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Full text of "Saint-Quentin: de son commerce et de ses industries"

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ET DE SES INDUSTRIES. 



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SAINT- QUENTIN 



DE SON COMMERCE 



SES INDUSTRIES 



Par M. Charles PICARD, 



Président de la Chambre de commerce de Saint- Quentin, Membre du Conseil 
général de TAisne, Administrateur du chemin de fer du Nord, 

Ancien Maire de St-Quentin, ancien Président de son Tribunal de commerce. 

Ancien Membre du Conseil général 

des Manufactures et du Jury international à 1* Exposition de 1855. 



PREMIÈRE PARTIE. 




SAINT-QUENTIN . 

Typographie et lithographie de Julu MOURBAU, place de rHdtel-de-ViUe, 7 



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— VIII — 



Ce sont les écrits épars et les renseignements 
incomplets qui concernent le commerce de Saint- 
Quentin que j'ai cherché à réunir, pour former 
une étude que je désire léguer comme un souvenir 
de respectueuse et profonde reconnaissance à mon 
pays, à sa Chambre et à son Tribunal de commerce. 

Je serai très-heureux aussi de voir cet exemple, 
quelque imparfait qu'il soit, suivi par mes collègues 
des autres villes, et de penser que ces travaux pour- 
ront un jour contribuer à faire une histoire complète 
de l'industrie française. 

Je diviserai cet ouvrage en deux parties: l'une 
remontant de l'époque la plus reculée de notre 
histoire locale à la fin du xviu'' siècle , l'autre la 
suivant de 1792 à 1862. 

La première sera consacrée à l'ancien, et la 
seconde, plus importante, au nouveau commerce 
de la ville de Saint-Quentin. La première contiendra 
trois chapitres: dans le premier je ferai connaître les 
documents et manuscrits que j'ai pu recueillir sur 
l'origine de la capitale du Yermandois et de son 
commerce jusqu'au jour de la réunion de ce comté 
à la France ; dans le second, je relaterai ceux qui 
concernent particulièrement la ville et les indus- 
tries de Saint-Quentin, de 1214 jusqu'au moment 
où cette cité fut ruinée et saccagée par les Espa- 
gnols ; et dans le troisième, je dirai les événements 



— IX — 

commerciaux et autres qui s'y passèrent de ranuée 
1557 à l'époque de la Révolution de 1789. 

Je présenterai, dans la seconde partie» l'impor- 
tance et la transformation des nombreuses industries 
qui , sous Napoléon V\ sous la Restauration , la 
Monarchie de Juillet et les premières années du 
règne de Napoléon III, ont fait la prospérité et la 
grandeur de la ville de Saint-Quentin. 

Ces phases de l'histoire politique du xix'* siècle 
formeront quatre chapitres, qui seront suivis d'un 
cinquième, résumant les faits et le but de cette étude. 

Le travail auquel je viens de me livrer m'a 
démontré combien étaient rares et disséminés les 
renseignements qui cpncernaient son ancien com- 
merce, dont l'histoire demeure encore ensevelie dans 
la poussière des documents et des manuscrits. 

C'est là que j'ai dû les chercher. 

Tout ce que j'y ai vu me porte à croire que, du 
xu*" au xv!"" siècle, presque toutes les contrées de la 
Picardie, qui se livraient à l'industrie , faisaient des 
toiles et des étoffes de laine à peu près semblables 
à celles de la ville d'Amiens et de ses environs. 

Saint-Quentin, jusqu'en 1580, fabriquait les 
mêmes étoffes que les autres villes de la Picardie, 
et c'est par ce motif que j'ai été parfois appelé à 
puiser des renseignements dans l'histoire d'Amiens, 
qui en était la capitale. 



— X — 



J'ai ensuite été aidé dans mes recherches par 
les manuscrits, par les documents des archives et 
par les relevés du contrôle exercé par les villes 
ou par les douanes. 

Pour expliquer et caractériser convenablement le 
développement de la puissance commerciale du 
district de Saint-Quentin, il eût fallu Tétudier dans 
toutes ses racines et mettre en évidence les éléments 
qui ont le plus contribué à sa richesse et à sa gran- 
deur; il eût fallu, non - seulement étudier son 
territoire et sa population, qui en forment la base, 
mais encore les productions de son sol, ses voies 
de communication, ses moyens de transports et 
son organisation de crédit. . 

Je me hâte de répéter que je n'ai ni cette pré- 
tention, ni le courage d'entreprendre une aussi 
lourde tâche. Je la laisse à ceux qui seront appelés 
à nous remplacer : ce sont eux qui expliqueront les 
merveilleuses découvertes de la science appliquée à 
l'industrie, qui diront l'immense mouvement -qu'ap- 
porteront de plus en plus, aux relations et au com- 
merce les chemins de fer, la navigation à vapeur et 
la télégraphie, ces immenses leviers d'une puissance 
inconnue, qui nepeuventfttre comparés, par leurs ré- 
sultats futurs sur la prospérité générale de la France, 
qu'à l'invention de l'imprimerie et aux grandes explo- 
rations maritimes du commerce de l'&ge moderne. 



— XI — 

Une histoire complète et générale de la ville de 

Saint-Quentin reste donc à faire J'ai pensé 

qu'un Saint-Quentinois, qui avait passé près de 
quarante ans dans l'industrie de son pays, pourrait 
fournir à ce travail d'utiles renseignements; et c'est 
dans cette pensée que j'apporte quelques petites 
pierres à la construction d'un monument que, pour 
la gloire de ma chère ville natale, je désire voir 
édifier 



ySTE DES GOLLSmONS ET DES PRINGIPÂUX UVRES 



QUI 0!fT tllTI A LA COSPMITIOR Dl CIT» ÉTODB. 



Henri Martin. 

Louis HORDRBT. 

Quentin de La Fons. 

Augustin Thierry. 
Dbppino. 

p.-l. collibttb. 

Pbytavi. 

Jacques Savary dbs 



E. Lbvassbur. 



Saint-Quentin, — Extrait de V His- 
toire des Villes de France. 

Histoire abrégée de la ville de Saint- 
Quentin et de ses franchises. 

Ses manuscrits intitulés : Histoire 
particulière de la ville de Saint- 
Quentin^ publiée par M. Charles 

GOMART. 

Lettres sur l'Histoire de France, et 
Essai sur l'Histoire du Tiers- 
Etat. 

Règlement des arts-et-métiers de 
PariSy connu sous le nom du 
Livre des métiers d'Etienne Boi- 
te au. 

Mémoires pour servir à l'Histoire 
du Vermandois. 

Observations sur l'Histoire de 
France. — Saint-Quentin. 

Bruslons. — Dictionnaire uni- 
versel du commerce. Ouvrage 
posthume du sieur J. Savary 
DBS Bruslons, inspecteur géné- 
ral des manufactures pour le 
Roj, à la douane de Paris, 1759. 

Histoire des classes ouvrières en 
France. 



— xni — 



Le P. Daibb. Tableau historique des sciences , 

belleS'Uttres et arts de la pro- 
vince de Picardie. 

Histoire du commerce de toutes les 
nations. 

Histoire du commerce, d'après l'ou- 
vrage du docteur Hauffmann. 

Dissertation sur l'Histoire de France 
et de la fortune privée au moyen 
âge. 

Le Coton. 

Notions sur les chemins de fer. 

Histoire de la politique commer- 
ciale de la France. 

Statistique du département de 
l'Aisne. 

Histoire des expositions des produits 
de l'industrie française. 

Du commerce et des progrès de la 
puissance commerciale de l'An- 
gleterre et de la France» 

Dictionnaire général des tissus. 

Histoire des classes laborieuses en 
France. 

Curiosités des Parlements de France, 
Les Archives historiques de THâtel-de-Ville de Saint- 
Quentin et l'inventaire de ces 
archives , dressé par Eugène 
Janin, en 1846. 
Dom Gbbnibr. Manuscrits inédits de la Biblio- 

thèque impériale, volunîe I669 
paquet 20, article 6. 



H. SCHBRBR. 



DUBSBBRO. 



Lbbbr. 



Louis Rbtbaud. 
Pbrdonnbt. 

Ch. GOURAUD. 

J.-B.-L. Bratbr. 

A. DB COLMONT. 
Ch. VOGBL. 



Bbzon. 

M.-P. DU Cbllibr. 

Ch. Dbsmazb. 



— XIV — 

BiGNON. Intendant. Mémoire eoneemant la 

Ptcardiey en 1698. 

Archives de Laoïi et autres Villes. 

Olim. Publiés dans la Collection des docu- 

ments inédits, par M. le comte 
Bbuonot. 

Rouit et Matton. Trtwail sur le commerce de Saint- 
Quentin, d'après les archives 
départementales de T Aisne. 

Ch. GoMART. Etudes Saint-Quentinoises. 

Les Livres des délibérations du Conseil municipal, de 
la Chambre consultative et de la 
Chambre de commerce de Saint- 
Quentin. 

Les Rapports des Jurys des Expositions de 1708 à 1861. 



SAINT -QUENTIN 

DE SON COMMERCE 
ET DE SES INDUSTRIES 



■ L*h!atoire de la contrée, de la province, de 

• la Yille, est la seule où notre âme s'attache par 

• an intérêt patriotique; les autres peuvent nous 
> sembler curieuses, instructives, dignes d'admi- 

• ration, mais elles ne nous touchent pas de cette 
-» manière i 

(Ang. Thiiikt, UUrti aur l'hiiMrt de 
France, lettre 1 , page 83.) 



prbmiAri: partie. 



COMMERCE ANCIEN. 

\" Chapitre. — De l'origine de la capitale du Yermandois et 
de son commerce, jusqu'en 4214. 

!!• Chapitre. — Commerce et industries de Saint-Quentin, 
de 4244 à 4557. 

11I« Chapitre. •» Commerce et industries de Saint-Quentin, 
de 4557 à 4789. 
Pièces justificatives des chapitres du commerce ancien. 



^ 



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PREMIÈRE PARTIE. 



CHAPITRE PREMIER. 

DE l'origine de LA CAPITALE DU VERMANDOIS 

ET DE SON COMMERCE, JUSQU'AU JOUR DE LA REUNION 

DE CE COMTÉ A LA FRANGE, EN 1214. 



i O MM A.IR E. 



Saint-Quentin. — Son origine. — Elle est défastée piusiears fois par les Barbares. 
— Son évëché est transféré, en l*année 531 , à Noyon. — Elle est gouvernée 
pendant trois siècles par des abbés. ^ La yille, qui s'appelait Augusta Verc- 
tnandtiorum, prend le nom de Saint-Quentin. — Règne des comtes de Ver- 
mandois, qui y établirent leur cour. — Sa grandeur à l'époque on elle éuit 
la capitale de cette province. — La comtesse Aliéner la cède au roi Philippe- 
Auguste, qui la réunit a la France. — Saint-Quentin devient une prévôté du 
bailliage de Laon. — Origine du commerce dan^ les Gaules. — L'industrie se 
réfugie dans les monastères et dans les établissements de l'Eut. — Cbarle- 
magne lui donne des encouragements. — Les habitants de Saint-Quentin se 
font remarquer par leurs dispositions particulières an commerce, et la preuve 
qu'ils s'en occupaient au i* et au xr siècle, se trouve dans les chartes des 
comtes de Yermandois. — Cette ville est une des premières qui fut érigée 
en commune. — Elle avait une fabrique de monnaie. — Organisation des 
corporations, c«» qu'elles fureit li Saint-Quentin. — On y tissait différentes 
espèces d'étoflfes de laine et de toiles. •— Manuscrits des archives et opinions 
des historiens qui confirment la naiure des marchandises qui s'y fabriquaient 
avant et après la réunion du Yermandois k la France. 



L'origine de la ville de Sçiint-Quentin, comme celle de 
son dommerce, remonte aux époques les plui^ reculées 
de rhîstoire. Il est toutefois consolant de penser que 
son antiquité n'a été la victime, ni de l'oubli, ni de 
l'obscurité. Si nous allons en rappeler les faits princi- 
paux qui sont connus, c'est parce qu'ils serviront natu • 

i 



— 2 — 

rellement d'introduction à rétude à laquelle nous allons 
nous livrer. 

L'histoire , qui n'a sur celle des Véromandues au- 
cune tradition antérieure à l'invasion des Romains, 
nous apprend que, dans les derniers temps de l'indé- 
pendance gauloise, les plateaux qui s'élèvent sur les 
deux rives de la Somme, depuis la source de cette 
rivière jusqu'au-delà de Péronne, étaient occupés par 
des peuplades nommées Véromandues * . Ces Véro- 
mandues étaient un petit peuple belge qui s'était placé 
entre les tribus plus puissantes des Nerviens, des 
Rémes, des Âmbiens, des Atrébates et des Suessons. 

A l'est, l'Oise et ses principaux affluents servaient 
délimites à ce petit état, qui était borné, au nord, par 
les Nerviens, à qui appartenait le Cambrésis. A l'ouest, 
les Ambiens partageaient avec lui le Santerre, et, au 
sud, les Suessons occupaient les environs de Chauny et 
de Noyon. D'épaisses forêts couvraient presque toute 
la contrée. Avant cette transformation, les Véroman- 
dues étaient déjà connus et ils fournirent même leur 
contingent de troupes dans la ligue formée contre 
Jules César , pour l'empêcher de pénétrer dans la 
seconde Belgique. Après la conquête de la Gaule , 
50 ans environ avant l'ère chrétienne, ces peuplades 
furent transformées, comme le reste de cette nation, 
en cités gallo-romaines. Celle des Véromandues, qui 
est aujourd'hui la ville de Saint-Quentin, prit le nom 
ù'Augusta Veromanduorum. 

1 Henri MarliD, Saint -Quentint page 3. 



— 3 — 

Ce qui prouve que cette ville était déjà importante 
du temps des Romains, c'est qu'elle fut Tune de celles 
qu'Auguste, fils adoptif et successeur de Jules César, 
décora du nom d'Augusta. Elle se trouva être le point 
de réunion des cinq grandes voies romaines prati- 
quées par Agrippa, gouverneur des Gaules, dont trois, 
dit-on, venaient des villes d'Amiens, de Soissons et de 
Reims, capitale de la seconde Belgique ; la quatrième 
se dirigeait sur Cambrai, et la cinquième sur Bavay, 
ancienne forteresse des Nerviens, qui étaient les peu- 
ples du Hainaut et du Cambrésis. 

Sous les successeurs 4'Auguste, il fut peu question 
de cette cité naissante, qui ressembla à tous les pays 
conquis, quand l'ambition des lieutenants des empe- 
reurs romains ne cherchait pas à s'en emparer. Sous 
les Romains, elle jouissait, comme toutes les autres 
villes des Gaules, du droit de se gouverner elle-même, 
et les habitants avaient la pleine franchise de leurs 
biens comme de leurs personnes. 

Cette situation ne fut pas de longue durée. La Gaule, 
vers les dernières années du m' siècle, fut appelée à 
subir une nouvelle conquête, transformation morale* 
qui s'opéra, cette fois, non par les armes et la violence, 
mais par la puissance de la parole. Des missionnaires 
chrétiens, pleins de zèle, partirent de Rome pour la 
catéchiser; ils se partagèrent cette contrée idolâtre, 
et l'un d'eux, fils d'un sénateur romain, nommé Quin- 
tinus ou Quentin, après avoir prêché le christianisme 

i Henri Martin» HUtoire de Saini-QuerUint page 5. 



— 4 — 

à Amiens, y fut arrêté et persécuté par ordre du con- 
sulaire Rictius-Varus, gouverneur de la Belgique, et 
puis amené , en l'année 302 , à AtAgusta Veroman- 
duorumy pour y mourir dans d'affreux supplices*. 
Le corps décapité du martyr fut jeté dans la 
Somme, et s'y trouvait encore après plus d'un demi- 
siècle , lorsqu'une noble dame romaine , nommée 
Eusébie, a avertie miraculeusement, dit la lé- 
» gende'^, par un ange, du lieu où gisait ignoré le martyr 
» du Seigneur, quitta soudainement Rome et ses 
» plaisirs , traversa les Alpes et la Gaule, au milieu 

des dangers d'un aussi long voyage, pour se rendre 
» par Amiens en la cité d'Auguste. » Aussitôt qu'elle 
y fut arrivée, elle se fil conduire sur les bords de la 
rivière , où elle découvrit immédiatement le corps 
mutilé de Quentin. Après avoir accompli la mission 
qu'elle venait de remplir avec autant de foi que de 
courage, Eusébie fit bâtir sur la colline qui commande 

< Dom Grenier, dans les manuscrits de la Bibliothèque impériale (a) 
indique en ces ternies Tarrivëe de Quentin dans la Gaule : « Le fils d'un 
» sénateur, Romain de naissance, fut baptisé en Tannée 296. 11 était 
» venu prêcher la foi en France, ayant avec lui Lucien, Crépin, Crépinien, 
» Rufin, Valère, Marcelle, Eugène, Victorice, Fuscien, Gassien, Piare et 
» Rieul; il était comme le chef de cette sainte bande. 11 avait eu, pour 
• sa part, de venir prêcher à Amiens et dans le Vermandois. C*est & 
» Saint-Quentin quMl fut martyrisé le 31 octobre 302. Il paâsaitdans cette 
f ville pour aller à Rome où Rictiovare renvoyait pour être jugé par 
» Tempereur. — Rictiovare fit jeter son corps dans la rivière de la 
» Somme, sur lequel il fit ensuite répandre de la terre et du plomb. 
» Une dame romaine, Eusébie, qui était aveugle, fut avertie miraculeu- 
» seroeut qu^elle recouvrerait la vue quand elle aurait retrouvé le corps de 
t saint Quentin. Elle vint à Saint-Quentin et elle le retrouva, en efiet, 
» 55 ans après sa mort, et ce corps, lorsqu*il sortait de Teau, répandait 

1 encore une bonne odeur, i 

2 Henri Martin, Histoire de SainHi^entin, page 5. 
(A) Paquet il, N* 1'% page 99. 



— 5 — 

la rive droite de la Somme, une chapelle pour rece- 
voir les restes mortels du martyr. La dévotion du 
temps y attira de nombreux pèlerins ; des hôtelleries 
s'y construisirent, et la salubrité de l'air et du climat 
y amenèrent des habitants ; cette simple chapelle fut 
bientôt remplacée par une église dédiée à saint Quen- 
tin. A cette époque S le christianisme était en grand 
progrès; aussi cette cité devint-elle, pendant près 
de 200 ans, le siège de l'évéché de la province du 
Vermandois ^ qui fut ensuite, vers l'année 531, 
transféré à Noyon par saint Médard. 

L'histoire a laissé peu de traces des événements 
qui ont pu se passer pendant le séjour des évéques 
dans la ville d'Auguste. Elle parle des dévastations 
causées d'abord, vers l'année 407, dans les Gaules, 
par les Vandales et par les Suèves, qui portaient par- 
tout la dévastation et qui ne se fixaient nulle part ; et 
ensuite, en l'an 453, parles Huns, qui cherchaient par 
le pillage à avoir de l'or et des hommes pour l'escla- 
vage. Mais les ravages de ces barbares ne furent pas 
le seul motif de la translation de cet évêché en la ville 
de Noyon. Cette translation a été diversement discutée, 
mais elle ne fit toutefois rien perdre à Augusfa de sa re-* 



1 13 Evéques ont successivement occupé le siège de Saint-Quentin. 
— Mémoires de Bignon, iv tendant ^ sur la Picardie. — Manuscrit de 
la Bibliothèque impériale. 

2 Le Vermandois proprement dit avait environ 8 lieues dans sa longueur 
du nord au sud, et 5 dans sa largeur de Test à Touest. Il était borné 
au nord par le Cambrésis, à l'est par la Thiérache, au sud par le Noyon- 
nois, et à Touest par le Santerre {Histoire abrégée de Saint-Quentin. 
L. Hordret, chapitre IV, page 77). 



— 6 — 

nomnûée. Aînsî *, saint Ouen dit « que cette ville con- 
» servait sous Clovis II, en 638, le titre de métropole ; » 
Frédogère : a qu'elle était illustre et son clergé con- 
» sidérable en 688, » et le catalogue des évoques 
confirme ce renseignement, en rapportant que « sous 
» Charlemagne, c'est-à-dire en 778, elle était très 
D peuplée, que son clergé était très nombreux, puis- 
t> qu'il y avait 72 chanoines, non compris 80 chape- 
» lains et les officiers de chœur, » 

Si nous empruntons ces détails aux chroniques de 
l'époque, c'est parce que nous tenons à relater l'impor- 
tance dont jouissait déjà Saint-Quentin durant les 
premiers siècles de la monarchie. 

Depuis Tannée 454 , où Mérovée agrandit son 
royaume, en passant la rivière de la Somme, le 
Vermandois appartenait aux Francs. Après Clovis, 
cette province fit partie du royaume de Soissons, 
puis de la Neustrie, et elle finit enfin par subir toutes 
les vicissitudes politiques de ces temps barbares. 

Charlemagne qui, avant de se rendre maître de son 
grand empire, avait d'abord été roi de Neustrie, se 
trouve par conséquent avoir été l'un des souverains 
'du Vermandois et de la ville de Saint-Quentin. 

Après la translation de son évéché à Noyon, cette 
cité fut gouvernée pendant plus de trois siècles par 
des abbés, qui joignirent plus tard à ce titre celui de 
comtes. Ces abbés jouissaient des plus grandes pré- 
rogatives. 

1 L. Hordret.— Histoire abrégée de Saint- Quentin, chapitre v, pago 92. 



L'un d'eux, seigneur du Vermandois, Fulrad, HU 
de Gérome, petit-fils de Charles-Martel, qui possédait 
de grandes richesses, commença, en 814, la recon- 
struction de l'église, qui avait été édifiée à la fin du 
iV siècle ; mais cette basilique fut en partie brûlée, 
en 873, par les Normands * . Ce fut Tabbé Hugues, 
qui avait transféré le corps de saint Quentin dans cette 
église, qui en fut le dernier abbé régulier. — Après 
lui, les comtes de Vermandois s'emparèrent défini- 
tivement du pouvoir et du titre d'abbé. 

C'est dans une charte de 863^ qu'apparaît, pour 
la première fois appliqué à Tensemble de la ville, le nom 
de Saint-Quentin, qui avait déjà été donné à la partie 
proche de l'église, etqui remplaça celui d'Augusta Vero- 
mandtiorum et de Veromandue ou Vermand, qu'elle 
avait porté pendant plus de 800 ans. Mais ce ne fut 
que vers l'an 884 ^ qu'elle fut définitivement connue 
sous le nom de l'apôtre de la cité. 

Dans la période des événements que cette ville eut 
à traverser, si la fortune ne lui fut pas toujours pros- 
père, du moins, même dans ces temps de désordre 
et d'anarchie, elle continua de grandir. 

Vers la fin du ix** siècle, elle fut encore, comme une 
partie de la France, assaillie par les Normands, ces 



1 Déjà, depuis plusieurs années, la ville tendait à remonter de la 
vallée, où étajl plus particulièrement située Tancienne cité d*Aus;ustc, 
fers le plateau où s'élevait la partie neuve appelée Vicus Sancli-Quiniini. 

2 Henri Martin, Saint-Quentin, page 7. 

3 Dom Grenier, dans ses mémoires, page !2, dit : « qu'en 885 le 
> corps de saint Queatin a été emporte à Laon, à cause des ravages Aen 
» Normands. » 



— 8 — 

cruels ravageurs des Gaules ; mais ee fut le dernier flot 
de la grande migration de ces barbares. 

Un comte -abbé , nommé Teutrik , voulant la 
préserver du retour d'une pareille calamité , fit con- 
stmire une nouvelle enceinte qui , cette fois, renferma 
dans ses murs l'église et ses principaux quartiers ^ 
Après sa mort, arrivée en 886, un descendant de 
Charlemagne, Pépin, fils de Bernard, roi d'Italie, 
s'appropria le comté du Vermandois*, comme les 
autres ducs et comtes d'Aquitaine, de Bourgogne et 
de Toulouse s'étaient approprié leurs duchés et leurs 
comtés, et il fonda cette grande maison héréditaire 
des comtes de Vermandois, qui, pendant quatre 
siècles, depuis Pépin jusqu'à Aliénor, ont occupé une 
des places les plus glorieuses de l'histoire de France *. 
La destinée de cette maison de princes, fournis par 
les descendants de Charlemagne, fut parfois orageuse; 
trës-brillante au dixième siècle, elle le fut moins 
au onzième. 

Plusieurs de ces comtes firent avec succès la guerre 
à la France, déchirée alors , au dehors par les con- 
quêtes des Normands, et au dedans par l'arrogance de 
puissants vassaux. Leurs démêlés, s'ils n'étaient pas 

1 Emmeré. (Augusta Veromanduorumvindicata et illustrata.) 

^ Augustin Thierry, Documenta inédits sur V histoire de France. 

3 Voici les noms des comtes et comtesses du Vermandois : Pépin, fils 
de Bernard, premier possesseur héréditaire de ce comté ; Héribert I«>^, 
Héribert II, dont le règne de iO années présente mille actions dignes des 
plus grands hommes de guerre ; Raoul, duc de Bourgogne ; Albert I»', 
Héribert III, Albert II, Hothon ou Othes, Héribert IV, Ad«Mc ou Adélaïde, 
femme de Hugues-le-Grand, Tuu des héros des Croisades; Raoul, Elisa- 
beth et Aliénor ou Eléonore. 



— 9 — 

toujours justes, ne furent cependant pas sans gloire, et 
ils firent même rejaillir une certaine renommée sur 
la capitale du Yermandois. 

Cette ville, sous leur règne, s'agrandit, se peupla, 
s'embellit, prospéra, se fortifia, et, à cette époque de 
fervente religion, elle avait déjà dix paroisses, sans* 
compter ses nombreuses abbayes. 

Un historien*, en retraçant le passage du roi de 
France, Henri I", à Saint-Quentin, fait connaître, en 
ces termes, ce qu'en 1047 y était la cour brillante 
du comte Héribert IV. 

a Rien n'y cédait à la grandeur et au luxe des rois. 
» Il y avait un vicomte, qui, en son absence, repré* 
» sentait le comte de Vermandois ; un bailli général, 
j> qui était le juge suprême de ses domaines; un 
» prévôt pour la recette de ses revenus ; un châtelain 
» ou gouverneur qui commandait au militaire,- avec 
j» lequel correspondaient d'autres châtelains répandus 
D dans les parties les plus considérables des comtés ; 
V un mayeur, qui réglait la police et les intérêts du 
i> citoyen dans la capitale; un sénéchal, un généra- 
» lissime des troupes, qui réunissait toutes les 
» bannières sous la sienne ; des secrétaires qui 
» expédiaient les actes ; un chancelier qui y apposait 
i> le sceau de l'autorité du comte ; des gardes et des 
D soldats, et nombre d'officiers pour remplir les em- 
» plois subalternes. H y avait des camériers ou 

1 L. Hordret, Histoire abrégée de la ville de Saint-Quentin , ch. VIII, 
page 122. 



— 10 — 

^chambellans, des bouteillers ou échansons, des 
maîtres d'hôtel , des intendants, des pages. La plu- 
» part de ces offices étaient remplis par les seigneurs 
» des villes et villages voisins, et par la première 
D noblesse de tout le pays, dont les comtes étaient les 
•Y> suzerains; car à tous ces offices et dignités étaient 
Y> attachés des biens et des domaines tenus en fief de 
» leurs personnes. Les comtes avaient aussi leur cha- 
» pelle, qui était desservie par des chanoines de Saint- 
» Quentin attachés à eux, à leurs frères et à la 
D comtesse. >> 

Voilà ce que fut la cour des comtes-abbés du 
Yermandois. D sera facile d'en apprécier la splendeur 
par le grand nombre des seigneurs et des officiers qui 
la composaient. Leur gouvernement était paternel, 
et, tout en exerçant sur leurs sujets la plus grande 
autodté et les droits régaliens, ils se les étaient atta- 
chés en .ménageant leurs personnes et leurs biens. 
Usant de leur souveraineté, ils leur accordèrent des 
privilèges, des prérogatives et des chartes. Ce fut à 
cause de ces franchises que les bourgeois de Saint- 
Quentin disaient n'avoir jamais subi, même en fait, 
la sujétion féodale ^ Leurs propriétés jouissaient du 
franc-alleu , avantage qui fut depuis contesté par le 
fisc, et qui leur fut confirmé, en 1775, par arrêt du 
parlement de Paris ^. Jusqu'en 1730, cette ville avait 

1 Henri Martin, HiiUnre de Saini-Quentin, page 9. 

S Hordret, Histoire abrégée de la ville de 5atn/-(2tten/ifi, cbap. xiv, 
page 993. 



— 11 — 

joui, de tout temps, du privilège du franc-fief*. 
Si rien n'indique quel fut le chiflFre exact de la 
population lors du règne des comtes de Vermandois, 
le relief dont cette ville était entourée, à cette époque, 
doit faire présumer qu'il était en rapport avec son 
importance. 

La dynastie des comtes de Vermandois s'éteignit 
par le défaut d'héritiers directs. Ce comté, dans lequel 
les mâles excluaient les filles, fut cédé à la France 
par Eléonor, sœur d'Elisabeth, qui avait succédé à 
son frère Raoul II, fils de Raoul P% comte de Péronne 
et de Vermandois. 

A la mort d'Elisabeth, son mari, Philippe d'Alsace, 
comte de Flandre, qui tenait à joindre le Vermandois 
à sa seigneurie de Flandre, prétendit que ce comté, 
qui lui avait été donné par Louis-le-Jeune, était sa 
propriété. Aliénor, à qui il voulait le ravir, alla implo- 
rer la protection du roi Philippe-Auguste, qui, après 
avoir examiné les droits des parties, déclara que l'on 
ne pouvait pas dépouiller la comtesse du patrimoine 
de son père, et que Louis-leJeune n'avait pas pu 
donner ce qui ne lui appartenait pas. Les armes furent 
sur le point de trancher une question qui fut ensuite 
décidée par le temps et de longues négociations. Pour 
reconnaître ce service et cet acte de justice, Aliénor* , 



1 Peitavi. — Obiervations sur V Histoire de France, lome ii, page 162. 

3 II existe aui archives, liasse 7, dossier A, la cooûrmatioa, donnée 
par Eléonor, comtesse de Vermandois et dame de Valois, des franchises con- 
cédées aui habitants de Saint-Quentin par le comte Raoul, son père. Cette 
comtesse est appelée Aliénor ou Eléonore. 



— 12 — 

qui prenait le titre de comtesse de Saint-Quentin et 
de dame de Valois, consentit, par un traité conclu 
entre elle et Philippe-Auguste, à léguer au roi de 
France le comté du Yermandois, pour le cas où elle 
décéderait sans postérité, ce qui était alors assez pro- 
bable, puisqu'elle était déjà à son quatrième mari, et 
qu'elle n'avait encore eu d'enfants d'aucun d'eux. 

Elle accomplit en effet sa promesse, et elle fit, 
en 1191, au roi, une donation de son comté, lequel, 
après sa mort, survenue le 20 juin 1214, lui suc- 
céda, en la possession et la jouissance du Yerman- 
dois et de la ville de Saint^Quentin, qui, en consé- 
quence de cet acte ^, furent réunis au domaine de 
la couronne de France. 

Avec la comtesse Aliénor finit le règne des seigneurs 
du Vermandois, et ce comté fut définitivement cédé à 
la France^. 

Cette réunion, qui s'accomplit au milieu des cris de 
victoire de la bataille de Bouvines, où un chevalier du 
Vermandois, Galon ou Wallon de Montigny, portait 
vaillamment l'étendard royal, changea singulièrement 
la constitution judiciaire et administrative du pays. 
Saint-Quentin ne fut plus désormais la capitale d'une 
vaste seigneurie, dans laquelle les comtes héréditaires 
du Vermandois tenaient sur pied une petite armée et 
des vassaux pour les servir ; cette ville, déshéritée de 



^ Voir aux pièces justificatives la copie de la charte du roi Philippe- 
Auguste, année 1519. 

2 Henri Martin. Extrait de V Histoire des villes de France, page 1 1 . 



— 13 — 

tousses éléments. de grandeur et de prospérité, devînt 
une simple prévôté absorbée dans un grand bailliage. 

Ainsi se terminent les événements qui se rattachent 
à rhistoire spéciale de la ville de Saint-Quentin et du 
Vermandois, c'est-à-dire à Tépoque qui précéda leur 
réunion à la couronne de France. 

Si nous en avons relaté les principales circonstances, 
c'est qu'avant de parler de l'origine du commerce de 
Saint-Quentin, il fallait très sommairement faire con- 
naître ce que furent et ce que firent ses premiers 
habitants. 

Il n'est pas facile de constater d'une manière 
certaine la date de cette origine; pour essayer de 
l'établir, nous devrons nous contenter de reproduire 
les documents que nous avons pu recueillir sur le 
commerce de cette partie de l'ancienne Gaule où fut 
fondée la ville de Saint-Quentin. 

Pour les Gaules, comme pour une partie du monde, 
son origine doit remonter à cette époque où les hommes 
se sont constitués en société. En effet, si, dans un but 
de conservation ou de défense, ils ont été amenés à 
s'associer ou à se réunir dans les villes ou villages, ils 
ont dû également, pour satisfaire aux besoins de leur 
existence, se faire producteurs. 

Le pêcheur a dû échanger son poisson contre le 
gibier du chasseur , et le jardinier, ses fruits et ses 
légumes contre le blé du cultivateur; puisle propriétaire, 
ne pouvant en même temps s'occuper de vendre ses 
produits et d'acheter ceux qui lui manquaient, a dû 
nécessairement recourir à l'échange, c'est-à-dire au 



— 14 — 

commerce , et il a eu besoin de ces intermédiaires 
qui, d'abord acheteurs, vendeurs ou courtiers, sont 
ensuite devenus les principaux agents du commerce et 
de rindustrie. L'échange des produits a été le fonds 
de la société. Cette diversité des productions et des 
facultés de produire est le lien qui a uni les uns aux 
autres les habitants d'une même localité, la ville et la 
campagne, les provinces d'un même Etat et les diffé- 
rents peuples. La division du travail et du territoire 
a ensuite beaucoup contribué à augmenter la richesse 
des nations, et à accélérer la civilisation du genre 
humain. 

L'histoire, en parlant des peuples de la Gaule, dont 
seuls nous avons à nous occuper et auxquels nous 
revenons, n'est pas toujours d'accord sur leur carac- 
tère ou sur leurs habitudes sociales. 

Ainsi, Diodore de Sicile nous représente les 
Gaulois primitifs comme « des hommes grossiers, 
» assis sur des peaux de chien ou de loup, faisant 
» rôtir pour leurs festins des moutons et des bœufs ; 
» ne connaissant pas d'autres plaisirs que Tivresse, 
» d'autre luxe que de charger leurs bras de colliers 
» d'or, et de pendre au cou de leurs chevaux les têtes de 
» leurs ennemis; » tandis qu'un savant auteur ^ dit, au 
contraire : c( qu'ils étaient renommés par leur activité 
»• laborieuse et par le culte spécial qu'ils rendaient à 
» Mercure. Les Gaulois, en effet, plaçaient le dieu du 



i Histoire du Commerce dei aneiem, par Huet, éréqae d'AvranchM, 
page 213. 



— 15 — 

B commerce au premier rang, pour rappeler que la ci- 
» vilisatioQ leur avait été apportée par le commerce et 
ii rindustrie. » 

Les Romains, suivant le même historien, « tiraient 
1» autrefois de grands avantages de ces belles provinces 
» des Gaules, conquises par César, et ils prélevaient 
^ de grands péages,. non-seulement sur les marchan- 
D dises qu'ils fabriquaient et qui en sortaient, mais 
D encore sur celles que les habitants de cette contrée 
» y faisaient venir pour leur usage. » Cette opinion est 
d'ailleurs confirmée par Jules César lui-même, qui dit: 
« qu'en arrivant dans les Gaules , il avait été très 
» étonné d'y trouver ses magistrats et ses druides 
» couverts de vêtements d'étoffes riches et précieuses, 
» et que la connaissance des pays étrangers et desmar- 
» chandises qui en venaient, produisait chez eux 
» l'abondance. ^ » 

Si l'on veut remonter à une époque plus reculée 
dans l'histoire de l'antiquité, on peut y lire ^ : « que 
» les Phéniciens, qui passaient pour avoir inventé la 
» fabrication du lainage , transportaient les blés 
D d'Egypte , des tissus de différentes espèces, des 
» parfums de l'Arabie, et quils les menaient, par le 
» canal de la Manche, dans la seconde Belgique, où 
» ils les échangeaient contre des pelleteries, de l'étain 
» et du plomb, o 

Cette dissidence que nous signalons entre plusieurs 



1 Commentaires de Cé$ar. 

9 L. Hordret. — Hiitoire abrégée de la viUe de SaitU-Queniint ch. VIII, 
page 166. 



— 16 — 

historiens tient, sans aucun doute, à l'époque elle- 
même où ils ont écrit sur les différents peuples de la 
Gaule. 

En effet, si, pendant de longues années, cette na- 
tion resta libre et indépendante ; si ses guerriers et 
ses prêtres y étaient seuls puissants ; si, lors de la 
conquête de Jules César, elle était encore barbare, 
sous Auguste elle était déjà civilisée, et florissante 
sous le règne des Antonins. — Pauvre, quand elle 
fut conquise, elle était devenue, sous la domination 
des Romains, Tune des plus riches provinces de 
l'empire. 

Lorsque sa chute eut replongé dans la barbarie 
la plus grande partie de l'Europe, que l'Orient se 
fut isolé, ses empereurs durent renoncer à la défen- 
dre plus longtemps contre les invasions des barbares. 

Son commerce, qui sous leur règne était devenu 
prospère, dut s'arrêter devant l'état d'asservissement 
sous lequel était tombée la France sous la première 
race de ses rois. 

En subjuguant la Gaule, Rome lui avait donné ses 
mœurs et ses lois, et les vaincus avaient accepté 
la civilisation des vainqueurs. A Rome, toutefois, la 
classe des gens de métiers avait été étouffée par le 
contact de la population servile, et dans la Gaule, 
le nombre des esclaves était bien moins grand qu'en 
Italie*. 

Si, dans cette étude, nous sommes parfois appelé 

i Levasseur, Histoire des Classes ouvrières. Il« vul., page iîi. 



— 17 — 

à dire quelques mots de la situation des classes 
ouvrières, c'est que Thistoire de tous ceux qui vécurent 
par l'industrie et le commerce rentre essentielle- 
ment dans le sujet de ce travail. 

Dans cette période, qui a été nommée la période 
romaine, l'artisan était esclave dans son collège, 
sous le despotisme impérial ^ ; sa servitude y était 
d'autant plus étroite que ses services y étaient plus 
recherchés. — Il n'en souffrit sérieusement cependant 
que lorsque le travail commença à lui manquer; 
alors ses misères furent si grandes, qu'elles le 
rendirent presque indifférent à la chute de l'empire. 

Aucune province de la Gaule septentrionale 
n'était plus propre au commerce que la Picardie 
et la Belgique. — L'histoire ne laisse aucun doute 
à ce sujet. César, dans ses Commentaires, qui remon- 
tent à 57 ans avant Jésus-Christ, dit, en parlant 
de la Picardie : « qu'Amiens était une des huit fabri- 
i> ques des Gaules^ » ; et de vieux manuscrits men- 
tionnent tt qu'au IV* siècle, cette cité avait des 
» établissements où l'on fabriquait des épées et des 
» boucliers, et où l'on travaillait le fer et le plomb*. » 
On faisait également des cuirasses et des balistes ^ h 
Soissons, et des épées à Reims. 
. En moins de SO ans, la Gaule fut trois fois ravagée* 

î Levasseur, Histoire des Classes outrières, page 2, vol. 1*'. 
• Commentaires de César de bello Gallico. 
S Histoire d^ Amiens, par G. Daire. 

^ Machines dont les anciens se servaient pour lancer des pierres ou 
des torches allumées, des javelots. 

3 



— 18 — 

par de nouvelles bandes de conquérants dévastateurs, 
sans que, dans l'intervalle, une seule année de paix 
eût laissé aux habitants le loisir de réparer les 
calamités de la guerre. Cette triste époque, qui s'étend 
du IV* au vni* siècle, abonde en enseignements 
utiles ; car elle montre ce que deviennent les peuples 
lorsqu'ils sont livrés à l'ignorance et à l'esclavage. 

Au premier coup, d'œil, cette période ofPre le spec- 
tacle d'une désolation et d'une ruine. — On n'y con- 
naissait plus, pour ainsi dire, d'autre industrie que 
la violence , d'autre ressource que le brigandage , 
d'autre garantie de la propriété que le glaive. — 
La civilisation romaine avait disparu sous les pas 
des Germains. — Plus de commerce, plus d'industrie. 
Dans les campagnes, les ouvriers travaillaient pour 
leurs maîtres et fournissaient ce* qui était strictement 
nécessaire à leurs besoins. Le travail s'était réfugié 
dans la solitude des cloîtres, où une partie de la 
classe laborieuse trouvait, sous l'habit monastique, 
une protection contre la violence et la misère. — C'est 
de cette triste période de notre histoire que l'on a 
dit * : « que la Gaule , au vn* siècle de l'ère 
s> chrétienne, offrait à peu près la même situation 
D économique que sept siècles avant cette ère, où 
» elle était habitée par de grossiers nomades. » 

C'était, nous le répétons, le régime des seigneurs 
suzerains, qui étaient les maîtres de l'État, quand 
l'État n'avait plus de maître, et celui des monastè- 

1 Schérer, HUioire du Commerce, i^ partie, page li6. 



— 19 — 

res, gui avaient presque autant de sujets qu'il y 
avait d'habitants dans leurs domaines. — Chaque 
abbaye avait ses ateliers et ses manufactures, comme 
l'Etat avait les siens. Les travaux les plus délicats, 
tels que la fabrique et le tissage du lin et de la 
laine, la teinture des étoffes et la confection des vête- 
ments, étaient réservés aux femmes* . 

La culture était généralement délaissée. On ne 
cultivait guère que pour satisfaire aux premières né- 
cessités de l'existence, et les annales de ces époques 
sont pleines de récits sur les famines causées par 
l'insuffisance des récoltes ou par la dévastation de la 
guerre. 

Le commerce manquait d'aliments, de produits 
bruts, comme de produits fabriqués. Il ne pouvait y 
avoir d'échange là où il n'existait pas de besoins et 
où chacun ne tenait à produire que ce qui lui était 
indispensable. Les bras faisaient défaut à l'industrie 
aussi bien qu'à l'agriculture, soit que la population 
eût disparu, soit que, sous le règne du servage, le 
travailleur, dépourvu de stimulant et de l'intérêt 
personnel , ne fît pour les seigneurs et les couvents 
que le nécessaire le plus strict. 

En se reportant à cette triste époque, on est 
appelé à reconnaître que la féodalité et le servage 
furent des entraves au développement de l'agriculture 
et du commerce ^. 

i Levasseur, tome l*' — volume 1«' — page 11 5. 

3 Scbérer, HUtoire du Commerce, l'« partie, page 146. 



— 20 — 

Nous ne nous étendrons pas davantage sur un temps 
où rhistoire du commerce se borne pour ainsi dire à 
celle de son anéantissement. 

Le règne de Charlemagne, dont la domination 
unitaire mit fin à trois siècles de confusion et d'anar- 
chie, commença la réorganisation, politique de la 
France. 

Gharlemagne^ fut le seul monarque du moyen- 
ftge dont le gouvernement se soit utilement occupé 
du commerce. Lors de son avènement à la monarchie 
des Francs, la ruine de la civilisation ancienne était 
consommée. Il encouragea Tindustrie de tous ses 
moyens, et pour aider lui-même à ses progrès, il 
faisait exercer dans ses domaines divers métiers de 
tissage. C'est à lui que les foires de Saint-Denis et de 
Troyes durent leur agrandissement et leur sûreté^, 
et la ville d'Amiens d'avoir été placée parmi les chefs- 
lieux commerciaux de la France septentrionale^. 
Amiens est du petit nombre des cités de cette partie 
des Gaules sur l'industrie desquelles l'histoire des 
anciens fournisse quelques renseignements précis. 
Tous ceux que nous avons pu chercher et recueillir 
nous portent à croire que la plupart des villes de la 
Picardie, et particulièrement celle de Saint-Quentin , 



1 Le sou d*argent de Charlemagne représentait la 20« partie d*uQe 
livre de ce temps. — (Vest par la comparaison du prix du pain et du blé, 
en Tannée 794, avec les prix actuels, que Ton a pu découvrir la puissance 
du denier de Chariemagne. Leber, Appréciation de la fortune privée au 
moyen-dgCy page 1 5. 

^ Levasseur, t'^Tol. livre III, chapitre x. 

3 Schérer, l'o partie, pages 147 & 162. 



— 21 — 

ont pendant plusieurs siècles fabriqué, en partie, les 
mêmes genres de tissus qu'Amiens. C'est pour cette 
raison que, dans ce travail, nous reproduirons souvent 
des faits commerciaux qui, bien que se rattachant 
spécialement à cette cité, intéressent aussi la province 
dont Saint-Quentin était la capitale. 

Des actes authentiques, qui remontent à l'année 
779^ établissent que, sous les rois des deux pre- 
mières races, Amiens était un centre commercial qui 
attirait les acheteurs de toute la contrée. 

Charlemagne, après avoir soumis l'Allemagne par la 
force de ses armes et avoir consolidé sapuissance par sa 
politique, ne trouva rien de plus utile à faire que de 
relever de ses ruines l'industrie, qui avait été abandon- 
née à elle-même. H n'existait, au commencement de 
son règne, qu'un commerce intérieur et de détail, qui se 
faisait principalement dans le voisinage des églises et 
des abbayes, où les solennités religieuses attiraient de 
loin une grande affluence de promeneurs et d'acheteurs. 
Il chercha à l'augmenter, et c'est, dit-on, à ces réu- 
nions que l'on doit l'origine des marchés. Les foires y 
existaient déjà ; car, en l'année 710, « sôus Childe- 
» bert II, les marchands Saxons fréquentaient la foire 
» de Saint-Denis, où se rendaient aussi d'autres na- 
» tions*. i) 

Les successeurs de Charlemagne , incapables de 
soutenir le poids de son héritage, abandonnèrent 

1 AugosUn Thierry, Documents inédits ntr V Histoire de France, 
9 Histoire du Commerce, par Hoffmann, page 420. 



— 22 — 

bien vite les heureux résultats de l'impulsion que 
cet empereur avait su donner au commerce. La 
France redevint ce qu'elle avait été, c'est-à-dire, 
divisée, faible vis-à-vis de l'étranger, livrée au joug 
de l'anarchie féodale, et exposée aux incursions et aux 
dévastations des barbares. 

Il n'est pas toutefois inutile de rappeler, à propos de 
l'empereur Charlemagne, que c'est sous son règne et 
à cette époque, où le commerce, par une brillante 
mais trop courte apparition , venait de révéler à la 
France ses avantages et ses ressources , que le cata- 
logue des évéques mentionnait, en l'année 778, 
AugiLSta Veromanduorum comme a une ville très 
» peuplée, et ayant un clergé nombreux. » Mais si 
l'histoire fait connaître qu'au vin'' siècle la population 
de Saint-Quentin était importante et son clergé très 
nombreux, elle ne fournit encore aucun renseignement 
sur la nature du commerce auquel se livraient ses 
habitants, ni sur l'époque précise où ils commencèrent 
le tissage des étoffes. Il est même à croire que jusqu'aux 
dernières années du ix' siècle, ils ne s'occupaient du 
négoce que pour trafiquer des objets nécessaires à leur 
consommation journalière, et de la fabrication de 
leurs vêtements que pour les besoins de la localité et 
de ses environs. 

L'histoire du commerce au moyen-âge dit seule- 
ment a que les manufactures de draps, dans le nord 
» de la France, datent du ix* siècle*. Du ix* au x', 

i Schérer, Histoire du Commerce^ i^ partie, page 338. 



— 28 — 

3> il y avait, à Amiens, plusieurs ateliers où l'on filait 
m le lin et la laine; ces manufactures s'appelaient alors 
«gynécées*. » Des autres parties de la Picardie, 
il n'est rien dit. 

Les renseignements précis manquent donc sur cette 
époque, et ceux que l'on peut obtenir ne font que 
mentionner sa décadence profonde, depuis la chute de 
l'empire romain. 

Ce n'est qu'au commencement du x"" siècle, c'est- 
à-dire plusieurs années après les dévastations que 
le Vermandois eut à subir de la part des Danois et des 
Normands, que l'on commence à remarquer, dans 
la Picardie, une meilleure organisation du travail. 

Si, du vi'' au ix* siècle, les travaux des moines qui 
s'établirent dans des contrées sauvages pour y défricher 
les terres incultes, ont été utiles à l'agriculture, les 
soins qu'ils donnèrent à l'organisation des métiers de 
tissage, qu'ils dirigèrent avec succès dans les abbayes, 
n'eurent pas une influence moins favorable sur les 
progrès de l'industrie manufacturière^. Les religieuses 
dans les monastères , fabriquaient de leurs mains 
tout ce qui était nécessaire à leur subsistance et à 
leur entretien, depuis le pain jusqu'à l'étoffe de leurs 
vêtements. Elles y filaient et teignaient la laine^. 

Dans les villes peuplées, comme l'était celle de 
Saint-Quentin , où l'on produisait déjà plus que 

i Dusevel, Histoire d^ Amiens, l^' volume, page liS. 

3 Levasseur, Histoire des Classes ouvrières, I^'yoI., page 136. 

3 Levasseur, Histoire des Classes ouvrières, U^ vol., page 115. 



— 24 — 

pour les besoins ordinaires des familles et de la 
cité, Tagglomération d'un grand nombre d'hommes 
dut nécessairement provoquer , par l'association des 
forces productives, l'emploi de nouveaux procédés et 
la création d'un plus grand nombre d'ateliers. C'est ce 
qui arriva. Quand les hommes sont libres de recher- 
cher leurs intérêts, ils s'appliquent naturellement au 
moyen qu'ils jugent devoir être le plus avantageux 
pour obtenir l'aisance ou le bien-être. 

Un historien* qui défendit, en 1775, avec succès 
les droits de la ville de Saint-Quentin contre le receveur- 
général des domaines de la Picardie, lequel prétendait 
pouvoir exercer contre ses habitants , à propos du 
franc-alleu^ ou de l'exemption des droits seigneuriaux, 
la répétition d'immenses arrérages, l'avocat érudit 
qui, en raison même de ce procès, a dû plus que tout 
autre rechercher scrupuleusement et étudier tous les 
documents authentiques qui se rattachent à cette cité, 
et qui, par conséquent, doit sur cette question inspirer 



1 L. Hordret, Histoire abrégée de la villede Saint-Qtientin, 1 vol., 1781. 

9 La ville de Saint-Quentin a fait exécuter à ses frais les copies deâ Chartes de 
commune des villes de Laon, 11 28; de Boissons, 11 36 et 1181; de Bourges, 
1145 et 1181; Meulan, Sens, 1U9; Nantes, 1150; Compiégne, 1153; Corbie, 
1181; Noyon, 1181; Chaumont, 1182; Beauvais, 1182; Mpy, 118i; Ab- 
beville, 1184; Vaisly, !f84; Pontoise, 11 86; Amiens, 1190, 1205et 1225; 
Nevers, 1194 et 1231; Monldidier, Villeneuve de Beau vois, en 1200; Dou- 
lens, 1221; Saint-Jean il'Angély, 1204; PoiUersJ204;La Fère,1207;Pé- 
ronne, 1209;Chauny, 1213; Braye, 1210; Athys,1219;Vervins. 1223; Seygey. 
1266 et Saint- Valéry, 1376. Ces copies, très-bien conservées, sontdans ses 
archives ; elles remontent à Tépoqne où cette cité a eu à soutenir son grand 
procès du franc-alleu, procès qu*elle gagna par-devant le parlement de 
Paris. C'est pour aider à l'interprétation de sa propre Charte que ces copies 
ont été faites. — D'autres auteurs aflinnent que la commune de Cambrai 
date de 1076; — celle de Beauvais de 1099; — celle de Saint-Quentin de 
1102, et celle d'Amiens de 1115. 



— 25 — 

la plus grande confiance, L. Hordret, a dit : « que la 
» ville de Saint-Quentin n'avait jamais connu de sei- 
D gneurqui l'ait possédée à titre patrimonial, et ait eu 
» sur ses habitants cette puissance féodale qui en eût 
» fait des vassaux et encore moins des serfs. D'après ce 
» qui nous est parvenu, dit-il encore, de leur état 
» ancien, de leur caractère, de leurs mœurs, de cette 
» âme belliqueuse qui réglait leurs actions, de cette * 
» association qui les unissait, dans leurs murs, sous la 
» protection de leurs comtes , il n'est pas possible de 
» concevoir d'eux l'idée qu'ils aient pu être jamais 
x> esclaves ^\i serfs. Unis en corps d'habitants dans 
» l'enceinte d'une ville dont l'origine se perd dans la 
j> nuit des siècles, on n'aperçoit en eux que des gens de 
» commerce et des soldats, qui ne furent assurément 
» jamais faits pour être des serfs ^ » 

Cette opinion, appuyée sur plusieurs documents, 
constate d'une manière certaine la liberté et les fran- 
chises dont jouissaient alors les habitants de Saint- 
Quentin . Cette époqueprécéda celle où ils furent appelés 
à demander à leurs comtes que leur ville fût érigée en 
commune, et c'est dans les chartes qui établissent 
leurs droits et assurent leurs prérogatives, que nous 
allons trouver de nouvelles preuves de l'existence et de 
la nature de leurs industries. 

Il est une observation qui a été faite et qui parait 



1 Voir aux pièces justificatives certaines formules du droit municipal de 
Saint-Ouentin, citées par Augustin Thierry dans la préface du 2« volume 
du Rect*eil des manuscrits inédits de VHistoire du Tiers-Etat. 



— 26 — 

vraie, c'est que Tétablissemeat du commerce, dans 
plusieurs des villes de la Picardie et des Flandres, a 
très-souvent coïncidé avec leur création en communes, 
et que les progrès de l'industrie se lient essentiellement 
à ceux des institutions municipales. 

Pendant le cours du x* et du xi* siècle, où il se fit 
un changement remarquable dans l'état de la société 
en France, on doit s'étonner devoir que les documents 
authentiques qui se rattachent à l'histoire du com- 
merce manquent encore, ou sont d'une pénurie si 
extrême, que c'est seulement en se reportant aux 
chartes des comtes de Vermandois, dujs:* au xii* 
siècle, que l'on commence à y découvrir certains 
articles qui en fassent mention. C'est, en ce qui 
regarde la ville de Saint-Quentin, dans la charte de 
commune qui lui fut accordée, à ce que l'on croit, par 
Albert P', qui a commencé à régner sur elle en 
l'année 943 ; c'est dans cette charte, citée seulement 
par Hordret, et que celui-ci regarde comme la première 
de toutes, par cette raison qu'il n'en a pas trouvé de 
plus ancienne, qu'il est parlé de: a l'érection de la ville 
A de Saint-Quentin dans les us et coutumes de certaines 
» perceptions qu'ils pratiquaient auparavant, et qui 
» maintient ses habitants dans la franchise de leurs 
)> héritages. » Cette même charte ajoute a qu'il est 
» permis que ceux-ci soient jugés par leurs mayeurs 
» et jurés, auxquels il est accordé toute juridiction 
» civile, criminelle, de police et de voirie, ainsi que sur 
» les fabriques y salaires d'ouvriers, prix de marchant 
» dises vendues et autres dans la ville et dans la 



— 21 — 

D banlieue, ne réservant pour le chapelain, vicomte, 
D prévôt et les échevins qui en étaient pour lors les 
» assesseurs, que la connaissance des meurtres, des 
» vols et crimes de cette espèce. » 

Ce document, qui donne aux mayeurset aux jurés^ 
la juridiction sur les fabriques, sur les salaires 
d'ouvriers et sur les contestations à provenir au sujet 
défaits commerciaux, indique qu'avant l'existence de 
cette charte, et longtemps avant sa promulgation, 
on fabriquait dans la ville de Saint-Quentin des mar- 
chandises pour le prix des façons desquelles on payait 
des salaires aux ouvriers. 

Cette charte, qui se trouve dans l'histoire que nous 
venons de citer, laisse donc, même au milieu de la 
confusion des temps anciens^, peu de doute sur ce 
fait, qui peut être considéré comme acquis : c< c'est que 
» ce fut au X* siècle, sous le gouvernement de ses 
» comtes, que les habitants du Vermandois com- 
» mençèrentà se livrer au commerce et à l'industrie. » 



< L'appellation de jurés donnée aux magistrats de la ville n*est pas 
commune et ne se rencontre pas dans beaucoup de villes de France. Quenliii 
de la Fons, des manuscrits duquel est tirée cette note, dit « qu'il ne con> 
• naît pas d'autre ville que celle de Bordeaux où il y ait des jurés, comme 
» à Saint-Quentin. » Dans la plupart des communes, c'étaient seulement 
des échevins ou des pairs, comme à Poitiers , à Beauvais et à Crépy. — 
(ManuicriU de Quentin de la Fons, ^« volume, page 218.) 

3 Emmeré dit, à la page 119 de son Auguste de Vermandois, en rap- 
portant les actions politiques du comte Hébert IV, qui vivait en 1050, qu'il 
a été le premier à permettre aux habitants et bourgeois de Saint-Quentin 
de former un corps, une commune, et qu'il leur a donné des lois civiles et 
politiques, avec pouvoir et autorité sur les choses qui concernent le bien et 
le gouvernement de la ville. Chopin, au litre X du ill« livre qu'il a fait du 
Traité du Domaine, attribue l'institution de la commune et du corps de la 
ville au comte Hébert. 



Pour les Yilles du nord de la France, c*esl, nous 
Tenons de le dire, dans les chartes de leurs communes, 
c'est dans ce qui reste des pièces rdatiTes à leur 
organisation municipale, qu'il faut souvent rechercha 
les laits anciens qui se rattachent plus ou moins 
directement à l'origine et à l'histoire de leurs 
industries* 

Les chartes de commune furent, au moyen-âge, la 
source de la vie politique et administrative. En effet, 
dit un historien' : « le grand mouvement libéral d'où 
n sortit, il y a sept ou huit cents ans, l'affranchisse- 
9 ment des communes, fut bien plus , pensée et 
9 exécution, l'ouvrage des fabricants , marchands et 
» artisans qui formaient la population des villes, que 
» celui des comtes, évéques ou rois qui, pour la 
» plupart, ne firent que les accepter et y apposer leurs 
9 grands sceaux. » 

Si, comme on Ta dit^, la charte qui érigeait Saint- 
Quentin en commune remontait au comte Albert P', 
on se trouverait amené à croire que cette ville a été 
la première à jouir des franchises municipales. Si 
cela fut, ce fut justice, car ses habitants y eurent 
droit, non-seulement par Tindépendance de leur 
caractère, par leurs dispositions au commerce et à la 
liberté dont ils ont toujours joui, mais encore par les 
nombreux et loyaux services qu'ils avaient rendus aux 
souverains qui les gouvernaient. 

i Augustin Thierry. — Documents inédite sur Vhistoùre de France. 
S L. Hordret, chapitre ix, page 179. 



— go- 
Toutefois, on croit généralement que c'est en 1102 
que cette ville a été constituée en commune. 

La charte, octroyée en cette dite année à ses 
habitants, par Raoul, comte de Vermandois, confirme 
implicitement celle d'Albert I" ; car entre autres dis- 
positions, elle contient celle-ci : 

« Nous ne pourrons refondre la monnoie, ni en faire 
» de neuve, sans la permission du mayeuret des jurés. 
» Les hommes de la ville pourront moudre leur blé et 
» cuire leur pain partout où ils voudront ; » et cette 
charte, dont les autres dispositions générales ne ren- 
trent pas dans notre sujet, se termine ainsi : « /Nous 
» avons octroyé tout cela sauf notre droit et notre 
» honneur, sauf les droits de l'Eglise de Saint-Quentin 
A et des autres Eglises , et aussi sauf les libertés 
» antérieurement octroyées à ladite commune ^ » 

La plupart des villes qui environnaient celle de 
Saint-Quentin eurent leurs chartes communales. Cam- 
brai eut la sienne en 1076, et Beauvais en 1099. 

Dans celle de Beauvais, il était dit : « Si quelqu'un, 
» marchand étranger, vient à Beauvais pour le mar- 
)» ché, et que quelqu'un lui fasse tort ou injure dans 
» les limites de la banlieue ; si plainte en est faite au 
» mayeur ou aux pairs, et que le marchand puisse 
)» trouver son malfaiteur dans la ville, le mayeur et les 
» pairs en feront justice, à moins que le marchand 
» soit un des ennemis de la commune^. » 

1 L. Hordret, Histoire abrégée de la ville de Saint -Quentin. 

2 Lettres sur r histoir e de France, ku^sim Thierry, lettre X¥, page28i. 



— 30 — 

« La coninitiii6 dg Laon^ dit éotùtt Aup uaUiiTTiigTTTy 
9 s'crrjçaoisa sur le modèle des commîmes de Saint- 
» Oueotio et de 5otoo ; et ensuite la charte de Laoo 
» $»iit de patron àcdles de Crespj et de Montdidier. 
9 La charte de Soissons, qui parait afoir joui de la 
9 plus grande célébrité, est textuellement reproduite 
p dans celles de Senlis et de Ccmpiègne. La résolution 
9 de Laon, la plus sanglante de toutes, eut pour cause 
» oceanonnelle rétablissement des communes de 
n Saint^}uentin et de Noyon ; Tune, consentie par un 
» comte ; l'autre instituée par u;i éréque*. » 

La charte de Saint-Quentin senit aussi de modèle aux 
chartes de Chauny, de Roye et de Corbie; celle de Laon 
fut portée à Reims et répandue dans tout le Laonnois. 

Nous venons de voir, par un article de la charte 
d'Albert I**, que le mayeur et les jurés avaient toute 
juridiction sur les fabriques, salaires d'ouvriers et 
prix de marchandises ; ce qui prouve que, longtemps 
avant sa promulgation, les habitants de Saint-Quentin 
faisaient des actes habituels de commerce et fabri- 
quaient certaines marchandises pour les revendre. 

C'est par une autre charte, par celle de la com- 
tesse Aliéner, confirmée en 1195 parle roi Philippe- 
Auguste, que nous allons connaître d'une manière 
certaine quelle était , au moyen-Age , la première 
industrie des habitants de SaintrQuentin. 

Nous avons dit que cette comtesse, léguant la prin- 



1 Augustin Thierry, Préface du Recueil des documenls inédite, 4« 
pag«. 



— 31 — 

cipauté du Vermandois à PhUippe-Auguste, avait tout 
d'abord confirmé par un écrit les bourgeois de Saint- 
Quentin dans tous leurs droits, en rappelant même 
les termes des privilèges indiqués dans la charte 
primitive ; et qu'ensuite sa donation n'avait été consen- 
tie par elle au roi a qu'à la condition par lui de jurer, 
» par serment, qu'il conserverait , à l'avenir, aux 
» habitants du comté les droits et prérogatives qu'elle 
» leur avait accordés. » 

Voici quelques-uns des articles de cette charte fcé- 
morable de 1193* qui peut être considérée comme 
le contrat de la cession du comté du Vermandois à la 
couronne de Philippe- Auguste. Elle constate et con- 
firme en outre en ces termes les franchises accordées 
par celles d'Albert I" et de Raoul : 

« Sachent tous présents et à venir, dit l'article 1", 
t^ que nous avons accordé et fait jurer , en notre nom , 
» de garder et maintenir inviolablement , dès que le 
» comté de Vermandois sera en notre possession, les 
jf> us et coutumes dont les bourgeois de la ville de 
3> Saint-Quentin jouissaient du temps du comte Raoul et 
9 de ses prédécesseurs, sans préjudice néanmoins de 
» l'obéissance et fidélité qui nous est due, comme sou- 
» verain et à l'Église de Saint-Quentin, comme pro- 
9 épiscopale et à cause de sa juridiction de chrétienté. » 



1 Les archives de Saint-Quentin possèdent la copie, sur parchemin, de 
celte charte de commune, octroyée par Philippe-Auguste en 1195. Cette 
pièce, rédigée en latin, est parfaitement conservée, et n'a évidemment été 
transcrite que fort peu de temps après la concession royale. (Voir la copie 
entière de cette charte traduite en français, aux pièces justificatives.) 



— 32— . 

Les suiTants font connaître le commerce el les 
industries dont s'occupaient au xu" siècle les fabri- 
cants de Saint-Quentin. 

Article XXYIl. « Si un bourgeois ^end sa marchan- 
» dise, et qu'un autre, soit homme ou femme, sur- 
» vienne et veuille l'emporter par force, ce bourgeois 
9 peut l'arrêter jusqu'à ce qu'il en ait reçu le prix ; et 
» si, à cette occasion, il arrivait quelque accident, ni 
9 lui, ni ceux qui lui auraient prêté secours, n'encour- 
ir ront aucune peine. 

» Article LY. S'il a été donné de la laine à filer à 
9 une ouvrière ou des draps à apprêter par un ouvrier, 
I» moyennant certain salaire , et que la fileuse ou 
» Tapprêteur l'aient mis en gage pour plus forte somme 
3 que les salaires à eux dus, le mayeur les fera rendre 
aux propriétaires, en quelqu'endroit que ce soit de 
> la ville, à la déduction seulement du salaire légiti- 
9 mement dû. » 

Comme on le voit, cet article delà charte de 11 95 ne 
laisse aucun doute sur la nature des industries de la 
ville de Saint-Quentin, au moyen-âge. Nous allons en 
donner de nouvelles preuves. 

Foleuin, abbé de Lobbesi, qui mourut vers la 
fin du XI"* siècle, dit, dans son livre des Miracles de 
iaint OrmeTy a queles habitants du village de Fléon, en 
a Thiérache, allaient faire leurs achats à Saint-Quentin, 
a ville alors déjà réputée conlme très-commerçante. 



i Elirait des Mémoire» de Dom Grenier, manuscrits de la Bibliothèque 
Impériale. — Vol. 166, paqutl 2, art. 6. fo 225. 



{Quodam die cantibus quibiudam eumphustris in 
Augustà Veromanduorum tnercandi gratià *). 

Les commerçants du Vermandois Cmercatorei 
Veromanduij participèrent au privilège de sauf- 
conduit accordé au mois de mars 118 ^l^ ^à ceux des 
différentes provinces qui viennent à Compiègne à la 
foire de la mi-caréme. 

Les manuscrits qui se trouvent à la bibliothèque 
Impériale, où nous avons puisé ces renseignements, 
ajoutent encore que : a Ton voit par les articles 26, 
» 27, 28, A6, SO et55 de la charte de la commune du 
» comte Raoul I", confirmée en 1195 par le roi 
» Philippe- Auguste , principalement par le dernier 
» article, qu'au xu* siècle, il y avait plusieurs fabri- 
» ques à Saint^Quentin, pour le maintien desquelles 
r> avaient été faites certaines ordonnances, par les 
» maire et jurés, avant la suspension de la commune, 
> et depuis, par les rois, tant qu'elle demeura entre 
» leurs mains, dans lequel droit de faire établissement 
» sur la susdite draperie, et, en ce, user de leur 
» ancienne charte, ils furent rétablis, au mois de 
«septembre 1346, par Philippe de Valois, en leur 
i» rendant la dite commune', y» 

Le manuscrit de Quentin de La Fons, intitulé 
Histoire particulière de la ville de Saint-Quentin^ ydi 

1 Act. Saint-Ber... S... m. part. \ p. 260. 

2 (P. part i). 

8 Mémoiru du Vermandoiê, tome 2, page 524. 



— 34 — 

nous Iburnir aussi sur les manufactures de draps et de 
toiles de précieux renseignements. 

« n y avaitautrefois à Saint-Quentin, dit de La Fons, 
» deux genres de manuCsustures, très-utiles et très- 
» profitables à une bonne partie des habitants : l'une 
» était la draperie, et l'autre la fabrication de toutes 
» sortes de toiles. Toutes deux y étaient établies dès 
» fort longtemps, puisque l'article LY* delà charte de 
X» 119S en fait mention. Pour ce qui est de la draperie 
V et de la manufacture des autres étoffes de laine, il y 
«avait, autrefois, une grande quantité d'ouvriers 
» employés, tant pour les façonner que pour les tein- 
» dre, et ils étaient si nombreux, qu'il y avait une rue 
» appelée la rue des Foulons, et une autre appelée rue 
» de la Teinturerie. Tant que cette manufacture a 
» subsisté à Saint-Quentin , il y avait dans plusieurs 
» villages d'alentour quantité de moulins à Galde ou 
» Warde, qui servaient à préparer ce qui était néces- 
» saire pour la teinture des draperies. » 

Quentin de La Fons cite le fait suivant qui, s'il était 
vrai, prouverait l'importance considérable de la fabri- 
cation de ladraperieàSaint^Quentin : a Ce qui peut faire 
» juger de l'importance de cette manufacture et de 
» ceux qui y gagnaient leur vie, c'est que j'ai appris 
» qu'il est sorti, en un seul jour, 1,600 hommes de ce 
» métier, qui n'y sont plus rentrés depuis.' Je ne sais 
» pas si ce fait a eu lieu à l'époque de la prise de la 



i Nous regrettons d*étre parfois obligé de nous répéter en reproduisanl 
des documents qui conflnnent ce que uous avons d^à dit sur le commerce et 
sur les industries de Saint-Quentin. C. P« 



— 36 — 

» ville en 1S57, ou bien à la suite d'un certain tumulte 
» et monopole que Ton dit avoir été fait par eux, long- 
n temps auparavant ; mais, quoi qu'il en soit, cette 
)» manufacture a cessé, et le quartier des Foulons, qui 
n était aux environs de l'église Sainte-Catherine , est 
» demeuré désert et abandonné. Quant à la manufac- 
» ture de toiles, elle s'y est continuée jusqu'à ce jour, 
Y> par le moyen de plusieurs marchands et de nom- 
» breux ouvriers , tant hommes que femmes , qui 
n gagnent leur vie soit à filer le lin et le chanvre, soit 
Y» à le mettre en œuvre pour en faire des toiles de toute 
» espèce. 

» On peut dire avec vérité, ajoute-t-il encore, qu'il 
» ne s'en fait nulle part d'aussi belles ni d'aussi fines 
» que par les artisans et façonneurs de Saint-Quentin, 
» appelés mulquiniers.il est croyable qu'anciennement 
9 il y en avait encore une plus grande quantité et que 
1» cette fabrication était plus en vogue, puisqu'il y a à 
» Saint-Quentin uneplace qui s'appelle le marché au lin, 
» où cette marchandise se vendait principalement à 
» certains jours de la semaine, d'où, peut-être, il est 
» parvenu que la rue où se trouve cette place, auprès 
D du puits de la Rose, est encore appelée la rue des 
i> Liniers. » 

Nous aurons souvent l'occasion de revenir sur les 
manuscrits de Quentin de la Fons. 

Maintenant que nous connaissons la nature des 
produits que l'on fabriquait dans le Yermandois, nous 
allons dire ce qu'était, du x* au commencement du 
xiu' siècle, le commerce de Saint-Quentin. 



— 36 — 

Ces trois sièdes ont été généralement, pour le corn- 
merce de la France, une époque intermédiaire entre 
la période des invasions, qui a montré les artisans 
dispersés, vivant comme des serfe sur la terre du 
seigneur, ou comme des moines dans les monastères, 
et celle de la féodalité et des croisades, où la bour- 
geoisie a grandi dans les communes, et où l'industrie 
a commencé à prospérer. 

Les invasions avaient cessé, les traditions anciennes 
et grossières tendaient à s'effacer, et les lois bar- 
bares, tombées en désuétude, étaient presque partout 
remplacées par des coutumes locales. Des besoins 
d'améliorations se faisaient déjà sentir, des progrès 
étaient réclamés, mais ils se trouvaient arrêtés par les 
guerres des seigneurs, et par leurs révoltes contre les 
rois de France. 

Au X* siècle , les habitants de la ville de Saint- 
Quentin eurent encore à subir les vicissitudes et les 
agitations politiques des règnes des comtes du Yer- 
mandois, et surtout de celui, si turbulent et si glorieux, 
d'Héribert II. En se faisant seigneurs des villes, ces 
comtes étaient ensuite obligés de défendre, par les 
armes, leurs prétentions contre ceux qui voulaient les 
leur disputer : ainsi, Héribertne fut pas plus tôt en la 
possession de son comté, qu'il eut de grands débats à 
soutenir contre ses voisins; et, sous le règne du comte 
Hugues, la malheureuse ville de Saint^Quentin, sans 
cesse convoitée et toujours recherchée, fut prise et re- 
prise quatre ou cinq fois. Le commerce, qui a besoin 
des bienfaits de la paix pour prospérer, pouvait-il s'orga- 



ï 



— 87 — 

niser au milieu des tempêtes, sans cesse renaissantes, 
d'une époque où Tindustrie, qui venait de sortir des 
cloîtres et des châteaux, ne faisait encore qu'appa- 
raître ? Cela ne fut pas et cela ne pouvait pas être. 

En nous reportant à la condition qui fut faite à la 
classe ouvrière dans cette période de notre histoire 
féodale, nous voyons qu'elle ne fut pas heureuse. 

Quelques artisans parvinrent à prendre place dans 
les rangs de cette même féodalité, en se faisant donner 
en fief le droit de travailler pour leur seigneur, mais la 
plupart se trouvèrent gênés et arrêtés dans la direction 
de leurs carrières. Ce fut la révolution communale 
qui , en faisant, en quelque sorte, invasion dans la 
société féodale, fut cause, par un mouvement spontané, 
que les cités qui ne conquirent pas leur indépendance 
par la révolte, obtinrent de leurs seigneurs de nom- 
breuses libertés civiles et commerciales. 

Cette période est celle qui a eu la plus grande influence 
sur la position des travailleurs. Ce ne furent pas des sei- 
gneurs^ ou des comtes qui enchaînèrent les artisans à 
un travail obligatoire, ce furent les artisans eux-mêmes 
qui s'associèrent pour se soutenir mutuellement, pour 
repousser la concurrence et faire du travail un privilège 
et presque un monopole. Cette grande époque de 
l'affîranchissement des communes et de l'organisation 
des corporations, qui est celle où la bourgeoisie nais- 
sante s'est avancée d'un pas rapide dans la voie de 
l'émancipation, se représentera souvent dans cette 

< Lefasseor. HiiUrire des Clauei ouimèrei, 2* yoL, pa^e Ai, 



— 88 — 

étude. En effet, il est impossible de suivre avec intérêt 
l'origine, la marche et les progrès d'une industrie, 
sans étudier le sort et la condition de ceux qui furent 
ses principaux agents. 

On fabriquait la monnaie avant le^ x' siècle à Saint- 
Quentin ; mais nous n'indiquerons pas la monnaie 
comme une marchandise qui s'y manutentionnait. 
Cette fabrication, sous le règne de la féodalité, était un 
riche revenu que les rois et les seigneurs cherchaient 
à s'approprier ; mais ce n'était pas une industrie. 
Un établissement de.ce genre à Saint-Quentin prouve 
seulement son ancienne importance, car les grandes 
cités seules avaient des fabriques de monnaies. 

Dans un mémoire sur la ville de Saint-Quentin, un 
écrivain * rappelait « que les comtes de Vermandois 
» y avaient fait battre monnaie, mais qu'en ce moment 
• (en 1766) elles y étaient fort rares ; qu'il y avait la 
9 rue de la Monnaie ; et que, dans cette rue , était la 
» maison du gouverneur *, qui réunissait l'ancienne 
9 maison de la monnaie et celle qui servait de refuge 
A aux moines de l'abbaye d'Homblières ; et il ajoutait 
» qu'en 1738, il avait trouvé dans le jardin de cette 
i> résidence le recuisoir de la monnaie. » 

Cette fabrication se trouve également rappelée en ces 
termes dans le journal du Trésor, P 89, V* 10, juillet 
1299:11 y avait des ateliers royaux de monnaie à 

< Peitavi. — Mémoire sur VHistoire,de France, tome 2, page 163. 

2 La maison du gouverneur était rétablissement d'apprêts de U. Tausin- 
Rondot 



Saint-Quentin : fP^o detiariiiper Sytrumem de Brolio 
eiBartholomeum Perruche^ monilarisSaint-QuentiniJ 

Quentin delà Fons enfin n'est pasmoins explicite sur 
la fabrication des monnaies à Saint-Quentin; et on lit à 
ce sujet, dans les extraits de son manuscrit: a Les sou- 
» verains ont, le plus souvent, choisi les villes les plus 
» notables de leurs seigneuries pour y forger la mon- 
1» naie, de sorte que l'établissement d'ateliers moné- 
D taires dans une ville est un indice de sa grandeur 
et de sa considération; la ville de Saint-Quentin, capi- 
» taie du Yermandois, demeure des comtes, est deve- 
» nue, après qu'ils se furent attribué la plupart des droits 
» seigneuriaux, le lieu où ils ont fait battre et forger 
» leur monnoie ; ce qui a été continué même après la 
1» réunion du comté à la couronne et jusqu'au dernier 
» siècle. » Il ajoute ensuite : o c'est là une recomman- 
» dation très-notable pour Saint- Quentin, attendu 
H qu'il ne se trouve, en ce temps, aucune autre ville de 
» la Picardie qui ait eu l'honneur d'avoir une fabrique 
» de monnoie, excepté Amiens et B«auvais. Pendant 
» long-temps , la monnoie de Saint-Quentin a été 
» appelée: Moneta Veromanduensis^ monnoie du Yer- 
B mandois ou monnoie vermandoise. La ville ayant 
» changé son nom d'Auguste de Yermandois pour 
» prendre celui de Saint-Quentin, la monnoie de Ver- 
» mandois a été appelée de même, par succession de 
» temps , monnoie de Saint-Quentin. » 

Cette citation ne laisse aucun doute sur l'époque 
très-ancienne où cette ville fut dotée d'une de ces ma- 
nufactures, puisque la monnaie qui s'y fabriquait était 




— 40 — 

appelée moneta Veromanduentiê^ du aom d'Augusta 
Veratnanduorum que portait cette cité à son origine, 
et qu'elle ne quitta, on le sait, que vers la fin du 
IX* siècle. 

Pour l'industrie du Vermandois, le x* siècle fut 
une période d'épreuves, d'apprentissage et d'essais ; 
mais ce qui doit étonner, c'est que les renseignements 
que les archives et les chroniques fournissent sur la 
fabrication de ses draps et de ses toiles, au xi* et même 
au xu* siècle, se trouvent être encore aussi restreints. 

Ce silence ne peut réellement s'expliquer que par 
l'ignorance et la grossièreté d'une époque où l'indu- 
strie était pour si peu de chose, et où les événements 
les plus importants eux-mêmes n'ont laissé que 
quelques rares souvenirs. 

Au XI* siècle, la fabrication des draps et de la toile 
à Saint-Quentin était encore dans l'enfance; lesprogrès 
sont lents quand il faut tout créer. Les draps se 
tissaient particulièrement dans la ville, et les toiles à la 
campagne et par des travailleurs isolés. Le commerce 
des autres produits se bornait uniquement alors aux 
échanges ^ Les habitants échangeaient à leur porte 



1 L*élévaUon et la rareté de Targent pouvaient être compensées, par 
l'usage des échanges qui le rendait moins nécessaire. Les transactions entre 

f producteurs» les ventes et les paiements par échanges, étaient admis dans 
es foires, dans les marchés et dans les campagnes où les produits de di- 
verses natures, disponibles en différentes mains, devenaient la monnaie de 
Tacbeteur et du vendeur. On donnait, au moyen-âge, 3 pigeons ou 2 poules 
pour une oie, 2 oies pour un porc, 3 agneaux pour un mouton, 3 veaux 
pour une vache, enfin, c'était le lem^s où une princesse ayant à payer un 
livre de prières richement orné, donnait pour se libérer un troupeau de 
moutons et quelques seiiers de grains. — Leber. Appréciation de la for^ 
tune publique au moyen-^ége^ page 27. 



— 41 — 

les productions de leurs terres et de leurs industries, 
contre celles des étrangers qui se rendaient aux foires. 
Ces marchands ne traversaient les villes qu'en y 
payant certains droits de tonlieu, de forage, de rouage, 
qui gênaient singulièrement le commerce. 

Les Juifs, qui étaient déjà les courtiers de toutes les 
nations, allaient chercher aux Echelles du Levant des 
marchandises, qu'ils vendaient dans les marchés et 
dans les foires. 

Un historien * a dit : « qu'ils avaient un entrepôt 
» à Crespy, à Berberie et dans plusieurs autres en- 
» droits de la Picardie ; mais qu'ils n'en avaient la 
» jouissance qu'à prix d'argent. Cet écrivain ajoute que 
1» les comtes de Soissons, pour conserver les Juifs 
» dans leurs états, qu'ils enrichissaient par le com- 
» merce, payaient chaque année six bezans d'or à 
» Notre-Dame de cette ville ; l'évéque et le chapitre 
y> ne les souffraient qu'à cette condition. C'était le règne 
o de la puissance de l'Eglise, et rien n'était sisingulier 
» dans ces siècles, que la facilité avec laquelle les papes 
3> se permettaient, du centre .de leur palais à Rome, 
1» de disposer de l'industrie des habitants des rives de 
p la Picardie. Ainsi on a vu, sur la fin du xii* siècle, 
» les moinesde l'AbbayedeSaint-Bertin, unebulleàla 
D main, se présenter pour prendre ladlmedes harengs 
p que ces habitants avaient péchés dans la mer. » 

Dans les villes où l'industrie commençait à se déve- 
lopper, où se montaient quelques métiers de tissage, 

I Hordret. page 169, chapitre vni. 



— 42 — 

les habitants ne travaillaient encore que pour les 
besoins de leurs localités, ou tout au plus pour ceux 
d'un très-petit nombre de consommateurs de leurs 
étroits rayons. Les produits que Ton y fabriquait 
étaient rares, car beaucoup de ceux qui, depuis, sont 
devenus en usage, y étaient alors inconnus. 

A cette époque où la soie et le coton avaient pres- 
que entièrement disparu de l'Europe occidentale et où 
on ne les employait que par exception, les matières 
premières qui servaient le plus ordinairement à la con- 
fection des vêtements étaient la laine, le lin et le 
chanvre ^ Les moutons, dont l'élève était plus ou 
moins bien entendue, suivant les pays, se trouvaient 
dans toutes les contrées de l'Europe, et l'art de mettre 
la toison en œuvre y était généralement connu et 
pratiqué *. 

Le lin et le chanvre, dont la culture remonte au xi* 
siècle^ , étaient assez abondants dans les provinces 
des Flandres et de Picardie, mais la laine qui, par ses 
modes variés de tissage et de teinture, convenait k 
tous les emplois, à toutes les conditions, aux riches 
comme aux pauvres, y fut le produit qui, l'un des 
premiers, attira l'attention des fabricants et du com- 
merce. 

A des époques plus ou moins éloignées, on vit les 
habitants de la plupart des villes de la France septen- 



^ Schérer. — Histoire du Commercet i** partie, page 371 

S Schérer. — Page 379. 

3 Schérer. — Histoire du Commense, page 359. 



— 43 — 

trionale s'occuper peu à peu de la fabrication de la 
draperie. 

Les villes de Lille, Arras, Beauvais, Amiens, Reims, 
Saint-Quentin, Douai, Valenciennes et Cambrai, sont 
indiquées comme s'étant, des premières, livrées à l'in- 
dustrie des étoffes de laine. 

On commençait déjà à voir quelques marchands 
hardis aller trouver des acheteurs là où ils croyaient 
les rencontrer. Une seule ville souvent ne suffisait pas 
à leur commerce, et après avoir fourni aux besoins de 
ses habitants, ils étaient obligés de chercher ailleurs 
d'autres consommateurs. Les difficultés, les dangers 
du voyage, les obligeaient presque toujours à se réunir, 
pour se protéger réciproquement contre les vexations 
et les attaques de toutes sortes que leur faisaient subir 
les possesseurs des châteaux établis sur les routes, sur 
les rivières et sur les autres voies de communication 
qu'ils devaient traverser. 

La féodalité couvrait encore la France de son voile 
et de ses rigueurs. Dans les contrées où les paysans 
étaient trop pauvres pour avoir chez eux un pressoir 
et un four, le seigneur se chargeait d'en faire construire 
à ses frais, et ceux-ci, moyennant redevance, avaient 
le droit d*y presser leurs pommes ou d'y cuire leur 
pain^ A cette époque, il n'y avait en la ville de 
Saint-Quentin que deux fours banaux et trois mou- 
lins, qui, à défaut d'autres, apportaient de grands reve- 
nus à ceux qui les tenaient. H y en eut un plus grand 

I 3fanutcrit de Quentin de La Pons, chapitre xxxiv, pa^ 99. 



— 44 — 

nombre ensuite, qui appartenaient à des personnes 
particulières qui les avaient achetés des comtes de 
Vermandois. 

Pour certains cultivateurs, il fallait qu'ils amenas- 
sent leurs grains de loin ou de près, et qu'ils atten- 
dissent leur tour pour faire moudre leurs blés. 
Quand ils en avaient beaucoup, ils ne savaient où 
les écouler. Devant un pareil état de gène, de misère 
et d'esclavage, le moyen-âge comprit le besoin d'orga- 
niser sur une plus grande - échelle les foires et les 
marchés. Ce fut une nécessité. Les marchands ne 
pouvaient pas encore faire le commerce isolément. 
Aussi, ces réunions pour vendre et pour acheter, qui 
étaient encore dans leur enfance au xi' siècle, furent- 
elles la principale richesse du commerce des siècles 
qui les suivirent. 

Les rois et les seigneurs cherchèrent à les multi- 
plier à rinflni sur eurs terres; car c'était pour eux une 
source de revenu considérable. Si les droits que l'on 
y payait étaient en apparence minimes» ils étaient aggra- 
vés parles impôts indirects, qu'ils avaient soin de faire 
mettre sur les marchands et sur les marchandises. C'é- 
taient des péages sur les routes, péages dans les villes, 
danslescarrefours,surles ponts, surles fleuves; péages 
variables, selon les caprices des comtes ou des pro- 
priétaires, qui les multipliaient à l'infini, parce que 
c'était un moyen d'augmenter les redevances*. 

Ce sont ces charges sans nombre , qui pesèrent si 

i Levassrtur. Hùtoire des Clatw* oumèrts^ l*' Tolume, pages 30i et 
suivantes. 



— 46 — 

longtemps sur le commerce, ce sont ces ressources 
arbitraires du régime féodal qui expliquent pourquoi 
la France fut si longtemps en arrière dans les arts et 
dans l'industrie. 

On peut dire que si, pendant les siècles qui s'écou- 
lèrent jusqu'aux croisades, les intérêts particuliers 
des seigneurs furent par trop prédominants et lais* 
sèrent si peu prévaloir les droits de la dynastie qui 
occupait le trône et ceux des bourgeois qui habitaient 
les villes ; que si cette période ne fut pas pour la 
France une des plus brillantes de son histoire, le xi* 
et surtout le xif siècle ont été exceptionnellement, 
pour la ville de Saint-Quentin, une époque de grandeur, 
d'animation et de luxe. En effet, une ville qui possé- 
dait une cour nombreuse et brillante, telle que ses 
annales nous le représentent ; qui fut le témoin de la 
splendide réception qui fut faite dans ses murs par 
Héribert IV au roi de France Henri I" ; qui fut jus- 
qu'aux premières années du xm' siècle le lieu de la 
résidence de ces comtes du Vermandois, enfants de 
Gharlemagne, rivaux puissants, ennemis dangereux 
ou protecteurs superbes des rois, de ces comtes qui 
remplirent si longtemps la France de leurs hauts faits 
et de leurs discordes ; la ville qui fut la capitale de ce 
comté était alors trop importante, trop peuplée, trop 
riche, pour que son commerce et son industrie n'y 
aient pas pris un développement considérable, en 
rapport avec les besoins d'une cité qui était le rendez- 
vous des seigneurs delà province. 

Avec le xii* siècle, une ère nouvelle avait com- 



— 46 — 

mencé pour les arts ; l'industrie et le commerce, sans 
atteindre à la même perfection, les avaient suivis dans 
la voie du progrès. C'est aussi au xii* siècle que 
s'établirent entre les différents états auxquels donna 
naissance la chute de l'empire romain, des rapports 
qui amenèrent une législation nouvelle. Des usages, 
d'abord considérés, par un consentement général, 
comme lois, furent recueillis et rédigés par écrit. 

Pendant cette période de renaissance sociale, Saint- 
Ouentin se plaça au premier rang de ces villes de la 
France qui comprirent le mieux que partout où pé- 
nètre l'industrie, on voit fuir la gêne, la souffrance et 
la mendicité ; que partout elle imprime un puissant 
essor à l'activité de l'homme et lui apprend à employer 
ses forces, à faire servir à ses vues les dons de la na- 
ture. En un mot, au commencement du xui^ siècle, 
Saint-Quentin étaitune ville qui s'occupait déjà de pren- 
dre sa place parmi les cités les plus commerçantes de 
la Picardie et des provinces du Nord. Cette époque 
était celle où la province du Yermandois venait d'être 
cédée à la couronne de France, et avec cette cession se 
termine l'exposé de la situation du commerce et de 
l'industrie en la ville de Saint-Quentin, sous ses évé- 
ques, ses abbés et sous ses comtes héréditaires. 



CHAPITRE DEUXIÈME. 



COMMBRCB BT INDUBTRIB8 DB 8AINT-QUBNTIN 
DB 1212 A 1557. 



SOMMAIRE. 



Le nm sièele, époqve de la grande prospérilé do moyen-âge. - L'organisatfoii 
des communes amène l'émancipation des artisans. ^ ISLuscrits eUotnmeZ 
qui se rattachent au corporations et an commerce de SainHïnentin. - 
Influence des croisades sur iMndnstrie. - Ses progrès. - AméUorauons des 
voie, de communications. - Les postes. ~ La bannie. ^ lS Srts -t 
La Collégiaie de Saint-Quentin. - Rapporu commerciaux entre les proT^eea 
JL!»?./' î ^'"""l '' ^.'J? B«»«*<I«e " La hanse de LondrS !l Qu^ 
étaient les Ussus qui se fabriquaient dans la Picardie et particulièrement J 
^^QuenUn -. Les marchés. « Les halles. - Les foirS et le S î 
îlr.'^n'""^ *^ïï?î*« ?'«»"• - Bvé«emcms historiques qui se ^ssèrent 
à Saint-ûnentin après la réunion du Vcrmandois k la France - CetiTyme 
m MOTent^tée par des souTeralns. - Ses églises. - Son collège. - 
Ses H^iuux. - Ses éublissements de bienfaisance et son hôtel-de-Y«le - 
Saint-Quentin sous la domination de Henri IV, roi d'Angleterre. - Cette Yille 
est rendue k la France. - Situation des ouvriers. - Ils commencent i wairef 

7 ST1T*°Î^*- T ^ *'•"' ^^*^' - ^*^»"1« de Salnt-Laurent. - Siégé 
de SainM^neatin. - Conséqience de la prise de cette cité. 



Chaque société a ses périodes de croissance, de gran- 
deur et de décadence. Le xiii* siècle est Tépoque de la 
plus grande prospérité du moyen-âge. Ce siècle fut 
pour la France ce que celui des Antonins avait été 
pour la gaule romaine*. Il fut une ère de renais- 
sance : renaissance des arts et de la littérature, renais- 
sance du commerce et de l'industrie, organisation de 

i Levasseur. HUtoire du CUuteM (mmèm, ttvre III , cluiDitre x. 
page 367. 



— 48 — 

la bourgeoisie qui, comprimée par le servage, sut, au 
xin*" siècle, s'en affranchir par le travail et les luttes. 
La création des communes amena l'émancipation des 
artisans qui, en se formant en corps de métiers, prirent 
une place dans la société féodale de cette époque. 

Le roi Louis VI, forcé dès le commencement du 
xn' siècle, de combattre des sujets rebelles, dont les 
domaines entouraient les siens et l'emprisonnaient en 
quelque sorte dans les murs de Paris, Louis-le-6ros, 
le promoteur de. l'émancipation communale, le patron 
de la liberté bourgeoise, comme l'appelle Augustin 
Thierry^ commença à mettre à la raison de petits tyrans 
qui, en ruinant leurs malheureux vassaux, préparaient 
aussi la ruine de la monarchie. H sentit qu'il ne pou- 
vait balancer le pouvoir des nobles que par la puissance 
de la bourgeoisie. Un sentiment d'indépendance gagna 
les cités, et comme le nombre et la force étaient du 
côté de la bourgeoisie, celle-ci contraignit les seigneurs 
à lui accorder des chartes. — Ces chartes lui concé- 
daient le droit d'être administrée par des maires, par 
des consuls ou des échevins, à son choix, et aux arti- 
sans, celui de changer de domicile, de se marier, de 
commercer, d'hériter, de tester, et de disposer libre- 
ment de leurs biens. 

oc Les habitants des villes que ce mouvement politi- 
» que avait gagnées , dit un savant historien ^ , se 
» réunissaient dans la grande église, ou sur la place du 
D marché, et là, ils prêtaient sur les choses saintes le 

i Lettres sur l'Histoire de Franee, par Ausustin Thierry. Lettre xiii, 
page Ui, 



— 49 — 

» serment de se soutenir les uns et les autres, de ne 
o pas permettre que qui que ce fût fit tort à l'un 
r) d'entre eux ou les traitât désormais en serfs. C'est 
ce serment qui donna naissance aux communes. Tous 
i> ceux qui s'étaient liés de cette manière prenaient 
» dès lors le nom de communiers ou de jurés ; et, pour 
» eux, ces titres nouveaux comprenaient les idées de 
n devoir, de fidélité et de dévouement réciproque 
» exprimées dans l'antiquité par le mot de citoyen. » 

Louis-le-Gros comprit très-bien que la féodalité était 
l'ennemie la plus dangereuse de l'autorité royale , et il 
favorisa l'émancipation des communes dans ses états, 
qui ne se composaient plus que des pays qui étaient 
entre la Somme et la Loire. On peut dire que le dé- 
veloppement du commerce date particulièrement de 
cette époque, et que la liberté dont jouirent les arti- 
sans, en multipliant les sources du travail, fit sortir 
l'industrie de la condition de langueur dans laquelle 
elle se trouvait. 

Toutefois, les villes les plus florissantes du royaume 
n'obtinrent pas to;ites un affranchissement aussi com- 
plet que celui qui fut concédé à celle de Saint-Quentin 
et à d'autres villes seigneuriales du nord de la France. 
Ainsi, Paris n'eut jamais de commune, mais seulement 
des corps de métiers et une justice bourgeoise sans 
attribution politique. On parait d'accord pour recon- 
naltre^que l'organisation de ces corporations d'ouvriers 
a dû précéder celle des communes ; et ce qui peut le 
faire croire, c'est que dans presque toutes les com- 
munes le système politique et l'élection des magistrats 



— 50 — 

étaient fondés sur la division des citoyens en corps de 
métiers*. 

Maintenant, si l'on se demande à quelle époque re- 
monte rétablissement des corporations, il sera peut- 
être difficile de la préciser exactement. 

Un historien reporte l'origine de certaines corpora- 
tions aux collèges romains, bien qu'il soit impossible 
de suivre leurs traces dans l'histoire du v* au ix* siècle. 
Dans les temps qui avaient précédé le moyen-âge, on 
écrivait très-peu ; aussi, les titres de cette époque sont- 
ils fort rares ; les droits dont alors on jouissait étaient 
seulement consacrés par l'usage , et, le plus souvent, 
les rois eux-mêmes et les grands vassaux n'avaient 
d'autres titres que les coutumes. Ils respectaient les 
coutumes des bourgeois, et ceux-ci se soumettaient 
aux devoirs et aux charges fondés sur l'usage *. 

Les corps de métiers existaient au xii* siècle; ils 
suivirent le mouvement communal auquel ils avaient 
donné naissance. Avec le temps, ils se constituèrent 
d'une manière régulière. Si la commune fut une asso- 
ciation de tous les habitants de la même ville, les corps 
de métiers, qui étaient l'association des artisans de la 
même profession, devinrent, en quelque sorte, le 
germe et l'origine de toutes les libertés communales. 

Parmi ces communautés ouvrières, celle des arti- 
sans exerçant le même métier était une des plus natu- 
relles. Leurs intérêts étant les mêmes, ceux-ci durent 

I Levasseur, Histoire deê Cla$ie$ ouvrières^ tome l«r, page 193. 
^ Le?assear, Hiitoire dêi Classes ouvrières, page I9i. 



— 51 — 

s'entendre et s'unir pour leur défense commune ^. 
Les corporations se formèrent, pour ainsi dire, sans 
bruit; humbles d'abord, comme les artisans, elles 
prirent ensuite de la force et de la hardiesse, à mesure 
que leurs membres devenant nombreux et s'enrichis- 
saient par le travail. Celle des marchands de Teau 
passe pour être la plus ancienne. L'origine de cette 
réunion, qui remontait, dit-on, à celle des nautes^, et 
qui était connue- sous le nom de marchands de l'eau, 
c'est-à-dire de marchands faisant leur trafic par les 
moyens de l'eau qui traversait la ville de Paris ^, est 
demeurée, dit Depping, dans son introduction au 
Utre des Uétiers d'Etienne Boileau, ce enveloppée de 
» l'c^scurité des temps anciens. Cette corporation se 
• trouve être, pour la première fois, mentionnée d'une 
» manière légale, sous le règne de Louis VL Ce prince, 
9 en 1 121 , lui céda le droit qu'il avait de lever 60 sous 
» sur chaque bateau qu'on chargeait de vins à Paris 
» pendant la vendange^. » C'était une petite hanse 
qui ne pouvait pas être comparée à cette hanse puis- 
sante qui lia en un faisceau les intérêts commerciaux 
de presque toutes les villes industrieuses et commer- 
ciales du nord de l'Europe ; mais celle-ci, appelée la 
hanse parisienne , beaucoup plus modeste, à son ori- 

t LeTasseuf» Histoire deê Classée ouvrières, page 192. 

3 RèglemetU sur les Arts et Métiers de Paris, Introductioa par Depping . 

3 Dans Tempire romain i] y avait ëgalemeat des corporations de 
Mercatores aquœ. — Noie de Depping dans l^Introdaction au Livre des 
Métiers. 

4 Livre des Métiers d*Etienne Boileau , Introduction par Depping , 
page xxii. 



— 52 — 

gine , que la ligue anséatique , ne songea d'abord qu'à 
s'assurer le commerce fluvial de la banlieue de Paris ; 
puis elle parvint ensuite à s'arroger des droits nom- 
breux qu'une charte de 1170, de Louis VII, qualifie 
d'antiques. Ce roi, en les confirmant, rappelle que la 
corporation des marchands de l'eau existait depuis 
longtemps. 

Les historiens s'accordent généralement à consi- 
dérer le xu"* siècle comme étant celui où les artisans, 
ressentant le besoin de se réunir, commencèrent à 
former des associations de métiers. C'est aussi vers 
cette époque que la ville de Saint-Quentin, qui, l'une 
des premières, obtint ses franchises municipales, fut 
dotée de ses corporations. Dans la plupart des villes de 
la Picardie l'exercice de différents arts et métiers était 
concentré dans les main&d'un petit nombre de mattres, 
réunis en communautés, qui pouvaient seuls fabriquer 
ou vendre les objets de commerce dont ils avaient le 
privilège. Ses archives ne fournissent pas de très-nom- 
breux renseignements sur leur organisation, mais 
d'autres indications, ajoutées à celles qui s'y trouvent, 
ne laissent aucun doute sur leur ancienneté. 

Ainsi, un grand nombre de ses rues ont conservé 
longtemps les noms qu'elles avaient empruntés à ces 
communautés de métiers. Nous citerons' les rues 
des Foulons, de la Halle-aux-Laines, de la Pelleterie, 
des Grainetiers, des Machekriers, de la Tannerie, des 
Corroyeurs, de la Titerie, de la Poterie, des Juifs, de 

i Colliette, tome m, î» 348. 



— 53 — 

rOrfévrerie, des Liniers, des Glatiniers, dé la Boulan- 
gerie, et la rue aux Charbons. 

La rue actuelle des Blancs-Bœufs s'appelait la rue 
aux Foulons; celle du Collège, la rue des Liniers; et 
c'est sur l'emplacement de l'ancienne halle aux laines 
que fut édifiée, en 1774, la salle de spectacle qui a fait 
place à celle qui existe aujourd'hui à Saint-Quentin. 

Les marchands d'une même espèce de produits 
avaient alors l'habitude de se loger dans les mêmes 
rues et d'être presque tous proches voisins ; c'est ainsi 
qu'à Paris les tisserands demeuraient, l'un à côté de 
l'autre, dans la rue de la Tisseranderie ; les maçons, 
dans celle de la Mortellerie, et les charrons, dans celle 
de la Charronnerie * . 

C'est certainement ce que firent à Saint-Quentin les 
foulons, les liniers, les pelletiers, les corroyeurs et les 
marchands de laine. La journée de l'ouvrier, à cette 
époque, durait depuis le jour jusqu'au coucher du 
soleil. Il lui était défendu de travailler à la lumière, 
parce qu'on était persuadé que l'ouvrage serait moins 
bien fait; aussi, quand arrivait le soir, voyait- on le 
calme et le silence succéder à l'activité et au bruit. 
Presque toutes les boutiques se fermaient lorsque la 
cloche des églises avait sonné l'angelus. C'était une 
règle des statuts des corporations de suspendre l'ou- 
vrage au dernier coup de vêpres. Le samedi, on quit- 
tait l'atelier un peu plus tôt qu'un autre jour, pour 
rendre hommage à Dieu et se préparer à la solennité 

1 Introduclion au Livrt des Métiers, par Depping. 




- 64 — 

du lendemain. Le dimanche et les jours de fêles, les 
magasins restaient clos, tout travail cessait, les bains 
n'étaient pas chauffés, et les boulangers mêmes ne 
pouvaient cuire leur pain ^ Ces prescriptions n'étaient 
pas générales, mais elles étaient ordinairement suivies. 

Les corporations des états étaient nombreuses dans 
la ville de Saint-Quentin; parmi les principales, on 
citait : celles des marchands de draps, des tisse- 
rands, des blanchisseurs de toiles, des maîtres me- 
nuisiers, des fourreurs, des portefaix, des goherliers, 
des serruriers, des thelliers, des merciers, des cor- 
diers, des maîtres charpentiers, des bouchers, des 
meuniers, des lingers, des chapeliers, des taillandiers, 
des chaudronniers, des tailleurs, des tanneurs de cuir, 
des cuisiniers, des mégissiers, des mandeliers, des 
maçons et paveurs ^. 

Les notaires royaux, les officiers de justice du bail- 
liage, les grands archers, les arbalétriers, les officiers 
du corps de la maréchaussée, les canonniers, les mar- 
chands bourgeois, les maîtres chirurgiens, y avaient 
aussi leurs communautés '• 

Le métier comprenait trois ordres de personnes : les 
apprentis, les ouvriers et les maîtres. On n'exigeait 
pas d'abord des corporations les conditions qu'on leur 



I lÀvre des Métiert, iDiroduction de Depping. 

^ Archives de Saiqt-QiieotiD, liasse 57. 

3 Le dossier b de la liasse 57 des archives contient , outre les noms 
drs divers corps d*ëtat que nous venons de citer: les listes des maîtres avec 
lt;ars noms et surnoms ; les demandes et brevets de maîtrise ; la réception 
des maîtres ; les épices ou sommes payées pour leur réception, et les listes 
d«5 agrégés aux diverses communautés. 



1 



— 66 — 

imposa dans la suite, mais on tenait à ce que celui qui 
prenait un établissement eût Thabileté et l'argent néces- 
saires pour le bien diriger. Les chefs des corps de 
métiers s'appelaient ou prud'hommes * ou consuls; 
ils étaient élus par leur communauté et généralement 
renommés chaque année. Leur mission principale était 
de surveiller le travail, de vérifier les qualités des pro- 
duits et de dénoncer les abus. Us avaient le droit 
d'obliger, par des amendes et même par des châti- 
ments '^, les artisans à fabriquer de bonnes marchan- 
dises, et à ne pas se laisser entraîner par la tentation 
d'un profit plus grand à des falsifications et à des frau- 
des. Ainsi, il était défendu aux tisserands de faire 
des draps avec de la laine fournie par les usuriers, 
parce que cette laine pouvait être un simple gage dé- 
posé comme caution d'une dette, et de jamais mêler le 
chanvre et le lin dans une même carde ^. 

Les prud'hommes des confréries de tisserands 
avaient une règle de fer qui avait été faite, disait-on, 
du temps de Philippe-Auguste, et sur laquelle était 
marquée la largeur que devaient avoir les différentes 
étoffes ; ils se transportaient avec cette règle chez les tis- 
serands, examinaient les pièces pendant qu'elles étaient 
encore sur le métier et en vérifiaient les dimensions^. 



1 Les prud'hommes exerçaient la justice répressive et préventive ; iJs 
secouraient les malheureux ; ils veillaient à Texécution des règlements , à 
ce que le travail fût bien fait et à ce qu'aucune mauvaise action ne déstio- 
noràt la société. — Levasseur, chapitre m, page 198. 

^ Levasseur, chapitre v. page 241 . 

3 lÀvre de» Métiers, introduction par Depping. 

t Uvre de» Mélier», page 388. 



— 56 — 

A Amiens , les draps écrus et parés ne pouvaient 
être retirés des perches , sur lesquelles ils étaient 
étendus, qu'après avoir été examinés par le mayeur 
des métiers*. 

A Reims , les trois maîtres des sept métiers, accom- 
pagnés d'un sergent, allaient faire des visites dans tous 
les ateliers, enlevaient tout ce qui n'était pas fabriqué 
conformément aux règlements, et remettaient les objets 
saisis aux mains du vidame. ^ 

Quand la marchandise était bonne et bien tissée , 
on y mettait ordinairement un sceau ou marque parti- 
culière; chaque artisan, chaque corps de métier, 
chaque ville avait son cachet ^; l'imprimer sur un pro- 
duit c'était en garantir la qualité, et en prendre, en 
quelque sorte, la responsabilité vis-à-vis de l'acheteur. 

Au xui* siècle, on criait les denrées, les décès, 
les invitations aux obsèques; ce mode de publicité 
était nécessaire, attendu qu'il n'y avait ni affiches, ni 
écriteaux, ni journaux. Les taverniers ou cabaretiers se 
servaient de crieurs pour annoncer qu'ils^allaient en- 
tamer une pièce de vin, ou ils chargeaient ceux-ci, 
établis aux carrefours avec leurs gobelets et leurs 
brocs, de le faire goûter*. 

A Saint^Quentin, les règlements qui concernaient 
son commerce n'étaient ni moins nombreux, ni moins 
sévères. Parmi les documents qui sont dans ses ar- 

I Commerce &* Amiens, tome i, page 3^0 . 

3 Archives de Reims, ii« partie. 

3 Commerce d^ Amiens. 

\ IniroducUon au Livre des Métiers , par Depping. 



— 57 — 

chives, on trouve celuî-ci, qui est de 1318 à 1322, et 
où il est dit^ o Quand les eswardeurs ont visité celui-ci 
» en chacun office, le drap est passés par les eswar- 
» deurs ; quant il est parfiais, il est apporté en la halle 
A par devant le maleur et les treize hommes, et si il 
» est bons, il est approuvés bons et scellés d'un scel qui 
» est tout propres à ce, ne dusques alors le draps ne 
» peut estre vendus, et, si il y a aucuns malefaçon, il 
fi est condempnés à ardoir ou à depécier par pièces et 
» les faiseurs sont condemptés en amende selon le 
» meffait*. » 

En effet, il y avait à Saint^Quentin des eswardeurs 
de laine, des eswardeurs des perches, des liches, des 
foulons, des cardons, des kucins ou coussins en des 
toiles*. H y avait, en outre, des courtiers jaugeurs, 
marqueurs et visiteurs de toiles ^ ; des mesureurs de 
grains, des visiteurs, marqueurs, contrôleurs de cuirs; 
des esgardeurs, langayeurs et visiteurs des porcs; des 
esgards et peseurs de foins ; des emballeurs de laine ; 
des jurés mouleurs, visiteurs; des compteurs, peseurs et 
mesureurs de bois et de charbon à brûler ; des cour- 
tiers jaugeurs et mesureurs de vins avec les greffiers 
des prix du vin^, et enfin des jurés maçons et char- 

1 Voir, aux pièces justificatives, un extrait du rapport de M. Janioà ce siiyel. 

2 Archivesde Saint-Quentin, copie due à Tobligeauce de M. deChauvenet. 

8 Archives de Saint-Quentin, vieux comptes dus à Tobligeance de M. de 
Chauvenet 

4 Archives de Saint^Quentin, liasse 61. 

5 Archives de Saint-Quentin , liasse 18 , dossier L. On trouve 
dans le môme dossier L les noms de tous ceux qui ont été admis à ces 
différents offices. 



— 68 — 

peDtiers et leurs greffiers, appelés greffiers de récri- 
toire *. 

Les fabricants de bière y avaient aussi leurs contrô- 
leurs, et presque toutes les marchandises que Ton y 
vendait étaient visitées par des jurés choisis dans le 
métier. 

La plupart des corporations de Saint-Quentin avaient 
une organisation régulière et des statuts. Elles avaient 
leurs ordonnances sur les métiers. Ainsi, celles qui 
concernaient la draperie, du temps que la prévôté était 
sous la main royale, étaient nombreuses ; elles datent 
du XIV* siècle. Celles sur le fait de la boucherie remon- 
tent à 1393 ^. Les statuts des lingers sont de sep- 
tembre 1486 et ceux sur « Testât de theilliers o 
de 1579. 

Les ordonnances relatives au métier de taillan- 
dier, au commerce des lins et autres marchandises 
exposées en vente à la halle aux poids, sont de 1S83. 
Celles des tanneurs de cuirs, mégissiers, goherliers et 
fourreurs, de 1586, et celle des tailleurs d*habits, 
de 1590. 

Les statuts des corps d'état sont d'une époque moins 
ancienne. Ceux des serruriers datent de 1624; des 
charrons, de 1629; des chaudronniers, de 1639; des 
maçons et tailleurs de pierres, de 1665, et des pâtissiers, 
de 1680. 

Ces statuts, comme tous ceux des corps de métiers, 

1 Archivée de Sainl ^ Quentin^ liasse 19, dossier o. 
*2 • • » 57, » A. 



— » — 

font mention des principaux genres d'industrie les 
plus exercés dans la ville, des précautions prises pour 
assurer la bonne confection des objets fabriqués, 
pour empêcher les falsifications et les fraudes, et 
garantir la parfaite sincérité des marques de fabrique. 

Les corps de métiers , comme la plupart des institu- 
tions humaines, furent un mélange de bien et de mal. 

Les artisans, pour échapper à la féodalité, crurent 
bien faire en fondant Torganisation du travail sur le 
privilège, et le commerce sur le monopole de petites 
associations ouvrières. 

