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Full text of "Étude sur les métaphores et les comparaisons dans les oeuvres en prose de Sénèque le philosophe"

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UNIVERSITÉ DE GAND. 



RECUEIL DE TRAVAUX 

PUBLIES PAR 

LA FACULTÉ DE PHILOSOPHIE ET LETTRES 



33-"° FASCICULE 



ÉTUDE 



Les Métaphores et les Comparaisons 



DANS LES ŒUVRES EN PROSE 



v-SÊNEQUE LE PHILOSOPHE 

Par D. STEYNS, 




DOCTEIK EN PHILOSOPHIE ET LETTRES. 



GAND 

LIBRAIRIE SCIENTIFIQUE E. VAN GOETHEM 
Rue des Foulons, 1 (près de l'Université). 

1907. 



É T U O E 

suit 

Les Métaphores et les Comparaisons 

DANS LES ŒUVRES EN PROSE 

DE 

SÉNÈQUE LE PHILOSOPHE. 



RECUEIL DE TRAVAUX 

PUBLIÉS PAR 

LA FACULTÉ DE PHILOSOPHIE ET LETTRES 

de l'Université de Gand. 



EXTRAIT DU REGLEMENT 

Les travaux des professeurs et chargés de cours, anciens professeurs 
el anciens chargés de cours sont publiés sous la responsabilité person- 
nelle de leurs auteurs. 

Tous les autres le sont en vertu d'une décision de la Faculté. 



Gand, impi . A. Vandcr Haeghen. 



UNIVERSITÉ DE GAND. 

RECUEIL DE TRAVAUX 

PUBLIÉS PAR 

LA FACULTÉ DE PHILOSOPHIE ET LETTRES 



33 n,e FASCICULE 



ETUDE 



Les Métaphores et les Comparaisons 

DANS LES ŒUVRES EN PROSE 

DE 

SÊNEQUE LE PHILOSOPHE 

Par D. STEÏHS, 



Iiiii | I I l: l\ l'Illl OMiPllir. Il II [TRES. 



GAND 

LIBRAIRIE SCIENTIFIQUE E. VAN GOETHEM 
Rue des Foulons, 1 (près de l'Université). 

1907. 



f MAR3 01966 )) 

10 62 4 6 5 L^ù 

°1 



Monsieur PâUL THOMAS 



Mon Professeur vénéré 



Son élève reconnaissant, 
D. S. 



CHAPITRE I. 

Les Métaphores et les Comparaisons 

EMPRUNTÉES A LA 

VIE MILITAIRE. 



I. 

Il est inutile, je pense, d'insister sur le caractère si foncière- 
ment militaire des Romains : c'est un point qui a été mis en 
lumière par tous les grands historiens modernes de Rome, et 
tout ce qu'on en dirait après eux ne pourrait être que des 
répétitions sans intérêt. D'autre part, les principaux historiens 
de la littérature romaine, les auteurs d'ouvrages sur le style 
des Anciens ('), et même certains éditeurs d'œuvres littéraires 
latines (-), ont montré jusqu'à quel point les productions 
littéraires des Romains portent l'empreinte de cet amour 
pour tout ce qui touche à l'existence du soldat. Déjà du temps 
de Plaute il existait tout un arsenal de métaphores et de 
comparaisons empruntées à la vie des camps, aux ruses de 
guerre, à la rude discipline, en un mot à tout ce qui de près 

( J ) Par exemple : CharaJeteristik der lateinischen Sprache, par F. 0. 
Weise, pp. 27-29 de la l re éd. = 10-13 (2 e éd., Leipzig, Teubner . Cf. aussi 
R. Pichon, De Sermone amatorio apud Lntinos elegiarum scriptores (Paris, 
Hachette, 1902) : « Has omnes similitudines, quae ad bellum pertinent et ad 
victoriam et ad imperium Victoria partum, eo libentius in usu habuerunt 
Latini poetae quod eorum civibus nulla magis verba, quarn ea quae ad 
militiain, victoriam, dicionem, potestatem spectabant, vel nota poterant 
esse vel cara. » 

( 2 ) Par exemple 0. F. Lorenz, Ausgewithlte Komodien des T. M. Flautus, 
3 1 " Bândchen : Miles gloriosus, Préface, pp. 57, 58 et '>[). 



— 6 — 

.m de loin a rapport avec cette armée romaine si forte ci si 
puissamment organisée, qui a fait de Rome la maîtresse du 
monde. Il va de soi que beaucoup de ces figures de style ont 
passé de l'un à l'autre écrivain, et ont fini par devenir le 
patrimoine commun des poètes et même des prosateurs 
postérieurs; néanmoins, les auteurs dont le style se distingue 
par l'originalité, la vivacité ou la couleur pittoresque, ont su 
trouver dans ce domaine des comparaisons inédites, hardies 
et d'autant plus frappantes. Avant d'en venir à Sénèque, dont 
le style est des plus remarquables à cet égard, il convient 
de passer rapidement en revue les diverses phases de l'emploi 
des métaphores militaires dans la littérature latine. 

D'abord, la langue populaire de Rome fourmillait elle-même 
de métaphores vives, naturelles, d'une puissance et d'un relief 
extraordinaires dans leur trivialité, et souvent même leur 
brutalité ('). Ces métaphores sont empruntées, comme il est 
tout naturel, aux occupations journalières des Romains, à 
leur manière de vivre et de penser. Le plus grand nombre est 
tiré de la vie militaire, du droit et de l'agriculture ( 2 ); d'autres 
sont prises à la chasse, à la politique, au commerce. Si on 
veut se convaincre de la richesse exceptionnelle de la langue 
populaire de Rome en ce domaine, on n'a qu'à lire par 
exemple, à défaut des atellanes et des mimes (dont nous 
n'avons plus que des titres et quelques fragments), les 
comédies de Plaute ( ! ) : tous les critiques et les historiens de 

(') Le même phénomène se présente d'ailleurs dans toutes les langues ; 
on n'a qu'à se rappeler le mot fameux de Dumarsais : « Il se fait plus de 
tropes en un jour à la Halle qu'en un an à l'Académie. ». 

( 2 ) Cf. 0. Weise, op. cit., p. 114 = p. 125: « Besonders beliebt aber waren 
beim rijmischen Volke Metaphern ans dem Bereicbe des Militàrwesens und 
der Jurisprudenz; beideGebiete lagen dem Romer so am Herzen.fur sie batte 
er so viele angeborene Neigung und Befâhigung, dass er fur sie und in 
ibnen lebte. » 

( 3 ) Je parle avant tout ici des métaphores populaires, que Plante a 
recueillies fidèlement sur les lèvres des gens du peuple; celles qui sont 
personnelles au poète sont d'ordinaire soutenues et prolongées, parfois 
même jusqu'à l'excès. 



— 7 — 

la littérature latine ont célébré à l'envi « ces torrents de 
métaphores et d'épithètes qui coulent avec une impétuosité 
et une ampleur vraiment lyriques » ('). 

Parmi les métaphores de Plante, celles qui sont empruntées 
à la vie militaire ne sont certes pas les moins nombreuses. 
("'est d'ailleurs assez compréhensible si on se rappelle le 
thème ordinaire de ses comédies : lutte entre le « servus » et 
le « leno » au sujet d'une « meretrix », embûches tendues par 
le « servus » au « senex » pour lui escroquer une somme destinée 
à favoriser les aventures galantes de son jeune maître; ruses 
de guerre imaginées par le « servus » pour duper un « leno », 
un « miles gloriosus » ou une vieille ganache de père... Voilà 
bien le moment ou jamais de parsemer le dialogue de ces 
métaphores militaires que Plante savait devoir ravir ses 
auditeurs ( 2 )! 

La tragédie romaine, dont la valeur éminente ne doit pas se 
mesurer au petit nombre de vers qui en subsistent, est égale- 
ment remplie de ces métaphores et comparaisons militaires, 
auxquelles les tragiques romains savent donner un relief si 
saisissant dans leur brièveté. « Les héros des vieux tragiques 
sont des légionnaires romains ou des stoïciens anticipés » ( 3 ). 

La satire romaine devait, elle aussi, nécessairement, abonder 
en métaphores prises à la guerre et aux combats : la satire 



(') K. Pichon, Histoire de la littérature latine, p. 67 de la 2 e édition (Paris, 
Hachette, 1898). 

(J) Voir au sujet des métaphores militaires dans Plaute l'ouvrage de 
Lorenz cité plus haut (p. 58), et surtout : Wollner, Die aufdas Kriegswesen 
bezilijlirlii'ii Stellen bei Plantas und Terentius (Programme, Landau, 1892). 

( 3 ) R. Pichon, op. cit., p. 50. — Un fait d'ailleurs montre clairement 
que les tragiques romains étaient familiarisés surtout avec les métaphores 
militaires : en dehors de ces métaphores et comparaisons militaires qui 
font un effet superbe parce qu'elles jaillissent spontanément, en dehors de 
quelques autres, empruntées à l'agriculture ou au droit, les tragiques 
romains n'ont pas su, comme leurs modèles grecs, vivifier leur style : 
« Les images, les comparaisons colorées, les épithètes expressives, toute 
cette Heur de poisie élégante et fraîche se dessèche entre leurs mains 
brutales (Pichon, uj>. cit.. p. 50). 



n'est-elle pas. par un do ses caractères principaux, une 
attaque, ou l'auteur prend l'offensive contre ses ennemis, réels 
ou fictifs y « Satira tota nostra est, » a dit Quintilien; les goûts 
belliqueux des Romains, joints à leur esprit frondeur et à 
leur tendance moralisatrice, nous donnent la clef de cette 
originalité. 

Le premier satirique romain digne de ce nom, Lucilius, est 
un réaliste hardi, et les métaphores qu'il emploie (parmi 
lesquelles un nombre considérable sont tirées de la guerre), 
sont d'un pittoresque achevé. 

Va trou, dans ses Ménippées, continue la tradition. « Dans 
les expressions militaires. « hostem », « defensorem », on 
retrouve les dispositions belliqueuses du peuple conquérant : 
l'humanité est partagée en deux camps, conception simple et 
virile » ('). 

Le grand poète-philosophe Lucrèce, passionné et combatif 
quand il s'agit de défendre ses idées favorites, emploie bien 
souvent aussi des comparaisons militaires, afin de frapper 
davantage l'esprit du lecteur. 

Pour la prose de cette époque, nous n'avons à citer, en 
dehors de Varron, que Cicéron. 

Le style de Cicéron avait le mérite de se plier admirablement 
aux circonstances : tantôt travaillé et orné savamment de 
toutes les fleurs de la rhétorique, tantôt fougueux et coulant 
de source, il savait à l'occasion, surtout dans cette merveil- 
leuse correspondance intime, prendre un ton d'un naturel 
exquis et s'enrichir sans contrainte de ces métaphores fortes 
et pittoresques que les lettrés les plus délicats ne dédaignent 
point de cueillir sur la bouche du peuple. Cicéron, 
qui, on se le rappelle, recommandait aux futurs orateurs 
d'étudier aussi, à côté d'autres sciences, l'art de la guerre, a 
employé lui-même nombre de métaphores militaires vraiment 
originales. 

Si de l'époque de la République nous passons aux premières 

(i) Piehon, op. cit., p. 110. 



— 9 — 

années do l'Empire, nous remarquerons aussitôt un état 
d'esprit sensiblement différent de celui d'Ennius et du 
vieux Caton. 

Petit à petit, la société romaine s'affine; la force brutale, 
la violence qui règne partout répugnent de plus en plus aux 
Romains policés graduellement par la civilisation hellénique. 
La littérature elle-même subit cette influence, et les poètes 
nouveaux se tournent de préférence vers les Alexandrins 
dont la poésie un peu mièvre et subtile plaît à leur goût 
raffiné. Les métaphores militaires restent cependant aussi 
nombreuses que jadis dans la littérature latine, mais de 
naturelles et primesautières qu'elles étaient, elles se font 
maniérées, et témoignent d'une recherche puérile. Les longues 
allégories que l'on retrouvera plus tard en France dans le 
Roman de la Rose et dans les élucubrations indigestes de 
d'Urfé et de M" e de Scudéry jouissent d'une faveur générale. 
Ce ne sont que parallèles entre le jeune guerrier et le 
« damoiseau muguet », entre les veilles inquiètes des soldats 
et celles de l'amoureux aux abois, entre les ruses de guerre 
d'une armée en campagne et les « embûches » tendues aux 
dulcinées rétives. Jadis, au char de l'Imperator triomphant 
on attachait les grands vaincus, et dans le cortège du conqué- 
rant figuraient les prisonniers ennemis et le butin emporté 
par les soldats ; dans les poèmes des disciples de Cal vus, le 
général qui triomphe est représenté par l'Amour, les captifs 
sont la Raison et la Pudeur, ses auxiliaires l'Egarement et la 
Folie ('). Catulle déjà, bien plus encore Properce, Tibulle. 
Ovide, et bien d'autres « poetae minores », se servent conti- 
nuellement de ces allégories, dont la répétition incessante 
finit par lasser. 

Cette perte du naturel dans le style nous annonce que 
l'époque impériale est là, avec son règne presque absolu de 



(') Cf. Pichon, op. cit., pp. 411-412, et .surtout l;i thèse du même auteur, 
citée plus haut : De Sermone amatorio njnnl Latinos elegiavum scriptores. 



— 10 — 

la rhétorique. Ces! l'époque où l'emploi des métaphores et 
des comparaisons n'est plus qu'un jeu où n'intervient guère 
l'observation de la nature Q. Tous les écrivains, jusqu'à la 

fin de l'Empire, ont subi la néfaste influence de la préciosité 
des déclamateurs et des lectures publiques qui pullulent 
partout, tous, même les esprits les plus originaux et les plus 
puissants, même ceux qui s'élèvent contre l'omnipotence de 
la rhétorique et qui la blâment sévèrement ou la ridiculisent. 
Sénèque, Quintilien, Lucain, Perse, Quinte Curce, Juvénal, 
Stace, Pline le Jeune, Tacite, Apulée, puis les écrivains 
chrétiens : Tertullien, Saint Cyprien, Arnobe, Lactance, 
Saint Augustin, Sedulius, Salvien, Sidoine Apollinaire, tous 
ces écrivains sont, à des degrés différents, saturés de méta- 
phores, de pointes et d'antithèses. 

Nous avons parlé tantôt des métaphores militaires dans 
l'élégie erotique qui florissait à la fin de la République et 
sous Octave. Les métaphores militaires vont maintenant 
apparaître dans des œuvres à tendances toutes nouvelles, 
celles de Lucain, de Sénèque, de Perse, c'est-à-dire de ceux 
qui représentent le plus complètement ce qu'on a appelé la 
littérature stoïcienne à Rome. 

Déjà Cicéron, dans certaines de ses œuvres philosophiques, 
plus particulièrement empreintes de stoïcisme, surtout dans 
les « Tusculanes », le « De fini bus bonorum et malorum », les 
« Paradoxa », le « De Officiis », s'était abondamment servi 
de métaphores militaires. Sénèque, vraiment Romain en cela, 
n'est pas plus original, pour les idées philosophiques, que 
Cicéron. Mais il a eu le mérite de continuer brillamment, pour 
ce qui concerne la morale théorique et surtout pratique, 



(') Cf. 0. Weise, op. cit., p. 69 = p. 74 : - Man ûberlud sie (la langue de 
l'Empire) mit Bildernund Vergleichen (et en note : Des Valerins Flacons 
« Argonautica enthalten nient weniger als 111 Gleichnisse ») und aller- 
hand poetisehem Beiwerk,ura den Gaumen des blasierfcen Volkea môglichtst 
zu kitzeln. War in der àltesten Zeit der Stoff die Haupfcsache gewesen, hinter 
dem die Form zuriiektrat, so drehbe .sien jetzfc das Verhâltnis um. » 



— 11 — 

l'œuvre de vulgarisation, entreprise par Cicéron. des princi- 
pales doctrines grecques, en les choisissant et les amalgamant 
de telle sorte qu'elles ne rebutassent point les Romains 
pratiques par des abstractions trop prolongées ou des idées 
trop surhumaines. 

Mais le style philosophique de Sénèque est, en somme, 
autrement varié et attrayant que celui de Cicéron. La lutte 
pénible — et d'ailleurs si méritoire — entamée par celui-ci 
contre la pauvreté de la langue latine en ce genre tout 
nouveau à Rome, n'a pas toujours permis au grand orateur de 
déployer en ses œuvres philosophiques l'élégance parfois sur- 
chargée et le pittoresque savoureux qu'on goûte dans ses 
autres écrits. Sénèque a eu la chance de venir après lui. Son 
style a profité des transpositions parfois heureuses de son 
prédécesseur, et grâce en outre aux leçons reçues dans sa 
jeunesse, et surtout à son talent naturel, il a su créer des 
œuvres d'un intérêt et d'un charme durables. J'espère qu'il 
apparaîtra par la lecture du premier chapitre de ce travail à 
quel point les métaphores militaires de Sénèque sont capti- 
vantes et originales, et combien le moraliste romain a su 
renouveler par la vivacité et le charme pittoresque de 
l'expression des comparaisons qui déjà faisaient partie du 
domaine propre du stoïcisme, doctrine rude et virile par son 
essence même. 

Le neveu de Sénèque, Lucain, et le satirique Perse, tous 
deux poètes stoïciens, n'ont fait que reproduire dans une 
langue poétique les expressions stoïciennes de Sénèque. 

Lorque la vogue, très vivace à certains moments, de cette 
littérature stoïcienne se fut peu à peu dissipée, les métaphores 
militaires n'eurent plus, dans les œuvres des temps posté- 
rieurs, le même relief ni la même énergie. 

Il faudra, pour leur insuffler une vie nouvelle, les premiers 
représentants littéraires en latin de la nouvelle doctrine qui 
mettait le paganisme aux prises avec u\i ennemi bien décidé 
a vaincre. 

Les apologistes chrétiens : l'âpre Tertullien, Minucius 



— 12 — 

Félix ('), sainl Cyprien, qui exalte la discipline dans l'Eglise (*)< 
Arnobe, Lactance( 3 ), Firmicus M aternus, surtout saint Jérôme, 
ne parlent que de combats, de luttes et de triomphes, en 
véritables combattants pour le Christ qu'ils sont ( 4 ). Tertullien 
et Saint Jérôme ressemblent beaucoup, par moments, par 
leur violence dogmatique et leur ardent prosélytisme, au 
stoïcien Sénèque. Le moraliste païen et les Pères de l'Eglise 
se rencontrent sur bien des points : les seconds, tout comme 
le premier, représentent la vie comme une guerre incessante; 
ceux-ci comme celui-là condamnent les inclinations les plus 
irrésistibles et les plus douces de la nature humaine pour se 
réfugier, l'un en la « tour d'ivoire » du stoïcien, les autres 
dans l'Evangile (■). 

Peu à peu se forme toute une série d'expressions 
consacrées : l'ambition de tout bon chrétien sera dorénavant 



(i) M. V. Carlier, dans un article du Musée Belge (15 oct. 1897), a 
prouvé (jue les ressemblances qu'on rencontre dans Minucius Félix et 
Sénèque n'ont rapport qu'au style, nullement à la doctrine. 

( 2 ) Saint Cyprien exalte la discipline en vrai Romain qu'il est; l'Eglise 
doit être, d'après lui, une armée forte dont chaque soldat doit une obéissance 
absolue à ses chefs. 

( 3 ) Dans le De mortibus perseeutorum de Lactance règne « la fièvre 
du combat et l'orgueil de la victoire » (Pichon, op. cit., p. 769). 

( 4 ) Firmicus Maternus est un des plus emportés parmi les premiers 
auteurs chrétiens. Chez lui se rencontre ce passage : < Pro salute hominum 
Christo pugnante vicistis. » Il parle aussi du « drapeau de la foi » (•< Erigite 
vexillum h'dei »...). 

( 5 ) Cf. Pichon, op. cit., p. 850 : « Dans son exhortation à son ami 
lléliodore, il (S 1 Jérôme) traduit par des comparaisons belliqueuses son 
entrain de serviteur du Christ : « Quid facis in paterna domo, délicate 
miles? ubi vallum? ubifossa? Recordare tirocinii tui diem, quo, Christo in 
baptismate consepultus, in sacramenti verba jurasti pro nomine ejus non 
te patri parciturum esse, non matri. Ecce adversarius in pectore tuo 
Cbristum conatur occidere. Licet parvulus ex collo pendeat nepos, licet 
sparso crine ubera mater ostendat, licet in limine pater jaceat, per calcatum 
perge patrem; siccis oculis ad vexillum crucis evola. Solum pietatis 
genus est in hac re esse crudelem. » Cf. aussi Epictète, Manuel, Vil. 



— 13 — 

de « servir dans les milices du Christ » (') et de s'associer aux 
défaites comme aux triomphes de son Sauveur. 

Les apologistes et les poètes chrétiens sont les derniers 
représentants de la littérature latine proprement dite; nous 
ne poursuivrons donc pas plus loin l'emploi des métaphores 
militaires dans les œuvres écrites en latin. 

Après cette revue forcément abrégée des principaux écri- 
vains latins qui se sont servis de métaphores militaires, nous 
devons revenir à Sénèque et nous arrêter plus longuement 
sur lui. 

A l'époque de Sénèque, nous l'avons dit, sévit à outrance 
la manie des pointes, des antithèses, des métaphores et des 
comparaisons. Le style des meilleurs écrivains en est 
imprégné. Les écoles de rhétorique qui fleurissent partout 
exercent une attraction irrésistible. Les esprits clairvoyants 
s'effrayent de cette invasion, « dépeignent les écoles do 
rhétorique sous les plus noires couleurs, sans cesser, hâtons- 
nous de le dire, de les fréquenter assidûment... » ('-'). Sénèque 
lui-même est aveuglé au point de se moquer de la rhétorique 
alors que son propre style en subit continuellement 
l'influence ( 3 ). Et le grave et docte Quintilien, lorsqu'il critique 
Sénèque à ce sujet, ne s'aperçoit pas qu'il tombe dans un 
travers identique. 

Mais on aurait tort de croire d'après cela que les méta- 
phores militaires dans Sénèque sont toujours forcées et 
invariablement emphatiques; à côté des longues comparaisons 

(!) Prudence, par exemple, parle en « soldat du Christ, associé à son 
triomphe comme à ses luttes » (Pichon, op. cit., p. 885). 

( 2 ) Cucheval, Histoire de l'éloquence romaine, tome 1, page 218 (Paris, 
Hachette, 1893). 

( 3 ) Même dans les dernières années de sa vie et malgré sa clairvoyance 
lorsqu'il s'agit d'autres écrivains, de Mécène, par exemple, (cf. Ep. 114) f 
Sénèque se laisse prendre encore aux charmes do La rhétorique. Parfois il 
s'en aperçoit lui-même, mais n'en prétend pas moins que, s'il se sert des 
procédés de l'Ecole, c'est dans le seul but de convaincre : /■'/>. 24,6: 
< Decantatae, inquis, in omnibus scholis fabulae istae sunt... > Puis plus 
loin: « Non in hoc cxempla nunc congcro, ut ingenium exerceam... > 



— 14 — 

ampoulées qu'on rencontre dans ses œuvres de jeunesse, il ne 
faut pas oublier de mentionner les «admirables métaphores 
militaires qui abondent dans les Epîtres à Lucilius. L'influence 
néfaste de la rhétorique se fait surtout sentir, chez Sénèque, 
dans les pointes spirituelles, les jeux de mots recherchés, et 
dans l'allure saccadée que Caligula caractérisait en l'appelant 
« du sable sans chaux » (arena sine calce). Et même cet abus 
qui fatigue tant à la longue n'est vraiment rebutant que 
dans les œuvres de jeunesse de Sénèque; peu à peu, l'auteur 
s'assagit; il parvient à se libérer en partie du joug de la 
préciosité, et ainsi, il arrive, dans son chef-d'œuvre, les 
Lettres à Lucilius, à se faire une style qui, très souvent, unit 
la grâce sans mièvrerie et sans mauvais goût à la force et à 
l'éclat pittoresque. Çà et là, il est vrai, Sénèque sacrifie encore 
à sou ancien penchant, mais savouré ainsi à petites doses, 
l'esprit à outrance charme plutôt qu'il ne rebute. Sénèque, 
d'ailleurs, s'appuie sur des pensées trop élevées, il est lui- 
même trop convaincu de la gravité des idées qu'il défend, pour 
se laisser aller trop longtemps au gré de sa fantaisie. Si, dans 
ses œuvres de jeunesse, le caractère faible et un peu léger de 
Sénèque l'emporte encore trop souvent, les Epitres à Lucilius 
nous montrent un stoïcien vraiment digne de ce nom, un 
homme mûri par l'expérience et les revers et qui veut 
racheter ses défaillances passées par un prosélytisme ardent 
en faveur de sa doctrine préférée. Le stoïcisme! c'est lui qui 
donne à Sénèque la valeur éminente qu'il a pour nous; sans 
le stoïcisme, Sénèque ne serait peut-être qu'un Ovide, comme 
Lucain n'eût été qu'un Stace et Perse un déclamateur à froid. 
Le stoïcisme seul, avec son mépris superbe et hautain des 
choses terrestres, avec son énergie farouche et parfois sur- 
humaine, pouvait arracher à la corruption générale les rares 
esprits trop élevés pour s'abaisser au niveau des basses 
cupidités et des passions brutales. A cette époque de chaos 
moral, il fallait une philosophie exaltant jusqu'au paroxysme 
la volonté. Depuis longtemps déjà, l'insuffisance de l'antique 
« mus majorum » était flagrante; déjà Cicéron avait cherché 



— 15 — 

avec angoisse un remède à ses douleurs, sans oser se décider 
encore pour le stoïcisme. En présence de l'écroulement de 
toutes les vieilles traditions romaines et l'envahissement à 
liome des passions les plus dissolvantes, Sénèque et ses 
congénères n'hésitent plus, malgré leurs apparences d'éclec- 
tisme : le stoïcisme seul pourra apporter la guérison en ce 
péril extrême ('). 

C'est donc le stoïcisme qui donne aux opuscules de Sénèque 
leur haute valeur morale; et c'est surtout au stoïcisme que 
son style doit les belles comparaisons militaires qui commu- 
niquent tant de superbe énergie aux fiévreuses pensées du 
philosophe. 

Sans doute, le caractère essentiellement guerrier et combatif 
des Romains joue un certain rôle dans l'emploi continuel et 
la précision pittoresque de ces métaphores et comparaisons 
militaires; mais à l'époque de Sénèque cette influence est 
loin d'être aussi prépondérante qu'elle l'était jadis. Nous ne 
sommes plus sous l'austère République, où le citoyen-soldat 
avait une si haute conception de la discipline, et partageait 
son existence entre la rude vie des camps et l'exercice de 
ses fonctions judiciaires (-). Le peuple romain a perdu sa 
fière indépendance et est devenu tout entier lâche et servi! e( '). 
Depuis l'époque troublée des triumvirs et de la guerre civile, 
l'armée est devenue de moins en moins nationale, de plus en 
plus à la dévotion des ambitions insatiables d'un Marins. 



(') C'est aussi le stoïcisme qui a donné à Sénèque la force de mourir avec 
une si belle fermeté; il est lui-même de ceux dont il parle Ep. 24, 9 : « .... non 
fortes tantum viros hoc momentum effiandae animae contempsisse, sed 
quosdam ad alia ignavos in bac re aequasse animum fortissimorum.... 

( 2 ) Plaute a résumé en un vers et demi la vie politique du citoyen 
romain : « Valete, judices justissumi, domi duellique duellatores optumi » 
(Prologue des Captifs, vers 07-68). 

{*) Lucain « signale la lâcheté du peuple romain qui s'enfuit à la 
moindre alerte ou qui reste pour subir la volonté du vainqueur; l'égoisme 
grossier de la plèbe qui fait bon marché de ses droits pourvu qu'on la 
nourrisse grassement - (Pickon, <>/'. cil., p. 568). 



— 16 — 

d'un César ou «l'un Pompée. C'est la tourbe de Rome, les 
« capite censi » exclus, avant Marius, du service militaire, 
qui dorénavant porteront au loin la destruction et le pillage 
e\ agrandiront le territoire de l'Empire romain au profit d'un 
autocrate qui leur laisse la bride sur le cou. 

Beaucoup de jeunes nobles dédaigneront les travaux 
grossiers de la guerre pour se livrer, à la passion toute 
nouvelle de la littérature; on éprouvera beaucoup plus 
d'enthousiasme pour un beau vers ou une ingénieuse compa- 
raison mythologique que pour les conquêtes lointaines des sou- 
dards mercenaires. Si de temps en temps on daigne se souvenir 
du métier des armes, ce sera pour lui emprunter quelque fade 
allégorie dans le goût de celles que l'on rencontre dans Ovide. 

Seuls quelques écrivains d'opposition, presque tous stoïciens 
ou de tendances stoïciennes, trancheront sur la mignardise 
universelle, et cela précisément grâce à la morale stoïcienne. 

C'est que le stoïcisme, par son essence même, est en lutte 
perpétuelle avec les idées reçues. Ne veut-il pas arracher 
l'homme à tout ce qui a du prix pour lui? N'entame-t-il pas 
un combat sans relâche contre la mort, objet de crainte pour 
tous les hommes ? Ne s'oppose-t-il pas avec une fermeté de 
tous les instants aux passions et aux vices, et n'engage-t-il 
pas ceux qui aspirent à la vraie sagesse à leur livrer un 
combat acharné, incessant, sans merci? Quoi d'étonnant à 
ce qu'une telle philosophie abonde en termes pris au rude 
métier de soldat ! 

L'existence tout entière de l'homme de bien se passe en 
escarmouches et en combats continuels : « Vivere militare 
est! » Sénèque le clame sur tous les tons ('). 

0) Ep. 96, 5 : -< Ipse te interroga, si quis potestatem tibi deus faciat, 
utrum velis vivere in macello an in castris. Atqui vivere, Lucili, militare 
est.» Cela n'empêche d'ailleurs pas que, dans la vie réelle, Sénèque, comme 
tous les stoïciens, ne soit un adversaire déclaré de la guerre et de la 
brutalité soldatesque. Qu'on se rappelle son mépris pour Alexandre et les 
autres hommes de guerre fameux. Cf. aussi Ep. 90, 16 : < ... tam superva- 
cuum... cocum esse quam militem ». et De Morïbus, 34 : « Pacem babebis 
(•uni bominibus, cum vitiis bellum. >- 



— 17 — 

Cependant il est un mal auquel personne ne peut échapper : 
c'est la mort. Aussi Sénèque, en vrai stoïcien, et en homme 
qui sait d'expérience combien on a à redouter, de son temps, 
les féroces fantaisies d'un tyran sanguinaire ('), Sénèque 
proclame à chaque instant le plus souverain mépris pour 
la mort. Qu'importe de vivre lorsqu'on est l'esclave de ses 
passions, ou lorsque la vieillesse vous a fait perdre l'usage 
de la raison lumineuse, le seul bien que reconnaisse le sage? 
En ces cas-là. n'hésitons pas, s'écrie notre philosophe; 
arrachons notre cou au joug qui l'étreint et rendons nous- 
mêmes la liberté à notre âme prisonnière. Caton d'Utique l'a 
fait; imitons son exemple. Et, dans cette exaltation fiévreuse 
de la volonté, Sénèque va jusqu'à dire : Loin d'avoir peur 
de la mort, chérissons-la, car c'est elle qui nous apportera la 
liberté absolue et entière! 

Toutes ces idées ne lui sont d'ailleurs pas personnelles : 
ce sont les lieux communs de la prédication stoïcienne qui se 
font déjà entrevoir dans Cicéron, et qui furent vulgarisés par 
les deux Sextius ( 2 ), Attale et Fabianus ( 3 ). 

Mais les comparaisons et les métaphores enthousiastes et 
passionnées de Sénèque donnent à ces pensées une vigueur 
et un relief tout nouveaux. Quelle énergie dans ces exhorta- 



(*) Cf. Thraséa parlant au questeur (Tacite, Annales, XVI, 35) : « Specta, 
juvenis..., in ea tempora natus es, quibus firmare aniraum expédiât constan- 
tibus exemplis. » 

( 2 ) Un des deux Sextius, probablement le père, aimait aussi à employer 
des métaphores militaires (cf. Ep. 59, 7 sqq). Il avait d'ailleurs un si vie 
plein d'énergie (cf. Ep. 64, 3). 

( :i ) Sur Fabianus et ses écrits, voir Ep. 100. — Toutes ces idées sont 
tirées de la morale stoïcienne, telle qu'on la trouvait déjà chez les 
premiei-8 philosophes du Portique : Zenon, Cléanthe et surtout Chrysippe 
(voir les Stoicorum veterum fragmenta de von Arniin), et telle qu'elle 
fut répandue de bonne heure à Rome. Sénèque est du ceux qui, marchant 
sur les traces de l'anétius et des autres stoïciens récents, se sent attachés 
surtout à relever par les ornements du style les préceptes muraux du 
l'oit ique. 

2 



— 18 — 

lions pressantes qui reviennent ii chaque instant comme 
conclusion dos invectives de Sénèque contre les passions délé- 
tères et les passe-temps ineptes de ses contemporains!.... 
« Jam cavillaris?.... » s'écrie-t-il. « Quam stultum est, cum 
signum pugnae acceperis, ventilare! Kemove ista lusoria 
arma : decretoriis opus est » (Ep. 117, 25). Quel mépris 
hautain et amer pour ces occupations frivoles auxquelles se 
livrent tant d'hommes : discussions oiseuses sur des points de 
philologie ou d'archéologie (cf. Ep. 88) ou sur les élucubra- 
tions des dialecticiens (Ep. 49) ! 

C'est là, en cette force incomparable d'expression, en ces 
métaphores qui vivifient si heureusement les prédications 
souvent monotones des moralistes, que git l'originalité de 
Sénèque. Il a compris que rien n'est plus apte à convaincre 
qu'une image pittoresque et bien choisie ('), et que, s'adres- 
sant à de grands seigneurs élevés dans la mollesse et l'hypo- 
crisie mondaine, il lui fallait assaisonner les sèches et souvent 
rebutantes idées stoïciennes d'un condiment savoureux, s'il 
ne voulait pas que le mets les dégoûtât. 

Les violences mêmes qu'on reproche à Sénèque n'étaient 
pas de trop pour secouer et tirer de leur torpeur les âmes 
veules de ce temps : Sénèque a voulu crier fort pour se faire 
entendre. 

Je trouve, pour ma part, que son tempérament d'Espagnol 
ne jouait en cette conjoncture qu'un rôle bien minime ( 2 ). On 
a bien vite fait de mettre sur le compte du caractère sombre 



(') Ne dit-il pas lui-même (Ep. 59,6) : « Illi, qui simpliciter et demon- 
strandae rei causa eloquebantur, parabolis referti sunt, quas existimo 
necessarias, non ex eadem causa qua poetis, sed ut inbecillitatis nostrae 
adminicula sint, ut et dicentem et audientem in rem praesentem adducant.» 

( 2 ) Sur l'éducation de Sénèque, voir H. Bornecque, Les Dédit mat ion.* 
et /es- Déclamateurs d'après Sénèque le Père (Lille, 1902), ainsi que l'ouvrage 
récent de M. E. Rolland, paru dans ce même recueil : De l'Influence 
de Sénèque le Père et des Rhéteurs sur Sénèque Je Philosophe (Gand, 
Vuylsteke, 1906). 



— 19 — 

et violent des Espagnols la fièvre de langage de certains 
écrivains latins originaires de la péninsule ibérique. Pour 
moi, si je vois une influence dans ces métaphores outrancières 
de Sénèque, c'est plutôt celle qu'ont exercée l'époque et 
les circonstances au milieu desquelles il a vécu ('). En 
dehors de ce fait qu'il existe une affinité évidente entre 
la morale et la rhétorique ( 2 ), il faut toujours se sou- 
venir que Sénèque, comme à peu près tous les jeunes gens 
de bonne famille sous l'Empire, avait reçu profondément 
l'empreinte des écoles de rhétorique, dont le style tourne si 
vite à l'emphase et à la boursouflure; s'étonnera-t-on qu'il en 
ait conservé des traces, même dans les Lettres à Lucilius? 
Ensuite, Sénèque avait lui-même souffert beaucoup dans le 
cours de son existence brillante et mouvementée; sa faiblesse 
de caractère l'avait entraîné, souvent malgré lui, à des com- 
promissions et des palinodies déshonorantes. Dans sa jeu- 
nesse, il avait eu des crises passagères qui l'avaient jeté dans 
une austérité trop exagérée pour être durable ( 3 j. Lorsque. 
devenu vieux et épuisé par la maladie (sa santé n'avait 
cessé d'être chancelante), il se retire des affaires, son âme 
est remplie d'une amertume profonde ( 4 ); le souvenir de 
ses faiblesses l'obsède, et c'est avec l'ardeur d'un néophyte 
qu'il se réfugie dans le sein du stoïcisme pour se consacrer 
tout entier, loin des vains bruits du inonde, à la guérison de 



(') Villemain, dans sa Notice sur Florus, donne, nous semble-t-il, la 
note juste, lorsqu'il écrit : « Dans les Gaules et les Espagnes, il s'élevail 
des talents tout romains par la langue et les sentiments... Le faux goût 
n'a point de patrie privilégiée : la déclamation et le bel esprit sont le 
caractère d'une époque, encore plus que celui d'un peuple. » 

('-) Cf. P. Thomas, La Littérature romaine jusqu'aux Antonins (Bruxelles, 
Rozez, 1894). p. 224. 

( 3 ) A ce point de vue, il ressemble à Saint Augustin, qui. dans sa jeu- 
nesse, avait passé par une crise analogue. 

( 4 ) Cf. Nictur. Qwest., Préface du livre 111 : Premat ergo senectus c\ 
objiciat annos inter vana studia consumptos : tanto inagis urgeamus ei 
damna aetatis maie exemptas Iabor sarciat. » 



— 20 — 

son âme el de celle de quelques amis choisis. C'est cette 
amertume qui rend tant de lois son style violent; il se rap- 
pelle avec honte ce que les défaillances de notre misérable, 
enveloppe humaine lui ont coûté. A ce souvenir cuisant, il se 
seul plein de rancune envers les passions, et exhale sa haine 
en des invectives ardentes et des exhortations enflammées ('^ 

Parmi ceux dont nous avons conservé les œuvres, Sénèque 
est le premier en date de ces moralistes puissants qui voient 
dans l'exercice d'une volonté indomptable le seul remède aux 
maux de la décadence contemporaine. Après lui, son neveu 
Lucain transporte ses métaphores énergiques dans la poésie. 
Perse, jeune homme intransigeant et stoïcien dogmatique, les 
traduit en pamphlets plus sobres sans être moins frappants. 

Après avoir ainsi passé en revue les écrivains latins, nous 
jetterons un coup d'œil sur les stoïciens grecs. 

Chez les Grecs, c'est surtout Chrysippe, dont l'influence. 
déjà prépondérante en Grèce, s'accrut sans cesse à partir du 
premier siècle de notre ère, c'est surtout Chrysippe, dis-je, 
qui a servi de modèle aux disciples du Portique. 

Un grand nombre des comparaisons de Sénèque se retrouve 
chez Chrysippe (-) : avant Sénèque, Chrysippe a parlé de la 
« lutte » de l'homme contre les passions, du philosophe 
« médecin de l'âme, » de la colère « aveugle; » il a emprunté 
ses métaphores au jeu de balle, à la course à pied, ainsi 
qu'aux autres jeux connus des Grecs, et a comparé l'homme 
ù un voyageur ( 3 ). 

Mais c'est Épictète qui est, parmi les Grecs, celui dont les 
tendances ressemblent le plus à celles de Sénèque. Pour nous 



(') 11 va de soi qu'ici je tais avant tout allusion aux Épîtres à Lucilius. 
Cf. aussi Natur. Quaest., 111, 18, 7. 

Ce qui ne veul pas dire que Sénèque ait étudié Chrysippe à fond : 
voyez les Stoieorum veterum fragmenta, de von Arnim, Praef., p. X. 

( 3 ) Notre principale source pour Chrysippe est Gralien (voyez von Arnim, 
op. cit.). D'autres extraits de Chrysippe se trouvent dans Stobée, Plutarque, 
Cicéron et Sénèque lui-même. 



— 21 — 

en tenir aux comparaisons militaires, Epictète affirme, avec 
autant d'énergie que Sénèque, que nous avons, dans notre 
liberté intérieure, comme une citadelle imprenable, oii nous 
pouvons braver tous les assauts de l'extérieur ('); comme 
Sénèque, il déclare que le novice qui aspire au prix de la 
sagesse aura à livrer une lutte terrible contre les passions (-' ): 
comme Sénèque encore, il compare la vie au jeu de dés ( 3 ). 
Pas plus que Sénèque, Epictète ne se gêne pour appeler les 
choses par leur nom. Malgré toutes ces similitudes, Epictète 
est doué d'un caractère bien plus ferme et plus logique que 
Sénèque; celui-ci est ondoyant et divers, Epictète est toujours 
d'accord avec lui-même; Sénèque nous présente un idéal sur- 
humain, Epictète se maintient toujours strictement dans les 
limites de la nature humaine. Entre eux, il y a toute la 
distance qui sépare le dilettante de l'homme de métier, le 
philosophe amateur de celui qui a fait de la philosophie sa 
raison de vivre ( 4 ). 

Plus tard, Marc-Aurèle, l'empereur-philosophe, ne s'occu- 
per;) que de son âme à lui, et tous ses efforts tendront à se 
dégager de plus en plus des vaines passions de ce monde, et 
à attendre de pied ferme la mort : « Offre au dieu qui est 
au-dedans de toi un être viril, un citoyen, un empereur, un 
soldat à son poste, prêt à quitter la vie, si la trompette 
sonne ("'). » 



(<) Epictète, Entretien*, I, i, 23; f, vr, 40; I, xvn, 27; III, m, 10; IV, V,25. 

('-) Epictète, Entretiens, IV, ix, 11; III, xvi, 11; Manuel, xm ri xxn. 

( :! ) Epictète, Entretien*, II, v, 3. 

(«) Quant au maître d'Épiotète, Musonius Rufus, il nous reste de lui trop 
peu de chose pour que nous puissions le juger en pleine connaissance île 
cause. 

(5) Traduction de M. Martha, Les Moralistes <l<tn* l'empire romain (Paris, 
Hachette, 1894), p. 181. 



22 



II. 



A.près cette caractéristique générale des métaphores et des 
comparaisons militaires, il est temps que nous passions au 
détail. Voici donc, rangées autant que possible dans un certain 
ordre, toutes les métaphores et les comparaisons militaires 
qu'on rencontre dans les œuvres en prose de Sénèque ('). 

Il va de soi que je me suis abstenu de mentionner les mots 
qui, primitivement, étaient des termes militaires, mais dont le 
sens s'est tellement affaibli qu'il n'est plus guère sensible 
après quelques siècles d'usage constant. Tels sont, par 
exemple : spoliare, praemium, excellere, intervallum, acies, 
superare, etc. Les énumérer tous serait un travail oiseux et 
sans utilité ( 2 ). 

Parmi les métaphores et comparaisons militaires, il en est 
qui reviennent presque à chaque instant et paraissent plaire 
particulièrement à Sénèque. 

Ainsi, il compare souvent les malheurs et les contrariétés 
de toute espèce qui, inopinément, s'abattent sur l'homme, à 
des projectiles lancés du camp ennemi : De Const. sa p. ( 3 ), 19, 3 : 
Contumelias... et cetera dehonestamenta velut clamorem 
hostium ferat et longinqua tela et saxa sine vulnere circa 
galeas crepitantia... — De Ira, Lib. III, 5, 8 : ... ut tela a duro 
resiliunt et cum dolore caedentis solida feriuntur, ita nulla 



(') Si je dis « toutes » les métaphores et comparaisons, j'exagère peut- 
être; mais je crois cependant avoir été aussi complet qu'il est possible de 
l'être en cette matière, et, en tout cas, je pense bien n'avoir oublié aucune 
métaphore ou comparaison remarquable ou intéressante. 

(*) La même remarque s'applique aux chapitres suivants. 

( 3 ) Voici les éditions dont j'ai suivi le texte : pour les Epp. ad Lueil., 
l'édition 0. Hense (1898); pour les Dialogi, comprenant les 3 Consolation* 
à tlelvie, à Marcia et à Polybe), De Provîd., De Const. sap., De Ira, De 
vit. beat., De Otio, De tranquill. an., et De brevit. vit., l'édition Gertz (1886) 
et l'édition Hermès (1905); pour les Natur. Quaest., l'éd. F. Haase (1898) 
et pour le De Beneficiis et le De Clementia, l'éd. Hosius (1900). 



— 23 — 

magnum animum injuria ad sensum sui adducit, fragilior eo, 
quod petit. — Ep. 80,3 : ... quanto facilius animus conroborari 
possit, ut fortunae ictus invictus excipiat, ut projectus, ut 
conculcatus exsurgat. — Puis : Consol. ad Marc, 16,5-6; ïbid., 
9, 3; Natur. Quaest., Lib. II, 59, 2; De vit. beat., 27, 6; Consol. 
ad Helv., 2, 5; Consol. ad Polyb., 17, 5; Ep. 45, 9; Ep. 99, 32; 
Ep. 104, 22; Ep. 107, 5. 

Parfois c'est le sage lui-même, en lutte contre la fortune 
et les passions humaines, qui doit prendre soin de lancer sa 
flèche ou son arme d'une main sûre, afin qu'elle aille droit au 
but : Ep. 71, 3 : Scire débet quid petat ille, qui sagittam 
vult mittere, et tune derigere ac moderari manu telum. Errant 
consilia nostra, quia non habent, quo derigantur. — Puis : 
De Remed. fort., XIII, 1 (■). 

Sénèque va même souvent plus loin : dans son mépris 
stoïcien, il proclame énergiquement qu'il faut « recracher » 
(respuere), sur celui qui les a lancés, les traits ennemis : De 
Ira, Lib. III, 5, 8 : Quanto pulchrius velut nulli penetra- 
bilem telo omnis injurias contumeliasque respuere ! — Puis : 
Ep. 53, 12. 

D'autres métaphores encore ont rapport à des javelots 
lancés vers un but ou au maniement d'autres armes de guerre; 
voyez De Benef., Lib. VI, 8, 3; De Ira, Lib. 1,9,1; De 
Const. sa p., 4, 1; De Provid., 4, 13; Ep. 29,3; Ep. 87,30; 
Ep. 89, 8; Ep. 94, 3. 

Sénèque aime d'ailleurs, pour rendre cette idée, commune 
li tous les temps, qu'il ne faut pas se fier aux apparences, à 
prendre comme terme de comparaison le fourreau d'un glaive 
qui, si resplendissant qu'il puisse être, ne rend pas pour cela 
meilleure la lame qu'il renferme : Ep. 92, 13 : Nec bonum 
nec malum vagina gladium facit. Ergo de corpore quoque 
idem tibi respondeo... — Puis : Ep. 76, 14. 

