais du moment 
Si M. Andrieu voulait y r^pondre, ce serait k merveille. Mais si ses 
gouts et ses habitudes d'esprit et de travail le portent ailleurs, commeil 
aura beau jeu de dire it M. Tholin : « Le troisi^me volume que vous 
r6vez est k faire; mais qui done est dfeign6 pour cette t^che nouvellel 
L'habile et fin critique qui a su tracer en sept pages une esquisse si 
vivante et si vigoureuse nous doit le tableau complet, qui, en rfeu- 
mant les doubles recherches de Tarchiviste et de Tarchtelogue, r^v^lera 
une fois de plus le coup d'oeil p4n6trant du penseur et la main sure 
de Tartiste. » 

Apr^ un large tableau historique, aprfes une ceuvre d'ensemble etde 
vulgarisation, il est tout naturel de placer un travail 6tendu sur une 
fraction restreinte du m6me domaine; travail presque enti^rement 
original, c'est-k-dire directement extrait des documents authenliques 
pour la plupart in6dits. Telle est bien la s6rie de monographies monas- 
liques agenaises publite en deux gros volumes par M. Ph. Lauzun, 
avec cesouci de la v6rit6, cette infatigable recherche des vieux titres et 
ces pr&isions de topographic et d'arch^ologie qu'il est inutile de louer 
ici dans notre excellent collaborateur. II connalt Agen, TAgen de tons 
les ^ges, dans ses moindres recoins, aussi bien que ces chateaux gas- 
cons dont il nous rend si fidfelement la physionomie et Thisloire. Voyez 
Tesquisse sur laquelle s'ouvre son histoire des convents agenais : 

L'etranger qui, au xvu' si6cle, passant par Agen, gravissait le coteau de 
Saint- Vincent pour aller d^poser ses pieux hommages h, la grotte du saint, 
iouissait, de la terrasse de cet ermita^e, d'un coup aoeil vraiment merveil- 
leux. A ses pieds se deroulait Tenceinte nord de la ville, depuis la porte 
Saint-Georges k droite, jusqu'^ la tour Cornaliere a I'extreme gauche, en 
passant successivement par le boulevard des Augustins, la tour du moulin 
de Saint-Caprais dite tour SaintnCome, la tour Sainte-Foy derri^re le 
chevet de cette eglise... 

Et plusieurs autres tours d'enceinte, pour la plupart assez mal en 
point. Dans Tint^rieur m^e de la ville, « c'^tait comme une for^t 



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-.381 - 

d'aiguilles dressant vers le ciel leurs pointes effiltes. » Outre la cath^- 
drale Saint-Elienne, aujourd'hui disparue, et la coll^ale romane de 
Saint-Caprais, que de clochers de couvents ! 

... A droite les deux clochers en briques rouges du couvent des Augus- 
tins et de Tantique eglise Saint-Hilaire; tout k fait au coin de la ville et 
pr6sde la porte Saint-Georges, les deux tours des Cordeliers, Tune carr6e, 
dite le clocher, sur la face sud de T^glise, Tautre ronde, svelte et elanc^e, a 
rextr6mit6 orientale de la nef. A Touest, le long du raur do ville, la masse 
imposante des Jacobins, dont les deux neft* ^gales et parall^les 6crascnt le 
clocher octogonal trop maigre pour une si enorme construction . Derri6re, 
r6glise et le clocheton des Capucins. Puis, dans la partie m6ridionale, la 
fl^he et la charpente fort 61ev^ des Annonciades;tout a cotOj plus humble 
et plus has, le clocher des Carmelites; et derridre Saint-Etienne, la tour 
carree de la Visitation, la fa^de triangulaire de la chapelle Notre-Dame 
du Bourg, et les hautes et 6paisses murailles de I'eglise des religieuses do 
Paulin. Enftn, tout k fait k gauche, dans le quartier oriental et desh^rite 
de la Porte du Pin, la vaste nef des grands Carmes k la il6che 61^gantc et 
hardie... 

II est clair que le vieil Agen subsisle tout eniier, dessin et couleur, 
dans le cerveau de rhistorien artiste. Aussi tes lecteurs, s'il pouvait en 
exister aujourd'hui, qui regarderaient comrae absolument n^gligeable 
rhistoire des moines, des hbTes mendiants et des religieuses qui ont 
« 6difi6 » en tantde maniferes la vieille eapitaledesNitiobriges, ceux-li 
m^mes auraient absolument besoin d*y recourir pour la topographie et 
rarch^ologie de la ville k diverses dpoques du moyen kge et de Tdge 
moderne. Je me h&te de signaler une fois pour toutes ce m^rite tres 
marqui d'un ouvrage qui a tant d'autres m^rites. L'histoire et les 
caract^res des constructions y sont toujours not6s avec autant de preci- 
sion que d'exactitude; de plus il n'est gufere d'Wifice conventuel donl 
rhistorien ne nous donne un plan par terre nettement dessin6 avec ses 
confronts bien marqu6s,le tout accompagn6 de l^gendes explicatives. Je 
ne connais pas d'exemple pareil de t reconstruction > pour toute une 
s^rie d'^tablissements, dont la plupart ont disparu du sol ou se sont 
.prodigieusement transformSs (1). 

11 y a pourtant en tout cela un intirfet sup^rieur k celui de la gto- 
graphie et de Tarchitecture. II y a Thisloii^e de celte 61ite privil<^6e 
d'une population urbaine : les religieuxl Cette histoire tient essentiei- 
lement k celle de TEglise, de la civilisation, de la vie populaire, des 
moeurs et des lettres. Elle est ^minemment instructive k toutes ses 
pages, edifiante k presque toutes. Un t6moin curieux et impartial 
autant que respectueux, — c'est bien le cas de M. Lauzun,— dira tout 
avec lam^me rondeur, d'apres les documents originaux qui ne cessent 
de le guider. Les scandales, les querelles et les jalousies sont soigneu- 
sement notes. Mais que sont cos quelques ombres dans le vaste tableau 
des bienfaits des couvents? Voici Timpression dernitre de leur historien : 

(1) Tous ces dessins particuliers sont fld^lement extraits du m^niAque plan 
ineoit d'Agen, par le baron Lomet (1759-1826), petit-neveu de La Fontaine, vrai 
chef-d'oeuvre, communique iM. Lauzunpar Nf. Payen, architecte du d^parte- 
ment de Lot-et-Garonne. 



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- 384- 

[L^ religieux] se montr^rent toujours k la })autenr de lear t&che, et par 
leurzeleetleurs vertus ilss'attirerentla sympathle des Agenais, aussibien 
du peuple auquel ils appartenaient pour la plunart, que des classes riches 
qui les combl4rent de leurs bienfaits... C'est k chaque instant que nous 
relaterons les tr6s grands services rendus par Ics communaut^ religleuses 
a la population de notre ville et principalement les admirables exemples 
de courage et de sacrifice donnas par elles, h I'heure des terribles 6pid6inies 
qui s'abattaient com me p^riodiquement sur Agen. Cest avee joie enfln que 
nous constaterons qu'^ I'epoque od les grandes abbayes benMictines tom- 
baient par la commende en complete decadence..., les modestes commu- 
naut^s agenaises ne perdaient rien de ce qui avait fait leur premiere force 
et continuaient leur oeuvre d'enseignement populaire, de charity envers 
les pauvres, de devouement k Tegard des malades. 

On ne saurait dire mieux, j'entends plus noblement et plus exacte- 
ment k la fois. C'est bien \k ce qui ressort d'une histoire d'aiileurs inal- 
taquable parce qu'elle est directement emprunt^e aux litres les plus 
siirSjfid^lement extraits. Mais telle est la richesse et la vari6t6 de cette 
trentaine de monographies, diverses d'inaportance et d'dtendue, mais 
toules ^alement' ^tudi^es, qu'il vaut mieux ne pas aller ici au-delk 
d'unc simple Enumeration. La moindre analyse d^passerait de beau- 
coup Tespace dont je dispose sans arriver k donner une id6e suifisante 
de rint6r6t du sujet et de la valeur du travail. Tous les amis de notre 
histoire religieuse,et m6me de notre histoire provincial^au sens le plus 
large, ont k Etudier directement surtout le volume des « convents 
d'hommes. » Les religieux de saint Antoine du Viennois installfe vers 
le X® siecle, les BEn^dictins Etablis k leur place vers la fin du xi* sifecle 
par saint Gerard, fondateur de la Sauve et du couvent de Gabarret, 
n'ont pas laiss6 de bien fortes traces. Les Templiers et les Hospitaliers 
exciteront plus de curiosity. Mais rien n'^ale en importance les quatre 
chapitres (iii-vi^ p. 47-190) consacrfe aux quatre ordres mendiants, 
dont le souvenir est encore identifiE, pour ainsi dire, k, la toponymie 
d'Agen comme de la plupart de nos villes. Les Dominicains ou Jaco- 
bins, les Franciscains ou Cordeliers, les Carmes, les Augustins, par 
leur saluiaire activity depuis leurs origines h^roiques jusqu'i leur 
extinction r^volutionnaire, fournissent des Elements importants k nos 
annales :leur fondation, leurs constructions, les services qu'ils rendent, 
les bienfaits qu'ils re^oivent, les 6v6nements publics auxquels ils 
prennent part^ leur attitude dans la prosp6rit6 comme dans la pers^u- 
tion supreme, ne peuvent laisser indiflf^rents ni un esprit curieux ui 
une kme honn^te. L'historien a recueilli avec soin tous les souvenirs 
qui Etaient k sa portfe. Evidemment, comme il est inevitable en 
pareille matifere, I'avenir en r6vfelera d'autres et ce tableau, deji si 
plein, s'enrichira de nouveaux details: Pour ma part, je crois y voir 
une lacune assez grave et qu'il seraitpeut^^tre aussi ais6 qu'important 
de combler : il s'agit des travaux de la commission des R^liers. 

On appelle Commission des Reguliers, dans notre histoire eoclesiastique, 
une commission composee de cinq ^veques et de cinq conseillers d'Etat, qui 
rcQut de Louis XV, en 1766, le pouvoir strange de reformer toutes les 
communaut^s d'hommes du royaume; qui fut dissoute en apparence, le 



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- 3S3 -- 

19 mai 1780, par Louis XVI, mais qui fut reconstitu^, le m^me jour, sous 
un autre ndm etqui fonctionnait encore a la veille desEtatsg6n6raux(l)... 
La commission des R^guliers ne se donna point de relAche dans Taccom- 
plissement de son oeuvre. Elled^peuplait les monast^res en les empechant 
de se reformer, et les fermait ensuite parce qu'ils n'etaient pas assez peu- 
pl6s. Elle fit si bien que les Jacobins, [par exemple,] qui 6taient mille 
quatre cent trente-deux vers 1770, n'etaient plus que mille un en 1790 (2)... 

J'emprunte ces deux citations a Tecrivain qui a seul jusqu'ici expos6 
avee quelque ^tendue ce curieux Episode de notre histoire monastique. 
Ce qui int^resse particuliferement ici les chercheurs de province, c'est 
que les tra vaux de la commission portent en detail sur tous les ^tablisse- 
ments r^guliers de France; d'oii les renseignements les plus pr^cieux sur 
r^latactuel du personnel et des ressources de ces maisons et sur leur 
utility, souvent constat^ par des attestations ^piscopales, des requites 
motiv6es des bonnes villes, etc. Je vois, par exemple, que le convent 
des Augustins d*Agen est donn6 comme t fort inutile d'aprfes T^v^- 
que (3). » Mais, comme M. G^rina craint d'etre ennuyeux en parcou- 
rant toutes les listes des convents vis& par la commission, nous, tra- 
vailleurs provinciaux, nous avons it le supplier, chacun dans notre 
domaine. Le peu que je viens de dire r^pond d^jk clairement k un point 
d'interrogation pos6 par M. Lauzun (i, 185) : « Quel assez grand 
danger menaga le couvent des Augustins d'Agen, en 1767, pour que le 
R. P. Laharrage, [leur] provincial..., terivit auxconsulsune lettre fort 
pres<?ante, oil il les suppliait d'intervenir pour la conservation du 
couvent d'Agen? » II est i peu prfes certain que les papiers de la com- 
mission fourniraient quantity de renseignements priScis sur T^tat des 
convents d'hommes 6tudi6s par M. Lauzun, k T^poque de leur deca- 
dence relative (4). 

J'ai signal6 les quatre chapitres les plus importants de cette s^rie. 
Au risque deme contredire, je recommande comme tout aussi int6res- 
sant, au moins, le chapitresuivant(vn, 191-292), qui r^unitles Jdsuites 
et les Oratoriens, plus Thisloire de TEcole centrale et du collie com- 
munal depuis lyc^ d'Agen. Mais la Revue de Gascogne a parl^ dans 
le temps (xxix,530) de cette excellente monographic publi6e k part. Elle 
se dispense d'y revenir; elle se privera m6me, pour faire court, d'em- 
prunter le moindre trait aux chapitres si curieux des Capucins, des 
Penitents bleus, Wanes et gris, des Carmes d^hauss^s (fondation 
1657), des Minimes (1658), des Lazaristes charges du Grand S6minaire 
en 1657, des Tiergaires de Bon-Encontre, des Erraites de Saint- Vin- 
cent, dont les Carmes ontpris la place dans notre si6cle. Notre regrett^ 

(1) Ch. G6rin, lea MonasUres franclscalns et la commission des r^guliers, 
dans la Recue des quest, histor. de juillet 1875 (t. xviu, p. 76). 

(2) Id., les Augustins et les Dominicalna en France aoant 1789, dans la 
i?. des q. hist, de Janvier 1877 (t. xxi, p. 96). 

(3) Id. Op. cit., p. 61. 

(4) A roccasion de i'enquete ordonn^e par Louis XV, « les consuls de Mar- 
mande plaid^rent, aupr^s do Tlntendant, la cause des Cordeliers, qui rendaient, 
disaient-ils, les plus grands services dans leur ville. Les consuls de Casteljaloux 
agirent de mSme. . » G. Tholin, Reotie de I'Agenais de janv.-f^v. 1894, p. 95. 



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— 384 — 

collaborateur, Tabb^ Barrfere, avait fait I'histoire de rErmilage, que 
M . Lauzun a naturellement fort abrade; aussi ne lui reprocherai je 
pas d*avoir omis, comme son devancier, les rapports du fanatique La- 
badie avec les pieux solitaires. 

Le d^faut de place m'oblige k la infeme reserve en face du second 
volume, consacr^ aux couvents de femmes et qui a peut-^tre, en g6n6ral, 
moins d'importance historique, mais qui n'offre pourtant gu^re moins 
d'inl^r^t. Le premier monast^re de femmes d'Agen f ut celui des Bene- 
dictines de Renand, fond6 en 1142, mais qui ne survecut pas long- 
temps aux guerres des Anglais. Huit autres couvents subsistaient 
encore en 1790 : celui des Annonciades, fond^ en 1533 et dont 
M. Lauzun a utilis6 un regislre manuscrit fort instnictif; celui des 
Dominicaines du Chapelet, venues do Lectoure et instances en 1576; 
celui des Dames de Notre-Dame pour Tinstruction des filles (1619); 
celui des Carmelites, colonie de Lectoure (1628)etdontila ete souveot 
question dans Thistoire de ce dernier convent retrace ici m^me par 
M. Am. Plieux; celui des Tiercierettes, colonie de Toulouse (1640); 
celui des soeur^ de Saint-Joseph (1641), dont Mgr Hebrard a retrace 
rhistoire (Agen, veuve Lamy, 1886); colui de la Visitation (1642), dont 
les annales ont egalement ete redigees de nos jours (par feu I'abbe 
Tournie), mais sont encore inedites; enfin le Refuge ou maison du 
Bon-Pasteur pour les filles repenties (1512), devenue depuis « maison 
de force. » Tous ces etablissements sont 6tudies avec le mtoe soin, 
d'aprfes les documents authentiques,dans leur gouvemement interieur, 
dans leurs residences souvent chang6es ou renouveiees, dans leurs 
phases de prosperite et de declin jusqu'au cf^taclisme r6volutionnaire; 
et aussi dans leurs frequents rapports avec les administrations locales, 
les families notables, les fieaux publics, etc. 

Reste le grand chapitre des « h6pitaux »,sous neuf ou dix titres diflfe- 
rents, que je ne veux pas m^me enoncer (p. 365-519). C'est, pour 
ainsi dire, un ouvrage special, du plus vif inter^t, et qui suffirait k 
temoigner de la curiosite et de Texactitude historiques de recrivain. 
Sauf une erreur sur Torigine de nos leproseries, erreur tr^ excusable 
parce qu'elle se trouve k pen pr6s partout (1), je n'ai rien apergu de 
suspect dans ces longues et instructives chroniques des souff ranees 

(1) « Depuis Michelet, pour qui la l^pre est, le sale rdsidu des croUculea, jusr 
qu'il M. Alfred Hambaud, qui 6cni avec serdnit^ : La lepra commen^a accc les 
premieres croisades, je ne connais pas un historien de France qui n'ait repel^ la 
m^me erreur. » Ainsi s*exprime M. G. Kurth au d^but d*un savant travail inti- 
tule : La Uprc en Occident acant les croisades, ou il a d^montr^ avec des textes 
authentiques dont Tabondauce et la precision ne soufifrent aucune r^plique : 
!• « (^ue les croisades n'ont pas apport6 la Ifepre en Occident, puisqu'elle y 
T^gnait de temps immemorial et que nous en rencontrons des traces nombreuses 
depuis les jours de I'Empire remain jusqu'au depart des premiers croises pour 
la I'erre Sainte; » 2" « Qu'elle n'etait nullement dans nos pays une triste excep- 
tion, mais qu*eile avait tous les caract^res d'une maladie fort r^pandue, puis- 
qu'elle ^tait partout Tobjet de precautions hygi^niques et de soins chantables et 
qu'elle avait de bonne heure attire Tattention de la legislation civile et ecciesias- 
tique... » Compte-rendu du Con^rds scientifique... tenu k Paris du !•' au 6 avril 
1891. 5« section : Sciences historiques (Paris, A. Pic^U'd, 1891, in-8«), p. 125. 



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— 385 — 

humaines et des asiles que la charit6 caiholique avait multiplies pout 
elles. Une etude directe, d'ailleurs pleine de charme, est indispensable 
pour donner quelqueidte, soil de Tactivit^ secourable des vieux agenais, 
soit de Tattention et de I'exactitude de leur hislorien. Ce qui touchera 
plus profond^ment encore les dmes chr^tiennes, c'est son admiration,, 
par le « vent d'orage qui souffle en ce moment sur notre pauvre Franco, 
pour les Soeurs de charity, qu'il b6nit, en finissant son livre, tau nom 
de tons ceux ici-bas qui soufiFrent et qui espferentl » 

{A suivre.) L6once COUTURE. 