La royauté se servit de Torganisation des corpo- 
rations pour la perception des impôts, quand les mar- 
chands et les artisans se furent constitués en associa- 
tion ; on convoquait alors les notables pour recueillir 
la taille de chaque corps d'état ^ . 

Si nous avons multiplié nos citations, si nous 
nous sommes arrêté sur les faits qui se rattachent à 
l'organisation des métiers, c'est qu'ils furent, pen- 
dant plusieurs siècles, la sauvegarde de l'industrie, et 
que la sévérité de leurs sentences contre la fraude et la 
mauvaise foi est un enseignement utile, qui prouve 
combien les corporations tenaient , au moyen-àge, 
à faire prédominer, dans leurs transactions, com- 
merciales, ces principes éternels de loyauté et d'hon- 
nêteté qui peuvent seuls donner à l'industrie et au 
négoce la considération et la confiance qui leur sont 
nécessaires. 

I Livre des Métier», d*Etienne Boileau, Introduction par Depping. 



— eo — 

Ainsi, «dans l'espace de moins de trois siècles, 
on vit Taffranchissement des communes élever les 
artisans et les marchands d'une condition secondaire 
au rang des hommes libres et indépendants, et les 
mettre ensuite, par l'énergie et la persévérance du 
travail, en état d'améliorer eux-mêmes leur sort ^ 

Les corps d'état étaient autrefois dans l'usage de 
faire des donations aux églises. Dans la ville d'Amiens ^, 
les corporations avaient une chapelle ornée de verrières 
qui portaient les noms des donateurs. Sur les vitraux 
du xiu** siècle on lisait : « Le maieurs des waidiers 
d'Amiens ouret fait faire cette verrière. » A Saint- 
Quentin, dans sa belle collégiale ^, à la fenêtre de la 5' 
travée du collatéral de la nef (côté du nord) , on peut 
encore voû* aujourd'hui une verrière qui a été fournie 
par la corporation des drapiers , une autre par celle 
des portefaix, et la troisième par les deux corporations 
réunies. 

Les corporations ne se disputaient pas seulement 
la suprématie des produits qu'elles fabriquaient, elles 
voulaient montrer aussi l'étendue de leurs privilèges, 
en se faisant partout remarquer. 

Nous venons de voir, dans les vieilles chartes de^ 
comtes de Yermandois et dans les pièces qui concernent 
les corporations des métiers de Saint-Quentin, desindi- 



^ Histoire des Cloises ouvrières, page 189, livre lu, chapitre u. 
Levasseur. 

2 Documents inédits (Amiens), Augustin Thierry. 

3 Voir aux pièces justificatives la note de M. P. Bénard, architecte à 
Saint-Ouentin. 



— 61 — 

cations surla nature de ses industries; nous allons main- 
tenant trouver dans les ouvrages des écrivains qui se sont 
le plus occupés de son histoire, dans ses archives et dans 
plusieurs documents authentiques, non plus seulement 
des indications, mais la preuve la plus positive de 
l'importance et de Tancienneté de son commerce et de 
ses manufactures. 

L'auteur des Mémoires pour servir à Vhistoire du 
Vermandois^ dit que : a dès Tannée 1212, le com- 
D merce principal de Saint-Quentin était celui des 
x> draps et de la setterie, et qu'il paraît, par les vieux 
x> titres qui sont aux archives de la ville, et par d'autres 
» anciens monuments, que cette manufacture y dura 
D longtemps. » Il ajoute : que a les eaux, la terre et les 
» laines la favorisaient. t> . • 

Claude Hémeré ^ signale cette circonstance : a qu'il 
» y avait à Saint-Quentin un bourgeois , nommé Jean 
a Hennequin, qui faisait un commerce considérable, 
» dans une maison qui a été démolie en 133S pour faire 
» place à la chapelle du couvent de Saint-Prix, près de 
» l'église Saint-Martin. Ce marchand, qui fréquentait 
» les foires de Champagne et de Brie, fut ensuite ruiné 
» par les prêts usuraires des banquiers lombards. » 

Un historien que nous avons eu plusieurs fois 
l'occasion de citer ^ écrivait, en 1781:» Le commerce 
» principal de Saint-Quentin consiste dans sa manufac- 

1 ColliêUe, II vol. livre xiv, page 480. 

2 Claude Hémeré, page 326. 

3 L. Hordret, Histoire abrégée de la ville de &tffil-f^tien/in, page 360. 



» ture de toiles de mulquinerie, qui occupe une bonne 
partie de la ville et des villages circonvoisins. Le 
A commerce y a pris 9 il y a environ deux siècles, la 
D place de celui des draps et de la sayetterie , qui y 
t> régnait alors , depuis le commencement du xiii* 
o siècle, et qui s'y soutint toujours avec une égale 
o émulation et une distinction qui fait également 
» honneur au goût de ses habitants et aux soins intel • 
» ligents des directeurs de ses manufactures. » 

Dans un travail dont les faits principaux ont été 
puisés dans les archives départementales de l'Aisne, 
il est dit « que le commerce des grains et la 
t> fabrication des draps et des sayettes , espèces de 
» ratines, avaient, dès le xiv^ siècle, donné une grande 
» importance à la ville de Saint-Quentin, qui, vers le 
» milieu du xvi* , était devenue pour les Flandres et 
» les Pays-Bas l'entrepôt des vins de Champagne, de 
)> l'Orléanais et de la Bourgogne ^ » 

Enfin, un savant historien*, que la ville de Saint-Quen- 
tin peut s'honorer d'avoir vu naître, dit : ^ qu'avant le 
» xni° siècle, on y fabriquait des draps et de la sayetterie; 
9 qu'au milieu duxiv% l'industrie y était florissante, et 
» qu'elle se ressentait, à cet égard, du voisinage des 
» Flandres, le grand centre du commerce du moyen- 
» âge. » En parlant du xv* siècle, ce même historien 
ajoute « que cette cité devint l'entrepôt principal du 

1 Travail sur le Commerce ée Saint -Quentin , par MM. MaUoo 
et Rouit. 

3 Henri Martin — Saint-^iuentin, page M, 



— 68 — 

» commerce des provinces vinicoles de la France avec 
» les Pays-Bas, et qu'en même temps que ses industries 
des draps et des étoffes de laine y prenaient un grand 
» développement, les vastes caves des environs de sa 
» grand'place recevaient les envois de TOrléanais, de 
» ril&-de-France , de la Champagne et de la Bour- 
» gogne. » 

Nous ne multiplierons pas ces citations, elles sufiS- 
ront pour faire connaître l'opinion des historiens les 
plus renommés de la ville de Saint-Quentin sur son 
commerce et sur ses industries. Elles suffiront d'autant 
mieux, que ce qu'ils écrivirent se trouve complètement 
corroboré et confirmé par des documents puisés aux 
sources les plus authentiques. 

Ces documents, nous les prendrons surtout dans les 
archives et dans de nombreux manuscrits. 

Les archives de Saint-Quentin, si l'on considère que 
toutes les pièces indiquées dans un état qui en a été très 
consciencieusement et très-habilement dressé, ne sont 
que de minces débris de ce qui y était autrefois con- 
servé , ont dû être très-riches*. Une partie de ces 
titres, comme les actes en témoignent, a été brûlée lors 
du siège de <557, et une autre n'a échappé à ce pre- 
mier désastre que pour disparaître en 1793. Cepen- 
dant, telles qu'elles sont aujourd'hui , ces archives 
renferment des pièces très-intéressantes pour notre 
histoire locale, et c'est dans eelles qui semblent le 
mieux caractériser l'époque où elles^ ont été écrites, 

1 Rapport de M. fi. Janin, page 17. 



- 64 - 

que nous choisirons une partie de ces renseigne- 
ments ^ 

Parmi les pièces qui concernent la fabrication des 
draps on trouve les documents que voici ^: 

» Ce sont li nom du maieur et des xni hommes de le 
» haie as dras de la ville de Saint-Quentin et des eswar- 
deurs de le haie depuis l'an mil ccc et xvu duskes 
» à Tan mil cccxxv en suivant. » L'original de cette 
pièce est sur parchemin, et elle s'arrête à l'année 1320 
inclusivement. 

La a copie du compte Andrieu le comis fait de ce 
» qu'il avoit rechiut et paiet depuis le vendredi devant 
» Noël l'an xvii qui li commune fu en suspens duskes 
» à le saint Bertremil l'an xviu. Rechoîpte pour 
» amendes des fourfais de la hâle as draps au raport 
du maieur et des xni hommes de le hàle depuis le 
» vendredi devant Noël l'an mil cccxvn qui li com- 
D mune fu suspendue et mise en la main du roy dus- 
»kes à le feste saint Bertremill en poursuivant ce qui 
» fu l'an mil cccxvm. » (de 1317 à 1318). 

ff L'abrègement des comptes des proôs et émolu- 
» mens, des amendes pour les forfais fais au mettier 
» de la draperie de Saint-Quentin de l'an cccxviu 
» duques à Penthecousle cccxxvi. » 

C'est une enquête sur la somme que les amendes de 
la halle aux draps pouvaientannuellementrapporterde 

^ Voir aax pièces jindûcalives d*autre$ renseignements sur les ArcMvei 
de Saint-Quentin. 

S Liasse 122, Comptes de la Halle aux draps. 



— Ô5 — 

1318 à 1326. Le <c compte de Jehan Caboche des recep- 
» tes que il a faites pour la cause des fourfais de la 
» ville et aussi des amendes deues à la cause et pour 
» cause des fait de le draperie depuis le Noël derrain 
3> passé jusques au mardi emprez le nouvel maieur 
» Tan mil ccc » (de 13S3 à 13S4). 

Un autre a compte de Quentin Colardie commis à 
recevoir les amendes tauxcez par le maieur et les 
xni hommes de la halle » depuis la Saint-Jean-Bap- 
tiste 1376 jusqu*au 15 juin 1377. 

n s'y trouve encore, avec un intitulé conforme à ces 
deux derniers comptes, ceux des années 1379, 1383, 
138S, 1390, 1393, 1397, 1398 et 1404 ; mais après 
cette époque les archives n'en possèdent plus qui 
concernent les amendes encourues pour le fait du 
commerce des draps*. 

Après ces comptes^, on peut y lire le mande- 
ment de Charles-le-Bel aux gens du parlement, 
d'informer sur la réclamation des maire et échevins 
de Saint-Quentin, qui prétendaient avoir le droit de 
percevoir les amendes encourues pour le fait de la 
draperie et de les employer aux travaux des fortiflca- 



1 n y en a 83 qui se rapportent aux présents de vin de Tanoëe 1326 à 
1425. Ces comptes des présents de vin n*ont pas tous la même rédaction. 
En voici deux : 

« Compte Régnier de Villers, argentier de la ville de Saint-Quentin, des 
» présents de vin en pos fais au commandement de la ville a depuis la 
Saint-Jean-Baptiste 1370 jusqu*au 15 juin 1371. 

a Compte Loys Maréchal, argentier de la ville de Saint-Quentin, pour 
» pris de vin en pos par lui pai&, depuis la Saint-Jean 1378, jusqu^à pa- 
> reil jour 1379. • 

^ Voir aux pièces justificatives une note de M. Janin, au sujet des pièces 
relatives à la Juridiction civile de Saint-Quentin. 



lions, droit dans lequel ils étaient troublés par les 
gens du roi.^ Puis des lettres du même roi re- 
latives aux amendes des forfaits de la draperie que 
les maire et jurés de Saint-Quentin sont en possession 
depuis longtemps de percevoir, pour les employer aux 
fortifications, ce dont les officiers royaux cherchaient 
aies empêcher^. » 

On y trouve aussi une requête adressée par un tis- 
serandau maireetauxéchevinsde Saint-Quentin, pour 
avoir permission de faire des draps de façons nouvelles. 
Nous n*hésitons pas à donner connaissance de cette 
pièce, car elle prouve qu'à Tépoque où elle a été écrite, 
c'est-à-dire vers l'année 1360, il fallait l'autorisation 
du maieur et de ses échevins pour fabriquer les étoffes 
qui n'étaient pas encore tombées dans le domaine 
public. 

Voici cette pièce, dont l'original est sur parchemin^: 

DRAPS. 

MANDELIERS 1S95. 

Règlement en vertu du 98 article des ordonnances des 

Etats d'Orléans, 
)) A honorables personnes et discrètes ses chiers et 
redoublés seigneur le maire et les jurés delà ville de 



1 Archives, liasse \^; original sur parchemin, et Vidimus de la même 
2Qnée. — 19 mai 13Î6. Datum Pissiacy, 49 die maii anno Domini mccc 
vicesimo sexto. 

2 Archives, liasse 1», Vidimus sur parcbemin, Daltm Parisiis \\ym 
die Junii, anno Domini millesimo CGC vicesimo sexto, 

3 Liasse 57, dossier A. Nous devons la communication de cette copie à 
la bienveillance de M. de Chauvenet. 



— 67 — 

» Saint-Quentin supplient humblement li votre petit 
» Varlet thisserant de la dicte ville que pour dui et 
» pour le plus grant pourfît de la ville, des habitans et 
» demourans, ilvousplaiseaeulxoctroierque en y celle 
9 ville puissent être fait drap de La Yenre si comme 
D anchiennement ont este fait, car en vérité chou est 
le pourfis et ce fures s'il vous plait à vous enfourmer 
D parles fîlleresses, par toutes autres personnes qui en 
9 se cognoissent, car du tout n'en vœullent mie estre 
d creut, et se ce leur octroies plusieurs ouvrages qui 
sont faits hors de la dite ville redonderont et reven- 
s> ront en le dite ville et les habitans aront pourfit et 
» waingnage. Et aussi chier seigneur pour le pourfit de 
9 la dicte ville et des 4 mestiers vous plaise à octroier 
» que on peust faire les draps d'accuit si comme au temps 
i> passé a esté fait a octroier. Et, très chier seigneur, 
» si ce ne vous plaist octroier as dis supplians ils ne pour- 
« ront avoir -chievanche pour yaux ne pour leurs povres 
» enfansgouvrener au chois lesconverra partir de ceste 
» ville étaler quérir leur pauvre chievanche ailleurs et 
» mieux pouries valoir pour dui et pour pice le chievan- 
» che de chians de vo nastion que d'autres. Sur toutes 
» ces requestes vous plaise ordonner votre bonne 
» volonté notre Seigneur nous tiegne tous ensamble en 
» estât de grâce. 

Au dos est écrit C^icj : A le drapperie 

Jeh. Leçon vers 
Pierre le drappier 
Jeh. de Ribemont 
Prévost de Monchi. 



— 68 — 

En rapprochant la date de la reconnaissance faite en 
1360 pour le rachat du roi Jean, prisonnier en Angle- 
terre, où figurent Leconvers et Jean de Ribemont, 
il en résulte de toute évidence que cette requête doit 
être reportée à cette même date. 

Au nombre des pièces relatives à la fabrication des 
draps à Saint-Quentin, qui se trouvent encore dans ses 
archives, il y en a une dont la date n'y est pas indiquée, 
mais qui remonte, tout porte à le croire, à la seconde 
moitié du xiv"' siècle. Nous reproduirons aussi cette 
pièce très-intéressante par ses recommandations, 
après une ordonnance de Philippe le Bon, de Tannée 
1321, que voici et qui est bien le document le plus 
positif qui puisse être cité, pour prouver ce qu'était déjà 
à cette date le commerce de draps à Saint-Quentin. 

Draperie de Saint-Quentin* . 

» 1321. — Philippe, par la grâce de Dieu roy de 
» France et de Navarre. Nous faisons assavoir à tous 
» présens et avenir, que nous avons veues les lettres 
» ci-dessous escriptes, contenanz la forme qui s'en- 
» suit : 

» A tous ceijs qui ces présentes lettres verront et 
» orront, Jehan de Kiuresis, valiez le Roy, prevost de 
» par icelui seigneur dedanz sa ville de Saint-Quentin 
» en Vermandois, salut. Le mandement de haut 
» homme et noble, mons. Jehan, seigneur de Sail- 
» lenay, chevalier le Roy, garde de la baillie de Ver- 



^ Trésor des Chartes. F. reg. 60 oo 70. — N*esl pas dans les or- 
donnances. 



» mandoys, avons rechut , contenanz la forme qui 
» s'ensuit : 

y> Jehans, sires de Saillenay, chevalier le Roy, 
» garde de la baillie de Vermandois. A nostre amé 
» Jehan de Kieuresis, prévost de la ville de Saint- 
» Quentin, salut. Nous avons veues les lettres du Roy 
» nostre sire contenanz la forme qui s'ensuit : 

» Philippus, Deigratia Francie et Navarre rex. Bail- 
» liso Veromandensi velejuslocum tenenti, salutem. 
» Expositum fuit nobisex parte quatuor ministeriorum 
» ville Sancti-Quintini, textorum scilicet, fuUonfim, 
» tinctorum, et tonsuratorum, quod cum ipsi dicte 
» ville preposito nostro, dudum ipsius ville majoris 
» representanti personam, dixerint supplicando ut eis 
» concederet pro ville ipsius et publica utilitate, quod 
» quicumque sciens et expertus in talibus facere possit 
» ibidem pannos légales et unitos, seu uniformes ab 
» extremo in extremum, legaliter operatos, et intingere 
» quocumque colore voluerint ; quod quidem unicui- 
» que liceat taies pannos vendere in grosso vel décisive, 
» vulgariter à détaill, in domo vel in hala, presertim 
» cum illic unam instituerimus nundinam ad quam 
» omnes suas possint adducere ac vendere mercaturas 
» et specialiter pannos; et quod etiam ipsius ville 
» habitatores ab extraneis possint lanas, filum laneum 
» et pannos adportatos, ad ipsam villam emere, et 
» inde operari et lucrari sicut fit communiter in aliis 
» bonis villis. Dictus prepositus hoc eis concedere nisi 
» nostra petita licencia et obtenta. Quocirca, vobis 
» presentium auctoritate mandamus, quod si vocatis 



— TO — 

» expertis in talibus et aliis evocatis, inveniritis pre- 
D missa vel premissorum aliqua sine cujusquam pre- 
» judicio rei publiée expedire, illa sic expediencia 
» concedatis eisdem. Datum Parisius, die xxui julii, 
y) anno domini mccg vicesimo primo. 

» Si vous mandons et commettons que vous, pour 
» nous et en lieu de nous, les lettres nostre sire 
» le Roy dessus transcriptes et ce que contenu est en 
» iceles, faciez et accomplissiez selonc la forme et la 
» teneur d'icelle. De ce taire nous vous donnons pooir, 
» commandons à touz noz subgiez, requérons touz 
» autres, que à vous obéissent et entendent en ce 
D faisant. Donné àChauny, souz nostre scel, le mardi 
» après la feste saint Lorent, Tan m ccc xxi. 

» Par la vertu desquelles lettres, nous, le lundi 
» d'après TAssumption Nostre Dame, pour accomplir 
» ledit mandement appellasmes en la maison de la 
)> ville, en laquelle li consans de la ville a acoustumé 
» à assambler, drapiers vendans en gros et à détaill, 
» et grant planté de bonnes genz, marcheanset autres, 
» et leur feismes lire ledit mandement envoie à nous, 
» avec les requestes que cel des iiii mestiers devant 
» diz, c*est assavoir tisserant, foulon, tainturier et 
» retondeur, nous faisoient, lesquelles requestes con- 
» tenoient la forme qui s'ensuit : 
, » A vous, sire prévost de la ville de Saint-Quentin, 
» supplient et requièrent li mi mestier de draperie, 
» premiers tisserans, foulons, teinturiers et tondeurs, 
» pour le grant proufS t de la ville et du commun, il 
)) vous plaise et soit accordé de par vous, selonc le 



-- 71 — 

» mandement du Ray, que conque» saura drappier 
» ne faire draps loyaus et ounis de kief à autre, que il 
» le pouèst faine ou faire faire^ pour tant que il soient 
» de loial euvre, et les puist on faire taindre en quelque 
» couleur que il plaira au faiseur ou à celui à cui le 
» drap sera. 

» Item, quiconques aura fait draps que il les poist 
» vendre, soit en gros ou en détail, en sa maison et en 
» la haie, quar H Roys nosire a octroie en la ville pour 
» l'amendement d'icelle, une foire en laquelle touz 
» marcheanz poent amener toutes manières de mar- 
D cheandises, espécialement toute drapperie, pour 
» vendre et faire leur proufit en laquelle foire doivent 
» aussi bien avoir li bonne gent de la ville avantaige 
» de vendre et de faire le profit de leur marcheandise, 
9 espécialment drapier, comme ceus de hors, comme 
» ladite foire soit octroiée pour l'amendement et le 
» proufit du commun et des habitanz; etainsinc est-il 
» en toutes bonnes villes là où foire quiert. 

» Item, raquèrent encores li dessus dit mestre, que 
» se aucuns preudomme ou preudefame demourans 
» hors de ceste ville, a sa laine, file ou drap, et il Tap- 
» porte en la ville pour ouvrer, que li dessusdit le 
» puissent recevoir pour ouvrer et por vaangnier leur 
» pain, ainsi comme on fait en autres bonnes villes. 

» Et ledit mandement avec les dites requestes, 
» lentes en la manière dessus dite, li dit drapier ven- 
Y> danz en gros et à détaill et li autre marcheant 
» dessus dit, requisent à avoir copie dudit mandement 
9 et desdites requestes, afin de eaus aviser et avoir 



— 72 — 

» délibéracion se prouffiz estoit de ottroier à quatre 
» mestiers dessus diz ce qui contenu estoit ou dit 
i> mandement et en leur dites requestes. Aus qui ex 
» nous leur en ottroiames copie. Et prindrontjour à 
» estre pardevant nous en la maison devant dite, au 
» mescredi prochain ensuivant , pour dire leur avis 
» seur les choses dessus dites. 

» Li qui ex drapier vendant en gros et à détail, et 
» grant planté d'autres marcheanz, revindrent par 
» devant nous le mecredi dessus dit, et respondirent 
v> de commun accort, que li diz mandement et re- 
T» questes avaient veues et eu délibération seur ce, et 
D affermèrent par leur serment en nostre présence et 
)> en la présence de cens des un mestiers dessus diz et 
» d'autres bonnes genz, que c'estoit communs proufiz 
D à la ville que nous, à quatre mestiers dessus diz, 
» octroissons à faire les choses et draperie en la ma- 
» nière que contenu estoit ou mandement et requestes 
» dessus transcriptes; mais que toute draperie fust 
» esvardée par les esvardeurs commis à ce et de toute 
v> draperie vendue à détaill passée par le rouge seel en 
» la manière acoustumée. 

» Pourquoy, Nous, par le conseil et avis des diz 
» marcheanz et d'autres bonnes genz, par la vertu 
» dudit mandement à nous envoiet, avons octroie et 
9 octroions par la teneur de ces présentes lettres, que 
)) touz cil des quatre mestiers dessus diz et autres 
» quelconques, puissent draper et faire toutes les 
y> choses et chascune de elles contenues oudit mande- 
» ment et requestes dessus dites, selonc ce que con- 



— 73 — 

» tenu est en icelui, tant comme il plaira au Roy 
D nosire. Et comme il soit acoustumé en ladite ville 
» que tout drapier* acatant draps, tant faiz en la ville 
» comme hors, pour vendre à détaill, sont tenuz à 
» poier nii s. par. pour leur estai en la haie, nostre 
» entente n'est mie que pour Toctroi dessus dit li 
» redevance des mi s. dessus diz soit de riens 
» amenrie; aincois avons ordoné par Tacourt des 
» un mestiers dessus diz, que tout drapiers vendanz 
» draps de leur fachon seulement ou quel vengent tant 
» en la haie comme en leur maisons, seront tenuz à 
» poier double rouge seel. Et se aucun drapiers estoit 
» trouvé que il eussent achaté dras pour vendre avec 
» les dras de leur façon, il seroient et seront tenu à 
» poier les un s. par. dessus diz chascun qui le 
» feroit. Toutes les quelles choses ainsi faites et 
» octroiées par le conseil des diz marcheans et autres 
» bonnes gens de la ville et de leur accort et consente- 
» ment, nous publiâmes et par la vertu de pooir à 
» nous donné par les devant dites lettres, les corn- 
» mandasmeset commandons par ces présentes lettres 
y> à tenir et garder fermement, sauf toutes voies à nous 
» et à chiœus qui pour le temps aroient le gouver- 
» nement de la ville, la punicion et correction de 
» chiœus qui seroient trouvez mésusant eii ladite 
)> draperie,. et toutes choses qui feroient à déclarier 
» pour oster les fraudes et inconvénients qui pour- 
» roient estre en ouvrant de ladite draperie. Et pour ce 
» que ce soit ferme chose et estable, nous a vonsces 
» présentes lettres séellées de nostre séel. Donné et 



— 74 — 

i> fait le mercredi après la feste de TAssumption 
» Nostre Dame, Tan h ccc xxi. 

» Et nous les choses dessusdites contenues es dites 
» lettres, lesquelles nous avons fait veoir diligemment 
» consideranz en celé proufit commun de ladite ville et 
y* deslieusvoisinset desrepairansen ladite ville, vou- 
r> Ions et nous plest que Fordenance dessus dite, excepté 
» l'article dessus escript vers la fin des dites lettres qui 
» parle en ceste manière : sauf toute voies à nous et 
» à cens qui pour le temps aroient le gouvernement 
» de la dite ville, la punicion et correction de ceus qui 
» seroient trouvez mésusans en ladite draperie et 
» toutes choses qui feroient à déclarier pour oster les 
» fraudes et inconvéniens qui pourroient estre faiz en 
» ovrant de ladite draperie, du quel article nous 
» réservons et retenons pardevers nous toute la con- 
» noissance, correction et punicion soit tenue et gardée 
» fermement tant comme il nous plaira, et icelle 
» bons, aggréons, ratefions, approvons es confermons 
» par ces lettres à durer jusquesà nostre volonté, si 
)> comme dit est.En tesmoingdelaquel chose nousavons 
» fait séeller ces lettres de nostre séel. Donné à Con- 
» flanz delez Paris, le m' jour de septembre, Tan de 
y> grâce mil ccc vint et un . » 

« Par le roy. 
Signé: Bellktmont. » 



— 76 — 

Nous devons cette pièce inédite et renfermant un 
grand intérêt pour l'histoire du commerce de Saint- 
Quentin, à Textréme bienveillance de Tun de nos plus 
honorables et de nos plus érudits archivistes * , qui 
a bien voulu, sur notre prière, faire des recherches 
à la section historique des archives impériales. 

Voici maintenant Tautre pièce relative à la fabrique 
des draps, dont Toriginal sur parchemin fait partie 
des archives de Saint-Quentin *. 

« Ce sont les causes par lesquelles il peut apparoir 
» nécessaire ou pourfitable muttacion ou corrigement 
» en l'ordonnance qui fu faite en la drapperie de la 
» ville de Saint-Quentin ou temps que la commune 
» de ladite ville fu mise et estoit tenue en la maison 
» Royal ou quel temps li Roys pooit faire estatus sur 
» ladite drapperie comme usans des drois de la com- 
» mune laquelle mutacion se peut faire sans préjudice 
» dou Roy. 

» Premiers en ladite ordenance est contenu que 

» chascuns qui fara drapper puist faire draps en la 

» dite ville mes qu'il les face loyaus et unis de chief a 

» autruy sous ombre de laquelle ordenance chil qui 

» lisent à torniquet draps d'autruy weullent et déffor- 

)) cent de faire teaindre leurs propres draps. En quoy 

» peut cheir trop de fraude c'est assavoir de changé de 

» laines et de filles; pour ce est U establi à BrouceUes, 



1 Monsieur L. Douet d*Arc. 

2 Liasse 57, dossier a. Nous devons la copie de cette pièce à la bien- 
veillance de M. de Chauvenet. 



— 76 — 

» à Tournai y a Amiens et en autres bonnes villes que 
» qui fait draps a autruy il ne les peut faire a lui. 

» Item en ladite ordenance est contenu que qui- 
» conques fara faire draps, qu'il les puist taindre en 
» quelle couleur qui li plaira. Sous ombre de la quelle 
» chose aucuns de la ville ont depuis taint leur gros 
» filles et les draps fait dichiang en bouillon c'est as- 
» savoir en noire brunnette, en vert, en jaune et 
» en mourée dont trop graves dommages s'en est 
» suvis s'il eust duré et s'ensuvoit se paine n'estoit 
» misse au contraire, car par les anchians estatus on 
» pooit tant seulement taindre les draps du meilleur 
» fille et du bon moyen es dites couleurs et non les gros 
» filles et qui faisoit le contraire il estoit k amende en 
9 quoy gissoit grans pourfis à la marchandise car se 
» uns marchans estranges à une foire trouvoit une pille 
» de noires brunnettes de ladite ville puis veoit l'une il 
» prendroit toute la pille de draps, en grant partie sus 
» la France de ladite anchienne ordenance et depuis 
» l'ordenance du Roy li dit marchant estrangé usant 
» comme il avoient acoustumé se sont trouves decheut 
» en ce qu'il ont trouvé des gros draps de chelle cou- 
» leur dont il n'avoient mie autrefoys veu pour quoy 
» li plus des drappiers de la dite ville qui ont pour- 
» chuit leur drapperie à ville et refusée par plusieurs 
» festes pour ladite décevance le délaissent à tenu et 
» se tiennent au vies usage communément, et toute 
» voies se ladite ordenance n'estoit muée aucun en 
» pourroîent user et faire dommage a autruy comme 
» de ce fair ne soient punys. 



— 77 — 

» Pourquoy requèrent li maire et li jurés de ladite 
» ville que remèdes convenables y soit mis, comme 
x> aucuns ne si soit opposés ^ » 

Enfin différents mémoires, requêtes et autres pièces 
relatives à la création d'une setterie ou sayetterie à 
Saint-Quentin, prouvent que, même à une époque où 
l'industrie des étoffes de laine y avait perdu une 
grande partie de son activité, quelques-uns de ses 
manufacturiers firent de louables efforts pour Ty main- 
tenir. Au nombre de ces pièces se trouvent un traité 
fait le 28 octobre 1686 entre le maire et les échevins de 
cette ville et les maîtres setteurs d'Amiens, concer- 
nant ce projet, et deux lettres de l'intendant des ma- 
nufactures, du 12 novembre et du 27 décembre de 
la même année 1686, qui défendent que l'on s'oc- 
cupe désormais de cet établissement ^. 

Les archives renferment aussi différents documents 
qui ont rapport au commerce des toiles, du lin et du 
chanvre. Les règlements qui régissent cette industrie 
y sont même tellement nombreux qu'ils forment deux 
liasses de ces archives^. La première contient les 
ordonnances relatives à la vente des toiles, à leur lar- 
geur, à leur longueur et à leur marque ; la seconde, 
l'adjudication du droit de marque desdites toiles, dont 
les produits étaient une des ressources du corps muni- 
cipal, et différentes requêtes contradictoires présentées 

i Cette pièce est relative à la fabrique de draps vers 1360 à UOO ser- 
vant d^ordonnance. 

2 Liasse 62, dossier b. 

• 3 Uasses 59 et 60. 



— 78 — 

à ce sujet. Ces liasses, qui renferment également les 
dossiers des procès entre les courtiers et les mulqui- 
niers, entre le maire, les échevins et le régisseur des 
droits réservés relativement à celui perçu pour la marque 
des toiles, sont, en outre, suivies des procès-ver- 
baux de visites , de saisies de toiles et doublets , 
dressés par les inspecteurs, les commis visiteurs et 
égards des manufactures, qui constataient les infrac- 
tions aux ordonnances pour la dimension des toiles et 
Tabsence de la marque ^ Des ordonnances, émanées 
de Tautorité royale font aussi mention du commerce 
des toiles. 

Ainsi, il y a une lettre du roi Charles VI, donnée 
à Paris le 16* jour de septembre , Tan de grâce 
milcccc et onze, et de son règne le xxxii% qui 
permet aux maire et échevins de Saint-Quentin « de 
» lever un octroi sur les toiles, fils, draps, vins, cuirs 
» et autres marchandises, pour l'employer aux forti- 
o fications et autres nécessités de la ville ^. » 

En iS83, Henri ni rendit une ordonnance relative 
aux lins, chanvres et autres marchandises exposées à 
la halle aux poids. 

Enfin, si nous voulons compléter renonciation de 
certains renseignements utiles qui se trouvent encore 
dans les archives de Saint-Quentin, nous dirons 
qu'elles renferment une ordonnance de Philippe de 
Valois, «donnée à la Fontaine Saint-Martin au Maine, 

1 Liasses 61 et 62, dossier a. 

2 Archives f liasse !'• Pièces émanées de rautorité royale 



— 79 — 

» Tan de grâce mil cccxxix , le 6* jour de S3p- 
» tembre, qui est relative à la fabrication des mon- 
» naies\» et un projet d'établissement de fontaines 
publiques, pour la ville, qui remonte à Tannée 1727 *. 
Voici ce qui est écrit : oc La fontaine ferrée, située au 
9 faubourg dlsle, et celle du Gros-Nard, située entre 
» la porte Saint-Martin et la porte dlsle, sont les 
seules qui puissentfournir de Teau à Saint-Quentin. » 
Quelques pages sont ensuite consacrées à exposer les 
moyens d'exécution proposés, puis vient l'estimation 
des dépenses nécessaires aux travaux : Teau étant 
prise à la fontaine du Gros-Nard, la dépense totale 
devait s'élever à 25,004 livres; prise à la fontaine fer- 
rée, elle ne s'élevait qu'à 24,99S livres. 

Ces documents sont déjà nombreux^ mais comme 
l'étude à laquelle nous nous livrons demande que 
nous fassions connaître ceux qui peuvent concerner 
le commerce de Saintr-Quentin, nous ajouterons encore 
ceux-ci, puisés aux archives d'autres villes. 

Dans des manuscrits qui se trouvent à la Biblio- 
thèque impériale il est dit ^: «Au commencement 
» du xiv*' siècle , les fabricants de Saint-Quentin 
» allaient commercer leurs draps dans toutes les foires 
» les plus célèbres, entr'autres dans celles du Landies 
» à Saint-Denis en France, ils y avaient un quartier 
» particulier dont il est parlé dans un poôme composé 

« Archives, liasse 1^. 
^ — liasse 182, dossier j. 

3 Manuscrite de dom Grenier, yol.CLXvi, paquet 20, article 6. Biblio- 
tbèqae impériale. 



— 80 — 

» dans le même temps sur la foire du Landies^ 
» Les drapiers de Saint-Quentin, joints aux orfèvres, 
» aux corroyeurs, aux fripiers, aux tanneurs de la 
» même ville, firent entre eux tous une somme de 
» deux mille livres tournois, à laquelle la dite ville 
y> avait été taxée pour faire une partie de la dot de la 
» princesse Isabelle, fille du roy Philippe -le -Bel, 
» lorsqu'elle épousa le roy d'Angleterre. La chambre 
» des comptes de Paris leur en délivra quittance 
» le IS juillet 1310 (p. parti.) Les fabricants de drap 
» étaient alors au nombre de huit. » 

Les documents inédits de la commune d'Amiens, 
d'après un manuscrit des archives de Lille ^, men- 
tionnent un fait sur lequel nous ne saurions 
trop appeler l'attention de nos lecteurs : c'est l'im- 
portance de cette grande association des vingt-quatre 
villes de la Picardie et des Flandres, qui, dans le 
but de fournir à l'Angleterre les étoffes de laine 
qui lui manquaient, se constitua dès le xnf siècle, sous 
le titre de hanse de Londres, et parmi lesquelles villes . 
celle de Saint-Quentin figurait une des premières'. 

Ces documents sont précis et concluants, et l'on peut 
considérer comme un fait acquis à l'histoire, que le 
district manufacturier de Saint-Quentin était , au 



I Lebeuf, Histoire réelle de Paris, tome III, page 263. 

3 Augustin Thierry, Histoire du Tiers-Etat, 

3 Les 2 i villes de la hanse de Londres étaient celles de Rains, Amiens, 
Saint-Quenlins, Biauvais, Lille en Flandre, Arras, Gand, Bruges, Cambrais, 
Cbâlons, Douays, Valenchiennes, Tournais, Abbeville- en-Pontru, Piéronne- 
en-Vermandois, Huy, Monsteruel-sur-Mer, Poupringhe-en-Flandres, Orchies, 
Dixemure, Saint-Omers, Bailieul-en-Frandre, Prouvins et Yppre. 



— 81 — 

xin* , au XIV* et au xv* siècle , le siège d'une grande 
industrie de tissus de laine et de toiles ; qu'en outre, 
cette cité était le centre d'un commerce considérable de 
vins, de blés, de farines, de chanvres, de lins, de bois, 
de cuirs, de pelleteries et de charbons de bois. De plus, 
on doit ajouter que, non-seulement Saint-Quentin 
faisait le commerce des étoffes de laine, mais encore 
que la plupart des villes qui l'environnaient se li- 
vraient à la même industrie. Ainsi Laon possède dans 
ses archives le règlement de son commerce des draps 
pour l'année i248. Nous joignons aux pièces justifi- 
catives la copie de ce curieux documenta II mérite 
d'être cité, remarqué et lu. 

Une charte de Philippe-le-Bel, datée de 1301, parle 
d'un droit qui se percevait sur chaque pièce de drap 
fabriquée à Château-Thierry, et autres lieux ressor- 
tissant à la châtellenie. Â Vervins, il y avait la rue 
des Foulons , et , au commencement du xvn* siècle, 
Soissons livrait au commerce des draps d'une aune et 
des serges de différentes qualités *^ A La Fère, du xiv* 
au xvi"" siècle, on faisait des draps , et des toiles, du 
xv!!"" au xviu' . On fabriquait aussi à Montcornet de 
grosses étoffes connues sous le nom de serges Saint 
Nicolas. 

Ce fut surtout à dater du xiii* et du xiv* siècle que 
le commerce prit un grand développement. Il le dut 



1 Voir aux pièces justificatives. 

2 Brayer. — Statistique du département de VAiine, 2« volume, 
pages 320 et 3il. 



— 82i— 

d'abord à l'abolition du servage, à rafirancbissement 
des communes et à l'organisation des métiers; mais 
il le dut surtout aux croisades qui , en ouvrant des 
routes jusque-là fermées, en créant des relations 
nouvelles, et en lançant sur la Méditerranée^ les 
premiers vaisseaux marchands de la France, don^ 
nèrent partout le branle aux populations engourdies 
par une longue immobilité. 

Les mœurs des nations européennes s'adoucirent 
dans leur contact avec l'Orient, ceux qui avaient fait 
partie des croisades en revinrent avec le souvenir d'un 
bien-être nouveau et de l'existence mondaine de la 
cour byzantine*. 

Le luxe, qui était le privilège exclusif des seigneurs 
et des gens riches, devint bientôt une nécessité pour 
tout le monde. Dans les villes surtout, les habitudes 
d'aisance firent des progrès rapides et déterminèrent 
un changement complet dans la vie ordinaire des 
classes moyennes. 

Les croisades développèrent les idées en même temps 
qu'elles favorisèrent le commerce , et elles eurent 
l'avantage de faire sortir la France de la torpeur dans 
laquelle elle avait été si longtemps plongée. 

On vit alors le seigneur, conduit par la piété ou par 
le désir des aventures, quitter sa demeure, et l'artisan 
heureux de le suivre dans cette nouvelle carrière. Les 
provinces du Nord de la France, comme celles du Midi, 

i Leber. — Dissertation sur Vhistoire de France. 

^ Scbérer. — Histoire du Commerce de toutes les Nations. 



— 88 — 

s'agitèrent, et la religion, appelant ses fidèles à la con- 
quête des lieux saints, vit accourii^, pendant plus d*un 
siècle, les nobles et les vilains, les pèlerins et les sol- 
dats, avec une ardeur que ne découragèrent ni les 
revers, ni les distances. 

Saint-Quentin et plusieurs des villes de ses environs 
fournirent leurs héros à ces expéditions lointaines. Le 
comte Hugues de Vermandois s*y couvrit de gloire, et 
les annales de ces époques relatent encore les brillants 
faits d'armes* « de Châtelain de Saint-Quentin, de Clé- 
» rambault de Yendeuil, d'Anselme de Ribemont, de 
j» Thomas de Lafère, d'Evrard de Puisieux, de Dreux 
» de Monchy et d'autres seigneurs du Vermandois. » 

Pour les arts, l'industrie et le luxe, ce fut une épo- 
que de renaissance, et l'essor fut d'autant plus puis- 
sant qu'il avait été plus longtemps comprimé. 

Au retour des croisades, un grand mouvement reli- 
gieux se fit sentir en France. 

Le peuple mit à élever de nouvelles églises le même 
zèle, la même foi qui, naguère, l'entraînait à partir 
pour la délivrance du saint sépulcre^. Tous les Ages 
voulurent concourir avec la même ardeur, de leurs 
bras comme de leur argent, à cette édification. Des 
chevaliers, des châtelaines quittaient leurs riches ha- 
bits, pour traîner, avec tous les autres ouvriers des 
deux sexes, d'énormes blocs de pierre, et, animés par 
la présence des prêtres, en chantant les cantiques du 

i -L. Hordret, chapitre Yi, page 127. 
i Lensseur, livre HI, page 324. 



— 84 — 

Seigneur, ils surmontaient, avec enthousiasme, tous 
les obstacles qu'ils rencontraient *. 

Chartres est la première ville dont la cathédrale ait été 
édifiée par le zèle spontané des fidèles ; puis, un grand 
nombre, après ceUe-ci, durent leur prompte construc- 
tion à ce mouvement extraordinaire qui se développa 
particulièrement dans TOuest et le Nord de la France. 

A Saint-Quentin, ce fut vers Tan 1115 queTon com- 
mença à rebâtir, sur un nouveau plan, Téglise que le 
comte Héribert I" avait déjà réparée, après Tinvasion 
normande. Au xui* siècle *, on changea le plan et 
Ton abandonna la façade, qui ne fut réparée et achevée 
qu'au xvn* siècle. On s'attacha aux travaux du chœur 
dont, depuis longtemps, la première pierre était posée. 
Maître Jean, bourgeois de Saint-Quentin, fut un des 
architectes de la collégiale. La nef fut l'ouvrage du 
xvi* siècle, et les chapelles du chœur du xiv* siècle. 
L'église de Saint-Quentin se distingue par une singu- 
larité fort rare; son double transept lui donne la figure 
d'une croix archiépiscopale. Le transept principal, ou 
grande croisée entre la nef et le chœur, parait appar- 
tenir au commencement du xv* siècle; la seconde 
croisée, aboutissant aux deux côtés du chœur, est de la 
seconde moitié du même siècle. Son admirable buffet 
d'orgue est un magnifique monument de sculpture sur 
bois du temps de Louis XIY. Elle fut bâtie, en partie, 
avec le produit des quêtes faites dans les Pays-Bas, où 



1 Leyasseur. Chapitre x, page 321. 

3 Henri Martin. Histoire de Sainte-Quentin, 



1 



— 85 — 

Ton avait promené, de ville en ville, les reliques de 
saint Quentin, en partie avec les libéralités de 
Louis XI, les aumAnes de^ bourgeois de Saint-Quen- 
tin, et les fonds du chapitre ^ 

Une institution qui, après les croisades , a modifié 
heureusement les habitudes du commerce, fut celle des 
postes, qui manquait à cette période. L'envoi des mes- 
sagers ^, les voyages des marchands ne remplaçaient 
qu'imparfaitement le manque de chemins de trans- 
port et des postes. Un commerce, qui ne se faisait 
qu'en mettant les producteurs dans la nécessité d'ac- 
compagner eux-mêmes le plus souvent les marchan- 
dises qu'ils vendaient, pouvait difScilement devenir 
considérable. L'institution des postes a donc été un 
progrès très-profitable à l'industrie. 

C'est aussi vers cette époque que les Lombards, à qui 
on attribue communément^ l'invention de la banque et 
des lettres de change, commencèrent à parcourir l'Eu- 
rope et surtout la France, pour y faire l'agio de l'argent 
et pour y développer les transactions commerciales. 



1 Une particularité intéressante se rattache encore à Thistoire de cette 
église: Simon de Brie, ancien chanoine de Saint-Quentin, devint Pape en 
1 281 , sous le nom de Martin IV. 

2 Leipzig, ({ui était le siège de foires célèbres, expédiait, dès le xiiP 
siècle, dans Tintérèt de son commerce, des messagers à pi^d et à cheval 
pour Nuremberg et d'autres villes marchandes. Cette institution était alors 
très-imparfaite, et ce ne fut que vers le milieu du 13* siècle que les postes 
ftirent introduites en Saxe par Télecteur Auguste !•'. Quant aux postes ins- 
tituées par Louis XI, elles n*avaient, à Tépoque où<^les furent organisées, 
d'autre but que la transmission des dépêches, par des messagers à cheval. 
L'université de Paris avait des messagers particuliers qu*elle conserva jusqu*en 
1591, époque où ils furent réunis à Tadministration royale des postes. — 
J. Duesberg, d'après Vouimtge du docteur Hoffmann, page 14. 

8 Savary des Bruslons, Ùictionnaire universel du Commerce, 



— » — 

Les Lombards^ fréquentaient la ville de Saintr 
Quentin, bien avant Tannée 1335, puisque, cotnme 
on le sait, un sieur Jean Hennequin, qui y faisait 
un grand commerce, fut ruiné à cette époque par 
leurs prêts usuraires. 

Plusieurs de ces préteurs s^établirent ensuite dans 
les villes qui environnaient Saint-Quentin. Ainsi, en 
1381, Charles YI, de Compiègne, accorda, moyennant 
500 livres d'argent et 100 livres d'or par an, aux lom- 
bards Nicolas Périn, Jehan Bellet, Jacques Gisbeft et 
Richart Maut , de demeurer pendant 15 ans à Noyon, 
pour y faire le commerce de l'argent. Louis XI, en 
1461 , autorisa les lombards Démanche, Mathet dit 
Richart, Laurent Cabus , Thomas de Ville à demeurer 
à Laon, sous la charge de payer, pendant quinze ans, 
au Trésor de Paris , cent livres parisis par an *. 

Au XIV* siècle, les Juifs et les Lombards ne prêtaient 
pas à moins de 40 0/0; c'était même, alors, une bonne 
condition de prêt ^. 

Dès cette époque, des manufactures se fondèrent, 
et l'industrie songea sérieusement à s'organiser. Toutes 
les provinces de la France participèrent à cette renais- 
sance: le Midi, en nouant des relations avec les Italiens 
et les Arabes; le Nord, en multipliant ses moyens de 



1 Aux lettres de change se rattacheut les banques d'escompte et de prêt, 
dont rétablissement est dû à Tintelligence commerciale qui distinguait alors 
les cités marchandes de Tltalie. Du pays où étaient nées ces institutions, les 
banquiers furent appelés Lombards, et ils se répandirent partout sous ce 
nom. 

^ CuriosHés des Parlements de France, par Gh. Desmaze. 

3 LebfT. Appréciation de la fortune privée au moi/en-ége, page 26. 



— 87 — 

production, et en instituant des rapports avec les viUes 
de la hanse, et surtout avec celles des Flandres. Le 
voisinage de la Belgique fut pour les cités du Nord ce 
que ritalie fut pour celles du Midi. Déjà au xiv* siècle 
les relations industrielles de la Picardie^ avec les 
états belges, étaient très-étendues, et, à Amiens^ 
les marchands qui y expédiaient leurs produits 
étaient exempts de péage au travers de Bapeaume en 
» Artois, sauf le cas où ils exportaient de la Flandre 
» les produits de ces contrées. » 

Cette dernière ville entretenait un grand commerce 
d'échange avec Londres ; ce fait résulte de divers docu- 
ments qui se trouvent dans ses archives ^. Un acte du 
1" octobre 139S nous apprend que les marchands 
de Corbie et de Nesles continuaient de payer en temps 
de paix ou de trêve , aux maires de Londres , une 
rente annuelle de 50 marcs-sterling , pour les fran- 
chises dont , dès le xiu' siècle , ils jouissaient dans 
la capitale de l'Angleterre. 

Les Flamands^ excellaient dans l'industrie, comme 
les confédérés de la hanse dans la navigation, et une 
remarque qui doit être faite, c'est qu'à cette époque l'An- 
gleterre, dont les nombreuses manufactures exploitent 
aujourd'hui tous les marchés du monde, était tributaire 
des fabriques belges et de celles de la Picardie , et 



1 Voir aux pièr^ justificatives. 

2 Augustin Thierry. Documents inédits sur V Histoire de France. 

9 — Histoire du Tiers^Etat, région Nord-Est, page 

638. 

4 Sdiërer. Commerce du moyen^âge, page 160, l«r volume. 



— 88 — 

que, si cette nation leur fournissait ses matières 
brutes, elle était forcée de recevoir, en échange, leurs 
étoffes confectionnées avec ses laines. 

n y avait déjà, entre la Flandre française, la Picardie 
et TÂrtois, un type commun d'organisation 'industri- 
elle, et souvent une similitude dans les productions. 
La Belgique qui, comme la France, faisait autrefois 
partie de Tempire de Charlemagne, avait également res- 
senti la bienveillante influence de son gouvernement. 
C'est à la sollicitude de ce monarque que les Pays-Bas 
durent les progrès de leur industrie, de leur navigation 
et de leur économie rurale. Le rapide accroissement 
des villes des Flandres et de la Picardie se lie étroite- 
ment au développement de leur commerce et à la bonne 
fabrication de leurs étoffes de laine. Ces provinces ne 
produisaient pas, nous l'avons dit, toutes les matières 
premières qu'elles mettaient en œuvre ; l'Angleterre 
en fournissait la plus grande partie, et cela se con- 
çoit, si Ton se reporte à ce fait que les Saxons, peuple 
de la même origine que les Frisons, qui excellaient dans 
l'élevage des bestiaux, avaient émigré en Angleterre. 

A cette époque chaque ville de ces contrées était 
renommée pour tel ou tel article ^ : ainsi l'on citait 
Lille pour ses draps écarlates ; Arras pour ses serges et 
ses tapisseries ; Yalenciennes pour ses draps et cou- 
vertures de 15 et de 10 aulnes^; Gand pour ses fla- 



1 Schérer, page 373. 

3 Manuscrit du xiv* siècle qui se trouve daos la bibliothèque de M. Ar- 
thur Dioaux, lequel cootieot les ordonnances de Valencienoes faites en la 
PréTOtë de la halle. 



nelles, ses draps ordinaires, ses couvertures, et Bruges 
pour ses velours et ses peluches de laine. 

La Picardie fabriquait beaucoup de toiles, des came- 
lots, des sayeUes^ des ras de Gènes, des étamines, des 
peluches, des crépons y des bas auméiier, des rubans j 
des barakans, et d'autres étoffes de laine et de soie. 
On y faisait* aussi des espèces de linge ouvré, tout de 
lin, que Ton appelait linge bourgeois j dont les largeurs 
ordinaires étaient de 2/3 et de 3/4 de l'aune de Paris. 
Les noms que Ton donnait à ces linges ouvrés de Pi- 
cardie étaient bizarres ; ils se nommaient : panse de 
vache, cœur fleuri^ rose cran et grain d'orge. 

Les principaux produits particuliers au district de 
Saint-Quentin étaient, outre ses toiles^ les draps, les 
eameiiers , les serges et les sayettes, qui avaient ordi- 
nairement 3/4 de large. 

Les sayettes^ se faDriquaient non - seulement à 
Amiens, à Saint-Quentin, mais encore dans d'autres 
villes de la Picardie*. C'était , d'abord, une étoffe 
de laine qui était le diminutif de la saye. La saye était 
elle-même une sorte de serge en laine ou tissu croisé 
très-léger, qui servait à faire des robes pour les popu- 
lations peu aisées, et des chemises à certains ordres reli- 
gieux. 

Les sayettes ont eu ensuite de nombreuses trans- 
formations. On fabriquait aussi une sorte de fil très- 

1 Savary des Brusloos. Dictionnaire univerul du Commerce, page 663. 

^ Savary des Brosloas 

3 II y avait à Ham, à la fin du xvii« siècle, des fabriques de setterie ou 
de serges de laine. 



— » — 

blanc que Ton appelait le fil de sayette ou le fil d'£pi- 
nay. La sayetterie^ qui comprenait une grande variété 
de qualités t)lus ou moins fortes de tissus de laine 
pure ou de tissus de laine mélangée avec de la soie 
ou du poil, se fabriquait d'abord dans la Picardie, 
puis dans l'Artois, à Hourscotte, à Ypres et à Tour 
coing en Flandre. 

Pendant plusieurs siècles, la sayetterie ou setterie 
fut ruades produitb les plus importants parmi ceux qui 
se tissaient à Saint-Quentin et dans ses environs ^ 
les tisseurs de ces articles s'appelaient sayetteurs. 
Amiens était le centre de cette fabrication, et aussitôt 
que des manufactures s'y établirent, cette ville eut une 
grande sayetterie. Ce commerce était si considérable 
par le développement qui lui avait été donné, par le 
nombre des ouvriers qu'il occupait, que la sayetterie 
d'Amiens avait des statuts, en forme de règlement, 
qui avaient même été revus avec soin par Colbert. Ces 
statuts contenaient 248 articles^, ce qui furent lus 
» et arrêtés dans l'hôtel de ville d'Amiens, en présence 
» du lieutenant général, des échevins, des esgards 
» houpiers, des esgards sayetteurs, des drapiers, 
i> haute-lisseurs, teinturiers, foulons et des principaux 
jo maîtres des métiers dont la sayetterie était alors 
a composée. » Ces 248 articles formaient le nombre 
le plus grand dont jamais statuts de manufactures 
aient été composés. 

1 Savary des Brusions. Dictionnaire universel du Cùtnmerce. 

2 Voir aux pièces justiflcatives un «trait du rapport de riotendaot 



— « — 

Les 31 premiers concernaient les houpiers; les sui- 
vants, jusqu'au 47' inclusivement, étaient pour la vente 
et les qualités des fils qui devaient s'employer dans la 
sayetterie; 8 articles étaient consacrés aux peseurs de 
fil, 19 comprenaient la fabrique des pièces de sayet- 
terie, ses mattres et ses apprentis; S4 réglaient le 
nombre des buchots, portées et longueurs que devaient 
contenir les pièces de sayetterie; 12 leur foulage; 
60 regardaient les haute-lisseurs ; 34 les corroyeurs, 
tondeurs, teinturiers et calendreurs; 12 les bords, 
rubans et rouleaux de laine qu'il était permis de faire 
dans la^sayetterie, et les 2 derniers étiûent pour établir 
une police commune, pour les différents maîtres et 
ouvriers qui composaient la sayetterie. 

Au commencement du xvi* siècle, l'importance du 
commerce de la sayetterie se ralentissant un peu, Fran- 
çois P' rendit, le 27 mai 1537, une ordonnance pour 
donner à cette production un plus grand développe- 
ment *. 

Les draps légers qui se fabriquaient à Saint-Quen- 
tin et dans ses environs, étaient, comme ceux de plu- 
sieurs villes de la Picardie, de qualités ordinaires. Ils 
servaient particulièrement à l'habillement des artisans 
et des ouvriers. Ces tissus, qui étaient aussi employés 
pour doublures, étaient connus sous la dénomination 
de draps feltins, frizons, droguets de laine, frizons et 
frizés façon d'Angleterre *. 

1 Dom Grenier, volume CLXVI. paquet 20, art. 6, f^ 225. 

2 Savary des BmsIoDS. Dictionnaire universel du Commerce, 



— 92 — 

Dans l'origine, les tisserands vendaient eux-mêmes 
les étoffes de laine qu'ils avaient tissées; ils étaient fa- 
bricants et vendeurs à la fois; mais dès la fin du xnf 
siècle, les fabricants aisés faisaient tisser par les pau- 
vres ouvriers et se chargeaient du placement des draps 
qui avaient été faits pour leur compte ; ils conservaient 
encore le nom de tisserands, mais ils étaient les grands 
îMêires; tandis que ceux qui travailldent pour le compte 
de ces marchands n'étaient plus que les mentis meslres. 

Les drapiers tenaient généralement le premier rang 
dans la marche des corporations; il en était de même 
à Paris, et depuis que les pelletiers leur avaient cédé 
leurs droits, ils étaient le premier des six corps mar- 
chands ^ A leur tête étaient six maîtres et gardes 
destinés à veiller à la conservation de leurs privilèges 
et à faire exécuter leurs statuts. Le premier grand- 
garde, qui était le chef de tout le corps, portait la robe 
de drap noir à collet et manches pendantes paremen- 
tées et brodées de velours. 

On faisait aussi, dans le rayon manufacturier de 
Saint-Quentin, des tissus appelés camelins on camelots 
et des serges. 

Le camelot était une étoffe non croisée qui se tissait 
sur un métier à deux marches, de même que la toile 
de l'étamine. Cette étoffe se fabriquait en plusieurs 
largeurs et de différentes couleurs ; les unes de poil de 
chèvre, tant en chaîne qu'en trame, les autres en laine 
ou en laine mélangée avec de la soie et même avec du 

i Savary des Bruslons Z>tc/t<mmBtre universel^ tome U, page 167. 



— «8 — 

fli. On employait généralement le camelot à confec- 
tionner des habits d'hommes pour Tété, et des robes 
de femmes en toute saison ; il servait aussi pour ameu- 
blement et pour vêtements dans les monastères. 

La sergcy comme le camelot, se fabriquait non-seu- 
lement dans la Picardie, mais encore dans un grand 
nombre d'autres villes. Ce tissu, qui était de laine 
croisée, se manutentionnait sur un métier à quatre 
marches, comme les ratines, et il était connu sous 
différentes dénominations. Ainsi , il y avait dans le 
commerce des étoffes de laine : la serge du seigneur j 
de la reine, la serge impériale, la serge rasée j drapée, 
à poil, à deux envers, la serge d'Aumale, de Mouy, de 
Crivecœur, de Blicourt, et la serge façon de Londres, 
• qui était faite en Picardie, dans les Flandres, et expor- 
tée en Angleterre par la hanse de Londres. 

Quant à la toile, qui fut l'un des premiers produits 
du Yermandois, sa fabrication, qui devait plus tard y 
atteindre les plus grandes finesses, ne comportait en- 
core que le tissage de certaines qualités de grosseur 
ordinaire. 

La toile de lin ou de chanvre, qui passait avec raison 
pour être l'une des branches les plus utiles du com- 
merce de la France , parce qu'elle faisait valoir les 
produits de son agriculture, se fabriquait aussi bien 
dans l'ouest que dans les provinces du nord ; seule- 
ment, les qualités des pièces qui se faisaient en Picar- 
die étaient généralement grosses, fortes, d'un parfait 
usage , et elles étaient presque toutes achetées par les 
habitants du pays. 



— M — 

La lot/0, \es$ayeHe$y les draps légers, les eam^ois^ 

elles sergeSy dont nous venons de faire connaître les 
qualités et remploi, étaient donc, du jai* au xiv* siècle^^ 
les principaux produits de la ville et des environs de 
Saint-Quentin, et ils auraient été Tobjet d'un impor- 
tant trafic, si à cette époque Tessor du commerce n'avait 
pas été arrêté par de nombreuses entraves. 

Tout alors était à créer, à réprimer et à organiser. 

Les rois, les ducs ou les comtes , qui connaissaient 
les avantages que pouvait leur procurer le commerce, 
qui voyaient déjà le râle qu'il était appelé à occuper 
dans la prospérité des états, et qui savaient que leurs 
intérêts étaient liés à ceux des marchands, s'appliquè- 
rent de tout leur pouvoir à l'encourager et à le protéger. 

Les nombreuses précautions qu'ils prirent alors 
pour réprimer le brigandage des routes, pour garantir 
la sécurité des relations et des transactions commer- 
ciales, le prou vent. Ils ordonnèrent d'assister et d'escor- 
ter parfois les marchands qui voyageaient pour leurs 
affaires, et à leurs agents de les défendre sur les chemins. 
Ils allèrent jusqu'à rendre les baillis responsables des 
dommages qu'ils pouvaient éprouver quand ils étaient 
pillés sur leurs terres \ 

Pour donner plus de confiance aux vendeurs, on leur 
accordait des privilèges très-étendus pour le recou- 
vrement de leurs créances ^. Plusieurs provinces 
reconnurent même aux marchands le droit d'envoyer 

i OliiD I, pai^e 565. 

S Ordonnance de 1316, aux baillis de Meaux, de Vitry, d* Amiens, du 
Vermandois, de Sens, Senlis, Chauau>nleiTruyes(page 351). 



— » — 

des hommes appelés des mangeurs qui s'établissaient 
de force chez leurs débiteurs. Toutefois, ce droit 
excessif, au moins pour le cas de dettes ordinaires, ne 
subsista pas longtemps ^ 

Les marchands avaient encore besoin de protection 
au xiii* et au xiv* siècle, pour faire le * commerce. 
Pour que chacun ne put compter que sur soi-même, il 
fallait une société plus policée, plus avancée que celle 
qui existait à cette époque. Aussi, pour trouver une 
protection plus efficace, une surveillance plus active, 
un plus grand choix de marchandises à acheter et un 
débit plus certain de leur pacotille, ceux-ci crurent-ils 
utile à leurs intérêts de se réunir en certains lieux et à 
certaines époques Oxes. C'est ce qui fit que les marchés, 
les halles et les foires qui existaient déjà depuis long- 
temps, prirent, du xui' au ^u"" siècle, un accroisse- 
ment considérable, qui contribua pour une grande 
part à la prospérité du commerce de la France. 

Les marchés ou halles étaient généralement desti- 
nés à l'approvisionnement des populations de la ville 
dans laquelle ils se tenaient ; ils avaient lieu une ou 
deux fois chaque semaine. Ils étaient tous régis à peu 
près par les mêmes usages, quoique autrefois la 
création d'un marché fût un droit seigneurial que l'on 
ne pouvait pas s'arroger «. 

La halle de Paris fut établie au xu* siècle par Louis- 
le-Gros. Elle devint plus importante sous Philippe^ 

i Ce droit fut aboli, dans le cas de dettes ordinaires par le parlement en 
1285, pour les bailliages du Vermandois, d* Amiens et de Senlis. 
9 Olim, page 05, année 125S. 



— 96 — 

Auguste . La plupart des corps de métiers, et ils étaient 
nombreux, y avaient une place réservée dont ils 
payaient ]e loyer au roi. Plusieurs villes de France, 
telles que celles de Saint-Denis, Amiens, Douai et Beau- 
vais, y jouissaient du même avantage, et quelques-uns 
de ces loyers s'élevaient par chaque année à plus de 
100 livres ^ La halle des basses - merceries payait 
180 livres ; c'était le loyer le plus fort, et le moindre 
était celui de la halle pour les mailles des samedis, qui 
n'était que 16 sous. Les champeaux ou les halles y 
recevaient les blés de la Picardie et de la Brie ; les 
blés de la haute Seine et de la Marne arrivaient au 
marché de la cité ^. 

Dans beaucoup de villes, des halles importantes 
s'établirent ; celles d'Amiens étaient des plus renom- 
mées. Outre le marché de&tiné à recevoir toutes sortes 
de denrées, cette ville avait quatre halles spéciales 
aux pioduits des manufactures de lainage et de fil 
de la Picardie ^. Ces quatre halles étaient : celle aux 
houppeSy c'est-à-dire des laines que les houppiers 

1 Depping. ii3, Produit du hallage de PariSf 

^ Livre des Métiers d'Etienne Boileau. 

S Tous les documents, qui, jusqu^au xvp siècle, se rattachent à Tindus- 
trie de la Picardie, sont d*accord pour reconnaître que presque toutes les 
cités de cette province fabriquaient, a peu d*exceptions près, les mêmes genres 
des tissus que la ville d* Amiens. Les étoffas de laine qui se produisaient 
dans le Vermandois, connues plus particulièrement sous le nom générique 
de sayetteries, ressemblaient pour la plupart à celles qui ont fait, à juste 
titre, la renommée d* Amiens et de ses environs. — C*est parce qu*il existe 
une grande similitude entre Tindustrie de Saint-Quentin et celle d*Ajniens 
jusqu*en 1580, que nous avons été appelés, nous le répétons, à citer si sou- 
vent le nom de celte dernière ville, et a dire tout ce qui a pu contribuer dans 
les temps anciens comme dans les temps modernes, à en fklre une grande 
et importante ville d'industrie et de commerce. 



— 97 — 

avaient dégraissées , peignées et apprêtées pour être 
filées par les filassiers ; celle du fil^ dans laquelle on 
vendait la laine filée que Ton appelait fil de sayette ; 
celle en blanc, où devaient être portées toutes les 
étoffes de laine, tant blanches que de couleur, dès 
qu'elles avaient été levées de dessus les métiers et avant 
qu'elles aient été envoyées aux foulons et aux teintu- 
riers ; enfin, celle en noir, où l'on visitait et marquait 
les marchandises, après qu'elles avaient reçu leur der- 
nier apprêt*. 

LavilledeSaii\t-Quentin avait autrefois, comme elle 
a encore aujourd'hui, deux marchés. Ces marchés, qui 
se sont toujours tenus le mercredi et le samedi de cha- 
que semaine, ont été, en tout temps, alimentés de 
denrées par les villes et villages de ses environs. Deux 
chartes de Philippe- Auguste ^, des années 1195 et 
1220, s'occupent de les réglementer. La première dit: 
« que tous ceux qui voudront venir .exposer leurs mar- 
D chandises en vente sur le marché, pourront libre- 
» ment les étaler dans les endroits où ils trouveront 
» place, en payant le droit d'étalage, et en ayant soin 
JD de ne pas gêner l'entrée ni la sortie des maisons 
9 habitées. » La seconde, celle de 1220, du même roi, 
« accorde aux fermiers et sujets du chapitre de Saint- 
ù Quentin, demeurant dans les détroits de leurs sei- 
gneurs, la liberté de venir tous les samedis au marché, 
D sans qu'on puisse les arrêter dans l'étendue de la 

1 Satary des Bruslons. iHciionnaire univertel. 

3 Manuscrit de Quentin de La Fons, tome II, page 299. 



— 96 — 

t vicomte de Saint-Quentin, pour caoee de catd , 
il c'est-à-dire pour dettes civiles et mdbilières. » 

Outre ces deux marchés, la ville de Saint-Quentin 
avait une halleà la viande ou boucherie ,une kaiU aux 
cuirs j une aux <fra|w, une aux poids et aux laines j une 
aux paissons^ un grenier à sel j et un marché franc. 

L'établissement de ses boucheries ou de sa halle à* 
la viande remonte à une époque fort éloignée. D y a 
dans ses archives de nombreuses pièces, dont la plus 
ancienne porte la date du mois de mars 1251, qui en 
font mention ^ Celle dont nous parlons est une charte 
par laquelle « l'abbé et les religieux de Saint-Quentin 
» en Isle donnent en échange aux maire et jurés de 
» la ville un étal de la nouvelle boucherie sise sur la 
place, et reçoivent d'eux en contre-échange la somme 
de 37 sous parisis. » L'original y est en parchemin 
et écrit en latin. 

Il en existe une autre de l'année 1393, qui relate des 
conventions entre le maire, les échevins et les jurés de 
Saint-Quentin et l'abbé et les religieux de Saint- 
Quentin en Isle, relativement aux réparations à faire 
« des maisons et estaux qui on dist Palis Maisiaux en 
9 Saint-Quentin » dont ces derniers étaient devenus 
propriétaires par suite de non -paiement de neuf livres 
parisis de rentes. Le IS janvier 1511, a le maire et les 
D échevins donnent à bail, à titre de louage viager, la 
» grande boucherie h Jacques Coriau, boucher, et à 
p Antoinette Parent, sa femme, moyennant la somme 

1 Dosiier B G, liassa 18, Archives de Saint-QuenHn. 



— 99 — 

» annuelle de quatre livres parisis. » 11 y a encore 
dans les mêmes archives ^ plusieurs baux d*étaux à 
la viande; et enfin, à la date de 1561, on y trouve un 
mémoire qui reproduit l'état or de divers sur ceux dûs à la 
ville pour ses étaux x> et Tindication des particuliers qui 
eh étaient propriétaires. Ces pièces indiquent que tous 
les étaux de la boucherie n'appartenaient pas à la ville. 
La halle aux cuirs était établie à Saint-Quentin, 
avant le xin* siècle, et le document suivant, de Tan- 
née 1260, en est une nouvelle preuve*. Ce document 
est une lettre adressée ce à Jakemon des Estakes et à 
» Jehan d'Eskaîheries, borgeois de Saint-Quentin, par 
» Jehan Tourette, tanères et don conseil de le vile » et 
deux de ses compagnons tanneurs. Dans cette lettre 
Jehan Tourette donne à Jakemon des Estakes et à 
Jehan d'Eskaiheries des renseignements sur la ma- 
nière dont se vendent les cuirs, a Ils se vendent à la 
halle, dit-il, moyennant 20 livres par an pour tous 
les étaux, et on les y amène deux fois par semaine 
» le lundi et le samedi matin. Ils passent alors entre 
i» les mains des esv^ardeurs, qui se composent de 
t» 6 tanneurs, 3 cordesvaniers et 2 jurés, lesquels en 
t> observant la qualité ce et le quir kant il est envardé^ 
» il convient crier : vendes, vendes, si vent-on juske à 
miedi et si volés plus savoir, si li nos lessiés savoir 
» nostre sire vous wart®. » 

1 Dossier B G, liasse 48, Archives de Saint-Quentin. 
^ Dossier E, liasse 48 • » 

3 Dossier E, liasse 48. » • 



— 100 — 

n y a encore dans le dossier de la halle aux cuirs 
une ordonnance qui concerne cette industrie. 

L'origine de la halle aux draps * doit y être très-an- 
cienne, et peut-être pourrait-on la faire remonter à l'é- 
poque où ses artisans et ceux de ses environs s'occupè- 
rent à tisser de la laine, et où fis sentirent la nécessité de 
choisir un marché spécial pour vendre leurs produits. 

Celle aux poids et aux laines avait un peu de res- 
semblance avec les halles d'Amiens; elle était d'abord 
l'entrepôt pour la vente des matières avec lesquelles les 
ouvriers confectionnaient les tissus de sayetteries, 
draps ou camelots, et elle servait ensuite à constater la 
longueur, la largeur et le poids de ces étoffes. Cette 
halle, qui était située place Saint-Quentin, était af- 
fermée; car une pièce de 1398 contient une commis- 
sion du bailli pour faire assigner celui qui, à cette 
époque, en avait la ferme. 

Les fermiers, moyennant certaines redevances, pré- 
levaient un droit proportionnel sur les marchandises 
que l'on y venait peser et mesurer. 

La halle aux poissons était autrefois appelée oc la 
D halle au herrens de la ville de Saint-Quentin, o si 
Ion s'en rapporte à un bail de louage viager d'un étal 
à cette halle, concédé par les maire et échevins au sieur 
Henri Eusset, moyennant la somme annuelle de 4 livres 
tournois. Ce bail, sur parchemin, est du mois de 
mars 1517 ^ 



1 Dossier F, liasse 48. Arehweê de iSainHiuêtUin, 
s Dossier B, liasse i8. • » 



— IM — 

Bien que les greniers à sel ne fussent ni une halle, 
ni un marché , qu'ils fussent seulement ou un maga- 
sin où Ton conservait les sels de la ferme des gabelles, 
ou une juridiction où se jugeaient les contraventions 
sur le fait du sel, l'établissement qui fut fondé à Saint- 
Quentin sous le nom de grenier à sel y eut une im- 
portance trop considérable pour que nous omettions 
de le mentionner. 

On attribue à Philippe de Valois l'institution des 
greniers à sel, et ce roi passe pour être le premier qui 
ait fait établir des magasins particuliers pour la vente 
de cette denrée, dont, avant son règne, le commerce 
était libre. Depuis, chacun était obligé de s'en procurer 
aux établissements de l'état, que régissaient des offi- 
ciers appelés grenetiers. Ce subside causa des plaintes 
très-vives et plusieurs séditions, mais l'institution ré- 
sista et subsista. Des lettres du 12 mars 1403, du roi 
Charles VI, autorisent les maire et échevîns de Saint 
Quentin à avoir un grenier à sel et à vendre le sel au 
prix marchand a pour le proufQt qui istra de la vente 
» d'icelluy se tourner et convertir en la fortifScation 
a et autres nécessitez de la dite ville *. » 

11 existe encore des baux des deux greniers : « cel- 
D liers et magazins à sel séans en cesie ville au des- 
y> soûls et déppendans des halles aux munitions en la 
» petite rue Sainte-Margueritte derrière l'église *^. » 

a L'étendue des lieux qui étaient obligés de venir 

1 Archivée de SaifU-Queniin, liasse 9. 
9 Archives de SairU-Quentint dossier G. 



y> prendre leur sel h Saint-Quentin^ dit Quentin de la 
» Fons', se composait de 117 paroisses, comprenant 
9 en tout 236 villes, villages, bourgs et censés, non- 
D seulement de la prévôté de Saint-Quentin, mais en- 
x> core de celle de RibemoQt. » L'impôt du sel qui s'y 
distribuait annuellement portait 46 muids 4 septiers 
deux quarts ; les villes de Bobain, de Beaurevoir et du 
Càtelet ne payaient que le prix marchand du sel qu'elles 
consommaient pour leur provision. 

Le roi Louis XI, voulant reconnaître la fidélité et 
singulière affection que les doyens, chanoines et cha- 
pelains de l'église de Saint-Quentin avaient témoigné 
à son égard, par la réduction de la ville en son obéis- 
sance, leur accorda, annuellement, par une lettre 
donnée à Ham le 5 mars 1470, pour le terme de 10 ans, 
4 muids de sel, à prendre en son grenier, établi à 
Saint-Quentin, par les mains du grenetier présent ou 
à venir, sans payer aucun droit, hormis c^lui du 
marchand'^. 

Quant au marché franc, il y fut établi le dernier 
jeudi de chaque mois, en vertu des lettres patentes du 
roi Louis XIV. 

Les halles et marchés qui existaient à Saint-Quentin 
et doat nous venons de rappeler les principaux, in- 
diquent l'importance qu'avait déjà cette ville, à l'épo- 
que où, pour développer de plus en plus l'essor du 
commerce, les rois cherchèrent à les multiplier. 

1 Manuscrits de Quentin de la Fons, 2« vol. page 215. 
"^ Manuscrits de Quentin de la Fons^ 2« vol . page 216 



— 408 — 

Les foires, avant que les moyens de communication 
fussent perfectionnés et que les transactions fussent 
devenues plus sûres et plus faciles, ne furent pas 
moins utiles que les marchés aux progrès de l'in- 
dustrie. Au X* siècle, les étrangers étaient rares en 
France; auxni* siècle, ils y venaient enfouie. Les foires 
les y attiraient et elles firent sortir nos marchands de 
l'immobilité dans laquelle ils étaient restés si long* 
temps. Us furent amenés à changer leur mode de faire 
le commerce, en fréquentant les marchés et les grandes 
foires de France et des Flandres. 

La plus ancienne dont notre histoire fasse mention 
remonte au règne de Dagobert en 629 ^ Cette foire 
se tint d'abord dans la plaine SaintrDenis, à partir du 
9 octobre de chaque année, et fut, au vui'* siècle, trans- 
férée entre les églises Saint-Laurent et Saint-Martin ^. 
Un peu plus tard, Paris en eut deux autres, celles de 
Saint-Germain et de Saint-Ladre. 

Mais celles gui furent un instant les plus célèbres de 
la France, et surtout des provinces du Nord, furent 
celles de Brie et de Champagne ^. Mes étaient au 
nombre de 17 et florissaient déjà lorsque les comtés de 
Brie et de Champagne furent réunisàla Franceen 1284^. 

< Levasseur, l*' volume, page 153. 

9 On appelait cette foire Forum /mftr(um, ou en langue vulgaire Tlndict, 
d'où loi est venu le nom de Landit, sous lequel elle est restée populaire. 
(Levasseur, 153, 1" vol ) 

S Un édit de 1349 défend aux drapiers des 17 villes de Brie et de Cham- 
pagne de vpjidre leurs marchandises en gros et en détail pour les trans- 
porter hors du royaume, avant qu'elles aient été amenées aux foires, et ce. 
sous peine de conUscation. 

4 Savary, tome 11, Dictionnaire univertel. 



— 104 — 

Elles étaient renommées par les avantages qui leur 
avaient été concédés et par les franchises dont elles 
jouissaient. Les affaires s'y traitaient directement ou 
par courtiers. On défendait au marchand qui n'avait 
pas acquitté sa dette d'y reparaître, avant que de s'être 
entièrement libéré. Aussi le sceau des foires de Cham- 
pagne, apposé sur un contrat de vente, était une pré- 
cieuse garantie que beaucoup de gens recherchaient. 
Elles furent pour le nord de la France ce qu'étaient 
pour le midi les foires de Lyon et de Beaucaire V 

Les industriels et les marchands de Saint-Quentin, 
de la Picardie et des Flandres les fréquentaient exacte- 
ment, surtout celles de Reims et de Troyes. A Reims, 
il y en avait quatre chaque année, et, comme à Troyes, 
il s'y traitait des affaires considérable3. 

A l'époque où les routes étaient peu praticables 
et souvent dangereuses, les commerçants delà Belgique 
se réunissaient à ceux de Picardie pour s'y rendre. Bs 
venaient à Saint-Quentin pour les y prendre. B reste 
encore aux archives^ 14 pièces originales, de 1290 à 
1334, qui sont relatives à des poursuites exercées contre 
des marchands de cette ville, pour cause de dettes, par 
les gardes-loires de Champagne et de Brie ; ces gardes 
étaient chargés de faire exécuter les règlements. 

La ville de Saint-Quentin avait aussi ses foires. Elle 
en avait une qui, au xiu'' siècle, s'ouvrait chaque année 
la veille de l'octave de Pâques. Ce fait résulte d'une 

1 Reims archives, leg. statuts, page 96. 
*i Archives de Saini-Quentin, liasse 60. 



— 105 — 

lettre de Phîlippe-le-Long, du mois d*octobre de Tan- 
née 1319 * , qui y sur la demande de ses habitants, 
fait reporter à la Saintr Denis l'ouverture de cette foire, 
et leur concède le droit de pertuisage ^ moyennant la 
somme de 18 livres payée aux domaines. 

Ce fut en vue, dit un historien, a de faciliter à la 
» population de Saint-Quentin le moyen de réparer 
» les pertes causées par les disettes des années 1318 et 
1319, que Philippe-le-long lui accorda de créerune 
foire qui était franche de tous droits '. » 

D'autres documents viennent encore fournir des 
renseignements sur l'établissement et le but de cette 
foire. Parmi ceux que les archives de la ville possèdent 
se trouve^, à la date de 1310 à 1320, « le règlement du 
a gardien de par le roy de le vile el de le commugne 
a de SaintrQuentin »; du 29 novembre 1318 «l'accord 

f Manuscrit de Quentin de la Pons^ 2* vol. page 299. 
2 Les droits de pertoisage étaient baillés à ferme chaque année pour la 
somme de 9 à 10 livres. Quentin de la Fons, 2« volume, page 299. 

S Manuscrits de Dom Grenier, vol. CLXVI, paquet 20, art. 6. (Biblio- 
thèque impériale) « La foire qui se tenait à Saint -Quentin le jour des oc- 

• taves de Pâques et qui était franche durant seize jours, donnait une 

• grande activité aux différentes branches de commerce de cette ville. Uais 

> son concours avec d*autres foires, où les fabricants portaient vendre leurs 

• marchandises nuisant vraisemblement à celle-là, les habitants demandèrent 

> au Roy, Philippe-le-Long. que la foire de Saint-Quentin Ait transférée 

> au jour de la fête de saint Denis, avec les mêmes privilèges dont jouissait 
» celle de Pâques, lui offrant, pour son droit de pertuisage dix-huit livres 
» au lieu de neuf, que ceux qui affermaient le droit lui avaient rendu jus- 
t qu*ici. — A quoi le Roy consentit par des lettres du mois d'octobre 1319 

• (Mémoires du Vermandois, pages 834 et 835) voulant en outre pour le 

> plus grand avantage de ladite foire, que les marchands aient huit jours 
i francs avan» Touverture, et autant après la clôture pour apporter et re- 
» porter plus librement leurs marchandises. Dans la suite la ville n obtenu 

> an marché-franc les derniers jeudi de chaque mois, t 

4 Archives de Saifft-Quentin, liasse 64, dossier A. 



— 106 — 

n en parlement entre le maire et édievins de Saint- 
» Quentin, d'une pari, etBernard, seigneur de Moreul, 
9 et Witasse, de Ribemont, chevalier, d'autre part, 
» relativement au droit de tonnelier et d'étalage de la 
» foire de Saint-Denis qui appartiendra, chaque année, 
j» pendant huit jours, auxdits maire et échevins y> et 
enfin du 24 novembre 1360 a quittance de la rente de 
» 18 livres due au roy pour la foire de Saint-Denis. « 

En 1387*, Charles YI autorisa les maire et éche- 
vins a à lever un octroi de deux deniers parisis sur 
» chaque lot de vin vendu à broche ou en détail, d'un 
T> denier sur chaque lot de vin non vendu à broche, et 
» d'un denier sur chaque lot de cervoisis, gondales et 
» mielz » pour employer le produit aux fortifications 
de la ville. Le même roy', le 9 octobre 1416, auto- 
risa les maire et échevins à tenir a pour cette fois seu- 
9 lement, en telle saison qu'il leur plaira entre cy et 
Quasimodo pouchain venant » la foire de huit jours 
qui commençait habituellement à la Saint-Denis et 
qu'ils ne pourraient « bonement faire ne tenir... » 
pour la garde et la sûreté de la dite ville. 

En 1394 , le roi Charles VI permet aux maire et 
échevins, juréset habitants de Saint-Quentin, déjouer 
a à autre jeu ou esbatement qne de l'arc ou arbalète » 
pendant la durée de la foire de Saint-Denis, sans être 
inquiétés par les of&ciers royaux '• 



' Liasse S, leUre 36, Archives de Saint-Quentifi. 
S Liasse 3, lettre 20, » 

8 liasses. N«95, ■ 



Enfin, le 17 juin 1419 ^ le çaire et les éehevins 
donnèrent à bail à Martin de Douai et à Quentin Fessart 
sa ferme « des proufiBs et émolumens du jus de dez et 
» de bréleus du jus de miennes » pendant les huit 
jours de la fête Saint-Denis, moyennant la somme de 
90 écus d'or à la couronne du coin et forge du roi. 

La foire de Saint-Quentin n'était pas seulement un 
lieu où se réunissaient, à une époque déterminée de 
l'année, les vendeurs et les acheteurs de telle ou telle 
marchandise, ou une occasion de faire des acquisi- 
tions, mais aussi un moment de plaisirs, de fêtes, de 
spectacles, de jeux ; un agréable moment de distrac- 
tion, qui était vivement attendu par les populations de 
la Picardie et de ses environs. 

Ce qui prouve combien les jeux avaient alors de 
succès dans ces foires , c'est ce bail du fermier du jeu 
de dez et de miennes , qui s'obligeait à payer aux 
officiers municipaux, pour les huit jours de la foire, 
la somme très-considérable pour l'époque, de 90 écus 
d'or de la couronne, du coin et forge du roi. 

La foire instituée à Saint-Quentin par Louis-le- 
Long existe encore, plus ou moins importante, plus 
ou moins brillante, suivant les crises politiques ou les 
événements plus ou moins heureux qu'elle a été ap- 
pelée à traverser; elle a continuée à être désignée sous 
le nom de foire de Saint-Denis, qui lui fut donnée en 
1319. Sans avoir jamais eu le renom des foires de 
Reims, de Troyes, de Caen ou de Guibray, elle a tou- 

I Uasse 46, dossier A, 



— 108 — 

jours été citée parmi celles de la Picardie ' où se 
traitaient, surtout pour le commerce de détail, de très- 
nombreuses affaires. 

Les foires ne sont plus de ces grands entrepôts de 
marchandises qui servaient, comme autrefois, à ali- 
menter plusieurs contrées ; mais Thistoire ne saurait 
oublier la part qu'elles ont eue, pendant plusieurs 
siècles, au développement du commerce. 

On peut donc dire que cette période, qui commença 
au moment où le comté du Yermandois fut réuni à la 
France et qui se termina au siège que sa capitale eut à 
soutenir contre les Espagnols , fut une époque qui 
mérite une grande place dans notre histoire locale. 
Elle fut favorable aux arts, à la science, à la civilisa- 
tion, au commerce et à la navigation. Cette époque 
fut celle où l'Amérique fut découverte, où Ton vit 
rindustrie progresser, les relations s'étendre, l'esprit 
d'association se former, les voies de communication 
s'améliorer, les postes , les lettres de change et les 
banques se créer, les foires et les marchés se peupler, 
et la bourgeoisie naissante s'avancer d'un pas rapide 
et ferme dans la voie de l'émancipation. 

Pendant cette période, Saint-Quentin et ses environs 
se livrèrent avec les autres villes de la Picardie à la fa- 
brication d'une grande quantité de tissus de laine, de 
lin et de chanvre dont ils alimentaient les marchés de 
la France et de l'Angleterre. 

f La foire de Chauay remonte aussi à une époque très-reculée; car, en 
IdOi, Philippe-le-Bel prolongea pen ant deux jours sa foire de la Saint- 
Jean (Bibliothéquis Impériale. Cabinet des Chartes CC 248.) 



— 109 — 

Tous ces faits, qui se rattachent directement ou in- 
I directement au commerce, ont eu sur la richesse du 

I pays et sur la fortune de ses habitants une trop sérieuse 

importance, pour que, sans eft interrompre le récit, 
nous n'ayons pas cfierché à les faire connaître. 
Nous allons maintenant reprendre les événements 
I historiques, politiques ou autres qui, durant cette même 

I époque de 1214 à 1S57, intéressent ou regardent spé- 

cialement la ville de Saint-Quentin. 
I Depuis Tannée 1214, le Yermandois avait été réuni 

à la France, et la ville de Saint-Quentin, nos lecteurs 
le savent, avait cessé d'être la capitale de ce comté, 
qui, séparé du Santerre, de l'Amiénois et du Valois, 
devînt, comme nous l'avons dit, une simple pré- 
vôté *. Cette nouvelle circonscription s'appela le bail- 
liage du Vermandois, et eut Laon pour son chef- 
lieu. 

Du règne de Philippe- Auguste jusqu'à la mort du 
roi Charles YI, survenue en 1422, la ville de Saint- 
Quentin ne reconnut pas d'autres souverains que les 
rois de France. 

Louis IX * vint plusieurs fois la visiter, et chacun 
de ses voyages fut marqué par des preuves de sa muni- 
ficence et d'une bienveillance toute particulière. 

n rendit un jugement qui dispensait le maire et les 
jurés de réitérer le serment que les doyens et chapitre 
de Saint-Quentin exigeaient d'eux chaque année. 



1 Henri Martin. Histoire de SainHîuenUn, page 11. 
3 L. Hordret, chapitre xi. 



— 110 — I 

quand ils l'avaient une fois prêté. Ce jugement fut 
rendu : « le samedi après Tannonciation Nostre-Dame 
» sainte Marie, en Tan de Tlncarnation Jhesu-Crist 
» M et ce et XLIII an^, en mois de mars, en le court 
9 le roi au Pointoise en le Warde rbube, le reine de- 
j» rière, le gardin en bas, en présence de la reine 
» Blanche^ de Robert, comte d'Artois, du comte de 
Poitiers, frère du roi, et autres. » ^ 

Le même roi, en juin 1268, concéda à ferme per- 
pétuelle aux maire et jurés et à la commune de Saint- / 
Quentin, ISO journaux de terre, situés près de Saint- j 
Quentin, {siia juxta sancium Quintinum), consistant 
en oc trois pièces appelées a les coutures j>, moyennant 
') la rente annuelle de 100 livres et 100 sols parisis, 
)> payable au bailli ou au prévôt, à la Toussaint, à la 
Chandeleur et à l'Ascension ^ j» 

Son petit fils, Philippe-le-Bel, à son retour de la 
guerre de Flandre , accompagné d'une cour nom- 
breuse. S'y arrêta en 1297, et y passa quelques jours 
avec Jeanne de Champagne. Il intervint avec instance, 
en faveur des habitants de Saint-Quentin, dans un 
procès pendant entre les maire et jurés de Saint-Quen- 
tin et les jurés de Tournai, pour cause de la franchise 
des marchandises^. 

Philippe-le-Long, à qui la ville doit l'établissement 
et les avantages de sa foire de Saint-Denis et une or- 
donnance remarquable concernant son commerce de 

^ Archivée t liasse \^. 
3 Archivei, liasse i^*. 



— 144 - 

draperie, lui accorda, ea 4346 , malgré les efforts du 
grand bailli du Yermandois, une charte par laquelle il 
maintenait aux maire et jurés de Saint^Quentin tous 
leurs droits de juridiction dans la banlieue, les fau- 
bourgs , et dans le lieu situé au-delà de ladite ville, 
près la porte du vieux marché , ainsi que leurs autres 
droits de justice. 

Ce même roi concéda à un ^ieur Jean de Blamont, 
son élève et son secrétaire, en récompense de sa fidé- 
lité et de ses bons offices, une maison et ses dépen- 
dances sises à Saint-Quentin et contigues à l'église 
Sainte-Marguerite. Ladite maison lui fut donnée avec 
tous les droits qui appartenaient aux maire et échevins 
avant la suspension de la commune ^ 

C'est Charles-le-Bel, le troisième fils de Philippe-le- 
Bel, qui leva, moyennant la somme de six mille livres, 
la suspension de la commune prononcée par Philippe-^ 
le-Long, et qui ordonna que désormais la justice serait 
exercée à Saint-Quentin comme elle Tétait avant ladite 
suspension ^. 

Philippe de Valois, qui connaissait et appréciait la 
valeur de ses habitants, se disposant à faire une des- 
cente en Angleterre, mandait à son mayeur et à ses 
échevins, par une lettre du 28 octobre 4340^, «qu'il 
p avait choisi pour garde, sûreté et défense de son na- 



t Archives de Samt-QuerUin, liasse 1r«. Datum Parisiis aooo Domini 
millesimo tricenterimo sexto decimo.mense octobri. 

2 Archives, liasse lr« N» 56. 13 septembre 13S2. 

^ 8L. Hordret, chapitre ii, page 240. 



— 412 — 

9 vire et de sa personne, les arbalétriers et les pave- 
» siers que cette ville lui avait envoyés. » 

Charles Y, alors régent, durant la captivité du roi 
Jean, voulant récompenser Saint-Quentin d'avoir tenu 
son parti contre les Parisiens, pendant les orages politi- 
ques des années de 1356 à 1358, augmenta encore les 
libertés et franchises dont cette ville était déjà si libé- 
ralement pourvue, laquelle lui en fut reconnaissante, 
car elle épuisa ses richesses pour aider ce roi, qui avait 
reçu le surnom de Sage, et cessecours ne sufKsant point 
encore, elle vendit son domaine pour lui en fournir de 
nouveaux*. 

Devenu roi de France, Charles YI, accompagné de 
la reine Isabeau de Bavière, son épouse, vint deux fois 
à Saint-Quentin, et lui laissa de nombreux souvenirs 
de sa générosité ^; de son côté, cette ville lui donna 
une nouvelle preuve de sa fidélité, en refusant d'où* 
vrir ses portes au duc de Bourgogne, qui, ligué avec 
le roi d'Angleterre, était parvenu à faire entrer dans 
son parti les villes de la Picardie. Ce même duc de 
Bourgogne, donna, en 1392, le 21 janvier, commis- 
sion aux baillis d'Ipres, Lille et Douai , pour a saisir 
et arrêter les marchands de Laon, Saint-Quen- 
D tin, etc., ainsi que leurs biens et marchandises 



i Valkena&r, préfet de TAisne, discours prononcé à Saint-Quentin, le 
80 mars 1830 (Délibérations du conseil municipal). ^ 

a L. Hordret, page 2il , dit à ce siiget : • On voit encore dans Téglise, 
» du cdté septentrional, une grande vitre où ce roi et la reine sont peints 

• au côté de saint Quentin martyr, qui y est représenté avec des cnalnes 

• aux mains et aux pieds. » 



— 443 — 

» qu'ils trouveront être entrés es dites villes sans avoir 
» acquitté le péage de Bapaume * d 

Le règne de Charles VII fut favorable à la France 
et i^ ses industries. Ce roi donna aux personnes, aux 
routes et aux transactions une sécurité qu'on n'avait 
pas connue auparavant» Le commerce en profita. Ce fut 
à cette époque que Ton vit apparaître Jacques Cœur, 
ce grand argentier de la France, qui tint une place 
considérable dana les affaires du pays et dont Tinter- 
vention peut être considérée comme Tavènement des 
hommes d'argent aux fonctions publiques. 

Saint-Quentin fut ensuite visitée par Charles IV, 
empereur d'Allemagne. Le temps y a conservé un 
fragment d'un compte, qui relate d'une manière fort 
explicite les dépenses faites par la ville pour les pré- 
sents et comestibles de toute espèce offerts à ce sou- 
verain à l'occasion du séjour qu'il y fit en 1377 *. 

Saint-Quentin grandissait, et son commerce était 
alors dans une situation assez florissante ^. C'est à 
l'occasion du règne de Charles VII que des auteurs 
contemporains ont dit que cette ville : « se trouvait 
» être la^ plus riche de tout le pays, par suite du 
» trafic des marchandises qu'on y apportait des Pays- 
» Bas, ou de celles qui y étaient transportées pour le 
» commerce. » 

Mais les marchandises qui arrivaient des Flandres à 

* Archives de Lille, registres des Charles, côté 2, f» 55. 
9 Archives de Saint QuentiHy rapport de M. Jaoio, page 10. 
8 Manuscrits de Quentin de la Fons, tome II, page 81. 

8 



— 414 — 

Saint-Ouentin n'entraient que pour une partie dans 
rimportance de son commerce, qui était particulière- 
ment alimenté, on le sait, par sa fabrication de toiles, 
de draps, de sayettes et d autres étoffes de laine et de 
fil; et, en môme temps que ses industries progres- 
saient, la ville s'occupait de doter ses habitants des 
nombreuses améliorations qui leur étaient nécessaires. 

C'est vers ce temps qu'un collège, le collège des 
Bons-Enfants [bonorum ptierorum)^ fut fondé par le 
chapitre et doté par des particuliers ^ Le chapitre en 
conserva la direction exclusive jusqu'au xyf siècle, où 
le corps de ville prit part à la nomination du princi- 
pal, conformément aux prescriptions de l'ordonnance 
d'Orléans (1561). Au xvii' siècle, le chapitre eut 
l'intention de livrer le collège à une communauté 
religieuse, mais le corps de ville l'empêcha. 

Saint-Quentin avait six portes, et la ville se divisait 
en seize quartiers; quatre quarteni«rs et seize mayeurs 
d'enseigne ^, chefs de la milice bourgeoise, y main- 
tenaient l'ordre et la police sous les ordres de ses offi- 
ciers municipaux ^. 

A toutes les époques de son histoire, cette ville a 
toujours été citée pour le grand nombre de ses établis- 



i Henri MartÎD, Histoire de Saint-Quentin^ page 12. 

3 Institulionancienae, car il en est fait mention dans une lettre de Wau- 
tier de Paris, prévôt de Saint-Quentin, en 1322, où il parie descMaienr 
des enseignes qa*on dit en aucuns lieux maieurs de bannières. • — Mor 
nuserits de Quentin de la Fon». II* volume, page 237. 

3 La Commune de Saint-Quentin était composée du mayeur, des éche- 
Tins et jurés , des maieurs d*enseigoes et des prud'hommes. Quentin de 
laFoni, page 237, II« volume. 



i 



— 115 — 

sements hospitaliers et de bienfaisance. Au moyen- 
âge, comme aujourd'hui, ses habitants ont toujours 
considéré comme un devoir de venir en aide aux per- 
sonnes nécessiteuses et de les soulager dans leurs 
souffrances. Ainsi, pour prendre soin des malades, il 
y avait à Saint-Quentin, d'abord : le grand Hôtel-Dieu, 
appelé dans les anciens livres * la Grande-Hôtellerie. 
Cet hôpital , édifié dans la rue de la Sellerie , puis 
brûlé lors du siège, avait été transféré et rétabli dans 
rhôpital de Buridan, lequel hôpital, fondé près de la 
porte Saint-Martin, par Mathieu Buridan, pour servir 
aux femmes pauvres gisantes, est aujourd'hui le grand 
Hôtel-Dieu de la ville. Après ces hôpitaux, il y avait 
ceux de Belle-Porte, autrement appelé de la Trinité ; 
du Petit-Pont, desservi par des religieuses de l'ordre 
de Saint-François: de Notre-Dame, dans la rue de 
la Créance *, réuni ensuite à THôtel-Dieu ; de Notre- 
Dame de Lambais;^des Enflés de Pontoilles; de Mar- 
teville; de Saint-Jacques, situé rue Saint-Jean; de 
Saint- Antoine, qui était rue Saint-Martin; il y avait 
aussi rhôpital qui fut fondé par Hildraldus, chanoine, 
dans rétendue du cloître de l'église; l'infirmerie 
d'Isabelle ^ et plusieurs autres maisons hospitalières 
plus ou moins importantes. Au nombre de celles-ci, se 
trouvait la Maladrerie de Saint-Lazare, bâtie pour y 
recevoir et pour y panser les lépreux. La charité Saint- 

i ManuserU de Quentin de la Fons, tome U, i^ partie, pages 67 et 
suivantes. 

^ Le haut de la rue d*lsle. 

8 Archives de Saint-Quentin, Rapport de M. ianin, page ii. 



— 146 — 

Quentinoise avait fondé pour les malheureuses victimes 
de la maladie de la lèpre, que les croisades avaient 
propagée en occident, et dont était mort, jeune encore, 
en 1167, un des comtes de Yermandois, Raoul II, cet 
établissement, éloigné d'un kilomètre du faubourg 
dlsle. 

De nombreux documents * , du xu* jusqu'au com- 
mencement du XV* siècle, indiquent quels étaient, au 
moyen-âge, les revenus de cette maison hospitalière 
et comment avaient lieu la réception des lépreux dans 
cette maladrerie *. 

Les béguinages ^ pour les femmes pauvres y 
étaient nombreux; il y avait celui du Grenetier, 
d'Etreilliers, de VillechoUes,, de Gibercourt fondé le 
7 août 1570 par demoiselle Catherine Lallier, veuve 
de Louis Varlet, seigneur de Gibercourt, mayeur de 
Saint-Quentin, mort en 1357; celui du couvent d'Es- 
quehéries, ceux des maisons des Capets et de la Cha- 
rité des Pauvres; il y en avait encore un à Thôpital de 
Fonsomme, fondé en la rue Saint-Jean par Gérard de 
Fonsomme, et un autre à la maladrerie de Saint- 
Lazare. Outre ces béguinages, et nous ne les citons 
pas tous, il y avait des maisons charitables où Ton 
entretenait aux études de Ja langue latine des jeunes 
gens pauvres; d'autres, où l'on logeait des per- 



i Archives de Saint-Quentin , rapport de M. Janin , page li. Ces 
docQmeiits sont au nombre de liO. 

'i Au xii« et au xui« siècle, cette maladie de la lèpre avait pris un carac- 
lére >i p«fnétrant et si funeste, que le sort des lépreux était de vivre plus 
mU^f^Me que celui des criminels. 

3 Manuscrit de Quentin de La Fons, page 72, tome II, !'• partie. 




— 117 — 

sonnes destinées à vivre ensemble, avec le peu de 
fortune qu'elles avaient ; et d'autres, enfin, pour faire 
apprendre des métiers aux petits enfants *. 

Plusieurs de ces établissements n'existent plus au- 
jourd'hui, dans les conditions multiples de leur orga- 
nisation primitive ; mais ils y ont été remplacés par des 
institutions charitables, richement dotées et sagement 
administrées, qui concentrent leurs ressources et leurs 
soins pour secourir, avec intelligence, les misères des 
malheureux. 

La ville de Saint-Quentin possédait plusieurs ordres 
religieux d'hommes et de femmes, tels que ceux de 
l'abbaye de Saint-Quentin en Isle, de Saint-Prix, 
d'Homblières, de Vermand, de Royaumont, du cou- 
vent des Capucins, des Cordelières et de la commune 
d'Estrepigny ; dans les pièces ^ qui concernent ces^ 
communautés, plusieurs sont très-anciennes; il s'y 
trouve la charte de fondation de l'abbaye de Saint- 
Prix, donnée par le comte Albert en 986, et deux 
chartes de confirmation de privilèges concédés, en 1043, 
par le comte Othon, et, en 1066, parle comte Herbert. 

Les églises paroissiales, y compris la collégiale avec 
ses 72 chanoines, y étaient aussi nombreuses; il y en 
avait 143; c'étaient les églises de Saint-André, Sainte- 
Catherine, Saint-Éloi, Saint-Jean, Saint-Martin, 
Sainte-Marguerite, Saint-Pierre, Saint-Nicaise, Saint- 

i Manuscrit de Quentin de La Fons, page 75, 1'* partie, II« volume. 
2 Rapport de M. Janin, page il ^ Archives de Saint^Queniin. 
8 Archives de SaùU-Quentin, rapport de M. Janio, page 14. 



— 418 — 

Jacques , Notre-Dame de la Gréance, Sainte-Péciane^ 
Saint-Remi, Saint-Thomas, et Téglise de la Toussaint. 
Outre ces églises paroissiales , il y en avait encore d'autres 
et un certain nombre d'abbayes et de chapelles. Ainsi, 
il y avait encore l'abbaye de Saint-Quentin en Isle et 
de Saint-Prix, les églises des Jacobins ou Frères 
prêcheurs, des Cordeliers ou religieux de Saint- 
François, des Capucins, des Sœurs grises ou Corde- 
lières, de Notre-Dame d'Esquehéries, de Notre-Dame 
de Labon, de l'Hôtel-Dieu, et les chapelles de l'hôpital 
du Petit-Pont, de Notre-Dame de Soissons, de Saint- 
Lazare, de Saint-Quentin, de Saint-Prix, de Sainte- 
Hunégonde et du collège de Saint-Laurent. 

Un historien * signale encore plusieurs églises et 
chapelles qui n'existsgient plus au xvin' siècle, à l'é- 
poque où il écrivait ses précieux manuscrits. Ces églises 
étaient celles de Saint- Pierre - au-Canal , de Saint- 
Pierre-le-Moïen, de Saint-Mein, des Templiers et de 
Prémontré ; les chapelles : celles de Saint-Nicolas, du 
grand Hôtel-Dieu, qui était situé au coin des rues de 
la Sellerie et des Orfèvres *, et qui fut ruiné, en 15S7; 
celle des Religieuses de la Trinité , des Suzannes, 
de Saint-Jean-de-Jérusalem , de Saint-Laurent , de 
Notre-Dame-de-Pitié et de la maison de Moï. 

Le grand nombre des cimetières de Saint-Quentin 
se ressentait de celui de ses églises; il y en avait dix 
qui existèrent jusqu'à la fin du xvin* siècle. 

f Quentin de la Fons, page 60, l** partie, tome II. 
3 Rue des Toiles. 



— il9 — 

Il serait difficile d'établir les ressources pécuniaires 
de cette ville au moyen-àge ; les plus anciens comptes 
de ses argentiers remontent de l'année 1260 à 1265 ; 
la recette moyenne de ces 5 années s'élevait à 1454 et 
la dépense à la somme de 1769 livres ^ Le dernier de 
ces comptes relate que sa dette se montait, en 1265, à 
8516 livres 6 deniers. 

Malgré le développement que ses habitants cher- 
chaient à donner à leur cité, à son commerce, aux arts 
et à la science, le Vermandois ne put pas se soustraire 
aux calamités de ce xv* siècle, où la France , épuisée 
par ses discordes, faillit subir complètement le joug 
des Anglais. 

Quoique, depuis le roi Philippe de Valois, cette 
contrée avait eu à se défendre contre les descentes de 
ces continuels ennemis de la France, qui, plusieurs 
fois, passèrent à Saint-Quentin^; malgré le règne de 
Charles VI, dans lequel on vit une reine perfide dicter 
à un roi insensé le fatal traité qui fit d'un monarque 
anglais l'héritier de la couronne de France, la ville de 
Saint-Quentin, toujours fidèle à ses princes, pour les- 
quels même elle avait fait de nombreux sacrifices, ne 
s'était jamais soustraite à leur obéissance ^. Après la 



1 Archives, rapport, page 10. 

S Henri Martin, Histoire de Saint-Quentin, page li. 

8 Les Archives de Saint -Quentin renferment plusieurs lettres intéres- 
santes du roi Charles VI, et une eutr*autres du 27 mars iilO, où il mande 
aux maires et échevins de Saint-Quentin de « ne laisser entrer dans la ville , 
» ni en sortir aucuns gens d'armes, archers, arbalétriers ou autres fussent-ils 
N de son sang et lignage et de faire guet et garde nuit et jour. » — Liasse 2 
page 65. 



— 120 — 

mort de Charles VI, elle tomba en 1422, en la puissance 
du roi d'Angleterre*, non pas qu'il l'eût conquise par la 
force des armes, mais par le fait du mariage de Henri V, 
roi d'Angleterre avec Catherine, fille de Charles VI, 
et en vertu de l'acte par lequel ce roi le déclarait 
son successeur à la couronne de France, au préjudice 
de son propre fils, Charles, le dauphin, duc de Touraine. 
Par suite de ce traité, Henri V devint régent de ce 
royaume, et, en cette qualité, il s'empara de plusieurs 
de ses villes. Le duc de Bourgogne, qui était son allié, 
lui vint en aide, et ce fut lui qui, au nom de Henri VI, 
roi d'Angleterre, prit possession de la ville de Saint- 
Quentin. 

Charles VII, qui était alors en Dauphiné, fut dans 
l'impossibilité de s'opposera cette usurpation. 

La domination anglaise*, dans le Vermandois, n'é- 
tait que nominale, et c'étaient, en réalité, le duc de 
Bourgogne et ses vassaux qui y commandaient. Cepen- 
dant plusieurs documents locaux^, de 1422 à 1430, 
prouvent que ce roi Henri VI s'est occupé de l'adminis- 
tration de la ville de Saint-Quentin. Ainsi, il écrivit 
aux gens d'église, capitaine, bourgeois et habitants de 
Saint-Quentin, pour les engager a à continueren bonne 
» union de bien en mieux en la vraye obéissance » du- 

)» dit roi (T pour ce que au roy Henri appartient les 

» deux royaulmesde France et de Engleterre, selon le 

i Quentin de La Fons, seconde partie, tome II, page 2t. 
S Henri Martin, Histoire de Saint-QuenUrtf page 15. 
S Archives de SairU-Quentin, dossier B, liasse. 



— 121 — 

i> contenu en la paix faite entre les deux roys » et ajoute- 
T» t-il, juréeparvousetlesautresbonsetloyaux subgez.» 

Cette lettre a été a escript de Rouen le 23* jour d'oc- 
tobre. » 

Par une autre, datéede Westminster, du 26* jour de 
février, il les remerciait de leur fidélité, et leur annon- 
çait qu'il enverra « ceste procheine seison d'esté, cer- 
y> tains capitaines accompaigniez de notable nombre de 
3» gens d'armes et archers, pour assister beaus oncle de 
n Bedford, si bien par puissance que par conseil, à 
» rencontre des ennemyes. » Dans une autre enfin, 
écrite deCanterbiesle xvn d'averiU, le roi d'Angleterre 
remercie les habitants de Saint-Quentin a d'être restés 
2> vertueux et fidèles, malgré lesintrigues de ses ennemis 
et leur fait savoir qu'il compte passer la mer dans la 
» semaine et fêter, en arrivant à Calais, son patron, et 
» qu'ensuite il enverra une partie de ses gens à leur 
B secours. t> 

Ce roi a également autorisé a les mayeur et échevins 
» à prélever sur les deniers des aides 800 livres pour 
r> subvenir aux besoins de la ville ; d mais le document 
de cette époque qui a dû être le plus pénible aux cœurs 
des habitants de Saint-Quentin, fut la dépêche qui 
leur était adressée par Philippe, duc de Bourgogne, 
pour les informer ^<r que les Français royalistes avaient 
» fait une sortie de la ville de Compiègne, le 23 mai, 
» sur les six heures du soir, qu'ils avaient été repoussés 
» avec perte, que celle que l'on nomme la Pucelle 

i Archives de SairU-Quentin, 



— 122 — 

JB avait été fiûte prisonnière avçc grand nombre de 
Y> chevaliers, sans parler des morts et sans que les 
y> Anglais y aient perdu un seul homme ^ » 

Cette lettre, adressée le soir même aux habitants de 
Saint-Quentin, disait encore ^ : «Delà quelle prise de 
9 la Pucelle, ainsi que tenons certainement, seront 
» grands nouvelles partout, et sera connue Terreur et 
n. folle créance de tous ceux qui aux faits d'icelle 
9 femme se sont rendus enclins et favorables ; et cette 
x> chose vous écrivons pour vos nouvelles, espérant que 
» en aurez joie, confort et consolation, et en rendrez 
9 grâces et louanges à notre Créateur qui tout voit et 
r» connaît, etc. » 

Le commerce de SaintnQuentin, comme celui de la 
plupart des villes qui faisaient partie de la grande 
hanse de Londres', était, à cette époque, en voie de 
progrès. L'Angleterre recevait de grandes quantités 
de marchandises de cette association puissante, dans 
laquelle, nous l'avons dit, les districts d'Amiens, 
de Reims et de Saint-Quentin occupaient la première 
place. 

Cette hanse avait une organisation spéciale et com- 
plète ; pour en devenir membres, il fallait avoir droit 
de bourgeoisie, dans une des 24 villes qui la compo- 
saient, et avoir subi l'épreuve de l'admission par le 



1 Cette lettre est également citée dans VHistoire de Jeanne-^ ArCy par 
notre compatriote M. Henri Martin. 

^ Augustin Thierry, Doewnents inédits, 

3 Cette hanse avait été nommée hanse de Londres parce qu*eHe y avait 
ses principaux comptoirs. 



— 123 — 

conseil dirigeant. Chaque nouveau membre^ payait^à 
son entrée, une cotisation de 30 sous 6 deniers. 

Des documents belges^ s'occupent également de 
cette Compagnie dont ils font remonter Torigineà 
1220, .c'est-à-dire à Tépoque où une proclamation du 
gouvernement anglais prescrivit à tout étranger qui 
ne se livrait pas au commerce de quitter son territoire. 
Suivant l'histoire du commerce de la Belgique^ plu- 
sieurs de ses villes formèrent d'abord cette hanse qui 
consistait à fournir à Londres des étoffes de laine et 
d'autres marchandises. La commission directrice 
avait alors Bruges pour résidence. Diverses chartes 
sur son échevinage indiquaient même une disposition 
d'après laquelle : nul artisan ne pouvait devenir éche- 
vin s'il n'était reçu parmi ses sociétaires^. Ce ne fut 
que plus tard que les villes d'Amiens, Reims, Saint- 
Quentin, Lille, Arras, Valenciennes, Cambrai, Beau- 
vais. Douai, Péronne, Châlons et Saint-Omeren firent 
partie et qu'ils lui donnèrent une plus grande impor- 
tance. Elle n'était composée que des négociants les 
plus notables, et indépendamment de ses rapports avec 
l'Angleterre, elle vendait également ses produits en 
France. Les fabricants qui formaient cette hanse fré- 
quentaient pour la plupart les foires de Brie et de 
Champagne, et pour s'y rendre , ceux des Flandres 



< Augustin Thierry. Documents inédits. 