Un des thèmes favoris sur lesquels brode Sénèque est 



(') Pour les fragments de Sénèque, je me suis servi de l'édition Haasc 
(Teubner, 1897). 



— 24 — 

celui-ci : l'aspirant-philosophe doit obéir en tout à Dieu, à la 
raison suprême, comme le simple soldat est tenu de suivre 
les instructions de son général (') : Kp. 53, 9 : Exercet 
philosophia regnum suum; ... domina est, adosse jubet 
(expression militaire : répondre à l'appel). — Puis : Kp. 120. 12. 

D'ailleurs, au novice qui aspire à la sagesse on doit insuffler 
le l'eu sacré, comme aux jeunes conscrits on inspire un amour 
ardent pour l'honneur militaire : De Benef., Lib. III, 36, 3 : 
« Hoc agite, optimi juvenes! Nec desunt tam pulcliro certa- 
mini duces, qui ad similia vos cohortentur ac per vestigia ire ad 
victoriam saepe jam partam ex parentibus jubeant. — Kp. 95, 
35 : Quemadmodum primum militiae vinculum est religio 
et signorum amor et deserendi nefas, tune deinde facile cetera 
exiguntur mandanturque jusjurandum adactis, ita in iis, qnos 
velis ad beatam vitam perducere, prima fundamenta jacienda 
sunt et insinuanda virtus. — Puis : Kp. 36, 9. — Cf. aussi 
Ep. 108, 23, où le terme militaire « tirunculus » est pris 
métaphoriquement. 

Le respect profond de Sénèque pour la discipline est bien 
romain ('-'). On voit d'ailleurs que Sénèque lui-même fait de 
violents efforts pour rester fidèle à l'étendard stoïcien, sans y 
parvenir toujours, comme on l'a montré maintes fois. Comme 
toutes les recrues novices, il tombe même dans des excès 
de zèle qui rendent ses expressions d'une raideur et d'un 
dogmatisme à rendre des points au stoïcien le plus rigide; 
mais, malgré tout, ses penchants naturels l'emportent souvent. 
De là ces contradictions ( 3 ) qui le trahissent et nous montrent 



(') Cf. Oie., Tuscul., II, 50 : « Hujus animi pars illa mollior rationi sic 
parait, ut severo imperatori miles prudens. » Cf. aussi Epictète, Entretiens, 
III, 24, 38-40 et 31-37, et ibid., I, XIV, 15. 

[ z ] Plus tard, Saint Cyprien se distinguera, lui aussi, par un respect 
caractéristique pour la discipline. L'appliquant à la foi chrétienne, il en 
fera l'apologie en des termes énergiques : « Disciplina custos spei, retina- 
culum fidei, dux itineris salutaris, magistra virtutis, facitin Christo manere 
semper ac jngiter Deo vivere.... 

( 3 ) Ou plutôt ces « adoucissements », comme l'a montré M. P. Hoffmann 



— 25 — 

que sous l'enveloppe du stoïcien qui veui paraître intran- 
sigeant, subsiste toujours le bonSénèque au cœur compatissant, 
aux goûts délicats et mondains, et aussi le Romain qui répugne 
à toutes les exagérations. 

La discipline doit être sévère, car, sans discipline, pas do 
bons soldats; mais le général sera cependant indulgent el 
donnera lui-même le bon exemple : De Ira, Lib. I, 9, 4 : Hic 
erit utilis miles, qui scit parère consilio; adfectus quidem tain 
mali minibtri quam duces sunt. — ld., id., 9, 2 : ....Si vero 

répugnât tam inutilis animi minister est quam miles, qui 

signum receptui neglegit. — Puis : ld., Lib. II, 10, 3; Consul. 
ad Pohjb., 5, 4. 

« Cohortari », terme militaire désignant les encouragements 
de l'officier à ses hommes, est employé par Sénèque en parlant 
d'un philosophe stoïcien s'adressant à un jeune homme : 
Ep. 77, 6 : .... Amicus noster Stoicus, homo egregius et.... vir 
fortis ac strenuus, videtur mihi optime illum cohortatus. 

Le sage doit toujours être prêt à subir les assauts de 
la fortune : Consul, ad Hélv., 5-3 : Illi me jusserunt stare 
adsidue velut in praesidio positum et omnis conatus fortunae, 
omnis impetus prospicere multo ante quam incurrant. Etc. 

— EpAS, 6 : In ipsa securitate animus ad difficilia se praeparet 
et contra injurias fortunae inter bénéficia firmetur. Miles in 
média pace decurrit, sine ullo hoste valluin jacit et supervacuo 
labore lassatur, ut sufficere necessario possit. Quem in ipsa 
re trepidare nolueris, ante rem exerceas. — Ep. 74, 30 : 
Ilonestum enim securum et expeditum est, in procinctu stat. 

— Puis : Ep. 64, 4; Ep. 76, 34; Ep. 107, 4. 

dans un article paru dans la Bévue de l'Instruction publique en Belgique 
(1902, pp. 289-298). — Je suis de l'avis de M. Hoffmann lorsqu'il prouve par 
des exemples que M. S. Rubin, dont il discute l'ouvrage (Dr. S. Rubin, Die 
Ethik Senecas in ihrem Verhiiltnis zur tilteren und mittleren S/nu, Munich, 
0. Beck, 1902), a exagéré beaucoup les prétendues contradictions » 
philosophiques de Sénèque. Où il y a « contradiction chez .Sénèque, c'est 
entre les doctrines morales qu'il préconise dans ses œuvres, et sa propre 
existence, fort peu digne, par moments, d'un stoïcien véritable (Cf. par 
exemple la Consolation à l'olybe et le De Vita beata \. 



— 26 — 

(ar l'homme qui s'assoupil dans la mollesse do son bonheur 
se laissera abattre par le premier assaut de la fortune (') : 
De Provid., 2, 6. —Cf. aussi Ep. 66, 52. 

Le sage est suffisamment armé contre les déboires de 
la vie : Ep. 109, 8 : Satis armatus est (se. sapiens). 

II y a certains vices contre lesquels on n'est jamais en 
sûreté : De tranÇuill. an., 1, 1. 

Le sage peut avoir confiance en sa force : De Const.sap., 
4, 3 : Immo nescio an magis vires sapientiae ostendat 
tranquillitas inter lacessentia, sicut maximum argumentum 
est imperatoris armis virisque pollentis tuta securitas in 
hostium terra. — Puis : Ep. 9, 2; Ep. 29, 9; Ep. 56, 13. 

La fortune ne peut rien contre celui qui est prêt à lui tenir 
tête : Ep. 98, 7 : .... Potest fortunam cavere, qui potest ferre. 

Même au milieu des douleurs les plus atroces, l'âme du sage 
reste invincible : Ep. 85, 29 : .... invictus ex alto dolores 
suos spectat. 

La raison, qui est l'apanage du sage, triomphe à la fois de 
tous les vices : Consol. ad Helv., 13, 2 : Non singula vitia ratio, 
sed pariter omnia prosternit : in universum semel vincit. 

Il ne faut pas gaspiller son existence en des enfantillages 
et des amusements frivoles; l'homme n'a pas un instant de 
trop pour se consacrer à son âme : Ep. 96, 5 : Ipse te inter- 
roga, si quis potestatem tibi cleus faciat, utrum velis vivere in 
macello an in castris. Atqui vivere, Lucili, militare est. Itaque 
hi, qui jactantur et per operosa atque ardua sursum ac 
deorsum eunt et expeditiones periculosissimas obeunt, fortes 
viri sunt primoresque castrorum; isti, quos putida quies aliis 
laborantibus molliter habet, turturillae sunt, tuti contumeliae 
causa. — Ep. 88, 19 : Quid prodest multos vincere luctatione 
vel caestu, ab iracundia vinci ? 

Sénèque, s'écartant en cela de sa doctrine favorite, est 
particulièrement l'ennemi des discussions oiseuses et vaines 



(') Cf. Proclus, in Plat. Timaeum, p. 18, C, éd. Schneider. 



— 27 — 

sur les questions de grammaire ou de dialectique ('). Pour le 
vrai Romain, c'était là perdre son temps d'une façon inepte 
et puérile. Aussi Sénèque, tout en faisant siennes les idées 
du Portique, s'est-il bien gardé de suivre les stoïciens dans 
leur amour des subilités que l'on caractérisera plus tard du 
nom de « scolastiques » ( 2 ). La morale seule, à ses yeux, est 
utile à l'homme. « Qu'as-tu à t'occuper de ces niaiseries? 
s'écrie-t-il; « cs-tu donc si bien armé contre les passions et 
contre la crainte de la mort? » Ep. 49, 6 : Securi est et ex 
commodo migrantis minuta conquirere : cum hostis instat a 
tergo et movere se jussus est miles, nécessitas excutit 
quicquid pax otiosa collegerat. Non vacat mihi verba dubie 
cadentia consectari et vafritiam in illis meam experiri. - 
Ep. 117,25 : Tôt quaestiones fortuna tibi posuit, nondum 
illas solvisti : jam cavillaris? quam stultum est, cum signum 
pugnae acceperis, ventilare! Jlemove ista lusoria arma : 
decretoiïis opus est. — Puis : Ep. 48, 10; Ep. 82, 20 sqq.; 
Ep. 85, 1. - Cf. aussi Ep. 88, 29. 

Les vices, d'ailleurs, sont extrêmement tenaces contre les 
hommes, et leur livrent sans relâche des assauts acharnés : 
Ep. 104, 19 : Tamdiu ista urguebunt mala macerabuntque per 
terras ac maria vagum, quamdiu malorum gestaveris causas. 
— Ep. 117, 21 : Die, ... quemadmodum quae me ex transverso 
feriunt aguntque, procul a me repellam, quomodo par esse 
tôt malis possum, etc. — Cf. aussi De, Provid., 4, 12. 

Il faut que le sage oppose à tous ces maux une résistance 
indomptable ( 3 ) : Ep. 51, G : Nobis quoque militandum est, 



(i) Particulièrement dans les Lettres à Lucilius, Sénèque n'a pas 
d'expressions assez dédaigneuses pour ces puérilités; il les appelle « lusoria 
arma », « latrunculi », « quaestiunculae », « acuta deliratio », « rugae », 
< ineptiae », « titillationes », « cavillationes », < textorium », etc. 

( 2 ) Il se conformait d'ailleurs en cela à l'esprit du temps : le stoïcisme, 
à cette époque, se bornait de plus en plus à la morale. 

( 3 ) Cf. Cic. Tusc. II, 58 : « .... omnibus enim rébus, non solum dolori, 
simili contentione animi resistendum est. Ira exardescit, lil>i'li> concitatur : 
in eandem arcem confmrienrkim est, eadem snnt arma sumenda. 



— 28 — 

cl quidem génère militiae,quo numquam quies,numquam otium 
datur. Debellandae sunt inpriinis volnptatcs... — Ep. 51, 13 : 
Sed satis diu cum Hais litigavimus, numquam satis cum 
vitiis, quae, oro te, Lucili, persequere sine modo, sine fine. 
Nain illis quoque nec iinis oec modus. — Ep. 51, 8 : Portuna 
mecum bellum gerit : non sum imperata facturus. Jugum non 
recipio, immo, q'uod majore virtute faciendum est, excutio. 

Ep. <i.">, 24 : Fortes simus adversus fortuita. Non contremes- 
camus injurias, non vulnera, non vincula, non egestatem. 
Ep. 89, 18 : Iilos conpesce, marcentia in te excita, soluta 
constiïnge, contumacia doma, cupiditates tuas publicasquo 
quantum potes vexa.... — Puis: Consol.ad Marc, 5,6; Consol.ad 
llrh:. 15, 4; Ep. 9, 3; Ep. 29, 9; Ep. 51, 9; Ep. 52, 7; Ep. 66, 6: 
Ep. 71.30: Ep.71,37; Ep. 80, 3; Ep. 92 ; 2; Ep.98, 14; Ep. 116,3. 

Le sage restera debout, si violent que soit l'assaut des 
adversités : De Provid., 2, 1 : .... adversarum impetus rerum 
viri fortis non vertit animum : manet in statu, etc. 

Celui qui ne considère pas la vertu comme le bien suprême 
tombera entre les mains de la fortune : Ep. 71, 4. 

Aguerrissons donc notre âme : Ep. 18, 8 : Exerceamur ad 
palum. — Ep. 82, 16 : Magna exercitatione durandus est animus, 
ut conspectum ejus accessumque patiatur. — Puis : De Provid., 
1,7: Ep., 71,30 sqq.. 

Parfois, le sage doit même trouver du plaisir à ces combats 
et à ces luttes contre la fortune : De Provid. 4, 4 : Gaudent, 
inquam, magni viri aliquando rébus adversis, non aliter quam 
fortes milites belle... — Voyez aussi Ep. 67, 14. 

Cependant, le sage ne doit jamais se jeter de son propre 
mouvement au-devant des ennemis. Il n'attaquera jamais le 
premier. Mais, lorsqu'il est assiégé, il se défendra avec une 
énergie indomptable : Ep. 28, 7 : Dissentio ab his, qui in 
fluctus medios eunt et tumultuosam probantes vitam cotidie 
cum difficultatibus rerum magno animo conluctantur. Sapiens 
feret ista, non eliget, et malet in pace esse quam in pugna. 

Souvenl Sénèque, avec une énergie ardente, excite au 
combal les amis auxquels il s'adresse: dans les Lettres à 



— 29 — 

Lucilius, ce vieillard d'une santé si débile, qui se dépeint 
lui-même presque continuellement atteint des affections les 
plus pénibles, se montre avec toute la combativité passionnée 
d'une âme devenue indomptable. Et nous lui pardonnerions 
presque les faiblesses de sa vie antérieure, grâce à ces 
généreux appels à l'énergie morale : Ep. 91, 9 : Consurgainns 
adversus fortuita! — Ep. 78, 15 : Toto contra il le pugnet 
animo : vincetur, si cessent, vincet, si se contra dolorem snniii 
intenderit.... — Ep. 89, 18 : Illos conpesce, marcentia in le 
excita, soluta constringe, contumacia doma, cupiditates tuas 
publicasque quantum potes vexa — — Puis : Ep. 16,6; 
Ep. 120, 12. 

Sénèque représente souvent les maux de toute espèce 
comme « assiégeant » les hommes : Ep. 95, 4 : Pravae 
opiniones obsident animum. — Ep. 74,19-20: Adversus hos 
casus muniendi sumus. Nullus autem contra fortunam inex- 
pugnabilis niurus est : intus instruamur. Etc. — Puis : Ep. 7, 
6; Ep. 19, 11 ; Ep. 54, 1; Ep. 74, 22. 

Le sage lui-même doit monter à l'assaut des vices : Ep. 87, 
41 : Hanc satius est suadere re et expugnare adfectus, non 
circumscribere. — Cf. aussi Ep. 50, 6 (expugnare). 

Le sage doit aussi s'entourer de remparts inexpugnables (') : 
Ep. 82, 4-5 : Philosophia circumdanda est, inexpugnabilis 
murus, quem fortuna multis machinis lacessituin non transit. 
In insuperabili loco stat animus, qui externa deseruit, et arce 
se sua vindicat : infra illum omne telnm cadet. — Ep. 113, 27 : 
Quid est fortitudo ? munimentum humanae imbecillitatis inex- 
pugnabile, quod qui circumdedit sibi, securus in hac vitae 
obsidione perdurât. — Puis : Ep. 65, 21 ; Ep. 95, 14; De Const. 
sap., 6, 9. 

Le sage parfois reçoit des blessures, mais il n'en est pas 
abattu : De Const. sap., 10,4 : ... quosdam ictus recipil 
(se. sapiens), sed receptos evincit et sanat et comprimit 



(') Cf. Kpictùte (Introduction, page 21). 



— 30 — 

On voit «les gens qui, par peur de la mort, vivent dans une 
angoisse perpétuelle, connue le soldat en pays ennemi : 
Ep. 74,3. 

La douleur est comparée à un ennemi qui rampe silen- 
cieusement vers le soldat assoupi : Cotisa!, ad Polyb.,8, 1 : 
.... tune velut occasione data insidiabitur dolor et requiescenti 
aniino tuo paulatim inrepet. 

La pauvreté est une sentinelle des plus vigilantes : De 
Iiemed. fortuit., Additio, 6 : (Paupertas).... pervigil excubitrix... 

Malheur à celui qui, mal protégé contre les vices qui 
le menaçaient, s'est laissé envahir par eux! De Ira, Lib. I, 
8, 2-3 : In primis, inquam, finibus hostis arcendus est; nam 
cuiii intravit et portis se intulit, modum a captivis non accipit. 
— Voyez aussi Ep. 18, 8 et Ep. 63, 15. 

Il y a des gens qui s'exposent d'eux-mêmes aux coups de 
la fortune : Ep. 22, 4. 

Cependant, on est parfois obligé de céder, mais qu'au moins 
alors l'honneur reste intact (') : De tranquill. an,, 4, 1 : Nec ego 
negaverim aliquando cedendum, sed sensim relato gradu 
et salvis signis, salva militari dignitate.... — De Benef., 

Lib. V, 2, 1 : numquam enim in rerum honestarum 

certamine superari turpe est, dummodo arma non projicias et 
victus quoque velis vincere. — Puis : De Benef., Lib. V, 2, 3; 
ibid., 3, 2; ibid., 5, 1. 

Il faut battre en retraite sans lâcheté : Ep. 22.8 : .... referet 
pedem, non vertet terga, sed sensim recedet in tutum. 

Il ne faut pas surtout, comme certains le font, fuir à 
la moindre alerte : Ep. 13, 8 : .... sic vertimus terga, 
quemadmodum illi, quos pulvis motus fuga pecorum exuit 
castris 

Car il est plus dangereux de prendre lâchement la fuite que 
de tenir tête avec bravoure : Ep. 78, 17. 



(') Cf. Cic. Tusc, II, 58 : < .... non sentiunt viri fortes in acie volnera. 
vol sentiunt, sed niori nialunt quam tantuni modo de dignitatis gradu 
doinoveii. » 



— 31 — 

Si Sénèque lui-même, à un certain moment, conseille à son 
cher Lucilius de s'enfuir au plus vite, c'est devant une espèce 
particulière d'ennemis : les séductions du monde : Ep. 32, 3 : 
Propera ergo, Lucili carissimc, et cogita quantum additurus 
celeritati fueris, si a tergo hostis instaret, si equitem adven- 
tare suspicareris ac fugientium premere vestigia. Fit hoc, 
premeris : accéléra et évade, perdue te in tutum.... — Epictète 
est du même avis : voyez Entret., 111, xu, 12. 

Lorsqu'il s'agit de fuir les choses vaines de ce monde pour 
se réfugier dans le camp tranquille et serein de la philosophie, 
alors il ne viendra à l'esprit de personne de vous appeler 
un lâche ou un traître : Ep. 103, 4 : Quantum potes autem, 
in philosophiam recède. 111a te sinu suo proteget, in hujus 
sacrario eris aut tutus aut tutior. — Cf. aussi Ep. 16, •"> : 
Philosophia nos tueri débet. 

Cette idée est développée tout au long dans la lettre 14, 
avec la conclusion : Ad philosophiam ergo confugienduin 
est {Ep. 14, 11). 

Il est même permis à celui qui recherche la vérité de passer 
d'un camp à un autre, non pas comme transfuge, mais comme 
simple éclaireur : Ep. 2, 5 : Hodiernum hoc est, quod apud 
Epicurum nanctus sum, soleo enim et in aliéna castra transi re, 
non tamquam transfuga, sed tamquam explorator... — Voyez 
aussi : Consol. ad Helv., 5, 2; De Otio, 1, 4. 

Nous avons vu plus haut que Sénèque s'est plus d'une fois 
servi, comme termes de comparaison, des opérations d'un 
siège en règle; dans le même ordre d'idées, il aime à com- 
parer la vie à une ville prise d'assaut, livrée au pillage et oii 
se donnent librement cours les appétits grossiers : De Benef., 
Lib. VII, 27, 1 : Si tibi vitae nostrae vera imago succurret, 
viderevideberis tibi captae cuin maxime civitatisfaciem,etc.(')- 



(!) On peut rapprocher de ceci un passage de la lettre 74, où la Fortune 
est représentée jetant au milieu de la feule réunie dans le théâtre les 
faveurs dont elle dispose. Tous se précipitent et se battent dans une mêlée 
terrible pour « piller » et se disputer ces biens [l:'/>. 7 I, 7). 



— 32 — 

La Fortune; c'est un ennemi féroce qui se jette sur des 
hommes paisibles et s'amuse à les taire souffrir : Consol. ad 
Polyb., 3, 1. 

Nous avons donc ainsi passé en revue un grand nombre de 
métaphores et de comparaisons qui se laissent rattacher assez 
facilement entre elles; nous avons suivi les divers mouvements 
d'une armée en campagne : d'abord l'armée rangée en bataille 
et soumise à une discipline sévère; puis les projectiles qu'on 
lance sur l'ennemi — et ceux qu'on reçoit; ensuite la charge 
et enfin la victoire — ou la défaite. A côté de cela, nous avons 
vu les opérations du siège d'une place forte, finissant par 
L'assaut et la prise de la ville. 

A coté de toutes ces métaphores et comparaisons, il en 
est d'autres qu'il est à peu près impossible de classer métho- 
diquement, parce qu'elles se rapportent à des épisodes ou 
des traits de la vie militaire très divers et sans lien apparent 
entre eux. 

Je devrai donc me contenter de les citer au fur et à mesure 
qu'elles se présenteront. 

Quand il s'agit d'un bienfait à rendre, la bonne volonté 
supplée à la fortune, et le bienfaiteur n'a d'autre supériorité 
sur son obligé que celle d'un soldat armé de toutes pièces 
sur un soldat armé à la légère : De Benef., Lib. Y, 4, 1. 

De même que, pour redresser le bois d'un javelot, il faut 
l'exposer au feu, de même les caractères vicieux doivent être 
corrigés par la douleur : De Ira, Lib. I, G, 1. 

Il ne faut point donner de préceptes à ceux qui n'y sont 
pas préparés, pas plus qu'il ne faut donner des armes à celui 
qui est dans l'impossibilité de s'en servir : Ep. 95, 38. 

Les gens trop riches sont plus exposés aux coups de la 
fortune, comme les soldats trop corpulente à ceux de l'ennemi: 
lh- tranq. an., 8, 9. 

Sénèque aime aussi à comparer le séjour des hommes ici-bas 
ù celui des soldais sous une même tente (contubeinium) : De 



— 33 — 

ce « contubernium » avec le dégoût que le stoïcien éprouve 
pour la promiscuité avec des individus dénués de toute 
sagesse : De tranq. an.. 11, 7 : ... Sciebam, in quam tumul- 
tuosum me contubernium natura clusisset. — Puis : Ep. 70, 17. 
— Cf. aussi : Ep. 20, 10 (« divitiarum contubernium ») 
et Ep. 102, 27 (« contubernium ventris »). 

Le sage désire avoir un ami qu'il pourra assister dans 
ses combats contre la fortune, et qui l'aidera à son tour Q) : 
Ep. 9, 8 : Sapiens etiam si contentus est se, tamen habere 
amicum vult, ... ut habeat aliquem, ... quem ipse circum- 
ventum hostili custodia liberet. 

Toutes les vertus sont égales entre elles : Ep. 66, 12-13 : 
Paria itaque sunt et gaudium et fortis atque obstinata tor- 
mentorum perpessio... Quid? tu non putas parem esse virtu- 
tem ejus, qui fortiter hostium mœnia expugnat, et ejus, qui 
obsidionem patientissime sustinet '? — Voyez aussi Ep. 66, 50. 

Il y a plusieurs manières d'arriver à son but, il ne faut pas 
s'en tenir avec opiniâtreté à une seule; de même une armée 
a plusieurs façons de se former, toutes également bonnes : 
De vita beat., 4, 1. 

On ne se donne guère la peine de nuire à ceux qu'on 
méprise : Ep. 105, 2 : Etiam in acie jacens praeteritur, cum 
stante pugnatur. — Cf. aussi De Provid., 3, 3. 

Pour dire qu'il s'est transporté d'un endroit à un autre, 
Sénèque emploie la métaphore « transtuli castra » : Ep. 83, 5. 

Il en va des violences de la tyrannie comme des grandes 
guerres : elles ont raison de l'homme rien que par leur aspect 
terrifiant : Ep. 14, 6. 

L'homme qui se fait vieux est comparé à un soldat qui a fini 
son service (« emeritis jam stipendiis ») : De Otio, 2, 2. 



(') Cf. Marc-Aurèle, VI, 30 (traduction de M. Martha, op. cit., page 183) : 
< Ne rougis pas du secours d'autrui; ton dessein, n'est-ce pas, c'est de faire 
ton devoir, comme un soldat qui monte sur la brèche? Eh bien! que 
ferais-tu, si, blessé à la jambe, tu ne pouvais monter seul sur le rempart, el 
si tu le pouvais aidé par un autre ? > Cf. aussi page 85, en note. 

3 



— 34 — 

De même, le sage est comparé à un soldat qui accomplit 
sod temps de service : Ep. 93, 4 : Vis scire, quid inter hune 
intersit... functum omnibus vitae humanae stipendiis..., et 
ilhun, cui multi anni transmissi sunt? — Ep. 65, 18 : Sapiens 
adsectatorque sapientiae.... velut sacramento rogatus hoc, 
quod vivit, stipendium putat. — Cf. aussi Ep. 25, 2 : Cum hoc 
veterano parcius agendum puto, ne in desperationem sui 
veniat, — et Ep. 32, 5 : Ille demum nécessitâtes super- 
gressus est et exauctoratus (« licencié ») ac liber, qui vivit vita 
peracta. 

Le terme « auctoramentum » (prix d'un engagement) est 
également employé au figuré par Sénèque : Ep. 69, 4 : Nullum 

sine auctoramento malum est.... — Ep. 104, 34 : opes 

auctoramenta sunt servitutum. 

Un richard qui possède un grand nombre d'esclaves est 
comparé à un général qui commande une armée : De tranquill. 
an., 8, 6 : Numerus illi coticlie servorum velut imperatori 
exercitus referebatur. . . . 

Il faut être « altruiste » et ne pas abandonner à son sort son 
compagnon blessé. Sénèque rend cette idée généreuse par 
une métaphore vraiment belle : Consol. ad Helc, 1,1: 

praeterea timebam, ne a me victa fortuna aliquem meorum 

vinceret : itaque utcumque conabar manu super plagam meam 
inposita ad obliganda volnera vestra reptare. 

Il y a des conquérants qui ne désirent prendre une ville 
que dans le seul but de la conserver, de même que certaines 
gens souhaitent la ruine de leurs bienfaiteurs afin d'avoir 
l'occasion de leur rendre service : De Benef., Lib. VI, 27, 3-4 : 
Hostes quoque optaverunt capere quasdam urbes, ut ser- 
varent, et vincere quosdam, ut ignoscerent, etc. 

« Manus dare » = s'avouer vaincu, se trouve Natur. Quaest., 
II, 38, 1, et ailleurs. 



— 35 



n. 



Après cette énumération des métaphores et des compa- 
raisons militaires qu'on rencontre chez Sénèque, il nous a 
paru intéressant et instructif d'examiner rapidement les 
fluctuations de leur emploi dans les ouvrages de notre 
philosophe. 

Comme on aura pu le remarquer déjà, le nombre et la valeur 
de ces métaphores et de ces comparaisons varient selon le 
caractère et les tendances des diverses œuvres, et aussi selon 
l'époque où elles ont été écrites. 

Très rares dans les « Questions Naturelles » et dans le traité 
« De Clementia », elles sont en général fort nombreuses dans 
le traité « Sur la Colère », dans les « Consolations » (j'en 
excepte celle qui est adressée à Helvie, la mère du philosophe), 
dans le « De vita beata », le « De tranquillitate aninii », 
le « De Beneficiis », le « De Providentia », le « De Constantia 
Sapientis ». Enfin, les Epîtres à Lucilius en regorgent litté- 
ralement. 

Tâchons de rendre raison de ces différences. 

Le premier ouvrage important de Sénèque est la « Consola- 
tion à Marcia ». Malgré quelques passages remarquables, 
l'œuvre est, dans son ensemble, gâtée par le faux brillant des 
artifices de rhétorique. Les comparaisons y sont souvent 
prolongées outre mesure, dégénèrent parfois même en un 
verbiage creux. Dans cette Consolation, ainsi que dans les 
Consolations à Helvie et à Polybe, on remarque quelques 
métaphores militaires bien venues, amenées par les idées 
stoïciennes sur la fermeté du sage dans le malheur. Avec le 
« De tranquillitate animi » débute la série des ouvrages 
vraiment intéressants de Sénèque. Il y prend ce rôle de 
directeur de conscience qu'il gardera tout le reste de sa vie 
et qui fait son originalité. Le « De tranquillitate animi » est 
adressé à Sérénus, grand seigneur blasé et dégoûté du monde. 
Le meilleur moyen de le guérir de ce « spleen », s'est dit 
Sénèque, c'est de le « jeter en pleine mêlée ». De lit un 



— 36 — 

nombre relativement élevé de métaphores militaires. — Dans 
le De Ira », les métaphores sont naturellement fréquentes : 
la colère est un vice, donc le sage, ou celui qui aspire à le 
devenir, lui livrera des combats incessants. — C'est à 
Paulinus, grand fonctionnaire et homme du monde, qu'est 
adressé le « De brevitate vitae ». Paulinus attache trop de 
prix aux biens frivoles et passagers de ce monde; aussi 
Sénèque l'engage-t-il avec insistance à quitter toutes ces 
vanités. Tci encore interviennent les idées stoïciennes coutu- 
mières : lutte contre les passions, mépris des « choses 
fortuites », etc. De là encore un certain nombre de méta- 
phores militaires. — Il y a quelques métaphores de ce genre 
dans le « De Clementia », moins pourtant qu'ailleurs, ce qui 
s'explique par le caractère du sujet. — La rhétorique joue 
un grand rôle dans le « De vita beata » ; il s'y trouve de 
longues comparaisons militaires, mises au service des idées 
ordinaires sur l'ataraxie du sage et le combat continuel 
contre la fortune. — Quelques métaphores tirées de la guerre, 
dans le « De Beneficiis », relèvent l'idée d'une lutte de 
générosité entre le bienfaiteur et l'obligé. — Dans le « De 
Constantia sapientis », le sage est représenté comme absolu- 
ment invulnérable; ni les injures, ni l'injustice, ni le malheur 
ne peuvent l'atteindre. On conçoit qu'il doive se trouver 
dans un pareil traité un nombre relativement élevé de 
métaphores militaires. — Dans un ouvrage aux trois quarts 
scientifique comme les « Questions Naturelles », les méta- 
phores militaires doivent forcément être rares. — « Le 
suicide est permis; cependant il vaut mieux attendre de 
pied ferme la fortune et lui résister vaillamment. » Cette 
idée, développée longuement dans le « De Providentia », 
amène de belles comparaisons militaires. — Dans ces derniers 
traités, le style s'achemine de plus en plus vers le naturel; 
il y parviendra presque entièrement dans les « Lettres à 
Lucilius ». 

Les « Lettres à Lucilius » sont un des chefs-d'œuvre de la 
littérature latine, à la fois par les idées et par le style. Sénèque 



— 37 — 

y est sur son véritable terrain : celui de la prédication morale 
qui s'épanche en des lettres à un ami, lettres où l'on ne 
doit pas s'astreindre à un plan rigoureux. 

A cette époque de sa vie, Sénèque est revenu des vanités 
du monde; il s'exerce à supporter les maux de la vieillesse 
et à regarder la mort en face; son âme s'épure chaque jour. 
Cette transfiguration (') lui procure une joie profonde, et, 
généreusement, il veut faire participer son cher Lucilius à ce 
bonheur ineffable. Il le guide pas à pas, se réjouit de ses 
progrès, l'encourage, le soutient dans ses défaillances ( 2 ). Ses 
propres malheurs, ses propres faiblesses l'ont rendu indul- 
gent. Cela n'empêche pas d'exhorter sans cesse Lucilius à 
entamer le combat contre les voluptés et les passions, à 
élever des remparts inexpugnables contre les assauts répétés 
de la fortune, à obéir en tout à la philosophie comme le 
soldat à son général. Mais ces exhortations n'ont plus la 
raideur stoïcienne de jadis; les expressions sont vives, pit- 
toresques, toujours concrètes : Sénèque nous met sous les 
yeux l'héroïsme des soldats sur le champ de bataille ou 
derrière les remparts, les précautions de l'armée qui se trouve 
en pays ennemi et se sent entourée de pièges, le général qui 
exige de ses subordonnés une discipline exemplaire. Il nous 
montre les traits lancés du camp adverse, les ennemis qui 
montent à l'assaut et qu'il s'agit de repousser énergiquement. 
Tout cela vit sous nos yeux et fait une impression profonde. 
C'était là le vrai ton qu'il fallait prendre pour s'adresser à 
un chevalier romain, lettré et mondain tel que Lucilius; des 
sermons puritains l'auraient dégoûté dès l'abord. 

Faut-il s'étonner si les métaphores et les comparaisons 
militaires sont extraordinairement nombreuses dans les 
« Lettres à Lucilius? » Tout s'y ramène à deux idées prin- 
cipales : Guérissons notre âme de ses plaies ; combattons sans 



(*) C'est le terme qu'il emploie lui-môme (Ep. 6, 1). 
( 2 ) Quels transports de joie lorsque Lucilius progresse! Cf. le cri de 
triomphe que constitue l'Ep. 34. 



— 38 - 

repos contre nos ennemis inlassables : les vices, les passions, 
la crainte de la mort. « Combats! lutte! repousse! dompte! 
chasse! » voilà les cris de guerre que lance Sénèque sans 
discontinuer. C'est un capitaine qui commande la charge : 
« En avant! Chargez! » (« Adsilite! facite impetum! »). Nous 
sommes loin de ces languissantes et interminables comparai- 
sons des premiers traités; entre elles et les courtes mais 
saisissantes exclamations des Epitres, il y a toute la distance 
qui sépare le jeune avocat brillant, léger et mondain, de 
l'ancien ministre désabusé, menant une vie presque ascétique, 
et consacrant les forces qui lui restent à la guérison de son 
âme meurtrie et à la conversion de son ami. 



APPENDICE, 



Métaphores et Comparaisons empruntées à la CHASSE, à la LUTTE, 
aux COMBATS DE GLADIATEURS, et, en général, aux JEUX PUBLICS 
des Romains. 



On peut rattacher aux métaphores et comparaisons mili- 
taires celles qui sont empruntées à des domaines voisins : 
la chasse, la lutte, les combats de gladiateurs, etc. Les 
expressions relatives à ces « sports », comme nous disons 
aujourd'hui, — quoique se rapprochant maintes fois sensi- 
blement des termes de la vie militaire, ont cependant leur 
physionomie propre. 



— 39 — 

I. 

La Chasse. 

La chasse, exercice violent, devait plaire naturellement 
aux Romains. Aussi ont-ils de bonne heure transporté des 
expressions tirées de la chasse dans les œuvres littéraires : 
Plaute est là pour le prouver ('). 

Quant à Sénèque, il ne pouvait manquer d'employer aussi, 
à côté des métaphores guerrières, quelques comparaisons 
tirées de la chasse : la fortune, les séductions du monde, les 
passions et les vices ne ressemblent-ils pas à des chasseurs 
ou à des oiseleurs qui sont embusqués pour saisir l'imprudent 
qui est venu s'empêtrer dans leurs lacets ou se coller à leurs 
gluaux? De tranquill. an., 10, 1 : At in aliquod genus vitae 
difficile incidisti et tibi ignoranti vel publica fortuna vel 
privata laqueum inpegit, quem nec solvere possis nec rumpere. 
(Cf. à propos d'un raisonnement De Benef., Lib. VII, 4, 1 : 
« Hoc ipsum, » inquis, « volui! teneo te! volo videre, quomodo 
ex his laqueis, in quos tua sponte decidisti, expliceris. ») — 
Ep. 8, 3 : Ad omne fortuitum bonum suspiciosi pavidique 
subsistite : et fera et piscis spe aliqua oblectante decipitur. — 
Ep. 8, 3-4 : Quisquis vestrum tutam agere vitam volet, quantum 
plurimum potest, ista viscata bénéficia devitet, etc. 

Notre âme est emprisonnée dans notre corps comme un 
oiseau dans une cage: Ep. 88, 34 : .... quomodo libertate 
sua usurus (se. animus), cum ex hac effugerit cavea;.... 

Lorsqu'on se trouve dans une situation désagréable il ne 
sert à rien de s'irriter; on n'en souffre que plus vivement, 



(') Cf. Lorenz, op. cit., p. 59. Je ne parle que pour mémoire des compa- 
raisons traditionnelles empruntées par Ennius à l'épopée grecque et 
reprises par Virgile, telles que : « ... les guerriers poursuivirent à grands 
cris les ennemis vaincus comme lus chiens de chasse qui traquent les 
fauves avec des hurlements aigus > ... , etc. 



— 40 - 

de même qu'un oiseau qui so débat pour échapper à la glu ne 
fait que s'y coller davantage : De Ira, Lib. III, 16, 1 : Omnis 
enim indignatio in tonnentum suum proficit, et imperia gra- 
viora sentit, quo contumacius patitur. Sic laqueos fera dum 
jactat, adstringit : sic aves viscum, dum trépidantes excutiunt, 
plumis omnibus inlinunt. 

Le terme « aucupari », qui s'emploie pour la chasse aux 
oiseaux, est pris métaphoriquement par Sénèque : Ep. 99, 26 : 
.... voluptatem in ipso dolore aucupari. 

Un homme qui s'imagine en avoir un autre dans sa puis- 
sance, alors qu'il n'en est rien, cet homme est comparé à un 
chasseur qui ne tient sa proie, un oiseau, que par le bout de 
l'aile : Ep. 42, 5 : Meministi, cum quendam adfirmares esse in 
tua potestate, dixisse me volaticum esse ac levem et te non 
pedem ejus tenere, sed pennam. Mentitus sum (') : pluma 
tenebatur, quam remisit et fugit. 

Le sage doit cacher sa retraite, comme font certains 
animaux, qui dissimulent leurs traces autour de leur repaire 
afin que le chasseur ne puisse découvrir celui-ci : Ep. 68, 4 : 
Animalia quaedam ne inveniri possint, vestigia sua circa 
ipsum cubile confundunt : idem tibi faciendum est. 

Parfois, il s'agit d'une chasse plus importante : la chasse 
aux grands fauves. 

Sénèque s'élève, comme il le fait tant de fois, contre ces 
gens qui perdent un temps si précieux à ce qu'il appelle des 
«jeux d'enfants, » c'est-à-dire aux subtilités de la dialectique. 
« Quoi! s'écrie-t-il, en face de la mort tu n'as pas d'autres 
armes? Crois-tu donc qu'on tue les lions à coups d'épingle? » 
Ep. 82, 24 : Magnis telis magna portenta feriuntur... et 
adversus mortem tu tam minuta jacularis? subula leonem 
excipis ? 

Le sage dompte les vices et la fortune comme certaines 



(') La correction de M. Paul Thomas (deux points au lieu du point 
d'interrogation donné par 0. Hense) me parait indiscutable. 



— 41 — 

gens domptent les bêtes féroces : Ep. 85, 41 : Certi sunt 
domitores ferarum, qui saevissima animalia . . . hominem pati 
subigunt... : sic sapiens artifex est domandi mala. Dolor, 
egestas, ignominia, carcer, exilium ubique horrenda, cum ad 
hune pervenere, mansueta sunt. — Cf. Ep. 66, 41 : Hoc (telle 
vertu) violentiam domuit . . . 

Les fauves traqués fuient à travers tous les obstacles; de 
même, les hommes talonnés par la peur : De Clem., Lib. 1, 
12, 4-5. 

Les délateurs qui voulaient la mort de Cremutius Cordus 
sont comparés par Sénèque à des chiens de chasse (Cotisa!. 
ad Marc, 22, 5), puis à des loups (ibid., 22, 7). 

Il est aussi difficile de devenir tout à fait maitre de ses 
passions qu'il est malaisé de dompter complètement les fauves 
dont on s'est emparé : Ep. 85, 8-9 : Tigres leonesque num- 
quam feritatem exuunt... Numquam bona fide vitia mansues- 
cunt. — Puis : De vita beat., 14, 2; ibid., 14, 3. 

Un homme en fureur qui grince des dents est comparé par 
Sénèque à un sanglier qui aiguise ses crocs : De Ira, 
Lib. III, 4, 2. 

Le tigre qui, avant d'expirer, s'efforce de mordre une 
dernière fois le chasseur qui l'a blessé, a l'air moins féroce 
que l'homme enflammé par la colère : De Ira, Lib. III, 4, 3. 

Il faut traiter avec douceur ceux à qui l'on veut enseigner 
quelque chose : le chasseur caresse les chiens auxquels il 
apprend à poursuivre le gibier : De Clem., Lib. I, 16, 45. 

« Lancinare », terme de chasse qui signifie « déchirer », 
« mettre en pièces » est employé métaphoriquement par 
Sénèque : Ep. 32, 2: Diducimus illam (se. vilain) in particulas 
ac lancinamus. 

La colère inspire à l'homme la même crainte que des 
plumes rouges aux bêtes sauvages : De Ira, Lib. II, 11, 6. 



— 42 — 

II. 
La Lutte. 

La lutte fournit des expressions qui ressemblent souvent 
à s'y méprendre aux termes militaires. Mais il n'en faut pas 
moins les distinguer avec soin de ceux-ci. 

La lutte était un des spectacles favoris du peuple romain. 
Pour le peuple grec, qui l'aimait avec une passion au moins 
égale, c'était avant tout un exercice destiné à mettre en œuvre 
la science des belles attitudes, et les athlètes qui s'y livraient 
aux divers Jeux Nationaux faisaient admirer aux spectateurs 
la belle harmonie faite de force à la fois et de grâce de leurs 
formes sculpturales. Les Romains, par contre, se plaisaient 
avant tout au spectacle de la force dans son épanouissement 
monstrueux; les biceps d'une grosseur démesurée, les muscles 
épais et disgracieux, mais d'une puissance formidable capti- 
vaient leur attention par dessus tout. Aussi la lutte avait-elle, 
à Rome, un caractère de violence et de brutalité qui eût 
répugné au sens esthétique si délicat des Hellènes. C'est donc 
tout naturellement le caractère violent de la lutte qui a 
passé dans la littérature latine de préférence au caractère 
esthétique et d'habileté qui prédomine dans les comparaisons 
tirées de la lutte chez les écrivains de la Grèce ( l ). 

Plaute, qui, nous l'avons dit, compare couramment la mise 
en action d'un guet-apens d'esclave rusé et fripon à une 
opération de guerre, se sert parfois du terme « luctator » ou 
d'autres analogues pour désigner l'intrigant. En dehors du 
théâtre comique, les expressions tirées de la lutte n'appa- 



(') Cependant, lorsqu'il s'agit des stoïciens grecs, il faut évidemment se 
placer à un autre point de vue : Cbrysippe et Epictète parlent de la 
« lutte contre les passions avec une énergie qui égale celle de Sénèque. 



— 43 - 

raissent dans la littérature latine sous la République que par 
occasion ('). 

Sous les premiers empereurs, les écrivains stoïciens se 
servent régulièrement d'expressions empruntées à la lutte. 

Avec les premiers auteurs chrétiens, les termes de la lutte 
deviennent courants, au point de devenir presque des clichés : 
1' « Agon christianus » se retrouve chez a peu près tous les 
auteurs chrétiens ( 2 ). Arnobe, par exemple, fut un véritable 
« lutteur de profession » pour le christianisme; il lutte par 
ses écrits comme le lutteur avec ses bras. 

Quant à Sénèque, les expressions prises à la lutte sont 
chez lui relativement nombreuses. Le motif de cette fréquence 
est, on le comprend aisément, le même que pour les termes 
empruntés à la vie militaire. Pour varier ses expressions, 
pour vivifier par des comparaisons toujours nouvelles ses 
exhortations pressantes au courage moral, Sénèque a eu 
recours à des termes de la langue des lutteurs. Dans sa 
pensée, mots de la vie militaire ou de la lutte se confondent 
pour ne plus exprimer que cette idée : combat incessant 
contre la fortune et contre tous les mauvais penchants qui 
assaillent les hommes ! 

Nous avons vu, au commencement de ce chapitre, que 
Sénèque représente les hommes comme devant combattre 
sans cesse la fortune; ici, il s'exprime un peu autrement : 
« Luttez (dans le sens propre du mot) sans repos contre la 
fortune! Saisissez-la à bras le corps et efforcez-vous de lui 
faire toucher le sol! » Ep. 66, 50 : Itaque haec magis laudave- 
rim bona exercita et fortia et cum fortuna rixata. — Ep. 28, 7 : 
Non multum prodest vitia sua projecisse, si cum alienis 



(') Varron préfère la lutte morale des stoïciens à celle des athlètes : 
< In charteo stadio êmrûçiov aywva quo quis certasset animo, bellus 
homo, magis delectatus Stoicorum pancratio quam athletarum. » {Taqyfj 
Mevinnov, IV, éd. Buecholer). 

(*) Un des ouvrages les plus connus du saint Augustin a pour titre : 
De Ayone Christiano. 



— 44 — 

ri xa inli un est. - De Provid., 2, 7 : Spectant di magnos viros 
conluctantes cum aliqua calamitate. — Ep. 78, 21 : .... bene 
luctare cum morbo. - Ep. 1)2, 24 : .... « Sapiens non est 
beatior.... quam ille, qui cum mala fortuna semper luctatus 
est? — Ep. 22, 7 : Lnctarc cum oflicio, quod semel recepisti. — 
Ep. 52, 1 : Quid conluctatur cum animo nostro nec permittit 
nobis quicquam semel velle? — Ep. 66, 1 : Clarannm.... vidi.... 
cum corpusculo suo conluctantem. — Ep. 30, 1 : Bassum 
Aufidium ... vidi ... aetati conluctantem. — Voyez aussi : De 
Provid., 2, 3; De Ira, Lib. II, 14, 2; De brevit. vit., 9, 2; De Ira, 
Lib. III, 43, 3; Ep. 82, 16; Ep. 85, 6; Ep. 109, 2. 

Il faut exercer son âme à la lutte : Ep. 82, 16 : Magna 
exercitatione durandus est animus, ut conspectum ejus acces- 
sumque patiatur. — De Provid., 4, 12 : Verberat nos et 
lacérât fortuna : patiamur! Non est saevitia, certamen est; 
quod quo saepius adierimus, fortiores erimus. — Ibid., 2, 6 : 
Non fert ullum ictum.... de genu pugnat. — Puis Ep. 13, 2. 

Il y a une lutte incessante et acharnée entre l'âme et le 
corps qui l'enchaîne : Consol. ad Marc, 24, 5 : .... Omne illi 
cum hac carne grave certamen est, ne abstrahatur et sidat. 

Le sage, grâce aux combats journaliers qu'il livre aux 
vices, est devenu invulnérable, comme ces lutteurs qui se 
sont exercés longuement à supporter tous les coups sans 
broncher : De Const. sap., 9, 5. 