BROCHURES^RECENTES 

Les correspondanis de Peiresc. xix. Le P. Marin Mersenne, 
Leilres in^dites (1633-1637), publ. et ann. par Ph. Tamizey de Lar- 
ROQUE (Paris, A. Picard, 1894; gr. in-8° de 171 p.). — xx. Leitres 
in^dites da D^ A, Novel, ^cHtes d Peiresc et dt, Valav^Sy publ. et 
ann. par le mAme. (Aix- en-Provence, 1894, in-8° de 147 p.). — Tout 
en publiant la correspondance de Peiresc, dont je viens de recevoir le 
cinqui6me volume, notre infatigable coUaborateur exp6die peu k peu 
la s6rie des correspondants de Tillustre provengal, compWtant ainsi de 
son mieux cette sorte de journal universel d'une 6poque ivbs active, 
mais qui n'avait pour ainsi dire pas de joumaux. Void le dix-neuvitoe 
et le vingtifeme de ces correspondants, qui m^ritaient bien Tun et Tautre 
de ne pas rester perdus pour nous, quoique leurs lettres n'aient pas 
obtenu Thonneur de figurer avec celles de leur patron dans les magni- 
fiques volumes de Timprimerie nationale. Comme la plupart de leurs 
pr6d6cesseurs, ils sont absolument Strangers k la Gascogne et ne figu- 
rent ici que pour tenir k jour la bibliographic du savant gontaudais qui 
a bien voulu s'identifiei', pour ainsi dire, avec notre oeuvre gasconne. 
Notons seulementqueleP. Mersenne est un des plus grands noms de 
r^rudition frangaise k son 6poque et que M. T. de L., non content de 
publier et d'annoter avec sa science et sa conscience bien connues 
vingt-quatre de ses lettres, pleines denomsetde fails curieux, y a joint 
sa pr^ieuse biographic r^igte par son confrere Hilarion de Coste et 
imprim^e en 1649, mais de venue fort rare. Indiquons encore le portrait 
trfes parlant de Mersenne, grav6 par Duflos et dont nous avons ici une 
excellente reproduction. — Novel est aussi peu connu que Mersenne 
est c6l^bre; il n'en fut pas moins un tr^s savant m^decin provengal et 
un tr^s pittoresque 6crivain; de plus, ses lettres, dat^s successivement 
d'Espagne,de Paris, de Bretagne, ont toute la vari^t^ que peuventfaire 
pr^sager ces habitudes de voyageur; elles font d'aillenrs connaltre et 
aimer un homme ou plut6t deux hommes encore plus estimables par 
les qualitfe du coeur que par le m^rite scientifique. 

Le bien ducal, po^me de la fin du quinzi^me sidcle, par Jean 
Tome XXXV. 25 



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— 386 — 

Guillochej public pour la premiere fois d'aprfes le manuscrit unique 
de la biblioth^que de Turin avec le portrait in^dit du po6te borddais 
(Bordeaux, 1893. In-8° de 48 p.). — Encore une publication de M. T. 
de L,. et qui a tons les m^rites en fait de nouveaut6. C'est Tddilion 
princeps de ce po6me, et Ton apprend pour la premifere fois le nora de 
son auteur. II est vrai que cet auteur 6tait connu di]k par un autre do 
ses Merits (Prophecie du rot/ Charles huiUesme)^ public en 1869 par 
le marquis de La Grange; mais M. T. de L. a Tiotablement augments 
la notice biographique essaytepar ce dernier. A-t-il eu raison de nous 
donner du manuscrit turinois une Edition t diplomatique », sans pone- 
luation ? Je ne sais; en tout cas on ne pent lui refuser les meilleures 
excuses possibles, oelle-ci surtout que le texte du pauvre versificateur 
bordelais est le plus souvent presque incomprehensible. Encore M. T. 
de L. aidera-t-il puissamment les interprfetes futurs de ce texte, par le 
pr6cieux glossaire final dont il laccompagne. 

Les ceuvres po^tique de Gui du Faur de Pibrac. (Brochure signfe 
J. DE Lahond^s, p. 105-116 de la Revue des Pyr6rUes de 1894, 
Toulouse, Ed. Privat). — M. de Lahond^s avait lu k undes vendredis 
de I'Acadimie des Jeux-Floraux une Vie de Pibrac, dont ces quelques 
pages ne livrent au public que la partie littSraire. G*est vraiment nous 
faire trop regretter le reste : car, si Thistoire de Tauteur des Quatrains 
est conaue, en ce sens que peu de details ont fichapp^ k ses divers 
biographes depuis P. Paschal jusqu'ii M. Tamizey de Larroquc, il 
n'est pas si ais6 d'en avoir une vue d*ensemble k la fois nette et 
complete, eomme M. de L. nous Taurait donn^e. 11 juge ici en toute 
^uite le talent po6tique de son auteur. Les vers de Pibrac, il a bien 
raison de le dire, ressemblferent k sa vie, toujours c sage et mesurfe » : 
ilsfurent « dict^ beaucoup plus par lesens droit, Tesprit d*observation, 
la suret6 de vue que par Tenvolte de Timagination ou Tivresse des 
Amotions tendres. Leur concision rigide, sans images et sans fleurs, 
r^vfele un esprit exact plutdt qu'une toe ardente. » 

La Reformation de la commanderie de Juzet'de-Luchon et 
Fronted, en 1266 ^ par Paul de CASTERAN.(Saiut-Gaudens, Abadie, 
1894; 22 p. gr. in-8", extr. de la Recue de Comminges). — Addition 
int^ressante au bel ouvrage de M. Ant. du Bourg sur le Grand- 
Prieuri de Toulouse. M. de Cast^ran, dont Tattention a 6t6 attiree 
par la petite commanderie de Juzet pr6s Luchon, qui fut depuis r^unie 
k celle de Poucharramet (diocfese deLombez), public le texte latin d'un 
acte de reformation de 1266 qui la conceme. II y a joint sa iraduoiion 
frangaise, et de plus un ancien texte roman un peu abr6ge, qui lui 
parait 6tre une version authentique, destin^e aux lecteurs peu lettrfe. 
L'idiome de ce morceau semble une sorte de languedocien m6ie de 
mots gaseous {libe^ livre; hat, valine, etc.). Les Observations placfes 
k la suite renfermenl de bonnes donn^es de g^ographie et d'hisloire 
locales, surtout d'aprte le fond de Malte des Archives d^partementales 



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- 387 — 

de la Haute-Garonne. Jueu, Gavarnie, Saint-Jean de Loroas, Artigue, 
Fronts, Montauban, Juzet, figurent tour k tour dans ce tableau, ou 
6clate la dekjadencft progressive de Tordre de Sainl-Jean de Jerusalem 
jusqu'aux destructions de la Revolution fran^aise. 

La D6treBse de Vahhaye des Salenques au comU de Foix en 1483, 
d'apr^s des documents in^dits (Foix, veuve Pom'ifes, 1894. 27 p. 
in-4**). — Un trfes curieux acte de vente redig6 en latin et accompagn6 
de la ratification de Madeleine de B*rance (fiUe de Louis XI, femme 
de Gaston prince de Viane), rddig^e en gascon, forme la base de 
cette publication. Les nombreuses notes gtographiques et la savante 
introduction de M. F. Pasquier, utile complement du Gallia chris- 
tiana, doublent encore Tint^r^t du vieux document, qui est pour nous 
une revelation eloquente desembarras financiers ou pouvait sed^batltre 
une abbaye corame celle des Salenques ou d*Abondance-Dieu (nom 
vraiment ironique); c'eiait un monast^re de femmes du diocfese de 
Rieux, qui p^rit enti6rement dans les guerres religieuses du xvi« sifecle. 
L'objet de la vente eiait un fief situe pr^s de Foix. Nous sommes done 
un peu hors des limites de la Gascogne; mais il est bon de noter que 
cette brochure se pr6sente comme t6le d'une s6rie de Documents pour 
servir d Vhistoire du d^partement de VAri^ge, publics par MM. Pas- 
quier et Lafont de Sentenac. Quod felixj faustum fortunatumque sit! 

Journal du si6ge du Mas-d'Azil en 1625, 6crit par J. de Saint- 
Blancard^ defenseur de la place contre le mar^cbal de Thymines, 
publie par C. Barriere-Flavy (Foix, typ. veuve Pomifes, 1894, 32 p. 
in-8®). — Ce si^ge « constitue un des Episodes les plus importants des 
luttes religieuses du xvn« sitele en Languedoc. » II a M assez mal 
raconte par divers ecrivains, en particulier par ce pauvre Napoleon 
Peyrat,qui fut po^,te k ses heures, mais qui n'a jamais su faire oeuvre 
dliistorien. Dom Vaissfete a i\& plus exact. N^anmoins Thistoire de ce 
fait militaire gagnera notablement^ la publication du journal deSaint- 
Blancard, defenseur de la place. M. Barrifere-Flavy, qui Ta edititrfes 
fid^lement d'api'^s un manuscrit de la Biblioth6que nationale (F. 
Fr., 4102), a eu soin de Taccompagner d'une bonne carte et d'excellents 
(Sclaircissements. Remercions-le sans insister sur un sujet Stranger k 
notre domaine. L'auieur m6me du journal n'etait probablement pas 
vrai gascon; M. Tabbe Duclos I'a rattach6 k la famille de Lingua de 
Saint'Blancat, du Couserans; maisM. Barrifere-F'lavy lecroitplut6t 
ned'une branche des Saint- Blancard fix^e dans le Bas-Languedoc. 
A vrai dire, ces deux opinions ne sont pas inconciliables; car Saint- 
Blancat ou Plancat est une forme gasconne de Saint-Blancard (en 
latin S. Pancratius). 

La r^volte des croquants de 1637, Madaillan (de la Sauvetat) et 
les dues d*Epernon, par Jules Andrieu (Agen, imp. veuve Lenth6ric, 
1894. 44 p. gr. in-8°). — Cette jolie plaquette forme une sorte d'appen- 
dice, et ce ne sera certainement pas le dernier, k VHistoire de I'Age^ 



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— 388 — 

ftais dii mfeme auteur. II ne s'dgit que d'un fait curieux, d'une t cause 
c^l^bre, » dont M. J. Andrieu republie les deux pieces essentielles, 
aujourd'hui introuvables : le Factum pour le due d'Epernon, gouver- 
neur de Guyenne, « centre Leon de Laval, dit de Madaillan, el Jeanne 
de Laval, safille, d^fendeurs et accuses, » et celui des accuses centre 
le due. L'affaireeut une fin sinislre : condamn^ pour crime d'inceste, 
Madaillan fut decapit6 en 1644. Les charges toanges port^es contre 
lui inspirent toulefois k T^diteur quelques reserves raisonnables, fon- 
d^s sur les exag6rations traditionnelles de la litt^ralure des factums. 
Mais ce qu'il y a de plus int(5ressant dans les commen(aires de M. An- 
drieu, ce sent les details quil fournit sui; la r6volte des croquants en 
Guyenne et aussi une mention fugitive du premier livre imprimc^ k 
Agen. M. Claudin,qui Ta trouv6 naguere k la Bibliotheque de la villc 
de Toulouse et qui a bien voulu me le communiquer, ne tardera pas a 
le faire oonnaltre, probablement dans la Revue de VAgenais; mais la 
Revue de Gascogne devra bien en dire aussi quelque chose, car Tau- 
teur 6tait chanoine de Lectoure. 

La noblesse de la 8(^n^chauss^e d'Auch aux assemblies prepara- 
ioires de 1789, par Emile Bellas, receveur des domaines (Auch, 
impr. L6once Cocharaux, 1894; 23 p. gr. in-8°). — Un mot suffii pour 
montrer Tinter^t de cette publication, faite d'ailleurs avec le soin scru- 
puleux qui caract^rise Texcellent chercheur. Le catalogue officicl des 
membres de la noblesse de la s^ntehaussde d^Auch presents k TAs- 
semblteprovincialequi pr^para les Etatsg^n^raux del789n'existe plus 
dans les d6p6ts publics, k conraiencer par les Archives nationales. Mais 
cette liste s'e^t retrouv^dans lespa piers de la familled'Arcaraont, etavec 
de surs cyacleres d'authenticit^. « Elle est ecrite, en effet, dit M. Em. 
Dellasyde la main du marquis d' Arcamont, qtii faisait partie de TAssem- 
bl^.Ily avaitcent soixante el un membre pr^sents,qui^taienteux-m6mes 
porteursde quatre-vingt-sept proc.urations. > Ce nombre ne doit pas trop 
surprendre; la sen6chauss6e d'Auch avait une grande dtendue : elle com- 
prenait, d'apr6s un 6dit du roi de 1G39, t la ville d'Auch et sa juridic- 
tion, les quatre vallees d'Aure, Magnoac, Neste et Barousse, la comi^ de 
Pardiac, les comtes de Fezensac et dc Fezensaguet, ensemble les deux 
valines de Larboust et d*Oleron, Fittes-Affittes, la comte d'Astarac 
et lieux abbatiaux, la ville de Mirande et sa perche, la comt^ de Gaure 
el le lemporel du sieur archev6que de la ville d'Auch. » M. Delias, 
apres avoir donn6 une idte generate des « dol6ances » de notre 
noblesse, public les noms des volants en ayant soin d'ajouter k presque 
tons des renseignements personnels tr6s sommaires, mais trfes precis, 
qu'il declare tenir de notre Eminent « feudiste, » M. Tabbd J. de Carsa- 
lade du Pont. 

Notice sur Uenri-FranQois Marquet, chanoine, cur^archiprelre 
de la m^tropole [d'Auch], etc. (Auch, imp, L. Cocharaux, 1894; 
30 pp. in-8^, plus un portr. pbotogr,). — La Revue de Gascogne doit 



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— 389 — 

au moins un pieux souvenir k Texcellent prttre, i rterivain distingu^, 
qui lui confia quelques travaux rem&rquables. Je rappellerai deux 
Etudes assez 6tendues : Les premises Feuillantines (t. xiv); laM^re- 
Sainie, fondatrice du Carmel d'Auch (xii-xiv), et un morceau plus 
court, mais encore plus fini : Mme la baronne de Saint^Gdry, quel- 
ques souvenirs de la Revolution (x). En accueillant ce r6cit vraiment 
exquis, je me rappelai malgrd moi avec quel charme Henri Marquet, 
encore ^leve de seconde,avait tout^les meilleures pages de Colombay 
que je lisais dans ma classe au college de Lectoure, et je me dis que de 
telles lectures pouvaient bien contribuer k preparer de vrais talents 
d'ecrivains. Ici pourtant T^crivain, malgr6 son solide m^rite, trop rare- 
ment montr^ au public, est eflfacA par Thomme au ooeur excellent, par 
le prfetre d6vou6 de toute son kme k Tenseignement et aux oeuvres. Sur 
le professeur de sciences et d'Ecriture Sainte du Grand S/Jminaire 
d'Auch, sur le fondateur de la Semaine religieuse du dioc^e, sur le 
sup^rieur du Petit S^minaire, sur Tarchipr^tre de Sainte-Marie, il faut 
lire la modeste et substantielle notice dont j'ai transcrit le titre. Jene 
loderai pas autrement ces pages anonymes qu'en les signalant comme 
un tableau trte simple et tr^ fiddle d'une vie utilement et saintement 
remplie; on y ti^ouvera, par surcrolt, deux allocutions funfebres, divei*- 
sement mais ^aleraentremarquablespar T^l^vation morale et le pathd- 
tique penetrant. II n'est pas jusqu'au portrait joint k cette brochure qui 
ne la complete k merveille, en nous rendant la physionomie si intelli- 
gente du prfetre Eminent dont Auch et Lectoure ont si vivement ressenti 
la perte. L. C. 

SOIREES ARCHfeOLOGIQUfiS 

AUX ARCHIVES 'D6paRTEMENTA LES 
VI 

Sdanoe du 2 Avril 1894 



Pr^sidence de M. LB PRfiFBT DU GERS 



Presents: MM. Aureillan, Balas p^re, Balas (Louis), Branet, 
Cabrol, Calcat, de Carsalade, Cocharaux, Coustau, Daudoux, 
Dellas, Despaux, Dorbe, d'Esparb^s, Journet, Lacomme (Joseph), 
Lacomme (Augusie), Lacoste, Lagarde, Larroux, Lozes, Lozes 
(Albert), MoLLiE, Palanque, Peres (Paul), Sansot (Alfred), Sentoux, 
Solirene et TiERNY, secretaire, 

Un ooUaborateur de M. d'Etigny : rarohiieote Albert du Limbeau 
M. Charles Palanque fait passer sous les yeux des membres de la 
Society des albums de dessin, carnets de notes et cartons d'Albert du 



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— 390 — 

Limbeau. On trouve dans ces divers documents des renseignemcnte 
int&essants sur las travaux d'architecture dont il eut la direction : les 
dessins'laiss6s par lui d^notent une grande habilet^ en mftme temps 
qu'un sens artistique ddvelopp^. M. Palanque a fait ensuite la biogra- 
phie du collaborateur connu de Tlntendant d'Etigny. 

Frangois Albert du Limbeau naquitk La Rochefoucauld, en Angou- 
mois, vers 1736. Ilavait pour pfere Jean- Isaac Albert, receveurg6n&al 
des Domaines du Roi; sa mfere s'appelait Jacquelte Magnen. 

Ce fut, comme sous-ing4nieur des ponts et chauss^ qu'il vint k 
Auch; le l®** juillet 1778, il regut du Roi, sa nomination d'iAspecteur 
aveo 1,800 livres d'appointement^, « pour avoir conduit, avec beaucoup 
» d 'intelligence et d'activit^ les diff^rents travaux qui lui out eii confix, 
» et rempli les fonclions de sous-ing6nieur avec un zele et une exacii- 
» tude qui m6ritent cette marque de distinction k titre de rteompense 
» de ses services (1). » 

Dix ans plus tard, le 29 avril 1788, il dpousa demoiselle Louise 
PioAult, fiUe de Louis- Francois Picault et de dame Marie-Anne Bazin, 
et soBur du sieur Jean- Louis- Francois Picault des Dorides (2), aide- 
major au regiment de la Couronne, exempt des Suisses de la Garde de 
Monsieur. Picault 6tait ing^nieur du Roi des ponts et chaussees en 
chef, ports maritimes et visileur g^n^ral des riviferes navigables et 
flottables des g6n6ralit& d'Auch et de Bayonne. 

Plus que songendre, Picault m^rile d'etre connu par les Auscitains. 
On lui doH les plans de THdtel de rintendance(3), du rez-de-chaussie 
de rH6tel-de-Ville, 1 elevation de la fac^ade du c6t6 de la Porte-Neuve, 
les plans de la salle de spectacle ex&ut6e en 1759 et des changements 
fails par ordre de M. d'Eligny en 1761. — Plan de I'^tage des premieres 
logeset du th6^tre de la salle de spectacled Auch, pour 6tre ex&ut6 
sous le bon plaisir de M. Tlntendant. — Enfin un projet de monument 
k ex^cuter sur le Ch^teau-d'Eau it Textr^mit^ de la Promenade (4). 

On connalt les importants travaux que M. d'Eligny fit exfcuter pour 

(1) Extrait des registres du Conseil d'Etat. Commission d'inspecteiur du sieur 
Aloertdu Limbeau. La commission est dat^e du !•' juillet 1778, la deliberation 
du Conseil d'Etat est du 23 juiu de la meme annee. (ArcJiives d^parteidentales. 
E. Ponts et chaussees). 

(2) Chevalier de Saint-Louis, mestre de camp d'infanterie, gouverceur du 
chateau de Saint-Malo, Picault des Dorides donna pouvoir special k M" de 
Laclaverie de Soupets, pour le repr^senter dans la succession patenielle et 
maternelle. II est dit dans I'acte de partage (Th^odolin, notaire k Auch), que le 
domaine de l^hire et la maison des Dorides ^tait situ^e prds la ville de Samatan 
et servait de couvent aux religieux Minimes. 

(3) Mention estfaitc, lors ae la succession, d'une cn'ance de quatre mille 
livres, due ii titre d'houoraires pour ia construction de TbOtel de i'inteudance k 
Auch. 

(4) Archives d^partomentaies, s^rie C. 



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— 391 — 

le bien du pays. Par ses fonctions, du Limbeau fut appel^ k en avoir 
la surveillance at la direction. En effet^ k partir de Pan, ou il nivelle 
« le grand Pont-Neuf, depuis Textr&nit^ de Faille du Pare jusques 
» dans la rue k Tautre extr^mitfi, » nous le voyons lour k tour conduire 
les travaux des aqueducs de la Mothe, du Pont de la Vergogne (?) ou 
d'Aiguetinte, celui de Mesplfes, un autre au levant de Garbic, etc. Le 
17 oclobre 1766, il v^rifie le dallage du pont du petit canal de la Save, 
et il travaille au grand pont de Gimont. 