2 Histoire du commerce él de la marine en Belgique , par Ernest 
Vanbruyssel. — 3 vol. — 1861. 

S On trouvera quelques détails intéressants sur Thislotre de la lunse de 
Londres dans Allen, history ofLondon. Tome I, page 73. 



— 124 — 

venaient se joindre, à ceux de la Picardie, qui se réu- 
nissaient ordinairement à Saint-Quentin. 

De cette époque date également la grande prospérité 
d'Amiens. Des ouvriers de Tournai, qui vinrent se 
fixer dans cette ville, y apportèrent la fabrication des 
draps d*or, des draps de soie et d'un grand nombre de 
tissus de laine qui n'y étaient pas encore connus ^ 

Ce fut celle aussi où les ouvriers commencèrent 
à voyager. Ils quittaient volontiers leurs patrons, pour 
aller se perfectionner ailleurs dans les métiers auxquels 
ils appartenaient. De là est venu le compagnonnage, 
cette institution rivale des corps et métiers. — L'esprit 
d'association tendait de plus en plus à se développer, 
et les corporations prenaient une forme plus régulière 
et plus complète. D'un autre côté, la royauté, tout en 
respectant leurs privilèges, tenait essentiellement à 
octroyer leurs statuts, et, en certaines circonstances 
même, elle leur conférait directement des lettres de 
maîtrise. Le but de l'état était de chercher à dominer 
les classes ouvrières, comme le reste de la mo- 
narchie. 

En 143S, la cession des villes de la Somme au duc 
de Bourgogne fut le prix de la réconciliation de 
Charles VII et de Philippe-le-Bon *. La situation 
matérielle de Saint-Quentin n'en fut pas changée ; les 
Bourguignons y conservèrent après l'influence qu'ils y 
avaient avant. En 1465, Louis XI feignit de céder son 

I Tableau historique du P. Daire. 
3 Henri Martin, Histoire de Saint-Quentin, page 15. 



— i25 — 

droit de racheter ces mêmes villes, mais, en agissant 
ainsi, son but était de diviser et d'endormir ses enne- 
mis, et il travaillait, au contraire, à les ramener sous 
son sceptre. 

Ce ne fut qu'en 1471, que le comte de Saint-Pol *, 
devenu connétable de France, s'étant déclaré pour le 
roi, jBt soulever Saint-Quentin contre les Bourgui- 
gnons. Après une séparation d'un demi-siècle, le 
retour de cette ville à la France fut un grand sujet 
de joie pour ses habitants. 

Elle fut bien encore cédée, quelques années après, 
au duc de Bourgogne, maïs pour très-peu de temps. 
Cette fois, et après la mort du duc Charles, en 1477, 
Saint-Quentin ouvrit ses portes au sire de Moy qui, 
à la tête des hommes d'armes du roi, se présenta 
devant ses murs. 

Le roi Louis XI, qui connaissait le dévouement des 
habitants de Saint-Quentin à sa personne, leur em- 
prunta plusieurs fois de l'argent. 

Il écrivit le 30 de décembre 1481 aux échevins 
c( qu'il avait appris par le général de ses finances 
» en Picardie , Baudouin Bouquet , dit ButFard , le 
» bon vouloir qu'ils montraient pour le bien de la 
» chose publique et le prêt qu'ils lui avaient fait en 
» deux années de la somme de 1 ,000 écus d'or ; il 
» les priait de lui en faire un autre de 400 écus d'or 



1 n y a aux archives (dossier G, Lettres de Louis XI) , une dépêche de 
ce roi qui remorcie les maires et écheyins de Tobéissance qu'ils ont mon- 
trée au connétable de Saint-PoI, et leur assure qu*ii n'épargnera rien pour 
la défense et la sûreté de leur ville. 



y^ 



— 128 — 

main à l'ouvrage, soutenaient, au contraire, que cette 
préparation ne leur appartenait pas. Ces discussions 
furent, pendant longtemps, à Saint-Quentin, dans la 
Picardie et à Reims, le sujet de nombreux différends, 
qui furent difficilement aplanis. A Amiens, Téchevi- 
nage fut forcé de publier une sévère ordonnance sur 
les rapports des tisserands et â9$ foulons ^ 

On étaitalors au commencementdu xvi' siècle, à cette 
période de progrès où la découverte de l'Amérique fit 
tomber les barrières qui circonscrivaient le commerce 
dans une sphère étroite, et qui ouvrait le monde 
entier à sa puissance et à ses spéculations. 

C'est aussi l'époque, où les beaux-arts prirent, 
en France, un si magnifique essor. Saint-Quentin 
lui doit l'un de ses plus admirables monuments. Son 
hôtel-de-ville , si complet et si remarquable, construit 
sous Louis XII ^, fut achevé en 1309. Peu d'édifices 
lui sont supérieurs. La symétrie harmonieuse de ses 
proportions, la pureté du style ogival employé dans 
les arcades qui le supportent, la verve originale et 
parfois bizarre des figurines qui décorent ses chapiteaux 
et les voûtes de son péristyle, son ensemble gracieux, 
en en exceptant son campanille moderne , en font un 
monument de premier ordre. On peut dire qu'il est, 
après celui d'Arras, un des plus délicieux modèles de 
l'architecture civile de l'époque ^. 

3 Henri Martin, Histoire de Saint-Quentin ^ page 16. 

3 On croit généralement que l'hôtel-de-viile a été édifié aux lieu et place 
d'une maison achetée en 1252, par les officiers municipaux, et connue au 
xiii* siècle sous le nom de liaison de Paix.— Janin, page 8 de son rapport. 







. M /N 



— 129 — 

La paix, qui fut signée entre le roi François P' et 
Charles-Quint *, devait faire croire que cet empereur 
avait renoncé à la possession de certaines villes de 
[ France et du Vermandois ; il n'en était pas ainsi ; en 

1536, il chercha encore à se rendre raaltre de Saint- 
Quentin. Il fit assiéger cette ville par Jean de Nassau ; 
mais, secourue à propos par le maréchal de Fleuranges, 
qui était à Laon,* elle repoussa victorieusement le lieu- 
tenant de Charles-Quint etle força à en lever le siège. A 
cette occasion, les doyen, chanoines et le chapitre ordon- 
nèrent une procession générale , pour remercier Dieu 
de l'avoir préservée des malheurs d'un siège. 

Délivrée , cette fois encore, d'une grande calamité 
qu'elle devait, hélas I subir 21 ans plus tard, cette cité 
croyait pouvoir compter désormais sur un plus long re- 
pos, que devait lui assurer la trêve qui venait d'être 
conclue pour S années. 

Mais la paix n'était pas ce que désiraient les Impé- 
riaux ; leur but avait été, en la signant, de gagner du 
temps, de tromper la vigilance de la France, et de lui 
cacher les préparatifs mystérieux qu'ils faisaient en 
Italie. Ce fut le Pape qui se chargea de la rompre, et 
Philippe II, qui venait d'épouser Marie, reine d'Angle- 



1 G*est à Toccasion de ce traité de paix, conclu à Cambrai, que Fran- 
çois l" écrivait aux maire et échevins de Saint-Quentin : « qu'hier, en- 
» viron à 8 heures du soir , lieu a eu Teschange qui se devoit faire de ses 
» très>chers et Irès-amez enffans, avec la somme de 1,200,000 escus, 
> lesquels enfans lui ont été ramenés par le sire de Montmorency, grand 
» majtre et maréchal de France, et il leur mande de faire processions et 
• feux de joie à cette occasion. » 

Le roi François 1«' vint à Saint-Quentiaen 1527. 



— 130 — 

terre, qui décida cette nation, à déclarer, sans motifs, 
la guerre à la France. Dans cette situation, les hos- 
tilités devenaient imminentes et elles recommencèrent, 
en effet, dans les premiers mois de l'année 1S57 K 

Tandis que l'élite des armées françaises était en Italie, 
sous le commandement du duc de Guise, le prince de 
Savoie, nommé lieutenant du roi d'Espagne, qui avait 
été chassé de ses états, jaloux de se venger de cette 
défaite et de réparer l'échec qu'il avait éprouvé devant 
la ville de Metz, vint, à la tête d'une armée forte de 
55 à 60,000 Espagnols, Allemands et Flamands et 
munie d'une artillerie formidable, pour envahir la 
Picardie. 

Après avoir emporté la ville de Vervins et avoir 
tourné celle de Guise, il parut, le 2 août, devant la ville 
de Saint-Quentin, bien peu préparée à soutenir le 
siège dont elle était menacée. Ses fortifications, en 
1557, étaient loin d'être dans un complet état de dé- 
' fense. Elles consistaient dans une enceinte flanquée de 
tours établies dans le système du moyen-âge. Cette cité 
était en outre protégée par la rivière de la Somme et 
par des fossés profonds. Son gouverneur, de Breuil, gen- 
tilhomme breton , qui venait seulement d'y arriver, 
n'avait à sa disposition, pour toute garnison, qu'une 
compagnie d'hommes d'armes, que commandait le 
sire de Théligny, une centaine de canonniers ou d'ar- 



< La plupart de ces renseignements historiques ont été puisés dans Fex- 
cellente notice sur Saint Quentin de notre compatriote Henri Martm, à 
qui nous nous faisons un grand plaisir de rendre toute la part qui lui revient 
dans cette partie de notre travaul. 



— 131 — 

cbersy et 18 pièces de canon ou couleuvrines, dont 
plusieurs étaient en mauvais état *. 

A la nouvelle inattendue de la marche des ennemis 
sur le Vermandois, Tarmée française du Nord, qui se 
trouvait en Champagne, et qui comptait dans ses rangs 
de 20 à 25,000 combattants, Français et Allemands, 
s'était portée sur les confins du Laonnois et de la 
Thiéraohe. Les généraux qui la commandaient, et à 
leur tête était venu se placer le connétable de Mont- 
morency, avaient décidé que tout serait risqué pour 
secourir Saint-Quentin, la seule place importante qui, 
de ce côté du Nord, put couvrir et défendre Paris. Ils y 
envoyèrent Tamiral Gaspard de Coligni, qui partit du 
camp de Pierrepont, où était campée Tarmée française, 
pour venir s'y enfermer. II y pénétra, non sans de sé- 
rieux incidents, ayant avec lui 4 compagnies incom- 
plètes de gendarmerie, et environ 250 fantassins. 

L'ennemi, en arrivant devant la ville dont il voulait 
s'emparer, s'était empressé d'occuper le boulevart du 
faubourg d'Isle. 

De son côté, l'amiral de Coligni avait pris avec vi- 
gueur et célérité toutes les mesures nécessaires pour 
se défendre. Il se fit rendre un compte exact des 
hommes en état de porter les armes, du nombre des 
pièces de canon, des munitions de toute nature, des 
subsistances et de toutes les autres ressources qui se 
trouvaient dans la ville. D passa les troupes en revue, 

1 Manuscrit de Quentin de La Font, 



— 132 — 

et convoqua le corps de ville et les prud'hommes de 
chaque métier. 

L'assemblée de ville, composée des plus notables de 
tous les états, répondît à son attente, et le mayeur, Louis 
Varlet, seigneur de Gibercourt, promit en son nom 
que les habitants de Saint-Quentin ne failliraient pas 
à la défense de leur cité et qu'ils se dévoueraient au 
salut de leur pays. 

Une sortie tentée le 3 août, pour reprendre le bou- 
levart du faubourg d'Isle, n'eut pas le succès que l'on 
en attendait, et le lendemain, le brave Théligny, qui 
commandait la compagnie du Dauphin, fut tué, dans 
une escarmouche contre un poste d'Espagnols. 

Le général en chef de l'armée coalisée, le duc 
Philippe-Emmanuel de Savoie, avait son quartier 
général à Rocourt, avec le gros des Espagnols ; les 
Anglais et les Allemands s'étendaient vers le nord, 
entre la Chapelle, Cepy et le faubourg Saint-Jean; les 
Wallons et les Néerlandais se déployaient vers Rou- 
vroi et Remicourt, e\ le faubourg d'Isle était occupé 
par un corps d'infanterie espagnole. Goligni, ayant 
reconnu l'impossibilité de garder ce faubourg, se 
décida à l'abandonner, après l'avoir incendié. Le péril 
croissait; il redoubla d'efforts, il prit les mesures 
les plus sages , et il se fit désigner les gens du pays 
capables de porter les armes ; il les enrôla sous les ordres 
de deux gentilshommes du Vermandois*. 

n fallait des secours à tout prix ; il était diCBcile d'en 

4 De Caulaincoort et d*AmervaI. 



— 133 — 

introduire par les marais de la Somme ; Coligni com- 
prit toute la granité de la situation, et il parvint à la 
faire connaître au connétable de Montmorency. Ce- 
lui-ci, averti des dangers qui lui étaient signalés, partit 
immédiatement de La Fère où il se trouvait, pour ve- 
nir examiner s'il serait plus facile de ravitailler la 
place par la ruse que par la force. Après s'être rendu 
sur les lieux, avoir vu lui-même et fait étudier par 
des officiers déguisés la position des ennemis , il se 
décida à retourner à Là Fère pour revenir bientôt avec 
son armée se mettre en bataille près de Saint-Quentin, 
n la fit placer sur les hauteurs qui dominent le fau- 
bourg dlsle, et de là, il foudroya, avec 13 pièces de 
canon , les tentes du duc de Savoie. Son but, en agis- 
sant ainsi, était de détourner les plans des coalisés par 
une fausse attaque, afin de faciliter à un fort détache- 
ment de troupes les moyens d'entrer dans la ville. 
Ce plan ne réussit pas complètement; cinq cents 
hommes, commandés par d'Andelot, après avoir vaincu 
de nombreux obstacles, purent seulement y pénétrer 
par la poterne de Tour-y-val. Ce renfort était très- 
utile, mais il était insuffisant. 

Presque toutes les 'forces ennemies étaient campées 
sur la rive droite de la Somme et il était important de 
les empêcher de troubler la retraite de l'armée fran- 
çaise. On ne le pouvait qu'en occupant une chaussée 
qui traversait les marais près le village de Rouvroi ; 
Montmorency négligea cette indispensable précaution, 
et, quand trop tard il voulut la réparer, l'armée enne- 
mie avait pris de formidables positions et son avant- 



— 134 — 

garde débouchait sur la rive gauche. Le connétable 
tâcha, mais en vain, de diminuer la gravité de cette 
faute, il chercha à regagner les bois de Jussy et de 
Gibercourt, il n'en eut pas le temps ; il fut atteint par 
des forces considérables entre Essigny, Gibercourt et 
Lizerolles. La bataille fut sanglante , décisive ; les 
Français firent des prodiges de valeur; les ducs de 
Nevers, d'Enghien, et tant d'autres héros, se couvri- 
rent de gloire, mais, accablés par le nombre, trahis 
par la désertion, surpris par des mouvements stra- 
tégiques bien combinés, ils durent succomber... 

Ainsi furent anéantis cette unique armée et ces cou- 
rageux capitaines sur lesquels reposaient Tespoir et 
la défense de la France. 

La nouvelle de la bataille de Saint-Laurent, qui fut 
livrée le 10 août 1557 et qui prit le nom de la fête 
du saint du jour où elle fut gagnée, porta la ter- 
reur et la désolation dans toute la France et Tallégresse 
par tous les pays ennemis. 

Le roi d'Espagne était à Cambrai ; aussitôt qu'il en 
connut l'issue, il accourut à Saint-Quentin, où son arri- 
vée au camp fut saluée par des arquebusades, des ca- 
nonnades et des cris de joie. Ses meilleurs capitaines 
lui conseillaient de marcher immédiatement sur Paris; 
le moment était favorable, la France était frappée de 
stupeur, et pour s'en rendre maître, Philippe II n'a- 
vait qu'à oser» mais il n'osa pas ; il pensa qu'il ne 
devait pas pénétrer dans l'intérieur du pays, avant que 
d'avoir pris la ville que ses troupes assiégeaient. 

Cette résolution mit le sort de la France entre les 



— 18B — 

mains des courageux défenseurs de Saint-Quentin. 
Ceux-ci comprirent de suite combien il était impor- 
tant de garder une place qui arrêtait l'élan d'une armée 
victorieuse. Coligni, d'Andelot^ le mayeur de Giber- 
court, et d'autres rivalisèrent de zèle, d'activité, de 
ressources, non pour vaincre, ils ne pouvaient plus 
l'espérer, mais pour retarder au moins de quelques 
jours, de quelques heures même, leur glorieuse défaite. 

Après la bataille de Saint-Laurent, le duc deNevers 
avait cherché à rallier les débris de son armée; 
et, de La Fère où il était, il avait réussi, mais avec 
de grandes difficultés, à faire entrer dans la place 120 
arquebusiers, qui y pénétrèrent difficilement par les 
marais. Ce renfort fut le dernier. 

Le 21 aoiU, l'ennemi avait terminé ses préparatifs 
d'attaque ; les tranchées étaient prêtes et une formi- 
dable artillerie de siège commença à battre en brèche 
ses murailles, depuis la porte Saint-Jean jusqu'à la 
porte d'Isle. Pendant cinq jours ces batteries vomirent, 
dans cette malheureuse cité, la mort et l'incendie, et 
elles ruinèrent ses tours et ses courtines. 

Le 26 août, vers deux heures demie, leur feu vint à 
cesser, ce qui fit croire dans la ville à un assaut immé- 
diat; mais, cette interruption avait un autre but, 
c'était celui de donner le temps de faire jouer les trois 
mines établies sous les escarpes *. Elles n'y causèrent 
pas les dégâts que les assiégeants, qui s'étaient rendus 
maîtres des fossés, en attendaient. Quant aux assiégés, 

f Gh. Gomart, Siège de SwU-Qmntin^ pages 21i et 118. 



— 186 — 

soldats et habitants, prêtres et chanoines, tous ceux 
qui étaient en état de porter les armes, étaient au mi- 
lieu du danger; toujours sur la brèche, ils étaient tous 
prêts à donner leur vie pour sauver leur pays. La dé- 
fense fut héroïque... 

Le27 août, jour de deuil et de calamité, jour de mal- 
heur, dont le triste souvenir ne s'effacera jamais de la 
mémoire des Saint-Quentinois, onze brèches large- 
ment ouvertes permirent à Tennemi de tenter un assaut 
général. Vers deux heures *, quand les colonnes d'at- 
taques furent lancées dans les fossés des remparts 
presque comblés ; quand le signal de l'assaut fut donné, 
chaque assiégé se trouvait à son poste, personne ne 
manquait, et tous cherchèrent la mort en se couvrant 
de gloire.... 

Pour défendre onze brèches ouvertes contre 60,000 
hommes de troupes victorieuses, que pouvaient leur 
opposer les assiégés? La milice bourgeoise, les coura- 
geuxhabitants de Saint-Quentin, et 800 soldats. ! I ! pas 
plus... le reste, garnison et bourgeois, étaient déjà 
tombés sous le feu des assiégeants . La victoire était 
impossible, ils le savaient, mais tous combattaient 
avec un courage indomptable, avec une admirable 
résignation, pour prouver ce que peuvent faire des 
gens de cœur qui se battent pour la France et qui veu- 
lent vaincre ou mourirpour leur pays.... 

Tous les points furent défendus avec une valeur sans 
égale; un seul, la brèche que protégeait la compagnie 

1 Ch. Gomart, Siège de Saint-Qoentin, page 219. 



— 137 — 

du Dauphin, postée près du jardin de la Monnaie, fut 
attaquée en flanc par un corps de troupes espagnoles, 
qui, sans être vu, s'était glissé dans le fossés Cette 
compagnie, prise à Timproviste, abandonna son poste 
sans combattre. Dès lors, tout fut perdu, le désordre se 
mit partout, la ville, en un instant, fut inondée d'en- 
nemis. Goligni fut pris au moment même où il essayait 
de rallier ses troupes. 

Les bourgeois et les soldats qui défendaient les brè- 
ches de la porte d'Isle et de la Tour de Teau, tinrent 
les derniers; ils combattirenf et résistèrent longtemps 
encore après que l'ennemi fut parvenu au cœur de la 
ville; mais ils durent céder à la force et au nombre. Il 
fallut une armée entière pour consommer la magnifique 
résistance des héros de Saint-Quentin, et soixante mille 
hommes ne furent pas trop peur les vaincre. 

Cette malheureuse ville paya chèrement sa glorieuse 
résistance, elle subit toutes les horreurs du sac et du 
pillage ; la plupart de ses habitants furent passés au fil 
derépée,ceux qui purent échapper à la première furie 
des vainqueurs, les femmes, les enfants, s'enfuirent 
à la faveur du désordre, et la nuit vint heureusement* 
couvrir de son voile les scènes les plus horribles de 
cette sanglante épopée 

Que Ton juge de la dévastation de cette cité et de la 
désolation qui y régnait, par cette* tradition, unique 
dans rhistoire, qui rapporte qu'après le siège de Saint- 



« SoÎYant Quentin de La Fans, page 80 de ses manuscrits, la ville de 
Saiot-QuentiQ fut prise sur les 5 à 6 heures du soir, le 27 auûl 1557. 



— 138 — 

Quentin, il ne resta de vivant dans la ville, outre les 
vainqueurs et les personnes de guerre, qu'un bour- 
geois Qt un prêtre ! ! 

Sans ajouter une foi entière à cette tradition, tous 
les historiens sont d'accord pour reconnaître qu'il n'y 
a pas d'exemples d'une dévastation semblable à celle 
qui fut infligée à la ville de Saint-Quentin, après son 
siège. 

Les dépouillesque l'on y prit allèrent bientôt enrichir 
les palais et les églises des Pays-Bas, de l'Espagne et de 
l'Angleterre. — Les tapisseries qui décoraient le chœur 
de sa belle collégiale furent transportées à Madrid, où 
Philippe II, en l'honneur de la bataille de Saint-Lau- 
rent et de la prise de Saint-Quentin, fit bâtir le palais 
de l'Escurial. 

Cette cité, par son héroïque dévouement, avait atteint 
le résultat que désiraient ses courageux défenseurs. Les 
dix-sept jours écoulés depuis la bataille avaient suCB 
pour ranimer Tesprit public. Saint-Quentin venait de 
sauverla Franceiiont sa perte devait entraîner la ruine. 
Henri II avait eu le temps de réparer un grand désastre, 
de multiplier ses moyens de défense et de refortifier ses 
places de guerre. Il avait pu rappeler d'Italie le duc de 
Guise, dont le retour en France changea heureuse- 
ment, quelque temps après, la situation du royaume. 

Le siège de cette ville et l'héroïque défense de ses 
habitants resteront comme la page la plus glo- 
rieuse de son histoire. La France et Tantiquité n'ont 
pas dans leurs annales de hauts faits qui puissent sur- 
passer en éclat et en vertu civique le courage, l'abné- 



— 139 — 

galion et le dévouement de ces bourgeois de Saint- 
Quentin, qui surent résister, pendant 27 jours, aux 
efforts d'une armée de 60,000 hommes 

La postérité gardera religieusement le souvenir de 
ces héros, qui, au milieu de la mitraille, couraient se 
mettreà la place de leurs murailles qui croulaient, et 
qui abandonnaient leurs femmes et leurs enfants, pour 
aller froidement se faire tuer sous les ruines de la 
ville qu'ils avaient juré de défendre. 

Le souvenir de ce siège mémorable sera éternel, car 
il n'est pas seulement cité dans les annales de la 
France, il est encore écrit avec le sang des vieilles 
légions de Charles-Quint, dans les fastes militaires de 
l'Europe 

Le sublime dévouement des habitants de Saint- 
Quentin a été célébré par le poète Santeuil. Le corps 
municipal a fait graver en lettres d'or, sur une plaque 
de marbre noir, incrustée dans la façade de son hôtel- 
de-ville, ces vers latins: 

Beilatrix, i, Roma ! tuos nunc objice muros : 
Plus defensa manu, plus nostro hsc tincla cruore 
Mœnia taudis habent. Furit hostis et imminet urbi ; 
Civis murus erat ; satis est sibi civica virlus. 
(Jrbs, memor audacis facti, dat marraore in isto 
Pro palriâ caesos aeternùm vivere cives. * 

Mais cette inscription incrustée dans la façade 
de l'hôtel-de-ville, ces vers latins sufBsent-ils pûour 



1 Vpii aux pièces justificatives les difiëreotAS (i^ductioDS en français des 
vers de Santeuil. 



— 440 — 

honorer dignement la mémoire de ceux qui , en 
défendant leur cité, ont sauvé la France? 

Est-ce assez ? 

Quand toutes les villes élèvent chaque jour des mo- 
numents ou des statues à ceux de leurs enfants qui se 
sont le plus distingués , à la guerre , dans les travaux 
de la paix, dans les arts, dans les sciences ou dans 
les lettres , celle de Saint-Quentin ne pense-t-elle pas 
qu'il serait temps, après plus de trois siècles d'attente, 
de payer une noble dette à ses aïeux, et de s'occuper 
d'une grande pensée de réparation nationale, en éle- 
vant un monument, non à un guerrier célèbre ou à 
un grand ministre, mais en l'honneur de ces nom- 
breux ^ et courageux habitants , de ces modestes et 
illustres héros qui, esclaves de leur devoir et de leurs 
serments, sont tous morts, tous pour sauver le drapeau 
de la France et défendre la ville qui les avait vus 
naître ! 



* 1 On tient pour chose certaine, qu*aa sac de la Yille , plus de 1,500 habi- 
tants ont été tués» sans compter ceux qui ont perdu la m durant le siège. 
{QuerUinde La Fons, ManuscriU, tome II. Secon<(e partie, page 81. 



CHAPITRE TROISIÈME. 

DB 1567 A 1789. 



SOMMAIRE. 

Sitoition de SalDi-ÛnentiD après son sac. — Marie Stoart, dame de Saint- 
Qoentin. — IntrodacUon du commerce des toiles fine« en Picardie. — launi- 
gration en France et en Angleterre des ouvriers flamands, par suite des 
persécutions de Philippe II en Belgique. — Jean GromeUn. — Il apporte il 
Saint -Quentin la fabrication des linons. — Henri IV. —Ses séjours I 
Saint -Quentin. — Importance du commerce de Saint^Quentin et ses régie* 
ments. — Le courUge des tissus de fli. — Commis Tisiteurs. — Fabrica- 
tion des mousselines. — Mesures contre les émigrations des oUYriers français. 
•>- Le commerce de SaintpQnentin en 1784. — Les gazes de soie. — M. San- 
terre fait établir, en 1763, une manufacture de ces tissus à Fresnoy-le-Grand et 
k Botaain. — Le marquis de Caulaincourt crée une fabrique dans le Vermandols 
et le marquis d'Hervilly \ Lescbelles. — But des corporations sous Colbert. 
» Canal de Saint-Quentin. — Autorités qui régissaient la Tille de Saint-Quen- 
tin. — Ses Juridictions. — Révolution de 1788. 



Saint-Quentin n'était plus qu'une \ille sans habi- 
tants et une place démantelée par un siège meurtrier. 
Les restes de sa population ^, épars par le malheur, 
avaient profité des moments de confusion qui suivirent 
d'horribles massacres , pour fuir un lieu de désolation 
et de carnage. 

Les églises Saint-Jacques , Saint-Pierre au canal , 

1 Les renseignements sur Tétat exact de la population de Saint-Quen- 
tin aux différeotes époques de son histoire, sont excessivement rares, pour 
ne pas dire introuvables. Différents documuuts peuvent faire pensir qu'elle 
fut de 8000 âmes , sous les comtes de Vermanduis, quand leur cour se 
tenait à Saint-Quentin, et qde tous les seigneurs de cette province venaient 
y résider, avec leui s somptueuses installations. Sous Louis XI et Louis Xll, 
elle n*élait plus que de 7000 âmes. Dans son mémoire concernant la Pi- 
cardie , dressé par ordre du gouvernement royal, en 1608, c'est-à-dire 17 
ans avant la fin du régne de Louis XIV , Tintendant Dignon y indiquait 
ainsi la population de plusieurs villes de la Picardie : Amiens 35,000 âmes, 
— Abbeville 17,982, — Saint-Quentin 8000, — Calais &495, — Bou- 
logne 3748, — Péronne 1725 — (Extraits des manuscrits ou mémoire de 
rintendant Bignon à la bibliothèque Impériale.) 



— 442 — 

celle de Saioi-Loiûs, Tabbaye de Sainlr-Quentin en Isle, 
le Grand Hôtd-Dieu et l'bApital du Petit-Pont avaient 
été totalement ruinés, et les autres monuments très- 
notablement endommagés^. 

Le faubourg d'Isle et 30 maisons près des Jacobins, 
toolo b me de la Sellerie des deux cAtés, la rue des 
Orfèvres jusqu'aux boudieries et de là jusqu'à l'église 
de Saint'Quentin , toutes les maisons de la rue de la 
Créance du cAté où est encore l'abbaye d'Isle, jusqu'au 
bas de la me et d'autres encore, avaient été tellement 
détruites, qu'après le siège les possesseurs de ces ha- 
bitations eurent de la peine à reconnaître la place de 
leurs anciennes demeures. Le massacre des habitants, 
le pillage de tous leurs biens, la ruine de la plus grande 
partie de leurs maisons , venaient de mettre la ville 
dans l'état le plus déplorable ; mais ce fut bien pis 
encore, lorsqu'elle se trouva déserte. 

n n'y avait plus dans ses rues que les ennemis qui 
venaient de la conquérir, et ce qui était resté de ses 
anciens habitants s'était hâté de fuir, les uns à Laon, 
à Soissons, d'autres à Compiègne et plusieurs à Calais 
et à Bordeaux. Ainsi dépeuplée, cette malheureuse cité 
devint la proie des Espagnols , qui , pendant deux an- 
nées et trois mois qu'ils l'occupèrent, y firent tant de 
dommages, qu'ils finirent de ruiner la plupart des 
maisons, qui, après le siège , étaient restées debout'. 
L'abandon était général. 

1 MamuerU de QuetUin de La Font, 1I« partie, II* Tolume» page 85. 
< Mmuucrit de Quentin de Lbl Pon$, U« partie, U« volame, page SS. 



— 143 — 

De son côté, son clergé se rendit à Paris où celui de 
Notre-Dame le recueillit avec empressement; Philippe 
U avait en vain cherché à le retenir , en rengageant à 
ne pas déserter les autels, mais le chapitre lui répoadiU 
«r qu'il ne pouvait pas demmirer dans des murs où il 
» ne lui serait pas permis de prier Dieu pour la pros- 
» périté du roi de France et de ses armes. » 

L'industrie , sous toutes ses formes : agricole , ma- 
nufacturière, avec le commerce pour agent intermé- 
diaire , avait complètement disparu d'une ville aban- 
donnée par ses habitants ; ses manufactures avaient été 
détruites , ses métiers avaient cessé de battre et ses 
nombreux tisserands s'étaient dispersés. 

Saint-Quentin venait d'avoir à supporter une de ces 
calamités sous laquelle tant d'autres cités auraient suc« 
combé. 

Philippe 11 avait pris le Câtelet, forteresse bâtie, en 
1520, par François ?', et les villes deChauny et de 
Ham ; mais, après s'être rendu maître de Noyon , il 
s'était contenté de s'établir dans le Vermandois ^. Il 
avait, avant tout, l'intention d'en garder et d'en forti- 
fier la capitale. 

La paix du Câteau-Gambrésis restitua, en 15S9, 
Saint-Quentin à la France, et un grand nombre de ses 
habitants, qui s'en étaient volontairement exilés pour 
ne pas subir la domination étrangère , s'empressèrent 
d'y rentrer. A peine y furent-ils revenus, qu'ils se mi- 
rent à travailler avec courage et persévérance, afin 

i Henri Martin, Hiêloirede Saint -Quentin, page 20. 



— 144 — 

d'elEau^r les traces de leur glorieuse infortune. La TÎlle 
se repeupla, ses ruines disparurent, le temps fit le reste; 
mais les relations commerciales furent longtemps à se 
ressentir de cette catastrophe. Quant aux fabriques de 
sayetterie, de camelots et de serges qui y étaient deve- 
nues si prospères, elles ne purent jamais se relever du 
coup qui leur fut porté par la destruction de la ville, 
lors du siège de 1557. 

Rendue enfin à la France, cette fois Saint-Quentin 
lui demeura, bien que sous Henri UI le baOliage du 
Yermandois, avec les seigneuries et prérogatives qui 
en dépendaient , fut encore , par lettres patentes du 
mois d'octobre 1576, affecté pendant plusieurs années 
au douaire delà reine Marie -Stuart. C'est à cause 
de cette cession que cette reine, célèbre par ses 
infortunes, devint comtesse de Yermandois et dame 
de Saint-Quentin, titres dont elle aimait à se qualifier * . 

Pendant les guerres de religion , Saint-Quentin ne 
souffrit pas autant que beaucoup d'autres villes; elle 
résista couragement au seigneur de Baligny , et, du- 
rant la ligue, elle demeura toujours fidèle au roi de 
France. En 1589, le 20 février , par un acte solennel 
ses habitants protestèrent de leur attachement inviola- 
ble au roi et à la religion , et repoussèrent les ligueurs. 

Les corporations étaient alors ce qu'elles étaient aux 
siècles précédents; seulement, ce qui faisait mieux 
encore remarquer leurs défauts, c'est qu'elles fonction- 
naient dans une société plus avancée dans la voie du 

i Pouqnelm (Aoloiiie), préceplair de Mârie-Sloart, est né à Chaïuiy. 



— 145 — 

progrès et de la civilisation. L'esprit d'égolsme et de rou- 
tine qu'elles conservèrent trop longtemps, fut souvent 
un obstacle aux inventions nouvelles, comme leur 
esprit d'indépendance un ombrage à la royauté. Cette 
situation, qui n'était pas sans dangers, amena Tordon- 
nance de 1581 , qui soumit directement la classe ou- 
vrière au pouvoir de l'Etat. L'exécution de cette ordon- 
nance, confirmée par Henri IV, en 1597, diminua 
les abus des corporations, qui finirent par céder, en 
n'abandonnant, toutefois, qu'avec peine ei pied à 
pied, le terrain du monopole qu'elles désiraient si vive- 
ment conserver * . 

Les malversations qui se commettaient déjà dans 
les manufactures de fil, de lin, de chanvre, et dans 
le commerce de la toile, avaient forcé Henri UI à ren- 
dre, en janvier 1586, un édit pour les prévenir et les 
réprimer. Cette ordonnance ^, vérifiée en cour des 
aides, le 19 décembre, prouve combien les rois se 
préoccupaient déjà de l'avenir de l'industrie française, 
en la protégeant contre de coupables abus. Cet édit 
donna lieu à une déclaration d'interprétations, quifut 
datée de Chambéry, du 31 octobre de l'année 1600, 
et vérifiée en cour des aides le 21 mars 1601. 

Nous avons dit que le corps municipaldeSaintrQuen- 
tin,dans les siècles précédents, avait cru devoir, dans le 
but de se créer des ressources et aussi comme moyen 
de surveillance, fixer la police de son commerce, en ins- 

^ Leyasseur il* volume, page iS8. 

S Bibliothèque du Louvre. B/583, ordonnance de 1586 à 1589. 

10 



— i4& — 

tituant un corps de courtiers et un droit de marque sur 
les tissus qui s'y vendaient. En vertu des franchises ac- 
cordées par les comtes de Vermandois et confirmées en 
1320, par PhUippe V, et, en 1327, par CharlesIV,les 
mayeur, échevins et jurés avaient attribué à ThAtel-de- 
ville un sou pour la marquedechaque pièce d'étoffe, et le 
produit de Tamende prononcée en cas de contravention ^ 
La marque consistait en une empreinte aux armes de 
la ville. Ce droit ne servait pas seulement à fournir les 
appointements de ceux qui l'exerçaient, il avait surtout 
pour but d*attest&r que la marchandise possédait les 
qualités et les longueurs prescrites. Après la prise de 
Saint-Quentin et le pillage qui en fut la suite, les ha- 
bitants dispersés qui y revinrent prétendirent pouvoir 
exercer librement et sans contrôle le courtage , et il ré- 
sulta même de cette prétention de graves abus, qui 
forcèrent les mayeur et échevins d'y porter remède; et, 
en effet, par un arrêt du 17 mai 1560, ils rétablirent les 
anciens offices de courtiers, qui furent assujettis à la 
caution, a avec défense à tous autres de vendre des 
a étoffes dans la ville de Saint-Quentin ^. » 

Le commerce de ce district, qui se relevait avec beau- 
coup de peine du coup qui venait de lui être porté à 



1 La perrepUon d*uQ sol par l*h6tel-de-vUle de Saint - Quenba sur 
chaque pièce de toile a dnnoë lieu à 4iae discussion excessivement curieuse 
àrépoque où ce droit lui a été contesté, c'est-à-dire de 1773 à 1783 Le 
dossier qui la fait connaître se trouve aux archives de TAisne (C, 762). 
Noos croyons très-utile de le reproduire ; car, dans aucun autre, les droits 
de la ville, et toutes ses franchises ne sont mieux exprimés et plus exacte- 
ment reproduits. 

2 Travail sur le Commerce de Sainl-QuetUin par MM. Rouit et Matton, 
tiré des archives départementales. 



— 147 — 

répoque du siège , fut appelé cependant à profiter des 
malheurs et des fautes d'une contrée voisine. 

Pour expliquer lesmotifs qui amenèrent dans une 
partie delà Picardie, et particulièrement à Saint-Quen- 
tin, la fabrication des toiles fines et légères dites linons 
et batistes, nous avons besoin de rapporter sommaire- 
ment quelques faits de l'histoire des Pays-Bas, et de rap- 
peler les rapports communs et sympathiques qui exis- 
taient depuis longtemps entre les provinces du nord de 
la France et celles de la Belgique. 

Au xu" siècle, leurs habitants s'étaient déjà rencontrés 
dans un même vœu exprimant un même besoin; ensem- 
ble, ils avaient contribué à instituer cette liberté com- 
munale et personnelle, qui n'était pas encore pratiquée 
en Europe, lis se connaissaient donc; aussi, quand par 
une cause de conscience religieuse, les Flamands durent 
quitter le pays où ils avaient reçu le jour, ils vinrent de 
préférence se joindre à ceux avec lesquels ils avaient, 
pour ainsi dire, dénoué les liens de leur servage. 

Favorisée par un territoire admirablement disposé 
pour établir entre ces provinces de nombreuses commu- 
nications, dirigée par des gouvernements intelligents, 
la Belgique s'était peuplée etcivilisée avec une merveil- 
leuse rapidité. Ce fut un comte de Flandre, Bau- 
douinlll, qui fit venir, vers l'an 960 \ des ouvriers alle- 
mands, la plupart tisserandsen laine, et qui introduisit 
à Gand, en l'organisant en corporations, la fabrication 
des draps. Au xiv" siècle, les marchés des Pays-Bas 

i Schérer, HUMre du Commerce^ î» volume, page 360. 



— 148 — 

avaient atteint leur complet développement. Presque ' 
tous les peuples de TEurope y parurent et les fréquen- 
tèrent. Les Français y vinrent en grand nombre. Le 
commerce y étaitlibre, ettoutes les nations yjouissaient 
des mêmes avantages et des mêmes privilèges. La li- 
gue anséatique, elle-même, si habileà se procurer par- 
tout des faveurs et des monopoles, et qui se trouvait 
être le plus riche débouché des Pays-Bas, ne put faire 
prévaloir ses prétentions *. 

Bruges, Gand *, Lille et Ypres étaient les villes que 
rhistoire de cette époque cite particulièrement pour 
la fabrication des étoffes de laine. Gand étaitla plus im- 
portante pour les draps; mais la mieux située, après 
Anvers, pour la navigation et le commerce maritime, 
était Bruges. 

Vers la fin duxm* siècle, Bruges devint le centre du 
commerce des Flandres etlegrand entrepôtde tous les 
articles de TEurope et du Levant. Elle était alors la 
principale ville des Pays-Bas , et sa population , au 
XIV* siècle, s'élevait à 130,000 âmes. 

L'industrie du lin avait pour centres principaux Ar- 
ras, Courtrai et Valenciennes. Le§ dentelles de Valen- 
ciennes commençaient déjà à être très-recherchées. 



1 La formation de ia ligue anséatique est un des faits les plus considé- 
rables et les plus merveilleux de Tbisloire du commerce. Elle fut un glo- 
rieux mouvement de Pesprit d'association en Allemagne, et la manifestation 
la plus énergique de la bourgeoisie hardie et persévérante de celte époque. 
(Schérer pjge 161). 

S Les drapiers de Gand avaient su acquérir une position si prépondé- 
rante en Belgique et dans le gouvernement de leur cité, quMls fournis- 
saient, à eux seuls, un contingent de troupes de guerre de 18,000 hommes 
(Schérer.) 



— 149 — 

ainsi que les belles futaines de Gand. La ville d'Anvers 
était renommée pour la préparation de ses cuirs. 

Les Flandres étaient le pays des grandes fortunes ; 
à Bruges, surtout, le luxe des vêtements, du logement 
et de la table était poussé si loin, qu'il fit dire à une 
reine de France : a Je croyais être ici la seule de mon 
a rang, et je vois que dans cette ville il y a plus de 
six cents reines*. » 

Philippe-le-Bon y institua , en 1430, la Toison d'Or ; 
cet acte était caractéristique, le choix d'une toison avait 
une grande signification ; car, en créant cet ordre , le 
duc de Bourgogne proclamait aux yeux de tous que 
l'industrie des laines était la base de la puissance et de 
la grandeur de cette nation. C'est en faisant de cette 
industrie l'élément principal de leur commerce, que 
les possessions des Flandres devinrent plus étendues, 
plus riches et plus peuplées que celles des autres pro- 
vinces. Les Flandres, on le sait , et nous le rappelons 
avec intention, comprenaient à cette époque, le dépar- 
tement français du Nord* 

La ville de Bruges fut donc, pendant un siècle, une 
grande capitale; mais la mort de Charles-le-Téméraîre, 
en 1477, amena des complications qui eurent pour ré- 
sultat son déclin graduel, et enfin sa chute. 

Ce fut Anvers qui lui succéda en importance. Cette 
ville, avec les eaux profondes de l'Escaut, offrait un 
accès plus libre et plus facile aux navires , et elle de- 
vint, à son tour, la première place de commerce de 

1 Schérer, Histoire du Commerce, !«' volume, page 378. 



— 150 — 

l'Europe. Pendant cette période de grandeur et de ri- 
chesse, TEscaut était couvert de navires ; on en comp- 
tait quelquefois plus de 2000 à la fois, et les jours de mar- 
ché, il en entrait souvent jusqu'à 900, chargés pour la 
plupart des produits de la pèche ^. Des historiens affir- 
ment que 2000 voitures venant de la Picardie, de la 
Flandre méridionale, delà Lorraine et de l'Allemagne, 
y apportaient, à de certaines époques, des blés et d'au- 
tres produits. Il n'y avait pas en Europe, en 1570, de 
place comparable à celle d'Anvers, pour l'importance 
et pour l'activité des affaires; sa population s'élevait 
alors à 200,000 habitants. 

Mais cette brillante situation dont, pendant plusieurs 
siècles, le Brabant avait joui, eut à son tour ses péri- 
péties et ses adversités ^ 

L'Espagne, pour conserver les ressources extraordi- 
naires d'une nation aussi riche et aussi manufactu- 
rière, n'avait qu'à rester juste, tolérante et libérale; elle 
ne le fut pas. Les Pays-Bas habitués à se gouverner 
eux-mêmes, avaient donné asile à beaucoup de secta- 
teurs des nouvelles doctrines religieuses, réfugiés des 
pays voisins. Ils y étaient venus en grand nombre, et 
appartenaient, pour la plupart, à l'industrie. Charles- 
Quint, obligé de leur céder en Allemagne , aurait bien 
voulu ne pas les tolérer dans les Flandres. Cependant 
il n'osa pas agir ouvertement contre eux , et, tout en 
les réprimant autant qu'il le pouvait, il prit soin de 

1 Schérer, Histoire du Commerce, page 385. 

^ Nous devons la plupart de ces reaseignemeols à uo très-hooorable 
habitant de la Belgique qui a bien voulu nous les adresser. 



— IBl — 

conserver à leur égard une certaine mesure. Le règne 
de cet empereur fut donc encore pour le commerce de 
la Belgiqfue une époque d'éclat et de prospérité. 

L'avènement de Philippe II au trône vint changer 
totalement cette situation^ et Torage ne tarda pas à 
éclater. Souverain absolu en Espagne, cet empereur 
ne pouvait pas supporter les entraves que les an- 
ciennes chartes communales mettaient à sa puissance 
dans les Pays-Bas, et, catholique intolérant, il vou- 
lut joindre à la répression politique l'oppression re- 
ligieuse , en proscrivant la liberté des consciences. 
C'était lui qui avait répondu à ceux qui lui représen- 
taient que la merveilleuse prospérité de la Belgique 
était en péril : a qu'il valait mieux avoir pour sujets 
des mendiants que des hérétiques ^ » La lutte entre 
les troupes de Philippe II et les villes des Flandres 
s'organisa ; les Belges finirent par résister; l'heure de 
la terreur vint à sonner, et le seul avènement de l'in- 
quisition fit émigrer une grande partie des habitants 
des provinces du Nord. Plus de 100,000 personnes, 
dit l'histoire*, avaient déjà quitté le pays, lorsque 
l'armée du duc d'Albe vint en faire fuir un plus grand 
nombre encore. Outre les émigrations, les exécutions 
dépeuplèrent la contrée. Tous les arts de la paix s'en- 
fuirent au bruit des armes ; les fabriques et les comp- 
toirs se fermèrent , et étrangers et habitants se hâtèrent 
d'abandonner un pays d'où la sûreté avait disparu ^ 



1 Schérer, 11« volume, page 245. 
^ Scbérer, 1I« volume, page 247. 



— 152 — 

Dans la capitulation d'Anvers, en 1588, un délai de 
quatre ans fut assigné aux protestants pour quitter la 
Belgique avec tous leurs biens, et un Cût digne de 
remarque, c*est que le protestantisme avait recruté ses 
plus nombreux prosélytes dans la classe industrielle et 
marchande. Environ 200,000 personnes émigrèrent. 

La chute du commerce entraîna celle des manufac- 
tures. L'émigration n'avait pas lieu, comme autrefois, 
d'une ville à l'autre, elle était générale, et elle allait 
chercher au loin des pays étrangers. La plupart de ces 
commerçants intelligents et capables vinrent s'établir 
en France et en Angleterre, et y apportèrent avec eux 
leurs connaissances industrielles et leur esprit d'entre- 
prise. Ce qui fit la richesse du commerce de la France 
et de l'Angleterre causa la décadence de ces provinces 
du Brabant, auparavant les plus prospères et les plus 
civilisées de l'Europe. 

L'un de ces fabricants, originaire de la Hollande, 
que la tyrannie de Philippe II força de quitter la Bel- 
gique, Jean Cromelick * ou Gromelin, apporta vers 
l'année 1S70 à Saint-Quentin Tindustrie des toiles 
fines et claires, industrie qui remplaça, peu à peu, la 
draperie et la sayetterie, dont les manufactures étaient 
loin d'avoir repris l'activité et l'importance qu'elles y 
avaient autrefois. Jean Gromelin était un homme d'en- 
treprise et de travail ; il chercha à propager la culture 



i C*est à Tan des descendants de Jean Cromelin, ainsi qu*à un anonyme 
d*Aroiens qu*on est redevable d'un écrit sur les moyens d'empêcher les 
marsouins de troubler la pêche des sardines (/o «moi de Verdun, marsiUA). 
Manuscrite de Dan Grenier. 



— 153 — 

du lin ^ dans le Vermandois, et il fit monter dans la 
ville et les villages environnants de nombreux métiers 
pour le tissage des linons et des toiles fines. 

Armand Pieter Gromelick ou Cromelin vivait à 
Ingelmunster^, et il avait à Gourtrai une maison de 
commerce de toiles fines ; il avait déjà commencé à 
en faire fabriquer dans plusieurs contrées de la Bel- 
gique, dont le territoire bordait la Picardie, lorsqu'il 
fut forcé de s'expatrier. Il avait sept enfants, dont le 
septième^ qui s'appelait Jean, fut celui qui choisit 
Saint-Quentin pour venir y fonder une maison de 
commerce et y apporter son industrie et son intelli- 
gence. 

Ce Jean Cromelin eut ensuite 15 enfants 'qui for- 
mèrent différentes branches, dont plusieurs se répan- 
dirent ensuite dans les villes étrangères, où elles 
allèrent se fixer*. 

Quand Henri IV vint à Saint-Quentin, il chercha à 
y encourager le commerce et Tindustrie. Il protégea 



i Travail de MM. Rouit et Matton d^aprèit les archives départemen- 
tales, page 183. 

3 Nouvelles recherches sur l'histoire de France par Peitavi. 

3 Nouvelles recherches surl'histmre de France ^t Peitavi, page 167. 

4 Notes duc-s à robligeaoce de M. de Chauvenet concernant la famille 
Cromelin, originaire de Hollande, qui s'est établie à Saint-Quentin où elle 
a apporté le commerce de toiles ; un d*eux , nommé P. Cromelin, a acheté 
la terre de Canizy et a pris aussi des lettres de noblesse. — A la date du 
12 mai 1599, Jean Cromelin, marchand de toilettes à Saint*Quentin, prête 
120 écusàla ville. — 12 mai 1600. Messieurs, pour plusieurs considérations, 
ont accordé à Pierre Cromelin, marchand, demeurant au puis de Zelandre, 
sa demeure avec sa femme et famille en cette ville, pour y exercer comme 
les autres marchands habitants d'icelle, son commerce en marchandises de 
toilettes. — 9 avril 1624. La buerie était au faubourg d'Isle. 



— 464 — 

l'établissement des fabriques de linons ; car des mar- 
chandises de cette espèce ayant été saisies à Gambray 
par le duc de Balagny, maréchal de France, le roi lui 
écrivit le 15 janvier 1S93 (pr. part, (i et s) v de les 
o faire restituer aux marchands de Saint-Quentin, qui 
D lui étaient recommandables par leur fidélité ^ » Pen-* 
dant le séjour qu*il y fit, il y visita les fabriques de 
draps de Jehan Caignard ^. 

Saint -Quentin avait été une des premières à le 
reconnaître pour roi ; aussi cette cité était-elle une de 
celles qu'il affectionnait le plus particulièrement. En 
y acceptant un dtner à son hôtel-de- ville , en 4590, il 
disait : a qu'il n'y avait rien à craindre en si bonne 
» compagnie, d'autant qu'il croyait y être avec ses 
» meilleurs amis, » et en 1594, il disait encore a que 
9 pour toute citadelle, il ne voulait que la fidélité plei- 
» nement engravée au cœur de tous ses bons sujets 
» de Saint-Quentin. » 

En six années Henri IV y vint cinq fois, et il ne 
laissaitjamais échapper l'occasion de témoigner toute 
l'affection qu'il portait à ses habitants. » 

En 1594, ayant à les rassurer contre un projet de 
citadelle qu'on prétait à son gouvernement, il leur 
déclara .au milieu du peuple assemblé sur la place : 
» que ce ne fut oncques, et n'était son intention ni 
ji> volonté de faire bâtir , ni construire aucune cita- 
» délie, ni place forte au préjudice de la ville ; et 

1 Manmeriti de Dom Grenier^ volame CLiv, paipiet 20, art. 6, Biblio- 
thèque Impériale 
S Etudes Saint-Quentmoius^ Gh. Gomart, page i\%. 



r> que, pour toute citadelle^ il ne voulait que la 
» fidélité pleiaement engravée au cœur de tous ses 
» bons sujets et habitants de ladite ville, lesquels il 
» tenait pour ses très-fidèles serviteurs, pour leur 
» très-grande et singulière constance au service de sa 
» majesté et couronne de France. » 

Avec Sully, son ministre, commença une époque 
féconde en améliorations de tous genres. Les archives 
de Saint-Quentin possèdent encore trente lettres ^ du 
bon roi, à qui le commerce doit la construction du 
canal de Briare, et Tagriculture de grands et utiles 
progrès. 

Les protestants, forcés de quitter les Flandres 
pour fuir les rigueurs du gouvernement espagnol,- se 
réfugièrent particulièrement en Angleterre et en 
France. 

A cette époque, l'importance du commerce deTAn- 
gleterre ne faisait qu'apparaître, et les tissus de laine 
que produisait cette nation étaient loin de suffire 
aux besoins de ses consommateurs. Elle se trouvait 
encore dans la nécessité de demander à l'étranger les 
marchandises qui lui manquaient. Les progrès de ses 
manufactures étaient lents, et de Bristol, leur foyer 
primitif, c'est à peine si elles s'étaient étendues jus- 



f Les archives de Saini-Quentin ont non-seulement ces 30 lettres d*Heari 
IV, mais elles possèdent en outre 9 lettres de Charles VI, 3 du roi de 
France et d* Angleterre Henri VI, une de Charles VII, tt de Louis XI, 14 
de Charles VllI, 6 de Louis XII, 2 de François I«s une de François II, 2 
de Charles IX, une de Catherine de Médicis, 49 de Henri III, 3 de Marie 
de Médicis, 61 de Louis XIII, 95 de Louis XIV, un grand nombre du duc 
de Bourgogne, du comte de Saint-Pol, dn due de Vrodôme, du prince 
de Condé. (Rapport du M. Janin, page it). 



— 156 — 

qu'au comté d'York ^ Son industrie était dans cette 
situation d'immobilité et d'attente, quand les persé- 
cutions religieuses de Philippe II lui amenèrent les 
meilleurs tisseurs de laine de la Belgique, et l'ar- 
rivée de ces ouvriers lui donna l'impulsion et le déve- 
loppement qui firent depuis de l'Angleterre une des 
premières nations commerçantes du monde. Ceux qui 
préférèrent venir s'établir en France n'étaient ni moins 
habiles, ni moins intelligents tisseurs ou commer- 
çants en toiles fines; ils étaient pour la plupart de 
Courtrai, d'Ypres, de la Frise ou de Gand. Ils arrivèrent 
d'abord dans le Hainaut et dans le Cambrésis, recher- 
chant les eaux les plus convenables au blanchiment de 
leurs tissus, un climat à peu près semblable à celui 
qu'ils quittaient, et les populations qui leur parais- 
saient les plus laborieuses. 

Cambrai fut une des premières villes que, vraisem- 
blablement, ils choisirent pour s'y installer ; et ce qui 
le fait croire, c'est que leurs produits prirent et con- 
servèrent longtemps le nom de toiles de Cambrai ou 
de Cambrésines. Cette industrie s'étendit bientôt jus- 
qu'à Valenciennes, et ensuite à Saint-Quentin, et dans 
le Vervinois. Un plus libre exercice de la religion réfor- 
mée, et l'habileté qui distinguait ses habitants, furent, 
dit-on, la cause qui portèrent plusieurs émigrés belges 
à avoir pour Saint-Quentin une certaine préférence *. 

Le premier des industriels qui vint s'y fixer, nous 



1 Scbérer, tome H, page 168. 

^ Brayer. SUtistiqu*^ du dëpartemeat de TAisne, tome II, page 280. 



— 157 — 

Tavons dit, se nommait Cromelin, et ce nom ne saurait 
être jamais oublié dans une ville qui lui doit Tune des 
plus importantes industries. Un de ses descendants 
était inspecteur des manufactures, en 1745. 

La fabrication des toiles fines n'avait pas encore 
vingt années d'existence dans le rayon industriel de 
Saint-Quentin, qu'elle avait déjà une réputation telle 
que dans le a règlement général pour dresser les ma- 
» nufactures en ce royaume, et couper le cours des 
» draps de soye et autres marchandises qui perdent 
» et ruinent TEstatD \ il est dit : a pour le regard des 
D toilles, en la ville de Saint-Quentin en Picardie, en 
» la ville de Louviersen Normandie, et autres lieux au 
D ditpays, il s'en fait aujourd'hui des plus fines, belles 
» et bonnes que les toilles de Hollande : voilà pourquoy 
9 ayant en France lins et chanvres en si grande abon- 
» dance, l'on peut faire toutes sortes de toilles larges 
» et estroites, façonnées et ouvrées aussi bien qu'au 
)> pays de Flandres, leur ostant le cours des leurs; 
jo sans difficulté leurs ouvriers viendront vivre et tra- 
» vailler en France, comme ils feront de toutes sortes 
» d'ouvrages à l'exemple d'aucuns Flamens qui se sont 
» rangés durant ces troubles en la ville de la Rochelle, 
» qui accoustrent des marroquins plus beaux et meil- 
» leurs que ceux mesmes qui viennent de Flandres. » 

Le lin, qui servait à la fabrication ordinaire de ces 
toiles légères, se recueillait, soit en Flandre, soit en 



1 Projet soumis au roi par Laffémas de Humont, suivant rédition originale 
de Paris, 1597;ia-8'> de 28 feuillets. {Essai sur F appréciation de la for- 
tune privée au moyenne, par M. C. Leber.) 



-itS- 

Picardie. Celui de Marchiennes et celui des environs 
de Courtrai étaient réputés comme les plus convenables 
au tissage des qualités les plus fines. Les ouvriers 
tisseurs, pour trouver la température égale et générale- 
ment douce dont ils avaient besoin, travaillaient dans 
des caves o\x dans des celliers. C'était une nécessité 
pour fabriquer avec des métiers à la main. Le fil avait 
besoin, pour ne pas être trop cassant, de ne pas être 
employé à l'air extérieur ; autrement il devenait très- 
difficile de le tisser. Ce besoin d'une température un 
peu humide explique le nombre considérable des 
caves que l'on peut encore remarquer dans les villages 
des environs de Saint-Quentin. Ces caves ou ces 
celliers servaient d'ateliers habituels aux ouvriers. 

Les étoffes qui s'y tissèrent furent d'abord des ba- 
tistes et des claires unies ou linons. Les batistes avaient 
été ainsi désignées du nom d'un ouvrier de Cambrai , 
appelé Batiste, qui fut le premier qui en fabriqua. Ce 
tissu était d'abord une toile légère importée par les tis- 
serands belges ^ ; cette toile, perfectionnée par l'intel- 
ligence française, fit le plus grand honneur à son indus- 
trie. La Belgique et l'Angleterre essayèrent ensuite de 
naturaliser dans leur pays la fabrication de la batiste 

fl 1 L*étabKssemeot des toiles fines remonte à une origine très reculée. Cette 
» fabrique a pris naissance en Hollande et en Belgique ; en Belgique elle était 

• conrine sous le nom de toiles de muiquinerie, et les anciens comtes de 
» Flandre Pavaient grevée d'un droit de deux patards par pièce. Les évène- 

• ments de la révolution Belge et de la Confédération de Gand la firent changer 
M de patrie. Elle se réfugia sur les terres voisines, elle se porta d*abord à 
» Cambrai, puis à Saint^luentin et à Valeociennes, où elle ne tarda pas à 

• prospérer. 

Extrait du mémoire ùit par M. Delorme, le 31 janvier iSil, à la 
Chambre consultative. 



— 160 — 

et desliaons, mais leurs nombreuses tentatives demeu- 
rèrent sans résultats. Ces tissus sont toujours restés 
exclusivement les produits des contrées des environs 
de Cambrai, de Yalenciennes , de Bapaume et de 
Saint-Quentin. Non-seulement on y récoltait le lin 
nécessaire à ce*tissage, mais encore on y trouvait sur- 
tout les habiles fileuses qui le travaillaient, les blan- 
chisseurs et les eaux qui leur donnaient un blanc si 
éclatant et si remarquable. 

Les batistes ne se fabriquaient pas dans des ateliers. 
L'habitant de la campagne, soit qu'il possédât ou qu'il 
achetât son lin, le faisait filer par sa femme ou ses filles ; 
il le tissait et l'apportait lui-même, une ou deux fois la 
semaine, à Saint-Quentin ou à Cambrai. On n'em- 
ployait alors que le fil à la main; celui qui depuis fut 
filé à la mécanique n'eût qu'imparfaitement donné à 
ce tissu le brillant, la souplesse qui le caractérisaient et 
qui le rendaient si parfait à l'époque de sa grande con- 
sommation. 

Les batistes les plus fortes, en pièces ou en mouchoirs, 
se produisaient plus particulièrement dans les envi- 
rons de 'Cambrai et de Bapaume, et les plus légères et 
les plus afSnées dans ceux de Valenciennes. Les pièces 
des qualités les plus serrées avaient 5/8 , 2/3 et 3/4 de 
largeur, celles des sortes plus légères, S/8 et 2/3 de 
Tancienne aune de Paris. 

Les premières se vendaient avec une longueur de 
15 et les secondes de 12 aunes. Les fabricants les 
tissaient généralement plus longues, ils en coupaient 



— 160 — 

'excédant < que les courtiers vendaient au morceau ou à 
la pièce ; dans ce dernier cas, ils faisaient coudre ces 
coupons pour les réunir en une pièce de différentes 
finesses. Ces coupons étaient recherchés par les petits 
marchands qui avaient, avec peu d'argent, un assorti- 
ment de plusieurs espèces de tissus. 

Les batistes 2/3 et 3/4, en qualités fortes, servaient 
particulièrement pour chemises, et les 2/3 et S/8, plus 
légères, étaient employées pour mouchoirs, fichus et 
autres objets de lingerie. Les ouvriers tissaient des 
bordures aux pièces destinées à servir à faire des mou- 
choirs de poche *. 

Le linon n'était autre chose qu'une batiste beau- 
coup plus claire, qui se fabriquait en qualités plus ou 
moins fines, plus ou moins larges, et plus ou moins 
serrées. Les pièces mesuraient ordinairement 15 aunes, 
et leurs laizes variaient de 1/2 aune à 2/3, 3/4, 7/8 
et 4/4 de largeur. Il s'en fit d'abord des unis, puis 
ensuite des rayés, des carreaux et des brochés avec des 
mouches ou des fleurs, soit en blanc soit en couleurs, 
en petits ou en grands dessins. 

Ces tissus, appelés aussi linomple ^, servaient à 
confectionner des robes, des bonnets, des jabots, des 
cravates, des fichus et mille objets pour la toilette des 



1 Le nombre des coupons de batistes et linons qui étaient vendus chaque 
année par les courtiers était considérable; il était de 60,000 en 1 752 pour 
une valeur de 420.000 fr., et en 1 763 pour celle de 490,000 fr. 

Travail de MM. Rouit et Matton d*aprés les archives de TAisne. 

9 Voir une ordonnance concernant la fabrique de deux espèces de toiles 
en mouchoirs. ArcAtve« de l'Aisne (C. 763 J 

s Savary des Bruslons, tome 111, page 591 . 



— 161 — 

dames ; on en employait beaucoup aussi pour les linges 
des églises, des communautés, les surplis et les rochets 
des prêtres. 

Pour réussir à donner aux linons, qui se vendaient 
plus particulièrement à Saint-Quentin, cette légèreté 
qui les distinguait, on se servait pour les fabriquer, de 
fils encore plus fins que pour les toiles batistes ordi- 
naires. Les linons rayés, à carreaux ou brochés, se 
tissaient généralement en 3/4, 7/8 et 4/4 de largeur; 
et pour former les rayures ou carreaux, on substituait 
aux fils de la chaîne, des fils de coton plus gros, en les 
disposant suivant Tordre et la largeur que Ton voulait 
leur donner. Les raies transversales, destinées à former 
des carreaux, étaient lancées avec une navette garnie 
d'un fil de coton semblable à celui dont on se servait 
pour les rayures longitudinales. 

Les batistes et les linons étaient expédiés en petits 
paquets, carrés ou longs, suivant leurs genres, couverts 
d'un papier brun, battus et liés d'une ficelle. Les ba- 
tistes, généralement, ne recevaient aucun apprêt ; elles 
étaient pliées sur leurs largeurs. Ces pièces réunies 
étaient renfermées dans des espèces de caisses de bois 
blanc, faites exprès, dont les planches étaient réunies 
ensemble par le moyen de petites chevilles de bois au 
lieu de clous. 

Les toiles belges, qui ressemblaient aux batistes, à 
l'époque où elles entraient des Pays-Bas en France, 
payaient, la pièce de IS aunes, huit livres de droits 
d'entrée, et ne pouvaient y être expédiées par mer que 

11 



— 1(» — 

par le port de Rouen , et par terre, que par la viUe de 
Lyon *. 

Nous avons vu, parles chartes des comtes du Verman- 
dois, que depuis fort longtemps le principal commerce 
de Saint -Quentin était celui de la laine. Cette industrie, 
désorganisée par les désastres de son siège, ne reprit ja- 
mais rimportance qu'elle y avait alors. Ce fut à regret 
toutefois que ses fabricants Tabandonnèrent. Pour lui 
rendre son ancienne activité, ils avaient fait de vains 
efforts et avaient même essayé d*y créer un grand éta- 
blissement de sayetterie, mais ils n'y furent pas auto- 
risés ^. A répoque où Saint-Quentin abandonnait en 
partie la fabrication des tissus de laine, Amiens et ses 
environs donnaient, au contraire, à cette production 
le plus grand développement. Cette circonstance 
s'explique par ce fait : qu'Amiens', par l'abondance, 
par la nature et la qualité de ses eaux, se trouvait, 
pour les teintures et les apprêts, dans des conditions 
spéciales qui manquaient à Saint-Quentin. Quelques- 
uns des marchands de cette ville continuèrent cepen- 
dant plusieurs années de faire tisser des pièces de 
sayetterie et de draperie, qu'ils vendaient dans la Pi- 
cardie. 

On y fabriquait encore également des toiles dites de 
ménage ; mais les linons et les batistes étaient devenus 
la grande industrie de la ville de Saint-Quentin. 



i Savary des Bruslons, tome i^, page i31. 
S Liasse 62, dossier B, archives de SairU^Quentin, 
•f Tableau historique des sciences, belles lettres de la province de Picar- 
die, par Daire. 



— 468 — 

Au xvu' siècle, on faisait aussi, dans ses environs 
a une sorte de toile de lin grisâtre que Ton nommait 
» communément à Paris toile d'ortie , laquelle n'était 
» probablement autre chose qu'une batiste écrue, 
)» puisqu'il ne se faisait plus guère en France de toiles 
» avec le fil que l'on pouvait tirer de Tortie. Les pièces 
» de toiles d'ortie avaient de 12 à 14 aunes de long 
» sur 2/3 de large, mesure de Paris. On s'en servait à 
» faire des vestes, des doublures, des juste-au-corps et 
» des jupons pour l'été. Chaque pièce était aussi expé- 
» diée dans des petits paquets carrés. » 

Vers cette époque on commença à tisser de la soie 
dans les environs de Saint-Quentin. L'on y fabriqua 
d'abord, « certaines sortes de toiles de soie très-claires, 
» propres à passer les liqueurs ou à faire des tamis. 
» Elles se faisaient par petites pièces, longues de 8 à 
» 9 aunes sur 2/3 et 1/2 aune de large, mesure de 
» Paris *. y> 

Les batistes et les linons se consommaient aussi en 
écru , et alors ils prenaient le nom de toilettes. 

Longtemps le commerce des tissus écrus se fit par le 
ministère de douze courtiers 2; ces courtiers, nos lec- 
teurs le savent, institués autrefois comme un moyen de 
surveiller la loyauté des fabricants, et afin de créer cer- 
taines ressources au corps de ville, avaient été rétablis, 
après le siège de. Saint- Quentin, par arrêt du maïeur 
et de ses échevins, du 17 mai 1560. 

Les offices de courtiers ne se conféraient d'abord 

i Sann des Brûlons, tome IV page lOil.— s En 1560, le nombre des 
eoutiers elait de huit. 



— 464 — I 

qu'à vie, moyennant une certaine somme que les ad- \ 

judicataires payaient au domaine de la ville. Ces char- 
ges furent ensuite aliénées à perpétuité , puis ensuite 
supprimées en 1700. Le but du courtage était surtout 
d'assurer la bonne qualité, la largeur et la longueur ' 

des tissus qui se vendaient sur la place de Saint-Quen- 
tin. La ville avait le plu^ grand intérêt à maintenir la I 
faveur que ses produits s'étaient acquis en France, et 1 
surtout sur les marchés étrangers ; pour cela, on avait | 
multiplié les exigences et les précautions. Celles qui ' 
furent adoptées sont trop nombreuses pour que nous 
les fassions toutes connaître. De cette foule d'arrêts du 
conseil, des ordonnances et des règlements, nous ne 
citerons que les principales obligations imposées aux 
courtiers. Elles montreront la rigidité que l'autorité 
apportait à sauvegarder la loyauté des transactions 
commerciales qui se traitai'ent alors à Saint-Quentin, 
rigidité qui ne fut pas toujours exécutée. 

Ces arrêtés disaient que: a la pièce de tissu, une 
9 fois remise entre les mains des courtiers, ceux-ci 
JD étaient censés en être devenus propriétaires; qu'en 
» cette qualité, ils pouvaient la vendre à qui bon leur 
» semblait ; mais attendu que le tisserand et l'acheteur 
» ne se connaissaient pas, le courtier se trouvait cons- 
» titué seul garant et responsable envers l'un et 
» l'autre *. 

D Les courtiers devaient recevoir en courtage toutes 



i Cas renseignements très-nombreox sont extraits des arclÛTes du dé- 
partement de l'Aisne ; les voir aux pièces justificatives, où nous les publions. 



— 165 — 

t> les toiles qui leur étaient présentées dans les con- 
ditions voulues, sous peine de 50 livres d'amende ^ • 
Us ne pouvaient vendre qu'aux jours et heures fixés 
» par les règlements, en public, et jamais les dimanches 
j> et les fêtes; la vente, sous peine d'interdiction, ne 
» pouvait avoir lieu que dans les bureaux ou dans les 
achats des marchands, et qu'après que les toiles 
» avaient reçu la marque de la ville ^. lis devaient les 
i> plier sur la longueur d'une aune de Paris et en car- 
i» reaux, sous peine de 30 livres d'amende, et avertir les 
» marchands des trous , déchirures et défauts , sous 
peine de 20 livres d'amende par contravention ^. Il 
9 leur était défendu d'exposer en vente aucune toile 
» plaquée , cirée ou gommée , sous peine d'amende , 
» d'interdiction ou de destitution ^. 

» Si le mois se passait sans qua les toiles qui leur 
» avaient été confiées fussent vendues, ils étaient tenus 
9 de les rendre aux fabricants, si ceux-ci les leur ré- 
» clamaient, après, toutefois, leur avoir payé le droit 
s> de marque et la moitié du droit de courtage ^. 

» Les courtiers devaient tenir des registres exacts 
» de leurs opérations. Ces registres devaient être pa- 
raphés par le maieur et devaient être représentés à 
» toute réquisition aux maleur, échevins et à l'inspec- 

« Règlement da 17 août 1735. 

4 Ordonnances des 13 juin 1653, it décembre 1693 et 2 septembre 
1718 

3 Arrêt du 12 septembre 1729 et règlement da 30 avril 1735. 

4 Ordonnance de Tintendant, du 30 join 1736. 

5 Règlement du 25 avril i 736. 



— 1«6 — 

» leur des manufactures ^ Le maleur arrêtait les re- 
» gistres à la fin de chaque année. Us étaient tenus 
» d'écrire à Tencre, au pied 'de la flamme de chaque 
» pièce, leur nom et celai du fabricant, afin que les 
» pièces défectueuses pussent leur être rendues ^. 

» Il leur était fait défense de présenter à la visite 
>> aucune pièce de marchandise qui n'aurait pas la 
v> marque du fabricant et d'exposer en vente celles 
ù qui n'auraient pas la marque du bureau de visite ; le 
» tout à peine de confiscation, de SOO livres d'amende, 
n d'interdiction de leurs fonctions pendant six mois, 
» la première fois, et de destitution, en cas de récidive, 
» outre les dites confiscations et amendes ^. Â leur ré- 
» ception, et quand ils entraient en fonctions, ils pré- 
» talent serment de ne faire le commerce de toile ou de 
» fil, ni par eux-mâmes, ni par leurs femmes, ou tout 
» autre pour eux, sous peine de 400 livres d'amende 
» pour la première fois, et de destitution, en cas de 
» récidive *. » 

Les règlements sévères ne manquaient pas, mais, 
nous le répétons, ils ne furent pas toujours exécutés, et 
le courtage ne fut pas exempt de reproches. Certains 
de ces agents recevaient l'argent du négociant , et ils 
ne payaient le fabricant qu'en lettres de change à 
différents termes. Un règlement du 17 août 1735 en- 
joignit aux courtiers : « de solder leurs comptes avec 

1 Règlement du 17 août 1735. 

2 Règlement des mayeur et écbevins, du 30 avril 1735. 

3 Règlement des mayeur et échevins, du 30 avril 1735. 
à Règlement des mayeur et échevins, du 30 avril 1735. 



— f «7 — 

» les fabricants dans la quinzaine de la vente effectuée, 
» à moins qu'ils n'eussent d'eux, par écrit, pouvoir 
D pour un.plus long crédit. » 

Ce règlement, d'abord bien observé, permettait aux 
fabricants d'acheter leurs lins au comptant ; mais il 
y fut trè&-souvent dérogé. 

Les courtiers s'étaient insensiblement éloignés du 
but de leur institution. D'auxiliaires qu'ils étaient, ils 
étaient devenus directeurs des opérations qu'ils trai- 
taient. Libres de vendre à qui bon leur semblait, ils 
avaient des préférences intéressées et ils concentraient 
ainsi presque toutes les affaires dans les mains de sept 
ou de huit négociants. Ils ne se montraient pas tou- 
jours observateurs exacts des règlements en vigueur, 
dont ils éludaient les pénalités. Ils étaient trop complai- 
sants envers les fabricants qui leur remettaient leurs 
toiles ; car si, en les pliant, ils s'apercevaient d'un dé- 
faut de longueur ou de qualité , au lieu de le signaler , 
ils les leur rendaient, sans le dire et sans les faire pu- 
nir. D'autres, soit par eux-mêmes, soit par des per- 
sonnes à leurs gages, faisaient le trafic du coton, qui 
depuis quelque temps entrait frauduleusement dans les 
tissus de fil, toléraient des mélanges défendus et se ren- 
daient ainsi coupables d'infractions contraires à la 
loyauté et à la qualité réelle de la chose vendue. 

Tous ces griefs étaient sérieux et les plaintes una«- 
nimes. Les négociants et les fabricants demandèrent, 
non que les courtiers fussent supprimés, car ils étaient 
nécessaires, mais que leur nombre fût augmenté. 

Sur la requête des mayeur etéchevins, survint un 



— 168 — 

arrêté du coaseil, du 19 juillet 17S7, qui ordonnait aux 
courtiers de remettre, entre les mains du contrôleur 
général des finances» les titres de création de leurs of- 
fices et des droits qui y étaient attribués. Cet arrêté au- 
torisait les mayeur et échevins à en augmenter le nom- 
bre et à choisir ceux auxquels ils croiraient pouvoir dé- 
livrer gratuitement des commissions , en vertu des- 
quelles ils pourraient exercer le courtage des toiles. 
Les courtiers protestèrent contre cette mesure et ré- 
clamèrent des dommages et intérêts. Leurs charges 
valaient alors de 8000 à 15000 livres. Après de lon- 
gues contestations, il intervint un arrêté régulateur du 
conseil, du 17 janvier 1764 \ qui supprimait les douze 
anciens offices, et chargeait le corps municipal de nom- 
mer vingt nouveaux courtiers. Quelque temps après, 
les fabricants furent autorisés à vendre leurs toiles eux- 
mêmes, ce qui fit naître une catégorie de nouveaux in- 
termédiaires, qui furent désignés sous le nom de cour- 
tiers bleus. Ces courtiers étaient des colporteurs qui 
faisaient un trafic clandestin des marchandises cédées 
à bas prix. Une ordonnance de 1772 les supprima , 
parce qu'ils favorisaient les opérations frauduleuses. 
Les arrêts des 25 octobre 1701 et 4 août 1750, déci- 
daient : ff que le droit de courtage serait acquitté à la 
» fois par le fabricant et le négociant , par pièce de 
9 batiste et de linon , suivant sa largeur, son aùnage 
» et son degré de finesse ; le fabricant payait de 6 à 1 
» sols et l'acheteur de 1 à 5 sols; ils ne devaient chacun 

I Archivée de V Aisne (G. 756), voir aux pièces justificatives. 



— 169 — 

9 qu'un sol par doublet ou coupon. « Ces prix furent 
ensuite modifiés. 

Les dernières mesures qui concernent le courtage 
furent si nombreuses , que nous avons dû nous con- 
tenter de n'en rapporter que les principales. 

L'autorité ne s'était pas seulement préoccupée de 
nommer et de surveiller les agents du commerce, elle 
avait encore voulu réglementer la fabrication de ses 
tissus dans ses détails les plus minutieux ^ Le nombre 
et la qualité des fils , la dimension des ourdissoirs et 
des rots, la largeur et la longueur des pièces et des cou- 
pons, la distinction des linons et des batistes, tout 
avait été prévu, déterminé, fixé par des règlements suc- 
cessifs. 

Toi^tefois nous devons dire que les servitudes et les 
pénalités dont on frappait les industries n'eurent pas 
toujours pour cause et pour objet les abus qui s'y ma- 
nifestaient; souvent des villes manufacturières, dans le 
but d'obtenir que les qualités des marchandises qui sor- 
taient de leurs fabriques fussent supérieures à celles 
d'autres villes, en augmentaient le nombre. Ces rè- 
glements, rigoureux en apparence, ne guérissaient pas 
le mal , ils ne faisaient souvent que le déplacer. Der- 
rière des abus visibles qu'ils voulaient atteindre , s'en 
cachaient une foule d'autres, encore en germe, qui 
attendaient que la place fût devenue vacante pour s'en 
emparer. Mais ile servaient parfois de prétexte pour 
faire croire que les villes qui passaient pour être plus 

« Archives de F Aime (C. 756), arr6i du iaoût 1750. 



— no — 

sévères que les autres étaient celles où l'on fabriquait 
le mieui et celles dont les marchandises étaient les 
meilleures. 

C'est sans doute à l'espèce de rivalité qui a existé 
entre trois villes voisines, entre Yalenciennes, Cambrai 
et Saint-Quentin qui faisaient tisser avec une égale 
perfection ces étoffes de âlsî bien connues sous le nom 
de batistes et de linons, qu'il faut attribuer l'existence 
d'un manuscrit ^ qui n'est pas sans intérêt et qui se 
trouve dans les archives de Yalenciennes. Il porte la 
date de 1780. 

« Le commerce de toilette à Yalenciennes, dit ce 
» document, y est établis depuis plus d'un siècle; il a 
» toujours estez fort florissant par le grand nombre 
» des belles toilles qui s'y fabrique de plusieurs espèces 
v> comme des claires batistes, rayez, manchettes et 
>î aultres ; il y a environ à présent vingt marchands en 
» cette ville qui ne font autre commerce que d'en- 
» voyer les différentes espèces de toillettesen France, 
» en Espagne, en Allemagne, en Italie, en Angleterre, 
» en Hollande et même dans les Indes. 

a Cette manufacture à toujours estez bien différente 
» que celle établis à Saint'Qmntin et ailleurs, parce 
» que : primo les toillettes en leurs espèces sont mieux 
D travaillées, elles sont plus fortes quoique aussi fines, 
» . et le marchand acheteur est toujours certain d'y 
Y) trouver même longueur et même largeur par la 
» grande aliention des Magistrats qui ont édictez des 

1 ArchiveideVaUnciennêi. 8. H/S, 78; manincrii daté de 1780. 



— 174 — 

i> régUmenU et préposés des égaras, qui mesureDt tant 
» en longueur qu'en largeur généralement tant les 
r> toilettes qui se fabriquent en cette ville que celles 
1» qui s'apportent de la campagne ; au lieu qu*à Saint- 
» Quentin^ on reçoit de$ toilUttes de plusieurs Ion- 
» gueurs et largeurs , et lorsqu'il s'en rencontre de 
» défectueuses à Yalenciennes soit en largeur ou 
» en longueur, les premières sont déchirées en tra- 
» vers, sans miséricorde et les dernières sont ré- 
» duites en coupons et l'ouvrier aussi bien que le cour- 
» tier qui les expose en vente ou les porte sont con- 
» damnés aux amendes portées par les dits règlements 
» qui &xe4eurs longueurs et leurs largeurs. 

Dans les recherches auxquelles nous nous sommes 
livrés nous n'avons trouvé aucunes pièces qui justi- 
fiassent en quoi que ce soit les termes du mémoire de 
Yalenciennes ; au contraire, les nombreux règlements 
émanés des autorités de la ville de Saint-Quentin qui 
existent dans ses archives, prouvent qu'ils n'étaient pas 
moins sévères contre les fraudes que ceux des autres 
centres manufacturiers. 

Après les règlements sur la qualité, la largeur et la 
longueur des pièces vinrent les règlements sur le blan- 
chissage qui ne fut pas non plus laissé à la volonté des 
intéressés. 

Les arrêtés des 20 février 1717 et 9 mai 1728 
disaient : 

« L'expérience ayant fait connaître que les tissus 
» qui sont blanchis dans l'arrière-saison ne sont ja- 
» mais ni d'un beau blanc , ni ne sont jamais bien ap- 



— 172 — 

» prêtés, ce qui nuit à leur réputation et à leur débit, 

» et causerait un tort considérable à la manufacture 

i> desdits tissus, aux marchands qui en font le com- 

» merce et aux blanchisseurs qui travaillent de bonne 

Y> foi ; défense est faite de blanchir les toiles ou linons 

» avant le 1S mars et passé le dernier septembre de 

» chaque année. » 

A cette époque, les blanchisseurs étaient sans ou- 
vrage du mois de novembre au IS mars, et les pre- 
miers blancs ne rentraient que dans les premiers jours 
de mai. En 1717, une buerie importante de Saint- 
Quentin, qui avait commencé quelques préparations de 
blanchiment, le 13 au lieu du 15 mars, fut condam- 
née à 500 livres d'amende **, et malgré de nombreuses 
sollicitations, cette amende fut maintenue. 

Saint-Quentin n'était pas la seule ville où les blan- 
chisseurs fussent soumis à des règlements sévères; on 
trouve dans les archives de Valenciennes^ une ordon- 
nance de ses magistrats du 20 juin 1729 qui a prescrit 
» aux blanchisseurs de toilettes de son rayon industriel 
» de s'acquitter convenablement de leur besogne, 
» sous peine de cent florins d'amende * par contra- 
» vention. 



< Voir aux pièces jastificatiTes, la coodamnation de Dumoustier-Devatre 
ainsi que les documents qui se rattachent au blanchiment des batistes et 
linons. (Archives de VAisne, G. 757). 

2 Nous devons les documents qui regardent la ville et le commerce de 
Valenciennes à la complaisance empressée de M. Desmasures. 

9 Archives de la viUe de Valenciennes^ série H/2 72. 



— i73 — 

Voici ce document : 

a Sur remontrances faites à Messieurs les Prévôts, 
» Jurés, Echevins de la ville de Valenciennes par les 
r> conseillers du Roy, procureur sindic, que les toilettes 
» faisant l'objet principal du commerce de cette ville, on 
» a pris toutes les précautions possibles pour obliger leé 
D blanchisseurs à rendre les toilettes d'un blanc parfait, 
D comme il se pratiquait anciennement, sans y avoir 
» réussi jusqu'à présent ; ce qui procède de la négli- 
» gence des blanchisseurs, et de ce que quelques mar- 
» chauds, au lieu de leur payer un salaire proportionné, 
» leur en payent un si modique, qu'il est impossible 
aus dits blanchisseurs d'employer les matières et le 
» temps nécessaire, pour rendre les toilettes d'un 
» blanc parfait: à ces causes requeroit le Remontrant, 
» qu'il soit pourvu... 

Tf> Mesdits Sieurs, vu les ditesRemontrances, et tout 
» considéré; eux déclaré et déclarent que leurs Ordon- 
» nances des 47 mars 1707 et 26 mars 1714, seront 
» exécutées selon leur forme et teneur; en conséquence 
» ordonnent à tous les blanchisseurs de cette ville, de 
)> blanchir parfaitement toutes et chacunes toilettes 
» qui leur seront données à cet effet par les bourgeois, 
» marchands, manans et habitants de cette ville et 
D autres sans distinction ; à peine de cent florins d'au- 
D mône vers l'hôpital pour la première fois pour cha- 
ï> cune pièce de toilette qui sera trouvée mal blanchie, 
D des dommages et intérêts qui en résulteront, et d'in- 
» terdiction de travaillerpour la seconde, et autre plus 
» grande peine si le cas échoit. 



— 174 — 

» Et afin de donner les moyens aux dits blanchis- 
» seurs de parvenir à la perfection du blanc, mesdits 
» sieurs par provision déclarent qu*il leur sera payé, 
» savoir : pour le blanchissage d'une pièce de batiste 
» trentre-six patars S et pour une pièce de clair trente 
» deux patars ; les coupons et' les longueurs à propor- 
» tioDS ; leur faisant très expresses défenses de prendre 
» ni recevoir, et aux bourgeois marchands et autres, 
» de payer ni plus ni moins que la taxe cy-dessus , 
» sous quelque prétexte que ce soit, nonobstant même 
» des conventions antérieures au premier règlement ; 
D qui seront et demeureront nulles et de nul effet dès 
» à présent, et ce aux peines et amendes cy-dessus, 
D tant à la charge des blanchisseurs, qu'à celle des 
» bourgeois , marchands et autres. Fait également 
x> deffence aus dits blanchisseurs de faire aucuns pré- 
» sents aux marchands et autres dans les vues de 
D considération de la taxe de cy-dessus, ou dans 
» celle d'avoir plus d'ouvrage au préjudice de leurs 
» voisins ; et aux marchands de les recevoir sous la 
» même peine : Déclarons qu'ils seront tenus respec- 
D tivement de comparoir toutes fois qu'ils en seront 
» requis, pour y prêter le serment de se conformer 
» exactement aux articles avant-dits, à péril de con- 
D viction. » 

Cette ordonnance fut publiée à Valenciennes et dans 
ses faubourgs le 20 Juin 1729. 



I Trente-six patars représentaient environ la somme de 45 sous de 
France ; un patard valait 5 liards. 



V" 



— 1T6 — 

Les tissus n'étaient mis au blanc qu'après avoir été 
aunes , visités et marqués. Les négociants de Saint- 
Quentin les faisaient blanchir, soit dans les établisse- 
ments situés aux portes de la ville, soit à Cambrai, à 
Ghauny^ ou à Yalenciennes . 

Les blanchisseries de Saint-Quentin étaient généra- 
lement importantes. Â Yalenciennes les habitations des 
blanchisseurs n'étaient d'abord que des chaumières sur 
de grandes prairies mal découpées et mal arrangées. 
Cette situation nefutpas de longue durée, les chaumières 
furent bientôt remplacées par de beaux bâtiments''. 

En 1774, ces blanchisseurs ne faisaient payer que 
«^0 sous pour une pièce de batiste 2/3 sur 12 aunes 1/2 
environ et 40 sous pour un linon 2/3 ou 3/4 mesurant 
lîJaunes.En 1791 ils changèrent leurs prix et ils adres- 
sèrent une circulaire aux négociants , par laquelle ils 
exigeaient 3 livres 10 sous pour une pièce de batiste et 3 
livres pour une pièce de linon. Ils demandaient en outre 
qu'on les payât moitié en argent et moitié en assignats. 

Quelque temps après, le 6* germinal an m, les blan- 
chisseurs de Saint-Quentin ^ se réunirent aussi, etàleur 



1 La ville de Chaany, d*après les manuscrits de Dom Grenier etd*antre8 

{Âèces anlbentiques, avait des établissements importants où Ton blanchissait 
es linons de Saint-Quentin. Ghauoy a aussi fabriqué longtemps dans ses 
environs des batistes, des linons unis 2/3 et 3/4, des linons brochés, des 
demi-hollande et des truffettes de 2/3 de large, et 15 aunes de longueur. 
De 1753 à 1763 U fut apporté à son bureau de ma.*que 72,369 pièces de 
ces divers tissus. Archives de l'Aime. Travail de MM. Rouit et Matton. 

2 Extrait de la seconde partie du rapport sur le commerce de Valen- 
dénués fait au nom du bureau du commerce, établi le 5 floréal an m de 
la république. 

3 Cette circulaire était signée Fizeaux et O, Dupuis, Rigaut frères et 
Châtelain, GambronDfr-Huet. 



— 176 - 

tour ils prévinrent le commerce qu'il aurait à leur 
payer 3 livres S sols pour le blanc de chaque pièce de 
batiste ou de linon et qu'ils ne voulaient plus être 
désormais responsables d'avaries qui provenaient a ou 
» de la mauvaise qualité des toiles ou particulièrement 
» des trous de rats que l'on devrait bien s'efforcer de 
JD détruire dans cette ville, d Cette dernière prétention 
était ridicule ^ et elle ne fut pas accueillie. Il serait 
toutefois difficile d'expliquer les motifs de cette recom- 
mandation et de dire pourquoi les blanchisseurs de 
Saint-Quentin étaient les seuls qui se plaignissent des 
trous que faisaient les rats aux pièces de batistes qui 
leur étaient remises par les maisons de commerce de 
cette ville. 

Les linons et les batistes étaient blanchis^ au moyen 
de lessives réitérées, faites avec des soudes, potasses, 
védasses et cendres qui venaient des provinces du Nord. 
On employait aussi des cendres de tabac. Du coulage 
ils passaient ensuite sur le pré, où, à chaque savon- 
nage , ils étaient arrosés , puis ils recevaient un bain 
de lait après lequel ces tissus étaient mis au bleu. Alors 
que le blanc était parfait, le blanchisseur les faisait 
avec beaucoup de soin rendre aux commerçants, qui les 
mettaient en magasin , en attendant la demande ou la 
veûte. 

Quand ces marchandises étaient demandées ou ven- 
dues, elles recevaient, avant que d'être expédiées, la 



1 Extrait du rapport sur le commerce de Valenciennes. 

^ Rapport de M. deDelonne 1811, et les manuscrits de Dom Grenier 



— 177 — 

dernière opération de Tapprét, qui leur était donné sui- 
vant le pays et la consommation auxquels elles étaient 
destinées. L'apprêt dit de Normandie était particuliè- 
rement donné aux claires 2/3 fortes, et Tapprétditatia; 
fers aux claires 2/3 légères et aux claires 3/4, 7/8 et 4/4. 
Les négociants achetaient leurs tissus des fabricants à 
longs termes, c'est-à-dire de quatre à douze mois, et 
ils les vendaient à six mois, ou au comptant sous l'es- 
compte de six pour cent. Certaines provinces de France 
ne payaient qu'après une année d'expédition. La clien- 
tèle étrangère remettait des traites sur la Hollande, 
sur Paris*, l'Angleterre, Bordeaux ou sur Nantes. 

Les prix des tissus dépendaient de leur degré 
de Gnesse, de la qualité de la matière employée et 
de la perfection du trav^l de l'ouvrier. La finesse 
s'appréciait par le nombre des fils dont la chaîne était 
composée. 

Pour les claires 3/4 de largeur, ce tissu avait de 
1,400 fils'à 5,000, et même 5,400 pour les plus belles 
qualités. On croisait cette chaîne par une trame plus 
fine encore, qui se proportionnait au degré de force 
que l'on voulait en obtenir. La qualité et la finesse du 
fil ne déterminaient pas uniquement le prix; la perfec- 
tion de la main-d'œuvre était toujours prise en grande 
considération au moment de l'achat. 

Si le lin était la seule matière première 4es toiles 
unies, il n'en était pas de même pour les tissus brochés, 



1 Mémoires concernant la Picardie, dressés par Tintendant Biguon; ma- 
nuscrits de la bibliothèque impériale. 



— 178 — 

pour les linons, gaxe$ à femn^ et poar les gazes jome$ 
qui sont ensuite venus augmenter le nombre des pro- 
duits de rindustrie Saint-Quentinoise. On mélaiigeait 
ces tissus avec du coton qui serrait à faire le broché et 
qui rendait plus apparents leurs fleurs ou leurs rama- 
ges. Les dessins se montraient avec leurs contours gra- 
cieux, au moyen d'un découpage qui enlevait le coton 
qui se trouvait entre les fleurs brochées. L'addition du 
coton au fil augmentait peu la valeur de la pièce. 

Le système conunercial qui prédominait à cette 
époque était une forte organisation des corporations, 
et une surveillance permanente et très-sévère de l'état 
et des corps de ville sur le travail. 

La fabrication des linons et des batistes, ainsi cons- 
tituée, eut ensuite à s'organiser et à se défendre contre 
les entraves qui vinrent en plusieurs circonstances 
arrêter sa prospérité. Ses négociants et marchands ne 
se plaignirent pas trop amèrement des chaînes muni- 
cipales et autres qui leur furent imposée^ \ mais, en 
revanche, ils ne cessèrent de réclamer très-vivement 
contre la sortie des fils écrus, l'établissement des retor- 
deurs de fil et la concurrence que faisait à leurs pro- 
duits l'introduction des mousselines de l'Inde sur les 
marchés français. 

Les fabricants de Saint-Quentin, de Valenciennes 
et autres villes adressèrent à cette occasion au ministre 



f On verra aux pièces jiistifica!i?es la réponse des commis do boretn de 
Saint-Quentin, à la reqoéle do sieor Lallard, qui refiisait de payer i sous 
pr pièce de Unie au bureau de la marque, et la condamnation du sieur 
Potterin. 



— i79 — 

Golbert un placet qui renferme des détails assezr inté- 
ressants sur la manière avec laquelle le commerce ac- 
cueilhiit, en 1680, les nouvelles découvertes de Hn- 
dustrie. 

Ce placet est ainsi conçu : 

« Monseigneur ^ , les marchands et ouvriers en toilles 
» des villes de Valenciennes, Saint-Quentin, Arras, 
» Péronne, Bapaume, Guise et autres de la frontière, 
» RemorUreni très-humblement à votre Grandeur , 
» que depuis plusieurs siècles il a touiours esté reconnu 
que la manufacture des toilles estait l'un des plus- 
» considérables et importans moyens pour faire sub- 
» sister les habitants des dittes villes et lieux circon- 
» voisins, et que Texpérience a fait voir que la sortie 
» des fins filets, et Testablissement des retordeurs de 
» files, estait la ruyne et destruction de cette manu- 
» facture de toilles ; pourquoy les Roys catoliques, 
» Princes et Seigneurs des dittes villes et pals, auroient 
n de temps en temps deffendu la sortie des dits fils, et 
» interdit l'établissement des retordeurs. Néanmoins 
t> il se trouve à présent quelques particuliers, qui 
» apuyés par le magistrat moderne de Cambray, solli- 
» cité par quelques retordeurs pour détruire la police 
» establye par ses prédécesseurs, poursuivons devant 
» Monsieur Lepelletier, intendant de Flandre et Hay- 
nault, la permission d'établir des moulins à retordre 
» les filets au dit Cambray, à la désolation d'une infinité 
» de peuples, pour enrichir quelques particuliers 

4 1680 ^H/2 67 des Archivée de Valenciennes.) Manuscrit. 



— 180 — 

» comme il a esté montré par les mémoires et actes 
» produits par-devaat le dit sieur intendant, qui n'a 
» pas voulu recevoir les interventions des suplians et 
)> leur a témoigné que c'estait un procès pour lequel il 
» n'est pas commis , et comme cet établissement de 
i> retordeurs de filets est une nouveauté qui infaillible- 
9 ment causera et atirera de grands désordres et in- 
» convénients par l'abandon d'une infinité de peuples 
» et grand préjudice à l'avantage des étrangers. C'est 
» pourquoy pour les prévenir les suplians vous suplient 
» très-humblement, Monseigneur, de vouloir prendre 
» la connaissance de cette affaire comme importante 
» àTEstat et au commerce, et pour vous estre fait ra- 
» port de leurs mémoires, titres et pièces, commettre 
» l'un des Messieurs du conseil devant lequel ils seront 
» incessamment produits, iusques à ce qu'il en ayt esté 
» par vous en connaissance de cause ordonné , faire 
d deffences de procéder au dit établissement, n'y a 
» aucun enlèvement des filets, et continueront les dits 
» suplians leurs prières à Dieu pour la santé et pros- 
» périté de Vostre Grandeur. » 

Cette supplique fut en effet adressée au ministre 
de Louis XIV, qui la renvoya à M. Belinsany, pour 
étudier la question, en le chargeant du rapport sur le 
préjudice que pouvait causer au commerce l'établisse- 
ment des retordeurs et la faculté qu'on laisserait de 
transporteries filets hors des villes des suppliants. 

Cette question fut vivement débattue et elle devait 
l'être; la plupart des villes qui s'occupaient du com- 
merce des toiles s'empressèrent d'envoyer des délégués 



— 181 — 

prendre part aux débats. Plusieurs pièces, ordonnances 
ou protestations, dont certaines bien antérieures à cette 
enquête, furent également soumises à l'appréciation du 
commissaire M. Belinsany. Ces pièces existent encore, 
elles se trouvent annexées à la copie authentique du 
placet adressé à Colbert par les villes de Yalenciennes, 
Saint-Quentin et autres ; seulement elles sont si nom- 
breuses que nous ne consignerons ici que leurs dates 
et le lieu d'où elles émanent ; en les citant nous faci- 
litons le moyen de les consulter. 

Ce dossier contient * : Rouen 10 décembre 1673 une 
pièce ; Noyon 13 septembre 1680 (Extrait des registres 
du Parlement, signé LeTellier, 13 décembre 1607); 
une ordonnance de Joseph-François d'Aremberg , 
D'archot et de Croy, ofBciers du pays de Hainaut, 5 no- 
vembre 1663 ; Yalenciennes, Melquiniers, 30 octobre 
1663; Cambrai, 23 jimvier 16S4; Bruxelles 9 décem- 
bre 1654; Bruxelles, placard, lettres des archiducs ; Va- 
lenciennes, août 1654; Cambrai, 3 décembre 1663; 
idem 13 décembre 1663; idem 15 septembre 1662; 
idem 13 décembre 1663; idem 14 décembre 1663; 
idem 22 janvier 1664 ; idem 27 mars 1680; Londres, 
23 novembre 1681 Le commerce de Londres atteste 
que le commerce des toiles s'est affaibli ; Guise, Ba- 
paume, Arras, Péronne attestent la même chose et 
réclament, 1680; Extrait dej registres de la chambre 
du conseil de la ville de Saint-Quentin, protestation du 
commerce des toiles, 1680 ; Députation du même de- 

* Archive» de Yalenciennes H/2 67 manuscrits. 



— 182 — 

vantles notaires Royaux 1664; 3 pièces, Arras 1664, 
et un autre titre de 1680. 

Ces documents ont d'autant plus d'importance qu'ils 
servirent de prélude à l'ordonnance de 1687 ^ a qui dé* 
n fendit le commerce de certaines marchandises des 
Y) pays étrangers, et ne permit l'importation des autres 
D que par négociants français, sur vaisseaux construits 
yt en France, et montés par des équipages sujets du 
D Roi. » Toutefois cette ordonnance, qui est postérieure 
aux privilèges et encouragements donnés au commerce 
par les tarifs de 1664, 1667 et 1669, ne proscrivit pas 
l'établissement des retordeurs, et le gouvernement les 
laissa avec raison librement fonctionner. 

A l'époque où le roi Louis XV, devenu majeur, 
commença à régner, plusieurs villes industrielles de 
son royaume, et celle de Saint-Quentin était du nom- 
bre, crurent devoir adresser à son gouvernement de 
respectueuses doléances sur la législation douanière 
qui réglait les rapports internationaux de la France et 
de l'étranger, et sur de nombreux abus qui, disaient- 
ils, existaient dans leurs fabriques. 

Au xvni* comme au xix* siècle, pour bien connattre 
l'état du commerce et être renseigné sur la situation 
véritable des manufactures, l'administration supérieure 
avait recours, comme on vient de le voir, aux enquêtes. 

De nouvelles plaintes lui ayant été adressées, elle fit 
droit aux requ6tes|qui lui furent présentées et rendit, le 
18 mars 1737, un arrêt qui ordonnait <r que dans les 

I Curûmiii dei parlemeiUi de Frtmee par Cb. Desmaie, pag« 47. 



— 183 — 

» villes et principaux lieux des manufactures du 
» Royaume, il serait tenu des assemblées de commerce, 
» à Teffet d'estre informé des abus qui pourraient y 
D estre commis et de les faire cesser. » 

En conséquence de cet arrêt, le 30* jour * de janvier 
1734, à 3 heures de relevée, le mayeur et les échevins, 
juges civils , criminels et de police de la ville, fau- 
bourgs et banlieue de Saint-Quentin, après avoir 
invité M. Claude de Théis, subdélégué de Monseigneur 
l'intendant de la généralité de Soissons au département 
delà ville de Chauny, et inspecteur des toiles en Pi- 
cardie et dans les provinces de Flandre, à assister à la 
séance, mandèrent a les gardes jurés en charge et ceux 
1» qui estoient en fonction Tannée dernière de la com- 
» munauté des marchands drapiers, les marchands de 
v> toiles, les mulquiniers, bonnetiers et teinturiers, 
» }iour leur demander de les instruire de la qualité des 
» étoffes ou marchandises de toutes espèces qui compo- 
» saient leur commerce, si elles étaient fabriquées sui- 
» vaut les règlements, et, en cas de deffauts et de mal- 
» versation, proposer les moyens et expédiens les plus 
D convenables pour les faire réformer. 

Lesquels, estant en partie comparus par leur députez, 
en présence dudit sieur de Théis , dirent , sçavoir : les 
marchands de draps: « qu'ayant esté prévenusdeTassem- 
n blée, ils avoient conférez avec leurs confrères des ma- 
» tières qui pourroient y «stre agitées et qu'après meure 
D délibération, ils estoient déterminés à rapporter 

i Ârefttvti de FÂûne, G. 758. 



— 184 — 

n comme ils le faisoient, que toutes les marchandises de 
ïf leur négoce sans exception , de quelques manufacture s 
» qu'elles soient tirées, étoient enfin parvenues, soit par 
Y) la qualité, soit autrement à un degré de régularité si 
y> satisfaisant, qu'ils n'y reconnaissoient plus aucuns 
n des deffauts, de sorte qu'en rendant justice aux per- 
» sonnes qui ont esté préposez à leur réformation, ils 
Y> dévoient avouer qu'elles ont réussi parfaitement, o 
Les marchands de toilles, de leur part, répondirent: 
i> que les trois espèces de batistes, claires deux-tiers et 
» linons trois-quarts unis, rayés et mouchetés, qui 
» font leur commerce, tant en ce royaume que chez 
» les étrangers, n'ont point paru depuis 50 années 
» dans le degré de perfection où elles sont portées pré- 
» sentement. Que les arrêts et règlements qui en ont 
» ordonné la réformatîon ont été strictement exécutés 
» tant par la tenue du bureau de visite que par l'assis- 
)> tance de l'un d'eux à la marque des toilles. Que ce- 
9 pendant, malgré l'attention que les dits marchands 
» ont portée à ne point en acheter qui ne soient fidèle- 
» ment travaillées, d'une qualité excellente et distin- 
» guée, ils n'en avoient presque aucun débit dans l'in- 
r* térieur du royaume ; que leurs magasins en estoient 
» généralement remplis et de manière qu'ils ne pou- 
i> voient renouveler leurs fonds, ni toucher les sommes 
» qui leur estoient dues. Ils déclaroient : qu'ils alloient 
se trouver dins l'impuissance de continuer leurs 
» achats en écru,co qu'ils attribuoientaux mousselines 
» tellement répandues à vil prix qu'il ne leur en étoit 
» plus fait de demandes par leurs anciens correspon- 



— 185 — 

Y> dants français, et ils ajoutoient, que si le Roy et le 
9 conseil n'avoient pas la bonté de faire cesser ces 
justes griefs et infiniment intéressans, soit en res- 
9 treignant pour l'avenir à une quantité beaucoup 
moins considérable, cette prodigieuse quantité de 
» mousselines dont le royaume cstoit inondé, soit en 
» prenant d'autres mesures également importantes, 
» le commerce tant renommé des toiles de Saint- 
» Quentin, qui brilloit de.préférence à celui de toutes 
les autres villes , estoit entièrement perdu et sans 
» aucune ressource, et ils terminoient enfin leur décla- 
o ration, en suppliant le mayeur, les échevins et le 
.» sieur de Théis de porter leurs représentations très- 
» respectueuses au conseil et à Monseigneur Tinten- 
» dant, ce qu'ils espéroient d'autant plus, que ces au- 
» torités savoient par elles-mêmes la réalité de leurs 
» plaintes, et surtout le sieur de Théis qui, en visitant, 
» il y a peu de temps, leurs magasins, les avait trouvés 
» si remplis de toiles blanches, qu'il seroit difficile 
Y> d'en placer davantage, abondance qui, en annon- 
d çant le défaut effectif de ventes , faisoit augurer un 
» avenir encore plus funeste. » 

Après les marchands de toiles, les mulquiniers 
s'étant présentés, il ;leur fut demandé par M. le sub- 
délégué de Monseigneur l'intendant de Soissons, la 
description sincère et véritable de Testât de leur manu- 
facture, soit pour ce qui concernait l'exécution des 
règlements et ordonnances , soit l'augmentation des 
mestiers, ouvriers et apprentis, auxquelles interpella- 
tions ils répondirent : « Que toutes les manufactures 



— 186 — 

y^ estoient en bonne et parfaite règle ; que tous les rots 
» des trois espèces de batiste, claires deux-tiers et 
» linons trôis-quarts unis, rayés et mouchetés, se 
• trouvoient, ainsi que les ourdoirs, dans leurs mesu- 
» res prescrites ; qu'ils ne s'exposeroient .jamais de- 
» puis leur réformation à aucunes contraventions qu'ils 
» savoient ne pas rester impunies, fls ajoutaient que, 
D depuis Tannée dernière, les mestiers n'estoient point 
Y> augmentés , que le peu qu'il y avait d'apprentis les 
» abandonnoient journellement pour se livrer à d'au- 
» très occupations, et que si les choses subsistoient 
» encore quelques temps sur le même pied, ils seroient 
» tous forcez de cesser de travailler, n'estant pas naturel • 
y> qu'ils le fissent à leur perte. )> 

Les bonnetiers qui comparurent, dirent: a que leur 
v> commerce n'estant que très-petit objet, puisqu'il ne 
consistoit qu'en bas qu'ils rassembloient dans les 
» campagnes, sans qu'il en fabriquassent en particu- 
Y> lier, ils n'estoient pas nécessaires à l'assemblée ; que 
» cependant, pour rendre témoignage à la vérité, ils 
D déclaroient que tous les bas et autres marchandises 
D équivalentes qui composoient leur petit négoce 
» estoient bien conditionnés et travaillés suivant les 
» règlements de la manufacture. » 

Après avoir attendu jusqu'à la nuit de ce dit joui 
30 janvier 1734, sans que le teinturier qui avait aussi 
été mandé ait comparu, celui-ci ayant ensuite fait 
excuser son absence à cause de la maladie de sa fille, 
le mayeur et les échevins, en présence du subdélégué 
de Monseigneur l'intendant de Soissons, déclarèrent 



— 487 — 

clos, en la chaïnbre du conseil, le procès-verbal de cette 
enquête, que nous avons cru devoir relater en partie 
dans cette étude, à cause des renseignements utiles 
qu'elle renferme, et pour montrer à nos lecteurs que 
l'on procédait, il y a cent cinquante ans, en matière 
d'examen des questions qui concernaient le commerce, 
comme on le. fait aujourd'hui. Seulement, il y a cent 
cinquante ans, où tant de questions restaient à résou- 
dre, où tant d'établissements manquaient d'organisa- 
ticm, on multipliait moins lesenquête^, l'administra- 
tion ayant ses intendants qui avaient l'inspection des 
affaires du commerce des provinces et qui en faisaient 
connaître les besoins, en proposant les moyens de les 
satisfaire. 

Un arrêt de 1729 \ du conseil d'état du roi Louis 
XY, dont nous aurons à parler, puisqu'il réglementait 
les toiles batistes et linons qui se fabriquaient dan£ les 
provinces, non-seulement de Picardie, mais de l'Ar- 
tois, du Hainaut, de la Flandre française et du Cam- 
brésis, donna lieu à de nombreuses et longues dis- 
cussions ^. La lecture des pièces qui les concernent 
fera connaître avec quelle complaisance toutes les 
plaintes des manufacturiers étaient écoutées, combien 
leurs arguments étaient appréciés et leurs intérêts con- 
ciliés. Cet arrêt du conseil ne fut pas le seul qui inler- 
vint pour satisfaire aux besoins du commerce de linons 



I Archivée de P Aisne. Arrêt dq iî septembre i729. Â 10. Voir aax 
pMces Jostificafiyes. 

9 Arehme é$ VAimê. C. 758. 



— 1«B — 
«t et hUiStaE. De 1129 à i'C, 3 <■ cxîsie' phoienrs 



k 



La fixalioB^ des droits de oooits^ sBrkpièoede 
e^ h penefiàon et l^âévalni de œs droits, 
B de MMBbreudes conteSUlkiis; les dé- 
» ^ lurent prises* après an sérieux *'«wwqi^ si 
on s> rqpute^ prouveront à enix qm n'avaient ^n^nne 
connaissanoe impai&îte de la réglementation de Iln- 
dusirie au xvn* et au xtui* sîède, avec qods soins 
toutes les questions oonuDerdales j étaient r^iées et 
examinées. 

Un coinmerçant de Saint-Quentin ' eut Fintention 
dV ëtaUir une manufarture de torderie de fil de 
Matines et autres ailles de Bekique; mais pour y créa' 
cet établissement, il demandait un secours en ar^nt, 
uù privilège de vinsi années et le titre de manufacture 
« roiale. » Pour faire agréer ses propositions, D con- 
sentait à s'associer quatre ou douxe ouvriers, i la con- 
dition qu*ils seraient exempts de tout subside, tailles, 
logements de guerre, guet, gardes, et de toute autre 
charge de ville. Cette proposition ne fut pas accueillie, 
car elle ouvrait ime porte à la contrebande. 

Si donc le commerce de linons et de batistes fut gé- 
néralement prospère, il eut aussi ses difficultés et ses 
jours de revers. Si à Tintérieur il eut à combattre la 



I Ardnwei de Mine. C. 762. 

9 ÂrekiMS de TAimt. C '56. T<^ an pièces JKlifialnes Tuopor- 
tuU eorrapoodaiice adminislnlife qui cooceroe os qneslioBS. 

% feDommait iosias de Joncoort. 

foir ans pièces jostiHeatins. Ardûmt de riisaeC. 158, anée t73i. 