Il faut que nous sachions triompher de tous les vices pour 
acquérir la vertu, de même que les lutteurs, qui supportent 
tous les coups uniquement pour la passion de la gloire : 
Èp. 78, 16 ('). 

Le sage véritable désapprouve ceux qui se jettent délibé- 
rément au milieu des orages et luttent incessamment contre 
les difficultés de la vie : Ep. 28, 6. 

(') Épictète comparait volontiers les apprentis philosophes à des 
athlètes; mais lui-même devient un véritable « lutteur >, lorsqu'il s'efforce 
de faire de ses élèves des stoïciens véritables, et non pas seulement des 
stoïciens amateurs. Voyez Epictète, Entretiens, 1, iv, 6, et les passages 
cités page 15, note 4. 



— 45 — 

Les passions contraires luttent continuellement entre elles 
dans notre âme (') : Ep. 56, 5 : Inter se rixantur cupiditas et 
timor, avaritia luxuriaque dissident et altéra altérant vexât. 

Sénèque, au cours de, son voyage à Naples, avait d'abord 
été couvert de boue sur la route, puis, dans un passage sou- 
terrain, souillé de poussière. Il se compare ingénieusement au 
lutteur, qui d'abord est frotté d'huile (ceroma), puis roulé 
dans la poussière (haphe) : Ep. 57, 1 : Totum athletarum 
fatum mihi illo die perpetiendum fuit : a ceromate nos haphe 
excepit in crypta Neapolitana. 

Le vent emprisonné est comparé à un lutteur qui s'efforce 
d'échapper à l'étreinte de son adversaire : Natur Quaest., 
Lib. VI, 25, 1. 

S'occuper des subtilités de la dialectique, c'est s'escrimer 
contre le vent : Natur. Quaest., Lib. VII, 14, 1. 

Ep. 13, 3, Sénèque s'exprime d'une manière essentiellement 
pittoresque : « subsilire ex fortuna, » se dégager par un 
bond hors des atteintes de la fortune, comme un lutteur qui 
essaie d'échapper à l'étreinte de son rival. 

III. 
Les Jeux de Gladiateurs. 

Nous ne pouvons que répéter ici ce que nous avons dit à 
propos de la lutte. Les combats de gladiateurs, jeu barbare 
et par cela même inconnu aux Grecs, ont de tout temps 
passionné les Romains; mais jamais, ils n'ont fait fureur 
autant qu'à la fin de la République et sous l'Empire. A 
l'époque de Sénèque, il n'y avait pas de fête qui ne comportai 
des combats de gladiateurs. Sénèque pouvait donc, quand il 
comparait son sage stoïcien armé contre la fortune à un gla- 



(') Cicéron [De finit*. . II, H, 44) parle aussi de la lutte entre la vertu el 
la volupté; il ajoute que Chrysippe, « homo et acutus et «Uligius , ne 
dédaignait pas cette lutte. 



— 46 — 

diateur aux prises avec son adversaire ('), parler « de visu. » 
11 n'a pas manqué de se servir de temps en temps d'expres- 
sions et de comparaisons tirées de ces jeux sanguinaires. 
Ainsi, pour rendre cette idée que celui qui s'est adonné à la 
philosophie ne doit reculer devant rien pour arriver à la 
vertu, Sénèque compare le sage à un gladiateur qui a con- 
t raclé rengagement de combattre jusqu'à la mort : Ep. 37, 1-2. 

Bassus, un des amis de Sénèque, ose parler de la mort, 
quoiqu'il soit moribond. Ainsi, tel gladiateur, lâche pendant 
le combat, devient courageux lorsqu'il sent le trépas inévi- 
table : Ep. 30, 8. 

Certains conseils ne se donnent que de vive voix; de même, 
le meilleur enseignement, pour un gladiateur, se donne dans 
l'arène : Ep. 22, 1. 

Sénèque compare d'une façon saisissante la vie, où tout le 
monde ne vit côte à côte que pour s'entre-décliirer, à l'exis- 
tence des gladiateurs, qui vivent en commun pour se com- 
battre : De Ira, Lib. II, 8, 2. 

La colère est plutôt nuisible qu'utile. C'est le courage tem- 
péré par la discipline qu'il faut sur le champ de bataille, de 
même que c'est la confiance en son art qui protège le 
gladiateur, et la colère qui l'expose aux coups : De Ira, 
Lib. I, 11, 1. 

Entre Epicure et les stoïciens (ille ... nos), il n'y a, pour 
ce qui concerne le mépris des injures, qu'une nuance, comme 
entre deux gladiateurs également courageux, dont l'un tient 
la main sur sa plaie sans rien dire, et dont l'autre crie au 
peuple que sa blessure est insignifiante : De Const. sap., 1G, 2. 

A vaincre sans péril, on triomphe sans gloire : la fortune 
choisit les plus braves pour se mesurer avec eux. De même 
un gladiateur s'estime déshonoré lorsqu'on le met en présence 
d'un adversaire trop inférieur : De Provid., 3, 4. 



(*) Dans la langue des gladiateurs, L'adversaire s'appelait « par * (masc), 
le couple de gladiateurs < par » (neutre), et * mettre aux prises » deux 
gladiateurs se disait : < componere. > 



— 47 - 

« Je ne ferai pas comme les gladiateurs vaincus qui en 
appellent au peuple, » dit Sénèque; « je continuerai la lutte 
avec mes propres armes » : Ep. 117, 7. 

Deux bienfaits, dont l'un est en apparence inférieur à 
l'autre, peuvent cependant être égaux par l'intention qui les 
a guidés; de même, dans un combat de gladiateurs où les 
adversaires ont tous deux été blessés, l'un grièvement, l'autre 
légèrement, la victoire reste indécise, quoique l'un des deux 
paraisse l'avoir emporté : De Benef., Lib. V, 3, 3. 

Soyons prudents, quoique la prudence ne soit pas une 
garantie infaillible de sûreté; ainsi l'escrimeur le plus habile 
peut être touché, sans qu'il ait manqué aux règles de l'art. 
Ep. 14, 15 : Ars ei constat, qui per ornamenta percussus est. 

« Pugnare sine missione, » combattre jusqu'à la mort » (en 
parlant de gladiateurs), est employé par Sénèque en parlant 
de César qui provoqua Jupiter : De Ira, Lib. I, 20, 8. — Cf. 
aussi « missio » (la grâce accordée aux gladiateurs) : Ep. 37, 2 
(« ... nascimur sine missione ») et De Benef. , Lib. II, 20, 3. 

IV. 

Autres jeux. 

Pour finir ce chapitre, nous grouperons ensemble toutes les 
autres métaphores et comparaisons qui se rapportent à des 
combats ou des jeux publics. Ceux-ci offrant toujours le 
caractère d'une lutte (au sens dérivé du mot), violente le plus 
souvent, quelquefois plus pacifique, il nous a paru que ces 
comparaisons et métaphores n'étaient pas déplacées dans un 
chapitre consacré aux expressions tendant à rendre l'idée de 
combat et de résistance contre les adversaires perpétuels de 
l'homme ici-bas : les vices, la fortune, la peur de la mort. 

r 

1° Saut. — Sénèque emploie souvent le terme « transilire » 
(sauter par dessus) au figuré : De brevit. rit., 16, 3; De Benef., 
Lib. HT, 33, 1 ; M., Lib. VII, 2G, 4; De Ira, Lib. II, 3, 4; Natur. 



— 48 — 

Quaest, Lib. I, Prolog., 17; Ep. 13, 6; Ep. 20, 4; % 23, 7; 
A r . 39, 5; E/>. 64, 2; E>. 93, 5. 

« Resilire » (sauter en arrière, rebondir en arrière) et 
« exilire » (sauter li bas de, hors de) sont employés aussi 
métaphoriquement par Sénèque; « resilire » : Ep. 82, 6; 
Ep. 95, 48; Ep. 122, 1; — « exilire » : Ep. 17, 9; Ep. 40, 11; 
Ep. 100, 7. — Cf. aussi « prosilire » : Ep. 92, 34, et « sub- 
silire » : Ep. 31, 11. « Emîcare, » sauter, bondir, est employé 
Ep. 79, 11. 

2° Coukse a pied ('). — « Je commence à me faire vieux, » 
soupire Sénèque; « déjà je distingue au loin les lignes qui 
inarquent le but final de ma course » : Ep. 49, 4 : Nunc incre- 
dibilis cursus apparet, sive quia admoveri lineas sentio, sive 
quia adtendere cœpi et conputare damnum meuni. 

C'est ce que, en style démodé, on appelle en français : 
« arriver au terme de sa carrière ». 

Dans le même ordre d'idées, voyez aussi : Ep. 12, 9 et 
Ep. 99, 7. 

L'énergie morale de Bassus croissait avec le déclin de son 
corps, comme s'accroît la joie du coureur qui touche au 
septième stade, et, par conséquent, à la palme : Ep. 30, 13. 

L'intention est tout, quand on veut rendre un bienfait; peu 
importe si un autre, grâce à ses ressources supérieures, a su 
donner plus d'éclat à son bienfait. Tendre vers le bien est 
déjà très méritoire, quand même un coureur plus rapide 
arrive au but le premier : De Benef., Lib. V, 2, 2. 

Sénèque se compare lui-même à un coureur médiocre : De 
vita beat., 17, 4 : Vestris quidem pedibus comparatus debilis 
cursor sum. — Cf. aussi Ep. 108, 25. 

C'est par l'exercice que le coureur acquiert la souplesse du 
jarret. De même faut-il s'habituer à lutter contre la fortune : 
De Provid., 4, 12-13. 



(') Dans le De Officiis de Cicéron (III, 10, 42) se trouve une pitto- 
resque comparaison tirée île la course à pied, et traduite de Chrysippe. 
Voyez aussi Sénèque, De Benef., If, '25, 8. 



— 49 — 

Le sage est comme un coureur qui use de sa propre vitesse, 
mais à qui les encouragements sont utiles : Ep. 109, 6. 

Nous disons aujourd'hui couramment : « offrir un large 
champ d'action ». Sénèque emploie cette même métaphore, 
manifestement tirée du champ de courses : De tranquill. 
an., 4, 4 : ... latiorem virtuti campum dare. — De vita beat., 
22, 1 : In divitiis ... campum habet patentent. 

La vie nous dépasse à la course : Ep. 45, 13 : Etiam si 
adtenderemus, tamen nos vita praecurreret... 

La vie elle-même est une course vers la mort : De Remed. 
fortuit., 2, Additio G : ... vita ipsa cursus ad mortem. 

Une fois qu'on a pris son élan sur une pente, il est difficile 
de s'arrêter. Cela est vrai pour celui qui parle comme pour 
le coureur : Ep. 40, 7. 

Il ne faut pas se jeter dans la mort d'un élan trop impé- 
tueux (« cum procursu ») : Ep. 24, 24. 

3° Equitation et course a cheval. — On peut parfois 
feindre la colère pour stimuler les apathiques, de même qu'on 
se sert de l'aiguillon ou de la torche pour exciter un cheval 
trop lent : De Ira, Lib. II, 14, 1. 

Sénèque parle aussi de vices qu'on a soumis au frein ou à 
l'éperon : Ep. 94, 23. 

Il faut « refréner » les plaisirs : Ep. 23, 4 : ... Voluptates 
tenere sub freno ... — Cf. Ep. 94, 44. 

Certaines vertus ont besoin de stimulants, d'autres, au 
contraire, de brides : De vita beat., 25, 5. 

Il faut agir de même avec les enfants: De Ira, Lib. II. 
21,3. 

Un coursier noble et fier obéit plus aisément à un frein 
modéré; de même, la vertu suit tout naturellement la clé- 
mence : De Clem., Lib. I, 24, 2. 

11 faut savoir « tourner les obstacles <■> dans la vie : De 
tranquill. an., 29, 3 : Non in cursu tantum ciicique certamine, 
sed in his spatiis vitae interdum flectendum est. 

Le débit de Cicéron était posé cl calme comme un cheval 

4 



— 50 — 

qui marche au pas : Ej> 40, 11 : Cicero gradarius Q) fuit. 

« Meta » est pris métaphoriquement : De Remed. fortuit., 
IV. 1 : Kef'ei't quae sit meta. 

4° Jeu de balle. — Dans le De Benef., Livre II, 32, 1 sqq., 
Sénèque consacre tout un paragraphe à l'ingénieuse compa- 
raison suivante : « 11 ne suffit pas d'accepter avec reconnais- 
sance un bienfait : il faut encore savoir le rendre; de même, 
un joueur de balle doit non seulement être capable de recevoir 
la balle avec adresse, mais il doit aussi savoir la renvoyer 
habilement. » — Puis : De Benef., Lib. II, 32, 4 ( 2 ). 

On a supposé que, dans les tremblements de terre, des 
parties de la masse terrestre se détachent et rebondissent 
comme fait la balle sur le plancher de la salle de jeux : Natur. 
QuaesL, Lib. VI, 10, 2. 

5° Combats de bêtes féroces. — Deux hommes qui se sont 
persécutés pendant toute leur existence et sont ravis finale- 
ment tous deux par la mort, ressemblent à un ours et un 
taureau, enchaînés ensemble, qui se combattent dans l'amphi- 
théâtre, et finissent par tomber tous deux sous le fer du 
« confector » : De Jra, Lib. III, 43, 2. 

Les ministres qui ont sur les hommes droit de vie et de 
mort, ressemblent aux bêtes féroces auxquelles on jette des 
victimes humaines en pâture : De Clem., Lib. I, 13, 2. 

G Autres jeux. — S'occuper des subtilités de la dialec- 
tique, c'est « jouer aux dames (latrunculi), » selon Sénèque : 
Ep. 100, 11. 

Enfin, voici une métaphore empruntée aux jeux en général : 
Ep. 51, 9 : Libertas proposita est; ad hoc praemium laboratur. 



(*) Cf. Equus gradarius » (Lucilius, dans Nonins). 

('-') Cette comparaison, d'après Sénèque lui-même, provient de Cbrysippe. 



CHAPITRE II. 

Les Métaphores et les Comparaisons 

EMPRUNTÉES A LA 

MÉDECINE. 



Les Romains étaient avant tout gens pratiques. En toutes 
choses, ils ne voyaient que le côté utilitaire, positif. De la 
philosophie, ils dédaignent la métaphysique, mais ils se 
jettent avec avidité sur la morale, qui leur servira à guérir 
les blessuies de l'âme; de la médecine, ils ne prennent que les 
remèdes de bonne femme et les règles essentielles de ce que 
nous appellerions l'hygiène. Ils abhorraient les premiers 
médecins grecs qui vinrent s'établir chez eux; Caton l'Ancien 
les assimile à des empoisonneurs publics, et « préfère à leurs 
remèdes savants » les formules magiques et « les recettes de 
paysans, où le chou joue un rôle si merveilleux » (*). Plante, 
dont le style reflète si admirablement les idées et les passions 
du peuple, n'a presque pas de métaphores prises à la méde- 
cine. Catulle, suivant les brisées des Alexandrins, compare 
l'amour à une maladie. Ovide fait de même : ses « Remédia 
amoris » sont une longue comparaison entre l'amour et la 



(') Pichon, op. rit., p. 37. — Caton a cependant des métaphores heureuses, 
fondées sur l'observation, telles que celle-ci : < Les bavards ont la rage de 
parler comme les hydropiques celle de boire ». 



— 52 — 

maladie^). Horace (Ep. I. i, 33 sqq.) fait allusion aux pré- 
ceptes relatifs au traitement dos diverses passions. 

Cicéron est le premier qui ait employé avec précision et 
pittoresque de véritables métaphores tirées de la médecine! '). 
La philosophie est déjà pour lui une « doloris medicina » ; déjà 
les âmes souffrantes commencent à pulluler. L'État, de son 
côté, est de plus en plus malade; mais Cicéron n'ose pas 
encore, pour le guérir, préconiser les remèdes violents vantés 
par Sénèque : « Non minus esset probanda medicina quae 
sanaret vitiosas partes reipublicae quam quae exsecaret », 
dit-il dans ses Lettres. C'est clans ces Lettres que ses méta- 
phores sont le plus vivantes : « il assimile les moyens paci- 
fiques à la médecine curative, les résolutions violentes aux 
opérations chirurgicales (« ego diaeta curare incipio, chirur- 
giae taedet »)( 3 ). 

Mais c'est sous l'Empire, l'époque troublée ou tous les 
hommes ont l'âme atteinte de plaies profondes, que se géné- 
ralise la médecine spirituelle. Avec l'influence prépondérante 
des Grecs, la médecine scientifique s'est établie à Rome; les 
médecins romains, dont la science rudimentaire ne pouvait 
plus suffire aux innombrables maladies produites par les 
excès de toute sorte, apprennent de leurs collègues hellé- 
niques des remèdes plus efficaces. Sénèque lui-même a déve- 
loppé ce point de vue dans la lettre 95. L'ancienne philosophie, 
dit-il en substance, ne présentait pas un bien grand nombre 



(M Cf. Pichon, De Sermone Amatorio..., p. 39. 
i Inutile d'ajouter qu'en ceci, comme pour toutes ses connaissances 
philosophiques, Cicéron n'a fait qu'adapter les modèles grecs. Déjà Platon 
el Uhrysippe avaient comparé la vertu (« la santé de l'âme >)àla santé du 
corps; cette comparaison avait été surtout développée par Philon de 
Larisse et son disciple, Antiochus d'Ascalon, le maître de Cicéron. Dans ses 
'J'iisnifuHi's : 1\\ 15, 30). Cicéron la reprend : « Ut enim corporis temperatio, 
ému ea congruuni inter se, e quibus constamus, sanitas, sic aniini dicitur, 
riim ejiis judicia opinionesque concordant. » 

( :i ) Pichon, op. cit., p. 175. — Cf. Oie., Tuscul., M, Introduction. 



— 53 — 

de préceptes à l'usage des gens dont l'âme était malade; a 
quoi bon, en effet? la plupart des hommes d'alors étaient sains 
d'âme comme de corps. Aujourd'hui, il n'en est plus de même; 
le vice a tout envahi, et la corruption morale est devenue telle 
que les remèdes jadis les plus efficaces sont impuissants 
aujourd'hui. Le même phénomène se présente pour les mala- 
dies du corps : on mène à l'heure qu'il est une vie tellement 
dissolue que les médecins sont débordés et perdent la tête en 
face de ces affections innombrables dont une bonne part leur 
était jadis inconnue. « Tarn multo aegrotamus génère quam 
vivimus », dit Sénèque {Ep. 95, 20). Aussi Sénèque, en 
médecin énergique qui veut à tout prix sauver ses malades, 
préconise-t-il contre cette gangrène tenace et profonde les 
remèdes les plus violents : Ep. 95, 29 : « Idem tibi de philoso- 
phia dico. Fuit aliquando simplicior inter minora peccantes et 
levi quoque cura remediabiles : adversus tantam morum 
eversionem omnia conanda sunt. » Toute cette lettre est un 
admirable réquisitoire contre les mœurs de l'époque ('). 
Sénèque est du nombre de ces esprits élevés qui, dans la 
recherche d'une philosophie pouvant apporter la guérison aux 
«âmes malades, préfèrent à toutes les autres le stoïcisme, pour 
ses remèdes énergiques ( 2 ). Sénèque est le principal de ces 
médecins de l'âme. « Il a d'un médecin le coup d'œil prompt 
et juste, le diagnostic infaillible» ( :î ). 



(') Cf. Saint Ambroise, qui, « à propos d'Élie et de ses jeûnes, .... reprend 
lis attaques de Sénèque et de Juvénal contre le luxe gastronomique. » 
(Tichon, Litt. lat., p. 839), Commodien, qui tonne aussi contre la gourman- 
dise des hommes et le luxe des femmes, et Salvien, un autre. « grondeur 
bourru », < satirique amer et violent », précurseur des auteurs de « castoie- 
ments ^> qui pulluleront au moyen-âge. 

('-) Lactance constate que cette prédilection pour les remèdes énergiques 
était particulière aux stoïciens (Dlv. Instit., VI, 14 et 15; De Ira, cp. 17). 
Voyez aussi Philon, De Cherubim, S 14, vol. 1, p. 173, 12 (éd. Wendl.) et 
l'lutarque, De stoic. repaya., cp. 11, p. 1037 e. Épictète non plus n'aime pas 
les demi-mesures : voyez Eat réf.. \\. xviu, 8 et 10-11. 

(") P. Thomas, op. rit., p. 225. 



- 54 — 

En tant que médecin do l'âme, Sénèque est essentiellement 
stoïcien. Les stoïciens se sont beaucoup occupés de la défini- 
tion ei de la distinction des divers « troubles de l'âme » : déjà 
/('non et Chrysippe avaient écrit des traités tizqï itad-mv, 
dont des fragments subsistent dans Diogène Laërce et 
Stobée ('). Cicéron a repris ces définitions dans ses Tuscu- 
lanes, notamment au livre IV, §§ 10, 14, 22 et 23. Il montre 
que les stoïciens distinguaient deux espèces d'affections de 
rame : les votir^ictza, et les ccQoojarr^tcncc [Tu seul., IV ; 23) : 
« Ex perturbationibus autem priinum morbi conficiuntur, 
quae vocant illi rorr^iiazcc, caque, quae sunt eis morbis con- 
traria, quae habent ad res certas vitiosam offensionem atque 
fastidium, deinde aegrotationes, quae appellantur a Stoicis 
doowGtrjiaTa, hisque item oppositae contrariae offensiones. » 
Puis Cicéron ajoute cette remarque caractéristique : « Hoc 
loco nimium operae consumitur a Stoicis, mari me ci Chrysippo, 
dum morbis corporum comparatur morborum animi simili- 
tudo ( 2 ). » 

On voit donc, par tout ce qui précède, que Sénèque avait 
de qui tenir, et que la conception du sage comme médecin de 
l'âme ne lui appartient pas. Mais ce qui est bien à lui, c'est 
l'expression, la forme dont il a revêtu ces idées rebattues. On 
peut dire qu'aucun moraliste stoïcien n'a eu au même degré 
que Sénèque le don du style imagé et pittoresque. Seul 



(!) Les titres caractéristiques de quelques ouvrages de Galien, le médecin- 
philosophe, nous révèlent les soucis de cure morale que ce disciple lointain 
de Chrysippe nourrissait de concert avec ses occupations de médecin 
traitant; il a composé, en effet, des traités : De cognitione animi morborum t 
Optimum medicum esse phïlosophum, De propriorum a ni mi affectuum 
curationibus. Les comparaisons qu'on y rencontre sont d'ailleurs, ou citées 
littéralement, ou inspirées de Chrysippe. Voyez Galien, De locis affectif, 
Ul, 1 (éd. Bas.), III, 270, K. VIII, 138 : ... ovrwç yoiv xcà Xqvomtioç 6 
cpû.ôoocpoç eyqcupev tisql tùv rrjç \pv%i]ç nadwi' sv fxèv to Osqutisvtixoi' 
-'-//or. oîj fiâXusxa XQfjÇoufi' Sic T)]i' ïaoïv kvtvjv... 

('-) C'est surtont dans les §§ 58 à 82 des Tuscul., IV, que Cicéron traite 
des remèdes que la philosophie apporte pour la guérison des passions. 



bb — 



Épictète peut lui être comparé comme médecin de l'âme; 
pour les maladies morales, ce sont les deux chirurgiens les 
plus fermes et les plus habiles de l'empire romain. Marc- 
Aurèle est un penseur qui cherche simplement à se guérir 
lui-même de ses passions ('). Plutarque est un médecin doux 
et indulgent, qui ne fait qu'indiquer les remèdes à ceux qui 
viennent lui demander des consultations. Dans la littérature 
latine, après Sénèque, Perse, poète stoïcien, parle aussi des 
« maladies véritables » que sont les passions. Il a quelques 
métaphores prises à la médecine. 

Les moralistes chrétiens, avant tout combatifs, sont parfois 
aussi des médecins de l'âme. Firmicus Maternus ressemble 
à Sénèque lorsqu'il dit : « Amputanda sunt haec penitus 
atque delenda... », lorsqu'il veut secourir les malades : « Sub- 
venite miseris, liberate pereuntes », qu'il écrit ces mots : 
« Aegrotantes délectant contraria », et qu'il représente les 
souverains comme devant, par l'ordre du Christ, guérir la 
maladie qu'est le paganisme : « Ad hoc vobis Deus sunnnus 
commisit imperium ut per vos vulneris istius plaga curetur... ». 
Salvien est, lui aussi, partisan des remèdes violents : « Ju- 
menta ac pecudes sectione curantur, et putrefacta mulorum, 
asinorum, porcorum viscera, cum adusta cauteriis fuerint, 
munus medicae adustionis agnoscunt, ... in locum demortuae 
carnis viva succedit. Nos et urimur et secamur, sed nec ferri 
desectione nec cauteriorum adustione sanamur... » 

Chez Sénèque, les métaphores et les comparaisons tirées de 
la médecine sont très nombreuses. Il avait beaucoup étudié 
dans sa jeunesse, et il est probable qu'il connaissait fort bien 
la terminologie médicale. De plus, d'une santé fort débile, 
sujet à des maladies pénibles ( 2 ), il était à même de décrire 



(!) « Il garde sous les yeux un certain nombre de maximes courtes, fon- 
damentales, qui assurent la sénérité de l'âme, de même que < les médecins 
ont toujours sous la main leurs instruments ». (Marc-Aurèle, dans 
C. Martha, op. cit., p. 197). 

(*j Voir les lettres 26, 53, -M. 55, 65, 77, 78, loi. el ( 'onsol. ad Heh\ } 19, 2. 



— 56 — 

de visu » et '« do sensu » les phases diverses de nombre 
d'affections. 11 n'avait qu'à puiser dans son expérience per- 
sonnelle, et aussitôt les métaphores frappantes et les ternies 
précis venaient d'eux-mêmes. 

Voici maintenant, énumérées dans un certain ordre, les 
métaphores et les comparaisons de Sénèque empruntées à la 
médecine. 

Sans cesse, Sénèque nous représente le philosophe comme 
le médecin de l'âme. « Le médecin, dit-il, te donne des pré- 
ceptes pour préserver ta santé et prolonger ton existence; 
eh bien! moi, je te fournirai des remèdes infaillibles qui te 
guériront de tes passions et de tes vices, et je t'apprendrai à 
mépriser la mort » : Ep. 78, 5 : Ad haec ergo remédia te 
confer. Medicus tibi quantum ambules, quantum exercearis, 
monstrabit; ne indulgeas otio, ad quod vergit iners valetudo; 
ut legas clarius et spiritum, cujus iter ac receptaculum 
laborat, exerceas; ut naviges et viscera molli jactatione con- 
cutias; quibus cibis utaris, vinum quando virium causa 
advoces, quando intermittas, ne inritet et exasperet tussim. 
Ego tibi illud praecipio, quod non tantum hujus morbi, sed 
totius vitae remedium est : contemne mortem. 

Tout ce développement caractérise à merveille la géné- 
reuse thérapeutique morale de Sénèque. 

Sénèque est le chirurgien au regard aigu et froid, bien- 
veillant et calme, mais grave et sévère, qui ne cache pas au 
malade la gravité de son état, et entame sans hésiter la dou- 
loureuse opération; il ne se soucie pas des hurlements de 
douleur du patient; il n'a qu'une préoccupation : sauver le 
malade tout de suite, et à tout prix : De Const. sap., 1, 1 : Ce- 
teri sapientes molliter et blande, ut fere domestici et fami- 
liares medici aegris corporibus, non qua optimum et celerri- 
mum est, medentur, sed qua licet; Stoici virilem ingressi 
viam, etc. — Ep. 78, 14 : Circumcidenda ergo duo sunt, et 

futuri timoret veteris incommodi memoria — Ep. 99, 29 : .... 

Non te pudet luctum voluptate sanare? severius ista plaga 



— 57 — 

curanda est. — De Moribus, lit : Fugienda sunt omnibus 
inodis et abscindenda igni ac ferro, totoquo artifioio separanda 
languor a corpore, etc. — Puis : De Provid., 3, 2 : Consol. ad. 
Helv., 2, 2; Consol. ad Marc, 1, 8; Ep. 52, 10. 

Le Christ a dit : « Que si ton œil droit te fait tomber dans 
le péché, arrache-le, et jette-le loin de toi, car il vaut mieux 
pour toi qu'un de tes membres périsse, que si tout ton corps 
était jeté dans la géhenne. » Sénèque, lui, s'exprime avec plus 
d'énergie encore : Ep. 51, 13 : Projice quaecumquc cor tuiïm 
laniant, quae si aliter extrain nequirent, cor ipsuin cuni illis 
revellendum erat. 

Il y a des maladies pour lesquelles les préceptes ne servent 
à rien; il faut que le médecin vienne tàter le pouls du malade : 
h 1 /). 22, 1 : Quaedam non nisi a praesente monstrantur. Non 
potest medicus per epistulas cibi aut balinei tempus eligere : 
vena tangenda est. 

Le médecin vraiment dévoué ne se laissera pas rebuter par 
l'aspect de certaines plaies, si repoussant qu'il soit; il fera son 
devoir sans défaillance : De Const. sap., 13, 2. 

Les bons magistrats et les bons parents doivent pratiquer le 
précepte : « Qui aime bien, châtie bien », comme le bon médecin 
emploie les remèdes les plus violents, pourvu qu'ils apportent 
la guérison : De Ira, Lib. II, 27, 3. — Cf. aussi ibid., Lib. I, 
6, 1; 15, 1; 16, 1. 

Il faut ou bien guérir le mal ou bien le prévenir : Ep. '.M, 1:! : 
Itaque debemus aut percurare mentem aegrain et vitiis libe- 
rare, aut vacantem quidem, sed ad pejora pronam praeoccu- 
pare. 

Sénèque s'accuse parfois de recourir à de trop faibles 
remèdes : Ep. 13, 14 : Pudet me ibi sic tecum loqui et tam 
lenibus te remediis focillare. 

C'est pourtant chose sérieuse que la guérison d'une maladie 
de lame, et il faut s'y consacrer exclusivement : « Quid aufes 
meas scabis? » s'écrie Sénèque, avec son éloquence rude et 
impérieuse — « quid oblectas? Aliud agitur : urendus, secan- 
dus, abstinendus sum. Ad haec adhibitus es. Curare debes 



- 58 — 

morbum veterem, gravem, publicum. Tantum negotii habes, 
quantum in pestilentia medicus. Circa verba occupatus es? 
jamdudum gaude, si sufficis rébus .... » (Ep. 75, 7). 

Le philosophe n'exercera aucune action efficace par un flux 
do paroles : Ep. tO, 1-5 : Remédia non prosunfc, nisi immoran- 
fcur Quis medicus aegros in trarisitu curât? 

Qu'on ne se décourage pas si certains remèdes n'apportent 
pas de soulagement immédiat; qu'on essaie les remèdes con- 
traires : De Cletn., Lib. I, 9, (5 : Fac, quod medici soient, qui, 
ubi usitata remédia non procedunt, temptant contraria. - 
Cf. Gonsol. ad Helc, 2, 2 : Sed is cogitet, quaecumque usque 
eo perniciosa sunt, ut contra remédia convaluerint, plerumque 
contrariis curari. 

( )n ne profite pas plus à feuilleter une foule d'auteurs divers 
qu'à changer continuellement de remèdes : Ep. 2, 2-3 : Idem 
accidat necesse est iis, qui nullius se ingenio familiariter 
applicant, sed omnia cursim et properantes transmittunt. Non 
prodest cibus nec corpori accedit, qui statim sumptus emit- 
titur; nihil aeque sanitatem impedit quam remediorum crebra 
mutatio; non venit vulnus ad cicatricem, in quo medicamenta 
temptantur .... 

Il n'est pas bon d'administrer les remèdes hâtivement : 
Consol. ad Helc, l, 2 : Dolori tuo, dum recens saeviret, 
sciebam occurrendum non esse, ne illum ipsa solacia 
inritarent et accenderent : nam in morbis quoque nihil 

est perniciosius quam immatura medicina — Puis : 

Ep. 69, 2. 

Le médecin ne parviendra pas toujours à sauver le patient, 
surtout si celui-ci est atteint d'une maladie ancienne et d'autant 
plus tenace; mais il pourra toujours lui apporter quelque 
soulagement : Ep. 94, 24. 

Nous avons dit que le médecin de Tàrne, tel que le conçoit 
Sénèque, est un homme grave et sévère, opérant avec une 
certaine brusquerie; cela ne veut nullement dire qu'il doive 
s'irriter contre ses patients : De Const. sap., 13, 1-2; De Ira, 
Lib. 1T. 10, 0-7. 



TI no faut pas attendre, pour appeler le médecin, que le mal 
ait empiré : Ep. 50, 4; Ep. 104, 18. 

Qu'importe que notre bienfaiteur de sage soit devenu 
méchant? Nous lui devons toujours de la reconnaissance, tout 
comme s'il avait perdu la santé, car la méchanceté est, elle 
aussi, une maladie : De Benef., Lib. VII, 16, 5-6. 

Les remèdes doivent exactement convenir à chaque mala- 
die : De Ira, Lib. I, 16, 4 : .... pro cujusque morbo medicina 
quaeratur : hune sanet verecundia, hune peregrinatio, hune 
dolor, hune egestas, hune ferrum. — Puis : Ep. 64, 3. 

Après avoir rencontré presque à chaque instant ces méta- 
phores fiévreuses : « urere », « secare », « amputare », s'appli- 
quant à la guérison des vices, il no faudra pas trop s'étonner de 
tomber sur un passage qui dit exactement le contraire, savoir 
qu'il faut traiter les vices avec douceur : De Benef., Lib. VII, 
30, 1 : Etiam in his, quae videntur in perdito, moderatio pluri- 
mum profuit; ut corporum ita animorum molliter vitia tractanda 
sunt. Saepe, quod explicari pertinacia potuit, violentia trahen- 
tis abruptum est. Quid opus est maledictis? quid querellis? 
quid insectatione? .... Celui que Quintilien appelle « egregius 
vitiorum insectator » se déclare ici ennemi de toute violence, 
de toute « insectatio ». C'est que Sénèque s'adoucit quand 
l'occasion l'exige. II lui serait impossible de prendre dans le 
« De Beneficiis » le même ton que dans les « Lettres à 
Lucilius ». Pareillement, quand il s'adresse à Serenus, homme 
sans volonté et que rien n'intéresse, il parle un tout autre 
langage que lorsqu'il donne des conseils à Paulinus ou à 
Lucilius, qui ne portent que trop d'intérêt, eux, aux choses de 
ce monde. On l'a souvent dit : un moraliste essentiellement 
pratique n'est pas tenu à la même rigueur dans les idées qu'un 
philosophe dogmatique. 

Dans le passage suivant encore, Sénèque nous apparaît 
sous un aspect qui nous est moins familier : Ep. 50, !) : Itaque 
cogenda est, ut incipiat : deinde non est acerba medicina. 
Protinus enim delectat, dum sanat. Aliorum remediorum post 
sanitatem voluptas est, philosophia paiïter et salutaris et 
dulcis est. 



— GO — 

Ces! là, nous le répétons, une note assez rare chez 
Sénèque; il est trop stoïcien au fond, et la nécessité présente 
esl trop impérieuse, pour qu'il préfère la douceur à la sévé- 
rité. L'indulgence ne lui dit rien qui vaille : Ep. 123, 17 : 
... Ilaec discenda, immo ediscenda sunt : non débet excusa- 
tiones vitio philosophia suggerere. Nullam habet spem salutis 
aeger, quem ad intemperantiam medicus hortatur. 

Et c'est un triste spectacle qu'une âme malade : De Mori- 
bus, 89 : Turpe spectaculum praebet animus aeger. 

Un traitement rigoureux est souvent le seul moyen qui 
reste pour guérir une affection invétérée : Consol. ad Marc, 
1,8; 1^.25,2. 

La plupart des hommes connaissent fort bien leurs infir- 
mités corporelles, et savent employer fort à propos les 
remèdes qui conviennent à chaque maladie: que n'ont-ils le 
même souci des affections de leur àme! (') Ep. 60, 7-8 : Id 
autrui maxime tracta, quod in te esse infirmissimum senties. 
Nota habet sui quisque corporis vitia... In cetera neglegentes 
liuic, a quo saepe infestantur, occurrunt : sic in animo nostro 



(') Cf. Dion Chrysostome, Discours 27 : < La plupart des hommes ont 
horreur «les philosophes comme des médecins; de même qu'on n'achète les 
remèdes que dans une grave maladie, ainsi on néglige la philosophie tant 
qu'on n'est pas trop malheureux. Voila un homme riche, il a des revenus 
ou de vastes domaines, une bonne santé, une femme et des enfants bien 
portants, du crédit, de l'autorité. Eh bien? cet homme heureux ne se 
souciera pas d'entendre un philosophe. Mais qu'il perde sa fortune ou sa 
santé : il prêtera déjà plus volontiers l'oreille à la philosophie; que main- 
tenant sa femme, son fils ou son frère viennent à mourir, oh ! alors il fera 
chercher le philosophe pour en obtenir des consolations, pour apprendre de 
lui comment on peut supporter tant de malheurs. » (Traduction de 
0. Martini, op. cit.). — Cf. aussi Cic, Tuscuï., 111, 1 : Quidnam esse, Brute, 
causae putem, cur, cum constemus ex animo et corpore, corporis curandi 
tuendique causa quaesita sit ars atque ejus utilitas deorum immortalium 
inventioni consecrata, animi autem medicina nec tam desiderata sit, ante- 
quam inventa, nec tam culta, posteaquam cognita est, nec tam multis 
grata et probata, pluribus etiam suspecta et invisa? Etc. 



— 61 — 

sunt quaedam quasi causariae partes, quibus adhibenda eu- 
ratio est. Quid in otio facio? ulcus meum euro. Etc. 

Ou ne donnera pas à certaines gens ce qu'on sait devoir 
leur être funeste, pas plus qu'on ne met une arme à la portée 
d'un désespéré ou qu'on ne donne de l'eau froide à un malade : 
De Benef., Lib. II, 14, 1-2. — Cf. aussi Ep. 10, 2. 

Ce n'est que finalement que le médecin devra avoir recours 
aux procédés violents; il aura au préalable essayé les remèdes 
plus bénins : De Ira, Lib. I, G, 1-2 : « Quid ergo? non ali- 
quando castigatio necessaria est? » Quidni? sed haec sine ira, 
cum ratione; non enim nocet, sed medetur specie nocendi... 
Xempe medicus primo in levibus vitiis temptat non multum 
ex cotidiana consuetudine iuflectere et cibis, potionibus, excr- 
citationibus ordinem imponere ac valetudinem tantum mutât a 
vitae dispositione firmare; ... si frustra molliora cesserunt, 
ferit venani membrisque, si adhaerentia nocent et morhum 
diffundunt, manus adfert, nec ulla dura videtur curatio, cujus 
salutaris effectus est. 

On voit avec quelle minutie, quelle abondance de détails 
tout cela est dit; ne croirait-on pas, par moments, lire un 
livre de médecine ? 

Sénèque emploie même parfois des termes purement tech- 
niques, par exemple : « fibula », espèce d'aiguille qui servail 
à brider un organe : fr. 119 : ... illi lex Papia fibulam imposuit. 

Sénèque est d'avis que les préceptes particuliers peuvent 
avoir leur utilité à côté des préceptes généraux; pour illustrer 
ses idées, il a recours sans cesse à des comparaisons tirées de 
la médecine. Voyez Ep. 94, 5-6, 18, etc. 

Un service léger, mais rendu promptement, l'emporte sou- 
vent sur des services beaucoup plus importants, mais lents à 
venir, de même que. pour un malade, une simple goutte d'eau 
donnée à propos peut tenir lieu de remède : De Benef., 
Lib. Il, 2, 2. 

De même que certaines couleurs reposent les yeux, de 
même l'âme malade pourra éprouver du soulagement par des 
études agréables : De Ira, Lib. III, 9, 2. 



— G2 — 

Il ne faut pas sévir sans nécessité, pas plus qu'il ne faut 
tirer trop de sang à un malade : De Clem., Lib. I, 5, 1. 

Une âme éprouvée doit se prêter courageusement au traite- 
ment, comme un vétéran blessé subit sans sourciller une 
opération chirurgicale : Consol. ad Helv., 3, 1. 

Le médecin ne doit jamais désespérer^) : De Clem., Lib. I, 
17. 1-2 : .... Mali medici est desperare, ne curet : idem in iis, 
quorum animus adfectus est, facere debebit is, cui tradita 
sains omnium est, non cito spem projicere nec mortifera signa 
pronuntiare .... — Puis : Ep. 29, 3. 

Dans les maladies graves, un bon intervalle, c'est presque 
la santé; de même pour les vices : Ep. 29, 8. 

Le philosophe doit se corriger lui-même avant de prétendre 
corriger les autres; mais en attendant, il peut leur donner de 
bons avis : Ep. 27, 1 : « Tu me, inquis, mones? jam enim te 
ipse monuisti, jam correxisti ? ideo aliorum emendationi 
vacas? » Non sum tam improbus, ut curationes aeger obeam, 
sed tamquam in eodem valitudinaiïo jaceam, de communi 
tecum malo conloquor et remédia communico ( 2 ). Quoi de plus 
touchant et d'un réalisme plus aimable qne cette comparaison? 
Ce sont des perles de style semblables qui font le charme des 
Lettres à Lucilius. 

Voici encore des traits heureux que l'amitié inspire à 
Sénèque : 

L'homme courageux peut souffrir physiquement, mais il 
plane en quelque sorte au-dessus de ses souffrances : Ep. 85, 
29 : Quaeris quis tune animus illi bit? qui aegrum amicum 
adhortantibus. 

Dans le « De tranquillitate animi », Serenus confesse ses 
vices à Sénèque comme un malade expose les moindres 
détails de son affection au médecin en qui il a pleine con- 



(i| Cf. Philon, De sacrif. Abel et Cain, $ 123, vol. I, p. 251, 15 (éd. 
Wendland). 

Épictète, lui aussi, compare la maison du philosophe h un hôpital 

{Entret., 111, xxm, 27). 



— 63 — 

fiance : De trànquïll. an., 1, 2 : Illum tamen habitum in me 
maxime deprendo (quare enim non verum ut medico fatear?) 
nec bona fide liberatum me iis, quae timebam et oderam, nec 
rursus obnoxium; in statu ut non pessimo ita maxime querulo 
et moroso positus sum : nec aegroto nec valeo ('). 

Les hommes ont d'ailleurs tellement besoin de s'entr'aider! 
Ils sont si faibles, si aveugles sur leurs propres défauts! 
Comment pourraient-ils arriver à la guérisou, s'ils ne savent 
même pas eux-mêmes qu'ils sont malades? Ep. 50, 4 : Quid 
nos decipimus? non est extrinsecus malum nostrum : intra 
nos est, in visceribus ipsis sedet ; et ideo difficulter ad saui- 
tatem pervenimus, quia nos aegrotare nescimus. — Puis : 
Ep. 53, 6-7; Ep. 28, 10. 

La comparaison biblique de la paille et de la poutre se 
retrouve dans Sénèque sous une forme moins audacieusemenl 
hyperbolique, mais tout aussi frappante dans son réalisme : 
De vita beata, 27, 4 : Vobis autem vacat aliéna scrutari mala 
et sententias ferre de quoquam : « Quare hic philosophus 
laxius habitat, quare hic lautius cenat? » Papulas observatis 
aliénas, opsiti plurimis ulceribus? Hoc taie est, quale si quis 
pulcherrimorum corporum naevos aut verrucas derideat, quem 
fœda scabies depascitur. 

Sénèque aime d'ailleurs à comparer les vices à des ulcères 
qui se sont formés sur le corps : De Ira, Lib. I, 20, 1; De 
trauquiU. an., 2, 11; De brevit. rit., 46. — Cf. aussi Ep. 80, 6 : 
... suppurata tristitia ('•). 

Le sage est au-dessus des injures, de même que le médecin 



(!) Ces mots: « nec aegroto nec valeo » montrent bien le malaise inquiet 
dont souffraient tant d'âmes de ce temps. Serenus est le type de ces âmes 
faibles; sans ressort, qui voudraient secouer leur apathie sans avoir 
l'énergie de le faire. Il y aurait là d'intéressants rapprochements à taire 
avec telle figure littéraire d'aujourd'hui. 

( 2 ) Certains prédicateurs français du moyen âge, tels que Menot < t 
Maillard, avaient, dans leur âpre éloquence, des figures identiques ou sem- 
blables. 



— 64 — 

reste indifférent aux fureurs de ses malades et ne manifeste 
aucun dégoûl devant les objets les plus répugnants : De 
Const. *</]>.. L3, 1-2. 

Tour le sage, les désagréments qui peuvent lui arriver du 
dehors n'ont pas plus d'importance que n'en ont sur un corps 
bien portant des éruptions passagères ou de légères écor- 
chures : Ep. 72, 5. 

Il y a certaines plaies qui ne peuvent supporter le plus 
léger contact : De Ira, Lib. III, 9, 5; Ib., Lib. I, 20, 3; Ep. 83, 26. 

11 vient un temps où les abcès crèvent, ou la maladie mani- 
feste par des signes extérieurs qu'elle se retire du corps; de 
même, les vices qui se montrent ouvertement sont en voie de 
guérison : Ep. 8, 2: Ep. 56, 10; Ep. 89, 19. 

Il y a entre un philosophe et un homme qui ne l'est pas 
encore la même différence qu'entre un homme sain et un autre 
qui sort a peine d'une longue et grave maladie : Ep. 72, 5 et 6. 

11 y a beaucoup de gens qui sont « insani » au même degré 
que ceux qui sont traités par les médecins; ce sont les 
« opiniones falsae » {xqCgsiq) qui les ont mis dans cet état, et la 
philosophie pourra seule les guérir : Ep. 91, 17. 

Les préceptes, à eux seuls, ne suffisent pas pour guérir; 
mais il n'en est pas moins vrai qu'ils constituent un adjuvant 
précieux : Ep. 94, 36. 

La colère est une courte folie : De Ira, Lib. 1, 1, 2. 

La lettre 75 à Lucilius (§£ 9 à 15) met admirablement en 
lumière cette idée à laquelle Sénèque revient toujours ; la 
philosophie seule peut guérir l'homme des maladies de l'âme. 
Sénèque y divise les aspirants philosophes en trois classes : 
d'abord viennent ceux qui ne possèdent pas encore la sagesse, 
mais qui ont pris pied dans son voisinage. Ce sont ceux qui 
« ne savent pas qu'ils savent » (scire se nesciunt). La deuxième 
classe est composée de ceux qui se sont débarrassés des 
maladies et des affections les- plus dangereuses de l'âme, mais 
non à tel point qu'ils soient bien sûrs de leur santé; car ils 
sont encore sujets à des rechutes. Avant d'en arriver à cette 
seconde catégorie, Sénèque a, longuement expliqué à son ami 



— 65 — 

la différence qui existe entre les« maladies » {voû^fiata) et les 
« affections » (àççcoaTr^iata) de l'âme (')• Dans la troisième 
classe enfin peuvent entrer ceux qui sont libérés de beaucoup 
de vices essentiels, mais non de tous. Sénèque estime fort 
heureux ceux qui sont admis en cette classe, d'un accès déjà 
fort difficile (« tertium illud genus », dit-il). 