Mais si du Limbeau fut un excellent conducteur de travaux et un 
pr6cieux auxiliaire de M. d'Etigny, ii fut aussi un dessinateur de talent. 
Beaucoup de ses dessins sont dans les cartons de M. Desponts; 
quelques-uns dus k son obligeance, vont passer sous les yeux de la 
soci^t6. Ge ne sont que de simples croquis, des types d'ouvriers (bien 
campus, ma foi), qu'il avait chaque jour sous les yeux. Ailleurs, le 
crayon a suivi Timagination et le gout de Tartiste. Mais ce qu'il y ade 
plus curieux,ce sont les vues des chateaux de Saint-Cricq et de Mont6- 
gut, et surtout une vue prise en aval du pont de la Treiile, montrant 
dans le lointain une vue cavalifere du prieur6 de Saint-Orens et de ses 
alentours, malheureusement trfes l^ferementcrayonn6e. 

. A signaler aussi quelques dessins d'ornementation; entr'aulres, un 
amour soutenant le m6daillon armori^ de M. d'Etigny, accold k un 
autre, sans doute celui de sa femme, n6e de Pange. 

Du Limbeau ^tait disgr&ci^ de la nature :il 6tait bossu, mais son 
infirmity, loin de nuire k son intelligence, n'aurait fait que Taugmenter, 
s*il faut en croire le proverbe. Sa figure se ressentait pen de la diflFor- 
mit6 de son dos, k en juger par son portrait fait par lui-m6me, qu'il a 
laissd k plusieurs exemplaires dans ses cartons. 

II traversa sans inquietudes la p^riode r^volutionnaire et mourut 
trfes &g^, k 86 ans, le 1^^ mars 1821, rue Dessoles, dans la maison de 
M. Laffargue. Son acte de ddcfes mentionne qu'il ^tait ingtoieur ordi- 
naire des ponts et chauss6es en retraite. Sa femme Tavait pr6c6d6 dans 
la tombe depuis le 5 germinal an vii. lis ne laissferent pas de post^rit^. 

L.e Carmel d*Auch — Ses debuts — Proofs aveo les Ptoes J^suiies. 
Construction du Monastdre 

M. Em. Delias, rappelle d'aprfes des documents contemporains pour 
la plupart in^dits, Torigine et les premieres difficult^s du Garmel 
d'Auch. 

« Le 2« jour de mars 1630,les relligieuses Carmelites arrivirent en la 
» prfeente villeen carrosse,six en nombre,de Toulouse avant^et feurent 
» descendre devant TesgUse Sainte-Marie. Et ]k devant, M. de Roche-' 



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» fort,vicaire-g6n6ral,leur bailla de Teau Wniste, lesembrassant Tune 

> aprfes Taultre, et les fist entrer dans le coeur pour prier Dieu. Ea 
» apprfes s'en all&rent pareillement en Tesglise M. Saint-Orens et puis 

> se retirferent en la maison de madame la mareschalle de Roquelauie 
» scitu6e k La Trdihe (1). » 

Elles rest^rent six ann^s en cette maison t par emprunt, sans avoir 
» pu trouver lieu commode pour y bastir leur couvent jusqu'au mois 
» de mai 1635 : elles acquirent, k cette 6poque^ du sieur Secousse une 
» maison sise rue dite de Camarade(2). » 

Elle ne prirent possession de cet immeuble qu'au mois de novembre 
163p, un an et demi aprfes la passation du contrat avec Secousse. Les 
J&uites convoitaient cette maison qui avoisinait leur college dont elle 
n'^tait s6parfe que par la rue. 

Avant qu'ils eussent acbev6 de bdtir leur coUfege, ils avaient 6tabli 
une classe sur le portail de la premifere cl6ture de la ville, au-dessus 
de la porte du Caillou (prfes la tour de la Rayrie) « k charge de la 
» rendre aprfes. » 

lis entr6rent en procfes avec les religieuses Carmelites pare? qu*elles 
avaient achetfi la maison Secousse « disant qu'elles sont trop proches 

> d'eux et que c'est centre la biens&mce (3). » 

Dans un m^moire vers6 au procfes, au nom des dames Carmelites, il 
estexpliqu6 que « la proximity des deux maisons que lesdits J&uites 
» prennent pour pr6texte n'est pas leur douleur; c'est qu'ils avoient 
» fait dessein depuis longtemps d'avoir ladite maison que lesdites reli- 

> gieuses ont acquise, pour de lit passer hors de la ville, k des jardins 
» qu'ils vouloient enclore; et de faict, en bastissant ils ont laiss6 une 
» attente pour passer k ladicte maison, par dessus ledict portal, laquelle 
» est visible et fait connoitre le dessein. » 

« Ce que lesdits j^suites d^sireroient avoir ladite maison n'est pas 
» qu'elle leur soit n^cessaire, parce que le collie est bien basti, pourvu 
» en 6glise, classes, logis, cours, jardins et tout ce qui est nteessaire, 
» etant Tun des plus beaux collies de la province, mais ils ne sont 
» jamais contents et veulent toujours s'agrandir (4). » 

€ Le moyen de feire cesser ledit proofs et mettre ces bonnes reli- 
» gieuses en paix, seroit qu'il plut k M. le gouverneur commander 

> aux consuls d'Auch de faire fermer la porte qui va dudit coU^ sur 
» ledit portal et loger dans iceluy quelqu'un pour hausser et abaisser 

(1) De Carsalade du Pont. Journal de M* Jean de Solle, pp. 39 et 40. 

(2) Archives de M. de Carsalade du Pout. 

(3) Idem. 

(4) Idem. 



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-^ 393 -- 

y le ratelier qui est en cas de nfeessit6 et en temps de guerre^ chose 
» qui seroit bien n6cessaire au temps ou nous sommes. » 

Le due d'Epemon, gouverneur et lieutenant-g^nSral en Guyenne, 
saisi du diS^rend, le soumit h des arbitres : 

Leur sentence fut rendue le 15 juillet 1637; en voici le texte : 

L'an 1637 et le 15* joordu mois de juillet, dans la ville et cit6 d'Aux et 
maison commune d'icelle, se sont assembles MM. Jacques Cast^ra, Jean 
Ducros, Pierre Lasdonnes et Vital Espiau, consuls, Bernard Sancet, procu- 
reurdu Roy, Claude Lavacassetz, procureur juridictionnel de Mon seigneur 
TArchev^ue, Estienne Chavailhe, Guillaurae Laburguier, docteur, Jean 
Mariol, Jean Duverdier, Jean Verdun, docteur, Jacques Davoye, Guillaume 
Cinqfrais, Guillaume Ducros, docteur, Jean Mascaras, docteur, Bemalrd 
Laffont, docteur, Jacques Lafforcade, docteur, Jean Cast^ra, Francois 
Branet, Guillaume Larroque, Francois S6pet, JeanTapie, bourgeois consu- 
laires, et Dominique Lafitte, docteur 6z droictz, pour d61ib6rer sur la sui- 
vante proposition. 

Sur la proposition k nous faite par le seigneur dePuysegur, commissaire 
general destrouppes de Tarm^ede Guienne, de la part de Monseigneur le 
due d'Espemon, pair et colonel g6n6ral de France, gouverneur et lieute- 
nant g6n6ral pour le Roy en Guienne, qu'ayant eu de grandes cognois- 
sances des proems et diff^rends muz entre les Reverends P^res J^suistes du 
CoUeige de ceste villes et les d,evotes M6res Carmelites, il auroit desir6 entre 
lesdictes parties un accommodement, lequel ne pouvant sortir k effet sans 
Tassistance de nostre ville, sur la necessity qu'il y avoit d'oster la conti- 
guity des toitz qui sont entre leurs maisons, k cause de la tour de La 
Rayrie construite sur le portal qui va au Caillau, ledit sieur nous auroit 
propose de vouloir donner consentement k ce qu'on trouv&t expMiant pour 
oster cest obstacle k condition que cella ne diminuat la surety de la place 
ni choquat les espritz des habitants. 

Nous, d^sirantz ob^yr et plaire absolument k la volonte de nostre dit 
seigneur d'Espemon, avec le respect que nous luy devons, avons offertque 
8*il estoit n6ce8saire d'abattre toute ladicte tour que nous estions pretz k y 
satisfaire; k quoi le dit sieur de Puysegu auroit respondeu que I'intention 
dudict seigneur n'estoit pas que cella diminuat la defEence de nostre ville, 
qu'aussy il jugeoit qu'il importoit que la dicte tour subsistat, qu'il suflBzoit 
de murer les portes du cost6 du Colleige, hausser une murailhe k prandre 
sur la voute du portal, jusques au plancher tant du couste dudict colleige 
que de la maison des M6res Carmelites et despuis le plancher jusques au 
toict, laisser une separation de Vespace et largeur de ladicte murailhe de 
chasque coste et par aussy laisser en ladicte tour un corps de garde pour 
la deffence de nostre derniere encainte et faire I'entree ailheur ou il sera 
jug6 k propos par la dicte ville,dont les frais des dictes murailhes se fairont 
aux despens desdictes M^res Carmelites. 

Ce que par nous ayant est6 represente en notre maison de ville auroit 
este unanimement approuve desirant temoigner Taifection, obeissance et 
fideiite par nous voue k I'authorite de mon diet seigneur d'Espemon; et 
aussy a este conclud et deiibere,lesdictz sieurs assistantz et oppinantz s'es- 
tantz signesiToriginal delapresente deiiberaiion duquel le present extraict 



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J 



— 394 — 

a est^ iM et duement ooUationnd par moy notaire royal et secretaire de la 
maison de ville du diet Xux. 

Ea foy de quoy me suis soubzsign6 les an et jour sosdictz. — Ybrdier, 
notaire royal. {Sign^,) 

Un arr6t du Parlement de Toulouse du 15 novembre 1638 donna 
gain de cause aux Carmelites. II condaranales P6res J6suites t i vider 
» la possession de cette classe et k fermer la porte qui va du coll^ 
» sur ledit portail. » 

Le procfes termini, les Carmelites songferent k la fondation definitive 
de leur couvent et occuperent successivement « kTouest du college des 
» Jesuites un immense corps de logis, dont les dependances s*etendaient 
w au midi jusqu'k I'hdpital Saint-Jacques. Cetait Tancien cMteau des 
» corates d'Armagnac. Elles achetferent en outre, le 26 Janvier 1738, 
» du sieur Jacques Doat, avocat, une maison sise sur la place des 
1 Espalats, en dehors de la fortification (1). • 

€ La maison fut dedi^e k la Sainte-Trinite sous Tin vocation de 
» Notre-Dame de la Victoire (2). » 

Elle eut pour fondatrice Mme du Coudray, fille du president Sevin, 
« la m^re sainte », dont la vie a ete racontte dans la Reoue de Gascogne, 
par M. Tabbe Marquet. Les dots que pertferent les demoiselles le 
Mazuyer (3) permirent de construire le monastfere et de commencer 
reglise (aujourd'hui biblioth^que de la ville d'Auch). 

La M^re de la Trinite passa les vingt-six derniferes ann^es de sa vie 
au Carmel d'Auch, ou elle mourut le 26 d^cembre 1656. Elle put done 
diriger les travaux de construction de reglise et du couvent qui furent 
confies k Jean Caillon, architected suivant contrat du'6 Janvier 1640, 
Bourdonie^ notaire k Auch. 

C est ce contrat que nous reproduisons in exienso d'aprfes une copie 
que M. Parfouru,ancien archiviste du Gers, avait prise dans les minutes 
de Lagardfere, notaire k Auch (4). 

Bailh a hastir le monastalre des dames Relig leases Carmelites, 
a Jean Caillon, m' architecte (5). 

Le 6 Janvier 1640, dans la ville et citte d'Aux et au devant le parloir du 
couvantdes dames Religieuses Carmelites de ladite ville, etc., establi en 

(1) L'abb6 Marquet. La M6re Sainte, Recue de Ga8cogne,ld7Z, tome xiv. Voir 
aussi les tomes mi et xni. 

(2) Archives du Gers. C. 2, f" 195. 

(3) Registre des insinuations lalques au s6n4cbal d'Aucb, 1648-1652, p. 114, v». 

(4) C*est aussi CaiJIon, venu de Paris q^u'on avait charge (suivant traits du 
16 juin 1629) de la construction de la partie inachev6e de r^glise Sain t<*- Marie, 
le texte de ce lrait6 en cinquante-deux articles estdonn^ k Tappendice de Saiute- 
Marie d'AuchT par l'abb6 F. On^lo, pp. 279 et suiv. (1 vol. in-18, Auch, Foix, 
imp. 1864). 

(5; Minutes de M« Lagard^re, notaire 2i Auch, r^. de 1639-1641, fol.7, v (1640). 



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— 395 — 

sa porsonne Jean Calllon, m' arohitecte da Hoy, dudit Aux habitant, lequel 
promet et s'oblige en faveur desdites dames Carmelites, pour icelles pre- 
santes et acceptantes Marie de Tlncarnation, prieure, Magdelaine de Jesus, 
soubs-prieure, Marguerite de rincarnation et Marie de la Saincte-Trinit^, 
deppositaires, scavoir de bastir dans le temps et terme de deux ans le 
monastaire desdites dames, selon les membres et parties dont au dessain et 
oonformement k icellui parafle et sign^ desdites dame et (dudit) s' Caillon, 
qui est demeur6 au pouvolrde chascune desdites parties; pour lequel basti- 
mant les articles suivantz sont convenus et accord6s comme s'ensuit : 

Et premi^reroent les massoneries de toutes les tranches et rigolles de 
fondations seront fouill^cs jusques au vif fons et sur icelles fond6s les 
meurs dudit bastiment; auquel bastimant sera fait en I'estaige bas sur Tes- 
tandue du reffectoire et proviserie une voulte partie servant de cave et 
Tautre de bolangerie, de douze canes de long, en y comprenant les deux 
meurs de sepparation, sur trois canes de large; les deux meurs qui porte- 
rent ladite voulte, TuQe servant i porter le meur au dessus qui fera face 
vers Tesglise aura quatre paulms et demy d'espesseur jusques au couron^ 
nement de la voulte, et Tautre qui servira k porter le meur qui sepparera 
le reffectoire et proviserie d'avec le cloitre, aura trois pamls et demy d*es- 
pesseur; dans laquelle voulte seront faicts les meurs de sepparation et les 
portes, jours et dessante en icelle, ainsin qu*ilz sont marques sur ledit des- 
saing; et sera ladite voulte surbaiss6e de quatre pamls, qui aura de haul- 
teur jusques soubz la clef doutze pamls>»i prandre du rais de chauss^e eii 
nivau du pav6 de la court proche le jardrin qu'est entre Tesglise et le refec- 
toire; et tons les susdits jours, mesme leurs appuis, voulseures, portes et 
marches pour les dessantes seront de bonne pierre de tailhe, le tout bien 
masson6 de bonne massonerie et de bone chaux et sable, taut les voultes 
que les meurs; I'aire de la boulangerie et celle des caves suivantes seront 
deterre seulement; de Taultre cost6 dudit logis sera basti ung meur fonde 
sur le vif fons qui servira a porter les piliers, arcades et meurs au-dessus 
faisant face sur le preau, icellui meur de quatre pamls d'espesseur et eslevA 
aussi hault que le dessus de ladite voulte qui marquera la haulteur dudit 
preau; sur lequel meur seront faicts et eslev^s cinq piliers et desmi pour 
porter cinq arcades et entre iceux pilliers sera eslev6 le meur de trois pamls 
au dessus du pav6 avec ung appuy de pierre tailhte; les piliers auront en 
longueur trois pamls et demi, d'espesseur trois pamls et quart; les arcades 
basties sur lesdits piliers auront dix pamls ou environ do large; et au 
commanoemant de la naissance des voultes desdites arcades seront faictes 
plinthes pour servir d'imposte; les voulseures desdites arcades seront faictes 
de diverses pieces appellees voussoires estredossees par le dessus d'un paml 
trois quartz, lesdites arcades arras6es qu*elles soint fairont la juste haulteur 
du premier plancher, qui sera de deux canes de hault despuis le dessus du 
pav6 descloistres jusques au dessus du pav6 des all6es des dortoirs; et au- 
dessus seront continues les meurs bastis sur lesdites arcades d'espesseur de 
deux pamls trois quartz jusques a la haulteur du deuxiesme plancher, qui 
sera de quatorze pamls, comprins Tespesseur dudit plancher; dansle susdit 
estage et sur ledit meur seront faictz six jours qui seront dans les cellulles 
cy appr^ k expeciflBer, qui auront trois pamls de large et cinq de hault, 
bastis de pierre de tailhe avec leurs appuis et eouvertures; oultre les sus" 
dites haulteurs sera encore eslev6 ledit meur de huict pamls de hault, qui 



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sera Tenti^re liaulteur du galatas, sans en ce comprandre Tespesseor de 
saviviers (?); dans icelle haulteur sera faict sur chasqne arcade ung jour de 
quatre pamls et demi de large sur la haulteur qu'ilz pourront monter; les 
Jambages d'iceux, appuis et fermeture qui seront de pier rede tailhe oomme 
les autres. Plus I'aultre meurqui sera port6 sur oellui duquel il est cy- 
devant parl6, soustenant la susdite boulangerie et cave, qdi est du coste de 
I'esglise, sera de mesme espesseur et haulteur que le precedant; dans lequel 
meur seront faictz deux jours pour esclairer dans ladite boulangerie, et 
ung dans la cave, deux portes deux jours au dessus et aulx endroictz ou le 
tout est marqu6 audit dessaing, de quatre pamls de large et six de hault, 
pour esclairer dans le reffaictoire, et trois aultres jours k servir et esclairer 
dans la proviserie, qui seront de pareilhe haulteur et largeur que les autres; 
comme aussi toutes les portes et croisees, appuis et volseures d'icelles ou 
platebandes seront de pierre de tailhe; et les passaiges pour aller et entrer 
dans le cloistre seront fermes en arcades; la porte pour entrer dans lerefec- 
toire et celle pour entrer dans la proviserie seront poshes suivant ledit des- 
saing, sans aulcun jour dans le susdit meur par le hault, ains tout plain; 
les meurs de reffan qui sent dans oeuvre marqu6s sur ledit dessaing, comme 
aussi ceux qui ferment les allies des cloistreset qui sepparent le reffectoire 
et proviserie, seront de deux pamls et demi d'espesseur jusques k la super- 
flciedela cave; et le dessus, jusques au premier plancher qui faira Tentiere 
haulteur desdits meurs, sera de deux pamls et quart d'espesseur; et les 
portes et croisees dans icelles seront de la largeur et k Tendroit marqu^sur 
ledit dessaing; lesquels portes et croisees seront basties de pierre de tailhe 
et masson^es comme dessus. Les deux autres meurs servant k clorre les 
loges aulx re tours, qui seront Tun du cost6 du carrelot et Tautre du cost6 
oil estoitle logisde Mascaras, qui doibvcnt estre fondes jusques au vif fons, 
espes en leur fondationde quatre pamls jusques au rez dechausseeet de 
trois pamls et quart jusques au premier plancher, seront continues en Tes- 
pesseur de deux pamls etdemi jusques au deuxiesme plancher, et audessus 
jusques k I'entiere hauteur dudit bastimant, de deux pamls et quart. En 
I'estage des cellules seront laissees trois croisees de six pamls de large chas 
cune et de sept paml^ de hault pour esclairer dans les all^ des dortroirs 
aulx endroictz marques sur ledit dessaing, sans autre jour, ains tout plain, 
le tout massone comme dit est. Les deux autres meurs formant deux 
angles du cloistre et faisant face sur le preau seront fondes de mesme que 
les precedans et d'espesseur, haulteur, forme et estructure, avec pilliers, 
arcades, fenestres et semblables materiaulx. Et quand aux meurs qui sep- 
pareront les all6es des cloistres d'avec le chappitre (?), roberie et bucher, 
qui seront ausdits restours, seront faictz de longueur convenable et scelon 
ledit dessaing, fondes jusques au vif fons et de largeur de deux pamls et 
demi, et au dessus de deux pamls et quart; dans les susdits meurs seront 
laissees et fabriquees de pierre de tailhe les portes et jours y marques, de 
largeur et haulteur convenable. 