— 189 — 

concurrence des mousselines des Indes, il eut aussi k 
subir les fâcheuses conséquences de plusieurs événe- 
ments politiques. Ainsi un coup d'état qui ne frappa 
que la France, la révocation de Tédit de Nantes, vint, 
à la fin du xvii* siècle \, enlever à cette fabrication un 
grand nombre de ses meilleurs tisseurs. Ces ouvriers, 
calvinistes fervents, préférèrent Texil à la renonciation 
de leurs croyances, et ils quittèrent résolument leurs 
métiers pour venir se réfugier en Angleterre et en 
Hollande, où ils furent accueillis avec le plus grand 
empressement. Ces travailleurs habiles et intelligents 
cherchèrent immédiatement à y monter des fabriques 
semblables à celles qu'ils quittaient en France; et, le 
commerce de Saint-Quentin ne tarda pas à se ressentir 
des fâcheux effets de cette concurrence. 

Les réfugiés savaient très-bien où ils pouvaient se proP- 
curerlesfils les plus beaux et les plusflns, pour faire des 
batistes ; et, à cet effet, ils établirent des relations avec 
les principaux filatiers de la subdélégation d'Hirson. 
Pour cacher leurs opérations clandestines, ils pre- 
naient des passavants pour Saint-Michel, et, profitant 
du voisinage de la forêt, ils faisaient introduire leurs 
fils dans la principauté de Ghimay, lesquels étaient, de 
là, dirigés vers la Hollande et l'Angleterre ^. 

Les fabricants français réclamèrent très-énergique- 

1 La révocation de I*édit de Nantes fit le plus grand tort au commerce 
de Saint-Quentin; cette mesure amena Témigration d*un certain nombre 
de ses ouvriers, mais elle ne fût |>as aussi considérable encore que dans 
beaucoup d*autres villes manufacturières. 

2 Travail de MM. Rouit et Matton tiré des Archives départemenUles de 
TAisne, page 190. 



— lio — 

méat au|Nrès du conseil des maïuifretives, contre cette 
exportation illicite; mais leurs plaintes n'arrêtèrent 
nullement les effets de la oMitreiMuide; des ne firent 
qu'augmenter les précautions et les ruses des ooatre- 
bandiers. 

La situation devint tellement sérieuse, qu'il inter- 
YÎnt, le 12 septembre 1739, un arrêté destiné à com- 
battre une fraude qui prenait des proportions inquié- 
tantes pour l'industrie Saint-Quentinoise. Les termes 
de cet arrêté indiquaient les désordres et les inconvé- 
nients auxquels il voulait porter remède. La largeur et 
lalongueur de diaqueespèce de tissus y étaient détermi- 
nées, et il punissait toute contravention d'une amende 
de 100 livres pour chaque pièce. Il défendait en outre 
aux marchands liniers, l*" de se servir de couteaux ou 
d'autres instruments pareils, pour affiner leurs lins, ni 
d'en mélanger de diflérentes récoltes, à peine de con- 
fiscation et de 50 livres d'amende ; eiZ" aux ourdisseurs 
de fils d'en mêler de difiérentes qualités, à peine de 
300 livres d'amende pour chaque contravention. 

Il était arrivé plusieurs fois ce fait: que, pour épar- 
gner le fil, on fabriquait des toiles plus fortes et plus 
serrées sur Jes lisières, plus claires au milieu, et l'on 
dissimulait ce défaut d'uniformité par une espèce de 
p&te, de la gomme ou de la cire, dont on pénétrait la 
toile en la frottant avec force ^ 

Ces deux fraudes étaient punies : a la première de 
» 50 livres d'amende pour chaque pièce ; le seconde, 

i Archives de V Aisne, A. 10. 



— m — 

» de la confiscation et de 100 livres d*aaiende. Défense 
était faite, en outre, d'ourdir les fils servant à la fa- 
Y> brique à moins de 10 brins, à peine de 100 livres 
» d'amende pour chaque contravention. » 

La longueur des ourdissoirs ^ servant à mesurer les 
fils et la largeur des rots \ était expressément fixée , 
et les proportions en devaient être partout conformes : 
a ils devaient tous être marqués aux mrmes de la ville 
» la plus prochaine du domicile de ceux qui les faisaient, 
» à peine de confiscation et de 50 livres d'amende à 
» payer par l'ouvrier et le possesseur. 

Avant que de pouvoir être exposées en vente : « les 
» toiles batistes et linons devaient être portées dans un 
D bureau qui était établi à cet effet dans chacune des 
» villes de Saintr-Quentin, Amiens, Cambrai, Valen- 
» ciennes, Bapeaume, Chauni, Arras, Péronne, et 
» Yervins. Là ces marchandises devaient être visitées, 
^ et si elles étalent trouvées conformes audit arrêté, 
» ces pièces devaient être marquées d'une empreinte 
» portant d'un côté, les armes du Roi, et de l'autre, la 
m date et le nom de la ville où le cachet avait été apposé, 
n II était enfin défendu aux blanchisseurs de recevoir 



i Us oe devaient contenir depuis la fourchette d*en bas jusqu'à la der- 
nière cheville d'en haut que 16 aunes 1/i de longueur. 

Les règlements concernant la fabrique de SainM}aeatio qui contiennent 
les dispositions sur les longueurs et largeurs des pièces de linons et batistes 
sont déposés aux Archives du département de TAisne. On trouvera aux 

{)ièces jusliQcdtives, ceux des 13 juin 1653, 12 septembre 1729. 24 juil- 
et 1731, 38 avril 1735,25 avril 1736, 38 juin 1736, 27 septembre 1741, 
20 février 1743, 10 juiUet 1745, et 4 février 1758. (Archives de VAUne 
C. 759, 763.; 

2 Pour les batistes 2/3 d*aune et 3 p. de largeur, linons larges 3/4 
et 1 p. 



» aucunes toiles en écru pour être blanchies, sans 
» qu'elles aient été visitées et marquées, et cela à peine 
» de 500 livres d'amende et de confiscation. » 

Pour exécuter cet arrêté, qui eut ensuite à subir de 
notables modifications, il fut créé un oCBce de commis- 
visiteur. Ce commis était tenu de faire sa visite une fois 
par an, chez tous les tisserands de la Picardie et du 
Soissonnais, répandus entre plus de 400 vHlages ; il 
passait neuf mois de Tannée en tournée, et son traite- 
ment s'élevait à environ à 1000 livres, à raison de 
6 sols par ourdissoir et d'un sol par rot. 

L'arrêté de 1729, très-sérieusement critiqué et atta- 
qué, rendit cependant un grand service à la ville de 
Saint-Quentin et à son industrie : la fraude, un mo- 
ment effrayée, parut s'arrêter ; la qualité des toiles s'a* 
méliora,, et, par la confiance qu'il retrouvait, le 
commerce commença à reprendre un peu de son an- 
cienne activité. 

Cependant, un autre événement vint encore apporter 
de nouvelles entraves à sa prospérité renaissante. 

L'Angleterre était un des plus grands débouchés du 
commerce des batistes et des linons. Une circonstance 
politique amena cette nation à défendre l'introduction 
dans ses états des produits de la France. Cette prohi- 
bition, et une mesure semblable prise par l'Espagne et 
le Portugal , privèrent tout-à-coup cette industrie de 
trois de ses principaux marchés ^ Sa fabrication ne 



4 Voir aui pièces justificatives une correspondance très intéressante sur 
la prohibition des tissus frauçais en Espagne. Archivée de l'Aiine G. 761. 



— 198 — 

tarda pas à s'en ressentir, et elle en aurait eu certaine- 
ment à supporter de fâcheuses conséquences, si de 
nouveaux genres de tissus, dus à Tintelligence créa- 
trice des fabricants de Saint-Quentin, et particulière- 
ment de l'un d'eux ^, ne fussent venus donner à leur 
commerce une impulsion et une activité sur lesquelles 
ils étaient loin de compter. 

L'Angleterre elle-même, malgré la sévérité de ses 
lois, oublia les prescriptions et les rigueurs desonbill, * 
pour faire acheter de ces nouveaux articles si recher- 
chés par la mode et la consommation. Au nombre de 
ces tissus, se trouvaient des linons à carreaux et à mi- 
gnonettes, des mouchoirs rayés, brochés et carreaux 
2/3 et 3/4, des tabliers en linons 7/8, 5/4 et 4/3 ^ 

La gaze en fil fut inventée en 1763, et cette création, 
avec les variétés qu'elle produisit, servit encore à aug- 
menter le nombre des espèces de marchandises qui se 
fabriquaient à Saint-Quentin. Il se fit avec ce tissu, lé- 
gèrement transparent, des mouchoirs 3/4 et 7/8, des 
tabliers en gaze 4/3 et 7/8, des tulles et marlisj des 
gazes joncs, des gazes unies et à jours, desgazes fantai- 
sies, brochées et mille mouches. Les tabliers à ramages 
etles mouchoirs de gaze se vendaient particulièrement 
dans les colonies espagnoles. 

Mais ces tissus nouveaux et variés n'étaient achetés 
que par une consommation restreinte, et ils eussent été 



4 Daniel Coltin. Nouvelles recherches sur l'histoire de France par 
Peytavi, tome II, page 170. 

3 Manusciits de dom Grenier , manuscrits de la Bibliothèque impé- 
riale. 

18 



— 1»4 — 

inauffisants pour améliorer la situation de nos manu- 
fiicturiersy si le commerce d'exportation ne leur fût 
venu en aide. 

Quant àla France, depuis 1710, des entrées fraudu- 
leuses de tissus de coton avaient tellement inondé ses 
marchés de mousselines et toiles de coton, que sa con- 
sommation de tissus de fil avait de beaucoup diminué. 
Aussi le roi Louis XIV pour remédier à cette f&cheuse 
situation, et pour empêcher l'entrée de nouvelles mar- 
chandises, avait-il fait rendre, le 28 avril 1711, par le 
Conseil d*Etat, un arrêté exigeant ce que les mousselines 
i> et toiles de coton qui se trouvaient, à cette époque, 
i> dans son royaume, seraient revêtues d'une marque 
» spéciale ^d Cet arrêté fut utile, sans doute, et favora- 
blement accueilli; mais il fut loin d'empêcher l'intro- 
duction clandestine des produits de l'étranger. 

Le droit de visite et l'empreinte, imposés par l'ar- 
rêté du 12 septembre 1729, dont nous avons parlé, 
répugnaient au commerce de Saint-Quentin; il demanda 
que, pour toute la France, il n'y en eût qu'une et 
qu'elle fût uniforme. Le gouvernement n'y consentit 
pas. Une ordonnance de police, rendue le 29 avril 1736, 
exigea au contraire la présence de deux négociants k 
l'apposilion de cette marque, ne permettant même pas 
qu'ils pussent s'y faire représenter par leurs enfants ou 
par leurs commis. 

Le refus de l'autorité à condescendre à la supplique 



t Voir l'arrêté du 28 avril 17il, aox pièces josti6catiT0s. (Arehwei de 
rAitne, G. 765.) 



— i«B — 

qui lui avait été adressée, s'explique par les efforts 
que depuis le mois de mars 1724, Tlrlande faisait 
dans le but de se procurer en fraude la plus grande 
quantité de lin possible, et d'enlever à la France, en 
les embauchant, ses plus habiles tisseurs. 

Les émigrations produites parla révocation de l'édit 
de Nantes se continuaient encore sous Louis XV, et 
vers la fin de 1724 plusieurs commerçants flamands' 
et picards ^, professant la religion protestante, par- 
tirent pour TEcosse et allèrent se fixer à Edimbourg. 
Us y apportèrent Tart de fabriquer la batiste. Un 
quartier spécial, composé de treize maisons, leur fut 
assigné. Une association, dont faisaient partie les prin- 
cipaux gentilshommes de TEcosse les prit sous son 
patronage et favorisa une industrie naissante qui vint 
ensuite sur les marchés étrangers faire concurrence 
aux produits des villes de Valencienues, Saintr-Quentin 
et Cambrai. 

Ce fut quelques années après cette émigration que, 
pour hâter les progrès des manufactures de Dundalk, 
un lord riche et puissant, lord Limerick ne reculant 
devant aucun sacrifice, faisait demander, à prix d'or , 
à la Picardie, ses meilleurs ouvriers pour les occuper 
en Ecosse. 

Il était urgent de combattre cet embauchage ;^ussi 



i L*une des découvertes les plus précieuses faites dans la pratique du 
tissage, celle de la navette vulante, est due à un Flamand. Elle fut appli- 
quée pour la première fois à Ypres, dn 1730 à I7i0. 

tiUlQirûde Belgique, tome 111, page 281. 

S Uéme histoire, même volume. 



— I9« — 

pour attacher plus étroiteroeut ses tisseurs à la fabri- 
que de Saint-Queutia, uue ordonnance municipale, 
du 20 janvier 1749, prescrivit -elle de nouveau la 
stricte exécution de Tarrété du 2 janvier de la même 
année, portant; « expresse inhibition et défense à tous 
v» compagnons et ouvriers employés dans les fabriques 
» et manufactures du royaume , de les quitter pour 
» aller travailler ailleurs, sans un congé exprès et par 
écrit de leurs miUres, è peine de 100 livres 
o d'amende, au paiement de laquelle somme ils 
» étaient contraints par corps. La même ordon- 
» nance défendait également à tous fabricants de 
» prendre à leur service aucuns compagnons et ou- 
» vriers ayant travaillé chez d'autres de leur élat et 
» profession dans le royaume, sans qu'il leur soit ap- 
» paru d'un congé par écrit des maîtres qu'ils auront 
n quittés, ou des juges de police en certains cas, à 
» peine du 300 livres d'amende pour chaque contra- 
» vcntion et de tous dépens, dommages et intérêts. 

La sortie frauduleuse des fils n'avait pas cessé, et 
leurs prix s'en trouvaient doublés. Le commerce ne 
cessait de réclamer la suppression d'un abus qui mena- 
çait de le ruiner *, en alimentant les manufactures de 
l'Angleterre. 

Un-arrétô, du 10 juin 1749, renouvela la prohi- 
bition de la sortie des ûls, et un autre, du 12 no- 
vembre suivant, affranchit de tous droits les lins et les 

1 Voir aa\ pièces justificatives le mémoire des négociants et marchands 
eo ipros conlrA la soriie des fiU écrus, du 28 décembre 1776, et l«*s obser- 
fationsde rinspccieur Tribert. (Archives de l'Aisne, G. 76 Ij. 



— 497 — 

chanvres à leur entrée en France. Le district de Saint- 
Quentin se trouva forcé de tirer de grandes quantités 
de lins de l'étranger, et outre ce produit, il recevait des 
cendres de la Russie et du bleu d*azur de la Hollande. 
Quant aux fraudes et aux abus que Ton signalait dans 
la fabrication et dans le courtage, un inspecteur *, des 
manufactures intelligent, parvint à apporter d'utiles ré- 
formes à cette situation. Convaincu que la loyauté est 
l'âme du commerce, il se plaça sur ce terrain et fit 
abandonner les moyens de rigueur qui aigrissent, pour 
la persuasion qui concilie. Il s'attacha à démontrer aux 
courtiers et aux fabricants leurs véritables intérêts ; il 
leur prouva qu'ils ne pouvaient apporter trop de bonne 
foi dans leurs opérations et qu'un déficit sur la longueur 
et sur la largeur d'une pièce de marchandise consti- 
tuait un vol manifeste dont ils ne devaient pas se rendre 
coupables. L'agitation était grande alors , il la calma , 
et ses avis furent écoutés. Il fit rendre l'ordonnance du 
14 mai 1751 *, qui, prenant en considération la de- 
mande des commerçants de Saint-Quentin, qui insis- 
taient pour être dispensés de l'exercice du bureau de 
visites, décidait que ce service serait dorénavant fait 
par un inspecteur des manufactures, et les élèves qui 
seraient, à cette fin, désignés. 

Ce fut de 1752 à 1754 que plusieurs manufacturiers 
de Saint-Quentin , convaincus que le marché français 
ne leur présentait plus de débouchés suffisants pour la 

i Etienne Tribert, inspecteur des manufactures en 1 750. 
9 Voir aux pièces jnstiûcaliyes. 



— 498 — 

▼ente de leurs tissus de fil , et que les mousselines dés 
Indes et de Suisse continuaient à y être de plus en plus 
recherchées, résolurent d'essayer d'en faire fabriquer 
en Picardie. 

Par la création d'un nouveau produit, ils voulaient 
aussi venir en aide à la position trop souvent malheu- 
reuse de leurs ouvriers. 

Le coton, dont le caractère particulier est d*êtredans 
ses principaux développements une industrie con- 
temporaine , commençait à apparaître dans plusieurs 
centres industriels. 

Jusqu'au xvi* siècle, son usage en France était peu 
répandu, ou du moins, il n'y était pas employé comme 
matière textile. 

En effet, dans une ordonnance de 1S08, du roi 
Louis Xn, qui avait pour but d'établir un maximum 
sur toutes les marchandises alors connues, on n'y 
voit figurer aucune étoffe tissée avec du coton. 

Cependant Villehardouin * signale , dès le xn* siècle, 
cette matière comme servant à fabriquer des espèces 
de bonnets qu'alors on tirait des villes de la Flandre. 

Vers les premières années du xiv% on trouve le 
coton en carde et filé , et parmi les marchandises sur 
lesquelles s'exerçait le trafic de Rouen, d'Harfleur et 
de Leure, oa voit figurer « la soye et boure de soye, 
m coton filé ou non et estouppes filées ou non » ; mais 
nous devons dire que le coton n'était encore employé 
qu'à la confection des mèches de chandelles, et tout au 

1 Ordonnances, tome II, page 819. 



— 199 — 

plus à faire des bonnets et des gants. On n'avait pas 
encore songé à l'utiliser dans la texture des étoffes. 

C'est en 1534, dans des lettres patentes délivrées, 
au nom du roi François 1", à la communauté des pas- 
sementiers de Rouen, qu'il est fait mention du coton, 
comme d'unlainage d'introduction récente. Dans celles 
accordées, le 20 mars 1331, à cette communauté pour 
fabriquer des étoffes en or, argent et soie, les étoffes 
de coton ne figuraient pas, et ce fut pour les y com- 
prendreque la clause que nous allons citer y fut ajoutée 
en 1534 '. Il est dit dans ces lettres patentes: 

« Serait advenu qu'aucuns particuliers par leur in- 
» vention et industrie auraient pratiqué l'expérience 
» et façon de faire des fulaines frangées, velues et au* 
» très façons qui sont faites de coton el. fil, fort requises 
» et recueillies es pays et nations étranges, desquels 
» ouvrages leur dite ordonnance ne fait aucune men- 
» tion, parce qu'icelles ouvrages n'étaient encore trou- 
» vés mais a été de nouveau pratiqués, et, pour ce que 
D ledit ouvrage approche assez, et se fait et se bâtit en 
» la manière de drap de soie, et n'y a différence sinon 
1» en la matière : aussi que les dits suppliants en ont été 
» les premiers inventifs et besognant en la dite ville. . 

» Permettons et autorisons les dits mattres et ouvriers 
» dudit métier à faire en leurs maisons et ouvroirs les 
» dites futaines faites de coton et fil, soit frangées, 



1 Etude tur les industries du coton et du lin, par Mphonsc Cordier, 
membre de la chambre de commerce de Rouen (page 71]. 



— 200 — 

D velues ou autres. L'opération dudit ouvrage, nous 
r> avons ajouté et ajoutons à la dite ordonnance pour 
it le temps à venir, en témoins de ce, nous, lieutenant 
Y> général dessus dit, avons scellé les présentes, etc, 
D le samedi vingtième jour de juin 1534. » 

Ces lettres patentes expliquent en termes exprès que 
cette sorte d'étoffe constituait une nouveauté dont les 
passementiers de Rouen étaient les inventeurs. Qu'é- 
taient ces futaines frangées et velues, faites de fil et 
de coton ? A quel usage servaient-elles ? Rien ne le 
constate, mais on peut supposer que le coton, dans la 
première moitié du xvi' siècle, ne pouvait être qu'une 
-consommation de fantaisie. Les grands emplois de 
cette matière n'étaient pas encore fixés, et le courant 
de l'approvisionnement n'avait pas pris la direction 
que les cultures américaines devaient plus tard lui im- 
primer. Le peu de coton que recevait alors l'Europe 
lui était fourni par les Indes orientales, l'Asie mineure 
et les lies de l'Archipel grec ; la meilleure part abou- 
tissait en Italie où cette industrie était florissante ; le 
reste arrivait dans nos ports de Provence, pour se ré- 
pandre de là dans l'intérieur du royaume. Il dut en 
résulter* que le travail du coton s'établit d'abord dans 
le rayon du lieu où cette marchandise fut portée , et 
que son premiersiége, siège qui ne fut que provisoire, 
fut le midi de la France. Pour qu'il gagnât vers le 
nord, il fallut deux circonstances : la première, c'est 
que l'usage des tissus de coton devint plus général ; la 

f U Coton, par Louis Reybaud, page 346. 



— 201 -- 

seconde, c'est que la convenance de la main-d'œuvre 
couvrit le surcroît des charges qu'occasionnait un 
transport à de plus longues distances. Mais des siècles 
devaient s'écouler avant que ce déplacement d'activité 
devint sensible. 

. Par quel procédé les passementiers filaient-ils le 
coton qu'ils employaient? comment fut-il filé, quand 
plus tard la fabrication des toiles et des mousselines 
s*en empara? Aucun document ne nous enseigne quels 
étaient ces moyens; nous pouvons seulement supposer 
qu'on le filait au rouet ou au fuseau, et qu'on le tissait 
sur des métiers informes. 

L'industrie du coton éprouva ensuite de nombreuses 
vicissitudes; sous Colbert, elle eut une certaine activité 
quelle perdit en partie, après la révocation de l'édit de 
Nantes. 

Nous dirons, dans la seconde partie de cette étude, 
ce que fut à Saint-Quentin cette grande industrie, et 
ce qu'elle y est aujourd'hui: nous dirons aussi son 
origine, ses progrès et la place considérable qu'elle a 
occupée depuis 60 ans dans le commerce de cette cité. 
Dans cette première partie, nous nous contenterons 
de faire connaître ce que fut au xvni' siècle à Saint- 
Quentin, la fabrication de certaines étoffes de coton. 

Cette fabrication y fut beaucoup plus importante 
qu'on né le croit généralement. 

On sait peu en France* quelle y a été 1 origine de 



f Les rapports du jury de TExposition de 1802 disent: c qu'il n'avait 
« été présenté au jury de TExposition qu^'une pièce de mousseline et que 
c ron doutait même qu'elle eût été fabriquée en France. • 



la fabrication de la mousseline, et l'on ne sait pas 
assez que c'est dans le rayon de Saint-Quentin que se 
sont tissées les premières pièces de cet article, qui, 
avec ses nombreuses variétés, est devenu depuis l'un 
des principaux produits du coton. 

Nous allons le rappeler, et rappeler en même temps 
que si cette industrie n'a été qu'un auxiliaire lentement 
introduit dans l'activité commerciale de cette contrée; 
que si, depuis 1750, elle ne s'y est pas complètement 
développée, ce ne fut la faute ni de plusieurs de ses 
manufacturiers ni de ses habiles ouvriers. 

Le nom du tissu de coton dont nous allons nous oc- 
cuper, le nom de Mousseline dérive delà ville de Mos- 
soul en Asie, où il existait, dit-on, dans les temps an- 
ciens, des manufactures très- considérables de cette 
étoffe, qui se faisait particulièrement en qualités légères 
et claires. Les Indes ont longtemps continué d'en pro- 
duire. Sa réduction comprenait autant de âls en chaîne 
qu'en trame ; cependant, ses fabricants en mettaient 
souvent plus en trame qu'en chaîne, et les numéros 
des cotons qu'ils employaient pour la trame étaient 
plus fins que pour la chaîne ^ Ces tissus, quoique très- 
clairs, étaient d'un excellent usage; les fils en étaient 
irréguliers, peut-être, mais les pièces étaient parfaite- 
ment fabriquées. Ilsjouirent longtemps d'une grande 
réputation en Europe, et, depuis la fin du xvii* siècle, 
ils faisaient en France une concurrence redoutable 
aux linons et aux batistes. 

t Bozon, tome 7, page U5. 



— 20S~ 

Les manufacturiers des villes de Saint-Quentin, de 
ValencienneSy de Cambrai et de Bapaume, s'alarmè- 
rent en plusieurs circonstances de cette concurrence ; 
les intérêts de leur commerce en souffraient tellement, 
qu'ils adressèrent de nombreuses doléances aux inten- 
dants de leurs généralités respectives, pour s'en plain- 
dre ; mais que pouvait la bonne volonté des intendants 
contre les besoins d'une nouvelle consommation et les 
volontés impérieuses de la mode? 

Les linons et les batistes se demandaient encore à 
l'étranger, nous l'avons dit, mais à cette époque il s'en 
vendait beaucoup moins en France, où les dames y 
préféraient les produits indiens en coton. Cette situa- 
tion était devenue telle, qu'en mai 1734, un intendant 
de Picardie * crut de son devoir d'en prévenir * le 
contrôleur général des finances. Sa lettre lui disait^ : 

a J'ai déjà eu l'honneur de vous informer de la dé- 
» cadence de la manufacture des toiles batistes et linons 
» de Saint-Quentin; je vous ay marqué en même 
«> temps que l'on ne pouvoit l'attribuer ni à la qualité 
» des matières, ni à la fabrication, ni au blanchissage, 
» qui sont dans la plus grande perfection, mais à la 
D consommation prodigieuse de mousselines des Indes 
» qui se faiten France. Comme cet objet m'a paru très- 
» intéressant, j'ay donné des ordres très-précis pour 
1» estre informé exactement de la situation de la manu- 

1 M. de Chauvelio, ioteodaut de la géoéralitë d'Amiens. 

2 II. Orry, contrôleur général des finances. 

â Lettres de M. d6 Cbauvelio (AfetUvet de VAUtie, C. 75a;. Voir aux 
pièces justiflcatÎTes la lettre dv 96 mai 1734. 



— 204 — 

» facture; comme je la vois sensiblement dépérir de 
» mois en mois, que grand nombre de fabricants, plu- 
» sieurs marchands môme des plus gros , sont sur le 
» point d'une perte prochaîne, que des ouvriers, qui 
» sont au nombre de plus 20 ou 23,000 répandus dans 
» l'élection de Saint-Quentin , vont se trouver inces- 
» samment sans pain et sans ressource, si dlcy à un 
» an cet établissement ne reprend vigueur, et qu'enfin 
» cette manufacture est d'autant plus précieuse qu'elle 
» tire fort peu de l'étranger et y envoyé beaucoup, 
» j'ai cru donc devoir vous informer de son état. » 

La situation déplorable dans laquelle se trouvait l'in- 
dustrie de Saint-Quentin, et sur laquelle l'intendant 
de la généralité d'Amiens avait appelé la sérieuse at- 
tention du contrôleur général des finances, loin de 
s'améliorer, s'aggrava au point que le nombre des 
pièces de tissus marquées, en 1750, au bureau de la 
ville, ne s'élevait plus qu'à 98,638. C'était bien peu. 

Ce fut à celte époque, nous le répétons, que quel- 
ques fabricants , parmi les plus intelligents de la 
contrée, essayèrent de faire quelques pièces de mous- 
selines à l'imitation de celles des Indes. Cet essai leur 
fut facile : les qualités des tissus qu'ils voulaient 
imiter en coton ressemblaient à celles des linons de fil; 
les mousselines garnies avaient à peu près celles des 
claires 2/3 *, et les mousselines légères, celles des 
claires 3/4. Ce qu'ils obtinrent avec le plus de. peine, 



< Les claires 2/3 étaient généralemeot d'une qualité assez forte; les 3/i 
et les 7/8 étaient beaucoup plus légères. 



— 206 — 

ce fut le coton pour les fabriquer. On le recevait parti- 
culièrement de rétranger, et, pour les numéros moins 
fins, on employait, pour les filer, un rouet analogue à 
celui dont on se servait à la fin du xviii' siècle; mais 
la matière première était très-rare et très-difficile à 
se procurer même en Picardie, où l'on faisait de si 
beaux fils. 

Le roi Louis XV, voulant encourager le filage du 
coton, décida, en 17S6*, que des primes seraient ac- 
cordées aux fileuses qui se consacreraient à ce genre 
d'industrie. Cette mesure avait pour but d'augmenter 
le nombre des fileuses du coton, et de faciliter aux 
tisseurs les moyens de fabriquer des' mousselines. 

Daas le district de Saint-Quentin, il s'en fit 380 
pièces en 1736^ 1121 en 17S7, 815 en 1738, 1098 
en1739et103yfenl760. 

En celte dite année de 1760, on fabriqua, en outre, 
un autre genre de tissu, plus demandé alors par la 
consommation , que l'on appelait demi-mousseline. 
On en marqua 2632 pièces en 1760. Cette nouvelle 
sorte fit tort à la première, puisqu'en 1761 on en 
acheta 8493 pièces contre 293 des autres; en 1762, 
9560 contre 232, et enfin, en 1763, 7291 contre 
33 pièces du genre qui, primitivement, avait été créé 
dans le but d'imiter les mousselines que la com- 
pagnie des Indes livrait au marché français. 



i Voir aux pièces jostifinntives la lettre da 7 décembre 1 756 de Tinten- 
dant d*Amiensel les observations deTribert (Archives de VAnne^ G. 760). 

^ Etat des toiles, mousselines et linons marqués dans le bureau da 
Saiat-QuenUii (Archives de l'Aisne, G. 75ej. 



— 306 — 

Cette fabrication qui, de 17S6 h 1763 seulement, 
avait déjà produit 33,203 pièces, se continua avec une 
certaine activité jusqu'en 1772 et même après, non- 
seulement à Saint-Quentin, mais encore à Caulaincourt 
où , sous une noble impulsion^, deux hommes intel^ 
ligents^ étaient parvenus à parfaitement imiter les 
mousselines suisses. 

L'industrie du coton eût certainement pris à cette 
époque à Saint-Quentin un grand développement, si 
elle n'eût pas été arrêtée dans sa marche par l'oppo- 
sition la plus étrange. Cette opposition venait de ses 
principaux manufacturiers, et de celui-là même qui 
contribua le plus à la prospérité de son industrie de 
tissus en fil ^. 

Ce négociant, préoccupé de l'importance qu'allait 
y prendre le tissage des toiles de coton et des mous- 
selines, adressa, au mois de septembre 1756, à l'in- 
tendant de Picardie un mémoire que nous croyons 
utile de faire connaître à nos lecteurs, ainsi que la 
réponse qui lui fut faite. 

Ce mémoire très-curieux disait ^ : 

a Les tentatives multipliées qu'on fait à Saint- 
9 Quentin pour établir la filature de coton et des fa- 
i> briques de mousselines intéressent trop sensible^ 
)» ment la manufacture des toiles batistes et linons 
p pour ne pas exciter l'attention des ministres qui sur- 

1 Ia marquis de Caulaincourt. 

1 MM. ÂlluU Fuurquin et 0«. 

8 Daniel Cottio. 

4 EitraU à»s Archivée de l'Aisne, C. 740. 



— SOT — 

s> veillent le commerce de l'état, et on croit devoir leur 
» présenter quelques réflexions sur cet important 
» sujet. 

» C'est un avantage, sans contredit, que de fournir 
» de nouveaux moyens au peuple pour exercer son in- 
» dustrie, et on est très-éloigné de s'opposer aux effets 
» de ce principe, mais avant de le mettre en activité, 
» ne convient-il pas d'examiner scrupuleusement : 

» 1^ Si les objets de travail d'un pays quelconque 
D sont en proportion avec sa population. 

D 2** S'il ne seroit pas nuisible aux fabriques établies, 
» d'y en admettre dé nouvelles. 

9 La disette des sujets dans tous les arts mécaniques 
i> et la cherté de la main-d'œuvre en ce pays déposent 
)) en faveur de l'assertion que le travail établi et connu 
» sufQt à la population. 

» On répondra sans doute à la 2' question par cet 
» axiome général, que partout où il y a acroissement 
» de travail il survient accroissement d'hommes ; cela 
» peut être vrai dans certains cas, mais cette maxime 
» n'est assurément point admissible dans l'espèce 
» présente; il faut le démontrer. 

» L'aliment delà manufacture des batistes et linons 
» est le produit de la filature domestique, de la classe 
» la plus misérable du peuple. Le profit que donne le 
» filage du lin est si modique qu'il fournit à peine de 
» quoi vivre à ceux qui s'en occupent uniquement 
» pour eux seuls; c'est une vérité incontestable, et on 
» ne se livre à ce genre de travail que parce qu'il rem- 
» plit les moments où on seroit oisif; il est abandonné 



^ 



— 208 — 

» aux femmes, et il ne peut faire objet capital et unique 
» pour une famille, comme nous le voyons chez les 
9 fileurs de laines, parcequ*il ne produiroit pas de 
» quoi la nourrir. Dix à douze sols par jour sont le 
» fruit du travail le plus assidu et le plus parfait des 
» filles qui se fixent exclusivement à la filature du plus» 
» beau lin, et il en est beaucoup qui ne gagnent que 
» 3 et 4 sols par jour, ce qui les détache du filage, dès 
r> qu'on peut les faire travailler à la terre. Le chef de 
D famille alors les emploie plus utilement, toutes fai- 
» blés qu'elles soient, parcequ'il n'est point d'occupa- 
tion qui ne produise plus que la filature du lin. 
» Dalà vient que presque tout filage est suspendu pen- 
» dant les mois de juillet, août et septembre; que 
» prouve ce détail? c'est qu'une espèce de travail aussy 
» ingrate ne peut jamais encourager la transmigration 
» ou l'aocroîssement de population, et l'application des 
x> principes : qu'où il y a à s'occuper, il vient des 
hommes^ ne peut avoir lieu ici qu'abusivement. 

i> Si la filature de lin était surabondante à l'emploi 
» ou à la fabrication, il seroit très-utile sans doute de 
D la diviser entre le lin et le coton, mais on ne craint 
j> point de dire que le fil de lin est toujours en masse 
au-dessous de la consommation, qu'on en employé 
» souvent de très mauvais faute de bon, qu'il est tou- 
» jours très rare, et l'augmentation en fait la preuve; 
» il est un tiers plus cher qu'il y a 6 ans. C'est enfin 
» une vérité incontestable que les fileuses manquent à 
» la manufacture des batistes et linons, c'est l'objet 
» constant et vrai des plaintes de tous les fabricants, 



— 209 — 

» et le négociant, auteur du présent mémoire, pourrait 
» administrer les témoignages les plus authentiques à 
3> Tappui de ce qu'il avance. 

» S'il est donc vrai qu'il y a impossibilité mo- 
i> raie à augmenter le nombre des fileuses, et que 
» le nombre actuel suffise à peine pour le service de 
» la manufacture des toiles batistes et linons, que 
» doit-on penser des efforts que l'on fait pour in- 
troduire une nouvelle filature, dont le produit 
» encouragera toutes les filatures k quitter l'ancien 
travail? Quel effet produiront les récompenses qu'on 
se propose d'accorder à celles qui auront filé le plus 
beau coton? Elles gagnent actuellement de 12 à 22 
» sols par jour (le double des fileuses de lin), le fait 
D est sûr ; si l'on joint à celte augmentation de main- 
» d'œuvre l'espoir des primes, tout ce qu'il y a de 
» bon en fileuses se livrera à la filature du coton, 
9 la manufacture de batistes et linons non-seule- 
D ment manquera d'aliment, mais même encore 
n'aura plus cette quantité suffisante des^ beaux fils 
D qui la rendent fabrique unique dans l'univers. On 
» aura favorisé une fabrication d'un succès douteux 
par l'avilissement d'une autre dont les avantages sont 
» certains, connus, démontrés; on aura présenté à des 
» fabricants utilement employés des objets étrangers 
y> et incertains. Déjà les trois plus habiles ont aban- 
» donné. les ouvrages de fil de lin et se portent exclusi- 
» vement au fil de coton; s'ils réussissent, la consom- 
mation de la mousseline est si sûre en France que 
» la majorité des ouvriers quittera la batiste et le 

u 



— «iO — 

h linon, et cette précieuse manufacture manquera par 
» le fil et par rœuvre. 

» L'objet de ce mémoire n'est assurément point 
9 d'engager le ministère à défendre la fabrication des 
» mousselines dans ce canton , ce serait mettre des 
» entraves à l'industrie , mais on supplie le conseil 
de Sa Majesté de ne point accorder des primes pour 
» la filature du coton, dans l'étendue de la manufac- 
» ture des batistes et linons ; cela serait du plus dan- 
» gereux effet. S'il était même permis de demander 
qu'on n'y filât du coton que dans les communautés 
» et hôpitaux, on croit que ce serait un grand bien 
9 pour cette fabrique ; cela n'enlèverait aucune fileuse 
» à la toile, et l'administration pourrait donner à cet 
9 égard des ordres qui, bien exécutés, augmenteraient 
3» la masse des matières premières, et influeraient 
» avantageusement sur le travail de toutes les manu- 
D factures. 

» Enfin, ce qui doit décider le conseil sur l'objet 
» des primes, c'est qu'elles peuvent nuire infiniment, 
)» et jamais produire un grand bien. Si la fileuse 
» gagne le double à filer du coton, la prime est 
» superflue, elle abandonnera le lin. Si le fabricant 
» n'achète point le fil de coton, la prime seule ne 
déterminera point à filer. Elle ne peut donc 
» qu'ajouter au dégoût de filer le lin, ce n'est assu- 
y> rément pas l'intention de l'administration, et pour 
» entrer dans ses grandes et utiles vues,- on ose lui 
» présenter ici une idée relative à l'objet dont il est 
)» question. 



— 241 — 

» n y avait ei^devant à Bulles en Beauvoisis des 

9 linières trës-abondantes, que des inondations ont 

» rendu stériles. Le Un qu'elles produisaient était filé 

» di^ns les environs et servait à la fabrication des plus 

)» belles demi-hollandes. Le gouvernement s'est sou- 

9 vent occupé du rétablissement de ces linières pour 

» rendre de l'activité à l'industrie du peuple de ce 

» canton. Qu'il y établisse des filatures de coton ^ qu'il 

» y donne des récompenses à qui filera le plus beau, 

« qu'il y attire quelqu'uns de nos habiles fabricants : 

» c'est là que sans aucun risque on peut multiplier les 

x> tentatives. On y trouvera des mains accoutumées à 

» filer, des tisserands à qui la mécanique de la fabrica- 

» tion est familière, et l'établissement des fabriques de 

» mousselines ne peut se faire avec plus d'avantage et 

» moins de danger que dans ce lieu^ La main d'œuvre 

» y sera à plus bas prix; on la fixera; on la tarifiera ; 

» ici il faut recevoir laloi de la fileuse, qui asa ressource 

» dans son travail ordinaire ; là on la donnera parce que 

» le peuple n'y est pas assez occupé, et on ne craint 

» point d'annoncer les plus heureux succès pour cet 

9 établissement. Il convient d'autant mieux au bien de 

» l'état quele débouché des mousselines ne sera point 

» une consommation momentanée, elle est sûre, elle 

» est bien établie en France, et c'est la base de l'édifice. 

» Point de surcharges de marchandises à craindre, 

) point d'obstacles à surmonter, comme pour le com* 

» merce extérieur; c'est l'intérieur qui consommera, 

» enfin tout semble inviter le ministère à tourner ses 

» vues vers ces établissements, mais il est trop éclairé 



— 242 — 

)> pour que ce soit à Tavilissement d'une manufacture 
» que tout rend recommandable. 

» Nul autre intérêt que le bien général a dicté ces 
n réflexions ; le négociant de qui elles sont aurait au 
D contraire un avantage personnel à faire naître une 
nouvelle branche de commerce à Saint-Quentin, par 
» les correspondances qu'il a au dedans et au dehors 
» du royaume, mais la cupidité n'est point l'esprit qui 
D l'anime, trop heureux, si en sacrifiant ses propresin- 
» téréts, il peut contribuera éloigner ce qui serait con- 
» traire à l'utilité publique. » 

A ce mémoire, qui fait parfaitement connaître les 
idées commerciales qui dominaient à cette époque, 
l'intendant de Picardie répondit le 7 décembre i756: 

« J'ai examiné. Monsieur, avec toute l'attention que 
» vous pouvez désirer, le mémoire que vous m'avez en- 
» voyé joint à votre lettre du 1" septembre dernier; j'y 
» ai trouvé toutes les raisons qui peuvent être opposées 
» non-seulement à l'encouragement que le conseil veut 
» donner aux filatures de coton, mais encore à l'éta- 
» blissement même de la manufacture de mousse- 
» lines, exposées avec tout l'ordre et la netteté possibles. 
D Mais, tout bien considéré^ il m'a paru que ces raisons 
» devaient céder à celles qui parlent en faveur de cet 
» établissement; vous les sçavez aussi bien que moi, et 
» vous connaissez sûrement encore mieux tout le profit 
» que notre commerce en général peut en retirer. 
» D ailleurs, je ne pense pas, d'après les informations 
» que j'ai pris et d'après ce que j'ai vu dans votre mé- 
» moire même, qu'il y ait lieu d'appréhender que la 



— 218 — 

» filature du coton fasse tort à celle du lin et que le 
» nombre des fileuses que pourra fournir le pays ne 
)> soit pas suffisant pour l'une et pour Tautre. La mo- 
» dicité du prix de la main-d'œuvre pour la filature du 
» lin, que vous exposez dans votre mémoire être telle 
» que ce mitier fournit à peine de quoi vivre à celles 
» qui s*en occupent uniquement, suffit pour me faire 
» conjecturer qu'il y a beaucoup plus de fileuses qu'il 
» n'y a quant à présent d'ouvrage à leur donner, 
v> parce que bien certainement le prix d'une main- 
» d'œuvre auj.n3nle ou diminue ea proportion de la 
i> rareté et du plus grand nombre des sujets* qu'on 
» peut y employer. A cette conjecture se joint une 
» preuve de fait qui achève de me convaincre. En 1731 
Y> on a fabriqué à Saint-Quentin ou dans les environs 
i> près de 120,000 pièces de batistes ou linons. Ce 
nombre est baissé dans les années suivantes à 
» 100,000, et ce sera tout au plus s'il va cette année 
^ à 80,000. Il s'en faut donc d'un tiers ou à peu près 
i> qu'il se fasse à présent autant d'ouvrages en linons à 
» Saint-Qjentin et dans les environsqu'il s'y en faisait 
D il y a 3 ans, d'où il faut nécessairement 'conclure 
y> qu'il y a un tiers moins de fileuses employées, qu'il 
y> n'y en avait alors, et voilà la vraie raison de la mo- 
» dicité du prix de leur main-d'œuvre. Quel plus grand 
» bien peut-on faire à celles qui manquent aujourd'hui 
» d'ouvrage et en même temps à celles qui sont forcées 
D de donner leur travail à un prix à peine suffisant 
» pour les faire vivre, que de leur procurer un moyqn 
)> de les occuper toutes à un prix qui leur fournisse leur 



— «14 - 

n subsistance. J'ai cru devoir en conséquence fàyori-^ 
» ser rétablissement des mousselines et encourager les 
D ouvrières à se perfectionner dans la IBIaturedu coton. 
» Quoique je me sois trouvé penser en cela différemment 
D que vous, je n'en ai pas lu avec moins de plaisir votre 
n mémoire, et toutes les fois que quelque objet intéres- 
» sant pour le commerce vous fera naître des obser- 
» vations et des réflexions que vous voudrez bien me 
r> communiquer, je les recevrai et les lirai toujours 
n avec un empressement proportionné à la grande 
Y> confiance que j'ai en vos lumières, s 

Cette discussion, qui fait connaître une série de do- 
cuments * , qui ne devront pas être perdus pour les 
annales de l'industrie Saint-Quentinoise et qui inté- 
ressent même l'histoire du commerce de la France, ^ 
montrera comment, il y a plus d'un siècle, des négo- 
ciants, justement renommés par leurs capacités, appré- 
ciaient les nouvelles découvertes et l'avenir des intérêts 
généraux de toute une contrée. 
. Ce fait regrettable prouve combien étaient grandes 
alors les difficultés que rencontraient pour se produire 
les nouvelles industries. Toutefois, on verra également 
dans les pièces que nous publions, que si la filature du 
coton et le tissage de la mousseline ne s'établirent pas, 
en 1756, d'une manière définitive à Saint-Quentin, 
ce ne fut ni la faute de l'intendant général d'Amiens, 
ni celle de l'inspecteur des manufactures, qui formu- 



t Voir an pièces justificatives, sur les filatures de coton et de mousselinet 
une autre lettre de Daniel Cottin, du 15 décembre 1^56, et les observations 
de M. Tribert, insp. des manu&ct. fExt. des Areh, de F Aime, G. 760;. 



— B« — 

lèrent leur réponse au mémoire qui leur avait été 
adressé , en déelarant a que les fabricants devaient 
» toujours être libres de monter des usines où bon 
» leur semblerait, et que celles de coton que Ton éta- 
9 blirait à Saint-Quentin ue pouyaient, en aucune 
» manière, nuire à la fabrication des tissus de fil qui 
» y existait déjà *. » 

Il n'est donc pas douteux que, de 17SS à 1772, la 
production des mousselines a été, à Saint-Quentin, 
â*une certaine importance; et ce qui le prouve encore 
c'est que ce tissu est un de ceux qui, à l'époque de 
la cessation des relations de la France avec l'Espagne, 
l'Angleterre et le Portugal, furent le plus sévèrement 
prohibés. 

Ainsi la pragmatique d'Espagne ne se contenta pas 
de défendre l'introduction, dans ses états, des mousse- 
lines, mais encore elle prescrivit aux femmes de ne 
porter que des mantilles de soie ou de laine. Cette me- 
sure si extraordinaire donna lieu dans les deux pays 
è de vives réclamations. Les Espagnols exposèrent': 
Y> que l'usage des mantilles, alors si répandu, allait 
» devenir exclusivement l'apanage des femmes riches ; 
n qu'elles qui Itéraient bientôt, elles-mêmes, une mode 
rt dont le principal agrément était de confondre les 
yf rangs et de faire moins remarquer les dames, qui. 
If sous cette espèce de déguisement, sortent dans les 
Y> rues. i> 

i Rapport de U. ÎMatendant Dupleix i M. Cottin (Archivée de FAûne). 

S AtehHfé âe VàUnêi C. 161 ,• noêê t711^ tettré f U. Gabriel On- 
moasâer. 



— 216 — 

Les doléances des fabricants français étaient plus 
sérieuses; ils se plaignaient amèrement * a d'une me- 
D sure qui les privait d'un débouché qui grandissait 
» chaque jour. » 

Si la nouvelle industrie des mousselines n'eillt pas 
été déjà importante, en 1736, à Saint-Quentin, si elle 
se fût bornée seulement à une production insignifiante, 
les principales maisons qui faisaient le commerce des 
tissus en fil n'eussent certainement pas essayé de la 
combattre si énergiquement à sa naissance, et ils ne 
l'eussent pas ensuite arrêtée dans sa marche et dans ses 
progrès. 

Son existence de 1752 à 1772 ne saurait donc être 
contestée, et ce fait, généralement peu connu, doit 
désormais être acquis à l'histoire de ses industries. 

Les pièces qui la prouvent sont déposées, d'ailleurs, 
dans les archives du département de l'Aisne, où se 
trouvent la plupart des documents officiels qui regar- 
dent son commerce. 

Si nous insistons d'une manière aussi particulière 
sur l'importance de l'existence, aux archives départe- 
mentales, d'un état officiel des toiles, mousselines et 
linons présentés au bureau de Saint-Quentin, de 1750 
à 1763, lequel indique, nous le répétons, qu'en huit 
années seulement on y marqua 33,203 pièces de 
mousselines, c'est parce que ce document est peu 
connu et que pas un seul des historiens qui ont écrit 
sur l'origine de la fabrication des étoffes de coton 

t Lettré de M. Trudaine à M. Daplessis, inteodaot d'Amiens, 29 mars 
1711. {Archivet de VAime, G. 761 .; * 



— 217 — 

tUsées en France au zvin* siècle n'en fait mention. 
Bs se contentent, pour la plupart, sans préciser l'é- 
poque de cette fabrication, de citer Tarare et Saint- 
Quentin comme les villes qui, les premières, produisi- 
rent l'article mousseline. Us eussent certainement 
accordé au district de cette dernière cité la priorité à 
laquelle il a droit, s'ils eussent eu connaissance des do- 
cuments qui existent dans ses archives et qui la justi- 
fient. 

Personne ne rend et n'a rendu ' plus que nous à la 
ville de Tarare la justice qui lui est due pour la fa- 
brication de ses mousselines et des tissus légers pour 
laquelle elle est aujourd'hui, en France, au premier 
rang, et n'a en Europe de concurrents qu'en Ecosse 
et dans quelques cantons de la Suisse ; mais il n'est 
pas moins vrai, qu'en 1736, c'est-à-dire à l'époque où 
il se fabriquait des mousselines à Saint-Quentin, on 
commençait à peine dans le Beaujolais et dans le 
Forez le filage à la main du coton. 

L'introduction de la manutention de cette matière 
dans ce pays y fut même la cause de quelques troubles 
sérieux. Le coton devait avoir à Tarare son opposition 
comme il l'avait eue à Saint-Quentin ; seulement à 
Tarare elle vint des ouvriers, tandis qu'à Saint- 
Quentin ce furent des négociants qui firent ce qu'ils 
purent, de 1765 à 1772, pour empêcher la fabrication 
de la mousseline de s'établir dans cette ville. 

Les toiliers de Tarare, habitués au tissage du lin, 

1 Rapport sur la situation de Tindustrie des tissus de coton à rEkpositloo 
de 1855, page 59. 



furefAt très-mécontents qu'uae autre matière ttnt Iéii# 
faire concurrence, et ils tentèrent de s*y opposer. Déji 
quelques fileuses de coton, tirées de la Normandie, 
s'étaient vues contraintes de céder devant un premier 
orage, et il fallut toute l'énergie d'un intendant général 
des finances 1 pour que le coton pût se maintenir, sans 
émeutes, sur le rouet des villageoises. Il n'en sortait 
encore qu'un fil grossier qui produisait de la futaine. 

Entre ces étoffes épaisses et la mousseline claire, 
il y avait loin. 

Le premier germe de cette fabrication fut introduit 
dans ces contrées par un de ses habitants, nommé 
Simonet, commis dans une maison de Lyon, qui con- 
naissait tous les secrets de l'art du tisserand. Il chercha 
à appliquer au coton la délicatesse du travail de la soie, 
et à transporter à Tarare, où la main-d'œuvre étaitmoihs 
coûteuse, le siège de cette industrie. Comme modèles, 
il avait dés mousselines de l'Inde. Il n'ignorait pas 
qu'il avait été fait dans les vallées de la Suisse orientale, 
quelques essais heureux de ce tissu ^, et il y fut pour 
étudier sur place les procédés que l'on y employait. H 
avait le mécanisme et la capacité, il lui manquait le 
personnel. Pour se le procurer, Simonet retourna en 
Suisse, et il engagea une famille entière, des plus 
habiles que renfermât le canton de Saint-Gall^ qu'il 
amena à Tarare. 

Mais la plus grande difficulté était toujours d'obtenir 

1 L'intendant génënl Tnidaine. 

> Lt Goion, par Louis Reybaud, page 1S7. 

' U Coion, par Loois Rejbaod, page 128. 



la matière sur laquelle il allait opérer^ car on af ait 
beaucoup de peine, dans cette contrée, à se procurer 
dès cotons étrangers. Geui du Fore2 et du Beaujolais 
étaient mal filés } les plus beaux qu'il eût à sa dispo- 
sition venaient des rouets du Bugey, peu tordus et 
dépourvus de force. Avec de pareilles matières on ne 
pouvait obtenir qu'une trè&-mauvaise étoffe, chaînée 
en numéros 30 et 40, et tramée en numéros 80 et 60 ; 
on avait difficilement des numéros 70. 

Les premières ilfoiisfeftn^â de Tarare ne purent s'af- 
franchir de ces conditions défectueuses ^ On les tissait 
sur des peignes de joncs qui servaient alternativement 
& fabriquer des étoffes unies, rayées, ou quadrillées 
rouge et bleu, avec 1,400, 2,000 et jusqu'à 2,600 fils 
en 2/3, 3/4 et 7/8 d'aune. De semblables essais étaient 
voués à un échec certain, car ces produits étaient 
détestables et chers, et à peine trouvait-on à les vendre 
avec une assez forte perte dans les villages de la mon- 
tagne, où les paysans les découpaient eh robes, en 
fichus ou en bonnets. 

Après bien des essais infructuèiut et de nombreux 
sacrifices, Simonet comprit qu'il marchait à sa ruiné. 
Pendant dix ans, il mit toutes ses ressources et son 
courage dans cet enjeu; seulement, au lieu d'une 
tâche il en avait deux, la filature et le tissage; il 
les soutint jusqu'à l'épuisement; puis, un jour, c'était 
en 4778, il ne put continuer et s'éteignit pauvre et 
oubUélII 

< U CaUm, pir Uuis Reytniid, page lt9. 



_ 820 — 

On voit, hélas I ce qu'il en coûte souvent à vouloir 
fonder une industrie 

Avant les essais prématurés et ruineux que fit 
Simonet pour créer, à Tarare, le tissage de la mous- 
seline, on n*y fabriquait que des toiles en fil, et, quel- 
ques années plus tard, des gros tissus dont la chaîne 
était de fil et la trame en coton ^ 

Ce ne fut qu'en 1786, quand son neveu rapporta, le 
premier, de la Suisse des cotons filés au fuseau, du 
numéro 50 à i30, que celui-ci rendit possible le tissage 
d'étoffes légères en coton qui furent appelées mous- 
selines-linons. 

En 1789 on ne comptait encore à Tarare que 600 
ouvriers tissant le coton fin. 

En rappelant les circonstances qui y précédèrent 
l'introduction de cette fabrication, et en faisant con- 
naître l'époque où elle commença à s'y organiser, 
notre but a été d'apporter une preuve de plus à ce fait 
qui, pour Saint-Quentin, a une importance locale, 
que c'est à son district manufacturier qu'appartient 
la première imitation de l'article mousseline en 
France. 

Une grande amélioration, qui se fit sentir vers 
l'année 1773 dans la vente de ses linons et batistes, la 
création de quelques genres nouveaux brochés, et les 
puissantes oppositions que la fabrication des mousse- 
lines de coton y rencontra parmi ses principaux manu- 



1 Nos renseig^nements sur Tarare sont pnisés dans an excellent mémoire 
rar rindustrie de celte ville que nous devons à Textréme obligeance de 
M. Th. Macculloch. 



— 224 — 

facturiers, furent cause que cette production nouvelle 
y fut petit à petit abandonnée. 

Après cette malheureuse tentative du coton, le 
tissage des articles de fil continua jusqu'à la fin du 
xvni* siècle à être sa principale industrie. 

La période des unnées 1774 à 1786 fut générale- 
ment brillante et prospère. 

Cependant la guerre qui devait enlever à l'Angle- 
terre ses colonies américaines apporta, de 1778 à 1780, 
une diminution dans son commerce d'exportation; 
mais elle fut compensée par une plus grande consom- 
mation en France qui prit, à cette époque, au plus 
haut degré, le goût des toiles blanches qu'elle com- 
muniqua au reste de l'Europe. 

Les métiers qui fabriquaient des batistes, des linons, 
des gazes enfil en tous genres, ne pouvaient suffire aux 
demandes qui, de tous les pays, arrivaient à Saint- 
Quentin. Cadix devint un de ses principaux débouchés ^ 
Ses tissus n'avaient jamais été aussi recherchés; ils 
étaient d'une vente d'autant plus certaine, qu'ils con- 
sistaient en toiles de mode de genres variés, et d'un 
goût parfait , qui étaient alors très demandées. 

L'Ecosse était parvenue, il est vrai, à fabriquer des 
imitations de linons, et l'Irlande et la Silésie des batis- 



i Cadix fut pendant plusieurs anni^ le débouché le plus actif de la &- 
brique des linons unis et brochés. Elle eut longtemps Texploitation presque 
exclusive du commerce de TAmérique espagnole , son port était TentrepAt 
des richesses du Nouveau-Monde, et c'était de celte ville que toutes les 
marctiandises du continent propres à la consommation du Pérou ou da 
Mfcxiqoe, venaient s'échanger contre les riches cargaisons des galions 
d*£spagne (Rapport de M. Ddorme). 



yfli; p9^ ces tissus, meiUear fnarch^q^e ceu^L^f h 
France, laissaient encore tellement à désirer, qu'ils n^ 
Ipur faisaiept alors qu'une poncurrenpe peu redoutable. 

L'apnée 4794 * ejst considérée avec raison comme la 
< plus favorable Ji la fabrication des tissus de fil à Saint- 
Quentin. Plusieurs causes contribuèrent à lui assigner 
cette grande prospérité. Les colonies, privées de toiles 
blanches pendant la guerre, en manquaient quand la 
paix fut faite, et elles en demandèrent dans tous le^ 
ports. Le traité de commerce avec l'Angleterre n'exis- 
tait pas encore ; la mode des soieries commençait à se 
passer, et celle des linons, des gazes et des batistes^ 
avec leur nombreuse variété de genres, était, au con- 
traire, parvenue à son apogée. 

Ce commerce dont la vente atteignit, en 1784, le 
chifEre considérable de 180,000 pièces de tissus de fil, 
ne s'élevait, au commencement du XVII* siècle, qu'aune 
somme d'affaires de 7 à 800,000 livres K En 1698, on 
débitait à Saint-Quentin 60,000 pièces. Voici ce que 
dit, à ce sujet, un mémoire qui a un caractère quasi- 
officiel, puisqu'il émane d'un fonctionnaire chargé de 
fournir au gouvernement de Louis XIV des renseigne- 
ments statistiques sur la Picardie >. a II y a à Saint- 
» Quentin et dans ses environs, écrivait l'intendant BL- 
» gnon, une manufacture de toilles appelées Saint- 
» Quentin ou Baptistes. Il s'en débite 60,000 pièces par 

f Rapport de M. Oelorme. 

5 Ho^oçllM rtchfrehu tffr U^ fra^qt ^ KHun Gi;mier. Haousciits 
^ l| BibUpUièque |jnpéri4e. 

6 Mimmt fiir Ai Ptearrfie de riniêndmU Bêpum. Eiliiils te n»- 
miscrils de li Bibliodièqtte impériale. 



9 an, de 13 à 14 1 aulnes. Vingt-cinq marchands y 
» font presque tous le commerce ; ils envoyentà Paris, 
9 à Rouen, à Lyon, à Bordeaux, àBayonne el dans les 
autres villes du royaume. On en transporte aussi en 
» Espagne, en Italie, et dans la ville de Garni, en 
9 Flandres; car de Qand elles passent en Angleterre. 
» Les eaux sont avantageuses et si propres pour les 
v> apprêts et blanchissages de ses toilles, que les mar- 
» chauds de Cambrai qui en fabriquent, comme à 
9 Saint-Quentin, les y font blanchir. Son commerce 
D de toiles va à 3,600,000 livres par an*. » 

Les pièces étaient, en moyenne, estimées à 60 
livres. Les 60,000 pièces qui se débitaient à Saint- 
Quentin, en 1696, comprenaient, non-seulen^nt ceUes 
que l'on y fabriquait, mais probablement encore celles 
que ses négociants achetaient à Cambrai, à Bapeaume 
et à Yalenciennes et dont il serait difficile de préciser 
le nombre. 

En 1730, un document statistique concernant la 
manufacture des toiles de Saint-Quentin et de ses envi- 
rons, émanant des autorités compétentes de l'époque ^« 
qui se trouve dans la case 758 des archives de l'Aisne, 
fixe encore de 50 à 60,000 la quantité des pièces qui, 
à cette date, s'expédiaient de cette ville ; seulement à 



^ Les pièct« de baUstes ei claires a^ent 15 aones ; les gaxes en fil, les 
Joncs li aunes. 

^ Répondant dans son mémoire à la demande qui lui était folle, snr le 
nombre d«s Huguenots qui se trouvaient encore, en 1698« eu Picardie, 
rintendaoi Bignon fournissait les cbilTres suivants : Saint-Quentin 126, 
Jancourt 60, Hargicourt13, Templeux-le-Guérard 18. 

S Voir ce document aux pldces joslifleatives. 



— 224 — 

ce document, sontajoutés les renseignementssuiyants : 
« ce nombre de 50 à 60,000 pièces serait doublé cer- 
» tainement, sans les mousselines qui suppléent à toute 

• sorte d'usages. Ces linons et ces batistes se débitent 
9 dans les quatre parties du monde. Les flottes d'Es- 
» pagne en chargent une grande quantité de molennes 
» pour TAmérique. Les Turcs en enlèvent pour leurs 
» turbans; les Anglais, les Hallandais, les Italiens, 
» les Portugais eansomment beaucoup de fines qua- 
» lités. Enfin, tous les pays font grand cas de ces tissus ; 

> il n'y a qu'en France où la consommation en est di- 
» minuée, depuis qu'on a jugé à propos d'y substituer 
à les mousselines pour enrichir les Indes orientales. 
» Avanti719, la compagnie des Indes n'avait encore 
» apporté que peu de mousselines en France ; mais 
A depuis dix ans, on peut dire que tout le royaume en 

> est inondé, et que si la manufacture de Saint-Quen- 

• tin se soutient, elle n'en aura l'obligation qu'aux 
pays étrangers. Il n'en était pas de même autrefois ; 

> c'était en France que se faisait la plus grande con- 
» sommation de ces marchandises. ]> 

Tels étaient les termes dont se servaient les repré- 
sentants du commerce Saint-Quentinois, pour se 
plaindre de la situation qui était faiteàleurs-industries; 
et, à la question qui leur était posée d'indiquer ce qui 
pourrait les améliorer, ils répondaient : a qu'il fallqit 
supprimer la compagnie de$ Indes, qui ruinait les 
manufactures de la France, et qui épuisait Vor et 
9 Vargent du royaume. » 

Le moyen était énergique et la proposition hardie; 



— 225 — 

ainsi, au xviii* siècle, pour combattre la concurrence 
des mousselines étrangères sur le marché français, nos 
devanciers dans l'industrie ne trouvaient rien de mieux 
à répondre, que de demander au gouvernement, quoi? 
la suppression de là grande Compagnie des Indes... 
et ils ajoutaient, que : « la plus sévère exactitude que 
» les magistrats apporteraient à faire exécuter les rè- 
glements et les arrêtés, rendrait certainement cette . 
» manufacture de plus en plus prosp.ère *. » Ce docu- 
ment date de 1730; on le croirait d'un autre siècle. 

En 1773, ils demandèrent de nouveau non-seulement 
de faire prohiber l'exportation des fils propres à leurs 
manufactures, mais encore d'en empêcher l'usage par 
celles de Lyon, de Nismes et de Tours . 

Sur la première partie de leur demande, ils obtinrent 
satisfaction ; mais la seconde fut avec raison rejetée. 

En 1740, le nombre des pièces fabriquées à Saint- 
Quentin et dans ses environs s'élevait à 71,000, dont 
un tiers en bas prix 3. De l'année 17S0 à 1763, un 
état officiel *' des toiles batistes, mousselines^ linons 
marqués dans le bureau de cette ville, nous fournit les 
chiffres exacts de l'importance de cette fabrication 
pendant la période de 14 années; il est trop instructif 
par ses détails et ses indications pour que nous ne l'in- 
sérions pas dans cette étude. 

i Architres de VAUne. Documents sur la manufacture des toiles de 
Saiot-Ouentin G. 758 (Voyez les pièces justificatives.) 
2 Archives de VAisney G. 761 (voyez les pièces justificatives.) 

3' Dom Grenier, volume GLXVI, paquet 20, art. G. Manuscrits de la 
Kbliotbèque impériale. 

4 Archives de VAisne, G. 759. 

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— 227 — 

Le district manufacturier de Saint-Quentin, et dans 
cette désignation il n'est seulement question que des 
villages qui environnaient cette ville et qui faisaient 
partie de sa circonscription industrielle, ce district en 
1761 occupait 54,000 ôleuses et 4,60Q tisseurs. En 
1772 ce dernier nombre était de 5,300. Dans un 
mémoiredeses négociants en toiles, contrôla sortie des 
lins, ce chiffre est porté à 13,0^ ^, mais il comprend 
nécessairement toutes les contrées voisines qui travail- 
laient pour cette fabrique. 

En 1784, ces nombres s'élevaient: les fileuses à 
72,000 et les tisseurs à près de 7,000, non compris : 
tt 600 découpeuses, 284 restoupeuses ^, 100 hommes 
s> et 200 femmes aux blanchisseries, 28 hommes et 
)) 250 femmes aux ployeries. » 

Une partie de la population des communes qui avoi- 
sinaient l'ancienne capitale du Vermandois, hommes 
et femmes, jeunes et vieux, qui pouvaient travailler, 
gagnaient suivant leur habileté, les ouvriers de 8 à 40 
sols et les fileuses de 4 à 20 sols par jour. Les trois 
quarts du prix des toiles consistaient dans la main 
d'œuvre^. En cette année 1784, il fut fabriqué dans le 
rayon manufacturier de Saint-Quentin 180,000 pièces 
de tissus de fil : en évaluant à 80 livres * leur valeur 



t Archives de l'Aisne, G. 761 (1772). Mémoire des négociants en toiles 
contre la sortie des fils. 

S Dom Grenier, volume CLXVJ, paqaet 20, art. 6. Manuscrits de la biblio- 
thèque impériale. 

8 Archives de l'Aisne (G 758). 

^ Évaluation portée dans le mémoire remarquable de M. Delorme. On 
ûbriquait beaucoup alors de fines qualités. 



— 228 — 

moyenne, on trouve un produit de 13,600,000 livres, 
somme qui pour l'époque était très importante, si Ton 
considère surtout que dans ces chiffres ne sont pas 
compris ceux des marchandises que les négociants de 
Saint-Quentin faisaient acheter à Cambrai, à Ba- 
paume, à Valenciennes et dans le Vervinois', les- 
quelles étaient estimées près de huit millions. 

L'augmentation q^, au xvni* siècle, venait de se 
manifester dans la production des tissus à Saint- 
Quentin, s'était également fait sentir en Normandie. 
Ainsi, en 1732, le nombre de pièces appelées rouen- 
neries visitées au bureau de Rouen^ fut de 107,464, 
de 181,337 en 1736 de 213,717 en 1739, de 245,688 
en 1744 et de 309,889 en 1749». 

La compagnie des Indes, au moment où elle com- 
mençait à grandir, importait pour douze miUions de 
marchandises et en exportait pour neuf*. 

Les négociants de Saint-Quentin ^ n'étaient pas 
encore dans l'usage de faire fabriquer les toiles pour 
leur compte; ils les achetaient ou ils les comman- 
daient; l'ouvrier travaillait à ses frais, ou plutôt il 
était salarié par ceux qui portaient le nom de fabri- 
cants. Ces maisons de commerce avaient presque 
toutes une contrée où elles faisaient de préférence 



i De 17i6 à 1752 il fut marqué au bureau de Vervins 18,848 pièces 
de linons. {Archives de Laon). 

^ Ouin Lacroix, Hisloire des corporations de Rouen. 

3 Arnould, Balance du Commerce, table 13. 

4 Noms des maisons de commerce qui existaient à Saint^uentin de 
1753 à 1792. 



— 229 — 

leurs affaires; elles se partageaient pour ainsi dire 
l'Europe. Les unes avaient la France, d'autres l'Espa- 
gne, l'Italie, l'Angleterre, la Russie ou l'Allemagne *. 
Elles étaient peu nombreuses; avec de petits locaux, 
un personnel peu important, elles faisaient des chiffres 
d'affaires considérables. 

H y avait encore d'autres industriels que l'on appe- 
lait des racheteurs, plus connusr sous la dénomination 
picarde de racateux. Cette sorte d'intermédiaire par- 
courait les villages une partie de la semaine, pour 
acheter, à prix débattu, les pièces que tissaient, dans 
la cave de leur maison, de petits ouvriers qui, pour 
la plupart récoltaient eux-mêmes leurs lins que filaient 
leurs femmes et leurs filles ; ensuite, ils venaient ven- 
dre ces pièces aux négociants de Saint-Quentin. 

Cette fabrication, qui s'obtenait dans les campagnes 
parle concours de la famille, était certainement plus 
favorable aux mœurs et à la santé que le travail en 
commun dans les manufactures, qui lui a succédé avec 
des résultats matériels beaucoup plus considérables. 

La fabrique de Saint-Quentin commença à déchoir 
vers la fin de l'année 1788. Deux circonstances expli- 
quent cette décroissance : la première fut le traité de 
commerce conclu, en 1786, avec l'Angleterre; la 
seconde, le commencement de la révolution. 

L'introduction de certaines marchandises anglaises 
fut tellement défavorable à ses industries que, compa- 
rativement à 1784, elle amena une diminution immé- 

I Mémoire do M. Delorme. 



— 230 - 

diate de 3S,000 pièces dans leur production. Les 
conséquences de ce traité furent déplorables et désas- 
treuses pour tout le commerce de la Picardie, et elles 
furent cause qu'en 1789 le nombre de pièces de mar- 
chandises de fil expédiées par les négociants de la ville 
de Saint- Quentin se trouvait réduit de 180,000 à 
144,714. 

Ces pièces, suivant un tableau comparatif du com- 
merce intérieur et extérieur qui figure dans les archives 
de sa chambre de commerce, reçurent en cette dite 
année la destination suivante : 31,714 furent achetées 
par la France et ses colonies, 10,000 par T Angleterre, 
3,000 par TEspagne et 24,000 par TAUemagne. La 
Hollande entre ensuite dans le chiffre général de 
144,714 pièces vendues en 1789 pour 12,000, lltalie 
pour 10,000, la Russie et le Nord de l'Europe pour 
6,000, et enfin le Portugal seulement pour 1,000 *. 

En 1787, c'étaient l'Italie, l'Allemagne , l'Angleterre 
et les contrées du Nord qui étaient les marchés les plus 
importants pour la France : l'Italie figurait à l'im- 
portation pour 82 millions et à l'exportation pour 78; 
l'Angleterre pour 63 contre 37 ; l'Allemagne pour 63 
contre 95, et les contrées du Nord pour 31 contre 79 
millions. Comme on le voit, la balance n'était pas en 
faveur de la France ^. 

Depuis cette époque, la fabrication des linons et des 
batistes eut à subir des diminutions successives, jus- 



1 Renseignements extraits du rapport de M. Delorme. 

) Levasseur, tome II, page 379. État de Vindusirie et du commerce. 



— 281 — 

qu'au jour où ces articles furent remplacés en partie 
par d'autres produits qui, à leur tour, eurent leur 
vogue et leur décadence. 

Saint-Quentin fut longtemps aussi Tentrepôt du 
commerce des lins en bottes pour la fabrication des 
toiles de Normandie. Ces lins y étaient apportés des 
bords de l'Oise, du Cambrésis et de TArtois, et ils lui 
produisaient de quinze à dix-huit cent mille francs de 
recettes. Cette branche de revenus lui fut bientôt en- 
levée, car les Normands finirent par aller acheter leurs 
lins eux-mêmes chez les cultivateurs, et alors ce mar- 
ché perdit une partie de son importance. 

En 1785, la broderie occupait à Saint-Quentin un 
grand nombre d'ouvrières, et ce fut dans cette ville et 
dans ses environs qu'à l'imitation de la Saxe on com- 
mença à broder sur de la mousseline et sur des linons*. 
Une demoiselle de Bienvillers '^ y avait également 
fondé une fabrique de tulles, ou filets brodés ; ces 
genres de tulles imitaient parfaitement le point d'Ar- 
gentan, et cette fabrication y occupait plus de cent 
ouvrières. 

A Tarare le premier essai en broderie remonte à 
1788; on le doit à trois sœurs qui s'associèrent pour y 
monter un atelier *. 

La ville de Saint-Quentin enfin avait deux amidon- 
neries, situées dans le faubourg d'Isle, deux manu- 

1 Bezon, IV* vol., page 234. 

3 DoDi Grenier. Manuscrits de la bibliothèque impériale, volume CLXVI, 
paquet 20, art, 6. 

9 Mesdemoiselles Defrance, parentes de Simooet. 



— 232 — 

factures de savon noir et une autre, au village de 
Oestres. 

Bien avant la conclusion de ce traité de 1786, qui a 
laissé de si tristes souvenirs dans l'industrie de la 
France, différents arrêtés avaient sévèrement interdit 
rentrée du royaume aux gazes étrangères fabriquées 
avec de la soie. Ces étoffes, très-goûtées et recherchées 
par la mode, procuraient des bénéfices considérables 
aux commerçants des autres pays qui les fabriquaient 
et qui les vendaient. Deux industriels de Saint-Quentin 
tentèrent d'y installer une de ces manufactures, en y 
joignant un tissage de mousselines de coton. L'un de 
ces négociants devait fournir les capitaux ^ , et l'autre la 
diriger^. L'entreprise prospéra d'abord; puis, les deux 
associés ne pouvant s'entendre sur sa direction, la 
société fut dans la nécessité de se dissoudre, et les 
ouvriers, dispersés, allèrent s'établir en Normandie. 

L'influence favorable du commerce sur la richesse 
d'une contrée, comme sur le bien-être de ses popula- 
tions, était déjà si bien appréciée, que des grands sei- 
gneurs ne crurent nullement dérogera leurs blasons en 
s'occupant de créer des établissements industriels. 

Le marquis de Caulaincourt ' reprit, pour ainsi dire, 
l'œuvre d'essai qui venait d'être interrompue parles 
deux manufacturiers de Saint^Quentin, et, en 1766, il 
fit organiser dans la terre dont il portait le nom, une 

t M. Devatre. 
3 M. Mariage. 

3 Archives départementales de V Aisne. Voyez aux pièces jusliflca- 
U?es. 



fabrique du même genre, qui était^irigée par les sieurs 
Fourquin et Allut. On y tissait uq genre de mousseline 
qui imitait celles de la Suisse et des Indes; la pièce de 
ces sortes d'étoffes légères se vendait 60 livres*. Un si 
noble exemple méritait d'être encouragé, et, en effet, 
le contrôleur général des finances s'empressa, par une 
décision de 6 septembre 1769, de lui accorder, sur les 
fonds libres de lacapitation d'Amiens, un secours an- 
nuel de 3000 livres. Cette manufacture, avec un habile 
contre-maître *, fit de grands progrès, et ils furent 
mêmesiremarquables, qu'en 1770, ses produits imi- 
taient, à s'y méprendre, ceux de la Suisse. La mort de 
celui qui la dirigeait y amena des changements qui 
décidèrent son propriétaire à la fermer *. 

Vers la même époque, dans un village situé entre 
les villes de Guise e.t de Vervins, à Leschelles, le mar- 
quis d'flervilly faisait également ouvrir des ateliers, 
dans le but de procurer aux habitants de sa terre l'ai- 
sance et de nouveaux moyens de subsistance. Dans une 
requête, ce seigneur de Leschelles disait au Roi : a qu'il 
» faisait fabriquer des toUes façon de Courtray et 
» de Silésie pour table, des ras de Saint-Cyr, de 
» toute couleur, qui imitaient des basins de fil et 
» de fil de coton, rayés et à dessins; et, enfin, des 
» Cirsakas imitant ceux de Hollande et d'Angle- 



i Dictionnaire hittorique de MelleviUe, page 188, tome I. 

^ M. Hallut. 

B Les Archives de V Aisne, C. 755, contienneDt un rapport de M. Tri- 
bert, inspecteur, do 6 mars 1777, sur la manufacture de Caulaincuurt. qui 
est très-intëressant et qui se trouve aux pièces justificatives. 



— 234 — 

9 terre*. > Le marquis d'Henrilly ajoutait cqael'agré- 
» ment et le prix modique de ces ouvrages les fusaient 
» rechercher, surtout par les gens du commun ^. f^ 
En conséquence, il sollicitait, pour cet établissement, 
qui avait à cette époque cent métiers battants, le titre 
de Manufacture royale, avec exemption de tous droits 
dans l'étendue du royaume, et l'autorisation d'avoir 
un portier à la livrée de sa Majesté. 

Ces privilèges lui furent concédés, par arrêt du 23 
mai 1769. Un autre, du 28 mars 1771, lui accorda 
également, pour dix ans, en retour de ses avances, une 
somme annuelle de deux mille livres sur les fonds de la 
capitation de la généralité de Soissons. 

La manufacture de Leschelles se soutînt avec avan- 
tage, et joignit à ses produits la fabrication des velours. 
Elle passa dans la suite aux mains d'un sieur Base, et 
en 1792, dans celles des sieurs Joseph Cristophe et 
Kaimel ; puis, ecfio , les troubles de la révolution qui sur- 
vinrent, forcèrent ceux-ci à l'abandonner. Les ouvriers 
se dispersèrent, et, plus tard, ils servirent certaine- 
ment à former ces habiles tisseurs du Vervinois, qui, 
dans les environs de la ville de Guise, vers Iron et au- 
tres villages de cette contrée, étaient si parfaits à fabri- 
quer de très-fines claires 2/3 et 3/4, qu'ils continuèrent 
de produire aussi longtemps que ces articles furent 
recherchés par la vente. 



1 Cireakas, étoffe originaire des Indes, presque toute de coton avec 
mélange de très peu de soie. 

s Archives dépariementalet de F Aime et Travail de MM, Rauii ei 
MatUm, page 220. 



L'élection de Guise , dans la généralité de 
Soissons, avait en outre plusieurs forges et plu- 
sieurs fourneaux où Ton fondait le fer au charbon 
de bois. 

Depuis longtemps, nos lecteurs le savent, on fabri- 
quait dans le Vermandois des tissus de soie, de 
grosses qualités et d'une consommation restreinte, 
qui servaient particulièrement à faire des tamis et à 
passer des liqueurs; mais ce ne fut qu'en 1762 que le 
tissage des gazes et des mousselines de soie pour robes, 
fut introduit à Fresnoy-le-Grand *, commune très- 
importante et très peuplée, située à 3 lieues de Saint- 
Quentin. 

Un commerçant nommé Santerre^, qui habitait à 
Paris le faubourg Saint-Martin, où déjà il vendait de ces 
marchandises légères, vint y monter une manufacture. 

Il fut d'abord secondé par son gendre^, qui, vers 
l'année 1778, se livra à un autre genre de com- 
merce ^. Ensuite, le siège de cette fabrique, tout en 



^ Archives de l'Aisne^ G. 755, et voir aux pièces justificatives. Fresnoy- 
è'Grand est très-ancien (il en est parlé dans une charte de l*an 952) et ap- 
partenait autrefois à l'abbaye d'Homblières. Sa population , qui en 1698 
n'était que de 912 habitants, était en 1800, 40 ans environ après l'intro- 
duction de la fabrique de la soie, de 2,294; au dernier recensement elle 
éUit de 4,276 habitants. 

2 Voici au sujet de M. Santerre ce que disent les manuscrits de Dom 
Grenier M. Santerre, négociant^ à Pdris, a arraché à la misère un très- 
grand nombre de familles, en établissant dans les environs de Saint-Quentin 
une manufacture de gazes de soie. — Voir aux pièces justificatives les ren- 
seignements donnés par l'inspecteur des manufactures CoUiette, sur les fa- 
briques de Caulaincourt et de Fresnoy. Archives de l'Aisne, G. 755. 

3 M. Boscari. 



4 Travail de MM. Rouit et Matton, page 211. 



— 236 — 

conservant des contre-mattres à Fresnoy, fut transféré 
à Bohain S où elle occupa un grand nombre d'ouvriers 
de cette ville et des villages environnants de Seboncourt 
et d'Etaves, auxquels elle procura un peu d'aisance, en 
y apportant du travail. 

En l'année 1781, la succursale de Fresnoy avait 
plus de 900 métiers qui produisaient des gazes de 
soie, dont les qualités égalaient celles d'Italie. Ces 
marchandises étaient presque toutes destinées à l'ex- 
portation. 

Après lui, un autre manufacturier, habile et intelli- 
gent, lui succéda ^, et il soutint avec avantage la répu- 
tation de son prédécesseur. Comme lui il chercha à don- 
ner à cette industrie le plus grand développement, et, 
quand il la quitta, il occupait 1 ,400 ouvriers et 400 dé- 
videuses. 

La fabrication des étoffes légères, tissées avec de 
la soie et de la laine, venait donc de s'implanter 
définitivement dans le Vermandois, où elle faisait 
déjà la richesse de plusieurs de ses villages, et en même 
temps qu'un industriel delà rue Neuve-Saint-Denis ^ se 



< Colliette rhistorien prétend que Bohain fut constrnit an xii« siècle, par 
Gilles de Saint-Aubert, son premier seigneur, mais celle assertion semble 
ne pas être exacte ; car on trouve dès le milieu du xi« siècle, des particu- 
liers qui prennent le titre de seigneur de Bohain. D'autres historiens signalent 
la grandeur, la force et la magnificence de son second château dont on voyait 
encore les ruines au milieu du xiii« siècle. En 1760, Bohain était régi à la 
police par un maire héréditaire nommé par le seigneur du lieu; aux causes 
civiles et criminelles par le bailli de ce seigneur avec appel au bailliage de 
Saint-Quentin, et auoois par une vénerie particulière. Dictionnaire histo^ 
rique par Melleville, tome i«r, page 122. 

2 M. Descombes. 

3 M. Guy. 



— 237 — 

fixait à Seboncourt ^ , un négociant, qui faisait le com- 
merce de linons et de batistes à Saint-Quentin, y mon- 
tait cent métiers de gazes de soie, qu'il cédait ensuite à 
une compagnie pour se livrer entièrement à son com- 
merce d'articles de fil. 

Le tissage des gazes de soie prit ensuite un plus 
grand développement dans les villes de Bohain, de 
Fresnoy-le-Grand, à Seboncourt, à Etaves et dans 
les autres villages de cette partie des environs de 
Saint-Quentin. Aussi ces populations laborieuses, 
qui devaient Taisance dont elles jouissaient alors à 
ce nouveau genre de produit, firent-elles tout ce qui 
dépendit d'elles pour le conserver et pour obtenir du 
gouvernement des encouragements. 

Tels se trouvaient être les produits qui se fabri- 
quaient dans le district manufacturier de Saint-* 
Quentin, et la situation de son commerce, lorsque 
la révolution éclata. Elle changea tous les rapports, 
les habitudes, les fortunes et les éléments même de 
ses industries. 

Pendant sesorages,le commerce de cette ville y devint 
à peu près ce qu'il fut dans tout le reste de la France, 
c'est-à-dire qu'il s'arrêta pendant quelque temps, qu'il 
suspendit, en partie, ses opérations d'affaires, jusqu'au 
moment où le calme succéda à la tempête; alors il se mo- 



1 Voir à ce sqjet la lettre da curé de Seboncourt, la requête des habi- 
tants et du curé de Fresnoy-le-Grand, de l'intendant d* Amiens et du sub- 
délégué de Saint-Quentin : Documents des archives de V Aisne, G. 755. 

S M Paolet. 



r 



— 238 — 

difia et se transforma pour se produire dans des condi- 
tions nouvelles *. 

Cette première partie de notre étude , c'est-à-dire 
celle qui concerne Thistoire de l'ancien commerce 
de Saint-Quentin, se trouverait ici terminée, si 
nous n'avions à la compléter par la relation de quel- 
ques faits politiques, municipaux et d'intérêt gé- 
néral qui se rattachent particulièrement à celle de 
cette cité. 

Depuis Louis XIII jusqu'à l'époque de la révolution, 
les fastes de Saint-Quentin ne présentent plus guère 
d'événements importants. Son histoire, après l'établis- 
sement de la dynastie des Bourbons, cesse d'être poli- 
tique pour devenir purement locale. 

En 1635, Louis XIII la visita et la remercia de lui 
avoir été fidèle. Cette ville étant frontière, était alors 
fermée par un très- beau rempart circulaire, protégé par 
six bastions. 

Sous le règne de Louis XIII et de Louis XIV ses for- 
tifications furent reconstruites àla moderne. Le cardinal 
de Richelieu et Vauban y avaient attaché, le premier, 
son nom, le second, son génie. 

En 1642, le*comte de Guiche perdit une bataille 
contre les Espagnols, sur les confins du Cambrésîs, 
auprès de l'abbaye de Honnecourt en Vermandois ; 
mais cet échec ne fut pas assez décisif pour que Ten- 

1 Pendant plusieurs années, particulièrement de 179% à 179i, le com- 
merce 8*y fit avec difScullë, les relations éuient interrompues et les faillites 
nombreuses. Cette situation dura cependant moins à Saint-Quentin que dans 
la plupart des autres villes manufacturières. Extrait du rapport de M. Delorme, 
chambre consultative, 1811. 



— 239 — 

nemi osât se porter sur Saint^Quentin et pénétrer dans 
rintérieur du pays. 

Pendant les troubles de la Fronde, cette dernière 
guerre civile de l'ancienne monarchie, cette ville, sui- 
vant ses loyales traditions, resta fidèle au gouvernement 
royal. Cette guerre agita violemment le royaume, 
mais le commerce de Saint-Quentin ne s'en ressentit 
pas. 

Le roi Louis XIII, accompagné de la reine Anne 
d'Autriche, du cardinal de Richelieu et du duc de 
Chaulnes, vint à Saint-Quentin en mai 1633, et cette 
ville reçut également en juillet 1676 la visite de Louis 
XIV, ainsi que celle de Louis XV, en 1744. 

Vers la fin du xvu" siècle, la royauté , devenue plus 
absolue, se sentit assez forte pour ne plus craindre la 
licence des artisans, et elle cessa de lutter contre les 
corporations, qu'elle tint , au contraire, à conserver 
comme une garantie de l'exécution des ordonnances 
qu'elle rendait. Elle ne voulut pas rompre avec les coips 
de métiers, mais seulement régulariser leurs insti- 
tutions. 

Colbert, qui fut l'un des principaux organisateurs 
de la prospérité industrielle, produisit, pendant son 
long ministère, une révolution profonde dans les con- 
ditions des classes ouvrières. L'on pourrait presque dire 
que la période brillante de l'industrie ne commença 
qu'avec lui. A la mort de Mazarin, ni le commerce, ni 
les manufactures, ni la navigation, n'avait encore une 
grande importance. Colbert eut le courage d'entrepren- 
dre, à lui seul, une œuvre que l'Angleterre n'a menée 



— 240 — 

à bonne fin, qu*après deux révolutions et trois siècles 
d'efforts. Il fît venir de toutes parts les fabricants et les 
ouvriers les plus habiles ; il acheta des secrets de ta- 
brique, se procura des machines et les meilleurs instru- 
ments, n fit publier des règlements sur le tissage et sur 
la teinture des étoffes de tous genres. 11 avait un pro- 
gramme * qui était : « de réduire les droits à la sortie, 
» sur les denrées et les manufactures du royaume, de 
» diminuer aux entrées ceux qui pouvaient servir aux 
r> fabriques, et de repousser, par l'élévation des droits, 
» les produits des manufactures étrangères. » 

Golbert, qui eut assez d*amour du bien pour consa- 
crer tout le travail de sa vie à la prospérité de la France 
et qui eut assez de génie pour réussir à la rendre plus 
riche et plus florissante qu'elle n'avait jamais été, voulut 
introduire Tordre dans la justice, comme il avait cher- 
ché à rétablir dans les finances; et ce fut lui qui fit ré- 
diger l'ordonnance civile de 1667, l'ordonnance crimi- 
nelle de 1670, le code de commerce de 1673 et le code 
maritime de 1681. Le nombre des règlements particu- 
liers qu'il fit en outre publier fut considérable. Cha- 
cune des grandes villes de fabrique eut le sien, et, en 
quelques années, il y eut plus de ISO règlements nou- 
veaux sur le travail *. 

Maisces règlements, si clairs qu'ils fussent, laissaient 
un champ trop libre à une certaine variété d'interpréta- 
tions; l'intérêt particulier y cherchait des armes pour ses 



1 Schérer. Histoire du Commerce, chapitre v, II» volume, page 461 . 

3 Recueil des règlements généraux ei particuliers concemaM les 
fnanufachtres et les fabriques du Royaume, lY» volume. 



— 241 — 

chicanes, et quand le service y était seul en jeu, ces rè- 
glements tombaient souvent en désuétude. Chaque pro- 
vince avait ses règlements; ainsi, si à Saint-Quentin on 
punissait d'une amende de 500 livres un blanchisseur 
qui avait accidentellement avancé de deux jours Tépoque 
fixée pour commencer le blanchiment des batistes et 
des linons ; si des peines sévères étaient infligées aux 
courtiers qui ne se conformaient pas aux règlements ; 
si la moindre dérogation à la longueur et à la largeur de 
chaque pièce de marchandise était punie d'une amende 
de 100 livres, .en Normandie d'autres entraves compri- 
maient la fabrication des tissus. Avant 1789 la fixation 
des travaux y était limitée d'une manière impérative. 
Du J" juillet au 15 septembre, la main-d'œuvre indus- 
trielle était mise en interdit, et défense était faite aux 
fabricants de Rouen de distribuer de l'ouvrage dans les 
campagnes, le tout sous peine d'amende et de saisie. Un 
arrêt du conseil de 1723 consacre ces dispositions et 
fournit des instructions détaillées sur la forme des pour- 
suites*. Un autre arrêté du 24 décembre 1670 dit: a que 
» les étoffes qui ne seront pas conformes aux règle- 
» ments seront exposées sur un poteau avec le nom du 
» marchand et de l'ouvrier, puis déchirées et brûlées, 
» et que, à la seconde récidive, l'ouvrier et le marchand 
» serontmis au carcan pendant deux heures. 

Pour faire exécuter ces règlements', il fallait une 
surveillance active et des peines très-sévères contre les 
contrevenants, et c'est ce qui fut fait. 



t U Coton parL Reybaud, page 249. 

16 



— 242 — 

Quanta Colbert, il institua, dans toutes les provinces, 
des inspecteurs des manufactures, qui étaient chargés de 
cette surveillance. Un des défauts de cette organisation 
était peut-être de faire payer à la marchandise un droit 
trop onéreux, et de donner à ces agents supérieurs des 
pouvoirs qui ne furent pas sans abus et occasionnèrent 
des plaintes nombreuses. Mais tant que ce ministre fut 
à la tète des affaires, les principaux avantages de sa ré- 
glementation furent appréciés; seulement, après lui, 
elle fut la cause de bien des difficultés. 

Avec les manufactures, commencèrent les spécula- 
tions et les grandes fortunes, et cette situation aug- 
menta encore la séparation qui existait déjà entre les 
patrons et les ouvriers. 

A la fin du. règne de Louis XIV, après la révocation 
de redit de Nantes et l'émigration de tant de milliers 
d'ouvriers, de tant de milliers de travailleurs, le com- 
merce perdit une partie de la prospérité qu'il avait due 
à Golbert, à ce ministre habile, qui, avec raison, peut 
être compté au nombre des plus grands bienfaiteurs de 
la classe ouvrière. 

Parmi les nombreuses ordonnances rendues sur le 
commerce, de 1683 à 1715, il n'y en a que deux qui por- 
tent véritablement un caractère d'utilité publique. Celle 
de 1700, qui, complétant l'institution de Colbert, créa 
un conseil de commerce de douze négociants, devant 
siéger à côté du chancelier et du contrôleur général 
des finances , et celle qui, vers la même époque, ins- 
titua dans la plupart des grandes villes des chambres 
de commerce, dont les membres devaient correspondre 



— 243 — 

avec le conseil, et éclairer le gouverneQient sur les be- 
soins de leurs provinces ^ Marseille avait une chambre 
de commerce depuis le 3 novembre 1650. 

Sous les règnes de Louis XV et de LouisX VI ^ , grâce 
à la paix, -grâce, surtout, à la force qu'avec les siècles 
la bourgeoisie avait prise, Tindustrie se releva et eut 
de brillants moments. Mais les règlements de Colbert, 
auxquels le temps en avait ajouté d'autres, devinrent 
tellement tracassiers que le commerce s'en plaignit 
amèrement. Une opposition très-vive à ces fatigantes 
mesures se forma , et elle fut assez puissante pour en 
triompher sous un grand ministre , novateur intelli- 
gent^, qui tomba lui-môme, quelque temps après, 
devant la coalition des corporations. 

Dans les différentes conditions qui ont été faites àla 
classe ouvrière, si les corporations ont été la ressource 
privilégiée de l'artisan, la royauté en a été la tutrice. 
En protégeant l'ouvrier, en lui assignant une place 
dans l'état, la royauté en a fait des bourgeois d'une 
commune, des citoyens d'un grand empire. 



i Recueil des registres, vol. CLXVI, paquet 20, art. 6, f» 225. 

S Dom Grenier. Manuscrits de la bibliothèque impériale, dit ceci : 
« Louis XIV accorda une protection particulière au commerce, tant inté- 
» rieur qu extérieur sous la direction de M. Colbert, en mettant les com- 
» merçants et les négociants sous la sauvegarde de ses officiers, en destinant 
» un million chaque année pour les manufactures et la navigation; en 
» donnant des ordres pour la réparation et 1 entretien des grandes routes ; 
» en faisant abolir plusieqrs péages sur les rivières ; en affectant sur les 
9 deniers de son épargne une somme pour ceux qui voudraient entreprendre 
» le rétablissemen des manufactures qui étaient tombées, ou qui en propo- 
> saient de nouvelles. » Ces expressiom^ sont celles dont se servit Louis XIV 
dans la lettre qu*il adressa le 26 août 1664, aux mayeur et échevins de 
Saint-Quentin (i" partie, i.) 

8 ^illustre ministre Turgot. 



— 244 — 

A Saint-Quealin, les corporations ont continué, 
jusqu'à leur dissolution, à se renfermer dans leurs 
privilèges, dans leurs coutumes et dans leurs préro- 
gatives. Nous avons dit ce qu'y avait été celle des 
courtiers ; et si spécialement, nous en avons parlé, 
c'est que, par la nature de leurs opérations, ces com- 
merçants intermédiaires rentraient plus particulière- 
ment dans le sujet de cette étude. Non-seulement les 
corporations industrielles furent nombreuses et puis- 
santes, mais encore des associations telles que celles 
des arbalétriers, des archers, des canonniers et des 
arquebusiers, qui s'y étaient formées, restèrent long- 
temps en possession de prérogatives et d'exemptions 
sur lesquelles les archives municipales renferment 
d'utiles et de curieux renseignements*. 

La ville de Saint-Quentin fut attristée en 1669 par 
un grand incendie qui dévora le toit de l'église et 
le clocher, que l'on n'osa pas rétablir, tant les voûtes 
avaient souffert. Elles ont ensuite été en partie refaites 
auxvni* siècle. 

Pour les besoins ordinaires de sa population, Saint- 
Quentin avait des eaux ^. La Somme, qui arrosait ses 



1 Les arbalétriers avaient pour patron Saint-Job; les archeis, Saint- 
Sébaslien, et les cauonniers-arquebusiers, Sainte-Barbe. Chaque compagnie 
avait un connétable, un roi et un prévôt. Le connétable recevait les deniers 
appartenant à la compagnie et prenait soin de IVntrelien du jardin et de la 
maison. Le prévôt maintenait la justice et faisait payer les amendes par ceux 
qui n'exécnlaiont pas les ordonnances. Le roi était celui qui avait abattu 
Toiseau. {Quentin de La Fons, II» vOlume, 304). 

3 Au sujet de la grande place de Saint-Quentin, L. Hordret, l'auteur de 
riiistoire abrégée de cette ville, dit chapitre xv, page 350 : « Il manque 
» dans le milieu de la place une fontaine ijui y répande Teau. On y a bien 
• creusé un puits beau et commode ; mais il faut Ven tirer, et c'est une eau 



— 245 — 

remparts, lui en fournissait. Mais pour son com- 
merce, la Somme n'était pas une rivière; elle étalait 
stérilement des eaux abondantes, et elle roulait à la 
mer des flots qui avaient vainement mouillé des rives 
désertes. 'Cette ville avait donc le plus grand intérêt à 
posséder des voies navigables; aussi, le plus grand fait 
du xviii* siècle, en ce qui la concerne, fut-il rétablis- 
sement du canal de Picardie ^ 

Depuis longtemps, sous Richelieu, sous Mazarin et 
ensuite sous Colbert, on avait reconnu Tutilité d'unir 
par un canal la Somme à l'Oise, et par conséquent à 
la Seine*. Louis XIV qui dans le Midi fit de si grandes 
choses avec de l'argent et des eaux, ne donna pas 
suite à ce projet; ce fut Louis XV, qui avait trouvé 
dans la magnificence des ouvrages de son aïeul un mo- 
tif d'en entreprendre d'analogues , qui s'en occupa 



> qai, toute salubre qii*elle soit, n'est pas néanmoins assez légère pour tous 
» les estomacs. On en a Tait, il est vrai, venir d'une fontaine du faubourg 
» dMsle qui est très-bonne ; mais indépendamment qu elle n*est distribuée qu*à 
• grands frais par des voitures dans la ville, on ne Ty a pas toujours à sou- 
» hait. » M. Laurent, directeur du canal, avait, dit-on, projeté les moyens 
de faire conduire les eaux de cette même fontaine jusque sur la même 
place ; on avait prévu toutes les difficultés et on avait calculé la dépense : ce 
devait être un objet de 30,000 livres. La mort l'a enlevé trop tdt. 

1 A ce sujet, les Archives de Saint^Quentin renferment : 1» Un mé- 
moire et projet du sieur Caignart Demarcy, relatif à la jonction de la Somme 
à 1 Escaut. ^0 Une copie des lettres patentes de Louis XV concernant le 
canal de communication de la Somme à TOise. 3^ Requête des maire et 
échevitis de Saint-Quentin, à Tintendant de Picardie, au sujet des terrains 
du domaine de la ville pris par le canal et des emprunts par eux faits pour 
les dépenses dudit canal. 4» Lettres de Tinlendant et autres pièces justifica- 
tives au sujet de la jonction de la Somme à TEscaut. 

^ Les archives de Valenciennes renferment également sur le Canal de 
Picardie les documents inédits suivants : 1* Mémoire sur le canal de Picar- 
die, manuscrit attrilmé d'après une note à M. Condorcet, S. D. V, 1778, 
série D, n^ 610. i* Mémoire sur Tutilité du canal de Picardie. Critique de 
ce canal, deux plans. 1774, série D, n« 679. 



— 246 — 

et décida son exécution. A cette époque la navigation 
intérieure, pour cette partie de la Picardie qui com* 
prend aujourd'hui le Nord du département de l'Aisne, 
se bornait à la rivière de l'Oise, et seulement encore 
à la portion de son cours qui s'étend de Compiègne à 
Chauny^ Cette dernière ville servait d'entrepôt aux 
objets manufacturés du pays, comme à toutes ses 
productions naturelles. Les céréales de toute espèce, 
les légumes, les Uns, les vins, les produits des fa- 
briques de Saint-Quentin, déjà florissantes à cette 
époque, et ceux de la manufacture de Saint-Gobain , 
alors à son berceau, affluaient dans son port et y 
étaient embarqués pour y descendre de l'Oise dans la 
Seine et dans ses affluents^. 

En 1724, un habitant de Saint-Quentin, nommé 
Caignart Demarcy, doyen des conseillers de son bail- 
liage, obtint, pour une compagnie à la tête de laquelle 
il se trouvait^, le privilège d'ouvrir un canal qui, par- 
tant de Saint-Quentin, devait aller rejoindre l'Oise au 
village de Sissy, eu passant par Homblières, Marcy et 
Regny. Le projet était de canaliser l'Oise à la Somme 



i On trouve sur la riUe de Cluony la oole suiviDle : Malgré la défense 
faite par Louis IX de tolérer auprès de Chauny plus de quatre fiimilles de 
juifs, il s*en était établi un grand nombre dans cette ville. Sur la plainte 
des habitants et conformément à leur demande, Philippe III ordonne de les 
expulser et de n*autoriser le séjour que de quatre familles. Olim, 1. 1, p. 9i4, 
noA6,PhUippe ///, 1273. 

9 Henri Martio, Histoire de SainU-QuerUinf page 23. 

3 Cest pat un édit du 7 septembre 1725 que M. Demarcy a été autorisé 
ainsi qw ses associés à établir, moyennant concession, ce canal de naviga- 
tion. 



— 247 — 

et de dessécher les marais depuis Saint-Quentin jusqu'à 
Picquigni au-delà d'Amiens *. 

Par un arrêt du 27 septembre 1727, le roi nomma 
M. de Régemorte ingénieur en chef directeur de ce 
canal, et M. de Préfontaine ingénieur en second. Ce 
sont eux qui en rédigèrent les projets définitifs et qui 
firent abandonner la direction primitivement indi- 
quée par M. Demarcy,où Ton aurait rencontré de très- 
grandes difficultés d'exécution. La compagnie Demarcy 
commença ses travaux en 1728, mais elle fut obligée 
de les abandonner après y avoir dépensé 1,400,000 
livres. A la suite d'tmbarras financiers qui ame- 
nèrent sa dissolution et par lettres patentes du 4 juin 
1732, M. de Crozat, commandeur des ordres du roi, 
obtint pour lui et ses héritiers la concession perpé- 
tuelle du canal. Il eut l'honneur de livrer à la naviga- 
tion en 1738 la partie comprise entre Saint-Quentin et 
Chauny , qui a longtemps porté son nom ; mais ce tron- 
çon de voie navigable privé complètement de dé- 
bouchés, soit vers les houillières du Nord, soit vers Pa- 
ris, soit vers la mer, ne rapporta même, pas de quoi 
payer lesfrais d'entretien, et les héritiers Crozatfurent 
réduits à demander au roi de vouloir bien leur racheter 
leur canal ou sinon de leur permettre de le détruire et 
d'en vendre les matériaux ainsi que l'emplacement. Le 
roifitdroit àcette requête, et, par édit du 17 avril 1767, 
le canal de Picardie a été racheté moyennant 3,000,000 
de livres aux héritiers auxquels il en avait coûté plus. 

t Henri Martin, Histoire de Saint-Quentin^ page 24. 



— 248 — 

Le canal de la Somme à l'Oise fut dooc exécuté, mais 
la canalisation de la Somme au-delà de Saint-Simon 
ne le fut pas. Le gouvernement fit étudier par M. Lau- 
rent \ ingénieur, un projet de jonction de la Somme à 
TEscaut. Le but que Ton se proposait d'atteindre 
était d'établir la communication par eau, entre les 
Flandres et la France centrale; entre l'Escaut, la Seine 
et la Loire. Les plateaux élevés qui séparent les sour- 
ces de la Somme et celles de l'Escaut opposaient les 
difficultés les plus sérieuses à la continuation du canal. 
L'ingénieur, un homme de génie, ne fut pas arrêté par 
cet obstacle ; il le surmonta, enidécidant que l'on per- 
cerait tout ce massif, par un grand souterrain voûté de 
14 kilomètres environ de long, éclairé par 70 puits et 
qu'on ferait passer sous les campagnes et sous les ha- 
bitations. 

L'ingénieur Laurent vint à mourir et il fut remplacé 
comme directeur de cette entreprise, par son neveu, 
Laurent de Lyonne, mais ce travail ne fut pas achevé 
dans son ensemble tel qu'il avait été conçu par son 
auteur. Ce projet, quiexcitait de si grandes jalousies en 
France et quel'Anglelerreetla Hollande voyaient avec 
tant de regrets, parce qu'il devait avoir pour résultat 
de relier les provinces du Nord à celles du Midi par 
une ligne de navigation intérieure; les travaux de ce 
canal qui avaient fait dire en 1770 à un fonctionnaire 
anglais ^, que a s'il était terminé avant la guerre pro- 

1 Voir une note aux pièces justificatives. 

2 Collection dei notices historiques, par Melleville, page 34. 



— 249 — 

» chaîne, la France, en s'en servant, pourrait établir 
i> une marine puissante, sans craindre en quoi que ce 
j» soit les efforts de l'Angleterre, d ces travaux furent 
interrompus en 1773, sous le ministère Turgot, à cause 
du mauvais état des finances et comme présentant des 
inconvénients pour la navigation. 
• L'empereur d'Allemagne Joseph II, lors de son se- 
cond voyage en France, en 1781, vint à St-Quentîn, 
dans le but d'examiner les travaux déjà exécutés de 
cette grande entreprise. Use rendit sur les lieux, se 
fit conduire dans le souterrain, et à peine en avait-il 
examiné les difficultés, que, saisi desa grandeur, il s'é- 
cria: c< Je suis fier d'être homme, en voyant un de mes 
» pareils concevoir et exécuter un ouvrage semblable ; 
» je sens que cette idée m'élève l'âme* . «> 

Ce fut sous le consulat, de 1 802 à i 803, que ces tra- 
vaux furent repris. Bien qu'une grande partie du sou- 
terrain fût percée, on crut devoir modifier considéra- 
blement le projet primitif de l'ingénieur Laurent ; et 
celui qui avait repris la direction de ce canal, au lieu 
d'un souterrain de trois lieues, se contenta d'en faire 
un, entre le Tronquoy et Lehautcourt, qui n'avait qu'un 
quart de lieue, et un autre de cinq quarts de lieue entre 
Riqueval et Maquincourt. Le grand souterrain pro- 
jeté devait aboutir à Vendhuille. 

L'ouverture du canal de la Somme à l'Escaut a eu 
sur l'industrie et sur la prospérité des provinces du 
Nord de la France une influence immense. Cette voie 

1 Notice historique iur le canal de St-Quentirit par Melleville, page 36. 



— 250 — 

navigable devînt le grand véhicole * de ces immenses 
quantités de charbons de Mons et d'Anzin qui servent 
à alimenter les usines de ces contrées. 

Depuis, Tachèvement de la canalisation de TOise et 
de la Somme a complété un système de navigation 
intérieure^ qui, par le canal de Bourgogne, se relie au- 
jourd'hui à la Saône et au Rhftne, et permet de trans^ 
porter des marchandises, sans interruption, de Lille à 
Marseille, c'est-à-dire du Nord au Midi. 

Le bassin de Saint-Quentin est demeuré, pour ainsi 
dire, la clef du triple canal de la Somme, de TOise et 
de TEscaut, position qui a contribué à accroître son 
importance. 

En 1789, au moment où la France commençait sa ré- 
volution politique, les diverses autorités qui régissaient 
la ville de Saiat-Queotin consistaient^ : !• En un gou- 
verneur et un lieutenant du Roi ; 2* le corps de ville, 
mayeur et échevins, ayant la police ', la voierie et la 
justice criminello, sauf appel au parlement de Paris ; 
3* le bailliage, ayant la justice civile, enlevée au mayeur 
depuis 1604; Vie consulat ou le tribunal de commerce 
électif, et les trois juridictions fiscales de l'élection, du 
grenier à sel et des traites foraines (la douane). 

La Picardie était eu outre divisée depuis 1607 en 
deux généralités, celle d'Amiens et celle de Soissons. La 

1 Heori Martin. 5atii/-Qifefi/m, page Si. 

2 Henri Martin. Saim^Quenlin, page 25. 

8 Les arcfaÎTes'de Saint-Qaentîn renferment des docnmf nls nombreux qui 
se rapportent à la police municipale et à la voirie. Voir aiii notes justiflca- 
ivres h copie de trois de ces pièces des années 161 1, 1639 et 1650, que 
nous devons à Tobligeance de M. de Chauvenet, qui méritent d'être cités. 



-*2Si — 

généralité d'Amiens se subdivisait en six élections. 
Saint-Quentin était une de ces élections. Laon et Guise 
faisaient partie de celle de Soissons. 

Cette province avait également autrefois 17 gouver- 
neurs particuliers. Sous eux était placé un état-major 
composé de 5 officiers principaux ; le lieutenant du roi, 
le mayeurde la ville, un major et deux aides-majors. 
D y avait en outre un ingénieur en chef, un comman- 
dant avec un corps d'artillerie formé de cinq officiers ; 
le lieutenant provincial , le commissaire, le garde de 
l'arsenal, l'exempt de la maréchaussée et le trésorier 
des troupes * . 

Le gouverneur ou châtelain était, en son absence, 
remplacé dansle commandement militaire de la ville de 
Saint-Quentin, par les échevins. Par suite de la réu- 
nion de réchevinage à la mairie, les mayeurs qui étaient 
les chefs de ces deux corps, ont longtemps exercé le 
même droit; et, c'est même par cette raison que le 
roi Henri IV leur avait accordé le port d'armes, hon- 
neur qui, depuis, leur fut confirmé, en 1717, par 
Louis XV *. 

De l'année 1362 à 1660, le corps de ville se compo- 
sait d'un mayeur, de treize échevins et de onze jurés. 



1 Histoire abrégée de Im ville de Saint^Quentin, par L. Hordret. 
chapitre XV, page Hi. 

2 Louis XV accorda en outre aux mayeurs de Saint-Quentin la (iermission 
de porter à la boutonnièrep comme les chevaliers de Saint-Louis, une croix 
frappi^e en or émaillé et ornée de fleurs de lys à chaque angle, de la même 
grandeur que celles de cet ordre. Sous l'une des faces étiient empreintes les 
armes de la ville avec la légende : • Lud... régnante 1746, et sur Tautre, 
i une ëpëe et une clef en sautoir eo signe de leur fidélité. Fidelitatis prm-' 
« mium. • (L. Hordiel.) 



— 252 — 

Un arrêt du conseil, du 10 novembre de cette même 
année 1660, supprima les jurés, sept échevins , et 
décréta que les six échevins qui, avec le mayeur, cons- 
titueraient dorénavant le corps municipal , seraient 
pris a parmi les officiers , bourgeois, marchands et 
habitants de la ville, dont trois seraient toujours 
nécessairement marchands '. » 

Ss étaient nommés pour deux ans, et les mayeurs 
échevins et jurés étaient en possession de choisir leurs 
successeurs. Un arrêt du conseil, du 9 juin 1676 et un 
autre du règlement du conseil des dépêches du 44 juin 
1738, leur retirèrent ce droit. Dès lors les treize cor- 
porations sous lesquelles la population active était dis- 
tribuée , furent conjointement avec eux , admises à 
concourir à cette élection. 

Ces corporations y procédaient chacune par un dé- 
puté dans Tordre suivant: le bailliage royal, Télection, 
le grenier à sel, les avocats, les procureurs, les notai- 
res, les médecins , chirurgiens , apothicaires , les 
marchands de draps et de soie, les marchands mer- 
ciers, les marchands de vin, non vendant à V assiette ; 
les marchands de toiles et toilettes , les orfèvres et 
marchands de fer, les mayeurs d'enseignes et 
prud'hommes. 

La nomination du mayeur se faisait pour deux ans, 
par les six échevins. Une des conditions était, avant tout, 
qu'il fût né à Saint-Quentin ^ et qu'il eût exercé pendant 



1 Saint-Quentin^ ancien tt moderne, par M. Fouquicr-Ciiollet , page 53. 
3 » • > page5i. 



— 258 — 

une année réchevinage. Son installation avait une so- 
lennité qui était en rapport avec les anciennes préroga- 
tives, les attributions modernes, le caractère populaire 
et la haute dignité de sa magistrature ^ 

Quand le mayeur avait donné son serment qui était 
reçu avec un grand appareil , il se plaçait avec le 
mayeur sortant, à la croisée du milieu de Thôtel-de- 
ville, etlà, du haut de cette espèce de tribune chargée 
de feuillages et de décorations analogues, il haranguait 
le peuple assemblé sur la grand'place au son de la 
cloche du befifroi. 