Les vices sont extrêmement contagieux; il faut donc éviter 
le commerce des âmes viciées : De Ira, Lib. III, 8, 1; De 
iranquill. an., 7, 3-4-. 

Il faut se garder aussi, dit Sénèque, en bon disciple du 
Portique, de se commettre avec la foule, sinon on risque de 
participer à la contagion : Ep. 94, 69. 

Si celui qui aspire à la sagesse doit surtout se garder de 
fréquenter des compagnons dangereux, combien ce commerce 
est plus dangereux encore pour celui dont la plaie est à peine 
cicatrisée! De iranquill. an., 17, 3. 

Un air salubre, un climat tempéré font grand bien à des 
hommes bien portants; combien les âmes peu fortes ne 
profiteront-elles donc pas en la compagnie de personnes valant 
mieux qu'elles! De Ira, Lib. III, 8, 2. 

De même qu'un estomac malade souffre de tout ce qu'on lui 
donne, de même une âme maladroite (ou égarée : certains ras. 
donnent caecus) transforme en une source de misères tout ce 
qu'elle reçoit : De Benef., Lib. V", 12, 6. 

La colère est un danger autant pour les esprits calmes que 
pour les esprits inquiets; de même, une épidémie se transmet 
même aux corps les plus robustes : De Ira, Lib. III, 5, 1. 

Socrate a bu le poison avec joie et sans difficulté, sachant 
qu'il prenait une potion qui lui donnerait l'immortalité 
{medicamentum immortalitatis) : De Provhl., 3, 12. 

Souvent la convalescence est lente, et le malade, quoique 
guéri, reste bien longtemps encore faible et impressionnable : 
Ep. 7, 1 : Quod aegris evenit, quos longa inbecillilas usque eo 
adfecit, ut nusquani sine offensa proferantur, hoc accidit 

(') Voyez le début de ce chapitre. 



- 6G - 

nobis, quorum animi ex longo morbo reficiuntur. — Puis : 
Ep. 28, 6; De tranquill. an., 2, 1. 

Séuèque ne recule pas devant les comparaisons les plus 
réalistes, si elles sont propres à rendre toute sa pensée. 
V. |>. ex. De (■oust, sap., 13, 2. Il n'y a pas à s'étonner qu'il 
ait pris à une des fonctions les plus indispensables de 
l'organisme humain des comparaisons dont la justesse et 
l'énergie font oublier la trivialité (*) : Natur. Quaest., Lib. V, 
4, 2; Natur. Quaest., Lib. III, 30, 4; M., Lib. III, Praef., 16. — 
Cf. aussi la phrase suivante, où « proritare », terme de méde- 
cine employé entre autres par Pline l'Ancien (26, 8, 58), est 
pris métaphoriquement : Ep. 23, 2 : ... sollicitus est et incertus 
sui, quem spes aliqua proritat... 

L'expression n'est pas moins forte dans le passage suivant : 
De Clem., Lib. II, 6, 4 : Inbecillos oculos esse scias, qui ad 
alienam lippitudinem et ipsi subfunduntur, tam mehercules 
quam morbum esse, non hilaritatem, semper adridere riden- 
tibus et ad omnium oscitationem ipsum quoque os diducere... 

Dans le De tranquill. an., 2, 11, l'âme dépravée est comparée 
à un galeux qui se gratte. 

Séuèque compare d'une manière fort pittoresque la terre 
avec ses canaux et autres conduits, à la peau humaine criblée 
de pores : Natur. Quaest., Lib. VI, 15. — Voir aussi Natur. 
Quaest., Lib. VI, 24, 2-3. 

Dans les autres traités de Sénèque, on rencontre aussi de 
ces expressions colorées qui donnent du relief à la pensée : 
De Const. su p., 10, 2 : .... et alia hujus notae, quae quid vocem 
nisi querellas nausiantis animi? — Ep: 79, 7 : Aut ego te non 
novi aut iEtna tibi salivam movet. — Ep. 2, 4 : « Sed modo » 
inquis « hune librum evolvere volo, modo illum. » Fastidientis 
stomachi est multa degustare; quae ubi varia sunt et di versa, 
inquinant, non aluni. 

Ailleurs, Sénèque parle d'écrits « exsangues » : Ep. 64, 3. 

Ailleurs encore, de « germes de mort » (mortifera) : Ep. 49, 9. 

(i) Sur le goût de Sénèque pour les comparaisons réalistes, cf. Ep. 91, 19. 



— 67 — 

Ailleurs encore, d'esprits aveugles » : Ep. 119, 8 : .... tantaest 
caecitas mentium.... — Ep. 120, 18 : Vide in quanta caecitate 
mens nostra sit : .... — Cf. aussi Ep. 109, 16 : Amor sui 
excaecat eos...^ 1 ), et Ep. 94, 5 (occaecare). 

Les gens qui ne connaissent pas leurs défauts sont 
« aveugles » sans le savoir : Ep. 50, 3. 

Il arrive que des maladies soient guéries par d'autres 
maladies; ce sont là des remèdes malsains, passagers, et 
aucun homme sensé ne s'avisera de leur accorder sa confiance : 
De Ira, Lib. 1, 12, 6; ibid., Lib. III, 3, 4; De Benef., Lib. VI, 8, 1. 

Parfois le poison a pu servir de remède; y aura-t-il 
quelqu'un qui, pour cette guérison toute fortuite, comptera 
le poison au nombre des choses salutaires? De Benef., Lib. II, 
18, 8 : Non refert, quid sit, quod datur, nisi a volente, nisi 
volenti datur; si servasti me, non ideo servator es. Venenum 
aliquando pro remedio fuit; non ideo numeratur inter 
salubria ( 2 ). 

L'homme qui, pour échapper à ses ennuis, erre d'une contrée 
à l'autre, ne fait qu'aggraver son mal : Ep. 28, 3 : Motu ipso 
noces tibi ; aegrum enim concutis. — Il ressemble au malade 
qui se tourne et se retourne sur son lit de douleur : De 
trunquill. an., 2, 12. 

Voici maintenant des métaphores et des comparaisons qu'il 
est malaisé de classer dans un ordre déterminé. 



(') Les philosophes grecs opposaient souvent la cécité physique à la 
clairvoyance morale. Voyez Cic, Tascul., V, 114. et Epictète, Entret., \, 
xvni, 6 et 9 et Id.,'\, xxvm, 9. 

('-) Cependant, ce n'est pas sans une certaine surprise qu'on lit dans le 
De tranquill. an., 17, 8, la phrase suivante : Nonnumqnam et usque ad 
ebrietatein veniendum, non ut niergat nos, sed ut déprimât; eluit enim 
(vinum) curas et ab imo animum movet et ut morbis quibusdam ita tristitiae 
medetur, Liberque non ob licentiam linguae dictus est inventor vini, sed 
quia libérât servitio curarum animum et adserit vegetatque et audaciorem 
in omnis conatus facit. 

Voilà un jugement assez inattendu dans la bouche d'un adepte du 
stoïcisme! Mais ici encore, il faut se rappeler que Sénèquu sait se plier aux 
circonstances, et que Serenus, à qui le De tranquill. an. est dédié, esi nu 
mondain qu'effrayeraient des préceptes trop austères. 



— 68 — 

Le philosophe ne recherchera pas plus les applaudissements 
de la foule qu'un chirurgien en train d'opérer : Ep. 52, 9. 

Il y a des signes avant-coureurs pour les maladies de l'âme 
comme pour celles du corps : Ep. 74, 33. 

Quand on esi malade, on suspend toutes ses occupations; ne 
devrait-on pas faire de mémo pour les maladies de l'âme? 
Ep. :>3, 9. 

La fréquence des supplices est aussi honteuse pour un 
prince que le sont pour un médecin les nombreux décès 
parmi ses malades : De Clou.. Lib. I, 24, 1. 

De même que la médecine est tenue en honneur même par 
les gens en bonne santé, de même la clémence est l'objet de 
la vénération de tous, même de ceux qui n'ont rien à se 
reprocher : De Clem., Lib. I, 2, 1. 

La condition d'un despote oriental n'est pas plus enviable 
que celle de l'esclave chargé, dans une grande maison, de la 
garde des malades et des fous : De const. sa p., 13, 3. 

Tant que la cruauté ne fait que peu de victimes, elle peut 
tromper l'attention, mais quand elle menace tout le monde, 
tout le monde se soulève contre elle. De même, un malade 
isolé ne cause pas un grand trouble; mais lorsque l'affection 
est devenue une épidémie, alors la ville entière est boule- 
versée : De Clem., Lib. I, 25, 4-5. 

Les vices sont une véritable peste dont nous sommes 
infectés : Ep. 59, 9. 

Une passion modérée n'en reste pas moins une passion, de 
même qu'une maladie, si insignifiante qu'elle soit, ne peut 
rien présenter de sain : Ep. 110, 1. 

La vertu fait sentir son influence même de loin, comme 
certains remèdes guérissent rien que par l'odeur : De tranquill. 
'm.. 4, 7. 

Une âme malade redoute ce qu'elle ne connait pas. C'est 
pourquoi il faut la forcer à goûter du remède (la philosophie) : 
Ep. 50. !). 

De même qu'on n'exige pas d'honoraires de soi-même 
lorsqu'on est guéri par ses propres soins, de même on ne se 



— 69 — 

doit pas de la reconnaissance pour le bien qu'on s'est fait ii 
soi-même : De Benef., Lib. V, 8, 2. 

Beaucoup de richards sont possédés par la richesse plutôt 
qu'ils ne la possèdent; de même, on dit : « J'ai la fièvre », 
alors que c'est la fièvre qui nous tient : Ep. 119, 12. 

L'empereur Claude est représenté par Sénèque comme 
devant « guérir les plaies du genre humain » : Convoi, ad 
Polub., 13, 1. 

Un homme dont l'âme est malade ne saurait avoir un 
style énergique : Ep- 114, 22. 

Les mouvements de l'âme les plus sains sont ceux dont 
nous sommes les maitres : De Ira, Lib. II, 31, 7. 

Les métaphores et les comparaisons que nous venons 
d'énumérer ne sont fréquentes que dans le De tranquïll. an., 
le De Ira, le De Benef., le De Const. sap., les Quaest. Natur., 
et les Épitres à LucUius. On voit que la proportion suit une 
marche ascendante : plus Sénèque approche de la vieillesse, 
plus il emploie de métaphores prises à la médecine. 

Dans les trois Consolations, les plus anciens de ses ouvrages 
qui nous ont été conservés, ces métaphores ne sont presque 
pas représentées ('). La même observation s'applique au De 
brecitate vitae et au De vita beata. — Le De clementia présente 
un caractère particulier. Sénèque y engage son impérial élève 
à être un médecin indulgent pour les vices de ses sujets: « Agat 
princeps curam non tantum salutis, sed etiam honestae cica- 
tricis. » — Le De Providentia appartient déjà à la dernière 
partie de la vie de Sénèque. Il y parle des remèdes violents 
contre les vices : « ferro et igné curari ». Cette idée va devenir 
de plus en plus fréquente dans Sénèque, pour atteindre son 
apogée dans les Lettres. — Le De tranquillitate animi et le 
De Ira sont probablement antérieurs; cependant on y ren- 



(') Il y a cependant dans la Consolation à Marcia un beau rapprochement : 
Marcia est comparée à un vétéran qui porte de nombreuses traces de 
blessures, et dont la plaie est à peine cicatrisée que déjà il est à nouveau 
frappé. La môme idée se retrouve dans là Consolai ion à Helvie. 



— 70 - 

contre un nombre assez considérable de métaphores relatives 
ii la médecine. Cela s'explique par le caractère propre de ces 
traités. Le De tranquill. an. est adressé à Serenus, homme du 
monde apathique et dégoûté de l'existence. Sénèque se pré- 
sente à lui comme un médecin qui veut guérir cette véritable 
maladie qu'est l'ennui. Le De tranquill. an. est donc un véri- 
table petit traité de médecine morale pratique. Quant au 
De Ira, c'est l'étude d'un état pathologique particulièrement 
intéressant. Sénèque fait une monographie sur une maladie 
de l'âme comme de nos jours on voit des médecins spécialistes 
écrire un livre sur telle ou telle affection particulière. Il 
recherche les différents remèdes qui pourront apporter du 
soulagement aux gens atteints de la colère. De là le grand 
nombre de métaphores et de comparaisons prises à la méde- 
cine qu'on trouve dans le De Ira. — Dans le De Benef., 
Sénèque compare assez heureusement un bienfait rendu à 
propos à un remède administré au bon moment, etc. — Le 
De Const. sap. est une apologie de l'énergie stoïcienne. Les 
stoïciens sont représentés comme les seuls médecins vraiment 
dignes de ce nom, ce qui amène de fortes comparaisons tirées 
de l'art de guérir. — Dans les Quaest. Natur., traité en grande 
partie scientifique, les métaphores et comparaisons prises à la 
médecine sont nombreuses, mais elles ne servent le plus 
souvent qu'à établir un parallèle entre certains phénomènes 
physiques et des phénomènes physiologiques correspondants. 
— Les Lettres à Lucilius offrent le contingent de beaucoup le 
plus considérable de métaphores et de comparaisons tirées de 
la médecine. L'âme de Lucilius est malade. Aussi Sénèque 
.s'ingénie-t-il à la guérir par tous les moyens, et engage-t-il 
son ami à ne plus s'occuper que de sa cure morale. Toutes les 
idées que j'ai résumées au commencement de ce chapitre sont 
rendues vivantes par des comparaisons frappantes avec des 
maladies corporelles. La fréquence de ces images s'explique 
par les mêmes raisons que nous avons exposées à la fin du 
chapitre précédent : Sénèque a lui-même l'âme meurtrie, et il 
s'attache à la guérir, en même temps que celle de Lucilius. 



CHAPITRE III. 

Les Métaphores et les Comparaisons 

EMPRUNTÉES A LA 

NAVIGATION et aux VOYAGES. 



Le goût de la mer et des voyages n'a commencé chez les 
Romains que vers le 2 e siècle avant J.-C, avec l'influence 
sans cesse croissante de l'hellénisme. C'est ce qui explique 
que, avant cette époque, on ne rencontre que très rarement, 
dans les poètes et les prosateurs romains, une comparaison 
tant soit peu originale tirée de la mer ou de la navigation. 
Plaute, qui représente si bien l'esprit populaire, n'a qu'un 
très petit nombre de métaphores maritimes. Avec le triomphe 
définitif de la civilisation grecque à Rome, on voit se multi- 
plier de plus en plus les voyages lointains; les jeunes gens 
de bonne famille vont en Grèce : à Athènes, à Rhodes ou à 
Mitylène. La mer devient plus familière à ceux qui s'occupent 
de littérature; de là, l'emploi de quelques métaphores mari- 
times originales ('). 

Quant à Sénèque, on ne peut lire une page de son œuvre 
sans y rencontrer quelque métaphore ou comparaison ayant 



(') Cf. le fameux passage de Lucrèce (FI, 1 sqq.) : Suave mari magno, etc. 
— L'Enéide fourmille d'images empruntées à la mer, mais beaucoup sont 
traduites de V Iliade ou de Y Odyssée. 



— 72 — 

rapport à la vie périlleuse du marin ou aux spectacles gran- 
dioses ou terribles que nous offre la mer. Pour expliquer 
l'abondance et l'originalité de ces métaphores, il faut se 
rappeler que. à l'époque de Sénèque, beaucoup de grands 
personnages menaient la vie à grandes guides, et que la mode 
régnait parmi cette aristocratie corrompue et blasée de faire 
ce que nous appellerions aujourd'hui une " croisière „ dans la 
Méditerranée. On s'embarquait sur des navires de plaisance 
et on visitait les plages mondaines, où la « saison » battait 
son plein : Baïes, Pouzzoles et dîmes dans l'Italie méri- 
dionale, Canope en Afrique ('). Le voyage, en général, était 
d'ailleurs devenu une simple mode : c'était une nouvelle 
manière d'étaler ses richesses et de rivaliser de luxe ( 2 ). 
Sénèque, en outre, s'intéressait à la géographie et aux sciences 
connexes : voyez les fragments de quelques-uns de ses 
ouvrages perdus : « De Motu terrarum », « De Lapidum 
natura », « De Piscium natura », « De Situlndiae », « De Situ 
et Sacris iEgyptiorum », « De Forma mundi ». Il n'était pas 
d'ailleurs ennemi des voyages et des excursions, car il fait 



(') Voyez Ep. 51 une peinture vivante de l'existence toute d'oisiveté et 
de mollesse qu'on menait à Baïes, cette Ostende du monde ultra-élégant de 
l'Empire. 

(2) Voyez Ep. 123, 7. Par contraste, Sénèque nous dépeint (Ep. 87, 9) le 
vieux Caton voyageant dans un appareil d'une simplicité toute primitive. 
Parmi ces richards raffinés, il y en avait beaucoup aussi qui cherchaient 
dans de lointains voyages un dérivatif à leur dégoût de la vie. Sénèque n'a 
pas assez de paroles de blâme pour ces insensés (voyez Ep. 104, 8, 13-16). 
Lucilius lui-même, l'ami de Sénèque, a l'âme inquiète et malade, et cherche 
en vain à l'apaiser par des déplacements incessants et fiévreux. Aussi 
Sénèque le réprimande-t-il sévèrement à ce sujet (voyez Ep. 69, 1). Lucilius 
était, à ce qui semble, sujet à des rechutes, car dans la lettre 2 me Sénèque 
l'avait félicité de ce qu'il n'éprouvait plus le besoin maladif du déplacement 
(Ep. 2, 1). Mais hélas! peu après, Lucilius était à nouveau saisi du besoin 
des voyages à en juger par la lettre 28, 1. Cependant Sénèque, de peur sans 
doute d'effaroucher son ami s'il le prend à partie avec trop de rudesse, lui 
permet parfois une excursion, et feint même d'en attendre le récit avec 
impatience (voyez Ep. 79, 1 sqq.). 



73 — 

assez souvent allusion, clans les Lettres à Lucilius, à des villes 
ou des pays visités par lui. Dans la lettre 51, il nous parle 
d'un séjour qu'il a fait à Baïes, endroit qu'il reconnut bientôt 
convenir assez peu au sage. Dans la lettre 53, il raconte à 
son ami la traversée pénible qu'il a faite de Naples à Pouz- 
zoles. Dans la lettre 55, il parle d'une excursion en litière; 
dans la lettre 57, d'un trajet de Baïes à Naples. Dans la 
70 e lettre, il prend comme point de départ de ses réflexions 
sur le suicide une visite qu'il a faite à Pompéi ; dans la 
lettre 86, il décrit la maison de campagne de Scipion l'Afri- 
cain qu'il a visitée; dans la lettre 87 enfin, il parle encore d'un 
voyage qu'il a fait, — sans d'ailleurs spécifier davantage, car, 
comme presque toujours, ce n'est là qu'un hors-d'œuvre destiné 
à préparer son ami au plat de résistance, formé par des 
réflexions morales. 

Hâtons-nous cependant de dire que si Sénèque voyage, ce 
n'est nullement par désœuvrement ou par ennui, mais par 
hygiène : Ep. 55 ; 2 : Mihi tamen necessarium erat concutere 
corpus... — Ep. 84 ; 1 : Itinera ista, quae segnitiam mihi excu- 
tiunt, et valitudini meae prodesse judico et studiis... 

Sénèque n'aime d'ailleurs pas à perdre son temps, même en 
voyage; en vrai stoïcien, il considère que, même lorsqu'on 
s'amuse, on ne doit pas perdre de vue l'observation morale 
{Ep. 55, 3). 

Outre les voyages d'agrément dont nous avons parlé, il s'en 
faisait beaucoup aussi d'autre nature : voyages d'affaires, 
voyages militaires, voyages officiels, etc. (') — Il y avait do 



(!) Voir Friedlànder, Sittengeschîchte îles Rom. Kaiserreichea. — Cf. aussi 
P. Thomas, op. cit., p. 109 : « Depuis que la république avait étendu sa 
domination dans tout le bassin de la Méditerranée, le Romain était devenu 
l'être le moins sédentaire qu'il y tût au monde. Homme public, il était 
appelé à exercer un commandement militaire ou à remplir quelque mission 
officielle dans une province lointaine. Homme d'affaires, rentier ou finan- 
cier, il devait aller en pays étranger, en Grèce, en Asie, en Afrique, ru 
Espagne, en Gaule, pour visiter ses propriétés, pour surveiller ses intérêts 
engagés dans des spéculations de toute espèce. » 



— 74 — 

grands propriétaires qui avaient l'ambition de posséder des 
terres dans dos pays lointains {Ep. 89, 20). 

Tout cela avait répandu une connaissance plus précise de 
la mer et de la navigation. C'est dans cette connaissance que 
Sénèque a puisé les détails précis et pittoresques de ses méta- 
phores maritimes. Mais ce n'est pas par dilettantisme, comme 
la plupart de ses prédécesseurs, qu'il multiplie ces compa- 
raisons, c'esi sous l'influence des idées stoïciennes. Certains 
stoïciens vantaient à tout propos les charmes de la retraite ('). 
Le sage doit, d'après eux, s'arracher aux vanités de ce monde 
pour se réfugier dans un endroit paisible et s'y livrer à l'épu- 
ration de son âme. N'est-il pas tout naturel que, dans cet 
ordre d'idées, les moralistes stoïciens en soient venus bientôt 
à comparer le sage qui, s'étant soustrait au tumulte des pas- 
sions, cherche une calme retraite, au marin qui, après avoir 
été ballotté par les tempêtes, est tout heureux de pouvoir 
aborder dans un port tranquille? Un grand nombre de méta- 
phores maritimes de Sénèque doivent leur naissance à cette 
idée qui aujourd'hui est devenue un lieu commun ( 2 ). Une 
autre idée stoïcienne est celle-ci : le sage doit pouvoir diriger 
sa vie avec une sûreté et un sang-froid qui ne se démentent 
pas, même au milieu des assauts les plus furieux de la fortune; 
le moraliste qui veut vulgariser cette idée pensera naturelle- 
ment à un pilote avisé et courageux, qui sait diriger son 



(') A l'époque de Sénèque, l'idée de l'abstention politique avait de nom- 
breux partisans, contrairement an vieil adage stoïcien: c numquam piïva- 
tuin esse sapientem (cf. Oie, Tuscul., IV, 51, et Sénèque, passîm). Quant à 
Sénèque lui-même, son insistance à recommander la retraite s'explique par 
les événements de sa vie. et aussi par la condition et la manière de vivre 
de ses correspondants. Épictète, lui, demeure fidèle à l'ancienne tradition 
stoïcienne : il fait dans l'homme une grande place au citoyen {Entret., 
H, xiv, 8). 

(-') Cf. par ex. les vers fameux de Racan : 

« Nous avons assez vu sur la mer de ce monde 
Errer au gré des flots notre nef vagabonde : 
Il est temps de jouir des délices du port. Etc. 



- 75 — 

bateau sans encombre au milieu des tempêtes les plus 
violentes, et tient le gouvernail d'une main ferme, jusqu'à ce 
que le navire aborde dans un port qui offre un abri sûr contre 
les dangers ( l ). Ce port, selon la doctrine stoïcienne, c'est ou 
bien la sagesse parfaite, pour ceux dont l'existence n'est 
menacée par aucun mal extérieur, — ou bien la mort par le 
suicide pour ceux qui ne trouvent pas sur terre la sécurité 
rêvée. De là viennent tant de belles métaphores, qui nous 
montrent le sage luttant en pilote énergique et habile contre 
les tempêtes de la vie, et ne lâchant pas le gouvernail. 
Ailleurs, ce sont les passions qui sont comparées à des tour- 
billons où s'agitent les hommes et où ils s'enfoncent de plus 
en plus, quoiqu'ils se cramponnent avec l'énergie du désespoir 
à tout ce qu'ils peuvent saisir ( 2 ). Ailleurs encore, c'est une vie 
en apparence calme et heureuse qui est comparée à la mer 
unie et sans une ride, mais dont le sourire cache les fantaisies 
meurtrières de la « mangeuse d'hommes » qu'elle est. Et tant 
d'autres métaphores fines et profondes. 
Après cette étude générale, passons au détail. 

Voici les métaphores où les hommes sont représentés se 
débattant au milieu des passions et des incertitudes comme un 
naufragé emporté par les vagues : Consul . ad Poh/b., 9, G : ... 
in hoc profundum inquietumque projecti mare, al ternis 
aestibus reciprocum et modo allevans nos subitis incrementis, 
modo majoribus damnis deferens assidueque jactans, num- 
quam stabili consistimus loco : pendemus et fluctuamur et 
alter in alterum illidimur et aliquando naufragium facimus, 
seinper timemus; in hoc tam procelloso et ad omnes tempes- 
tates exposito mari navigantibus nullus portus nisi mortis est. 
— Voyez aussi De Ira, Lib. III, 3, 2; ïbid., 3, 3; De rit. beat., 



(•) Cf. Stobée (Ed., Il, p. 218. 7, èx td5i> 'Açlaxtavoç 'OfiouafÂâxap) el Épie 
tète (Entret., III, xv). La comparaison du pilote esl d'ailleurs une des 
comparaisons socratiques. 

(*) Cf. Épictète, Entret., II, xvm, 19 et 29. 



- 76 — 

14, 1; M., 24, I : II., 28, in fine; De brerii. vit, 2, 3; De Benef., 
Lib. VI. 28, 2; />-■ Provid., •*">. !»: De tranquill. an., 1, 17; Natur. 
Quaest, Lib. V. 1S, 16; E/>. 1. ■"»: Ep. V.K S; Ep. 20, 1; 
ty.22,8; £/;.23,8; £)>. 28, 3; Ep.35, I: A>. t8,8; Ep. 66,17; 
Ep. 85, 6; E/>. 88 ; 7: Ep. LOI, 9; /•>. lot, 22: A>. 120, 20. 
Cf. Ep. 66, !<; et A>. 111, 25. 

De m :nc qu'on ne pont pas dire d'un homme qu'il a long- 
temps navigué lorsqu'il a été secoué dès le port par des tem- 
pêtes continuelles el a toujours tourné dans le même espace, 
de même on ne peut conclure, de ce qu'un homme a des 
cheveux blancs, qu'il a longtemps vécu : De brerii. vit., 7, 10. 

Il n'existe pas d'Etat parfait, idéal, pas plus qu'il n'existe 
de mer sans tempêtes : De Otio, 8, 3-4. 

Un navire excellent n'est pas celui qui est orné et couvert 
de peintures, mais celui qui peut résister avec succès à la 
tempête : Ep. 76, 13. 

On ne songe guère à la mort, quoiqu'elle puisse nous frapper 
à chaque instant; ainsi, beaucoup de gens, au moment de s'em- 
barquer, ne songent pas à la tempête : De tranquill. an., 11, 7. 

Les hommes sont tenaces au point qu'ils n'hésitent pas à 
s'embarquer de nouveau après avoir fait naufrage; à plus 
forte raison devraient-ils persister à rendre des bienfaits : De 
Benef., Lib. I, 1, 10. 

Ceux qui relèvent d'une longue maladie ressentent encore 
parfois de légers malaises; de même la mer, après une tem- 
pête, reste longtemps encore agitée : De tranquill. an.. 2, 1. 

Il faut se délier de la tranquillité dans le bonheur; une mer 
calme peut être peu après soulevée par la tempête : Ep. 4, 7; 
Ep. 74, 4. 

Un bon pilote ne perdra pas son sang-froid au milieu de la 
tempête; il tiendra le gouvernail d'une main ferme : Ep. 30, 3: 
Magnus gubernator et scisso navigat vélo, et, si exarmavit, 
tamen reliquias navigii aptat ad cursum. Hoc facit Bassus 
noster et eo animo vultuque finem suum spectat, quo alienum 
spectare nimis securi putares. Voyez encore : Corisol. ad. 
Marc, 5, -"»; /</.. fi. 3; De Ira, Lib. II ; 31, 5; Ep. 14, 8; Ep. 85, 



— 77 — 

30-36('): Ep. 95, 7; Ep. 108, 37 (« Quanto majore putas vitam 
tempestate jactari quam ullam ratem? »). 

De même qu'un pilote garde toute sa science, même sur 
terre, de même un homme peut être reconnaissant rien que 
par la volonté de l'être : De Benef., Lib. IV, 21,4. 

La philosophie est un pilote vigilant, qui dirige notre vie : 
Ep. 16, 3 : ... philosophia... sedet ad gubernaculum et per 
ancipitia fluctuantium derigit cursum. 

A mérite égal, on n'est pas meilleur pour être plus riche; de 
même, de deux pilotes également habiles, le meilleur n'est 
pas celui qui a le plus grand navire : Ep. 73, 1_\ 

11 faut que, dans la vie, nous ayons un but vers lequel 
tendent tous nos efforts : le souverain bien, de même que sut- 
un navire on dirige sa course d'après une certaine constella- 
tion : Ep. 95, 45. 

Dans les métaphores suivantes, il est question de se diriger 
vers un port ou d'y aborder. On voit le sage qui se réfugie 
dans le port de la philosophie; le navire qui sombre près du 
port; l'homme qui doit toujours avoir le regard dirigé sur le 
port : De Clem., Lib. II, 5, 3; De brevit. rit., 18, 1; De rit. beat., 
19, 1; De tranquill. an., 5, 5; Ep. 14, 15; Ep. 19, 2; Ep. 19, 9; 
Ep. 70, 3-4; Ep. 71, 3; Ep. 72, 10. 

Une seule ancre ne suffit pas pour un navire; de même, 
dans la vie, on doit avoir plus d'un ami sur qui s'appuyer : 
De Remed. fortuit., XV, 2. 

La vie contemplative, pour les stoïciens, n'est qu'un mouil- 
lage (statio), et non le port (poilus) : De Otio, 7, 4. 

Serenus, qui se sent l'âme atteinte d'un malaise indéfinis- 
sable, se compare à quelqu'un qui no souffre plus de la tem- 
pête, mais qui, prêt à atterrir, est en proie au mal de mer : De 
tranquill. an., I, 17. 

Le bonheur de la paix est senti le plus profondément par 
ceux qui en profitent le plus; do même, parmi les marchands 



(<) Dans ce passage, Sénèque discute longuement, à la façon des écoles 
de rhétorique, le vieux rapprochement ilu pilote avec le sage. 



- 78 - 

arrivés à bon port, ceux qui avaient un chargement précieux 
adressent à Neptune des actions de grâces bien plus senties 
que ceux qui n'avaient transporté que des objets sans grande 
va leur : Ep. 7o, 5. 

On peut calfater un navire qui fait eau, de façon à le faire 
servir encore, niais lorsqu'il se fend de toutes parts, toute 
peine est inutile; de même, l'existence d'un vieillard décrépit 
ne peut être prolongée que temporairement : Ep. 80, 2. 

On ne lance pas en mer un navire qui fait eau de toutes 
parts; de même, le sage ne s'adonnera pas aux affaires publi- 
ques, s'il n'a aucune chance de succès : De Otio, 3, 4. 

De même qu'on choisit le navire sur lequel on veut s'em- 
barquer, de même on a le droit de choisir le genre de mort 
qu'on préfère : Ep. 70, 11. 

La vie ressemble à un voyage sur mer; de même qu'on 
s'éloigne de plus en plus de la côte jusqu'à ce qu'elle devienne 
imperceptible, de même notre enfance nous paraît de plus en 
plus lointaine à mesure que nous avançons en âge : Ep. 70, 2. 

Les gens qui s'engourdissent dans la prospérité sont autant 
à plaindre que ceux qui sont arrêtés en pleine mer par l'ab- 
sence de vent : De Provid., 4, 6. 

Ceux qui mènent une vie déréglée sont comparés à des 
gens qui rament contre le courant : Ep. 122, 19 : ... contra 
illam (se. naturae viam) nitentibus non- alia— vita est quam 
contra aquam remigantibus. 

Il faut se libérer de toute vaine occupation dans la vie : un 
homme à la mer, s'il est chargé de bagages, risque fort de 
se noyer : Ep. 22, 12. 

Le sage est insensible aux coups du sort, comme les rochers 
qne les flots battent en vain : De rit. beat., 27, 3. Cf. aussi 
De /m. Lib. 111. 2:.. :'.. 



- 79 - 



IL 



Après ces métaphores et ces comparaisons qui ont exclu- 
sivement l'apport à la mer, venons-en aux nombreuses méta- 
phores qui sont empruntées aux voyages sur la terre ferme. 

Tout ce que nous avons dit au commencement de ce 
chapitre au sujet des voyages sur mer, s'applique aussi aux 
voyages sur terre. Ici encore, les métaphores servent à 
illustrer des idées stoïciennes : la vie est un voyage long et 
ardu; on rencontre à chaque pas sur son chemin des obstacles 
souvent très pénibles à surmonter; aussi trébuche-t-on sans 
cesse, etc. Toutes ces figures sont, comme toujours, essen- 
tiellement vivantes et pittoresques : on voit se dérouler sous 
ses yeux le chemin de la vie, « sablonneux, malaisé », comme 
celui de la fable, parsemé d'embûches de toute espèce, et la 
foule des malheureux mortels qui s'achemine péniblement, 
quelques-uns, les plus sages, en avant, regardant droit devant 
eux, toujours en éveil, — et derrière eux tous les autres, 
s'échelonnant en une file interminable et mêlée, trébuchant à 
chaque pas, s'écartant de la route, perdant leur chemin, se 
débattant dans les pièges dissimulés sur leur passage... Puis 
voici un voyageur attardé qui veut regagner le temps perdu 
et donne de l'éperon à son cheval... Tout cela est réel, précis, 
et peint avec de vives couleurs. 

Voici un beau développement, où la vie est comparée à un 
voyage : De vit. beat., 1, 1-2-3 : Vivere, Gallio frater, omnes 
béate volunt, sed ad pervidendmn. quid sit quod beatam vitani 
efficiat, caligant; adeoque non est facile consequi beat nui 
vitam, ut eo quisque ab ea longius recédât, quo ad illani conci- 
tatius fertur, si via lapsus est : quae ubi in contrarium ducit, 
ipsa velocitas majoris intervalli causa fit. Etc. 

Dans la Consolation à Marcia (C. 17 et 18), nous rencontrons 
une longue comparaison du même genre : l'existence d'ici-bas 
y est également rapprochée d'un voyage. C'est la célèbre com- 
paraison de la vie avec une excursion à Syracuse, qui peut se 
résumer en ces mots : An Syracusas viseres deliberanti til>i 






— 80 — 

quidquid deleetare poterat, quidquid offendere, exposui; puta 
nasccnti me tibi venire in consilium. Etc. (Consol. ad Marc, 
18, 1)('). 

La vie est un voyage au terme duquel il faut toujours se 
résigner à rentrer « chez soi » : De Remed. fortuit., II, 2: 
Peregrinatio est vita : cum multuni ambulaveris, douuini 
redeundum est. 

Dans le De Constantin sapientis (T, 1-2), Sénèque décrit lon- 
guement le chemin vers la philosophie idéale. 

Ceux qui veulent arriver à la sagesse doivent marcher 
hardiment, d'un pas ferme et assuré : Ep. 37, 4 : Un a ad hanc 
(se. sapientiam) fert via, et quidem recta : non aberrabis. Vade 
certo gradu. Puis : Dp tranquïll. an., 11, 1. 

Tout ce qui nous entoure, nous ne devons le considérer que 
comme les meubles d'une hôtellerie, et passer notre chemin : 
Ep. 102, 24 : Quidquid circa te jacet rerum, tamquaih hospi- 
talis loci sarcinas specta : transeundum est. 

On peut entreprendre la route de la sagesse sans provi- 
sions : Ep. 17, 7 : ... licet ad philosophiam etiam sine viatieo 
pervenire. — Viaticum est encore employé métaphoriquement 
dans le passage suivant : Ep. 20, 8 : ... huic epistulae viaticum 
dandum est. — Cf. aussi De Remed. fortuit., III, 2. 

Car c'est une route sûre que celle-là, et la Nature elle- 
même nous a équipés : Ep. 31. 9 : ... tutum iter est, jucundum 
est, ad quod natura te instruxit. 

Pour l'esprit qui veut faire des excursions, la sagesse a de 
vastes domaines : Ep. 117. 19 : Etiam si quid evagari libet, 
ainplos habet illa spatiososque secessus... 

Le sage qui parcourt le domaine de la nature ne se lassera 
jamais de la vérité : Ep. 78, 26. 

(') Dans un fragment du célèbre discours attribué à Sénèque par Tacite 
(Annale*, XIV, c. 53), l'auteur compare à un voyage sa propre existence, 
et, devenu un vieillard débile, il implore le secours de son prochain afin de 
pouvoir terminer sa route : Quoniodo in milkia aut via fessus adminiculum 
orarem, ita in hoc itinere vitae senex et levissimis quoque curis impar 
cum opes meas ultra sustinerc non possim, praesidium peto. 



— 81 — 

Lorsqu'on désespère de pouvoir arriver à la liberté 
suprême sur cette terre, on peut se frayer soi-même un chemin 
vers elle (par le suicide) : De Provid., 2, 10; Ep. 12, 10; Ep. 70, 
10; Ep. 11, 3-4. — Cf. aussi De Moribus, 18. 

Le sage n'est pas forcé de marcher toujours du même pas, 
pourvu qu'il ne s'écarte pas de la route : Ep. 20, 2. 

On peut suivre la route qu'ont suivie les anciens; mais si 
l'on en rencontre une qui soit plus aisée, il est permis d'aban- 
donner la première pour suivre la seconde: Ep 33, 11. — 
Cf. aussi Ep. 80. 1. 

L'homme de bien ne suivra pas, pour arriver à la richesse, 
le même chemin que la masse des hommes : Ep. 21, 7. 

Il faut se frayer soi-même une route vers la vérité. Mais ce 
n'est là le privilège que d'un petit nombre : Ep. 52, 2-3. 

En fait de poésie, l'âme ne peut atteindre à rien de sublime 
si elle ne s'écarte des sentiers battus; il faut qu'elle joue 
le rôle d'un coursier fougueux qui emporte son maitre et le 
transporte à des hauteurs qu'il n'eût jamais pu atteindre par 
ses propres forces : De tranquill. an., 17, 11. 

Certains s'imaginent que le chemin vers la vertu est 
pénible; il n'en est rien cependant : De Ira, Lib. II, 13, 1. 

Il n'est rude qu'au début : Ep. 50, 9. 

Le chemin qui mène aux honneurs est aride et escarpé; la 
route vers la sagesse, qui mène vers une hauteur d'où l'on 
domine toutes les grandeurs de la terre, est unie : Ep. 84, 13. 

Mais il n'en faut pas moins se préparer comme si la route 
de la vertu était parsemée de périls : De Benef., Lib. IV, 22, 3. 

Au lieu d'écouter la voix fallacieuse des voluptés, il vaut 
mieux suivre le droit chemin, et s'élever jusqu'à cette hauteur 
où en dehors du bien rien ne peut nous plaire : Ep. 123, 12 ('). 

( 1 ) Cf. Lucrèce, livre II : 

Sed nil dulcius est, bene quam munita tenere 
Edita doctrina sapientum templa serena, 
Despicere unde queas alios, passimque videre 
En-are, atque viam palanteis quaerere vitao, etc. 



— 82 — 

» !ar seul le chemin que nous indique la nature nous est aisé : 
Ep. Vil. li». 

La vertu occupe une position élevée, mais non inaccessible : 
Ep. 64, 5. 

L'effort, accompli par des âmes pleines de bonne volonté 
pour gravir les hauteurs escarpées et arriver aux régions 
sublimes de la philosophie, cet effort est méritoire, même 
s'il n'est pas couronné de succès : De vit. beat., 20, 2. 

L'homme de bien s'élance vers la vertu sans la moindre 
hésitation : Ep. 66, 21. 

D'ailleurs, les dieux sont secourables aux hommes de bonne 
volonté et leur tendent la main pour leur faciliter l'ascension 
vers la vertu : Ep. 73, 15 : Non sunt di fastidiosi, non invidi: 
admittunt et ascendentibus manum porrigunt. — Cf. aussi 
A.//. 31, 4. 

L'homme étant d'origine divine, on ne peut que l'approuver 
lorsqu'il s'efforce de remonter au lieu d'où il est descendu : 
Ep. 92, 30. 

Une fois arrivé au sommet, on ne peut plus tomber : Ep. 92, 
23 et 26. 

Sénèque s'élève sans cesse contre ceux qui s'écartent, 
volontairement ou malgré eux, du bon chemin, et s'occupent 
de futilités qui leur font perdre un temps précieux : Ep. 45, 1 : 
Librorum istic inopiam esse quereris. Non refert, quam 
multos, sed quam bonos habeas : lectio certa prodest, varia 
delectat. Qui, quo destinavit, pervenire vult, unam sequatur 
viam, non per multas vagetur : non ire istuc, sed errare est. — 
Cf. aussi Ep. 17, 1; Ep. 49, 12, et Ep. 113, 26. 

Le grammairien s'occupe du langage; s'il veut étendre son 
champ d'action, il va jusqu'à l'histoire, et la poésie est le 
domaine qu'il ne dépasse pas. Eh bien! se demande Sénèque, 
qu'y a-t-il dans tout cela qui aplanisse le chemin de la vertu? 
Ep. 88, 3. 

Sénèque, nous l'avons vu, ne se donne pas lui-même pour 
le sage parfait, dégagé de toute faiblesse humaine: « Après de 
longs errements, dit-il à son ami Lucilius, j'ai fini par trouver 



— 83 — 

le bon chemin, et je le montre aux autres » : Ep. 8, 3 : Rectum 
iter, quod sero cognovi et lassus errandi, aliis monstro. Clamo : 
vitate, quaecumque vulgo placent, quae casus attribuit. Etc. 

« Rentrons dans le bon chemin ! » s'écrie notre philosophe : 
Ep. 98, 14 : Licet reverti in viam.. . 

Beaucoup de comparaisons sont destinées à rendre vivante 
cette idée : que la plupart des hommes sont des « stulti » qui, 
sur la route de la sagesse, butent sans cesse contre des 
obstacles : Ep. 107, 2 : Longam viam ingressus es : et labaris 
oportet et arietes et cadas et lasseris et exclames : « mors! » 
id est mentiaris, etc. — Puis : Ep. 36, 1; Ep. 84, 13; Ep. 110, 7; 
De Remed. fortuit., XIV, 2. 

On ne doit pas écraser son âme sous de multiples soucis, 
pas plus que le voyageur ne doit emporter trop de bagages 
[sarcinaé) : Ep. 44, 7; Ep. 71, 26. — Cf. aussi : Ep. 53, 9; 
Ep. 65, 16; Ep. 102, 24; De Ira, Lib. III, 6, 4. 

Le sage aplanira lui-même les obstacles qu'il rencontrera 
en route : De Provid., 5, 9-20. 

Nous sommes souvent détournés de la bonne route par nos 
parents ou par nos esclaves : Ep. 94, 54. 

La route du vice mène vers l'abîme : Ep. 97, 10. 

Il faut se défier des soi-disant bienfaits de la fortune ; car 
une fois que celle-ci nous a détournés du droit chemin, il n'y 
a plus moyen de lui résister; elle nous courbe et nous heurte 
contre le sol : Ep. 8, 4. 

Parmi différents biens, l'un a trouvé une route unie et facile, 
l'autre un chemin rude et âpre : Ep. 66, 44. 

Le sage, lui, est toujours égal à lui-même, que sa route suit 
aisée ou qu'elle soit parsemée d'embûches : Ep. 111, 4. 

Il peut sans risque ne point s'armer contre lui-même d'une 
inquiète surveillance; pour l'homme ordinaire, à qui la retraite 
(regredi) est difficile, le mieux est de ne pas faire un seul pas 
en avant (omnino non progredi) : Ep. 116. 1. 

Il faut être charitable et montrer le bon chemin à celui qui 
s'est égaré : De Ira, Lib. I, 14, 3 : Quanto humanius mitem et 
patrium animum praestare peccantibus et illos non perscqui, 



— 84 — 

sed revocare! Errantem por agros ignorantia viae melius est 
ad rectum iter admovere quam expellere. Puis : Ep. 48, 8; 
Ep. 94, 50; Ep. 117, 21 ; De Remed. fortuit., VIII, 4 (')• 

Qu'on ne se laisse pas entraîner hors du bon chemin par la 
trace de ceux de nos prédécesseurs qui se sont égarés : De 
tranquill. an., 2, 2. 

Comme des voyageurs qui se sont mis tard en chemin, 
essayons de regagner le temps perdu : Natur. Quaest., Lib. III, 
Praef., 4 : Faciamus quod in itinere fieri solet : qui tardius 
exierunt, velocitate pensant moram. — Puis : Ep. 68, 13. — 
Cf. aussi Ep. 71, 35 et È>:T22rî3^ v 

Ceux qui ne sont pas encore arrivés à la sagesse suprême 
auront des moments de faiblesse sur la route, et se débattront 
de temps en temps encore au milieu des obstacles : Ep. 71, 28; 
Ep. 72, 9; Ep. 75, 10. 

Il faut, dans ce cas, qu'on ait la fermeté de continuer le 
voyage : Ep. 92, 15. 

Les désagréments d'une longue vie sont comme la poussière, 
la boue et les pluies dans un long voyage : Ep. 96, 3. 

La mort nous attend sur la route de la vie pour nous sur- 
prendre à l'improviste : Ep. 26, 7. 

Il n'est pas de route qui n'ait un terme : le chemin de la 
vie, lui aussi, doit fatalement aboutir à la mort : Ep. 11, 13. 

La mort elle-même est le chemin vers les dieux : Ep. 93, 10. 

Ne plaignons pas ceux qui meurent jeunes : il vaut mieux 
achever sa route avant d'être fatigué : Ep. 99, 12. — Cf. Con- 
sul, ad Marc, 22. 

Sénèque, voulant consoler Marcia de la perte de son fils, 
lui dit : « Ton fils a atteint le terme de toute existence » : 
Consol. ad Marc, 11, 2. — Cf. Id., 25, 1. 

Il ne faut pas pleurer celui qui nous a précédés dans la 
mort, puisque nous devons suivre le même chemin que lui : 
Ep. 99, 7. —Cf. Ep.m, 16. 

(') Cf. Épictète, Entret., II, xn, 3 et 14, et Lactance, Div. lnstit., V, 17. — 
Épictète est d'avis que Dieu est pour nous le meilleur des compagnons et 
ck-s guides sur le chemin de la vie {Entret., IV, i, 92-100). 



— 85 - 

Nous sommes tous à peu près à la même distance de la 
mort : Ep. 93, 12 : Non majore spatio alter alterum praece- 
dimus. 

Il ne faut pas jalouser le petit nombre de ceux qui vous 
précèdent sur la route de la vie, mais bien plutôt jeter un 
regard derrière soi sur la foule des « stulti ■» que l'on a 
devancés: Ep. 15, 11. 