Les cellules des dames en nombre de vingt cinq seront basties de la 
largeur et longueur dudit dessaing et sepparees d'une cloison de bois> 
massonees entre deux pouteaux de masse canal, chaux et sable; les portes 
d'icelles auront trois pamls et quart de large et sept et demi de hault. 

Le reffectoire, les all6es des cloistres, les corroirs des dortoirs et le plan- 
cher au dessus desdites celluUes appele le galatas, seront pav^e de carreaa 



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de terre cuite, sanf le pourtour de la table dudit reffectoire qui sera garni 
d'aix de courau et le tuyeau de la chemin^e de la cuisine sera lev6 de bar- 
rens jusques k quatre pamls au dessus du feste; ledit tuyeau sera de sept 
pamls de long et ung et demi d'ouverture, le tout masson6 comme dit est. 
Davantaige sera faict I'escallier pour monter au reffectoire, proviserie et 
autres estaiges, dortoirs et galatas, et pour ce seront fond^s les meurs dudit 
escalli^ jusques au vif et aux endroictz ou il est marque sur ledit dessaing, 
le tout d'espesseur convenable, qui porteront les marches dudit escallier 
jusques kl& haulteur des planchors du dortoir, qui seront de pierre detail he 
et au dessus de bois; et les deux testes du noyoau dudit escallier seront 
basties de pierre; dans lequel escalier les portes et crois^es marquees audit 
dessaing seront fabriquees de pierre de tailhe et massonees comme dit est. 

De plus sera faict le sieige et tuyeau des lieux communs et conduit dans 
le canal de ladite ville qui passe dans lo carrelot, aveo la vantouse qui sera 
conduite aussi hault que la couverteure, et C6 k Tendroit ou il est marqu6 
sur ledit dessaing. 

D'abondant sera faicte entre Tcscallieret le logis proche dei'esgliseune 
gallerie pour conduire lesdites dames religieuses du dortoir au coeur en 
passant dans et k travers Tescallier; pour ce faire sera fondd le meur entre 
la maison desdites Dames et le jardrin de M. Dastarac aussi bas fondd que . 
les autres cy devant desclair^s, esleve de trois canes ou environ au dessus 
du rez de chaussee^ la couverture au dessus; et du coste desdites Dames 
Rcligieuses seront mis trois pilliers de bois pour porter ladite gallerie et 
plancher d'icelle avec trois petits daix (des) de pierre de tailhe, ung sur 
chasque piUier, et la fondation au dessoubz; au dessus desdits pilliers sera 
faict ung petit pan de bois pour former ladite gallerie avec deux jours do 
haulteur et de grandeur pareilles k celle desdites cellules; laquelle gallerie 
sera lambriss6e d'aix de sapin attache aux chevrons de la couverture; 
laquelle sera de tuillei canal, comme celles qui sont k exprimer cy appr^s. 

Plus sera faict dans une place appartenante k ladite ville proche la tour 
desdites Dames Religieuses, contenant quatve canes sur trois ou environ, 
qu'elles acquerront de ladite ville k leui*s despans, une voulte, ung four, 
une cheminee, la platebande et les jambages de pierre de taille; et au dessus 
de ladite voulte, une cuisine, et sur icelle encore une chambre; les meurz 
sur ladite place et la couverture seront leves aussi hault que le corps de 
logis oil seront les dortoirs; en la premiere et deuxiesme estaige sera 
laissee une crois6e ichascune d'icellesde trois pamls et demi de large sur 
la haulteur convenable; une cheminee en ladite cuisiino avec les jam- 
bages et platabande de pierre, une porte k chascune pour y entrer, 
le plancher garni d'une poultre st solive au dessus, avec des aix de sapin 
ou coureau, comme les autres, pav6s de carreaux de terre cuite. La 
charpanterie duquel bastimant sera faicte ainsin que s'ensuit. Premie- 
rement seront mises au premier et second plancher toutes les poultres 
necessaires, espassees de doutze pamls les unes des autres, qui seront de 
courau ou de sapin; sur lesquelles poultres seront mises des solives de 
quatre et de cinq poulces de gros espacees les unes des autres d'ung paml 
et demi, pour le premier estage; et au second plancher les solives n*auront 
que quatre poulces de gros, espassees comme les autres, le tout garni d'aix 
de sapin ou de courau, reboutees dessus et dessoubz k I'endroit desdites 
cellules, Wen jointes ensemble, clouees aux solives sans aulcune chose au 



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— 398 — 

N dessus sinon aux endroitz des all6os et planchei* suppeiieur desdites cellules 
oil il sera mis de la terrc et pave de carreau, commedit est. Le^ cloisonsde 
colombage qui foriueront Ics all6es des dortoirs et seppareront Icsditea 
en nombre de vingt-cinq, conformement aadit dessaing, seront de trois et 
quatre poulces de gros. Et pour la charpanterie de la couverteure du grand 
logis, sera construictes de forme sur chascua ung tiran et seront espasses 
Tun de I'autre com me les po nitres, lesdites fernies gamies de feste, deox 
arcbalestrics, ung pongon, deux soubardes, avec deux cours de pane(?) on 
ventri^re de chasque coste; les chevrons de trois k .quatre poulces de gros, 
espaces de quatre ii la latte, seront de sapin ou coureau, et sur les tirans il 
n'i aura auculne solive ni porte, ains tout vuide. Et quant aux autres 
couvertures, il iaura sur chascune poultre une fcrme garnie chascuncd'on 
tiran, feste et poinQon, deux arcbalestres et soubarbes et ung cour de 
ventri6re dechascun. coste, les chevrons de mesme bois et espasses comme 
dessus. Toutes lesquelles couvertures seront de tuillo i canal, tant de Tun 
comble que des deux autres, et seront les dictes couverteures k deux eaux, 
avec latte clouee aux chevrons. Plus pour la menuserie, en la premiere 
estaige ou sera la boulangerie, seront mises des portes de grandeur conve- 
nable aux bayes de bois de courau, ferrees de gondz et panteures sans 
aulcune serreure sinon de loquetes; ensemble les fenestres de mesme bois 
de courau, ferrees avec verroillet et targettes, flches ot pates, le tout pour 
servir^ I'estaige basse; seront aussi faictes, dans le refectoire deux croisees 
bastardes, trois dans la proviserie, avec chassis et voUetz garnis de fiches et 
targettes et verroilletz comme les autres cy-dessus. Et pour Touverteure 
qui doibt estre faicte pour servir les vivres de la cuisine au reffaictoire sera 
icelle garnie d'une porte coupp^e en deux, construite de bois de sapin ou 
courau, ferree de gondz de pantures, targettes et verroilhs. Les fenestras 
qui serviront dans lechappitre(?)roberie-et bucherie seront faictes de postes 
de sapin avec deux barres par derriere et ung verroillot pour les tenir fer- 
m6es. 

Et quand aux portes des dites celluUes, en nombre de vingt-dnq 
comme dit est, elles seront basties de bois de sapin ou courau, avec gonds 
ou pantures et une loquette de bois k chascune celluUe, et la fenestre de 
bois de courau avec ung chassis et vollet, ferrde de deux pantures et une 
targette. D'abondant seront faictes trois croisees dans lesdits dortoirs aveo 
chassis et volletz, ferries comme celles durefEectolre. Sur Tescallier dessus 
mentionne sera mise fenestre de mesme bois et ferrure ainsin que oelle du 
reffectoire; et encore sera faicte une fenestre et porte aux lieux comuns, 
ainsin qu'aux celluUes; plus seront mises des vitres aux susdites fenestres 
de la cuisine, reffaictoire, celluUes^ lieux comuns, des alldes des dortoirs, de 
Tescalier et gallerie qui conduiraau coeur,et non ailheurs. Enftncn I'estaige 
du galatas sera mis a chascun jour une fenestre d'aix de sapin, barree par 
derriere avec ung verroillet pour la fermer. 

Lequel susdit bastimant, comme dessus expecifft^, ledit sieur Caillou 
randra faict et parfaict avec la clef k la main aux dites Dames, au dire de 
maistres expertz et k ce cognoissans, scelon les susdits articles et autres 
particuliers, desquels parties sont demeurees d'acord, rediges par escript et 
par elles respectivement signes, qui sont demeures au pouvoir de chas- 
cune; et ce moyenant le prix et somme de unze mille sept cens livrcs, 
payables aux conditions suivantes par lesdites Dames, sQavoir la somme de 



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— 399 - 

dix mille livres qu'elles bailhent presantement en cession audit sieui* 
Caillon k prandre sur dame Frangoise de Clari, vefve k feu Monsieur de 
Mazuyer, quand vivoit, premier presidant au parlement de Tholose, sur et 
tant moins de dix-huit mille livres que ladite dame doibt au dit couvant 
par deux contratz du 8* d'aoust 1638, rettenus par M" Frangois Branet,' 
notaire de oeste ville^ pour icelle somme recepvoir par ledit sieur Caillon 
aux termes portos par lesdits contratz et d'icelle fornir bonne ct valiable 
quittance, et cependant jouir des interetz tels qu'ils sont stipules par les 
dits contractz, k concurrance de la somme de dix mil livres, promettantles 
dites dames Religieuses audit offaict de fournir audit Caillon toutes procu- 
rations n^cessaires, ensemble de repprandre k elles la dite cession en deffault 
de payoment de ladite somme aux termes escheus, passes lesquels ledit 
sieur Caillon faira toutes poursuites nccessaircs, centre ladite dame de 
Mazuyer, aux despons toutes fois desdites Religieuses et en leurs noms; ct 
au cas oil il n*en peult retirer payement^ elles seront tenues ung an aprds 
de repprendre ladite cession et faire payement audit Caillon de ladite 
somme>de 10,000 livres sans qu*il soit tenu de discuter centre ladite dame 
de Mazuyer ou autre en vertu de ladite cession; et k deffault dudit paye- 
ment se reserve ledit Caillon de pouvoir agir centre M. Jean Castaing, 
presbtre et protonotaire du Saint-Si^e, en vertu d'une proniesse priv6e 
randue en favour dudit Caillon le 24* juillet dernier, sans prejudice n^nt- 
moins audit cas de pouvoir aussi agir centre lesdites dames Religieuses 
en leurs biens que centre ledit sieur Castaing, conjoinctement ou seppa- 
rement comme bon semblera audit Caillon . 

Et pour le surplus des dites 11,700 livres, qui est 1,700, lesdites dames 
Religieuses promettent le payer audit Caillon dans le temps et terme de la 
feste de Pasques procliaines. 

Oultre laquelle somme de 11,700 livres lesdites Dames Religieuses bail- 
hent audit Caillon touts les materiaulx des maisons k desmolir pour la place 
dudit bastimant, appartenants aux dites Dames, fors et excepts la maison 
dans laquelle elles habitent k present, acquise par elles de M. M' Francois 
Secousse, conseiller du Roy et president en I'eslection d'Armaignac; des 
quels dits materiaulx, bois.pierre, fer et autre mati^re des dites maisons k 
desmolir demeureront aquises audit Caillon pour en faire ^ ses plaisirs et 
voloutd. Et pour ce dessus observer lesdites parties Tout promis k Tobli- 
gation de leurs biens, etc. Presants M" Jacques Pruni6res, secretaire de 
Mgr TArchevesque, et Jean-Pierre Verdier, docteur en droit du dit Aux 
habitants, soubsign^s avec parties. 

J. Caillon; 

Soeur Marie de l'Incarnation. superieure; 
Soeur Magdelene de Jesus; 
Sceur Marguerite de L'iNCARNAaoN; 
Soeur Marie de la Tres Sainte-Trinit^. 
Pruniees, present. — Verdier, present, 

Lagardere, notaire royal. 

Contreroll6 le 12 mai 1640, 3 s. 6 d. 

Deneyts. 



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- 400 - 

(En marge du folio 13 verso se trouve la quittance suivante ecrite de la 
main de Caillon:) 

Je soussignc confaisse avoir sy devant reseu desdicttes dame(s) Reli- 
tgieuse(s) Carmelite(s) la somme de 1,700 livres par les mains du sieur 
Broqueville de Montfort, pi*ovenant do la dotation de Blanche Broqueville, 
religieuse audit couvant, pour laquelle somme le contra de depte d'icelle 
retenu par Baron, notaire, a ete cansele moihianent ladicte some par moy 
reseu en tenmoins du pris de la besogne dont au present contra; de laquella 
some de 1,700 livres en quicte lesdicttes dame[s] religieuse[s] . 

Faicti Aux, le 18 novembre 1641. J. Caillon (1), 

Communications diverses 

M. Calcat communique una inscription en marbre noir trouvee par 
lui sur les bords du ruisseau d'Embaqafes et qui nous donne le nom 
des quatre consuls d'Auch pour Tann^e 1691. 

M. DE BlERE SEIGNEUR DU L.... 

M« B. Dencouton ad. e 

F. Baron. 

P. Larouviere. 

Baron n'est pas cit6 dans laliste des maires et consuls d'Auch publi6e 
par Prosper Laforgue^ c'est une lacune que vient heureusement com- 
bler notre inscription. Nous ne savons de quel lieu Gilles de Bifere ^tait 
seigneur; cetle famille avait dejk fourni des consuls k la ville d'Auch 
en 1381 et 1386. 

M. Bousquet fait don k M. de Carsalade pour le mus6edela Soci^t^ 
d'une ep6e wallone trouvee k Castelnau-Barbarens et de divers objets 
de ferronerie d'art du xvii^ si^cle^ provenant du chateau de Puysegur. 

M. Delias fait don aux Archives d^partementales : 1° des r61es de la 
taille de la communaut^ d'Arcamont (1678-1791, lacunes); 2? d'un 
cadastre de la m6me communaut^ malheureusement incomplet (xvi® 
si6cle); 3^ d'un 6lat du recensement g6n6ral des chevaux du comt6 
d'Armagnac (17 septembre 1736) proveuant sans doute du haras du 
Rieutort. 

La Sociel6 fixe au 7 mai la date de sa procb^ne reunion. 

(1) Les immeubles de la communaut^ mis sous la main de la Nation en vertu 
de la ioi du 27 brumaire an vn (16 ddcembre 1798) furent vendus en vingt-un 
lots, suivant adjudication devant le pr^fet du Gers du 27 messidor an ix (16 
juillet 1801), aux sieurs P^r6, Destieux, Molli^re, Lagrange, Branet, Mollard, 
Cassagnard, Falanque, Rey, G6ze, Bajon et Pardiac. 

L'eglise, affectee au Bureau de bienlaisance d'Auch par Tart. 7 de la Ioi du 
9 sepiembre 1807, f ut concedce ^ la ville pour Tinstallation actuelle de la 
Bibliotlieque. 



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HOHSEIGREUR IRME TVES DE SOUE 

PREMIER ARCHEVfeQUE DE CHAMBERY 
(1744-1824) 



Pendant r6t6 de 1868 nous traversions avec un de nos 
amis la ville de Chamb6ry. Oblig6s de passer au secr6ta- 
riat de rarchev6ch6 pour y faire viser nos lettres testi- 
moniales, nous y trouvfi-mes un excellent accueil et on 
nous invita a voir le cardinal, qui aimait beaucoup, nous 
dit-on, a causer avec des strangers. Nous n'aurions pas 
os6 solliciter cet honneur; mais la proposition allant au- 
devant de nos d6sirs, nous Tacceptftmes avec empresse- 
ment. Nous fdmes tr6s heureux de voir de pr6s Son Em. 
Mgr Billiet, un des princes de TEglise dont on parlait le 
plus a cette 6poque. Nous savions qu'^ vingt ans il 6tait 
encore pMre dans les montagnes de laTarentaise, et qu'Jt 
vingt-deux ans, apr6s avoir 6tonn6 par son intelligence 
ses condisciples et ses maitres et fait toutes ses 6tudes 
comme en se jouant, il s'asseyait 5. son tour sur les chaires 
de philosophic et Me th6ologie, qu'il occupa successive- 
ment avec une rare distinction. Mgr Billiet n'6tait pas 
seulement un savant distingu6, dont la Savoie pent fetre 
fi6re; c'6tait encore un charmant causeur. Ag6 dequatre- 
vingt-cinq ans d^j^ quand nous le vimes, ce v6n6rable 
vieillard v6cut cinq ans encore. II est mort a Tftge de 
quatre-vingt-dix ans, le 30 avril 1873. 

Mgr Billiet nous re§ut avec une touchante simplicity, 

et des qu'il sut que nous 6tions du diocfese d'Auch, il nous 

parla avec un plaisir marqu6 de Mgr de SoUe, un de ses 

pr6d6cesseurs, qui Tavait ordonn6 prfetre et dont il avait 

Tome XXXV. — Septembre-Octobre 1894. 26 



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— 402 — 

6t6 le vicaire-g6n6ral. Les souvenirs de cette causerie 
nous sont encore presents aprfes vingt-cinq ans, et d'ail- 
leurs nous les retrouvons en partie dans nos notes de 
voyage. Ce sont les details biographiques recueillis de 
la bouche mfime de son Eminent successeur, compl6t68 
par d'autres renseignements venus ensuite, que nous 
voudrions faire connaitre a Thonneur d'un excellent 6v6- 
que, qui fut notre compatriote. 



I 



Ir6n6e-Yves de Solle naquit k Auch le 19 mai 1744 et 
fut le dernier des sept enfants de messire Jean de Solle, 
avocat au Parlement, conseiller et secretaire du roi, maison 
et couronne de France, et de dame Jeanne de Seissan de 
Marignan. II fut baptis6 le 20 mai dans T^glise de Saint- 
Orens par son oncle paternel, Joseph de Solle, chanoine 
de cette coll6giale. II outpour parrain son oncle maternel, 
messire Ir6n6e de Seissan de Marignan, prieur de D6mu, 
repr6sent6 par Joseph-Marie de Solle, fr6re ain6 du 
baptist, ^6 de treize ans, qui le tint sur les fonts avee 
demoiselle Fran?oise de Solle, sa sceur, &g6e de seize ans *. 
Trois ans apr^s, en 1747, cette jeune marraine entrait 
au Carmel. 

C'6tait sous r6piscopat deM.de Montillet. Un fait 
extrait du journal de maitre Jean de Solle, publi6 ici 
mfeme en 1877 par M. de Carsalade, montre bien Testime 
que ce pr61at professait pour cette maison. Mademoiselle 
Franeoise de Solle prit le voile Wane le 8 d6cembre de 
cette ann6e 1747; Tarchevfeque fit la c6r6monie, et puis, 
sans 6tre attendu, il vint par une marque de consideration 
prendre place au repas de la famille. En 1749, lorsque la 



(1) 



ReglsUres de la paroisse SaintrOrens, h la mairie d'Aucb. 



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— 403 — 

novice fut appel6e a prononcer ses grands vceux, M. de 
Montillet voulut encore pr6sider la c6r6monie. Une autre 
soeur d'Ir6n6e-Yxes, Madeleine, prit le voile dans le 
couvent des Ursulines de la ville d'Auch sous le nom de 
soeur Sainte-Croix. 

La famille de Marignan, d'oii sortait Mme de SoUe, 
occupait et occupe encore un des premiers rangs dans 
Faristocratie de la contr6e. 

Les de Solle appartenaient a cette noblesse de robe qui, 
sous Tancien regime peuplait les cours et les Parlements 
de magistrats pour qui, malgr6 Taccroissement incessant 
de la fortune, la foi et Thonneur 6taient encore la meil- 
leure part de Th^ritage transmis des p6res aux enfants. 
Cette famille s*est 6teinte en donnant un saint 6v6que k 
I'Eglise et un vaillant soldat a la patrie. 

Avant de continuer Thistoire du premier, quelques 
mots sur le neveu qui lui fit tant d'honneur ne paraitront 
peut-6tre pas d6plac6s. 