L'importance que le commerce avait su acquérir dans 
la ville de Saint-Quentin, et la considération dont jouis- 
saient ceux de ses habitants qui se livrant à l'industrie, 
s'y distinguaient, fut sans doute le motif qui fit insé- 
rer dans l'arrêt de 1660 la clause que trois marchands 
feraient nécessairement partie de son corps municipal; 
aussi, dans la liste des mayeurs et maires qui l'ont 
administrée, voit-on figurer un grand nombre de com- 
merçants et de manufacturiers^. 

Aux mayeurs appartenait une partie importante de 
la juridiction, puisqu'un arrêt du 10 octobre 1742 les 
reconnaissait, sauf l'appel au parlement, pour juges 
criminels de police et de voierie. Le bailliage avait, à 

1 L*origine de l'institution des mayeurs et jurés est impénétrablement 
voilée par le temps. Les anciens auteurs parlent des tribuns du peuple de 
l'Auguste de Vermandois, et celte qualincation est préexistante à réta- 
blissement des Kratics. De vieilles chroniques citent un sieur Tbeudo, mayeur 
de Saint- Quentin, vers 980. 

^ Voir aux pièces justiGcatives les noms des mayeurs ou maires com- 
merçants qui ont été chargés de radminlstration de la ville de Saint-Quentio 
jusqu'en 1861. 



— 2M — 

Texception des gabelles et des contestations commer- 
ciales réservées aux consuls, le surjdus de la juridic- 
tion ordinaire. 

Ceiixqui avaient été commis par les rois pour lagarde 
de Saint-Quentin, depuis que les anciens châtelains 
avaient cessé de remplir cette charge, s'appelaient ca- 
pitaines de la ville, puis ensuite gouverneurs. 

Quand la révolution arriva, elle trouva le service mi- 
litaire exercé par une milice bourgeoise et par deux 
compagnies privilégiées, l'une d'arquelnuieriy l'autre 
d'archers. 

La milice bourgeoise, divisée en quatre bataillons 
et seize compagnies ou enseignes, sous le commande- 
ment de quatre capitaines quarteniers, seize majeurs 
d'enseigne et quarante-huit prud'hommes, nommés 
par tous les membres de l'enseigne, avait pour chef 
principal le gouverneur de la ville ou le lieutenant du 
roi, et à leur défaut le mayeur, primativement au 
major etàl'aide-major delà place, qui suivaient pour- 
tant le lieutenant du roi dans l'ordre hiérarchique. 

Cette organisation avait sa source dans la charte 
de lld5et elle pourvoyait à la garde et à la sûreté de 
la ville. 

Les deux compagnies d'arquebusiers et d'archers, 
commandées parleurs ofQciers, relevaient des mêmes 
pouvoirs que la milice bourgeoise. Elles étaient l'ou- 
vrage de Louis XI ' et elles partageaient le service de 
la milice bi)urgeoise, 

f Pouquier-GboIIet, page 52. 



— 266 — 

Le gouverneur et le lieutenaot du roi étaient donc 
auxvui* siècle les représentants de l'autorité militaire 
dans la ville de Saint-Quentin. Les enrôlements étaient 
alors facultatifs, et voici par quels moyens on excitait à 
cette époque les jeunesgensàchoisir tel ou tel régiment 
de l'armée française. 

n s'agit dans cette citation du régiment des Picards. 
L'affiche que nous empruntons aux reclierches de l'un 
de nos compatriotes ^ était ainsi conçue : 

Avis à la belle jeunesse^. Artillerie de France: Corps 
» royal: RégimentdelaFère. Compagnie de RichoufFtz. 
» — De par le Roi: 

» Ceux qui voudront prendre parti dans le corps 
» royal de l'artillerie régiment de la Fère, compagnie de 
)> RichoufftZy sont avertis que ce régiment est celui des 
» Picards. — L'on y danse trois fois par semaine ; on y 
» joue aux battoirs deux fois, et le reste du temps est em- 
» ployé aux quilles, aux barres et à faire des armes. Les 
» plaisirs y régnent ; tous les soldats ont la haute paye, 
» bien récompensés, des places de garde d'artillerie, 
» d'of&ciers de fortune, à soixante livres par mois d'ap- 
pointements. » 

^ n faut s'adresser à M. de RichoufFtz, en son château 
deVauchellesprèsNoyonen Picardie — Il récompen- 
» sera ceux qui lui adresseront de beaux hommes. — 
c Pareilles affiches sont sur la porte.» 

ArépoqueoùleVerraandois et le Valois appartenaient 



4 Curiositéi des parlements. Ch. Desmaze, page 25. 

2 ANoyoD, de rimprimerie de Rocher, imprimeur de la vUle, 1766. 



— 286 — 

aux comt!*^ du Yermandois, ces deux proYÎoces étaient 
sous la même autorité, et ensuite les TiUes de Laoo, 
Reims, Saiat-QueatiD, Soissons, Chàlons, Chauny, 
Coucy, Péronne et Mondidier, Bibemoai * et autres for- 
mèrent un grand bailliage qui, par le nombre des villes 
qui le composaient, fut au xni* et au xiv* siècle Tun des 
plus considérables de la France. — Laonen était le chef- 
lieu, et sa coutume fut celle de tout le district, excepté 
pour les cas qui se trouvaient réglés par les coutumes 
particulières de ces mêmes villes. — Ces coutumes 
étaient très nombreuses. Il faut remonter au xni* siècle 
pour découvrir le germe de celles du Vermandois. 

Celle de Saint-Quentin date de 1507 ^, et elle parait 
avoir été Tune des plus anciennes de la Picardie. Elle 
faisait loi, ses habitants s'y soumettaient sans opposi- 
tion et ils n'avaient recours à celles du Vermandois que 
pour les seuls cas qui n'y avaient pas été prévus. 

Le bailliage de Saint-Quentin était loin d'être un 
grand bailliage, et d'avoir l'importance de celui du Ver- 
mandois; il contenait dans son ressort 222 villes, vil- 
lages, bourgs et hameaux. Ses magistrats étaient le 
lieutenant-général du grand bailli , le lieutenant cri- 
minel, le lieutenant particulier, six conseilers, l'avocat 
et le procureur du roi, avec leur substitut, le greffier, le 
receveur des consignations, le commissaire aux saisies 



I Ribemoot est une ville peo éloignée de Saint-QueDUn. On trouve dans 
les registres de son bailliage uo airélé du 25 novembre 1765 par lequel il est 
défendu aux joueurs de violon déjouer de cet instrument à cause de la maladie 
du Dauphin, sous peine de la prison et de 50 livres d'amende. Ch. Desmaze. 
Curioniés dt$ parlemenU. 

3 L. Hordrel, pa(fe di3. 



— 257 — 

réelles, l'huissier audiencier et les sergents royaux. 
Déjà depuis 1210 il y avait dans cette ville un prévôt 
royal , et ce ne fut qu'en 1 365 que le lieutenant-général 
du bailliage y fut installé. 

Un éditdu mois d'octobre 1693 plaça un^rand bailli 
d'épëe à la tête du bailliage royal, et tous les jugements 
rendus par son lieutenant-général furent intitulés de 
son nom. 

Ce fut sous la présidence du dernier grand bailli 
d'épée que se tint à Saint-Quentin, en 1789, l'assem- 
blée des trois ordres du bailliage pour la nomination 
aux états-généraux de quatre députés dont le règle- 
ment du 24 janvier de la même année donnait l'élection 
audit ressort : savoir un député pour la noblesse, un 
pour le clergé et deux pour le tiers-état. Cette assemblée 
s'ouvrit, le 6 mars, dans l'église des Cordeliers. 

En 1749, le siège de la prévôté qui y existait fut sup- 
primé et il fut réuni au bailliage, lequel tenait ses au- 
diences à l'hôtel-de-ville, et y jugeait les affaires conten- 
tieuses qui étaient de sa compétence. Outre ce bailliage, 
Saint-Quentin se trouvait être le siège de quatre autres 
juridictions : celle de l'élection, du grenier à sel, des 
traites foraines et celle des consuls. 

L'élection jugeait en première instance les différends 
concernant les tailles S subsides, aides et autres impôts 



^ Les tailles étaient personnelles, rimposition se faisait tant par rapport 
ain possessions des propriétés ou des fermes, qu'à proportion du commerce 
et de I industrie des contribuables. Le conseil du roi fixait, tous les ans, la 
contingent de chaque élection par les commissaires des tailles qui étaient 
envoyés à Tintendlùt ; il en faisait la répartition sur les paroisses avec les 
officiers des élections; il signait ensuite les mandements qui étaient remit 

17 



-^268 — 

qui se levaient au profit du roi; ce tribuual était com- 
posé d'un président, d'un lieutenant, de six élus, d'un 
procureur du roi et d'un huissier audiencier. 

Le grenier à sel était le lieu où le sel était en magasin 
et où Ton faisait la distribution. Chaque paroisse était 
obligée d'en faire enlever la quantité qui lui était fixée, 
et de la f^ire répartir au prorata de la taille par des 
collecteurs particuliers, qui étaient chargés d'en recou- 
vrer le prix et de le compter aux receveurs. 

Cette juridiction jugeait en première instan celés 
contestations qui s'élevaient au sujet des gabelles, delà 
distribution du sel, de sa qualité bonne oumauvaise,de 
la quantité quidevait être imposée à son district, de son 
poids ou de son prix. Elle était composée d'un président, 
de deux grenetiers, d'un contrôleur, d'un receveur, 
d'un procureur du roi, d'un greffier et d'un huissier. 

Les traites foraines, qui connaissaient des droits et 
des fraudes sur les entrées, étaient une juridiction qui, 
bien qu'ayant son président, son procureur du roi et 
son greffier, avait peu d'affaires. 

Le siège dejuridiction consulaire qui existait à Saint- 



aux collecteurs pour Timposition eo détail qui leur était confiée. La plus 
forte imposition sur les six élections de la généralité de Picardie, depuis le 
commencement de la guerre, en 169i, avait été de. . . 935,551 livres. 
Savoir \ "' 



Election d*Âmiens. 


278,535 


« de Ponthieu 


127,393 


c de Doulens. 


145,180 


« de Montdidier. 


22l,1i3 


t de Péronne. 


12i,723 


« deSaint-Queotio. 


38,577 



935,551 



Manuscrits de la bibliuthéque impériale, mémoires concfraant la Picardie 
dressés en 1698 par Bignon, intendant. 



Quentin lui avait été accordé par un édit du roi 
Louis XIV, du mois de mars 1710, et il y avait été 
établi dans les mêmes conditions que celui institué à 
Paris en novembre 1563, par Charles IX. 

Ce tribunal jugeait sommairement, et sans frais, les 
demandes, contestations et différends qui pouvaient sur- 
venir entre commerçants, pour fait de marchandises, 
trafic, lettres de change ou de toutes autres opérations 
relatives au commerce. Aiqsi ce tribunal, dont les au- 
diences se tenaient alors dans une des salles de la halle 
aux poids, ne pouvait connaître, ni des ventes de blé, 
vins, bestiaux et autres denrées, à moins que ces mar- 
chés n*aientété contractés par des marchands ou négo- 
ciants dans le but de revendre ces denrées. Il n'était pas 
non plus compétent pour juger les demandes relatives 
aux contrats d'ouvriers, à des prix de fermes, ou à des 
loyers de maisons i . 

Les juridictions consulaires étaient, pour la plupart, 
composées de cinq juges : un président, auquel les édits 
n*attribuaient d'autres qualités que celles déjugé, et 
quatre assesseurs qui étaient nommés consuls. Par une 
exception, qui tenait à l'importance de son commerce 
et de ses manufactures, à Saint-Quentin, le juge c'est- 
à-dire le président, avait trois consuls entrants et trois 
consuls sortants d'exercice, ce qui portait à sept mem- 
bres la compositionde ce tribunal. Ceux qui en faisaient 
partie devaient être marchands ou négociants et résider 
dans la ville. 

1 Arrêt do Si janvier 1733. 



— 260 — 

Un édit du mois de février 1715, portant établis- 
sement d'une juridiction consulaire à Lille en Flan- 
dre, prescrivait, article 2 : a Qu'on ne "nommerait 
» pour juge et pour consuls que des personnes sans re- 
» proche, expérimentées danslecommerce, actuellement 
» marchands, ou ayant fait le commerce au moins pen- 
» dant dixans K t» 

Le parlement avait jugé, par arrêt du 23 mai 1761, 
contre un ancien marchand de la ville de Reims, appelé 
Dorigny, que ceux qui étaient nommésjuges ou consuls 
pouvaient être contraints d'en exercer les fonctions, 
quand bien même ils auraient quitté le commerce. 
Suivant un arrêt du conseil, du 9 septembre 1673, le 
premier juge consul devait avoir 40 et les autres 27 ans, 
sous peine de nullité des élections. Par le fait de 
leur nomination, ils avaient bien qualité pour juger, 
mais il fallait auparavant qu'ils eussent prêté serment 
devant les juges royaux. Ils devaient rendre la justice 
gratuitement aux parties, et leurs sentences s'exécuter 
par provision, sans préjudice du droit d'appel, par de- 
vant le parlement, pour les condamnations qui excé- 
daient SOO livres; celles moindres étaient prononcées 
en dernier ressort- 
Un arrêt du parlement, du 17 juin 1722, avait égale- 
ment déclaré bien pris à partie et avait condamné à 50 
livres de dommages et intérêts un des consuls de 
Saint-Quentin, pour avoir fait, comme plus jeune, au 
fribunal de cette ville la fonction de procureur du roi, 

1 L. Hordret, chapitre xv, page 357. 



— 26i — 

et avoir fait prononcer une amende de 100 livres 
payables sans déport, contre un particulier emprisonné 
sur le champ ^ 

L'ordonnance de 1667 réglait la forme de procéder 
dans les juridictions consulaires, et celle de 1673 leur 
compétence. — Cette ordonnance, qui a servi de base à la 
législation qui régit le commerce, décidait, article 17 :, 
a que le créancier pouvait faire assigner, à son choix, 
» ou au lieu du domicile du débiteur ou à celui auquel 
» la promesse avait été faite et la marchandise livrée ^. » 

Un autre arrêt du parlement, du 12 décembre 17 15, 
avait en outre jugé que les tribunaux consulaires ne 
pouvaient connaître de l'exécution de leur jugement. 

Telles étaient les diverses autorités et les juridictions 
qui régissaient la ville de Saint-Quentin, au moment 
où éclata le mouvement populaire de 1789. 

La France allait se trouver aux prises avec l'Europe 
entière et perdre ses relations. Toutes les forces de la 
nation étaient absorbées par cet immense élan qui en- 
traînait le pays vers de nouvelles destinées politiques. 

La révolution vint changer l'organisation adminis- 
trative de l'ancienne capitale du Vermandois, dont le 
nom antique, comme celui de la Picardie, disparut 
bientôt de la carte de France. Cette ville, qui relevait 
administrativement de l'intendance d'Amiens, mili- 
tairement du gouvernement de Picardie, ecclésiastique- 
ment de l'évéché de Noyonet judiciairement du parle- 

i L. Hordret, page 358, chapitre xv. 

S Cette rédaction a été conservée dans Tarticle 420 du Code de procé- 
dure civile. 



ment de Paris, demi le ehef-liea d'un arroodifleeDWOl 
du département de FAisne qui ressortissait, a?ee on 
juge de paix, un tribunal de première instance et un 
tribunal de commerce, k la cour d'Amiens, et arec sa 
ooll^^e, au diocèse de Soissons. 

Ses limites ne furent plus les mêmes que cdlesdu 
Vermandois ; sa circonscription perdit Ham et reçut 
Ribemont en échange. 

Bohain, Ribemont, Hoy, Saint-Simon, le Câtdet et 
Vermand furent les cheis-lieux de ses sept cantons. De 
toutes ces juridictions de l'ancien régime une seule 
est restée debout, c'est celle du tribunal de commerce, 
qui comme autrefois fonctionne encore aujourdliui. 

La révolution française n'a pas laissé à Saint-Quentin 
de ces tragiques souvenirs qui ne se retrouvent que 
trop dans les annales de son histoire. 

A toutes les époques des discordes civiles, aux temps 
les plus reculés, pendantlaLiguecommependantla Ter- 
reur, cette ville est restée, nous sommes fiers de le dire, 
constamment pure de crimes, de meurtres ou de pil- 
lage, et son honnête population s'est toujours distin- 
guée par son amour pour l'ordre, sa soumission aux lois 
et à la justice, n y eut, il est vrai, quelques troubles en 
mai 1790, à l'occasion de la cherté des grains; ces 
troubles amenèrent des cris bruyants, quelques me- 
naces, sans résultats fâcheux, mais pas de désordres 
sanglants. 

Ce fut à Saint-Quentin, le 25 juillet de la même 
année, que les gardes nationales du département se 
réunirent pour la fête de la Fédération, mais encore 



— 263 — 

cette fois cette fête patriotique ne fut ni la cause ni le 
prétexte d'aucun coupable excès. 

En 1792, des compagnies de sa garde nationale 
furent assez heureuses pour prendre part à la glorieuse 
bataille de Jemmapes, et pour se porter aux fron- 
tières pour défendre la patrie menacée par les armées 
coalisées de l'étranger. Les habitants de SaintrQuentin 
furent toujours à la hauteur de leurs devoirs. L'année 
suivante, lorsque quelques revers succédèrent à nos 
premiers succès, la ville fut un instant sur le point 
d'être investie; mais les Autrichiens n'osèrent pas 
en faire le siège. 

Avec les victoires si brillantes de ses armées et l'apai- 
sement de ses agitations politiques, la France sortit en- 
fin triomphante de tous ses ennemis, et c'est de cette 
grande époque du consulat et de l'empire que va dater 
une ère nouvelle pour ses manufactures. 

Avec la fin du dix-huitième siècle, l'histoire de Saint- 
Quentin va devenir celle de son commerce, et ce sont 
les progrès et les transformations de ses nouvelles 
industries qui feront le sujet principal de la seconde 
partie de cette étude. 



FIN DE LA PREMIÈRE PARTIE. 



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PIÈCES JUSTIFICATIVES 



PREMIERE PARTIE 



COMMERCE ANCIEN 



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' PIÈCES JUSTIFICATIVES 



PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE 4*'. 



Note de la page i5. 



Cette citation, extraite de la préface du 2* volume du 
recueil des manuscrits inédits de l'histoire du Tiers^Etat^ 
fera connaître Tesprit d'indépendance et de dérrouement 
civique qui animait au xii" siècle les habitants de Saint- 
Quentin. Voici ce que dit Augustin Thierry : 

« A ceux qui soutiennent que l'esprit d'indépendance 
et de dévouement civique est un pur anachronisme dans 
l'histoire des communes françaises, dit le grand historien, 
à la page 69, je leur demanderai à quelle catégorie de 
sentiments et d'idées ils rapporteront ces formules du 
droit municipal de Saint-Quentin ? 

» Eux jurèrent ensement chescun quemune ajde à son 
juré et quemun conseil et quemune détenanche et que- 
mune deffense. 

» Ensement nous «avons establique quiconque en notre 
quemune entrera et ayde du sien nous donra, soit pour 
cause de fuite ou de paour des anemis ou de autre forfait, 
mais qu'il ne soit acoustumée à mauvestiés en le que^ 
mune entrer porra, car la porte est ouverte à tous : et son 
seigneur à tort ses choses aura détenu, et ne le voudra 
détenir à droit, nous en exécuterons justice. 

* Et se il estoit ainsi que le seigneur de la quemune 
eust dedens le boure ou dedens la ville aucune forte- 
resche, et voulist mettre wardes dedens, il y mettrait 
wardes qui seroient de le quemune par la volenté et par 
l'octroy du maire et des eskevins ; car autres pour la 
destruction des bourgois, mettre ne porroit* 



— 268 — 

» Les bourgois de Saint-Quantin ne doivent nulle 
ajde en nulle manière à leur seigneur, ne ne se assem- 
blent pour faire li taille ; mais se aucun li veult donner 
de son gré comme requis du seigneur, selon son plaisir il 
li donra*. » 



Note de tapage Si. 

Charte du roi Philippe-Augafte, de l*aii 119Sf ooaflrmatlve 
de le oonunune de la ▼tlle de SainU^entin. 

Au oom de la sainte et indivisible Trinité. Ainsi soitril. 

I. Sachent tous présena et à yenir, que nous avons 
accordé, et fait jurer en notre nom, de garder et main- 
tenir inviolablement, dès que le comté de Vermandois 
sera en notre possession, les us et coutumes, dont les 
bourgeois de la ville de Saint-Quentin jouissoient du 
tems du comte Raoul et de ses prédécesseurs, sans pré- 
judice néanmoins de Tobéissance et fidélité qui nous est 
due comme souverain, et du respect et sujétion qui est à 
TEglise de Saint^Quentin, comme pro-épiscopale et à 
cause de sa juridiction de chrétienté. 

II. Quand la commune a été originairement acquise, 
tous les Pairs du Vermandois, qui étoient pour lors les 
plus grands personnages du comté, ont juré de l'observer 
et de la faire observer inviolablement ; savoir tous les 
clercs, sauf les privilèges de leur ordre, et tous les che- 
valiers, sauf la fidélité due au domte, comme souverain. 

IIL Or la commune a été ainsi établie, que les hommes 
qui la composent continueront de demeurer francs et 
libres avec tous leurs biens ; que ni nous, ni aucun autre 
ne pourra rien prétendre contre aucun de ses membres, 
si ce n'est en vertu d'un jugement des échevins ; et que 
ni nous, ni aucun autre ne pourra clamer la main-morte 
sur aucun homme de la commune. 

IV. S'il nous survient quelque action à diriger contre 



1 Nota des establissements de la commune de Saint-Quentin, rédigée pooj 
aerrir i la commune d'Eu. Arehvttê i» la KairU d^Eu. — Livre rouçe. 



la commune, nous la ferons juger par nos francs-hommes, 
clers et chevaliers» du ressort ou district delà chàtellenie 
de Saint-Quentin. 

y. Si celui qui aura été condamné acquiesce à la sen- 
tence, elle fera loi irrévocable pour les parties; et si 
Tune ou Tautre s'y refuse, elle pourra la contredire, 
dans la ville, en champ, et armée, à rencontre de ceux 
qui Tauront rendue, auquel cas il sera prononcé une 
amende, s'il y a lieu ; car dans l'ancien temps les juges 
étoient garants des jugements qu'ils rendoient. 

VI. La commune ne pourra exercer la justice hors de 
sa banlieue, mais dans ses limites elle l'exercera telle 
qu'elle le devra. 

VIL Si un étranger qui auroit commis un meurtre, 
ou un vol, ou un rapt, se sauve dans la ville, la com- 
mune ne pourra point empêcher qu'il ne soit arrêté par 
les officiers de notre justice, en quelque endroit de la 
ville qu'ils le trouvent. 

VIII. Si quelqu'un se fait incorporer dans la com- 
mune, il pourra y demeurer tranquillement avec son 
argent et ses effets, à moins qu'il ne soit de nos hommes 
ou serfs, dont aucun ne peut y être admis, non plus 
qu'aucun serf du plaid du bourg. 

IX. Nos francs-hommes, qui ne sont pas nos serfs de 
corps, pourront venir s'établir dans la commune avec 
tout ce qu'ils auront apporté avec eux; leurs autres biens 
nous appartiendront ; et ils ne répondront au seigneur, 
dont ils auront quitté la terre, que de son chevage, ou 
droit personnel qui est dû par des hommes qui ne sont pas 
attachés à la glèbe. 

X. Si par hasard un de nos hommes de corps ou serf 
avoit été admis dans la commune, sans qu'on le sçût, dès 
que la chose aura été notifiée, la commune ne pourra pas 
le garder ; et comme elle l'auroit fait par ignorance, elle 
ne seroit coupable d'aucune faute. 

XL Si quelqu'un a possédé pendant un an et un jour 
une teneure ou fonds, on ne pourra plus le troubler dans 
sa possession, à moins que ce ne fut le bien d'un absent, 
ou d'un mineur. 

Si quelqu'un commet un délit, dont il y ait plainte de- 
vant le mayeur et les jurés, ils l'en puniront en ordonnant 
la démolition de sa maison ; et s'il n'a pas de maison, Os 



— 270 — 

le oondamneront à une amende arbitmre ; il pourra néan- 
moins se rédimer de cette démolition moyennant une 
somme, laquelle sera employée à Tentretien des murs et 
fortifications de la ville. 

XIII. Quand le délinquant n'a pas de maison, il peut 
être puni par un bannissement de la ville, ou bien par le 
paiement d'une somme pour être employée aux fortifi- 
cations. Il peut néanmoins revenir dans la ville, si les 
mayeur et jurés y consentent ; et en cas que pour cela 
il donne quelque argent, cet argent sera pour les fortifi- 
cations. 

XIV. Le mayeur peut intimer ses ordres par son ser- 
gent de ville, à tout délinquant, et même le bannir, en 
cas qu'il refuse de se présenter, sans qu'il puisse rentrer 
dans la ville que du consentement du mayeur et des 
jurés, lesquels peuvent même ordonner la démolition de 
la maison qu'il auroit dans la banlieue; et s'ils rencontroient 
trop d'obstacle, nous leur ferons donner main-forte. 

XV. Quoique le délinquant reconnoisse son crime et 
se présente, il n'en sera pas moins banni, sans pouvoir 
rentrer dans la ville que du consentement du mayeur et 
des jurés, et sa maison, s'il en a une, soumise aux mêmes 
démolitions, avec semblable recours au besoin. 

XVI. Si le mayeur, assisté des jurés, rend quelque 
sentence qui soit juste et fondée, il ne pourra en résulter 
aucune amende au profit de personne. 

XVII. Si quelqu'un tue un homme dans la ville , en 
quelque endroit qu'il soit arrêté, il sera livré mort ou vif 
à notre châtelain ou à son lieutenant, de l'ordre et en 
présence des échevins ; ceux qui l'auront arrêté en seront 
déchargés, et notre juge le condamnera à la peine que 
mérite celui qui en tue un autre. Si l'on ne peut l'arrêter, 
il sera condamné au bannissement perpétuel; et dans 
l'un et l'autre cas, sa maison, s'il en a une dans la ban- 
lieue, sera détruite, avec confiscation de ses autres biens 
à notre profit; et si cette démolition étoit empêchée par 
violence, noua ferons donner main-forte. 

XVIII. Les mêmes peines seront exercées contre celui 
qui en poursuivrait et tueroit un autre hors de la ville, 
mais dans la banlieue ; avec cette différence , que si dans 
sa poursuite il ne faisoit que le blesser sans le tuer, il 
seroit banni à perpétuité de la ville, avec les puni<> 



— 8T4 — 

lions portées au précédent article, relativement à sa 
maison. 

XIX. Les majeur et jurés infligeront telle peine qu'ils 
voudront, sans encourir d'amende, à un homme, qui après 
avoir été banni par eux de la ville, y seroit rentré sans 
leur consentement. 

XX. Ni nous, ni aucun des gens attachés à notre per- 
sonne ne pourront faire donner caution pour plaider, à 
un homme de la commune. 

XXI. Si un bourgeois est pris en flagrant délit, nous 
pourrons le faire arrêter et lier seulement, sans le 
tirer hors de la ville ; avec défense à aucun de ceux qui 
le gardent de recevoir de lui la moindre chose dans 
cet état. 

XXII. Tout bourgeois qui sera trouvé dans les jardins, 
dans Tintérieur des maisons ou ailleurs, pourra être cité 
à toutes les heures du jour, mais non la nuit. 

XXIII. Les majeur et jurés pourront mettre Théritier 
en possession des biens immobiliers d'un défunt à quel- 
que titre qu'il les ait eus : sauf, en cas de contestation, 
à renvoyer la cause devant qui il appartiendra. 

XXI Y. Il sera payé, pour Tentretien des chaussées 
de la ville , une obole par voiture de deux chevaux non 
ferrés, un denier quand il. seront ferrés : il sera payé le 
double quand la voiture sera de quatre chevaux. 

XXV. Si un étranger se présente pour entrer dans 
la commune, tout ce qu'il aura apporté avec lui lui 
appartiendra incontestablement, de quelque endroit qu'il 
vienne ; mais ce qu'il aura laissé dans la seigneurie qu'il 
aura quittée restera au seigneur, excepté ses biens-fonds, 
pourvu qu'il ait payé les charges à son seigneur : ce qui 
n'aura point cependant lieu pour nos hommes de corps 
ou serfs; mais s'il possédoit dans une autre seigneurie 
quelque chose, le seigneur ne pourra y rien réclamer, et 
s'il l'a apporté avec lui, il en jouira librement, ainsi que 
de sa personne, en quelque lieu que ce soit de la commune. 

XXYI. Si la femme d'un bourgeois s'oblige sans l'au- 
torisation de son mari, l'obligation sera nulle : et quand 
même elle s'obligeroit pour son propre mari, soit qu'il fût 
en voyage, ou dans le* commerce, elle ne pourroit être 
poursuivie qu'autant qu'elle-même feroit personnelle- 
ment le commerce. 



— 272 — 

XXVII. Si un bourgeois vend sa marchandise, et 
qu'un autre, soit homme ou femme, survienne et veuille 
l'emporter par force, ce bourgeois peut l'arrêter jusqu'à 
ce qu'il en ait reçu le prix, et si à cette occasion il arri- 
voit quelque accident, ni lui ni ceux qui lui auront prêté 
secours n'encourront aucune peine. 

XXVIII. Si un bourgeois s'absente pourson commerce, 
il ne doit être assigné que relativement au produit et à la 
redevance du tcrrein qu'il peut avoir dans la ville ; et il 
pourroit l'être même au château, s'il y alloit. 

XXIX. Les valets de ville, et ceux qui en gacdent les 
portes et barrières, n'ont à répondre pour raison de leurs 
cateux ou mobilier, à d'autre juridiction qu'à celle des 
majeur et jurés. 

XXX. Les domestiques des clercs ou ecclésiastiques, 
demeurans et vivans dans les maisons de ces derniers, ne 
sauroient être traduits, pour leurs cateux ou gages, que 
devant la juridiction du doyen et de ces mêmes ecclé- 
siastiques. 

XXXI. Si nous faisons citer un bourgeois de la com- 
mune, il ne pourra être jugé que par les échevins, et 
dans la ville même de Saint-Quentin. 

XXXII. A nous seul appartient de connaître des crimes 
de larcin, de meurtre, de rapt, d'homicide, d'incendie, et 
autres semblables, commis par un homme de la commune, 
de nature à le mettre en la puissance du seigneur du corps 
et des biens : mais pour tous les autres crimes ou délits, 
les échevins les jugeront en présence de notre vicomte, 
comme du temps du comte Raoul. 

XXXIII. Si un bourgeois qui se seroit sauvé de notre 
vicomte pour deties, et réfugié dans une autre juridic- 
tion, est arrêté hors de celle où il s'étoit réfugié, il sera 
jugé par la justice et par les échevins de la vicomte. 

XXXIV. Si quelqu'un prend un voleur sur le &it, avec 
la chose volée, il le fera remettre par les échevins à notre 
châtelain ou à son lieutenant, en présence des échevins, 
sans y prendre d'autre part , et notre châtelain le fera 
mettre au pilory par les échevins, puis le jugera comme 
voleur. 

XXXV. Et si le châtelain ou son lieutenant, après en 
avoir été requis par les échevins, ne veut pas recevoir 
ce voleur de leurs mains , il sera mis en liberté, et le 



— 273 — 

bourgeois déchargé , quoiqu'il s'agisse de vol , quelque 
chose qu'il en arrive. 

XXXVI. Un fils de famille, quelqu'âge qu'il ait, tant 
qu'il est sous la tutelle de son père, de sa mère, ou d'un 
autre, ne doit à son seigneur aucun chevage ou redevance 
personnelle, et ne sauroit être poursuivi personnellement 
en justice, à moins qu'il ne fasse quelque commerce. 

XXXVII. Quand les majeurs et les jurés convoque- 
ront des assemblées au son de la cloche pour les affaires 
de la ville, tout homme de la commune pourra s'y rendre 
et retourner chez soi en toute liberté. 

XXXVIII. Au premier ordre , la commune se rendra 
à notre armée : et ceux qui prendront les armes ne pour- 
ront être tenus de comparoître en justice depuis Tordre 
donné. 

XXXIX. Un homme de la commune qui aura confié 
un effet mobilier à un autre dans la ville, ne pourra for- 
mer la demande en répétition que dans la ville même. 

XL. Quiconque appellera en jugement dans la ville 
un homme de la commune , ou sera appelé par lui en 
jugement, ne pourra ni accéder à la demande, ni la con- 
tester, que par le ministère d'un avocat de la commune. 

XLI. Si un vassal ou serviteur doit une somme à un 
bourgeois, et refuse de comparoître à cet égard en notre 
juridiction, malgré le jugement des échevins, le majeur 
lui enjoindra de fournir un seigneur ou répondant dans 
la quinzaine, faute de quoi il sera jugé par notre juge et 
par eux. Mais si ce seigneur présente quelqu'un de sa 
part qui soutienne qu'il n'est rien dû, et en offre caution, 
tandis que le bourgeois soutient sa créance , et en offre 
pareillement caution; dans ce cas la contestation doit être 
décidée par les armes dans la distance au plus de deux 
lieues de la ville, et le seigneur sera tenu de mener en 
sûreté les deux champions au combat, et de les ramener 
de même. 

XLII. Un bourgeois peut arrêter sans crime un étran- 
ger son débiteur qui vient à la ville , et peut le retenir 
jusqu'à ce que notre juge s'en soit emparé : et s'il use de 
violence contre le bourgeois, celui-ci peut en user de 
même sans encourir aucune peine, non plus que ceux qui 
lui auroient prêté secours. 

XLIII. Un bourgeois peut recevoir légitimement un 

18 



— 2T4 — 

gage pour la somme qui lui est due, et si le paiement lui 
en étoit refusé, il doit se pourvoir en notre justice devant 
les échevins. Et si quelque bourgeois lui enlevoit ce gage, 
il seroit tenu de lui payer la somme , ou bien il seroit 
banni de la ville jusqu'à ce qu'il l'eût payée , s'il y en 
avoit detf témoins ; et si malgré cela il refusoit de payer, 
il y seroit contraint par notre autorité. 

XLIV. Le mayeur et les jurés pourront prendre les 
fonds ou terrains dont ils auront besoin pour les fortiûca- 
tiens de la ville. 

XLV. Nous ne pourrons diminuer ni changer la mon- 
noie que du consentement du mayeur et des jurés : et si 
nous apprenons qu'elle ne suffise pas, nous pourrons, en 
la renouvelant, l'augmenter et non la diminuer, et don^^ 
ner cours à la nouvelle avec l'ancienne. 

XLVI. Si celui qui aura acheté de la marchandise 
refuse d'en payer le prix, et que les plaintes en viennent 
au mayeur, dans quelque district que ce soit, il en ordon- 
nera le paiement. 

XLYII. Les boulangers ne feront pas de pain au-dessus 
du prix d'une obole. 

XLYin. Aucun membre de la commune n'est obligé 
de répondre, hors de la ville, à la juridiction de chré- 
tienté, qui est celle de l'Eglise, mais les bourgeois doivent 
répondre seulement au doyen de Saint-Quentin dans le 
chapitre : et s'il arrive que quelqu'un leur demande de 
bonne foi justice hors du chapitre ou hors de la vijle, ils 
pourront compter alors sur notre assistance. 

XLIX. Le mayeur et les jurés pourront faire toute 
imposition sur les biens des bourgeois, sans qu'on puisse 
les en reprendre ; et les amendes qui auront été encou* 
rues pour y avoir contrevenu seront employées pour les 
fortifications de la ville. 

L. Tout le monde pourra se mettre sur la place publi- 
que ou marché, et y établir sa marchandise dans les 
endroits qui ne se trouveront pas pris, en payant le droit 
d'étalage ; ils auront l'attention de ne gêner l'entrée ni 
la sortie des maisons et boutiques qui seront occupées. 

LL Si un bourgeois refuse son salaire à un ouvrier 
qu'il aura loué, le mayeur le lui fera payer, en quelque 
district ou juridiction que demeure ce bourgeois. 

LIL Tout membre de la commune peut rester libre- 



— 275 — 

ment hors de la ville pour les mars, depuis la Puriâcation 
de la Vierge jusqu'à la fin du mois d'avril; et pour la 
moisson, depuis la Nativité de saint Jean-Baptiste, jusqu'à 
la Saint-Mîurtin. 

LUI. Quiconque sera appelé par le majeur sera tenu 
de comparoitre, et ensuite il pourra retourner dans sa 
maison en toute liberté. 

LIV. Si un bourgeois se trouve retenu ou pour dette 
ou pour crime dont il sera accusé devant nous, il ne 
pourra point pour cela se voir enlever ni sa femme, ni les 
bardes dont il sera revêtu. 

LV. S'il a été donné de la laine à filer à une ouvrière, 
ou des draps à apprêter à un ouvrier, moyennant certain 
salaire, et que la ôleuse ou l'appréteur l'aient mis en gage 
pour une plus forte somme que les salaires à eux dus, le 
majeur les fera rendre au propriétaire , en quelque en- 
droit que ce soit de la ville, à la déduction seulement du 
salaire légitimement dû. 

LVI. Si Ib majeur et les jurés ont condamné quel- 
qu'un au bannissement pour vol , et qu'ils le retrouvent 
dans la ville ou dans la banlieue, ils le feront arrêter, si 
cela se peut, et le livreront mort ou vif à notre châtelain 
ou son lieutenant, en présence des échevins, et ne s'en 
mêleront plus : le châtelain le fera mettre au pilori par 
les échevins, et punir comme voleur : si le châtelain ou 
son lieutenant refusoit de s'en charger, malgré la réqui- 
sition faite en présence des échevins, cela ne regardera 
plus ceux qui l'auroient arrêté. 

LVII. Nous ne pourrons rien ordonner ni rien établir 
sur les biens des bourgeois. 

LVIII. Si un bourgeois qui seroit sorti de la ville pour 
ses affaires, étoit tué par un autre, celui-ci seroit banni 
à perpétuité de la ville , à moins que cette mort ne fût 
arrivée dans le cas de guerre mortelle ou déclarée. 

LIX. Les hommes de la ville pourront faire moudre 
leurs grains et faire cuire leur pain partout où ils le 
jugeront à propos. 

LX. Si la ville se trouve avoir besoin d'argent pour 
ses affaires, les majeur, jurés et communauté de cette 
ville pourront faire une collecte ou même établir légiti- 
mement un impôt sur tous les revenus et sur les fonds des 
bourgeois, même sur ce qui se vend dans la ville. 



— 276 — 

LXI. Nous avons fait concession de tous ces objets, 
sauf nos droits et juridiction, comme comte du Verman- 
dois, et sauf les droits de l'église de Saint-Quentin et des 
autres églises , ainsi que de nos francs-hommes ou pairs 
ecclésiastiques et laïcs dudit comté, et sans préjudice de 
la liberté ou franchise accordée à la commune, telle 
qu'elle est contenue dans la présente charte. Et afin que 
ce soit chose ferme et stable à toujours , nous avons fait 
apposer notre scel royal à ces présentes et les avons 
signées de notre main. Donné à Compiègne, l'an de 
Jésus -Christ 1195, et de notre règne le seizième. 
Signé Philippe; Guidon, grand-échanson ; Mathieu, 
grand-maitre de la garde-robe; Drogon, grand-conné- 
table; la Chancellerie vacante. 



PREMIERS PARTIE. — CHAPITRE M. 

Note de la page SI. 

Si la justice avait au mojen-àge des peines sévères et 
parfois bizarres contre ceux qui se laissaient entraîner 
à des fraudes et à des falsifications , celles qu'elle infli- 
geait à certains crimes ou délits ne Tétaient pas moins. 
Ainsi, on trouve dans les archives de Saint-Quentin des 
listes contenant des noms d'individus bannis de la ville, 
au XIII* siècle, et l'exposé des crimes qui avaient motivé 
l'application de cette peine par les magistrats munici- 
paux. 11 existe une lettre fort curieuse adressée au maire 
et aux jurés de Saint-Quentin par ceux de Laon : c Qui- 
conque était par eux banni de la commune , ne devait 
jamais, y était-il dit, y rentrer sans leur autorisation. » 

En cas d'infraction : « ils restaient trois samedis de 
suite, le jour du marché, enfouis en terre jusqu'aux 
mamelles; et s'ils reparaissaient on les enterrait vifs. > 
Voilà les supplices horribles qui les attendaient : « et 
quiconque sera ainsi banni pour crime de meurtre, de 
rapt ou de vol, disait encore avec autant d'indépendance 



— 277 — 

qn6 d'énergie le corps municipal de Laon , nous ne le 
laisserons jamais rentrer, fût-ce avec le roi, fût-ce arec 
révéque ou avec tout autre * . » 



PREMIÊRB PARTIE. — CHAPITRE II. 

Note de la page 60. 

IToie rar un VitoaU de PéffliM ooUégiale de Selnt-^^entln 

Dae à l'obligeance de M. P. BÉNARD. 

La fenêtre de la cinquième travée du collatéral de la 
nef, côté nord, est divisée en trois baies qui compren- 
nent une composition peinte sur verre, et dont voici la 
description sommaire. 

Dans la baie du milieu, saint Quentin est représenté 
à rétat glorieux, tenant une palme de la main droite, et 
un livre de la main gauche ; c'est ainsi que dans le sym- 
bolisme du mojen âge les artistes indiquaient le mar- 
tyre et Tapostolat; deux broches sont enfoncées dans ses 
épaules. 

Le panneau à la droite de saint Quentin est occupé 
par une composition où figure un tondeux de drap, 
offrant à saint Quentin une paire de grands ciseaux ou 
forces; auprès de lui, est un petit personnage à genoux. 

Dans le panneau de gauche (à droite du spectateur) 
sont représentés deux portefaix offrant à saint Quentin 
deux sacs pleins de blé ou de farine. 

Cette composition ne remplit qu'une partie de la fenêtre; 
le reste est aujourd'hui en verre blanc. 

Toutefois, ces trois baies ont encore leur bordure de 
couleur presqu'intacte en tous sens. 



I Rapport de M. Janin sur les arcliives de Saint-Quentin, page 7. 

II T a aux Archives de lliôtel-de-yille des fragments de manuscrits dont 
^'écriture remonte au x* siècle. 



— 278 — 

La bordure de la baie de droite (par rapport à saint 
Quentin) est entièrement formée d'une série de force$* 

Celle de la baie de gauche représente une série de 
£acs pleins ; quant à la bordure de la baie du milieu, elle 
est formée de forces et de sacs se succédant sdternative- 
ment. 

Il est permis de conclure delà que la verrière de droite 
a été fournie spécialement par les drapiers, celle de gau- 
che par les portefaix, et celle du milieu par les deux cor- 
porations réunies. 

Cette verrière, d'après les costumes et les ornements 
d'architecture figurée, paraît dater de la fin du xv* siècle. 

Au surplus les corps d'état étaient autrefois dans 
l'usage de faire des donations de vitraux ou objets déco- 
ratifs dans les églises. 

Ainsi, dans la collégiale de Saint-Quentin, avant la 
révolution, on voyait encore : 

Une clôture et des peintures dans la chapelle Saint- 
Nicolas (aujourd'hui Sainte-Croix), données par les mer- 
ciers en 1618; 

Une balustrade autour de la chapelle Notre-Dame de 
Lorette (autre fois Sainte-Anne), donnée par les menui- 
siers en 1625; 

Une grande verrière, dans la première chapelle laté- 
rale à la nef, côté jiord, donnée par les majeur, échevins 
et jurés en 1414 ; ils y étaient figurés en grand costume, 
présentés à la Vierge (patrone de l'église), par saint 
Quentin et par saint Nicolas ; 

Une verrière dans la chapelle Saint-Jacques (aujour- 
d'hui Saint -Joseph), donnée par le monnayeur, en 
15 . . , etc. 



PREHIÂRE PARTIE. — CHAPITRE II. 

Note de la page 64. 

Le plus ancien des volumes qui sont dans les archives 
de Saint- Quentin y est désigné sous le nom de Livre 



— 979 — 

Rougè; d'est un manuscrit ou cartulaire relié en peau 
brune aveo coins en cuivre, dont la première partie est 
de la fin du xit* siècle ; récriture en est belle et bien 
conservée; il contient des titres de toute espèce, relatifs 
aux franchises et bxa privilèges de Saint^Quentin. On 
voit dans une note droite, sur une des feuilles de garde 
du manuscrit, qu'il fut d'abord enlevé par les Espagnols, 
en 1^7, avec beaucoup d'autres titres appartenant à la 
ville, puis racheté par un religieux de l'abbaje d'Isle qui 
le déposa dans son couvent, d'où il aurait probablement 
disparu, comme toutes les pièces historiques qui y étaient 
conservées, si Louis le Blond, élu juré en 1598, et frère 
du religieux qui l'avait une fois sauvé, n'en avait provo- 
qué et obtenu la réintégration dans les archives i. 



PREMIÉRB PARTIE. — CHAPITRE II. 

Note de la page 65. 

Au sujet des pièces relatives à la juridiction civile dont 
M. Janin, dans son rapport sur le classement des archi- 
ves, rend un compte sommaire, il dit, page 6 : «Au nom- 
bre de ces pièces je citerai une lettre adressée au maire 
et aux jurés de Saint-Quentin par un clerc, nommé 
Jehan de Ribemont, dans laquelle il les engage à se con- 
cilier, plus que jamais, l'amitié du bailli, du prévôt, et à 
plaider leurs affaires devant la Cour du Roi. Cette pièce 
originale et non datée, qui ne dépasse pas assurément la 
fin du xiii" siècle, est fort curieuse pour le style. On y 
trouve telle de^ ces phrases qui, par les expressions figu- 
rées et sa tournure élégante, tiendrait fort bien sa place 
dans un document du xviii» siècle. C'est, j'ose le dire, 
ajoute M. Jânin, le monument lé plus remarquable de 
ce genre et de cette époque, que j'aie rencontré jusqu'à 
ce jour. » 

i Rapport de M. Janin. 



— 280 — 

On trouve également dans les Curiosités des Parlements 
de France^ par notre compatriote et ami M. Ch. Desmaze, 
les documents suivants qui ont rapport à la ville de 
Saint-Quentin; c'est à ce titre que nous les reproduisons : 

< En mars 1293, le lundj après Reminiscere ^ les maire 
et jurés de Saint-Quentin reçoivent en échange perpé- 
tuel, de discret homme maître Guillaume de Crespy, 
contre de Saint-Quentin, clerc de notre seigneur le roi, 
tout le droit que il avoit ou avoir pooit en toutes choses, 
en la justice de la rue d'Aouste en Saint-Quentin, et lui 
donnent en contre-échange une rente annuelle et per- 
pétuelle de 14 livres parisis. 

« En 1308, sous Philippe le Bel^, arrêt du Parlement 
qui, après enquête, condamne Jacques de Laydin, ancien 
prévôt de Saint-Quentin , à payer à Jehan Wailtet, de 
Solesmes, 1,000 livres tournois de honne monnoie, pour 
réparation de détention arbitraire et dommages, et à 
1,000 livres tournois d'amende envers le roi. Le vendredi 
après Reminiscere. 

« Le 16 novembre 1356, sous le roi Jean le Bon, le Par- 
lement rend un arrêt qui maintient aux maire et échevins 
de Saint- Quentin la connaissance des cas de justice 
civile. 

« Lettres par lesquelles le lieutenant du bailli du Ver- 
mandois permet aux maire et échevins de tenir leurs 
plaids en Thôtel-de-ville, haut ou bas, auquel que mieux 
leur plaira, et de faire enregistrer leur jugement par un 
clerc assermenté, au lieu de leurs dits plaids à Testame, 
au devant et au dessoubs de la maison de la ville, comme 
cela avait lieu autrefois. 

« Le premier médecin de Charles VIII, Jean Lenglet, 
était de Saint-Quentin.— De 1483 à 1497. » 



i ArchWes, par, civ, liasaeSl, dossier A, p.' S. 
3 Oliffl. t. m. p. 806. 



— 28i — 

PREMIERE PARTIE. — CHAPITRE II. 

Note de la page SI. 

Règlemeiit pour le oommeroe det 9ttKpê<l%éB). 
Ville de Laon (Archives). 



Li maistre des marcheans et 11 compaingnon ont eswap- 
det entrous par commun asens et par lacort dou maieur 
et des jurés que se il doivent deniers li uns as autres que 
il ne Youssissent paiier, et ont sen plainssit as maistres, 

que li maistre ont pooir de mander que dedéns la 

quinzaine paient les deniers li uns as autres des mar- 
cheans de la compaingnie, et se il ne les paiaient que il ne 
vendent ne achètent et se il trespassaient se commande- 
ment il aroient menties leur fois et seroient en lamende 
le maieur et les jurés, et les maistres des marcheans, et 
ont eswardet li maistre et li marcheant que nus ne puist 
partir que diu a un drap mais bien le pueront faire vendre 
par los getans sans denier donnant. Et ont eswardet que 
li estes lau on vent les dras ne pueent acheter nul dras 
en gros que il ne autres pour lui en toute la vile pour 
vendre en gros nen ceste vile ne dehors. Et con ne doinst 
as couretiers ne aulcuns nul servisse pour dras vendre 
ne pour chose qui monte a draperie, et con ne vende mie 
en diemenche en ceste vile, et con ne porte nul drap en 
cloistre, pour vendre ne pour moustrer, et que nus na- 
chette drap mouillet par lissieres, et que nus ne voist 
encontre les dras pour acheter des quatant que il vainnent 
as estes lau on vent les dras, et que nus nachet dras 
pour faire revendre corne il vent a lostel, et que nus 
nachet ne blanc drap ne blanche saie lau il ait croie. 
Ce fu fait en lan de lincarnation mil et iic et xlviii 
au mois .... 



PRBMIÂRE PARTIE. — CHAPITRE II. 

Note de bt page fï. 



Suivant Hordret, ce serait yers le commencement du 
XIII* siècle, que cette partie des Gaules, appelée aussi la 
seconde Belgique, aurait pris le nom de Picardie, parce 
que c'est, dans l'histoire , l'époque la plus reculée où il 
soit fait mention des Picards. Cet écrivain se demande si 
ce nom ne leur est pas venu de leur facilité à se piquer, 
ou de ce qu'ils ont été les premiers, dans les Gaules , à 
faire usage de la pique, ou si l'on n'a pas trouvé, jadis, 
quelque ressemblance de leur état naturel avec celui de 
la pie (en latin : pica)^ que l'on dit être un oiseau opi- 
niâtre, ne cédant jamais, ou, enfin, si ce nom ne leur est 
pas venu de deux mots grecs m^i circum et xapfiia , cor^ 
animus^ qui signifient valeur et force, comme pour expri- 
mer le courage de ce peuple guerrier ? Dans le doute, 
Hordret ne se prononce pas, mais il signale la Picardie, 
comme une province constamment attachée à ses souve- 
rains, et ses habitants comme des hommes honnêtes, 
laborieux, intelligents, courageux, sincères, aimant la 
liberté, et très-propres à l'industrie, au commerce, aux 
sciences et aux arts. (L. Hordret, Description géographi- 
que de la Picardie^ pages 28 et 29.) 



PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE ÏI. 

Note de la page 90. 

Dans le mémoire concernant la Picardie, dressé éh 
1698, par M. Bignon, manuscrit de la bibliothèque im- 
périale, cet intendant qui avait été chargé de faire un 
rapport sur la situation de cette province, s'exprime 
ainsi sur ses industries : 



— 283 — 

« La principale fabrique de la Picardie , est appelée 
Sayetterie à cause que le âl de la sajette, fait de laine 
peignée et filée au petit rouet, compose seule la chaîne 
de ces étoffes qui sont des serges de Crèvecœur, d'Aumale, 
des baracans, des camelots, des raz de Gènes, raz fieiçon 
de Châlons, serges façon de Nismes, serges façon de 
Seigneur, le tout de pure laine. Il s'j fait aussi différents 
ouvrages où la laine est employée avec la serge, le fil, 
le lin, le poil de cheuvres, comme camelots façon de 
Bruxelles, pluches, raz de Gènes, étamines façon du 
Mans, étamines du Lude ; ces dernières étoffes ne sont 
façonnées que dans les villes d'Amiens et d'Abbeville. 

c Les laines dont on se sert dans ces manufactures sont, 
pour la plus grande partie, du crû du païs, on en tire de 
Brie, du Soissonnais, de TArtois , de la Flandre, de la 
mer Baltique, d'Irlande, quelques laines en bouchons 
d'Angleterre, pour les ouvrages les plus fins. 

« Le commerce de lins y est très-considérable. Le 
Ponthieu, TAmiénois et surtout le Vérmandois en pro- 
duisent abondamment; les marchands en envojent beau- 
coup à Rouen et en Belgique. Il s'en consomme dans le 
païs, aux fabriques de toilles, de batistes, si connues 
sous le nom de toiles de Sainte-Quentin. Les graines de 
ces lins entrent aussi dans le commerce; on en envoyé 
par mer en Normandie, en Bretagne, pour y être trans- 
portées; cette graine s'use, se consomme, si on ne la change 
de terroir; elle reprend une nouvelle fertilité dans un 
nouveau pays. » 

Dans ces mémoires manuscrits, si intéressants sur 
la Picardie, l'intendant Bignon dit encore page 85 : < Il 
y a dans la Picardie, qui est une des provinces qui a 
donné le plus grand nombre de maisons considérablesà 
la noblesse de France , cinq cents familles nobles ainsi 
réparties : 

d'Amiens 86 

d'Abbeville 80 

Dans \ dePéronne 40 

les élections ) ^^ Doullens 20 

de Montdidier .... 50 
de Saint-Quentin ... 14 

29ÔT 



— 284 — 

de Boulogne .... 120 

Dans \ deMontreuil .... 60 

les gouvernements i de Calais 20 

d'Ardres 10 



210 



PBBMIÉRB PARTIS. — CHAPITRE II. 

Note de la page iîî. 

Notre savant compatriote Henri Martin, dans la repro- 
duction du récit de la vie de Jeanne d'Arc, extraite de 
son histoire de France, parle de cette lettre que le 
duc de Bourgogne s'empressa, le soir même,' d'adresser 
aux habitants de Saint-Quentin pour leur annoncer : « la 
grande nouvelle exaltent d'emphase sous leurs formules 
de dévotion hypocrite *. » 

L'illustre captive habita les environs de Saint-Quentin 
du mois de juin au mois d'octobre , elle fut tenue « en 
prison honorable » à Beaurevoir , château qui était situé 
au milieu des bois, entre Saint-Quentin et Cambrai. 

« La femme et la tante de Jean de Luxembourg, dit 
Henri Martin, qui habitaient au château , avaient traité l'hé- 
roïsne d'Orléans avec égards et symphathie, mais Jeanne 
voulant à tout prix échapper aux Anglais et aller secourir 
Compiègne, « ne se put tenir » davantage, et se recom- 
mandant à Dieu et à Notre-Dame, elle sauta.... on la 
retrouva évanouie au pied de la tour; cette chute énorme * 
n'avait lésé aucun organe. » 

Le château de Beaurevoir n'existe plus 

Le château de Beaurevoir tomba dans les mains des 
Espagnols après la bataille de Saint-Quentin, en 1557 s. 



1 Page 79, Jeanne d'Arc, Henri Martin. 
Pages 189 et 190, Jeanne d'Arc, Henri Martin. 

3 ■ Soixante à soixante-dix pieds sont la moindre élévation qu*on puisse 
> supposer à un édifice de cette importance. • Quicherat, aperças nouTeaux, 
page 56. 

3 Dictionnaire hittorique de Melleville, tome I, page &4. 



— 28B — 

Louis XIY le fit démanteler et la révolution acheva sa 
destruction. On avait jusqu'alors respecté le donjon haut 
de cent pieds, ancienne prison de Théroïne. On y mon- 
trait encore la chambre où elle fut enfermée et la fenêtre 
par laquelle elle avait tenté de fuir au* péril de sa vie. 



PREMIÂRB PARTIE. — CHAPITRE II. 

Note de la page 139. 

TradaoUoa par FiOT, professeur de TUniversité. 

Cesse de nous vanter tes murs et tes batailles, 
Rome ; viens admirer ces vivantes murailles, 
Ces hardis citoyens, qui, dans le champ de Mars, 
Servent à leur cité d'invincibles remparts ; 
Où la seule valeur, sans murs pour se défendre. 
Sait braver mille morts plutôt que de se rendre. 
Leur ville, pour marquer qu'un grand cœur vit toujours. 
Lorsque pour la patrie il immole ses jours. 
Consacre au souvenir d'une action si belle 
Sur ce marbre parlant une gloire immortelle. 

Imitation des mdmet vers 

par Nicolas Desjardins, principal du Collège de Saiot-Quentin. 

Prête à me voir en feu, plutôt que de me rendre, 

Jusqu'aux derniers abois j'ai voulu me défendre; 

D'onze assauts à la fois j'ai soutenu l'effort; 

J'ai vu mes citoyens dévoués à la mort, 

La braver en héros, et, pour sauver la France, 

De mes murs abattus remplacer la défense. 

Tous se sont immolés, mon sein fut leur tombeau : 

Pouvaient-ils, en mourant, trouver un sort plus beau? 

Je fus prise, il est vrai; mais tombant, j'eus la gloire 

De vendre à mes vainqueurs chèrement la victoire. 



TroitièiiM ImltoUon 

parQuBNTiN-JosBraHÀNpuBT, chano&nder église ro3fale de Saint-Quentin. 

Vas, Rome, ose à présent vanter tes boulerards ; 
La valeur sait bien mieux illustrer nos remparts : 
L'ennemi nous menace en sa fureur extrême; 
Tout citoyen est mur, et suffit à lui-même. 
La ville, sur ce marbre en traçant ces beaux faits. 
Veut que le souvenir ne s'en perde jamais. 

Quatrième ImltatloB 

par Jacques Blondel , avocat au bailliage de Haint-Quentin et ancien 
mayeur de cette ?iUe. 

Ne te vantes pas davantage 

Rome 1 à mes murs viens rendre hommage ; 

Teints du sang de mes citoyens. 

Ils ont plus d'honneur que les tiens. 

Mes tours tombent : la brèche ouverte 

Aussitôt annonce ma perte ; 

Dans mon sein, l'ennemi vainqueur 

Porte le carnage et l'horreur. 

Mes citoyens sont mes murailles, 

Ils se font de leurs funérailles 

Un rempart contre sa fureur. 

Héros, qui pour votre patrie 

Avez consacré votre vie, 

Vous serez éternellement 

Placés au temple de mémoire, 

Et ce marbre est le monument 

Qui fera vivre votre gloire. 



PIÈCES REIATIVBS AUX CONTESTATIONS 

SUR LES DROITS DE MARQUE. 



PRBinàRB PART». -^ CHAPITRE III. 

Note de la page 146. ' 

A 

Peroeptlqn d'un lol par l'BftUd-^e-Vilto 4e ftoiaWQnaiiUil 
•tw ehaifii* pièoa d^ tolla« 

Archives de TAisne, c. 70i. 

Arrêt du Conseil d^ Etat du 8 avril 1113. 

Le Roi s'étant fait rendre en son conseil compte de 
la consistance du droit d'un sol qui se lève dans la yiUe 
de Saint-Quentin, pour la marque apposée à chaque pièce 
de toile, après qu'il a été reconnu par les officiers pré-> 
posés à cet effet, qu'elle a toutes les dimensions prescrites 
par les règlements: Sa Majesté auroit vu que le dit 
droit ne peut être considéré que comme un octroi, ou 
qu'au moins il doit être par sa nature assimilé aux 
droits attribués aux officiers-marqueurs de toile en titr^ 
d'offîces, établis dans plusieurs yilles et lieux du royaume, 
et qu'ainsi il est essentiellement de l'espèce de ceux en 
sus desquels Sa Mt^esté a ordonné la perception des huit 
sols pour livre par son édit du mois de novembre 1771t 
et par l'article 6 de l'arrêt de son conseil, du22 décembre 
suivant ; mais elle aurait en même temps reconnu que 
cette perception, à cause de la modicité du droit principal, 
donneroit souvent lieu à des fractions et à des forts 
deniers qui seroient une surcharge pour les redevables, et 
ne tgurneroi^nt qu'au proât des percepteurs; et Sa M^esté 



— 288 — 

Toulant prévenir toute difficulté à cet égard, et traiter 
favorablement le commerce des toiles de ladite ville de 
Saint-Quentin, en réduisant les huit sols pour livre, 
perceptibles sur ledit droit, à une quotité fixe qui n'opère 
dans aucun cas ni fraction ni fort denier, et qui soit 
proportionnellement inférieure à celle desdits huit sols 
pour livre. Vu l'édit du mois de novembre et Tarrét du 
22 décembre 1771, ensemble le mémoire des officiers 
municipaux de ladite ville de Saint-Quentin; ouï le 
rapport du sieur abbé Terray , conssiller ordinaire du 
conseil royal, contrôleur général des finances ; le Roi 
étant en son conseil, a ordonné et ordonne que les officiers 
municipaux et de police de la ville de Saint-Quentin 
continueront de faire lever un sol pour la marque de 
chaque pièce de toile, de quelque qualité qu'elle puisse 
. être ; et que pour tenir lieu des 8 sols pour livre dudit 
droit, il sera perçu au profit de Sa Majesté trois deniers 
seulement pour chaque pièce de toile de toute espèce, 
longueur et largeur, pour être le produit desdits trois 
deniers représentatif desdits huit sols pour livre, remis 
par lesdits officiers municipaux et de police, leurs régis- 
seurs, fermiers ou receveurs,- au préposé de l'adjudica- 
taire des fermes générales unies ; lequel, aux termes de 
l'arrêt du 15 décembre 1771, sera tenu d'en comptera 
Sa Majesté en sus du prix de son bail ; ordonne au sur- 
plus Sa Majesté que l'édit de novembre 1771, et les 
arrêts des 15 et 22 décembre de la même année seront 
exécutés selon leur forme et teneur, enjoint au sieur, 
intendant et commissaire départi en la généralité 
d'Amiens, de tenir la main à l'exécution du présent 
arrêt, nonobstant oppositions ou autres empêchements 
quelconques, dont si aucuns intervenoient. Sa Ms^iesté se 
réserve et à son conseil toute cour, juridiction et con- 
noissance , icelle interdisant à toutes ses cours et autres 
juges. Fait au conseil d'état du roi. Sa Majesté y étant, 
tenu à Versailles le 8 avril 1773. Signé Phelypeaux. — 
Suivent les lettres d'exécution. 

Arrêt du conseil dCEtat du 12 septembre 1773. 

Vu par le roi en son conseil, la requête de Julien 
Alaterre, adjudicataire des fermes générales unies de 



— 289 — 

France, chargé de la régie des nouTeaux sols pour 
livre imposés par Tédit du mois de novembre 1771 ; ladite 
requête expositive : qu'au préjudice dudit édit, dont les 
articles 5 et 6 ordonnent qu'il sera perçu 8 sols pour 
livre en sus du principal de tous les droit exprimés ou 
désignés en la déclaration du 3 février 1760, même en 
sus du principal de ceux desdits droits, qui jusqu'alors 
auraient été exempts de la totalité ou de partiea des 
anciens sols pour livre, et contre la teneur expresse de 
Tart. 5de Tarrétdu conseil, rendu en forme dérèglement 
le 22 décembre 1771, qui déclare sujets aux huit sols 
pour livre les droits de péage, passage, travers, barrage 
et autres de cette espèce, soit qu'ils se lèvent au 
proût de Sa M^gesté, ou qu'ils appartiennent à aucuns 
princes, seigneurs, provinces, villes, communautés 
ou particuliers, les officiers municipaux de Saint- 
Quentin se seroient constamment opposés à l'éta- 
blissement des huit sols pour livre sur le droit de péage 
ou chaussées qui se perçoit aux entrées de leur ville et 
au profit d'icelle sur les voitures, charrettes ou chariots, 
bétes de somme et bestiaux, sous prétexte que la modicité 
du droit ne permet point qu'il soit affecté de la nouvelle 
imposition, aux termes d'une décision du conseil du 10 
mars 1772, qui en dispense les articles dont le principal 
est au-dessous de 15 deniers, mais qu'ils abusent de 
cette décision en Ji'adoptant qu'une des dispositions 
qu'elle contient; qu'en effet, après avoir affranchi des 
huit sols pour livre les articles de perception dont 
le principal est au-dessous de 15 deniers, parce que 
leur assujétissement à la nouvelle imposition don- 
neroit lieu à des forts deniers onéreux aux redevables, 
elle ajoute que les articles inférieurs à 15 deniers seront 
sujets, lorsque leur réunion en une seule et même décla- 
ration opérera un principal de 15 deniers ou au-dessus ; 
or, ces cas de réunion doivent se rencontrer et se ren- 
contrent fréquemment pour le péage de Saint-Quentin, 
surtout au passage des bestiaux ; qu'ainsi la résistance 
des officiers municipaux de Saint - Quentin est une 
contravention à l'édit du mois de novembre 1771. A ces 
causes, et vu le préjudice en résultant pour les intérêts 
du roi, requéroit le suppliant qu'il plût à Sa Majesté d'y 
pourvoir ; vu aussi l'édit du mois de novembre 1771, et 

10 



— 290 — 

Tarrét du conseil du 22 décembre suivant, ouï le rapport 
du sieur abbé Terray, conseiller ordinaire du conseil 
royal, contrôleur général des finances ; le roi étant en son 
conseil, a ordonné et ordonne que les huit sols pour 
livre, prorogés et imposés par Tédit du mois de novembre 
1774, seront perçus en sus du principal des droits du 
péage de Saint-Quentin, lorsque la perception dudit 
principal sur un même conducteur ou marchand, montera 
à 15 deniers ou au-dessus; ordonne Sa Majesté aux 
percepteurs dudit droit, de percevoir les huit sols pour 
livre, dans le cas susdit, et d'en compter à Julien Alaterre, 
à vue de leurs registres de perception s'ils en tiennent, 
sinon par abonnement amiablement convenu ou qui sera 
réglé par le sieur intendant d'Amiens ; défend Sa Majesté 
aux officiers municipaux de ladite ville et à tous autres, 
de s'opposer à ladite perception ou d'y apporjter aucun 
trouble, à peine d'en demeurer responsables en leur 
propre et privé nom et de 500 livres d'amende. Enjoint 
au sieur intendant et commissaire départi en la généralité 
d'Amiens de tenir la main à l'exécution du présent arrêt, 
lequel sera exécuté nonobstant opposition ou empêche- 
ments quelconques, dont, si aucuns interviennent. Sa 
Majesté se réserve, et à son conseil, la connoissance, 
icelle interdisant à toutes ses cours et autres juges. Fait 
au conseil d'état du Roi, Sa Majesté y étant, tenu à 
Versailles, le 12 septembre 1773. Signé : Phelypeaux. 



— 294 — 

VercepUon par PHfttel^e-Ville de SalnfiiÇaeBtlii 
d*UB fol par ohaqne pièoe de toile i. 

Archives de rAisoe, c. 76i. 



A Monseigneur Joly de Fleury , ministre des finances. 

Les majeur et échevins, juges civils, criminels, de 
policeet des manufactures et voiers de la ville, faubourgset 
banlieue de Saint-Quentin, remontrent très-humblement 
à votre Grandeur, que l'article 11 des lettres patentes 
du roi, du 1" juin 1780, portant établissement des bureaux 
de visite et de marque des étoffes, veut qu'il soit payé par 
ceux qui présenteront des étoffes auxdits bureaux un sol 
par chaque empreinte, marque ou plomb qui seront 
apposés sur icelles, et que le droit soit perçu par les gardes 
jurés ainsi que le produit des amendes et des confisca- 
tions qui sont prononcées sur leurs procès-verbaux, et 
que par arrêt du conseil du 12 mars 1781, qui détermine 
la manière dont les gardes jurés et autres préposés à la 
desserte desdits bureaux de visite et de marque compte- 
ront des droits de marque, amendes et confiscations 
qu'ils sont chargés de percevoir, il est dit : Article 1*'. 
Que les gardes jurés et autres desservant les bureaux de 
visite et de marque, remettront à la fin de chaque année 
ou au plus tard dans le premier mois de l'année suivante 
au greffe des juridictions des manufactures, un compte 
par bref état, signé et affirmé par eux du produit des 
droits de marque et plomb, amendes et confiscations, et 
de la dépense faite pour la desserte auxdits bureaux pen- 
dant ladite année. Article 2. Qu'il sera alloué auxdits 



1 Cette requête adressée à M. Joly de Flearf, ministre des floanoes, rea- 
ferme des recherches et discussions trop intéressantes pour Thistoire de la 
Tille et du commerce da Saint-Quentin, pour que nous ne nous soyons pas 
empressés de les reproduire textuellement» ainsi que les lettres de H. Tinten- 
dant d'Amiens sur ce même su^et. 



— 292 — 

gardes jurés dans la dépense desdîts comptes, la somme 
de 10 livres qui sera payée pour chaque compte au greffier 
desdites juridictions des manufactures, lequel sera tenu 
d'envoyer au conseil un double dudit compte pour être 
réglé et apuré ainsi qu'il appartiendra. Et Article 3. Que 
lesdits gardes jurés seront solidaires entre eux jusqu'à 
l'entier apurement de leur compte, pour raison des per- 
ceptions qu'ils auront faites en conséquence de l'article 
1" du présent arrêt ; voulant Sa Majesté que les reli- 
quats desdits comptes soient versés dans la caisse du 
commerce pour être employés aux dépenses et encoura- 
gements relatifs aux manufactures. 

Les suppliants ont l'honneur de représenter à Votre 
Grandeur, que si l'exécution des lettres patentes de Sa 
Majesté, du 1" juin 1780, et de l'arrêt du conseil du 12 
mars suivant pouvoit avoir lieu à Saint-Quentin relative- 
ment aux dispositions concernant le droit de marque des 
toiles de la manufacture de cette ville, et les amendes, 
il en résulterort un préjudice considérable pour le 
domaine de l'hôtel-de-ville de Saint-Quentin, qui a 
toujours joui d'un sol démarque de chacune pièce de toile, 
ainsi que des émoluments de la justice de police et des 
manufactures qui lui appartient patrimonialement. 

L'origine de ce droit de marque d'un sol par pièce de 
toile ne dérive d'aucun édit, d'aucune concession ; elle 
est aussi ancienne que l'établissement de la manufacture 
de toiles, qui existoit à Saint-Quentin bien antérieure- 
ment au sac de cette ville, prise d'assaut en 1557; ce 
droit est un émolument de la justice haute, moyenne et 
basse, de police et des manufactures qui appartient patri- 
monialement à l'hôtel-de-ville, qui l'a acquise à titre 
onéreux des comtes de Vermandois, ses anciens sei- 
gneurs, et il ne doit sa naissance qu'au consentement 
des fabricants qui s'y sont soumis d'eux-mêmes, et 
d'autant plus volontiers que le bien de la manufacture 
exigeoit que les toiles fussent marqués. Ce droit a été 
seulement fixé à un sol, parcequ'on a considéré qu'il 
étoit suffisant, non-seulement pour payer le marqueur, 
mais encore pour fournir aux frais des procès criminels et 
autres qui s'instruisent aux frais du domaine de l'hôtel- 
de-ville, dans les affaires qui regardent la manufacture. 

Que les suppliants aient le droit et soient en possession 



— 283 — 

immémoriale d'exercer U justice civile, criminelle, de 
police et des manufactures dans toute retendue de la 
ville, faubourgs et banlieue de Saint-Quentin, et de jouir 
de tous les droits et profits qui en dépendent, voici les 
principaux titres qui établissent à cet égard leur droit et 
leur possession. 

Le premier est la charte de confirmation de la com- 
mune de Saint-Quentin, par Eléonore, comtesse de Ver- 
mandois. 

Le second est une autre charte confirmative de cette 
commune, de Tan 1195, par Philippe-Auguste. Cette charte 
est une transcription de la précédente. 

La princesse Eléonore, dernière comtesse de Ver- 
mandois, se voyant sans postérité, fit donation au roi 
Philippe-Auguste du comté de Vermandois, sous la 
réserve de l'usufruit pendant sa vie et à la charge de 
laisser jouir les habitants de Saint-Quentin de tous les 
droits, us, coutumes, libertés et franchises qu'ils tenoient 
des anciens comtes de Vermandois. Ce prince les leur 
confirma par sa chartre de 1 195, et notamment la justice, 
haute, moyenne et basse appartenant à cette commune. 
Aussitôt la mort d'Eléonore, Phi lippe- Auguste, suivant 
les maximes du temps, fit ratifier cette donation par les 
héritiers de cette princesse, afin de leur ôter le moyen 
de pouvoir Tattaquer à l'avenir. 

Philippe-Auguste, par sa chartre de 1195, déclare 
d'abord qu'il a fait jurer en son nom, de maintenir les 
us et coutumes que les habitants tenoient du temps du 
comte Raoul et de ses prédécesseurs, lorsque le Verman- 
dois seroit en sa main, c'est-à-dire quand l'usufruit 
qu'Eléonore s'étoit réservé serait consolidé à la propriété. 
tfsus et consuetudines quos in tempore Radulphi comitis et 
anteces'iorum suorum Burgenses Sancti Quintini tenuei^unt.,, 
concessimus et eos firmiter tenendos^ quando terra in manu 
nostra erit jurari fecimus. Ces termes mus, et consuetudines 
quos Burgenses.... tenuerunt font voir évidemment que 
ces usages et coutumes sont si anciens que la commune, 
et que l'époque de cet établissement se perd dans la nuit 
des temps. 

Il reconnaît ensuite^ que cette commune a été acquise 
à titre onéreux, et qu'elle a l'exercice de toute justice, 



— 294 — 

haute, moyenne et basse dans retendue de la Tille, ftiu- 
bourgs et banlieue. 

Cum prtmnm communia acquisita fuit. . communia nullam 
poterit facere jusîitiam extra bantencam suam^ et infra 
bafdencam^ qualem debebit, poterit facere justitiam. 

La haute justice se trouve clairement désignée par ces 
articles de cette chartre. S'il est commis quelque forfait, 
le majeur en fera punition avec le conseil des jurés ; 
celui qui Taura commis pourra être mandé parle majeur; 
s'il ne compare pas, le majeur pourra le bannir, et le 
coupable ne pourra rentrer dans la ville que du consen- 
tement et avec la permission des majeur et jurés; dans le 
cas où il j resteroit contre leur gré, ils le puniront 
ainsi qu'ils le jugeront à propos. Si quis forisfactum 
fecerit major juiicio iuratorum super hoc emendationem 
accipiet; quicumque forisfactum fecerit communies major 
cum de foris facto per nuntium suum submanere potest; et 
nisi ad submonitionem majoris venerit^ major eum bannire 
potest ; nec in villam redibit, nisi per voiuntatem majoris 
et iuratorum. Si major et jurati aliquem banniverint, et 
ille sine consensu eorum in villam reaïerit, de illo vindicta 
accif)ietur ad voluntatem eorum^ sine emendatione alicui 
exhibendâ. 

La justice de police est encore bien formellement 
exprimée par ces autres articles : Le majeur fera pajer le 
prix des denrées vendues dans la ville : si un bourgeois 
refuse de pajer les salaires d'un ouvrier, il j sera con- 
traint par le majeur, et si celui à qui on aura donné de 
la laine à filer et des draps à apprêter mojennant cer- 
tains salaires, l'ait mis en gages pour plus forte somme 
que sa façon, le majeur les fera rendre au propriétaire 
qui ne sera tenu que de pajer lesdits salaires. Qui- 
cumque vénale suum vendiderit et emptor venditori catal- 
Imn statim solvere noluerit, major ei solvi faciet^ si ante 
eum clamor venerit in cujuscumque sit districto. Si Bur- 
gensis alicui operarium conduxerit et ei mercedem solvere 
nolueiit, major id solvi faciet in quocumque districto Bur- 
gensis maneat. Si aliquis aut fitalrici îanam sub mercede 
filandam, aut paratori pannos. aut hujusmodi res alicui 
operario ad parandum commiserit^ et filatrix, aut parator 
(Hit operarius fileta, aut pannos^ aut hujusmodi res pignori 
oéligaverit^ pro majori pretio quammercesvakat, major pro 



— " 806 — 

ékUia ianhim mereede supra dicia^ reddi faeiei eict^ui erani^ 
in quoeumqm districto invenianiur, 

Eafin il est dit que les deniers qui pporiendront des 
amendes seront employés aux fortiâcations de la ville. 
Si vero ab Us qui institutionem violauerint nummi accipi- 
ait/iir, ad firmitatem villœ portanivr. 

Les suppliants remplissent encore aujourd'hui eette 
obligation en réparant les murs du parapet du corps de 
la place, quoique le produit des amendes ne soit pas suffi- 
sant à beaucoup près pour la dépense que ces réparations 
exigent. 

Le troisième sont des lettres patentes de Philippe- 
le-Long, du 23 janvier 1320, par lesquelles ce prince 
reconnaît que lajustice de police dans l'étendue de la ville, 
faubourgs et banlieue de Saint-Quentin, appartient aux 
suppliants et par une suite nécessaire que la nomination 
et disposition de tous les offices qui en dépendent leur 
appartient, et il leur mande en efifet de préposer des per- 
sonnes de probité et instruites pour veiller, suivant l'usage, 
au maintien de la police sur les marchandises et denrées 
qui se vendent dans leur \ii\e,Pkilippus Dei ^rafiâ Franco- 
rum et Navarrœ Rex^ scabinis villœ Sancti-Quintini salutem, 
Burgensium dictœ villœ supplicaiioriibus inclinati^ manda- 
mus vobis quatenus super victualibus^ mercaturis et aliis 
venalibus dictœ villœ aliquos probos et idoneos viro^ deputare 
curetis^ et more solito super iis prospiciant utilitatibus 
villœ. Ces termes more solito sont remarquables, puis- 
qu'ils prouvent un usage et une possession ancienne. 

Le quatrième sont des lettres patentes de Charles IV 
dit le Bel, du 14 janvier 1327. Ces lettres confirment les 
suppliants dans le droit deconnoitre du fait de la draperie 
et d'adjuger, au profit du domaine de Thôtel-de-ville, 
toutes les amendes qui seront prononcées en cas de con- 
travention. Elles s'expriment ainsi : Carolus Dei gratiâ 
Francorum Rex, Baillivo Veromanduensi, vel ejus locum 
tenenti^ salutem. Conquesti sunt nobis major etjurati Sancti 
Quintini. quod cum ab olim usque ad tempus quod super 
ipsius villœ communiam in manu nostra tenebamus, ipsi 
pacifice fuerint in possessione percipiendi et leoandi emendas 
ex aelictis seumaleficiis draperiœ aictœ villœ, gentes nostrœ 
super hoc ipsos turbant, et impediunt indebite et de novo 
prœtextu cujusdam ordinationis factœ dum ipsam commu- 



— 296 — 

niffm, ut prœmittitur^ tenebamus, in quâ dicitwr cantineri 
quod ad nos emendœ ejusmodi pertinent^ cum autem ipsi 
prœtendunt in eadem ordinatione adjutum emendas ipsas ad 
nos, vel eos qui à futuro tenerent ipsam communiam perti- 
nere. Mandamus tibi quatenus si vocatis evocandis, visa 
ordinatione prœdicta sine strepitu judicii sicut esse rep^na- 
tisy nec obstet aliud rationabite, amotis turbatione, impedi- 
mento^ novitateque prœdictis et similibus^ ipsos conqucerentes 
permittas et facias dictis emendis gaudere pacifiée et quiète. 

Le cinquième est un jugement du bailli de Vermandois 
du 28 octobre 1328, sur le vu desdites lettres patentes 
qui s'exprime ainsi : Comme nous, en la présence du pro- 
cureur du Roy et du conseil du Roy en la baillie de 
Vermandois aions vu et fait voir ladite ordonnance faite 
sur le mestier delà draperie en la ville de Saint-Quentin, 
au tems que la commune était en la main du Roi, en 
laquelle ordonnance est contenu en la fin, sauf toutes voies 
à nous et à ceux qui pour le tems auront le gouverne- 
ment de la ville, la correction et punition de ceux qui 
seroient trouvés méfaisans en ladite draperie et lidit 
maire et jurés aient à présent le gouvernement de leur 
ville et leur a été rendu par nouvelle chartre depuis 
la date de ladite ordonnance et n'ayens rien trouvé par 
ledit conseil ouï en grande délibération avec plusieurs 
sages tant de ladite ville non bourgeois, comme d'ailleurs 
espécialement dudit métier de la draperie, aucune juste 
cause de empêcher auxdits mayeur et jurés la correc- 
tion punition ne les amendes des forfaits au mestier de la 
draperie; et y ceux mayeur et jurés avons délivré et 
délivrons lesdites amendes et en avons oté et otons par 
ces présentes lettres Tempéchement qui mis y estoit, sauf 
le droit du roy en autres choses, si aucun en y a. 

Le sixième est une ordonnance du bailli de Verman- 
dois, du 3 novembre i350, par laquelle il est fait défense 
à Jean de Kevresis, prevost royal de Saint-Quentin, de 
ne plus à Tavenir troubler les mayeur et échevins en 
leur justice criminelle. 

Le septième est une ordonnance du bailli de Verman- 
dois, du 30 juin i383. Cette ordonnance porte que les 
mayeur, échevins et jurés feront tous officiers nécessaires 
au maintien du bon ordre et de la police, tels que mayeur 
de la halle aux draps, gardes de Tétape des vins, égar- 



— 297 — 

ddnrs desdits vins, courtiers et autres officiers ; qu'ils 
pourront faire statuts, édits, ordonnances, de nouvel 
corriger, muer et renouveler les anciens, si mestier est, 
et faire toutes choses quelconques pour le profit et gou- 
vernement de ladite ville et du bien public. 

Le huitième est un acte du 17 décembre 4387, par 
lequel les dojen, chanoines et chapitre de Saint-Quentin 
reconnoissent que la justice de police appartient aux 
majeur et échevins de cette ville dans toute retendue 
d'icelle. 

Le neuvième est une ordonnance des majeur, échevins 
et jurés, du 17 mai 1560, sur la remontrance faite par 
les mulquiniers ou fabricants de toile qu'il n'j avoit 
aucuns courtiers qui en exerçassent les fonctions comme 
ils le faisoient avant la prise de la ville, et que toutes 
personnes s'entremettoient de porter toiles à vendre, 
ce .qui occasionnoit plusieurs abus ; sur quoj il a été 
ordonné qu'il j auroit des courtiers jurés qui doresna- 
vant en feroient l'état, suivant qu'ils le faisoient aupara- 
vant la prise de la ville, lesquels étoient au nombre de 
huit, et qu'ils bailleroient caution, et il a été fait défenses 
en outre à toutes autres personnes de ne eux entremettre 
de porter vendre toiles parla ville à peine d'amende. 

Le dixième est une autre ordonnance des majeur, éche- 
vins et jurés du même jour, qui commet un échevin et un 
juré pour égarder, visiter et marquer les ourdoirs des 
mulquiniers. 

Le onzième sont des lettres patentes du roj François P"^ 
du 22 septembre 1560, par lesquelles les majeuf , éche- 
vins et jurés sont confirmés dans l'exercice de la haute 
justice, mojenne et basse appartenant à la ville pour par 
eux en jouir comme ils en avoient usé jusqu'au sac et 
pillage de la ville arrivé en 1557. 

Le douzième sont d'autres lettres patentes du roj 
Charles IX, du 29 juin 1561, qui confirment pareillement 
les officiers municipaux dans leur droit de haute, mojenne 
et basse justice sur les habitants de la ville, faubourgs et 
banlieue. 

Le treizième sont aussi des lettres patentes d'Henri III, 
du 14 novembre 1579, enregistrées au Parlement,, le 13 
janvier 1594, lesquelles confirment aux majeur, échevins 
et jurés la justice civile, criminelle et politique. 



— 2»8 — 

Le quatorzième est une ordonnance des majeur, éclie- 
vins et jurés, du 12 juillet 1593, qui fait défenses à toutes 
personnes de n'exposer en vente aucunes toiles qu'elles 
n'ayent leurs longueurs et largeurs, et à tous marchands 
d'en acheter à peine d'amende arbitraire. Cette sentence 
a été rendue sur les conclusions du procureur fiscal, qui 
avoit représenté que les mulquiniers et façonniers de 
toiles de la ville ne faisoient toiles de* longueur et largeur 
qu'elles avoient accoutumé d'avoir ; qu'aucuns d'entre eux 
on avoient exposé en vente en la ville de Cambray qui ne 
s'étoient pas trouvées de la longueur et largeur qu'elles 
avoient accoutumé de tous tems d'être, et même qu'au- 
cuns les plioient à faux plis qui étoit chose qui tourneroit 
au préjudice du public et de la manufactui:e s'il n'y étoit 
remédié. 

Le quinzième est une ordonnance desdits mayeur, éche- 
vins et jurés, du 13 mars 1609, par laquelle il est deffendu 
à tous courtiers de porter ni exposer en vente toiles ni 
copons de toiles, qu'ils n'aient leur jeauge , longueur et 
largeur requis, et qu'elles n'aient été jaugées et marquées 
de la marque de la ville par le marqueur juré, en peine 
de 60 livres d'amende et d'interdiction pour trois mois. 

Le seizième est une autre ordonnance desdits mayeur, 
échevins et jurés, du 1*' février 1600, qui fait défense à 
Louis Brûlé de plus à l'avenir plyer toiles qu'elles n'aient 
leur jeauge, longueur et largeur ordinaires. 

Le dix-septième est un jugement, du 16 février 1621, 
des commissaires généraux députés par le roi pour la 
vente en hérédité des offices de police suivant l'édit du 
mois de février 1620. Ces commissaires ont ordonné que 
les mayeur, échevins et jurés, conformément à leurs an- 
ciens privilèges jouiront de la disposition et provisions 
des offices de courtiers de toiles, courtiers de vin, maî- 
tres maçons, charpentiers jurés, charbonniers, serviteurs 
de la halle aux draps, dont ils avoient ci -devant joui et 
jouissent en vertu de leurs dits privilèges et les déchar- 
gent des assignations qui leur avoient été données et 
aux pourvus desdits offices. 

Le dix-huitième est un acte de notoriété du bailliage 
de Saint-Quentin, du 29 janvier 1628, par lequel il est 
attesté que la justice criminelle et politique appartient 
aux mayeur, échevins et jurés, et qu'ils en sont en bonne 



— 2W — 

et paisible possession et jouissance de temps immémo- 
rial; qu'en conséquence ils ont de tous temps pourru et 
pourvoient journellement à tous les offices de police, tels 
que courtiers de vin, courtiers de toiles, mesureurs de 
blé, avoine et autres grains, vendeurs et revendeurs de 
chair et poisson d'eau douce et salée, d'aulneurs, jeaul- 
geurs et marqueurs de toiles grosses, déliées, blanches 
et grises, sergens à verges et à masses, et généralement 
à tous offices en ladite ville, faubourgs et banlieue, 
sans que Sa Majesté ait jamais pourvu à aucun desdits 
offices. 

En 1627, les majeur, échevins et jurés ayant eu con- 
naissance de redit de la même année portant création 
d'offices de visiteurs, controUeurs et marqueurs de toiles 
dans toutes les villes du royaume, présentèrent une re- 
quête à la reine-mére et à son conseil, dans Is^quelle ils 
exposèrent qu'ils étoient en droit et possession de confé- 
rer les offices de police; qu'ils avoient été dans le temps 
maintenus dans ce droit et que l'établissement d'un office 
de marqueur de toiles à Saint-Quentin feroit préjudice 
à leur droit el à leur possession ; en conséquence ils 
demandèrent que la ville fut exceptée de cet édit. 

Cette demande fut accueillie. Il fut ordonné, le 12 fé- 
vrier 1628, que lesdits mayeur, échevins et jurés se 
pourvoiroient devant Sa Majesté pour leur être fait droit, 
et cependant défenses furent faites aux commissaires de 
procéder à l'adjudication de l'office de visiteur, contrô- 
leur et marqueur de toiles à Saint-Quentin. 

Les mayeur, échevins et jurés ayant appris que cet 
office de visiteur, marqueur et contrôleur des toiles avoit 
été adjugé à François Macé, moyennant 2,000 livres et 
les 2 sols pour livre, ils représentèrent que l'adjudication 
de cet office tendoit à les priver d'un sol par chacune 
pièce de toile dont ils jouissoient de tems immémorial, 
comme étant un fruit de leur justice; que l'adjudication 
de cet office avoit été faite par erreur, et au préjudice 
de Tarrét du conseil du 12 février précédent, que le 
commerce souffriroit du droit de marque établi par cet 
édit. Le conseil fut touché de ces raisons ; après avoir 
examiné les titres sur lesquels les mayeur, échevins et 
jurés s'appuioient, il ordonna par son arrêt du 23 janvier 
1630, qu'en remboursant par les mayeur, échevins et 



— 300 — 

jurés au propriétaire dudit office de visiteur, contrôleur 
et marqueur de toiles audit Saint-Quentin, la somme de 
2,000 livres et les 2 sols pour livre, ledit office demeure- 
roit éteint et supprimé, sans qu'il pût par cj après être 
procédé à la revente d'icelui pour quelque occasion que 
ce fût, et Sa Majesté ût défenses aux commissaires par 
elle députés pour la revente de recevoir aucune enchère, 
tiercement, doublement ou autrement sur icelui à peine 
de nullité. 

A cet arrêt il résulte bien clairement que le conseil n*a 
regardé le sol de marque appartenant à la ville de Saint- 
Quentin que comme un émolument de justice, puisqu'il a 
laissé subsister ainsi que Toffice de marqueur que les 
majeur, échevins et jurés, comme juges de la manufac- 
ture, avoient établi bien antérieurement à Tédit de 1627, 
ainsi que la preuve s'en tire de différents jugements par 
lesquels les majeur, échevins et jurés ordonnent que 
les toiles seront marquées d'une marque aux armes de la 
ville et notamment d'une adjudication dudit droit d'un 
sol du 4 mars 1624, faite au profit de Thô tel-de-ville. 

Le dix-neuvième est un arrêt du conseil, du 12 juin 
1691, portant règlement pour les charges et dépenses de 
l'hôtel-de-ville de Saint-Quentin, lequel justifie que les 
amendes prononcées par les maire et échevins appartien- 
nent au domaine de l'hôtel-de-ville, comme un attribut 
et une dépendance de sa justice patrimoniale; puisqu'il 
accorde au receveur ou argentier pour la recette du patri- 
moine de la ville ensemble des droits de la ferme de 
Saint-Denis, des chaussées et des amendes, la somme de 
90 livres. 

Le vingtième est un autre arrêt du conseil, du 
4 décembre 1742, rendu contradictoirement entre les 
majeur et échevins, et M. André Loubeau, fermier des 
domaines et droits j joints, par lequel ce dernier a été 
débouté de la demande qu'il avoit formée contre l'hôtel- 
de-ville pour l'obliger à lui compter des amendes pro- 
noncées dans les affaires de police dont les manufactures 
ont toujours fait partie. 

Le vingt et unième enfin est encore un arrêt du conseil, 
du 4 août 1750, par lequel Sa Majesté reconnoît que les 
droits de marque de toiles appartient au domaine de ladite 
ville à raison d'un sol par chacune pièce de toile. 



— 304 — 

D'après ce qui vient d'être dit et les titres des sup- 
pliants, il doit demeurer pour certain que la justice civile 
criminelle, de police et des manufactures appartient pa- 
trimonialement à Thôtel-de-ville; que le droit d'un sol de 
marque de toiles qui se perçoit à Saint-Quentin, ainsi que 
les amendes au profit du (îomaine de l'hôtel-de-ville ne 
dérivent d'aucun édit, d'aucune concession, et que ce 
n'est qu'un fruit de la justice de police et des manu- 
factures dont le domaine de l'hôtel-de-ville fait tous 
les frais. 

Dans ces circonstances les suppliants osent se flatter 
que Votre Grandeur ne permettra pas que la ville soit 
privée d'un droit aussi solidement établi pour être versé 
dans la caisse du commerce. Cette privation seroit d'au- 
tant plus préjudiciable au domaine de l'hôtel-de-ville 
qu'il s'en faut de beaucoup que ses revenus dans leur état 
actuel égalent ses charges et qu'e^ lui ôtant encore le 
droit de marque et les amendes, il faudroit nécessaire- 
ment recourir à de nouveaux octrois pour qu'il pût rem- 
plir ses charges ordinaires, ressource qui seroit d'ailleurs 
extrêmement onéreuse à ses habitants, qui ne sont déjà 
que trop fatigués par des octrois et des impositions de 
toute espèce. 

A ces causes. Monseigneur , plaise à Votre Grandeur, 
vu la présente requête, garder et maintenir les suppliants 
dans leur droit et possession de percevoir, au profit du 
domaine de l'hôtel-de-ville de Saint-Quentin, un sol de 
marque pour chacune toile de la manufacture, ainsi que 
les amendes qui seront prononcées dans le cas de contra- 
vention comme étant des profits et des émoluments dé- 
pendant de la juridiction de police et des manufactures 
qui lui appartient patrimonialement; en conséquence les 
excepter de Texécution des édits du 1" juin 1780, arrêt 
du conseil du 12 mars 1781, les suppliants ne cesseront 
de faire des vœux pour la santé et la conservation de 
Votre Grandeur. 

Signé : Desjardins, majeur; de BoumonviUe, Raison, 
Brayer, Nery, Blondel, Guillaume. 



— 302 — 

Minute de leltv» de IHnteadent d'Amiens à K. Mcij de Stettrjr. 

Archives de T Aisne, c. 764. 

5 mars 1782- 
Monseigneur, 

J'ai l'honneur de vous envoyer le mémoire que vous 
ont présenté les offîciers municipaux de Saint-Quentin, 
et que m'a adressé de votre part M. de Moaran , le ^ 
novembre dernier, ainsi que les différents titres qui 
m'ont été remis, sur lesquels ils prétendent établir que 
la juridiction de police qu'ils exercent en cette ville leur 
appartient patrimonialement en vertu de la chartre d'é- 
rection de leur commune; que par suite de cette juridic- 
tion de police ils sont en droit d'établir dans la ville les 
offices que les circonstances paroissent exiger; que le 
droit de marque d'un sol par chaque pièce de toile 
apportée au bureau de visite leur appartient aussi patri- 
monialement ainsi que les amendes, et comme étant une 
émanation de leur juridiction de police, et qu'enfin ils 
sont dans Iq cas de faire exception aux règlemens nou- 
veaux qui veulent que les gardes jurés ou autres prépo- 
sés aux bureaux de visite et de marque comptent 
annuellement devant les commissaires départis du pro- 
duit du droit de marque, des amendes et confiscations et 
en versent les deniers dans la caisse destinée à procurer^ 
le plus grand avantage du commerce et des manufac- 
tures. 

J'ai fait l'analyse de ces titres suivant leur ordre 
d'ancienneté, pour vous mettre en état de juger de l'effet 
qu'ils doivent produire en faveur de la prétention des 
officiers municipaux de Saint-Quentin. 

Le premier est une charte de la comtesse Éléonore, etc. 
(voir le Mémoire). 

Tels sont. Monsieur, les différents titres sur lesquels ils 
prétendent établir que la juridiction de police civile et cri- 
minelle qu'ils exercent dans la ville, faubourg et banlieue 
de Saint-Quentin leur appartient patrimonialement, et 
comme une suite de l'établissement de leur commune, 



— 808 — 

c^est-à-dire de toute ancienneté. Tels sont les titttes à la 
faveur desquels ils prétendent prouver que par suite de 
cette juridiction de police ils sont en droit de nommer 
à tous les offîces qui peuvent avoir quelque relation avec 
le maintien du bon ordre et la sûreté publique dans les 
aâfaires du commerce, de la manufacture et denrées qui 
s'apportent en ville pour y être vendues ; que toutes les 
amendes qu'ils prononcent ne peuvent être détournées de 
leur destination primitive ; qu'elles leur appartiennent et 
font partie du domaine de la ville aux conditions portées 
dans la charte d'érection de cette ville en commune, 
celles d'entretenir les murs et fortifications de la place; 
*que le sol de marque qui leur a été payé jusqu'à présent 
par chacune pièce de toile apportée au bureau de visite 
appartient également au domaine de la ville, comme étant 
une émanation, un produit de cette juridiction de police 
qu'ils exercent patrimonialement. Tels sont enfin les 
titres qu'ils invoquent pour former exception aux nou- 
veaux règlements et se dispenser ou leurs préposés de 
compter du produit du droit de marque ainsi que des 
amendes. 

J'ai lu. Monsieur, ces différents titres avec beaucoup 
d'attention, et le jugement que j'en ai porté a été qu'ils 
paroissoient très-propres à faire accueillir favorablement 
la demande des officiers municipaux de cette ville et leur 
réclamation. 

Les Chartres de la comtesse Éléonore et de Philippe- 
Auguste prouvent d'une manière invincible que la juri- 
diction de la police civile et criminelle appartient aux 
mayeur et échevins de Saint-Quentin, non pas à titre 
gratuit, non pas par une attribution particulière , mais 
patrimonialement et d'une manière inhérente à l'érection 
même de la commune, cum primum communia acquisita 
fuit. Ces Chartres ont cela de particulier qu'elles ne sont 
pas même constitutives de cette commune, elles n'en sont 
que confirmatives. Elles rappellent les conditions sous 
lesquelles cette commune avoit été érigé anciennement, 
conditions qui lioient les sujets au souverain et le souve- 
rain à ses sujets, et dont l'observation avoit entretenu 
jusque là leur union. 

Les droits et privilèges des communiers sont expressé- 
ment ropris en détail dans ces Chartres. — La comtesse 



— 304 — 

Éléonore, en les conûrmant, déclare que ces droits et pri- 
vilèges existoient du temps du comte Raoul son père, et 
de ses ancêtres: Usm et consuetudines quas in tempore 
Radulphi comitis patris mei et antecessorum meorum. 
Philippe-Auguste en use de même dans sa charte de 
1195, en sorte qu'au moyen du laps de temps qui s'est 
écoulé depuis ces époques, au moyen de ce que ces Char- 
tres ne sont pas même constitutives mais simplement 
récognitives et confîrmatives des droits et privilèges de 
la ville de Saint-Quentin , les mayeur et échevins peu- 
vent dire que cette juridiction de police qu'ils exercent 
et qu'ils possèdent patrimonialement, leur appartient de 
toute ancienneté, ou du moins qu'elle n'a d'autre époque' 
que celle même de leur érection en commune qui se perd 
dans la nuit des temps. 

Ces titres me paroissent d'autant plus respectables que 
les mayeur et échevins de cette ville ne se sont jamais 
laissés entamer sur l'exercice des droits qui y sont énon- 
cés, qu'ils sont actuellement en bonne et paisible posses- 
sion non interrompue d'exercer en cette ville à titre 
patrimonial la juridiction de police civile et criminelle, 
et de nommer à tous les offices relatifs à la manutention 
du bon ordre et de la bonne foi qui doit régner dans les 
affaires de la manufacture et des objets mercantiles. 

Ce sont eux qui nomment les officiers inférieurs de 
leur justice, tels que le lieutenant chargé de l'instruc- 
tion des procès criminels et du jugement des matières 
provisoires de petite police qui requièrent célérité : le 
procureur fiscal et le greffier ; ce sont eux qui nomment 
leurs sergens et appariteurs, les portefaix et gens de 
peine, les mesureurs au bled, ceux à l'avoine, les égar- 
deurs des pailles et foins qui s'apportent au marché , les 
vendeurs de poisson salé, les peseurs de laine, les mesu- 
reurs au charbon , les peseurs de marchandises arrivant 
ou passant en ville, les jaugeurs et marqueurs de toiles, 
de manière qu'on peut dire qu'ils sont et ont toujours été 
dans le plein exercice des droits et privilèges relatifs à 
cette juridiction de police par eux acquise à titre oné- 
reux à l'instant même de l'érection de la yille en com- 
mune. 

Les mêmes titres ont reçu une confirmation nouvelle 
en 1775, par Tarrét rendu en grande direction qui main- 



— 305 — 

tient les habitants des ville , faubourgs et banlieue de 
Saint-Quentin, dans leurs franchises de tous droits et 
devoirs seigneuriaux pour raison des maisons à eux ap- 
partenant dans cette . étendue , contre la maxime nulk 
(erre sans seigneur ^ si souvent invoquée par le receveur 
général du domaine et après une instruction de 15 ans. 

Le conseil, en jugeant cette question si intéressante 
pour cette ville et ses habitants, n'a pu se refuser à des 
titres aussi précis, suivis d'ailleurs d'une possession con- 
stante dans laquelle ils étaient de ne payer aucuns droits 
seigneuriaux, et il me semble qu'il en doit être ici de 
même et que les officiers municipaux, également fondés 
en titres pour la nomination de tous les offices relatife 
à la manutention de la police, également en possession de 
pourvoira tous ces offices et d'en retirer un produit quel- 
conque qui forme le patrimoine domanial de la ville, sont 
dans le cas d'y être maintenus. Je suis d'autant plus porté 
à penser ainsi, que ce produit, qui forme une portion du 
domaine de la ville, est assujetti à des charges considéra- 
bles ; les amendes ont leur destination particulière, elles 
doivent être employées aux réparations du cordon* de la 
place, et les officiers municipaux se sont acquittés annuel- 
lement de leurs obligations à cet égard; ils ont fait voir 
par le relevé des comptes de plusieurs années du produit 
de ces amendes que leurs dépenses excèdent de beaucoup 
la recette relativement à cet objet, ainsi qu'il est attesté 
par l'ingénieur de la place à la vingt-cinquième pièce de 
production. 

Indépendamment de cette charge, le domaine de la 
ville a encore celle de l'instruction de la suite des procès 
criminels et de l'exécution des condamnés, dont les frais 
ont toujours été faits par la ville sans qu'il en ait iamais 
rien coûté au domaine du Roi. Je sais que les officiers 
municipaux pourroient exhiber de diff'érentes procédures 
extraordinaires suivies d'exécutions et dont les frais ont 
toujours, été considérables. Ils justifient par le rapport 
du vingt-quatrième titre que les affaires mêmes de lamsr 
nufacture et du commerce leur donnent occasion d'exer- 
cer leur juridiction criminelle et les jettent dans des frais 
indispensables, dont la cause n'a pour objet direct que le 
plus grand avantage du commerce et la sûreté des négo- 
ciations, puisque cette vingt-quatrième pièce est un arrât 

90 



— 306 — 

confirmatif de la sentence par eux rendue à Textraordi- 
naire contre le nommé Bilet , fabricant de toiles , pour 
fausses lettres de change qu'il avoit fabriquées et dis- 
tribuées. 

Ainsi le produit du droit de marque qui doit tourner 
au profit du commerce et lui procurer des encourage- 
ments , concourt seulement d'une autre manière à le 
favoriser dans Temploi qui en est fait par les officiers 
municipaux de Saint-Quentin. Il me paroît en effet que 
le premier objet, le plus intéressant pour le commerce, 
est d'en maintenir, d'en procurer la sûreté. Les encou- 
ragements nç doivent veiîir qu'à la suite, en raison même 
de ce que le négociant est déjà assez animé par l'espé- 
rance du bénéfice à faire sur ses spéculations, et il est 
loin de regarder comme une destination étrangère à son 
bien-être celle qui a pour objet de faire les fonds néces- 
saires pour pouvroir à sa tranquillité et assurer la bonne 
foi et Tordre dans les négociations. 

L'antiquité des titres sur lesquels ces officiers fondent 
leurs droits, loin de leur rien ôter de leur force, a semblé 
les avoir consacrés et les rendre plus susceptibles d'être 
accueillis favorablement, surtout quand on reconnoît 
comme dans l'espèce qu'ils ont été suivis d'une posses- 
sion aussi constante que non interrompue. 

Les majeur et échevins ont même à cet égard l'auto- 
rité de la chose jugée, et toutes les fois que le fermier 
des domaines ou les préposés ont voulu les inquiéter sur 
les amendes par eux prononcées et s'en arroger la percep- 
tion au préjudice du domaine de la ville, ils ont été 
arrêtés dans leurs entreprises sur les droits des mayeur 
et échevins, qui y ont été maintenus, notamment par 
l'arrêt du conseil du 4 décembre 1742, qui est la vingt- 
deuxième pièce de la production , qui confirme l'or- 
donnance de M. de Chauvelin, Tun de mes prédéces- 
seurs, et maintient les officiers municipaux dans le droit 
de recevoir au profit du domaine de la ville les amen- 
des par eux prononcées pour faits de police en cas cri- 
minels. 

Les )Dayeur et échevins de Saint-Quentin ont égale- 
ment pour eux l'autorité de la chose jugée, même envers 
le roi, relativement à l'office de marqueur de toile auquel 
ils ont tx^ujours pourvu et qu'ils ont toujours fait exercer 



— 807 — 

soit par des préposés qu*ils ont commis, soit par des fer- 
miers du droit qu'ils leur abandonnoient. Cette confirma- 
tion résulte de Tarrét du conseil, du 24 janvier 1630, qui 
ordonne qu'au moyen du remboursement que feront ces 
chefs de la communauté au propriétaire de Tofûce de 
contrôleur, visiteur et marqueur de toiles, de la somme 
de 2,000 livres à laquelle se trouvoit monter le prix de 
son adjudication et les 2 sols par livre, cet office sera, 
demeurera éteint et supprimé. Cette pièce est la dix-sep- 
tième de celles produites. 

Il y a lieu d'observer sur ce même arrêt qu'il ne dit 
pas que l'office dont il s'agit sera et demeurera réuni au 
domaine de la ville , ce qui feroit supposer encore son 
existence entre les mains des officiers municipaux, mais 
éteint et supprimé ; ce qui annonce que le conseil a jugé 
alors qu'aux majeur et échevins seuls appartenoit le droit 
essentiel et primordial de pourvoir à l'office de marqueur 
de toiles dans l'étendue de leur ville ; que celui que les 
besoms de l'état et les opérations de finance avoient fait 
créer ne pou voit pas subsister au préjudice du droit attri- 
bué aux officiers municipaux par suite de leur juridiction 
patrimoniale. Il est vrai que cet arrêt ne supprime et 
n'éteint Toffîce nouvellement créé qu'à la charge par les 
officiers municipaux de rembourser les 2,000 livres for- 
mant le prix de l'adjudication qui en avoit été faite ; cette 
obligation est sans doute ce qui a induit M. de Montaran 
à penser que quelques-uns des titres qu'ils avoient indi- 
qués par le mémoire qu'ils vous ont adressé, Monsieur, 
paraissoient tenir de la fiscalité. Mais on sait que dans les 
opérations de finances et lorsque les besoins de l'état le 
sollicitent, il est extrêmement difficile, pour ne pas dire 
impossible, de revenir entièrement sur les premiers pas, 
surtout à l'égard des villes. Le ministre dans ces occa- 
sions permet rarement que les adjudicataires aient leur 
recours contre le Roi pour le remboursement des sommes 
qu'ils ont payées, et alors ceux mêmes au profit desquels 
se fait cette extinction cédant à la nécessité, aiment mieux 
faire le sacrifice d'une somme quelconque quo de voir en- 
tamer leurs droits ou s'exposer au risque de les perdra 
entièrement. Mais aussi, comme ici, lorsqu'il est reconnu 
que le droit appartenoit primitivement à la ville ou au 
corps municipal qui le réclame, il paroit que le conseil 



— 308 — 

prononce, non pas en ordonnant la réunion, mais la sup- 
pression ou Textinction de Toffice ; ce qui fait qu'il doit 
être regardé comme n'ayant jamais été créé ou ne l'ayant 
été qu'au préjudice d'un tiers. Ainsi d'après cette inter- 
prétation la somme de 2,000 livres, payée par les mayeur 
et échevins pour rembourser l'adjudicataire de l'office 
nouvellement créé, ne deviendroit plus que le prix de la 
suppression et de l'extinction de cet office, une espèce de 
don gratuit par eux offert dans les circonstances des 
besoins de l'état et qui ne peut porter préjudice au droit 
primitif des officiers municipaux, qui étoit alors comme 
aujourd'hui une sorte d'émanation de leur juridiction 
patrimoniale de police civile et criminelle. 

Quelque attention que j'aie donnée, Monsieur, à la lec- 
ture des différents titres produits de la part de l'hôtel-de- 
ville de Saint-Quentin, je n'ai pu non plus y reconnaître 
qu'ils présentassent entre eux des contradictions : Les 
arrêts du oonseil et ceux du parlement me paroissent au 
contraire s'accorder entre eux et reconnaître également 
les droits de la communauté; celui du 12 juin 1696, qui est 
la vingtième pièce produite, confirme contre les blanchis- 
seurs le règlement fait par les mayeur et échevins, le 3 
juin 1653, relativement à la marque des toiles et rots. 
Celui du conseil, du 14 août 1750, qui fixe les droits 
appartenant aux courtiers, reconnoît celui du domaine de 
la ville relativement au sol de marque, puisqu'il impose 
à ces courtiers l'obligation de payer, ainsi qu'ils l'ont 
fait jusqu'à présent, un sol qui appartient au domaine de 
la ville. 

Ce sol établi sur chaque pièc'e de toile apportée à la 
marque, et qui fait aujourd'hui une partie essentielle des 
revenus de la ville, semble devoir son établissement à 
une époque très-éloignée. Au moins n'ai-je rien trouvé 
dans les titres produits qui puisse aider à la déterminer. 
Ce qu'il y a de constant, c'est qu'il ne paroît pas que cet 
établissement dérive d'aucune loi supérieure. Il y a lieu 
de croire au contraire que , dans le principe, le sol qui 
avoit été imposé par les officiers municipaux formoit 
les appointements de celui qui étoit chargé de leur part 
de desservir le bureau de la marque. Alors la manufac- 
ture étoit peu florissante, et cette rétribution d'un sol 
pou voit être d'un faible produit, mais à mesure que les 



•-309 — 

affaires se seront multipliées, ce droit sera deyenu plus 
intéressant, et aura pu par son importance, engager les 
officiers municipaux à en faire faire le versement à la 
caisse du domaine de la ville, sauf à eux à pourvoir le 
préposé à la marque de gages ou d'appointements suf- 
fisants. 

C'est ainsi, pour user de comparaison, que le droit de 
chambellage qui appartenoit autrefois à l'officier du sei- 
gneur connu sous le nom de chambellan, a continué et 
continue encore actuellement d'être perçu par le seigneur 
même lors des foi et hommages qui lui sont faits. 

Je ne crois pas que la valeur que ce produit de la 
marque a acquise dans ce moment puisse servir de motif 
à en détourner la destination pour en faire l'application 
à la caisse du commerce, parce que si ce produit a aug- 
menté en raison de l'accroissement des affaires, les charges 
de la ville sont aussi augmentées et qu'il lui seroit impos- 
sible d'y faire face si ses revenus se trouvoient diminués 
dans une proportion aussi considérable. 