Les préceptes offrent un chemin long à parcourir pour 
arriver à la sagesse; celui qui est tracé par les exemples est 
court : Ep. 6, 5. 

Celui qui parcourt un chemin finit par arriver au bout; 
l'erreur, elle, est sans limites : Ep. 16, 9. 

Sénécion était déjà arrivé si loin sur le chemin des hon- 
neurs qu'il n'avait plus qu'un pas à faire pour arriver au but : 
Ep. 101, 1. 

Le chemin le plus court vers la richesse, c'est le mépris des 
richesses : Ep. 62, 3. 

Les maux qui arrivent aux autres ont le chemin libre pour 
arriver jusqu'à vous : De tranquill. an., 11, 8. 

Celui qui perd la vue coupe par là-même le chemin à 
nombre de vices et de passions : De Remed. fortuit. ,^11, ]; 
ibid., Àdditio, 3. 

Celui qui a à sa disposition une voiture préférera accomplir 
de cette manière son voyage, quoiqu'il puisse aller aussi à 
pied; de même, le pauvre ne refusera pas de devenir riche, 
s'il le peut : De vit. beat., 23, 4 ('). 

Sénèque veut que son ami Lucilius se détache complètement 
des affaires, mais « par une voie douce » (Uni via) : Ep. 22, 3. 

Les reproches faits avec douceur (quae molli vadunt via) 
pénètrent dans le cœur plus facilement : De Moribus, fr. 129. 

Sénèque dit de Démétrius, qu'il admire beaucoup, qu'il 
« l'emporte partout avec lui » : Ep. 62, 3 : Demetrium, viro- 
rum optimum, mecum circumfero... 



(') Voilà encore un spécimen caraotérisque de ces sophismes inventés 
par Sénèque pour excuser son faste à la cour de Néron. 



— 86 — 

La miséricorde de l'empereur Claude « parcourt le monde 
entier » : Consol. ad. Polyb., 13, 3. 

Chaque loi « suit sa route » particulière : De Benef., 
Lib. VI, 6, 1. 

Le style de Cicéron a une marche lente et aisée : Ep. 100, 7. 

Tous les temps sont « accessibles » (pervium) à la pensée : 
Ep. 102, 22. 

« Compendiaria via », le chemin le plus court, est employé 
métaphoriquement : Ep. 27, 6; Ep. 73, 12 (In caelum te com- 
pendiaria voco); Ep. 119, 1. 

La « meilleure route à suivre » envers l'ingrat, c'est de 
conserver à son égard l'apparence de l'amitié : De Benef., 
Lib. VII, 31, 1. 

Nombreux sont d'ailleurs les passages où via est employé 
dans le même sens que l'expression française : « le chemin 
vers » : Ep. 29, 12; Ep. 74, 6; Ep. 90, 27; Ep. 94, 32; Ep. 109, 5 : 
De Bemed. fortuit., III, 2. 

Les métaphores tirées des voyages sur mer ou sur terre, 
nous l'avons vu, ne sont guère fréquentes que dans les Êpîtres 
à Lucilius. Dans la Consolation à Marcia cependant, qui est, 
des trois Consolations, celle qui suit le plus servilement le 
plan coutumier des Consolations grecques avec leurs lieux 
communs toujours les mêmes, il se rencontre assez bien de 
métaphores maritimes. Il est probable qu'un des lieux com- 
muns les plus employés par les auteurs de Consolations était 
celui-ci : « Nous sommes ballottés toute notre vie au milieu 
des passions (ou bien : la route de la vie est pleine d'em- 
bûches); il faut que nous sachions résister vaillamment aux 
flots qui menacent de nous submerger (ou : aux traquenards 
dissimulés sous nos pas). » Sénèque a repris ces images à 
plusieurs reprises dans la Consolatio ad Marciam. — Dans le 
De tranquillUate animi, Serenus se représente comme entraîné 
par des flots contraires, et Sénèque lui montre les moyens de 
leur résister et de gagner un port tranquille. — Le De Ira a, lui 
aussi, quelques métaphores maritimes ou tirées des voyages. 



— 87 — 

Sénèque y prêche le calme en toutes circonstances : lorsque 
le navire menace de couler, dit-il, ;-;queHhomme sera assez 
stupide pour se fâcher, au lieu d'aider les matelots à rejeter 
l'eau envahissante? — Le De brevitate^vitae jl's, qu'une couple 
de métaphores maritimes. Sénèque montre les hommes qui se 
livrent à des occupations frivoles, ou ceux qui ambitionnent 
les hautes fonctions et sont esclaves de leurs passions, comme 
se débattant continuellement au milieu des flots. Paulinus 
aime trop le monde; Sénèque l'engage donc a se détacher de 
la foule pour se retirer dans un port tranquille. — Le De vita 
beata n'a que fort peu de métaphores maritimes ou tirées des 
voyages. lien va de même pour |le De Bénéficiés,' malgré son 
étendue, pour les Questions Naturelles, le De Clementia et le 
De Constantia sapientis. — Le De Otio, où Sénèque prêche 
la retraite, a quelques métaphores maritimes; on y lit, entre 
autres, que l'existence contemplative n'est pas un port, mais 
seulement une escale. — Le De Providentiel, enfin, parle 
longuement des adversités qui accablent l'homme ici-bas. 
De là tout naturellement cette métaphore : nous sommes 
emportés par le courant des passions et des vices; tantôt nous 
montons avec les flots, tantôt nous descendons avec eux. 



CHAPITRE IV. 

Les Métaphores et les Comparaisons 

EMPRUNTÉES AU 

DROIT. 



Le peuple romain avait, on le sait, deux passions qui pri- 
maient toutes les autres : la passion de la guerre et celle de 
la jurisprudence. Nous avons montré dans le premier chapitre 
à quel point l'amour du Romain pour les choses militaires se 
reflète dans la littérature latine; il en va de même pour le 
Droit et ce qui s'y rattache. 

La langue latine abonde en termes juridiques. L'amour de 
tout ce qui concerne le Droit s'était à tel point enraciné dans 
l'âme des Romains que, sans le vouloir, sans s'en apercevoir, 
les poètes mêmes, à plus forte raison les prosateurs, se ser- 
vaient couramment d'expressions empruntées à la termino- 
logie du Droit. — La fréquence des métaphores juridiques 
dans Plaute nous prouve la prédilection du peuple romain 
pour le Droit : des scènes entières parfois servent uniquement 
à flatter ce goût universellement répandu à Rome('). Les 
atellanes, cet autre miroir des sentiments populaires, repré- 
sentaient également leurs personnages coutumiers parodiant 
la procédure juridique : « Bucco vendu », Bucco adopté », 
« Maccus agent électoral », tels sont les titres caractéristiques 



(') Cf. Lorcnz, op. cit., pp. 59-60. 



— 89 — 

de quelques-unes de ces pièces. — Le satirique Lucilius, si 
foncièrement Romain lui aussi, se sert fréquemment d'une 
langue d'homme d'affaires et d'avocat. — D'abord exclusive- 
ment réservée aux patriciens, la jurisprudence, grâce surtout 
aux Scévola, pénètre dans la plèbe ('). Le droit, devenu lieu 
commun, s'insinue partout, dans la poésie comme dans la 
prose. Nul n'y échappe. Virgile fait parler à Neptune « le 
langage d'un consul, protestant au nom du droit contre 
l'usurpation d'un tribun; ... il le compare à un grand citoyen 
qui arrête par sa seule présence une sédition sur le forum » (•). 

Enée lui-même « incarne les vertus idéales du magistrat et 
du prêtre romain » ( 3 ). 

Nous nous bornerons à ces exemples pour les écrivains de 
la République et du commencement de l'Empire. 

Beaucoup plus tard, du temps des premiers auteurs chré- 
tiens, la même passion subsiste toujours, et elle se trahit dans 
les œuvres littéraires : pour n'en citer qu'un exemple, Ter- 
tullien, le premier avocat du christianisme, « n'examine pas 
le fond (des) doctrines (de telle secte); mais, statuant sur la 
forme, il déclare sa demande irrecevable comme émanant de 
gens mal qualifiés; et dans cette procédure un peu chicanière, 
on retrouve le strict et dur formalisme des vieux légistes 
romains ( 4 ). » 

Si nous examinons maintenant le nombre et la qualité 
des métaphores juridiques dans Sénèque, nous constaterons 



(') C'est au plus illustre des Scévola * qu'on attribue ce mot qui peint si 
bien l'âpreté intransigeante des magistrats de Rome : « Fiat justitia, pereai 
mundus » (Pichon, Litt. lat., p. 151). « Scévola est le créateur de cette 
science nationale qui, en combinant le droit romain et la philosophie 
grecque, a fondé le code universel ». [Ibid.). 

(-) Pichon, Litt. lat., p. 345. 

H Pichon, Litt. lat., p. 347. 

( 4 ) M., p. 740. Chez les Grecs, Épictète se déclare 1' « avocat » de Dieu, ei 
répète à plusieurs reprises que nous n'avons que 1' « usufruit > des choses 
d'ici-bas. Dans la préface de ses Pensées, Marc-Aurèle dresse le « compte > 
de ceux auxquels il doit le plus (moralement). 



— 90 — 

aussitôt que ces métaphores sont particulièrement nom- 
breuses et qu'elles se distinguent par leur minutieuse exac- 
titude, leur pittoresque et leur à-propos. Cette richesse et 
cette précision s'expliquent aisément par l'éducation de notre 
philosophe. 

11 ne faut jamais oublier, dans l'appréciation du style de 
Sénèque, la part prépondérante qui revient à l'éducation. Le 
père île Sénèque, quoique né à Cordoue, était, par l'esprit, un 
vrai Romain de la vieille roche ('). Aussi donna-t-il à ses fils 
une éducation vraiment romaine, où, comme de juste, l'élo- 
quence avait la part du lion. C'est même en grande partie 
pour faire partager à ses enfants son goût pour les déclama- 
teurs qu'il a rassemblé ses souvenirs personnels sur les 
principaux d'entre eux( 2 ). Sénèque le philosophe, entraîné par 
l'influence paternelle et surtout par la vogue inouïe dont 
jouirent la déclamation et la rhétorique de son temps, s'est 
livré avec ardeur aux exercices traditionnels de l'école. 

Pour devenir un rhéteur accompli, il a dû, évidemment, 
étudier le Droit romain ( 3 ). Encore ne faudrait-il pas croire 
que cette étude ait été poussée aussi loin que du temps de la 
République : M. Bornecque a montré, par des exemples déci- 
sifs, à quel point en était arrivée, à l'époque d'Auguste, 
l'ignorance, « réelle ou voulue », du droit romain. Cependant, 
on s'occupait encore beaucoup de droit dans les écoles de 
rhéteurs. Parmi les exercices ordinaires auxquels se livraient 
les élèves sous la direction de leur maître, il y en ava.it un 
grand nombre où étaient « engagés des conflits, non seulement 
entre des lois, mais entre une loi et un sentiment comme 
l'amour de la patrie », etc. ( 4 ). Il n'est donc point étonnant 



(') Cf. Bornecque, op. cit., p. 16 : <> ... il (Sénèque le père) est profondément 
pénétré de l'esprit de l'ancienne Rome : aussi bien son idéal est-il le type 
parfait du vieux Romain, Caton l'Ancien. » Voyez aussi ibid., p. 17. 

( 2 ) Ibid., p. 22 sq. 

( 3 ) Sur le droit dans les exercices de déclamation des écoles de rhéteurs, 
voir Bornecque, op. cit., pp. 59 sqq., et surtout pp. 73 et 74. 

( 4 ) Cf. Bornecque, op. cit., pp. 84 sqq. 



— 91 — 

que Sénèque le fils ait employé souvent dans ses écrits des 
métaphores prises à la science du droit. Les Controverses, 
d'ailleurs — et il n'est que juste de leur reconnaître ce grand 
mérite, après tout ce qu'on leur a reproché — s'occupaient 
beaucoup des questions les plus élevées, et n'hésitaient pas 
à proclamer les sentiments les plus nobles, comme, par 
exemple, l'égalité originelle de tous les hommes et l'amour 
des humbles et des opprimés ('). 

A cette influence exercée sur l'esprit de Sénèque par les 
écoles de déclamation s'ajoutent les études spéciales de droit 
auxquelles il se livra dans le but de se préparer à la carrière 
d'avocat, dont les triomphes faciles plaisaient à son caractère 
léger et ambitieux. On sait que Sénèque fut un des avocats 
les plus en vogue de son temps, et que c'est en grande partie 
grâce au charme de sa parole qu'il arriva aux grandes fonc- 
tions politiques. L'influence de ces études juridiques est bien 
plus grande et plus sensible que celle des vagues notions de 
droit éparses dans les déclamations. 

Ainsi donc, tout portait Sénèque à user largement dans ses 
écrits de métaphores et de comparaisons tirées d'un domaine 
où il se mouvait avec tant d'aisance et dont il connaissait 
toutes les ressources. Nous allons voir qu'il n'y pas manqué. 

Contrairement à ce que nous avons observé dans les 
chapitres précédents, nous ne pourrons, cette fois, attribuer à 
l'influence du stoïcisme l'emploi continuel par Sénèque de 
métaphores et de comparaisons judiciaires. On peut dire que, 
même si Sénèque n'était pas un moraliste stoïcien, le 
nombre et l'originalité des métaphores et des comparaisons 
judiciaires ne s'en ressentirait pas. Nous avons affaire ici à 
une prédilection purement personnelle et nationale, et non à 
un choix imposé pour une bonne part par le sujet lui-même. 
Sénèque se complaît à rapprocher tout de la jurisprudence, et 



(') lbid., p. 132 sqq. — Il est très probable que le stoïcisme, qui exer- 
çait une grande influence sur les esprits élevés à cette époque, peut reven- 
diquer la meilleure part de ces tendances généreuses. 



02 — 

il le l'ait d'ordinaire avec un grand bonheur d'expression. Pour 
citer un des exemples les plus significatifs à cet égard, nous 
rappellerons la virtuosité avec laquelle, dans les premières 
Lettres à Lucilius, il compare à des transactions commer- 
ciales les recommandations épistolaires qu'il envoie à son 
cher Lucilius. C'est d'un badinage tout à fait charmant et 
original. 

Dans les ouvrages écrits après sa disgrâce, Sénèque garde 
toujours le même penchant pour les métaphores tirées du 
droit. Il n'est pas une idée qu'il ne parvienne à rattacher à son 
occupation favorite de jadis; ses réflexions philosophiques le 
ramènent presque malgré lui à ce passé si brillant, dont l'amer- 
tume finale et le détachement des vanités d'ici-bas n'ont pas 
su tuer entièrement le regret. Un exemple précisera ma 
pensée. « La passion du luxe, dit Sénèque dans une de ses 
Lettres, déploie souvent sa plus grande violence alors qu'elle 
paraît devoir se calmer au milieu de la parcimonie. » Aussitôt, 
il compare à cela la situation d'un homme politique qui, 
dégoûté par quelque insuccès, s'est retiré de la vie active, et 
dont l'ambition s'accroît bientôt dans la solitude, au lieu de 
s'apaiser. 

Nous avons noté la grande variété des expressions dont se 
sert Sénèque pour qualifier la lutte des hommes contre les 
passions; on ne sera pas étonné de rencontrer ici le terme : 
« litigare cum vitiis » {Ep. 51, 13). Sénèque parle aussi de la 
philosophie qui « in integrum restituit » {Ep. 48, 10 et passim); 
il emploie ces figures typiques : « Non pudet virtutes in clien- 
telam vitiorum demittere? » {De Ira, Lib. I, 10, 2); « Impe- 
retur aequitas animo et sine querella mortalitatis tributa pen- 
damus » {Ep. 107, 6). Les exemples abondent. Nous allons les 
étudier en détail dans les pages qui suivent. 

Plus haut nous faisions allusion à ces métaphores spiri- 
tuelles employées par Sénèque dans les premières lettres à 
Lucilius pour « acquitter » envers son ami la « redevance » 
coutumière et obligatoire, qui consistait en l'une ou l'autre 



— 93 — 

maxime de circonstance, empruntée habituellement à Epicure. 
Ces jeux de mots sur des termes de droit et de commerce sont 
tout ce qu'il y a de plus romain. Un Anglo-Saxon de nos jours 
qui aurait des prétentions à l'esprit ne s'exprimerait pas 
autrement. Voici le relevé complet de ces pittoresques figures : 
Ep. 5, 7 : Sed ut hujus quoque diei lucellum tecum communi- 
cem, apud Hecatonem nostrum inveni... — Ep. 6, 7 : ... tibi 
mercedulam debeo... — Ep. 7, 10 : ... ex quibus (se. dictis) 
unum haec epistula in debitum solvet, duo in antecessum 
accipe... — Ep. 8, 10: ... dedi de tuo tibi... — Ep. 17, 11 : ... 
ab Epicuro mutuum sumam... — Ep. 18, 14 : ... Delegabo te 
ad Epicurum. Ab illo fiet numeratio... — Ep. 19, 10: ... ab 
Epicuro versura facienda est... — Ep. 20, 8-9 : ... etiam nunc 
libenter pro me dependet Epicurus... — Ep. 21, 7 : ... Ne 
gratis Idomeneus in epistulam meam venerit, ipse eam de suo 
redimet... — Ep. 26, 8 : ... Puta me non dicere, unde sump- 
turus sum mutuum : scis cujus arca utar. Expecta me pusil- 
lum, et de domo fiet numeratio : intérim commodabit Epicurus, 
qui ait... Voyez aussi : Ep. 8, 7; Ep. 9, 6; Ep. 14, 17; Ep. 15, 9; 
Ep. 16, 7; Ep. 22, 13; Ep. 23, 9; Ep. 27, 9; Ep. 28, 9. 

On voit que dans les vingt-huit premières lettres, l'emploi 
de ces métaphores originales est presque constant. Après 
cette 28 e lettre, on s'aperçoit que Sénèque a fini par trouver 
ce jeu puéril et indigne d'un vrai philosophe, et il s'explique 
là-dessus dans la lettre 33 : « C'est sur ta demande et pour 
te faire plaisir que jusqu'ici j'ai ajouté à chacune de mes 
lettres une maxime de philosophe, dit-il à son ami; mais 
maintenant j'en ai 'assez. Ne vois-tu donc pas la vanité de ton 
désir? » Et l'on voit en effet que cet amusement cesse tout à 
fait dans toutes les lettres qui suivent, excepté dans les 
lettres 118 et 119, où Sénèque y revient encore une fois, non 
plus à la fin de l'épitre toutefois, mais au début : Ep. 118, 1 : 
... Rationes conferamus : solvendo non eris, etc.. — Ep. 119, 
1-2 : ... Quotiens aliquid inveni, non expecto, donec dicas « in 
commune ». Ipse mihi dico. Quid sit, quod invenerim quaeris. 
Sinum laxa, merum lucrum est... Opus tamen tibi eril credi- 
tore... Etc. 



— 94 — 

lu certain nombre de métaphores et de comparaisons sont 
empruntées aux différentes manifestations de la vie du citoyen 
réglées par les lois : procédure du sénat ou des comices, 
recensement, impôts, etc. 

L'élection des préteurs dans les comices est prise comme 
terme de comparaison dans le rapprochement suivant : De 
vit. beat., 1. 5 : Itaque id evenit quod in comitiis, in quibus eos 
factos esse praetores idem qui fecere mirantur, cum se mobilis 
t'avor circumegit. — Cf. aussi : « fortunae comitia », Ep. 118, 3. 

Les comparaisons suivantes sont empruntées à la procé- 
dure suivie au Sénat : Ep. 21, 9 : Quod fieri in senatu solet, 
faciendum ego in philosophia quoque existimo : cum censuit 
aliquis, quod ex parte mihi placeat, jubeo illum dividere 
sententiam et sequor, quod probo. — Ep. 66, 41 : Cum alicujus 
in senatu sententiam sequimur, non potest dici : ille magis 
adsentitur quam ille : ab omnibus in eandem sententiam itur. 
Idem de virtutibus dico : omnes naturae adsentiuntur. 

L'acquittement rendu en cas de parité de voix aux comices 
inspire à Sénèque la comparaison suivante : Ep. 81, 26 : Quem- 
admodum reus sententiis paribus absolvitur et semper quic- 
quid dubium est, humanitas inclinât in melius, sic animus 
sapientis, ubi paria maleficiis mérita sunt, desinet quidem 
debere, sed non desinit velle debere et hoc facit, quod qui post 
tabulas novas solvunt. 

Les métaphores tirées de la censure se trouvent : Ep. 12, 6; 
Ep. 47, 8; Ep. 66, 26; Ep. 87, 17; Ep. 95, 58; Ep. 108, 13; 
Ep. 123, 10; De Remed. fortuit., IV, 1; Debrevit.vit., 7,7; Id., 
10, 3; De Benef, Lib. I, 3, 10; IL, Lib. IV, 28, 5. — Cf. aussi 
Ep. 24, 2; Ep, 59, 2; Ep. 94, 47; De Benef., Lib. II, 8, 2; Id., 
Lib. VII, 8, 1. 

L'importance de 1' « honor » aux yeux des Romains apparaît 
d'une façon frappante dans les comparaisons suivantes : De 
Provid., 4. 2 : ... Non gratulor tamquam viro forti, sed tam- 
quam consulatum praeturamve adepto : « honore auctus es ». 
Idem dicere et bono viro possum ... — De Benef., Lib. I, 3, 10 : 
Quemadmodum nomenclatori memoriae loco audacia est et 



— 95 — 

cuicumque noinen non potest reddere, inponit, ita poetae non 
putant ad rem pertinere verum dicere... Ep. 64, 1(1 : Si con- 
suiem videro aut praetorem, omnia, quibus honor haberi 
honori solet, faciam : equo desiliam, caput adaperiam, semita 
cedam. Quid ergo? Marcum Catonem utrumque et Laelium 
sapientem et Socratem... in aninnnn meum sine dignatione 
summa recipiam? 

Et combien est cuisant le regret du magistrat qui s'est 
retiré des affaires publiques par un dégoût passager! La com- 
paraison suivante est sans aucun doute inspirée à Sénèque 
par son expérience personnelle : Ep. 56, 9 : Saepe videmur 
taedio rerum civilium et infelicis atque ingratae stationis 
poenitentia secessisse : tamen in illa latebra, in quam nos 
timor ac lassituclo conjecit, interdum recrudescit ambitio... 

La prise de la toge virile était aux yeux des jeunes 
Romains un événement capital ; mais le moment où l'enfant 
dépose son « âme puérile ;> est plus important encore d'après 
Sénèque : Ep. 4, 2. 

A Rome, on se salue bien vite du nom d' « ami », de même 
que l'on appelle « hommes de bien » tous les « candidati » : 
Ep. 3, 1. 

Il en va des affaires domestiques comme des affaires civiles : 
De Ira, Lib. III, 7, 1-2. 

Sénèque nous engage à avoir un « commercium » avec la 
pauvreté : Ep. 18, 12. 

Payons sans nous plaindre les tributs de notre mortalité (') : 
Ep. 107, 6; De Remed. fortuit., II, 8. — Cf. aussi Ep. 96, 2; De 
Remed. fortuit., XVI, 9. 

La mort est un percepteur des impôts ( « exactor » ) : De 
Remed., fortuit., II, 5. — Cf. aussi Natur. Quaest., Lib. I ; 16, 7; 
De Benef., Lib. VII, 23, 3; Ibid., 24, 2: De Eemed. fortuit., III, 2. 

Le sage qui, tout en étant le maître du monde par sa vertu, 
peut avoir aussi des possessions terrestres, est compare a 

(') C'est là une comparaison classique (ci', la Consolation à Marcia, où 
la nature est représentée connue un créancier qui vient réclamer son iliij. 



— 90 — 

(Vs;ir, qui a l'Empire comme propriété universelle, mais dont 
le patrimoine constitue sa propriété personnelle : De Benef., 
Lib. VIT, 6, 3. 

A l'occasion, Sénèque revient encore à ses anciennes 
amours : les discussions de points juridiques, les « sive nive » 
dont il a plaisanté dans ses Lettres ('). Du temps où il était 
encore le brillant avocat et homme public que l'on sait, ce goût 
était tout naturel. Les subtils « distinguo » juridiques que 
l'on rencontre assez souvent dans le De Beneficiis et dans les 
ÉpUres, et qui servent de comparaisons et de métaphores, sont 
tout à fait caractéristiques, et révèlent un vrai Romain. Voyez 
De Benef., Lib. III, 8, 3; M, Lib. III, 22, 1; Id., Lib. IV, 12, 1; 
Id., Lib. V, 7, 6; Id., Lib, V, 8, 1, Ici., Lib. VII, 12, 1; Ep. 71, 4; 
Ep. 81, 17; K[>. 117, 12; Ep. 117, 15; De Const. sa p., 7,3. 

A chaque instant, Sénèque se sert, en guise de métaphores, 
des innombrables termes techniques dont est émaillé le Jus 
romanum : 

« Accusator » : Ep. 28, 10. 

'• Adiré hereditatein » : Ep. 04, 7. 

« Adjutor » : De Ira, Lib. III, 39, 3. 

* Adserere aliquem sibi » (comme esclave) : Ep. 34, 2. — 
Cf. - eximere ex servitute » : Ep. 104, 10. 

• Advocare •-• : De brevit. vit., 1,1 ; De Benef., Lib. IV, 18, 3; 
Ep. 22,5; Ep. 48, 8. 

•• Advocatio » : De Ira, Lib. I, 18, 1: Id., Lib. III, 12, 4; 
Consul, ad Marc, 10, 4: De tranquill. an.. 4, 3; De Benef., 
Lib. IV, 35, 2. 

- Advocatus » : Ep. 53, 9; Ep. 94, 28; Ep. 94, 52; Ep. 94, 59; 
Ep. 108, 12; Consul, ad. Helv., 12, 7; De Ira, Lib ; II, 13, 2. 

» Appellare ■■■■ (se) : Ep. 81, 10. 

« Clientela » : De Ira, Lib. I, 10, 2. 

« Consortium •> : Ep. 73, 7. 



(0 Voyez Ep. 48, 10: Hac ad summum bonum itur? Per istutl philoso- 
phiae < sive nive > et turpes iufamesque etiam ad album sedentibus 
exceptiones ? 






— 97 — 

" Circmnscribere » : Consol. ad. Helv., 19, 7; Natur. Quaest., 
Lib. III, 18, 1; Ep. 87, 41; Ep. 108, 14. 

» Comperendinatio » (renvoi à trois jours pour le prononcé 
du jugement) : Ep. 97, 5. 

<• Decretum » : Ep. 94, 2, 4, 8, 13, 31, 32, 4S : Ep. 95, 9, 10, 
11,12.34,44,46,58, G4. 

« Delegatio •> : Ep. 27, 4. 

■■■■ Delegatus » : 2£p. 120, 12. 

« Ex denuntiato » : £/;. 79, 18. 

<• Dilatio » : £/>. 46, 1. 

« Dividere » : Ep. 65, 1; De vit. beat., 3, 2. 

« Ejurare » : De £e«e/'. ; Lib. VI, 4, 2. 

" Ejuratio " : De vit. beat., 26, 5. 

<• Emancipare » : Ep. 45, 4; Ep. 116, 5. 

« Erogare » : iî/j. 49, 5. 

<• Exceptio » : £>. 30, 10; Ep. 48, 10; De Benef., Lib. IV, 
34, i; ibid.,U, 4; M., 39, 4. 

<• Facere controversiam » : Ep. 26, 2. 

» Ferre suffragïum » : Ep. 52, 10. 

« Fidem praestare •> : Ep. 48, 11; De Benef., Lib. VII, 16, 3. 

- Formula » : Ep. 48, 10; £>. 92, 3; Ep. 117, 6; De Clem , 
Lib. II, 3, 1; ibid., 7, 3; /)é> Benef., Lib. VI, 5, 5. — Cf. aussi 
De Remed. fortuit.. II, 2 et #/?. 95, 5. — « Vivere ad formu- 
lam « : De tranquill. an., 11,6;" Vivere ex formula " : Ep. 6, 
6; '• Sub formula judicare » : De Clem., Lib. II, 7, 3. 

'• Indieare » : Ep. 83, 1. 

" Injicere manum » : Ep. 108, 12. 

" lu integrum restituere » : Consul, ad Marc, 22, 3; Ep. 48, 
10; Ep. 66,53; Ep. 98, 14. 

« In aliéna potestate ponere » : /£/>. 23, 2. 

•' Iuterpres " : Ep. 33, 8; 2?p. 74, 11. 

■■■ Interpretari » : Ep. 63, 7; £>. 81, 25; De La, Lib. II, 22, 4. 

« Judex » : £>. 81, 4; j^». 81, 6; De Benef., Lib. III, 7. 7; 
tëtà.,8, 1; M, Lib. IV, 11, 5. 

■ .lurisconsultorum responsa » : A/;. 9-1, 27. 

•• Justitia » : £/j. 81, 19. 

7 



— 98 — 

« Lis » : Ep. 13, 5; Ep. 45, 13; Ep. 117, 1; De Ira, Lib. III, 
32, 2; De Provid., I, 1 ; De Glem., Lib. II, 7, 3. 

<• Litigare » : ^p. 15, 7; Ep. 22, 10; £/>. 51, 13; Ep. 60, 1; 
2fy. 87, 40; Ep. 121, 1; De Clem., Lib. II, 1, 1. 

<■ Locuples (vestis) » : Ep. 58, 6 

«• Mancipium '-: £/>. 65. 21; £);. 72, 7; Consol. ad Poltjb., 
10, 4; De ira, Lib. III, H, 3. — Cf. aussi De Benef., Lib. V, 
19, 1. 

'■• Pacisci •' : Ep. 101, 15. 

« Patrocinium •> : £>. 83, 17; Ep. 116, 2; Exhortât., fr. 18; 
De £mé>/"., Lib. VI, 37, 3; De Ira, Lib. II, 13, 2. 

« Peragere décréta « : 2?/). 82, 18. 

<• Perrogare •> : Ep. 102, 13. 

<; Praescriptio " : Ep. 48, 12. 

« Precario » : Ep. 53, 9; Z£p. 124, 13; De Remed. fortuit., 
XIII, 3. — Cf. aussi : Ep. 65, 17; Ep. 88, 27, et Ep. 119, 2. 

" Privatum facere » : Ep. 118, 4. 

<• Procuratio •> : Ep.lO, 8. — Cf. aussi : Natur. Quaest., Lib. II, 
35, 36, 38. 

« Procurator ». : Ep. 14, 18; £>. 92, 33; D<? Bew/., Lib. VI, 3, 2. 

« Pronuntiare » : E/>. 70, 11. 

« Prorogare » : Ep. 58, 29. — Cf. aussi : Natur. Quaest., 
Lib. 11,47; ibid., 48, 1. 

« Quadruplator •> : De Benef., Lib. VII, 25, 1. 

« Relegare •> : Ep. 55, 5. 

" Renrittere " (= « faire remise de..., dispenser de..., faire 
grâce de... ») : Ep. 29, 10; i?/). 88, 17. 

•• Siremps lex esto » : Ep. 91, 16. 

« Sive nive » : Ep. 48, 10. 

<■ Solvere legibus » : 2?jp. ^1, 4. 

« Spondere » : Ep. 10, 2; ^p. 19, 1; Id., 36, 5. 

« Sponsor » i^j. 82, 1 ; E/?. 97, 15; De Benef., Lib. III, 15, 4. 

« Suffragari" : #p. 118,2. 

« Testimonium •> : L>. 73, 4; Ep. 88, 24. 

<• Tutela « : A>. 14, 1 ; Ep. 95, 50. — Cf. aussi Ep. 33, 10; 
De Ira, Lib. II, 13, 2. 



- 99 — 

« Vadimonium differre » : Ep. 54, 3. — Cf. aussi : De Benef., 
Lib. IV, 39, 4. 

•• Vindicare » : Ep. 65, 1. 

Un grand nombre de métaphores et de comparaisons sont 
tirées du droit proprement dit, c.-à-d. de la procédure judi- 
ciaire et tout ce qui s'ensuit. 

« Sententiam dare », » ferre » ou « dicere », « judicare » 
sont au nombre des métaphores favorites de Sénèque : 
Ep. 14,16; Ep. 22,3; Ep. 30,9; Ep. 58,32; Ep. 65,10; Ep. 65,15; 
Ep. 66, 35; Ep. 71, 22; £>. 102, 11; Ep. 104, 32; #/>. 112, 4; 
Ep. 113, 25; £>. 117, 1; Ep. 124,4. 

Cf. aussi « judicium accipere » et <• ex consilii sententia » : 
^p. 121, 1; £/?. 67, 10. 

'• Judicium », <• causa » sont d'ailleurs très fréquemment 
employés, eux aussi, en guise de métaphores : Ep. 24, 16 
Ep. 26, 6; £/). 30, 11 (naturae causam agere); Ep. 65, 2 
i^/j. 83, 10 (Posidonius Zenonis nostri causam agit); Ep. 100, 4 
Ep. 102, 11; Ep. 102, 12; Ep. 108, 21; £/>. 116, 8; A; Benef., 
Lib. VII, 29, 2; De Benef., Lib. IV, 40, 2. 

De la torture judiciaire, si commune à Rome à l'égard des 
esclaves et qui nous semble si barbare aujourd'hui, sont 
tirées les comparaisons qu'on trouve Ep. 14, 6; Ep. 78, 14; 
De vit. beat, 19, 3; De Benef., Lib. II, 5, 3. — Cf. aussi Ep. 51, 4 
(tortores); Consol. ad Polyb., 14, 3 (cruciatus); Consol. ad Marc, 
19, 1 (cruciare) et De Remed. fortuit., XI, Additio, 5. 

Le commerce, avec tout ce qu'il comporte : prêts, dettes, 
fidéicommis, transactions de toute sorte, a fourni lui aussi 
un gros contingent de métaphores. 

Un certain nombre de comparaisons de ce genre figurent 
dans le <• De Beneficiis », traité dans lequel un service rendu 
est assimilé continuellement à un prêt qu'il faut rendre avec 
usure, — conception bien romaine encore. Voyez De Benef., 
Lib. III, 10, \;ibid., 15, 4; Id., Lib. IV, 27, 5; Id., Lib. V, 10, 1; 
ibid., 11,1; ibid., 19, 3;ibid., 21, 3; Id., Lib. VI. 4, 4; ibid., 11, 4; 
ibid., 19, 5; ibid., 40, 2; Id., Lib. VII, 14, 5; ibid., 16, 3; ibid., 
29, 2. — Cf. aussi Ep. 73, 9; Ep. 81, 3; Ep. 81, 17; Ep. 118, 1. 



— 100 — 

» In antecessum dare » est employé métaphoriquement 
Ep. 118, 1. De même « in antecessum accipere » : Ep. 7, 10. 

<• Commendare » (confier en dépôt) : De Benef., Lib. II, 15, 2. 

<• Commodare » (prêter à usage): Ep. 62, 1; Ep. 120, 18. 

« Creditor» : Ep. 21, 11; Ep. 119, 1; De Remed. fortuit., 
II, 4; Consol. ad Marc, 10, 2; De Benef., Lib. VII, 14 ; 2; 
ibid., 14, 5; /£/(/., 15, 1: ibid., 29, 2. — Cf. aussi « credere » 
(prêter) : De Benef., Lib. IV, 39. 

« Creditum » : De Benef., Lib. III, 7, 1; itf., Lib. IV, 12, 1; 
ibid., 39, 2; ir/., Lib. V, 20, 6; iftttf., 21, 2; M, Lib. VII, 16, 3. 

•• Debitor » : Consol. ad Marc, 10, 1; De Benef., Lib. IV, 
40, :»; ld., Lib. V, 19, 1; ibid., 20, 5; Id., Lib. VI, 19, 5: Id., 
Lib. VII, 14, 1. 

- Decoquere « (faire banqueroute) : Ep. 36, 5; De Remed. 
fortuit., II, 4; £>e Benef., Lib. I, 1, 3; Ici, Lib. III, 17, 4. 

« Expungere » (rayer du livre des dettes) : De Benef., 
Lib. IV, 40, 4. 

« Faenus » : £>. 25. 3; De Benef., Lib. IV, 3, 3. 

« Faenerator » : De Remed. fortuit., III, 2; Zte Benef., 
Lib. II, 21, 2; M, Lib. III, 15, 4; Ici, Lib. V, 21, 3; Id., Lib. VI, 
40,2. 

« Lucrificare » : Ep. 37, 2. 

« Lucrum » : £/>. 12, 9; Ep. 119, 1; Z>e brevit. rit., 12, 1. 

« Negotiari •= : Ep. 119, 1. 

« Negotiatio » : Ep. 9, 10. 

« Pignus » : ^p. 26, 5; De Amicitia, II (fr. 93). 

" Signare rationem parem » (établir la balance) : De Benef., 
Lib. VI, 40, 2. 

<• Solvendo non esse •■■ : Ep. 118, 1. 

« Sumministrare » : Ep. 104, 10. 

Garder les fidéicommis était aux yeux des Romains une 
tâche sacrée : De tranquill. an., 11, 2. — Cf. Ep. 74, 18. 

Entre lame et le corps, il y a une association inégale, où 
l'un des associés a plus de bénéfices que l'autre : Ep. 65, 22. 

Les esclaves amassent au prix des plus grandes privations 
le pécule nécessaire pour se libérer; le sage, lui, doit tout faire 



— 101 — 

pour arriver à affranchir son âme : Ep. 80, 4. — Cf. aussi : 
Ep. 12, 10 (peculium). 

Emprunter (« mutuum sumere ") à la fortune ou aux 
hommes, c'est la même chose : Ep. 87, 7. 

Tout est commun entre amis, de même que les bancs 
équestres appartiennent à tous ceux qui ont le droit de s'y 
asseoir : De Benef., Lib. VII, 12, 4. 

Voici la conception bien romaine des dieux comme « chargés 
d'affaire •> des hommes (procurare) : Ep. 110, 2. 

Ajouter une maxime à la fin de sa lettre, c'est, d'après 
Sénèque, y « imprimer son cachet •-■ (signum inprimere) : 
Ep. 13, 16. 

Un richard est assimilé par Sénèque à un coffre-fort (arca) 
et à une cassette (loculus) : De Bemed. fortuit., X, 3. 

Au commerce proprement dit, c'est-à-dire aux termes qui 
désignent la mise en vente et l'achat d'objets de toute nature, 
sont empruntées les métaphores et comparaisons suivantes : 
Ep. 42, 8 : Idem itaque in omnibus consiliis rebusque facia- 
mus, quod solemus facere, quotiens ad institorem alicujus 
mercis accessimus : videamus, hoc quod concupiscimus, quanti 
deferatur. — Ep. 69, 5 : Mercede te vitia sollicitant : hic tibi 
gratis vivendum est. Puis : Ep. 19, 4; Ep. 21, 11; Ep. 33, 3 
Ep. 35, 1 ; Ep. 42, 7; Ep. 45, 8; Ep. 17, 16; Ep. 49, 4; Ep. 58, 34 
Ep. 66, 11; Ep. 70, 7; Ep. 73, 11; Ep. 11, 17; Ep. 81, 7-8 
Ep. 83, 3 ; Ep. 87, 18 ; Ep. 92, 25 ; Ep. 93, 6 ; Ep. 99, 4 ; Ep. 101, 13 
Ep. 104, 34; De vit. beat., 23, 3; De tranquill. an., 2, 5; De 
Benef., Lib. IV, 12, 3. 

« Nota " (étiquette, qualité) est employé métaphoriquement 
Ep. 42, 1; Ep. 45, 8,etNatur. Quaest., Lib. IV, 3, 1. — De même 
les expressions « ratio constat » Ep. 1, 4, et <• bene mensum 
dare » (faire bonne mesure) Natur. Quaest., Lib, IV, 4, 1. 

Comme on aura pu le remarquer, les métaphores tirées du 
Droit ne sont vraiment fréquentes que dans deux ouvrages de 
Sénèque : le «De Beneficiis » et les Épîtres à Lucilius. Il y en 
a quelques-unes aussi dans le « Du lia, » ainsi que dans la 



— 102 — 

« Consolation à Marcia, » le « De Vita beata, » et le « De 
Providentia. •• Dans les autres écrits, il y en a peu ou point. 
On pourrait croire d'après cela, si l'on n'était pas familiarisé 
avec l'œuvre de Sénèque, que ces deux ouvrages où les méta- 
phores tirées du Droit sont les plus fréquentes, datent du 
temps où l'auteur se donnait tout entier au barreau et aux 
affaires publiques. S'il y a dans le « De Beneficiis » et dans 
les Épitres à Lucilius tant de métaphores judiciaires, c'est 
que le sujet s'y prétait, comme dans le « De Beneficiis, » ou 
que le ton do la conversation permettait à l'auteur d'user 
librement des termes de son ancien métier, comme dans les 
Lettres. Dans les « Dialogi « et les autres opuscules, l'occa- 
sion d'employer des métaphores prises au Droit ne se présen- 
tait que fort rarement : nous avons montré dans les chapitres 
précédents de quelle nature sont les métaphores qui y 
dominent. 



CHAPITRE V. 

Les Métaphores et les Comparaisons 

EMPRUNTÉES A 

l'AGRICULTURE et à la VIE DES CHAMPS 

ET AUX 

ARTS et MÉTIERS. 



L'Agriculture et la Vie des Champs. 

Pas plus que pour la vie militaire, il n'est besoin d'insister 
sur le rôle prépondérant joué par l'agriculture dans l'existence 
du Romain. 

Les Romains primitifs sont de rudes paysans à lame simple. 
Leur langage inculte et sans grâce reflète leurs préoccupa- 
tions journalières : les métaphores les plus fréquemment em- 
ployées y sont prises à la vie champêtre. Le poète Naevius, 
un des premiers noms de la littérature latine, a des images de 
vrai campagnard : 

« Quod tu, mi gnate, quaeso ut in pectus tuum 
Demittas, tamquam in fiscinam vindemitor. 

(« Andromaque. ») 

» Pappus laboureur ; > est le titre caractéristique d'une 



— 104 — 

ntellane. Caton l'Ancien, le type même du vieux Romain, a 
laissé un « De re rustica ». 

Malheureusement, les conquêtes d'outre-mer apportent un 
changement profond dans les mœurs romaines. Varron, un vrai 
Romain de la vieille roche, comme Caton, essaie de réagir 
contre la crise agricole, qui l'inquiète, en écrivant son <• De re 
rustica; » mais en vain. Le luxe, la vie facile ont fait leur 
apparition, et, par un contre-coup fatal, l'agriculture est de 
plus en plus délaissée. Néanmoins, par un respect involontaire 
de la grande tradition romaine, et aussi par un goût inné, et 
vivace encore chez certains, des choses de la terre, les écri- 
vains de Rome se serviront longtemps encore de métaphores 
tirées de la vie du paysan. Virgile, au milieu de la civilisation 
raffinée des contemporains d'Auguste, reste un vrai cam- 
pagnard aux goûts simples. Lui aussi, comme Varron et 
comme l'empereur lui-même, voit avec anxiété l'exode vers 
la Ville corruptrice de cette population rustique qui a fait la 
grandeur de Rome. Ses œuvres abondent en métaphores tirées 
de l'observation amoureuse des spectacles de la nature et des 
mœurs champêtres. L'Enéide même est pleine de ces compa- 
raisons; cependant, la part personnelle du poète est ici moins 
grande, vu que, depuis Homère, bon nombre de ces figures, 
comme beaucoup d'autres, sont devenues traditionnelles dans 
la poésie épique. La même remarque doit être faite à propos 
des nombreuses métaphoies tirées de l'agriculture qu'on ren- 
contre chez Catulle : on sait que les poètes alexandrins, dont 
l'usage constant de ces métaphores est une des tendances 
principales, ont été les modèles favoris du poète latin. Horace, 
comme Virgile, a conservé, malgré son éducation soignée et 
ses hautes relations, une âme rustique; ses préférences vont 
à la vie saine et sans souci qu'on mène aux champs; les méta- 
phores inspirées par cet amour sincère abondent chez lui, et 
sont toujours d'un naturel exquis. 

La prose de la fin de la République ne présente qu'un nom 
à citer à notre point de vue : c'est Cicéron. Dans ses Lettres 
d'un style si savoureux, le grand orateur a usé largement de 



— 105 — 

métaphores pittoresques tirées d'une des grandes occupations 
de ces vieux Romains qu'il aime tant. 

La littérature de l'Empire, comme nous en avons fait plu- 
sieurs fois la remarque, est le règne du procédé et de l'imita- 
tion. Les métaphores tirées de l'agriculture deviennent, par 
l'imitation surtout de Virgile, de simples lieux communs; et 
qu'y a-t-il de plus insipide qu'une comparaison •-• poétique •■ 
dont la source n'est pas l'observation directe de la nature ou 
une impression personnelle profondément ressentie, mais 
l'inhabile et faible décalque du plus grand et plus spontané 
des poètes campagnards? Déjà les soi-disant » Bucoliques » 
de Calpurnius, pâles pastiches de Virgile, méritent ce reproche 
capital. Que dire alors des images - rustiques » d'un Valerius 
Flaccus, par exemple ? Les poètes chrétiens : Prudence, Paulin 
de Noie, Sedulius, surtout ces deux derniers, ne sont guère 
plus spontanés clans ce genre, qui exige avant tout le 
naturel. Les craintes qu'exprimait déjà Varron et que plus 
tard répétaient Virgile et son maître Auguste se sont réali- 
sées : le déclin de l'agriculture a amené la mort lente mais 
sûre des vieilles mœurs romaines, austères et simples. Il va 
de soi que les littérateurs raffinés et nourris de rhétorique qui 
vivaient à la cour des empereurs, étaient tout à fait incapa- 
bles de rivaliser avec l'auteur des Géorgiques. 

Sénèque ne fait pas exception à la règle : la plupart de ses 
images rustiques manquent d'originalité, malgré l'ingéniosité 
avec laquelle il a su les adapter à ses tendances morales ('). 
Avant sa retraite définitive, Sénèque ne connaît de la cam- 
pagne que ce qu'en connaissaient tous les Romains de con- 
dition par leurs villas. Plus tard, retiré complètement de la vie 
active et forcé de chercher d'autres passe-temps, il s'éprend 
subitement d'un bel amour pour la campagne. Il veut se faire 
passer aux yeux de son ami Lucilius pour un vrai cam- 



(') Voyez par exemple ses métaphores sur le philosophe qui doit 
« semer » la notion du bien et « cultiver > les semences divines qui gisent 
dans l'âme des mortels. 



— 106 — 

pagnard ('). Il parle avec conviction de son « métier d'agricul- 
teur - (Ep. 112, 2), et déclare avoir constaté » de visu » que 
•• Virgile écrivait plus pour agréer aux lecteurs délicats que 
pour instruire les laboureurs » {Ep. 86, 15). La fin de la 
lettre 86, où Sénèque nous montre le fermier iEgialus à 
l'œuvre, prouve que notre philosophe avait pris de l'intérêt 
aux travaux de la terre. 

Ce sentiment éclos si tardivement était-il bien sincère et 
bien profond? L'exemple de certains hommes d'Etat modernes 
masquant leur dépit d'une retraite forcée par une joie immo- 
dérée d'avoir été « rendus à leurs chères études •>, nous en 
ferait douter un peu. Toujours est-il que le fait était intéres- 
sant à noter. 