Le g6n6ral Augustin de Solle est bien le personnage 
qui a jet6 le plus d'6clat sur cette maison. N6 k Auch le 
3 juillet 1767, Jean-Joseph-Paul-Augustin 6tait fils de 
Joseph-Marie de Solle, fr6re ain6 d'Ir6n6e-Yves, celui-lii 
m^me qui lui avait servi de parrain en l^bsence du prieur 
de D6mu. Sa m^re 6tait dame H616ne de Cambefort, une 
vraie femme forte, sur le compte de laquelle nos archives 
r6volutionnaires fournissent un renseignement int^res- 
sant. Incarc6r6e a Lectoure le 2 mai de Tan ii de la r6pu- 
blique, parordredu sinistreDartigoeyte, parce que a par 
son ascendant, ses mani6res, ses insinuations elle avait 
entrain6 des administrateurs et des personnes k talents 
dans le parti f6d6raliste », elle ne recouvrasa liberty aprfes 
troismoisde detention que graces aux nombreuses d-mar- 
ches et aux soUicitations de son fils. Celui-ci 6tait k cette 
6poque adjudant-major. Sa pi6t6 filiale autant que son 



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— 404 — 

nom faillirent alors compromettre soil avenir etbriser sa 
carrifere. Une loi ayant d6fendu aux ci-devant nobles de 
faire partie de Tarm^e, il en fut exclu et n'obtint sa r6in- 
t6gration qu'en juin 1795. C'est dans ces circonstances 
qull commen^a k signer Dessolles * pour enlever h son 
nom toute apparence aristocratique. 

A partir de ce moment, Augustin Dessolles fit admira- 
blement son chemin et devint un des g6n6raux les plus 
distingu6s de FEmpire. Nous trouvons dans le journal 
d'une anglaise * d'esprit et de gotit, quelques lignes qui 
d6peignent la physionomie du g6n6ral de Solle. Miss 
Berry raconte que, se trouvant k Paris en 1802, au moment 
de la paix d 'Amiens, elle fut invit6e k diner chez Mmede 
Stael. 

Par bonheur, dit-elle, je fas k c6t^ du g^n^ral de Solle. II itait chef 
d'^tat-major de Moreau, et c est lui qui a fcrit ce fameux r&it de la 
bataille de Hohenlinden, que i'on regarde k Paris comnie le modMe 
des dep^ches militaires. 11 a une physionomie fort douce et des mani^res 
exquises. Notre conversation a roul6 sur les beaux climats pour les- 
quels je partage sa predilection. Par hasard nous vlnmes k parler de 
la Suisse. 11 regrette les ^v^nements qui se sont passfe dans ce pays et 
qui ont^ dit-il, fait grand tort aux Frangais. 

Le g6n6ral de Solle 6tait homme d'esprit, et le juge- 
ment de miss Berry ne fait que confirmer sa r6putation 
k cet 6gard. II n'6tait pas moins homme de coeur. II montra 
toute sa d61icatesse au moment du proems de Moreau. Par 
un sentiment g6n6reux il crut indigne de lui de paraitre 
abandonner un ami dans le malheur. Napol6on ne le lui 
pardonna pas. Le g6n6ral fut ray6 du Conseil d'Etat et 
perdit le gouvernement de Versailles. II se retira alors 
sur une terre qull poss6dait aux environs d'Auch, et il 
s'y occupait d'agriculture lorsque Fempereur, en passant 

(1) C'est ce qui explique la variante qui peut 6tonner dans rorthographe du 
nom decette famille. Cette explication a ^Ui donnde ^ M. de Carsalade par le 
cousin du g^n^ral, M. Hubert de Marignan. 

(2) Public dans la Rocue en 1867 par M. Massott. 



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y • 405 — 

dans cette ville en 1808, lui donna Fordre de se rendre 
en Espagne. Apr6s s'y 6tre distingu6 dans plusieurs 
batailles. il revint dans ses foyers jusqu'en 1812 : cette 
anh6e, comme chef d'6tat-major du prince Eugene, il le 
suivit en Pologne et jusqu'a Smolensk; mais forc6 au 
repos par le d61abrement de sa sant6, il resta 6tranger 
aux derniers 6v6nements militaires de TEmpire. Apr6s 
avoir contribu6 ati r6tablissement des Bourbons par son 
61oquente intervention pr6s de Tempereur Alexandre, il 
cut toutes les favours du gouvernement de la Restaura- 
tion. Comte en 1814, marquis en 1817 en vertu de lettres- 
patentes de Louis XVIII, ministre d*Etat, pair de France, 
major-g6n6ral des gardes du royaume, chevalier de 
Saint-Louis, grand cordon de la Legion d'honneur, com- 
mandeur de FOrdre du Saint-Esprit, son plus beau titre 
de gloire est d'avoir conserve jusque dans la licence des 
camps et les enivrements de la fortune les sentiments de 
foi qu'il avait puis6s k T^cole de sa pieuse m6re et de son 
v6n6rable oncle. Le g6n6ral marquis de Solle mourut en 
1828 sur sa terre de Monluchet, prfes de Paris, ne lais- 
sant de son mariage avec mademoiselle de Dampierre, 
fllle du g6n6ral Picot de Dampierre, qu'une fiUe H61fene- 
Charlotte-Pauline de Solle, mari6e en 1821 au due Jules 
de La Rochefoucault d'Estissac, pair de France. C'est elle 
qui donna k la ville d'Auch en 1864 le portrait de son 
p6re, plac6 a rh6tel-de-ville dans la galerie des hommes 
c6l6bres du d6partement. Nous savons que les traditions 
d'honneur et de vertu des de Solle revivent dans les 
enfants de Mme de La Rochefoucault, et que si le nom 
est perdu, son 6clat s'est pour ainsi dire confondu avec 
celui des grands noms de S6gur, de Greflulhe, de 
Montbel, de Borghfese, que portent aujourd'hui les descen- 
dants du g6n6ral. 

Apr^s cet aper^u sur la famrlle et son dernier repr6- 



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— 406 — 

sentant, il est temps de revenir a celui qui est Tobjet de 
cette 6tude. 

Elev6 par une sainte m6re dans une maison pleine de 
pr6tres et de religieuses, il ne faut pas s'6tonner que le 
jeune Yvon (c'est ainsi que dans sa famille Ir6n6e-Yves 
a toujours 6t6 appel6) ait senti de bonne heure un \if 
attraitpour T^tat eccl6siastique.Le26mars 1757, a peine 
ag6 de treize ans, il recevait la tonsure des mains de 
M. de Montillet. Le 9 novembre suivant, son oncle Marc- 
Antoine de SoUe, chanoine de la M6tropole, r6signait 
son canonicat en sa faveur. Selon les prescriptions du 
Concile de Trente, il fallait avoir au moins quatorze ans 
pour poss6der un b6n6flce. On obtint du Pape Bepoit XIV 
en date du 4 des calendes de d6cembre 1757 une buUe ac- 
cordant au jeune chanoine la dispense des sept mois qui 
lui manquaient. Pourvu de son canonicat, Yvon reprit ses 
6tudes chez les J6suites de Toulouse, et se rendit ensuite a 
Paris pour faire sa th6ologie au s6minaire de Saint-Sul- 
pice. Rentr6 &. Auch en 1766, il fut ordonn6 sous-diacre le 
24mai de cette ann6e, diacre le 13 juin 1767, prfetre le 
20 mai 1769. Nous trouvons dans les archives du chapitre 
des traces d'une vive contestation qui s'61eva alors parmi 
les chanoines au sujet de la place que M. de SoUe devait 
occuper. Sept nouveaux chanoines avaient 6t6 nomm6s 
depuis 1757, la plupart sans doute plus ag6s que lui, et 
qui, 6tant prMres ou du moins dans les ordres sacr6s, 
avaient dCi avant lui entrer en possession de leur cano- 
nicat et remplir leurs fonctions. lis croyaient avoir la 
pr6s6ance sur le nouveau venu. II parait que Fautorit^ 
comp6tente en jugea autrement; M. de Solle prit rang 
suivant la date de sa promotion, et occupa en arrivant la 
treizifeme des vingt stalles r6serv6es aux chanoines de 
Sainte-Marie. 

En 1776, M. d'Apchon, successeur de M. de Montillet, 



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— 407 — 

le nommait vice-g6rant de rofflcialit6. Nous avons cherch6 
inutilement dans les ann6es suivantes quelques traits 
relatifs ^ M. le chanoine de Solle; son nom ne se rattache 
pour nous k aucun fait qui m6rite d'etre not6. II donnait 
a cette 6poque tous ses soins a r6ducation de son cher 
neveu Augustin, dontil ne cessa de surveiller les etudes*; 
il faut convenir que ce labour ne futpas s|;6rile et qu'un 
tel 616ve fait grand honneur a son maitre. 

II s'adonna avec z61e aux travaux du saint minist^re, et 
il fut avantageusement connu comme pr6dicateur. Dans 
les pr61iminaires dont il fait pr6c6der le livre de raison 
de maitre Jean de Solle, son aleul, M. de Carsalade nous 
apprend qu'on a conserve du pieux chanoine un recueil de 
sermons assez estim6s. Cost peut-6tre par suite de ses 
predications que sa reputation avait frauchi les limites 
de ce diocese. Nous tenons du cardinal Billiet que son 
pr6d6cesseur avait 6t6 vicaire-g6n6ral des deux derniers 
6v6ques de Lombez, L6on de Salignac de la Mothe- 
F6nelon * et Alexandre-Henri de Chauvigny de Blot •. 

II 6tait un des membres les plus estim6s du chapitre. 
Aussi fut-il choisi par ses confreres pour aller h Paris 
suivre un proc6s important que les chanoines avaient 
port6 en appel au conseil du roi *. Ce proems venait d'etre 
jug6 en faveur du chapitre, gr^ce sans doute k Tintelli- 
gence de son mandataire, lorsque la revolution 6clata. A 
Texempie de son archevfeque, M. de la Tour du Pin- 
Montauban, et de la majorite de ses confreres, M. de 
Solle ne voulait pr6ter aucun des serments exig6s des 
ecciesiastiques acette fatale 6poque. II se retira dans les 
Pays-Bas, et il y v6cut dans les plus p6nibles privations 
jusqu'a ce que Forage fut apais6. 

(1) Le r6Ie de Toncle qui eut line si heureuse influence sur la vie du g^n^ral 
esl menlionnd par tons les biographes. 

(2) UecMiS k Bagneres-<le-Bigorie en 1787. 

(3) D^cM6 h Londres en 1805. 

(4) Nous n'avons pas pu d^couvrir quel 6tait Tobjet de oe proems. 



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— 408 — 

n 

Rentr6 en France au moment du concordat, par la 
protection peut-6tre de son neveu, qui 6tait alors g6n6ral 
de division, membre du Conseil d'Etat et gouverneur du 
ch&teau de Versailles, Tancien chanoine d' Auch fut nomm6 
6v6que * de Digne, le 20 avril 1802. Sa premiere pens6e 
en apprenant cette nomination, qu'il n'avait ni brigu6e 
ni d6sir6e, fut d'y r6pondre par un refus. II ne Taccepta 
qu'k lapri^re de quelques amis, principalement M. Emery, 
son ancien directeur de Saint-Sulpice, qui lui en firent 
un devoir de conscience. Pr6conis6 le 6 mai 1802, il fut 
sacr6 k Paris le 11 juillet suivant, dans T^glise des Car- 
mes, encore rougie, pour ainsi dire, du sang des martyrs 
qui, dix ans auparavant, le 2 septembre 1792, y avaient 
6t6 6gorg6s en haine de la foi. Huit jours aprfes, dans 
cette m6me6glise des Carmes, 6tait sacr6 a son tour, avec 
plusieurs autres 6v6ques, Jean Jacoupy, 6v6que d'Agen, 
appel6 k gouverner aussi T^glise d'Auch dontle siege 
6tait supprim6, et le nouvel 6v6que de Digne, en sa qua- 
lit6 d'Auscitain sans doute, fut Tun de ses pr61ats assis- 
tants. Mgr Xavier de Maynard de Pancemont, 6v6que de 
Vannes, ancien cur6 de Saint-Sulpice, 6tait le cons6cra- 
teur. L'autre pr61at assistant 6tait Mgr de Colonne d'ls- 
tria, 6v6que de Vicence. 

Le nouvel 6v6que de Digne justifia son 616vation par le 
zfele, la douceur et la prudence qu'il montra dans Tadmi- 
nistration de son diocese. L'6v6ch6 de Digne comprenait 
alors, outre les paroisses qui le composaient autrefois, les 
circonscriptions de six anciens dioceses : rarchevSchfe 

(1) Nous constatons avec regret que M. de Solle est — si Ton neglige Mgr de 
MorlhoD, 6v6que du Puy, Stranger k notre pays par sa naissance — le denuer 
^v^que donn6 k TEglise par le chapitre d'Auch, qui fut de tout temps compost 
d'hommes ^minents. Nous faisous des vobux pour que le siMe ne finisse pas 
sans qu'on viejiae de nouyeau chercher des ^y^ques daAs ses rangs. 



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— 409 — 

d'Embrun, les 6v6ch6s de Gap, de Sisteron et de Senez, 
en entier; r6vfech6 de Glandfeves* en grande partie, — 
r6v6ch6 de Riez, a Texception de la partie du midi, situ6e 
au-delSt du Verdon, — enfin plusieurs poroisses des an- 
ciens dioceses d'Aix et Apt. Aussi peut-on dire que Mgr 
de SoUe eut k porter tout le fardeau que partageaient 
avant la r6volution six 6v6ques et un archevfeque. Mgr 
de Leyssin, archevfeque d'Embrun, Mgr de Ville-Dieu, 
6v6que de Digne, et Mgr Hachette des Portes, 6v6que de 
Glandfeves, 6taientmorts avant le concordat. Mgr Ruffo de 
Bonneval, 6v6que de Senez, n'avaitpas h6sit6, sur la de- 
mandedu Souverain-Pontife, k donner sa d6mission.Mgr 
de Clugny, 6v6que de Riez, Mgr de la Broue de Vareilles, 
6v6que de Gap, et Mgr de Bovet, 6v6que de Sisteron, 
avaient refus6 leurs d6missions et compt^rent quelque 
temps parmi les anticoncordataires. 

Les qualit6s maitresses dont il fit preuve dans Torga- 
nisation de ce vaste dioc6se le d6sign6rent bientdt pour 
un plus vaste encore. Le 25 Janvier 1805, r6v6que de 
Digne 6tait transf6r6 a Chamb6ry, le seul de tons les 
sieges de Savoiequi fOt relev6. Ne coihptait-on pas aussi 
sur le patriotisme 6clair6 de Mgr de SoUe pour faire 
aimer la France de cet int6ressant pays qui lui appartenait 
depuis peu de temps et qui devait lui 6chapper de nouveau ? 
Son pr6d6cesseur, Mgr Ren6 des Moustiers de M6rinville, 
pr6t k succomber k la t&che, avait donn6 sa demission. 

Le nouvel 6v6que de Chamb6ry eut la bonne fortune de 
trouver dans son diocese une admirable reunion de pr6- 
tres tremp6s comme lui au feu de la persecution et qui 
unissaient la science k la pi6t6 : les Bigez, les de ThioUaz, 
les Rey, les Andr6 de Maistre, les de La Palme, les 
Martinet, etc. 

(1) L'^v^ue de Glandeves, depuis la destrucUoQ de sa ville i^piscopale, r4si- 
^% k EDtrevaux, 



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— 410 — 

M. Bigex, vicaire-g6n6ral jusqu'en 1817, jfut nomm6i 
cette 6poque a r6v6ch6 d'Aire, en m6ine temps que son 
collogue, M. de Thiollaz, 6tait nomm6 k r6v6ch6 de Cas- 
tres. Mais, outre que ces deux si6ges ne furent pas alors 
r6tablis comme on Tavait esp6r6, le roi de Sardaigne 
Victor-Emmanuel I, qui venait de reprendre possession 
de la Savoie, jaloux de conserver dans son royaumedes 
hommes d'un tel m6rite, retint ses deux sujets et nomma 
M. Bigex a r6v6ch6 de Pignerol, d'oO il fut transf6r6 a 
rarchev6ch6 de Chamb6ry aprfes la demission de Mgr de 
SoUe en 18^. II y mourut le 19 f6vrier 1827. M. de 
Thiollaz, nomm6 6v6que d'Annecy en 1832, mourut dans 
cette ville le 14 mars 1832. 

M. Rey, qui s'est fait une place honorable parmi les 
orateurssacr6s du commencement de ce sifecle, fut 6v6que 
de Pignerol en 1824. Transf6r6 a Annecy en 1832, il y 
mourut le 31 Janvier 1842. 

M. Andr6 de Maistre, fr6re de Tillustre comte Joseph 
de Maistre, mourut a Turin le 18 juillet 1818 6v6que 
nomm6 d'Aoste. 

M. Aubriot de La Palme fut nomm6 6v6que d'Aoste 
apr6s Mgr de Maistre, et mourut a Chamb6ry le 7 f6vrier 
1826. 

M. Martinet, nomm6 6veque de Tarentaise en 1825, 
revint occuper rarchev6ch6 de Chamb6ry en 1828, apres 
la mort de Mgr Bigez. 

Tons ces hommes 6minents firent partie de Tadminis- 
tration de Mgr de SoUe, et Chamb6ry fut a cette 6poque 
comme une p6piniere d'6veques. Et nous n'avons pas 
encore parl6 des Billiet, des Charvaz, des Turinaz, des 
Vibert et autres qui, sortis du mfeme dioc6se et de la 
m6me 6cole, vinrent eux aussi peu de temps apr6s pren- 
dre un rang distingu6 dans T^piseopat. Nous connaissons 
(i6ja celui qui fut plus tard Tillustre cardinal Billiet. 



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^ 411 — 

M. Charvaz, ancien pr6cepteur du roi Victor-Emmanuel, 
est mort archev6que de G6nes. M. Turinaz, oncle de Mgr 
r6v6que actuel de Nancy, fut 6v6que de Tarentaise. 
M.Vibert est mort 6v6que de Saint- Jean de Maurienne. 

L'ancien archev6ch6 de Tarentaise, les anciens 6v6ch6s 
de Geneve (Annecy) et de Saint-Jean de Maurienne, qui 
jfurent relev68 plus tard, 6taient alors compris dans celui 
de Chamb6ry. Le dernier archev6que de Tarentaise, a la 
fin du XVIII* si6cle, fut Mgr de Montfalcon du Cengle. 
Ce si6ge n'a 6t6 r6tabli qne comme 6v6ch6, et la resi- 
dence de r6v6que est a Moutiers. Le dernier 6v6que de 
Geneve, avec residence k Annecy, fut Mgr Paget. Depuis 
1822, Annecy a un titre Episcopal. Le dernier 6vfeque de 
Saint-Jean de Maurienne, dont le si^ge fut aussi relev6 
parlesrois de Sardaigne, avait 6t6Mgr de Brichauteau. 

Dfes son arriv6e k Chamb6ry, Mgr de Solle commen?a 
la visite de cet immense diocfese. II 6tait accompagn6 de 
M. Bigex, son grand vicaire, et de M. Rey, son secre- 
taire. M. Bigex 6tait d'une haute stature, et sa voix avait 
une ampleur extraordinaire. C'6tait lui habituellement 
qui portait la parole, et ses discours pleins de force et 
d'onction faisaient la plus vive impression sur les audi- 
teurs. Chez M. Rey, aux sentiments d'une tendre piet6 
s'ajoutait un esprit fin et aimable. Sous le titre de Let- 
tres aun ami, il alivr6 au public de charmantes relations 
de ces tourn6es pastorales faites a travers les montagnes 
de la Savoie, encore embaum6es des souvenirs de saint 
Francois de Salles, et dans la compagnie d'un 6v6que 
qui semblait le faire revivre. 