D'ailleurs le même coup qui feroit perdre ce produit 
du domaine de cette ville, entraîneroit aussi la ruine de 
tous les autres établissements de même nature qui for- 
ment encore partie du revenu de l'hôtel-de-ville. 

Le droit que les officiers municipaux ont de nommer 
aux offices n'a d'autre fondement que leur juridiction 
patrimoniale de police. Si cette juridiction ne leur donne 
pas le privilège d'établir un marqueur de toiles et de 
percevoir les émoluments résultant du droit qu'il exerce, 
il s'ensuit qu'elle ne leur défère pas non plus celui de 
pourvoir aux autres offices de police dont j'ai eu l'hon- 
neur ci-dessus de vous exposer le tableau, et dans ce cas 
ce seroit anéantir cette juridiction et réduire à très peu 
de chose les revenus du domaine de la ville. 

M. de Montaran m'ayant observé, Monsieur, par sa lettre 
qu'il m'a écrite de votre part, qu'en vertu de la nouvelle 
législation, ce sol de marque appartenant au domaine de 
la ville de Saint-Quentin comme étant un produit de sa 
juridiction patrimoniale, ne pouvoit être susceptible de 
l'accroissement du sol ordonné par les nouveaux règle- 
ments et qui doit être versé dans la caisse du commerce, 
je pense aussi à l'égard de la ville qu'il n'y a lieu d'éta- 
blir aucune augmentation. 



f 



— 810 -j 

Ces nouveaux règlements différentiels des lois bursales 
qui ont pour objet unique ou principal de subvenir aux 
besoins de Tétat, en faisant verser des fonds dans les 
coffres du Roi, et n'étant que de simples lois d'adminis- 
tration publique et municipale seulement d'un rapport 
médiat à l'intérêt de l'état, ils sont par cela soumis à 
toutes les modifications qu'un intérêt préexistant paroît 
nécessiter. 

L'objet essentiel de ces règlements est d'assurer la 
tranquillité, la sûreté et la liberté du commerce et sur- 
tout la bonne foi dans les négociations. La marque réglée 
assure l'acheteur que la marchandise qu'on lui vend est 
de la qualité qu'elle doit avoir, qu'elle a ses longueur et 
largeur; elle le prévient de veiller à ses intérêts, de 
donner plus d'attention à ce qu'il se propose d'acheter , 
et cet objet est parfaitement rempli, soit en versant le 
sol de marque dans la caisse du commerce, soit en le 
portant dans celle du domaine de l'hôtel-de- ville. 

La destination que ces nouveaux règlements donnent 
au sol de marque n'en fait que l'objet secondaire et accès 
soire, et je crois qu'il est également rempli en laissant 
suivre à ce produit de la marque sa première consécra- 
tion, puisque la caisse même de l'hôtel-de-ville, dans 
laquelle il a été jusques là versé, est spécialement char- 
gée, comme de l'acquit de sa propre dette, de fournir aux 
frais accessoires et relatifs à la sûreté du commerce, de la 
manufacture et des négociations qui en dépendent, et 
que le maintien du bon ordre et de la bonne foi dans la 
partie des affaires , ainsi que je l'ai observé précédem- 
ment, est le premier et le plus sûr arrangement que l'on 
puisse offrir à ceux qui se livrent au commerce. 

Au surplus. Monsieur, pour juger cette affaire, mon 
opinion est qu'on ne peut se dispenser de la rappeler sans 
cesse au premier point de vue sous lequel les officiers 
municipaux de Saint-Quentin l'ont présentée, c'est à celui 
qui leur a fait envisager ce droit de marque comme une 
émanation, comme un produit de leur juridiction patri- 
moniale, de cette juridiction qu'ils ne tiennent d'aucune 
concession, d'aucune attribution particulière, mais d'un 
titre même primitif et primordial qui a érigé cette ville 
en commune , et qui doit être censée inhérente à cette 
commune elle-même dont elle est inséparable, l'accès- 



— 3H — 

soire devant suivre par une maxime de droit le sort de la 
chose principale, toujours sous la limitation expresse de 
la volonté du Roi. 

D'après cela, je pense, Monsieur, qu'il y a lieu, ayant 
égard à la demande des mayeur et échevins de Saint- 
Quentin, à leurs titres et à leur possession constante, de 
les maintenir dans le droit de percevoir au profit de 
Thôtel-de-ville un sol de marque par chaque pièce de 
toile de la manufacture de cette capitale du Vermandois, 
ainsi que les amendes qui seront prononcées dans le cas 
de co'ntravention, comme étant des profits et des émolu- 
ments dépendant de la juridiction de police et des 
manufactures qui lui appartient patrimonialement, et de 
les exempter en conséquence de l'exécution des lettres 
patentes du 1" juin 1780 et de Tarrét du conseil du 12 
mars 1781. 

Je suis, etc. 



Z«ttre de lUntendant d'Amiens à M. de Montaran. 

Le 27 juillet 1783. 

Par la lettre. Monsieur et cher confrère, que j'ai eu 
l'honneur de vous écrire le 12 mai dernier, je vous ai 
accusé provisoirement la réception d'un nouveau mémoire 
adressé à M. le contrôleur général par les maire et éche- 
vins de Saint-Quentin, relativement aux droits de mar- 
que sur les toiles et aux amendes qu'ils prétendent 
appartenir au domaine de leur ville. J'ai eu Thonneur 
de vous marquer en même temps que j'avois envoyé au 
ministre un long travail sur la situation générale des 
affaires de cet hôtel-de-ville, par lequel on voit que s'il 
perd sans retour le droit de marque dont il s'agit, il faut 
venir à son secours par une augmentation d'octrois. Je 
vous prie de vouloir bien ne pas perdre cet objet de vue, 
lorsque vous rendrez compte des nouveaux éclaircisse- 
ments que je vais vous procurer sur le nouveau mémoire 
des officiers municipaux tendant à prouver leur propriété 
sur le droit de marque des toiles. 

J'ai lu ce mémoire à différentes reprises et avec beau- 
coup d'attention, particulièrement dans ce qui concerne 



— 312 — 

les réponses aux observations qui m'ont été faites au 
mois de janvier dernier par M. de Fleury, sur le mémoire 
qu'ils a voient déjà présenté et sur lequel j'ai fait passer 
mon premier avis à ce ministre au commencement de 
1762. J'ai reconnu que ce nouveau mémoire necontenoit 
que la reproduction des premiers moyens sur lesquels ils 
avoient appuyé d'abord leur réclamation et aux quels le 
conseil n'avoit pas jugé à propos d'avoir égard, et dont 
par conséquent ils ne pouvoient pas espérer un succès 
plus heureux. 

En effet, Monsieur, le moyen principal sur lequel 
coule toute la défense des of&ciers municipaux se tire, 
dans le second mémoire comme dans le premier, de ce 
que la police appartient dans cette ville patrimonia- 
lementaux officiers municipaux qui, dit-on, ont pu, pour 
l'exercice de leur justice patrimoniale, créer tels officiers 
que bon leur a semblé, et attacher à l'exercice de leurs 
lonctions tel émolument qu'ils ont cru convenable. Voilà 
en substance où se réduisent tous les raisonnements des 
officiers municipaux. 

La justice de police, haute, moyenne et basse qu'ils 
exercent leur appartient patrimonialement, pour l'avoir 
acquise à titre onéreux des comtes de Vermandois leurs 
anciens souverains; et comme propriétaires de cette 
justice ils ont pu créer tels offiôes de marqueur, jaugeur, 
courtiers et autres qu'ils ont cru nécessaires pour le 
maintien du bon ordre et de la police dans les manufac- 
tures, et leur attribuer telle rétribution qu'ils ont cru 
convenable. Le sol de marque qu'ils sont en possession 
de percevoir au profit du domaine de la ville ne doit être 
regardé que comme émolument de justice inhérent en 
quelque sorte à la patrimonialité de cette justice haute, 
moyenne et basse à eux cédée à titre onéreux par leurs 
anciens seigneurs, et dans les droits de laquelle ils ont 
été confirmés depuis parleurs successeurs. Les amendes 
et confiscations, disent-ils encore, leur appartiennent 
tellement qu'elles ont une application déterminée qui est 
celle de l'entretien des murs formant le cordon de la 
place, pour lesquels ils sont obligés de faire annuelle- 
ment l'emploi d'une somme de 1(K)0 livres, excédente de 
beaucoup le produit même des amendes. 

Tplle est, en peu de mots la base sur laquelle s^ toujours 



— 313 — 

posé et pose encore aujourd'hui le système de réclama- 
tion des officiers municipaux de Saint-Quentin. 

Ce n'est point en vertu d'aucune concession particu- 
lière qu'ils jouissent du produit du droit de marque, à 
raison d'un sol par pièce de toile apportée à leur 
bureau. Ce n'est point en vertu de l'édit du mois de juin 
1627, portant création des offices de contrôleurs visi- 
teurs et marqueurs de toiles dans toutes les villes du 
royaume, avec attribution de 5 sols de droit de marque 
par chaque pièce de toile, puisque celui créé pour cette 
ville et adjugé à François Macé, moyennant 2000 livres et 
les 2 sols pour livre fut, sur la représentation des officiers 
municipaux tenant alors le siège de l'hôt^l-de- ville , 
éteint et supprimé par arrêt du conseil du 23 janvier 
1630, à la charge par les officiers municipaux de rembour- 
ser à l'adjudicataire de cet office la même somme de 
2000 livres, avec la clause qu'il ne pourroit être procédé à 
la revente de cet office pour quelque cause que ce fût ; 
l'Hôtel-de-YiHe, gisent-ils, n'a point été subrogé à l'ad- 
judicataire de cet office de contrôleur visiteur et marqueur 
de toile créé par édit de 1627, au contraire, ils l'ont fait 
éteindre et supprimer. 

Ce n'est point en vertu de l'édit de 1669, puisque leur 
droit de marque est d'une date bien antérieure; que d'ail- 
leurs cet édit ne concernoit que les manufactures de 
draps, de serges et étoffes, et point du tout les manufac- 
tures de toiles. Le sol de marque, disent-ils, établi par 
l'article 42 de cet édit, paroît même être indépendant du 
droit de marque des lieux, et ce sol de marque n'a 
été attribué aux gardes jurés de la draperie que pour 
subvenir aux loyers et entretien des lieux destinés 
aux visites des marchandises, qui dévoient être bien 
clos et bien fermés, et autres frais de bureaux, et cet 
édit n'a reçu d'exécution à Saint-Quentin que relati- 
vement au corps des marchands drapiers, ainsi que la 
preuve en résulte d'un procès-verbal des maire et éche- 
vins, du 8 octobre 1670, contenant nomination de deux 
gardes jurés, à la réquisition du sieur Macaire, commis à 
la manufacture des draps et teinture de France dans la 
province de Picardie. 

Enfin ce n'est point en vertu de l'édit du mois d'octobre 
1704, portant création des offices d'inspecteurs, visi- 



— 344 — 

leurs et contrôleurs des manufactures, avec attribution 
d'un nouveau sol de marque au pardessus des droits 
établis par Tédit de 1669, puisque, disent les offîciers 
municipaux, ce droit établi par l'édit de 1604 n'est 
rien autre chose qu'un droit de contre-marque tout- 
à-fait étranger au droit de marque de la ville de Saint- 
Quentin. Ce droit de contre-marque n'a jamais eu lieu 
dans la ville de Saint-Quentin, relativement à la manu- 
facture des toiles. Ce n'est point l'Hôtel-de-Ville qui 
a contribué au payement de 120,000 livres qui ont été 
répartis entre les différentes villes, en conformité de la 
déclaration du Roi du 30 novembre de la même année 
1704, pour tenir lieu des offices d'inspecteurs , mais les 
marchands de cette ville qui n'ont jamais perçu le droit 
de contre-marque; en sorte que l'Hôtel-de-Ville n'est 
point dans le cas de pouvoir prétendre aucune indemnité 
à cet égard. 

Ainsi, Monsieur, et de l'aveu même des officiers muni- 
cipaux, ils n'ont pour prétendre au droit de marque qu'ils 
étoient en possession de percevoir au profit du domaine 
de cette ville, d'autre titre que celui même de la justice 
de police qu'ils exercent dans l'étendue de la ville, ses 
faubourgs et banlieue, qu'ils prétendent leur appartenir 
patrimonialement, et ce droit de marque ne doit être 
considéré que comme un des émolumens de leur justice 
patrimoniale. 

Je crois en effet. Monsieur, et je l'ai déjà observé dans 
mon premier avis, que c'est à cette juridiction de police 
qu'il faut rapporter l'établissement du sol de marque que 
ces officiers municipaux étoient en possession de perce- 
voir. On voit que ce droit de marque étoit établi bien 
avant 1627, première époque à laqmelle se reportent 
les créations d'offices de contrôleurs visiteurs et mar- 
queurs de toiles. 

II y a lieu de croire qu'en même temps que les officiers 
municipaux de cette ville, en leur qualité de juges de 
police, auront cru, pour le plus grand avantage de la ma- 
nufacture, qu'il étoit nécessaire dassujétir les toiles à une 
marque qui assurât et garantît les acheteurs de leur lon- 
gueur et largeur, ils auront nommé et commis une per- 
sonne quelconque pour inspecter ces toiles et les marquer, 
en lui assignant une rétribution quelconque qui, dans les 



L 



— 816 — 

premiers temps d'une manufacture encore au berceau^ 
n'étoit peut-être que la juste indemnité du temps qu'elle 
employoit à Tinspection et à la marque des toiles, et que 
la manufacture augmentant peu à peu ses progrés, le 
droit se sera trouvé augmenté en proportion et digne à 
certains égards de Tattenti on des officiers municipaux, qui 
auront voulu commencer à appliquer à leur domaine une 
portion du droit attribué au préposé à la marque, en lui 
affermant ce droit pour une redevance quelconque, et que 
cette manufacture étendant encore beaucoup plus ses 
différentes branches, et portant aussi à un plus haut point 
d'importance la perception du droit de marque, cet objet 
aura paru aux officiers municipaux assez essentiel pour 
tenir une place distinguée parmi les revenus du domaine 
de la ville, au point de le faire régir pour son compte, et 
de manière à ne plus donner au préposé à la marque 
qu'une rétribution proportionnée et convenue. 

Telle est. Monsieur, autant que j'en peux juger d'après 
les circonstances, l'histoire du droit dont il s'agit. Il a été 
d'abord le salaire très-médiocre de celui que les officiers 
municipaux, en leur qualité de juges de police, avoient 
nommé pour inspecter et marquer les toiles; à mesure que 
le sort de ce préposé s'est amélioré par l'augmentation de 
la manufacture, les officiers municipaux ont cru devoir 
participer au bénéfice de l'augmentation, en mettant en 
ferme ce qui n'étoit alors que le salaire du marqueur, et 
par succession de tems, ce qui ne formoit que l'indemnité 
du temps que passoit ce préposé à la visite et à l'inspec- 
tion des toiles se sera converti en un produit net et 
essentiel pour le domaine de rhôtel-de-ville. 

Mais aussi et dés lors a pris naissance la question de 
savoir si les officiers municipaux de cette ville, quoique 
chargés à titre patrimonial de l'administration de la 
haute, moyenne et basse justice de police, ont pu de leur 
autorité privée et sans le concours de la puissance légis- 
lative, imposer sur les sujets du roi et de l'état un droit 
quelconque, de manière à s'en procurer un revenu indé- 
pendant des salaires, même de celui qu'ils avoient chargé 
de l'inspection et de la visite des toiles. 

De là encore la question subsidiaire de savoir si en 
supposant que les officiers municipaux ayent pu, sans le 
consentement de la puissance législative, imposer ce 



— »lô — 

droit d'un sol sur chaque pièce de toile qui seroit appor- 
tée à la marque; si, en supposant qu'ils aient pu s'appli- 
quer ce droit, tant qu'ils ont été chargés de l'inspection et 
de la marque des toiles, ils pourroient encore prétendre 
y avoir droit lorsque le Roi a voulu que ce service se 
fit dans des bureaux dont il a ordonné l'établissement et 
par des préposés à sa nomination. 

Quant à la première question, je ne crois pas trop 
qu'elle puisse se résoudre en faveur des officiers muni- 
cipaux, parce qu'il est de principe certain, au moins 
actuellement admis parmi nous, qu'au Roi seul appar- 
tient le droit de faire sur ses peuples des levées quel- 
conques, et à quelque titre que ce soit; que les seigneurs 
auxquels appartient patrimonialement dans leurs terres 
le droit de haute, moyenne et basse justice, soient en 
possession de percevoir sur leurs vassaux des droits 
quelconques. Ces droits paroisse nt toujours, lorsqu'ils 
sont consignés dans des dénombrements et dans des 
reconnaissances authentiques, être une suite des conven- 
tions particulières faites originairement entre les sei- 
gneurs et leurs vassaux. Les seigneurs propriétaires de 
l'universalité de la glèbe en ont abandonné telle ou telle 
autre partie à telles ou telles autres charges et condi- 
tions. C'est un contrat qui est intervenu entre eux, et 
qui étant supposé être le principe même des droits que 
les seigneurs perçoivent sur leurs vassaux, ne manque 
jamais den légitimer l'exercice et la levée, quand 
d'ailleurs la possession est ancienne et attestée par 
des actes respectables et à l'abri de toute critique. 

Mais je ne crois pas. Monsieur, qu'il en soit de même 
du droit réclamé par les officiers municipaux. On ne voit 
pas qu'il ait pu jamais avoir son origine dans un contrat 
synallagmatique et intéressé de part et d'autre, entre eux 
et les différons fabricants et marchands de toile, dont la 
plus grande partie résident hors de l'étendue de leur 
territoire; en sorte que quelque possession qu'ils ayent 
de percevoir ce droit, il ne peut être regardé que comme 
une levée arbitraire faite de leur part sur une partie 
des sujets de l'état que la nature de leur industrie ne 
soumettoit que momentanément à leur juridiction de 
police. 

Il est vrai que cette levée pouvoit se légitimer en raison 



— 317 — 

de ce qu'elle avoit pour objet Tintérét général de la ma- 
nufacture, et le maintien de Tordredans les affaires mer- 
cantiles qui y avoient rapport. Il falloit un bureau des 
marques, un préposé, et dès lors la nécessité de pourvoir 
aux frais que ces détails dévoient occasionner pouvoit 
légitimer l'établissement d'un droit qui, dans le principe, 
n'avoit d'autre objet que celui de subvenir à ces dépenses; 
mais, et dans ce cas même, cette levée, en la considérant 
sous ce point de vue et comme n*étant que la compensa- 
tion des irais à faire par les officiers municipaux pour le 
maintien de l'ordre et de la bonne foi dans les affaires 
de la manufacture, pour pouvoir prétendre au caractère 
particulier qui devbit la rendre légitime, devoit tirer 
son établissement primitif de la puissance législative, 
sans laquelle elle ne pouvoit être considérée que comme 
une imposition qui, pour pouvoir être juste au fond, 
n'en étoit pas moins illégale dans la forme de l'établisse- 
ment. 

Il est vrai que successivement quelques arrêts du 
conseil et du parlement ont ordonné le payement du 
droit dont il s'agit au domaine de la ville, et que d'après 
cela les ofliciers municipaux pouvoient prétendre qu'au 
moins le droit s'est légitimé dans ses conséquences, 
contre le principe de droit qui est que ce qui est vicieux 
dans le principe ne puisse se légitimer dans les suites ; 
mais s'il étoit question de traiter la matière avec l'étendue 
d'une discussion réglée, il seroit peut-être possible de 
leur répliquer que ces arrêts n'ont jamais jugé détermi- 
nément la question de savoir si le droit avoit été légiti- 
mement établi, mais seulement que quelques particuliers 
refusants ne pouvoient point, par opiniâtreté ou esprit 
de révolte, se soustraire à un droit que les autres et le 
plus grand nombre pay oient sans résistance. 

Mais j'admets. Monsieur, pour passer à la seconde ques- 
tion, que les officiers municipaux ayent pu établir le droit 
dont il s'agit, sans le concours de l'autorité légale. 
J'admets que les arrêts du conseil et du parlement qui en 
ont ordonné le payement à ceux des particuliers quiétoient 
refusants de le faire, puissent être considérés comme 
ayant donné à cette levée la sanction de l'autorité légis- 
lative. J'admets encore que l'ancienneté même de Tétar 
blissement dece droit qui paroit se perdre dans la nuit des 



— 818 — 

tems, ou du moins remonter au-delà de Tépoque du sac de 
la ville de Saint-Quentin, arrivé en 1557, soit de nature 
à équivaloir au titre le plus formel, au point de faire pré- 
sumer que rétablissement n*ait eu lieu qu'avec ies forma- 
lités requises, suivant le principe que dans les actes 
anciens les choses sont censées avoir été faites solennel- 
lement et régulièrement, alors la condition des offîciers 
municipaux ne m'en paroitroitpas meilleure, si on con- 
sidéroit le droit dans le principe même de la destination. 

Quelle étoit cette destination primitive ? celle de fournir 
à rétablissement d'un bureau et autres frais accessoires, 
et aux gages du préposé à la marque des toiles ; mais le 
roi ayant voulu que la visite et la marque des toiles se fît 
par des préposés de sa part, et s'étant chargé des appoin- 
tements de ce préposé, même de tous les frais de desserte 
des bureaux de visité et de marque, il en résulte que cette 
destination primitive n'a plus d'objet; la cause est cessée 
puisqu'il n'est plus rien resté de la manutention des 
bureaux à la charge de Thôtel-de- ville, et l'eiïet doit 
cesser aussi, puisque cet hôtel-de-ville n'a plus à payer 
ni frais de bureau ni appointements de préposé. 

Mais, et je ne puis vous le dissimuler, Monsieur, la per- 
ception du droit, par suite de l'augmentation de la manu- 
facture, excédoit beaucoup les frais de régie et d'appoin- 
tements. Cet excédent formoit une partie essentielle du 
revenu de l'hôtel-de- ville, et c'est cette partie essentielle 
qu'ils s'efforcent aujourd'hui de conserver. Je crois que 
pour y parvenir ils auroient dû s'occuper, d'abord, et 
même uniquement, du soin d'empêcher, par les moyens 
de droit, l'établissement d'un préposé en cette ville; 
c'est-à-dire faire naître la question de savoir si ce pré- 
posé pouvoit être établi, au préjudice de leur droit de 
commettre à tous les ofâces relatifs au maintien de 
Tordre dans les affaires de la manufacture. Cette ques- 
tion devoit être le point central vers lequel dévoient 
aboutir tous les efforts, puisque de sa décision devoit 
dépendre ou la perte ou la conservation du droit dont il 
s'agit. 

C'est ainsi qu'en ont agi les ofdciers municipaux, lors 
de l'édit de 1627 portant création dans le royaume d'ofâces 
de contrôleurs, visiteurs et marqueurs de toiles, avec 
attribution de 5 sols par pièce. 



— 319 — 

Il ne paroit pas qu'ils ajent opposé alors que le produit 
de la marque leur appartenoit, mais qu'ils avoient droit à 
la nomination des omces relatifs à la police. C'est sur ce 
fondement, au moins dans les premières apparences, 
qu'ils ont obtenu l'extinction et la suppression de 
l'office qui avoit été adjugé au sieur Macé, et c'est aussi 
par l'effet de cette extinction qu'ils se sont conservés 
dans l'usage et la possession où ils étoient alors, de per- 
cevoir un sol par chaque pièce de toile, droit que cer- 
tainement ils auroient perdu alors, s'ils eussent souffert 
que le sieur Macé entrât en exercice des fonctions atta- 
chées à l'office dont il s'étoit rendu adjudicataire, moyen- 
nant 2000 livres et les 2 sols pour livre, que les officiers 
municipaux furent autorisés à lui rembourser. 

Mais ces moyens, que les officiers municipaux firent va- 
loir si utilement en 1627, auroient-ils eu la même faveur 
dans ces derniers temps? C'est une question que je ne me 
permettrai pas de préjuger; au moins ce qu'il y a de 
constant, c'est qu'il n'y avoit qu'elle à traiter, et que d'elle 
seule et de sa solution devoit dépendre la perte ou la 
conservation du produit qui n'est que l'accessoire du 
droit de nommer. 

Malheureusement, même l'extinction de l'office sup- 
primé en 1627, n'a eu lieu que moyennant finance , c'est- 
à-dire en payant, par les officiers municipaux, les 2000 
livres que le sieur -Macé avoit payées pour le prix de son 
adjudication, en sorte que loin que les officiers munici- 
paux actuels eussent pu exciper de l'arrêt d'extinction, 
pour prouver leur droit exclusif à la nomination des 
offices relatifs à la police et à la marque des toiles, il 
auroit au contraire formé un argument contre eux, puis- 
qu'ils n'avoient obtenu l'extinction que moyennant 
finance, ce qui n'auroitpas dû avoir lieu, si effectivement 
eux seuls eussent eu le droit exclusif de nommer aux 
offices de contrôleurs, marqueurs et visiteurs des toiles. 

On auroit peut-être pu leur apposer et valablement 
que redit de 1627 étoit une loi bursale, que le Roi n'avoit 
rien perdu de ses droits par l'extinction de l'office dont la 
finance lui avoit été comptée, et que dans l'ordre même 
de la législation il lui avoit paru préférable que les fonc- 
tions de l'office supprimé restassent entre les mains de 
la municipalité, plutôt que d'être confiées à un simple 



— 320 — 

adjudicataire; néanmoins et quoi qu'il eût pu être de ces 
moyens et de ceux que les officiers municipaux auroient 
pu faire valoir, il n'en est pas moins certain que c'étoit 
sur la question principale que devoit se porter toute leur 
attention ; c'est-à-dire, faire en sorte que Sa Majesté 
exceptât la ville de Saint-Quentin de la disposition des 
règlements relativement à l'établissement d'un préposé 
à la marque, en les confirmant dans le droit ou Tusage et 
la possession dans laquelle ils étoient de pourvoir, par 
eux-mêmes ou leurs préposés, à la marque des toiles de 
cette manufacture. 

Mais les officiers municipaux s'étoient laissé entamer 
à cet égard, et le droit de marque n'étant que Taccessoire 
de celui d'établir un préposé, ce droit de marque dont 
jouissoient les offîciers municipaux n'étant même dans sa 
destination primitive que l'indemnité des frais à faire 
pour la desserte du bureau et les appointements du pré- 
posé, il en résulte qu'ils ne peuvent se maintenir dans 
la possession de ce droit, puisqu'il est de principe que 
les accessoires doivent suivre le sort de la chose principale, 
et que l'effet doit cesser en même tems que la cause. 

Il m'en coûte. Monsieur, de donner un avis qui, s'il est 
adopté, doit nécessairement entraîner pour l'hôtel-de- 
ville, la perte d'un revenu essentiel, perte qui doit 
mettre les officiers municipaux dans l'impossibité de 
faire face aux charges de la ville, mais la justice et la 
vérité me paroissent au-dessus des considérations parti- 
culières. 

Tout ce qui me resté à désirer pour cette ville, tout ce 
qu'elle-même devroit tenter d'obtenir, seroit qu'il plût au 
Roi de lui conserver, à titre d'octroi particulier, le sol de 
marque dont elle étoit en possession de jouir avant les 
nouveaux règlements. Cela me paroîtroit d'autant plus 
juste, qu'il est certain que les charges qui ont été imposées 
à l'hôtel-de-ville l'ont toujours été en proportion de ses 
revenus. Chaque fois qù'iriui a été demandé des états de 
situation, le produit de la marque a fait partie de la 
masse de ses revenus, et s'il étoit aujourd'hui privé de 
celui que lui rapporte le produit de la marque, il en ré- 
sulteroit une inégalité trop sensible dans la balance de ses 
charges et de ses revenus. 

Quant aux amendes, quoique régulièrement elles doi- 



— 321 — 

yent être considérées comme étant, en quelque sorte, 
des accessoires de Tobjet principal, je pense pourtant. 
Monsieur, qu'elles doivent appartenir au domaine de la 
ville, puisqu'elles ont une destination particulière, et 
aussi ancienne que Tépoque même de Térection de la 
ville en commune, celle de fournir aux frais d'entretien 
et de réparation du cordon de la place; chaque année le 
domaine de la ville fournit une somme de 1000 livres 
pour ces entretien et réparation, et par l'état de situation 
de l'hôtel-de-ville que j'ai adressé à M. Joly de Fleury, 
le 6 octobre 1782, il est prouvé qu'il s'en faut de beau- 
coup que ces amendes montent, année commune, à cette 
somme de 1,000 livres, puisqu'au contraire elles ne sont 
portées dans l'état de situation qu'à 41 livres. D'ailleurs 
ce droit que le domaine de la ville a aux amendes a été 
reconnu par cet arrêt contradictoire du conseil d'état du 
Roi, du 4 septembre 1742, rendu contre le fermier qui 
avoit voulu s'en emparer au préjudice des droits de 
l'hôtel-de-ville. 

Je joins ici toutes les pièces de l'afifaire. 

J'ai l'honneur d'être, avec un sincère et respectueux 
attachement. Monsieur et cher confrère, etc. 



PREMIERS PARTIS. — CHAPITRB III. 

Note de la page i60. 

ATchlTes de TAisoe, c. 763. 

20 février 1743. 

Ordonnaiioe ooDoemant la fabrique de deux etpèeet de toiles 
en mottohoirt. 

Ordonnance de police rendue par les maire et échevins de 
Saint 'Quentin^ concernant la fabrique de deux espèces 
de toiles en mouchoirs. 

Sachent tous que judiciairement l'audience de police 
tenante aujourd'hui mercredi 20 février 1743, pardevant 
nous înayeur et échevins, juges civils, criminels, de 

Si 



— 322 — 

police et voyers de la ville , faubourgs et banlieue de 
Saint-Quentin; sur ce qui nous a été remontré que depuis 
quelque temps les mulquiniers et fabricants de toiles 
façonnaient des pièces de toiles en mouchoirs, dont les 
longueurs et largeurs n'étaient pas déterminées; ce qui 
donnait lieu à un abus qui faisoit tort au commerce. 

Faisant droit, après avoir ouï le procureur fiscal de la 
ville en ses conclusions, nous ordonnons ce qui suit : 

Article I". Qu'à Tavenir il ne sera fabriqué que deux 
espèces de toiles en mouchoirs. 

II. Que la première espèce desdites toiles contiendra 
quinze aunes à la pièce, la pièce vingt mouchoirs et 
chaque mouchoir trois quarts de long et autant de large. 

III. Que la seconde espèce de ces toiles contiendra 
aussi quinze aunes à la pièce, la pièce vingt-deux mou- 
choirs et chaque mouchoir deux tiers de long et autant 
de large. 

IV. Faisons défenses à tous fabricans, ouvriers et 
tous autres, de fabriquer et exposer en vente aucunes 
toiles en mouchoirs que des deux espèces ci-dessus spéci- 
fiées, à peine de confiscation et d'amende arbitraire. 

Et afin que personne ne prétende cause d'ignorance de 
notre présente ordonnance, nous ordonnons qu'elle sera 
portée à la connaissance du commerce de Saint-Quentïn. 



PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE III. 

Note de la page 468. 

Archives de 1* Aisne, c. 756. 
17 janvier 1764. 

Arrêt du Conseil d*État, portant suppreulon dei offtcet 

de Courtier! de Saint - Quentin , et règlement touchant les 

nouveaux Courtier* par ooouniMion. 

Vu au conseil d'état du Roi Tarrét rendu en icelui, 
le 19 juillet 1757, tant sur la requête des fabricans de 
toiles de Saint-Quentin que sur la réponse des courtiers 



en charge à ladite requête, et sur les observations des 
maïeur et échevins et des marchands de ladite ville , le 
tout inséré au procès- verbal des dires des parties, dressé 
en conséquence des ordres du conseil adressés au sieur in- 
tendant de Picardie, devant son subdélégué en ladite ville 
de SainIrQuentin, le -15 mai 1756, ensemble sur Tavis 
dudit sieur intendant et commissaire départi et sur celui 
des députés au bureau du commerce , par lequel arrêt 
Sa Majesté, ayant aucunement égard aux requêtes et 
demandes respectives des parties, auroit ordonné que les 
courtiers remettroient incessamment entre les mains du 
sieur contrôleur général des finances les titres de créar- 
tion de leurs offices et des droits y attribués, pour, ces 
titres vus et examinés, être par Sa Majesté statué ce qu'il 
appartiendroit ; comme aussi que les maïeur et échevins 
de ladite ville de Saint-Quentin demeureroient autorisés 
à choisir dès lors douze sujets et même un plus grand 
nombre, s'ils le jugeoient nécessaire, auxquels ils délivre- 
roient gratuitement et sans frais des commissions, en 
vertu desquelles lesdits commis pourroient exercer le 
courtage des toiles ainsi et de la même manière que les 
courtiers en charge, lesquelles commissions seroient re- 
nouvelées chaque année, avec faculté auxdits maïeur et 
échevins de continuer ou de changer lesdits courtiers et 
de régler les droits que lesdits nouveaux courtiers pour- 
roient exiger, et injonction audit sieur intendant et com- 
missaire départi de tenir la main à l'exécution dudit 
arrêt : La requête présentée par les courtiers de toiles de 
ladite ville de Sàint-Quentin employée avec les titres et 
pièces y jointes, pour satisfaire de leur part au 1*' chef 
de l'arrêt du conseil, dudit jour 19 juillet 1757, et pour 
fins de non-recevoir et défenses aux fins et conclusions 
de celle des fabricans visée dans ledit arrêt, ladite requête 
tendante au surplus à ce que, procédant au jugement de 
la contestation d'entre les parties, il plût à Sa Majesté 
recevoir lesdits courtiers opposans au même arrêt du 
conseil dudit jour 19 juillet 1757, au chef par lequel les 
maïeur et échevins de ladite ville de Saint-Quentin sont 
autorisés à donner de nouvelles commissions à qui bon 
leur semblera pour le courtage des toiles à SaintrQuentin, 
de les augmenter et de les renouveler chaque année, 
comme aussi à fixer les droits dus pour raison dudit cour* 



—1324 — 

tage ; faisant droit sur leur opposition, ordonner que les 
arrêts du conseil, lettres patentes et arrêts du parlement 
de Paris, des 25 octobre, 6 et 12 décembre 1701, 28 jan- 
vier 1702, 5 août 1707, 4 août 1750 et 19 février 1754, 
ensemble tous les actes, transactions et accords faits 
entre lesdits courtiers, les maïeur et échevins, les fabri- 
cans, mulquiniers et marchands de ladite ville de Saint- 
Quentin, pour rétablissement des courtiers en titre, seront 
exécutés selon leur forme et teneur; faire défenses aux 
maïeur et échevins, marchands, fabricans, mulquiniers 
et à tous autres d'entreprendre et de les troubler dans 
leurs droits et fonctions attachés à leurs offices, et con- 
damner les fabricans en 10000 livres de dommages et 
intérêts et aux dépens ; et où Sa Majesté feroit quelque 
difficulté de leur accorder quant à présent les conclu- 
sions ci-dessus, ce qu'ils n'estiment pas, et audit cas 
seulement ordonner que par provision et sans préjudice 
aux droits et prétentions des parties, lesdits courtiers 
continueront d exercer et faire seuls les fonctions de leurs 
offices, et comme auparavant ledit arrêt du conseil, du 
19 juillet 1757, avec défense à qui que ce soit de les y 
troubler et de faire les fonctions de courtiers dans la 
manufacture, à peine de 1000 livres d'amende et de tous 
dépens, dommages et intérêts, se réservant au surplus 
tous leurs autres droits et actions pour les exercer ainsi 
et contre qui il appartiendra. Autre requête présentée à 
Sa Majesté par les maïeur et échevins de ladite ville de 
Saint-Quentin, contenant entr'autres choses que pour se 
conformer de leur part à l'arrêt de son conseil, dudit 
jour 19 juillet 1757, ils ont provisoirement nommé douze 
nouveaux courtiers auxquels ils ont délivré des commis- 
sions dans la forme prescrite, qu'ils ont aussi ordonné 
par leur sentence du 18 janvier 1758, que ces courtiers- 
commissionnaires foumiroient chacun une caution de 
5000 livres, et qu'ils jouiroient des deux tiers seulement 
des droits que les titulaires des offices de courtiers sont 
autorisés apercevoir par arrêt du conseil, du 4 août 1750 ; 
que par autre sentence du 28 du même mois ils ont aussi 
fait défenses auxdits nouveaux courtiers commis de faire 
le commerce de toiles et de fils, sous peine de 1000 livres 
d'amende pour la première contravention et de destitu- 
tion en cas de récidive, avec permission néanmoins à 



— 325 — 

ceax d'entr'enx qui étoient fabricans de continner à faire 
valoir en ville six étiles ou métiers et non davantage, 
jusqu'à ce qu'il en eût été autrement ordonné par Sa Ma- 
jesté ; que lesdits maïeur et écbevins ayant été depuis 
informés par le sieur intendant et commissaire départi, 
que l'intention du conseil étoit qu'ils s'occupassent des 
moyens de pourvoir au remboursement des offices des 
courtiers titulaires dans le cas où Sa Majesté jugeroit à 
propos d'en ordonner la suppression, ils n'en trouvoient 
pas de plus convenable pour parvenir à remplir cet objet 
que celui de se charger eux-mêmes de ce remboursement 
sur le pied de la liquidation qui seroit faite de la finance 
desdits offices, moyennant une partie des droits de cour- 
tage qui leur seroit attribuée pour un nombife d'années 
proportionné au montant total de la finance, et en les 
autorisant à faire tous les emprunts nécessaires jusqu'à 
concurrence dudit remboursement en principal, intérêts 
et frais accessoires, et enfin que la liberté indéfinie d'éta- 
blir autant de courtiers par commission qu'il seroit jugé 
nécessaire pouvant dégénérer en abus, il parai troit éga- 
lement convenable que Sa Majesté voulût bien en pre- 
scrire le nombre fixe et proportionné à l'étendue du 
commerce : Pourquoi lesdits maïeur et écbevins requé- 
roient qu'il plût à Sa Majesté, en statuant définitivement 
sur la demande des fabricans de toiles de la manufac- 
ture de Saint-Quentin en augmentation des courtiers, 
en fixer précisément le nombre qu'elle jugera à propos 
d'établir, lequel nombre ne pourra être augmenté ci-après 
que dans le cas d'un accroissement considérable dans le 
commerce et sous l'autorité de Sa Majesté et de son 
conseil; ordonner que les douze anciens courtiers pour- 
vus en titre d'office seront et demeureront supprimés et 
remplacés par commission au cas qu'ils veuillent en accep- 
ter et cessant toutes plaintes contre eux de la çart des 
fabricans et marchands; qu'à cet effet lesdits maïeur et 
écbevins leur délivreront gratuitement et sans frais les- 
dites commissions, lesquelles seront par eux renouvelées 
chaque année au commencement du mois de janvier, avec 
pouvoir de les continuer ou changer selon leur prudence 
et discrétion, et que tant lesdits anciens courtiers ou 
ceux qui les remplaceront que ceux choisis et nommés 
par lesdits maïeur et. écbevins , en exécution de l'arrêt 



dn conseil, du 19 juillet 1757, seront tenus de payer cha- 
cun au domaine de rhôtel-de-ville, à la fin de chaque 
année, 20 livres de rente foncière tant qu'ils conserve- 
ront lesdites commissions , sans pouvoir percevoir à leur 
profit que les deux tiers des droits de courtage attribués 
aux anciens courtiers par l'arrêt du conseil du 4 août 1750, 
le tout conformément à la sentence rendue par lesdits 
maïeur et échevins, le 18 ianvier 1758, et au tarif par eux 
arrêté en conséquence, sous peine de concussion ; ordon- 
ner pareillement que les pourvus de commissions de 
courtiers seront tenus de donner bonne et suffisante cau- 
tion résidente en ladite ville de Saint-Quentin jusqu'à 
concurrence de la somme de 5000 livres, et de prêter 
serment entre les mains desdits maïeur et échevins en la 
manière accoutumée, avant que de pouvoir s'entremettre 
du courtage directement ou indirectement, sous peine de 
destitution et d'amende, et seront toujours soumis en ce 
qui concerne l'exercice de leurs fonctions à la juridiction 
desdits maïeur et échevins; leur faire défenses de faire 
le commerce de toiles et de fils, sous les peines des régle- 
mens; ordonner qu'il leur sera cependant loisible de aire 
valoir six étiles et non plus dans l'intérieur de ladite 
ville de Saint-Quentin et non à la campagne, et de vendre 
les toiles de leur propre fabrique, et en cas de malver- 
sation dans l'exercice de leurs commissions, qu'ils seront 
poursuivis et punis suivant l'exigence des cas et la rigueur 
des ordonnances ; faire aussi défenses à tous autres qu'aux 
pourvus de commissions de courtiers et reçus en cette 
qualité par lesdits maïeur et échevins, de s^entremettre 
directement ou indirectement du courtage, et d'exposer 
en vente de jour ou de nuit des toiles ou doublets de la 
manufacture, à l'exception des seuls fabricans pour les 
toiles et doublets de leurs propres fabriques, sous peine 
de confiscation desdjtes toÛes et doublets, de 50 livres 
d'amende pour la contravention, et de 300 livres, même 
de prison pour la seconde et autres subséquentes ; ordon- 
ner en outre que la finance de chacun des douze offices 
de courtiers qui seront supprimés , demeurera fixée à la 
somme de 5,000 livres, suivant la liquidation qui en a été 
faite le 18 juin 1701, énoncée dans les arrêts du conseil 
des 25 octobre et 6 décembre de la même année, reve- 
nante à la somme de 60,000 livres, sur laquelle déduction 



— 327 — 

eera faite de celle de 21,500 livres, empruntée à constitu- 
tion de rente par les auteurs des anciens courtiers, et 
fournie au corps de ville de Saint-Quentin, pour le rem- 
boursement du pourvu de l'office de lieutenant général 
de police, réuni audit corps de ville par arrêt du conseil 
du 3 août 1700, de laquelle somme, tant en principal 
qu'intérêts, lesdits maïeur et échevins demeureront 
chargés à l'avenir, à compter du jour de l'arrêt à inter- 
venir jusqu'au remboursement et rachat qu'ils en pour- 
ront ùàre aux propriétaires actuels desdites rentes 6u 
leurs représentants, et que le surplus montant à 38,500 
livres sera payé par lesdits maïeur et échevins auxdits 
courtiers, par égales portions, à compter du jour de la 
signification dudit arrêt, sauf leurs arrangements parti- 
culiers entr'eux, à l'effet duquel paiement lesdite maïeur 
et échevins seront et demeureront autorisés à emprunter 
ladite somme de 38,500 livres à constitution de rente, à 
en passer tous contrats pardevant notaires, et à affecter 
et hypothéquer à la sûreté des deniers prêtés tous les 
biens présens et à venir de l'Hôtel-de-Ville, et pour 
fournir auxdits maïeur et échevins l'indemnité tant des- 
dites 38,500 livres, intérêts à courir jusqu'au rembourse- 
ment d'iceux; frais de contrats et autres actes nécessaires, 
ensemble de 21,500 livres, dont ils demeureront chargés 
en l'acquit desdits courtiers, et des rentes à écheoir jus- 
qu'au remboursement de ladite somme, frais et loyaux 
coûts ; leur accorder le tiers des droits de courtage re- 
tranchés aux courtiers, payables par lesdits courtiers 
dans le bureau, et lors de la marque des toiles au commis 
à ce préposé par les maieux et échevins, sauf à les faire 
avancer ou rembourser par les fabricanset marchands ainsi 
qu'ils aviseront, et ce pendant le terme de dix années, après 
lesquels ledit tiers des droits de courtage demeurera 
supprimé et éteint à toujours; et où il plairoit à Sa Ma- 
jesté liquider la finance de chacun desdits offices à plus 
forte somme que celle de 5,000 livres. et charger en 
outre les maïeur et échevins de l'acquit des rentes dues 
par les anciens courtiers, et du capital d'icelles à con- 
currence de ladite somme de 21,500 livres, les autoriser 
en ce cas à emprunter à constitution la somme à laquelle 
reviendra la liquidation de ladite finance, et à en passer 
tous contrats, avec faculté d'affecter et hypothéquer tous 



— 328 — 

les biens présens et avenir de llxôtel-de-ville, et leur ad- 
juger le tiers desdits droits de courtage pour un nombre 
d'années proportionné auxdits emprunts et charges. Vu 
aussi les titres et pièces représentes par les courtiers en 
charge, en exécution de Tarrét du conseil du 19 juillet 
1757,àreflret de justifier de l'établissement deleursoffices 
et des droits y attribués, notamment les arrêts du conseil 
et lettres patentes des 25 octobre et 6 décembre 1701 et 
4 août 1750, les ordonnances des maïeur et échevins des 
18 et 28 janvier et 4 février 1758, rendues en exécution 
du même arrêt, ensemble l'avis dudit sieur intendant et 
commissaire départi en Picardie , celui des députés au 
bureau du commerce : Ouï le rapport du sieur de L'A- 
verdj, contrôleur général des finances. Le Roi, en son 
conseil, sans s'arrêter à la requête desdits courtiers en 
charge de la ville de Saint-Quentin, à fin d'oppositiou à 
l'arrêt du conseil du 19 juillet 1757, ni aux fins et con- 
clusions par eux prises par ladite requête, dans lesquelles 
Sa Majesté les a déclarés non recevables et mal fondés et 
dont elle les a déboutés, ayant aucunement égard à la re- 
quête desdits maïeur et échevins de ladite ville de Saint- 
Quentin, a ordonné et ordonne que les douze places desdits 
courtiers seront et demeureront éteintes et supprimées 
en vertu du présent arrêt, et que la finance de chacune 
desdits places demeurera fixée et liquidée à la somme de 
5,000 livres, ce qui fera pour lesdites douze places celle 
de 60,000 livres. Ordonne Sa Majesté que sur la susdite 
somme de 60,000 livres il en sera déduit celle de 21,500 
livres empruntée à constitution de rente par lesdits cour- 
tiers ou leurs auteurs et fournie au corps de ville de 
Saint-Quentin, pour le remboursement du prix de l'office 
de lieutenant général de police, réuni au corps de ville 
par arrêt du 3 août 1700 , de laquelle somme, tant en 
principal qu'intérêts, lesdits maïeur et échevins demeu- 
reront suivant leurs offres chargés à l'avenir, à compter 
de la date du présent arrêt jusqu'aux remboursement et 
rachat qu'ils en pourront faire aux propriétaires actuels 
desdites rentes ou leurs représentans ; et pour mettre 
lesdits maïeur et échevins en état de pourvoir au rem- 
boursement desdites 38,500 livres restant, ordonne Sa 
Majesté qu'à compter du jour de la publication du présent 
arrêt ils demeureront autorisés à se faire remettre par 



— 329 — 

ceux qui exerceront à Tavenir le courtage, la moitié des 
droits que lesdits courtiers qui demeurent supprimés en 
vertu du présent arrêt étoient autorisés à percevoir par 
Tarrêt du conseil du 4 août 1750, l'autre moitié desdits 
droits réservée à ceux qui exerceront à l'avenir le cour- 
tage : Veut Sa Majesté que ladite moitié de droits attri- 
buée auxdits maïeur et échevins soit et demeure éteinte 
et supprimée aussitôt qu'elle aura produit un fonds suffi- 
sant pour le remboursement desdites 38,500 livres, et 
qu'ils soient tenus de justifier chaque année au sieur in- 
tendant et commissaire départi en la province de Picardie, 
tant du produit de ladite moitié que de l'emploi qui en aura 
été par eux fait à ladite destination. Ordonne au surplus 
Sa Majesté qu'au lieu des douze courtiers qui .sont et 
demeureront supprimés en vertu du présent arrêt, il sera 
choisi annuellement par les maïeur et échevins, dans le 
courant du mois de janvier de chaque année, vingt sujets 
auxquels ils délivreront gratuitement et sans aucuns frais 
des commissions d'eux signées, en vertu desquelles les- 
dits vingt sujets pourront exercer le courtage ainsi et de 
la même manière que l'exerçoient ceux dont la suppres- 
sion est ordonnée par le présent arrêt. Veut aussi Sa Ma- 
jesté qu'à la diligence desdits maïeur et échevins, il soit 
posé annuellement, dans le même mois de janvier, 
tant dans le principal lieu de la juridiction ordinaire de 
Saint-Quentin, que dans celui de la juridiction consu- 
laire de la même ville, un tableau contenant les noms et 
surnoms de ceux auxquels ils auront délivré des commis- 
sions à Teffet d'exercer le courtage pendant le courant 
de. ladite année. Enjoint Sa Majesté auxdits courtiers de 
remettre exactement auxdits maïeur et échevins, ou entre 
les mains de celui qu'ils auront préposé à cet efifet, la 
moitié des droits de courtage qu'ils percevront, et qui se 
trouve réservée par le présent arrêt auxdits maïeur et 
échevins, et ce à mesure des ventes que lesdits courtiers 
feront des toiles et doublets, à peine d'en répondre en 
leurs propres et privés noms. N'entend au surplus Sa Ma- 
jesté que ceux auxquels la faculté de faire le courtage 
sera attribuée par lesdits maïeur et échevins puissent 
s'en prévaloir pour empêcher tant les fabricans de vendre 
les toiles que les marchands de les acheter par eux- 
mêmes. Enjoint Sa Majesté au sieur intendant et com- 



— 330 — 

missaire départi en la généralité d'Amiens de tenir la 
main à l'exécution du présent arrêt, qui sera lu, publié et 
affîché partout où besoin sera. Fait au conseil d'état du 
Ror, tenu à Versailles, le 17 janvier 1764. Collationné. 
Signé Bergeret. 

Suivent les lettres d'attache et l'ordonnance d'exécu- 
tion de l'Intendant d'Amiens. 



Archives de TAisne, c. 761. 

COURTIERS DE COMMERCE. 

1774. 

Minute de la lettre de llatendant d'Amiens au Oontrdleur 
génértl des finances. 

Le 9 août 1774. 

J'ai reçu, avec la lettre que vous m'avez fait l'honneur 
de m'éorire le 15 mars dernier, la requête des fabricants 
des environs de Saint-Quentin, par laquelle ils réclament 
contre un arrêt du Parlement du 27 février 1773, homo- 
logatif d'un jugement des majeur et échevins de Saint- 
Quentin du 21 octobre 1772, lequel fait deffenses à tous 
colporteurs et autres, à l'exception des courtiers en titre 
d'office, de promener et exposer en vente des toiles appar- 
tenante^, tant aux fabricants de la ville de Saint^Quentin, 
qu'à ceux de la campagne, et à ces fabricants de confier 
leurs toiles aux mêmes colporteurs. 

Vous me faites l'honneur de me marquer. Monsieur, 
que quoique le conseil ne se soit point encore décidé sur 
le sort des courtiers en charge, il n'en a pas moins mani- 
festé son intention d'affranchir les fabricants de l'enre- 
gistrement et des entraves dans lesquelles les courtiers 
de Saint-Quentin ont toujours paru chercher à les tenir ; 
que le jugement contre lequel les fabricants réclament 
aujourd'huy paroît diamétralement contraire à leurs vues, 
et que vous n'avez pas cru cependant devoir vous déter- 



— 881 — 

miner à le réformer, sans préalablement savoir quelle 
circonstance a donné lieu à ce jugement, à la requête de 
qui il a été rendu, et quel est mon avis par rapport à 
Futilité et aux inconvénients qui pourraient résulter de 
son exécution, et de celle de Tarrét du parlement qui Ta 
confirmé. 

Dans rétat où se trouve aujourd'hui le commerce de 
Saint-Quentin, je ne crois pas. Monsieur, que Ton puisse 
se passer de courtiers. Plus de 10,000 ouvriers répandus 
dans les villages à 10 lieues à la ronde, ne viennent pas 
tous eux-mêmes vendre leurs toiles, surtout quand ils 
n'en ont à vendre qu'une petite quantité ; les irais de 
voyage et de nourriture emporteroient leur profit; ils 
donnent leurs toiles à des gens qui n'ont pas d'autre mé- 
tier que de les ramasser dans les villages et qu'on appelle 
porteurs ; ceux-ci les déposent chez les courtiers qui leur 
sont indiqués; elles sont vendues aux marchands; le 
fiabricant vient à la ville deux ou trois fois par an, et 
compte alors avec son courtier; "souvent il envoyé par 
semaine une ou deux pièces de toile ; il lui en coûte un 
sol par pièce pour les faire porter; il en dépenseroit 
30 pour ses frais de voyage. 

Les fabricants de la ville pourroient se passer de cour- 
tiers ; à portée des marchands il ne leur coûte rien pour 
exposer leurs toiles en vente ; mais pour ceux de la cam- 
pagne, il en faut nécessairement. 

Le nombre de ces courtiers n'est pas suffisant pour 
faire la vente des toiles aussi promptement qu'il est né- 
cessaire. Les négociants qui ne font pas de grandes 
afiaires se sont toujours plaint que les courtiers ne se 
résolvent que difficilement à porter des toiles chez eux ; 
plus il y aura de courtiers, plus le fabricant aura de choix, 
et le marchand sera servi plus promptement; ainsi je 
crois, Monsieur, qu'il convient de laisser subsister le 
même nombre de courtiers. Si l'on vouloit faire quelque 
changement à ce nombre, il faudroit plutôt l'augmenter 
que le diminuer. 

Les courtiers resteront-ils en charge? Les supprimera- 
t-on, en créera-t-on d'autres en commission? La chose 
seroit très-indifférente si ces courtiers géroient leur 
courtage de la façon la plus avantageuse au commerce ; 
mais les plaintes que l'on a portées contre eux et les abus 



— 332 — 

dont on les accuse, ne pourront être corrigés qu'en les 
mettant en commission. Il est aisé de révoquer un com- 
mis qui malverse ; il faut faire le procès à un officier ; 
personne ne veut se mettre à la tète d'une pareille affaire; 
on cxaint d'avancer les frais d'un procès criminel dont 
l'issue est toujours douteuse. 

Les douze courtiers en office font une espèce de corps 
qui se tient lié et qui tient en tutelle le marchand et le 
fabricant. D'ailleurs quand un courtier vient à mourir ou 
à se défaire de sa charge, ce n'est pas au plus capable 
qu'elle est vendue, mais à celui qui en offre le plus et qui, 
sans expérience, sans capacité, sans connaissance de la 
place et du courant des affaires, commence par faire mille 
bévues et par hasarder le bien des fabricants. Toutes ces 
considérations me font croire, Monsieur, qu'il convient 
que les charges des courtiers soient supprimées, et qu'il 
soit établi douze courtiers en commissions. Mais à qui 
conviendra-t-il de nommer ces courtiers ? Je vois de tous 
côtés des inconvénients. Il semblerait d'abord que ce sont, 
comme j'ai eu l'honneur. Monsieur, de vous l'observer 
ci-devant, des gens du plus bas étiat, qui n'ont rien à 
perdre. 

Pour résumer mes observations et mon avis, je pense 
donc: 

P Qu'il convient de supprimer les courtiers en charge 
et d'ordonner leur remboursement ; 

2* D'en créer 12 en commission ; 

3* D'en laisser la nomination au commissaire départi ; 

4° De leur faire donner pour la sûreté des toiles qu'ils 
ont en dépôt, un cautionnement de 5 à 6,000 livres ; de 
leur défendre de faire aucune fabrique ou commerce de 
toile, et de vendre directement ni indirectement aucun fil, 
coton ou autre matière servant à la fabrique des toiles ; 

5* Leur ordonner de vendre sans distinction ni préfé- 
rence les toiles des fabricans; 

6° De les faire voir pareillement et sans distinction 
aux marchands qui en font le commerce ; 

7° De leur défendre, sous quelque prétexte que ce soit, 
d'endosser aucune lettre de change ; 

8** De payer chaque fabricant de l'argent des effets ou 
du crédit des marchands à qui les toiles de ce fabricant 
auront été vendues, sans pouvoir, sons quelque prétexte 



— 333 — 

que ce soit lui donner d'autres effets ou le faire créditeur 
d*un autre marchand ; 

9^ De lui ordonner de délivrer à la fin de chaque 
semaine à chaque fabricant, un état contenant le nombre 
des toiles qu'il en aura reçues,le nombre de celles qu'il aura 
vendues, le nom du marchand à qui elles auront été Ven- 
dues, le prix qu'elles auront été vendues, les conditions 
de la vente et les termes des payemens. 

10° Leur ordonner de donner tous les mois communi- 
cation de leurs registres et de leur gestion, à ceux qui 
seront nommés par le conseil pour cet effet ; 

11° D'établir un droit de 5 sols par pièce de toile, pour 
être employé au remboursement des courtiers, lequel 
droit sera supprimé après ce remboursement ; 

12° Qu'il sera fait, devant le commissaire départi, une 
adjudication dudit droit, à la charge de rembourser 
comptant les offices de courtiers; 

13° Que ce droit sera adjugé à celui qui pour se rem- 
bourser les 60,000 livres qu'il aura donné pour le rem- 
boursement comptant des courtiers, offrira de le perce- 
voir pendant le plus court espace de temps, lequel temps 
expiré, le droit de 5 sols par pièce demeurera supprimé 
sans qu'il soit besoin d'autre arrêt ; 

14° Que toutes les toiles grises entrant dans Saint-Quen- 
tin payeront le droit de 5 sols, que les blanches le paye- 
ront pareillement, à moins que ceux qui les feront entrer 
ne justifient qu'elles l'ont déjà payé, et d'exempter de ce 
droit les toiles des marchands étrangers qui entreroient 
seulement pour être blanchies dans les bueries de la 
ville ; 

15° Défendre le colportage sous des peines sévères ; 

16° Donner au commissaire départi l'attribution des 
affaires relatives à ce règlement et l'interdire à toutes 
autres cours et juridictions. 

Je suis avec beaucoup de respect, Monsieur, etc. 



— 384 — 



PREMIÂRB PARTIE. — CHAPITRE III. 



Condamnation de Oumoustlor-ttevatre à SOO livret 

pour avoir blanchi les toiles avant le temps prescrit. 

Note de la page iH. 

Monseigneur, 

L'arrest du conseil qui règle le temps du travail des 
toiles de nostre manufacture au 15' de ce mois se trouvant 
expiré, suivant la cousturae de tous les temps on se pré- 
pare toujours la veille dans les blanchiries à recevoir 
les toilles qu'on y envoyé, et qu'on jette en arrivant 
dans des vaisseaux pour les faire tremper, ce quy ostent 
la grosse ordure, et les prépare à pouvoir estre travaillée 
le lendemain, par le coullage et leur exposition sur le 
pré, a quoy pour me conformer suivant Tarrest j'ay 
satisfait, et me trouvant il y a un mois une petite partie 
de toille de celles que je me préparai d'y mettre, je les 
envoyai à ma buerie pour m'en débarrasser et là, les faire 
attendre le temp de leur travail, ce qui estant expiré, mes 
gens suivant l'ancien uzage crurent que le samedy 13 de 
ce mois, veille du 15, à cause du dimanche, ilz pouvoyent 
les faire tremper, ce qu'ils firent dès le matin. 

Cela ne fut pas plustot fait que le neveu du maire de 
cette ville l'ayant appris, firent avec quelqu'autres 
marchands le complot de me faire pièce en abusant de 
l'interprétation de l'arrest, et dressent une requeste de 
dénonciateurs, qu'il accompagnent de faux exposés, et 
vont en conséquence obliger le maire à faire de nouveau 
publier l'arrest le 13 à 11 heures, dans la veue de rompre 
l'usage d'envoyer les toilles la veille aux bueries, et en 
même temps envoyé dans la mienne seulement, pour 
n'estre pas obligés de trouver les autres dans le cas; deux 
sergents trouvent mes toilles à onze heures trempée, ce 
qui fait voir quiz avoient parti au moment de la publi- 
cation puis qu'aussi tost en sortant la ville pour y aller 
donner mes ordres en conformité, je trouvay qu'ilz 
revenoient. 



Le maire pour satisfaire les dénonciateurs et sa pas- 
sion remplie, par une jalousie de commerce, de satisfac- 
tion de pouvoir supposer un prétexte à me faire sous- 
mettre aux peines de Tarrest en cas de contravention, 
me fait appeler à la ville ou il ne devoit cependant pas 
s'j trouver veu qu*il est de même commerce, et non 
moins suspect de jalousie que les autres; j'y representaj 
ce que j'ay l'honneur de faire a vostre Grandeur, ce quy 
fit sursoir leur jugement, qu'ils continue cependant de 
solliciter sans voulloir attendre de renvoy à ce qu'il vous 
plairait en ordonner, et prétendre nonostant leur maneu- 
vre, me faire condamner. 

Ce qui moblige d'avoir recours a vostre Grandeur, etla 
supplier de vouloir imposer vdtre authorité pourque justice 
me soit faite, et que pour servir de règle pour la mise 
des toilles aux bueries, on suive ce qu'il vous plaira en 
ordonner, sans qu'il soit permis au maire de mesme 
commerce de donner les mains et de jeter surprises. Je 
suis avec un profond respect. Monseigneur, 

Votre très-humble et obéissant serviteur. 

Signé : Dumoustier-Dbvatrk. 
Saint-Quentin, 15 mars 1717. 



lettre dai maire et éoheviiii en réponse à oeUe 
de M. Sumoiutier-lleTatre. 

Monseigneur, 

Nous avons rendu public l'arrest du conseil d'état du 
Roy, rendu le 20 du mois passé, concernant le blanchis- 
sage des toiles batistes etlinons, que votre Grandeur nous 
a feit l'honneur de nous addresser avec ordre d'y tenir 
exactement la main, il est fait deffenses par cet arrest à 
tous blanchisseurs des provinces de Picardie, Artois et 
Flandres françoise, de commencer à travailler au blan- 
chissage avant le 15 de mars, à peine de 500 livres d'a- 
mende ; cependant au mespris des deffenses portées par 
ledit arrest, le sieur Jacques Dumontier Devatre , 
marchands de toille et blanchisseur de cette ville, n'a pas 
laissé de commencer à travailler dès le 13 dudit mois, et 



les marchands de toiles nous ayant fait plainte et donné 
leur requeste contre ledit Devatre, sur le procez-verbal 
de visite faite en la burie dudit Devatre, par deux huis- 
siers de police, raporté et affirmé véritable pardevant 
nous, par lequel il paroit qu'ilz ont trouvez deux terrains 
pleins de toilles qui estoient tieddes, ce qui ne peut se 
faire sans avoir fait jetter des eaux ou lessives sur lesdites 
toilles, de quoy ledit sieur Devatre est convenu et d'avoir 
eu connoissance dudit arrest, ce qui est une contravention 
manifeste, nous l'avons condamnez à l'amende de 500 livres 
au profit des pauvres de l'aumône commune de cette 
ville, et comme ledit sieur Devatre se vante de se pour- 
voir vers votre Grandeur pour en estre déchargé, nous 
nous donnons l'honneur de l'informer du jugement que 
nous venons de rendre en conformité dudit arrest et des 
ordres de votre Grandeur, pourquoy nous nous fiattons 
que votre Grandeur n'aura aucun esgard à tout ce que 
ledit sieur Devatre pourrroit alléguer, lequel estant le 
plus puissant des marchands de cette ville et blanchis- 
seur en mesme temps ne veut pas suivre la loy, et croit 
que tout luy est permis au préjudice des autres marchands. 
Nous sommes avec un très-profond respect, Monseigneur, 
vos très-humbles et très-obéissants serviteurs. 

Les maire et échevins de Saint-Quentin. 
Par Messieurs, 

Wattibr, secrétaire. 

Saint-Quentin, 20 mars 1717. 



Arrêt du oonieil d'état relatif au bUmohiment des toUef. 

Archiyes de TAisne, c. 756. 

24 août 1717. 

Le Roy s'estant fait représenter en son conseil Tarrest 
rendu en iceluy le 20 février dernier, par lequel pour les 
raisons y contenues il a esté fait deffenses à tous blanchis- 
seurs de toiles batistes et linons dans les provinces de 
Picardie, d'Artois et de la Flandre franqoise, de corn- 



— 337 — 

mencer à blanchir lesdites toiles avant le 15 mars de 
chacune année et de recevoir des toiles éorues pour les 
blanchir passé le 10 octobre, à peine de 500 livres d'a- 
mende, et Sa Majesté estant informé qu'une peine aussj 
modique n'est pas capable de contenir plusieurs d'entre 
les marchands et blanchisseurs desdites toiles, qui, par 
l'avidité du gain et au préjudice de la réputation de ladite 
manufacture, ne veulent point s'assujettir aux temps 
fixés par ledit arrest, ce qui détruiroit le commerce 
de marchands et de blanchisseurs de bonne foy qui sont 
réguliers à observer ce qui est porté par ledit arrest ; à 
quoy estant nécessaire de pourvoir par une peine plus 
seure contre les contrevenans, ouy le rapport, le Roi en 
son conseil a ordonné et ordonne que les blanchisseurs 
desdites toiles batistes et linons, dans les provinces de 
Picardie, d'Artois et de la Flandre françoise, qui blan- 
chiront et recevront des toiles écrues de cette espèce pour 
les blanchir avant et après le temps fixé par ledit arrest 
du conseil du 20 février dernier, ensemble les marchands 
qui les donneront à blanchir avant et après ledit temps, 
seront condamnez en 1500 livres d'amende pour la pre- 
mière fois, dont la moitié applicable au dénonciateur, 
laquelle amende ne pourra être remise ni modérée, et 
sera au surplus ledit arrêt du conseil, du 20 février der- 
nier, exécuté selon sa forme et teneur. Enjoint Sa 
Majesté aux sieurs intendans et commissaires départis 
dans lesdites provinces de tenir la main à l'exécution du 
présent arrêt, qui sera lu , publié et affîché partout où 
besoin sera. Fait au conseil d'état du Roi tenu à Paris 
le 24* jour d'août 1717. — CoUationné, signé : Ranchin. 



BLANCHISSAGE DES TOILES DE 1716-1717. 



WLanoatomnoet mu: lelcneim do oodmII du < 

Archives de T Aisne, c. 757. 

A NOS SEIGNEURS DU CONSEIL DE COMMERCE. 

Les marchands de toiles batistes et linons de la viUe 
de Saint-Quentin vous remontrent humblement que le 



— 338 — 

mauvais blanchissage de leurs marchandises décrédite 
entièrement leur manufacture, et qu'il n'est pas en leur 
pouvoir ni même à celui de leurs magistrats de remédier 
aux inconvénients qui se rencontrent. 

Les susdits magistrats ont fait plusieurs ordonnances à 
ce sujet, et notamment parcelle du 29 février 1716, il est 
défendu à tout blanchisseur du commencer à travailler 
avant le 15 mars, et de recevoir des toiles crues après le 
10 d'octobre ; mais comme il se trouve des blanchiries 
dans les villes voisines hors de la juridiction des susdits 
magistrats, leurs défenses ne peuvent pas subsister, ou si 
elles subsistoient, ce seroit au grand dommage des sup- 
pliants qui ne pouroient point avoir des marchandises 
blanches aussitôt que les autres marchands de la manu- 
facture, qui s'étend dans toute la Picardie, l'Artois, et 
la Flandre françoise. 

Les supppliants sont très-persuadés qu'il est essentiel 
que leurs toiles soient blanchies dans la belle saison, pour 
estre d'une bonne qualité, ils supplient très-humblement 
le conseil de faire un règlement à ce sujet pour toute la 
manufacture, et d'imposer de grosses peines aux contre- 
venants; ils continueront leurs vœux pour votre prospé- 
rité et santé. 

Avl« des marohanda de la ville d*AiTaB. 

Les marchands de la ville d'Arras qui ont eu commu- 
nication de la requête présentée au conseil de commerce 
par les marchands de toiles, batistes et linons de la ville de 
Saînt-Quentin, disent qu'il y avoit autrefois dans l'Artois 
des blanchiries en plus grand nombre qu'aujourd'huypour 
ces sortes de toiles, et que les anciennes guerres ayant ruiné 
le commerce de cette province, les principales blanchiries 
se sont établies à Saintr-Quentin, Cambray etValentiennes; 
que le peu qu'il est resté dans l'Artois sont en si petite ré- 
putation que la plupart des marchands de cette province 
envoyent blanchir leur toiles de batistes et linons, à 
Cambray et à Valentiennes. — Qu'à l'esgard des blan- 
chiries de Saint-Quentin, ils n'ont pas la mesme commo- 
dité à cause des droits d'entrée et de sortie du royaume, 
mais ils peuvent dire que le peu d'attention qu'ont cer- 
tains marchands de ladite ville à faire blanchir leurs toiles 



dans la bonne saison afin d'en conserver la qualité 
déshonore beaucoup leur manufacture dans le pays et 
qu'ils croyent être du bien public et de ces manufactures 
en général que la cour fasse un règlement là-dessus con- 
formément à ladite requête. 

Avî» dM marehandt de la ville de F è ro n ne. 

Les marchands de toilles, batistes et linons de la ville de 
Saint-Quentin demandent un arrest du conseil de com- 
merce qui défende le blanchissage des toilles avant le 15 
mars et d'en recevoir des crues après le 10 octobre. 

Le mémoire communiqué aux marchands de la ville de 
Péronne, disent que n'i ayant pas de blanchirie en ladite 
ville, ils sont sans intérest et n'ont rien à dire, mais leur 
silence n'empêchera pas d'entrer. dans l'examen du bien 
public et particulier. 

Pour le bien public, on ne peut pas disconvenir que 
l'année aiant ses âges contre les croutures elle agit avec 
bien plus de vigueur dans un tems que dans un autre. 

Or il est de rexpérience que l'hiver, commencement 
de l'année, met les créatures dans une sorte d'assoupis- 
sement pour le recouvrement de ses forces et pouvoir 
agir avec plus d'efdcacité pour la maturité des choses de 
la terre. 

Sur ces principes les eaux dans l'hiver sont pour ainsi 
dire inanimées, acres, grossières et moins coulantes; 
mais quand elles se retrouvent échauffées par le soleil, 
elles se raniment, elles agissent et recouvrent leurs 
propriétés ; d'où il faut conclure qu'elles commencent à 
avoir beaucoup plus de force au 15 mars qu'auparavant, 
et que croissantes en âge cette vigueur s'augmente et se 
trouve dans un âge virile jusqu'à sa vieillesse qu'elle 
rencontre vers le 10 octobre pour insensiblement tomber 
dans la . décrépitude ; et par conséquent que les toil- 
les blanchies depuis le 15 mars jusqu'au 10 octobre 
sont beaucoup mieux blanchies successivement, beaucoup 
plus solides, de plus de durée que celles qui le sont à con- 
tre-tems, c'est-à-dire les premières moins bien que celles 
des mois de mai, juin et août ; ce qui est si vrai que les 
marchands blanchisseurs commencent leurs ouvrages par 
les grosses toilles et que les fines ne viennent qu'ensuite ; 



— 340 — 

que les blanchissages du commencement sont beaucoup 
plus coûteux par les lescives, sont beaucoup plus lonçs 
que ceux de la suite, ce qui prouve invinciblement le 
système et la nécessité du règlement demandé au conseil. 

Pour le bien particulier, il faut distinguer des mar- 
chands en cru d'avec ceux en blanc. 

Les marchands en cru auraient intérest qu'on blan- 
chisse en tout temps pour deux raisons, la 1" parceque 
plus on blanchiroit plus ils auroient de débit, plus vite 
on recueilleroit leurs toilles. 

La 2* en ce que les toilles blanchies à contretems 
n'étant pas d'une si bonne usée, la consommation en seroit 
plus grande. 

Les marchands en blanc au contraire ont à souhaiter 
qu'y ait une distance raisonnable entre les blanchissages 
.et qu'ils finissent au \0 octobre, afin qu'ils puissent débi- 
ter les toiles blanchies de Tannée. 

Mais comme pour le bien du commerce il faut toujours 
garder une certaine proportion et ne pas favoriser un 
jnétier plus qu'un autre, si on ne veut pas pour ainsi dire 
les faire tomber tous deux, il convient de garder un 
équilibre et que toutes choses se fasse en saison. 

Il y a encore cette considération pour le bien de l'état 
que les marchandises façonnées en France soient de bon- 
nes qualités et solides, sinon l'étranger s en pourvoit 
ailleurs. 

Pour avis, à Péronne, le 2 febvrier 1717. 

Signé : Hutellier. 



PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE III. 

Note de la page 178. 

Archives de TAisne, c. 758. 

1733. 

Réponse des oommls du Bureau de SalnUÇuentln sur la 
requête du sieur Iiallardf qui refusait de payer 4 sob par 
pièce de toile au bureau de marque. 

On ne s'arreste pas icy à justiffîer les motifs de l'arrest 
du conseil, du 15 juillet 1719, que les commis des bureaux 



— 341 — 

des traites sont tenus d'exécuter jusqu'à ce qu'il ait plu au 
conseil d'y déroger. 

Cet arrest authorise à recevoir 4 sols par pièce de toille 
de 15 aunes, tant d'Artois que de la Flandre françoise, et 
quoy que ce droit paroisse sous le nom de droit de con- 
trôle et de marque, le préambule dudit arrest donne assés 
à connoître que le droit de 4 sols est pour tenir lieu de 
ceux d'entrée et de sortie de l'ancienne France, puisque 
ce même arrêt, en ordonnant la restitution desdits droits 
d'entrée et de sortie payés par le sieur Parmentier,.d'Ar- 
ras, le condamne au payement de 4 sols par pièce. 

C'est donc au sieur Lallard ou autre à solliciter la 
suppression dudit droit; et puisqu'il souhaite que ses 
toiles soient pesées et marquées, on le satisfera sans que 
les fermes du Roy puissent y trouver aucun avantage, 
car la précaution de ne laisser entrer les toiles que par 
l'acquit à caution qui se délivre soit dans les bureaux de 
la Flandre françoise ou dans les premiers bureaux de 
l'ancienne France, de faire suivre lesdits acquits à cau- 
tion jusqu'aux bureaux d'Amiens, Péronne ou Saint- 
Quentin, et de les y garder jusqu'à ce que Ton représente 
le même nombre de toiles blanches, prévient suffisamment 
tout abus. 

Ledit sieur Lallard est le premier marchand de batiste 
qui aye requis que Ton appose une marque à ses toilles, 
ce que Ton a toujours regardé comme contraire au bien 
de ce commerce ; et si les commis du bureau de Saint- 
Quentin recevaient sur cela quelques reproches, ils repré- 
senteroient n'avoir jamais été dans cet usage, et que si le 
Conseil ou Messieurs les fermiers eussent cru qu'il eût 
convenu de marquer lesdites toilles, on eût déposé dans 
les bureaux les empreintes nécessaires, ce qui ne se trou- 
vera pas. 

Quant au pezage, comme il n'est question que d'un 
droit de 4 sols par pièce, les commis se sont crus fondés 
à supprimer cçtte formalité, qui n'occasionneroit aucuns 
frais d'emballage, puisque ces sortes de toiles viennent 
dans des sacs. 

On observera en passant que ledit sieur Lallard n'a 
envoyé depuis le 27 mai dernier que 500 pièces, pour 
être blanchies, et que MM. Fizeaux et C" en ont tiré 
2,527 de Valenciennes depuis un an, et ont payé sans se 



— 342~ 

plaindre ledit droit de 4 sols, comme il est aisé de le 
justifier par les registres du bureau qui, en délivrant les 
acquits de payement pour ledit droit, oblige encore les 
négociants à rapporter des certificats des bureaux de 
la Flandre, comme quoy lesdites toilles j sont retour- 
nées, de sorte que la ferme générale a toutes ses seu- 
retés, et que sans marquer ny pezer lesdites toilles, il 
ne peut en ressortir une seulle pièce pour le pays con- 
quis au-delà du nombre venu pour être blanchi aux 
bueries de Saint-Quentin' ou de Chaulny; ainsi ledit 
sieur Lallard a grand tort de se plaindre d'un droit qui 
tient lieu de celui de 10 sols par pièce que devroient 
payer les toilles qui entrent dans l'ancienne France, 
et de 10 livres du cent pesant pareillement dû pour 
celles qui en sortent pour le pays conquis, le fermier 
général étant autorisé à percevoir les droits d'entrée sur 
tout ce qui vient d'Arras, comme le droit de sortie sur 
tout ce qui y retourne. 

On ne disconviendra cependant pas qu'il pourroit être 
avantageux pour le commerce de la ville de Saint-Quentin 
de supprimer ledit droit de 4 sols ; il le seroit encore plus 
de supprimer celuy de 10 sols par pièce, à quoy l'arrest 
du 30 août 1723 a réduit celuy de 40 sols qui avoit lieu, 
et de rétablir ce premier, pour les toilles du pays conquis 
qui en viendroient toutes blanches, mais ne percevant 
rien sur les toilles écrues qui viendroient dans l'ancienne 
France, soit pour y être blanchies ou pour y être com- 
mercées. 

On a fait connoitre plusieurs fois à MM. les fermiers 
qu'ils regagneroient, et bien au-delà, les 10 sols qu'ils 
perçoivent sur les toiles écrues que les marchands de 
Saint-Quentin tirent du pays conquis pour leur compte, 
par l'augmentation du produit des droits de sortie de ces 
mêmes toilles, en ce que, plus le commerce de Saint- 
Quentin fieuriroit, et plus ces droits de sortie augmen- 
teroient ; et l'occurrence des approches de la guerre sem- 
ble exiger que l'on s'attache à rappeler dans Saint-Quentin 
toute la force de ce commerce, que les eaux, le climat, 
comme l'adresse des ouvriers, y rendent naturel. 

On a aussi fait sentir à MM. les fermiers que le droit 
de 10 sols suivant ledit arrest du 30 août 1723, étoit plus 
spécieux que réel, par les firaudes inévitables, attendu 



— 343 — 

que Idsdites batistes ne se ÊLbriquant communément que 
sur la frontière, on ne peut empêcher que les mulqui- 
niers du pays conquis ne portent leurs toilles chez ceux 
de Tancienne France, j ayant même nombre de villages, 
mi parties, ou contigus, de sorte que s'il entre à Saint- 
Quentin 1,000 pièces de batiste, il y en a au moins les trois 
quarts du pays conquis, quoy que déclarées et munies de 
certificats de gens de lois, pour fabrique de Tancienne 
France ; et le droit de 10 sols que Ton sauve par là sert à 
payer le certificateur et le porteur desdites toiles. 

Il a été donné sur cela des preuves incontestables qu'il 
seroit encore facile de produire ; pourquoy s'il plaisoit au 
conseil de vouloir rendre le commerce de Saint-Quentin 
plus fleurissant qu'il ne l'est, il suffiroit de supprimer le 
droit de 10 sols comme de 4 sols sur les batistes écrues, 
de rétablir celui de 40 sols sur celles qui auroient été 
blanchies dans la Flandre françoise, et la ferme générale 
y trouveroit son proffit, tant par l'augmentation des droits 
de sortie que par ledit droit de 40 sols sur les batistes 
blanches dont Saint-Quentin ne laisse pas de tirer assés 
abondamment. 

Mais J'avantage du commerce de Saint-Quentin paroitra 
ici étranger et même nuisible audit sieur Lallard et autres 
commerçants, tant de l'Artois que du pays conquis, qui 
ont l'avantage de faire passer leurs toiles à l'étranger, 
sans payer aucun droit, au lieu que tout ce qui sort d'icy 
soit pour le pays conquis ou l'étranger paye 10 livres du 
cent pezant. 



CondamnAtioii du liear Poitevin. 

Archives de F Aisne, c. 758. 

1734. 

Coppie de Vordonnance de Monseigneur V Intendant, 

Jacques-Bernard Chauvelin, chevalier, conseiller du 
Roy en ses conseils, maître des requêtes, etc., 

Veu la sentence rendue par les maire et esche vins de 
1^ ville de Saint-Quentin, le 3 avril dernier, portant con- 



— 344 — 

damnation contre le sieur Poitevin, marchand de toilles 
de ladite yille, en 25 livres seulement d'amende, pour les 
causes y portées; veu aussi Tarrest du conseil, du 24 juil- 
let 1731 ; 

Nous ordonnons que le sieur Poitevin payera l'amende 
en entier montant à la somme de 500 livres, conformé- 
ment à l'art. 6 dudit arrest; faisons deffense auxdits maire 
et eschevins de faire modération de celles qui auront été 
encourues, leur enjoignons de les prononcer telles qu'elles 
sont prescrites par les règlemens, à peine d'interdiction, 
sauf à ceux contre lesquels elles ont été prononcéez, à se 
pourvoir pardevant nous, pour les modérer s'il y a lieu. 
Deflfendons aux magistrats d'inquiéter à l'avenir les blan- 
chisseurs et marchands de ladite ville sous prétexte que 
les toiles qui se trouveront dans leurs magazins ne se- 
roient marquéez que de la marque d'un bureau. Pourront 
néanmoins lesdits maire et eschevins, dans les visites 
qu'ils feront des toilles qui seront marquéez des marques 
des autres que celles de la ville, vérifûer leurs longueurs, 
largeurs et qualitez et si elles sont conformes aux règle- 
mens, et au cas contraire leur enjoignons de nous en ré- 
férer, pour être par nous ordonné ce qu'il appartiendra. 

Fait par nous. Intendant susdit, à Saint-Omer, ce 15^ 
juillet 1754. 

Signé Chauvblin. 



ASSEMBLEE DE COMMERCE. 
1734. . 

PREMléRE PARTIE. — CHAPITRE III. 

Note de la page 183. 

Archives de rAisne, c. 758. 

Iiettre de M. de théU à l'intendant d'Amiens. 

Monsieur, 

L'assemblée du commerce qu'il vous a plu d'ordonner 
en la ville de Saint-Quentin pour le 30 du mois dernier, 



— 345 — 

s'y est tenue en ma présence ; les marchands et ouvriers 
qui y ont assisté ont parlé de ce qui concerne leur négoce 
particulier, et les officiers municipaux ont dressé leur 
procès-verbal de résultat. J'avais compté, Monsieur, 
d'avoir l'honneur de vous en adresser une expédition, 
mais ces messieurs ont cru devoir s'en charger, cela leur 
appartient effectivement; ce qu'il y a de plus intéressant 
en cet acte que vous voirés. Monsieur, sont les plaintes 
des marchands de toiles et des mulquiniers, du défaut de 
vente en blanc et en écru, malgré la bonne qualité actuelle 
des toiles des trois espèces; les uns et les autres attribuent 
ce commencement de décadence à la grande quantité de 
mosselines dont la France est remplie, et que Ton donne 
à moitié du prix commun et ordinaire des batistes et 
linons; ces griefs me paroissent fondés, mais ils les repré- 
senteront vainement, si vous n'avez la bonté. Monsieur, 
de leur accorder votre protection. 
J'ai l'honneur, etc. Signé db Théis. 

Saint-Quentin, 4 février 1734. 



Monsieur, 

Je me donne l'honneur de vous adresser un mémoire 
qui contient mes observations sur la visite que je viens 
de consommer avec mon fils en la ville de Saint-Quentin, 
où notre séjour a été long, à cause des éclaircissements 
que j'ai été obligé de prendre de différentes matières; j'en 
serois. Monsieur, très consolé si j'y avois trouvé et laissé 
le commerce dans une situation pi us favorable. , 

J 'avois compté de me rendre d'ici à Cambray et succes- 
sivement en toutes les autres villes de la manufacture, 
mais cette absence, qui me mènera loing, me mettroit en 
retard de fournir mes déclarations pour le dixième, à l'é- 
tablissement duquel j'apprends que Ton travaille en la 
généralité de Soissons. Ainsy, Monsieur, je suspendray 
de quelques jours l'exercice de mes fonctions actuelles, 
pour marquer d'ailleurs ma soumission au Roi en cette 
occurrence; j'espère donc partir après demain pour Chauny 
où je pourroi, Monsieur, recevoir les ordres qu'il vous 
plaira de me donner. Un marchand de toiles de cette ville 



— 346 — 

et blanchisseur en même temps, nommé Pierre de Jon- 
court, a fait depuis très peu de jours une banqueroute 
que l'on dit être de plus de 150,000 livres; c'est un pro- 
testant, le beau-frère, le second tome de Josias de Jon- 
court qui a proposé l'établissement de la manufacture de 
fils retords, lequel en a fait autant il y a quelques années. 
J'ai l'honneur, etc. Signé de Thêis. 

A Saint-Quentin, le 11 février 1734. 



Blinutef de lettres de llntendAnt d'Amiens à M. Orrj, 
ooBtrdleur ^néral det finances. 

Archives de T Aisne, c. 758. 

A Amiens, ce 16 février 1754. 
Monsieur, 

J'ai fait tenir, dans le mois de janvier dernier, des 
assemblées de commerce dans les principales villes de 
mon département, dont je vous enverray les procès- ver- 
baux quand ils me seront tous parvenus. En attendant, 
je ne puis me dispenser de vous envoyer celui de Saint- 
Quentin, avec les observations du sieur de Théis, qui me 
paroissent mériter une attention particulière, et je n'y 
ajouteray autre chose sinon que cette manufacture est 
peut-être celle de tout le royaume qui lui coûte le moins 
et qui lui rapporte le plus. 

Je suis, etc. 



A Amiens, le 26 mai 1734. 
Monsieur, 
J'ai déjà eu l'honneur de vous informer de la décadence 
de la manufacture des toiles batistes et linons de Saint- 
Quentin; je vous ay marqué en même temps que l'on ne 
pouvoit l'attribuer ni à la qualité des matières ni à la 
fabrication et au blanchissage, qui sont dans leur plus 

rnde perfection, mais à la consommation prodigieuse 
mousselines des Indes qui se fait en France; comme 
cet objet m'a paru très intéressant, j'ay donné des ordres 



— 847 — 

très-précis pour estre informé exactement de la scituation 
de la manufacture. Comme je la vois sensiblement dépérir 
de mois en mois, que grand nombre de fabricants, plusieurs 
marchands même des plus gros sont sur le point d'une 
perte prochaine ; que les ouvriers qui sont au nombre de 
plus de 20 ou 25,000 répandus dans Télection de Saint- 
Quentin se trouveront incessamment sans pain et sans 
ressource, si d'icj à un an cet établissement ne reprend 
vigueur, et qu'enfin cette manufacture est d'autant plus 
précieuse qu'elle tire fort peu de l'étranger et y envoyé 
beaucoup, j'ay cru devoir vous informer de son état. 
Je suis, etc. 



flLéponM de M. le eontMear ^aéral de* finanoet. 

Archives de TAisne, c. 758. 

A Versailles, le 5 juin 1734. 
Monsieur, 

J'ai receu la lettre que vous avés pris la peine de m'é- 
crire du 26 du mois passé au sujet de la diminution de la 
fabrique et du commerce des toiles batistes et linons dont 
les marchands de Saint-Quentin se plaignent; le sieur de 
Théis m'en a rendu un compte exact dans le cours de la 
tournée qu'il vient de faire, et je sens comme vous qu'il 
seroit à désirer que l'on pust empêcher la décadence de 
cette manufacture qui mérite grande attention, mais dans 
la circonstance présente les remèdes paroissent extrême- 
ment difficiles, et même le succez en seroit très incer- 
tain. 

Je suis, etc. 

Signé Orry. 

A M. de Chauveliny intendant d'Amiens. 



— 348 — 

PRBMIÈRB PARTIE. — CHAPITRE III. 

Notes des pages 181 et 190. 

Héfflement sur la ftJ>vlo«tioii des toUet, batistei et Unoai. 

Archives de T Aisne, k, 10. 

12 Septembre 1729. 

Arrest du Conseil d' Estât du Roy portant règlement pour 
les toiles batistes et linons qui se fabriquent dans les pro- 
vinces de Picardie, d'Artois^ du Hainault, de la Flandre 
française et du Cambrésis. 

Le Roj étant informé qu'une grande partie des fabri- 
quans des toiles batistes et linons des provinces de 
Picardie, d'Artois, du Hainault, de la Flandre françoise 
et du Cambrésis, n'y employent pas une quantité suffi- 
sante de fils, les font plus fortes et plus serrées sur les 
cotez, et plus claires dans le milieu, et cachent ces défauts 
par une espèce d'apprêt qu'ils y donnent avec une paste, 
de la gomme ou de la cire ; que d'ailleurs les toiles 
batistes et linons d une même espèce ont des largeurs et 
longueurs différentes dans chacune de ces provinces : à 
quoy Sa Majesté désirant pourvoir, tant pour le bien et 
l'avantage du commerce considérable qui se fait de ces 
toiles dans le royaume et dans les pays étrangers, que 
pour mettre l'uniformité dans ces différentes fabriques. 

Vu les avis donnez par les sieurs Meliand et Chauvelin, 
conseillers d'estat, et par le «ienr de Sechelles, maître 
des requêtes, intendans et commissaires départis dans les 
provinces de Flandre, de Picardie, d'Artois et du Hainault, 
ensemble celuy des députés du commerce ; ouy le rapport 
du sieur Le Peletier, conseiller d'estat ordinaire et au 
conseil royal, contrôleur général des finances ; le Roy, 
estant en son conseil, a ordonné et ordonne ce qui suit : 
Article I*^ Les toiles batistes auront deux tiers d'aune 
de largeur, mesure de Paris ; la pièce sera de 12 aunes 
et demie de longueur, non compris les franges ; et les 
coupons ou doublets auront deux aunes et demie de lon- 
gueur. 



— 849 — 

II. Les linons larges, unis, rayez ou mouchetez, ap- 
peliez trois-quarts, auront trois quarts d'aune de largeur, 
et la pièce 15 aunes de longueur, aussi mesure de Paris, 
non compris les franges. 

III . Les toiles appellées claires deux-tiers, ou linons 
étroits, auront deux tiers d'aune de largeur: la pièce 
contiendra 13 aunes de longueur sans les franges, et les 
coupons ou doublets 2 aunes de longueur ; le tout mesure 
de Paris. 

IV. Fait Sa Majesté défenses aux marchands liniers, 
ou faisant commerce de lins, de se servir de couteau, ou 
autre pareil instrument pour affiner leurs lins, ni d'en 
mesler de différentes récoltes, à peine de confiscation 
desdits lins et de 50 livres d'amende. 

V. Les fils de lin employez à la fabrique desdites toiles 
batistes et linons, seront bien et également filez , sans 
qu'il soit permis, pour quelque cause, et sous quelque 
prétexte que ce soit, d'en mêler de différentes qualitez, 
à peine de 50 livres d'amende pour chaque pièce. 

VI. La chaîne desdites toiles batistes et linons sera 
d'un bout à l'autre de la pièce également serrée et garnie 
de fils entre les deux lisières, et la trame faite de fils 
égaux, et également frappée de la tète à la queue, à peine 
de 50 livres d'amende pour chaque pièce. 

VII. Fait Sa Majesté défenses à tous fabricants, tisse- 
rands ou mulquiniers de faire lesdites toiles batistes et 
linons d'autres longueurs et largeurs que celles cy-dessus 
prescrites, ni de se servir d'aucunes matières ou ingré- 
diens pour les plaquer, cirer, ou gommer, afin d'en 
couvrir les défauts, à peine de confiscation, et de 100 
livres d'amende pour chaque pièce et pour chaque con- 
travention : Pourront néantmoins lesdits tisserands et 
mulquiniers se servir du parement ou apprêt ordinaire, 
pour préparer les fils de la chaîne desdites toiles, mais 
sans pouvoir l'employer sur les toiles fabriquées. 

VIII. Toutes lesdites toiles seront pliées de la manière 
prescrite par les règlements particuliers faits par les juges 
de chaque ville où elles sont ordinairement exposées en 
vente. 

IX. Les ourdoirs servant à mesurer les fils qui s'em- 
ployent à la fabrique desdites toiles ne contiendront, 
depuis la fourchette d'en bas jusqu'à la dernière cheyille 



— 8B0 — 

d'en haut, que 16 aunes et un quart de longueur de fil, 
mesure de Paris, et seront marquez de la marque de la 
ville la plus prochaine du lieu où ils auront été faits. 

X. Veut Sa Magesté que les âls servant à la fabrique 
desdites toiles soient ourdis à dix âls, sans qu'ils puissent 
rétre à un moindre nombre, à peine de 100 livres d'à* 
monde pour chaque contravention. 

XI. Fait Sa Msgesté défenses aux marchands de Ôls, 
et à tous ceux qui en ourdissent, d'en mesler de diffé- 
rentes qualités, à peine de 300 livres d'amende pour 
chaque contravention. 

XIL Les rots servant à la fabrique des toiles batistes 
auront deux tiers d'aune et trois pouces de largeur ; ceux 
destinez à la fabrique des linons larges auront trois 
quarts d'aune et un pouce de largeur, le tout mesure de 
Paris ; et tous lesdits rots seront compassez également, 
en sorte que les dents ne soient pas plus espacées en un 
endroit que dans l'autre. 

XIII. Les rotiers ne pourront, à commencer du jour 
de la publication du présent arrêt, faire aucuns rots que 
des largeurs cj-dessus ordonnées, ni en exposer en vente 
qu'ils n'aient été préalablement visitez et marquez de la 
marque de la ville la plus prochaine du lieu de leur domi- 
cile, à peine de conâscation et de 50 livres d'amende 
pour chaque contravention. 

XIY. Les ourdoirs, qui un mois après la publication du 
présent arrêt, se trouveront contenir une plus grande ou 
une moindre longueur de fil que celle réglée par l'article 
IX ou sans la marque ordonnée par ledit article, et les 
rots qui, au 1" janvier prochain, ne seront pas de la lar- 
geur fixée, ou compassez de la manière prescrite par 
l'article XII cj-dessus, seront rompus et brûlez ; et les 
particuliers chez qui ils seront trouvez condamnez chacun 
en 50 livres d'amende. 

XV. Lesdites toiles, batistes et linons seront, avant 
que de pouvoir être exposées en vente, portées dans le 
bureau qui sera établi à cet effet dans chacune des villes 
de Saint-Quentin, Arras, Bapaume, Cambray, Valen- 
ciennes, Douay, Péronne, Chauny, Ham et autres villes 
des provinces de Picardie, d'Artois, du Hainault, de la 
Flandre françoise et du Cambrésis, où lesdites toiles sont 
apportées pour être vendues ; dans lequel bureau elles 



— 361 — 

1 
seront visitées, et si elles sont trouvées conformes au 
présent arrêt, marquées par les commis préposez à ladite 
marque, en présence d'un échevin et d'un marchand qui 
seront choisis et nommez, tous les trois mois, par les 
juges des manufactures, dans les villes où la police des 
manufactures est attribuée aux maire et échevins , et en 
présence de deux marchands dans les villes où la con- 
naissance des affaires concernant les manufactures appar- 
tient aux officiers de police ; lesquels deux marchands 
seront de même choisis et nommés, tous les trois mois, par 
lesdits juges des manufactures de chacune desdites villes ; 
et lesdits échevins et marchands assisteront ausdites 
visites et marques, les jours de chaque semaine qui se- 
ront indiquez à cet effet par lesdits juges ou magistrats, 
sans qu'il puisse être marqué aucune pièce desdites toiles 
les autres jours de la semaine. 

XVI. Veut Sa Maiesté que la marque, dont l'empreinte 
sera appliquée sur lesdites toiles, soit déposée dans ledit 
bureau de visite et enfermée sous deux clefs, dont l'une 
restera entre les mains de l'échevin ou de l'ancien desdits 
marchands, et l'autre en celles du commis préposé à ladite 
marque. 

XVII. Les toiles qui seront apportées ausdits bureaux 
et qui seront reconnues fabriquées en contravention au 
présent arrêt par lesdits échevins ou marchands, seront 
saisies à la requête du commis préposé à la marque, et 
marquées d'un cachet particulier ; et ledit commis en 
poursuivra la confiscation avec amende, par-devant les- 
dits juges ou magistrats, conformément aux articles cy 
dessus. 

XVIII. Fait Sa Msgesté défenses ausdits, de marquer 
aucunes desdites toiles, et aux courtiers ou commission- 
naires préposez pour la vente d'icelles, d'en exposer 
aucunes en vente, sans être marquées, ou qui soient 
défectueuses, plaquées, cirées ou gommées, ou qui n'ajent 
pas les longueurs et largeurs prescrites par le présent 
arrêt, à peine de confiscation et de 500 livres d'amende, 
tant contre lesdits commis que courtiers, d'interdiction 
de leurs emplois pendant six mois pour la première fois, 
et de destitution en cas de récidive ; et seront lesdits 
courtiers tenus d'avertir les acheteurs des trous et déchi- 
rures qui se trouveront dans les pièces de toiles qu'ils 



— 352 — 

exposeront en vente, à peine de 20 livres d'amende pour 
chaque pièce. 

XIX. Fait pareillement Sa Majesté défenses aux blan- 
chisseurs de recevoir aucunes pièces desdites toiles en 
cru pour être blanchies, sans qu'elles aient été visitées et 
marquées, à peine de 500 livres d'amende et de confiscation. 

XX. Et néanmoins, pour faciliter la vente et le débit 
des toiles batistes et linons, qui auront été fabriquées 
avant la publication du présent arrêt, permet Sa Majesté 
que celles qui auront été plaquées, cirées ou gommées, 
puissent être marquées d'une marque de grâce pendant 
un mois, à compter du jour de la publication du présent 
arrêt ; passé lequel temps, elles seront saisies et confis- 
quées ; les fabriquans, tisserands ou mulquiniers qui les 
auront ainsi apprêtées , condamnez en 100 livres ; les 
courtiers qui les exposeront en vente, et les commis qui 
les marqueront, en 500 livres d'amende pour chaque 
pièce. Et sera ensuite ladite marque brisée en présence 
des juges des manufactures ou magistrats desdites villes, 
lesquels en dresseront leurs procès-verbaux et les en- 
voyeront aux sieurs intendants et commissaires départis 
dans lesdites provinces. Veut Sa Majesté que celles 
desdites toiles, tant en cru que blanchies, qui n'auront 
pas les longueurs et les largeurs prescrites par le pré- 
sent arrêt, soient portées dans l'espace de trois mois, à 
compter pareillement du jour de sa publication, auxdits 
bureaux, pour y être marquées d'une marque portant CcS 
mots, fabrique ancienne ; laquelle marque sera ensuite 
brisée en la forme et manière cy-dessus ordonnée. 

XXI. Ordonne Sa Majesté que, par les juges des ma- 
nufactures ou magistrats des villes, bourgs et lieux où 
l'on fabrique lesdites toiles batistes et linons, il sera fait 
dans le courant du mois de janvier prochain une visite 
chez tous les fabricants, tisserands ou mulquiniers, chez 
les ourdisseurs et marchands de fils, chez les faiseurs 
d'ourdoirs, et chez les rotiers, pour examiner leurs rots 
et ourdoirs, et saisir ceux qui ne seront pas conformes 
au présent arrêt ; desquelles visites et saisies lesdits juges 
ou magistrats envoyèrent leurs procès-verbaux aux sieurs 
intendants et commissaires départis dans lesdites pro^ 
vinces, au plus tard 15 jours après qu'ils auront izxt les- 
dites visites. 



— 353 — 

XXII Enjoint Sa Majesté aux sieurs intendants et 
commissaires départis pour l'exécution de ses ordres dan s 
les provinces de Flandre, de Picardie, d'Artois, du Hai- 
nault, de tenir la main à Texécution du présent arrêt qui 
sera lu, publié et affiché partout où besoin sera, et sur 
lequel seront toutes lettres nécessaires expédiées. Fait 
au conseil d*08tat du Roy, Sa Majesté y étant*, tenu à 
Versailles, le 12* jour de septembre 1729. 

Signé : Pheltpbaux. 

Suit l'ordonnance d'exécution par M. Ghauvelin, inten- 
dant d'Amiens. 



PREMIÈRE PARTIE, — CHAPITRE III. 

Notes des pages 190 et 19i. 

Archives de FAisne, c. 758. 

Xiettres qui oonoernent PexéonUon du rèfflemeat 
du 12 lepiembre 1729. 

Difficultés apportées à Pexécution du règlement du f 2 sep- 
tembre 1129 sur la fabrique des toiles et linons de Saint- 
Quentin. 

A Versailles, le !•' février 1730. 

Monsieur (Ghauvelin, intendant d'Amiens). 

Les estats de la province d'Artois et les marchands et 
fabricants de toiles des villes d'Arras et de Bapaume ont 
fait des représentations sur l'arrêt du 12 septembre der- 
nier, portant règlement pour la fabrique des batistes 
et linons : Les estats prétendent, comme vous verrez par 
des mémoires et requestes que je vous envoyé, que l'exé- 
cution de ce règlement donneroit atteinte aux privilèges 
de la province par l'établissement des bureaux de visites 
et des commis pour la marque des toiles; que d'ailleurs le 

93 



^354 -^ 

commerce qui s'y fait de ces toiles soufPriroit un préjudice 
considérable par l'impossibilité où seroient les tisserands 
d'en fabriquer aucunes pièces assez parfaites pour n'estre 
pas exposez à la confiscation^ lors des visites, et aux 
amendes prononcées par l'arrest, ce qui ruineroit entière- 
ment cette manufacture et réduiroit a la mendicité un 
très grand nombre de familles qui ne subsistent que par 
le filage des lins et la fabrique de ces toiles, qu'enfin 
le règlement n'ajant pour objet que de faire cesser le 
placage des toiles et de perfectionner cette manufac- 
ture, cet abus n'estant pas en usage dans la province, et 
les étrangers à qui ils envoyent leurs toiles ne s'estiEtnt 
jamais plaints de leur qualité, il n'est pas convenable de 
rien changer à ce qui s'y pratique : Les marchands et 
fabricants se fondent à peu près sur les mêmes moyens 
pour demander la révocation du règlement ou du moins 
une surséance de 3 mois pour être entendus. Comme 
ce règlement a esté fait en grande connoissance de 
cause, Monsieur, que vous n'ignorez pas combien il est 
important de ne rien négliger pour perfectionner cette 
manufacture, afin d'ester aux Anglais toute espérance de 
pouvoir l'establir chez eux; que les dispositions de l'ar- 
rest n'intéressent en aucune façon les privilèges de la pro- 
vince, et que les moyens proposés par les marchands ou 
les fabricants ne méritent aucune attention particulière, 
il est à propos que vous fassiez savoir aux députés des 
états que l'intention du Roy est que le règlement soit 
exécute dans leur province comme dans les autres où il 
doit avoir son exécution, et que vous preniez la peine 
d'écrire aux magistrats d'Arras, de Bapaume et des autres 
villes voisines qu'ils ayent à faire les diligences nécessaires 
pour mettre l'arrest à exécution, et qu'ils vous envoyent 
en conséquence les différons procès-verbaux qu'ils doivent 
dresser. Ilest d'autant plus nécessaire. Monsieur, que vous 
donniez des ordres précis non-seulement à ces magistrats, 
maisencore à ceux des autres villes de vostre généralité 
de vous rendre compte exactement de la manière dont 
l'arrest ysera exécuté, que je suis informé que les mar- 
chands et les tisserands des environs de Saint-Quentin ont 
envoyé des émissaires dans le Hainault et dans le Cam- 
brésis, pour engager les fabricants à faire de semblables 
représentations; que ceux du Hainault ont non-seulement 



— 3B& — 

refasé de se joindre à eux, mais qu'ils se conforment 
actuellement au règlement, et les procès-verbaux dressés 
par les magistrats m'ont déjà esté envoyez ; ainsy je vous 
prie de suivre cette affaire avec attention, et supposé que 
vous jugiez à propos de proroger de deux ou trois mois 
le délay accordé pour la réformation des rots et des our-- 
doirs, dont le terme estoit fixé au !•' janvier, vous aurez 
agréable de Tordonner en faisant entendre en mesme 
temps aux magistrats des différentes villes qu'ils doivent, 
à l'expiration de ce nouveau délai, vous adresser leurs 
procès^verbaux. 

Je suiSf etc. Le Pelbtibr. 



IrfiUra de X. le oontrftleur des finenoei. 

A Compiègne, le 5 aoust 1730. 

Monsieur (l'intendant), 

- J'ai receu la lettre que vous avez pris la peine de 
m'écrire le 12 juin dernier, avec vostre avis sur le placet 
des fabriquans de toiles batistes et linons de la ville de 
SaintrQuentin et des environs, contenant leurs représen- 
tations sur les articles 7, 9 et 10 de l'arrêt du conseil, du 
12 septembre 1729, portant règlement pour la fabrique de 
ces toiles : Je pense comme vous. Monsieur, que les 
plaintes de ces ouvriers sur les deux premiers de ces 
articles ne méritent aucune attention ; à l'égart de l'art. 
10, puisque vous êtes d'avis que la manière d'ourdir à 10 
fils au lieu de 8 pourroit causer de l'embarras aux ouvriers 
qui fabriquent des linons rayés, qu'ils seroient peut-être 
obligez d'ourdir une seconde fois leurs fils pour se con- 
former aux dispositions de cet article, que d'ailleurs le 
nombre de ces ouvriers est peu considérable et se réduit 
à la ville de Saint-Quentin et aux environs, je crois 
comme vous, Monsieur, que, sans donner atteinte au 
règlement qui a esté fait en grande connoissance de cause, 



— 356 — 

on peut sans inconvénient tolérer à Saint-Quentin et aux 
environs que les ouvriers qui fabriquent des linons 
rayez ourdissent à 8 fils, et même, si vous jugez à propos 
de le permettre par une ordonnance à ces ouvriers seule- 
ment, vous pourrez la rendre en ordonnant au surplus 
que le règlement sera exécuté. 

Je suis, etc. Orry. 



Autre lettre dudlt oontrôleor det flaanoe». 

A Versailles, le 6 janvier 1731. 

Monsieur, 

Je vous envoyé un mémoire que j'ai receu du sieur de 
Théis, inspecteur des toiles, sur Testât dans lequel il a 
trouvé cette manufacture à SaintrQuentin, par lequel 
vous verrez que jusques à son arrivée on n'y avoit pris 
aucunes mesures pour faire exécuter Tarrest du 12 sep- 
tembre 1729. En sorte que les mêmes abus dont on s'est 
plaint dans la fabrique des toiles batistes et linons, et qui 
en ont si fort diminué le commerce dans ceti-e ville, sub- 
sistent encore aujourd'hui malgré les précautions prises 
par ce règlement pour les faire cesser, et comme vous 
n'ignorez pas, Monsieur, que cet objet mérite une atten- 
tion particulière, qu'il est important d'ailleurs de prendre 
des mesures pour mettre les fabricants et les marchands 
en règle avant la saison du blanchissage, ce que l'on ne 
sauroit espérer en s'en remettant uniquement aux soins 
des magistrats municipaux, et que l'intention du roi est 
que l'on ne néglige rien pour relever cette manufacture, 
principalement dans la ville de Saint-Quentin et aux 
environs, qui devroit en estre le centre, il seroit à proî)os 
que vous prissiez la peine de vous y rendre aussitost que 
vos affaires vous le permettront, pour donner par vous 
même les ordres nécessaires, et faire les différents arran- 
gements dont l'exécution du règlement dépend, et j'écris 



— 357 — 

an sieur de Théis, qui doit estre à présent à Arras, de 
vous demander vos ordres pour qu'il puisse se trouver à 
Saint-Quentin lorsque vous y serez, et estre à portée, en 
vous rendant compte de Testât dans lequel il aura trouvé 
cette manufacture en Artois, d'exécuter ce que vous 
aurez à lui ordonner pour la ville de Saint-Quentin et les 
environs. 

Cet inspecteur propose d'accorder une nouvelle marque 
de grâce pour les toiles qui sont déjà fabriquées, ou 
actuellement sur le mestier non conformes au règlement; 
comme jusqu'à présent il n'a eu aucune exécution, il y a 
grande apparence que la plus grande partie seroit dans la 
cas de la saisie et delà confiscation, ce qui ruineroit 
les marchands et les fabricans, en sorte qu'il paroît 
nécessaire de permettre cette nouvelle marque jusqu'au 
1" mars, passé lequel temps toutes les pièces de toiles 
qui seront exposées en vente ou surprises en contraven- 
tion seront saisies et confisquées, et il seroit à propos que 
vous rendissiez une ordonnance qui contînt ces disposi- 
tions. 

Les magistrats de Saint-Quentin ont aussi fait des 
représentations sur l'exécution de l'art. 15 du règlement, 
qui porte qu'un des échevins et un marchand seront 
choisis et nommés, tous les trois mois, pour estre présents 
à la marque et à la visite des toiles ; ils prétendent que ce 
service les dérangeroit trop de leurs afi'aires, et ils 
demandent qu'il soit réduit par semaine à tour de rôle. 
Comme il est assez indifférent que ces deux visiteurs ser- 
vent pendant 3 mois, ou pendant 8 jours seulement, 
pourveu que la visite soit d'ailleurs faite conformément 
aux dispositions du règlement, et que l'on n'y marque 
que les toiles qui seront fabriquées en conformité, je 
crois, Monsieur, qu'il n'y a pas d'inconvénient de leur 
accorder cette facilité, et c'est un arrangement que vous 
pourrez faire par l'ordonnance que vous rendrez. 

Il paroît qu'il peut y avoir plus de difficulté à assujétir 
les gens de la campagne à l'exécution du règlement, et si 
on ne le fait pas, on ne parviendra pas à mettre cette 
manufacture en règle ; les magistrats de Saint-Quentin 
offrent d'y faire des visites exactes, mais ils demandent 
une escorte, et d'estre remboursez de la dépense que ces 
tournées leur causeront ; il est raisonnable de ne pas les 



.-968-* 

exposer à des insultas de la part des oomers matins, et 
vous aurez agréaJble de donner les ordres nécessaires 
pour les faire accompagner par la maréchaussée. Pour les 
frais qu'ils feront pendant leurs visites, il iCj pas d'incon- 
vénient de leur permettre de nous en donner un état, et 
de les faire payer sur le produit des amendes, mais comme 
l'application en est faite par le règlement, il faudra l'or- 
donner par un nouvel arrest dont je vous prie de m'en- 
voyer le projet. 

A l'égard de la marque qui s'applique aux toiles et que 
l'on prétend qui ne résiste pas aux blanchissages, ce qui 
est sujet à inconvénient, comme le sieur de Théisme 
marque que celle dont on se sert à Yalenciennes dure 
plus longtemps, je lui mande de s'informer incessamment 
de la matière que l'on y emploie, afin que l'on en use de 
même à Saint-Quentin, jusqu'à ce qu'on ait trouvé une 
marque qui ne s'efface pas, à quoi je ferai travailler. 

Comme il y a grande apparence que les marchands et 
les fabricans de l'Artois ne seront pas plus en règle que 
ceux de Saint-Quentin et des environs, je vous prie. 
Monsieur, sur le compte que le sieur de Théis nous ren- 
dra de la tournée qu'il y fait actuellement, lorsqu'il ira 
vous joindre à Saint-Quentin, de prendre sur le champ 
les mesures que vous croirez nécessaires pour y establir 
l'ordre avant la saison des blanchissages, et je ne saurois 
trop vous répéter qu'il est d'une importance infinie pour 
cette partie de commerce de relever incessamment cette 
manufacture, que nous perdrions si les choses subsistoient 
plus longtemps sur le pied où elles sont aujourd'hui. Vous 
aurez agréable de m'informer exactement des différentes 
dispositions que vous aurez faites, et de m'envoyer des 
copies des ordonnances que vous aurez rendues, afin que 
je sois en état d'en rendre compte au Roy, Sa Majesté 
désirant d'estre instruite de la suite de cette affaire. 