Un certain nombre de comparaisons se rattachent à l'idée 
de •• semer », familière aux écrivains anciens bien longtemps 
avant Sénèque : Ep. 73, 16 : Semina in corporibus humanis 
divina dispersa sunt; quae si bonus cultor excipit, similia 
origini prodeunt et paria iis, ex quibus orta sunt, surgunt : 
si malus, non aliter quam humus sterilis ac palustris necat ac 
deinde créât purgamenta pro frugibus. Puis Ep. 9, 7; Ep. 29, 2 ; 
Ep. 38, 2; Ep. 72, 2; Ep. 81, 1; Ep. 94, 29; Ep. 120, 4; De 
Benef., Lib. I, 1, 2; Id., Lib. II, 11, 4; Id., Lib. IV, 9, 2. 

Une fort jolie comparaison est celle-ci : De vit. beat., 9, 2 : 
Sicut in arvo, quod segeti proscissum est, aliqui flores inter- 
nascuntur, non tamen huic herbulae, quamvis delectet oculos, 
tantum operis insumptum est — aliud fuit serenti propositum, 
hoc supervenit : sic et voluptas non est merces nec causa vir- 
tutis, sed accessio, nec quia delectat, placet, sed si placet, et 
delectat. 

Toute chose, pour être durable, doit avoir une racine 
solide : Ep. 95, 64 : Sed utrumque (se. justum et honestum) 



( J ) Dans le discours d'adieu à Néron que Tacite [Ann., XVI, 54) prête a 
Sénèque, celui-ci exprimait l'intention de consacrer a son âme le temps 
que d'autres emploient à l'entretien de leurs jardins et de leurs villas. 



— 107 — 

jimgamus. Namque et sine radiée inutiles rami sunt et ipsae 
radiées iis, quae genuere, adjuvantur. Voyez aussi Ep. 2, 3 et 
Ep. 95, 12. 

Nous devons extirper nos vices jusqu'à la racine, sinon ils 
renaîtront toujours : De Ira, Lib. III, 42, 1. — Cf. aussi 
Ep. 88, 38 et Ep. 94, 68. 

L'homme de bien a besoin d'être éprouvé pour se sentir 
fort, de même qu'un arbre ne saurait être vigoureux s'il n'a 
subi les violences du vent : De Provid., 4, 16. 

Une terre féconde ne produira des fruits vraiment utiles 
que si elle est cultivée par l'homme; de même, la colère, tout 
en étant le produit d'une âme vigoureuse et spontanée, a 
besoin d'une éducation bien comprise pour se transformer en 
courage : De Ira, Lib. II, 15, 1. 

A force de rendre des bienfaits, on finit par vaincre l'ingra- 
titude, de même que le paysan opiniâtre réussit à triompher 
du sol le plus stérile : De Benef., Lib. VII, 32. 

Les préceptes ont besoin de soutiens, comme les feuilles des 
arbres ont besoin de la sève des branches pour se développer : 
Ep. 95, 59. 

La patience, la fermeté et la constance ne sont que les 
<• branches » du courage : Ep. 67, 10. 

Lorsqu'on élague un arbre, les rameaux n'en repoussent 
que plus nombreux; de même, plus les princes persécutent 
leurs ennemis, plus ils augmentent le nombre de ceux-ci : 
De Clem., Lib. I, 8, 7. 

Il n'est pas digne d'un sage de pleurer trop longtemps les 
amis qu'il a perdus, puisqu'ils seront remplacés par d'autres; 
de même, il ne faut pas regretter la chute des feuilles, puis- 
qu'on sait que d'autres renaîtront à la place des anciennes : 
Ep. 104, 11. — Cf. aussi De Remed. fortuit, XIII, 1. 

Il faut que l'esprit se relâche de temps à autre, comme les 
champs fertiles sont par intervalles laissés en friche : De 
tranquill. an., 17, 5. 

Trop de bonheur nuit aux grandes âmes : mieux vaut une 
condition médiocre. De même les épis surchargés se ren- 



— 108 — 

versent, les branches sont rompues par le poids des fruits 
qu'elles portent : Ep. 39, 4. 

Sénèque sur le tard de la vie se prétend « agriculteur de 
métier, » et il tire une comparaison pittoresque de son « expé- 
rience " : Ep. 112, 2 : Non quaelibet insitionem vitis patitur : 
si vêtus et exesa est, si infirma gracilisque, aut non recipiet 
surculum aut non alet nec adplicabit sibi nec in qualitatem 

ejus naturamque transibit Hic, de quo scribis et mandas, 

non habet vires : induisit vitiis. Simul et emarcuit et induruit. 
Non potest recipere rationem, non potest nutrire. 

On aime une vigne pour sa fertilité; de même, chez l'homme, 
il faut louer ce qui lui est propre : Ep. 41, 7. 

Nous devons imiter les abeilles et utiliser avec intelligence 
les fruits que nous retirons de nos lectures : Ep. 84, 3-5. 

La nature n'a pas donné d'aiguillon à la reine des abeilles; 
voilà pour les rois un exemple frappant : De Clem., Lib. I, 
19, 2-3. 

Quelques comparaisons sont empruntées à la similitude 
entre la grande masse du peuple, cette « foule » méprisée des 
Stoïciens, et les troupeaux des campagnes (') : De rit. beat., 
1, 3 : Nihil ergo magis praestandum est, quam ne pecorum 
ritu sequamur antecedentium gregem, pergentes non quo 
eundum est, sed quo itur. Puis : De Const. sa p., 12, 3; De 
brevit. vit., 18, 4; Ep. 90, 4; Ep. 92, 7. 

Deux sages se vouant de concert à une même tâche élevée 
sont comparés par Sénèque à deux bœufs attelés à la même 
charrue ; Ep. 109, 16. 

Ayant réussi à quitter la lourde atmosphère de Rome pour 
sa campagne, Sénèque se compare à un cheval qu'on lâche 
dans un pré : Ep. 104, 6. 

« L'affection que tu avais pour Metilius (le fils défunt de 



(') Gicéron « se compare, lorsqu'il va rejoindre les pompéiens, au 
bœuf qui suit par routine le gros du troupeau, « ut bos armenta, sic ego 
bonos viros sequar >. > (Pichon, op. cit., p. 175). Cf. aussi Clément d'Alex., 
Strom., Il, p. 42U (Pott.), et bien d'autres. 



— 109 — 

Marcia), reporte -la sur tes filles », dit Sénèque à la vertueuse 
fille de Cremutius Cordus; « le paysan ne met-il pas à la place 
du tronc déraciné par la tempête les rejets survivants? •• 
Consol. ad Marc, 16, 7. 

Une fort belle métaphore est celle-ci : « J'approuve l'homme 
qui s'efforce d'arriver à la sagesse et qni ne se laisse pas 
arrêter lorsqu'il est en train de labourer » (strigare, s'arrêter 
en labourant) : Ep. 31, 4 : Rursus ad honesta nitentes ; quanto 
magis incubuerint minusque sibi vinci ac strigare permiserint, 
adprobabo. 

Les transformations successives de l'enfant qui devient 
homme sont comparées de façon pittoresque à celles du brin 
d'herbe qui peu à peu devient épi : Ep. 121, 15 ('). 

Le sage ne repoussera pas les hommes dont l'âme, pour 
être malade, n'en est pas moins susceptible de guérison; il 
fera comme les agriculteurs avisés, qui consacrent les plus 
grands soins aux arbres débiles, mais capables de devenir 
vigoureux : De Clem., Lib. II, 7, 4. 

A l'époque de sa splendeur, Sénèque méprisait les « soucis 
mesquins et terre-à-terre de l'agriculture ». On voit ici que 
la comparaison qu'il établit entre les préoccupations du 
paysan et celles du philosophe est toute à l'avantage de 
celui-ci : De brevit. vit., 19, 1 : Simile tu putas esse, utrum 
cures, ut incorruptum et a fraude advehentium et a negle- 
gentia frumentum transfundatur in horrea, ne concepto 
humore vitietur et concalescat, ut ad mensuram pondusque 
respondeat, an ad haec sacra et sublimia accédas sciturus, 
quae materia sit dis, quae voluptas, quae condicio, quae forma? 

Dans le passage suivant encore, Sénèque met bien au-dessus 
des plaisirs que peut goûter le paysan celui du sage qui a 
fait l'éducation d'une âme : Ep. 34, 1 : Si agricolam arbor ad 
fructum perducta delectat, si pastor ex fétu gregis sui capit 
voluptatem, si alumnum suuin nemo aliter intuetur quain ut 



(') Cf. aussi EiMctèto, Entret., IV, vin, 35- 11. 



— 110 — 

adulescentiam illius suam judicet : quid evenire credis iis, 

qui ingénia educaverunt et quae tenera formaverunt, adulta 

subito vident? 
La vieillesse est pleine de douceur, ainsi que les fruits 

très mûrs : Ep. 12, 4. 

On n'admire point la hauteur d'un arbre si elle est égalée 

par celle de la forêt entière où il se trouve; de même, une 

maxime n'est remarquable que si elle se distingue de la masse 

de ses semblables : Ep. 33, 1-2. 
Notre métaphore : « être plein de verdeur » était familière 

aux Romains. Elle se trouve dans Sénèque : Ep. 93, 4: At 

ille obit viridis ('). 

Le sage parfait connaît toute la vie, et n'a donc pas plus 

besoin de conseils que le paysan qui connaît son métier : 

Ep. 109, 8. 
Les oisifs dont l'existence se passe en courses frivoles sont 

comparés par Sénèque aux fourmis qui grimpent sur un arbre 

et en redescendent sans rien rapporter : De tranquill. an., 12, 3. 
Il y a peu de chose à dire sur le caractère des métaphores 
tirées de l'agriculture dans chacun des ouvrages où elles 
apparaissent. Celles qu'on rencontre dans les traités sont, à 
la vérité, souvent jolies, mais, pour la plupart, des lieux 
communs. Seules les Epitres à Lucilius font exception, comme 
d'habitude. On sait que le vieil avocat et homme d'Etat, 
désabusé, profondément dégoûté des affaires, passa les 
dernières années de son existence dans la simplicité digne 
d'un philosophe qu'il avait toujours vantée, mais jamais 
pratiquée. Il méditait sur ce qu'il voyait autour de lui dans 
la nature, et observait avec un intérêt grandissant les travaux 
et l'existence de la campagne. De là le caractère pittoresque 
et d'une si juste observation de mainte comparaison « rus- 
tique » qu'on rencontre dans les Epitres à Lucilius. 



(!) Cf. Virgile : « cruda deo viridisque senectus ». 



— 111 — 

IL 

Arts et Métiers. 

Les premiers écrivains romains puisaient leurs métaphores 
dans l'existence journalière de leurs contemporains, et ils 
prenaient de préférence celles qui sortaient de la bouche du 
peuple, si triviales qu'elles fussent. Bon nombre de ces méta- 
phores sont tirées de l'existence journalière du simple artisan 
de Rome ('). Appius Claudius, que l'on peut appeler le premier 
moraliste romain, dit que « chacun est le forgeron (ou le 
menuisier) de sa, fortune » (« Faber suae fortunae unusquisque 
est ipsus »). Lucilius abonde en métaphores heureuses 
empruntées à l'un ou l'autre art ou métier. Varron est d'avis 
qu' <• il faut forger sa vie de lectures et d'écrits » (legendo atque 
scribendo vitam procudito). En vieux Romain, il est d'esprit 
essentiellement pratique : " On ne peut vivre, dit-il, si l'on 
ne sait où trouver le charpentier, le boulanger, le couvreur; 
de même, il faut savoir à quel dieu s'adresser pour ses besoins 
divers •> ( 2 ). Cicéron, lui aussi, dans ses Lettres, ne se gêne 
nullement pour employer ces métaphores un peu brutales qui 
sortent pour ainsi dire des entrailles même du peuple. Sous 
l'Empire, comme toujours, ces métaphores trop peu « civi- 
lisées » pour les délicats de la cour sont délaissées pour les 
fades pastiches des Alexandrins et les oripeaux mythologiques 
des Ecoles de rhéteurs. Seuls quelques esprits indépendants 
comme Sénèque puiseront à l'ancienne source populaire et 
sauront donner ainsi à leur style une force et une saveur 
vraiment romaines. 



(') On sait que ces métaphores tirées des arts et métiers sont extrême- 
ment fréquentes déjà dans les dialogues socratiques. De là, elles ont passé 
dans les dicaçifiai en vers ou en prose, chez Horace, chez Musonius, 
le maître d'Epictète, dont c'est le procédé favori, et chez Épictète lui- 
même. 

( 2 ) l'ichon, op. cit., p. 168. 



— 112 — 

Ce que nous venous de dire n'est cependant vrai, en ce qui 
concerne Sénèque, que pour les Lettres à Lucilius. 

On pourra constater que neuf sur dix des métaphores tirées 
des arts et métiers que nous passerons en revue, figurent dans 
cet ouvrage. C'est là un fait assez caractéristique. La plupart 
de ces métaphores sont nées, comme c'est l'habitude dans les 
Lettres, de la passion que Sénèque met à vouloir guérir et 
améliorer l'âme de Lucilius. C'est toujours le même système : 
vivifier les préceptes d'une morale énergique et sévère par 
des métaphores pittoresques et éloquentes qui » in rem 
praesentem adducant -, selon le mot de Sénèque lui-même. 

L'expression <• manu factus », » artificiel », est fort fré- 
quente dans Sénèque. On la rencontre à chaque pas, et 
appliquée aux domaines les plus divers. 

Sénèque est d'avis qu'il faut quelquefois laisser reposer son 
esprit des graves occupations, comme fait le ciseleur qui, de 
temps à autre, repose ses yeux fatigués par un travail trop 
minutieux : Ep. 58, 25; Ep. G5, 17. 

'• Il est temps que nous montrions quelque chose qui soit 
frappé à notre coin », dit Sénèque : De Benef., Lib. III, 35, 1 : 
Jam tempus est quaedam ex nostra, ut ita dicam ('), moneta 
proferri. — Cf. aussi Ep. 13, 1 (=' obrussa »); Ep. 34, 4 (« una 
forma percussa sint »). 

Que le travail « raccommode » les trous creusés par une 
existence mal employée: Natur. Quaest., Lib. III, Praefatio, 2 : 
... damna aetatis maie exemptae labor sarciat. 

Nous avons vu que, dans les premières Lettres à Lucilius, 
Sénèque avait l'habitude de citer une maxime d'un grand 
philosophe. A ce propos, il compare l'école d'Epicure à un 
atelier (« officina ») où l'on fabrique des philosophes : Ep. 14, 
17 : Epicuri est aut Metrodori aut alicujus ex illa officina. — 
Cf. aussi Ep. 92, 25 (<■ officina voluptatis »). 



(*) On voit par cette réserve que Sénèque lui-même trouvait la méta- 
phore assez hardie. 



— 113 — 

Sénèque emploie cette expression énergique : « infulcire », 
parlant d'une maxime introduite dans sa lettre : Ep. 24, 22. 

Sénèque parle aussi d'esclaves dont la bouche est « cousue •> 
par ordre de leur maître, c'est-à-dire qu'il leur est défendu 
d'adresser la parole aux convives qu'ils servent : Ep. 47, 4. 

« Eradere vitia •> est une autre métaphore originale : 
Ep. 11, 6. — » Eradere » se trouve encore fr. 93 (De Amicitia), 

Sans l'artisan, la matière et les instruments sont inutiles: De 
Benef,, Lib. V,25, 4-5 : ... Instrumenta cessant, nisiilla in opus 
suum artifex movit. — Ep.il, 16 : ...Saepe bonamateria cessât 
sine artifice : tempta et experiere. 

L'ouvrier ne peut changer la matière : De Proeid., 5, 9. — 
« Artifex » au figuré se trouve encore DeRemed. fortuit., X VI, 1. 

La nature a besoin de matériaux, comme tout ouvrier : 
Natur. Quaest., Lib. II, 3, 1. 

La vertu est aussi inflexible que la règle qui sert à tirer 
des lignes droites : Ep. 71, 19. 

Mieux vaut savoir « quid in vita rectum sit », que de savoir 
ce que c'est qu'une ligne droite : Ep. 88, 13. — Cf. aussi 
Ep. 24, 2. 

On ne recherche pas si une règle est jolie, mais si elle est 
bien droite; de même, ce qu'il faut voir chez un homme, c'est 
sa vertu, et non sa richesse : Ep. 76, 14-15. 

Sur « régula » comme métaphore, cf. encore Ep. 11, 10; 
Ep. 12,5; ^.95,39. 

L'âme est tout aussi flexible que le bois, qui se plie à l'usage 
que nous voulons en faire : Ep. 50, 6. 

» Subsicivus », terme d'arpentage, est employé au figuré 
par Sénèque : Ep. 53, 9. 

L'homme oisif qui reste couché toute la journée sans rien 
faire, ressemble à une volaille qu'on engraisse pour la faire 
figurer dans un banquet : Ep. 122 ; 4. 

Les faveurs de la fortune ne font qu' « assaisonner » la 
félicité suprême dont jouit le sage : Ep. 66, 46. 

Voici une comparaison qui se rapporte au métier de copiste : 
De Benef., Lib. VI ; 6, 3 : Quomodo si quis scriptis nostrisalios 

S 



— 114 — 

superne raprimit versus, priores literas non tollit, sed abs- 
condit, sic beneficium super.veniens injuria adparere non 
patitur. 

La nature semble tenir dans une balance ses différentes 
parties, afin que l'équilibre en soit toujours parfait : Natur. 
Quaest., Lib. III, 10, 3. 

Les faux biens, quand nous les pesons, nous étonnent par 
leur légèreté : Ep. 66, 30. 

Pensare et perpendere (peser) sont employés métaphori- 
quement : Ep. 76, 11 et Ep. 80, 10. 

Les joies du sage sont plus grandes que celles du commun 
des mortels; de même, le mineur qui a creusé profondément 
le sol sera plus richement récompensé que celui qui s'est 
contenté d'exploiter la surface : Ep. 23, 5. 

Certains esprits sont tellement « rouilles ■> par des habi- 
tudes vicieuses, qu'il faut beaucoup de temps pour les " four- 
bir •> : Ep. 95, 36. — Cf. aussi Ep. 7, 7. 

La joie du sage est pareille à un tissu que rien ne peut 
rompre : Ep. 72, 4. — Cf. aussi Ep. 33, 6 (contextus) et 
Ep. 66, 35 (contexere). 

Sénèque emploie aussi l'expression ordiri vitam, '■ tisser son 
existence » : Ep. 23, 10 : Nemo hoc putat, qui orditur cum 
maxime vitam ('). 

« Il faut « défaire le tissu » (retexere) de tous ces exemples 
dont on nous accable », dit Sénèque : Ep. 94, 68. 

Notre esprit ressemble à la laine, qui absorbe vite certaines 
couleurs, et ne s'imbibe que lentement de certaines autres : il 
y a tels enseignements qu'il retient dès l'abord, d'autres qu'il 
ne s'assimile qu'à grand'peine : Ep. 71, 31. 

l'ingère, teindre, est usité en guise de métaphore : Ep. W, 8. 

Il faut que l'homme soit » l'artisan ■> de sa vie ( 2 ) : De vit. 
beat., 8, 4. 



(») Cf. Epictète, Entret., II, v, 20-21. 

( 4 ; Cf. l'expression d'Appius Claudiua : « faber fortuuae suae >, que nous 
avons notée dans l'introduction. 



— 115 — 

Celui qui chaque jour « met la dernière main » à sa vie, a 
toujours assez de temps : Ep. 101, 8. 

Concinnare, fabriquer, former, est employé : Ep. 7, 6. — 
Cf. aussi formare. fabricare : Ep. 16, 3. 

La prose de Fabianus n'est ni <• travaillée » ni « tourmen- 
tée » : Ep. 100, 2. 

La société ressemble à une voûte dont les pierres se sou- 
tiennent mutuellement : Ep. 95, 53. 

La philosophie « bâtit •• sur le sol d'autrui : Ep. 88, 28. 

Certains esprits ont besoin d'une grande » étendue » pour 
leurs « fondations » (') : Ep. 52, 6. 

Marcellus eût été à même de supporter n'importe quel 
» édifice •-> que son oncle eût voulu » établir " sur lui : Consol. 
ad Marc, 2, 3. 

Celui qui croit pouvoir fouler aux pieds les maximes 
humaines s'écroulera fatalement, comme un édifice sans fon- 
dements solides : De Ira, Lib. I, 20, 2. 

'• Fulcire » sert comme métaphore : De Benef'., Lib. VI, 31, 9 
et Ep. 33, 7. 

» Condere ^, fonder, établir, est aussi employé en guise de 
métaphore : Ep. 7, 12. 

« Tu as jeté de larges fondements pour la sagesse; bâtis 
maintenant avec solidité sur cette base >•, dit Sénèqueà Luci- 
lius : Ep. 31, 1. 

Certains esprits légers ont « jeté les fondements » de nou- 
veaux espoirs, au seuil même de la tombe : Ep. 13, 16. — 
Cf. aussi Ep. 16, 1. 

Le bonheur de ces richards qui prodiguent l'or et l'argent 
dans leurs parures n'est resplendissant qu'à la surface, comme 
les murs de leurs palais : De Provkl., 6. 4. 



(*) On peut remarquer que cette métaphore et d'autres pareilles, assez 
souvent employées par Sénèque, et reposant sur cette maxime stoïcienne : 
« 11 faut consacrer tous ses efforts à « établir en soi » la vertu >, se retrou- 
vent chez les auteurs chrétiens : la métaphore < édifier » par exemple est 
extrêmement fréquente dans les œuvres des apologistes chrétiens, et a 
subsisté dans notre langue. 



— 116 — 

Le caractère imposant qu'ont à nos yeux les richards, 
provient de ce qu'on les mesure avec le piédestal sur lequel 
ils sont élevés : Ep. 76, 31. 

Sénèque compare le style de Fabianus à un bel édifice : 
Ep. 100, 5-6. 

La vie heureuse doit avoir un » fondement », comme n'im- 
porte quel art ou n'importe quelle science : Ep. 124, 6. 

Sénèque se moque des gens qui donnent au syllogisme, au 
solécisme, etc., des traits humains, comme fait un peintre poul- 
ies personnages de ses tableaux : Ep. 113, 26. 

Avant de s'occuper des détails de la vie, il faut songer à 
l'ensemble; car, qu'importe qu'un peintre ait ses couleurs 
prêtes, s'il ne sait pas ce qu'il va peindre : Ep. 71, 2. 

Sénèque parle d'écrits artificiels et « fardés » (colorât a) : 
Ep. 116, 2. 

Imaginent e vivo petere, peindre d'après nature, est pris 
métaphoriquement fr. 94 (De Amicitia). 

Adunibrare, ébaucher, esquisser, se trouve fr. 96. 

Un sage vraiment digne de ce nom montrera sa vertu dans 
toutes les circonstances de la vie, quelles qu'elles soient, de 
même que l'art de Phidias savait tirer des chefs-d'œuvre de 
la matière la plus commune : Ep. 85, 40. 

Phidias était sans doute, aux yeux de Sénèque, le type 
même de l'artiste, car deux autres comparaisons encore lui 
sont consacrées ( { ): De Benef., Lib. II, 33, 2-3, et Ep. 9, 5. 

Une couple de métaphores sont empruntées à la musique. 
On remarque aisément que Sénèque n'avait pas plus que la 
majorité des Latins le sentiment et le goût de la musique. 
Quelles jolies comparaisons les écrivains hellènes n'ont-ils pas 
tirées de cet art que le peuple grec ressentait si profondé- 
ment! Pour voir combien Sénèque diffère à ce point de vue 
des moralistes grecs, on n'a qu'à le mettre à côté de Plutarque: 
qui n'a été charmé par les ingénieuses et élégantes compa- 

(') Chez les Grecs, cette vénération à l'égard de Phidias semble avoir 
été générale, probablement à cause de sa statue de Zeus à Olympie, célèbre 
par toute la Grèce. Cf. aussi Épictète, Entret., II, vm, 24-29. 



— 117 — 

raisons tirées par le doux moraliste de cette musique pour 
laquelle il avait un véritable culte? (') Sénèque, lui, en sa 
qualité de Romain et de philosophe austère, a un peu de 
mépris pour cet art délicieux, mais efféminé, qui peut plaire 
à des désœuvrés et à des esprits peu sérieux, mais ne saurait 
nullement convenir aux graves méditations d'un sage pré- 
occupé jour et nuit de 1' « emendatio « de son âme. Ce dédain 
des arts, commun à tous les stoïciens, apparaît dans les com- 
paraisons qu'on trouve : Ep. 88, 9, et Ep. 123, 9. 

Enfin, un nombre assez considérable de métaphores est 
tiré du théâtre. 

Le vieux rapprochement de l'existence humaine avec une 
pièce de théâtre figure aussi dans Sénèque : Ep. 11, 20 : Quo- 
modo fabula, sic vita non quam diu, sed quam bene acta sit, 
refert. — Ep. 80, 7-8 : Saepius hoc exemplo mihi utendum est, 
nec enim ullo efficacius exprimitur hic humanae vitae 
minius( 2 ), qui nobis partes, quas maie agamus, adsignat... etc. 
Puis : Ep. 74, 7, et Consol. ad Marc, 10, 1. — Cf. aussi 
Ep. 76, 31. 

Une belle comparaison est celle-ci : « Je veux que nos 
esprits tendent tous vers une même fin, comme les voix des 
chœurs qui se fondent dans un ensemble harmonieux ■> : 
Ep. 84, 9-11. 

Il est évident que ce rapprochement vient des Grecs en 
droite ligne. 

Les autres métaphores et comparaisons tirées du théâtre se 
trouvent : Ep. 59, 15 : ... omnes istos oblectamenta fallacia et 



( 4 ) M. Dronkers, dans une thèse assez incomplète {De metaphorarum et 
conparationum usa apud Plutarchum, Trajecti ad Rhenum, 1892), en cite 
un certain nombre. 

C) La comparaison de l'homme avec un acteur est classique. Elle se 
trouve dans Télés, qui l'avait probablement tirée de Bion. Epictète l'a 
reprise souvent (par exemple : Entretiens, 1. xxix, 41 ; IV, vu, 13, et surtout : 
Manuel, XVII : fiéfivrjao on vnoxpùnjç fi i)\id i uccroç....x. r. X. »). — Cicéron, 
lui, compare le monde avec un théâtre où chacun cherche à avoir sa place 
(Definibus, 111,20, 67). 



— 118 — 

brevia decipiunt, ... sicut plausus et adclamationis secundae 
favor, qui magna sollicitudine et partus est et expiandus. 
— Ep. 94, 71 : Ambitio et luxuria et inpotentia scaenam desi- 
derant : sanabis ista, si absconderis. — Puis : De Bencf., 
Lib. VI, 1; Ep. 95, 56 ('): Ep. 108, 6; Ep. 114, 6; Ep, 120, 22. 



(!) Plusieurs conjectures ont été faites sur quelques mots de ce passage ; 
M. Haupta proposé : istae artes (sic g) si se sciunt; M. Madvig : istae artes 
sise nesciunt. M. 0. Hense (édition Teubner, 1898) propose : istae artes si 
de se sciunt nihil, nihil deest. Pour ma part, je propose simplement : istae 
artes esse se sciunt, nihil deest (« Ces arts savent qu'ils existent, ils 
n'en demandent pas plus »). 



CHAPITRE VI. 

Les Métaphores et les Comparaisons 

TIRÉES DE 

la MYTHOLOGIE, la RELIGION 

ET 

la PHILOSOPHIE. 



Les métaphores et les comparaisons que nous allons passer 
on revue dans ce chapitre et dans les chapitres suivants 
appartiennent pour la plupart à la catégorie des métaphores 
qu'on peut appeler « savantes ». Elles sont extraites d'ordi- 
naire du trésor de connaissances diverses qu'avait amassées 
notre philosophe au cours de son existence, et principalement 
dans sa jeunesse. Avec une grande habileté et un à-propos 
merveilleux, il tire parti de ses souvenirs classiques et des 
leçons apprises à l'école pour mettre en relief telle ou telle 
idée philosophique ou morale. Veut-il montrer que le sage 
doit fermer l'oreille aux bruits de la foule, il rappellera la 
fable d'Ulysse et des Sirènes ('); s'agit-il de nous exhorter à 
nous rendre utiles même dans un âge avancé, il nous donnera 
comme modèles les Vestales, qui, après avoir célébré pendant 
des années les cérémonies sacrées, enseignent, dans leur 
vieillesse, leur art aux jeunes novices. Ses collections de faits 



(') On sait que les comparaisons mythologiques, mises à la mode par les 
Ecoles des rhéteurs, ont sévi avec une déplorable persistance durant toute 
la période de l'Empire. Déjà Catulle et Ovide en sont remplis; que dire des 
comparaisons mythologiques d'un Stace, le modèle du genre? C'est la 
négation même du bon goût. 



— 120 — 

et d'observations paraissent inépuisables; et presque toujours 
les métaphores sont là où elles doivent être, pour renforcer ou 
assaisonner l'idée. 

Réservant pour les chapitres suivants les nombreuses 
métaphores ayant trait à la nature et à l'homme dans le sens 
le plus général, nous ne parlerons ici que de trois domaines 
bien délimités : la mythologie, la religion et la philosophie. 

I. 
La Mythologie. 

Sénèque parait avoir surtout retenu l'histoire d'Ulysse, car 
il y revient souvent (') Ep. 53, 4 : .... illud scito, Ulixem non 
fuisse tam irato mari natum, ut ubique naufragia faceret : 
nausiator erat. Et ego quoeumque navigare debuero, vicensimo 
anno perveniam. Puis : De Const. sap., 2, 1-2 et Ep. 88, 7. 

Les voix charmeuses des Sirènes, pareilles, dans la pensée 
de Sénèque, aux tentations multiples qui assaillent le pauvre 
mortel au cours de son existence, ont fourni à notre moraliste 
plusieurs comparaisons : Ep. 31, 2; Ep. 56, 15; Ep. 123, 12. 

Polybe ne doit pas plier sous le faix de son chagrin, pas 
plus qu'Atlas, qui supporte, lui, le monde : Consol. ad 
Pohjb. 7, 1. 

Le véritable vir bonus ne naît qu'une fois tous les 
cinq cents ans, comme le Phénix : Ep. 42, 1. 

Notre âme ressemble à l'hydre qui a plusieurs têtes : 
Ep. 113, 9. 

Une autre allusion aux travaux d'Hercule est celle-ci : 
Ep. 87, 38 : Bonum animum habe : unus tibi nodus, sed 
Herculaneus restât.... 



(•) La raison de cette mention fréquente des exploits d'Ulysse est peut- 
être celle exprimée De Const. sap., 2, 1-2: Catonem autem certius 

exemplar sapientis viri nobis deos immortales dédisse, quam Ulyssem et 
Herculem prioribus saeculis. Hos enira stoici nostri sapientes pronuntia- 
verunt, invictos laboribus, contemptores voluptatis et victores omnium 
terrorum. 



— 121 — 

IL 
La Religion. 

On sait que, d'après les Stoïciens, le sage parfait est l'égal 
des dieux. Par conséquent, chacun doit tendre à développer 
par la vertu la semence divine contenue dans l'âme de tous 
les mortels, afin de se rendre digne de son essence divine et de 
se hausser jusqu'au ciel, la demeure légitime du sage. De là il 
résulte que Sénèque parle de la sagesse et de la philosophie 
avec une majesté un peu hautaine : la sagesse a ses prêtres 
et ses temples, qui ne sont pas accessibles au vulgaire (') : 
Natur. Çuaest., Lib. VII, 30, 6 : Initiatos nos credimus : in 
vestibulo ejus haeremus. Illa arcana non promiscue nec 
omnibus patent : reducta et interiore sacrario clausa sunt. — 
Voyez aussi : De Const. sap., 4, 2; De vit. beat , 26,7 ; Ep. 14, 1 1 ; 
jE5p. 52, 15 ; Ep. 95,64. 

Nos prédécesseurs, dit Sénèque, doivent être vénérés comme 
des dieux : Ep. 64, 9. 

La philosophie a son « initiation aux mystères •>, comme la 
religion: Ep. 90,28. 

La vertu » consacre » le corps par sa présence : Ep. 66, 2. 

Les siècles sont soumis au sage comme aux dieux : De 
brevit. vit., 15, 5. 

Au point de vue philosophique, le sage possède tout 
l'univers; légalement, il est propriétaire de certains objets. 
On peut donc le voler, comme on peut voler les dieux, quoique 
le produit du vol sacrilège ne soit que déplacé dans les limites 
du monde, qui appartient aux dieux : De Benef., Lib. VII, 7, 4. 

Dans l'adversité, le sage fait comme Jupiter : il se recueille, 
et vit seul avec ses pensées : Ep. 9, 16. 

Sénèque compare une belle maxime à un oracle : Ep. 108, 26. 



(») Épictète comme Sénèque représente l'homme de bien comme le temple 
de la divinité. Déjà Lucrèce se réfugiait dans les < sapientum templa serena ». 



— 122 — 

Certains hommes sont doués par la nature à tel point que, 
comme les dieux, ils connaissent la vertu sans l'avoir apprise : 
Ep. 95, 36. 

Los sages sont comme les dieux : » leur grandeur les attache 
au rivage » : De Clem., Lib. I, 8, 3. 

L'âme occupe dans l'homme la place que Dieu tient dans le 
monde : Ep. 65, 24. 

Le monde sert de temple aux dieux : Ep. 90, 28. 

L'âme possède l'Univers tout comme les dieux : Ep. 92, 32. 
, L'âme autant que les dieux méprise les richesses : Consol. 
ad Helv., 11, 5. 

Le sage supportera les extravagances des sots comme 
Jupiter fait pour les sottises des poètes : De vit. beat., 26, 6. 

Le sage se rendra utile même à un âge avancé, comme les 
Vestales, qui enseignent leur art aux novices après l'avoir 
longtemps pratiqué elles-mêmes : De Otio, 2, 2. 

Un grand homme reste grand après sa chute, de même 
qu'un temple tombé en ruines continue à être honoré : Consol. 
ad Helv., 13, 8. 

La religion honore les dieux, la superstition les outrage; 
de même, la clémence honore les gens de bien, mais la compas- 
sion est une preuve de faiblesse : De Clem., Lib. II, 5, 1. 

Nous entrons avec un profond respect dans les temples des 
dieux; nous devons avoir de plus grands sentiments de véné- 
ration encore lorsque nous discutons sur les astres : Natur. 
Quaest., Lib. VII, 30, 1. 

Ce n'est pas la valeur du cadeau qui constitue le bienfait, 
pas plus que ce n'est l'opulence d'un sacrifice qui donne la 
mesure de la piété : De Benef., Lib. I, 6, 3. 

Le sage remplit ses devoirs avec calme, de même que les 
dieux, qui gouvernent leur empire sans armes : De Benef., 
Lib. VII, 3, 2. 

Le sage doit essayer de faire comme le dieu qui régit 
l'univers : être maître des objets extérieurs et de lui-même : 
De vit. beat., 8, 4. 



— 123 — 

III. 
La Philosophie. 

On sait que Sénèque a montré très tôt une prédilection 
marquée pour la philosophie, et principalement pour la morale. 
Il aime surtout les préceptes pouvant avoir une utilité directe, 
et ne se fait pas faute d'en mentionner chaque fois que 
l'occasion s'en présente. Dans les passages suivants, il compare 
entre eux certains états d'âme relevant de la morale pratique : 
De Benef., Lib. II, 14, 4 ; Ibid., 18, 5 ; Ici, Lib. IV, 15, 1 ; M, 
Lib. VI, 35, 2; De Otio, 3, 5; ld., 6, 2; De Clem., Lib. I, 20, 3; 
Ep. 27, 2: Ep. 69, 3; Ep. 73, 13; Ep. 89, 6; Ep. 102, 8. 

Nos désirs se succèdent sans cesse, comme cette série de 
causes qui, par leur enchaînement, forment la destinée : 
Ep. 19, 6. 



On aura remarqué que la plupart des métaphores et compa- 
raisons que nous venons d'énumérer ne sont pas, cette fois, 
extraites des Epîtres à Lucilius, mais qu'une bonne part en 
est tirée des traités philosophiques composés par Sénèque 
avant sa disgrâce. Il est assez facile de deviner la cause de ce 
fait : dans ses premières œuvres, notre philosophe, rempli des 
enseignements de l'école, raide et gourmé comme tout jeune 
disciple, convaincu de l'importance de sa mission, reproduit 
fidèlement les pensées hautaines de ses maîtres, sans les 
atténuer, sans les vivifier, comme il le fera plus tard, par des 
images pittoresques ou spirituelles. Beaucoup de ces compa- 
raisons que nous venons de passer en revue sont prolongées 
outre mesure, et par là elles sont languissantes et manquent 
de ce relief et de ce nerf qui caractérisent les métaphores 
des Epîtres. 



CHAPITRE VII. 

Les Métaphores et les Comparaisons 

TIRÉES DE LA 

NATURE. 



Nous grouperons dans ce chapitre toutes les métaphores et 
comparaisons qui sont tirées des divers domaines de la nature : 
comparaisons avec les tempêtes, les nuages, les fleuves, la 
grêle....; avec les animaux à l'état sauvage, etc. Bon nombre 
de ces comparaisons sont vieilles comme la littérature : 
Homère est à ce point de vue l'éternel modèle de tous ceux 
qui sont venus après lui. D'autres, qui figurent avant tout 
dans les « Questions Naturelles », sont des comparaisons de 
savant, des parallèles entre différents phénomènes atmos- 
phériques ou physiques. Elles n'en sont pas moins intéres- 
santes pour cela : Sénèque avait reçu une culture scientifique 
assez solide, et les comparaisons qui abondent dans les 
- Questions Naturelles •> sont toujours fort exactes et bien 
observées. Parmi les métaphores tirées de la nature dont le 
caractère est surtout « littéraire », pourrions-nous dire, il y 
en a un certain nombre qui sont fort originales aussi; ce sont 
celles qui ont rapport aux préoccupations ordinaires de notre 
moraliste. Ainsi, par exemple, cette comparaison, qui est la 
conclusion d'un long développement : « Hoc itaque adversus 
virtutem possunt calamitates et damna et injuriae, quod 
adversus solem potest nebula. » Puis, dans un autre ordre 
d'idées : « Miramur animalia quaedam, quae per medios ignés 



— 125 — 

sine noxa corporum transeant : quanto hic mirabilior vir, qui 
per ferrum et ruinas et ignés inlaesus et indemnis evasit! » 
(Ep. 9, 19). On voit que l'imagination de Sénèque n'est jamais 
en défaut, et qu'il sait admirablement utiliser pour une thèse 
philosophique et morale les connaissances si variées qu'il a 
acquises. 

Les passages suivants contiennent des comparaisons prises 
à la physique expérimentale; je n'en reproduirai que quelques- 
unes, les plus caractéristiques : Ep. 24, 20 : Quemadmodum 
clepsydram non extremum stillicidium exhaurit, sed quicquid 
ante defluxit, sic ultima hora, qua esse desinimus, non sola 
mortem facit, sed sola consummat : tune ad illam pervenimus, 
sed diu venimus. — Ep. 71, 24 : Maguo animo de rébus magnis 
judicandum est : alioqui videbitur illarum vitium esse, quod 
nostrum est. Sic quaedarn rectissima, cum in aquam demissa 
sunt, speciem curvi praefractique visentibus reddunt. — 
Ep. 94, 63 : Non ille (se. Alexander) ire vult, sed non potest 
stare, non aliter quam in praeceps dejecta pondéra, quibus 
eundi finis est jacuisse. — Voyez ensuite : De Benef., Lib. V, 
8, 4; Natur. Quaest,, Lib. I, 5, 9: Id., Lib. II, 15; M., Lib. 1 V, 
11, 3; Ibid., 11, 9; M., Lib. VI, 10, 2; Ep. 94, 19; Ep. 118, 17. 
— Cf. aussi Natur. Quaest., Lib. II, 28, 2. 

Entre les principes généraux et les préceptes de la philo- 
sophie, il y a la même différence qu'entre les éléments et les 
membres : Ep. 95, 12. 

Voici une série de comparaisons qui ont trait aux astres ; 
Consol. adPoïi/b., 7*2; Debrevit. rit., 10, 6; Ep. 41,5; Ep. 79,8; 
Ep. 92, 5. 

Voici encore une de ces fières déclarations stoïciennes : le 
sage, dédaignant la foule vulgaire, fait le contraire de ce 
qu'elle fait, comme les planètes qui suivent une route opposée 
à celle du monde : De Const. saj>., 14, 4. 

Le philosophe est un astre qui brille dans la nuit: Ep. 120, 13. 

Sénèque ne craint pas d'appeler l'empereur Claude : « Cet 
astre brillant qui.... » etc., égalant ainsi eu basse adulai ion 



— 120 — 

les courtisans les plus plats du < ; Roi Soleil •> : Consol. ad 
Polyb., 13, 1. 

Octavie en deuil était « blessée par le trop vif éclat ■» que 
jetait son frère Auguste : Consol. ad Marc, 2, 5. 

La fonction de l 'homme est de rendre des bienfaits, comme 
celle du soleil est de se lever à tel endroit et de se coucher à 
tel autre : De Benef., Lib. IV, 12, 5. 

Quoique les astres soient indispensables à notre existence, 
ils touchent notre âme par leur majesté plutôt que par leur 
utilité pour nous. De même, la reconnaissance est plus qu'une 
chose utile : c'est une vertu : De Benef., Lib. IV, 24, 1. 

Les comparaisons suivantes sont empruntées à la lumière, 
naturelle ou artificielle. Pareille à la première, la philosophie 
resplendit au milieu des vices cachés dans l'obscurité. Elle 
brille pour tout le monde : Ep. 44, 2 : Nec rejicit quemquam 
philosophia nec eligit : omnibus lucet. 

Notre âme n'atteindra au bonheur complet que lorsqu'elle 
se sera dégagée des ténèbres qui l'enveloppent et qu'elle 
percevra l'éclatante lumière céleste : Ep. 79, 11-12. 

Le soleil, par son éclat, obscurcit la faible lueur des flam- 
beaux; de même, devant la vertu disparaissent dans l'ombre 
les vices et les douleurs : Ep. 66, 20. 

La vie du sage diffère autant de celle de l'homme ordinaire 
que la lumière diffère de l'éclat; celui-ci en effet n'est qu'un 
reflet; la première, comme la philosophie, ne doit sa splendeur 
qu'à elle-même : Ep. 21, 2. 

Les gens dépourvus de mérite qui ne doivent leur notoriété 
qu'au mérite de leurs ancêtres, ressemblent aux endroits 
repoussants que l'éclat du soleil fait resplendir : De Benef., 
Lib. IV, 30, 4. 

Les actions honnêtes et les actions répréhensibles dépendent, 
les unes de la vertu, les autres du vice, de même que ce qui 
brille et ce qui est sombre dérive de la lumière ou de l'obscu- 
rité : Ep. 31, 5. 

Les honneurs ne donnent qu'un faux éclat : Ep. 115 ; 7. 

La volupté tourne autour du corps comme une ombre : 
De rit. beat., 13, 5. — Cf. aussi Ep. 100, 10. 



— 127 — 

Nous disons qu'une chambre est claire le jour, et obscure 
la nuit, parce que le jour lui donne la lumière et que la nuit 
la lui enlève; de même, certaines actions sont appelées bonnes 
ou mauvaises, selon qu'elles se rapportent au vice ou à la 
vertu : Ep. 82, 13-14. 

La vie humaine ressemble à une lampe : Ep. 54, 5. 

Un certain nombre de métaphores et de comparaisons sont 
tirées des phénomènes de l'air : nuages, ciel serein ou couvert, 
grêle. Cela se comprend aisément si l'on connaît les idées que 
Sénèque développe d'ordinaire. Le sage parfait, d'après les 
Stoïciens, est délivré de toute attache terrestre; son âme est 
sereine et libre de tout nuage, pareille à l'éther pur qui est 
épandu dans les espaces supralunaires (') : De Ira, Lib. III, 6, 1 ; 
Ep.b9, 16; Ep. 66, 46. 

L'âme est subtile comme l'air et la flamme : Ep. 57, 8. 

Les obstacles que peut rencontrer la vertu ne sont que des 
nuages qui glissent au-dessous d'elle sans pouvoir ternir son 
éclat : Ep. 21, 3; Ep. 92, 17-18. 

Les soucis du pauvre passent souvent comme des nuages : 
Ep. 80, 6. 

Une comparaison originale est celle-ci : les malheurs qui 
suffisent pour abattre l'homme vulgaire ont sur l'âme du sage 
le même effet que la grêle sur un toit, où elle rebondit avec 
fracas sans causer le moindre dégât à l'intérieur de la maison : 
Ep. 45, 9. 

L'ambition est « creuse » (littéralement : « remplie de 
vent, » comme un ballon d'enfant) : Ep. 84, 11. 

Un règne doux et paternel ressemble à un ciel pur et 
brillant : De Clem., Lib. I, 7, 2. 

L'homme qui a su profiter du temps a eu des jours sereins, 
d'autres où l'éclat de son étoile n'a brillé qu'à travers des 
nuages : Ep. 93, 5. 



( J ) Épictète dit que, au milieu de la tempête, < il l'ait beau > dans laine 
du sage. 



— 128 — 

Sénèque parle aussi du « brouillard » qui obscurcit l'esprit 
humain : De brevit. vit., 3, 1. 

Les tempêtes et la foudre ont fourni les comparaisons qui 
suivent : l\p. 54, 1 : Brevis autem valde et procellae similis 
est impetus : intra horam fere desinit. Puis : De Clem., Lib. I, 
8, 5; De Ira, Lib. I, 17, 4; M., Lib. III, 1, 4; lbid., 10, 2; 
Ep. 57, 8; Ep. 74, 4. 

Les grands hommes de guerre sont comparés par Sénèque 
à des tourbillons : Ep. 94, 67. 

Sénèque parle aussi du « turbo rerum » : Ep. 37, 5. 

Au feu sont empruntées un assez grand nombre de compa- 
raisons, dont la moitié est de caractère plutôt scientifique, le 
reste se rattachant aux préoccupations philosophiques de 
l'auteur. Nous ne nous occuperons que de celles-ci. 

L'âme du sage est aussi réfractaire aux vices que l'est au 
feu un corps incombustible : De Const. sap., 3, 5. 

Rien n'est chaud sans le feu, froid sans l'air : de même, 
l'honnêteté et la méchanceté dépendent, l'une de la vertu, 
l'autre du vice : Ep. 31, 5. 

L'âme, comme la flamme, se reforme autour du corps qui 
pèse sur elle : Ep. 57, 8. 

Une masse de fer n'est par elle-même ni chaude ni froide; 
de même, la mort est chose indifférente par elle-même : 
Ep. 82, 14. 