Pendant dix-neuf ans, le pieux 6v6que s'occupa sans 
relftche des moyens de faire refleurir la religion, de r6ta- 
blir la discipline, de multiplier les maisons d'6ducation 
chr6tienne. Douze petits s6minaires furent 6tablis sous 
son administration; on en trouvait dans toutesles r6gion§ 



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— 412 -- 

de cette religieuse contr6e, et on en vit sortir des 16gions 
de bons pr^tres. Mgr de SoUe s'applaudissait d'en avoir 
ordonn6 quatre cent cinquante pour son seul diocese. 

Frfere de deux religieuses, il favorisait de tout son pou- 
voir les fondations de cou vents. On vit s'61ever k Cham- 
b6ry un monastfere de la Visitation, une maison des 
Sceurs de Saint -Joseph, dont la congregation s'estpro- 
pag6e dans plusieurs dioceses et jusque dans les missions 
du Danemarket de laNorw6ge^ un couvent de Capucins, 
un 6tablissement de Freres des Ecoles chr6tiennes, une 
maison de Dames du Sacr6-Coeur de J6sus. 

Mais ce qui causa au bon 6v6que le plus de consolations 
fut la fondation d'un college de J6suites. II les avait vus 
k Auch, il avait 6t6 leur 616ve k Toulouse; et plein d'ad- 
miration pour leurs lumi^res et leurs vertus, on Tavait 
souvent entendu dire qu'il n'aurait plus rien k d6sirer sll 
lui 6tait donn6 de voir les J6suites k Chamb6ry, Ses 
voeux furent combl6s; d6s Tann^e 1823, aussitdt que le 
Souverain Pontife Pie VII eut permis k la Compagnie de 
J6sus de se reconstituer, r6v6que de Chamb6ry fut des 
premiers k leur tendre les bras et a leur ouvrir les portes 
de sondioc6se*. 

II avait puis6 k leur 6cole un profond attachement au 
Saint-Si6ge, qui se montra avec 6clat au pr6tendu concile 
de 1811. 

C'est lui qui, au milieu de cette assembl6e d'6v6ques, 
dans un'61an d'amour pour le Souverain Pontife alors 
prisonnier k Savone, interrompant tout k coup un flot 



(1) Les renseigDements qui pr6c6dent ou qui suivent sur les actes de T^pis- 
copat de Mgr de Solle, l*6tat de son diocese, les bommes qui flrent partie de son 
administraiion, sout tires en grande partie du Personnel orcUsiastigtic du 
dlocdse de Chambiry de 1802 d 1893, public & Cbambdry (imprimerie Savoi- 
sienne, 1893), par M. L. Morand, de TAcad^mie de Savoie, cbevalier des saints 
Maurice et Lazare. Dans ce livre une courte notice est oonsacr^e k Mgr de Solle, 
et on rend bommage k cette grande m6moire; mais nous avons eu le regret de 
n'y trouver que fort pen de details particuliers sur lapersonne de ce pieuxpr^t. 



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- 413 — 

de discussions qui lui paraissaient bien st6riles, s'6cria 
avec Amotion : « Pour moi, Messeigneurs, je ne vois 
qu'une chose k faire, la seule qui k cette heure me pa- 
raisse digne de T^piscopat, c'est de nous rendre tous k 
Saint-Cloud et de nous jeter aux pieds de TEmpereur pour 
r6clamer avant tout la liberty de Notre Saint-P6re le 
Pape. )) Que n'a-t-on vu se produire cette magnifique 
protestation centre la violence et Tinjustice que voulait 
notre magnanime Pr61at ! N'aurait-elle pas d6sarm6 le 
despote? Malheureusement cette proposition, qui fait tant 
d'honneur k r6v6que de Chamb6ry, appuy6e seulement 
par deux ou trois de ses collfegues, fut rejet6e par le pre- 
sident lui-mfeme, le cardinal Fesch, qui craignait d'irriter 
Bonaparte par une manifestation si 6clatante. On r6pon- 
dit qu'il valait mieux s'abstenir de toute reclamation 
publique, qu'on r6ussirait plus stirement en agissant en 
secret et en attendant un moment plus favorable; et ces 
timides calculs d'une prudence humaine Temporterent 
sur des considerations plus dignes peut-etre d'une assem- 
bl6e d'evfiques. 

En novembre 1814, r6v6que de Chamb6ry fut nomm6 
par le roi de France membre d'une commission charg6e 
des affaires eccl6siastiques pour arriver au nouveau 
Concordat. Par ordonnance du 17 f6vrier 1815, il fut 
nomm6 conseiller de Finstruction publique. Mais les eve- 
nements des Cent-Jours empecherent Fexecution de cette 
ordonnance. Peu aprfes, la Savoie fut detachee de France 
et replacee sous le sceptre des rois de Sardaigne. L'eve- 
que de Chambery se vit sans doute avec peine gepare de 
sa patrie d'origine; mais k Tencontre de ses sentiments 
humains, ev6que avant tout, il trouva la rfegle de sa 
conduite dans rentier accomplissement de ses devoirs, et 
il voua k la Maison de Savoie, dont il devenait le sujet, 
la plus sincere obeissance. 



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— 414 — 

Une buUe du 17 juillet 18176rigea Chamb6ry en m^tro- 
pole. Devenu archeveque, Mgr de SoUe continua de gou- 
verner son diocese et de s'y faire ch6rir par les plus aima- 
bles vertus. On voit bien qu'il avait s6rieusement pris 
pour module le grand saint Savoyard, le saint 6v6que de 
Geneve, patron de son 6glise m6tropolitaine. 

Mgr de SoUe f ut le contemporain du comte Joseph de 
et r6v6que de son diocese natal. Sans doute le grand 
homme 6tait alors loin de sa patrie : il fut jusqu'en 1817, 
a Saint-P6tersbourg, ministre pl6nipotentiaire de S. M. 
le roi de Sardaigne. Mais lui, qui aimait tant la Savoie 
(( quil aurait pr6f6r6 k tons ses titres un bon petit manage 
allobroge, tel qu'il se I'imaginait », se tenait certainement 
au courant des affaires de son pays; sa famille continuait 
d'habiter Chamb^ry; son frere Andr6, avant sa promo- 
tion a r6v6ch6 d'Aoste, y 6tait doyen du chapitre. Lors- 
qu'il revint de Russie en 1817, ayant 6t6 nomm6 chef de 
la grande chancellerie du royaume avec le titre de minis- 
tre d'Etat, il fut oblige de se fixer a Turin, et <( les Alpes 
le s6par6rent encore du bonheur »; mais ses relations avec 
la Savoie 6taient fr^quentes, et il nous a paru int^res- 
sant, dans une 6tude sur Mgr de SoUe, de rechercher si 
ces deux hommes s'6taient connus et quel jugement le 
gfand 6crivain portait de notre 6v6que. 

Un des vicaires-g6n6raux de Mgr de SoUe avait avec 
le cbmte de Maistre et sa famille les rapports les plus 
intimes. Quand parut le livre DuPape, le futur 6vfeque 
d'Annecy adressa a Tauteur, a la date du 5 f6vrier 1820, 
une lettre oil 6clate son admiration. En disant qu'autour 
de lui tout le monde ne partage pas son enthousiasme 
pour ce livre, fait-il allusion a son archev6que ou sim- 
plement aux autres vicaires g6n6raux, MM. de ThioUaz 
et Billiet? Dans sa r6ponse du 9 f6vrier, le comte de 
Maistre dit a M. Rey : « Soutenez-moi de toutes vos 



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— 415 — 
forces, mon cher abb6, car il faut que j'aie au moins un 
grand vicairepour moi. » II peut biensefaire que le pieux 
archevfeque, 61ev6 dans les doctrines gallicanes, et a qui 
une vie tout apostolique n'avait pas permis de consacrer 
beaucoup de temps a de nouvelles 6tudes, n'ait pas accepts 
tout d'abord les id6es hardies du vaillant champion de la 
papaut6, et que celui-ci lui ait fait comme a d'autres 
quelquepeu Teffetd'un esprit excessif et paradoxal. Quoi 
qu'il en soit des opinions du pr61at k cet 6gard, un mot 
flatteur^son adresse, que nous tirons de cette m6me lettre 
du 9 f6vrier 1820, semble bien indiquer que Mgr de Solle 
n'en poss6dait pas moins Testime du grand philosophe. 
(( Quant a la lettre imprim6e de votre excellent arche- 
v6que que vous m'avez envoy^e, ajoute le comte de 
Maistre 6crivant a M. Rey, c'est un chef-d'oeuvre de 
bont6, d'attachement et de douleur 6touff6e. » Ces mots 
nous font regretter de n'avoir pu d6couvrir quel est le 
sujet de cette lettre episcopale. Nous ne croyons pas qu'il 
soit question une autre fois de I'archev^que de Chamb^ry 
dans toute la correspondance connue du comte Joseph de 
Maistre. 

Au z61e et a la charit6 d'un 6v6que, Mgr de Solle joi- 
gnait une finesse d esprit, une d61icatesse de sentiments, 
une bont6 de coeur qui Tavaient rendu extr^mement 
populaire. Aussi les regrets furent universels lorsque, 
ses inflrmit6s augmentant et sa vue faiblissant tons les 
jours davantage, il crut devoir donner la demission de 
son si6ge. EUe fut accept6e par le Saint-P6re le 11 no- 
vembre 1823; il partit aussit6t pour Paris se jeter dans 
les bras de son neveu, Ieg6n6ral marquis de Solle, devenu 
pair de France, ne songeant plus, disait-il, qu'^ se pre- 
parer a mourir. 

Aussitdt apr6s le depart du v6n6r6 pr6lat, d6s le 26 
novembre 1823, les vicaires capitulaires de Chamb6ry, 



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- 416 -- 

MM. Rey, Billietet Martinet, traduisaient dans une lettre 
au clerg6 les sentiments de tout le diocese k r6gard de 
leur ancien 6v6que : 

Dix-neuf ans d'une administration douce et patemelle avaient 
accoutum^ le clerg6 de Savoie k vivre sous la direction de son ^v^ue 
comme une nombreuse famille sous un chef v^n^r^. Sa bont^ adoo- 
cissait toutes les peines attacbees k noire ^tat, et les nombreuses 
inquietudes d'un minist^re aussi difficile que celui des pasteurs dispa- 
raissaient quand on les avait vers^es dans son sein. Son coeur aimait k 
encourager, a consoler les n6lres, et'savait rendre faciles les plus dou- 
loureux sacrifices. La s^v^rit^ des r^les eccl6siastiques qui regissent 
ce diocese 6tait si sagement temp4r6e par ses tendres invitations ou par 
sa touchante indulgence, que rien ne coutait pour lui plaire, et que 
Ton pourrait dire que, sous son gouvernement, la foi-ce de notre disci- 
pline 6tait lout entifere dans notre amour. 

Le roi Charles-F61ix lui avait envoy6 avec ses regrets 
la grand'croix de Tordre des Saints Maurice et Lazare. 
Le roi Louis XVIII, le consid6rant toujours comme 6v6que 
frangais, Tavait nomm6 chanoine de premier ordre du 
chapitre de Saint-Denis. 

Parmi ses collogues de cet illustre corps, Tancien ar- 
chev6quede Chamb6ry retrouvason compatriote, Tancien 
6v6que de Meaux. II est k remarquer que ces deux pr6- 
lats, sortis du m6me diocese, et si ressemblants par le 
caract^re et une extreme bont6 de coeur, eurent aussi une 
carri^re assez pareille. Mgr de SoUe jfut 61ev6 k T^pis- 
copat trois ans avant Mgr de Faudoas, et il occupait le 
si6ge de Digne tandis que son confrere n'6tait encore que 
cur6 de Pessan. Mais en Janvier 1805, par deux d6crets 
dat6s de la m6me semaine, ils furent nomm6s Tun k 
Chamb6ry et Tautre k Meaux. Ils se d6mirent 6galement, 
Tun en 1819 et Tautre en 1823, et k cause des m6mes 
infirmit6s : ils 6taient Tun et Tautre devenus aveugles, 
Apr6s s'6tre retrouv6s dans leur retraite r6unis au cha- 
pitre de Saint-Denis, ils moururent tons les deux k 



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— 417 — 

Paris dans la mfeme ann6e; Mgr de Faudoas, quoique 
plus jeune de six ans, mourut le premier le 3 avril 1824 
k rage de 74 ans, et Mgr de Solle le 30 d6cembre suivant 
k rage de 80 ans. 

La nouvelle de la mort de Mgr de Solle eut un dou- 
loureux retentissement dans le coeur de ses anciens dio- 
c6sains et de tons ceux qui avaient pu le connaitre et Tap- 
pr6cier. Le journal des D4bats lui consacra k la date du 
3 Janvier 1825 un article fort 61ogieux, que nous nous 
permettrons de citer en finissant. 

Mgr Farchev^ue de Ghamb^ry vient de terminer sa longue et sainte 
carri6re. Sa mort enl^ve un module k I'Eglise, unappui auxmalheureux, 
un tendre ami k toute une famille en pleurs. Jamais homme ne ful 
plus digne d'etre aim^; jamais homme ne le fut peut-6tre davantage. 
Aux vertus d'un ap6tre il joignait la dignity d'un 6v6que et cette aima* 
ble familiarity qui sait rapprocher les distances sans les confondre. 

Ghikn de tout son diocese (1), il fut oblig6 dele quitter aprfes avoir 6t< 
frapp4 de la plus triste infirmity. II avait tout perdu en perdant les 
yeux : son caractfere aimable et si expansif devint rfiveur; il ne pouvait 
plus sans t^oins se rendre dans les taudis des malheureux; e'en dtail 
assez pour d6soler son coeur. 

Dans rimpossibilit^ de continuer ses fonctions, il vintk Paris, ou il 
a trouv6 comme partout de nombreux amis; il y fut attir6 surtout par 
un coeur dans lequel il aimait k ^pancher le sien, celui de son neveu, 
M. le marquis Augustin de Solle. C'est dans ses bras que s'est ^teint 
le saint archev^ue au milieu de son honorable famille qui le pleure 
conmie un p6re. 

L'Abb6 Paul GABENT. 



(1) Du vivant m6|iie de Mgr de Solle, voici oomment il ^tait caract^ris^ dans 
un recueU biograptaique justement estim6 : « Ce pr^lat respectable s'est aUir6 
ramour de ses dioo^sains par sa bienfaisance et par I'am^nit^ de son caract^re* » 
(JBiogr, des hommes oioants, Paris, Mioband, 1817, t. u. p. 390.) 



Tome XXXV- 27 



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LES SEIGNEURS DE FIMARCON 



DB LA 



MAI80N DE LOMAGNE {Suite) (•) 



V. — Jean i (1337-1365) 

Devenu seigneur de Fimarcon par la mort de son pSre, 
Jean* de Lomagne, encore en bas kge, fut mis sous la 
tutelle de sa m6re Alemanne de Cazenove, qui parait 
avoir 6t6 une femme du plus grand m6rite. EUe sut se 
rendre favorables le roi de France et ses agents, et 
d'abord Jean roi de Bohfeme et lieutenant du roi dans la 
province de Guyenne, qui intervint en favour de la m6re 
et du fils centre les empi^tements du bayle royal. Les 
seigneurs de Fimarcon poss6daient depuis longtemps le 
droit de haute justice dans La Romieu en par6age avec 
la couronne. Othon de Lomagne jouissait de ce droit 
d6s Tannic 1278 et ses successeurs en jouirent comme lui; 
Alemanne de Cazenove elle-mfeme mentionne ce droit 
dans rinventaire des biens laiss^s par Bernard de Fimar- 
con, qu'elle fit dresser dans le cours de juillet 1338. Par 
cette mention elle voulut surtout assurer Tavenir centre 
les pretentions des officiers royaux. Cette ann6e m6me, 
en effet, le bayle du roi contesta k Jean de Lomagne son 
droit de haute justice en La Romieu; mais Jean de 
Bohfeme, averti par Alemanne de Cazenove, manda, par 
lettres patentes du 15 Janvier et 14 f6vrier 1338, 

Au s^D^al d'Agenais et de Gascogne, de ftdre que le bayle du roi 
qui voulait s'ing^nier de faire tout seul la justice criminelle de La 
Romieu, n'emp^he plus dor^navant Jebau de Lomagne^ sieur de 
Fimarcon, en la dite instance criminelle laquelle lui appartient par 

(•) Voir la liyraison de juin 1894, page 290. 



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— 419 — 

par^age avec le roy; de faire en sorte que les prisons sdent communes 
et que les requites et informations et causes criminelles ne se fassent 
point par le bayle du roi sans appeler le bayle dudit de Lomaigne 
sieur de Fieumarcon suivant la forme du par6age (1). 

C'est la premifere fois que nous trouvons une mention 
de ce par6age, dont la date nous est inconnue. . 

Quelques ann6es plus tard (novembre 1345), Jean, fils 
ain6 du roi de France, due de Normandie et lieutenant 
pour le roi dans la province de Guyenne, donnait an 
seigneur de Fimarcon la moiti6 de la justice haute dans 
La Romieu qui appartenait k la couronne. II motivait 
cette donation par les services que rendit au royaume de 
France Bernard Trencal6on, p6re de Jean de Lomagne, 
lorsqull eut quitt6 la cause de TAngleterre; il y mettait 
pour condition que Jean, suivant les exemples de son 
p6re, gouvernerait paternellement La Romieu et d6fen- 
drait cette ville centre les ennemis de la France et du roi *. 

Cependant Alemanne, pour assurer k son fils, qui allait 
devenir majeur, un pouvoir solide et un gouvernement 
prospdre, le mettait de plus en plus sous la protection du 
roi de France par un nouvel hommage de ses terres, et 
recevait comme privilege de ce prince Tassurance que 
les causes de la seigneurie de Fimarcon ressortiraient au 
86n6chal d'Agen (juin 1347). D6s Tannic mfeme de lamort 
de son p6re, Jean de Lomagne avait une premiere fois 
re^u cette favour de Philippe de Valois. Mais peut-6tre 
lesofficiers de la couronne dans le Condomois entenaient* 
ils pen de compte. En tout cas, si Ton songe aux querelles 
nombreuses que nous avons d6ja vu surgir entre les 
seigneurs de Fimarcon et les offlciers du roi dans le 

(1) Inventaire des archives de La Garde, 31 V, 35 V. 

(2) Idem. 33 C, 33 P. — Dans un acte du 21 d^cembre 1354 mentionn^ par le 
m6me inventaire, Jean de Lomagne declare que si les habitaoto de La Romieu 
lui ont foumi les choses n^cessaires k sa nourriture et ^ celle des gens de sa 
suite, ce n'a ^t^ que par amour et non par obligation. 



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— 430 — 

Condomois faisant presque toujours cause commune avec 
les consuls de Condom, on con?oit qu'Alemanne et son 
fils aient regard6 comme une v6ritable faveur de ressortir 
au s6n6chald'Agen. En m6me temps, Alemanne de Caze- 
nove se faisait pr6ter au nom de son fils un nouveau ser- 
ment de f oi et hommage par les vassaux de ce dernier. 

Jean de Lomagne nous apparait aim^ de ses sujets 
et surtout fidMe k son suzerain. AinsiJe voyons-nous, 
le4 septembre 1359, former une ligue avec Jean d'Arma- 
gnac, comte de Fezensaguet et de Bruilhois, Arnaud- 
Guilhem, comte de Pardiac, et Jean de la Riviere, seigneur 
d'Aure, pour combattre k rint6rieur et dans le voisinage 
les ennemis de la couronne. A cette 6poque, Jean II, roi 
de France, pris par le Prince Noir sur le champ de bataille 
de Poitiers, 6tait captif k Londres; la France 6tait d6sol6e 
par Tambition du roi de Navarre Charles le Mauvais et 
par ses luttes centre le Dauphin; dans les provinces^ les 
guerres de seigneur k seigneur et de chateau k ch&teau re- 
commengaient comme aux premiers temps de la f 6odalit6. 
On 6tait, en outre, en pleine jacquerie et la r6volte du peu- 
ple, jointe ^Tanarchie dans les rangs de la noblesse, place 
ces ann6es parmi les plus sombres de notre histoire. La 
ligue des quatre seigneurs gascons 6tait done de la plus 
grande utilit6. D6vou6s avant tout aux int6r6ts du roi de 
France et de Jean d'Armagnac, gouverneur du Langue- 
doc,ilsdevaientfaireconnaitre les clauses deleur alliance 
aux autres seigneurs qui voudraient en faire partie*. lis 
prirent leurs engagements la main droite sur T^vangile, 
et y ajout6rent celui de se pr6ter en toutes circonstances 
un mutuel secours. 