Je suis, Monsieur, vostre très humble et très obéissant 
perviteur, Oret. 



Situation du oommeroe des linoiif etlMtittet en 1731. 



A Marly, le 21 janvier 1731. 



Monsieur, 



J'ay receu la lettre que vous avez pris la peine de 
m*écrire du 10 de ce mois, au sujet du compte que m'a 
rendu le sieur de Théis de Testât dans lequel il a trouvé 
la manufacture des toiles, batistes et linons à Saint- 
Quentin et dans les autres villes de vostre département; 
vous aurez vu par les lettres qu'il me marque vous avoir 
écrites depuis, eten dernier lieu de Péronne et de Saint- 
Quentin, combien il est nécessaire de prendre des 
mesures plus promptes et plus seures pour faire exé- 
cuter l'arrest du 12 septembie 1729. Ainsy supposé que 
vos affaires ne vous permettent pas de vous rendre dès 
à présent à Saint-Quentin, et que vous ne preniez le 
party d'y aller qu'après avoir conféré avec le sieur 
de Théis, à Amiens, où il me marque que vous lui avez 
donné ordre de se rendre, je vous prie de ne négliger 
aucuns des moyens qui peuvent procurer l'exécution 
de ce règlement; le peu d'attention qu'y ont donné les 
magistrats de Saint-Quentin ne sçauroit estre excusé 
par ce qui s'est pratiqué jusqu'à présent dans les villages 
dépendant de la généralité de Soissons; c'estoit à eux 
à donner l'exemple par la règle qu'ils dévoient esta- 
blir dans leur ville et dans les environs, où la manufac- 
ture est plus considérable et qui doit en estre regardée 
comme le centre, et si ils avoient agi plus efficacement, 
ilseroit plus aisé aujourd'huy de réduire les fabricans 
de la généralité de Soissons et de celle de Paris, où l'on 
va travailler à les mettre en règle, 

Suivant ce que m'a marqué le sieur de Théis, il sera 
nécessaire de permettre une nouvelle marque de grâce à 
Péronne et dans les autres villes où il a déjà fait sa 
tournée, comme pour Saint-Quentin, mais il convient 
mieux que vous preniez la peine de rendre des ordonnan- 
ces pour les différentes villes, que de tolérer cette mar- 
que par des permissions particulières, afin que les 



— 360r- 

marchands et les fabricans, et même les magistrats 
soient informez d'une manière plus authentique qu'après 
l'expiration du délay que' vous aurez prescrit, les toiles 
qui seroient trouvées en contravention seront saisies et 
confisquées et les amendes encourues. 

Le sieur de Théis vous a informé de Tordre qui a esté 
envoyé par votre subdélégué à Péronne aux syndics de 
chaque paroisse de luy remettre dans huitaine les noms 
des fabricans, le nombre des métiers et des ourdoirs 
qu'ils employent, avec les noms des rotiers, en ordon- 
nant de faire marquer dans le même délay les rots et 
ourdoirs, avec deffenses d'en exposer en vente aucuns 
qu'ils n'ayent esté mesurez et marquez; il me marque que 
l'on donnera le même ordre pour les fabricant dispersez 
dans les villages des environs de Saint-Quentin; je luy ai 
mandé que cette précaution ne doit pas tenir lieu des 
visites que les magistrats doivent faire dans ces différents 
villages, qu'elles peuvent seulement estre différées pour 
donner le tems à ces fabricans de se mettre en règle, et 
je l'ay chargé de vous proposer de donner à cet égard les 
ordres nécessaires, en assujétissant les magistrats des 
différentes villes de vostre département à vous rendre un 
compte exact, au moins tous les mois, de Testât de 
cette manufacture, et des diligences qu'ils auront faites 
pour y faire observer le règlement ; il luy marque aussi 
qu'il peut déclarer aux marchands et aux fabricans de 
Saint-Quentin qu'il est inutile qu'il fassent aucunes nou- 
velles représentations sur la longueur des pièces de linons 
larges, rayés ou mouchetés, fixée par le règlement à 15 
aunes, que cette disposition doit estre exécutée, et que si 
quelques-uns des marchands continuent à tenir les mêmes 
propos qui luy sont revenus, il m'en envoyé incessam- 
ment les noms, pour que j'en rende compte au roi; je 
vous prie. Monsieur, de donner le même ordre à votre 
subdélégué, Tintention de Sa M^gesté estant, comme je 
vous l'ay déjà marqué, que Ton tienne exactement la 
main à Texécution de Tarrest, et que cette manufacture 
soit remise en règle, principalement à Saint-Quentin et 
dans les environs. 

Le sieur de Théis a fait une observation sur une 
espèce de toile appelée Picardie, qui se fabrique à 
Péronne et aux environs, dont il propose de laisser sub* 



— 861 — 

sister la longueur des pièces à 14 aunes et demie, afin 
qu'elle ne soit pas confondue avec une autre espèce de 
toile appelée claire trois-quarts qui est d'une, qualité su- 
périeure, quoy qu'il y ait peu de différence entre elles, je 
fuy ay mandé qu'il ne convenoit pas de rien changer à 
cet usage, et que si il avoit remarqué quelques autres 
abus dans la fabrique de cette espèce de toile auxquels il 
fut nécessaire de remédier, on pourroit le faire par un 
arrest particulier qui conserveroit la longueur des pièces 
à 14 aunes et demie, afin de les distinguer encore da- 
vantage. 

A l'égard de Testât de cette manufacture en Artois, je 
sens comme vous, Monsieur que le prétexte des privi- 
lèges de cette province exige des ménagements qui ne 
doivent cependant consister que dans un peu plus de con- 
cert avec les députés des états et les magistrats, aux- 
quels il est nécessaire de faire entendre qu'ils doivent 
assujétir leurs fabricans à la même règle que vous esta- 
blirez dans tous les lieux de fabrique de la Picardie. 

Je suis, M. etc., Orry. 



A Marly le 3 février 1731. 

Monsieur, 

Je vous envoyé un mémoire que m'a addressé le sieur 
de Théis, concernant des représentations des marchands 
de toiles de Saint-Quentin sur quelques-uns des articles 
de l'arrest du 12 septembre 1729. Je les ay examiné et 
j'y ay reconnu la peine que ces marchands ont de se sou- 
mettre aux dispositions de ce règlement par le peu d'at- 
tention que méritent leurs observations. Ce qu'ils ex- 
posent sur l'article 1", qui fixe la longueur des toiles 
batistes à 12 aunes et demie, et celle des coupons ou 
doublets à deux aunes et demie, pour prouver qu'il n'est 
pas possible qu'en séparant ces coupons de la pièce, ils 
conservent leur longueur en entier, est d'autant moins 
important qu'ils sont les seuls qui se plaignent de 



cet inconvénient, qooy qu'il se fabrique dans les provinces 
voisines des toiles de la même espèce, dont la pièce est 
de 15 aunes de longueur, de laquelle on détache ensuite 
les coupons qui se trouvent vraisemblablement avoir 2 
aunes et demie ; cependant. Monsieur, comme il peut 
arriver lorsque la toile est plus serrée, qu'en séparant 
les coupons de la pièce qui doit nécessairement avoir 
12 aunes et demie de longueur, il n'en reste plus 2 aunes 
et demie précisément pour les coupons, et que les mar- 
chands pourroient craindre que lorsqu'ils n'auroient pas 
la longueur prescrite par le règlement, ces coupons 
seroient saisissables, il est à propos que vous preniez la 
peine de rendre une ordonnance portant que les coupons 
ou doublets qui après avoir esté détachez de la pièce ne 
se trouveront pas avoir deux aunes et demie, ne pourront 
estre saisis pour le seul deffaut de longueur. Et en effet 
il importe peu que ces coupons soient plus ou moins 
longs, pourvu qu'en les détachant de la pièce, elle con- 
serve toujours sa longueur de 12 aunes et demie. 

Les représentations sur les articles 2 et 3 sont encore 
moins fondées, et ce que ces marchands exposent pour 
réduire à 14 aunes la longueur des linons larges fixée par 
le règlement à 15, et porter celle des linons étroits de 13 
aunes à 13 et un quart, ne mérite nulle sorte d'attention; 
à l'égard de ces derniers, il est indifférent que les coupons 
détachés de la pièce soient précisément de 2 aunes, ou 
qu'il y manque quelques pouces, pourvu que la pièce soit 
toujours de 13 aunes, et pour les linons larges, comme le 
sieur de Théis m'a marqué qu'il se fait un commerce peu 
considérable des coupons de cette espèce de toile, que 
d'ailleurs le prétexte de ne pas trouver aisément des prez 
propres à y exposer des toiles de 15 aunes n'est qu'une suite 
de l'obstination de ces marchands, puisque dans tous 
les tems on a blanchi des toiles de cette longueur, les 
deux articles doivent estre exécutez, et je vous prie de 
le leur faire savoir. 

Les représentations sur l'article 12, qui fixe la largeur 
des rots servant à la fabrique des linons larges à trois 
quarts d'aune et un pouce, méritent plus d'attention ; le 
sieur de Théis m'a marqué qu'il seroit effectivement diffi- 
cile de faire un linon de trois quarts de largeur, avec un 
rot de 3 quarts et un pouce seulement, et qu'il est néces- 



— aas — 

saire d'en employer de 3 quarts et 3 pouces; ainsi je vous 
prie, Monsieur, de prendre la peine de rendre une 
ordonnance qui fixe sur ce pied la largueur des rots 
servant à la fabrique des linons larges. 

La marque de grâce permise par Tarticle 20 pour les 
toiles, tant en écru que blanchies, qui n'auront pas 
les longueurs et les largeurs prescrites par le règlement, 
donne lieu aussj à des représentations de la part de ces 
marchands. Ils demandent que cette marque soit suppri- 
mée, sous prétexte qu'en l'appliquant sur les toiles blan- 
chies, il seroit presque impossible de ne pas les gaster, et 
cet inconvénient paroît au sieur de Théis mériter atten- 
tion; comme cette marque de grâce est indispensable, 
affin qu'après les délais expirez, les toiles qui se trouve- 
ront en contravention soient confisquées et les amendes 
prononcées, sans laisser aux marchands aucuns moyens 
d'éluder ces peines, en soutenant que ces toiles auroient 
esté fabriquées avant le terme prescrit; que cependant il ne 
seroit pas juste de les exposer à la perte que leur cause- 
roit la marque en huile appliquée sur des toiles blanchies 
et apprestées, il est aisé d'y pourvoir, en ordonnant que 
la marque de grâce sera appliquée avec un petit plomb 
attaché à un fil passé dans la toile, comme on le pratique 
pour les toiles de coton que la compagnie des Indes fait 
venir, et que les pièces de toiles qui se trouveront sans 
cette marque seront confisquées, et les marchands sur 
qui elles seront saisies, condamnez à Tamende; ainsy. 
Monsieur, je vous prie de rendre une ordonnance pour 
interpréter cet article du règlement. 

Je ne doute pas. Monsieur, qu'après que vous aurez 
conféré avec le sieur de Théis sur les différentes obser- 
vations qu'il a faites dans sa tournée, vous ne donniez 
incessamment les ordres nécessaires pour que le règle- 
ment soit mis à exécution sans plus de retardement. Je 
suis, etc., Orrt. 



— 364 — 

A Amiens, ce 7 février 1731. 

Monsieur (Orry, contrôleur général des finances). 

J'ai receu les deux lettres que vous m'avez fait 
rhonneur de m'écrire le 21 du mois passé et 3 de ce mois, 
au sujet de la manufacture des toiles batistes et linons. 

Comme je ne doute pas que le sieur de Théis ne vous 
ait, ainsi que nous en estions convenu, rendu compta du 
résultat de la conférence que j'ai eue en sa présence avec 
les députés des marchands de la ville de Saint^Quentin 
8»r les difficultés qu'ils trouvoient dans l'exécution du rè- 
glement du 12 septembre 1729, desquelles ils vous ont 
adressé un mémoire et de tout ce que j'ay concerté avec 
lui pour parvenir à mettre sur cela promptement tout en 
règle. Je m'en tiendray à vous envoyer les imprimés 
des deux dernières ordonnances que j'ay rendues en con- 
formité de vos ordres, pour proroger la marque de grâce 
et empêcher qu'il ne soit monté aucunes pièces de toile 
avec des rots qui ne seroient point des longueur et largeur 
prescrites par le règlement ; et pour ordouncr que les 
coupons ou doublets des toilles batistes fixés par l'article 
1" dudit règlement pourront estre de moindre longueur, 
sans néanmoins que celle des pièces puisse estre moindre 
que de 12 aulnes et demie, que la largeur des rots servant à 
la fabrique des linons larges, fixée par l'article 12 dudit 
règlement à 3 quarts d'aulne et un poulce, sera à l'ave- 
nir de .trois quarts d'aulne et trois poulces, et que la mar- 
que de grâce qui doit estre appliquée jusqu'au 1*' mars 
prochain aux toiles qui n'ontr point esté fabriquées en 
conformité du règlement, sera d'un plomb du poids de 80 
à la livre, qui sera attaché à une ficelle passée au bout de 
la pièce de toile. 

J'ay encore réitéré à diverses fois mes ordres aux ma- 
gistrats des villes, tant pour l'establissement des bureaux 
où il n'y en avoit point encore, que pour s'assurer de la 
réforme entière de tous les ourdoirs et rots servant à la 
fabrique, faire à cet effet de fréquentes visites dans les 
villes et dans les campagnes, faire enterrer et brûler tous 
ceux qui ne sont pas conformes au règlement et faire tout 
ce qui est en eux pour procurer la plus prompte exécu- 



— 365 — 

lion du règlement en toutes ses parties, et je me fais 
rendre compte toutes les semaines par les magistrats du 
progrès de leur travail. 

A regard du voyage que j'avois médité de faire à 
Saint-Quentin, nous avons jugé qu'il seroit à présent 
tout-à-fait inutile et infructueux, et qu'il falloit attendre 
un temps suffisant pour que les différentes opérations que 
j'ay ordonnées pussent être auparavant exécuttées, et 
alors je me porteray sur les lieux, je me feray rendre 
compte de tout ce qui aura esté fait, et je serai en 
état de faire faire ce qui pourroit ne l'avoir pas esté, et 
de donner encore tous les ordres nécessaires suivant 
l'exigence des cas. J'ay au surplus fait savoir aux 
magistrats des villes et aux marchands de Saint- 
Quentin, que vous n'écouteriez plus aucunes représen- 
tations de leur part, et que votre intention est que le 
règlement soit promptement exécuté. Je suis etc. 



Ordonnance» 



Bernard Chauvelin, etc. 

Veu nostre ordonnance du 5 du présent mois portant 
entre autres choses que la marque de grâce ordonnée par 
l'article 20 de l'arrêt du conseil du 12 septembre 1729, 
portant règlement pour la fabrique des toiles batistes et 
linons estre appliquée aux toiles tant en cru que blan- 
chies qui se trouvent actuellement existantes et n'avoir 
pas esté fabriquées en conformité dudit règlement, 
seroit d'un plomb du poids de 80 à la livre, qui seroit 
attaché à une ficelle au bout de la pièce de toille. Et sur 
ce qui nous a esté représenté par les mayeur et échevins 
delà ville de Saint-Quentin, les principaux marchands de 
ladite ville et par le sieur de Théis, inspecteur de ladite 
manufacture, qu'une marque ainsi appliquée on plomb 
feroit un préjudice notable aux toiles, en ce que quelque 



-8te- 

précantion que Ton pût prendre, elle occasionneroit in- 
failliblement une inanité de trous aux toiles tant au 
blanchissage qu'à Taprest, à quoj estant nécessaire de 
pourvoir, 

Nous, intendant susdit, ordonnons que ladite marque 
de grâce sera appliquée sur lesdites toiles ainsi et de la 
mesme manière qu'elle Testoit avant notre ordonnance 
du 5 du présent mois, laquelle sera au surplus exécutée 
selon sa forme et teneur. Et sera la présente ordonnance 
lue, publiée et affichée partout où besoin sera, à ce que 
personne n'en ignore. Fait à Amiens, le 10 février 1731. 



Prorogation jusqu'au !•' mars de la marque accordée par 
l'arrêt du 12 septembre 1129. 

A Versailles, le 16 février 1731. 

Monsieur, 

J'ai reçu la lettre que vous avez pr/s la peine de 
m'écrire le 7 de ce mois, avec les exemp/aires qui y es- 
toient joints des deux ordonn an ces que vous avez rendues 
pour proroger jusqu'au 1*' (fn mois prochain la marque 
de grâce accordée par Tarrest du 12 septembre 1729 pour 
les toiles batistes et linons qui se trouvent fabriquées en 
contravention de ce règlement, et pour interpretter les 
autres articles de Tarrest, sur lesquels les représentations 
des marchands de Saint-Quentin pouvoient mériter 
quelque attention. Je ne doute pas, Monsieur, qu'en 
adressant ces ordonnances à mes subdéléguez pour les 
faire publier, vous n'ayez donné les ordres nécessaires 
pour obliger les magistrats des villes de vostre départe- 
ment de tenir la main plus exactement qu'ils n'ont fait 



— 367 — 

jusqu'à présent à Testablissement des bureaux de visite 
et de marque, aussy bien qu'à l'exécution des autres 
articles du règlement, sans s'arrester aux nouYelles dif- 
ficultés que pourroient former les marchands ou les 
&briquans, auxquelles on n'aura nul égard, comme vous 
me marquez que vous avez chargé votre subdélégué à 
Saint-Quentin et de le leur faire entendre, rien ne peut 
y contribuer plus efficacement que de paroître veiller 
attentivement à leur conduite, en vous- faisant rendre 
compte fréquemm.ent, comme vous me le marquez, de ce 
qui aura esté fait en conséquence de vos ordres : Puisque 
vous pensez que votre présence sur les lieux dans le 
moment présent ne seroit pas aussy utile qu'après l'ex- 
piration des nouveaux délays que vous venez d'accorder, 
je crois que ce terme passé, il ne conviendroit pas de 
différer plus longtems vostre voyage, parceque vous 
serez en estât alors de juger par vous-même de la con- 
duite des fabriquans, des marchands, et de celle des 
magistrats, et de mettre la dernière main à l'exécution 
du règlement, en donnant les ordres nécessaires pour 
faire saisir et confisquer les toiles qui seront trouvées en 
contravention sans le plomb de grâce, en condamnant les 
contrevenans aux amendes ordonnées ; quelques exem- 
ples de jugemens sévères achèveront d'establir la règle, 
et il est important que les magistrats sachent que vous 
serez informé exactement de la manière dont ils se con- 
duiront à cet égard. 
Je suis, etc. 

Signé : Orry. 



A Versailles, le 24 février 1731. 

Monsieur (de Chauvelin intendant d'Amiens), 

J'ay receii la lettre que vous avez pris la peine de m'é- 
crire du 11 de ce mois, avec la copie de- celle que vous 
avez reçue du sieur de Théis, par laquelle il vous informe 
des incon venions qui se rencontrent à appliquer la marque 



— 368 — 

de grâce aux toiles batistes et linons avec un plomb, ce 
qui vous a engagé à rendre une ordonnance dont vous me 
marquez que vous m'adressez un exemplaire qui ne s'est 
pas trouvé joint à vostre lettre ; ainsi je vous prie, Mon- 
sieur, de vçuloir bien me l'envoyer incessamment, affiik 
que je sois instruit dç ce que vous avez ordonné, avant 
que je réponde au sieur de Théis, qui m'a fait les mêmes 
représentations, et qui paroît persuadé que Ton peut se 
dispenser de marquer les toiles qui sont actuellement 
fabriquées, ce qui mérite d'estre examiné avec d'autant 
plus d'attention que si ces toiles ne sont pas marquées 
d'une marque particulière, les marchands et les fabricants 
auront toujours un prétexte à éluder les dispositions du 
règlement, en prétendant que les toiles deffectueuses qui 
seront trouvées dans leurs boutiques ont été fabriquées 
avant l'expiration des délays de grâce qui leur ont esté 
accordez. 

Je suis, etc. 

Signé : Orry. 



A Versailles le 12 mars 1731. 

Monsieur (de Chauvelin, intendant d'Amiens, 

J'ay receii la lettre que vous avez pris la peine de 
m'écrire le 26 du mois passé, avec un exemplaire de l'or- 
donnance que vous avez rendue le 10 du même mois sur 
les représentations des maire et échevins, des principaux 
marchands de toiles de Saint-Quentin, et du sieur de 
Théis, inspecteur de la manufacture, pour dispenser les 
batistes et linons, qui sont actuellement blanchies et 
apprestées, de la marque de grâce appliquée avec un 
plomb. Je crois vous avoir déjà marqué. Monsieur, que le 
sieur de Théis m'avait fait les mêmes représentations, et 
que quelques inconvénients qu'il trouvast à marquer ces 
toiles, cette affaire méritoit d'estre examinée avec d'au- 
tantplus d'attention que, si elles n'avoient pas une marque 
particulière, les marchands et les fabricants auroient 



— 369 — 

toujours un prétexte d'éluder les dispositions du règle- 
ment, en prétendant que les toiles deffectueuses qui 
seroient trouvées dans leurs boutiques ont esté fabriquées 
avant l'expiration des délays de grâce qui leur ont esté 
accordez, et il n'est pas douteux que sous ce prétexte on 
ne pourra ni saisir ni confisquer les toiles qui seront en 
contravention, ni prononcer les amendes portées par le 
règlement, sans quoy cependant on ne parviendra jamais 
à le faire exécuter. On a discuté de nouveau la matière 
au bureau du commerce, on j a fait attention à l'embarras 
que causeroit aux marchands la marque de grâce à appli- 
quer sur des toiles blanchies et apprestees avec un 
plomb, mais cette considération n'a pas paru devoir l'em- 
porter sur la nécessité de mettre à ces toiles une marque 
particulière qui les distingue de celles qui seraient à 
l'avenir fabriquées en contravention du règlement, dès 
que le plomb attaché avec un fil, comme on en use pour 
les mousselines, pour les toiles de coton, et mesme pour 
les pièces de dentelles les plus fines, ne sçauroit réelle- 
ment causer auciui préjudice à ces toiles, en sorte qu'il ne 
s'agit que d'un dérangement momentané pour ces mar- 
chands, qui ne doit pas estre mis en comparaison avec 
l'inconvénient qu'il y aurait à laisser ces toiles sans 
aucune marque, comme les marchands et les fabricans ont 
sans doute grand intérêt de le désirer; je vous pria donc, 
Monsieur, de prendre la peine d'en conférer de nouveau 
avec le sieur de Théis et de donner ensuite les ordres 
que vous jugerez nécessaires pour assujétir ces toiles à la 
marque appliquée avec un plomb, comme vous l'aviez 
d'abord ordonné. 
Je suis, etc. Signé : Orrt. 



A Amiens, ce 12 mars 1734. 
Monsieur (Orrj, contrôleur général des finances), 

Je me suis, ainsi que je vous en avois prévenu et que 
je Tavois projeté avec le sieur de Théis, rendu le 2 de ce 
mois à Péronne et de suite â Saint-Quentin, pour y voir 



— 370 — 

par moi-mesme l'effet des différents ordres que j'ai donnés 
pour parvenir à y faire exécuter le règlement du 12 sep- 
tembre 1729, concernant les toiles batistes et linons. 

Je n'ai pas lieu d'estre content du travail des magistrats 
de la ville de Péronne. Je dois cependant au sieur Dour- 
nel, majeur, le témoignage qu'il n'a pas dépendu de lui 
que tout ne fust bien en règle et que le zèle qu'il a pour le 
service et pour establir l'ordre en tout, de quoi il est très 
capable, ne m'ait rien laissé à désirer de ce que j'atten- 
dois de lui en cette occasion. Mais il n'en est pas de 
mesme de quelques-uns des eschevins qui, dans l'habitude 
où ils sont de le contrequarrer en tout ce qu'il veut faire 
pour le bien, ne l'ont secondé en rien; ils m'ont mesme 
paru s'embarrasser fort peu du règlement et n'ont cher- 
ché à ne former de mauvaises difficultés que pour se dis- 
penser de faire à la campagne les visites ordonnées par 
l'art. 21 du règlement et qui sont si nécessaires pour pou- 
voir s'assurer de la réformation entière des rôts et des 
ourdoirs, et je les y ai vu si peu disposés que j'ay esté 
obligé de leur parler avec la dernière fermeté et de les 
menacer si, dans un temps fixé que je leur ay marqué pour 
faire ces visites, ils ne leur avoient pas faites, de vous 
rendre compte de leur mauvaise volonté et de leur dés- 
obéissance. 

Il m'a esté fait en cette ville par les marchands et par 
les ouvriers que j'ay entendus de vives représentations 
sur l'exécution du règlement en général, dont en effet 
quelques-unes, aussi bien que celles faites sur les toilles 
appelées Picardie, en quoy consiste le principal commerce 
des marchands de cette ville, paroissent mériter attention. 
Mais comme par rapport aux toilles dont il s'agit dans le 
règlement, il est essentiel de voir les eôets que l'exécu- 
tion produira pour pouvoir juger plus sainement, je leur 
ay fait entendre qu'il falloit commencer par l'exécuter à 
la lettre et qu'ensuite on verroit s'il y auroit quelque 
chose à changer pour parvenir à la plus grande perfection 
de la manufacture, ils m'ont fort assuré les uns et les 
autres de s'y conformer exactement. 

A regard de Saint-Quentin, j'y ay trouvé tout en ordre, 
et le corps de ville ainsi que tous les marchands et fabri- 
cans dans les meilleurs dispositions, en sorte que vous 
pouvez compter qu'en cette ville que l'on doit regarder 



— 371 — 

comme le centre de la manufacture, tous se portent avec 
la même émulation à entrer en tout à cet égard dans les 
veues du conseil. 

Pendant le temps que j'ay séjourné dans cette ville j'ay 
eu des conférences continuelles tant avec les magistrats, 
les marchands et les principaux fabricans qu'avec les per- 
sonnes que je connois pour estre le plus au fait et les plus 
propres à me donner des lumières sur ce dont est ques- 
tion, tous les points y ont été discutés avec le dernier 
détail et la plus grande précision. Les marchands et les * 
fabricans se sont rendus de bonne grâce sur tout ce qui 
est praticable et qui peut tendre à la perfection de la 
manufacture et au bien du commerce. 

De mon costé j'ay reconnu le vray et ce qu'il y avoit de 
solide dans quelques-unes de leurs représentations, que je 
me réserve de vous expliquer plus particulièrement lors- 
que Ton aura assuré toutes les différentes opérations que 
j'ay ordonnées, qui se font actuellement et qui constate- 
ront et mettront également en évidence le bon du règle- 
ment et les inconvénients de quelques-unes de ses dispo- 
sitions, telle que celle concernant la marque, que j ay 
reconnu par Tépreuve la plus complette que j'en ay fait 
faire devant moi estre absolument impraticable et capable 
de tout perdre, soit qu'on la mette en plomb, soit qu'on 
l'applique par impression aux toiles blanchies, comme on 
a fait jusqu'à présent à celles en crû avant le blanchis- 
sage. 

Tel qu'est encore le changement qu'il faudroit faire des 
blanchiries pour les mettre aux longueurs prescrites par 
le règlement, et à la longueur de quelques espèces de 
toilles par raport aux doublets et coupons, qui ne s'y 
trouvent plus propres pour le commerce qui s'en faisoit, 
et qui est autant un objet pour le fabricant que pour le 
marchand. J'ai aussi trouvé tout en bon ordre chez les 
fabricans où j'ai été ; je puis au surplus vous assurer qu'il 
ne sera pas difficile de conduire cette manufacture à sa 
plus grande perfection, tant par la force, la capacité et la 
droiture des marchandB, que par le grand nombre des ex- 
cellents ouvriers dont elle est composée, et dont l'intelli- 
gence et la ûdélité ne laissent rien à désirer. 

Je ne vous parle point ici des toilles du Soissonnais en 
contravention qui sont en très grand nombre, le sieur de 



— 372 — 

Théis vous en ayant rendu compte, et de la nécessité qu'il 
y a de pourvoir tout le plustost qu'il sera possible par 
quelque bon expédient aux inconvénients qui en ré- 
sultent. 

Je suis toujours avec beaucoup de respect, Mon- 
sieur, etc. 



A Versailles, le 31 mars 1731, 
Monsieur (de Chauvelin, intendant d'Amiens), 

J'ay. receli la lettre que vous avez pris la peine de 
m' écrire, du 12 de ce mois, au retour de la tournée que 
vous venez de faire à Péronne et à Saint-Quentin, pour 
juger par vous-même de Teffet des ordres que vous y aviez 
donnez pour haster Texécution de Tarrest du 12 septem- 
bre 1729, concernant les batistes et linons; je vois par ce 
que vous me marquez de Testât où vous avez trouvé les 
choses à Péronne, que vous n'avez pas eu lieu d'estre con- 
tent de la conduite des magistrats, du moins de quelques- 
uns des échevins ; comme il est important non-seulement 
qu'ils concourent tous avec le même zèle et la même atten- 
tion à procurer l'observation du règlement, mais encore 
qu'ils exécutent sans réplique les ordres que vous leur 
avez donnez pour les visites qu'ils doivent faire chez les 
fabriquants de la campagne dans le délay que vous leur 
avez prescrit, je vous prie. Monsieur, de vous faire ren- 
dre compte exactement de la manière dont ils y auront 
satisfait, et de vouloir bien m'en informer, afûn que si il est 
nécessaire, je presse les ordres du Roi pour les punir de 
leur désobéissance; Et en attendant^ je vous prie de m'en- 
voyer les noms des échevins dont vous avez esté mécontent^ en 
me marquant quel est leur estât \. A l'égard de représenta- 
tions qui vous ont esté faites par les marchands et les fa- 
briquants sur quelques-uns des articles du règlement, il 
falloit bien s'attendre qu'ils ne s'y soumettroient pas sans 



i Robécourt, avocat du Roj da bailla^: TortegriD, procureur du Roj du 
baiUia^. 



— 378 — 

quelque répugnance; mais, comme vous le leur avez dit, 
Monsieur, lorsqu'ils se seront mis en devoir de Texécuter, 
on verra dans la suite si ces représentations méritent 
quelque attention. Pour les toiles appelées Pîcarrfee j'ay 
déjà mandé au sieur de Théis que, puisqu'elles sont d'une 
qualité inférieure aux batistes qui se fabriquent ailleurs, 
non-seulement elles ne sont pas dans le cas du règle- 
ment, mais mesme qu'il seroit peut-estre à propos de 
donner un arrest particulier pour la fabrique de ces toiles, 
ainsy ce ne doit pas estre un prétexte de représentations 
sur les dispositions de Tarrest du 12 septembre 1729. 

Je souhaite. Monsieur, que les dispositions dans les- 
quelles vous avez trouvé les magistrats, les marchands et 
les fabricants de Saint-Quentin se soutiennent, et que 
l'on puisse parvenir à j perfectionner cette manufacture. 
Lorsque vous aurez lieu d'estre persuadé, par les "diffé- 
rentes épreuves que vous faites faire, que les difficultez 
qu'ils font sur l'exécution de quelques-uns des articles du 
règlement ne sont pas une suite de leur opiniâtreté, j'y 
auray volontiers égard, mais je vous prie toujours de faire 
attention que si les toiles deffectueuses qui sont actuelle- 
ment blanchies et apprestées, ou qui le seront dans le 
courant de l'été n'ont pas une marque particulière qui les 
distingue de celles qui doivent estre à l'avenir fabriquées 
en conformité du règlement, soit que cette marque soit 
appliquée avec un petit plomb, avec un parchemin ou 
avec un simple cachet, ou de quelque autre manière que 
ce soit, on ne parviendra jamais à faire exécuter le règle- 
ment, et c'est à quoy tendent également les marchands 
et les fabriquants. 

Le sieur de Théis doit vous avoir informé des mesures 
que l'on prend actuellement dans la généralité de Soissons 
pour mettre les fabriquants en règle et faire marquer les 
toiles qui doivent être portées dans les blanchisseries. 

Je suis, etc. 

Signé : Orry. 



— 374 — 



HElirate de lettre de IHatendent d«AiiiileBi à V. Orry, 
oontrôleor générel des : 



A Amiens, 5 mai 1731. 

Monsieur, 

J'ai Thonneur de vous envoyer, ainsi que je vous en aj 
prévenu par ma lettre du 12 mars dernier, mon mémoire 
d'observations sur quelques-unes des dispositions du rè- 
glement du 12 septembre 1729, concernant les toiles ba- 
tistes et linons. Je puis vous assurer qu'il ne contient rien 
qui ne soit très-exact et que je ne l'ai formé que sur les 
connoissances que j'aj prises par moy-mesmé, après estre 
entré dans le plus grand détail de toutes les parties de 
cette manufacture, du commerce qui se fait de ces toilles, 
des différents usages auxquels elles sont le plus commu- 
nément employées, et après avoir entendu non-seulement 
les plus forts marchands en gros et les meilleurs fabricans, 
mais encore les détailleurs de tout ce qu'il y a à Saint- 
Quentin et ici de personnes le plus au fait de ce commerce, 
tous m'ont fait connoistre évidemment les inconvénients 
qui résulteroient de l'exécution des articles sur lesquels 
j'ày fait des observations; il est certain, s'il n'y étoit 

Ï^romptement remédié, que cela n'iroit à rien moins qu'à 
a ruine du commerce de Saint-Quentin, et par une suite 
inévitable à celle de la manufacture dans ce canton, qui 
fait subsister plus de 40,000 personnes de tous estats et 
de tout âge et de tout sexe qui si, sans que les choses en 
vinssent à cette extrémité, le malheur vouloit que par la 
disposition du dernier règlement le travail vinst à souffrir 
de la diminution dans ce canton, comme cela est sur le 
point d'arriver, il seroit bien à craindre que les ouvriers 
qui étant pour la plupart de la religion ne sont pas déjà 
trop attachés au pays, ne l'abandonnassent et ne portassent 
une manufacture de cette conséquence à nos voisins qui 
la jalousent depuis longtemps et qui ont tout tenté jus- 
qu'à présent pour l'attirer chez eux avec les ouvriers ; 
c'est ce dont le conseil est trop instruit pour que nous en 
disions davantage. Enfin nous pensons que les change- 



— 375 — 

ments que nous proposons de faire au règlement doivent 
d'autant moins souffrir difficulté qu'ils ne touchent en rien 
à ce qui peut tendre à la perfection de la marchandise, 
qu'ils ne regardent pour la plupart que les mesures pres- 
crites par le règlement pour les longueurs que Ton fait 
voir sensiblement n'être point convenables au commerce 
qui se fait de ces toiles, non plus qu'aux différons usages 
auxquels on les employé et certaines être très préjudicia- 
bles par la raison de la disposition actuelle des blanchis- 
series, que l'on ne pouroit mettre dans ces longueurs sans 
des dépenses immenses et tout-à-fait inutiles; que ces 
changements sont souhaités généralement par tous ceux 
qui ont intérest à ce que la manufacture et le commerce 
qui s'en fait se soutiennent et mesme augmentent s'il est 
possible; tous, fabricans, marchands, vendeurs, acheteurs 
détailleurs, blanchisseurs, correspondants tant en dedans 
qu'au dehors demandent également ces ohangeraents. 
D'ailleurs les mesures que Ton propose pour les longueurs 
sont les mêmes qui ont été gardées depuis l'establissement 
de la fabrique et qui se sont introduites et fixées par leur 
convenance avec la destination des toiles que le plus 
grand commerce qui s'en fait, et si cette fixation de lon- 
gueur n'est pas pour quelques autres villes de la même 
conséquence que pour Saint-Quentin, parce que le com- 
merce peut s'y faire différemment qu'à Saînt^Quentin et 
de façon que toute mesure pour elle est égale. — Saint- 
Quentin ayant dans tous les temps esté considéré comme 
il l'est en effet chef-lieu et centre de la manufacture et 
de ce commerce, il doit par toutes sortes de raisons dé- 
terminer pour ce qui s'y pratique le plus communément 
comme estant en effet ce qui convient le mieux au bien 
de la manufacture en général. 

L'application que nous avons donnée à cette affaire telle 
qu'elle le mérite nous fait espérer qu'il ne manquera rien 
à notre mémoire pour la mettre dans toute son évidence, 
si cependant le conseil avait encore besoin de quelques 
éclaircissements, nous sommes en estât de les donner sur 
le champs sur tous les points. 

Nous répéterons seulement icy qu'il n'y a point d'af- 
faire de cette nature qui dans la situation critique où 
sont les choses demande une plus prompte expédition. 

Je suis avec beaucoup de respect, etc. 



— 376 — 

A Fontainebleau, le 20 juillet 1731. 

Monsieur de Chauvelin, intendant d'Amiens, 

Le sieur de Théis, inspecteur des toiles, en me rendant 
compte de la tournée qu'il vient de faire dans les géné- 
ralités de Paris et de Soissons, m'a marqué que les mar^ 
chands de Beauvflis et de Senlis qui font commerce de 
toiles batistes et linons luy ont paru aussi allarmez que 
ceux de Saint-Quentin et de Péronne de la nouvelle ma- 
nière que Ton a trouvée de marquer ces toiles d'une 
empreinte qui résiste au blanchissage; que ces marchands 
luy ont représenté que comme il s'en fabrique des mesmes 
qualitez dans différentes provinces qui jusqu'à présent 
ont été marquées des marques particulières des princi- 
pales villes, si on laissoit subsister cet usage à l'avenir, 
leur commerce en souffriroit un grand préjudice, parce- 
qu'ils ont tous leurs correspondants particuliers auxquels 
ils fournissent des assortiments complets des toiles de ces 
différentes fabriques, sans qu'elles puissent estre distin- 
guées, les maïques ne subsistant plus après le blanchis- 
sage ; que les nouvelles empreintes se conservant sur les 
toiles blanchies, leurs correspondans cesseront de leur 
donner leurs commissions, et, dans l'espérance d'avoir les 
toiles à meilleur marché, «'adresseront directement dans 
les lieux de fabrique; pour prévenir cet inconvénient, ils 
proposent d'estafolir une marque uniforme partout, et ils 
représentent que la marque n'estant nécessaire que pour 
asseurer la bonne qualité de la toile et fedre connoitre 
qu'elle a esté visitée exactement, cet objet sera également 
rempli, sans que leur commerce souffre aucun change- 
ment ; comme ces marchands ont bien plus en vue. Mon- 
sieur, leur intérêt particulier que le bien de la manufac- 
ture en général et l'observation des règlemens, que la 
proposition d'une marque uniforme est contraire à ce qui 
se fabrique dans toutes les autres manufactures où chaque 
fabrique a la sienne particulière, qui est nécessaire pour 
faire connoitre le fabricant, et le punir lorsque son étoffe 
est trouvée en contravention ; que d'ailleurs cet usage 
sert à entretenir l'émulation dans la fabrique des étoffes 
* de même qualité, etque toutes ces considérations doivent 



— 877 — 

avoir lieu dans la manufacture des toiles, je vous prie de 
prendre la peine d'examiner cette proposition, d'en con- 
férer avec quelque»-uns des principaux marchands et des 
fabricants de vostre département et de me marquer votre 
avis. 

Je suis, etc. 

Signé : Orry. 



A Fontainebleau 5 août 1731. 

Monsieur (de Chauvelin), 

J'ai receu la lettre que vous avez pris la peine de m'é- 
crire, du 5 mai dernier, avec vostre mémoire d'observations 
sur quelques-uns des articles du règlement pour la fabrique 
des toiles batistes et linons dont l'exécution vous a paru 
sujette à des inconvénients qui pourroient préjudicier à 
cette manufacture : Je les ay examiné avec attention et 
je vous envoie des exemplaires d'un arrest du conseil, du 
24 du mois passé, en interprétation de ce règlement, qui 
contient les dispositions conformes à vos observations, 
principalement par rapport à la longueur des toiles batistes 
et des linons larges et étroits, et qui $u surplus ordonne 
l'exécution des arrestsdu 12 septembre 1729 et 11 février 
dernier. Je vous prie, Monsieur, de prendre la peine de 
le faire publier dans l'estendue de vostre département et 
de donner les ordres nécessaires au sieur de Théis, pour 
qu'il tienne la main à ce qu'il soit exécuté. Il doit faire 
incessamment une nouvelle tournée en Picardie et en 
Artois, que je lui ai fait différer jusqu'après fa publica- 
tion de cet arrest, affin qu'il fust plus en estât d'establir 
la règle parmi les marchands et les fabricants, auxquels il 
ne doit plus rester aucun prétexte de faire de nouvelles 
représentations. 
Je suis, etc. 

Signé : Orry. 



— 378 — 



Mlnate 4e lettre de llntendent d'Amiens à X. Orry , 
oontrdlear yèDérel des flnaiioee. 



A Amiens, le 11 septembre 1731. 

Monsieur, 

J'ai receu dans son temps la lettre que vous m'avez fait 
l'honneur de m'écrire, le 20 juillet dernier, sur ce que les 
marchands de toilles batistes et linons de diverses villes, 
alarmés de ce que Ton a enûn trouvé le moyen d'appli- 
quer à ces toiles une marque qui résiste au blanchissage 
et à tous apprêts, demandent que cette marque soit 
générale et uniforme pour toutes les villes et lieux de 
fabrique. 

Le motif dont se servent les marchands pour faire cette 
demande est qu'une marque singulière à chaque ville 
serait très-préjudiciable au commerce de chacun en par- 
ticulier, et en général qu'elle enlèverait entièrement le 
commerce et la fabrique de toiles des provinces du dedans 
du royaume et le feroit passer à celles réputées étran- 
gères et peutrestre de là à.restranger, parce que 4** ce com- 
merce se faisant par assortimens complets de toutes les 
sortes de toiles fabriquées en différons lieux, elles estoient 
toutes, lorsqu'il n'y restoit point de marque, réputées toilles 
d'une seule fabrique et de celle de la ville d'où on les 
tiroit, quoy qu'il n'y en eust souvent de cette ville qu'une 
très-petite partie et quelquefois point, ce qui entretenoit 
une correspondance entre les marchands de ces villes 
et ceux des autres villes du royaume et mesme avec 
l'étranger, au lieu que la nouvelle empreinte se conser- 
vant sur les toilles blanchies, elle démasquera ce com- 
merce, elle indiquera les endroits où les différentes sortes 
de toiles qui composent les assortimens se fabriquent, fera 
naistre aux marchands des autres villes duToyaume et 
des pays étrangers Tenvie de les tirer directement des 
lieux de fabrique dans l'espérance de les avoir à meilleur 
compte, et leurs correspondans cessant de leur donner 
leurs commissions le commerce, qui s'en est fait de cette 



— 379 — 

manière jusqu'à présent s'anéantira totalement et entraî- 
nera la ruine de la plupart des marchands. 

2° De l'empreinte qui sera mise aux toilles, disent les 
marchands, dépendra la continuation ou la ce'ssation en- 
tière du commerce de toiles des provinces de Tancien 
domaine de France, avec l'Angleterre, où s'en fait le plus 
grand débit. La raison qu'ils en apportent est que si la 
marque désigne le lieu où les toiles auront esté fabriquées, 
toutes celles fabriquées en Piôardie seront reconnues en 
Angleterre pour estre de fabrique de France et par con- 
séquent sujettes au droit de 75 pour cent que payent 
toutes les marchandises de France en Angleterre, au lieu 
que si la marque estoit uniforme elles passeroient toutes, 
comme elles fesoient quand il n'y avoit point de marque, 
pour toilies de Flsmdre, qui sont exemptes de ce droit, d'où 
ils concluent que la marque particulière à chaque ville 
enléveroit entièrement ce commerce aux provinces fran- 
çaises et le donneroit aux seules villes de Flandre. 

J'ai examiné ces raisons des marchands avec toute l'at- 
tention que demande une matière de cette conséquence 
et aussi délicate, et après en avoir conféré avec des per- 
sonnes qui sçavent le mieux ce qui est du bien du com- 
merce et des manufactures et ce qui pouroit y estre con- 
traire, je trouve qu'il est d'une nécessité indispensable 
pour le soutien et la perfection même de la manufacture 
que chaque lieu de fabrique ait sa marque particulière, et 
qu'il n'y a que l'intérest propre des marchands des 
quelques villes qui les porte à en proposer une uniforme 
pour tous les lieux de fabrique. 

En effet le bon ordre d'une manufacture demande que 
l'on y puisse distinguer la bonne fabrique d'avec la moin- 
dre; c'est l'unique moyen d'entretenir enti» les ouvriers 
une émulation qui tend toujours à la plus grande perfec- 
tion de la manutacture; autrement tout est confondu, la 
bonne fabrique n'a plus d'avantage que la mauvaise, et 
dez lors plus d'émulation. C'est l'inconvénient où l'on 
estoit quand après le blanchissage des toilies il ne restoit 
point de marque qui les distinguast et auquel on a voulu 
remédier par celle ineffaçable qu'on a inventée et dans 
lequel on retomberoit infailliblement si la marque estoit 
uniforme pour tous les lieux de fabrique. 

Uestvray que les marchands qui achettent et revendent 



— 880 — 

les toilles n'y trouyeront pas tout-àrfait leur compte tel 
qu'ils le trouvaient; qu'ils ne pourront plus casser comme 
ils fesoient leur commerce à ceux qui rachetoient d'eux 
et aux estrangers, qu'ils n'auront plus la mesme facilite 
à confondre les toilles des différentes fabriques, que les 
marchands des autres villes du royaume et mesme les 
étrangers ayant plus de connoissance de ce commerce ne 
seront pas dans la nécessité où ils estoient de passer par 
leurs mains, et que leur commerce en pourra souffrir 
quelque diminution, mais le bien que le commerce en 
général et la manufacture en particulier en recevront est 
trop sensible pour ne pas prévaloir sur l'intérest particu- 
lier de ces marchands. 

L'augmentation des droits sur les toilles qui seront en- 
voyées en Angleterre et qui seront reconnues par la 
marque estre de fabrique du royaume paroist d'abord un 
objet, mais il s'en faut bien qu'elle soit aussi considé- 
rable que les marchands le font ; il est vray qu'il se con- 
somme beaucoup de ces toilles en Angleterre, mais cette 
consommation n'est en rien comparable à celle qui s'en 
fait en Espagne, en Italie, en Portugal, dans le Levant, 
aux Indes et dans tout le dedans du royaume. D'ailleurs 
les marchands sçauront toujours bien trouver des expé- 
dions pour éviter cet inconvénient. 

Je suis, etc. 



A Versailles, le 27 janvier 1732. 

Monsieur (de Ghauvelin), 

Le sieur de Théis, en me rendant compte de la tournée 
qu'il vient de faire dans Testendue de vostre département, 
me marque qu'il n'a pas pu m'envoyer, comnae je le luy 
avois ordonné, un estât de la quantité des pièces de ba- 
tistes et linons qui ont esté visitées et marquées depuis 
sa précédente tournée dans les bureaux establis dans les 
principales villes, parce que dans quelques endroits, 
comme à Arras, Bapaume et Péronne, les magistrats s'en 
sont dispensez sous différons prétextes, et qu'à Saint- 



— 381 — 

Quentin le sieur Crommelin, mayeur en charge, a refusé 
de le luy faire délivrer, prétendant qu'une pareille inqui- 
sition tendçit sans doute à establir quelque nouveau droit 
sur ces toiles : comme il est à propos, Monsieur, de faire 
observer dans cette manufacture le même ordre qui est 
suivi dans toutes les autres, et d'en connoître^la situation 
actuelle, pour estre à portée de juger des changemens qui 
peuvent survenir dans ce commerce, il est nécessaire que 
vous preniez la peine d'ordonner incessamment qu'il soit 
tenu dans chaque bureau de visite un registre exact de la 
quantité des pièces de toiles qui y seront visitées et mar- 
quées, pour en estre délivré des estats au sieur de Théis 
à sa première réquisition ; je crois qu'il seroit à propos 
que vous rendissiez une ordonnance pour la Picardie, et 
qu'à l'égard de TArtois vous prissiez la peine d'écrire aux 
magistrats d'Arras et de Bapaume, de façon que cet ordre 
soit suivi exactement à Tavenir, et que le sieur de Théis 
puisse à sa première tournée m'envoyer ces états, à com- 
mencer du 1" de ce mois-cy. Vous aurez agréable. Mon- 
sieur, de m'informer des mesures que vous aurez prises 
pour establir cette règle, et des difficultez que pourroient 
y faire les magistrats, affln qu'il y soit pourveu. 
Je suis, etc. 

Signé Orry. 



Fontainebleau, 31 octobre 1732. 

Monsieur (de Chauvelin), 

Je suis informé que dans quelques-unes des villes de 
votre département où les fabricans de batistes et linons 
estoient en usage, avant Tarrest du 12 septembre 1729, de 
donner à leurs toiles une largeur au-dessus de celle qui a 
esté fixée par cet arrest, on se relasche de l'exécution de 
l'art. 12 et que les rotiers, de concert avec les fabricans, 
donnent aux rots quelques lignes d'augmentation de lar- 
geur pour reprendre insensiblement leur ancien usage; 
comme il est importent pour le bien de cette manufacture 
de tenir exactement la main à l'exécution de cet arrest, 



— 382 — 

je vous prie d'ordonner qu'il soit fait des visites exactes 
chez les potiers, pour y saisir les rots qui ne se trouveront 
pas de la mesure prescrite par le règlement ; vous aurez 
agréable d'ordonner en même tems que les rots qui seront 
trouvez en contravention seront brûlez publiquement, et 
le rotier qui les aura fait, et celuj qui les aura marquez 
condamnez chacun en 100 livres d'amende ; M. de Se- 
chelles qui a eu avis que cet abus s'introduisoit à Yalen- 
ciennes, vient d'en faire saisir qui ont esté brûlez, et 
l'ouvrier qui les avoit fait et celuj qui les a marquez ont 
esté de mesme condamnez chacun en iOO livres d'amende. 
Ce n'est que par de pareils exemples que l'on peut con- 
tenir les fabricans et entretenir la règle dans cette manu- 
facture. Je vous prie de prendre la peine de m'informer 
de la suite des ordres que vous aurez donnez et du succès 
des visites nui auront esté faites. 
Je suis, etc. 

Signé : Orry. 



Minute de lettre cPenToly le mètne Joury par PXntendant 
à M. Orry. 

Note de la page 384. 

Jacques Bernard Chauvelin^ chevalier^ conseiller du Boy en 
ses conseils^ M"" des requêtes ordinaires de son hôtel^ Inten^ 
dant de justice, police^ finances et des troupes de Sa Ma- 
jesté en Picardie, Artois, Boulonnais^ pays conquis et 
reconquis^ 

Etant informé que, quoi que par l'arrest du conseil 
d'état du Roi, servant de règlement pour les toiles ba- 
tistes et linons qui se fabriquent dans les provinces de 
Picardie et d'Artois, du 12 septembre 1729, et l'ordon- 
nance rendue en conséquence du 10 septembre suivant 
par M. Chauvelin, conseiller d'estat, lors intendant de 
ses provinces, il ait été expressément enjoint à tous les 
fabricans de faire refformer dans le !•' janvier 1730 
\es ourdoirs et rots dont ils se servoient et qui Ae se 
trouvoient pas du compas prescrit par les articles 9 et 



— 383 — 

12 dudit règlement ; et que ce délai ait été prorogé par 
grâce jusqu'au i*' avril 1730, cependant, dans quelques- 
unes des villes de notre département, où les fabricants 
de baptistes et linons étoient en usage avant ledit arrest 
du 12 septembre 1729, de donner à leurs toiles une lar- 
geur au-dessus de celle qui a été fixée par cet arrest, 
on se relasche de l'exécution de Fart. 12, les rottiers, de 
concert avec les fabricans, donnant aux rots quelques 
lignes d'augmentation de largeur pour reprendre insen- 
siblement leur ancien usage, ce qui est préjudiciable au 
bien de ces manufactures et contraire à la règle qui est 
établie par ledit arrest, à quoj estant nécessaire de 
remédier. 

Nous ordonnons que, par un des eschevins de chacune 
des villes de Saint-Quentin, Péronne, Arras et Ba- 
paume, qui sera pour ce commis par les juges de police et 
des manufactures desdites villes, il sera incessamment 
procédé dans toutes les paroisses de leurs dépendances à 
la visite de tous les ourdoirs et rots qui servent à la fabri- 
cation des toiles baptistes et linons, pour connoître s'ils 
sont conformes aux dispositions dudit arrest du 12 sep- 
tembre 1729, saisir ceux qui n'y sont pas conformes et 
en dresser des procès-verbaux pour nous être aussitôt 
envoyés conformément à l'art. 21 dudit règlement ; or- 
donnons en outre que les roi s qui seront trouvés en con- 
travention seront bruslés publiquement, etlerotier qui lefl 
aura fait et celui qui les aura marqués condamnés chacun 
en 100 livres d'amende, dont sera fait mention dans les- 
dits procès-verbaux, laquelle amende ne pourra être mo- 
dérée que par nous. Enjoignons aux syndics et lieutenant 
desdites paroisses d'indiquer les maisons et domiciles des 
fabricans desdites toilles, lesquels seront tenus à la pre- 
mière réquisition de faire faire ouverture par le premier 
serrurier ou maréchal sur ce requis. Et sera la présente 
ordonnance exécutée nonobstant opposition ou appella- 
tions quelconques et sans préjudice d'icelles. 

Fait à Amiens, le 4 novembre 1732. 

Signé Chauvblin. 



— âgé- 



Minute de lettre de M. Orry, oontrôleur des finaneet, 
à llntendant d'Amiens 



Versailles, 24 septembre 1732. 

Monsieur (de Chauvelin), 

J'ai receu une lettre du sieur de Théis écrite de Saint- 
Quentin, par laquelle il me rend compte de Tétat dans 
lequel il j a trouvé la manufacture des batistes et linons; 
il me marque qu'elle luy a paru en règle de la part des 
marchands et des fabricans, et que la visite se fait exacte* 
ment dans le bureau par les magistrats et les marchands 
qui doivent y assister; mais je suis fort surpris d'appren- 
dre que, malgré les ordres qui ont esté donnez aux maire 
et échevins d'establir dans ce bureau un registre sur 
lequel toutes les pièces qui y sont visitées et marquées 
doivent estre exactement inscrites, ils se soient jusqu*à 
présent dispensez de s'y conformer. Le sieur de Théis me 
marque qu il vous en a donné avis, et je vous prie de ren- 
dre incessamment une ordonnance pour rétablissement 
de ce registre à commencer du !•' janvier prochain, et 
vous aurez agréable de mander en même tems aux maire 
et échevins qu'aucune sorte de prétexte ne doit les dis- 
penser d'exécuter votre ordonnance. Je vous prie de vou- 
loir bien m'informer de l'exécution des ordres que vous 
aurez donnez. 

Je suis, etc. 

Signé Orrt. 



Minute de lettre de llntendent à M. Orrj. 

A Amiens, le 26 septembre 1732. 

Monsieur, 

J'ay receu la lettre que vous m'avez fait l'honneur de 
m'escrire, le 24 de ce mois, au sujet deTinexécution, de la 
part des magistrats de Saint-Quentin, des ordres qui 
leur ont été envoyés, au commencement de cette année, 
pour la tenue d'un registre contenant la quantité de 
pièces de toiles batistes et linons qui ont été marquées 
au bureau de la visite depuis le 1" janvier dernier. 
Comme j'étois informé de cette contravention, j'avois 
déjà rendu mon ordonnance pour les y contraindre, et 
je veillerai avec la dernière exactitude à ce qu'ils 
s'y conforment. Je viens aussy de faire faire dans les 
cantons de mon département où se fabriquent les toiles 
des visites très-exactes pour réformer les rots qui se 
trouveront en contravention ; on en a trouvé un nom- 
bre assés considérable du costé de Bapaume, et il y 
a même eu de la part du plat pays une espèce de rébel- 
lion qui a obligé les échevins de cette ville de se retirer 
tous sans achever la visite. J'ay fait arrciter une douzaine 
de mutins par différentes brigades de maréchaussée que 
j'ay envoyées sur lee lieux, après quoy j'ay renvoyé les 
échevins, qui ont fait leurs visites et saisi et brûlé les 
rots qu'ils ont trouvé en contravention, et je vais sur les 
procès-verbaux qu'ils ont drossés prononcer contre les 
contre venans. 

Je suis, etc. 



— 38e — 



Ordonnance de M. Chauvelin, intendant de Picardie. 



Jacques-Bernard Chauvelin, etc. 

Sur ce qui nous a esté représenté que malgré les 
ordres que nous avons cy-devant donnez aux majeurs 
et échevins des villes de notre département où sont 
établies les manufactures des batistes et linons, de tenir 
dans chaque bureau de visite où se marquent lesdites 
toiles un registre exact de la quantité des pièces de 
toiles qui y seroient visitées et marquées, pour en être 
délivré des états à Tinspectèur à sa première réquisi- 
tion, néanmoins les majeur et échevins de la ville de 
Saint-Quentin se sont dispensés jusqu'à présent de s*j 
conformer, et comme il est à propos de faire observer 
dans cette manufacture le même ordre qui est suivj 
dans toutes les autres, et d'en connoître la situation 
actuelle, pour être à portée de juger des changements 
qui peuvent survenir dans ce commerce ; 

Nous ordonnons qu'à commencer du 1" janvier pro- 
chain, il sera, par celuj des échevins de ladite ville de 
Saint-Quentin commis à la visite et marque des toiles 
batistes et linons, tenu, dans le bureau établj à cet effet, 
un registre qui sera cotté et paraphé par le sieur 
Gobinet de Yillecholle, notre subdélégué, dans lequel sera 
inscrit jour par jour et de suite la quantité des pièces 
des dites toiles qui seront visitées et marquées, dont il sera 
délivré des états à l'inspecteur delanuinufacture desdites 
toiles, à sa première réquisition; enjoignons aux majeur 
et échevins de se conformer exactement à la présente 
ordonnance et audit sieur subdélégué de tenir la main à 
son exécution et de nous informer sur le champ s'il y est 
contrevenu. 

Fait à Amiens, le 27 septembre 1732. 



— 387 — 

PRBMIÈRB PARTIS. — CHAPITRE III. 
1734. 

Note de la page iS8. 



Une compagnie propose d'établir dans la ville de Sainte 
Quentin une manufacture pour retordre les fils de la qua- 
lité la plus parfaite, tels qu'ils s' emploient pour les den- 
telles ae Matines et autres ouvrages de cette espèce. 

Il est de notoriété que les fils de France sortent en 
fraude ou autrement pour les villes du Brabant, Autri- 
chien et HoUandois, qui renvoient en France les raesmes 
fils fins retords et blanchis, et comme cette branche du 
commerce ne peut être évaluée moins de deux millions 
par an, on comprend aisément quel avantage produiroit 
au roiaume la manufacture proposée. 

Les associez pour cette entreprise demandent un pri- 
vilège, sous le titre de manufacture roiale, pour faire cet 
établissement pendant 20 années, à Texclusion de tous 
autres. 

Que les associez, au nombre de 4 et 12 ouvriers qu'ils 
nommeront, seront exempts de tous subsides, tailles, 
logements de gens de guerre, guet et garde, et toutes 
autres charges de ville. 

26 juin 1734. 



Observation. 



A mesure que la fabrique d'Ecosse s'accroîtra, la nostre 
en France diminuera; les Ecossois, en fabriquant des toiles 
avec nos fils, sont en état de les donnera Londres 11 livres 



— 388 — 

5 sols par pièce à meilleur marché que celles de France 
qui portent de frais, grosses ou fines, 11 livres 5 sols pour 
entrer en Angleterre, frais dont les Ecossois sont 
exempts ; il est vrai qu*ils ont quelques frais de transport 
à Paris sur le fil qu'ils tirent par la voie d'Hollande où 
ce fil perd son nom, mais ils en sont dédommagés parla 
main-d'œuvre, bien meilleur marché en Ecosse qu'en 
France; aussj des insulaires travaillant nos fils au même 
prix qu'en France sont en état de nous priver en peu de 
temps du débit de nos toiles en Angleterre, branche de 
notre commerce la plus considérable. 

Une livre de fil cru au plus fin coûte d'achat aux Hol- 
landois 210 livres, et le mesme fil retord et blanchi coûte à 
la France 500 livres, quoiqu'on France on puisse retor- 
dre et blanchir du moins aussj bien qu'en Hollande; 
jamais commerce n'a été plus désavantageux au royaume. 



Note de la page 188. 

Archifes de rAisoe, c. 758. 

1734. 

XanuDMtnre pour retordre let flb. 

Mémoire du sieur Josas de Joncourt. 

Monsieur (de Chauvelin, intendant d'Amiens). 

Je crois que vous avez eu connaissance dans le tems 
d'un mémoire que le sieur Josias de Joncourt, marchand 
de toile à Saint-Quentin, a présenté il y un an au conseil, 
à l'effet d'establir une manufacture de torderie de fil de 
Malines et autres; 

Ce mémoire n'a pas été approuvé, parceque le sieur 



de Joncourt demandoit des secours en argent, que le 
conseil n'a pas ju^é à propos d'accorder ; 

J*ai seu ce détail, le mois de juin dernier, tant du sieur 
de Joncourt que de M. Fagon, que j'ay l'honneur de voir 
quelquefois ; 

J'aj pensé en moy-méme que cet establissement pour- 
roit estre utile à votre généralité, et pour rendre ledit 
establissementplus facile, j'ay fait, de concert avec ledit 
sieur de Joncourt, le mémoire dont j'ay l'honneur de vous 
envoyer icy copie; je luy ay dit et mandé depuis, que la 
première démarche qu'il eût à faire estoit de s'adresser à 
vous. Monsieur, qui connoissés le local de vostre géné- 
ralité, et qui par vos lumières et votre autorité pou- 
viés seul donner le mouvement à cette entreprise ; je 
ne doutte point que par vos vues supérieures vous ne 
décidiez mieux que personne ce qui convient ou ce qui ne 
convient pas. 

Le sieur de Joncourt vous a informé, Monsieur, que 
M. Trudaine luy a demandé deux familles de Picardie 
pour faire passer en Auvergne, à l'effet d'y faire per- 
fectionner la manufacture des toilles, ainsy que le filage; 
tout ce que je sçay de ce projet, c'est que c'est une vue 
particulière de Ai. Trudaine pour le bien de sa généra^ 
lité d'Auvergne, et dont je ne crois pas qu'il ayt fait 
part au conseil. 

Je suis etc.. 

Signé : Méorbt. 
A Paris, le 17 juillet 1734. 



Archives de l* Aisne, c. 758. 
1734. 

Monsieur (l'intendant d'Amiens). 

Je me donne l'honneur de vous renvoyer le mémoire 
qu'il vous a plu de m'addresser, concernant la nouvelle 
proposition d'établir en la ville de Saint-Quentin une 
manujfacture pour retordre des fils, avec ma réponce. 



— 3W — 

Vous conDUtrés, Monsieur, que je continue de com- 
battre ce projet par les mêmes raisons que j'aj employées 
eet hjver, contre un semblable du sieur Josias de Jon- 
«ourt., étant certain que s'il étoit autorizé pour le lieu de 
remplacement, il n'en faudroit pas davantage pour 
achever la destruction totale de la manufacture et du 
commerce de cette ville; je n en excepte pas même celle 
de Cambra j, qui en souffriroit également; vous êtes. 
Monsieur, trop pénétrant pour ne pas en prévoir les con- 
séquenses, et une affaire de cette importance ne pouvoit 
tomber en de plus sûres mains. 

Je ne suis revenu de Paris que depuis trois jours, 
après y avoir renouvelé mes représentations qui n'ont 
opéré que des espérances dont il faut attendre Teffet. Je 
seray. Dieu ajdant, lundy prochain à Péronne, pour aller 
de là vériffier à Cystre, le procès-verbal de 1 echevin 
qui, a été déposé. Je ne manquerai pas. Monsieur, de 
vous rendre compte de mes observât ioni< avant d'en 
partir, ou du moins aussitost mon retour icy. 

J'ay l'honneur d'être avec beaucoup de respect, Mon- 
sieur, votre très-humble et obéissant serviteur. 

•Signé: de Théis. 
A Chauni, le 24 juillet 1754. 



Archives de TAiioe, c. 758. 
1734. 



Réponse au second M f moire présenté à M. Chauvelin^ in- 
tendant de Picardie et d'Artois, le W juin il 34, contenant 
la proposition d'établir en la ville de Saint-Quentin une 
manufacture pour retordre les fi h de la qualité la plus par- 
faite^ et tels que ceux qui sont employés pour les dentelles 
de Matines et autres ouvrages de cette espèce. 

Le mémoire donné à M. l'Intendant, au commencement 
de cette année, par le sieur Josias de Joncourt, de Saint- 
Quentin, lequel avoit été précédé par un autre beaucoup 



— 391 — 

plus ancien, a en pour objet un établissement semblable 
à celui dont il s*agit, et les raisons qui y ont répugné 
pour lors, devenues plus sensibles encore, par rapport à 
rétat actuel du commerce de toiles batistes et linons, 
rinspecteur se croit en droit de continuer d*estimer 
contre le projet, d'autant plus que les quatre associés 
n'étant pas dénommés dans le dernier mémoire, il se 
pourroit que cette compagnie, anonyme jusques ici, se 
trouveroit composée de gens qui ne seroient peut-être 
pas moins suspects que le sieur Josias de Joncourt, si 
tant est même qu'il ne fût pas un de ses membres. 

Cependant, quand il seroit autrement, et que la bonne 
foy, la fidélité, la sûreté et l'opulence se rencontrerôient 
chez tous les associez, la diminution inévitable des quan- 
tités et qualités des fils destinés à l'usage de la manufac- 
ture de toiles, et l'augmentation de prix qui en seroient 
nécessairement accessoires, y seroient un obstacle absolu. 

L'on conviendra toujours de la traite frauduleuse des 
fils fins à l'étranger, et du proffit énorme qu'il en retire, 
en les faisant repasser en France retords et blanchis; on 
ne contestera pas même l'évaluation de ce négoce clan- 
destin à deux millions par an, quoi qu'il y ayt de l'outré, 
mais se fera-t-il moins quand on les retordera à Saint- 
Quentin? ce seroit une.illusion de s'en flatter, et d'ailleurs 
ces incon venions, balancés avec la perte que la manufac- 
ture et le commerce de batistes et linons souifriroient,ou 
plustôt avec leur destruction, il n'y a plus de choix, et 
la conservation de ce qui reste de ce commerce doit pré- 
valoir, puisqu'il a été et peut redevenir encore un des 
plus brillants et des plus utiles du royaume. 

Ces seules observations suffiroient pour démontrer 
combien il importe de ne point agréer la proposition, rien 
n'étant plus opposé au bien d'une manufacture que de 
former en son propre sein un établissement particulier qui, 
en consommant les mêmes matières qai la soutiennent, 
nourrissent en un mot sa propre substance, l'expose à 
une décadence visible ou à une augmentation de prix des 
marchandises, suites certaines, et qui sont trop évidentes 
pour que M. l'intendant et toutes les personnes en place 
n'en soyent pas touchés. 

J'ajoute que les empressemens réitérés de suivre des 
idées déjà rejetées en connoissance de cause, me donne 



— 392 — 

roient presque lieu de soupçonner un dessein médité de 
faire tomber le commerce des toiles de la ville de Saint- 
Quentin, que je sçais être jalousé par toute<i les autres, 
et dont je n'ignore pas qu'elle a été souvent menacée. 

Une dernière réflexion achèvera de persuader, c'est 
que les trois espèces de toiles différentes qui composent 
la manufacture et le commerce de Saint-Quentin, savoir, 
les claires, les linons unis, rayés ou mouchetés qui 
en font une forte partie, demandent, suivant leur qualité, 
les flls les plus fins, de même que les batistes de premier 
ordre. Or si l'établissement en question étoit permis, les 
retordeurs les enlèveroient tous, et les fabricants, pauvres 
ordinairement et dans l'impuissance d'en avoir provision, 
seroient forcés, ou de cesser de travailler, ou d'en aller 
chercher dans un esloingnement plus grand que le 
Cambrésis, auquel cette prétendue manufacture ne nui- 
roit pas moins. 

Il est vrai que l'on en souffre une àValenciennes, mais 
le pays et sa dépendance fournissent assez de fil pour 
tous les besoins différens, et les dentelles de cette ville 
sont par elles-mêmes des ouvrages trop précieux pour 
refuser de se prêter à ce qui peut favoriser une m^-nufac- 
ture aussy considérable, et qui est parvenue à un haut 
degré de perfection. 

Que les aspirans se retournent donc d'un autre côté, 
et cherchent à se placer à une distance telle qu'ils rassem- 
blent s'il leur est possible, les flls dont ils voudroient 
priver l'étranger, sans intéresser essentiellement une 
manufacture et un commerce, lesquels, quoy que peu 
dépêrissans depuis quelques années, ne laissent pas de 
mériter une protection particulière, dans la confiance 
qu'ils ne manqueront pas de se relever, dès que les cir- 
constances qui ont contribué à 1^ révolution présente 
cesseront de se faire sentir. 

Enfin les établissements nouveaux ne sont désirables 
qu'autant qu'ils ne peuvent point déranger les anciens, 
qu'il est toujours plus sage de maintenir, surtout lors- 
qu'ils sont aussi avantageux à l'état que le commerce de 
toiles de la ville de Saint-Quentin. 

Fait à Chauny, le 24 juillet 1734. 

Signé : de Thbis. 



Mémoire dtt ileor Jotias de JcmeouH. 

Note de la page 188. 

Archives de TÂisne, c. 758. 

1734. 

L'auteur des apostilles au mémoire de Josias de Jon- 
court affecte de douter de tous les faits connus de tous 
ceux à qui ce mémoire a été communiqué avant qu'il fût 
adressé à M. le contrôleur général, suivant les ordres de 
M. Chauvelin, intendant de Picardie. 

Quand même le détail de ce mémoire serait aussi incer- 
tain qu'il est vrai, Fauteur des apostilles se trouveroit 
encore opposé aux sentiments des marchands de Saint- 
Quentin, qui ont délibéré dans une assemblée que ce mé- 
moire seroit le bien de Tétat, pourveu que le conseil 
arrête la sortie des fils écrus; cette délibération est con- 
forme à un autre mémoire des marchands, adressé à 
M. Chauvelin au mois d'août 4729, en réponse à un mé- 
moire anonime, par lequel ils avouent, dans le 1*' article, 
qu'il passe en Hollande une prodigieuse quantité de fil, et 
qu'il seroit du bien de l'état d'empêcher ces enlèvements; 
dans le dernier article, ils promettent de réunir leurs 
suffrapres en faveur de l'établissement des moulins à re- 
tordre, à condition qu'il se fera à 20 ou 30 lieues de Saint- 
Quentin. 

De l'aveu et du cc^sentement des marchands, il est 
donc impoi^ant à Tétat de faire en dedans le roiaume 
l'établissement de 20 moulins à retordre ; la difficulté à 
ce sujet n'a jamais roulé que sur le lieu à les placer, mais 
comme la réussite de cette entreprise dépend du parfait 
blanchissage des fils retords, Josias de Joncourt n'a choisi 
Saint-Quentin par préférence qu'à cause de l'expérience 
qu'il a d'avoir blanchi en 1720 des fils retords du moins 
aussi beaux que ceux de Hollande. 

Suivant toutes les apparences, l'auteur des apostilles 



— 894 — 

ignoroit que Josias de Joncourt avoit fait en 1726 un 
voiage en Ecosse , où il a vu et examiné ce qu'il avance 
dans son mémoire, n'ayant supprimé d'autres faits que 
les offres avantageuses qui luy furent faites à Edimbourg 
et à Glascow, pour l'engager à prendre la direction de la 
fabrique dont il fait le détail, offres qui luy ont été faites 
depuis et en différents temps à Londres, à Tournay et à 
Saint-Quentin. 

L'auteur n'a jamais été informé apparemment qu'en 
décembre 1727 des délateurs avoient accusé faussement 
Josias de Joncourt d'estre l'auteur du projet de fabrique 
en Ecosse, preuve que cette fabrique, qui n'étoit point 
encore en règle, faisoit déjà ombrage à la France. Sur cette 
accusation M. Le Pelletier des Ports, alors contrôleur- 
généial, donna ordre de l'arrêter et de mettre le scellé sur 
ses papiers; deux ouvriers (dont un est le chef d'une ving- 
taine qui ont passé depuis en Ecosse), furent arrêtés et in- 
terrogés h sa charge; on fit aussy k trois fois différentes 
des informations dans les intendances de Picardie, de 
Flandre et du Hainaut, informations qui auroient été inu- 
tiles si Josias de Joncourt avoit été coupable, puisque 
cette affaire se passoit tandis qu'il était à Londres; on 
laisse à décider, supposant qu'on ait connu des talents à 
Josias de Joncourt pour conduire une pareille entreprise, 
qui est-ce qui a plutôt agi contre les intérêts de la France, 
luy en refusant constamment les offres des Ecossois, ou 
ses délateurs en lui suscitant une affaire contre le bon sens. 

L'auteur permettra de douter s'il trouveroit encore 
gens de son sentiment, quand il avance que c'est un 
avantage pour la France que le fil écru sorte à l'étranger 
et qu'il seroit à souhaiter qu'il en sortît cent fois autant; 
un seul exemple le convaincra qu'en suivant son système, 
c'est favoriser les étrangers au préjudice de la France : 
l'auteur n'a qu'à faire une balance entre le fil écru qui 
sorte et le fil blanc qui rentre pour la nouriture des fa- 
briques de dentelles; s'il veut calculer juste, il trouvera 
que s'il en coûte à la Hollande un million argent de 
• France pour l'achat do cent vingt mille livres pezant de 
fil écru, qu'il en coûtera deux mi liions* 250 mille livres à 
la France pour la rentrée de ce même fil retord et blanchi : 
l'objet est trop considérable pour qu'il puisse estre mé- 
prisé. 



— 806 — 

Il n*68t point étonnant que Fauteur ignore la cause 
principale de rétablissement de la fabrique en Ecosse; si 
le mémoire avoit été renvoyé comme Tavoient estimé 
MM. les députés et MM. les Intendants de Picardie, de 
Flandre et du Hainaut, pour examiner les faits avancés 
audit mémoire, le conseil auroit été instruit que le parle- 
ment d'Angleterre passa un acte en 4721 en faveur de la 
fabrique des étoffes de soie et de légères étoffes de laines 
de Spitteâlds, portant défense à tous les sujets de la 
Grande-Bretagne de faire usage en habillements d'au- 
cunes étoffes de soie des Indes, compris les écorses d'ar- 
bres, d'aucunes toilles de cotton blanches, mesme peintes 
ou brodées aux Indes ou en Europe, d'aucuns mouchoirs 
à tabac par carreaux ou peints aux Indes ou en Europe, 
acte qui est exécuté à la lettre, mais qui a causé un mé- 
contentement général en Ecosse, parce qu'il s'est trouvé 
contraire à l'acte d'union de la compagnie des Indes d'An- 
gleterre avec celle d'Ecosse, et que cette compagnie unie 
souffroit par l'acte du parlement un tort considérable pour 
favoriser une fabrique en Angleterre au préjudice de 
l'Ecosse. 

C'est donc pour laisser subsister l'acte du parlement 
contraire à l'intérêt des Ecossois, c'est pour ne point don- 
ner atteintes aux actes des parlements et des compagnies 
des Indes, d'Angleterre et d'Ecosse, c'est pour mettre les 
Ecossois au niveau des Anglois, en occupant le peuple à 
l'avantage de la nation britannique, que la cour d'Angle- 
terre par politique favorise de tout son pouvoir l'établis- 
sement d'une fabrique en Ecosse; mais l'on doit faire 
attention en France qu'une entreprise fondée sur l'union 
de deux royaumes ne peut pas manquer d'estre sou- 
tenue. 

Loin de se rendre aux raisons de l'auteur, qui avance 
dans ses apostilles que c'est le bien de la France que nos 
fils passent en Ecosse, puisque par ce moyen les Elcossois 
paient l'industrie du filage, on prouvera au contraire que 
c'est le vrai moyen de perdre la fabrique et de la faire 
passer en peu de temps en Ecosse; il est certain que nos 
toiles font de frais 10 à 11 livres par pièce pour entrer à 
Londres; il est certain aussy que les Ecossois, fabriquant 
des toilles avec nos fils écrus, sont en état de les donner à 
Londres à 10 ou 11 livres par pièce à meilleur marché que 



— 396 — 

les nostres, puisqu'ils sont exempts de tous les droits que 
paient nos toiles, tant en France pour la sortie qu'en 
Angleterre pour rentrée ; s'il en coûte aux Ecossois les 
frais de transport du fil écru dont nous sommes exempts, 
les insulaires en sont dédommagés sur la main-d'œuvre 
qui est à bien meilleur marché en Ecosse qu'en France; 
il résulte de mon système contraire à celui de l'auteur 
que si l'on continue à laisser sortir nos fils en écru, qu'il 
faut de nécessité que notre commerce tombe en Angle- 
terre. 

L'auteur observe que les Ecossois n'entendroient pas le 
commerce en tirant les fils par la voie de Hollande, et 
qu'ils éviteroient des frais en le tirant directement de 
France, mais l'auteur n'a point fait attention qu'il n'y a 
point de tarif entre la France et l'Angleterre, et que nos 
fils ne pourroient point entrer en Ecosse venant directe- 
ment de France, qu'en payant 75 "/o de sa valeur, au lieu 
qu'en le tirant par la voie de Hollande, ce fil entre en 
Ecosse, comme fil de Hollande et non de France. 

L'auteur soutient que nos toiles sont à bon marché, 
hiais il ignore que l'Angleterre, au moien des toiles de Si- 
lézie, nous a privé d'un débit très-considérable que nous 
faisions ci-devant dans les échelles du Levant; la raison 
en est simple, c'est que les Silézie sont à meilleur marché 
que nos toiles; il reste à savoir pourquoi nos toiles ne 
sont pas aussi bon marché qu'autrefois; la raison en est 
simple encore, c'est que les étrangers partagent avec 
nous la consommation du fil écru qui devroit se faire 
dans le roiaume en totale quantité si l'on veut que la fa- 
brique subsiste. 

Comme la fabrique en Ecosse est l'ouvrage d'une na- 
tion puissante qui n'a d'autre objet que les avantages du 
commerce, les marchands en France tels riches qu'ils 
soient ne seront jamais en état de sacrifier des sommes 
pour faire débiter à Londres des toiles à meilleur compte 
que les Ecossois; au contraire ces insulaires, outre les iO 
ou 1 1 li V. par pièce qu'il y a déjà de difi'érence entre 
leurs toiles et les nostres, les établiroient encore au plus 
bas prix qu'il sera possible, afin de ruiner totalement la 
fabrique en France, et s'attirer par là une plus grande 
abondance de matières. 

Ce 30 juillet 1734. 



— 307 — 

Archives de Yhiam, c. 758. 

1734. 

suante da lettre edreMée par ^intendant d*AmieDi à M. AnJitmi 
d^Auteroolie, Intendant dn oonuneroe. 

A Amiens, le 4 novembre 1734. 
Monsieur, 

Voicy une lettre que je .reçois du sieur de Joncourt, 
négociant à Saint-Quentin, avec copie de celle qui luy a 
esté écrite de Londres. Je ne suis pas en état de vériffier 
si la proposition que Ton luy fait est bien sérieuse et 
l'avantage bien certain ; je sçais seulement que cela peut 
estre, parce que Ton envie beaucoup en Angleterre et en 
Ecosse notre commerce de linons; il est certain déplus que 
ce commerce décheoit beaucoup en France, non par ledef- 
fautde fabrique et de matières qui sont toutes au meilleur, 
mais par celuy de la consommation occasionnée surtout 
par le débit de mousselines étrangères que l'on permet en 
France; je dois vous dire encore que le sieur de Joncourt 
est un homme fort intelligent et très-industrieux, dont les 
affaires sont en très-mauvais ordre depuis le système, que 
Ton a desja tenté de l'attirer en Ecosse où il y a une ma- 
nufacture de toile établie, et qu'il a mesme esté soup- 
çonné dans ce temps^là d'y vouloir passer, et qu'il ne 
peut estre que très-avantageux de luy accorder protection 
soit pour le récompenser de son attachement, soit pour 
encourager les autres et soutenir la manufacture à la- 
quelle il peut estre utile. 

A l'égard de son projet d'établir une retorderie, je sçais 
qu'il a présenté sur cela des mémoires et qu'il y a bien 
des raisons pour et contre, quoiqu'on général je croie 
l'établissement bon en le faisant de façon qu'il ne nuise 
point à la ville de Saint-Quentin. 

J'attendray à discuter cette affaire qu'elle me soit 
renvoyée, si le conseil juge à propos deTexaminer, mais 
en attendant j'ay cru devoir rendre tesmoignage à la 
capacité et au zèle du sieur de Joncourt, en vous adres- 
sant sa lettre. 



— 3»8 — 



Copie da te tettreéorflW à M. OlMnnreliiiy {Mr le tlenr Voilas de 
Jonooiwty te 1^ novembre 1734. 

Monsieur, 

J'ay rhonneur de vous adresser une lettre que j*ay 
reçue hier, à laquelle je ne répondray point. 

L affaire qu'on me propose n'est point nouvelle pour 
moy; j'ay refusé en 1727 d'écouter les mêmes proposi- 
tions qui me furent faites verbalement à Londres. Ce pro- 
jet formé à Cambray auroit pu avoir son exécution en 
Angleterre, avant l'établissement de la manufacture 
d'Ecosse, si j'avois esté capable de me laisser séduire par 
les grands avantages qu'on m'offroit. 

Je ne sçaurois donner une plus grande preuve de mon 
attachement à ma patrie, ni vous proposer rien de plus 
utile pour faire prospérer la fabrique des toillcs au désa- 
vantage des étrangers, qu'en ne vous laissant point igno- 
rer ce que veulent pratiquer les Anglois à l'exemple des 
Ecossois; la sortie du fil écru dont l'étranger fait emploj 
se trouve autant préjudiciable à notre fabrique que pou- 
roit l'estre à Testât la sortie des munitions de guerre en 
faveurdes ennemis; si par votre crédit vous ne faites point 
connoître au conseil les conséquences à craindre des 
establissemens en Angleterre, le commerce de toille pas- 
sera à l'étranger avec nos matières. 

Je garde copie de la lettre que je vous envoyé, afin 
d'estre en état de montrer combien je suis attentif à tout 
ce qui intéresse la fabrique de toille dont mes ancêtres 
sont les auteurs; il dépend du conseil de la conserver ou 
de la laisser diminuer, à mesure que les étrangers iront 
en avant, mais si l'on continue ù laisser sortir le fil en 
fraude, même autrement, infailliblement la fabrique se 
partagera entre l'Ecosse et l'Angleterre. 

D'après la mort de M. Megret, il ne me reste aucuns 
moyens pour faire avancer l'affaire des moulins à retordre, 
à moins qu'il ne vous plaise la recommander comme ab- 
solument nécessaire. 

J'ai l'honneur d'être, etc., 

Signé JosiAs de Joncourt. 



Copie de la lettM éorlte au ileur Joilas de Jonooort, de ILondret, 
le octobre 1734. 



Monsieur, 

Le succès de la manufacture d'Ecosse donne une ému- 
lation si grande, qu'il a esté résolu qu'en suivant le même 
plan, une compagnie feroit des établisseraens dans la pro- 
vince d'York, pour fabriquer diverses sortes de toi îles, 
aussitôt qu'on seroit assuré d'un directeur capable de con- 
duire cette entreprise. Si la liberté vovis est chère et que 
vos intérêts vous touchent, partes au reçu de la présente, 
afin de convenir et signer un traité à votre avantage 
pour la direction générale que je vous offre par ordre; si 
vous craignes de paroître à Londres où votre mérite est 
plus connu que votre personne, mandés moy de quelle ma- 
nière on pourroit s'y prendre pour vous donner les assu- 
rances que vous pouriés demander, j'excepte pour le lieu 
de la conférence jusqu'au moindre hameau de la domina- 
tion de France ; on ne sçauroit vous donner une plus 
grande marque de considération qu'en vous préférant à 
tout autre pour un employ qui ne demande que vos soins, 
les appointements qu'on vous destine seront assurés et 
suÊfisans pour ne vous laisser aucun regret de quitter 
votre patrie. Je confie ma lettre à un ami pour vous la re- 
mettre, avec ordre de vous la faire parvenir par la poste, 
en cas qu'il soit détourné de passer en votre ville; je vous 
attendrai ou votre réponse, dans le caffé de la Caroline, 
le maitre qui vous a souvent vu a ordre de ne me faire 
connïdtre qu'à vous seul. 

Je suis, etc. 

Signé William Skinner. 



— 400 — 

Note de la page 188. 

Archives de TAisM, c. 758. 

1734. 

Monsieur (rintendant d'Amiens), 

Je me donne l'honneur de vous renvoyer le mémoire 
du sieur de Joncourt qu'il vous avoit plu de m'adresser, 
avec mes réflexions sur sa proposition. 

Elle est, Monsieur, bien imaginée, et rien ne seroit plus 
capable d'empêcher le passage des fils à l'étranger, que de 
pouvoir les rassembler dans l'intérieur du royaume, mais 
les raisons qui s'y opposent à l'égard de la ville de Saint- 
Quentin me paroissent trop touchantes pour ne point y 
déférer, d'autant plus, je vous parle. Monsieur, avec une 

fdeine confiance et sans aucune intention de nuire, que si 
'établissement dont il s'agit étoit formé à Saint-Quentin, 
le sieur de Joncourt mériteroit l'exclusion de préférence 
à tous autres, s'étant rendu suspect en plusieurs occasions, 
au point qu'il ne seroit pas impossible, par rapport à ses 
correspondances précédentes et qui subsistent peut-être 
encore avec les étrangers, qu'il ne leurfist passer en écru 
partie des fils qu'il auroit en magasin; sa religion d'ail- 
leurs m'y paroîtroit. Monsieur, un obstacle particulier, 
car quoyque le plus grand commerce de Saint-Quentin 
soit entre les mains de ceux qui la professent, il n'est 
point difficile de transpirer malgré leur contenance poli- 
tique qu'ils ne sont pas intérieurement aussi zélés que 
nous pour le bien de l'Etat. 

Vous avez trouvé bon, Monsieur, que j'envoyasse au con- 
seil de commerce, autant de ma réponse au mémoire du 
sieur de Joncourt, ce que je fais par cet ordinaire en 
l'adressant à M. le contrôleur-général et à M. Fagon. 

J'ai l'honneur, etc. 

Signé : de Thbis. 

Saint-Quentin, le 3 février 1734. 



— 401 — 

Archives de TAisne, c. 758. 

1734. 

Kèmoire lervant de réponse A œlui prétenté au Conseil et A 
M. Obauvelln, intendant de Ploardle, par le tleur *de Jonooiarty 
marohandetblanchlHeur A Salnt-Çuentln. 

La description faite en ce mémoire de tout ce qui con- 
cerne la manufacture de ûls retords établie en Ecosse est 
curieuse ; le détail des circonstances qui ont concouru à 
la former et les secours qui la soutiennent ne sont pas 
moins intéressants; tout j annonce en son auteur un 
homme bien instruit et entièrement au fait ; aussi la ville 
de Saint-Quentin, et les commerçans en particulier, lui 
rendent-ils cette justice, qu'il n'a pas épargné même ce 
qu'il j a de plus délicat pour se mettre en état de n'en rien 
ignorer. 

Les plaintes qui y sont portées de la sortie frauduleuse 
des fils qui entretiennent cette manufacture, et contri- 
buent aussy à celle des toiles fabriquées en Irlande, mé- 
ritent une attention très-sérieuse, et quoy que ce qui en 
est avancé ne soit pas neuf, le sieur de Joncourt est tou- 
jours louable d'avoir pensé aux expédions qui peuvent 
prévenir la continuation d'une dissipation, laquelle, en 
favorisant les projets de l'étranger, prive la nation fran- 
çoise de ses propres matières, qu'il luj fait repasser en- 
suite pour partye avec des pro&ts énormes, et presque 
incroyables, le bénéûce n'étant pas moindre de six cents 
pour cent, point que ledit sieur de Joncourt n'a pourtant 
pas touché dans son mémoire, quoique extrêmement im- 
portant. 

La translation en Ecosse de plusieurs familles d'un vil- 
lage voisin de Saint-Quentin n'a point heureusement eu 
de suites : une désertion plus considérable eût pu devenir 
fatale, mais la cour y a pourveu et le sieur de Joncourt 
se ait les mesures qui ont été prises à cet égard. 
' Rien donc ne seroit plus avantageux à la France que 
de retrancher, s'il étoit possible, aux nations toujours 
émules et jalouses de son commerce, ce qui peut aug^ 



— 402 — 

menter le leur et perfectionner l«s établissements qu'elles 
ont commencés; Ton connoît les vues de TAngleterre sur 
cette partye et que sa mauvaise volonté, qui n'est que sus- 
pendue, ne manqueroit pas de se faire sentir, si les choses 
j étoient pleinement disposées, mais que la manufacture 
dont le sieur de Joucourt présente une idée bien et spé- 
cieusement assortje à la vérité, puisse, en la manière et 
au lieu qu'elle est proposée, former une digue suffisante 
contre le torrent qui semble menacer d'entraîner les ma- 
nufactures françoises des toiles de lin , c'est ce que tout 
négociant sensé, intelligent, et qui veut réellement le 
bien, ne peut manquer de combattre, parce que la dimi- 
nution de la matière dans le centre de la fabrication, et 
l'augmentation de sa valeur qui en est un accessoire né- 
cessaire, feroient cesser absolument un très-grand nombre 
de métiers, tandis que le relordur profiteroit de ce dé- 
sastre, n'étant pas douteux que pour empêcher ses mou- 
lins et ses ouvriers de chômer, il ne rassemblât tous les 
fils à un prix mérme supérieur à celui que les mulqui- 
niers, ordinairement pauvres, seroient en état d'en payer. 

L'abus du transport, quoique très-sévèrement défendu, 
des fils de France à l'étranger, subsiste depuis des siècles; 
la proximité de la frontière pour les lieux de la dépen- 
dance de la Picardie et du Soissonnais, les forêts de la 
Thiérache et des Ardennes, ont toujours facilité ceste 
contrebande, et quand on construiroit une muraille telle 
que la fameuse de la Chine, pour en fermer le passage, 
l'avidité du profit, le peu d'exactitude et de vigilance de 
ceux auxquels la garde des portes seroit confiée, souvent 
même capables de corruption, feroient jour aux fraudeurs, 
qui n'ayant rarement à perdre que ce qu'ils portent, s'ex- 
posent à tout, et au péril de la vie dont ils font moins de 
cas que du sort de leurs marchandises. 

Il seroit néanmoins infiniment désirable de toutes ma- 
nières que l'on trouvât quelque moyen de faire cesser un 
délit aussi repréhensible, mais on ne peut en découvrir 
aucun dont Tusage soit certain et capable d'interdire ce 
négoce clandestin. 

Il est vrai que l'établissement dont il s'agit, refusé 
déjà au sieur de Joncourt, il y a quelques années, attire- 
roit partie des fils, si ses facultés et celles des autres 
qui voudroient s'associer avec lui étoient assez considé- 



— 403 — 

râbles pour fournir à la dépense, et quand il seroit ainsi, 
ce qu'on ne croit pas, il faudroit toujours revenir au prin- 
cipe, suivant lequel on ne doit pas détruire gratuitement 
pour réédifier, ce qui arriveroit eflfectivement en cette 
occurrence, puisque pour remédier à un désordre qui à la 
vérité ne peut être trop déploré, on commenceroit par 
retrancher les vivres et la subsistance, s'il est permis de 
se servir de ces termes, à la manufacture des toiles batistes 
et linons, tandis que ceux qui sont dans l'habitude de 
porter des fils à l'étranger continueroient ce commerce 
très-punissable. 

En effet, il est sensible que vingt moulins, s'ils sont 
occupés, même un nombre moindre, feroient une grande 
consommation, opéreroient certainement une disette de 
matières dans la manufactifre ou une augmentation de 
prix, de quelque façon que l'on restreignist les pouvoirs 
et la liberté du sieur de Joncourt; or les choses en cet 
état, il est de la sagesse du conseil, en agréant sa propo- 
sition, quiparoit bien mesurée et sensiblement expliquée, 
de lui permettre de former la manufacture de fils retords 
et de la blanchirie, en tous lieux qu'il voudra choisir 
dans l'intérieur du royaume, et l'esloingnement de 8 à 
10 lieues de la ville de Saint-Quentin, d'autant de celle 
de Guise, Noyon, Chauny et Vervins, si mieux il ne pré- 
fère de se fixer au-delà de la petite ville d'Aubenton, 
situation avantageuse pour se concilier, et tirer tous 
les fils de la Thiérache à droite et à gauche, de Ro- 
chefort Saint-Michel, lesquels sont portés de préférence 
à l'étranger, sans qu'il soit moralement possible de l'em- 
pêcher, à cause du voisinage des forests; il pourroit trou- 
ver aussydansle canton un emplacement pour la blanchi- 
rie à laquelle la petite rivière d'Aube fourniroit les eaux 
nécessaires. 

11 n'y a au surplus qu'une voix à Saint-Quentin pour 
s'opposer à cet établissement, et quoique l'inspecteur 
n'en ayt conféré qu'avec une seule personne, nombre 
d'autres, même protestants, comme le sieur de Joncourt, 
qui luy en ont parlé d'office, ont paru y résister, éga- 
lement fondées sur les raisons expliquées en ce mémoire, 
qui semblent sans répartie. 

Fait à Saint-Quentin, le 3 février 1734. 

Signé DB Thaïs. 



— 404 — 

PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE III. 

Note de la page 188. 

Archhres de TAttoe, c. 756. 

4 août 1750. 

Arrêt dv C o nae i l d'Etat fixant^ le» droits de oourta^ diu aux 
«xmrtier* de Saint-Çuentin. 

Yeu, au conseil d'état du Roi, la requête présentée par 
les courtiers de toiles de la ville de Saint-Quentin, con- 
tenant que par arrêt du conseil, du 25 octobre 1701, Sa 
Majesté avoit ordonné que les droits desdits courtiers 
demeureVoient réglés suivant l'usage établi depuis long- 
temps, savoir, à 10 sols de la part de l'ouvrier, et à 5 sols 
de la part du marchand, pour chaque pièce de toile de 
3 quarts de large ; à 5 sols de la part de l'ouvrier et à 
1 sol de la part du marchand pour chaque pièce de toiles 
étroites; à 5 sols du fabricant, et à 5 sols du marchand, 
pour chaque pièce de toiles à faire cravattes ; à 1 sol du 
fabricant et à i sol du marchand pour chaque coupon et 
doublet ; sur quoi ils seroient tenus de payer, ainsi qu'ils 
avoient accoutumé, un sol pour chacune desdites pièces 
de toiles, larges ou étroites, pour le droit de marque 
appartenant au domaine de l'hôtel de ladite ville : Mais 
que depuis l'année 1713, la fabrique de toiles à faire cra- 
vattes ayant cessée, et ayant été substitué des toiles de 
plusieurs espèces et qualités nouvelles qui n'étoient pas 
connues lors du susdit arrêt du 25 octobre 1701, le tarif 
de leurs droits porté par ledit arrêt ne pouvant plus s'exé- 
cuter, quant à ces toiles de nouvelles espèces et qualités, 
ils étoient convenus avec les fabricants» et les marchands, 
seuls intéressés à la perception desdits droits, des chan- 
gements que leursintéréts respectifs avoient parus devoir 



* _ 405 — 

j apporter, joint qu'ils s'étoient imposés une charge 
qu'ils n'avoient pas lors du susdit arrêt, qui étoit d*étre 
garants en leurs propres et privés noms de toutes les toiles 
qui leur seroient remises par lesdits fabricants, et de faire 
compte auxdits fabricants du prix do la vente qui en seroit 
faite ausdits marchands; pourquoi requéroient lesdits 
courtiers, qu'il plût à Sa Majesté les maintenir dans 
l'usage où ils sont depuis ladite année 1713, du consen- 
tement desdits fabricants et marchands, de percevoir 
leurs droits de courtage, savoir, à l'égard desdits fabri- 
quants à raison de 5 sols par chaque toile batiste, non 
compris le coupon ou doublet, depuis le plus bas prix jus- 
qu'à 40 piettes valant 18 sols chacune ; de 10 sols pour 
même toile batiste, non compris le coupon ou doublet, 
depuis 40 piettes jusqu'au plus haut prix ; de 10 sols pour 
même toile batiste dite longue, le coupon ou doublet y 
restant, de quelque prix qu'elle soit ; de 5 sols pour cha- 
que toile appelée claire deux-tiers, ou linon étroit, non 
compris le coupon ou doublet, depuis le plus bas prix 
jusqu'à 40 piettes; de 10 sols pour même toile claire deux- 
tiers, non compris le coupon ou doublet, depuis 40 piettes 
jusqu'au plus haut prix; de 10 sols pour même toile 
claire dite longue deux-tiers , le doublet ou coupon 
y restant, de quelque prix qu'elle soit ; de 10 sols pour 
chaque toile appelée claire trois quarts, ou linon large 
uni, rayé ou moucheté, et pour autres sortes de toiles 
vendues en livre : Et à l'égard desdits marchands, à rai- 
son d'un sol pour chaque toile batiste de tout prix, non 
compris le coupon ou doublet ; de 5 sols pour même toile 
batiste longue , le coupon ou doublet y restant ; d'un sol 
pour chaque toile claire deux-tiers, non compris le cou- 
pou ou doublet; de 5 sols pour même toile claire deux-tiers 
longue, le coupon ou doublet y restant; et de 5 sols pour 
chaque toile appelée claire trois-quarts, ou linon large uni 
ou moucheté, et autres sortes de toiles vendues en livre. 
Vu le susdit arrêt du 25 octobre 1701, l'avis et consente- 
ment donné devant les mayeur et échevins de Saint-Quen- 
tin, en leur qualité de juges de police et de la manufacture 
des toiles, à la continuation de la perception des droits 
de courtage sur le pied ci-dessus détaillé, tant par lesdits 
marchands que par lesdits fabricants, en date des 19, 28 
et 31 octobre 1748; le jugement rendu par lesdits mayeurs 



— 406 — 

5t échevins le 6 novembre 1748, par lequel ils ont or- 
donné ^uxdits courtiers de toiles de ladite ville de se 
pourvoir au conseil de Sa Majesté aân de règlement de 
ceux de leurs droits de courtage qui n'étoient pas con- 
formes à la fixation qui en avoit été faite par le susdit ar- 
rêt du 25 octobre 1701 ; et cependant, attendu la recon- 
noissance faite par lesdits marchands et fabricans par les 
susdits actes des 19, 28 et 31 octobre audit an, qu'ils 
avoient jusqu'à ce jour payé volontairement les droits de 
courtage sur le pied ci-dessus rapporté, il a été permis 
par provision ausdits courtiers de toiles de continuer à 
recevoir desdits fabricants et marchands de toiles, lesdits 
droits de courtage sur le même pied jusqu'à ce qu'il en 
ait été autrement ordonné par Sa Majesté ; l'acte passé 
par les douze courtiers de toiles de ladite ville de Saint- 
Qnentin devant notaires le 26 mai 1750, par lequel ils ont 
déclaré que depuis Tannée 1713 ils ont été soumis et se sou- 
mettent pour l'avenir à la garantie, en leurs purs et pri- 
vés noms, de toutes les toiles batistes, linons unis, rayés, 
mouchetés, et autres de telles espèces et qualités qu'elles 
puissent être, qui leur seront mises entre les mains par 
les ouvriers et fabricants à l'eftet de les vendre aux mar- 
chands, et s'obligent, chacun en ce qui les regarde, à ren- 
dre compte auxdits ouvriers et fabricans de toutes les- 
dites toiles, soit en nature si elles ne sont pas vendues, 
ou en argent ou lettres de change sur le pied de la vente 
qu'ils en feront ausdits marchands pour le compte desdits 
ouvriers et fabricans, sans qu'en aucun cas, ou sous tel 
prétexte que ce soit, lesdits ouvriers et fabricans puissent 
avoir leurs recours contre autres que contre les courtiers 
de toiles : ensemble l'avis du sieur Chauvelin, intendant 
et commissaire déporté en Picardie et Artois : Ouï le rap- 
port du sieur de Machauld, conseiller ordinaire du con- 
seil royal, contrôleur général des finances. 

Le Roy en son conseil a permis et autorisé les cour- 
tiers de toiles de la ville de Saint-Quentin à y percevoir 
à l'avenir les droits de courtage, savoir : 

A l'égard des ouvriers et fabricans;* 

A raison de 5 sols pour chaque toile batiste, non compris 
le coupon ou doublet, depuis le plus bas prix jusqu'à 
40 piettes valant 18 sols chacune; 

De 10 sols pour même toile batiste, non compris le 



— 407 — 

coupon ou doublet, depuis 40 piettes Jusqu^àu plus haut 
prix; 

De 10 sols pour même toile batiste dite longue, le 
doublet ou coupon y restant, de quelque prix qu'elle 
soit; 

De 5 sols pour chaque toile appelée claire deux-tiers, 
ou linon étroit, non compris le coupon ou doublet, depuis 
le plus bas prix, jusqu'à 40 piettes; 

De 10 sols pour même toile claire deux-tiers non compris 
le coupon ou doublet, depuis 40 piettes jusqu'au plus 
haut prix; 

De 10 sols pour même toile claire deux-tiers dite longue, 
le doublet ou coupon y restant, de quelque prix qu'elle 
soit; 

Et de 10 sols pour chaque toile appelée claire trois- 
quarts, ou linon large uni, rayé ou moucheté, et pour 
autres sortes de toiles vendues en livre ; 

Et à l'égard desdits marchands ; 

A raison de 1 sol pour chaque toile batiste de tout prix, 
non compris le coupon ou doublet; 

De 5 sols, pour même toile batiste longue, le coupon ou 
doublet y restant ; 

D'un sol pour chaque toile claire deux-tiers, non com- 
pris le coupon ou doublet ; 

De 5 sols pour même toile claire deux-tiers, longue, le 
coupon ou doublet y restant; 

Et de 5 sols pour chaque toile appelée claire trois-quarts, 
ou linon large uni, rayé ou moucheté, et autres sortes de 
toiles vendues en livre. 

Ordonne Sa Majesté ausdits courtiers de laisser aux- 
dits ouvriers et fabricans l'entière liberté de détacher 
lesdits coupons et doublets desdites toiles, pour en 
faire la vente séparément, sans user à cet égard d'au- 
cune insinuation contraire à ladite liberté, à peine de 
10 livres d'amende pour chaque contravention; et per- 
met ausdits courtiers de recevoir, outre les droits de 
courtage susdits, celui d'un sol du fabricant et d'un sol 
du marchand, pour chaque coupon ou doublet que ledit 
fabricant aura détaché ou fait détacher de sa toile, pour 
être vendu par lesdits courtiers, suivant et conformément 
à la disposition du susdit arrêt du 25 octobre 1701 ; le 
tout à la charge par lesdits courtiers de payer, conformé- 



— 408 — 

ment audit arrêt, et ainsi qu'ils ont fait jusqu'à présent, 
un sol qui appartient au domaine de Thôtel-de-ville de 
Saint-Quentm, pour le droit de marque de chacune desdites 
toiles; fait Sa Majesté très-expresses défenses ausdits cour- 
tiers d'exiger autres ni plus grands droits que ceux ci-des- 
sus fixés, à peine de restitution, de 300 livres d'amende et 
de destitution de leurs offices, laquelle ne pourra leur être 
remise ni modérée par lesdits majeur et échevins pour 
telle cause et prétexte que ce soit. Ordonne en outre Sa 
Majesté que, conformément au susdit acte de soumis- 
sion du 26 mai dernier, lesdits courtiers resteront à tou- 
jours garans de toutes les toiles, de quelques espèces et 
qualités qu'elles soient, qui leur seront mises en main par 
lesdits ouvriers et fabricans, soit pour les représenter en 
nature ausdits fabricans si elles restent invendues, ou 
pour leur en pajer la valeur en argent ou en lettres de 
change, sur le pied qu'ils en auront fait la vente ausdits 
marchands, sans qu'en aucun cas, et sous quelque pré- 
texte que ce soit, lesdits ouvriers et fabricans soient dans 
l'obligation d'agir et recourir, pour raison desdites toiles, 
contre lesdits marchands. Ordonne au surplus Sa Majesté 
que le susdit arrêt du 25 octobre 1701 sera exécuté en ce 
qui n'y sera pas dérogé par le pré^ent^ lequel eera exécuté 
selon sa forme et teneur, imprimé, lu, publié et affiché 
dans tous les lieux ordinaires et accoutumés de ladite ville 
de Saint-Quentin, même attaché et mis en vue, tant dans 
la salle dudit hôtel-de-ville où les toiles sont apportées à 
la marque, que dans les ouvroirs de chacun desdits cour- 
tiers. Enjoint Sa Majesté aux mayeur et échevins de 
ladite ville, en leur qualité de juges de police et de la ma- 
nufacture desdites toiles, de tenir la main à son entière 
exécution, et de juger on conséquence les contestations et 
contraventions qui pourraient naître à l'occasion de la 
perception des susdits droits de courtage, sauf Tappel au 
conseil. Sa Majesté leur attribuant à cet effet toute cour, 
juridiction et connaissance, et icelles interdisant à toutes 
les cours et autres juges. 

Fait au conseil d'état du Roi, tenu à Versailles, le qua- 
trième jour d'août 1750. Collationné. 

Signé Bbrgeret. 



— 409 — 

PREMIÀRB PARTIE. — CHAPITRE III. 

Note de la page 19i. 

Archives de TAisne, c. 763. 

27 septembre 1741. 

Marque de* toUcs. 

Ordonnance de police. 

Sachent tous que cejourd'hui mercredi 27 septembre 
1741, Taudience de police tenant par nous, majeur et 
échevins, juges civils, criminels et de police de la ville, 
faubourgs et banlieue de Saint-Quentin ; Les marchands 
de toiles batistes et linons de cette ville nous ayant re- 
présenté que les mulquiniers de nos dépendances, pour 
se conformer et obéir aux dispositions de Tarrét du con- 
seil du 16 mai 1737, art. 1*% ont appliqué jusqu'ici au 
chef et à la queue des toiles de leur fabrique une empreinte 
de leur marque particulière faite avec du noir; mais que 
plusieurs d'entre eux se servant appareinment pour cette 
empreinte de quelque matière corrosive autre que le noir 
de fumée indiqué par ledit article, il est arrivé que nom- 
bre "de toiles au retour du blanchissage se sont trouvé 
rongées et trouées aux endroits même des empreintes ; 
que cet inconvénient méritoit d'autant plus nos atten- 
tions que plusieurs de ces ouvriers s'étoient mis dans 
l'habitude d'appliquer leurs empreintes, les uns à quatre 
doigts et plus au-dessous des franges, et d'autres à même 
distance de la queue ; qu'il est d'autant plus important de 
réprimer cet abus, que le cas arrivant que les toiles soient 
rongées ou trouées aux places des empreintes, et les mar- 
chands étant dans la nécessité de couper ces parties en- 
dommagées, l'aunAge ordonné pour chaque espèce ne s'y 



— 410 — 

trouve plus, ce qui cause des discussions fréquentes entre 
les vendeurs et les acheteurs ; à quoi étant très intéres- 
sant de remédier, ayant égard aux remontrances du sieur 
de Théîs, inspecteur général desd. toiles, lequel nous a 
déclaré et attesté avoir reconnu et vériûé ce fait dans ses 
visites chez lesd. marchands dans le courant de ce mois^ 
et sur ce ouï le procureur fiscal de cette ville, sous le bon 
plaisir du conseil et de M. Tintendant; 

Nous avons ordonné et ordonnons qu'à l'avenir, et 
sous peine d'amende, tous fabricans de toiles batistes et 
linons seront tenus d'appliquer aux coins sur les deux 
bouts, directement sous la frange et à l'extrémité de la 
queue, lempreinte de leurs marques avec du noir de fumée, 
de l'ocre ou autre ingrédient non corrosif : leur faisons 
défenses sous les mêmes peines d'employer de Tencre ni 
autre matière semblable. 

Ordonnons en outre à tous rotiers de cette ville et de 
notre ressort de se conformer exactement à l'article 12 du 
règlement du 12 septembre 1729, en ce qui regarde la fer- 
brication des rots desd. toiles, soit pour leur largeur, soit 
pour leur compassement égal, de manière que les dents 
ne soient pas plus espacées en un endroit que dans l'autre, 
et ce sous les peines du règlement. 

Et afin que personne n'en prétende cause d'ignorance, 
sera notre présente ordonnance imprimée, publiée et affi- 
chée dans les lieux et carrefours ordinaires de cette ville, 
même dans les magasins des courtiers de toiles, à qui 
nous enjoignons d'y tenir la main et de nous avertir des 
contraventions ; et copies envoïées dans les villages de 
notre ressort, pour être exécutées nonobstant opposition 
ou apellation quelconques, et sans préjudice d'icelles, 
attendu qu'il s'agit du bien et du bon ordre de la manu- 
facture. 

Donné à Saint-Quentin, en notre audience de police, 
les jour et an susdits. 

Signé : Watier, greffier. 



— 411 — 

Note de la page 19 f. 
Archives de 1* Aisne, c. 759. 

13 juin 1653. 



Btat des réi^lements oonoemant la ftdirique de Salnt-Çuentin 
qiil oontiennent les ditpooitlons sur les longueurs et largeurs 
des pièces de ioUes, toUettesi linonsy elo. 

Règlement des maire et échevins qui fait défenses aux 
commis pour la jauge et la marque des toiles et rots de les 
marquer qu'elles n'aient leurs longueur et largeur ordi- 
naires, savoir : pour les batistes 12 aunes et demie de lon- 
gueur, pour les claires 13 aunes un huitième de longueur, 
pour les unes et les autres deux tiers de largeur; pour les 
toiles fortes façon d'Hollande, batistes et claires larges 
\4 aunes un qu'art de longueur et trois quarts un pouce de 
largeur. Ne pourront les courtiers exposer coupon de toi- 
lette en vente qui ne soit pour le moins de la longueur 
d'une aune trois quarts et de la largeur de deux tiers. 
Toutes toiles qui seront trouvées défectueuses pour n'être 
de longueur requise seront converties en coupons par le 
commis à la jauge, et celles qui n'auront leur largeur se- 
ront coupées par lui-même dans l'une des lisières. 
Demeurera le commis garant des défauts qui se trouve- 
ront dans la longueur et largeur des toiles qu'il aura mar- 
quées. Les toilettes venant des lieux circonvoisins seront 
jaugées et marquées, etc. Les rots seront de la largeur 
ci-dessus dite, à peine de 10 livres d'amende. Ils seront 
jaugés et marqués. 



— Ai2 — 

12 septembre 1729. 
Note de la page 191. 

Arrêt do Oonsell portant règlement pour les toUct iMtUtetf 
linont de Pl««rdiey Artol», Haineuty eto. 