Il est superflu d'ajouter de la chaleur à une chaleur qui a 
déjà atteint son plus haut degré; de même, celui qui possède 
le souverain bien n'a plus besoin de rien : Ep. 109, 8. 

L'avare est d'autant plus cupide qu'il est plus riche, de 
même que la violence de la flamme est plus grande lorsqu'elle 
s'élance d'un plus vaste incendie : De Benef., Lib. II, 27, 3. 

Les encouragements développent les semences des senti- 
ments honnêtes comme un léger souffle ranime le feu qui 
s'éteint : Ep. 94, 29 

Des semences de l'esprit divin, pareilles aux étincelles d'un 
feu sacré, sont tombées sur la terre : De Otto, 5, 5. 

La colère diffère d'après l'âme où elle tombe, de même que 



— 129 — 

la violence du feu dépend de la nature des matières qu'il a 
enflammées : Ep. 18, 15. 

'• Tu t'imagines à tort », dit Sénèque à son ami Lucilius, 
« qu'au sortir de l'existence, brillante en apparence, que tu 
mènes maintenant, tu tomberas dans les ténèbres comme une 
lueur dans un endroit obscur •» : Ep. 21, 1. 

« Fulgor » se trouve aussi en guise de métaphore fr. 108 
(De Amicitià). 

L'âme est aussi remuante que la flamme : Ep. 39, 3. 

Une seule victime, dans une catastrophe, suffit pour semer 
la panique; de même, la foudre frappe de stupeur ceux qui l'ont 
vue tomber autant que celui qui en a été atteint : Ep. 74, 4. 

Plus le feu brille, plus vite il s'éteint; de même les esprits 
les plus vifs durent le moins : Consol. ad Marc, 23, 4. 

Sénèque parle d'un « animus incensus et effervescens •» : 
De Const. sa p., 3, 1. — Cf. Ep. 76, 23 (excandescere ad subita). 

Les comparaisons qui suivent sont empruntées à la terre, 
et particulièrement aux montagnes. En voici qu'il suffit de 
mentionner : De Benef., Lib. VII, 20, 4; Natur. Quaest., Lib. II, 
24, 2; ld., Lib. III, 28, 5; Id., Lib. IV, 2, 11. 

D'autres sont plus originales. 

Le sage n'est pas insensible à la douleur comme un rocher (*): 
Ep. 71, 27. 

Le sage ressemble aux montagnes qui de loin paraissent 
minuscules ; alors que, en s'approchant tout près, on s'aperçoit 
qu'elles sont gigantesques : Ep. 111, 3. 

Les discussions sur des mots abaissent la philosophie de 
ses sublimes hauteurs vers le sol : Ep. 111, 4. 

Certains météores appelés fioBvvoi ressemblent à l'ouver- 
ture d'une caverne creusée circulairement : Natur. Qwest., 
Lib. I, 14, 1. 

N'envions pas ceux qui sont plus haut placés que nous : ce 



( 1 ) On voit que Sénèque n'a pas, devenu vieux, conservé l'intransigeance 
desa jeunesse : il dirait volontiers, dans sa retraite : < Pour être stoïcien, 
on n'en est pus moins homme. » 

9 



130 — 

qui parait élevé n'est souvent que le bord d'un abime : De 
tranquill. an., 10, 5. 

« Notre ami Marcellinus est tombé dans un précipice », dit 
Sénèque; <• nous pouvons encore le retirer de là, mais il faut 
lui tendre la main tout de suite » : Ep. 29, 4. 

Nous ne saurions arriver jusqu'au fond de l'abîme où gît la 
vérité, même si nous y consacrions toute notre existence; au 
lieu de cela, nous ne faisons que remuer négligemment la 
surface du sol : Natur. Quaest., Lib. VII, 32, 4. 

Certains objets paraissent grands de loin, mais de près, ils 
sont insignifiants; il en va de même du bonheur : Ep. 118, 6. 

Certains bonheurs apparents, au lieu d'élever celui qui les 
reçoit, ne font que rendre sa chute plus rapide : Ep. 110, 3. 

La libéralité, et d'autres vertus, « vont en pente » {per 
devexum) : De vit. beat., 25, 7. — Cf. aussi Ep. 12, 5 (aetas 
devexa); Ep. 94, 13 (animus ad falsa proclivis;... mens ad 
pejora prona); Ep. 97, 10 (pronum ad vitia). 

Le style d'Asinius Pollion est « rocailleux •> (salebrosa) : 
Ep. 100, 7. 

Bon nombre de comparaisons sont empruntées au domaine 
de l'eau ; elles servent d'ordinaire à mettre en relief les 
pensées morales de Sénèque. 

La vertu remplit l'âme tout entière. Qu'importe qu'une eau 
courante soit détournée, si la source où elle prend son origine 
est demeurée intacte? De même un homme n'est pas meilleur 
pour avoir conservé ses enfants que pour les avoir perdus : 
Ep. 74, 25. 

Beaucoup de gens gaspillent leur existence comme si elle 
coulait d'une source intarissable : De brevit. vit., 3, 4. 

Voici une comparaison vénérable, familière déjà aux 
anciens philosophes grecs pour exprimer l'idée éternelle de 
la fugacité de l'existence humaine : nos corps sont emportés 
aussi rapidement que le courant d'un fleuve : Ep. 58, 22 : 
Corpora nostra rapiuntur fluminum more. 

Un discours est comparé également à une eau qui coule : 
Ep. 100, 2. 



— 131 — 

De même que toutes les eaux qui se déversent dans la mer 
ne peuvent en changer la saveur, de même les assauts de 
l'adversité ne parviennent pas à altérer l'âme d'un homme 
courageux : De Provid., 2, 1. 

Les siècles à venir sont comparés à des flots qui montent 
toujours et submergent les renommées en apparence les plus 
solides; seuls, par ci par là, quelques-unes lutteront long- 
temps contre l'oubli envahissant : Ep. 21, 5. 

Le style ne doit pas ressembler à un torrent impétueux, 
mais à une onde tranquille qui coule sans interruption : 
Ep. 40, 8. 

Un homme en colère est comparé à un torrent : De Ira, 
Lib. III, 1,1. De même, une grande foule : De Clem., Lib. I, 
6, 1. Les Perses sont comparés à un torrent qui fait irruption 
dans la Grèce : De Benef., Lib. VI, 31, 7. 

Il faut que le sage n'ait pas même l'ombre d'une passion, 
sinon il sera emporté par elle comme par un torrent : Ep 85, 6. 

Un conquérant, d'après Sénèque, est pour l'humanité une 
calamité aussi cruelle qu'une inondation : Natur. Quaest., 
Lib. III, Praef., 5. 

Ce qui s'échappe goutte à goutte ne constitue pas une perte 
sensible; aussi le sage n'a-t-il pas peur de mourir, puisque 
les hommes meurent tous les jours un peu : Ep. 70, 5. 

« A peine si l'été parvient encore à « dégeler » (regelare) 
ma vieillesse », dit Sénèque : Ep. 67, 1. 

Le vieillard « se dissout » (liquescere) peu à peu : Ep. 26, 4. 

Les divers composés de fundere et de fl itère sont emploj es 
métaphoriquement par Sénèque : Effundere : Ep. 11,3 ; Ep. 99, 27 ; 
Ep. 100, 1; Ep. 100, 10; De rit. beat., 11, 3. — Diffundere : 
Ep. 66, 32. - Affundere : Ep. 11, 3. — Perfundere : Ep. 36, 3; 
Ep. 110, 8. — Saffundere : Ep. 11, 1. — Transfundere : Ep. 6, 4. 
- Effluere : Ep. 1, 1 ; Ep. 22, 17. — Diffluere : De Provid., 1 . 5. 

— Fluere : De vit. beat,, 24, 3; Ep. 33, 6; Ep. 72, 7; Ep. 78, 25. 

— Cf. aussi : mergere : Ep. 21, 10; Ep. 39, 0; Ep. 55, 3. — 
Diiul (se détremper) : Ep. 29, 3. — Tingere (imprégner) : 
Ep. 36, 3. — LaU (couler) : Ep. 92, 28. 



— 132 — 

Enfin, pour terminer ce chapitre, nous passerons en revue 
les métaphores et les comparaisons qui ont trait aux mœurs 
des animaux à l'état sauvage ('). 

Les insensés et les méchants ne connaissent pas plus la 
joie que les lions qui se sont emparés de leur proie : Ep. 59, 17. 

Un prince peut être appelé " bon » lorsque, à sa rencontre, 
on ne fuit pas comme devant un animal dangereux qui sort 
de son antre : De Clem., Lib. I, 3, 3. 

Alexandre, la « bête noire > de Sénèque, est comparé par 
lui à une bête féroce : Ep. 94, 62. 

Certains hommes ressemblent à des bêtes féroces lorsqu'ils 
sont en colère : De Ira, Lib. II, 8, 3. 

A certains méchants il ne manque que l'occasion favorable 
pour déployer leur méchanceté; de même, le serpent le plus 
venimeux ne peut faire aucun mal aussi longtemps qu'il est 
engourdi par le froid : Ep. 42, 3. 

Il faut se chercher des auxiliaires contre ses ennemis 
comme on fait contre les bêtes féroces et les serpents : De 
Remed. fortuit., XV, 1. 

Les peuples chez qui l'humeur sauvage tient lieu d'esprit 
d'indépendance, ressemblent aux lions : De Ira, Lib. II, 15, 4. 

La méchanceté est comparée au venin du serpent (rappro- 
chement bien vieux, lui aussi) : De vita beat., 18, 2; Ep. 81, 22. 

La colère à son début est aussi dangereuse que la morsure 
du serpent au sortir de son gite : De Ira, Lib. I, 17, 6. 

Les conquérants sont comme les bêtes féroces, qui tuent 
sans haïr : Natur (Juaest., Lib. V, 18, 9. 

Le sage traitera un portier brutal comme on traite un chien 
hargneux, qu'on apaise en lui jetant quelque nourriture : De 
Const. sap., 14, 2. — Cf. aussi De Ira, Lib. III, 37, 2. 

Les gens qui haïssent la vertu « aboient » contre elle et la 
« mordent » comme de méchants roquets : De vit. beat., 20, 6. 

( l j J'ai joint à ces comparaisons une couple de citations qui traitent 
d'animaux, non pas précisément à l'état sauvage, mais d'animaux domes- 
tiques, pris par le fond sauvage ijui persiste souvent chez eux. 



— 133 — 

— Cf. aussi latrare, oblatrare : De Ira, Lib. III, 43, 1; De rit. 
beat., 19, 2. 

Les médisants sont comparés à des chiens qui aboient par 
habitude : De Remed. fortuit., VII, 2. 

Les gens qui passent leur temps à voyager ressemblent à 
des oiseaux de passage, qui, à peine arrivés en un endroit, le 
quittent pour voler plus loin : Ep. 104, 14. 

Les noctambules sont pareils à des oiseaux de nuit : 
Ep. 122, 3. 

Un homme qui escompte l'héritage d'un mourant ressemble 
au vautour qui rôde autour des cadavres : De Benef., Lib. IV, 
20, 3. — Cf. Ep. 95, 43. 

Les riches sont suivis d'une foule de parasites, comme les 
mouches recherchent le miel, et les loups des cadavres : De 
liemed. fortuit., X, 4. 

Le bruit qui précède les coups de la fortune suffit pour 
nous tourmenter, de même que les oiseaux s'effraient rien 
qu'au bruit d'une fronde vide : Ep. 74, 5. 

Les gens qui haïssent la vertu ressemblent aux bêtes noc- 
turnes qui se cachent dans leurs trous aux premiers rayons 
du soleil : De vit. beat., 20, 6. 

Nous admirons certains animaux qui passent à travers le 
feu sans en souffrir; mais combien le sage qui traverse les 
pires calamités et en sort indemne n'est-il pas plus digne 
d'admiration ! Ep. 9, 19. 

Les gens qui se mettent en colère pour un rien ressemblent 
aux taureaux qui s'irritent en voyant du rouge : De Ira, 30, 1. 

Les évolutions d'une grande armée sont comparées par 
Sénèque aux mouvements des fourmis : Natur. Quaest., Lib. I, 
Prologus, 10. 

Le terme pittoresque vellicare (picoter, becqueter) est 
employé métaphoriquement par Sénèque, dans le sens de 
« tourmenter », puis « médire » : Ep. 63, 1; De Benef, 
Lib. II, 28, 4. 

Les êtres faibles se croient blessés pour peu qu'on les 
touche, pareils en cela au rat et à la fourmi, qui mordent 



— 131 — 

la main qui s'approche d'eux : De Ira, Lib. II, 34, 1. 

Les gens passionnés ne cèdent pas aux bons conseils, de 
même que les animaux sauvages, qui sont inaccessibles à la 
raison : Ep. 85, 8. 

Certaines gens qui fuient les hommes et les affaires res- 
semblent à ces animaux timides et sans énergie qui se terrent 
peureusement dans leur trou : Ep. 55, 5. 

La seule apparence du danger effraie les animaux; de même, 
il y a des gens qui ressentent de l'effroi à la seule pensée de 
choses qu'ils considèrent comme des maux : Ep. 66, 31. 

Il y a des gens qui ne méritent pas qu'on se venge d'eux, 
pareils à ces insectes qui souillent celui qui les écrase : De 
Clem,, Lib. I, 21, 4. 

Les vices « rampent » vers nous (obrepere, subrepere) : 
Ep. 45, 7; J^j. 90, 6. 

Les parasites sont des « rongeurs » (adrosores) : Ep. 27 ', 7. 

Toutes les œuvres de Sénèque présentent au moins une 
couple de métaphores tirées d'une domaine aussi vaste que 
la Nature. Cependant, quatre ouvrages seulement sont dignes 
d'être examinés d'un peu plus près sous ce rapport; ce sont 
le « De Ira », le « De vita beata », les « Questions Naturelles », 
et enfin les Epîtres à Lucilius. 

Dans le « De Ira », Sénèque compare sans cesse les fureurs 
aveugles de l'homme en colère à celles de la tempête et des 
bêtes sauvages. 

Dans le « De vita beata », l'apologie de l'existence sereine 
du sage, Sénèque n'a pas assez de mépris pour les méchants 
imbéciles qui haïssent la vertu. Il les compare avec un pro- 
fond dédain aux chiens qui aboient aux mollets du passant 
et que celui-ci chasse d'un coup de pied, ou bien aux oiseaux 
nocturnes, dont les ténèbres (c'est-à-dire le vice) sont l'élé- 
ment, et qui se cachent dans leurs trous dès qu'apparait le 
jour radieux (c'est-à-dire la vertu). 

Les comparaisons tirées de la Nature qui abondent dans 
les « Questions Naturelles » sont, nous l'avons dit déjà, 



— 135 — 

d'espèce toute particulière; ce sont pour la très grande majo- 
rité des rapprochements scientifiques entre phénomènes 
naturels semblables. Elles sont cependant intéressantes, et 
témoignent d'un grand esprit d'observation. 

Comme toujours, ce sont les « Épitres à Lucilius » qui 
l'emportent pour la fréquence des métaphores et surtout leur 
originalité. Sénèque emprunte à ce qu'il a vu et voit autour 
de lui, aux connaissances variées qu'il a acquises, des com- 
paraisons frappantes de justesse et d'opportunité — tout cela 
pour plaire à son ami Lucilius et lui faire passer doucement 
les médicaments « moraux », si l'on peut dire, qu'il lui admi- 
nistre sans cesse. La béatitude ineffable du sage est comparée 
par le vieux philosophe à la sérénité immaculée du ciel. Son 
âme est exempte de tempêtes et d'orages. Aucun des mille 
désagréments dont la nature a encombré la terre et qui 
tourmentent jour et nuit les vulgaires mortels ne saurait 
l'atteindre; il plane dans les régions éthérées de la philo- 
sophie stoïcienne, et la tour d'ivoire où il s'est retranché le 
met à l'abri des maux et des vices d'ici-bas. 



CHAPITRE VJII. 

Les Métaphores et les Comparaisons 

EMPRUNTEES AUX 

MŒURS et COUTUMES, 

ET, EN GÉNÉRAL, A 

I ' H O M M E . 



Dans ce dernier chapitre, nous réunirons toutes les méta- 
phores et comparaisons qui se rapportent aux mœurs et cou- 
tumes, non seulement des Romains ou de certains peuples 
déterminés, mais encore de l'homme en général, pour autant 
qu'elles ne rentrent pas dans l'un ou l'autre des domaines de 
l'activité humaine dont nous avons traité plus haut : vie 
militaire, médecine, voyages, droit, agriculture, arts et 
métiers, religion, philosophie. 

Nous commencerons par dénombrer les métaphores et les 
comparaisons qui font allusion à des coutumes déterminées 
des Romains ou d'un autre peuple ancien. 

Une institution comme l'esclavage, qui était entrée profon- 
dément dans les mœurs des Anciens, a dû, évidemment, leur 
inspirer une foule de métaphores et de comparaisons. Chez 
Sénèque, elles ne sont pas rares. D'abord, les esclaves et les 
affranchis jouaient dans l'Empire un rôle considérable; ensuite, 



— 137 — 

un des thèmes favoris de Sénèque — comme d'ailleurs de 
tous les stoïciens — est celui-ci : les hommes sont des 
« esclaves » de leurs passions; celles-ci les chargent de 
« chaînes », les gardent en leurs » prisons ". Le corps est un 
« joug " qui pèse lourdement sur notre âme. Aussi, que ne 
ferait-on pas pour s'en débarrasser ? C'est sur ces idées que 
portent les comparaisons suivantes : Ep. 26, 10 : Qui mori 
didicit, servire dedidicit. Supra omnem potentiam est, certe 
extra omnem. Quid ad illum carcer et custodia et claustra? 
liberum ostium habet. Etc. — Ep. 65, 21 : Major sum et ad 
majora genitus, quam ut mancipium sim mei corporis, quod 
equidem non aliter aspicio quam vinclum aliquod libertati 
meae circumdatum. — Ep. 70, 12 : In nulla re magis quam in 
morte morem animo gerere debemus. Exeat, qua impetum 
cepit : sive ferrum appétit sive laqueum sive aliquam potio- 
nem venas occupantem, pergat et vincula servitutis abrumpat. 

— Ep. 77, 15 : ... vita, si moriendi virtus abest, servitus est. 

— Voyez aussi : De Prorid., 4, 7; Ep. 14, 5-6; Ep. 24, 17. 
Cependant, il est aussi une servitude plus douce, celle que 

crée un bienfait : De Benef., Lib. VI, 41, 2. 

Lorsque les liens funestes qui enchaînent les hommes nous 
pèsent trop, nous avons le droit, suivant la doctrine stoïcienne, 
de les rompre pour échapper ainsi à un esclavage devenu 
intolérable; et Sénèque nous y engage en termes énergiques : 
Ep. 19, 6 : In eam demissus es vitam, quae numquam tibi 
terminum miseriarum ac servitutis ipsa factura sit. Subduc 
cervicem jugo tritam : semel illam incidi quam semper premi 
satius est. — Ep. 104, 34 : Possumus itaque adversus ista 
tantum habere animi, libeat modo subducere jugo collum. — 
Puis : Ep. 22, 3; Ep. 70, 19. La lettre 70 serait d'ailleurs tout 
entière à citer : c'est une apologie du suicide, avec des 
exemples historiques et de pittoresques comparaisons. 

Se donner la mort, dit encore Sénèque, c'est sortir d'une 
prison, c'est se mettre à l'abri des coups do la fortune. 11 faut 
y contraindre ceux qui sont trop lâches pour pouvoir s'y 
résoudre : De tranquïll. an., 10, o. 



— 138 — 

Les « liens •• du mariage sont aux yeux de Sénèque des 
» entraves » : De Remed. fortuit., XVI, 2. 

L'homme qui passe sa vie dans une voluptueuse oisiveté est 
tout aussi mort qu'un condamné traîné aux gémonies: Ep.82,3. 

Les hommes qui tiennent beaucoup à la vie ressemblent 
aux locataires qui ne peuvent se décider à quitter leur vieille 
maison : Ep. 70, 16 ('). 

Celui qui veut acheter un cheval le fait dépouiller de son 
harnais; on fait déshabiller les esclaves qui sont en vente. 
De même devrait-on faire pour l'homme au point de vue 
moral : Ep. 80, 9. 

Le tyran ressemble a la populace qui, lors des réjouissances 
publiques, gaspille ce dont elle ne veut plus : Ep. 114, 24. 

Les subtilités de la dialectique ressemblent aux tours de 
passe-passe d'un prestidigitateur : Ep. 45, 8. 

" Parentare », célébrer une cérémonie funèbre, est pris en 
guise de métaphore : De vit. beat., 11, 4. 

L'extérieur des Epicuriens ne milite pas en leur faveur, dit 
Sénèque; c'est comme si un homme était revêtu de la <• stola » 
(robe des matrones) : De vit. beat., 13, 3. 

« Aléa •> est employé comme métaphore : Ep. 99, 12. 

Une de ces métaphores énergiques qu'affectionne Sénèque 
est encore celle-ci : Ep. 19, 9 : Ingeniosus ille vir fuit 
(se. Maecenas), magnum exemplum Romanae eloquentiae 
daturus, nisi illum enervasset félicitas, immo castrasset. 

La conduite de Dieu envers le sage, qui est son « fils », est 
comparée par Sénèque à la sévère éducation à laquelle un 
chef de famille romain soumettait ses enfants : De Provid., 1, 5. 

La fortune ressemble à une maîtresse capricieuse qui punit 
ou récompense au hasard ses esclaves ( 2 ): Consol. ad Marc. ,10,6. 



(') A propos de l'expression « inquilinus » qui figure dans ce passage, 
cf. Ep. 108, 5. 

( 2 ) Au contraire, Dieu, d'après Epictète, est un maître excellent, toujours 
prêt à récompenser les bons serviteurs qui se dévouent à son service 
{Entretiens, 111, xm, 9-14). 



— 139 — 

La volupté est représentée par Sénèque connue une per- 
sonne « dégouttante de parfums ■> (unguento madens) : De vit. 
beat., 7, 3. 

Les biens terrestres sont « fardés •> (fuco circumlita) : 
Consol. ad Jlelv., 5, G. — Cf. aussi fr. 97 (fucata officia). 

Un style maniéré fait songer aux petits jeunes gens du 
monde à la chevelure parfumée : Ep. 115, 2. 

Le sage ne veut pas se faire plus grand qu'il n'est, comme 
font certaines gens qui se dressent sur la pointe des pieds : 
Ep. 111, 3. 

Les débauchés ont donné une mauvaise réputation aux 
parfums; de même, les parasites ont compromis ce qu'il y a 
de noble dans l'amitié : De Benef., Lib. VII, 25, i. 

Voici une comparaison tirée de la coutume des distributions 
au peuple : Ep. 73, 8 : Ex congiario tantum ferunt hommes, 
quantum in capita promissum est. Epulum et visceratio <Cet> 
quicquid aliud manu capitur, discedit in partes : at haec indi- 
vidua bona, pax et libertas, et tam omnium tota quam singu- 
lorum sunt. — Cf. aussi Consol. ad Marc., 22, 4. 

Un homme qui amasse dans sa tête une foule de notions sur 
la littérature ressemble à quelqu'un qui collectionnerait des 
objets inutiles : Ep. 88, 36. 

Le style de Mécène fait songer à ces gens qui s'habillent et 
se coiffent de la manière la plus bizarre pour attirer l'attention 
sur eux : Ep. 114, 21. 

Dans la vie on doit s'attendre aux mêmes accidents que 
dans les lieux publics comme les bains ou au milieu de la 
foule : Ep. 107, 2. 

Les atomes qui remplissent un espace étroit s'entrelacent 
et se compriment, de même que, sur une place publique 
encombrée de monde, les gens se bousculent et se gênent 
mutuellement : Natur. Quaest., Lib. V, 2. 

Les désirs des hommes ressemblent à des ruelles étroites, 
où les passants se heurtent sans cesse et se querellent : De 
Ira, Lib. III, 34, 3. 

« Excutere » (secouer) est employé plusieurs fois meta- 



— 140 — 

phoriquement par Sénèque : Ep. 11, 1; Ep. 58, 5; Ep. 102, 24; 
De Benef., Lib. VII, 22, 1. 

L'habitude du bien est comparée à une teinture qui ne peut 
se décolorer entièrement : De Benef., Lib. VII, 19, 6. 

Un denier n'est pas mauvais parce qu'il est refusé par un 
rustre étranger qui ignore la marque officielle; de même, un 
bienfait mal accueilli n'en reste pas moins un bienfait : De 
Benef.. Lib. V, 20, 2. 

Celui qui cache sa tromperie sous l'apparence d'un véri- 
table bienfait est un ingrat autant que l'est un empoisonneur 
lorsque, au lieu de verser du poison, il a donné un soporifique : 
De Benef., Lib. V, 13, 4. 

De même qu'un homme de condition médiocre se console 
d'un deuil en voyant que les grands même ne sont pas à l'abri 
du malheur, de même devons-nous supporter les injures 
en nous disant qu'aucune puissance n'est protégée contre 
l'offense : De Ira, Lib. III, 25, 1. 

L'argent vient à certaines gens comme un denier qui tombe 
dans l'égout : Ep. 87, 16. 

L'homme à la poursuite du bonheur ressemble à celui qui, 
dans un labyrinthe, s'égare d'autant plus qu'il court plus 
vite : Ep. 44, 7. 

De même que l'hôte montre à l'étranger la beauté des villes 
que ce dernier ne connaît pas, de même l'aïeul du fils de 
Marcia expliquera à celui-ci les causes des phénomènes 
célestes : Consol. ad Marc., 25, 2. 

Baïes est appelée par Sénèque « l'hôtellerie » des vices 
(deversorium) : Ep. 51, 3. 

Certaines gens éprouvent à écouter un discours passionné 
le même enthousiasme que les eunuques de Cybèle au son de 
la flûte phrygienne : Ep. 108, 7. 

Celui qui ne vit que pour lui-même ressemble à un mort 
i|iû gît dans son tombeau : on pourrait inscrire son épitaphe 
sur le seuil de sa maison : Ep. 60, 40. 

Les Epicuriens sont des philosophes vraiment dignes 
de ce nom, mais l'apparence est contre eux; •• ils ont en 



— 141 — 

main un tambourin •>, dit Sénèque : De vit. beat., 13, 3 ('). 

Les voluptés sont semblables à ces voleurs que les Égyptiens 
appellent (fîhjvat : elles ne nous embrassent que pour nous 
étouffer : Ep. 51, 13. 

Sénèque appelle munusculum une maxime qu'il joint à sa 
lettre : Ep. 10, 5. 

Nous passerons maintenant aux très nombreuses compa- 
raisons qui sont empruntées au corps humain et à ses fonc- 
tions ordinaires ( 2 ). 

Nous sommes tous les membres d'un grand corps, dit 
Sénèque : Ep. 95, 52. — Cf. aussi fr. 95. 

Les hommes mous et apathiques ont une âme qui languit 
dans le sommeil : De Provid., 5, 9. 

Le sommeil a fourni d'autres comparaisons encore. Les 
voici : Ep. 20, 13 : Excitandus e somno et vellicandus est 
animus admonendusque naturam nobis minimum constituisse. 
Puis : Ep. 53,8; Ep. 94, 29; Ep. 102, 1; De Benef., Lib. V, 
23, 1; De Provid., 6,3; De tranquill. an., 2,6; Id., 2, 8; 
ld., 17, 6 ; De Remed. fortuit., III, 2. 

« Alere », « devorare », » exedere », « consumere », « prae- 
gustare », «degustare », « nutrire », » innutrire •% « satiare », 
« concoquere », « plénum esse », tous ces termes désignant 
l'acte de la nourriture, se rencontrent métaphoriquement chez 
Sénèque : <■ Alere » : De tranquill. an., 2, 10; Ep. 84, 1. — 
« Devorare » : Consol. ad Marc, 1, 2. — «Exedere» : Ep. 101, 8. 

— « Consumere » : De brevit. vit., 2, 4. — « Praegustare » : 
De vit. beat., 11, 2. — «• Degustare » : Ep. 33, 5. — » Nutrire » : 
De Ira, Lib. II, 21, 1; Ep. 25, 2; Ep. 31, 5. — « Innutrire » : 
Ep. 2, 2. — « Satiare « : Ep. 19, 7; » Concoquere <• : Ep. 2, 4. 

— « Plénum esse » : Ep. 61, 4. 



(') Cf. plus haut le passage sur la « stola >• portée par un bouime. 

( 2 ) Il est évident que toutes celles qui ont rapport a des maladies ou des 
affections figurent dans le chapitre 11, à cause du caractère !<>nt particulier 
qu'offrent ces comparaisons par rapport aux idées philosophiques de 

Sénèque. 



— 142 — 

• Haurire », « exhaurire », sont souvent aussi employés 
par Sénèque au figuré, ainsi que « perbibere », « conbibere », 
« macerare ». « Haurire » : Ep. 15, 11 (bis); Ep. 59, 9; 
Ep. 99, 5; Ep. 108, 2; Consoî. ad Marc, 3, 2. — « Exhaurire » : 
Ep. 40, 2; Ep. 84, 2. — « Perbibere » : De Ira, Lib. I, 16, 3; 
Ep. 36, 3; Ep. 94, 11. — « Conbibere » : Ep. 49, 1. - 
« Macerare » : Ep. 49. 6. 

De la soif à l'ébriété, il n'y a qu'un pas, facile à franchir 
surtout pour les Romains de l'Empire. Sénèque avait vu, sans 
doute, au cours de son existence, nombre de gens « égayés » 
par l'excès de vin, car les métaphores qui sont consacrées à 
ce divertissement ne sont pas rares : Ep. 114, 22 : " Quomodo 
in vino non ante lingua titubât quam mens cessit oneri et 
inclinata vel prodita est : ita ista orationis quid aliud quam 
ebrietas nulli molesta est, nisi animus labat. — Voyez ensuite 
De Ira, Lib. I, 4, 1; De Provid., 4, 9; De tranquill. an., 17, 9; 
Ep. 12, 4; Ep. 36, 2; Ep. 58, 32; Ep. 59, 15; Ep. 105, 6. 

Sénèque parle ausbi d'un « ebrius sermo » : Ep. 19, 9. 

« Aures pervellere » (tirer les oreilles, comme nous disons 
également en français, avec la même métaphore) est employé 
par Sénèque à plusieurs reprises; Ep. 94, 55; De vit. beat., 
10,3; De Benef., Lib. IV, 36, 1. — Cf. aussi « scabere » 
(chatouiller) : Ep. 75, 7 : Quid aures meas scabis? 

L'éloquence populaire veut avant tout « entraîner dans 
son élan les oreilles inexpérimentées » : Ep. 40, 4. 

La voix du sage résonne doucement à nos oreilles assourdies 
par le tumulte des fausses opinions : Ep. 94, 59. 

L'oreille de la mère de Marcellus fut « sourde » à toute 
consolation : Consol. ad Marc, 2, 5. 

La vue a donné lieu à quelques métaphores également : 
Ep. 66, 30 : Quisquis haec inparia judicat, ab ipsis virtutibus 
avertit oculos et exteriora circumspicit : bona vera idem 
pendent, idem patent. - Ep. 88, 45 : Illi non praeferunt 
lumen, per quod acies derigatur ad verum, hi oculos mihi 
elfodiunt. 

Ce qui constitue l'homme vertueux, ce n'est pas la diminu- 



— 143 — 

tion des vices, mais leur absence; car le plus léger défaut 
est un obstacle à la perfection, de même que la moindre 
affection des yeux suffit pour troubler la vue : Ep. 85, 5. 

De même que chaque homme possède les cinq sens, et n'a 
pas pour cela la vue perçante de Lyncée, de même, chez le 
« stultus •>, tous les vices ne sont pas aussi saillants que 
certains vices chez quelques-uns : De Benef., Lib. IV, 27, 3. 

Chaque fois que des œuvres divines on abaisse ses regards 
vers les choses humaines, on a l'impression de passer de la 
clarté du jour à des ténèbres profondes : Natur. Quaest., 
Lib. III, Praefatio, 11. 

On n'oserait point faire en plein jour ce que l'on fait dans 
les ténèbres : de même, ce qui irrite lorsqu'on est absent 
devient insignifiant quand on y assiste : /r. 91. 

Les énergiques métaphores : « respuere », » exspuere », 
sont loin d'être rares chez notre philosophe : Ep. 9,2; Ep. 13, 
12; Ep. 79, 14; Ep. 104, 34; Ep. 116, 5; De Const, sap., 
3,4; Id., 11,1; Consol. ad Marc, 9, 4; De vit. beat., 21,4; 
De brevit. vil, 7, 3; De Benef., Lib. VII, 7, 5; De Ira, Lib. III, 
43, 4; DeRemed. fortuit., I, 3; Id., X, 11. 

Une couple de métaphores sont empruntées à la barbe et 
aux cheveux : Ep. 82, 15; Ep. 92, 34; De tranqv.Ul. an., 8, 3. 

Les comparaisons qui suivent sont tirées de la marche (') 
De Benef., Lib. IV, 34, 3 : Conscientia vestra hoc loco titubât. .. 
— Ep. 20, 3 : ... vitium est haec diversitas et signum vacil- 
lantis animi ac nondum habentis tenorem suum. — Voyez 
encore Consol. ad Marc, 4, 2 (titubare); De Ira, Lib. I, 7, 4; 
De vit. beat., 25, 6; De Benef., Lib. II, 12, 2; Ep. 120, 17. 



(') Ici encore, nous devons répéter ce que nous avons dit plus haut au 
sujet des métaphores tirées du corps humain : les métaphores et comparai- 
sons énumérées ici, tout en ayant une certaine ressemblance avec celles 
qui sont groupées dans la 2 e partie du chapitre III (métaphores et compa- 
raisons empruntées aux voyages sur la terre ferme), ne présentent cepen- 
dant pas, comme celles-ci, le caractère tout particulier que nous avons 
tâché de mettre en lumière dans le chapitre susdit. 



— 144 — 

[nduere » et son contraire » exuere » sont souvent pris 
métaphoriquement par Sénèque. <• Induere » : De Benef., 
Lib. II, 2, 2: /</., Lib. IV, 17, 3; Ep. 47, 20; Ep. 64, 4; Ep. 67, 12; 
Ep. 71. L9; /•>. 11:!. 14.— « Exuere » : De Benef., Lib. IV, 
17, -1: M- Jra#. ''/.. 4, 4; Ep. 11, 1; A>. 22, 3; £/>. 24, 2; 
Éfc. 10, s ; Ep. 76, 32; />. 80,4; .% 85, 8; Ep. 85, 29; £>. 90, 28; 
Ep. 95, 21; % 104,21. 

De même que certains habits conviennent mieux au philo- 
sophe que certains autres, de même il y a des pays dont le 
séjour est moins recommandable au sage que tels autres : 
A>.51, 2. 

Le corps est une espèce de vêtement dont la nature a enve- 
loppé l'âme : Ep. 92, 13. — Cf. aussi Ep. 21, 9 (velamentum 
vitiorum). 

Si l'on vient à perdre un ami, il faut chercher un ami 
nouveau, de même que, si l'on a perdu son habit, on en fait 
confectionner un neuf : Ep. 63, 11. 

Les gens qui ne possèdent point la sagesse agissent comme 
les enfants, qui s'effraient ou s'irritent pour un rien, et 
attachent de la valeur à des objets qui n'en ont aucune. Cette 
comparaison est fréquemment employée par Sénèque : De Ira, 
Lib. III, 34, 1 : Crede mihi, levia sunt propter quae non leviter 
excandescimus, qualia quae pueros in rixain et jurgium con- 
citant. — Ep. 115, 8 : Tune intellegere nobis licebit, quam 
conteinnenda miremur, simillimi pueiïs, quibus omne ludicrum 
in pretio est : parentibus quippe nec minus fratribus praefe- 
runt parvo aère empta monilia. — Puis : De Ira, Lib. I, 2, 6; 
Ibid., 12, 4; I<L, Lib. 11, 11, 2; De Const. sap., 5, 2; Ep. 21, 13; 
Ep. 99, 27; Ep. 104, 13. — Cf. aussi De Const. sap., 12, 1 et 
De vit. beat., 26, 4. 

Le sage joue vis-à-vis des « stulti » le rôle du maître à 
l'égard des jeunes élèves auxquels il doit inculquer les pre- 
miers principes des diverses sciences : De Benef.. Lib. V, 25, 6; 
Ep. 73, 4; Ep. 89 ; 13 <- sapiens... humani generis paedagogus ••; 
Ep. 90, 26; Ep. 94. 51. 

Les sages, eux, ont comme maîtres les dieux : De Provid., 
4, 11. 



— 145 — 

Sénèque parle d'anilia praecepta, préceptes <• dignes d'une 
vieille femme » : Ep. 94, 2. 

Le souverain bien est facile à trouver; on peut le « montrer 
du doigt » (digito demonstrare) : Ep. 71, 4. 

Le teint se hâle lorsqu'on s'expose au soleil; de même, au 
sortir de chez un philosophe, on emporte avec soi quelque 
chose de sa sagesse : Ep. 108, 4. 

Un écrivain recherché est comparé par Sénèque à quelqu'un 
qui s'épile jusqu'aux jambes, un auteur négligé à un homme 
qui ne s'épile pas même les aisselles : Ep. 114, 14. 

Une existence, si courte qu'elle soit, peut être bien remplie, 
de même qu'un homme de petite taille peut être néanmoins 
d'une excellente constitution : Ep. 93, 7. 

Les mains se voient, mais le cœur, qui donne la vie aux 
mains, est invisible ; de même les préceptes sont évidents, 
tandis que les principes essentiels de la sagesse sont cachés : 
Ep. 95, 64. 

11 ne faut pas s'irriter contre un brigand ou un empoison- 
neur, pas plus qu'on ne se fâche contre soi-même lorsqu'on 
perd du sang : De Ira, Lib. I, 16, 1. 

Les nuages s'entre-choquent comme les mains qui applau- 
dissent : Natur. Quaest,, Lib. II. 27, 4. 

Ce n'est qu'imperceptiblement qu'on « descend " vers 
certains vices, tandis qu'on est <• précipité •> vers la colère : 
De Ira, Lib. III, 1, 5. 

Certaines âmes inquiètes » se retranchent dans les coins ■> 
et « se couchent sur » leurs chagrins (in angulos se retrahere, 
incubare) : De tranquïll. an., 2, 11. — Cf. aussi Ep. 30, 1 et 
De Benef., Lib. VII, 10, 2. 

Empêcher quelqu'un de s'élever par ses vertus jusqu'au 
ciel, c'est le contraindre de vivre la tète baissée : Ep. 65, 20. 

Il faut user avec modération des biens matériels, afin que, 
si on nous les enlève un jour, ils n'emportent pas avec- eux 
une partie de nous-mêmes : Ep. 74, 18. 

De même que notre ombre tantôt nous précède et tantôt 

lu 



— 146 — 

nous suit, de même la gloire se montre et se cache alternative- 
ment : Ep. 79, 13. 

La vertu n'est ni grande ni petite : elle a toujours la même 
taille : Ep. 71,8. 

Sénèque parle d'une chose qui » s'assied » dans notre âme 
(nous usons d'une autre métaphore : se « grave ») : Ep. 2, 2. 

Les conseils « pénètrent dans » (intrare) l'âme et s'y » atta- 
chent » (haerere) : Ep. 38, 1. — Cf. aussi De Benef., Lib. Il, 1, 2- 

Les gens qui citent toujours l'avis des autres » se cachent à 
l'ombre d'autrui » (sub aliéna uinbra latere) : Ep. 33, 8. 

L'ambition, « fatiguée » par des insuccès, se retire quelque 
temps, mais pour reparaître bientôt avec plus de violence : 
Ep. 50, 9. 

Nous ne serons parfaitement heureux que si notre âme 
'• se tient toujours debout » (erectus) et est contente d'elle- 
même : Ep. 59, 14. 

On rejette le sage » dans sa peau » (intra cutem cogère), 
dit Sénèque ; c'est-à-dire qu'on le repousse de partout : Ep.\), 13. 

I îertaines vertus « se tiennent par la main » (consertae) et 
« sont attachées les unes aux autres » (inter se cohaerentes) : 
Ep. 90, 3 : ... religio, pietas, justifia et omnis alius comitatus 
virtutum consertarum et inter se cohaerentiurn. 

Le sage ne fait pas comme les gens qui « sont attachés » 
(cohaerere) aux richesses, c'est-à-dire qui en sont les esclaves : 
De vit. beat, 26, 1. — Cf. aussi De Benef., Lib. Vil, 19, 8. 

L'adversité ne fait qu'« effleurer la peau » du sage : Ep. 72, 5. 

A certaines gens, je « pousserai de force » (inculcare) mes 

* bienfaits », dit iSénèque, avec cette véhémence d'expression 
qu'on rencontre si souvent dans ses images : De vit. beat., 24, 1. 
— Cf. aussi, dans le même sens, l'emploi de '• conculcare » : 
Ep. 23, 6, et de « ingerere » : Ep. 12, 11, et Ep. 94, 25. 

Se consoler d'un malheur, c'est <• replacer son âme sur son 
siège » (in sedem suam reponere), ou, comme nous disons, la 

• rétablir dans son assiette ■■■ : Couaol. ad Marc., 2, 2. 

Les livres de Cremutius Cordus ont été écrits <• avec son 
sang " : Consul, ad Marc, 1, 3. 



- 147 — 

Le sage aura une bourse vite ouverte, mais non percée, 
d'où il sortira beaucoup, mais d'où rien ne tombera pour se 
perdre : De vit. beat., 23, 5. 

Il faut venir à la vertu « les mains ouvertes » (soluto sinu) : 
De Benef, Lib. IV, 24, 2. 

Les désirs des hommes « ouvrent toujours une gueule avide » 
(hiare) : De Benef., Lib. VII, 26, 3. 

" Mon précepteur », dit Sénèque, « a « tiré par la main « 
(manu extrahere) mon esprit lent et paresseux » : De Benef., 
Lib. VI, 16, 7. 

Sénèque dit qu'il a « touché de la main » (manu prendere), 
c'est-à-dire pris sur le fait, certaine disposition de son ami 
Liberalis : De Benef., Lib. VI, 42, 1. 

L'habitation de l'homme a fourni également un certain 
nombre de comparaisons. 

La vieillesse décrépite est comparée à une maison qui tombe 
en ruines : Ep. 30, 2, et Ep. 58, 35. 

11 faut « fermer sa porte » (excludere) aux affaires, d'après 
les stoïciens et Sénèque : Ep. 72, 11. 

Il ne faut « saluer que de loin - (littéralement : « du seuil 
de sa maison ■>, a limine salutare) les choses de la dialectique : 
Ep. 49, 6. 

Le sage se prépare toujours à ce que la mort lui fasse signe 
de sortir de sa maison (c'est-à-dire de la vie) pour l'accom- 
pagner : Ep. 61, 2. 

Le sage parfait ne « tremble » pas sur sa « base » (suo 
loco nutare), comme l'aspirant-philosophe : Ep. 35, 4. 

La colère ressemble à ces ruines qui se brisent sur ce 
qu'elles écrasent : De Ira, Lib. I, 1, 2. 

Notre corps est une hôtellerie qu'il faut quitter dès qu'on 
se sent à charge à son hôte : Ep. 120, 14. 

L'homme habite ici-bas une maison qui n'est pas la sienne : 
Ep. 120, 16. 

Caton « restait debout ■> (non labare) sur les « ruines » de 
sa patrie : Ep. 95, 71. 

Beaucoup de riches ne sont brillants qu'à l'extérieur, comme 
les murs de leur palais : De Provid., 6, 4. 



— 148 — 

La flatterie ressemble à une maîtresse qu'on chérit lors- 
qu'elle pousse la porte, qu'on adore lorsqu'elle la force : 
Natur. Quaest., Lib. IV, Praefatio, 6. 

Dans les grandes villes, les maisons ont tour à tour besoin 
d'être étayées; de même, sur notre terre, tantôt une partie, 
tantôt une autre se désagrège : Natur. Quaest., Lib. VI, 1, 12. 

Adsignare, marquer d'un signe pour indiquer l'attribution 
d'une terre à un colon, est employé métaphoriquement : 
Ep. 54, 1. 

L'homme est un vase que le choc le plus léger brise : 
Consol. ad Marc, 11, 3. 

L'âme qui ne sait pas jouir du passé est assimilée à un vase 
percé : Ep. 99, 5 : perforato animo... et transmittente quicquid 
acceperat. Cette métaphore se rencontre déjà dans Lucrèce, 
III, 934-935 (pertusum quasi in vas). 

« Amplecti », « amplexari », " complecti » sont souvent 
usités comme métaphores par Sénèque : <• Amplecti » : 
Ep. 45, 6. — " Amplexari » : Ep. 66, 48; Ep. 106, 1.— « Com- 
plecti » : De vit. beat, 10, 3; Ep. 1, 2; Ep. 12, 4; Ep. 20, 5; 
Ep. 75, 10; Ep. 79, 14; Ep. 94, 1. — Cf. aussi « amplexus » : 
Consol. ad Helv., 19, 3 et De Ira, Lib. III, 25, 4; et « corn- 
plexus » : Ep. 53, 8 et Ep. 66, 13. 

L'amour sensuel a fourni les comparaisons suivantes : De 
Benef., Lib. IV, 14, 1; ld., Lib. VI, 25, 2; ld., Lib. VII, 13; 
Ep. 22, 10. 

Le philosophe aime d'un amour très sincère, quoique calme, 
de même que les baisers d'un père, pour être moins passionnés 
que ceux d'un amant, n'en viennent pas moins du cœur : 
Ep. 75, 3. 

De même qu'une courtisane sait donner à chacun de ses 
amants quelque signe d'amour particulier, de même celui qui 
veut rendre ses bienfaits aimables doit trouver le moyen 
d'obliger tout le monde tout en distinguant chacun person- 
nellement : De Benef., Lib. I, 14, 4. 

On devrait « caresser », « apaiser » (permulcere) la pau- 
vreté : Ep. 87, 40. 



— 149 — 

Le terme énergique « impingere », pousser brutalement, 
avec force, appliquer violemment ('), est employé : Ep. 95, 3, 
etEp. 117, 1. 

Plusieurs métaphores sont tirées de l'habitude qu'avaient 
les Romains d'imprimer un cachet ou une étiquette {signiim, 
nota, titulus) sur les choses leur appartenant : Ep. 18, 16; 
Ep. 45, 7; Ep. 81, 9. — Cf. aussi : Ep. 115, 1. 

S'émouvoir de la fuite de ses esclaves est aussi ridicule que 
de se plaindre d'être sali par la boue dans la rue : Ep. 107, 2. 

« Souiller, ternir » (inquinare, aspergere) la réputation de 
quelqu'un : cette métaphore, si commune aujourd'hui, se 
trouve déjà chez Sénèque (qui ne l'a d'ailleurs pas inventée) 
De Benef,, Lib. VII, 30, 2. — Cf. aussi Ep. 91, 20 (vir bonus 
iniquis rumoribus sparsus). 

Sénèque emploie aussi l'expression <• inquinare animos » : 
Ep. 94, 59. 