L'ann6e suivante (1360), Jean de Lomagne guerroyait 
dans le Languedoc et dans la Guyenne et la couronne de 
France lui payait cent 6cus par mois pour entretenir sa 

(1) Pfere Anselme, Hist des grands qfflciers de la couronne. 



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— 421 — 

compagnie, garder les possessions royales et faire la 
guerre aux ennemis de TEtat. Mais cette ann6e mfeme 
fut sign6 le funeste trait6 de Br6tigny qui livrait la moiti6 
de la France k Tentifere souverainet6 du roi d'Angleterre. 
Jean de Lomagne dut bien k regret d6poser les armes 
jusqu'au moment oii le comte d'Armagnac lui demanda 
secours (1362). 

La guerre venait d'6clater entre ce dernier et Gaston 
Ph6bus, comte de Foix, vicomtede B6arn. Presquetoute 
la noblesse de Gascogne, enr616e sous les drapeaux des 
deux partis, prit part a cette lutte. Les deux arm6es se 
rencontrferent k Launac le 5 d6cembre 1362. Le comte 
d'Armagnac avait pour lui le nombre; aussi Gaston se 
retrancha-t-il sur une Eminence et r6solut-il de se tenir 
sur la defensive. Armagnac aurait dfl se souvenir du sort 
du roi de France k la bataille de Poitiers; mais, comme 
ce monarque, il n'6couta que sa fougue et se pr6cipita 
centre les retranchements du comte de Foix. On com- 
battit longtemps de part et d'autre avec m6me valeur; 
mais enftn, la victoire se d6clara pour Gaston Ph6bus. 
Elle fut complete ^ Le comte d' Armagnac et neuf cents 
gentilshommes de son arm6e demeurferent prisonniers. 
Jean de Lomagne se trouva parmi les captifs. 

Gaston les fit conduire au chateau de Foix; mais quel- 
ques jours apr6s, il les rassembla dans la cour de ce 
chateau et leur dit quil voulait bien ne pas leur infliger 
les tortures de la prison et les traitor en v6ritables gen- 
tilshommes. II assigna pour s6jour pendant trois mois, 
aux uns la ville de Mazferes, aux autres celle de Pamiers, 
et leur permit de se promener dans les environs, mais it 
condition de venir toujours passer la nuit dans la place 
qui leur 6tait assignee pour residence. Les prisonniers 
s'engag6rent a ce qui leur 6tait demand6 sous peine de 

/(I) MoulezuB, tome lu, p. 360, 



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— 422 — 

payer des sommes considerables, et prirent pour caution 
les comtes d'Armagnac et de Comminges. 

Nous ne trouvons pas Jean de Lomagne parmi lesgen- 
tilshommes qui prirent ces engagements; peut-6tre avait-il 
d6j^ pay6 sa ran^on et recouvr6 sa liberty. Ses compa- 
gnons de captivit6 ne tardferent pas non plus a recevoir 
la leur. D'aprSs une ancienne chronique, toutes ces ran- 
?ons valurent au comte de Foix un million de livres tour- 
nois, quinze millions de notre monnaie \ 

Jean de Lomagne mourut en Turquie vers la fin de 
rann6e 1365. Par son testament fait cette mfeme ann6e 
k Casteluau des Loubferes, il d6signait pour sa sepulture 
r6glise d'Abrin, tombeau de sa famille. Nous ne «avons 
pas au juste ce qull en fut de sa dernifere volont6, mais 
11 est pen probable que Ton ait lais86 reposer les restes 
mortels du seigneur de Fimarcon dans une terre infidfele; 
on dut les ramener de cette region lointainealadernifere 
demeure qull leur avait lui-m6me choisie. 

Jean P*^ avait epous6 G6raude, flUe d'Arnaud-Guil- 
hem III de Monlezun, comte de Pardiac. De ce mariage 
naquirent i Odet, seigneur de Fimarcon, qui lui succ6da; 
Jean, seigneur de Montagnac; Jacques, seigneur de La 
Mothe et de Maul6on; Guillaume et G6raud, tons quatre 
morts sans po8t6rit6; Marguerite, marine a B6raut d'Al- 
bret, seigneur de Verteuil et de V6gres; Panthfere dont 
Talliance nous est inconnue. 

VI. — Odet (1365-1378) 

Au moment oH Odet de Lomagne devint seigneur de 
Fimarcon, le prince de Galles, moins heureux dans le 
gouvOTuement que le roi son p6re lui avait confi6 que sur 
les champs de bataille, s'6tait ali6n6 le plus grand nom- 
bre des seigneurs gascons. Odet fut au nombre des m6- 

(1) Monlezua, ui, p. 366, 367 et 368. — Olhagaray, Hist de Foia. 



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— 423 — 

contents qui all6rent trouver le roi de France et lui 
demandferent justice contrp les vexations du Prince Noir. 
Le droit f6odal semblait justifler cette d-marche, car le 
roi d'Angleterre, n'ayant pas ex6cut6 les clauses du traits 
de Br6tigny, demeurait par cela m6me vassal du roi de 
France pour ses possessions du sud-ouest. 

Charles V, fiddle h cette habile politique qui lui servit 
autant que la force des armes a chasser les Anglais de 
France, accueillit les plaignants avec favour, et, pour 
leur donner Toccasion de se venger du roi d'Angleterre 
et du Prince Noir., il les prit k son service. Mais avant 
de les faire marcher centre les troupes anglaises, Charles 
donna Tordre aux s6n6chaux du Languedoc de prot6ger 
leurs terres et leurs chateaux quil prenait sous sa royale 
sauvegarde ^ Les lettres du roi de France sent dat6esdu 
31octobrel368*. 

Odet, en cette occasion, n'avait accompagn6 les m6con- 
tents que pour fortijfier leurs plaintes de ses t6moignages; 
car, d6s rann6e pr6c6dente, il s*6tait mis k la soldo de 
Charles V. Par accord du 28 mai 1367, le roi de France 
s'engageait k lui payer la soldo de soixante hommes d*ar- 
mes pour servir en Guyenne centre les Anglais, et de plus 
six cents livres de rente jusqu'i la jBn de ses jours. 

Afin de parfaire cette somme, Odet regut en jouissance 
le p6age de Marmande, Thommage de Roquelaure et, en 
toute propri6t6 seigneuriale, la terre de Torrebren, dont 
le prince Louis, fils du roi de France, lui fit don lors- 
qu'elle fut conquise sur les Anglais (6 juillet 1370) •. Ce 
futi Paris, oti il 6tait all6 demander au tr6sor royal le 
paiement d'une somme de cinq cents livres, qu'Odet re^ut 
en don la terre de Torrebren. 



(1) Dom Vaiss6te, tome ix,p. 337. — Monlezun, tome m, p. 410. 

(2) Inventaire de Lagarde-Fimarcon, lettre K. 

(3) Inyentaire de Lagarde-Fimarcon, P. L. 



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— 424 — 

II continua jusqu'en 1372 de guerroyer contre les An- 
glais pour le compte du roi de France; mais en cette 
mfeme ann6e, comme Favait fait quelque temps aupara- 
vant son pfere Jean de Lomagne, Odet quitta momenta- 
n6ment le service du roi pour combattre pendant quatre 
ans le comte de Foix * dans Tarm^e du comte d'Arma- 
gnac. Apr6s une lutte m616e de succes et de revers, ces 
deux seigneurs pr61ud6rent en 1377 k leur complete 
reconciliation par une convention dont Odet de Lomagne 
fut Tun des t6moin. Les divers articles en furent jur6s 
sur la croix et sur les saints 6vangiles, du c6t6 du comte 
de Foix, par Gaston lui-m6me, par les comtes de Tlsle- 
Jourdain et d'Astarac, le vicomte de Castelbon^ le s6n6- 
chal de Gascogne, le s6n6chal des Landes, le sire de Mau- 
16on, messire Pierroton d'Ornezan et messire Jean de 
Lantac; et au nom du comte d'Armagnac et de la com- 
tesse de Comminges, par le seigneur de Fimarcon, le 
comte de Pardiac, le sire d'Albret, le seigneur de Lan- 
goyran, Bertrand de Fossat et quelques autres *. 

Ces preoccupations n'empfechaient pas Odet de Loma- 
gne de donner ses soins aux int6r6ts de ses possessions 
territoriales. Des contestations existaient depuis long- 
temps entre les seigneurs de Fimarcon et la communaut6 
de Condom au sujet de leur juridiction respective. D6s le 
principe, il paraissait convenu que la juridiction de 
Condom devait confronter du levant au ruisseau de FAu- 
vignon/du midi aux terres du Sempuy et k celles du 
comt6 d'Armagnac, du couchant a la riviere de I'Osse, et 
du nord aux terres du chateau et ville de Montcrabeau '. 
Le ruiss6au de TAuvignon 6tait done consid6r6 comme 
limite naturelle et legale entre les deux juridictions 



(1) Monlezun, tome iii, page 425. 

(2) Dom Vaiss^te, tome iv, preuves. — Monlezun, tome in, p. 451, 

(3) Archives municipales de Condom, FF, 29, 



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— 426 — 

en avant de Blaziert, de Castelnau et de Gazaupouy. 

N6anmoin8, les seigneurs de Fimarcon se crurent en 
droit, pendant deux cent cinquante ans environ, de s'at- 
tribuer des territoires en def a de cette limite et d'y exer- 
cer la justice. Un proc6s- verbal de placement de bornes 
et de martres * en diflf6rents endroits le long de T Auvi- 
gnon, dat6 de Tannfee 1279, nous r6vfele un empifetement 
de ce genre tent6 k cette 6poque par Othon II *. C'est sans 
doute pour pr6venir de nouvelles entreprises de sa part 
que dans le par6age de 1286, pass6 par Edouard P*", roi 
d'Angleterre et due de Guyenne, et rabb6 Auger d'Andi- 
ran*, ou d6signa comme limites de la juridiction de 
Condom celles qui avaient 6t6 marqu6es en 1227 et dans 
les mfemes termes qu'k cette 6poque. 

Mais le 14 aoftt 1340, Philippe, roi de France, ayant 
accord6 k Jean de Lomagne des lettres patentes touchant 
les limites des trois paroisses mentionn6es plus haut *, 
celui-ci, s'autorisant de ces lettres et de Fexemple de son 
aleul, entreprit k son tour sur le m6me territoire. Les 
consuls de Condom formulferent des plaintes k la suite 
desquelles les bornes des deux juridictions furent, en 
1358, remises k la place qu'on leur avait flx6e en 1279. 
On porta de nouveau a inhibition et d6fense » de faire 
de nouvelles tentatives*, et des panonceaux furent 6ta- 
blis de distance en distance •. 

Odet de Lomagne ne se crut pas oblig6 de les respecter; 
11 s'empara des lieux revendiqu6s par ses anc6tres au- 
delk de FAuvignon et y fit 61ever des fourches patibu- 

(1) Ces martres (mardelles ou margelles) pouvaient ^tre de petits murs ou 
parquets, construits de distance en distance et dont on pourrait retrouver encore 
quelques vestiges. 

(2) Inventaire de M« P^lauque, 595. 

(3) Archives municipales de Condom, livre cadenas, page 36. 

(4) Inventaire des archives de Lagarde, lett. 59 P. 

(5) Archives municipales de Condom, FF. 29. 

(6) Ces panonceaux ^taient des homes plant^es le long du ruisseau et portant 
les armes du roi, les armes de T^v^que de Condom et oelles de cette ville. 



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— 4*6 — 
li^eis ^ (11372), On ne Bait pas au juste quels 6taient ces 
)|qux, i^^is il est probable que Sainte^Germaine 6tait du 
Dombre^ at dans ce cas^ la pretention d'Odet paraissait 
jiwtifl6e par cette consideration que cette paroisse et les 
territoires environnants, La Courtade, Gensac et autres, 
^trait^nt^ pour le spirituel, dans la d^pendanoe de Castel- 
jaau, Quoi quil en Idt, le seigneur dp Fimarcon afflrmait 
par un acte hardi ses droits de haute justice sur tons ces 
lieux. A cette nouvelle, Condom fut en 6nioi. Le procu- 
feur g6n6ral du roi, les procureurs de r6v6que et des 
consuls firent entendre les plaintes les plus vivos. L'eflfet 
s'en fit attendre pendant quelque temps, et ce ne fut que 
Je?l juillet 1378 que des lettres 6manant de la chancel- 
lerie ordonnferent d'abattre les fourches patibulaires; elles 
renouvelferent en m6me temps les inhibitions et defenses 
des arrets precedents *. 

A cette epoque, Odet de Lomagne n'etait peut-etre 
pjus de ce monde; il avait fait son testament le 16 du 
plftme mois et dut mourir pen apres. Certains chroni- 
queurs, cependant, fixent la date de son deces k 1381. II 
avait epouse Catherine, fiUe unique de G6raud de Ven- 
tadour, seigneur de Douzenac et Boussac, qui lui donna 
quatre enfants : Jean, qui lui succeda, Geraud, Berard et 
Jeani^e. Tons les quatre etaient mineurs et furent mis 
sous la tutelle de Geraude de Monlezun, leur aieule, et 
de leur mere Catherine de Ventadour. 

(A suiore.) L'Abbe MAUQUlfi, 

Cur^ de Caiissens. 



(1) Arohives municipales de Condom, FF. 29. 

(2) Idem, ibid. 



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OBJETS ANTIQUES 

AVEC MARQUES DB FABRICANT 

INSCRIPTIONS OU AUTRES SIGNES 

TROUYES A LBCTOURE BN 1890, 1891 ET 1893 O 



260. — Fragment du fond d'une patfere qui avait 12 centimMres de 
diamfetre. Dans un rectangle incomplet k gauche, aux coins trfes l^fere- 
ment arrondis h droite : 

SCIPIV 

Lettres de 2 miU. 1/2, 

Lettres k extremity boulet^s; la premiere incomplMe de son quart inf6- 
rieur; le bas de la boacle du P ne touche pas & la haste. Yariante de la 
marque pr^cMente, signal^e k Agen. Le gentilice Scipius ^tant inoonno, 
M. A. Allmer a pens6 que peut-^tre 11 fallait entendre Scipio, avec V pour 
O. La mdme remarque pent s'appliquer k notre n* 83 : Lucriu pour Lucrio f 

251 . — Petit fragment de fond creux (..). Dans un rectangle incom- 
plet k droite et k gauche : 

8ECVND 

Lettres de 3 mill. /;P. 

Secundius)* — Les marques a ee nom, avec toutes sortes de variantey, 

6talent des plus repandues. Nous ne pouvons savoir si notre exemplaire 

6tait tel que nous le donnons, d'apr^s cequi reste et plusieurs exemples,ou 

^tait moins abr^6 ou complet au g6nitif; il y manque le quart i&i^rieurde 

. S, et la boucle du D. 

252. — La plus grande partie d'un bol k double courbe qui avait 
7 centimetres li2 de diamfetre. Dans un rectangle aux petits c6t6s en 
segment de cercle : 

SVRD 

Lettret de 2 mill. 

Surd(inus). — Variants des n" 120, 121, 122. Les lettres, qui ont subi 
un commencement d'usure intentionnelle ainsi que le rectangle, sont tr^ 
greles et plus espacees qu'i Tordinaire. 

* Voir lalivnison de juiUet-aotit 1884» page 355, 



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— 428 — 

258. — Grand fragment de bol i double courbe (..)• Dans un rec- 
tangle tendant k la forme eliiptique : 

VALER 

Letlres de 2 mill. 
Valer(ius). — Variante, signal^e k Bordeaux, du n* 126; VA, lite : le 
deuxl6me jambage de V forme le premier jamhage de A. 

254. — Fragment du fond d'une grande pat6re(..). Dans un rec- 
tangle aux petits c6t6s arrondis : 

VEREGV 

LetCres de 3 mill. 
Verecu(ndus), — Variante du n* 127; deji signalee b. Bordeaux et k 
Auch. Voyez la marque suivante. 

255. — Petit fragment de fond(..). Dans un rectangle aux petits 
c6t^s arrondis: 

VIRECV 

Lettres de 2 mill. 1/4 
Verccu{ndus)» — Variante de la marque precedente et du n' 127; deji 
signalee k Bordeaux. Pas plus quo dans cette ville, sans doute^ il n'y 
a trace ici de traverses k I. 

266. — Fragment de fond %ferement creux. Dans la partie de 
droite d'un rectangle aux coins arrondis : 

...AN 

Lettres de 3 mill. 1/2 
[Am]an(dus)f -^ II ne reste que la partie inf^rieure de la seoonde jambe 
de A; ^alit6 de hauteur et largeur k N. Si notre restitution est juste, 
rinitiale ne pouvait etre qu'en ligature dans le premier angle de M,d'aprte 
la sym^trie^ et cette variante des marques au nom d'Amandus est connue. 
Ce qui reste accuse des lettres de forme bien diffdrente de celles du fragment 
n* 134^ oty neanmoins, A ^tait pr6ced6 de M, sans doute^ d'aprtela largeur 
et I'obliquite dece qui reste du fond^ gauche, et c'^tait encore probaUement 
une autre variante des nombreuses marques au m^me nom. Voyez aussi 
notre n' 2. 

257 et 257 bis. — Petit fragment d'un fond de patfere. Dans ce 
qui reste d'un rectangle qui avait son grand cbx& sup^rieur en segment 
de cercle tr^s grand : 

....IVM 

Lettres de 3 mill. 
Caract6res de forme cursive et penchte; I a un filet au bas; sa partie 
superieure manquant, c'6tait peut-^tre un T, et la marque une r6plique du 



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— 4^ — 

n* 98. Un autre fragment de fond plat porte.M..MV, dans an veste de rec- 
tangle et 6tait probablement aussi Tune des marques au nom de Poatumus, 
si communes & Lectoure. 

258. — Petit fragment d'un fond de patfere. Dans ce qui reste d'un 
rectangle : « 

....VT 

Lettres de 2 mill. 2j3 

Le premier signe du fragment semble ^tre le reste d'un N penoh^; le T a 
sa haste contourn^ k droite, sur le bas. 

259. — Fragment d'un vase moyen, k fond conique, qui itait 
omement*. Dans ce qui reste d'un rectangle irr^gulier au petit cA\& de 
droite arrondi : 

....RVS 

Lettres grandisaant de 2 d 3 mill. 

[Seve]rti3f -^ Reste d'une variante assez probable du n* 117; il manque 
Men trois on quatre lettres, d'apr^s la place de ce qui reste. 

260. — Moiti6 d'un vase en fornae de jatte, de 7 centunfttres de 
diamfetre sur 2 centimetres de hauteur totale, ayant ext^rieurement k 
moiti6 hauteur une baguette torique au bas d'un revers ou rebord ver- 
tical. Cette forme, que Ton retrouve en grand sur la grosse poterie, 6tait 
trfes rare pour les vases fins. Dans ce qui reste d'un cartouche rectan- 
gulaire a queues d'aronde creuses : 

...VI 

Leltrea de 2 mill, tft 

n ne pent gu^re manquer que deux lettres k cette marque, d'apr6s la 
place de ce qui reste, et nous ne voyons pas quel nom elle pouvait donner 
ainsi. 

261. — Moiti^d'un petit fond plat. Dans la partie de droite d'un 
rectangle qui avait les petits c6t^ avec un demi cercle creux k moiti^ 
hauteur, la convexity vers Text^rieur : 

Lettres de 3 mill. 1i2 

.....fec(it), — Lettres de la plus belle forme; le point, qui est dans le C, 
est rond. II ne pouvait y avoir plus de trois lettres poar le nom du fabri- 
cant dans la marque complete, d*apr6s la sym^trie ordinaire. 