Art. 1". Les toiles batistes auront de largeur deux 
tiers d'aune de Paris. La pièce aura de longueur non com- 
pris les franges 12 aunes et demie. Les coupons ou dou- 
blets aurojit de longueur 2 aunes et demie. 

Art. 2. Les linons larges, unis, rayés ou mouchetés 
appelé trois-quarts auront 3 quarts d'aune de largeur et la 
pièce sera de quinze aunes de longueur aussi mesure de 
Paris non compris les franges. 

Art. 3. Les toiles appelées claires deux-tiers ou linons 
étroits, 2 tiers d'aune de largeur et 13 aunes de longueur 
sans les franges. Les coupons ou doublets 2 aunes de lon- 
gueur mesure de Paris. 

Art. 7. Défense de faire lesd. toiles et linons d'autres 
largeur et longueur que de celles ci-dessus prescrites, à 
peine de confiscation et de 100 livres d'amende. 

Art. 9. Les ourdoirs ne contiendront depuis la four- 
chette d'en bas jusqu'à la dernière cheville d'en haut que 
16 aunes 1 quart de longueur de fil mesure de Paris. 

Art. 10. Les fils seront ourdis à 10 fils. 

Art. 12. Les rots pour la fabrique des batistes auront 
2 tiers d'aune et 3 pouces de largeur. Ceux pour les linons 
auront 3 quarts d'aune et un pouce de largeur, le tout 
mesure de Paris. 

Art. 13. Prononce la confiscation avec 50 livres d'a- 
mende pour les rots qui ne seroient pas des largeurs ci- 
dessus dites. 

Art. 14. Ordonne que les ourdoirs qui ne seront pas de 
la largeur fixée ou compassés de la manière prescrite par 
l'art. 12 seront rompus et brisés, et les particuliers chez 
lesquels ils se seront trouvés condamnés chacun en 50 li< 
vres d'amende. 



— 413 — 

Art. 17. Fait défense aux commis de marquer et aux 
courtiers d'exposer en vente aucunes toiles qui ne seroient 
pas des longueur et largeur prescrites par cet arrêt, à 
peine de coiâscation et de 500 livres d'amende tant con- 
tre les commis que contre les courtiers, etc. 



24juiUetl731. 



Arrêt du conseil en interprétation de ceux des 19 septembre 
1199 et 11 février 1131. 

Art. 1". Les toiles batistes auront deux tiers d'aune 
de largeur mesure de Paris ; la pièce 12 aunes et demi de 
longueur en écru non compris les franges, pour revenir 
au sortir du blanchissage et du dernier apprêt à 12 aunes 
un quart. Les coupons ou doublets auront 2 aunes 4 pouces 
en écru pour revenir après le dernier apprêt à 2 aunes 

2 pouces. Permet néanmoins la fabrication de batiste 
d'une qualité plus forte de 2 tiers de largeur et de 14 
aunes et demi de longueur en écru pour revenir toutes 
apprêtées à 14 aunes mesure de Paris. Les linons larges, 
unis , rayés ou mouchetés appelés trois-quarts auront 

3 quarts d'aune de largeur et la pièce 14 aunes 1 quart de 
longueur en écru, aussi mesure de Paris, non compris 
les franges, pour revenir au sortir du blanchissage et du 
dernier apprêt à 14 aunes. 

Art. 3. Les toiles claires deux-tiers ou linons étroits au- 
ront 2 tiers d'aune de largeur, la pièce 13 aunes un quart 
de longueur en écru sans les franges, pour revenir à 13 
aunes après le blanchissage et le dernier apprêt. Les cou- 
pons ou doublets auront 2 aunes 4 pouces en écru, le tout 
mesure de Paris. 

Art. 4. Les ûls ne pourront être ourdis à moins de 
8 fils. 

Art. 5. Les rots servant à la fabrique des batistes au- 
ront 2 tiers d'aune et 3 pouces de largeur, ceux pour les 
linons larges 3 quarts d'aune et 3 pouces de largeur, le 
tout mesure de Paris. 



— 444 — 



30 avril 1735. 

Règlement des maire et échevins. 

Art. 3. Porte que, conformément aux art. 1*' et 3 de 
Tarrét du 24 juillet 1731 , les doublets provenant des 
batistes et claires deux-tiers auront 2 aunes 4 pouces 
en écru. 

Art. 4. Fait défense d'en vendre qui n'aient lesd. lon- 
gueur et largeur. 

Art. 5. Permet, pour la facilité du commerce, de pré- 
senter à la marque des toiles appelées claires deux-tiers 
ou linon étroit dans toute leur longueur de 15 aunes 
1 quart et 4 pouces, lesquelles recevront la marque à 
13 aunes 1 quart. 



25 avril 1736. 



Règlement des maire et échevins. 

Art. 4. Veut qu'on saisisse toutes les pièces qui ne 
seront pas dans les dimensions prescrites par les règle- 
ments, quelque peu considérable que soit le défaut. 



30 juin 1736. 

Ordonnance de M. Chauvelin, 

Veut qu'on saisisse toutes les toiles qui n'auront pas été 
fabriquées dans des rots des mesures prescrites par les 
règlements, particulièrement les linons dits trois-quarts 
unis, rayés, mouchetés et brodés. 



— 41B — 



20 février 1743. 



Règlement des maire et échevins concernant la fabrique de 
deux espèces de toiles et mouchoirs. 

Art. 2. La première espèce de ces toiles aura 15 aunes 
à la pièce, la pièce 20 mouchoirs et chaque mouchoir 3 
quarts de long et autant de large. 

Art. 3. La seconde espèce aura 15 aunes à la pièce, la 
pièce 22 mouchoirs et chaque mouchoir 2 tiers de long et 
autant de large. 

Art. 4. Défense de fabriquer ou vendre aucunes toiles 
ou mouchoirs que des longueurs et largeurs ci-dessus à 
peine de confiscation et d'amende arbitraire. 



i0jumêtl745. 



Règlement des maire et échevins. 

Art. 1". Porte inîonction aux courtiers de couper en 
bouts et de dénoncer les doublets qui leur seroient pré- 
sentés étant moins larges que de 2 aunes 4 pouces en 
écru. 



4 février 1758. 

Ordonnance des maire et échevins qui ordonne lezécu- 
tion des règlements tant anciens que nouveaux, avec la 
collection de ces règlements et le tarif des droits attribués 
aux nouveaux courtiers. 



— 416 — 

PRBMiàRB PARTIE. — CHAPITRE III. 

Note de la page 193. 

Archives de TAîsne, c. 761 . 

1771. 

Prohibition des toile*. 

A Monsieur Gabriel Dumomtier^ à Saint-Quentin. 

Madrid, 30 janvier 1771. 

J'ai reçu, Monsieur, la lettre dont vous m'avez honoré 
le 16 du 'mois de novembre dernier; je n'ai point vu les 
représentations que vous m'énoncez du commerce de 
Bayonne ni celle de celui de Saint-Quentin sur la prag- 
matique d'Espagne, qui non-seulement deffend l'introduc- 
tion des mousselines, mais Tusage de ces toiles, et prescrit 
aux femmes de n'avoir que des mantilles de soye ou de 
laine. Je suis très éloigné de croire que l'Espagne ait fait 
une bonne opération pour l'encouragement et la prospé- 
rité de ses fabriques. 

L'usage des mantilles de soyes ne peut se soutenir que 
par un très petit nombre de femmes riches, qui bientôt les 
abandonneront pour se mettre comme le bas peuple, car 
l'agrément de la mantille est de confondre tous les rangs 
et de rendre moins remarquable une dame qui sorte à la 
rue pour ainsi dire déguisée, et sans les marques de son 
rang. Le bas peuple n'est pas à beaucoup près aussi aisé en 
Espagne pour soutenir la dépense des mantilles de soye ; 
il prendra les mantilles de laine comme avant l'usage des 
mousselines, et ce sera uniquement à l'avantage des An- 
glois qui fournissoient ci-devant les franelles, cristals, 
arascots et autres petites étoffes de laine blanches pour 



— 417 — 

Tusage des mantilles; je crois que les auteurs de cette 
pragmatique en Espagne n^ont pas assés réfléchi à ces 
circonstances. Je tâche de les relever, et vous me ferez 
un sensible plaisir de m'aider de vos observations. 

J'avois vu avec plaisir que nos petites étoffes dô coton 
de différentes couleurs prenoient peu à peu en Espagne 
la place des petites étoffes de laine anglaises, telles que 
les sempiternes, calamandres et autres de cette espèce ; 
en effet ces étoffes de coton et fll revenoient à bon marché 
et servoient à habiller le bas peuple chaudement et pro- 
prement; mais le même esprit qui a imaginé la défense 
des mousselines avoit précédemment fait défendre Tintro- 
duction de siamoises et de toutes les toiles de coton et fll. 
Il est aisé à des mal intentionnés pour la France de sur- 
prendre la religion des ministres qui n'entrent pas dans 
ces détails, mais dont les conséquences ne sont pas moins 
fâcheuses. 

Je suis très-sensible aux marques de votre souvenir, 
vous ne pouvez pas douter de la continuation de mes sen- 
timents à votre égard, et de Testime et de l'attachement 
inviolable avec lequel j'ai Thonneur d'être. Monsieur, 
votre très-humble et très-obéissant serviteur. 

L'abbé de Bbliardy. 



A Monsieur Dupleix, intendant d'Amiens. 

Paris, ce 28 mars 177i. 
Monsieur, 
Je reçois une lettre du sieur Tribert, inspecteur des 
manufactures à Saint-Quentin, qui fait des représentations 
sur le préjudice considérable que cause au commerce de 
cette ville la prohibition de nos toiles en Angleterre, en 
Espagne et en Portugal. Il observe que le roi d'Espagne 
ayant défendu par sa pragmatique du mois de juin dernier 
rentrée dans ses états des toiles de coton ou mêlées de 
coton, nos demi-mousselines en ont été exclues; et il 
ajoute que nos toiles de mode, dont la chaîne et la trame 
sont de fll, avoient continué d'y entrer librement, attendu 
que le peu de coton dont elles sont brochées n'avoit pas 



— 418 — 

été jusqu'à présent un obstacle à leur introduction ; mais 
que les commis des douanes à Agreda en ont fait, le mois 
dernier, une saisie si considérable qu'à cette nouvelle les 
achats qui avoient pris faveur ont été totalement suspen- 
dus, les marchands ne voulant point se charger de toiles 
dont ils ne prévoyent plus le débouché. Je vous prie de 
vouloir bien vous faire informer de la vérité de ces faits 
et de me marquer ce que vous pensez qu'il conviendroit 
faire en cette circonstance. 
Je suis, etc. 

Signé Trudainb. 



Lettre de Gabriel Dumontier . 

A Saint-Quentin, le il avril 1771. 

Monsieur, 

On'm'a communiqué la demande que vous avez fait ici 
sur l'objet de nos toiles dont les douanes en Espagne re- 
fusent l'entrée, et je crois devoir vous informer de l'état 
de la question. 

Au mois de juin dernier la cour d'Espagne a rendu une 
pragmatique qui défend l'usage de nos toilles de coton ou 
demy-mousselines, et ordonne qu'à l'avenir les mantes de 
femmes seront faites de laine ou de soye; j'ai eu Thonneur 
de vous le dire à votre passage ici au mois d'octobre der- 
nier. Les difficultés multipliées et les refus de payemens 
de plusieurs de mes débiteurs en Espagne, fondés sur cette 
pragmatique, m'obligèrent d'en écrire à M. le duc de 
Choiseul, qui m'a constamment honoré de ses bontés. Je 
lui remis un mémoire détaillé de tous les désagrémens 
que le commerce éprouvoit, et combien cette pragmatique 
alloit faire de tort au commerce de cette ville et à celui 
de Rouen ; que c'étoit un objet de plus d'un million pour 
notre fabrique de diminution dans l'exportation annuelle, 
et infiniment plus considérable pour celle de Rouen. 
M. le duc de Choiseul me fit répondre par M. l'abbé de 
La Ville que, malgré tout le désir qu'il avoit de me rendre 
service, les circonstances ne le luy permettoient pas, et 



— 419 — 

qu'il falloit attendre, parce qu'il ne vouloit pour Tinstant 
demander rien à la cour d'Espagne. Lors de Taccord con- 
clu entre cette cour et l'Angleterre, j'ay remis un nou- 
veau mémoire à M. Tabbé de la Ville, et jusques àprésent 
il n'y a rien eu de nouveau, et les Anglais ont remplacé 
nos toilles par de petites étoffes légères en laine... Vous 
jugés facilement, Monsieur, que cette pragmatique est 
tout à fait à l'avantage des ennemis constants de la France 
et de l'Espagne et aux détriments de nos fabriques. 

Les douanes d'Agreda et de Vittoria ont fait arrêter des 
toilles à fleurs, dont le fond est fil et seulement les fleurs 
en cotton. Je crois que Ton pourroit attester, sans se trop 
charger la conscience, que nos toilles sont de fil, car le 
cotton qui entre dans les fieurs et qui les forme n'est pas 
un objet de considération. Si le ministère veut faire de- 
mander à M. l'abbé de La Ville le dernier mémoire que 
je lui remis, ou si vous jugez à propos, Monsieur, que je 
vous en remette un nouveau, je le ferai sur le champ et je 
vous supplierai de m'aider de vos lumières. M. l'abbé Be- 
liardy est chargé des affaires du commerce à Madrid, et 
je vous envoys cy-joint la réponse qu'il m'a fait sur cet 
objet, en vous priant d'observer que j'ay satisfait par ma 
réponse à ce qu'il me demandoit. 

Je désire. Monsieur, que vous sôyés content de ce dé- 
tail et qu'il puisse vous être utile ; je serois bien heureux 
si je pouvois contribuer à vos vues patriotiques et à l'in- 
térêt et aux soins que vous prenez à la province qui vous 
est confiée. J'aurai toujours une véritable satisfaction à 
vous donner des preuves du respectueux attachement avec 
lequel j'ay l'honneur d'être. Monsieur, votre très humble 
et obéissant serviteur. 

Gabriel Dumoutier. 

Si M. l'abbé Terray veut d'autres éclaircissements, 
j'attendrai vos ordres pour vous les faire passer. 



— 420 



illnuto de lettre de fXatendaat d'Amiens 
à M. de Tmdeine. 

Ce 30 avril 1771. 
Monsieur, 

J'ai reçu votre lettre du 28 mars dernier, etc. . . Pour vous 
procurer'les éclaircissements que vous désirés, j'ay chargé 
mon subdélégué de faire assembler les négocians de Saint- 
Quentin et de leur demander un mémoire qui contint les 
détails et les preuves de la vérité des faits qui avoient 
donné lieu aux représentations de l'inspecteur et par 
lequel ils proposassent en même temps les moyens qu'ils 
croiroient les plus propres pour remédier aux inconvé- 
niens qui en résultent. Ils viennent de rédiger ce mémoire 
et de me l'adresser. J'ai l'honneur de vous l'envoyer; il 
paroit qu'il ne laisse rien à désirer sur la vérité et sur 
l'exactitude des faits et qu'il rend très-sensibles les maux 
que la nouvelle prohibition occasionneroit à la fabrique 
de cette ville, qui a déjà reçu un échec très-funeste par 
celle des toiles raiées et à carreaux. Les toiles brochées 
étoient un effort de l'industrie des fabricans et des négo- 
cians pour se prêter à tout ce qui pou voit être inventé, et 
ce genre de fabrication suppléoit à d'autres qui ne fed- 
soient plus que languir. Il estaisé de concevoir combien doit 
être grande la perte qui résultera de la prohibition, tant 
pour le fabricant que pour le négociant, s'il est vrai, comme 
le porte le mémoire, que presque toute la consommation 
de cette espèce de toiles sefaisoit en Espagne. Au fond il 
paroit que c'est avec raison qu'ils soutiennent que la pro- 
hibition ne peut tomber que sur les toiles dans la chaîne 
et dans la trame desquelles il entre du coton, mais elle ne 
peut être étendue à celles dont la chaîne et la trame sont 
entièrement de lin et dans lesquelles il n'entre du coton 
que pour former les fleurs brochées qui ne font pas corps 
avec la toile. Je joins mes instances, Monsieur, à celles 
de ces négocians pour que vous veuilliez bien les honorer 
de votre protection et leur faire obtenir du ministère 
d'Espagne un traitement favorable. 

Je suis, etc. 



— 421 — 

PRBMIÂRB PARTIS. — GHAPIT&B lU. 

Note de la page 194. 

Archives de TAisne, c. 755. 

28 avril 1711. 

Arrdt du Gonieil d'Etat ooncemant la marqua de 
et tollat de ootoa blanches. 

Le Roy s'estant fait représenter l'arrest du 9 juillet 
1710 par lequel Sa Majesté, pour favoriser la course sur ses 
ennemis, et accorder de nouvelles grâces à ceux qui vou- 
dront y prendre intérest, auroit permis de vendre et con- 
sommer dans le royaume plusieurs espèces de marchan- 
dises qui, par les règlemens précédons, dévoient estre 
renvoyées dans les pays étrangers, et entre autres les 
mousselines et toiles de coton blanches, en payant les 
droits fixés par ledit arrest : l'arrest du 27 août 1709 par 
lequel, article 2, il a esté défendu de faire aucun commerce 
ni trafic, vendre ni acheter directement ou indirectement 
en gros ou en détail, aucunes mousselines ni toiles de 
coton neuves ou vieilles, soit blanches ou peintes, dedans 
ou dehors le royaume, à Texception néanmoins des mous- 
selines et toiles de coton blanches, qui proviendront des 
prises faites sur mer, et dont Sa Msgesté a permis le débit 
et l'usage pendant le cours de la présente guerre seule- 
ment : deux arrêts du 10 décembre 1709, par lesquels Sa 
Majesté, pour donner de nouvelles marques de sa protec- 
tion à la compagnie des Indes-Orientales, auroit pareille- 
ment permis de vendre et acheter les mousselines et toiles 
de coton blanches apportées dans le royaume sur les vais- 
seaux le Saint-Louis^ le Hfalo et le Jean-Baptiste^ et sur la 
patache la Bien-Aimée^ et Sa Majesté estant informée, 
qu'au préjudice dudit arrest du 27 aoust 1709, il a esté 
introduit dans le royaume plusieurs pièces de mousse- 



— 422 - 

lines et toiles de coton blanches provenantes dn com- 
merce des estats voisins ou* étrangers; à quoy désirant 
pourvoir et empescher tous les abus et fraudes qui pour- 
roient estre commis et qui nuiroient aux manufactures 
du royaume ; ouy le rapport du sieur Desmaretz, con- 
seiller ordinaire au conseil royal, controlleur général 
des finances, Sa Majesté en son conseil a ordonné et 
ordonne que ledit arrest du 27 aoust 1709 sera exécuté 
selon sa forme et teneur ; et en conséquence, que dans 
quinzaine pour toute préfixion et délay, à compter du 
jour de la publication du présent arrest, les marchands, 
négocians et autres particuliers qui auront en leur pos- 
session des pièces de mousselines ou toiles de coton 
blanches, seront tenus de les représenter à Paris par 
devant le sieur d'Argenson, conseiller d'état ordinaire, 
lieutenant-général de police, et dans les provinces par- 
devant les sieurs intendans et commissaires départis, 
leurs subdéléguez ou autres officiers par eux commis ; et 
qu'après qu'il leur aura été justifié qu'elles sont prove- 
nues des prises faites sur mer, ou des ventes de la com- 
pagnie des Indes-Orientales, il sera dressé procès-verbal 
de leur nombre et qualité, et des noms des marchands et 
autres particuliers qui les auront représentées : et il sera 
apposé à chacune d'icelles avec un cachet une marque 
pareille, à l'empreinte qui sera mise au pied du présent 
arrest, et qui sera imprimée sur un morceau de ijarche- 
min, signée et paraphée parles sieurs Mesnageret Chau- 
vin, que Sa Majesté a commis et commet pour cet effet. 
Ordonne aussi Sa Majesté que les pièces de mousselines 
et toiles de coton blanches , qui à l'avenir proviendront 
desdites prises faites sur les ennemis de Testât, seront 
après l'adjudication et après la délivrance aux adju- 
dicataires, marquées en la mesme forme par lesdits 
sieurs intendans et commissaires départis, leurs subdélé- 
guez ou autres officiers par eux commis : Défendant Sa 
Majesté aux officiers des amirautez, aux commis des fer- 
mes et autres dépositaires des marchandises des prises, 
de délivrer lesdites mousselines et toiles de coton blanches 
qu'après l'apposition de ladite marque, à peine d'en estre 
et demeurer responsables en leur propre et privé nom. 
Ordonne en outre Sa Majesté que ceux desdits marchands 
et négocians qui revendront dans la suite aucunes des- 



— 423 — 

dites pièces entières, seront obligez d^en Mve mention sur 
leur registre et d'y exprimer le nombre et qualité desdites 
pièces, et le nom de Tochet^ur, à peine pour chacune 
contravention d'estre condamnez en une amende de cent 
livres, qui ne pourra estre ni remise ni modérée sous quel- 
que prétexte que ce soit ; comme aussi qu'ils seront sous 
la mesme peine tenus de déclarer tous les six mois audit 
sieur d'Argenson, conseiller d'estat ordinaire dans ladite 
ville de Paris, et dans les provinces aux sieurs intendants 
et commissaires départis, leurs subdéléguez et autres offi- 
ciers par eux commis, la quantité des pièces qu'ils auront 
vendues et débitées en détail, et de leur en remettre les 
marques qui y auront esté apposées. Fait au surplus Sa 
Majesté irés-expresses inhibitions et défenses sous les 
peines portées par ledit arrest du conseil du 27 aoust 
1709, à tous marchands, négocians et autres particuliers, 
d'avoir dans leurs boutiques, chambres ou magasins, de 
faire aucun commerce, vendre ni acheter aucunes autres 
pièces de mousselines et toiles de coton blanches, que 
celles qui auront esté marquées en exécution du présent 
arrest. Enjoint Sa Majesté audit sieur d'Argenson, 
et auxdits sieurs intendants et commissaires départis 
de tenir la main à Texécution de ce que dessus. Fait au 
conseil d'estat du Roy, tenu à Marly le 28* jour d'avril 
1711, CoUationné. 

Signé Du Jardin. 

Suivent les lettres d'attache du Roi pour Texécution 
dudit arrêt. 

EMPltEINTB DE LA MARQUE DES MOUSSELINES ET TOILES 
DE COTON BLANCHES. 




— 424 — 

PREMIÈRE PARTIE* — CHAPITRE III. 

Noie de la page 196. 

Archives de TAisoe, c. 761. 

1776-1777. 

Sortie det flb éorut. 



Mémoire des négociants et marchands de toiles en gros de la 
ville de Saint-Quentin, contre la sortie des fils écrus. 

Le produit du sol, de quelque nature qu'il soit, est le 
principe de Taisance et de la richesse de tous les esi^ts, 
qui augmentent en raison du plus ou du moins d'industrie 
de ses habitants. 

Le gouvernement, attentif à ses productions, prête une 
main secourable aux cultivateurs, pour exciter et pour 
encourager leur industrie, soit par remploi utile de ces 
mêmes productions pour Tavantage de ses provinces, soit 
en en facilitant l'exportation, lorsqu'elles sont trop abon- 
dantes, soit enfin en en empêchant la sortie lorsque la 
quantité du produit ne suffît pas à la consommation^ 

Le produit le plus avantageux après les denrées de pre- 
mière nécessité est celui qui peut se convertir en mar- 
chandises manufacturées et susceptibles, outre la consom- 
mation de Tintérieur du pays, d'être transportées à 
l'étranger pour satisfaire à ses besoins soit de luxe, soit 
de nécessité. 

Dans les difEérentes provinces de la Picardie, une des 
plus intéressantes après les blés, est le lin ; cette produc- 
tion est d'autant plus avantageuse que, sans aucuns secours 
étrangers, elle fournit une des belles manufactures du 
royaume, entretient une prodigieuse quantité d'habitants; 
et la plus grande consommation étant à l'étranger, il en 



— 425 — 

résulte un avantage décidé de faire rentrer beaucoup de 
fonds, et d'avoir à son égard la balance du commerce en 
sa faveur. 

On ne peut disconvenir que le principal avantage ne 
soit de la culture du lin, aux fils ourdis, et prêts à mettre 
sur le métier, et que le surplus n*est qu'une simple main- 
d'œuvre qui n'est, dit-on, pas à comparer avec les pre- 
miers avantages delà culture du lin à la filature; mais ne 
se trompe-t-on pas à cet égard? Et quand on voudra con- 
sidérer que la seule ville de Saint-Quentin entretient au 
moins 12 à 13,000 métiers, 4 grandes 'blanchisseries, au- 
tant de ployeries, on conviendra que la fabrication des 
toiles est d'un avantage réel et infini, par l'entretien de 
ces mêmes ouvriers en tout genre qu'elle occupe et des 
suites qui en dépendent. Il résulte même un avantage trop 
certain pour l'état d'empêcher la sortie des fils, qu'il est 
étonnant que jusqu'à présent on n'y ait pas fait plus d'at- 
tention. 

En effet, quoique les partisans de l'exportation allèguent 
qu'il doit être indifférent à Tétat que les fils sortent ou 
non, une seule observation suffit pour faire la preuve du 
contraire. 

Une toile manufacturée excède trop le prix de lamatiére 
pour ne pas mériter toute la considération du conseil; une 
chose constante, c'est qu'en ajoutant au prix du fil la façon 
de l'ouvrier, les petits frais du fabricant (comme façon de 
trames, parement et braises), le prix du blanc, de l'apprêt 
et de l'expédition, à quoi il faut ajouter le bénéfice du 
marchand, il résulte de tout ce calcul qu'il n'est pas de 
toile qui au moment de l'expédition ne soit pour le moins 
à deux tiers en sus du prix de la matière première, d'au- 
' très doublent le prix; et on n'avance rien de trop en as- 
surant qu'il est des toiles qui donnent plus d'un capital 
de différence. 

C'est donc en tout état de cause une perte réelle pour 
l'état que de souffrir l'exportation des fils, qui en général 
peut être évaluée à la moitié de la valeur des toiles fabri- 
quées et expédiées, et d'autant plus sensible que cela 
prive de travail une grande quantité d'ouvriers, raison 
pour laquelle il seroit du bien général que le conseil de Sa 
Majesté défendît la sortie des fils. 

Le principal objet, et qui peut seul nous conserver ces 



— 426 — 

ayantages, est de fournir à ces ouvriers des fils ourdis à 
un prix modéré, et qui puisse conserver à la fabrique la 
préférence qu'elle a su mériter chez l'étranger, et qu'elle 
est sur le point de voir s'évanouir par le haut prix auquel 
les ûls ourdis ont été portés, et qui est tel que nombre 
d'ouvriers préfèrent de rester oisifs plutôt que de conti- 
nuer leur fabrication par le peu d'espoir qu'ils ont de re- 
tirer le fruit de leur peine et de leurs veilles. 

La principale, et même l'unique cause de cette augmen- 
tation dans le prix des fils ourdis, est la prodigieuse quan- 
tité qui s'en exporte pour alimenter les fabriques étran- 
gères, telle que celles de la Flandre autrichienne, celles 
de la Hollande, celles d'Angleterre et celles d'Ecosse. 

On connoît l'étendue de celles de la Hollande qui, sans 
récolter de lin dans l'étendue de ses domaines, ne les 
entretient qu'avec des fils étrangers, et particulièrement 
avec les nôtres, au détriment de nos manufactures, en 
nous privant de ces matières premières, qu'on ne doit pas 
craindre de voir trop abonder par les moyens qu'on a de 
les employer toutes. Notre fabrique s'enrichissant de nou- 
velles branches et qui n'ont besoin que delà protection du 
gouvernement pour s'augmenter encore, par l'intelligence 
et l'industrie de nos ouvriers, entretenus, excités, encou- 
ragés par des négociants patriotes qui ne demandent, qui 
ne désirent que la prospérité de la province. 

Le commerce des fils ourdis est considérable dans le 
Hainaut, le Cambrésis, l'Artois, la Picardie et le Soisson- 
nais; partie des fabricants trouvant plus d'avantage à 
vendre ces fils qu'à les employer, sont devenus filatiers. 

Les autres, découragés par la rareté des fils occasionnée 
par la trop grande quantité qui s'en exporte, sont dans la 
dure nécessité d'abandonner leurs métiers ou de courir 
risque de se ruiner, en employant des matières à trop 
haut prix, qui lui enlèvent tout l'avantage de sa fabrica- 
tion. 

On ne saurait trop tôt remédier à un abus qui anéantira 
infailliblement la fabrique. 

Le conseil de Sa Majesté, toujours attentif au bien du 
commerce, a confié vainement aux fermiers généraux le 
soin d'empêcher la sortie des fils, au moyen des postes et 
bureaux établis sur les frontières. Les employés des traites 
qui regardent la partie des fils comme étrangère à leur 



— 427 — 

fonction, la négligent, etdonnent lieu à un abus aussi pré- 
judiciable. 

Partie de cette fraude se fait par la Thiéracbe; les gens 
faisant la profession de filatiers prennent un passavant 
pour Saint-Michel, d'où il est facile de passer sur la terre 
de Chimaj, au moyen des bois de cette abbaye, qui con- 
duisent sur les limitas de cette terre peu ou mal gardée. 

Orchies et Saint-Amand ouvrent encore la porte à la 
fraude, au moyen des bois de Saint-Amand et de Bon- 
Secours, limitrophes des terres étrangères. 

La subdélégation d'Hirson regorge de filatiers et n'a 
que peu ou point de fabricants. 

Les fils qui s'y recueillent ne sont destinés en consé- 
quence qu'à être transportés chez l'étranger par les lieux 
indiqués ci-dessus de Saint-Michel, Orchies, Marchienne 
et Saint- Amand. Le moyen de Tempécher seroit de dé- 
fendre aux bureaux des traites de l'intérieur de délivrer 
aucun passavant ou expédition pourHirson, Saint-Michel, 
Saint- Amand, Orchies et autres lieux limitrophes des 
pays étrangers. 

Il fut un temps où il pouvoit être utile et avantageux 
de permettre la sortie des fils ourdis, c'étoit lorsque leur 
trop grande abondance en rendoit le prix onéreux aux 
cultivateurs et aux fileuses (parties précieuses à l'état), 
c'étoit dans un temps où la fabrique se trouvoit restreinte 
à un moindre nombre d'articles ; mais ce temps n'existe 
que dans le souvenir, et aujourd'hui que les choses sont 
. changées de face, les vues du gouvernement doivent aussi 
changer à cet égard. 

Autant il pouvoit être avantageux, il y a 50 ans, de 
laisser libre la sortie des fils, autant il seroit du bien de 
la fabrique aujourd'hui que la sortie en fût prohibée sous 
les peines les plus rigoureuses, et que le conseil de Sa 
Majesté s'occupât essentiellement de nous conserver la 
masse des fils que produit la province, et qui seroit du 
plus grand avantage pour tous nos cantons, en occupant 
plus de bras, et nous mettant à même de fournir des mar- 
chandises à meilleur compte, et en nous fournissant les 
moyens de conserver la préférence sur les fabriques de 
Silésle. et les autres fabriques étrangères, analogues à la 
nôtre, et auxquelles il est à craindre que le trop haut prix 
de nos fils ne procure un avantage sur nous, et n'entraîne 



— 428 — 

par suite la ruine totale de notre fabrique en excédant 
trop ses prix. 

Une nouvelle source qui, contre l'esprit des règlements 
et ordonnances, nous enlève beaucoup de nos ms, est la 
prodigieuse quantité qu'en consomment les fabriques de 
Tours, de Lyonet de Nîmes, quoique, parles divers règle- 
ments concernant les fabriques, il l^^ur seroit rigoureuse- 
ment défendu d'employer pour leur fabrication d'autres 
matières que la soie, l'or et l'argent; en s'écartant ainsi 
de leur constitution, et leurs cantons ne fournissant point 
de fils, il n'y a que notre province qui puisse les leur 
fournir, au préjudice de nos propres besoins, et diminue 
d'autant l'abondance qui nous est nécessaire pour étendre' 
notre produit et nos consommations. On ne parle pas ici 
des fabriques de Reims, d'Amiens, de Bourges, de Paris 
et d'ailleurs, dont les objets sont des marchandises mé- 
langées, et qui n'ont pas de règlemens au contraire. 

On n'a jamais mieux senti qu'on le fait à présent le dés- 
avantage de la rareté des fils par le manque réel que nous 
avons eu de certains articles, qui fait un vuide dans les 
ventes, et porte un préjudice notable au commerce de cette 
ville, fauté de pouvoir satisfaire aux demandes qui y sont 
faites. 

Il est donc de toute nécessité, pour jouir de tous les 
avantages que nous offre le produit même de nos pro- 
vinces, de tenir la main à l'exécution des ordonnances 
qui défendent la sortie des fils, si l'on veut empêcher que 
la manufacture ne tombe entièrement par le manque de 
matières de qualité convenable à ses emplois, qui oblige 
le fabricant à se servir de trame au lieu de chaîne dont il 
est dépourvu, et princfpaleraent pour les toiles dites gazes 
de fil, qui demandent les meilleures matières; cette 
branche, devenue considérable pour l'intérieur du royaume 
comme pour l'étranger, ne pourra se soutenir faute de 
bonnes matières. 

En vain les partisans de l'exportation des fils voudroient- 
ils soutenir que les fils propres à la fabrique ne peuvent 
pas tous y être employés, et qu'il n'est que le superflu qui 
passe à l'étranger; l'événement prouve le contraire, et que 
c'est le nécessaire, et non le superflu qui s'exporte, puis- 
que le fil manque. 

Il est encore certain, et on en appelle aux meilleurs 



— 429 — 

fiibricaiiB de SaintHQaentin, curieux, oomme ils le ecmt, 
de soutenir leur réputation, que les plus forts mulqui- 
niers ne sont pas en état d'entretenir la moitié de leurs 
ouyrierB, ûuite de matières et de fils propres à leur &- 
brique. 

Ce n'est pas à nous à indiquer au conseil de Sa Mi^esté 
les moyens les plus propres à mettre en usage pour re- 
mettre l'abondance de nos ûls ourdis et prêts à mettre en 
œuTre, en en empêchant la sortie, qui est Tunique Toje 
qui puisse nous procurer l'aTantage de travailler avec plus 
de fruit, et de seconder l'industrie des ouvriers, comme 
de fournir de nouveaux article» que le manque de ma- 
tières nous empêche d'entreprendre. 

De plus l'exportation des fils ourdis pour les &briques 
étrangères ouvre encore la porte à un tort des plus consi- 
dérables, en ce que nombre d'ouvriers de la fabrique, 
assurés qu'ils sont d^avoir de 1 emploi dans les manufac- 
tures étrangères, s'éloignent et sont dans le cas de former 
des ouvriers qui sont et seront toujours les destructeurs 
de notre £^rique, au lieu que trouvant un emploi honnête 
dans leur patrie, tout les porterait à j rester, eux et leurs 
Êunilles, et conserveroit des sujets à TEtat. 

L'événement prouve tous les jours que ce ne sont pas 
les moindres ouvriers qui s^xpatrient ainsi, et nos voisins 
qui profitent de notre perte ne négligent rien de ce qui peut 
les leur conserver, soit du côté de lavantage qu1ls leur 
accordent, soit du côté de la tolérance dont ils usent à 
leur égard. Motifs pnissans chez bien des hommes pour 
profiter du plus léger prétexte pour se porter avec leur 
industrie dans les endroits où ils croient être plus heu- 
reux. S'il est moins rare de voir 'des cosmopolites dans 
cette classe d'habitans, il doit être intéressant dans tous 
les états d'emplover les moyens les plus efficaces pour se 
les conserver, et avec eux tous les avantages que pro- 
curent un plus grand nombi*e d'habitans dont le bien-^tre 
dépend du succès de leur industrie, en travaillant au bien 
de la fabrique qui les nourrit et qui les entretient. 

La nôtre est susceptible d'augmenter encore ses bran- 
ches ; en effet rien n'empêche, avec plus d'abondance dans 
les matières premières, qu'elle n'iyoute aux articles déjà 
existants des toiles à chemises pour les matelots, qn'on 
tire de l'étranger, qui fournit également la ma^ieure partie 



— 432 — 

gnons ici une copie de notre mémoire; puissent les raisons 
sur lesquelles nous nous fondons militer en notre faveur 
et nous faire obtenir la fin de nos demandes. 

Nous avons Thonneur d'être avec respect, Monsei- 
gneur, vos très humbles et très obéissants serviteurs. 

Les président et commissaires du commerce 
de Saint-Quentin, 

Fromaget, Dumoutier-Devatre, 
DuuEZ, Desjardins. 

^A Saint-Quentin, le 28 décembre 1776.- 



Observations de Tribert. 

11 y a longtemps que j'ay eu connoissance du mémoire 
que les négociants et fabriquants de cette ville ont pré- 
senté au conseil au sujet de la sortie des fils hors du 
royaume. Si j'en avois été cru ils n'auroient jamais pré- 
senté un pareil mémoire. Il est vrai que le prix des fils 
est augmenté et les toiles ont enchéri dans la même pro- 
portion; voilà tout ce qu'ont vu les marchands, voilà ce 
qui excite leurs plaintes et leurs demandes ; mais avant 
d'y avoir égard il faut considérer si la sortie des fils hors 
du royaume est la cause de la hausse du prix des fils, il 
faut encore examiner s'il est possible d'empêcher cette 
sortie, et, s'il étoit possible de le faire, s'il ne seroit pas 
nécessaire de limiter cette défense. 

De tout temps il est sorti des fils du royaume; en sort-il 
plus aujourd'huy qu'il n'en sortait il y a vingt ans? j'ay 
lieu de croire qu'il en sort moins. Il y avoit à Chefca en 
Angleterre une fabrique de toiles batistes qui y avoit été 
portée par deux fabriquants de Saint-Quentin. Ils tiroient 
tous leurs fils de ce pays; cette fabrique étoit considérable, 
elle a dépensé plus de deux millions; elle est tombée; nos 
fils aujourd'hui ne sortent donc plus pour l'alimenter; les 
fabriques d'Ecosse et d'Irlande tombent aussi tous les 
jours; ils ne peuvent point soutenir notre concurrence; 
ils sont obligés de tirer leurs fils en contrebande, ils leur 



— 433 — 

reyiennent plus cher qu'à nos &bricants, il &ut que ces 
fils passent la mer ; ils s'attendrissent, ils contractent de 
l'humidité et ne sont plus d'une aussi bonne usée ; d'ail- 
leurs la main-d'œuvre est plus chère chez les étrangers 
qu'en France, voilà ce qui culbutera toujours les fabriques 
de nos toiles qui s'établiront avec nos fils dans les pays 
étrangers; ces fabriques étant tombées ou dépérissant de 
jour en jour, ce n'est point elles qui font sortir nos fils. 
Je ne doute pas qu'il n'en sorte, mais je ne puis croire 
que la quantité en soit aussi forte qu'on le prétend; d'ail- 
leurs les marchands ne présentent aucune preuve de la 
sortie de ces fils, ils n'indiquent aucun endroit où on les 
employé. S'ils en avoient eu connoissance, ils n'auroient 
pas manqué, pour appuyer leurs demandes, de mettre sous 
les yeux du conseil des faits qu'il leur importoit fort de 
faire connoitre. 

Cependant le prix des fils est augmenté, il est vray, 
pourquoy en chercher la cause dans la forte exportation 
de ces matières premières, tandis qu'il s'en présente une 
toute naturelle. 

Tout est augmenté de prix, pourquoy le fil n'auroit-il 
pas suivi la même loy ? Le bled, cette denrée de nécessité 
absolue, est augmenté de 3 livres, 100 sols et 6 livres ; 
le bois, le charbon et toutes les autres denrées sont aug- 
mentés; la fileuse qui vivoit avec 5 sols par jour ne le 
peut plus faire au même prix, il faut ou qu'elle mendie ou 
qu'elle hausse le prix de sa main-d'œuvre. Le bled est le 
baromètre sur lequel se règlent tous les autres objets; il 
faut vivre, voilà la première loy ; dés qu'un travail assidu 
ne peut plus procurer le nécessaire physique, il faut 
hausser le prix du travail, ou mendier ou mourir. Voilà 
la vraye cause de la hausse du prix des fils; il en est 
toujours sorti et peut-être en plus grande quantité qu'au- 
jourd'hui, sans que le prix en ait augiûenté. La denrée de 
première nécessité est augmentée, l'effet immanquable 
s'en est ensuivi, la hausse de la main-d'œuvre. Si par un 
moyen quelconque on venait à bout de faire tomber le 
prix du fil au point que par le travail le plus suivi la 
fileuse ne trouvast plus son nécessaiife, elle quitteroit ce 
métier ingrat, jusqu'à ce que la rareté de cette matière 
première l'eût îaài remonter à un prix qui peut luy four- 
nir sa subsistance. 



— 434 — 

Mais estr-il possible d'empécher la sortie de ces fils ? Nos 
beaux lins se recueillent sur nos frontières limitrophes 
des Pays-Bas : Jamain, Fenin, Fline, Marchiennes, 
Saint-Amand sont les terres qui produisent les plus beaux 
lins. Nous avons des villages limitrophes avec Tlmpéra- 
trice-Reine, les bois de Saint-Michel bordent les terres 
de la principauté de Chimaj, ceux du Nouvion sont la 
lisierre de l'étranger, Saintr-Amand, Condé en sont à la 
portée du canon. Comment est-il possible que dans cette 
position on empêche de sortir une marchandise d'un aussi 
petit volume que nos fils. Il n'en est pas de cette contre- 
bande comme de celle du sel et du tabac. S'il suffisoitque 
ces deux marchandises fussent entrées de quatre pas eu 
France pour être à l'abri de toutes poursuites, les fer- 
miers-généraux ne vendroient pas un grain de sel et de 
tabac ; mais les poursuites et les visites que l'on en fait 
dans toute l'étendue du royaume en empêchent la con- 
sommation. Nos fils sortis de deux pas du royaume sont 
à l'abry de toutes saisies, l'étranger loin de la poursuivre, 
l'accueille et prête toutes facilités à l'introduction. 

Mettez sur la sortie des fils un droit de dix pour cent, 
mettez-le de vingt, de trente, il en sortira toujours. Le 
fil par acquit-à-caution parvient aux villages mi-parties 
avec rimpératrice-Reine. On décharge l'acquit, et la nuit 
il a passé à l'étranger. Une armée de gardes n'empêchera 
pas une contrebande si facile. Que peut faire un droit de 
dix pour cent? l'arrêt du conseil du 10 juin 1749 qui dé- 
fend la sortie des fils, accorde aux gardes qui saisiront et 
aux dénonciateurs la moitié du prix des effets saisis, fils, 
chevaux, voitures, et la moitié de l'amende qui est de 
3,000 livres. Cet arrêt et les récompenses n'ont pas pro- 
duit une seule saisie. £n 1752, le conseil nomma deux 
commis, gens très-intelligents et qui connoissoient bien 
le pays, pour faire exécuter cet arrêt; ils avoienttous les 
ordres nécessaires pour faire déplacer la maréchaussée et 
tous les commis des fermes des généralités de Picardie, 
Soissonnais, Flandre et Hainault et les employer à 
empêcher la sortie des fils. L'employ de ces commis qui 
étoieut bien payés était attaché aux fruits que produisoit 
leur travail, et malgré toutes les facilités qu'on leur avoit 
données, pendant un an que dura leur commission, il ne se 
fit pas une seule saisie; l'emploi fut supprimé. Les négo- 



— 435 — 

ciants qui demandent que Ton empêche Texportation des 
fils donnent-ils des moyens pour j parvenir; c'est ce 
qu'ils n'ont pas fait et ce qu'ils ne peuvent faire; dès qu'on 
est dans les bois de Saint-Michel, de Bohain et du Nou- 
vion, sans trouver une rivière, ni un fossé de bois en bois, 
on peut se rendre sur les terres de l'Impératrice- Reine ; 
il est aussi difficile d empêcher l'exportation des fils que 
d'empêcher la communication d'un coté de rue à l'autre, 
lorsqu'il n'y a point de recherche après l'introduction. 

En supposant pour un moment que l'on pût trouver des 
moyens efficaces pour empêcher la sortie des fils, je dis 
encore qu'il faudroit limiter cette défense. Depuis long- 
temps on a fait en France, surtout à Saint-Quentin et à 
Valenciennes, des tentatives pour blanchir les fils néces- 
saires à la fabrique des dentelles, ainsi que les fils fins 
destinés à coudre et à broder; jusqu'à présent ces tenta- 
tives ont été infructueuses, on n'a jamais pu parvenir à 
blanchir parfaitement ces fils sans en altérer considéra- 
blement la qualité; c'est à Anvers que l'on envoie ces 
sortes de fils pour être blanchis, d'où ils repassent en 
France et se répandent sans doute à l'étranger pour être 
employés à leurs usages respectifs. Si on empêchoit la 
sortie, que deviendroient nos fabriques de dentelles et 
d'où tirerions-nous nos fils fins propres à coudre et à 
broder? Cette inexportation, si elle étoit possible, auroit 
encore un autre inconvénient, elle ôteroit le pain à un 
nombre considérable de fileuses ; notre fabrique de toiles 
est limitée, et ne consomme pas tous les lins que Ton file; 
ce que les fileuses fileroient au-delà de ce qui est néces- 
saire à la fabrique des toiles seroit en pure perte et ne 
trouveroit plus de débouché. Mais, me dira-t-on, le prix 
des fils dimiijueroit; si cette diminution de prix avoit lieu 
sur le pied où sont les denrées, bientôt la fileuse cesseroit 
son travail; je l'ai déjà dit et je le répète, on abandonne 
bientôt un métier qui ne donne pas le nécessaire physique 
à celui qui le professe. Les marchands trouveront tou- 
jours des avocats qui défendent leurs droits. Qu'il me soit 
permis de stipuler ceux de la malheureuse fileuse ; cette 
classe de gens pauvres et si nécessaire est toujours celle 
sur qui on veut faire retomber les charges des fabriques; 
si le marchand veut tirer de son commerce le plus grand 
avantage possible, qu'il laisse au moins vivre la fileuse ; 



— 436 — 

qu*il gagnée un peu moins et il permettra que les premiers 
agents du commerce gagnent au moins de quoi ne pas 
mourir de faim. 

Quant à la proposition que font les marchands d'inter- 
dire aux fabriques de Lyon, de Tours, Tusage des fils 
de ce pays, je ne puis penser qu'ils ayent pu le faire sé- 
rieusement. Us se plaignent de la sortie des fils? s'il en 
sort il y en a donc surabondance, car on ne dit pas que la 
matière manque, mais qu'elle est trop chère; s'il y en a 
de trop, ne vaut-il pas mieux qu'elle soit employée par les 
fabriques nationales que par les étrangères? car je ne 
puis m'imaginer qu'ils veuillent restreindre le nombre 
des fileuses au point qu'il n'y en ait précisément que le 
nombre suffisant pour alimenter leur fabrique. Pour faire 
sentir combien ils ont peu réfléchi en formant cette de- 
mande, il n'y auroit qu'à leur dire que les fabricants de 
Normandie 'demandent à être seuls autorisés à employer 
du coton ; les plaintes et les cris des fabriques^e Picardie 
se feroient bientôt entendre, et pour se conserver l'usage 
du coton, ils dojineroient des raisons victorieuses que 
peuvent alléguer contre eux les fabriques de Lyon et de 
Tours. Au reste, cette demande me paroît trop mal fon- 
dée, elle tombe d'elle-même et ne mérite aucune atten- 
tion. 

Dans les circonstances présentes, j'estime que le mé- ' 
moire des marchands de Saint-Quentin ne mérite aucune 
considération; les inconvénients, l'impossibilité même de 
l'exécution de ce qu'ils demandent doit le faire rejeter; 
un droit de dix pour cent n'empêchera jamais la sortie 
des fils, et je pense qu'il est inutile de faire des lois dont 
l'exécution ou n'est pas possible ou entraîne des difflcul- 
tés insurmontables. 

A Saint-Quentin, le 22 mars 1777. 

Tribbrt. 



— 437 — 



Lettre à moBseifiieiir le oomte d'i^^t Intendant de là 
généraUté d'Amiens. 



Monseigneur, 

Votre Grandeur voudra bien se rappeler que dans les 
entretiens qu*elle nous a permis d'avoir avec elle, à son 
dernier vojag^e, sur Tétat de notre manufacture et sur les 
moyens de lui rendre toute son activité, nous lui avons 
observé que le principal obstacle étoit la cherté des fils 
occasionnée par les forts enlèvements qui s*en faisoient 
pour l'étranger, et qu'à cet égard nous espérions que le 
conseil de Sa Majesté voudroit bien employer les moyens 
que sa sagesse lui suggéreroit pour nous rendre l'abondance 
nécessaire au bien de notre fabrique. 

Cet objet, qui méritetoute son attention, nous a engagea 
à dresser un mémoire à ces fins, et dont nous prenons la 
liberté de vous remettre une copie. Monseigneur, et nous 
espérons que par la continuation des bontés dont nous favo- 
rise Votre Grandeur, vous voudrés bien appuyer nos rai- 
sons auprès du ministre, et donner un avis favorable à nos 
vues, qui n'ont pour but que le plus grand bien de notre 
fabrique. 

Nous sommes avec respect, Monseigneur, etc. 

Signé : Gabet Tainé, Desja.rdins, Fromaoet, 
Dumoutier-Devatre, Duuez. 

A Saint-Quentin, Z4 novembre 1T72. 



Autre lettre à IHntendent de la généralité d*Ainlem. 

Monseigneur, 

Dans votre dernier voyage, nous avons eu l'honneur de 
vous informer de tout ce que souffroit la fabrique par 
la grande cherté des ûls écrus qui nuit et arrête nos ex- 
portations. 



— 438 — 

Nous n'en avons jamais mieux senty les effets que cette 
année, que l'exportation totale de la fabrique a diminué 
de près de 27,000 pièces, ce qui est constaté par le re- 
levé exact qu'en a fait le receveur du bureau des traites , 
et dont même nous avons besoin pour la répartition de la 
taxe du 20° denier de l'industrie. 

Ne viendrez-vous pas à notre secours, Monseigneur, 
dans cette fâcheuse circonstance ! 

Nous joignons icy la copie d'un mémoire que nous 
adressons à M. le contrôleur-général et à tous les minis- 
tres dont le département a quelque relation avec le com- 
merce. Nous en adressons un également à M. de Monta- 
ran fils et un à M. Parent. 

Les preuves que nous avons de l'intérêt que vous dai- 
gnez prendre au bien et à l'avantage de 'jette fabrique 
nous font espérer que vous employerez tous les moyens 
que vous dictera votre amour du bien public auprès du 
conseil de Sa Majesté, pour qu'il prenne dans la plus sé- 
rieuse considération et l'état dépérissant de notre fabri- 
que, et les moyens d'y apporter les remèdes convenables ; 
c'est de sa haute sagesse que nous attendons le soulage- 
ment à nos peines, et à celles de toute la province, qui ne 
jouit d'un meilleur être que lorsque le commerce y pros- 
père davantage. 

M. de Meaux nous ayant dit vos intentions sur la forme 
de nos états de répartition annuelle du20Menier de l'indus- 
trie, nous prenons la liberté de joindre ici les états des 
trois dernières années, pour que Votre Grandeur veuille 
y mettre son exécutoire qui autorise à faire les poursuites 
nécessaires dans le cas où il se trouveroit des refusans 
d'acquitter ces charges. 

Nous sommes. Monseigneur, vos très-humbles et très- 
obéissans serviteurs. 

Les président et commissaires du commerce de Saint- 
Quentin. 

Signé ; Fromaget, Desjardins, Gabet, 

DuuEZ, etc. 

A Saint-Quentin, le 27 octobre 1775. 



— 439 — 

P^BMIÂRB PARTIS*. — CHAPITRB III. 

Note de la page 191. 

Archives de TAisoe, e. 763. 

14 Mai 1751. 

Ordonnance dispensant let oonunerçants de l'ezaroloe du bureau 
de vitiie des toiles batistes et linons en éoru. 

De par le Roy, Jacques-Bernard Cbauvetin, intendant 
de Picardie, 

Etant informé que l'exercice du bureau de visite des 
toiles batistes et linons déroboit auxnégocians de la vilîe 
de Saint^Quentin un temps précieux pour l'achat de leurs 
marchandises, «t nécessaire au bien de leur commerce, 
qui par son importance et son étendue mérite des soins 
et une protection capables de l'augmenter, le faire fleu- 
rir et le perfectionner ; et comme pour y parvenir l'on 
ne scauroit procurer auxdits négocians trop d'aisances et 
de facilités; vu les ordres du conseil et ceux de 
M. Chauvelin à nous adressés les 25 avril et 6 du présent 
mois ; après avoir entendu le sieur de Bonneval, inspec- 
teur général des manufactures de France, commissaire 
nommé par le conseil, ensemble le sieur Tribert, inspec- 
teur du département, et pris l'avis du sieur Gobinet de 
Villecholle, subdélégué ; tout considéré. 

Nous ordonnons que les négocians de ladite ville seront 
dorénavant dispensés de l'exercice du bureau de visite 
des toiles batistes et linons en écru, laquelle visite sera 
faite par l'inspecteur des manufactures, les élèves qu'il 
plaira au conseil de nommer dans ladite fabrique, et 
deux fabricans choisis à tour de rôle dans le tableau qui 
en sera arrêté chaque année par l'inspecteur du départe- 
ment, et rendu exécutoire par les maire et échevins. 
Ordonnons que les fabricans qui auront été nommés pour 
procéder à ladite visite, prêteront serment pardevant 



-— 440 — 

lesdits maire et échevins, de bien et fidèlement s'acquit- 
ter de leur commission, et de faire exécuter les arrêts, 
règlements et ordonnances rendus pour la fabrique des- 
dits batistes et linons. 

Ordonnons auxdits fabricans de saisir et arrêter toutes 
les toiles défectueuses, ou qui se trouveront en contra- 
vention aux arrêts, règlements et ordonnances. 

Leur enjoignons de se rendre au bureau de la marque 
les mercredis, jeudis et vendredis de chaque semaine, 
depuis 8 heures du matin jusqu'à midi, à compter du 10 
janvier jusqu'au dernier mars, et à 7 heures du matin 
depuis le 1*' avril jusqu'au dernier septembre, à peine 
de 10 livres d'amende contre chacun de ceux qui y 
manqueroient ou refuseroient de s'y rendre. 

Ordonnons que ledit inspecteur et les élèves nommés 
par le conseil, avec les deux fabricans ci-dessus indiqués, 
seront les seuls qui puissent s'immiscer dans la ma- 
nufacture et police dudit bureau de visite. En cas de 
contestation sur la validité des saisies, Tinspecteur les 
déterminera seul par provision, pour, les causes et effets 
desdites saisies portés pardevant les mayeur et échevins, 
être par eux statué' avec ledit inspecteur, qui aura 
entrée, séance et voix délibérative, conformément à 
l'arrêt du conseil du '^9 mai 1691, ainsi que dans toutes 
les affaires qui concerneront les manufactures. 

Défendons à qui que ce soit de les troubler dans leurs 
fonctions, à peine de 500 livres d'amende et de plus 
grande peine s'il y échet; et s'il arrivoit que pour des cas 
particuliers, non prévus, et qui requissent célérité, il fût 
nécessaire d'accorder dans le courant de l'année quelques 
jours de marque extraordinaires, les fabricans et 
courtiers se retireront pardevant l'inspecteur des ma- 
nufactures qui, en connaissance de cause, et de concert 
avec le majeur, en donnera la permission ; les égards 
préalablement avertis de se trouver au bureau, à peine 
de 10 livres d'amende contre ceux qui refuseroient de s'y 
rendi»e. Et sera notre présente ordonnance lue, publiée, 
registrée à l'hôte l-de-vi lie, et exécutée nonobstant oppo- 
sition ou appellation quelconque. Fait par nous, subdélé- 
gué général de. l'Intendance de Picardie et Artois, à 
Saint-Quentin le 14 mai 1751. 

Signé : Dumollin. 



■i 



— 444 — 

PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE III. 

Note de la page 193. 

Archives de TAisne, c. 790. 

Filatures de ooton et de mouMelinet de 1756-1759. 

/jCttre de Daniel Cottin. 

Saint-Quentin, 15 décembre 1756. 
Monseigneur (Pinte ndant). 

J'ai reçu, avec une respestueuse reconnaissance, la 
lettre obligeante dont il vous a plu m'honorer le 7 de ce 
mois, et je suis infiniment sensible à Tattention que vous 
avez daigné accorder à la lecture des réflexions que 
j'avois pris la liberté de vous communiquer sur l'établis- 
sement des filatures de coton. La supériorité de vos 
lumières et la sagesse de vos vues, Monseigneur, ne me 
laissent plus d'incertitude dans l'esprit sur les avantages 
de ces établissements. Vous les avez combinés avec les 
inconvénients, et votre décision est une autorité trop 
respectable pour ne pas l'adopter avec la plus intime con- 
fiance. Me permettrez-vous de vous dire, Monseigneur, 
que peut-être pouroit-on objecter encore à vos sages 
observations; 

lo Que la filature du coton, mieux récompensée que 
celle du lin, y fera nécessairement un tort sensible, et 
que même la parité des avantages y apportera une dimi- 
nution de matières et un mal très-réel et très à craindre 
pour la manufacture des toiles. 

2* Qu'il est notoire que le nombre des fileuses n'est 
pas en proportion avec le besoin du fil, puisqu'il est plus 
cher et plus rare qu'il n'a jamais été, et que non-seule- 
ment les fabricants en toiles en manquent, mais même 
encore les retordeurs de fil, objet de consommation très- 
considérable. 

3^ Que la modicité du prix de la main-d'œuvre ne peut 



— 442 — 

être un motif de découragement que quand elle est chose 
nouvelle ou diminution de prix établi, toute réduction 
de profit entraînant avec soi le dégoût du travail; mais 
si cette même main-d'œuvre a été augmentée et qu'elle 
soit plus haute qu'en 1751 même, époque de la plus 
grande fabrication, que devient la conjecture qui vous a 
été inspirée. Monseigneur, qu'il y a beaucoup plus de 
fileuses qu'il n'y a à présent d'ouvrages à leur donner ? 

4® Que le nombre des toiles fabriquées ici ou dans les 
environs dans le cours de cette année est beaucoup plus 
fort que 80,000 pièces; il excédera 108,000, vous le 
verrez. Monseigneur, par les états de l'inspecteur, mais 
quand même cette réduction existeroit, peut-être ne 
seroit-elle point encore une preuve du fait qu'il y a un 
tiers moins de fileuses employées qu'il y a cinq ans, 
parceque la masse de leur travail peut être la même, 
quoi qu'il y ait un moindre emploi en toiles fabriquées; 
les moulins à retordre sont des gouffres qui absorbent 
le filage de plusieurs cantons, tout s'y emploie, le mau- 
vais comme le bon, et nos filatures de lin augmenteroient 
en raison décuple de ce qu'elles sont, qu'on n'auroit 
point à craindre la surcharge des fils. Vous savez d'ail- 
leurs. Monseigneur, qu'on se plaint constamment de 
l'exportation frauduleuse de cette matière; il est certain 
qu'il en sort, ainsi la fabrication de toiles ne peut être 
prise pour mesure du filage, puisqu'il alimente les retor- 
doirs et les fabriques étrangères de toiles. 

5® Que la modicité du prix de la main-d'œuvre favorise 
la concurrence des toiles de notre province avec celle de 
Silésie qui produit les mêmes ouvrages, et qu'il est utile 
de la conserver au degré où elle est. 

Ces objections ne sont sans doute que spécieuses : 
l'humanité vous a dicté. Monseigneur, une décision res- 
pectable. Procurer aux fileuses un moyen de subsistance 
plus sûr et plus lucratif, c'est comme le vieillard de 
Térence, porter ses regarda sur tout ce qui a trait à 
l'homme, avec zèle et avec intérêt. * — Je vous imiterai 
de loin. Monseigneur, je seconderai vos vues et si je 
puis contribuer aux progrès de vos établissements, je 
serai trop récompensé de l'application de mes soins, 
mais le succès n'est point toujours à côté des efforts. 

Je suis etc. Daniel Gottin. 



— 443 -. 



Décembre 1156. 



OtMerratloiM de Tribert tur le mémoire de Benlél Oottin. 

Le mémoire ci-joint est spécieux, il est fait avec beaucoup 
d'art. — L*auteur semble n'avoir en vue que de s'opposer 
aux encouragements que le conseil vient d'accorder aux 
filatures de coton, sous le prétexte qu'elles préjudicieront 
aux fabriques da batistes et de linons déjà établies ; mais 
sil'on examine ce mémoire avec attention, on y décou- 
vrira facilement que l'auteur attaque directement la 
fabrique des mousselines, quoiqu'il semble l'approuver 
dans bien des cas, et ce système, s'il étoit suivi, entraîne- 
roit la ruine de cette branche naissante du commerce. 
Pour en convaincre, je vais extraire de ce mémoire les 
différentes propositions qu'il renferme, et j'y répondrai 
ensuite article par article : 

i« La population n'est pas assez forte pour établir des 
filatures de coton dans un endroit où il y a déjà d'autres 
filatures établies. 

2^ Ce nouvel établissement fera tomber celui des 
batistes et linons. 

3** Le prix de la main-d'œuvre est trop modique pour 
attirer dans le pays des habitants en proportion de 
l'augmentation d'occupation. 

4" On ne file point assez de lin pour entretenir la 
fabrique des batistes et linons, et ce lin est aujourd'hui 
d'un tiers plus cher qu'il n'étoit il y a six ans. 

5^ Les fileuses de coton gagnant plus que celles de 
lin, la filature de cette dernière matière sera abandonnée. 

6* Il faudroit établir les filatures de coton dans les- 
hôpitaux. 

7® Et transporter la fabrique de mousselines à Bulles. 

Voici le précis fidèle de ce mémoire. Il est aisé de 
voir que c'est moins aux encouragements accordés à la 
filature de coton que Ton veut s'opposer qu'à la fabrique 
elle-même; on n'a pas osé attaquer directement ce 
nouvel établissement dont l'utilité est démontrée, et que 
l'auteur est forcé d'avouer; c'est sourdement que l'on 



— 444 — 

s'efforce de le miner en voulant le priver des matières qui 
servent à l'alimenter. 

Une branche de commerce bien établie voit rarement 
sans inquiétude une autre branche s'élever près d'elle ; 
quand on a monté son commerce au plus haut point possi- 
ble, on craint toujours que la moindre nouveauté n'en 
fasse crouler quelque partie. Je crois que les intentions 
de l'auteur sont droites, mais sa crainte grossit les objets, 
on ïie guérit pas de la peur. 

Je pourois répondre en général qu'il importe peu au 
commerce et à l'état l'espèce de marchandise qui se 
fabrique dans un pays, dés que les sommes pour lesquelles 
on en fabrique sont les mêmes et que le peuple y est 
également employé. Si, lorsque la commerce des manu- 
factures de Rouen fut monté à 10 millions, on avoit eu 
égard à de pareilles raisons pour s'opposer aux nouvelles 
branches qui s'y établirent successivement, jamais ce 
commerce ne seroit monté à 30,000,000 (trente millions) 
où il est aujourd'hui; mais pour niieux mettre en 
évidence la faiblesse des moyens établis dans ce mémoire, 
je vais y répondre article par article. 

1*> La population est assez forte. En 1751 il s'est fabri- 
qué à Saint-Quentin 117,000 pièces de batistes et linons; 
depuis cette année il ne s'en est pas fabriqué, année com- 
mune, plus de 100,000 pièces, en cette année 1756, il ne 
s'en fabriquera peut-être pas 80,000. Que sont devenue s 
les fileuses qui alimentoient la fabrique de 117,000 pièces? 
Les bureaux dé Valenciennes, de Cambray, de Chauny, 
n'en ont pas profité; ils sont tombés en proportion : il sera 
fabriqué, cette année 1756, 50,000 pièces de moins qu'en 
1751. Quel nombre de fileuses sans travail; il est à désirer 
qu'une nouvelle branche de commerce leur fournisse de 
l'occupation. 

2* On ne peut pas craindre que la fabrique des mous- 
selines nuise à celle des batistes. 11 faudrait qu'il s'en fa- 
briquât au moins 30,000 à 40,000 pièces ; il s'en est fa- 
briqué cette année 4 à 500 ; c'est vouloir étouffer cette 
fabrique dans sa naissance d'apporter des obstacles où il 
faut des encouragements. 

3** Il est vrai, ainsi que l'avance l'auteur, que le prix de 
la filature est très-modique. C'est qu'il y a beaucoup de 
fileuses et peu d'emploi. Règle certaine, le prix de la 



— 445 — 

main-d'œuvre augmente ou diminue en proportion de la 
rareté ou de l'abondance des sujets qui y sont employés; 
dire que ce prix est très-modique c'est que les sujets sont 
très-communs ; il est donc à souhaiter qu'une nouvelle 
branche les occupe aussi, pour ne plus passer, ainsi que 
l'avance l'auteur, trois mois sans filer ; alors le prix de 
la main-d'œuvre augmentera. Or par et alors, s'il en est 
besoin, la population augmentera d'elle-même avec les 
moyens de subsister. 

4o On a fabriqué, en 1751, à Saint-Quentin et dans les 
environs, 117,000 pièces ; il s'en fabriquera tout au plus 
80,000 cette année ; est-il probable que le fil manque à 
la filature? si cela estoit, il y auroit un vice intérieur au- 
quel il faudroit remédier. Sans doute que faute de subsis- 
tance le peuple abandonneroit la province. L'auteur four- 
nit des armes contre lui, car si ce qu'il avance étoit vrai, 
ce seroit alors qu'il faudroit chercher tous les moyens 
d'enchérir la main-d'œuvre; mais «es craintes sont mal 
fondées, les fils ne manquent point et ne manqueront 
jamais à une fabrique dont les débouchés sont aussi cer- 
tains qu'avantageux. D'ailleurs je ne conviens pas que les 
fils soient plus chers qu'en 1751 ; il seroit facile de le dé- 
montrer par la comparaison des prix de ces deux années. 

5° Plus il y aura de fileuses qui abandonneront la fila- 
ture du lin pour s'adonner à celle du coton, plus le prix 
de la main-d'œuvre du coton diminuera et plus celle du 
lin enchérira : la cherté suit la disette, le bon marché 
l'abondance. Dans peu l'équilibre s'établira et le prix de 
ces deux mains-d'œuvre deviendra le même par l'augmen- 
tation de l'une et la diminution de l'autre ; il s'ensuivra 
de là que le peuple gagnera quelque chose de plus; peut- 
être les profits du marchand diminueront-ils en propor- 
tion, mais à cela, je ne vois que de l'avantage pour le 
commerce et pour l'état. 

6* Il faut filer dans les hôpitaux. Sans doute qu'on y 
file, quand les hôpitaux veulent se prêter à ces arrange- 
ments. L'hôpital de Dieppe file du coton pour Saint-Quen- 
tin ; mais où trouver 50,000 fileuses toutes formées ; la 
fabrique de mousselines s'établit, elle a besoin d'alimens, 
il faut lui en fournir promptement, le moindre découra- 
gement peut la décourager, l'anéantir. Avant qu'on ait 
pris les arrangements nécessaires pour faire filer dans les 



— 446 — 

hôpitaux, avant qu'on ait formé des flleuses, avant qu'on 
en ait trouvé le nombre nécessaire, Témulation seroit 
étouffée par les obstacles. Si cet expédient étoit prati- 
cable, il faudroit le mettre en œuvre pour la filature du 
lin. La fabrique des batistes est dans sa force, elle a le 
temps d'attendre des secours plus éloignés; mais non, il 
faut laisser à chacune de ces branches toute sa liberté; le 
fabricant et le marchand se porteront vers celle qui lui 
sera la plus avantageuse, et presque toujours l'avantage 
du peuple est celui de Tétat. 

7* Le dessein de Tauteur paroît ici à découvert. Ce ne 
sont point les encouragements accordés à la filature qui 
sont attaqués, c'est la filature elle-même; on veut la 
transporter à Bulle. Les établissements forcés n'ont 
jamais réussi. Si lorsque les étoffes mêlées de soie se sont 
introduites à Rouen, on avoit voulu les exiler à 20 lieues 
de cette ville, ilsn j auroientpas formé une branche aussi 
vive que celle qui s'étend aujourd'hui surtout le royaume. 
On veut envoyer à Bulle quelques fabricants de Saint- 
Quentin pour y apprendre la fabrique de la mousseline, 
mais on apprend encore tous les jours, on cherche, on 
perfectionne, et c'est le temps qu'on choisit pour vouloir 
la déplacer... Mais quel est le fabricant qui se déplacera? 
Un misérable qui n'a ni établissement, ni famille, qui 
meurt de faim à Saint-Quentin, parce qu'il est mauvais 
ouvrier, etc., etc. Je ne sais pas comment ces deux der- 
niers moyens ont pu estre imaginés; d'ailleurs Bulle est 
assez occupé par la fabrique des demi-Hollande et autres 
produits. 

Je ne m'étendrai pas sur la nécessité d'accorder des 
primes aux filatures de coton. Je crois qu'il suffit d'avoir 
fait voir la faiblesse des, raisons de ceux qui s'opposent à 
ces récompenses pour en démontrer la nécessité; d'ailleurs 
ces primes sont accordées par le conseil ; il ne s'agit plus 
que de prendre les arrangements nécessaires pour qu'elles 
soient distribuées de la façon la plus propre à procurer 
l'émulation, et par ce moyeu l'abondance et la perfec- 
tion. 



ARCHIVES 



01. 



i& a a& sa !■ . 



DES TOILES 



C. 758. 



Renseignements 

demandés 

aux commerçants 

de 

Saint-Quentin. 



Xoms des différentes 
espèees de toiles 
qoi se fabriquent 
ï Saint-Onentin et 
aux environs. 



10 



Qai 



[tes toiles. 



1' Des batistes de 
12 annes m de lon- 
gaenr sur 2(3 de lar- 
geur. 

2* Des Linons oo 
claires larges de 3|4 
de 15 annes de Ion 
guenr. 

3* Des Linons ou 
claires rayés de même 
largeor et longaeor 
qne ci-dessns. 

4" Des Linons on 
claires moochetés et 
à Heurs de même lar- 
geor et ionguenr. 

5* Des Linons on 
claires unies de 2(3 
de largeur et 13 au- 
nes de lougnenr. 

6- Des demi-Hoi. 
landes oo batistes 
fortes pour ebeuises 
de 3|4 de largeur et 
15 aunes de longaeor 
nuds en petite 
tité. 



poil en a depuis 

toutpU^-jnfltt:* 

f, la pièce de 

a-nte finesse, 

^^.suiventtou- 

dî u^20 sols en 

«,cJ. depuis le 

duls*» Jn*!"" 

cbisi»"i» "»»*» 

^A. i prix eom- 

% les estime 

; rone dans 



leJ 



^ 80 li?. 



Où 8*en fait la consom- 
mation. 



On peut assurer qne 
toutes ces toiles se déb^ 
tent et se transportent 
dans les quatre parties 
do monde. Gomme cette 
manufacture est unique, 
il n*est pas étonnant 
qu'elle fournisse I toute 
la terre. 

Les flottes d'Espagne 
en cbarsent une grande 
quantité de molennes 
pour l'Amériqae. Les 
Tores en enlèvent poor 
leors turbans, les Anglais 
les Hollandais, les Ita- 
liens, les Portugais, con- 
somment beaocoop de 
fines, snrtoot les Anglais; 
enfin tons les pays connus 
font grand cas de ces 
marcbandises. 

n'y a qo'en France 

1 la consommation en 
est entièrement diminoée 
depnis qo'on a jogé k 
propos d'y sobstitoer les 
mousselines poor enrichir 
les Indes-Ortenuies; ~ 
rosam qo'on faisait ao- 
trttm de cette marchan- 
dise éUit très-modique, 
anjoord'boi on s'en sert 
poor les chemises et les 
wrplis des eeelésiasU 
ques. 



12 

Qoelle différence il 
peot ji avoir de la 
situation présente 
de cette fabrique k 
celle où elle éuit 
avant 1719. 



Avant 1719, la 
Compagnie des Indes 
n'avoit encore ap- 
porté que peu de 
mousselines en 
France, mais depuis 
10 ans on peut dire 
que tout le royaume 
en est inondé, et que 
si la manufactore de 
Saint-Onentin se sou- 
tient, elle n'en aura 
l'obligation qu'aux 
pavs étrangers. 

Il n'en éuit pas de 
même autrefois; c'é- 
tait en France qoe se 
faisait la plus grande 
consommation de ces 
marchandises. 



13 

Ce qoe Ton poomit 
faire poor l'aug- 
menter et la rendre 
plus parfaite. 



Sopprimer la Com- 
pagnie des Indes qui 
ruine les manufac- 
tures de France et 
en particulier celle 
des toiles, et qui, 
d'ailleurs, épuise le 
royaume d'or et d'ar- 
gent. 

Les attentions que 
les magistrats auront 
i faire suivre exac- 
tement les règle- 
ments et les arrêts, 
rendront cette mann- 
farture parfaite de 
plus en plus. 



r: 



— 447 — 



PREMIÂRB PARTIE. — CHAPITRE III. 
Prohibition de Texportation des fils. 

Note de la page 225. 
Archives de T Aisne, c. 761 . 

A Amiens, le 19 janvier 1773. 

Monseigneur, 

Nous avons reçu, avec la lettre que vous nous avez fait 
Thonneur de nous écrire, le mémoire des négociants de 
Saintr-Quentin tendant à faire prohiber l'exportation des 
fils propres à leur manufacture, et à en empêcher Tusage 
par celles de Ljon, de Nismes et de Tours. 

Nous estimons que sur la première partie de leur de- 
mande il ne doit point y avoir de difficulté. Il est de la 
politique de toutes les nations d'ordonner ces sortes de 
prohibitions pour conserver chez elles les matières pre- 
mières. L'Angleterre eu fournit l'exemple dans ses laines, 
l'Espagne dans les soyes et la plupart des états d'Italie 
dans leurs huilles. Il suffit d'ailleurs de rappeler le conseil 
à sa propre conduite. C'est sur les mêmes principes et 
dans les mêmes vues que l'exportation des vieux linges 
et chiflfons servant aux papeteries a été prohibée pour ne 
point alimenter les papeteries étrangères au préjudice 
des nationales. 

Le même motif milite en faveur de la manufacture de 
Saintr-Quentin et avec beaucoup plus de force, puisque 
l'objet en lui-même est beaucoup plus important et qu'il 
entraine l'état d'une plus grande quantité d'artisans. 

Quant à la seconde partie de la demande, c'est-à-dire 
la défense aux manufactures de Lyon, Nismes et Tours 
d'employer de ces mêmes fils, elle paroitra sans doute 
beaucoup plus délicate au conseil, car depuis quelques 



— 448 — 

années on a admis la liberté de fabriquer avec toutes sortes 
de matières, surtout pour ce qui concerne les étoffes de 
nouvelle invention. 

Nous ne voions pas en effet comment on pourroit se dé- 
terminer à b'arrer l'industrie d'un fabricant qui, pour 
satisfaire au goût ou aux facultés du consommateur, auroit 
imaginé une sorte d'étoffe en fil et soje destinée à des 
usages qui exigeroient ce mélange, et d'aprez cette con- 
sidération il ne paroîtroit pas plus juste d'interdire aux 
fabricants de Lyon, de Nismes et de Tours, l'usage des 
fils de Picardie que de deffendre aux autres fabriques du 
royaume d'emploier la soye, parce que la communication 
réciproque d'une province à une autre ne doit point avoir 
de bornes. Mais comme le mélange de ces fils pourroit 
s'étendre abusivementjusqu'aux étoffes de soye dans les- 
quelles il a été prohibé par les règlements, ce seroit seu- 
lement le cas d'observer icy la nécessité de renouveller 
cette prohibition relativement aux anciennes étoffes. 

Nous sommes avec respect, Monsieur, vos très-hum- 
bles et très-obéissants serviteurs. 

Les président et syndics de la chambre du commerce 
de Picardie. 

Signé Galand, Cannot, Durieux de Beau- 
repaire, F. Boucher, Allard, Jourdain 
DE Thieulay, Deshbry, F. Delhraye; 
Leleu, secrétaire. 



première partie. — chapitre III. 

Note de la page 923. 

NOMS des principales MAISONS DE COMMERCE QUI 
EXISTAIENT A SAINT-QUENTIN DE 1753 A 1790. 

MM. Dumoutier-Devatre, frères. 
Cottin Tainé, ancien. 
Samuel Cromelin. 
Cottin et Fromaget. 



— 449 — 

MM. Adrien Foumier. 

Descarières, Harlez et Duez. 
De Brissac et fils. 
Samuel Jolj et fils. 
Le Serrurier, père, fils et C*'. 
Daniel Pondartin. 
Jacque-Samuel Cromelin. 
Fizeaux et C". 
Leroy. 

Gabriel Dumontier. 
André Rondeau. 
Joseph Poitevin. 
Dachery-d'Hercourt. 
Barth Possel. 
François Nourry. 
Gabet frères. 
Breton. 

Daniel et Alexandre Cottin et C*. 
Lefranc. 

Quentin-Foumier. 
Desjardins. 
Reneufvcf. 
Pluvinage-Arpin. 
Bidault. 

Joseph Bariller. 
Jacques-Louis- Joseph Blondel. 
Etienne Le Boursier. 
Ijouis-Joseph Biseau. 
— Blondel le Goupile. 

Louis-Auguste Colliette. 
Duuez frères. 
Jean-Baptiste Dumont. 
V. Debry et de Bertin. 
Duplessis-Laurent. 
Châtelain et €••. 
DoUé père, fils, Leuba et C* 
Pierre-Henri Damaye. 
François Picard. 
Jean-Charles-Eloi Fagard. 
V* Gambier. 

Hanquet frères et sœurs. 
Lecaisne-Guillaume . 



— 450 — 

MM. Louia-Joseph Lefeb^re. 
Emmanuel Laborde. 
Frédéric Bernoville. 
François Legrand et Fils. 
Lefebvre-Marolle. 
Quentin Lefebvre-Cambronne. 
Louis Antoine L*Ami. 
_ Lemaire Desains. 
Piolelr-Vieille. 
Joseph L'Ami. 
Nicolas Carpentier, 
V« Samuel Joly l'aîné et fils. 
Megret Gambier. 
Petit et Cambronrie. 
Paillette et Berleux. 
Gaspard Paulet. 
Barthélémy Possel et Fils. 
Quentin et Cambronne. 
Reneufve et Fouquier. 
Sarget fils et d'Autérive-Richard. 
Soyer ChoUet Jacques et C**, etc. 

BLANCHISSEURS. 

MM. Rigault frères et Châtelain, au faubourg d'Isle. 
Fiscaux, au faubourg d'Isle. 
Dupuis, au faubourg Saint-Martin. 
Cambronne et Dupont, à Oestres. 
(Extrait des Almanachs de l'Esprit du Commerce pour 
l'année 1753, et du Mémorial ou Almanach du district 
de Saint'Quentin) *. 



4 Ces renseignements sont dus en partie à robllgeanoe de M. C. Goourt et à 
de Tiens documents. 



— 451 — 

PREMIERS PARTIE. — CHAPITRE III. 

Note de la page i33. 
Archives de l'Aisne, c. 755. 
Stanulkoture de Ottulalaoourt. 

RAPPORT DE TRIBERT, INSPECTEUR. 

1777. 

Requête des sieurs Fourquin, veuve Allut et compagnie^ ten- 
dant à obtenir du conseil des secours en argent pour sou- 
tenin la manufacture de mousselines établie à Ham près 
Saint-Quentin. 

6 mars 1777. 

Il seroit très-avantageux d'avoir en France des fabri- 
ques qui nous missent en état de nous passer des étran- 
gers. Si nous ne sommes pas encore au point d'imiter les 
belles fabriques de mousselines qui se fabriquent aux 
Indes-Orientales, du moins pourrions-nous imiter celles 
de Suisse ; malgré la prohibition de ces toiles, on sait 
qu'il en entre en France pour des sommes considérables. 
Cette introduction frauduleuse prive les sujets du royaume 
d'une main-d'œuvre qui en feroit vivre une quantité con- 
sidérable. Il y a quelque temps que M. le marquis de 
Caulaincourt tenta d'établir à Caulaincourt et dans les 
environs une fabrique de mousselines, il réussit très- 
bien à imiter les mousselines de Suisse ; il s'associa 
avec le sieur Allut, qui avoit été commis dans une 
bonne maison de Saint- Quentin. Tant que le sieur 
Allut vécut, cette fabrique se soutint, mais d'une façon 
languissante. MM. de Caulaincourt, Fourquin et Al- 
lut avoient mis en société 12,000 livres. M. de Cau- 
laincourt avoit avancé 51,000 livres dont on lui payoit 



— 452 — 

rintérét; cette société avoiten outre emprunté à diffé- 
rents particuliers 67,000 livres, de sorte que le total de 
leurs fonds était de 130,000 livres; mais dans une pareille 
fabrique, il faut toujours trois capitaux : Tun en matière 
première, telle que des cotons en poil et filés, le second 
en marchandises en magasin, et le troisième en crédit qu'il 
faut faire au moins pour un an aux marchands à qui on 
vend ; de sorte qu'avec un fonds de 130,000 livres, on ne 
peut guère fabriquer que pour 40,000 livres de toiles qui, 
à 60 liv. l'une dans l'autre, ne fait guère qu*un objet de 
650 pièces ; sur une si petite quantité il falloit gagner 
suffisamment pour payer 5,900 livres pour les intérêts de 
118,000 livres, empruntées à M. de Caulaincourt et autres 
particuliers. Ces intérêts absorboient tout le profit et il 
restoit bien peu de chose aux associés. 

La mort du sieur AUut dérangea cette société, dont les 
fonds se trouvoient diminués, car pour faire face aux 
130,000 livres de fonds, voici les effets qu'ils disent leur 
appartenir : 

Une maison à Caulaincourt .... 2,(lib0 liv. 

Une calandre à Ham 1,200 

Ustensiles, rouets, cardes, etc. . . 6,000 

Coton filé 18,000 

Coton en laine 1,200 

Toiles fabriquées 4,800 

Divers marchands doivent .... 102,500 

135,700 liv. 

11 paroît par ce compte qu'ils auroient de bénéfice 
5,700 livres, n^ais il est à craindre que le prix des ma- 
tières ne soit un peu enflé et que sur ce qui leur est dû il 
n*j ait un tiers où il n'y aura rien ou bien peu de chose à 
retirer ; ainsi cette fabrique pourroit bien être au-des- 
sous de ses aflaires au lieu d'avoir profit de 5,700 li- 
vres. 

Si le conseil, en avançant à cette fabrique 20,000 ou 
30,000 livres, pou voit se flatter de la rétablir, je crois que 
ce seroit de l'argent bien employé, car je l'ai dit et le ré- 
pète, rien ne seroit plus avantageux que d'établir des fa- 
briques qui puissent nous mettre en état de nous passer 
des étrangers ; je dirai même que la veuve Ailutatoutes 



— 458 — 
le8connoissanceset^intellig6ncenéces8airespourcondtlire 
une pareille entreprise ; si son mari tenoit les correspon- 
dances, c^étoit elle qui dirigeoit les mains-d'œuvre, mais 
dans l'état de dépérissement où se trouve cette fabrique, 
il luj faut d'autres secours, car tant qu'elle ne travaille 
que sur des fonds empruntés et dont il faut payer 
l'intérêt, elle ne isera pas susceptible de s'étendre et de 
prospérer. Si j'en crois la veuve Allut, M. Mazierre , re- 
ceveur général des finances, et M. Le Normand d'Etiolles 
doivent mettre dans cette fabrique de mousselines des 
fonds considérables , et M. de Berner, gouverneur de 
Cayenne, doit fournir des cotons à crédit et dont une 
partie sera payée en toiles fabriquées ; mais les espérances 
de la veuve Allut seront-elles réalisées? C'est ce qui est 
encore fort douteux. Cependant dans l'état où se trouve 
aujourd'hui la fabrique de mousselines de Ham, je ne 
crois pas que le conseil puisse risquer d'y faire des 
avances sans se mettre dans le cas de les perdre. 

Si par la suite les espérances de la veuve Allut se trou- 
voient remplies et que des fonds suffisants entrassent dans 
cette fabrique pour mettre cette veuve Allut, qui seule en 
connoit la marche et les détails, en état de continuer, je 
pense que le conseil pourroit payer pendant 10 ans les 
intérêts d'une somme de 30,000 livres, qu'elle emprunte- 
roit, en lui faisant néanmoins donner caution pour lesdits 
intérêts, si ladite fabrique venoit à tomber pendant cet 
intervalle de temps. 

A Saint-Quentin, le 6 mars 1777. 

Signé Tribert. 



— 454 — 

Note de la page 235. 
Archives de T Aisne, c. 755. 

FABRIQUES DE CAULAINCOURT ET DE FRESNOY-LE-GRAND. 

13 avril 1788. 

RenseigroemenU donnés par CoUiettei lubdéléguéy sur 1m f)M 
briciues de Caulainoouri et de Fretnoy-le-Orand. 

Monseigneur (l'intendant d'Amiens), 

J'ai reçu la lettre que vous m'avez fait l'honneur de 
m'écrire/le 5 du courant, touchant les fabriques de Cau- 
laincourt et de Fresnoy-le-Grand(Grand-Frènoi). La pre- 
mière n'a point réussi : il y a 15 à 18 ans qu'elle n'existe 
plus. La seconde a été plus heureuse ; c'est une fabrique 
de gazes que le sieur Santerre transféra, eu 1762 ou 63, de 
Paris au Grand-Frénoi etaux villages circonvoisins ; pen- 
dant les deux ou trois premières années il n'éprouva que 
des pertes et des pertes considérables qui ne le rebutèrent 
pas ; et à force de dépense et de courage il surmonta tous 
les obstacles. Ainsi c'est le sieur Santerre qui peut être 
regardé comme fondateur et créateur de la fabrique des 
gazes en soie au Grand-Frenoi , à Brancourt, à Bohain, 
à Etaves, à Homblières, à Roupy, etc., il a eu jusqu'à 
500 métiers. 

Aujourd'hui ce nombre est beaucoup diminué, parce 
qu'un sieur Boscari, gendre du sieur Santerre, s'est livré 
à une autre branche de commerce , ce qui force ce der- 
nier à rester presque tout^ l'année à Paris , et à ne pou- 
voir plus faire qu'une résidence très momentanée à Frénoi : 
ne pouvant plus surveiller exactement ses ouvriers, il a 
cru n'en devoir plus avoir qu'une certaine quantité en la 
fidélité et l'intelligence desquels il a mis toute sa con- 
fiance. Un sieur Descombes, aussi actif et intelligent que 
le sieur Santerre, le remplace parle nombre d'ouvriers et 



— 455 — 

soutient cette fabrique, composée aujourdliui d'environ 
1,400 métiers et de 2 à 300 dévideurs et dévideuses. Une 
grande partie de ces gazes de soie passe à ^étranger. 
M. Paulet a eu. Monseigneur, jusqu'à 100 métiers dans 
la même fabrique ; mais l'étendue considérable de son 
commerce de linons ne lui a plus permis de suivre cette 
branche qu'il vient de céder à une compagnie de Saint- 
Quentin : c'est de lui que je tiens le détail ci-dessus, il 
m'a ajouté que la fabrique de gazes ne contrarioit point 
du tout celle des linons ; qu'au contraire ces deux fabri- 
ques, dont les opérations sont les mêmes, s'entr'aidoient 
l'une l'autre; qu'elles formoient une double ressource 
pour le pays; qu'il avoit vu des années où la fabrique des 
linons languissoit ; que l'ouvrier qui n'y trouvoit point de 
travail en avoit eu dans la fabrique des gazes, et vice 
versa. 

M . Tribert. qui n'a aucune inspection sur les gazes, n'a pu 
me donner aucun éclaircissement particulier ; il croit seu- 
lement que n'étant pas une nouveauté ni pour la produc- 
tion ni pour l'utilité exclusive, elles ne sont pas dans le cas 
de mériter du conseil des faveurs distinguées ou des en- 
couragements dans les villages de Grand-Frénoi, Bran- 
court, Bohain, etc. ; je ne suis pas de son avis. Il est vrai 
que la fabrique des gazes dans ces villages n'est pas une 
nouveauté dans le roiaume, puisque depuis longues an- 
nées il y en a à Paris et à Lyon ; mais cela n'empêche pas 
qu'elle ne soit une nouveauté dans le pays qu'elle ali- 
mente, que le sieur Santerre n'en ait été le créateur dans 
ces lieux, et qu'il ne soit du bien public qu'elle y soit 
maintenue et encouragée. 

Je n'ai point cru. Monseigneur, devoir m'adresser di- 
rectement aux sieurs Santerre et Descombes , pour avoir 
les éclaircissements que j'ai l'honneur de vous envoyer. 

Ils auraient eu des inquiétudes, et ne m'auroient rien 
dit, ou ne m'auroient dit que des choses vagues et inu- 
tiles. 

Je suis avec un profond respect. Monseigneur, votre 
très-humble et trés-obéissant serviteur. 

Signé : Collibttb. 
Saint-Quentin, 13 avril 1788. 



— 466 — 

PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE III. 

Note de la page 931. 
Archives de l*Aisoe, c. 755. 

FABRIQUE DE FRESN0Y-LE-6RAND, SEBONCOURT. 

Paris 27 août 1781. 

Iictire d*enTol à l*intemlant fTAmient, par le minbtre de 
Villeraolty de lettres de différeiitt ourét cfui p«raiMaient craindre 
de voir oetter les travaux des fabriques de ^ase établies dans leurs 
paroissesi à cause de la perception d'un droit aux entrées de 
]^aris sur ces étofDM, en vertu d'un arrêt du conseil du 8 Juillet, 
en supposant qu'elles en étaient exemptes. 

9 septembre 1781. 

A Monseigneur le Comte d'Agay, 
intendant de Picardie. 

Monseigneur, 

Supplient et remontrent très humblement les curé , 
maire, échevins, syndic, principaux habitants et commu- 
nauté de Fresnoy-le-Orand, élection de Saint-Quentin, de 
votre généralité, et vous exposent qu'en mars 1776 ils ont 
eu Thonneur de vous présenter une requête tendant à 
fixer l'attention de Votre Grandeur sur Textréme misère 
où étoit non-seulement la plus grande partie de leur 
communauté, mais encore celle d'une infinité de paroisses 
nombreuses qui Tenvironnent. Cette misère avoit prissa 
source dans la décadence des toi les de linon, dans les ban- 
queroutes multipliées et dans l'inaction où restoient une 
infinité de bras, faute de travail d'où dépendoit la nourri- 
ture des familles, qui devenoient non-seulement inutiles 
mais même à charge àl'état. L'impossibilité où onétoitdans 



— 457 — 

ce canton de satisfaire aux deniers royaux , les requêtes 
annuelles à Teffet de diminution, d'obtention de secours 
pour les maladies, la f)oëte fournie aux dépens du gou- 
vernement, l'impossibilité où se trouvoient chacune de 
nos grosses communautés de nourrir ses pauvres, en admi- 
nistroient la preuve la plus convaincante ; nous y joinions 
une mendicité pfesque générale de nos ouvriers et de 
leurs enfants, dont plusieurs, quoique très potents, ont été 
détenus dans différents déposts. Nous concluyons donc 
alors, Monseigneur, aux moyens d'employer ces mêmes 
bras ; nous en trouvions un dans l'industrie de M. San- 
terre , parisien , marchand et fabricant de gaze en soye 
tout à fait analogue aux ouvrages qui se fabriquoient ici 
précédemment en linon. Pour toutes grâces nous vous in- 
vitions à être utile à ce zélé patriote dans toutes les occa- 
sions qui pourroient le déterminer à se fixer iîi. Votre 
Grandeur ayant égard à nos supplications. Ta servi auprès 
du conseil, et par votre canal notre bienfaiteur a fait 
passer le fruit de son industrie à la capitale, sans payer 
aucuns droits et sous simple soumission ; nous éprouvions 
une satisfaction inexprimable de voir nos pauvres ressus- 
citer, acquitter leurs dettes, les deniers royaux, donner 
de l'éducation à leurs enfants et aussitôt les mettre au 
travaille. Les seuls mendiants aujourd'hui sont des vieil- 
lards décrépits, les estropiés et les infirmes, encore sont- 
ils en petit nombre. Cette heureuse métamorphose à peine 
faite va disparoître. Quelques messieurs gaziers imitans 
le premier, tous furent jalousés de la communauté des 
fabriquants d'étoffes de soye de Paris ; de là est émané, au 
mois de juillet dernier, un arrêt du conseil qui modère un 
droit sur les gazes imposé en 1772 par lettres patentes. 
S'il a lieu pour ce qui se fabrique icy, les maîtres sont 
disposés à se retirer; nous auronseuun beau songe; l'état 
de nos ouvriers deviendra pis que le premier et tout à 
fait digne de compassion. Nous avons donc, Monseigneur 
dans cette circonstance critique, recours aux bontés ordi- 
naires de Votre Grandeur; nous la supplions d^ porter 
au pied du trône nos craintes et nos alarmes. Elles entre- 
ront infailliblement en considération chez un monarque 
le plus tendre objet de l'amour de ses peuples par son 
humanité et ses vues de bienfaisance. En revanche nous 
ne cesserons de renouveler nos vœux et nos prières pour 



— 458 — 

demander en faveur de Sa Majesté un long et paisible 
régne, Taugmentation de la famille royale, Theureuse 
délivrance de la Reine, et pour Votre Grandeur, santé et 
prospérité, et sommes, Monseigneur^ vos très-humbles et 
très-soumis serviteurs. A Fresnoy-le-Grand, ceQseptembre 
1781 . Signe Leleu , curé ; Boudard , régisseur des biens 
de l'abbaye d'Homblières ; Delval , lieutenant de justice ; 
Macaigne,Carpentier, échevin; Testart, Degouy, curé de 
Pontaine-Uterte (Suivent une trentaine de signatures.) 



Lettre de Leieuy ouré de Fretaoy. 

Monsieur (le subdélégué à Saint-Quentin), 

Nous devions nous rendre au nombre de sept à huit 
curés de ces environs à Saint-Quentin, pour représenter 
à Monseigneur l'intendant le bien que procure à nos 
paroissiens la manufacture des gazes en soye et le mal- 
heur dans lequel ils retomberoient si les maîtres se 
retiroient, comme ils nous l'ont très-souvent assuré, si le 
gouvernement mettoit des droits à l'entrée de Paris. 
Vous assuré que notre démarche est inutile, je prends 
la liberté de vous prier de présenter la requête ci-incluse 
et de l'étayer de votre crédit. Je suis etc. Leleu, curé de 
Fresnoy-le-Grand, ce 10 septembre 1781. 



Minute de lettre de entendent d'Amien* à M. de VUlevault. 

LoL lettre du subdélégué de Bry^ jointe au dossier^ est du 
1i septembre; l'Intendant ne fait que la reproduire ici. 

Ce {9 septembre 1781. 

En conséquence de la lettre que vous m'avez fait 
l'honneur de m'écrire, Monsieur et cher confrère, le 27 
du mois dernier, en m'envoyant les lettres de différents 
curés des environs de Saint-Quentin, en faveur des 



— 460 — 

£abriqu4^8 de gazes établies dans leurs paroisses, j*ai 
pris des renseignements et des éclaircissements à ce 
sujet. Mon subdélégué en cette ville m'apprend qu'au 
moyen d'une conversation qu'il a eue avec le sieur San- 
terre, quelques jours avant que je l'eusse consulté, il est 
presque certain que c'est ce négociant qui a provoqué les 
représentations qui ont été adressées à M. Jolyde Fieury, 
pour essayer de se soustraire au paiement du droit prin- 
cipal de 2 deniers par aulne de gaze qu'il fait fabriquer 
dans les environs de Saint-Quentin, et ensuite passer à 
Paris, où est le centre de ses affaires. 

Il paroit que, lorsque le sieur Santerre s'est décidé 
à former des établissements relatifs à la fabrication des 
gazes en soye dans ce pays, il a demandé au ministre 
des grâces, des faveurs, des exemptions et surtout la 
libre entrée de ses marchandises à Paris ; et, si on l'en 
croit, il lui a été promis tous les secours les plus propres 
à favoriser ses établissements. Il paroît même que sans 
vouloir se prononcer définitivement sur l'exemption des 
droits d'entrée, les personnes auxquelles il s'étoit adressé 
lui ont conseillé do donner ses soumissions au bureau de 
paiement de ces droits, jusqu'à ce qu'il ait été statué sur 
sa demande, ot qu'à la faveur de ces soumissions, ces 
marchandises sont jusques-là restées franches de droits à 
Paris ou du moins qu'il n'en a été perçu aucun. 11 paroît 
encore que depuis l'arrêt du conseil, qui accorde une 
modération des droits d'entrée à Paris sur les gazes, les 
personnes chargées de la perception de ces droits 
n'ont plus voulu se contenter des soumissions du sieur 
SantetTe; peut-être même lui demande-t-on ceux de 
toutes les marchandises qu'il a fait entrer à Paris depuis 
qu'il a formé des établissements dans les environs de 
Saint-Quentin. 

Les moyens sur lesquels il appuie ses prétentions à 
l'exemption de ces droits d'entrée .sont de deux sortes : 
les uns de pure considération, les autres de droit. — Les 
premiers résultent, suivant lui, du bien qu'il a fait à la 
province en y apportant une branche de commerce incon- 
nue jusque-là dans cette partie, Il se glorifie, le fait est 
vrai, d'avoir tiré de la misère et soutenu une infinité 
d'ouvriers de la manufacture de Saint-Quentin, languis- 
sant dans la pauvreté qui les forçoit souvent de s'expa- 



— 460 — 

trier. Les seconds résultent encore, suivant le sieur 
Santerre, de ce que les gazes qu'il ùÀi fabriquer dans ces 
environs n'ont pas encore reçu leur dernier état de per- 
fection lorsqu'elles arrivent à Paris. Il prétend qu'elles 
ne sont pour ainsi dire qu'en préparation, qu'elles sont 
tissées, mais que c'est à Paris qu'il leur fait donner le 
dernier apprêt. 

Je ne crois pas que cette prétention de sa part soit 
aussi bien fondée qu'il le pense, car ce n'est pas l'apprêt 
d'une gaze qui fait qu'elle est une gaze, mais bien la matière 
dont elle est composée et la forme dans laquelle cette 
matière se trouve tissée. En sortant du métier elle est ce 
qu'elle doit toujours être, indépendamment de l'apprêt, 
qui n'a pour objet quç de lui donner un coup-d'œil plus 
agréable, un brillant propre à flatter à la vue, mais sans 
lequel elle n'en seroit pas moins ce qu'elle doit être. 
D'ailleurs il ma été assuré que si le sieur Santerre 
envoyoit à Paris une partie de ses gazes pour y recevoir 
l'apprêt, il en envoyoit aussi de tout apprêtées et pour 
lesquelles il ne pourroit faire valoir les raisons qu'il a 
employées. 

Je suis instruit que quelques négociants ont marché sur 
les traces du sieur Santerre, en formant comme lui 
dans les mêmes cantons des établissements relatifs à la 
fabrication des gazes en soie. Je sais aussi qu'ils les font 
passer à Paris, que toujours il ont payé les droits d'entrée 
et qu'ils n'ont jamais prétendu à aucune exemption de 
ces droits. 

D'après cela je ne pense pas qu'il y ait lieu d'accueillir 
les réclamations des curés des environs de Saint-Quentin, 
qui ne les ont élevées, comme on l'a conjecturé,- qu'à la 
sollicitation du sieur Santerre. On peut en juger ainsi , 
d'abord parccqu'il n'y a pas à craindre que cette partie 
d'industrie tombe par suite de la perception du droit, 
secondement parcequ'en fait de droits à payer pour des 
marchandises fabriquées dans l'intérieur du royaume, la 
loi doit être égale pour tout ce qui est sujet du Roi. Des 
exemptions particulières et personnelles tendroient à 
écarter la concurrence et l'émulation et à établir des 
privilèges d'exclusion qui paroissent être très- éloignés 
du dernier état de la législation. Ce seroit préparer la 
ruine des autres fabricants qui, en raison du droit qu'ils 



— 461 — 

paient, se verroient obligés de tenir leurs marchandises à 
plus haut prix. Peut-être le sieur Santerre seroit-il 
fondé à demander une récompense d'un autre genre pour 
Tavantage qu'il a procuré à cette province, en soutenant 
par ses établissements, dans un temps malheureux, une 
partie de ses ouvriers. C'est ce qu'il appartiendra au 
conseil de décider, en cas qu'il en fasse la demande. 
J'ai l'honneur, etc. 



PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE III. 

« 

Note de la page 231. 



Lalettre suivante de M. l'abbé Bougard, curé de Sebon- 
court, à Monsieur l'intendant de la généralité de Soissons, 
datée du 19 août 1781, montre quelle étoit la situation 
de la population de ces contrées avant l'introduction de 
la fabrication des tissus de soie ; cette lettre dit : 

« Dans ma paroisse, qui a trois quarts de lieue d'éten- 
due, plus de 60 maisons ont été abandonnées, et on ne 
laissoit pas encore de compter plus de 100 ménages 
de mendiants. Plus de 100 autres avoient recours à 
la contrebande. Un déluge de maux, sorti de ce mal- 
heureux métier inondoit la paroisse: les hommes 
alloient mourir aux galères ; les femmes se faisoient 
emprisonner ; tous laissoient leurs enfants à l'abandon. 
Les deux sexes alloient péle-méle, et toujours de nuit 
à leur commerce illicite, vivant dans le concubinage, 
l'ivrognerie, le vol, les rapines, les rixes, quelquefois 
les meurtres. De là cette émigration des habitants qui 
étoit si considérable que, lors du tirage delà milice, il 
falloit quelquefois joindre cette paroisse avec une autre 
pour qu'elles puissent fournir un soldat. Quel prodi- 
gieux changement depuis l'établissement des gazes 
dans cette contrée!! le travail, l'aisance, l'acquit des 
dettes, des impôts et autres charges publiques, l'instruc- 
tion, l'éducation des enfants, le soin des parents âgés, 
tous les biens semblent être venus se fixer ici avec 
messieurs les fabricants de Paris. » 



— 462 — 

PRBMiàRE PARTIS. — CHAPITRE III. 

Note de la page 948. 

CANAL DB SAINT-QUENTIN 1. 

Beaucoup de personnes croient que le canal de Saint- 
Quentin est rœuvre de Laurent de Lionne ; c'est une 
erreur. Un projet de jonction de la Somme à TEscaut a 
bien en effet été rédigé, pendant le dernier siècle, par 
l'ingénieur Laurent et non par son neveu Laurent de 
Lionne, qui ne fut que son continuateur. Ce projet, qui 
entraînait la construction d'un souterrain de 13 kilomè- 
tres de longueur, a longtemps séduit les esprits et même 
reçu, de 1769 à 1773, un commencement important d'exé- 
cution; mais les travaux ont été abandonnés, en 4773, sous 
le ministère Turgot, comme présentant de sérieux 
inconvénients pour la navigation. En 1802, Napoléon, 
alors premier consul, vint lui-même étudier la question 
sur les lieux et fit abandonner le canal Laurent. Si Ton 
considère la difficulté qu'on éprouve déjà à. traverser le 
souterrain actuel, on doit se féliciter qu'on ait renoncé 
au souterrain Laurent, dont la longueur eût été plus que 
doublée. Quoiqu'il en soit de cette appréciation, ce qui 
est positif, c'est que le canal actuel n'a été exécuté ni 
par Laurent, ni par son neveu et qu'il suit un tracé qui 
diffère totalement de celui qui avait été indiqué, puis 
soutenu par ces ingénieurs. Bien que le souterrain 
exécuté par l'ingénieur M. Gayant, soit beaucoup plus 
court que celui qui avait été projeté auparavant, il n'en 
est pas moins en 1862 le plus long souterrain qui existe 
en France ; sa longueur est de 5,670 mètres. 



i Note duc & robligeance de M. Laterrade, ingénieur ordinaire de 1** elane 
à Saint-Quentin. 



— 463 — 

PXtBMlàRB PARTIS. — CHAPlTaS III. 
ai po«w 1m i 

Note de la page ÎSO. 

INCENDIE. 

Article 104 i. 

21 octobre 1611. 



Règlement de police fait par Messieurs les maïeur, eschevins 
et jurés de la ville de Saint-Quentin, affin d'apporter 
prompts secours et remède, advenant F accident de feu de 
quelaue part que ce soit^ en ladite ville^ cejourd'hui 21 
octobre i6ii. 

Preraiérement sera pourvu du nombre de six vingts 
seaulx de cuir selon que cy-devant la ville étoit garnie, 
desquels messieurii du chapistre seront suppliés de 
voulloir se porter guarant de quarante qui seront mis en 
la garde et possession de qui sera advisé. Les autres 
quatre vingt seront mis et distribués en la garde et pos- 
session des quatre cartiniers de la ville et à chascun 
d'eux, au nombre de quinze sceaulx, pour les délivrer au 
maïeur de renseigne ou prudhorame du quartier, en cas 
de feu et les faire rapporter cbez ledit cartinier. 

Quant aux austres vingt, seront et demeureront à 
rhostel de la ville en réserve, pour y avoir recours et 
s'en servir en cas de nécessité. 

Sera pourveu de six nouveaux crochets de fer plus aysés 
et maniables que ceulx qui estoient cj-devaut audit hostel- 
de-ville, pour les porter et faire porter par les portefaix 
au lieu où le feu se prendra. 



1 Novu devoni à la bienveillanœ de M. de Chauvenet commanication de cet 
pièces. 



— 464 — 

La despence qu'il conviendra faire pour Tachapt desdits 
six vingts sceaulx et six crochets se portera, scavoir : pour 
les quarante sceaulx et deux'^rochets par mesdits sieurs du 
chapistre, et les 80 sceaulx et quatre crochets par lesdits 
seigneurs de la ville qui se fera et s'asseoira le plus égale- 
ment que faire se pourra par les maïeurs d'enseignes ou 
prud'hommes. 

Commandement sera faict à tous hostelliers d'avoir en 
tous allées et pourpris, eschelles en tel nombre et de 
longueur qu'il leur sera prescrit et ordonné parle sergent 
de l'enseigne, et les tenir prestes pour s'en ayder en cas 
de nécessité, en peine de dix livres d'amende au contre- 
venant '. 



Rèi^lement pour le balaya^. 

12 juillet 1639. 
BALAIAGE. 

Article lOi. 
PASSAGE DU ROI. 

De par mess, maïeur, eschevins et jurés de la ville de 
Saint-Quentin. Commandements sont faiets à tous bour- 
gois, manans et habitants de la ville de Saint-Quentin de 
faire nestoyer promptement les immondices qui sont au 
devant de leurs maisons et de continuer tous les jours 
tant que le Roy sera en cette ville, en peine de 50 livres 
d'amende. 

Messieurs ont ordonné que la compagnie de la jeunesse 
s'assemblera dans la place des Bounouloirs, et celle de 
messieurs les quartiniers dans ung pré au-dessouls du 
molin de Saint-Thomas. 

Fait et ordonné en la chambre du conseil, le 12 juillet 
1639; publié led. jour par Avechin, sergent à verge. 

Trousset-. 

1 Liasse I" n' t<. 
9 LiftBse 1'% n' 80. 



— 465 — 

SèfeiiM de ftdre oharlvarl. 

14 avril 1651. 

CHARIVARI. 

Article 104. 

De par mess, mayeur, eschevins et jurés de la ville de 
Saint-Quentin, deffences sont faictes itératifves à toutes 
personnes de quelle qualité et condition qu'ils soient, de 
bachiner ou faire bachiner, ou autrement dit de faire au- 
cun charivarie, en peine de dix livres d'amende, tant aux 
maistres que aux serviteurs et servantes, pour lesquels 
lesd. maistres seront responsable de l'amende encourue 
parleurs serviteurs et servante, afin qu'il n'en ignore. 

Fait et ordonné en la chambre *de conseil, le vendredy 
14 avril 1651, et sera la présente signifié. 

Signé : Troussbt*. 



JDe nombreuses pièces relatives aux charges munici- 
pales créées en titre d'office par Louis XIV, création, 
qui fut pour lui une si grande ressource de revenu, qui 
concernent les offices subalternes, tels que Tavocat de la 
ville, le greffier, le garde des archives, les sergents et les 
portiers de la ville, les courtiers, jurés et esgards de 
marchandises , se trouvent aux archives de Saint- 
Quentin. 



1 LitMe 1", n* 10. 



— 4«6 — 



PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE III. 



Note de la page 953. 



Les manuscrits de Quentin de La Fons, â' volume, 
pages 244 à 250, font connaître les noms d'un grand 
nombre des majeurs de Saint-Quentin, depuis l'année 986 
jusqu'en 1683. M. Ch. Gomart, aux soins duquel est due 
cette publication intéressante, complète cette liste, en 
donnant, à Taide de renseignements puisés dans les ar- 
chives de Thôtel-de-ville , ceux des mayeurs et maires 
qui ont administré la ville depuis 1650 jusqu'en 1855. 
Pour ce travail, spéciaTement consacré aux faits qui se 
rattachent, soit directement, soit indirectement, au com- 
merce, nous en extrayons les noms de ceux qui étaient 
marchands, négociants, ou manufacturiers : 

Lescuyer (Hubert), marchand, de 1566 à 1568. 

De Burcourt (François), marchand, en 1570. 

Heuzet (Jehan), niarchand, en 1606, 1613, 4617 et 
1618. 

Gobinet (Jean), marchand de draps, en 1681. 

Boutillier (Jean), marchand drapier, en 1682. 

Tabary (François) , marchand de toiles, en 1684 et 
1696. 

Caignart (Henri), marchand drapier en 1685, 4698. 

Charpentier (Adrien), marchand de toiles en 1703, 
1706. 

Charpentier (Louis-François), marchand de toiles, en 
1713. 

Vautier (Nicolas), marchand, en 1721. 

Charpentier de Malines, seigneur de Vaux et Beau- 
villé (Adrien), marchand de toiles, en 4723. 

De la Marlière (Nicolas), marchand de toiles, en 1725. 

Crommelin (Samuel), marchand de toiles, en 4731 et 
1732. 



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j 



— 467 — 

Dachery d'Herconrt (Louis-Claude), négociant, en 17B1 
et 1752. 

Wattier (Nicolas), négociant, en 1760 et 1761- 

Desjardins (Glaude-Antoine-Quentin), négociant, en 
1780 et 1781. 

Nicquet sâné (Jean-Baptiste-Joseph), négociant, niydse 
an II. 

Arpin (Jacques), négociant, brumaire an m. 

Fizeaux (Pierre-Constant-Marie), négociant, brumaire 
an lY. 

Delafosse (Charles), négociant, brumaire, an vu. 

Jolj de Bammeville (Pierre-Louis-Samuël), négociant, 
en 1808.^ 

Jolj aîné (Jean-Samuel), négociant, en 1812. 

Dupuis (Jean-Baptiste), négociant, en 1828. 



FIN DE LA PREMIÈRE PARTIE 



(Commerce ancien). 




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