A la vue d'un endroit familier à un ami parti au loin, on 
songe avec regret à celui-ci, de même que le deuil d'un mort 
aimé se ravive lorqu'on se trouve en présence d'un objet 
ayant appartenu au défunt : Ep. 49, 1. 

L'arithmétique, d'après Sénèque, nous <• forme les doigts •> 
(commodare digitos) pour l'avarice : Ep. 88, 10. 

Nous devons nous assimiler complètement les aliments de 
l'esprit, afin de former une seule chose de plusieurs, comme 
le calcul, qui arrive à un total en rassemblant des sommes 
moindres et différentes : Ep. 84, 7. 

Lorsque la flatterie essayera de nous faire croire que nous 
sommes des sages, faisons comme Alexandre, qui, ayant été 
blessé, s'écria : « Tout le monde jure que je suis fils de Jupiter, 
mais cette blessure me crie que je ne suis qu'un homme » : 
Ep. 59, 12. 

Comme il arrive souvent que nous cherchons ceux qui sont 



( J ) Cf. par exemple Ep.Al, 9 : « Stare ante limon Callisti dominum suum 
vidi et eum, qui illi inpegerat fcitulum.... ». 



— 150 — 

près de nous, ainsi [e but du souverain bien est souvent, sans 
que nous le sachions, à côté de nous : Ep. 71, 4. 

Sénèque s'étant trouvé à court de mémoire, se compare à 
un vieux livre dont les feuillets moisis se sont collés les uns 
aux autres : Ep. 72, 1. — Cf. Ep. 58, 5 (situs, en parlant de 
mots tombés en désuétude). 

La vieillesse a son charme particulier, comme l'enfant sur 
le point de devenir jeune homme : Ep. 12, 4. 

On se presse autour d'un homme influent comme autour 
d'un lac, pour y puiser et le troubler : Ep. 36, 2. 

Sénèque dit qu'il « envoie son âme » (animum mittere) à 
tous les gens de bien, en quelque lieu qu'ils soient, à quelque 
époque qu'ils aient vécu : Ep. 62, 2. 

Un homme, à qui on annoncerait qu'il devra, au bout de 
cinquante ans, subir des supplices, ne s'en troublerait guère, 
comme fait celui qui s'attriste de malheurs depuis longtemps 
passés : Ep. 74, 34. 

Il faut « rassembler » (colligere) et « conserver ■> (servare) 
le temps : Ep. 1, 1. 

Un homme qui possède des biens considérables ne mérite 
pas plus d'admiration qu'un cheval qui a des freins d'or : 
Ep. 41, 6. 

Discuter sur des mots, c'est « éplucher » (digerere) des 
syllabes : Ep. 48, 5. 

On se « pousse » (trudere) l'un l'autre dans les vices : 
Ep. 41, 9. 

Sénèque nous parle aussi de la philosophie qui nous 
•; pousse » (impellere) vers le dégoût de la vie : Ep. 24, 26. 

L'éloquence populaire est un choc de paroles jetées pêle- 
mêle, sans choix : Ep. 40, 5. 

Par la suite des temps, toutes les générations ont été 
confondues et jetées pêle-mêle par la Fortune : Ep. 4-4:, 4. 

Un richard n'est pas plus grand parce qu'il possède d'im- 
menses propriétés, pas plus qu'un nain ne grandira en se 
plaçant sur une montagne; le sage, lui, est toujours grand, 
comme un géant qui reste tel même s'il se trouve au fond 
d'un puits : Ep. 76, 31. 



— 151 — 

Le mensonge est « transparent » (tenue), si l'on y regarde 
de près : Ep. 79, 18. 

Il faut que nous sachions nous dégager de la fange où nous 
sommes plongés pour nous élever jusqu'au ciel do la sagesse : 
Ep. 75, 18. 

La terre est pour l'âme une prison : Ep. 79, 12. 

Les passions sans issue <• s'étranglent •> elles-mêmes : De 
tranquill. an., 2, 10. 

Un homme digne de ce nom doit ■■• se durcir » (obrigescere) 
dans la vie : Ep. 82, 2. 

L'ingrat « se tourmente » (se torquere) et « se consume » 
(se macerare) par sa propre faute : Ep. 81, 23. 

Celui qui reconnaît d'autres biens que la vertu tend les 
mains à la fortune, et attend anxieusement qu'elle lui jette 
ses faveurs : Ep. 74, 6. 

Les serrures bien fermées tentent les voleurs, mais les 
maisons ouvertes sont dédaignées par eux. La foule agit de 
même : dès qu'on lui cache un endroit, elle veut y pénétrer : 
Ep. 68, 4. 

La renommée » se joue » (illudere) de nous : Ep. 13, 8. 

Les biens sont comme la mort : toujours égaux, ayant une 
même fin : Ep. 66, 43. 

Vivre dans la retraite sans avoir la littérature comme 
passe-temps, c'est entrer vivant au tombeau : Ep. 82, 3. 

Si la raison règne sur nous, nous-mêmes nous serons les 
maîtres de toutes choses : Ep. 37, 4. 

Sénèque dit qu'il veut » chercher querelle » (convicium 
facere) à la langue latine : Ep. 58, 7. 

Vivre à la lueur des torches et des cierges, équivaut à 
célébrer ses funérailles: Ep. 122, ICI 

Il y a des gens qui veulent continuer à vivre malgré tout; 
ils « mendient » l'existence, selon Sénèque : Ep. 101, 13 : Quid 
tam fœda vitae mendicatio? 

Notre âme est notre roi : Ep. 114, 23. 

Parfois aussi elle est notre tyran : Ep. 114, 24. 

On doit dire de la colère ce qu'on dit du deuil : puiqu'cllc 



— 152 — 

doit cesser un jour, no vaut-il pas mieux l'abandonner que 
d'attendre qu'elle nous abandonne? De Ira, Lib. III, 27, 4. 

Le vin le plus clair est celui qu'on puise le premier dans 
l'amphore; ce qui reste au fond, c'est la lie. De même, la 
meilleure partie de l'existence s'échappe la première, et nous 
la donnons aux autres, au lieu de leur laisser la lie que nous 
gardons pour nous-mêmes : Ep. 108, 26. 

11 faut que notre vie « se replie sur elle-même », « se 
recuoille •> (in se colligi) : Ep. 101, 9. 

11 y a des gens qui trouvent du plaisir même dans la 
douleur; ils « chatouillent » (titillare) l'affliction : Ep. 99, 27. 

Sénèque, voulant communiquer une pensée nouvelle à son 
ami Lucilius, lui dit plaisamment : « Tends la main (littérale- 
ment : ton giron (sinum laxare)) : c'est pur profit •> : Ep. 119, 1. 

Un homme ne doit pas » plier •> (incurvari ab) sous l'injure : 
De Ira, Lib. III, 5, 8. 

L'acquisition de certaines choses nous a " enlevé des mains •> 
(extorquere) notre liberté : Ep. 42, 8. 

Notre temps nous est '• volé » sans que nous nous en 
apercevions : Ep. 104, 12. — Cf. Ep. 1, 1. 

Notre vie doit ressembler aux objets précieux, qui ont une 
grande valeur sous une petite apparence : Ep. 93, 4. 

Il ne faut par « aggraver » (cumulare, grossir en accumu- 
lant) de petits inconvénients : Ep. 99, 13. 

■• Onus •', « pondus » sont employés par Sénèque dans le 
sens stoïcien : le poids des vices ou des malheurs que doivent 
supporter les hommes ('): Ep. 71, 2t>:...stat (se. sapiens) 
rectus sub quolibet pondère. — Puis : Ep. 71, 25 et Ep. 108, 2. 

Entre les stoïciens et les autres écoles philosophiques, il y 
a la même différence qu'entre l'homme et la femme; le pre- 
mier est né pour commander, la seconde pour obéir : De 
Const. sa p., 1,1. 



(') Cf. sur le « onus vitae », Marc-Aurèle, IV, 4, 1 : ... tpv^cÎQioy ti 
pctaxaÇov vexgây, wg Enixzrjrog eXsysy. 



— 153 — 

Les maîtres cruels sont montrés du doigt par toute la ville 
et sont haïs de tous; de même, les rois méchants sont voués à 
l'exécration des siècles futurs : De Clem.. Lib. I, 18, 3. 

Les sages mêlent leurs plaisirs à la vie comme nous plaçons 
un jeu ou un badinage parmi les choses sérieuses : De vit. beat., 
12,2. 

On doit faire pour un bienfait ce qu'on fait d'un trésor : 
l'enfouir profondément et ne le retirer de terre qu'en cas de 
besoin : De vit. beat., 24, 2. 

Nous nous attachons à l'extérieur des choses, et ainsi nous 
passons en aveugles à côté de trésors cachés : De vit. beat., 3, 1. 

D'immenses richesses, si elles tombent entre les mains d'un 
maître dépensier, s'évanouissent rapidement, tandis qu'une 
modeste fortune, confiée à un gardien prudent, s'accroît avec 
le temps. De même notre existence, si courte soit-elle, est 
féconde pour qui sait en user avec sagesse : De brevit, vit., 1, 4. 

Une liqueur, si abondante qu'elle soit, se perd si on ne la 
verse dans un vase et qu'on ne la conserve ; de même en est-il 
pour la vie humaine : De brevit. vit., 10, 5. 

Le vrai sage ne permet pas qu'on « entame « (delibari) son 
temps : De brevit. cit., 7, 5. 

« A quoi bon, dit Sénèque à Polybe, » se fondre », « se 
liquéfier ■■■> (intabescere) dans sa douleur? •> Consol. ad Fol //b., 
5,2. 

Notre existence, comparée à l'éternité, tient moins de place 
dans le temps qu'un point : Consol. ad Marc., 21, 2. 

Le sage a été placé par sa vertu sur les confins d'un autre 
monde, qui n'a rien de commun avec celui où habitent les 
autres hommes : De Const. sap., 15, 2. 

Certains crimes se sont tellement multipliés que la honte 
qui y était attachée a disparu; de même, les ingrats devien- 
dront plus nombreux encore et plus avides, lorsqu'ils s'aper- 
cevront combien ils sont nombreux : De Benef., Lib. III, 16, I. 

De même qu'il y a certaines perceptions qui s'incrustent 
immédiatement en nous, d'autres dont l'acquisition exige bien 
plus de peine, de même il y a des bienfaits qui ne sauraient 

il 



— 154 — 

être oubliés, d'autres qui, étant de moindre importance, 
échappent à la mémoire : De Benef., Lib. III, 5, 1. 

Les objets qu'on touche et qu'on emploie tous les jours ne 
se rouillent ni ne se couvrent de poussière, tandis que ceux 
que l'on abandonne dans un coin se salissent avec le temps. 
De même on se rappelle facilement les sujets dont on s'occupe 
journellement, alors qu'on oublie vite ce dont on ne se préoc- 
cupe plus : De Benef., Lib. III, 2, 3. 

S'occuper des subtilités de la dialectique, c'est, d'après 
Sénèque, « faire des nœuds » (nodos nectere) pour les « défaire » 
(dissolvere) ensuite : Ep. 45, 5 et Ep. 117, 31. 

Cependant, les sophismes, si puérils qu'ils paraissent, 
exercent notre perspicacité tout autant que le jeu qui consiste 
à faire et à défaire des nœuds : De Benef., Lib. V, 12, 2. 

On voit encore une fois par là qne Sénèque ne reniait qu'in- 
complètement ses anciennes amours. 



Nous n'avons que peu de chose à ajouter à ce qui précède. 
Ce huitième et dernier chapitre n'est pas, comme les précé- 
dents, ni surtout comme les premiers, une collection aussi 
complète que possible de métaphores prises à un même 
domaine bien délimité, qui puisse par son caractère spécial 
relativement aux idées philosophiques de Sénèque, fournir à 
celui-ci des comparaisons originales et fortes. Parmi les 
métaphores et les comparaisons que nous venons de passer 
en revue, il y en a un grand nombre qui furent le patrimoine 
commun de la plupart des auteurs anciens, et qui ont, par 
conséquent, perdu une grande partie de leur valeur. Néan- 
moins, on aura pu voir que, assez souvent encore, Sénèque a 
su puiser avec succès dans les trésors de son expérience si 
large et si variée des hommes et des choses. 



Errata et Addenda. 



CHAPITRE I. 

P. 16, ligne 7 : se livrer, à, lire : se livrer à. 

P. 19, ligne 16, note 3, au commencement, ajoutez : V. Ep. 108, 13-23. 

P. 21, fin de la note 1, IV, V,25, lire : IV, v, 25. 

P. 23, ligne 4, après Puis, intercalez : De Provid., 6, 6 ; De Const. sap., 3. 5. 

Ib., ligne 5 : De vit. beat., 27, 6, lire : De vit beat., 27, 3. 

lb., ligne 6 : Consol. ad Polyb., 17, 5, lire : Consol. ad Polyb. ,% 2 et Ib., 17,5. 

Ib. id., après Ep. 45, 9, intercalez : Ep. 85, 26. 

Ib., ligne 24 : De Const. sap., 4, 1, lire : De Const. sap., 4, 1; lb., 6, 4. 

Ib., ligne 25, ajoutez: Cf. aussi De Clem., Lib. I, 5, 3 (malam fortunam 
retundere). 

P. 24, ligne 5, fin, ajoutez : De vit. beat., 15, 5 ; lb., 15, 7 et De Benef., 
Lib. IV, 1, 2. 

Ib., 1. 18, ajoutez : Un « pécheur endurci » est appelé « veteranus > : Ep. 25, 2. 

Ib., note 1, ligne 3, I, XIV, 15, lire : I, xiv, 15. 

P. 25, dern. ligne, ajoutez : Consol. ad Polyb., 11, 3 et De Provid., 5, 1. 

P. 26, après la ligne 3, intercalez : Les passions, elles, se révoltent aisé- 
ment : Ep. 69, 4 : Cito rebellât adfectus. 

P. 27, après la 1. 25, intercalez : C'est à peine si, de temps a autre, il se 
produit un armistice (indutiae) : Consol. ad Marc, 16, 5. 

P. 27, note 2, ajoutez : Voyez p. ex. les paroles de Fabianus citée3 par 
Sénèque : De brevit. vit., 10, 1. 

Ib., note 3 : dûs., lire : Cic. 

P. 28, 1. 13, avant Ep.9, 3, intercalez : Consol. ad Polyb., 6, 2. 

Ib., 1. 14, après Ep. 92, 2, intercalez : Ep. 95, 32. 

lb., id.. fin, ajoutez : De Provid., 6, 6. 

Ib., après lai. 19, intercalez : Car c'est par la vertu qu'on parvienl u 
vaincre la fortune. Malheureusement, on n'est pas toujours suffisamment 
armé contre tous les hasards possibles : Ep. 71, 30. 

Ib., 1. 23, Ep., lire Ep. 



— 156 — 

P. 29,1. 18, lin. ajoute/. : De vit. beat, 11,3. 

lb., 1. 21, lin, ajoutez : et Consol. ad Mitre, 9, 3. 

Ilp.. 1. 30, ajoutez : Consol. ad Polyb., 11,3. 

P. 30,1.25 : Ep. 22.8, lire : Ep. 22, 8. 

i\ 31, après la 1.8, intercalez: Si l'en est fatigué de combattre, il est 
permis de s'évader de l'existence (par le suicide) : De Provid., 6, 7. 

P. 32, 1. 31 : corpulente, lire : corpulents. 

lb., ajoutez : cf. ïbid. 9, 3: Cogendae in artum res sunt, ut tela in vanuin 
cadant. 

1'. 33, supprimez les deux premières 1. et la 3 e jusqu'à : tranq. exclus. 

lb., ligne 12, au lieu de : Toutes les vertus sont égales entre elles, lire : 
On peut être brave de diverses façons. 

Ib., note, lin : page 85, lire : page" 84. 

P. 34, 1. 10, ajoutez : Ep. 56, 11 : .... si receptui cecinimus nulla res nos 

avocabit, etc., et Consol. ad More, 22, 3 (vitae stipendium). 

II»., 1. 14, tin, ajoutez : De Ira, Lib. II, 12, 5. 

lb., après la dern. 1., ajoutez : Tout ce qui regarde notre corps ne doit pas 
avoir à nos yeux plus d'importance que n'en ont dans une armée les auxi- 
liaires : De rit. beat., 8,2. — L'expression militaire: « ferre signa > est 
employée De vit. beat., 14, 1. 

P. 40, avant-dern. 1., ajoutez : Cf. Ep. 85, 1. 

P. 44, 1. 5 : est ? lire : est ? » 

lb, 1. 11, après Ep. 85, 6, ajoutez : Ep. 107, 12, De vit. beat., 16, 3, lb., 25, 6 
et De lie nef., Lib. III, 38, 3. 

lb, id, supprimez Ep. 109, 2 pour le mettre à la fin de la 1.17. 

lb, après la 1. 11, intercalez : La fortune ne peut soutenir la lutte contre 
la vertu : De Const. sap., 8, 3. 

Ib., note, dern. 1. : page 15, note 4, lire : page 21, note 2. 

P. 45, après la 1. 3, intercalez : Il y a dans le monde une lutte à qui 
commettra le plus de méfaits : De Ira, Lib. II, 9, 1. 

lb, 1. 19, ajoutez : Cf. « auferre pedes », dans le sens de « se dérober >, 
Nat. Quaest., Lib. IV, praef., 10. 

Ib, avant III, intercalez : Sénèque parle aussi de la « lutte » en paroles: 
De Ira, Lib. III, 36, 4 (congredi cum inperitis). — Quand la nature regimbe 
(reluctari), on est impuissant : De tranquill. an., 6, 2. 

P. 47,1.18, fin, ajoutez : Voyez aussi Consol. ad Marc.,2'6,A(« commissus»). 

lb, ajoutez : Le terme « spoliarium » fournit à Sénèque une métaphore 
énergique : De provid., 3, 7 : proscriptionis Sullanae spoliarium. 

P. 1*, I. 1, avant Ep. 13, 6, intercalez : De tranquill. an., 1, 16. 

II'.. I. 8, après Ep. 31, 11, intercalez •-< desilire : Ep. 76, 29. 

Ib, nute, fin, ajoutez : Sénèque n'a guère que du mépris pour les exercices 
du corps; voyez la lettre 15, 2 : « Stulta est enim, mi Lucili, et minime 



— 157 — 

conveniens litterato viro occupatio exercendi lacertos ci dilatandi cervicem 
ac latera firmandi.... ». Il ne fait exception que pour la course et le saut 
[Ep. 15, 4). 

P. 49, avant-dern. 1., ajoutez : Cf. aussi De Benef., Lib. V, 25, 4. 

P. 50, dern. 1., ajoutez : De Provid., 4, 2. 



CHAPITRE TI. 

P. 59, après la ligne 10, ajoutez : Chaque âme a ses parties malades. 
« causariae partes », qui exigent un traitement approprié : Ep. 68, 7. 

P. 63, après la 1. 13, intercalez : Cependant, il est des malades qu'il faut 
laisser dans l'ignorance de leur mal : De brevit. vit., 18, 6. 

Ib., 1. 24, avant De Ira, intercalez : Ep. 68, 8. 

Ib., 1. 25 : De brevit. rit., 46, lire : De brevit. rit , 4, 6. 

Ib., id., après : De brevit. rit., 4, 6, ajoutez : Ep. 98, 15. 

Ib., 1. 26, ajoutez : De brevit. rit., 12, 1. 

P. 66, après la 1. 13, ajoutez : Sénèque aime à employer le verbe suppu- 
rare » : De brevit. rit., 12, 1; Ep. 59, 17; 80, 6. 

P. 67, 1. 4, fin, ajoutez : De Benef., Lib. V, 12, 6 (aniinus caccus) el /</., 
Lib. VII, 26, 4 (caeca ambitio). 

P. 68, 1. 14 : De Clem., lire : De Clem. 

Ib., 1. 25, fin, ajoutez : Ep. 94, 31 . 

P. 69, après la 1. 12, intercalez : Au moyen de certains remèdes, on peut 
rendre la vue plus perçante; il en va de même pour les yeux de l'esprit : 
Ep. 115, 6. — Enfin, une métaphore pittoresque se trouve Consol. ad. Helv., 
20, 1 : .... naturale est manum saepius ad id referre, quod doleat.... 

Ib., 1. 16 : Épitres, lire : Épttres. 



CHAPITRE III. 

I. 

P. 75, dern. 1., avant De rit. tirât., intercalez ibid., 27, 3. 
P. 76, 1. 2 : Lib. VI. 28. 2, lire Lib. VI, 28, 2. 
11)., 1. 5, après Ep. 104, 22, intercalez : Ep. 111, 4. 
11). 6, fin, ajoutez : De Benef., Lib. V, 12, 6. 

P. 77, après la 1. 8, intercalez : Jupiter tient le gouvernail du monde 
Ep. 1U7, 10. 



— 158 — 

Ib., 1. 18, après : philosophie, ajoutez (en note): Démétrius aussi, d'après 
Sénèque, parlait du « sage qui se fixe sur la terre ferme, à l'abri des tempêtes » 
{De Benef., Lib. VII, 1,7). 

11>.. 1. 22, fin, ajoutez : Consol. ad Helv., 18, 1. 

P. 78, 1.21, ajoutez (en note) ; Démétrius compare une existence trop 
paisible à une mer morte (Ep. 67, 14). 

lb., après la 1. 28, intercalez : Ceux qui naviguent sur des vaisseaux 
surchargés de voiles et de cordages pourront essuyer bien des tempêtes; 
il en va de même dans la vie pour ceux qui veulent s'occuper de trop de 
choses à la fois : De tranquïll. an., 9,3. 

lb., après la dern. 1., ajoutez : Les hauts et les bas qu'on observe dans 
notre existence ressemblent au flux et au reflux de la mer : De Benef., 
Lib. I, 10, 1. — « Vêla contrahere », plier les voiles, est pris au figuré 
dans le De tranquill. an., 4, 7. 



II. 



P. 81, 1. 3 : De Prorid., 2, 10, lire : De Provid., 2, 10; Id. 6, 7 et 6, 9. 

Ib., 1. 4, après Ep. 11, 3-4, ajoutez : De Ira, Lib. III, 15, 3. 

Ib.. 1. 10, avant Ep. 80, 1, ajoutez : Ep. 79, 16. 

Ib., id. : Ep. 80. 1, lire Ep. 80, 1. 

P. 82, après la 1. 2, intercalez : Prenons toujours la raison pour guide sur 
le chemin de la vie : De Benef., Lib. II, 18, 2. 

Ib., après la 1. 4, intercalez : Elle seule peut monter si haut : De rit. beat., 
15,5. 

Ib., après la 1. 18, intercalez : Celui qui a entrepris ce voyage méprise 
tous les biens terrestres : Ep. 92, 31 ; De Const. sap., 8, 2. 

lb., après la 1. 28, intercalez : On se laisse distraire à tel point, qu'on 
arrive au terme de sa route (c.-à-d. de la vie) sans s'en apercevoir : De 
b revit, vit., 9, 5. 

P. 83, après la 1. 12, intercalez : Nombreux aussi sont les passages où 
« lubricus » ou « lubricum > sont employés dans le sens de : le chemin 
glissant de la vie, où les faux pas sont nombreux. Voyez Ep. 1, 3; Ep. 84, 12; 
Ep. 92, 10; Ep. 116, 6; De Const. sap.,b, 7; Consol. ad Marc., 9, 2; De rit. 
beat., 8, 5 ; Consol. ad Polyb., 9, 5. 

Ib., 1. 16, fin, ajoutez ibid., 6, 6. 

lb., 1. 18, fin, ajoutez : Cf. aussi De Benef., Lib. IV, 34, 5. 

Ib., 1. 33, Ep. 116, 4. lire Ep. 116, 4. 

P. 84, après la 1. 3, intercalez : Il y a des gens qui ont besoin d'un guide 
pour rentrer dans la bonne voie : De Benef., Lib. V, 25, 5. 

Ib., 1. 6, Un, ajoutez : Cf. aussi De Ira, Lib. II, 10, 3. 



— 159 — 

Ib., I. 11, fin, ajoutez : Ep. 70, 25; Ep. 76, 20; De Provid., 4, 6 (stimuli); 
De tranquill. an., 10, 6. 

Ib., après la 1. 11, intercalez : Il faut se hâter sur la route de la vie pour 
ne pas rester en arrière : Ep. 108, 14 : Nisi properamus, relinquemur.... 

Ib., 1.24, fin, ajoutez : Consol. ad Marc, 23, 1 et De vit. beat., 20, 5. 

II)., dern. 1., fin, ajoutez : Causai, ad Poli/b., 9, 9 et Id., 11, 4. 

P. 86, après la 1. 7, intercalez : De temps en temps il faudra forcer l'esprit 
à parcourir un chemin raboteux, de peur qu'il ne s'engourdisse : De Benef., 
Lib. V, 12, 2. 

Ib., 1. 17, fin, ajoutez Ep. 5, 2; Ep. 91, 5 ; Ep. 114, 4; Ep. 117, 23; De Ira, 
Lib. 11,36, 5; De tranquill. an., 2,7; De Ctem., Lib. II, 7,2; De Benef., 
Lib. II, 7, 3 ; Id., Lib. VI, 25, 5. — Cf. aussi < iter » : Consol. ad Marc, 9, 1. 



CHAPITRE IV. 

P. 91, 1. 22 : n'y pas, lire : n'y a pas. 

P. 94, 1. 9, ajoutez : Un auteur ne doit pas être susceptible: De Ira, 
Lib. 111,37, 5 : Vis tu aequo animo pati candidatus suffragia? 

Ib., 1. 27 : Ep. 123, 10, lire : Ep. 123, 10. 

Ib., 1. 29 : Ep. 59, 2, lire : Ep. 59, 2. 

P. 96, avant « Accusator », intercalez : « Abrogare » : Consol. ad Helv., 5, 6. 

Ib., après « Adjutor », ajoutez : < Adscisci » : De brevit. vit., 15, 3. 

Ib., « Advocare », ajoutez : Ep. 17, 2. 

Ib., avant « Clientela », intercalez : « Circuinagi » (= manumitti) Ep. 8, 7. 
Puis « Citare » ; De Provid., 5, 4; « Citare ex censu » : Ep. 12, 6. 

Ib., « Consortium », ajoutez : De brevit. vit., 14, 2. 

P. 97, 1. 8, fin, ajoutez : Cf. aussi « Delegare > : De brevit. vit., 11, 2. 

Ib., avant « Dilatio », intercalez : « Dicere » (plaider) : Ep. 108, 12 et 
« Ditferre » : De Provid., 4, 7. 

Ib., « Dilatio », ajoutez : Ep. 17, 3 et De Clem., Lib. II, 2, 3. 

Ib., après « Dividere », intercalez « Edictum > : Ep. 94, 47. 

Ib., « Exceptio », ajoutez Ep. 6, 4. 

Ib., 1. 22, supprimez ibid., 7, 3. 

Ib., 1. 25, fin, ajoutez : « Ad formulam exigere » : De vit. beat., 24, 4. 

Ib., 1. 27, « Injicere manum », ajoutez Ep. 1, 2; 34, 2. 

Ib., « Judex », ajoutez : De Ira, Lib. II, 28, 7; Id., Lib. III, 26, 3 ; »«*., 36, % 

Ib., après la 1. 30, ajoutez : « In ordinem cogère » : De Benef., Lib. I, 4, 1 ; 
Consol. ad Helv., 13, 4. 

P. 98, avant < Lis », intercalez : * Liquere » : Ep. (>•">, !•">. 



— 160 — 

lb., 1. 2, (in, ajoutez : Debrevit. vit., 1. 2 el Consol. ad Polyb., 2,2. — Cf. 
« Litem aestimare » : De Ira, Lib. 11,27,4. 

Lb., avanl « Pacisci », intercalez : « Manuraissio » : De Clan., Lib. I. '■'>. 1; 
< Mittere in consilium » : De Ira, Lib. Il, 27, 4; « Mittere in posses- 
sion, mh : Ep. 1. 3. Notor : Ep. 39, 1. 

11»., après la 1. 8, ajoutez : « Ne quid Cato detrimenti caperet > : Ep. 71, 10. 

11»., avant Praescriptio », intercalez : Praedem accipere » : Debrevit. 
vit., 3, 5. 

[b., 1. 16, fin, ajoutez : De tranquill. an., 4, 7 et Consol. ad Polyb., 11, 1. 

11>., « Pronuntiare », ajoutez A/>. 26, 6. 

11)., après « Relegare », intercalez : « Relinquere in suspenso » : Ep. 97, 14. 

11).. Remittere », ajoutez Ep.65, 1">. 

Ib., après « Remittere », intercalez Respondere ad » (comparaître devant) : 
Ep.lOb, 7. 

Ib., < Sponsor », ajoutez : De Provid., 6, 2. 

Ib., après « Suffragari » ajoutez : « Sui juris » : Ep. 11, 7; Uf. Ep. 16. 6; 

Sr.o aère censeri » : £/>. 87, 17; Cf. Plant. Capt. prol. 15. 

Ib., « Tutela », ajoutez Ep. 25, 1. 

lb , après « tutela > , ajoutez : « Usu suum facere s : is/>. 12, 8. 

P. 99, 1. 6, fin. ajoutez (en note) : Voyez dans le De Ira, Lib. II, 29, 3, un 
rapprochement où figurent tous les détails d'une instruction judiciaire à 
Rome. 

Ib., « Sententiam dare », ajoutez : De Ira, Lib. 1, 14, 2. 

Ib., 1. 19, fin, ajoutez : De Ira, Lib. III, 36, 3 et Consol. ad Polyb., 18, 3. 

P. 100, avant la l re I., intercalez : * Accessio » : Ep. 97, 5 et « Aestimator : 
Ep. 95, 58. 

Ib., 1. 4, fin, ajoutez : Consol. ad Polyb., 10, 4. 

Ib., après « Commodare », intercalez « Compensatio » : Ep. 81, 17. 

Ib., « Expungere », ajoutez Ep. 9, 20. 

Ib., après « Faenerator », ajoutez : « Institor : Ep. 52, 15. 

Ib., « Lucrum », ajoutez Ep. 13, 11. 

11)., après « Lucrum », ajoutez : « Merx » ; Ep. 7, 8. Cf. Ep. 27, 8; 33, 3. 

Ib., avant « Pignus », intercalez : « l'aria facere : Ep. 101, 7 : Cuinvita 
paria faciamus (réglons nos comptes avec la vie) et « Persolvere»: Ep.h)9, 17. 

Ib., après « Pignus », intercalez : « lnreditu esse » (être placé à intérêt) : 
De brevit. vit., 11, 2, et « Satisfacere » : Consol. ad Marc, 11, 1. 

Ib., après « Sumministrare », intercalez : Tout ce que nous avons ici-bas 
nous est simplement « prêté . et il faut être prêt à le rendre à la première 
réquisition : De tranquill. an., 11, 1. 

lb., Tabulas novas (beneficiorum) : De Benef., Lib. I. 4. 6. 

P. 101, 1. 27, fin, ajoutez : Debrevit. vit., 8, 1. 

lb., « Nota », ajoutez : Ep. 95, 6-J et De Benef., Lib. VII, 19, 5. 



— 161 — 

II)., I. 30, après Ep. 1, 4, intercalez : « Ratio i : De brevit. vit., 18, 3 (ratio 
vitae); « rationem conferre > : Consol. ad Marc, 15, 4 et Ep. 118, 1; 

< rationes conficere » (produire des comptes) : De Ira, Lib. III, 31, 3; et 

< rationem reddere » : De rit, beat.,2A, 5 et Detranquill. an., 3,8. 
Ib., I. 31, fin, ajoutez < Diem aestimare » {Ep. 1, 2 . 

Ib., le terme « manipretium » (proprement prix de la main-d'œuvre ») 
est employé par mépris au lieu de « merces » : Ep. 101, 6 : castrensium 
laborum tarda manipretia. Ci'. Cicéron, In Pison., 24, 57. 



CHAPITRE V. 

T. 

P. 108, 1. 10, fin. ajoutez (en note) : Voyez sur cette comparaison la note 
de 0. Hense, page 253 de son éd. des Epp. 

Ib., avant la dern. 1., intercalez : Serenus se compare à un cheval ou un 
bœuf qui, lorsqu'ils sont fatigués, se bâtent d'autant plus vers Potable : De 
tram] h M. an., 1,11. 

P. 110, 1. 12, fin, ajoutez : Cf. Ep. 66, 42 : in medio flore praecidit (se. mors). 

Ib., après la 1. 18, intercalez : Les fruits communs peuvent plaire dans 
leur primeur; de même, la façon de donner vaut mieux que ce qu'on 
donne : De Benef., Lib. I, 12, 4. — Notre métaphore : « récolter les fruits 
de son travail * se retrouve chez Sénèque : Consol. ad Marc, 12, 2 (prove- 
nerunt... fructus... laborum tuorum...). — < Hortulus » est pris au figuré 
Ep. 4, 10; « insiticius > (enté) : Cotisa/, ad Helv., 7, 10. 

II. 

P. 113, 1. 2, fin, ajoutez : Cf. aussi Ep. 11, 8 : adfigere (= < clouer ») auimo. 

Ib., 1. 7, fin, ajoutez : Ep. 104, 20 : eradere nequitiam; et De Benef., 
Lib. Vil, 19,5. 

Il>., après la ligne 7, ajoutez : Il faut porter la hache (« securibus reci- 
dere ») dans les connaissances inutiles : Ep. 88, 38. 

P. 114, 1. 3, ajoutez : Cf. aussi Ep. 33, 9 : (vox) quae... actuari vice fungitur. 

Ib.. 1. 10, fin, ajoutez : Cf. aussi De Clan., Lib. I, 2, 2 et De Benef., Lib. VI, 
4, 1 (praeponderare = faire trébucher la balance). 

Ib., a la fin, ajoutez : Le sage est comparé à un artiste habile, Ep. 9, 5 : 
faciendarum amicitiarum artifex; h)>. 85, il : artifex domandi mala. 

P. 115, 1. 2, ajoutez : L'expression « summam manum imponere se 
trouve encore Ep. 12, 4; 71, 28. 

Ib., 1. 9, au lieu de < la philosophie lire « la mathématique . 



— 162 — 

lb., 1. 11, fin, ajoutez : Cf. De Ira, Lib. II, 21, 7 (bene fundatae mentes); 
voyez aussi De rit. beat., 15, 4 et De Otio, 5, 5 (fundamentum). 

11)., 1. 17, fin, ajoutez : Cf. aussi Consol. ad Marc, 22, 1. 

Ib., supprimer les trois dernières lignes. 

P. 116, après la ligne 7 : Le bonheur que donnent les richesses est une 
« bracteata félicitas : Ep. 115,9. 

P. 117. 1. 9, tin, ajoutez : « Concinere » (se mettre à l'unisson) est pris au 
figuré par Sénèque(et encore il s'en excuse, car il ajoute : « ut ita dicam >) : 
De rit. beat., 8, 5. 

Ib., 1. 19, fin, ajoutez : « Sub persona vivere > (vivre sous le masque; se 
trouve De tranquill. an., 17, 1; « personain ferre * (« porter un masque, - 
c'est-à-dire feindre) : De Clem., Lib. I, 1, 6. Le bonheur des efféminés n'est 
qu'une « personata félicitas » : Ep. 80, 8. 

P. 118, 1. 5 : Ep, 120, 22, lire : Ep. 120, 22. 

Ib., après la ligne 5, ajoutez : Certains philosophes sont comparés à des 
charlatans (< circulatores ») : Ep. 29, 7; cf. EpAO, 3; 52, 8; 88, 40. 



CHAPITRE VI. 
IL 

P. 121, 1. 13, avant Ep. 52, 15, intercalez Ep. 52, 13(philosophia adoretur). 

Ib., 1. 18, fin, ajoutez : Cf. aussi Ep. 95, 72 (consecrare paupertatem). 

P. 122, après la 1. 22. intercalez : Le sage, comme les dieux, aura pitié des 
misérables : De Clem., Lib. II, 6, 3. 

Ib., après la dern. L, intercalez : Polybe est le « prêtre » de la littérature : 
Consol. ad Pohjb., 8, 2. — « Conlicere sacra » est employé en guise de 
métaphore Ep. 26, 8. 



CHAPITRE VIL 

P. 126, 1. 2, fin, ajoutez : Cf. aussi De Clem., Lib. I, 8, 5 (oriris, en parlant 
de Néron). 

P. 127, 1. 14, fin, ajoutez : De Clem., Lib. II, 5, 4. 

P. 128, 1. 2, fin, ajoutez : id., 13, 7 et De Ira, Lib. II, 10, 1. — Cf. aussi 
Ep. 89, 2. 

Ib., 1. 7, fin, ajoutez : Consol. ad Marc, 26, 2 ; De vit. beat., 19, 3; Id., 28. 

P. 130, après la 1. 19, intercalez : Le corps est de la boue (faex) : Consol. ad 
Marc, 23, 1. 



— 163 — 

Th., après la 1. 29, intercalez : An contraire, la vie est un torrent, et il faut 
se dépêcher d'y puiser : De brevit. vit., 9, 2. 

lb., 1. 34, fin, ajoutez : Voyez aussi Ep. 123, 10 (fluunt dies), Consol.ad 
Marc, 22, 1 (labant humana ac fluunt...) et De brevit. ri/., 8, 5. 

P. 131, 1. 7 : seuls, lire: seules. 

Ib., 1. 11, ajoutez : Cf. aussi Ep. 40, 3. 

Ib., 1. 17 : Ep 85, 6, lire : Ep. 85, 6. 

Ib., 1. 28, avant Effundere, intercalez : Eu ml ère : Ep. 116, 2. 

Ib., dern. 1., fin, ajoutez : « Despumare » (cesser d'écumer; répandre, jeter 
comme une écume) : Ep. 68, 13; Ep. 99. 27; De Ira, Lib. II, 20, 3; « Ex- 
undare > (s*épancher) : Ep. 99, 21. 

P. 132, 1. 10, fin, ajoutez : De Benef., Lib. I, 13, 3. 

Ib., 1. 27 : Natur Quaest., lire Natur. Quaest. 

Ib., avant l'avant-dern. 1., intercalez : Le sage fera comme les animaux 
de forte taille, qui dédaignent les aboiements des chiens: De Ira, Lib. II, 
32, 3 et Id., Lib. III, 25, 3. 

Ib., après la dern. 1., ajoutez : « Mordere » est encore employé métapho- 
riquement Ep. 78, 29. 

P. 133, 1. 2, ajoutez : « collatrare > : De vil. beat., 17, 1. 

Ib., 1. 27 : De Ira, 30, 1, lire : De Ira, Lib. III, 30, 1. 



CHAPITRE VIII. 

P. 137,1. 18 : Ep. 14, 5-6, lire : Ep. 14, 1-5-6. 

Ib., 1. 18, fin, ajoutez : Ep. 66, 23; Ep. 85, 28; ^.92,33; Ep. 102, 30; 
ConsoladMarc, 24, 5; Consol.ad H elv., 11, 7; Consol.ad Polyb., 6,5; Id., 9,3; 
De tranquill. an., 10, 3 ; De rit. beat., 15, 3 ; Id., 16, 3 ; De Benef., Lib, III, 20, 1. 

Ib., après la 1. 20, intercalez : Être l'esclave de la philosophie, c'est 
être libre : Ep. 8, 7 : ... philosophiae servire libertas est. — La vertu n'est 
pas la servante (ancilla) de la volupté : De rit. beat., 13, 5. 

P. 138, après la 1. 2, intercalez : Sénèque déclare qu'il n'est pas l'< esclave » 
des philosophes anciens, ses maîtres : Ep. 80, 1. — Les découvertes de 
ceux-ci, dit-il encore, constituent pour nous un véritable < héritage » : 
Ep. 64, 7. 

Ib., après la 1. 15 : L'école des philosophes éplucheurs de mots n'est 
qu'un < ludus litterarius » : Ep. 71, 6. 

Ib., 1.20, fin, ajoutez :Cf. aussi Ep.SS, 2(manuleatus, en parlant d'Épicure). 

Ib., avant l'avant-dern. 1., intercalez : Un roi doit être semblable a un bon 
père : De Cle»)., Lib. 1, 14, passim. Les dieux ressemblent ;i de bons parents : 
De Benef. ,L\h.\U, 31,4. 



164 

T. 139,1. 5, lin, ajoutez : Ep. 79, 18. 

III.. après la 1. 13, intercalez : Sénèque se compare à un miroir : DeClent., 
Lib. I, 1. 1. 

P. 1 10, I"' I.. avant : Ep. 11. 1, intercalez: Ep. 7, fi. 

lb.. 1. 28, fin, ajoutez : Cf. aussi Ep. 108, fi (schola deversorium otii). 

1*. 141, après la I. 11, intercalez ■ Si la tête est saine, le corps tout entier 
sera sain: de même, un pays où le souverain est doux verra la mansuétude 
régner de toutes parts : De Cîem., Lib. II, 2, 1. 

11)., 1. 17, avant: Ep. 53, 8, intercalez : Ep. 7, 6. 

P. 142, avant la l re 1., intercalez : Après le dîner, on distribue les reliefs 
aux esclaves: de même, sur le point de mourir, on fera quelque bien à ceux 
qui nous ont servi toute notre vie : Ep. 77, 8. 

lb., 1. 21 : reprises; lire : reprises. 

P. 144, 1. 21, avant De Ira, ajoutez (en note) : Lucrèce avait déjà usé de 
cette métapbore, probablement d'origine grecque. Voyez Sénèque lui-même, 
Ep. 110, G (Lucrèce, II, 55 s.). 

11... 1.28, Ibid., lire ïbid. 

Ib., 1. 33, De Benef.., lire De Benef., 

11»., I. 34 : < sapiens.... paedagogus », lire ( sapiens.... paedagogus »). 

lb., I. 35, fin, ajoutez : Cf. aussi Ep. 4, 2. 

lb. après la 1. 35, intercalez : Les philosophes sont des professeurs 
d'énergie : Ep. 104, 22. 

P. 145, après la I. 17, intercalez : « Manus » est pris au figuré De Const. 
sap., 8, 3. 

P. 14fi, après la ligne 6, ajoutez : Pour peindre l'incertitude, l'irrésolution, 
Sénèque emploie ;< natare » : Ep. 35, 4 : natat animus; 74, 11 : natat omne 
consilium. 

lb., 1. 31, fin, ajoutez : Cf. aussi Ep. 29, 7 (in faciem ingerere) et « inpin- 
gere » (voir p. 149). 

P. 147, avant l'avant-dern. I., ajoutez : Cf. aussi De Provid., 2, 10 et 
De Canut, mp., 2. 2. 

II)., après la dern. 1., intercalez : Le pouvoir ressemble souvent à un 
bâtiment sur le point de s'écrouler, si solide qu'il soit en apparence : 
De Benef., Lib. VI, 30, 5. 

P. 148, 1. 15, fin, ajoutez : Cf. aussi De brevit. vit., 10, 5 (per quassos 
foratosque animos transmittitur). 

II)., après la ligne 15, ajoutez : « transfundere » (verser dans l'âme 
d'autrui) appartient au même ordre d'idées : Ep. 6, 4. 

lb., 1. 20, après Ep. 94, 1, intercalez : Ep. 95, 36; Ep. 99, 10. 

lb., 1. 22. ajoutez : « mordere » : Ep. 78, 29 : boc tene, boc morde. 

P. 149, 1. 2, avant Ep. 95, 3, intercalez : Ep. 29, 10. 

Ib. ; 1. 3, fin, ajoutez : De Provid., 6, 8. 



— 165 — 

Ib., après la ligne 3, ajoutez : Non moins énergique est le terme « arie- 
tare », qu'affectionne Sénèque : De Provîd., 1, 2; De vita beat., 8, 5; De 
tranq. an., 1, 11; De Ira, Lib. II, 3, 3; Ep. 107. 2. 

Ib., « percolare » (= iiltrer) est employé avec une nuance de dédain 
à propos de la digestion : Nat. Quaest., Lib. 1. praef., 4 : ut cibos el 
potiones percolarem. — Rapprocbez le mot d'une énergique trivialité 
adressé au buveur : Ep. 77, 16 : Saccus es. De même en t'r. : s sac à vin. » 

Ib., 1. 7, après Ep. 81, 9, intercalez : De vit. beat., 12. 5 et 13, 3; De Otio, 7, 1. 

Ib., 1. 14, fin, ajoutez : Ep. 4, 1 (iabes mentis) et Consul, ad Marc., 22, 2 
(animi labes). 

P. 150, après la 1. 30, intercalez : Le style de Chrysippe est comparé à 
une pointe : De Benef., Lib. I, 4, 1. 

P. 151, dern. 1. : puiqu'elle, lire : puisqu'elle. 

1'. 152, 1. 23 : par, lire : pas. 

Ib., après la 1. 24, ajoutez : Ep. 17, 8 : Vitae, ut ita dicam, additamentum. 

Ib., 1. 28, fin, ajoutez : Ep. 24, 18; Ë>.26,2; Ep. 28, 2; Ep.2%, 3; Ep.%0, 1; 
Ep. 05, 16; Ep. 84, 11; Ep. 92, 16; Ep. 102, 26; Ep. 104, 20; Ep. 117, 25; 
De Ira, Lib. III, 6, 6; Consol. ad Mare.. 5. 6; Id., 24, 5; De Clem., Lib. I. 1,6; 
De tranquill. an.. 6, 4; Id.. 10, 6; De Benef., Lib. II, 35. 3 (sarcina). 

P. 154, 1. 11, fin, ajoutez : Cf. aussi Ep. 82, 19. 



Table des matières. 



Pages. 

Chapitre I. — Les Métaphores et les Comparaisons empruntées 

à la Vie m il if a ire 5 

Appendice. — Métaphores et Comparaisons empruntées à la 
Chasse, à la Lutte, aux Combats de Gladiateurs, et, en 
général, aux Jeux publics des Romains 38 

Chapitre II. — Les Métaphores et les Comparaisons empruntées 

à la Médecine -A 

Chapitre III. — Les Métaphores et les Comparaisons empruntées 

à la Navigation et aux Voyages 71 

I. Navigation 71 

II. Voyages 79 

Chapitre IV. — Les Métaphores et les Comparaisons empruntées 

au Droit 88 

Chapitre V. — Les Métaphores et les Comparaisons empruntées 
à Y Agriculture et à la Vie des Champs, et aux Arts et 
Métiers 103 

I. Agriculture et Vie des Champs 103 

II. Arts et Métiers 111 

Chapitre VI. — Les Métaphores et les Comparaisons tirées de 

la Mythologie, la Religion et la Philosophie 119 

I. La Mythologie 120 

II. La Religion 121 

III. La Philosophie 123 

Chapitre VII. — Les Métaphores et les Comparaisons tirées de 

la Nature 124 

Chapitre VIII. — Les Métaphores et les Comparaisons empruntées 

aux Mœurs et Coutumes, et, en général, à VHomme . . . 136 

I-.kkata et Addenda 155 



PA Steyns, D. 

6690 Étude sur les métaphores 

S8 et les comparaisons dans 

1907 les oeuvres en prose de 

Sé*nèque le philosophe 



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