D'autres fragments, ne difl^rant pas d'une mani^re notable de oeux 
que nous avons d6j& vus, ont donn6 dpigraphiquement de nouveauz 
exempUdres au n- : 52, DONICATi (..) - 69, IVLVS - 74, LEPID — 



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— 4&0 — 

7B, LBPIDV(..) - 86, MALCIO - 98, POSTVM - 107, QVINTI (rttro- 
grade) — 110, SABI (..) - 118, seX. IV.PR - 426, VALERI - 

Les fragments avee marques an^pigraphes ont donnd des doables anx 
n" i43, uncoquillage (..), — 147, une rosace, — et encore one rosace nou- 
velle : 

262. — Moiti6 de fond creux : une fleur de sept pdtales sur une 
tige, ayant, le tout, 9 millimetres de diamfetre. 

Les fragments noureaux avec inscriptions faites k la pointe apr^ la 
cuisson, toujoiurs sur les m6mes vases fins, sont les suirants : 

268. — Fragment du fond et des parois d'un grand vase (..). En 
dehors sur la paroi et horizontalement : 



AY 



Lettres de 14 mill. 

Rien n'indique dans quel sens ont 6tS trac^ ces lettres : A non barr^ et 
V, sans doute; leur pied 6tait oppose k celoi du vase ou non. L'inscription 
est sClrement complete k gauche dans ce dernier cas. 

264. — Moiti6 d'un baquet qui avait 9 centimetres de diam&tre (..). 
En dessous, le has des lettres vers la baguette torique : 



ID 



Lettrei de 5 mill. 

La boucle du D ne rejoint pas tout k fait la haste par le bas, comme anx 
n" 112 et 164. L'inscription est probablement complete d'apr^s la largeor 
des marges, qui sont de 6 centimetres k gauche et de 1 centimetre k droite. 

265. — Fragment du fond et des parois d'un grand vase qui etait 
ornemente. A Text^rieur, s'etendant sur le cercle d'encadrement d'une 
flsur, la gorge s^parant les ornements d'avec le fond et une paiiie 
de ce fond : 



lY 



Lettres de IS milL 

Le bas des lettres est vers le pied du vase. Les marges ont 5 centimetres 
& gauche et 4 centimetres & droite. Nous ne crojons pas qu'il s'agissed'one 
indication numerale, on aurait ecrit IIII (?), et les grafltti k deux lettres 
seulement ne sont pas rares sur nos vases. 

20tf . ^ Fragment du fond d'un baquet qui avait de 5 & 6 6etitiffift^ 



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— 481 — 

tres *9 diamitre. En dessons, t3rao6 en cercle d'une main siJreet ferme 
avec une pointe assez fine : 

MAR 

Lettres de 8 milL en moyenne 

Ces lettres sont dispos6es comme aux trois sommets d'an triangle ^ui- 
lat^ral, leurs pieds vers le centre du triangle; les deux premieres sont hb 
pen incompletes par le haut. Nous ne voyons pas que I'lnscription doive 
se lire dans aucun cas si ce n'est en commehgant plnt6t par M que par A 
non par R. M. Allmep avait pens^ k la lecture AMoR en prenant pour un o 
le point central du cercle, mais ce point central n'est pas rond ici et il n'a 
pas 6te rectifi6 ni touchy par la pointe. MAR, signal^ k Douai mais non 
dispose comme ici. 

267. — Petit fragment du haut d'un grand vase qui fetait d6cor6 
sur son rebord de feuilles aquatiques — cordiformes allonges avec 
tiges — faites h la barbotine. Au revers pr^ et parallMement k ce qui 
reste du rebord : 



SoTE 



Lettres de 10 et 8 mill 

Sote[richus\y plut6t que Sote[r\, d'apr6s M. AUmer. Les lettres ont leur 
pied vers I'exterieur du vase et leur trace, avec une pointe assez fine, 
accuse une main peu exercee. Les vases decerns de feuilles cordiformes, sur 
leur rebord large et courbe dans le sens horizontal et k convexite sup^- 
rieure, etaient nombreux et tr^s beaux; ils n'etaient jamais marques k la 
place et a la maniere ordinaires; leurs dimensions allaient de 6 a 20 centi- 
metres de diametre environ; leur forme, pareille k celle des bols ordinaires, 
sauf le rebord, sur les plus petits de ces vases, allait en s'applatissant de 
plus en plus en proportion de la grandeur. 

268. —Fragment du fond et du pied d'une petite pat^. En dessons, 
entre le pied et Tangle forme par les parois : 



\>i\ 



Grandeur de V original 

Nous avons grave ce grafitto, qui est complet, en fac-simiie, et nous le 
presentons, crojons-nous, dans le sens oh il a ete trace : dans Tautre sens, 
le pied du vase aurait gdneia main, qui etait ferme et si^* On doit pedt- 
dtreMxiBPut. 



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— 432 — 

269. — Fragment d'un petit baquet. Ea dessous du fond, trac^avec 
une pointe trfes fine, prts de ia baguette torique : 



X 



Haut.f 10 mill. 

M. Allmer pense que ces X, si multiplies en grafitti, ^taient peut-^tte, 
oomme de nos jours, la signature des illettr^. En travers de la baguette 
torique de notre fragment est une autre marque en formedecoche faite aprds 
la cuisson, oomme par une lime en forme de lame de oouteau. Plusieurs 
autres de ces signes etaient disposes de m^me sur des vases pareils et sur 
la tranohe du pied de quelques-uns des autres qui avaient eu leurs asp6- 
ritito us^^ Gomme nous avons dit. Ces si^es se trouvent isol^, ou deux 
ensemble, ou en plus grand nombre, et notre n* 33 en a sept en deux grou- 
pes : mil et II. 

270. — Fragment d'un grand vase qui Stait ornement^. En des- 
sous, entre le pied et la ligne separative des ornements : 

.....LLIJN..,.. 

Lettres de IS mill, 

[Ju]llin[i[ ? — « Plut6t Paullini ou ApollinariSy » a not6 M. Allmer. 
Les deux premieres lettres de oe qui reste sent k traverses tombantes, nais- 
sant, safls y ^tre unies, en contrehaut du bas des hastes, ce qui est une forme 
commune sur les marques flgulines. Le haut des lettres 6tait vers le pied 
du vase. 

VASES A BOIRE 

Nous avons Ai]k mentionn^ ces vases vers la fin de notre pr&mbule 
de la poterie fine k couverte rouge lustrfe. Nous avons seulement 
oubli6 de dire qu'il y en avait de deux formes : celle dont nous avons 
parie est en hauteur avec fond de bol et parois verticales, et celle que 
nous avons omise en largeur avec fond moins sph6rique et les parois 
un peu renfL^s. Les petits pieds plats sans relief, les parois minces^ le 
rebord mince et vertical avec deux ou trois petits filets en gorge, itaient 
communs aux deux genres. Ces vases, sans pied k vrai dire, se tenaient 
dans le creux de la main par le bas, comme on peut le voir sur plu- 
sieurs monuments antiques. Nous ne savons pas que des marques 
aient ^ii encore signal^ sur ces vases, dont m6me on n'a peut-6tre 
jamais pari* depuis Pline {I. c). 

271. — Fragment de la partie supArieure d'un vase k boire, du 
deuxi&xie genre ci-dessus^ en terre et couverte rouges, et qui AtaitdfoorS 



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— 433 — 

de feuilles sur tiges trte longues et trfes contoum^ en rmceaux sem^ 
d'^toiles (..). En dehors, touchant presque ^ la demiire gorge du rebord 
et en relief, comme les omements : 

ALBI 

Lettres de 8 mill. 

La marque est bien compl^te^ les caraoteres rollers et assez beaux. La 
traverse de TA est oblique et forme un petit a avec la moiti^ inf^rieure du 
deuxi^me jambage de droite. ALBI, signal6 h Vaison. Voyez le n* 22. 

LAMPES EN TERRE CUITE 

Les sujets sur la cuvette des nouveaux fragments de lampes sont ou 
6taient, car aucun ne nous est arrive tout k fait entier : 

— Une femme assise, les bras nus, un vase k anse i la main gau- 
che, un vase k boire, de la forme de celui du num^ro pr6c6dent, i la 
main droite. 

— Une r^plique de la danseuse ou m^nade du Vase Borghfese, qui 
joue des crotales. 

— Un personnage aiW, v6tu d'une robe k plis nombreux, barbu (t), 
les cheveux hdrissfe ou bien avec un diad^me ou couronne radite, la 
face anguleuse; volant i gauche, soutenant d'une main, k la hauteur 
de sa t6te et en avant, une lourde et ^paisse draperie. 

— - Un chien de chasse courant (..). 

— Un lifevre en course (..). 

Le troisi^me sujet, si Strange au premier abord, est sans doute une 
personnification de Tun des Vents. Nous ne connaissons dans le m6me 
genre que les bas-reliefs de la cilfebre Tour-des- Vents k Athfenes. Sur 
d'autres representations des Vents, consistant en t^tesailfesaux oreilles 
pointues, k Nimes et en Belgique, voir la lumineuse dissertation de 
M. A. Alhner aux pages 755 et 756 du tome xv de la nouvelle Mition 
de VHisioire de Languedoc, 

Comme marques, nous n'avons qu'un nouvel exemplaire du n** 170, 
C*OPPLres (..), un autre exemplaire du n*' 181, X (..), et la marque 
an^pigraphe suivante : 

272. — Fragment du fond et des parois d'une lampe en terre fineet 
couverte jaune marbr^ de brun. En dessous, enreiief , au centre du fond : 



Grandeur de t original 

Nous ne savons pas comprendre oe que repr6sente ce signe que nous 
Tome XXXV. 28 



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— 454 — 

avons giavd potur oette raison; il pent ^tre^yifiag^ dans trois antres posi- 
tions que oelle que nous avons adopt6e k Taventure. Parmi les marques 
an^pigraphes on a signal^ celle d'un fer A cheocU sur des lampes trouv^es 
en Afrique. 

PYRAMIDES TRONQUfiES 

278. — Pyramide tronqutesur plan rectangulaire^ haute de 15 oen- 
timfetres et plus large et massive qu*& Tordinaire. Sur le plan sup6- 
rieur^ trao6 en creux avant la cuisson : 

Denx points rapprocb68 formant comme le fllet inf6rieur 
d'une grosse haste dn boat de laquelle part une oblique 
h droite plus fine et plus longrue. 

Hauteur totaled 50 mill, 

Ce signe est dans le sens de la longueur du rectangle du plan sup^rieur 
et en occupe les deux tiers environ. La haste a 6t6 tracte en lissantavec 
une baguette, la ligne oblique avec une pointe. 

274. — Moiti6 ini^rieure, fortement us6e et anondie, d'une pyra- 
mide tronqufe de grandeur moyenne qui 6tait sur plan carr6. Sur le 
plan inferieur, imprim^ en creux : 



Haut., 25 mill. 

Cette marque est k rapprocher de celle du n* 492^ comme nombre de 
points. Ces points ^talent ici triangulaires; les cinq du pourtour sont k demi 
effaces par I'usure. La pyramide a 6t6 cass6e au moment de la d^couverie 
et sa cassure est nette, en deux plans, tandis que bon nombre d'autres sont 
ici incompletes par un 6clat anclen ot irr^lier selon les parties faibles de 
la terre cuite, 6clat qui a eu toujours le trou pour centre. Nous croyons 
aujourd'hui que cela vient de Toxide des chevilles de fer ou ^taient suspen- 
dues les pyramides que nous trouvons bris^ de cette mani^re; car Tobser- 
vation faite par M. L. Audiat, en Saintonge, n'est pas celle d'un fait isol^ : 
M. Cakat nous a inform^ qu'il' y avait au mus6e de rarchev^h6 d'Auch 
ou dans sa collection deux ou trois pyramides tronqu^^ trouv^ k Auch, 
ayant encore une cheville de fer pass6e dans leur trou. 

Nous avons encore trouv6 un nouvel exemplaire du n* 1^.2, de 18 oenti* 
metres de haut et k I'^tat de neuf, avec un X de 12 centimetres de haut 
BUT chacune deses deux larges faces. 



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-• 435 — 

DISQUES EN TERRE CUITE 

Nous avons trouv6 un autre de ces petits disques porlant un sujet 
bien simple mais des mieux conserves : 

275. — Disque en terre cuite rouge&tre de 13 millimitres de dia- 
m6tre, la tranche gercte par Tapposition du cachet matrioe, la boulette 
de terre glaise ^tant posee sur quelque chose de plat. Le sujet consiste, 
partant du centre, en : 

Un bouton plat, une gorge, un demi-tore, un fllet en relief 
entre deux filets creuz; le tout concentrique. 

Ce sujet a 10 millimetres de diam^tre. 

MOULES EN TERRE CUITE 

276. — Moule de forme ronde et en fort mamelon au revers. Ce 
moule, en terre cuite rouge^tre et poreuse, donne en 6preuve un mufle 
de lion de 34 millimetres de largeur sur 33 de hauteur. Sur la tranche 
de bordure, avec continuation au revers, est profond^ment grav6 en 
creux : 



Ce signe, de 17 millimetres de longueur, dont les deux tiers sent rabattos 
au revers du moule, est juste au-dessus du milieu de la tete. Cetait done, 
simplement, un guidon pour appliquer le moule, comme un sceau, dans 
son vrai sens. Dans les substructions de la maison ot ce moule a et6 ddooa- 
vert, nous avons trouve quatre ou cinq fragments de grands et forts vases 
— en terre grossiere pareille k celle du moule — de la forme de notre vase 
fin n' 260, oh etaient des mufles de lion, comme anses ou comme ddver- 
soirs, diflerents de celui que donne notre moule^ mais de m^me taille et dis- 
position. Nous croyons qu'une foule d'objets usuels etaient fabriqu^s dans 
les maisons mdmes od on les trouve; d'od notre moule^ les ^preuves dont 
nous venous de parler et le fragment de moule pour lampes, n* 183, trouve 
dans les mines d'une autre maison. Les petits disques que nous avons 
donnes ne se comprennent guere non plus que comme fabriques et cults 
dans les maisons qui les emettaient. L'industrie domestique de la maison 
gallo-romaine s'est affirmee encore dans nos fouilles par des bronzes, des 
clefs notamment, qui n'etaient qne forges et attendaient lefinide la lime; 
et par un grand nombre d'objets en os, surtout des epingles & cheveux, qui 
n'etaient encore que debites, d'autres & peine ebauches. 



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— 436 — 

Comme moules en terre cuite f rappto probablement de signes ou guidons 
et trouv^ 8ur un autre point de Pradoulin, signalons, pour m^moire, un 
moule double, d'environ 7 centimetres de large, qui donnait, en bas-relief, 
d'un o6t6 un lion, de I'autre un li^vre en course. Nous n'avons pas vu oe 
moule, qui a 6t6 distrait fort mal k propos de son lieu d'origine pour aller 
se perdre on ne sait oti. 

BRONZES 

277. — 1. Garniture de Tun des bouts d'une petite rfegle plate qui 
6taitpeut-6treune mesare de longueur. 2. Garniture k peu pr^ pareille 
d'un objet semblable. Sur le haut^ oil le devant des garnitures forme 
un rectangle un peu plus Eminent que le reste, lrac6 en creux comme 
avec une lime fine en forme de lame de couteau : 



rS 



Largeur moyenne IS mill. 

Ces signes, aux traits 6pais d'un derai millimetre, ont la meme largeur 
que les rectangles susdits. On pent comprendre par la fagon d^ bronzes 
que les regies ou mesures qu'ils garantissaient se posaient k plat, comme 
nos doubles decimetres; le signe se presentait alors en hauteur : X. De la 
sorte on ne pent guere y voir un simple ornement; le n* 2, au reste, ^t plus 
artistlque que le n* 1, avec un eiargissement vers sa base et deux filets 
ooncentriques encadrant chacun des trois clous qui fixaient le bronze — au 
lieu du simple clou du n* 1 — et on e^t encore distingue par un sujet plus 
riche, d'autant mieux que les anciens ne se repetaient jamais exactement 
dans les oeuvres d'art. Ce sent done Men des signes sans doute : un signe 
numeral ou bien la signature du meme illettre qui avait fabrique les deux 
bronzes ? Cette derniere conjecture nous semble etre celle qui offre lemoins 
de probabilites, quoique dans Fautre nous ignorions fort k quelle unite de 
mesure aurait repondu le chiffre X. Les deux garnitures ou armatures 
avaient en moyenne 10 millimetres de hauteur au revers et 50 millimetres 
sur le devant : non compris, en tete du n* 1, un appendice de trois boutons 
globulaires superposes et, en tete du n* 2, un seul bouton de meme forme 
que les autres, mais beaucoup plus gros. Ces appendices etaient sans doute 
pour deplacer facilement la petite regie et pour preserver ses bouts si elle 
venait k tomber. 

278. — Deux variantes du fl^au de balance gradu6 n** 212 : 

1* Moitie complete graduee d*un fleau de balance, de fa^n fine et artis- 
tlque, en une tige rondeallant s'amincissant duc^tederextremitemouluree 
od est Tceillet qui portait Tanneau de suspension des chaine8(..). Sur la 



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— 437 — 

longueur, qui est del3 centimetres li2, sent grav^ en creux onze points 
dquidistants. 

2* Fragment de la moiti^ graduee d*un fl6au de balance de mSme forme 
et fa^n que le pr^cMent. La partie qui manque ici est celle qui aboutissait 
au centre. Sur la longueur restante, qui est de 7 centimetres li2, sent grav^ 
en creux quatorze points k pen pr^s ecart^s entre eux de 5 millimetres^ 
sauf les cinquieme et sixieme, en partant de FoeiUet, qui n'ontquel milli^ 
metre ii2 d'intervalle. Ces points creux semblent avoir remplace, par 
rectification, douze oU treize points, ou petits boutons plats, en relief, qui 
avaient ete forges et ciseies avec le Heau et qui etaient equidistants. 

Ainsi trois fieaux de balances trouves brises k Pradoulin, oh etait 
I'ancienne Lactoruy avaient ete gradues selon trois systemes differents. 

INSCRIPTIONS LAPIDAIRES 

Nous pla^ons k la fin, comme bors cadre, quelques fragments d'ins* 
eriptions lapidaires encore in^dits en partie. Ce ne sent pas pr6cis5ment 
les fouilles qui nous ont donn6 la presque totality des objets ci-dessus 
qui les ont fournis; elles n'ont produit qu'un infime fragment, malgri 
la mise au jour de grandes quantites de plaques de marbre blanc^ 
moului*es de diverses formes et grandeurs, bas-reliefs, vases, etc., du 
mtoe marbre, et des plaques plus minces de toutes sortes de marbres 
de couleur. Aucun ou presque aucun deces fragments n'6tait sur place 
ici, et il en est de m^me sur tous les points encore explores des mines 
de Tancienne ville de la plaine, oil on les trouve r^pandus de la sorte 
sans qu'ils se compietent jamais les uns les autres. C'est que cette 
plaine a ii6 habitfe k trois epoques diff^rentes qu'il nous faut fixer en 
quelques mots pour expliquer ces d6bris ^pars et la pr^ence sur deux 
ou trois points de Pradoulin et sur un ou deux points de la ville 
actuelle des quatre ou cinq fragments inscrits en question. 

Premierement, T^poque Aut6-romaine, qui s'est affirm^e pour nous, 
aux niveaux les plus bas, par des lits de cailloux^ transportfe de main 
d'honime, au-dessus desquels 11 a &ii trouv6 des baches, des percu- 
teurs, broyeurs, raolettes, lissoirs, disques, etc., en pierres dures, en 
nioindre quantity, seulement pour les baches, que sur le plateau ou 
est la ville actuelle. Aux